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1851
p. 111-114
EXTRAIT D'UNE LETTRE de M. de Montdion Ingénieur ordinaire du Roy, écrite de Malte, le 8 Avril 1717.
Début :
Dans le cours de la Semaine Sainte, nous avons senti quatre [...]
Mots clefs :
Semaine Sainte, Tremblement de terre, Rocher, Vent, Tonnerre, Étoiles, Ciel, Lumière, Étincelles
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT D'UNE LETTRE de M. de Montdion Ingénieur ordinaire du Roy, écrite de Malte, le 8 Avril 1717.
EXTRAIT D'UNE LETTRE
de M. de Monidion Ingénieur
ordinaire du Roy , écrite de Malte
, le 8 Avril 1717.
D
Ans le cours de la Semaine
Sainte , nous avons fenti quatre
fecouffes de Tremblemens de
Terse. Ces tremblemens arrivent
fouvent ; mais , comme toute l'Ifle
de Malte n'eft qu'une feule pièce
de Rocher , qui n'eft pas ébranlée
fi facillement. Ils n'y font pas dangereux
; ils font toujours accompagnés
d'un bruit femblable à celui
d'un grand vent , qui ne feroit
que paffer fort rapidement ; tout
cela ne dure qu'un inftant.
Les Tonnerres font ici beaucoup
plus grands & plus effroyables qu'en
France ; nous n'en entendons ici
que pendant 4 ou mois de nôtre
Hyver , & il n'y en a point depuis
le mois d'Avril , jufqu'au mois
Kij
112 LE MERCURE
d'Octobre , parce qu'on ne voit
point de nuages pendant tout l'Eté,
& vous fçavez qu'il ne peut y avoir
de Tonnerre fans nuages.
ou
J'ai pris plaifir à voir ici
plufieures Etoiles errantes
volantes , pendant la nuit. Ces
feux font beaucoup plus forts
qu'en France : Ils font femblables
à des fufées volantes , & font à peu
prés ce même bruit ; au refte , je
Vous marque feulement les faits ,
Vous êtes Phificien , vous jugerez
de la nature & des caufes de ces
Météores & c .
Je vous fais part en même tems ,
d'un Phénomene très- curieux , qui
a paru à Malte le 6 Septembre
1716 .
Vers les 10 heures du foir , au
milieu d'un Ciel fort férain , & pendant
un grand calme , on s'apperçût
par toute la Ville d'une lumiére
extraordinaire , qui effaça celle de
la Lune au dehors , & celle des
Bougies dans les Chambres . Cette
lumiére reffembloit par la couleur ,
DE MA Y.
113
ra ,
à un éclair très-brillant , avec cette
différence , qu'elle étoit continuë
& fans vacillation , pendant huir
ou 10 fecondes de tems qu'elle du-
& finit par une lumiere encore
plus vive qu'au commencement .
Ce qui donnoit cette lumiére , étoit
une barre de feu qui parut fout
d'un coup au milieu de l'Air , du
côté du couchant , élevée environ
à
45 dégrés de l'Horifon ; fa largeur
étoit de 2 à 3 diamétres apparens
du Soleil , & fa longueur à peu
près 18 ou 20 fois fa largeur , dirigée
du Nord , Oueſt au Sud- Est, &
marchant fuivant cette direction ,
avec une viteſſe un peu
moindre en
apparence , que celle d'une fléche ,
& qui lui fit parcourir pendant les
8 ou 10 fecondes qu'elle dura , à peu
prés la 8e partie de fon cercle : Ce
qu'il y a de plus fingulier , eft que
cette barre de feu jettoit de longues
étincelles par le bout du derrière ,
eu égard à fa marche , & que chemin
faifant , elle parut s'ouvrir par
fon milieu , d'où elle jetta encore
Kiij
114 LE MERCURE -
de pareilles étincelles , ainsi qu'elles
font reprefentées dans la figure . Il
y a encore une circonftance ; c'eft
qu'environ de minute de tems ,
après que ce feu fut confumé , on entendit
un bruit fourd , mais égal &
continu , comme d'un Tonnere éloigné
, qui dura autant de tems
que cette lumière avoit fait.
de M. de Monidion Ingénieur
ordinaire du Roy , écrite de Malte
, le 8 Avril 1717.
D
Ans le cours de la Semaine
Sainte , nous avons fenti quatre
fecouffes de Tremblemens de
Terse. Ces tremblemens arrivent
fouvent ; mais , comme toute l'Ifle
de Malte n'eft qu'une feule pièce
de Rocher , qui n'eft pas ébranlée
fi facillement. Ils n'y font pas dangereux
; ils font toujours accompagnés
d'un bruit femblable à celui
d'un grand vent , qui ne feroit
que paffer fort rapidement ; tout
cela ne dure qu'un inftant.
Les Tonnerres font ici beaucoup
plus grands & plus effroyables qu'en
France ; nous n'en entendons ici
que pendant 4 ou mois de nôtre
Hyver , & il n'y en a point depuis
le mois d'Avril , jufqu'au mois
Kij
112 LE MERCURE
d'Octobre , parce qu'on ne voit
point de nuages pendant tout l'Eté,
& vous fçavez qu'il ne peut y avoir
de Tonnerre fans nuages.
ou
J'ai pris plaifir à voir ici
plufieures Etoiles errantes
volantes , pendant la nuit. Ces
feux font beaucoup plus forts
qu'en France : Ils font femblables
à des fufées volantes , & font à peu
prés ce même bruit ; au refte , je
Vous marque feulement les faits ,
Vous êtes Phificien , vous jugerez
de la nature & des caufes de ces
Météores & c .
Je vous fais part en même tems ,
d'un Phénomene très- curieux , qui
a paru à Malte le 6 Septembre
1716 .
Vers les 10 heures du foir , au
milieu d'un Ciel fort férain , & pendant
un grand calme , on s'apperçût
par toute la Ville d'une lumiére
extraordinaire , qui effaça celle de
la Lune au dehors , & celle des
Bougies dans les Chambres . Cette
lumiére reffembloit par la couleur ,
DE MA Y.
113
ra ,
à un éclair très-brillant , avec cette
différence , qu'elle étoit continuë
& fans vacillation , pendant huir
ou 10 fecondes de tems qu'elle du-
& finit par une lumiere encore
plus vive qu'au commencement .
Ce qui donnoit cette lumiére , étoit
une barre de feu qui parut fout
d'un coup au milieu de l'Air , du
côté du couchant , élevée environ
à
45 dégrés de l'Horifon ; fa largeur
étoit de 2 à 3 diamétres apparens
du Soleil , & fa longueur à peu
près 18 ou 20 fois fa largeur , dirigée
du Nord , Oueſt au Sud- Est, &
marchant fuivant cette direction ,
avec une viteſſe un peu
moindre en
apparence , que celle d'une fléche ,
& qui lui fit parcourir pendant les
8 ou 10 fecondes qu'elle dura , à peu
prés la 8e partie de fon cercle : Ce
qu'il y a de plus fingulier , eft que
cette barre de feu jettoit de longues
étincelles par le bout du derrière ,
eu égard à fa marche , & que chemin
faifant , elle parut s'ouvrir par
fon milieu , d'où elle jetta encore
Kiij
114 LE MERCURE -
de pareilles étincelles , ainsi qu'elles
font reprefentées dans la figure . Il
y a encore une circonftance ; c'eft
qu'environ de minute de tems ,
après que ce feu fut confumé , on entendit
un bruit fourd , mais égal &
continu , comme d'un Tonnere éloigné
, qui dura autant de tems
que cette lumière avoit fait.
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1852
p. 124-128
LA SIMPLICITÉ CHRETIÉNNE. ODE. Par feu Mr l'Abbé MAUMENET.
Début :
Plein d'ignorance & de miseres, [...]
Mots clefs :
Misère, Mystères, Énigme, Secret, Ténèbres, Ardeur , Nature, Puissance, Sentiments, Onde
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texteReconnaissance textuelle : LA SIMPLICITÉ CHRETIÉNNE. ODE. Par feu Mr l'Abbé MAUMENET.
ATITICLE DES SPECTACLES.
Es Comédiens Italiens ayant
voulu faire l'effai d'une Piéce
purement héroïque, fans l'Arlequin,
reprefenterent avec applaudiffement
ces jours paffés , la Tragédie
de Merope qu'ils donnerent gratis.
Comme cette Troupe fe propofe
de la jouer cet Hiver , je me contenterai
d'en expofer fimple ment
la Fable , dégage de toutes réfléxions
critiques , les refervant pour
ce tems-là.
Le fujer de la Tragédie de Merope
eft tiré d'Apollodore ; mais , les
fituations font l'ouvrage du MarDE
MAY.
IIS
quis Scipion Maffei.
Crefphonte de la race des Héraclides
étoit Roy de Meffenie dans
l'Achaye. Il avoit eu trois fils de
Merope. Poliphonne,un de fes Sujets
, confpira contre lui , le détrôna
& fit impitoyablement
maffacrer
après lui , deux de ſes enfans.
Le troifiéme , à qui l'Auteur donne
le nom de Crefphonte
, & qu'Apollodore
appelle Ægyptus , fut
dérobé à la fureur du Tyran par
les foins de Merope , qui le remit
entre les mains d'un vieux ferviteur
, dont la fidélité lui étoit connuë.
Quinze ans fe pafferent, avant
que ce jeune Prince qui n'en avoit
que trois , lorfqu'il échappa à la
cruauté de Poliphonne , pût demander
raifon du Meurtre de fon
pere, & de fes freres , & de l'ufurpation
de les Etats. C'eft ici l'époque
de l'Action Théatrale . Polyphonne
voyant que les Peuples
de Meffene,Capitale du Royaume,
faifoient tous les jours des Conjurations
contre lui , forma le def716
LE MERCURE
fein d'époufer Merope , pour s'acquerir
un droit au Trône ufurpé .
L'infortunée Veuve de Crefphonte
fremit à cette propofition , & éclata
en fanglants reproches . Pendant
une fi aigre converfation , Adrafte
entiérement dévoué au Tyran ,
lui amena un jeune Païfan accufé
d'avoir tué un homme auprés de
Meffene , & de l'avoir jetté dans
un Fleuve , pour dérober la connoiffance
de fon crime . Le jeune
Païfan confeffa le Meurtre ; mais ,
il tacha de justifier fon intention ,
en difant , qu'il n'avoit fait que
défendre fa vie contre un Brigand
qui l'avoit attaqué . L'Accufateur
qui avoit interêt à le faire périr ,
parce qu'il avoit trouvé fur lui , une
Bague d'un grand prix , qui flatoit
fon avarice , n'oublia rien pour irriter
le Tyran contre lui : Mais ,
Merope attendrie par un fécret
preffentiment , demanda fa grace ,
& l'obtint de Poliphonne. Cependant
, comme le fouvenir de fon
fils l'occupoit fans ceffe , & la te-
1
DE MAY. 117
}
noit dans une agitation éternelle.
Elle s'imagina que le prétendu
Brigand que le Païfan avoit peint
à peu près de fon âge , qui convenoit
à celui du jeune Crefphonte ,
& armé d'une maffuë , Armes ordinaires
des defcendans d'Hercule ,
Elle s'imagina , dis -je , que ce pou--
voit bien être fon fils qui avoit été
tué & jetté dans le Fleuve : Elle"
n'eut point de repos qu'elle ne fut
éclaircie. Eurife attaché à fes interefts
, lui promit d'interoger Adrafte
qui étoit de fes Amis. Cela
fut éxécuté fi hûreufement , ou
plûtôt fi malhûreufement pour Merope
, qu'Eurife lui apporta la Bague
qu'Adrafte avoir trouvée fur
Egifte ( c'étoit le nom du jeune
Païfan ) A la vûë de cette fatale Bague
, Merope frémit , elle la reconnoit
pour la même qu'elle avoit
donnée autrefois au vieux Polidore,
& qui devoit fervir un jour , à lui
faire reconnoître fon cher Cref=
phonte. Elle ne douta point que
Te Meurtrier ne l'eut dérobée pour
118 LE MERCURE
prix de fon crime . Elle en jura la
vengeance , & s'étant fait amener
le malhûreux & innocent Egifte
elle le fit garotter à fes yeux , & fe
fit donner une lance pour lui percer
le coeur. A ces funeftes apprêts
Egifte témoigna ſon étonnement ;
ne pouvant fléchir la Reine irritée ,
prêt à recevoir le coup mortel ;
il lui échappa quelques plaintes ,
qui fufpendirent la vengeance de
Merope ,furtout le nom de Polidore
,forti de fa bouche , lui fut
d'un grand fecours . La Reine en
fut frapée , & quelques momens
qu'elle perdit en éclairciffemens ,
furent caufe que Polyphonne furvint
à cette terrible éxécution , &
l'empêcha , ou du moins la fit remettre
à une autre fois . Les plaintes
qu'Egifte fait au Tyran de l'injuftice
de Merope , qui fait perir
ceux à qui il fait grace ; la colere
du Tyran fur cette attentat , & la
protection qu'il accorde ouvertement
au prétendu Criminel , per
fuadent à la Reine une intelligence
DE MAY.
119
dont elle commençoit à fe douter.
Un nouveau défir de vengeance
s'allume dans fon fein , & le fort
lui fournit bientôt une occafion
de la
confommer. Egifte ayant tout
à craindre d'une Reine irritée , &
ne fe fentant coupable d'aucun
crime , cherche à fe juftifier dans
fon efprit. Il s'adreffà à ſa Confidente
, qui pour mieux l'attirer
dans le piége , lui dit , que Merope .
n'eft plus fi irritée contre lui ; elle
lui promit de lui en dire davantage
, dès qu'elle fe fera débaraffée
d'un foin preffant qui l'appelle
ailleurs , & le prie de l'attendre.
Egifte lui jure de ne point fortir
de cet Appartement, d'a-t-il y pafferla
nuit;accablé de laffitude de fes
derniers travaux , il s'endort. Pendant
fon fommeil , Polydore vient,
introduit dans le Palais par Eurife
qu'il prie de le laiffer feul. Il
découvre un homme endormi, dont
les habits lui font naître la curiofité
d'examiner les traits de fon viſage ;
il approche , mais, entendant venir
120 LE MERCURE
quelqu'un,il fe retire. A peine s'eftil
retiré qu'Eimere trouvant Egifte
endormi , appelle la Reine , en lui
difant que tout favorife fa vengeance
. Merope vient un Poignard à la
main ; mais prête à frapper Egitte ,
elle fe fent arrêtée par un homme
qui , par le cri qu'il fait , éveille
Egifte , & lui donne le tems de fe
fauver de la fureur de fon Ennemie.
Merope au defeſpoir d'avoir
manqué fon coup , le veut faire
retomber fur celui qui l'a fufpendu ;
mais , cette nouvelle Victime de
fa vengeance le fait reconnoître
à elle , pour ce même Polydore
à qui elle commit autrefois le foin
de fon cher Crefphonte , & lui apprend
en même tems , que c'étoit
Crefphonte-même qu'elle alloit
immoler. La Surpriſe , la Terreur.,
la Joye, fe fuccédent tour à tour
dans le coeur de Merope ; le premier
mouvement de la Nature la
porte à aller embraffer fon fils ;
mais , Polydore lui repréfente fagement
, que ce feroit l'étouffer
en
DE MAY 121
l'embraffant , & que le moindre
éclat mettroit la vie de fon tils
dans un danger évident. (Merope
fe rend à fes raifons .
Polydore lui
prommet
d'éclaircir au jeune Crefphonte
, le myftere de fa Naiffance.
Il accomplit fa promeffe , un
moment après ;
Crefphonte , qui
avoit toujours cru que Polydore
fut fon pere , fent couler le fang
d'Hercules dans ſes veines , à mefure
qu'il apprend fon véritable
fort ,il veut courir à la
vengeance
de fon pere & de fes freres égorgez
par le Tyran ; mais , Polydore fe
jettant à fes pieds , le fait confentir
à fuivre les confeils que fon
âge & fon expérience lui infpirent.
Polyphonte
perfite dans le deffein
d'époufer
Merope , & lui fait ordonner
par Adrafte fon cruel Emiffaire
, d'aller au Temple , fous
peine de voir périr à les yeux ,
toutes les perfonnes qui lui font
les plus cheres . Merope fe livre à
fes volontés , comme une Victime
qu'on entraîne à l'Autel , réfolue
May 177.
L
122 LE MERCURE
de fe donner la mort , plûtôt que
d'époufer le Meurtrier de fon Epoux
& de fes enfans. Elle n'en est
pas pourtant reduite à cette fatale
extrémité. Le jeune Crefphonte
fon fils , trouve le moyen de fe
foustraire aux yeux de Polydore ,
en le faifant confentir au défir curieux
qu'il a d'aller voir la Pompe
qui fe prépare au Temple. Apeine
y eut-il entré , qu'il voit Merope
fa mere, approcher de l'Autel , avec
une paleur qui lui perce l'ame . Il
court lui - même à cet Aurel
où elle est prête de s'immoler , &
fe faififfant du couteau facré , il
en frappe le Tyran & Adrafte.
Merope déclare aux Peuples affemblez
, que celui qui vient de les
tirer d'un efclavage qu'ils ne fupportoient
qu'à regret , eft leur véritable
Roi, fils du bon Crefphonte,
dont la mémoire leur eft fi chere ;
il n'en faut pas d'avantage pour lui
attirer tous les coeurs,il eft proclamé
Roi, &le Tiran détesté après la mort,
comme il l'avoit été pendantfa vie.
>
DE MAY . 123
Ans vouloir entrer dans les raiqui
ont engagé l'Auteur de
>
Semiramis à faire interrompre cette
Tragédie , qui avoit déja foûtenu
fept reprefentations , les Comédiens
François , pour confoler le
Public du plaifir qu'il avoit à la
fuivre , ont remis fur leur Théatre
le Flateur , Comédie de Mr Rouf-
-feau , qui parut pour la premiere
fois , il y a près de 20 ans ; quoique
les Acteurs faffent , pour rechauffer
cette Piéce & que Mr
Quinault l'aîné fe furpaffe dans
le Rôle du Aateur ; elle n'eft
cependant pas auffi fuivie qu'ils s'en
étoient flatés. Mlle le Couvreur ,
nouvelle Actrice , qui a joué à la
Cour de Lorraine & à Strasbourg,
a attiré beaucoup plus de Spectateurs
dans Electre elle a été fort
applaudie ; cependant , avant que
de porter aucun jugement fur fon
mérite Théatrale ; il faut attendre
que quelques autres Piéces en décident
.
Les changemens qui ont été faits
Lij
124 LE MERCURE
de la part du Poëte & du Muficien ,
dans Hypermetre qui avoit été
fufpendue , ont été fort bien receus
des Amateurs de l'Opera ;
on continue à la repréſenter avec
fuccés . M. Gervais Auteur de la
Mufique , doit être fatisfait de tout
le bien qu'en difent les Connoiffeurs.
Es Comédiens Italiens ayant
voulu faire l'effai d'une Piéce
purement héroïque, fans l'Arlequin,
reprefenterent avec applaudiffement
ces jours paffés , la Tragédie
de Merope qu'ils donnerent gratis.
Comme cette Troupe fe propofe
de la jouer cet Hiver , je me contenterai
d'en expofer fimple ment
la Fable , dégage de toutes réfléxions
critiques , les refervant pour
ce tems-là.
Le fujer de la Tragédie de Merope
eft tiré d'Apollodore ; mais , les
fituations font l'ouvrage du MarDE
MAY.
IIS
quis Scipion Maffei.
Crefphonte de la race des Héraclides
étoit Roy de Meffenie dans
l'Achaye. Il avoit eu trois fils de
Merope. Poliphonne,un de fes Sujets
, confpira contre lui , le détrôna
& fit impitoyablement
maffacrer
après lui , deux de ſes enfans.
Le troifiéme , à qui l'Auteur donne
le nom de Crefphonte
, & qu'Apollodore
appelle Ægyptus , fut
dérobé à la fureur du Tyran par
les foins de Merope , qui le remit
entre les mains d'un vieux ferviteur
, dont la fidélité lui étoit connuë.
Quinze ans fe pafferent, avant
que ce jeune Prince qui n'en avoit
que trois , lorfqu'il échappa à la
cruauté de Poliphonne , pût demander
raifon du Meurtre de fon
pere, & de fes freres , & de l'ufurpation
de les Etats. C'eft ici l'époque
de l'Action Théatrale . Polyphonne
voyant que les Peuples
de Meffene,Capitale du Royaume,
faifoient tous les jours des Conjurations
contre lui , forma le def716
LE MERCURE
fein d'époufer Merope , pour s'acquerir
un droit au Trône ufurpé .
L'infortunée Veuve de Crefphonte
fremit à cette propofition , & éclata
en fanglants reproches . Pendant
une fi aigre converfation , Adrafte
entiérement dévoué au Tyran ,
lui amena un jeune Païfan accufé
d'avoir tué un homme auprés de
Meffene , & de l'avoir jetté dans
un Fleuve , pour dérober la connoiffance
de fon crime . Le jeune
Païfan confeffa le Meurtre ; mais ,
il tacha de justifier fon intention ,
en difant , qu'il n'avoit fait que
défendre fa vie contre un Brigand
qui l'avoit attaqué . L'Accufateur
qui avoit interêt à le faire périr ,
parce qu'il avoit trouvé fur lui , une
Bague d'un grand prix , qui flatoit
fon avarice , n'oublia rien pour irriter
le Tyran contre lui : Mais ,
Merope attendrie par un fécret
preffentiment , demanda fa grace ,
& l'obtint de Poliphonne. Cependant
, comme le fouvenir de fon
fils l'occupoit fans ceffe , & la te-
1
DE MAY. 117
}
noit dans une agitation éternelle.
Elle s'imagina que le prétendu
Brigand que le Païfan avoit peint
à peu près de fon âge , qui convenoit
à celui du jeune Crefphonte ,
& armé d'une maffuë , Armes ordinaires
des defcendans d'Hercule ,
Elle s'imagina , dis -je , que ce pou--
voit bien être fon fils qui avoit été
tué & jetté dans le Fleuve : Elle"
n'eut point de repos qu'elle ne fut
éclaircie. Eurife attaché à fes interefts
, lui promit d'interoger Adrafte
qui étoit de fes Amis. Cela
fut éxécuté fi hûreufement , ou
plûtôt fi malhûreufement pour Merope
, qu'Eurife lui apporta la Bague
qu'Adrafte avoir trouvée fur
Egifte ( c'étoit le nom du jeune
Païfan ) A la vûë de cette fatale Bague
, Merope frémit , elle la reconnoit
pour la même qu'elle avoit
donnée autrefois au vieux Polidore,
& qui devoit fervir un jour , à lui
faire reconnoître fon cher Cref=
phonte. Elle ne douta point que
Te Meurtrier ne l'eut dérobée pour
118 LE MERCURE
prix de fon crime . Elle en jura la
vengeance , & s'étant fait amener
le malhûreux & innocent Egifte
elle le fit garotter à fes yeux , & fe
fit donner une lance pour lui percer
le coeur. A ces funeftes apprêts
Egifte témoigna ſon étonnement ;
ne pouvant fléchir la Reine irritée ,
prêt à recevoir le coup mortel ;
il lui échappa quelques plaintes ,
qui fufpendirent la vengeance de
Merope ,furtout le nom de Polidore
,forti de fa bouche , lui fut
d'un grand fecours . La Reine en
fut frapée , & quelques momens
qu'elle perdit en éclairciffemens ,
furent caufe que Polyphonne furvint
à cette terrible éxécution , &
l'empêcha , ou du moins la fit remettre
à une autre fois . Les plaintes
qu'Egifte fait au Tyran de l'injuftice
de Merope , qui fait perir
ceux à qui il fait grace ; la colere
du Tyran fur cette attentat , & la
protection qu'il accorde ouvertement
au prétendu Criminel , per
fuadent à la Reine une intelligence
DE MAY.
119
dont elle commençoit à fe douter.
Un nouveau défir de vengeance
s'allume dans fon fein , & le fort
lui fournit bientôt une occafion
de la
confommer. Egifte ayant tout
à craindre d'une Reine irritée , &
ne fe fentant coupable d'aucun
crime , cherche à fe juftifier dans
fon efprit. Il s'adreffà à ſa Confidente
, qui pour mieux l'attirer
dans le piége , lui dit , que Merope .
n'eft plus fi irritée contre lui ; elle
lui promit de lui en dire davantage
, dès qu'elle fe fera débaraffée
d'un foin preffant qui l'appelle
ailleurs , & le prie de l'attendre.
Egifte lui jure de ne point fortir
de cet Appartement, d'a-t-il y pafferla
nuit;accablé de laffitude de fes
derniers travaux , il s'endort. Pendant
fon fommeil , Polydore vient,
introduit dans le Palais par Eurife
qu'il prie de le laiffer feul. Il
découvre un homme endormi, dont
les habits lui font naître la curiofité
d'examiner les traits de fon viſage ;
il approche , mais, entendant venir
120 LE MERCURE
quelqu'un,il fe retire. A peine s'eftil
retiré qu'Eimere trouvant Egifte
endormi , appelle la Reine , en lui
difant que tout favorife fa vengeance
. Merope vient un Poignard à la
main ; mais prête à frapper Egitte ,
elle fe fent arrêtée par un homme
qui , par le cri qu'il fait , éveille
Egifte , & lui donne le tems de fe
fauver de la fureur de fon Ennemie.
Merope au defeſpoir d'avoir
manqué fon coup , le veut faire
retomber fur celui qui l'a fufpendu ;
mais , cette nouvelle Victime de
fa vengeance le fait reconnoître
à elle , pour ce même Polydore
à qui elle commit autrefois le foin
de fon cher Crefphonte , & lui apprend
en même tems , que c'étoit
Crefphonte-même qu'elle alloit
immoler. La Surpriſe , la Terreur.,
la Joye, fe fuccédent tour à tour
dans le coeur de Merope ; le premier
mouvement de la Nature la
porte à aller embraffer fon fils ;
mais , Polydore lui repréfente fagement
, que ce feroit l'étouffer
en
DE MAY 121
l'embraffant , & que le moindre
éclat mettroit la vie de fon tils
dans un danger évident. (Merope
fe rend à fes raifons .
Polydore lui
prommet
d'éclaircir au jeune Crefphonte
, le myftere de fa Naiffance.
Il accomplit fa promeffe , un
moment après ;
Crefphonte , qui
avoit toujours cru que Polydore
fut fon pere , fent couler le fang
d'Hercules dans ſes veines , à mefure
qu'il apprend fon véritable
fort ,il veut courir à la
vengeance
de fon pere & de fes freres égorgez
par le Tyran ; mais , Polydore fe
jettant à fes pieds , le fait confentir
à fuivre les confeils que fon
âge & fon expérience lui infpirent.
Polyphonte
perfite dans le deffein
d'époufer
Merope , & lui fait ordonner
par Adrafte fon cruel Emiffaire
, d'aller au Temple , fous
peine de voir périr à les yeux ,
toutes les perfonnes qui lui font
les plus cheres . Merope fe livre à
fes volontés , comme une Victime
qu'on entraîne à l'Autel , réfolue
May 177.
L
122 LE MERCURE
de fe donner la mort , plûtôt que
d'époufer le Meurtrier de fon Epoux
& de fes enfans. Elle n'en est
pas pourtant reduite à cette fatale
extrémité. Le jeune Crefphonte
fon fils , trouve le moyen de fe
foustraire aux yeux de Polydore ,
en le faifant confentir au défir curieux
qu'il a d'aller voir la Pompe
qui fe prépare au Temple. Apeine
y eut-il entré , qu'il voit Merope
fa mere, approcher de l'Autel , avec
une paleur qui lui perce l'ame . Il
court lui - même à cet Aurel
où elle est prête de s'immoler , &
fe faififfant du couteau facré , il
en frappe le Tyran & Adrafte.
Merope déclare aux Peuples affemblez
, que celui qui vient de les
tirer d'un efclavage qu'ils ne fupportoient
qu'à regret , eft leur véritable
Roi, fils du bon Crefphonte,
dont la mémoire leur eft fi chere ;
il n'en faut pas d'avantage pour lui
attirer tous les coeurs,il eft proclamé
Roi, &le Tiran détesté après la mort,
comme il l'avoit été pendantfa vie.
>
DE MAY . 123
Ans vouloir entrer dans les raiqui
ont engagé l'Auteur de
>
Semiramis à faire interrompre cette
Tragédie , qui avoit déja foûtenu
fept reprefentations , les Comédiens
François , pour confoler le
Public du plaifir qu'il avoit à la
fuivre , ont remis fur leur Théatre
le Flateur , Comédie de Mr Rouf-
-feau , qui parut pour la premiere
fois , il y a près de 20 ans ; quoique
les Acteurs faffent , pour rechauffer
cette Piéce & que Mr
Quinault l'aîné fe furpaffe dans
le Rôle du Aateur ; elle n'eft
cependant pas auffi fuivie qu'ils s'en
étoient flatés. Mlle le Couvreur ,
nouvelle Actrice , qui a joué à la
Cour de Lorraine & à Strasbourg,
a attiré beaucoup plus de Spectateurs
dans Electre elle a été fort
applaudie ; cependant , avant que
de porter aucun jugement fur fon
mérite Théatrale ; il faut attendre
que quelques autres Piéces en décident
.
Les changemens qui ont été faits
Lij
124 LE MERCURE
de la part du Poëte & du Muficien ,
dans Hypermetre qui avoit été
fufpendue , ont été fort bien receus
des Amateurs de l'Opera ;
on continue à la repréſenter avec
fuccés . M. Gervais Auteur de la
Mufique , doit être fatisfait de tout
le bien qu'en difent les Connoiffeurs.
Fermer
1853
s. p.
APPROBATION.
Début :
J'ay lû par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monſeigneur
le Chancelier , le Mercure de
May 1717. dans lequel je n'ai rien
trouvé qui en puiffe empêcher
l'Impreffion, Fair à Paris ce 31 Mai
1717.
S
TERRASSON
'Ay lû par ordre de Monſeigneur
le Chancelier , le Mercure de
May 1717. dans lequel je n'ai rien
trouvé qui en puiffe empêcher
l'Impreffion, Fair à Paris ce 31 Mai
1717.
S
TERRASSON
Fermer
1854
s. p.
AVANT-PROPOS.
Début :
Les personnes accoûtumées à me voir entrer en matiere, par une Piéce [...]
Mots clefs :
Pièces littéraires, Récit historique, Dissertation, Mémoires, Cardinal de Retz, Ouvrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS.
AVANT-PROPOS.
L ESpersonnes accoutumées «
me voir entrer en mâture,
parunePièce
1
Lnttraiu,uo,y,~
nontpeut-êtreàredirequejedébute
par
un
RécIt Hlftoï!que. J'<'-
viens uefînsde rai (:JÍ:'
jen'auroispas , ordinaire.Cednéc'heasngteprmasonap*la^nsa n
oJ"din,;!!re.Cen'eFpt!S a:£ ï;--:oi;¡s
)
manque de Dissertations nuerrejfaites:
Mais,commeil\nae décile,
que
p" placer dans le
mêmevolume Jeuxmorceauxdune
trop grande étendue, H*d ne
m'étoit pas permis de faire aucun
retranchement dans l'un
,
ni dans
l'autre, sans altération;,*t dor-
NélA préférence el14 curieux 6~ dCïmer
Extrait des Mémoires du
Cardinal de Retz, , que l'en a ûla
bonté de me communiquer. ¡efuis
-HOr., ,.Jj /Hlt>
celui-etnsimulera
A V A NT-FROPOS.
pasmoinsca:grrié.iabbllcermace-n,ittqquueelleesspré- -vj;c~ é- qu'ilfera déjireravec irnr,:
t!encc J >:>t:prefj}cnd'une-Hijtoire
*~rf•'/:vari-.'equecelledela derniere
J..;.:c, c.iLO(;,-V' deisSpLremEieresannées du GRAND.
ferc;:afvr.>:*i-ttr que les pofj<"-.
rrsd.un si telOuvrage le
A'jsr.tbtez-tet en inrniere : Ils
cr-t rede.,]i!csenversle Public
';
!-:,/ .",'.: 'C;! Tr/jor,pu court Toujours
,',' ,".; -\~ :àS UY/lî onil r;'(Ii
L ESpersonnes accoutumées «
me voir entrer en mâture,
parunePièce
1
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RécIt Hlftoï!que. J'<'-
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Mais,commeil\nae décile,
que
p" placer dans le
mêmevolume Jeuxmorceauxdune
trop grande étendue, H*d ne
m'étoit pas permis de faire aucun
retranchement dans l'un
,
ni dans
l'autre, sans altération;,*t dor-
NélA préférence el14 curieux 6~ dCïmer
Extrait des Mémoires du
Cardinal de Retz, , que l'en a ûla
bonté de me communiquer. ¡efuis
-HOr., ,.Jj /Hlt>
celui-etnsimulera
A V A NT-FROPOS.
pasmoinsca:grrié.iabbllcermace-n,ittqquueelleesspré- -vj;c~ é- qu'ilfera déjireravec irnr,:
t!encc J >:>t:prefj}cnd'une-Hijtoire
*~rf•'/:vari-.'equecelledela derniere
J..;.:c, c.iLO(;,-V' deisSpLremEieresannées du GRAND.
ferc;:afvr.>:*i-ttr que les pofj<"-.
rrsd.un si telOuvrage le
A'jsr.tbtez-tet en inrniere : Ils
cr-t rede.,]i!csenversle Public
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1855
p. 62-64
A MELLE DE M *** PAR MR A**
Début :
M .... par l'Amour adoptée, [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Séducteur, Soeur, Raison, Amants, Fontaine, Chansons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MELLE DE M *** PAR MR A**
si MELLE de+
PAR MR A*iC
M par l'Amour adoptée,
Digne du Coeur d'un dc;î;;-
Dieu,
Etpour dire encor plus,digned'être
chantce
Ou par Ferrand,oupar Chaulieu.
Minerve & l'Enfant de Cythere
Vous ornent à envi,d'uncharme
jcduéfcur:
Je vois brillerenvous l'esprit devôtre
mere Et la ,beauté de vôtre Soeur ;
C'cfl beaucoup pour une morltlle.
Je n'en dira.' pas plus,songezbien
Jealerte;-1
A vivre, s'il, se peut,heureuseautant
qn; belle
, l.>ibre des préjugez, que la r.::fbn
dînent.
Aux plaisirs où le 1flon:l.6 en foutu
Avobusoanpdpoelnlen, ez
Voj4j frtUtmtZr;;
ToltJ;rq des Amans, vous aiJJt'm",.
ee.:r(a'U-,5('"a1n.sI'tdYoï.u1.t1efO: lltmfei!1.[commune
DaLboei,autez,delaCou»fn>Jre
mableroute, VoMer,reprendrevotreFot.t,
Pourmoi levous loüerai, cesera
yiîG''ïemploi-
Je Ifai qtJ:c' Et est fowuent un partage quelaFontaine&Virgile
Jtscuetlloiem rarement le fruit de
leurs Chansons.
D'un inutileDieu malhûreuxNourrissons,
Nous
semonspourautrui,j'ose bien
nous le dire,
MonCoeurdelaDuclos,fut qlselque
temscharmé,
L'amouren sa faveuravoitformé
ma Lire,
ÏCchantoislaDuclos,D*.••erJf<rit
ICimé. Vij
C'étoit bienlapeined'écrire?
Je vous loüerai pourtant, ilmesera
trop doux
De vous chanter, C. même sans
vousplaire,
MesChansonsferont monsalaire
: N'est- ce rien de parler de
VOUS.
PAR MR A*iC
M par l'Amour adoptée,
Digne du Coeur d'un dc;î;;-
Dieu,
Etpour dire encor plus,digned'être
chantce
Ou par Ferrand,oupar Chaulieu.
Minerve & l'Enfant de Cythere
Vous ornent à envi,d'uncharme
jcduéfcur:
Je vois brillerenvous l'esprit devôtre
mere Et la ,beauté de vôtre Soeur ;
C'cfl beaucoup pour une morltlle.
Je n'en dira.' pas plus,songezbien
Jealerte;-1
A vivre, s'il, se peut,heureuseautant
qn; belle
, l.>ibre des préjugez, que la r.::fbn
dînent.
Aux plaisirs où le 1flon:l.6 en foutu
Avobusoanpdpoelnlen, ez
Voj4j frtUtmtZr;;
ToltJ;rq des Amans, vous aiJJt'm",.
ee.:r(a'U-,5('"a1n.sI'tdYoï.u1.t1efO: lltmfei!1.[commune
DaLboei,autez,delaCou»fn>Jre
mableroute, VoMer,reprendrevotreFot.t,
Pourmoi levous loüerai, cesera
yiîG''ïemploi-
Je Ifai qtJ:c' Et est fowuent un partage quelaFontaine&Virgile
Jtscuetlloiem rarement le fruit de
leurs Chansons.
D'un inutileDieu malhûreuxNourrissons,
Nous
semonspourautrui,j'ose bien
nous le dire,
MonCoeurdelaDuclos,fut qlselque
temscharmé,
L'amouren sa faveuravoitformé
ma Lire,
ÏCchantoislaDuclos,D*.••erJf<rit
ICimé. Vij
C'étoit bienlapeined'écrire?
Je vous loüerai pourtant, ilmesera
trop doux
De vous chanter, C. même sans
vousplaire,
MesChansonsferont monsalaire
: N'est- ce rien de parler de
VOUS.
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1856
p. 67-70
EPITRE DE M. THIRIOT, A M. D....
Début :
Je vous écris, mon cher, pour vous remercier de nous [...]
Mots clefs :
Histoire, Procès, Humeur noire, Auteurs, Virgile, Horace, Absence, Silence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE M. THIRIOT, A M. D....
EPITRE DEM.THIRIOT,
A M. D.
J E vous écris, mon cher , pour
vous remercier de nous avoir
donnéCouvent de vos nouvelles,
& pour vous demander pardon de
ne vous avoir pas écrit.
Sansvous ennuyer parl'histoire,
Sichacuns'est biendiverti,
Depuisque vousêtes parti,
Pi/ur AltèrAHX Rives de Loire:
Sçachez de nous en racourci,
,9j4e 110USnoUSoccuporJjiL)
A dresser unExecutoire ,
Une Requête, un Compulsoire;
Ou bien d'un Procès obscurci,
Par quelqueNullité notoire,
Dontnousnouschargeonsla mémoire,
Débroüiller le Car, & le Si>
N'ayant à faireentoutcecy
Qu'àChicaneurs, gens d'écritoire
J$m nous
payentd'ungrand merci.
Or, vous devez, aisément croire,
£u'en travaillant à tel grimoire,
Nous avons peu de tems ;
qu'ainsi,
l'ennui nous accableroit, si
Quelque fois des gens sans fouet,
Ne dissipoientnôtre humeurnoire ,
Parleur entretien, comme aussi
Aforce de rire&de boire.
Plus heureux de vôtre CÔt,é,
LoindutumultedelaVille , Etplusjugement enchanté,
Coûtezbienl'étudefacile,
.!f!!!,e vousprocurevôtreazile
Cherchantplutôtpargoûtquepar
necessité
LeVrai,l'Agréab, le,&l'Utile,
JvfSon puisedansleseinfertile
Des Auteurs de VAntiquité,
Dontj'ai peu ou prou profité.
Peu,tréssûrement pour le stile;
Mais d'où pourtant j'ai raporté
Certain esprit de liberté,
Exempt dupréjugéservile,
ADvoenct le Vulgaire eji infecté,
une vertu docile,
A soûtenirl'adversité,
Dans un malheureux domicile,
Oùjesuis en societé
- D'Ignorans, dont leplus habile
Entend l'OrdonnanceCivile,
1 .!2.!!,'il a plussouventcommenté,
I JH^ue Terence, Horace ou Virgile.
f,
Je fuporterois plus tranquilement
l'ennui que me causent ces Mef- I(leurs, si la perte de mes amis
n'achevott de m'accabler tout à
fait. G. part pour Rome,nous
sommes fort aises de ce voyage,
par raport à lui, & très fachez par
la perte que nous faisons. Avec les
talens qu'il a, jugez combien il en
reviendra joli homme.
D'unNaturel ingenieux,
jivecsuccès il concilie,
Sans être fort laborieux
, La Peinture & la Poësie:
Mais ce qui vaut encore mieux,
Il est de bonne compagnie.
Quant aulong cr honteuxsilence
JH^ue me reprochez justement ;
Ce n'est point par indiference
,
Si je l'ai gardélonguement,
Mais bienplûtôtparnonchalance
,
«ZU-11 commeun Auteur d'importance
, Ji-f'al\ir.donnetrès rarement :
Orc.oc,eprtsteile.1jjurance,
N'ayez point de ressentiment,
Ecrivez-nous plusfrequement,
Ousinon,que vôtrepresence
Nou: tire de l'abbattement,
G)uenous a causé vôtre abfer.ee,
A M. D.
J E vous écris, mon cher , pour
vous remercier de nous avoir
donnéCouvent de vos nouvelles,
& pour vous demander pardon de
ne vous avoir pas écrit.
Sansvous ennuyer parl'histoire,
Sichacuns'est biendiverti,
Depuisque vousêtes parti,
Pi/ur AltèrAHX Rives de Loire:
Sçachez de nous en racourci,
,9j4e 110USnoUSoccuporJjiL)
A dresser unExecutoire ,
Une Requête, un Compulsoire;
Ou bien d'un Procès obscurci,
Par quelqueNullité notoire,
Dontnousnouschargeonsla mémoire,
Débroüiller le Car, & le Si>
N'ayant à faireentoutcecy
Qu'àChicaneurs, gens d'écritoire
J$m nous
payentd'ungrand merci.
Or, vous devez, aisément croire,
£u'en travaillant à tel grimoire,
Nous avons peu de tems ;
qu'ainsi,
l'ennui nous accableroit, si
Quelque fois des gens sans fouet,
Ne dissipoientnôtre humeurnoire ,
Parleur entretien, comme aussi
Aforce de rire&de boire.
Plus heureux de vôtre CÔt,é,
LoindutumultedelaVille , Etplusjugement enchanté,
Coûtezbienl'étudefacile,
.!f!!!,e vousprocurevôtreazile
Cherchantplutôtpargoûtquepar
necessité
LeVrai,l'Agréab, le,&l'Utile,
JvfSon puisedansleseinfertile
Des Auteurs de VAntiquité,
Dontj'ai peu ou prou profité.
Peu,tréssûrement pour le stile;
Mais d'où pourtant j'ai raporté
Certain esprit de liberté,
Exempt dupréjugéservile,
ADvoenct le Vulgaire eji infecté,
une vertu docile,
A soûtenirl'adversité,
Dans un malheureux domicile,
Oùjesuis en societé
- D'Ignorans, dont leplus habile
Entend l'OrdonnanceCivile,
1 .!2.!!,'il a plussouventcommenté,
I JH^ue Terence, Horace ou Virgile.
f,
Je fuporterois plus tranquilement
l'ennui que me causent ces Mef- I(leurs, si la perte de mes amis
n'achevott de m'accabler tout à
fait. G. part pour Rome,nous
sommes fort aises de ce voyage,
par raport à lui, & très fachez par
la perte que nous faisons. Avec les
talens qu'il a, jugez combien il en
reviendra joli homme.
D'unNaturel ingenieux,
jivecsuccès il concilie,
Sans être fort laborieux
, La Peinture & la Poësie:
Mais ce qui vaut encore mieux,
Il est de bonne compagnie.
Quant aulong cr honteuxsilence
JH^ue me reprochez justement ;
Ce n'est point par indiference
,
Si je l'ai gardélonguement,
Mais bienplûtôtparnonchalance
,
«ZU-11 commeun Auteur d'importance
, Ji-f'al\ir.donnetrès rarement :
Orc.oc,eprtsteile.1jjurance,
N'ayez point de ressentiment,
Ecrivez-nous plusfrequement,
Ousinon,que vôtrepresence
Nou: tire de l'abbattement,
G)uenous a causé vôtre abfer.ee,
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1857
p. 71-74
L'AMOUR CAPTIF, A S. A. S MADAME LA PRINCESSE DE CONTY. PAR Mr LE GRAND.
