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Détail
Liste
7001
p. 182-184
LETTRE de M. le Chevalier Gluck, sur la Musique.
Début :
M. On auroit de justes reproches à me faire, & je [...]
Mots clefs :
Musique, Lettre, Langue, Iphigénie, Opéra, Ouvrages, Directeurs
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. le Chevalier Gluck, sur la Musique.
LETTRE de M. le Chevalier Gluck ,
fur la Musique.
M.
On auroit de juſtes reproches à me faire , & je
m'en ferois moi - même de très - graves , ſi, après
avoir lu la lettre écrite d'ici , à un des directeurs
de l'Académie royale de muſique , que vous avez
inférée dans le Mercure d'Octobre dernier , &
dont l'Iphigénie opéra eſt l'objet ; ſi , dis-je , après
avoir témoigné ma reconnoiſſance à l'auteur de
cette lettre , des louanges qu'il lui a plû de me
prodiguer , je ne m'empreſſois pas de déclarer que
ſon amitié & une prévention trop favorable , ſans
doute, l'ont entraîné , & que je ſuis bien loin de
me flatter de mériter les éloges qu'il me donne.
Je me ferois un reproche encore plus ſenſible aje
conſentois à me laiſſer attribuer l'invention du
nouveau genre d'opéra italien dont le ſuccès a
juſtifié la tentative : c'eſt à M. de Calzabigi qu'en
appartient le principal mérite ; & fi ma muſique
a eu quelqu'éclat , je crois devoir reconnoître
que c'eſt à lui que j'en ſuis redevable , puiſque
c'eſt lui qui m'a mis à portée de développer les
reflources de mon art. Cet auteur , plein de génie
&de talent , a ſuivi une route peu connue des
Italiens dans ſes poëmes d'Orphée , d'Alceſte &
de Pâris. Ces ouvrages ſont remplis dé ces fituations
heureuſes , de ces traits terribles & pathétiques
qui fourniffent au compofiteur le moyen
d'exprimer de grandes paſſions , & de créerune
FEVRIER . 1773 . 183
muſique énergique & touchante. Quelque talent
qu'ait le compoſiteur , il ne fera jamais quede la
muſique médiocre , ſi le poëte n'excite pas en lui
cet enthouſiaſine, ſans lequel les productions de
tous les arts font foibles & languiſlantes ; l'imitation
de la nature eſt le but reconnu qu'ils doiventtous
ſe propoſer. C'eſt celui auquel je tâche
d'atteindre : toujours ſimple & naturel , autant
qu'il m'eſt poſſible , ma muſique ne tend qu'à la
plus grande expreſſion & au renforcement de la
déclamation de la poësie. C'eſt la raiſon pour
laquelle je n'emploie point les trilles , les paffages
ni les cadences que prodiguent les Italiens.
Leur langue , qui s'y prête avec facilité , n'a donc
àcet égard aucun avantage pour moi; elle en a
fans doute beaucoup d'autres : mais , né en Allemagne
, quelqu'étude que j'aie pu faire de la
langue italienne , ainſi que de la langue françoiſe,
je ne crois pas qu'il me ſoit permis d'apprécier
les nuances délicates qui peuvent faire donner la
préférence à l'une des deux , &je pense que tout
etranger doit s'abſtenir de juger entr'elles ; mais
ce que je crois qu'il m'eſt permis de dire , c'eſt
que celle qui me conviendra toujours le mieux,
ſera celle où le poëte me fournira le plus de
moyens variés d'exprimer les paſſions : c'eſt l'avantage
que j'ai cru trouver dans les paroles de
l'opéra d'Iphigénie , dont la poëſie m'a paru avoir
toute l'énergie propre à m'inſpirer de la bonne
muſique. Qnoique je n'aie jamais été dans le cas
d'offrir mes ouvrages à aucun théâtre , je ne peux
ſavoir mauvais gré à l'auteur de la lettre à un des
Directeurs , d'avoir propoſé mon Iphigénie à votre
Académie de muſique. J'avoue que je l'aurois
produite avec plaifir à Paris , parce que par fon
184 MERCURE DE FRANCE.
effet & avec l'aide du fameux M. Rouficau de
Genève , que je me propoſois de conſulter , nous
aurions peut- être enſemble , en cherchant une
mélodie noble , ſenſible & naturelle , avec une
déclamation exacte ſelon la proſodie de chaque
langue& le caractère de chaque peuple , pû fixer
le moyen que j'enviſage de produire une muſique
propre à toutes les Nations , &de faire diſparoître
la ridicule diſtinction des muſiques nationales.
L'étude que j'ai faite des ouvrages de ce
grand homme ſur la muſique , la lettre entr'autres
dans laquelle il fait l'analyſe du monologue
de l'Armide de Lully , prouvent la ſublimité
de ſes connoiſſances&la fûreté de ton goût , &
m'ont pénétré d'admiration. Il m'en eſt demeuré
la perfuafion intime que s'il avoit voulu donner
ſon application à l'exercice de cet art , il aureit
pu réaliſer les effets prodigieux que l'antiquité
attribue à la muſique. Je ſuis charmé de trouver
ici l'occaſion de lui rendre publiquement ce tribut
d'éloges que je crois qu'il mérite.
Je vous prie , Monfieur , de vouloir bien inférer
cette lettre dans votre prochain Mercure.
J'ai l'honneur d'être , &c .
Chevalier GLUCK.
fur la Musique.
M.
On auroit de juſtes reproches à me faire , & je
m'en ferois moi - même de très - graves , ſi, après
avoir lu la lettre écrite d'ici , à un des directeurs
de l'Académie royale de muſique , que vous avez
inférée dans le Mercure d'Octobre dernier , &
dont l'Iphigénie opéra eſt l'objet ; ſi , dis-je , après
avoir témoigné ma reconnoiſſance à l'auteur de
cette lettre , des louanges qu'il lui a plû de me
prodiguer , je ne m'empreſſois pas de déclarer que
ſon amitié & une prévention trop favorable , ſans
doute, l'ont entraîné , & que je ſuis bien loin de
me flatter de mériter les éloges qu'il me donne.
Je me ferois un reproche encore plus ſenſible aje
conſentois à me laiſſer attribuer l'invention du
nouveau genre d'opéra italien dont le ſuccès a
juſtifié la tentative : c'eſt à M. de Calzabigi qu'en
appartient le principal mérite ; & fi ma muſique
a eu quelqu'éclat , je crois devoir reconnoître
que c'eſt à lui que j'en ſuis redevable , puiſque
c'eſt lui qui m'a mis à portée de développer les
reflources de mon art. Cet auteur , plein de génie
&de talent , a ſuivi une route peu connue des
Italiens dans ſes poëmes d'Orphée , d'Alceſte &
de Pâris. Ces ouvrages ſont remplis dé ces fituations
heureuſes , de ces traits terribles & pathétiques
qui fourniffent au compofiteur le moyen
d'exprimer de grandes paſſions , & de créerune
FEVRIER . 1773 . 183
muſique énergique & touchante. Quelque talent
qu'ait le compoſiteur , il ne fera jamais quede la
muſique médiocre , ſi le poëte n'excite pas en lui
cet enthouſiaſine, ſans lequel les productions de
tous les arts font foibles & languiſlantes ; l'imitation
de la nature eſt le but reconnu qu'ils doiventtous
ſe propoſer. C'eſt celui auquel je tâche
d'atteindre : toujours ſimple & naturel , autant
qu'il m'eſt poſſible , ma muſique ne tend qu'à la
plus grande expreſſion & au renforcement de la
déclamation de la poësie. C'eſt la raiſon pour
laquelle je n'emploie point les trilles , les paffages
ni les cadences que prodiguent les Italiens.
Leur langue , qui s'y prête avec facilité , n'a donc
àcet égard aucun avantage pour moi; elle en a
fans doute beaucoup d'autres : mais , né en Allemagne
, quelqu'étude que j'aie pu faire de la
langue italienne , ainſi que de la langue françoiſe,
je ne crois pas qu'il me ſoit permis d'apprécier
les nuances délicates qui peuvent faire donner la
préférence à l'une des deux , &je pense que tout
etranger doit s'abſtenir de juger entr'elles ; mais
ce que je crois qu'il m'eſt permis de dire , c'eſt
que celle qui me conviendra toujours le mieux,
ſera celle où le poëte me fournira le plus de
moyens variés d'exprimer les paſſions : c'eſt l'avantage
que j'ai cru trouver dans les paroles de
l'opéra d'Iphigénie , dont la poëſie m'a paru avoir
toute l'énergie propre à m'inſpirer de la bonne
muſique. Qnoique je n'aie jamais été dans le cas
d'offrir mes ouvrages à aucun théâtre , je ne peux
ſavoir mauvais gré à l'auteur de la lettre à un des
Directeurs , d'avoir propoſé mon Iphigénie à votre
Académie de muſique. J'avoue que je l'aurois
produite avec plaifir à Paris , parce que par fon
184 MERCURE DE FRANCE.
effet & avec l'aide du fameux M. Rouficau de
Genève , que je me propoſois de conſulter , nous
aurions peut- être enſemble , en cherchant une
mélodie noble , ſenſible & naturelle , avec une
déclamation exacte ſelon la proſodie de chaque
langue& le caractère de chaque peuple , pû fixer
le moyen que j'enviſage de produire une muſique
propre à toutes les Nations , &de faire diſparoître
la ridicule diſtinction des muſiques nationales.
L'étude que j'ai faite des ouvrages de ce
grand homme ſur la muſique , la lettre entr'autres
dans laquelle il fait l'analyſe du monologue
de l'Armide de Lully , prouvent la ſublimité
de ſes connoiſſances&la fûreté de ton goût , &
m'ont pénétré d'admiration. Il m'en eſt demeuré
la perfuafion intime que s'il avoit voulu donner
ſon application à l'exercice de cet art , il aureit
pu réaliſer les effets prodigieux que l'antiquité
attribue à la muſique. Je ſuis charmé de trouver
ici l'occaſion de lui rendre publiquement ce tribut
d'éloges que je crois qu'il mérite.
Je vous prie , Monfieur , de vouloir bien inférer
cette lettre dans votre prochain Mercure.
J'ai l'honneur d'être , &c .
Chevalier GLUCK.
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Résumé : LETTRE de M. le Chevalier Gluck, sur la Musique.
Dans cette lettre, le Chevalier Gluck répond à une critique élogieuse de son opéra 'Iphigénie' parue dans le Mercure d'octobre précédent. Il remercie l'auteur tout en soulignant que leur amitié et une certaine bienveillance ont pu influencer les éloges reçus. Gluck refuse de s'attribuer l'invention du nouveau genre d'opéra italien, attribuant principalement ce mérite à M. de Calzabigi, l'auteur des poèmes d''Orphée', 'Alceste' et 'Pâris'. Ces œuvres présentent des situations et des traits pathétiques qui inspirent une musique énergique et touchante. Gluck insiste sur le rôle crucial du poète dans l'éveil de l'enthousiasme nécessaire à la création musicale. Il évite les ornements tels que les trilles et les cadences, privilégiant une musique simple et naturelle qui renforce la déclamation poétique. Bien qu'il maîtrise plusieurs langues, il reconnaît ne pas pouvoir juger des nuances entre elles, appréciant celles qui offrent le plus de moyens d'exprimer les passions. Gluck aurait souhaité produire 'Iphigénie' à Paris avec l'aide de Jean-Jacques Rousseau pour créer une musique universelle. Il admire profondément les connaissances et le goût de Rousseau, convaincu que ce dernier aurait pu réaliser des effets musicaux prodigieux s'il s'était consacré à cet art. Gluck conclut en demandant la publication de cette lettre dans le prochain numéro du Mercure.
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7006
p. 64
AUTRE.
Début :
Je ne fais point, lecteur, l'amusement du sage, [...]
Mots clefs :
Chiquenaude
7007
p. 21-24
STANCES à M. de Buffon, sur son passage dans sa patrie ; par M. Baillot, suppléant au Collége ; envoyées à l'Académie & lues dans la séance publique, le 5 Août 1773.
Début :
Dans cette enceinte, ô ma patrie ! [...]
Mots clefs :
Georges-Louis Leclerc de Buffon, Apollon, Immortalité, Nature, Insectes, Serpents, Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon
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texteReconnaissance textuelle : STANCES à M. de Buffon, sur son passage dans sa patrie ; par M. Baillot, suppléant au Collége ; envoyées à l'Académie & lues dans la séance publique, le 5 Août 1773.
STANCES à M. de Buffon , fur fon paf
fage dans fa patrie ; par M. Baillot
fuppléant au College : envoyées à l'Académie
& lues dans la féance publique ,
leLe s Août
DANS
1773,
ANS Cette enceinte , ô ma patrie !
Lève , lève un front triomphant ;
Réjouis- toi , mère chérie ,
Voici ton plus illuſtre enfant.
C'eft dans tonfein qu'avec la vie
Il puifa fonbrillant génie ;
Célèbre avec moi fes fuccès :
Heureux berceau de fon enfance ,
Tu donnas un Pline à la France ;
Ton nom ne périra jamais,
Jetons des fleurs fur fon paffage ,
Accourez tous , ôCitoyens !
Venez lui rendre un juſte hommage
Venez unir vos yeux aux miens.
Ah ! mon coeur treflaille à fa vue !
Sans doute votre ame eft émue
Comme la mienne en l'écoutant.
O jour le plus beau de ma vie !
J'ai fatisfait ma noble envie ,
J'ai vu Buffon ..... je fuis content.
22
MERCURE
DE
FRANCE
.
Afon afpect majeune lyre
Rend fous mes doigts des fons plus doux :
C'est lui..... je cède à mon délire !
C'eſt lui qui s'affied parmi nous.
Buffon , dont les fçavans ouvrages
Enleveront tous les fuffrages
De la jufte Postérité ;
Buffon , que , dès fon vivant même ,
A marqué de fon (ceau fuprême
La main de l'immortalité.
Qu'ilfera cher à la penſée
De ces favoris d'Apollon ,
Ce jour où leur nouveau Licée
S'ouvre pour recevoir Buffon ,
Comme le dieu de l'harmonie
Charme les Nymphes d'Aonie
Par les accens mélodieux ;
Avec quelle éloquence active
Il rend notre oreille attentive ,
Et peint la Nature à nos yeux !
Dans les entrailles de la terre
Il defcend jufqu'à ces métaux ,
Source funefte & falutaire
Et de nos biens & de nos maux.
Il les épie à leur naiflance,
Les fuit de l'oeil avec conftanee ,
Marquefureux l'effet du temps
FEVRIER . 1774 . 2}
Et, faififlant chaque nuance ,
Pour nous découvrir leur effence ,
Il remonte à leurs élémens .
Que fon exemple nous enflamme ,
Elèves du facré Vallon !
Eft-il pour éveiller notre ame,
Eft-il un plus noble aiguillon ?
Voyons , voyons d'un oeil tranquille
L'eflaim bourdonnant & futile
Des infectes de l'Hélicon ;
Et , lors qu'ils fiffleront de rage ,
Si l'un de nous fe décourage
Qu'iljette un regard ſur Buffon,
Contre lui l'Envie animée
Dreffe fes ferpens meurtriers ;
En vain fa bouche envenimée
Tente de fouiller fes lauriers ,
L'entendez vous défefpérée ,
De fes couleuvres entourée
Mugir fous les pas de Buffon ?
Tandis qu'oubliant ſa victoire
Il vole au temple de Mémoire
Cueillir la palme d'Apollon .
Ainfi périt l'Hydre indomptable
Qui de Lerne infeftoit les bords ;
D'Alcide le bras redoutable
Triompha de fes vains efforts
24 MERCURE DE FRANCE.
Sa fable devient ton hiſtoire ,
Elprit divin , qui vers la gloire
A pris un vol audacieux ;
Que te font les cris inutiles
De tous ces odieux reptiles ,
Quand tu t'élances dans les Cieux ?
Un jour , par un fort invincible
Notre globe qu'il a décrit ,
Tombera fous la faulx terrible
Du monftre aîlé qui nous pourfuit ;
Mais tandis que, foule inactive ,
Nous végérerons fur larive
Des froides ondes du Léthé ,
Cet aftre brillant de lumière ,
Dans fon immortelle carrière
Roulera fans être arrêté.
fage dans fa patrie ; par M. Baillot
fuppléant au College : envoyées à l'Académie
& lues dans la féance publique ,
leLe s Août
DANS
1773,
ANS Cette enceinte , ô ma patrie !
Lève , lève un front triomphant ;
Réjouis- toi , mère chérie ,
Voici ton plus illuſtre enfant.
C'eft dans tonfein qu'avec la vie
Il puifa fonbrillant génie ;
Célèbre avec moi fes fuccès :
Heureux berceau de fon enfance ,
Tu donnas un Pline à la France ;
Ton nom ne périra jamais,
Jetons des fleurs fur fon paffage ,
Accourez tous , ôCitoyens !
Venez lui rendre un juſte hommage
Venez unir vos yeux aux miens.
Ah ! mon coeur treflaille à fa vue !
Sans doute votre ame eft émue
Comme la mienne en l'écoutant.
O jour le plus beau de ma vie !
J'ai fatisfait ma noble envie ,
J'ai vu Buffon ..... je fuis content.
22
MERCURE
DE
FRANCE
.
Afon afpect majeune lyre
Rend fous mes doigts des fons plus doux :
C'est lui..... je cède à mon délire !
C'eſt lui qui s'affied parmi nous.
Buffon , dont les fçavans ouvrages
Enleveront tous les fuffrages
De la jufte Postérité ;
Buffon , que , dès fon vivant même ,
A marqué de fon (ceau fuprême
La main de l'immortalité.
Qu'ilfera cher à la penſée
De ces favoris d'Apollon ,
Ce jour où leur nouveau Licée
S'ouvre pour recevoir Buffon ,
Comme le dieu de l'harmonie
Charme les Nymphes d'Aonie
Par les accens mélodieux ;
Avec quelle éloquence active
Il rend notre oreille attentive ,
Et peint la Nature à nos yeux !
Dans les entrailles de la terre
Il defcend jufqu'à ces métaux ,
Source funefte & falutaire
Et de nos biens & de nos maux.
Il les épie à leur naiflance,
Les fuit de l'oeil avec conftanee ,
Marquefureux l'effet du temps
FEVRIER . 1774 . 2}
Et, faififlant chaque nuance ,
Pour nous découvrir leur effence ,
Il remonte à leurs élémens .
Que fon exemple nous enflamme ,
Elèves du facré Vallon !
Eft-il pour éveiller notre ame,
Eft-il un plus noble aiguillon ?
Voyons , voyons d'un oeil tranquille
L'eflaim bourdonnant & futile
Des infectes de l'Hélicon ;
Et , lors qu'ils fiffleront de rage ,
Si l'un de nous fe décourage
Qu'iljette un regard ſur Buffon,
Contre lui l'Envie animée
Dreffe fes ferpens meurtriers ;
En vain fa bouche envenimée
Tente de fouiller fes lauriers ,
L'entendez vous défefpérée ,
De fes couleuvres entourée
Mugir fous les pas de Buffon ?
Tandis qu'oubliant ſa victoire
Il vole au temple de Mémoire
Cueillir la palme d'Apollon .
Ainfi périt l'Hydre indomptable
Qui de Lerne infeftoit les bords ;
D'Alcide le bras redoutable
Triompha de fes vains efforts
24 MERCURE DE FRANCE.
Sa fable devient ton hiſtoire ,
Elprit divin , qui vers la gloire
A pris un vol audacieux ;
Que te font les cris inutiles
De tous ces odieux reptiles ,
Quand tu t'élances dans les Cieux ?
Un jour , par un fort invincible
Notre globe qu'il a décrit ,
Tombera fous la faulx terrible
Du monftre aîlé qui nous pourfuit ;
Mais tandis que, foule inactive ,
Nous végérerons fur larive
Des froides ondes du Léthé ,
Cet aftre brillant de lumière ,
Dans fon immortelle carrière
Roulera fans être arrêté.
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Résumé : STANCES à M. de Buffon, sur son passage dans sa patrie ; par M. Baillot, suppléant au Collége ; envoyées à l'Académie & lues dans la séance publique, le 5 Août 1773.
Le texte est une ode dédiée à Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, naturaliste français, écrite par M. Baillot et lue publiquement le 1er août 1773. Le poème célèbre les succès et la carrière illustre de Buffon, soulignant son génie et ses contributions scientifiques. Il exprime la fierté nationale et invite les citoyens à honorer cet homme éminent. Le texte met en avant l'impact durable des travaux de Buffon, qui seront reconnus par la postérité. Il décrit également l'éloquence et la capacité de Buffon à expliquer la nature et les processus géologiques. Le poème encourage les élèves à s'inspirer de l'exemple de Buffon et à rester indifférents aux critiques jalouses. Enfin, il compare Buffon à Hercule, triomphant de l'envie et des obstacles, et prédit que son œuvre brillera éternellement, contrairement à ceux qui végètent dans l'inaction.
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7010
p. 55-56
AUTRE.
Début :
Ma mer n'eut jamais d'eau, mes champs sont infertiles : [...]
Mots clefs :
Mappemonde
7011
p. 68-71
LOGOGRYPHE.
Début :
Au calcul algébrique on me sait très-utile ; [...]
Mots clefs :
Récapitulation
7012
p. 86-87
Traité du Suicide, [titre d'après la table]
Début :
Traité du Suicide, ou du Meurtre volontaire de soi-même, par Jean Dumas. [...]
Mots clefs :
Suicide, Combat, Apologistes, La Nouvelle Héloïse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traité du Suicide, [titre d'après la table]
Traité du Suicide , ou du Meurtre volon
taire de foi-même , par Jean Dumas.
Savoir fouffrir la vie & voir venir la mort ,
C'est le devoir du Sage ; & tel fera mon fort.
GRESSET , tragédie d'Edouard.
vol in 8 ° . de 444 pages. Prix , s liv.
broché. A Amfterdam , chez Changuion
; & à Paris , chez Valade , li
braire , rue St Jacques.
L'auteur de ce traité , après avoir fait
voir que le Suicide eft oppoſé à la loi de
Dieu révélée , à celle de la Nature , & à
la raifon , combat les raifonnemens des
apologiftes du Suicide . Il met au nombre
AQUST. 1774 87
de ces apologiftes l'auteur de la Nouvelle
Héloïfe . M. Dumas cependant ne combat
jamais plus avantageufement les fophif
mes cités dans la Nouvelle Héloïfe en faveur
du Suicide , qu'en rapportant les puif
fantes raifons que M. R. a oppofées à ces
mêmes fophifmes.
taire de foi-même , par Jean Dumas.
Savoir fouffrir la vie & voir venir la mort ,
C'est le devoir du Sage ; & tel fera mon fort.
GRESSET , tragédie d'Edouard.
vol in 8 ° . de 444 pages. Prix , s liv.
broché. A Amfterdam , chez Changuion
; & à Paris , chez Valade , li
braire , rue St Jacques.
L'auteur de ce traité , après avoir fait
voir que le Suicide eft oppoſé à la loi de
Dieu révélée , à celle de la Nature , & à
la raifon , combat les raifonnemens des
apologiftes du Suicide . Il met au nombre
AQUST. 1774 87
de ces apologiftes l'auteur de la Nouvelle
Héloïfe . M. Dumas cependant ne combat
jamais plus avantageufement les fophif
mes cités dans la Nouvelle Héloïfe en faveur
du Suicide , qu'en rapportant les puif
fantes raifons que M. R. a oppofées à ces
mêmes fophifmes.
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Résumé : Traité du Suicide, [titre d'après la table]
En 1774, Jean Dumas publie 'Le Traité du Suicide', un ouvrage de 444 pages en format in-octavo, critiquant le suicide comme contraire aux lois divine, naturelle et rationnelle. Il réfute les arguments pro-suicide, notamment ceux de la 'Nouvelle Héloïse', en citant M. R. L'ouvrage est disponible à Amsterdam et Paris.
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7013
p. 48-49
VERS faits à la Fontaine de Vaucluse au point du jour.
Début :
Nous voyons la charmante Aurore [...]
Mots clefs :
Fontaine de Vaucluse, Pétrarque, Laure, Belle, Aube
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS faits à la Fontaine de Vaucluse au point du jour.
VERS faits à la Fontaine de Vaucluse
NOUS
au point dujour.
ous voyons la charmante Aurore
Ateler ſon char dans ces licux
Où l'aimable & ſenſible Laure
Inſpira de ſi tendres feux.
Prenez Pétrarque pour modèle ,
Jeunes mortels faits pour aimer ;
N'exiſtez que pour votre belle ,
Vous ferez fürs de l'enhammer.
Vous êtes nés pour être eſclaves,
Ainſi les Dieux l'ont arrêté.
Choiſiſlez les douces entraves
Que vous prépare la Beauté.
Dédaignez les chaînes dorées
Qu'on forge avec art dans les Cours ,
Et que vos mains ne ſoient preſſées
Quepar cellesdu tendre Amour.
Puiſſent pour vous de ſon délire
Les doux inſtans toujours durer ;
Vos coeurs , contens ſous ſon empire,
N'auront plus rien àdeſirer.
Heureux par celle qu'il adore ,
Aux honneurs préférant les fers ,
Dans
OCTOBRE. 1774. 49
:
Dans les bras de la belle Laure
Pétrarque oublia l'Univers.
Par M. D. R. M. C. A. M. A. R. D. F.
NOUS
au point dujour.
ous voyons la charmante Aurore
Ateler ſon char dans ces licux
Où l'aimable & ſenſible Laure
Inſpira de ſi tendres feux.
Prenez Pétrarque pour modèle ,
Jeunes mortels faits pour aimer ;
N'exiſtez que pour votre belle ,
Vous ferez fürs de l'enhammer.
Vous êtes nés pour être eſclaves,
Ainſi les Dieux l'ont arrêté.
Choiſiſlez les douces entraves
Que vous prépare la Beauté.
Dédaignez les chaînes dorées
Qu'on forge avec art dans les Cours ,
Et que vos mains ne ſoient preſſées
Quepar cellesdu tendre Amour.
Puiſſent pour vous de ſon délire
Les doux inſtans toujours durer ;
Vos coeurs , contens ſous ſon empire,
N'auront plus rien àdeſirer.
Heureux par celle qu'il adore ,
Aux honneurs préférant les fers ,
Dans
OCTOBRE. 1774. 49
:
Dans les bras de la belle Laure
Pétrarque oublia l'Univers.
Par M. D. R. M. C. A. M. A. R. D. F.
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Résumé : VERS faits à la Fontaine de Vaucluse au point du jour.
Le poème 'Vers faits à la Fontaine de Vaucluse' célèbre l'amour et l'inspiration poétique de Pétrarque pour Laure. L'auteur encourage les jeunes amoureux à préférer l'amour véritable aux richesses des cours royales. Il exalte la beauté et la tendresse de l'amour, souhaitant sa durée éternelle. Pétrarque, épris de Laure, oubliait tout dans ses bras. Le poème est signé M. D. R. M. C. A. M. A. R. D. F. et daté d'octobre 1774.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7014
p. 49
IMPROMPTU. Pour une très-jolie Demoiselle dont le nom est Sophie.
Début :
Je ne desire plus, Emile, ta Sophie, [...]
Mots clefs :
Sophie, Émile
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texteReconnaissance textuelle : IMPROMPTU. Pour une très-jolie Demoiselle dont le nom est Sophie.
IMPROMPTU.
Pour une très -jolie Demoiselle dont le
nom est Sophie.
JE ne defire plus , Emile , ta Sophie,
J'en connois une ici plus aimable cent fois ,
Et le ſort du mortel qui doit fixer ſon choix
Pourra ſeul , dans mon coeur , faire naître l'envic.
Par le même.
Pour une très -jolie Demoiselle dont le
nom est Sophie.
JE ne defire plus , Emile , ta Sophie,
J'en connois une ici plus aimable cent fois ,
Et le ſort du mortel qui doit fixer ſon choix
Pourra ſeul , dans mon coeur , faire naître l'envic.
Par le même.
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7015
p. 192-208
Lettre à M. de Chabanon, pour servir de réponse à celle qu'il a écrite sur les propriétés musicales de la langue Françoise. Par M. le C. de S. A.
Début :
A mon retour d'un voyage très-long, j'ai été frappé, Monsieur, de la Lettre que vous avez [...]
Mots clefs :
Langue, Musique, Chant, Sons, Son, Oreille, Genre, Sons mixtes, Force, Homme, Verbe, Paroles, Ordre, Goût, Dignité, Voyelle, Mixte, Élision, Raison, Caractère, Jean-Jacques Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : Lettre à M. de Chabanon, pour servir de réponse à celle qu'il a écrite sur les propriétés musicales de la langue Françoise. Par M. le C. de S. A.
Lettre à M. de Chabanon , pourfervir de
réponse à celle qu'il a écrite fur les propriétés
musicales de la langue Françoise.
Par M. le C. de S. A.
A mon retour d'un voyage très - long , j'ai été
frappé , Monfieur , de la Lettre que vous avez
inférée dans le Mercure du mois de Janvier 1774 .
Voici les réflexions qu'elle m'a fait faire , & que
je prends la liberté de vous communiquer.
Sans entrer dans des détails inutiles , vous me
paroiſlez très perfuadé de l'aptitude de notre
langue àlamuſique. Vos remarques ſur la contra-.
diction exiſtante entre les ſtyles différens des Au- .
teurs & l'unité de caractère qui ſembleroit devoir
être inhérente à la Langue , ſont très judicieuſes .
Vous ajoutez que notre idiome François s'eſt
particulièrement diftingué par l'avantage directement
oppoſé au vice qu'on lui reproche , & de
tout
FÉVRIER . 1775 . 193
tout cela vous tirez cette conféquence : la Langue
eſt ce que les Ecrivains la font.
Je pourrois partir du même point pour conelure
de même à l'égard de la Muſique. Elle eſt,
ſelon vous , une langue à part , & peut- être indépendante
des paroles ; en ce cas , elle eft ce que
lesCompoſiteurs la font. Cette idée confondroit
abſolument toutes les différences de genre national
, & je n'en aurois pas un regret bien vif. Je
ne connois que le beau ; il m'eſt fort égalde quel
pays il peut être. Vous allez me demander ce que
c'eſt que lebeau ; vous ſentez aſſez que ce n'eſt
point ici le lieu de traiter une queſtion purement
métaphysique , &que cette diſcuſſion nous meneroit
trop loin. Revenons.
Sur les propriétés muſicales de notre Langue ,
il ſe préſente , dites- vous , trois opinions qui partagent
également le Public.
1°. Notre Langue eſt muſicale; mais Lulli a
créé le ſeul genre dont elle ſoit ſuſceptible. II
eſt aſſez égal , comme vous l'obſervez trèsbien
, que Lulli ait créé ce genre , que l'on dit
convenir ſeul à notre Langue , ou qu'il l'ait apportéd'Italie.
Eſt-ce le ſeul qui nous convienne?
Voilà le fait. Je ne dis pas que cela ſoit; mais je
ne ſuis point effrayé de l'objection que vous préſentez
contre cette opinion. Le diſcredit on eſt
tombé le chantde Lulli ne me paroît pas une raifon
ſuffiſante pour la nier. A-t- on jamais conclu
du droit par le fait ? C'eſt renverſer l'ordre des
choſes. S'il eſt vrai , comme on n'en peut douter,
que le goût ait changé depuis Lulli , ſoit en bien ,
foiten mal , on n'en doit pas tirer la conféquence
que la muſique de cet Auteur a été reconnue
inalliable au rithme de la Langue Françoile. On
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194 MERCURE DE FRANCE.
devroit tout au plus en induire qu'elle n'eſt pas
la ſeule qui puiſle s'unir aux mots françois. J'efpère
vous prouver plus loin que l'on ne peut
même avancer cette propoſition. En attendant ,
je vous obſerve qu'avant de conclure par les
changemens faits au goût , il faudroit établir
comme certain que le goût s'eſt perfectionné.
Cette preuve n'eſt point aiſée.
J'ajoute que je regarde , comme très - poſſible ,
que la corruption du goût aille , non- feulement
juſqu'à faire ſubſiſter des monftres à côté des chefsd'oeuvre
, mais encore faire préférer les monſtres
aux chefs - d'oeuvre. La corruption du goût ne
vientque d'un ſentiment faux , &par conséquent
d'un jugement faux ;puiſqu'il eſt clair en méraphyſique
, que le jugement n'est qu'une modificationde
ſentiment. Pourquoi donc vouloir borner
cette corruption , puiſque l'on ne ſauroit
fixer le degré d'organiſation qui règle le ſentiment,
& dont elle dépend ſeule ? Corneille , Ra .
cine, Crébillon font actuellement une impreſſion
moins vive qu'autrefois. On ſe contente d'une
admiration ſtérile , &, à la honte du Théâtre &
de la Nation , on met en parallele avec eux des
génies médiocres , & ſouvent même on les leur
préfère. Un genre qui n'eût jamais olé paroître
dans ces fiècles heureux où brilloient ces grands
hommes , les éteint aujourd'hui. Peut - être dans
quelque temps verra- t-on ce genre , qui n'est pas
le véritable quoiqu'il ait ſes beautés particulières,
devenir le ſeul exiſtant , & plonger dansun
un oubli éternel les Pères & les Héros du Théâcre.
Vous voyez donc qu'on ne peut fixer ledegré
de la dépravation du goût. Au reſte , vous avez
fenti la foibleſſede votre argument ,& vous pafſez
de ſuite à la ſeconde opinion.
FÉVRIER. 1775. 195
2. Notre Langue ſe prête aux touraures du
chant moderne ; mais ces tournures ne ſiéroient
pasà la dignité de l'Opéra.
mon
Avant de diſcuter cette dernière opinion , je
crois qu'il ſeroit à propos de définir ce que l'on
entend par dignité; ſeroit- ce ſimplicité ? En ce
cas , il eſt clair que la Muſique Italienne étant
moins ſimple que celle de l'Opéra , cette dernière
doit être plus d'accord avec notre Langue , dont
le principal mérite eſt cette même ſimplicité. Qui
peut donc empêcher qu'elle ne ſe prête à la ſimplicité,
ni à la dignité de l'Opéra ? J'irai encore plus
loin. De tous les genres poſſibles , celui de Lulli
étoit certainement le plus fimple. Ce genre doit
donc convenir uniquement à la Langue Françoiſe
, qui eſt la plus ſimple des Langues modernes.
Qu'a- t- on à répliquer à cela de ſolide ? Rien ,à
moins que pour faire crouler l'édifice de
raiſonnement , vous ne donniez au mot dignité
une autre idée que celle que je vous ai offerte, &
qui m'a paru la plus naturelle. Par dignité, entendrez
-vous force ? Je ne fais ce que c'eſt qu'une
muſique forte. D'ailleurs , cette force ne peut être
continue , puiſqu'elle dépend des images avec leſquelles
elle doit s'allier. Au reſte , il faudroit encore
expliquer ce que c'eſt que force , & alors
nous nous engagerions dans un dédale , dont ni
vous , ni moi ne pourrions ſortir. Cette dignité
d'ailleurs , quelle qu'elle ſoit , doit être un caractère
décidé ; or , la force ne pouvant exiſter que
par contraſte avec la foibleſſe , ne peut produire
cet effet. Expliquez - moi donc ce mot dignité, &
alors je vous répondrai.
1. Vous regardez avec raiſon la troiſième opinion
comme la plus redoutable , & ce n'eſt pas tant ,
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196 MERCURE DE FRANCE.
dires-vous , par la force des raiſonnemens qui la
ſoutiennent que par la célébrité du grand homme
qui s'en eſt déclaré le protecteur. J'ai peut - être
tort , mais je penſe le contraire. Je crois que c'eſt
encore plus par les preuves ſolides qui la conſtatent
, que par le nom du fameux Jean - Jacques
Rouſleau , qu'elle doit en impoſer.
3 °. Aucune bonne muſique ne peut nous convenir
, & nous ſommes condamnés à ne jamais
chanter.
J'avoue que cette déciſion eſt un peu ſévère ;
mais c'eſt moins ſa ſévérité que ſa juſteſle qu'il
faut examiner. Les accuſations intentées contre
notre Langue ſe peuvent réduire à trois . 1 °. La
quantitéde ſons perdus & indiſtincts qui s'y trouvent.
2º. L'ordre trop didactique de nos conftructions.
3º . Le défaut de proſodie marquée. Allons
par ordre.
Voici , ſur le premier chef, les paroles de M.
Roufieau. Notre Langue, dit- il , compoſée de
>fons mixtes &de ſyllabes muettes , ſourdes on
naſales , ayant très-peu-de voyelles ſonores , &
>>beaucoup de conſonnes & d'articulations , eſt
> entièrement contraire à la muſique. »
Vous voudriez , dites - vous , cauſer avec M.
Rouſſeau pour ſavoir ce qu'il entend par des ſons
mixtes. Je vais tâcher de vous fatisfaire fur cet
article , à condition toutefois que vous aurez la
bonté de m'expliquer à votre tour ce que vous
entendez par dignité ; nous ferons compenfazion.
Pour revenir à notre question , je crois qu'il
faut d'abord avoir recours à l'idée la plus naturelle
que pourroit préſenter le mot mixte. En
FÉVRIER . 1775. 197
chimie, en phyſique , & dans toutes les ſciences
poſſibles , on appelle mixte tout ce qui tient de
deux natures. Ainsi , un corps mixte eſt un corps
compoſé de pluſieurs êtres de différens genres.
Une ſenſation mixte eſt une ſenſation qui n'eſt
pas décidée , & en embraſle pluſieurs. En politique,
unGouvernement mixte eſt celui qui ſe reſſent
de pluſieurs Gouvernemens différens ; il ſembledonc
que l'idée de mixte ſoit abſolument contraire
à l'idée d'unité , puiſqu'on ne peut l'enviſager
ſans diftinguer en même-temps plus d'une
unité. :
Qu'est- ce donc qu'un ſon mixte ? C'eſt un ſon
qui n'eſt point décidé. Toute Langue morte ou
moderne eſt compoſée de voyelles & de confonnes.
Tous ceux qui ont une oreille ſenſible conviendront
que le ſon d'une voyelle eſt plus diftinct
que celui d'une conſonne,qui n'eſt lui-même
formé que par la déſinence imparfaite d'une
voyelle. Ainfi τὸ , qui , en grec répond à l'article
le, François , eſt un ſon plus décidé que τον , acculatif
du même article, attendu qu'il ſe termine
par une voyelle appuyée , & que τον ne ſe termine
que par une voyelle coulée très rapidement , &
perdue dans l'air. Autre raiſon favorable à mon
idée. To , étant ſonore & marqué , peut s'adapter
àun chant marqué , au lieu que Tov ne peut au
contraire ſe lier qu'à un chant incertain. Cette
conféquence eſt tirée d'un principe que vous ne
combattrez fûrement pas. C'eſt que les ſons vocaux
doivent toujours exprimer la même idée que
les ſons muſicaux , ou , pour parler plus exactement
, la même idée doit être rendue par l'union
du chant & de la parole.
Voilà , Monfieur , ce que je regarde commedes
I iij
198 MRECURE DE FRANCE.
fons mixtes. Pour affirmer s'ils font contraires ou
favorables à la muſique , il faudroit qu'il fût démontré
que la musique ne peut peindre qu'un certain
nombre d'idées ; & , pour fixer le degré où
cette forte de ſons ſeroit contraire ou favorable
àlamuſique , il faudroit compter combien d'idées
elle pourroit peindre. Vous ſentez où cela nous
meneroit ; n'embrouillons point les objets. Il eſt
queſtion de ſavoir ſi , en général , les fons mixtes
conviennent ou non à la muſique. A cela je réponds
que ces fons peuvent très-bien convenir ,
ainſi que vous le remarquez judicieuſement à
loccafion des ſyllabes muettes , à ces parties de
chant où la voix doit mourir , & preſque s'anéantir
entièrement ; mais ce n'eſt point affez pour
conclure abſolument en leur faveur. On doit
avouer , bien loin delà , que ces ſons ſeront déplacés
toutes les fois qu'il ſera queſtion de former
un chant uni & marqué . Or , comme il eſt vraifemblable
que ce chant marqué doit être le vrai
caractère de la muſique , & qu'elle ne peut s'en
éloigner que par licence; on pourroit déduire au
contraire que les fons mixtes font en général peu
propres à la muſique , puiſqu'ils ne conviennent
qu'à ungenre.
Je conçois encore une autre eſpèce de fons
mixtes; ce ſont , par exemple , ceux où deux
voyelles expriment le même ſon , àpeu de choſe
près , qu'une ſeule ,& dont le ſon par conséquent
peut s'appeler mixte , puiſqu'il tient de l'intonation
de deux voyelles. Le mot pair eſt dans ce
cas; il ſe prononceroit preſque de même, s'il étoit
écritper; mais il retient un peu de la voyelle a,
&de la voyelle i, autrement il ſe prononceroie
paroupir. Ces forres de fons mixtes ne fontau
FÉVRIER . 1775. 199
cuntort à la mufique , & nous n'en parlerons pas
davantage.
Quant aux ſyllabes muettes, commes elles pof
sèdent les mêmes qualités que les ſons mixtes , &
qu'elles y reflemblent aſſez d'ailleurs , la conclu
ſion que j'en tirerai ſera donc qu'elles ne peuvent
convenir qu'à un genre , & que par là-même elles
ſont peu favorables à la muſique , qui doit tout
peindre. Au reſte , je puis le dire en paſſant : un
défaut attaché non- ſeulement à notre Langue ,
mais encore à celle des autres nations , eſt qu'on
n'y rencontre preſque jamais cette harmonie fi
defirable entre les mots & le chant. L'expreſſion
n'est jamais fondue ni identifiée avec eux. Les
ſons perdus dans la muſique, & les fons mixtes
ou muets dans la langue , exprimeront à merveilles
l'indéciſion , le trouble , l'agonie ou la mort;
mais rendront-t- ils d'autres idées que celles qui
auront quelque fimilitude avec les images dont
jeviens de parler ? N'importe , on les emploie à
tout dans la muſique françoife , ainſi que dans la
proſodie vocale , qui exigeroit la même délicarefle;
& par là on confond tout , on mêle tout ,
&l'on n'offre aux yeux du ſpectateur qu'un tableau
monstrueux , dont le deſſin eft étouffé ſous
un coloris uniforme & fatiguant .
Pour éviter ce triſte inconvénient , on devroit
ſe bien perfuader que jamais un morceau de mu.
ſique chanté ne peut réuffir, s'il unanque cette
union admirable entre les paroles& le chant. Si
l'on a à peindre une imagegrande & fublime , il
ne faut pas , en gardant l'ordre dans la muſique
feule, détruire la magie de l'expreſſion muſicale
par des ſons vocaux'éteints & (ans valeur. De
même, il ne faut point adapter à des mots har-
Liv
200 MERCURE DE FRANCE.
monieux & ſonores un chant incertain qui en abforbe
la mâle énergie ; mais c'eſt en vain que l'on
répète les leçons de la Nature; les hommes ont
oublié ſa voix , & l'art ingénieux & fubtil a enfin
réufi à éclipſer celle dont il emprunte ſa grandeur.
Vous donnez un exemple d'éliſion italienne &
d'éliſion françoiſe , & vous croyez par- là prouver
que notre éliſion qui fe fait d'une ſyllabe
muette contre une voyelle ſonore eſt bien plus
agréable & plus naturelle que l'autre. Vous citez
ces deux vers italiens fi connus :
Teneri sdegni , e placide , e tranquille
Repulſe , e cari vezzi , e liete paci .
On ne peut , dites vous , ſéparer ces voyelles
ſans marcher d'hiatusen hiatus , & rendre la pro.
nonciation cahoteule ; & on ne peut les unir au
contraire , fans tronquer , ſans défigurer les mots,
en leur ôtant une des ſyllabes qui les compoſent,
&d'ailleurs , vous fatiguez l'oreille par le retour
continuel des déſinences en e. On ne peut mettre
en queſtionſi on doit les féparer ou les unir.
