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251
p. 60-66
LETTRE d'un Gentilhomme de Bourgogne écrite à M. Moreau de Mautour.
Début :
Je vous ai caché jusques à present, Monsieur, le dessein que j'avois de [...]
Mots clefs :
Dijon, Compagnie de la Mère-Folle, Institution, Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'un Gentilhomme de Bourgogne écrite à M. Moreau de Mautour.
LETTRE d'un Gentilhomme de Bjurgorgne
écrite à Ai. ' Aíereau
de Asautour.'
JE vous ai caché juíques à present 3.
Monsieur , le dessein que j'avois de
rechercher des Memoires, cane fur l'o-/
rígine de la Fête des Foiix , que fur celle;
de l'Institution de la Compagnie de la
Mere Folle de Dijon , dont vous avez
òiïi parler souvent. Je ne me flattois pas
malgré mes recherches de trouver íur.
cette matiere- ses éclàirciûemehs que j'ai
découvert ; c'est ce qui m'engage aujour
d'hui à rompre le silence fur cet article.
Je formai le dessein de cette recherche,
par rapport à la découvertë que je hV
d'une repreíentation.d'ui>Chat parfaite
ment bien figure, ayant poHr tête le-.Cliariot
de la Mere.Folle de Dijon , lequel
est le' dernier qui parut en cette Ville
l'an I 6icr. & duquel il est fait mention
dans une Relation imprimée à Dijon en:
8. par Paillot , ayant pour titre : Re
cit de ce qui s'est passe à Dijon pour
l'heureuse naissance de' Moníeigneur le
Dauphin , depuis Loiiis XIV.
Je m'affermis d'autant plus volontiers.
dans
J A N V I E R 1724. $s
ans Ce dessein que dès 1^95 . j'avois vÇt
'Etendajrt original , dont cette Compa-
;nie de la Mere.Foll.e de Dijon se 1erroit
loríqu'elle marchoit par la Ville les
ours de ré|oiiifl"ances.
Il y a lieu même de cqnclure qu'il íp
lortoit à des Processions -que cette Com-
»agnje avoit coutume de faire , & cela par
aport à un Bâton qui se portoit pareil.-
ement à ces Aísemblées , duquel ainíi
[ue du Ghariot, & de l'Etendart, j'ai
íonné des representations au naturel
lans mes Memoires.
.Ces preuves réelles se íoutiennent pa,r
ieux écrits authentiques ; sçavoir, la con-
Srmacion accordée^ à celui qui étoit Bâ.
onnier de cette societé , par le Duc da
3ourgogne Philippe le Bon en 1454. &
meacçordéeen 1482. par Jean d'Amboj-
"e , Evêque de Langres , alors Lieutenant
raur le Roy en Bourgogne, conjointemen t
tyec Jean de Baudricourt Gouverneur
le la Province , à la requête du Protoîotaire
des Fqìix. Les Lettres du Duc
Reliées de son íceau en cir£ verte , & les
tutres lignées de l'Evêque & du Gou
verneur , & scellées du Iceau de leurs
irmes en cire rouge , se conservent en ori
gnal dans le Trésor de la Sainte Cha-
Delle de Dijon.
De ces deux titres qui ne laissent plys
sGt MERCURE DE FRANCE.
.doute sur cette Institution , il resulte
,qu'on en doit chercher la íôurce dans ua
;temps plus reculé.
L'Institution de la Compagnie de la
Mere.Folle de Dijon peut s'attribuer l'an
<tç 8.1. auquel un certain Adolphe, Comte
de Cléves , établit dans ses Etats une
Societé qu'il nomma la Société des Fous ^
►laquelle ctoit composée de $6. Gehtil-
.jiommes , la traduction de la Patente in£.
titutive de cette Societé se trouve dans
l'Histoire des Ordres Religieux , com- '
.posée par le Pere Helpot du Tiers.Or
dre de S. François , dit Picpus , mort à
Paris en 1716.
Comme il íè trouve tant de .rapport
.entre les Regles & les Statuts de cette
Societé de Cleves , & celles qui s'obíèrj-
. -voient par la Societé de Dijon , j'ai cru
pouvoir dire avec aíTez de probabilité
que celle.ci avoit pû prendre naiflance
de l'autre , & cela fondé fui ce que les
Princes de la Maiíon de Cleves ont con
tracté de grandes alliances avec celles
.des Ducs de Bourgogne , dans la Cour
desquels ils étoient le plus souvent , &
que d'ailleurs un nommé Engilbert ,
«tant pour lors Gouverneur de Bourgo
gne , qui pourroit bien étant du. temps
.de Cleves , avoir introduit à Dijon cette
même Societé qui étoit dans son pays. .
JANVIER 1724, 6%
L'on peut encore tirer la source de cet
établislement sur .ce qui se pratiquoit k
Autun „ corame le raporèe le Secretaire
jRhotarius dans son Registre , qui com
mence en 141 1. & finit en 14.16. où iji
est parlé de la Fête de? Foux. Il le dit
fol. I 0 qu'à la Fcte dite Follorum , on
.conduisoit un âne , & que l'on chantoit
Jié > tire âne , hé , hé , &c. que plusieurs
alloient à l'Eglise déguisez , 8c avec des
habits grotesques , ce qui fut défendu
.depuis &c abrogé.
Au surplus l'existence de cette Com
pagnie de Sainteté folle , qui étoit com
posée en partie d'Infanterie., 8c en par
tie de Cavalerie , le confirme par l'orir
ginal du Çuidon .qui se portpit lors
qu'elle étoit en marche. Duquef j'ai fait
joindre la representation à mes memoi
res. J'y ai fait joindre de plus Je Bonnet
des trois couleurs, jaune , rouge Se vert f
<jue portaient les Aslociez en ladite Com
pagnie , dont les habillemens devoient
.être de même , mais dont les pfficiers se
.distinguoient par la forme de l'habit , 8c
la. qualité des étoffes , les galons , & l'arfangement
des grelots & des sonnettes,.
Toutes ces curiositez se sont trouvées
.chez plusieurs particuliers de la Ville de
Dijon.
Le Chef de cette Compagnie qui s'appelloit
,P4 MERCURE DE FRANCE.
^pelloit Merç- Folle, avoit Sa. Cour com
posée d'Officiers de même que les Prin
ces 8c les Souverains ont la leur , & on
ne pouvoit pas faire aucune Montrée 3
( c'est ainsi que le nommoit les Merches
de cette Compagnie, ) ni le -service ,des
habirs des trois couleurs, íàns la per
miísion de ce Chef : ce qui resuite d'une
Lettre écrite à ce sujet en 1617. au sieur
des Champs , pour lors Mere.Folle, de
laquelle Lettre ensemble5 de celle des
invitations qui sefaisoient, íòit en generai*
soit en particulier , la teneur est inserée
dans les Memoires.
.Les jugemens qui se .rendoient par le
Chef étoient Souverains , & executez
nonobstant l'appel , Se le Parlement les a
tous confirmez , lorsque les appels y ont
été portez ; ce qui se trouve verifiez par
un Arrest du 6. Fevrier 1^79. par les
conclusions que prit le Fiscal vert, c'é
tait le Procureur Fiscal de cette Com
pagnie.
Au surplus les Convocations , les Re
ceptions , les Jugemens , Se autres Actes,
tie même que les entretiens pendant que
duroient les Assemblées devoient se faire
en vers burlesques ou comiques , en la
jnaniere & en la forme que je les ai dé
crites dans mes Memoires , même jus
qu'aux Lettres qu'on s'écrivoit l'un à
l'autre
JANVIER 1724- 6%
l'autre , comme celles écrites .au sieur
des Champs en Se 1617.
Enfin pour ne rien omettre de tous les
éclaircistemens qui me fout venus fur
l'existence de cette Compagnie , j'ai in
feré tout au long dans le petit ouvrage
les Lettres de reception de feu Jean de
VandeneíTe du mois de Mars 1604. qui
étoit gendre dudit sieur des Champs , Se
ayeul du sieur Gaspard de Vandenesle ,
qui m'a communiqué des Mémoires très.
curieux fur cet article.
Au reste , on ne recevoit en cette Com
pagnie , quoique composée de plus de
500. hommes, que des notables, tant des
.Cours Superieures , que de la Bourgeoi
sie de la Ville > Se des environs des periônnes
de la plus haute consideration , y
. reçurent en 162.6. le Bonnet, &: la Ma-
.rolle par les mains du sieur des Champs*
Mere-Folle.
Leurs Lettres Patentes sont iníêrées
dans mes Memoires avec les deslèins fi
gurez des Sceaux ; Se pour achever tout
ce que j'ai allegué au sujet de cette So
cieté de la Mere.Folle à Dijon, j'ai rap
porté ce qu'en a écrit íe P. Menestrier,
Jesuite dans lòn Livre des Repreíêntar
tions en Musique , ancienne & moderne.
Si cette Compagnie a eu des agrémens
<îans son origine , on peut dire qu'elle
D a
64 MERCURE DE FRANCE.
a eu ses chagrins dans la fuite , je rap
porte à ce íujet les Arrests de la Cour p
rendus le 18. Janvier 1552. le 16. Juin
1578. 16. Avril 16 1 6. 31. Janvier \6i6.
Ils m'ont été communiquez par plusieurs
personnes de consideration de la Ville de
Dijon.
Enfin , par un Arrest rendu le il.
Juillet i 630. en la Ville de Lion , &
homologué au Parlement de Dijon le xy.
du même mois, cette Compagnie fut en
tierement abolie fous de grosses peines.
Voilà, Monsieur, tous les eclaircilïer.
mens que j'ai découverts fur les deu£
Societez , & le produit des foins qu'il a
fallu prendre pour rassembler des preu
ves aussi solides qu'elles le font dans l'ou
vrage même je souhaite ppxe cela
puiíîè vous amuser un moment , & vous
prouver de plus en plus les .sentiment
d'estime avec lesquels j'ai l'honneur d'ê
tre , &c. Monsieur , vôtre très-humble,
Se très.obéifíànt serviteur.
écrite à Ai. ' Aíereau
de Asautour.'
JE vous ai caché juíques à present 3.
Monsieur , le dessein que j'avois de
rechercher des Memoires, cane fur l'o-/
rígine de la Fête des Foiix , que fur celle;
de l'Institution de la Compagnie de la
Mere Folle de Dijon , dont vous avez
òiïi parler souvent. Je ne me flattois pas
malgré mes recherches de trouver íur.
cette matiere- ses éclàirciûemehs que j'ai
découvert ; c'est ce qui m'engage aujour
d'hui à rompre le silence fur cet article.
Je formai le dessein de cette recherche,
par rapport à la découvertë que je hV
d'une repreíentation.d'ui>Chat parfaite
ment bien figure, ayant poHr tête le-.Cliariot
de la Mere.Folle de Dijon , lequel
est le' dernier qui parut en cette Ville
l'an I 6icr. & duquel il est fait mention
dans une Relation imprimée à Dijon en:
8. par Paillot , ayant pour titre : Re
cit de ce qui s'est passe à Dijon pour
l'heureuse naissance de' Moníeigneur le
Dauphin , depuis Loiiis XIV.
Je m'affermis d'autant plus volontiers.
dans
J A N V I E R 1724. $s
ans Ce dessein que dès 1^95 . j'avois vÇt
'Etendajrt original , dont cette Compa-
;nie de la Mere.Foll.e de Dijon se 1erroit
loríqu'elle marchoit par la Ville les
ours de ré|oiiifl"ances.
Il y a lieu même de cqnclure qu'il íp
lortoit à des Processions -que cette Com-
»agnje avoit coutume de faire , & cela par
aport à un Bâton qui se portoit pareil.-
ement à ces Aísemblées , duquel ainíi
[ue du Ghariot, & de l'Etendart, j'ai
íonné des representations au naturel
lans mes Memoires.
.Ces preuves réelles se íoutiennent pa,r
ieux écrits authentiques ; sçavoir, la con-
Srmacion accordée^ à celui qui étoit Bâ.
onnier de cette societé , par le Duc da
3ourgogne Philippe le Bon en 1454. &
meacçordéeen 1482. par Jean d'Amboj-
"e , Evêque de Langres , alors Lieutenant
raur le Roy en Bourgogne, conjointemen t
tyec Jean de Baudricourt Gouverneur
le la Province , à la requête du Protoîotaire
des Fqìix. Les Lettres du Duc
Reliées de son íceau en cir£ verte , & les
tutres lignées de l'Evêque & du Gou
verneur , & scellées du Iceau de leurs
irmes en cire rouge , se conservent en ori
gnal dans le Trésor de la Sainte Cha-
Delle de Dijon.
De ces deux titres qui ne laissent plys
sGt MERCURE DE FRANCE.
.doute sur cette Institution , il resulte
,qu'on en doit chercher la íôurce dans ua
;temps plus reculé.
L'Institution de la Compagnie de la
Mere.Folle de Dijon peut s'attribuer l'an
<tç 8.1. auquel un certain Adolphe, Comte
de Cléves , établit dans ses Etats une
Societé qu'il nomma la Société des Fous ^
►laquelle ctoit composée de $6. Gehtil-
.jiommes , la traduction de la Patente in£.
titutive de cette Societé se trouve dans
l'Histoire des Ordres Religieux , com- '
.posée par le Pere Helpot du Tiers.Or
dre de S. François , dit Picpus , mort à
Paris en 1716.
Comme il íè trouve tant de .rapport
.entre les Regles & les Statuts de cette
Societé de Cleves , & celles qui s'obíèrj-
. -voient par la Societé de Dijon , j'ai cru
pouvoir dire avec aíTez de probabilité
que celle.ci avoit pû prendre naiflance
de l'autre , & cela fondé fui ce que les
Princes de la Maiíon de Cleves ont con
tracté de grandes alliances avec celles
.des Ducs de Bourgogne , dans la Cour
desquels ils étoient le plus souvent , &
que d'ailleurs un nommé Engilbert ,
«tant pour lors Gouverneur de Bourgo
gne , qui pourroit bien étant du. temps
.de Cleves , avoir introduit à Dijon cette
même Societé qui étoit dans son pays. .
JANVIER 1724, 6%
L'on peut encore tirer la source de cet
établislement sur .ce qui se pratiquoit k
Autun „ corame le raporèe le Secretaire
jRhotarius dans son Registre , qui com
mence en 141 1. & finit en 14.16. où iji
est parlé de la Fête de? Foux. Il le dit
fol. I 0 qu'à la Fcte dite Follorum , on
.conduisoit un âne , & que l'on chantoit
Jié > tire âne , hé , hé , &c. que plusieurs
alloient à l'Eglise déguisez , 8c avec des
habits grotesques , ce qui fut défendu
.depuis &c abrogé.
Au surplus l'existence de cette Com
pagnie de Sainteté folle , qui étoit com
posée en partie d'Infanterie., 8c en par
tie de Cavalerie , le confirme par l'orir
ginal du Çuidon .qui se portpit lors
qu'elle étoit en marche. Duquef j'ai fait
joindre la representation à mes memoi
res. J'y ai fait joindre de plus Je Bonnet
des trois couleurs, jaune , rouge Se vert f
<jue portaient les Aslociez en ladite Com
pagnie , dont les habillemens devoient
.être de même , mais dont les pfficiers se
.distinguoient par la forme de l'habit , 8c
la. qualité des étoffes , les galons , & l'arfangement
des grelots & des sonnettes,.
Toutes ces curiositez se sont trouvées
.chez plusieurs particuliers de la Ville de
Dijon.
Le Chef de cette Compagnie qui s'appelloit
,P4 MERCURE DE FRANCE.
^pelloit Merç- Folle, avoit Sa. Cour com
posée d'Officiers de même que les Prin
ces 8c les Souverains ont la leur , & on
ne pouvoit pas faire aucune Montrée 3
( c'est ainsi que le nommoit les Merches
de cette Compagnie, ) ni le -service ,des
habirs des trois couleurs, íàns la per
miísion de ce Chef : ce qui resuite d'une
Lettre écrite à ce sujet en 1617. au sieur
des Champs , pour lors Mere.Folle, de
laquelle Lettre ensemble5 de celle des
invitations qui sefaisoient, íòit en generai*
soit en particulier , la teneur est inserée
dans les Memoires.
.Les jugemens qui se .rendoient par le
Chef étoient Souverains , & executez
nonobstant l'appel , Se le Parlement les a
tous confirmez , lorsque les appels y ont
été portez ; ce qui se trouve verifiez par
un Arrest du 6. Fevrier 1^79. par les
conclusions que prit le Fiscal vert, c'é
tait le Procureur Fiscal de cette Com
pagnie.
Au surplus les Convocations , les Re
ceptions , les Jugemens , Se autres Actes,
tie même que les entretiens pendant que
duroient les Assemblées devoient se faire
en vers burlesques ou comiques , en la
jnaniere & en la forme que je les ai dé
crites dans mes Memoires , même jus
qu'aux Lettres qu'on s'écrivoit l'un à
l'autre
JANVIER 1724- 6%
l'autre , comme celles écrites .au sieur
des Champs en Se 1617.
Enfin pour ne rien omettre de tous les
éclaircistemens qui me fout venus fur
l'existence de cette Compagnie , j'ai in
feré tout au long dans le petit ouvrage
les Lettres de reception de feu Jean de
VandeneíTe du mois de Mars 1604. qui
étoit gendre dudit sieur des Champs , Se
ayeul du sieur Gaspard de Vandenesle ,
qui m'a communiqué des Mémoires très.
curieux fur cet article.
Au reste , on ne recevoit en cette Com
pagnie , quoique composée de plus de
500. hommes, que des notables, tant des
.Cours Superieures , que de la Bourgeoi
sie de la Ville > Se des environs des periônnes
de la plus haute consideration , y
. reçurent en 162.6. le Bonnet, &: la Ma-
.rolle par les mains du sieur des Champs*
Mere-Folle.
Leurs Lettres Patentes sont iníêrées
dans mes Memoires avec les deslèins fi
gurez des Sceaux ; Se pour achever tout
ce que j'ai allegué au sujet de cette So
cieté de la Mere.Folle à Dijon, j'ai rap
porté ce qu'en a écrit íe P. Menestrier,
Jesuite dans lòn Livre des Repreíêntar
tions en Musique , ancienne & moderne.
Si cette Compagnie a eu des agrémens
<îans son origine , on peut dire qu'elle
D a
64 MERCURE DE FRANCE.
a eu ses chagrins dans la fuite , je rap
porte à ce íujet les Arrests de la Cour p
rendus le 18. Janvier 1552. le 16. Juin
1578. 16. Avril 16 1 6. 31. Janvier \6i6.
Ils m'ont été communiquez par plusieurs
personnes de consideration de la Ville de
Dijon.
Enfin , par un Arrest rendu le il.
Juillet i 630. en la Ville de Lion , &
homologué au Parlement de Dijon le xy.
du même mois, cette Compagnie fut en
tierement abolie fous de grosses peines.
Voilà, Monsieur, tous les eclaircilïer.
mens que j'ai découverts fur les deu£
Societez , & le produit des foins qu'il a
fallu prendre pour rassembler des preu
ves aussi solides qu'elles le font dans l'ou
vrage même je souhaite ppxe cela
puiíîè vous amuser un moment , & vous
prouver de plus en plus les .sentiment
d'estime avec lesquels j'ai l'honneur d'ê
tre , &c. Monsieur , vôtre très-humble,
Se très.obéifíànt serviteur.
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Résumé : LETTRE d'un Gentilhomme de Bourgogne écrite à M. Moreau de Mautour.
Un gentilhomme de Bjurgorgne écrit à M. de Aíereau pour partager ses découvertes sur l'origine de la Fête des Fous et de la Compagnie de la Mere Folle de Dijon. Il a trouvé des représentations et des documents authentiques, tels qu'un chariot et un étendard, liés à cette compagnie. Les preuves incluent des confirmations accordées par le Duc de Bourgogne Philippe le Bon en 1454 et par Jean d'Amboise, Évêque de Langres, en 1482. Ces documents sont conservés dans le Trésor de la Sainte Chapelle de Dijon. L'auteur attribue l'origine de cette compagnie à une période antérieure et décrit ses activités, notamment des processions et des déguisements grotesques. Il rapporte également des arrestations et l'abolition de la compagnie en 1630. L'auteur souhaite que ces informations amusent et intéressent M. de Aíereau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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252
p. 69-80
EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. Jean Frederic Guib, Docteur ès Droits, à M. le Marquis de ... sur l'origine & les Antiquitez de la Ville d'Orange.
Début :
C'est une tradition dans ce Pays qu'Orange a été fondée en même temps [...]
Mots clefs :
Orange, Colonie, Mars, Empereur, Romains, Médaille, Hercule, Théâtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. Jean Frederic Guib, Docteur ès Droits, à M. le Marquis de ... sur l'origine & les Antiquitez de la Ville d'Orange.
EXTRAIT esune Lettre écrite par
M. Jean Frederic Guib , DoEleur h
Droits i a M. le Marquis de .. . fur
l'origine & les Antie/uiteT^dc la Pille
d'Orange.
C'Est une tradition dans ce Pays qù'O.
' range a été- fondée en même temps
qu'Avignon , 8c que ces deux Villes doi
vent leur origine aux Phocéens ou Grecs
Asiatiques ; mais c'est une chose bien dif
ficile , pour ne pas dire impossible , que
de vouloir aujourd'hui marquer précisé
ment letemps auquel elles ont été fon
dées. Pline le Naturaliste , livre j. chap.
5'. en parlant des Villes de l'Italie qui lui
D iij de
70 MERCURE DE FRANCË.
de voit être un païs très.connu, puisque'
c' étoit la pártie'du monde la plus polie 8e
la plus éclairée, & danslaquelle même if
étoit né , avojie néanmoins qu'il lui sera;
très.difficile de fixer la situation des Vil
les d'Italie sic de marquer leur origine y.
Nec Jitus origine/que persequi facile esi..
Si un Ecrivain de cette importance con-'
feslè une telle chose à l'égard des Villes
de l'Italie, comment sera.t-il poslible au-'
jourd'hui qu'il s'est écoulé ún si grand
nombre de siecles, de pouvoir désigner le
tems de la fondation de la plupart des an
ciennes Villes- de ces Provinces habitées
par des Peuples qui n'a voient aucun soiiv
d'écrire les évenemens dignes d'être tranCrriìs
à la posterité.
Tout ce donc qu'on peut dire rest qu'en.
l'année (a ) six cens avant la nailîàncer
de notre Seigneur Jeíùs.Çhrist , des Habitans
de Phocée , ville de l'Ionie dans l'A
sie Mineure , étant sortis de leur Patrie,
vinrent fonder la ville de Marseille, &
que dans la fuite d'autres Phocéens étant
également venus à Marseille , ils sorti
rent de cette Ville , qui étoit déja extrê
mement peuplée & fonderent les Villes
de Nice, d'Antibes , d'Agde, & peutêtre
même la Ville d'Orange , &c. Mais
( a ) Cette année concourt avec la premiere
année de la 4j- Oiimpiade.
y A N V I E R tin. f t 7t
fòit que ces Phocéens en ayent été les
fondateurs ou qu'ils y ayent seulement en
voyé Une Colonie , on peut aíîurer qu'O
range n'a commencée d'être opulente Se
renommée que depuis qu'elle fut assu
jettie à la domination Romaine > car envi
ron ans avant l'Ere vulgaire , cet
te Ville n'étoit encore qu'un Bourg. Je
me fonde íurce que Tite.Live parlant du
pais que nous habitons a écrit dans le Li
vre li. chap. 28. que dans ce tems-là les
Gaulois de la Rite gauche du Rhône ,
habitoient dans les Bourgs. La Ville d'O
range qui par fa situation ne se trouve
éloignée du Rhône que d'une lieùë , ne
pou voit pas être , íuivant les apparences ,
ni plus puissante , ni d'une plus vaste
étendue que les habitations des peuples
du voisinage.
Environ cent vingt.quatre ans avant la
riaiíïànce de notre Sauveur , les Romains
étant sollicitez par les Marfeillois de leur
envoyer des Troupes pour les secourir ,
ils profiterent habilement de cette occa
sion , & ayant eu le bonheur. de battre les
ennemis dans deux grandes 8c celebres
batailles , la conquête de la^rovence , du
Languedoc , de la Savoye & du Dauphiné,
fût à peu . près le fruit de leurs vic
toires. Le Territoire de cette Ville ayant
été le Théatre fur lequel ces mémorables
* biii) se
7i MERCURE DÉ FRANCE'.
& glorieuses actions s'étoient paslées , lô$
Romains pour éterniser des faits si con
siderables y firent construire notre Arc de
Triomphe , comme je l'ai prouvé dans la
Diísertation qui a été inserée dans le Mer
cure de Paris du- mois de Decembre 17 1 iJ.
page 1 8c fui v. Voilà l'origine de cette
particuliere prédilection & de ce tendre
attachement que ces- superbes Vainqueurs
ont toujours depuis ce tems-là cherement
conservé pour cette Ville.
Elle est devenue Colonie Romaine en1.
viron 4 5. ans avant k naissance de Jesus1.
Christ par le ministere de Tibere Neron
Pere de l'Empereur Tibere ; car ce fut
fous les auspices de ce grand Homme
que des soldats de la seconde legion
vinrent dans cette Ville , de lui' procure'.
lent par.là le nom à'Araitfio Secunda^
normn:
L'an (Í4.0U environ de l'Ere vulgaire
les Romains auraient envoyé une seconde
Colonie dansicette Ville, si ce que Goltzius
a écrit étoit veritable. Cet antiquaire
assure dans son Trésor des Medailles qu'if
y a une Medaille de l'Empereur Neron
sûr laquelle op lit ces paroles íuivantes .•
Colonia 'Araufìo Secnndanornm cohortis
55. viluntariomm.. Ce qui signifierait
que sous le regne de cet Empereur on
envoya dans cette Ville une Colonie pri*
J A NV 1ER 1724.. 73
se des soldats de la cohorte }}. de la ( a )
íeconde legion. Mais comme Pillustre
M. de Peirescn'a jamais pu deterrer une
semblable Medaille , quelques recherches
qu'il ait faites , au rapport de Gaiîèndi in
vita Peiresk.it, f*g. 4.5. il y a lieu de
soupçonner que Goltzius ne s'est pas ex
primé avec l'exactitude convenable. Ce
pendant je ne voudrois pas assurer que
cette Medaille n'ait jamais existé, il peut
bien être que M. de Peireíc arec toutes
ses recherches , n'aura pas trouvé ce qu'un
heureux hazard pouîroit procurer à un;
Curieux de Medailles. Geui qui ont cette
paflìon doivent ^enflammer d'une nou
velle ardeur pour tâcher de découvrir'
une piece d'une si grande rareté , Se ilsr
seroient bien pavez de leurs peines &de
leurs foins par le plaisir de posseder une
Medaille qui auroit été inconnue à une
personne d'un merite auísi distingué que
M. dePeirefo
Quoiqu'il en soit les Romains ayant ho
noré cette Ville d'une Colonie Militaire,
ils lui accorderent les privileges & les'
prérogatives qui y étoient attachez. Au-'
lu.gelíe,au livre 1 6. chap. ij. de Ces
Nuits Attiques , a judicieusement remar
qué que les Colonies étoient en petit une
( a ) La Legion n'étoh ordinairement divi
sée qu'en dix cohortes.
D v image
74 MERCURE DE FRANCE.
image & une representation de la. ma
jesté & de l'opulence dela ville de Rome^
Amplimdinem, Majestatemque Populi Ro
mani Colonie quasi effigies parva ,
jìmulacraque ejfe qu&iam "jidentur. Pair
consequent Orange avoit des Pontifes
ponr regler toutes les affaires concer
nant la Religion , des AugureS qui observoient
le tems favorable pour com
mencer quelque affaire > íoit par le vol ,
chant , ou le manger des oiíeaux , des
Aruspices pour predire l'avenir en re
gardant les entrailles des Victimes, dejf
Ceníeurs , pour regler les moeurs , re
trancher les abus , faite le dénombre
ment des Citoyens & leur assigner un
rang à proportion de leur revenu y des
Quêteurs ou Trésoriers pour exiger Se
avoir foin des deniers publics > des Ediles
pour veiller à la conservation des Edifices
publics tant Saints que Profanes , pour
avoir l'oeil à l'entretien des grands che
mins , des Ponts , des Bains publics, des
Aqueducs , &c pour taxer les Denrées
qui íè vendoient dans les places publi
ques , pour punir ceux qui usoient de.
faux poids & de faussés meíùres , &c.
Les Romains en relevant de cette ma
nière la gloire de cette Ville par la créa
tion de ses dignitez , n'oublierent pas auffi
de l'embellir par un grand nombre de
íôm
/ Â tftf ï' É R 1724. 7 f
íomptueux Bâtimens , des Temples dé
diez à Mars (a) , Diane , Hercule , &c.
furent des preuves de leur zele pour le
culte de ces fausses Divinitez ; des sbains
publics & particuliers , des pavez à la
Mosaïque , des Arenes , un Capitole, urt
Champ de Mars , un Théatre & des
Aqueducs , furent des marques de leur
luxe ou de leur magnificence. Ce qui
nous reste aujourd'hui de ces ouvrages ,
ne nous fait pas moins admirer la somp
tuosité du Bâtiment que l'excellent genie
de ceux qui précedoient à la construction
de ces travaux si utiles 8c si necessaires
aux peuples qui étoient soumis à leur
domination.'
Je passerois de beaucoup les bornes
que je me fuis prescrites dans cet abregé,
íî je parlois avec l'étenduë necessaire de
tous ces divers Edifices ; cependant je ne
fìjaurois m'empêcher d'en dire quelque
chose , quand ce ne seroit que pour indi
ques l'état dans lequel on les voit pré
sentement.
Les Temples de Mars , de Diane &
d'Hercule sont àpreíènt entierement dé
truits. Les Uns assurent que le Temple
de Diane étoit situé à l'endroit où est au-
(a) Il y a des gens qui croyent que les Tem
ples de Mars , & d'Hercule furent bâtis avant
qu'Orange devint Colonie Romaine. .
76. MERCURE DE FRANCE.
jourd'hui l'Eglise Cathedrale ; les autres
disent qu'il étoit fur le derriere du logis
des trois Oranges ; mais d'autres préten
dent qu'en ce dernier endroit l'on voyoit
les Temples de Mars , & d'Hercule , 8c
que dehors la Ville , à la plaine appellée
Martignan , il y a voit un autre Temple
coníàcré au Dieu Mars.
Les Bains publics se trouvent mainte
nant éloignez d'environ 250. pas de la
Porte de Tourre. Ce n'est presque plus
des mazures r nommées vulgairement la
Tour. Ronde.
Les Arenes iônt entierement détruites;.
elles étoient placées dans une Terre à eni
viron 460. pas de la Porte de Saint Mar
tin. C'ëtoit là que les Gladiateurs se battoient
avant. la construction de notre
Theatre. .
Le Capitole , qui étoit ainsi appelle ,
parce qu'il étoit situé dans un lieu le
plus. élevé de la Ville , étoit placé íùr
notre Montagne , ca r Orange étoit four
lors située partie fur la Montagne & par
tie dans la plaine. C'est dáns cet endroit
que deux Magistrats appeliez' Diiumvirs
rendoient la Justice ; oh les éliïòit ctu
corps des Decurions qui étoient à peu
près ce que font à present nos Coníeil
lers politiques. If qui non fit Deciino
JDmmviraut , vd aliis honoribus fungl
non.
JANVIER 17*4. 77.
non potest. liv, 7. $. 2. íF. de Dccurion. SS
filiis eorum. Decuriones , dit le Jurifcon-.
fuite Pomponius au §. 5. de la loi 239^
du Titre du Digeste de verbor. fignif..
Quidam diílos aiunt ex eo , quod initio ^
cum coloni» deduceretur , decima part
eorum , qui' dncerenturconfilii' publici gra-'
ri* y conscribi solita fit.
Le Champ de Mars étoit situé dans l'en-'
droit où est aujourd'hui le Couvent des
Religieux Capucins -, qui étroit autrefois'
le Fau xbourg Saint Florent, & aupara
vant le Bourg de la Clastre. C'étoitdans'
ce champ qu'on s'éxerçoit à la course, à'
la lutte, à tirer de l'arc 3 &c. qu'on bruloit
les corps y Sec.
Notre Théatre appelle communément'
le Cirque servait pour les courses des'
chariots , les combats des Gladiateurs &
des bêtes feroces , & poiír donner les'
naumachies pr ie moyen de l'eau que:
l'on' y faiíòit venir en abondance , toutes'
l«s fois qu'on le fouhaittoit , erî ouvrant
des conduits destinez à cet usage. lia 108.' .
pieds de hauteur & 124. de largeur. Je
dirai ailleurs qu'il a été bâti sous le re
gne de l'Empereur Adrien , environ 121,
ans après la naissance de notre di via
Sauveur.