Début :
L'Enfant aîlé, ce redoutable Sire, [...]
Mots clefs :
Empire, Princesse, Mémoire, Amour, Sceptre, Temple, Désirs, Plaisirs, Nymphe
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texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR CAPTIF, A S. A. S MADAME LA PRINCESSE DE CONTY. PAR Mr LE GRAND.
L'AMOURCAPTIF,
AS.A.S MADAME
LAPRINCESSEDECONTY.
PAR Mr LE GRAND.
L Enfantail,ce redoutable Sire,
Comme sç ;vcz., , par son Arc
glorieux
Tant rge¡JOilieJrwu:', xqui,des bords Sti-
Lesombre Roisoûmit àson Empire:
Ce Dieu,PRINCESSE,Artisan
d:vis yeux, Bride pour vous, sans oser vous le
dire;
Dtrezj ,comment, les nouvelles des
Dieux
Je puis fçavoir> Sufît, en ces bas
liCHX
Jhweur Jait tout desfilles de Alftiiorre:
Etd\i-:trepart,point ne tiens mon
hilloi/e.
VAmourna^urres ensonchar
ez.,4r
Vint uy bas par l'ordre desa mere
VOHÙmtfçavolrsifan Sceptre doré.
Sur Terre encor trouvoit culte sincere:
Registreprit lefier Dieude Cythere.
Pour tenir compte, ayant bien denombré,
De chaquetemple à Venus confllcrl.
Puis,devoit mettre aujft sur le Libelle,
Combien decoeurs adoroient l'lm.
mortelle:
Ainsi s'enva deson carquois paré,
FairerevuëAmournouveauBaréme
Par maint Paiscouroit comme un
Bohéirs.
Il fut ïtirpr,;,Peie vous dirai combien
Pasn'ytrouvaTempleCytherien
Tous les Servans de sa beautésu
pr:r,jc,
Etoient,Princesse
, en vôtre doux
Ilci ;
Su. pris , que dis-je?Amours'e
dnutoit bien:
Japrcrcyoït,quand ilvous eût for
mée,
£ujhr.niTjouilr,éstia mereen [croît de
T'iUjCHÏ
Toujours l'Enfant lui fait tour de
matois;
Quefip r elleilût l'amealarmee,
Fut consoléd'aprendre vosExploits:
Tout lui contoit la Déesse aux cent
voix , Mais aux propos Amour qui ne
s'arrête
,
De vos beauxjeux couroitsefaire
fête :
Ce Dieu vous vit, Princesse, Vautre
jour,
Plus belle encor que Venus ensa
Cour
» llvoi:s armay cen'est cas qui m'étonne
, A tous lescoeursvotre beauté tordor:
ne ;
De ses beaux traits , lui qui fçût
vous armer,
Put-il tarder* s'en laissercharmer:
jUais a;tre point causeicy majiir-
Pï',re,
Vert;: cjn formeentoutvotre Devise
, Au moins devolt alarmerses désirs:
Amourn'aimasinon pour les plaisirs,
Voire à Psiché lorsqu'il rendit Il
armes
Lefin matois contoitsursesfaveursm
pour VMts ,
Princesse
, ayant d'au
tres ardeurs
,Sa belle Nymphe il immole à vo
charmes:
Plus glorieux d'adorervosrigueursM
AS.A.S MADAME
LAPRINCESSEDECONTY.
PAR Mr LE GRAND.
L Enfantail,ce redoutable Sire,
Comme sç ;vcz., , par son Arc
glorieux
Tant rge¡JOilieJrwu:', xqui,des bords Sti-
Lesombre Roisoûmit àson Empire:
Ce Dieu,PRINCESSE,Artisan
d:vis yeux, Bride pour vous, sans oser vous le
dire;
Dtrezj ,comment, les nouvelles des
Dieux
Je puis fçavoir> Sufît, en ces bas
liCHX
Jhweur Jait tout desfilles de Alftiiorre:
Etd\i-:trepart,point ne tiens mon
hilloi/e.
VAmourna^urres ensonchar
ez.,4r
Vint uy bas par l'ordre desa mere
VOHÙmtfçavolrsifan Sceptre doré.
Sur Terre encor trouvoit culte sincere:
Registreprit lefier Dieude Cythere.
Pour tenir compte, ayant bien denombré,
De chaquetemple à Venus confllcrl.
Puis,devoit mettre aujft sur le Libelle,
Combien decoeurs adoroient l'lm.
mortelle:
Ainsi s'enva deson carquois paré,
FairerevuëAmournouveauBaréme
Par maint Paiscouroit comme un
Bohéirs.
Il fut ïtirpr,;,Peie vous dirai combien
Pasn'ytrouvaTempleCytherien
Tous les Servans de sa beautésu
pr:r,jc,
Etoient,Princesse
, en vôtre doux
Ilci ;
Su. pris , que dis-je?Amours'e
dnutoit bien:
Japrcrcyoït,quand ilvous eût for
mée,
£ujhr.niTjouilr,éstia mereen [croît de
T'iUjCHÏ
Toujours l'Enfant lui fait tour de
matois;
Quefip r elleilût l'amealarmee,
Fut consoléd'aprendre vosExploits:
Tout lui contoit la Déesse aux cent
voix , Mais aux propos Amour qui ne
s'arrête
,
De vos beauxjeux couroitsefaire
fête :
Ce Dieu vous vit, Princesse, Vautre
jour,
Plus belle encor que Venus ensa
Cour
» llvoi:s armay cen'est cas qui m'étonne
, A tous lescoeursvotre beauté tordor:
ne ;
De ses beaux traits , lui qui fçût
vous armer,
Put-il tarder* s'en laissercharmer:
jUais a;tre point causeicy majiir-
Pï',re,
Vert;: cjn formeentoutvotre Devise
, Au moins devolt alarmerses désirs:
Amourn'aimasinon pour les plaisirs,
Voire à Psiché lorsqu'il rendit Il
armes
Lefin matois contoitsursesfaveursm
pour VMts ,
Princesse
, ayant d'au
tres ardeurs
,Sa belle Nymphe il immole à vo
charmes:
Plus glorieux d'adorervosrigueursM
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1858
p. 152-155
LE CHAR DE S. A. S. MADAME LA PRINCESSE DE CONTI Au Cours : PAR Mr FUSELER.
Début :
Petits Chevaux, qui dans un Char brillant, [...]
Mots clefs :
Chevaux, Déesse, Ardeur , Hommage, Art, Nature, Amour, Charmes, Princesse de Conti
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE CHAR DE S. A. S. MADAME LA PRINCESSE DE CONTI Au Cours : PAR Mr FUSELER.
LE CHAR
DES. A. S MÀDAMÏ
LA PRINCESSE DE CONTI.
Au CVJvr :
PARMrFUSELIER.
GEnti Coursiers, qui dansun
Char brillant,
Trainez, au Cours une jeune Déefei
Ne maYCheL pas d'un air si petitlant,
Nous perdons trop à l'ardeur qui
vous presse.
Ciel que d'attraits !.Silence,
ou parlons bas.
Lorsque l'on voit une simple mortelle,
On peut crier sans façon, qu'elle est
belle!
Pour rendre hommage aux plus raresappas,
Tributs sont bons de toutes les especes
, Mais tout Encens aux Dieux ne
convientpas:
Trier le faut, sur tout pour les
Déesses.
Déjaflduitpar 1m Eclat nouveau,
J'allois tenter de peindre tant de
charmes,
Eàttilfatal au plussçavant Pinceau>
Apelle mêmeicy,rendroit les armes-
L'Art, quand il peut, exactdans
ses portraits , Rend à nos yeux les Graces d'ttnô
Belle,
Plus libéral biensouvent quefidele,
pour des defauts, il donne des
attraits
A qui leveut. Mais il estcertains
Traits
Que laNature a reservez, pour elit'")
Dont iImpofleur nedispose >aman :
Tels on les vo t dans l'aimable
Immortelle,
Achaque wfïant Spectateurs prévenus
Deçà,deO:) parmainteKirielle ,
Sanslesçavoir,honorent tropVenusy
Disfans,voicy la Reine de Cithere ;
Onques nefutsicertaine de plaire :
DesPiroïs des ardens Phlégons,
Sonattelage atoute l'Encolure.
SilaDéeffeaLusséfcsP'geons,
Elle n'a pas oubliésa Ceinture.
D'ou vient qu'Amour,par rcfpca
écartè
Montre auj,ourd'hui tant de timidité?
Pourquoi du Charsuit-il de loin les
traces ?
Et n'y voit-on feulement que les
Graces ?
Par ces discours mêlez, de doux
transports,
* Chevaux du Solcil.
V€ent & cent -voix font retentir CCS
Bords,
Et l'on entend cette troupe ravie,
Loüer Venus des charmesqu'elle
envie.
Mais lejourfuit dans ces lieuxfortunez,
,
En'Vain Phoebus a'finisa Carriere :
Gentils Coursiers, le Char quevous
traînez,
Porte des Feux plus doux que sa
Lumiere ;
Allez,coureztoûjours rapidement;
Vous ne fçauriez, avoir trop de vitesse;
Putfcjutl ne faut qu'admirer la
IJ/cf!',
C'est trop lavoir, que la voir un
moment.
DES. A. S MÀDAMÏ
LA PRINCESSE DE CONTI.
Au CVJvr :
PARMrFUSELIER.
GEnti Coursiers, qui dansun
Char brillant,
Trainez, au Cours une jeune Déefei
Ne maYCheL pas d'un air si petitlant,
Nous perdons trop à l'ardeur qui
vous presse.
Ciel que d'attraits !.Silence,
ou parlons bas.
Lorsque l'on voit une simple mortelle,
On peut crier sans façon, qu'elle est
belle!
Pour rendre hommage aux plus raresappas,
Tributs sont bons de toutes les especes
, Mais tout Encens aux Dieux ne
convientpas:
Trier le faut, sur tout pour les
Déesses.
Déjaflduitpar 1m Eclat nouveau,
J'allois tenter de peindre tant de
charmes,
Eàttilfatal au plussçavant Pinceau>
Apelle mêmeicy,rendroit les armes-
L'Art, quand il peut, exactdans
ses portraits , Rend à nos yeux les Graces d'ttnô
Belle,
Plus libéral biensouvent quefidele,
pour des defauts, il donne des
attraits
A qui leveut. Mais il estcertains
Traits
Que laNature a reservez, pour elit'")
Dont iImpofleur nedispose >aman :
Tels on les vo t dans l'aimable
Immortelle,
Achaque wfïant Spectateurs prévenus
Deçà,deO:) parmainteKirielle ,
Sanslesçavoir,honorent tropVenusy
Disfans,voicy la Reine de Cithere ;
Onques nefutsicertaine de plaire :
DesPiroïs des ardens Phlégons,
Sonattelage atoute l'Encolure.
SilaDéeffeaLusséfcsP'geons,
Elle n'a pas oubliésa Ceinture.
D'ou vient qu'Amour,par rcfpca
écartè
Montre auj,ourd'hui tant de timidité?
Pourquoi du Charsuit-il de loin les
traces ?
Et n'y voit-on feulement que les
Graces ?
Par ces discours mêlez, de doux
transports,
* Chevaux du Solcil.
V€ent & cent -voix font retentir CCS
Bords,
Et l'on entend cette troupe ravie,
Loüer Venus des charmesqu'elle
envie.
Mais lejourfuit dans ces lieuxfortunez,
,
En'Vain Phoebus a'finisa Carriere :
Gentils Coursiers, le Char quevous
traînez,
Porte des Feux plus doux que sa
Lumiere ;
Allez,coureztoûjours rapidement;
Vous ne fçauriez, avoir trop de vitesse;
Putfcjutl ne faut qu'admirer la
IJ/cf!',
C'est trop lavoir, que la voir un
moment.
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1859
p. 155-156
ODE ANACREONTIQUE. A MADEMOISELLE DE L... Par M. le Chevalier de S. Jory.
Début :
Venus sur la mole verdure [...]
Mots clefs :
Verdure, Obscurité, Voûte, Berceau, Amour, Aurore
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE ANACREONTIQUE. A MADEMOISELLE DE L... Par M. le Chevalier de S. Jory.
ODE ANACREONTIQUE.
A MADEMOISELL DE L.
par M. le Chevalier de S. Jory. VEnus sur la mole verdure
D'unJoncfraichement amassé,
Reposoitfous laVoute obscure
D'un Chevrefeuil entrelassé.
Lefeüillage toufu d'un Hêtre
Couronnait ce sombre Berceau , jiu piedde ce Trône champêtre,
Serpentoit unprofond Rutjfeau.
Venus danssoncristalfidélle,
PIllongeoit des regardssatisfaits , presentoità l'Immortelle
La vive Image deses Traits.
Depuis le lever de VAurore
,
L-A,rotiriôdoit dans ces Cantons
Et navait pû l!:J]er encore
Que des Oiseaux& desMoutons
Ildémêlé enfin la Dusse
jiu traversdu]evillageépais;
Il prend!on Arc, tire & la bhfj
Duplus meurtrier de ses Traits.
Perfide E;.1.f.!'"
,
s'écria-t-elle
,
X>Vv'vient Clint', tipi tafureur?
Je 'l',;" prévois pottrIsab:!le
, Du l'Amour, Fûi-dom:Cz. VErreH
A MADEMOISELL DE L.
par M. le Chevalier de S. Jory. VEnus sur la mole verdure
D'unJoncfraichement amassé,
Reposoitfous laVoute obscure
D'un Chevrefeuil entrelassé.
Lefeüillage toufu d'un Hêtre
Couronnait ce sombre Berceau , jiu piedde ce Trône champêtre,
Serpentoit unprofond Rutjfeau.
Venus danssoncristalfidélle,
PIllongeoit des regardssatisfaits , presentoità l'Immortelle
La vive Image deses Traits.
Depuis le lever de VAurore
,
L-A,rotiriôdoit dans ces Cantons
Et navait pû l!:J]er encore
Que des Oiseaux& desMoutons
Ildémêlé enfin la Dusse
jiu traversdu]evillageépais;
Il prend!on Arc, tire & la bhfj
Duplus meurtrier de ses Traits.
Perfide E;.1.f.!'"
,
s'écria-t-elle
,
X>Vv'vient Clint', tipi tafureur?
Je 'l',;" prévois pottrIsab:!le
, Du l'Amour, Fûi-dom:Cz. VErreH
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1860
p. 157-158
LES QUÉTEUSES FARDÉES.
Début :
La Redondille Espagnole d'Orphée, imitée par Mr de Senecé / Toi qu'on voyoit plus volontiers en Vin, [...]
Mots clefs :
Charité, Pauvres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES QUÉTEUSES FARDÉES.
La Redondille Espagnole d'Orphée
,imitée par Mr de Senecé, a
été si bien reçue dans le Mercure
d'Avril, qu'il
y a lieu de croire,
que le Public apprendra avec
plaisir, que les Poësies du même
!lt\uteur font enfin imprimées, Be
doiventparoître au commencement
de ce mois. Elles composent
un In-douze de prés de 500
Pages : Ellesrenferment six Livres
d'Epigrammes, avec des Epîtres
autres Piéces qu'on a mises à la
fin du Volume. Un Traitté de
l'Epigramme y sert de Préface.
Pour donner au Public quelque
idée de ces Epigrammes, en voi- ci quelques unes de différentes
espeéccese. s.
, LES QUETEUSES FARDEES.
Toi qu'on voyoit plus volontiers
en Vin,
AMuettmre uôn nEeeû,,qu'un Denier en
Tu l'as donnée&je vis hier matin
Ta Chanté. Sans doute tlfautA
Afaytin, Quele Carc t'ait touché dans son
P ône.
JMafût, A.î-tl, c\ft qu'en les re-'
f,:ïé-;..imt,
Je Y.,spournosjeunes Quî^
tenis; ; Je vis leur t"i,!t si rouge en df-"J
ris,'u(r,:,
Que je 1rs pris pour des Pauvres
honteuses.
,imitée par Mr de Senecé, a
été si bien reçue dans le Mercure
d'Avril, qu'il
y a lieu de croire,
que le Public apprendra avec
plaisir, que les Poësies du même
!lt\uteur font enfin imprimées, Be
doiventparoître au commencement
de ce mois. Elles composent
un In-douze de prés de 500
Pages : Ellesrenferment six Livres
d'Epigrammes, avec des Epîtres
autres Piéces qu'on a mises à la
fin du Volume. Un Traitté de
l'Epigramme y sert de Préface.
Pour donner au Public quelque
idée de ces Epigrammes, en voi- ci quelques unes de différentes
espeéccese. s.
, LES QUETEUSES FARDEES.
Toi qu'on voyoit plus volontiers
en Vin,
AMuettmre uôn nEeeû,,qu'un Denier en
Tu l'as donnée&je vis hier matin
Ta Chanté. Sans doute tlfautA
Afaytin, Quele Carc t'ait touché dans son
P ône.
JMafût, A.î-tl, c\ft qu'en les re-'
f,:ïé-;..imt,
Je Y.,spournosjeunes Quî^
tenis; ; Je vis leur t"i,!t si rouge en df-"J
ris,'u(r,:,
Que je 1rs pris pour des Pauvres
honteuses.
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1861
p. 158
EXTRAVAGANCE PIEUSE.
Début :
On dit que la sagesse humaine [...]
Mots clefs :
Sagesse, Esprit, Maxime, Conscience
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAVAGANCE PIEUSE.
EXTRAVAGANCE PIEUSE..
On dit que la sagesse humaine
Estfolie aux yeux du TrèsHaut.
jDii;:sIF prit du l)()¿-I.':r
ch..ut,
C'cfturie r,,.ix.mecertaine.
Il L: (wt:, chaquejouronvoit
ÎMiih^nt
, cratre en e.t:.-,,¡:;d-.;
, f ; feroit,,w7-joulo'.t : heit.s'Lebonhonwccrnir~
£ilfd ne le peut en Covfacn^e
LE
On dit que la sagesse humaine
Estfolie aux yeux du TrèsHaut.
jDii;:sIF prit du l)()¿-I.':r
ch..ut,
C'cfturie r,,.ix.mecertaine.
Il L: (wt:, chaquejouronvoit
ÎMiih^nt
, cratre en e.t:.-,,¡:;d-.;
, f ; feroit,,w7-joulo'.t : heit.s'Lebonhonwccrnir~
£ilfd ne le peut en Covfacn^e
LE
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1862
p. 159
LE SECRETAIRE D'AMOUR.
Début :
J'allois chanter l'horreur & le fracas des Armes ; [...]
Mots clefs :
Armes, Amour, Secrétaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE SECRETAIRE D'AMOUR.
SECRETAIRE D'AMOUR.
V'allois chanter l'horreur lefracas
des Armes
l'Amour m'a commandé de celebrer
vos Charmes:
Jris.st ce Dieu quelquejour
D'untelsoin demandesalaire
Dumoins,quandnous payerez,
l'Amour,
N'oubliez, passon Secretaire.
Par l'Ordre souverain du tendre
Roy des Ames,
Je vais chanternosyeux oit brillent
tant de changes,
Si je fça;s donner un beau tour
Aux dons que 'tovs avez de
flaire-,
Ins
,
r,;uquanduvours pa,yerez, l'A- Svrt^cr.ïz^-VGUS du Secretaire.
V'allois chanter l'horreur lefracas
des Armes
l'Amour m'a commandé de celebrer
vos Charmes:
Jris.st ce Dieu quelquejour
D'untelsoin demandesalaire
Dumoins,quandnous payerez,
l'Amour,
N'oubliez, passon Secretaire.
Par l'Ordre souverain du tendre
Roy des Ames,
Je vais chanternosyeux oit brillent
tant de changes,
Si je fça;s donner un beau tour
Aux dons que 'tovs avez de
flaire-,
Ins
,
r,;uquanduvours pa,yerez, l'A- Svrt^cr.ïz^-VGUS du Secretaire.
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1863
p. 160
EPITAPHE D'UNE VIEILLE Raportée en Latin par Papyrius Masso, & tirée de l'Eglise Cathedrale de Bayeux. Ce sont les Chanoines qui parlent avec la simplicité & la bonne-foy du vieux tems.
Début :
La vieille femme à Maître Jacque, [...]
Mots clefs :
Vieille femme, Réjouissances, Repas
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITAPHE D'UNE VIEILLE Raportée en Latin par Papyrius Masso, & tirée de l'Eglise Cathedrale de Bayeux. Ce sont les Chanoines qui parlent avec la simplicité & la bonne-foy du vieux tems.
EPITAPHE D'UNE VIEILLH
LavieillefemmeaMaîtrcJ*cqH£i\
Trêpassale beaujourdeParues:
Pour la fourer il) dedans,
En ce tems de réjoui(fance ; Il nos dens,
Tronquer ur repasa: *.
O.f ne le furnes achcvr,
Dont deuil plus cuifam nom oppilfs
Jjhtesiyeuswo-ksi;<crever
TMtesUsftcillesdelaVille
LavieillefemmeaMaîtrcJ*cqH£i\
Trêpassale beaujourdeParues:
Pour la fourer il) dedans,
En ce tems de réjoui(fance ; Il nos dens,
Tronquer ur repasa: *.
O.f ne le furnes achcvr,
Dont deuil plus cuifam nom oppilfs
Jjhtesiyeuswo-ksi;<crever
TMtesUsftcillesdelaVille
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1864
p. 164-165
AUTRE DE Mr LAUVIN.
Début :
Quelque obscure que je puisse être, [...]
Mots clefs :
Mode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE DE Mr LAUVIN.
AUTRE
DE Mr LAUVIN.
JQuclnHc (A-fcure que je puiss
et'e,
A ces m.uq':Cf, LlJewr, tu dois n,
Quoique toujours si!!(
Roturier
A , peine )c parois que chàct
me desire
, Le Roj-mêmeest sujet à mon sat.:
y.ut Empire.
S1.Msl' sa.re r. rien ,
jefais
t ',:,"1t vtéeter,
le dcaJe en !1 Cour en AfuUrt^
/-';" :'-;".:-'-r.' ejm le fois ;
E.ftôt qw:, /u,J reçue
, L'u:\\ e irity:n-. an nombre
(es L--;.'x:
jl/.iii que ¡¡-:;': r-yrc e) (()!!r:.'.;'ti t:::Ce:tem,
.DCJ (.:?,-/ ::,' :'J! fort, ,'tttrom'e
C- > Il £.!•>:::d
c ;,:' p!i'.:splus ï.v.x Le
mesir.eo^.yans,
Une autre me succéde ~ô, se met à ",
maplace.
Le mot de la premiere
DE Mr LAUVIN.
JQuclnHc (A-fcure que je puiss
et'e,
A ces m.uq':Cf, LlJewr, tu dois n,
Quoique toujours si!!(
Roturier
A , peine )c parois que chàct
me desire
, Le Roj-mêmeest sujet à mon sat.:
y.ut Empire.
S1.Msl' sa.re r. rien ,
jefais
t ',:,"1t vtéeter,
le dcaJe en !1 Cour en AfuUrt^
/-';" :'-;".:-'-r.' ejm le fois ;
E.ftôt qw:, /u,J reçue
, L'u:\\ e irity:n-. an nombre
(es L--;.'x:
jl/.iii que ¡¡-:;': r-yrc e) (()!!r:.'.;'ti t:::Ce:tem,
.DCJ (.:?,-/ ::,' :'J! fort, ,'tttrom'e
C- > Il £.!•>:::d
c ;,:' p!i'.:splus ï.v.x Le
mesir.eo^.yans,
Une autre me succéde ~ô, se met à ",
maplace.
Le mot de la premiere
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1865
s. p.
APPROBATION.
Début :
J'ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
~JAi lû parordredeMonseigneur
le Chancelier, le Mercure de
Juin1717; je crois que le Publie
l'apercevra que cer Ouvrage se
perfectione de plus en plus. Fait à
Paris, ce$0. Juin 1717.
-- TERRAS SON;
~JAi lû parordredeMonseigneur
le Chancelier, le Mercure de
Juin1717; je crois que le Publie
l'apercevra que cer Ouvrage se
perfectione de plus en plus. Fait à
Paris, ce$0. Juin 1717.
-- TERRAS SON;
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1866
s. p.
AVIS AU LECTEUR.
Début :
Deux de mes amis qui se devoüoient, l'un à la Chaire, [...]
Mots clefs :
Profession, Réflexions, Sollicitation, Savants, Acteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS AU LECTEUR.
AVIS AU LECTEUR.
D
Eux de mès amis qui se devoüoient
, l'un à la Chaire ,
l'autre au Barreau , m'engagérent il
y a quelques années , à écrire cecy :
Je prétendois bien moins leur donner
des avis , que m'instruire moi-même
dans une Profeſſion : Qurique
ces Reflexions ayent été écrites comme
elles se sont présentées à mon
imagination , & qu'elles soient fort
précises &fort abbregées , elles ne
laiſſentpas de renfermer tout l'Art
de la Déclamation. Ce petit Traité
que je n'avois fait , qu'à la follicitation
de mes amis , ayant été par
eux rendu public , ût le bonheur de
ne pas déplaire à quelques Perſonnes
Illustres dans la Republique des
Lettres ; & même on me fit l'hon
neur ( Sans m'en rien communi-
Aij
quer) de l'inferer dans l'Histoire
des Ouvrages des Sçavans , au mois
deJuin 1709. Je l'offre icifort augmenté
, corrigé& en meilleur état
qu'il n'a paru en Hollande : J'ai
Suivi pour cela les conseils de plufieurs
personnes qui connoissent la
Déclamation , & j'ai profité, autant
qu'il m'a été poſſible , des lumieres
des Aiteurs de la Troupe du Roy ,
qui ont bien voulu m'honorer de
leurs avis.
D
Eux de mès amis qui se devoüoient
, l'un à la Chaire ,
l'autre au Barreau , m'engagérent il
y a quelques années , à écrire cecy :
Je prétendois bien moins leur donner
des avis , que m'instruire moi-même
dans une Profeſſion : Qurique
ces Reflexions ayent été écrites comme
elles se sont présentées à mon
imagination , & qu'elles soient fort
précises &fort abbregées , elles ne
laiſſentpas de renfermer tout l'Art
de la Déclamation. Ce petit Traité
que je n'avois fait , qu'à la follicitation
de mes amis , ayant été par
eux rendu public , ût le bonheur de
ne pas déplaire à quelques Perſonnes
Illustres dans la Republique des
Lettres ; & même on me fit l'hon
neur ( Sans m'en rien communi-
Aij
quer) de l'inferer dans l'Histoire
des Ouvrages des Sçavans , au mois
deJuin 1709. Je l'offre icifort augmenté
, corrigé& en meilleur état
qu'il n'a paru en Hollande : J'ai
Suivi pour cela les conseils de plufieurs
personnes qui connoissent la
Déclamation , & j'ai profité, autant
qu'il m'a été poſſible , des lumieres
des Aiteurs de la Troupe du Roy ,
qui ont bien voulu m'honorer de
leurs avis.
Fermer
1867
p. 5-36
REFLEXIONS SUR L'ART DE PARLER EN PUBLIC.
Début :
Je ne parle point ici de la composition d'un Discours, c'est un [...]
Mots clefs :
Voix, Art, Orateur, Déclamation, Acteurs, Actions, Auditeurs, Théâtre, Prononciation, Articulation, Discours, Comédiens, Manières, Talents, Démosthène, Exigence, Mémoire, Contenance, Gestes, Tons, Expression du visage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS SUR L'ART DE PARLER EN PUBLIC.
REFLEXIONS
SUR
L'ART DEPARLER EN PUBLIC .
E ne parle point ici de
la compoſitiond'unDifcours
, c'eſt un Art qui
me palle. Je ne parle
que de ce que les Rhéreurs
nomment Prononciation , a
c'est- à- dire , des Qualitez exterieures
de l'Orateur , comme la
a Pronunciatio dividitur in vocis
figuram & corporis motum. Cicer.
adHer. 3 n. 20. A- iij
-
6 LE MERCURE
۱
Voix , le Viſage , le Geſte , &c.
ce que nous autres Comediens
nommons ; Art de reciter , ou fimplementRecit,&
ce que l'on apelle
ordinairement au College , & ailleurs
, Déclamation. Ce mot , Déclamateur,
n'eſt pas pris , je crois ,
enbonne part : Il ſignifie enRhetorique,
unOrateur qui employede
grands mots empoulez , qui n'ont
nulle ſolidité,& qui ne diſent rien ;
maisnous , nous nommons Déclamateur
, un Acteur qui récite toûjouts
ſur un ton emphatique , ce
que nous appellons , Chanter.
A
Les belles Voix font quelques
fois ſujettes à cette forte de récit ,
&donnent un peu dans le chant.
Cette maniere n'étant point trop
affectée, ne laiſſe pas quelquesfois
de plaite , &d'avoir ſes partiſans ;
elle eſt frapantequand elle est bien
ménagée , & elle n'eſt pas toûjours
vicieuſe. Les Tragedies de
M. de Racine ont été récitées en
partie dans ce goût , c'étoit un peu
l'a maniere de cet Illuſtre Auteur
DE JUILLET. 7
:
ي ب ر ع
&Mlle de Champmellé,a qui charmoit
la Cour , & Paris dans Hermionne
, dans Berenice & dans
Phedre, chantoit un peu, ſij'oſe le
dire; mais,comme elle s'étoit renduce
Recit naturel , & que d'ailleurs
elle récitoit les Rôles des
Tragedies du Celebre M. de Corneille
excellemment, & dans toute
une autre maniere , elle a paſſe
avec juſtice pour une Comedienne
achevée.
a Qui ne connoît lirimitableActrice,
Representant ou Phedre ouBerenice,
Chimene en pleurs , ои Camille en
fureur. M. de la Fontaine.
Jamais Iphigenie en Aulide immolée,
N'a coûtétantdepleursà la Gréce
assemblée ,
Quedans l'heureuxſpectacte ànos
yeux érale,
En a fait sous son nom verſer la
Champmeslé. M. Deſpreaux.
LE MERCURE
Ce ſeroit ici une occafion bien
favorable, pour parler des Actrices
qui l'ont remplacée ; mais je ne
parlerai dans tout ceci d'aucun
Acteur de Paris : Je ſuis de la profeſſion
& il me ſieroit mal de vouloir
faire des Differtations fur le
mérite de perſonnes , que nous regardons
comme les Maîtres de
l'Art. L'eſtime que la Cour & Paris
ont eûë pour quelques Acteurs; &
quelques Actrices que l'on a û le
malheur de perdre , ou qui ne font
plus dans la Troupe du Roi ; &
les juttes applaudiſſemens que reçoivent
encore tous les jours ceux-
&cellesqui leur ont ſuccedés; tout
cela ; dis-je , prouve aſſes que la
Déclamation , ou l'Art de réciter ,
dans la Tragedie & dans la Come
die , a été porté ſur le Théatre de
Parisà ſa perfection : Les Lumieres
naturelles& les Talens acquis des
Acteurs , la fréquentation des perſonnes
polies & fpirituelles , les
avis des Auteurs , le goût juſte &
délicat des Auditeurs tout enfin
:
DE JUILLET.
contribuë à rendre les Acteurs de
Paris , parfaits dans leur Art. Après
cette digreſſion, je pafle àmes Ré-
Aexions.
La Déclamation est d'une ſigrande
importance à l'Orateur , que
Ciceron dit qu'il ne ſçait , a lequel
desdeux il prendroit , s'il étoit forcé
au choix , ou l'Art de compoſer
excellemment un Diſcours , ou
la belle maniere de le débiter. Ces
deux qualitez forment le parfait
Orateur.
L'Art de réciter , ou la Déclamation
, demande un heureux naturel
, dit Ciceron. b
- a Non facile dixerimus an pronunciatio
magis valeat , nam commoda
inventiones& concinna verborum elocutiones,
Gartificiosa diſpoſitiones,
& diligens omnium memoria , fine
pronunciatione , non plus quàmfine
bis rebus pronunciatio fola valeret.
Cic. ad Heren. lib . 1. n. 19 .
bSicfentio naturam primum ad
dicendum vim afferre maximam.
Cic. de Orat. lib . 4.
10 LE MERCURE
Et-Quintilien prétend que ſans les
diſpoſitions naturelles , l'Art & les
préceptes font inutiles, a
Je conviens de cela avec ces
Grands Hommes , mais cette regle
ſeroit- elle fi generalle , qu'elle n'ût
ſes exceptions ? Avec un peu d'étude&
de recherche , ne pourroitonpoint
trouver l'Art de toucher
les coeurs dans la Déclamation ?
Les deffauts naturels ne pourroient-
ils pas être corrigez par l'exercice
& l'application ?
Ciceron n'étoit pas dans les commencemens,
fort gracieux,il avoir,
a Nihil pracepta atque artes valere
,nifi adjuvante natura. Quintil.
Ciceron & Quintilien parlent en
general de tout ce qui concerne l'Orateur
; mais , comme la prononciation
est une qualité eſſentielle à l'Orateur
, je raporte uniquement ces
paſſages à mon idée , & purément à
la Déclamation: Dicendum favori-
Sema pensée, bien que ce ne foit pas
la veritablefignification de ce mot...
DE JUILLET. H
dit-il , lui même , a la voix foible
& quelques autres deſfauts , mais
l'exercice & l'application furmonterent
tous ces obſtacles ; & il ſera
toûjours conſideré comme le plus
grand de tous les Orateurs .
Demofthenes , b malgré une
complexion trés délicate , une difficulté
de parler , les detfauts du
corps, & le peu de ſoin qu'on avoit
pris de cultiver ſfon. Eſprit , par
l'éducation ; Demofthenes , dis-je ,
par un travail affidu , triompha de
•toutes ces difficultez , & parvint à
un fi haut point d'éloquence , que
a Erat tunc maxima gracilitas &
infirmitas corporis procerum & tenue
collum , labor & laterum contentio
, fed omnia vicit labor. Cic ,
de Claris. Orat.
b In Demofthene tantum ſtudium
fuiſſe, tantusque labor dicitur , ut
primum impedimenta natura,induf...
triâ diligentiaque fuperarit , cum-
Ibus effet , &c. Cicer.
12 LE MERCURE
Ciceron le propoſe pour modéle à
tous les Orateurs. a
Dans l'Art de reciter , je comprens
la Chaire , l'Ecole , le Barreau
, les Harangues , le Miniſtere
politique , la Lecture , la Converſation
même.
Le Théatre renferme toutes ces
choſes , comme je le dirai dans la
ſuite : Et à propos de Lecture &de
Converſation , je ſuis ſurpris d'entendre
quelquesfois parler & lire
ſi mal , des gens qui ont du mérite
& de l'eſprit b , cela vient de ce
que n'ayans aucune diſpoſition , ils
négligent l'Art & les Préceptes qui
aNemo eft Orator , qui ſe Demofthenifimilem
eſſe nolit. Id.
b Sunt quidam aut ita linguahefitantes
, aut ita voce abfoni , aut
ita vultu,motuque corporis vaſti atque
agreftes , ut etiam fiingeniis atque
arte valeant , tamen in Oratorum
numerum venire non poffint .
:
Cic . de Orat.
pourroient
DE JUILLET. 13
pourroient corriger un peu leurs
deffauts naturels.
Riennepeutplaire , étant mal
débité. Soit qu'on life , ſoit qu'on
parle, ſoit qu'on raconte uneAvanture
, foit qu'on faffeun Compliment
ou un Conte plaifant , il doit
y avoir un certain Art dans l'Action
& dans la Voix , qui doivent
toutes deux être conduites , & ménagées
, felon le tems , le lieu , les
perſonnes , &c.
Il eſt conſtant que toutes ces fortes
de Declamations ſe trouvent
au Théatre , &j'oſe dire , que les
Orateurs Profanes & Sacrez mêmes
, peuvent profiter beaucoup
pour la Declamation , quand nos
belles Pieces font repreſentées par
de bons Acteurs .
Tous les hommes paroiffent fur
la Scene, Heros , Ministres d'Erat ,
Gouverneurs & Confidens de Princes;
tous les Caracteres y font re
14 LEMERCURE
preſentez , toutes les Paffions a y
font exprimées , la Tendreſſe , la
Haine , la Joye , la Douleur , la
Fureur , la Crainte , le Deſeſpoir
, b &c.
Enfin,quandun Comedien ſetrouve
doüé desQualitez de l'Eſprit, &
desgraces naturelles du Corps , &
qu'il a avec cela l'Ame ſuſceptible
des Paffions ( Talent rare , mais
abſolument neceſſaire à l'Orateur )
quand ſe trouve , dis- je , un tel Acteur
, c'eſt un modéle que toutes
les perſonnes qui parlent en puaQue
tuſçais bien, Racine, àl'aide
d'un Acteur ,
Emouvoir, étonner , ravirun Spectateur.
M. Deſpreaux .
b De tous nos mouvemens , es - tu
donc laMaitreſſe ?
Tiens-tunôtre coeur dans tes mains?
Tufeins le Deſeſpoir,la Haine, la
Tendreſſe,
Etjeſenstout ce que tu feins. M.
de la Motte , Ode à Mile Duclos .
DE JUILLET. 15
=
blic, doivent imiter:Ce ſont deux
Comediens qui ont fait les deux
plusGrands Orateurs du Monde, a
Satyrus forma Demofthenes,& Ciceron
étudia la Declamation ſous
Roſcius,
Je ne donnerai point à cecy tout
l'ordre , & l'arrangement , qu'on
pourroit donner ; je jetterai fur
le papier mes Reflexions , comme
elles me viendront dans l'Efprit;
je ne prétends pas traiter à
fonds la Declamation , ce n'eſt ,
à dire vrai , qu'une ébauche , &
tout ce que je dirai , ne ſera bien
connu que de ceux qui parlent en
public.
Je dirai d'abord , que tout homme
qui parle en public , reffent au
commencement, une émotion qu'il
eſt difficilede ne pas avoir; mais
qu'il faut pourtant tâcher de vaincre
: C'eſt une eſpece de timidité
que lesplus grands Orateurs , &
a Voyez Plutarque dans la Vie
deDimofb
Bij
16 LE MERCURE
lesplus excellens Acteurs ont peire
à furmonter quelques fois , furtout
quand il y a long-tems qu'ils.
n'ont paru , ou qu'ils recitent un
Ouvrage nouveau . Quand on eit
connu, aimé&reçû favorablement
de l'Auditoire , comme certains
Orateurs , cerrains Acteurs , cette
alteration ne fe fait fentir que legerement;
mais cette émotion eſt
toûjours violente dans un homme
qui n'est pas connu , ou qui n'eſt
pas fort accredité dans l'eſprit du
public. L'experience & l'habitude
n'oient pas toûjours cette émotion .
Pour remedier à ce mal preſqu'inévitable
, il faut avant que de parler,
contempler modeſtement ſes
Audi curs , ſe tranquilifer , reprendre
, pour ainſi dire , haleine & ſe
donner par là le tems & les moyens
de ſe raflüver. Surtout ne nous frapons
point trop de la penſée , que
nous fommes l'objet de tour un
Auditoite , & que nous allons parler
devant un Peuple qui n'eſt afDE
JUILLET. 17
ſemblé que pour nous écoûter. a
Ces reflexions intimident,&la trop
grande timidité eſt nuiſible ; d'un
autrecôte une trop grande affûrance
eſt dangereuſe. L'Auditeur
qui veut être reſpecté , la croyant
un effer de la preſomption de l'Orateur,
fe revolte. Il faut éviter ces
deux extremitez , & garder un jufte
milieu , pour gagner la bienveillance
de l'Auditoire , & le prévenir
favorablement .
MEMOIRE.
Pour parler en public , il faut
avoir laMémoirebelle , ſi elle eſt
incertaine & chancelante , on ne
peut jamais bien reciter ſon Sermon
, ſa Harangue , ſon Plaidoyer,
fon Rôle : La trop grande contention
d'eſprit , causée par la
a Magnum quidem onus eft profirerise
effe omnibus filentibus unum
maximis de rebus audiendum. Cic.
deOrat.
Bij
13 LE MERCURE
crainte de manquer , altére le Vifage
, dérange l'Action , affoiblir
la Voix , & fait fuer l'Orateur , &
l'Auditeur; mais, quand la Mémoire
eft ferme & aflutée onimanie
fon difcours , on eft maitre de ſes
Tons , & de ſes Geſtes , & cette
confiance qu'on a en fa Mémoire
donne de la liberté dans la Voix
& dans l'Action; c'eſt une verité
connuë de tous ceux qui parlent en
public:Au reſte, quoiqu'on dife de
laMémoire artificielle , je ne crois
pas qu'ilyait des regles bien fûres.
Chacun a fa maniere d'apprendre
par coeur ,&fe fait une eſpece de
Mémoire artificielle; mais le plus
grand fecret pour fortifier , ou pour
acquerir de la Mémoire, c'eſt de la
cultiver dans la jeuneſſe,de l'exercer
ſouvent , & furtout l'aflujettir
d'abord à apprendre fort correctement;
chofe abſolument neceff.ire,
& qui étant, négligée dans les
commencemens , donne bien de la
peine dans la ſuite.
DE JUILLET. 19
:
PRONONCIATION
ET ARTICULATION.
La Prononciation doit être reguliere
, c'est- à-dire , ſelon les regles
de la Langue &le bel Ufage;
il faut qu'elle n'ait rien d'ignoble.
L'Articulation doit être coulante ,
nette& infiniiante : Dans les endroits
paflionnez , il faut preſſer
fon Difcours ; mais il ne faut pas
trop s'abandonner à fon feu , &on
doit prendre garde de ne pas bredoüiller
, comme dans lesRaifonnemens:
Il faut éviter le trop grand
flegme; car la lentea de parole
eit capable de glacer tout un Auditoire.
Je dirai en paffant , que ceux qui
ont l'Articulation, ou trop lente,ou
trop précipitée ,& même ceux qui
parlent gras , peuvent répeter
leurs Diſcours avec de petits cailloux
dans la bouche , a en s'effor
•Onlesmetſousla Langue.
20 LE MERCURE
çant de bien prononcer. Si on a la
Mâchoire trop peſante , elle ſe
rend par là légere , & fi on l'a trop
précipitée , ces petits cailloux mcdérent
l'impetuoſité de la Langue ,
&tempérent la vivacitédu Recit.
Demofthenes , a qui étoit bégue , ſe
fervoit de cailloux , &j'ai vu quel- /
ques Acteurs , qui avoient que! -
ques uns de ces deffauts , qui
ont acquis par ce moyen , une Articulation
, & une Prononciation
aſſes juſte.
CONTENANCE,
OUMOUVEMENS DUCORPS.
Ceux qui parlent en public , doivent
avoir un Air , & une Contenance
modeste , aifée, gracieuſe&
naturelle , foit aſſis , foit de bout
a Quin etiam ut memoria proditum
eft conjectis in os calculis ,ſummá
Voce verſus multos uno spiritu
pronunciare confuefcebat. Cicer.de
Orar.
DE JUILLET. 21
!
tous les mouvemens du Corps doivent
être faits avec grace , &à propos.
Dans un Compliment , par
exemple , un Orateur auroitmauvaiſe
grace de s'agiter , &de marcher.
L'Avocat est moins refervé
là-deſſus. A l'égard du Predicateur
, il ne peut rendre fon Caractére
trop reſpectable ;ainfi, tous ſes
mouvemens ne peuvent être trop
nobles ; d'ailleurs ( comme il eſt
renfermé dans un eſpace de peu
d'étenduë ] on n'en voit que le
buſte: Les Prédicateurs font quelques
fois aflis , & quand ils parlent
d'un ton familier , comme s'ils raiſonnoient
tête-à-tête avec quelqu'un
cere, tranquilité a de la
grace , & a un air plus perfuafif;
leur Action pourlors eft tres-fimple;
elle ne paffe pas te coude
qu'ils appuyent fur le bord de la
Chaire , ils n'ont de mouvement ,
que dans les doigts &les poignets ;
mais,quan 1 ils veulent exciter dans
le coeur des Andreurs , ce aines
grandes Paffions , foit Terreur ,
22 LE MERCURE
ſoit Pitié ; alors , ils font debour ,
&donnant l'effort à leur Voix & à
leur Action , tout eſt violent , tour
eft rapide , tout eſt vehement en
cux.
