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5151
p. 54-57
EPITRE A M. L'Evêque de ..... qui avoit engagé l'auteur qu'il protégeoit à passer six mois dans la pension de .... pour se former à l'Ecriture. / FABLE. Le lierre avec le coudrier
Début :
PAR votre ordre, illustre Prélat, [...]
Mots clefs :
Évêque, Boisson, Pension, Chêne, Lierre
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. L'Evêque de ..... qui avoit engagé l'auteur qu'il protégeoit à passer six mois dans la pension de .... pour se former à l'Ecriture. / FABLE. Le lierre avec le coudrier
EPITRE
A M. l'Evêque de..... qui avoit engagé
l'auteur qu'il protégeoit à paffer fix mois
dans la penfion de .
l'Ecriture.
.... pour se former à
PAR votre ordre , illuftre Prélat ,
Changeant d'exercice & d'Etat ,
Dans une folitude affreufe ,
Plus rigide qu'une Chartreuse ,
J'ai par anticipation ,
Pour mériter votre protection ,
Paffé dans le jeûne & la peine
Beaucoup plus rude quarantaine ,
Que celle que l'Eglife impofe tous les ans
Pour purifier fes enfans.
Des Peres du défert l'antique pénitence ,
De Citeaux l'étroite obfervance
N'ont fur nos jeunes accablans
Que la préférence du tems .
Notre boiffon n'eft qu'une eau pure ,
A laquelle on joint par figure ,
Quelque peu de vin frélaté ,
En fi petite quantité
Qu'à la Trape le folitaire
Sans fcrupule en feroit fa boiffon ordinaire.
OCTOBRE. 1755. 55
Le potage qui fait les trois quarts du repas ,
N'eft fouvent ni maigre ni gras ,
Et pour dire ce que j'en penfe ,
L'on peut en tout tems fans offenfe ,
Réſerver pour le vendredi
La foupe qu'on fert le jeudi .
Encor fi l'on paffoit , exempt de toute affaire ,
Le matin à dormir , le foir à ne rien faire .
Pour furcroit de mifere il faut le jour entier ,
Sans ceffe griffonner , barbouiller du papier.
Des maux qu'en ces lieux on endure ,
Ce n'est là , Monfeigneur , qu'une foible peinture
.
Devenu par raifon philofophe à quinze ans ,
Pour paffer une heure de tems ,
J'allois dans la forêt prochaine ,
A l'ombre d'un hêtre , ou d'un chêne ,
Cenfurer , Moliere à la main ,
Les travers de l'eſprit humain.
Illuftre Prince de l'Eglife ,
C'est là qu'un jour avec furpriſe ,
Fait rimeur , fans fçavoir comment ,
Je fis l'apologue fuivant.
FABLE .
LE lierre avec le condrier
Vivoient enſemble à l'ombre d'un grand chêne.
Depuis long- tems , le premier fur l'arene
Triftement ferpentoit , tandis que le dernier
Haut de dix pieds au plus , d'un air fat , pédantefque.
Cent fois par jour à fon voifin
Vantoit fa hauteur gigantefque.
Ton fort , lui difoit- il , ami , me paroît doux.
Tu peus , plus fortuné que nous
Le nez colé contre la terre ,
Braver & les vents furieux ,
Et le rédoutable tonnerre
Que lance le maître des Dieux.
Sans craindre les revers de la profpérité ,
Dans une heureuſe obſcurité
Tu paffes doucement la vie.
Ton état me fait preſque envie ;
Et pour t'ouvrir en voifin familier ,
Ici mon ame toute entiere ,
Si je n'étois pas coudrier ,
Je voudrois au moins être lierre,
Peu fenfible à ce compliment ,
Le pauvre arbuste cependant
Jufques au pied du chêne arrive en fe traînant .
D'un air refpectueux l'aborde , & le falue
OCTOBRE.
$ 7
1755 .
Fait fon compliment en deux mots ,
Puis grimpant le long de fon dos ,
Va bientôt avec lui fe cacher dans la nue.
Pour acquerir de l'honneur & des biens ,
De les talens une humble défiance ,
D'un Mécene puiffant l'efficace affiftance ,
Furent toujours d'infaillibles moyens.
H. C. A Senlis.
A M. l'Evêque de..... qui avoit engagé
l'auteur qu'il protégeoit à paffer fix mois
dans la penfion de .
l'Ecriture.
.... pour se former à
PAR votre ordre , illuftre Prélat ,
Changeant d'exercice & d'Etat ,
Dans une folitude affreufe ,
Plus rigide qu'une Chartreuse ,
J'ai par anticipation ,
Pour mériter votre protection ,
Paffé dans le jeûne & la peine
Beaucoup plus rude quarantaine ,
Que celle que l'Eglife impofe tous les ans
Pour purifier fes enfans.
Des Peres du défert l'antique pénitence ,
De Citeaux l'étroite obfervance
N'ont fur nos jeunes accablans
Que la préférence du tems .
Notre boiffon n'eft qu'une eau pure ,
A laquelle on joint par figure ,
Quelque peu de vin frélaté ,
En fi petite quantité
Qu'à la Trape le folitaire
Sans fcrupule en feroit fa boiffon ordinaire.
OCTOBRE. 1755. 55
Le potage qui fait les trois quarts du repas ,
N'eft fouvent ni maigre ni gras ,
Et pour dire ce que j'en penfe ,
L'on peut en tout tems fans offenfe ,
Réſerver pour le vendredi
La foupe qu'on fert le jeudi .
Encor fi l'on paffoit , exempt de toute affaire ,
Le matin à dormir , le foir à ne rien faire .
Pour furcroit de mifere il faut le jour entier ,
Sans ceffe griffonner , barbouiller du papier.
Des maux qu'en ces lieux on endure ,
Ce n'est là , Monfeigneur , qu'une foible peinture
.
Devenu par raifon philofophe à quinze ans ,
Pour paffer une heure de tems ,
J'allois dans la forêt prochaine ,
A l'ombre d'un hêtre , ou d'un chêne ,
Cenfurer , Moliere à la main ,
Les travers de l'eſprit humain.
Illuftre Prince de l'Eglife ,
C'est là qu'un jour avec furpriſe ,
Fait rimeur , fans fçavoir comment ,
Je fis l'apologue fuivant.
FABLE .
LE lierre avec le condrier
Vivoient enſemble à l'ombre d'un grand chêne.
Depuis long- tems , le premier fur l'arene
Triftement ferpentoit , tandis que le dernier
Haut de dix pieds au plus , d'un air fat , pédantefque.
Cent fois par jour à fon voifin
Vantoit fa hauteur gigantefque.
Ton fort , lui difoit- il , ami , me paroît doux.
Tu peus , plus fortuné que nous
Le nez colé contre la terre ,
Braver & les vents furieux ,
Et le rédoutable tonnerre
Que lance le maître des Dieux.
Sans craindre les revers de la profpérité ,
Dans une heureuſe obſcurité
Tu paffes doucement la vie.
Ton état me fait preſque envie ;
Et pour t'ouvrir en voifin familier ,
Ici mon ame toute entiere ,
Si je n'étois pas coudrier ,
Je voudrois au moins être lierre,
Peu fenfible à ce compliment ,
Le pauvre arbuste cependant
Jufques au pied du chêne arrive en fe traînant .
D'un air refpectueux l'aborde , & le falue
OCTOBRE.
$ 7
1755 .
Fait fon compliment en deux mots ,
Puis grimpant le long de fon dos ,
Va bientôt avec lui fe cacher dans la nue.
Pour acquerir de l'honneur & des biens ,
De les talens une humble défiance ,
D'un Mécene puiffant l'efficace affiftance ,
Furent toujours d'infaillibles moyens.
H. C. A Senlis.
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Résumé : EPITRE A M. L'Evêque de ..... qui avoit engagé l'auteur qu'il protégeoit à passer six mois dans la pension de .... pour se former à l'Ecriture. / FABLE. Le lierre avec le coudrier
L'auteur décrit un séjour de six mois dans une pension pour se former à l'écriture, à la demande de l'évêque qui le protégeait. Cette période fut marquée par une solitude austère, plus rigoureuse que celle d'une chartreuse, avec des jeûnes et des pénitences sévères. La nourriture était frugale : une boisson d'eau et de vin frelaté, et un potage ni maigre ni gras. La journée était entièrement dédiée à l'écriture, sans temps libre. À quinze ans, l'auteur se retirait dans la forêt pour lire Molière et réfléchir sur les travers humains. Il y composa une fable sur le lierre et le chêne, illustrant la modestie et la prudence nécessaires pour acquérir honneur et biens. La fable contraste l'arrogance du chêne avec l'humilité du lierre.
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5152
p. 64-65
LE PRIX DE LA CONSTANCE. Cantatille. par M. Jouin de Sauseuil,
Début :
Triste & cruelle indifférence, [...]
Mots clefs :
Amour, Constance, Rigueur, Vengeance
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texteReconnaissance textuelle : LE PRIX DE LA CONSTANCE. Cantatille. par M. Jouin de Sauseuil,
LE PRIX DE LA CONSTANCE.
Cantatille. Par M. Jouin de Saufenil ,
TRifte & cruelle indifférence ,
Que vous allarmez mon repos !
Quel outrage pour ma conſtance !
Quel triomphe pour mes rivaux !
Ainfi donc ma perféverance ,
Mes feux & ma fidelle ardeur ,
N'auront pour toute récompenfe
Que la plus barbare rigueur !
Trifte & cruelle , &c.
Accablé fous le poids des rigueurs de Lifette ,
Le tendre & conftant Céladon ,
Sur ce trifte & lugubre ton
Faifoit ainfi raifonner fa mufette ,
Quand l'amour attendri par fes cris douloureux ,
Voulut récompenfer cet amant malheureux ;
Auffi-tôt il choifit pour bleffer la cruelle ,
De fes traits le plus vif & le plus dangereux ,
Et portant dans fon fein la bleffure mortelle ,
Lui fit fentir fes ravages affreux.
OCTOBRE. 1755. 65
De l'amour craignons la vengeance ,
Elle fuit de près la rigueur ;
Rien ne réfifte à fa puiffance ,
Quand il veut fe foumettre un coeur.
Jeunes beautés , que l'amour guette ,
éviter les coups , En vain
pour
Vous fuyez dans quelque retraite ,
Tôt ou tard il s'y rit de vous.
De l'amour craignons la vengeance , &c.
Cantatille. Par M. Jouin de Saufenil ,
TRifte & cruelle indifférence ,
Que vous allarmez mon repos !
Quel outrage pour ma conſtance !
Quel triomphe pour mes rivaux !
Ainfi donc ma perféverance ,
Mes feux & ma fidelle ardeur ,
N'auront pour toute récompenfe
Que la plus barbare rigueur !
Trifte & cruelle , &c.
Accablé fous le poids des rigueurs de Lifette ,
Le tendre & conftant Céladon ,
Sur ce trifte & lugubre ton
Faifoit ainfi raifonner fa mufette ,
Quand l'amour attendri par fes cris douloureux ,
Voulut récompenfer cet amant malheureux ;
Auffi-tôt il choifit pour bleffer la cruelle ,
De fes traits le plus vif & le plus dangereux ,
Et portant dans fon fein la bleffure mortelle ,
Lui fit fentir fes ravages affreux.
OCTOBRE. 1755. 65
De l'amour craignons la vengeance ,
Elle fuit de près la rigueur ;
Rien ne réfifte à fa puiffance ,
Quand il veut fe foumettre un coeur.
Jeunes beautés , que l'amour guette ,
éviter les coups , En vain
pour
Vous fuyez dans quelque retraite ,
Tôt ou tard il s'y rit de vous.
De l'amour craignons la vengeance , &c.
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Résumé : LE PRIX DE LA CONSTANCE. Cantatille. par M. Jouin de Sauseuil,
Le texte 'Le Prix de la Constance' est une cantatille composée par M. Jouin de Saufenil. Il relate la souffrance de Céladon, un amant tourmenté par l'indifférence et la cruauté de Lifette. Céladon exprime sa douleur face aux rigueurs de Lifette. Ému par les plaintes de Céladon, l'amour décide de punir Lifette en la blessant mortellement. Lifette ressent alors les effets dévastateurs de l'amour. Le texte met en garde contre la vengeance de l'amour, soulignant qu'elle suit de près la rigueur et qu'elle est implacable lorsqu'elle veut soumettre un cœur. Il avertit également les jeunes beautés qu'elles ne pourront échapper à l'amour, même dans leur retraite.
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5153
p. 65
A Madame ** qui n'avoit qu'un fils, & qui s'affligeoit de n'avoir point de filles.
Début :
Consolez-vous, charmante **, [...]
Mots clefs :
Fille
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texteReconnaissance textuelle : A Madame ** qui n'avoit qu'un fils, & qui s'affligeoit de n'avoir point de filles.
Madame * * qui n'avoit qu'un fils , & qui
s'affligeoit de n'avoir point de filles.
Confolez - vous Onfolez-vous , charmante **
Vous mettrez des filles au jour ,
Ne fçavez -vous pas que l'amour
Ne marche jamais fans les graces.
Ce joli quatrain eft de M. de Beuvry.
s'affligeoit de n'avoir point de filles.
Confolez - vous Onfolez-vous , charmante **
Vous mettrez des filles au jour ,
Ne fçavez -vous pas que l'amour
Ne marche jamais fans les graces.
Ce joli quatrain eft de M. de Beuvry.
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5154
p. 65-66
LES OEUILLETS. Bouquet à Mme la Comtesse de B....
Début :
La jeune Flore hier visitant son empire, [...]
Mots clefs :
Oeillets, Bouquet, Flore, Fleurs, Reine, Beauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES OEUILLETS. Bouquet à Mme la Comtesse de B....
LES CUILLETS.
Bouquet à Mme la Comteffe de B ....
LA jeune Flore hier vifitant ſon empire ,
Apperçut des oeuillets favoris de zéphire ,
Qui par le viféclat de leurs riches couleurs
66 MERCURE DE FRANCE.
Paroiffoient l'emporter fur le refte des fleurs .
Elle les cueille , & veut de leur tige fleurie
En faire à quelque nymphe une galanterie .
Pour mériter pareil bouquet
Par plus d'un trait il falloit être aimable ,
Avoir un efprit fin , un propos agréable ,
Vif enjouement , caractere parfait ,
yeux tels Beaux
que les a la Reine de Cythere ,
Et ce je ne fçai quoi charmant ,
Ce foûris gracieux , cet air plein d'agrément
Qui même à la beauté donne le droit de plaire .
Où rencontrer un fi rare ſujet ?
Flore n'a vu que vous , adorable Glycere ,
Qui fuffiez digne en tout de ce nouveau bouquet,
Oui , ces heureux talens qui font votre appanage ,
Vos graces , vos traits féducteurs
Engagent la Reine des fleurs
A vous rendre en ce jour le plus fincere hommage.
C'eft pour vous qu'elle a fait le brillant affemblage
De ces cuillets dont l'oeil eft enchanté ,
Vous avez droit d'en tirer avantage ,
C'eft un préfent qu'a mérité
Dans vous , B ... l'efprit & la beauté.
Guidi.
Bouquet à Mme la Comteffe de B ....
LA jeune Flore hier vifitant ſon empire ,
Apperçut des oeuillets favoris de zéphire ,
Qui par le viféclat de leurs riches couleurs
66 MERCURE DE FRANCE.
Paroiffoient l'emporter fur le refte des fleurs .
Elle les cueille , & veut de leur tige fleurie
En faire à quelque nymphe une galanterie .
Pour mériter pareil bouquet
Par plus d'un trait il falloit être aimable ,
Avoir un efprit fin , un propos agréable ,
Vif enjouement , caractere parfait ,
yeux tels Beaux
que les a la Reine de Cythere ,
Et ce je ne fçai quoi charmant ,
Ce foûris gracieux , cet air plein d'agrément
Qui même à la beauté donne le droit de plaire .
Où rencontrer un fi rare ſujet ?
Flore n'a vu que vous , adorable Glycere ,
Qui fuffiez digne en tout de ce nouveau bouquet,
Oui , ces heureux talens qui font votre appanage ,
Vos graces , vos traits féducteurs
Engagent la Reine des fleurs
A vous rendre en ce jour le plus fincere hommage.
C'eft pour vous qu'elle a fait le brillant affemblage
De ces cuillets dont l'oeil eft enchanté ,
Vous avez droit d'en tirer avantage ,
C'eft un préfent qu'a mérité
Dans vous , B ... l'efprit & la beauté.
Guidi.
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Résumé : LES OEUILLETS. Bouquet à Mme la Comtesse de B....
Le poème 'Les Cuillets' est dédié à Mme la Comtesse de B..., surnommée Glycere. La déesse Flore, en visitant son domaine, découvre des œillets exceptionnels et décide d'en faire un bouquet pour une nymphe. Pour mériter ce bouquet, il faut être aimable, avoir un esprit fin, un propos agréable, un caractère parfait et des yeux beaux comme ceux de la Reine de Cythère. Flore estime que seule Glycere possède toutes ces qualités. Elle loue les talents, les grâces et les traits séduisants de Glycere, justifiant ainsi l'hommage de la Reine des fleurs. Le bouquet d'œillets est offert à Glycere en reconnaissance de son esprit et de sa beauté.
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5155
p. 67-68
ENIGME.
Début :
Nous sommes deux jumeaux d'une même figure, [...]
Mots clefs :
Dés
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Nous fommes deux jumeaux d'une même figure
,
Et nous avons toujours une même couleur ;
Mais quoique nous ayons une noire teinture ,
Nous égalons pourtant le beau lys en blancheur.
Rarement nous avons une même aventure .
68
MERCURE DE
FRANCE.
Un
même fort
pourtant eft notre
gouverneur ;
Selon que chaque fois nous
changeons de pof-
Nous
ture ,
portons le regret , ou le plaifir au coeur.
Sans avoir des attraits pour infpirer des flammes ,
Nous nous voyons pourtant fervis par plufieurs
Dames
,
Qui fans nos
mouvemens ne
fçauroient faire un
pas.
Les
hommes tous les jours font affis à nos tables ,
Où fans leur
préparer jamais aucun repas ,
Souvent leur écot monte à des
fommes
notables.
Nous fommes deux jumeaux d'une même figure
,
Et nous avons toujours une même couleur ;
Mais quoique nous ayons une noire teinture ,
Nous égalons pourtant le beau lys en blancheur.
Rarement nous avons une même aventure .
68
MERCURE DE
FRANCE.
Un
même fort
pourtant eft notre
gouverneur ;
Selon que chaque fois nous
changeons de pof-
Nous
ture ,
portons le regret , ou le plaifir au coeur.
Sans avoir des attraits pour infpirer des flammes ,
Nous nous voyons pourtant fervis par plufieurs
Dames
,
Qui fans nos
mouvemens ne
fçauroient faire un
pas.
Les
hommes tous les jours font affis à nos tables ,
Où fans leur
préparer jamais aucun repas ,
Souvent leur écot monte à des
fommes
notables.
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5156
p. 68-69
LOGOGRYPHE.
Début :
Je tire mon relief du courage & de l'art : [...]
Mots clefs :
Escarmouche
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
E tire mon relief du
courage & de l'art :
J'ai brillé par
Montluc ,
Gaflion & Bayard.
Tu peux , ami
Lecteur , trouver dans mon effence
Le
redoutable Dieu , dont je tiens la
naiffance ;
Un
profond
politique &
guerrier fans égal ;
Le plus jufte
attribut
d'Ulyffe &
d'Annibal ;
Une ville , jadis
puiffante
République ;
9
Un infecte ; une fleur ; ce
fameux
hérétique ,
Dont Zifca
foutenant la trop
fatale erreur
Remplît tout fon pays de
carnage &
d'horreur ;
Un Poëte Latin , que
chacun veut
entendre ;
Ce que fut
Charles douze , auffi - bien qu'A-
• lexandre ;
Un Belgique Ecrivain , eftimé juftement ;
Ce que nous prions Dieu , que puiffe heureufement
Faire au gré de nos voeux , notre augufte Dauphine
:
Je finis par ce trait : Cherche , Lecteur , devine .
Par M. de Lanevere , ancien Moufquetaire
du Roi; à Dax , le 16 Août 1755.
E tire mon relief du
courage & de l'art :
J'ai brillé par
Montluc ,
Gaflion & Bayard.
Tu peux , ami
Lecteur , trouver dans mon effence
Le
redoutable Dieu , dont je tiens la
naiffance ;
Un
profond
politique &
guerrier fans égal ;
Le plus jufte
attribut
d'Ulyffe &
d'Annibal ;
Une ville , jadis
puiffante
République ;
9
Un infecte ; une fleur ; ce
fameux
hérétique ,
Dont Zifca
foutenant la trop
fatale erreur
Remplît tout fon pays de
carnage &
d'horreur ;
Un Poëte Latin , que
chacun veut
entendre ;
Ce que fut
Charles douze , auffi - bien qu'A-
• lexandre ;
Un Belgique Ecrivain , eftimé juftement ;
Ce que nous prions Dieu , que puiffe heureufement
Faire au gré de nos voeux , notre augufte Dauphine
:
Je finis par ce trait : Cherche , Lecteur , devine .
Par M. de Lanevere , ancien Moufquetaire
du Roi; à Dax , le 16 Août 1755.
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5157
p. 69-70
VAUDEVILLE.
Début :
Une timide Bergere, [...]
Mots clefs :
Berger, Bergère, Fillettes, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VAUDEVILLE.
VAUDEVILLE.
UNE
timide
Bergere,
Mais fenfible au jeu d'amour ,
Au fond d'un bois folitaire ,
Chantoit ainfi l'autre jour :
Quel plaifir pour les fillettes ;
Avec un tendre Berger ,
Si l'on pouvoit fans danger ,
Se laiffer , fe laiffer conter fleurettes .
Le jeune Colin s'exprime
D'un air qui flate mon coeur ;
Pourquoi du feu qui l'anime ,
N'ofai-je écouter l'ardeur ,
Quel plaifir pour les fillettes , & c.
70 MERCURE DE FRANCE.
Colin , fous un verd feuillage ,
Ecoutoit cette chanson ,
En entrant dans le bocage
Il répondit fur ce con :
Quel plaifir pour les fillettes ,
Avec un prudent Berger
Elles peuvent fans danger ,
Se laiffer conter , & c .
Hélas ! lui dit Célimene ,
L'amour eſt ſouvent trompeuf.
Quand un aveugle nous méne ,
On doit toujours avoir peur.
Quel plaifir pour les fillettes ,
Avec un tendre Berger ;
Mais pourrai-je fans danger ,
Me laiffer , me laiffer conter fleurettes.
La Bergere plus fenfible
Du Berger crut le ferment ;
Colin paroît moins terrible
En paroiffant plus charmant :
Quel plaifir pour les fillettes ,
Avec un tendre Berger ;
On croit bientôt fans danger ,
Se laiffer , fe laiffer conter fleurettes.
UNE
timide
Bergere,
Mais fenfible au jeu d'amour ,
Au fond d'un bois folitaire ,
Chantoit ainfi l'autre jour :
Quel plaifir pour les fillettes ;
Avec un tendre Berger ,
Si l'on pouvoit fans danger ,
Se laiffer , fe laiffer conter fleurettes .
Le jeune Colin s'exprime
D'un air qui flate mon coeur ;
Pourquoi du feu qui l'anime ,
N'ofai-je écouter l'ardeur ,
Quel plaifir pour les fillettes , & c.
70 MERCURE DE FRANCE.
Colin , fous un verd feuillage ,
Ecoutoit cette chanson ,
En entrant dans le bocage
Il répondit fur ce con :
Quel plaifir pour les fillettes ,
Avec un prudent Berger
Elles peuvent fans danger ,
Se laiffer conter , & c .
Hélas ! lui dit Célimene ,
L'amour eſt ſouvent trompeuf.
Quand un aveugle nous méne ,
On doit toujours avoir peur.
Quel plaifir pour les fillettes ,
Avec un tendre Berger ;
Mais pourrai-je fans danger ,
Me laiffer , me laiffer conter fleurettes.
La Bergere plus fenfible
Du Berger crut le ferment ;
Colin paroît moins terrible
En paroiffant plus charmant :
Quel plaifir pour les fillettes ,
Avec un tendre Berger ;
On croit bientôt fans danger ,
Se laiffer , fe laiffer conter fleurettes.
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Résumé : VAUDEVILLE.
Le texte décrit un vaudeville où une bergère timide, mais sensible aux jeux de l'amour, chante dans un bois solitaire sur le plaisir des fillettes de se laisser conter fleurettes par un berger tendre sans danger. Colin, un jeune homme, écoute cette chanson et y répond en exprimant son désir. Célimène, un autre personnage, met en garde contre les tromperies de l'amour. La bergère, séduite par les paroles charmantes de Colin, finit par le trouver moins effrayant et plus attirant. Le vaudeville se conclut sur l'idée que les fillettes peuvent se laisser conter fleurettes par un berger tendre sans danger.
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5158
p. 112-119
« MÉLANGES de Poësie, de Littérature & d'Histoire, par l'Académie des [...] »
Début :
MÉLANGES de Poësie, de Littérature & d'Histoire, par l'Académie des [...]
Mots clefs :
Académie des belles-lettres de Montauban, Poème, Roi, Ouvrage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MÉLANGES de Poësie, de Littérature & d'Histoire, par l'Académie des [...] »
MELANGES de Poëlie , de Littérature
& d'Hiftoire , par l'Académie des
Belles Lettres de Montauban , pour les
années 1747 , 1748 , 1749 & 1750. A
Moutauban , chez J. F. Teulieres , Imprimeur
du Roi & de l'Académie . On le trouve
à Paris , chez Chaubert , quai des Auguftins
, à la Renommée.
Voici une table ou notice des différens
écrits qui compofent ces mêlanges .
Hiftoire de l'Académie. :
J
OCTOBRE . 1755. 113
Eloge hiftorique de feu M. l'Abbé Le
Franc , premier Préfident de la Cour des
Aides par M. l'Abbé Bellet.
Examen de la tragédie de Didon , de M.
Le Franc , avec des réflexions fur la tragédie
en général , par M. Enlart de Grandval
, Confeiller au Confeil d'Artois .
Obfervations de M. Le Franc fur les ré
flexions précédentes.
Voyage de Claudius Rutilius Numatianus
, Gaulois de naiffance , homme confulaire
, Gouverneur de Rome , Tribun d'une
légion , Préfet du Prétoire ; traduit du Latin
en François , avec des remarques. Par
M. Le Franc .
Cette élégante traduction doit nous faire
regretter ce qui nous manque du poëme
de Rutilius . Si nousavions Horace & Virgile
auffi- bien rendus dans notre langue ,
nous n'aurions plus de plaintes à faire , ni
de voeux à former fur ce fujet. M. Le Franc,
à l'exemple de Defpreaux , ne fe borné
point à faire de bons vers , il traduit encore
fi heureufement les écrits des anciens,
que leur poëfie même ne perd rien dans fa
profe. Peut-être y gagne- t- elle. Chez lui
l'érudition tourne au profit du talent , &
fert à nourrir le génie. Tels étoient avant
lui l'auteur de Phédre , dont il a fi bien
imité l'élégance dans fa Didon , & le tra
114 MERCURE DE FRANCE.
ducteur de Longin , que nous venons de
nommer.
Voyage d'Horace de Rome à Brindes , traduit
en vers François ; par le même.
Difcoursfurles paffions . Par M. Dubreuil,
Tréforier de France .
Leçons aux meres pour l'inftruction des
enfans . Par M. de la Mothe , Doyen de la
Cour des Aides & de l'Académie. Ce difcours
utile eft mêlé de profe & de vers.
L'auteur conferve encore de la verve au
fein de la vieilleffe : on en peut juger par
ces vers qui terminent l'ouvrage, & que ne
defavoueroit pas une Mufe de vingt - cinq
ans , s'ils pouvoient convenir à cet âge.
Vous nous pardonnez , tendres meres
Si , pour vos enfans précieux ,
Nous ofons offrir à vos yeux
Quelques remontrances légeres ;
Le devoir m'en fait une loi.
Nous cherchons , il faut vous le dire ;
Moins à plaire qu'à vous inftruire :
De nos Mufes , voilà l'emploi.
Trop proche de notre naiffance ,
Nous avons befoin des fecours
Que vous prêterez tous les jours.
A la foibleffe de l'enfance.
Dans l'âge de maturité
Nos leçons auront plus de grace §
1
OCTOBRE.
1755 15
Plus fort alors , notre Parnaffe
Imitera l'antiquité.
Mais puis -je au bout de ma carriere ;
A ces jours heureux afpirer ?
Les neuffoeurs viennent m'éclairer
Quand je vais perdre la lumiere.
Le trifte déclin de mes ans
Devroit arrêter mon audace ,
L'hyver ne laiffe point de trace ,
Des beaux jours que fit le printems.
Compliment au nom de l'Académie à M.
Le Franc , lorfqu'il fut reçu premier Préfident
de la Cour des Aides ; par M. de Saint-
Bear.
Effai fur les Combats littéraires . Par M.
l'Abbé Beller .
Stances à Meffieurs de la Société Littéraire
, le jour que l'auteur fur admis à leurs
Séances , 9 Juillet 1730. Pár M. de Ber
noy.
Les defagrémens de la campagne . Difcours
en vers par le même.
Obfervations fur le reproche de foibleffe
& de ftérilité , que l'on a cru pouvoir
faire à la langue Françoife pour le poëme
épique ; par M. l'Abbé Bellet.
1
L'Art de la Guerre . Poëme , par M. L.
M. D. M. L'auteur s'annonce fi bien qu'il
L
116 MERCURE DE FRANCE.
ne doit pas s'en tenir
à fon premier
chant
.
Nous ofons l'inviter à continuer comme
il a commencé . L'art de la Guerre ne peut
être mieux célébré que par un favori de
Mars, qui l'eft auffi d'Apollon . Qu'on juge
par les vers fuivans du talent de l'auteur ,
& du ton de l'ouvrage .
Rois , qui pour les humains montrez un coeur de
pere ,
Rois , que le ciel fit naître au jour de fa colere ;
Mon devoir eft de vaincre & de vous obéir ,
Mon courage m'entraîne , & ne peut me trahir.
Mais , vous qui m'ordonnez de ravager la terre ,
Qui mettez dans mes mains les torches de la
guerre ,
Je fere aveuglément votre pouvoir jaloux ,
Et vous répondez feuls de l'effet de mes conps.
La honte fuit de près une gloire coupable ,
Aux mains d'un roi cruel , d'un maître inexorable ,
La palme perd bientôt fon éclat le plus beau ,
Et des filles d'Enfer n'eft plus que le flambeau.
Un tyran exécrable , entouré de victimes ,
Trace en lignes de fang la lifte de ſes crimes ,
Et la haine & la rage en parcourent les traits :
Chaque jour qu'il voit naître ajoute à fes forfaits ,
Il porte en cent climats la mort & l'esclavage .
La difette , la faim , le défefpoir , la rage ,
Se voilant fous fes pas de lambeaux déchirés ,
Foulent des corps ſanglans à demi dévorés.
OCTOBRE.
1755. 117
Tel eft d'un conquérant le cortége effroyable.
Mais, Princes, l'autre excès n'eft pas moins , condamnable
:
Un roi foible & fans foins fous la pourpre endormi
,
Un Roi gêné de l'être , eft fon propre ennemi.
Sans confeils , fans deffeins , & fans expérience ,
En de ferviles mains il remet fa puiffauce ,
Et bientôt de la fraude elle devient l'appui.
Le favori d'un lâche eft lâche comme lui ,
Le traître en le flattant par un honteux hommage,
De fon maître trompé prolonge l'esclavage .
Tout homme ami du vrai , loin du Prince eft
chané :
Bientôt un peuple efclave autour de lui placé ,
Pour le précipiter au fein de la molleffe ,
Des bras de la vertu l'arrache avec adreffe.
Sous les pas égarés , femant partout des fleurs ,
Du peuple gémiffant on lui cache les pleurs .
Un roi qui fait régner fuivant d'autres maximes
,
Connoît de fon pouvoir les bornes légitimes.
De fes derniers fujets , il écoute les voeux ,
Et ne fe croit puiffant que pour les rendre heureux.
Le fer eft dans les mains , mais c'eſt pour les défendre.
L'impofteur les redoute , & n'ofe les furprendre.
Tout mérite fes dons difpenfés avec choix ,
118 MERCURE DE FRANCE.
Et fes foldats vainqueurs ne craignent que les
loix.
Eloge hiftorique d'Antoine d'Hauteferre
par M. de Cathalacoture .
Eloge hiftorique d'Antoine d'Hauteferre
par le même.
Difcours en vers à la fortune par M. de
Claris , Préfident de la Chambre des Comp
tes , Cour des aydes & finances de Montpellier.
Réflexions fur le goût , par M. l'abbé
Bellet.
Les Graces , Ode imitée de la quator
zieme Olympique de Pindare , par M. le
Franc. Ode trente - quatrième du premier
livre des Odes d'Horace , & Retour à Dieu ,
par le même.
>
Conjectures fur le tems , où une partię
du pays appellée aujourd'hui le Rouergue ,
fut unie & incorporée à la Province Narbonnoife
, par le même.
Ce Recueil fait honneur à l'Académie
de Montauban , & prouve que de toutes
les Sociétés littéraires de Province nouvellement
établies , elle eft celle qui travaille
dans fa partie , avec le plus de goût
& de diftinction.On trouve aufli chez Chaubert
, le Recueil de 1744 1745 1746
publié en 1750.
›
OCTOBRE. 1759 119
MÉMOIRES de Michel de Marolles , abbé
de Villeloin , avec des notes hiftoriques &
critiques , trois volumes in- 12.
On les trouve chez Nyon & Guillyn ,
quay des Auguftins. C'eft le feul ouvrage.
qu'on puiffe lire de cet auteur abondant.
Les notes font de M. l'abbé Goujet, auteur
de la Bibliotheque françoiſe.
ESSAI fur les grandes opérations de la
guerre , ou Recueil des obfervations des
différens auteurs fur la maniere de les
perfectionner
, par M. le Baron d'Efpagnac ,
Brigadier des armées du Roi , 4 vol. A
Paris , chez Ganeau , rue S. Severin , aux
armes de Dombes , 1755.
C'eſt une fuite de l'Effai fur la guerre
que l'auteur a fait paroître il y a trois ans ,
chez le même Libraire , & dont le Mercure
a parlé avec tout l'éloge qu'il mérite . Cette
feconde partie n'eft pas moins inftructive
ni moins intéreffante . M. le Baron d'Efpagnac
fe propofe d'y joindre dans la fuite un
fupplément qui traitera de tout ce qui a
rapport aux fiéges , avec un extrait des réglemens
pour le fervice de campagne &
pour les évolutions ; ce qui rendra fon
ouvrage complet .
& d'Hiftoire , par l'Académie des
Belles Lettres de Montauban , pour les
années 1747 , 1748 , 1749 & 1750. A
Moutauban , chez J. F. Teulieres , Imprimeur
du Roi & de l'Académie . On le trouve
à Paris , chez Chaubert , quai des Auguftins
, à la Renommée.
Voici une table ou notice des différens
écrits qui compofent ces mêlanges .
Hiftoire de l'Académie. :
J
OCTOBRE . 1755. 113
Eloge hiftorique de feu M. l'Abbé Le
Franc , premier Préfident de la Cour des
Aides par M. l'Abbé Bellet.
Examen de la tragédie de Didon , de M.
Le Franc , avec des réflexions fur la tragédie
en général , par M. Enlart de Grandval
, Confeiller au Confeil d'Artois .
Obfervations de M. Le Franc fur les ré
flexions précédentes.
Voyage de Claudius Rutilius Numatianus
, Gaulois de naiffance , homme confulaire
, Gouverneur de Rome , Tribun d'une
légion , Préfet du Prétoire ; traduit du Latin
en François , avec des remarques. Par
M. Le Franc .
Cette élégante traduction doit nous faire
regretter ce qui nous manque du poëme
de Rutilius . Si nousavions Horace & Virgile
auffi- bien rendus dans notre langue ,
nous n'aurions plus de plaintes à faire , ni
de voeux à former fur ce fujet. M. Le Franc,
à l'exemple de Defpreaux , ne fe borné
point à faire de bons vers , il traduit encore
fi heureufement les écrits des anciens,
que leur poëfie même ne perd rien dans fa
profe. Peut-être y gagne- t- elle. Chez lui
l'érudition tourne au profit du talent , &
fert à nourrir le génie. Tels étoient avant
lui l'auteur de Phédre , dont il a fi bien
imité l'élégance dans fa Didon , & le tra
114 MERCURE DE FRANCE.
ducteur de Longin , que nous venons de
nommer.
Voyage d'Horace de Rome à Brindes , traduit
en vers François ; par le même.
Difcoursfurles paffions . Par M. Dubreuil,
Tréforier de France .
Leçons aux meres pour l'inftruction des
enfans . Par M. de la Mothe , Doyen de la
Cour des Aides & de l'Académie. Ce difcours
utile eft mêlé de profe & de vers.
L'auteur conferve encore de la verve au
fein de la vieilleffe : on en peut juger par
ces vers qui terminent l'ouvrage, & que ne
defavoueroit pas une Mufe de vingt - cinq
ans , s'ils pouvoient convenir à cet âge.
Vous nous pardonnez , tendres meres
Si , pour vos enfans précieux ,
Nous ofons offrir à vos yeux
Quelques remontrances légeres ;
Le devoir m'en fait une loi.
Nous cherchons , il faut vous le dire ;
Moins à plaire qu'à vous inftruire :
De nos Mufes , voilà l'emploi.
Trop proche de notre naiffance ,
Nous avons befoin des fecours
Que vous prêterez tous les jours.
A la foibleffe de l'enfance.
Dans l'âge de maturité
Nos leçons auront plus de grace §
1
OCTOBRE.
1755 15
Plus fort alors , notre Parnaffe
Imitera l'antiquité.
Mais puis -je au bout de ma carriere ;
A ces jours heureux afpirer ?
Les neuffoeurs viennent m'éclairer
Quand je vais perdre la lumiere.
Le trifte déclin de mes ans
Devroit arrêter mon audace ,
L'hyver ne laiffe point de trace ,
Des beaux jours que fit le printems.
Compliment au nom de l'Académie à M.
Le Franc , lorfqu'il fut reçu premier Préfident
de la Cour des Aides ; par M. de Saint-
Bear.
Effai fur les Combats littéraires . Par M.
l'Abbé Beller .
Stances à Meffieurs de la Société Littéraire
, le jour que l'auteur fur admis à leurs
Séances , 9 Juillet 1730. Pár M. de Ber
noy.
Les defagrémens de la campagne . Difcours
en vers par le même.
Obfervations fur le reproche de foibleffe
& de ftérilité , que l'on a cru pouvoir
faire à la langue Françoife pour le poëme
épique ; par M. l'Abbé Bellet.
1
L'Art de la Guerre . Poëme , par M. L.
M. D. M. L'auteur s'annonce fi bien qu'il
L
116 MERCURE DE FRANCE.
ne doit pas s'en tenir
à fon premier
chant
.
Nous ofons l'inviter à continuer comme
il a commencé . L'art de la Guerre ne peut
être mieux célébré que par un favori de
Mars, qui l'eft auffi d'Apollon . Qu'on juge
par les vers fuivans du talent de l'auteur ,
& du ton de l'ouvrage .
Rois , qui pour les humains montrez un coeur de
pere ,
Rois , que le ciel fit naître au jour de fa colere ;
Mon devoir eft de vaincre & de vous obéir ,
Mon courage m'entraîne , & ne peut me trahir.
Mais , vous qui m'ordonnez de ravager la terre ,
Qui mettez dans mes mains les torches de la
guerre ,
Je fere aveuglément votre pouvoir jaloux ,
Et vous répondez feuls de l'effet de mes conps.
La honte fuit de près une gloire coupable ,
Aux mains d'un roi cruel , d'un maître inexorable ,
La palme perd bientôt fon éclat le plus beau ,
Et des filles d'Enfer n'eft plus que le flambeau.
Un tyran exécrable , entouré de victimes ,
Trace en lignes de fang la lifte de ſes crimes ,
Et la haine & la rage en parcourent les traits :
Chaque jour qu'il voit naître ajoute à fes forfaits ,
Il porte en cent climats la mort & l'esclavage .
La difette , la faim , le défefpoir , la rage ,
Se voilant fous fes pas de lambeaux déchirés ,
Foulent des corps ſanglans à demi dévorés.
OCTOBRE.
1755. 117
Tel eft d'un conquérant le cortége effroyable.
Mais, Princes, l'autre excès n'eft pas moins , condamnable
:
Un roi foible & fans foins fous la pourpre endormi
,
Un Roi gêné de l'être , eft fon propre ennemi.
Sans confeils , fans deffeins , & fans expérience ,
En de ferviles mains il remet fa puiffauce ,
Et bientôt de la fraude elle devient l'appui.
Le favori d'un lâche eft lâche comme lui ,
Le traître en le flattant par un honteux hommage,
De fon maître trompé prolonge l'esclavage .
Tout homme ami du vrai , loin du Prince eft
chané :
Bientôt un peuple efclave autour de lui placé ,
Pour le précipiter au fein de la molleffe ,
Des bras de la vertu l'arrache avec adreffe.
Sous les pas égarés , femant partout des fleurs ,
Du peuple gémiffant on lui cache les pleurs .
Un roi qui fait régner fuivant d'autres maximes
,
Connoît de fon pouvoir les bornes légitimes.
De fes derniers fujets , il écoute les voeux ,
Et ne fe croit puiffant que pour les rendre heureux.
Le fer eft dans les mains , mais c'eſt pour les défendre.
L'impofteur les redoute , & n'ofe les furprendre.
Tout mérite fes dons difpenfés avec choix ,
118 MERCURE DE FRANCE.
Et fes foldats vainqueurs ne craignent que les
loix.
Eloge hiftorique d'Antoine d'Hauteferre
par M. de Cathalacoture .
Eloge hiftorique d'Antoine d'Hauteferre
par le même.
Difcours en vers à la fortune par M. de
Claris , Préfident de la Chambre des Comp
tes , Cour des aydes & finances de Montpellier.
Réflexions fur le goût , par M. l'abbé
Bellet.
Les Graces , Ode imitée de la quator
zieme Olympique de Pindare , par M. le
Franc. Ode trente - quatrième du premier
livre des Odes d'Horace , & Retour à Dieu ,
par le même.
>
Conjectures fur le tems , où une partię
du pays appellée aujourd'hui le Rouergue ,
fut unie & incorporée à la Province Narbonnoife
, par le même.
Ce Recueil fait honneur à l'Académie
de Montauban , & prouve que de toutes
les Sociétés littéraires de Province nouvellement
établies , elle eft celle qui travaille
dans fa partie , avec le plus de goût
& de diftinction.On trouve aufli chez Chaubert
, le Recueil de 1744 1745 1746
publié en 1750.
›
OCTOBRE. 1759 119
MÉMOIRES de Michel de Marolles , abbé
de Villeloin , avec des notes hiftoriques &
critiques , trois volumes in- 12.
On les trouve chez Nyon & Guillyn ,
quay des Auguftins. C'eft le feul ouvrage.
qu'on puiffe lire de cet auteur abondant.
Les notes font de M. l'abbé Goujet, auteur
de la Bibliotheque françoiſe.
ESSAI fur les grandes opérations de la
guerre , ou Recueil des obfervations des
différens auteurs fur la maniere de les
perfectionner
, par M. le Baron d'Efpagnac ,
Brigadier des armées du Roi , 4 vol. A
Paris , chez Ganeau , rue S. Severin , aux
armes de Dombes , 1755.
C'eſt une fuite de l'Effai fur la guerre
que l'auteur a fait paroître il y a trois ans ,
chez le même Libraire , & dont le Mercure
a parlé avec tout l'éloge qu'il mérite . Cette
feconde partie n'eft pas moins inftructive
ni moins intéreffante . M. le Baron d'Efpagnac
fe propofe d'y joindre dans la fuite un
fupplément qui traitera de tout ce qui a
rapport aux fiéges , avec un extrait des réglemens
pour le fervice de campagne &
pour les évolutions ; ce qui rendra fon
ouvrage complet .
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Résumé : « MÉLANGES de Poësie, de Littérature & d'Histoire, par l'Académie des [...] »
Le document présente les 'Mélanges de Poésie, de Littérature & d'Histoire' publiés par l'Académie des Belles Lettres de Montauban pour les années 1747 à 1750. Ces recueils sont disponibles à Montauban chez J. F. Teulieres et à Paris chez Chaubert. La table des matières inclut divers écrits historiques et littéraires, tels que des éloges historiques, des traductions de poèmes latins, des discours et des observations sur la tragédie. Parmi les auteurs notables figurent M. l'Abbé Le Franc, M. Enlart de Grandval et M. Dubreuil. Le texte souligne la qualité des traductions et des œuvres poétiques, comparant certains auteurs à des figures classiques comme Horace et Virgile. Les recueils incluent également des discours utiles, des compliments académiques et des poèmes sur divers sujets. Le document mentionne d'autres publications, comme les 'Mémoires de Michel de Marolles' et un 'Essai sur les grandes opérations de la guerre' par le Baron d'Espagnac. L'Académie de Montauban est louée pour son travail distingué et son goût littéraire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5159
p. 5-6
L'EMBARRAS DES RICHESSES, CANTATILLE.
Début :
Nous possedons, Dieux de la terre ! [...]
Mots clefs :
Bonheur, Richesse, Embarras
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'EMBARRAS DES RICHESSES, CANTATILLE.
L'EMBARRAS DES RICHESSES,
CANTA TILL E.
Nous poffedons , Dieux de la rerre !
Vous , les tréfors , moi , les plaifirs :
A l'abondance je préfere
L'attente qui naît des défirs.
Plus vous nagez dans la richeffe ,
Moins vous goûtez la volupté
Vous êtes plongés dans l'yvreffe ,
J'en ai la pointe & la gaieté,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
De loin votre bonheur nous féduit, nous étonne ;
Il difparoît de près ; fitôt qu'on peut vous voir
L'ennui vous fuit partout , l'effroi vous environne:
Semblables à la feuille à la fin de l'Automne ,
Du faîte des grandeurs un vent vous fait décheoir :
Mon partage eft plus doux ; quand Iris me cou-
Des fleurs
ronne
que dans nos prés fans choix fa main
moiffonne ,
Je fuis Roi le matin , fûr de l'être le foir.
Au bord d'un ruiffeau qui murmure ,
J'éprouve un tranquille fommeil.
Je ne crains point qu'à mon réveil
Contre moi s'arme la nature.
D'elle & d'Iris je fuis la loi ,
Sur leurs dons mon bonheur fe fonde :
Le foleil luit pour tout le monde ,
Mon Iris ne vit que pour moi .
CANTA TILL E.
Nous poffedons , Dieux de la rerre !
Vous , les tréfors , moi , les plaifirs :
A l'abondance je préfere
L'attente qui naît des défirs.
Plus vous nagez dans la richeffe ,
Moins vous goûtez la volupté
Vous êtes plongés dans l'yvreffe ,
J'en ai la pointe & la gaieté,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
De loin votre bonheur nous féduit, nous étonne ;
Il difparoît de près ; fitôt qu'on peut vous voir
L'ennui vous fuit partout , l'effroi vous environne:
Semblables à la feuille à la fin de l'Automne ,
Du faîte des grandeurs un vent vous fait décheoir :
Mon partage eft plus doux ; quand Iris me cou-
Des fleurs
ronne
que dans nos prés fans choix fa main
moiffonne ,
Je fuis Roi le matin , fûr de l'être le foir.