L'oreille indique le dernier parti. Pourquoi, dans
ce cas , fatigueroit - t . on l'oreille par le retour
déſagréable des déſinences en e ? Ne vous rappelez-
vous plus ce que nous venons de dire fur
l'harmonie qui doit ſubſiſter entre l'expreffion
muſicale & l'expreſſion vocale ? Repréſentez-vous
un inftant l'idée que repréſentent ces deux vers
italiens. Elle eſt une , & en camayeu , ſi je puis
parler ainfi . Une idée une doit naturellement enfanter
une unité d'expreſſion . En ce cas , il faut
que l'idée , la muſique& les paroles nous préſen
FÉVRIER . 1775 . 201
tent l'uniformité. Ainsi , l'Auteur a très-bien réuſſi,
&le traînant que vous remarquez dans ces deux
vers charmans eſt une perfection & non un défaut
, puiſqu'il exprime ce qu'il doit exprimer.
Je paſſe à l'autre exemple d'éliſion françoiſe
que vous citez enfuite , pour la relever infiniment
au-deſſus de l'éliſion italienne. N'appercevezvous
pas que ce n'eſt point une voyelle qui la
forme, mais une conſonne ? On ne peut donc
proprement l'appeler éliſion. C'eſt plutôt une
eſpèced'union entre deux ſons différens, qui, loin
de les faire glifler l'un ſur l'autre comme dans
l'Italien , conſolident au contraire la prononciation
, & paroit plus propre à peindre un repos
majestueux qu'uire uniformité voluptueuſe , auſſi
levers françois :
Oui , je viensdans ſon Temple adorer l'Eternel ,
préſente-t-il une image bien différente de lapremière.
C'eſt , comme je viens de l'obſerver, une
pauſe noble & majestueule , qui eſt très-bien expriméepar
cette ſuſpenſion entre le mot Temple
&le commencement du mot adører .
Je crois ceci pris dans l'eſſence des choſes.
Je ne prétends point du tout dire pour cela que
cette union ou éliſion , ainſi que vous voudrez
Pappeler , foit moins agréable que l'autre , mais
je veux ſeulement dire que c'eſt une forte d'agrément
abſolument différente , & , par conféquent
, adaptable à un autre genre de peinture,
Je conclus de tout cela que les Vers Italiens&
François ſont très - bien choifis, & rendent trèsbien,
chacundans leurgenre , le ſentimentqu'il
faut rendre ; mais qu'ils ne prouvent rien , ni
pour , ni contre,
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
Je ne m'étendrai pas davantage fur le reproche
que l'on fait à notre Langue , d'être remplie de
conſones & d'articulations. Tout cela peut être
rangé dans la clafle des ſons- mixtes , & doit ,
par conséquent , avoir les mêmes défauts. Il eſt
ailé de voir , par les paroles mêmes de M.
Rouſleau , que le vice effentiel qu'il trouve àla
Langue Françoite , eſt de n'offrir qu'un genre
indécis , peu marqué , & propre à un ſeul genre ,
qui eſt celui que vous nommez perdu & indil
tinct.
1 Pafions à la ſeconde objection. L'ordre didac
tique de nos conſtructions , ( c'eſt encore M.
Rouſleau qui parle ) , empêche la phrafe muſicalede
ſe développer ; aulieu qu'elle ſe développe
beaucoup mieux , quand le ſens du diſcours,
long-temps ſuſpendu , ſe réſoud ſur le verbe
avec la cadence.
Vous ne ſentez point, Monfieur , le mérite
muſical de l'inverfion. Setoit- il poſſible que , connoiffant
les charmes de la Langue Latine , vous
neconveniez pas qu'un de ſes principaux agrémens
eſt cette inverſion dont vous vous plaignez
? Il est vrai que pour un homme qui en
ignoreroit entièrement les principes , elle paroît
d'abord plus obſcure. L'habitude , d'ailleurs , que
nous avons contractée , de parler & d'écrire un
idiome dans lequel l'ordre grammatical n'eſt
preſque jamais interrompu , doit nous prévenir
contre l'inverfion ; mais , en réfléchiſſant bien ,
vous trouverez ſûrement que la raiſon & le
goût justifient cette affertion de M. Roufleau.
Je ne dis rien de trop fort , & je vais vous
faire juge en votre propre cauſe. Les lumières
que vous avez acquiſes , en travaillant fur la
FEVRIER. 1775. 203
Muſique , ſont trop étendues & trop générales ,
pour ne pas être frappé de ce que je vais vous
dire à ce lujet.
Je ne parlerai point du plaiſir que toute oreille
exercée éprouve à la lecture des phraſes latines ,
où l'inverſion eſt la plus marquée. Quelque vif
qu'il puifle être , il ne concluroit rien pour
moi , & vous auriez toujours la reſſource de
répondre que ce n'eſt point l'homme corrompu
par mille conventions qui lui tiennent lieu de
réalités , que l'on doit citer ici; mais au contraire
l'homme qui n'auroit nulle connoiſſance
de la Muſique , &, autant qu'il ſeroit poſſible ,
dans l'état de nature. Il faut donc chercher
d'autres raiſons , & vous prouver que le goût ,
le ſentiment & la lumière naturelle de l'homme .
fans aucune réflexion , le porteront toujours à
préférer l'inverſion à l'ordre grammatical des
phrales. Vous ferez ſurpris de ce paradoxe ;
mais il eſt queſtion de vous convaincre, &
j'eſpère y réuſſir.
Je commence par établir un fait connu de tout
le monde , & pris dans la nature. C'eſt que de
deux idées de force égale , celle qui ſe préſente
la dernière à l'eſprit l'emporte preſque toujours
fur l'autre. Sans m'amuſer à prouver cette vérité
Métaphysique , par des objets peu connus,
je ferai ſentir à tout homine raiſonnable que
de tout ce qu'il voit , de tout ce qu'il entend ,
c'eſt le dernier tableau , c'eſt le dernier ſon qui
lui refte dans la tête . Delà vient cet amour
général de la nouveauté ; delà cette inconſtance
naturelle de l'homme , qui l'entraîne fans ceffe
vers tout ce qui a frappé le plus récemment
ſes ſens ou ſoname. Je dis plus; les attachemens
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
les plus longs & les plus anciens , les préjugés
les plus forts fur certains points , la plus conftante
obſervation de certains préceptes , ne viennent
d'autre choſe, finon de ce que ces attachemens,
ces préjugés , cette obſervation , le préfentent
fans cefle à nous , avec les graces de la nouvauté.
Nous croyons y découvrir de nouveaux charmes ,
& ce n'eſt que dans l'inconftance qu'il faut
chercher la raiſon de la fermeté.
D'après ces notions , vous ſentez toute la
fuite de mon raiſonnement & ne pouvez vous
y oppofer. De toute la phrafe , le verbe eſt ,
ſans nulle difficulté, le mot le plus frappant ,
celui qui doit produire le plus grand effet &
exciter la plus forte émotion. Que toute la
phraſe paroîtroit foible & languiſlante , fi le
verbe la commençoit toujours ! Voilà pourquoi
notre Langue eſt ſi peu énergique , & ſe prête
fi gauchement aux divins tranſports de la Poéfie.
Quelle impreffion peut faire dans les coeurs un
mot ſans force , après un mot plein d'harmonie ?
Raiſonnons de même à l'égard du verbe. C'eſt
de lui que l'on attend tout l'effet du morceau ;
on doit le defirer ardeinment , & il ne ſemble fait
que pour mettre le ſceau au caractère de la
phrafe. Au contraire , dans notre langue , ce
verbe ſi précieux paroît au commencement de la
période, fans qu'on ait eu le temps de ſe reconnoître
& de graduer ſes ſenſations ; & dela il
acrive un triſte effet. Outre qu'il ne produit pas
le quarr de l'ébranlement qu'il eût caufé , s'il
cût donné au coeur le temps de fouhaiter ſa
préſence il éteint toute la phrafe & en ôte
abfolument l'intérêt. La choſe eſt décidée ; il
n'eſt plus de retour : l'eſprit & le coeur , égale-
,
FÉVRIER . 1775.205
ment fatisfaits par l'harmonie impoſante da
verbe , ne parcourent qu'avec nonchalance le
reſte de la période qui ne ſert qu'à éclaircir l'idée ,
& qui ne peut plus que l'affoiblir. On ne produit
pas deux fois un grand effer. Toute la phraſe
devenue traînante , ennuyeuſe , ſans ame, ſans
force , ſans projet , ſans énergie , eſt écraſée par
la comparaiſon du verbe avec elle. Tels font les
inconvéniens de ce bel ordre didactique dont
vous nous vantez les avantages.
Voyez à préſent le triomphe du ſens ſuſpendu.
Repréſentez- vous , d'un côté , l'Orateur prêt à
déployer ſon éloquence par un tableau intéreflant
, & de l'autre , l'auditeur dont l'ouie
avide ſaiſit rapidement toutes les réflexions de
l'Orateur. Il commence , l'attention s'éveille ;
elle croit par degrés. Les participes , rangés avec
art après les noms , ont fait naître un intérêt plus
vif; l'auditeur attend , avec une impatience étonnante
, l'inſtant déciſif de la période : il l'attend
en frémiſſant , ſoit de defir , ſoit de crainte ,
ſuivant l'idée qu'offre le morceau . Enfin le verbe
paroît , frappe &décide le caractère de la phraſe.
Il ne frappe pas; mais il tonne , & l'effet qu'il
a produit eſt quelquefois fi fort qu'il ne fauroit
être détruit par une phrafe même auſſi harmonieuſe
que la première.
Tout mon ſyſtême eſt bâti ſur ceci. Point de
bonheur ſans deſir. Les choſes les plus ardemment
ſouhaitées ſont celles qui nous charment
le plus. D'après cela , je crois que tout le
monde conviendra que , puiſqu'il doit exiſter un
rapport harmonique entre les paroles& le chant,
puiſque c'eſt dans ce rapport , de votre aveu
même,que conſiſtent les plus grands effets de
206 MERCURE DE FRANCE.
Da Muſique, il s'enfuit très - naturellement que
la même raiſon qui donne au verbe , long tems
attendu , un attrait ſi puiſſant , meſuré à la force
du defir de l'auditeur , doit auſſi lui donner le
même attrait , quand on joint de la Muſique à
des paroles. La Muſique , dites- vous , Monfieur ,
eſt une Langue comme une autre , & peut- être
même moins arbitraire. En ce cas , toutes les
beautés grammaticales font auſſi des beautés
pour elle En ce cas , l'inverſion , qui produit
une impreſſion ſi profonde dans les Langues où
elle eſt en uſage , doit auſſi la produire dans
la Muſique. Je ne vois pas que l'on puifle empêcher
la conféquence que j'en tire.
J'abandonne cette ſeconde objection , pour
pafler à la troiſième qui eft certainement la
plus forte. C'eſt là le vice radical de notre
Langue , & je doute qu'elle ſe relève jamais de
la prévention funeſte où l'on eſt contr'elle à
cet égard : car enfin vous avez beau me parler
de l'oreille , vous avez beau me répéter qu'on
ne peut altérer la valeur d'une ſillabe , ſans
qu'elle en ſoit bleſſée ; quelque fort , quelque
puiſlant que foit ce préjugé , vous ne réuffirez
jamais à faire paſſer l'oreille pour une règle.
Donnez-vous la peine d'examiner toutes les
Langues anciennes , ſi harmonieuſes , ſi variées ,
ſi riches ; vous trouverez partout l'accent indiqué
d'unemanière claire&préciſe. La langue grecque
que vous citez vous- même , cette langue , ſi chère
à toute oreille ſenſible , avoit une profodie
marquée bien distinctement Comment , d'après
cela , pouvez-vous citer l'oreille comme une
règle Vous auriez raiſon , ſi vous me parliez
de l'homme naturel , en qui les conventions &
FÉVRIER . 1775. 207.
.
les images empruntées n'ont point encore gâté
cette pureté d'organes ſi précieuſe pour le
bonheur ; alors je vous dirois : Oui , l'oreille
de cet homme eſt un guide sûr , & toutes les
règles doivent être bâties fur celles - là ; mais il eſt
queſtion d'une oreille gâtée , pervertie, dépravée,
d'un ſens qui a perdu ſa netteté originaire ; je
vous demande qu'elle règle on doit attendre
d'elle; Elle doit , au contraire , ſe conformer à
cequi eſt établi ; & fi elle a droit de le cenſurer ,
ce ne ſera que lorſqu'on approchera le plus de
ſon ancienne fumplicité. Il eſt donc clair que
laMuſique Françoiſe n'a point de proſodie.
D'après une preuve auſſi évidente , vous ne
pouvez regarder comme une faute de quantité
leVers de M. Rouſleau : Si des galanis de la
Ville , &c. Il n'y a jamais eu d'accent qui ait déter.
miné la prononciation de la fillabe ga. L'uſage
a prévalu , à la vérité , & on la fait brève ;
mais M. Roufieau n'a pu faire une faute contre
la proſodie , puiſqu'il n'y en a point.
De plus longs raiſonnemens ſeroient ici ſuperflus
; la choſe parle d'elle- même , & il eſt
temps que cette lettre finifle. Je la terminerai ,
Monfieur , par l'aſſurance des ſentimens que
vous m'avez inſpirés par vos lumières & la
juſteſle de quelques-unes de vos vues. J'ai répondu
au defir que vous me paroiſlez avoir de
connoître le vrai , & je vous ai dit ce que je
penſois. Trop heureux ſi vous approuvez l'émulation
que m'a donné un talent auſi marqué
que le vôtre, & me communiquez les nouvelles
découvertes que vous pourrez faire en ce gente.
Encore un mot , & je finis. Toute mon intention
a été de vous démontrer qu'il s'en fallois
208 MERCURE DE FRANCE.
de beaucoup que la Langue Françoiſe fût auſſi
propre que l'Italienne à la Muſique , &je crois
avoit réuili ; mais après avoir vu tout ce que
vous avez avancé à ce ſujet , qui m'a paru
foible à tant d'égards , j'ai lu, avec autant d'étonnement
que dejoie , votre nouvelle opinon ,
qui nous offre la Langue de la Muſique comme
abſolument indépendante des paroles , & capable
d'exprimer, fans ſon ſecours , les paffions les
plus chères à l'homme. Il y a quelque temps
que je roule dans ma tête la même idée , quoiqu'un
peu plus étendue & plus générale. Mon
deſlein eſt de détailler mon ſyſtême à ce ſujet ,
dans un petit ouvrage que je compte donner ,
quand cette idée ſe ſera aſlez mûrie chez moi.
En attendant , recevez les témoignages de l'eſtime
fincère que m'a inſpiré l'étendue de vos
connoiſſances & la grandeur de votre projet.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , &c.
réponse à celle qu'il a écrite fur les propriétés
musicales de la langue Françoise.
Par M. le C. de S. A.
A mon retour d'un voyage très - long , j'ai été
frappé , Monfieur , de la Lettre que vous avez
inférée dans le Mercure du mois de Janvier 1774 .
Voici les réflexions qu'elle m'a fait faire , & que
je prends la liberté de vous communiquer.
Sans entrer dans des détails inutiles , vous me
paroiſlez très perfuadé de l'aptitude de notre
langue àlamuſique. Vos remarques ſur la contra-.
diction exiſtante entre les ſtyles différens des Au- .
teurs & l'unité de caractère qui ſembleroit devoir
être inhérente à la Langue , ſont très judicieuſes .
Vous ajoutez que notre idiome François s'eſt
particulièrement diftingué par l'avantage directement
oppoſé au vice qu'on lui reproche , & de
tout
FÉVRIER . 1775 . 193
tout cela vous tirez cette conféquence : la Langue
eſt ce que les Ecrivains la font.
Je pourrois partir du même point pour conelure
de même à l'égard de la Muſique. Elle eſt,
ſelon vous , une langue à part , & peut- être indépendante
des paroles ; en ce cas , elle eft ce que
lesCompoſiteurs la font. Cette idée confondroit
abſolument toutes les différences de genre national
, & je n'en aurois pas un regret bien vif. Je
ne connois que le beau ; il m'eſt fort égalde quel
pays il peut être. Vous allez me demander ce que
c'eſt que lebeau ; vous ſentez aſſez que ce n'eſt
point ici le lieu de traiter une queſtion purement
métaphysique , &que cette diſcuſſion nous meneroit
trop loin. Revenons.
Sur les propriétés muſicales de notre Langue ,
il ſe préſente , dites- vous , trois opinions qui partagent
également le Public.
1°. Notre Langue eſt muſicale; mais Lulli a
créé le ſeul genre dont elle ſoit ſuſceptible. II
eſt aſſez égal , comme vous l'obſervez trèsbien
, que Lulli ait créé ce genre , que l'on dit
convenir ſeul à notre Langue , ou qu'il l'ait apportéd'Italie.
Eſt-ce le ſeul qui nous convienne?
Voilà le fait. Je ne dis pas que cela ſoit; mais je
ne ſuis point effrayé de l'objection que vous préſentez
contre cette opinion. Le diſcredit on eſt
tombé le chantde Lulli ne me paroît pas une raifon
ſuffiſante pour la nier. A-t- on jamais conclu
du droit par le fait ? C'eſt renverſer l'ordre des
choſes. S'il eſt vrai , comme on n'en peut douter,
que le goût ait changé depuis Lulli , ſoit en bien ,
foiten mal , on n'en doit pas tirer la conféquence
que la muſique de cet Auteur a été reconnue
inalliable au rithme de la Langue Françoile. On
1
194 MERCURE DE FRANCE.
devroit tout au plus en induire qu'elle n'eſt pas
la ſeule qui puiſle s'unir aux mots françois. J'efpère
vous prouver plus loin que l'on ne peut
même avancer cette propoſition. En attendant ,
je vous obſerve qu'avant de conclure par les
changemens faits au goût , il faudroit établir
comme certain que le goût s'eſt perfectionné.
Cette preuve n'eſt point aiſée.
J'ajoute que je regarde , comme très - poſſible ,
que la corruption du goût aille , non- feulement
juſqu'à faire ſubſiſter des monftres à côté des chefsd'oeuvre
, mais encore faire préférer les monſtres
aux chefs - d'oeuvre. La corruption du goût ne
vientque d'un ſentiment faux , &par conséquent
d'un jugement faux ;puiſqu'il eſt clair en méraphyſique
, que le jugement n'est qu'une modificationde
ſentiment. Pourquoi donc vouloir borner
cette corruption , puiſque l'on ne ſauroit
fixer le degré d'organiſation qui règle le ſentiment,
& dont elle dépend ſeule ? Corneille , Ra .
cine, Crébillon font actuellement une impreſſion
moins vive qu'autrefois. On ſe contente d'une
admiration ſtérile , &, à la honte du Théâtre &
de la Nation , on met en parallele avec eux des
génies médiocres , & ſouvent même on les leur
préfère. Un genre qui n'eût jamais olé paroître
dans ces fiècles heureux où brilloient ces grands
hommes , les éteint aujourd'hui. Peut - être dans
quelque temps verra- t-on ce genre , qui n'est pas
le véritable quoiqu'il ait ſes beautés particulières,
devenir le ſeul exiſtant , & plonger dansun
un oubli éternel les Pères & les Héros du Théâcre.
Vous voyez donc qu'on ne peut fixer ledegré
de la dépravation du goût. Au reſte , vous avez
fenti la foibleſſede votre argument ,& vous pafſez
de ſuite à la ſeconde opinion.
FÉVRIER. 1775. 195
2. Notre Langue ſe prête aux touraures du
chant moderne ; mais ces tournures ne ſiéroient
pasà la dignité de l'Opéra.
mon
Avant de diſcuter cette dernière opinion , je
crois qu'il ſeroit à propos de définir ce que l'on
entend par dignité; ſeroit- ce ſimplicité ? En ce
cas , il eſt clair que la Muſique Italienne étant
moins ſimple que celle de l'Opéra , cette dernière
doit être plus d'accord avec notre Langue , dont
le principal mérite eſt cette même ſimplicité. Qui
peut donc empêcher qu'elle ne ſe prête à la ſimplicité,
ni à la dignité de l'Opéra ? J'irai encore plus
loin. De tous les genres poſſibles , celui de Lulli
étoit certainement le plus fimple. Ce genre doit
donc convenir uniquement à la Langue Françoiſe
, qui eſt la plus ſimple des Langues modernes.
Qu'a- t- on à répliquer à cela de ſolide ? Rien ,à
moins que pour faire crouler l'édifice de
raiſonnement , vous ne donniez au mot dignité
une autre idée que celle que je vous ai offerte, &
qui m'a paru la plus naturelle. Par dignité, entendrez
-vous force ? Je ne fais ce que c'eſt qu'une
muſique forte. D'ailleurs , cette force ne peut être
continue , puiſqu'elle dépend des images avec leſquelles
elle doit s'allier. Au reſte , il faudroit encore
expliquer ce que c'eſt que force , & alors
nous nous engagerions dans un dédale , dont ni
vous , ni moi ne pourrions ſortir. Cette dignité
d'ailleurs , quelle qu'elle ſoit , doit être un caractère
décidé ; or , la force ne pouvant exiſter que
par contraſte avec la foibleſſe , ne peut produire
cet effet. Expliquez - moi donc ce mot dignité, &
alors je vous répondrai.
1. Vous regardez avec raiſon la troiſième opinion
comme la plus redoutable , & ce n'eſt pas tant ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
dires-vous , par la force des raiſonnemens qui la
ſoutiennent que par la célébrité du grand homme
qui s'en eſt déclaré le protecteur. J'ai peut - être
tort , mais je penſe le contraire. Je crois que c'eſt
encore plus par les preuves ſolides qui la conſtatent
, que par le nom du fameux Jean - Jacques
Rouſleau , qu'elle doit en impoſer.
3 °. Aucune bonne muſique ne peut nous convenir
, & nous ſommes condamnés à ne jamais
chanter.
J'avoue que cette déciſion eſt un peu ſévère ;
mais c'eſt moins ſa ſévérité que ſa juſteſle qu'il
faut examiner. Les accuſations intentées contre
notre Langue ſe peuvent réduire à trois . 1 °. La
quantitéde ſons perdus & indiſtincts qui s'y trouvent.
2º. L'ordre trop didactique de nos conftructions.
3º . Le défaut de proſodie marquée. Allons
par ordre.
Voici , ſur le premier chef, les paroles de M.
Roufieau. Notre Langue, dit- il , compoſée de
>fons mixtes &de ſyllabes muettes , ſourdes on
naſales , ayant très-peu-de voyelles ſonores , &
>>beaucoup de conſonnes & d'articulations , eſt
> entièrement contraire à la muſique. »
Vous voudriez , dites - vous , cauſer avec M.
Rouſſeau pour ſavoir ce qu'il entend par des ſons
mixtes. Je vais tâcher de vous fatisfaire fur cet
article , à condition toutefois que vous aurez la
bonté de m'expliquer à votre tour ce que vous
entendez par dignité ; nous ferons compenfazion.
Pour revenir à notre question , je crois qu'il
faut d'abord avoir recours à l'idée la plus naturelle
que pourroit préſenter le mot mixte. En
FÉVRIER . 1775. 197
chimie, en phyſique , & dans toutes les ſciences
poſſibles , on appelle mixte tout ce qui tient de
deux natures. Ainsi , un corps mixte eſt un corps
compoſé de pluſieurs êtres de différens genres.
Une ſenſation mixte eſt une ſenſation qui n'eſt
pas décidée , & en embraſle pluſieurs. En politique,
unGouvernement mixte eſt celui qui ſe reſſent
de pluſieurs Gouvernemens différens ; il ſembledonc
que l'idée de mixte ſoit abſolument contraire
à l'idée d'unité , puiſqu'on ne peut l'enviſager
ſans diftinguer en même-temps plus d'une
unité. :
Qu'est- ce donc qu'un ſon mixte ? C'eſt un ſon
qui n'eſt point décidé. Toute Langue morte ou
moderne eſt compoſée de voyelles & de confonnes.
Tous ceux qui ont une oreille ſenſible conviendront
que le ſon d'une voyelle eſt plus diftinct
que celui d'une conſonne,qui n'eſt lui-même
formé que par la déſinence imparfaite d'une
voyelle. Ainfi τὸ , qui , en grec répond à l'article
le, François , eſt un ſon plus décidé que τον , acculatif
du même article, attendu qu'il ſe termine
par une voyelle appuyée , & que τον ne ſe termine
que par une voyelle coulée très rapidement , &
perdue dans l'air. Autre raiſon favorable à mon
idée. To , étant ſonore & marqué , peut s'adapter
àun chant marqué , au lieu que Tov ne peut au
contraire ſe lier qu'à un chant incertain. Cette
conféquence eſt tirée d'un principe que vous ne
combattrez fûrement pas. C'eſt que les ſons vocaux
doivent toujours exprimer la même idée que
les ſons muſicaux , ou , pour parler plus exactement
, la même idée doit être rendue par l'union
du chant & de la parole.
Voilà , Monfieur , ce que je regarde commedes
I iij
198 MRECURE DE FRANCE.
fons mixtes. Pour affirmer s'ils font contraires ou
favorables à la muſique , il faudroit qu'il fût démontré
que la musique ne peut peindre qu'un certain
nombre d'idées ; & , pour fixer le degré où
cette forte de ſons ſeroit contraire ou favorable
àlamuſique , il faudroit compter combien d'idées
elle pourroit peindre. Vous ſentez où cela nous
meneroit ; n'embrouillons point les objets. Il eſt
queſtion de ſavoir ſi , en général , les fons mixtes
conviennent ou non à la muſique. A cela je réponds
que ces fons peuvent très-bien convenir ,
ainſi que vous le remarquez judicieuſement à
loccafion des ſyllabes muettes , à ces parties de
chant où la voix doit mourir , & preſque s'anéantir
entièrement ; mais ce n'eſt point affez pour
conclure abſolument en leur faveur. On doit
avouer , bien loin delà , que ces ſons ſeront déplacés
toutes les fois qu'il ſera queſtion de former
un chant uni & marqué . Or , comme il eſt vraifemblable
que ce chant marqué doit être le vrai
caractère de la muſique , & qu'elle ne peut s'en
éloigner que par licence; on pourroit déduire au
contraire que les fons mixtes font en général peu
propres à la muſique , puiſqu'ils ne conviennent
qu'à ungenre.
Je conçois encore une autre eſpèce de fons
mixtes; ce ſont , par exemple , ceux où deux
voyelles expriment le même ſon , àpeu de choſe
près , qu'une ſeule ,& dont le ſon par conséquent
peut s'appeler mixte , puiſqu'il tient de l'intonation
de deux voyelles. Le mot pair eſt dans ce
cas; il ſe prononceroit preſque de même, s'il étoit
écritper; mais il retient un peu de la voyelle a,
&de la voyelle i, autrement il ſe prononceroie
paroupir. Ces forres de fons mixtes ne fontau
FÉVRIER . 1775. 199
cuntort à la mufique , & nous n'en parlerons pas
davantage.
Quant aux ſyllabes muettes, commes elles pof
sèdent les mêmes qualités que les ſons mixtes , &
qu'elles y reflemblent aſſez d'ailleurs , la conclu
ſion que j'en tirerai ſera donc qu'elles ne peuvent
convenir qu'à un genre , & que par là-même elles
ſont peu favorables à la muſique , qui doit tout
peindre. Au reſte , je puis le dire en paſſant : un
défaut attaché non- ſeulement à notre Langue ,
mais encore à celle des autres nations , eſt qu'on
n'y rencontre preſque jamais cette harmonie fi
defirable entre les mots & le chant. L'expreſſion
n'est jamais fondue ni identifiée avec eux. Les
ſons perdus dans la muſique, & les fons mixtes
ou muets dans la langue , exprimeront à merveilles
l'indéciſion , le trouble , l'agonie ou la mort;
mais rendront-t- ils d'autres idées que celles qui
auront quelque fimilitude avec les images dont
jeviens de parler ? N'importe , on les emploie à
tout dans la muſique françoife , ainſi que dans la
proſodie vocale , qui exigeroit la même délicarefle;
& par là on confond tout , on mêle tout ,
&l'on n'offre aux yeux du ſpectateur qu'un tableau
monstrueux , dont le deſſin eft étouffé ſous
un coloris uniforme & fatiguant .
Pour éviter ce triſte inconvénient , on devroit
ſe bien perfuader que jamais un morceau de mu.
ſique chanté ne peut réuffir, s'il unanque cette
union admirable entre les paroles& le chant. Si
l'on a à peindre une imagegrande & fublime , il
ne faut pas , en gardant l'ordre dans la muſique
feule, détruire la magie de l'expreſſion muſicale
par des ſons vocaux'éteints & (ans valeur. De
même, il ne faut point adapter à des mots har-
Liv
200 MERCURE DE FRANCE.
monieux & ſonores un chant incertain qui en abforbe
la mâle énergie ; mais c'eſt en vain que l'on
répète les leçons de la Nature; les hommes ont
oublié ſa voix , & l'art ingénieux & fubtil a enfin
réufi à éclipſer celle dont il emprunte ſa grandeur.
Vous donnez un exemple d'éliſion italienne &
d'éliſion françoiſe , & vous croyez par- là prouver
que notre éliſion qui fe fait d'une ſyllabe
muette contre une voyelle ſonore eſt bien plus
agréable & plus naturelle que l'autre. Vous citez
ces deux vers italiens fi connus :
Teneri sdegni , e placide , e tranquille
Repulſe , e cari vezzi , e liete paci .
On ne peut , dites vous , ſéparer ces voyelles
ſans marcher d'hiatusen hiatus , & rendre la pro.
nonciation cahoteule ; & on ne peut les unir au
contraire , fans tronquer , ſans défigurer les mots,
en leur ôtant une des ſyllabes qui les compoſent,
&d'ailleurs , vous fatiguez l'oreille par le retour
continuel des déſinences en e. On ne peut mettre
en queſtionſi on doit les féparer ou les unir.
L'oreille indique le dernier parti. Pourquoi, dans
ce cas , fatigueroit - t . on l'oreille par le retour
déſagréable des déſinences en e ? Ne vous rappelez-
vous plus ce que nous venons de dire fur
l'harmonie qui doit ſubſiſter entre l'expreffion
muſicale & l'expreſſion vocale ? Repréſentez-vous
un inftant l'idée que repréſentent ces deux vers
italiens. Elle eſt une , & en camayeu , ſi je puis
parler ainfi . Une idée une doit naturellement enfanter
une unité d'expreſſion . En ce cas , il faut
que l'idée , la muſique& les paroles nous préſen
FÉVRIER . 1775 . 201
tent l'uniformité. Ainsi , l'Auteur a très-bien réuſſi,
&le traînant que vous remarquez dans ces deux
vers charmans eſt une perfection & non un défaut
, puiſqu'il exprime ce qu'il doit exprimer.
Je paſſe à l'autre exemple d'éliſion françoiſe
que vous citez enfuite , pour la relever infiniment
au-deſſus de l'éliſion italienne. N'appercevezvous
pas que ce n'eſt point une voyelle qui la
forme, mais une conſonne ? On ne peut donc
proprement l'appeler éliſion. C'eſt plutôt une
eſpèced'union entre deux ſons différens, qui, loin
de les faire glifler l'un ſur l'autre comme dans
l'Italien , conſolident au contraire la prononciation
, & paroit plus propre à peindre un repos
majestueux qu'uire uniformité voluptueuſe , auſſi
levers françois :
Oui , je viensdans ſon Temple adorer l'Eternel ,
préſente-t-il une image bien différente de lapremière.
C'eſt , comme je viens de l'obſerver, une
pauſe noble & majestueule , qui eſt très-bien expriméepar
cette ſuſpenſion entre le mot Temple
&le commencement du mot adører .
Je crois ceci pris dans l'eſſence des choſes.
Je ne prétends point du tout dire pour cela que
cette union ou éliſion , ainſi que vous voudrez
Pappeler , foit moins agréable que l'autre , mais
je veux ſeulement dire que c'eſt une forte d'agrément
abſolument différente , & , par conféquent
, adaptable à un autre genre de peinture,
Je conclus de tout cela que les Vers Italiens&
François ſont très - bien choifis, & rendent trèsbien,
chacundans leurgenre , le ſentimentqu'il
faut rendre ; mais qu'ils ne prouvent rien , ni
pour , ni contre,
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
Je ne m'étendrai pas davantage fur le reproche
que l'on fait à notre Langue , d'être remplie de
conſones & d'articulations. Tout cela peut être
rangé dans la clafle des ſons- mixtes , & doit ,
par conséquent , avoir les mêmes défauts. Il eſt
ailé de voir , par les paroles mêmes de M.
Rouſleau , que le vice effentiel qu'il trouve àla
Langue Françoite , eſt de n'offrir qu'un genre
indécis , peu marqué , & propre à un ſeul genre ,
qui eſt celui que vous nommez perdu & indil
tinct.
1 Pafions à la ſeconde objection. L'ordre didac
tique de nos conſtructions , ( c'eſt encore M.
Rouſleau qui parle ) , empêche la phrafe muſicalede
ſe développer ; aulieu qu'elle ſe développe
beaucoup mieux , quand le ſens du diſcours,
long-temps ſuſpendu , ſe réſoud ſur le verbe
avec la cadence.
Vous ne ſentez point, Monfieur , le mérite
muſical de l'inverfion. Setoit- il poſſible que , connoiffant
les charmes de la Langue Latine , vous
neconveniez pas qu'un de ſes principaux agrémens
eſt cette inverſion dont vous vous plaignez
? Il est vrai que pour un homme qui en
ignoreroit entièrement les principes , elle paroît
d'abord plus obſcure. L'habitude , d'ailleurs , que
nous avons contractée , de parler & d'écrire un
idiome dans lequel l'ordre grammatical n'eſt
preſque jamais interrompu , doit nous prévenir
contre l'inverfion ; mais , en réfléchiſſant bien ,
vous trouverez ſûrement que la raiſon & le
goût justifient cette affertion de M. Roufleau.
Je ne dis rien de trop fort , & je vais vous
faire juge en votre propre cauſe. Les lumières
que vous avez acquiſes , en travaillant fur la
FEVRIER. 1775. 203
Muſique , ſont trop étendues & trop générales ,
pour ne pas être frappé de ce que je vais vous
dire à ce lujet.
Je ne parlerai point du plaiſir que toute oreille
exercée éprouve à la lecture des phraſes latines ,
où l'inverſion eſt la plus marquée. Quelque vif
qu'il puifle être , il ne concluroit rien pour
moi , & vous auriez toujours la reſſource de
répondre que ce n'eſt point l'homme corrompu
par mille conventions qui lui tiennent lieu de
réalités , que l'on doit citer ici; mais au contraire
l'homme qui n'auroit nulle connoiſſance
de la Muſique , &, autant qu'il ſeroit poſſible ,
dans l'état de nature. Il faut donc chercher
d'autres raiſons , & vous prouver que le goût ,
le ſentiment & la lumière naturelle de l'homme .
fans aucune réflexion , le porteront toujours à
préférer l'inverſion à l'ordre grammatical des
phrales. Vous ferez ſurpris de ce paradoxe ;
mais il eſt queſtion de vous convaincre, &
j'eſpère y réuſſir.
Je commence par établir un fait connu de tout
le monde , & pris dans la nature. C'eſt que de
deux idées de force égale , celle qui ſe préſente
la dernière à l'eſprit l'emporte preſque toujours
fur l'autre. Sans m'amuſer à prouver cette vérité
Métaphysique , par des objets peu connus,
je ferai ſentir à tout homine raiſonnable que
de tout ce qu'il voit , de tout ce qu'il entend ,
c'eſt le dernier tableau , c'eſt le dernier ſon qui
lui refte dans la tête . Delà vient cet amour
général de la nouveauté ; delà cette inconſtance
naturelle de l'homme , qui l'entraîne fans ceffe
vers tout ce qui a frappé le plus récemment
ſes ſens ou ſoname. Je dis plus; les attachemens
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
les plus longs & les plus anciens , les préjugés
les plus forts fur certains points , la plus conftante
obſervation de certains préceptes , ne viennent
d'autre choſe, finon de ce que ces attachemens,
ces préjugés , cette obſervation , le préfentent
fans cefle à nous , avec les graces de la nouvauté.
Nous croyons y découvrir de nouveaux charmes ,
& ce n'eſt que dans l'inconftance qu'il faut
chercher la raiſon de la fermeté.
D'après ces notions , vous ſentez toute la
fuite de mon raiſonnement & ne pouvez vous
y oppofer. De toute la phrafe , le verbe eſt ,
ſans nulle difficulté, le mot le plus frappant ,
celui qui doit produire le plus grand effet &
exciter la plus forte émotion. Que toute la
phraſe paroîtroit foible & languiſlante , fi le
verbe la commençoit toujours ! Voilà pourquoi
notre Langue eſt ſi peu énergique , & ſe prête
fi gauchement aux divins tranſports de la Poéfie.
Quelle impreffion peut faire dans les coeurs un
mot ſans force , après un mot plein d'harmonie ?
Raiſonnons de même à l'égard du verbe. C'eſt
de lui que l'on attend tout l'effet du morceau ;
on doit le defirer ardeinment , & il ne ſemble fait
que pour mettre le ſceau au caractère de la
phrafe. Au contraire , dans notre langue , ce
verbe ſi précieux paroît au commencement de la
période, fans qu'on ait eu le temps de ſe reconnoître
& de graduer ſes ſenſations ; & dela il
acrive un triſte effet. Outre qu'il ne produit pas
le quarr de l'ébranlement qu'il eût caufé , s'il
cût donné au coeur le temps de fouhaiter ſa
préſence il éteint toute la phrafe & en ôte
abfolument l'intérêt. La choſe eſt décidée ; il
n'eſt plus de retour : l'eſprit & le coeur , égale-
,
FÉVRIER . 1775.205
ment fatisfaits par l'harmonie impoſante da
verbe , ne parcourent qu'avec nonchalance le
reſte de la période qui ne ſert qu'à éclaircir l'idée ,
& qui ne peut plus que l'affoiblir. On ne produit
pas deux fois un grand effer. Toute la phraſe
devenue traînante , ennuyeuſe , ſans ame, ſans
force , ſans projet , ſans énergie , eſt écraſée par
la comparaiſon du verbe avec elle. Tels font les
inconvéniens de ce bel ordre didactique dont
vous nous vantez les avantages.
Voyez à préſent le triomphe du ſens ſuſpendu.
Repréſentez- vous , d'un côté , l'Orateur prêt à
déployer ſon éloquence par un tableau intéreflant
, & de l'autre , l'auditeur dont l'ouie
avide ſaiſit rapidement toutes les réflexions de
l'Orateur. Il commence , l'attention s'éveille ;
elle croit par degrés. Les participes , rangés avec
art après les noms , ont fait naître un intérêt plus
vif; l'auditeur attend , avec une impatience étonnante
, l'inſtant déciſif de la période : il l'attend
en frémiſſant , ſoit de defir , ſoit de crainte ,
ſuivant l'idée qu'offre le morceau . Enfin le verbe
paroît , frappe &décide le caractère de la phraſe.
Il ne frappe pas; mais il tonne , & l'effet qu'il
a produit eſt quelquefois fi fort qu'il ne fauroit
être détruit par une phrafe même auſſi harmonieuſe
que la première.
Tout mon ſyſtême eſt bâti ſur ceci. Point de
bonheur ſans deſir. Les choſes les plus ardemment
ſouhaitées ſont celles qui nous charment
le plus. D'après cela , je crois que tout le
monde conviendra que , puiſqu'il doit exiſter un
rapport harmonique entre les paroles& le chant,
puiſque c'eſt dans ce rapport , de votre aveu
même,que conſiſtent les plus grands effets de
206 MERCURE DE FRANCE.
Da Muſique, il s'enfuit très - naturellement que
la même raiſon qui donne au verbe , long tems
attendu , un attrait ſi puiſſant , meſuré à la force
du defir de l'auditeur , doit auſſi lui donner le
même attrait , quand on joint de la Muſique à
des paroles. La Muſique , dites- vous , Monfieur ,
eſt une Langue comme une autre , & peut- être
même moins arbitraire. En ce cas , toutes les
beautés grammaticales font auſſi des beautés
pour elle En ce cas , l'inverſion , qui produit
une impreſſion ſi profonde dans les Langues où
elle eſt en uſage , doit auſſi la produire dans
la Muſique. Je ne vois pas que l'on puifle empêcher
la conféquence que j'en tire.
J'abandonne cette ſeconde objection , pour
pafler à la troiſième qui eft certainement la
plus forte. C'eſt là le vice radical de notre
Langue , & je doute qu'elle ſe relève jamais de
la prévention funeſte où l'on eſt contr'elle à
cet égard : car enfin vous avez beau me parler
de l'oreille , vous avez beau me répéter qu'on
ne peut altérer la valeur d'une ſillabe , ſans
qu'elle en ſoit bleſſée ; quelque fort , quelque
puiſlant que foit ce préjugé , vous ne réuffirez
jamais à faire paſſer l'oreille pour une règle.
Donnez-vous la peine d'examiner toutes les
Langues anciennes , ſi harmonieuſes , ſi variées ,
ſi riches ; vous trouverez partout l'accent indiqué
d'unemanière claire&préciſe. La langue grecque
que vous citez vous- même , cette langue , ſi chère
à toute oreille ſenſible , avoit une profodie
marquée bien distinctement Comment , d'après
cela , pouvez-vous citer l'oreille comme une
règle Vous auriez raiſon , ſi vous me parliez
de l'homme naturel , en qui les conventions &
FÉVRIER . 1775. 207.
.
les images empruntées n'ont point encore gâté
cette pureté d'organes ſi précieuſe pour le
bonheur ; alors je vous dirois : Oui , l'oreille
de cet homme eſt un guide sûr , & toutes les
règles doivent être bâties fur celles - là ; mais il eſt
queſtion d'une oreille gâtée , pervertie, dépravée,
d'un ſens qui a perdu ſa netteté originaire ; je
vous demande qu'elle règle on doit attendre
d'elle; Elle doit , au contraire , ſe conformer à
cequi eſt établi ; & fi elle a droit de le cenſurer ,
ce ne ſera que lorſqu'on approchera le plus de
ſon ancienne fumplicité. Il eſt donc clair que
laMuſique Françoiſe n'a point de proſodie.
D'après une preuve auſſi évidente , vous ne
pouvez regarder comme une faute de quantité
leVers de M. Rouſleau : Si des galanis de la
Ville , &c. Il n'y a jamais eu d'accent qui ait déter.
miné la prononciation de la fillabe ga. L'uſage
a prévalu , à la vérité , & on la fait brève ;
mais M. Roufieau n'a pu faire une faute contre
la proſodie , puiſqu'il n'y en a point.
De plus longs raiſonnemens ſeroient ici ſuperflus
; la choſe parle d'elle- même , & il eſt
temps que cette lettre finifle. Je la terminerai ,
Monfieur , par l'aſſurance des ſentimens que
vous m'avez inſpirés par vos lumières & la
juſteſle de quelques-unes de vos vues. J'ai répondu
au defir que vous me paroiſlez avoir de
connoître le vrai , & je vous ai dit ce que je
penſois. Trop heureux ſi vous approuvez l'émulation
que m'a donné un talent auſi marqué
que le vôtre, & me communiquez les nouvelles
découvertes que vous pourrez faire en ce gente.
Encore un mot , & je finis. Toute mon intention
a été de vous démontrer qu'il s'en fallois
208 MERCURE DE FRANCE.
de beaucoup que la Langue Françoiſe fût auſſi
propre que l'Italienne à la Muſique , &je crois
avoit réuili ; mais après avoir vu tout ce que
vous avez avancé à ce ſujet , qui m'a paru
foible à tant d'égards , j'ai lu, avec autant d'étonnement
que dejoie , votre nouvelle opinon ,
qui nous offre la Langue de la Muſique comme
abſolument indépendante des paroles , & capable
d'exprimer, fans ſon ſecours , les paffions les
plus chères à l'homme. Il y a quelque temps
que je roule dans ma tête la même idée , quoiqu'un
peu plus étendue & plus générale. Mon
deſlein eſt de détailler mon ſyſtême à ce ſujet ,
dans un petit ouvrage que je compte donner ,
quand cette idée ſe ſera aſlez mûrie chez moi.