LES TONSUAFLEXIONS
DE VOIX.
La Voix de l'Orateur doit être.
naturellement nette , ſonore , fans
être trop perçante, ſemblable àune
belle Taille de Muſique , que les
aPlusieurs personnes diſent &
écrivent , inflexions de voix .
je neprétendspas les blámer , car on
dit en Latin , vox ad inflexionem
facilis , vox flexilis ; mais,comme in
pourroit avoir en François unsens
opposéàmon Idée , & être pris dans
le même ſens d'inflexibilité ,j'at cru
devoirmefervir de flexionsde voix ,
d'autant plus que c'eſt parmi nous
autres Comediens , le Terme. Nous
diſons d'un Acteur , qui recite d'une
certaine façon , qu'il n'a point de
flexions.
DE JUILLET.
23
:
コ
Latins appellent Tenor , pour ſe
prêter à toutes les flexions imaginables
; c'est-à-dire ,, pour la rendre
mâle , tendre, forte , baſſe, ſelon
le Diſcours , mais toûjours intelligible.
Le Harangueur & le
Miniſtre d'Etat n'ont pas toûjours
beſoin d'une fi grande Voix , a mais
dans la Chaire , au Barreau , & au
Théatre, il faut quelques fois faire
du bruit , pour reveiller l'attenrion
de l'Auditeur : Pour cela , il
fautprendre ſur ſes Poulmons , il
ne faut pas cependant crier , s'enroüer
,& comme nous diſons s'engoüer
, & c'eſt à quoi nous fommesquelques
fois ſujets au Théatre
; le feu nous emporte & [ pour
me ſervir de nos termes ) nous
épouſons trop la Paſſion ; & nôtre
Période n'eſt pas finie , que nous
ſommes tout eſſouflez. Pour prévenir
cet accident,il faut ſe donner
a Subſellia grandiorem & pleniorem
vocem defiderant. Cicer.in
Brut.
24 LE MERCURE
des tems , c'est-à-dire , faire de
petites pauſes , préſqu'inſenſibles ,
enreprenant legerement la reſpira.
tion, & en foûtenant toûjours
les Yeux & l'Action , pour tenir
l'Auditeur en haleine , & attentif
juſqu'à la fin de la Periode , ſans
la laiffer tomber, comme font pluſieurs
perſonnes qui parlent en public.
Ces afpirations étant légeres,
onttoûjours grace dans le Recit ,
elles en font l'Anie,&c'eſt le plus
grandArt de la Declamation ; c'eſt
par là qu'une Période dire rapidement,
preſque d'un même port de
voix,&finie ſur un tonun peu emphatique,
fait unbel effet au Théatre,&
que s'attirantun applaudiflement
general , l'Acteur fait faire
ce que nous appellons le Brouha-
ha. a
a Un Marquis dans le Mifantrope
de Mr de Moliére dit :
.Et faire du fracas
Atous les beaux endroits qui mé
ritent des bas.
D'autres
DE JUILLET. 25
D'autres Périodes ſe diſent encore
par gradation , c'est-à-dire ,
en élevantde plus enplus la Voix ,
pour faire fentir la force de fonD..-
-cours à l'Auditeur ; cette derniere
remarque eft preſque la même que
la précedente , & la pratique ſeule
enfait connoître la difference.
Onne peut jamais bien exprimer
ce qu'on ne reffent pas vivement ;
mais cependant , il faut ſe poſſeder
, il ne faut pas trop ſe penétrer
ſoi-même , nis'abandonner (comimeje
crois déja l'avoir dit à fon
• feu&à ſa Paſſion ; car on s'étouffe,
la Voix ſe pert , & la Mémoire même
ſe trouble quelques fois : Ces.
tems , & ces petites pauſes , dont
j'aidéja parlé cy-deſſus , ménagées
avec art , feront d'un grand fecours.
Au commencement du Diſcours ,
• il faut parler modeftement, un peu
bass, a mais intelligiblement : Au
-a Exordium vehemens , &pugnax
efſſenon debet. Cicer. de Orat .
Lib. 2 . C
26 LE MERCURE
milieu , il faut moins ſe ménager
& fur la fin , on peut prendre l effort.
Rien ne fatigue plus que d'entendre
un Orateur , toûjours ſur le
même ton , ce qui s'appelle Monotonie.
ai
On dot changer de ton ; mais
ſans obſerver une certaine méthode,
& un certain ordre didactique,
commequelques uns , qui ſe font
une maniere de Recit qui , dans
chaque Période, eſt toûjours lemê.
me ; on diroit que c'est une eſpece
de Chanfon , & un refrein qu'ils
reprennent de tems-en-tems & de
phrafe en phrase : Rien n'eſt plus
propre à endormir un Auditeur.
Les Expoſitions doivent être dites
, fans grandes flexions de voix.
Les Raifonnemens doivent être
naturellement variez & appuyez .
a Ad aures noſtras & Sermonis
Suavitatem quid eft viciffitudine
commutatione aptius ? Cicer. 2. de
Orar
DEJUILLET. 26
Les Narrations doivent être coulées.
Les Portraits ne doivent point être
#trop chargez : Il n'y faut point trop
faire le Comedien ; je parle ſurtout
pour la Chaire .Quelques fois nous
ſommes obligez de charger un peu
nos portraits ſur la Scene , mais
autre part , c'eſt un déffaut. On
voyoit , par exemple , autrefois
des Predicateurs , qui faiſans le
Portrait d'une femme mondaine ,
- prenoient des Tons effeminez..
Rien n'eſt plus ridicule .
Ondoit éviter cette Déclamation
Scolaſtique , qui, avec des Tons &
desGeſtes trop étudiez , & fi j'oſe
dire , Pedanteſques , prétend exprimer
juſqu'au moindre mot. a
LesTons trop bas , c'est-à-dire ,
quiont , je ne ſçai quoi de trivial ,
doivent être bannis d'un Difcours
grave& ferieux.
a Non verba exprimens , fed uni-
--verſam rem &fententiam. Cicer..
de Orat. lib.3 .
Cij
23. LE MERCURE
Les Tons doux, tendres,& affeetueux
gagnent le coeur.
Les vehemens le frappent de
terreur.
Les familiers s'inſinüent & gagnent
l'eſprit .
Il faut étudier toutes les flexions
de Voix convenables aux Paffions,
mais tous les Tons doivent être no-
Lles& naturels.
Enfin , la Voix étant un don de
la Nature , on doit appeller heureux
l'Orateur qui l'a belle ; mais
que le qu'elle foit , baſſe ou haute,
mâle ou grêle , belle ou non belle;
il faut la conduire naturellement ,
pour ſe faire toûjours entendre
par une prononciation & une articulation
nette:C'eſt par là que plu
ſieurs Orateurs , & quelques Acteurs
, fans beaucoup de voix , font
écoûtez favorablement , & trou
vent l'Art de plaire.
LEVISAGE ET LES YEUX,
د
Le Vifage doit n'avoir rien de
1
DE JUILLET. 25
,
choquant ; il faut ſe le rendre parlant;
mais fansgrimaces : LesPafſions
s'y peignent d'elles mêmes ,
quand l'Ame eſt touchée . a Les
Yeux doivent être ouverts , &les
Sourcils élevez dans certains
grands mouvemens , mais fans paroître
égaré. Il eſt inutile de dire
que le Superbe éleve ſa vûë , que
l'Humble la baiſſe , que le Mépriſant&
le Colere tourne les yeux
de côté ; car , la Nature d'elle-même
dans la Paſſion , fait toutes ces
choſes & on n'a pas beſoin d'avis
là-deſſus. Il ſuffira de dire , que la
Vûë fixe , ferme & aflûrée , eſt une
choſe à laquelle doit s'attacher
l'Orateur. C'eſt dans l'oeil qu'eſt
l'action & la force de la Déclamation.
Un oeil vacillant , & dont
les regards ne ſont ni fermes , ni
arrêtez , & qui n'a nulle exprefa
Vultus ac frons animi est janua
qua fignificat voluntatem abditam
acretrufam. De Pel. Confult. no.
34
Gijj
30
LE MERCURE
fion , n'excite aucune Paſſion , &
ne remuë point le coeur de l'Audireur.
Les mouvemens du Viſage
ſans l'oeil, font inutiles , & ne font
aucune impreſſion. L'oeil doit parler
dans l'Orateur , puiſque les
yeux font des miroirs qui répreſentent
ce qui ſe paſſe dans notre
Ame: Cela eſt ſi vrai , qu'au recitd'une
Avanture , nos yeux marquent
& découvrent l'interêt que
nôtre coeur y prend : A propos
de cela , je ne puis m'empêcher de
blâmer certains Acteurs , qui ſur
la Scene,ont un oeil diſtrait , &qui
n'écoûtent qu'à demi & froidement
, celui qui leur parle de choſes
importantes & intereſſantes.
Un bon Acteur attentif à tout ce
qui ſe paſſe ſous ſa vûë , fait connoître
par ſes ſeuls mouvemens exterieurs
, & furtout par ſes yeux,
que ſonAme eſt touchée de ce qu'il
voit , ou de ce qu'il entend , &
fans parler , il touche l'Auditeur,
DE JUILLET. 31
L'ACTION OU LE GESTE .
Le Geſte doit toûjours préceder
d'un inſtant le diſcours , & finir
avec lui . Cela ſe fait naturellement
: L'Action doit être noble ,
naturelle , gracieuſe , importante ,
animée , vive & legere , tout cela
àpropos:Ellene doit point êtretrop
étudiée, ni trop recherchée , point
outrée. Porter les mains plus haut
que la tête , fraper des poings ,
ou les mains l'une dans l'autre ,
mettre les poings ſur les côtez ,
montrer des doigts , les écarter ,
étendre les bras en croix , avoir
trop de Geſtes , ce qui s'appelle
geſticuler , obſerver une certaine
action reguliere d'une main à l'autre
, n'agir que de la main gauche
ſeule b, font tousgeſtes vicicux qui
aGestus aberit àſceniconec vulta
nec manu nec excursionibus nimius.
Fab.lib. 1. cap. 2.
b Sinistra manusnunquamfola rectègeftum
facit. Gran. lib.6. cap. 6.
32 LE MERCURE
ne ſeront pas fuportables ſur la
Scene tragique , & qui ne peuvent
convenir qu'à un Comique , & qui
par confequent,ne peuvent être reçûs
dans unOrateur grave. Je dirai
pourtant que ces geſtes- là étant
ménagez ,feroientſoufferts dansdes
fureurs & d'autres paſſions vehementes
; furtout dans un homme
gracieux. Nous en avons pluſieurs
exemples au Théatre & ailleurs ;
mais ces exemples ne font pas à
ſuivre. Un grand Orateur & un
grand Acteur peuvent hazarder
quelque choſe , on peut les imiter
, mais on ne doit les imiter que
dans ce qu'ils ont de beau , de bon
&de naturel. Il faut étudier toutes
ces chofes , mais ſe les rendre ſi
familieres,que l'art en ſoit entierement
caché a pour ſe rendre plus
vrai , plus naturel , & plus per--
fuafif.
aUbicumqueArs oftententatur ,
veritas abeffe videtur. Quint. lib .
10. cap.4.
DE JUILLET.
33
i
Le trop d'art dans la Voix &
dans l'Action , ainſi que dans la
compoſition d'undiſcours , rend un
Orateur ſec , guindé , &pédant .
Enfin, on ſe ſouviendra qu'on
ne peut,& qu'on ne doit pas même
vouloir faire tout ſentir dans un
longDiſcours &dans un long Rôle.
Les endroits négligez ou pour
mieux dire , moins marquez font ,
comme les Ombres aux tombeaux.
a
,
Ce font icy des Regles generales,
qui en détail , demanderoient un
volume , & il ſeroit neceſſaire que
quelque Illuftre Orateur , ou quelque
habile Acteur traitât cette
matiere plus amplement. Je ne l'ai
qu'ébauchée , & je ne me ſens pas
capable de faire d'avantage.
J'oſe dire pourtant , que je crois
avoir expoſédans cesReflexions,les
Pointsles plus effentiels delaDéclamation,
quoique fort ſuccintement.
a Quadam etiam negligentia est
diligentia . Cic. de Orat..
34 LE MERCURE
AVIS GENERAL ,
Toutes les Regles de Ciceron ,
de Quintilien ,&des Illuſtres Modernes
qui ont pû écrire ſur la Déclamation,
fontinutiles à l'Orateur,
s'il ne ſuit la premiere , qui eſt , de
bien comprendre ce qu'il dit & de
le ſentir fortement foi-même , pour
le rendre ſenſible à l'Auditeur.
Quand on eſt touché de fon difcours,
leViſage, la Voix&le Geſte ſe
prêtent,& fe conforment aux mouvemens
interieursa , & pour peu
qu'on aitquelques graces naturelles;
avec cela ſeul ,ſans beaucoup de
recherches,on peut plaire& perfuader
, qui est le ſeul but de l'Eloquence.
a Omnis motus animifuum quemdam
à naturâ habet vultum &fonum
&gestum. Cic. in Orat .
DE JUILLET.
35
DERNIERE REFLEXION ,
ET CONCLUSION.
Quoique l'on nous raconte de
Demosthenes , quoique Ciceron
diſe de lui même; je ne puis croire
qu'il ſoit poſſible , ſans les difpoſitions
naturelles , de parvenir
au ſouverain degré de la Déclamation.
L'Art peut bien , en corrigeant
un peu les déffauts de la
Nature , rendre un Orateur , &
un Acteur plus que paſſable &
au deſſus du mediocre; mais les
graces naturelles de l'Eſprit & du
Corps,fortifiées par l'Etude&l'Application
, peuvent ſeules donner
l'Excellence. L'Application peut
donner la Mémoire , l'Etude peut
donner l'Intelligence ; mais la ſenſibilité
de l'Ame , que nous appellons
Entrailles ( Partie Effentielle
du Recit ) & ces graces
exterieures ſi éclatantes , & fi frapantes
, que nous admirons dans
1
36 LE MERCURE
certains Orateurs , dans certains
Acteurs , & dans certaines Acttices;
tout cela , dis-je , ne pouvant
être acquis par aucun Art , n'eſt
qu'un pur bienfaitde la Nature:
Ainſi , je finirai comme j'ai commencé,
endiſant avec Ciceron &
Quintilien.
Sic fentio Naturam , primùm ad
dicendum vim afferre maximam ,
&nihil Pracepta , atque Artes valere
, nifi adjuvante Natura.
SUR
L'ART DEPARLER EN PUBLIC .
E ne parle point ici de
la compoſitiond'unDifcours
, c'eſt un Art qui
me palle. Je ne parle
que de ce que les Rhéreurs
nomment Prononciation , a
c'est- à- dire , des Qualitez exterieures
de l'Orateur , comme la
a Pronunciatio dividitur in vocis
figuram & corporis motum. Cicer.
adHer. 3 n. 20. A- iij
-
6 LE MERCURE
۱
Voix , le Viſage , le Geſte , &c.
ce que nous autres Comediens
nommons ; Art de reciter , ou fimplementRecit,&
ce que l'on apelle
ordinairement au College , & ailleurs
, Déclamation. Ce mot , Déclamateur,
n'eſt pas pris , je crois ,
enbonne part : Il ſignifie enRhetorique,
unOrateur qui employede
grands mots empoulez , qui n'ont
nulle ſolidité,& qui ne diſent rien ;
maisnous , nous nommons Déclamateur
, un Acteur qui récite toûjouts
ſur un ton emphatique , ce
que nous appellons , Chanter.
A
Les belles Voix font quelques
fois ſujettes à cette forte de récit ,
&donnent un peu dans le chant.
Cette maniere n'étant point trop
affectée, ne laiſſe pas quelquesfois
de plaite , &d'avoir ſes partiſans ;
elle eſt frapantequand elle est bien
ménagée , & elle n'eſt pas toûjours
vicieuſe. Les Tragedies de
M. de Racine ont été récitées en
partie dans ce goût , c'étoit un peu
l'a maniere de cet Illuſtre Auteur
DE JUILLET. 7
:
ي ب ر ع
&Mlle de Champmellé,a qui charmoit
la Cour , & Paris dans Hermionne
, dans Berenice & dans
Phedre, chantoit un peu, ſij'oſe le
dire; mais,comme elle s'étoit renduce
Recit naturel , & que d'ailleurs
elle récitoit les Rôles des
Tragedies du Celebre M. de Corneille
excellemment, & dans toute
une autre maniere , elle a paſſe
avec juſtice pour une Comedienne
achevée.
a Qui ne connoît lirimitableActrice,
Representant ou Phedre ouBerenice,
Chimene en pleurs , ои Camille en
fureur. M. de la Fontaine.
Jamais Iphigenie en Aulide immolée,
N'a coûtétantdepleursà la Gréce
assemblée ,
Quedans l'heureuxſpectacte ànos
yeux érale,
En a fait sous son nom verſer la
Champmeslé. M. Deſpreaux.
LE MERCURE
Ce ſeroit ici une occafion bien
favorable, pour parler des Actrices
qui l'ont remplacée ; mais je ne
parlerai dans tout ceci d'aucun
Acteur de Paris : Je ſuis de la profeſſion
& il me ſieroit mal de vouloir
faire des Differtations fur le
mérite de perſonnes , que nous regardons
comme les Maîtres de
l'Art. L'eſtime que la Cour & Paris
ont eûë pour quelques Acteurs; &
quelques Actrices que l'on a û le
malheur de perdre , ou qui ne font
plus dans la Troupe du Roi ; &
les juttes applaudiſſemens que reçoivent
encore tous les jours ceux-
&cellesqui leur ont ſuccedés; tout
cela ; dis-je , prouve aſſes que la
Déclamation , ou l'Art de réciter ,
dans la Tragedie & dans la Come
die , a été porté ſur le Théatre de
Parisà ſa perfection : Les Lumieres
naturelles& les Talens acquis des
Acteurs , la fréquentation des perſonnes
polies & fpirituelles , les
avis des Auteurs , le goût juſte &
délicat des Auditeurs tout enfin
:
DE JUILLET.
contribuë à rendre les Acteurs de
Paris , parfaits dans leur Art. Après
cette digreſſion, je pafle àmes Ré-
Aexions.
La Déclamation est d'une ſigrande
importance à l'Orateur , que
Ciceron dit qu'il ne ſçait , a lequel
desdeux il prendroit , s'il étoit forcé
au choix , ou l'Art de compoſer
excellemment un Diſcours , ou
la belle maniere de le débiter. Ces
deux qualitez forment le parfait
Orateur.
L'Art de réciter , ou la Déclamation
, demande un heureux naturel
, dit Ciceron. b
- a Non facile dixerimus an pronunciatio
magis valeat , nam commoda
inventiones& concinna verborum elocutiones,
Gartificiosa diſpoſitiones,
& diligens omnium memoria , fine
pronunciatione , non plus quàmfine
bis rebus pronunciatio fola valeret.
Cic. ad Heren. lib . 1. n. 19 .
bSicfentio naturam primum ad
dicendum vim afferre maximam.
Cic. de Orat. lib . 4.
10 LE MERCURE
Et-Quintilien prétend que ſans les
diſpoſitions naturelles , l'Art & les
préceptes font inutiles, a
Je conviens de cela avec ces
Grands Hommes , mais cette regle
ſeroit- elle fi generalle , qu'elle n'ût
ſes exceptions ? Avec un peu d'étude&
de recherche , ne pourroitonpoint
trouver l'Art de toucher
les coeurs dans la Déclamation ?
Les deffauts naturels ne pourroient-
ils pas être corrigez par l'exercice
& l'application ?
Ciceron n'étoit pas dans les commencemens,
fort gracieux,il avoir,
a Nihil pracepta atque artes valere
,nifi adjuvante natura. Quintil.
Ciceron & Quintilien parlent en
general de tout ce qui concerne l'Orateur
; mais , comme la prononciation
est une qualité eſſentielle à l'Orateur
, je raporte uniquement ces
paſſages à mon idée , & purément à
la Déclamation: Dicendum favori-
Sema pensée, bien que ce ne foit pas
la veritablefignification de ce mot...
DE JUILLET. H
dit-il , lui même , a la voix foible
& quelques autres deſfauts , mais
l'exercice & l'application furmonterent
tous ces obſtacles ; & il ſera
toûjours conſideré comme le plus
grand de tous les Orateurs .
Demofthenes , b malgré une
complexion trés délicate , une difficulté
de parler , les detfauts du
corps, & le peu de ſoin qu'on avoit
pris de cultiver ſfon. Eſprit , par
l'éducation ; Demofthenes , dis-je ,
par un travail affidu , triompha de
•toutes ces difficultez , & parvint à
un fi haut point d'éloquence , que
a Erat tunc maxima gracilitas &
infirmitas corporis procerum & tenue
collum , labor & laterum contentio
, fed omnia vicit labor. Cic ,
de Claris. Orat.
b In Demofthene tantum ſtudium
fuiſſe, tantusque labor dicitur , ut
primum impedimenta natura,induf...
triâ diligentiaque fuperarit , cum-
Ibus effet , &c. Cicer.
12 LE MERCURE
Ciceron le propoſe pour modéle à
tous les Orateurs. a
Dans l'Art de reciter , je comprens
la Chaire , l'Ecole , le Barreau
, les Harangues , le Miniſtere
politique , la Lecture , la Converſation
même.
Le Théatre renferme toutes ces
choſes , comme je le dirai dans la
ſuite : Et à propos de Lecture &de
Converſation , je ſuis ſurpris d'entendre
quelquesfois parler & lire
ſi mal , des gens qui ont du mérite
& de l'eſprit b , cela vient de ce
que n'ayans aucune diſpoſition , ils
négligent l'Art & les Préceptes qui
aNemo eft Orator , qui ſe Demofthenifimilem
eſſe nolit. Id.
b Sunt quidam aut ita linguahefitantes
, aut ita voce abfoni , aut
ita vultu,motuque corporis vaſti atque
agreftes , ut etiam fiingeniis atque
arte valeant , tamen in Oratorum
numerum venire non poffint .
:
Cic . de Orat.
pourroient
DE JUILLET. 13
pourroient corriger un peu leurs
deffauts naturels.
Riennepeutplaire , étant mal
débité. Soit qu'on life , ſoit qu'on
parle, ſoit qu'on raconte uneAvanture
, foit qu'on faffeun Compliment
ou un Conte plaifant , il doit
y avoir un certain Art dans l'Action
& dans la Voix , qui doivent
toutes deux être conduites , & ménagées
, felon le tems , le lieu , les
perſonnes , &c.
Il eſt conſtant que toutes ces fortes
de Declamations ſe trouvent
au Théatre , &j'oſe dire , que les
Orateurs Profanes & Sacrez mêmes
, peuvent profiter beaucoup
pour la Declamation , quand nos
belles Pieces font repreſentées par
de bons Acteurs .
Tous les hommes paroiffent fur
la Scene, Heros , Ministres d'Erat ,
Gouverneurs & Confidens de Princes;
tous les Caracteres y font re
14 LEMERCURE
preſentez , toutes les Paffions a y
font exprimées , la Tendreſſe , la
Haine , la Joye , la Douleur , la
Fureur , la Crainte , le Deſeſpoir
, b &c.
Enfin,quandun Comedien ſetrouve
doüé desQualitez de l'Eſprit, &
desgraces naturelles du Corps , &
qu'il a avec cela l'Ame ſuſceptible
des Paffions ( Talent rare , mais
abſolument neceſſaire à l'Orateur )
quand ſe trouve , dis- je , un tel Acteur
, c'eſt un modéle que toutes
les perſonnes qui parlent en puaQue
tuſçais bien, Racine, àl'aide
d'un Acteur ,
Emouvoir, étonner , ravirun Spectateur.
M. Deſpreaux .
b De tous nos mouvemens , es - tu
donc laMaitreſſe ?
Tiens-tunôtre coeur dans tes mains?
Tufeins le Deſeſpoir,la Haine, la
Tendreſſe,
Etjeſenstout ce que tu feins. M.
de la Motte , Ode à Mile Duclos .
DE JUILLET. 15
=
blic, doivent imiter:Ce ſont deux
Comediens qui ont fait les deux
plusGrands Orateurs du Monde, a
Satyrus forma Demofthenes,& Ciceron
étudia la Declamation ſous
Roſcius,
Je ne donnerai point à cecy tout
l'ordre , & l'arrangement , qu'on
pourroit donner ; je jetterai fur
le papier mes Reflexions , comme
elles me viendront dans l'Efprit;
je ne prétends pas traiter à
fonds la Declamation , ce n'eſt ,
à dire vrai , qu'une ébauche , &
tout ce que je dirai , ne ſera bien
connu que de ceux qui parlent en
public.
Je dirai d'abord , que tout homme
qui parle en public , reffent au
commencement, une émotion qu'il
eſt difficilede ne pas avoir; mais
qu'il faut pourtant tâcher de vaincre
: C'eſt une eſpece de timidité
que lesplus grands Orateurs , &
a Voyez Plutarque dans la Vie
deDimofb
Bij
16 LE MERCURE
lesplus excellens Acteurs ont peire
à furmonter quelques fois , furtout
quand il y a long-tems qu'ils.
n'ont paru , ou qu'ils recitent un
Ouvrage nouveau . Quand on eit
connu, aimé&reçû favorablement
de l'Auditoire , comme certains
Orateurs , cerrains Acteurs , cette
alteration ne fe fait fentir que legerement;
mais cette émotion eſt
toûjours violente dans un homme
qui n'est pas connu , ou qui n'eſt
pas fort accredité dans l'eſprit du
public. L'experience & l'habitude
n'oient pas toûjours cette émotion .
Pour remedier à ce mal preſqu'inévitable
, il faut avant que de parler,
contempler modeſtement ſes
Audi curs , ſe tranquilifer , reprendre
, pour ainſi dire , haleine & ſe
donner par là le tems & les moyens
de ſe raflüver. Surtout ne nous frapons
point trop de la penſée , que
nous fommes l'objet de tour un
Auditoite , & que nous allons parler
devant un Peuple qui n'eſt afDE
JUILLET. 17
ſemblé que pour nous écoûter. a
Ces reflexions intimident,&la trop
grande timidité eſt nuiſible ; d'un
autrecôte une trop grande affûrance
eſt dangereuſe. L'Auditeur
qui veut être reſpecté , la croyant
un effer de la preſomption de l'Orateur,
fe revolte. Il faut éviter ces
deux extremitez , & garder un jufte
milieu , pour gagner la bienveillance
de l'Auditoire , & le prévenir
favorablement .
MEMOIRE.
Pour parler en public , il faut
avoir laMémoirebelle , ſi elle eſt
incertaine & chancelante , on ne
peut jamais bien reciter ſon Sermon
, ſa Harangue , ſon Plaidoyer,
fon Rôle : La trop grande contention
d'eſprit , causée par la
a Magnum quidem onus eft profirerise
effe omnibus filentibus unum
maximis de rebus audiendum. Cic.
deOrat.
Bij
13 LE MERCURE
crainte de manquer , altére le Vifage
, dérange l'Action , affoiblir
la Voix , & fait fuer l'Orateur , &
l'Auditeur; mais, quand la Mémoire
eft ferme & aflutée onimanie
fon difcours , on eft maitre de ſes
Tons , & de ſes Geſtes , & cette
confiance qu'on a en fa Mémoire
donne de la liberté dans la Voix
& dans l'Action; c'eſt une verité
connuë de tous ceux qui parlent en
public:Au reſte, quoiqu'on dife de
laMémoire artificielle , je ne crois
pas qu'ilyait des regles bien fûres.
Chacun a fa maniere d'apprendre
par coeur ,&fe fait une eſpece de
Mémoire artificielle; mais le plus
grand fecret pour fortifier , ou pour
acquerir de la Mémoire, c'eſt de la
cultiver dans la jeuneſſe,de l'exercer
ſouvent , & furtout l'aflujettir
d'abord à apprendre fort correctement;
chofe abſolument neceff.ire,
& qui étant, négligée dans les
commencemens , donne bien de la
peine dans la ſuite.
DE JUILLET. 19
:
PRONONCIATION
ET ARTICULATION.
La Prononciation doit être reguliere
, c'est- à-dire , ſelon les regles
de la Langue &le bel Ufage;
il faut qu'elle n'ait rien d'ignoble.
L'Articulation doit être coulante ,
nette& infiniiante : Dans les endroits
paflionnez , il faut preſſer
fon Difcours ; mais il ne faut pas
trop s'abandonner à fon feu , &on
doit prendre garde de ne pas bredoüiller
, comme dans lesRaifonnemens:
Il faut éviter le trop grand
flegme; car la lentea de parole
eit capable de glacer tout un Auditoire.
Je dirai en paffant , que ceux qui
ont l'Articulation, ou trop lente,ou
trop précipitée ,& même ceux qui
parlent gras , peuvent répeter
leurs Diſcours avec de petits cailloux
dans la bouche , a en s'effor
•Onlesmetſousla Langue.
20 LE MERCURE
çant de bien prononcer. Si on a la
Mâchoire trop peſante , elle ſe
rend par là légere , & fi on l'a trop
précipitée , ces petits cailloux mcdérent
l'impetuoſité de la Langue ,
&tempérent la vivacitédu Recit.
Demofthenes , a qui étoit bégue , ſe
fervoit de cailloux , &j'ai vu quel- /
ques Acteurs , qui avoient que! -
ques uns de ces deffauts , qui
ont acquis par ce moyen , une Articulation
, & une Prononciation
aſſes juſte.
CONTENANCE,
OUMOUVEMENS DUCORPS.
Ceux qui parlent en public , doivent
avoir un Air , & une Contenance
modeste , aifée, gracieuſe&
naturelle , foit aſſis , foit de bout
a Quin etiam ut memoria proditum
eft conjectis in os calculis ,ſummá
Voce verſus multos uno spiritu
pronunciare confuefcebat. Cicer.de
Orar.
DE JUILLET. 21
!
tous les mouvemens du Corps doivent
être faits avec grace , &à propos.
Dans un Compliment , par
exemple , un Orateur auroitmauvaiſe
grace de s'agiter , &de marcher.
L'Avocat est moins refervé
là-deſſus. A l'égard du Predicateur
, il ne peut rendre fon Caractére
trop reſpectable ;ainfi, tous ſes
mouvemens ne peuvent être trop
nobles ; d'ailleurs ( comme il eſt
renfermé dans un eſpace de peu
d'étenduë ] on n'en voit que le
buſte: Les Prédicateurs font quelques
fois aflis , & quand ils parlent
d'un ton familier , comme s'ils raiſonnoient
tête-à-tête avec quelqu'un
cere, tranquilité a de la
grace , & a un air plus perfuafif;
leur Action pourlors eft tres-fimple;
elle ne paffe pas te coude
qu'ils appuyent fur le bord de la
Chaire , ils n'ont de mouvement ,
que dans les doigts &les poignets ;
mais,quan 1 ils veulent exciter dans
le coeur des Andreurs , ce aines
grandes Paffions , foit Terreur ,
22 LE MERCURE
ſoit Pitié ; alors , ils font debour ,
&donnant l'effort à leur Voix & à
leur Action , tout eſt violent , tour
eft rapide , tout eſt vehement en
cux.
LES TONSUAFLEXIONS
DE VOIX.
La Voix de l'Orateur doit être.
naturellement nette , ſonore , fans
être trop perçante, ſemblable àune
belle Taille de Muſique , que les
aPlusieurs personnes diſent &
écrivent , inflexions de voix .
je neprétendspas les blámer , car on
dit en Latin , vox ad inflexionem
facilis , vox flexilis ; mais,comme in
pourroit avoir en François unsens
opposéàmon Idée , & être pris dans
le même ſens d'inflexibilité ,j'at cru
devoirmefervir de flexionsde voix ,
d'autant plus que c'eſt parmi nous
autres Comediens , le Terme. Nous
diſons d'un Acteur , qui recite d'une
certaine façon , qu'il n'a point de
flexions.
DE JUILLET.
23
:
コ
Latins appellent Tenor , pour ſe
prêter à toutes les flexions imaginables
; c'est-à-dire ,, pour la rendre
mâle , tendre, forte , baſſe, ſelon
le Diſcours , mais toûjours intelligible.
Le Harangueur & le
Miniſtre d'Etat n'ont pas toûjours
beſoin d'une fi grande Voix , a mais
dans la Chaire , au Barreau , & au
Théatre, il faut quelques fois faire
du bruit , pour reveiller l'attenrion
de l'Auditeur : Pour cela , il
fautprendre ſur ſes Poulmons , il
ne faut pas cependant crier , s'enroüer
,& comme nous diſons s'engoüer
, & c'eſt à quoi nous fommesquelques
fois ſujets au Théatre
; le feu nous emporte & [ pour
me ſervir de nos termes ) nous
épouſons trop la Paſſion ; & nôtre
Période n'eſt pas finie , que nous
ſommes tout eſſouflez. Pour prévenir
cet accident,il faut ſe donner
a Subſellia grandiorem & pleniorem
vocem defiderant. Cicer.in
Brut.
24 LE MERCURE
des tems , c'est-à-dire , faire de
petites pauſes , préſqu'inſenſibles ,
enreprenant legerement la reſpira.
tion, & en foûtenant toûjours
les Yeux & l'Action , pour tenir
l'Auditeur en haleine , & attentif
juſqu'à la fin de la Periode , ſans
la laiffer tomber, comme font pluſieurs
perſonnes qui parlent en public.
Ces afpirations étant légeres,
onttoûjours grace dans le Recit ,
elles en font l'Anie,&c'eſt le plus
grandArt de la Declamation ; c'eſt
par là qu'une Période dire rapidement,
preſque d'un même port de
voix,&finie ſur un tonun peu emphatique,
fait unbel effet au Théatre,&
que s'attirantun applaudiflement
general , l'Acteur fait faire
ce que nous appellons le Brouha-
ha. a
a Un Marquis dans le Mifantrope
de Mr de Moliére dit :
.Et faire du fracas
Atous les beaux endroits qui mé
ritent des bas.
D'autres
DE JUILLET. 25
D'autres Périodes ſe diſent encore
par gradation , c'est-à-dire ,
en élevantde plus enplus la Voix ,
pour faire fentir la force de fonD..-
-cours à l'Auditeur ; cette derniere
remarque eft preſque la même que
la précedente , & la pratique ſeule
enfait connoître la difference.
Onne peut jamais bien exprimer
ce qu'on ne reffent pas vivement ;
mais cependant , il faut ſe poſſeder
, il ne faut pas trop ſe penétrer
ſoi-même , nis'abandonner (comimeje
crois déja l'avoir dit à fon
• feu&à ſa Paſſion ; car on s'étouffe,
la Voix ſe pert , & la Mémoire même
ſe trouble quelques fois : Ces.
tems , & ces petites pauſes , dont
j'aidéja parlé cy-deſſus , ménagées
avec art , feront d'un grand fecours.
Au commencement du Diſcours ,
• il faut parler modeftement, un peu
bass, a mais intelligiblement : Au
-a Exordium vehemens , &pugnax
efſſenon debet. Cicer. de Orat .
Lib. 2 . C
26 LE MERCURE
milieu , il faut moins ſe ménager
& fur la fin , on peut prendre l effort.
Rien ne fatigue plus que d'entendre
un Orateur , toûjours ſur le
même ton , ce qui s'appelle Monotonie.
ai
On dot changer de ton ; mais
ſans obſerver une certaine méthode,
& un certain ordre didactique,
commequelques uns , qui ſe font
une maniere de Recit qui , dans
chaque Période, eſt toûjours lemê.
me ; on diroit que c'est une eſpece
de Chanfon , & un refrein qu'ils
reprennent de tems-en-tems & de
phrafe en phrase : Rien n'eſt plus
propre à endormir un Auditeur.
Les Expoſitions doivent être dites
, fans grandes flexions de voix.
Les Raifonnemens doivent être
naturellement variez & appuyez .
a Ad aures noſtras & Sermonis
Suavitatem quid eft viciffitudine
commutatione aptius ? Cicer. 2. de
Orar
DEJUILLET. 26
Les Narrations doivent être coulées.
Les Portraits ne doivent point être
#trop chargez : Il n'y faut point trop
faire le Comedien ; je parle ſurtout
pour la Chaire .Quelques fois nous
ſommes obligez de charger un peu
nos portraits ſur la Scene , mais
autre part , c'eſt un déffaut. On
voyoit , par exemple , autrefois
des Predicateurs , qui faiſans le
Portrait d'une femme mondaine ,
- prenoient des Tons effeminez..
Rien n'eſt plus ridicule .
Ondoit éviter cette Déclamation
Scolaſtique , qui, avec des Tons &
desGeſtes trop étudiez , & fi j'oſe
dire , Pedanteſques , prétend exprimer
juſqu'au moindre mot. a
LesTons trop bas , c'est-à-dire ,
quiont , je ne ſçai quoi de trivial ,
doivent être bannis d'un Difcours
grave& ferieux.
a Non verba exprimens , fed uni-
--verſam rem &fententiam. Cicer..
de Orat. lib.3 .
Cij
23. LE MERCURE
Les Tons doux, tendres,& affeetueux
gagnent le coeur.
Les vehemens le frappent de
terreur.
Les familiers s'inſinüent & gagnent
l'eſprit .
Il faut étudier toutes les flexions
de Voix convenables aux Paffions,
mais tous les Tons doivent être no-
Lles& naturels.
Enfin , la Voix étant un don de
la Nature , on doit appeller heureux
l'Orateur qui l'a belle ; mais
que le qu'elle foit , baſſe ou haute,
mâle ou grêle , belle ou non belle;
il faut la conduire naturellement ,
pour ſe faire toûjours entendre
par une prononciation & une articulation
nette:C'eſt par là que plu
ſieurs Orateurs , & quelques Acteurs
, fans beaucoup de voix , font
écoûtez favorablement , & trou
vent l'Art de plaire.
LEVISAGE ET LES YEUX,
د
Le Vifage doit n'avoir rien de
1
DE JUILLET. 25
,
choquant ; il faut ſe le rendre parlant;
mais fansgrimaces : LesPafſions
s'y peignent d'elles mêmes ,
quand l'Ame eſt touchée . a Les
Yeux doivent être ouverts , &les
Sourcils élevez dans certains
grands mouvemens , mais fans paroître
égaré. Il eſt inutile de dire
que le Superbe éleve ſa vûë , que
l'Humble la baiſſe , que le Mépriſant&
le Colere tourne les yeux
de côté ; car , la Nature d'elle-même
dans la Paſſion , fait toutes ces
choſes & on n'a pas beſoin d'avis
là-deſſus. Il ſuffira de dire , que la
Vûë fixe , ferme & aflûrée , eſt une
choſe à laquelle doit s'attacher
l'Orateur. C'eſt dans l'oeil qu'eſt
l'action & la force de la Déclamation.
Un oeil vacillant , & dont
les regards ne ſont ni fermes , ni
arrêtez , & qui n'a nulle exprefa
Vultus ac frons animi est janua
qua fignificat voluntatem abditam
acretrufam. De Pel. Confult. no.
34
Gijj
30
LE MERCURE
fion , n'excite aucune Paſſion , &
ne remuë point le coeur de l'Audireur.
Les mouvemens du Viſage
ſans l'oeil, font inutiles , & ne font
aucune impreſſion. L'oeil doit parler
dans l'Orateur , puiſque les
yeux font des miroirs qui répreſentent
ce qui ſe paſſe dans notre
Ame: Cela eſt ſi vrai , qu'au recitd'une
Avanture , nos yeux marquent
& découvrent l'interêt que
nôtre coeur y prend : A propos
de cela , je ne puis m'empêcher de
blâmer certains Acteurs , qui ſur
la Scene,ont un oeil diſtrait , &qui
n'écoûtent qu'à demi & froidement
, celui qui leur parle de choſes
importantes & intereſſantes.
Un bon Acteur attentif à tout ce
qui ſe paſſe ſous ſa vûë , fait connoître
par ſes ſeuls mouvemens exterieurs
, & furtout par ſes yeux,
que ſonAme eſt touchée de ce qu'il
voit , ou de ce qu'il entend , &
fans parler , il touche l'Auditeur,
DE JUILLET. 31
L'ACTION OU LE GESTE .
Le Geſte doit toûjours préceder
d'un inſtant le diſcours , & finir
avec lui . Cela ſe fait naturellement
: L'Action doit être noble ,
naturelle , gracieuſe , importante ,
animée , vive & legere , tout cela
àpropos:Ellene doit point êtretrop
étudiée, ni trop recherchée , point
outrée. Porter les mains plus haut
que la tête , fraper des poings ,
ou les mains l'une dans l'autre ,
mettre les poings ſur les côtez ,
montrer des doigts , les écarter ,
étendre les bras en croix , avoir
trop de Geſtes , ce qui s'appelle
geſticuler , obſerver une certaine
action reguliere d'une main à l'autre
, n'agir que de la main gauche
ſeule b, font tousgeſtes vicicux qui
aGestus aberit àſceniconec vulta
nec manu nec excursionibus nimius.
Fab.lib. 1. cap. 2.
b Sinistra manusnunquamfola rectègeftum
facit. Gran. lib.6. cap. 6.
32 LE MERCURE
ne ſeront pas fuportables ſur la
Scene tragique , & qui ne peuvent
convenir qu'à un Comique , & qui
par confequent,ne peuvent être reçûs
dans unOrateur grave. Je dirai
pourtant que ces geſtes- là étant
ménagez ,feroientſoufferts dansdes
fureurs & d'autres paſſions vehementes
; furtout dans un homme
gracieux. Nous en avons pluſieurs
exemples au Théatre & ailleurs ;
mais ces exemples ne font pas à
ſuivre. Un grand Orateur & un
grand Acteur peuvent hazarder
quelque choſe , on peut les imiter
, mais on ne doit les imiter que
dans ce qu'ils ont de beau , de bon
&de naturel. Il faut étudier toutes
ces chofes , mais ſe les rendre ſi
familieres,que l'art en ſoit entierement
caché a pour ſe rendre plus
vrai , plus naturel , & plus per--
fuafif.
aUbicumqueArs oftententatur ,
veritas abeffe videtur. Quint. lib .
10. cap.4.
DE JUILLET.
33
i
Le trop d'art dans la Voix &
dans l'Action , ainſi que dans la
compoſition d'undiſcours , rend un
Orateur ſec , guindé , &pédant .
Enfin, on ſe ſouviendra qu'on
ne peut,& qu'on ne doit pas même
vouloir faire tout ſentir dans un
longDiſcours &dans un long Rôle.
Les endroits négligez ou pour
mieux dire , moins marquez font ,
comme les Ombres aux tombeaux.
a
,
Ce font icy des Regles generales,
qui en détail , demanderoient un
volume , & il ſeroit neceſſaire que
quelque Illuftre Orateur , ou quelque
habile Acteur traitât cette
matiere plus amplement. Je ne l'ai
qu'ébauchée , & je ne me ſens pas
capable de faire d'avantage.
J'oſe dire pourtant , que je crois
avoir expoſédans cesReflexions,les
Pointsles plus effentiels delaDéclamation,
quoique fort ſuccintement.
a Quadam etiam negligentia est
diligentia . Cic. de Orat..
34 LE MERCURE
AVIS GENERAL ,
Toutes les Regles de Ciceron ,
de Quintilien ,&des Illuſtres Modernes
qui ont pû écrire ſur la Déclamation,
fontinutiles à l'Orateur,
s'il ne ſuit la premiere , qui eſt , de
bien comprendre ce qu'il dit & de
le ſentir fortement foi-même , pour
le rendre ſenſible à l'Auditeur.