Au bord d'un ruiffeau qui murmure ,
J'éprouve un tranquille fommeil.
Je ne crains point qu'à mon réveil
Contre moi s'arme la nature.
D'elle & d'Iris je fuis la loi ,
Sur leurs dons mon bonheur fe fonde :
Le foleil luit pour tout le monde ,
Mon Iris ne vit que pour moi .
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Résumé : L'EMBARRAS DES RICHESSES, CANTATILLE.
Le poème 'L'EMBARRAS DES RICHESSES' de Cantat Till E. met en lumière la contradiction entre l'abondance matérielle et le bonheur véritable. Le poète exprime une préférence pour l'attente des désirs plutôt que pour l'abondance, estimant que la richesse excessive empêche de savourer la volupté. Les riches, malgré leur ivresse, ne connaissent pas la véritable gaieté. Leur bonheur, admiré de loin, se transforme en ennui et en peur de près. Ils sont comparés à une feuille d'automne, délogée par le vent des grandeurs. En contraste, le poète se réjouit de sa condition plus douce, se comparant à un roi le matin et à un simple mortel le soir. Il trouve un sommeil tranquille au bord d'un ruisseau murmurant. Il ne craint ni la nature ni Iris, car son bonheur repose sur leurs dons. Le soleil luit pour tous, mais son Iris ne vit que pour lui.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5160
p. 6-9
FABLE A un Ami qui veut se reléguer en Province, & prendre le parti du Couvent. L'ARBRISSEAU.
Début :
Tu vas quitter Paris, cher D***, & le cloître [...]
Mots clefs :
Arbrisseau, Couvent, Bonheur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FABLE A un Ami qui veut se reléguer en Province, & prendre le parti du Couvent. L'ARBRISSEAU.
FABLE
A un Ami qui veut fe reléguer en Province ;
prendre le parti du Couvent .
L'AR BRISSE A U.
Tuvas quitter Paris , cher D*** , & le cloftre U
A pour toi des appas que je ne puis connoître à
NOVEMBRE. 1755 7
Oui , pour t'en détourner mes foins font fuperflus.
Mais tu te flattes donc qu'en ton couvent reclus ,
Tu goûteras en paix les douceurs de la vie ;
Qu'un bonheur fans mêlange , exemt de toute
envie ,
Contentera tes voeux , remplira tes deffeins ,
Et fera fur toi feul lever des jours fereins ?
Cependant on le dit : la raifon d'ordinaire
N'habite pas longtems chez la gent folitaire.
Tel qui trop tôt du monde veut fortir ,
Souvent trop tard pourra s'en repentir.
J'avance pour preuve une fable ,
Rends- là pour toi moins applicable.
Un arbriffeau planté par la nature ,
Déja fort , & riche en verdure ,
Voyoit dans un jardin d'autres arbres rangés ,
Elagués avec art , très-bien fymétriſés :
Pourquoi , dit-il , fous les yeux d'un bon maître,
D'être foigné comme eux , n'ai-je pas le bonheur ?
Profiterois-je moins ? que fçait -on è mieux peutêtre.
Hélas ! un tronc touffu , des branches fans honneur
,
De la feve qui m'a fait naître
Vont épuifer tout le meilleur.
En lieu bien clos , à l'abri des tempêtes ,
Sans crainte ils élevent leurs têtes.
Sont-ils trop altérés ; on leur rend la fraîcheur :
Bref, à chaque maladie
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
En tout tems on rémédie.
Pour moi , je languis de maigreur ;
Les faifons , les vents , les chaleurs ,
Cent & cent maux me font à craindre ;
Oui , toujours le pauvre arbre alloit encor fe .....
plaindre ,
Des pores de l'écorce il couloit quelques pleurs :"
Le fort trompa bien ſon attente.
Chemin faifant , le voifin jardinier
Le voit , l'admire , & le tranfplante ,
L'arrofe , comme il faut , l'engraiffe de fumier.
Quinze jours écoulés , notre arbre avoit pris terre,
S'eftimant fort heureux . Il fallut le tailler.
De fes rameaux fourchus il ſe voit dépouiller ;
Et pour le redreffer , on lui livre la guerre :
Bientôt ce n'est plus qu'un tronc nu .
Il avoit defiré de tous fes maux le pire ;
Plein de regret il gémit , il foupire ,
Et maudit un bonheur qu'il n'avoit point connu .
Ami , tu fçais à quoi mon recit fe termine.
Le Monaftere eft ce verger charmant ,
Ou , fous la fage difcipline ,
Un béat vit tranquillement.
Il eft content , dis- tu : certes , je le veux croire ;
Dans fa condition on a mille agrémens.
Mais s'il l'a pris fans choix , la robe blanche ou
noire
Ne change point les fentimens.
Le tendre arbriffeau , c'eft toi- même ;
NOVEMBRE . 1755 .
Tu hais le monde , & tu fuis fes plaifirs :
Le froc te femble un bien fuprême.
Ah ! je t'arrête trop ; cours , vole à tes défirs.
Mais quand fous un dur eſclavage
Tu fentiras enfin gémir ta liberté ;
Quand une obéiffance aveugle & fans partage ,
Condamnera ta moindre volonté ;
Alors ..... mais je veux taire un trifte & vain préfage
;
Suis ta vocation : c'eft l'avis le plus fage.
Si Dieu te parle , il veut être écouté ;
Mais il ne parle pas , s'il n'eft bien confulté.
L'Abbé BOUCHE .
A un Ami qui veut fe reléguer en Province ;
prendre le parti du Couvent .
L'AR BRISSE A U.
Tuvas quitter Paris , cher D*** , & le cloftre U
A pour toi des appas que je ne puis connoître à
NOVEMBRE. 1755 7
Oui , pour t'en détourner mes foins font fuperflus.
Mais tu te flattes donc qu'en ton couvent reclus ,
Tu goûteras en paix les douceurs de la vie ;
Qu'un bonheur fans mêlange , exemt de toute
envie ,
Contentera tes voeux , remplira tes deffeins ,
Et fera fur toi feul lever des jours fereins ?
Cependant on le dit : la raifon d'ordinaire
N'habite pas longtems chez la gent folitaire.
Tel qui trop tôt du monde veut fortir ,
Souvent trop tard pourra s'en repentir.
J'avance pour preuve une fable ,
Rends- là pour toi moins applicable.
Un arbriffeau planté par la nature ,
Déja fort , & riche en verdure ,
Voyoit dans un jardin d'autres arbres rangés ,
Elagués avec art , très-bien fymétriſés :
Pourquoi , dit-il , fous les yeux d'un bon maître,
D'être foigné comme eux , n'ai-je pas le bonheur ?
Profiterois-je moins ? que fçait -on è mieux peutêtre.
Hélas ! un tronc touffu , des branches fans honneur
,
De la feve qui m'a fait naître
Vont épuifer tout le meilleur.
En lieu bien clos , à l'abri des tempêtes ,
Sans crainte ils élevent leurs têtes.
Sont-ils trop altérés ; on leur rend la fraîcheur :
Bref, à chaque maladie
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
En tout tems on rémédie.
Pour moi , je languis de maigreur ;
Les faifons , les vents , les chaleurs ,
Cent & cent maux me font à craindre ;
Oui , toujours le pauvre arbre alloit encor fe .....
plaindre ,
Des pores de l'écorce il couloit quelques pleurs :"
Le fort trompa bien ſon attente.
Chemin faifant , le voifin jardinier
Le voit , l'admire , & le tranfplante ,
L'arrofe , comme il faut , l'engraiffe de fumier.
Quinze jours écoulés , notre arbre avoit pris terre,
S'eftimant fort heureux . Il fallut le tailler.
De fes rameaux fourchus il ſe voit dépouiller ;
Et pour le redreffer , on lui livre la guerre :
Bientôt ce n'est plus qu'un tronc nu .
Il avoit defiré de tous fes maux le pire ;
Plein de regret il gémit , il foupire ,
Et maudit un bonheur qu'il n'avoit point connu .
Ami , tu fçais à quoi mon recit fe termine.
Le Monaftere eft ce verger charmant ,
Ou , fous la fage difcipline ,
Un béat vit tranquillement.
Il eft content , dis- tu : certes , je le veux croire ;
Dans fa condition on a mille agrémens.
Mais s'il l'a pris fans choix , la robe blanche ou
noire
Ne change point les fentimens.
Le tendre arbriffeau , c'eft toi- même ;
NOVEMBRE . 1755 .
Tu hais le monde , & tu fuis fes plaifirs :
Le froc te femble un bien fuprême.
Ah ! je t'arrête trop ; cours , vole à tes défirs.
Mais quand fous un dur eſclavage
Tu fentiras enfin gémir ta liberté ;
Quand une obéiffance aveugle & fans partage ,
Condamnera ta moindre volonté ;
Alors ..... mais je veux taire un trifte & vain préfage
;
Suis ta vocation : c'eft l'avis le plus fage.
Si Dieu te parle , il veut être écouté ;
Mais il ne parle pas , s'il n'eft bien confulté.
L'Abbé BOUCHE .
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Résumé : FABLE A un Ami qui veut se reléguer en Province, & prendre le parti du Couvent. L'ARBRISSEAU.
L'Abbé Bouche adresse une fable à un ami envisageant de quitter Paris pour entrer dans un couvent. Il utilise l'allégorie d'un arbrisseau envieux des arbres bien soignés dans un jardin voisin. Cet arbrisseau, après avoir été transplanté et taillé, regrette son sort. L'auteur compare cette situation à celle de son ami, qui pourrait regretter sa décision de rejoindre un couvent. Il souligne que la vie monastique, bien que paisible, ne modifie pas les sentiments et les aspirations d'une personne. L'auteur conseille à son ami de suivre sa véritable vocation, mais de bien réfléchir avant de prendre une telle décision.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5161
p. 41-46
TRADUCTION De l'Eté de M. l'Abbé Métastaze.
Début :
Des pleurs précieux de l'Aurore [...]
Mots clefs :
Bergère, Chaleur, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION De l'Eté de M. l'Abbé Métastaze.
TRADUCTION
De l'Eté de M. l'Abbé Métaftaze.
DEs pleurs précieux de l'Aurore
Nos champs ne font plus pénétrés ;
brillantes couleurs de Flore ,
Njardins ne font plus parés.
L Eté , qu'un blond épic couronne ,
Amene déja la moiffon :
Et la chaleur qui l'environne ,
A terni l'éclat du
gazon.
#
L'air appéfanti nous accable ,
Sitôt que le foleil s'enfuit :
Son feu déposé dans le ſable ,
S'éleve & réchauffe la nuit.
Ces prez voifins d'une fontaine
N'ont plus de ruiffeau bienfaicteurs.
L'autan , fous fa brulante haleine ,
Voit plier la tige des fleurs.
42 MERCURE DE FRANCE:
Des nuages , la terre aride
Ne reçoit aucun aliment :
De leurs dons fa furface avide
Partout fe fillonne & fe fend.
L'arbre que le printems décore ,
N'a plus fa premiere verdeur :
Et le rayon qui le dévore .
Paroît y laiffer fa couleur.
Le faule ingrat fur le rivage ;
A ce ruiffeau qui le nourrit
Ceffant de porter fon ombrage ;
Le livre au chaud qui le tarit.
3
On voit ,fans en craindre l'outrage ,
Le moiffonneur , fous le foleil ,
Accablé du poids de l'ouvrage ,
Gouter la douceur du fommeil .
串
Près de lui la Bergere aimable ,
Courant d'un pas rapide & prompt ,
Ote d'une ma n fécourable
La fueur qui baigne fon front.
NOVEMBRE. 1755. 43
Nos guèrets couverts de pouffiere
Du timide gibier qui fuit
N'offrent plus la piste légere
A l'ennemi qui le pourfuit.
Vainement le chaffeur tourmente
Le chien bientôt las d'aboyer ;
Son haleine courte & fréquente
Paffe & repaffe à ſon gofier.
Ce taureau bondiffant fur l'herbe ,
Dont le Berger a vu l'ardeur,
Et qui furieux & fuperbe
Porta fa flamme dans fon coeur •
Cédant au chaud qui l'extenue ,
Mugit , fe couche lentement ,
Tandis que la géniffe émue
Répond à fon mugiffement.
8
Du roffignol , que rien n'égale ,
Quand les accens charment nos bois ,
Le fon aigu de la cigale
A remplacé la douce voix.
44 MERCURE DE FRANCE.
Le ferpent qui fe renouvelle ,
Siffle , épouvante les pafteurs ;
Fier , au rayon qui le décele ,
Il oppofe mille couleurs.
Au fond de l'élement humide
Qu'attiédit la chaleur du jour ,
Sous l'algue le poiffon timide ,
Cherche à tempérer fon féjour.
D'une faiſon auſſi terrible
Je fupporterois la rigueur ;
Si Life à mes foupirs fenfible ;
S'attendriffoit en ma faveur .
Qu'Amour aux déferts de Lybie ,
Ou dans les climats les plus froids ,
Me mene au gré de fon envie ,
J'y fuis heureux , fi je t'y vois.
Quoique la, cime en foit brulée ;
Ce mont , par fon dos recourbé
Par cette ombrageufe vallée )
A la chaleur eft dérobé,
NOVEMBRE. 1755. 45
De ce côteau coule une fource ,
Dont la chute épure fes eaux
Et qui partagée en la courſe ,
Se répand en mille ruiffeaux,
Jamais la Bergere n'y mene
L'importun troupeau qui la fuit ;
La lune y paroît incertaine ,
Foiblement le foleil y luit.
Qu'en ces beaux lieux la nuit nous trompe ;
Qu'elle nous preſſe de jouir ;
Et qu'aucun fouci n'interrompe
Le moment heureux du plaifir.
Pourquoi chercher dans le nuage
Du fombre & douteux avenir ;
Il n'eft qu'un tems pour le bel âge ,
Life , l'amour doit le remplir,
Si le Dieu du Pinde m'inſpire ,
Si l'amour m'affure ta foi ,
Que le fort contre mor confpire ,
Je l'attends fans aucun effroi.
46 MERCURE DE FRANCE.
Ni le luxe de la richeſſe ,
Ni le faux éclat de l'honneur ,
Ni les glaces de la vieilleffe
Ne changeront jamais mon coeur.
Tout courbé , la tête chenue ,
Mon luth fléchira fous mes doigts ;
A fa corde alors mal tendue
J'accorderai ma foible voix.
Je chercherai l'amour encore
Dans ces beaux yeux moins empreffés ;
Et fur cette main que j'adore ,
Mes froids baifers feront tracés,
Grands Dieux , qu'aucun trouble n'altere ,
De nos maux , paiſibles témoins ,
Souffrez que mon luth , ma Bergere ,
Soient toujours l'objet de mes foins.
#
i
Que pour nous la parque moitis dure ,
D'un long fil couvre ſon fuſeau ,
Life , d'une flamme auffi pure
Je brulerai jufqu'au tombeau.
Pallu , de Poitiers.
De l'Eté de M. l'Abbé Métaftaze.
DEs pleurs précieux de l'Aurore
Nos champs ne font plus pénétrés ;
brillantes couleurs de Flore ,
Njardins ne font plus parés.
L Eté , qu'un blond épic couronne ,
Amene déja la moiffon :
Et la chaleur qui l'environne ,
A terni l'éclat du
gazon.
#
L'air appéfanti nous accable ,
Sitôt que le foleil s'enfuit :
Son feu déposé dans le ſable ,
S'éleve & réchauffe la nuit.
Ces prez voifins d'une fontaine
N'ont plus de ruiffeau bienfaicteurs.
L'autan , fous fa brulante haleine ,
Voit plier la tige des fleurs.
42 MERCURE DE FRANCE:
Des nuages , la terre aride
Ne reçoit aucun aliment :
De leurs dons fa furface avide
Partout fe fillonne & fe fend.
L'arbre que le printems décore ,
N'a plus fa premiere verdeur :
Et le rayon qui le dévore .
Paroît y laiffer fa couleur.
Le faule ingrat fur le rivage ;
A ce ruiffeau qui le nourrit
Ceffant de porter fon ombrage ;
Le livre au chaud qui le tarit.
3
On voit ,fans en craindre l'outrage ,
Le moiffonneur , fous le foleil ,
Accablé du poids de l'ouvrage ,
Gouter la douceur du fommeil .
串
Près de lui la Bergere aimable ,
Courant d'un pas rapide & prompt ,
Ote d'une ma n fécourable
La fueur qui baigne fon front.
NOVEMBRE. 1755. 43
Nos guèrets couverts de pouffiere
Du timide gibier qui fuit
N'offrent plus la piste légere
A l'ennemi qui le pourfuit.
Vainement le chaffeur tourmente
Le chien bientôt las d'aboyer ;
Son haleine courte & fréquente
Paffe & repaffe à ſon gofier.
Ce taureau bondiffant fur l'herbe ,
Dont le Berger a vu l'ardeur,
Et qui furieux & fuperbe
Porta fa flamme dans fon coeur •
Cédant au chaud qui l'extenue ,
Mugit , fe couche lentement ,
Tandis que la géniffe émue
Répond à fon mugiffement.
8
Du roffignol , que rien n'égale ,
Quand les accens charment nos bois ,
Le fon aigu de la cigale
A remplacé la douce voix.
44 MERCURE DE FRANCE.
Le ferpent qui fe renouvelle ,
Siffle , épouvante les pafteurs ;
Fier , au rayon qui le décele ,
Il oppofe mille couleurs.
Au fond de l'élement humide
Qu'attiédit la chaleur du jour ,
Sous l'algue le poiffon timide ,
Cherche à tempérer fon féjour.
D'une faiſon auſſi terrible
Je fupporterois la rigueur ;
Si Life à mes foupirs fenfible ;
S'attendriffoit en ma faveur .
Qu'Amour aux déferts de Lybie ,
Ou dans les climats les plus froids ,
Me mene au gré de fon envie ,
J'y fuis heureux , fi je t'y vois.
Quoique la, cime en foit brulée ;
Ce mont , par fon dos recourbé
Par cette ombrageufe vallée )
A la chaleur eft dérobé,
NOVEMBRE. 1755. 45
De ce côteau coule une fource ,
Dont la chute épure fes eaux
Et qui partagée en la courſe ,
Se répand en mille ruiffeaux,
Jamais la Bergere n'y mene
L'importun troupeau qui la fuit ;
La lune y paroît incertaine ,
Foiblement le foleil y luit.
Qu'en ces beaux lieux la nuit nous trompe ;
Qu'elle nous preſſe de jouir ;
Et qu'aucun fouci n'interrompe
Le moment heureux du plaifir.
Pourquoi chercher dans le nuage
Du fombre & douteux avenir ;
Il n'eft qu'un tems pour le bel âge ,
Life , l'amour doit le remplir,
Si le Dieu du Pinde m'inſpire ,
Si l'amour m'affure ta foi ,
Que le fort contre mor confpire ,
Je l'attends fans aucun effroi.
46 MERCURE DE FRANCE.
Ni le luxe de la richeſſe ,
Ni le faux éclat de l'honneur ,
Ni les glaces de la vieilleffe
Ne changeront jamais mon coeur.
Tout courbé , la tête chenue ,
Mon luth fléchira fous mes doigts ;
A fa corde alors mal tendue
J'accorderai ma foible voix.
Je chercherai l'amour encore
Dans ces beaux yeux moins empreffés ;
Et fur cette main que j'adore ,
Mes froids baifers feront tracés,
Grands Dieux , qu'aucun trouble n'altere ,
De nos maux , paiſibles témoins ,
Souffrez que mon luth , ma Bergere ,
Soient toujours l'objet de mes foins.
#
i
Que pour nous la parque moitis dure ,
D'un long fil couvre ſon fuſeau ,
Life , d'une flamme auffi pure
Je brulerai jufqu'au tombeau.
Pallu , de Poitiers.
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Résumé : TRADUCTION De l'Eté de M. l'Abbé Métastaze.
Le poème 'Des pleurs précieux de l'Aurore' de l'Abbé Métafaze, publié dans le Mercure de France en novembre 1755, décrit les effets dévastateurs de la chaleur estivale sur la nature. Les champs et les jardins ont perdu leur éclat, et les arbres ont perdu leur verdure. La chaleur intense rend les nuits étouffantes et les sources d'eau sont taries. Les animaux, tels que les taureaux et les chiens, souffrent de la chaleur. Les bergers et les moissonneurs cherchent refuge dans le sommeil. Le poète exprime son amour inconditionnel pour une personne, affirmant qu'il serait heureux en sa compagnie même dans les conditions les plus difficiles. Il souhaite que son amour reste pur et constant jusqu'à la fin de sa vie, malgré les épreuves.
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5162
p. 47
PORTRAIT DE Mlle D... OU L'AMOUR GRAVEUR.
Début :
L'Amour est un enfant, mais l'amour sçait tout faire. [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Graveur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT DE Mlle D... OU L'AMOUR GRAVEUR.
PORTRAIT DE Mlle D ...
O U
L'AMOUR GRAVEUR.
L'Amour eft un enfant , mais l'amour ſçait tout
faire.
Je fuis , dit-il un jour excellent Orateur ,
Bon Muficien , bon Peintre , bon rimeur ;
Un ſeul talent me manque , & c'eſt une miſere ;
Je n'ai jamais gravé : je veux être graveur.
L'Artiſte ingénieux prend une flèche , un coeur ,
Et d'une main délicate & légere ,
Il y deffine un front où regne la candeur ,
Un oeil vif & charmant où brille la douceur
Une bouche ſemblable à celle de fa mere.
L'amour dans ce qu'il fait ignore la lenteur.
L'ouvrage en peu de tems fut tel qu'il devoit
être ,
Et le petit deffinateur
Dit en s'applaudiffant : j'ai fait un coup de maî
tre !
Voilà le plus joli minois ,
L'air le plus fin , les plus beaux traits du monde ;
Mais feroit-ce une erreur ? & qu'est -ce que je vois?
C'eft le portrait de Life , & le coeur de L... ois !
Le pauvre coeur en tient ;la gravure eft profonde.
O U
L'AMOUR GRAVEUR.
L'Amour eft un enfant , mais l'amour ſçait tout
faire.
Je fuis , dit-il un jour excellent Orateur ,
Bon Muficien , bon Peintre , bon rimeur ;
Un ſeul talent me manque , & c'eſt une miſere ;
Je n'ai jamais gravé : je veux être graveur.
L'Artiſte ingénieux prend une flèche , un coeur ,
Et d'une main délicate & légere ,
Il y deffine un front où regne la candeur ,
Un oeil vif & charmant où brille la douceur
Une bouche ſemblable à celle de fa mere.
L'amour dans ce qu'il fait ignore la lenteur.
L'ouvrage en peu de tems fut tel qu'il devoit
être ,
Et le petit deffinateur
Dit en s'applaudiffant : j'ai fait un coup de maî
tre !
Voilà le plus joli minois ,
L'air le plus fin , les plus beaux traits du monde ;
Mais feroit-ce une erreur ? & qu'est -ce que je vois?
C'eft le portrait de Life , & le coeur de L... ois !
Le pauvre coeur en tient ;la gravure eft profonde.
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Résumé : PORTRAIT DE Mlle D... OU L'AMOUR GRAVEUR.
Le texte 'Portrait de Mlle D...' utilise la métaphore artistique pour décrire l'amour comme un enfant doué voulant maîtriser la gravure. Un artiste crée une gravure représentant Mlle de S..., mais l'amour découvre qu'elle touche le cœur de M. de L...ois.
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5163
p. 48
Le mauvais livre bien payé.
Début :
Le fait enfin n'est plus douteux ; [...]
Mots clefs :
Livre
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texteReconnaissance textuelle : Le mauvais livre bien payé.
Le mauvais livre bien payé.
LE fait enfin n'eft plus douteux ;
Par fois une mauvaiſe plante
Porte du fruit délicieux.
J'en ai la preuve fous les yeux ,
Puifque l'ouvrage de Dorante
A produit cent écus de rente.
LE fait enfin n'eft plus douteux ;
Par fois une mauvaiſe plante
Porte du fruit délicieux.
J'en ai la preuve fous les yeux ,
Puifque l'ouvrage de Dorante
A produit cent écus de rente.
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5164
p. 48
VERS A Madame A*** Par M. Fromage, qui lui donnoit un Bal.
Début :
Des plus grands Rois j'estime peu la gloire, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS A Madame A*** Par M. Fromage, qui lui donnoit un Bal.
VERS
A Madame A *** Par M. Fromage ,
qui lui donnoit un Bal.
DEs plus grands Rois j'eftime peu la gloire,
Ma royauté m'offre un fort plus charmant :
Belle Iris , avec vous ne regner qu'un moment ,
Yaut mieux que ces grandeurs d'éternelle mé
moire.
A Madame A *** Par M. Fromage ,
qui lui donnoit un Bal.
DEs plus grands Rois j'eftime peu la gloire,
Ma royauté m'offre un fort plus charmant :
Belle Iris , avec vous ne regner qu'un moment ,
Yaut mieux que ces grandeurs d'éternelle mé
moire.
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5165
p. 54
L'ÉLOGE IMPARFAIT. Par M. de Beuvry.
Début :
Que vous êtes belle, parfaite ! [...]
Mots clefs :
Éloge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ÉLOGE IMPARFAIT. Par M. de Beuvry.
L'ÉLOGE
IMPARFAIT.
Que
Par M. de Beuvry.
Ue vous êtes belle , parfaite !
Difoit l'enfant Amour à fa mere Cypris ,
Avec un gracieux fouris ,
Un jour qu'il vint à fa toilette :
Quels yeux ! quelle bouche ! quel tein !
Que d'appas touchans ! le beau fein ....
Arrêtez , dit Venus , mon fils , foyez modefte ;
C'eſt à Mars de louer le refte.
IMPARFAIT.
Que
Par M. de Beuvry.
Ue vous êtes belle , parfaite !
Difoit l'enfant Amour à fa mere Cypris ,
Avec un gracieux fouris ,
Un jour qu'il vint à fa toilette :
Quels yeux ! quelle bouche ! quel tein !
Que d'appas touchans ! le beau fein ....
Arrêtez , dit Venus , mon fils , foyez modefte ;
C'eſt à Mars de louer le refte.
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5166
p. 55-56
COUPLETS. Air : Loin de la Cour, loin de la guerre.
Début :
Ah ! que l'Amour est agréable, [...]
Mots clefs :
Amour
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texteReconnaissance textuelle : COUPLETS. Air : Loin de la Cour, loin de la guerre.
COUPLETS.
Air: Loin de la Cour , loin de la
AH ! que l'Amour eft agréable ,
Quand Bacchus en dicte les loix !
Il n'eft point d'esclaves à table ,
Tous les buveurs y font des Rois-
L'amant , de fon cruel martyre ,
Y perd le fâcheux ſouvenir ;
Et fi fon coeur encor foupire ,
C'eft de tendreffe & de plaifir.
Lorfque, la coupe en main , Fatime
Porte à la ronde une fanté ,
Sur fon front que la joie anime ,
Se peint la douce volupté ;
Son gefte eſt tendre & moins timide ,
Son fourire eft plus gracieux ,
Et des defirs le feu rapide
S'allume au feu de fes beaux yeux.
33
Jadis , au fein de l'onde amere ,
Près des bords heureux de Paphos ,
L'aimable Reine de Cythere
Naquit de l'écume des flots ;
guerre.
Civ
36 MERCURE DE FRANCE.
Mais de cette mouffe légere ,
Que forme un fumeux champenois ,
Nous voyons , Iris , dans ton verre ,
Naître l'amour lorfque tu bois.
Lemarie.
Air: Loin de la Cour , loin de la
AH ! que l'Amour eft agréable ,
Quand Bacchus en dicte les loix !
Il n'eft point d'esclaves à table ,
Tous les buveurs y font des Rois-
L'amant , de fon cruel martyre ,
Y perd le fâcheux ſouvenir ;
Et fi fon coeur encor foupire ,
C'eft de tendreffe & de plaifir.
Lorfque, la coupe en main , Fatime
Porte à la ronde une fanté ,
Sur fon front que la joie anime ,
Se peint la douce volupté ;
Son gefte eſt tendre & moins timide ,
Son fourire eft plus gracieux ,
Et des defirs le feu rapide
S'allume au feu de fes beaux yeux.
33
Jadis , au fein de l'onde amere ,
Près des bords heureux de Paphos ,
L'aimable Reine de Cythere
Naquit de l'écume des flots ;
guerre.
Civ
36 MERCURE DE FRANCE.
Mais de cette mouffe légere ,
Que forme un fumeux champenois ,
Nous voyons , Iris , dans ton verre ,
Naître l'amour lorfque tu bois.
Lemarie.
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Résumé : COUPLETS. Air : Loin de la Cour, loin de la guerre.
Le poème 'Couplets' célèbre l'amour et le vin. Bacchus guide les buveurs, transformés en rois, oubliant leurs souffrances. Fatime, avec une coupe, anime la scène de joie et de volupté. Vénus naît près de Paphos. L'amour dans le champagne est comparé à l'arc-en-ciel d'Iris.
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5167
p. 69-71
VERS DE M. DE *** Sur la mort de M. de Montesquieu, à M. de Secondat.
Début :
Digne fils d'un illustre pere, [...]
Mots clefs :
Montesquieu, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS DE M. DE *** Sur la mort de M. de Montesquieu, à M. de Secondat.
VERS DE M. DE ***
Sur la mort de M. de Montefquieu ,
à M. de Secondat ..
Digne fils d'un illuftre pere
Je viens avec toi le pleurer :
Les Dieux ont voulu retirer
Cette ame accordée à la terre
Pour l'embellir & l'éclairer.
Couronné par la main d'Aftrée ,
Dont il releva les autels ,
Montefquieu vit dans l'empirée .
Il voit fous fes pas immortels
Gronder , éclater fur nos têtes
Les vents , la foudre & les tempêtes ,
Effroi revéré des mortels .
Ses yeux contemplent l'harmonie
De ces globes prodigieux ,
Flottans fans nombre fous les cieux ' ;
Tandis qu'au prix de notre vie ,
Barbares ridiculement ;
Sur cette trifte fourmilliere ,
Nous difputons fuperbement
Un peu de boue & de pouffiere .
Hélas ! nous perdons la lumiere ,
Par qui nos yeux pouvoient s'ouvrir :
Ce fiècle de fer & de fange
70 MERCURE DE FRANCE.
N'étoit pas fait pour en jouir ;
Le ciel nous l'enleve & ſe venge !
Montefquieu vit l'opinion
Déchirer & bruler fon livre ;
Et la vaine & foible raiſon
Vanter fes leçons fans les fuivre.
Il porta jufques dans fes moeurs
Le fublime de fes idées ;
Forcé d'écraſer des Pygmées ,
Qui réuniffoient leur fureur ,
Par l'éclat de fon feu rapide.
Il confond leurs traits impofteurs :
Sur les bords célebres du Xante ,
Les Dieux que la fable nous vante ,
Combattirent moins noblement.
O peuple brillant & barbare ,
Quelle inconféquence bizarre
Signale ton aveuglement !
Ce Législateur , ce grand homme,
Que l'univers nous envia ,
Eût été Solon ou Numa
Jadis dans Athenes ou dans Rome ;
En France fimple citoyen
Digne de tout , il ne fut rien.
Des colonnes & des ſtatues
Autrefois l'auroient illuftré ;
Ses cendres reftent confondues
Dans celles d'un peuple ignoré.
Nos ayeux , leurs nobles exemples
NOVEMBRE . 1755 .
71
N'ont plus aujourd'hui de rivaux ;
La vertu chez eux eut des temples ,
Et n'a pas chez nous des tombeaux.
Mais les plus nobles fepultures
De marbre & d'airain périront ;
Des humains les races futures
Mille fois fe fuccéderont ;
Toujours nouveaux dans tous les âges
Montefquieu jamais ne mourra ;
Avec eux fon nom renaîtra ,
Et fes temples font fes ouvrages.
On a attribué ces vers à M. de Voltaire , mais
nous n'avons ofé les mettre fous fon nom , sans être
furs qu'ils fuffent de lui
Sur la mort de M. de Montefquieu ,
à M. de Secondat ..
Digne fils d'un illuftre pere
Je viens avec toi le pleurer :
Les Dieux ont voulu retirer
Cette ame accordée à la terre
Pour l'embellir & l'éclairer.
Couronné par la main d'Aftrée ,
Dont il releva les autels ,
Montefquieu vit dans l'empirée .
Il voit fous fes pas immortels
Gronder , éclater fur nos têtes
Les vents , la foudre & les tempêtes ,
Effroi revéré des mortels .
Ses yeux contemplent l'harmonie
De ces globes prodigieux ,
Flottans fans nombre fous les cieux ' ;
Tandis qu'au prix de notre vie ,
Barbares ridiculement ;
Sur cette trifte fourmilliere ,
Nous difputons fuperbement
Un peu de boue & de pouffiere .
Hélas ! nous perdons la lumiere ,
Par qui nos yeux pouvoient s'ouvrir :
Ce fiècle de fer & de fange
70 MERCURE DE FRANCE.
N'étoit pas fait pour en jouir ;
Le ciel nous l'enleve & ſe venge !
Montefquieu vit l'opinion
Déchirer & bruler fon livre ;
Et la vaine & foible raiſon
Vanter fes leçons fans les fuivre.
Il porta jufques dans fes moeurs
Le fublime de fes idées ;
Forcé d'écraſer des Pygmées ,
Qui réuniffoient leur fureur ,
Par l'éclat de fon feu rapide.
Il confond leurs traits impofteurs :
Sur les bords célebres du Xante ,
Les Dieux que la fable nous vante ,
Combattirent moins noblement.
O peuple brillant & barbare ,
Quelle inconféquence bizarre
Signale ton aveuglement !
Ce Législateur , ce grand homme,
Que l'univers nous envia ,
Eût été Solon ou Numa
Jadis dans Athenes ou dans Rome ;
En France fimple citoyen
Digne de tout , il ne fut rien.
Des colonnes & des ſtatues
Autrefois l'auroient illuftré ;
Ses cendres reftent confondues
Dans celles d'un peuple ignoré.
Nos ayeux , leurs nobles exemples
NOVEMBRE . 1755 .
71
N'ont plus aujourd'hui de rivaux ;
La vertu chez eux eut des temples ,
Et n'a pas chez nous des tombeaux.
Mais les plus nobles fepultures
De marbre & d'airain périront ;
Des humains les races futures
Mille fois fe fuccéderont ;
Toujours nouveaux dans tous les âges
Montefquieu jamais ne mourra ;
Avec eux fon nom renaîtra ,
Et fes temples font fes ouvrages.
On a attribué ces vers à M. de Voltaire , mais
nous n'avons ofé les mettre fous fon nom , sans être
furs qu'ils fuffent de lui
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Résumé : VERS DE M. DE *** Sur la mort de M. de Montesquieu, à M. de Secondat.
Le poème rend hommage à Monsieur de Montesquieu, exprimant une profonde tristesse face à sa perte. Montesquieu, doté d'une âme exceptionnelle et éclairée, est décrit comme couronné par les dieux et vivant désormais dans l'empyrée, observant les phénomènes naturels et l'harmonie des cieux. Le texte contraste cette vision avec l'aveuglement humain, préoccupé par des choses futiles. Montesquieu a subi des persécutions, son livre ayant été déchiré et brûlé par l'opinion publique. Malgré cela, il a maintenu la noblesse de ses idées et de ses actions. Le poème critique l'inconséquence du peuple, qui n'a pas su reconnaître la grandeur de Montesquieu, un législateur et un grand homme envié par l'univers. Il regrette que la France n'ait pas su rendre hommage à Montesquieu comme les anciens honoraient leurs grands hommes par des statues et des temples. Cependant, il conclut que les œuvres de Montesquieu survivront aux générations futures et que son nom renaîtra toujours avec elles. Les vers ont été attribués à Voltaire, bien que cette attribution ne soit pas confirmée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5168
p. 71-73
LES RÊVES, FABLE.
Début :
Sultan Leopard., grand rêveur, [...]
Mots clefs :
Rêves, Animal, Léopard, Erreur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES RÊVES, FABLE.
LES RÊVES ,
FABL E.
Sultan Leopard . , grand rêveur ,
Vouloit qu'en fon empire on reſpectât les fonges;
Et fi quelque indifcret les traitoit de menfonges ,
Il l'envoyoit là-bas faire le raiſonneur.
Ivre de fon pouvoir , rêvoit- il que la lune
Afon commandement avoit quitté les cieux ;
Sa vifion d'abord publiée en tous lieux ,
Devenoit une erreur communè .
Si le fommeil troublant cet animal fi vain ,
Lui peignoit Jupiter , comme lui fanguinaire ,
72 MERCURE DE FRANCE.
A fes fens , comme lui , ne mettant aucun frein ,
Dieu forcené , barbare
pere ,
Toujours prêt d'accabler des éclats du tonnerre
Les êtres fortis de fa main ;
Chaque animal devoit foudain
Trouver des crimes à la terre ,
Et fans comprendre en rien la divine colere ,
Trembler pour tout le genre humain.
Un jour qu'il goûta trop le nectar d'Idalie ,
Dans l'agitation d'une trifte infomnie ;
Morphée , en traits hideux , lui peignit le plaifir ,
Ce doux contre- poifon des peines de la vie.
Le lendemain , par fon Vifir ,
Il fut à fes fujets ordonné de haïr
Cet heureux don des Dieux , fur peine d'infamie ,
Et parce qu'il troubla fa Hauteffe endormie ,
D'en étouffer jufqu'au defir .
La nature irritée en vain prit fa défenſe :
Ce Monfeigneur Leopard- là ,
Certes dans l'Alcoran n'avoit pas lu cela.
On ne crut tant d'erreurs d'abord qu'en apparence
;
La peur dans les efprits glaçoit la vérité :
Mais enfin chaque jour quelque rêve adopté
Servant d'inftruction à la crédule enfance ,
Fut dans tous les cerveaux par le tems cimenté.
Bientôt ceux qu'on avoit bercés de ces chimeres
,
Les croyant par reſpect fur la foi de leurs peres ,
Prirent
NOVEMBRE. 1755.
73
Prirent les rêves creux d'un tyran redouté
Pour de vénérables myfteres :
Malheur à qui fe rit de leur fimplicité !
Ainfi dans l'univers l'erreur s'impatronife .
La force la fait recevoir ,
L'habitude accroit fon pouvoir ,
L'imbécillité l'éternife.
FABL E.
Sultan Leopard . , grand rêveur ,
Vouloit qu'en fon empire on reſpectât les fonges;
Et fi quelque indifcret les traitoit de menfonges ,
Il l'envoyoit là-bas faire le raiſonneur.
Ivre de fon pouvoir , rêvoit- il que la lune
Afon commandement avoit quitté les cieux ;
Sa vifion d'abord publiée en tous lieux ,
Devenoit une erreur communè .
Si le fommeil troublant cet animal fi vain ,
Lui peignoit Jupiter , comme lui fanguinaire ,
72 MERCURE DE FRANCE.
A fes fens , comme lui , ne mettant aucun frein ,
Dieu forcené , barbare
pere ,
Toujours prêt d'accabler des éclats du tonnerre
Les êtres fortis de fa main ;
Chaque animal devoit foudain
Trouver des crimes à la terre ,
Et fans comprendre en rien la divine colere ,
Trembler pour tout le genre humain.
Un jour qu'il goûta trop le nectar d'Idalie ,
Dans l'agitation d'une trifte infomnie ;
Morphée , en traits hideux , lui peignit le plaifir ,
Ce doux contre- poifon des peines de la vie.
Le lendemain , par fon Vifir ,
Il fut à fes fujets ordonné de haïr
Cet heureux don des Dieux , fur peine d'infamie ,
Et parce qu'il troubla fa Hauteffe endormie ,
D'en étouffer jufqu'au defir .
La nature irritée en vain prit fa défenſe :
Ce Monfeigneur Leopard- là ,
Certes dans l'Alcoran n'avoit pas lu cela.
On ne crut tant d'erreurs d'abord qu'en apparence
;
La peur dans les efprits glaçoit la vérité :
Mais enfin chaque jour quelque rêve adopté
Servant d'inftruction à la crédule enfance ,
Fut dans tous les cerveaux par le tems cimenté.
Bientôt ceux qu'on avoit bercés de ces chimeres
,
Les croyant par reſpect fur la foi de leurs peres ,
Prirent
NOVEMBRE. 1755.
73
Prirent les rêves creux d'un tyran redouté
Pour de vénérables myfteres :
Malheur à qui fe rit de leur fimplicité !
Ainfi dans l'univers l'erreur s'impatronife .
La force la fait recevoir ,
L'habitude accroit fon pouvoir ,
L'imbécillité l'éternife.
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Résumé : LES RÊVES, FABLE.
Le texte raconte l'histoire du Sultan Leopard, un souverain qui valorisait les rêves et punissait ceux qui les considéraient comme des mensonges. Il imaginait que la lune et Jupiter lui obéissaient et que chaque animal devait dénoncer les crimes sur Terre. Après avoir consommé du nectar, Morphée lui révéla que le plaisir pouvait atténuer les peines de la vie. Le lendemain, le Sultan ordonna à ses sujets de haïr ce don divin, sous peine de disgrâce. La nature protesta sans succès. Les erreurs du Sultan furent d'abord acceptées par peur, puis par habitude et crédulité. Ses rêves furent vénérés comme des mystères sacrés, et ceux qui se moquaient de cette croyance étaient maudits. Ainsi, l'erreur s'imposa grâce à la force, l'habitude et la crédulité.
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5169
p. 73
BOUQUET. A Monseigneur le Duc de Gesvres, le jour de saint François, le 4 Octobre, 1755.
Début :
Seigneur, qui par bonté, voulûtes qu'à mon fils, [...]
Mots clefs :
Bouquet, Duc de Gesvres
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texteReconnaissance textuelle : BOUQUET. A Monseigneur le Duc de Gesvres, le jour de saint François, le 4 Octobre, 1755.
BOUQUET.
A Monfeigneur le Duc de Gefores , le joun
defaint François , le 4 Octobre , 1755.
Seigneur Eigneur , qui par bonté, voulûtes qu'à mon fils,'
Votre augufte nom fût tranfmis ,
Souffrez que, par mes mains , le jour de votre fête,
Il vous offre un bouquet avec un air foumis.
La chofe fera plus plus honnête ,
Que s'il venoit lui- même , & d'un ton enfantia
Bégayoit quelques mots à fon digne parrein .
Saint François que chacun révere ,
Nourrit un grand nombre d'enfans :
Votre bienfaifant caractere
Fait prefque vivre autant de gens.
Par Mme Bourette , du Caffe Allemand.
A Monfeigneur le Duc de Gefores , le joun
defaint François , le 4 Octobre , 1755.
Seigneur Eigneur , qui par bonté, voulûtes qu'à mon fils,'
Votre augufte nom fût tranfmis ,
Souffrez que, par mes mains , le jour de votre fête,
Il vous offre un bouquet avec un air foumis.
La chofe fera plus plus honnête ,
Que s'il venoit lui- même , & d'un ton enfantia
Bégayoit quelques mots à fon digne parrein .
Saint François que chacun révere ,
Nourrit un grand nombre d'enfans :
Votre bienfaifant caractere
Fait prefque vivre autant de gens.
Par Mme Bourette , du Caffe Allemand.
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Résumé : BOUQUET. A Monseigneur le Duc de Gesvres, le jour de saint François, le 4 Octobre, 1755.
Le 4 octobre 1755, François écrit à Monseigneur le Duc de Gefores pour le remercier d'avoir permis à son fils de porter son nom. À l'occasion de la fête du Duc, le fils offre un bouquet via son père. La lettre compare la bienfaisance du Duc à celle de Saint François. Signé Mme Bourette, du Café Allemand.
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5170
p. 74
ENIGME.
Début :
Six pieds, ami Lecteur, composent tout mon être, [...]
Mots clefs :
Énigme
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Six pieds , ami Lecteur , compoſent tout mon
être ,
Je fers à ton amuſement.
Tu me cherches avidemment ,
Et fouvent tu me vois longtems fans me coné
noître.
Par J. Rou ... fils aîné , de Rouen .
Six pieds , ami Lecteur , compoſent tout mon
être ,
Je fers à ton amuſement.
Tu me cherches avidemment ,
Et fouvent tu me vois longtems fans me coné
noître.
Par J. Rou ... fils aîné , de Rouen .
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5171
p. 74-76
LOGOGRYPHE.
Début :
Sans moi, Lecteur, nul agrément, [...]
Mots clefs :
Lumière
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Sans moi, Lecteur , nul agrément ,
Nul plaifir , nul contentement ,
Adieu fafte pompeux , éclat , magnificence
Traits enchanteurs ',
Appas vainqueurs
Qui décorez l'aimable Hortenfe ,
NOVEMBRE. 1755. 75
Privés de mon fecours , vous êtes fans pouvoir.
Pour vous connoître il faut me voir.
Mais c'eft trop préluder. Parlons certain langage
Qu'entre Logogrypheurs on fçait être d'ufage :
De mes fept pieds mainte combinaiſon
Va te produire , ami , richeſſes à foifon.
Deux notes de muſique ;
Un élément fougueux ;
Le fond d'un grand vaiffeau bachique
Un cardinal fameux.
Une plante qui croit fouvent fur les murailles :
Certain oifeau parleur ;
Ce qu'après le bon fens cherche tout bon rimeur.
Ce qui mord , ronge acier , fer & férailles,
Un infecte ; un pronom ;
L'appui de ta maiſon ;
Une ville en Afie ,
Une autre en Normandie,
Du grand Romulus , le cadet .
La femme d'un mulet ;
Un mot latin qui veut dire homme ;
Celle qui nous a tous perdus pour une pomme.
Ce fruit tout noir , jadis tout blanc ,
Que Pyrame & Thiſbé teignirent de leur fang.
Un parfum arabique ;
Ce mal pire que la colique ,
Dont les rudes efforts
Dilloquent tout le corps.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
Ce qui ..... Mais alte -là. Tu me connois , fans
doute ?
Non ; non ! Oh , pour le coup , ami , tu ne vois
goutte.
Par M. L. E. à Pontoife , ce 13 Juillet
1755.
Sans moi, Lecteur , nul agrément ,
Nul plaifir , nul contentement ,
Adieu fafte pompeux , éclat , magnificence
Traits enchanteurs ',
Appas vainqueurs
Qui décorez l'aimable Hortenfe ,
NOVEMBRE. 1755. 75
Privés de mon fecours , vous êtes fans pouvoir.
Pour vous connoître il faut me voir.
Mais c'eft trop préluder. Parlons certain langage
Qu'entre Logogrypheurs on fçait être d'ufage :
De mes fept pieds mainte combinaiſon
Va te produire , ami , richeſſes à foifon.
Deux notes de muſique ;
Un élément fougueux ;
Le fond d'un grand vaiffeau bachique
Un cardinal fameux.
Une plante qui croit fouvent fur les murailles :
Certain oifeau parleur ;
Ce qu'après le bon fens cherche tout bon rimeur.
Ce qui mord , ronge acier , fer & férailles,
Un infecte ; un pronom ;
L'appui de ta maiſon ;
Une ville en Afie ,
Une autre en Normandie,
Du grand Romulus , le cadet .
La femme d'un mulet ;
Un mot latin qui veut dire homme ;
Celle qui nous a tous perdus pour une pomme.
Ce fruit tout noir , jadis tout blanc ,
Que Pyrame & Thiſbé teignirent de leur fang.
