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1
p. 103-110
Sujet de deux Opera mis en Musique par le mesme. [titre d'après la table]
Début :
En verité, Madame, j'ay peine à vous pardonner vostre [...]
Mots clefs :
Opéra, Saint-Germain, Molière, Lully, Ballets, Musique française, Science des italiens, Abbé Tallement, Mademoiselle Jacquier
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texteReconnaissance textuelle : Sujet de deux Opera mis en Musique par le mesme. [titre d'après la table]
En verité Madame , jay
peine àvous pardonner voſtre attachementpour la Province,
puis, qu'il vous a privée du
,
1
G3
78 LE MERCVRE
-
plaiſir que vous auriez reçen de deux Opéra de ſa compofi- tionqui ont eſté chantez depuis deux ou trois ans dans
une Maiſon particuliere , &
dans la fienne. Le concours y
a eſté grand, & ils ont fait tant debruit , que le Roy les a voulu entendre àSaint Germain.
Ilsyont eſté repreſentez plus d'une fois , &Sa Majesté les a
toûjours écoutez avec une at- tention qui marquoit mieux que toute autre choſe la fatis- faction qu'elle en recevoit.
Auſſi faut-ilavoüerque le petit Moliere donne des agrémens bienparticuliers à tout ce qu'il fait. Il exprime admirablement les paffions , & it trouve des tons qui fuffiroientſeuls àfaire
connoiſtre ce que les Acteurs reprefentent. C'eſt ce qu'on
GALANT. 79 eftimoit en luy dans le temps qu'il travailloit aux Balets du Roy( ce qu'il afait longtemps ſeul,&depuis avecM² deLul- ly , juſqu'à ce que ce dernier aiteſte Surintendant de la Mufique. )Il a toûjours pris foin de meſler ce que la MufiqueFra çoiſe a de plus doux , avec le profondde la Science des Ita- liens ; & ce qui a eſté un fort grand avantage pourluy, il n'a preſque jamais travaillé que furde belles Paroles. Cellesde
ces deux derniers Opéra qui ont eu pourſujet les Amoursde Cephale &de I Aurore , &les
Avantures d'Andromede , font
de M l'Abbé Tallemant le
jeune. Il me feroit inutile de vous parlerde fon merite &de fon eſprit , l'un & l'autre vous eft connu. Je vous diray ſeule-
80 LE MERCVRE
ment que ſi vous aviez entendu les Vers de ces deux Ouvrages de Theatre , vous con- noiſtriez qu'ils répondent par- faitement aux belles chofes
que vous avez déja veuës de luy. Ony a remarqué un art merveillleux ; & ce qui a fort contribué à les rendre auſſi
agreables qu'ils font, c'eſt qu'il a trouvé moyen d'en retran- cher les Perſonnages , qui n'e- ftant point intereſſez dans le fujet de la Piece , ne peuvent jamais eftre qu'ennuyeux. Je reviens aux Paroles de Made
Frontiniere. Elles ont eſté
chantées devantle Roy par la petite Mademoiſelle Jaquier.
C'eſtunProdigequi aparûicy depuis quatre ans. Elle chante,
àLivre ouvert, la Muſique la plus difficile. Elle l'accompa
GALANT. 81
gne, &accompagne les autres qui veulent chanter , avec le
Claveſſin dont ellejouë dune maniere qui ne peut eftre imi- tée. Elle compoſe des Pieces ,
&les jouë fur tous les tons qu'on luy propoſe. Je vous ay dit , Madame ,qu'il y a quatre ans qu'elle paroift avec des qualitez fi extraordinaires , &
cependat elle n'en a encor que dix. Je ne ſçay ſi en la voyant,
vous ne diriez point ce qu'on a
entendu dire à un des plus beauxEfprits que nous ayõs. II la regardoit, ſurprisde tous ces miracles , il dit agreablement,
qu'il voyoit bien que c'estoit elle,
mais qu'avec toutcela iln'envoudroit pas jurer. Si nous eftions
au tempsoù l'on croyoit les Sil- phes&les Gnomes , on pour- roit douter que ce n'en fuſt
82 LE MERCVRE
une production. Toutes celles qui touchent le Claveffin , &
dont le nombre eft grand , ont fait ce qu'elles ont pûpour la furprendre , &ont eſté enſuite contraintes de l'admirer comme les autres , ou d'attribuer à
la Magie ce qu'elles ne peu- ventfaire comme elle...
peine àvous pardonner voſtre attachementpour la Province,
puis, qu'il vous a privée du
,
1
G3
78 LE MERCVRE
-
plaiſir que vous auriez reçen de deux Opéra de ſa compofi- tionqui ont eſté chantez depuis deux ou trois ans dans
une Maiſon particuliere , &
dans la fienne. Le concours y
a eſté grand, & ils ont fait tant debruit , que le Roy les a voulu entendre àSaint Germain.
Ilsyont eſté repreſentez plus d'une fois , &Sa Majesté les a
toûjours écoutez avec une at- tention qui marquoit mieux que toute autre choſe la fatis- faction qu'elle en recevoit.
Auſſi faut-ilavoüerque le petit Moliere donne des agrémens bienparticuliers à tout ce qu'il fait. Il exprime admirablement les paffions , & it trouve des tons qui fuffiroientſeuls àfaire
connoiſtre ce que les Acteurs reprefentent. C'eſt ce qu'on
GALANT. 79 eftimoit en luy dans le temps qu'il travailloit aux Balets du Roy( ce qu'il afait longtemps ſeul,&depuis avecM² deLul- ly , juſqu'à ce que ce dernier aiteſte Surintendant de la Mufique. )Il a toûjours pris foin de meſler ce que la MufiqueFra çoiſe a de plus doux , avec le profondde la Science des Ita- liens ; & ce qui a eſté un fort grand avantage pourluy, il n'a preſque jamais travaillé que furde belles Paroles. Cellesde
ces deux derniers Opéra qui ont eu pourſujet les Amoursde Cephale &de I Aurore , &les
Avantures d'Andromede , font
de M l'Abbé Tallemant le
jeune. Il me feroit inutile de vous parlerde fon merite &de fon eſprit , l'un & l'autre vous eft connu. Je vous diray ſeule-
80 LE MERCVRE
ment que ſi vous aviez entendu les Vers de ces deux Ouvrages de Theatre , vous con- noiſtriez qu'ils répondent par- faitement aux belles chofes
que vous avez déja veuës de luy. Ony a remarqué un art merveillleux ; & ce qui a fort contribué à les rendre auſſi
agreables qu'ils font, c'eſt qu'il a trouvé moyen d'en retran- cher les Perſonnages , qui n'e- ftant point intereſſez dans le fujet de la Piece , ne peuvent jamais eftre qu'ennuyeux. Je reviens aux Paroles de Made
Frontiniere. Elles ont eſté
chantées devantle Roy par la petite Mademoiſelle Jaquier.
C'eſtunProdigequi aparûicy depuis quatre ans. Elle chante,
àLivre ouvert, la Muſique la plus difficile. Elle l'accompa
GALANT. 81
gne, &accompagne les autres qui veulent chanter , avec le
Claveſſin dont ellejouë dune maniere qui ne peut eftre imi- tée. Elle compoſe des Pieces ,
&les jouë fur tous les tons qu'on luy propoſe. Je vous ay dit , Madame ,qu'il y a quatre ans qu'elle paroift avec des qualitez fi extraordinaires , &
cependat elle n'en a encor que dix. Je ne ſçay ſi en la voyant,
vous ne diriez point ce qu'on a
entendu dire à un des plus beauxEfprits que nous ayõs. II la regardoit, ſurprisde tous ces miracles , il dit agreablement,
qu'il voyoit bien que c'estoit elle,
mais qu'avec toutcela iln'envoudroit pas jurer. Si nous eftions
au tempsoù l'on croyoit les Sil- phes&les Gnomes , on pour- roit douter que ce n'en fuſt
82 LE MERCVRE
une production. Toutes celles qui touchent le Claveffin , &
dont le nombre eft grand , ont fait ce qu'elles ont pûpour la furprendre , &ont eſté enſuite contraintes de l'admirer comme les autres , ou d'attribuer à
la Magie ce qu'elles ne peu- ventfaire comme elle...
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Résumé : Sujet de deux Opera mis en Musique par le mesme. [titre d'après la table]
La lettre exprime des regrets que la destinataire n'ait pas pu assister à deux opéras de Molière : 'Les Amours de Céphale et d'Aurore' et 'Les Aventures d'Andromède'. Ces œuvres ont été jouées dans une maison particulière et au château de Saint-Germain, où elles ont été appréciées par le roi. Molière est félicité pour son talent à exprimer les passions et à mélanger la musique française et italienne. Les paroles de ces opéras sont de l'abbé Tallemant le jeune, dont le mérite est souligné. La lettre mentionne également Mademoiselle Jaquier, une jeune prodige de dix ans, qui chante, compose et joue du clavecin de manière exceptionnelle, surprenant et impressionnant les autres musiciens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 163-170
Suite des Réfléxions sur les Ballets.
Début :
Nous avons rapporté le témoignage de Lucien en faveur de la Danse, parce que [...]
Mots clefs :
Danse, Ballets, Danseur, Pantomime, Lucien, Anciens, Théâtre, Opéra, Fêtes, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Réfléxions sur les Ballets.
Suite des Réfléxions fur les Ballets.
Nous avons rapporté le témoignage de
Lucien en faveur de la Danfe , parce que
le fuffrage d'un Critique mérite plus de foi
que les amplifications fleuries des Panegiriftes.
Ce railleur impitoyable qui perfécutoit
fans ceffe les Philofophes & les Rhéteurs
Grecs les plus accrédités , & qui n'épargnoit
pas même les Dieux que la fçavante Athêne
adoroit, a fait très-férieuſement l'apologie
de la Danſe, condamnée par les faux la184
MERCURE DE FRANCE.
ges ; ( car les hypocrites font auffi anciens
que les Religions. ) Oui , Lucien nous traçant
la route que nous allons fuivre n'a pas
donné fon fentiment comme l'unique garand
du mérité de la Danſe . Il s'eft appuyé des
citations les plus impofantes , tant de fon
fiécle que de l'Antiquité la plus voifine de
la Création du monde. La Créte , la Phrygie
, les Phéaques , les Theffaliens , les Deliens
, les Indiens , les Ethiopiens , les Bithiniens
, les Tirrheniens , l'Egypte ou la
Fable de Prothée , doit fon origine * à un
excellent Danfeur dont le corps fouple & l'ef
prit ingenieux fçavoient tout contrefaire &
tout imiterfi adroitement qu'il fembloit devenir
ce qu'il imitoit , enfin l'auftere & vertueufe
Lacedémone lui fournit mille preuves
fon opinion , foutenue encore par l'autorité
d'Hefiode , d'Homere & du divin Platon .
Quelle idée n'avoit- on pas alors de la Danfe
? Nous allons laiffer parler Lucien ' luimême
, on croiroit que nous plaifanterions
fi nous ofions prendre fur notre compte ce
qu'il exige des Maîtres de cet Art . Je repréfenterai
, dit-il , les qualités que doit avoir un
bon Danfeur pour faire voir que fa profeffion
n'eft pas des plus faciles , car il faut que le
Pantomime on Danfeur de Ballets qui eft celui
dont j'entens parler,fcache plufieurs chofes, com-
* Luc. Apol, de la Danfe.
de
FEVRIER 1745. 165
me la Poëfie , la Géometrie , la Musique &
la Philofophie même , quoiqu'il n'ait pas
befoin
des Ergo de la Dialectique ; il faut qu'il
ait auffi le fecret d'exprimer les Paffions & les
Mouvemens de l'ime que la Rethorique enfeigne
, & qu'il emprunte de la Peinture & de
la Sculpture les diverfes Poftures & Contenan
ces , enforte qu'il ne le cede point à Phidias ni
à Appelle pour ce regard ; mais furtout il a
befoin de mémoire , car il faut que comme Calchas
il fache le passé , le préfent & l'avenir
& qu'il les ait toujourspréfens dans fon efprit
pour les pouvoir repréfenter dans l'occafion.
Mais il doit fçavoir particulierement expliquer
les conceptions de l'Ame & découvrir fes
Sentimens par les geftes & les mouvemens du
corps ; enfin il doit avoir ce que Thucidide attribue
à Pericles , le fecret de voir par tout ce
qui convient.
Enfuite il fait une longue énumeration
de tous les Tableaux que l'excellent Pantomime
doit fçavoir peindre , & ce détail
embraffe tous les évenemens rapportés par
l'Hiftoire où inventés par la Fable.