Quand on eſt touché de fon difcours,
leViſage, la Voix&le Geſte ſe
prêtent,& fe conforment aux mouvemens
interieursa , & pour peu
qu'on aitquelques graces naturelles;
avec cela ſeul ,ſans beaucoup de
recherches,on peut plaire& perfuader
, qui est le ſeul but de l'Eloquence.
a Omnis motus animifuum quemdam
à naturâ habet vultum &fonum
&gestum. Cic. in Orat .
DE JUILLET.
35
DERNIERE REFLEXION ,
ET CONCLUSION.
Quoique l'on nous raconte de
Demosthenes , quoique Ciceron
diſe de lui même; je ne puis croire
qu'il ſoit poſſible , ſans les difpoſitions
naturelles , de parvenir
au ſouverain degré de la Déclamation.
L'Art peut bien , en corrigeant
un peu les déffauts de la
Nature , rendre un Orateur , &
un Acteur plus que paſſable &
au deſſus du mediocre; mais les
graces naturelles de l'Eſprit & du
Corps,fortifiées par l'Etude&l'Application
, peuvent ſeules donner
l'Excellence. L'Application peut
donner la Mémoire , l'Etude peut
donner l'Intelligence ; mais la ſenſibilité
de l'Ame , que nous appellons
Entrailles ( Partie Effentielle
du Recit ) & ces graces
exterieures ſi éclatantes , & fi frapantes
, que nous admirons dans
1
36 LE MERCURE
certains Orateurs , dans certains
Acteurs , & dans certaines Acttices;
tout cela , dis-je , ne pouvant
être acquis par aucun Art , n'eſt
qu'un pur bienfaitde la Nature:
Ainſi , je finirai comme j'ai commencé,
endiſant avec Ciceron &
Quintilien.
Sic fentio Naturam , primùm ad
dicendum vim afferre maximam ,
&nihil Pracepta , atque Artes valere
, nifi adjuvante Natura.
Fermer
1868
p. 36-40
A M. LE DUC DE NOAILLES, PAR M. LE GRAND.
Début :
J'ai obligation à M. le Grand des premieres Pieces de Vers / Au Mont sacré des Doctes Pierides. [...]
Mots clefs :
Sentiers, Guirlandes, Chagrin, Fortune, Servants, Écusson
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. LE DUC DE NOAILLES, PAR M. LE GRAND.
J'ai obligation à M.le Grand des 3
premieres Pieces deVers ſuivantes.
C'eſtunjeuneEleve du Parnaſle, qui
bien different de Mrs ſes Confreres,
eft aufli modefte , que ceux - cy font
pour la pluſpart préſomptueux . Il
a fallu lui faire en quelque forte
violence , pour le déterminer à les
abandonner au Public , Juge ſevere&
inexorable . Que ne doit- on pas
efperer de cette Muſe Printaniere,
avec
JUILLET. 37
avec de ſi rares Talens , & dont
cependant il ſe défie : A-t- il raiſon
, ou non ? J'en appelle à mon Lec
teur.
A M. LE DUC DE NOAILLES,
PAR M. LE GRAND.
A
U Mont facré des Doîtes
Pierides.
Quel vain espoir conduit tant de
Rimeurs ?
Ont-ils ja ven dans ces sentiers
arides
Récompenser leurs penibles labeurs?
Fors le Laurier, qu'ont - ils en des
neuf Soeurs ?
Point je ne vois Enfans de Polymnie
Dú bon Siléne avoir trogne benie:
Ains fur leurs fronts de guirlandes
ornez ,
Je voisSoucis&Chagrinsfurannez ,
Envain Phébus en mes veines
allume
Nobledésir de franchir le Lethe ,
Ilneme chaut pour revivre Posthnme,
Juillet 1717 . D
1
38. LE MERCURE
Defabriquer maint Libelle vanté ;
S'ilfaut trainer, efolave de maplume,
Desjours martyrs de l'Immortalité,
Plûtôtle temstout entier me confume:
Je veux vivant parfois être flaté,
Avoir Fortune, &Joye à mon côté,
Roses d' Amour, Coeur de Gente pucelle
,
Dons de Cerés &du fils de Semele.
Mais où chercher , en cefiéclefélé,
Tel reconfort ? Sur le Cheval ailé ?
Non, du Destinpour braver l'influence,
De Plutus ſeul , du Dieu de la Finance
,
Voler il faut sous le Drapeau doré ,
Detousplaisirs c'est le pere adoré :
Chezfes Servans on voit toute l'année
Gibierd'Amour &Tendrons d'Hymenée,
LeDieu du Pampre &maints gentilsHarpeurs
Avec Comus y faire les honneurs ;
Rares n'yfont ,même pour la Vinée,
Enfans du Pinde , &polis Difconreurs
;
DE JUILLET. 39
:
Cen'est le tout les Parnaſſides
Soeurs
2
Vont, courtisans les Menins d'Opu
lence
Onpeut m'en croire , en ai l'Experience;
Jâfous Plutus suis à peine enrôlé,
Lesacré Mont me ſemble devoilé ;
Sire Apollon &ſes Nymphesfi fieres
Amoi jadis, en manteau Laceré
Viennent m'offrir leurs sçavantes
lumieres ,
Ores que suis en pourpo int cha.
marré,
Bref n'ai besoin de Semondre larime:
Mais toutes fois, quandje vaisfaire
efcrime ,
J'ai pour deviſe écrit à l'Ecuſſon ,
Rimeurjoyeux ; chacun aſa façon.
L'unde Venus aimeà chanter l'Em
pire ,
L'arc & les traits de l'aveugle
Garçon ;
L'autre plus craint, fans quartier ni
pardon ,
Contre leviceépuise la Satyre ;
40 LE MERCURE
:
:
Pour les Vertus, Hondart montefa
Lyre ,
Rimeur est libre , & moifacetieux ;
J'aimeà conter en ſtile gracieux
Gentils propos , Nouvelles d'alle--
greffe ;
Puisàſemeren mes vers tous joyeux
Doux grains d'Encens , triez aves
fineffe ,
Pour ne sentir le Flateur ennuyeux;
De ma Nature Enfant peusoucieux
Jeſuis nommé, petite est ma chevance
2.
Dont nefais cas d'être bon ménager :
Gentille humeur fans beaucoup d'epulence
,
Fait ma lieſſe au monde paſſager:
Suffit mon fort , trop je crains de
changer;
Je crains , que dis-je ? Oferoit la
Fortune
Mefaire niche & s'attaquer àmoi ?
Non, non du Sort point ne crains la
rancune ;
Partoi , NOAILLE , étayé dans
l'emploi ,
Je ſers Phebus , il me répond de tai ..
premieres Pieces deVers ſuivantes.
C'eſtunjeuneEleve du Parnaſle, qui
bien different de Mrs ſes Confreres,
eft aufli modefte , que ceux - cy font
pour la pluſpart préſomptueux . Il
a fallu lui faire en quelque forte
violence , pour le déterminer à les
abandonner au Public , Juge ſevere&
inexorable . Que ne doit- on pas
efperer de cette Muſe Printaniere,
avec
JUILLET. 37
avec de ſi rares Talens , & dont
cependant il ſe défie : A-t- il raiſon
, ou non ? J'en appelle à mon Lec
teur.
A M. LE DUC DE NOAILLES,
PAR M. LE GRAND.
A
U Mont facré des Doîtes
Pierides.
Quel vain espoir conduit tant de
Rimeurs ?
Ont-ils ja ven dans ces sentiers
arides
Récompenser leurs penibles labeurs?
Fors le Laurier, qu'ont - ils en des
neuf Soeurs ?
Point je ne vois Enfans de Polymnie
Dú bon Siléne avoir trogne benie:
Ains fur leurs fronts de guirlandes
ornez ,
Je voisSoucis&Chagrinsfurannez ,
Envain Phébus en mes veines
allume
Nobledésir de franchir le Lethe ,
Ilneme chaut pour revivre Posthnme,
Juillet 1717 . D
1
38. LE MERCURE
Defabriquer maint Libelle vanté ;
S'ilfaut trainer, efolave de maplume,
Desjours martyrs de l'Immortalité,
Plûtôtle temstout entier me confume:
Je veux vivant parfois être flaté,
Avoir Fortune, &Joye à mon côté,
Roses d' Amour, Coeur de Gente pucelle
,
Dons de Cerés &du fils de Semele.
Mais où chercher , en cefiéclefélé,
Tel reconfort ? Sur le Cheval ailé ?
Non, du Destinpour braver l'influence,
De Plutus ſeul , du Dieu de la Finance
,
Voler il faut sous le Drapeau doré ,
Detousplaisirs c'est le pere adoré :
Chezfes Servans on voit toute l'année
Gibierd'Amour &Tendrons d'Hymenée,
LeDieu du Pampre &maints gentilsHarpeurs
Avec Comus y faire les honneurs ;
Rares n'yfont ,même pour la Vinée,
Enfans du Pinde , &polis Difconreurs
;
DE JUILLET. 39
:
Cen'est le tout les Parnaſſides
Soeurs
2
Vont, courtisans les Menins d'Opu
lence
Onpeut m'en croire , en ai l'Experience;
Jâfous Plutus suis à peine enrôlé,
Lesacré Mont me ſemble devoilé ;
Sire Apollon &ſes Nymphesfi fieres
Amoi jadis, en manteau Laceré
Viennent m'offrir leurs sçavantes
lumieres ,
Ores que suis en pourpo int cha.
marré,
Bref n'ai besoin de Semondre larime:
Mais toutes fois, quandje vaisfaire
efcrime ,
J'ai pour deviſe écrit à l'Ecuſſon ,
Rimeurjoyeux ; chacun aſa façon.
L'unde Venus aimeà chanter l'Em
pire ,
L'arc & les traits de l'aveugle
Garçon ;
L'autre plus craint, fans quartier ni
pardon ,
Contre leviceépuise la Satyre ;
40 LE MERCURE
:
:
Pour les Vertus, Hondart montefa
Lyre ,
Rimeur est libre , & moifacetieux ;
J'aimeà conter en ſtile gracieux
Gentils propos , Nouvelles d'alle--
greffe ;
Puisàſemeren mes vers tous joyeux
Doux grains d'Encens , triez aves
fineffe ,
Pour ne sentir le Flateur ennuyeux;
De ma Nature Enfant peusoucieux
Jeſuis nommé, petite est ma chevance
2.
Dont nefais cas d'être bon ménager :
Gentille humeur fans beaucoup d'epulence
,
Fait ma lieſſe au monde paſſager:
Suffit mon fort , trop je crains de
changer;
Je crains , que dis-je ? Oferoit la
Fortune
Mefaire niche & s'attaquer àmoi ?
Non, non du Sort point ne crains la
rancune ;
Partoi , NOAILLE , étayé dans
l'emploi ,
Je ſers Phebus , il me répond de tai ..
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1869
p. 41-44
SUR L'AMOUR, PAR LE MEME.
Début :
N'a guere, Amour, tenté par ma jeunesse, [...]
Mots clefs :
Amour, Doux regards, Coeur, Mère, Enfance, Rivages, Flamme, Traître
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR L'AMOUR, PAR LE MEME.
SUR L'AMOUR ,
PAR LE MEME..
N'a quere , Amour , tenté par ma
jeunesse ,
S'en vint me voir , bien sçavoit mon
adresse :
Moi tout naif, ignorantſafaçon,
Neme doutois que fut ce faux Gar
çon;
D'un foible enfant il avoit l'air timide
,
Ses doux regards céloient son coeur
perfide,
Sonris , sa voix , son parler ingenû
Faifoient aimerle petit Inconnu ;
Sadouce haleine avoit odeur deRose,
Voire enſajoüe elle ſemblortécloſe :
Sur fon dos nû , vermeil &coloré ,
Flotost épars maint long cheveu doré
;
Rien ne portoitfur son épaule allée,
Hors mainte fleche en sa trouſſe mê
lée ,
Desa main dextre il tenoit un fallot ,
De l'autre,un arc avec un navelot
Diij
42 LE MERCURE
Sous ce harnois digne dufi d'Alcmene
,
Le. regardant , quelle Mére inhumaine
,
Dis-je ! O mon fils , te permet de
cour.r
Ainsi par voye ? Ah ! tu te vasferir
Avec ton arc & cette lourde lance ;.
AutreJoujou convient àton enfance,
Comme ofes-tu dans le tems des Frimats
Risquer au vent tes membres delicats
?
Koi , bel Enfant , comment de la
Scythie ,
Accourt icy le mari d'Oritie :
Tôt, prens ma robe &point nefor
tiras ,
Viens dansmonfein chaufertes petits
bras :-
Amour m'écoute , & cachant Sa
Surprise,
D'abord Courit à mon air defranchi-
Sei
Puis tout à coupdedepit rougiſſant ,
Eb quoi ! dit-il , en age adolesant ,
Eft-on encore ignorant de mon Etre ?
DE JUILLET. 43
Ates dépens tu l'apprendras peutêtre
:
Or , connois-moi , ſimple & jeune
garçon ,
Commeà laMort , l'homme me doit
rançons,
Amourjesuis , fur les rivagessombres,
Jatrop connu du noirTiran des Ombres
,
DoJupiter,du vainqueur dePython ,
Voire en la Mer, le frere de Pluton
Demes feuxbrûle au sein des Nereïdes
:
Les Conquerans , les Paltrons ,les
Alcides,
Jeunes & vieux , j'aſſervis à mes
loix ;
Doux par caprice aux Bergers plus
qu'aux Roix,
Tout l'Univers cede à mon haut.conrage;
Toi,désàdoncfais en l'apprentiſſage:
Ainfiparla,puisdeſonare vainqueur,
Iltire un darddroit au fond de mon
coeur;
La flamme y prond , l'Enfant se
metàrire ...
44. LE MERCURE
T'ai -je fait mal? Parle, tu n'as qu'à
dire ,
Remedeſai , foi d'enfant de Cipris ,
-Tu gueriras par un regard d'Iris :
Legerje pars,je la vois &je l'aime ,
Pourun barser l'eut aimée Amour
même ,
Mais, combien leTraitre m'a deçû!
Certes,d'Iris àſouhaits j'ai reçû
Douceurs fans nombre , &plus que
de coûtume ,
Amour encor me brûle & me con-
Sume.
PAR LE MEME..
N'a quere , Amour , tenté par ma
jeunesse ,
S'en vint me voir , bien sçavoit mon
adresse :
Moi tout naif, ignorantſafaçon,
Neme doutois que fut ce faux Gar
çon;
D'un foible enfant il avoit l'air timide
,
Ses doux regards céloient son coeur
perfide,
Sonris , sa voix , son parler ingenû
Faifoient aimerle petit Inconnu ;
Sadouce haleine avoit odeur deRose,
Voire enſajoüe elle ſemblortécloſe :
Sur fon dos nû , vermeil &coloré ,
Flotost épars maint long cheveu doré
;
Rien ne portoitfur son épaule allée,
Hors mainte fleche en sa trouſſe mê
lée ,
Desa main dextre il tenoit un fallot ,
De l'autre,un arc avec un navelot
Diij
42 LE MERCURE
Sous ce harnois digne dufi d'Alcmene
,
Le. regardant , quelle Mére inhumaine
,
Dis-je ! O mon fils , te permet de
cour.r
Ainsi par voye ? Ah ! tu te vasferir
Avec ton arc & cette lourde lance ;.
AutreJoujou convient àton enfance,
Comme ofes-tu dans le tems des Frimats
Risquer au vent tes membres delicats
?
Koi , bel Enfant , comment de la
Scythie ,
Accourt icy le mari d'Oritie :
Tôt, prens ma robe &point nefor
tiras ,
Viens dansmonfein chaufertes petits
bras :-
Amour m'écoute , & cachant Sa
Surprise,
D'abord Courit à mon air defranchi-
Sei
Puis tout à coupdedepit rougiſſant ,
Eb quoi ! dit-il , en age adolesant ,
Eft-on encore ignorant de mon Etre ?
DE JUILLET. 43
Ates dépens tu l'apprendras peutêtre
:
Or , connois-moi , ſimple & jeune
garçon ,
Commeà laMort , l'homme me doit
rançons,
Amourjesuis , fur les rivagessombres,
Jatrop connu du noirTiran des Ombres
,
DoJupiter,du vainqueur dePython ,
Voire en la Mer, le frere de Pluton
Demes feuxbrûle au sein des Nereïdes
:
Les Conquerans , les Paltrons ,les
Alcides,
Jeunes & vieux , j'aſſervis à mes
loix ;
Doux par caprice aux Bergers plus
qu'aux Roix,
Tout l'Univers cede à mon haut.conrage;
Toi,désàdoncfais en l'apprentiſſage:
Ainfiparla,puisdeſonare vainqueur,
Iltire un darddroit au fond de mon
coeur;
La flamme y prond , l'Enfant se
metàrire ...
44. LE MERCURE
T'ai -je fait mal? Parle, tu n'as qu'à
dire ,
Remedeſai , foi d'enfant de Cipris ,
-Tu gueriras par un regard d'Iris :
Legerje pars,je la vois &je l'aime ,
Pourun barser l'eut aimée Amour
même ,
Mais, combien leTraitre m'a deçû!
Certes,d'Iris àſouhaits j'ai reçû
Douceurs fans nombre , &plus que
de coûtume ,
Amour encor me brûle & me con-
Sume.
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1870
p. 127-130
FABLE Sur la Grossesse de S. A. S. MADAME LA PRINCESSE DE CONTY. PAR M. FUSELIER.
Début :
Hier Mercure annonça dans les Cieux, [...]
Mots clefs :
Princesse, Héros, Grâces, Déesse, Princesse de Conti, Enfant, Famille
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texteReconnaissance textuelle : FABLE Sur la Grossesse de S. A. S. MADAME LA PRINCESSE DE CONTY. PAR M. FUSELIER.
FABLE
Sur la Groſſeſſe de S. A. S...
MADAME
LA PRINCESSE DE CONTY,
PAR M. FUSELIER.. :
Ier Mercure annonça dans les
Cieux ,
Qu'une Princesse aussi fage que
belle ,
Qui compte autant de Heros que .
d'Ayeux;
Alloit encor à laTige immortelle
De Sa Maison , donner Branche
nouvelle :
123 LE MERCURE
-
Dans ce Récit , ſes Traits victorieux
,
Soûris , Regards , Graces enchantereffes
Il n'oublia : Du pouvoirdeſes Yeux
Dans ce moment , s'entretinrent les
Dieux,
Et ce moment ennuyales Déesses.
Marsfeul pensif, dans son Casque
enfoncé,
Du Rejetton par Mercure annoncé,
Ja dans un coin méditoit la culture ,
Minerve auffi : Ce glorieux emploi,
S'écria Mars,n'est reservéqu'à moi;
CONTIS chez Mars ont tous pris
Nourriture.
Qu'on n'aitfouci de quel Sexe viendra
Le Noble Enfant : Atout on pour-
Voira.
Si Fille vient,faiteſera pour plaire ,
Je lui promets touteforte d'Appas ,
Graces , je croi , ne lui manquerontpas
:
J'ai du crédit à la Cour de Cithére..
LesAdoni vousSupplantent parfois
Interrompit la Patróne d'Athenes ,
DE JUILLET. 129
En foûriant ; mais revenons aux
Droits
Que prétendez ; ce font Chimeres
vaines..
N'avancez plus que CONTIS
Sous vos Loix
Se font formez un coeur de gloire
avide;
Lies vraisHéros ne ſuivent que ma
Voix ,
Mars les entraine , & Minerve les
guide.
Ace discours quibleſſoitsafierte,
Le Dieu de Thrace ût , peut-être ,
éclatté;
MaisJupiter, parſa ſeule préſence,
De fon couroux réprima la licence :
Près deſon Roy l'Olimpe s'aſſembla;
Ilfit un geste,& l'Univers trembla.
Les Contestans lui dirent leur af
faire,
Mars montramoins de droit que de
colere.
Sage Minerve , & vous Dieu des -
Combats ,
DitJupiter, ceffez de vains Débats ;
Je Sçai le point qui fait vôtre dif-...
pute :
120 LE MERCURE
Or , aprenez qu'entre vous ſe difcute
Cas important oùn'avez interêt ;
Que de CONTI naiſſe Garçon ou
Fille ,
Pour les former , le Modéle est tout
prêt ,
Pasne faudrafortir de la Famille.
Sur la Groſſeſſe de S. A. S...
MADAME
LA PRINCESSE DE CONTY,
PAR M. FUSELIER.. :
Ier Mercure annonça dans les
Cieux ,
Qu'une Princesse aussi fage que
belle ,
Qui compte autant de Heros que .
d'Ayeux;
Alloit encor à laTige immortelle
De Sa Maison , donner Branche
nouvelle :
123 LE MERCURE
-
Dans ce Récit , ſes Traits victorieux
,
Soûris , Regards , Graces enchantereffes
Il n'oublia : Du pouvoirdeſes Yeux
Dans ce moment , s'entretinrent les
Dieux,
Et ce moment ennuyales Déesses.
Marsfeul pensif, dans son Casque
enfoncé,
Du Rejetton par Mercure annoncé,
Ja dans un coin méditoit la culture ,
Minerve auffi : Ce glorieux emploi,
S'écria Mars,n'est reservéqu'à moi;
CONTIS chez Mars ont tous pris
Nourriture.
Qu'on n'aitfouci de quel Sexe viendra
Le Noble Enfant : Atout on pour-
Voira.
Si Fille vient,faiteſera pour plaire ,
Je lui promets touteforte d'Appas ,
Graces , je croi , ne lui manquerontpas
:
J'ai du crédit à la Cour de Cithére..
LesAdoni vousSupplantent parfois
Interrompit la Patróne d'Athenes ,
DE JUILLET. 129
En foûriant ; mais revenons aux
Droits
Que prétendez ; ce font Chimeres
vaines..
N'avancez plus que CONTIS
Sous vos Loix
Se font formez un coeur de gloire
avide;
Lies vraisHéros ne ſuivent que ma
Voix ,
Mars les entraine , & Minerve les
guide.
Ace discours quibleſſoitsafierte,
Le Dieu de Thrace ût , peut-être ,
éclatté;
MaisJupiter, parſa ſeule préſence,
De fon couroux réprima la licence :
Près deſon Roy l'Olimpe s'aſſembla;
Ilfit un geste,& l'Univers trembla.
Les Contestans lui dirent leur af
faire,
Mars montramoins de droit que de
colere.
Sage Minerve , & vous Dieu des -
Combats ,
DitJupiter, ceffez de vains Débats ;
Je Sçai le point qui fait vôtre dif-...
pute :
120 LE MERCURE
Or , aprenez qu'entre vous ſe difcute
Cas important oùn'avez interêt ;
Que de CONTI naiſſe Garçon ou
Fille ,
Pour les former , le Modéle est tout
prêt ,
Pasne faudrafortir de la Famille.
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1871
p. 130-133
A MADEMOISELLE DE LU, Sur une Elogue qu'elle a faite. FABLE ALLEGORIQUE.
Début :
Je me flate que M. le Chevalier de Saint Jory ne / Un jour à la Table des Dieux, [...]
Mots clefs :
Muse, Parnasse, Berger, Amour, Apollon, Querelle, Lyre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE DE LU, Sur une Elogue qu'elle a faite. FABLE ALLEGORIQUE.
Je me flate que M. le Chevalier
de Saint Jory ne trouvera pas mauvais
que je revéle ici , qu'il eſt
l'Auteur de la piece ſuivante :
Sa modestie en pourra ſouffrir,mais
je ſuis perfuadé que quand il s'agit.
de piquer le goût du Lecteur , un
Ecrivainpériodique doit prendre un
peu ſur ſon compte certaines hardieſſes
, ſans lesquelles un Livre
comme le mien, ne pourroit fubfifter
long-tems . Il ſeroit à ſouhaiter
qu'on me fournit ſouvent de pareils
ſujets d'excuſe , je me chargerois
volontiers des réproches , pourvû
qu'il en revint debonnes piéces au
au Public.
DE JUILLET 131
A MADEMOISELLE
DELU ,
Sur une Eglogue qu'elle a faite.
FABLE ALLEGORIQUE.
Un jour à la Table des Dieux,
Onlût des Vers d'une Muse nouvelle
.
Ils parurent fi beaux à la Troupe
Immortelle,
Qu'on jugea qu'au Parnasse on ne rimoitpas
mieux.
Trop heureux , diſoit- on , & trop
digne d'envie ,
Le Berger qu'en ces Vers daigne
chanter Silvie?
Mais d'un Ouvrageſi parfait ,
D'où vient que l'Auteur &
l'Objet ,
Sous des noms empruntez se
cachent?
Je veux bien,dit l'Amour, qu'ils
Scachent ,
132
LE MERCURE
Quel'Amour l'utsigné, fi l'Amour
l'avoit fait:
Pourles punir , perçons ce Mistere
agréable.
Alors les condesſur la Table..
Chacun à reflechir defon mieux,travailla.
C'est celui-cy , c'est celle-là :
Onprend parti de la Voix & du
Ladispute s'allume, on s'obstine, on
Gefte,
conteste ,
Tel qui vouloit dire oùi , malignementdit
non ,
De ce nombrefut Apollon .
Enfin , de Lu, l'Amour tout en
colere,
Demande à parierque les Versfont
deVous.
Apollonfoûtient le contraire ;
Tout Rimeur est un peu jaloux ,
Je n'en connois point defincere.
La Querelle s'échauffe , on éleve la
Voix ;
1
On gage , on met au jeu la Lyre &
le Carquois ,
L'Amourgagna, Clio vous les avoit
vú faire. On
DE JUILLET. 133
Onfçait que le Dien de Cythere
N'estpas un modeste Vainqueur:
Allez , dit-il , d'un son moqueur
,
Allez, bel Apollon, réprendre chez
Admete
La panetiere & la boulete ,
Vous voilàfans emploi dans lefacré
Valon.
J'y suis ce que j'étois , répondit Apollon
;
Quoique ma Lyre t'appartienne,
J'irai men train , de Lu me prétera
lafienne..
Mais fil'Amour perdoit fon Carquois
&Ses Traits,
Errant à l'avanture
deformais ,
il . vivroit
Etsans Amis, &ſans Empire.
L'Amour un peu surpris , lui dit
d'un ton plus doux ,
Jepourrois à de Lu recourir , comme
vous ,
Elle a desyeux qui valent bien
SaLyre.
de Saint Jory ne trouvera pas mauvais
que je revéle ici , qu'il eſt
l'Auteur de la piece ſuivante :
Sa modestie en pourra ſouffrir,mais
je ſuis perfuadé que quand il s'agit.
de piquer le goût du Lecteur , un
Ecrivainpériodique doit prendre un
peu ſur ſon compte certaines hardieſſes
, ſans lesquelles un Livre
comme le mien, ne pourroit fubfifter
long-tems . Il ſeroit à ſouhaiter
qu'on me fournit ſouvent de pareils
ſujets d'excuſe , je me chargerois
volontiers des réproches , pourvû
qu'il en revint debonnes piéces au
au Public.
DE JUILLET 131
A MADEMOISELLE
DELU ,
Sur une Eglogue qu'elle a faite.
FABLE ALLEGORIQUE.
Un jour à la Table des Dieux,
Onlût des Vers d'une Muse nouvelle
.
Ils parurent fi beaux à la Troupe
Immortelle,
Qu'on jugea qu'au Parnasse on ne rimoitpas
mieux.
Trop heureux , diſoit- on , & trop
digne d'envie ,
Le Berger qu'en ces Vers daigne
chanter Silvie?
Mais d'un Ouvrageſi parfait ,
D'où vient que l'Auteur &
l'Objet ,
Sous des noms empruntez se
cachent?
Je veux bien,dit l'Amour, qu'ils
Scachent ,
132
LE MERCURE
Quel'Amour l'utsigné, fi l'Amour
l'avoit fait:
Pourles punir , perçons ce Mistere
agréable.
Alors les condesſur la Table..
Chacun à reflechir defon mieux,travailla.
C'est celui-cy , c'est celle-là :
Onprend parti de la Voix & du
Ladispute s'allume, on s'obstine, on
Gefte,
conteste ,
Tel qui vouloit dire oùi , malignementdit
non ,
De ce nombrefut Apollon .
Enfin , de Lu, l'Amour tout en
colere,
Demande à parierque les Versfont
deVous.
Apollonfoûtient le contraire ;
Tout Rimeur est un peu jaloux ,
Je n'en connois point defincere.
La Querelle s'échauffe , on éleve la
Voix ;
1
On gage , on met au jeu la Lyre &
le Carquois ,
L'Amourgagna, Clio vous les avoit
vú faire. On
DE JUILLET. 133
Onfçait que le Dien de Cythere
N'estpas un modeste Vainqueur:
Allez , dit-il , d'un son moqueur
,
Allez, bel Apollon, réprendre chez
Admete
La panetiere & la boulete ,
Vous voilàfans emploi dans lefacré
Valon.
J'y suis ce que j'étois , répondit Apollon
;
Quoique ma Lyre t'appartienne,
J'irai men train , de Lu me prétera
lafienne..
Mais fil'Amour perdoit fon Carquois
&Ses Traits,
Errant à l'avanture
deformais ,
il . vivroit
Etsans Amis, &ſans Empire.
L'Amour un peu surpris , lui dit
d'un ton plus doux ,
Jepourrois à de Lu recourir , comme
vous ,
Elle a desyeux qui valent bien
SaLyre.
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1872
p. 134-139
LE MERITE ET LA FORTUNE FABLE.
Début :
La Fable suivante est d'un Auteur incertain. On soupçonne cependant / Le Mérite, Cadet de fort bonne Maison, [...]
Mots clefs :
Mérite, Fortune, Hymen, Époux, Couples, Charmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE MERITE ET LA FORTUNE FABLE.
La Fable ſuivante eſt d'un
Auteur incertain. On ſoupçonne
cependant , qu'elle eſt de la compoſition
du Pere Benoît Jeſuîte ,
à qui on attribuë égallement la
lapetite Piéce en Vers qui eft
inférée à la p. 174. du Mercure de
Juin , fur les dernieres Fables que
M. de la Motterécita à l'Academie
Françoise.
ce
Ces 2. ſeuls Morceaux ſont ſuffifans
,pour faire juger , que fi
Pere tournoit ſongénie du côté de
la Poësie , il ſeroit en état de ne
point envier les Talents de nos
meilleurs Poëtes.
LE
MERITE ET LA FORTUNE
FABLE .
IE Mérite , Cadet defort bom
ne Maison ,
Et l'Infante Fortune , opulente heritiere
,
Parlesliensd'Hymenfurent unis ,
dit-on,
DE JUILLET. 135
Au bon vieux Temps c'étoit-làla
maniére
Entr'euxpoint de débat , point de
dissension ;
Il n'étoit bruit partout que de leur
union.
Jamais on ne voyoit Fortune ſans
Mériteزو
Mérite Sans Fortune étoit cas fur-
1 prenant :
C'étoit méme , choſe illicite.
La mode helas ! n'en est plus
maintenant ,
Tantpis ; car , après tout , l'Hymen
étoitfortable ,
L'Epoux étoit bien-fait , infinuant,
aimable ;
L'Epouse avoit de grands attraits
Et du comptant : Que faut - il
davantage?
COMPTANT lui ſeul , tient lieu
des plus beaux traits ,
Audemeurant l'humeur un peu
volage ,
C'étoit leſeul défaut dont on pût la
taxer ;
Mais Méritefin perſonnage
Mij
135 LE MERCURE
Mieux que tout autre avoit scu
la fixer.
Pour un Cadet , une telle Alliance
Devoit sans doute avoir de
grands appas ;
, ACCOSi
de tout bien la joüiffance
Ala longue n'ennuyoit pas.
Chez ce Couple charmant
roi nt à toute beurs
Gens de toute Condition :
L'Interét joint à l'Inclination
Les attiroit à leur demeure ,
D'où l'on ne fortoit point fans
admiration.
Mérite,bean-Diseur enchantoit tout
lemonde;
C'étoit lui qu'on lañoit , Fortune
n'étoit rien.
Cependant c'étoit de fon bien ,
Qu'ilfaisoit largeſſe à laronde ;
Largeſſe àqui , tout bien compté ,
Il devoit le bonheur deſe voir tant
vanté.
Devenu fier de cette préference ,
Il crut Fortune indigne de fon
coeur.
DE JUILLET. 137
Pour elle , plus d'égard, de ſoin ,de
déférence ,
C'étoit mépris , c'étoit hauteur;
Mêmene regardoitſouvent lapau--
ure Infante ,
Que comme il auroit fait sa très
humble ſervante.
Qu'onjuge, fr ce trait dût bienfore
la piquer.
Elle étoit femme , elle étoit mepriſée
,
Pour moins l'on pourroitse cho..
quer;
Elle en fut fi fcandalisée ,
Quefurle champ, sans dire-adien
,
Elle délogea du dit lieu :.
Vousjugez bien qu'elle trouva rewaite
,
Gens d'affaires tous des pre--
miers
La recüeillirent volontiers ;
L'oubliois qu'en partant , ellefit mai-
Son nette ,
- Laiſſant au Méritepour bien ,
Oupeude chose , ou même rien..
Cecoup ne le toucha que de la bonne
Sorte Miij
138 LE MERCURE
Qu'y perdoit it ? un affez foible
appuy
Sans elle il comptoit bien de retenir
chez lui
des Courtijans laflateuse Cohorte:
Ilse trompa ; fors quelques vrais
amis ,
Tout,jusqu'aux gens debien, déferta
le Logis;
Du côté de Fortune & des fots
desſages,
Onvit tourner tousles hommages.
Ce n'est pas tout, ilse voit àson tour
Reduit à lui faresa Cour :
Cette Vengeance a pour elle des
Charmes ,
On sçait afſés que pareil Incident
Pourtout Vindicatif est un morceau
friant :
Mèrite de dep ten verſe maintes
Larmes ,
Mais ses fûpirs font ſuperftes :
Ala porte on le laiſſeàloisirſe morfondre
Pour achever même de le confor
dre ,
Il voit le Crime admis , &`lui feul
refte exilus.
DE JUILLET. 139
Vous noterez , par parenthese ,
Quechosessont encore en cet état ,
Fortune fait toûjours la fiére& la
mauvaise ;
Merite cependant en est mal à fon
aife ,
Entre eux ne pourroit -on faire un
bon concordat ?
Belle reunion à faire :
Mais las ! Apartient.il àdefimples
Mortels ,
De la tenter ? Qui concluroit
l'Affaire ,
Je lui drefſferois des Autels.
Auteur incertain. On ſoupçonne
cependant , qu'elle eſt de la compoſition
du Pere Benoît Jeſuîte ,
à qui on attribuë égallement la
lapetite Piéce en Vers qui eft
inférée à la p. 174. du Mercure de
Juin , fur les dernieres Fables que
M. de la Motterécita à l'Academie
Françoise.
ce
Ces 2. ſeuls Morceaux ſont ſuffifans
,pour faire juger , que fi
Pere tournoit ſongénie du côté de
la Poësie , il ſeroit en état de ne
point envier les Talents de nos
meilleurs Poëtes.
LE
MERITE ET LA FORTUNE
FABLE .
IE Mérite , Cadet defort bom
ne Maison ,
Et l'Infante Fortune , opulente heritiere
,
Parlesliensd'Hymenfurent unis ,
dit-on,
DE JUILLET. 135
Au bon vieux Temps c'étoit-làla
maniére
Entr'euxpoint de débat , point de
dissension ;
Il n'étoit bruit partout que de leur
union.
Jamais on ne voyoit Fortune ſans
Mériteزو
Mérite Sans Fortune étoit cas fur-
1 prenant :
C'étoit méme , choſe illicite.
La mode helas ! n'en est plus
maintenant ,
Tantpis ; car , après tout , l'Hymen
étoitfortable ,
L'Epoux étoit bien-fait , infinuant,
aimable ;
L'Epouse avoit de grands attraits
Et du comptant : Que faut - il
davantage?
COMPTANT lui ſeul , tient lieu
des plus beaux traits ,
Audemeurant l'humeur un peu
volage ,
C'étoit leſeul défaut dont on pût la
taxer ;
Mais Méritefin perſonnage
Mij
135 LE MERCURE
Mieux que tout autre avoit scu
la fixer.
Pour un Cadet , une telle Alliance
Devoit sans doute avoir de
grands appas ;
, ACCOSi
de tout bien la joüiffance
Ala longue n'ennuyoit pas.
Chez ce Couple charmant
roi nt à toute beurs
Gens de toute Condition :
L'Interét joint à l'Inclination
Les attiroit à leur demeure ,
D'où l'on ne fortoit point fans
admiration.
Mérite,bean-Diseur enchantoit tout
lemonde;
C'étoit lui qu'on lañoit , Fortune
n'étoit rien.
Cependant c'étoit de fon bien ,
Qu'ilfaisoit largeſſe à laronde ;
Largeſſe àqui , tout bien compté ,
Il devoit le bonheur deſe voir tant
vanté.
Devenu fier de cette préference ,
Il crut Fortune indigne de fon
coeur.
DE JUILLET. 137
Pour elle , plus d'égard, de ſoin ,de
déférence ,
C'étoit mépris , c'étoit hauteur;
Mêmene regardoitſouvent lapau--
ure Infante ,
Que comme il auroit fait sa très
humble ſervante.
Qu'onjuge, fr ce trait dût bienfore
la piquer.
Elle étoit femme , elle étoit mepriſée
,
Pour moins l'on pourroitse cho..
quer;
Elle en fut fi fcandalisée ,
Quefurle champ, sans dire-adien
,
Elle délogea du dit lieu :.
Vousjugez bien qu'elle trouva rewaite
,
Gens d'affaires tous des pre--
miers
La recüeillirent volontiers ;
L'oubliois qu'en partant , ellefit mai-
Son nette ,
- Laiſſant au Méritepour bien ,
Oupeude chose , ou même rien..
Cecoup ne le toucha que de la bonne
Sorte Miij
138 LE MERCURE
Qu'y perdoit it ? un affez foible
appuy
Sans elle il comptoit bien de retenir
chez lui
des Courtijans laflateuse Cohorte:
Ilse trompa ; fors quelques vrais
amis ,
Tout,jusqu'aux gens debien, déferta
le Logis;
Du côté de Fortune & des fots
desſages,
Onvit tourner tousles hommages.
Ce n'est pas tout, ilse voit àson tour
Reduit à lui faresa Cour :
Cette Vengeance a pour elle des
Charmes ,
On sçait afſés que pareil Incident
Pourtout Vindicatif est un morceau
friant :
Mèrite de dep ten verſe maintes
Larmes ,
Mais ses fûpirs font ſuperftes :
Ala porte on le laiſſeàloisirſe morfondre
Pour achever même de le confor
dre ,
Il voit le Crime admis , &`lui feul
refte exilus.
DE JUILLET. 139
Vous noterez , par parenthese ,
Quechosessont encore en cet état ,
Fortune fait toûjours la fiére& la
mauvaise ;
Merite cependant en est mal à fon
aife ,
Entre eux ne pourroit -on faire un
bon concordat ?
Belle reunion à faire :
Mais las ! Apartient.il àdefimples
Mortels ,
De la tenter ? Qui concluroit
l'Affaire ,
Je lui drefſferois des Autels.
Fermer
1873
p. 184-185
ENIGME. Par M. le Comte de S. Gilin.
Début :
Lorsque la Nature sommeille, [...]
Mots clefs :
Ver luisant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME. Par M. le Comte de S. Gilin.
ENIGME.
ParM. le Comte de S. Gilin
Lorſque la Nature ſommeille ,
Je fais paroître mes beautés :
Aux Champs que le jour a quittés,
Je ſuis la petite Merveille :
Mon éclat n'eſt point emprunté ;
Sur la Terre je ſuis unAftre ,
DEJUILLET 185
1
4
Qui ne prédit aucun défaftre.
Deme prendre l'on eſt tenté ;
Ma lumière croît., diminuë :
Mais , ſouvent on veut m'approcher
,
Que je me dérobe à la vûë ,
Et l'on ne ſçait où me chercher..`
ParM. le Comte de S. Gilin
Lorſque la Nature ſommeille ,
Je fais paroître mes beautés :
Aux Champs que le jour a quittés,
Je ſuis la petite Merveille :
Mon éclat n'eſt point emprunté ;
Sur la Terre je ſuis unAftre ,
DEJUILLET 185
1
4
Qui ne prédit aucun défaftre.
Deme prendre l'on eſt tenté ;
Ma lumière croît., diminuë :
Mais , ſouvent on veut m'approcher
,
Que je me dérobe à la vûë ,
Et l'on ne ſçait où me chercher..`
Fermer
1874
p. 208-209
SUPPLÉMENT. Extrait d'une Lettre écrite du Camp devant Bellegrade le 24. Juin 1717, par un General Allemand à M. le Comte de Gergy, Envoyé de France à Ratisbonne.
Début :
Son A. S. Mgr le Comte de Charolois, n'a point encore [...]
Mots clefs :
Comte, Equipage, Prince, Esprit, Mérite, Duc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT. Extrait d'une Lettre écrite du Camp devant Bellegrade le 24. Juin 1717, par un General Allemand à M. le Comte de Gergy, Envoyé de France à Ratisbonne.
SUPPLEMENT .
Extrait d'une Lettre écrite du
Camp devant Bellegrade le 24.
Juin 1717 , par un General
Allemand à M. le Comte de
Gergy , Envoyé de France à
Ratisbonne.
Son A. S. Mgr le Comte de
Chatolois , n'a point encore d'EDE
JUILLET. 109
& la
quipages ; il ſe ſert des Tentes
&des Chevaux du PrinceEugene,
qui lui rend tous les honneurs
qui ſont dûs àun Prince du Sang
de France ; il joüit d'une ſanté
parfaite, & ſe fait autant admifer
par få figure que par la vivacité
de fon eſprit ,
grandeur de fon courage , il femble
qu'il n'ait fait autre chofe
toute ſa vie que le métier de la
Guerre ; il eſt à cheval des journées
entieres par une chaleur extréme
, & pafle les nuits froides
qui y fuccédent, dans les Marais
du Danube , couché entre deux
faſcines:Telle eſt la vie qu'il a me
née dans nos dernieres marches ;
ce qu'il y a de bon , c'eſt qu'il y
dort comme à Chantilly , &qu'il
n'a que meilleur appetit à fon
réveil ; il eſt poly & honnête pour
tout le monde. Il a dîné aujourd'huy
chez M. le Duc d'Arem--
remberg , où j'étois témoin de
tout ce que j'ai l'honneur de vo us
mander..
Extrait d'une Lettre écrite du
Camp devant Bellegrade le 24.
Juin 1717 , par un General
Allemand à M. le Comte de
Gergy , Envoyé de France à
Ratisbonne.
Son A. S. Mgr le Comte de
Chatolois , n'a point encore d'EDE
JUILLET. 109
& la
quipages ; il ſe ſert des Tentes
&des Chevaux du PrinceEugene,
qui lui rend tous les honneurs
qui ſont dûs àun Prince du Sang
de France ; il joüit d'une ſanté
parfaite, & ſe fait autant admifer
par få figure que par la vivacité
de fon eſprit ,
grandeur de fon courage , il femble
qu'il n'ait fait autre chofe
toute ſa vie que le métier de la
Guerre ; il eſt à cheval des journées
entieres par une chaleur extréme
, & pafle les nuits froides
qui y fuccédent, dans les Marais
du Danube , couché entre deux
faſcines:Telle eſt la vie qu'il a me
née dans nos dernieres marches ;
ce qu'il y a de bon , c'eſt qu'il y
dort comme à Chantilly , &qu'il
n'a que meilleur appetit à fon
réveil ; il eſt poly & honnête pour
tout le monde. Il a dîné aujourd'huy
chez M. le Duc d'Arem--
remberg , où j'étois témoin de
tout ce que j'ai l'honneur de vo us
mander..
Fermer
1875
s. p.
APPORBATION.
Début :
J'ai lû par Ordre de Monseigneur le Chancelier le Mercure de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPORBATION.
APPROBATION.
J'ai lu par Ordre de Monfeigneur
le Chancelier leMerowe
de Juillet 1717. où je n'ay rien
trouvé , qui en puiffe empêcher
l'impreſſion. Fait à Paris ce 29.
