L Is E T T E & s o N L I N o T.
Fable.
A v x B E L L E s.
Lisrrrr , gentille bergere,
Defiroit avoir un oiſeau.
Au ſein d'un paiſible hameau
Elle pouvoit ſe ſatisfaire ;
Oui : mais tous les oiſeaux ne ſavoient pas lui
plaire.
Au ſerin même aux ailes d'or,
Liſette préféroit encor
Un linot joli, doux & tendre ;
Un linot ſeroit un tréfor :
Où le trouver ? comment le prendre ?
La petite friponne imagine un réſeau
si ſolide & fi fin, fait de telle maniere,
Qu'il devoit arêter le plus ſubtil oiſeaº.
14 MERCURE DE FRANCE.
Le réſeau fabriqué, la maligne bergere !
· L'étend parmi les fleurs au bordd'un clait ruiſſeau,
Et ſe promet une voliere
En effet nombre de moineaux
Y ſont pris. Vint enfin le plus beau des linots.
| A peine eſclave, il cherche à ſortir d'eſclavage.
Liſette accourt, le prend, le baiſe... Ah! quel
dommage - -
S'il ſe fût envolé ! qu'il eſt doux ! qu'il eſt beau !...
Liſette en eût dit davantage,
Mais de ſes jeunes mains le ruſé ſe dégage,
Et s'envole ſur un berceau.
La Belle en pleurs des yeux ſuit en vain le volage ;
Il rit de ce piége nouveau.
Caché ſous un épais feuillage,
Il obſerve : & penſant au perfide réſeau,
Il dit : Liſette eſt fine, & Liſette eſt peu ſage :
Quand on veut avoir un oiſeau,
On doit ſe munir d'une cage.
Belles, ne riez point, Liſette eſt votre image.
Vous avez des attraits, des charmes enchanteurs ;
Mais , hélas! ce brillant partage
D'un bien trop defiré n'eſt pas le plus ſûr gage ;
Il peut vous coûter bien des pleurs !
Ces artraits ſi vantés, fi chers, ſi ſéduct«uis »
• Ce fugitiféclat des graces du bel âge,
Pourroit il captive1 un coeur ?
N O V E M B R E. 1776. 15
*.
Il faut, il faut bien davantage t... N. |!
Les graces de l'eſprit, la modeſte douceur,
Et l'heureufe innocence, & l'aimable candeur,
Ah! voilà ce qui nous engage.
La raifon, la vertu, l'honneur,
| sont les dignes objets d'un éternel hommage ;
Vous êtes belle, ſoyez ſage,
Etje vous réponds du bonheur.
Par M. Drobecq.