En attendant , recevez les témoignages de l'eſtime
fincère que m'a inſpiré l'étendue de vos
connoiſſances & la grandeur de votre projet.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , &c.
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Résumé : Lettre à M. de Chabanon, pour servir de réponse à celle qu'il a écrite sur les propriétés musicales de la langue Françoise. Par M. le C. de S. A.
La lettre traite des propriétés musicales de la langue française en réponse à M. de Chabanon. L'auteur reconnaît la diversité des styles des écrivains tout en soulignant l'unité de la langue, comparant cette dynamique à celle entre compositeurs et musique. Trois opinions sur la musicalité du français sont examinées : la première restreint cette musicalité au style de Lully, la deuxième affirme que la langue convient au chant moderne mais manque de dignité pour l'opéra, et la troisième, jugée pertinente, n'est pas détaillée. L'auteur aborde également les critiques de Jean-Jacques Rousseau, qui souligne la présence de sons mixtes et indistincts dans la langue française, un ordre trop didactique des constructions, et un défaut de prosodie marquée. Les sons mixtes sont jugés contraires à la musique en raison de leur nature confuse et monotone, bien qu'ils puissent exprimer des idées comme l'indécision ou la mort. L'auteur défend l'inversion grammaticale en français, soulignant son mérite musical et son rôle dans le développement de la phrase musicale. Il conteste l'idée que l'oreille puisse définir les règles linguistiques, affirmant que les langues anciennes avaient une prosodie bien définie. L'auteur conclut en admirant les connaissances de son interlocuteur et annonce un futur ouvrage sur l'indépendance de la musique par rapport aux paroles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7016
p. 93-99
Discours sur l'éducation, [titre d'après la table]
Début :
Discours sur l'Education, prononcés au Collége Royal de Rouen, suivis de [...]
Mots clefs :
Éducation, Lois, Élève, Mémoire, Dieu, Discours, Réflexions, Professeur, Jean-Jacques Rousseau, Corps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'éducation, [titre d'après la table]
Difcours fur l'Education , prononcés au
College Royal de Rouen , fuivis de
notes tirées des meilleurs Auteurs anciens
& modernes ; auxquels on a joint
des réflexions fur l'amitié . Par M. Auger
, Prêtre , Profeffeur d'Eloquence
au Collège de Rouen , de l'Académie
des Sciences , Belles Lettres & Arts de
la même ville. A Paris , chez Durand ,
Libraire , rue Galande.
Cet Ouvrage ne peut être que fort
utile aux pères & aux mères qui font
jaloux de bien élever leurs enfans . La
faine morale qu'il refpire , & les notes
excellentes qui font tirées de Platon
Plutarque , Montaigne , Locke , Fénélon ,
Rollin , M. Rouffeau , rendent ces Difcours
très- intéreffans . Ce Profeffeur , que
le zèle feul du bien public anime , ſe
fait un devoir & un plaifir d'avouer que
l'Emile de M. Rouffeau eft un riche tréfor
où l'on trouve fur l'éducation une
foule de vérités neuves & lumineufes ,
les réflexions les plus juftes & les plus
fenfées , la morale la plus pure & la plus
94 MERCURE DE FRANCE.
févère. Ce Philofophe , également profond
& éloquent , s'eft déclaré pour l'éducation
Lacédémoniene , qui s'occupoit
fur- tout à fortifier le corps & à perfectionner
les organes ; il a foutenu que jufqu'à
un âge affez avancé on ne doit former
l'efprit & le coeur que par occafion
& par forme de converfation . Il veut
qu'on n'exerce le jugement de fon Elève
que de vive voir , & qu'on laiffe fa mémoire
oifive ; éloignant de lui toute ef
pèce de livres , it ne l'applique jamais à
l'étude. Quant à la Religion , l'Auteur
d'Emile veut qu'on lui en parle tard , &
qu'on préfère la Religion purement naturelle.
La jufte admiration que notre Profefleur
à conçue pour M. Rouffeau , ne
l'empêche pas de modifier & de corriger
ce nouveau fyftême d'éducation . Il convient
qu'on doit ménager les forces d'un
jeune Élève en ne l'appliquant pas trop
tôt à l'étude : il ne regarde pas comme
une chofe moins effentielle d'exercer de
bonne heure fa mémoire fur des objets
agréables & utiles , comme fables , hiftoires
, & c. parce que c'eft dans la première
jeuneffe que la mémoire eft bonne
& qu'on peut la plier à faire d'heureux
efforts. Il ne fuffit pas de prendre garde
AVRIL.
1775 .
d'y introduire des idées fauffes , mais on
95
doit encore la remplir d'excellens matériaux
, que le jugement trouvera & mettra
en oeuvre quand il fera formé . Le
Profeffeur refpecte trop la
Religion pour
ne pas regarder comme le devoir le plus
effentiel de faire connoître au plutôt à
fon Elève l'Être dont il tient
l'existence ,
& de lui bien inculquer que tout vient
de Dieu par fon amour , & que tout doit
lui être rapporté par le nôtre. Ne doit- on
pas prévoir que ce jeune homme en entrant
dans le monde , fera environné des
ténèbres les plus épaiffes & des maximes
les plus fauffes , & qu'il ne
manquera
pas de marcher dans ces fentiers ténébreux
, fi l'on ne lui a pas appris à ſe
fervir du flambeau célefte que Dieu nous
met en main pour nous éclairer & nous
empêcher de nous égarer. Les Livres
Saints qui renferment les vérités révélées ,
nous font repréfentés comme un cabinet
précieux dont Dieu nous donne l'uſage ,
& dans lequel il a mis en réſerve toutes
fortes de
remèdes propres à guér'r nos
maladies
fpirituelles. Le jeune Elève ,
fentant les propres défauts , pourra trouver
dans ce trésor de la parole de Dieu ,
l'efpèce particulière de remède qui con96
MERCURE DE FRANCE.
vient à fon mal . Comme Dieu aà donné
à la terre la vertu de porter toutes fortes
d'herbes , de plantes & de fucs deftinés
à guérir les plaies du corps ; il a de
même rempli les Livres Saints de préceptes
falutaires pour remédier aux maladies
de notre âme. Qu'on le rappelle le
bel éloge que M. Rouffeau fait de ces
Livres , & l'on fera furpris qu'il n'inſiſte
pas fur la néceffité de les mettre entre
les mains des jeunes gens , en les dirigeant
dans cette lecture.
Le Profeffeur d'Eloquence obferve judicieufeinent
qu'un des plus précieuxavantages
de l'éducation , doit être de
faire contracter l'habitude de travailler
feul & de lutter feul contre les difficultés
fans le fecours d'autrui . C'eſt fans doute
une excellente méthode d'inftruire les
enfans en les amufant , en converfant
avec eux , en leur faifant faire de vive
voix des réflexions qui foient à la portéede
leur âge , fur tout ce qu'ils lifent ,
voyent ou entendent , en arrachant pour
eux & avec eux les épines de la fcience.
Mais l'expérience nous apprend que nous
ne favons bien que ce que nous avons
appris avec quelque peine , ce dont nous
nous fommes efforcés de trouver feuls ,
de
AVRIL. 1775 . 97
de réfoudre feuls les difficultés . En effet ,
on doit craindre qu'un enfant qu'on n'a
inftruit que par la converfation , ne s'ennuie
& ne fe morfonde dès qu'il fera
livré au filence & à la folitude da cabinet.
Quant à l'inconvénient de commencer
tard à étudier , on ne peut fe refuſer
à cette vérité d'expérience , qu'il y a un
temps après lequel on ceffe d'apprendre ;
ou l'on n'apprend que difficilement. Le
jugement a beau être formé , fi le cerveau
, fiége de la mémoire , n'eft rempli
ai de mots ni de faits , fur quoi opérerat-
il? Comment manifeftera- t- il aux autres
fes opérations , fi l'on ne l'a pas accoutumé
de bonne heure à recevoir mille
impreffions différentes , à fe plier & fe
replier de mille manières diverfes , lorfqu'il
étoit comme une cire molle ? Si on
a attendu que les fibres fe foient durcies ,
rien n'y pourra plus entrer , ou n'y entrera
qu'avec peine. Rien ne feroit plus
effentiel au Profefleur que de remplir la
mémoire de fon Elève d'une infinité de
mots , de faits & d'idées qu'il retrouve
au befoin , & de rendre plus facile , par
l'habitude , l'application de l'efprit.
On trouve dans ces Difcours l'éloge
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
du Souverain en qui la fagefle a devancé
les années , & qui eft convaincu que
pour affermir fon pouvoir , il doit le
fonder fur les Loix & fur l'amour de fes
Sujets , & que les Loix font l'ornement
& le foutien de la puiflance fouveraine.
En effet l'intérêt invariable du Trône eft
fi visiblement attaché à l'empire des
Loix , qu'il eft rare de voir les Princes
fe porter d'eux -mêmes à les détruire . Cette
corruption vient toujours des Sujets ,
dont les uns veulent fe fouftraire aux
Loix , & les autres afpirent à dominer
fur elles , Mais pour faire honorer ces
Loix , fur lesquelles repofe la gloire du
Souverain & le bonheur des Peuples , il
faut honorer leurs Miniftres , & fur- tout
ces Compagnies utiles , & dépofitaires
des Loix & des formes , que l'Auteur
compare à de fortes chaînes , toutes attachées
au Trône , qui uniffent étroitement
toutes les parties d'un vaſte Empire
; qui lient à la perfonne facrée du
Souverain tous les Membres du Corps
politique , par des noeuds indiffolubles.
L'Auteur a joint aux deux Difcours
fur l'Education , relativement au corps ,
à l'efprit & au coeur , l'extrait d'un plan
d'éducation par Platon , celui de l'éducaAVRIL.
1775 : 99
tion des anciens Perfes , & celui de l'inftitution
Lacédémonienne ; & l'Ouvrage
eft terminé par des réflexions judicieufes
fur la véritable amitié.
College Royal de Rouen , fuivis de
notes tirées des meilleurs Auteurs anciens
& modernes ; auxquels on a joint
des réflexions fur l'amitié . Par M. Auger
, Prêtre , Profeffeur d'Eloquence
au Collège de Rouen , de l'Académie
des Sciences , Belles Lettres & Arts de
la même ville. A Paris , chez Durand ,
Libraire , rue Galande.
Cet Ouvrage ne peut être que fort
utile aux pères & aux mères qui font
jaloux de bien élever leurs enfans . La
faine morale qu'il refpire , & les notes
excellentes qui font tirées de Platon
Plutarque , Montaigne , Locke , Fénélon ,
Rollin , M. Rouffeau , rendent ces Difcours
très- intéreffans . Ce Profeffeur , que
le zèle feul du bien public anime , ſe
fait un devoir & un plaifir d'avouer que
l'Emile de M. Rouffeau eft un riche tréfor
où l'on trouve fur l'éducation une
foule de vérités neuves & lumineufes ,
les réflexions les plus juftes & les plus
fenfées , la morale la plus pure & la plus
94 MERCURE DE FRANCE.
févère. Ce Philofophe , également profond
& éloquent , s'eft déclaré pour l'éducation
Lacédémoniene , qui s'occupoit
fur- tout à fortifier le corps & à perfectionner
les organes ; il a foutenu que jufqu'à
un âge affez avancé on ne doit former
l'efprit & le coeur que par occafion
& par forme de converfation . Il veut
qu'on n'exerce le jugement de fon Elève
que de vive voir , & qu'on laiffe fa mémoire
oifive ; éloignant de lui toute ef
pèce de livres , it ne l'applique jamais à
l'étude. Quant à la Religion , l'Auteur
d'Emile veut qu'on lui en parle tard , &
qu'on préfère la Religion purement naturelle.
La jufte admiration que notre Profefleur
à conçue pour M. Rouffeau , ne
l'empêche pas de modifier & de corriger
ce nouveau fyftême d'éducation . Il convient
qu'on doit ménager les forces d'un
jeune Élève en ne l'appliquant pas trop
tôt à l'étude : il ne regarde pas comme
une chofe moins effentielle d'exercer de
bonne heure fa mémoire fur des objets
agréables & utiles , comme fables , hiftoires
, & c. parce que c'eft dans la première
jeuneffe que la mémoire eft bonne
& qu'on peut la plier à faire d'heureux
efforts. Il ne fuffit pas de prendre garde
AVRIL.
1775 .
d'y introduire des idées fauffes , mais on
95
doit encore la remplir d'excellens matériaux
, que le jugement trouvera & mettra
en oeuvre quand il fera formé . Le
Profeffeur refpecte trop la
Religion pour
ne pas regarder comme le devoir le plus
effentiel de faire connoître au plutôt à
fon Elève l'Être dont il tient
l'existence ,
& de lui bien inculquer que tout vient
de Dieu par fon amour , & que tout doit
lui être rapporté par le nôtre. Ne doit- on
pas prévoir que ce jeune homme en entrant
dans le monde , fera environné des
ténèbres les plus épaiffes & des maximes
les plus fauffes , & qu'il ne
manquera
pas de marcher dans ces fentiers ténébreux
, fi l'on ne lui a pas appris à ſe
fervir du flambeau célefte que Dieu nous
met en main pour nous éclairer & nous
empêcher de nous égarer. Les Livres
Saints qui renferment les vérités révélées ,
nous font repréfentés comme un cabinet
précieux dont Dieu nous donne l'uſage ,
& dans lequel il a mis en réſerve toutes
fortes de
remèdes propres à guér'r nos
maladies
fpirituelles. Le jeune Elève ,
fentant les propres défauts , pourra trouver
dans ce trésor de la parole de Dieu ,
l'efpèce particulière de remède qui con96
MERCURE DE FRANCE.
vient à fon mal . Comme Dieu aà donné
à la terre la vertu de porter toutes fortes
d'herbes , de plantes & de fucs deftinés
à guérir les plaies du corps ; il a de
même rempli les Livres Saints de préceptes
falutaires pour remédier aux maladies
de notre âme. Qu'on le rappelle le
bel éloge que M. Rouffeau fait de ces
Livres , & l'on fera furpris qu'il n'inſiſte
pas fur la néceffité de les mettre entre
les mains des jeunes gens , en les dirigeant
dans cette lecture.
Le Profeffeur d'Eloquence obferve judicieufeinent
qu'un des plus précieuxavantages
de l'éducation , doit être de
faire contracter l'habitude de travailler
feul & de lutter feul contre les difficultés
fans le fecours d'autrui . C'eſt fans doute
une excellente méthode d'inftruire les
enfans en les amufant , en converfant
avec eux , en leur faifant faire de vive
voix des réflexions qui foient à la portéede
leur âge , fur tout ce qu'ils lifent ,
voyent ou entendent , en arrachant pour
eux & avec eux les épines de la fcience.
Mais l'expérience nous apprend que nous
ne favons bien que ce que nous avons
appris avec quelque peine , ce dont nous
nous fommes efforcés de trouver feuls ,
de
AVRIL. 1775 . 97
de réfoudre feuls les difficultés . En effet ,
on doit craindre qu'un enfant qu'on n'a
inftruit que par la converfation , ne s'ennuie
& ne fe morfonde dès qu'il fera
livré au filence & à la folitude da cabinet.
Quant à l'inconvénient de commencer
tard à étudier , on ne peut fe refuſer
à cette vérité d'expérience , qu'il y a un
temps après lequel on ceffe d'apprendre ;
ou l'on n'apprend que difficilement. Le
jugement a beau être formé , fi le cerveau
, fiége de la mémoire , n'eft rempli
ai de mots ni de faits , fur quoi opérerat-
il? Comment manifeftera- t- il aux autres
fes opérations , fi l'on ne l'a pas accoutumé
de bonne heure à recevoir mille
impreffions différentes , à fe plier & fe
replier de mille manières diverfes , lorfqu'il
étoit comme une cire molle ? Si on
a attendu que les fibres fe foient durcies ,
rien n'y pourra plus entrer , ou n'y entrera
qu'avec peine. Rien ne feroit plus
effentiel au Profefleur que de remplir la
mémoire de fon Elève d'une infinité de
mots , de faits & d'idées qu'il retrouve
au befoin , & de rendre plus facile , par
l'habitude , l'application de l'efprit.
On trouve dans ces Difcours l'éloge
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
du Souverain en qui la fagefle a devancé
les années , & qui eft convaincu que
pour affermir fon pouvoir , il doit le
fonder fur les Loix & fur l'amour de fes
Sujets , & que les Loix font l'ornement
& le foutien de la puiflance fouveraine.
En effet l'intérêt invariable du Trône eft
fi visiblement attaché à l'empire des
Loix , qu'il eft rare de voir les Princes
fe porter d'eux -mêmes à les détruire . Cette
corruption vient toujours des Sujets ,
dont les uns veulent fe fouftraire aux
Loix , & les autres afpirent à dominer
fur elles , Mais pour faire honorer ces
Loix , fur lesquelles repofe la gloire du
Souverain & le bonheur des Peuples , il
faut honorer leurs Miniftres , & fur- tout
ces Compagnies utiles , & dépofitaires
des Loix & des formes , que l'Auteur
compare à de fortes chaînes , toutes attachées
au Trône , qui uniffent étroitement
toutes les parties d'un vaſte Empire
; qui lient à la perfonne facrée du
Souverain tous les Membres du Corps
politique , par des noeuds indiffolubles.
L'Auteur a joint aux deux Difcours
fur l'Education , relativement au corps ,
à l'efprit & au coeur , l'extrait d'un plan
d'éducation par Platon , celui de l'éducaAVRIL.
1775 : 99
tion des anciens Perfes , & celui de l'inftitution
Lacédémonienne ; & l'Ouvrage
eft terminé par des réflexions judicieufes
fur la véritable amitié.
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Résumé : Discours sur l'éducation, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Discours sur l'Éducation' de M. Auger, professeur d'éloquence au Collège de Rouen et membre de l'Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Rouen, vise à guider les parents dans l'éducation de leurs enfants. M. Auger s'inspire de divers auteurs, dont Jean-Jacques Rousseau, dont il apprécie l'œuvre 'Émile'. Rousseau préconise une éducation lacédémonienne axée sur le renforcement physique et l'apprentissage par la conversation. Cependant, M. Auger recommande de développer la mémoire des jeunes élèves dès leur plus jeune âge avec des sujets agréables et utiles, et d'enseigner tôt les principes religieux, contrairement à Rousseau. M. Auger met en avant l'importance de l'autonomie des élèves, capables de travailler seuls et de surmonter les obstacles sans aide extérieure. Il critique l'idée de n'instruire les enfants que par la conversation, estimant nécessaire de remplir leur mémoire de mots, de faits et d'idées dès le jeune âge pour faciliter l'application de l'esprit plus tard. Le texte aborde également la figure du souverain, dont le pouvoir repose sur les lois et l'amour de ses sujets. Les lois sont essentielles pour affirmer la puissance souveraine, et les princes rares sont ceux qui cherchent à les détruire. La corruption des lois provient souvent des sujets, certains voulant s'y soustraire, d'autres aspirant à dominer par leur biais. Pour que les lois soient respectées, il est crucial d'honorer les ministres et les compagnies utiles, comparées à des chaînes solides attachées au trône, unissant toutes les parties d'un vaste empire et liant les membres du corps politique au souverain. Le texte inclut aussi des extraits sur divers plans d'éducation, notamment ceux de Platon, des anciens Perses et de l'institution lacédémonienne, ainsi que des réflexions sur l'amitié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7017
p. 145
Pygmalion. [titre d'après la table]
Début :
Pygmalion, scène lyrique de M. J. J. Rousseau, mise en vers par M. Berquin ; [...]
Mots clefs :
Pygmalion, Idylle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Pygmalion. [titre d'après la table]
Pygmalion , fcène lyrique de M. J. J.
Rouffeau , mife en vers par M. Berquin
; & Idylle par M. Berquin , in- 8 °.
orné de figures & lettres gravées. Prix
2 liv . 8 f. chez Coftard , rue St Jeande
Beauvais .
Rouffeau , mife en vers par M. Berquin
; & Idylle par M. Berquin , in- 8 °.
orné de figures & lettres gravées. Prix
2 liv . 8 f. chez Coftard , rue St Jeande
Beauvais .
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7020
p. 55-58
ÉNIGME.
Début :
Je n'ai qu'un seul appartement, [...]
Mots clefs :
Colimaçon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉNIGME.
ÉNIGME.
E n'ai qu'un ſeul appartement ,
Sans apparence & fans dorure ,
Où m'a fixé l'Auteur de la nature ;
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
Et je m'y trouve Jez commodément.
Jen'aijamais fait cas d'une riche parure ,
Et la peau qui me couvre eſt mon ſeul ornement ,
Comme elle est mon ſeul vêtement.
En effet , à quoibon ces brillantes richeſſes
Qu'aux dépens de leur vie achettent les humains ?
De la fortune à peine ils ont eu les carefles ,
Qu'elle s'échappe de leurs mains.
Hola, Monfieur le moraliſte ;
Ce métier ne vous va pas bien .
C'eſt tout au plus l'emploi d'un docte Janſéniſte.
J'ai tort , Meffieurs, &grand tort, j'en convien.
Un animal , un vil reptile , un rien ,
Suivroit, pour nous prêcher, le bon ſens àla piſte ,
De la raiſon ſeroit panégyriſte ,
Et nous donneroit des leçons ;
Nous prend- on pour des poliflons ?
Eh! non , Meſſieurs , je vous aflure.
Parrant , modérez vos eſprits .
Orje retourne à mon logis ,
Dontje viens ci deſſus d'eſquiſſer la peinture.
Mes bons Meffieurs , premierement
Le pourtouren eſt ſimple &de forme ſpirale ;
On n'y voit pas d'entablement ,
De corniche , ni d'aſtragale ;
Point de fenêtre ni d'auvent ;
Point de foyer , pas un ameublement.
Qu'en ferois -je au ſurplus ? il n'eſt point d'intervalle
DÉCEMBRE. 1775 . $7
Dans l'intérieur du bâtiment ,
Que mon corps , blanc ou gris , n'occupe exacte.
ment.
La porte ou bien l'entrée eſt un peu circulaire ,
Mais plus large que n'eſt mon étroit logement.
Que vas-tu dire , téméraire ?
Hé ! Meſſieurs , allons doucement !
Attendez encore un moment.
Avant de décider , il eſt très- néceſſaire ,
(Ceci ſoit dit pourtant ſans vousdéplaire )
Que vous me connoiſſiez , & même entierement ,
C'eſt là le vrai moyen d'en juger ſainement :
Car je n'ai pas tout dit , & j'ai d'autres merveilles
A faire entendre à vos oreilles.
Sans pieds ni main , moi-même j'ai conſtruit
Le palais que j'habite , ou plutôt le réduit ,
Compagnon de tous mes voyages ,
Où je ſuis à l'abri des vents & des orages :
Mais dès que j'apperçois s'approcher à grands pas
La noire ſaiſon des frimats ,
Sur moi j'ai très-grand ſoin de bien fermer ma
porte ,
Puis je m'enfonce dans un trou.
Tenir un tel propos ! mais il faut être fou .
Ce n'eſt pas tout , Meſſieurs , avec moi je n'emporte
Pas la moindre proviſion .
Et de quoi vis-tu donc pendant la ſaiſon morte ?
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
Ma foi , je n'en fais rien : au reſte , peu m'importe.
Il ſuffit qu'au printemps je ſors de ma priſon ,
Et qu'alors vigoureux j'enleve ma maiſon.
Par M. Vincent , Curé de Quincey.
E n'ai qu'un ſeul appartement ,
Sans apparence & fans dorure ,
Où m'a fixé l'Auteur de la nature ;
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
Et je m'y trouve Jez commodément.
Jen'aijamais fait cas d'une riche parure ,
Et la peau qui me couvre eſt mon ſeul ornement ,
Comme elle est mon ſeul vêtement.
En effet , à quoibon ces brillantes richeſſes
Qu'aux dépens de leur vie achettent les humains ?
De la fortune à peine ils ont eu les carefles ,
Qu'elle s'échappe de leurs mains.
Hola, Monfieur le moraliſte ;
Ce métier ne vous va pas bien .
C'eſt tout au plus l'emploi d'un docte Janſéniſte.
J'ai tort , Meffieurs, &grand tort, j'en convien.
Un animal , un vil reptile , un rien ,
Suivroit, pour nous prêcher, le bon ſens àla piſte ,
De la raiſon ſeroit panégyriſte ,
Et nous donneroit des leçons ;
Nous prend- on pour des poliflons ?
Eh! non , Meſſieurs , je vous aflure.
Parrant , modérez vos eſprits .
Orje retourne à mon logis ,
Dontje viens ci deſſus d'eſquiſſer la peinture.
Mes bons Meffieurs , premierement
Le pourtouren eſt ſimple &de forme ſpirale ;
On n'y voit pas d'entablement ,
De corniche , ni d'aſtragale ;
Point de fenêtre ni d'auvent ;
Point de foyer , pas un ameublement.
Qu'en ferois -je au ſurplus ? il n'eſt point d'intervalle
DÉCEMBRE. 1775 . $7
Dans l'intérieur du bâtiment ,
Que mon corps , blanc ou gris , n'occupe exacte.
ment.
La porte ou bien l'entrée eſt un peu circulaire ,
Mais plus large que n'eſt mon étroit logement.
Que vas-tu dire , téméraire ?
Hé ! Meſſieurs , allons doucement !
Attendez encore un moment.
Avant de décider , il eſt très- néceſſaire ,
(Ceci ſoit dit pourtant ſans vousdéplaire )
Que vous me connoiſſiez , & même entierement ,
C'eſt là le vrai moyen d'en juger ſainement :
Car je n'ai pas tout dit , & j'ai d'autres merveilles
A faire entendre à vos oreilles.
Sans pieds ni main , moi-même j'ai conſtruit
Le palais que j'habite , ou plutôt le réduit ,
Compagnon de tous mes voyages ,
Où je ſuis à l'abri des vents & des orages :
Mais dès que j'apperçois s'approcher à grands pas
La noire ſaiſon des frimats ,
Sur moi j'ai très-grand ſoin de bien fermer ma
porte ,
Puis je m'enfonce dans un trou.
Tenir un tel propos ! mais il faut être fou .
Ce n'eſt pas tout , Meſſieurs , avec moi je n'emporte
Pas la moindre proviſion .
Et de quoi vis-tu donc pendant la ſaiſon morte ?
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
Ma foi , je n'en fais rien : au reſte , peu m'importe.
Il ſuffit qu'au printemps je ſors de ma priſon ,
Et qu'alors vigoureux j'enleve ma maiſon.
Par M. Vincent , Curé de Quincey.
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7021
p. 58-59
AUTRE. A Mademoiselle T.... RENARD.
Début :
Avec une petite tête [...]
Mots clefs :
Toton
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE. A Mademoiselle T.... RENARD.
AUTRE.
AMademoiselle T.... RENARD.
AVEC une petite tête
Je n'ai qu'un pied , & ces deux ne ſont qu'un ;
Je vais à volonté , mais moi ſeul je m'arrête:
C'eſt un fort connu de chacun .
Entre une longue ou breve
Je prens l'effor ,
Puis un inſtant après je creve ,
Pour renaître & mourir encor .
Agoniſant , celui qui me donna naiflance
Eſt attentif ainſi que toute l'aſſiſtance ;
Mort , il les faut voir s'enquérir
Commentj'ai bien voulu mourir ;
De bien des gens je trompe ou je flatte l'attente ,
Et leur fort eſt écrit dans mon dernier moment.
Tel en rit , tel en pleure ; un autre ſe contente
D'exécuter mon teſtament:
: Car après ma mort je commande ,
Et le plus ſouvent je demande.
DÉCEMBRE . 1775- 59
Quand on ſe ſert de moi j'ai bien peu de repos ,
Je ſuis ſi maigre auſſi queje n'ai que les os .
ParM. Gazilfils.
AMademoiselle T.... RENARD.
AVEC une petite tête
Je n'ai qu'un pied , & ces deux ne ſont qu'un ;
Je vais à volonté , mais moi ſeul je m'arrête:
C'eſt un fort connu de chacun .
Entre une longue ou breve
Je prens l'effor ,
Puis un inſtant après je creve ,
Pour renaître & mourir encor .
Agoniſant , celui qui me donna naiflance
Eſt attentif ainſi que toute l'aſſiſtance ;
Mort , il les faut voir s'enquérir
Commentj'ai bien voulu mourir ;
De bien des gens je trompe ou je flatte l'attente ,
Et leur fort eſt écrit dans mon dernier moment.
Tel en rit , tel en pleure ; un autre ſe contente
D'exécuter mon teſtament:
: Car après ma mort je commande ,
Et le plus ſouvent je demande.
DÉCEMBRE . 1775- 59
Quand on ſe ſert de moi j'ai bien peu de repos ,
Je ſuis ſi maigre auſſi queje n'ai que les os .
ParM. Gazilfils.
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7022
p. 59-60
LOGOGRYPHE.
Début :
On n'est pas, pour porter le même nom, parent ; [...]
Mots clefs :
Carte géographique
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPΗ Ε.
Οn n'eſt pas, pour porter lemême nom, parent;
Dans une foire il eſt des ânes , plus de cent ,
Qui s'appellent Martin & qui ne ſont pas freres :
Mais ce ne font pas là , dira-t- on , vos affaires .
Soit, je viens donc à mon objet
Et pafle tout de tuite au fait.
Nous ſommes deux qui nous nommons de
même :
L'une , de petitefle extrême ,
Quel'art imagina pour ſoulager l'ennui ,
Eſt fort à la mode aujourd'hui ;
Elle enrichit les uns des dépouilles des autres ;
Et rendant ces derniers plus gueux que les Apôtres
,
Elle les fait aller , ſans âne, ni cheval ,
Sur un triſte grabat mourir à l'Hôpital.
Pour moi d'humeur à cela bien contraire ,
Etd'un tout autre caractere ,
Şans vider le gouflet , j'orne & remplis l'esprit
De quiconque pour guide auprès de lui me prit.
:
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Et quand tous deux nous ſommes face à face ,
Jele fais voyager ſans fortir de ſa place ,
Et lui fais parcourir d'immenſes régions ,
Différentes de moeurs & de religions .
Mais foyons debon compte , & fans faire la fiere ,
Je conviens qu'avec la premiere ,
Ayant même origine , elle & moi ſommes foeurs
Qu'au berceau nous avons eu les mêmes Auteurs :
Mais nos emplois ont wis bien de la différence
Entre nous deux ; j'ai donné dans la ſcience ,
Et ma petite foeur dans la frivolité ,
Dans les hafards & la futilité.
Cinq pieds font toute ma machine :
Mais tu me tiens déjà , Lecteur , je m'imagine.
Je t'offre une arme en uſage autrefois ;
Un certain animal qui me ronge par fois ;
Ce qui très-aifément s'apperçoit ſur la neige ;
Liaiſon du diſcours qu'on apprend au College;
Synonyme d'eſpece ; & morceau dans le corps ,
Qui , lorſqu'il s'enfle , empêche d'aller fort.
ARennes Par M. de L. G.
Οn n'eſt pas, pour porter lemême nom, parent;
Dans une foire il eſt des ânes , plus de cent ,
Qui s'appellent Martin & qui ne ſont pas freres :
Mais ce ne font pas là , dira-t- on , vos affaires .
Soit, je viens donc à mon objet
Et pafle tout de tuite au fait.
Nous ſommes deux qui nous nommons de
même :
L'une , de petitefle extrême ,
Quel'art imagina pour ſoulager l'ennui ,
Eſt fort à la mode aujourd'hui ;
Elle enrichit les uns des dépouilles des autres ;
Et rendant ces derniers plus gueux que les Apôtres
,
Elle les fait aller , ſans âne, ni cheval ,
Sur un triſte grabat mourir à l'Hôpital.
Pour moi d'humeur à cela bien contraire ,
Etd'un tout autre caractere ,
Şans vider le gouflet , j'orne & remplis l'esprit
De quiconque pour guide auprès de lui me prit.
:
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Et quand tous deux nous ſommes face à face ,
Jele fais voyager ſans fortir de ſa place ,
Et lui fais parcourir d'immenſes régions ,
Différentes de moeurs & de religions .
Mais foyons debon compte , & fans faire la fiere ,
Je conviens qu'avec la premiere ,
Ayant même origine , elle & moi ſommes foeurs
Qu'au berceau nous avons eu les mêmes Auteurs :
Mais nos emplois ont wis bien de la différence
Entre nous deux ; j'ai donné dans la ſcience ,
Et ma petite foeur dans la frivolité ,
Dans les hafards & la futilité.
Cinq pieds font toute ma machine :
Mais tu me tiens déjà , Lecteur , je m'imagine.
Je t'offre une arme en uſage autrefois ;
Un certain animal qui me ronge par fois ;
Ce qui très-aifément s'apperçoit ſur la neige ;
Liaiſon du diſcours qu'on apprend au College;
Synonyme d'eſpece ; & morceau dans le corps ,
Qui , lorſqu'il s'enfle , empêche d'aller fort.
ARennes Par M. de L. G.
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7023
p. 60-61
AUTRE.
Début :
Adam se trouvoit seul, je l'occupois peut-être, [...]
Mots clefs :
Rêve
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
ADAM ſe trouvoit ſeul, jel'occupois peut-être ,
Alors qu'à la moitié le Seigneur donna l'être ;
DÉCEMBRE. 1775 . 61
En retranchant mon chef , auſſi- tôt tu la vois
Cettecompagne aimable , & maintenant je crois
Quemon nom ſe ſait tout de ſuite ;
Quoiqu'à me définir je ne ſois vraiment rien :
Mais enfin ne vas pas ſi vîte ,
Rêve , mon cher Lecteur , & ma foi tu me tiens .
ParM. le Clerc de la Mothe , Chev. de
St Louis.
ADAM ſe trouvoit ſeul, jel'occupois peut-être ,
Alors qu'à la moitié le Seigneur donna l'être ;
DÉCEMBRE. 1775 . 61
En retranchant mon chef , auſſi- tôt tu la vois
Cettecompagne aimable , & maintenant je crois
Quemon nom ſe ſait tout de ſuite ;
Quoiqu'à me définir je ne ſois vraiment rien :
Mais enfin ne vas pas ſi vîte ,
Rêve , mon cher Lecteur , & ma foi tu me tiens .
ParM. le Clerc de la Mothe , Chev. de
St Louis.
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7024
p. 57-58
ÉNIGME.
Début :
Autant qu'il est de vents nous sommes de jumelles [...]
Mots clefs :
Cartes du piquet
7025
p. 61
LOGOGRYPHE.
Début :
Chez-moi, pour parvenir, il faut plus que ses piés, [...]
Mots clefs :
Angleterre
7027
p. 5-9
ÉPITRE A LA PARESSE.
Début :
O de mon coeur souveraine maîtresse, [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Plaisirs, Aimable, Bienveillance, Doux, Jean-Jacques Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE A LA PARESSE.
ÉPITRE A LA PARESSE.
0DE MON COEUR ſouveraine maîtreſſe,
A qui je dois mes plus heureux loiſirs ,
Inſpire-moi , chere &douce Pareſſe !
Je veux chanter ta gloire & mes plaiſirs.
Non , tu n'es point cette lourde Déefle
Qui de Mondor engourdit tous les ſens ,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Et qui l'endort au ſein de la molleſſe .
Le Dieu du Pinde , aimable enchantereffe ,
Autour de toi raſſemble ſes enfans ;
Tous les beaux- arts t'environnent ſans ceſſe.
Pour mieux charmer tes fortunés momens ,
Le tendre amour lui- même te carrefle ;
Il vient ſourire à tes jeux innocens ,
Et te remplir d'une tranquille ivreſſe.
Mais loin detoi les tranſports furieux
Dontcet enfantagite & trouble l'ame.
Plus pur , plus doux & plus délicieux ,
Le ſentimentte penetre& t'enflame
Pour toi l'Amour n'eſt point un ſéducteur ;
Tel qu'aux beaux jours de Saturne & de Rhée ,
Il eſt ſans fard , il parle avec candeur :
De ſes attraits la ſageſſe parée
Charme les yeux & s'emparedu coeur.
C'eſt bien en vain que l'Amant de Julie ,
Toujours en proie à la mélancolie ,
Eft confumé d'une fougueule ardeur ;
Ah ! je le plains autant que je l'admire.
Que ſert, hélas ! ce ſublime délire ?
C'eſt moins l'amour qu'une aveugle fureur,
Dontje frémis plus qu'elle ne m'attire.
J'aime bien mieux Philémon & Baucis ,
Tous les Bergers du naïf la Fontaine ,
EtdeGefner les Eglés , les Tyrcis ,
Que les accès d'un ſombre énergumene ,
AVRIL . 1746. 7
Quim'inſpirant une ſecrette horreur ,
S'il m'attendrit , plus ſouvent me fait peur *.
Jeveuxbrûler d'une ardeur plus durable ,
Je veux choisir un guide plus aimable.
Suivons Eglé ; ſå modefte douceur
Me fait chérir fa timide innocence.
Ah! j'ai trouvé le repos de mon coeur !
Oui ,je le ſens s'ouvrir ſans violence ,
Nonàl'amour , mais à la bienveillance ,
Etréunir, par un accord heureux ,
Les ſentimens , les plaiſirs vertueux .
Omon Egié! le temps inexorable
Auroit en vain terni tous vos attraits ,
Devos vertus l'empreinte ineffaçable
Me charmeroit encore dans vos traits.
C'estmon amie & non pas ma maîtreile ,
Qui de mes chants ſera le digne objet.
La belle Hélene arma toute laGrece ;
Deguerre , hélas ! ce fut un beau ſujet.
Guidepar toi , Parefle pacifique ,
*ADieu ne plaiſe que j'oſe attaquerM. Roufſeau .
Je reſpecte ſes vertus , ſa vieilleſſe & fon génie . J'ai
d'ailleurs éprouvé ſa bienveillance. Je crois être de ſon
avisen blåmant l'amour violent , & la Nouvelle-Héloïſe
en eſt, ce me ſemble , la cenſure encore plus que
l'apologie. M. Roufſeau nous avertit lui-même de
préférer , pour le mariage , une phyſionomie qui
inſpire la bienveillance & non l'amour.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Je ne veux plus adorer la beauté ,
Ni me livrer à fon charme magique ;
De tout excès je ſuis épouvanté
L'ardent amour eſt ſans doute énergique :
Mais confumé par ſon feu dévorant ,
Il brille , il meurt & s'éteint promptement.
D'un tel effort l'ame toute épuiſée ,
Pientôt le ferme aux plus doux ſentimens,
Etjouit moins , plus elle eſt embratée ;
Tous ſes plaiſirs ne ſont que des tourmens.
Les vrais liens d'une ſage tendreſſe ,
L'aimable eſſor de la délicatelle ,
Valentbien mieux que les emportemens
Er les fureurs d'uneimportune ivrefle.
Demon repos plus épris chaque jour ,
Je n'irai point , fur les pas du vulgaire,
Proſtituer mon encens à la Cour.
Pourquoi courir après une chimere ?
L'ambition nuit autant que l'amour.
Vivant de peu , content du néceſſaire
Le ſuperflu me coûte peu de ſoins.
C'eſt lui , lui ſeul qui fait notre miſere ;
Un parelleux a fort peu de beſoins .
Quelques amis d'humeur toujours égale ,
D'un bon eſprit & fans prétentions ;
De ſimples mets , une table frugale ,
Vin naturel , point d'indigeſtions ;
Modeſte habit , propreté ſans parure ,
AVRIL. 1776. 9
Toilette courte , une douce gaieté ,
Point de procès , une fortune ſure ,
Quoique petite , & toujours la ſanté ;
Sommeil facile , exempt d'inquiétude ,
Réveil paiſible , un peu de mouvement;
Modérément ſe livrer à l'étude ,
Faire du bien ſans trop d'empreſſement ;
Garder en tout un prudent équilibre ;
Autantqu'on peut vivre tranquille & libre ;
Jamais de maître, & conferver pourtant
Pour mes amis un eſprit complaiſant :
Voilà le plande mon heureuſe vie ,
Le réſultat de ma philoſophie.
Sur mes défauts vous me grondez ſouvent ;
Vous me trouvez fingulier , indolent :
Mais convenez , Eglé , que ma parefle
Preſque en tout point reſſemble à la ſageſſe .
0DE MON COEUR ſouveraine maîtreſſe,
A qui je dois mes plus heureux loiſirs ,
Inſpire-moi , chere &douce Pareſſe !
Je veux chanter ta gloire & mes plaiſirs.
Non , tu n'es point cette lourde Déefle
Qui de Mondor engourdit tous les ſens ,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Et qui l'endort au ſein de la molleſſe .
Le Dieu du Pinde , aimable enchantereffe ,
Autour de toi raſſemble ſes enfans ;
Tous les beaux- arts t'environnent ſans ceſſe.
Pour mieux charmer tes fortunés momens ,
Le tendre amour lui- même te carrefle ;
Il vient ſourire à tes jeux innocens ,
Et te remplir d'une tranquille ivreſſe.
Mais loin detoi les tranſports furieux
Dontcet enfantagite & trouble l'ame.
Plus pur , plus doux & plus délicieux ,
Le ſentimentte penetre& t'enflame
Pour toi l'Amour n'eſt point un ſéducteur ;
Tel qu'aux beaux jours de Saturne & de Rhée ,
Il eſt ſans fard , il parle avec candeur :
De ſes attraits la ſageſſe parée
Charme les yeux & s'emparedu coeur.
C'eſt bien en vain que l'Amant de Julie ,
Toujours en proie à la mélancolie ,
Eft confumé d'une fougueule ardeur ;
Ah ! je le plains autant que je l'admire.
Que ſert, hélas ! ce ſublime délire ?
C'eſt moins l'amour qu'une aveugle fureur,
Dontje frémis plus qu'elle ne m'attire.
J'aime bien mieux Philémon & Baucis ,
Tous les Bergers du naïf la Fontaine ,
EtdeGefner les Eglés , les Tyrcis ,
Que les accès d'un ſombre énergumene ,
AVRIL . 1746. 7
Quim'inſpirant une ſecrette horreur ,
S'il m'attendrit , plus ſouvent me fait peur *.
Jeveuxbrûler d'une ardeur plus durable ,
Je veux choisir un guide plus aimable.
Suivons Eglé ; ſå modefte douceur
Me fait chérir fa timide innocence.
Ah! j'ai trouvé le repos de mon coeur !
Oui ,je le ſens s'ouvrir ſans violence ,
Nonàl'amour , mais à la bienveillance ,
Etréunir, par un accord heureux ,
Les ſentimens , les plaiſirs vertueux .
Omon Egié! le temps inexorable
Auroit en vain terni tous vos attraits ,
Devos vertus l'empreinte ineffaçable
Me charmeroit encore dans vos traits.
C'estmon amie & non pas ma maîtreile ,
Qui de mes chants ſera le digne objet.
La belle Hélene arma toute laGrece ;
Deguerre , hélas ! ce fut un beau ſujet.
Guidepar toi , Parefle pacifique ,
*ADieu ne plaiſe que j'oſe attaquerM. Roufſeau .
Je reſpecte ſes vertus , ſa vieilleſſe & fon génie . J'ai
d'ailleurs éprouvé ſa bienveillance. Je crois être de ſon
avisen blåmant l'amour violent , & la Nouvelle-Héloïſe
en eſt, ce me ſemble , la cenſure encore plus que
l'apologie. M. Roufſeau nous avertit lui-même de
préférer , pour le mariage , une phyſionomie qui
inſpire la bienveillance & non l'amour.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Je ne veux plus adorer la beauté ,
Ni me livrer à fon charme magique ;
De tout excès je ſuis épouvanté
L'ardent amour eſt ſans doute énergique :
Mais confumé par ſon feu dévorant ,
Il brille , il meurt & s'éteint promptement.
D'un tel effort l'ame toute épuiſée ,
Pientôt le ferme aux plus doux ſentimens,
Etjouit moins , plus elle eſt embratée ;
Tous ſes plaiſirs ne ſont que des tourmens.