Nous croyons que c'eft ici l'occafion de
détruire une erreur moderne généralement
répandue non-feulement dans le Public qui
fouvent ne connoît pas les principes des
plaifirs qu'il goute , mais qui eft encore
1.66 MERCURE DE FRANCE.
plus enracinée dans la tête des Maîtres de
Danfe. Ils n'entendent tous ordinairement
par le mot de Pantomime qu'un danfeur Comique
digne feulement de n'exercer ſes talens
qu'aux Spectacles de la Foire ; ils fe figurent
que toute la ſcienſe doit être bornée au genre
badin & même burleſque . Les Pantomimes
eux-mêmes , du moins ceux que nous avons
ûs fur nos Théatres partagent cette injufte
erreur avec les danfeurs férieux qui les méprifent.
Ils ne connoiffent pas leurs droits &
fe reftraignent à un grotefque bas & rifible
que l'ignorance prefque univerfelle leur affigne.
Que les uns & les autres apprennent
que la Danfe Pantomime renferme tous les
differens caracteres Comiques & Tragiques ,
imaginés & imaginables, que le danfeur Pantomime
, c'eft- à- dire , le parfait danfeur
fuivant la définition des Sçavans de tous les
fiecles, doit être noble & ferieux dans les
Ballets Heroïques , galand & naif dans les
Paftorales , terrible & furieux dans les entrées
de Demons. Enfin que tout bon danfeur
doit être Pantomime fur le Théatre , &
que tout Baller doit être un Tableau expreffif
& changeant où l'on reconnoiffe les
perfonnages repréſentés par leurs habillemens,
leurs cocffures , leurs attitudes & leurs
geftes. Nos Ballets de l'Opera manquent
Louvent de toutes ces marques diftinctives 8
>
FEVRIER $ 745 , 169
sh y voit des Matelots fans rames ; des Bergeres
coëffées en femmes de la Cour & des
Magiciennes en Bavolet ; cependant la Danſe
qui eft muette a befoin pour fe faire entendre
du fecours des fymboles & des ornemens . Si
Jupiter danfoit , il devroit danfer avec fon
foudre , & Mercure avec fon Caducée.
Qu'on ne fe figure pas que ces réflexions
n'appartiennent qu'au fiécle d'Homere, quoiqu'elles
foient plus anciennes que l'enlevement
d'Hélene , & que le long fiége de
Troye,qu'on ne croye pas qu'elles ne foient
approuvées que par Lucien & par la foule
étonnante des Auteurs qu'il a cités . Nous
avons des autorités récentes qui préconiſent
laDanfe Pantomime & qui n'admettent qu'elle
fur le Théatre où l'on doit toujours voir ,
comme le dit Athenée dans fes Entretiens
que le Ballet eft une imitation fidelle des chofes
que l'on dit& que l'onfait,
Nous avons omis ce qui honore le plus la
Danfe ; on nous permettra de le placer ici.
Nous n'avons pas promis un difcours fcrupuleufement
arrangé , qu'on ne nous faffe
donc point de procès fur les défauts de liaifon.
Nous ne fommes comptables que de'
la jufteffe des idées & non pas deleur ordre.
Voici la plus grande cauſe de ſurpriſe
pour les Amateurs & même les Profeffeurs
de la Danfe , c'eft que cet exercice regardé
à prefent comme une occupation frivole
68 MERCURE DE FRANCE. '
de la jeuneffe légere & diffipée , doit fon
origine à la Religion . * Nous foupçonnons
bien d'illuftres Danfeurs de ne pas fçavoir
la génealogie de leur Art & de n'en avoir
jamais feuilleté les Titres. ) Les Juifs à qui
Dieu donna lui -même les Loix & les Cerémonie
qu'ils obferverent , l'introduisirent dans
leurs Fêtes & les Payens après eux la confacrerent
à leurs Dieux.
Ainfi donc la Danfe eft non feulement
célebre par les Fêtes de la Politique , mais
encore par celles de la Religion . Nous n'accumulerons
point ici tous les paffages de
l'Ecriture & des Peres de l'Eglife qui confirment
cette Propofition . On peut verifier
cette immenfe multitude de Collections qui
font l'Eloge de la Danfe dans le Traité des
Ballets anciens & modernes felon les Regles du
Theatre.Compofé par le R. P.Menetrier, Sçayant
Jefuite, & dedié à M. le Duc d'Aumont,
Nous nous contenterons de nommer David
le Prophête Royal , qui danfa devant
l'Arche quand on la portoit de la maiſon
d'Obédedon en Bethićem.
Ce n'eft pas pour trancher des Erudits
que nous avons entaffé tant de doctes Citations.
C'eſt pour montrer que nous ne
rifquons pas des Opinions nouvelles & que
notre fentiment eſt foutenu par celui des
Des Ballets anciens & modernes
Sages
FEVRIER 1745 169
Sages de la Grece . Nous fçavons que bien.
des Lecteurs déferent plus à la célébrité
des noms qu'à la force des raifons , & que
tel qui réfifte opiniatrément à l'évidence fe
rend dès qu'on lui allegue' Ciceron ; fi
c'eft un opiniatre qui n'eftime pas les Anciens
, il faut lui opofer Defcartes & encore
mieux Newton. Nous efperons fondés fur
cette connoiffance exacte du pouvoir immenfe
des préjugés , qu'on ne nous regardera
pas comme l'intimé de la Comedie
des Plaideurs , qui remonte à la Création
du Monde pour tomber fur un chien
qui a dérobé un chapon. On ne nous mettra
pas auffi dans la Claffe de cet Herille
que peint le Moralifte la Bruiere parmi fes
excellens Portraits , de cet Herille qui fait dire
an Prince des Philofophes que l'eau l'enyvre ,
& à l'Orateur Romain que l'eau le tempere.
Les Comediens François ont interrompu
les repréſentations de Mahomet II. Les
fêtes préparées pour Verfailles les occupent
trop pour leur permettre de donner inceffamment
une Comedie en cinq Actes de
M. de Boiffi , dont ils ont pourtant déja
commencé les Répétitions .
On a continué à la Comédie Italienne le Siege
de Grenade & ony a ajouté Arlequin Thefee,
Parodie nouvelle de la Tragedie de Thefée,
qui a été repréſentée pour la premiere-
H
170 MERCURE DE FRANCE.
fois le Samedi trente Janvier. C'eft une imitation
comique & fuivie des principales Scenes
de l'Opera; il y a des Vaudevilles heureufement
appliqués ; en voici un échantillon
dans le dénouement, lorfque le Roi d'Athêne
reconnoit fon fils par fon Epée.
EGEE A EGLE',
Oui je reconnois cette lame
Voilà la marque fur mon ame
Que ce cher Enfant doit avoir .
Quel bonheur imprévu , Madame !
Ici pour aider mon pouvoir ,
J'avois un fils grace à ma femme ,
Sans le fçavoir,
Les Ballets font naifs , ingénieux & parodiés
de ceux de l'Opéra,
Nous avons rapporté le témoignage de
Lucien en faveur de la Danfe , parce que
le fuffrage d'un Critique mérite plus de foi
que les amplifications fleuries des Panegiriftes.
Ce railleur impitoyable qui perfécutoit
fans ceffe les Philofophes & les Rhéteurs
Grecs les plus accrédités , & qui n'épargnoit
pas même les Dieux que la fçavante Athêne
adoroit, a fait très-férieuſement l'apologie
de la Danſe, condamnée par les faux la184
MERCURE DE FRANCE.
ges ; ( car les hypocrites font auffi anciens
que les Religions. ) Oui , Lucien nous traçant
la route que nous allons fuivre n'a pas
donné fon fentiment comme l'unique garand
du mérité de la Danſe . Il s'eft appuyé des
citations les plus impofantes , tant de fon
fiécle que de l'Antiquité la plus voifine de
la Création du monde. La Créte , la Phrygie
, les Phéaques , les Theffaliens , les Deliens
, les Indiens , les Ethiopiens , les Bithiniens
, les Tirrheniens , l'Egypte ou la
Fable de Prothée , doit fon origine * à un
excellent Danfeur dont le corps fouple & l'ef
prit ingenieux fçavoient tout contrefaire &
tout imiterfi adroitement qu'il fembloit devenir
ce qu'il imitoit , enfin l'auftere & vertueufe
Lacedémone lui fournit mille preuves
fon opinion , foutenue encore par l'autorité
d'Hefiode , d'Homere & du divin Platon .
Quelle idée n'avoit- on pas alors de la Danfe
? Nous allons laiffer parler Lucien ' luimême
, on croiroit que nous plaifanterions
fi nous ofions prendre fur notre compte ce
qu'il exige des Maîtres de cet Art . Je repréfenterai
, dit-il , les qualités que doit avoir un
bon Danfeur pour faire voir que fa profeffion
n'eft pas des plus faciles , car il faut que le
Pantomime on Danfeur de Ballets qui eft celui
dont j'entens parler,fcache plufieurs chofes, com-
* Luc. Apol, de la Danfe.
de
FEVRIER 1745. 165
me la Poëfie , la Géometrie , la Musique &
la Philofophie même , quoiqu'il n'ait pas
befoin
des Ergo de la Dialectique ; il faut qu'il
ait auffi le fecret d'exprimer les Paffions & les
Mouvemens de l'ime que la Rethorique enfeigne
, & qu'il emprunte de la Peinture & de
la Sculpture les diverfes Poftures & Contenan
ces , enforte qu'il ne le cede point à Phidias ni
à Appelle pour ce regard ; mais furtout il a
befoin de mémoire , car il faut que comme Calchas
il fache le passé , le préfent & l'avenir
& qu'il les ait toujourspréfens dans fon efprit
pour les pouvoir repréfenter dans l'occafion.
Mais il doit fçavoir particulierement expliquer
les conceptions de l'Ame & découvrir fes
Sentimens par les geftes & les mouvemens du
corps ; enfin il doit avoir ce que Thucidide attribue
à Pericles , le fecret de voir par tout ce
qui convient.
Enfuite il fait une longue énumeration
de tous les Tableaux que l'excellent Pantomime
doit fçavoir peindre , & ce détail
embraffe tous les évenemens rapportés par
l'Hiftoire où inventés par la Fable.
Nous croyons que c'eft ici l'occafion de
détruire une erreur moderne généralement
répandue non-feulement dans le Public qui
fouvent ne connoît pas les principes des
plaifirs qu'il goute , mais qui eft encore
1.66 MERCURE DE FRANCE.
plus enracinée dans la tête des Maîtres de
Danfe. Ils n'entendent tous ordinairement
par le mot de Pantomime qu'un danfeur Comique
digne feulement de n'exercer ſes talens
qu'aux Spectacles de la Foire ; ils fe figurent
que toute la ſcienſe doit être bornée au genre
badin & même burleſque . Les Pantomimes
eux-mêmes , du moins ceux que nous avons
ûs fur nos Théatres partagent cette injufte
erreur avec les danfeurs férieux qui les méprifent.
Ils ne connoiffent pas leurs droits &
fe reftraignent à un grotefque bas & rifible
que l'ignorance prefque univerfelle leur affigne.
Que les uns & les autres apprennent
que la Danfe Pantomime renferme tous les
differens caracteres Comiques & Tragiques ,
imaginés & imaginables, que le danfeur Pantomime
, c'eft- à- dire , le parfait danfeur
fuivant la définition des Sçavans de tous les
fiecles, doit être noble & ferieux dans les
Ballets Heroïques , galand & naif dans les
Paftorales , terrible & furieux dans les entrées
de Demons. Enfin que tout bon danfeur
doit être Pantomime fur le Théatre , &
que tout Baller doit être un Tableau expreffif
& changeant où l'on reconnoiffe les
perfonnages repréſentés par leurs habillemens,
leurs cocffures , leurs attitudes & leurs
geftes. Nos Ballets de l'Opera manquent
Louvent de toutes ces marques diftinctives 8
>
FEVRIER $ 745 , 169
sh y voit des Matelots fans rames ; des Bergeres
coëffées en femmes de la Cour & des
Magiciennes en Bavolet ; cependant la Danſe
qui eft muette a befoin pour fe faire entendre
du fecours des fymboles & des ornemens . Si
Jupiter danfoit , il devroit danfer avec fon
foudre , & Mercure avec fon Caducée.
Qu'on ne fe figure pas que ces réflexions
n'appartiennent qu'au fiécle d'Homere, quoiqu'elles
foient plus anciennes que l'enlevement
d'Hélene , & que le long fiége de
Troye,qu'on ne croye pas qu'elles ne foient
approuvées que par Lucien & par la foule
étonnante des Auteurs qu'il a cités . Nous
avons des autorités récentes qui préconiſent
laDanfe Pantomime & qui n'admettent qu'elle
fur le Théatre où l'on doit toujours voir ,
comme le dit Athenée dans fes Entretiens
que le Ballet eft une imitation fidelle des chofes
que l'on dit& que l'onfait,
Nous avons omis ce qui honore le plus la
Danfe ; on nous permettra de le placer ici.
Nous n'avons pas promis un difcours fcrupuleufement
arrangé , qu'on ne nous faffe
donc point de procès fur les défauts de liaifon.