Un parfum arabique ;
Ce mal pire que la colique ,
Dont les rudes efforts
Dilloquent tout le corps.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
Ce qui ..... Mais alte -là. Tu me connois , fans
doute ?
Non ; non ! Oh , pour le coup , ami , tu ne vois
goutte.
Par M. L. E. à Pontoife , ce 13 Juillet
1755.
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5172
p. 76
AIR A BOIRE. Récit de Basse-Taille.
Début :
De quel bruit effrayant retentissent les airs, [...]
Mots clefs :
Boire
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texteReconnaissance textuelle : AIR A BOIRE. Récit de Basse-Taille.
AIR A BOIRE.
Récit de Baffe-Taille .
De quel bruit effrayant retentiſſent les airs ;
Et quel affreux défordre étonne la nature ?
Allez-vous , dieux cruels ! par une loi trop dure ,
Dans fon premier cahos replonger l'Univers
Le Ciel gronde , les Vents nous déclarent la
guerre ;
L'éclair brille , fon feu nous va tous embrafer.
Arrête , Dieu vengeur , arrête ton tonnerre :
Sufpends le coup qui doit nous écrafer ;
Philis en ce moment me cede la victoire ,
Sa main verfe ce jus divin :
Accorde moi le temps de boire.
On boit.
Tonne , frappe : jai bu mon vin
De Marconville,
Récit de Baffe-Taille .
De quel bruit effrayant retentiſſent les airs ;
Et quel affreux défordre étonne la nature ?
Allez-vous , dieux cruels ! par une loi trop dure ,
Dans fon premier cahos replonger l'Univers
Le Ciel gronde , les Vents nous déclarent la
guerre ;
L'éclair brille , fon feu nous va tous embrafer.
Arrête , Dieu vengeur , arrête ton tonnerre :
Sufpends le coup qui doit nous écrafer ;
Philis en ce moment me cede la victoire ,
Sa main verfe ce jus divin :
Accorde moi le temps de boire.
On boit.
Tonne , frappe : jai bu mon vin
De Marconville,
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Résumé : AIR A BOIRE. Récit de Basse-Taille.
Le récit 'Baffe-Taille' décrit une tempête avec tonnerre, vents et éclairs. Le narrateur, après une victoire sur Philis, boit du vin et défie les dieux de continuer leur colère. Le texte mentionne 'De Marconville'.
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5173
p. 191-192
A Monsieur le Comte de V.... sur l'Estampe gravée d'après Gerard Dow, par M. Will. HUITAIN.
Début :
Je désirois & Marot & Rousseau [...]
Mots clefs :
Estampe
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texteReconnaissance textuelle : A Monsieur le Comte de V.... sur l'Estampe gravée d'après Gerard Dow, par M. Will. HUITAIN.
A Monfieur le Comte de V.... fur l'Estampe
gravée d'après Gerard Dow , par M.Will.
JE
HUITAIN.
E défirois & Marot & Rouffeau ,
En un dixain , s'ils étoient en ma place ,
192 MERCURE DE FRANCE.
De vous payer , Comte , le beau morceau
Que je poffede en bordure & fous glace.
Moi , pauvret , donc , que veut- on que je faffe ?
Je n'y fçais rien , fors d'avouer tout net ,
Qu'au grand jamais le clinquant du Parnaffe
Ne vaudra l'or de votre cabinet .
gravée d'après Gerard Dow , par M.Will.
JE
HUITAIN.
E défirois & Marot & Rouffeau ,
En un dixain , s'ils étoient en ma place ,
192 MERCURE DE FRANCE.
De vous payer , Comte , le beau morceau
Que je poffede en bordure & fous glace.
Moi , pauvret , donc , que veut- on que je faffe ?
Je n'y fçais rien , fors d'avouer tout net ,
Qu'au grand jamais le clinquant du Parnaffe
Ne vaudra l'or de votre cabinet .
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5174
p. 192
DIXAIN.
Début :
Honneur du petit cabinet [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DIXAIN.
DIXAIN.
du petit cabinet
D'un Poëte qui vous encenſe ,
Maffon , Edelinck , & Drevet ,
Vous m'allez bien gronder , je penfe.
Grace au magnifique de V ...
Qui n'a pas de plaifir plus doux
Que de partager avec tous
Ce que le fien a d'admirable ,
Je vais placer Will entre vous ,
C'eft un voifin bien redoutable .
Piron ,
1755.
du petit cabinet
D'un Poëte qui vous encenſe ,
Maffon , Edelinck , & Drevet ,
Vous m'allez bien gronder , je penfe.
Grace au magnifique de V ...
Qui n'a pas de plaifir plus doux
Que de partager avec tous
Ce que le fien a d'admirable ,
Je vais placer Will entre vous ,
C'eft un voifin bien redoutable .
Piron ,
1755.
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5175
p. 192-194
Vers qui sont au bas du Portrait de M. Massé, gravé par M. Vill.
Début :
Du célebre le Brun, sous ses riches lambris, [...]
Mots clefs :
Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Vers qui sont au bas du Portrait de M. Massé, gravé par M. Vill.
Vers quifont au bas du Portrait de M. Maſſë,
gravé par M. Vill.
Du célebre le Brun , fous fes riches lambris , U
Verfailles renfermoit les chefs- d'oeuvres fans prix ,
Qui de Louis le Grand nous ont tracé l'hiftoire.
Secondé du burin Maffé durant trente ans ,
Par
NOVEMBRE. 1755. 193
Par des travaux d'un genre à triompher des tems ,
De la France & du Peintre étend partout la
gloire.
Piron , 1755 .
Le fieur Surugue , Graveur du Roi ,
vient de mettre au jour deux jolies Eftampes
d'après les tableaux originaux de David
Teniers ; l'une fous le titre des Payfans
Hollandois revenans des champs ; & l'autre
fous celui de la Glaneufe Flamande . On
les vend chez l'Auteur , rue des Noyers ,
vis-à- vis S. Yves. On y trouve auffi le
portrait de Mlle Silvia , gravé par Suru-.
gue fils , d'après M. de la Tour. On lit
ces vers au bas de l'Eftampe.
Bu jeu de Silvia , la naïve éloquence
Sçait inftruire , égayer , attendrir tous les coeurs
A l'art de plaire uniflant la décence ,
Elle annoblit fon état par les moeurs.
La fuite d'Odieuvre paroît ; elle confifte
en huit nouveaux portraits. On la
trouve chez lui , cul- de-fac des vignes ,
à Paris. Le troifieme volume de l'Europe
Illuftre doit fe diftribuer inceffamment.
Les huit nouvelles planches du Lutrin ,
fe vendent à Paris , chez Gaillard , Graveur
, rue S. Jacques , au -deffus des Jacobins
, entre un Perruquier & une Lingere.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
LE ST LE ROUGE, Ingénieur, Géographe
du Roi , rue des Auguftins , piès la rue S.
André , vient de publier un recueil , contenant
les plans des principales villes & forts
de l'Amérique feptentrionale; fçavoir, Quebec
, vue de Quebec , Louifbourg , Ville-
Marie , Cayene , Nouvelle Orleans , Fort
Dauphin projetté , Fort S. Fréderic , Ville
de Hallifax , Fort de Hallifax , Fort Weftern
, Fort Francfort , Charles Toun , Port
Royal de Jamaique , Kingſton , Port de
Plaifance , Annapolis Royal , S. Domingo ,
Veracrux , Havanne , & le fameux faut de
Niagara , in-4° . broché , ; liv. 3
On trouve auffi chez le même une collection
des côtes d'Angleterre , qu'on nomme
le Pilote Côtier , par Collins, Impreffion
de Londres. prix 48 livres .
Plus , une carte Topographique de
l'ifthme de l'Acadie avec les Forts de
Beauféjour , Gafpereau , &c. levée fur les
lieux en Juin.
Plus , une très -belle carte de la partie
orientale du Canada , contenant l'Acadie
& le fleuve S. Laurent jufques à Quebec ,
terres que les Anglois nomment la nouvelle
Ecoffe , traduite d'une carte angloife , publiée
en Juin dernier par Jeffery.
Plus , toutes les cartes concernant les
affaires préfentes de l'Amérique .
gravé par M. Vill.
Du célebre le Brun , fous fes riches lambris , U
Verfailles renfermoit les chefs- d'oeuvres fans prix ,
Qui de Louis le Grand nous ont tracé l'hiftoire.
Secondé du burin Maffé durant trente ans ,
Par
NOVEMBRE. 1755. 193
Par des travaux d'un genre à triompher des tems ,
De la France & du Peintre étend partout la
gloire.
Piron , 1755 .
Le fieur Surugue , Graveur du Roi ,
vient de mettre au jour deux jolies Eftampes
d'après les tableaux originaux de David
Teniers ; l'une fous le titre des Payfans
Hollandois revenans des champs ; & l'autre
fous celui de la Glaneufe Flamande . On
les vend chez l'Auteur , rue des Noyers ,
vis-à- vis S. Yves. On y trouve auffi le
portrait de Mlle Silvia , gravé par Suru-.
gue fils , d'après M. de la Tour. On lit
ces vers au bas de l'Eftampe.
Bu jeu de Silvia , la naïve éloquence
Sçait inftruire , égayer , attendrir tous les coeurs
A l'art de plaire uniflant la décence ,
Elle annoblit fon état par les moeurs.
La fuite d'Odieuvre paroît ; elle confifte
en huit nouveaux portraits. On la
trouve chez lui , cul- de-fac des vignes ,
à Paris. Le troifieme volume de l'Europe
Illuftre doit fe diftribuer inceffamment.
Les huit nouvelles planches du Lutrin ,
fe vendent à Paris , chez Gaillard , Graveur
, rue S. Jacques , au -deffus des Jacobins
, entre un Perruquier & une Lingere.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
LE ST LE ROUGE, Ingénieur, Géographe
du Roi , rue des Auguftins , piès la rue S.
André , vient de publier un recueil , contenant
les plans des principales villes & forts
de l'Amérique feptentrionale; fçavoir, Quebec
, vue de Quebec , Louifbourg , Ville-
Marie , Cayene , Nouvelle Orleans , Fort
Dauphin projetté , Fort S. Fréderic , Ville
de Hallifax , Fort de Hallifax , Fort Weftern
, Fort Francfort , Charles Toun , Port
Royal de Jamaique , Kingſton , Port de
Plaifance , Annapolis Royal , S. Domingo ,
Veracrux , Havanne , & le fameux faut de
Niagara , in-4° . broché , ; liv. 3
On trouve auffi chez le même une collection
des côtes d'Angleterre , qu'on nomme
le Pilote Côtier , par Collins, Impreffion
de Londres. prix 48 livres .
Plus , une carte Topographique de
l'ifthme de l'Acadie avec les Forts de
Beauféjour , Gafpereau , &c. levée fur les
lieux en Juin.
Plus , une très -belle carte de la partie
orientale du Canada , contenant l'Acadie
& le fleuve S. Laurent jufques à Quebec ,
terres que les Anglois nomment la nouvelle
Ecoffe , traduite d'une carte angloife , publiée
en Juin dernier par Jeffery.
Plus , toutes les cartes concernant les
affaires préfentes de l'Amérique .
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Résumé : Vers qui sont au bas du Portrait de M. Massé, gravé par M. Vill.
En novembre 1755, Piron a écrit un poème en l'honneur de Charles Le Brun, peintre et graveur renommé, soulignant ses contributions à l'histoire de Louis XIV et sa collaboration avec Massé. Le poème met en avant les œuvres d'art conservées à Versailles et la renommée de Le Brun. Le graveur Surugue a publié deux estampes d'après les tableaux de David Teniers : 'Les Paysans Hollandais revenant des champs' et 'La Glaneuse Flamande'. Ces œuvres, ainsi qu'un portrait de Mlle Silvia gravé par Surugue fils d'après M. de la Tour, sont disponibles chez l'auteur. La suite d'Odieuvre, composée de huit nouveaux portraits, est également disponible chez l'auteur. Le troisième volume de 'L'Europe Illustre' et les huit nouvelles planches du 'Lutrin' sont en vente chez Gaillard, graveur. Le St Le Rouge, ingénieur et géographe du Roi, a publié un recueil de plans des principales villes et forts de l'Amérique septentrionale, ainsi qu'une collection des côtes d'Angleterre. Parmi les cartes disponibles, on trouve une carte topographique de l'isthme de l'Acadie et une carte de la partie orientale du Canada. Ces publications sont disponibles chez Le St Le Rouge.
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5176
p. 195-198
COMEDIE FRANÇOISE. / EPITRE. A Mademoiselle Clairon, par M. Marmontel.
Début :
Nous commencerons cet article par l'éloge de Mlle Clairon. Quelque / Enfin te voilà parvenue [...]
Mots clefs :
Génie, Succès, Comédie-Française, Mademoiselle Clairon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE. / EPITRE. A Mademoiselle Clairon, par M. Marmontel.
COMEDIE FRANÇOISE.
Ous commencerons cet article
par
Nl'éloge de Mille Clairon. Quelque
grand qu'il foit , il nous paroît jufte.
E PITRE
A Mademoiselle Clairon , par M. Marmontel.
ENfin Nfin te voilà parvenue
A ce haur point de vérité ,
Où l'art , dans fa fublimité ,
N'eft que la peinture ingénue
De la nature toute nue ,
Belle de fa feule beauté.
Que fous tes traits elle eft touchante !
Le coeur à fes charmes livré ,
Dans l'illufion qui l'enchante ,
Entraîne l'efprit enivré .
Sois Phedre , Camille , Ariane ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Alzire , Agripine , ou Roxane ;
Tu n'as rien de la fiction .
De l'éloquente paffion
Ta bouche eſt le fidele organe ,
Et ton gefte en eſt l'action.
Ce n'est point d'un art fymétrique
La fervile affectation ;
Du trouble & de l'émotion
C'eſt le langage pathétique :
C'est ce génie imitateur
Qui pénetre , faifit , embraſſe
Le plan du génie invent eur ,
L'égale , fouvent le furpaffe ,
Et fait placer l'actrice à côté de l'auteur .
Des Corneilles & des Racines ,
On croit voir les ames divines ,
Comme dans leurs écrits , refpirer dans ton coeur.
Du haut des cieux ils t'applaudiffent :
A la table des dieux tu fais leur entretien ;
Et de leur triomphe & du tien ,
Les céleftes lambris chaque jour retentiffent .
>> Dans mes vers , dit Corneille , elle a tour anobli :
» La veuve de Pompée etf çoit Cléopatre ;
>> Clairon lui rend fon luftre , & venge fon oubli.
» Dans mes vers , dit Racine , elle a tout embelli :
» Quand Phedre , fous fes traits , languit fur un
théatre ,
Moi-même interdit & confus ,
NOVEMBRE. 1755.. 197
Je me reproche les refus
Dont le fier Hippolyte accable fa marâtre .
Quand Eriphile , avec fes pleurs ,
Peint fa flâme jaloufe & fes vives douleurs ,
Surpris que mon héros ne l'ait pas confolée ,
Je m'intéreffe à fes malheurs ,
Et j'accufe Calcas de l'avoir im uolée.
Tandis qu'à ces récits tout l'Olympe eſt charmé,
Ici bas le rival d'Homere & de Corneille ,
Au bruit de tes fuccès , qui frappent fon oreille ,
Sent d'un feu créateur fon génie enflâné :
Tul'infpires toi feule ; il croit voir ( 1 ) ton image;
Et pour te rendre un digne hommage ,
Son pinceau rajeuni fait éclore Idamé.
De ce Titon nouvelle Aurore ,
Pour fa gloire & pour tes fuccès ,
Puiffe-t- il ne mourir jamais ,
Et rajeunir cent fois encore !
Ton talent déformais en regle eft érigé.
De la ſcene à ton gré réforme les uſages :
Ton exemple fait loi . Tous les rangs , tous les
âges ,
Et le nouveau caprice , & le vieux préjugé ,
Et Paris , & la cour , & le peuple , & les fages ,
De ton parti tout eſt rangé.
Le chemin qui conduit au temple de mémoire ,
(1 ) En compofant fon role , ( écrit l'auteur à un
de fes amis ) je la voyois fans ceffe au bout de mø
table.
1
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Ce chemin fi pénible , eft applani pour toi.
Le ciel en ta faveur femble changer la loi
Qui vend cher aux talens une tardive gloire.
Le Jeu li 9 Octobre , la Comédie Françoiſe
qui a été cette année à Fontainebleau ,
le feul fpectacle de la Cour , y repréſenta
l'Orphelin de la Chine . Mlle Clairon juftifia
l'éloge qu'on vient de lire dans le rôle d'Idamé
, qu'elle joua avec le même fuccès
qu'à la ville. Elle n'a pas été ici moins fupérieure
pendant l'abfcence dans ceux de
Phedre & de Roxane.
Ous commencerons cet article
par
Nl'éloge de Mille Clairon. Quelque
grand qu'il foit , il nous paroît jufte.
E PITRE
A Mademoiselle Clairon , par M. Marmontel.
ENfin Nfin te voilà parvenue
A ce haur point de vérité ,
Où l'art , dans fa fublimité ,
N'eft que la peinture ingénue
De la nature toute nue ,
Belle de fa feule beauté.
Que fous tes traits elle eft touchante !
Le coeur à fes charmes livré ,
Dans l'illufion qui l'enchante ,
Entraîne l'efprit enivré .
Sois Phedre , Camille , Ariane ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Alzire , Agripine , ou Roxane ;
Tu n'as rien de la fiction .
De l'éloquente paffion
Ta bouche eſt le fidele organe ,
Et ton gefte en eſt l'action.
Ce n'est point d'un art fymétrique
La fervile affectation ;
Du trouble & de l'émotion
C'eſt le langage pathétique :
C'est ce génie imitateur
Qui pénetre , faifit , embraſſe
Le plan du génie invent eur ,
L'égale , fouvent le furpaffe ,
Et fait placer l'actrice à côté de l'auteur .
Des Corneilles & des Racines ,
On croit voir les ames divines ,
Comme dans leurs écrits , refpirer dans ton coeur.
Du haut des cieux ils t'applaudiffent :
A la table des dieux tu fais leur entretien ;
Et de leur triomphe & du tien ,
Les céleftes lambris chaque jour retentiffent .
>> Dans mes vers , dit Corneille , elle a tour anobli :
» La veuve de Pompée etf çoit Cléopatre ;
>> Clairon lui rend fon luftre , & venge fon oubli.
» Dans mes vers , dit Racine , elle a tout embelli :
» Quand Phedre , fous fes traits , languit fur un
théatre ,
Moi-même interdit & confus ,
NOVEMBRE. 1755.. 197
Je me reproche les refus
Dont le fier Hippolyte accable fa marâtre .
Quand Eriphile , avec fes pleurs ,
Peint fa flâme jaloufe & fes vives douleurs ,
Surpris que mon héros ne l'ait pas confolée ,
Je m'intéreffe à fes malheurs ,
Et j'accufe Calcas de l'avoir im uolée.
Tandis qu'à ces récits tout l'Olympe eſt charmé,
Ici bas le rival d'Homere & de Corneille ,
Au bruit de tes fuccès , qui frappent fon oreille ,
Sent d'un feu créateur fon génie enflâné :
Tul'infpires toi feule ; il croit voir ( 1 ) ton image;
Et pour te rendre un digne hommage ,
Son pinceau rajeuni fait éclore Idamé.
De ce Titon nouvelle Aurore ,
Pour fa gloire & pour tes fuccès ,
Puiffe-t- il ne mourir jamais ,
Et rajeunir cent fois encore !
Ton talent déformais en regle eft érigé.
De la ſcene à ton gré réforme les uſages :
Ton exemple fait loi . Tous les rangs , tous les
âges ,
Et le nouveau caprice , & le vieux préjugé ,
Et Paris , & la cour , & le peuple , & les fages ,
De ton parti tout eſt rangé.
Le chemin qui conduit au temple de mémoire ,
(1 ) En compofant fon role , ( écrit l'auteur à un
de fes amis ) je la voyois fans ceffe au bout de mø
table.
1
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Ce chemin fi pénible , eft applani pour toi.
Le ciel en ta faveur femble changer la loi
Qui vend cher aux talens une tardive gloire.
Le Jeu li 9 Octobre , la Comédie Françoiſe
qui a été cette année à Fontainebleau ,
le feul fpectacle de la Cour , y repréſenta
l'Orphelin de la Chine . Mlle Clairon juftifia
l'éloge qu'on vient de lire dans le rôle d'Idamé
, qu'elle joua avec le même fuccès
qu'à la ville. Elle n'a pas été ici moins fupérieure
pendant l'abfcence dans ceux de
Phedre & de Roxane.
Fermer
Résumé : COMEDIE FRANÇOISE. / EPITRE. A Mademoiselle Clairon, par M. Marmontel.
Marmontel rend hommage à Mademoiselle Clairon, une actrice française exceptionnelle. Il met en lumière sa maîtrise de la comédie, soulignant sa capacité à incarner divers personnages tels que Phèdre, Camille, Ariane, Alzire, Agripine ou Roxane avec une vérité sublime. Son jeu est décrit comme naturel et émotif, reflétant authentiquement les passions des personnages. Marmontel compare Clairon à des auteurs célèbres comme Corneille et Racine, affirmant que son interprétation donne vie à leurs œuvres. Son talent inspire même les poètes, qui la voient comme une muse capable de raviver leur génie créateur. Les succès de Clairon ont réformé les usages de la scène et sont admirés de Paris à la cour. Le texte se conclut par la représentation de l'Orphelin de la Chine à Fontainebleau, où Clairon a joué le rôle d'Idamé avec succès, confirmant ainsi les éloges précédents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5177
p. 198-213
COMEDIE ITALIENNE. / Extrait de la Bohémienne.
Début :
LES Comédiens Italiens ont donné neuf représentations du Derviche, / Dans le premier Acte, le théatre représente une place publique. Nise & Brigani [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Comédie italienne, Comédiens-Italiens, Bohémienne, Acte, Théâtre, Tambour, Rôle
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE ITALIENNE. / Extrait de la Bohémienne.
COMEDIE ITALIENNE.
ES Comédiens Italiens ont donné
LES neuf repréſentations du Derviche
après lefquelles l'Auteur l'a retiré pour le
faire remettre cet hiver. M. Dehelfe y a
parfaitement rendu fon rôle , & nous ne
doutons pas que la piece & l'Acteur ne
reçoivent toujours les mêmes applaudiffemens.
Nous donnerons l'extrait de cette
Comédie , dès qu'elle fera imprimée .
Les mêmes Comédiens ont repris la Bohémienne
qui n'a rien perdu des graces de
la nouveauté ; en voici l'extrait que nous
avions annoncé.
NOVEMBRE. 1755. 199
Extrait de la Bohémienne.
Dans le premier Acte , le théatre repréfente
une place publique. Nife & Brigani
fon frere , ouvrent la premiere fcene gaiement
par ce duo .
Duo. Colla fpe me del goder.
Dans l'espérance
On
peut
Du plaifir ,
d'avance
Se réjouir ;
Mais les foucis de l'avenir
Sont des tourmens qu'il faut bannir.
Brigani ſe plaint que la faim le preffe ,
& qu'on ne vit pas d'efpoir. Sa four le
confole en l'affurant qu'ils vont être inceffamment
riches. Tu connois bien , ditelle
, Calcante , ce gros Marchand que tu
viens de voir à la foire de Bologne , il
fera notre reffource. Je veux quitter l'état
de fourberies : Mais , lui répond Brigani ,
Si nous fommes adroits , nous fommes indigens.
Comment veux-tu changer de vie ?
Avons-nous le moyen d'être d'honnêtes gens.
Nife.
Mon frere , nous l'aurons par un bon mariage ,
Lorfque l'on a des attraits en partage ,
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Et qu'on a l'art de s'en fervir ,
Tous les coeurs font à nous , on n'a plus qu'à
choifir.
Brigani lui dit que les vieillards ne font
pas foumis à fon pouvoir ; Nife le défabufe
par cette tirade , où il y a une comparaifon
qui paroît hafardée , mais qui eft
excufable dans la bouche d'une Bohémienne.
Quand nous voulons , ils font à nos genoux ,
Et nous fçavons les rendre doux :
Leurs coeurs plus tendres , plus fenfibles ,
Defléchés par les ans , en font plus combuftibles,
Et comme l'amadoue , un feul regard coquet
Leur fait prendre feu crac ; c'eft un coup de
briquet.
Notre homme eft dans le cas , & fitôt qu'il m'a
vue ,
J'ai porté dans fon ame une atteinte imprévue ,
Il avoit fous fon bras un fac rempli d'argent
Qu'il a ferré bien vîte ,
·
Il faut de cet argent que ta main le délivre ..
Calcante vient , ajoute-t-clle , je l'entend's
à fa toux. Songe à jouer ton rôle. Préparons-
nous. Ils fe retirent au fond duthéatre
, où Brigani va ſe déguiſer en ours.
NOVEMBRE. 1755..201
Calcante paroît , & après avoir renvoyé
un valet muet qui le fuit , il dit qu'il
vient chercher la jeune perfonne , dont
la taille & les yeux fripons l'ont frappé.
Nife , qui l'entend , s'approche , fuivie de
fon frere travefti en ours , & démande
à Calcante s'il veut fçavoir fa bonne aventure
, qu'elle la lui dira . Oui - dà , répondt'il
galamment : C'en eft une déja , quand
on vous voit Montrez-moi vos deux mains,
lui réplique-t -elle . Tandis qu'il les préfente
, Brigani s'avance , & tâche de lui
voler fon argent. Le bon homme qui l'apperçoit
, & qui croit voir un ours , fait
un cri de peur. Nife le raffure , en lui
difant que cet ours eft auffi privé que lui ,
qu'il faute , qu'il danfe comme une perfonne.
Calcante redonne les mains à Nife,
qui s'écrie en les examinant ,
Ariete. Ella può credermi.
Ah ! cette ligne
défigne
Longues années ,
Et fortunées ;
Cent ans au-delà` ;
Oui , oui , mon beau Monfieur vivra ,
Calcante.
Oh ! fans grimoire:
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
2º
Couplet.
On peut vous croire :
Cela fera.
Nife.
Certaine fille ,
gentille ,
Pour vous foupire.
De fon
martyre ,
Qui la guérira ?
Hem hem ? Monfieur la guérira.
Calcante.
Oh ! fans grimoire , &c .
3 ° Couplet.
"
Nife.
... Ah ! je vois une .....
fortune .....
Que rien ne borne
Au Capricorne ,
Eft écrit cela !
Oui , oui , Monfieur fe marira.
Calcante.
Oh vraiment voire ,
On ne peut croire
Ce conte - là .
Nife infifte que Calcante deviendra l'époux
d'une jeune beauté , mais il élude le
difcours & dit que l'argent vaut mieux.
NOVEMBRE. 1755. zoz
Nife alors fait fauter fon ours . Il paroît
charmé de fes lazzis , & propofe à la Bohémienne
de s'en défaire en fa faveur :
elle répond qu'elle le donnera pour trente
ducats , & fait danfer l'ours en même
tems qu'elle chante l'Ariete fuivante .
Ariete. Tre giorni.
Examinez fa grace ;
C'est un petit amour ,
Auffi beau que le jour.
(à l'ours. ) Regardez -nous en face ,
Et faites , mon mignon ,
Un pas de Rigodon.
que
Eh ! fautez donc , fautez donc ,
Brunet , fautez pour Javote ,
Tournez pour Charlote ,
Et faites ferviteur ,
Comme un joli Monfieur.
Donnez-moi la menotte ,
La menotte ,
Et faites ferviteur.
Calcante en donne vingt ducats , elle
lui dit que c'eft bien peu. Il lui répond
fon or eft de l'or ; elle lui réplique que
fon ours eft un ours. Il ajoute quatre ducats
à la fomme. Elle les reçoit , en lui
proteftant que fi elle n'étoit pas dans l'indigence
, elle le lui donneroit pour rien ,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
tant elle a d'attachement pour lui. Il l'af
fure que de fon côté , il l'aime auffi à la
folie , ajoutant qu'elle vienne le voir quel
quefois , & qu'il lui donnera ... des confeils.
Nife après avoir dit tout bas , le
vieux vilain ! chante tout haut cetre
Ariete :
Si caro ben farette.
Oui , vous ferez fans cefle
L'objet de ma tendreffe :
Déja pour vous , mon coeur s'empreffe ;;
Et je le fens fauter ,,
Palpiter.
àpart.. Voyez qu'il eſt aimable ! .
Agréable !
Pour enflâmer mon coeur !
Pour être mon vainqueur !
Elle s'en vas
Pendant l'Ariete , le faux ours vole la
bourfe de Calcante , défait fon collier
s'enfuit , & laiffe fa chaîne dans la main.
du vieux Marchand qui , voulant faire
fauter l'ours , s'apperçoit trop tard de fa
fuite , & court de tous côtés en chantant :
Ariete. Maledetti , quanti fiete..
Ah ! mon ours a pris la fuite !
Courons vite , courons vîte ,
1
NOVEMBRE. 1755. 205
: Miférable !
L'ai - je pu laiffer fauver ?
Mais où diable
Le trouver , & c.
Nife revient , & lui demande ce qui
l'oblige à crier , il répond que c'eft fon
ours qui s'eft échappé. Elle lui dit de ne
fonger qu'à Nife , qu'elle vaut bien un
ours. Il réplique que ce n'eft pas le tems
de rire. Elle dit à part que ce fera bien une
autre crife , quand il s'appercevra qu'on a
volé fa bourfe ; elle ajoute tout haut , em
le regardant tendrement , qu'elle comptoit
fur fon amour. Calcante lui répond
par cette Ariete charmante :
Madam' lafciate mi in liberta.
Oh ! laiffez donc mon coeur par charité ,.
Oh ! laiffez donc mon coeur en liberté .
(à part.) Qu'elle eft pouponne !
Mon coeur fe donne
Malgré ma volonté.
( haut ) Oh ! laiffez donc , & c.
Pefte de mine
Qui me lutine !
Pefte de mine
Qui m'affaffine !!
Fut- on jamais plus tourmenté
Oh ! laiffez donc , &c,
206 MERCURE DE FRANCE.
Quel martyre !
J'expire ,
En vérité .
Oh ! morbleu , c'en eft trop ; prends donc ma
liberté.
Nife s'écrie qu'il a la fienne en échange,
& qu'elle le préfere aux jeunes gens les
plus aimables . Oui , ajoute- elle :
Je les détefte tous. Si vous fçaviez combien
Tous ces Meffieurs m'ont attrapée.
Calcante & Nife terminent le premier
par cet agréable duo . Ace
Nife.
Mon coeur , ô cher Calcante
Dans une forge ardente
Eft battu nuit & jour.
Tous les marteaux d'amour
Le battent nuit & jour.
Calcante.
O Dieux ! qu'elle eſt ma gloire !
En figne de victoire ,
L'Amour bat du tambour.
Mon coeur eft le tambour ,
Eft le tambour d'amour.
NOVEMBRE. 1755. 207
•
Nife.
Tiens , tiens , mets ta main là ;
Sens-tu ? tipeti , tipeta.
Calcante.
Ah ! comme ton coeur va;
Et toi , ma belle enfant ,
Sens-tu ? patapan.
Ensemble.
Tipe , tape ,
Comme il frappe.
Calcante . Dis-moi , pour qui l'amour
Bat-il fur mon coeur le tambour.
Nife. Dis-moi , pour qui l'amour
Bat-il fur mon coeur nuit & jour.
Nife .
Dis toi-même.
Calcante & Nife.
C'est que j'aime.
Qui fans que j'en diſe rien ,
Tu le devines bien.
Dans le fecond Acte le théatre repréfente
des ruines & des mafures abandonnées.
208 MERCURE DE FRANCE.
Nife & Brigani en habit de Bohémien ,
ouvrent cet Acte. Elle chante l'Ariete fuivante
en éclatant de rire fi naturellement ,
que tous les fpectateurs rient avec elle..
Si raviva.
Je n'en puis plus , laiffe- moi rire .....
Rien n'eft égal à fon martyre a
Il vient , il va , depuis une heure
Il jure , il pleure ,
Ib en mourra.
Ah ah ah !
Brigani lui fait entendre que l'argent
eft la feule idole du vieillard , & qu'il va
renoncer à l'amour . Non, lui répond Niſe.
L'avarice a beau fe défendre ,.
L'Amour et le tyran des autres paffions.
Elle le preffe en même tems d'aller changer
de figure pour la feconder avec leurs.
camarades dans le rôle de Magicienne
qu'elle va jouer. Nife refte feule . Calcante
paroît défefpéré & chante l'Ariete fuivante
, fans voir Nife .
Che Orror ! che Spavento !
Je perds fans reffource
Ma bourſe, ma bourſe ;
NOVEMBRE. 1755. 209
Vivrai -je fans elle !
Fortune cruelle !
Eft-ce affez m'accabler ?
Puis- je , cruelle ,
Vivre fans elle ?
Fortune cruelle ,
Je vais m'étrangler.
O perte funefte !
La faim , la foif, & la rage , & la pefte
Ont moins de rigueur que mon fort.
L'espoir qui te reſte ,
Calcante , c'est la mort.
Dès qu'il apperçoit Nife , il l'implore
pour retrouver fa bourfe. Elle lui dit
qu'elle va tâcher de le fervir , mais qu'elle
a befoin de fa préfence , & qu'elle
craint qu'il n'ait peur. Il protefte qu'il af
fronteroit le diable pour r'avoir fon argent.
Nife alors conjure l'enfer & particulierement
Griffifer qui en eft le caiffier.
Brigani paroît en longue robe noire ,
avec une grande perruque armée de cornes
, une barbe touffue , & des griffes aux
pieds & aux mains . Nife lui demande s'il
a la bourſe , il répond qu'oui . Calcante
prie le faux diable de la lui rendre ; celuici
lui réplique que fa bourſe lui appartient,
que c'est un argent mal acquis , & lui
propofe un accommodement , c'eft que
210 MERCURE DE FRANCE.
Calcante époufe Nife , & que fa bourſe
lui fervira de dot. Le vieux Marchand ne
veut pas y conſentir. Griffifer appelle fes
camarades pour punir ce refus. Des Bohémiens
déguiſés en diables , beaux , viennent
épouvanter Calcante , qui exprime
fon effroi mortel par l'Ariete qui fuit :
Perfidi perfidi.
Au fecours ! Ah ! je tremble !
Ici l'enfer s'affemble !
O Dieux ! c'eft fait de moi,
Ah ! je meurs d'effroi
De grace .
Mon fang fe glace.
A l'aide , je trépaffe.
à Nife. Daignez me fecourir
Je me fens mourir.
Au fecours , & c.
Nife lui dit avec douceur , m'époufezvous
? Je goûte affez la chofe , répart le
bonhomme que ces Meffieurs fe retirent ;
fais-moi voir ma bourfe , & tu feras contente.
Elle fait éloigner les Bohémiens
& commande à Griffifer de faire briller à
leurs yeux la bourfe , de Calcante . Il accourt
, & montre la bourſe , en diſant :
Lucifer vous ordonne
NOVEMBRE. 1755. 211
D'être époux , & dans le moment ,
Ou redoutez le plus dur châtiment.
Le Diable faire un mariage , le récrie
Calcante , il devroit l'empêcher. Brigani
répond plaifamment :
Il fçait fes intérêts.
C'eſt lui qui préſide au ménage ,
Et ce n'eſt pas à toi de fonder ſes decrets.
Nife alors joue la tendreffe , en difant
qu'elle ne veut pas que Calcante l'épouſe
malgré lui ; qu'elle l'aime trop pour caufer
fon malheur , & qu'elle va lui rendre
la bourfe. Brigani lui déclare , que fi
elle n'eft épousée , il faut qu'elle périffe ;
qu'elle peut rendre la bourſe à ce prix.
Elle la donne à Calcante , & feint de s'évanouir
entre fes bras. Le barbon attendri
, s'écrie : voilà ma main ! Je ne ſouffrirai
pas que tu perdes le jour. Nife revient
de fa fauffe pâmoifon , & le bonhomme
dit :
Allons , figurons - nous que la bourfe eft fa dot.
On n'a du moins rien ôté de la fomme ?
Ce dernier vers prouve que l'avarice ne
veut rien perdre , & qu'elle est toujours la
paffion dominante . Brigani répond que
212 MERCURE DE FRANCE.
la fomme eft entiere , & qu'il eft un
diable honnête homme . Et l'ours , demande
Calcante ? Vous le voyez en moi , répart
le frere de Nife , en fe démafquant , je
fuis le diable , l'ours & Brigani . Vous
m'avez attrapé , s'écrie le vieillard :
Mais Nife eft fi jolie ,
Qu'en la voyant , il n'eſt rien qu'on n'oublie .
Ils s'embraffent & terminent la piece
par ce joli Tiio.
Calcante.
Toujours prefte ,
Toujours lefte
Près de toi l'on me verra ,
>
La , la , la , mon amour s'augmentera.
Nife à Calcante.
Ma chere ame ,
Je me pâme
Du plaifir d'être ta femme ;
Ah ! que Nife t'aimera ,
La , la , la , la , la..
·Brigani à part.
Le bonhomme je l'admirė ;
Et de rire
J'étouffe , en voyant cela.
La, la , la.
NOVEMBRE. 1755. 213
Nife.
Vive l'allégreffe ,
Tu peux croire que fans ceffe ,
Ma tendreffe
Durera.
Ensemble.
Que l'on chante , que l'on fête
Nife. Les douceurs qu'Hymen apprête.
Le bonhomme que j'ai-là !
Calcante. Quel tréfor je trouve - là !
Le bonhomme que voilà .
>
Brigani.
Ta la , la , la.
Nife.
Ta femme t'adorera ,
à part. T'endormira .
Calcante Ma flame s'augmentera ,
Brigani.
Madame t'adorera ,
Te menera .
Cette fin refpire une joie folle qui fe
communique à tous les fpectateurs. On
ne peut la bien rendre qu'au théatre , ni
la bien fentir qu'à la répréſentation.
ES Comédiens Italiens ont donné
LES neuf repréſentations du Derviche
après lefquelles l'Auteur l'a retiré pour le
faire remettre cet hiver. M. Dehelfe y a
parfaitement rendu fon rôle , & nous ne
doutons pas que la piece & l'Acteur ne
reçoivent toujours les mêmes applaudiffemens.
Nous donnerons l'extrait de cette
Comédie , dès qu'elle fera imprimée .
Les mêmes Comédiens ont repris la Bohémienne
qui n'a rien perdu des graces de
la nouveauté ; en voici l'extrait que nous
avions annoncé.
NOVEMBRE. 1755. 199
Extrait de la Bohémienne.
Dans le premier Acte , le théatre repréfente
une place publique. Nife & Brigani
fon frere , ouvrent la premiere fcene gaiement
par ce duo .
Duo. Colla fpe me del goder.
Dans l'espérance
On
peut
Du plaifir ,
d'avance
Se réjouir ;
Mais les foucis de l'avenir
Sont des tourmens qu'il faut bannir.
Brigani ſe plaint que la faim le preffe ,
& qu'on ne vit pas d'efpoir. Sa four le
confole en l'affurant qu'ils vont être inceffamment
riches. Tu connois bien , ditelle
, Calcante , ce gros Marchand que tu
viens de voir à la foire de Bologne , il
fera notre reffource. Je veux quitter l'état
de fourberies : Mais , lui répond Brigani ,
Si nous fommes adroits , nous fommes indigens.
Comment veux-tu changer de vie ?
Avons-nous le moyen d'être d'honnêtes gens.
Nife.
Mon frere , nous l'aurons par un bon mariage ,
Lorfque l'on a des attraits en partage ,
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Et qu'on a l'art de s'en fervir ,
Tous les coeurs font à nous , on n'a plus qu'à
choifir.
Brigani lui dit que les vieillards ne font
pas foumis à fon pouvoir ; Nife le défabufe
par cette tirade , où il y a une comparaifon
qui paroît hafardée , mais qui eft
excufable dans la bouche d'une Bohémienne.
Quand nous voulons , ils font à nos genoux ,
Et nous fçavons les rendre doux :
Leurs coeurs plus tendres , plus fenfibles ,
Defléchés par les ans , en font plus combuftibles,
Et comme l'amadoue , un feul regard coquet
Leur fait prendre feu crac ; c'eft un coup de
briquet.
Notre homme eft dans le cas , & fitôt qu'il m'a
vue ,
J'ai porté dans fon ame une atteinte imprévue ,
Il avoit fous fon bras un fac rempli d'argent
Qu'il a ferré bien vîte ,
·
Il faut de cet argent que ta main le délivre ..
Calcante vient , ajoute-t-clle , je l'entend's
à fa toux. Songe à jouer ton rôle. Préparons-
nous. Ils fe retirent au fond duthéatre
, où Brigani va ſe déguiſer en ours.
NOVEMBRE. 1755..201
Calcante paroît , & après avoir renvoyé
un valet muet qui le fuit , il dit qu'il
vient chercher la jeune perfonne , dont
la taille & les yeux fripons l'ont frappé.
Nife , qui l'entend , s'approche , fuivie de
fon frere travefti en ours , & démande
à Calcante s'il veut fçavoir fa bonne aventure
, qu'elle la lui dira . Oui - dà , répondt'il
galamment : C'en eft une déja , quand
on vous voit Montrez-moi vos deux mains,
lui réplique-t -elle . Tandis qu'il les préfente
, Brigani s'avance , & tâche de lui
voler fon argent. Le bon homme qui l'apperçoit
, & qui croit voir un ours , fait
un cri de peur. Nife le raffure , en lui
difant que cet ours eft auffi privé que lui ,
qu'il faute , qu'il danfe comme une perfonne.
Calcante redonne les mains à Nife,
qui s'écrie en les examinant ,
Ariete. Ella può credermi.
Ah ! cette ligne
défigne
Longues années ,
Et fortunées ;
Cent ans au-delà` ;
Oui , oui , mon beau Monfieur vivra ,
Calcante.
Oh ! fans grimoire:
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
2º
Couplet.
On peut vous croire :
Cela fera.
Nife.
Certaine fille ,
gentille ,
Pour vous foupire.
De fon
martyre ,
Qui la guérira ?
Hem hem ? Monfieur la guérira.
Calcante.
Oh ! fans grimoire , &c .
3 ° Couplet.
"
Nife.
... Ah ! je vois une .....
fortune .....
Que rien ne borne
Au Capricorne ,
Eft écrit cela !
Oui , oui , Monfieur fe marira.
Calcante.
Oh vraiment voire ,
On ne peut croire
Ce conte - là .
Nife infifte que Calcante deviendra l'époux
d'une jeune beauté , mais il élude le
difcours & dit que l'argent vaut mieux.
NOVEMBRE. 1755. zoz
Nife alors fait fauter fon ours . Il paroît
charmé de fes lazzis , & propofe à la Bohémienne
de s'en défaire en fa faveur :
elle répond qu'elle le donnera pour trente
ducats , & fait danfer l'ours en même
tems qu'elle chante l'Ariete fuivante .
Ariete. Tre giorni.
Examinez fa grace ;
C'est un petit amour ,
Auffi beau que le jour.
(à l'ours. ) Regardez -nous en face ,
Et faites , mon mignon ,
Un pas de Rigodon.
que
Eh ! fautez donc , fautez donc ,
Brunet , fautez pour Javote ,
Tournez pour Charlote ,
Et faites ferviteur ,
Comme un joli Monfieur.
Donnez-moi la menotte ,
La menotte ,
Et faites ferviteur.
Calcante en donne vingt ducats , elle
lui dit que c'eft bien peu. Il lui répond
fon or eft de l'or ; elle lui réplique que
fon ours eft un ours. Il ajoute quatre ducats
à la fomme. Elle les reçoit , en lui
proteftant que fi elle n'étoit pas dans l'indigence
, elle le lui donneroit pour rien ,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
tant elle a d'attachement pour lui. Il l'af
fure que de fon côté , il l'aime auffi à la
folie , ajoutant qu'elle vienne le voir quel
quefois , & qu'il lui donnera ... des confeils.
Nife après avoir dit tout bas , le
vieux vilain ! chante tout haut cetre
Ariete :
Si caro ben farette.
Oui , vous ferez fans cefle
L'objet de ma tendreffe :
Déja pour vous , mon coeur s'empreffe ;;
Et je le fens fauter ,,
Palpiter.
àpart.. Voyez qu'il eſt aimable ! .
Agréable !
Pour enflâmer mon coeur !
Pour être mon vainqueur !
Elle s'en vas
Pendant l'Ariete , le faux ours vole la
bourfe de Calcante , défait fon collier
s'enfuit , & laiffe fa chaîne dans la main.
du vieux Marchand qui , voulant faire
fauter l'ours , s'apperçoit trop tard de fa
fuite , & court de tous côtés en chantant :
Ariete. Maledetti , quanti fiete..
Ah ! mon ours a pris la fuite !
Courons vite , courons vîte ,
1
NOVEMBRE. 1755. 205
: Miférable !
L'ai - je pu laiffer fauver ?
Mais où diable
Le trouver , & c.
Nife revient , & lui demande ce qui
l'oblige à crier , il répond que c'eft fon
ours qui s'eft échappé. Elle lui dit de ne
fonger qu'à Nife , qu'elle vaut bien un
ours. Il réplique que ce n'eft pas le tems
de rire. Elle dit à part que ce fera bien une
autre crife , quand il s'appercevra qu'on a
volé fa bourfe ; elle ajoute tout haut , em
le regardant tendrement , qu'elle comptoit
fur fon amour. Calcante lui répond
par cette Ariete charmante :
Madam' lafciate mi in liberta.
Oh ! laiffez donc mon coeur par charité ,.
Oh ! laiffez donc mon coeur en liberté .
(à part.) Qu'elle eft pouponne !
Mon coeur fe donne
Malgré ma volonté.
( haut ) Oh ! laiffez donc , & c.
Pefte de mine
Qui me lutine !
Pefte de mine
Qui m'affaffine !!
Fut- on jamais plus tourmenté
Oh ! laiffez donc , &c,
206 MERCURE DE FRANCE.
Quel martyre !
J'expire ,
En vérité .
Oh ! morbleu , c'en eft trop ; prends donc ma
liberté.
Nife s'écrie qu'il a la fienne en échange,
& qu'elle le préfere aux jeunes gens les
plus aimables . Oui , ajoute- elle :
Je les détefte tous. Si vous fçaviez combien
Tous ces Meffieurs m'ont attrapée.
Calcante & Nife terminent le premier
par cet agréable duo . Ace
Nife.
Mon coeur , ô cher Calcante
Dans une forge ardente
Eft battu nuit & jour.
Tous les marteaux d'amour
Le battent nuit & jour.
Calcante.
O Dieux ! qu'elle eſt ma gloire !
En figne de victoire ,
L'Amour bat du tambour.
Mon coeur eft le tambour ,
Eft le tambour d'amour.
NOVEMBRE. 1755. 207
•
Nife.
Tiens , tiens , mets ta main là ;
Sens-tu ? tipeti , tipeta.
Calcante.
Ah ! comme ton coeur va;
Et toi , ma belle enfant ,
Sens-tu ? patapan.
Ensemble.
Tipe , tape ,
Comme il frappe.
Calcante . Dis-moi , pour qui l'amour
Bat-il fur mon coeur le tambour.
Nife. Dis-moi , pour qui l'amour
Bat-il fur mon coeur nuit & jour.
Nife .
Dis toi-même.
Calcante & Nife.
C'est que j'aime.
Qui fans que j'en diſe rien ,
Tu le devines bien.