Les vrais liens d'une ſage tendreſſe ,
L'aimable eſſor de la délicatelle ,
Valentbien mieux que les emportemens
Er les fureurs d'uneimportune ivrefle.
Demon repos plus épris chaque jour ,
Je n'irai point , fur les pas du vulgaire,
Proſtituer mon encens à la Cour.
Pourquoi courir après une chimere ?
L'ambition nuit autant que l'amour.
Vivant de peu , content du néceſſaire
Le ſuperflu me coûte peu de ſoins.
C'eſt lui , lui ſeul qui fait notre miſere ;
Un parelleux a fort peu de beſoins .
Quelques amis d'humeur toujours égale ,
D'un bon eſprit & fans prétentions ;
De ſimples mets , une table frugale ,
Vin naturel , point d'indigeſtions ;
Modeſte habit , propreté ſans parure ,
AVRIL. 1776. 9
Toilette courte , une douce gaieté ,
Point de procès , une fortune ſure ,
Quoique petite , & toujours la ſanté ;
Sommeil facile , exempt d'inquiétude ,
Réveil paiſible , un peu de mouvement;
Modérément ſe livrer à l'étude ,
Faire du bien ſans trop d'empreſſement ;
Garder en tout un prudent équilibre ;
Autantqu'on peut vivre tranquille & libre ;
Jamais de maître, & conferver pourtant
Pour mes amis un eſprit complaiſant :
Voilà le plande mon heureuſe vie ,
Le réſultat de ma philoſophie.
Sur mes défauts vous me grondez ſouvent ;
Vous me trouvez fingulier , indolent :
Mais convenez , Eglé , que ma parefle
Preſque en tout point reſſemble à la ſageſſe .
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Résumé : ÉPITRE A LA PARESSE.
L'épître 'À la Paresse' met en avant la paresse comme une source de bonheur et de créativité. L'auteur ne la considère pas comme une forme de léthargie, mais comme une muse inspirante qui unit les arts et les muses. Il oppose la paresse à l'amour passionné et tumultueux, privilégiant une affection douce et bienveillante. L'auteur préfère les personnages paisibles et innocents des fables de La Fontaine aux amours tourmentés. Il aspire à une ardeur plus durable et à une douceur modérée, incarnées par Églé, une amie dont les vertus et la bienveillance sont louées. L'auteur rejette l'amour violent et l'ambition, prônant une vie simple et équilibrée, éloignée des excès et des illusions. Il valorise l'amitié, la modération et une existence paisible, caractérisée par la santé, la tranquillité et la philosophie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7028
p. 32-37
EPITRE à mon Ami, qui vouloit se marier plutôt par intérêt que par inclination. Il vaudroit mieux être morts qu'unis ainsi. J. J. Rousseau.
Début :
Quoi l'intérêt fixe ton choix ! [...]
Mots clefs :
Intérêt, Amour, Heureux, Noeuds, Lois, Homme, Coeur, Époux, Douceur, Femme, Marier
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE à mon Ami, qui vouloit se marier plutôt par intérêt que par inclination. Il vaudroit mieux être morts qu'unis ainsi. J. J. Rousseau.
EPITRE à mon Ami , qui vouloit fe
marier plutôtpar intérêt que par inclination.
Il vaudroit mieux être morts qu'unis ainfi.
QUC
J. J. Rousseau.
vor l'intérêt fixe ton choix !
Ami , d'un préjugé barbare
Pourquoi veux - tu ſuivre les loix ?
D'une illuſion qui t'égare ,
Crois- moi , n'écoute plusla voix.
Toi qui fis toujours ton étude
Etde penſer &de ſentir ,
AVRIL. 1776. 33
A cette affreuſe ſervitude
Oleras-tu t'aſſujetir ?
Vois le tendre Amour qui ſoupire
Du coup que tu veux lui porter ;
A la douceur de ſon empire ,
Aux doux ſentimens qu'il inſpire ,
Pourras -tu long- temps réſiſter ?
Quand l'animal le plus ſauvage
Devant toi dépouille ſa rage ,
Toi ſeul , inſenſible à ſes traits ,
Tu ne pourrois pas rendre hommage
A la douceur de ſes attraits ?
Qu'eſt devenu cet heureux âge
Où l'homme moins vain , mais plus ſage,
Ignoroit ce coupable abus ;
Où , luivant un plus noble uſage ,
Son coeur , ſur l'aveugle Plutus ,
Al'Amour donnoit l'avantage ,
Ne cherchoit dans le mariage
Que l'aflemblage des vertus ?
Alors d'heureuſes ſympathies
Joignoient les ames aflorties
Par des noeuds qui duroient toujours .
Prèsde ſon épouſe chérie
Qu'un époux paſloit d'heureux jours !
Les ſoupçons de la jalouſie ,
La crainte ni la perfidie
By
34 MERCURE DE FRANCE.
N'en empoifonnoient point le cours.
Vivant ſans querelles , ſans haines ,
Quoiqu'époux ils étoient amans ;
Et l'Hymen , en formant leurs chaînes ,
Ne changeoit point leurs ſentimens.
Tous deux goûtoient le bien fuprême
Pour prix de ſa ſincere ardeur ,
Chacun jouiſſoit du bonheur
De ſe voir aimé pour lui-même.
L'homme étoit toujours amoureux ,
La femme étoit toujours amante.
Dès que la vieilleſſe tremblante
Venoit mettre fin à leurs feux ,
Une amitié douce & conſtante
Achevoit de les rendre heureux ,
Et d'une union ſi charmante
La mort ſeule briſoit les noeuds.
Bientôt de l'or la folle ivrefle
Changea ce fiecle ſi vanté
Enuntempsde calamité.
Par les foucis & la triſtefle ,
Qu'entraîne après ſoi lamolleſſe,
L'homme fut ſans cefle agité ;
Le luxe enfanta la parefle
Et le travail fut détesté.
Alors, dans le ſein de l'aiſance,
Le vil intérêt prit naiſſance ,
AVRIL. 1776. 35
Et tout fut foumis à ſes loix.
Pour contracter une alliance ,
Ne s'en rapportant qu'à ſon choix ,
On ne chercha que l'opulence ;
La beauté fut ſans apparence ,
Et la vertu n'eut plus de poids.
Alors on vit l'indépendance
Elever fierement la voix .
Enfin , pour comble d'indécence ,
On vit ceque l'on voit encor ,
Et la pudeur & l'innocence
Se vendreau vice pour de l'or.
Vois cette jeune Eléonore
Qui , par un contre- temps fatal ,
Des bras d'un amant qu'elle adore
Paſle dans ceux de ſon rival .
De l'intérêt foible victime ,
En vain d'un pere qui l'opprime
Elle veut fléchir la rigueur.
Rien n'amollit ſon coeur barbare ,
De ſa propre main il prépare
Des noeuds qui feront ſon malheur.
Par une fauſle politique ,
Sur ſon fils un ambitieux ,
Ulant d'un pouvoir tyrannique ,
L'obligede former des noeuds ,
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
Qui toujours font des malheureux.
Un tel hymen n'a point de charmes.
Loin de contenter ſes defirs ,
Souvent il pafle dans les larmes
Des jours deſtinés aux plaiſirs.
De- là ces feux illégitimes
Qu'allume l'infidélité :
Ah! n'imputons qu'à nos maximes
Et les défordres & les crimes
1
Qui troublent la ſociété.
De là naît le libertinage :
L'époux eſt joueur& volage ,
La femme eſt coquette à l'excès.
Toutchange alors dans le ménage ;
On fait des dettes , on s'outrage ,
Lebien lediſſipe en procès ;
On ſe maudit , on ſe déteſte:
Le coeur de haine envenimé ,
Briſe enfin un lien funeſte
Que l'Amour n'avoit point formé.
De ta fauſle philoſophie ,
CherAmi , triomphe en cejour.
Suis la nature , & facrifie
Ton intérêt à ton amour.
Puiflé je , au gré de mon envie ,
Aux pieds d'une épouſe chérie
Te voir abjurer ton erreur !
AVRIL. 1776. 37
Si j'avois détruit ton ſyſtême ,
Jeme croirois heureux moi-même
Content d'avoir fait ton bonheur.
ParM. Croiſzetiere , de la Rochelle ,
Licencié ès Loix.
marier plutôtpar intérêt que par inclination.
Il vaudroit mieux être morts qu'unis ainfi.
QUC
J. J. Rousseau.
vor l'intérêt fixe ton choix !
Ami , d'un préjugé barbare
Pourquoi veux - tu ſuivre les loix ?
D'une illuſion qui t'égare ,
Crois- moi , n'écoute plusla voix.
Toi qui fis toujours ton étude
Etde penſer &de ſentir ,
AVRIL. 1776. 33
A cette affreuſe ſervitude
Oleras-tu t'aſſujetir ?
Vois le tendre Amour qui ſoupire
Du coup que tu veux lui porter ;
A la douceur de ſon empire ,
Aux doux ſentimens qu'il inſpire ,
Pourras -tu long- temps réſiſter ?
Quand l'animal le plus ſauvage
Devant toi dépouille ſa rage ,
Toi ſeul , inſenſible à ſes traits ,
Tu ne pourrois pas rendre hommage
A la douceur de ſes attraits ?
Qu'eſt devenu cet heureux âge
Où l'homme moins vain , mais plus ſage,
Ignoroit ce coupable abus ;
Où , luivant un plus noble uſage ,
Son coeur , ſur l'aveugle Plutus ,
Al'Amour donnoit l'avantage ,
Ne cherchoit dans le mariage
Que l'aflemblage des vertus ?
Alors d'heureuſes ſympathies
Joignoient les ames aflorties
Par des noeuds qui duroient toujours .
Prèsde ſon épouſe chérie
Qu'un époux paſloit d'heureux jours !
Les ſoupçons de la jalouſie ,
La crainte ni la perfidie
By
34 MERCURE DE FRANCE.
N'en empoifonnoient point le cours.
Vivant ſans querelles , ſans haines ,
Quoiqu'époux ils étoient amans ;
Et l'Hymen , en formant leurs chaînes ,
Ne changeoit point leurs ſentimens.
Tous deux goûtoient le bien fuprême
Pour prix de ſa ſincere ardeur ,
Chacun jouiſſoit du bonheur
De ſe voir aimé pour lui-même.
L'homme étoit toujours amoureux ,
La femme étoit toujours amante.
Dès que la vieilleſſe tremblante
Venoit mettre fin à leurs feux ,
Une amitié douce & conſtante
Achevoit de les rendre heureux ,
Et d'une union ſi charmante
La mort ſeule briſoit les noeuds.
Bientôt de l'or la folle ivrefle
Changea ce fiecle ſi vanté
Enuntempsde calamité.
Par les foucis & la triſtefle ,
Qu'entraîne après ſoi lamolleſſe,
L'homme fut ſans cefle agité ;
Le luxe enfanta la parefle
Et le travail fut détesté.
Alors, dans le ſein de l'aiſance,
Le vil intérêt prit naiſſance ,
AVRIL. 1776. 35
Et tout fut foumis à ſes loix.
Pour contracter une alliance ,
Ne s'en rapportant qu'à ſon choix ,
On ne chercha que l'opulence ;
La beauté fut ſans apparence ,
Et la vertu n'eut plus de poids.
Alors on vit l'indépendance
Elever fierement la voix .
Enfin , pour comble d'indécence ,
On vit ceque l'on voit encor ,
Et la pudeur & l'innocence
Se vendreau vice pour de l'or.
Vois cette jeune Eléonore
Qui , par un contre- temps fatal ,
Des bras d'un amant qu'elle adore
Paſle dans ceux de ſon rival .
De l'intérêt foible victime ,
En vain d'un pere qui l'opprime
Elle veut fléchir la rigueur.
Rien n'amollit ſon coeur barbare ,
De ſa propre main il prépare
Des noeuds qui feront ſon malheur.
Par une fauſle politique ,
Sur ſon fils un ambitieux ,
Ulant d'un pouvoir tyrannique ,
L'obligede former des noeuds ,
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
Qui toujours font des malheureux.
Un tel hymen n'a point de charmes.
Loin de contenter ſes defirs ,
Souvent il pafle dans les larmes
Des jours deſtinés aux plaiſirs.
De- là ces feux illégitimes
Qu'allume l'infidélité :
Ah! n'imputons qu'à nos maximes
Et les défordres & les crimes
1
Qui troublent la ſociété.
De là naît le libertinage :
L'époux eſt joueur& volage ,
La femme eſt coquette à l'excès.
Toutchange alors dans le ménage ;
On fait des dettes , on s'outrage ,
Lebien lediſſipe en procès ;
On ſe maudit , on ſe déteſte:
Le coeur de haine envenimé ,
Briſe enfin un lien funeſte
Que l'Amour n'avoit point formé.
De ta fauſle philoſophie ,
CherAmi , triomphe en cejour.
Suis la nature , & facrifie
Ton intérêt à ton amour.
Puiflé je , au gré de mon envie ,
Aux pieds d'une épouſe chérie
Te voir abjurer ton erreur !
AVRIL. 1776. 37
Si j'avois détruit ton ſyſtême ,
Jeme croirois heureux moi-même
Content d'avoir fait ton bonheur.
ParM. Croiſzetiere , de la Rochelle ,
Licencié ès Loix.
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Résumé : EPITRE à mon Ami, qui vouloit se marier plutôt par intérêt que par inclination. Il vaudroit mieux être morts qu'unis ainsi. J. J. Rousseau.
Dans une épître, Jean-Jacques Rousseau s'adresse à un ami qui envisage de se marier par intérêt plutôt que par inclination. Rousseau désapprouve cette décision, préférant le célibat à une union basée sur la servitude. Il rappelle une époque antérieure où l'amour dominait les unions matrimoniales, favorisant ainsi des relations harmonieuses et durables. Avec l'essor de la richesse et du luxe, les mariages sont devenus des alliances intéressées, où la beauté et la vertu sont négligées. Cette évolution a conduit à des conflits, des infidélités et des malheurs. Rousseau illustre son propos par l'exemple d'Éléonore, contrainte d'épouser un rival par intérêt. Il exhorte son ami à suivre son cœur et à privilégier l'amour dans son choix matrimonial, plutôt que des considérations matérielles.
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7030
p. 83-88
Hist. de la vie de N. S. Jésus-Christ, [titre d'après la table]
Début :
Histoire de la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ, depuis son incarnation jusqu'à [...]
Mots clefs :
Jésus-Christ, Histoire, Vie, Étonner, Dieu, Évangélistes, Morale chrétienne, Charité
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texteReconnaissance textuelle : Hist. de la vie de N. S. Jésus-Christ, [titre d'après la table]
Hiftoire de la vie de Notre Seigneur Jésus-
Chrift , depuis fon incarnation jufqu'à
fon afcenfion ; dans laquelle on a confervé
& diftingué les paroles du texte
facré , felon la Vulgate ; par le Père
de Ligny. A Avignon , chez Domergue.
Sous quelque face & de quelque côté .
qu'on envifage le chef & le fondateurde
la Religion Chrétienne , on trouve,
en lui la vertu du Très - Haut ; en lui font
cachés tous les tréfors de la fageffe &
de la fcience ; en lui réfide corporelle ..
ment toute la plénitude de la Divinité.
Non-feulement le ciel eft attentif à lui
rendre témoignagne par une foule de
)
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
1
merveilles , qui fe répètent ou qui fe
diverfifient dans l'hiftoire de fa vie : mais
il opère lui même les plus grands miracles
avec une facilité toute puiffante.
Dans la majestueufe fimplicité de fes
moeurs & de fa conduite , on n'apperçoit
aucun foible de l'humanité. Quand il
ouvre la bouche pour inftruire ceux
qui s'attachent à fes pas , les Peuples
s'écrient que jamais homme n'a parlé
comme lui. Quelle doctrine eft plus fublime
& moins faftueufe que la fienne ?
On fent qu'il n'a pas befoin de s'élever
pour atteindre à la hauteur des plus
grands mystères , & qu'engendré dans la
Splendeur des Saints , il voit fans étonne .
nement les profondeurs de Dieu . Que fon
langage eft différent de celui des Prophètes
! Ils font prefque toujours dans
l'enthoufiafime , parce que les vérités
qu'une vifion célefte leur découvre , font
pour eux d'admirables nouveautés , audeffus
de leurs expreffions & de leurs
penfées . La noble fimplicité des difcours.
les plus fublimes de Jéfus Chrift , nous
fait juger au contraire qu'il est né dans
le fein des merveilles dont il nous entre.
tient , & qu'il eft véritablement le fils.
pour qui il n'y a rien de caché dans la
JUILLE T. 1776. 85
maifon de fon père . Auffi connoît -il à
fond tous les ravages que le péché à faits
dans l'homme ; & il renferme conféquemment
dans quelques maximes cour .
tes , mais décifives , la morale la plus
propre à les réparer . Où trouver ailleurs
qu'à fon école , les reflources qui nous
font néceffaires ? On voit en lui un augufte
mélange de grandeur & de bonté ,
qui nous humilie & qui nous enlève ,
qui nous étonne & qui nous raffure . S'il
a toute l'autorité du Fils unique de Dieu ,
il est le plus doux des enfans des hom .
mes. Voilà comme les dignes Interprètes
des Livres Saints nous parlent de Jéfus-
Chrift . L'hiftoire qui renferme les actions
de fa vie & les préceptes de fa morale ,
eft le feul livre néceffaire à un Chrétien ,
& le plus utile de tous à quiconque
même ne le feroit pas . On ne peut fe
livrer à cette lecture fans defirer de devenir
meilleur. La majefté des Ecritures
m'étonne , la fainteté de l'Evangile parle.
à mon coeur , dit l'éloquent Rouffeau ;
voyez les livres des Philofophes avec
toute leur pompe : qu'ils font petits près
de celui -là ?
* L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
a joint , au récit puifé dans les
88 MERCURE DE FRANCE.
» que font les autres. Elle a toujours
devant les yeux le précepte de Saint
» Paul : Qu'il n'y ait point de fchifme ,
ni de divifion dans le corps : mais que
n tous les membres confpirent mutuellement
» à s'entraider les uns les autres . Elle ne
" voit dans cette multitude de Paſteurs
» & de Fidèles répandus par tout l'Uni-
" vers , qu'une feule & même famille ,
où les biens & les maux font com-
" muns , où l'on partage les fouffrances
» de fes frères , le foin de leur pauvreté ,
la crainte de leurs périls , l'inquiétude
23
"
de leurs combats , la reconnoiffance de
» leurs victoires , la douleur & l'hu-
» miliation de leurs chûtes , la joie de
leur retour. Voilà ce qu'eft l'Eglife
aux yeux de la charité ; voilà ce qu'elle
» a été pendant plufieurs fiécles , & ce
qu'elle doit être toujours dans le plan
» de fon divin Fondateur ».
Chrift , depuis fon incarnation jufqu'à
fon afcenfion ; dans laquelle on a confervé
& diftingué les paroles du texte
facré , felon la Vulgate ; par le Père
de Ligny. A Avignon , chez Domergue.
Sous quelque face & de quelque côté .
qu'on envifage le chef & le fondateurde
la Religion Chrétienne , on trouve,
en lui la vertu du Très - Haut ; en lui font
cachés tous les tréfors de la fageffe &
de la fcience ; en lui réfide corporelle ..
ment toute la plénitude de la Divinité.
Non-feulement le ciel eft attentif à lui
rendre témoignagne par une foule de
)
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
1
merveilles , qui fe répètent ou qui fe
diverfifient dans l'hiftoire de fa vie : mais
il opère lui même les plus grands miracles
avec une facilité toute puiffante.
Dans la majestueufe fimplicité de fes
moeurs & de fa conduite , on n'apperçoit
aucun foible de l'humanité. Quand il
ouvre la bouche pour inftruire ceux
qui s'attachent à fes pas , les Peuples
s'écrient que jamais homme n'a parlé
comme lui. Quelle doctrine eft plus fublime
& moins faftueufe que la fienne ?
On fent qu'il n'a pas befoin de s'élever
pour atteindre à la hauteur des plus
grands mystères , & qu'engendré dans la
Splendeur des Saints , il voit fans étonne .
nement les profondeurs de Dieu . Que fon
langage eft différent de celui des Prophètes
! Ils font prefque toujours dans
l'enthoufiafime , parce que les vérités
qu'une vifion célefte leur découvre , font
pour eux d'admirables nouveautés , audeffus
de leurs expreffions & de leurs
penfées . La noble fimplicité des difcours.
les plus fublimes de Jéfus Chrift , nous
fait juger au contraire qu'il est né dans
le fein des merveilles dont il nous entre.
tient , & qu'il eft véritablement le fils.
pour qui il n'y a rien de caché dans la
JUILLE T. 1776. 85
maifon de fon père . Auffi connoît -il à
fond tous les ravages que le péché à faits
dans l'homme ; & il renferme conféquemment
dans quelques maximes cour .
tes , mais décifives , la morale la plus
propre à les réparer . Où trouver ailleurs
qu'à fon école , les reflources qui nous
font néceffaires ? On voit en lui un augufte
mélange de grandeur & de bonté ,
qui nous humilie & qui nous enlève ,
qui nous étonne & qui nous raffure . S'il
a toute l'autorité du Fils unique de Dieu ,
il est le plus doux des enfans des hom .
mes. Voilà comme les dignes Interprètes
des Livres Saints nous parlent de Jéfus-
Chrift . L'hiftoire qui renferme les actions
de fa vie & les préceptes de fa morale ,
eft le feul livre néceffaire à un Chrétien ,
& le plus utile de tous à quiconque
même ne le feroit pas . On ne peut fe
livrer à cette lecture fans defirer de devenir
meilleur. La majefté des Ecritures
m'étonne , la fainteté de l'Evangile parle.
à mon coeur , dit l'éloquent Rouffeau ;
voyez les livres des Philofophes avec
toute leur pompe : qu'ils font petits près
de celui -là ?
* L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
a joint , au récit puifé dans les
88 MERCURE DE FRANCE.
» que font les autres. Elle a toujours
devant les yeux le précepte de Saint
» Paul : Qu'il n'y ait point de fchifme ,
ni de divifion dans le corps : mais que
n tous les membres confpirent mutuellement
» à s'entraider les uns les autres . Elle ne
" voit dans cette multitude de Paſteurs
» & de Fidèles répandus par tout l'Uni-
" vers , qu'une feule & même famille ,
où les biens & les maux font com-
" muns , où l'on partage les fouffrances
» de fes frères , le foin de leur pauvreté ,
la crainte de leurs périls , l'inquiétude
23
"
de leurs combats , la reconnoiffance de
» leurs victoires , la douleur & l'hu-
» miliation de leurs chûtes , la joie de
leur retour. Voilà ce qu'eft l'Eglife
aux yeux de la charité ; voilà ce qu'elle
» a été pendant plufieurs fiécles , & ce
qu'elle doit être toujours dans le plan
» de fon divin Fondateur ».
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Résumé : Hist. de la vie de N. S. Jésus-Christ, [titre d'après la table]
L'œuvre 'Histoire de la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ' est rédigée par le Père de Ligny et publiée à Avignon chez Domergue. Elle retrace la vie de Jésus-Christ de son incarnation à son ascension, en s'appuyant sur la Vulgate. Jésus y est présenté comme incarnant la vertu divine, détenteur des trésors de la sagesse et de la science, et contenant toute la plénitude de la Divinité. Sa vie est marquée par des miracles et une conduite exemplaire. Sa doctrine, à la fois sublime et simple, révèle une connaissance approfondie des mystères divins. Contrairement aux prophètes, souvent inspirés par l'enthousiasme, Jésus se distingue par sa simplicité noble et sa maîtrise des sujets abordés. Connaissant les ravages du péché, il propose une morale efficace pour les réparer. Sa personnalité allie grandeur et bonté, inspirant humilité et admiration. Le texte insiste sur l'importance de l'Évangile, qui relate les actions et les préceptes de Jésus, essentiel pour tout chrétien. L'auteur souligne l'unité et la solidarité au sein de l'Église, conformément au précepte de Saint Paul sur l'entraide et la communauté des biens et des maux parmi les fidèles.
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7031
p. 164-166
RÉPERTOIRE des Pièces qui doivent être jouées à Fontainebleau devant Leurs Majestés.
Début :
Jeudi 10 Octobre. Zema, Tragédie nouvelle de M. le Fevre. Les Curieux de [...]
Mots clefs :
Comédie nouvelle, Musique, Tragédie nouvelle, Charles-Simon Favart
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texteReconnaissance textuelle : RÉPERTOIRE des Pièces qui doivent être jouées à Fontainebleau devant Leurs Majestés.
REPERTOIRE des Pièces qui doivent être
jouées à Fontainebleau devant Leurs
Majeftés.
Jeudi to Octobre . Zema , Tragédie
nouvelle de M. le Fevre . Les Curieux de
Compiègne , de Dancourt.
Vendredi 11. Fleur d'Epine , Opéra
Comique , paroles de M. l'Abbé de Voi
fenon ; Mufique de Madarne Louis. La
Soirée des Boulevards , de M. Favart .
Mercredi 15. L'Avare Faflueux , Co.
médie nouvelle , de M. Goldoni . Le Cha
rivari , de Dancourt.
Jeudi 17.Wenceslas , Tragédie de Ro
tron. Le Dramomane , Comédie nouvelle
de M. le Chevalier de Cubières.
de Vendredi 18. La Nouvelle troupe ,
Meffieurs Favart & Anfeaume. L'aveugle
de Palmire , paroles de M. Desfontaines ,
Mufique de M. Rodolphe..
SEPTEMBRE. 1776. 163
Mardi 22. Le Malheureux imaginaire ,
Comédie nouvelle de M. Dorat . Lefou
per mal apprêté , d'Autroche .
Vendredi 24. Warwick , Tragédie de
M. de la Harpe. Le retour imprévu , Comédie
de M. Renard .
Samedi 25. Le Mort marié , Comédie
nouvelle de M. Sedaine . Mufique de
M. Bianchi . Achmet & Almanzine , de
le Sage , revue par M. Anfeaume , malique
de M. Dorneval.
Mardi 29. Beverley , de M. Saurin .
Le Procureur arbitre , de Poiffon,
Jeudi 31. Muftapha & Zéangie , Tra
gédie nouvelle de M. de Champfort . Le
Préjugé vaincu , de Marivaux .
Lundi 4 Novembre. Théodore , Acte
d'Opéra , mufique de M. Floquet , La
Provençale , mufique de Mouret & Trial.
Mardi 5. Le Philofophe marié , de Def
touches. Le Fat puni , du Marquis Pontle-
Vel .
Jeudi 7. Sémiramis , Tragédie de M.
de Voltaire. Le Veuvage trompeur , Comédie
nouvelle de M. de la Place .
Vendredi 8. La fauffe délicateffe , Comédie
nouvelle de M. Marfolier , mufique
de M. Hinner. L'Inconnu perfecuté ,
Parodié par M. Moline , mufique de
M. Anfoffi.
166 MERCURE DE FRANCE.
Mardi 12. La Coquette corrigée , de la
Noue. La Coupe enchantée , de la Fontaine
.
Jeudi 14. Gabrielle de Vergy , Tragédie
nouvelle de Belloy . Le Sicilien.
Samedi 16. Les Sultanes , de M. Favart.
Églé , Acte d'Opéra de M. Laujon ,
mufique de M. la Garde .
Mardi 19. L'Egoïsme , Comédie nouvelle
de M. Cailhava. La Rupture ou le
mal entendu , Comédie nouvelle de Madame
de Lorme.
Jeudi 21. Bérénice , Tragédie de Racine.
Crifpin Rival , de le Sage.
Samedi 23. Les trois Fermiers , Comédie
nouvelle de M. Monyel , mufique de
M. Dezaides. Le Devin du Village , de
M. Rouffeau.
jouées à Fontainebleau devant Leurs
Majeftés.
Jeudi to Octobre . Zema , Tragédie
nouvelle de M. le Fevre . Les Curieux de
Compiègne , de Dancourt.
Vendredi 11. Fleur d'Epine , Opéra
Comique , paroles de M. l'Abbé de Voi
fenon ; Mufique de Madarne Louis. La
Soirée des Boulevards , de M. Favart .
Mercredi 15. L'Avare Faflueux , Co.
médie nouvelle , de M. Goldoni . Le Cha
rivari , de Dancourt.
Jeudi 17.Wenceslas , Tragédie de Ro
tron. Le Dramomane , Comédie nouvelle
de M. le Chevalier de Cubières.
de Vendredi 18. La Nouvelle troupe ,
Meffieurs Favart & Anfeaume. L'aveugle
de Palmire , paroles de M. Desfontaines ,
Mufique de M. Rodolphe..
SEPTEMBRE. 1776. 163
Mardi 22. Le Malheureux imaginaire ,
Comédie nouvelle de M. Dorat . Lefou
per mal apprêté , d'Autroche .
Vendredi 24. Warwick , Tragédie de
M. de la Harpe. Le retour imprévu , Comédie
de M. Renard .
Samedi 25. Le Mort marié , Comédie
nouvelle de M. Sedaine . Mufique de
M. Bianchi . Achmet & Almanzine , de
le Sage , revue par M. Anfeaume , malique
de M. Dorneval.
Mardi 29. Beverley , de M. Saurin .
Le Procureur arbitre , de Poiffon,
Jeudi 31. Muftapha & Zéangie , Tra
gédie nouvelle de M. de Champfort . Le
Préjugé vaincu , de Marivaux .
Lundi 4 Novembre. Théodore , Acte
d'Opéra , mufique de M. Floquet , La
Provençale , mufique de Mouret & Trial.
Mardi 5. Le Philofophe marié , de Def
touches. Le Fat puni , du Marquis Pontle-
Vel .
Jeudi 7. Sémiramis , Tragédie de M.
de Voltaire. Le Veuvage trompeur , Comédie
nouvelle de M. de la Place .
Vendredi 8. La fauffe délicateffe , Comédie
nouvelle de M. Marfolier , mufique
de M. Hinner. L'Inconnu perfecuté ,
Parodié par M. Moline , mufique de
M. Anfoffi.
166 MERCURE DE FRANCE.
Mardi 12. La Coquette corrigée , de la
Noue. La Coupe enchantée , de la Fontaine
.
Jeudi 14. Gabrielle de Vergy , Tragédie
nouvelle de Belloy . Le Sicilien.
Samedi 16. Les Sultanes , de M. Favart.
Églé , Acte d'Opéra de M. Laujon ,
mufique de M. la Garde .
Mardi 19. L'Egoïsme , Comédie nouvelle
de M. Cailhava. La Rupture ou le
mal entendu , Comédie nouvelle de Madame
de Lorme.
Jeudi 21. Bérénice , Tragédie de Racine.
Crifpin Rival , de le Sage.
Samedi 23. Les trois Fermiers , Comédie
nouvelle de M. Monyel , mufique de
M. Dezaides. Le Devin du Village , de
M. Rouffeau.
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Résumé : RÉPERTOIRE des Pièces qui doivent être jouées à Fontainebleau devant Leurs Majestés.
Le document liste les pièces de théâtre prévues à Fontainebleau pour octobre et novembre 1776. Les représentations débutent le 10 octobre avec 'Zema' de M. Le Fevre et 'Les Curieux de Compiègne' de Dancourt. Le 11 octobre, 'Fleur d'Épine', un opéra comique de l'Abbé de Voisenon et Madame Louis, et 'La Soirée des Boulevards' de M. Favart sont joués. Le 15 octobre, 'L'Avare Fastueux' de M. Goldoni et 'Le Charivari' de Dancourt sont présentés. Le 17 octobre, 'Wenceslas' de Rotrou et 'Le Dramomane' du Chevalier de Cubières sont à l'affiche. Le 18 octobre, 'La Nouvelle troupe' avec Messieurs Favart et Anfseau et 'L'aveugle de Palmire' de M. Desfontaines et M. Rodolphe sont joués. En septembre 1776, le 22, 'Le Malheureux imaginaire' de M. Dorat et 'Le fou mal apprêté' d'Autroche sont présentés. Le 24 septembre, 'Warwick' de M. de la Harpe et 'Le retour imprévu' de M. Renard sont au programme. Le 25 septembre, 'Le Mort marié' de M. Sedaine et M. Bianchi, et 'Achmet & Almanzine' de le Sage sont joués.
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7032
p. 125-126
Commentaires sur les loix angloises, [titre d'après la table]
Début :
Commentaires sur les Loix Angloises, de M. Blackstone ; traduits de l'Anglois. [...]
Mots clefs :
Commentaire, Circonstances, Révolutions, Royaume, Lois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Commentaires sur les loix angloises, [titre d'après la table]
Commentairesfur les Loix Angloiſes , de
M. Blackſtone; traduits de l'Anglois.
Tomes IV , V & VI . A Paris , chez la
veuve Deſaint , Lib , rue du Foin ; &
Durand , rue Galande.
Nous avons rendu à ce profond Jurifconfulte
le juſte tribut d'éloges qui lui
eſt dû . Son Ouvrage , qui a eu en Angleterre
un ſuccès brillant , a été également
bien accueilli de tous les Etrangers.
Comme les loix dont cet Auteur nous
donne le commentaire , n'ont pas été
établies tout d'un coup , mais ſeulement
à meſure que les circonstances ont paru
l'exiger , il en réſulte que pour bien faire
comprendre ces règles, il a fallu déve
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
lopper les circonstances qui les avoient
ſuggérées . Et c'eſt ce qu'a fait M. Blackftone
dans ſon commentaire , qui peut
fervir à nous bien faire connoître l'hiftoire
des révolutions de ce Royaume.
Rien n'eſt plus propre à multiplier ces
révolutions que le mépris de ces mêmes
loix qui font deſtinées à opérer la tranquillité
& la liberté de chaque membre
de l'Etat ; & c'eſt au contraire de Pobſervation
répétée des loix que ſe forme
l'heureuſe habitude de l'obéiſſance , ſans
laquelle il n'y a point d'harmonie dans
un Royaume. On ne ſauroit donner trop
de ſtabilité aux loix qui aſſurent le tien
& le mien , qui autentiquent les propriétés
& qui mettent des bornes à l'arbitraire
du Juge ; & la connoiffance de
ces loix ne peut que produire d'heureux
effets. Pourquoi faut-il que leur multitude
trop immenfe , & la rareté des
bons commentaires , rendent cette étude
fi difficile.
M. Blackſtone; traduits de l'Anglois.
Tomes IV , V & VI . A Paris , chez la
veuve Deſaint , Lib , rue du Foin ; &
Durand , rue Galande.
Nous avons rendu à ce profond Jurifconfulte
le juſte tribut d'éloges qui lui
eſt dû . Son Ouvrage , qui a eu en Angleterre
un ſuccès brillant , a été également
bien accueilli de tous les Etrangers.
Comme les loix dont cet Auteur nous
donne le commentaire , n'ont pas été
établies tout d'un coup , mais ſeulement
à meſure que les circonstances ont paru
l'exiger , il en réſulte que pour bien faire
comprendre ces règles, il a fallu déve
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
lopper les circonstances qui les avoient
ſuggérées . Et c'eſt ce qu'a fait M. Blackftone
dans ſon commentaire , qui peut
fervir à nous bien faire connoître l'hiftoire
des révolutions de ce Royaume.
Rien n'eſt plus propre à multiplier ces
révolutions que le mépris de ces mêmes
loix qui font deſtinées à opérer la tranquillité
& la liberté de chaque membre
de l'Etat ; & c'eſt au contraire de Pobſervation
répétée des loix que ſe forme
l'heureuſe habitude de l'obéiſſance , ſans
laquelle il n'y a point d'harmonie dans
un Royaume. On ne ſauroit donner trop
de ſtabilité aux loix qui aſſurent le tien
& le mien , qui autentiquent les propriétés
& qui mettent des bornes à l'arbitraire
du Juge ; & la connoiffance de
ces loix ne peut que produire d'heureux
effets. Pourquoi faut-il que leur multitude
trop immenfe , & la rareté des
bons commentaires , rendent cette étude
fi difficile.
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Résumé : Commentaires sur les loix angloises, [titre d'après la table]
Le texte traite des 'Commentaires sur les Lois Angloises' de M. Blackstone, traduits de l'anglais et publiés en trois tomes à Paris. Cet ouvrage a rencontré un grand succès en Angleterre et a été favorablement reçu par les étrangers. Blackstone y explique les lois anglaises en les situant dans leur contexte historique, soulignant qu'elles ont été élaborées progressivement en fonction des besoins. Ses commentaires permettent de mieux comprendre les révolutions au Royaume-Uni. Le texte insiste sur l'importance du respect des lois pour préserver la tranquillité et la liberté dans l'État. Il met en garde contre le mépris des lois, susceptible de provoquer des révolutions, et souligne la nécessité de stabiliser les lois pour protéger les biens et limiter l'arbitraire judiciaire. Cependant, l'étude des lois est compliquée par leur nombre excessif et le manque de bons commentaires.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7033
p. 126-131
Commentaire sur le code criminel d'Angleterre, [titre d'après la table]
Début :
Commentaire sur le Code criminel d'Angleterre, traduit de l'Anglois de Blackstone, [...]
Mots clefs :
Lois, Peines, Code criminel, Angleterre, Général, Gabriel-François Coyer, Jurisconsultes, Délits, Coupables, Loi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Commentaire sur le code criminel d'Angleterre, [titre d'après la table]
Commentaire fur le Code criminel d'Angleterre
, traduit de l'Anglois de Blackf
tone , Ecuyer , Solliciteur Général de
Sa Majefté Britannique , par M. l'Abbé
Coyer , des Académics de Nancy , de
Rome & de Londres ; 2 vol . in- 8 °. A
Paris , chez Knapen , Imp . Lib . Pont
Saint Michel.
L'Auteur de cet Ouvrage eſt tout au
tant eſtimé en Anglererre , que M. de
Monteſquieu l'a été en France. Les leçons
publiques qu'il a données des loix de fon
paysdansla célèbre Univerſité d'Oxford ,
lui concilièrent tous les fuffrages de ſes
Concitoyens. LeGouvernement Anglois
perfuadé que celui qui poſſédoit ſi bien
la théorie & les principes des loix , ne
pouvoit être qu'un grand Magiſtrat , l'éleva
à la place de Solliciteur Général , la
ſeconde dans toutes les Cours de Juſtice
d'Angleterre. Les fonctions de cette place
reſſemblent à celles quel'Avocat-Général
exerce dans nos Tribunaux . L'Ouvrage
que cet Auteur profond a donné ſur les
loix civiles d'Angleterre a été bien accueilli
, même par les autres Nations. Il
n'y a certainement aucune étude qui
exige plus d'ordre & plus de précaution
que l'étude de la Jurisprudence , à cauſe
de l'étendue & de la variété des matières
qu'elle embraſſe plus ou moins dans tous
les pays. C'eſt rendre un grand ſervice
aux Jurifconfultes que de réduire les
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
ſciences étendues à des principes clairs
& certains qui ont leurs bornes, ou de
diffiper l'obfcurité qu'on y a mêlée . Les
Ouvrages clairs & profonds que M.
Blackſtone a donnés ſur les loix civiles
&criminelles , réuniſſent ce double avantage.
Quant au Code criminel dont nous
annonçons le commentaire , M. l'Abbé
Coyer , en patriote éclairé , fait l'éloge
de celui où les délits ſeroient exactement
définis ; où l'accufation & la défenſe ſer
roient publiques ; où l'accuſé auroit tous
les moyens raisonnables de ſe juſtifier ;
où il feroit jugé par ſes Pairs à la face
du Peuple ; où les peines feroient graduées
ſur les délits , ſans rien laiffer à
l'arbitraire ; où l'on appercevroit clairement
que l'objet des peines n'eſt pas tant
de faire expier que de prévenir le crime ;
où l'on ne traiteroit pas légèrement la
fortune , l'honneur & la vie du Citoyen ;
où l'on auroit pour principe qu'il vaut
mieux laiſſer échapper dix coupables que
de condamner un innocent ; où les peines
légères ſeroient préférées aux peines rigoureuſes
, comme plus propres à corriger
; où l'on établiroit que les loix mo
dérées font ordinaitement mieux obſervées
que les loix du ſang ; où l'on éloi
gneroit l'appareil révoltant de tortures ,
de tourmens atroces , de morts cruelles
& recherchées , dont eſt conſtruit le code
criminel de tantde Nations qu'on appelle
civiliſées ; où enfin la pitié , ce premier
ſentiment de l'homme , tempéreroit la
rigueur néceſſaire de la loi , par des remèdes
que la loi même autoriſeroit .
D'après cette idée de la légiflation criminelle
, le Traducteur defire que chaque
Nation ſe l'approprie , bien entendu
que l'on conſulte toujours ce que le génie
des Peuples , la nature du Gouverne
ment , la diverſité des moeurs , de la
Religion & des climats peuvent exiger .
Nous n'entreprendrons pas de faire ici
l'énumération des avantages&des inconvéniens
de différens codes criminels qui
exiftent en Europe. C'eſt aux ſavans Jurifconfultes
à faire ces fortes de difcuffions
, & aux Magiſtrats éclairés à les
apprécier & à ſe livrer à des travaux
utiles qui puiffent ſeconder le zèle & les
vues bienfaiſantes des Légiſlateurs. Nos
loix pénales ne font-elles pas trop ſévères
? La ſociété ne gagneroit elle pas à
voir commuer dans pluſieurs circonftances
, la peine de mort en travaux forcés ,
utiles au Public , & qui laifferoient aux
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
coupables l'eſpérance d'expier leurs cri
mes & de rentrer enfin dans l'ordre com
mun des Citoyens ? Ne doit - on pas
craindre que des Juges doux & clémens
n'éludent , autant qu'ils le peuvent , les
recherches & les pourſuites des délits ordinaires
, parce qu'ils craindront d'être
forcés par la loi à prononcer des jugemens
qui leur paroîtront trop ſévères ?
Et ne reſultera-t-il pas de cette négligence
que les coupables s'habitueront à
des tranfgreffions plus ou moins graves ,
&, de délit en délit , paſſeront juſqu'aux
crimes les plus énormes ? La crainte de
la mort eſt- elle toujours un objet fuffifant
de terreur pour des hommes dépravés
, qui redoutent encore plus les travaux
rudes & une longue captivité ?
Queſtions importantes & épineuſes , qui
exigent une profonde connoiſſance du
coeur humain , une expérience confommée
, un ardent amour pour la justice ,
&une forte de reſpect pour tous les
hommes , de quelque condition qu'ils
foient. Les Jurifconfultes & les Magif
trats qui réunillent ces heureuſes qualités
, ne peuvent que bien accueillir les
Ouvrages qui , comme celui de M...
l'Abbé Coyer , ſont propres à éclairs
a
OCTOBRE. 1776. 131
1
rer ſur des matières auſſi importantes.
, traduit de l'Anglois de Blackf
tone , Ecuyer , Solliciteur Général de
Sa Majefté Britannique , par M. l'Abbé
Coyer , des Académics de Nancy , de
Rome & de Londres ; 2 vol . in- 8 °. A
Paris , chez Knapen , Imp . Lib . Pont
Saint Michel.
L'Auteur de cet Ouvrage eſt tout au
tant eſtimé en Anglererre , que M. de
Monteſquieu l'a été en France. Les leçons
publiques qu'il a données des loix de fon
paysdansla célèbre Univerſité d'Oxford ,
lui concilièrent tous les fuffrages de ſes
Concitoyens. LeGouvernement Anglois
perfuadé que celui qui poſſédoit ſi bien
la théorie & les principes des loix , ne
pouvoit être qu'un grand Magiſtrat , l'éleva
à la place de Solliciteur Général , la
ſeconde dans toutes les Cours de Juſtice
d'Angleterre. Les fonctions de cette place
reſſemblent à celles quel'Avocat-Général
exerce dans nos Tribunaux . L'Ouvrage
que cet Auteur profond a donné ſur les
loix civiles d'Angleterre a été bien accueilli
, même par les autres Nations. Il
n'y a certainement aucune étude qui
exige plus d'ordre & plus de précaution
que l'étude de la Jurisprudence , à cauſe
de l'étendue & de la variété des matières
qu'elle embraſſe plus ou moins dans tous
les pays. C'eſt rendre un grand ſervice
aux Jurifconfultes que de réduire les
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
ſciences étendues à des principes clairs
& certains qui ont leurs bornes, ou de
diffiper l'obfcurité qu'on y a mêlée . Les
Ouvrages clairs & profonds que M.