Nous ne fommes comptables que de'
la jufteffe des idées & non pas deleur ordre.
Voici la plus grande cauſe de ſurpriſe
pour les Amateurs & même les Profeffeurs
de la Danfe , c'eft que cet exercice regardé
à prefent comme une occupation frivole
68 MERCURE DE FRANCE. '
de la jeuneffe légere & diffipée , doit fon
origine à la Religion . * Nous foupçonnons
bien d'illuftres Danfeurs de ne pas fçavoir
la génealogie de leur Art & de n'en avoir
jamais feuilleté les Titres. ) Les Juifs à qui
Dieu donna lui -même les Loix & les Cerémonie
qu'ils obferverent , l'introduisirent dans
leurs Fêtes & les Payens après eux la confacrerent
à leurs Dieux.
Ainfi donc la Danfe eft non feulement
célebre par les Fêtes de la Politique , mais
encore par celles de la Religion . Nous n'accumulerons
point ici tous les paffages de
l'Ecriture & des Peres de l'Eglife qui confirment
cette Propofition . On peut verifier
cette immenfe multitude de Collections qui
font l'Eloge de la Danfe dans le Traité des
Ballets anciens & modernes felon les Regles du
Theatre.Compofé par le R. P.Menetrier, Sçayant
Jefuite, & dedié à M. le Duc d'Aumont,
Nous nous contenterons de nommer David
le Prophête Royal , qui danfa devant
l'Arche quand on la portoit de la maiſon
d'Obédedon en Bethićem.
Ce n'eft pas pour trancher des Erudits
que nous avons entaffé tant de doctes Citations.
C'eſt pour montrer que nous ne
rifquons pas des Opinions nouvelles & que
notre fentiment eſt foutenu par celui des
Des Ballets anciens & modernes
Sages
FEVRIER 1745 169
Sages de la Grece . Nous fçavons que bien.
des Lecteurs déferent plus à la célébrité
des noms qu'à la force des raifons , & que
tel qui réfifte opiniatrément à l'évidence fe
rend dès qu'on lui allegue' Ciceron ; fi
c'eft un opiniatre qui n'eftime pas les Anciens
, il faut lui opofer Defcartes & encore
mieux Newton. Nous efperons fondés fur
cette connoiffance exacte du pouvoir immenfe
des préjugés , qu'on ne nous regardera
pas comme l'intimé de la Comedie
des Plaideurs , qui remonte à la Création
du Monde pour tomber fur un chien
qui a dérobé un chapon. On ne nous mettra
pas auffi dans la Claffe de cet Herille
que peint le Moralifte la Bruiere parmi fes
excellens Portraits , de cet Herille qui fait dire
an Prince des Philofophes que l'eau l'enyvre ,
& à l'Orateur Romain que l'eau le tempere.
Les Comediens François ont interrompu
les repréſentations de Mahomet II. Les
fêtes préparées pour Verfailles les occupent
trop pour leur permettre de donner inceffamment
une Comedie en cinq Actes de
M. de Boiffi , dont ils ont pourtant déja
commencé les Répétitions .
On a continué à la Comédie Italienne le Siege
de Grenade & ony a ajouté Arlequin Thefee,
Parodie nouvelle de la Tragedie de Thefée,
qui a été repréſentée pour la premiere-
H
170 MERCURE DE FRANCE.
fois le Samedi trente Janvier. C'eft une imitation
comique & fuivie des principales Scenes
de l'Opera; il y a des Vaudevilles heureufement
appliqués ; en voici un échantillon
dans le dénouement, lorfque le Roi d'Athêne
reconnoit fon fils par fon Epée.
EGEE A EGLE',
Oui je reconnois cette lame
Voilà la marque fur mon ame
Que ce cher Enfant doit avoir .
Quel bonheur imprévu , Madame !
Ici pour aider mon pouvoir ,
J'avois un fils grace à ma femme ,
Sans le fçavoir,
Les Ballets font naifs , ingénieux & parodiés
de ceux de l'Opéra,
Fermer
3
p. 135-139
Suite des refléxions sur les Ballets.
Début :
Nous avons épargné à nos lecteurs bien des phrases Grecques & Latines au sujet de la [...]
Mots clefs :
Ballets, Habits, Théâtre, Modernes, Traité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des refléxions sur les Ballets.
Suite des reflexions fur les Bailets.
Nous avons épargné à nos lecteurs bien des
phrafes Grecques & Latines au fujet de la
Danfe. Nous ne parlerons plus des Anc ens , nous
ne vous propoferons que des Modernes fans pourtant
yous exhorter à lire Voffius de altatione ni l'é➡
136 MERCURE DE FRANCE.
norme collection du Lampas Artium composée de
nombreux & épais volumes ; imprimés en petit caractére
, mais nous vous indiquerons l'excellent
Théatre des Grecs du R. P. Brumoi Jefuite qui fait mention
des Ballets d'Athenes . Nous ferons un ufage
frequent du traité des Ballets anciens 5 modernes felon
les regles du Théatre du R. P. Meneftrier auffi Jefuite
qui a écrit dans la minorité de Louis le Grand
avant l'année 1682. Cet Auteur plein d'une érudition
qui n'eft point ennuyeufe quoique profonde
promene agréablement fon fujet depuis la plus haute
antiquité jufqu'au dernier fiécle. Les lecteurs
avides d'autorités impofantes trouveront dans ce
Traité curieux bien des noms refpectables que
nous fupprimons iei , qui démontrent géometriquement
que nous n'avançons pas une opinion nouvelle
quand nous difons que les Ballets de Théatre
doivent tous être des tableaux variés . Il eft furprenant
qu'il foit néceffaire de s'appuyer fur des citations
pour établir une idée fi fimple & f naturelle.
Tout le monde depuis Ariftote convient
que l'Eloquence , la Poëfie & la Mufique doivent
çavoir peindre ; pourquoi la Dante feroit- elle difpenfée
de le faire , elle à qui ce talent-là eft le
plus effentiel qu'à toutes autres fciences ? Pourquoi la
Danfe ne peindroit elle pas par l'arrangement de
fes attitudes & de fes pas elle qui n'a que ce langage
là feul pour fe faire entendre ? Mais ce n'eft
pas affés que d'avoir appellé pour garants de notre
opinionles Anciens les plus célebres & les Modernes
les plus dignes de l'être.Nous allons encore faire
préceder le refte de nos réflexions par des exemples.
Le fçavant Auteur du Traité des Ballets déja
nommé , nous en fournira une légion : on verra dans
fes agréables defcriptions qu'il ne fe borne pas à débiter
des idées feches & dénuées des détails les
AVRIL. 1745. 13
plus inftructifs . En décrivant l'ordre & les changemens
d'un Ballet il en peint les décorations , il
en taille les habits , il en circonftancie tous les
fymboles , parties effentielles dans les Ballets
que nos danfeurs négligent fouvent parce qu'ils
n'en connoiffent pas le mérite , & qu'ils font confifter
tout le leur à former des pas fans def
fein principal , fans ordre judicieux & fans gradation
raifonnée . Les habits & les ornemens ne font
pas indifferens fur le Théatre , puifqu'ils y parlent
aux yeux autant que les geftes du Pantomime , qui
ne peuvent jamais feuls expliquer intelligiblement
ce qu'ilsveulent dire . De même les décorations doivent
être topographiques & reconnoiffables par
les chofes affectées particulierement aux lieux qu'elles
repréfentent ; les campagnes de l'Egypte doi
vent être femées de pyramides ; le Nil doit être
au moins accompagné d'une de fes cataractes. L'Afie
doit avoir des Minarets , & l'Europe des Clochers.
L'Affrique fera peuplée de Negres & l'Amérique
de Sauvages : on ne mettra point de perroquets
& des finges fur les arbres des jardins de
France , ni des ferins & des roffignols fur les
rochers arides de la Laponie. Mais en peignant
les objets convenables aux Pays reprefen- .
tés , on n'imitera pas l'abfurdité d'une décoration
qui a paru fur le Théatre lyrique de Paris , où
un des monumens des plus lourds de la Thébaïde
étoit placé fur l'extrêmité d'un rocher coupé en demie-
voûte où une cabane de Bergers n'auroit pas
été batie fûrement . On n'a pas été moins furpris
dans l'Opéra de Perfée de remarquer un bas relief du
Palais de Cephée qui paroit au commencement du
cinquieme Acte , où cependant la petrification de
Phinée & de fes complices qui n'arrive qu'au dénoûment
fe trouve travaillée apparemment par un
138 MERCURE DE FRANCE.
Sculpteur prophétique. Les Peintres qui ont infulté
fi outrageufement la raifon & la chronologie ont
dequoi s'en confoler ; les plus fameux modèles des
Ecoles Romaines , Venitiennes , Florentines ,
Lombardes & Flamandes ont excufé leurs fautes
en les commettant les premiers . On a un pareil reproche
à faire aux plus précieux originaux .
Sans doute les Apelles & les Zeuxis de l'antiquité
n'ont pas été exempts de ces défauts ; heureufement
pour eux on n'en a pas tenu regiftre dans
le temple de mémoire , on n'y a infcrit que les miracles
de leur pinceau ; on ne parle que des portraits
d'Apelle & des raifins de Zeuxis.
Nos Peintres modernes fur les traces du correct
Lebrun obfervent régulierement le coftume & ne
bleffent pas l'Hiftoire dans leurs tableaux , & fur
les traces de l'élégant Wateau ils s'efforcent de
faifir les agrémens de la Nature.
Les habits des danfeurs exigent une pareille convenance
; ils doivent fuivre les ufages connus des
Nations & des tems , & ne pas nous préfenter des
Gaulois dans l'Attique comme nous l'avons remarqué
dans le Triomphe de Théfée ; on fçait pourtant
que cette regle a des reftrictions , &
que los
habits de Théatrene doivent pas être affés fcrupu
leufement exacts pour n'offrir jamais de Matelots
qu'avec leurs cappes Bretonnes , & des villageois
qu'avec leurs fabots crottés .
L'illuftre M. de Fontenelle dans fon difcours
auffi pbilofophique que délicat fur la nature de
l'Eclogue , nous a par occafion appris ce que nous
cherchons : Il en va , dit-il ce me femile , des Eclogues
comme des habits que l'onprend dans les Ballets pour repréfenter
des Payfas : ils font d'étoffes beaucoup plus
belles que ceux des Payfaus véritables ; ils font niême
ornés de Rubans & depoints , on les taillefoulon , at
en babits de Payfans..
AVRIL. 1745. 139
Si la forme des habits et un article à ne pas oublier
dans les Ballets ; les ornemens , coëffûre &
Amboles font encore moins à négliger , on peut
même affurer hardiment qu'ils caracterifent ceux
qui les portent plus que les habillemens : un Guerrier
avec le cafque & l'épée , un Matelot avec la
rame , un Berger avec la houlette & enfin un enchanteur
avec la baguette fe reconnoiffent d'abord.
Les fimboles valent des étiquettes . On les
lit auffi facilement . Ils font rarement équivoques.
Un très habile danfeur & une charmante danfeufe
qui a connu dès le berceau la ſcience & les graces
de fon talent , exécuterent autrefois en pas de deux
les Pelerines de Couprin qui s'eft immortalifé par
fes excellentes piéces de clavecin ; féduits par des
confeils ignorans ils ne danferent que la premiere
fois avec les coquilles & le bourdon , en les quittant
ils ôtérent la reffemblance du portrait charmant
qu'ils avoient offert .
Nous avons épargné à nos lecteurs bien des
phrafes Grecques & Latines au fujet de la
Danfe. Nous ne parlerons plus des Anc ens , nous
ne vous propoferons que des Modernes fans pourtant
yous exhorter à lire Voffius de altatione ni l'é➡
136 MERCURE DE FRANCE.
norme collection du Lampas Artium composée de
nombreux & épais volumes ; imprimés en petit caractére
, mais nous vous indiquerons l'excellent
Théatre des Grecs du R. P. Brumoi Jefuite qui fait mention
des Ballets d'Athenes . Nous ferons un ufage
frequent du traité des Ballets anciens 5 modernes felon
les regles du Théatre du R. P. Meneftrier auffi Jefuite
qui a écrit dans la minorité de Louis le Grand
avant l'année 1682. Cet Auteur plein d'une érudition
qui n'eft point ennuyeufe quoique profonde
promene agréablement fon fujet depuis la plus haute
antiquité jufqu'au dernier fiécle. Les lecteurs
avides d'autorités impofantes trouveront dans ce
Traité curieux bien des noms refpectables que
nous fupprimons iei , qui démontrent géometriquement
que nous n'avançons pas une opinion nouvelle
quand nous difons que les Ballets de Théatre
doivent tous être des tableaux variés . Il eft furprenant
qu'il foit néceffaire de s'appuyer fur des citations
pour établir une idée fi fimple & f naturelle.