Dans le fecond Acte le théatre repréfente
des ruines & des mafures abandonnées.
208 MERCURE DE FRANCE.
Nife & Brigani en habit de Bohémien ,
ouvrent cet Acte. Elle chante l'Ariete fuivante
en éclatant de rire fi naturellement ,
que tous les fpectateurs rient avec elle..
Si raviva.
Je n'en puis plus , laiffe- moi rire .....
Rien n'eft égal à fon martyre a
Il vient , il va , depuis une heure
Il jure , il pleure ,
Ib en mourra.
Ah ah ah !
Brigani lui fait entendre que l'argent
eft la feule idole du vieillard , & qu'il va
renoncer à l'amour . Non, lui répond Niſe.
L'avarice a beau fe défendre ,.
L'Amour et le tyran des autres paffions.
Elle le preffe en même tems d'aller changer
de figure pour la feconder avec leurs.
camarades dans le rôle de Magicienne
qu'elle va jouer. Nife refte feule . Calcante
paroît défefpéré & chante l'Ariete fuivante
, fans voir Nife .
Che Orror ! che Spavento !
Je perds fans reffource
Ma bourſe, ma bourſe ;
NOVEMBRE. 1755. 209
Vivrai -je fans elle !
Fortune cruelle !
Eft-ce affez m'accabler ?
Puis- je , cruelle ,
Vivre fans elle ?
Fortune cruelle ,
Je vais m'étrangler.
O perte funefte !
La faim , la foif, & la rage , & la pefte
Ont moins de rigueur que mon fort.
L'espoir qui te reſte ,
Calcante , c'est la mort.
Dès qu'il apperçoit Nife , il l'implore
pour retrouver fa bourfe. Elle lui dit
qu'elle va tâcher de le fervir , mais qu'elle
a befoin de fa préfence , & qu'elle
craint qu'il n'ait peur. Il protefte qu'il af
fronteroit le diable pour r'avoir fon argent.
Nife alors conjure l'enfer & particulierement
Griffifer qui en eft le caiffier.
Brigani paroît en longue robe noire ,
avec une grande perruque armée de cornes
, une barbe touffue , & des griffes aux
pieds & aux mains . Nife lui demande s'il
a la bourſe , il répond qu'oui . Calcante
prie le faux diable de la lui rendre ; celuici
lui réplique que fa bourſe lui appartient,
que c'est un argent mal acquis , & lui
propofe un accommodement , c'eft que
210 MERCURE DE FRANCE.
Calcante époufe Nife , & que fa bourſe
lui fervira de dot. Le vieux Marchand ne
veut pas y conſentir. Griffifer appelle fes
camarades pour punir ce refus. Des Bohémiens
déguiſés en diables , beaux , viennent
épouvanter Calcante , qui exprime
fon effroi mortel par l'Ariete qui fuit :
Perfidi perfidi.
Au fecours ! Ah ! je tremble !
Ici l'enfer s'affemble !
O Dieux ! c'eft fait de moi,
Ah ! je meurs d'effroi
De grace .
Mon fang fe glace.
A l'aide , je trépaffe.
à Nife. Daignez me fecourir
Je me fens mourir.
Au fecours , & c.
Nife lui dit avec douceur , m'époufezvous
? Je goûte affez la chofe , répart le
bonhomme que ces Meffieurs fe retirent ;
fais-moi voir ma bourfe , & tu feras contente.
Elle fait éloigner les Bohémiens
& commande à Griffifer de faire briller à
leurs yeux la bourfe , de Calcante . Il accourt
, & montre la bourſe , en diſant :
Lucifer vous ordonne
NOVEMBRE. 1755. 211
D'être époux , & dans le moment ,
Ou redoutez le plus dur châtiment.
Le Diable faire un mariage , le récrie
Calcante , il devroit l'empêcher. Brigani
répond plaifamment :
Il fçait fes intérêts.
C'eſt lui qui préſide au ménage ,
Et ce n'eſt pas à toi de fonder ſes decrets.
Nife alors joue la tendreffe , en difant
qu'elle ne veut pas que Calcante l'épouſe
malgré lui ; qu'elle l'aime trop pour caufer
fon malheur , & qu'elle va lui rendre
la bourfe. Brigani lui déclare , que fi
elle n'eft épousée , il faut qu'elle périffe ;
qu'elle peut rendre la bourſe à ce prix.
Elle la donne à Calcante , & feint de s'évanouir
entre fes bras. Le barbon attendri
, s'écrie : voilà ma main ! Je ne ſouffrirai
pas que tu perdes le jour. Nife revient
de fa fauffe pâmoifon , & le bonhomme
dit :
Allons , figurons - nous que la bourfe eft fa dot.
On n'a du moins rien ôté de la fomme ?
Ce dernier vers prouve que l'avarice ne
veut rien perdre , & qu'elle est toujours la
paffion dominante . Brigani répond que
212 MERCURE DE FRANCE.
la fomme eft entiere , & qu'il eft un
diable honnête homme . Et l'ours , demande
Calcante ? Vous le voyez en moi , répart
le frere de Nife , en fe démafquant , je
fuis le diable , l'ours & Brigani . Vous
m'avez attrapé , s'écrie le vieillard :
Mais Nife eft fi jolie ,
Qu'en la voyant , il n'eſt rien qu'on n'oublie .
Ils s'embraffent & terminent la piece
par ce joli Tiio.
Calcante.
Toujours prefte ,
Toujours lefte
Près de toi l'on me verra ,
>
La , la , la , mon amour s'augmentera.
Nife à Calcante.
Ma chere ame ,
Je me pâme
Du plaifir d'être ta femme ;
Ah ! que Nife t'aimera ,
La , la , la , la , la..
·Brigani à part.
Le bonhomme je l'admirė ;
Et de rire
J'étouffe , en voyant cela.
La, la , la.
NOVEMBRE. 1755. 213
Nife.
Vive l'allégreffe ,
Tu peux croire que fans ceffe ,
Ma tendreffe
Durera.
Ensemble.
Que l'on chante , que l'on fête
Nife. Les douceurs qu'Hymen apprête.
Le bonhomme que j'ai-là !
Calcante. Quel tréfor je trouve - là !
Le bonhomme que voilà .
>
Brigani.
Ta la , la , la.
Nife.
Ta femme t'adorera ,
à part. T'endormira .
Calcante Ma flame s'augmentera ,
Brigani.
Madame t'adorera ,
Te menera .
Cette fin refpire une joie folle qui fe
communique à tous les fpectateurs. On
ne peut la bien rendre qu'au théatre , ni
la bien fentir qu'à la répréſentation.
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Résumé : COMEDIE ITALIENNE. / Extrait de la Bohémienne.
Le texte traite des représentations théâtrales de comédiens italiens. La pièce 'Le Derviche' a été retirée après neuf représentations pour être reprogrammée l'hiver suivant. L'acteur M. Dehelfe a été particulièrement acclamé dans son rôle, et la pièce ainsi que l'acteur sont attendus avec le même enthousiasme. Un extrait de cette comédie sera publié dès qu'elle sera imprimée. Les mêmes comédiens ont également repris la pièce 'La Bohémienne', qui a conservé toute sa fraîcheur et ses charmes. Le texte fournit un extrait détaillé du premier acte de 'La Bohémienne'. La scène se déroule sur une place publique où Nise et Brigani, frère et sœur, discutent de leur situation. Nise assure Brigani qu'ils seront bientôt riches grâce à un marchand nommé Calcante. Brigani exprime son scepticisme, mais Nise propose de changer de vie par un bon mariage, utilisant ses charmes pour séduire les vieillards. Calcante apparaît, attiré par Nise, et se laisse convaincre par elle de consulter sa bonne aventure. Brigani, déguisé en ours, tente de voler l'argent de Calcante, mais est découvert. Nise rassure Calcante et lui prédit une longue vie et un mariage avec une jeune beauté. Calcante, plus intéressé par l'argent, achète l'ours déguisé. Pendant que Calcante est distrait, Brigani vole la bourse de Calcante et s'enfuit. Dans le second acte, Nise et Brigani, déguisés en bohémiens, continuent leurs ruses. Calcante, désespéré, cherche sa bourse volée. Nise, déguisée en magicienne, conjure l'enfer pour retrouver la bourse. Brigani, déguisé en diable, propose à Calcante d'épouser Nise en échange de la bourse. Après des hésitations, Calcante accepte et épouse Nise. La pièce se termine par une scène joyeuse où les personnages expriment leur allégresse.
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5178
p. 5-6
EPITRE A M. DE VOLTAIRE, En lui envoyant un Poëme sur la Grace
Début :
Toi, qui fais de yeux d'Emilie [...]
Mots clefs :
Voltaire, Grâce
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. DE VOLTAIRE, En lui envoyant un Poëme sur la Grace
EPITRE
A M. DE VOLTAIRE ,
En lui envoyant un Poëme fur la Graco
ToiOi , qui fais des yeux d'Emilie
Paffer dans tes écrits les feux & la douceur ;
Toi , l'Apollon de la patrie ,
Du gout & du talent , jufte appréciateur :
I. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Voltaire , en le lifant , fais grace à cet ouvrage
Fruit de quelques momens dérobés à Themis .
Refpectant mon fujet , j'y parle le langage ,
Non d'un Docteur fubtil , mais d'un Chrétien fou
mis.
De la Grace en mes vers fcrutateur téméraire ,
Suivant de la raiſon le faux jour qui nous luit ,
De ce redoutable Myſtere
Oferois- je percer la nuit
Loin d'avoir cette vaine audace ,
Sur le voile mystérieux
Dont l'Eternel voulut envelopper la grace,
Je ne porterai pas mes regards curieux.
Mais au maître des vers nobles , harmonieux ,
Au rival de Milton , de Virgile & d'Homcre ,
Préfenter un poëme , & tenter de lui plaire ,
Eft- ce être moins audacieux ?
Toutefois fi je dis le motif qui m'infpire ,
Tu cefferas d'être furpris.
Richelieu l'a voulu , ce mot doit te fuffire.
Eh ! qui fçait mieux que toi combien il a d'empire
Sur les coeurs & fur les efprits !
C'eſt un pouvoir fecret que toi feul peux décrire
Chacun le retrouve en ce lieu
Tel que ta Mufe le renomme .
On l'adore ici comme un Dieu ,
Parce qu'il y vit comme un homme.
Par M. Clofier , de Montpellier.
A M. DE VOLTAIRE ,
En lui envoyant un Poëme fur la Graco
ToiOi , qui fais des yeux d'Emilie
Paffer dans tes écrits les feux & la douceur ;
Toi , l'Apollon de la patrie ,
Du gout & du talent , jufte appréciateur :
I. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Voltaire , en le lifant , fais grace à cet ouvrage
Fruit de quelques momens dérobés à Themis .
Refpectant mon fujet , j'y parle le langage ,
Non d'un Docteur fubtil , mais d'un Chrétien fou
mis.
De la Grace en mes vers fcrutateur téméraire ,
Suivant de la raiſon le faux jour qui nous luit ,
De ce redoutable Myſtere
Oferois- je percer la nuit
Loin d'avoir cette vaine audace ,
Sur le voile mystérieux
Dont l'Eternel voulut envelopper la grace,
Je ne porterai pas mes regards curieux.
Mais au maître des vers nobles , harmonieux ,
Au rival de Milton , de Virgile & d'Homcre ,
Préfenter un poëme , & tenter de lui plaire ,
Eft- ce être moins audacieux ?
Toutefois fi je dis le motif qui m'infpire ,
Tu cefferas d'être furpris.
Richelieu l'a voulu , ce mot doit te fuffire.
Eh ! qui fçait mieux que toi combien il a d'empire
Sur les coeurs & fur les efprits !
C'eſt un pouvoir fecret que toi feul peux décrire
Chacun le retrouve en ce lieu
Tel que ta Mufe le renomme .
On l'adore ici comme un Dieu ,
Parce qu'il y vit comme un homme.
Par M. Clofier , de Montpellier.
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Résumé : EPITRE A M. DE VOLTAIRE, En lui envoyant un Poëme sur la Grace
L'épître est adressée à Voltaire et contient un poème sur Gracchus. L'auteur exprime son admiration pour Voltaire, le comparant à Apollon et le reconnaissant comme un juge du goût et du talent. Il présente son œuvre comme le fruit de moments volés à ses occupations juridiques. L'auteur se décrit comme un chrétien sincère, sans prétention de percer les mystères de la grâce divine. Il se montre humble face à Voltaire, qu'il considère comme un maître des vers nobles et harmonieux, rival de Milton, Virgile et Homère. L'audace de l'auteur s'explique par la volonté de Richelieu, dont le pouvoir sur les cœurs et les esprits est incontestable. Richelieu est adoré en ce lieu car il y vit comme un homme. L'épître est signée par M. Clofier, de Montpellier.
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5179
p. 7
Réponse de M. de Voltaire.
Début :
Lorsque vous me parlez des graces naturelles [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réponse de M. de Voltaire.
Réponse de M. de Voltaire.
Lorfque vous me parlez des graces naturelles
Du héros votre commandant ,
Et de la Déité qu'on adore à Bruxelles ,
C'eſt un langage qu'on entend.
La grace du Seigneur eft bien d'une autre efpece :
Moins vous me l'expliquez , plus vous en parlez
bien.
Je l'adore , & n'y comprends rien.
L'attendre & l'ignorer , voilà notre fageffe.
Tout Docteur , il eft vrai , fçait le fecret de Dieu ,
Elus de l'autre monde ils font dignes d'envie.
Mais qui vit auprès d'Emilie ,
Ou bien auprès de Richelieu ,
Eft un élu de cette vie.
Lorfque vous me parlez des graces naturelles
Du héros votre commandant ,
Et de la Déité qu'on adore à Bruxelles ,
C'eſt un langage qu'on entend.
La grace du Seigneur eft bien d'une autre efpece :
Moins vous me l'expliquez , plus vous en parlez
bien.
Je l'adore , & n'y comprends rien.
L'attendre & l'ignorer , voilà notre fageffe.
Tout Docteur , il eft vrai , fçait le fecret de Dieu ,
Elus de l'autre monde ils font dignes d'envie.
Mais qui vit auprès d'Emilie ,
Ou bien auprès de Richelieu ,
Eft un élu de cette vie.
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Résumé : Réponse de M. de Voltaire.
Voltaire discute des grâces naturelles et divines. Il admire la grâce divine sans la comprendre, la considérant comme une condition humaine. Il respecte les docteurs connaissant le secret de Dieu et valorise ceux vivant auprès de personnes illustres comme Émilie ou Richelieu, les qualifiant d'élus.
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5180
p. 33-36
LA LIBERTÉ, OU LA PARFAITE INDIFFÉRENCE. Imitation d'une Ode Italienne, de M. l'Abbé Métastase.
Début :
GRACE à ta perfidie, un amour malheureux [...]
Mots clefs :
Coeur, Yeux
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texteReconnaissance textuelle : LA LIBERTÉ, OU LA PARFAITE INDIFFÉRENCE. Imitation d'une Ode Italienne, de M. l'Abbé Métastase.
LA LIBERTÉ ,
O U
LA PARFAITE INDIFFÉRENCE.
Imitation d'une Ode Italienne , de M. l'Abbé
Métaftafe.
GRACE à ta perfidie , un amour malheureux
Ne livre plus mon ame au plus cruel martyre.
Les Dieux ont pris pitié de mon fort rigoureux :
Tes charmes pour mon coeur ne font plus dan
gereux ;
Et libre de ton joug , à la fin je reſpire .
Non , ce n'eft pas un fonge ; un dépit infenfé
Ne me déguiſe point une ardeur mal éteinte :
Vainement devant moi ton nom eft prononcé ;
Je l'entends fans allarme ; & ton afpect , Nicé ,
A ma tranquillité ne porte plus d'atteinte .
Je dors , & le fomineil ne m'offre point tes
traits :
Tu n'es plus cet objet qui m'occupoit fans ceffe ;
Ton abfence à mon coeur ne coute nuls regrets :
Je ne défire point de revoir tes attraits ;
Je les revois fans joie , ainsi que fans trifteffe.
Bv
34
MERCURE DE FRANCE .
D'aucun trouble , à tes yeux , les miens ne font
émus :
J'oppose à tes dédains une froideur extrême .
Tu t'approches de moi , fans me rendre confus :
Je puis , de ta beauté qui ne me touche plus ,
M'entretenir fans rifque avec mon rival même.
Parle- moi fiérement & d'un ton plein d'aigreur
;
Ou daigne m'honorer d'un regard , d'un ſourire :
Tout est égal pour moi , ta haine ou ta douceur.
Tes yeux ne fçavent plus le chemin de mon coeur;
Ta bouche fur mes fens n'a plus aucun empire.
Que je fois fatisfait , ou triſte déſormais ,
Ma joie ou mes ennuis ne font point ton ouvra
ge .
Je ne fuis plus tes pas dans le fond des forêts ;
Sur un côteau riant , loin de toi je me plais :
Je m'ennuie avec toi dans un féjour ſauvage.
1
Je fuis pourtant fincere. Oui , toujours t
verras
Ta beauté juftement attirer mon fuffrage :
Mais j'en fçais dont les yeux brillent de plus
d'appas ;
DECEMBRE . 1755 35
Et même ( que le vrai ne te révolte pas )
Je vois quelques défauts fur ton charmant vifage.
D'abord il m'en couta , je l'avoue ; & la mort
Me parut , en briſant une chaîne auffi rude ,
Devoir être le fruit d'un pénible effort ;
Mais pour redevenir le maître de fon fort ,
Que ne fait point un coeur las de fa fervitude
Pour fe débarraffer , l'oifeau pris au filet
De quelques plumes fait l'utile facrifice :
Bientôt il les recouvre , & rendu plus difcret
Il fçait fe garantir des piéges , qu'en fecret
Lui tend de l'Oifeleur l'impuiffant artifice.
Je jure fi fouvent que je ne t'aime plus ,
Que peut -être , Nicé , ta crois que je t'adore:
Non , ne t'en flate pas , mes liens font rompus ;
Mais après les dangers que le coeur a courus ,
L'efprit avec plaifir fe les retrace encore.
Ainfi par le guerrier fes faits font racontés ;
Des coups qu'il a reçus toujours il fait l'hiſtoire
Et cite les périls par fa valeur domptés :
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Tel l'affranchi , des fers qu'il a long- tems portés
,
Se plaît à rappeller fans ceffe la mémoire .
Si je te parle donc , de ma flamme vainqueur ,
Ce n'eft plus pour te rendre un hommage fervile
;
C'est pour me contenter , pour braver ta rigueur ,
Et même fans daigner m'informer fi ton coeur
Eft , en fongeant au mien , inquiet ou tranquile.
En comparant ma perte à celle que tu fais ,
J'ignore qui des deux , Nicé , perd davantage :
Mais je fçais bien au moins , quelques foient tes
attraits ,
Qu'un amant tel que moi ne fe trouve jamais ,
Et qu'on trouve aifément une amante volage.
Par M ... G ... Dourx ...
O U
LA PARFAITE INDIFFÉRENCE.
Imitation d'une Ode Italienne , de M. l'Abbé
Métaftafe.
GRACE à ta perfidie , un amour malheureux
Ne livre plus mon ame au plus cruel martyre.
Les Dieux ont pris pitié de mon fort rigoureux :
Tes charmes pour mon coeur ne font plus dan
gereux ;
Et libre de ton joug , à la fin je reſpire .
Non , ce n'eft pas un fonge ; un dépit infenfé
Ne me déguiſe point une ardeur mal éteinte :
Vainement devant moi ton nom eft prononcé ;
Je l'entends fans allarme ; & ton afpect , Nicé ,
A ma tranquillité ne porte plus d'atteinte .
Je dors , & le fomineil ne m'offre point tes
traits :
Tu n'es plus cet objet qui m'occupoit fans ceffe ;
Ton abfence à mon coeur ne coute nuls regrets :
Je ne défire point de revoir tes attraits ;
Je les revois fans joie , ainsi que fans trifteffe.
Bv
34
MERCURE DE FRANCE .
D'aucun trouble , à tes yeux , les miens ne font
émus :
J'oppose à tes dédains une froideur extrême .
Tu t'approches de moi , fans me rendre confus :
Je puis , de ta beauté qui ne me touche plus ,
M'entretenir fans rifque avec mon rival même.
Parle- moi fiérement & d'un ton plein d'aigreur
;
Ou daigne m'honorer d'un regard , d'un ſourire :
Tout est égal pour moi , ta haine ou ta douceur.
Tes yeux ne fçavent plus le chemin de mon coeur;
Ta bouche fur mes fens n'a plus aucun empire.
Que je fois fatisfait , ou triſte déſormais ,
Ma joie ou mes ennuis ne font point ton ouvra
ge .
Je ne fuis plus tes pas dans le fond des forêts ;
Sur un côteau riant , loin de toi je me plais :
Je m'ennuie avec toi dans un féjour ſauvage.
1
Je fuis pourtant fincere. Oui , toujours t
verras
Ta beauté juftement attirer mon fuffrage :
Mais j'en fçais dont les yeux brillent de plus
d'appas ;
DECEMBRE . 1755 35
Et même ( que le vrai ne te révolte pas )
Je vois quelques défauts fur ton charmant vifage.
D'abord il m'en couta , je l'avoue ; & la mort
Me parut , en briſant une chaîne auffi rude ,
Devoir être le fruit d'un pénible effort ;
Mais pour redevenir le maître de fon fort ,
Que ne fait point un coeur las de fa fervitude
Pour fe débarraffer , l'oifeau pris au filet
De quelques plumes fait l'utile facrifice :
Bientôt il les recouvre , & rendu plus difcret
Il fçait fe garantir des piéges , qu'en fecret
Lui tend de l'Oifeleur l'impuiffant artifice.
Je jure fi fouvent que je ne t'aime plus ,
Que peut -être , Nicé , ta crois que je t'adore:
Non , ne t'en flate pas , mes liens font rompus ;
Mais après les dangers que le coeur a courus ,
L'efprit avec plaifir fe les retrace encore.
Ainfi par le guerrier fes faits font racontés ;
Des coups qu'il a reçus toujours il fait l'hiſtoire
Et cite les périls par fa valeur domptés :
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Tel l'affranchi , des fers qu'il a long- tems portés
,
Se plaît à rappeller fans ceffe la mémoire .
Si je te parle donc , de ma flamme vainqueur ,
Ce n'eft plus pour te rendre un hommage fervile
;
C'est pour me contenter , pour braver ta rigueur ,
Et même fans daigner m'informer fi ton coeur
Eft , en fongeant au mien , inquiet ou tranquile.
En comparant ma perte à celle que tu fais ,
J'ignore qui des deux , Nicé , perd davantage :
Mais je fçais bien au moins , quelques foient tes
attraits ,
Qu'un amant tel que moi ne fe trouve jamais ,
Et qu'on trouve aifément une amante volage.
Par M ... G ... Dourx ...
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Résumé : LA LIBERTÉ, OU LA PARFAITE INDIFFÉRENCE. Imitation d'une Ode Italienne, de M. l'Abbé Métastase.
Le poème 'LA LIBERTÉ, OU LA PARFAITE INDIFFÉRENCE' est une imitation d'une ode italienne de l'Abbé Métastase. Le narrateur y exprime sa libération d'un amour malheureux pour une personne nommée Nicé. Il affirme que les charmes de Nicé ne le tourmentent plus et qu'il est désormais libre de son emprise. Il peut entendre le nom de Nicé sans alarme et sa présence ne trouble plus sa tranquillité. Le narrateur reconnaît la beauté de Nicé mais note avoir vu d'autres femmes plus attrayantes et quelques défauts sur son visage. Il compare sa libération à un oiseau se débarrassant de ses plumes pour échapper à un filet. Il jure qu'il ne l'aime plus, bien que les dangers passés du cœur puissent être rappelés avec plaisir. Le narrateur parle de sa victoire sur sa flamme non pour rendre hommage, mais pour se contenter et braver la rigueur de Nicé. Il conclut en se demandant qui des deux perd davantage, tout en sachant que les attraits de Nicé sont rares et qu'il est facile de trouver une amante volage.
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5181
p. 41
FABLES. FABLE PREMIERE. Le Coq & la Cigale.
Début :
Un coq chantoit, puis il grattoit la terre. [...]
Mots clefs :
Coq, Cigale
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texteReconnaissance textuelle : FABLES. FABLE PREMIERE. Le Coq & la Cigale.
FABLE S.
FABLE PREMIERE.
Le Coq & la Cigale.
UN coq chantoit , puis il gtattoit la terre.
Une cigale dit : Paffe encor de chanter ;
Mais un grand , tel que vous , n'eft pas né
gratter.
Ainfi parle un fot , mais il erre ,
Répond l'animal enplumé.
Eh ! que ferois-je donc fi j'étois enrhumé
pour
Le plus vil des métiers n'a rien qui deshonore ,
Et ne pas s'occuper eft cent fois pis encore.
FABLE PREMIERE.
Le Coq & la Cigale.
UN coq chantoit , puis il gtattoit la terre.
Une cigale dit : Paffe encor de chanter ;
Mais un grand , tel que vous , n'eft pas né
gratter.
Ainfi parle un fot , mais il erre ,
Répond l'animal enplumé.
Eh ! que ferois-je donc fi j'étois enrhumé
pour
Le plus vil des métiers n'a rien qui deshonore ,
Et ne pas s'occuper eft cent fois pis encore.
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5182
p. 41-42
FABLE II. Les deux Chiens.
Début :
Rien n'est plus dangereux qu'une vive dispute ; [...]
Mots clefs :
Chiens
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texteReconnaissance textuelle : FABLE II. Les deux Chiens.
FABLE II.
Les deux Chiens.
Ien n'eft plus dangereux qu'une vive dif
pute ;
L'inimitié la fuit de près :
42 MERCURE DE FRANCE.
Rarement on finit ainsi que l'on débute.
Je cite cet exemple entr'autres que je tais.
Soliman & Pluton , chiens de la même eſpeco ,
De plus amis dès leur tendre jeuneſſe ,
Dans un commun chénil un jour fe difputoient
Pour quel fujet je ne fçaurois le dire ,
Peut-être pour un os , peut- être encor pour gire ;
Bien eft-il vrai que l'an & l'autre étoient
Fort échauffés. On fe plaint , on murmure ?
Aigres propos , hauts tons , maniere dure
Sont employés dans leurs débats.
Je vous laifle à penser quel fut alors le cas
Chacun prétend tirer vengeance
De l'affront fait à fon honneur.
Soliman fe pique de coeur ,
Pluton ne veut furvivre à fon offenſe :
Leurs poils font hériffés , leurs yeux étincélans
Sont animés d'une fureur mortelle ;
Tous les deux de leur queue ils fe battent les
flancs :
De tous côtés le fang ruiffele.
N'importe , rien ne peut appaifer leur courroux.
Le vaincu terraffé ne céde point aux coups :
Il fe releve , il écume de rage .
Vit-il encor il n'eft pas fatisfait.
Je n'outre rien dans ce portrait.
Vous y connoiffez vous , François ? c'eft votre
image.
Les deux Chiens.
Ien n'eft plus dangereux qu'une vive dif
pute ;
L'inimitié la fuit de près :
42 MERCURE DE FRANCE.
Rarement on finit ainsi que l'on débute.
Je cite cet exemple entr'autres que je tais.
Soliman & Pluton , chiens de la même eſpeco ,
De plus amis dès leur tendre jeuneſſe ,
Dans un commun chénil un jour fe difputoient
Pour quel fujet je ne fçaurois le dire ,
Peut-être pour un os , peut- être encor pour gire ;
Bien eft-il vrai que l'an & l'autre étoient
Fort échauffés. On fe plaint , on murmure ?
Aigres propos , hauts tons , maniere dure
Sont employés dans leurs débats.
Je vous laifle à penser quel fut alors le cas
Chacun prétend tirer vengeance
De l'affront fait à fon honneur.
Soliman fe pique de coeur ,
Pluton ne veut furvivre à fon offenſe :
Leurs poils font hériffés , leurs yeux étincélans
Sont animés d'une fureur mortelle ;
Tous les deux de leur queue ils fe battent les
flancs :
De tous côtés le fang ruiffele.
N'importe , rien ne peut appaifer leur courroux.
Le vaincu terraffé ne céde point aux coups :
Il fe releve , il écume de rage .
Vit-il encor il n'eft pas fatisfait.
Je n'outre rien dans ce portrait.
Vous y connoiffez vous , François ? c'eft votre
image.
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Résumé : FABLE II. Les deux Chiens.
La fable 'Les deux Chiens' raconte la dispute violente entre Soliman et Pluton, deux chiens amis depuis leur jeunesse. Un jour, ils se querellent pour une raison inconnue, peut-être un os ou un jeu. Leur dispute s'intensifie rapidement, marquée par des propos aigres et des manières dures. Chacun cherche à venger l'affront fait à son honneur. Soliman et Pluton montrent des signes de fureur, leurs poils se hérissent et leurs yeux étincellent. Ils se battent férocement, sans que l'un des deux ne cède, même après avoir été terrassé. La dispute se termine sans vainqueur, chacun restant insatisfait malgré la violence de leur affrontement. L'auteur compare cette scène à l'image des querelles humaines.
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5183
p. 43-45
LES SAUVAGES. Piece de Clavecin, de M. Rameau. PARODIE.
Début :
Oui, [...]
Mots clefs :
Jean-Philippe Rameau, Sauvages
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texteReconnaissance textuelle : LES SAUVAGES. Piece de Clavecin, de M. Rameau. PARODIE.
LES SAUVAGE S.
Piece de Clavecin , de M. Rameau.
PARODI E.
C
Oui
,
L'or eft aujourd'hui
Le feul appui :
Sans lui la vertu
N'eft qu'un fécu.
L'efprit , les talens ,
Les fentimens ,
Les agrémens
Les plus brillans
Ne font plus fur les rangs.
C'eft
Du vil intérêt
Qu'on fuit l'arrêt ,
Qui remplit le coeur
D'un fot honneur ,
Dont le réſultat
Eft de tenir un grand état ,
Souvent l'origine d'un fat.
Dieux !
Sans jetter fes yeux
Sur leurs ayeux ,
Verra-t-on toujours
Aller au cours ,
En cabriolets ,
44 MERCURE DE FRANCE.
Mille fujets
Qui font des vrais
Colifichets ,
Nous morguer à l'excès ,
Faire florès ,
Et de fix laquais ,
Bien vêtus , bien faits,
Montrer l'étalage.
Quoi ! le fage
Peut-il voir
S'écarter ainfi du devoir ,
Sans un chagrin inoui ..::
Oui ,
L'or eft aujourd'hui
Le feul appui , &c.
Quand
Le maudit clinquant
Ne fera-t-il plus fi fréquent
Jamais la raifon
Ne fera-t-elle
De faifon ?
Imitera-t-on
Toujours le ton
De Phaeton ?
Chutte qu'on rappelle.
Sots ,
Pour le vrai quittez le faux.
Foux ,
Qu'on ne parle plus de vous.
6
DECEMBRE. 1755 .
45
Grands ,
Sçachez contenir vos fens ,
Servez d'exemple en tout tems ;
Mais fans fracas quel ennui !
Oui ,
L'or eft aujourd'hui
Le feul appui , &c.
A Amiens.
Par M. Fuzillier.
T
Cette parodie nous paroît d'autant
mieux faite, qu'on ne s'apperçoit pas de la
difficulté vaincue , & que la quantité y
eft parfaitement bien obfervée. L'Auteur
avoit autrefois décoré ce Journal de plufieurs
parodies de fa compofition , qui
avoient été juſtement goutées ; entr'autres
celle de l'ouverture des Indes Galantes , en
1736. Nous le prions de nous continuer
fes bienfaits , & nous lui promettons d'être
exact à les rendre publics,
Piece de Clavecin , de M. Rameau.
PARODI E.
C
Oui
,
L'or eft aujourd'hui
Le feul appui :
Sans lui la vertu
N'eft qu'un fécu.
L'efprit , les talens ,
Les fentimens ,
Les agrémens
Les plus brillans
Ne font plus fur les rangs.
C'eft
Du vil intérêt
Qu'on fuit l'arrêt ,
Qui remplit le coeur
D'un fot honneur ,
Dont le réſultat
Eft de tenir un grand état ,
Souvent l'origine d'un fat.
Dieux !
Sans jetter fes yeux
Sur leurs ayeux ,
Verra-t-on toujours
Aller au cours ,
En cabriolets ,
44 MERCURE DE FRANCE.
Mille fujets
Qui font des vrais
Colifichets ,
Nous morguer à l'excès ,
Faire florès ,
Et de fix laquais ,
Bien vêtus , bien faits,
Montrer l'étalage.
Quoi ! le fage
Peut-il voir
S'écarter ainfi du devoir ,
Sans un chagrin inoui ..::
Oui ,
L'or eft aujourd'hui
Le feul appui , &c.
Quand
Le maudit clinquant
Ne fera-t-il plus fi fréquent
Jamais la raifon
Ne fera-t-elle
De faifon ?
Imitera-t-on
Toujours le ton
De Phaeton ?
Chutte qu'on rappelle.
Sots ,
Pour le vrai quittez le faux.
Foux ,
Qu'on ne parle plus de vous.
6
DECEMBRE. 1755 .
45
Grands ,
Sçachez contenir vos fens ,
Servez d'exemple en tout tems ;
Mais fans fracas quel ennui !
Oui ,
L'or eft aujourd'hui
Le feul appui , &c.
A Amiens.
Par M. Fuzillier.
T
Cette parodie nous paroît d'autant
mieux faite, qu'on ne s'apperçoit pas de la
difficulté vaincue , & que la quantité y
eft parfaitement bien obfervée. L'Auteur
avoit autrefois décoré ce Journal de plufieurs
parodies de fa compofition , qui
avoient été juſtement goutées ; entr'autres
celle de l'ouverture des Indes Galantes , en
1736. Nous le prions de nous continuer
fes bienfaits , & nous lui promettons d'être
exact à les rendre publics,
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Résumé : LES SAUVAGES. Piece de Clavecin, de M. Rameau. PARODIE.
Le texte présente une parodie de la pièce de clavecin 'Les Sauvages' de Jean-Philippe Rameau. Cette parodie, écrite par un auteur anonyme, critique la société de son époque en soulignant l'importance excessive accordée à l'argent. Le poème dénonce le fait que la vertu et les talents ne suffisent plus à garantir une position sociale élevée, et que seul l'or est valorisé. Il exprime également un mécontentement face à la montée des intérêts égoïstes et à la dévalorisation des véritables qualités humaines. L'auteur déplore que les personnes sans mérite puissent accéder à des positions influentes grâce à leur richesse. La parodie se termine par un appel à la raison et à la modération, exhortant les grands à servir d'exemple. Le texte mentionne que cette parodie est bien réalisée et respecte les contraintes métriques. L'auteur de la parodie avait déjà publié d'autres œuvres similaires, comme celle de l'ouverture des 'Indes Galantes' en 1736, et est encouragé à continuer.
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5184
p. 54-57
ODE Tirée du Pseaume 99.
Début :
Foibles enfans de la poussiere ! [...]
Mots clefs :
Dieu, Cieux
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texteReconnaissance textuelle : ODE Tirée du Pseaume 99.
ODE
Tirée du
Pleaume 99 .
Foibles enfans de la pouffiere !
Que celui qui vous fit de rien ,
Dans cette pénible carriere
Soit votre infaillible foutien,
Saifis d'une unanime joie ,
Adorez tous le Roi des Rois ;
Goutez les biens qu'il vous envoie ,
Et n'enfreignez jamais fes loix.
Il nous a fait à fon image ,
Il eft notre vrai Créateur ;
Nous fommes fon plus cher ouvrage :
Lui feul a droit fur notre coeur.
Arrachez , d'une fainte force ,
Les vices en vous combattus :
Du plaifir ils n'ont que l'écorce
La tige en eft dans les vertus .
C.
DECEMBRE, 1755 . $52
» Des Cieux contemplez la ftructure !
» Voyez tous ces êtres divers :
» Ah ! je reconnois la nature ,
C'eft la mere de l'univers .
f
» Nous fommes les Dieux de la terre :
Nous ne dépendons que de nous.
» Mortels ! d'un maître du tonnerre
» Ne craignez point le vain courroux,
» Monftre pieux ! fageffe affreuſe !
» Tu rendrois nos jours languiffans.
» Viens , volupté délicieufe !
Sois la Déeffe de nos fens.
Homme ingrat , qui d'un front impie
Etale ces honteux difcours ,
Bientôt d'une exécrable vie
La mort interrompra le cours,
串
Déja ce corps réduit en poudre !
Par l'ordre d'un Dieu ranimé ,
Se leve , & frappé de la foudre ,
Brule fans être confumé.
Civ
56
MERCURE DE FRANCE .
Rebelle enfant , connois un pere !
Parle , pécheur ! eſt- il un Dieu ?
Oui ! ce juge intégre & févere
Sçait punir le feu par le feu.
Vous , qui d'une coupable flamme ,
Fuyant l'éclat trop féducteur ,
Pour ne point égarer votre ame ,
Marchez fous le facré paſteur .
Reftez donc fes brébis chéries ;
Et de loup bravant les fureurs ,
Paiffez dans fes faintes prairies ;
Vous n'y trouverez que des fleurs.
Le chagrin , le mépris , l'outrage
Viennent troubler votre repos
Souffrez , Chrétiens , avec courage:
Ce font de vrais biens que vos maux.
Chantez le Seigneur dans vos fêtes ;
Les hommes droits font fes amis :
Doux foldats , bornez vos conquêtes
A lui gagner les ennemis.
DECEMBRE . 1755. 57
Que l'or décore les portiques
De vos temples majestueux ;
Et joignez vos divins cantiques
Aux concerts immortels des Cieux.
Seigneur , que tu nous es propice !
Loin par toi d'être rejettés ,
Tu vois croître notre malice ,
Et nous conferves tes bontés.
$3
Adorable pere , à toute heure
Tu veilles fur tes chers enfans ;
Et dans la céleste demeure
Tu les fais entrer triomphans.
Toi , qui partout laiffe des traces ,
Et dont Dieu feul eft respecté ,
Tems , porte de races en races.
Son immuable vérité .
Ad ..... d'Arp....
Tirée du
Pleaume 99 .
Foibles enfans de la pouffiere !
Que celui qui vous fit de rien ,
Dans cette pénible carriere
Soit votre infaillible foutien,
Saifis d'une unanime joie ,
Adorez tous le Roi des Rois ;
Goutez les biens qu'il vous envoie ,
Et n'enfreignez jamais fes loix.
Il nous a fait à fon image ,
Il eft notre vrai Créateur ;
Nous fommes fon plus cher ouvrage :
Lui feul a droit fur notre coeur.
Arrachez , d'une fainte force ,
Les vices en vous combattus :
Du plaifir ils n'ont que l'écorce
La tige en eft dans les vertus .
C.
DECEMBRE, 1755 . $52
» Des Cieux contemplez la ftructure !
» Voyez tous ces êtres divers :
» Ah ! je reconnois la nature ,
C'eft la mere de l'univers .
f
» Nous fommes les Dieux de la terre :
Nous ne dépendons que de nous.
» Mortels ! d'un maître du tonnerre
» Ne craignez point le vain courroux,
» Monftre pieux ! fageffe affreuſe !
» Tu rendrois nos jours languiffans.
» Viens , volupté délicieufe !
Sois la Déeffe de nos fens.
Homme ingrat , qui d'un front impie
Etale ces honteux difcours ,
Bientôt d'une exécrable vie
La mort interrompra le cours,
串
Déja ce corps réduit en poudre !
Par l'ordre d'un Dieu ranimé ,
Se leve , & frappé de la foudre ,
Brule fans être confumé.
Civ
56
MERCURE DE FRANCE .
Rebelle enfant , connois un pere !
Parle , pécheur ! eſt- il un Dieu ?
Oui ! ce juge intégre & févere
Sçait punir le feu par le feu.
Vous , qui d'une coupable flamme ,
Fuyant l'éclat trop féducteur ,
Pour ne point égarer votre ame ,
Marchez fous le facré paſteur .
Reftez donc fes brébis chéries ;
Et de loup bravant les fureurs ,
Paiffez dans fes faintes prairies ;
Vous n'y trouverez que des fleurs.
Le chagrin , le mépris , l'outrage
Viennent troubler votre repos
Souffrez , Chrétiens , avec courage:
Ce font de vrais biens que vos maux.
Chantez le Seigneur dans vos fêtes ;
Les hommes droits font fes amis :
Doux foldats , bornez vos conquêtes
A lui gagner les ennemis.
DECEMBRE . 1755. 57
Que l'or décore les portiques
De vos temples majestueux ;
Et joignez vos divins cantiques
Aux concerts immortels des Cieux.
Seigneur , que tu nous es propice !
Loin par toi d'être rejettés ,
Tu vois croître notre malice ,
Et nous conferves tes bontés.
$3
Adorable pere , à toute heure
Tu veilles fur tes chers enfans ;
Et dans la céleste demeure
Tu les fais entrer triomphans.
Toi , qui partout laiffe des traces ,
Et dont Dieu feul eft respecté ,
Tems , porte de races en races.
Son immuable vérité .
Ad ..... d'Arp....
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Résumé : ODE Tirée du Pseaume 99.
Le texte est une ode religieuse et morale, publiée en décembre 1755 dans le Mercure de France. La première section invite les lecteurs à adorer Dieu, à profiter de ses bienfaits et à respecter ses lois. Elle souligne que l'humanité est créée à l'image divine et que les vices doivent être combattus pour révéler les vertus. La deuxième section encourage la contemplation de la structure des cieux et de la diversité des êtres, reconnaissant la nature comme la mère de l'univers. Elle met en garde contre les dangers de la volupté et de l'ingratitude. La troisième section appelle les pécheurs à reconnaître un père céleste et à suivre les enseignements du pasteur sacré. Elle encourage les chrétiens à souffrir avec courage et à chanter le Seigneur lors des fêtes, tout en limitant leurs conquêtes à gagner les ennemis pour Dieu. La dernière section prie pour que l'or décore les temples et que les cantiques divins se joignent aux concerts célestes. Elle exprime la gratitude envers Dieu pour ses bontés malgré la malice humaine et reconnaît le temps comme porteur de la vérité immuable de Dieu.
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5185
p. 58-61
VERS Sur la mort de M. le Marquis de Bauffremont, Lieutenant-Général des armées du Roi, & Chevalier de la Toison d'or ; par M. le Ch. de Saint-Germain-Matinel.
Début :
Eh ! quoi ! tu ne vis plus, & je respire encore ! [...]
Mots clefs :
Mort, Roi, Coeur, Marquis de Bauffremont, Lieutenant général des armées du roi, Chevalier de la Toison d'or
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texteReconnaissance textuelle : VERS Sur la mort de M. le Marquis de Bauffremont, Lieutenant-Général des armées du Roi, & Chevalier de la Toison d'or ; par M. le Ch. de Saint-Germain-Matinel.
VERS
Sur la mort de M. le Marquis de Bauffremont
, Lieutenant - Général des armées du
Roi , & Chevalier de la Toifon d'or ; par
M. le Ch. de Saint- Germain-Matinel,
EH quoi ! tu ne vis plus , & je reſpire encore !
On peut donc réfifter aux plus grandes douleurs !
Cher Bauffremont , chere ombre que j'adore ,
Reçois au moins le tribut de mes pleurs !
Dans le fatal moment où tu ceffas de vivre ,
Je crus voir de mes jours s'éteindre le flambeau ;
Frappé du même coup j'étois prêt à te fuivre ,
Trop heureux avec toi de defcendre au tombeau.
Mais , non ; celui qui fit nos deftinées ,
Un Dieu puiffant , maître du fort ,
N'a point voulu réunir nos années ,
Et me laiffe à pleurer ta mort .
J'en fus témoin , grand Dieu ! fur fes lévres éteintes
,
'Je cueillis fon dernier foupir ;
Je le vis fuccomber aux cruelles atteintes
Des friffons de la mort , tomber & s'affoupir .
Ses yeux étoient déja fermés à la lumiere ,
Que fon bras chancélant cherchant encor ma
main ,
Cher ami , me dit - il , j'ai rempli ma carriere ,
DECEMBRE. 59. 1755 .
J'ai befoin maintenant d'un fecours plus qu'humain
:
Alors la charité rallumant fon courage
Il rappelle un inftant fes efprits confondus ;
Et par trois fois du Chrift il embraffe l'image ,
Et difparoît enfin à mes fens éperdus .
O mort trop rigoureufe ! ô mort impitoyable !
Rien n'a pu détourner l'effet de ton courroux ,
Et ta fureur infatiable
Etoit laffe déja de fufpendre fes coups !
En vain pour le fauver , ce guerrier magnanime,
De MELAMPE on ufa tout l'art & le fçavoir ; *
A tes loix eft fujet le Roi le plus fublime ,
Contre ta barbarie il n'eft point de pouvoir.
Quel homme cependant , quelle grande victime
Sur ton fanglant autel tu te viens d'immoler ;
Tu pouvois t'épargner un crime :
Ah ! pour lui tout mon fang demandoit à couler ;
Dans fon coeur palpitant , dans fes tremblantes
veines
Je brulois du defir de le faire paffer ,
Moins émû , s'il fe peut , moins touché de fes
peines
Que de voir fa conftance encor les furpaffer.
MM. Andouillé & Lene , Chirurgiens , ont eu
l'étonnant fecret de prolonger fes jours de plus de
trois mois. On croit devoir à leur habileté à leurs
Soins pleins d'affection , ce témoignage de juftice &
de reconnoiffance.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Pendant fix mois & plus qu'il a fçu fe contrain
dre ;
Au milieu des douleurs , ferme comme un rocher,
A peine on l'entendit fe plaindre ;
Tranquille fous la main qui craint de l'approcher,
Hélas ! il ne reprend , ne femble reprocher
Que le fujet qu'on a de craindre.
La patience au mal oppofoit fes efforts ;
Et lorfqu'un feu fecret , une brulante flamme
De fon corps épuifé confumoient les refforts ,
Le viſage ſerein , on eût dit que fon ame
Se faifoit un plaifir des fouffrances du corps.
Mais d'où lui venoit donc ce courage paiſible ,
Qui le rendoit fi grand fous le poids de ſes maux ?
Etoit-ce un reste encor de la force invincible
Qui l'avoit diftingué parmi fes fiers rivaux ?
Non ; & quelques vertus qu'alors il fit paroître ,
L'honneur de la patrie, & l'amour de fon Roi ,
Etoient l'unique objet & la fuprême loi
Que dans fes paffions il femblât reconnoître.
Un appui plus folide , & plus noble à la fois ,
Affermiffoit fon coeur dans ce péril extrême ;
Il n'avoit d'autre loi que la vérité même ,
D'autre objet que le Roi des Rois;
Et jufques à fon trône élevant fes penſées ,
Ses maux lui paroiffoient un trop doux châtiment;
Le repentir amer de fes fautes paffées-
Etouffoit dans fon fein tout autre fentiment.
Que dis-je , hélas ! que dis-je , & quel fombre
génie
DECEMBRE. 1755. Gr
Reveille dans mon ame un cruel fouvenir ?
Je l'ai vu , n'ayant plus que l'ombre de la vie ,
Répondre à tous mes foins , même les prévenir ;
Et par des traits marqués de tendreffe infinie ,
Me rendre cent fois plus qu'il n'en pouvoit tenir.
Oui , fans doute , il portoit un coeur ſenſible &
tendre :
Combien de malheureux fe jettoient dans les bras ?