Blackſtone a donnés ſur les loix civiles
&criminelles , réuniſſent ce double avantage.
Quant au Code criminel dont nous
annonçons le commentaire , M. l'Abbé
Coyer , en patriote éclairé , fait l'éloge
de celui où les délits ſeroient exactement
définis ; où l'accufation & la défenſe ſer
roient publiques ; où l'accuſé auroit tous
les moyens raisonnables de ſe juſtifier ;
où il feroit jugé par ſes Pairs à la face
du Peuple ; où les peines feroient graduées
ſur les délits , ſans rien laiffer à
l'arbitraire ; où l'on appercevroit clairement
que l'objet des peines n'eſt pas tant
de faire expier que de prévenir le crime ;
où l'on ne traiteroit pas légèrement la
fortune , l'honneur & la vie du Citoyen ;
où l'on auroit pour principe qu'il vaut
mieux laiſſer échapper dix coupables que
de condamner un innocent ; où les peines
légères ſeroient préférées aux peines rigoureuſes
, comme plus propres à corriger
; où l'on établiroit que les loix mo
dérées font ordinaitement mieux obſervées
que les loix du ſang ; où l'on éloi
gneroit l'appareil révoltant de tortures ,
de tourmens atroces , de morts cruelles
& recherchées , dont eſt conſtruit le code
criminel de tantde Nations qu'on appelle
civiliſées ; où enfin la pitié , ce premier
ſentiment de l'homme , tempéreroit la
rigueur néceſſaire de la loi , par des remèdes
que la loi même autoriſeroit .
D'après cette idée de la légiflation criminelle
, le Traducteur defire que chaque
Nation ſe l'approprie , bien entendu
que l'on conſulte toujours ce que le génie
des Peuples , la nature du Gouverne
ment , la diverſité des moeurs , de la
Religion & des climats peuvent exiger .
Nous n'entreprendrons pas de faire ici
l'énumération des avantages&des inconvéniens
de différens codes criminels qui
exiftent en Europe. C'eſt aux ſavans Jurifconfultes
à faire ces fortes de difcuffions
, & aux Magiſtrats éclairés à les
apprécier & à ſe livrer à des travaux
utiles qui puiffent ſeconder le zèle & les
vues bienfaiſantes des Légiſlateurs. Nos
loix pénales ne font-elles pas trop ſévères
? La ſociété ne gagneroit elle pas à
voir commuer dans pluſieurs circonftances
, la peine de mort en travaux forcés ,
utiles au Public , & qui laifferoient aux
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
coupables l'eſpérance d'expier leurs cri
mes & de rentrer enfin dans l'ordre com
mun des Citoyens ? Ne doit - on pas
craindre que des Juges doux & clémens
n'éludent , autant qu'ils le peuvent , les
recherches & les pourſuites des délits ordinaires
, parce qu'ils craindront d'être
forcés par la loi à prononcer des jugemens
qui leur paroîtront trop ſévères ?
Et ne reſultera-t-il pas de cette négligence
que les coupables s'habitueront à
des tranfgreffions plus ou moins graves ,
&, de délit en délit , paſſeront juſqu'aux
crimes les plus énormes ? La crainte de
la mort eſt- elle toujours un objet fuffifant
de terreur pour des hommes dépravés
, qui redoutent encore plus les travaux
rudes & une longue captivité ?
Queſtions importantes & épineuſes , qui
exigent une profonde connoiſſance du
coeur humain , une expérience confommée
, un ardent amour pour la justice ,
&une forte de reſpect pour tous les
hommes , de quelque condition qu'ils
foient. Les Jurifconfultes & les Magif
trats qui réunillent ces heureuſes qualités
, ne peuvent que bien accueillir les
Ouvrages qui , comme celui de M...
l'Abbé Coyer , ſont propres à éclairs
a
OCTOBRE. 1776. 131
1
rer ſur des matières auſſi importantes.
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Résumé : Commentaire sur le code criminel d'Angleterre, [titre d'après la table]
Le texte traite du commentaire du Code criminel d'Angleterre, traduit par l'abbé Coyer, membre de plusieurs académies prestigieuses. L'auteur original, Sir William Blackstone, est un expert en droit et occupe le poste de Solliciteur Général en Angleterre, équivalent à celui d'Avocat-Général en France. Son ouvrage sur les lois civiles anglaises a été bien accueilli à l'international. L'étude de la jurisprudence nécessite ordre et précision en raison de la diversité des matières qu'elle englobe. L'abbé Coyer propose un idéal de législation criminelle où les délits sont clairement définis, les accusations et défenses sont publiques, et les accusés sont jugés par leurs pairs. Il préconise des peines proportionnées aux délits, visant à prévenir plutôt qu'à punir les crimes, et favorise des peines légères pour encourager la réhabilitation. L'abbé Coyer recommande à chaque nation d'adapter ces principes selon son contexte culturel et politique. Le texte aborde également la question de la sévérité des lois pénales, suggérant que des peines alternatives comme les travaux forcés pourraient être plus bénéfiques. Il discute des risques de laxisme judiciaire et des défis posés par la peur de la mort comme dissuasion. Enfin, il souligne l'importance des juristes et magistrats compétents pour traiter ces questions complexes et accueille favorablement des ouvrages éclairants comme celui de l'abbé Coyer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7034
p. 131-134
Oeuvres posthumes de M. Pothier, [titre d'après la table]
Début :
Oeuvres posthumes de M. Pothier. Traité des Fiefs, censives, relevoisons & [...]
Mots clefs :
Traité, Fiefs, Principes, Lois, Difficultés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Oeuvres posthumes de M. Pothier, [titre d'après la table]
OEuvres pofthumés de M. Pothier. Traité
des Fiefs , cenſives , relevoiſons &
champarts ; 2 volumes in-1 2. A Paris ,
chez le Jay & Dorez , Libr. rue Saint
Jacques .
Combien de Commentateurs des loix ,
a dit ſi judicieuſement l'Auteur du premier
Eloge de M. Pothier , ( M. le
Comte de Bièvre , Procureur du Roi )
au lieu de nous en offrir les principes
& une juſte application , ne nous donnent
que leurs préjugés & leurs erreurs , pour
des maximes fûres & invariables ! Combien
y en a-t- il qui s'éloignent de l'ef.
prit même de ces loix , par des raifonnemens
à perte de vue , en énervant la force
par des fubtilités preſqu'inintelligibles ,
en éclipſant la lumière par les nuages des
difficultés qu'ils y oppofent , déconcertent
le Lecteur le plus patient par leur
incertitude , & dégoûtent le plus intrépide
par leur prolixité ! Combien de
deffeins prémédités dénaturent l'autorité
légiflative dans ſon établiſſement &
dans ſes fins , violent ſans fcrupule la
fainteté de ſon dépôt , & , d'une main
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
hardie , ofent ébranler cette baſe éternelle
ſur laquelle repoſent la ſûreté du
Prince & le bonheur de ſes Sujetsa
M. Pothier , loin de reſſembler en
rien à ces guides ſi dangereux , commence
toujours par poſer des principes
certains , en tire des conféquences toutes
naturelles , les applique convenablement
aux circonstances , met dans la balance
les opinions de ceux qui l'ont précédé
dans la même carrière , les adopte & les
fortifie fi elles ſont juſtes , les rectifie
& les rapproche de la règle ſi elles s'en
écartent; & par une diſcuſſion auſſi ſûre
que lumineuſe , lève les doutes , diffipe
les nuages & met la vérité dans le plus
beau jour. Formet il des queſtions fur
les matières dont il traite ? Il n'en forme
que d'intéreſſantes; il en trouve une folution
fi heureuſe dans les Loix Romai
nes , qu'on ne fait ce que l'on doit le
plus admirer , ou la grande ſageſſe de
ces anciens Législateurs du monde , qui
prennent fur! toutes les difficultés um
parti fi conforme à l'équité naturelle ;
ou l'art infini avec lequel notre Jurifconfulte
moderne examine , agite & réfout
ces mêmes difficultés .On fentmême
Kavantage qu'il a far ces premiers Ma
tres; n'ayant eu de reſſource que dans
leurs propres méditations , il leur arrive
quelquefois de s'éloigner un peu de
l'exacte équité. Maître à ſon tour , M.
Pothier les combat avec des armes qu'ils
ne connoiffoient pas , avec cette morale
pure de la révélation , à qui ſeule il appartient
de rendre ſenſibles ces traits primitifs
de juſtice , que les doigts de celui
qui en eſt la ſource , a d'abord gravés
dans les coeurs , & que les ténèbres de
Ihomme abandonné à lui-même a toujours
altérés.
Telle eſt la juſte idée que l'on a donné
du célèbre Juriſconſulte que la mort nous
a malheureuſement enlevé , lorſqu'il ſe
propoſoit de publier le Traité des Fiefs
à la ſuite de ſes autres Ouvrages . On
reconnoîtra aisément dans celui que nous
annonçons la folidité , la clarté & la méthode
qui caractériſent tout ce qui eſt
forti de ſa plume. Les principes y font
développés de la manière la plus lumi
neuſe; les conféquences déduites ſelon
l'ordre naturel qui les amène ; les queftions
traitées ſavamment ,&décidées par
les principes bien plus ſouvent que par
les préjugés , qui réſultent des jugemens
rendas ſur quelques eſpèces particulières.
134 MERCURE DE FRANCE!
Tout le monde ſait que la matière des
fiefs eſt hériſſée de difficultés & d'épines
; rien n'étoit donc plus eſſentiel que
de la trouver traitée par un profond Jurifconfulte
, qui ne s'eſt point aviſé
d'analyſer les fameux Traités de M.
Dumoulin ſur la même matière , encore
moins ceux de M. Guyot , Avocat , qui
a donné fix volumes in-4°. fur tout ce
qui a rapport aux fiefs. M. Pothier a
traité cette partie de notre Droit Coutumier
d'une manière qui lui eſt propre ,
& qui ne tient rien des Ouvrages qui
l'ont précédé , fi ce n'eſt de la collection
des loix & des coutumes , dont il a ſu ,
mieux qu'aucun Auteur de ſon ſiècle ,
développer & appliquer les principes.
On a joint au Traité des Fiefs un Traité
des Cens , & deux petits Traités fur
le droit de Champart , ſur les Corvées
& les Bannalités , qui font une ſuite
du premier , compofés, pareillement par
M. Pothier , dont la mémoire ſera
précieuſe dans tous les Tribunaux du
Royaume.
des Fiefs , cenſives , relevoiſons &
champarts ; 2 volumes in-1 2. A Paris ,
chez le Jay & Dorez , Libr. rue Saint
Jacques .
Combien de Commentateurs des loix ,
a dit ſi judicieuſement l'Auteur du premier
Eloge de M. Pothier , ( M. le
Comte de Bièvre , Procureur du Roi )
au lieu de nous en offrir les principes
& une juſte application , ne nous donnent
que leurs préjugés & leurs erreurs , pour
des maximes fûres & invariables ! Combien
y en a-t- il qui s'éloignent de l'ef.
prit même de ces loix , par des raifonnemens
à perte de vue , en énervant la force
par des fubtilités preſqu'inintelligibles ,
en éclipſant la lumière par les nuages des
difficultés qu'ils y oppofent , déconcertent
le Lecteur le plus patient par leur
incertitude , & dégoûtent le plus intrépide
par leur prolixité ! Combien de
deffeins prémédités dénaturent l'autorité
légiflative dans ſon établiſſement &
dans ſes fins , violent ſans fcrupule la
fainteté de ſon dépôt , & , d'une main
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
hardie , ofent ébranler cette baſe éternelle
ſur laquelle repoſent la ſûreté du
Prince & le bonheur de ſes Sujetsa
M. Pothier , loin de reſſembler en
rien à ces guides ſi dangereux , commence
toujours par poſer des principes
certains , en tire des conféquences toutes
naturelles , les applique convenablement
aux circonstances , met dans la balance
les opinions de ceux qui l'ont précédé
dans la même carrière , les adopte & les
fortifie fi elles ſont juſtes , les rectifie
& les rapproche de la règle ſi elles s'en
écartent; & par une diſcuſſion auſſi ſûre
que lumineuſe , lève les doutes , diffipe
les nuages & met la vérité dans le plus
beau jour. Formet il des queſtions fur
les matières dont il traite ? Il n'en forme
que d'intéreſſantes; il en trouve une folution
fi heureuſe dans les Loix Romai
nes , qu'on ne fait ce que l'on doit le
plus admirer , ou la grande ſageſſe de
ces anciens Législateurs du monde , qui
prennent fur! toutes les difficultés um
parti fi conforme à l'équité naturelle ;
ou l'art infini avec lequel notre Jurifconfulte
moderne examine , agite & réfout
ces mêmes difficultés .On fentmême
Kavantage qu'il a far ces premiers Ma
tres; n'ayant eu de reſſource que dans
leurs propres méditations , il leur arrive
quelquefois de s'éloigner un peu de
l'exacte équité. Maître à ſon tour , M.
Pothier les combat avec des armes qu'ils
ne connoiffoient pas , avec cette morale
pure de la révélation , à qui ſeule il appartient
de rendre ſenſibles ces traits primitifs
de juſtice , que les doigts de celui
qui en eſt la ſource , a d'abord gravés
dans les coeurs , & que les ténèbres de
Ihomme abandonné à lui-même a toujours
altérés.
Telle eſt la juſte idée que l'on a donné
du célèbre Juriſconſulte que la mort nous
a malheureuſement enlevé , lorſqu'il ſe
propoſoit de publier le Traité des Fiefs
à la ſuite de ſes autres Ouvrages . On
reconnoîtra aisément dans celui que nous
annonçons la folidité , la clarté & la méthode
qui caractériſent tout ce qui eſt
forti de ſa plume. Les principes y font
développés de la manière la plus lumi
neuſe; les conféquences déduites ſelon
l'ordre naturel qui les amène ; les queftions
traitées ſavamment ,&décidées par
les principes bien plus ſouvent que par
les préjugés , qui réſultent des jugemens
rendas ſur quelques eſpèces particulières.
134 MERCURE DE FRANCE!
Tout le monde ſait que la matière des
fiefs eſt hériſſée de difficultés & d'épines
; rien n'étoit donc plus eſſentiel que
de la trouver traitée par un profond Jurifconfulte
, qui ne s'eſt point aviſé
d'analyſer les fameux Traités de M.
Dumoulin ſur la même matière , encore
moins ceux de M. Guyot , Avocat , qui
a donné fix volumes in-4°. fur tout ce
qui a rapport aux fiefs. M. Pothier a
traité cette partie de notre Droit Coutumier
d'une manière qui lui eſt propre ,
& qui ne tient rien des Ouvrages qui
l'ont précédé , fi ce n'eſt de la collection
des loix & des coutumes , dont il a ſu ,
mieux qu'aucun Auteur de ſon ſiècle ,
développer & appliquer les principes.
On a joint au Traité des Fiefs un Traité
des Cens , & deux petits Traités fur
le droit de Champart , ſur les Corvées
& les Bannalités , qui font une ſuite
du premier , compofés, pareillement par
M. Pothier , dont la mémoire ſera
précieuſe dans tous les Tribunaux du
Royaume.
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Résumé : Oeuvres posthumes de M. Pothier, [titre d'après la table]
Le texte traite des œuvres posthumes de M. Pothier, notamment un traité sur les fiefs, les censives, les relevoisons et les champarts, publié en deux volumes à Paris chez Le Jay & Dorez. L'auteur critique les commentateurs des lois qui, au lieu de fournir des principes et des applications justes, propagent des préjugés et des erreurs. Il met en avant la méthode claire et méthodique de M. Pothier, qui consiste à poser des principes certains, à en tirer des conséquences naturelles et à appliquer les lois de manière appropriée. Pothier est également apprécié pour sa capacité à lever les doutes et à éclaircir les difficultés grâce à une discussion lumineuse et sûre. Le traité sur les fiefs, bien que complexe, est abordé avec profondeur et originalité, sans se baser sur les analyses des travaux antérieurs de Dumoulin ou Guyot. En plus du traité sur les fiefs, le texte inclut des traités sur les cens, les champarts, les corvées et les banalités, tous rédigés par M. Pothier. Son œuvre est reconnue pour sa solidité, sa clarté et sa méthode rigoureuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7035
p. 134-139
Observations sur un ouvrage intitulé le Systême de la Nature, [titre d'après la table]
Début :
Observations sur un Ouvrage intitulé : Le Systême de la Nature, divisées en 2 [...]
Mots clefs :
Nature, Humain, Hommes, Dieu, Auteur, Système, Genre, Vertu, Jean-Jacques Rousseau, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Observations sur un ouvrage intitulé le Systême de la Nature, [titre d'après la table]
Obfervationsfur un Ouvrage intitulé : Le
Systéme de la Nature , diviſées en 2
parties ; par M. de B.... A Paris,
OCTOBRE. 1776 . 139
chez Debure père , Lib. quai des Auguftins
.
:
Notre fiécle doit rougir plus qu'aucun
autre d'avoir enfanté un ſyſtème qui
dégrade la raiſon & l'eſprit humain.
L'athéïſme paroiſſoit ne devoir être que
le fruit de la ſtupidité & de l'ignorance ;
& cependant , qui l'auroit cru ! cette erreur
ſemble devenir l'opinion favorite
de certains hommes , à qui on ne peut
refuſer des lumières & du talent ; on ne
vit jamais un ſyſtême également abſurde
& impie , défendu avec plus d'obſtination
& d'enthouſiaſme. Spinofa & ſes Prédécefleurs
étoient lus de peu de gens , &
n'étoient entendus de perſonne. Les Modernes
, par un preſtige de ſtyle & par
une phyſique ſuperficielle & curieuſe
ont tâché d'inſinuer le venin dans les
eſprits foibles & les demi- Savans , dont
le nombre augmente malheureuſement
tous les jours. Du fond de leur corrupzion
s'élève une vapeur noire & maligne
qui , en les aveuglant ſur tous les témoignages
que l'Étre- Suprême a donnés de
ſa préſence & de ſa majesté , leur cache.
en même temps les maux effrayans qu'ils
préparent au genre humain, en répan
136 MERCURE DE FRANCE.
dant dans le public leurs déteſtables principes
. Quand même ces principes ſeroient
auſſi vrais qu'ils font faux & abfurdes ,
ils devroient les enfevelir dans un éternel
oubli , s'ils ſe piquoient de vertu &
de probité. Mais quand on a le malheur
d'être aveuglé , on ne connoît point les
fuites malheureuſes des ténèbres. En effet
il ſuffit de n'être pas tout-à fait frappé
d'aveuglement pour avouer avec l'Auteur
de laſage critique du ſyſtême de la nature,
que l'homme a beſoin d'un Maître qui
le faffe matcher d'un pas fûr dans le
chemin de la vertu , & que nulle ſociété
ne peut ſubſiſter avec cette liberté ſans
bornes qu'on oſe réclamer. L'intérêt pera
fonnel , le choc des paffions & la diverſité
des opinions , ajoute l'Auteur des
obſervations folides & intéreſſantes , font
une ſource intariſſable de guerres & de
difcordes , qui , ſi elles n'entraînoient
pas la ruine entière du genre humain ,
feroient au moins de la ſociété un vaſte
théâtre , où les mortels , ſemblables à des
lions féroces , feroient occupés ſans ceffe
à s'entre-déchirer & à ſe détruire. Il faut
donc à la malignité de la nature humaine
un frein capable d'en prévenir les fuites ;
& quel frein plus propre à en impofer
OCTOBRE. 1776. 137
aux hommes que celui d'une divinité
toujours préſente par tout, quoiqu'inviſible
, qui pourſuit les coupables juſques
dans la nuitdu tombeau , & qui les immole
pour jamais à ſa juſtice ? A quoi
ſert de multiplier des ſophifmes pour
ôter aux hommes la plus grande confolation
qu'ils peuvent deſirer au milieu
des maux intéparables de la vie ? Les
terreurs de l'avenir , que l'on prétend
diffiper , ne balancent pas ce déſeſpoir &
ce néant que tout le monde abhorre.
C'eſt envain qu'on fait l'éloge de la morale.
La règle des moeurs n'eſt point ime
muable ſi Dieu n'existe pas, « C'eſt lui ,
>>dit ſi bien l'éloquent Rouſſeau , qui
>donne un but à la justice , une baſe à
» la vertu , un prix à cette courte vie
» employée à lui plaire. C'eſt lui qui
> ne ceſſe de crier aux coupables que
» leurs crimes ſecrets ont été vus , & qui
>> fait dire au juſte oublié , tes vertus ont
>> un témoin ; c'eſt lui , c'eſt ſa ſubſtance
>> inaltérable qui eſt le vrai modèle des
> perfections dont nous portons une
» image en nous-mêmes. Nos paffions
>> ont beau la défigurer : tous ſes traits
>> liés à l'eſſence infinie , ſe repréſentent
>> toujours à la raiſon , & lui fervent à
138 MERCURE DE FRANCE.
>> rétablir ce que l'imposture & l'erreur
>> en ont altéré ». Voilà comme la ſaine
philofophie nous parle de lÊtre Suprême.
Son existence étant antérieure à la
révélation , l'Auteur a cru qu'il falloit
préférer les preuves indépendantes de
cette révélation , afin que ceux qui ont
le malheur de ne pas croire à la Religion
révélée , ne puiffent pas éluder la force
des argumens philoſophiques. Les Ecri
vains ſacrés ne nous aſſurent- ils pas euxmêmes
, qu'indépendamment de l'autorité
de la Religion , tous ceux qui nient
l'existence de la divinité ſont inexcufables
, puiſque Dieu s'eſt manifeſté aux
hommes par les merveilles de la nature ,
puiſque les cieux annoncent la gloire de
Dieu& publient hautement fa puiſſance?
« Je ne fais , dit M. de Voltaire , s'il y a
>> une preuve métaphysique plus frap-
>> pante & qui parle plus fortement à
>> l'homme que cet ordre admirable qui
> règne dans le monde , & fi jamais il y
a eu un plus bel argument que ce ver-
>>fet : Cæli enarrant gloriam Dei. Les
>> Phyſiciens ſont devenus les Hérauts
>> de la Providence ; un Cathéchiſte annonce
Dieu à des enfans , & un New
>> ton le démontre aux Sages2.
L'Auteur des obſervations également
folides & lumineuſes , ne ſe borne pas
à diſſiper tous les nuages que le fophifte
moderne a cherché à accumuler , pour
obfcurcir la vérité la plus confolante &
la plus utile au genre humain; mais il
prouve auſſi d'une manière claire & perſuafive
la ſpiritualité de l'ame & les conſéquences
qui en dérivent.
Systéme de la Nature , diviſées en 2
parties ; par M. de B.... A Paris,
OCTOBRE. 1776 . 139
chez Debure père , Lib. quai des Auguftins
.
:
Notre fiécle doit rougir plus qu'aucun
autre d'avoir enfanté un ſyſtème qui
dégrade la raiſon & l'eſprit humain.
L'athéïſme paroiſſoit ne devoir être que
le fruit de la ſtupidité & de l'ignorance ;
& cependant , qui l'auroit cru ! cette erreur
ſemble devenir l'opinion favorite
de certains hommes , à qui on ne peut
refuſer des lumières & du talent ; on ne
vit jamais un ſyſtême également abſurde
& impie , défendu avec plus d'obſtination
& d'enthouſiaſme. Spinofa & ſes Prédécefleurs
étoient lus de peu de gens , &
n'étoient entendus de perſonne. Les Modernes
, par un preſtige de ſtyle & par
une phyſique ſuperficielle & curieuſe
ont tâché d'inſinuer le venin dans les
eſprits foibles & les demi- Savans , dont
le nombre augmente malheureuſement
tous les jours. Du fond de leur corrupzion
s'élève une vapeur noire & maligne
qui , en les aveuglant ſur tous les témoignages
que l'Étre- Suprême a donnés de
ſa préſence & de ſa majesté , leur cache.
en même temps les maux effrayans qu'ils
préparent au genre humain, en répan
136 MERCURE DE FRANCE.
dant dans le public leurs déteſtables principes
. Quand même ces principes ſeroient
auſſi vrais qu'ils font faux & abfurdes ,
ils devroient les enfevelir dans un éternel
oubli , s'ils ſe piquoient de vertu &
de probité. Mais quand on a le malheur
d'être aveuglé , on ne connoît point les
fuites malheureuſes des ténèbres. En effet
il ſuffit de n'être pas tout-à fait frappé
d'aveuglement pour avouer avec l'Auteur
de laſage critique du ſyſtême de la nature,
que l'homme a beſoin d'un Maître qui
le faffe matcher d'un pas fûr dans le
chemin de la vertu , & que nulle ſociété
ne peut ſubſiſter avec cette liberté ſans
bornes qu'on oſe réclamer. L'intérêt pera
fonnel , le choc des paffions & la diverſité
des opinions , ajoute l'Auteur des
obſervations folides & intéreſſantes , font
une ſource intariſſable de guerres & de
difcordes , qui , ſi elles n'entraînoient
pas la ruine entière du genre humain ,
feroient au moins de la ſociété un vaſte
théâtre , où les mortels , ſemblables à des
lions féroces , feroient occupés ſans ceffe
à s'entre-déchirer & à ſe détruire. Il faut
donc à la malignité de la nature humaine
un frein capable d'en prévenir les fuites ;
& quel frein plus propre à en impofer
OCTOBRE. 1776. 137
aux hommes que celui d'une divinité
toujours préſente par tout, quoiqu'inviſible
, qui pourſuit les coupables juſques
dans la nuitdu tombeau , & qui les immole
pour jamais à ſa juſtice ? A quoi
ſert de multiplier des ſophifmes pour
ôter aux hommes la plus grande confolation
qu'ils peuvent deſirer au milieu
des maux intéparables de la vie ? Les
terreurs de l'avenir , que l'on prétend
diffiper , ne balancent pas ce déſeſpoir &
ce néant que tout le monde abhorre.
C'eſt envain qu'on fait l'éloge de la morale.
La règle des moeurs n'eſt point ime
muable ſi Dieu n'existe pas, « C'eſt lui ,
>>dit ſi bien l'éloquent Rouſſeau , qui
>donne un but à la justice , une baſe à
» la vertu , un prix à cette courte vie
» employée à lui plaire. C'eſt lui qui
> ne ceſſe de crier aux coupables que
» leurs crimes ſecrets ont été vus , & qui
>> fait dire au juſte oublié , tes vertus ont
>> un témoin ; c'eſt lui , c'eſt ſa ſubſtance
>> inaltérable qui eſt le vrai modèle des
> perfections dont nous portons une
» image en nous-mêmes. Nos paffions
>> ont beau la défigurer : tous ſes traits
>> liés à l'eſſence infinie , ſe repréſentent
>> toujours à la raiſon , & lui fervent à
138 MERCURE DE FRANCE.
>> rétablir ce que l'imposture & l'erreur
>> en ont altéré ». Voilà comme la ſaine
philofophie nous parle de lÊtre Suprême.
Son existence étant antérieure à la
révélation , l'Auteur a cru qu'il falloit
préférer les preuves indépendantes de
cette révélation , afin que ceux qui ont
le malheur de ne pas croire à la Religion
révélée , ne puiffent pas éluder la force
des argumens philoſophiques. Les Ecri
vains ſacrés ne nous aſſurent- ils pas euxmêmes
, qu'indépendamment de l'autorité
de la Religion , tous ceux qui nient
l'existence de la divinité ſont inexcufables
, puiſque Dieu s'eſt manifeſté aux
hommes par les merveilles de la nature ,
puiſque les cieux annoncent la gloire de
Dieu& publient hautement fa puiſſance?
« Je ne fais , dit M. de Voltaire , s'il y a
>> une preuve métaphysique plus frap-
>> pante & qui parle plus fortement à
>> l'homme que cet ordre admirable qui
> règne dans le monde , & fi jamais il y
a eu un plus bel argument que ce ver-
>>fet : Cæli enarrant gloriam Dei. Les
>> Phyſiciens ſont devenus les Hérauts
>> de la Providence ; un Cathéchiſte annonce
Dieu à des enfans , & un New
>> ton le démontre aux Sages2.
L'Auteur des obſervations également
folides & lumineuſes , ne ſe borne pas
à diſſiper tous les nuages que le fophifte
moderne a cherché à accumuler , pour
obfcurcir la vérité la plus confolante &
la plus utile au genre humain; mais il
prouve auſſi d'une manière claire & perſuafive
la ſpiritualité de l'ame & les conſéquences
qui en dérivent.
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Résumé : Observations sur un ouvrage intitulé le Systême de la Nature, [titre d'après la table]
Le texte 'Observations fur un Ouvrage intitulé: Le Système de la Nature' critique durement l'athéisme, le qualifiant d'erreur absurde et impie. Malgré les talents des défenseurs modernes de cette idéologie, leur style captivant et leur connaissance superficielle de la physique permettent de propager cette idée parmi les esprits faibles et les demi-savants. Cette diffusion est comparée à une vapeur maligne qui aveugle les individus sur la présence divine et les maux qu'ils préparent à l'humanité. Le texte insiste sur la nécessité d'un maître moral pour guider l'homme vers la vertu et éviter les conflits et les discordes. Il soutient que la moralité requiert l'existence de Dieu, qui sert de modèle de perfection et de garant de justice. L'auteur privilégie les preuves philosophiques indépendantes de la révélation pour convaincre même ceux qui ne croient pas en la religion révélée. Il cite Voltaire pour souligner l'ordre admirable de la nature comme preuve de l'existence divine. Enfin, le texte démontre la spiritualité de l'âme et ses conséquences, dissipant les obscurcissements apportés par les sophistes modernes.
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7036
p. 139-140
Poëme sur la pitié qu'on doit avoir pour les malheureux, [titre d'après la table]
Début :
Poëme sur la pitié qu'on doit avoir pour les malheureux ; par M. de Tresséol. [...]
Mots clefs :
Coeur, Pitié , Souffrir, Peuple, Esprit, Éclairé, Malheureux, M. de Tresséol
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Poëme sur la pitié qu'on doit avoir pour les malheureux, [titre d'après la table]
Poëmefur la pitié qu'on doit avoir pour
les malheureux ; par M. de Treffeol .
Non ignora mali miferisfuccurrere disco.
VIRG .
AParis, chez les Libraires qui vendent
les nouveautés .
Ce Poëme eſt précédé d'un avertiflement
, dans lequel l'Auteur analyſe ce
ſentiment que les hommes éprouvent
en voyant fouffrir leurs femblables. « Le
>> Peuple le plus poli dans ſes manières
>> a toujours quelque choſe de ſauvage
>>& de dur dans le coeur , parce qu'il
» n'a pas l'eſprit affez éclairé. Il faut
> que la raiſon ſoit bien pure pour nous
découvrir les droits de l'humanité , il
140 MERCURE DE FRANCE.
->> faut que l'ame ſoit bien ſenſible pour
» en reſpecter toujours les intérêts . Il y
>> a de la cruauté à faire ſouffrir ſes ſem .
blables : il y a donc de la cruauté à
>>les voir fouffrir , quand ce n'eſt point
>>>pour les foulager ».
L'ardeur qui nous inſpire une juſte vengeance
D'armer avec les loix nos coeurs pour l'innocence;
Un defir curieux qui force nos regards
Acontempler la ſcène où règnent les écarts ;
L'inſtinct qui , pour fixer nos pas dans la justice ,
Va chercher un appui dans l'horreur du ſupplice ;
Lebeſoin d'émouvoir un coeur fait pour ſentir ,
Qui , dans la douleur même , éprouve ce plaiſir ,
Tant de vices , d'erreurs dont les ames ſauvages
Aujourde la raiſon oppoſent les nuages ;
Tous ces penchans divers autour des échaffauds ,
D'un peuple impétueux précipitent les flots.
Mais l'ami des humains , dont la pitié plus tendre
Veut arrêter le ſang ou n'en pas voir répandre ,
Fuit le ſpectacle affreux où , par l'ordre des loix ,
L'homme aflaffine l'homme expirant mille fois .
Ce petit Ouvrage eſt l'expreſſion d'un
coeur ſenſible & d'un eſprit éclairé.
les malheureux ; par M. de Treffeol .
Non ignora mali miferisfuccurrere disco.
VIRG .
AParis, chez les Libraires qui vendent
les nouveautés .
Ce Poëme eſt précédé d'un avertiflement
, dans lequel l'Auteur analyſe ce
ſentiment que les hommes éprouvent
en voyant fouffrir leurs femblables. « Le
>> Peuple le plus poli dans ſes manières
>> a toujours quelque choſe de ſauvage
>>& de dur dans le coeur , parce qu'il
» n'a pas l'eſprit affez éclairé. Il faut
> que la raiſon ſoit bien pure pour nous
découvrir les droits de l'humanité , il
140 MERCURE DE FRANCE.
->> faut que l'ame ſoit bien ſenſible pour
» en reſpecter toujours les intérêts . Il y
>> a de la cruauté à faire ſouffrir ſes ſem .
blables : il y a donc de la cruauté à
>>les voir fouffrir , quand ce n'eſt point
>>>pour les foulager ».
L'ardeur qui nous inſpire une juſte vengeance
D'armer avec les loix nos coeurs pour l'innocence;
Un defir curieux qui force nos regards
Acontempler la ſcène où règnent les écarts ;
L'inſtinct qui , pour fixer nos pas dans la justice ,
Va chercher un appui dans l'horreur du ſupplice ;
Lebeſoin d'émouvoir un coeur fait pour ſentir ,
Qui , dans la douleur même , éprouve ce plaiſir ,
Tant de vices , d'erreurs dont les ames ſauvages
Aujourde la raiſon oppoſent les nuages ;
Tous ces penchans divers autour des échaffauds ,
D'un peuple impétueux précipitent les flots.
Mais l'ami des humains , dont la pitié plus tendre
Veut arrêter le ſang ou n'en pas voir répandre ,
Fuit le ſpectacle affreux où , par l'ordre des loix ,
L'homme aflaffine l'homme expirant mille fois .
Ce petit Ouvrage eſt l'expreſſion d'un
coeur ſenſible & d'un eſprit éclairé.
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Résumé : Poëme sur la pitié qu'on doit avoir pour les malheureux, [titre d'après la table]
Le texte présente un poème de M. de Treffeol intitulé 'Poëme sur la pitié qu'on doit avoir pour les malheureux'. Un avertissement précède l'œuvre, où l'auteur analyse le sentiment de pitié envers la souffrance humaine. Il note que même les sociétés civilisées peuvent montrer de la dureté due à une raison insuffisamment éclairée. Pour respecter les droits de l'humanité, la raison doit être pure et l'âme sensible. L'auteur dénonce la cruauté de faire souffrir autrui ou de rester indifférent face à la douleur. Le poème aborde divers sentiments humains comme la soif de vengeance, la curiosité morbide et le besoin de justice, qui poussent à assister à des exécutions publiques. L'auteur, en tant qu'ami des humains, prône la pitié et évite ces spectacles de souffrance où la loi autorise un homme à en affliger un autre jusqu'à la mort. Le poème reflète un cœur sensible et un esprit éclairé.
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7037
p. 13-15
LISETTE & SON LINOT. Fable. AUX BELLES.
Début :
LISETTE, gentille bergere, [...]
Mots clefs :
Lisette, Linot, Réseau, Oiseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LISETTE & SON LINOT. Fable. AUX BELLES.
L Is E T T E & s o N L I N o T.
Fable.
A v x B E L L E s.
Lisrrrr , gentille bergere,
Defiroit avoir un oiſeau.
Au ſein d'un paiſible hameau
Elle pouvoit ſe ſatisfaire ;
Oui : mais tous les oiſeaux ne ſavoient pas lui
plaire.
Au ſerin même aux ailes d'or,
Liſette préféroit encor
Un linot joli, doux & tendre ;
Un linot ſeroit un tréfor :
Où le trouver ? comment le prendre ?
La petite friponne imagine un réſeau
si ſolide & fi fin, fait de telle maniere,
Qu'il devoit arêter le plus ſubtil oiſeaº.
14 MERCURE DE FRANCE.
Le réſeau fabriqué, la maligne bergere !
· L'étend parmi les fleurs au bordd'un clait ruiſſeau,
Et ſe promet une voliere
En effet nombre de moineaux
Y ſont pris. Vint enfin le plus beau des linots.
| A peine eſclave, il cherche à ſortir d'eſclavage.
Liſette accourt, le prend, le baiſe... Ah! quel
dommage - -
S'il ſe fût envolé ! qu'il eſt doux ! qu'il eſt beau !...
Liſette en eût dit davantage,
Mais de ſes jeunes mains le ruſé ſe dégage,
Et s'envole ſur un berceau.
La Belle en pleurs des yeux ſuit en vain le volage ;
Il rit de ce piége nouveau.
Caché ſous un épais feuillage,
Il obſerve : & penſant au perfide réſeau,
Il dit : Liſette eſt fine, & Liſette eſt peu ſage :
Quand on veut avoir un oiſeau,
On doit ſe munir d'une cage.
Belles, ne riez point, Liſette eſt votre image.
Vous avez des attraits, des charmes enchanteurs ;
Mais , hélas! ce brillant partage
D'un bien trop defiré n'eſt pas le plus ſûr gage ;
Il peut vous coûter bien des pleurs !
Ces artraits ſi vantés, fi chers, ſi ſéduct«uis »
• Ce fugitiféclat des graces du bel âge,
Pourroit il captive1 un coeur ?
N O V E M B R E. 1776. 15
*.
Il faut, il faut bien davantage t... N. |!
Les graces de l'eſprit, la modeſte douceur,
Et l'heureufe innocence, & l'aimable candeur,
Ah! voilà ce qui nous engage.
La raifon, la vertu, l'honneur,
| sont les dignes objets d'un éternel hommage ;
Vous êtes belle, ſoyez ſage,
Etje vous réponds du bonheur.
Par M. Drobecq.
Fable.
A v x B E L L E s.
Lisrrrr , gentille bergere,
Defiroit avoir un oiſeau.
Au ſein d'un paiſible hameau
Elle pouvoit ſe ſatisfaire ;
Oui : mais tous les oiſeaux ne ſavoient pas lui
plaire.
Au ſerin même aux ailes d'or,
Liſette préféroit encor
Un linot joli, doux & tendre ;
Un linot ſeroit un tréfor :
Où le trouver ? comment le prendre ?
La petite friponne imagine un réſeau
si ſolide & fi fin, fait de telle maniere,
Qu'il devoit arêter le plus ſubtil oiſeaº.
14 MERCURE DE FRANCE.
Le réſeau fabriqué, la maligne bergere !
· L'étend parmi les fleurs au bordd'un clait ruiſſeau,
Et ſe promet une voliere
En effet nombre de moineaux
Y ſont pris. Vint enfin le plus beau des linots.
| A peine eſclave, il cherche à ſortir d'eſclavage.
Liſette accourt, le prend, le baiſe... Ah! quel
dommage - -
S'il ſe fût envolé ! qu'il eſt doux ! qu'il eſt beau !...
Liſette en eût dit davantage,
Mais de ſes jeunes mains le ruſé ſe dégage,
Et s'envole ſur un berceau.
La Belle en pleurs des yeux ſuit en vain le volage ;
Il rit de ce piége nouveau.
Caché ſous un épais feuillage,
Il obſerve : & penſant au perfide réſeau,
Il dit : Liſette eſt fine, & Liſette eſt peu ſage :
Quand on veut avoir un oiſeau,
On doit ſe munir d'une cage.
Belles, ne riez point, Liſette eſt votre image.
Vous avez des attraits, des charmes enchanteurs ;
Mais , hélas! ce brillant partage
D'un bien trop defiré n'eſt pas le plus ſûr gage ;
Il peut vous coûter bien des pleurs !
Ces artraits ſi vantés, fi chers, ſi ſéduct«uis »
• Ce fugitiféclat des graces du bel âge,
Pourroit il captive1 un coeur ?
N O V E M B R E. 1776. 15
*.
Il faut, il faut bien davantage t... N. |!
Les graces de l'eſprit, la modeſte douceur,
Et l'heureufe innocence, & l'aimable candeur,
Ah! voilà ce qui nous engage.
La raifon, la vertu, l'honneur,
| sont les dignes objets d'un éternel hommage ;
Vous êtes belle, ſoyez ſage,
Etje vous réponds du bonheur.
Par M. Drobecq.
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Résumé : LISETTE & SON LINOT. Fable. AUX BELLES.
La fable 'L'Islette & son linot' narre l'histoire de Lisette, une bergère qui tente de capturer un linot en utilisant un réseau. Bien qu'elle réussisse à attraper l'oiseau, celui-ci s'échappe rapidement. Le linot, caché, critique la méthode de Lisette et suggère d'utiliser une cage pour capturer un oiseau. La morale de la fable compare Lisette aux belles femmes, soulignant que les attraits physiques ne garantissent pas la fidélité et peuvent causer des souffrances. Elle recommande aux femmes de privilégier les qualités intérieures telles que la raison, la vertu et l'honneur pour assurer le bonheur. L'auteur, M. Drobecq, conclut que ces qualités sont essentielles pour attirer et conserver l'amour.
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7038
p. 49-50
LES SENSIBLES REGRETS. Anecdote.
Début :
DEVANT moi, dans un cercle, une femme pleuroit, [...]
Mots clefs :
Regrets, Anecdote, Père, Époux, Femme, Pleurs, Tendre, Perdu, Fils
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES SENSIBLES REGRETS. Anecdote.
LES SENSIBLEs REGRETs.
Anecdote.
Divasr moi, dans un cercle, une femme
pleuroit,
Répandoit un torrent de larmes,
Se lamentoit, ſe déſoloit.
Jeune & belle, ſes pleurs ajoutoient à ſes charmes,
Et tout chez elle intéreſloir.
Je me diſois, hélas : dans na douleur amere,
Peut-être elle regrette un pere, un tendre pere ?
C'étoit lui qui la conſoloit.
Auroit-elle perdu l'époux qu'elle adoroit ?
- C
5o MERCURE DE FRANCE.
D'un air triſte & rêveur ſon époux auprès d'elle
Attentivement l'obſervoit. -
Gage heureux d'un amour fidele,
Son fils ſeroit il mort ? Non; loin d'elle il dormoit.
J'interroge à la fin cette épouſe éperdue :
Vous paroiſſez jouir du deſtin le plus doux ;
Madame, quelle cauſe affligeante, inconnue,
Fait donc couler des pleurs dont mon ame eſt
émue
Un pere qui vous aime, un ſage & tendre époux,
Un fils aimable & cher qui vous réunit tous ;
Vous poſſédez ces biens : quel bien regrettez
Vous ?
Votre amie à vos yeux eſt-elle deſcendue ,
Dans l'affreuſe nuit du tombeau ?
L'avez-vous pour jamais perdue ?
Ah ! dit en ſanglottant certe femme ingénue,
Monſieur !.. j'ai perdu... mon oiſeau.
Par M. Drobecq.
Anecdote.
Divasr moi, dans un cercle, une femme
pleuroit,
Répandoit un torrent de larmes,
Se lamentoit, ſe déſoloit.
Jeune & belle, ſes pleurs ajoutoient à ſes charmes,
Et tout chez elle intéreſloir.
Je me diſois, hélas : dans na douleur amere,
Peut-être elle regrette un pere, un tendre pere ?
C'étoit lui qui la conſoloit.
Auroit-elle perdu l'époux qu'elle adoroit ?
- C
5o MERCURE DE FRANCE.
D'un air triſte & rêveur ſon époux auprès d'elle
Attentivement l'obſervoit. -
Gage heureux d'un amour fidele,
Son fils ſeroit il mort ? Non; loin d'elle il dormoit.