L'Aqueduc avort son origine à quel
ques lieues de cette Ville dans le Terxoir
f* MERCURE DE FRANCE.
roir de Malauslenne , petite Ville dit
Gomtat. Il íerroit à conduire l'eau qui
étoit nécessaire pour les bains 8c pour les
naumachíes , &c. Oh en voit encore des
débris assez considerables.
Si à tous ces' precieux restes ont joint
les bas.reliefs., les pavez à la Moíàïque ,
Sec. qui se voient chez diyers particu
liers, on'J conviendra facilement qu'O
range devoit être une Ville bien magni
fique & bien opulente. Quelle perte
n'est.ce pas pour la" Republique des Let
tres , n quelque Auteur ancien avoit
entrepris une Deícription exacte & fi
dele de cette Ville dans le tems qu'elle
étoit dans íà íplendeur , qu'un tel Ou
vrage ne soit pas parvenu juíqu'à nous ?
Combien de Coutumes & de ceremonies,
tant íàcrées que prophaites , qui étoient
usitées parmi les Romains , & qui nous
sont à present inconnues , n'apprendrions-.
rtous pas par' la lecture d'un semblable
Ouvrage? Plus l'Auteur auroit été judi
cieux ,& plus nous y découvririons des
faits curieux & interessons, La perle de'
Cleopatre qui fut mise aux oreilles de
la Statue de la Déesse Venus, ou la cassette
ornée de pierreries dans laquelle Alexan
dre le Grand mettoit les Ouvrages d'Homere
, ne seroient pas capable de payer
an tel Livre. Si on étoit assez heureux
.:u* pour
JANVÍER ^724. ff
jjoíseder une semblable production , on
auroic le plaisir de voir d'une maniere
claire & convaincante que les Sorligers ,
les Saumajflès , les Menage, les Spon ,
les Voíïïus les Spanheim , les Dacier ,
& en un mot, que la plupart de ceux
qui se sont attachez à expliquer les Antiquitez
Romaines , ont heureuíement ren
contre la verité , & nous ne serions plus
dans l'incertitude s'ils se sont quelque.,
fois trompez dans leurs raisonnemens,
ou dans leurs conjectures..
Les autres Anciens qui ont parlé d'O
range l'ont fait d!une maniere si succinte,
que cela ne donne pas de grands éclaireiflèmens
à ceux qui font une étude par
ticuliere de l'Histoire ancienne de cette
Ville. On en powrra juger , si on lit ce
que les Auteurs suivans en ont dit.
Strabon , celebre Geographe , qui vi-
Voit sous les regnes des Empereurs Au
guste & Tibere , est le plus ancien Au
teur qui ait fait mention d'Orange.
Pomponius Mela qui vivoit.íôus le
regne de l'empereur Claude a aussi par.r
lé de cette Ville.
Pline le Naturaliste en a également
parlé. Il vivoit fous le regne de l'Empe
reur Vespaíîen.
Pcolemée , le Prince des Astronomes
qui fleurissoit sous le regne de l'Empe
reur
U MERCURE- DE FRANCE.
reur Adrien a pareillement sait mention
de cette Ville , de même que l'Itinéraire
que l'on attribuè' à l'Empereur Anto.,
nin , &c.
Peut.être ne íèroit-if pas inutile avant
que de finir de donner l'étimologie du
nomà'Orange. Je le ferois avec plaisir,
íì je ne croyois qu'il y a trop d'incertitu
de dans cette science , pour pouvoir s'y
arrêter avec quelque fondement. Une
rencontre , un rien sont quelquefois les
motifs du nom que l'on donne à une.
Ville ; qu'on aille après cela donner une
raison de ce qui est un pur effet du hazard.
Ainsi ,. Monsieur , j'aime mieux
employer le peu d'espace qui me reste à
vous supplier très.humblement de me
pardonner la liberté que j'ai priíê de
mettre vôtre illustre nom à la tête de
cet Écrit,. &c. ;
A Orange >.cé r. Septembre. ìjì jì
M. Jean Frederic Guib , DoEleur h
Droits i a M. le Marquis de .. . fur
l'origine & les Antie/uiteT^dc la Pille
d'Orange.
C'Est une tradition dans ce Pays qù'O.
' range a été- fondée en même temps
qu'Avignon , 8c que ces deux Villes doi
vent leur origine aux Phocéens ou Grecs
Asiatiques ; mais c'est une chose bien dif
ficile , pour ne pas dire impossible , que
de vouloir aujourd'hui marquer précisé
ment letemps auquel elles ont été fon
dées. Pline le Naturaliste , livre j. chap.
5'. en parlant des Villes de l'Italie qui lui
D iij de
70 MERCURE DE FRANCË.
de voit être un païs très.connu, puisque'
c' étoit la pártie'du monde la plus polie 8e
la plus éclairée, & danslaquelle même if
étoit né , avojie néanmoins qu'il lui sera;
très.difficile de fixer la situation des Vil
les d'Italie sic de marquer leur origine y.
Nec Jitus origine/que persequi facile esi..
Si un Ecrivain de cette importance con-'
feslè une telle chose à l'égard des Villes
de l'Italie, comment sera.t-il poslible au-'
jourd'hui qu'il s'est écoulé ún si grand
nombre de siecles, de pouvoir désigner le
tems de la fondation de la plupart des an
ciennes Villes- de ces Provinces habitées
par des Peuples qui n'a voient aucun soiiv
d'écrire les évenemens dignes d'être tranCrriìs
à la posterité.
Tout ce donc qu'on peut dire rest qu'en.
l'année (a ) six cens avant la nailîàncer
de notre Seigneur Jeíùs.Çhrist , des Habitans
de Phocée , ville de l'Ionie dans l'A
sie Mineure , étant sortis de leur Patrie,
vinrent fonder la ville de Marseille, &
que dans la fuite d'autres Phocéens étant
également venus à Marseille , ils sorti
rent de cette Ville , qui étoit déja extrê
mement peuplée & fonderent les Villes
de Nice, d'Antibes , d'Agde, & peutêtre
même la Ville d'Orange , &c. Mais
( a ) Cette année concourt avec la premiere
année de la 4j- Oiimpiade.
y A N V I E R tin. f t 7t
fòit que ces Phocéens en ayent été les
fondateurs ou qu'ils y ayent seulement en
voyé Une Colonie , on peut aíîurer qu'O
range n'a commencée d'être opulente Se
renommée que depuis qu'elle fut assu
jettie à la domination Romaine > car envi
ron ans avant l'Ere vulgaire , cet
te Ville n'étoit encore qu'un Bourg. Je
me fonde íurce que Tite.Live parlant du
pais que nous habitons a écrit dans le Li
vre li. chap. 28. que dans ce tems-là les
Gaulois de la Rite gauche du Rhône ,
habitoient dans les Bourgs. La Ville d'O
range qui par fa situation ne se trouve
éloignée du Rhône que d'une lieùë , ne
pou voit pas être , íuivant les apparences ,
ni plus puissante , ni d'une plus vaste
étendue que les habitations des peuples
du voisinage.
Environ cent vingt.quatre ans avant la
riaiíïànce de notre Sauveur , les Romains
étant sollicitez par les Marfeillois de leur
envoyer des Troupes pour les secourir ,
ils profiterent habilement de cette occa
sion , & ayant eu le bonheur. de battre les
ennemis dans deux grandes 8c celebres
batailles , la conquête de la^rovence , du
Languedoc , de la Savoye & du Dauphiné,
fût à peu . près le fruit de leurs vic
toires. Le Territoire de cette Ville ayant
été le Théatre fur lequel ces mémorables
* biii) se
7i MERCURE DÉ FRANCE'.
& glorieuses actions s'étoient paslées , lô$
Romains pour éterniser des faits si con
siderables y firent construire notre Arc de
Triomphe , comme je l'ai prouvé dans la
Diísertation qui a été inserée dans le Mer
cure de Paris du- mois de Decembre 17 1 iJ.
page 1 8c fui v. Voilà l'origine de cette
particuliere prédilection & de ce tendre
attachement que ces- superbes Vainqueurs
ont toujours depuis ce tems-là cherement
conservé pour cette Ville.
Elle est devenue Colonie Romaine en1.
viron 4 5. ans avant k naissance de Jesus1.
Christ par le ministere de Tibere Neron
Pere de l'Empereur Tibere ; car ce fut
fous les auspices de ce grand Homme
que des soldats de la seconde legion
vinrent dans cette Ville , de lui' procure'.
lent par.là le nom à'Araitfio Secunda^
normn:
L'an (Í4.0U environ de l'Ere vulgaire
les Romains auraient envoyé une seconde
Colonie dansicette Ville, si ce que Goltzius
a écrit étoit veritable. Cet antiquaire
assure dans son Trésor des Medailles qu'if
y a une Medaille de l'Empereur Neron
sûr laquelle op lit ces paroles íuivantes .•
Colonia 'Araufìo Secnndanornm cohortis
55. viluntariomm.. Ce qui signifierait
que sous le regne de cet Empereur on
envoya dans cette Ville une Colonie pri*
J A NV 1ER 1724.. 73
se des soldats de la cohorte }}. de la ( a )
íeconde legion. Mais comme Pillustre
M. de Peirescn'a jamais pu deterrer une
semblable Medaille , quelques recherches
qu'il ait faites , au rapport de Gaiîèndi in
vita Peiresk.it, f*g. 4.5. il y a lieu de
soupçonner que Goltzius ne s'est pas ex
primé avec l'exactitude convenable. Ce
pendant je ne voudrois pas assurer que
cette Medaille n'ait jamais existé, il peut
bien être que M. de Peireíc arec toutes
ses recherches , n'aura pas trouvé ce qu'un
heureux hazard pouîroit procurer à un;
Curieux de Medailles. Geui qui ont cette
paflìon doivent ^enflammer d'une nou
velle ardeur pour tâcher de découvrir'
une piece d'une si grande rareté , Se ilsr
seroient bien pavez de leurs peines &de
leurs foins par le plaisir de posseder une
Medaille qui auroit été inconnue à une
personne d'un merite auísi distingué que
M. dePeirefo
Quoiqu'il en soit les Romains ayant ho
noré cette Ville d'une Colonie Militaire,
ils lui accorderent les privileges & les'
prérogatives qui y étoient attachez. Au-'
lu.gelíe,au livre 1 6. chap. ij. de Ces
Nuits Attiques , a judicieusement remar
qué que les Colonies étoient en petit une
( a ) La Legion n'étoh ordinairement divi
sée qu'en dix cohortes.
D v image
74 MERCURE DE FRANCE.
image & une representation de la. ma
jesté & de l'opulence dela ville de Rome^
Amplimdinem, Majestatemque Populi Ro
mani Colonie quasi effigies parva ,
jìmulacraque ejfe qu&iam "jidentur. Pair
consequent Orange avoit des Pontifes
ponr regler toutes les affaires concer
nant la Religion , des AugureS qui observoient
le tems favorable pour com
mencer quelque affaire > íoit par le vol ,
chant , ou le manger des oiíeaux , des
Aruspices pour predire l'avenir en re
gardant les entrailles des Victimes, dejf
Ceníeurs , pour regler les moeurs , re
trancher les abus , faite le dénombre
ment des Citoyens & leur assigner un
rang à proportion de leur revenu y des
Quêteurs ou Trésoriers pour exiger Se
avoir foin des deniers publics > des Ediles
pour veiller à la conservation des Edifices
publics tant Saints que Profanes , pour
avoir l'oeil à l'entretien des grands che
mins , des Ponts , des Bains publics, des
Aqueducs , &c pour taxer les Denrées
qui íè vendoient dans les places publi
ques , pour punir ceux qui usoient de.
faux poids & de faussés meíùres , &c.
Les Romains en relevant de cette ma
nière la gloire de cette Ville par la créa
tion de ses dignitez , n'oublierent pas auffi
de l'embellir par un grand nombre de
íôm
/ Â tftf ï' É R 1724. 7 f
íomptueux Bâtimens , des Temples dé
diez à Mars (a) , Diane , Hercule , &c.
furent des preuves de leur zele pour le
culte de ces fausses Divinitez ; des sbains
publics & particuliers , des pavez à la
Mosaïque , des Arenes , un Capitole, urt
Champ de Mars , un Théatre & des
Aqueducs , furent des marques de leur
luxe ou de leur magnificence. Ce qui
nous reste aujourd'hui de ces ouvrages ,
ne nous fait pas moins admirer la somp
tuosité du Bâtiment que l'excellent genie
de ceux qui précedoient à la construction
de ces travaux si utiles 8c si necessaires
aux peuples qui étoient soumis à leur
domination.'
Je passerois de beaucoup les bornes
que je me fuis prescrites dans cet abregé,
íî je parlois avec l'étenduë necessaire de
tous ces divers Edifices ; cependant je ne
fìjaurois m'empêcher d'en dire quelque
chose , quand ce ne seroit que pour indi
ques l'état dans lequel on les voit pré
sentement.
Les Temples de Mars , de Diane &
d'Hercule sont àpreíènt entierement dé
truits. Les Uns assurent que le Temple
de Diane étoit situé à l'endroit où est au-
(a) Il y a des gens qui croyent que les Tem
ples de Mars , & d'Hercule furent bâtis avant
qu'Orange devint Colonie Romaine. .
76. MERCURE DE FRANCE.
jourd'hui l'Eglise Cathedrale ; les autres
disent qu'il étoit fur le derriere du logis
des trois Oranges ; mais d'autres préten
dent qu'en ce dernier endroit l'on voyoit
les Temples de Mars , & d'Hercule , 8c
que dehors la Ville , à la plaine appellée
Martignan , il y a voit un autre Temple
coníàcré au Dieu Mars.
Les Bains publics se trouvent mainte
nant éloignez d'environ 250. pas de la
Porte de Tourre. Ce n'est presque plus
des mazures r nommées vulgairement la
Tour. Ronde.
Les Arenes iônt entierement détruites;.
elles étoient placées dans une Terre à eni
viron 460. pas de la Porte de Saint Mar
tin. C'ëtoit là que les Gladiateurs se battoient
avant. la construction de notre
Theatre. .
Le Capitole , qui étoit ainsi appelle ,
parce qu'il étoit situé dans un lieu le
plus. élevé de la Ville , étoit placé íùr
notre Montagne , ca r Orange étoit four
lors située partie fur la Montagne & par
tie dans la plaine. C'est dáns cet endroit
que deux Magistrats appeliez' Diiumvirs
rendoient la Justice ; oh les éliïòit ctu
corps des Decurions qui étoient à peu
près ce que font à present nos Coníeil
lers politiques. If qui non fit Deciino
JDmmviraut , vd aliis honoribus fungl
non.
JANVIER 17*4. 77.
non potest. liv, 7. $. 2. íF. de Dccurion. SS
filiis eorum. Decuriones , dit le Jurifcon-.
fuite Pomponius au §. 5. de la loi 239^
du Titre du Digeste de verbor. fignif..
Quidam diílos aiunt ex eo , quod initio ^
cum coloni» deduceretur , decima part
eorum , qui' dncerenturconfilii' publici gra-'
ri* y conscribi solita fit.
Le Champ de Mars étoit situé dans l'en-'
droit où est aujourd'hui le Couvent des
Religieux Capucins -, qui étroit autrefois'
le Fau xbourg Saint Florent, & aupara
vant le Bourg de la Clastre. C'étoitdans'
ce champ qu'on s'éxerçoit à la course, à'
la lutte, à tirer de l'arc 3 &c. qu'on bruloit
les corps y Sec.
Notre Théatre appelle communément'
le Cirque servait pour les courses des'
chariots , les combats des Gladiateurs &
des bêtes feroces , & poiír donner les'
naumachies pr ie moyen de l'eau que:
l'on' y faiíòit venir en abondance , toutes'
l«s fois qu'on le fouhaittoit , erî ouvrant
des conduits destinez à cet usage. lia 108.' .
pieds de hauteur & 124. de largeur. Je
dirai ailleurs qu'il a été bâti sous le re
gne de l'Empereur Adrien , environ 121,
ans après la naissance de notre di via
Sauveur.
L'Aqueduc avort son origine à quel
ques lieues de cette Ville dans le Terxoir
f* MERCURE DE FRANCE.
roir de Malauslenne , petite Ville dit
Gomtat. Il íerroit à conduire l'eau qui
étoit nécessaire pour les bains 8c pour les
naumachíes , &c. Oh en voit encore des
débris assez considerables.
Si à tous ces' precieux restes ont joint
les bas.reliefs., les pavez à la Moíàïque ,
Sec. qui se voient chez diyers particu
liers, on'J conviendra facilement qu'O
range devoit être une Ville bien magni
fique & bien opulente. Quelle perte
n'est.ce pas pour la" Republique des Let
tres , n quelque Auteur ancien avoit
entrepris une Deícription exacte & fi
dele de cette Ville dans le tems qu'elle
étoit dans íà íplendeur , qu'un tel Ou
vrage ne soit pas parvenu juíqu'à nous ?
Combien de Coutumes & de ceremonies,
tant íàcrées que prophaites , qui étoient
usitées parmi les Romains , & qui nous
sont à present inconnues , n'apprendrions-.
rtous pas par' la lecture d'un semblable
Ouvrage? Plus l'Auteur auroit été judi
cieux ,& plus nous y découvririons des
faits curieux & interessons, La perle de'
Cleopatre qui fut mise aux oreilles de
la Statue de la Déesse Venus, ou la cassette
ornée de pierreries dans laquelle Alexan
dre le Grand mettoit les Ouvrages d'Homere
, ne seroient pas capable de payer
an tel Livre. Si on étoit assez heureux
.:u* pour
JANVÍER ^724. ff
jjoíseder une semblable production , on
auroic le plaisir de voir d'une maniere
claire & convaincante que les Sorligers ,
les Saumajflès , les Menage, les Spon ,
les Voíïïus les Spanheim , les Dacier ,
& en un mot, que la plupart de ceux
qui se sont attachez à expliquer les Antiquitez
Romaines , ont heureuíement ren
contre la verité , & nous ne serions plus
dans l'incertitude s'ils se sont quelque.,
fois trompez dans leurs raisonnemens,
ou dans leurs conjectures..
Les autres Anciens qui ont parlé d'O
range l'ont fait d!une maniere si succinte,
que cela ne donne pas de grands éclaireiflèmens
à ceux qui font une étude par
ticuliere de l'Histoire ancienne de cette
Ville. On en powrra juger , si on lit ce
que les Auteurs suivans en ont dit.
Strabon , celebre Geographe , qui vi-
Voit sous les regnes des Empereurs Au
guste & Tibere , est le plus ancien Au
teur qui ait fait mention d'Orange.
Pomponius Mela qui vivoit.íôus le
regne de l'empereur Claude a aussi par.r
lé de cette Ville.
Pline le Naturaliste en a également
parlé. Il vivoit fous le regne de l'Empe
reur Vespaíîen.
Pcolemée , le Prince des Astronomes
qui fleurissoit sous le regne de l'Empe
reur
U MERCURE- DE FRANCE.
reur Adrien a pareillement sait mention
de cette Ville , de même que l'Itinéraire
que l'on attribuè' à l'Empereur Anto.,
nin , &c.
Peut.être ne íèroit-if pas inutile avant
que de finir de donner l'étimologie du
nomà'Orange. Je le ferois avec plaisir,
íì je ne croyois qu'il y a trop d'incertitu
de dans cette science , pour pouvoir s'y
arrêter avec quelque fondement. Une
rencontre , un rien sont quelquefois les
motifs du nom que l'on donne à une.
Ville ; qu'on aille après cela donner une
raison de ce qui est un pur effet du hazard.
Ainsi ,. Monsieur , j'aime mieux
employer le peu d'espace qui me reste à
vous supplier très.humblement de me
pardonner la liberté que j'ai priíê de
mettre vôtre illustre nom à la tête de
cet Écrit,. &c. ;
A Orange >.cé r. Septembre. ìjì jì
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. Jean Frederic Guib, Docteur ès Droits, à M. le Marquis de ... sur l'origine & les Antiquitez de la Ville d'Orange.
La lettre de M. Jean Frédéric Guib explore l'origine et les antécédents de la ville d'Orange. Selon une tradition locale, Orange et Avignon auraient été fondées simultanément par les Phocéens, des Grecs asiatiques. Cependant, la date exacte de leur fondation reste incertaine. Pline le Naturaliste, bien que familier avec l'Italie, reconnaissait la difficulté de déterminer l'origine des villes italiennes, rendant la datation des villes provençales encore plus complexe. En 600 avant J.-C., des habitants de Phocée fondèrent Marseille, et d'autres Phocéens établirent ensuite Nice, Antibes, Agde, et peut-être Orange. Orange ne devint prospère et renommée qu'après être passée sous domination romaine. Environ 124 ans avant J.-C., les Romains, sollicités par les Marseillais, battirent les ennemis et conquirent la Provence, le Languedoc, la Savoie et le Dauphiné. Orange, située près du Rhône, était alors un simple bourg. Les Romains construisirent un arc de triomphe à Orange pour commémorer leurs victoires. La ville devint une colonie romaine environ 45 ans avant J.-C., sous le règne de Tibère Néron. Les Romains y envoyèrent des soldats de la seconde légion, lui donnant le nom de Colonia Arausio Secunda. Une médaille de Néron mentionnerait une seconde colonie, mais son authenticité est douteuse. Orange bénéficia de privilèges et de dignités romaines, incluant des pontifes, augures, aruspices, censeurs, questeurs, et édiles. Les Romains embellirent la ville avec des temples, des bains, des arènes, un théâtre, et des aqueducs. Aujourd'hui, plusieurs de ces structures sont détruites ou en ruine, mais des vestiges subsistent, témoignant de la grandeur passée d'Orange. Les auteurs anciens comme Strabon, Pomponius Mela, et Pline le Naturaliste ont mentionné Orange, mais leurs descriptions sont succinctes et ne fournissent que peu d'éclairages sur l'histoire ancienne de la ville. Le texte mentionne également Ptolémée, décrit comme le 'Prince des Astronomes' vivant sous le règne d'un empereur non nommé, ainsi qu'Adrien et un itinéraire attribué à l'empereur Antonin. L'auteur exprime son intention de donner l'étymologie du nom 'Orange', mais il hésite en raison des incertitudes dans cette science. Il conclut en s'excusant pour la liberté prise de mentionner le nom illustre d'une personne à la tête de son écrit. Le texte est daté du 21 septembre et provient d'Orange.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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253
p. 98-99
Entretiens des ombres, &c. [titre d'après la table]
Début :
ENTRETIENS DES OMBRES aux Champs Elisées, sur divers sujets d'Histoire, de [...]
Mots clefs :
Ombres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Entretiens des ombres, &c. [titre d'après la table]
Entretiens des Ombrés aux. Champs
Elisées , fur divers sujets d'Hiítoire, de
Politiques de Morale .^Ouvrage traduit
de l' Allemand , par M. Valentinlungerman.
A Amsterdam , chez Herman Vytwerfï
Les six -premiers n.ois qui font le'
premier volume contiennent 614. pages.
. On attribue cet ouvrage à diversespersonnes
: les uns croyent qu'ils font de'
l'Auteur qui est nommé dans le titre
d'autres l'attribuent à une Damoiselle de
beaucoup d'esprit qui s'est cachée sous ce'
nom , &' d'autres enfin croyent y reconnoître
Un homme de Lettres qui fait ion1
iejour en Hollande. Quoiqu'il en soit de
l'Auteur de ces Entretiens qui proisfent
tous les mois , on «peut juger par son
stile qu'il a beaucoup de feu St d'agré
ment , & qu'il merite aííez le nom qu'il'
s'est donné , supposé que ce ne soit pas
le íien.
Ce Traducteur nous apprend dans lé
JANVIER 1724. &
tnier avertissement, que depuis qu'il est
naturalisé en France , il doit regarder
ce Royaume comme íâ Patrie , & en
procurer la gloire par tous les moyens
honnêtes qui font en íòn pouvoir. Ce n'est
pas d'aujourd'hui , dit. il , que fat re
marqué que Messieurs les Allemands ft
font enrichis aux dépens de la Litterature
françoise. Il ne parott pas un bon livre.
qu'ils m traduisent presque auffi.tot. Il est
temps d'user de represailles a noire' tour ,
& lorsque nous les trouverons pillables y
il ne faut pas se faire. un scrupule de pro
fiter des ouvrages qu'ils publient' en leur
langue. Il declare eníuite que son deísein
n'est pas de traduire en Notaire ,- & de
mot à mot. Il tient parole, & ion ou
vrage n'est rien moins qu'une traduct'on,.
car il n'a tout au plus pris de son origi
nal que les noms des interlocuteurs.
Elisées , fur divers sujets d'Hiítoire, de
Politiques de Morale .^Ouvrage traduit
de l' Allemand , par M. Valentinlungerman.
A Amsterdam , chez Herman Vytwerfï
Les six -premiers n.ois qui font le'
premier volume contiennent 614. pages.
. On attribue cet ouvrage à diversespersonnes
: les uns croyent qu'ils font de'
l'Auteur qui est nommé dans le titre
d'autres l'attribuent à une Damoiselle de
beaucoup d'esprit qui s'est cachée sous ce'
nom , &' d'autres enfin croyent y reconnoître
Un homme de Lettres qui fait ion1
iejour en Hollande. Quoiqu'il en soit de
l'Auteur de ces Entretiens qui proisfent
tous les mois , on «peut juger par son
stile qu'il a beaucoup de feu St d'agré
ment , & qu'il merite aííez le nom qu'il'
s'est donné , supposé que ce ne soit pas
le íien.
Ce Traducteur nous apprend dans lé
JANVIER 1724. &
tnier avertissement, que depuis qu'il est
naturalisé en France , il doit regarder
ce Royaume comme íâ Patrie , & en
procurer la gloire par tous les moyens
honnêtes qui font en íòn pouvoir. Ce n'est
pas d'aujourd'hui , dit. il , que fat re
marqué que Messieurs les Allemands ft
font enrichis aux dépens de la Litterature
françoise. Il ne parott pas un bon livre.
qu'ils m traduisent presque auffi.tot. Il est
temps d'user de represailles a noire' tour ,
& lorsque nous les trouverons pillables y
il ne faut pas se faire. un scrupule de pro
fiter des ouvrages qu'ils publient' en leur
langue. Il declare eníuite que son deísein
n'est pas de traduire en Notaire ,- & de
mot à mot. Il tient parole, & ion ou
vrage n'est rien moins qu'une traduct'on,.
car il n'a tout au plus pris de son origi
nal que les noms des interlocuteurs.
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Résumé : Entretiens des ombres, &c. [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Entretiens des Ombrés aux Champs' est une traduction française d'un texte allemand réalisée par M. Valentinlungerman. Publié à Amsterdam par Herman Vytwerf, le premier volume compte 614 pages. L'auteur de l'œuvre originale est incertain : certains attribuent le texte à l'auteur nommé dans le titre, d'autres à une dame spirituelle, et d'autres encore à un homme de lettres vivant en Hollande. Le style de l'auteur est décrit comme vif et agréable. Dans un avertissement daté de janvier 1724, le traducteur, naturalisé en France, exprime son désir de contribuer à la gloire de la France par des moyens honnêtes. Il note que les Allemands enrichissent souvent leur littérature en traduisant des œuvres françaises et propose de traduire des œuvres allemandes pour en tirer profit. Le traducteur précise que sa traduction n'est pas littérale mais adaptée, conservant uniquement les noms des interlocuteurs de l'original.
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254
p. 2231-2232
PREMIERE ENIGME.
Début :
Nous sommes quatre enfans choisis parmi nos freres, [...]
Mots clefs :
An mille sept cent vingt-huit
256
p. 98-99
« TABLEAU DU MONDE ANCIEN ET MODERNE, divisé en trois parties [...] »
Début :
TABLEAU DU MONDE ANCIEN ET MODERNE, divisé en trois parties [...]
Mots clefs :
Monde ancien, Monde moderne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TABLEAU DU MONDE ANCIEN ET MODERNE, divisé en trois parties [...] »
Tablh^u du Monde Ancie»
*t Moderne , divisé en trois par
ties, La première contient U division*
da
JANVIER. i7j<s; 5,5,
iáu monde en sept Ages , les Epoque»
les plus célèbres depuis Adam jusqu'à
présent , le partage de la Tcire entre lesenfans
de Noe , rétablissement & la dé
cadence des quatre Monarchies & de»
anciennes Républiques , & comment de • ■>
la derniere des quatre Monarchies , qui
est: celle des Romains, se sont formé»
presque rous les Etats qui subsistent au
jourd'hui. La; seconde est une courte"
description des quatre Parties du Mon
de , contenant ce qu'elles produisent'
pour l'utilité des hommes , les moeurs,
là Religion & la Langue de toutes les
Nations: La troisième enfin est un Re
cueil de toutes sortes de Remarques cu
rieuses , parmi lesquelles on trouvera
Porigine des Arts & des Sciences. Par
W. Noblet. Chez. Claude Prudho^.me ,
tu sixième V illier de la Grand* Salle dit
Palais. 1730. in- 1 2.
*t Moderne , divisé en trois par
ties, La première contient U division*
da
JANVIER. i7j<s; 5,5,
iáu monde en sept Ages , les Epoque»
les plus célèbres depuis Adam jusqu'à
présent , le partage de la Tcire entre lesenfans
de Noe , rétablissement & la dé
cadence des quatre Monarchies & de»
anciennes Républiques , & comment de • ■>
la derniere des quatre Monarchies , qui
est: celle des Romains, se sont formé»
presque rous les Etats qui subsistent au
jourd'hui. La; seconde est une courte"
description des quatre Parties du Mon
de , contenant ce qu'elles produisent'
pour l'utilité des hommes , les moeurs,
là Religion & la Langue de toutes les
Nations: La troisième enfin est un Re
cueil de toutes sortes de Remarques cu
rieuses , parmi lesquelles on trouvera
Porigine des Arts & des Sciences. Par
W. Noblet. Chez. Claude Prudho^.me ,
tu sixième V illier de la Grand* Salle dit
Palais. 1730. in- 1 2.
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Résumé : « TABLEAU DU MONDE ANCIEN ET MODERNE, divisé en trois parties [...] »
Le document « Tableau du Monde Ancien & Moderne » de W. Noblet, publié en 1730, se divise en trois parties. La première explore les quatre monarchies, notamment romaine, influençant les États actuels. La deuxième décrit les produits, mœurs, religions et langues des nations. La troisième compile des remarques sur l'origine des arts et des sciences.
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257
p. 103-105
Nouvelle Traduction de Saluste, [titre d'après la table]
Début :
La nouvelle Traduction de Saluste, que nous avons annoncée dans le mois [...]
Mots clefs :
Préface, Auteur, Salluste, Traduction
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Traduction de Saluste, [titre d'après la table]
La nouvelle Traduiïion de S.dnfie ;
que nous avons annoncée dans le moi*'
de Septembre dernier , paroît à présent
en deux volumes in iz. chez Huart l'aîtìé
, près la Fontaine S. Severin , à la*
Justice.
M. l'Abbé Thyvon, qui en est l'Auteur
, s'y est attaché à la mettre à la por
tée des Etudians , à en rendre la lecture
agréable aux- Lecteurs qui ont du gout,
& à contenter la curiosité de ceux qui'
aiment à trouver fous leurs yeux les éclaircissemens
capables de les mettre tout d'un'
coup au fait d'un Evénement, d'une épo
que & d'un personnage dont il s'agir.
íi commence fa Préface par un juge
ment très exact des Ouvrages de son
Auteur. Il propose ensuite & réfute les
critiques qui en ont été faites , & il mar
que le plan & l'ordre de cette Edition.
Cette Préface est suivie de la Vie de
tHistotien. Le Traducteur a jugé à pro
pos
■ìtí4 MERCURE DE FRÀNCÉ.
pos de faire des Remarques proprés si
assbiblir du moins les mauvaises im*-
preísions que la lecture de cette Vie
pourroit Laisser sur les moeurs de Saluste'.
Attentif à faire sentir le vrai sens diì
Texte, M.Thyvon a mis à la tête de l'Hiftoire
de la Conjuration de Carilina , deux
Dissertations. L'une où- il justifie „la
ínaniere dont il explique la première phra
se de la Préface de son Auteur ; & l'autre
fur l'Agriculture & sur la Chasse, oiì H
prouve que ces mots fervilibus officiis i
qui font à la fuite d'agrum colendo , atet
venindo ,■ ne signifie autre chose que les
exercices du corps.
Il y a plusieurs autresDissertatíons répan
dues dans les deux Volumes, quoiqu'elles
n'en ayent pas le titre. Les Remarques
font en grand nombre dans tout le corps
de POuvrage. Elles font remplies de Re
cherches curieuses & intéressantes.