Tout le monde depuis Ariftote convient
que l'Eloquence , la Poëfie & la Mufique doivent
çavoir peindre ; pourquoi la Dante feroit- elle difpenfée
de le faire , elle à qui ce talent-là eft le
plus effentiel qu'à toutes autres fciences ? Pourquoi la
Danfe ne peindroit elle pas par l'arrangement de
fes attitudes & de fes pas elle qui n'a que ce langage
là feul pour fe faire entendre ? Mais ce n'eft
pas affés que d'avoir appellé pour garants de notre
opinionles Anciens les plus célebres & les Modernes
les plus dignes de l'être.Nous allons encore faire
préceder le refte de nos réflexions par des exemples.
Le fçavant Auteur du Traité des Ballets déja
nommé , nous en fournira une légion : on verra dans
fes agréables defcriptions qu'il ne fe borne pas à débiter
des idées feches & dénuées des détails les
AVRIL. 1745. 13
plus inftructifs . En décrivant l'ordre & les changemens
d'un Ballet il en peint les décorations , il
en taille les habits , il en circonftancie tous les
fymboles , parties effentielles dans les Ballets
que nos danfeurs négligent fouvent parce qu'ils
n'en connoiffent pas le mérite , & qu'ils font confifter
tout le leur à former des pas fans def
fein principal , fans ordre judicieux & fans gradation
raifonnée . Les habits & les ornemens ne font
pas indifferens fur le Théatre , puifqu'ils y parlent
aux yeux autant que les geftes du Pantomime , qui
ne peuvent jamais feuls expliquer intelligiblement
ce qu'ilsveulent dire . De même les décorations doivent
être topographiques & reconnoiffables par
les chofes affectées particulierement aux lieux qu'elles
repréfentent ; les campagnes de l'Egypte doi
vent être femées de pyramides ; le Nil doit être
au moins accompagné d'une de fes cataractes. L'Afie
doit avoir des Minarets , & l'Europe des Clochers.
L'Affrique fera peuplée de Negres & l'Amérique
de Sauvages : on ne mettra point de perroquets
& des finges fur les arbres des jardins de
France , ni des ferins & des roffignols fur les
rochers arides de la Laponie. Mais en peignant
les objets convenables aux Pays reprefen- .
tés , on n'imitera pas l'abfurdité d'une décoration
qui a paru fur le Théatre lyrique de Paris , où
un des monumens des plus lourds de la Thébaïde
étoit placé fur l'extrêmité d'un rocher coupé en demie-
voûte où une cabane de Bergers n'auroit pas
été batie fûrement . On n'a pas été moins furpris
dans l'Opéra de Perfée de remarquer un bas relief du
Palais de Cephée qui paroit au commencement du
cinquieme Acte , où cependant la petrification de
Phinée & de fes complices qui n'arrive qu'au dénoûment
fe trouve travaillée apparemment par un
138 MERCURE DE FRANCE.
Sculpteur prophétique. Les Peintres qui ont infulté
fi outrageufement la raifon & la chronologie ont
dequoi s'en confoler ; les plus fameux modèles des
Ecoles Romaines , Venitiennes , Florentines ,
Lombardes & Flamandes ont excufé leurs fautes
en les commettant les premiers . On a un pareil reproche
à faire aux plus précieux originaux .
Sans doute les Apelles & les Zeuxis de l'antiquité
n'ont pas été exempts de ces défauts ; heureufement
pour eux on n'en a pas tenu regiftre dans
le temple de mémoire , on n'y a infcrit que les miracles
de leur pinceau ; on ne parle que des portraits
d'Apelle & des raifins de Zeuxis.
Nos Peintres modernes fur les traces du correct
Lebrun obfervent régulierement le coftume & ne
bleffent pas l'Hiftoire dans leurs tableaux , & fur
les traces de l'élégant Wateau ils s'efforcent de
faifir les agrémens de la Nature.
Les habits des danfeurs exigent une pareille convenance
; ils doivent fuivre les ufages connus des
Nations & des tems , & ne pas nous préfenter des
Gaulois dans l'Attique comme nous l'avons remarqué
dans le Triomphe de Théfée ; on fçait pourtant
que cette regle a des reftrictions , &
que los
habits de Théatrene doivent pas être affés fcrupu
leufement exacts pour n'offrir jamais de Matelots
qu'avec leurs cappes Bretonnes , & des villageois
qu'avec leurs fabots crottés .
L'illuftre M. de Fontenelle dans fon difcours
auffi pbilofophique que délicat fur la nature de
l'Eclogue , nous a par occafion appris ce que nous
cherchons : Il en va , dit-il ce me femile , des Eclogues
comme des habits que l'onprend dans les Ballets pour repréfenter
des Payfas : ils font d'étoffes beaucoup plus
belles que ceux des Payfaus véritables ; ils font niême
ornés de Rubans & depoints , on les taillefoulon , at
en babits de Payfans..
AVRIL. 1745. 139
Si la forme des habits et un article à ne pas oublier
dans les Ballets ; les ornemens , coëffûre &
Amboles font encore moins à négliger , on peut
même affurer hardiment qu'ils caracterifent ceux
qui les portent plus que les habillemens : un Guerrier
avec le cafque & l'épée , un Matelot avec la
rame , un Berger avec la houlette & enfin un enchanteur
avec la baguette fe reconnoiffent d'abord.
Les fimboles valent des étiquettes . On les
lit auffi facilement . Ils font rarement équivoques.
Un très habile danfeur & une charmante danfeufe
qui a connu dès le berceau la ſcience & les graces
de fon talent , exécuterent autrefois en pas de deux
les Pelerines de Couprin qui s'eft immortalifé par
fes excellentes piéces de clavecin ; féduits par des
confeils ignorans ils ne danferent que la premiere
fois avec les coquilles & le bourdon , en les quittant
ils ôtérent la reffemblance du portrait charmant
qu'ils avoient offert .
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4
p. 143-148
Sixiéme suite des réflexions sur les Ballets.
Début :
On ne sçauroit trop multiplier les exemples quand on veut instuire ; ils ont ordinairement [...]
Mots clefs :
Ballets, Ballet, Sujets, Apparence, Mensonges, Tableaux, Grâces, Vérité, Tromperies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sixiéme suite des réflexions sur les Ballets.
Sixième ſuite des réflexionsfur les Ballets.
On ne ſçauroit trop multiplier les exem
ples quand on veut inſtruire ; ils ont ordinairement
plus d'autorité que les principes
144 MERCURE DE FRANCE.
les mieux démontrés , cependant loin d'ar
buſer d'une propoſition aufli judicieuſe ,
nous nous contenterons d'une récidive , &
méme pour ne pas fatiguer les Lecteurs par
du ſérieux trop continu nous donnerons l'idée
d'un Ballet plus gai que celui de l'Autel de
Lyon consacré à Louis Auguste. La varieté des
Tableaux amuſe lesyeux &après lesbeautés
fieres de Michel Ange , on regarde avec
plaifir les graces naives de Vateau , quand on
n'a pas fait voeu de n'admirer que l'antique.
Entre les Ballets moraux il ne s'en eft gueres
imaginé de plus plaiſant que celui qui fut
exécuté à Turin en 1.634 , pour la naiſſance
du Cardinal de Savoie. Le ſujet de ce Ballet
étoit La verita nemica della apparensa , fol
Jenata dal tempo. La vérité ennemie des apparences
& foutenue du tems. Ce Ballet
commença par un choeur de faux bruits &
de ſoupçons qui précédent l'apparence &
les menſonges. Ils étoient repréſentés par
des perſonnes vetues en Cocqs & en Poules
qui chantojent un Dialogue moitié Italien
& moitié François mélé du chant des Cocqs
&des Poules. Après ce chant burleſque la
Scone s'étant ouverte on vit ſur un grand
nuage accompagné des vents , l'apparence
avec des ailes & une grande queue de
Paon , vetue d'une robe ſemée de miroirs
& couyant des oeufs d'où fortirent les menfonges
SEPTEMBRE 1745 . 145
fonges pernicieux , les tromperies & les fraudes
, les menſonges agréables , les flateries &
les intrigues , les menſonges bouffons , les
plaiſanteries & les contes.
Les tromperies portoient des habits d'une
couleur obfcure avec des ferpens cachés ſous
les fleurs , les fraudes couvertes de rets de
chaſſe rompoient des veſſies en danſant , les
flateries étoient vétues en Singes , les intrigues
en pécheurs d'Ecreviſſes avec des lanternes
à la main & fur la tête ; on ne devine
pas aifément ces deux derniers habillemens
allégoriques. Les menſonges ridicules
étoient repréſentés par des gueux qui
contrefaifoient les eſtropiés avec des jambes
de bois. Le tems ayant chaffé l'apparence
avec tous ces menfonges , fait ouvrir le
nid ſur lequel l'apparence couvoit , on y
voitune grande horloge àſable d'où le tems
fait ſortir la vérité , & rappellant les heures
elles font avec elle le grand Ballet.
Les tableaux de ce Ballet ci ſont preſque
tous des baſſans groffiers , les graces de l'Albane
n'y paroiſſent pas , nous ne penſons
pas qu'on doive rejetter entierement les
images groteſques , mais nous croyons qu'elles
ne doivent pas occuper tout un Spectacle&
qu'elles doivent laiſſer de la place aux
objets gracieux.
Nos Lecteurs nous permettront-ils d'in
G
146 MERCURE DE FRANCE ,
terrompre nos deſcriptions de fêtes danſan,
tes par une digreffion inſtructive , qui en
diviſe exactement les eſpeces ?
Metellus de natali Roma Ode 2. a fait le
caractere des Ballets & des actions en mu
fique en deux ſtrophes où il dit :
Fabulæ vivunt & agunt , loquuntur ,
Quidquidunquam vixit ibi refurgit ,
Infuper quæ nulla fuere fruftra cogunt vivere,
Voilà trois fortes de ſujets. Les ſujets tirés
de la fable,
:
1
Fabulæ vivunt & agunt , loquuntur ,
Les ſujets empruntés de l'Hiſtoire.
Quidquid unquam vixit ibi refurgit ,
Les ſujets imaginés.
Infuper que nulla fuere fruftra cogunt vivere,
Et voici la conduite de ces Pieces,
Inſtruit Scenas imitando geſta ,
Horrido perſona tremenda vultu ,
Afta verbis ,verbaque diſcit actis
Confimilare.
SEPTEMBRE 1745 . 147
Ces quatre vers établiſſent qu'il faut dans
les Ballets, décorations , imitation des actions
, maſques , habits , paroles , geſtes &
pantomimės.
La conduite du Ballet peut - être une
eſpecede Roman comme ceux des Amadis ,
du Chevalier du Soleil , d'Alcidiane & de Palmerin
. C'eſt ce qui fait que l'Arioſte a fourni
ungrand nombre de Ballets danſés en France
& en Italie depuis un fiécle. Parce que
le deſſein de ſon Poëme n'ayant point
l'unité d'action que demande la Poëfie narrative
, il s'eſt uniquement propoſé de décrire
tout ce qui peut fervir naturellement
de ſujet aux Ballets , Maſcarades , Carouſels
& autres divertiſſemens .
Le Donné , i Cavalier , l'arme , gli amori ,
Le cortefie , l'audaci impreſe cio canto.
Angélique , Renaud , Armide , Médor ,
Rodomont , Ferragus , ſont les ſujets qu'on
a tirés de ce Poëme pour les repréſenter
en différentes occaſions ſur différens Théatres.
On peut tirer les mêmes agrémens des
autres Poëmes. Enée & Didon de l'Eneide
de Virgile , & ſes perſonages épiſodique ,
Achille & les autres Héros de l'Iliade d'Homere
peuvent fournir de nobles ſujets de
Ballets, comme ils font depuis long-tems
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
!
ceux des tableaux & même des tapiſſeries,
On ne ſçauroit trop multiplier les exem
ples quand on veut inſtruire ; ils ont ordinairement
plus d'autorité que les principes
144 MERCURE DE FRANCE.
les mieux démontrés , cependant loin d'ar
buſer d'une propoſition aufli judicieuſe ,
nous nous contenterons d'une récidive , &
méme pour ne pas fatiguer les Lecteurs par
du ſérieux trop continu nous donnerons l'idée
d'un Ballet plus gai que celui de l'Autel de
Lyon consacré à Louis Auguste. La varieté des
Tableaux amuſe lesyeux &après lesbeautés
fieres de Michel Ange , on regarde avec
plaifir les graces naives de Vateau , quand on
n'a pas fait voeu de n'admirer que l'antique.