J'interroge à la fin cette épouſe éperdue :
Vous paroiſſez jouir du deſtin le plus doux ;
Madame, quelle cauſe affligeante, inconnue,
Fait donc couler des pleurs dont mon ame eſt
émue
Un pere qui vous aime, un ſage & tendre époux,
Un fils aimable & cher qui vous réunit tous ;
Vous poſſédez ces biens : quel bien regrettez
Vous ?
Votre amie à vos yeux eſt-elle deſcendue ,
Dans l'affreuſe nuit du tombeau ?
L'avez-vous pour jamais perdue ?
Ah ! dit en ſanglottant certe femme ingénue,
Monſieur !.. j'ai perdu... mon oiſeau.
Par M. Drobecq.
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Résumé : LES SENSIBLES REGRETS. Anecdote.
Le poème 'Les Sensibles Regrets' décrit une femme en larmes au sein d'un cercle. Sa beauté et sa douleur intriguent le narrateur, qui se demande quelle en est la cause. Il imagine diverses raisons possibles, comme la perte d'un père, d'un mari ou d'un fils. Interrogée, la femme révèle que sa tristesse est due à la perte de son oiseau. Le poème souligne la sensibilité extrême de la femme et la surprise du narrateur face à une telle réaction pour une perte qu'il juge mineure.
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7039
p. 203-205
LETTRE à l'Auteur du Mercure, sur l'accident de M. J. J. Rousseau.
Début :
Il y a quelques années, Monsieur, qu'un Citoyen honnête & sensible s'éleva, avec toute la [...]
Mots clefs :
Humanité, Vertu, Coeurs, Hommes, Jean-Jacques Rousseau, Accident, Danois, Voiture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure, sur l'accident de M. J. J. Rousseau.
LETTRE à l'Auteur du Mercure , fur
l'accident de M. J. J. Rousseau.
Il y a quelques années , Monfieur, qu'un Ci
toyen honnête & ſenſible s'éleva , avec toute la
force & le courage de la vertu , contre les malheurs
caufés par le grand nombre des voitures,
l'imprudence & la barbarie de leurs conducteurs.
Le dernier deshommes qui en eſt la victime , méritefans
doute ce vif intérêt ; &, pour le Philoſophe
, il n'eſt pas de circonſtance plus intéreſſante
de montrer ſes talens , que de les confacrer
àladéfenſe de l'humanité , & à la faire reſpecter
dans tous les coeurs : mais c'eſt ſur tout lorſque
des hommes de génie , qui l'éclairent par leurs
ouvrages & qui l'honorent par leurs vertus ,
font les victimes de l'étourderie de nos jeunes
gens , que l'on doit s'élever avec force contre des
abus auffi funeftes .
Vous êtes fürement inftruit de l'accident arrivé
à M J. J. Rouſlau ; votre ame honnête & ſenfible
en a été à la fois attendrie & indignée. Ce
Philofophe reſpectable venoit de goûter le plaiſir
de la promenade , qu'il a toujours aimé. Sur la
route , un danois , qui précédost une voiture ,
felon l'élégant ulage, l'a ienverſé avee violences
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
la chûte a été terrible , fes deux lèvres ont été
fendues , la mâchoire fupérieure prefque britée.
A lon âge , & avec ſes infirmités , on doit craindre
les ſuites. Quel uſage plluuss outrageant pour
les hommes , que de faire courir ainſi devant les
voitures un gros chien , qui peut renverſer les enfans
, les vieillards , dont les chûtes ſont toujours
dangereutes ! Faut-il les traiter comme des bêtes
féroces? ... A la vue d'un pareil mépris pour l'humanité
, mon coeur ſe ſerre d'indignation.
J'ai vu , Monfieur , avec attendriſſement , le
rendre intérêt que ce Philoſophe inſpire. Que n'en
eft- il le témoin ? Il ſentiroit que s'il a à ſe plaindre
deshommes , il eſt encore une foule de coeurs honnêtes
& ſenſibles quil'aiment, quilereſpectent ſans
leconnoître. Ah je me trompe , n'a- t- il pas peint
ſon amedans tous ſes écrits ? Et qui pourroit ne
pas le chérir , après les avoir lus? Comme ilrend
la vertu refpectable ! Tout , juſqu'aux moindres
détails , s'anime ſous ſon pinceau divin. On y
reconnoît à chaque page l'homme de génie'& le
Philofophe ſenſible; les erreurs mêmes portent
l'empreinte d'une belle ame. Qu'ils font vils à
mes yeux ces calommateurs qui , jaloux de la réputation
de ce grand homme , ont voulu la flétrir
,& qui le la font à peine jouir , dans ſa vieillefle
, de l'innocent plaifir d'arsanger des plantes
dans un cinquième. C'eſt donc là l'aſyle de l'ami
de l'humanité Mais ſes malheurs ne font qu'ajou .
ter à ſa gloire ; & fi la Nation qu'il honore de ſa
préſence, ne lui a pas élevé des monumens que la
reconnonlance devoit à ſes écrits & à fes vertus ,
tous les hommes honnêtes lui en élèvent dans leurs
coeurs , que l'envie & la haine des méchans ne
-
DÉCEMBRE. 1776. 205
pourront jamais détruire. Pardon , Monfieur ,
ma lettre devient longue; mais je n'ai pu réfifter
au plaifir de rendre ce foible hommage à M. J. J.
Rouſſeau , qui n'aura jamais d'autres ennemis que
ceux de l'humanité & de la vertu,
l'accident de M. J. J. Rousseau.
Il y a quelques années , Monfieur, qu'un Ci
toyen honnête & ſenſible s'éleva , avec toute la
force & le courage de la vertu , contre les malheurs
caufés par le grand nombre des voitures,
l'imprudence & la barbarie de leurs conducteurs.
Le dernier deshommes qui en eſt la victime , méritefans
doute ce vif intérêt ; &, pour le Philoſophe
, il n'eſt pas de circonſtance plus intéreſſante
de montrer ſes talens , que de les confacrer
àladéfenſe de l'humanité , & à la faire reſpecter
dans tous les coeurs : mais c'eſt ſur tout lorſque
des hommes de génie , qui l'éclairent par leurs
ouvrages & qui l'honorent par leurs vertus ,
font les victimes de l'étourderie de nos jeunes
gens , que l'on doit s'élever avec force contre des
abus auffi funeftes .
Vous êtes fürement inftruit de l'accident arrivé
à M J. J. Rouſlau ; votre ame honnête & ſenfible
en a été à la fois attendrie & indignée. Ce
Philofophe reſpectable venoit de goûter le plaiſir
de la promenade , qu'il a toujours aimé. Sur la
route , un danois , qui précédost une voiture ,
felon l'élégant ulage, l'a ienverſé avee violences
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
la chûte a été terrible , fes deux lèvres ont été
fendues , la mâchoire fupérieure prefque britée.
A lon âge , & avec ſes infirmités , on doit craindre
les ſuites. Quel uſage plluuss outrageant pour
les hommes , que de faire courir ainſi devant les
voitures un gros chien , qui peut renverſer les enfans
, les vieillards , dont les chûtes ſont toujours
dangereutes ! Faut-il les traiter comme des bêtes
féroces? ... A la vue d'un pareil mépris pour l'humanité
, mon coeur ſe ſerre d'indignation.
J'ai vu , Monfieur , avec attendriſſement , le
rendre intérêt que ce Philoſophe inſpire. Que n'en
eft- il le témoin ? Il ſentiroit que s'il a à ſe plaindre
deshommes , il eſt encore une foule de coeurs honnêtes
& ſenſibles quil'aiment, quilereſpectent ſans
leconnoître. Ah je me trompe , n'a- t- il pas peint
ſon amedans tous ſes écrits ? Et qui pourroit ne
pas le chérir , après les avoir lus? Comme ilrend
la vertu refpectable ! Tout , juſqu'aux moindres
détails , s'anime ſous ſon pinceau divin. On y
reconnoît à chaque page l'homme de génie'& le
Philofophe ſenſible; les erreurs mêmes portent
l'empreinte d'une belle ame. Qu'ils font vils à
mes yeux ces calommateurs qui , jaloux de la réputation
de ce grand homme , ont voulu la flétrir
,& qui le la font à peine jouir , dans ſa vieillefle
, de l'innocent plaifir d'arsanger des plantes
dans un cinquième. C'eſt donc là l'aſyle de l'ami
de l'humanité Mais ſes malheurs ne font qu'ajou .
ter à ſa gloire ; & fi la Nation qu'il honore de ſa
préſence, ne lui a pas élevé des monumens que la
reconnonlance devoit à ſes écrits & à fes vertus ,
tous les hommes honnêtes lui en élèvent dans leurs
coeurs , que l'envie & la haine des méchans ne
-
DÉCEMBRE. 1776. 205
pourront jamais détruire. Pardon , Monfieur ,
ma lettre devient longue; mais je n'ai pu réfifter
au plaifir de rendre ce foible hommage à M. J. J.
Rouſſeau , qui n'aura jamais d'autres ennemis que
ceux de l'humanité & de la vertu,
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Résumé : LETTRE à l'Auteur du Mercure, sur l'accident de M. J. J. Rousseau.
La lettre relate l'accident de Jean-Jacques Rousseau, philosophe respecté, renversé par un chien attelé à une voiture. L'auteur exprime sa colère face à cet incident et aux dangers posés par les voitures et leurs conducteurs imprudents. Rousseau, âgé et infirme, a été grièvement blessé, avec des lèvres fendues et une mâchoire supérieure presque fracturée. L'auteur critique l'utilisation de chiens pour tirer des voitures, soulignant les risques pour les enfants et les vieillards. Malgré les calomnies de ses adversaires, Rousseau suscite admiration et respect. La lettre se conclut par un hommage à Rousseau, dont les œuvres et les vertus sont appréciées par des cœurs honnêtes et sensibles, malgré les persécutions qu'il endure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7040
p. 57-60
LE MIROIR DE LA VÉRITÉ. Fable.
Début :
UN Artiste plein de génie, [...]
Mots clefs :
Miroir, Vérité, Fier, Glace, Effroi, Yeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE MIROIR DE LA VÉRITÉ. Fable.
LE MIRoIR DE LA VÉRITÉ.
Fable.
Us Artiſte plein de génie,
Inventa jadis un miroir
C v - . :
58 MERCURE DE FRANCE. \
Si merveilleux, ſi beau, qu'en Europe , en Aſie, ,
Que par-tout on brûloit du deſir de s'y voir ;
Tout le monde y couroit comme à la Comédie
- D'avides ſpectateurs, étonnés, confondus » •,!
La tête encor toute remplie ,
| | Des phénomènes qu'ils ont vus, $
Interdits, muets & confus, |
S'en reviennent de compagnie,
Et ſe promettent bien de n'y retourner plus. ·
Quel miroir !... Il peignoit non le maſque, maits
l'homme. -
La honte & l'effroi des pervers,
Il fit rougir Paris, Pékin, Londres & Rome ;
Il eût fait hontc à l'Univers.
sous l'utile manteau de l'humaine ſageſſe,
Là, le Sage apperçoit mille défauts divers ;
Mais le miroir ſévère épargnoit la foibleſſe,
Et rectifioit les travers.
Parmi des fous de teute eſpèce,
Là rougit une Agnès qui ſe moque d'un ſot;.
Là meurt de honte une Lucrèce,
G2ui ſe voit confondue & ne peut dire un mot.
De ſes charmes vainqueurs Laïs préoccupée,
S'avance vers la glace & regarde à ſon tour.
La coquette fut bien trompée, -
Et ſon miroir ici lui joue un cruel tour : ,
J A N V I E R. 1777. 59
Il offre à ſes regards... une froide poupée,
Triſte jouet de mille enfans,
Qui, devenus enfin ſages à leurs dépens,
Dégoûtés d'un plaiſir que le coeur déſavoue,
Et qui ne dit plus rien aux ſens,
Jettent avec mépris leur jouet dans la boue.
Turcaret, dans la glace ayant jeté les yeux,
Voit paroître un cheval lourd, pouſſif, ombra
geux, -
Fier d'une houſſe à triple frange,
Fier d'un brillant harnois qui le rend plus affreux :
Un vil porc engraiſſé du ſang des malheureux,
| Un vaſe d'or rempli de fange.
Un Grand bien fier, bien dédaigneux,
Et dont l'ame étoit des plus baſſes,
Voit ſur un théâtre pompeux,
Un Nain guindé ſur des échâſſes.
A l'oeil ſuperbe & dur du plus fier des Sultans,
Au milieu de ſa cour tremblante,
On expoſe, on offre, on préſente
Le miroir, l'effroi des Tyrans.
D'un trône que le crime & la mort environnent,
S'élève un parricide, au ſiniſtre regard,
Un deſpote cruel que des cyprès couronnent,
· Etdont le ſceptre horrible eſt un ſanglant poignard.
- C vj
| 6o MERCURE DE FRANCE. .
, Tout change : & ce trône ſublime
N'eſt plus qu'un funeſte échafaud ;
Le fier Monarque eſt la victime,
· Son propre fils eſt le bourreau.
Le monſtre expire & tout s'efface.
Le ſpectateur pâlit & détourne les yeux.
Au courroux la terreur fait place,
- Et le miroir audacieux
Eſt renverſé, briſé, pour prix de ſon audace
Bientôt le Héros en fureur,
, Sur les débris épars de la fidelle glace,
· Perce. fait expirer l'intrépide inventeur.
Par M. Drobecq.
Fable.
Us Artiſte plein de génie,
Inventa jadis un miroir
C v - . :
58 MERCURE DE FRANCE. \
Si merveilleux, ſi beau, qu'en Europe , en Aſie, ,
Que par-tout on brûloit du deſir de s'y voir ;
Tout le monde y couroit comme à la Comédie
- D'avides ſpectateurs, étonnés, confondus » •,!
La tête encor toute remplie ,
| | Des phénomènes qu'ils ont vus, $
Interdits, muets & confus, |
S'en reviennent de compagnie,
Et ſe promettent bien de n'y retourner plus. ·
Quel miroir !... Il peignoit non le maſque, maits
l'homme. -
La honte & l'effroi des pervers,
Il fit rougir Paris, Pékin, Londres & Rome ;
Il eût fait hontc à l'Univers.
sous l'utile manteau de l'humaine ſageſſe,
Là, le Sage apperçoit mille défauts divers ;
Mais le miroir ſévère épargnoit la foibleſſe,
Et rectifioit les travers.
Parmi des fous de teute eſpèce,
Là rougit une Agnès qui ſe moque d'un ſot;.
Là meurt de honte une Lucrèce,
G2ui ſe voit confondue & ne peut dire un mot.
De ſes charmes vainqueurs Laïs préoccupée,
S'avance vers la glace & regarde à ſon tour.
La coquette fut bien trompée, -
Et ſon miroir ici lui joue un cruel tour : ,
J A N V I E R. 1777. 59
Il offre à ſes regards... une froide poupée,
Triſte jouet de mille enfans,
Qui, devenus enfin ſages à leurs dépens,
Dégoûtés d'un plaiſir que le coeur déſavoue,
Et qui ne dit plus rien aux ſens,
Jettent avec mépris leur jouet dans la boue.
Turcaret, dans la glace ayant jeté les yeux,
Voit paroître un cheval lourd, pouſſif, ombra
geux, -
Fier d'une houſſe à triple frange,
Fier d'un brillant harnois qui le rend plus affreux :
Un vil porc engraiſſé du ſang des malheureux,
| Un vaſe d'or rempli de fange.
Un Grand bien fier, bien dédaigneux,
Et dont l'ame étoit des plus baſſes,
Voit ſur un théâtre pompeux,
Un Nain guindé ſur des échâſſes.
A l'oeil ſuperbe & dur du plus fier des Sultans,
Au milieu de ſa cour tremblante,
On expoſe, on offre, on préſente
Le miroir, l'effroi des Tyrans.
D'un trône que le crime & la mort environnent,
S'élève un parricide, au ſiniſtre regard,
Un deſpote cruel que des cyprès couronnent,
· Etdont le ſceptre horrible eſt un ſanglant poignard.
- C vj
| 6o MERCURE DE FRANCE. .
, Tout change : & ce trône ſublime
N'eſt plus qu'un funeſte échafaud ;
Le fier Monarque eſt la victime,
· Son propre fils eſt le bourreau.
Le monſtre expire & tout s'efface.
Le ſpectateur pâlit & détourne les yeux.
Au courroux la terreur fait place,
- Et le miroir audacieux
Eſt renverſé, briſé, pour prix de ſon audace
Bientôt le Héros en fureur,
, Sur les débris épars de la fidelle glace,
· Perce. fait expirer l'intrépide inventeur.
Par M. Drobecq.
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Résumé : LE MIROIR DE LA VÉRITÉ. Fable.
La fable 'Le Miroir de la vérité' raconte l'histoire d'un artiste ayant créé un miroir extraordinaire révélant la véritable nature des individus plutôt que leur apparence physique. Ce miroir attire des spectateurs du monde entier, mais ceux-ci, après avoir vu leur reflet, sont choqués et confus, jurant de ne plus jamais revenir. Le miroir expose les défauts et les travers des personnes sans épargner leurs faiblesses, provoquant honte et effroi chez les pervers et les hypocrites. Par exemple, Agnès rougit d'avoir moqué un sot, Lucrèce est réduite au silence par la honte, et Laïs découvre qu'elle n'est qu'une poupée sans vie. Turcaret voit un cheval misérable et un porc symbolisant sa cupidité. Un homme fier observe un nain sur des échasses, et un sultan tyrannique voit son trône devenir un échafaud où son fils le tue. Finalement, un héros furieux détruit le miroir et tue son inventeur.
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7045
p. 119-124
Essai sur l'éducation Françoise, [titre d'après la table]
Début :
Essai historique & moral sur l'Education Françoise ; par M. de Bury. [...]
Mots clefs :
Éducation, Turenne, Histoire, Richard de Bury, Morale, Officier, Compagnie, Conduite, Jeunes gens, Anecdotes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essai sur l'éducation Françoise, [titre d'après la table]
Effai hiftorique & moral fur l'Education
Françoife ; par M. de Bury.
Dic fapientia foror mea es,
voca amicam tuam.
prudentiam
PROV, cap. VII . verf. 4.
20 MERCURE DE FRANCE.
Dites à la fageffe , vous êtes ma four , & à
la prudence , vous êtes ma bien-aimée ».
Volume in- 12 . de 507 pages ; prix 3
liv. relié . A Paris , chez G. Defprez ,
Impr. rue S. Jacques.
L'Auteur trace un plan d'éducation
qu'il divife en trois parties. La première
regarde l'éducation de la jeuneſſe dans
les Penfions ; la feconde a pour objet
fon éducation dans les Colléges . Les
jeunes gens quittent ordinairement , à
l'âge de feize ou dix- fept ans , cette
feconde éducation , pour entrer dans le
monde ; & c'est alors qu'ils ont le plus
befoin de confeils , d'inftructions , &
d'un guide fûr & fidèle . C'eft auffi à
cette troisième époque de l'éducation
que M. de Bury donne toute fon attention.
Il indique les connoiffances néceffaires
à cet âge . Il ne fait cependant point
mention de l'hiftoire naturelle ; & lorfqu'il
parle de la phyfique , c'est pour
détourner les jeunes gens de s'y appliquer.
Quelle fcience cependant plus capable
de les intéreffer & de les inftruire ,
que celle qui , par des expériences curieufes
AVRIL 1777. 121
1
fes & variées , parle continuellement aux
fens ? L'Auteur infifte principalement fur
l'étude de la Religion , de l'Hiftoire &
de la Morale , dont il enfeigne les préceptes
, qu'il a foin , le plus fouvent ,
d'appuyer fur des traits d'hiſtoire ou fur
des faits connus. On pourroit donc regarder
fon Ouvrage comme un Cours
de morale pratique. L'Auteur , à l'article
Duel , blâme , avec raifon , cette politeffe
mal entendue qui nous empêche de dire
un homme qu'il a tort , lorfqu'il l'a
effectivement. Ün Officier , dont M. de
Bury rapporte le trait fuivant , ne penfoit
point ainfi . «Un jour douze perfonnes
avoient dîné enfemble dans une
honnête maiſon ; après le repas on propofa
de jouer , & l'on fit deux parties
différentes , dans l'une defquelles il s'éleva
entre deux Officiers une difpute , fuivie
de quelques propos affez durs . Les autres
perfonnes préfentes s'emprefsèrent de
Pappaifer , en difant aux conteftans
felon la méthode ordinaire , qu'ils avoient
tort tous les deux . Ceux - ci cependant
commençoient à s'échauffer , lorfqu'un
autre Officier de la compagnie , homme
de tête , très-fage & très - fenfé , fut à la
porte de la falle , ferma la ferrure à
11. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
double tour , & mit la clef dans fa poches
Enfuite fe tournant vers la compagnie ,
il dit ; Perfonne ne fortira d'ici , qu'après
que ces Mellieurs fe feront accommodés.
Il faut que celui qui eft auteur de la ques
-relle , commence ( car c'est lui qui à le
premier tort ) à faire excufe à l'autre de
ce qu'il lui a dits que celui qui fe croit
attaqué , reçoive l'excufe , & témoigne
qu'il eft fâché d'avoir relevé avec trop
de hauteur , l'infulte qu'il croit qu'on
lui a faite , & qu'enfuite ces deux Mef
fieurs s'embraffent , & promettent de ne
fe rien demander davantage. S'ils.refufent
de le faire , j'en porterai mes plain
tes à Meffieurs les Maréchaux de France ,
& je les prierai de donner leurs ordres
pour empêcher un duel entre ces Meffeurs.
La conduite de cet Officier fuc
fort approuvée. La compagnie engagea
les deux conteftans à fe faire des excufes
refpectives, & ils s'embrassèrent
On aime à voir un Héros donner , au
milieu de la fociété & dans fon domeftique
, des exemples de douceur & de
modération , « M. de Turenne regardoit
» un matin par fa fenêtre en déshabillé
vêtu d'une fimple camifole; un de fes
» Domeſtiques vint par derrière, & lai
AVRIL 1777. D23
-1
donna un grand coup fur le dos. M.
» de Turenne s'étant tetourné , le Do-
❤meftique lui demanda pardon , & lai
dit : Monfeigneur, j'ai cru que vous
➡ étiez un tel, mon camarade. Et quand
wc'eût été lui , répliqua M. de Turenne ,
"falloit il frapper fi fort ? » On eſt
un peu fâché que l'Auteur n'ait pas
tranſcrit cette anecdote comme elle fe
trouve dans un Ouvrage très -connu. Un
jour d'été , qu'il faifoit chaud , y eft il
dit , le Vicomte de Turenne , en petite
vefte blanche & en bonnet , étoit à fa
fenêtre dans fon anti-chambre . Un de
fes gens furvient, &, trompé par l'habillement
, le prend pour l'Aide de cuifine ,
avec lequel ce Domestique étoit familier,
Il s'approche doucement par derrière
& d'une main qui n'étoit pas légère , lui
applique un grand coup fur les feffes.
L'homme frappé , ſe retourne à l'inſtant .
Le Valet voit en tremblant le vifage de
fon Maître. Il fe jette à fes genoux tout
éperdu : Monfeigneur , j'ai cru que c'étoit
George. Et quand c'eût été George
s'écrit Turenne en fe frottant le derrière ,
il ne falloit pas frapper fi fort.
Nous ne citerons point d'autres anecdotes
, parce qu'elles ont fouvent été
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
rapportées , & parce que l'Auteur , `en
voulant les raconter à fa manière , en a
fouvent altéré ces traits naïfs & originaux
qui les rendoient plus piquantes .
Mais nous applaudirons à fa méthode
d'appuyer les préceptes d'une morale
ardinairement sèche & rebutante , fur
des faits hiftoriques , agréables & intẻ-
reffans. L'Auteur , dans plufieurs endroits
de fon Ouvrage , donne aux Inftituteurs
des confeils généraux fur la conduite
qu'ils doivent tenir pour enfeigner l'hiftoire
à la jeuneffe. Il leur trace même un
plan de cette conduite dans la partie de
fon Effai qui a pour titre : Inftruction fur
L'étude de l'Hiftoire. Cette inftruction eft
fuivie d'une differtation fur l'ordre de
l'ancienne Chevalerie , & fur l'éducation
que les pères & mères faifoient alors
donner à leurs enfans.
Françoife ; par M. de Bury.
Dic fapientia foror mea es,
voca amicam tuam.
prudentiam
PROV, cap. VII . verf. 4.
20 MERCURE DE FRANCE.
Dites à la fageffe , vous êtes ma four , & à
la prudence , vous êtes ma bien-aimée ».
Volume in- 12 . de 507 pages ; prix 3
liv. relié . A Paris , chez G. Defprez ,
Impr. rue S. Jacques.
L'Auteur trace un plan d'éducation
qu'il divife en trois parties. La première
regarde l'éducation de la jeuneſſe dans
les Penfions ; la feconde a pour objet
fon éducation dans les Colléges . Les
jeunes gens quittent ordinairement , à
l'âge de feize ou dix- fept ans , cette
feconde éducation , pour entrer dans le
monde ; & c'est alors qu'ils ont le plus
befoin de confeils , d'inftructions , &
d'un guide fûr & fidèle . C'eft auffi à
cette troisième époque de l'éducation
que M. de Bury donne toute fon attention.
Il indique les connoiffances néceffaires
à cet âge . Il ne fait cependant point
mention de l'hiftoire naturelle ; & lorfqu'il
parle de la phyfique , c'est pour
détourner les jeunes gens de s'y appliquer.
Quelle fcience cependant plus capable
de les intéreffer & de les inftruire ,
que celle qui , par des expériences curieufes
AVRIL 1777. 121
1
fes & variées , parle continuellement aux
fens ? L'Auteur infifte principalement fur
l'étude de la Religion , de l'Hiftoire &
de la Morale , dont il enfeigne les préceptes
, qu'il a foin , le plus fouvent ,
d'appuyer fur des traits d'hiſtoire ou fur
des faits connus. On pourroit donc regarder
fon Ouvrage comme un Cours
de morale pratique. L'Auteur , à l'article
Duel , blâme , avec raifon , cette politeffe
mal entendue qui nous empêche de dire
un homme qu'il a tort , lorfqu'il l'a
effectivement. Ün Officier , dont M. de
Bury rapporte le trait fuivant , ne penfoit
point ainfi . «Un jour douze perfonnes
avoient dîné enfemble dans une
honnête maiſon ; après le repas on propofa
de jouer , & l'on fit deux parties
différentes , dans l'une defquelles il s'éleva
entre deux Officiers une difpute , fuivie
de quelques propos affez durs . Les autres
perfonnes préfentes s'emprefsèrent de
Pappaifer , en difant aux conteftans
felon la méthode ordinaire , qu'ils avoient
tort tous les deux . Ceux - ci cependant
commençoient à s'échauffer , lorfqu'un
autre Officier de la compagnie , homme
de tête , très-fage & très - fenfé , fut à la
porte de la falle , ferma la ferrure à
11. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
double tour , & mit la clef dans fa poches
Enfuite fe tournant vers la compagnie ,
il dit ; Perfonne ne fortira d'ici , qu'après
que ces Mellieurs fe feront accommodés.
Il faut que celui qui eft auteur de la ques
-relle , commence ( car c'est lui qui à le
premier tort ) à faire excufe à l'autre de
ce qu'il lui a dits que celui qui fe croit
attaqué , reçoive l'excufe , & témoigne
qu'il eft fâché d'avoir relevé avec trop
de hauteur , l'infulte qu'il croit qu'on
lui a faite , & qu'enfuite ces deux Mef
fieurs s'embraffent , & promettent de ne
fe rien demander davantage. S'ils.refufent
de le faire , j'en porterai mes plain
tes à Meffieurs les Maréchaux de France ,
& je les prierai de donner leurs ordres
pour empêcher un duel entre ces Meffeurs.
La conduite de cet Officier fuc
fort approuvée. La compagnie engagea
les deux conteftans à fe faire des excufes
refpectives, & ils s'embrassèrent
On aime à voir un Héros donner , au
milieu de la fociété & dans fon domeftique
, des exemples de douceur & de
modération , « M. de Turenne regardoit
» un matin par fa fenêtre en déshabillé
vêtu d'une fimple camifole; un de fes
» Domeſtiques vint par derrière, & lai
AVRIL 1777. D23
-1
donna un grand coup fur le dos. M.
» de Turenne s'étant tetourné , le Do-
❤meftique lui demanda pardon , & lai
dit : Monfeigneur, j'ai cru que vous
➡ étiez un tel, mon camarade. Et quand
wc'eût été lui , répliqua M. de Turenne ,
"falloit il frapper fi fort ? » On eſt
un peu fâché que l'Auteur n'ait pas
tranſcrit cette anecdote comme elle fe
trouve dans un Ouvrage très -connu. Un
jour d'été , qu'il faifoit chaud , y eft il
dit , le Vicomte de Turenne , en petite
vefte blanche & en bonnet , étoit à fa
fenêtre dans fon anti-chambre . Un de
fes gens furvient, &, trompé par l'habillement
, le prend pour l'Aide de cuifine ,
avec lequel ce Domestique étoit familier,
Il s'approche doucement par derrière
& d'une main qui n'étoit pas légère , lui
applique un grand coup fur les feffes.
L'homme frappé , ſe retourne à l'inſtant .
Le Valet voit en tremblant le vifage de
fon Maître. Il fe jette à fes genoux tout
éperdu : Monfeigneur , j'ai cru que c'étoit
George. Et quand c'eût été George
s'écrit Turenne en fe frottant le derrière ,
il ne falloit pas frapper fi fort.
Nous ne citerons point d'autres anecdotes
, parce qu'elles ont fouvent été
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
rapportées , & parce que l'Auteur , `en
voulant les raconter à fa manière , en a
fouvent altéré ces traits naïfs & originaux
qui les rendoient plus piquantes .
Mais nous applaudirons à fa méthode
d'appuyer les préceptes d'une morale
ardinairement sèche & rebutante , fur
des faits hiftoriques , agréables & intẻ-
reffans. L'Auteur , dans plufieurs endroits
de fon Ouvrage , donne aux Inftituteurs
des confeils généraux fur la conduite
qu'ils doivent tenir pour enfeigner l'hiftoire
à la jeuneffe. Il leur trace même un
plan de cette conduite dans la partie de
fon Effai qui a pour titre : Inftruction fur
L'étude de l'Hiftoire. Cette inftruction eft
fuivie d'une differtation fur l'ordre de
l'ancienne Chevalerie , & fur l'éducation
que les pères & mères faifoient alors
donner à leurs enfans.
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Résumé : Essai sur l'éducation Françoise, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Essai historique & moral sur l'Éducation' de M. de Bury présente un plan d'éducation structuré en trois parties : l'éducation dans les pensions, celle dans les collèges, et l'éducation des jeunes gens lorsqu'ils entrent dans le monde à l'âge de seize ou dix-sept ans. Cette dernière phase est particulièrement soulignée par l'auteur, qui insiste sur l'importance des conseils et des instructions à cet âge. M. de Bury met en avant l'étude de la religion, de l'histoire et de la morale, qu'il illustre souvent par des exemples historiques ou des faits connus. Il critique la pratique des duels et prône la modération et la douceur. Pour appuyer ses propos, il utilise des anecdotes, telles que celle de l'officier qui résout un conflit par des excuses mutuelles et celle du vicomte de Turenne réagissant avec calme à une erreur de son domestique. L'auteur recommande aux instituteurs de rendre l'enseignement de l'histoire plus attrayant et intéressant en s'appuyant sur des faits historiques agréables et instructifs. Il fournit des conseils généraux sur la manière d'enseigner l'histoire et discute de l'ordre de l'ancienne chevalerie ainsi que de l'éducation des enfants à cette époque.
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7046
p. 145-156
Discours choisis sur divers sujets de Religion & de littérature, [titre d'après la table]
Début :
Discours choisis sur divers sujets de Religion & de Littérature, par M. l'Abbé [...]
Mots clefs :
Jean-Sifrein Maury, Grands hommes, Henri-François d'Aguesseau, Religion, Saint Louis, Gloire, Orateur, Fénelon, Amour, Illustre, Public, Discours, Morale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours choisis sur divers sujets de Religion & de littérature, [titre d'après la table]
Difcours choifis fur divers fujets de Religion
& de Littérature , par M. l'Abbé
Mauri , Abbé commendataire de la
Frenade , Chanoine , Vicaire -Général
& Official de Lombez , & Prédicateur
ordinaire du Roi . A Paris , chez le
Jay, Libr. rue S. Jacques.
Ce Recueil renferme le Panégyrique de
S.Louis, prononcé en préfence de l'Acadé
mie Françoife . Les applaudiffemens d'un
pareil auditoire , font le plus bel éloge
qu'on puiffe recevoir , & font en mêmetemps
les garans les plus fùrs de la bonté
d'un Ouvrage oratoire . Ainfi la gloire du
Panégyrifte ne peut plus recevoir la plus
légère atteinte . Malgré la multitude de
Difcours fur ce même fujet , on trouve
dans celui - ci des idées neuves , & des
traits hiftoriques bien choifis & bien
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
approchés. Saint Louis , créateur de for
fiécle , Saint Louis bienfaiteur de tous
les fiécles qui l'ont fuivi . Cette divifion.
embraffe toute l'étendue du fujet ; l'Orateur
ne le perd pas un inftant de vue ,
& ne reffemble point à ces prolixes Rhétheurs
qui , au lieu d'entrer d'abord en
matière , & de tout approprier à leur
but , fe tournent & fe retournent dans
tous les fens , & laiffent l'Auditoire incertain
fur la matière qu'ils ont traitée,
Le Panégyrifte ramène tout fon Difcours
à la fin principale que doit fe propofer
un digne Miniftre de l'Eglife. C'eſt le
riomphe de la Religion Chrétienne
qu'il cherche à établir , en louant les vertus
qu'elle feule peut produire. « Par fes
» loix contre le blafphême, & fur- tout
» par fes exemples de piété , Saint Louis
$9
વ
confacra le refpect dû à la Religion .
» Le Chriftianiſine , qui a eu la gloire
» de réclamer , avant la raifon même
» en faveur des ferfs , la liberté qui eſt
» la vie civile de l'homme , comme la
» verta eft fa vie morale ; le Chriftia-
» niſme qui , en déclarant par la bouche
de fes Pontifes dans le Concile de
Latran , ne vouloir point d'Efclaves
» dans ſon ſein , a enfin aboli l'efclavage
6.
AVRIL 1777. 147
$
» en Europe : le Chriftianiſine étoit né-
» ceffaire à Louis pour policer un Peuple ,
» en faveur duquel on auroit pu répéter
» cette énergique prière de David : Seigneur
, faites naître un Légiflateur par-
» mi ces Barbares , afin que les Nations
les mettent au rang des hommes :
» Conftitue, Domine , Legiflatorem fupereos
» ut fciant gentes quoniam homines funt.
Non , il n'appartient qu'au Chriſtianifine
d'opérer une fi étonnante révolution.
L'amour-propre peut déterminer
aux plus généreux facrifices ; cependant
le plus fublime effort de la
» vertu , n'eft pas d'être vertueux avec
danger , mais fans témoins : c'eft le
» devoir du Chrétien , c'eft auffi fon
privilége . Saint Louis avoit befoin
» d'accréditer cette morale pour adoucir
& former les moeurs dans un gouver
nement dénué de principes ; & il fer-
» voit utilement fes fuccefleurs , en ci-
» mentant l'obéiffance des Sujets par les
» liens de la Religion . En effet , la Religion
Chrétienne jette fes racines dans
» le coeur humain ; & après avoir affermi
» les Trônes par l'amour , elle les appuie
"
32
39
•
encore fur les confciences ; elle détruit
» ce penchant funefte vers l'intérêt perfonnel
, qui n'auroit dû naître que
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
"
>> parmi des Sauvages , & qui nous eft
cependant venu des vices de la fociétés
» elle est la bafe des vertus fociales ,
» civiles & domeftiques : il en eft plu-
» tieurs qu'elle feule commande , & il
» n'en eft aucun qu'elle ne perfectionne,
» Eh ! quoi de plus utile aux Peuples &
» aux Rois que le Chriftianifme ! Quoi
» de plus propre à unir les hommes , à
» les faire vivre dans la paix & dans
» l'abondance , que la charité ! Eh ! Mef-
» fieurs , c'est tout l'art de la politique ,
» de ramener les Peuples , par les Loix ,
» vers les préceptes de l'Evangile ! »
"
L'Orateur , en faifant un fi bel éloge
de la morale du Chriftianifme , a l'avantage
de parler , non- feulement d'après
les Miniftres de l'Evangile , mais encore
d'après des Philofophes célèbres , dont
le témoignage ne doit point être fufpect.
Les Montefquieu , les Maupertuis , les
Rouffeau , les d'Alembert , ont tenu le
même langage , & nous ont laiffé des
armes pour repouffer les Détracteurs
d'une Religion qui , pour me fervir des
propres expreffions d'un de ces Philofofophes
, fait notre bonheur dans cette
vie , en paroiffant n'avoir d'objet que la
* Montefquieu,
AVRIL. 1777 149
félicité future , & devient le meilleur
garant que l'on puiffe avoir des moeurs &
de la probité des hommes .
Nous voudrions pouvoir extraire plufieurs
autres morceaux éloquens qui font
répandus dans le Panégyrique de Saint
Auguftin , cet efprit fublime , qui , après
avoir été abandonné à l'erreur , reçut ,
avec tant d'abondance , les plus vifs
raïons de la vérité divine , & qui devint
un des plus précieux vafes du faint
amour , après avoir été près de la moitié
de fa vie , la proie de l'amour impur.
Après une telle expérience , pouvoit- il
n'être pas le plus illuftre Prédicateur &
l'Apôtre le plus ardent de la grace de
Jéfus Chrift , qui , feule , fait fortir la
lumière des ténèbres . Cet illuftre Docteur
de l'Eglife avoit remarqué que la
plupart des Panégyriftes de fon temps
ne fembloient fe propofer d'autre but ,
que de perfuader qu'ils favoient parler
agréablement & avec élégance . M. l'Abbé
Mauri a fu éviter cet écueil , en cherchant
plus à inftruire qu'à plaire , & a prouvé ,
par fa compofition , qu'on peut einployer
avec fuccès & à propos , dans des éloges ,
ce qu'on appelle , dans l'art oratoire , les
'grands mouvemens.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
L'Éloge de M. Fénélon qui s
obtenu l'acceffit au jugement de l'Académie
Françoife , fournit matière à la
même réflexion , & prouve bien que
ce genre de compofition tire tout fon
éclat du choix judicieux des actions
du Héros qu'on loue , & de l'art avec
lequel on fait les rendre intéreffantes ,
par la manière de les préfenter. M.
T'Abbé Mauri n'a pas cru devoir fe
borner à fournir des exemples de l'élaquence
de la Chaire ; il développe , dans
fon Difcours préliminaire , & dans fes
réflexions fur les Sermons de Boffuet ,
les préceptes les plus propres à perpétuer
le bon goût de la vraie éloquence , &
appelle à fon tribunal les Ecrivains les
plus célèbres. C'eft avec la plus grande
impartialité qu'il prétend les apprécier.
Ce n'eft ni le Maître , ni Patru , dit-il ,
qui occupent le premier rang au barreau
François ; cet honneur eft réservé
à Péliffon , qui a mérité une gloire
»immortelle , en compofant fix Mémoires
pour le Sur-Intendant Fouquet ,
» & fur-tout à Arnaud , qui a furpallé
» tous les Avocats dans l'Apologie des
Catholiques d'Angleterre , accufés
» d'une confpiration contre le Roi Char,.
» les II , en 1678. Lifez cette éloquente
"
AVRIL. 1777. 1st
3
difcuffion ; que de larmes Arnaud vous
»fera répandre fur la mort du vertueux
Vicomte de Stafford ! Orateur fans
» chercher à l'être , il ne paroît pas fe
propofer de vous émouvoir ; mais
par le fimple récit des faits , par la
» feule dialectique , par les dépofitions
» des témoins fur lefquels les Catholi-
» ques furent condamnés , il prouve
» invinciblement leur innocence ; il vous
» attendrit fur le fort des infortunés dont
" il raconte les malheurs , & il rend
» exécrable pour toujours la mémoire du
» fameux Ouatès , qui inventa cette
» abfurde calomnie . Jamais on n'a porté
plus loin la démonftration morale ».
L'Auteur a cru devoir obferver à ce fujet,
que M. Arnaud juftifioit, dans cette occa
fion , des hommes qu'il haïffoit . Nous
obferverons à notre tour , qué le zèle
même trop vif contre des opinions
qu'on regarde comme dangereufes , ne
doit point fe confondre avec la haine ,
cette paffion vile des ames foibles . Dirat-
on que Boffuet haiffoit les Proteftans ,
& que Fénélon , cette ame douce &
compatiffante , ne chériffoit pas les
Théologiens dont il attaque les opinions
avec tant de zèle , dans plufieurs
Giv
12 MERCURE DE FRANCE.
de fes Inftructions Paftorales ? Ces deux
Prélats , auffi recommandables leurs
par
vertus que par leurs talens , favoient bien
que le fouvent zèle ne bleffe que pour
guérir , & que l'amour de la vérité & de
la juftice n'eft point incompatible avec la
charité chrétienne , qui aime toujours
ceux mêmes dont elle attaque les opinions
ou les erreurs : Diligite homines, interficite
errores . Voilà la devife des grands hommes,
& fur-tout de ceux qui favoient
joindre , comme le grand Arnaud , la
philofophie avec la ſcience théologique.
Ecoutons ce que dit avec tant d'éloquence
, & fans reſtriction , le Chancelier
d'Agueffeau , fur cet illuftre Auteur.
« La logique la plus exacte , con-
» duite & dirigée par un efprit naturellement
géomètre , eft l'ame de tous
» fes ouvrages : mais ce n'eft
pas une
» dialectique sèche & décharnée , qui
» ne fe préfente que comme un fquelette
» de raifonnement ; elle eft accompagnée
» d'une éloquence mâle & robufte, d'une
» abondance & d'une variété d'images
qui femblent naître d'elles- mêmes fous
» fa plume , & d'une heureufe fécondité
d'expreffion. C'eft un corps plein de
» fuc & de vigueur , qui tire toute fa
و د
">
»
AVRIL 1777. 153
beauté de fa force, & qui fait fervir
» fes ornemens mêmes à la victoire. Il
» a d'ailleurs combattu pendant toute fa
» vie . Il n'a preſque fait que des Ouvrapeut
» ges polémiques , & l'on dire que
» ce font autant de plaidoyers , où il a
eu toujours en vue d'établir ou de
» réfuter , d'édifier ou de détruire , &
de gagner fa caufe la feule fupériorité
du raifonnement. On trouve
» donc dans les écrits d'un génie fi fort
» & fi puiffant , tout ce qui peut appren-
» dre l'art d'inftruire , de prouver & de
ود
> convaincre » .
par
M. l'Abbé Mauri ne fe borne pas à
apprécier le mérite des Orateurs qui ont
illuftré la chaire , & à nous apprendre
que le célèbre Miffionnaire , M. Bridaine
, poffédoit au plus haut degré le
talent de s'emparer d'une multitude affemblée.
Il appelle encore à fon tribunal
les Orateurs qui fe font diftingués dans le
barreau , & croit nous donner une preuve
de fon goût & de fon impartialité , en
tempérant , par un correctif , les éloges
donnés de toutes parts à M. le Chancelier
d'Agueffeau , confidéré comme Orateur.