Les morceaux qui se trouvent en entier
dans les fragmens de Saluste méritoient
d'être mis en notre Langue. Les Notions
préliminaires que le Traducteur a mises à
la tête dé chacun de ces morceaux , &c les
Notesdont il les a accompaghées font trèsntiles
pour en faeilker l'intelligence. Elles
peuvent même suffire pourdònner unejuste
idée des principaux evenemens des guer
res civiles fut lesquelles roulent ces seagmejiív
Orv
JANVIER. 1730. lof
On ne pourra gueres se deffendre d'ap
prouver M.Xhyvon,rdans le changement
qu'il a fait de Tordre de? deux Lectres
politiques adressées par son Auteur à Cey.
íar, & dans la correction qu'il a intro
duite dans le Texte , au quatrième Cha
pitre de là première de ces Lettres , quand
on aura lû les raisons qu'il en apporte.
En un mot toute cette Traduction est
d'un style aifé& coulant3&il y règne beau
coup 4,'ordre , de netteté & d'érudition.
Tout POuvrage est en z. volumes inji.
le premier dé' 30,6' pages fans U
Préface qui en contient 3 o. & la Vie de
Saluste de 77. & le deuxième 370. fans
les Fragmens de 1 84. pages.
que nous avons annoncée dans le moi*'
de Septembre dernier , paroît à présent
en deux volumes in iz. chez Huart l'aîtìé
, près la Fontaine S. Severin , à la*
Justice.
M. l'Abbé Thyvon, qui en est l'Auteur
, s'y est attaché à la mettre à la por
tée des Etudians , à en rendre la lecture
agréable aux- Lecteurs qui ont du gout,
& à contenter la curiosité de ceux qui'
aiment à trouver fous leurs yeux les éclaircissemens
capables de les mettre tout d'un'
coup au fait d'un Evénement, d'une épo
que & d'un personnage dont il s'agir.
íi commence fa Préface par un juge
ment très exact des Ouvrages de son
Auteur. Il propose ensuite & réfute les
critiques qui en ont été faites , & il mar
que le plan & l'ordre de cette Edition.
Cette Préface est suivie de la Vie de
tHistotien. Le Traducteur a jugé à pro
pos
■ìtí4 MERCURE DE FRÀNCÉ.
pos de faire des Remarques proprés si
assbiblir du moins les mauvaises im*-
preísions que la lecture de cette Vie
pourroit Laisser sur les moeurs de Saluste'.
Attentif à faire sentir le vrai sens diì
Texte, M.Thyvon a mis à la tête de l'Hiftoire
de la Conjuration de Carilina , deux
Dissertations. L'une où- il justifie „la
ínaniere dont il explique la première phra
se de la Préface de son Auteur ; & l'autre
fur l'Agriculture & sur la Chasse, oiì H
prouve que ces mots fervilibus officiis i
qui font à la fuite d'agrum colendo , atet
venindo ,■ ne signifie autre chose que les
exercices du corps.
Il y a plusieurs autresDissertatíons répan
dues dans les deux Volumes, quoiqu'elles
n'en ayent pas le titre. Les Remarques
font en grand nombre dans tout le corps
de POuvrage. Elles font remplies de Re
cherches curieuses & intéressantes.
Les morceaux qui se trouvent en entier
dans les fragmens de Saluste méritoient
d'être mis en notre Langue. Les Notions
préliminaires que le Traducteur a mises à
la tête dé chacun de ces morceaux , &c les
Notesdont il les a accompaghées font trèsntiles
pour en faeilker l'intelligence. Elles
peuvent même suffire pourdònner unejuste
idée des principaux evenemens des guer
res civiles fut lesquelles roulent ces seagmejiív
Orv
JANVIER. 1730. lof
On ne pourra gueres se deffendre d'ap
prouver M.Xhyvon,rdans le changement
qu'il a fait de Tordre de? deux Lectres
politiques adressées par son Auteur à Cey.
íar, & dans la correction qu'il a intro
duite dans le Texte , au quatrième Cha
pitre de là première de ces Lettres , quand
on aura lû les raisons qu'il en apporte.
En un mot toute cette Traduction est
d'un style aifé& coulant3&il y règne beau
coup 4,'ordre , de netteté & d'érudition.
Tout POuvrage est en z. volumes inji.
le premier dé' 30,6' pages fans U
Préface qui en contient 3 o. & la Vie de
Saluste de 77. & le deuxième 370. fans
les Fragmens de 1 84. pages.
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Résumé : Nouvelle Traduction de Saluste, [titre d'après la table]
La nouvelle traduction des œuvres de Salluste par l'Abbé Thyvon est désormais disponible en deux volumes chez Huart l'aîné. L'objectif est de rendre cette traduction accessible aux étudiants, agréable aux lecteurs avertis et enrichissante pour ceux cherchant des éclaircissements historiques. La préface évalue les œuvres de Salluste, réfute les critiques et explique le plan de l'édition. Elle est suivie de la biographie de Salluste et de remarques pour éviter les mauvaises impressions sur ses mœurs. L'Abbé Thyvon a inclus deux dissertations sur la Conjuration de Catilina, clarifiant des termes spécifiques et justifiant des choix de traduction. Les volumes contiennent des dissertations, des remarques et des notes pour faciliter la compréhension des fragments traduits. La traduction modifie l'ordre de deux lettres politiques adressées à César et corrige un texte au quatrième chapitre de la première lettre. Elle est louée pour son style fluide, son ordre et son érudition. Le premier volume compte 306 pages, incluant une préface de 30 pages et la vie de Salluste sur 77 pages. Le second volume compte 370 pages, incluant les fragments sur 184 pages.
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258
p. 110-111
Nouvelle Histoire de France, par demandes & par réponses, [titre d'après la table]
Début :
Il paroît depuis peu chez la veuve Delaulne, ruë S. Jacques, & Théodore le Gras, [...]
Mots clefs :
Histoire de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Histoire de France, par demandes & par réponses, [titre d'après la table]
Il.paroît depuis peu chez la veuve Dglaul;
pe , rue S. Jacques , & Théodore le Gras^
au Palais, une nouvelle Histoire de France
par demandes & par réponses , dédiée à
M- le Prince dcConty , in- 1 1. C'est un
abrégé très-méthodique & assez cjrconítancié
de toute PHistoire de France. La
Chronologie' est exactement marquée à la,
marge, & l'Auteur a eu soin dé mettre
à la tête de tous les articles les Papes &
les Empereurs , soit de Constantinople ,
soit d'Allemagne , contemporains des
•Rois de France , ce qui forme une efpece
d'Histoire universelle. Cet Ouvrage sera
ttès-utile aux personnes qui veulent se
rapptller qu-s'imprimer dans la mémoire
tous les traits de l'Histojre de France,,rhais
fur tout aux jeunes gens. On fçait les nom
breuses Editions qui ont été faites d'un
Ouvrage qui est dans ce même genre.
Celui dont il s'agit est beaucoup plus éren:
du , plus exact, & on a eu soin d'éviter
|es«méprifes de Mezeray , qui se trouvent
dans l'autre. On y a aussi profité de quçlque
JANVIER. 1730. lii
qaes Remarques du feu Comte de Bou-
Jainviliers, fur l'Histoire du P. Daniel.
pe , rue S. Jacques , & Théodore le Gras^
au Palais, une nouvelle Histoire de France
par demandes & par réponses , dédiée à
M- le Prince dcConty , in- 1 1. C'est un
abrégé très-méthodique & assez cjrconítancié
de toute PHistoire de France. La
Chronologie' est exactement marquée à la,
marge, & l'Auteur a eu soin dé mettre
à la tête de tous les articles les Papes &
les Empereurs , soit de Constantinople ,
soit d'Allemagne , contemporains des
•Rois de France , ce qui forme une efpece
d'Histoire universelle. Cet Ouvrage sera
ttès-utile aux personnes qui veulent se
rapptller qu-s'imprimer dans la mémoire
tous les traits de l'Histojre de France,,rhais
fur tout aux jeunes gens. On fçait les nom
breuses Editions qui ont été faites d'un
Ouvrage qui est dans ce même genre.
Celui dont il s'agit est beaucoup plus éren:
du , plus exact, & on a eu soin d'éviter
|es«méprifes de Mezeray , qui se trouvent
dans l'autre. On y a aussi profité de quçlque
JANVIER. 1730. lii
qaes Remarques du feu Comte de Bou-
Jainviliers, fur l'Histoire du P. Daniel.
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Résumé : Nouvelle Histoire de France, par demandes & par réponses, [titre d'après la table]
Le texte annonce la publication d'une nouvelle 'Histoire de France par demandes et par réponses', dédiée au Prince de Conti. Cet ouvrage est un abrégé méthodique et détaillé de l'histoire de France, avec une chronologie précise en marge. L'auteur a inclus les Papes et les Empereurs de Constantinople et d'Allemagne contemporains des Rois de France, offrant ainsi une perspective d'histoire universelle. Cet ouvrage est particulièrement utile pour ceux qui souhaitent mémoriser les événements de l'histoire de France, notamment les jeunes gens. Il est présenté comme plus érudit et exact que les éditions précédentes, évitant les erreurs de Mezeray et intégrant des remarques du Comte de Bouillainvilliers sur l'histoire du Père Daniel.
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259
p. 122-124
« Honoré Tournely, Docteur en Theogie de la Maison & Societé de Sorbonne [...] »
Début :
Honoré Tournely, Docteur en Theogie de la Maison & Societé de Sorbonne [...]
Mots clefs :
Académie royale de l'histoire, Curiosité, Mort, Bijoux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Honoré Tournely, Docteur en Theogie de la Maison & Societé de Sorbonne [...] »
Honoré Tourncly , Docteur én Thectgìe
de la Maison & Société de Sorbonne,
Ancien Professeur Royal en Théo
logie de cette Maison , Chanoine de la
Sainte Chapelle de Paris , & auparavant
de la Cathédrale d'Evreux , Censeur
Royal des Livres * mourut "à Paris 1c
Ï6. Décembre ? âgé de 73. ans , dans 1»
réputation d'un grand Théologien & d'un
Ecclésiastique versé dans toutes les autres
sciences de son Etat. Il a composé plusieurs
Ouvrages de Doctrine <k de Re
ligion , qui font honneur à (a ìwtnoirc*
II étoit Originaire de la Ville d'Ami
bes en Provence.
Jean Bernard Qurscl , Prêtre , Docteur1
de Sorbonne, Chanoine & Grand Péniten
cier de TEgliíe de Paris , né en cette Ville,
mourut le 10. Janvier , âgé de soixarue &c
cinq ans. H avoit été près de sepr an
nées Supérieur de la Communauté des
Prêtres de S. Sulpice , avant que d'ê
tre nommé par le Cardinal de Noailies
à la Grande Penìténceric , qu'il x exer
cée pendant douze ans. II s'étoit pré
paré à ces diíferens emplois par une Re
traite de trente années dans le Sémi
naire de S. Sulpice , ensorte, que toute
sa vie a été consacrée à Dieu , & qu'après
en avoir employé 1a meilleuxe par
Janvier. 17$©; itf
tíe à fa propre sanctification , il a con
sumé le reste à Instruction & au salut
du prochain dans des occupations diffi
ciles & laborieuses , où il a fait paroître
une pureté de moeurs un zele 8c
une çbariié dignes des premiers siéclesde
rÉglise. II avoit une Bibliothèque des
plus curieuses , des plus complètes 8C
d'un prix considérable , qu'il a donnée
par son Testament au Séminaire de saine
Louis de cette Ville*
L'Académie Royale de l'Histoire *
Lisbonne a élu , pour remplir la place
qui vaquoit par la mort de Dom Fran
çois de Souza , Commandant de la
Garde Allemande du Roy , Dom Gonçalve-
Manuel Galvaon de la Cerda ^
Genrilhomme de la Maison du Roy ,
Grand Alcade de 14 Ville de Torram
Commandeur de S. Barthelemi de Rabal
dans l'Ordte de Christ , Conseilles
du Conseil Ultramontain , & Député ai*
Conseil de la Maison de Bragance. Le
Roi ayant approuvé l' Election , le nou
vel Académicien s'est chargé cK'crire
l'Histoire des Rois Dom Pedro 8c Dom
Ferdinand.
Le 17. du mois dernier , le Comte
de Çlcimonc alla voir le Cabinet du
*tf .MERCURE DE FRONCE,
/îcúr Paul Lucas ,• célèbre Voyageur--;
ik y examina avec autant de discernement
que de plaisir les différentes curiosités
anciennes & modernes qui y font ras
semblées. Il s'arrêta fur touc à une belle
Figure antique de Ta Déesse Cerès, rap
portée depuis quelques années d*3ltheîles
, où elle fut trouvée près le Tem
ple de Minerve ; son corps est de mar
bre ; mais les extrémités , c'est- à-dire la
fête „ les pieds & les mains font de bron
ze ^ elle est assise sur une baze de jaspe
floride , 8c dans cette situation , elle a
environ, deux piés de. haut.
Voici un atticle également propre i
Enrichir ces nouvelles &c à faire briller
les Arts , puisque les bijoux vont deve
nir plus communs par la mine de diamans
qu'on a découverte au Brezil -, à ce
qu'on mande de Lisbonne , & qu'on
dit être trésriche. Ces Lettres ajoutent
que les derniers Vaisseaux revenus de la
Baye de Tous tes Saints , en ont ap
porté plusieurs , dans le nombre desquels
îl y en a un qui pefe brut le double da
goids du plus gros diamant qu'on con*
noisse en Kurope ; on l'a mis furie tour
pour le découvrir.
de la Maison & Société de Sorbonne,
Ancien Professeur Royal en Théo
logie de cette Maison , Chanoine de la
Sainte Chapelle de Paris , & auparavant
de la Cathédrale d'Evreux , Censeur
Royal des Livres * mourut "à Paris 1c
Ï6. Décembre ? âgé de 73. ans , dans 1»
réputation d'un grand Théologien & d'un
Ecclésiastique versé dans toutes les autres
sciences de son Etat. Il a composé plusieurs
Ouvrages de Doctrine <k de Re
ligion , qui font honneur à (a ìwtnoirc*
II étoit Originaire de la Ville d'Ami
bes en Provence.
Jean Bernard Qurscl , Prêtre , Docteur1
de Sorbonne, Chanoine & Grand Péniten
cier de TEgliíe de Paris , né en cette Ville,
mourut le 10. Janvier , âgé de soixarue &c
cinq ans. H avoit été près de sepr an
nées Supérieur de la Communauté des
Prêtres de S. Sulpice , avant que d'ê
tre nommé par le Cardinal de Noailies
à la Grande Penìténceric , qu'il x exer
cée pendant douze ans. II s'étoit pré
paré à ces diíferens emplois par une Re
traite de trente années dans le Sémi
naire de S. Sulpice , ensorte, que toute
sa vie a été consacrée à Dieu , & qu'après
en avoir employé 1a meilleuxe par
Janvier. 17$©; itf
tíe à fa propre sanctification , il a con
sumé le reste à Instruction & au salut
du prochain dans des occupations diffi
ciles & laborieuses , où il a fait paroître
une pureté de moeurs un zele 8c
une çbariié dignes des premiers siéclesde
rÉglise. II avoit une Bibliothèque des
plus curieuses , des plus complètes 8C
d'un prix considérable , qu'il a donnée
par son Testament au Séminaire de saine
Louis de cette Ville*
L'Académie Royale de l'Histoire *
Lisbonne a élu , pour remplir la place
qui vaquoit par la mort de Dom Fran
çois de Souza , Commandant de la
Garde Allemande du Roy , Dom Gonçalve-
Manuel Galvaon de la Cerda ^
Genrilhomme de la Maison du Roy ,
Grand Alcade de 14 Ville de Torram
Commandeur de S. Barthelemi de Rabal
dans l'Ordte de Christ , Conseilles
du Conseil Ultramontain , & Député ai*
Conseil de la Maison de Bragance. Le
Roi ayant approuvé l' Election , le nou
vel Académicien s'est chargé cK'crire
l'Histoire des Rois Dom Pedro 8c Dom
Ferdinand.
Le 17. du mois dernier , le Comte
de Çlcimonc alla voir le Cabinet du
*tf .MERCURE DE FRONCE,
/îcúr Paul Lucas ,• célèbre Voyageur--;
ik y examina avec autant de discernement
que de plaisir les différentes curiosités
anciennes & modernes qui y font ras
semblées. Il s'arrêta fur touc à une belle
Figure antique de Ta Déesse Cerès, rap
portée depuis quelques années d*3ltheîles
, où elle fut trouvée près le Tem
ple de Minerve ; son corps est de mar
bre ; mais les extrémités , c'est- à-dire la
fête „ les pieds & les mains font de bron
ze ^ elle est assise sur une baze de jaspe
floride , 8c dans cette situation , elle a
environ, deux piés de. haut.
Voici un atticle également propre i
Enrichir ces nouvelles &c à faire briller
les Arts , puisque les bijoux vont deve
nir plus communs par la mine de diamans
qu'on a découverte au Brezil -, à ce
qu'on mande de Lisbonne , & qu'on
dit être trésriche. Ces Lettres ajoutent
que les derniers Vaisseaux revenus de la
Baye de Tous tes Saints , en ont ap
porté plusieurs , dans le nombre desquels
îl y en a un qui pefe brut le double da
goids du plus gros diamant qu'on con*
noisse en Kurope ; on l'a mis furie tour
pour le découvrir.
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Résumé : « Honoré Tournely, Docteur en Theogie de la Maison & Societé de Sorbonne [...] »
Le texte évoque plusieurs figures historiques et événements marquants. Honoré Tourncly, docteur en théologie de la Sorbonne, ancien professeur royal en théologie, chanoine de la Sainte Chapelle de Paris et de la Cathédrale d'Évreux, et censeur royal des livres, est décédé à Paris le 16 décembre à l'âge de 73 ans. Originaire d'Amiens, il était reconnu pour ses compétences en théologie et en sciences ecclésiastiques et avait composé plusieurs ouvrages de doctrine et de religion. Jean Bernard Qurscl, prêtre et docteur de Sorbonne, chanoine et grand pénitencier de l'église de Paris, est né et décédé dans cette ville le 10 janvier à l'âge de 65 ans. Il a été supérieur de la Communauté des Prêtres de Saint-Sulpice et a légué une bibliothèque précieuse au Séminaire de Sainte-Louis. L'Académie Royale de l'Histoire de Lisbonne a élu Dom Gonçalve-Manuel Galvaon de la Cerda pour remplacer Dom François de Souza. Dom Gonçalve, gentilhomme de la Maison du Roi et conseiller du Conseil Ultramontain, doit écrire l'histoire des rois Dom Pedro et Dom Ferdinand. Le Comte de Çlcimonc a visité le cabinet de Paul Lucas, examinant diverses curiosités, dont une figure antique de la déesse Cérès. Enfin, une découverte de mines de diamants au Brésil est mentionnée, avec des lettres de Lisbonne indiquant la présence de diamants de grande valeur.
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260
p. 205-229
ECLAIRCISSEMENS. / ADDITION.
Début :
Sur le lieu où furent données deux Batailles en France, les années 596. & [...]
Mots clefs :
Lieu, Lieux, Bataille, Diocèse, Palais, Bourgogne, Pays, Roi, Royaume de Bourgogne, Histoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ECLAIRCISSEMENS. / ADDITION.
ECL4IRCISS EMENS.
Sur le lieu où furent données deux Ba
tailles -en France, les années 595. &
600. & fur un ancien Palais de nos
Rois de la première Race , duquel
personne jusqu'ici n'a assigné la situa
tion. Paf -M' le Beuf , Sous-Chantrt
& Chanoine de V Eglise d' Auxerre.
E Journal de Verdun du mois
de Mars dernier , nciis a com
muniqué une Remarque faite
un habile homme , touchant l'en-
A ij droit
%o6 MERCURE DE FRANCE;
droit où fut. donnée une Bataille l'an 59^.
ou 597. entre les Troupes de Clotaire
II. Roi de Soissons & de Paris , fils de
la Reine Fredegonde , d'une part , & les
Troupes de Theodebert II. Roi d'Auftrasie
, jointes à celles de Thierry II. Roi
d'Orléans & de Bourgogne. Ce lieu se
trouve appellé Latofao dans les Impri
més de la Chronique , connue fous le
nom de Fredegaire, M. Maillard , Avo
cat , Auteur de la Remarque du Jour
nal j observe que le Pere Daniel dit qu'on
ne connoît plus ce lieu ; mais que le
Pere Ruinart a marque dans ses Notes
(at Fredegaire que feion quelques uns
ce Latofao est dans le Diocèse de Sens.
Cette désignation générale ne satisfait
point le Lecteur. On aime à voir les
«hoses indiquées plus particulièrement.
C'est ce que tache de faire M. Maillard,
en produisant un garant pour la situa
tion de çe lieu dans le Diocèse de Sens.
Xe garant qu'il croit suffisant est l'Histoire
du Gâcinois , écrite il y a cent ans
par Morin , Grand-Prieur de perrières.
C'est un Ouvrage où , à la vérité , il y
z quelque chose à apprendre } mais en
prenant les précautions nécessaires >
c?cst-à-dire , en vérifiant la plupart des
choses qu'il avance , il y a lieu de se
/défier de tout ce qu'il produit , fans
FEVRIER. i7jo. So?
én apporter la preuve ; Sc je ne vois
pas qu'on puisse fonder fur son simple
témoignage un fait aussi ancien qu'est
celui en question. Cet Historien est fi
peu exacb , & si rempli de fautes , que
dès le premier mot du Chapitre où il
parle de ce Latofao , il dit que Moret
& Doromel font la même chose selon
Aimoin , ce qui est doublement faux ,
puisqu'Aimoin ne parle aucunement de
Moret , lib. 3. e. 8 8. & que Dormèil,
loin d'être Moret , en est éloigné de
trois lieues ou environ.Le PereLe Cointe
die aussi à l'an 596. num. 4. que quel
ques nouveaux Auteurs placent ce La
tofao dans le Diocèse de Sens. ïl ne les
eite point par leur nom , & on ne
connoît que Morin qui ait avancé cette
opinion. C'est lui apparemment que le
Pere Le Cointe a en vue. Mais avec ust
peu d'attention , on s'apperçoit aisément
que ce qui a conduit Morin dans le sen
timent qu'il embrasse sur la Bataille de
Latofao , est que Dormeil , où il s'en
donna quatre ans après une seconde ,
est situé dans le Diocèse de Sens , 8c
peu éloigné de Moret. Pour moi , je
fuis d'un sentiment bien opposé au sienj'
je prétends que les Places où se don
nèrent ces deux Batailles ne font point
si voisines } & que comme l'iflue en suc
A Uj diffe2
»8 MERCURE DE FRANGE;
différente , le terrain en fut aussi fors
diffèrent. Dans celle de Latefao de Pan
y 9 6. c'est Clotaire qui parent aggiesfeur
& qui vient fondre fur les Armées de
Theodeberr & de Thierry , qu'il taille
en pieces. Dans celle de Dormeil , ce
font Theodeberr & Thierry qui venant
à leur tour contre Clotaire , lui rendi
rent la pareille , & mirent toute son
Armée en déroute. Il paroît plus natu
rel que la première Bataille se soit don
née sur un terrain appartenant à Theo
deberr ou à Thierry , de même que la
seconde fut donnée vrai- semblablement
dans un lieu des Etats de Clotaire. U
ne faut point s'astreindre tellement aux
noms marques dans les imprimés de la
Chronique de Fredegaire , qu'on ne
puisse avouer que quelquefois ces noms
ont été mal écrits par les Copistes. Que
penser de certains noms propres dont il
est fait mention dans cet Ecrivain , lors
que l'on voit que dès le titre de fa' Chro
nique , qui étoit intitulée .• Extrait de
FHiftoire de S. Grégoire de Tours , du
mot Greji , les Copistes les plus anciens
avoient fait G >-aec , & de Turonici 3 il*
avoient fait Thoromachi ? Le Pere Ruinart
fait cette Observation dans son ex
cellente Préface, num. 137. Aidons un
peu à la lettré , & voyons si dans la mê
me
FÉVRÏÉR. trtú. ioj
iiie Chronique ou dans ses Continua
teurs , il n'y a pas encore d'autre Ba
taille donnée dans un lieu d'un nom ap*
prochanr. Je découvre par le mûyen des;
íçavantes Notes du P Ruinart , que
l'endroit où le second Continûareur mar
que une Bataille donnée en 680. & que
les imprimés appellent mal Locofico ;
est nommé dans les manuscrits Locofaa
ou Lnfmo , & autrement Lucofaco Lttu _
eofngo 5 je le trouve aussi appelle Luco*
fao dans l'Hiftoirc d'Aimoin. Comme le
Manuscrit des Continuateurs de la Chro
nique , & celui du premier Auteur n'ont
pas toujours paíté par les mêmes mains,
il ne fau! pas s'étonner de la petite dif
férence qui se trouve entre Latofao 8c
Lacofao. Mais je croirois volontiers que
c'est un seul & même endroit ; il s'agit
d'abord d» fixer fa situation. Dom Thierry
Ruinart dit que Monsieur Valois n'a pas
connu cet endroit , mais que ce pour*-
roit être Loixi en Lannois ; il ajoûtfr
ensuite , que cependant il paroîtra à
d'autres assez vrai-semblable , que ce liea
est celui dont prie l'Histoire des Evê
ques d'Auxerre , & qu'elle dit être situé
dans le Pays de Toul. Cette Histoire
e'crite fous le Règne de Charles le Chau-
▼Cy, rapporte que Hainmar , Evêque
d'Auxerre vers l'an j6y ayant été con-
A, iiij duir
ïio MERCURE DE FRANCE:
duit par ordre du Roi sur de faux rap^
porcs à Bastognes , dans la Forée des
Ardennes , fut adroitement tiré de cette
prison par un de ses neveux ; & que
comme il íe sauvoit à cheval , il fut sur
pris & arrêté à Lufaiis , dans le Pays de
Toul , où se£ ennemis en firent un Mar
tyr. Adverfarii infequentes in loco qui
Lufaiis dieitur , j» Pago Tullenfì , eum
conficuti funt &c. Il semble qu-'il ne fauc
point chercher ailleurs ce Lufaiis que
dans le Diocèse de Toul ; ainsi c'est in
failliblement ce qu'on appelle aujour
d'hui Lifou, Il y a Lifou le grand & Lifou
le petit , qui font deux Villages contigus,
à six ou sept lieues de Joinville r
vers L'Orient , tous les deux dans le Dio
cèse de TouL , & dans l'ancienne Austrasie.
Le nom de Lifoldium , que le
P. Benoit , Capucin , leur donne dans son
nouveau Pouiller de Toul, ne m'arrête
aucunement , pareeque j'ai connu que
dans beaucoup d'articles , il a latinisé les
noms fur le François , & que lorsque la
terminaison d'un nom étok susceptible
de deux différentes inflexions Latines ,
il a souvent pris la moins fondée dans
l'antiquité , & a laisse l'autre qui-lui étoit
inconnue*. Telle est la derniere syllabe
du nom Lifou ou Lufou , laquelle n'a
pas été formée de l' Allemand Bold , mais
d»
FEVRIER. 1730. m
du Latin Fagus. A l'égard de la première
syllabe , il est plus probable qu'elle vient
du mot Lhcus que d'aucun autre , & je
me persuade que quiconque est au sait
de la formation des noms propres des
lieux , ne fera aucunement surpris que
de LucasAgus , on ait fait Lifou , qui
auparavant étort écrit & prononcé Luc*
foug 3 soit que ce mot vienne de Leucorum
Fagus , ou de Lucus Fagorum. Je
laisse au Lecteur à juger sì Lifou, quia,
plutôt été le Théâtre de la Guerre de
tan 6 S o. qu'aucun autre lieu , n'est pas
aussi l'endroit de la Bataille de l'an j^óV
puisqu'il étoit dans les Etats de Theodebert
, où il est plus vrai semblable que
Clotaire envoya ses Troupes , que noa
pas dans fes propres Etau , à 1 5. ou
16. lieues de Paris. On pourroit m'objecter,
que qUandmême il seseroit donné
une Bataille à Lifou cn l'an £80. il ne
s'ensuivroir pas delà qu'il s'y en soit aussi
donné une en ^96. Qu'inferec l'un de
l'autre , c'est retomber dans le deffauc
de raisonnement que je blâme dans Morin.
Mais la différence qu'il ya, est que
Latofao & Lucofao , ou par abrégé L«-
fao , se ressemblent si fort , qu'à moins
qu on ne trouve un lieu véritablement
nommé Latofao , diffèrent de Lifou , on
est toujours bien fondé à croire que c'est
A v le
212 MERCURE DE FRANCE.
le même. M. Maillard avoiie qu'on ne
connoît point de lieu appelle' Latofao
où Morin dit qu'il y en a un. II ne pro
duit non plus aucun titre , ni aucune
Histoire qui donne ce nom à aucun en~
droit voisin de Dormeil & de Moret ;
d'où je conclus que fa Remarque est
trop foiblement appuye'e pour qu'on
puisse y avoir égard , &c que si Latofaon'est
pas Lifou , il faut continuer à avouer
avec le Pere Daniel qu'on ne connoîe
plus ce Latofao.
Comme cette Observation tend à ôter
au Diocèse de Sens un endroit mémora
ble que M. Maillard a essayé de lui at
tribuer, je fuis bien aise de lui assigner
' en dédommagemenr un autre lieu plus
célèbre , & qui mériteroit d'être regar
dé avec distinction par les Historiogra
phes de France. C'est le lieu que nos^
anciennes Chroniques , nos Annales Sc
certaines Chartes appellent A4ap>loecnmt,
Aí ■npìlacum Afanfolagum. J'en ai déja
touché quelque chose dans une Note qui»
est au bas de la page 87 du Mercure
de Janvier 1725. Mais comme il n'y a
gueres que les curieux & les personnes,
studieuses qui lisent ce qui est au bas des
pages , j'ai crû devoir m'étendre un peu
plus fur ce point Topographique. Le
HJjet est d'autant plus digne d'attention
que:
FEVRIER. 1730. 213
que 1c Perc Mabiilon avoue dans son cjuatriéme
Livre de la Diplomatique\, qu'il
n'a pû découvrir quel lieu est ce Masolacum
, & que lc P. Ruinart en publiant
Fredegaire , de'clare qu'il ne le connoîc
pas davantage. Ignotus mihi Aianfolaci
fttus , dit le Pere Mabiilon. Hujus Viíl*
Jîtns ignotus est , dit le Pere Ruinart.
Cet endroit n'étant pas un fimple Vil
lage du commun , mais une terre dis*
ringuée par un Palais R oyal , ne doit
pas être non plus , par conséquent , de
ceux qui peuvent rester dans l'obsciuké.
Les Antiquaires qui aiment à suivre la
marche de nos Rois ne peuvent regardée
comme indifferens dans la Géographie
les lieux où ils se retiroient queîquefoisì
soit pour y prendre le divertissement de
la chasse , soit- pour y tenir leurs Etats ,
oti y faire quelqu'autre action éclatante.
Aíaffolacurn est dans ce cas. Ce fut là^
que Clotaire II. fit comparoître l'an 6\ j.
devant lui le Patrice Alethée , lequel
n?ayant pû se purger des crimes dont il
étoit accusé } fut condamné à périr par
le glaive. Dagobert I. étant mort , ce
fcit aussi à Massolac que les Seigneurs de
Neustrie & de Bourgogne s'assemblèrent
pour proclamer Roi , son fils Clovis..
Ces faits font affectés par Fredegaire ,
Auteur du tems , Ôc depuis par Aimoin.
A*j M»is
ZT4 MERCURE DE FRANCE:
Mais où éroit situé ce Maffolac ? & cot»;
ment l'appclle-t'on aujourd'hui ? C'est
suc quoi je me suis déja déclaré en 1725,»
en marquant que c'est Maíky » à une
lieue de Sens. Dom Jean Mabillon die
que ce Maffolac a du être certainement
un Palais Royal du Royaume de Bour
gogne avant le Règne de Clotake I I.
Regni Burgunàici Palatium fuijse cons-
Ut. il le dit fans aíSgner le lieu où il ctoic
situé; mais le voisinage de Sens suffit pour
décider, que ce Palais étoit du même
Royaume que. Sens j & quoique je ne
veuille pas contredire ouvertement le
fçavant Pere Mabillon , je ne crois pas
qu'après la resolution prise par le Roi
Clotaire d'entendre les Chefs d'accusa*
tion contre un Patrice de Bourgogne y.
il fut nécessaire pour cela que l' Assem
blée se íint dans un Palais du Royau
me de Bourgogne , quoique ce Roi en
fut devenu le Maître, On voit que trois
ans après*, ce même Roi fit venir tous
les Evêques & Seigneurs de Bourgogne
au Palais de Boneuil proche Paris , qui
constament n'a jamais été Aa Royaume
de Bourgogne; Il suffisoit donc que ce
fut un lieu sur les limites des Royaumes
de Neustrie & de Bourgogne , comme
cn effet ce fut là que les premiers de
ces deux Royaumes élevèrent l'an 637»
FEVRIER. 1730. sijj
I la Royauté Clovis , fils de Dagobctr.