Entre les Ballets moraux il ne s'en eft gueres
imaginé de plus plaiſant que celui qui fut
exécuté à Turin en 1.634 , pour la naiſſance
du Cardinal de Savoie. Le ſujet de ce Ballet
étoit La verita nemica della apparensa , fol
Jenata dal tempo. La vérité ennemie des apparences
& foutenue du tems. Ce Ballet
commença par un choeur de faux bruits &
de ſoupçons qui précédent l'apparence &
les menſonges. Ils étoient repréſentés par
des perſonnes vetues en Cocqs & en Poules
qui chantojent un Dialogue moitié Italien
& moitié François mélé du chant des Cocqs
&des Poules. Après ce chant burleſque la
Scone s'étant ouverte on vit ſur un grand
nuage accompagné des vents , l'apparence
avec des ailes & une grande queue de
Paon , vetue d'une robe ſemée de miroirs
& couyant des oeufs d'où fortirent les menfonges
SEPTEMBRE 1745 . 145
fonges pernicieux , les tromperies & les fraudes
, les menſonges agréables , les flateries &
les intrigues , les menſonges bouffons , les
plaiſanteries & les contes.
Les tromperies portoient des habits d'une
couleur obfcure avec des ferpens cachés ſous
les fleurs , les fraudes couvertes de rets de
chaſſe rompoient des veſſies en danſant , les
flateries étoient vétues en Singes , les intrigues
en pécheurs d'Ecreviſſes avec des lanternes
à la main & fur la tête ; on ne devine
pas aifément ces deux derniers habillemens
allégoriques. Les menſonges ridicules
étoient repréſentés par des gueux qui
contrefaifoient les eſtropiés avec des jambes
de bois. Le tems ayant chaffé l'apparence
avec tous ces menfonges , fait ouvrir le
nid ſur lequel l'apparence couvoit , on y
voitune grande horloge àſable d'où le tems
fait ſortir la vérité , & rappellant les heures
elles font avec elle le grand Ballet.
Les tableaux de ce Ballet ci ſont preſque
tous des baſſans groffiers , les graces de l'Albane
n'y paroiſſent pas , nous ne penſons
pas qu'on doive rejetter entierement les
images groteſques , mais nous croyons qu'elles
ne doivent pas occuper tout un Spectacle&
qu'elles doivent laiſſer de la place aux
objets gracieux.
Nos Lecteurs nous permettront-ils d'in
G
146 MERCURE DE FRANCE ,
terrompre nos deſcriptions de fêtes danſan,
tes par une digreffion inſtructive , qui en
diviſe exactement les eſpeces ?
Metellus de natali Roma Ode 2. a fait le
caractere des Ballets & des actions en mu
fique en deux ſtrophes où il dit :
Fabulæ vivunt & agunt , loquuntur ,
Quidquidunquam vixit ibi refurgit ,
Infuper quæ nulla fuere fruftra cogunt vivere,
Voilà trois fortes de ſujets. Les ſujets tirés
de la fable,
:
1
Fabulæ vivunt & agunt , loquuntur ,
Les ſujets empruntés de l'Hiſtoire.
Quidquid unquam vixit ibi refurgit ,
Les ſujets imaginés.
Infuper que nulla fuere fruftra cogunt vivere,
Et voici la conduite de ces Pieces,
Inſtruit Scenas imitando geſta ,
Horrido perſona tremenda vultu ,
Afta verbis ,verbaque diſcit actis
Confimilare.
SEPTEMBRE 1745 . 147
Ces quatre vers établiſſent qu'il faut dans
les Ballets, décorations , imitation des actions
, maſques , habits , paroles , geſtes &
pantomimės.
La conduite du Ballet peut - être une
eſpecede Roman comme ceux des Amadis ,
du Chevalier du Soleil , d'Alcidiane & de Palmerin
. C'eſt ce qui fait que l'Arioſte a fourni
ungrand nombre de Ballets danſés en France
& en Italie depuis un fiécle. Parce que
le deſſein de ſon Poëme n'ayant point
l'unité d'action que demande la Poëfie narrative
, il s'eſt uniquement propoſé de décrire
tout ce qui peut fervir naturellement
de ſujet aux Ballets , Maſcarades , Carouſels
& autres divertiſſemens .
Le Donné , i Cavalier , l'arme , gli amori ,
Le cortefie , l'audaci impreſe cio canto.
Angélique , Renaud , Armide , Médor ,
Rodomont , Ferragus , ſont les ſujets qu'on
a tirés de ce Poëme pour les repréſenter
en différentes occaſions ſur différens Théatres.
On peut tirer les mêmes agrémens des
autres Poëmes. Enée & Didon de l'Eneide
de Virgile , & ſes perſonages épiſodique ,
Achille & les autres Héros de l'Iliade d'Homere
peuvent fournir de nobles ſujets de
Ballets, comme ils font depuis long-tems
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
!
ceux des tableaux & même des tapiſſeries,
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5
p. 141-147
OPERA.
Début :
L'ACADÉMIE Royale de Musique a donné le Mardi 11 du présent mois [...]
Mots clefs :
Ballets, Applaudissements, Temple, Machines cylindriques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
L'ACADÉMIE Royale de Mufique
a donné le Mardi 11 du préfent mois
la premiere repréfentation de Polixène
Tragédie , Poëme de M. JOLIVEAU
Secrétaire perpétuel de l'Académie
Royale de Mufique. La Mulique de
M. DAUVERGNE , Maître de la Mufique
de la Chambre du Roi.
Cette première repréfentation a été
applaudie , & fur-tout aux deux derniers
Actes , avec beaucoup de vivacité.
Le temps ne nous permettant
pas de faire actuellement l'extrait du
Poëme
, nous nous réfervons à en
parler au Mercure de Février. Une
feule repréfentation n'a pu nousmettre
en état de donner des détails
bien circonftanciés fur les autres par142
MERCURE DE FRANCE.
ties , dont nous croyons que beaucoup
méritent l'attention du Public & fes
fuffrages. A l'égard de la Mufique , on
ne pourroit à -préfent qu'hafarder des
opinions indifcrettes , parce que devenue
plus favante de nos jours , & les
oreilles plus difficiles , cette partie exige
apparemment plus d'application , plus
de recherches qu'autrefois pour affeoir
le jugement du Public. Tout ce que
nous pouvons dire aujourd'hui , à cet
égard , eft qu'en général elle nous a
paru avoir affecté favorablement pour
l'Auteur , les Maîtres de l'Art que nous
avons confultés . Quelques airs de Ballet,
le chant & la ſymphonie de la Tempête
, plufieurs autres morceaux , mais
fur-tout la Mufique de la Jaloufie & de
fa fuite , qui remplit prefque tout le qua
triéme Acte , ont frappé déja le Public ,
& merité des applaudiffemens univerfels.
Une fort belle chaconne , travaillée
favamment , termine cet Opéra.
Nous n'avons que des éloges à rapporter
fur la compofition & l'exécution
des Ballets qui , chacun dans leur genre,
ont fait plaifir & ont été bien reçus. Celui
du plus grand effet eft le Ballet des
Suivans de la Jaloufie. Il eft d'un genre
nouveau de compofition. Les mouveJANVIER.
1763. 143
.
mens rapides , croifés fans confufion ,
& les figures irrégulières y produiſent in
génieufement l'image de ce qu'on veut
repréfenter. Les fieurs LAVAL , D'AUBERVAL
& les Demoifelles ALLARD ,
LYONOIS & PESLIN forment divers
pas . Les talens , la force & l'agilité
des Sujets que nous venons de nommer
, ne doivent pas laiffer douter de
l'impreffion qu'ils font fur les fpectateurs.
Mlle LANI danfe feule au troifiéme
Acte , à la tête des Prêtreffes du JUNON.
Les airs & les danfes de cette Entrée
font d'un genre très - agréable , & que le
Public a paru goûter. M. GARDEL
dont nous avons parlé au précédent
Vol. remplit une grande partie de la
chaconne dans le nouvel Opéra. Il n'y
mérite & n'y reçoit pas moins d'applaudiffemens
que dans la chaconne d'Iphigénie.
En rendant juſtice très-exactement
aux grands talens de ce jeune Danfeur ,
le Public femble mettre une forte de
complaifance à faire recueillir le fruit
d'une affiduité au fervice , que les Sujets
attachés à un Spectacle ne devroient
jamais facrifier à aucune confidération ,
& notamment dans les temps où les
Théâtres font le plus fréquentés. Mlle
144 MERCURE DE FRANCE.
VESTRIS danfe au premier Acte en
pas de deux avec M. GARDEL. M.
COMPIONI danfe dans ce même Acte.
Il y a long- temps qu'on n'avoit vu
un Opéra d'un fpectacle auffi éclatant.
Les habits & les Décorations font prèfqu'entiérement
à neuf. Il y a plufieurs
choſes affez réguliérement dans le coftume
des Anciens , fi ce n'eft quelques
erreurs facilement adoptées de nos jours
d'après la confufion que fait le vulgaire
des anciens Grecs & des Grecs moder
nes ; quoique les habillemens , coëffures
& autres ufages de ces derniers
n'ayent aucun rapport avec ceux des
autres ; ainfi voit-on fouvent fur nos
théâtres des repréfentations informes de
la cour d'un Sultan pour celles des anciens
Peuples de la Gréce . On a été furpris
auffi de voir à l'ouverture d'un Temple
intérieur le feu facré fur un autel ,
gardé par des Prêtreffes , attendu que
c'eft l'indication fpéciale des Temples
de VESTA ; au lieu qu'en cette occafion
il faudroit au premier coup d'oeil
reconnoître un Temple de JUNON. A
cela près & d'autres petites chofes ,
comme les habits de quelques pas feuls ,
qui n'ont aucun caractère , & c, cet Opéra
eft mis avec le plus grand foin.
Dans
JANVIER . 1762 . 145
›
Dans la repréſentation de cet Opéra
, on a fait un pas vers l'illufion fi néceffaire
au Théâtre ; il mérite d'être
remarqué. Au fort des plus violens orages
, la toile d'Horifon étant fixe , n'offroit
jamais qu'un ciel pur & ferein ,
tel qu'il convenoit aux autres circonf-,
tances de l'action des Poëmes. A la
tempête du fecond Acte de celui - ci
cette toile d'Horifon , tournant apparemment
fur des machines cylindriques
& d'une maniere imperceptible , fait
fuccéder au ciel ferein , des nuages qui
montent du bas de l'Horifon & occupent
tout ce qu'on voyoit de clair
fans qu'il y ait par ce moyen fubftitution
d'une toile à une autre . De même ,
au moment du calme , ces nuages paroiffent
fe perdre dans le haut du Théâtre
, & la partie claire du ciel paroît fe
découvrir du même point d'où l'on a
vû s'élever les nuages ; enforte que la
Nature eft parfaitement imitée dans un
de fes plus grands effets. M. GIRAULD
qui a inventé & fait éxécuter cette ingénieuſe
machine , doit laiffer efpérer
aux Amateurs, qu'il appliquera fes talens
& fon génie à perfectionner l'imitation
des flots & de l'ondulation des eaux :
cette partie étant encore une des cho-
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
८
2
fes imparfaite fur nos Théâtres &
dont la repréfentation feroit néanmoins
très-fatisfaifante. ( d ) C'eft auffi de la
compofition & fur les deffeins du
même M. GIRAULT , qu'eft éxécuté
dans cet Opéra , le Palais de Pirrhus ,
au quatriéme Acte. Cette Décoration
dans le meilleur genre de l'antique , eft
d'une très- belle architecture ; les détails
en font choifis & diftribués felon
les grands principes de cet art & d'un
très- bon goût : l'ordonnance en eft grande
& officieufe à la perspective. Des
Percés en colonades , dont les points
d'optique font ménagés avec art , étendent
le Théâtre à la vue , fort
loin de fes bornes . La diftribution de
la lumiere eft d'un très -bon effet &
fâvament pittorefque ; en un mot nous
croyons pouvoir dire que depuis la fameufe
Décoration du Palais de Ninus
par le Chevalier Servandoni , on a peu
(d ) M. GIRAULD eft le même nommé dans
l'Art . des Spectacles de la Cour avec M. ARNOULT
, auquel il a fuccédé à l'Académie Royale
de Mufique , où M. ARNOULT s'étoit fait , ainfi
qu'aux Théâti es du Roi , une très -grande & trèsjufte
réputation par plusieurs machines qui font
encore célébres . M. GIRAULD prouve au Public,
qu'il achevera ce qu'avoit heureufement com
mencé fon Prédéceffeur , pour la perfection de
cétre parrie.
JANVIER. 1763.
147
vû à l'Opéra de plus belle Décoration
d'architecture que celle- ci.
Le tombeau d'Achille au cinquiéme
Acte , eft encore une Décoration diftinguée
dont l'effet eft très -agréable
quoiqu'elle conferve le genre propre à
fa deftination. Les autres ont quelques
parties de neuf & toutes en ont l'éclat.
Chacune mériteroit même en particulier
des éloges fur la
convenance avec
les fites de l'action.
1
? Avant de finir cet Article
nous devons
faire obſerver que les Rôles font
très-bien éxécutés . Le Public entendit
avec fatisfaction , à la premiere repréfentation
, la voix de Mlle ARNOULD
entierement rétablie ; & malgré l'indifpofition
momentanée de celle de M.