Obligeant à l'excès , & fans en rien attendre ,
Il ignoroit comment on faifoit des ingrats .
Ainfi réuniffant au ferme caractere
D'honnête homme & de citoyen
La piété la plus fincere ;
Au génie élevé , l'humble foi pour foutien ,
Qui lui fit des grandeurs connoître la mifere ,
Il vécut en héros , & mourut en chrétien .
Si jadis emporté par l'ardeur d'un faux zele ,
J'ai chanté mille objets divers ;
Si le gout des plaifirs dicta mes premiers vers ,
J'ignorois les doux noeuds d'une amitié fidelle.
O toi qui t'es couvert des plus nobles lauriers ,
Ainfi que ta vertu , ma douleur immortelle
A tes fombres cyprès attache mes derniers..
Sur la mort de M. le Marquis de Bauffremont
, Lieutenant - Général des armées du
Roi , & Chevalier de la Toifon d'or ; par
M. le Ch. de Saint- Germain-Matinel,
EH quoi ! tu ne vis plus , & je reſpire encore !
On peut donc réfifter aux plus grandes douleurs !
Cher Bauffremont , chere ombre que j'adore ,
Reçois au moins le tribut de mes pleurs !
Dans le fatal moment où tu ceffas de vivre ,
Je crus voir de mes jours s'éteindre le flambeau ;
Frappé du même coup j'étois prêt à te fuivre ,
Trop heureux avec toi de defcendre au tombeau.
Mais , non ; celui qui fit nos deftinées ,
Un Dieu puiffant , maître du fort ,
N'a point voulu réunir nos années ,
Et me laiffe à pleurer ta mort .
J'en fus témoin , grand Dieu ! fur fes lévres éteintes
,
'Je cueillis fon dernier foupir ;
Je le vis fuccomber aux cruelles atteintes
Des friffons de la mort , tomber & s'affoupir .
Ses yeux étoient déja fermés à la lumiere ,
Que fon bras chancélant cherchant encor ma
main ,
Cher ami , me dit - il , j'ai rempli ma carriere ,
DECEMBRE. 59. 1755 .
J'ai befoin maintenant d'un fecours plus qu'humain
:
Alors la charité rallumant fon courage
Il rappelle un inftant fes efprits confondus ;
Et par trois fois du Chrift il embraffe l'image ,
Et difparoît enfin à mes fens éperdus .
O mort trop rigoureufe ! ô mort impitoyable !
Rien n'a pu détourner l'effet de ton courroux ,
Et ta fureur infatiable
Etoit laffe déja de fufpendre fes coups !
En vain pour le fauver , ce guerrier magnanime,
De MELAMPE on ufa tout l'art & le fçavoir ; *
A tes loix eft fujet le Roi le plus fublime ,
Contre ta barbarie il n'eft point de pouvoir.
Quel homme cependant , quelle grande victime
Sur ton fanglant autel tu te viens d'immoler ;
Tu pouvois t'épargner un crime :
Ah ! pour lui tout mon fang demandoit à couler ;
Dans fon coeur palpitant , dans fes tremblantes
veines
Je brulois du defir de le faire paffer ,
Moins émû , s'il fe peut , moins touché de fes
peines
Que de voir fa conftance encor les furpaffer.
MM. Andouillé & Lene , Chirurgiens , ont eu
l'étonnant fecret de prolonger fes jours de plus de
trois mois. On croit devoir à leur habileté à leurs
Soins pleins d'affection , ce témoignage de juftice &
de reconnoiffance.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Pendant fix mois & plus qu'il a fçu fe contrain
dre ;
Au milieu des douleurs , ferme comme un rocher,
A peine on l'entendit fe plaindre ;
Tranquille fous la main qui craint de l'approcher,
Hélas ! il ne reprend , ne femble reprocher
Que le fujet qu'on a de craindre.
La patience au mal oppofoit fes efforts ;
Et lorfqu'un feu fecret , une brulante flamme
De fon corps épuifé confumoient les refforts ,
Le viſage ſerein , on eût dit que fon ame
Se faifoit un plaifir des fouffrances du corps.
Mais d'où lui venoit donc ce courage paiſible ,
Qui le rendoit fi grand fous le poids de ſes maux ?
Etoit-ce un reste encor de la force invincible
Qui l'avoit diftingué parmi fes fiers rivaux ?
Non ; & quelques vertus qu'alors il fit paroître ,
L'honneur de la patrie, & l'amour de fon Roi ,
Etoient l'unique objet & la fuprême loi
Que dans fes paffions il femblât reconnoître.
Un appui plus folide , & plus noble à la fois ,
Affermiffoit fon coeur dans ce péril extrême ;
Il n'avoit d'autre loi que la vérité même ,
D'autre objet que le Roi des Rois;
Et jufques à fon trône élevant fes penſées ,
Ses maux lui paroiffoient un trop doux châtiment;
Le repentir amer de fes fautes paffées-
Etouffoit dans fon fein tout autre fentiment.
Que dis-je , hélas ! que dis-je , & quel fombre
génie
DECEMBRE. 1755. Gr
Reveille dans mon ame un cruel fouvenir ?
Je l'ai vu , n'ayant plus que l'ombre de la vie ,
Répondre à tous mes foins , même les prévenir ;
Et par des traits marqués de tendreffe infinie ,
Me rendre cent fois plus qu'il n'en pouvoit tenir.
Oui , fans doute , il portoit un coeur ſenſible &
tendre :
Combien de malheureux fe jettoient dans les bras ?
Obligeant à l'excès , & fans en rien attendre ,
Il ignoroit comment on faifoit des ingrats .
Ainfi réuniffant au ferme caractere
D'honnête homme & de citoyen
La piété la plus fincere ;
Au génie élevé , l'humble foi pour foutien ,
Qui lui fit des grandeurs connoître la mifere ,
Il vécut en héros , & mourut en chrétien .
Si jadis emporté par l'ardeur d'un faux zele ,
J'ai chanté mille objets divers ;
Si le gout des plaifirs dicta mes premiers vers ,
J'ignorois les doux noeuds d'une amitié fidelle.
O toi qui t'es couvert des plus nobles lauriers ,
Ainfi que ta vertu , ma douleur immortelle
A tes fombres cyprès attache mes derniers..
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Résumé : VERS Sur la mort de M. le Marquis de Bauffremont, Lieutenant-Général des armées du Roi, & Chevalier de la Toison d'or ; par M. le Ch. de Saint-Germain-Matinel.
Le poème du Chevalier de Saint-Germain-Matinel rend hommage au Marquis de Bauffremont, Lieutenant-Général des armées du Roi et Chevalier de la Toison d'or, décédé en décembre 1755. L'auteur exprime sa douleur et son incrédulité face à la perte de son ami, décrivant avec émotion le moment de sa mort. Le Marquis de Bauffremont a montré un courage et une patience exemplaires malgré ses souffrances, restant serein et digne jusqu'à la fin. Il a été soutenu par les chirurgiens MM. Andouillé et Lene, qui ont prolongé sa vie de plusieurs mois grâce à leurs soins. Le Marquis est dépeint comme un homme d'honneur, dévoué à la patrie et au Roi. Il possédait un cœur sensible et généreux, aidant de nombreux malheureux sans attendre de reconnaissance. Le poème se conclut par une réflexion sur la grandeur et la piété du défunt, soulignant qu'il a vécu en héros et est mort en chrétien.
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5186
p. 64-67
ODE A Mlle ... sur son goût pour la Philosophie.
Début :
Iris, que les graces formerent [...]
Mots clefs :
Goût, Philosophie, Émilie du Châtelet
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texteReconnaissance textuelle : ODE A Mlle ... sur son goût pour la Philosophie.
ODE
A Mlle...fur fon goût pour la Philofophie.
IRis , que les graces formerent
Sur des modeles fi parfaits ,
Vous , qu'en naiffant , elles parerent
De leurs plus folides attraits ,
Quel nouveau penchant vous infpire
N'est-ce point affez de l'empire
Qu'ont acquis vos yeux fur les coeurs ?
Le mérite d'être fçavante ,
A la gloire d'être charmante ,
Peut-il ajouter des honneurs ?
Du fexe l'ouvrage eft de plaire
Et de cultiver l'art d'aimer :
Les fleurs de l'ifle de Cythere
Seules ont droit de le charmer.
La ſcience eft trop épineufe ,
Et l'étude trop ennuyeuſe ,
Pour qu'il y donne fes momens.
Broder avec délicateffe ,
Deffiner , peindre avec fineſſe
Doivent être fes paffe-tems.
DECEMBRE . 1755. 65
Que dis-je Iris eft indignée
Des limites qu'on lui prefcrit ;
L'étude la plus relevée
Eft au-deffous de fon efprit.
Capable des hautes ſciences ,
Les plus fublimes connoiffances
Pour elle ont des appas Aatteurs.
Tout cede à fon heureux génie ,
Et l'abftraite philofophie
Ne lui préfente que des fleurs.
*
Venez Dilèmes , Sillogifmes ,
Votre nom n'effarouche pas ;
Epichérèmes & Sophifmes ,
On ne vous croit plus fans appas.
Iris de vos regles inftruite ,
Des préjugés & de leur fuite,
Aime à voir la futilité.
Au milieu de votre air fauvage ,
Elle démêle votre ufage ,
Et toute votre utilité.
Décider fur une parure
De Cloris c'est le grand talent.
Louer , blâmer une coëffure
D'Agnès c'eft le goût dominant.
Angélique , non moins frivole ,
66.
MERCURE DE
FRANCE.
De fes bijoux fait fon idole ,
Et ne parle que vanité.
Iris , avec plus
d'avantage ,
Du ciel vout eûtes en partage ,
Le goût feul de la vérité.
D'une (1 ) fçavante
incomparable
Imitant les nobles efforts ,
Comme elle , vous joignez l'aimable
Aux plus héroïques transports.
'Avec zele , fuivant fes traces ,
Vous paffez de la cour des graces
A l'auditoire de Platon ,
Et faites une égale eftime
De l'agréable & du fublime ,
Du Dieu des coeurs & de Newton
Souvent de fes foibles lumieres
Votre guide fe défiant ,
A craint de laiffer aux matieres
Un air obfcur & rebutant ;
Mais grace à votre intelligence ,
Le défaut de fon éloquence
N'a point fait tort à vos progrès ;
A vous feule en revient la gloire.
(1 ) Madame la Marquise du Châtelet.
DECEMBRE. 1755. 67
Il n'ofera jamais le croire
Que le témoin de vos fuccès.
Par D. M.
A Mlle...fur fon goût pour la Philofophie.
IRis , que les graces formerent
Sur des modeles fi parfaits ,
Vous , qu'en naiffant , elles parerent
De leurs plus folides attraits ,
Quel nouveau penchant vous infpire
N'est-ce point affez de l'empire
Qu'ont acquis vos yeux fur les coeurs ?
Le mérite d'être fçavante ,
A la gloire d'être charmante ,
Peut-il ajouter des honneurs ?
Du fexe l'ouvrage eft de plaire
Et de cultiver l'art d'aimer :
Les fleurs de l'ifle de Cythere
Seules ont droit de le charmer.
La ſcience eft trop épineufe ,
Et l'étude trop ennuyeuſe ,
Pour qu'il y donne fes momens.
Broder avec délicateffe ,
Deffiner , peindre avec fineſſe
Doivent être fes paffe-tems.
DECEMBRE . 1755. 65
Que dis-je Iris eft indignée
Des limites qu'on lui prefcrit ;
L'étude la plus relevée
Eft au-deffous de fon efprit.
Capable des hautes ſciences ,
Les plus fublimes connoiffances
Pour elle ont des appas Aatteurs.
Tout cede à fon heureux génie ,
Et l'abftraite philofophie
Ne lui préfente que des fleurs.
*
Venez Dilèmes , Sillogifmes ,
Votre nom n'effarouche pas ;
Epichérèmes & Sophifmes ,
On ne vous croit plus fans appas.
Iris de vos regles inftruite ,
Des préjugés & de leur fuite,
Aime à voir la futilité.
Au milieu de votre air fauvage ,
Elle démêle votre ufage ,
Et toute votre utilité.
Décider fur une parure
De Cloris c'est le grand talent.
Louer , blâmer une coëffure
D'Agnès c'eft le goût dominant.
Angélique , non moins frivole ,
66.
MERCURE DE
FRANCE.
De fes bijoux fait fon idole ,
Et ne parle que vanité.
Iris , avec plus
d'avantage ,
Du ciel vout eûtes en partage ,
Le goût feul de la vérité.
D'une (1 ) fçavante
incomparable
Imitant les nobles efforts ,
Comme elle , vous joignez l'aimable
Aux plus héroïques transports.
'Avec zele , fuivant fes traces ,
Vous paffez de la cour des graces
A l'auditoire de Platon ,
Et faites une égale eftime
De l'agréable & du fublime ,
Du Dieu des coeurs & de Newton
Souvent de fes foibles lumieres
Votre guide fe défiant ,
A craint de laiffer aux matieres
Un air obfcur & rebutant ;
Mais grace à votre intelligence ,
Le défaut de fon éloquence
N'a point fait tort à vos progrès ;
A vous feule en revient la gloire.
(1 ) Madame la Marquise du Châtelet.
DECEMBRE. 1755. 67
Il n'ofera jamais le croire
Que le témoin de vos fuccès.
Par D. M.
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Résumé : ODE A Mlle ... sur son goût pour la Philosophie.
L'ode célèbre Mlle..., une jeune femme admirée pour son goût pour la philosophie. L'auteur commence par louer sa beauté et ses charmes naturels, puis s'étonne de son intérêt pour une discipline qu'il considère comme ardue et ennuyeuse pour les hommes. Il admire son esprit élevé et sa capacité à apprécier les sciences les plus élevées. Iris, la jeune femme, est contrastée avec d'autres personnages féminins comme Cloris, Agnès et Angélique, préoccupées par des sujets frivoles tels que les parures et les bijoux. Iris est décrite comme ayant un goût pour la vérité et une intelligence incomparable, comparable à celle de Madame la Marquise du Châtelet. L'auteur reconnaît que grâce à son intelligence et sa persévérance, même les sujets les plus complexes deviennent accessibles et attrayants. Il conclut en soulignant que ses succès sont le fruit de son esprit éclairé et de son zèle pour les études philosophiques.
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5187
p. 72-73
ENIGME.
Début :
Sous tes yeux, cher Lecteur, je commence à paroître, [...]
Mots clefs :
Lettre R
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
tes yeux , cher Lecteur , je commence à
paroître ,
Au caprice je dois & mon nom & mon être.
Je fuis utile aux Grands , aux Empereurs , aux
Rois ,
La République même eft foumife à mes loix.
Impoffible en Afie , ordinaire en Afrique ,
Dans l'Europe je regne ainfi qu'en Amérique.
Alexandre fans moi n'eût jamais exiſté.
Du menfonge ennemi , j'aime la vérité.
J'abandonne le Peuple & l'Eglife & le Pape ;
J'aime
DECEMBRE. 1755 . 73
J'aime les Cordeliers , je protege la Trappe ;
On me voit chez les Grecs , les Hébreux , les
François :
En fervant le repos , je me prête aux procès.
Je mépriſe la Fable , & protege l'Hiſtoire :
Je fuis toujours de près le meurtre & la victoire.
Je me trouve partout , au milieu des revers ,
Dans le fein du bonheur , & même dans ces vers .
Par Madame Ourfeau , chez Madame la
Ducheffe d'Ollone , à Paris .
tes yeux , cher Lecteur , je commence à
paroître ,
Au caprice je dois & mon nom & mon être.
Je fuis utile aux Grands , aux Empereurs , aux
Rois ,
La République même eft foumife à mes loix.
Impoffible en Afie , ordinaire en Afrique ,
Dans l'Europe je regne ainfi qu'en Amérique.
Alexandre fans moi n'eût jamais exiſté.
Du menfonge ennemi , j'aime la vérité.
J'abandonne le Peuple & l'Eglife & le Pape ;
J'aime
DECEMBRE. 1755 . 73
J'aime les Cordeliers , je protege la Trappe ;
On me voit chez les Grecs , les Hébreux , les
François :
En fervant le repos , je me prête aux procès.
Je mépriſe la Fable , & protege l'Hiſtoire :
Je fuis toujours de près le meurtre & la victoire.
Je me trouve partout , au milieu des revers ,
Dans le fein du bonheur , & même dans ces vers .
Par Madame Ourfeau , chez Madame la
Ducheffe d'Ollone , à Paris .
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5188
p. 73-75
LOGOGRYPHE.
Début :
L'usage veut qu'en un triangle [...]
Mots clefs :
Chapeau
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
L'Ufage veut qu'en un triangle
Mon corps , tout rond qu'il eft , devienne transformé..
Soit caprice ou raiſon , comme un âne on me
fangle :
Alors fur un pivot monté ,
En Hyver , en Eté ,
Dans les champs , à la ville ,
L'honnête homme & le fat , le pauvre & l'opulent
,
Le philofophe
& l'imbécile
,
Les bergers & les rois , le fage & l'imprudent ,
Tous , en un mot , me trouvent fort utile.
Aux uns je fuis un ornement ,
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
Aux autres ..... mais c'est trop , & tu dois me connoître
,
Lecteur : fi toutefois tu ne me comprends pas ,
Difféque les fept pieds qui compofent mon être ,
Et fans peine tu trouveras
Le réduit où tu mets les fruits de la vendange :
Le nom qu'on donne à fept cens- vingt deniers
:
Un manteau féminin d'une figure étrange :
Ce qu'on échalaffe à milliers
Dans la Champagne & la Bourgogne :
Une riviere en Portugal :
Un des quatre élémens : une ville en Gascogne :
Ce qu'on ne peut ôter fans fouffrir un grand mal :
Le lieu qui donna la naiſſance
Au quatrieme des Henris :
Ce qu'on bat fans ceffe à Paris :
Un terrein éminent qui dans la mer s'avance :
Enfin , pour exciter tes curieux defirs ,
Dans la preſqu'ifle Orientale
Cherche , Lecteur , la ville capitale
D'où nos Marchands rapportent les ( 1 ) Saphirs
:
De mon individu fais bien l'anatomie ,
Tu verras dans la Normandie
Certaine ville en outre , une interjection :
Plus une prépofition
A quelque objet toujours unie :
(1 ) Pierre précieuſe.
L'opposé de l'excès : un article : un pronom ;
Je fens que ces derniers ne font pas de ſaiſon ;
Qu'importe encor deux mots , & je finis ta
crife.
Certaine espece de perfil :
Ce que porte dans une Égliſe.....
Alte-là , c'eft trop de babil.
L. M. Typographe.
Provins en Brie , ce 22 Juillet 1755
L'Ufage veut qu'en un triangle
Mon corps , tout rond qu'il eft , devienne transformé..
Soit caprice ou raiſon , comme un âne on me
fangle :
Alors fur un pivot monté ,
En Hyver , en Eté ,
Dans les champs , à la ville ,
L'honnête homme & le fat , le pauvre & l'opulent
,
Le philofophe
& l'imbécile
,
Les bergers & les rois , le fage & l'imprudent ,
Tous , en un mot , me trouvent fort utile.
Aux uns je fuis un ornement ,
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
Aux autres ..... mais c'est trop , & tu dois me connoître
,
Lecteur : fi toutefois tu ne me comprends pas ,
Difféque les fept pieds qui compofent mon être ,
Et fans peine tu trouveras
Le réduit où tu mets les fruits de la vendange :
Le nom qu'on donne à fept cens- vingt deniers
:
Un manteau féminin d'une figure étrange :
Ce qu'on échalaffe à milliers
Dans la Champagne & la Bourgogne :
Une riviere en Portugal :
Un des quatre élémens : une ville en Gascogne :
Ce qu'on ne peut ôter fans fouffrir un grand mal :
Le lieu qui donna la naiſſance
Au quatrieme des Henris :
Ce qu'on bat fans ceffe à Paris :
Un terrein éminent qui dans la mer s'avance :
Enfin , pour exciter tes curieux defirs ,
Dans la preſqu'ifle Orientale
Cherche , Lecteur , la ville capitale
D'où nos Marchands rapportent les ( 1 ) Saphirs
:
De mon individu fais bien l'anatomie ,
Tu verras dans la Normandie
Certaine ville en outre , une interjection :
Plus une prépofition
A quelque objet toujours unie :
(1 ) Pierre précieuſe.
L'opposé de l'excès : un article : un pronom ;
Je fens que ces derniers ne font pas de ſaiſon ;
Qu'importe encor deux mots , & je finis ta
crife.
Certaine espece de perfil :
Ce que porte dans une Égliſe.....
Alte-là , c'eft trop de babil.
L. M. Typographe.
Provins en Brie , ce 22 Juillet 1755
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5189
p. 75
AIR.
Début :
Non, Venus n'est pas comparable [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR.
AIR.
Non , Venus n'eft pas comparable
A la beauté dont je porte les fers :
Fur- il jamais dans l'univers
Un objet plus aimable
Viens , tendre amour , viens l'enflammer ,
Ne retarde plus fa défaite :
C'eſt à toi de rendre Iris parfaite ,
Ea foumettant fon coeur au doux plaifir d'aimer.
Non , Venus n'eft pas comparable
A la beauté dont je porte les fers :
Fur- il jamais dans l'univers
Un objet plus aimable
Viens , tendre amour , viens l'enflammer ,
Ne retarde plus fa défaite :
C'eſt à toi de rendre Iris parfaite ,
Ea foumettant fon coeur au doux plaifir d'aimer.
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5190
p. 104-107
« ELOGE funebre de M. le Président de Montesquieu. Monumenta doloris exigua [...] »
Début :
ELOGE funebre de M. le Président de Montesquieu. Monumenta doloris exigua [...]
Mots clefs :
Montesquieu, Coeur, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ELOGE funebre de M. le Président de Montesquieu. Monumenta doloris exigua [...] »
ELOGE funebre de M. le Préfident de
Montefquieu. Monumenta doloris exigua
ingentis. Virg. Æneid. lib. 9. 1755. M. le
Febvre de Beauvrai en eft l'Auteur. Nous
allons extraire ici deux ou trois endroits
de ce petit poëme, qui mettront le Lecteur
à portée de juger de fon mérite . Nous
commencerons par le début qui nous a
paru annoncer très - bien fon héros.
OFrance, prends le deuil ! il n'eſt plus ce grand
homme
,
Par qui tu furpaffois Athenes , Londre & Rome
Cet Oracle du gout & de la vérité ,
Ce pere , cet ami de la focieté ;
Ce héros , citoyen , ce refpectacle Sage ,
Qui feul peut-être a fçu , par un rare affemblage .
Four inftruire à la fois , & charmer l'univers ,
Joindre à mille vertus mille talens divers !
Il n'eft plus ! mais le fort qui termina ſa vie ,
Au moins , en defarmant l'impitoyable envie ,
DECEMBRE. 1755. -105
Permet à ton amour , pour calmer tes douleurs ,
D'honorer fon tombeau , de le joncher de fleurs ;
Et dans le juste accès du zele qui t'enflamme ,
D'ofer enfin tout haut célébrer fa grande ame.
Voici un portrait des François digne
d'être cité .
Loin des antres du Nord , féjour des noirs.
frimats ,
Loin d'arides déferts & de brulans climats ,
Au fein d'une contrée , où regne l'abondance ,
Sous le ciel le plus doux habite un peuple im
menſe ,
Capricieux , fenfé , vif à la fois & lent ,
Son caractere eft prompt , mo teré , pétalant.
Sémillant , enjoué , tendre , aimable & volage ,
C'eft l'enfant de l'amour, c'est la brillante image
Réfléchi , diffipé , folide , inconféquent ,
Il penfe par inftinet , & par accès il fent.
Fier à la fois & doux , prévenant , intraitable ,
Son efprit eft changeant , fon coeur invariable . ,
Propre à tous les talens , & né pour tous les arts,
Prudent & courageux , bravant tous les hazards
Avide de plaifirs , de gloire & de fatigues ,
Il cherche le repos , la guerre & les intrigues ,
Des fortes paffions n'éprouvant point l'accès ,
Des vices , des vertus , il ignore l'excès.
Trop altier pour defcendre à d'indignes baffefles ;
p'a que des défauts , ou plutôt des foibleffes.
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
Effentiel , frivole , & plein d'humanité,
La nature le fit pour la focieté.
Le voilà cependant ce peuple refpectable ,
Que l'étranger décrie , & nous peint fi coupable.
Ufbek , qui ne fongeoit qu'à le rendre meilleur ,
Sçut mieux apprécier fon efprit & fon coeur.
Dans cette peinture que nous trouvons
auffi jufte qu'ingénieufe dans tous fes
contraftes , il s'offre un trait ou un vers
qui nous femble d'une vérité moins exacte
: c'eft celui- ci :
Son efprit eft changeant , fon coeur invariable.
Nous croyons que les fentimens du
François ne varient pas moins que fes idées .
Montagne , Auteur charmant , honneur de ta
patrie ,
Accours de l'Elysée en ces terreftres lieux :
Viens voir , à la faveur d'un mafque ingénieux ,
Egayant , comme toi , fa morale profonde ,
L'un de tes defcendans , fage au ſein du grand
monde ,
Du François qu'il amufe , & peint de fes couleurs,
Honnir le ridicule , & corriger les moeurs.
Je fuis encore fâché que ces derniers
vers , par lefquels je finirai , & qui font
d'un ton noble , foient , pour ainfi dire ,
tachés par cette expreffion baffe bannir le
ridicule. Il ne faut qu'un mot ignoble
?
DECEMBRE. 1755. 107
pour gâter la plus belle tirade.
Montefquieu. Monumenta doloris exigua
ingentis. Virg. Æneid. lib. 9. 1755. M. le
Febvre de Beauvrai en eft l'Auteur. Nous
allons extraire ici deux ou trois endroits
de ce petit poëme, qui mettront le Lecteur
à portée de juger de fon mérite . Nous
commencerons par le début qui nous a
paru annoncer très - bien fon héros.
OFrance, prends le deuil ! il n'eſt plus ce grand
homme
,
Par qui tu furpaffois Athenes , Londre & Rome
Cet Oracle du gout & de la vérité ,
Ce pere , cet ami de la focieté ;
Ce héros , citoyen , ce refpectacle Sage ,
Qui feul peut-être a fçu , par un rare affemblage .
Four inftruire à la fois , & charmer l'univers ,
Joindre à mille vertus mille talens divers !
Il n'eft plus ! mais le fort qui termina ſa vie ,
Au moins , en defarmant l'impitoyable envie ,
DECEMBRE. 1755. -105
Permet à ton amour , pour calmer tes douleurs ,
D'honorer fon tombeau , de le joncher de fleurs ;
Et dans le juste accès du zele qui t'enflamme ,
D'ofer enfin tout haut célébrer fa grande ame.
Voici un portrait des François digne
d'être cité .
Loin des antres du Nord , féjour des noirs.
frimats ,
Loin d'arides déferts & de brulans climats ,
Au fein d'une contrée , où regne l'abondance ,
Sous le ciel le plus doux habite un peuple im
menſe ,
Capricieux , fenfé , vif à la fois & lent ,
Son caractere eft prompt , mo teré , pétalant.
Sémillant , enjoué , tendre , aimable & volage ,
C'eft l'enfant de l'amour, c'est la brillante image
Réfléchi , diffipé , folide , inconféquent ,
Il penfe par inftinet , & par accès il fent.
Fier à la fois & doux , prévenant , intraitable ,
Son efprit eft changeant , fon coeur invariable . ,
Propre à tous les talens , & né pour tous les arts,
Prudent & courageux , bravant tous les hazards
Avide de plaifirs , de gloire & de fatigues ,
Il cherche le repos , la guerre & les intrigues ,
Des fortes paffions n'éprouvant point l'accès ,
Des vices , des vertus , il ignore l'excès.
Trop altier pour defcendre à d'indignes baffefles ;
p'a que des défauts , ou plutôt des foibleffes.
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
Effentiel , frivole , & plein d'humanité,
La nature le fit pour la focieté.
Le voilà cependant ce peuple refpectable ,
Que l'étranger décrie , & nous peint fi coupable.
Ufbek , qui ne fongeoit qu'à le rendre meilleur ,
Sçut mieux apprécier fon efprit & fon coeur.
Dans cette peinture que nous trouvons
auffi jufte qu'ingénieufe dans tous fes
contraftes , il s'offre un trait ou un vers
qui nous femble d'une vérité moins exacte
: c'eft celui- ci :
Son efprit eft changeant , fon coeur invariable.
Nous croyons que les fentimens du
François ne varient pas moins que fes idées .
Montagne , Auteur charmant , honneur de ta
patrie ,
Accours de l'Elysée en ces terreftres lieux :
Viens voir , à la faveur d'un mafque ingénieux ,
Egayant , comme toi , fa morale profonde ,
L'un de tes defcendans , fage au ſein du grand
monde ,
Du François qu'il amufe , & peint de fes couleurs,
Honnir le ridicule , & corriger les moeurs.
Je fuis encore fâché que ces derniers
vers , par lefquels je finirai , & qui font
d'un ton noble , foient , pour ainfi dire ,
tachés par cette expreffion baffe bannir le
ridicule. Il ne faut qu'un mot ignoble
?
DECEMBRE. 1755. 107
pour gâter la plus belle tirade.
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Résumé : « ELOGE funebre de M. le Président de Montesquieu. Monumenta doloris exigua [...] »
Le texte est un éloge funèbre de Montesquieu, écrit par M. le Febvre de Beauvrai en 1755. L'auteur extrait des passages du poème pour en juger le mérite. Montesquieu est décrit comme un grand homme surpassant Athènes, Londres et Rome, un oracle du goût et de la vérité, un père et un ami de la société, un héros sage et un exemple pour l'univers. Le poème invite la France à honorer sa mémoire et à célébrer sa grande âme. Le texte présente également un portrait des Français, les décrivant comme capricieux, sensibles, vifs et lents, enjoués, tendres, aimables et volages. Ils sont réfléchis, dissipés, solides, inconstants, fiers, doux, prévenants et intraitables. Leur esprit est changeant, mais leur cœur est invariable. Ils sont propres à tous les talents et nés pour tous les arts, prudents et courageux, avides de plaisirs, de gloire et de fatigues. Ils cherchent le repos, la guerre et les intrigues, sans éprouver les accès des fortes passions. Ils ont des défauts ou des faiblesses, sont essentiels, frivoles et pleins d'humanité, faits pour la société. L'auteur critique un trait du portrait, estimant que les sentiments des Français varient autant que leurs idées. Il invite Montesquieu à voir un de ses descendants, sage et amusant, qui honnit le ridicule et corrige les mœurs. Le texte se termine par une critique de l'expression 'bannir le ridicule', jugée ignoble et gâchant une belle tirade.
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5191
p. 126-139
« JOURNAL en vers de ce qui s'est passé au camp de Richemont, commandé par [...] »
Début :
JOURNAL en vers de ce qui s'est passé au camp de Richemont, commandé par [...]
Mots clefs :
Camp, Camp de Richemont, Guerre, Yeux, Infanterie, Honneur, Esprit, Cavalerie, Escadrons, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « JOURNAL en vers de ce qui s'est passé au camp de Richemont, commandé par [...] »
JOURNAL en vers de ce qui s'eft paffé
au camp de Richemont , commandé par
M. de Chevert , Lieutenant Général des
armées du Roi , commencé le 26 Août
1755 , & fini le 25 Septembre fuivant..
A Paris , chez Lambert , rue de la Comédie
Françoiſe , 1755 .
M. Vallier , Colonel d'Infanterie , eft
l'Auteur de cet agréable Journal . C'eft
prefque avoir créé un nouveau genre. Cet
ellai doit lui faire d'autant plus d'honneur
DECEMBRE. 1755 . 127
qu'au premier coup d'oeil il paroiffoit impoffible
d'exprimer en vers , la difpofition
d'une armée ou celle d'une attaque , la fituation
des terreins , les pofitions des rivieres
, des villages & des chauffées ; y
faire entrer pour la premiere fois les termes
de l'art , tous rebelles à la poéfie , mais
néceffaires , & qui plus eft , uniques pour
bien peindre les différentes manoeuvres de
la guerre ; tout cela préfente d'abord des
difficultés qui étonnent au point que l'exécution
a l'air d'une gageure , & qu'il falloit
être , comme l'Auteur , auffi poëte que
guerrier pour les vaincre avec tant de
bonheur. Pour rendre l'ouvrage plus varié
& plus intéreffant , la galanterie eft venue
au fecours de M. V. Si Mars a été fon
Apollon, Venus & les Graces ont été fes
Muſes . Ce contrafte aimable délaffe agréa
blement le Lecteur des fatigues militaires
qu'il partage avec l'Auteur qui les décrit .
Tous les mouvemens de chaque parti font
peints avec tant de feu & de vérité qu'on
croit être dans un camp , & fouvent dans
la mêlée. On eft préfent à l'action ; on y
prend part. Cet exemple heureux nous
prouve qu'on peut tout dire en vers comme
en profe , & que le vrai talent amené
toujours la réuffite. L'Auteur a fait choix
des vers libres , comme plus affortis à la
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE ,
matiere , & plus propres à rendre la rapidité
des évolutions. Son Poëme en contient
près de huit cens ; & malgré quelques
repétitions inévitables , il le fait lire
avec intérêt d'un bout à l'autre .
Comme ceux qui ne le connoiffent pas
pourroient former là -deffus quelque doutes
, j'en vais extraire ici différens morceaux
qui fuffiront pour les convaincre
que cet éloge n'eft qu'une juftice. L'Auteur
débute en fujet plein de zele ,
François digne de l'être.
Louis ici fait flotter fes drapeaux :
en
Ce n'eft encor qu'une image de guerre ;
Et fes guerriers dont la valeur préfere
Les horreurs de la mort aux douceurs du repos ,
Pour enfanglanter leurs travaux ,
N'attendent que l'inſtant d'allumer le tonnerre ,
Qui porte les decrets des Maîtres de la terre ,
Ainfi qu'il eft l'organe des héros.
Louis va décider ; laiffons à fa prudence
A difcuter nos intérêts :
S'il eft content , nous demandons la paix ;
S'ily voit l'ombre de l'offenſe ,
Que tout parle de fa vengeance ,
Que nos biens , que nos jours affurent fes projets.
Il s'exprime enfuite en guerrier aimable
qui fuit les drapeaux de l'amour dans un
DECEMBRE. 1755. 129
camp de paix , où les femmes courent voir
fans danger les manoeuvres de la guerre .
Mais le bruit du tambour , le fon de la trom➡
pette
Invitent nos guerriers à fe rendre à leurs rangs,
Le fexe croit entendre la Mulette ,
Il en fait fes amuſemens.
Nous n'intimidons point fes charmes ,
Nous leur prêtons de nouveaux feux.
Il vient oppoler à nos armes
Les armes que l'amour place dans les beaux yeux:
Si dans nos camps on répand quelques larmes ,
C'eſt nous qui les verfons ; & s'il eft des alfarmes
,
Elles font pour les coeurs qui ne font pas heureux.
Le ciel s'ouvre à mes yeux , & je crois voir l'aufore
:
Non , non ; feroit -ce Hebé ! Vous , qu'aux cieux
on adore ,
Aux mortelles d'ici difputez - vous nos coeurs ?
Pour les vergers qu'on deshonore ,
Eft- ce Pomone enfin qui vient verfer des pleuss
Ou bien c'eft la Déeffe Flore
Qui craint fans doute pour fes fleurs.
Je me trompois ; c'eſt mieux encore ;
La jeune Eglé , fous des lambris dorés ,
Où fon époux nous froit moins urile ,
Quitte avec lui le féjour de la ville ,
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
Et vient orner nos champs qui ne font plus parés
--Les fleurs fous fe , pas vont renaître :
Une feconde fois la terre va s'ouvrir.
Les nouvelles moiffons qu'on y verroit paroître ;
Comme les yeux ne pourront l'embellir .
La maison qu'elle habite eft un fecond exemple
De la faveur des Dieux pour la tendre Baucis :
Pour elle & Philemon dans la pouffiere affis ,
D'un humble logement les Dieux firent un tem→
ple..
Près d'Eglé , fous le chaume , on croit être à
Cypris.
- On ne peut pas annoncer d'une façon
plus galante l'arrivée de Madame de Caumartin
, Intendante de Mets , à Richemont
, ni fur ce qu'elle habitoit une maifon
de payfan , faire une application plusheureufe
de la fable de Baucis & de Philemon
, dont Jupiter changea la chaumiere
en un temple.
Chevert parcft , & chacun en filence
Partage fes régards entre la troupe & lui .
Quel fpectacle à nos yeux offre- t-il aujourd'hui ?
Ses ordres font portés. On s'ébranle , on s'avance :
Le champ de Mars eft occupé ;
Le foldat attentif à l'ordre qu'on lui donne
Marche par bataillon ; il forme une colonne ;
Il manoeuvre , il s'exerce ainfi qu'il eft campé ....
}
DECEMBRE . 1755- 131
Chacun alors fe fait un crime
De n'être pas à ſon devoir.
Que de préciſion ! l'efprit qui les anime ,
Semble être un feul reffort qui les fait tous mouvoir.
De l'exercice par Bataillons & par Brigades
, à la tête du camp , l'Auteur paffe paſſe
ainfi à l'attaque d'une grand'Garde de
Cavalerie .
Des efcadrons entrent dans la carriere ,
Et vont l'un contre l'autre exercer leur valeur.
L'un défend ce que l'autre attaque avec fureur.
Je vois Turpin & fa troupe légere ;
Couvert d'une noble pouffiere
Il arrive , il menace , il tient confeil , réfout.
C'est l'éclair que l'on voit précéder le tonnerre :
L'eil n'eft pas affez prompt pour le fuivre par
tout .
Le jeune Berchini , digne héritier d'un père ,
Dont la France connoît le zele & la valeur
De Turpin prêt à remporter l'honneur ,.
Vient arrêter la fougue , & fervir de barriere.
Nous allons maintenant offrir un plus
grand tableau : c'eft la manoeuvre du 9
Septembre , où toute la Cavalerie , aux
ordres de M. de Poianne , atraqua en plaine
toute l'Infanterie commandée par M.
de Chevert .
2
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Mais un nuage de pouffiere
S'éleve dans les airs , & vient frapper mes yeux :
Il s'ouvre , & laiffe voir des efcadrons nombreux,
D'un pas léger , la contenance fiere ,
Marcher droit à nos bataillons.
Poianne contre nous conduit fes eſcadrons ;
On en connoît la valeur , la prudence ,
On en connoît l'activité.
Il range fon armée avec intelligence ,
Il vient à nous avec vivacité .
Le foldat en frémit , mais n'en prend point d'allarmes
:
Il s'attend à combattre , il prépare les armes ,
Chevert , fes difpofitions.
Il veut de l'ennemi , qui comptoit le furprendre ,
Prévenir les deffeins , l'attaquer le premier ,
Et le forçant lui - même à fe défendre ,
Arracher de fes mains la palme & le laurier.
Voici des vers qui refpirent tout le fen
du falpêtre , & la fuieur de l'action qu'ils
repréfentent.
Poianne eft indigné de trouver tant d'obſtacle ;
Ses efcadrons , qu'il vient de partager ,
Vont offrir un nouveau fpectacle ,
Tous à la fois s'apprêtent à charger.
Ce corps eft immobile , & par- tout on le couvre-:
De tous côtés alors on voit en même tems
Des efcadrons attaquer tous nos flancs.
DECEMBRE. 1755. 133
On diroit qu'auffitôt le Mont Vefuve s'ouvre ,
Et qu'il vomit les feux fur tous les affaillans .
De ce mont redouté préſentez - vous l'image ,
Quand le feu fort de fes goufres profonds
Ses feux & la fumée y forment un nuage ,
Et confondent leur fource avec ces tourbillons.
Telle & plus forte encore eft l'épaiffe fumée ,
Quifuit le feu que font les angles & les flancs :
On ne voit plus le corps d'armée ,
11 femble enfeveli fous ces feux dévorans ;
Ils couvrent tous les combattans ,
Ils éclipfent les cieux , ils nous cachent la terre ,
Les chevaux écumans , les chefs impatiens;
Des Huffards , des Dragons , la troupe plus légere
Cherche inutilement à defunir nos rangs ;
Nous leur offrons par tout l'invincible barriere
Qui rend leurs refforts impuiffans
Et leur ardeur qui fe modere
>
Donne le tems à quelques mouvemens.
Ces quatre vers peignent bien les Grenadiers
que l'Auteur commandoit , & le
caracterifent lui-même.
Les Grenadiers font des Dieux à la guerre :
On s'empreffe avec eux d'en courir les hazards ,
Avec eux , ce jour - là , défiant le tonnerre ,
J'aurois vaincu , je crois , Bellonne au champ de
Mars.
134 MERCURE DE FRANCE.
Pour égayer & varier le tableau , M. V.
s'écrie :
Mufe de Saint Lambert , prête - moi tes pinceaux
;
Dis - nous comment d'Eglé , la divine compa
gne
Quitte Paris , le remplit de regrets ,
Pour venir avec elle embellir la campagne :
Elle vient y regner fur de nouveaux ſujets.
Peins- nous Comus , peins - nous Thalie
Et tous leurs charmes féduifans ;
Peins- nous la charmante Emilie ,
Délices & foutien de notre Comédie ,
Et le fléau de mille foupirans ,
Dont chacun d'eux a grande envie
D'en obtenir quelques inftans.
C'étoit une Actrice de la Comédie de
Mets qui alloit jouer au camp ; mais l'Auteur,
revient vite aux combats ..
N'entens-je pas crier aux armes ?
Plaifirs , pour un moment laiffez - moi vous quitter
,
L'honneur chez les François paffe avant tous vos
charmes ,
tin.
Madame de la Porte ,foeur de M. de CaumarDECEMBRE.
1755. 139
Il vole à fes devoirs , il va vous mériter.
L'utilité des camps de paix eft heureufement
exprimée dans les fix vers fuivans.
Par-tout on voit attaquer & défendre ,
Par -tout on croit fervir l'Etat ;
N'est -ce pas en effet travailler pour la France ,
Que d'en former les Officiers ?
C'eft élever des forts d'avance ,
C'eft y planter pour elle des lauriers.
Nous allons finir cet extrait par le récit
de la derniere manoeuvre , du 2.0 Septembre
, où l'on attaqua le village d'Uckange.
Les colonnes alors s'approchent du village';
Le centre & les côtés fe trouvent réunis :
Nous attaquons par-tout , par- tout eft l'avantage;
Les ennemis font inveftis :
Il faut prévenir leur défaite .
D'Eftaing alors y donne tous fes foins.
Il fonge à faire fa retraite ,
Il en a prévu tous les points .
Chacun des poftes fe replie ,
Se retire fur lui , point de confufion ,
Chacun retourne à fa divifion ;
Et chacun fous fon feu fe range & fe rallie.
On le fuit , il fait face ; on le charge , il fait feu,
Il gagne les mailons & le fein du village ,
136 MERCURE DE FRANCE.
S'y retire en bon ordre , & là finit l'image
Des combats , dont Louis a voulu faire un jeu.
Ce dernier trait en termine l'hiſtoire.
Chacun au camp revient couvert de gloire ,
Avec l'ami , l'ennemi confondu ,
Voit les talens fans jaloufie ,
Chacun les vante , les public.
Voilà le fceau de la vertu.
C'ett en avoir que de la reconnoître ,
Et dans tout genre on ne peut être maître
Qu'en lui rendant l'honneur qu'on lui fçait être
dû.
Nous donnerons au prochain Mercure
un récit court , mais détaillé du camp de
Valence, ainfi que de celui de Richemont,
s l'article de la Cour.
LETTRE fur cette queftion : Si Ffprit
philofophique eft plus nuifible , qu'utile aux
Belles Lettres ; A Monfieur le Marquis de
Beauteville , de l'Académie Royale des Sciences
de Toulouse , par M. de R..... 1795 ,
chez Duchefne , Libraire au Temple du
Goût.
Je joins à cette annonce le précis fuivant
qu'un ami de l'Auteur m'a prié d'inférer
dans le Mercure , & qu'on va lire
ici tel qu'il m'a été envoié.
Cette Lettre peut être divifée en quatre
DÉCEMBRE. 1755. 137 .
parties ; dans la premiere , l'Efprit philofophique
& le génie des Belles- Lettres
font confidérés en eux -mêmes , & comme
caracteres de l'ame d'où réfultent différentes
manieres d'envifager & de traiter les
fujets.
Dans la feconde on décrit la méthode
philofophique & la marche du génie littéraire.
Dans la troifieme on indique les défauts
que l'efprit philofophique tranfporté de la
Philofophie dans les Belles- Lettres , y doit
répandre , avec quelque foin qu'il tâche
de fe déguifer.
Et dans la quatrieme , on prouve que
l'efprit philofophique incapable de produire
dans les Belles- Lettres , n'eft en état
de juger des productions du génie que
d'après le goût .
Il regne beaucoup de profondeur & de
vues dans la premiere partie , la feconde eft
traitée avec toute " exactitude qu'exigeoit
la matiere : les allufions critiques de la troifieme
font d'une grande fineffe ; & la quatrieme
eft ornée d'une image fimbolique qui
repréſente avec jufteffe la correfpondance
& le concert du génie & du goût. Cette lettre
qui eft adreffée à un Philofophe du
premier ordre , eft un de ces ouvrages qui
ne femblent deftinés qu'au petit nombre
135 MERCURE DE FRANCE.
de lecteurs qui aiment à penfer , & qui
veulent approfondir la théorie des Arts .
UNE perfonne à portée d'avoir les meilleures
inftructions , travaille à une Chronologie
Militaire où fe trouvera l'Histoire
des Officiers fupérieurs & généraux , &
celle des Troupes de la Maifon du Roi , &
des Régimens d'infanterie , cavalerie &
dragons , foir exiftans , foit réformés. Il
défireroit avoir communication des titres
qui font répandus dans les familles ; & on
prie ceux qui ont dans leurs titres ou papiers
:
1º. Des Pouvoirs de Lieutenans Géné
raux .
2º. Des Brevets de Maréchaux de Camps
ou de Brigadiers.
3°. Des Ordres de Directeurs ou Inf
pecteurs Généraux .
4°. Des Provifions de Grand-Croix , &
de Commandeurs de l'Ordre de S. Louis.
5 °. Des Provifions de Maréchaux Généraux
de logis des Camps & Armées du
Roi , ou de Maréchaux de logis de la cavaleric.
6°. Des Provifions de Gouverneurs des
Provinces.
7°. Des Commiffions de Colonels de
Régiment d'infanterie , cavalerie ou dragons.
1
DECEMBRE. 1755. 139
8°. Enfin des Commiffions de Capitaines
aux Gardes .
De vouloir bien en envoyer la note dans
la forme ci- deffous .
Pour les Lieutenans Généraux , Maréchaux
de Camps & Brigadiers.
Pouvoir de Lieutenant Général ou Bre
vet de Maréchal de Camp , ou Brigadier ,
pour M . . . . . . en mettant le nom de
baptême & de famille , les qualifications
qui lui font données dans lefdits Pouvoir
ou Brevet ; la date defdits Brevet ou Pouvoir
, & le nom des Secrétaires d'Etat qui
les ont contre- fignées ; obfervant auffi de
mettre autant qu'il fera poffible la date de
la mort defdits Officiers.
A l'égard des autres Provifions & Com
miffions dont il eft parlé ci- deffus , on prie
d'y ajouter de plus , comment les Officiers
ont en ces places , foit par nouvelle levée
ou par la mort & démiffion de M. un tel ,
comme cela eft marqué dans lefdites commiflions.