Or que ce fut dans le voisinage de Sens»
bous en avons une bonne preuve dans
un acte produit par le Perc Mabillon ,
Sec. j. BenediU. part. 2. p. 6 1 4 . on y
lit qu'Emmon , Archevêque de Sens , íc
servant de la présence d'un grand nom
bre d'Evêques assemblés en ce lieu l'an
£57. leur fit signer un Privilège con
cernant l'Abbaye de Saint-Pierre le Vif;
il est daté Mansolaco Curte Dowinica*
II étoit assez naturel à- un Archevêque
de saisir cette occasion , ayant le Roi &
les Evêques si proches de lui. On peur
dire que c'étoit comme le Fontainebleau;
de ce siecle-là ■, les. Rois de France y venoient
de tems en tems , & \& Cour y
étant , il éroit nécessaire que les Prélats,
qui avoient des affaires d'importance à
icgler , s'y transportassent. Clotaire III.
y étoic la troisième année de son Règne,
selon l'Acte ci deflus cité. Il y vint en
core la huitième année , & c'est de la
que fut daté un Oiplome de confirmation
de la terre de Larrey à l'Abbaye de Sains
Bénigne de Dijon qu'on trouve dans Pé
tard à l'an 6x7 > mais qui doit être placé
à l'an 660. comme l'a fait remarquer
le Pere Mabillon. Datum Masolapo in
íalatio nofl'-o. Si depuis ce tems là on
oc trouve plus de mention du Palais de
Massas
%\C MERCURE 0E FRANCE.
Maíïay , c'est qu'il fut peut- être dérruir
par les guerres des Sarrazins au siécle
suivant* Mais le nom de fa première
destination lui est toujours resté , puis
que des deux Maslay contigus , il y en
a un qui est appelle Mastay-le-Roy , ce
qui marque , comme dit le Privilège de
ì' Archevêque Emmon , un Territoire
Royal, Curtem Dominicain. Ces deux en*
droits font à l'Orient dliyver de la yûlede
Sens , fur la Rivière de Vanne , Sc
peu éloignf-s de la Forêt d*Othe qui
étoit alors fort vaste , & qui l'eft encore
assez. J'ai trouvé aux marges d'un Mar
tyrologe de la Cathédrale de Sens , écrit
au dixième siécle , quelques additions de
personnes notables décedees dans le mê
me siécle , & entr'autres une Hermengarde
, Dame de Maflay. XVII. KaLJunii
, obiit Hermengardis de Mafiiaco
Domina , anno Domini D. CCCC LV.
Ces additions font au plus tard d'une
écriture du XI. siécle. L'original est dans
la Bibliothèque de Saint-Benoît fur Loire,
It y a apparence que les deux Maflay
croient originairement une feule & mê
me terre , dont les guerres ont fait faire
des partages , en forte que l'un des Mas
lay s'est appelle le Grand-Maflay , &
l'autre le petit Maslay. Je ne sçai pour
quoi ce dernier est celui qu'on appc líe
autreFEVRTER.
i7Jo: a r
ffutrcment Mastay-le-Roy , ni pourquoi
celui qu'on surnomme le petit est échuau
Roi. Il arrive quelquefois que ce qui
est plus périr , quant au nombre des-
Feux & des Habirans , est d'un plus
grand produit pour le revenu à caufedes
dépendances. Quoiqu'il en soit , le
grand Mastay est nommé dans un His
torien de Sens , contemporain du Roy
Robert : C'est Odoran , Moine de Saint"
Pierre le Vif. Son Ouvrage seroit peutêtre
resté jusqu'ici dans l'obscurité , si cc
n'étoir que M. Jean Baptiste Oudinet
Prieur de l' Abbaye de .Saint ■« Marien
de notre Ville , se fit un plaisir de
le communiquer à Dom Mabillon. Il
renferme plusieurs parricularitez qui ne
font pas indifférentes- à l'Histoire du
Roi Robert, & que je tais parce qu'elles
ne font rien à mon sujet. On peut les
voir au second volume du VI siécle Bé
nédictin. Cer Ecrivain rapporrant dansfbn
ii. Chapitre la punition d'un hom
me qui fit un faux ferment dans l'fgliso
de S. Savinien, proche Sens , dit que cet
homme étoit nomim Rothb rthiti in vicin*
ortus villa , cm nomen JUaftiacm Aft jor
dédit antlcjuitau le Moine C.larius,de
la mime Abbaye de S. l ierre le vif , qui
vivoit cent ans après Odoran , rapportant
dans fa Chronique, imprimée au II. lo
vas
tit MERCURE DE FRANCE:
me du Specilege , les violences qu'on em
ploya l'a n 10 j 2. pour obliger les Senonois
de recevoir Gelduin , que le Roi
Henry I. leur avoit donné pour Evêque ,
dír que ce Roi se transporta en personne
sur les lieux > qu'il vint assiéger la Ville de
Sens,& que ce fut au Grand-Mastay qu'il
fit camper son armée : Rex copiosum exerçitam
applicuit y & in villa qut Maftiacus
M.ijor dicitur cafi'a p»s»it. Ces trois té
moignages prouvent que dans le X.XI. &
XII. siécles on disoit encore dans le pays
M.ifliacHS , qui e'toit une expression moins
éloignée de Moefolacut. Mais dans les fic
elés suivans on commença à corrompre
ee mot de plus en plus. Je trouve dans
un Manuscrit de la Bibliothèque de la Ca.-
thédrale de Sens, qui est du XIII. siécle,
qu'il est fait mention en ces termes du
Maire de Maílay-le- Vicomte & de l'Eglise
de Maíliy-le-Roy : Aíajori de Mas-
Uio-Vicecomiús . & Ecclejit, de MaJIcìo
Régis. Au reste il ne doit pas paroître sur
prenant que l'on ait corrompu Mafìlacurn
en Míijliacum & Majlciam : ces deux ma
nières de latiniser ce nom dans les bas
siécles , marquent que dans le langage
vulgaire on faisoit. la première syllabe
longue comme aujourd'hui , si on ne proaonçoit
pas la lettre S , ce qui est d'au
tant plus véritable que les Titres François
FEVRIER. ï7jo. 219
da XIV. siécle mettent un second a pouc
tenir la place de la lettre S , ensorte qu'on
y lit ce mot ainsi écrit ; Maalay. U est na
turel que dès-là qu'on réduit plusieurs
syllabes à n'en former qu'une , cette syl
labe devienne longue de prononciation»
Quant à la terminaison en ay , il est vrai
que de nos côtez elle est moins communa
que celle en y, qui nous vient de tous
les- noms deg lièux finissant en latin pas
iacurn ; cependant il reste encore dans dis*
ferens cantons de la Province Senonoifs
des noms de lieu en ay qui viennent du
latin iacum ou acam . . . Nous avons dans
notre Diocèse , presque sur les bords da
la Loirp, Mannay qui s'appelloit Man-,
nacum í au sixième siécle, Annay qui se
disoit en latin au neuvième siécle Abundiacum
, & Seignelay, qui est un endrok
fort connu , Seligniacum. Dans le Diocèser
de Senion trouve Bray& Lorayidont les
noms latins ne Yont autres que Braiacum
&cLoriacum. Je ne puis donc croire qu'il y
ait lieu de douter du côté de l'analogie
des deux Langues , que Mallay ne vienne
de Afafolacnrn. Les Antiquaires font obli
gez d'admettre des noms qui sont encore
plus méconnoissibles & moins «pportans
l'un à l'autre. Je n'ái passé qu'une
seule fois dans le grand Maflay , & j'ajr
apoerçji que la Plaine de ce lieu est très*
fertile
iià MERCLÎRÈ DÈ FRAftCÉ.x
fertile. La Rivière de Vanne entoure cti^s
tierement ce Bourg & erl fait une verira^
ble Isle. Comme cette Rivière ne tatis
gueres, elle contribue beaucoup à rendre
cet endroit verdoyant & fort gai en été.
Le petit Maflay est un peu plus vers l'Otient
, la Rivière entre deux. Plus haut
est le Village de Teil , que je pourrois enquelque
forte qualifier d'ancienne Mai
son Royale, en me fondant fur le texta
d'Odoran, quoique te P. Mabillon n'en
ait fait aucune mention. Odoran rap
porte dans son 2 6. Chapitre , que Teil
rut le lieu de la résidence de la ReineConftance
pendant tout le temps que lc Roi
Robert employa à faire son voyage de
Rome. Faïium efi dum quadam terr.port
Robmtts Rex Romam peteret , ut Cons'
tant'ta Regina un à cum filio sue Hagent
parvalo Tille remaneret. Peut être que
Mâlay s'étendbit autrefois jufques-là. Au
moins il est certain que Teil fait encore
partie de k Châtellenie de Mâ!ay-le-Roi«
Cette Châtellenie fut échangée par Phi
lippe le Bel avec Marie Comtesse de Sancerre
, & l'échange fut ratifié au mois
d'Août 1318. par Philippe le Long ,en
faveur de Thibaud & Louis de Sancerre.
M. Couste, Lieutenant Civil & Particu
lier de la Ville de Sens , qui possède une
gartie de cc Mâ-lay , m'apprend par le
Me
FEVRIER. i7jo. ni
Mémoire qu'il a eu la bonté de m'envoyer,
que dans les Titres d'échange & de ra*
tification , ce lieu est écrit Maalay-le-Roi.
II ajoûte que cette Châtellenie appartint
depuis cet échange à un seul Seigneur ,
qui ayant eu huit enfans , en fit le par
tage entre eux dès son vivant ; ce qui est;
cause qu'elle est aujourd'hui divisée etï
sept ou huit portion ì. Et quoiqu'il ob
serve que Mâlay-Ie-Roy , dent la Châtel
lenie porte le nom ,soit le plus petit dessept
Villages qui la composent , & que le
Siège du Bailliage soit à Teil , cela ne doit
point cependant empêcher de croire que
tout ce terrain n'ait été un territoire Royal
dans le temps que j'ai marqué cy-dessus.
Cette supériorité de Seigneuries se trouve
même appuyée par le nom de Villiers-
Louis, qui est un des sept Villages, & qui
est contigu à Mâlay-lc-Roy. Au reste si
cette Châtellenie relevé aujourd'hui de»
Comtes de Joigny , ce n'est que depuis
k Règne de Philippe V. Ce Prince céda
cette Mouvance à Jean Comte de Joigny
en 1 3 r 7. pour avoir la Mouvance de Châ
teau-Renard , qui appartenoit au Comte
de Joigny. Je ne sçai si ce que Nicole
Gilles, Belleforelt& Chappuis, prennent
pour un retranchement fait à Mâlay par
les Anglois au XIV. siécle , ne seroit point
un vestige de l'enceiate daChâteau de nos
Roisïti
MERCURE DE FRANCK
Rois de la première Race , ou du tcrraírf
vqui fut occupé par les Troupes du Rot
Henry I. lorsqu'elles campèrent à Mâlay.
il s'est conservé au Grand- Mâlay , autre
ment dit Mâlay- Ie-Vicomte , une Tradi
tion que S. Agnan Evêque d'Orléans étoit
natif de ce lieu. Tel a été le sentiment de
M. Tripaut, Avocat d'Orléans. On écrit
cependant plus communément que saint
Agnan étoic né à Vienne en Ôaufiné,
plutôt que dans cette Bourgade de la Ri
vière de Venne. Il resterok a examiner s'il
fi 'y a point eu de méprise d'un nora pout
un autre , à cause de la ressemblance des
noms de Venne & de Vienne. Mâlay- le-
Vicomte a été de la Commune de Sensjusques
fous Louis le Gros ; c'est aujour
d'hui une Prévôté Royale : 5c M. le Duc
de Bourbon en nomme tous les Officiers,
soit comme étant aux droits du Vicomte,
ou comme jouissant du Domaine de Sens
& de la Banlieue.
En finissant ces Observations , je reçois
de M. Ferrani , l'un des fçavans Cures
du Diocèse de Sens , Doyen Rural de Marolles
, un Mémoire qu'il a rédigé , fur la
Rivière dont Fredegaire & Aimoin font
mention par rapport à la Bataille qui y fut
donnée en l'an 600. La remarque de
M. Maillard , inférée dans le Journal de
Verdun , m'ayanc engagé à fake des perFEVRIER.
1730.. 11}
quisuions , tant pour constater la choie
que pour corriger ce que j'ai mal mis
moi-même en vouse'crivant fur les lumieres
Célestes qui furent vues l'année de
cette Bataille; (a) je reconnois ne les avoir
point faites inutilement , & qu'il seroit
bon que ceux , qui dans la fuite youdronc
donner une Edition de S. Grégoire de
Tours , de Fredegairc & de toutes nos ar» •
ciennes Annales Latines avec des Notes,
prissent la peine ou de se transporter suc
les lieux ou de faire venir des mémoires
exacts. J'avoue que j'ay e'té trompé en
1716. par la Note de Dom Ruinart fur
la Rivière Aroanna , que j'avois mal com
prise à cause du nom François d'Ouainc
qu'il lui donne. Ce n'est ni de la Rivière
d'Ouaineen Gâtinois ni de celle de Vanne
en Senonois , qu'il faut entendre ce qui
est dit de la Bataille où Clotaire II. suc
défait ; mais de la Rivière qui passe à Dor--
melle même. ( On dit Dormelle dans le
pays , & non Dormeil. ) Elle prend fa
source à trois quarts de lieue" au-dessus
de Dollot , qui est la Cure de M. Fer^
rand , Auteur des Remarques que je vais
rapporter , mais dans la Paroisse de saint
Valerien. Au bout de cent pas , fortifiée
par plusieurs fontaines , elle fait tourfa)
Mercure de Utvembrt vji.6' i4*á«
nef
iî4 MERCURE DE FRANCE,
jner un moulin. Jusques là , elle n'a que
le nom 1 de Fontaine de Saint - Biaise ,
à cause d'une Chapellû voisine de la source
.mais au-dessous du moulin , elle com
mence à s'apeller la Rivière d'Orvanne.
Elle passe ensuite à Dollot , à Valéry ,
JBlennes , Diant , Vaux , Ferrotes > Fla~
gis,Dormelle, Château-Saint-Ange ,8c
va former l'e'tang de Moret, dans le
quel elle est absorbée ; puis delà elle se
décharge dans le Loin , un peu au-dessus
.de Moret i le tout fait l'étenduè" de six
lieues de pays. Le Vallon que cette pe
tite Rivière arrose s'appelle le Vallon
d'Orvanne , & les Paroisses qui y font
k jîtuées ou contigues s'appellent de même
les Paroisses de la Vallée d'Orvanne. On
assure que tous les Contrats de partages
& de ventes dans tous ces pays là n'appellent
point cette Rivière autrement
que la Rivière d'Orvanne. Ce qu'il y a
de singuliers que le nom de cette même
Rivière change dans la bouche de plusieurs
personnes au delà de Dormelle , &
près de fa décharge dans l'Etang de Mo
ret. En ces lieux- là on Pappelle quelque
fois la Rivière de Ravanne , & ce font fur
tout les Paysans voisins de cet Etang qui
lui donnent ce nom , parce qu'au-dessus de
cet Etang elle passe dans un Château assez
distingué, appelle k Château de Rnvanne,
donc
\
FEVRIER. 1750. 22$
dont elle traverse les Jardins , y formant
outre sonCanal,des pieces d'eau trés agréa
bles. Mais si l'on remonte une lieue plus
haut , on voit que ce nom est inconnu.
Au dessus de ce Château 6V une de
mie lieue au-dessous de Dormelle, est la
belle maison de feu M. de Cajumartin ,
bâtie sur la croupe d'une Montagne. Cette
maison s'appelle le Château Saint- Ange.
C'est peut-être l'endoit -où se donna la
Bataille, super fluvium Arvennam nec procul
a Doromdlo vico, ainsi que dit Aimoin.
Cette lecture du mot Arvenna est plus
exacte que celle du mot Aroanna em
ployée dans Fredegaire de la derniere Edi
tion. 11 est incontestable par le moyen de
cet éclaircissement qu'il s'agit dans Fre
degaire & dans Aimoin de la Rivière <sPO»
vanne , qui plus anciennement a dû. être
prononcée Arvanne. Il faut abandonner
en cette occasion la Rivière d'O'ùaine
(Odona ) qui est éloignée de Dormelle de
plus de huit lieues. Le P. Daniel a eu
raison de dire que la Bataille fut donnée
sur une Rivière qui se jette dans le Loiiam
au-dessus lie Moret; mais il s'est trompé
en lui donnant le nom de Rivière d'Oiiaine
, aussi-bien que le P. Ruinart. On doit
en être convaincu par la raison que je
viens de rapporter -, celle d'Odaine étant
bjçn différente, puisqu'elle prend sa source '
% i4 MERCURE DE FRANCE,
à quatre lieuës d'Auxerre , & qu'elle va
/e jetter dans le Loiiain , au-deflus de
Montargis. Ce n'est point non-plur la
Rivière de Vanne , comme le Père le Com
te à l'an £eo. Num. i. semble l'avoir
crû après le Président Fauchet. Encore
moins faut -il aller chercher cette Rivière
dans le Pays du Maine , où il y a un traî
na fiuviolus. II faut quelque chose de plus
que la ressemblance des noms dans leLatin,
pour pouvoir avec fondement e'ioigner de
ros quartiers le Théâtre de cette guerre,
A Auxerre ce 18. May 172.8.
ADDITION.
Après avoir envoyé ces éclairciíTemem
aux Auteurs du Mercure, j'ai eu occasion
d'aller à Paris. Comme le cours de la Ri*
viere d'Or vanne est collatéral à celui de 1»
Rivière d'Yonne , & n'est éloigné du
grand chemin que de deux lieuës ou en
viron , je n'ai pas manqué de vérifier par
moi-même avant que de me rendre dans
la voiture publique, le Mémoire de M. le
Prieur de Dollot. Je l'ai trouvé*' très- juste
à un article près } j'ai remarqué en mêmetemps
que nés Géographes mettent sou
vent à droite d'une Rivière ce qui est à
gauche , ou qu'ils font quelquefois tout
Je contraire. C'est pourquoi si vous avez
U
FEVRIER. i7jo; M7
Ja Carte du Diocèse de Sens dressée par
Samson , vous pouvez en touce fureté ,
yous & vos amis, y faire les corrections
suivantes. Mettez la source de la Rivière
d'Orvannc à une portée de Mousquet du
Bourg de Saint Valerien, à POtient d'Eté; '
mettez ensuite Dollot à droite , comme
a fait le Géographe , mais à gauche du
Ruisseau. Vallery est bien placé dans les
Cartes. C'est un lieu célèbre par fa destin
nation à la sépulture des Princes de la
Maison de Condé. Plus bas à droite est:
Blenne,mal nommé Blaineux par Samfonj1
plus bas encore est Diant. Ensuite à gau
che est le Bourg de Voux, qui çst ferme
de murs, & que les Cartes ont tort de re
présenter comme un simple Hameau.
Après Voux & du mime côté le Villa
ge de Ferrotes , & plus bas encore ì
gauche est le Bourg de Flagy , qui a du
coté du Midi des níurs si élevez & si con
sidérables pour leur épaisseur , qu'on U
peut comparer à ceux des plus anciennes
Villes. Ce Bourg a été cependant fort en
dommagé par les Huguenots , ainsi que
l'Eglise du lieu en fait foi. Au sortir de
Flagy on voit à gauche une Plaine qui
règne jusqu'auprès de Dormelle. Ce der
nier Village est fur une éminence. On
passe la Rivière d'Orvanne fur un
Pont, &dps lois on cesse d'en suivre le
, B cours.
ni MERCURE DE FRANCE,
cours. Lorsqu'on a atteint le haut <kp
Coteau, on apperçoit encore une autre
Plaine à droite , laquelle s'étend dti
<ôré de rOtient & dfi Septentrion. Il y
a plus d'apparence que ce fut en cette
derniere Plaine que fut donne'e la Ba
taille de Dormelle , en tirant vers le
Village de Fossar 3 dont le nom vient
peut-être à Fojsario Jeu loco Fojfitrum. Ce
.que j'ai lemarqué plus loin après avoir
laissé le Village de Montarlpt i gauche,
«e s'accorde plus ayee le Mémoire dont
je vous ai parlé. Il ne m'a point paru que
la Rivière d'Orvanne se jettât dans un
Etang-, c'est elle qui forme cette es
pèce d'Etang par le moyen des murs Sfi.
des Ecluses qui fervent à retenir ses eaux,
Cette Rivière ayant repris ensuite fa pre
mière liberté , ne va point se jettes dans
le Loiiain si tôt que Messieurs Samson
& Deíifle l'ont marqué dans leuts Cartes ;
ce n'est point au-dessus de Motet qu'elle
s'y jette , mais au-dessous } presque vis-àvis
sangle Septentrional des murs de cette
petite Ville ; desorte qu'il y a à More*
Jeux Ponts l'un au bout de l'autre; le plus
grand pour la Rivière de Loiiain au bout
duquel est le Prieuré de Pont Loii f Pons
Lupa; (c'est le nom de la Rivière qui
joint le Canal de Briare à la Seine Lupa-
/ámnis) & l'autre petit Pont est fur la. Ri
vière,
FEVRIER. 1740: 139
viere d'Orvanne. C'est ainsi qu'en une
matinée de temps j'ai eu le plaisir de voie
cette Rivière depuis fa source jusqu'à son
embouchure , avec tout ce qu'il y a de
-curieux sur les bords de la Vallée à laquel
le elle donne son nom.
Ce 15. Juillet 1718.
Sur le lieu où furent données deux Ba
tailles -en France, les années 595. &
600. & fur un ancien Palais de nos
Rois de la première Race , duquel
personne jusqu'ici n'a assigné la situa
tion. Paf -M' le Beuf , Sous-Chantrt
& Chanoine de V Eglise d' Auxerre.
E Journal de Verdun du mois
de Mars dernier , nciis a com
muniqué une Remarque faite
un habile homme , touchant l'en-
A ij droit
%o6 MERCURE DE FRANCE;
droit où fut. donnée une Bataille l'an 59^.
ou 597. entre les Troupes de Clotaire
II. Roi de Soissons & de Paris , fils de
la Reine Fredegonde , d'une part , & les
Troupes de Theodebert II. Roi d'Auftrasie
, jointes à celles de Thierry II. Roi
d'Orléans & de Bourgogne. Ce lieu se
trouve appellé Latofao dans les Impri
més de la Chronique , connue fous le
nom de Fredegaire, M. Maillard , Avo
cat , Auteur de la Remarque du Jour
nal j observe que le Pere Daniel dit qu'on
ne connoît plus ce lieu ; mais que le
Pere Ruinart a marque dans ses Notes
(at Fredegaire que feion quelques uns
ce Latofao est dans le Diocèse de Sens.
Cette désignation générale ne satisfait
point le Lecteur. On aime à voir les
«hoses indiquées plus particulièrement.
C'est ce que tache de faire M. Maillard,
en produisant un garant pour la situa
tion de çe lieu dans le Diocèse de Sens.
Xe garant qu'il croit suffisant est l'Histoire
du Gâcinois , écrite il y a cent ans
par Morin , Grand-Prieur de perrières.
C'est un Ouvrage où , à la vérité , il y
z quelque chose à apprendre } mais en
prenant les précautions nécessaires >
c?cst-à-dire , en vérifiant la plupart des
choses qu'il avance , il y a lieu de se
/défier de tout ce qu'il produit , fans
FEVRIER. i7jo. So?
én apporter la preuve ; Sc je ne vois
pas qu'on puisse fonder fur son simple
témoignage un fait aussi ancien qu'est
celui en question. Cet Historien est fi
peu exacb , & si rempli de fautes , que
dès le premier mot du Chapitre où il
parle de ce Latofao , il dit que Moret
& Doromel font la même chose selon
Aimoin , ce qui est doublement faux ,
puisqu'Aimoin ne parle aucunement de
Moret , lib. 3. e. 8 8. & que Dormèil,
loin d'être Moret , en est éloigné de
trois lieues ou environ.Le PereLe Cointe
die aussi à l'an 596. num. 4. que quel
ques nouveaux Auteurs placent ce La
tofao dans le Diocèse de Sens. ïl ne les
eite point par leur nom , & on ne
connoît que Morin qui ait avancé cette
opinion. C'est lui apparemment que le
Pere Le Cointe a en vue. Mais avec ust
peu d'attention , on s'apperçoit aisément
que ce qui a conduit Morin dans le sen
timent qu'il embrasse sur la Bataille de
Latofao , est que Dormeil , où il s'en
donna quatre ans après une seconde ,
est situé dans le Diocèse de Sens , 8c
peu éloigné de Moret. Pour moi , je
fuis d'un sentiment bien opposé au sienj'
je prétends que les Places où se don
nèrent ces deux Batailles ne font point
si voisines } & que comme l'iflue en suc
A Uj diffe2
»8 MERCURE DE FRANGE;
différente , le terrain en fut aussi fors
diffèrent. Dans celle de Latefao de Pan
y 9 6. c'est Clotaire qui parent aggiesfeur
& qui vient fondre fur les Armées de
Theodeberr & de Thierry , qu'il taille
en pieces. Dans celle de Dormeil , ce
font Theodeberr & Thierry qui venant
à leur tour contre Clotaire , lui rendi
rent la pareille , & mirent toute son
Armée en déroute. Il paroît plus natu
rel que la première Bataille se soit don
née sur un terrain appartenant à Theo
deberr ou à Thierry , de même que la
seconde fut donnée vrai- semblablement
dans un lieu des Etats de Clotaire. U
ne faut point s'astreindre tellement aux
noms marques dans les imprimés de la
Chronique de Fredegaire , qu'on ne
puisse avouer que quelquefois ces noms
ont été mal écrits par les Copistes. Que
penser de certains noms propres dont il
est fait mention dans cet Ecrivain , lors
que l'on voit que dès le titre de fa' Chro
nique , qui étoit intitulée .• Extrait de
FHiftoire de S. Grégoire de Tours , du
mot Greji , les Copistes les plus anciens
avoient fait G >-aec , & de Turonici 3 il*
avoient fait Thoromachi ? Le Pere Ruinart
fait cette Observation dans son ex
cellente Préface, num. 137. Aidons un
peu à la lettré , & voyons si dans la mê
me
FÉVRÏÉR. trtú. ioj
iiie Chronique ou dans ses Continua
teurs , il n'y a pas encore d'autre Ba
taille donnée dans un lieu d'un nom ap*
prochanr. Je découvre par le mûyen des;
íçavantes Notes du P Ruinart , que
l'endroit où le second Continûareur mar
que une Bataille donnée en 680. & que
les imprimés appellent mal Locofico ;
est nommé dans les manuscrits Locofaa
ou Lnfmo , & autrement Lucofaco Lttu _
eofngo 5 je le trouve aussi appelle Luco*
fao dans l'Hiftoirc d'Aimoin. Comme le
Manuscrit des Continuateurs de la Chro
nique , & celui du premier Auteur n'ont
pas toujours paíté par les mêmes mains,
il ne fau! pas s'étonner de la petite dif
férence qui se trouve entre Latofao 8c
Lacofao. Mais je croirois volontiers que
c'est un seul & même endroit ; il s'agit
d'abord d» fixer fa situation. Dom Thierry
Ruinart dit que Monsieur Valois n'a pas
connu cet endroit , mais que ce pour*-
roit être Loixi en Lannois ; il ajoûtfr
ensuite , que cependant il paroîtra à
d'autres assez vrai-semblable , que ce liea
est celui dont prie l'Histoire des Evê
ques d'Auxerre , & qu'elle dit être situé
dans le Pays de Toul. Cette Histoire
e'crite fous le Règne de Charles le Chau-
▼Cy, rapporte que Hainmar , Evêque
d'Auxerre vers l'an j6y ayant été con-
A, iiij duir
ïio MERCURE DE FRANCE:
duit par ordre du Roi sur de faux rap^
porcs à Bastognes , dans la Forée des
Ardennes , fut adroitement tiré de cette
prison par un de ses neveux ; & que
comme il íe sauvoit à cheval , il fut sur
pris & arrêté à Lufaiis , dans le Pays de
Toul , où se£ ennemis en firent un Mar
tyr. Adverfarii infequentes in loco qui
Lufaiis dieitur , j» Pago Tullenfì , eum
conficuti funt &c. Il semble qu-'il ne fauc
point chercher ailleurs ce Lufaiis que
dans le Diocèse de Toul ; ainsi c'est in
failliblement ce qu'on appelle aujour
d'hui Lifou, Il y a Lifou le grand & Lifou
le petit , qui font deux Villages contigus,
à six ou sept lieues de Joinville r
vers L'Orient , tous les deux dans le Dio
cèse de TouL , & dans l'ancienne Austrasie.
Le nom de Lifoldium , que le
P. Benoit , Capucin , leur donne dans son
nouveau Pouiller de Toul, ne m'arrête
aucunement , pareeque j'ai connu que
dans beaucoup d'articles , il a latinisé les
noms fur le François , & que lorsque la
terminaison d'un nom étok susceptible
de deux différentes inflexions Latines ,
il a souvent pris la moins fondée dans
l'antiquité , & a laisse l'autre qui-lui étoit
inconnue*. Telle est la derniere syllabe
du nom Lifou ou Lufou , laquelle n'a
pas été formée de l' Allemand Bold , mais
d»
FEVRIER. 1730. m
du Latin Fagus. A l'égard de la première
syllabe , il est plus probable qu'elle vient
du mot Lhcus que d'aucun autre , & je
me persuade que quiconque est au sait
de la formation des noms propres des
lieux , ne fera aucunement surpris que
de LucasAgus , on ait fait Lifou , qui
auparavant étort écrit & prononcé Luc*
foug 3 soit que ce mot vienne de Leucorum
Fagus , ou de Lucus Fagorum. Je
laisse au Lecteur à juger sì Lifou, quia,
plutôt été le Théâtre de la Guerre de
tan 6 S o. qu'aucun autre lieu , n'est pas
aussi l'endroit de la Bataille de l'an j^óV
puisqu'il étoit dans les Etats de Theodebert
, où il est plus vrai semblable que
Clotaire envoya ses Troupes , que noa
pas dans fes propres Etau , à 1 5. ou
16. lieues de Paris. On pourroit m'objecter,
que qUandmême il seseroit donné
une Bataille à Lifou cn l'an £80. il ne
s'ensuivroir pas delà qu'il s'y en soit aussi
donné une en ^96. Qu'inferec l'un de
l'autre , c'est retomber dans le deffauc
de raisonnement que je blâme dans Morin.
Mais la différence qu'il ya, est que
Latofao & Lucofao , ou par abrégé L«-
fao , se ressemblent si fort , qu'à moins
qu on ne trouve un lieu véritablement
nommé Latofao , diffèrent de Lifou , on
est toujours bien fondé à croire que c'est
A v le
212 MERCURE DE FRANCE.
le même. M. Maillard avoiie qu'on ne
connoît point de lieu appelle' Latofao
où Morin dit qu'il y en a un. II ne pro
duit non plus aucun titre , ni aucune
Histoire qui donne ce nom à aucun en~
droit voisin de Dormeil & de Moret ;
d'où je conclus que fa Remarque est
trop foiblement appuye'e pour qu'on
puisse y avoir égard , &c que si Latofaon'est
pas Lifou , il faut continuer à avouer
avec le Pere Daniel qu'on ne connoîe
plus ce Latofao.
Comme cette Observation tend à ôter
au Diocèse de Sens un endroit mémora
ble que M. Maillard a essayé de lui at
tribuer, je fuis bien aise de lui assigner
' en dédommagemenr un autre lieu plus
célèbre , & qui mériteroit d'être regar
dé avec distinction par les Historiogra
phes de France. C'est le lieu que nos^
anciennes Chroniques , nos Annales Sc
certaines Chartes appellent A4ap>loecnmt,
Aí ■npìlacum Afanfolagum. J'en ai déja
touché quelque chose dans une Note qui»
est au bas de la page 87 du Mercure
de Janvier 1725. Mais comme il n'y a
gueres que les curieux & les personnes,
studieuses qui lisent ce qui est au bas des
pages , j'ai crû devoir m'étendre un peu
plus fur ce point Topographique. Le
HJjet est d'autant plus digne d'attention
que:
FEVRIER. 1730. 213
que 1c Perc Mabiilon avoue dans son cjuatriéme
Livre de la Diplomatique\, qu'il
n'a pû découvrir quel lieu est ce Masolacum
, & que lc P. Ruinart en publiant
Fredegaire , de'clare qu'il ne le connoîc
pas davantage. Ignotus mihi Aianfolaci
fttus , dit le Pere Mabiilon. Hujus Viíl*
Jîtns ignotus est , dit le Pere Ruinart.