Ce Magiftrat , malgré toutes les
belles qualités que M. l'Abbé Mauri lui
donne , n'avoit pas eu affez de vigueur ,
Gv
154 MERCURE
DE FRANCE
.
s'il faut l'en croire , pour s'élever jufqu'à
la hauteur des fujets que le miniftère
public , dans le fanctuaire des loix ,
l'avoit obligé de traiter. Ainfi M. d'Agueffeau
, comme Orateur , n'a point , felon
M. l'A. M. , cette fupériorité
qu'il s'eft
acquife dans les autres genres . Cette
manière de penfer du nouveau Panégyrifte,
ne l'empêche point d'affurer que de
tous les hommes célèbres qui , depuis
le commencement
du fiécle , ont parcouru
la même carrière , M. le Chancelier
d'Agueffeau
eft celui qui s'eft acquis le
plus de gloire en exerçant les fonctions du
miniftère public. Ainfi , quoique placé
fuivant l'opinion de M. l'Abbé Mauri ,
au- deffus des grands hommes qui ont
exercé , & qui exercent encore aujourd'hui
avec tant de gloire les fonctions du
miniſtère public , le Chancelier d'Agueffeau
n'en feroit pas moins , malgré cette
prééminence
fi glorieufe , qu'un foible &
médiocre Orateur. Perfonne ne croira
que M. l'Abbé Mauri ait vouln fe rehaufer
& attirer les regards du Public , en
cherchant à diminuer , s'il étoit poffible ,
la gloire de ces grands hommes , & à
s'efforcer , par cette opinion fingulière ,
d'échapper à l'obfcurité & à l'oubli , dont
médiocrité eft digne , & que la vanité
AVRIL. 1777. 155
ne peut fouffrir. Ses Ouvrages & fa ré
putation le mettent trop au-deffus de pareilles
imputations. Cette nouvelle manière
d'apprécier le mérite du Chancelier
d'Agueffeau , ne peut être que l'effet
de la trop grande docilité d'un Écrivain
qui ne peut pas tout examiner , & qui
eft fouvent obligé de juger fur parole .
Nous fommes intimement perfuadés
qu'il ne fuffifoit à M. l'Abbé Maury.
pour apprécier avec plus d'équité & de
difcernement , les qualités littéraires de
M. le Chancelier d'Agueffeau , que d'avoir
lu , avec la plus légère attention ,
les Plaidoyers dans les caufes de M. le
Prince de Conty & de Madame la Ducheffe
de Nemours , de M. le Duc de
Luxembourg , & des autres Ducs & Pairs
Laïcs , du fieur de la Pivardière „ de M.
& Made la Comteffe de Boffur , & des
héritiers de M. le Duc de Guife , & c.....
י
Au refte , ce feroit faire injure à la mémoire
de cet illuftre Magiftrat , que d'entreprendre
ici fon apologie . Ce n'eft point
par des opinions fingulières & des para
doxes qu'on parvient à dégrader les grands
hommes , de cette haute élévation où le
jugement de la faine partie du public , &
Fadmiration de leurs contemporains s
Gvjj
156 MERCURE DE FRANCE.
ont placés . Tant que le bon goût régnera
parmi nous , le Chancelier d'Agueffeau
Occupera un rang diftingué parmi les
Orateurs du Barreau ; & s'il arrivoit jamais
qu'on ne lui rendît point la même
juftice , ce feroit une preuve que les Écrivains
, qui ont fubftitué l'enflure à l'élévation
& le bel efprit au génie , ont enfin
opéré , dans la littérature , la révolution
dont elle étoit menacée . Mais rien n'eft
plus propre à éloigner cette trifte époque
, que les préceptes excellens & les
morceaux éloquents qu'on admire dans
l'Ouvrage que nous annonçons
.
& de Littérature , par M. l'Abbé
Mauri , Abbé commendataire de la
Frenade , Chanoine , Vicaire -Général
& Official de Lombez , & Prédicateur
ordinaire du Roi . A Paris , chez le
Jay, Libr. rue S. Jacques.
Ce Recueil renferme le Panégyrique de
S.Louis, prononcé en préfence de l'Acadé
mie Françoife . Les applaudiffemens d'un
pareil auditoire , font le plus bel éloge
qu'on puiffe recevoir , & font en mêmetemps
les garans les plus fùrs de la bonté
d'un Ouvrage oratoire . Ainfi la gloire du
Panégyrifte ne peut plus recevoir la plus
légère atteinte . Malgré la multitude de
Difcours fur ce même fujet , on trouve
dans celui - ci des idées neuves , & des
traits hiftoriques bien choifis & bien
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
approchés. Saint Louis , créateur de for
fiécle , Saint Louis bienfaiteur de tous
les fiécles qui l'ont fuivi . Cette divifion.
embraffe toute l'étendue du fujet ; l'Orateur
ne le perd pas un inftant de vue ,
& ne reffemble point à ces prolixes Rhétheurs
qui , au lieu d'entrer d'abord en
matière , & de tout approprier à leur
but , fe tournent & fe retournent dans
tous les fens , & laiffent l'Auditoire incertain
fur la matière qu'ils ont traitée,
Le Panégyrifte ramène tout fon Difcours
à la fin principale que doit fe propofer
un digne Miniftre de l'Eglife. C'eſt le
riomphe de la Religion Chrétienne
qu'il cherche à établir , en louant les vertus
qu'elle feule peut produire. « Par fes
» loix contre le blafphême, & fur- tout
» par fes exemples de piété , Saint Louis
$9
વ
confacra le refpect dû à la Religion .
» Le Chriftianiſine , qui a eu la gloire
» de réclamer , avant la raifon même
» en faveur des ferfs , la liberté qui eſt
» la vie civile de l'homme , comme la
» verta eft fa vie morale ; le Chriftia-
» niſme qui , en déclarant par la bouche
de fes Pontifes dans le Concile de
Latran , ne vouloir point d'Efclaves
» dans ſon ſein , a enfin aboli l'efclavage
6.
AVRIL 1777. 147
$
» en Europe : le Chriftianiſine étoit né-
» ceffaire à Louis pour policer un Peuple ,
» en faveur duquel on auroit pu répéter
» cette énergique prière de David : Seigneur
, faites naître un Légiflateur par-
» mi ces Barbares , afin que les Nations
les mettent au rang des hommes :
» Conftitue, Domine , Legiflatorem fupereos
» ut fciant gentes quoniam homines funt.
Non , il n'appartient qu'au Chriſtianifine
d'opérer une fi étonnante révolution.
L'amour-propre peut déterminer
aux plus généreux facrifices ; cependant
le plus fublime effort de la
» vertu , n'eft pas d'être vertueux avec
danger , mais fans témoins : c'eft le
» devoir du Chrétien , c'eft auffi fon
privilége . Saint Louis avoit befoin
» d'accréditer cette morale pour adoucir
& former les moeurs dans un gouver
nement dénué de principes ; & il fer-
» voit utilement fes fuccefleurs , en ci-
» mentant l'obéiffance des Sujets par les
» liens de la Religion . En effet , la Religion
Chrétienne jette fes racines dans
» le coeur humain ; & après avoir affermi
» les Trônes par l'amour , elle les appuie
"
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encore fur les confciences ; elle détruit
» ce penchant funefte vers l'intérêt perfonnel
, qui n'auroit dû naître que
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
"
>> parmi des Sauvages , & qui nous eft
cependant venu des vices de la fociétés
» elle est la bafe des vertus fociales ,
» civiles & domeftiques : il en eft plu-
» tieurs qu'elle feule commande , & il
» n'en eft aucun qu'elle ne perfectionne,
» Eh ! quoi de plus utile aux Peuples &
» aux Rois que le Chriftianifme ! Quoi
» de plus propre à unir les hommes , à
» les faire vivre dans la paix & dans
» l'abondance , que la charité ! Eh ! Mef-
» fieurs , c'est tout l'art de la politique ,
» de ramener les Peuples , par les Loix ,
» vers les préceptes de l'Evangile ! »
"
L'Orateur , en faifant un fi bel éloge
de la morale du Chriftianifme , a l'avantage
de parler , non- feulement d'après
les Miniftres de l'Evangile , mais encore
d'après des Philofophes célèbres , dont
le témoignage ne doit point être fufpect.
Les Montefquieu , les Maupertuis , les
Rouffeau , les d'Alembert , ont tenu le
même langage , & nous ont laiffé des
armes pour repouffer les Détracteurs
d'une Religion qui , pour me fervir des
propres expreffions d'un de ces Philofofophes
, fait notre bonheur dans cette
vie , en paroiffant n'avoir d'objet que la
* Montefquieu,
AVRIL. 1777 149
félicité future , & devient le meilleur
garant que l'on puiffe avoir des moeurs &
de la probité des hommes .
Nous voudrions pouvoir extraire plufieurs
autres morceaux éloquens qui font
répandus dans le Panégyrique de Saint
Auguftin , cet efprit fublime , qui , après
avoir été abandonné à l'erreur , reçut ,
avec tant d'abondance , les plus vifs
raïons de la vérité divine , & qui devint
un des plus précieux vafes du faint
amour , après avoir été près de la moitié
de fa vie , la proie de l'amour impur.
Après une telle expérience , pouvoit- il
n'être pas le plus illuftre Prédicateur &
l'Apôtre le plus ardent de la grace de
Jéfus Chrift , qui , feule , fait fortir la
lumière des ténèbres . Cet illuftre Docteur
de l'Eglife avoit remarqué que la
plupart des Panégyriftes de fon temps
ne fembloient fe propofer d'autre but ,
que de perfuader qu'ils favoient parler
agréablement & avec élégance . M. l'Abbé
Mauri a fu éviter cet écueil , en cherchant
plus à inftruire qu'à plaire , & a prouvé ,
par fa compofition , qu'on peut einployer
avec fuccès & à propos , dans des éloges ,
ce qu'on appelle , dans l'art oratoire , les
'grands mouvemens.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
L'Éloge de M. Fénélon qui s
obtenu l'acceffit au jugement de l'Académie
Françoife , fournit matière à la
même réflexion , & prouve bien que
ce genre de compofition tire tout fon
éclat du choix judicieux des actions
du Héros qu'on loue , & de l'art avec
lequel on fait les rendre intéreffantes ,
par la manière de les préfenter. M.
T'Abbé Mauri n'a pas cru devoir fe
borner à fournir des exemples de l'élaquence
de la Chaire ; il développe , dans
fon Difcours préliminaire , & dans fes
réflexions fur les Sermons de Boffuet ,
les préceptes les plus propres à perpétuer
le bon goût de la vraie éloquence , &
appelle à fon tribunal les Ecrivains les
plus célèbres. C'eft avec la plus grande
impartialité qu'il prétend les apprécier.
Ce n'eft ni le Maître , ni Patru , dit-il ,
qui occupent le premier rang au barreau
François ; cet honneur eft réservé
à Péliffon , qui a mérité une gloire
»immortelle , en compofant fix Mémoires
pour le Sur-Intendant Fouquet ,
» & fur-tout à Arnaud , qui a furpallé
» tous les Avocats dans l'Apologie des
Catholiques d'Angleterre , accufés
» d'une confpiration contre le Roi Char,.
» les II , en 1678. Lifez cette éloquente
"
AVRIL. 1777. 1st
3
difcuffion ; que de larmes Arnaud vous
»fera répandre fur la mort du vertueux
Vicomte de Stafford ! Orateur fans
» chercher à l'être , il ne paroît pas fe
propofer de vous émouvoir ; mais
par le fimple récit des faits , par la
» feule dialectique , par les dépofitions
» des témoins fur lefquels les Catholi-
» ques furent condamnés , il prouve
» invinciblement leur innocence ; il vous
» attendrit fur le fort des infortunés dont
" il raconte les malheurs , & il rend
» exécrable pour toujours la mémoire du
» fameux Ouatès , qui inventa cette
» abfurde calomnie . Jamais on n'a porté
plus loin la démonftration morale ».
L'Auteur a cru devoir obferver à ce fujet,
que M. Arnaud juftifioit, dans cette occa
fion , des hommes qu'il haïffoit . Nous
obferverons à notre tour , qué le zèle
même trop vif contre des opinions
qu'on regarde comme dangereufes , ne
doit point fe confondre avec la haine ,
cette paffion vile des ames foibles . Dirat-
on que Boffuet haiffoit les Proteftans ,
& que Fénélon , cette ame douce &
compatiffante , ne chériffoit pas les
Théologiens dont il attaque les opinions
avec tant de zèle , dans plufieurs
Giv
12 MERCURE DE FRANCE.
de fes Inftructions Paftorales ? Ces deux
Prélats , auffi recommandables leurs
par
vertus que par leurs talens , favoient bien
que le fouvent zèle ne bleffe que pour
guérir , & que l'amour de la vérité & de
la juftice n'eft point incompatible avec la
charité chrétienne , qui aime toujours
ceux mêmes dont elle attaque les opinions
ou les erreurs : Diligite homines, interficite
errores . Voilà la devife des grands hommes,
& fur-tout de ceux qui favoient
joindre , comme le grand Arnaud , la
philofophie avec la ſcience théologique.
Ecoutons ce que dit avec tant d'éloquence
, & fans reſtriction , le Chancelier
d'Agueffeau , fur cet illuftre Auteur.
« La logique la plus exacte , con-
» duite & dirigée par un efprit naturellement
géomètre , eft l'ame de tous
» fes ouvrages : mais ce n'eft
pas une
» dialectique sèche & décharnée , qui
» ne fe préfente que comme un fquelette
» de raifonnement ; elle eft accompagnée
» d'une éloquence mâle & robufte, d'une
» abondance & d'une variété d'images
qui femblent naître d'elles- mêmes fous
» fa plume , & d'une heureufe fécondité
d'expreffion. C'eft un corps plein de
» fuc & de vigueur , qui tire toute fa
و د
">
»
AVRIL 1777. 153
beauté de fa force, & qui fait fervir
» fes ornemens mêmes à la victoire. Il
» a d'ailleurs combattu pendant toute fa
» vie . Il n'a preſque fait que des Ouvrapeut
» ges polémiques , & l'on dire que
» ce font autant de plaidoyers , où il a
eu toujours en vue d'établir ou de
» réfuter , d'édifier ou de détruire , &
de gagner fa caufe la feule fupériorité
du raifonnement. On trouve
» donc dans les écrits d'un génie fi fort
» & fi puiffant , tout ce qui peut appren-
» dre l'art d'inftruire , de prouver & de
ود
> convaincre » .
par
M. l'Abbé Mauri ne fe borne pas à
apprécier le mérite des Orateurs qui ont
illuftré la chaire , & à nous apprendre
que le célèbre Miffionnaire , M. Bridaine
, poffédoit au plus haut degré le
talent de s'emparer d'une multitude affemblée.
Il appelle encore à fon tribunal
les Orateurs qui fe font diftingués dans le
barreau , & croit nous donner une preuve
de fon goût & de fon impartialité , en
tempérant , par un correctif , les éloges
donnés de toutes parts à M. le Chancelier
d'Agueffeau , confidéré comme Orateur.
Ce Magiftrat , malgré toutes les
belles qualités que M. l'Abbé Mauri lui
donne , n'avoit pas eu affez de vigueur ,
Gv
154 MERCURE
DE FRANCE
.
s'il faut l'en croire , pour s'élever jufqu'à
la hauteur des fujets que le miniftère
public , dans le fanctuaire des loix ,
l'avoit obligé de traiter. Ainfi M. d'Agueffeau
, comme Orateur , n'a point , felon
M. l'A. M. , cette fupériorité
qu'il s'eft
acquife dans les autres genres . Cette
manière de penfer du nouveau Panégyrifte,
ne l'empêche point d'affurer que de
tous les hommes célèbres qui , depuis
le commencement
du fiécle , ont parcouru
la même carrière , M. le Chancelier
d'Agueffeau
eft celui qui s'eft acquis le
plus de gloire en exerçant les fonctions du
miniftère public. Ainfi , quoique placé
fuivant l'opinion de M. l'Abbé Mauri ,
au- deffus des grands hommes qui ont
exercé , & qui exercent encore aujourd'hui
avec tant de gloire les fonctions du
miniſtère public , le Chancelier d'Agueffeau
n'en feroit pas moins , malgré cette
prééminence
fi glorieufe , qu'un foible &
médiocre Orateur. Perfonne ne croira
que M. l'Abbé Mauri ait vouln fe rehaufer
& attirer les regards du Public , en
cherchant à diminuer , s'il étoit poffible ,
la gloire de ces grands hommes , & à
s'efforcer , par cette opinion fingulière ,
d'échapper à l'obfcurité & à l'oubli , dont
médiocrité eft digne , & que la vanité
AVRIL. 1777. 155
ne peut fouffrir. Ses Ouvrages & fa ré
putation le mettent trop au-deffus de pareilles
imputations. Cette nouvelle manière
d'apprécier le mérite du Chancelier
d'Agueffeau , ne peut être que l'effet
de la trop grande docilité d'un Écrivain
qui ne peut pas tout examiner , & qui
eft fouvent obligé de juger fur parole .
Nous fommes intimement perfuadés
qu'il ne fuffifoit à M. l'Abbé Maury.
pour apprécier avec plus d'équité & de
difcernement , les qualités littéraires de
M. le Chancelier d'Agueffeau , que d'avoir
lu , avec la plus légère attention ,
les Plaidoyers dans les caufes de M. le
Prince de Conty & de Madame la Ducheffe
de Nemours , de M. le Duc de
Luxembourg , & des autres Ducs & Pairs
Laïcs , du fieur de la Pivardière „ de M.
& Made la Comteffe de Boffur , & des
héritiers de M. le Duc de Guife , & c.....
י
Au refte , ce feroit faire injure à la mémoire
de cet illuftre Magiftrat , que d'entreprendre
ici fon apologie . Ce n'eft point
par des opinions fingulières & des para
doxes qu'on parvient à dégrader les grands
hommes , de cette haute élévation où le
jugement de la faine partie du public , &
Fadmiration de leurs contemporains s
Gvjj
156 MERCURE DE FRANCE.
ont placés . Tant que le bon goût régnera
parmi nous , le Chancelier d'Agueffeau
Occupera un rang diftingué parmi les
Orateurs du Barreau ; & s'il arrivoit jamais
qu'on ne lui rendît point la même
juftice , ce feroit une preuve que les Écrivains
, qui ont fubftitué l'enflure à l'élévation
& le bel efprit au génie , ont enfin
opéré , dans la littérature , la révolution
dont elle étoit menacée . Mais rien n'eft
plus propre à éloigner cette trifte époque
, que les préceptes excellens & les
morceaux éloquents qu'on admire dans
l'Ouvrage que nous annonçons
.
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Résumé : Discours choisis sur divers sujets de Religion & de littérature, [titre d'après la table]
Le texte présente un recueil de discours religieux et littéraires de l'Abbé Mauri, incluant un panégyrique de Saint Louis, acclamé par l'Académie Française. Ce discours met en lumière Saint Louis comme un créateur de siècle et un bienfaiteur, respectueux de la religion et promoteur de la liberté et de la dignité humaine. Le christianisme est loué pour son rôle dans la civilisation des peuples et l'adoucissement des mœurs. L'orateur cite des philosophes comme Montesquieu et Rousseau pour appuyer son argumentation. Le recueil inclut également des panégyriques de Saint Augustin et de Fénélon, soulignant leur transformation spirituelle et leur rôle de prédicateurs. L'abbé Mauri développe des préceptes pour maintenir le bon goût de l'éloquence et évalue des écrivains célèbres, attribuant la première place au barreau français à Arnaud pour son 'Apologie des Catholiques d'Angleterre'. L'auteur distingue le zèle contre les opinions dangereuses de la haine, citant Bossuet et Fénelon comme exemples de prélats combinant zèle et charité. Il apprécie les talents des orateurs comme Bridaine et critique les éloges excessifs envers le chancelier d'Aguesseau, tout en reconnaissant sa gloire ministérielle. Le texte discute de la réputation du chancelier, suggérant que l'Abbé Mauri devrait lire ses plaidoyers célèbres pour mieux apprécier ses qualités littéraires. Le texte défend la mémoire du chancelier d'Aguesseau, dont les mérites sont reconnus, et met en garde contre les tentatives de dénigrement. Il souligne que les préceptes et les morceaux éloquents de l'œuvre contribuent à préserver la qualité littéraire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7047
p. 23-35
QUE LA VERTU EST PUISSANTE !
Début :
Le plus pur amour avoit unis depuis quelques-tems, sous les aimables loix d'un [...]
Mots clefs :
Sophie, Émile, Chrysas, Enfants, Bonheur, Coeur, Belle, Époux, Bras, Yeux, Fils, Amour, Ciel, Vertu, Sensible
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texteReconnaissance textuelle : QUE LA VERTU EST PUISSANTE !
QUE LA VERTU EST PUISSANTE !
LE plus pur amour avoit unis depuis
quelque-tems, fous les aimables loix d'un
heureux hymen , la vertueufe Sophie &
le fage Émile.
Le ciel , d'abord propice aux voeux de
ces tendres Époux , ne leur avoit refufé
aucune de les faveurs : mais bientôt
après , par un deffein que nous admirerons
dans la fuite , il fembloit leur
avoir retiré fa main bienfaifante . Depuis
un an, tout leur étoit contraire : rien
24 MERCURE DE FRANCE .
1
ne leur réuffiffoit ; leur nombreux troupeau
leur fut enlevé par une cruelle maladie
; un fouffle glacial fit avorter dans
leur naiffance leurs précieufes moiffons ;
la grêle défola leurs vignes & les fruſtra
de toutes efpérances.
Dépouillé de tout , Émile avoit eu
déjà recours à la feule reffource qui lui
reftoit ; fes bras forts & nerveux employés
aux travaux des autres , lui fourniffoient
de quoi foutenir fa chère famille.
( Sophie l'avoit déjà rendu père de
deux aimables enfans ).
Au milieu de tous ces revers , ils
étoient encore heureux . De leur infortune
même ces tendres Époux favoient tirer
de quoi ajouter encore à leur bonheur.
Émile fe croyoit heureux d'être malheu
reux avec Sophie : Sophie fembloit ne pas
fentir tout le poids de fes peines qu'elle
partageoit avec Emile . L'amour même ,
loin d'y perdre de fes feux , n'en devint
que plus ardent ; les malheurs les rendirent
plus chers encore l'un à l'autre :
fans de telles épreuves ils n'auroient
point connu tout leur prix. Auffi jamais
Sophie n'avoit paru fi belle à fon cher
Emile ; Emile n'avoit jamais tant plu à
Sophie jamais ils n'avoient été fi vertueux
,
JUILLET . 1777 . 23
tueux , jamais auffi ils ne s'étoient tant
aimés.
Tous les jours après fon travail , à fes
heures de relâche , Emile voloit rejoindre
fa Sophie ; affis alors auprès d'elle ,
devant fon foyer , fous le chaume de
fa pauvre cabane , & balançant fur fes
genoux un de fes enfans , tandis que
Pautre pendoit à la mamelle de fa mère ,
il oublioit fes fatigues ; fon vifage devenoit
plus calme , plus ferein ; une aimable
gaieté s'emparoit de fon ame ;
fon coeur fe fentoit ému : rien ne l'inquiétoit
alors , rien ne lui faifoit envie :
il étoit auprès de Sophie. Il ne pouvoit
imaginer un fort plus doux.
Ces époux ainfi réunis , s'exhortoient
à fupporter avec courage leur mifère.
Cher Emile , répétoit fouvent Sophie , le
ciel nous eft encore affez propice puifqu'il
nous conferve l'un à l'autre qu'il
nous ait enlevé nos biens , il nous laiffe
à nous-mêmes ; pourrions nous être fenfibles
à toutes autres pertes ?
En difant ces paroles , elle embraffoit
tendrement Émile ; des larmes de joie
couloient de fes beaux yeux ; fon viſage
paroiffoit enflammé , & découvroit
les purs fentimens qui affectoient en ce
moment fa belle anie.
I. Vol. B
26 MERCURE
DE FRANCE .
La vue de leurs aimables enfans ne leur
apportoit pas moins de confolation ; ils
n'étoient pas moins touchés de l'embarras
qu'ils remarquoient en eux , lorfqu'ils
vouloient leur exprimer leur tendreffe ,
leur témoigner en bégayant leur amour ,
& comme les dédommager de leurs peines.
& de leurs foins par mille carelles. Qu'ils
prenoient de plaifir à interpréter leurs
volontés , à fatisfaire leurs defirs , à def .
cendre même jufqu'à leurs jeux innocens
! qu'Émile étoit content , lorfqu'il
fentoit les mains tendres & débiles de fes
enfans , s'efforcer de preffer les fiennes ,
endurcies par les travaux les plus rudes !
Sophie ne fe fentoit pas d'aife lorfque
fon jeune enfant paffoit fes petits bras
autour de fon col , & pofoit fon viſage.
fur le fien , comme pour la remercier du
bienfait qu'il venoit d'en recevoir .
Ainfi ils faifoient fervir leur mauvaife,
fortune à leur bonheur , qui ne fut pas.
cependant exempt de traverfes : un événement
furvint qui le troubla quelque .
temps , & caufa d'abord les plus grandes
alarmes , mais dont les fuites furent des .
plus heureufes.
Émile n'avoit pas été le feul qui fut
rouché des charmes de Sophie . Beaucoup .
"
JUILLET. 1777. 27
d'autres en avoient été frappés , fur- tout
le fils d'un riche Particulier s'étoit efforcé
de lui plaire , celui- ci , normé Chryfas
, fe fiant trop fur fa naillance , qui lui
faifoit efpérer de gros biens , avoit cru fe
faire auprès de Sophie un mérite de fa
fortune , & n'avoit pas appréhendé de
fui apprendre qu'il defiroit faire fon
bonheur en l'époufant.
Ce qui avoit paru à Chryfas devoic
l'approcher de Sophie fut precife
ment ce qui l'en éloigna davantage.
L'or n'avoit jamais eu allez d'éclat aux
yeux de Sophie pour pouvoir éblouir ;
elle en connoiffoit le paix .
Emile qui , de fon côté , l'avoit affure
des mêmes promeffes que Chryfas ;
réuffit mieux it s'appuyoit de meilleures
raifons ; il étoit jufte ; la vertit
étoit fa principale rich effe ; un efprit
droit , une ame belle , fenfible , un coeur
tendre , ingénu & rempli de candeur
étoit le bien qu'il offroit à Sophie , cette
dot lui parut précieufe; elle écouta vofontiers
Emile , crut qu'il méritoit fon
coeur, & ne balança pas à fe donner
à lui.
>
Chryfas rejeté , & fur qui Émile
avoit eu la préférence ; Émile qui ne
Bij
28 MERCURE
DE FRANCE
.
poffédoit prefque rien , & qui , par
conféquent , paroiffoit lui être bien inférieur
, en devint furieux , & chercha
depuis les moyens les plus propres à troubler
une fi belle union.
Il lui fut aifé de les trouver : il avoit
pour père Alarias , un de ces hommes
nés pour tourmenter leurs femblables ,
& qu'on pourroit proprement appeler le
Aléau de la fociété , un de ces génies
étroits nés avec une ame vile & baffe ,
fans fentimens , fans honneur ; un coeur
dur & infenfible , pour qui la bonté n'eft
qu'une foibleffe , la pitié un nom , lę
défintéreffement une chimère , la générofité
une folie ; l'intérêt , la feule vertu ;
ambitieux , avares , ignorans , jaloux ,
envieux , qui ne peuvent jamais fe fatisfaire
, qui , loin d'en avoir de trop , n'en
ont jamais affez , parce qu'ils peuvent
en avoir davantage ; en qui l'amour du
gain fe nourrit , s'enflamme par le gain
même.
Émile étoit débiteur d'une fomme affez
confidérable , & , qui plus eft , en étoit
débiteur envers cet Alarias : ce qui étoit
plus que fuffifant
pour les de feins de
Chryfas ; mais , pour combler
de mal
JUILLE T. 1777 29
heurs le fort d'Émile , il devoit encore
une année de taille , & Alarias avoit été
nommé Collecteur .
Chryfas faifit une occafion fi favora
ble ; il obtient aifément de fon père de
remplir fa place , & d'aller en fon nom
recueillir fes deniers. Va , lui dit Ala
rias , qui s'applaudiffoit déjà du zèle
qu'il remarquoit en fon fils ; va , mon
fils , mon cher fils ; car , graces au ciel,
je puis t'appeler ainfi à préfent. Tu as
chaffé de ton coeur cette folle paflion qui
le dominoit ; ce n'eft plus pour foupirer
aux pieds de Sophie , c'eft pour en retirer
ce qui nous eft dû que je te vois fi zélé :
auffi que tu en feras bien récompenfé ! So
phie n'avoit rien : un peu de beauté feulement
; & je te deftine un parti où tu
trouveras ce que tu perds ici ; & , de
plus, ce qui doit t'être bien plús fenfible ,
une dot confidérable .... Je ne te retiens
pas ; vole , mon fils , fuis le beau feu qui
te tranfporte : mais , en même-tems .....
n'ai-je pas encore quelque fujet de crain
te ?... Que j'appréhende ta trop grande
facilité !...Je te connois ; tu n'es pas affez
ferme , affez dur. Peut-être les pleurs de
cette Sophie auront quelque pouvoir fur
toi. Que ne m'imite -tu ... Ah ! fi j'euffe
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
fait comme toi , fi je n'euffe pas ferme
les oreilles & les yeux aux plaintes &
aux cris de tant de miférables , que má
fortune en auroit fouffert ! que tu aurois
lieu de t'en repentir un jour ! mais tu as
pu changer. Au refte je te donne une
élite aflez inftruite qu'elle te guide ,
mon fils ; ces gens te conduiront au folide
; tu verras qu'ils ne fe laiffent pas
fottement attendrir.
Chryfas , plus animé par fon reffen
timent que par les avis paternels , ( il
n'avoit pas encore l'ame propre à les
goûter ) fe hâra d'accomplir fon deffein.
I arrive, lui & fa cohorte , à la
pauvre
habitation du malheureux Émile : la
porre en étoit ouverte , & déjà fes gens
étoient entrés & menaçoient tout. Chry
fas ne les fuivit pas auffi- tôt ; le ſpectacle
qui fe préfenta d'abord à lui le toucha¸
& devint une barrière qu'il n'ofa fran
chir la vue de Sophie lui fit oublier les
leçons d'Alarias. Alarmée de tout ce qui
fe paffoit , Sophie , la tremblante Sophie
s'étoit jetée entre les bras de fon époux ;
fon fein , demi-découvert , offroit alors.
à un de fes enfans une mamelle abondante
; une pâleur mortelle s'étoit répandue
en même-tems fur tout fon viſage ,
JUILLET. 1977.
& en avoit effacé les vives couleurs
fes yeux languiffans & abattus erroient
d'Emile à fes enfans , de fes enfans fur
Emile ; des larmes preffées en fortoient
avec abondance , & achevoient de peindre
ce tableau touchant.
C'en étoit fait de Chryfas : il étoit
vaincu ; mais fa cohorte avide ne le laiſſa
pas long- tems dans ſon raviſſement , &
bientôt le fit reffouvenir de l'objet de fa
démarche .
Chryfas , après les formalités ordinaires,
permit enfin à fés gens de s'emparer
du peu que contenoit la demeure :
il n'en fut pas défobei ; il n'eut pas plutôt
parlé , qu'ils mirent aufli-tôt la main
fur tout, tout fut enlevé en un înftant ;
ils n'y laífsèrent rien ; rien n'y fat oublié ;
la maifon fe trouva vuide en un clin
d'oeil.
Ces forcenés poufsèrent jufques - la
leur acharnement , qu'ils fe faifirent
même d'un vaifléau de terre dans lequel
chauffoient les alimens des deux enfans ,
renversèrent fans égard ce qu'il conténoit
, & l'emportèrent . Sophie en tomba
évanouie : Emile , qui avoit fouffert le
refte avec courage , indigné d'une action
auffi criante , ne put garder davantage
Biv
32 MERCURE
DE FRANCE
.
de mefure , & s'écria , en s'adreffant à
Chryfas : Méchant , prends-leur plutôt
la vie , cette vie que nous ne pouvons
plus prolonger , puifque tu nous fais
enlever jufqu'à ce meuble qui pouvoit
la leur conferver. Que devenir , Sophie
? ...
Sophie , revenue un peu de fon abattement
, lui répondit : Peut- être un fort
plus doux nous eft réfervé. Puis tombant
aux genoux de Chryfas , elle tâcha de
l'appaifer par ce difcours flatteur : Oui ...
j'efpère que la vue de cette malheureufe
famille aura quelque pouvoir fur vous;
vous êtes né généreux ; votre coeur eft
fenfible ; quel objet plus capable de le
toucher !... Graces au ciel ! ... je vois que
vous vous laiffez attendrir. Vos yeux
m'inſtruiſent des mouvemens de votre
belle ame... Ah ! je la vois qui s'intéreffe
à nos maux !
Sophie à genoux , les bras tendus , le
vifage baigné de larmes , les yeux baiffés ,
une aimable rougeur fur le front , offroit
en même tems le fpectacle le plus attendriffant.
Chryfas n'y put réfifter , & s'y livra
tout entier. Il répondit auffi- tôt à Sophie
en la relevant : N'en doutez pas ,
JUILLE T. 1777.
33
belle Sophie , vous m'avez toujours été
chère .
Je n'en attendois pas moins de vous ,
reprit Sophie. Le digne homme ! continua
- t- elle , en ferrant la main de fon
époux ; mes chers enfans , ce n'eft plus
à moi qu'il faut tendre les bras : voici
votre bienfaiteur ; vous lui devez tout ...
Chryfas , en qui les circonftances préfentes
rallumoient de plus en plus fa
flamme mal étouffée , & fembloient la
favorifer de quelque fuccès , s'approcha
auffi tôt de Sophie ; & , fans attendre
qu'elle parlât davantage , lui dit d'un
ton paffionné : Et toi auffi , belle Sophie ,
ton coeur me doit tout fon amour.
Toujours vous y régnerez auffi , luž
répondit Sophie .
Qu'il me le prouve donc aujourd'hui ,
reprit auffi- tôt Chryfas : qu'il fatisfalle
mes tendres defirs : c'eft à ces conditions
que tu peux te rendre heureufe . Mais ….. ”
tu pâlis & demeures interdite .... Pourroistu
balancer un moment ? ... Ton choix ne:
doit- il pas être tout fait ?....
Il l'eft auffi , méchant , lui répondit:
Sophie , qui courut auffi -tôr entre les
bras de fon époux , en lui difant : Soyons
malheureux , Émile... périffons plutôt ...
B.
34
MERCURE DE FRANCE .
Nous ne pourrions être heureux qu'em
nous rendant coupables : nous recouvrerions
nos biens ; mais nous perdrions:
notre innocence . Je te ferois infidelle ;.
je ne ferois plus ton époufe. Mais ....
mes enfans .... que deviendrez-vous ? .....
Cependant... Ah ! cruelle alternative ! ....
Je pourrois faire leur bonheur ... mais je
ne ferois plus leur mère... Je puis c'être
rendue , cher Émile ; mais avant ,
il me.
faut paffer à un autre. Ou plutôt , pardonne
fi j'hésite : c'en eft fait ; foyons
victimes de nos devoirs ; la vertu ne
mérite pas de moindres facrifices. Soyons.
malheureux : notre bonheur feroit trop
acheté , s'il nous en coûtoit un crime..
Peut-être même le ciel fe laiffera toucher.
N'en doute pas , fidelle époufe , lui
répondit Émile en l'embraffant : il eſt
juſte .
Raffurez -vous , aimable couple , reprit
tout- à-coup Chryfas , qui fembloit revenir
d'une profonde extafe ; ne craignez
plus; que vos coeurs innocens ne s'alarment
plus : votre tendreffe m'a touché
votre fidélité m'a tranfporté , vos vertus
tiomphent de moi. Vivez , vivez unis
jamais votre bonheur déformais ne
JUILLET. 1777. 35
fera plus troublé. Je veux y veiller comme
au mien. Permettez que dès cette
heure j'y puiffe contribuer , recevez ce
préfent... Vos biens vont vous être rendus
avec une partie des miens mais
auffi que vos coeurs , s'ils fe reffouviennent
de l'outrage , fe reffouviennent auffi
de la réparation .
:
Il les quitta en les admirant , les
conibla de bienfaits , & ne cella de leur
donner dans la fuite les marques de l'amitié
la plus fenfible .
A
Émile & Sophie n'en devinrent que
plus attachés Pun à l'autre , & jouiffant
de leur bonheur , ils admirèrent
les deffeins de la Providence , qui ne
laiffe jamais la vertu fans récompenfe
& qui , fi elle fait qu'elle foit perfécutéc
, ne le permet que pour lui donner
un nouvel éclat , en la faifant triompher
& admirer de ceux mêmes qui l'oppri
ment.
Par M. Maréchal
LE plus pur amour avoit unis depuis
quelque-tems, fous les aimables loix d'un
heureux hymen , la vertueufe Sophie &
le fage Émile.
Le ciel , d'abord propice aux voeux de
ces tendres Époux , ne leur avoit refufé
aucune de les faveurs : mais bientôt
après , par un deffein que nous admirerons
dans la fuite , il fembloit leur
avoir retiré fa main bienfaifante . Depuis
un an, tout leur étoit contraire : rien
24 MERCURE DE FRANCE .
1
ne leur réuffiffoit ; leur nombreux troupeau
leur fut enlevé par une cruelle maladie
; un fouffle glacial fit avorter dans
leur naiffance leurs précieufes moiffons ;
la grêle défola leurs vignes & les fruſtra
de toutes efpérances.
Dépouillé de tout , Émile avoit eu
déjà recours à la feule reffource qui lui
reftoit ; fes bras forts & nerveux employés
aux travaux des autres , lui fourniffoient
de quoi foutenir fa chère famille.
( Sophie l'avoit déjà rendu père de
deux aimables enfans ).
Au milieu de tous ces revers , ils
étoient encore heureux . De leur infortune
même ces tendres Époux favoient tirer
de quoi ajouter encore à leur bonheur.
Émile fe croyoit heureux d'être malheu
reux avec Sophie : Sophie fembloit ne pas
fentir tout le poids de fes peines qu'elle
partageoit avec Emile . L'amour même ,
loin d'y perdre de fes feux , n'en devint
que plus ardent ; les malheurs les rendirent
plus chers encore l'un à l'autre :
fans de telles épreuves ils n'auroient
point connu tout leur prix. Auffi jamais
Sophie n'avoit paru fi belle à fon cher
Emile ; Emile n'avoit jamais tant plu à
Sophie jamais ils n'avoient été fi vertueux
,
JUILLET . 1777 . 23
tueux , jamais auffi ils ne s'étoient tant
aimés.
Tous les jours après fon travail , à fes
heures de relâche , Emile voloit rejoindre
fa Sophie ; affis alors auprès d'elle ,
devant fon foyer , fous le chaume de
fa pauvre cabane , & balançant fur fes
genoux un de fes enfans , tandis que
Pautre pendoit à la mamelle de fa mère ,
il oublioit fes fatigues ; fon vifage devenoit
plus calme , plus ferein ; une aimable
gaieté s'emparoit de fon ame ;
fon coeur fe fentoit ému : rien ne l'inquiétoit
alors , rien ne lui faifoit envie :
il étoit auprès de Sophie. Il ne pouvoit
imaginer un fort plus doux.
Ces époux ainfi réunis , s'exhortoient
à fupporter avec courage leur mifère.
Cher Emile , répétoit fouvent Sophie , le
ciel nous eft encore affez propice puifqu'il
nous conferve l'un à l'autre qu'il
nous ait enlevé nos biens , il nous laiffe
à nous-mêmes ; pourrions nous être fenfibles
à toutes autres pertes ?
En difant ces paroles , elle embraffoit
tendrement Émile ; des larmes de joie
couloient de fes beaux yeux ; fon viſage
paroiffoit enflammé , & découvroit
les purs fentimens qui affectoient en ce
moment fa belle anie.
I. Vol. B
26 MERCURE
DE FRANCE .
La vue de leurs aimables enfans ne leur
apportoit pas moins de confolation ; ils
n'étoient pas moins touchés de l'embarras
qu'ils remarquoient en eux , lorfqu'ils
vouloient leur exprimer leur tendreffe ,
leur témoigner en bégayant leur amour ,
& comme les dédommager de leurs peines.
& de leurs foins par mille carelles. Qu'ils
prenoient de plaifir à interpréter leurs
volontés , à fatisfaire leurs defirs , à def .
cendre même jufqu'à leurs jeux innocens
! qu'Émile étoit content , lorfqu'il
fentoit les mains tendres & débiles de fes
enfans , s'efforcer de preffer les fiennes ,
endurcies par les travaux les plus rudes !
Sophie ne fe fentoit pas d'aife lorfque
fon jeune enfant paffoit fes petits bras
autour de fon col , & pofoit fon viſage.
fur le fien , comme pour la remercier du
bienfait qu'il venoit d'en recevoir .
Ainfi ils faifoient fervir leur mauvaife,
fortune à leur bonheur , qui ne fut pas.
cependant exempt de traverfes : un événement
furvint qui le troubla quelque .
temps , & caufa d'abord les plus grandes
alarmes , mais dont les fuites furent des .
plus heureufes.
Émile n'avoit pas été le feul qui fut
rouché des charmes de Sophie . Beaucoup .
"
JUILLET. 1777. 27
d'autres en avoient été frappés , fur- tout
le fils d'un riche Particulier s'étoit efforcé
de lui plaire , celui- ci , normé Chryfas
, fe fiant trop fur fa naillance , qui lui
faifoit efpérer de gros biens , avoit cru fe
faire auprès de Sophie un mérite de fa
fortune , & n'avoit pas appréhendé de
fui apprendre qu'il defiroit faire fon
bonheur en l'époufant.
Ce qui avoit paru à Chryfas devoic
l'approcher de Sophie fut precife
ment ce qui l'en éloigna davantage.
L'or n'avoit jamais eu allez d'éclat aux
yeux de Sophie pour pouvoir éblouir ;
elle en connoiffoit le paix .
Emile qui , de fon côté , l'avoit affure
des mêmes promeffes que Chryfas ;
réuffit mieux it s'appuyoit de meilleures
raifons ; il étoit jufte ; la vertit
étoit fa principale rich effe ; un efprit
droit , une ame belle , fenfible , un coeur
tendre , ingénu & rempli de candeur
étoit le bien qu'il offroit à Sophie , cette
dot lui parut précieufe; elle écouta vofontiers
Emile , crut qu'il méritoit fon
coeur, & ne balança pas à fe donner
à lui.
>
Chryfas rejeté , & fur qui Émile
avoit eu la préférence ; Émile qui ne
Bij
28 MERCURE
DE FRANCE
.
poffédoit prefque rien , & qui , par
conféquent , paroiffoit lui être bien inférieur
, en devint furieux , & chercha
depuis les moyens les plus propres à troubler
une fi belle union.
Il lui fut aifé de les trouver : il avoit
pour père Alarias , un de ces hommes
nés pour tourmenter leurs femblables ,
& qu'on pourroit proprement appeler le
Aléau de la fociété , un de ces génies
étroits nés avec une ame vile & baffe ,
fans fentimens , fans honneur ; un coeur
dur & infenfible , pour qui la bonté n'eft
qu'une foibleffe , la pitié un nom , lę
défintéreffement une chimère , la générofité
une folie ; l'intérêt , la feule vertu ;
ambitieux , avares , ignorans , jaloux ,
envieux , qui ne peuvent jamais fe fatisfaire
, qui , loin d'en avoir de trop , n'en
ont jamais affez , parce qu'ils peuvent
en avoir davantage ; en qui l'amour du
gain fe nourrit , s'enflamme par le gain
même.
Émile étoit débiteur d'une fomme affez
confidérable , & , qui plus eft , en étoit
débiteur envers cet Alarias : ce qui étoit
plus que fuffifant
pour les de feins de
Chryfas ; mais , pour combler
de mal
JUILLE T. 1777 29
heurs le fort d'Émile , il devoit encore
une année de taille , & Alarias avoit été
nommé Collecteur .