- L'on prie d'obferver 1 ° . que l'on ne demande
fimplement que des notes dans la
forme ci-deffus , & point de copies, 2 ° . D'adreffer
ces notes à M. Defprés , premier
Commis du Bureau de la Guerre , à Verfailles.
au camp de Richemont , commandé par
M. de Chevert , Lieutenant Général des
armées du Roi , commencé le 26 Août
1755 , & fini le 25 Septembre fuivant..
A Paris , chez Lambert , rue de la Comédie
Françoiſe , 1755 .
M. Vallier , Colonel d'Infanterie , eft
l'Auteur de cet agréable Journal . C'eft
prefque avoir créé un nouveau genre. Cet
ellai doit lui faire d'autant plus d'honneur
DECEMBRE. 1755 . 127
qu'au premier coup d'oeil il paroiffoit impoffible
d'exprimer en vers , la difpofition
d'une armée ou celle d'une attaque , la fituation
des terreins , les pofitions des rivieres
, des villages & des chauffées ; y
faire entrer pour la premiere fois les termes
de l'art , tous rebelles à la poéfie , mais
néceffaires , & qui plus eft , uniques pour
bien peindre les différentes manoeuvres de
la guerre ; tout cela préfente d'abord des
difficultés qui étonnent au point que l'exécution
a l'air d'une gageure , & qu'il falloit
être , comme l'Auteur , auffi poëte que
guerrier pour les vaincre avec tant de
bonheur. Pour rendre l'ouvrage plus varié
& plus intéreffant , la galanterie eft venue
au fecours de M. V. Si Mars a été fon
Apollon, Venus & les Graces ont été fes
Muſes . Ce contrafte aimable délaffe agréa
blement le Lecteur des fatigues militaires
qu'il partage avec l'Auteur qui les décrit .
Tous les mouvemens de chaque parti font
peints avec tant de feu & de vérité qu'on
croit être dans un camp , & fouvent dans
la mêlée. On eft préfent à l'action ; on y
prend part. Cet exemple heureux nous
prouve qu'on peut tout dire en vers comme
en profe , & que le vrai talent amené
toujours la réuffite. L'Auteur a fait choix
des vers libres , comme plus affortis à la
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE ,
matiere , & plus propres à rendre la rapidité
des évolutions. Son Poëme en contient
près de huit cens ; & malgré quelques
repétitions inévitables , il le fait lire
avec intérêt d'un bout à l'autre .
Comme ceux qui ne le connoiffent pas
pourroient former là -deffus quelque doutes
, j'en vais extraire ici différens morceaux
qui fuffiront pour les convaincre
que cet éloge n'eft qu'une juftice. L'Auteur
débute en fujet plein de zele ,
François digne de l'être.
Louis ici fait flotter fes drapeaux :
en
Ce n'eft encor qu'une image de guerre ;
Et fes guerriers dont la valeur préfere
Les horreurs de la mort aux douceurs du repos ,
Pour enfanglanter leurs travaux ,
N'attendent que l'inſtant d'allumer le tonnerre ,
Qui porte les decrets des Maîtres de la terre ,
Ainfi qu'il eft l'organe des héros.
Louis va décider ; laiffons à fa prudence
A difcuter nos intérêts :
S'il eft content , nous demandons la paix ;
S'ily voit l'ombre de l'offenſe ,
Que tout parle de fa vengeance ,
Que nos biens , que nos jours affurent fes projets.
Il s'exprime enfuite en guerrier aimable
qui fuit les drapeaux de l'amour dans un
DECEMBRE. 1755. 129
camp de paix , où les femmes courent voir
fans danger les manoeuvres de la guerre .
Mais le bruit du tambour , le fon de la trom➡
pette
Invitent nos guerriers à fe rendre à leurs rangs,
Le fexe croit entendre la Mulette ,
Il en fait fes amuſemens.
Nous n'intimidons point fes charmes ,
Nous leur prêtons de nouveaux feux.
Il vient oppoler à nos armes
Les armes que l'amour place dans les beaux yeux:
Si dans nos camps on répand quelques larmes ,
C'eſt nous qui les verfons ; & s'il eft des alfarmes
,
Elles font pour les coeurs qui ne font pas heureux.
Le ciel s'ouvre à mes yeux , & je crois voir l'aufore
:
Non , non ; feroit -ce Hebé ! Vous , qu'aux cieux
on adore ,
Aux mortelles d'ici difputez - vous nos coeurs ?
Pour les vergers qu'on deshonore ,
Eft- ce Pomone enfin qui vient verfer des pleuss
Ou bien c'eft la Déeffe Flore
Qui craint fans doute pour fes fleurs.
Je me trompois ; c'eſt mieux encore ;
La jeune Eglé , fous des lambris dorés ,
Où fon époux nous froit moins urile ,
Quitte avec lui le féjour de la ville ,
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
Et vient orner nos champs qui ne font plus parés
--Les fleurs fous fe , pas vont renaître :
Une feconde fois la terre va s'ouvrir.
Les nouvelles moiffons qu'on y verroit paroître ;
Comme les yeux ne pourront l'embellir .
La maison qu'elle habite eft un fecond exemple
De la faveur des Dieux pour la tendre Baucis :
Pour elle & Philemon dans la pouffiere affis ,
D'un humble logement les Dieux firent un tem→
ple..
Près d'Eglé , fous le chaume , on croit être à
Cypris.
- On ne peut pas annoncer d'une façon
plus galante l'arrivée de Madame de Caumartin
, Intendante de Mets , à Richemont
, ni fur ce qu'elle habitoit une maifon
de payfan , faire une application plusheureufe
de la fable de Baucis & de Philemon
, dont Jupiter changea la chaumiere
en un temple.
Chevert parcft , & chacun en filence
Partage fes régards entre la troupe & lui .
Quel fpectacle à nos yeux offre- t-il aujourd'hui ?
Ses ordres font portés. On s'ébranle , on s'avance :
Le champ de Mars eft occupé ;
Le foldat attentif à l'ordre qu'on lui donne
Marche par bataillon ; il forme une colonne ;
Il manoeuvre , il s'exerce ainfi qu'il eft campé ....
}
DECEMBRE . 1755- 131
Chacun alors fe fait un crime
De n'être pas à ſon devoir.
Que de préciſion ! l'efprit qui les anime ,
Semble être un feul reffort qui les fait tous mouvoir.
De l'exercice par Bataillons & par Brigades
, à la tête du camp , l'Auteur paffe paſſe
ainfi à l'attaque d'une grand'Garde de
Cavalerie .
Des efcadrons entrent dans la carriere ,
Et vont l'un contre l'autre exercer leur valeur.
L'un défend ce que l'autre attaque avec fureur.
Je vois Turpin & fa troupe légere ;
Couvert d'une noble pouffiere
Il arrive , il menace , il tient confeil , réfout.
C'est l'éclair que l'on voit précéder le tonnerre :
L'eil n'eft pas affez prompt pour le fuivre par
tout .
Le jeune Berchini , digne héritier d'un père ,
Dont la France connoît le zele & la valeur
De Turpin prêt à remporter l'honneur ,.
Vient arrêter la fougue , & fervir de barriere.
Nous allons maintenant offrir un plus
grand tableau : c'eft la manoeuvre du 9
Septembre , où toute la Cavalerie , aux
ordres de M. de Poianne , atraqua en plaine
toute l'Infanterie commandée par M.
de Chevert .
2
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Mais un nuage de pouffiere
S'éleve dans les airs , & vient frapper mes yeux :
Il s'ouvre , & laiffe voir des efcadrons nombreux,
D'un pas léger , la contenance fiere ,
Marcher droit à nos bataillons.
Poianne contre nous conduit fes eſcadrons ;
On en connoît la valeur , la prudence ,
On en connoît l'activité.
Il range fon armée avec intelligence ,
Il vient à nous avec vivacité .
Le foldat en frémit , mais n'en prend point d'allarmes
:
Il s'attend à combattre , il prépare les armes ,
Chevert , fes difpofitions.
Il veut de l'ennemi , qui comptoit le furprendre ,
Prévenir les deffeins , l'attaquer le premier ,
Et le forçant lui - même à fe défendre ,
Arracher de fes mains la palme & le laurier.
Voici des vers qui refpirent tout le fen
du falpêtre , & la fuieur de l'action qu'ils
repréfentent.
Poianne eft indigné de trouver tant d'obſtacle ;
Ses efcadrons , qu'il vient de partager ,
Vont offrir un nouveau fpectacle ,
Tous à la fois s'apprêtent à charger.
Ce corps eft immobile , & par- tout on le couvre-:
De tous côtés alors on voit en même tems
Des efcadrons attaquer tous nos flancs.
DECEMBRE. 1755. 133
On diroit qu'auffitôt le Mont Vefuve s'ouvre ,
Et qu'il vomit les feux fur tous les affaillans .
De ce mont redouté préſentez - vous l'image ,
Quand le feu fort de fes goufres profonds
Ses feux & la fumée y forment un nuage ,
Et confondent leur fource avec ces tourbillons.
Telle & plus forte encore eft l'épaiffe fumée ,
Quifuit le feu que font les angles & les flancs :
On ne voit plus le corps d'armée ,
11 femble enfeveli fous ces feux dévorans ;
Ils couvrent tous les combattans ,
Ils éclipfent les cieux , ils nous cachent la terre ,
Les chevaux écumans , les chefs impatiens;
Des Huffards , des Dragons , la troupe plus légere
Cherche inutilement à defunir nos rangs ;
Nous leur offrons par tout l'invincible barriere
Qui rend leurs refforts impuiffans
Et leur ardeur qui fe modere
>
Donne le tems à quelques mouvemens.
Ces quatre vers peignent bien les Grenadiers
que l'Auteur commandoit , & le
caracterifent lui-même.
Les Grenadiers font des Dieux à la guerre :
On s'empreffe avec eux d'en courir les hazards ,
Avec eux , ce jour - là , défiant le tonnerre ,
J'aurois vaincu , je crois , Bellonne au champ de
Mars.
134 MERCURE DE FRANCE.
Pour égayer & varier le tableau , M. V.
s'écrie :
Mufe de Saint Lambert , prête - moi tes pinceaux
;
Dis - nous comment d'Eglé , la divine compa
gne
Quitte Paris , le remplit de regrets ,
Pour venir avec elle embellir la campagne :
Elle vient y regner fur de nouveaux ſujets.
Peins- nous Comus , peins - nous Thalie
Et tous leurs charmes féduifans ;
Peins- nous la charmante Emilie ,
Délices & foutien de notre Comédie ,
Et le fléau de mille foupirans ,
Dont chacun d'eux a grande envie
D'en obtenir quelques inftans.
C'étoit une Actrice de la Comédie de
Mets qui alloit jouer au camp ; mais l'Auteur,
revient vite aux combats ..
N'entens-je pas crier aux armes ?
Plaifirs , pour un moment laiffez - moi vous quitter
,
L'honneur chez les François paffe avant tous vos
charmes ,
tin.
Madame de la Porte ,foeur de M. de CaumarDECEMBRE.
1755. 139
Il vole à fes devoirs , il va vous mériter.
L'utilité des camps de paix eft heureufement
exprimée dans les fix vers fuivans.
Par-tout on voit attaquer & défendre ,
Par -tout on croit fervir l'Etat ;
N'est -ce pas en effet travailler pour la France ,
Que d'en former les Officiers ?
C'eft élever des forts d'avance ,
C'eft y planter pour elle des lauriers.
Nous allons finir cet extrait par le récit
de la derniere manoeuvre , du 2.0 Septembre
, où l'on attaqua le village d'Uckange.
Les colonnes alors s'approchent du village';
Le centre & les côtés fe trouvent réunis :
Nous attaquons par-tout , par- tout eft l'avantage;
Les ennemis font inveftis :
Il faut prévenir leur défaite .
D'Eftaing alors y donne tous fes foins.
Il fonge à faire fa retraite ,
Il en a prévu tous les points .
Chacun des poftes fe replie ,
Se retire fur lui , point de confufion ,
Chacun retourne à fa divifion ;
Et chacun fous fon feu fe range & fe rallie.
On le fuit , il fait face ; on le charge , il fait feu,
Il gagne les mailons & le fein du village ,
136 MERCURE DE FRANCE.
S'y retire en bon ordre , & là finit l'image
Des combats , dont Louis a voulu faire un jeu.
Ce dernier trait en termine l'hiſtoire.
Chacun au camp revient couvert de gloire ,
Avec l'ami , l'ennemi confondu ,
Voit les talens fans jaloufie ,
Chacun les vante , les public.
Voilà le fceau de la vertu.
C'ett en avoir que de la reconnoître ,
Et dans tout genre on ne peut être maître
Qu'en lui rendant l'honneur qu'on lui fçait être
dû.
Nous donnerons au prochain Mercure
un récit court , mais détaillé du camp de
Valence, ainfi que de celui de Richemont,
s l'article de la Cour.
LETTRE fur cette queftion : Si Ffprit
philofophique eft plus nuifible , qu'utile aux
Belles Lettres ; A Monfieur le Marquis de
Beauteville , de l'Académie Royale des Sciences
de Toulouse , par M. de R..... 1795 ,
chez Duchefne , Libraire au Temple du
Goût.
Je joins à cette annonce le précis fuivant
qu'un ami de l'Auteur m'a prié d'inférer
dans le Mercure , & qu'on va lire
ici tel qu'il m'a été envoié.
Cette Lettre peut être divifée en quatre
DÉCEMBRE. 1755. 137 .
parties ; dans la premiere , l'Efprit philofophique
& le génie des Belles- Lettres
font confidérés en eux -mêmes , & comme
caracteres de l'ame d'où réfultent différentes
manieres d'envifager & de traiter les
fujets.
Dans la feconde on décrit la méthode
philofophique & la marche du génie littéraire.
Dans la troifieme on indique les défauts
que l'efprit philofophique tranfporté de la
Philofophie dans les Belles- Lettres , y doit
répandre , avec quelque foin qu'il tâche
de fe déguifer.
Et dans la quatrieme , on prouve que
l'efprit philofophique incapable de produire
dans les Belles- Lettres , n'eft en état
de juger des productions du génie que
d'après le goût .
Il regne beaucoup de profondeur & de
vues dans la premiere partie , la feconde eft
traitée avec toute " exactitude qu'exigeoit
la matiere : les allufions critiques de la troifieme
font d'une grande fineffe ; & la quatrieme
eft ornée d'une image fimbolique qui
repréſente avec jufteffe la correfpondance
& le concert du génie & du goût. Cette lettre
qui eft adreffée à un Philofophe du
premier ordre , eft un de ces ouvrages qui
ne femblent deftinés qu'au petit nombre
135 MERCURE DE FRANCE.
de lecteurs qui aiment à penfer , & qui
veulent approfondir la théorie des Arts .
UNE perfonne à portée d'avoir les meilleures
inftructions , travaille à une Chronologie
Militaire où fe trouvera l'Histoire
des Officiers fupérieurs & généraux , &
celle des Troupes de la Maifon du Roi , &
des Régimens d'infanterie , cavalerie &
dragons , foir exiftans , foit réformés. Il
défireroit avoir communication des titres
qui font répandus dans les familles ; & on
prie ceux qui ont dans leurs titres ou papiers
:
1º. Des Pouvoirs de Lieutenans Géné
raux .
2º. Des Brevets de Maréchaux de Camps
ou de Brigadiers.
3°. Des Ordres de Directeurs ou Inf
pecteurs Généraux .
4°. Des Provifions de Grand-Croix , &
de Commandeurs de l'Ordre de S. Louis.
5 °. Des Provifions de Maréchaux Généraux
de logis des Camps & Armées du
Roi , ou de Maréchaux de logis de la cavaleric.
6°. Des Provifions de Gouverneurs des
Provinces.
7°. Des Commiffions de Colonels de
Régiment d'infanterie , cavalerie ou dragons.
1
DECEMBRE. 1755. 139
8°. Enfin des Commiffions de Capitaines
aux Gardes .
De vouloir bien en envoyer la note dans
la forme ci- deffous .
Pour les Lieutenans Généraux , Maréchaux
de Camps & Brigadiers.
Pouvoir de Lieutenant Général ou Bre
vet de Maréchal de Camp , ou Brigadier ,
pour M . . . . . . en mettant le nom de
baptême & de famille , les qualifications
qui lui font données dans lefdits Pouvoir
ou Brevet ; la date defdits Brevet ou Pouvoir
, & le nom des Secrétaires d'Etat qui
les ont contre- fignées ; obfervant auffi de
mettre autant qu'il fera poffible la date de
la mort defdits Officiers.
A l'égard des autres Provifions & Com
miffions dont il eft parlé ci- deffus , on prie
d'y ajouter de plus , comment les Officiers
ont en ces places , foit par nouvelle levée
ou par la mort & démiffion de M. un tel ,
comme cela eft marqué dans lefdites commiflions.
- L'on prie d'obferver 1 ° . que l'on ne demande
fimplement que des notes dans la
forme ci-deffus , & point de copies, 2 ° . D'adreffer
ces notes à M. Defprés , premier
Commis du Bureau de la Guerre , à Verfailles.
Fermer
Résumé : « JOURNAL en vers de ce qui s'est passé au camp de Richemont, commandé par [...] »
Le texte présente un journal en vers rédigé par M. Vallier, Colonel d'Infanterie, relatant les événements survenus au camp de Richemont sous le commandement de M. de Chevert, Lieutenant Général des armées du Roi, du 26 août au 25 septembre 1755. Ce journal, publié à Paris chez Lambert, est considéré comme un nouveau genre littéraire car il décrit avec précision la disposition d'une armée, les attaques, les terrains, les positions des rivières, villages et chaumières, ainsi que les termes techniques de l'art militaire. L'auteur utilise des vers libres pour rendre la rapidité des évolutions militaires. Le poème, composé de près de huit cents vers, est enrichi par des éléments galants et des descriptions détaillées des mouvements militaires, permettant au lecteur de se sentir présent sur le champ de bataille. Le journal inclut également des descriptions de la vie au camp, comme l'arrivée de Madame de Caumartin, Intendante de Metz, et des manoeuvres militaires telles que l'attaque d'une grand'garde de cavalerie et la manoeuvre du 9 septembre où la cavalerie a attaqué l'infanterie. Le texte se termine par la description de la dernière manoeuvre du 20 septembre, où un village a été attaqué, et par des réflexions sur l'utilité des camps de paix pour former les officiers. Par ailleurs, le document énumère divers types de pouvoirs et commissions militaires, daté du 1er décembre 1755. Il inclut les pouvoirs de lieutenants généraux, les brevets de maréchaux de camp ou de brigadiers, les ordres de directeurs ou inspecteurs généraux, les provisions de grand-croix et de commandeurs de l'Ordre de Saint-Louis, les provisions de maréchaux généraux de logis, les provisions de gouverneurs des provinces, les commissions de colonels de régiment d'infanterie, de cavalerie ou de dragons, et enfin les commissions de capitaines aux Gardes. Le texte demande d'envoyer une note dans une forme spécifique pour chaque type de pouvoir ou commission. Pour les lieutenants généraux, maréchaux de camp et brigadiers, la note doit inclure le nom complet de l'officier, ses qualifications, la date du brevet ou du pouvoir, le nom du secrétaire d'État ayant contresigné le document, et, si possible, la date de décès de l'officier. Pour les autres provisions et commissions, il est demandé d'indiquer comment les officiers ont obtenu leurs places, soit par nouvelle levée, soit par la mort ou la démission d'un autre officier. Ces notes doivent être adressées à M. Desprès, premier commis du Bureau de la Guerre, à Versailles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5192
p. 153-160
« LA PEINTURE, poëme, par M. Baillet, Baron de S. Julien. A Amsterdam ; & se [...] »
Début :
LA PEINTURE, poëme, par M. Baillet, Baron de S. Julien. A Amsterdam ; & se [...]
Mots clefs :
Poème, Peinture, Sang, Amour, Haine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LA PEINTURE, poëme, par M. Baillet, Baron de S. Julien. A Amsterdam ; & se [...] »
LA PEINTURE , poëme , par M. Baillet ,
Baron de S. Julien. A Amfterdam ; & fe
trouve à Paris , chez Quillau , rue S. Jacques
, & chez Jombert , rue Dauphine.
Ce court poëme qui n'a guere plus de
deux cens vers , contient moins les préceptes
que les louanges de l'art qu'il célebre
: il nous paroît l'ouvrage d'un Auteur
qui joint au goût de la Peinture , le talent
de la Poéfie.
Quelques tirades que nous allons citer ,
le prouveront mieux que nos difcours .
Otoi , dont la beauté fit mon premier amour ,
Peinture , que j'aimai , dès que je vis le jour .....
Viens , dévoile à mes fens tes auguftes myfteres,,
Dirige tes crayons dans mes mains téméraires,
Allume dans mon fein ces tranſports créateurs
Des refforts du génie inftrumens & moteurs ,
Ce feu noble & facré , cet orgueil de notre être
Où l'homme égal aux Dieux , ſemble ſe reconnoître
,
Ce don qu'aucun effort ne fçauroit obtenir ,
Et qu'il faut éprouver pour te bien définir.
Fuyez. N'efpérez rien de vos foins téméraires,
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
Artifans fans génie , ouvriers mercenaires ,
Qui dans ce champ de gloire , attirés par la faim ,
Envifagez pour but non l'honneur , mais le gain.
Allez , portez ailleurs cette vile induſtrie :
Ivres du fol efpoir dont votre ame eft nourrie ;
Il faut , pour le remplir , battre un autre fentier :
La peinture eft un art , & non pas un métier.
A l'occafion des Peintres d'animaux.
voici un morceau philofophique , où la
brute doit remercier le Poëte de la fupériorité
qu'il femble lui donner fur l'homme
, & qu'elle mérite peut- être à certains
égards.
Quel bras de Prométhée , oſant ravir la flâme ,
A l'inftin&t de la brute ajoute encore une ame ?
Nous fait voir des forêts les hôtes tous égaux ,
De l'homme fier & vain , plus fuperbes rivaux.
Plus courageux , plus fiers , plus foumis , plus dociles
,
Plus juftes , plus prudens , plus chaftes , plus tranquiles
,
Plus fobres , plus actifs , aux travaux plus conftans,
Plus fideles amis , plus fideles amans ;
Rois de cet Univers , fi la fourbe & l'adreſſe ,
L'artifice toujours appui de la foibleffe ,
Et les pieges couverts à la force tendus ,
N'étoient pas des humains les premieres vertus.
DECEMBRE 1755. ISS
La peinture d'Hiftoire me paroît bien
peinte dans le morceau fuivant..
Où m'as-tu tranfporté , Déeffe enchantereffe :
Quel nouveau feu dans moi fait paffer fon ivreffe !
Quel jour plus lumineux a frappé mes regards ,
Quels chefs-d'oeuvres vivans naiffent de toutes
parts !
C'étoit donc peu pour toi , féduifante peinture ,
De tromper par ton art , l'art même & la nature ;
Cet art vouloit un but & des projets plus hauts ,
De plus nobles fuccès pour tes nobles travaux .
Pour couronner ta gloire , ainfi que ton ouvrage ,
Dans le fond de nos coeurs , il fe fraye un paffage ,
Y réveille à la fois la pitié , la terreur ,
L'amour , l'ambition , la haine & la fureur ,
Toutes nos paffions , ces idoles fi cheres ,
De l'ame des humains , tyrans trop volontaires.
Le morceau de la haine des fils de Jocafte
eft encore un des mieux frappés . Il
termine le Poëme , & nous finirons par
lui ce précis.
C'eft un fecret penchant que nous éprouvons tous ,
Il naît , fe fortifie , & ne meurt qu'avec nous ,
Nous aimons par inftinct ceux qui nous firent
naître ,
Et.croyons tout devoir à qui nous devons l'être.
Notre coeur généreux , plein de ces fentimens ,
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Aime à multiplier ces tendres mouvemens .
Les neveux , les amis , les parens de nos Peres
Partagent avec eux ces refpects volontaires ;
Chacun d'eux les reçoit & les rend à ſon tour ,
Et les dégrés du fang font des dégrés d'amour.
Mais quand l'indépendance amenant la difcorde !
Des Peres & des Fils a troublé la concorde ,
Ou qu'un vil intérêt , deftructeur des maifons ,
Dans nos coeurs à longs traits répandant fes poi
fons ,
Une fois a rompu ce lien invincible ,
Plus le fang nous unit , plus la haine eft terrible.
Thebe en vit autrefois un exemple fameux.
Deux freres , nés d'un fang profcrit , inceftueux ,
Surpaffant en fureur les crimes de leur race ,
Comblerent dans fes murs leur fratricide audace.
Tous deux las de verfer le fang de leurs fujets ,
De s'habhorrer toujours , fans fe venger jamais ,.
Et de commettre au fort leur rage impatiente ,
Choifirent dans leur bras une route moins lente.
L'un vers l'autre avec joye , on les vit s'avancer ,
Se mefurer , fe joindre , ainfi que fe percer ,
Tomber , & ranimant leur facrilege envie ,
Poursuivre en fon rival les reftes de ſa vie ;
Et contens de la perdre en pouvant la ravir ,
Se rapprocher tous deux , s'égorger & mourir.
A ces freres éteints , par leur haine célebres ,
Thebes fit décerner tous les honneurs funebres ;
Et l'on réunit morts , fur un même bucher ,
DECEMBRE. 1755. 157
Ceux , que vivans , le fang n'avoit pu rapprocher.
O prodige ! à l'inftant la flamme divifée
Se fépare fur eux , ardente & courroucée :
A travers l'épaiffeur de fes globes brúlans.
On croit voir dans les airs leurs ſpectres menaçans
Sindigner , en mourant , d'un foin qui les honore ;
Et dans ces coeurs glacés la haine vit encore.
On a joint à ce Poëme un écrit en profe,
qui a pour titre , Caracteres des Peintres
François actuellement vivans , nouvelle.
édition. Il eft du même Auteur , & mérite
d'être lu.
LA MORT DE SÉJAN , Tragédie en vers.
qui n'a pas été jouée , précédée de deux
Epîtres en vers , Prix 30 fols. A Berlin ;.
& fe vend à Paris chez Duchefne , rue faint
Jacques.
C'eft un coup d'effai qui mérite d'autant
plus d'indulgence que l'auteur n'a que
vingt-deux ans.
NOUVELLE MÉTHODE pour apprendre
la Langue Latine par un fyftême fi facile
qu'il eft à la portée d'un enfant de cinq à
fix ans qui fçait lire : & fi prompt qu'on y
fait plus de progrès en deux ou trois années
qu'en huit ou dix , en fuivant la
158 MERCURE DE FRANCE.
route ordinaire , par M. de Launay , Auteur
de la nouvelle Méthode pour apprendre
à lire . Celle- ci eft propofée par ſoufcription
en quatre volumes in So. A Paris,
chez la veuve Robinot , quai des Grands
Auguftins , & chez Babuty fils , même
qual , 1755.
L'Auteur nous affure que par cet ouvrage
, tout fujet capable d'application depuis
cinq ans jufqu'à foixante , après un mois
ou deux d'inftruction , peut apprendre
feul & fans maître , à expliquer les Auteurs
latins les plus difficiles , & à rendre
raifon de toutes les regles de la Grammaire
& de la maniere la plus commode
& la plus aifée , fans aucun effort d'imagination
ni de mémoire . Ce fyftême eft
général , & peut s'appliquer à toutes les
langues. Le prix en feuilles fera pour les
Soufcripteurs de douze livres , dont fix
feront payées en foufcrivant; La foufcription
aura lieu jufqu'au mois de Février
prochain 1756 ; paffé ce tems , le prix fera
de dix-huit livres. Le premier volume
paroîtra au commencement de Février
& les trois autres de mois en mois.
PRINCIPES GENERAUX & raifonnés
de la Grammaire Françoife , avec
des obfervations fur l'orthographe , les
DECEMBRE 1755. 159
accents , la ponctuation , & la prononcia--
tion ; & un abrégé de regles de la verfification
françoife , dédiés à Mgr . le Duc de
Chartres , par M. Reftaut , Avocat au Parlement
& aux Confeils du Roi . Septieme
édition revue & corrigée par l'Auteur.
A Paris , chez la veuve Lottin , J. H. Buttard
, rue S. Jacques ; & chez Defaint &
Saillant , rue S. Jean de Beauvais . 1755 .
Cet ouvrage eft un des meilleurs qu'on
ait faits fur notre langue. Les nombreuſes
éditions qui en ont été données , le louent
beaucoup plus que tout le bien que nous
pourrions en dire. La feptieme que nous
annonçons , met le comble à l'éloge . La
même Grammaire fe trouve à Poitiers ,
chez J. Felix Faulcon Imprimeur du
Clergé.
OBSERVATIONS critiques & politiques
fur le commerce maritime , dans
lefquelles on difcute quelques points felatifs
à l'induftrie & au commerce des Colonies
Françoifes , un volume in- 12 , petit
format , imprimé à Amfterdam ; & fe trouve
à Paris , chez Jombert , rue Dauphine.
1755.
Il paroîtra vers la fin de Janvier prochain
une carte en quatre feuilles , inti160
MERCURE DE FRANCE .
tulée Canada , Louisiane , & Terres Angloifes.
On peut attendre de M. d'Anville
qui a compofé cette carte , l'exactitude &
l'abondance de détail qui caractériſent ſes
ouvrages.
Baron de S. Julien. A Amfterdam ; & fe
trouve à Paris , chez Quillau , rue S. Jacques
, & chez Jombert , rue Dauphine.
Ce court poëme qui n'a guere plus de
deux cens vers , contient moins les préceptes
que les louanges de l'art qu'il célebre
: il nous paroît l'ouvrage d'un Auteur
qui joint au goût de la Peinture , le talent
de la Poéfie.
Quelques tirades que nous allons citer ,
le prouveront mieux que nos difcours .
Otoi , dont la beauté fit mon premier amour ,
Peinture , que j'aimai , dès que je vis le jour .....
Viens , dévoile à mes fens tes auguftes myfteres,,
Dirige tes crayons dans mes mains téméraires,
Allume dans mon fein ces tranſports créateurs
Des refforts du génie inftrumens & moteurs ,
Ce feu noble & facré , cet orgueil de notre être
Où l'homme égal aux Dieux , ſemble ſe reconnoître
,
Ce don qu'aucun effort ne fçauroit obtenir ,
Et qu'il faut éprouver pour te bien définir.
Fuyez. N'efpérez rien de vos foins téméraires,
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
Artifans fans génie , ouvriers mercenaires ,
Qui dans ce champ de gloire , attirés par la faim ,
Envifagez pour but non l'honneur , mais le gain.
Allez , portez ailleurs cette vile induſtrie :
Ivres du fol efpoir dont votre ame eft nourrie ;
Il faut , pour le remplir , battre un autre fentier :
La peinture eft un art , & non pas un métier.
A l'occafion des Peintres d'animaux.
voici un morceau philofophique , où la
brute doit remercier le Poëte de la fupériorité
qu'il femble lui donner fur l'homme
, & qu'elle mérite peut- être à certains
égards.
Quel bras de Prométhée , oſant ravir la flâme ,
A l'inftin&t de la brute ajoute encore une ame ?
Nous fait voir des forêts les hôtes tous égaux ,
De l'homme fier & vain , plus fuperbes rivaux.
Plus courageux , plus fiers , plus foumis , plus dociles
,
Plus juftes , plus prudens , plus chaftes , plus tranquiles
,
Plus fobres , plus actifs , aux travaux plus conftans,
Plus fideles amis , plus fideles amans ;
Rois de cet Univers , fi la fourbe & l'adreſſe ,
L'artifice toujours appui de la foibleffe ,
Et les pieges couverts à la force tendus ,
N'étoient pas des humains les premieres vertus.
DECEMBRE 1755. ISS
La peinture d'Hiftoire me paroît bien
peinte dans le morceau fuivant..
Où m'as-tu tranfporté , Déeffe enchantereffe :
Quel nouveau feu dans moi fait paffer fon ivreffe !
Quel jour plus lumineux a frappé mes regards ,
Quels chefs-d'oeuvres vivans naiffent de toutes
parts !
C'étoit donc peu pour toi , féduifante peinture ,
De tromper par ton art , l'art même & la nature ;
Cet art vouloit un but & des projets plus hauts ,
De plus nobles fuccès pour tes nobles travaux .
Pour couronner ta gloire , ainfi que ton ouvrage ,
Dans le fond de nos coeurs , il fe fraye un paffage ,
Y réveille à la fois la pitié , la terreur ,
L'amour , l'ambition , la haine & la fureur ,
Toutes nos paffions , ces idoles fi cheres ,
De l'ame des humains , tyrans trop volontaires.
Le morceau de la haine des fils de Jocafte
eft encore un des mieux frappés . Il
termine le Poëme , & nous finirons par
lui ce précis.
C'eft un fecret penchant que nous éprouvons tous ,
Il naît , fe fortifie , & ne meurt qu'avec nous ,
Nous aimons par inftinct ceux qui nous firent
naître ,
Et.croyons tout devoir à qui nous devons l'être.
Notre coeur généreux , plein de ces fentimens ,
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Aime à multiplier ces tendres mouvemens .
Les neveux , les amis , les parens de nos Peres
Partagent avec eux ces refpects volontaires ;
Chacun d'eux les reçoit & les rend à ſon tour ,
Et les dégrés du fang font des dégrés d'amour.
Mais quand l'indépendance amenant la difcorde !
Des Peres & des Fils a troublé la concorde ,
Ou qu'un vil intérêt , deftructeur des maifons ,
Dans nos coeurs à longs traits répandant fes poi
fons ,
Une fois a rompu ce lien invincible ,
Plus le fang nous unit , plus la haine eft terrible.
Thebe en vit autrefois un exemple fameux.
Deux freres , nés d'un fang profcrit , inceftueux ,
Surpaffant en fureur les crimes de leur race ,
Comblerent dans fes murs leur fratricide audace.
Tous deux las de verfer le fang de leurs fujets ,
De s'habhorrer toujours , fans fe venger jamais ,.
Et de commettre au fort leur rage impatiente ,
Choifirent dans leur bras une route moins lente.
L'un vers l'autre avec joye , on les vit s'avancer ,
Se mefurer , fe joindre , ainfi que fe percer ,
Tomber , & ranimant leur facrilege envie ,
Poursuivre en fon rival les reftes de ſa vie ;
Et contens de la perdre en pouvant la ravir ,
Se rapprocher tous deux , s'égorger & mourir.
A ces freres éteints , par leur haine célebres ,
Thebes fit décerner tous les honneurs funebres ;
Et l'on réunit morts , fur un même bucher ,
DECEMBRE. 1755. 157
Ceux , que vivans , le fang n'avoit pu rapprocher.
O prodige ! à l'inftant la flamme divifée
Se fépare fur eux , ardente & courroucée :
A travers l'épaiffeur de fes globes brúlans.
On croit voir dans les airs leurs ſpectres menaçans
Sindigner , en mourant , d'un foin qui les honore ;
Et dans ces coeurs glacés la haine vit encore.
On a joint à ce Poëme un écrit en profe,
qui a pour titre , Caracteres des Peintres
François actuellement vivans , nouvelle.
édition. Il eft du même Auteur , & mérite
d'être lu.
LA MORT DE SÉJAN , Tragédie en vers.
qui n'a pas été jouée , précédée de deux
Epîtres en vers , Prix 30 fols. A Berlin ;.
& fe vend à Paris chez Duchefne , rue faint
Jacques.
C'eft un coup d'effai qui mérite d'autant
plus d'indulgence que l'auteur n'a que
vingt-deux ans.
NOUVELLE MÉTHODE pour apprendre
la Langue Latine par un fyftême fi facile
qu'il eft à la portée d'un enfant de cinq à
fix ans qui fçait lire : & fi prompt qu'on y
fait plus de progrès en deux ou trois années
qu'en huit ou dix , en fuivant la
158 MERCURE DE FRANCE.
route ordinaire , par M. de Launay , Auteur
de la nouvelle Méthode pour apprendre
à lire . Celle- ci eft propofée par ſoufcription
en quatre volumes in So. A Paris,
chez la veuve Robinot , quai des Grands
Auguftins , & chez Babuty fils , même
qual , 1755.
L'Auteur nous affure que par cet ouvrage
, tout fujet capable d'application depuis
cinq ans jufqu'à foixante , après un mois
ou deux d'inftruction , peut apprendre
feul & fans maître , à expliquer les Auteurs
latins les plus difficiles , & à rendre
raifon de toutes les regles de la Grammaire
& de la maniere la plus commode
& la plus aifée , fans aucun effort d'imagination
ni de mémoire . Ce fyftême eft
général , & peut s'appliquer à toutes les
langues. Le prix en feuilles fera pour les
Soufcripteurs de douze livres , dont fix
feront payées en foufcrivant; La foufcription
aura lieu jufqu'au mois de Février
prochain 1756 ; paffé ce tems , le prix fera
de dix-huit livres. Le premier volume
paroîtra au commencement de Février
& les trois autres de mois en mois.
PRINCIPES GENERAUX & raifonnés
de la Grammaire Françoife , avec
des obfervations fur l'orthographe , les
DECEMBRE 1755. 159
accents , la ponctuation , & la prononcia--
tion ; & un abrégé de regles de la verfification
françoife , dédiés à Mgr . le Duc de
Chartres , par M. Reftaut , Avocat au Parlement
& aux Confeils du Roi . Septieme
édition revue & corrigée par l'Auteur.
A Paris , chez la veuve Lottin , J. H. Buttard
, rue S. Jacques ; & chez Defaint &
Saillant , rue S. Jean de Beauvais . 1755 .
Cet ouvrage eft un des meilleurs qu'on
ait faits fur notre langue. Les nombreuſes
éditions qui en ont été données , le louent
beaucoup plus que tout le bien que nous
pourrions en dire. La feptieme que nous
annonçons , met le comble à l'éloge . La
même Grammaire fe trouve à Poitiers ,
chez J. Felix Faulcon Imprimeur du
Clergé.
OBSERVATIONS critiques & politiques
fur le commerce maritime , dans
lefquelles on difcute quelques points felatifs
à l'induftrie & au commerce des Colonies
Françoifes , un volume in- 12 , petit
format , imprimé à Amfterdam ; & fe trouve
à Paris , chez Jombert , rue Dauphine.
1755.
Il paroîtra vers la fin de Janvier prochain
une carte en quatre feuilles , inti160
MERCURE DE FRANCE .
tulée Canada , Louisiane , & Terres Angloifes.
On peut attendre de M. d'Anville
qui a compofé cette carte , l'exactitude &
l'abondance de détail qui caractériſent ſes
ouvrages.
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Résumé : « LA PEINTURE, poëme, par M. Baillet, Baron de S. Julien. A Amsterdam ; & se [...] »
Le texte présente une critique du poème 'La Peinture' de M. Baillet, Baron de Saint-Julien, disponible à Amsterdam et à Paris. Ce poème, composé de deux cents vers, célèbre l'art de la peinture et les talents de son auteur, qui combine un goût prononcé pour la peinture et un talent poétique. Le poème exalte la peinture comme un art noble, distinct d'un simple métier, et critique les artistes sans génie qui recherchent uniquement le gain matériel. Il inclut des réflexions philosophiques sur la supériorité des animaux sur les humains dans certains aspects. Le poème décrit également la peinture d'histoire, qui doit éveiller les passions humaines, et se termine par une évocation de la haine fratricide des fils de Jocaste. En outre, le texte mentionne un écrit en prose du même auteur intitulé 'Caractères des Peintres Français actuellement vivans'. D'autres publications de l'auteur sont également citées, telles que la tragédie 'La Mort de Séjan', une nouvelle méthode pour apprendre le latin, une grammaire française, et des observations critiques sur le commerce maritime.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5193
p. 209-212
Explication d'un Tableau peint à l'encre de la Chine, par M. Gosmond, représentant les Graces animant & encourageant les Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Début :
Les Graces descendant du Ciel, pour animer les Talens & les Arts, forment [...]
Mots clefs :
Tableau, Talents, Gloire, Grâces, Couronne, Madame de Pompadour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Explication d'un Tableau peint à l'encre de la Chine, par M. Gosmond, représentant les Graces animant & encourageant les Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Explication d'un Tableau peint à l'encre de
la Chine , par M. Gefmond , repréfentant
les Graces animant & encourageant les
Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Es Graces defcendant du Ciel , pour
, le
LE Grec lesTalens & les Arts , forment
le principal grouppe , & donnent ,
par la lumiere qui les environne
jour à tous les objets dont le Tableau
eft compofé. Elles font accompagnées de
la Libéralité , qui récompenfe les dons ,
que les Graces répandent fur les heureux
Génies des Sciences & des Beaux-
Arts. Ces mêmes Génies. font reprétentés
au deffous , travaillant à l'envi , pour
fe rendre dignes des faveurs qu'ils reçoivent
des Divinités qui les éclairent & qui
les animent. Ils caractériſent , la Mufique,
le Deffein , la Poéfie , l'Architecture , com210
MERCURE DE FRANCE.
me les attributs , qui font au milieu d'eux ,
défignent la Peinture & la Sculpture , Arts,
fi juftement & fi dignement protégés aujourd'hui.
On voit , fur le devant , la
Déelle des Talens , couronnée de laurier ,
& affife au pied d'un palmier , appuyée fur
un ancre , fymbole de l'Efpérance . Elle
tient un cartouche , où font gravées les
armes de Madame de Pompadour , & elle
contemple , avec autant de plaifir que d'admiration
, les Graces animer par leurs . regards
& leurs bienfaits , les Génies dont
elle eft la mere. Apollon , du côté oppofé ,
invite les Mufes qui l'environnent , à rendre
hommage aux Graces & à leur confaerer
leurs talens , puifque ce font elles fenles
, qui les peuvent faire valoir , & les
couronner d'une gloire immortelle . Au
bas du Tableau , on lit ces vers :
Dans les cieux , fur la terre , on invoque les
Graces ;
L'Amour leur doit les coeurs qui volent fur fes
traces ,
Apollon , tout le prix de fes heureux talens :
Elles ornent le coeur , l'efprit , les fentimens.
Sur le Tibre on les vit , dans Augufte & Mécene
Pour former le bon goût , prodiguer leurs faveurs :
Leur regne eft aujourd'hui fur le bord de la Seine ,
On le Dieu des Beaux- Arts leur doit les protecteurs.
DECEMBRE. 1755. 211
Nous ajouterons encore du même Auteur
, ( qui a donné au Public en 1752 .
Hiftoire métallique des campagnes du Roi ,
dédiée à Sa Majefté , & qui fe vend à
Paris , chez le fieur Vanheck , rue d'Enfer ,
près S. Landry, dans la Cité , ) la defcription
d'un tableau allégorique de fa compofition
, repréfentant Hercule couronné par
Les foins de la Sageffe , dédié à M. le Maréchal
Duc de Belle-Ifle , à qui il en avoit
fait un hommage particulier en 1752 , &
dont nous allons donner une légere explication.
Le principal objet qu'a eu l'Auteur de
ce tableau , eft d'y peindre la gloire que
s'eft acquife M. le Maréchal , par fes nobles
travaux . Le Roi y eft défigné fous la
forme de Jupiter , & Minerve eft auprès de
lui . L'illuftre feigneur que l'on a eu deffein
d'y caractériſer , y eft repréſenté fous la
figure d'Hercule. Ce Héros , foulant à fes
pieds l'Hydre de Lerne , Type du plus
glorieux de fes exploits , regarde le fouverain
des Dieux , avec une expreffion , qui
fait voir tout fon amour & toute fa reconnoiffance
; image dont l'objet eft de faire
allufion aux différens emplois politiques
& militares que Sa Majefté a confiés au
Maréchal Duc de Belle- Ifle , dans lesquels
il s'eft autant diftingué par la fupériorité
de fon génie , que par la force de fon cou-
#
212 MERCURE DE FRANCE.
rage . On voit la Victoire fur le devant du
tableau , aflife à l'ombre d'un palmier , fur
des trophées d'armes . Cette Déeffe , d'un
air fatisfait , confidere Hercule , couronné
par les mains de la Sageffe , & elle montre
fur fon bouclier cette infcription : Sic
Herculeo labore , novus Alcides , Heros Gallia
, immortali coronatur gloria , Jove probante
: qui fignifie : C'eft ainfi qu'un nouvel
Alcide , ce Héros François , a mérité , par des
travaux dignes d'Hercule , d'être couronné
d'une gloire immortelle , fous le bon plaifir
même de Jupiter. Au bas du tableau on lic
ces vers :
Un homme jufte , fage , & ferme en fes projets ;
Verroit , fans s'étonner , l'univers fe diffoudre ,
S'écrouler fur la tête , & le réduire en poudre,
Qu'il périrait conftant dans fes nobles objets .
Quand on fuit la vertu , jamais on ne recule :
C'eft par là qu'autrefois la Grece vit Hercule ,
Soutenant des deftins toute l'iniquité ; i
Vôler en dépit d'eux à l'immortalité.
Tel on vit de nos jours , le généreux BELLE-ISLE ,
Inébranlable au fort , à la gloire docile ,
A Prague , nous montrer un nouveau Xénophon ;
Fabius en Provence , au confeil un Caton .
Minerve , couronnant la Gloire qui le guide ,
Lecouronne aujourdhui fous tous les traits d'Alcide.
la Chine , par M. Gefmond , repréfentant
les Graces animant & encourageant les
Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Es Graces defcendant du Ciel , pour
, le
LE Grec lesTalens & les Arts , forment
le principal grouppe , & donnent ,
par la lumiere qui les environne
jour à tous les objets dont le Tableau
eft compofé. Elles font accompagnées de
la Libéralité , qui récompenfe les dons ,
que les Graces répandent fur les heureux
Génies des Sciences & des Beaux-
Arts. Ces mêmes Génies. font reprétentés
au deffous , travaillant à l'envi , pour
fe rendre dignes des faveurs qu'ils reçoivent
des Divinités qui les éclairent & qui
les animent. Ils caractériſent , la Mufique,
le Deffein , la Poéfie , l'Architecture , com210
MERCURE DE FRANCE.
me les attributs , qui font au milieu d'eux ,
défignent la Peinture & la Sculpture , Arts,
fi juftement & fi dignement protégés aujourd'hui.
On voit , fur le devant , la
Déelle des Talens , couronnée de laurier ,
& affife au pied d'un palmier , appuyée fur
un ancre , fymbole de l'Efpérance . Elle
tient un cartouche , où font gravées les
armes de Madame de Pompadour , & elle
contemple , avec autant de plaifir que d'admiration
, les Graces animer par leurs . regards
& leurs bienfaits , les Génies dont
elle eft la mere. Apollon , du côté oppofé ,
invite les Mufes qui l'environnent , à rendre
hommage aux Graces & à leur confaerer
leurs talens , puifque ce font elles fenles
, qui les peuvent faire valoir , & les
couronner d'une gloire immortelle . Au
bas du Tableau , on lit ces vers :
Dans les cieux , fur la terre , on invoque les
Graces ;
L'Amour leur doit les coeurs qui volent fur fes
traces ,
Apollon , tout le prix de fes heureux talens :
Elles ornent le coeur , l'efprit , les fentimens.
Sur le Tibre on les vit , dans Augufte & Mécene
Pour former le bon goût , prodiguer leurs faveurs :
Leur regne eft aujourd'hui fur le bord de la Seine ,
On le Dieu des Beaux- Arts leur doit les protecteurs.
DECEMBRE. 1755. 211
Nous ajouterons encore du même Auteur
, ( qui a donné au Public en 1752 .