Cet endroit n'étant pas un fimple Vil
lage du commun , mais une terre dis*
ringuée par un Palais R oyal , ne doit
pas être non plus , par conséquent , de
ceux qui peuvent rester dans l'obsciuké.
Les Antiquaires qui aiment à suivre la
marche de nos Rois ne peuvent regardée
comme indifferens dans la Géographie
les lieux où ils se retiroient queîquefoisì
soit pour y prendre le divertissement de
la chasse , soit- pour y tenir leurs Etats ,
oti y faire quelqu'autre action éclatante.
Aíaffolacurn est dans ce cas. Ce fut là^
que Clotaire II. fit comparoître l'an 6\ j.
devant lui le Patrice Alethée , lequel
n?ayant pû se purger des crimes dont il
étoit accusé } fut condamné à périr par
le glaive. Dagobert I. étant mort , ce
fcit aussi à Massolac que les Seigneurs de
Neustrie & de Bourgogne s'assemblèrent
pour proclamer Roi , son fils Clovis..
Ces faits font affectés par Fredegaire ,
Auteur du tems , Ôc depuis par Aimoin.
A*j M»is
ZT4 MERCURE DE FRANCE:
Mais où éroit situé ce Maffolac ? & cot»;
ment l'appclle-t'on aujourd'hui ? C'est
suc quoi je me suis déja déclaré en 1725,»
en marquant que c'est Maíky » à une
lieue de Sens. Dom Jean Mabillon die
que ce Maffolac a du être certainement
un Palais Royal du Royaume de Bour
gogne avant le Règne de Clotake I I.
Regni Burgunàici Palatium fuijse cons-
Ut. il le dit fans aíSgner le lieu où il ctoic
situé; mais le voisinage de Sens suffit pour
décider, que ce Palais étoit du même
Royaume que. Sens j & quoique je ne
veuille pas contredire ouvertement le
fçavant Pere Mabillon , je ne crois pas
qu'après la resolution prise par le Roi
Clotaire d'entendre les Chefs d'accusa*
tion contre un Patrice de Bourgogne y.
il fut nécessaire pour cela que l' Assem
blée se íint dans un Palais du Royau
me de Bourgogne , quoique ce Roi en
fut devenu le Maître, On voit que trois
ans après*, ce même Roi fit venir tous
les Evêques & Seigneurs de Bourgogne
au Palais de Boneuil proche Paris , qui
constament n'a jamais été Aa Royaume
de Bourgogne; Il suffisoit donc que ce
fut un lieu sur les limites des Royaumes
de Neustrie & de Bourgogne , comme
cn effet ce fut là que les premiers de
ces deux Royaumes élevèrent l'an 637»
FEVRIER. 1730. sijj
I la Royauté Clovis , fils de Dagobctr.
Or que ce fut dans le voisinage de Sens»
bous en avons une bonne preuve dans
un acte produit par le Perc Mabillon ,
Sec. j. BenediU. part. 2. p. 6 1 4 . on y
lit qu'Emmon , Archevêque de Sens , íc
servant de la présence d'un grand nom
bre d'Evêques assemblés en ce lieu l'an
£57. leur fit signer un Privilège con
cernant l'Abbaye de Saint-Pierre le Vif;
il est daté Mansolaco Curte Dowinica*
II étoit assez naturel à- un Archevêque
de saisir cette occasion , ayant le Roi &
les Evêques si proches de lui. On peur
dire que c'étoit comme le Fontainebleau;
de ce siecle-là ■, les. Rois de France y venoient
de tems en tems , & \& Cour y
étant , il éroit nécessaire que les Prélats,
qui avoient des affaires d'importance à
icgler , s'y transportassent. Clotaire III.
y étoic la troisième année de son Règne,
selon l'Acte ci deflus cité. Il y vint en
core la huitième année , & c'est de la
que fut daté un Oiplome de confirmation
de la terre de Larrey à l'Abbaye de Sains
Bénigne de Dijon qu'on trouve dans Pé
tard à l'an 6x7 > mais qui doit être placé
à l'an 660. comme l'a fait remarquer
le Pere Mabillon. Datum Masolapo in
íalatio nofl'-o. Si depuis ce tems là on
oc trouve plus de mention du Palais de
Massas
%\C MERCURE 0E FRANCE.
Maíïay , c'est qu'il fut peut- être dérruir
par les guerres des Sarrazins au siécle
suivant* Mais le nom de fa première
destination lui est toujours resté , puis
que des deux Maslay contigus , il y en
a un qui est appelle Mastay-le-Roy , ce
qui marque , comme dit le Privilège de
ì' Archevêque Emmon , un Territoire
Royal, Curtem Dominicain. Ces deux en*
droits font à l'Orient dliyver de la yûlede
Sens , fur la Rivière de Vanne , Sc
peu éloignf-s de la Forêt d*Othe qui
étoit alors fort vaste , & qui l'eft encore
assez. J'ai trouvé aux marges d'un Mar
tyrologe de la Cathédrale de Sens , écrit
au dixième siécle , quelques additions de
personnes notables décedees dans le mê
me siécle , & entr'autres une Hermengarde
, Dame de Maflay. XVII. KaLJunii
, obiit Hermengardis de Mafiiaco
Domina , anno Domini D. CCCC LV.
Ces additions font au plus tard d'une
écriture du XI. siécle. L'original est dans
la Bibliothèque de Saint-Benoît fur Loire,
It y a apparence que les deux Maflay
croient originairement une feule & mê
me terre , dont les guerres ont fait faire
des partages , en forte que l'un des Mas
lay s'est appelle le Grand-Maflay , &
l'autre le petit Maslay. Je ne sçai pour
quoi ce dernier est celui qu'on appc líe
autreFEVRTER.
i7Jo: a r
ffutrcment Mastay-le-Roy , ni pourquoi
celui qu'on surnomme le petit est échuau
Roi. Il arrive quelquefois que ce qui
est plus périr , quant au nombre des-
Feux & des Habirans , est d'un plus
grand produit pour le revenu à caufedes
dépendances. Quoiqu'il en soit , le
grand Mastay est nommé dans un His
torien de Sens , contemporain du Roy
Robert : C'est Odoran , Moine de Saint"
Pierre le Vif. Son Ouvrage seroit peutêtre
resté jusqu'ici dans l'obscurité , si cc
n'étoir que M. Jean Baptiste Oudinet
Prieur de l' Abbaye de .Saint ■« Marien
de notre Ville , se fit un plaisir de
le communiquer à Dom Mabillon. Il
renferme plusieurs parricularitez qui ne
font pas indifférentes- à l'Histoire du
Roi Robert, & que je tais parce qu'elles
ne font rien à mon sujet. On peut les
voir au second volume du VI siécle Bé
nédictin. Cer Ecrivain rapporrant dansfbn
ii. Chapitre la punition d'un hom
me qui fit un faux ferment dans l'fgliso
de S. Savinien, proche Sens , dit que cet
homme étoit nomim Rothb rthiti in vicin*
ortus villa , cm nomen JUaftiacm Aft jor
dédit antlcjuitau le Moine C.larius,de
la mime Abbaye de S. l ierre le vif , qui
vivoit cent ans après Odoran , rapportant
dans fa Chronique, imprimée au II. lo
vas
tit MERCURE DE FRANCE:
me du Specilege , les violences qu'on em
ploya l'a n 10 j 2. pour obliger les Senonois
de recevoir Gelduin , que le Roi
Henry I. leur avoit donné pour Evêque ,
dír que ce Roi se transporta en personne
sur les lieux > qu'il vint assiéger la Ville de
Sens,& que ce fut au Grand-Mastay qu'il
fit camper son armée : Rex copiosum exerçitam
applicuit y & in villa qut Maftiacus
M.ijor dicitur cafi'a p»s»it. Ces trois té
moignages prouvent que dans le X.XI. &
XII. siécles on disoit encore dans le pays
M.ifliacHS , qui e'toit une expression moins
éloignée de Moefolacut. Mais dans les fic
elés suivans on commença à corrompre
ee mot de plus en plus. Je trouve dans
un Manuscrit de la Bibliothèque de la Ca.-
thédrale de Sens, qui est du XIII. siécle,
qu'il est fait mention en ces termes du
Maire de Maílay-le- Vicomte & de l'Eglise
de Maíliy-le-Roy : Aíajori de Mas-
Uio-Vicecomiús . & Ecclejit, de MaJIcìo
Régis. Au reste il ne doit pas paroître sur
prenant que l'on ait corrompu Mafìlacurn
en Míijliacum & Majlciam : ces deux ma
nières de latiniser ce nom dans les bas
siécles , marquent que dans le langage
vulgaire on faisoit. la première syllabe
longue comme aujourd'hui , si on ne proaonçoit
pas la lettre S , ce qui est d'au
tant plus véritable que les Titres François
FEVRIER. ï7jo. 219
da XIV. siécle mettent un second a pouc
tenir la place de la lettre S , ensorte qu'on
y lit ce mot ainsi écrit ; Maalay. U est na
turel que dès-là qu'on réduit plusieurs
syllabes à n'en former qu'une , cette syl
labe devienne longue de prononciation»
Quant à la terminaison en ay , il est vrai
que de nos côtez elle est moins communa
que celle en y, qui nous vient de tous
les- noms deg lièux finissant en latin pas
iacurn ; cependant il reste encore dans dis*
ferens cantons de la Province Senonoifs
des noms de lieu en ay qui viennent du
latin iacum ou acam . . . Nous avons dans
notre Diocèse , presque sur les bords da
la Loirp, Mannay qui s'appelloit Man-,
nacum í au sixième siécle, Annay qui se
disoit en latin au neuvième siécle Abundiacum
, & Seignelay, qui est un endrok
fort connu , Seligniacum. Dans le Diocèser
de Senion trouve Bray& Lorayidont les
noms latins ne Yont autres que Braiacum
&cLoriacum. Je ne puis donc croire qu'il y
ait lieu de douter du côté de l'analogie
des deux Langues , que Mallay ne vienne
de Afafolacnrn. Les Antiquaires font obli
gez d'admettre des noms qui sont encore
plus méconnoissibles & moins «pportans
l'un à l'autre. Je n'ái passé qu'une
seule fois dans le grand Maflay , & j'ajr
apoerçji que la Plaine de ce lieu est très*
fertile
iià MERCLÎRÈ DÈ FRAftCÉ.x
fertile. La Rivière de Vanne entoure cti^s
tierement ce Bourg & erl fait une verira^
ble Isle. Comme cette Rivière ne tatis
gueres, elle contribue beaucoup à rendre
cet endroit verdoyant & fort gai en été.
Le petit Maflay est un peu plus vers l'Otient
, la Rivière entre deux. Plus haut
est le Village de Teil , que je pourrois enquelque
forte qualifier d'ancienne Mai
son Royale, en me fondant fur le texta
d'Odoran, quoique te P. Mabillon n'en
ait fait aucune mention. Odoran rap
porte dans son 2 6. Chapitre , que Teil
rut le lieu de la résidence de la ReineConftance
pendant tout le temps que lc Roi
Robert employa à faire son voyage de
Rome. Faïium efi dum quadam terr.port
Robmtts Rex Romam peteret , ut Cons'
tant'ta Regina un à cum filio sue Hagent
parvalo Tille remaneret. Peut être que
Mâlay s'étendbit autrefois jufques-là. Au
moins il est certain que Teil fait encore
partie de k Châtellenie de Mâ!ay-le-Roi«
Cette Châtellenie fut échangée par Phi
lippe le Bel avec Marie Comtesse de Sancerre
, & l'échange fut ratifié au mois
d'Août 1318. par Philippe le Long ,en
faveur de Thibaud & Louis de Sancerre.
M. Couste, Lieutenant Civil & Particu
lier de la Ville de Sens , qui possède une
gartie de cc Mâ-lay , m'apprend par le
Me
FEVRIER. i7jo. ni
Mémoire qu'il a eu la bonté de m'envoyer,
que dans les Titres d'échange & de ra*
tification , ce lieu est écrit Maalay-le-Roi.
II ajoûte que cette Châtellenie appartint
depuis cet échange à un seul Seigneur ,
qui ayant eu huit enfans , en fit le par
tage entre eux dès son vivant ; ce qui est;
cause qu'elle est aujourd'hui divisée etï
sept ou huit portion ì. Et quoiqu'il ob
serve que Mâlay-Ie-Roy , dent la Châtel
lenie porte le nom ,soit le plus petit dessept
Villages qui la composent , & que le
Siège du Bailliage soit à Teil , cela ne doit
point cependant empêcher de croire que
tout ce terrain n'ait été un territoire Royal
dans le temps que j'ai marqué cy-dessus.
Cette supériorité de Seigneuries se trouve
même appuyée par le nom de Villiers-
Louis, qui est un des sept Villages, & qui
est contigu à Mâlay-lc-Roy. Au reste si
cette Châtellenie relevé aujourd'hui de»
Comtes de Joigny , ce n'est que depuis
k Règne de Philippe V. Ce Prince céda
cette Mouvance à Jean Comte de Joigny
en 1 3 r 7. pour avoir la Mouvance de Châ
teau-Renard , qui appartenoit au Comte
de Joigny. Je ne sçai si ce que Nicole
Gilles, Belleforelt& Chappuis, prennent
pour un retranchement fait à Mâlay par
les Anglois au XIV. siécle , ne seroit point
un vestige de l'enceiate daChâteau de nos
Roisïti
MERCURE DE FRANCK
Rois de la première Race , ou du tcrraírf
vqui fut occupé par les Troupes du Rot
Henry I. lorsqu'elles campèrent à Mâlay.
il s'est conservé au Grand- Mâlay , autre
ment dit Mâlay- Ie-Vicomte , une Tradi
tion que S. Agnan Evêque d'Orléans étoit
natif de ce lieu. Tel a été le sentiment de
M. Tripaut, Avocat d'Orléans. On écrit
cependant plus communément que saint
Agnan étoic né à Vienne en Ôaufiné,
plutôt que dans cette Bourgade de la Ri
vière de Venne. Il resterok a examiner s'il
fi 'y a point eu de méprise d'un nora pout
un autre , à cause de la ressemblance des
noms de Venne & de Vienne. Mâlay- le-
Vicomte a été de la Commune de Sensjusques
fous Louis le Gros ; c'est aujour
d'hui une Prévôté Royale : 5c M. le Duc
de Bourbon en nomme tous les Officiers,
soit comme étant aux droits du Vicomte,
ou comme jouissant du Domaine de Sens
& de la Banlieue.
En finissant ces Observations , je reçois
de M. Ferrani , l'un des fçavans Cures
du Diocèse de Sens , Doyen Rural de Marolles
, un Mémoire qu'il a rédigé , fur la
Rivière dont Fredegaire & Aimoin font
mention par rapport à la Bataille qui y fut
donnée en l'an 600. La remarque de
M. Maillard , inférée dans le Journal de
Verdun , m'ayanc engagé à fake des perFEVRIER.
1730.. 11}
quisuions , tant pour constater la choie
que pour corriger ce que j'ai mal mis
moi-même en vouse'crivant fur les lumieres
Célestes qui furent vues l'année de
cette Bataille; (a) je reconnois ne les avoir
point faites inutilement , & qu'il seroit
bon que ceux , qui dans la fuite youdronc
donner une Edition de S. Grégoire de
Tours , de Fredegairc & de toutes nos ar» •
ciennes Annales Latines avec des Notes,
prissent la peine ou de se transporter suc
les lieux ou de faire venir des mémoires
exacts. J'avoue que j'ay e'té trompé en
1716. par la Note de Dom Ruinart fur
la Rivière Aroanna , que j'avois mal com
prise à cause du nom François d'Ouainc
qu'il lui donne. Ce n'est ni de la Rivière
d'Ouaineen Gâtinois ni de celle de Vanne
en Senonois , qu'il faut entendre ce qui
est dit de la Bataille où Clotaire II. suc
défait ; mais de la Rivière qui passe à Dor--
melle même. ( On dit Dormelle dans le
pays , & non Dormeil. ) Elle prend fa
source à trois quarts de lieue" au-dessus
de Dollot , qui est la Cure de M. Fer^
rand , Auteur des Remarques que je vais
rapporter , mais dans la Paroisse de saint
Valerien. Au bout de cent pas , fortifiée
par plusieurs fontaines , elle fait tourfa)
Mercure de Utvembrt vji.6' i4*á«
nef
iî4 MERCURE DE FRANCE,
jner un moulin. Jusques là , elle n'a que
le nom 1 de Fontaine de Saint - Biaise ,
à cause d'une Chapellû voisine de la source
.mais au-dessous du moulin , elle com
mence à s'apeller la Rivière d'Orvanne.
Elle passe ensuite à Dollot , à Valéry ,
JBlennes , Diant , Vaux , Ferrotes > Fla~
gis,Dormelle, Château-Saint-Ange ,8c
va former l'e'tang de Moret, dans le
quel elle est absorbée ; puis delà elle se
décharge dans le Loin , un peu au-dessus
.de Moret i le tout fait l'étenduè" de six
lieues de pays. Le Vallon que cette pe
tite Rivière arrose s'appelle le Vallon
d'Orvanne , & les Paroisses qui y font
k jîtuées ou contigues s'appellent de même
les Paroisses de la Vallée d'Orvanne. On
assure que tous les Contrats de partages
& de ventes dans tous ces pays là n'appellent
point cette Rivière autrement
que la Rivière d'Orvanne. Ce qu'il y a
de singuliers que le nom de cette même
Rivière change dans la bouche de plusieurs
personnes au delà de Dormelle , &
près de fa décharge dans l'Etang de Mo
ret. En ces lieux- là on Pappelle quelque
fois la Rivière de Ravanne , & ce font fur
tout les Paysans voisins de cet Etang qui
lui donnent ce nom , parce qu'au-dessus de
cet Etang elle passe dans un Château assez
distingué, appelle k Château de Rnvanne,
donc
\
FEVRIER. 1750. 22$
dont elle traverse les Jardins , y formant
outre sonCanal,des pieces d'eau trés agréa
bles. Mais si l'on remonte une lieue plus
haut , on voit que ce nom est inconnu.
Au dessus de ce Château 6V une de
mie lieue au-dessous de Dormelle, est la
belle maison de feu M. de Cajumartin ,
bâtie sur la croupe d'une Montagne. Cette
maison s'appelle le Château Saint- Ange.
C'est peut-être l'endoit -où se donna la
Bataille, super fluvium Arvennam nec procul
a Doromdlo vico, ainsi que dit Aimoin.
Cette lecture du mot Arvenna est plus
exacte que celle du mot Aroanna em
ployée dans Fredegaire de la derniere Edi
tion. 11 est incontestable par le moyen de
cet éclaircissement qu'il s'agit dans Fre
degaire & dans Aimoin de la Rivière <sPO»
vanne , qui plus anciennement a dû. être
prononcée Arvanne. Il faut abandonner
en cette occasion la Rivière d'O'ùaine
(Odona ) qui est éloignée de Dormelle de
plus de huit lieues. Le P. Daniel a eu
raison de dire que la Bataille fut donnée
sur une Rivière qui se jette dans le Loiiam
au-dessus lie Moret; mais il s'est trompé
en lui donnant le nom de Rivière d'Oiiaine
, aussi-bien que le P. Ruinart. On doit
en être convaincu par la raison que je
viens de rapporter -, celle d'Odaine étant
bjçn différente, puisqu'elle prend sa source '
% i4 MERCURE DE FRANCE,
à quatre lieuës d'Auxerre , & qu'elle va
/e jetter dans le Loiiain , au-deflus de
Montargis. Ce n'est point non-plur la
Rivière de Vanne , comme le Père le Com
te à l'an £eo. Num. i. semble l'avoir
crû après le Président Fauchet. Encore
moins faut -il aller chercher cette Rivière
dans le Pays du Maine , où il y a un traî
na fiuviolus. II faut quelque chose de plus
que la ressemblance des noms dans leLatin,
pour pouvoir avec fondement e'ioigner de
ros quartiers le Théâtre de cette guerre,
A Auxerre ce 18. May 172.8.
ADDITION.
Après avoir envoyé ces éclairciíTemem
aux Auteurs du Mercure, j'ai eu occasion
d'aller à Paris. Comme le cours de la Ri*
viere d'Or vanne est collatéral à celui de 1»
Rivière d'Yonne , & n'est éloigné du
grand chemin que de deux lieuës ou en
viron , je n'ai pas manqué de vérifier par
moi-même avant que de me rendre dans
la voiture publique, le Mémoire de M. le
Prieur de Dollot. Je l'ai trouvé*' très- juste
à un article près } j'ai remarqué en mêmetemps
que nés Géographes mettent sou
vent à droite d'une Rivière ce qui est à
gauche , ou qu'ils font quelquefois tout
Je contraire. C'est pourquoi si vous avez
U
FEVRIER. i7jo; M7
Ja Carte du Diocèse de Sens dressée par
Samson , vous pouvez en touce fureté ,
yous & vos amis, y faire les corrections
suivantes. Mettez la source de la Rivière
d'Orvannc à une portée de Mousquet du
Bourg de Saint Valerien, à POtient d'Eté; '
mettez ensuite Dollot à droite , comme
a fait le Géographe , mais à gauche du
Ruisseau. Vallery est bien placé dans les
Cartes. C'est un lieu célèbre par fa destin
nation à la sépulture des Princes de la
Maison de Condé. Plus bas à droite est:
Blenne,mal nommé Blaineux par Samfonj1
plus bas encore est Diant. Ensuite à gau
che est le Bourg de Voux, qui çst ferme
de murs, & que les Cartes ont tort de re
présenter comme un simple Hameau.
Après Voux & du mime côté le Villa
ge de Ferrotes , & plus bas encore ì
gauche est le Bourg de Flagy , qui a du
coté du Midi des níurs si élevez & si con
sidérables pour leur épaisseur , qu'on U
peut comparer à ceux des plus anciennes
Villes. Ce Bourg a été cependant fort en
dommagé par les Huguenots , ainsi que
l'Eglise du lieu en fait foi. Au sortir de
Flagy on voit à gauche une Plaine qui
règne jusqu'auprès de Dormelle. Ce der
nier Village est fur une éminence. On
passe la Rivière d'Orvanne fur un
Pont, &dps lois on cesse d'en suivre le
, B cours.
ni MERCURE DE FRANCE,
cours. Lorsqu'on a atteint le haut <kp
Coteau, on apperçoit encore une autre
Plaine à droite , laquelle s'étend dti
<ôré de rOtient & dfi Septentrion. Il y
a plus d'apparence que ce fut en cette
derniere Plaine que fut donne'e la Ba
taille de Dormelle , en tirant vers le
Village de Fossar 3 dont le nom vient
peut-être à Fojsario Jeu loco Fojfitrum. Ce
.que j'ai lemarqué plus loin après avoir
laissé le Village de Montarlpt i gauche,
«e s'accorde plus ayee le Mémoire dont
je vous ai parlé. Il ne m'a point paru que
la Rivière d'Orvanne se jettât dans un
Etang-, c'est elle qui forme cette es
pèce d'Etang par le moyen des murs Sfi.
des Ecluses qui fervent à retenir ses eaux,
Cette Rivière ayant repris ensuite fa pre
mière liberté , ne va point se jettes dans
le Loiiain si tôt que Messieurs Samson
& Deíifle l'ont marqué dans leuts Cartes ;
ce n'est point au-dessus de Motet qu'elle
s'y jette , mais au-dessous } presque vis-àvis
sangle Septentrional des murs de cette
petite Ville ; desorte qu'il y a à More*
Jeux Ponts l'un au bout de l'autre; le plus
grand pour la Rivière de Loiiain au bout
duquel est le Prieuré de Pont Loii f Pons
Lupa; (c'est le nom de la Rivière qui
joint le Canal de Briare à la Seine Lupa-
/ámnis) & l'autre petit Pont est fur la. Ri
vière,
FEVRIER. 1740: 139
viere d'Orvanne. C'est ainsi qu'en une
matinée de temps j'ai eu le plaisir de voie
cette Rivière depuis fa source jusqu'à son
embouchure , avec tout ce qu'il y a de
-curieux sur les bords de la Vallée à laquel
le elle donne son nom.
Ce 15. Juillet 1718.
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Résumé : ECLAIRCISSEMENS. / ADDITION.
Le texte traite de la localisation de deux batailles en France, survenues en 595 et 600, près d'un ancien palais royal de la première race. Le Journal de Verdun de mars mentionne une remarque sur le lieu de la bataille de 596 ou 597, entre les troupes de Clotaire II et celles de Théodebert II et Thierry II. Ce lieu est appelé Latofao dans la Chronique de Fredegaire. M. Maillard, avocat, cite le Père Daniel et le Père Ruinart, qui situent Latofao dans le diocèse de Sens. Cependant, Maillard critique l'historien Morin pour ses erreurs dans l'Histoire du Gâtinois. La bataille de Dormeil, qui eut lieu quatre ans après celle de Latofao, est également discutée. L'auteur affirme que les lieux des deux batailles ne sont pas proches et que les terrains étaient différents. Il suggère que les noms des lieux dans les chroniques peuvent avoir été mal copiés. Le Père Ruinart note que certains noms propres dans la Chronique de Fredegaire sont mal écrits. L'auteur explore la possibilité que Latofao soit en réalité Lifou, un village dans le diocèse de Toul. Il soutient que Latofao et Lifou pourraient être le même endroit, en se basant sur des similitudes dans les noms et les descriptions. Il conclut que si Latofao n'est pas Lifou, il faut admettre avec le Père Daniel que ce lieu n'est plus connu. Le texte mentionne également Massolacum, un autre lieu historique situé à Marly près de Sens, où des événements royaux importants se sont déroulés. Il critique les incertitudes des historiens précédents sur la localisation de ce palais royal. Le texte traite aussi de l'histoire et de l'évolution des noms des localités de Massas et de Maslay, situées près de la rivière de Vanne et de la forêt d'Othe. Le nom de Maslay-le-Roy indique un territoire royal, et deux Maslay contigus existent : le Grand-Maslay et le Petit-Maslay. Des documents historiques, comme un martyrologe de la cathédrale de Sens du dixième siècle, mentionnent des personnes notables de Maslay. Les guerres ont probablement divisé ces terres, et des historiens comme Odoran et Clarius ont mentionné ces localités dans leurs œuvres. Le texte explore les variations linguistiques et orthographiques des noms de ces lieux au fil des siècles. Par exemple, le nom 'Maslay' a été corrompu en 'Mastay' et 'Mallay' dans divers documents. La rivière de Vanne entoure le bourg de Maslay, contribuant à sa fertilité et à son aspect verdoyant. Le Petit-Maslay est situé plus à l'est, et le village de Teil, autrefois résidence de la reine Constance, fait partie de la châtellenie de Maslay-le-Roi. La châtellenie de Maslay-le-Roi a été échangée par Philippe le Bel avec Marie Comtesse de Sancerre en 1318. Aujourd'hui, cette châtellenie est divisée en plusieurs portions et relève des Comtes de Joigny depuis Philippe V. Le texte mentionne également des traditions locales, comme celle de Saint Agnan, évêque d'Orléans, supposé natif de Maslay-le-Vicomte. Enfin, le texte aborde la rivière d'Orvanne, mentionnée par des historiens comme Fredegaire et Aimoin, et corrige des erreurs historiques concernant son nom et son emplacement. La bataille de l'an 600, où Clotaire II a été défait, s'est probablement déroulée près de la rivière d'Orvanne, et non de la rivière d'Ouaine. L'auteur, après avoir envoyé des éclaircissements aux auteurs du Mercure, se rend à Paris et vérifie personnellement le mémoire de M. le Prieur de Dollot. Il confirme la justesse du mémoire à un article près et note des erreurs fréquentes chez les géographes concernant la position des lieux par rapport aux rivières. Il fournit des corrections pour la carte du Diocèse de Sens dressée par Samson, précisant la localisation de divers lieux tels que Saint-Valérien, Dollot, Vallery, Blenne, Diant, Voux, Ferrières, Flagy, et Dormelle. Il décrit également la bataille de Dormelle et la topographie des environs. La rivière d'Orvanne ne se jette pas dans un étang mais forme un étang par des écluses. Il corrige également l'emplacement où la rivière d'Orvanne se jette dans le Loing, précisant que cela se fait au-dessous de Montargis, et non au-dessus comme indiqué sur certaines cartes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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261
p. 334
Histoire de la Ville & de l'Eglise de Frejus, [titre d'après la table]
Début :
HISTOIRE de la Ville & de l'Eglise de Frejus, par M. G. C. D. C. D. E. T. [...]
Mots clefs :
Histoire, Fréjus, Église de Fréjus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire de la Ville & de l'Eglise de Frejus, [titre d'après la table]
Histoire de la Ville & de l'Eglise
de Frejus , par M. G. C. D. C. D. E. T.
Tome i. de 278. pages , & Tome a*
de 2-6. pages. 1. Vol. in-n. A Paris ,
chez. La Veuve Delaulne , Rué des Noyerss
Cette Histoire dédiée à S. E. M. le
Cardinal de Fleury est précédée d'unePréface
instructive , & la Préface est suivie
de PApprobation de M. Tourncly , par
laquelle ce Docteur déclare que l'Histoire
de la Ville & de l'Eglise de Frejus
lui a paru fidèle , exacte & curieuse.
»» L'Histoire particulière d'une Province
» ou d'une Ville , dit-il , jette souvent
5) un grand jour sur PHistoire generale
» de tout un Royaume. Un Auteur atta*
»ché à creuser Porigine d'une Ville,
■•«trouve souvent dequoi débrouiller cer-
» tains faits que l'obscurité des tems les
» plus reculés a dérobé à notre connoisj>
sance. C'est ce que l'Auteur de cette
f Histoire a heureusement exécuté , en
«donnant à sa Patrie un juste tribut de
» sa reconnoiffance ; il laisse au Public
»des preuves certaines d'une érudition
»peu commune.
de Frejus , par M. G. C. D. C. D. E. T.
Tome i. de 278. pages , & Tome a*
de 2-6. pages. 1. Vol. in-n. A Paris ,
chez. La Veuve Delaulne , Rué des Noyerss
Cette Histoire dédiée à S. E. M. le
Cardinal de Fleury est précédée d'unePréface
instructive , & la Préface est suivie
de PApprobation de M. Tourncly , par
laquelle ce Docteur déclare que l'Histoire
de la Ville & de l'Eglise de Frejus
lui a paru fidèle , exacte & curieuse.
»» L'Histoire particulière d'une Province
» ou d'une Ville , dit-il , jette souvent
5) un grand jour sur PHistoire generale
» de tout un Royaume. Un Auteur atta*
»ché à creuser Porigine d'une Ville,
■•«trouve souvent dequoi débrouiller cer-
» tains faits que l'obscurité des tems les
» plus reculés a dérobé à notre connoisj>
sance. C'est ce que l'Auteur de cette
f Histoire a heureusement exécuté , en
«donnant à sa Patrie un juste tribut de
» sa reconnoiffance ; il laisse au Public
»des preuves certaines d'une érudition
»peu commune.
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Résumé : Histoire de la Ville & de l'Eglise de Frejus, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Histoire de la Ville & de l'Eglise de Frejus' se compose de deux tomes : le premier de 278 pages et le second de 26 pages. Publié à Paris chez La Veuve Delaulne, rue des Noyers, il est dédié à Son Éminence Monseigneur le Cardinal de Fleury. L'ouvrage est précédé d'une préface instructive et suivi de l'approbation de M. Tourncly, qui le juge fidèle, exact et curieux. Tourncly souligne que l'étude d'une province ou d'une ville peut éclairer l'histoire générale d'un royaume en révélant des faits obscurs des temps anciens. L'auteur a ainsi apporté une contribution érudite à la connaissance de sa patrie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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262
p. 339-351
Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la Republique [...]
Mots clefs :
Auteurs, Roi, Mémoires, Hommes illustres, Ouvrages, Histoire, Belles-lettres, Savants, Guillaume Budé, Sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, [titre d'après la table]
Mémoires pour servira l'Histoire
des Hommes Illustres dans la République
des Lettres > avec un Catalogue raisonné
de leurs Ouvrages , tome 8 . de 40 8 . pages
fans les Tables. A Paris , chez. Bnaffon „
rué S. làcques , a la Science. 1730.