Juillet 1717.
TERRASSON,
J'ai lu par Ordre de Monfeigneur
le Chancelier leMerowe
de Juillet 1717. où je n'ay rien
trouvé , qui en puiffe empêcher
l'impreſſion. Fait à Paris ce 29.
Juillet 1717.
TERRASSON,
Fermer
1876
s. p.
AVANT-PROPOS.
Début :
L'Accueil favorable que l'on a fait aux Extraits des Mémoires [...]
Mots clefs :
Mémoires, Cardinal de Retz, Copie, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS.
AVANT - PROPOS.
Accueil favorable que l'on afait
aux Extraits des Mémoires du
Cardinal de Retz , qui m'avoient été envoyés
de Lorraine & inférés dans les
Mercures d'Avril , May & Juin ,
a été , àmon égard , un motif trop
preſſant , pour ne pas tâcher de recouvrer
l'Ouvrage entier. Après bien
des récherches , j'ai eu l'avantage d'en
découvrir une Copie , je l'ai lûë avec
empreſſement. Entre les Piéces qui
peuventse détacher,&étre en même tems
du goût du Public , j'ai fait choix de
l'Histoire du Conclave dans lequel
fut élû Alexandre VII. J'avois dabord
deſſein de la partager en deux
Parties , de remettre la seconde
au mois prochain ; mais tout bien
apprécié , j'ai crû qu'il en reviendroit
encore plus de plaisir à mon
Arij
AVANT - PROPOS.
Lecteur , de la donner de ſuite , que
d'en interrompre le fil. Onen vajuger.
Accueil favorable que l'on afait
aux Extraits des Mémoires du
Cardinal de Retz , qui m'avoient été envoyés
de Lorraine & inférés dans les
Mercures d'Avril , May & Juin ,
a été , àmon égard , un motif trop
preſſant , pour ne pas tâcher de recouvrer
l'Ouvrage entier. Après bien
des récherches , j'ai eu l'avantage d'en
découvrir une Copie , je l'ai lûë avec
empreſſement. Entre les Piéces qui
peuventse détacher,&étre en même tems
du goût du Public , j'ai fait choix de
l'Histoire du Conclave dans lequel
fut élû Alexandre VII. J'avois dabord
deſſein de la partager en deux
Parties , de remettre la seconde
au mois prochain ; mais tout bien
apprécié , j'ai crû qu'il en reviendroit
encore plus de plaisir à mon
Arij
AVANT - PROPOS.
Lecteur , de la donner de ſuite , que
d'en interrompre le fil. Onen vajuger.
Fermer
1877
p. 45-48
LETTRE DE Mr GRAVELOT, A Mrs. M. & T.
Début :
Heureux Amis, qui dans les Fêtes. [...]
Mots clefs :
Amis, Fêtes, Plaisirs, Muse, Amour, Ennui, Amants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE Mr GRAVELOT, A Mrs. M. & T.
LETTRE DE ME GRAVELOT ,
H
A Mrs. M. & T.
EureuxAmis,qui dans lesFêtes,
Qu'àl'envi des Chaulieux, on vous voit
célébrer ,
a
Goutés tous les Plaiſirs honnêtes
Qu'un Fainéant peut défirer :
Vous pouvés comprendre ſans peine,
La vive impréſſion qu'à fait sur mon
esprit ,
Vôtre Synodique Récit ;
Tout aussi-tôt ma Muse a dit ,
Bons Dieux ? de quelle hûrense
veine
Coûlent ces Vers que rien gêne.
46. LE MERCURE
Ainsi rimoient jadis.
Mirdondaine ,
, en chantant
Les Convives joyeux de la Croix de
Lorraine :
Chez nous , c'est au Rebours, trop ſenſi-.
ble au chagrin ,
De n'être plus de la Douzaine,
Je fais des Vers sans être en train.
Rien ne réveille tant la Muse,
Que d'avoir Plaisirs à souhait :
Chacun vous aime, c'est bien fait ;
Mainte Climéne vous amuse ,
Far son esprit ; peut- être aussi
-L'Amour est- il de la Partie ,
Car c'est un point qui Dieu mercy ,
Est de vôtre Philosophie :
Outre que vous êtes récus ,
Privilégiez au Parnaffe ,
Amis , que voulés-vous de plus ,
C'eſt pofféder les Biens que défiroit
Horace.
Pour moi , je ne trouve rien ici que
de fort propre à m'ennuyer : On my
avoit d'abord procuré quelques Connoiſſances
, mais j'ai eu ſoin de m'en
défaire promprement;elles ne ſervoient
qu'à me faire regretter nos bons Amis :
Je tâche quelquefois de me confoler
de leur abfence avec mes Livres .
D'AOUST.
47
Pour resource , fur un vieux ais ,
J'ai Montagne , j'ai Rabelais
La Fontaine avec S. Gelais ;
Ettout gentilkimeur habitantdu Marais :
C'eft chés ces bonnes gens que je puiſe
a longs traits ,
Le Vrai , l'Agréable &l'Utile.
Voiture est plus galant , Pavillon plus
facile
Rousseau plus cadencé , la Mothe plus
fertile :
Mais vous favés ces choses mieux
quenous ;
Sije pouvoisparler là deſſus comme vous ,
Je défierois le plus habile.
Soir & matin je ſuis tout seul ;
Sije quitte parfois mon ſombre domicile ,
Ce n'est que pour aller en quelque Endroit
tranquile ,
Voir soupirer ZEPHIRſous l'Orme &
le Tilleul .
, En vojant ces Vallons ces Forêts
ces Montagnes,
,
Où les Beautez font fans Art &fans
Choix ,
Ma Muse se délafſe à chanter quelquefois
,
L'heureux Négligé desCampagnes.
Helas ! difois-je un jour , que vous êtes
chmans!
48 LE MERCURE
Bocages reculés , fi chéris des Amans ;
Siſous vosfeüillages naiffans ,
Amour vouloit un jour , conduire ma
Sylvie ;
De par Venus je lui promets
De ne regretter de ma vie ,
Ceque m'ontfait souffrirſes Traits.
H
A Mrs. M. & T.
EureuxAmis,qui dans lesFêtes,
Qu'àl'envi des Chaulieux, on vous voit
célébrer ,
a
Goutés tous les Plaiſirs honnêtes
Qu'un Fainéant peut défirer :
Vous pouvés comprendre ſans peine,
La vive impréſſion qu'à fait sur mon
esprit ,
Vôtre Synodique Récit ;
Tout aussi-tôt ma Muse a dit ,
Bons Dieux ? de quelle hûrense
veine
Coûlent ces Vers que rien gêne.
46. LE MERCURE
Ainsi rimoient jadis.
Mirdondaine ,
, en chantant
Les Convives joyeux de la Croix de
Lorraine :
Chez nous , c'est au Rebours, trop ſenſi-.
ble au chagrin ,
De n'être plus de la Douzaine,
Je fais des Vers sans être en train.
Rien ne réveille tant la Muse,
Que d'avoir Plaisirs à souhait :
Chacun vous aime, c'est bien fait ;
Mainte Climéne vous amuse ,
Far son esprit ; peut- être aussi
-L'Amour est- il de la Partie ,
Car c'est un point qui Dieu mercy ,
Est de vôtre Philosophie :
Outre que vous êtes récus ,
Privilégiez au Parnaffe ,
Amis , que voulés-vous de plus ,
C'eſt pofféder les Biens que défiroit
Horace.
Pour moi , je ne trouve rien ici que
de fort propre à m'ennuyer : On my
avoit d'abord procuré quelques Connoiſſances
, mais j'ai eu ſoin de m'en
défaire promprement;elles ne ſervoient
qu'à me faire regretter nos bons Amis :
Je tâche quelquefois de me confoler
de leur abfence avec mes Livres .
D'AOUST.
47
Pour resource , fur un vieux ais ,
J'ai Montagne , j'ai Rabelais
La Fontaine avec S. Gelais ;
Ettout gentilkimeur habitantdu Marais :
C'eft chés ces bonnes gens que je puiſe
a longs traits ,
Le Vrai , l'Agréable &l'Utile.
Voiture est plus galant , Pavillon plus
facile
Rousseau plus cadencé , la Mothe plus
fertile :
Mais vous favés ces choses mieux
quenous ;
Sije pouvoisparler là deſſus comme vous ,
Je défierois le plus habile.
Soir & matin je ſuis tout seul ;
Sije quitte parfois mon ſombre domicile ,
Ce n'est que pour aller en quelque Endroit
tranquile ,
Voir soupirer ZEPHIRſous l'Orme &
le Tilleul .
, En vojant ces Vallons ces Forêts
ces Montagnes,
,
Où les Beautez font fans Art &fans
Choix ,
Ma Muse se délafſe à chanter quelquefois
,
L'heureux Négligé desCampagnes.
Helas ! difois-je un jour , que vous êtes
chmans!
48 LE MERCURE
Bocages reculés , fi chéris des Amans ;
Siſous vosfeüillages naiffans ,
Amour vouloit un jour , conduire ma
Sylvie ;
De par Venus je lui promets
De ne regretter de ma vie ,
Ceque m'ontfait souffrirſes Traits.
Fermer
1878
p. 48-52
A Paris, le 16. Juillet 1717. REPONSE A LA LETTRE PRECEDENTE.
Début :
Nous avons par dévers nous, Monsieur, tant de marques redoublées [...]
Mots clefs :
Souvenir, Agrément, Plaisirs, Mérite, Attraits, Lois, Prudence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Paris, le 16. Juillet 1717. REPONSE A LA LETTRE PRECEDENTE.
A Paris , le 16. Juillet 1717.
REPONSE A LA LETTRE
PRECEDENTE .
Ous avons par dévers nous
doublées de vôtre ſouvenir ,que nous
commençons M² T. & moi , à devenir
tout- à-fait honteux, de n'y avoir point
encore répondu. Par rapport à ce qui
me regarde , je vous avouerai naturellement
, que dans l'envie de vous envoyer
quelque choſe qui ne fût pas
abſolument indigne , de tout ce que
vous nous avez écrit de charmant
j'attendois de jour à autre, quelque moment
d'inſpiration ; car je tiens que les
Vers doivent être inſpirez ; mais
comme
D'AQUST .
49
1
comme ce moment ne vient point ,
&que ma dette court toujours , j'aime
encore mieux l'acquitter mal , que
de ne le point faire du tout ; ainſi MTSτ
Tenés-vous pourdit par avance ,
Que je n'espére nullement ,
Atteindre à cette aimable aisance
Qui de vos Vers fait l'agrément :
Sans prétendre avec vous la moindre
Concurrence,
Je rime par reconnoissance ,
Et pour m'acquitterſeulement.
Vous vous faites , Mr, une idée trop
avantageuſe de nos plaiſirs : Ils ne
font pas à beaucoup près , ni ſi vifs,
ni ſi fréquens que vous les imaginés ;
mais vous avés ſongé à nous faire honneur
; il eſt juſte de vous tenir com
pre de vos Intentions.
Vous faites nôtre Lot partrop friand,
Beau Sire ,
Les Climénes enfont aussi :
Ce Point tout seul mérite un grandmercy
:
Mais quoy ! Venons aufait : Helas !
s'il faut le dire ,
1
Aoust 1717. E
50
LE MERCURE
Les Nôtres font à juſte prix ,
Et ne font pas de ces Climénes
Servans tout à la fois & Minerve &
Cypris
Telles qu'on les trouvoit au tems des la
Fontaines
Aimans fans interêt , Meſſieurs les
Beaux esprits ;
Et qui se contentoient du produit des
Domaines
Qu'au Farnaſſe ils avoient acquis .
On ne voit plus de ces Climénes;
La Race en est perdue : Il eſt , me dirés-
Vons ,
..... Il est pourtant une Uranie
D'acord: Qui leſçait mieux que nous?
Dans l'Empire d'Amour,Sa gloire eft
établie,
Comme dans celui d'Apollon ;
Mais ,fi l'un de ces Dieux est reçû chez,
la Belle ,
Qui vous dit que pour l'autre , il y
faffe aussi bon ?
Entre nous l'Amour se plaint
d'Elle
Il dit qu'elle lui prend ſes Charmes,
Ses Attraits ,
Et toujours à crédit ,ſans le payer ja
mais.
D'AOUS T. 53
J'oſe,comme vous voyés,loüer vôtre
Uranie , fans penſer que vous devés
avoir acquis un privilége exclufif
de la loüer,par la manière dont vous
l'avés fait juſqu'ici : C'eſt là un ſujet
tel qu'il vous le faut,au lieu de vous
amuſer à nous donner place dans vos
Vers...
Quand est de nôtre cher Voisin :
Depuis peu l'Ame de Chapelle
En guisedeDémon,a coulédansſonſein:
Bácus & Citherée y logent avec elle,
Et dés que fa Verve est entrain ,
De Rimes une Kirielle ,
Sansse faire chercher , ſe trouve ſous
Samain. ;
Je laiſſe à M.... le ſoin de vous entretenir
des Nouveautés de ce Païs- ci.
Ma Lettre ſe fait plus longue que de
raiſon ; il faut ymettre ordre. Un autrejour
je me hazarderai , ſi vous le
voulés , à vous mander auſſi des Nouvelles
, & de toutes les fortes.
:
Nous parlerons & des Dieux & des
Rois,
Sans déroger aux fages Loix ,
Qui fur ces grands Sujets nous impoо..
Sent filence
Eij
52 LE MERCURE
Car,fi dans nos difcours nous les mélons
par fois ,
Nous le ferons avec tant de prudence,
Que nous n'offenferons , ni les Dieux
ni les Rois.
REPONSE A LA LETTRE
PRECEDENTE .
Ous avons par dévers nous
doublées de vôtre ſouvenir ,que nous
commençons M² T. & moi , à devenir
tout- à-fait honteux, de n'y avoir point
encore répondu. Par rapport à ce qui
me regarde , je vous avouerai naturellement
, que dans l'envie de vous envoyer
quelque choſe qui ne fût pas
abſolument indigne , de tout ce que
vous nous avez écrit de charmant
j'attendois de jour à autre, quelque moment
d'inſpiration ; car je tiens que les
Vers doivent être inſpirez ; mais
comme
D'AQUST .
49
1
comme ce moment ne vient point ,
&que ma dette court toujours , j'aime
encore mieux l'acquitter mal , que
de ne le point faire du tout ; ainſi MTSτ
Tenés-vous pourdit par avance ,
Que je n'espére nullement ,
Atteindre à cette aimable aisance
Qui de vos Vers fait l'agrément :
Sans prétendre avec vous la moindre
Concurrence,
Je rime par reconnoissance ,
Et pour m'acquitterſeulement.
Vous vous faites , Mr, une idée trop
avantageuſe de nos plaiſirs : Ils ne
font pas à beaucoup près , ni ſi vifs,
ni ſi fréquens que vous les imaginés ;
mais vous avés ſongé à nous faire honneur
; il eſt juſte de vous tenir com
pre de vos Intentions.
Vous faites nôtre Lot partrop friand,
Beau Sire ,
Les Climénes enfont aussi :
Ce Point tout seul mérite un grandmercy
:
Mais quoy ! Venons aufait : Helas !
s'il faut le dire ,
1
Aoust 1717. E
50
LE MERCURE
Les Nôtres font à juſte prix ,
Et ne font pas de ces Climénes
Servans tout à la fois & Minerve &
Cypris
Telles qu'on les trouvoit au tems des la
Fontaines
Aimans fans interêt , Meſſieurs les
Beaux esprits ;
Et qui se contentoient du produit des
Domaines
Qu'au Farnaſſe ils avoient acquis .
On ne voit plus de ces Climénes;
La Race en est perdue : Il eſt , me dirés-
Vons ,
..... Il est pourtant une Uranie
D'acord: Qui leſçait mieux que nous?
Dans l'Empire d'Amour,Sa gloire eft
établie,
Comme dans celui d'Apollon ;
Mais ,fi l'un de ces Dieux est reçû chez,
la Belle ,
Qui vous dit que pour l'autre , il y
faffe aussi bon ?
Entre nous l'Amour se plaint
d'Elle
Il dit qu'elle lui prend ſes Charmes,
Ses Attraits ,
Et toujours à crédit ,ſans le payer ja
mais.
D'AOUS T. 53
J'oſe,comme vous voyés,loüer vôtre
Uranie , fans penſer que vous devés
avoir acquis un privilége exclufif
de la loüer,par la manière dont vous
l'avés fait juſqu'ici : C'eſt là un ſujet
tel qu'il vous le faut,au lieu de vous
amuſer à nous donner place dans vos
Vers...
Quand est de nôtre cher Voisin :
Depuis peu l'Ame de Chapelle
En guisedeDémon,a coulédansſonſein:
Bácus & Citherée y logent avec elle,
Et dés que fa Verve est entrain ,
De Rimes une Kirielle ,
Sansse faire chercher , ſe trouve ſous
Samain. ;
Je laiſſe à M.... le ſoin de vous entretenir
des Nouveautés de ce Païs- ci.
Ma Lettre ſe fait plus longue que de
raiſon ; il faut ymettre ordre. Un autrejour
je me hazarderai , ſi vous le
voulés , à vous mander auſſi des Nouvelles
, & de toutes les fortes.
:
Nous parlerons & des Dieux & des
Rois,
Sans déroger aux fages Loix ,
Qui fur ces grands Sujets nous impoо..
Sent filence
Eij
52 LE MERCURE
Car,fi dans nos difcours nous les mélons
par fois ,
Nous le ferons avec tant de prudence,
Que nous n'offenferons , ni les Dieux
ni les Rois.
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1879
p. 52-53
PORTRAIT DE L'AUTEUR.
Début :
On a surpris à M. Boudier de Mantes, Poëte plus / Sans avoir jamais dû d'Envie, [...]
Mots clefs :
Honneur, Esprit, Muse, Portrait
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texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT DE L'AUTEUR.
N a furpris à M. Boudier de
Mantes , Poëte plus qu'émérite
les Epigrammes fuivantes : 11
feroit à ſouhaiter , qu'il voulut bien
abandonner fon Porte- feüille à l'Aureur
du Mercure. Le Public lui en anroit
obligation : On lui connoît furtout
des Satyres,qui vont de pair avec
se que nous avors de meilleur dans ce
genre. Le Portrait qu'il va faire de lui ,
eft tout à fait conforme à l'Original.
PORTRAIT DE L'AUTEUR .
d'Envie ,
Ans avoirjamais u
D'Emplois , d'Honneneuurrss,, ni de
fors ;
Je touche à la fin de ma vie ,
Tranquile d' Esprit,ſain de Corps.
Dans mon humeur indifférente ,
Tré
D'AOUST.
53
Peu m'a paru toujours aſſez;
J'ai quatre vingt trois ans paſſez ,
MaMusen'enparoît pas trente;
Quoiqu'elle n'ait en bonnefoy ,
Que quinze onſeize ans moins que moi,
Mantes , Poëte plus qu'émérite
les Epigrammes fuivantes : 11
feroit à ſouhaiter , qu'il voulut bien
abandonner fon Porte- feüille à l'Aureur
du Mercure. Le Public lui en anroit
obligation : On lui connoît furtout
des Satyres,qui vont de pair avec
se que nous avors de meilleur dans ce
genre. Le Portrait qu'il va faire de lui ,
eft tout à fait conforme à l'Original.
PORTRAIT DE L'AUTEUR .
d'Envie ,
Ans avoirjamais u
D'Emplois , d'Honneneuurrss,, ni de
fors ;
Je touche à la fin de ma vie ,
Tranquile d' Esprit,ſain de Corps.
Dans mon humeur indifférente ,
Tré
D'AOUST.
53
Peu m'a paru toujours aſſez;
J'ai quatre vingt trois ans paſſez ,
MaMusen'enparoît pas trente;
Quoiqu'elle n'ait en bonnefoy ,
Que quinze onſeize ans moins que moi,
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1880
p. 53
EPIGRAMMES.
Début :
Notre esprit n'agit qu'à tâtons, [...]
Mots clefs :
Hasard, Sublime, Esprit
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texteReconnaissance textuelle : EPIGRAMMES.
EPIGRAMMES.-
NOtre espritn'agit qu'àtâtons,
C'esltehazard qui le diſpoſe
Fait-il,foit en Vers , ſoit en Prose ,
Toujours comme nous souhaittons?
Tantôt rampant , tantôtfublime ;
Tout ce qu'il penſe & qu'il exprime .
Lui vient d'un hazard inconnu :
Bon , on mauvais , tel qu'il se donne ;
Si quelque Bon m'étoit venu ,
CetteEpigrammeferoit bonne...
NOtre espritn'agit qu'àtâtons,
C'esltehazard qui le diſpoſe
Fait-il,foit en Vers , ſoit en Prose ,
Toujours comme nous souhaittons?
Tantôt rampant , tantôtfublime ;
Tout ce qu'il penſe & qu'il exprime .
Lui vient d'un hazard inconnu :
Bon , on mauvais , tel qu'il se donne ;
Si quelque Bon m'étoit venu ,
CetteEpigrammeferoit bonne...
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1881
p. 53
AUTRE
Début :
De Traits, ni, d'Air, ni de Maniére, [...]
Mots clefs :
Manières, Père, Ressemblance
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE
AUTRE
DE Traits , ni , d'Air , ni de Mas
niére,
Lesfils de Madame du Bout
Nese reffemblent point du tout :
Chacun d'eux roffemble à fon Pere.
DE Traits , ni , d'Air , ni de Mas
niére,
Lesfils de Madame du Bout
Nese reffemblent point du tout :
Chacun d'eux roffemble à fon Pere.
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1882
p. 54
SUR LA MORT DE SA FEMME.
Début :
Quand la Mort nous déparia, [...]
Mots clefs :
Mort, Manoir, Troupe, Honneur
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texteReconnaissance textuelle : SUR LA MORT DE SA FEMME.
SUR LA MORT DE SA FEMME.
2
Uandla Mort nous déparia ,
Mafemme dans leManoirfombre,
Rencontrant Porcie , Arria ,
Et leur Troupe en trés petit nombre ,
Leur dit : je viens me joindre à vous
Moitiés dignes de vos Epoux ,
Honneur du Sexe ,femmes fortes :
Seals ilsfaisoient tout votre bien
C'est pour Eux que vous êtes mortes,
Je n'ai vécuque pour le Mien.
2
Uandla Mort nous déparia ,
Mafemme dans leManoirfombre,
Rencontrant Porcie , Arria ,
Et leur Troupe en trés petit nombre ,
Leur dit : je viens me joindre à vous
Moitiés dignes de vos Epoux ,
Honneur du Sexe ,femmes fortes :
Seals ilsfaisoient tout votre bien
C'est pour Eux que vous êtes mortes,
Je n'ai vécuque pour le Mien.
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1883
p. 56
BOUTS RIMÉS PAR M. DE C.
Début :
Je sçai ton mal : Plus d'un simptôme [...]
Mots clefs :
Symptômes, Jeu de paume, Genèse, Baume
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texteReconnaissance textuelle : BOUTS RIMÉS PAR M. DE C.
BOUTS RIME'S
PAR M. DE C.
TESçai ton mal : Plus d'un firiptôme
bon Idiome ; Le déclare en
Mais le tems preffe , Ami Guillaumes
Deviens- en meilleur Oeconome.
Envain tu crois au Jeu de Paume ,
Ou dans un Bain de Cynamome
Chaffer de ton Corps maintAtome ;
Plus craint que le feu de Sodôme ,
Euffes-tu plus d'esprit qu'un Gnome ,
Suffes - tu le Deuteronome ,
La Génese & maint autre Tome;
De mes Vers voici l'Epitome :
Tu ne peux guerir ſans le Baume
Que Mercure vend à Saint Cofme.
PAR M. DE C.
TESçai ton mal : Plus d'un firiptôme
bon Idiome ; Le déclare en
Mais le tems preffe , Ami Guillaumes
Deviens- en meilleur Oeconome.
Envain tu crois au Jeu de Paume ,
Ou dans un Bain de Cynamome
Chaffer de ton Corps maintAtome ;
Plus craint que le feu de Sodôme ,
Euffes-tu plus d'esprit qu'un Gnome ,
Suffes - tu le Deuteronome ,
La Génese & maint autre Tome;
De mes Vers voici l'Epitome :
Tu ne peux guerir ſans le Baume
Que Mercure vend à Saint Cofme.
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1884
p. 87-99
AVANT-PROPOS. DU TÉOPHRASTE MODERNE.
Début :
La quantité des Matiéres que je traite icy, leur variété, le mélange [...]
Mots clefs :
Peuple, Paris, Union, Querelle, Caractère, Vices, Relations, Colère, Population, Moeurs
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texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS. DU TÉOPHRASTE MODERNE.
AVANT - PROPOS .
DU TEOPHRASTE MODERNE.
LA quantité des Matiéres que je
traite icy , leur varicté , le mélange
alternatifdu Serieux & du Gay dans les
réflexions , pourront faire plaifir à ceux
qui liront cet Ouvrage.Je n'ai point prétendu
établir d'ordre dans la diſtributioń
des Sujets , celam'a paru fort indiffe
rent. J'adreffe cette Relation à une Dame
qui me l'avoit demandée , & j'ai tâ
chéde ne rien oublier de tout ce qui peut
inſtruire ou divertir un Esprit juste &
délicat , tel qu'est le sien. Je commence
par lui parler des choses quifepaſſoient
Hij
83 LE MERCURE
quandje fis cette Rélation. Je continueau
bazard & je finis quand il me plaift.
Cet Ouvrage , enun mot , est la produ-
Etion d'un esprit libertin , qui nese refaſe
rien de ce qui peut l'amuser en chewin
faisant. J'espere que le Lecteur n'y
perdra rien.
Je vous tiens parole , Madame , ou
plûtôt jevous obéis ; car ce qu'unAmant
prommet à ce qu'il aime , vaut unde.
voir d'obéiffance envers ſon Maître.
Vous avez raiſon de vouloir être inftruite
des Moeurs & du Caractere des
Habitans de Paris , & de tout ce qui ſe
pratique dans cet Abregé du Monde.
PARIS eſt le centre des Vertus & des
Vices , c'eſt le lieu où ſes Méchans
développent leur iniquité ; l'endroit où
ſemanifeſte toute leur capacité de malfaire
. La raifon de cela , Madame , eft
qu'ils ont abondance d'occafions &
que l'exercice met en oeuvre & perfectionne
leurs mauvaiſes diſpoſitions.
Les Vertus n'y regnent pas moins que
les Vices ; mais elles y regnent fans
bruit & fécretement . Les Juſtes y compoſent
un Party ignoré de la foule dés
hommes . On y voit encore un troifiéme
Ordre de perſonnes ; ce ſont d'honnêtes
D'AOUST. 89
gens d'une probité morale qui n'a
pour principe , ou qu'un hûreux Caractere
qui les porte à vivre avec honneur
, ou qu'un goût de fageſſe philofophique
, qui les maintient dansun ef
prit de justice & d'union avec les hom
mes. Ce,ſont de ces gens , qui bornez
à fatisfaire leurs petits plaiſirs , tâ
chent , autant qu'ils peuvent , de ne
troubler ceux de perſonne ;de ces gens
en un mot , qui adoptent le frein des
Loix , moins, fi vous voulez,par reſpea
pour elles , que par ménagement pour
le préjugé public.
Cette Secte , Madame , ne laiffe pas
que d'êtreun peu pyrrhonienne;car elle
n'a de Vertus que par convention ;
mais vivre bien avec les hommes &
penſer autrement qu'eux , eſt une choſe
qui paroît fi belle & fi diftinguée ,
que dans biendes endroits à Paris,vous
ne paſſez pour homme d'eſprit , qu'au
tant qu'on vous croit confirmé dans
cette impieté philoſophique.
1
Je m'érendrois là-deſſus d'avantage ,
fi jene prevpyois que dans la fuite de
cette Relation , l'occaſion ſe préfentera
d'en parler encore : Venons à d'autres
matières.
Hiil
90 LE MERCURE
CHAPITRE I.
T
Il eſt difficile de définir la Populace .
de Paris , je vais pourtant tâcher de
vous endonner quelque idée.
Imaginez- vous une eſpèce de Monftre
remié par ün inſtinct& compoſe de
toutes les bonnes &mauvaiſes qualitez
enſemble; prenez la Fureur & l'Emporrement,
la Folie , l'Ingratitude , l'Infolence
, la Trahifon &la Lâcheté ; ajuf
tez tout cela , fi vous le pouvez , avec
la Compaſſion tendre , la Fidelité , las
Bonté, l'Empreffement obligeant , la
Reconnoiffance & la Bonne foi , la Prudence
même , en un mot, formés vôtre
Monftre de toutes ces contrarietez ;
voilà le Peuple , voilà ſon génie.
Pour en achever le Portrait , il faut
Jui fuppofer encore une néceffité machinale
, de paſſer en un inſtant du bon
mouvement au mauvais : Déraillons à
préſent ce Caractere .
Le Peupleeſt une portion d'hommes ,
qu'une égalité de baſſeſle dans la condition
reünit : Ils ſe querellent, ils fe
battent , ſe tendent la main , ſe rendent
fervice& ſe deſſervent : Un mo
D'AOUST. gb
T
ment voit renaître & mourir leur
amitié ; ils ſe raccommodent & fe
broüillent , fans s entendre. Le Peuple
a des fougues de ſoûmiffion & de refpect
pour le grand Seigneur ,& des
faillies de mépris& d'inſolence contre
lui: Un denier donnépar-deſſus ſon falaire
, vous en attire un dévoiement
fans referve ; ce denier retranché
vous en attire mille outrages : Quand
il eſt bon , vous en auriez ſon fang ;
quand il eſt mauvais , il vous ôreroit
tout le vôtre : Sa malice lui fournit des
moyens de nuire , que l'homme d'efprit
n'imagineroir jamais. Tel eſt le pathétique
de ſes diſcours , qu'il laiffer
parmi les plus honnêtes gens , une per->
ſuafionde bien ou de mal qui vous
muit ou qui vous fert.
Le Peuple à Paris , a tous les vices
qu'il ſe reproche dans ſes querelles.
Une choſe m'a toûjours ſurpris :Deux
femmes s'accuſent de mauvaiſe vie ,
citent les lieux & les circonstances : Les
Affiftans croyenttout ; la querelle fi
nit& ne leur a fait aucun tort.
Les femmes entr'elles , ne rougiffent
pas de l'opprobre dont elles ſe chargent;
leur motif de honte eſt d'avoir
Hiij
92 LE MERCURE
été vaincu ps ou en injures.s
Plus une fera a voux vigoure
fe, &pluscelle qui elizare que- ,
relle, adekor ..
Flus une querelle a de témoins , plus
elle s'échauffe : Ce n'est plus tant alors
une vraye colere qui anime les Combattantes
, qu'une émulation d'Invectives.
Perſonne ne caractériſe plus éloquemment
que le Peuple.
Onlui inſpire aifément de la confiance
; mais quand il la perd,il des-honore.
Toute belle que vous êtes , Madame;
fi le hazard vous avoit attiré le
courroux d'une femme du Peuple ;
elle vous feroit rougir de vos propres
charmes. L'union des gens mariez parmi
le Peuple , eſt la choſe du monde
la plus divertiſſante ; vous diriez à les
entendre ſe parler & ſe répondre, qu'
ils ne peuvent ſe ſupporter & qu'ils
fouffrentde ſe voir.
Voici la réflexion que je fais là-deſſus,
Madame: Un mot plus haut que l'autre
broüille des Epoux honnêtes gens ;
pourquoi cela? C'eſt que leur commerce
est ordinairement honnête : Cette
D'AQUST.. 23
honnêteté ceffle- t-elle un moment?L'union
s'altére. Les gens mariez d'entre
le Peuple, ſe parlent toujours comme
s'ils s'alloientbattre ; celales accoûtume
àune rudeſſe de maniere qui ne fait
pas grand effet, quand elle eſt ſérienſe
&qu'ily entre de la colere : Une femme
ne s'allarme pas de s'entendre dire
unbon gros mot , elle y eſt faite en
tems de paix comme en tems de guerre
; le mari de ſon côté n'est point furpris
d'une réplique brutale ; ſes oreillesn'ytrouvent
rien d'étrange ; le coup
de poing feulement avertit que la Querelle
eit ſérieuſe ; & leur façon de ſe
parler en eſt toûjours ſi voiſine , que ce
coup depoingne fait pasun grand dé
rangement.
Sçavez -vous bien , Madame , qu'à
tout prendre , il y a plus de gain dans
certe façonde ſe traitter,que dans celle
des honnêtes gens .
Je compare l'union de ces derniers à
une Mer calme: Les deux Epoux y voguent
en paix; vienet il un ſeul coup de
vent? Il porte l'allarme dansla Barque,
&nosEpoux accoûtumez àune longue
bonace, ne fe remettent que long- tems
aprés ,de leur frayeur.
-
94 LE MERCURE
La même comparaiſon me ſervira
pour figurer l'union des gens du Peuple.
CetteMen pour eux,eſt toûjours agitée;
les Vents & les Eclairs y regnent
fans interruption,la Barque va fon
train,fans s'en appercevoir: La Tempête
lui eft familiere , la Foudre tombe
quelquefois ; mais elle eſt une ſuire
ſi naturelle de l'orage , que la Barque
tâchede ſe réparer ſans en avoirfremi.
Manie de politeſſe à part , la Mer agitée
me paroît calme .
Je n'aurois jamais fait, ſi je ne voulois
rien obmettre dans le Portrait du
génie du Peuple inconſtant par nature,
vertueux ou vicieux par accident; c'eft
un vrai Cameleon qui reçoit toutes les
impreffions des objets qui l'environnent.
Là-deſſus , vous vous imaginez que
le Peuple eſt méchant ; vous avez raifon;
mais il n'a point une méchanceté
de réflexion ; c'eſt, pour ainſi dire , une
méchanceté d'imitation fur ce que le
Public penſe de ceux qui ſont donnez
en ſpectacle.
Il exprimera par exemple des cris de
malédiction contre lesgens d'affaires ;
D'AQUST. 95
nonpas qu'il ait conclu qu'ils le méritent,
mais la Voix publique les annonce
haïflables : Voilà le Peuple irrité
contr'eux.
On alloitun jour faire mourir deux
voleurs de grands chemins ; je vis une
foule de Peuple quiles ſuivoit ; je lui
remarquai deux mouvemens qui n'appartiennent
,je penſe, qu'à la populace
deParis.
CePeuple courroit à ce triſte Spectacle
avec une avidité curieuſe, qui ſe
joignoit àun ſentiment de compaſſion
pour ces Malheureux ; je vis même une
femme , qui la larme à l'oeil , courroit
tour autant qu'elle pouvoit,pour ne rien
perdre d'une exécution dont la penſée
lui moüilloit les yeuxdepleurs.
Que penſez-vous de ces deux mouvemens
? Pour moi , je ne les appellerai
ni Dureté ni Pitié. Je regarde en
cette occaſion l'Ame du Peuple , commeune
eſpece de Machine incapable
de ſentir & de penſerpar elle-même,
&comme eſclave de tous les objets
qui la frapent.
Par ce Syſteme, je vois clair comme
le jour , la raiſonde ces deux mouvemens
contraires : On va faire mourir
A
96 LE MERCURE
:
deux hommes ; l'appareil de leur mort
elt fort triſte : Voilà la Machine frap .
pée d'un mouvement affortiffant;voilà
le Peuple qui pleure ou qui ſe contrifte
L'exécution de ces hommes a quel-.
que choſe de ſingulier : Voilà la Machine
devenuë curieuſe.
Je gagerois que le Peuple pourroit
en même -tems plaindre un homme
deſtiné à la mort , avoir du plaifir en le
voyant mourir , & lui donner mille
malédictions .
Que dirons-nous encore de lui ? Il
eſt de certains endroits à Paris , Mada
me , où le Peuple eſt en poffeffion
d'une liberté deſpotique dans leLangage
& ſouvent dans les Actions : Hy
regne fouverainement ; il y parle de
tout & n'y craint perſonne : Acherez-
vous quelque choſe aux Marchez
publics , par exemple ; vôtre honneur ,
vôtre taille, vôtre viſage y font à la difcretion
desmarchandes: 11 faut opter ou
d'être dupé ou d'êtremaltraitté,dans les
endroits qu'on pourroit appeller l'Empire
des Amazones : Vous avez autant
de Juges & de Parties , qu'il y a de
femmes; fi la colere d'une d'entre elles
vous déclare coupable, c'en est fait;
toutes
D'AOUST .
toutes les autres yous condamnent fans
97.
conſultation & vous exécuttent à la
même heure : Toute la liberté qu'on
vous laiſſe , c'eſt de vous fauver ; &
vous reſſemblez en ce cas à ces Soldats
qui paflent par les baguettes en courant.
Jé connois un de mes amis , homme
d'eſprit & de bon fens , qui
me diſoit un jour , en parlant du genie
du Peuple : Le moyen le plus feur de
connoître ſes deffauts & fon ridicule.,
ſeroit de familiariſer quelque tems
avec lui & de lui chercher Quérelle
après. On a trouvé l'inventionde
ſe voir le viſage par les Miroirs :
Une querelle avec le Peuple feroit la
meilleure invention du monde,pour fe
voit l'Eſprit & le Corps enſemble. Une
aimable Fille entendant parler ainfi
mon Ami, nous dit , en badinant : Tous
mes Amans me diſent Belie ;ma glace
&mon amour propre m'en difent autant
; mais, pour en avoir le coeur net ,
quelque jour en Carnaval j'uſerai de
l'invention dont vous parlez .
Qu'ajoûterai - je encore fur le caractere
du Peuple ?
Les Devots d'entre le Peuple, le font
Aoust 1717. I
98 LE MERCURE
infiniment dans la forme: La vrayepiété
eſt au deſſus de la portée de leur
ecoeur& de leur eſprit.
Une groſſe Voix dans un Prédicateur
leur tient lieu d'intelligence ; ils ne
comprennent rien à ce qu'il dit, mais il
crie beaucoup & les voilà pénétrez.
Ainfi ,je ne conſeillerois à perſonne,
de compter beaucoup fur la Religion
du plus devot perſonnage d'entre le
Peuple : De là vient auſſi qu'il eſt aiſé
d'en corrompre le plus honnête
homme ; car,pour l'engager au crime ,
il ne s'agit pas de gagner ſon eſprit ,
on a bon marché de cette piéce ; il faut
ſeulement effacer une impreffion par
une autre : Celle du céremonial de la
Religion qui les a rendu pieux , s'efface
par l'impreſſion d'une offre qui les chatoüille
.
Vous m'avoierez qu'on peut faire
tout ce qu'on veut d'un homme qu'il
ne s'agit que de toucher ſenſiblement;
l'impreſſion la plus fraîche eſt toûjours
la victorieuſe.
Ne vous attendez pas , Madame ,
que j'épuiſe la Matiére la-deſſus ; je
n'en dirai plus qu'un mot .
Le Peuple dans les Provinces ,recond
d
D'AOUST. 99
noît autant de Maîtres , qu'il eſt de
gens au-deſſus de lui .
L'Interrêt ſeul ici, fait la vraye dépendance
du peuple. Le Cordonnier y va
de pair avec le Duc & le Marquis : Si
l'on ne veut pas qu'il manque de refpect
pour ces grands Noms , il faut acheter
fon hommage. L'argent eſt le
feul Titre de grandeur qu'il révére : Le
Peuple eſt comme un gros Matin ; le
Mâtin aboye aprés tout ce qui paſſe ;
jettez-lui un morceau de pain , il vous
carrefle.
Ainfi , Madame , fi vous venez jamais
à Paris ; en cas que vous ayez
affaire au Peuple , prenez avec luy des
meſures qui mettent vos charmes à l'abry
de la correction.
DU TEOPHRASTE MODERNE.
LA quantité des Matiéres que je
traite icy , leur varicté , le mélange
alternatifdu Serieux & du Gay dans les
réflexions , pourront faire plaifir à ceux
qui liront cet Ouvrage.Je n'ai point prétendu
établir d'ordre dans la diſtributioń
des Sujets , celam'a paru fort indiffe
rent. J'adreffe cette Relation à une Dame
qui me l'avoit demandée , & j'ai tâ
chéde ne rien oublier de tout ce qui peut
inſtruire ou divertir un Esprit juste &
délicat , tel qu'est le sien. Je commence
par lui parler des choses quifepaſſoient
Hij
83 LE MERCURE
quandje fis cette Rélation. Je continueau
bazard & je finis quand il me plaift.
Cet Ouvrage , enun mot , est la produ-
Etion d'un esprit libertin , qui nese refaſe
rien de ce qui peut l'amuser en chewin
faisant. J'espere que le Lecteur n'y
perdra rien.
Je vous tiens parole , Madame , ou
plûtôt jevous obéis ; car ce qu'unAmant
prommet à ce qu'il aime , vaut unde.
voir d'obéiffance envers ſon Maître.
Vous avez raiſon de vouloir être inftruite
des Moeurs & du Caractere des
Habitans de Paris , & de tout ce qui ſe
pratique dans cet Abregé du Monde.
PARIS eſt le centre des Vertus & des
Vices , c'eſt le lieu où ſes Méchans
développent leur iniquité ; l'endroit où
ſemanifeſte toute leur capacité de malfaire
. La raifon de cela , Madame , eft
qu'ils ont abondance d'occafions &
que l'exercice met en oeuvre & perfectionne
leurs mauvaiſes diſpoſitions.
Les Vertus n'y regnent pas moins que
les Vices ; mais elles y regnent fans
bruit & fécretement . Les Juſtes y compoſent
un Party ignoré de la foule dés
hommes . On y voit encore un troifiéme
Ordre de perſonnes ; ce ſont d'honnêtes
D'AOUST. 89
gens d'une probité morale qui n'a
pour principe , ou qu'un hûreux Caractere
qui les porte à vivre avec honneur
, ou qu'un goût de fageſſe philofophique
, qui les maintient dansun ef
prit de justice & d'union avec les hom
mes. Ce,ſont de ces gens , qui bornez
à fatisfaire leurs petits plaiſirs , tâ
chent , autant qu'ils peuvent , de ne
troubler ceux de perſonne ;de ces gens
en un mot , qui adoptent le frein des
Loix , moins, fi vous voulez,par reſpea
pour elles , que par ménagement pour
le préjugé public.
Cette Secte , Madame , ne laiffe pas
que d'êtreun peu pyrrhonienne;car elle
n'a de Vertus que par convention ;
mais vivre bien avec les hommes &
penſer autrement qu'eux , eſt une choſe
qui paroît fi belle & fi diftinguée ,
que dans biendes endroits à Paris,vous
ne paſſez pour homme d'eſprit , qu'au
tant qu'on vous croit confirmé dans
cette impieté philoſophique.
1
Je m'érendrois là-deſſus d'avantage ,
fi jene prevpyois que dans la fuite de
cette Relation , l'occaſion ſe préfentera
d'en parler encore : Venons à d'autres
matières.
Hiil
90 LE MERCURE
CHAPITRE I.
T
Il eſt difficile de définir la Populace .
de Paris , je vais pourtant tâcher de
vous endonner quelque idée.
Imaginez- vous une eſpèce de Monftre
remié par ün inſtinct& compoſe de
toutes les bonnes &mauvaiſes qualitez
enſemble; prenez la Fureur & l'Emporrement,
la Folie , l'Ingratitude , l'Infolence
, la Trahifon &la Lâcheté ; ajuf
tez tout cela , fi vous le pouvez , avec
la Compaſſion tendre , la Fidelité , las
Bonté, l'Empreffement obligeant , la
Reconnoiffance & la Bonne foi , la Prudence
même , en un mot, formés vôtre
Monftre de toutes ces contrarietez ;
voilà le Peuple , voilà ſon génie.
Pour en achever le Portrait , il faut
Jui fuppofer encore une néceffité machinale
, de paſſer en un inſtant du bon
mouvement au mauvais : Déraillons à
préſent ce Caractere .