GELIN , on fut fatisfait des efforts qu'il
fit pour rendre le Rôle de Pirrhus ,
le principal de cette Tragédie .
L'ACADÉMIE Royale de Mufique
a donné le Mardi 11 du préfent mois
la premiere repréfentation de Polixène
Tragédie , Poëme de M. JOLIVEAU
Secrétaire perpétuel de l'Académie
Royale de Mufique. La Mulique de
M. DAUVERGNE , Maître de la Mufique
de la Chambre du Roi.
Cette première repréfentation a été
applaudie , & fur-tout aux deux derniers
Actes , avec beaucoup de vivacité.
Le temps ne nous permettant
pas de faire actuellement l'extrait du
Poëme
, nous nous réfervons à en
parler au Mercure de Février. Une
feule repréfentation n'a pu nousmettre
en état de donner des détails
bien circonftanciés fur les autres par142
MERCURE DE FRANCE.
ties , dont nous croyons que beaucoup
méritent l'attention du Public & fes
fuffrages. A l'égard de la Mufique , on
ne pourroit à -préfent qu'hafarder des
opinions indifcrettes , parce que devenue
plus favante de nos jours , & les
oreilles plus difficiles , cette partie exige
apparemment plus d'application , plus
de recherches qu'autrefois pour affeoir
le jugement du Public. Tout ce que
nous pouvons dire aujourd'hui , à cet
égard , eft qu'en général elle nous a
paru avoir affecté favorablement pour
l'Auteur , les Maîtres de l'Art que nous
avons confultés . Quelques airs de Ballet,
le chant & la ſymphonie de la Tempête
, plufieurs autres morceaux , mais
fur-tout la Mufique de la Jaloufie & de
fa fuite , qui remplit prefque tout le qua
triéme Acte , ont frappé déja le Public ,
& merité des applaudiffemens univerfels.
Une fort belle chaconne , travaillée
favamment , termine cet Opéra.
Nous n'avons que des éloges à rapporter
fur la compofition & l'exécution
des Ballets qui , chacun dans leur genre,
ont fait plaifir & ont été bien reçus. Celui
du plus grand effet eft le Ballet des
Suivans de la Jaloufie. Il eft d'un genre
nouveau de compofition. Les mouveJANVIER.
1763. 143
.
mens rapides , croifés fans confufion ,
& les figures irrégulières y produiſent in
génieufement l'image de ce qu'on veut
repréfenter. Les fieurs LAVAL , D'AUBERVAL
& les Demoifelles ALLARD ,
LYONOIS & PESLIN forment divers
pas . Les talens , la force & l'agilité
des Sujets que nous venons de nommer
, ne doivent pas laiffer douter de
l'impreffion qu'ils font fur les fpectateurs.
Mlle LANI danfe feule au troifiéme
Acte , à la tête des Prêtreffes du JUNON.
Les airs & les danfes de cette Entrée
font d'un genre très - agréable , & que le
Public a paru goûter. M. GARDEL
dont nous avons parlé au précédent
Vol. remplit une grande partie de la
chaconne dans le nouvel Opéra. Il n'y
mérite & n'y reçoit pas moins d'applaudiffemens
que dans la chaconne d'Iphigénie.
En rendant juſtice très-exactement
aux grands talens de ce jeune Danfeur ,
le Public femble mettre une forte de
complaifance à faire recueillir le fruit
d'une affiduité au fervice , que les Sujets
attachés à un Spectacle ne devroient
jamais facrifier à aucune confidération ,
& notamment dans les temps où les
Théâtres font le plus fréquentés. Mlle
144 MERCURE DE FRANCE.
VESTRIS danfe au premier Acte en
pas de deux avec M. GARDEL. M.
COMPIONI danfe dans ce même Acte.
Il y a long- temps qu'on n'avoit vu
un Opéra d'un fpectacle auffi éclatant.
Les habits & les Décorations font prèfqu'entiérement
à neuf. Il y a plufieurs
choſes affez réguliérement dans le coftume
des Anciens , fi ce n'eft quelques
erreurs facilement adoptées de nos jours
d'après la confufion que fait le vulgaire
des anciens Grecs & des Grecs moder
nes ; quoique les habillemens , coëffures
& autres ufages de ces derniers
n'ayent aucun rapport avec ceux des
autres ; ainfi voit-on fouvent fur nos
théâtres des repréfentations informes de
la cour d'un Sultan pour celles des anciens
Peuples de la Gréce . On a été furpris
auffi de voir à l'ouverture d'un Temple
intérieur le feu facré fur un autel ,
gardé par des Prêtreffes , attendu que
c'eft l'indication fpéciale des Temples
de VESTA ; au lieu qu'en cette occafion
il faudroit au premier coup d'oeil
reconnoître un Temple de JUNON. A
cela près & d'autres petites chofes ,
comme les habits de quelques pas feuls ,
qui n'ont aucun caractère , & c, cet Opéra
eft mis avec le plus grand foin.
Dans
JANVIER . 1762 . 145
›
Dans la repréſentation de cet Opéra
, on a fait un pas vers l'illufion fi néceffaire
au Théâtre ; il mérite d'être
remarqué. Au fort des plus violens orages
, la toile d'Horifon étant fixe , n'offroit
jamais qu'un ciel pur & ferein ,
tel qu'il convenoit aux autres circonf-,
tances de l'action des Poëmes. A la
tempête du fecond Acte de celui - ci
cette toile d'Horifon , tournant apparemment
fur des machines cylindriques
& d'une maniere imperceptible , fait
fuccéder au ciel ferein , des nuages qui
montent du bas de l'Horifon & occupent
tout ce qu'on voyoit de clair
fans qu'il y ait par ce moyen fubftitution
d'une toile à une autre . De même ,
au moment du calme , ces nuages paroiffent
fe perdre dans le haut du Théâtre
, & la partie claire du ciel paroît fe
découvrir du même point d'où l'on a
vû s'élever les nuages ; enforte que la
Nature eft parfaitement imitée dans un
de fes plus grands effets. M. GIRAULD
qui a inventé & fait éxécuter cette ingénieuſe
machine , doit laiffer efpérer
aux Amateurs, qu'il appliquera fes talens
& fon génie à perfectionner l'imitation
des flots & de l'ondulation des eaux :
cette partie étant encore une des cho-
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
८
2
fes imparfaite fur nos Théâtres &
dont la repréfentation feroit néanmoins
très-fatisfaifante. ( d ) C'eft auffi de la
compofition & fur les deffeins du
même M. GIRAULT , qu'eft éxécuté
dans cet Opéra , le Palais de Pirrhus ,
au quatriéme Acte. Cette Décoration
dans le meilleur genre de l'antique , eft
d'une très- belle architecture ; les détails
en font choifis & diftribués felon
les grands principes de cet art & d'un
très- bon goût : l'ordonnance en eft grande
& officieufe à la perspective. Des
Percés en colonades , dont les points
d'optique font ménagés avec art , étendent
le Théâtre à la vue , fort
loin de fes bornes . La diftribution de
la lumiere eft d'un très -bon effet &
fâvament pittorefque ; en un mot nous
croyons pouvoir dire que depuis la fameufe
Décoration du Palais de Ninus
par le Chevalier Servandoni , on a peu
(d ) M. GIRAULD eft le même nommé dans
l'Art . des Spectacles de la Cour avec M. ARNOULT
, auquel il a fuccédé à l'Académie Royale
de Mufique , où M. ARNOULT s'étoit fait , ainfi
qu'aux Théâti es du Roi , une très -grande & trèsjufte
réputation par plusieurs machines qui font
encore célébres . M. GIRAULD prouve au Public,
qu'il achevera ce qu'avoit heureufement com
mencé fon Prédéceffeur , pour la perfection de
cétre parrie.
JANVIER. 1763.
147
vû à l'Opéra de plus belle Décoration
d'architecture que celle- ci.
Le tombeau d'Achille au cinquiéme
Acte , eft encore une Décoration diftinguée
dont l'effet eft très -agréable
quoiqu'elle conferve le genre propre à
fa deftination. Les autres ont quelques
parties de neuf & toutes en ont l'éclat.
Chacune mériteroit même en particulier
des éloges fur la
convenance avec
les fites de l'action.
1
? Avant de finir cet Article
nous devons
faire obſerver que les Rôles font
très-bien éxécutés . Le Public entendit
avec fatisfaction , à la premiere repréfentation
, la voix de Mlle ARNOULD
entierement rétablie ; & malgré l'indifpofition
momentanée de celle de M.
GELIN , on fut fatisfait des efforts qu'il
fit pour rendre le Rôle de Pirrhus ,
le principal de cette Tragédie .
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Résumé : OPERA.
Le 11 janvier 1763, l'Académie Royale de Musique a présenté la première représentation de l'opéra 'Polixène', une tragédie poétique écrite par M. Joliveau, secrétaire perpétuel de l'Académie Royale de Musique. La musique a été composée par M. Dauvergne, maître de la musique de la Chambre du Roi. Cette première représentation a été bien accueillie, notamment les deux derniers actes, qui ont suscité beaucoup d'enthousiasme. En raison du manque de temps, le texte complet du poème n'a pas pu être extrait, mais une discussion plus approfondie est prévue pour le Mercure de février. La musique, bien que difficile à juger en raison des goûts modernes, a généralement été bien reçue. Plusieurs morceaux, notamment la musique de la jalousie et de la fuite dans le troisième acte, ainsi qu'une chaconne finale, ont été particulièrement appréciés. Les ballets ont également été bien exécutés, avec des mouvements rapides et des figures irrégulières. Les danseurs mentionnés incluent les sieurs Laval, d'Auberval et les demoiselles Allard, Lyonnois et Peslin. Mlle Lani a dansé seule au troisième acte, et M. Gardel a été particulièrement remarqué pour son interprétation de la chaconne. Les costumes et les décorations étaient nouveaux et soignés, bien que quelques erreurs historiques aient été notées. L'opéra a également innové en utilisant une toile d'horizon tournante pour imiter les effets naturels, comme les tempêtes et les calmes. M. Girauld, l'inventeur de cette machine, a également conçu le palais de Pirrhus au quatrième acte, une décoration architecturale remarquable. Le tombeau d'Achille au cinquième acte a également été souligné pour son effet agréable. Les rôles ont été bien exécutés, avec une mention spéciale pour Mlle Arnould et M. Gelin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 197-199
LETTRE écrite de Rouen, à M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles.
Début :
MONSIEUR, Malgré les préjugés qui semblent favoriser partout la Musique nouvelle, le [...]
Mots clefs :
Musique, Acteurs, Entrepreneur, Danseurs de l'Académie royale, Ballets, Affluence, Spectateurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Rouen, à M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles.
LETTRE écrite de Rouen , à M. DELAGARDE
, Auteur du Mercure pour
l'Article des Spectacles.
N. B Nous n'avons pu rendre cette Lettre
publique dans le tempsde ſa dare , attendu les
matières abondantes dont nous étions chargés.
MONSIEUR,
Malgré les préjugés qui ſemblent fa-
۱۰
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
yorifer partout la Muſique nouvelle , le
fieurBERNAUT ,Entrepreneur des Spectacles
de cette Ville , vient de prouver
ici qu'elle ne peut faire aucun tort à la
Musique Françoiſe quand onſcait comme
lui faire un choix de morceaux piquans
& d'Acteurs doués de talens propres
à en rendre l'exécution agréable.
Comme il est d'usage que les Directeurs
de notre Spectacle attirent ici les premiers
Sujets des Théâtres de Paris pour
y repréſenter pendant la derniere femaine
de Carême , notre intelligent Entrepreneur
a cru réveiller le goût des Amateurs
de la Mufique Françoise , en nous
procurant le Sr LARRIVÉE & la Dlle
LEMIERE fon épouse. Ces deux Acteurs
fecondés de la Dile FONTENAY
& des Muficiens de la Troupe de cette
Ville ont repréſenté Iſméne , Eglé ,
Bacchus & Erigone , Alcibiade des Fétes
Grecques & Romaines,Titon & l'Aurore
, le Devin de Village & Alcimadure.
Pour donner des preuves de leur
facilité dans tous les genres , ils ont
chanté les Troqueurs & le Cadi dupé.
Le feul Opéra d'Alcimadure n'a pas
eu le fuccès que la Muſique devoit en
faire attendre ; le Public perdoit le
plaisir de cette Muſique charmante par
JUI N. 1763 . 199
la privation des paroles dont il n'entendoit
pas le Patois . Les premières Entrées
des Ballets ont été danſées par les
fieurs GARDEL & GROSSET, Danfeurs
de l'Académie Royale ; le premier a excellé
furtout dans la Chaconne nouvelle
d'Iphigénie . On a donné trois fois ce
divertiſſement ſous la direction du fieur
le BERTON , Auteur de la Muſique ;
l'Orchestre étoit augmenté desSrs FRANCOEUR
le jeune & SOBLE , Violons , du
fieurRAUT , Hautbois , & HARDIK ,
Violoncelle , tous de l'Académie Royale
de Musique.