. A la tête de ce 8 e. volume est un coure
Avertissement , qui apprend au Lecteut
une chose auíïl agréable que nécessaire á
l'égard de ceux qui aiment Inexactitude Sc
la perfection dans les entreprises Litté
raires. L' Auteur de ces Mémoires se pré
pare, nous dit-on , à donner dans le di
xième vol. qui paroîtra fur la fin du mois
de Décembre 1729. les corrections fur les
neuf vol. qui le précédent ^ avec les Ad
ditions qu'on lui a déja données. Il invite
de plus ceux qui auront reconnu quelque
faute , quelque îegere qu'elle puisse être ,
ou qui sçauront <juelques faits oubliez ,
ou enfin qui auront quelques Additions, à
les lui communiquer , se chargeant d'in
struire le Public du nom de ceux dont il
auxar
34© MERCURE Í)E FRANGÉ,
aura receu des remarques utiles. On aver»
tic aussi que le dixième vol. contiendra en
core des Tables générales , Alphabéti
que, Nécrologique ì 6c selon l'ordre des
Matières de ce qui est contenu dans les
neuf premiers vol enfin qu'on pourrs
s'addrefler au Libraire qui vend ce Livre ^
pour tout ce qu'on voudra faire tenir ìt
l'Auteur.
Nous profiterons de l'invitation conte
nue dans cet Avertissement , pour conti
nuer de parler avec franchise en faveur de
la vérité, & pour fa perfection de cet~Ou->
Vrage , quand l'occaíìon s'en présentera.1
Le 7e. vol. en offroit une , mais il n'étfoit
pas encore rems de publier notre Re
niai que , qui n'auroit pu passer alors que
pour une conjecture. Nous. avons depuisdécouvert
que cette Remarque peut être
solidement appuyée. Voici de quoi il s'a
git1. Dans le Catalogue des Ouvrages
d'André Ducheshe , qui est à la fin du
Mémoire quile concerne dans le 7e. tome
pag. 32}'. on trouve art. 6. le Titre qui
fuit : Les Antiquitez. & Recherches des
Villes , Châteaux & Places remarquables
de toute la France■", suivant l'ordre des huit
Parlement. Paris i (íi&. in-%. On ajoute
que' cettepremiere Edition a été suivie de
celles dis années 16 14. 1611. 1619.
iôji. 1637. úv8. Item, rêvât s corri'
g"*
Lévrier. 1730. 3 4 r
gées & augmentées par François Ducbejhe.
Paris 1 £47. in 8.& 166%. z. vol.in-ii.'
L'Arciclc finit par ces paroles Ce Livre
est mal écrit , mais il contient des choses;
curieuses , la derniere Edition que Duchesne
le Fils a procure'e est la meilleure.*
Nous avons toujours cru que cet Ou
vrage, quoique publié sous le nom d'An
dré Duchesne , n'étoit point de ce célèbre'
Auteur. II ne faut que le lire avec une*'
médiocre attention pour s'en appercevoic
: Mauvais stile, défaut de critique ,>
excès de crédulité , tout sent une maint*
qui ne cherche qu'à accumuler des Phra
ses , pour produire enfin un Livre com
posé de choses communes , & qu'on trou
ve dans plusieurs autres Ouvrages', eo-'
qui est bien éloigné du génie & de la ca
pacité d'André Duchesne.
Mais ce qui a achevé de nous con
vaincre fur ce point , c'est le témoignage
d'un Sçavant du premier ordre & des plus
respectables. Il faut d'abord observer que
la première Edition de ce Livre n'est pas
celle de.i 6 l e. marquée ci dessus par no
tre Editeur. Il s'en trouve une autre de
1609. dont il y a un exemplaire dans la
Bibliothèque de S. Germain des Prez ,
faite à Paris, chez Jean Petit Pas. En
second lieu, on lit à la tête de cet Exem
plaire de 1609. les paroles qui suivent,
cuites -
$4* MERCURE DE FRANGÉ,
éiîrites de la main du célèbre Dom' Lire
Dachery ^ contemporain & ami d' André?
Ducheíne.
Ce présent Livre n'ejì point de M. Ditchefìte
, je Pai ffudesà propre bouche r
ifant venu voir quelque chose k notre Bibliothequei
On P a mis fous son nom pour
le mieux vendre , parce que de soi il nevaut
rien , ni pour l' Histoire ni pour le
Stile. Le 19. Avril 1640.
Après une attestation si précise , on ne
peut s'empêcher de convenir de ^impo
sture , laquelle a continué àvec plus d»
facilité après la mort de l' Auteur dans:
les Editions qui ont suivi , jusqu'à sou
tenir que les deux dernieres ont été re
vues & corrigées par F. Duchesne sort
Fils, &c. Quand même il seroit vrai que
le Fils ait eu quelque part à ces dernieres
Editions , ce qui est extrêmement dou
teux , il doit toujours passer pour certaia
que l'Ouvrage original n'est point de son
Père : Au reste l' Auteur des Mémoires
n'a erré Ià dessus qu'après le P. le Long ,
qui l'acopié fur l'article d'André Duches
ne , & après plusieurs autres.
Ce n'est pas la première fois que les1
Libraires , même quelques Auteurs en
ont imposé au Public , en mettant ut»
fiom respectable à la tête d'un Ouvrage
médiocre dans la vue de l'acrediter : C'est
ainsi
FEVRIER. 1730. î4j
•insi qu'on a vu paroître en l'année
1719. un Livre fort superficiel, sous le
nom de M. l'Abbé de Bellegarde , qui
ccrit si poliment , & qui a donné tant de
bons Ouvrages , lequei nous a assure' n'a»-
voir aucune part à celui dor.t on vient de
parler. Mais revenons à notre 8e. vol.
des Mémoires pour l'Histoire des Hom
mes Illustres , Sec. Ce vol. contient la
Vie & le Catalogue des Ouvrages de 37.
Sçavans, dont voici les noms.
Léon Allatius , Emeri Bigot , Lazare
André Bocquillot , Guillaume Budé , Ni*
col. Calliachi , Charles du Cange , Jean
Cocceius , Jacques Cujas , Jean Donne ,
Caffandre Fedele , Claude Fleury , Théo*
phi le Foltngo , Jean Gallois , Th. Qatar
keryijean Gravi us , Nicol. Hartfoel(er ,
Jean Htnn Hottinger , Jacques le Paulmier
de Grantemefnil , Barth. Platine ,
Jean Jovien Pontan , Louis Pontico VirUr
nio , Guill. Poftcl > Etien. Rajficod , Abel
de sainte Marthe Père & Fils , jîbel Louis
de sainte Marthe , Charles de sainte Mar
the , Claude de sainte Marthe , Pierre Sce-r
vole de sainte Marthe , Scevole de saints
Marthe , Scevole & Louis de sainte Mar
the , Jacques Sannazar , Jean-Marie de
la Marque Tilladet , Sebafiien Vaillants
Çharles'VerarÂQ. ..f . '. . v .1
1/ Article. de Guillaume Budé nous »
fan»
tajf. MERCURE* DE PRANOS.
j>aru être l'un des plus curieux de ce vdj.
'& nous croyons que nos Lecteurs nous
^■sçauront gré de le trouver ici , tel que
l'Auteur des Mémoires Ta présenté au
public. Guillaume Budé , ( en Latin Budoeus)
naquit à Paris l'an 14.67. de Jeajn
JBudé , Seigneur d'Yerre , de Villers fur
Marne , & de Marly , Grand-Audianciex
en la Chancellerie de France , & de Ca
therine le Picart*
\ On lui donna des Maîtres dès-qu'il pa,-
lut capable d'apprendre quelque choses
mais la barbarie qui regnoit alors dans lc$
.Collèges , le dégoûta , Ôc l'empêcha de
faire de grands progr.es. C'étoit la cou
tume de pafler à l'étude da Droit , dè$
qu'on sçavoit un peu de Latin , il la sui
vit comme les autres, & alla à Orléans
pour ce sujet ; mais il . y demeura trois ans
fans y rien apprendre. Il n'entendoit pres-
,que point les Auteurs Latins , il n'çtoit
J>as par conséquent eu état de comprendre
es Ecrits & les Leçons de ses Professeurs.
Ainsi il revint à Paris a,ussi ignorant qu'il
,«n éroit parti , & plus dégoûté de l'étude
jqu'il ne l'étoit auparavant. ' . ■
Les plaisirs firent alors toute son occu
pation , ôc il s'adonna particulièrement £
îa chaffe ; mais lorsque le premier feu de
la jeunesse se fût rallenti en lui , il se sentit
coat d'un coup saisi d'une oasEon si vios
FEVRIER. 175©. ?4I
tente pour l'étude , qu'il s'y donna avec
une ardeur inexprimable. Il renonça dès*
j lors à tous les divertissemens & à toutes
j les compagnies ; & regardant comme per
du tout le tems qui n'étoit point employé
àl'étude , il regrettoitles heures qu'il étoit
obligé de donner à (es repas & à son som
meil.
Ce qu'il y a voit de fâcheux pour lui t
1 c'est qu'il n'avoit personne qui pût le dí*
íiger dans ses études, & lui montrer la
route qu'il devojt tenir pour ne poinc
perdre un tems qui lui étoit si précieux»
îl ne fçavoit quels étoient les Auteurs
qu'il de voit lire les premiers , & il se trompoit
souvent dans le choix qu'il en faisoit.
Ce ne fut que dans la fuite , qu'il
apprit par fa propre expérience , & pat
son propre gout , ceux qu'il devoit préfé
rer aux autres. Ainsi il ne dut qu'à luimême
les progtès qu'il fit , par son appli-
I cation assidue dans les Belles-Lettres.
II ne fut non plus redevable qu'à son
travail de la connoissance qu'il acquk de
ia Langue Grecque , il eût, à la vérité, un
Maître nommé George Hermonyme , qui
L se disok natif de Lacédémone , "mais qui
ne sçachant pas grand chose ., ne pouvoit
lui en apprendre beaucoup. Quelques en
tretiens qu'il eut avec Jean Lascaris lui
furent plus utiles , . & les instructions dç
* 4* MERCURE DE FRANCE,
ce grand homme lui soumirent les moy em
d'avancer avec plus de succès dans les
çonnoiffances qu'il s'étoit proposé d'ac
quérir.
Les Belles -Lettres ne l'occuperent pas
jtellement, qu'il négligeât les autres Scien
ces» U apprit les Mathématiques de Jean
Faber, dont il épuisa bientôt le sçavoir ,
par la facilité qu'il ayoit à comprendre
tout ce qu'il lui disoit.
Cependant son Père n« le vòïoit qu'ar
yec peine attaché si fort à l'ctude , appré
hendant que cer attachement ne préjudifiât
à ses affaires domestiques , & ne nui
sît à fa santé ; mais tout ce qu'il pût lui
dire fur ce sujet fut inutile , fa passion
l'emporta fur les remontrances. Au reste
íes craintes de son Pere n'eureqt lieu qu'en
partie ; car il ne négligea jamais ses affai
res , il eut foin au contraire de se parta
gé» entre-elles & ses études. Mais fa santé
en souffrit , car son assiduité au travail lui
procura une maladie , qui le tourmenta à
différentes reprises , pendant plus de vingt
»ns , &c qui le rendit mélancolique & cha
grin. Le triste état où il se trouv,oit alors,
n'étoit point capable de le dégoûter de
J'érude , il profìtojt des niomens de relâ
che qu'il avoit, pour s'y livrer de nou
veau. C'est même pendant cc tems - là
qu'il a composé la plupart de ses QuÏJWgefe
Quelque*
TEVR1ER. 1730. ?4f
Quelques Auteurs on mis en question :
S'il étoit à propos pour un Homme de
Lettres de íe marier , & se sont servi de
Pexemple de Budé pour soutenir l'affirmative.
Il se maria en effet , & si l'on et»
croit un de ces Auteurs > fa femme bienloin
de l'empêcher d'étudier , lui servoit
de second , en lui cherchant les passages ,
& les Livres dont il avoit «besoin, Il falloir,
^u'il l'eût connue de ce goût-là des avant
ion mariage , puisque, le jeùr même de
ses noces il se de'roba trois heures ait
moins , pour les passer avec ses Livres.
Louis le Roy , de'crit ainsi la manière,
dont il avoit coutume de passer lá jour
née : En se levant, il se mettoit au travail,
& étudioit jusqu'à l'heure de dîner j avant
que de se mettre à table , il fáisoit un peu
d'exercice pour se donner de l'appetit.
Après le repas, il passoit deux heures »
Causer avec sa famille , ou ses amis , après
quoi il recommençoit à travailler jusqu'à»
souper. Comme ce repas íe saisott ordi
nairement fort tard , i! ne faisoit jamais
rien après. Ii avoit une Maison de Cam
pagne à saint Maur , où il demeuroic assez
volontiers , parce que son e'rude n'y étoiç
point interrompue par des visites , com
me à la Ville.
t II vécut fort long-tems dans l'obscuriré
{Le son Cabinet , mais son rne'rir,e j'eq tira:
$4 S MERCURE DE FRANCE.
Qay de Rochefort , Chancelier de Fran.
çe , le fit çonnoître au Roy Charles VIII.»
qui voalut le voir , Sc le fie venir auprès
de luiî mais il ne vécut pas assez après
çela, pour lui faire du bien, .. i
Louis XIL successeur de Charles, l'en»,
voya deux fois en Italie pour quelques;
négociations , & le mit ensuite au nombre,
de íes Secrétaires. 11 youlur aussi le fairç,
Conseiller au, Parlement de Paris ; maiç.
Budé refusa cette Charge , qui lui aurpir^
çauíé trop de distractions, ÔC qui lui auroit
enlevé un tems , qu'il aimoit mieu%
donner à ses études.
II se vit cependanc dans la fuite exposd
à ces distractions qu'il craignoit. Le Roy
Fcançois I. qui aimoit les Gens de Lettres,
k fit venir auprès de lui à Ardres » où
5'e'toit rendu en 1520. pour s'aboucher,
avec le Roy d'Angleterre. L' Auteur de fa.
vie remarque , que ce fut alors pour 1%
première fois que Budé eut accès auprès
de lui : ce qui détruit cç que Yarillas aavancé
dans son Histoire da François I<
(a) que ce Prince l'envoya à Rome etj
Ambassade en iji 5. auprès du Pap©
Léon X. fait suppose par cet Auteur ,
qu'iL accompagne d'une reflexion , qui
n'est pas plus vraie. » Budé, dit-il , n'ér
«toit pas mal adroit co négociation ,
Çà) 144$ u fi i -; "---.-< -i
\i'i.< C « quoiqu'il
I 'J TE V RIE R. 17300 j4f
B'qqoiqu'il eut vécu dans Paris , fans au-
» cre conversation que celle de ses Livres, «c
| -Comment Varillas a-r-il pu parler ainsi,
puisque Budé avoit déja e'té deux fois ea
! Italie pour différentes négociations ?
I François I. ayant pris gout à la convec*
/ation de Budé , voulut ,1'avoir toujours
attprès de lui , lui confia le foin de fa Bi
bliothèque , & lui donna une Charge de
Maître des Requêtes , dont il fut pourvu
}e2 I. Août 1522. La. Ville de Paris l'é*
lût la même anne'e Prevôc des Mar»
chands. . • ,
• Il aimoit trop les Sciences , pour ne pas
faire servir à leur avantage le crédit qu'il
> atoit auprès du Roy > il fut un des prin
cipaux Promoteurs de l'érection du CoU
lege Royal , & de la Fondation des Chai-s
res , qui y fur faite fous le Règne ^ de
François I.
, Il se brouilla avec Antoine du Prat t
Chancelier de France , ce qui l'obligea
pendant quelque temsà n'aller à la Cour,
qu'autanc que le devoir de fa Charge l'y
engageoit. M? is ce tems ne dura pas ; car
Guillaume. Po;;et qui l'aimoit , ayant e'té
fait Chancelier , voulut qu'il demeurât
continuellement auprès de lui.
Un voyage qu'il fit avec lui en 15 40.
fur les côres de Normandie , à la fuite duj!
&oy , qui y alloit chercher du rafraîchisr.,
. ^ * G ij sèment
^5<> MERCURE DE FRANCBj
íement dans les chaleurs excessives da
cette année , lui fut funeste. Il y ga*
gna une fièvre , qui lui paroissant dan»
gereuse , lui fit naître l'envie de se faire
porter chez lui , pour mourir du moins
au milieu de fa Famille.
De retour à Paris , il vit bien tôt son
mal s'augmenter , & il mourut le 23,
Août de la même année 1540. âgé de 73.
ans. Plusieurs Auteurs se sont trompés fut
la datte de fa mort La Croix du Maine
en la fixant au z 5. Août. S ponde , en la
mettant au 2©. Août , & Pierre de saint
Romuald, en l'avançant au $. Août de
la même année. Le P. Garasse dans fa
Doctrine curieuse , le fait mourir en 1 5 ; 9.
L'erreurde M. de Launoy est encore plus
considérable , puisqu'il recule (a) sa mort
jusqu'au premier Septembre 1 ç 7 3.
Budé fut enterré le x6 . Août à saint Ni»
colas des Champs 3 fans aucune pompe ,
comme il l'avoit ordonné par son Testa»
ment , ou il dit : m Je veux être porté en
«•terre de nuit , & íans semonce , à une
» Torche , ou à deux seulement , & ne
» veux être proclamé à l'Eglise , ne à la
» Ville , ne alors que je ferai inhumé s ne
>le lendemain; car je n'approuverai ja-
>mais la coutume des cérémonies lugu-
» bres , & pompes funèbres*. . . Je détens
(s) Hijì. Gjmn. ì{*v»rr. f» 8.8 xì. . -
*■ # qu'or*
LEVRIER, i^rjd. jç»
»qn'on m'en fasse, tant pour ce, quepout
»autres choses , qui ne se peuvent faire
asans scandale ; & si je ne veux qu'il y aie
^cérémonie funèbre , ne autre Représerr.
Mtarion à l'entour du lieu où je serai en*
«terré , le long de l'anne'e de mon trépas ,
«parce qu'il me semble imitation des Ce-
Dnotaphes , donc les Gentils ancienne-*
»xment ont asé#
C'étoit ici le lieu de placer rEpigram»
me , que fit Melain de saint Gelais , à
l'oecasion de la mort de Budé, & de la
disposition Testamentaire qu'on vient de
lire. 11 est à croire que l'Editeur des Mé
moires ne l'a pas connue > on ne fera pas
fâché de la trouver ici.
Qui est celui que tout le monde fuit >
tas ! c'est Budé au Cercueil étendu.
Pourquoi n'ont fait les Cloches plus grand]
bruk?
Son nom fans Cloche est aflez épanda;
Que n'a-t on plus en Torches dépendu í
Suivant la mode accoutumée & sainte »
Afin qu'il sut par l'obscur entendu
Que des François la lumière est éteinte*
Nous donnerons dans le prochain Mer*
Cure la fuite de ce Mémoire*
des Hommes Illustres dans la République
des Lettres > avec un Catalogue raisonné
de leurs Ouvrages , tome 8 . de 40 8 . pages
fans les Tables. A Paris , chez. Bnaffon „
rué S. làcques , a la Science. 1730.
. A la tête de ce 8 e. volume est un coure
Avertissement , qui apprend au Lecteut
une chose auíïl agréable que nécessaire á
l'égard de ceux qui aiment Inexactitude Sc
la perfection dans les entreprises Litté
raires. L' Auteur de ces Mémoires se pré
pare, nous dit-on , à donner dans le di
xième vol. qui paroîtra fur la fin du mois
de Décembre 1729. les corrections fur les
neuf vol. qui le précédent ^ avec les Ad
ditions qu'on lui a déja données. Il invite
de plus ceux qui auront reconnu quelque
faute , quelque îegere qu'elle puisse être ,
ou qui sçauront <juelques faits oubliez ,
ou enfin qui auront quelques Additions, à
les lui communiquer , se chargeant d'in
struire le Public du nom de ceux dont il
auxar
34© MERCURE Í)E FRANGÉ,
aura receu des remarques utiles. On aver»
tic aussi que le dixième vol. contiendra en
core des Tables générales , Alphabéti
que, Nécrologique ì 6c selon l'ordre des
Matières de ce qui est contenu dans les
neuf premiers vol enfin qu'on pourrs
s'addrefler au Libraire qui vend ce Livre ^
pour tout ce qu'on voudra faire tenir ìt
l'Auteur.
Nous profiterons de l'invitation conte
nue dans cet Avertissement , pour conti
nuer de parler avec franchise en faveur de
la vérité, & pour fa perfection de cet~Ou->
Vrage , quand l'occaíìon s'en présentera.1
Le 7e. vol. en offroit une , mais il n'étfoit
pas encore rems de publier notre Re
niai que , qui n'auroit pu passer alors que
pour une conjecture. Nous. avons depuisdécouvert
que cette Remarque peut être
solidement appuyée. Voici de quoi il s'a
git1. Dans le Catalogue des Ouvrages
d'André Ducheshe , qui est à la fin du
Mémoire quile concerne dans le 7e. tome
pag. 32}'. on trouve art. 6. le Titre qui
fuit : Les Antiquitez. & Recherches des
Villes , Châteaux & Places remarquables
de toute la France■", suivant l'ordre des huit
Parlement. Paris i (íi&. in-%. On ajoute
que' cettepremiere Edition a été suivie de
celles dis années 16 14. 1611. 1619.
iôji. 1637. úv8. Item, rêvât s corri'
g"*
Lévrier. 1730. 3 4 r
gées & augmentées par François Ducbejhe.
Paris 1 £47. in 8.& 166%. z. vol.in-ii.'
L'Arciclc finit par ces paroles Ce Livre
est mal écrit , mais il contient des choses;
curieuses , la derniere Edition que Duchesne
le Fils a procure'e est la meilleure.*
Nous avons toujours cru que cet Ou
vrage, quoique publié sous le nom d'An
dré Duchesne , n'étoit point de ce célèbre'
Auteur. II ne faut que le lire avec une*'
médiocre attention pour s'en appercevoic
: Mauvais stile, défaut de critique ,>
excès de crédulité , tout sent une maint*
qui ne cherche qu'à accumuler des Phra
ses , pour produire enfin un Livre com
posé de choses communes , & qu'on trou
ve dans plusieurs autres Ouvrages', eo-'
qui est bien éloigné du génie & de la ca
pacité d'André Duchesne.
Mais ce qui a achevé de nous con
vaincre fur ce point , c'est le témoignage
d'un Sçavant du premier ordre & des plus
respectables. Il faut d'abord observer que
la première Edition de ce Livre n'est pas
celle de.i 6 l e. marquée ci dessus par no
tre Editeur. Il s'en trouve une autre de
1609. dont il y a un exemplaire dans la
Bibliothèque de S. Germain des Prez ,
faite à Paris, chez Jean Petit Pas. En
second lieu, on lit à la tête de cet Exem
plaire de 1609. les paroles qui suivent,
cuites -
$4* MERCURE DE FRANGÉ,
éiîrites de la main du célèbre Dom' Lire
Dachery ^ contemporain & ami d' André?
Ducheíne.
Ce présent Livre n'ejì point de M. Ditchefìte
, je Pai ffudesà propre bouche r
ifant venu voir quelque chose k notre Bibliothequei
On P a mis fous son nom pour
le mieux vendre , parce que de soi il nevaut
rien , ni pour l' Histoire ni pour le
Stile. Le 19. Avril 1640.
Après une attestation si précise , on ne
peut s'empêcher de convenir de ^impo
sture , laquelle a continué àvec plus d»
facilité après la mort de l' Auteur dans:
les Editions qui ont suivi , jusqu'à sou
tenir que les deux dernieres ont été re
vues & corrigées par F. Duchesne sort
Fils, &c. Quand même il seroit vrai que
le Fils ait eu quelque part à ces dernieres
Editions , ce qui est extrêmement dou
teux , il doit toujours passer pour certaia
que l'Ouvrage original n'est point de son
Père : Au reste l' Auteur des Mémoires
n'a erré Ià dessus qu'après le P. le Long ,
qui l'acopié fur l'article d'André Duches
ne , & après plusieurs autres.
Ce n'est pas la première fois que les1
Libraires , même quelques Auteurs en
ont imposé au Public , en mettant ut»
fiom respectable à la tête d'un Ouvrage
médiocre dans la vue de l'acrediter : C'est
ainsi
FEVRIER. 1730. î4j
•insi qu'on a vu paroître en l'année
1719. un Livre fort superficiel, sous le
nom de M. l'Abbé de Bellegarde , qui
ccrit si poliment , & qui a donné tant de
bons Ouvrages , lequei nous a assure' n'a»-
voir aucune part à celui dor.t on vient de
parler. Mais revenons à notre 8e. vol.
des Mémoires pour l'Histoire des Hom
mes Illustres , Sec. Ce vol. contient la
Vie & le Catalogue des Ouvrages de 37.
Sçavans, dont voici les noms.
Léon Allatius , Emeri Bigot , Lazare
André Bocquillot , Guillaume Budé , Ni*
col. Calliachi , Charles du Cange , Jean
Cocceius , Jacques Cujas , Jean Donne ,
Caffandre Fedele , Claude Fleury , Théo*
phi le Foltngo , Jean Gallois , Th. Qatar
keryijean Gravi us , Nicol. Hartfoel(er ,
Jean Htnn Hottinger , Jacques le Paulmier
de Grantemefnil , Barth. Platine ,
Jean Jovien Pontan , Louis Pontico VirUr
nio , Guill. Poftcl > Etien. Rajficod , Abel
de sainte Marthe Père & Fils , jîbel Louis
de sainte Marthe , Charles de sainte Mar
the , Claude de sainte Marthe , Pierre Sce-r
vole de sainte Marthe , Scevole de saints
Marthe , Scevole & Louis de sainte Mar
the , Jacques Sannazar , Jean-Marie de
la Marque Tilladet , Sebafiien Vaillants
Çharles'VerarÂQ. ..f . '. . v .1
1/ Article. de Guillaume Budé nous »
fan»
tajf. MERCURE* DE PRANOS.
j>aru être l'un des plus curieux de ce vdj.
'& nous croyons que nos Lecteurs nous
^■sçauront gré de le trouver ici , tel que
l'Auteur des Mémoires Ta présenté au
public. Guillaume Budé , ( en Latin Budoeus)
naquit à Paris l'an 14.67. de Jeajn
JBudé , Seigneur d'Yerre , de Villers fur
Marne , & de Marly , Grand-Audianciex
en la Chancellerie de France , & de Ca
therine le Picart*
\ On lui donna des Maîtres dès-qu'il pa,-
lut capable d'apprendre quelque choses
mais la barbarie qui regnoit alors dans lc$
.Collèges , le dégoûta , Ôc l'empêcha de
faire de grands progr.es. C'étoit la cou
tume de pafler à l'étude da Droit , dè$
qu'on sçavoit un peu de Latin , il la sui
vit comme les autres, & alla à Orléans
pour ce sujet ; mais il . y demeura trois ans
fans y rien apprendre. Il n'entendoit pres-
,que point les Auteurs Latins , il n'çtoit
J>as par conséquent eu état de comprendre
es Ecrits & les Leçons de ses Professeurs.
Ainsi il revint à Paris a,ussi ignorant qu'il
,«n éroit parti , & plus dégoûté de l'étude
jqu'il ne l'étoit auparavant. ' . ■
Les plaisirs firent alors toute son occu
pation , ôc il s'adonna particulièrement £
îa chaffe ; mais lorsque le premier feu de
la jeunesse se fût rallenti en lui , il se sentit
coat d'un coup saisi d'une oasEon si vios
FEVRIER. 175©. ?4I
tente pour l'étude , qu'il s'y donna avec
une ardeur inexprimable. Il renonça dès*
j lors à tous les divertissemens & à toutes
j les compagnies ; & regardant comme per
du tout le tems qui n'étoit point employé
àl'étude , il regrettoitles heures qu'il étoit
obligé de donner à (es repas & à son som
meil.
Ce qu'il y a voit de fâcheux pour lui t
1 c'est qu'il n'avoit personne qui pût le dí*
íiger dans ses études, & lui montrer la
route qu'il devojt tenir pour ne poinc
perdre un tems qui lui étoit si précieux»
îl ne fçavoit quels étoient les Auteurs
qu'il de voit lire les premiers , & il se trompoit
souvent dans le choix qu'il en faisoit.
Ce ne fut que dans la fuite , qu'il
apprit par fa propre expérience , & pat
son propre gout , ceux qu'il devoit préfé
rer aux autres. Ainsi il ne dut qu'à luimême
les progtès qu'il fit , par son appli-
I cation assidue dans les Belles-Lettres.
II ne fut non plus redevable qu'à son
travail de la connoissance qu'il acquk de
ia Langue Grecque , il eût, à la vérité, un
Maître nommé George Hermonyme , qui
L se disok natif de Lacédémone , "mais qui
ne sçachant pas grand chose ., ne pouvoit
lui en apprendre beaucoup. Quelques en
tretiens qu'il eut avec Jean Lascaris lui
furent plus utiles , . & les instructions dç
* 4* MERCURE DE FRANCE,
ce grand homme lui soumirent les moy em
d'avancer avec plus de succès dans les
çonnoiffances qu'il s'étoit proposé d'ac
quérir.
Les Belles -Lettres ne l'occuperent pas
jtellement, qu'il négligeât les autres Scien
ces» U apprit les Mathématiques de Jean
Faber, dont il épuisa bientôt le sçavoir ,
par la facilité qu'il ayoit à comprendre
tout ce qu'il lui disoit.
Cependant son Père n« le vòïoit qu'ar
yec peine attaché si fort à l'ctude , appré
hendant que cer attachement ne préjudifiât
à ses affaires domestiques , & ne nui
sît à fa santé ; mais tout ce qu'il pût lui
dire fur ce sujet fut inutile , fa passion
l'emporta fur les remontrances. Au reste
íes craintes de son Pere n'eureqt lieu qu'en
partie ; car il ne négligea jamais ses affai
res , il eut foin au contraire de se parta
gé» entre-elles & ses études. Mais fa santé
en souffrit , car son assiduité au travail lui
procura une maladie , qui le tourmenta à
différentes reprises , pendant plus de vingt
»ns , &c qui le rendit mélancolique & cha
grin. Le triste état où il se trouv,oit alors,
n'étoit point capable de le dégoûter de
J'érude , il profìtojt des niomens de relâ
che qu'il avoit, pour s'y livrer de nou
veau. C'est même pendant cc tems - là
qu'il a composé la plupart de ses QuÏJWgefe
Quelque*
TEVR1ER. 1730. ?4f
Quelques Auteurs on mis en question :
S'il étoit à propos pour un Homme de
Lettres de íe marier , & se sont servi de
Pexemple de Budé pour soutenir l'affirmative.
Il se maria en effet , & si l'on et»
croit un de ces Auteurs > fa femme bienloin
de l'empêcher d'étudier , lui servoit
de second , en lui cherchant les passages ,
& les Livres dont il avoit «besoin, Il falloir,
^u'il l'eût connue de ce goût-là des avant
ion mariage , puisque, le jeùr même de
ses noces il se de'roba trois heures ait
moins , pour les passer avec ses Livres.
Louis le Roy , de'crit ainsi la manière,
dont il avoit coutume de passer lá jour
née : En se levant, il se mettoit au travail,
& étudioit jusqu'à l'heure de dîner j avant
que de se mettre à table , il fáisoit un peu
d'exercice pour se donner de l'appetit.
Après le repas, il passoit deux heures »
Causer avec sa famille , ou ses amis , après
quoi il recommençoit à travailler jusqu'à»
souper. Comme ce repas íe saisott ordi
nairement fort tard , i! ne faisoit jamais
rien après. Ii avoit une Maison de Cam
pagne à saint Maur , où il demeuroic assez
volontiers , parce que son e'rude n'y étoiç
point interrompue par des visites , com
me à la Ville.
t II vécut fort long-tems dans l'obscuriré
{Le son Cabinet , mais son rne'rir,e j'eq tira:
$4 S MERCURE DE FRANCE.
Qay de Rochefort , Chancelier de Fran.
çe , le fit çonnoître au Roy Charles VIII.»
qui voalut le voir , Sc le fie venir auprès
de luiî mais il ne vécut pas assez après
çela, pour lui faire du bien, .. i
Louis XIL successeur de Charles, l'en»,
voya deux fois en Italie pour quelques;
négociations , & le mit ensuite au nombre,
de íes Secrétaires. 11 youlur aussi le fairç,
Conseiller au, Parlement de Paris ; maiç.
Budé refusa cette Charge , qui lui aurpir^
çauíé trop de distractions, ÔC qui lui auroit
enlevé un tems , qu'il aimoit mieu%
donner à ses études.