Le Peupleeſt une portion d'hommes ,
qu'une égalité de baſſeſle dans la condition
reünit : Ils ſe querellent, ils fe
battent , ſe tendent la main , ſe rendent
fervice& ſe deſſervent : Un mo
D'AOUST. gb
T
ment voit renaître & mourir leur
amitié ; ils ſe raccommodent & fe
broüillent , fans s entendre. Le Peuple
a des fougues de ſoûmiffion & de refpect
pour le grand Seigneur ,& des
faillies de mépris& d'inſolence contre
lui: Un denier donnépar-deſſus ſon falaire
, vous en attire un dévoiement
fans referve ; ce denier retranché
vous en attire mille outrages : Quand
il eſt bon , vous en auriez ſon fang ;
quand il eſt mauvais , il vous ôreroit
tout le vôtre : Sa malice lui fournit des
moyens de nuire , que l'homme d'efprit
n'imagineroir jamais. Tel eſt le pathétique
de ſes diſcours , qu'il laiffer
parmi les plus honnêtes gens , une per->
ſuafionde bien ou de mal qui vous
muit ou qui vous fert.
Le Peuple à Paris , a tous les vices
qu'il ſe reproche dans ſes querelles.
Une choſe m'a toûjours ſurpris :Deux
femmes s'accuſent de mauvaiſe vie ,
citent les lieux & les circonstances : Les
Affiftans croyenttout ; la querelle fi
nit& ne leur a fait aucun tort.
Les femmes entr'elles , ne rougiffent
pas de l'opprobre dont elles ſe chargent;
leur motif de honte eſt d'avoir
Hiij
92 LE MERCURE
été vaincu ps ou en injures.s
Plus une fera a voux vigoure
fe, &pluscelle qui elizare que- ,
relle, adekor ..
Flus une querelle a de témoins , plus
elle s'échauffe : Ce n'est plus tant alors
une vraye colere qui anime les Combattantes
, qu'une émulation d'Invectives.
Perſonne ne caractériſe plus éloquemment
que le Peuple.
Onlui inſpire aifément de la confiance
; mais quand il la perd,il des-honore.
Toute belle que vous êtes , Madame;
fi le hazard vous avoit attiré le
courroux d'une femme du Peuple ;
elle vous feroit rougir de vos propres
charmes. L'union des gens mariez parmi
le Peuple , eſt la choſe du monde
la plus divertiſſante ; vous diriez à les
entendre ſe parler & ſe répondre, qu'
ils ne peuvent ſe ſupporter & qu'ils
fouffrentde ſe voir.
Voici la réflexion que je fais là-deſſus,
Madame: Un mot plus haut que l'autre
broüille des Epoux honnêtes gens ;
pourquoi cela? C'eſt que leur commerce
est ordinairement honnête : Cette
D'AQUST.. 23
honnêteté ceffle- t-elle un moment?L'union
s'altére. Les gens mariez d'entre
le Peuple, ſe parlent toujours comme
s'ils s'alloientbattre ; celales accoûtume
àune rudeſſe de maniere qui ne fait
pas grand effet, quand elle eſt ſérienſe
&qu'ily entre de la colere : Une femme
ne s'allarme pas de s'entendre dire
unbon gros mot , elle y eſt faite en
tems de paix comme en tems de guerre
; le mari de ſon côté n'est point furpris
d'une réplique brutale ; ſes oreillesn'ytrouvent
rien d'étrange ; le coup
de poing feulement avertit que la Querelle
eit ſérieuſe ; & leur façon de ſe
parler en eſt toûjours ſi voiſine , que ce
coup depoingne fait pasun grand dé
rangement.
Sçavez -vous bien , Madame , qu'à
tout prendre , il y a plus de gain dans
certe façonde ſe traitter,que dans celle
des honnêtes gens .
Je compare l'union de ces derniers à
une Mer calme: Les deux Epoux y voguent
en paix; vienet il un ſeul coup de
vent? Il porte l'allarme dansla Barque,
&nosEpoux accoûtumez àune longue
bonace, ne fe remettent que long- tems
aprés ,de leur frayeur.
-
94 LE MERCURE
La même comparaiſon me ſervira
pour figurer l'union des gens du Peuple.
CetteMen pour eux,eſt toûjours agitée;
les Vents & les Eclairs y regnent
fans interruption,la Barque va fon
train,fans s'en appercevoir: La Tempête
lui eft familiere , la Foudre tombe
quelquefois ; mais elle eſt une ſuire
ſi naturelle de l'orage , que la Barque
tâchede ſe réparer ſans en avoirfremi.
Manie de politeſſe à part , la Mer agitée
me paroît calme .
Je n'aurois jamais fait, ſi je ne voulois
rien obmettre dans le Portrait du
génie du Peuple inconſtant par nature,
vertueux ou vicieux par accident; c'eft
un vrai Cameleon qui reçoit toutes les
impreffions des objets qui l'environnent.
Là-deſſus , vous vous imaginez que
le Peuple eſt méchant ; vous avez raifon;
mais il n'a point une méchanceté
de réflexion ; c'eſt, pour ainſi dire , une
méchanceté d'imitation fur ce que le
Public penſe de ceux qui ſont donnez
en ſpectacle.
Il exprimera par exemple des cris de
malédiction contre lesgens d'affaires ;
D'AQUST. 95
nonpas qu'il ait conclu qu'ils le méritent,
mais la Voix publique les annonce
haïflables : Voilà le Peuple irrité
contr'eux.
On alloitun jour faire mourir deux
voleurs de grands chemins ; je vis une
foule de Peuple quiles ſuivoit ; je lui
remarquai deux mouvemens qui n'appartiennent
,je penſe, qu'à la populace
deParis.
CePeuple courroit à ce triſte Spectacle
avec une avidité curieuſe, qui ſe
joignoit àun ſentiment de compaſſion
pour ces Malheureux ; je vis même une
femme , qui la larme à l'oeil , courroit
tour autant qu'elle pouvoit,pour ne rien
perdre d'une exécution dont la penſée
lui moüilloit les yeuxdepleurs.
Que penſez-vous de ces deux mouvemens
? Pour moi , je ne les appellerai
ni Dureté ni Pitié. Je regarde en
cette occaſion l'Ame du Peuple , commeune
eſpece de Machine incapable
de ſentir & de penſerpar elle-même,
&comme eſclave de tous les objets
qui la frapent.
Par ce Syſteme, je vois clair comme
le jour , la raiſonde ces deux mouvemens
contraires : On va faire mourir
A
96 LE MERCURE
:
deux hommes ; l'appareil de leur mort
elt fort triſte : Voilà la Machine frap .
pée d'un mouvement affortiffant;voilà
le Peuple qui pleure ou qui ſe contrifte
L'exécution de ces hommes a quel-.
que choſe de ſingulier : Voilà la Machine
devenuë curieuſe.
Je gagerois que le Peuple pourroit
en même -tems plaindre un homme
deſtiné à la mort , avoir du plaifir en le
voyant mourir , & lui donner mille
malédictions .
Que dirons-nous encore de lui ? Il
eſt de certains endroits à Paris , Mada
me , où le Peuple eſt en poffeffion
d'une liberté deſpotique dans leLangage
& ſouvent dans les Actions : Hy
regne fouverainement ; il y parle de
tout & n'y craint perſonne : Acherez-
vous quelque choſe aux Marchez
publics , par exemple ; vôtre honneur ,
vôtre taille, vôtre viſage y font à la difcretion
desmarchandes: 11 faut opter ou
d'être dupé ou d'êtremaltraitté,dans les
endroits qu'on pourroit appeller l'Empire
des Amazones : Vous avez autant
de Juges & de Parties , qu'il y a de
femmes; fi la colere d'une d'entre elles
vous déclare coupable, c'en est fait;
toutes
D'AOUST .
toutes les autres yous condamnent fans
97.
conſultation & vous exécuttent à la
même heure : Toute la liberté qu'on
vous laiſſe , c'eſt de vous fauver ; &
vous reſſemblez en ce cas à ces Soldats
qui paflent par les baguettes en courant.
Jé connois un de mes amis , homme
d'eſprit & de bon fens , qui
me diſoit un jour , en parlant du genie
du Peuple : Le moyen le plus feur de
connoître ſes deffauts & fon ridicule.,
ſeroit de familiariſer quelque tems
avec lui & de lui chercher Quérelle
après. On a trouvé l'inventionde
ſe voir le viſage par les Miroirs :
Une querelle avec le Peuple feroit la
meilleure invention du monde,pour fe
voit l'Eſprit & le Corps enſemble. Une
aimable Fille entendant parler ainfi
mon Ami, nous dit , en badinant : Tous
mes Amans me diſent Belie ;ma glace
&mon amour propre m'en difent autant
; mais, pour en avoir le coeur net ,
quelque jour en Carnaval j'uſerai de
l'invention dont vous parlez .
Qu'ajoûterai - je encore fur le caractere
du Peuple ?
Les Devots d'entre le Peuple, le font
Aoust 1717. I
98 LE MERCURE
infiniment dans la forme: La vrayepiété
eſt au deſſus de la portée de leur
ecoeur& de leur eſprit.
Une groſſe Voix dans un Prédicateur
leur tient lieu d'intelligence ; ils ne
comprennent rien à ce qu'il dit, mais il
crie beaucoup & les voilà pénétrez.
Ainfi ,je ne conſeillerois à perſonne,
de compter beaucoup fur la Religion
du plus devot perſonnage d'entre le
Peuple : De là vient auſſi qu'il eſt aiſé
d'en corrompre le plus honnête
homme ; car,pour l'engager au crime ,
il ne s'agit pas de gagner ſon eſprit ,
on a bon marché de cette piéce ; il faut
ſeulement effacer une impreffion par
une autre : Celle du céremonial de la
Religion qui les a rendu pieux , s'efface
par l'impreſſion d'une offre qui les chatoüille
.
Vous m'avoierez qu'on peut faire
tout ce qu'on veut d'un homme qu'il
ne s'agit que de toucher ſenſiblement;
l'impreſſion la plus fraîche eſt toûjours
la victorieuſe.
Ne vous attendez pas , Madame ,
que j'épuiſe la Matiére la-deſſus ; je
n'en dirai plus qu'un mot .
Le Peuple dans les Provinces ,recond
d
D'AOUST. 99
noît autant de Maîtres , qu'il eſt de
gens au-deſſus de lui .
L'Interrêt ſeul ici, fait la vraye dépendance
du peuple. Le Cordonnier y va
de pair avec le Duc & le Marquis : Si
l'on ne veut pas qu'il manque de refpect
pour ces grands Noms , il faut acheter
fon hommage. L'argent eſt le
feul Titre de grandeur qu'il révére : Le
Peuple eſt comme un gros Matin ; le
Mâtin aboye aprés tout ce qui paſſe ;
jettez-lui un morceau de pain , il vous
carrefle.
Ainfi , Madame , fi vous venez jamais
à Paris ; en cas que vous ayez
affaire au Peuple , prenez avec luy des
meſures qui mettent vos charmes à l'abry
de la correction.
Fermer
1885
p. 130-132
A. S A. S. MADAME LA PRINCESSE DE CONTI. Par M. Fuselier. BOUQUET.
Début :
Princesse, il faut de mon empressement, [...]
Mots clefs :
Princesse, Lauriers, Empire, Bouquet, Honneur, Charmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A. S A. S. MADAME LA PRINCESSE DE CONTI. Par M. Fuselier. BOUQUET.
A. S A. S. MADAME
LA PRINCESSE DE CONTI
ParM. Fuſelier.
BOUQUET.
P
RINCESSE , il faut de mon émpref
fement ,
Dans ce bean jour, rendre un Compte fidéle:
J'ai viſité maint Empire charmant ,
Cherchant par tout un Bouquet que mon
zele
Pûr vous offrir : J'ai cherché vainement.
D'abord, desfleurs j'ai vû la Souveraine,
Etjen'ai rien trouvédans ſon Domaine
Digne de vous. Pour vous doit - on
cueillir
D'AOUST.
13
Roses qu'unJour voit briller & pálir ,
Beaux Lis, honneur des Rives de la
Seine,
Jolis Oeillets,en naiſſant mouchetés ?
Tendres Jasmins , Jachintes veloutés ,
Chersà Phabus , arroſez deſes larmes ,
Cent fleurs enfin , pour les autres Beaxtez
;
Sûrs ornemens, effacer par vos Charmes.
Adonc ,j'ai là quitté dans ce moment,
Lajeune Flore &son gent apanage ;
Puis,de Paphos abordant le rivage,
Sous Mirthes verds , furpris innocemment
:
Amour,qui ſeul réveur dans un Bocage,
Votre Portrait regardoit tendrement :
En me voyant , avec malir fourire
S'est écrié!Je sçaíce que défire
Ton zele ardent ; hélas , dans ce Boft
quet
Ne trouveras de quoi faire un Bouquet.
Tous les matins , par ordre de ma mere ,
Graces & Jeux , attentifs à lui plaire ,
Pillent les Fleurs qui naiffent chaque
jour ;
Erc'est CONTY qui cauſe ce ravage :
Depuis que d'elle on parle en ceséjour ,
Je vois Vénusse parer d'avantage ;
Pour s'ajuffer, elle n'épargnerien ,
1
132 LE MERCURE
Asa Toillette il n'est d'autre entretien
Que de Rubans placés avec adreſſe ,
Si parhazard quelque Cytherien
Peu courtisan , vaciter la Princeſſe ,
Etfes Cheveux qu'avec grace elle treffe
Sansy penser ; Venus dansson maintien
Sedéconcerte , & nous redit fans ceſſe ,
QuEuphrosiné * ne la coeffe plus bien .
Ace Discoursde l'Enfant de Cithere,
Je ſuis forti des Jardins de fa Mere :
Delà volant au Séjour d'Apollon ,
L'ai rencontré dans le facré Valon :
Les Doîtes foeurs régentoit sous l'ombrage
;
Que cherche - tu ? Viens , parcours
l'Helicon ,
Maditle Dieu , vois l'immortel Bocage;
CONDE'S , CONTIS l'ébranchoient
tour-a-tour :
t
Veux-tu porter Lauriers dans cette
Cour?
Par trop commun y sembleroit l'hommage.
*L'une des trois Graces.
LA PRINCESSE DE CONTI
ParM. Fuſelier.
BOUQUET.
P
RINCESSE , il faut de mon émpref
fement ,
Dans ce bean jour, rendre un Compte fidéle:
J'ai viſité maint Empire charmant ,
Cherchant par tout un Bouquet que mon
zele
Pûr vous offrir : J'ai cherché vainement.
D'abord, desfleurs j'ai vû la Souveraine,
Etjen'ai rien trouvédans ſon Domaine
Digne de vous. Pour vous doit - on
cueillir
D'AOUST.
13
Roses qu'unJour voit briller & pálir ,
Beaux Lis, honneur des Rives de la
Seine,
Jolis Oeillets,en naiſſant mouchetés ?
Tendres Jasmins , Jachintes veloutés ,
Chersà Phabus , arroſez deſes larmes ,
Cent fleurs enfin , pour les autres Beaxtez
;
Sûrs ornemens, effacer par vos Charmes.
Adonc ,j'ai là quitté dans ce moment,
Lajeune Flore &son gent apanage ;
Puis,de Paphos abordant le rivage,
Sous Mirthes verds , furpris innocemment
:
Amour,qui ſeul réveur dans un Bocage,
Votre Portrait regardoit tendrement :
En me voyant , avec malir fourire
S'est écrié!Je sçaíce que défire
Ton zele ardent ; hélas , dans ce Boft
quet
Ne trouveras de quoi faire un Bouquet.
Tous les matins , par ordre de ma mere ,
Graces & Jeux , attentifs à lui plaire ,
Pillent les Fleurs qui naiffent chaque
jour ;
Erc'est CONTY qui cauſe ce ravage :
Depuis que d'elle on parle en ceséjour ,
Je vois Vénusse parer d'avantage ;
Pour s'ajuffer, elle n'épargnerien ,
1
132 LE MERCURE
Asa Toillette il n'est d'autre entretien
Que de Rubans placés avec adreſſe ,
Si parhazard quelque Cytherien
Peu courtisan , vaciter la Princeſſe ,
Etfes Cheveux qu'avec grace elle treffe
Sansy penser ; Venus dansson maintien
Sedéconcerte , & nous redit fans ceſſe ,
QuEuphrosiné * ne la coeffe plus bien .
Ace Discoursde l'Enfant de Cithere,
Je ſuis forti des Jardins de fa Mere :
Delà volant au Séjour d'Apollon ,
L'ai rencontré dans le facré Valon :
Les Doîtes foeurs régentoit sous l'ombrage
;
Que cherche - tu ? Viens , parcours
l'Helicon ,
Maditle Dieu , vois l'immortel Bocage;
CONDE'S , CONTIS l'ébranchoient
tour-a-tour :
t
Veux-tu porter Lauriers dans cette
Cour?
Par trop commun y sembleroit l'hommage.
*L'une des trois Graces.
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1886
p. 133-134
A. S. A. S. MONSEIGNEUR LE PRINCE DE CONTI. Sur la Naissance de Mgr le Comte de la Marche son fils. Par Monsieur de Caux. LE GENIE DE LA FRANCE PARLE.
Début :
Prince, que la Droiture & l'Affabilité [...]
Mots clefs :
Prince, Coeurs, Grâces, Noblesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A. S. A. S. MONSEIGNEUR LE PRINCE DE CONTI. Sur la Naissance de Mgr le Comte de la Marche son fils. Par Monsieur de Caux. LE GENIE DE LA FRANCE PARLE.
A. S. A. S. MONSEIGNEUR
LE PRINCE DE CONT I.
Sur la Naiſſance de Met le Comte de
la Marche ſon fils .
Par Monsieur de Caux.
LE GENIE DE LA FRANCE PARLE.
PRINCE, que la Droiture & l'Affabilité
Des plus rébelles Coeurs , chaque jour
rendent maître :
J'ai vú l'aimable Enfant que le Ciel t'a
fait naître ,
Et dont il paye enfin ce qu'ilt'avoit ôté.
Oüy je l'ai vú ! Morphée attentif à lui
plaire,
Deſespavotsfur lui, verſoit l'appas non
veau.
DesGraces&des Ris la Cohortelégere,
Sembloit pour un moment avoir quitté
la Mere ,
Pour careffer lefils au tour de fon Ber-
сеан.
Aoust 17:7. M
134 LE MERCURE
I
e dis plus , & tu peux compter fur ma
promeffe ,
Ce Prince , des CONTIS foûtiendra
la Noblesse ,
Jailû dans l'avenirſon Destin tout en-
1
E
tier :
Mais , quoiqu'en ait prédit l'élégant
Fufelier ,
jeunesse ,
C'est moi qui prendrai ſoin d'élever sa
Etc'est de tes Ayeux que j'appris mon
Métier.
LE PRINCE DE CONT I.
Sur la Naiſſance de Met le Comte de
la Marche ſon fils .
Par Monsieur de Caux.
LE GENIE DE LA FRANCE PARLE.
PRINCE, que la Droiture & l'Affabilité
Des plus rébelles Coeurs , chaque jour
rendent maître :
J'ai vú l'aimable Enfant que le Ciel t'a
fait naître ,
Et dont il paye enfin ce qu'ilt'avoit ôté.
Oüy je l'ai vú ! Morphée attentif à lui
plaire,
Deſespavotsfur lui, verſoit l'appas non
veau.
DesGraces&des Ris la Cohortelégere,
Sembloit pour un moment avoir quitté
la Mere ,
Pour careffer lefils au tour de fon Ber-
сеан.
Aoust 17:7. M
134 LE MERCURE
I
e dis plus , & tu peux compter fur ma
promeffe ,
Ce Prince , des CONTIS foûtiendra
la Noblesse ,
Jailû dans l'avenirſon Destin tout en-
1
E
tier :
Mais , quoiqu'en ait prédit l'élégant
Fufelier ,
jeunesse ,
C'est moi qui prendrai ſoin d'élever sa
Etc'est de tes Ayeux que j'appris mon
Métier.
Fermer
1887
p. 134-135
REPROCHES A Mlle V..., Par M. le Chevalier de Saint Jory.
Début :
A L'amitiè Corine donne [...]
Mots clefs :
Amitié, Amour, Désirs, Plaisirs, Faveurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPROCHES A Mlle V..., Par M. le Chevalier de Saint Jory.
-REPROCHES A Mhe. V....
Par M. le Chevalier de Saint Jory.
al'Amour,
A L'amitie Corine donne
Cequ'elle refuse
Corine permet chaque jour ,
Quefurses leuresje moiſſonne
D'innocentes faveurs qui flatent mes
defirs ,
Et toutes fois mes Maux égalent mes
Plaifirs .
Ovous , quifoûpirezpour elle ,
Rivaux infortunez , n'en soyez point
jaloux!
C
D'AOUST. 13
Je ſuisplus à plaindre que vous :
Ses Faveurs font les fruits d'une amitil
fidelle ,
Etje suis amoureuxfans espoir de retour
:
Quand aux plus vifs transports , mon
Ame s'abandonne ,
A l'Amitié Corine donne
Ce qu'elle refuse à l'Amour.
Par M. le Chevalier de Saint Jory.
al'Amour,
A L'amitie Corine donne
Cequ'elle refuse
Corine permet chaque jour ,
Quefurses leuresje moiſſonne
D'innocentes faveurs qui flatent mes
defirs ,
Et toutes fois mes Maux égalent mes
Plaifirs .
Ovous , quifoûpirezpour elle ,
Rivaux infortunez , n'en soyez point
jaloux!
C
D'AOUST. 13
Je ſuisplus à plaindre que vous :
Ses Faveurs font les fruits d'une amitil
fidelle ,
Etje suis amoureuxfans espoir de retour
:
Quand aux plus vifs transports , mon
Ame s'abandonne ,
A l'Amitié Corine donne
Ce qu'elle refuse à l'Amour.
Fermer
1888
p. 135-136
AU SOLEIL. ODE ANACREONTIQUE, Par le même.
Début :
Retirez vous, Astre du jour, [...]
Mots clefs :
Astre, Soleil, Mystère, Ombre, Ardeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU SOLEIL. ODE ANACREONTIQUE, Par le même.
AU SOLEIL .
1
ODE ANACREONTIQUE ,
Par le même.
R
Etirezvous , Aftre du jour ,
Allez courir l'autre Hémisphere:
Vôtre Flambeau trouble un Mistere,
Qu'enfecret vent traiter l'Amour.
**
Si vous éclairezce lieu fombre,
Vons en banirez le Plaisir .
La Nuit fait naitre le Defir ,
La Pudeur Sommeille dansl'ombre .
Mij
136. LE MERCURE
长粉
Mais quoi ! Vos rayons enflamez
Cherchent la bouche de Silvie !
Ah! Quel fujet deja oufie ,
Pour Climene que vous aimez !
Envain, bel Aftre , tu te flates
De charmer l'Objet de mes Vaux:
Laviolence de tes feux
Nefait icy quedes Ingrates...
ع
Vaporter tes vives ardeurs
Surnos Coteaux et dans nos Plaines.
Va careffer les Affriquaines
Sijalouſes de tesfaveurs .
Tu fuis.... Etmon impatience
Détermis e un bonheur douteux....
Flambeau du Ciel , l'Amour heureux
Te rendgraces de ton absence.
1
ODE ANACREONTIQUE ,
Par le même.
R
Etirezvous , Aftre du jour ,
Allez courir l'autre Hémisphere:
Vôtre Flambeau trouble un Mistere,
Qu'enfecret vent traiter l'Amour.
**
Si vous éclairezce lieu fombre,
Vons en banirez le Plaisir .
La Nuit fait naitre le Defir ,
La Pudeur Sommeille dansl'ombre .
Mij
136. LE MERCURE
长粉
Mais quoi ! Vos rayons enflamez
Cherchent la bouche de Silvie !
Ah! Quel fujet deja oufie ,
Pour Climene que vous aimez !
Envain, bel Aftre , tu te flates
De charmer l'Objet de mes Vaux:
Laviolence de tes feux
Nefait icy quedes Ingrates...
ع
Vaporter tes vives ardeurs
Surnos Coteaux et dans nos Plaines.
Va careffer les Affriquaines
Sijalouſes de tesfaveurs .
Tu fuis.... Etmon impatience
Détermis e un bonheur douteux....
Flambeau du Ciel , l'Amour heureux
Te rendgraces de ton absence.
Fermer
1889
p. 191
APPROBATION.
Début :
J'ay lû par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure d'Aoust [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
JAAY lû par ordre de Monſeigneur
le Chancelier , le Mercure d'Ao: ft
1717. J'ay crû que la lecture de cer
Ouvrage continuëroit d'eſtre agreable
au Public. Fait à Paris ce 31 Aouſt
1717. TERRASSON.
JAAY lû par ordre de Monſeigneur
le Chancelier , le Mercure d'Ao: ft
1717. J'ay crû que la lecture de cer
Ouvrage continuëroit d'eſtre agreable
au Public. Fait à Paris ce 31 Aouſt
1717. TERRASSON.
Fermer
1890
s. p.
AVANT-PROPOS.
Début :
Comme on ne peut vérifier trop exactement une Découverte aussi [...]
Mots clefs :
Invention , Eau potable, Eau de mer, Attestations, Objections
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS.
AVANT - PROPOS.
Comme
Omme on ne peut vérifier trop
exactement une Découverte ausse
avantageuse au Public , qu'est celle de
l'Eau de la Mer rendue potable ; j'ai
crû que je ne pouvois employer plus uti
lement mes recherches , qu'à recueillir
avec ſoin tout ce qui concerne cette importante
matiere. Dans le Mercure
d'Aoust , j'ai donné les Procez verbaux
des expériences qui en ont étéfaites
au Port de l'Orient, par des Commiffaires
nommés pour les examiner. Ge
mois-cy , je commencerai mon Recučilpar
toutes les objections qui ont été proposées
à M. Gautier Auteur de l'ingénieuse
Machine , à qui toutes les Nations
Maritimes vont être redevables d'un
préſentſi considérable .
J'y joindrai en même tems les Répon
Sesfatisfaisantes qu'il y a données , afin
defixer les sentimens des moins crédules
: Mais comme l'approbation de Meffieurs
de l' Académie des Sciences est d'un
grand poids enfait d'expériences nouvel
Aij
1
AVANT - PROPOS.
les , de Lecteur mefaura grésans doute =
queje produiſe l'attestation qu'ils ontac
cordée à l' Inventeur.
Comme
Omme on ne peut vérifier trop
exactement une Découverte ausse
avantageuse au Public , qu'est celle de
l'Eau de la Mer rendue potable ; j'ai
crû que je ne pouvois employer plus uti
lement mes recherches , qu'à recueillir
avec ſoin tout ce qui concerne cette importante
matiere. Dans le Mercure
d'Aoust , j'ai donné les Procez verbaux
des expériences qui en ont étéfaites
au Port de l'Orient, par des Commiffaires
nommés pour les examiner. Ge
mois-cy , je commencerai mon Recučilpar
toutes les objections qui ont été proposées
à M. Gautier Auteur de l'ingénieuse
Machine , à qui toutes les Nations
Maritimes vont être redevables d'un
préſentſi considérable .
J'y joindrai en même tems les Répon
Sesfatisfaisantes qu'il y a données , afin
defixer les sentimens des moins crédules
: Mais comme l'approbation de Meffieurs
de l' Académie des Sciences est d'un
grand poids enfait d'expériences nouvel
Aij
1
AVANT - PROPOS.
les , de Lecteur mefaura grésans doute =
queje produiſe l'attestation qu'ils ontac
cordée à l' Inventeur.
Fermer
1891
s. p.
EXTRAIT Des Régistres de l'Académie Royale des Sciences. Du 28. Aoust 1717.
Début :
Le P. Sebastien, Mrs Lémery & Geoffroy, qui avoient été nommé [...]
Mots clefs :
Machine, Invention , Médecin, Expérience, Certificat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT Des Régistres de l'Académie Royale des Sciences. Du 28. Aoust 1717.
EXTRAIT
Des Régistres de l'Académie Royale des
Sciences. Du 28. Aoust 1717.
Le P. Sebastien , Mrs Lémery &
Ceoffroy , qui avoient été nommé pour
examiner une Machine inventée par
M. Gautier Medecin de Nantes , pour
deſſaler l'Eau de la Mer ; en ayant fait
leur raport à la Compagnie , elle a
jugé que la Machine étoit nouvelle &
fort ingénieufe , & que la maniere dontla
fuperficie du Tambour & celle du
Chapiteau font augmentées , eſt trés
Bien pensée : Que cette Machine mexire
d'être exécutée & approuvée ſur
plufieurs Vaiſſeaux ; & qu'il n'y a que
l'expérience qui puiffe apprendre , fi
P'Eau de la Mer ainſi deſſalée , ſera affez
faine pendant un long uſage. E
foy de quoi j'ai figné le préſent Certificat.
A Paris , ce 6 Septembre 1717.
Fontenelle Secretaire perpetuel de l'A--
cadémie Royale des Sciences.
Des Régistres de l'Académie Royale des
Sciences. Du 28. Aoust 1717.
Le P. Sebastien , Mrs Lémery &
Ceoffroy , qui avoient été nommé pour
examiner une Machine inventée par
M. Gautier Medecin de Nantes , pour
deſſaler l'Eau de la Mer ; en ayant fait
leur raport à la Compagnie , elle a
jugé que la Machine étoit nouvelle &
fort ingénieufe , & que la maniere dontla
fuperficie du Tambour & celle du
Chapiteau font augmentées , eſt trés
Bien pensée : Que cette Machine mexire
d'être exécutée & approuvée ſur
plufieurs Vaiſſeaux ; & qu'il n'y a que
l'expérience qui puiffe apprendre , fi
P'Eau de la Mer ainſi deſſalée , ſera affez
faine pendant un long uſage. E
foy de quoi j'ai figné le préſent Certificat.
A Paris , ce 6 Septembre 1717.
Fontenelle Secretaire perpetuel de l'A--
cadémie Royale des Sciences.
Fermer
1892
p. 5-20
A l'Orient, le 12. May 1717. A MESSIEURS Les Commandant & Commissaire Général Ordonnateur, & à Messieurs les Officiers de la Marine de Port-Loüis & de l'Orient.
Début :
Messieurs, J'ai l'honneur de vous présenter toutes les Questions que l'on [...]
Mots clefs :
Questions, Eau de mer, Eau potable, Machine, Utilité, Invention , Solidité, Vaisseaux, Dépenses, Entretien, Équipages, Réparations, Espace, Grandeur, Caisse, Canal, Citerne, Tambour, Quantité infinie, Cuisine, Avantages, Eau distillée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A l'Orient, le 12. May 1717. A MESSIEURS Les Commandant & Commissaire Général Ordonnateur, & à Messieurs les Officiers de la Marine de Port-Loüis & de l'Orient.
A l'Orient ,le 12. May 1717.
A MESSIEURS
Les Commandant & Commiſſaire Gl
néral Ordonnateur , & à Meſſicurs
les Officiers de la Marine de Port
Louis & de l'Orient.
MESSIEURS.
J'ai Phonneur de vous préſenter tou
tes les Oueſtions que l'on a pû me
faire ſur le moyen de rendre l'Eau de
Mer potable , & les Réponſes à tourës
ces Queſtions. Je les ai réduites à
quatre Chefs: Les unes regardent la
Aij
6 LE MERCURE
Machine; les autres, le lieu & l'eſpa
ce qu'elle occupe : Celles-ci ,les effets,
& les dernieres, ce que l'on conſomme
pour en tirer avantage. Il pourroit m'en
être échapé quelques - unes. Je vous
prie, MESSIEURS , de me les propoſer ;
je tacherai d'y repondre & d'en tirer
toute l'utilité poſſible ; n'ayant rien
plus à coeur que de profiter des lumieies
des perſonnes expérimentées , qui
veulentbien concourir à augmenter le
bien public& particulier.
QUESTIONS SUR LA MACHINE.
DEMANDES.
Si laMachine eft fimple?
REPONSES.
Elle peut paffer pour ſimple , fi elle
n'eſt précisément compoſée que d'autant
d'Equivalents ſimples .que le Nature
employe de moyens,pour rendre
l'Eau de Mer potable : Quelques-uns
ont été fabriqué publiquement : On
les peut voir tous les jours. Le filence
refpectueux que je dois à la COUR,
DE SEPTEMBRE 7
1.
m'empêche de divulguer le reſte qui
eſt auſſi ſimple , juſqu'à ce qu'elle em
ait autrement ordonné .
Si elle est folide&à l'épreuve des agi
tations de la Mer?
La Caiſſe eſt auſſi ſolide que l'Ar
chi-pompe : Le Tambour n'en peut être
endommagé; puiſqu'il eſt dans une agitation
plus grande , lorſque la Machine
produit ſon effet , que celle que la
Mer lui pourra donner.-
Si elle est durable ? ..."
Lorſqu'elle ſera bien exécutée, elles
pourra durer autant qu'un Vaiffeau.
Si on la peut aisément construire?
Il eſt trés facile à tout Ouvrier de la
conſtruire en peu de tems: En botte,elle
n'aura que le volume d'une Barrique..
On pourra,pour quelque raiſon que ce
foit, en porterpluſieurs , & tout équipage
les pourra établir en peu d'hesres..
t
<
8 LE MERCURE
Si lapremiere Dépense est considérable ?
Il ne faut rien établir fur la dépenſfe
préſente,pour pluheurs bonnes raiſons .
Pour un Vaiſſeau du Roy , elle ne
peut paffer cent piſtoles : Dépenſe qui
diminuera à proportion des équipages ;
de forte qu'elle reviendra à peu prés à
trente piſtoles pour un moyen Navire:
J'entens par moyen navire , celui qui a
cinquante à ſoixante hommes d'équipage
, tels que font ceux de la Riviere de
Nantes fur leſquels j'ai fait ma ſupputation.
Qu'on ſuppute à combien reviennent
les Futailles, pour un Vaiſſean
de 400. hommes qui fait de l'Eau pour
trois mois ? Combien elles durent ; ce
qu'il en coute pour le radoub ; & qu'on
faſſe attention qu'on perdtout , bois &
fer , quand elles deviennent inutiles ?
Qu'on balance enſuite cette dépense &-
la durée avec la dépenſe & la durée
,
de ce que je propoſe ?
Si l'entretien est de conſequence.
L'entretien eſt ſi peu de choſe qu'il ne
mérite pas attention.
DE SEPTEMBRE
9
Si on peut à la Mer réparer ce qui
s'en pourroit déranger ?
Ledérangement regarde, ou la Caiffe
qui peut être réparée ſur le champ
par le dernier Matelot,ou le Tambour.
Il n'y a qu'un coup de Canon qui le
puiffe rompre ; mais , quelque choſe
qu'il arrive , on le peut auſſi aisément
raccommoder qu'une chaudiere ordinaire
: Le reſte eſt encore plus facile à
rétablir.
St on perd tout , lorſqu'elle ne peutplus
• Servir ?
Le Cuivre ſe vendra , comme les
autres Uſtenſfiles du Vaiſſeau:Le Plomb
fe retrouvera tout entier&pourra fer vir
à pluſieurs Vailleaux ſucceſſivement ,
fans une nouvelle dépenſe de fonte &
de déchet .Quoique la charpente foit
faite de vieux bois , elle peut fervir
de la même maniere .
QUESTIONS SUR LE LIEU ET'L'ESPAGE
QU'ELLE OCCUPE .
Si on lapeut placer en plusieurs endroits
du Vaisseau?
On la peut placer indifferemment parLE
MERCURE
tout , pourvû qu'on obſerve une ſeule R
choſe; que l'Axe du Tambour ſoit parallele
à la Quille. Il est vrai que de
tous les endroits du Vaiſſeau , il me
feinble que le plus convenable ſeroic
entre l'Archi-pompe & le grand Panneau
, endroit où elle n'incommoderoit
point l'équipage , où elle n'embaraſſeroit
point pour la charge& ladécharge
& où , ( fi la COUR m'honnoroit
de ſes ordres , pour réformer les
Pompes auxquelles je connois cinq à
fix défauts eſſentiels , ) je profiterois fi
bien da vuide de l'Archi-pompe, ſans
intereſſer le Mât & les Pompes que la
Machine s'y établiroit preſque toute :
C'eſt la raifon qui m'avoir fait avancer
que l'endroit que je demandois , n'eſt
jamais occupé.
Si la grandeur est déterminée?
Elle n'exige aucune grandeur déterminée.
Il ne faut rien conclure de celle
qu'on voit qui a été faite pour
prouver la potabilité , la diligence &
le peu de dépenſe ,& pour profiter des
lumieres du Public ; afin de me mettre
en état de la placer dans le lieu
de
DE SEPTEMBRE
le plus convenable aux Vaiſſeaux &
de l'exécuter de la maniere la plus ſolide.
Si la configuration est déterminée ?
On la peut faire de toute figure &
profiter de tous les endroits qui lui
font voiſins , quelques irréguliers qu'ils
foient.
Si on peut faire toute forte d'arrimage ?
On pourra faire toute forte d'arrimage
au tour de la Caiſſe , puiſqu'elle
ſera auffi folidement établie que l'Ar
chi-pompe.
Si on peut aisémentse fervir de la Machine
, pour y mettre l'Eausalée نم
la Matiere combustible ?
On établira un petit Canal ſur le
Pont , par lequel elle recevra l'Eau
falée. La matiere combustible ſera
fournie par l'Archi-pompe. De cette
maniere , on ménage l'eſpace qu'exige
deſervice.
42 LE MERCURE
Où fera contenue l'Eau douce?
On fera deux Citernes contenans
pluſieurs Barriques , & on templira
l'une pendant qu'on vuidera l'autre .
J'ai trouvé un moyen de faire aifément
ces Citernes avec le Plomb , ſans foudure.
Elles feront fûres & à l'épreuye
des agitations de laMer.
Comment tirera-t-on l'Eau douce?
L'Eaudouce ſe tirera entre les Ponts ,
par le moyen d'une petite Pompe.
Si on ne courtpoint les risques dufen ?
Pour en juger , il ne faut que voir
de quelle maniere le Fourneau eſt
placé.
Oùfera le Matelot deſervice ?
Il ſera placé à l'entre-Pont , d'où il
fera tourner le Tambour ; & par ce
moyen , on préviendra tous les défauts
d'attention. Le Fontenier de quart
deſcendra detems en tems pour enretenir
le feu
QUESTION
DE SEPTEMBRE.
QUESTIONSSUR SES EFFETS
Si elle poura faire une quantité d'Eau
Suffisante, pour quelque Equipage
que ce soit?
, on aura autant
Lorſque la Machine ſera exécutée ,
-comme elle doit être
d'Eau qu'on voudra , ſelon la grandeur
des Vaiſſeaux. La néceffité de ſe
ſervir du Plomb du Magazin qui eſt
trop fort des deux tiers , rend la Caifſe
fort défectueuſe ;les Ouvriers ayant
eu beaucoup de peine à l'employer.
De plus , il eſt plein de fable & de
craffe de Plomb incorporés enſemble ;
ces Tables n'étant que de vieux
Plomb refondu: C'eſt ce qui a rendu
l'Eau ſale pendant ſi long-tems &
lui a même, donné un petit goût
qu'elle ne doit point avoir ; ce qui m'a
fait trouver le moyen de la faire ſans
foudure. Pour le Tambour , on a employé
le Cuivre qu'on a trouvé ici &
qui étoit trop fort de la moitié; ce qui
m'a obligé de ne donner que quinze
pouces de Diamêtre au Réchaud qui
pouvoit en avoir le double ; ce qui ût
Septembre 1717. B
14 LE MERCURE
produit le double de l'Eau. De plus ,
ce Païsn'eſt pas propre pour telle Febrique
: Le Cuivre y eſt d'une cherté
exceffive. Une Machine de trois pieds
de long & autant de large , donnera
quatre Barriques d'Eau par jour,
Sil' Ean est potable & fi elle défaltére ,
Sans intéreſſer la santé?
Il y a plus d'un mois que les Gardiens
& les Ouvriers qui tournent la
Machine, ne boivent que de cette Eau,
fans aucun changement dans leur tempérament
; & je crois que cette Expérience
ſeule vaut mieux que cent raifonnemens
de Médecine & de Phyfique
; puiſque ce ſont des gens qui ne
boivent ni Vin , ni Cidre &qui ne mangent
que du Pain. Les perſonnes qui
boivent du Vin ne font pas de ſi bons
Juges des Eaux : Il faut avoir foifpour
les trouver bonnes .
Si elle cuit bien les Viandes & les Lé
gumes ?
Les Expériences reitérées font voir
qu'elle cuit les Viandes & les LéguDE
SEPTEMBRE . I
mes , plus promptement que les Eaux
de Fontaine : Elle a même cuit des'
Poix qui font à l'épreuve de route
Eau. Elle deſſale mieux les Viandes .
Si elle est bonne àfaire du Pain ?
Le Pain fait avec l'Eau douce , nous
aparu plus léger , plus frais&de meil
leurgoût.
Si elle a d'autres Propriétez ?
Elle est beaucoup plus fraiche que
l'Eau de Fontaine .
Elle ne laiſſe nul fel Marin après
l'évaporation.
Elle s'évapore beaucoup plus vite.
Elle diffour mieux le Savon & le
Sucre.
Elle bout avec le Lait fans le
faire cailler.
Éllepeſe moins d'un 128ª que l'Eau
de Fontaine.
Elle est douce au toucher& au goût;
parce que,ſuivant les Mémoires de l'Académie
, qui affûrent que l'Eau de
Mer n'a de mauvaiſes qualités que la
falure; j'ai travaillé à la dépoüiller tel
Bij
16 LE MERCURE
lement de ſon ſel , qu'elle a le goût
d'Eau de pluye ou de citerne ; ce
que j'ai cherché avec attention , parce
qu'à la Mer , on reſpire un air ſalé &
on mange beaucoup de choſes ſalées :
C'est pourquoi , l'Eau ne sçauroit être
trop douce.
Elle eſt ſi légére , que j'en ai bû plufieurs
fois à jeun , juſqu'à deux & trois
Pintes , fans m'appercevoir de rien.
Ces mêmes Gardiens & Ouvriers l'expérimentent
auſſi tous les jours.
Si ellese peut garder ?
Toute Eau diſtilée étant plus ſimple, il
eſt hors de doute qu'elle ſe conſervera
fort bien. Je n'en ai pas fait l'expérience
: Elle éxige un trop long-tems&me
paroît inutile ; puiſqu'on en peut faire
à toute heure & que j'ai trouvé un
moyen de ſe paſſer de Barriques , d'où
procéde principalement la corruption
de l'Eau..
QUESTION SUR LES MATIERES
COMBUSTIBLES.
Quelles Matieres peut- on bruler ?
Toute forte de bois & de charbons
,& tout ce qui eſt combustible.
1
DE SEPTEMBRE .
17
1
Quel Volume d'Eau produit certain
Volume de Matiere ?-
Un tiers de charbonde bois& deux
tlers de charbon de terre mêlés , donrient
fix à ſept fois plus d'Eau que leur
Volume. Le bois ſeul donne près de
trois fois plus que ſon Volume : Lorfqu'on
les brule enſemble , ils font cinq
fois plus que leur Volume.
A combien revient la Barrique d'Eau ?
Une Barrique compofée d'un tiers
de charbon de bois & de deux tiers
de charbon de terre , donne fix à ſept
Barriques d'Eau qui reviennent à peu
près , à dix ou douze fols chacune ,
avec le bois à cinq fols ou environ .
Je préférerois cependant le charbon ,
parce qu'il envolume moins.
Os mettra-t- on la matiere combustible ?
On mettra du charbon de bois &
đủ charbon de terré mêlés , comme
L'eſt qu'on gardera pour les beſoins
imprevûs : On fera un petit parc ,
✓
Biij ..
18 LE MERCURE
:
où ſera la proviſion courante. On met
le bois partout.
AVANTAGES
Les uns regardent l'Etat par raport
la conſervation dela vie & de la fanté
: Les autres regardent le Roy par
raport à la dépenſe de ſes armemens ;
les Futailles montans à très haut prix .