Malgré l'affluence des Spectateurs on
auroit eu peine à croire que l'Entrepreneur
ait eu du bénéfice dans cette dernière
ſemaine , eu égard à la quantité de
Sujets Acteurs qu'il avoit amenés , fi
on n'avoit été inſtruit par lui- même que
les Acteurs chantans ont pris ſeuls des
honoraires, & que les autres avoient joint
aux preuves de leurs talens les procédés
les plus généreux & les plus déſintéreffés.
J'ai l'honneur d'être &c.
Rouen , ce 16 Avril 1763 .
, Auteur du Mercure pour
l'Article des Spectacles.
N. B Nous n'avons pu rendre cette Lettre
publique dans le tempsde ſa dare , attendu les
matières abondantes dont nous étions chargés.
MONSIEUR,
Malgré les préjugés qui ſemblent fa-
۱۰
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
yorifer partout la Muſique nouvelle , le
fieurBERNAUT ,Entrepreneur des Spectacles
de cette Ville , vient de prouver
ici qu'elle ne peut faire aucun tort à la
Musique Françoiſe quand onſcait comme
lui faire un choix de morceaux piquans
& d'Acteurs doués de talens propres
à en rendre l'exécution agréable.
Comme il est d'usage que les Directeurs
de notre Spectacle attirent ici les premiers
Sujets des Théâtres de Paris pour
y repréſenter pendant la derniere femaine
de Carême , notre intelligent Entrepreneur
a cru réveiller le goût des Amateurs
de la Mufique Françoise , en nous
procurant le Sr LARRIVÉE & la Dlle
LEMIERE fon épouse. Ces deux Acteurs
fecondés de la Dile FONTENAY
& des Muficiens de la Troupe de cette
Ville ont repréſenté Iſméne , Eglé ,
Bacchus & Erigone , Alcibiade des Fétes
Grecques & Romaines,Titon & l'Aurore
, le Devin de Village & Alcimadure.
Pour donner des preuves de leur
facilité dans tous les genres , ils ont
chanté les Troqueurs & le Cadi dupé.
Le feul Opéra d'Alcimadure n'a pas
eu le fuccès que la Muſique devoit en
faire attendre ; le Public perdoit le
plaisir de cette Muſique charmante par
JUI N. 1763 . 199
la privation des paroles dont il n'entendoit
pas le Patois . Les premières Entrées
des Ballets ont été danſées par les
fieurs GARDEL & GROSSET, Danfeurs
de l'Académie Royale ; le premier a excellé
furtout dans la Chaconne nouvelle
d'Iphigénie . On a donné trois fois ce
divertiſſement ſous la direction du fieur
le BERTON , Auteur de la Muſique ;
l'Orchestre étoit augmenté desSrs FRANCOEUR
le jeune & SOBLE , Violons , du
fieurRAUT , Hautbois , & HARDIK ,
Violoncelle , tous de l'Académie Royale
de Musique.
Malgré l'affluence des Spectateurs on
auroit eu peine à croire que l'Entrepreneur
ait eu du bénéfice dans cette dernière
ſemaine , eu égard à la quantité de
Sujets Acteurs qu'il avoit amenés , fi
on n'avoit été inſtruit par lui- même que
les Acteurs chantans ont pris ſeuls des
honoraires, & que les autres avoient joint
aux preuves de leurs talens les procédés
les plus généreux & les plus déſintéreffés.
J'ai l'honneur d'être &c.
Rouen , ce 16 Avril 1763 .
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Résumé : LETTRE écrite de Rouen, à M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles.
La lettre, envoyée depuis Rouen à M. Delagarde, auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles, décrit les succès des spectacles donnés durant la dernière semaine de Carême à Rouen. M. Bernaut, entrepreneur des spectacles, a prouvé que la musique française pouvait rivaliser avec les préjugés contre la musique nouvelle grâce à un choix judicieux de morceaux et d'acteurs talentueux. Pour attirer le public, il a invité des artistes parisiens renommés comme M. Larrivée et Mlle Lemière, ainsi que la troupe locale, incluant la demoiselle Fontenay. Plusieurs œuvres ont été interprétées, telles que 'Isméne', 'Églé', 'Bacchus et Érigone', 'Alcibiade', 'Titon et l'Aurore', 'Le Devin du village' et 'Alcimadure'. Ce dernier opéra n'a pas rencontré le succès attendu en raison de la langue utilisée. Les ballets ont été exécutés par les danseurs de l'Académie Royale, avec une mention spéciale pour la chaconne d''Iphigénie' dansée par M. Gardel. La direction musicale était assurée par M. Le Berton, avec des musiciens de l'Académie Royale. Malgré l'affluence, les bénéfices étaient minimes car seuls les acteurs chanteurs ont reçu des honoraires, les autres ayant agi de manière désintéressée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 182-184
AU PUBLIC.
Début :
MESSIEURS, Vous êtes les Juges & les Protecteurs des Talens : [...]
Mots clefs :
Talents, Hommages, Ballets, Conseils, Poèmes, Danseurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU PUBLIC.
AU PUBLIC.
MESSIEURS ,
Vous êtes les Juges & les Protecteurs
des Talens : vous les voyez naître ;
vous les encouragez ; vous les éclairez
& ils fe forment pour vous plaire . Vous
feuls avez des droits fur leurs hommages,
& c'eft à vous que j'adreffe les miens.
Vous avez daigné m'accueillir , lorfque
fur la fin de l'année 1758 , j'ai préfenté
à vos yeux les Baliets héroïques
de Télémaque dans l'Ile de Calypfo ;
du Sultan généreux ; de la Difpute des
Faunes & des Bergers , pour les Amadryades
, & c. Et je viens aujourd'hui
foumettre à vos lumières celui d'Ulyſſe
dans l'Ile de Circé . Ce genre de Ballets,
en action & en expreflion , longtemps
NOVEMBRE . 1764. 183
inconnu dans la Capitale , demande ,
vous le fçavez , une expofition , une
intrigue , des fituations , un dénouement
j'ai fait tous mes efforts pour
réunir ces quatre parties effentielles ; &
les fuffrages que vous m'avez accordés ,
m'ont fait croire que j'avois rempli
du moins à quelques égards , l'idée que
vous aviez conçue de mes Poëmes ; je
fens combien ils font loin encore de la
perfection mais ma docilité à fuivre
vos confeils toujours fages & refléchis ,
à me conformer à votre goût toujours
fùr , y aura bientôt corrigé ce que vous
y trouverez de défectueux . Cependant
plus j'apporterai de foin à la compofition
de ces Poëmes , & plus l'éxécution
en deviendra difficile . Il faut de
l'âme , du fentiment , de la pratique ,
pour en faifir & en rendre les nuances &
les fineffes; en un mot, il faut des Acteurs.
De quelle indulgence , MESSIEUR s, ne
vont donc pas avoir befoin des Danfeurs
& des Danfeufes , qui , accoutumés à
figurer dans de petits divertiffemens , ne
connoiffent point encore cette expreffion
néceffaire dans les Ballets que
je vais donner. Ces Danfeurs & ces
Danfeufes , animés du zéle le plus ardent
, ont recours à vos bontés : vous
184 MERCURE DE FRANCE .
ne les refufez jamais à ceux qui ont
envie de réuífir ; & je les follicite pour
eux , & furtout pour moi , que des affaires
& quelques accidens ont obligé
de négliger un talent , que l'on n'entretient
& que l'on n'augmente que par
un exercice continuel. J'ofe me flatter
des plus grands fuccès, MESSIEURS ,
fi un travail affidu , fi un dévouement
entier à vos moindres volontés , fi le
defir enfin que j'ai de vous amufer &
de vous intéreffer , fuffifent pour les
mériter.
MESSIEURS ,
Vous êtes les Juges & les Protecteurs
des Talens : vous les voyez naître ;
vous les encouragez ; vous les éclairez
& ils fe forment pour vous plaire . Vous
feuls avez des droits fur leurs hommages,
& c'eft à vous que j'adreffe les miens.
Vous avez daigné m'accueillir , lorfque
fur la fin de l'année 1758 , j'ai préfenté
à vos yeux les Baliets héroïques
de Télémaque dans l'Ile de Calypfo ;
du Sultan généreux ; de la Difpute des
Faunes & des Bergers , pour les Amadryades
, & c. Et je viens aujourd'hui
foumettre à vos lumières celui d'Ulyſſe
dans l'Ile de Circé . Ce genre de Ballets,
en action & en expreflion , longtemps
NOVEMBRE . 1764. 183
inconnu dans la Capitale , demande ,
vous le fçavez , une expofition , une
intrigue , des fituations , un dénouement
j'ai fait tous mes efforts pour
réunir ces quatre parties effentielles ; &
les fuffrages que vous m'avez accordés ,
m'ont fait croire que j'avois rempli
du moins à quelques égards , l'idée que
vous aviez conçue de mes Poëmes ; je
fens combien ils font loin encore de la
perfection mais ma docilité à fuivre
vos confeils toujours fages & refléchis ,
à me conformer à votre goût toujours
fùr , y aura bientôt corrigé ce que vous
y trouverez de défectueux . Cependant
plus j'apporterai de foin à la compofition
de ces Poëmes , & plus l'éxécution
en deviendra difficile . Il faut de
l'âme , du fentiment , de la pratique ,
pour en faifir & en rendre les nuances &
les fineffes; en un mot, il faut des Acteurs.
De quelle indulgence , MESSIEUR s, ne
vont donc pas avoir befoin des Danfeurs
& des Danfeufes , qui , accoutumés à
figurer dans de petits divertiffemens , ne
connoiffent point encore cette expreffion
néceffaire dans les Ballets que
je vais donner. Ces Danfeurs & ces
Danfeufes , animés du zéle le plus ardent
, ont recours à vos bontés : vous
184 MERCURE DE FRANCE .
ne les refufez jamais à ceux qui ont
envie de réuífir ; & je les follicite pour
eux , & furtout pour moi , que des affaires
& quelques accidens ont obligé
de négliger un talent , que l'on n'entretient
& que l'on n'augmente que par
un exercice continuel. J'ofe me flatter
des plus grands fuccès, MESSIEURS ,
fi un travail affidu , fi un dévouement
entier à vos moindres volontés , fi le
defir enfin que j'ai de vous amufer &
de vous intéreffer , fuffifent pour les
mériter.
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Résumé : AU PUBLIC.
L'auteur s'adresse aux juges et protecteurs des talents, reconnaissant leur rôle dans l'encouragement des artistes. Il mentionne avoir présenté des ballets héroïques en 1758, tels que 'Télémaque dans l'Ile de Calypso', 'le Sultan généreux' et 'la Dispute des Faunes & des Bergers'. Aujourd'hui, il présente 'Ulysse dans l'Ile de Circé', un genre de ballet peu connu à Paris, nécessitant une exposition, une intrigue, des situations et un dénouement. L'auteur exprime ses efforts pour réunir ces éléments essentiels et sa gratitude pour les suffrages reçus, tout en reconnaissant que ses œuvres sont loin de la perfection. Il souligne la difficulté croissante de la composition et de l'exécution de ces ballets, nécessitant de l'âme, du sentiment et de la pratique. Il appelle à l'indulgence pour les danseurs et danseuses, habitués à de petits divertissements, mais désireux de s'améliorer. L'auteur sollicite le soutien du public pour ces artistes et exprime son espoir de succès grâce à son travail assidu et son dévouement à satisfaire les volontés du public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 47-51
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
Jamais à ce théâtre les spectacles n'ont été plus variés que depuis quelques mois. Dans [...]
Mots clefs :
Chanter, Ballets, Acte, Rôle, Amour, Personnage, Musique, Jeu, Colette, Bergerie
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texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
JAMAIS
AMAIS à ce théâtre les fpectacles n'ont été
plus variés que depuis quelques mois . Dans
ce moment , outre Caftor & Pollux , dont
les repréſentations ont toujours été fuivies
avec la même affluence , outre les Bouffons
& les Ballets - Pantomimes , qu'on a foin de
faire exécuter après leurs Opéras , on donne
encore de temps en temps des Fragmens ,
compofes de la, Bergerie , Acte tiré du Ballet
des Romans , du Devin du Village & de la
Provençale. Ces Fragmens , ainfi arrangés
ont été donnés pour la première fois le Jeudi
19 Novembre.
L'Amour veut foumettre à fon empire
48 MERCURE
deux jeunes Bergers indifférents ; il ſe préfente
à eux pour leur demander un sûr afyle
contre un fort rigoureux ; ils le lui promettent.
Tout-à-coup l'Amour feint de s'endormir.
Les jeunes -gens remarquent fon carquois &
fon arc; ils veulent effayer la puiffance defes
traits fur les oifeaux de leurs forêts , & s'en
bleffent eux-mêmes. Ils brûlent fur le champ
d'un amour mutuel , & l'Amour les unit.