II se vit cependanc dans la fuite exposd
à ces distractions qu'il craignoit. Le Roy
Fcançois I. qui aimoit les Gens de Lettres,
k fit venir auprès de lui à Ardres » où
5'e'toit rendu en 1520. pour s'aboucher,
avec le Roy d'Angleterre. L' Auteur de fa.
vie remarque , que ce fut alors pour 1%
première fois que Budé eut accès auprès
de lui : ce qui détruit cç que Yarillas aavancé
dans son Histoire da François I<
(a) que ce Prince l'envoya à Rome etj
Ambassade en iji 5. auprès du Pap©
Léon X. fait suppose par cet Auteur ,
qu'iL accompagne d'une reflexion , qui
n'est pas plus vraie. » Budé, dit-il , n'ér
«toit pas mal adroit co négociation ,
Çà) 144$ u fi i -; "---.-< -i
\i'i.< C « quoiqu'il
I 'J TE V RIE R. 17300 j4f
B'qqoiqu'il eut vécu dans Paris , fans au-
» cre conversation que celle de ses Livres, «c
| -Comment Varillas a-r-il pu parler ainsi,
puisque Budé avoit déja e'té deux fois ea
! Italie pour différentes négociations ?
I François I. ayant pris gout à la convec*
/ation de Budé , voulut ,1'avoir toujours
attprès de lui , lui confia le foin de fa Bi
bliothèque , & lui donna une Charge de
Maître des Requêtes , dont il fut pourvu
}e2 I. Août 1522. La. Ville de Paris l'é*
lût la même anne'e Prevôc des Mar»
chands. . • ,
• Il aimoit trop les Sciences , pour ne pas
faire servir à leur avantage le crédit qu'il
> atoit auprès du Roy > il fut un des prin
cipaux Promoteurs de l'érection du CoU
lege Royal , & de la Fondation des Chai-s
res , qui y fur faite fous le Règne ^ de
François I.
, Il se brouilla avec Antoine du Prat t
Chancelier de France , ce qui l'obligea
pendant quelque temsà n'aller à la Cour,
qu'autanc que le devoir de fa Charge l'y
engageoit. M? is ce tems ne dura pas ; car
Guillaume. Po;;et qui l'aimoit , ayant e'té
fait Chancelier , voulut qu'il demeurât
continuellement auprès de lui.
Un voyage qu'il fit avec lui en 15 40.
fur les côres de Normandie , à la fuite duj!
&oy , qui y alloit chercher du rafraîchisr.,
. ^ * G ij sèment
^5<> MERCURE DE FRANCBj
íement dans les chaleurs excessives da
cette année , lui fut funeste. Il y ga*
gna une fièvre , qui lui paroissant dan»
gereuse , lui fit naître l'envie de se faire
porter chez lui , pour mourir du moins
au milieu de fa Famille.
De retour à Paris , il vit bien tôt son
mal s'augmenter , & il mourut le 23,
Août de la même année 1540. âgé de 73.
ans. Plusieurs Auteurs se sont trompés fut
la datte de fa mort La Croix du Maine
en la fixant au z 5. Août. S ponde , en la
mettant au 2©. Août , & Pierre de saint
Romuald, en l'avançant au $. Août de
la même année. Le P. Garasse dans fa
Doctrine curieuse , le fait mourir en 1 5 ; 9.
L'erreurde M. de Launoy est encore plus
considérable , puisqu'il recule (a) sa mort
jusqu'au premier Septembre 1 ç 7 3.
Budé fut enterré le x6 . Août à saint Ni»
colas des Champs 3 fans aucune pompe ,
comme il l'avoit ordonné par son Testa»
ment , ou il dit : m Je veux être porté en
«•terre de nuit , & íans semonce , à une
» Torche , ou à deux seulement , & ne
» veux être proclamé à l'Eglise , ne à la
» Ville , ne alors que je ferai inhumé s ne
>le lendemain; car je n'approuverai ja-
>mais la coutume des cérémonies lugu-
» bres , & pompes funèbres*. . . Je détens
(s) Hijì. Gjmn. ì{*v»rr. f» 8.8 xì. . -
*■ # qu'or*
LEVRIER, i^rjd. jç»
»qn'on m'en fasse, tant pour ce, quepout
»autres choses , qui ne se peuvent faire
asans scandale ; & si je ne veux qu'il y aie
^cérémonie funèbre , ne autre Représerr.
Mtarion à l'entour du lieu où je serai en*
«terré , le long de l'anne'e de mon trépas ,
«parce qu'il me semble imitation des Ce-
Dnotaphes , donc les Gentils ancienne-*
»xment ont asé#
C'étoit ici le lieu de placer rEpigram»
me , que fit Melain de saint Gelais , à
l'oecasion de la mort de Budé, & de la
disposition Testamentaire qu'on vient de
lire. 11 est à croire que l'Editeur des Mé
moires ne l'a pas connue > on ne fera pas
fâché de la trouver ici.
Qui est celui que tout le monde fuit >
tas ! c'est Budé au Cercueil étendu.
Pourquoi n'ont fait les Cloches plus grand]
bruk?
Son nom fans Cloche est aflez épanda;
Que n'a-t on plus en Torches dépendu í
Suivant la mode accoutumée & sainte »
Afin qu'il sut par l'obscur entendu
Que des François la lumière est éteinte*
Nous donnerons dans le prochain Mer*
Cure la fuite de ce Mémoire*
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Résumé : Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, [titre d'après la table]
Le texte est un extrait des 'Mémoires pour servira l'Histoire des Hommes Illustres dans la République des Lettres', tome 8, publié à Paris en 1730. L'auteur annonce des corrections et des additions pour les neuf volumes précédents dans le dixième volume, prévu pour décembre 1729, et invite les lecteurs à signaler toute erreur ou information erronée. Le septième volume contenait une remarque confirmée depuis, concernant une erreur sur un ouvrage attribué à André Duchesne. Le catalogue des œuvres de Duchesne mentionne 'Les Antiquitez & Recherches des Villes, Châteaux & Places remarquables de toute la France', avec plusieurs éditions. Cependant, l'auteur des Mémoires affirme que cet ouvrage n'est pas de Duchesne, en se basant sur le témoignage de Dom Louis D'Achery, qui a déclaré que le livre n'était pas de Duchesne et avait été publié sous son nom pour mieux se vendre. Le texte mentionne également d'autres cas où des libraires ou des auteurs ont attribué des œuvres médiocres à des noms respectables pour les accréditer. Le huitième volume des Mémoires contient les vies et les catalogues des œuvres de 37 savants, dont Guillaume Budé. La vie de Budé est détaillée, soulignant son parcours académique, son assiduité dans les études, et son rôle dans la promotion des sciences sous le règne de François I. Budé a refusé des charges qui auraient pu le distraire de ses études, mais a finalement été nommé maître des requêtes et prévôt des marchands de Paris. Il a également joué un rôle clé dans la création du Collège Royal et la fondation des chaires sous François I. Le texte relate la mort de Budé, survenue en 1540. Budé, âgé de 73 ans, contracta une fièvre lors d'un séjour en Normandie et décida de retourner à Paris pour mourir entouré de sa famille. Il décéda le 23 août 1540. Plusieurs auteurs ont commis des erreurs sur la date de sa mort, la situant entre le 25 et le 31 août, ou même en 1573. Budé fut enterré le 26 août à Saint-Nicolas-des-Champs sans cérémonie, conformément à ses volontés exprimées dans son testament. Il souhaitait une inhumation discrète, sans pompe funèbre, et sans proclamation à l'église ou à la ville. Il comparait les cérémonies funèbres à des pratiques païennes. Le texte mentionne également une épigramme de Melchior de Saint-Gelais sur la mort de Budé et ses dispositions testamentaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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263
p. 439-446
REPONSE d'un Chanoine d' A*** à la demande proposée par un Chanoine de Beauvais sur Saint Oudard.
Début :
Le nom d'Oudard, Monsieur, sur lequel on écrit de Beauvais la Lettre [...]
Mots clefs :
Saint-Oudard, Saint, Évêque, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE d'un Chanoine d' A*** à la demande proposée par un Chanoine de Beauvais sur Saint Oudard.
REPONSE d'un Chanoine d'A***
à la demande proposée par un Cha
noine de Beauvais fur Saint Oudard.
Lenom ifutle
E nom d'Oudard , Monfieur , fur le
tre qui a été rendue publique dans le fe
cond Volume du Mercure de Decembre
dernier
440 MERCURE DE FRANCE
3
dernier , n'eft point à ce qu'il me parole
une chofe fort difficile à éclaircir . Il
n'eft pas neceffaire d'aller chercher le
fondement où l'origine de ce nom dans
le Pays de Liege , ni dans le Languedoc ,
ce n'eft ni S. Theodart , Evêque de Maftrech
, mort au 7. fiecle , & qui eft nommé
vulgairement S. Dodard , ni le faing
Evêque de Narbonne du même nom ,
mort au 9. qui ont fait naître le nom
fur lequel il paroît qu'on eft en peine.
Ce dernier eft celébre fur tout à Mon
tauban où il déceda. On prononce for
nom en deux fyllabes , & on dit S. Tho
dard , que quelques- uns écrivent mal
Saint Audard. Certe derniere maniere
d'écrire le nom du faint Evêque de Narbonne
, pourroit faire croire que celui
d'Oudard en auroit été formé ; mais
quoiqu'on ait des exemples de noms dont
les peuples ont limé les premieres lettres
& même dans des noms commençans
comme celui de Theodard , je fuis pers
fuadé qu'Oudard ne vient point de Theodard
, inais d'Odon , que c'en eft un derivé
, une espece d'allongement ou d'extenfion
affez femblable à celle des diminutifs
fi ufitez en Italie. La preuve que
je veux en rapporter à la fatisfaction de
M. le Feron , Chanoine de Beauvais ,
fera affez fimple ; je la tire d'un Hiftorien
MARS. 1730 441
rien de Tournay , nommé Heriman , qui
écrivoit au 12. fiecle. Cet Auteur parlant
du celebre Odon , Evêque de Cambray
, mort en l'an 1113. dit que lorfqu'il
étoit encore jeune Profeffeur de Dialectique
dans le Clergé de Tournay , i
compofa quelques Ouvrages , dans lefquels
il ne fe nommoit point Odon ,
quoique ce fut fon veritable nom
mais Odoard ou Odard , fuivant que
tout le monde l'appelloit. Non fe Odonem
, fed ficut tunc ab omnibus vocaba
tur , nominabat Odardum. T. 12. Spicil
p. 361. Ce trait d'Hiftoire nous apprend
qu'il étoit dès-lors de l'ufage vulgaire
de transformer le nom d'Odon , en ce
lui d'Odoard ou Odard . Ce fameux Odon
natif d'Orleans , premierement Profei
feur ou Maître à Toul en Lorraine , &
delà à Tournay , ne dédaigna point de
fe conformer au nom que le peuple lui
avoit donné ; il le conferva fi bien
que Heriman , fon Hiſtorien , l'appelle
prefqu'auffi fouvent Magifter Odardus
que Domnus Odo . Au fond cependant ,
c'étoit un nom qui n'étoit pas rare alors,
& fi cet Ecolâtre de Tournay , depuis
fait Evêque de Cambray , avoit un patron
à honorer dans le nom qu'il por
toit , il pouvoit s'acquitter de ce devoir
envers S. Odon , Abbé de Cluni , mort
plus
442 MERCURE DE FRANCE.
paplus
de cent foixante ans auparavant ,
& qu'on honoroit comme Saint depuis
fort long- tems. C'eft pourquoi , fi M. le
Feron ne juge pas à propos de regarder
le Venerable Odon de Cambray comme
Saint , il peut fe donner la peine de jetter
la vûë fur le jour dont il a datté la
Lettre qu'il vous a écrite ; c'eſt le 18 .
Novembre , propre jour du decès & de
la Fête du grand Saint Odon , Abbé de
Cluny. Voilà , felon moi , fon faint
tron primitif & principal , parceque c'eft
le premier Saint connu du nom d'Odon,
duquel celui d'Odoard n'eft qu'une fimple
modification. C'eft un Saint que tous
ceux qui le mêlent de Plain - chant ou
de Mufique ne devroient pas balancer de
prendre pour leur patron , au lieu d'une
fainte Cecile de quatre jours après , laquelle
ne fut jamais Muficienne , & qui
felon même les Actes qu'on en produit,
avoit une espece d'averfion , ou au moins
une grande indifference pour la Mufique
& les Muficiens , au lieu que S. Odon
étoit veritablement Muficien , grand connoiffeur
en Chant , Infignis Muficus ,
dont on a des Pieces de chant & des Traités
fur le chant. Je n'exclus pas , au refte ,
du Catalogue des Bienheureux l'illuftre
Odon ou Odoard de Cambray , que Molanus
, Docteur de Louvain , a mis dans
lc
·
MARS. 1730 443
le rang des Saints des Pays-Bas ( a ) &
le Pere Mabillon après lui ( b ) difant
qu'on le croit Saint à Cambray ; ce qui
a été fuivi par M. Chaſtelain , Chanoine
de Notre- Dame de Paris qui l'a placé
au 19. Juin dans fon Martyrologe univerfel.
Ceux qui auront la dévotion de
l'invoquer comme Saint , fçauront donc
que fon decès arriva le 19. Juin 113 .
dans l'Abbaye d'Anfchin , proche Douay,
au Diocéſe d'Arras , qu'il y fut inhumé,
& qu'il y repofe encore. Ordinairement
les Chroniques font un peu feches &
arides ; mais celle du Moine Heriman ne
paroît pas avoir ce deffaut . Permettez que
je vous invite à y lire l'Hiftoire de la converfion
de ce celebre perfonnage , Odon , ou
Odoard d'Orleans ; vous y verrez avec
plaifir qu'elle fut operée à l'occafion d'un
Manufcrit des Traités de S. Auguftin
de libero arbitrio , qu'un de fes Ecoliers
avoit apporté en Claffe , qu'il acheta
par pure curiofité , qu'il ouvrit par hazard
au bout d'un certain tems , voulant
faire une explication du quatriéme Livre
de Boece ; qu'en ayant lû deux ou
trois pages , l'éloquence du Saint Docteur
le charma & lui infpira le dégoût
( a ) Natal, Belg
(b ) Annal. Bened. F. S : P• 486,
de
444 MERCURE DE FRANCE.
"
du fiecle, auquel il renonça fi efficacement
qu'il devint le premier Abbé de l'Eglife
de Saint Martin de Tournay dont il avoit
été le reftaurateur. Si Meffieurs Hennequin
viennent de Flandres , ils peuvent
aifément en avoir apporté le nom d'Odoard.
J'ai trouvé le nom d'Odard Hennequin
dans mes collections parmi les
Archidiacres de Puifaye en l'Eglife d'Auxerre.
Jean Baillet , Evêque , decedé en
1513. reçut fon ferment de fidelité ; un
Acte relatif à cette Cerémonie l'appelle
Odardus. Il porte auffi le même nom à
la tête du grand Recueil de Statuts fynodaux
du Diocèle de Troyes qu'il fit
imprimer en 1530. à Troyes , en étant
devenu Evêque après l'avoir été de Senlis.
Et peut être eft- ce par le moyen de
ce perfonnage que le nom d'Oudard a
penetré jufques dans ces pays- ci où quelques
perfonnes le portent encore. ( a )
Ce n'eft pas le feul exemple qu'on a de
noms dont la terminaiſon eft plus ou
moins étendue fuivant la bizarrerie de
l'ufage . On voit à Autun une Eglife ,
& les Reliques d'un faint Evêque de Bâle
& d'Augt , qui eft appellé dans plufieurs
titres Racho , & dans d'autres Rachnasharius
ou Ragnacharius . S. Ouën de
>
( a) à Stignelay bei
Roüen
MARS. 1730. 445
Rouen a été appellé dès fon vivant Dado
& Audoënus . S. Faron de Meaux
Fare & Burgundofaro . Remi d'Auxerre a
été dit tantôt Raimo , & tantôt Remigius.
Ainfi il ne doit pas paroître étonnant
qu'un même perfonnage ait été appellé
par les uns Odo , & par les autres Odoardus.
Peut -être que le Bienheureux Odon
de Cambray étoit de petite ftature ; ce
qui lui auroit fait donner ce nom d'Ou̟-
dard par maniere de diminutif , comme
on dit à Rome S. Carlin , pour fignifier
S. Charles le petit , S. Paulin
pour le petit Saint Paul , S. Antonin
pour le petit S. Antoine , S. Cyprianin ,
pour le petit S. Cyprien , & S. Ambrofin
, pour dire le petit S. Ambroife.
Après tout , quand même ce ne feroit
pas le nom de S. Odon qu'on dut envifager
comme voilé , & caché fous celui
d'Odoard , il n'y auroit pas de difficulté
d'accorder que ceux qui portent
le nom d'Odoard ou bien d'Oudard
n'ont point encore de Saint canonifé pour
patron , & cela ne leur feroit pas fingu
lier. Celui de Ferric que tant d'hommes
illuftres portoient il y a deux & trois
cens ans , fur quel Saint étoit - il fondé
J'en dis de même de ceux de Triftan ,
d'Almaric , Petrarque , Palamedes , Hector
, & même de celui d'Armand . J'ai
?
prouvé
446 MERCURE DE FRANCE:
prouvé il y a quelques années que le nom
latin Armandus , fi on veut le faire venir
de quelque Saint , n'eft autre que
celui de Hartmannus , defiguré par un
Latiniſme venu après coup . ( a ) J'ignorois
alors qu'il y eut en France une Eglife
dediée fous l'invocation de ce Saint.
Mais quoiqu'on affure que le fait foit
réel , cela ne détruit point ma penſée.
J'ai appris que c'eft l'Eglife des Capucins
de Tarafcon en Provence . On y lit ,
à la verité , fur une pierre au dehors
qu'elle eft dediée fub invocatione S. Armandi
; ce fut le Cardinal de Richelieu
qui étant relevé d'une groffe maladie
qu'il avoit euë à Tarafcon , y fit cette
Dédicace. Mais un Curieux qui y paffa
quelques années après , ayant demandé
aux Religieux en quel jour ils faifoient
la Fête de ce Saint , & qui il étoit
ils répondirent qu'ils ne le connoiffoient
pas , qu'ils n'en celébroient aucune Fête,
& qu'ils ne faifoient que celle de la Dédicace
le 3 1.Août. Vous pouvez vous infor
mer fi ce Saint eft plus connu & honoré
en Sorbonne , au Frontifpice de laquelle
fon nom est écrit en gros caracteres ;
J'en doute fort , & je fuis cependant ,
Monfieur , votre & c.
Ce 7. Fevrier 1730:
( a ) Mercure de Fr. Novem. 1795•
à la demande proposée par un Cha
noine de Beauvais fur Saint Oudard.
Lenom ifutle
E nom d'Oudard , Monfieur , fur le
tre qui a été rendue publique dans le fe
cond Volume du Mercure de Decembre
dernier
440 MERCURE DE FRANCE
3
dernier , n'eft point à ce qu'il me parole
une chofe fort difficile à éclaircir . Il
n'eft pas neceffaire d'aller chercher le
fondement où l'origine de ce nom dans
le Pays de Liege , ni dans le Languedoc ,
ce n'eft ni S. Theodart , Evêque de Maftrech
, mort au 7. fiecle , & qui eft nommé
vulgairement S. Dodard , ni le faing
Evêque de Narbonne du même nom ,
mort au 9. qui ont fait naître le nom
fur lequel il paroît qu'on eft en peine.
Ce dernier eft celébre fur tout à Mon
tauban où il déceda. On prononce for
nom en deux fyllabes , & on dit S. Tho
dard , que quelques- uns écrivent mal
Saint Audard. Certe derniere maniere
d'écrire le nom du faint Evêque de Narbonne
, pourroit faire croire que celui
d'Oudard en auroit été formé ; mais
quoiqu'on ait des exemples de noms dont
les peuples ont limé les premieres lettres
& même dans des noms commençans
comme celui de Theodard , je fuis pers
fuadé qu'Oudard ne vient point de Theodard
, inais d'Odon , que c'en eft un derivé
, une espece d'allongement ou d'extenfion
affez femblable à celle des diminutifs
fi ufitez en Italie. La preuve que
je veux en rapporter à la fatisfaction de
M. le Feron , Chanoine de Beauvais ,
fera affez fimple ; je la tire d'un Hiftorien
MARS. 1730 441
rien de Tournay , nommé Heriman , qui
écrivoit au 12. fiecle. Cet Auteur parlant
du celebre Odon , Evêque de Cambray
, mort en l'an 1113. dit que lorfqu'il
étoit encore jeune Profeffeur de Dialectique
dans le Clergé de Tournay , i
compofa quelques Ouvrages , dans lefquels
il ne fe nommoit point Odon ,
quoique ce fut fon veritable nom
mais Odoard ou Odard , fuivant que
tout le monde l'appelloit. Non fe Odonem
, fed ficut tunc ab omnibus vocaba
tur , nominabat Odardum. T. 12. Spicil
p. 361. Ce trait d'Hiftoire nous apprend
qu'il étoit dès-lors de l'ufage vulgaire
de transformer le nom d'Odon , en ce
lui d'Odoard ou Odard . Ce fameux Odon
natif d'Orleans , premierement Profei
feur ou Maître à Toul en Lorraine , &
delà à Tournay , ne dédaigna point de
fe conformer au nom que le peuple lui
avoit donné ; il le conferva fi bien
que Heriman , fon Hiſtorien , l'appelle
prefqu'auffi fouvent Magifter Odardus
que Domnus Odo . Au fond cependant ,
c'étoit un nom qui n'étoit pas rare alors,
& fi cet Ecolâtre de Tournay , depuis
fait Evêque de Cambray , avoit un patron
à honorer dans le nom qu'il por
toit , il pouvoit s'acquitter de ce devoir
envers S. Odon , Abbé de Cluni , mort
plus
442 MERCURE DE FRANCE.
paplus
de cent foixante ans auparavant ,
& qu'on honoroit comme Saint depuis
fort long- tems. C'eft pourquoi , fi M. le
Feron ne juge pas à propos de regarder
le Venerable Odon de Cambray comme
Saint , il peut fe donner la peine de jetter
la vûë fur le jour dont il a datté la
Lettre qu'il vous a écrite ; c'eſt le 18 .
Novembre , propre jour du decès & de
la Fête du grand Saint Odon , Abbé de
Cluny. Voilà , felon moi , fon faint
tron primitif & principal , parceque c'eft
le premier Saint connu du nom d'Odon,
duquel celui d'Odoard n'eft qu'une fimple
modification. C'eft un Saint que tous
ceux qui le mêlent de Plain - chant ou
de Mufique ne devroient pas balancer de
prendre pour leur patron , au lieu d'une
fainte Cecile de quatre jours après , laquelle
ne fut jamais Muficienne , & qui
felon même les Actes qu'on en produit,
avoit une espece d'averfion , ou au moins
une grande indifference pour la Mufique
& les Muficiens , au lieu que S. Odon
étoit veritablement Muficien , grand connoiffeur
en Chant , Infignis Muficus ,
dont on a des Pieces de chant & des Traités
fur le chant. Je n'exclus pas , au refte ,
du Catalogue des Bienheureux l'illuftre
Odon ou Odoard de Cambray , que Molanus
, Docteur de Louvain , a mis dans
lc
·
MARS. 1730 443
le rang des Saints des Pays-Bas ( a ) &
le Pere Mabillon après lui ( b ) difant
qu'on le croit Saint à Cambray ; ce qui
a été fuivi par M. Chaſtelain , Chanoine
de Notre- Dame de Paris qui l'a placé
au 19. Juin dans fon Martyrologe univerfel.
Ceux qui auront la dévotion de
l'invoquer comme Saint , fçauront donc
que fon decès arriva le 19. Juin 113 .
dans l'Abbaye d'Anfchin , proche Douay,
au Diocéſe d'Arras , qu'il y fut inhumé,
& qu'il y repofe encore. Ordinairement
les Chroniques font un peu feches &
arides ; mais celle du Moine Heriman ne
paroît pas avoir ce deffaut . Permettez que
je vous invite à y lire l'Hiftoire de la converfion
de ce celebre perfonnage , Odon , ou
Odoard d'Orleans ; vous y verrez avec
plaifir qu'elle fut operée à l'occafion d'un
Manufcrit des Traités de S. Auguftin
de libero arbitrio , qu'un de fes Ecoliers
avoit apporté en Claffe , qu'il acheta
par pure curiofité , qu'il ouvrit par hazard
au bout d'un certain tems , voulant
faire une explication du quatriéme Livre
de Boece ; qu'en ayant lû deux ou
trois pages , l'éloquence du Saint Docteur
le charma & lui infpira le dégoût
( a ) Natal, Belg
(b ) Annal. Bened. F. S : P• 486,
de
444 MERCURE DE FRANCE.
"
du fiecle, auquel il renonça fi efficacement
qu'il devint le premier Abbé de l'Eglife
de Saint Martin de Tournay dont il avoit
été le reftaurateur. Si Meffieurs Hennequin
viennent de Flandres , ils peuvent
aifément en avoir apporté le nom d'Odoard.
J'ai trouvé le nom d'Odard Hennequin
dans mes collections parmi les
Archidiacres de Puifaye en l'Eglife d'Auxerre.
Jean Baillet , Evêque , decedé en
1513. reçut fon ferment de fidelité ; un
Acte relatif à cette Cerémonie l'appelle
Odardus. Il porte auffi le même nom à
la tête du grand Recueil de Statuts fynodaux
du Diocèle de Troyes qu'il fit
imprimer en 1530. à Troyes , en étant
devenu Evêque après l'avoir été de Senlis.
Et peut être eft- ce par le moyen de
ce perfonnage que le nom d'Oudard a
penetré jufques dans ces pays- ci où quelques
perfonnes le portent encore. ( a )
Ce n'eft pas le feul exemple qu'on a de
noms dont la terminaiſon eft plus ou
moins étendue fuivant la bizarrerie de
l'ufage . On voit à Autun une Eglife ,
& les Reliques d'un faint Evêque de Bâle
& d'Augt , qui eft appellé dans plufieurs
titres Racho , & dans d'autres Rachnasharius
ou Ragnacharius . S. Ouën de
>
( a) à Stignelay bei
Roüen
MARS. 1730. 445
Rouen a été appellé dès fon vivant Dado
& Audoënus . S. Faron de Meaux
Fare & Burgundofaro . Remi d'Auxerre a
été dit tantôt Raimo , & tantôt Remigius.
Ainfi il ne doit pas paroître étonnant
qu'un même perfonnage ait été appellé
par les uns Odo , & par les autres Odoardus.
Peut -être que le Bienheureux Odon
de Cambray étoit de petite ftature ; ce
qui lui auroit fait donner ce nom d'Ou̟-
dard par maniere de diminutif , comme
on dit à Rome S. Carlin , pour fignifier
S. Charles le petit , S. Paulin
pour le petit Saint Paul , S. Antonin
pour le petit S. Antoine , S. Cyprianin ,
pour le petit S. Cyprien , & S. Ambrofin
, pour dire le petit S. Ambroife.
Après tout , quand même ce ne feroit
pas le nom de S. Odon qu'on dut envifager
comme voilé , & caché fous celui
d'Odoard , il n'y auroit pas de difficulté
d'accorder que ceux qui portent
le nom d'Odoard ou bien d'Oudard
n'ont point encore de Saint canonifé pour
patron , & cela ne leur feroit pas fingu
lier. Celui de Ferric que tant d'hommes
illuftres portoient il y a deux & trois
cens ans , fur quel Saint étoit - il fondé
J'en dis de même de ceux de Triftan ,
d'Almaric , Petrarque , Palamedes , Hector
, & même de celui d'Armand . J'ai
?
prouvé
446 MERCURE DE FRANCE:
prouvé il y a quelques années que le nom
latin Armandus , fi on veut le faire venir
de quelque Saint , n'eft autre que
celui de Hartmannus , defiguré par un
Latiniſme venu après coup . ( a ) J'ignorois
alors qu'il y eut en France une Eglife
dediée fous l'invocation de ce Saint.
Mais quoiqu'on affure que le fait foit
réel , cela ne détruit point ma penſée.
J'ai appris que c'eft l'Eglife des Capucins
de Tarafcon en Provence . On y lit ,
à la verité , fur une pierre au dehors
qu'elle eft dediée fub invocatione S. Armandi
; ce fut le Cardinal de Richelieu
qui étant relevé d'une groffe maladie
qu'il avoit euë à Tarafcon , y fit cette
Dédicace. Mais un Curieux qui y paffa
quelques années après , ayant demandé
aux Religieux en quel jour ils faifoient
la Fête de ce Saint , & qui il étoit
ils répondirent qu'ils ne le connoiffoient
pas , qu'ils n'en celébroient aucune Fête,
& qu'ils ne faifoient que celle de la Dédicace
le 3 1.Août. Vous pouvez vous infor
mer fi ce Saint eft plus connu & honoré
en Sorbonne , au Frontifpice de laquelle
fon nom est écrit en gros caracteres ;
J'en doute fort , & je fuis cependant ,
Monfieur , votre & c.
Ce 7. Fevrier 1730:
( a ) Mercure de Fr. Novem. 1795•
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Résumé : REPONSE d'un Chanoine d' A*** à la demande proposée par un Chanoine de Beauvais sur Saint Oudard.
Le texte est une réponse d'un chanoine d'A*** à une demande d'un chanoine de Beauvais concernant l'origine du nom 'Oudard'. L'auteur affirme que ce nom n'est pas difficile à éclaircir et ne provient ni du Pays de Liège ni du Languedoc. Il n'est pas non plus lié à Saint Theodart, évêque de Maestricht, ni à l'évêque de Narbonne du même nom. Selon l'auteur, le nom 'Oudard' dérive plutôt d'Odon, un dérivé ou une extension similaire aux diminutifs italiens. Cette conclusion est appuyée par un historien de Tournay, Heriman, qui écrivait au XIIe siècle. Heriman mentionne qu'Odon, évêque de Cambray, était souvent appelé Odoard ou Odard par le peuple. Odon, natif d'Orléans, utilisait ce nom sans le rejeter, et son historien le nommait fréquemment 'Magister Odardus'. Le texte souligne également que le nom 'Oudard' pourrait avoir été introduit en France par des personnes venues de Flandres, comme les Hennequin. L'auteur cite plusieurs exemples de noms dont la terminaison varie selon l'usage, comme Saint Racho ou Saint Ouën. Il conclut en affirmant que les personnes portant le nom 'Oudard' n'ont pas de saint canonisé comme patron, et que cela n'est pas exceptionnel, citant d'autres noms similaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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264
p. 463-471
REMARQUES sur l'Arc de Triomphe d'Orange.
Début :
L'Arc de Triomphe de la Ville d'Orange a merité de tout temps l'attention [...]
Mots clefs :
Arc de triomphe, Ville d'Orange, Auguste, Monument, Général, Romains, Marius, Domitien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur l'Arc de Triomphe d'Orange.
REMARQUES fur l'Arc de Triomphe
d'Orange.
L'A
'Arc de Triomphe de la Ville d'O
range a merité de tout temps l'atten
tion des Curieux ; la beauté de ce Monu
ment les a engagez fur tout à rechercher
à quelle occafion il a été érigé ; les uns
Pont attribué à Domitius Enobarbus , ou
à Fabius Maximus , & les autres à Caïns
Marius ; ces derniers font prefentement
Les plus fuivis , mais , fi j'ofe le dire , ces
deux opinions font infoutenables , & pour
peu qu'on veuille examiner fur quoi elles
font fondées, on en fera bien- tôt perfuadé.
Florus , dans fon Abregé de l'Hiftoire
Romaine , a donné naiffance à l'un & àl'autre
de ces fentimens ; il dit que Domitius
Enobarbus & Fabius Maximus , après
avoir vaincu les Allorbroges , firent élever
fur le Champ de bataille des Tours de
pierre , & au- deffus y firent dreffer des
Trophées , parés des Armes des Ennemis :
voici les paroles : Domitius Enobarbus &
Fabius Maximus , ipfis quibus dimicaverant
Locis faxeas erexere turres & defuper
exornata armis hoftilibus Trophea
fixere.
Ceux qui font pour la premiere opinion
difens
464 MERCURE DE FRANCE.
difent que le Monument d'Orange eft le
même que celui que Florus nous décrit ,
qu'il n'eſt éloigné que de quelques lieuës
de l'endroit où les Allobroges furent défaits
, qu'il eft certain que c'eft un Ouvrage
des Romains , & qu'il eft très ancien
, ainfi il n'y a pas lieu de douter , difent
ils , que Domitius Enob. ou Fab.
Max . ne l'ayent fait élever .