Chryfas faifit une occafion fi favora
ble ; il obtient aifément de fon père de
remplir fa place , & d'aller en fon nom
recueillir fes deniers. Va , lui dit Ala
rias , qui s'applaudiffoit déjà du zèle
qu'il remarquoit en fon fils ; va , mon
fils , mon cher fils ; car , graces au ciel,
je puis t'appeler ainfi à préfent. Tu as
chaffé de ton coeur cette folle paflion qui
le dominoit ; ce n'eft plus pour foupirer
aux pieds de Sophie , c'eft pour en retirer
ce qui nous eft dû que je te vois fi zélé :
auffi que tu en feras bien récompenfé ! So
phie n'avoit rien : un peu de beauté feulement
; & je te deftine un parti où tu
trouveras ce que tu perds ici ; & , de
plus, ce qui doit t'être bien plús fenfible ,
une dot confidérable .... Je ne te retiens
pas ; vole , mon fils , fuis le beau feu qui
te tranfporte : mais , en même-tems .....
n'ai-je pas encore quelque fujet de crain
te ?... Que j'appréhende ta trop grande
facilité !...Je te connois ; tu n'es pas affez
ferme , affez dur. Peut-être les pleurs de
cette Sophie auront quelque pouvoir fur
toi. Que ne m'imite -tu ... Ah ! fi j'euffe
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
fait comme toi , fi je n'euffe pas ferme
les oreilles & les yeux aux plaintes &
aux cris de tant de miférables , que má
fortune en auroit fouffert ! que tu aurois
lieu de t'en repentir un jour ! mais tu as
pu changer. Au refte je te donne une
élite aflez inftruite qu'elle te guide ,
mon fils ; ces gens te conduiront au folide
; tu verras qu'ils ne fe laiffent pas
fottement attendrir.
Chryfas , plus animé par fon reffen
timent que par les avis paternels , ( il
n'avoit pas encore l'ame propre à les
goûter ) fe hâra d'accomplir fon deffein.
I arrive, lui & fa cohorte , à la
pauvre
habitation du malheureux Émile : la
porre en étoit ouverte , & déjà fes gens
étoient entrés & menaçoient tout. Chry
fas ne les fuivit pas auffi- tôt ; le ſpectacle
qui fe préfenta d'abord à lui le toucha¸
& devint une barrière qu'il n'ofa fran
chir la vue de Sophie lui fit oublier les
leçons d'Alarias. Alarmée de tout ce qui
fe paffoit , Sophie , la tremblante Sophie
s'étoit jetée entre les bras de fon époux ;
fon fein , demi-découvert , offroit alors.
à un de fes enfans une mamelle abondante
; une pâleur mortelle s'étoit répandue
en même-tems fur tout fon viſage ,
JUILLET. 1977.
& en avoit effacé les vives couleurs
fes yeux languiffans & abattus erroient
d'Emile à fes enfans , de fes enfans fur
Emile ; des larmes preffées en fortoient
avec abondance , & achevoient de peindre
ce tableau touchant.
C'en étoit fait de Chryfas : il étoit
vaincu ; mais fa cohorte avide ne le laiſſa
pas long- tems dans ſon raviſſement , &
bientôt le fit reffouvenir de l'objet de fa
démarche .
Chryfas , après les formalités ordinaires,
permit enfin à fés gens de s'emparer
du peu que contenoit la demeure :
il n'en fut pas défobei ; il n'eut pas plutôt
parlé , qu'ils mirent aufli-tôt la main
fur tout, tout fut enlevé en un înftant ;
ils n'y laífsèrent rien ; rien n'y fat oublié ;
la maifon fe trouva vuide en un clin
d'oeil.
Ces forcenés poufsèrent jufques - la
leur acharnement , qu'ils fe faifirent
même d'un vaifléau de terre dans lequel
chauffoient les alimens des deux enfans ,
renversèrent fans égard ce qu'il conténoit
, & l'emportèrent . Sophie en tomba
évanouie : Emile , qui avoit fouffert le
refte avec courage , indigné d'une action
auffi criante , ne put garder davantage
Biv
32 MERCURE
DE FRANCE
.
de mefure , & s'écria , en s'adreffant à
Chryfas : Méchant , prends-leur plutôt
la vie , cette vie que nous ne pouvons
plus prolonger , puifque tu nous fais
enlever jufqu'à ce meuble qui pouvoit
la leur conferver. Que devenir , Sophie
? ...
Sophie , revenue un peu de fon abattement
, lui répondit : Peut- être un fort
plus doux nous eft réfervé. Puis tombant
aux genoux de Chryfas , elle tâcha de
l'appaifer par ce difcours flatteur : Oui ...
j'efpère que la vue de cette malheureufe
famille aura quelque pouvoir fur vous;
vous êtes né généreux ; votre coeur eft
fenfible ; quel objet plus capable de le
toucher !... Graces au ciel ! ... je vois que
vous vous laiffez attendrir. Vos yeux
m'inſtruiſent des mouvemens de votre
belle ame... Ah ! je la vois qui s'intéreffe
à nos maux !
Sophie à genoux , les bras tendus , le
vifage baigné de larmes , les yeux baiffés ,
une aimable rougeur fur le front , offroit
en même tems le fpectacle le plus attendriffant.
Chryfas n'y put réfifter , & s'y livra
tout entier. Il répondit auffi- tôt à Sophie
en la relevant : N'en doutez pas ,
JUILLE T. 1777.
33
belle Sophie , vous m'avez toujours été
chère .
Je n'en attendois pas moins de vous ,
reprit Sophie. Le digne homme ! continua
- t- elle , en ferrant la main de fon
époux ; mes chers enfans , ce n'eft plus
à moi qu'il faut tendre les bras : voici
votre bienfaiteur ; vous lui devez tout ...
Chryfas , en qui les circonftances préfentes
rallumoient de plus en plus fa
flamme mal étouffée , & fembloient la
favorifer de quelque fuccès , s'approcha
auffi tôt de Sophie ; & , fans attendre
qu'elle parlât davantage , lui dit d'un
ton paffionné : Et toi auffi , belle Sophie ,
ton coeur me doit tout fon amour.
Toujours vous y régnerez auffi , luž
répondit Sophie .
Qu'il me le prouve donc aujourd'hui ,
reprit auffi- tôt Chryfas : qu'il fatisfalle
mes tendres defirs : c'eft à ces conditions
que tu peux te rendre heureufe . Mais ….. ”
tu pâlis & demeures interdite .... Pourroistu
balancer un moment ? ... Ton choix ne:
doit- il pas être tout fait ?....
Il l'eft auffi , méchant , lui répondit:
Sophie , qui courut auffi -tôr entre les
bras de fon époux , en lui difant : Soyons
malheureux , Émile... périffons plutôt ...
B.
34
MERCURE DE FRANCE .
Nous ne pourrions être heureux qu'em
nous rendant coupables : nous recouvrerions
nos biens ; mais nous perdrions:
notre innocence . Je te ferois infidelle ;.
je ne ferois plus ton époufe. Mais ....
mes enfans .... que deviendrez-vous ? .....
Cependant... Ah ! cruelle alternative ! ....
Je pourrois faire leur bonheur ... mais je
ne ferois plus leur mère... Je puis c'être
rendue , cher Émile ; mais avant ,
il me.
faut paffer à un autre. Ou plutôt , pardonne
fi j'hésite : c'en eft fait ; foyons
victimes de nos devoirs ; la vertu ne
mérite pas de moindres facrifices. Soyons.
malheureux : notre bonheur feroit trop
acheté , s'il nous en coûtoit un crime..
Peut-être même le ciel fe laiffera toucher.
N'en doute pas , fidelle époufe , lui
répondit Émile en l'embraffant : il eſt
juſte .
Raffurez -vous , aimable couple , reprit
tout- à-coup Chryfas , qui fembloit revenir
d'une profonde extafe ; ne craignez
plus; que vos coeurs innocens ne s'alarment
plus : votre tendreffe m'a touché
votre fidélité m'a tranfporté , vos vertus
tiomphent de moi. Vivez , vivez unis
jamais votre bonheur déformais ne
JUILLET. 1777. 35
fera plus troublé. Je veux y veiller comme
au mien. Permettez que dès cette
heure j'y puiffe contribuer , recevez ce
préfent... Vos biens vont vous être rendus
avec une partie des miens mais
auffi que vos coeurs , s'ils fe reffouviennent
de l'outrage , fe reffouviennent auffi
de la réparation .
:
Il les quitta en les admirant , les
conibla de bienfaits , & ne cella de leur
donner dans la fuite les marques de l'amitié
la plus fenfible .
A
Émile & Sophie n'en devinrent que
plus attachés Pun à l'autre , & jouiffant
de leur bonheur , ils admirèrent
les deffeins de la Providence , qui ne
laiffe jamais la vertu fans récompenfe
& qui , fi elle fait qu'elle foit perfécutéc
, ne le permet que pour lui donner
un nouvel éclat , en la faifant triompher
& admirer de ceux mêmes qui l'oppri
ment.
Par M. Maréchal
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Résumé : QUE LA VERTU EST PUISSANTE !
Sophie et Émile forment un couple uni par un amour profond et vertueux. Malgré des malheurs successifs, comme la perte de leur troupeau et la destruction de leurs récoltes, leur amour se renforce. Émile travaille ardemment pour subvenir aux besoins de sa famille, tandis que Sophie et lui trouvent du bonheur dans leur union et l'éducation de leurs deux enfants. Leur misère est adoucie par leur amour mutuel et leur dévotion envers leurs enfants. Un riche prétendant, Chrysas, tente de séduire Sophie avec sa fortune, mais elle reste fidèle à Émile. Chrysas, rejeté, cherche à troubler leur union avec l'aide de son père, Alarias, un homme malveillant. Chrysas, poussé par son père, se rend chez Émile pour récupérer une dette. La vue de Sophie allaitant son enfant émeut Chrysas, mais ses hommes saisissent les biens de la famille. Sophie tente de toucher le cœur de Chrysas en lui rappelant sa générosité, et Chrysas finit par exprimer son amour pour elle, exigeant une preuve réciproque. Confrontés à un dilemme moral, Sophie et Émile hésitent entre récupérer leurs biens en se rendant coupables ou préserver leur innocence. Sophie choisit de sacrifier leur bonheur personnel pour sauvegarder leur vertu et leurs devoirs. Émile approuve cette décision. Chrysas, ému par leur fidélité, décide de leur rendre leurs biens et de les aider, admirant leur innocence et leur loyauté. Émile et Sophie restent unis et reconnaissants envers la Providence, qui récompense toujours la vertu.
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7048
p. 59-62
Galathée, [titre d'après la table]
Début :
Galathée, Comédie en un acte & en vers libres ; prix 1 liv. 4 s. A Amsterdam ; [...]
Mots clefs :
Galathée, Pygmalion, Phénix, Sentiments, Agémon, Jeune, Amour, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Galathée, [titre d'après la table]
Galathée , Comédie en un acte & en
vers libres ; prix i liv. 4 f. A Amfterdam
& fe trouve à Paris , chez
Lefclapart jeune , Lib. quai de Gêvres,
avec cette épigraphe : Peut-êtreyreftet-
il quelque défaut que je n'ai pas remarqué.
Pygmalion de J. J. Rouffeau.
L'Auteur de cette Comédie , dans une
Epitre dédicatoire adreffée à un de ſes
Amis , annonce qu'il s'eft déterminé à
ne pas la faire jouer , parce qu'une des
principales Actrices du Théâtre Français
lui a fait fentit qu'on ne verroit pas avec
plaifir Pygmalion malheureux , fur le
même Théâtre où l'on a tout récemment
applaudi à fon bonheur.
L'action de la Pièce eſt ſuppoſée commencer
peu de tems après le jour où
Galathée a été animée. Pygmalion qui
1
Cvj
60
MERCURE
DE
FRANCE
.
>
l'adore , voit avec peine que fes foupirs
annoncent qu'elle n'eft point heureufe
& que fon coeur femble oppreffé d'un
fecret ennui. Galathée elle - même ne
peut définir la nature du trouble qu'elle
rellent. Cependant Phénix , Élève chéri
de Pygmalion , arrive de retour d'an
long voyage. Ce jeune homme , devenu ,
ainfi que Pygmalion , & à l'infu de ce
dernier , amoureux de la ftatue de Galathée
, avoit voulu effayer fi l'abſence ne
le guériroit pas de cette fingulière paffion
. 11 a depuis appris le prodige que
les Dieux ont opéré fur Galathée
à la prière de Pygmalion. Il la voit
animée , fenfible , & en devient mille
fois plus amoureux que jamais . Galathée ,
à la vue de Phénix , n'éprouve pas de
fon côté des fentimens moins paffionnés.
Sidonie , ancienne Maîtreffe de Pygmalion
, que ce dernier a abandonnée ,
& qui cherche à s'en venger , excite &
favorife leur mutuel amour. Phénix eft
cependant retenu par fon amitié & fa
reconnoiffance pour Pygmalion , qui l'a
comblé de bienfaits , & qui , dans l'inftant
même , vient de lui annoncer que ,
renonçant à fon art , il alloit le mettre
en poffellion de fon attelier . Son embarras
JUILLET. 1777. 61
>
redouble , lorfque Pygmalion , après lui
avoir fait confidence de fes inquiétudes
au fujet d'Agémon , riche Phenicien
qu'il foupçonne d'avoir des delle ins fur
Galathée , & de chercher à la féduire
le charge de fonder les fentimens de
Galathée , & de lui parler de fon amour.
Agémon fait apporter à Galathée une
corbeille remplie des plus riches ajuflemens
& l'invite à s'en paret . Elle
balance ; Phénix l'y détermine , de
peur que les foupçons de Pygmalion ne
viennent à changer d'objet . Agémon
s'apperçoit de leur amour , il prend la
chofe en plaifantant , & dit a Phénix
qu'il va propofer à Pygmalion de lui
donner Galathée . Le jeune homme veut
envain l'en empêcher ; il découvre la vérité
à l'infortuné Sculpteur , & Galathée
la confirme par l'aveu ingénu de fes
fentimens. Pygmalion éclate d'abord
en tranfports jaloux ; mais , ramené
par la réflexion à des fentimens plus
doux , il renonce à Galathée , l'unit à
fon Elève , & promet de fervir de père
à ces deux époux.
Leftyle de cette Pièce a du naturel &
de la facilité. Nous citerons cet éloge
ironique des plumes , que l'Auteur met
dans la bouche d'Agémon.
62 MERCURE DE FRANCE .
C'eſt
Sans plumes , foin de la beauté .
par elles qu'on voit une taille célefte
Acquérir plus de majeſté ;
Que la femme la plus petite ,
Grandit tout-à- coup de moitié ,
Et qu'enfin votre fexe a le nouveau mérite
De paffer le nôtre d'un pié.
vers libres ; prix i liv. 4 f. A Amfterdam
& fe trouve à Paris , chez
Lefclapart jeune , Lib. quai de Gêvres,
avec cette épigraphe : Peut-êtreyreftet-
il quelque défaut que je n'ai pas remarqué.
Pygmalion de J. J. Rouffeau.
L'Auteur de cette Comédie , dans une
Epitre dédicatoire adreffée à un de ſes
Amis , annonce qu'il s'eft déterminé à
ne pas la faire jouer , parce qu'une des
principales Actrices du Théâtre Français
lui a fait fentit qu'on ne verroit pas avec
plaifir Pygmalion malheureux , fur le
même Théâtre où l'on a tout récemment
applaudi à fon bonheur.
L'action de la Pièce eſt ſuppoſée commencer
peu de tems après le jour où
Galathée a été animée. Pygmalion qui
1
Cvj
60
MERCURE
DE
FRANCE
.
>
l'adore , voit avec peine que fes foupirs
annoncent qu'elle n'eft point heureufe
& que fon coeur femble oppreffé d'un
fecret ennui. Galathée elle - même ne
peut définir la nature du trouble qu'elle
rellent. Cependant Phénix , Élève chéri
de Pygmalion , arrive de retour d'an
long voyage. Ce jeune homme , devenu ,
ainfi que Pygmalion , & à l'infu de ce
dernier , amoureux de la ftatue de Galathée
, avoit voulu effayer fi l'abſence ne
le guériroit pas de cette fingulière paffion
. 11 a depuis appris le prodige que
les Dieux ont opéré fur Galathée
à la prière de Pygmalion. Il la voit
animée , fenfible , & en devient mille
fois plus amoureux que jamais . Galathée ,
à la vue de Phénix , n'éprouve pas de
fon côté des fentimens moins paffionnés.
Sidonie , ancienne Maîtreffe de Pygmalion
, que ce dernier a abandonnée ,
& qui cherche à s'en venger , excite &
favorife leur mutuel amour. Phénix eft
cependant retenu par fon amitié & fa
reconnoiffance pour Pygmalion , qui l'a
comblé de bienfaits , & qui , dans l'inftant
même , vient de lui annoncer que ,
renonçant à fon art , il alloit le mettre
en poffellion de fon attelier . Son embarras
JUILLET. 1777. 61
>
redouble , lorfque Pygmalion , après lui
avoir fait confidence de fes inquiétudes
au fujet d'Agémon , riche Phenicien
qu'il foupçonne d'avoir des delle ins fur
Galathée , & de chercher à la féduire
le charge de fonder les fentimens de
Galathée , & de lui parler de fon amour.
Agémon fait apporter à Galathée une
corbeille remplie des plus riches ajuflemens
& l'invite à s'en paret . Elle
balance ; Phénix l'y détermine , de
peur que les foupçons de Pygmalion ne
viennent à changer d'objet . Agémon
s'apperçoit de leur amour , il prend la
chofe en plaifantant , & dit a Phénix
qu'il va propofer à Pygmalion de lui
donner Galathée . Le jeune homme veut
envain l'en empêcher ; il découvre la vérité
à l'infortuné Sculpteur , & Galathée
la confirme par l'aveu ingénu de fes
fentimens. Pygmalion éclate d'abord
en tranfports jaloux ; mais , ramené
par la réflexion à des fentimens plus
doux , il renonce à Galathée , l'unit à
fon Elève , & promet de fervir de père
à ces deux époux.
Leftyle de cette Pièce a du naturel &
de la facilité. Nous citerons cet éloge
ironique des plumes , que l'Auteur met
dans la bouche d'Agémon.
62 MERCURE DE FRANCE .
C'eſt
Sans plumes , foin de la beauté .
par elles qu'on voit une taille célefte
Acquérir plus de majeſté ;
Que la femme la plus petite ,
Grandit tout-à- coup de moitié ,
Et qu'enfin votre fexe a le nouveau mérite
De paffer le nôtre d'un pié.
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Résumé : Galathée, [titre d'après la table]
La pièce 'Galathée' est une comédie en un acte et en vers libres, écrite par un auteur anonyme. L'auteur a renoncé à la faire jouer après qu'une actrice principale du Théâtre Français ait refusé de représenter Pygmalion malheureux, peu après l'avoir joué heureux. L'histoire débute après l'animation de Galathée par les dieux. Pygmalion, amoureux de Galathée, observe son ennui. Phénix, élève et ami de Pygmalion, revenu d'un long voyage, tombe amoureux d'elle. Galathée partage ses sentiments, encouragés par Sidonie, ancienne maîtresse de Pygmalion, pour se venger. Phénix, loyal envers Pygmalion, hésite. Pygmalion, inquiet des avances d'Agémon, un riche Phénicien, demande à Phénix de tester les sentiments de Galathée. Agémon tente de séduire Galathée avec des cadeaux, mais Phénix lui conseille de les accepter pour éviter les soupçons. Agémon découvre leur amour et propose à Pygmalion de lui donner Galathée. Phénix révèle la vérité à Pygmalion, qui, après un moment de jalousie, renonce à Galathée et les unit à Phénix, promettant de les soutenir. La pièce se distingue par un style naturel et facile, avec un éloge ironique des plumes prononcé par Agémon.
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7049
p. 90-98
Dictionnaire des Origines, [titre d'après la table]
Début :
Dictionnaire des Origines, chez Bastien, Libraire, rue du Petit-Lion, Fauxb. [...]
Mots clefs :
Génie, Nature, Grands hommes, Imitation, Dictionnaire, Auteur, Silence, Talents, Autorité, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dictionnaire des Origines, [titre d'après la table]
Dictionnaire des Origines , chez Baftien ,
Libraire , rue du Petit- Lion , Fauxb.
St Germain.
On a beau dire que l'Auteur d'un
Dictionnaire n'a befoin que de copier
& d'abréger ce qu'il trouve en abondance
dans les grands Ouvrages qui
font fous fa main; celui qui fe borne
à ce genre de travail n'eft jamais qu'un
Compilateur fans goût & fans difcernement.
Il copie au hafard les erreurs &
les vérités , & puife également dans les
mauvaiſes comme dans les bonnes fources.
Il devient un guide qui ne fait que
nous égarer. Pour éviter ces écueils , il
faut , comme l'Auteur de l'Ouvrage que
JUILLET. 1777. 21
nous annouçons , avoir une certaine mefure
d'érudition , favoir difcerner les
meilleurs Ecrivains qui ont traité les
matières dont on fe propofe de parler ,"
& réunir , autant qu'il eft poffible , les
principales qualités qui forment le bon
Critique. Sans cela , on n'a ni exactitude ,
ni jufteffe dans fes idées , & l'on ne
donne que de fauffes notions , plus dangereufes
que l'ignorance . On loue la
modeſtie d'un homme qui garde le
filence , parce qu'il craint de fe trompet,
faute d'inftruction , & l'on fe moque de
celui qui emploie le ton dogmatique
dans les matières qu'il n'a pas étudiées.
L'extrait de quelques articles , tirés du
troifième volume du Dictionnaire des
Origines , prouvera clairement que l'Au- ·
teur ne doit pas être mis au nombre des
Compilateurs qui manquent de goût &
de difcernement , & que fon Dictionnaire
, où l'on trouve de la préciſion &
du choix , mérite d'être bien accueilli.
"On fe plaint quelquefois de la difette
» des Grands Hommes , remarque cet
Auteur , d'après M. le Préfident Hénault
, & l'on regrette les fiécles qui
» en ont produit plufieurs à la fois . C'eſt
" en effet un beau fpectacle dans l'Hif
»
"
92 MERCURE DE FRANCE .
30
ود
» toire , que de voir des événemens finguliers
préparés par des efprits fupérieurs
, & foutenus par des courages
héroïques ; mais les Peuples en font- ils
plus heureux ? Je crois bien que des
» Grands Hommes réunis fous une au-
» torité légitime , & dont les talens ne
font employés qu'au bien de l'État ,
» peuvent & doivent produire de grandes
chofes; mais comme ces circonstances
» fe trouvent rarement enfemble , il n'y
a pas de plus grand malheur pour les
» États
que ce concours de perfonnages
illuftres & puiffans , qui prétendant
tous à l'autorité , commencent par la
» divifer & finiffent par l'anéantir.
Tel fut le règne de François II .
» Ce règne d'une courte durée , puifqu'il
ne fut que dix- fept mois , fit
éclorre tous les maux qui , depuis ,
» défolèrent la France , & dont la caufe
» principale fut le nombre des Grands
» Hommes qui vivoient alors. Les Gui-
» fes , qui abufoient de l'autorité que
le
Roi leur avoit confié , étoient affez
» grands pour fe maintenir contre les
» Princes du Sang , qui prétendoient
» avoir droit au Gouvernement , à cauſe
» de la jeuneſſe du Roi. Le Roi de NaJUILLET.
1777- 93.
ود
גכ
22
"
" varre & le Prince de Condé avoient
affez de reffources pour former un
parti contre eux , & les Grands du
Royaume affez d'ambition pour entre-
» tenir les divifions & pour vouloir profiter
des troubles . Les querelles de
Religion étoient un prétexte trop fpé-
» cieux pour n'être pas employé par les
» deux partis : l'attachement de la plu-
» part des Peuples pour l'ancien & véri-
» table culte , tint lieu aux Gaifes de ce
qui leur manquoit , pour appuyer une
» autorité qu'on fentoit bien qu'ils ne,
devoient qu'à la féduction ; & l'amour
» de la nouveauté tint lieu aux Princes
» du Sang de l'autorité qui étoit entre
» les mains des Guifes » .
ן כ
2
Peut-on dire que des perfonnages illuftres
& puiffans , qui auront occafionné
des fecouffes toujours nuifibles au
bonheur des États , aient pu mériter le
nom de Grands Hommes , parce qu'ils
auront eu du génie & des talens , &
qu'ils ne les auront employés qu'à fatisfaire
leur ambition ? Ce feroit proftituer.
un titre fi glorieux que de le leur donner.
Le véritablement Grand Homme join
toujours aux talens les vertus morales ,
qui lui montrent continuellement le
94
MERCURE DE FRANCE .
bien public & la gloire de fon Prince ,
comme l'unique but qu'il doit fe propofer
dans toutes les entrepriſes . C'eſt le
patriotiſme , réuni aux talens , qui forme
le Grand Homme ; or l'on peut , dans
tous les états , mériter ce titre fublime ;
& c'eft à la difette de ces Hommes , qui
favent allier les qualités du coeur & de
l'efprit , que l'on doit attribuer les malheurs
d'un Etat , & fouvent fa décadence
.
Voici comme l'Auteur traite les articles
littéraires . Au mot Imitation , il
obferve « que le génie n'a pu produire
les arts que par l'imitation. L'efprit
» humain , dit M. l'Abbé Batteux , ne
» peut créer qu'improprement. Toutes
fes productions portent l'empreinte
» d'un modèle. Les monftres même
qu'une imagination déréglée fe figure
» dans fes délires , ne peuvent être com-
» pofés que de parties prifes dans la
Nature; & fi le génie , par caprice ,
fait de ces parties un affemblage contraite
aux loix naturelles , en dégradant
la Nature il fe dégrade lui-même, &
» fe change en une eſpèce de folie . Les
limites font marquées : dès qu'on les
palle , ou fe perd; on fait un chaos
JUILLE T. 1777.
95
» plutôt qu'un monde , & on caufe du
défagrément plutôt que du plaifir.
»
» Le génie qui travaille pour plaire ,
» ne doit donc ni ne peut fortir des
» bornes de la Nature même . Sa fonction
» confiſte , non à imaginer ce qui peut
» être , mais à trouver ce qui eft. Inven-
» ter dans les arts n'eft point donner
» l'être à un objet ; c'est le reconnoître
» où il eft , & comme il eft ; & les Hom-
» mes de génie qui creufent le plus , ne
» découvrent que ce qui exiſtoit aupa-
» vant ils ne font créateurs que pour
» avoir obfervé , & réciproquement ils
» ne font obfervateurs que pour être en
» état de créer. Les moindres objets les
appellent ils s'y livrent , parce qu'ils
» en remportent toujours de nouvelles
» connoiffances , qui étendent le fond
de leur efprit & en préparent la fécon-
» dité, Le génie eft comme la terre , qui
» ne produit rien qu'elle n'en ait reçu
» la femence. Cette comparaifon , bien
» loin d'appauvrir les Artiftes , ne fert
qu'à leur faire connoître la fource &
l'étendue de leurs véritables richeſſes ,
qui , par-là , font immenfes , puifque
toutes les connoiffances que l'efprit
» peus acquérir dans la Nature , devenant
19
96
MERCURE
DE
FRANCE
. " le germe de fes productions dans les
» arts , le génie n'a d'autres bornes , du
» côté de fon objet , que celle de l'Uni-
» vers..
1
"9
ود
"
»
» Le génie doit donc avoir un appui
» pour s'élever & fe foutenir , & cet
appui eft la Nature. Il ne peut la créer ;
» il ne doit point la détruire : il ne peut
» donc que la fuivre & l'imiter , & par
conféquent tout ce qu'il produit ne
peut être qu'imitation . La mufique
dramatique ou théâtrale concourt à
l'imitation , ainfi que la poefie & la
» peinture : c'eft à ce principe commun
que fe rapportent tous les beaux - arts.
» Mais , comme l'obferve M. Rouffeau ,
» cette imitation n'a pas pour tous la
» même étendue . Tout ce que l'imagi-
» nation peut fe repréfenter eft du reffort
» de la poéfie. La peinture , qui n'offre
point fes tableaux à l'imagination ;
mais aux fens , & à un feul fens , ne
peint que les objets foumis à la vile.
La mulique fembleroit avoir les mêmes
bornes par rapport à l'ouie : cependant
Pelle peint tout , même les objets qui
» ne font pas vifibles par un preftige
prefque inconcevable elle femble
mettre l'oeil dans l'oreille ; & la plus
» grande
32
JUILLET . 1777 . 97
» grande merveille d'un art qui n'agit
que par le mouvement eft d'en '
"
99
"
>
pouvoir former jufqu'à l'image du
" repos . La nuit , le fommeil , la folitude
& le filence , entrent dans le
" nonibre des grands tableaux de la
mufique. On fait que le bruit peut
produire l'effet du filence , & le filence
"l'effet du bruit , comme quand on s'en-
» dort à une lecture égale & monotone ,
» & qu'on s'éveille à l'inftant qu'elle
celle . Mais la mufique agit plus inti-
» mement fur nous , en excitant , par un
» fens , des affections ſemblables à celles
"3
qu'on peut exciter par un autre ; &
»comme le rapport ne peut être fenfible
"que l'impreffion ne foit forte , la pein-
» ture , dénuée de cette force , ne peut
» rendre à la mufique les imitations que
-celle- ci tire d'elle. Que toute la Nature
» foit endormie , celui qui la contemple
» ne dort pas ; & l'art du Muficien con-
» fifte à fubftituer à l'image infenfible
» de l'objet, celle des mouvemens que
» fa préfence excite dans le coeur da
» Contemplateur : non -feulement il agi
tera la mer , animera la flamme d'un
incendie , fera couler les ruiffeaux ,
tomber la pluie & groffir les torrens ; "
I. Vol. E
9.8. MERCURE DE FRANCE .
mais il peindra l'horreur d'un défert
» affreux , rembrunira les murs d'une
»prifon fouterraine , calmera la tem-.
» pête , rendra l'air tranquille & ferein ,
, & répandra de l'orchestre une fraîcheur.
nouvelle fur les bocages. Il ne repré-
» fentera pas directement ces chofes ;
» mais il excitera dans l'ame les mêmes.
mouvemens qu'on éprouve en les
» voyant.".
Libraire , rue du Petit- Lion , Fauxb.
St Germain.
On a beau dire que l'Auteur d'un
Dictionnaire n'a befoin que de copier
& d'abréger ce qu'il trouve en abondance
dans les grands Ouvrages qui
font fous fa main; celui qui fe borne
à ce genre de travail n'eft jamais qu'un
Compilateur fans goût & fans difcernement.
Il copie au hafard les erreurs &
les vérités , & puife également dans les
mauvaiſes comme dans les bonnes fources.
Il devient un guide qui ne fait que
nous égarer. Pour éviter ces écueils , il
faut , comme l'Auteur de l'Ouvrage que
JUILLET. 1777. 21
nous annouçons , avoir une certaine mefure
d'érudition , favoir difcerner les
meilleurs Ecrivains qui ont traité les
matières dont on fe propofe de parler ,"
& réunir , autant qu'il eft poffible , les
principales qualités qui forment le bon
Critique. Sans cela , on n'a ni exactitude ,
ni jufteffe dans fes idées , & l'on ne
donne que de fauffes notions , plus dangereufes
que l'ignorance . On loue la
modeſtie d'un homme qui garde le
filence , parce qu'il craint de fe trompet,
faute d'inftruction , & l'on fe moque de
celui qui emploie le ton dogmatique
dans les matières qu'il n'a pas étudiées.
L'extrait de quelques articles , tirés du
troifième volume du Dictionnaire des
Origines , prouvera clairement que l'Au- ·
teur ne doit pas être mis au nombre des
Compilateurs qui manquent de goût &
de difcernement , & que fon Dictionnaire
, où l'on trouve de la préciſion &
du choix , mérite d'être bien accueilli.
"On fe plaint quelquefois de la difette
» des Grands Hommes , remarque cet
Auteur , d'après M. le Préfident Hénault
, & l'on regrette les fiécles qui
» en ont produit plufieurs à la fois . C'eſt
" en effet un beau fpectacle dans l'Hif
»
"
92 MERCURE DE FRANCE .
30
ود
» toire , que de voir des événemens finguliers
préparés par des efprits fupérieurs
, & foutenus par des courages
héroïques ; mais les Peuples en font- ils
plus heureux ? Je crois bien que des
» Grands Hommes réunis fous une au-
» torité légitime , & dont les talens ne
font employés qu'au bien de l'État ,
» peuvent & doivent produire de grandes
chofes; mais comme ces circonstances
» fe trouvent rarement enfemble , il n'y
a pas de plus grand malheur pour les
» États
que ce concours de perfonnages
illuftres & puiffans , qui prétendant
tous à l'autorité , commencent par la
» divifer & finiffent par l'anéantir.
Tel fut le règne de François II .
» Ce règne d'une courte durée , puifqu'il
ne fut que dix- fept mois , fit
éclorre tous les maux qui , depuis ,
» défolèrent la France , & dont la caufe
» principale fut le nombre des Grands
» Hommes qui vivoient alors. Les Gui-
» fes , qui abufoient de l'autorité que
le
Roi leur avoit confié , étoient affez
» grands pour fe maintenir contre les
» Princes du Sang , qui prétendoient
» avoir droit au Gouvernement , à cauſe
» de la jeuneſſe du Roi. Le Roi de NaJUILLET.
1777- 93.
ود
גכ
22
"
" varre & le Prince de Condé avoient
affez de reffources pour former un
parti contre eux , & les Grands du
Royaume affez d'ambition pour entre-
» tenir les divifions & pour vouloir profiter
des troubles . Les querelles de
Religion étoient un prétexte trop fpé-
» cieux pour n'être pas employé par les
» deux partis : l'attachement de la plu-
» part des Peuples pour l'ancien & véri-
» table culte , tint lieu aux Gaifes de ce
qui leur manquoit , pour appuyer une
» autorité qu'on fentoit bien qu'ils ne,
devoient qu'à la féduction ; & l'amour
» de la nouveauté tint lieu aux Princes
» du Sang de l'autorité qui étoit entre
» les mains des Guifes » .
ן כ
2
Peut-on dire que des perfonnages illuftres
& puiffans , qui auront occafionné
des fecouffes toujours nuifibles au
bonheur des États , aient pu mériter le
nom de Grands Hommes , parce qu'ils
auront eu du génie & des talens , &
qu'ils ne les auront employés qu'à fatisfaire
leur ambition ? Ce feroit proftituer.
un titre fi glorieux que de le leur donner.
Le véritablement Grand Homme join
toujours aux talens les vertus morales ,
qui lui montrent continuellement le
94
MERCURE DE FRANCE .
bien public & la gloire de fon Prince ,
comme l'unique but qu'il doit fe propofer
dans toutes les entrepriſes . C'eſt le
patriotiſme , réuni aux talens , qui forme
le Grand Homme ; or l'on peut , dans
tous les états , mériter ce titre fublime ;
& c'eft à la difette de ces Hommes , qui
favent allier les qualités du coeur & de
l'efprit , que l'on doit attribuer les malheurs
d'un Etat , & fouvent fa décadence
.
Voici comme l'Auteur traite les articles
littéraires . Au mot Imitation , il
obferve « que le génie n'a pu produire
les arts que par l'imitation. L'efprit
» humain , dit M. l'Abbé Batteux , ne
» peut créer qu'improprement. Toutes
fes productions portent l'empreinte
» d'un modèle. Les monftres même
qu'une imagination déréglée fe figure
» dans fes délires , ne peuvent être com-
» pofés que de parties prifes dans la
Nature; & fi le génie , par caprice ,
fait de ces parties un affemblage contraite
aux loix naturelles , en dégradant
la Nature il fe dégrade lui-même, &
» fe change en une eſpèce de folie . Les
limites font marquées : dès qu'on les
palle , ou fe perd; on fait un chaos
JUILLE T. 1777.
95
» plutôt qu'un monde , & on caufe du
défagrément plutôt que du plaifir.
»
» Le génie qui travaille pour plaire ,
» ne doit donc ni ne peut fortir des
» bornes de la Nature même . Sa fonction
» confiſte , non à imaginer ce qui peut
» être , mais à trouver ce qui eft. Inven-
» ter dans les arts n'eft point donner
» l'être à un objet ; c'est le reconnoître
» où il eft , & comme il eft ; & les Hom-
» mes de génie qui creufent le plus , ne
» découvrent que ce qui exiſtoit aupa-
» vant ils ne font créateurs que pour
» avoir obfervé , & réciproquement ils
» ne font obfervateurs que pour être en
» état de créer. Les moindres objets les
appellent ils s'y livrent , parce qu'ils
» en remportent toujours de nouvelles
» connoiffances , qui étendent le fond
de leur efprit & en préparent la fécon-
» dité, Le génie eft comme la terre , qui
» ne produit rien qu'elle n'en ait reçu
» la femence. Cette comparaifon , bien
» loin d'appauvrir les Artiftes , ne fert
qu'à leur faire connoître la fource &
l'étendue de leurs véritables richeſſes ,
qui , par-là , font immenfes , puifque
toutes les connoiffances que l'efprit
» peus acquérir dans la Nature , devenant
19
96
MERCURE
DE
FRANCE
. " le germe de fes productions dans les
» arts , le génie n'a d'autres bornes , du
» côté de fon objet , que celle de l'Uni-
» vers..
1
"9
ود
"
»
» Le génie doit donc avoir un appui
» pour s'élever & fe foutenir , & cet
appui eft la Nature. Il ne peut la créer ;
» il ne doit point la détruire : il ne peut
» donc que la fuivre & l'imiter , & par
conféquent tout ce qu'il produit ne
peut être qu'imitation . La mufique
dramatique ou théâtrale concourt à
l'imitation , ainfi que la poefie & la
» peinture : c'eft à ce principe commun
que fe rapportent tous les beaux - arts.
» Mais , comme l'obferve M. Rouffeau ,
» cette imitation n'a pas pour tous la
» même étendue . Tout ce que l'imagi-
» nation peut fe repréfenter eft du reffort
» de la poéfie. La peinture , qui n'offre
point fes tableaux à l'imagination ;
mais aux fens , & à un feul fens , ne
peint que les objets foumis à la vile.
La mulique fembleroit avoir les mêmes
bornes par rapport à l'ouie : cependant
Pelle peint tout , même les objets qui
» ne font pas vifibles par un preftige
prefque inconcevable elle femble
mettre l'oeil dans l'oreille ; & la plus
» grande
32
JUILLET . 1777 . 97
» grande merveille d'un art qui n'agit
que par le mouvement eft d'en '
"
99
"
>
pouvoir former jufqu'à l'image du
" repos . La nuit , le fommeil , la folitude
& le filence , entrent dans le
" nonibre des grands tableaux de la
mufique. On fait que le bruit peut
produire l'effet du filence , & le filence
"l'effet du bruit , comme quand on s'en-
» dort à une lecture égale & monotone ,
» & qu'on s'éveille à l'inftant qu'elle
celle . Mais la mufique agit plus inti-
» mement fur nous , en excitant , par un
» fens , des affections ſemblables à celles
"3
qu'on peut exciter par un autre ; &
»comme le rapport ne peut être fenfible
"que l'impreffion ne foit forte , la pein-
» ture , dénuée de cette force , ne peut
» rendre à la mufique les imitations que
-celle- ci tire d'elle. Que toute la Nature
» foit endormie , celui qui la contemple
» ne dort pas ; & l'art du Muficien con-
» fifte à fubftituer à l'image infenfible
» de l'objet, celle des mouvemens que
» fa préfence excite dans le coeur da
» Contemplateur : non -feulement il agi
tera la mer , animera la flamme d'un
incendie , fera couler les ruiffeaux ,
tomber la pluie & groffir les torrens ; "
I. Vol. E
9.8. MERCURE DE FRANCE .
mais il peindra l'horreur d'un défert
» affreux , rembrunira les murs d'une
»prifon fouterraine , calmera la tem-.
» pête , rendra l'air tranquille & ferein ,
, & répandra de l'orchestre une fraîcheur.
nouvelle fur les bocages. Il ne repré-
» fentera pas directement ces chofes ;
» mais il excitera dans l'ame les mêmes.
mouvemens qu'on éprouve en les
» voyant.".
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Résumé : Dictionnaire des Origines, [titre d'après la table]
Le Mercure de France de juillet 1777 critique le 'Dictionnaire des Origines' publié chez Baftien, reprochant aux compilateurs de copier sans discernement, ce qui engendre des erreurs et des notions fausses. L'auteur souligne la nécessité d'une érudition et d'un jugement critique pour produire un ouvrage précis. Le texte explore la notion de 'Grands Hommes', citant le Président Hénault. Il note que les grands hommes peuvent accomplir de grandes choses sous une autorité légitime, mais leur présence en grand nombre peut causer des divisions et des troubles, comme lors du règne de François II. Les conflits entre les Guises, les Princes du Sang et les troubles religieux ont contribué à la déstabilisation du royaume. L'auteur se demande si des personnages illustres et puissants, dont l'ambition cause des troubles, méritent le titre de 'Grands Hommes'. Il conclut que le véritable grand homme allie talents et vertus morales, visant le bien public et la gloire de son prince. Le texte aborde également l'imitation dans les arts, affirmant que le génie crée en s'inspirant de la nature. Sortir des limites naturelles conduit à la confusion et au désagrément. Le génie observe et imite la nature, car il ne peut ni la créer ni la détruire. Les artistes observent les moindres objets pour acquérir de nouvelles connaissances, étendant ainsi leur esprit et sa fécondité. La musique dramatique, la poésie et la peinture sont des arts qui imitent la nature, mais avec des étendues différentes. La poésie représente tout ce que l'imagination peut concevoir, tandis que la peinture se limite aux objets visibles. La musique agit principalement sur l'ouïe mais peut aussi évoquer des images et des émotions complexes, comme le repos ou le mouvement. Elle suscite des affections similaires à celles provoquées par d'autres sens et peut représenter des scènes variées, telles que la tempête, la tranquillité ou l'horreur d'un désert.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7050
p. 135-136
Le Temple de Vénus, [titre d'après la table]
Début :
Le Temple de Vénus. A Londres, 1777. Volume in-8o. de près de 400 pages, [...]
Mots clefs :
Temple, Vénus, Tableaux érotiques
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texteReconnaissance textuelle : Le Temple de Vénus, [titre d'après la table]
Le Temple de Vénus. A Londres , 1777
Volume in- 8°. de près de 400 pages ,
précédé d'une gravure.
C'est un recueil de vingt-fix tableaux
érotiques , tirés des Romans & des Contes
les plus connus en ce genre. On y a mis
à contribution la Nouvelle Héloïfe , le
Temple de Gnide , le Sopha , Angola , le
Coufin de Mahomet , &c. &c. Le joli
Conte d'Aline, de M. le C. de B ***
s'y trouve même en partie.
« J'ai vu ,
» le Rédacteur , les plus beaux tableaux
» de l'Amour ; je vais les expofer aux
" yeux des enfans fortunés de la nature.
» Ce font des miniatures tirées des meilleurs
Peintres en ce genre , & qui font
dit
136 MERCURE DE FRANCE .
"
dignes d'être placées dans leTemple de
» Vénus »
Volume in- 8°. de près de 400 pages ,
précédé d'une gravure.
C'est un recueil de vingt-fix tableaux
érotiques , tirés des Romans & des Contes
les plus connus en ce genre. On y a mis
à contribution la Nouvelle Héloïfe , le
Temple de Gnide , le Sopha , Angola , le
Coufin de Mahomet , &c. &c. Le joli
Conte d'Aline, de M. le C. de B ***
s'y trouve même en partie.
« J'ai vu ,
» le Rédacteur , les plus beaux tableaux
» de l'Amour ; je vais les expofer aux
" yeux des enfans fortunés de la nature.
» Ce font des miniatures tirées des meilleurs
Peintres en ce genre , & qui font
dit
136 MERCURE DE FRANCE .
"
dignes d'être placées dans leTemple de
» Vénus »
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Résumé : Le Temple de Vénus, [titre d'après la table]
Le document 'Le Temple de Vénus', publié à Londres en 1777, est un recueil de 26 tableaux érotiques inspirés de romans célèbres. Il inclut des œuvres comme 'La Nouvelle Héloïse' et 'Le Temple de Gnide'. Le rédacteur souhaite exposer ces illustrations, décrites comme des miniatures dignes du Temple de Vénus, aux 'enfants fortunés de la nature'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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