Les avantages des Négocians ſont
auſſi le ménagement des Furailles &
le profit que prodairont les marchandiſes
qu'on mettra en leur place. Exemple.
Un Vaiſſeau de 400 hommes embarque
ordinairement cent Tonneaux
d'Eau pour trois mois : Suppoſant que
la Machine & la Matiere combustible
occupent vingt Tonneaux , il reſte So
Tonneaux de vuide : Et de plus , lorfqu'on
a de la Matiere combustible ,
oneft für d'avoir de l'Eau ; mais, celui
qui a une Barrique d'Eau, n'eſt pas für
de l'avoir un moment aprés. S'il faut
plus d'Eau , on peut ou augmenter, la
Machine , ou en établir une autre...
Les relaches , lecommerce des Négres
, la ſanté des Equipages , le bien
des Particuliers& beaucoup d'autres
DE SEPTEMBRE 19
commodités qu'il ſeroit trop long de
détailler , feroient la matiere d'un
Volume.
Si ce qu'on dir eft vrai , que le prétendu
beſoin d'Eau eſt quelquefois un
prétextede relache,ſoit afin de prolonger
levoyage, ſoit pour faire de petits
commerces au détriment des Arma--
teurs; je ne doute pas que cette raiſon
jointe à la prévention contre les choſes
nouvelles , ne faſſe paroître àces
Marins & aux Eſprits prévénus que
mes Expériences font trés défectueuſes.
Ce n'est pas leur approbation que
je dois chercher , mais, celle des gens
de bien & d'honneur , qui n'ont pour
but de leurs Actions que le bien de
l'Etat , la conſervation des Equipages ,
la perfectionde la Marine , & qui contribuent
par de ſérieuſes attentions
rendre l'établiſſement de la Machine ,
facile , folide & commode, convaincus
de l'étenduë de fon utilité.
J'oubliois de vous dire , Meſſicurs ,.
que vingt- une Barriques de charbon
de terre, priſes àNantes , coutent àpréſent
vingt-une Piſtoles , & ces vingtune
Barriques donnent trente-huit
Barriques , meſure de l'Orient , qui
20 LE MERCURE
vallent trente-huit Piſtoles ; ce qui fate
une différence notable pour l'eſtime
de la Barrique d'Eau .
Vôtre trés humble &trésobéissant
Serviteur,
GAUTIER , Dr. M.
A MESSIEURS
Les Commandant & Commiſſaire Gl
néral Ordonnateur , & à Meſſicurs
les Officiers de la Marine de Port
Louis & de l'Orient.
MESSIEURS.
J'ai Phonneur de vous préſenter tou
tes les Oueſtions que l'on a pû me
faire ſur le moyen de rendre l'Eau de
Mer potable , & les Réponſes à tourës
ces Queſtions. Je les ai réduites à
quatre Chefs: Les unes regardent la
Aij
6 LE MERCURE
Machine; les autres, le lieu & l'eſpa
ce qu'elle occupe : Celles-ci ,les effets,
& les dernieres, ce que l'on conſomme
pour en tirer avantage. Il pourroit m'en
être échapé quelques - unes. Je vous
prie, MESSIEURS , de me les propoſer ;
je tacherai d'y repondre & d'en tirer
toute l'utilité poſſible ; n'ayant rien
plus à coeur que de profiter des lumieies
des perſonnes expérimentées , qui
veulentbien concourir à augmenter le
bien public& particulier.
QUESTIONS SUR LA MACHINE.
DEMANDES.
Si laMachine eft fimple?
REPONSES.
Elle peut paffer pour ſimple , fi elle
n'eſt précisément compoſée que d'autant
d'Equivalents ſimples .que le Nature
employe de moyens,pour rendre
l'Eau de Mer potable : Quelques-uns
ont été fabriqué publiquement : On
les peut voir tous les jours. Le filence
refpectueux que je dois à la COUR,
DE SEPTEMBRE 7
1.
m'empêche de divulguer le reſte qui
eſt auſſi ſimple , juſqu'à ce qu'elle em
ait autrement ordonné .
Si elle est folide&à l'épreuve des agi
tations de la Mer?
La Caiſſe eſt auſſi ſolide que l'Ar
chi-pompe : Le Tambour n'en peut être
endommagé; puiſqu'il eſt dans une agitation
plus grande , lorſque la Machine
produit ſon effet , que celle que la
Mer lui pourra donner.-
Si elle est durable ? ..."
Lorſqu'elle ſera bien exécutée, elles
pourra durer autant qu'un Vaiffeau.
Si on la peut aisément construire?
Il eſt trés facile à tout Ouvrier de la
conſtruire en peu de tems: En botte,elle
n'aura que le volume d'une Barrique..
On pourra,pour quelque raiſon que ce
foit, en porterpluſieurs , & tout équipage
les pourra établir en peu d'hesres..
t
<
8 LE MERCURE
Si lapremiere Dépense est considérable ?
Il ne faut rien établir fur la dépenſfe
préſente,pour pluheurs bonnes raiſons .
Pour un Vaiſſeau du Roy , elle ne
peut paffer cent piſtoles : Dépenſe qui
diminuera à proportion des équipages ;
de forte qu'elle reviendra à peu prés à
trente piſtoles pour un moyen Navire:
J'entens par moyen navire , celui qui a
cinquante à ſoixante hommes d'équipage
, tels que font ceux de la Riviere de
Nantes fur leſquels j'ai fait ma ſupputation.
Qu'on ſuppute à combien reviennent
les Futailles, pour un Vaiſſean
de 400. hommes qui fait de l'Eau pour
trois mois ? Combien elles durent ; ce
qu'il en coute pour le radoub ; & qu'on
faſſe attention qu'on perdtout , bois &
fer , quand elles deviennent inutiles ?
Qu'on balance enſuite cette dépense &-
la durée avec la dépenſe & la durée
,
de ce que je propoſe ?
Si l'entretien est de conſequence.
L'entretien eſt ſi peu de choſe qu'il ne
mérite pas attention.
DE SEPTEMBRE
9
Si on peut à la Mer réparer ce qui
s'en pourroit déranger ?
Ledérangement regarde, ou la Caiffe
qui peut être réparée ſur le champ
par le dernier Matelot,ou le Tambour.
Il n'y a qu'un coup de Canon qui le
puiffe rompre ; mais , quelque choſe
qu'il arrive , on le peut auſſi aisément
raccommoder qu'une chaudiere ordinaire
: Le reſte eſt encore plus facile à
rétablir.
St on perd tout , lorſqu'elle ne peutplus
• Servir ?
Le Cuivre ſe vendra , comme les
autres Uſtenſfiles du Vaiſſeau:Le Plomb
fe retrouvera tout entier&pourra fer vir
à pluſieurs Vailleaux ſucceſſivement ,
fans une nouvelle dépenſe de fonte &
de déchet .Quoique la charpente foit
faite de vieux bois , elle peut fervir
de la même maniere .
QUESTIONS SUR LE LIEU ET'L'ESPAGE
QU'ELLE OCCUPE .
Si on lapeut placer en plusieurs endroits
du Vaisseau?
On la peut placer indifferemment parLE
MERCURE
tout , pourvû qu'on obſerve une ſeule R
choſe; que l'Axe du Tambour ſoit parallele
à la Quille. Il est vrai que de
tous les endroits du Vaiſſeau , il me
feinble que le plus convenable ſeroic
entre l'Archi-pompe & le grand Panneau
, endroit où elle n'incommoderoit
point l'équipage , où elle n'embaraſſeroit
point pour la charge& ladécharge
& où , ( fi la COUR m'honnoroit
de ſes ordres , pour réformer les
Pompes auxquelles je connois cinq à
fix défauts eſſentiels , ) je profiterois fi
bien da vuide de l'Archi-pompe, ſans
intereſſer le Mât & les Pompes que la
Machine s'y établiroit preſque toute :
C'eſt la raifon qui m'avoir fait avancer
que l'endroit que je demandois , n'eſt
jamais occupé.
Si la grandeur est déterminée?
Elle n'exige aucune grandeur déterminée.
Il ne faut rien conclure de celle
qu'on voit qui a été faite pour
prouver la potabilité , la diligence &
le peu de dépenſe ,& pour profiter des
lumieres du Public ; afin de me mettre
en état de la placer dans le lieu
de
DE SEPTEMBRE
le plus convenable aux Vaiſſeaux &
de l'exécuter de la maniere la plus ſolide.
Si la configuration est déterminée ?
On la peut faire de toute figure &
profiter de tous les endroits qui lui
font voiſins , quelques irréguliers qu'ils
foient.
Si on peut faire toute forte d'arrimage ?
On pourra faire toute forte d'arrimage
au tour de la Caiſſe , puiſqu'elle
ſera auffi folidement établie que l'Ar
chi-pompe.
Si on peut aisémentse fervir de la Machine
, pour y mettre l'Eausalée نم
la Matiere combustible ?
On établira un petit Canal ſur le
Pont , par lequel elle recevra l'Eau
falée. La matiere combustible ſera
fournie par l'Archi-pompe. De cette
maniere , on ménage l'eſpace qu'exige
deſervice.
42 LE MERCURE
Où fera contenue l'Eau douce?
On fera deux Citernes contenans
pluſieurs Barriques , & on templira
l'une pendant qu'on vuidera l'autre .
J'ai trouvé un moyen de faire aifément
ces Citernes avec le Plomb , ſans foudure.
Elles feront fûres & à l'épreuye
des agitations de laMer.
Comment tirera-t-on l'Eau douce?
L'Eaudouce ſe tirera entre les Ponts ,
par le moyen d'une petite Pompe.
Si on ne courtpoint les risques dufen ?
Pour en juger , il ne faut que voir
de quelle maniere le Fourneau eſt
placé.
Oùfera le Matelot deſervice ?
Il ſera placé à l'entre-Pont , d'où il
fera tourner le Tambour ; & par ce
moyen , on préviendra tous les défauts
d'attention. Le Fontenier de quart
deſcendra detems en tems pour enretenir
le feu
QUESTION
DE SEPTEMBRE.
QUESTIONSSUR SES EFFETS
Si elle poura faire une quantité d'Eau
Suffisante, pour quelque Equipage
que ce soit?
, on aura autant
Lorſque la Machine ſera exécutée ,
-comme elle doit être
d'Eau qu'on voudra , ſelon la grandeur
des Vaiſſeaux. La néceffité de ſe
ſervir du Plomb du Magazin qui eſt
trop fort des deux tiers , rend la Caifſe
fort défectueuſe ;les Ouvriers ayant
eu beaucoup de peine à l'employer.
De plus , il eſt plein de fable & de
craffe de Plomb incorporés enſemble ;
ces Tables n'étant que de vieux
Plomb refondu: C'eſt ce qui a rendu
l'Eau ſale pendant ſi long-tems &
lui a même, donné un petit goût
qu'elle ne doit point avoir ; ce qui m'a
fait trouver le moyen de la faire ſans
foudure. Pour le Tambour , on a employé
le Cuivre qu'on a trouvé ici &
qui étoit trop fort de la moitié; ce qui
m'a obligé de ne donner que quinze
pouces de Diamêtre au Réchaud qui
pouvoit en avoir le double ; ce qui ût
Septembre 1717. B
14 LE MERCURE
produit le double de l'Eau. De plus ,
ce Païsn'eſt pas propre pour telle Febrique
: Le Cuivre y eſt d'une cherté
exceffive. Une Machine de trois pieds
de long & autant de large , donnera
quatre Barriques d'Eau par jour,
Sil' Ean est potable & fi elle défaltére ,
Sans intéreſſer la santé?
Il y a plus d'un mois que les Gardiens
& les Ouvriers qui tournent la
Machine, ne boivent que de cette Eau,
fans aucun changement dans leur tempérament
; & je crois que cette Expérience
ſeule vaut mieux que cent raifonnemens
de Médecine & de Phyfique
; puiſque ce ſont des gens qui ne
boivent ni Vin , ni Cidre &qui ne mangent
que du Pain. Les perſonnes qui
boivent du Vin ne font pas de ſi bons
Juges des Eaux : Il faut avoir foifpour
les trouver bonnes .
Si elle cuit bien les Viandes & les Lé
gumes ?
Les Expériences reitérées font voir
qu'elle cuit les Viandes & les LéguDE
SEPTEMBRE . I
mes , plus promptement que les Eaux
de Fontaine : Elle a même cuit des'
Poix qui font à l'épreuve de route
Eau. Elle deſſale mieux les Viandes .
Si elle est bonne àfaire du Pain ?
Le Pain fait avec l'Eau douce , nous
aparu plus léger , plus frais&de meil
leurgoût.
Si elle a d'autres Propriétez ?
Elle est beaucoup plus fraiche que
l'Eau de Fontaine .
Elle ne laiſſe nul fel Marin après
l'évaporation.
Elle s'évapore beaucoup plus vite.
Elle diffour mieux le Savon & le
Sucre.
Elle bout avec le Lait fans le
faire cailler.
Éllepeſe moins d'un 128ª que l'Eau
de Fontaine.
Elle est douce au toucher& au goût;
parce que,ſuivant les Mémoires de l'Académie
, qui affûrent que l'Eau de
Mer n'a de mauvaiſes qualités que la
falure; j'ai travaillé à la dépoüiller tel
Bij
16 LE MERCURE
lement de ſon ſel , qu'elle a le goût
d'Eau de pluye ou de citerne ; ce
que j'ai cherché avec attention , parce
qu'à la Mer , on reſpire un air ſalé &
on mange beaucoup de choſes ſalées :
C'est pourquoi , l'Eau ne sçauroit être
trop douce.
Elle eſt ſi légére , que j'en ai bû plufieurs
fois à jeun , juſqu'à deux & trois
Pintes , fans m'appercevoir de rien.
Ces mêmes Gardiens & Ouvriers l'expérimentent
auſſi tous les jours.
Si ellese peut garder ?
Toute Eau diſtilée étant plus ſimple, il
eſt hors de doute qu'elle ſe conſervera
fort bien. Je n'en ai pas fait l'expérience
: Elle éxige un trop long-tems&me
paroît inutile ; puiſqu'on en peut faire
à toute heure & que j'ai trouvé un
moyen de ſe paſſer de Barriques , d'où
procéde principalement la corruption
de l'Eau..
QUESTION SUR LES MATIERES
COMBUSTIBLES.
Quelles Matieres peut- on bruler ?
Toute forte de bois & de charbons
,& tout ce qui eſt combustible.
1
DE SEPTEMBRE .
17
1
Quel Volume d'Eau produit certain
Volume de Matiere ?-
Un tiers de charbonde bois& deux
tlers de charbon de terre mêlés , donrient
fix à ſept fois plus d'Eau que leur
Volume. Le bois ſeul donne près de
trois fois plus que ſon Volume : Lorfqu'on
les brule enſemble , ils font cinq
fois plus que leur Volume.
A combien revient la Barrique d'Eau ?
Une Barrique compofée d'un tiers
de charbon de bois & de deux tiers
de charbon de terre , donne fix à ſept
Barriques d'Eau qui reviennent à peu
près , à dix ou douze fols chacune ,
avec le bois à cinq fols ou environ .
Je préférerois cependant le charbon ,
parce qu'il envolume moins.
Os mettra-t- on la matiere combustible ?
On mettra du charbon de bois &
đủ charbon de terré mêlés , comme
L'eſt qu'on gardera pour les beſoins
imprevûs : On fera un petit parc ,
✓
Biij ..
18 LE MERCURE
:
où ſera la proviſion courante. On met
le bois partout.
AVANTAGES
Les uns regardent l'Etat par raport
la conſervation dela vie & de la fanté
: Les autres regardent le Roy par
raport à la dépenſe de ſes armemens ;
les Futailles montans à très haut prix .
Les avantages des Négocians ſont
auſſi le ménagement des Furailles &
le profit que prodairont les marchandiſes
qu'on mettra en leur place. Exemple.
Un Vaiſſeau de 400 hommes embarque
ordinairement cent Tonneaux
d'Eau pour trois mois : Suppoſant que
la Machine & la Matiere combustible
occupent vingt Tonneaux , il reſte So
Tonneaux de vuide : Et de plus , lorfqu'on
a de la Matiere combustible ,
oneft für d'avoir de l'Eau ; mais, celui
qui a une Barrique d'Eau, n'eſt pas für
de l'avoir un moment aprés. S'il faut
plus d'Eau , on peut ou augmenter, la
Machine , ou en établir une autre...
Les relaches , lecommerce des Négres
, la ſanté des Equipages , le bien
des Particuliers& beaucoup d'autres
DE SEPTEMBRE 19
commodités qu'il ſeroit trop long de
détailler , feroient la matiere d'un
Volume.
Si ce qu'on dir eft vrai , que le prétendu
beſoin d'Eau eſt quelquefois un
prétextede relache,ſoit afin de prolonger
levoyage, ſoit pour faire de petits
commerces au détriment des Arma--
teurs; je ne doute pas que cette raiſon
jointe à la prévention contre les choſes
nouvelles , ne faſſe paroître àces
Marins & aux Eſprits prévénus que
mes Expériences font trés défectueuſes.
Ce n'est pas leur approbation que
je dois chercher , mais, celle des gens
de bien & d'honneur , qui n'ont pour
but de leurs Actions que le bien de
l'Etat , la conſervation des Equipages ,
la perfectionde la Marine , & qui contribuent
par de ſérieuſes attentions
rendre l'établiſſement de la Machine ,
facile , folide & commode, convaincus
de l'étenduë de fon utilité.
J'oubliois de vous dire , Meſſicurs ,.
que vingt- une Barriques de charbon
de terre, priſes àNantes , coutent àpréſent
vingt-une Piſtoles , & ces vingtune
Barriques donnent trente-huit
Barriques , meſure de l'Orient , qui
20 LE MERCURE
vallent trente-huit Piſtoles ; ce qui fate
une différence notable pour l'eſtime
de la Barrique d'Eau .
Vôtre trés humble &trésobéissant
Serviteur,
GAUTIER , Dr. M.
Fermer
1893
p. 20-35
CHAPITRE II. LE BOURGEOIS.
Début :
Aprés avoir peint assez naturellement le mois dernier, le Caractére / Le Bourgeois à Paris, Madame, est un animal mixte, qui tient [...]
Mots clefs :
Bourgeois, Paris, Noblesse, Caractère, Politesse, Compliments, Peuple, Amitié, Argent, Dames, Marchands, Commerce, Bonté, Chrétien, Sévère, Plaisirs, Coquetterie, Moeurs, Vanité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHAPITRE II. LE BOURGEOIS.
Aprés avoir peint affez naturelleament
le moisdernier , le Caractére du
Peuple de Paris , on ne fera peut- être
pas faché que le nouveau Theophraste
effaye de donner quelques coups de
crayon fur les Moeurs Bourgeoifes .
Si le premier Chapitre a û des Approbateursde
goût , pour les Traits de vivacité
& de génie qu'ils y ont remarqué
; il faut efpérer que le ſecond n'en
aura pas moins : Cette Matiere en promet
beaucoup :Voyons ſi l'Auteur l'au-
Fa bien mife en oeuvre.
L
CHAPITRE. II.
LE BOURGEOIS.
EBourgeois à Paris , Madame
eſt un Animal mixte , qui tient
DE SEPTEMBRE . 21
du Grand Seigneur & du Peuple :
Quand il a de la Nobleſſe dans ſes
manieres , il eſt preſque toûjours Singe :
Quand il a de la Petiteſſe , il est narurel
; ainſi , il eſt Noble par imitation
& Peuple par Caractére.
Entre les Bourgeois , la cérémonie
eſt ſans fin : Jecrois en ſçavoir la raifon,
en ſuivant toûjours mes Prin
cipes.
Il règne parmi les Gens de Qualité
,une certaine Politeſſe dégagée de
route fade affectation. Cette Politeffe
n'eſt autre choſe qu'une façon d'agir
naturelle, épurée de la groſſiereté que
pourroit avoir la Nature.
Le Bourgeois voudroit bien imitet
cette Politefle ; mais malheureuſement
, le premier effort qu'il fait pour
cela , le tire de l'air naturel & tout
ce qu'il fait , eſt cérémonie ; ainſi, dans
l'exécution , il reſſemble au Peuple
qui ſe complimente beaucoup , & dans
• l'intention , il reſſemble aux Gens de
Qualité.
La façon mixte du Bourgeois eft
cent fois plus comique que l'uniforme
groſſiereté du Peuple ; de même
que l'habit d'Arlequin ett plus plaiΣΣ
LE MERCURE
fant que celui de Scaramouche.
Le Bourgeois dans ſes ameublemens
, ſes maiſons & fa dépense , eft
fouvent aufli magnifique que le ſont
les Gens de Qualité ; Mais , la maniere
dont il produit ſa magnificenice , a
toûjours certain air ſubalterne qui le
met au deſſous de ce qu'il poſſede :
Y paroît-il indifférent ? On voit qu'il
géne ſa vanité : En joüit- il avec-faſte
Hs'y prend avec pétiteſſe.
2
Le Bourgeois eft quelquefois fier
avec les gens au deſſus de lui ; mais
il en eſt de cette fierté , comme de ces
aîles poftiches dont la cire ſe fond au
Soleil ,&le Bourgeois ne paroît jamais
plus Bourgeois , que quand il veut
fortirde ſa Sphere.
Un Bourgeois qui s'en tient à fa
condition , qui en ſçait les bornes &
l'étenduë , qui ſauve ſon Caractère de
la pétiteſſe de celui du Peuple , qui
s'abſtient de tout amour de reſſemblance
avec l'homme de Qualité ,
dont la conduite en un mot , tient unjante
milieu ; cet homme ſeroit mon
Sage.
Généralement parlant , à Paris ,
vous trouverés de la franchiſe & de
DE
SEPTEMBRE
23
L'amitié dans les Bourgeois ; mais , il
ne faut point le tâter ſur ſa bourſe : Une
froideur ſubite & l'éloignement ſuccéderont
aux marques d'affection que
vous en aurez reçû : Le Bourgeois
alors , ſe fait de vous fuir , un principe
de Sageſſe & d'habileté ; il ſe
croiroit votre dupe , s'il vous avoit obligé
.
Je connois un homme qui avoit été
long- tems en commerce d'amitié avec
un Bourgeois. Il ût un jour , un beſoin
preffant de quelque fonime d'argent :
Hécrivit au Bourgeois & le pria de la
lui prêter. Je me trouvois chez lui ,
quand il reçût la Lettre. Il lui répondit
qu'il lui étoit impoſſible de lui faire
ce plaifir : Lorſque le Laquais fut parti :
Monfieur me demande de
l'argent à emprunter , medit-il : Malepeſte
, qu'il eſt fin avec ſes amitiez ?
Mais,j'en ſçai autant que lui. Monfieur,
répondis-je , il n'y a pas grande fineſſe
à avoir beſoin d'argent & à en demander
à ſes amis : Bon!ſes Amis, reprit- il ,
il en a cinquante comme moi ; mais , il
n'aura garde de leur propoſer la choſe ;
il ſçait bien qu'il n'y auroit rien à faire
il m'a cru plus fot qu'un autre ;
24
LE MERCURE
peut-être plus généreux , répondis-je :
Îln'ya plus que les Bêtes qui le font ,
me dit-il.
Parlons un peu des Dames Bourgeoifes
; car , vous avez ſans doute ,
plus d'envie de connoître les perſonnes
de vôtre Séxe que celles du nôtre.
Comme je n'ai d'ordre que lehazard
dans cette Rélation , je ne ferai
point difficulté de vous dire ici ce que
j'aurois pû vous dire ailleurs.
C'est qu'il y a différentes Bourgeoiſies
: Le Commerce par exemple , eſt
un rêtier qui fait une eſpécede Bourgeoifie
: La Pratique fait une autre ef
péce , & dans ces deux eſpéces-là , il
ya encore une différence du plus au
moins.
Jeſuis tenté devous dire, que pour
l'ordinaire , les Bourgeoiſes Marchandes
font de groſſes perſonnes bien
nourries Vous en trouvez de fort
bruſques qui vous querellent preſque
au premier fignede difficulté que vous
faites : Vous en trouvez d'affables ;
mais , d'une affabilité vive &bruyante .
Rienn'eſt épargné pour vous faire plaifir:
On dévine ce qui vous plaît : Faites
un geſte de tête , toute la Boutique
eft
t
G
|
d
DE SEPTEMBRE . 25
en enmouvement : Cet eipreffement
d'actions eft entremêlé, commeje vous
l'ai dit , d'un torrent de douleurs &
d'honnêtetés .
Un jour , un Provincial nouvellement
débarqué dans Paris , entra dans
la Boutique d'une de ces Marchandes
pour acheter quelque choſe de
conſidérable. D'abord , falut gracieux
, étalage empreffé; la marchandiſe
ne lui plaifoit pas , il machoit-un
refus de la prendre & n'ofoit le prononcer.
La reconnoiffance pour tant
d'honnêtetés l'arrêtoit : Plus il héſitoit,
plus la Marchande chargeoir fon hom
me de nouveaux motifs de reconnoiffance.
De dépit de lui voir prendre
tant de peine& de n'avoir pas la force
d'être ingrat , il fe léve&tire fa Bourſe;
tenez , Madame , lui dit- il , vôtre
marchandise ne me convient pas &je
n'ai nulle envie de la prendre ; vous
m'avez accablé d'honêtetés & jen enrage:
Je n'ai pas le front defor ir fans
acheter. Voilà ma Bourſe , je vo s laifſe
la liberté de me vendre ou de me
renvoyer ; le dernier m'obligera d'avantage.
Ce difcours re demonta pas
la Marchande : Il crût, le puvre hom-
Septembre 1717. G
26 LE MERCURE
me , avoir trouvé le ſecret de ſe tirer
d'affaire avec honneur : Ce que vous
me dites , eſt trop obligeant , lui ditelle
; je n'ai pas le coeur moins bon
que vous , Monfieur , &je ne puis répondre
mieux à la bonté du vôtre ,
qu'en vous vendant ma marchandise :
J'en ſçai la valeur & vous ſeriez affûrément
trompé ailleurs ; je veux vous
faire du bien malgré que vous en
ayez. La - deſſus , elle ouvrit la Bourſe,
en prit ce qu'il lui falloit , fit couper la
marchandise & la livra à nôtre Provincial
de qui cette action avoit diffis
péla honte; mais il n'étoit plus tems
d'être courageux .
Vous me direz la- deſſus , que toute
Marchande n'auroit point été capable
de profiter de la beriſe de l'autre
avec autant d'eſprit ; mais , vous ferez
bien ſurpriſe,quand je vous dirai qu'-
elle, en avoit fort peu ; quoiqu'il y ût
biende la fineſſe dans ſa replique .
Il y a dans le commerce à Paris , un
cerrain eſprit de pratique parmi les
Marchands : Rien n'eſt plus adroit ,
plus fouple , plus ſpirituel que leur
façond'offrir à qui vient acheter. Vous
croyez que cene ſoupleſſe veut réelle.
DE SEPTEMBRE . 27
cet
ment de l'eſprit & qu'elle eſt mieux
ou moins bien pratiquée , par ceux ou
celles qui ont plus ou moins d'eſprit.
Point du tour: Cette foupleſſe ,
Art de captiver la bien - veillance,d'embaraffer
la reconnoiſſance, n'est qu'un
métier qui s'apprend , comme celui de
Tailleur ou de Cordonnier : Les plus
fpirituels ne font pas les plus parfaits :
Dans cet Art , un Garçon de Boutique
épais & peſant d'intellect , y fera le
plus habile.
Il me vient une penſée affez plaifante
fur le babil obligeant des marchands
dontj'ay parlé : Je les compare aux Chirurgiens
qui , avant de vous percer la
veine ,paffent longtems la main fur vôtre
bras pour l'endormir: Les Marchandes,
pour tirer l'argent de vôtre bourſe,
endorment auſſi vôtre intereſt à force
d'empreſſemens & de diſcours ; &
quand le bras eſt en état , je veux
dire, quand elles ont tourné voſtre efprit
à leur profit , le coup de lancette
vient enſuite, elles diſpoſent de voſtre
volonté , elles coupent , elles tranchent
, elles vous arrachent vôtre argent
, & vous ne vous ſentez bleſſe que
quand la ſaignée eſt faire .
Cij
18 LE MERCURE
La Boutique de ces Marchandeseft
un vray coupe- gorge pour les bonnes
gens qui n'ontpas la force de dire non .
Estes vousbelle& jeune? Elles vous cajolent
fur vos appas en déployant leurs
marchandiſes : Ces complimens ne ſont
point étrangers à la vente ; on diroit qu'-
ils font partie de la marchandiſe même.
Vous eſtes cajollé , vous écoutez , vous
leurs en ſçavez gré , vous vous prévenez
pour elles , tout cela , ſans que
vous vous en apperceviez. Eſtes vous
vieux ou vieille ? Elles ont des recettesde
ſurpriſes pourtout âge. Eſtes vous
jeune homme? Elles font en forte qu'un
peu de galanterie vous amuſe ; pendant
lequel temps la bourſe ſe délie & l'argent
eſt jetté ſur la table, tout enbadinant.
Vous me demanderez peut-eſtre ,
Madame, fi labonne- foy regne dans la
boutique des Marchands .
Si vous entendez par cette bonne- foy
une exactitude de confcience fans détour
, en un mot cette bonne-foy prefcrite
à la rigueur par la Loy; je vous
répondrai franchement que je n'en ſçai
rien : En revanche ,je vous dirai qu'il
peut s'y trouver une bonne-foy mitigée
, qui dégagée de la ſéverité du Pré
DE SEPTEMBRE. 29
cepte , s'acommode à l'avidité que les
Marchands ont de gagner ſans violer
abſolument la Religion. Le Marchand
partage le different en deux : La Religion
veut une regularité abſoluë , l'Avidité
veut un gain hors de tout fcrupule.
On est Chrêtien , mais on eſt Marchand
: Ce font deux contraires , c'eſt
le froid & le chaud , il faut vivre &
fe fauver : Que fait- on? On cherche un
tempérament : Comme Chretien , je
m'abſtiendrai d'un gain exorbitant ,
comme Marchand , je le ferai raiſonnable:
Lemalheur eſt que ce n'eſt preſque
jamais le Chrêtien , mais bien le Marchand
qui fixe ce raiſonnable .
Ce difcours ſur le Commerce commence
à m'ennuyer : Changeons de ſujet
fans changerd'objer. Tous les plaifirs ,
tous les délices de la vie font à Paris
tellement à portée de celui qui les peur /
prendre , qu'il faut eſtre d'un tempérament
bien inſenſible pout ne point
abuſer de la poffibilité de les goûter. Les
riches Marchands ici ne s'en refufent
gueres. Il eſt ſurtout un agrément fort
goûté du Bourgeois opu'ent , c'eſt ne
vous en déplaife , Madame , a rément
Cij
30 LE MERCURE
d'aimer une perfonne qui n'eſt point leur
femme , mais qui les traite avec autant
debonté que leurs Epouſes mêmes.
Apropos de ces femmes ſi bonnes ,
puiſque j'en ſuis à elles :Détaillons un
peu les disterens degrez de bonté que
comprend le métier de femme obligeante.
Paris , Madame , eſt aujourd'hui rempli
de femmes exceſſivement bonnes ,
dont la charité ne fait acceptionde perfonne
: Cette forte de femme poſſede
le degré de banre le plus éminent. il
y en a d'autres d'une charité plus inferieure
,& que j'appellerai , pour quitter
Je langage figuré , des Coquettes parfaites.
Ce font de ces femmes qui n'affichent
point, pour ainſi dire , l'excésde
leur coquetterie, qui ne la promenent
pas dans les ruës; maqui, fans beau-
Coup de façon, lamontrent toute entiere
àceux à qui le hazard la fait deviner .
Ilyena d'une autre eſpece encore ,
qui font celles à qui les Bourgeois donment
volontiers le fuperflu de leur bien.
Dans le métier de coquetterie,elles font
fans doute les plus honorables , & le
défaut qui ſe trouve dans leur conduite,.
DE SEPTEMBRE.
紅
eſt àpreſent, parmi la plupart des femmes,
un ſi petit objet,que depuis le peuple
juſqu'aux femmes de qualité , tout
s'en mêle,& perſonne n'en rougit.
Jemetrouvois un jour en compagnie;
j'y vis une des plus belles perſonnes de
la Ville ; je m'approchai d'elle dans le
deſſeinde la féliciter de ſes appas ;elle
mereçût honnêtement , mais elle avoit
des diſtrations qui me ſembloient eſtre
-de commande : J'apperçît dans un coin
unhomme de cinquante ans & en rabat
, il fronçoit le ſourcil & jettoir de
nôtre côté de noirs regards qui ſigni
floient méchante humeur.
Undemes amis plus au fait quemoy,
des moeurs & de la conduite de ceux
qui compoſoient la compagnie , vintme
tirerparta manche &m'arracha d'auprésde
ma belle, ſous pretexte de me
dire quelque choſe: Vous ne ſçavez pas,
medit-il , que vous caufiez de l'inquiétude
àdeux perſonnes , à la Demoiſelle
à qui vous parliez & à celui que vous
voyez dans le coin , ajouta-t- il , en me
montrantmon homme à rabat : Est-ce
ſon Mari, répondis- je ? Non, c'eſt apparemment
fon Pere , repris je;ce n'eſt ni
Kun ni l'autre , me dit-il ; mais , c'eſt
१२
LE MERCURE
un Ami , c'eſt un brutal dont elle a befoin.
Mademoiſelle de...n'apas de
bien&elle est obligéed'avoir desménagemens
pour cet homme làqui luy
faitplaifir.
J'entens, répondis-je : Elle fait avec
luy un troc de ce qu'elle a , contre ce
qui luymanque &qu'il poſſede ; mais,
comment n'a-t-elle pas honte de ſe
montrer en fi bonne compagnie ? Puifque
l'on ſçait leſecretde fon petit ménage
; & comment celles qui font ici,
font-elles auſſi peu de difficulté de la
voit ?Vous vous moquez , me dit-il :
Si une ſi petite bagatelle deshonoroit
il n'y auroit pas une femme ici qu'on ne
dûtfuir: On vit à preſent plus aisément
dans le Monde; la rareté de l'argent
a diminué les ſcrupules de ſageſſe qui
reſtoient parmi le ſexe; les femmes
entr'elles ſe font confidence de leurs
intrigues , elles n'ont plus rienàſe reprocher
après : Se conferver un Amant
utile, eſt prudence.Une femme regarde
même come un bienfait, l'amour qu'un
homme riche veut bien prendre pour
elle;mais enfin,répondis-je , l'honneur .
Bon l'honneur ! Me dit-il, en m'interrompant
: Sçavez- vous bien ce que c'eſt
DE SEPTEMBRE
33
que l'honneur dans la plupart des femmes
: Vous imaginez - vous que ce ſoit
vertu de ſentiment ? Non ; c'eſt un refpect
pour l'opinion publique .. Le Public
àpreſent, n'eſt plus ſcandalife des complaiſances
d'une femme pour un homme
wile . Adieu l'honneur ,les femmes ſeront
tout aufli libertines qu'on voudra:
Orez le ſcandale , il n'y aura plus de
Cruelles.
Je ne ſçai plus où j'en ſuis ; je parlois
des Bourgeoiſes oudes Marchandes .
Difons encore un mot fur ces dernieres.
Le Comptoir eſt une place d'une dan
gereuſe conſequence pour un mari ,
quand fa femine eſt belle &qu'elle l'occupe;
les regards des curieux qui la
contemplent , donnent aux fiens une
hardieſſe qui des yeux, paffe dans le
diſcours &du diſcours dans les actions .
Une femme qui s'accoûtume à regarder
ceux qui la regardent , répond aifément
à ceux qui luy parlent .
Les Marchandes à Paris,peuvent an
comptoir avoir impunément auprés
d'elles un Soupirant; mais elles ne l'ont
pas impunément pour leur innocence .
S'il eſtoit poſſible que la coquetterie
:
34
LE MERCURE
ſe perdit parmi les femmes , on la retrouveroit
chez les filles des Marchandes:
Je ne crois pas qu'on foit obligé de
l'y aller chercher ; les Bourgeoifes de
toute eſpece en ont bonne provifion .
on
Par exemple , quelle conduite croyez
vous qu'obſervent ſouvent les Moiriez
des gens de Palais ? Leurs maris accoûtumez
à chicaner , chicanent toujours ſur
les ajuſtemens qu'elles demandent : En
attendant quele Procès ſe vuide ,
achete toujours les ajuſtemens en queſtion
; mais , avec quoy , me direz-vous ,
voilà l'affaire , ne la comprenez - vous
pas : Aufli, de quoy s'aviſe un mati d'obliger
ſa femme à porter des ajuſtemens
qu'il ne paye point.
La paſſion la plus dominante des Bourgeoiſes
, c'eſt la vanité : Elle eſt la tige
detous les autres menus défauts qu'elles
contractent . Sans la vanité , elles
n'aimeroient pas la bonne chere; ſans la
vanité , elles ne ſeroient point avides de
plaiſirs.
La vûë d'une Bourgeoiſe magnifique,
quoique galante , va triompher de
la vertude cinquante de ſes ſemblables
qui la verront & qui n'auront pas autant
de parures qu'elle : La preuve la
DE SEPTEMBRE .
35
plus certaine qu'elles voudroient eſtre
à ſa place , c'eſt le mépris qu'elles témoigneront
pour elle .
Parmi les Bourgeoiſes , la médiſance
n'est qu'une expreſſion de l'envie
qu'elles auroient de la mériter.
Ce qui gâte l'eſprit des Bourgeoiſes ,
c'eſt le faſte continuel qui s'offre à leurs
yeux : Chaque caroffe que rencontre en
chemin une femme à pied , porte en fon
cerveau une impreſſion de douleur & de
plaifir; de douleur,en ſe voyant à pied ,
de plaifir , en ſe figurant celui qu'elle
auroit , fi elle poffedoit une pareille
voiture : Le moyen que le cerveau
d'une femme ſoûtienne tant d'impref-
Gons ſans ſedéranger.
le moisdernier , le Caractére du
Peuple de Paris , on ne fera peut- être
pas faché que le nouveau Theophraste
effaye de donner quelques coups de
crayon fur les Moeurs Bourgeoifes .
Si le premier Chapitre a û des Approbateursde
goût , pour les Traits de vivacité
& de génie qu'ils y ont remarqué
; il faut efpérer que le ſecond n'en
aura pas moins : Cette Matiere en promet
beaucoup :Voyons ſi l'Auteur l'au-
Fa bien mife en oeuvre.
L
CHAPITRE. II.
LE BOURGEOIS.
EBourgeois à Paris , Madame
eſt un Animal mixte , qui tient
DE SEPTEMBRE . 21
du Grand Seigneur & du Peuple :
Quand il a de la Nobleſſe dans ſes
manieres , il eſt preſque toûjours Singe :
Quand il a de la Petiteſſe , il est narurel
; ainſi , il eſt Noble par imitation
& Peuple par Caractére.
Entre les Bourgeois , la cérémonie
eſt ſans fin : Jecrois en ſçavoir la raifon,
en ſuivant toûjours mes Prin
cipes.
Il règne parmi les Gens de Qualité
,une certaine Politeſſe dégagée de
route fade affectation. Cette Politeffe
n'eſt autre choſe qu'une façon d'agir
naturelle, épurée de la groſſiereté que
pourroit avoir la Nature.
Le Bourgeois voudroit bien imitet
cette Politefle ; mais malheureuſement
, le premier effort qu'il fait pour
cela , le tire de l'air naturel & tout
ce qu'il fait , eſt cérémonie ; ainſi, dans
l'exécution , il reſſemble au Peuple
qui ſe complimente beaucoup , & dans
• l'intention , il reſſemble aux Gens de
Qualité.
La façon mixte du Bourgeois eft
cent fois plus comique que l'uniforme
groſſiereté du Peuple ; de même
que l'habit d'Arlequin ett plus plaiΣΣ
LE MERCURE
fant que celui de Scaramouche.
Le Bourgeois dans ſes ameublemens
, ſes maiſons & fa dépense , eft
fouvent aufli magnifique que le ſont
les Gens de Qualité ; Mais , la maniere
dont il produit ſa magnificenice , a
toûjours certain air ſubalterne qui le
met au deſſous de ce qu'il poſſede :
Y paroît-il indifférent ? On voit qu'il
géne ſa vanité : En joüit- il avec-faſte
Hs'y prend avec pétiteſſe.
2
Le Bourgeois eft quelquefois fier
avec les gens au deſſus de lui ; mais
il en eſt de cette fierté , comme de ces
aîles poftiches dont la cire ſe fond au
Soleil ,&le Bourgeois ne paroît jamais
plus Bourgeois , que quand il veut
fortirde ſa Sphere.
Un Bourgeois qui s'en tient à fa
condition , qui en ſçait les bornes &
l'étenduë , qui ſauve ſon Caractère de
la pétiteſſe de celui du Peuple , qui
s'abſtient de tout amour de reſſemblance
avec l'homme de Qualité ,
dont la conduite en un mot , tient unjante
milieu ; cet homme ſeroit mon
Sage.
Généralement parlant , à Paris ,
vous trouverés de la franchiſe & de
DE
SEPTEMBRE
23
L'amitié dans les Bourgeois ; mais , il
ne faut point le tâter ſur ſa bourſe : Une
froideur ſubite & l'éloignement ſuccéderont
aux marques d'affection que
vous en aurez reçû : Le Bourgeois
alors , ſe fait de vous fuir , un principe
de Sageſſe & d'habileté ; il ſe
croiroit votre dupe , s'il vous avoit obligé
.
Je connois un homme qui avoit été
long- tems en commerce d'amitié avec
un Bourgeois. Il ût un jour , un beſoin
preffant de quelque fonime d'argent :
Hécrivit au Bourgeois & le pria de la
lui prêter. Je me trouvois chez lui ,
quand il reçût la Lettre. Il lui répondit
qu'il lui étoit impoſſible de lui faire
ce plaifir : Lorſque le Laquais fut parti :
Monfieur me demande de
l'argent à emprunter , medit-il : Malepeſte
, qu'il eſt fin avec ſes amitiez ?
Mais,j'en ſçai autant que lui. Monfieur,
répondis-je , il n'y a pas grande fineſſe
à avoir beſoin d'argent & à en demander
à ſes amis : Bon!ſes Amis, reprit- il ,
il en a cinquante comme moi ; mais , il
n'aura garde de leur propoſer la choſe ;
il ſçait bien qu'il n'y auroit rien à faire
il m'a cru plus fot qu'un autre ;
24
LE MERCURE
peut-être plus généreux , répondis-je :
Îln'ya plus que les Bêtes qui le font ,
me dit-il.
Parlons un peu des Dames Bourgeoifes
; car , vous avez ſans doute ,
plus d'envie de connoître les perſonnes
de vôtre Séxe que celles du nôtre.
Comme je n'ai d'ordre que lehazard
dans cette Rélation , je ne ferai
point difficulté de vous dire ici ce que
j'aurois pû vous dire ailleurs.
C'est qu'il y a différentes Bourgeoiſies
: Le Commerce par exemple , eſt
un rêtier qui fait une eſpécede Bourgeoifie
: La Pratique fait une autre ef
péce , & dans ces deux eſpéces-là , il
ya encore une différence du plus au
moins.
Jeſuis tenté devous dire, que pour
l'ordinaire , les Bourgeoiſes Marchandes
font de groſſes perſonnes bien
nourries Vous en trouvez de fort
bruſques qui vous querellent preſque
au premier fignede difficulté que vous
faites : Vous en trouvez d'affables ;
mais , d'une affabilité vive &bruyante .
Rienn'eſt épargné pour vous faire plaifir:
On dévine ce qui vous plaît : Faites
un geſte de tête , toute la Boutique
eft
t
G
|
d
DE SEPTEMBRE . 25
en enmouvement : Cet eipreffement
d'actions eft entremêlé, commeje vous
l'ai dit , d'un torrent de douleurs &
d'honnêtetés .