Tel eft le fujet de la Bergerie . Mde Saint-
Huberti a joué le rôle de l'Amour , Mlle Laguerre
celui de Doris , & M. Lainez celui
d'Iphis. On trouve encore dans cet Acte un
vieux Berger nommé Arcas : l'Auteur paroît
ne l'avoir placé que pour conduire des
Choeurs & des Ballets au commencement &
à la fin de l'Acte. Ce perfonnage a été repréfenté
par M. Moreau. La voix de Mlle Laguerre
, fon chant facile & agréable , font
le plus grand charme de ce Fragment.
>
Les Ballets font de M. Gardel l'aîné. Ces
Ballets nous ont paru un peu longs , quoique
très-bien exécutés par M. Gardel lui-même
par M. Veftris , M. Dauberval , & par Mlles
Allard & Peflin. La Mufique eft de M.
Cambini.
Le Devin du Village à été reçu avec les
mêmes tranfports qu'il a toujours infpirés .
M. le Gros , pour rendre un hommage public
à la mémoire de Rouffeau , a voulu
chanter, à cette repriſe , le rôle de Colin ;
mais quoique fa voix & fon jeu foient toujours
DE FRANCE. 49
jours en poffeffion de plaire , on a trouvé
que ce rôle ne convenoit pas à fes moyens
extérieurs ; peut-être devroit-il y renoncer.
Et quand on a dans fon talent autant de
reffources que M. le Gros , qu'eft- ce que le
facrifice d'un rôle ?
Dans l'état actuel de l'Opéra , Colette ne
peut être mieux repréſentée que par Mlle
Durancy. S'il lui manque quelques - uns des
agrémens du perfonnage , on ne s'en fouvient
plus quand elle eft en Scène. Il eft impoffible
d'être plus vraie , plus naïve & plus intéreffante.
La Scène entre Colin & Colette eft de
fa part un chef- d'oeuvre de jeu , dans les détails
& dans l'enſemble.
MlloLaguerre , qui a chanté ce rôle , le
Mardi 24 Novembre , a mérité beaucoup
d'applaudiffemens ; nous l'invitons , par intérêt
pour fon talent , à fe bien perfuader
qu'un organe charmant ne fait pas feul une
Actrice , même à l'Opéra. Elle nous a paru
un peu foible dans Colette , quoique digne
d'être encouragée. Quels fuccès ne doit- elle
pas fe promettre , fi elle peut joindre à ce
qu'elle a déjà , les qualités qui donnent l'ame
& la vie au perfonnage qu'on repréſente !
On diftingue dans les Ballets qui terminent
l'Acte, un pas de deux, exécuté par M. Nivelon
& par Mlle Cécile. On ne peut guères fe
figurer une danfe dont l'effet foit plus agréable.
Nous avons déjà parlé de la nouvelle Mufique
de la Provençale. On y a ajouté deux
morceaux neufs , ils ont été fort applaudis ;
5 Décembre 1778.
C
50 MERCURE
mais on a remarqué principalement le Duo
chanté par Mlle Durancy & par M. Durand.
Les Ballets font charmans. Ils font arrangés
par M. Dauberval ; il y eft parfaitement
fecondé par Mlle Allard.
La feconde repréfentation de la Finta
Giardiniera a répondu à l'idée que les connoiffeurs
s'en étoient faite. C'eft un des plus
agréables ouvrages de Mufique que les Italiens
nous aient encore donnés , quoiqu'il
foit bien inférieur à la Frafcatana. Les endroits
qui ont été le plus généralement goûtés
, font l'aria Dentro il mio petto , chanté
par le Signor Gherardi ; a forza di Martelli ,
chanté par le Signor Focchetti ; le petit air
un Marito oh Dio! vorrei , chanté par la Signora
Farnezi ; la finale du premier Acte , le
récitatif obligé , ah non partir , & l'air qui le
fuit , chanté par le Signor Caribaldi . Mais
un morceau qui a produit les impreffions
les plus vives , c'eft la finale ajoutée au fecond
Acte. Elle eft du Signor Paeziello , le
génie le plus fécond , & peut-être le plus riche
de tous les Muficiens connus. Tout ce
que l'art a de profondeur , de fineffe ; tout
ce que la mélodie a de touchant ; tout ce que
l'harmonie raffemble d'effets ; tout ce que la
Mulique peut donner d'émotions , on le
trouve dans cette finale , qu'on regarde
comme le chef-d'oeuvre de fon Auteur.
La Signora Conftanza Baglioni a chanté le
rôle de Sandrina avec beaucoup de goût &
adreffe ; fon organe eſt très- beau , & fon jeu
DE FRANCE.
quoiqu'un peu froid , eft jufte & raiſonné.
Les décorations font bien entendues . Celle
qui mérite le plus d'éloges , eft compofee
d'une fimple toile de fond , repréſentant une
galerie. Elle produit une telle illufion , que le
theatre paroit avoir confervé toute fa profondeur
, quoiqu'elle tombe directement fur
le manteau de la feconde couliffe.
JAMAIS
AMAIS à ce théâtre les fpectacles n'ont été
plus variés que depuis quelques mois . Dans
ce moment , outre Caftor & Pollux , dont
les repréſentations ont toujours été fuivies
avec la même affluence , outre les Bouffons
& les Ballets - Pantomimes , qu'on a foin de
faire exécuter après leurs Opéras , on donne
encore de temps en temps des Fragmens ,
compofes de la, Bergerie , Acte tiré du Ballet
des Romans , du Devin du Village & de la
Provençale. Ces Fragmens , ainfi arrangés
ont été donnés pour la première fois le Jeudi
19 Novembre.
L'Amour veut foumettre à fon empire
48 MERCURE
deux jeunes Bergers indifférents ; il ſe préfente
à eux pour leur demander un sûr afyle
contre un fort rigoureux ; ils le lui promettent.
Tout-à-coup l'Amour feint de s'endormir.
Les jeunes -gens remarquent fon carquois &
fon arc; ils veulent effayer la puiffance defes
traits fur les oifeaux de leurs forêts , & s'en
bleffent eux-mêmes. Ils brûlent fur le champ
d'un amour mutuel , & l'Amour les unit.
Tel eft le fujet de la Bergerie . Mde Saint-
Huberti a joué le rôle de l'Amour , Mlle Laguerre
celui de Doris , & M. Lainez celui
d'Iphis. On trouve encore dans cet Acte un
vieux Berger nommé Arcas : l'Auteur paroît
ne l'avoir placé que pour conduire des
Choeurs & des Ballets au commencement &
à la fin de l'Acte. Ce perfonnage a été repréfenté
par M. Moreau. La voix de Mlle Laguerre
, fon chant facile & agréable , font
le plus grand charme de ce Fragment.
>
Les Ballets font de M. Gardel l'aîné. Ces
Ballets nous ont paru un peu longs , quoique
très-bien exécutés par M. Gardel lui-même
par M. Veftris , M. Dauberval , & par Mlles
Allard & Peflin. La Mufique eft de M.
Cambini.
Le Devin du Village à été reçu avec les
mêmes tranfports qu'il a toujours infpirés .
M. le Gros , pour rendre un hommage public
à la mémoire de Rouffeau , a voulu
chanter, à cette repriſe , le rôle de Colin ;
mais quoique fa voix & fon jeu foient toujours
DE FRANCE. 49
jours en poffeffion de plaire , on a trouvé
que ce rôle ne convenoit pas à fes moyens
extérieurs ; peut-être devroit-il y renoncer.
Et quand on a dans fon talent autant de
reffources que M. le Gros , qu'eft- ce que le
facrifice d'un rôle ?
Dans l'état actuel de l'Opéra , Colette ne
peut être mieux repréſentée que par Mlle
Durancy. S'il lui manque quelques - uns des
agrémens du perfonnage , on ne s'en fouvient
plus quand elle eft en Scène. Il eft impoffible
d'être plus vraie , plus naïve & plus intéreffante.
La Scène entre Colin & Colette eft de
fa part un chef- d'oeuvre de jeu , dans les détails
& dans l'enſemble.
MlloLaguerre , qui a chanté ce rôle , le
Mardi 24 Novembre , a mérité beaucoup
d'applaudiffemens ; nous l'invitons , par intérêt
pour fon talent , à fe bien perfuader
qu'un organe charmant ne fait pas feul une
Actrice , même à l'Opéra. Elle nous a paru
un peu foible dans Colette , quoique digne
d'être encouragée. Quels fuccès ne doit- elle
pas fe promettre , fi elle peut joindre à ce
qu'elle a déjà , les qualités qui donnent l'ame
& la vie au perfonnage qu'on repréſente !
On diftingue dans les Ballets qui terminent
l'Acte, un pas de deux, exécuté par M. Nivelon
& par Mlle Cécile. On ne peut guères fe
figurer une danfe dont l'effet foit plus agréable.
Nous avons déjà parlé de la nouvelle Mufique
de la Provençale. On y a ajouté deux
morceaux neufs , ils ont été fort applaudis ;
5 Décembre 1778.
C
50 MERCURE
mais on a remarqué principalement le Duo
chanté par Mlle Durancy & par M. Durand.
Les Ballets font charmans. Ils font arrangés
par M. Dauberval ; il y eft parfaitement
fecondé par Mlle Allard.
La feconde repréfentation de la Finta
Giardiniera a répondu à l'idée que les connoiffeurs
s'en étoient faite. C'eft un des plus
agréables ouvrages de Mufique que les Italiens
nous aient encore donnés , quoiqu'il
foit bien inférieur à la Frafcatana. Les endroits
qui ont été le plus généralement goûtés
, font l'aria Dentro il mio petto , chanté
par le Signor Gherardi ; a forza di Martelli ,
chanté par le Signor Focchetti ; le petit air
un Marito oh Dio! vorrei , chanté par la Signora
Farnezi ; la finale du premier Acte , le
récitatif obligé , ah non partir , & l'air qui le
fuit , chanté par le Signor Caribaldi . Mais
un morceau qui a produit les impreffions
les plus vives , c'eft la finale ajoutée au fecond
Acte. Elle eft du Signor Paeziello , le
génie le plus fécond , & peut-être le plus riche
de tous les Muficiens connus. Tout ce
que l'art a de profondeur , de fineffe ; tout
ce que la mélodie a de touchant ; tout ce que
l'harmonie raffemble d'effets ; tout ce que la
Mulique peut donner d'émotions , on le
trouve dans cette finale , qu'on regarde
comme le chef-d'oeuvre de fon Auteur.
La Signora Conftanza Baglioni a chanté le
rôle de Sandrina avec beaucoup de goût &
adreffe ; fon organe eſt très- beau , & fon jeu
DE FRANCE.
quoiqu'un peu froid , eft jufte & raiſonné.
Les décorations font bien entendues . Celle
qui mérite le plus d'éloges , eft compofee
d'une fimple toile de fond , repréſentant une
galerie. Elle produit une telle illufion , que le
theatre paroit avoir confervé toute fa profondeur
, quoiqu'elle tombe directement fur
le manteau de la feconde couliffe.
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Résumé : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
L'Académie Royale de Musique présente une programmation diversifiée comprenant des opéras, des spectacles des Bouffons, des ballets-pantomimes et des extraits d'œuvres. Parmi ces extraits figurent 'La Bergerie', 'Acte tiré du Ballet des Romans', 'Le Devin du Village' et 'La Provençale', tous présentés pour la première fois le 19 novembre. 'La Bergerie' narre l'union de deux jeunes bergers grâce à l'Amour. Les rôles principaux sont interprétés par Madame Saint-Hubert (l'Amour), Mademoiselle Laguerre (Doris) et Monsieur Lainez (Iphis). Monsieur Moreau incarne le vieux Berger Arcas, introduisant des chœurs et des ballets. La performance vocale de Mademoiselle Laguerre est particulièrement remarquée. Les ballets, chorégraphiés par Monsieur Gardel l'aîné, sont bien exécutés mais jugés trop longs. 'Le Devin du Village' reçoit un bon accueil, mais la prestation de Monsieur Le Gros dans le rôle de Colin est critiquée. Mademoiselle Durancy excelle dans le rôle de Colette, tandis que Mademoiselle Laguerre, bien que prometteuse, manque encore de certaines qualités pour ce rôle. 'La Provençale' inclut de nouveaux morceaux musicaux, notamment un duo chanté par Mademoiselle Durancy et Monsieur Durand. Les ballets, arrangés par Monsieur Dauberval, sont bien reçus. La représentation de 'La Finta Giardiniera' est appréciée pour sa qualité musicale, bien qu'elle soit considérée inférieure à 'La Frascatana'. Plusieurs airs et duos sont particulièrement salués, notamment ceux interprétés par les Signori Gherardi, Focchetti, Farnezi et Caribaldi. La finale du second acte est également soulignée pour sa composition.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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