Hiftoire métallique des campagnes du Roi ,
dédiée à Sa Majefté , & qui fe vend à
Paris , chez le fieur Vanheck , rue d'Enfer ,
près S. Landry, dans la Cité , ) la defcription
d'un tableau allégorique de fa compofition
, repréfentant Hercule couronné par
Les foins de la Sageffe , dédié à M. le Maréchal
Duc de Belle-Ifle , à qui il en avoit
fait un hommage particulier en 1752 , &
dont nous allons donner une légere explication.
Le principal objet qu'a eu l'Auteur de
ce tableau , eft d'y peindre la gloire que
s'eft acquife M. le Maréchal , par fes nobles
travaux . Le Roi y eft défigné fous la
forme de Jupiter , & Minerve eft auprès de
lui . L'illuftre feigneur que l'on a eu deffein
d'y caractériſer , y eft repréſenté fous la
figure d'Hercule. Ce Héros , foulant à fes
pieds l'Hydre de Lerne , Type du plus
glorieux de fes exploits , regarde le fouverain
des Dieux , avec une expreffion , qui
fait voir tout fon amour & toute fa reconnoiffance
; image dont l'objet eft de faire
allufion aux différens emplois politiques
& militares que Sa Majefté a confiés au
Maréchal Duc de Belle- Ifle , dans lesquels
il s'eft autant diftingué par la fupériorité
de fon génie , que par la force de fon cou-
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212 MERCURE DE FRANCE.
rage . On voit la Victoire fur le devant du
tableau , aflife à l'ombre d'un palmier , fur
des trophées d'armes . Cette Déeffe , d'un
air fatisfait , confidere Hercule , couronné
par les mains de la Sageffe , & elle montre
fur fon bouclier cette infcription : Sic
Herculeo labore , novus Alcides , Heros Gallia
, immortali coronatur gloria , Jove probante
: qui fignifie : C'eft ainfi qu'un nouvel
Alcide , ce Héros François , a mérité , par des
travaux dignes d'Hercule , d'être couronné
d'une gloire immortelle , fous le bon plaifir
même de Jupiter. Au bas du tableau on lic
ces vers :
Un homme jufte , fage , & ferme en fes projets ;
Verroit , fans s'étonner , l'univers fe diffoudre ,
S'écrouler fur la tête , & le réduire en poudre,
Qu'il périrait conftant dans fes nobles objets .
Quand on fuit la vertu , jamais on ne recule :
C'eft par là qu'autrefois la Grece vit Hercule ,
Soutenant des deftins toute l'iniquité ; i
Vôler en dépit d'eux à l'immortalité.
Tel on vit de nos jours , le généreux BELLE-ISLE ,
Inébranlable au fort , à la gloire docile ,
A Prague , nous montrer un nouveau Xénophon ;
Fabius en Provence , au confeil un Caton .
Minerve , couronnant la Gloire qui le guide ,
Lecouronne aujourdhui fous tous les traits d'Alcide.
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Résumé : Explication d'un Tableau peint à l'encre de la Chine, par M. Gosmond, représentant les Graces animant & encourageant les Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Le texte présente deux tableaux allégoriques réalisés par M. Gefmond. Le premier tableau, exécuté à l'encre de Chine, est dédié à Madame de Pompadour et met en scène les Grâces animant et encourageant les talents. Les Grâces, descendues du ciel, illuminent les objets du tableau et sont accompagnées de la Libéralité, qui récompense les dons des Grâces aux génies des sciences et des beaux-arts. Ces génies, représentés au-dessous, travaillent pour se rendre dignes des faveurs des divinités. Les arts tels que la musique, le dessin, la poésie, l'architecture, la peinture et la sculpture sont également représentés. La Déesse des Talents, couronnée de laurier, contemple les Grâces animant les génies. Apollon invite les Muses à rendre hommage aux Grâces. Le tableau est orné de vers soulignant l'importance des Grâces dans les arts. Le second tableau, également de M. Gefmond, est dédié au Maréchal Duc de Belle-Isle et représente Hercule couronné par les fruits de la Sagesse. Hercule, foulant l'Hydre de Lerne, symbolise les exploits du Maréchal. Le Roi est représenté sous la forme de Jupiter, et Minerve est à ses côtés. La Victoire, assise à l'ombre d'un palmier, contemple Hercule couronné par la Sagesse. Une inscription sur le bouclier de la Victoire célèbre les travaux du Maréchal, comparés à ceux d'Hercule. Des vers en bas du tableau louent la fermeté et le courage du Maréchal, comparé à Hercule et à d'autres figures historiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5194
p. 217-239
COMEDIE FRANÇOISE. / Extrait de l'Orphelin de la Chine.
Début :
Ce que nous avions annoncé dans le Mercure d'Octobre au sujet de l'Orphelin / Cette Piece est précédée d'une Epitre ou d'un Discours préliminaire adressé à [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Époux, Rois, Enfant, Orphelin, Mère, Sang, Mort, Maître, Nature, Vainqueur, Répliques, Empereur, Femme, Vertu, Victime, Tragédie, Palais, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE. / Extrait de l'Orphelin de la Chine.
COMEDIE FRANÇOISE.
E que nous avions annoncé dans le
Mercure d'Octobre au fujet de l'Orphelin
de la Chine , eft exactement arrivé.
L'interruption qu'il a effuyée n'a fervi
qu'à rendre fa repriſe plus brillante . L'im
preffion même nuisible ordinairement
aux pieces de Théâtre , n'a pu faire aucun
tort au fuccès de cette Tragédie. Les
Comédiens François l'ont redonnée pour
la neuvième fois le 22 Octobre , avec un
grand concours & un applaudiffement
général : l'affluence & la réuffite ont été
égales pendant toutes les repréſentations
qui ont été au nombre de dix- fept. Notre
fentiment étoit fondé fur ce qu'un rôle
intéreffant qui domine , & qui eft fupérieurement
joué , eft prefque toujours le
garand fûr d'un fuccès conftant. Il fuffic
même lui feul pour établir une piece à demeure.
Phedre , Ariane & Médée pen-
1. Vol. K
218 MERCURE DE FRANCE.
vent fervir d'exemples. Quelque beau cependant
que foit le perfonnage d'Idamé
nous ne prétendons pas qu'il doive exclure
le mérite des autres qui lui font fubordonnés.
L'extrait que nous allons faire
de l'Orphelin , prouvera que nous ne bornons
point fes beautés à celles d'un feul
rôle.
Extrait de l'Orphelin de la Chine.
Cette Piece eft précédée d'une Epitre
ou d'un Difcours préliminaire adreffé à
M. le Maréchal Duc de Richelieu . L'Auteur
y déclare que l'idée de fa Tragédie
lui eft venue à la lecture de l'Orphelin de
Tchao , Tragédie Chinoife , traduite par
le P. de Prémare , & non pas Brémare ,
comme il eft imprimé dans cette épitre.
La Scene eft dans un Palais des Mandarins
, qui tient au Palais Impérial dans la
la ville de Cambalu , aujourd'hui Pekin .
Les Acteurs font au nombre de ſept. Gen
giskan , EmpereurTartare. Octar , Ofman,
guerriers Tartares. Zamti , Mandarin
lettré. Idamé , femme de Zamti. Affeli ,
attaché à Idamé. Etan , attaché à Zamti.
Idamé ouvre le premier Acte avec Affeli
dans l'inftant où le Catai eft conquis
& faccagé ; elle apprend à fa confidente en
DECEMBRE . 1755. 219
gémiffant que le deftructeur de ce vaſte
Empire
Eft un Scythe , un foldat dans la poudre élevé ,
qui vint autrefois demander un afile dans
ce même Palais , où il porte aujourd'hui
la flamme, & qu'enfin Gengiskan n'eſt autre
que Temugin qui brûla pour elle , &
qui fut rejetté par fes parens. Un refus ,
ajoute-t'elle ,
Un refus a produit les malheurs de la terre :
De nos peuples jaloux tu connois la fierté ,
De nos Arts , de nos Loix , l'augufte antiquité ;
Une Religion de tout tems épurée ,
De cent fecles de gloire une fuite avérée :
Tout nous interdifoit dans nos préventions ,
Une indigne alliance avec les Nations.
Enfin un autre hymen , un plus faint noeud m'engage
:
Le vertueux Zamti mérita mon fuffrage .
Qui l'eût cru dans ces tems de paix & de bonheur
Qu'un Scythe méprifé feroit notre vainqueur !
Voilà ce qui m'allarme , & qui me défefpere ;
J'ai refuſé la main ; je fuis épouſe & mere :
Il ne pardonne pas : il fe vit outrager ;
Et l'univers fçait trop s'il aime à fe vanger.
Affeli veut la confoler , en lui difant
que les Coréens raffemblent une armée ;
mais elle répond que tout accroît fes
frayeurs , qu'elle ignore le deftin de l'Empereur
& de la Reine , & que le dernier
fruit de leur hymen , dont l'enfance eft
confiée à fes foins , redouble encore fa
Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
crainte & fa pitié . Un foible rayon d'ef
poir vient luire dans fon ame consternée.
Mon époux , ajoute- t'elle , a porté les pas
au Palais .
Une ombre de refpect pour fon faint miniſtere ,
Peut-être adoucirá ces vainqueurs forcenés.
On dit que ces Brigands aux meurtres acharnés ,
Qui rempliffent de fang la terre intimidée
Ont d'un Dieu cependant confervé quelque idée ,
Tant la nature même en toute Nation ,
Grava l'Etre fuprême & la Religion.
Zamti qui paroît , vient augmenter les
terreurs de fa femme.
J'entre , dit- il , par des détours ignorés du vulgaire.
Je vois ces vils humains , ces monftres des déferts ,
A notre auguftre maître ofer donner des fers ;
Traîner dans fon palais , d'une main fanguinaire ,
Le pere , les enfans & leur mourante mere ;
Le pillage , le meurtre environnoient ces lieux.
Ce Prince infortuné , tourne vers moi les yeux ;
Il m'appelle , il me dit , dans fa langue facrée
Du Conquérant tartare & du peuple ignorée :
Conferve au moins le jour au dernier de mes fils.
Jugez , fi mes fermens & mon coeur l'ont promis ;
Jugez , de mon devoir , quelle eft la voix preffante.
J'ai fenti ranimer ma force la guiffante,
J'ai revolé vers vous , & c.
Etan entre éperdu. Il leur apprend que
la fuite eft impoffible ; qu'une garde cruelle
y met une barriere infurmontable , &
que tout tremble dans l'esclavage , depuis
DECEMBRE. 1755 .
221
que l'Empereur, fes enfans , & fon épouse,
ont été malfacrés . Octar furvient , & met
le comble à leur effroi par ces terribles
mots qui caractériſent
fi bien un Scythe ,
& qui font toujours applaudis.
Je vous ordonne au nom du vainqueur des humains
De mettre fans tarder cet enfant dans mes mains ;
Je vais l'attendre . Allez , qu'on m'apporte ce gage.
Pour peu que vous tardiez , le fang & le carnage
Vont encore en ces lieux fignaler fon courroux ,
Et la deftruction commencera par vous.
La nuit vient , le jour fuit . Vous, avant qu'il finiffe,
Si vous aimez la vie , allez , qu'on obéiffe .
Ce perfonnage quoiqu'il agiffe peu , &
qu'il foit fubalterne , frappe plus au Théâ
tre , il a plus de phifionomie que Gengis
fon maître ; il eft vrai que le fieur de Bellecour
le rend très-bien , & fait un beau
Tartare. Idamé tremble pour les jours de
l'enfant de tant de Rois , & dit qu'elle fuivroit
leurs Souverains dans la tombe , fi
elle n'étoit retenue par l'intérêt d'un fils
unique qui a befoin de fa vie . Zamti
s'écrie :
Après l'atrocité de leur indigne fort ,
Qui pourroit redouter & refufer la mort !
Le coupable la craint , le malheureux l'appelle ,
Le brave la défie , & marche au-devant d'elle ,
Le fage qui l'attend , la reçoit fans regrets.
Idamé lui demande ce qu'il a réfolu ,
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
fon époux lui replique de garder le ferment
qu'il a fait de conferver la vie du
dernier rejetton de la tige royale , & lui
dit d'aller l'attendre auprès de cet enfant.
Zamti refté feul avec Etan , lui confie le.
funefte projet qu'il a conçu de fubftituer
fon fils à la place de l'orphelin , & de facrifier
fon propre fang pour fauver celui
de fes Rois. Après avoir fait jurer à ce
confident qu'il tiendra ce fecret enfeveli ,
il le charge du foin d'aller cacher ce dépôt
précieux dans le fein des tombeaux bâtis
par leurs Empereurs , en attendant qu'il
puiffe faifir l'inftant de le remettre au chef
de la Corée. On ne peut pas mettre plus
d'intérêt dans un premier Acte.
Zamti qui a fermé cet Acte , commence
feul le fecond : fes entrailles font déchirées
; il dis dans fes cruelles allarmes.
O! mon fils , mon cher fils , as-tu perdu le jour à
Aura-t'on confommé ce fatal facrifice ?
Je n'ai pu de ma main te conduire au fupplice.
Etan paroît , & lui apprend qu'il a caché
l'Orphelin dans les tombeaux de fes
peres . Il l'inftruit en même tems que dans
l'abfence d'Idamé , on a conduit fon fils
à leurs vainqueurs barbares. Ah ! s'écrie
alors Zamti qui craint les reproches de
fon épouse .
DECEMBRE. 1755 . 223
Ah ! du moins , cher Etan , fi tu pouvois lui dire
Que nous avons livré l'héritier de l'Empire ,
Que j'ai caché mon fils , qu'il eft en fûreté !
Impofons quelque tems à fa crédulité.
Hélas ! la vérité fi fouvent eft cruelle ;
On l'aime & les humains font malheureux par elle .
On ne peut pas mieux excufer la néceffité
d'un menfonge . Etan fort , Idamé entre
défolée , & forme avec fon mari la
fcene la plus forte & la plus intéreffante :
elle l'eft au point qu'il faudroit la tranſcrire
entiere pour en rendre toutes les beautés
. Eh ! comment rendre d'ailleurs l'action
admirable , & le jeu accompli de l'Acrice
! Il faut voir Mlle Clairon. Il faut l'enrendre
dans ce rôle , pour juger de fa perfection.
Idamé s'écrie en arrivant.
"
Qu'ai-je vu qu'a- t'on fait ? Barbare , eft- il pof
fible ?
L'avez- vous commandé ce facrifice horrible ?
•
Quoi? fur toi , la nature a fi peu de pouvoir?
Zamti répond.
Elle n'en a que trop , mais moins que mon devoir
Et je dois plus au fang de mon malheureux maître,
Qu'à cet enfant obfcur à qui j'ai donné l'être.
1 Idamé réplique.
Non , je ne connois point cette horrible vertu .
J'ai vu nos murs en cendres , & ce trône abattu ;
J'ai pleuré de nos Rois les difgraces affreufes :
Mais par quelles fureurs encor plus douloureuſes ,
Veux- tu de ton époufe , avançant le trépas ,
Kiv ..
124 MERCURE DE FRANCE.
Livrer le fang d'un fils qu'on ne demande pas ?
Ces Rois enfèvelis , difparus dans la poudre ,
Sont-ils pour toi des Dieux dont tu craignes la
foudre ?
A ces dieux impuiffans , dans la tombe endormis
As- tu fait le ferment d'affaffiner ton fils ?
Hélas ! grands & petits , & fujets & Monarques ,
Diftingués un moment par de frivoles marques ,
Egaux par la nature , égaux par le malheur,
Tout mortel eft charge de la propre douleur :
Sa peine lui faffit ; & dans ce grand naufrage ,
Raflembler nos débris , voilà notre partage.
Où ferois- je ? grand dieu ! fi ma crédulité
Eu: tombé dans le piége à mes pas préfenté.
Auprès du fils des Rois fi j'étois demeurée ,
La victime aux bourreaux alloit être livrée :
Je ceffois d'être mere ; & le même couteau ,
Sur le corps de mon fils , me plongeoit au tombeau.
Graces à mon amour , inquiete , troublée ,
A ce fatal berceau l'inftinet m'a rappellée.
J'ai vu porter mon fils à nos cruels vainqueurs ;
Mes mains l'ont arraché des mains des raviſſeurs.
Barbare, ils n'ont point eu ta fermeté cruelle !
J'en ai chargé foudain cette eſclave fidelle ,
Qui foutient de fon lait fes miférables jours,
Ces jours qui périſſoient fans moì , ſans mon ſecours
;
J'ai confervé le fang du fils & de la mere ,
Et j'ofe dire encor de fon malheureux pere.
Zamti perfifte à vouloir immoler fon
fils. Elle s'y oppofe toujours en mere intrepide.
Son mari lui reproche alors de trahir
à la fois , le Ciel , l'Empire . & le fang de
fes Rois. Idamé lui fait cette réponſe admirable.
t
DECEMBRE . 1755. 225
De mes Rois : va , te dis- je , ils n'ont rien à prétendre
,
Je ne dois point mon fang en tribut à leur cendre.
Va , le nom de fujet n'eft pas plus faint pour nous,
Que ces noms fi facrés & de pere & d'époux.
La nature & l'hyinen , voilà les loix premieres ,
Les devoirs , les liens des Nations entieres :
Ces loix viennent des dieux , le reſte eft des humains
.
Ne me fais point hair le fang des Souverains.
Oui , fauvons l'Orphelin d'un vainqueur homicide
,
Mais ne le fauvons pas au prix d'un parricide.
Que les jours de mon fils n'achetent point fes
jours.
Loin de l'abandonner , je vole à fon fecours.
Je prens pitié de lui ; prends pitié de toi- même ,
De ton fils innocent , de la mere qui t'aime.
Je ne menace plus : je tombe à res genoux.
O pere infortuné , cher & cruel époux ,
Pour qui j'ai méprifé , tu t'en fouviens peut être,
Ce mortel qu'aujourd'hui le fort a fait ton maître!
Accorde moi mon fils , accorde moi ce fang
Que le plus pur amour a formé dans mon flanc ;
Et ne réfifte point au cri terrible & ter dre
Qu'à tes fens défolés l'amour a fait entendre.
Le fier Octar vient les interrompre , il
annonce l'arrivée de Gengiskan , & ordons
ne à fes foldats de fuivre les pas du Mandarin
& de fa femme ; de faifir l'enfant
qu'elle a repris , & d'apporter la victime
aux pieds de leur maître. Zamti promet de
la livrer, & Idamé déclare qu'on ne l'obtiendra
qu'avec la vie.
K v
226 MERCURE DE FRANCE.
Gengis paroît environné de fes guer
riers , & leur dit .
Que le glaive fe cache , & que la mort s'arrête ;
Je veux que les vaincus refpirent déformais.
J'envoiai la terreur , & j'apporte la paix :
La mort du fils des Rois fuffit à ma vengeance.
Qu'on ceffe de livrer aux flammes , au pillage ,
Ces archives de loix , ce vafte amas d'écrits ,
Tous ces fruits du génie , obiets de vos mépris .
Si l'erreur les dicta , cette erreur m'eft utile ;
Elle occupe ce peuple , & le rend plus docile.
Il renvoie fa fuite , & demeuré feul
avec Octar , il lui avoue qu'au comble
des grandeurs , le fouvenir d'une femme
qui avoit refufé fa main , lui revient dans
la penfée , qu'elle le pourfuit jufqu'au feint
de la victoire , mais qu'il veur l'oublier.
Ofman vient l'informer que la victime
alloit être égorgée , lorfqu'un événement
imprévu a fufpendu fon trépas. Dans ce
moment , dit-il ,
Une femme éperdue , & de larmes baignée
Arrive , tend les bras à la garde indignée ;
Et nous furprenant tous par fes cris forcenés ,
Arrêtez , c'est mon fils que vous affaffinez .
C'est mon fils , on vous trompe au choix de la
victime.
Cependant fon époux devant nous appellé .
De nos Rois , a - t'il dit , voilà ce qui nous refte
Frappez , voilà le fang que vous me demandez.
DECEMBRE . 1755. 227
Olman ajoute que dans ce doute confus ,
il revient demander à fon Empereur de
nouveaux ordres. Gengis charge Octar
d'interroger ce couple audacieux , & d'arracher
la vérité de leur bouche . Il ordonne
à fes autres guerriers d'aller chacun à
fon pofte , & d'y veiller fidelement de
peur d'une furprife de la part des Coréens.
Ce fecond Acte eft fi plein de chaleur
qu'on en eût fait un beau quatrieme : 'peutêtre
même que l'action y eft trop avancée ,
& qu'elle prend fur celle des Actes fuivans
, qui font un peu vuides , & qui ont
befoin des détails dont ils font embellis.
Gengis rentre pour revenir : il ouvre le
troifieme Acte , & demande à Ofnan fi
l'on a éclairci l'impofture de ces captifs.
Ce dernier lui répond qu'à l'afpect des
tourmens , le Mandarin perfifte dans fon
pemier aveu , & que fa femme , dont les
larmes augmentent la beauté , demande à
fe jetter aux pieds de Gengiskan . Elle paroît
; ce Conquérant eft frappé de fes traits ;
il la reconnoît pour cet objet qu'il a autrefois
adoré. Cette fcene ne tient pas tout ce
qu'elle promet . Gengis dit à Idamé de fe
raffurer ; que fon Empereur oublie l'affront
qu'elle a fait à Temugin ; que le dernier
rejetton d'une race ennemie eft la
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
feule victime qu'il demande ; qu'il faut
qu'on la lui livre , & qu'elle importe à fa
fureté ; qu'ldamé ne doit rien craindre
pour fon fils , & qu'il l'a prend fous fa
garde. Mais , ajoute- t'il , je veux être inftruit
de la vérité .
Quel indigne artifice ofe-t'on m'oppoſer
De vous , de votre époux , qui prétend m'impofer?
Il interroge cet époux qui eft amené devant
lui. Zamti répond qu'il a rempli fon
devoir. Gengis ordonne aux fiens qu'on
faififfe l'enfant que cet efclave a remis en
leurs mains : la tendre Idamé s'y oppofe :
le Tyran impatient , luidit de l'éclaircir fur
l'heure , ou qu'on va immoler la victime .
Eh bien ! s'écrie - t'elle , mon fils l'emporte.
Mon époux a livré ce fils .
Je devois l'imiter , mais enfin je ſuis mere;
Mon ame eft au-deffous d'un fi cruel effort.
Je n'ai pu , de mon fils , confentir à la mort.
Hélas ! au défefpoir que j'ai trop fait paroître ,
Une mere ailément pouvoit fe reconnoître..
Voyez , de cet enfant , le pere confondu ,
Qui ne vous a trahi qu'à force de vertu .
L'un n'attend fon falut que de fon innocence ,
Et l'autre eft refpectable alors qu'il vous offenfe.
Ne puniffez que moi , qui trahis à la fois
Et l'époux que j'admire , & le fang de nos Rois.
Digne époux , digne objet de toute ma tendreffe,
La pitié maternelle eft ma feule foibleffe ,
Mon fort fera le tien : Je meurs , fi tu péris :
Pardonne-moi du moins d'avoir ſauvé ton fils..
DECEMBRE. 1755. L2F
Je t'ai tout pardonné , lui répond Zamsi
, je n'ai plus rien à craindre pour le
fang de mon Roi. Ses jours font en fureté . Ils
ne le font pas , le récrie Gengis furieux.
Va réparer ton crime , ou fubir le trépas.
Zamti lui fait cette belle réplique.
Le crime eft d'obéir à des ordres injuftes ..
Tu fus notre vainqueur , & tu n'es pas mon Roi.
Si j'étois ton fujet , je te ferois fidelle.
Arrache-moi la vie , & refpecte mon zele.
Je t'ai livré mon fils , j'ai pu te l'immoler.
Penſes-tu que pour moi , je puifle encor trembler ?
Gengis commande qu'on l'entraîne :
Idamé veut le fléchir ; mais il lui ordonne
de fuivre fon mari . Comme elle infifte
il lui dit :
Allez , fi jamais la clémence
Dans mon coeur , malgré moi , pouvoit encor
entrer.
Vousfentez quels affronts il faudroit réparer.
Seul avec Octar , il fait éclater fon dépit
& fon amour. Son confident combat
cette flâme qu'il ne conçoit pas . Ofman
revient lui apprendre qu'Idamé & Zamti
refufent de découvrir l'azyle qui cache.
l'Orphelin , & qu'ils preffent tous deux
que la mort les uniffe. Gengis l'interrompt ,
& lui commande de voler vers Idamé , &c.
de l'affurer que fes jours font facrés & font
230 MERCURE DE FRANCE.
chers à fon maitre. Octar lui demande
quels ordres il veut donner fur cet enfant
des Rois qu'on cache à fa vengeance. Aucun
, répond- t'il .
Je veux qu'Idamé vive ; ordonne tout le refte.
Quel est votre efpoir , lui réplique
Octar ? Gengis termine l'Acte , en lui
difant :
D'être aimé de l'ingrate , ou de me venger d'elle ,
De la punir : tu vois ma foibleffe nouvelle .
Emporté , malgré moi , par de contraires voeux ,
Je frémis & j'ignore encor ce que je veux.
Gengis ouvre encore le quatrieme Acte,
& ordonne aux fiens de fe rendre aux pieds
des murs , en difant que l'infolent Coréen a
proclamé Roi cet enfant malheureux , mais
qu'il va marcher contr'eux fa tête à la main ;
qu'il a trop différé fa mort , & qu'il veut
enfin fans délai que Zamti lui obéiffe. Il
nous paroît que le commencement de cet
Acte fait le cercle , & retourne fur le
troisieme . Octar vient encore dire que le
Mandarin eft inflexible. Gengis s'écrie
étonné .
Quels font donc ces humains que mon bonheur
maîtrife !
A fon Roi qui n'eft plus , immolant la nature ,
L'un voit périr fon fils fans crainte & fans mur
mure ,
DECEMBRE. 1755.234
L'autre pour fon époux eft prête à s'immoler,
Rien ne peut les fléchir , rien ne les fait trembler..
Je vois un peuple antique , induftrieux , immenfes
Ses Rois fur la fageffe ont fondé leur puiffance ;
De leurs voifins foumis , heureux Législateurs ,
Gouvernant fans conquête , & regnant par les
moeurs.
Le ciel ne nous donna que la force en partage.
Nos Arts font les combats , détruire eft notre ou
vrage.
Ah ! de quoi m'ont fervi tant de fuccès divers !
Quel fruit me revient-il des pleurs de l'univers !
Nous rougiffons de fang le char de la victoire.
Peut-être qu'en effet il eft une autre gloire.
Mon coeur eft en fecret jaloux de leurs vertus ,
Et vainqueur , je voudrois égaler les vaincus.
Octar combat le fentiment de fon Maître
avec une franchife militaire , & lui dit :
Quel mérite ont des arts , enfans de la moleffe ,
Qui n'ont pu les fauver des fers & de la mort ?
Le foible eft destiné pour fervir le plus fort.
Tout céde fur la terre aux travaux , au courage
Mais c'est vous qui cédez & fouffrez un outrage.
Il ajoute que fes compagnons en murmurent
tout haut : Gengis lui répond :
Que l'on cherche Idamé . Sur ce qu'Octar infifte
: il lui replique en defpote.
Obéis.
De ton zele hardi réprime la rudeffe :
Je veux que mes fujets refpectent ma foibleffe.
Gengis feul , fe livre à tout fon amour ;
en témoignant fon mépris pour les monf232
MERCURE DE FRANCE.
tres cruels qui font à fa fuite. Idamé paroit
, il lui offre fon trône avec fa main.
Le divorce , dit-il , par mes loix eft permis ,
Et le vainqueur du monde à vous feule eft foumis.
S'il vous fut odieux , le trône a quelques charmes;
Et le bandeau des Rois peut effuyer des larmes.
La vertueufe Idamé lui répond avec une
noble ingénuité , que dans le tems qu'il
n'étoit que Temugin , elle auroit accepté
fa main qui étoit pure alors , fi fes parens
l'avoient agréé. Mais , ajoute-t'elle :
Mon hymen eft un noeud formé par le ciel même.
Mon époux m'eft facré ; je dirai plus : Je l'aime :
Je le préfere à vous , au trône , à vos grandeurs.
Pardonnez mon aveu , mais reſpectez nos moeurs :
Ne penfez pas non plus que je mette ma gloire
A remporter fur vous cette illuftre victoire ;
A braver un vainqueur , à tirer vanité
De ces juftes refus qui ne m'ont point couté.
Je remplis mon devoir , & je me rends juftice:
Je ne fais point valoir un pareil facrifice.
Portez ailleurs les dons que vous me propofez ;
Détachez- vous d'un coeur qui les a méprifez ;
Et puifqu'il faut toujours quidamé vous implore ,
Permettez qu'à jamais mon époux les ignore .
De ce foible triomphe il feroit moins flatté ,
Qu'indigné de l'outrage à ma fidélité .
Gengis lui dit en la quittant :
Quand tout nous uniffoit , vos loix que je dérefte
Ordonnerent ma honte & votre hymen funefte ;
Je les anéantis , je parle , c'eft affez ;
DECEMBRE 1755. 233
Imitez l'univers , Madame , obéiffez .
Mes ordres font donnés , & votre indigne époux
Doit remettre en mes mains votre Empereur &
vous .
Leurs jours me répondront de votre obéiffance.
Idamé gemit de fa cruelle pofition . Affeli
moins févere , lui confeille de fe relâcher
un peu de cette extrême aufterité
pour affurer les jours de fon mari , &
le bien de l'Empire . Zamti furvient , & lui
déclare qu'elle feule refte à l'Orphelin dans
l'Univers , que c'eft à elle à lui conferver
la vie , ainfi qu'à fon fils. Epoufe le Tyran
, pourſuit il.
Ta ferviras de mere à ton Roi malheureux.
Regne , que ton Roi vive , & que ton époux meure.
Elle l'interrompt , & lui dit :
Me connois-tu ? veux-tu que ce funefte rang
Soit le prix de ma honte , & le prix de ton fanga
Penfes- tu que je fois moins époufe que mere ?
Tu t'abules , cruel , & ta vertu févere
A commis contre toi deux crimes en un jour ,
Qui font frémir tous deux la nature & l'amour.
Barbare envers ton fils , & plus envers moi -même.
Ne te fouviens-tu plus qui je fuis , & qui t'aime ?
Crois-moi : le jufte ciel daigne mieux m'inſpirer ;
Je puis fauver mon Roi fans nous deshonorer.
Soit amour , foit mépris , le Tyran qui m'offenfe,
Sur moi , fur mes deffeins , n'eft pas en défiance:
Dans ces remparts fumans , & de fang abbreuvés,
234 MERCURE DE FRANCE.
Je fuis libre , & mes pas ne font pas obfervés.
Le Chef des Coréens s'ouvre un fecret paffage
Non loin de ces tombeaux , où ce précieux gage ,
A l'ail qui le pourfuit , fut caché par tes mains.
De ces tombeaux facrés je fçais tous les chemins;
Je cours y ranimer fa languiffante vie,
Le rendre aux défenfeurs armés pour la patrie ;
Le porter en mes bras dans leurs rangs belliqueux
,
Comme un préfent d'un Dieu qui combat avec
eux.
Tu mourras , je le fçais ; mais , tout couverts de
gloire
Nous laifferons de nous une illuftre mémoire,
Mettons nos noms obfcurs au rang des plus
grands noms :
Et juge fi mon coeur a fuivi tes leçons .
Zamti tranfporté , s'écrie avec juftice,
Idamé , ta veftu l'emporte ſur la mienne !
En effet , cette vertu eft puifée dans la
nature & dans la raifon. Elle forme le
véritable héroïfme , qui honore l'humanité
fans en fortir. Tout grand qu'il eft ,
nous fentons que notre efpece en eft capable.
La vertu de Zamti tient plus au
préjugé. C'est une grandeur d'ame qui dégenere
en fanatifme , & qui eft d'autant
moins vraie , qu'elle bleffe les loix primitives
, & qu'elle excede nos forces. Voilà
pourquoi le caractere d'Idamé paroît fupérieur
à celui de Zamti , & nous intéreffe
davantage , même à la lecture.
DECEMBRE. 1755. 235
Idamé & Affeli commencent le cinquieme
Acte . Idamé a été arrêtée dans fa fuite
avec l'Orphelin. Elle eft captive une feconde
fois , & n'a plus d'efpoir que dans
la mort . Octar vient lui dire d'attendre,
l'Empereur qui veut lui parler , & qui paroit
un moment après . Gengis éclate en
reproches , & finit par preffer Idamé de
s'unir à lui , ce n'eft qu'à ce prix , dit-il ,
que je puis pardonner , & changer les châtimens
en bienfaits tout dépend d'un mor.
Prononcez fans tarder , fans feinte , fans détour ,
Si je vous dois enfin ma haine ou mon amour.
Idamé qui foutient fon noble caractere
jufqu'au bout , lui répond ,
L'un & l'autre aujourd'hui feroit trop condamnable
,
Votre haine eft injufte & votre amour coupable.
Cet amour eft indigne , & de vous & de moi :
Vous me devez juftice ; & fi vous êtes Roi ,
Je la veux , je l'attens pour moi contre vous-mê
me.
Je fuis loin de braver votre grandeur fuprême ;
Je la rappelle en vous , lorfque vous l'oubliez
Et vous-même en fecret vous me juftifiez .
Vous choififfez ma haine , réplique - t'il ,
vous l'aurez .
Votre époux , votre Prince & votre fils , cruelle,
Vont payer de leur fang votre fierté rebelle.
Ce mot , que je voulois , les a tous , condamés.
236 MERCURE DE FRANCE.
C'en est fait , & c'eſt vous qui les affaffinez .
Idamé tombe alors aux pieds de fon
maître , & lui demande une grace à genoux
. Il lui ordonne de fe lever & de déclarer
ce qu'elle veur. Elle le fupplie de
permettre qu'elle ait un entretien fecret
avec fon mari . Gengis le lui accorde , en
difant ;
Non , ce n'étoit pas lui qu'il falloit confulter !
Il m'enleva fon Prince , il vous a poffedée .
Que de crimes ! fa grace eft encore accordée .
Qu'il la tienne de vous , qu'il vous doive fon
fort .
Préfentez à fes yeux le divorce ou la mort.
Il la laiffe . Zamti paroît , elle lui dit :
la mort la plus honteufe t'attend . Ecoutemoi
:
Ne fçavons- nous mourir que par l'ordre d'un Roi ?
Les taureaux aux autels tombent en facrifice ;
Les criminels tremblans font traînés au fupplice
Lés mortels généreux difpofent de leur fort ;
Pourquoi des' mains d'un maître attendre ici la
mort
L'homme étoit -il donc né pour tant de dépendancea
De nos voiſins altiers imitons la conftance.
De la nature humaine ils foutiennent les droits ,
Vivent libres chex eux , & meurent à leur choix .
Un affront leur fuffit pour fortir de la vie ,
Er plus que le néant ils craignent l'infâmie.
Le hardi Japonnois n'attend pas qu'au cercueil
Un Defpote infolent le plonge d'un coup d'oeil.
DECEMBRE. 1755 . 237
Nous avons enfeigné ces braves Infulaires :
Apprenons d'eux enfin des vertus néceffaires .
Scachons mourir comme eux.
Son époux l'approuve ; mais ajoutet'il
, que pouvons - nous feuls & défarmés ?
Idamé tire un poignard qu'elle lui préfente
, en lui difant :
Tiens , fois libre avec moi , frappe , & délivrenous.
J'ai tremblé que ma main , mal affermie encore ,
Ne portât fur moi- même un coup mal affuré,
Enfonce dans ce coeur un bras moins égaré,
Immole avec courage une époufe fidelle ,
Tout couvert de mon fang tombe , & meurs auprès
d'elle.
Qu'à mes derniers momens j'embraffe mon époux;
Que le Tyran le voie , & qu'il en foit jaloux.
Zamti prend le poignard , en tremblant,
il balance ; & comme il veut s'en frapper ,
Gengis arrive à propos pour le défarmer .
O ciel ! s'écrie til , qu'alliez- vous faire ?
Idamé lui replique :
Nous délivrer de toi , finir notre mifere ,
A tant d'atrocités dérober notre fort.
Zamti ajoute :
Veux-tu nous envier juſques à notre mort ?
Oui , lui dit Gengis , que tant de vertu
fubjugue :
Je rougis fur le trône où n'a mis la victoire ,
D'être au- deſſous de vous au milieu de ma gloire;
238 MERCURE DE FRANCE.
En vain par mes exploits j'ai fçu me fignaler :
Vous m'avez avili ; je veux vous égaler.
J'ignorois qu'un mortel pût fe dompter lui-même.
Je l'apprens ; je vous dois cette grandeur fuprême.
Jouiffez de P'honneur d'avoir pu me changer :
Je viens vous réunir , je viens vous protéger.
Veillez , heureux époux , fur l'innocente vie
De l'enfant de vos Rois , que ma main vous con."
fie.
Par le droit des combats j'en pouvois difpofer :
Je vous remets ce droit dont j'allois abuſer.
Croyez qu'à cet enfant heureux dans fa mifere ,
Ainfi qu'à votre fils , je tiendrai lieu de pere .
Vous verrez fi l'on peut fe fier à ma foi.
Je fus un conquerant , vous m'avez fait un Roi.
Zamti pénetré d'un retour fi génereux ,
dit à ce Conquerant :
Ah ! vous ferez aimer votre joug aux vaincus.
Idamé tranfportée de joie & de furprife
, lui demande à fon tour.
Qui peut vous infpirer ce deffein ?
Gengis lui répond par ce mot , qui termine
le vers & la piece.
Vos vertus.
Ce dénouement eft très - applaudi , &
fait d'autant plus de plaifir qu'il finit la
tragédie fans effufion de fang. On doit dire
à la louange des Comédiens François ,
qu'ils n'ont rien épargné pour la mettre
au théatre avec tout l'éclat qu'elle mérite.
Ils y ont même obſervé le coſtume autant
DECEMBRE . 1755. 239
qu'il eft poffible de le fuivre. Mlle Clairon
faite pour fervir de modele , a ofé la premiere
fupprimer le panier. Mlle Hus à eu
le courage de l'imiter ; elles y ont gagné :
tout Paris a approuvé le changement , &
ne les a trouvées que plus aimables.
Les mêmes Comédiens vont remettre
fucceffivement les Troyennes & Philoctete
de M. de Châteaubrun , en attendant Andromaque
& Aftianax , tragédie nouvelle
du même Auteur. Le cothurne eft riche
cette année , & promet à ce théatre un
heureux hyver.
E que nous avions annoncé dans le
Mercure d'Octobre au fujet de l'Orphelin
de la Chine , eft exactement arrivé.
L'interruption qu'il a effuyée n'a fervi
qu'à rendre fa repriſe plus brillante . L'im
preffion même nuisible ordinairement
aux pieces de Théâtre , n'a pu faire aucun
tort au fuccès de cette Tragédie. Les
Comédiens François l'ont redonnée pour
la neuvième fois le 22 Octobre , avec un
grand concours & un applaudiffement
général : l'affluence & la réuffite ont été
égales pendant toutes les repréſentations
qui ont été au nombre de dix- fept. Notre
fentiment étoit fondé fur ce qu'un rôle
intéreffant qui domine , & qui eft fupérieurement
joué , eft prefque toujours le
garand fûr d'un fuccès conftant. Il fuffic
même lui feul pour établir une piece à demeure.
Phedre , Ariane & Médée pen-
1. Vol. K
218 MERCURE DE FRANCE.
vent fervir d'exemples. Quelque beau cependant
que foit le perfonnage d'Idamé
nous ne prétendons pas qu'il doive exclure
le mérite des autres qui lui font fubordonnés.
L'extrait que nous allons faire
de l'Orphelin , prouvera que nous ne bornons
point fes beautés à celles d'un feul
rôle.
Extrait de l'Orphelin de la Chine.
Cette Piece eft précédée d'une Epitre
ou d'un Difcours préliminaire adreffé à
M. le Maréchal Duc de Richelieu . L'Auteur
y déclare que l'idée de fa Tragédie
lui eft venue à la lecture de l'Orphelin de
Tchao , Tragédie Chinoife , traduite par
le P. de Prémare , & non pas Brémare ,
comme il eft imprimé dans cette épitre.
La Scene eft dans un Palais des Mandarins
, qui tient au Palais Impérial dans la
la ville de Cambalu , aujourd'hui Pekin .
Les Acteurs font au nombre de ſept. Gen
giskan , EmpereurTartare. Octar , Ofman,
guerriers Tartares. Zamti , Mandarin
lettré. Idamé , femme de Zamti. Affeli ,
attaché à Idamé. Etan , attaché à Zamti.
Idamé ouvre le premier Acte avec Affeli
dans l'inftant où le Catai eft conquis
& faccagé ; elle apprend à fa confidente en
DECEMBRE . 1755. 219
gémiffant que le deftructeur de ce vaſte
Empire
Eft un Scythe , un foldat dans la poudre élevé ,
qui vint autrefois demander un afile dans
ce même Palais , où il porte aujourd'hui
la flamme, & qu'enfin Gengiskan n'eſt autre
que Temugin qui brûla pour elle , &
qui fut rejetté par fes parens. Un refus ,
ajoute-t'elle ,
Un refus a produit les malheurs de la terre :
De nos peuples jaloux tu connois la fierté ,
De nos Arts , de nos Loix , l'augufte antiquité ;
Une Religion de tout tems épurée ,
De cent fecles de gloire une fuite avérée :
Tout nous interdifoit dans nos préventions ,
Une indigne alliance avec les Nations.
Enfin un autre hymen , un plus faint noeud m'engage
:
Le vertueux Zamti mérita mon fuffrage .
Qui l'eût cru dans ces tems de paix & de bonheur
Qu'un Scythe méprifé feroit notre vainqueur !
Voilà ce qui m'allarme , & qui me défefpere ;
J'ai refuſé la main ; je fuis épouſe & mere :
Il ne pardonne pas : il fe vit outrager ;
Et l'univers fçait trop s'il aime à fe vanger.
Affeli veut la confoler , en lui difant
que les Coréens raffemblent une armée ;
mais elle répond que tout accroît fes
frayeurs , qu'elle ignore le deftin de l'Empereur
& de la Reine , & que le dernier
fruit de leur hymen , dont l'enfance eft
confiée à fes foins , redouble encore fa
Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
crainte & fa pitié . Un foible rayon d'ef
poir vient luire dans fon ame consternée.
Mon époux , ajoute- t'elle , a porté les pas
au Palais .
Une ombre de refpect pour fon faint miniſtere ,
Peut-être adoucirá ces vainqueurs forcenés.
On dit que ces Brigands aux meurtres acharnés ,
Qui rempliffent de fang la terre intimidée
Ont d'un Dieu cependant confervé quelque idée ,
Tant la nature même en toute Nation ,
Grava l'Etre fuprême & la Religion.
Zamti qui paroît , vient augmenter les
terreurs de fa femme.
J'entre , dit- il , par des détours ignorés du vulgaire.
Je vois ces vils humains , ces monftres des déferts ,
A notre auguftre maître ofer donner des fers ;
Traîner dans fon palais , d'une main fanguinaire ,
Le pere , les enfans & leur mourante mere ;
Le pillage , le meurtre environnoient ces lieux.
Ce Prince infortuné , tourne vers moi les yeux ;
Il m'appelle , il me dit , dans fa langue facrée
Du Conquérant tartare & du peuple ignorée :
Conferve au moins le jour au dernier de mes fils.
Jugez , fi mes fermens & mon coeur l'ont promis ;
Jugez , de mon devoir , quelle eft la voix preffante.
J'ai fenti ranimer ma force la guiffante,
J'ai revolé vers vous , & c.
Etan entre éperdu. Il leur apprend que
la fuite eft impoffible ; qu'une garde cruelle
y met une barriere infurmontable , &
que tout tremble dans l'esclavage , depuis
DECEMBRE. 1755 .
221
que l'Empereur, fes enfans , & fon épouse,
ont été malfacrés . Octar furvient , & met
le comble à leur effroi par ces terribles
mots qui caractériſent
fi bien un Scythe ,
& qui font toujours applaudis.
Je vous ordonne au nom du vainqueur des humains
De mettre fans tarder cet enfant dans mes mains ;
Je vais l'attendre . Allez , qu'on m'apporte ce gage.
Pour peu que vous tardiez , le fang & le carnage
Vont encore en ces lieux fignaler fon courroux ,
Et la deftruction commencera par vous.
La nuit vient , le jour fuit . Vous, avant qu'il finiffe,
Si vous aimez la vie , allez , qu'on obéiffe .
Ce perfonnage quoiqu'il agiffe peu , &
qu'il foit fubalterne , frappe plus au Théâ
tre , il a plus de phifionomie que Gengis
fon maître ; il eft vrai que le fieur de Bellecour
le rend très-bien , & fait un beau
Tartare. Idamé tremble pour les jours de
l'enfant de tant de Rois , & dit qu'elle fuivroit
leurs Souverains dans la tombe , fi
elle n'étoit retenue par l'intérêt d'un fils
unique qui a befoin de fa vie . Zamti
s'écrie :
Après l'atrocité de leur indigne fort ,
Qui pourroit redouter & refufer la mort !
Le coupable la craint , le malheureux l'appelle ,
Le brave la défie , & marche au-devant d'elle ,
Le fage qui l'attend , la reçoit fans regrets.
Idamé lui demande ce qu'il a réfolu ,
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
fon époux lui replique de garder le ferment
qu'il a fait de conferver la vie du
dernier rejetton de la tige royale , & lui
dit d'aller l'attendre auprès de cet enfant.
Zamti refté feul avec Etan , lui confie le.
funefte projet qu'il a conçu de fubftituer
fon fils à la place de l'orphelin , & de facrifier
fon propre fang pour fauver celui
de fes Rois. Après avoir fait jurer à ce
confident qu'il tiendra ce fecret enfeveli ,
il le charge du foin d'aller cacher ce dépôt
précieux dans le fein des tombeaux bâtis
par leurs Empereurs , en attendant qu'il
puiffe faifir l'inftant de le remettre au chef
de la Corée. On ne peut pas mettre plus
d'intérêt dans un premier Acte.
Zamti qui a fermé cet Acte , commence
feul le fecond : fes entrailles font déchirées
; il dis dans fes cruelles allarmes.
O! mon fils , mon cher fils , as-tu perdu le jour à
Aura-t'on confommé ce fatal facrifice ?
Je n'ai pu de ma main te conduire au fupplice.
Etan paroît , & lui apprend qu'il a caché
l'Orphelin dans les tombeaux de fes
peres . Il l'inftruit en même tems que dans
l'abfence d'Idamé , on a conduit fon fils
à leurs vainqueurs barbares. Ah ! s'écrie
alors Zamti qui craint les reproches de
fon épouse .
DECEMBRE. 1755 . 223
Ah ! du moins , cher Etan , fi tu pouvois lui dire
Que nous avons livré l'héritier de l'Empire ,
Que j'ai caché mon fils , qu'il eft en fûreté !
Impofons quelque tems à fa crédulité.
Hélas ! la vérité fi fouvent eft cruelle ;
On l'aime & les humains font malheureux par elle .
On ne peut pas mieux excufer la néceffité
d'un menfonge . Etan fort , Idamé entre
défolée , & forme avec fon mari la
fcene la plus forte & la plus intéreffante :
elle l'eft au point qu'il faudroit la tranſcrire
entiere pour en rendre toutes les beautés
. Eh ! comment rendre d'ailleurs l'action
admirable , & le jeu accompli de l'Acrice
! Il faut voir Mlle Clairon. Il faut l'enrendre
dans ce rôle , pour juger de fa perfection.