Un jour , un Provincial nouvellement
débarqué dans Paris , entra dans
la Boutique d'une de ces Marchandes
pour acheter quelque choſe de
conſidérable. D'abord , falut gracieux
, étalage empreffé; la marchandiſe
ne lui plaifoit pas , il machoit-un
refus de la prendre & n'ofoit le prononcer.
La reconnoiffance pour tant
d'honnêtetés l'arrêtoit : Plus il héſitoit,
plus la Marchande chargeoir fon hom
me de nouveaux motifs de reconnoiffance.
De dépit de lui voir prendre
tant de peine& de n'avoir pas la force
d'être ingrat , il fe léve&tire fa Bourſe;
tenez , Madame , lui dit- il , vôtre
marchandise ne me convient pas &je
n'ai nulle envie de la prendre ; vous
m'avez accablé d'honêtetés & jen enrage:
Je n'ai pas le front defor ir fans
acheter. Voilà ma Bourſe , je vo s laifſe
la liberté de me vendre ou de me
renvoyer ; le dernier m'obligera d'avantage.
Ce difcours re demonta pas
la Marchande : Il crût, le puvre hom-
Septembre 1717. G
26 LE MERCURE
me , avoir trouvé le ſecret de ſe tirer
d'affaire avec honneur : Ce que vous
me dites , eſt trop obligeant , lui ditelle
; je n'ai pas le coeur moins bon
que vous , Monfieur , &je ne puis répondre
mieux à la bonté du vôtre ,
qu'en vous vendant ma marchandise :
J'en ſçai la valeur & vous ſeriez affûrément
trompé ailleurs ; je veux vous
faire du bien malgré que vous en
ayez. La - deſſus , elle ouvrit la Bourſe,
en prit ce qu'il lui falloit , fit couper la
marchandise & la livra à nôtre Provincial
de qui cette action avoit diffis
péla honte; mais il n'étoit plus tems
d'être courageux .
Vous me direz la- deſſus , que toute
Marchande n'auroit point été capable
de profiter de la beriſe de l'autre
avec autant d'eſprit ; mais , vous ferez
bien ſurpriſe,quand je vous dirai qu'-
elle, en avoit fort peu ; quoiqu'il y ût
biende la fineſſe dans ſa replique .
Il y a dans le commerce à Paris , un
cerrain eſprit de pratique parmi les
Marchands : Rien n'eſt plus adroit ,
plus fouple , plus ſpirituel que leur
façond'offrir à qui vient acheter. Vous
croyez que cene ſoupleſſe veut réelle.
DE SEPTEMBRE . 27
cet
ment de l'eſprit & qu'elle eſt mieux
ou moins bien pratiquée , par ceux ou
celles qui ont plus ou moins d'eſprit.
Point du tour: Cette foupleſſe ,
Art de captiver la bien - veillance,d'embaraffer
la reconnoiſſance, n'est qu'un
métier qui s'apprend , comme celui de
Tailleur ou de Cordonnier : Les plus
fpirituels ne font pas les plus parfaits :
Dans cet Art , un Garçon de Boutique
épais & peſant d'intellect , y fera le
plus habile.
Il me vient une penſée affez plaifante
fur le babil obligeant des marchands
dontj'ay parlé : Je les compare aux Chirurgiens
qui , avant de vous percer la
veine ,paffent longtems la main fur vôtre
bras pour l'endormir: Les Marchandes,
pour tirer l'argent de vôtre bourſe,
endorment auſſi vôtre intereſt à force
d'empreſſemens & de diſcours ; &
quand le bras eſt en état , je veux
dire, quand elles ont tourné voſtre efprit
à leur profit , le coup de lancette
vient enſuite, elles diſpoſent de voſtre
volonté , elles coupent , elles tranchent
, elles vous arrachent vôtre argent
, & vous ne vous ſentez bleſſe que
quand la ſaignée eſt faire .
Cij
18 LE MERCURE
La Boutique de ces Marchandeseft
un vray coupe- gorge pour les bonnes
gens qui n'ontpas la force de dire non .
Estes vousbelle& jeune? Elles vous cajolent
fur vos appas en déployant leurs
marchandiſes : Ces complimens ne ſont
point étrangers à la vente ; on diroit qu'-
ils font partie de la marchandiſe même.
Vous eſtes cajollé , vous écoutez , vous
leurs en ſçavez gré , vous vous prévenez
pour elles , tout cela , ſans que
vous vous en apperceviez. Eſtes vous
vieux ou vieille ? Elles ont des recettesde
ſurpriſes pourtout âge. Eſtes vous
jeune homme? Elles font en forte qu'un
peu de galanterie vous amuſe ; pendant
lequel temps la bourſe ſe délie & l'argent
eſt jetté ſur la table, tout enbadinant.
Vous me demanderez peut-eſtre ,
Madame, fi labonne- foy regne dans la
boutique des Marchands .
Si vous entendez par cette bonne- foy
une exactitude de confcience fans détour
, en un mot cette bonne-foy prefcrite
à la rigueur par la Loy; je vous
répondrai franchement que je n'en ſçai
rien : En revanche ,je vous dirai qu'il
peut s'y trouver une bonne-foy mitigée
, qui dégagée de la ſéverité du Pré
DE SEPTEMBRE. 29
cepte , s'acommode à l'avidité que les
Marchands ont de gagner ſans violer
abſolument la Religion. Le Marchand
partage le different en deux : La Religion
veut une regularité abſoluë , l'Avidité
veut un gain hors de tout fcrupule.
On est Chrêtien , mais on eſt Marchand
: Ce font deux contraires , c'eſt
le froid & le chaud , il faut vivre &
fe fauver : Que fait- on? On cherche un
tempérament : Comme Chretien , je
m'abſtiendrai d'un gain exorbitant ,
comme Marchand , je le ferai raiſonnable:
Lemalheur eſt que ce n'eſt preſque
jamais le Chrêtien , mais bien le Marchand
qui fixe ce raiſonnable .
Ce difcours ſur le Commerce commence
à m'ennuyer : Changeons de ſujet
fans changerd'objer. Tous les plaifirs ,
tous les délices de la vie font à Paris
tellement à portée de celui qui les peur /
prendre , qu'il faut eſtre d'un tempérament
bien inſenſible pout ne point
abuſer de la poffibilité de les goûter. Les
riches Marchands ici ne s'en refufent
gueres. Il eſt ſurtout un agrément fort
goûté du Bourgeois opu'ent , c'eſt ne
vous en déplaife , Madame , a rément
Cij
30 LE MERCURE
d'aimer une perfonne qui n'eſt point leur
femme , mais qui les traite avec autant
debonté que leurs Epouſes mêmes.
Apropos de ces femmes ſi bonnes ,
puiſque j'en ſuis à elles :Détaillons un
peu les disterens degrez de bonté que
comprend le métier de femme obligeante.
Paris , Madame , eſt aujourd'hui rempli
de femmes exceſſivement bonnes ,
dont la charité ne fait acceptionde perfonne
: Cette forte de femme poſſede
le degré de banre le plus éminent. il
y en a d'autres d'une charité plus inferieure
,& que j'appellerai , pour quitter
Je langage figuré , des Coquettes parfaites.
Ce font de ces femmes qui n'affichent
point, pour ainſi dire , l'excésde
leur coquetterie, qui ne la promenent
pas dans les ruës; maqui, fans beau-
Coup de façon, lamontrent toute entiere
àceux à qui le hazard la fait deviner .
Ilyena d'une autre eſpece encore ,
qui font celles à qui les Bourgeois donment
volontiers le fuperflu de leur bien.
Dans le métier de coquetterie,elles font
fans doute les plus honorables , & le
défaut qui ſe trouve dans leur conduite,.
DE SEPTEMBRE.
紅
eſt àpreſent, parmi la plupart des femmes,
un ſi petit objet,que depuis le peuple
juſqu'aux femmes de qualité , tout
s'en mêle,& perſonne n'en rougit.
Jemetrouvois un jour en compagnie;
j'y vis une des plus belles perſonnes de
la Ville ; je m'approchai d'elle dans le
deſſeinde la féliciter de ſes appas ;elle
mereçût honnêtement , mais elle avoit
des diſtrations qui me ſembloient eſtre
-de commande : J'apperçît dans un coin
unhomme de cinquante ans & en rabat
, il fronçoit le ſourcil & jettoir de
nôtre côté de noirs regards qui ſigni
floient méchante humeur.
Undemes amis plus au fait quemoy,
des moeurs & de la conduite de ceux
qui compoſoient la compagnie , vintme
tirerparta manche &m'arracha d'auprésde
ma belle, ſous pretexte de me
dire quelque choſe: Vous ne ſçavez pas,
medit-il , que vous caufiez de l'inquiétude
àdeux perſonnes , à la Demoiſelle
à qui vous parliez & à celui que vous
voyez dans le coin , ajouta-t- il , en me
montrantmon homme à rabat : Est-ce
ſon Mari, répondis- je ? Non, c'eſt apparemment
fon Pere , repris je;ce n'eſt ni
Kun ni l'autre , me dit-il ; mais , c'eſt
१२
LE MERCURE
un Ami , c'eſt un brutal dont elle a befoin.
Mademoiſelle de...n'apas de
bien&elle est obligéed'avoir desménagemens
pour cet homme làqui luy
faitplaifir.
J'entens, répondis-je : Elle fait avec
luy un troc de ce qu'elle a , contre ce
qui luymanque &qu'il poſſede ; mais,
comment n'a-t-elle pas honte de ſe
montrer en fi bonne compagnie ? Puifque
l'on ſçait leſecretde fon petit ménage
; & comment celles qui font ici,
font-elles auſſi peu de difficulté de la
voit ?Vous vous moquez , me dit-il :
Si une ſi petite bagatelle deshonoroit
il n'y auroit pas une femme ici qu'on ne
dûtfuir: On vit à preſent plus aisément
dans le Monde; la rareté de l'argent
a diminué les ſcrupules de ſageſſe qui
reſtoient parmi le ſexe; les femmes
entr'elles ſe font confidence de leurs
intrigues , elles n'ont plus rienàſe reprocher
après : Se conferver un Amant
utile, eſt prudence.Une femme regarde
même come un bienfait, l'amour qu'un
homme riche veut bien prendre pour
elle;mais enfin,répondis-je , l'honneur .
Bon l'honneur ! Me dit-il, en m'interrompant
: Sçavez- vous bien ce que c'eſt
DE SEPTEMBRE
33
que l'honneur dans la plupart des femmes
: Vous imaginez - vous que ce ſoit
vertu de ſentiment ? Non ; c'eſt un refpect
pour l'opinion publique .. Le Public
àpreſent, n'eſt plus ſcandalife des complaiſances
d'une femme pour un homme
wile . Adieu l'honneur ,les femmes ſeront
tout aufli libertines qu'on voudra:
Orez le ſcandale , il n'y aura plus de
Cruelles.
Je ne ſçai plus où j'en ſuis ; je parlois
des Bourgeoiſes oudes Marchandes .
Difons encore un mot fur ces dernieres.
Le Comptoir eſt une place d'une dan
gereuſe conſequence pour un mari ,
quand fa femine eſt belle &qu'elle l'occupe;
les regards des curieux qui la
contemplent , donnent aux fiens une
hardieſſe qui des yeux, paffe dans le
diſcours &du diſcours dans les actions .
Une femme qui s'accoûtume à regarder
ceux qui la regardent , répond aifément
à ceux qui luy parlent .
Les Marchandes à Paris,peuvent an
comptoir avoir impunément auprés
d'elles un Soupirant; mais elles ne l'ont
pas impunément pour leur innocence .
S'il eſtoit poſſible que la coquetterie
:
34
LE MERCURE
ſe perdit parmi les femmes , on la retrouveroit
chez les filles des Marchandes:
Je ne crois pas qu'on foit obligé de
l'y aller chercher ; les Bourgeoifes de
toute eſpece en ont bonne provifion .
on
Par exemple , quelle conduite croyez
vous qu'obſervent ſouvent les Moiriez
des gens de Palais ? Leurs maris accoûtumez
à chicaner , chicanent toujours ſur
les ajuſtemens qu'elles demandent : En
attendant quele Procès ſe vuide ,
achete toujours les ajuſtemens en queſtion
; mais , avec quoy , me direz-vous ,
voilà l'affaire , ne la comprenez - vous
pas : Aufli, de quoy s'aviſe un mati d'obliger
ſa femme à porter des ajuſtemens
qu'il ne paye point.
La paſſion la plus dominante des Bourgeoiſes
, c'eſt la vanité : Elle eſt la tige
detous les autres menus défauts qu'elles
contractent . Sans la vanité , elles
n'aimeroient pas la bonne chere; ſans la
vanité , elles ne ſeroient point avides de
plaiſirs.
La vûë d'une Bourgeoiſe magnifique,
quoique galante , va triompher de
la vertude cinquante de ſes ſemblables
qui la verront & qui n'auront pas autant
de parures qu'elle : La preuve la
DE SEPTEMBRE .
35
plus certaine qu'elles voudroient eſtre
à ſa place , c'eſt le mépris qu'elles témoigneront
pour elle .
Parmi les Bourgeoiſes , la médiſance
n'est qu'une expreſſion de l'envie
qu'elles auroient de la mériter.
Ce qui gâte l'eſprit des Bourgeoiſes ,
c'eſt le faſte continuel qui s'offre à leurs
yeux : Chaque caroffe que rencontre en
chemin une femme à pied , porte en fon
cerveau une impreſſion de douleur & de
plaifir; de douleur,en ſe voyant à pied ,
de plaifir , en ſe figurant celui qu'elle
auroit , fi elle poffedoit une pareille
voiture : Le moyen que le cerveau
d'une femme ſoûtienne tant d'impref-
Gons ſans ſedéranger.
Fermer
1894
p. 43
LA NAISSANCE D'IRIS EPIGRAMME. PAR M. DE MONCRIF.
Début :
Venus un jour, usant du droit de Mére, [...]
Mots clefs :
Vénus, Mère, Beauté, Amour, Grâces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA NAISSANCE D'IRIS EPIGRAMME. PAR M. DE MONCRIF.
LA NAISSANCE D'IRIS
EPIGRAMME
PAR M. DE MONCRIF .
Enus un jour, usant du droit de
Mére
Contreſon fils se mit en grand couroux -
Ouy , dit le Dien ! ch bien , je m'envais
faire
Une Beauté plus aimable que vous.
Or,admirés jusqu'où futsa rancune;
Voila d'abord lepetit traitre Amour
A rafſſembler les trois Graces en une;
Ce fut ainsi qu' Iris reçut le jour.
EPIGRAMME
PAR M. DE MONCRIF .
Enus un jour, usant du droit de
Mére
Contreſon fils se mit en grand couroux -
Ouy , dit le Dien ! ch bien , je m'envais
faire
Une Beauté plus aimable que vous.
Or,admirés jusqu'où futsa rancune;
Voila d'abord lepetit traitre Amour
A rafſſembler les trois Graces en une;
Ce fut ainsi qu' Iris reçut le jour.
Fermer
1895
p. 43-46
EPITRE EN VERS SEMÉS, PAR M... A M. DE PALAPRAT.
Début :
Vous venez de vous surpasser dans les Vers que vous [...]
Mots clefs :
Sublime, Enchantement, Prodige, Ornements, Ardeur , Muse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE EN VERS SEMÉS, PAR M... A M. DE PALAPRAT.
EPITRE EN VERS SEME'S ,
PARM...
A M. DE PALAPRAT .
VOus venez de vous ſurpaſſerdans
les Vers que vous avez fait pour
44
LE MERCUERE
Madame la Maréchalle de .....
11 n'appartient qu'à vous d'écrire en
moins de 24 heures , tant & de fi
belles choſes.
Il faut que du Mont aux deux Cimes ,
Le Dieudes vers ait à grands Flots
Versésurvous ces toursnouveaux
Et ce débordement de kimes ,
Où vous sçavés joindre àpropos
Les traits badins , aux tons fublimes.s
Le haut-bois , à nos chalumeaux.
D'une veine bien moins rapide
Dans Rome chantoit autrefois ,
Le galant & célébre Ouide ;
Quand Phabus lui prêtaitsa voix.
Je ne ſçai de quelle maniere Mon
fieur&Madame la Marechalle refpon
dront à votre Epitre , mais je ſçaibien
qu'ils en paroiſſent deſarmés.
A moy s'adreſſe l'Apostille
D'un escrit plein d'enchantements
Qui de graces & d'agréments
Dans chacun de vos vers petille,
Et dont chaque page fourmille ;
Où, par des termes séduisans
Votre main prodigue l'encens
ip
DE SEPTEMBRE .
45
D'une façon noble & gentille';
Mais, qui tourne la tête aux gens .
J'enferois des remerciments ;
Car ma Muse par fois babille ,
Mais l'éclat dont la vôtre brille ,
Ces attraits & ces ornements
Dont Phoebus la pare & t'habille ,
Etonne mes accords tremblants ,
Et je rentre dans ma coquille :
Je pourrois faire de ces vers
Où la rime métamorphose
Tant bien que mal , la ſimple Profe ,
Comme Jadıs faisoit Neversi
Mais,je tiens qu'il vaut mieux me taire,
Que de tomber dans cet abusi
Car rimer n'est pas mon affaire ,
A moins que le fils de Vénus,
Pour une Deité plus belle que fa Mere,
Ne m'inspire l'ardeur d'en faire.
Alors ,fans attendre Phoebus ,
On m'entend d'un air téméraire
Chanter par tout le nom de Claire
fous les auspices de Baccus.
Apropos Seigneur Palaprat, voilà jultemēt
celle qui me tient au coeur depuis
un tems infini , & qui n'a pas daigné
juſques à préſent accorder, pour la valeur
d'une épingle de récompenfe,à ma
46 LE MERCURE
fidelité . Il me ſemble que vous lui
promettés monts & merveilles du côté
du Parnaffe, en cas qu'elle me ſoit favorable
, & que vous la menacés de
vôtre indignation , en cas d'inhumanité.
Cependant , toute infenſible que
je la trouve , je vous prie de lui faire
grace , car entre nous , ce n'est pas fa
faute.
N'allés donc pas d'un vers Yambe
Pour me venger de ſes rebuts ,
La traiter comme Archilocus
Traita Son Bean-pere Lycambe ,
Qu'il mit au nombre des pendus.
Je ne sçaurois me plaindre d'elle ,
Eh! Comment parois-jeàses yeux;
C'est en vain qu'un Amant fidelle ,
pourtoucher le coeur d'une Belle ,
S'exprime en tours ingenieux :
Tour cela n'est que bagattelle.
Un peu de jeunesse vaut mieux ,
Et tout Soupirant, s'il eſt vieux ,
Pourplaire est un méchant Modelle.
PARM...
A M. DE PALAPRAT .
VOus venez de vous ſurpaſſerdans
les Vers que vous avez fait pour
44
LE MERCUERE
Madame la Maréchalle de .....
11 n'appartient qu'à vous d'écrire en
moins de 24 heures , tant & de fi
belles choſes.
Il faut que du Mont aux deux Cimes ,
Le Dieudes vers ait à grands Flots
Versésurvous ces toursnouveaux
Et ce débordement de kimes ,
Où vous sçavés joindre àpropos
Les traits badins , aux tons fublimes.s
Le haut-bois , à nos chalumeaux.
D'une veine bien moins rapide
Dans Rome chantoit autrefois ,
Le galant & célébre Ouide ;
Quand Phabus lui prêtaitsa voix.
Je ne ſçai de quelle maniere Mon
fieur&Madame la Marechalle refpon
dront à votre Epitre , mais je ſçaibien
qu'ils en paroiſſent deſarmés.
A moy s'adreſſe l'Apostille
D'un escrit plein d'enchantements
Qui de graces & d'agréments
Dans chacun de vos vers petille,
Et dont chaque page fourmille ;
Où, par des termes séduisans
Votre main prodigue l'encens
ip
DE SEPTEMBRE .
45
D'une façon noble & gentille';
Mais, qui tourne la tête aux gens .
J'enferois des remerciments ;
Car ma Muse par fois babille ,
Mais l'éclat dont la vôtre brille ,
Ces attraits & ces ornements
Dont Phoebus la pare & t'habille ,
Etonne mes accords tremblants ,
Et je rentre dans ma coquille :
Je pourrois faire de ces vers
Où la rime métamorphose
Tant bien que mal , la ſimple Profe ,
Comme Jadıs faisoit Neversi
Mais,je tiens qu'il vaut mieux me taire,
Que de tomber dans cet abusi
Car rimer n'est pas mon affaire ,
A moins que le fils de Vénus,
Pour une Deité plus belle que fa Mere,
Ne m'inspire l'ardeur d'en faire.
Alors ,fans attendre Phoebus ,
On m'entend d'un air téméraire
Chanter par tout le nom de Claire
fous les auspices de Baccus.
Apropos Seigneur Palaprat, voilà jultemēt
celle qui me tient au coeur depuis
un tems infini , & qui n'a pas daigné
juſques à préſent accorder, pour la valeur
d'une épingle de récompenfe,à ma
46 LE MERCURE
fidelité . Il me ſemble que vous lui
promettés monts & merveilles du côté
du Parnaffe, en cas qu'elle me ſoit favorable
, & que vous la menacés de
vôtre indignation , en cas d'inhumanité.
Cependant , toute infenſible que
je la trouve , je vous prie de lui faire
grace , car entre nous , ce n'est pas fa
faute.
N'allés donc pas d'un vers Yambe
Pour me venger de ſes rebuts ,
La traiter comme Archilocus
Traita Son Bean-pere Lycambe ,
Qu'il mit au nombre des pendus.
Je ne sçaurois me plaindre d'elle ,
Eh! Comment parois-jeàses yeux;
C'est en vain qu'un Amant fidelle ,
pourtoucher le coeur d'une Belle ,
S'exprime en tours ingenieux :
Tour cela n'est que bagattelle.
Un peu de jeunesse vaut mieux ,
Et tout Soupirant, s'il eſt vieux ,
Pourplaire est un méchant Modelle.
Fermer
1896
p. 47-49
EPITRE DE MADAME DE .... A MADAME LA COMTESSE D... QUI LUI AVOIT OFFERT SES BAINS.
Début :
Vous voulez, dites vous, me prêter vôtre Bain [...]
Mots clefs :
Bains, Amours, Grâces, Déesse, Jalousie, Victoire, Trône, Trophées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE MADAME DE .... A MADAME LA COMTESSE D... QUI LUI AVOIT OFFERT SES BAINS.
EPITRE
DE MADAME DE ..::
A MADAME LA COMTESSE D ...
QUI LUI AVOIT OFFERT SES BAINS .
V
Ous voulez, dites vous', me prêter
vôtre Bain
Etmême lesecours de vôtre belle main :
Dieux! Quel nouveau Spectacle on verroitsur
mes traces ,
Effain d' Amoursy volerait :
Quoi , Vénus quefervent les Graces,
Vénus même meſérviroit !
Ainsi, dumoins on le croiroit ,
Et la Déeffe de Cithére
De cette erreur s'honoreroit ,
Ou s'en mettroit fort en colere ;
Ce qui pour votre gloire au même reviendroit
:
Mais le cas estdouteux ; elle ſe livreroit-
Alajalousie implacable ,
Et tant de mal de vous diroit ,
Qu'à cette unique preuve on vous croiroit
aimable.
48 LE MERCURE
Sa Cour alors déserteroit ,
Dieux&Mortels tout vousſuivroit.
Jadis , quand rebelle àſa Mére ,
CupidonpourPfiché conſtamentſoûpiroit,
Je gage que Paphos étoit moinsfolitaire :
Quant à présent , on ſçait que Mars
n'y reste guére ;
Et vous me diriez bien où l'on le trouvéroit.
Si ,pour vous diſputer une Victoirefûre ,
Vénusjoignoit àſes appas
Tous les ſecours que l'Art accorde à la
Nature ,
Belle Comteffe,Sans parure
Vous vengericz bien-tot & Junon &
Pallas.
L'Art prés de vous ne trouve rien à
faire,
En bonnet enfantinpar Zéphire arrangé,
En Robe volante &légére ,
Leprix de la beauté vous feroit adjugé:
Vous n'avez pas besoin de * Ceinture
pour plaire.
Maisje n'y Songe pas ,je prédisle passé,
Jeparostra:fans doute une plaifante Fée ;
Je parie de détruire un Trône renversé,
* La Ceinture de Venus étoit un
charme fouverain .
Qui
:
Sourouk
Portza
12
le auxTures
Pantzova
es Françoises dune heure de chemin
2345 6 7 8 9
Lieues d'Allemagne
10 11 12
2 3 4 5 7
R
de Krosca
Hafsan
Bacha
Palanca
DE SEPTEMBRE
49
Qui pour vous n'estplus qu'un trophée:
Vénus vit sa gloire étouffée ,
Aupremier trait que vos yeux ont lancé.
DE MADAME DE ..::
A MADAME LA COMTESSE D ...
QUI LUI AVOIT OFFERT SES BAINS .
V
Ous voulez, dites vous', me prêter
vôtre Bain
Etmême lesecours de vôtre belle main :
Dieux! Quel nouveau Spectacle on verroitsur
mes traces ,
Effain d' Amoursy volerait :
Quoi , Vénus quefervent les Graces,
Vénus même meſérviroit !
Ainsi, dumoins on le croiroit ,
Et la Déeffe de Cithére
De cette erreur s'honoreroit ,
Ou s'en mettroit fort en colere ;
Ce qui pour votre gloire au même reviendroit
:
Mais le cas estdouteux ; elle ſe livreroit-
Alajalousie implacable ,
Et tant de mal de vous diroit ,
Qu'à cette unique preuve on vous croiroit
aimable.
48 LE MERCURE
Sa Cour alors déserteroit ,
Dieux&Mortels tout vousſuivroit.
Jadis , quand rebelle àſa Mére ,
CupidonpourPfiché conſtamentſoûpiroit,
Je gage que Paphos étoit moinsfolitaire :
Quant à présent , on ſçait que Mars
n'y reste guére ;
Et vous me diriez bien où l'on le trouvéroit.
Si ,pour vous diſputer une Victoirefûre ,
Vénusjoignoit àſes appas
Tous les ſecours que l'Art accorde à la
Nature ,
Belle Comteffe,Sans parure
Vous vengericz bien-tot & Junon &
Pallas.
L'Art prés de vous ne trouve rien à
faire,
En bonnet enfantinpar Zéphire arrangé,
En Robe volante &légére ,
Leprix de la beauté vous feroit adjugé:
Vous n'avez pas besoin de * Ceinture
pour plaire.
Maisje n'y Songe pas ,je prédisle passé,
Jeparostra:fans doute une plaifante Fée ;
Je parie de détruire un Trône renversé,
* La Ceinture de Venus étoit un
charme fouverain .
Qui
:
Sourouk
Portza
12
le auxTures
Pantzova
es Françoises dune heure de chemin
2345 6 7 8 9
Lieues d'Allemagne
10 11 12
2 3 4 5 7
R
de Krosca
Hafsan
Bacha
Palanca
DE SEPTEMBRE
49
Qui pour vous n'estplus qu'un trophée:
Vénus vit sa gloire étouffée ,
Aupremier trait que vos yeux ont lancé.
Fermer
1897
p. 143-146
DEPIT POETIQUE PAR M. LE GRAND.
Début :
Si les Rimeurs par leurs tendres accords [...]
Mots clefs :
Empire, Roi, Lyre, Marbre, Racine, Molière, Lauriers, Ennuis, Héros, Trophées
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texteReconnaissance textuelle : DEPIT POETIQUE PAR M. LE GRAND.
DE'PIT POETIQUE .
PAR M. LE GRAND.
SIles Rimeurspar leurs tendres accords
Pouvoient fléchir le Roy du fombre
Empire ,
144 LE MERCURE
Pour m'affranchir du tribui deſes bords;
Dudocte Mont j'encenſerois le Sire,
Puis au Besoin , faisantſonnersa Lyre ,
Je me rirois des deſſeins d'Atropos :
Mais, puisqu'enfin , en dépit du Lierre ,
Enſevelis ſous lafunébre Pierre ,
Nousdevons tous rendre compte àMinos.
Pourquoi Mortels,Paſſagersſur laTerre
Précipiter par de rudes travaux ,
Desjoursfi courts & plus frésles qu'un
Verre?
Plûtôt oififs , à l'ombre du Repos ,
Peu soucieux d'un stérile mérite,
Apas comptés marchons vers leCocyte :
Tout le Renom des antiques Héros,
Ne vaut l'instant où je vois la Lumiere;
Etquand unjour par la main meurtriere,
Serai rayé du Livre des Vivants ,
Cem'est tout un que sur marbre on pouffiere
,
Mon nom tracé reſte on s'envole aux
Vents.
Envain Phébus contre la faulx du tems,
Defend encore ceux d'Horace & d'Homere;
Leurs doux Ecrits où puisa Despreaux ,
ne font pour eux qu'inutiles Zéros :
Ainsi, qu'importe à Racine , à Moliére ,
Que de leur fel nous Joyons réjoüis ?
DE SEPTEMBRE . 145
Si pour jamais fourds à tous nos Eloges,
Le bruit épars du Parterre & des Loges
Nefrapeplus leursfens évanouis ,
Ofoibles lots des Rimcurs ébloüis !
Tas de Lauriersfur leur Tombe on apprefte,
Et rarement àleurs yeux on les fête.
Trottant toujours, Envie à leurs côtez ,
Est là tout prest qui leur gloire intercepte;
Et quand enfin, le bon goût les accepte,
Etque leurs vers font lus & débitez ,
Ja font pleurans aux bords de l'onde -
noire ,
Leurs jours perdus pour l'Immortalité.
Heureux celui , qui témoin deſa gloire ,
Eft de Fortune & de Muses flaté !
Troupe d'Ennuis jamais ne le lutine,
Essain de Risle hante & le dodine :
Pour luy Vénus n'a point de cruauté .
Le Dieu du Vin de Comus escorté,
Paitrit sa panse &sa trogne enlumine ;
Mais, quel Rimeur en ce temps, effronté,
Est de fortune & de ioje accosté :
Flutoſt voit- on pauvreté qui l'affole ;
On lit fon l'ure , on trépigne, on 'accole:
P'us d'un Hiros de ses vers s'éjouit ,
Septembre 1717. N
146
LE MERCURE
Tandis qu'à jeun l'Auteur s'évanouit:
Puis infenfez! Tuons nous fur de Odes,
Allons plutoſt encenſer des Fagodes.
Bellône ainsi que tous ſes Courtisans
Recéle un coeur plus dur que facuiraffes
Et le fier Mars qui morts furmorts entaffe
,
Souvent moins dorte en l'art de nos accens
,
Voit fans pitié Phébus à la beface,
Et fur Jon front , écrits besoins preſſans:
Depuis que vont les Menins des neuf
Fées ,
Vanterſes Faits , écrireſes Trophees ;
Encore leur doit ce Vainqueur inhuman
L'ancre & la plume avec le parchemin,
PAR M. LE GRAND.
SIles Rimeurspar leurs tendres accords
Pouvoient fléchir le Roy du fombre
Empire ,
144 LE MERCURE
Pour m'affranchir du tribui deſes bords;
Dudocte Mont j'encenſerois le Sire,
Puis au Besoin , faisantſonnersa Lyre ,
Je me rirois des deſſeins d'Atropos :
Mais, puisqu'enfin , en dépit du Lierre ,
Enſevelis ſous lafunébre Pierre ,
Nousdevons tous rendre compte àMinos.
Pourquoi Mortels,Paſſagersſur laTerre
Précipiter par de rudes travaux ,
Desjoursfi courts & plus frésles qu'un
Verre?
Plûtôt oififs , à l'ombre du Repos ,
Peu soucieux d'un stérile mérite,
Apas comptés marchons vers leCocyte :
Tout le Renom des antiques Héros,
Ne vaut l'instant où je vois la Lumiere;
Etquand unjour par la main meurtriere,
Serai rayé du Livre des Vivants ,
Cem'est tout un que sur marbre on pouffiere
,
Mon nom tracé reſte on s'envole aux
Vents.
Envain Phébus contre la faulx du tems,
Defend encore ceux d'Horace & d'Homere;
Leurs doux Ecrits où puisa Despreaux ,
ne font pour eux qu'inutiles Zéros :
Ainsi, qu'importe à Racine , à Moliére ,
Que de leur fel nous Joyons réjoüis ?
DE SEPTEMBRE . 145
Si pour jamais fourds à tous nos Eloges,
Le bruit épars du Parterre & des Loges
Nefrapeplus leursfens évanouis ,
Ofoibles lots des Rimcurs ébloüis !
Tas de Lauriersfur leur Tombe on apprefte,
Et rarement àleurs yeux on les fête.
Trottant toujours, Envie à leurs côtez ,
Est là tout prest qui leur gloire intercepte;
Et quand enfin, le bon goût les accepte,
Etque leurs vers font lus & débitez ,
Ja font pleurans aux bords de l'onde -
noire ,
Leurs jours perdus pour l'Immortalité.
Heureux celui , qui témoin deſa gloire ,
Eft de Fortune & de Muses flaté !
Troupe d'Ennuis jamais ne le lutine,
Essain de Risle hante & le dodine :
Pour luy Vénus n'a point de cruauté .
Le Dieu du Vin de Comus escorté,
Paitrit sa panse &sa trogne enlumine ;
Mais, quel Rimeur en ce temps, effronté,
Est de fortune & de ioje accosté :
Flutoſt voit- on pauvreté qui l'affole ;
On lit fon l'ure , on trépigne, on 'accole:
P'us d'un Hiros de ses vers s'éjouit ,
Septembre 1717. N
146
LE MERCURE
Tandis qu'à jeun l'Auteur s'évanouit:
Puis infenfez! Tuons nous fur de Odes,
Allons plutoſt encenſer des Fagodes.
Bellône ainsi que tous ſes Courtisans
Recéle un coeur plus dur que facuiraffes
Et le fier Mars qui morts furmorts entaffe
,
Souvent moins dorte en l'art de nos accens
,
Voit fans pitié Phébus à la beface,
Et fur Jon front , écrits besoins preſſans:
Depuis que vont les Menins des neuf
Fées ,
Vanterſes Faits , écrireſes Trophees ;
Encore leur doit ce Vainqueur inhuman
L'ancre & la plume avec le parchemin,
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1898
p. 146-149
LA MORT, PAR MONSIEUR BOUDIER.
Début :
Que cette tête est naturelle ! [...]
Mots clefs :
Médaillon, Mémoire, Réflexion, Écrivain, Arts, Royaumes, Créatures, Désespoir
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texteReconnaissance textuelle : LA MORT, PAR MONSIEUR BOUDIER.
LA MORT ,
PAR MONSIEUR BOUDIER .
!
☑Difois-je en voyant Marc- Aurelle,
Sur le médaillon le plus net
Que j'enſſe dans mon cabinet.
Et rappellant en ma mémoire
Toute la fuite de l'Histoire
DE SEPTEMBRE . 147
i
D'un Empereur fi floriſſant ;
S. bon , fi sage & fi puiſſant ,
Je fis alors d'un coeur tranquile
Cette réflexion uile.
Puisque tout périt ici bas ,
Et que la mort n'épargne pas
Le mérite des plus grands Hommes :
Pourquoi vils Mortels que nous somi
mes ,
Au prix de ces Héros fameux ,
Craignons-nous de mourir comme eux ? |
Scipion , César , Alexandre ,
Ne font que poussière & que cendre ;
Et tout ces grands Nomsferoient vains
Sans le secours des Ecrivains ,
Et des Arts qui les font revivre
-Sur le papier & fur le cuivre .
Mais aufond, ensont-ils moins morts ,
Et brillants d'un pompeux dehors ,
Ont-ils dans les Royaumes fombres
Place au deſſus des autres ombres ?
Y connoit-on le Sang Royal ?
Rien moirs : Tout y devient égal ;
Et Minos y traite de même
La boulette & le Diadéme .
Incorruptible &fans merci
Pour tous ceux qui partent d'ici ,
Il lespunit ou récompense
Nij
148 LE MERCURE
Selon le mérite on l'offence.
Sil'on croitles Faiſeurs de vers
Dans leurs peintures des Enfers :
Cenefont qu'horreurs , que tortures
Etque monstreuses Figures.
Gorgonne aux crins de ferpens ,
Dragons qui couvrent trente arpens ,
Sphinxs Affreux , Hidres à cent têtes,
Et mille autres terribles Bêtes
qui ſezettent de tous côtez
Sur les Mánes épouvantez .
Un Fleuve deflame &deſoufre
Tourne autour d'un horrible goufre ,
Qui retentit de hurlemens.
&de piteux gémiſſemens.
Là, le Désespoir & la Rage
Erla Perr au pale visage
Avec le Repentir tardif ,
Perchés fur les branches d'un If
qui regne au milien d'une Plaine ,
Infectent l'air de Leur haléne.
On ne doit pas estre Surpris
De ce que les foibles eſprits ,
Elevezdés leur tendre erfance
Dans cette commune croyance ,
Se fentant proche de la mort ,
Viennent à s'efrayerfi fort.
DE SEPTEMBRE. 149
D'autres que le Present enyore,
Ne Songeant pas plus loin qu'à vivre,
Se troublent au ſeul ſouvenir
De la mort & de l'avenir.
Un Mortelqui pense àtoute heure
Qu'il n'est point de jour qu'on ne meure' ,
Et que naître est le premier pas
Qui nous conduit vers le trépas ;
Levoit approcherfans le craindre ,
Et bien éloigné de s'en plaindre ,
Il l'envisage de même oeil
Qu'un long & paisiblesommeil
Mais, cette heureuse confiance
Part de la bonne confcience ,
Qui fuit le mal& fait le bien
En vrai Philoſophe Chrétien.
PAR MONSIEUR BOUDIER .
!
☑Difois-je en voyant Marc- Aurelle,
Sur le médaillon le plus net
Que j'enſſe dans mon cabinet.
Et rappellant en ma mémoire
Toute la fuite de l'Histoire
DE SEPTEMBRE . 147
i
D'un Empereur fi floriſſant ;
S. bon , fi sage & fi puiſſant ,
Je fis alors d'un coeur tranquile
Cette réflexion uile.
Puisque tout périt ici bas ,
Et que la mort n'épargne pas
Le mérite des plus grands Hommes :
Pourquoi vils Mortels que nous somi
mes ,
Au prix de ces Héros fameux ,
Craignons-nous de mourir comme eux ? |
Scipion , César , Alexandre ,
Ne font que poussière & que cendre ;
Et tout ces grands Nomsferoient vains
Sans le secours des Ecrivains ,
Et des Arts qui les font revivre
-Sur le papier & fur le cuivre .
Mais aufond, ensont-ils moins morts ,
Et brillants d'un pompeux dehors ,
Ont-ils dans les Royaumes fombres
Place au deſſus des autres ombres ?
Y connoit-on le Sang Royal ?
Rien moirs : Tout y devient égal ;
Et Minos y traite de même
La boulette & le Diadéme .
Incorruptible &fans merci
Pour tous ceux qui partent d'ici ,
Il lespunit ou récompense
Nij
148 LE MERCURE
Selon le mérite on l'offence.
Sil'on croitles Faiſeurs de vers
Dans leurs peintures des Enfers :
Cenefont qu'horreurs , que tortures
Etque monstreuses Figures.
Gorgonne aux crins de ferpens ,
Dragons qui couvrent trente arpens ,
Sphinxs Affreux , Hidres à cent têtes,
Et mille autres terribles Bêtes
qui ſezettent de tous côtez
Sur les Mánes épouvantez .
Un Fleuve deflame &deſoufre
Tourne autour d'un horrible goufre ,
Qui retentit de hurlemens.
&de piteux gémiſſemens.
Là, le Désespoir & la Rage
Erla Perr au pale visage
Avec le Repentir tardif ,
Perchés fur les branches d'un If
qui regne au milien d'une Plaine ,
Infectent l'air de Leur haléne.
On ne doit pas estre Surpris
De ce que les foibles eſprits ,
Elevezdés leur tendre erfance
Dans cette commune croyance ,
Se fentant proche de la mort ,
Viennent à s'efrayerfi fort.
DE SEPTEMBRE. 149
D'autres que le Present enyore,
Ne Songeant pas plus loin qu'à vivre,
Se troublent au ſeul ſouvenir
De la mort & de l'avenir.
Un Mortelqui pense àtoute heure
Qu'il n'est point de jour qu'on ne meure' ,
Et que naître est le premier pas
Qui nous conduit vers le trépas ;
Levoit approcherfans le craindre ,
Et bien éloigné de s'en plaindre ,
Il l'envisage de même oeil
Qu'un long & paisiblesommeil
Mais, cette heureuse confiance
Part de la bonne confcience ,
Qui fuit le mal& fait le bien
En vrai Philoſophe Chrétien.
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1899
p. 149-150
CONTRE NOSTRE SIECLE PAR LE MESME.
Début :
Parmi tant d'Hommes scélérats, [...]
Mots clefs :
Scélérat, Magistrats, Traître, Esprit, Ombre
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texteReconnaissance textuelle : CONTRE NOSTRE SIECLE PAR LE MESME.
CONTRE NOSTRE SIECLE
P
PARLE MESME..
Armi tant d' Hommes ſcélérats ,
Tant de Fanfarons,Petits- Maitres
De présomptueux Magistrats ,
De Bigors , d'indignes Prêtres ;
Sans compterles Fourbes , les Traitress
Les Brutasx &les Eſprits bas :
Comment peut - on souffrir la vie ,
Niij
150 LE MERCURE
E concevor l'horrible envie
Deprolonger des jours ingrats
Alons dans le demeures sombres,
Puisque sous la clarté des Cieux
Les Vivans ſont ſi vicieux ,
Chercher la vertu chez les Ombres .
P
PARLE MESME..
Armi tant d' Hommes ſcélérats ,
Tant de Fanfarons,Petits- Maitres
De présomptueux Magistrats ,
De Bigors , d'indignes Prêtres ;
Sans compterles Fourbes , les Traitress
Les Brutasx &les Eſprits bas :
Comment peut - on souffrir la vie ,
Niij
150 LE MERCURE
E concevor l'horrible envie
Deprolonger des jours ingrats
Alons dans le demeures sombres,
Puisque sous la clarté des Cieux
Les Vivans ſont ſi vicieux ,
Chercher la vertu chez les Ombres .
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1900
p. 150
SUR LA FORTUNE. PAR LE MÊME.
Début :
La fortune a de grand revers, [...]
Mots clefs :
Fortune, Diable, Trésor, Or et argent, Avare
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texteReconnaissance textuelle : SUR LA FORTUNE. PAR LE MÊME.
SUR LA FORTUNE..
PAR LE MÊME .
T.A fortune a
de grand revers,
Dit Ausone en de certains Vers:
Cet exemple feul pent l'apprendre.
Un pauvre Diable s'alloit pendre ,
Lors qu'aperçevant un Tréſor ,
I se chargea d'Argen & d'Or ,
Jetta ſa corde & prit la fuire.
Qu'en arriva-t'il dans la ſuite ?
L'Avare qui l'avoit caché,
Au lieu du Magot déniché ,
Trouvant àpropos cette corde ,
Se pendit sans mifericorde.
Le Conte n'est guére étendu.
Pour un Incident fi bizare :
Ce que j'en aime , est qu'un Avare
En peude mots , s'y voit pendu.
PAR LE MÊME .
T.A fortune a
de grand revers,
Dit Ausone en de certains Vers:
Cet exemple feul pent l'apprendre.
Un pauvre Diable s'alloit pendre ,
Lors qu'aperçevant un Tréſor ,
I se chargea d'Argen & d'Or ,
Jetta ſa corde & prit la fuire.
Qu'en arriva-t'il dans la ſuite ?
L'Avare qui l'avoit caché,
Au lieu du Magot déniché ,
Trouvant àpropos cette corde ,
Se pendit sans mifericorde.
Le Conte n'est guére étendu.
Pour un Incident fi bizare :
Ce que j'en aime , est qu'un Avare
En peude mots , s'y voit pendu.
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