Idamé s'écrie en arrivant.
"
Qu'ai-je vu qu'a- t'on fait ? Barbare , eft- il pof
fible ?
L'avez- vous commandé ce facrifice horrible ?
•
Quoi? fur toi , la nature a fi peu de pouvoir?
Zamti répond.
Elle n'en a que trop , mais moins que mon devoir
Et je dois plus au fang de mon malheureux maître,
Qu'à cet enfant obfcur à qui j'ai donné l'être.
1 Idamé réplique.
Non , je ne connois point cette horrible vertu .
J'ai vu nos murs en cendres , & ce trône abattu ;
J'ai pleuré de nos Rois les difgraces affreufes :
Mais par quelles fureurs encor plus douloureuſes ,
Veux- tu de ton époufe , avançant le trépas ,
Kiv ..
124 MERCURE DE FRANCE.
Livrer le fang d'un fils qu'on ne demande pas ?
Ces Rois enfèvelis , difparus dans la poudre ,
Sont-ils pour toi des Dieux dont tu craignes la
foudre ?
A ces dieux impuiffans , dans la tombe endormis
As- tu fait le ferment d'affaffiner ton fils ?
Hélas ! grands & petits , & fujets & Monarques ,
Diftingués un moment par de frivoles marques ,
Egaux par la nature , égaux par le malheur,
Tout mortel eft charge de la propre douleur :
Sa peine lui faffit ; & dans ce grand naufrage ,
Raflembler nos débris , voilà notre partage.
Où ferois- je ? grand dieu ! fi ma crédulité
Eu: tombé dans le piége à mes pas préfenté.
Auprès du fils des Rois fi j'étois demeurée ,
La victime aux bourreaux alloit être livrée :
Je ceffois d'être mere ; & le même couteau ,
Sur le corps de mon fils , me plongeoit au tombeau.
Graces à mon amour , inquiete , troublée ,
A ce fatal berceau l'inftinet m'a rappellée.
J'ai vu porter mon fils à nos cruels vainqueurs ;
Mes mains l'ont arraché des mains des raviſſeurs.
Barbare, ils n'ont point eu ta fermeté cruelle !
J'en ai chargé foudain cette eſclave fidelle ,
Qui foutient de fon lait fes miférables jours,
Ces jours qui périſſoient fans moì , ſans mon ſecours
;
J'ai confervé le fang du fils & de la mere ,
Et j'ofe dire encor de fon malheureux pere.
Zamti perfifte à vouloir immoler fon
fils. Elle s'y oppofe toujours en mere intrepide.
Son mari lui reproche alors de trahir
à la fois , le Ciel , l'Empire . & le fang de
fes Rois. Idamé lui fait cette réponſe admirable.
t
DECEMBRE . 1755. 225
De mes Rois : va , te dis- je , ils n'ont rien à prétendre
,
Je ne dois point mon fang en tribut à leur cendre.
Va , le nom de fujet n'eft pas plus faint pour nous,
Que ces noms fi facrés & de pere & d'époux.
La nature & l'hyinen , voilà les loix premieres ,
Les devoirs , les liens des Nations entieres :
Ces loix viennent des dieux , le reſte eft des humains
.
Ne me fais point hair le fang des Souverains.
Oui , fauvons l'Orphelin d'un vainqueur homicide
,
Mais ne le fauvons pas au prix d'un parricide.
Que les jours de mon fils n'achetent point fes
jours.
Loin de l'abandonner , je vole à fon fecours.
Je prens pitié de lui ; prends pitié de toi- même ,
De ton fils innocent , de la mere qui t'aime.
Je ne menace plus : je tombe à res genoux.
O pere infortuné , cher & cruel époux ,
Pour qui j'ai méprifé , tu t'en fouviens peut être,
Ce mortel qu'aujourd'hui le fort a fait ton maître!
Accorde moi mon fils , accorde moi ce fang
Que le plus pur amour a formé dans mon flanc ;
Et ne réfifte point au cri terrible & ter dre
Qu'à tes fens défolés l'amour a fait entendre.
Le fier Octar vient les interrompre , il
annonce l'arrivée de Gengiskan , & ordons
ne à fes foldats de fuivre les pas du Mandarin
& de fa femme ; de faifir l'enfant
qu'elle a repris , & d'apporter la victime
aux pieds de leur maître. Zamti promet de
la livrer, & Idamé déclare qu'on ne l'obtiendra
qu'avec la vie.
K v
226 MERCURE DE FRANCE.
Gengis paroît environné de fes guer
riers , & leur dit .
Que le glaive fe cache , & que la mort s'arrête ;
Je veux que les vaincus refpirent déformais.
J'envoiai la terreur , & j'apporte la paix :
La mort du fils des Rois fuffit à ma vengeance.
Qu'on ceffe de livrer aux flammes , au pillage ,
Ces archives de loix , ce vafte amas d'écrits ,
Tous ces fruits du génie , obiets de vos mépris .
Si l'erreur les dicta , cette erreur m'eft utile ;
Elle occupe ce peuple , & le rend plus docile.
Il renvoie fa fuite , & demeuré feul
avec Octar , il lui avoue qu'au comble
des grandeurs , le fouvenir d'une femme
qui avoit refufé fa main , lui revient dans
la penfée , qu'elle le pourfuit jufqu'au feint
de la victoire , mais qu'il veur l'oublier.
Ofman vient l'informer que la victime
alloit être égorgée , lorfqu'un événement
imprévu a fufpendu fon trépas. Dans ce
moment , dit-il ,
Une femme éperdue , & de larmes baignée
Arrive , tend les bras à la garde indignée ;
Et nous furprenant tous par fes cris forcenés ,
Arrêtez , c'est mon fils que vous affaffinez .
C'est mon fils , on vous trompe au choix de la
victime.
Cependant fon époux devant nous appellé .
De nos Rois , a - t'il dit , voilà ce qui nous refte
Frappez , voilà le fang que vous me demandez.
DECEMBRE . 1755. 227
Olman ajoute que dans ce doute confus ,
il revient demander à fon Empereur de
nouveaux ordres. Gengis charge Octar
d'interroger ce couple audacieux , & d'arracher
la vérité de leur bouche . Il ordonne
à fes autres guerriers d'aller chacun à
fon pofte , & d'y veiller fidelement de
peur d'une furprife de la part des Coréens.
Ce fecond Acte eft fi plein de chaleur
qu'on en eût fait un beau quatrieme : 'peutêtre
même que l'action y eft trop avancée ,
& qu'elle prend fur celle des Actes fuivans
, qui font un peu vuides , & qui ont
befoin des détails dont ils font embellis.
Gengis rentre pour revenir : il ouvre le
troifieme Acte , & demande à Ofnan fi
l'on a éclairci l'impofture de ces captifs.
Ce dernier lui répond qu'à l'afpect des
tourmens , le Mandarin perfifte dans fon
pemier aveu , & que fa femme , dont les
larmes augmentent la beauté , demande à
fe jetter aux pieds de Gengiskan . Elle paroît
; ce Conquérant eft frappé de fes traits ;
il la reconnoît pour cet objet qu'il a autrefois
adoré. Cette fcene ne tient pas tout ce
qu'elle promet . Gengis dit à Idamé de fe
raffurer ; que fon Empereur oublie l'affront
qu'elle a fait à Temugin ; que le dernier
rejetton d'une race ennemie eft la
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
feule victime qu'il demande ; qu'il faut
qu'on la lui livre , & qu'elle importe à fa
fureté ; qu'ldamé ne doit rien craindre
pour fon fils , & qu'il l'a prend fous fa
garde. Mais , ajoute- t'il , je veux être inftruit
de la vérité .
Quel indigne artifice ofe-t'on m'oppoſer
De vous , de votre époux , qui prétend m'impofer?
Il interroge cet époux qui eft amené devant
lui. Zamti répond qu'il a rempli fon
devoir. Gengis ordonne aux fiens qu'on
faififfe l'enfant que cet efclave a remis en
leurs mains : la tendre Idamé s'y oppofe :
le Tyran impatient , luidit de l'éclaircir fur
l'heure , ou qu'on va immoler la victime .
Eh bien ! s'écrie - t'elle , mon fils l'emporte.
Mon époux a livré ce fils .
Je devois l'imiter , mais enfin je ſuis mere;
Mon ame eft au-deffous d'un fi cruel effort.
Je n'ai pu , de mon fils , confentir à la mort.
Hélas ! au défefpoir que j'ai trop fait paroître ,
Une mere ailément pouvoit fe reconnoître..
Voyez , de cet enfant , le pere confondu ,
Qui ne vous a trahi qu'à force de vertu .
L'un n'attend fon falut que de fon innocence ,
Et l'autre eft refpectable alors qu'il vous offenfe.
Ne puniffez que moi , qui trahis à la fois
Et l'époux que j'admire , & le fang de nos Rois.
Digne époux , digne objet de toute ma tendreffe,
La pitié maternelle eft ma feule foibleffe ,
Mon fort fera le tien : Je meurs , fi tu péris :
Pardonne-moi du moins d'avoir ſauvé ton fils..
DECEMBRE. 1755. L2F
Je t'ai tout pardonné , lui répond Zamsi
, je n'ai plus rien à craindre pour le
fang de mon Roi. Ses jours font en fureté . Ils
ne le font pas , le récrie Gengis furieux.
Va réparer ton crime , ou fubir le trépas.
Zamti lui fait cette belle réplique.
Le crime eft d'obéir à des ordres injuftes ..
Tu fus notre vainqueur , & tu n'es pas mon Roi.
Si j'étois ton fujet , je te ferois fidelle.
Arrache-moi la vie , & refpecte mon zele.
Je t'ai livré mon fils , j'ai pu te l'immoler.
Penſes-tu que pour moi , je puifle encor trembler ?
Gengis commande qu'on l'entraîne :
Idamé veut le fléchir ; mais il lui ordonne
de fuivre fon mari . Comme elle infifte
il lui dit :
Allez , fi jamais la clémence
Dans mon coeur , malgré moi , pouvoit encor
entrer.
Vousfentez quels affronts il faudroit réparer.
Seul avec Octar , il fait éclater fon dépit
& fon amour. Son confident combat
cette flâme qu'il ne conçoit pas . Ofman
revient lui apprendre qu'Idamé & Zamti
refufent de découvrir l'azyle qui cache.
l'Orphelin , & qu'ils preffent tous deux
que la mort les uniffe. Gengis l'interrompt ,
& lui commande de voler vers Idamé , &c.
de l'affurer que fes jours font facrés & font
230 MERCURE DE FRANCE.
chers à fon maitre. Octar lui demande
quels ordres il veut donner fur cet enfant
des Rois qu'on cache à fa vengeance. Aucun
, répond- t'il .
Je veux qu'Idamé vive ; ordonne tout le refte.
Quel est votre efpoir , lui réplique
Octar ? Gengis termine l'Acte , en lui
difant :
D'être aimé de l'ingrate , ou de me venger d'elle ,
De la punir : tu vois ma foibleffe nouvelle .
Emporté , malgré moi , par de contraires voeux ,
Je frémis & j'ignore encor ce que je veux.
Gengis ouvre encore le quatrieme Acte,
& ordonne aux fiens de fe rendre aux pieds
des murs , en difant que l'infolent Coréen a
proclamé Roi cet enfant malheureux , mais
qu'il va marcher contr'eux fa tête à la main ;
qu'il a trop différé fa mort , & qu'il veut
enfin fans délai que Zamti lui obéiffe. Il
nous paroît que le commencement de cet
Acte fait le cercle , & retourne fur le
troisieme . Octar vient encore dire que le
Mandarin eft inflexible. Gengis s'écrie
étonné .
Quels font donc ces humains que mon bonheur
maîtrife !
A fon Roi qui n'eft plus , immolant la nature ,
L'un voit périr fon fils fans crainte & fans mur
mure ,
DECEMBRE. 1755.234
L'autre pour fon époux eft prête à s'immoler,
Rien ne peut les fléchir , rien ne les fait trembler..
Je vois un peuple antique , induftrieux , immenfes
Ses Rois fur la fageffe ont fondé leur puiffance ;
De leurs voifins foumis , heureux Législateurs ,
Gouvernant fans conquête , & regnant par les
moeurs.
Le ciel ne nous donna que la force en partage.
Nos Arts font les combats , détruire eft notre ou
vrage.
Ah ! de quoi m'ont fervi tant de fuccès divers !
Quel fruit me revient-il des pleurs de l'univers !
Nous rougiffons de fang le char de la victoire.
Peut-être qu'en effet il eft une autre gloire.
Mon coeur eft en fecret jaloux de leurs vertus ,
Et vainqueur , je voudrois égaler les vaincus.
Octar combat le fentiment de fon Maître
avec une franchife militaire , & lui dit :
Quel mérite ont des arts , enfans de la moleffe ,
Qui n'ont pu les fauver des fers & de la mort ?
Le foible eft destiné pour fervir le plus fort.
Tout céde fur la terre aux travaux , au courage
Mais c'est vous qui cédez & fouffrez un outrage.
Il ajoute que fes compagnons en murmurent
tout haut : Gengis lui répond :
Que l'on cherche Idamé . Sur ce qu'Octar infifte
: il lui replique en defpote.
Obéis.
De ton zele hardi réprime la rudeffe :
Je veux que mes fujets refpectent ma foibleffe.
Gengis feul , fe livre à tout fon amour ;
en témoignant fon mépris pour les monf232
MERCURE DE FRANCE.
tres cruels qui font à fa fuite. Idamé paroit
, il lui offre fon trône avec fa main.
Le divorce , dit-il , par mes loix eft permis ,
Et le vainqueur du monde à vous feule eft foumis.
S'il vous fut odieux , le trône a quelques charmes;
Et le bandeau des Rois peut effuyer des larmes.
La vertueufe Idamé lui répond avec une
noble ingénuité , que dans le tems qu'il
n'étoit que Temugin , elle auroit accepté
fa main qui étoit pure alors , fi fes parens
l'avoient agréé. Mais , ajoute-t'elle :
Mon hymen eft un noeud formé par le ciel même.
Mon époux m'eft facré ; je dirai plus : Je l'aime :
Je le préfere à vous , au trône , à vos grandeurs.
Pardonnez mon aveu , mais reſpectez nos moeurs :
Ne penfez pas non plus que je mette ma gloire
A remporter fur vous cette illuftre victoire ;
A braver un vainqueur , à tirer vanité
De ces juftes refus qui ne m'ont point couté.
Je remplis mon devoir , & je me rends juftice:
Je ne fais point valoir un pareil facrifice.
Portez ailleurs les dons que vous me propofez ;
Détachez- vous d'un coeur qui les a méprifez ;
Et puifqu'il faut toujours quidamé vous implore ,
Permettez qu'à jamais mon époux les ignore .
De ce foible triomphe il feroit moins flatté ,
Qu'indigné de l'outrage à ma fidélité .
Gengis lui dit en la quittant :
Quand tout nous uniffoit , vos loix que je dérefte
Ordonnerent ma honte & votre hymen funefte ;
Je les anéantis , je parle , c'eft affez ;
DECEMBRE 1755. 233
Imitez l'univers , Madame , obéiffez .
Mes ordres font donnés , & votre indigne époux
Doit remettre en mes mains votre Empereur &
vous .
Leurs jours me répondront de votre obéiffance.
Idamé gemit de fa cruelle pofition . Affeli
moins févere , lui confeille de fe relâcher
un peu de cette extrême aufterité
pour affurer les jours de fon mari , &
le bien de l'Empire . Zamti furvient , & lui
déclare qu'elle feule refte à l'Orphelin dans
l'Univers , que c'eft à elle à lui conferver
la vie , ainfi qu'à fon fils. Epoufe le Tyran
, pourſuit il.
Ta ferviras de mere à ton Roi malheureux.
Regne , que ton Roi vive , & que ton époux meure.
Elle l'interrompt , & lui dit :
Me connois-tu ? veux-tu que ce funefte rang
Soit le prix de ma honte , & le prix de ton fanga
Penfes- tu que je fois moins époufe que mere ?
Tu t'abules , cruel , & ta vertu févere
A commis contre toi deux crimes en un jour ,
Qui font frémir tous deux la nature & l'amour.
Barbare envers ton fils , & plus envers moi -même.
Ne te fouviens-tu plus qui je fuis , & qui t'aime ?
Crois-moi : le jufte ciel daigne mieux m'inſpirer ;
Je puis fauver mon Roi fans nous deshonorer.
Soit amour , foit mépris , le Tyran qui m'offenfe,
Sur moi , fur mes deffeins , n'eft pas en défiance:
Dans ces remparts fumans , & de fang abbreuvés,
234 MERCURE DE FRANCE.
Je fuis libre , & mes pas ne font pas obfervés.
Le Chef des Coréens s'ouvre un fecret paffage
Non loin de ces tombeaux , où ce précieux gage ,
A l'ail qui le pourfuit , fut caché par tes mains.
De ces tombeaux facrés je fçais tous les chemins;
Je cours y ranimer fa languiffante vie,
Le rendre aux défenfeurs armés pour la patrie ;
Le porter en mes bras dans leurs rangs belliqueux
,
Comme un préfent d'un Dieu qui combat avec
eux.
Tu mourras , je le fçais ; mais , tout couverts de
gloire
Nous laifferons de nous une illuftre mémoire,
Mettons nos noms obfcurs au rang des plus
grands noms :
Et juge fi mon coeur a fuivi tes leçons .
Zamti tranfporté , s'écrie avec juftice,
Idamé , ta veftu l'emporte ſur la mienne !
En effet , cette vertu eft puifée dans la
nature & dans la raifon. Elle forme le
véritable héroïfme , qui honore l'humanité
fans en fortir. Tout grand qu'il eft ,
nous fentons que notre efpece en eft capable.
La vertu de Zamti tient plus au
préjugé. C'est une grandeur d'ame qui dégenere
en fanatifme , & qui eft d'autant
moins vraie , qu'elle bleffe les loix primitives
, & qu'elle excede nos forces. Voilà
pourquoi le caractere d'Idamé paroît fupérieur
à celui de Zamti , & nous intéreffe
davantage , même à la lecture.
DECEMBRE. 1755. 235
Idamé & Affeli commencent le cinquieme
Acte . Idamé a été arrêtée dans fa fuite
avec l'Orphelin. Elle eft captive une feconde
fois , & n'a plus d'efpoir que dans
la mort . Octar vient lui dire d'attendre,
l'Empereur qui veut lui parler , & qui paroit
un moment après . Gengis éclate en
reproches , & finit par preffer Idamé de
s'unir à lui , ce n'eft qu'à ce prix , dit-il ,
que je puis pardonner , & changer les châtimens
en bienfaits tout dépend d'un mor.
Prononcez fans tarder , fans feinte , fans détour ,
Si je vous dois enfin ma haine ou mon amour.
Idamé qui foutient fon noble caractere
jufqu'au bout , lui répond ,
L'un & l'autre aujourd'hui feroit trop condamnable
,
Votre haine eft injufte & votre amour coupable.
Cet amour eft indigne , & de vous & de moi :
Vous me devez juftice ; & fi vous êtes Roi ,
Je la veux , je l'attens pour moi contre vous-mê
me.
Je fuis loin de braver votre grandeur fuprême ;
Je la rappelle en vous , lorfque vous l'oubliez
Et vous-même en fecret vous me juftifiez .
Vous choififfez ma haine , réplique - t'il ,
vous l'aurez .
Votre époux , votre Prince & votre fils , cruelle,
Vont payer de leur fang votre fierté rebelle.
Ce mot , que je voulois , les a tous , condamés.
236 MERCURE DE FRANCE.
C'en est fait , & c'eſt vous qui les affaffinez .
Idamé tombe alors aux pieds de fon
maître , & lui demande une grace à genoux
. Il lui ordonne de fe lever & de déclarer
ce qu'elle veur. Elle le fupplie de
permettre qu'elle ait un entretien fecret
avec fon mari . Gengis le lui accorde , en
difant ;
Non , ce n'étoit pas lui qu'il falloit confulter !
Il m'enleva fon Prince , il vous a poffedée .
Que de crimes ! fa grace eft encore accordée .
Qu'il la tienne de vous , qu'il vous doive fon
fort .
Préfentez à fes yeux le divorce ou la mort.
Il la laiffe . Zamti paroît , elle lui dit :
la mort la plus honteufe t'attend . Ecoutemoi
:
Ne fçavons- nous mourir que par l'ordre d'un Roi ?
Les taureaux aux autels tombent en facrifice ;
Les criminels tremblans font traînés au fupplice
Lés mortels généreux difpofent de leur fort ;
Pourquoi des' mains d'un maître attendre ici la
mort
L'homme étoit -il donc né pour tant de dépendancea
De nos voiſins altiers imitons la conftance.
De la nature humaine ils foutiennent les droits ,
Vivent libres chex eux , & meurent à leur choix .
Un affront leur fuffit pour fortir de la vie ,
Er plus que le néant ils craignent l'infâmie.
Le hardi Japonnois n'attend pas qu'au cercueil
Un Defpote infolent le plonge d'un coup d'oeil.
DECEMBRE. 1755 . 237
Nous avons enfeigné ces braves Infulaires :
Apprenons d'eux enfin des vertus néceffaires .
Scachons mourir comme eux.
Son époux l'approuve ; mais ajoutet'il
, que pouvons - nous feuls & défarmés ?
Idamé tire un poignard qu'elle lui préfente
, en lui difant :
Tiens , fois libre avec moi , frappe , & délivrenous.
J'ai tremblé que ma main , mal affermie encore ,
Ne portât fur moi- même un coup mal affuré,
Enfonce dans ce coeur un bras moins égaré,
Immole avec courage une époufe fidelle ,
Tout couvert de mon fang tombe , & meurs auprès
d'elle.
Qu'à mes derniers momens j'embraffe mon époux;
Que le Tyran le voie , & qu'il en foit jaloux.
Zamti prend le poignard , en tremblant,
il balance ; & comme il veut s'en frapper ,
Gengis arrive à propos pour le défarmer .
O ciel ! s'écrie til , qu'alliez- vous faire ?
Idamé lui replique :
Nous délivrer de toi , finir notre mifere ,
A tant d'atrocités dérober notre fort.
Zamti ajoute :
Veux-tu nous envier juſques à notre mort ?
Oui , lui dit Gengis , que tant de vertu
fubjugue :
Je rougis fur le trône où n'a mis la victoire ,
D'être au- deſſous de vous au milieu de ma gloire;
238 MERCURE DE FRANCE.
En vain par mes exploits j'ai fçu me fignaler :
Vous m'avez avili ; je veux vous égaler.
J'ignorois qu'un mortel pût fe dompter lui-même.
Je l'apprens ; je vous dois cette grandeur fuprême.
Jouiffez de P'honneur d'avoir pu me changer :
Je viens vous réunir , je viens vous protéger.
Veillez , heureux époux , fur l'innocente vie
De l'enfant de vos Rois , que ma main vous con."
fie.
Par le droit des combats j'en pouvois difpofer :
Je vous remets ce droit dont j'allois abuſer.
Croyez qu'à cet enfant heureux dans fa mifere ,
Ainfi qu'à votre fils , je tiendrai lieu de pere .
Vous verrez fi l'on peut fe fier à ma foi.
Je fus un conquerant , vous m'avez fait un Roi.
Zamti pénetré d'un retour fi génereux ,
dit à ce Conquerant :
Ah ! vous ferez aimer votre joug aux vaincus.
Idamé tranfportée de joie & de furprife
, lui demande à fon tour.
Qui peut vous infpirer ce deffein ?
Gengis lui répond par ce mot , qui termine
le vers & la piece.
Vos vertus.
Ce dénouement eft très - applaudi , &
fait d'autant plus de plaifir qu'il finit la
tragédie fans effufion de fang. On doit dire
à la louange des Comédiens François ,
qu'ils n'ont rien épargné pour la mettre
au théatre avec tout l'éclat qu'elle mérite.
Ils y ont même obſervé le coſtume autant
DECEMBRE . 1755. 239
qu'il eft poffible de le fuivre. Mlle Clairon
faite pour fervir de modele , a ofé la premiere
fupprimer le panier. Mlle Hus à eu
le courage de l'imiter ; elles y ont gagné :
tout Paris a approuvé le changement , &
ne les a trouvées que plus aimables.
Les mêmes Comédiens vont remettre
fucceffivement les Troyennes & Philoctete
de M. de Châteaubrun , en attendant Andromaque
& Aftianax , tragédie nouvelle
du même Auteur. Le cothurne eft riche
cette année , & promet à ce théatre un
heureux hyver.
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE. / Extrait de l'Orphelin de la Chine.
Le texte du Mercure de France de décembre 1755 relate le succès de la pièce de théâtre 'L'Orphelin de la Chine' à Paris. Après une interruption initiale, la tragédie a été jouée avec un grand succès, atteignant dix-sept représentations. Le rôle principal, interprété par un acteur de manière exceptionnelle, a été déterminant pour ce succès. La pièce, précédée d'une épître dédiée au Maréchal Duc de Richelieu, est inspirée de la tragédie chinoise 'L'Orphelin de Tchao', traduite par le Père de Prémare. L'action se déroule dans un palais des mandarins à Cambalu, aujourd'hui Pékin, et met en scène sept personnages, dont l'empereur tartare Gengiskan, des guerriers, des mandarins et leurs serviteurs. L'intrigue commence avec Idamé, femme du mandarin Zamti, qui apprend la conquête de son pays par Gengiskan, un Scythe qu'elle avait autrefois rejeté. Zamti, de retour au palais, décrit les atrocités commises par les conquérants. Octar, un guerrier tartare, ordonne la remise de l'orphelin royal. Zamti décide de sacrifier son propre fils pour sauver l'orphelin, mais Idamé s'y oppose farouchement, préférant sauver son enfant. Gengiskan apparaît ensuite, proclamant la paix et ordonnant la cessation des pillages. Il révèle également son amour non réciproque pour Idamé. La pièce se poursuit avec des révélations et des conflits entre les personnages, notamment autour du sort de l'orphelin et des enfants des souverains. Gengis Khan, après avoir été informé par Ofnan de la confession d'un Mandarin et de la beauté d'Idamé, reconnaît en elle une ancienne flamme. Il lui propose de sauver son fils en échange de la livraison d'un orphelin, dernier rejeton d'une race ennemie. Idamé, malgré sa peur, avoue avoir sauvé son fils et est prête à se sacrifier. Zamti, interrogé par Gengis, affirme avoir agi par devoir et refuse de trahir ses principes, même face à la mort. Gengis, frustré par leur résistance, ordonne leur arrestation et exprime son admiration pour leur courage et leur fidélité. Dans le cinquième acte, Idamé, capturée, refuse les propositions de Gengis et demande à mourir dignement. Elle convainc Zamti de se suicider avec elle pour éviter l'humiliation et la dépendance envers un tyran. Cependant, Zamti et Idamé sont interrompus par Gengis, qui les dissuade de leur geste. Gengis exprime son admiration pour leur vertu et décide de les protéger, leur remettant également le droit de disposer de leur enfant, qu'il considère comme le sien. Zamti et Idamé sont touchés par la générosité de Gengis, qui est motivée par leurs vertus. Le dénouement de la pièce est acclamé pour son absence de violence et son message positif. Les comédiens français, notamment Mlle Clairon et Mlle Hus, sont loués pour leur contribution à la mise en scène et leur respect des costumes. La saison théâtrale promet d'être riche avec plusieurs tragédies prévues, dont 'Andromaque' et 'Astianax' de M. de Châteaubrun.
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5195
p. 5
SUR LA NAISSANCE de M. le Comte de Provence.
Début :
Que du plus beau sang du monde, [...]
Mots clefs :
Naissance, Comte de Provence
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texteReconnaissance textuelle : SUR LA NAISSANCE de M. le Comte de Provence.
SUR LA NAISSANCE
de M. le Comte de Provence.
Ue du plus beau fang du monde ,
Notre Dauphine féconde ,
Augmente les rejettons ;
Et nous donne autant de Princes
Que la France a de Provinces ,
Sans celles que nous prendrons.
de M. le Comte de Provence.
Ue du plus beau fang du monde ,
Notre Dauphine féconde ,
Augmente les rejettons ;
Et nous donne autant de Princes
Que la France a de Provinces ,
Sans celles que nous prendrons.
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5196
p. 6
Impromptu sur les Successeurs de Henry IV.
Début :
On vit en Louis treize un Antonin le Juste : [...]
Mots clefs :
Successeurs, Henry IV
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Impromptu sur les Successeurs de Henry IV.
Impromptu fur les Succeffeurs de Henry IV.
ON vit en Louis treize un Antonin le Jufte :-
Son fils renouvella le beau fiecle d'Auguſte :
Louis le Bien-aimé ſçait ſeul , par ſes vertus ,
Faire revivre Augufte , Antonin & Titus.
Par M. de Lanevere , ancien Monfquetaire
du Roi ; à Dax , le 18 Octobre , 1755.
ON vit en Louis treize un Antonin le Jufte :-
Son fils renouvella le beau fiecle d'Auguſte :
Louis le Bien-aimé ſçait ſeul , par ſes vertus ,
Faire revivre Augufte , Antonin & Titus.
Par M. de Lanevere , ancien Monfquetaire
du Roi ; à Dax , le 18 Octobre , 1755.
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5197
p. 6
Vers à Mlle Ch... en lui envoyant par la poste une corbeille de fleurs & un petit panier de vin vieux.
Début :
Bacchus & Flore tête à tête [...]
Mots clefs :
Bacchus, Flore, Vin
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texteReconnaissance textuelle : Vers à Mlle Ch... en lui envoyant par la poste une corbeille de fleurs & un petit panier de vin vieux.
Vers à Mlle Ch... en lui envoyant par la pofte
une corbeille defleurs & un petit panier de
vin vieux,
Bacchus & Flore tête à tête ,
Par la voiture des Zéphirs ,
Sont en route pour votre fête ,
Suivis d'un effein de déſirs :
Tous deux , preffés du même zele ,
Vous portent ce qu'ils ont de mieux ;
L'une , la fleur la plus nouvelle ,
Et l'autre , le vin le plus vieux.:
Chacun à vous fervir s'engage
Flore doit parer votre ſein :
Bacchus difpute l'avantage
De faire briller votre main ;
Ce Dieu veut fous vos doigts d'albâtre ,
Philis , voir couler fa liqueur :
Flore rendra tout idolâtre ,
Et Bacchus fera tout buveur .
une corbeille defleurs & un petit panier de
vin vieux,
Bacchus & Flore tête à tête ,
Par la voiture des Zéphirs ,
Sont en route pour votre fête ,
Suivis d'un effein de déſirs :
Tous deux , preffés du même zele ,
Vous portent ce qu'ils ont de mieux ;
L'une , la fleur la plus nouvelle ,
Et l'autre , le vin le plus vieux.:
Chacun à vous fervir s'engage
Flore doit parer votre ſein :
Bacchus difpute l'avantage
De faire briller votre main ;
Ce Dieu veut fous vos doigts d'albâtre ,
Philis , voir couler fa liqueur :
Flore rendra tout idolâtre ,
Et Bacchus fera tout buveur .
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Résumé : Vers à Mlle Ch... en lui envoyant par la poste une corbeille de fleurs & un petit panier de vin vieux.
Le poème envoie à Mlle Ch... une corbeille de fleurs et un panier de vin vieux. Flore et Bacchus, portés par les Zéphyrs, offrent respectivement la fleur la plus nouvelle et le vin le plus vieux. Ils promettent de servir la destinataire, Flore ornant son sein de fleurs et Bacchus souhaitant voir le vin couler entre ses doigts. Flore rendra idolâtre de ses fleurs, et Bacchus fera en sorte que tout le monde devienne buveur.
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5198
p. 18-19
VERS A Madame de la Tour, par M. de Bastide.
Début :
Tu chantes comme Eglé, [...]
Mots clefs :
Talents, Amour, Bonheur, Voix, Amant
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texteReconnaissance textuelle : VERS A Madame de la Tour, par M. de Bastide.
VERS
A Madame de la Tour , par M. de Baftide.
Tu
chantes
comme Eglé ,
Tu rimes comme Ovide ;
A tes talens le gout préfide ,
Il devient une volupté.
Si tu chantes l'amour ; la vertu , la fierté ,
Difparoiffent d'un coeur infenfible ou févere :
La douceur de ta voix change en réalité
Le bonheur d'un amant qui n'eft qu'imaginatre ;
Et l'on prend tes accens dont on eft enchanté ,
Pour les garants d'un bien qui devient néceſſaire
A la félicité.
Si tu peins un amant perfide ,
On le voit , on le hait ; on eft épouvanté
Du crime d'un ingrat trop bien repréſenté,
Et fon horreur décide
A la fidélité.
Si du chant des oifeaux ton luth dépofitaire ,
Unit les doux accens aux accords de ta voix ,
On fent tout leur bonheur qui fe peint ſous tes
Et
par
doigts ,
l'effet involontaire
D'un concert plus doux mille fois
DECEMBRE . 12 1755 .
Que les bruyans concerts des Rois ,
On devient berger ou bergere:
Et l'on croit être dans les bois.
Ton efprit naturel & tendre
Sçait parfaitement aſſortir
L'art de faire penſer & l'art de divertir ;
Et qui ne fçait pas bien t'entendre ,
N'eftguere digne de fentir.
Sans affectation , fans faux air de molleffe ,
Dans tout ce que tu fais , tu répands la tendreffe :
Tes talens femblent nés d'un amoureux penchant
;
On voit que l'amour t'intéreſſe ,
Non par l'effet de la foibleffe ,
Mais par l'attrait du fentiment.
Puiffe à jamais un fi doux avantage
Conferver fon prix à tes yeux ;
Puiffe Apollon , puiffe l'amour heureux ,
T'allurer , chaque jour , nos coeurs & notre hommage
,
En t'infpirant des champs harmonieux !
On s'illuftre par leur langage ,
Et l'on s'embellit par leurs feux.
Les talens font le premier gage
De la faveur des Dieux ;
Ils n'ont au-deffus d'eux
Que l'art d'en faire un immortel ufage.
A Madame de la Tour , par M. de Baftide.
Tu
chantes
comme Eglé ,
Tu rimes comme Ovide ;
A tes talens le gout préfide ,
Il devient une volupté.
Si tu chantes l'amour ; la vertu , la fierté ,
Difparoiffent d'un coeur infenfible ou févere :
La douceur de ta voix change en réalité
Le bonheur d'un amant qui n'eft qu'imaginatre ;
Et l'on prend tes accens dont on eft enchanté ,
Pour les garants d'un bien qui devient néceſſaire
A la félicité.
Si tu peins un amant perfide ,
On le voit , on le hait ; on eft épouvanté
Du crime d'un ingrat trop bien repréſenté,
Et fon horreur décide
A la fidélité.
Si du chant des oifeaux ton luth dépofitaire ,
Unit les doux accens aux accords de ta voix ,
On fent tout leur bonheur qui fe peint ſous tes
Et
par
doigts ,
l'effet involontaire
D'un concert plus doux mille fois
DECEMBRE . 12 1755 .
Que les bruyans concerts des Rois ,
On devient berger ou bergere:
Et l'on croit être dans les bois.
Ton efprit naturel & tendre
Sçait parfaitement aſſortir
L'art de faire penſer & l'art de divertir ;
Et qui ne fçait pas bien t'entendre ,
N'eftguere digne de fentir.
Sans affectation , fans faux air de molleffe ,
Dans tout ce que tu fais , tu répands la tendreffe :
Tes talens femblent nés d'un amoureux penchant
;
On voit que l'amour t'intéreſſe ,
Non par l'effet de la foibleffe ,
Mais par l'attrait du fentiment.
Puiffe à jamais un fi doux avantage
Conferver fon prix à tes yeux ;
Puiffe Apollon , puiffe l'amour heureux ,
T'allurer , chaque jour , nos coeurs & notre hommage
,
En t'infpirant des champs harmonieux !
On s'illuftre par leur langage ,
Et l'on s'embellit par leurs feux.
Les talens font le premier gage
De la faveur des Dieux ;
Ils n'ont au-deffus d'eux
Que l'art d'en faire un immortel ufage.
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Résumé : VERS A Madame de la Tour, par M. de Bastide.
Le texte est une lettre poétique de M. de Baftide à Madame de la Tour, datée du 12 décembre 1755. L'auteur y loue les talents exceptionnels de Madame de la Tour en chant et en poésie, comparant ses chants à ceux d'Églé et ses rimes à celles d'Ovide. Il souligne que ses performances évoquent des émotions profondes, transformant l'imaginaire en réalité et inspirant la vertu et la fidélité. La voix de Madame de la Tour représente authentiquement divers sentiments, tels que l'amour, la perfidie ou la douceur. Son esprit naturel et tendre combine l'art de faire réfléchir et de divertir. L'auteur admire la tendresse et l'authenticité de ses talents, nés d'un véritable intérêt pour l'amour. Il souhaite que ses talents continuent de lui apporter honneur et admiration, et qu'ils lui permettent de s'illustrer et de s'embellir par leur langage et leurs feux. Les talents sont présentés comme un gage de la faveur des Dieux et un moyen d'atteindre l'immortalité.
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5199
p. 20-22
Ouverture du Ballet des Fêtes de Thalie. PARODIE. LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Début :
Vous, qui courez [...]
Mots clefs :
Heureux, Plaisirs, Ballet
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texteReconnaissance textuelle : Ouverture du Ballet des Fêtes de Thalie. PARODIE. LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Ouverture du Ballet des Fêtes de Thalie.
PARODI E.
LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Vous ,qui courez
Après l'éclat & l'opulence ;
Qui dévorez
Tous les plaifirs outrés ;
Que je vous plains ! la moindre décadence
Vous met au rang des hommes égarés.
La trop aimable fagefle
Qui doit charmer
Sçait animer
L'honneur , le devoir & la tendreffe.
Pourquoi
Ne pas écouter fa loi ,
Qui , fans condamner les defirs,
Semble approuver fouvent l'ufage des plaifirs
Partiſan de ſon ſyſtême ,
Je ris , & j'aime
Sincerement ,
Conftamment ,
Qui ? ma femme ſeulement ;
Et fans redouter les rieurs ,
Les froids railleurs ,
Les moqueurs ,
Je ne fçais point aimer ailleurs.
DECEMBRE. 28
1755.
Je reçois dans ma retraite
Mes amis ;
A ce que chacun ſouhaite
J'applaudis ,
En menageant les eſprits ;
Et quand je vois la fin d'une Comete ,
Sans fracas ,
Trois petits plats
Affez délicats
A deux font offerts tout baş,
Minuit fonne , je me couche.
Dieux ! pour lors
Comme heureux époux je touche
Des trésors.
L'amour ſe retire , & je m'endors
Affez fouvent fur la bonne bouche,
Mais le jour venu
De mon revenu
Je vois fi tout s'eft foutenu.
Si-tôt que ma maiſon
Eft fur le ton
De la raison ,
Je lis Caton ,
Baile , Newton ,
Rollin , Platon ,
Anacréon ,
Arnaud , Virgile , Horace , ou Ciceron.
Entre-nous
Que les four
22 MERCURE DE FRANCE.
Me critiquent.
S'ils m'indiquent
L'art heureux
De vivre mieux ,
Je me rends , & fuis pour eux.
Par M. Fuzillier , à Amiens .
PARODI E.
LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Vous ,qui courez
Après l'éclat & l'opulence ;
Qui dévorez
Tous les plaifirs outrés ;
Que je vous plains ! la moindre décadence
Vous met au rang des hommes égarés.
La trop aimable fagefle
Qui doit charmer
Sçait animer
L'honneur , le devoir & la tendreffe.
Pourquoi
Ne pas écouter fa loi ,
Qui , fans condamner les defirs,
Semble approuver fouvent l'ufage des plaifirs
Partiſan de ſon ſyſtême ,
Je ris , & j'aime
Sincerement ,
Conftamment ,
Qui ? ma femme ſeulement ;
Et fans redouter les rieurs ,
Les froids railleurs ,
Les moqueurs ,
Je ne fçais point aimer ailleurs.
DECEMBRE. 28
1755.
Je reçois dans ma retraite
Mes amis ;
A ce que chacun ſouhaite
J'applaudis ,
En menageant les eſprits ;
Et quand je vois la fin d'une Comete ,
Sans fracas ,
Trois petits plats
Affez délicats
A deux font offerts tout baş,
Minuit fonne , je me couche.
Dieux ! pour lors
Comme heureux époux je touche
Des trésors.
L'amour ſe retire , & je m'endors
Affez fouvent fur la bonne bouche,
Mais le jour venu
De mon revenu
Je vois fi tout s'eft foutenu.
Si-tôt que ma maiſon
Eft fur le ton
De la raison ,
Je lis Caton ,
Baile , Newton ,
Rollin , Platon ,
Anacréon ,
Arnaud , Virgile , Horace , ou Ciceron.
Entre-nous
Que les four
22 MERCURE DE FRANCE.
Me critiquent.
S'ils m'indiquent
L'art heureux
De vivre mieux ,
Je me rends , & fuis pour eux.
Par M. Fuzillier , à Amiens .
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Résumé : Ouverture du Ballet des Fêtes de Thalie. PARODIE. LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Le texte 'Le Philosophe aimable' du 'Ballet des Fêtes de Thalie' décrit un philosophe qui méprise l'éclat et l'opulence, préférant les plaisirs modérés. Il valorise l'honneur, le devoir et la tendresse, et choisit de n'aimer que sa femme, indifférent aux moqueurs. Le 28 décembre 1755, il invite ses amis dans sa retraite, leur offre un repas délicat à minuit, et se couche heureux. Le lendemain, il découvre que ses revenus ont disparu. Lorsqu'il vit raisonnablement, il lit des auteurs classiques tels que Caton, Newton, Rollin, Platon, Anacréon, Arnaud, Virgile, Horace ou Cicéron. Il est ouvert aux critiques constructives qui pourraient lui apprendre à vivre mieux. Le texte est publié par M. Fuzillier à Amiens dans le Mercure de France.
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5200
p. 32-33
EPITRE A Eglé.
Début :
J etois si fort brouillé sur le sacré vallon [...]
Mots clefs :
Coeur, Charmante, Églé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Eglé.
EPITRE
A Egle.
Etois fi fort brouillé fur le facré vallon
Depuis fix mois que je n'ai vu les muſes ,
Qu'il m'a fallu fervir de mille rufes
Pour avoir un moment l'oreille d'Apollon.
Rimer fans fon aveu , c'eſt une trifte affaire ;
On ne peut rien fans fon appui :
Il faut abſolument , ou bien vivre avec lui ,
Ou bien confentir à fe taire.
Or , qu'à préſent tout eft en paix ,
Et
que du maître du Parnaffe
J'ai ratrappé la bonne grace ,
Dis-moi , charmante Eglé , ne penfes-tu jamais
A celui qui pour toi du Phlegeton terrible
Iroit paffer les flots brûlans ;
Et ne reflent d'autres tourmens
Que celui de te voir un coeur fi peu fenfible ?
DECEMBRE. 1755. 33
Toujours dans les plaifirs nouveaux ,
Toujours dans les fêtes nouvelles ,
Toujours au nombre des plus belles ,
Dieu fçait fi l'on nous fait bon nombre de rivaux !
Ah ! du moins qu'entre nous la loi fût générale ,
Que tu fuffes pour tous égale ;
Et fi tu m'es toute d'airain >
Pour tous également fevere ,
Ne montre pas un front ferein
A ceux qui , comme moi , s'empreffent de te plai
re.
Ce n'eft pas qu'aujourd'hui mon efprit agité
Par cette étrange frénéfie
Que j'entends nommer jalousie
Voulût à tes appas défendre la clarté,
Ce feroit trop borner les droits de ton empire
D'ailleurs , mon goût fera toujours flatté
De voir que le public admire
Les attraits qui m'ont enchanté .
Mais je crains qu'un rival à tes yeux trop aima
ble ,
Ne me raviffe un bien que je voudrois pour moi
Charmante Eglé , l'on eft bien excufable
Dans ce cas de fonger à foi.
Je fçais que fi ton coeur étoit pour le plus tendre
Je pourrois me flatter de l'obtenir un jour.
Mais quand on n'a que fon amour ,
Hélas ! à quoi peut- on s'attendre ?
Le Baron de Poin ... Tauz ... 1
A Egle.
Etois fi fort brouillé fur le facré vallon
Depuis fix mois que je n'ai vu les muſes ,
Qu'il m'a fallu fervir de mille rufes
Pour avoir un moment l'oreille d'Apollon.
Rimer fans fon aveu , c'eſt une trifte affaire ;
On ne peut rien fans fon appui :
Il faut abſolument , ou bien vivre avec lui ,
Ou bien confentir à fe taire.
Or , qu'à préſent tout eft en paix ,
Et
que du maître du Parnaffe
J'ai ratrappé la bonne grace ,
Dis-moi , charmante Eglé , ne penfes-tu jamais
A celui qui pour toi du Phlegeton terrible
Iroit paffer les flots brûlans ;
Et ne reflent d'autres tourmens
Que celui de te voir un coeur fi peu fenfible ?
DECEMBRE. 1755. 33
Toujours dans les plaifirs nouveaux ,
Toujours dans les fêtes nouvelles ,
Toujours au nombre des plus belles ,
Dieu fçait fi l'on nous fait bon nombre de rivaux !
Ah ! du moins qu'entre nous la loi fût générale ,
Que tu fuffes pour tous égale ;
Et fi tu m'es toute d'airain >
Pour tous également fevere ,
Ne montre pas un front ferein
A ceux qui , comme moi , s'empreffent de te plai
re.
Ce n'eft pas qu'aujourd'hui mon efprit agité
Par cette étrange frénéfie
Que j'entends nommer jalousie
Voulût à tes appas défendre la clarté,
Ce feroit trop borner les droits de ton empire
D'ailleurs , mon goût fera toujours flatté
De voir que le public admire
Les attraits qui m'ont enchanté .
Mais je crains qu'un rival à tes yeux trop aima
ble ,
Ne me raviffe un bien que je voudrois pour moi
Charmante Eglé , l'on eft bien excufable
Dans ce cas de fonger à foi.
Je fçais que fi ton coeur étoit pour le plus tendre
Je pourrois me flatter de l'obtenir un jour.
Mais quand on n'a que fon amour ,
Hélas ! à quoi peut- on s'attendre ?
Le Baron de Poin ... Tauz ... 1
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Résumé : EPITRE A Eglé.
L'épître, adressée à Eglé, commence par une plainte sur la difficulté de composer sans l'inspiration des Muses et l'appui d'Apollon. L'auteur exprime son soulagement d'avoir retrouvé la faveur du maître du Parnasse. Il interroge Eglé sur ses pensées envers celui qui traverserait les flammes du Phlégéton pour elle et s'il est le seul à souffrir d'un cœur insensible. L'auteur se réjouit des plaisirs et des fêtes, mais déplore la présence de rivaux. Il souhaite que la loi soit générale et qu'Eglé soit égale pour tous, bien qu'il reconnaisse être agité par la jalousie. Il admire que le public apprécie les attraits d'Eglé, mais craint qu'un rival trop aimable ne lui ravisse son affection. L'auteur se déclare excusable de songer à se venger dans ce cas. Il avoue que s'il avait la certitude du cœur tendre d'Eglé, il pourrait espérer l'obtenir un jour. Cependant, il se demande à quoi il peut s'attendre lorsqu'il n'a que son amour. L'épître est signée par le Baron de Poin... Tauz...
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