Pour répondre à cela , il n'y a qu'à faire
attention que le Monument d'Orange eft
un Arc de Triomphe qu'on admire encore
aujourd'hui par fon Architecture & par
la beauté de les bas - reliefs , & que Florus
ne nous parle que de Tours informes &
groffieres , faxeas erexere turres. Cela eft
6 vrai que Coëffeteau , Evêque de Marſeil
le , l'un des plus fçavans hommes du fieele
paffé , en traduifant ce Paffage , dit
que Domit . Enobarbus & Fab. Maximus
ne firent élever que des monceaux de
pierre ; ainfi fans qu'il foit befoin d'avoir
recours à d'autres preuves , cette opinion
tombe d'elle - même .
Venons prefentement à celle qui veut
que l'Arc de Triomphe d'Orange doit
Etre attribué à Marius ; ils établiffent d'abord
que les Romains depuis Domitius
Enobarbus & Fabius Maximus , étoient
dans la coûtume d'élever des Monumens de
Triomphe après avoir remporté quelque
victoire
MAR S. 1730. 465
victoire ; ils difent enfuite que Caius Ma
rius , après avoir défait les Ambrons &
les Teutons , n'aura pas manqué d'en faire
aufli conftruire un , mais comme ce General
Romain furpaffoit fes Predeceffeurs
par la grandeur & le nombre de ces Exploits
, il voulut les furpaffer en magnificence
, & ainfi au lieu de quelques Tours
informes & groffieres , il fit élever le bel
Arc de Triomphe que nous voyons à
Orange ; enfin , pour nous en convaincre
entierement , ils font remarquer que le
nom de Marius fe trouve gravé fur ce Mo
nument.
Avant que de démontrer la fauffeté de
cette derniere opinion , il eft bon de fe
rappeller que les Romains ont de tour
temps érigé fur le Champ de bataille des
Trophées d'Armes , dont l'appareil confif
toit en un Pieu ou Tronc d'arbre , chargé
des dépouilles de l'Ennemi ; ainfi Domitius
Enobius & Fab. Maximus , ne changerent
rien à l'ancienne coûtume , ils vou-
Jurent feulement rehauffer l'éclat de leurs
Trophées , dont l'ufage avoit été jufqu'alors
de les mettre fur un Pieu fimplement
élevé fur terre , & pour cela ils firent conf
truire des Tours de pierre pour les y placer
au -deffus , voulant par là abaiffer encore
davantage l'orgueil de leurs Ennemis
, & par des Monumens plus durables
per
466 MERCURE DE FRANCE .
perpetuer leur honte dans la poſterité ;
c'eft pour cela que Florus dit que les Ro
mains n'avoient pas encore infulté aux
Vaincus d'une maniere fi outrageante ,
Cum hic mos inufitatus fuerit noftris , nunquam
enim Populus Rom. hoftibus domitis
victoriam exprobavit.
Il faut remarquer en fecond lieu que
Domit.Enob. & Fab. Max, ne firent con (-
truire leursTours qu'aux mêmes endroits
où l'on avoit coûtume d'ériger des Tro
phées ( c'est - à- dire , fur le Champ de ba
taille ) comme Florus nous Patteſte , Ipſis
quibus dimicaverant Locis faxeas erexere
turres : & que le's Trophées étoient ornez
des Armes des Vaincus , & defuper exor
nata arnis hoftilibus Trophea fixere.
Cela fuppofé , je dis , que l'Arc de
Triomphe d'Orange ne peut pas être attribué
à Marius.
1. Parce que ce Monument n'eft pas
conftruit fur le Champ de Bataille , & que
Marius n'a pas dû s'écarter d'un ufage établi
de temps immemorial ; à la verité , fice
General Romain a voulu fe diftinguer de
fes Predecefleurs par la grandeur & la
beauté du Monument , il l'aura pù , mais il
Faura toûjours fait conftruire fuivant l'ufage
établi dans le lieu même du Combat ,
ipfis quibus dimicaverant Locis . En effet
sonne on ne conftruifoit de ces fortes de
Mo
MARS. 1730. 4.67
Monumens que pour infulter aux Ennemiş
vaincus , on fe fervoit des Armes & des
dépouilles de ceux qui avoient été tuez
pendant l'action , pour en faire des Trophées
, & defuper exornata Armis hoftilibus
Trophea fixere , & par la même raifon
on choififfoit expreffement le lieu du
Combat , comme un témoin irreprochable
de leur défaite , & par confequent un
terrain étranger ne leur convenoit pas ;
d'ailleurs quelle apparence y a-t-il que
pour deux Batailles gagnées proche laVille
d'Aix , Marius ait choifi la Ville d'Orange
, où il n'a jamais été , & qui eft éloignée
du lieu du Combat d'environ dixhuit
lieuës, pour y faire dreffer un Arc de
Triomphe , il feroit bien plus naturel de
placer dans la Plaine appellée de Porrieres
, à quatre lieuës d'Aix , le Monument
de Triomphe que ce General Romain fit
conftruire , puifque c'eft dans cette Plaine
qu'il acheva de détruire entierement les
Barbares, & qu'on y voit encore un refte
d'Edifice quarré d'une Antiquité très - reculée
, que les gens du Pays appellent par
tradition le Triomphe de Porrieres ; ainfi
il me femble qu'on pourroit conjecturer
vrai-femblablement que ce General , fuivant
la coûtume d'alors fit élever ce Monument
fur le Champ de Bataille , pour
marquer la victoire.
468 MERCURE DE FRANCE.
2°. Aucun Auteur ancien n'a parlé d'un
Monument de Triomphe , érigé à Orange
à l'honneur de Marius ; cependant Florus
qui a décrit fi exactement les Tours
élevées par Domit. Enob. & par Fabius
Max. n'auroit pas manqué de faire mention
d'un Arc de Triomphe , qui auroit
été autant nouveau & inufité pour le tems
de Marius , que les Tours décrites par cet
Auteur , l'étoient pour le tems de Domitius
& de Fabius , car s'il n'a pas parlé
du Monument que Marius fit dreffer dans
la Plaine de Porrieres , c'eſt qu'il reffembloit
apparemment , à peu de chofe près ,
aux Monuments dreffez par fes Predeceffeurs
; d'autant mieux qu'il n'y a qu'une
vingtaine d'années d'intervalle des uns
aux autres : enfin Plutarque , qui a écrit
la Vie de Marius , auroit - il oublié de faire
mention d'un Monument fi propre à relever
la gloire de fon Heros ; certainement
ce n'eft pas un Ouvrage d'une nature
à pouvoir être caché ni ignoré, pour
le paffer fous filence .
3 °. La République Romaine qui étoit
fi jaloufe de la grandeur de fes Sujets ,
auroit- elle permis qu'on érigeat un fi beau
Monument à la gloire d'un de fes Generaux
, qu'on foupçonnoit déja de vouloir
fe rendre indépendant.
4. Sylla , Dictateur , dont la puiffance
étoit
MARS. 1730. 469
étoit fans bornes , & qui fit abattre les
Trophées que Marius avoit fait dreffer
dans Rome ; auroit-il laiffé fur pied un
Monument capable lui feul d'illuftrer
fon Rival dans la pofterité la plus reculée.
59 Le nom de Marius fe trouve confondu
& mêlé avec d'autres noms fur les
Boucliers de cet Arc de Triomphe , or je
dis que fi ce Monument avoit été élevé
pour ce General Romain , on auroit certainement
mis fon nom dans la Place la
plus honorable , cependant on le trouve
gravé fimplement fur un Bouclier fans
diftinction des autres , c'eſt donc une marque
évidente qu'on ne l'a pas élevé
pour lui , & même il y a beaucoup d'apparence
que par ce nom de Marius on a
voulu défigner quelqu'autre que le Vainqueur
des Ambrons & des Teutons , d'autant
mieux que les autres noms qui font
placez du pair & dans le même rang qué
celui-cy , font des noms barbares & inconnus.
6º. On voit gravé fur ce Monument
une grande quantité d'Inftrumens de Marine
; autre raison qui prouve qu'on ne le
doit pas attribuer à Marius , puifque ce
General Romain n'a jamais donné aucun
Combat fur Mer.
Après tout, les habiles Antiquaires cons
viennent aujourd'hui que les Arcs de
Triomphe
470 MERCURE DE FRANCE.
Triomphe n'éoient point encore en ufage
du tems de Marius , & que le Monument
d'Orange eft trop beau pour être fi ancien;
pour moi je le croirois du fiecle d'Augufte.
Suetone, dans la Vie de cet Empereur,
m'a fait naître cette conjecture ; il nous
apprend qu'Augufte fit conftruire une
grande quantité de Monuments & d'Edifices
, non- feulement à Rome , mais encore
dans plufieurs Provinces de l'Empire,
& qu'il exhorta fouvent les principaux
Citoyens de Rome , d'en faire conftruire
pour l'embelliffenent de la Ville ; cet Auteur
ajoûte que plufieurs d'entre eux en
firent élever : à leur exemple les Proconfuls
& les Préteurs dans leurs Gouvernements
, pour fe conformer au gout de
l'Empereur & lui faire leur cour , & les
Villes particulieres pour mieux marquer
leur attachement à leur Souverain , ou
pour obtenir quelque Privilege , en firent
pareillement élever de leur côté ; ainſi il
me femble très-probable que l'Arc de
Triomphe d'Orange a été érigé dans ce
temps-là à la gloire d'Augufte , pour quelqu'un
des motifs que je viens d'infinuer ;
d'autant mieux que les inftruments de Mazine
qu'on voit dans ce Monument conviennent
parfaitement à cet Empereur ,
qui par la Bataille Navale qu'il gagna pro
che d'Actium , le vit feul maître du Monde
entier. Je
MARS. 1730 . 471
Je, conclus enfin qu'on peut pareillement
rapporter à ce tems là la conftruc .
tion du Monument qui eft proche la Ville
de S. Remi en Provence , & celle de l'Arc
de Triomphe qu'on voit dans la Ville de
Carpentras , Capitale du Comtat Venailfin
les Connoiffeurs les jugent tous les
deux du fiecle d'Augufte , ainfi des Monumens
fituez fi proches les uns des autres
, & qui paroiffent avoir été conſtruits
dans le même temps , fortifient encore
le fentiment où je fuis , que tous ces Monumens
ont été élevez du temps d'Augufte
pour quelqu'un des motifs obfervez
cy- deffus .
d'Orange.
L'A
'Arc de Triomphe de la Ville d'O
range a merité de tout temps l'atten
tion des Curieux ; la beauté de ce Monu
ment les a engagez fur tout à rechercher
à quelle occafion il a été érigé ; les uns
Pont attribué à Domitius Enobarbus , ou
à Fabius Maximus , & les autres à Caïns
Marius ; ces derniers font prefentement
Les plus fuivis , mais , fi j'ofe le dire , ces
deux opinions font infoutenables , & pour
peu qu'on veuille examiner fur quoi elles
font fondées, on en fera bien- tôt perfuadé.
Florus , dans fon Abregé de l'Hiftoire
Romaine , a donné naiffance à l'un & àl'autre
de ces fentimens ; il dit que Domitius
Enobarbus & Fabius Maximus , après
avoir vaincu les Allorbroges , firent élever
fur le Champ de bataille des Tours de
pierre , & au- deffus y firent dreffer des
Trophées , parés des Armes des Ennemis :
voici les paroles : Domitius Enobarbus &
Fabius Maximus , ipfis quibus dimicaverant
Locis faxeas erexere turres & defuper
exornata armis hoftilibus Trophea
fixere.
Ceux qui font pour la premiere opinion
difens
464 MERCURE DE FRANCE.
difent que le Monument d'Orange eft le
même que celui que Florus nous décrit ,
qu'il n'eſt éloigné que de quelques lieuës
de l'endroit où les Allobroges furent défaits
, qu'il eft certain que c'eft un Ouvrage
des Romains , & qu'il eft très ancien
, ainfi il n'y a pas lieu de douter , difent
ils , que Domitius Enob. ou Fab.
Max . ne l'ayent fait élever .
Pour répondre à cela , il n'y a qu'à faire
attention que le Monument d'Orange eft
un Arc de Triomphe qu'on admire encore
aujourd'hui par fon Architecture & par
la beauté de les bas - reliefs , & que Florus
ne nous parle que de Tours informes &
groffieres , faxeas erexere turres. Cela eft
6 vrai que Coëffeteau , Evêque de Marſeil
le , l'un des plus fçavans hommes du fieele
paffé , en traduifant ce Paffage , dit
que Domit . Enobarbus & Fab. Maximus
ne firent élever que des monceaux de
pierre ; ainfi fans qu'il foit befoin d'avoir
recours à d'autres preuves , cette opinion
tombe d'elle - même .
Venons prefentement à celle qui veut
que l'Arc de Triomphe d'Orange doit
Etre attribué à Marius ; ils établiffent d'abord
que les Romains depuis Domitius
Enobarbus & Fabius Maximus , étoient
dans la coûtume d'élever des Monumens de
Triomphe après avoir remporté quelque
victoire
MAR S. 1730. 465
victoire ; ils difent enfuite que Caius Ma
rius , après avoir défait les Ambrons &
les Teutons , n'aura pas manqué d'en faire
aufli conftruire un , mais comme ce General
Romain furpaffoit fes Predeceffeurs
par la grandeur & le nombre de ces Exploits
, il voulut les furpaffer en magnificence
, & ainfi au lieu de quelques Tours
informes & groffieres , il fit élever le bel
Arc de Triomphe que nous voyons à
Orange ; enfin , pour nous en convaincre
entierement , ils font remarquer que le
nom de Marius fe trouve gravé fur ce Mo
nument.
Avant que de démontrer la fauffeté de
cette derniere opinion , il eft bon de fe
rappeller que les Romains ont de tour
temps érigé fur le Champ de bataille des
Trophées d'Armes , dont l'appareil confif
toit en un Pieu ou Tronc d'arbre , chargé
des dépouilles de l'Ennemi ; ainfi Domitius
Enobius & Fab. Maximus , ne changerent
rien à l'ancienne coûtume , ils vou-
Jurent feulement rehauffer l'éclat de leurs
Trophées , dont l'ufage avoit été jufqu'alors
de les mettre fur un Pieu fimplement
élevé fur terre , & pour cela ils firent conf
truire des Tours de pierre pour les y placer
au -deffus , voulant par là abaiffer encore
davantage l'orgueil de leurs Ennemis
, & par des Monumens plus durables
per
466 MERCURE DE FRANCE .
perpetuer leur honte dans la poſterité ;
c'eft pour cela que Florus dit que les Ro
mains n'avoient pas encore infulté aux
Vaincus d'une maniere fi outrageante ,
Cum hic mos inufitatus fuerit noftris , nunquam
enim Populus Rom. hoftibus domitis
victoriam exprobavit.
Il faut remarquer en fecond lieu que
Domit.Enob. & Fab. Max, ne firent con (-
truire leursTours qu'aux mêmes endroits
où l'on avoit coûtume d'ériger des Tro
phées ( c'est - à- dire , fur le Champ de ba
taille ) comme Florus nous Patteſte , Ipſis
quibus dimicaverant Locis faxeas erexere
turres : & que le's Trophées étoient ornez
des Armes des Vaincus , & defuper exor
nata arnis hoftilibus Trophea fixere.
Cela fuppofé , je dis , que l'Arc de
Triomphe d'Orange ne peut pas être attribué
à Marius.
1. Parce que ce Monument n'eft pas
conftruit fur le Champ de Bataille , & que
Marius n'a pas dû s'écarter d'un ufage établi
de temps immemorial ; à la verité , fice
General Romain a voulu fe diftinguer de
fes Predecefleurs par la grandeur & la
beauté du Monument , il l'aura pù , mais il
Faura toûjours fait conftruire fuivant l'ufage
établi dans le lieu même du Combat ,
ipfis quibus dimicaverant Locis . En effet
sonne on ne conftruifoit de ces fortes de
Mo
MARS. 1730. 4.67
Monumens que pour infulter aux Ennemiş
vaincus , on fe fervoit des Armes & des
dépouilles de ceux qui avoient été tuez
pendant l'action , pour en faire des Trophées
, & defuper exornata Armis hoftilibus
Trophea fixere , & par la même raifon
on choififfoit expreffement le lieu du
Combat , comme un témoin irreprochable
de leur défaite , & par confequent un
terrain étranger ne leur convenoit pas ;
d'ailleurs quelle apparence y a-t-il que
pour deux Batailles gagnées proche laVille
d'Aix , Marius ait choifi la Ville d'Orange
, où il n'a jamais été , & qui eft éloignée
du lieu du Combat d'environ dixhuit
lieuës, pour y faire dreffer un Arc de
Triomphe , il feroit bien plus naturel de
placer dans la Plaine appellée de Porrieres
, à quatre lieuës d'Aix , le Monument
de Triomphe que ce General Romain fit
conftruire , puifque c'eft dans cette Plaine
qu'il acheva de détruire entierement les
Barbares, & qu'on y voit encore un refte
d'Edifice quarré d'une Antiquité très - reculée
, que les gens du Pays appellent par
tradition le Triomphe de Porrieres ; ainfi
il me femble qu'on pourroit conjecturer
vrai-femblablement que ce General , fuivant
la coûtume d'alors fit élever ce Monument
fur le Champ de Bataille , pour
marquer la victoire.
468 MERCURE DE FRANCE.
2°. Aucun Auteur ancien n'a parlé d'un
Monument de Triomphe , érigé à Orange
à l'honneur de Marius ; cependant Florus
qui a décrit fi exactement les Tours
élevées par Domit. Enob. & par Fabius
Max. n'auroit pas manqué de faire mention
d'un Arc de Triomphe , qui auroit
été autant nouveau & inufité pour le tems
de Marius , que les Tours décrites par cet
Auteur , l'étoient pour le tems de Domitius
& de Fabius , car s'il n'a pas parlé
du Monument que Marius fit dreffer dans
la Plaine de Porrieres , c'eſt qu'il reffembloit
apparemment , à peu de chofe près ,
aux Monuments dreffez par fes Predeceffeurs
; d'autant mieux qu'il n'y a qu'une
vingtaine d'années d'intervalle des uns
aux autres : enfin Plutarque , qui a écrit
la Vie de Marius , auroit - il oublié de faire
mention d'un Monument fi propre à relever
la gloire de fon Heros ; certainement
ce n'eft pas un Ouvrage d'une nature
à pouvoir être caché ni ignoré, pour
le paffer fous filence .
3 °. La République Romaine qui étoit
fi jaloufe de la grandeur de fes Sujets ,
auroit- elle permis qu'on érigeat un fi beau
Monument à la gloire d'un de fes Generaux
, qu'on foupçonnoit déja de vouloir
fe rendre indépendant.
4. Sylla , Dictateur , dont la puiffance
étoit
MARS. 1730. 469
étoit fans bornes , & qui fit abattre les
Trophées que Marius avoit fait dreffer
dans Rome ; auroit-il laiffé fur pied un
Monument capable lui feul d'illuftrer
fon Rival dans la pofterité la plus reculée.
59 Le nom de Marius fe trouve confondu
& mêlé avec d'autres noms fur les
Boucliers de cet Arc de Triomphe , or je
dis que fi ce Monument avoit été élevé
pour ce General Romain , on auroit certainement
mis fon nom dans la Place la
plus honorable , cependant on le trouve
gravé fimplement fur un Bouclier fans
diftinction des autres , c'eſt donc une marque
évidente qu'on ne l'a pas élevé
pour lui , & même il y a beaucoup d'apparence
que par ce nom de Marius on a
voulu défigner quelqu'autre que le Vainqueur
des Ambrons & des Teutons , d'autant
mieux que les autres noms qui font
placez du pair & dans le même rang qué
celui-cy , font des noms barbares & inconnus.
6º. On voit gravé fur ce Monument
une grande quantité d'Inftrumens de Marine
; autre raison qui prouve qu'on ne le
doit pas attribuer à Marius , puifque ce
General Romain n'a jamais donné aucun
Combat fur Mer.
Après tout, les habiles Antiquaires cons
viennent aujourd'hui que les Arcs de
Triomphe
470 MERCURE DE FRANCE.
Triomphe n'éoient point encore en ufage
du tems de Marius , & que le Monument
d'Orange eft trop beau pour être fi ancien;
pour moi je le croirois du fiecle d'Augufte.
Suetone, dans la Vie de cet Empereur,
m'a fait naître cette conjecture ; il nous
apprend qu'Augufte fit conftruire une
grande quantité de Monuments & d'Edifices
, non- feulement à Rome , mais encore
dans plufieurs Provinces de l'Empire,
& qu'il exhorta fouvent les principaux
Citoyens de Rome , d'en faire conftruire
pour l'embelliffenent de la Ville ; cet Auteur
ajoûte que plufieurs d'entre eux en
firent élever : à leur exemple les Proconfuls
& les Préteurs dans leurs Gouvernements
, pour fe conformer au gout de
l'Empereur & lui faire leur cour , & les
Villes particulieres pour mieux marquer
leur attachement à leur Souverain , ou
pour obtenir quelque Privilege , en firent
pareillement élever de leur côté ; ainſi il
me femble très-probable que l'Arc de
Triomphe d'Orange a été érigé dans ce
temps-là à la gloire d'Augufte , pour quelqu'un
des motifs que je viens d'infinuer ;
d'autant mieux que les inftruments de Mazine
qu'on voit dans ce Monument conviennent
parfaitement à cet Empereur ,
qui par la Bataille Navale qu'il gagna pro
che d'Actium , le vit feul maître du Monde
entier. Je
MARS. 1730 . 471
Je, conclus enfin qu'on peut pareillement
rapporter à ce tems là la conftruc .
tion du Monument qui eft proche la Ville
de S. Remi en Provence , & celle de l'Arc
de Triomphe qu'on voit dans la Ville de
Carpentras , Capitale du Comtat Venailfin
les Connoiffeurs les jugent tous les
deux du fiecle d'Augufte , ainfi des Monumens
fituez fi proches les uns des autres
, & qui paroiffent avoir été conſtruits
dans le même temps , fortifient encore
le fentiment où je fuis , que tous ces Monumens
ont été élevez du temps d'Augufte
pour quelqu'un des motifs obfervez
cy- deffus .
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Résumé : REMARQUES sur l'Arc de Triomphe d'Orange.
L'Arc de Triomphe d'Orange suscite des interrogations quant à son origine. Deux hypothèses principales ont été proposées. La première attribue sa construction à Domitius Enobarbus ou à Fabius Maximus, après leur victoire sur les Allobroges, comme le rapporte Florus. La seconde hypothèse suggère que Caius Marius l'aurait érigé après ses victoires sur les Ambrons et les Teutons. Cependant, ces deux théories sont jugées infondées. Les partisans de la première hypothèse affirment que l'Arc correspond aux tours décrites par Florus, construites sur le champ de bataille. Toutefois, l'Arc de Triomphe d'Orange est un monument architectural complexe, contrairement aux tours informes décrites par Florus. De plus, l'évêque Coëffeteau traduit ces tours comme des monceaux de pierre, ce qui contredit l'idée d'un Arc de Triomphe. Pour la seconde hypothèse, les défenseurs de Marius soulignent que les Romains avaient l'habitude d'élever des monuments de triomphe après une victoire. Ils avancent que Marius, voulant surpasser ses prédécesseurs, aurait construit un Arc de Triomphe plus magnifique. Cependant, plusieurs points contredisent cette théorie : l'Arc n'est pas situé sur le champ de bataille, contrairement à l'usage romain, et aucun auteur ancien ne mentionne un tel monument à Orange pour Marius. De plus, la République romaine était jalouse de la grandeur de ses sujets et n'aurait pas permis un tel monument pour un général suspecté de vouloir s'émanciper. Sylla, dictateur, aurait également détruit les trophées de Marius à Rome, rendant improbable la survie d'un monument en son honneur. Le nom de Marius est gravé sur l'Arc, mais il est mélangé avec d'autres noms, suggérant qu'il ne s'agit pas du principal honneur. La présence d'instruments de marine sur le monument est incompatible avec les campagnes terrestres de Marius. Les antiquaires modernes estiment que les Arcs de Triomphe n'étaient pas en usage du temps de Marius et que l'Arc d'Orange est trop beau pour être aussi ancien. Ils le datent plutôt du siècle d'Auguste. Suétone mentionne qu'Auguste a construit de nombreux monuments et a encouragé les citoyens à en faire de même. Ainsi, l'Arc de Triomphe d'Orange pourrait avoir été érigé à la gloire d'Auguste, peut-être après sa victoire navale près d'Actium. Cette hypothèse est renforcée par la présence d'instruments de marine sur le monument.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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265
p. 503-524
EXPLICATION des Médailles qui font mention des Cohortes & des differentes Legions de Carausius, par où l'on peut fixer à peu près le nombre de Troupes que cet Empereur des anciens Bretons entretenoit. Adressée à son Excellence Milord Carteret, Vice-Roy d'Irlande & c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine, Medecin ordinaire de la Cour d'Angleterre & premier Medecin du Vice-Roi d'Irlande.
Début :
MILORD, L'amour que vous avez pour l'Histoire & surtout pour les nouvelles découvertes [...]
Mots clefs :
Carausius, Auguste, Médailles, Médaille, Cohortes, Empereur, Gloire, Légion, Taureaux, Bretagne, Cabinet, Bélier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION des Médailles qui font mention des Cohortes & des differentes Legions de Carausius, par où l'on peut fixer à peu près le nombre de Troupes que cet Empereur des anciens Bretons entretenoit. Adressée à son Excellence Milord Carteret, Vice-Roy d'Irlande & c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine, Medecin ordinaire de la Cour d'Angleterre & premier Medecin du Vice-Roi d'Irlande.
EXPLICATION des Médailles qui font
mention des Cohortes & des differentes
Legions de Caraufius , par où l'on peut
fixer à peu près le nombre des Troupes
que cet Empereur des anciens Bretons
entretenoit. Adreffée à fon Excellence
Milord Carteret , Vice-Roy d'Irlande ,
&c. Par M. Genebrier , Docteur en
Medecine , Medecin ordinaire de la
Cour d'Angleterre & premier Medecin
du Vice- Roi d'Irlande.
M.
ILORD ,
L'amour que vous avez pour l'Hiftoire
& furtout pour les nouvelles découvertes
qui peuvent intereffer la gloire de votre
Nation , m'ayant fait entreprendre l'Hiftoire
Metallique de Caraufius , un des
plus grands Conquerans que l'Angleterre
ait jamais eu , j'ai crû que pour concou-.
rir à vos vûës , il ne fuffifoit pas de relever
la gloire de ce Heros , fi je ne tâchois
en même - temps de celebrer les Inftrumens
de fes victoires : Je veux dire
fi je ne parlois des Legions, qui ont combattu
fous fes Etendarts , & qui lui ont acquis
tant de gloire. C'est ce que j'ai tâ-
D v ché
"
304 MERCURE DE FRANCE:
ché de faire en recueillant autant que j'ai
pû , les Médailles qui font mention de
ces Legions ou de ces Cohortes Prétoriennes.
Ces Monumens ferviront , au défaut
de l'Hiftoire qui n'en parle point ,
à fixer à peu près le nombre des Troupes
de cet Empereur. Et ces Legions ainfi
raffemblées , formeront , pour ainſi dire
un Corps d'armée glorieux , dont le dénombrement,
après tant de fiécles , ne peut
que faire plaifir à Votre Excellence.
Voici, Milord, ces Legions, fuivant l'ordre
de leur découverte.
Legion I.
IMP . C. Caraufius P.F. Aug. L'Empe
reur Cefar Caraufius , Pieux, Heureux , Augufte
, fa tête couronnée de Lauriers.
LEG . VIII . AUG. Legio octava Augufta..
Pour Type un Taureau . Cette huitiéme
Legion , furnommée Auguftale , dont Caraufius
a voulu par cette Médaille éternifer
la valeur & la fidelité , eft une des plus
anciennes Legions de l'Empire ; elle fut
formée par Augufte même , qui lui donna
fon nom & le rang de huitiéme Auguftale.
Il l'envoya d'abord en Pannonie,
où elle refta jufqu'à l'Empereur Claude ,
qui la fit paffer en Moefie, où Galba trouva
à propos de la laiffer. Mais Septime
Severe la fit revenir , & la plaça dans la
haute
MARS. 1730.
505
haute Germanie. Il y a apparence qu'elle
y refta pour deffendre les Frontieres de
l'Empire , jufqu'au temps de Caraufius.
Que ce fut entr'autres avec cette Legion,
qu'il défit les Germains en plufieurs rencontres
; qu'il remporta fur eux plufieurs
Victoires fignalées , & qu'il mérita enfin
le titre glorieux de très - grand Germanique
, Germanicus Maximus , que les Médailles
lui donnent. Je ne ferois pas non
plus fort éloigné de croire que ce fût cette
fiére Legion qui fe déclara la premiere
pour Caraufius ; qui le fuivit enAngleterre ,
& que le Panegyrifte Eumenius femble
nous défigner par ces termes , occupara
Legione Romanâ , en parlant du paffage.
de Caraufius dans la Grande - Bretagne.
Nous avons auffi cette même Legion
dans une Médaille d'argent de Septime
Severe , auquel on peut croire qu'elle
n'avoit pas rendu des fervices moins importans
que ceux qu'elle rendit depuis à
Caraufius. Mais au lieu d'un Taureau qui
eft fur la Médaille de ce dernier , il y a
dans celle de Severe , l'Aigle Legionaire
entre deux Signes Militaires. Je trouve
encore le même Taureau & la même Legion
, dans Gallien , que dans Caraufius .
Nous ne parlerons point ici des autres
Legions qui ont auffi été furnommées Au
guftales , nous dirons feulement , que la
Dvj feconde
506 ME RCURE DE FRANCE
feconde Legion Auguftale étoit en quar
tier d'hyver dans la Haute-Bretagne . Quand
Xiphilin même ne nous en auroit pas donné
de preuves , comme il a fait dans la
Vie d'Augufte , le fragment de Brique
qui eft dans le Cabinet du Docteur Woodward
, où j'ai lû , LEG . II . AUG . en
feroit une preuve affez autentique . Cette
Infcription nous fait croire que la feconde
Legion Auguftale pouvoit avoir été employée
à quelques travaux publics dont
elle vouloit fe faire honneur dans la pofterité.
Je n'affurerai point que ce Monument
foit du temps de Septime Severe
qui fit , comme on l'a dit ailleurs , conftruire
plufieurs Edifices publics dans la
Grande-Bretagne. Cependant , comme ce
fragment a été trouvé proche d'York , &
que SeptimeSevere y avoit établi fa demeu
re & fait de cette Ville fon Siege Imperial;
il y a apparence que ce débris eft , pour aing
dire , encore un témoin de fa gloire , auffi
bien que cet autre fragment que j'ai vû
à Londres , où le mot de SEVERI fe lit
en gros caractere fur une Brique d'une
épaiffeur pareille à la premiere , au - delfous
d'une Tête en forme de Soleil . Cette
feconde Legion Auguftale fe trouve auffi
dans les Médailles de Septime Severe ,
LEG. II. AUG . avec deux Signes Militaires
, & au milieu l'Aigle Legionaire ,
MARS. 17307 507
ce qui confirmeroit notre conjecture. Il
eft encore fait mention de la feconde
Legion Auguftale , auffi - bien auffi- bien que de
la huitiéme Legion Auguftale , dans un
fragment d'une ancienne Colonne à Rome
, que je ne rapporterai point ici , parce
qu'elle fe trouve dans Gruter & dans plufeurs
autres Antiquaires .
14 Nous lifons dans les Colonies de Vail
lant , qu'Augufte avoit envoyé à Beryte
une Colonie des Veterans de la huitiéme
Legion Auguftale . Une autre partie fut
envoyée à Fréjus , dans nos Gaules , &
l'autre à Heliopolis.
J'ai vû cette Médaille d'argent dans leCabinet
du Duc de Dewonshire , à Londres.
Legion II.
Imp. Caraufius , P. F. Aug. fa tête
couronnée de Rayons. LEG . VII CL
ML . Legio feptima Claudia . La ſeptiéme
Legion Claudienne . Je lis Claudia , &
non pas Claffica , comme a fait Gutherius,
dans fon Traité De Jure Manium , page
48. Il a été trompé par le mor Claffica,
qui fe trouve dans une Médaille de Marc
Antoine , jointe à la dixiéme Legion.
LEG. XVII. CLASSICA. Cette
Legion eft bien differente de la nôtre
& d'ailleurs le mot de Claudia fe
trouve auffi écrit tout au long dans plufieurs
Infcriptions antiques . Spon , dans
ג
Les
1
508 MERCURE DE FRANCE.
fes Mélanges d'Antiquitez , page 254-
nous en fournit une que voici .
Q SERTORIUS L. F.
POB. FESTUS
CENTUR LIG . XI.
CLAUDIAE PIAE FIDELIS .
La feptiéme Legion de notre Médaille
a pour Type un Taureau comme la précedente
. Elle fut appellée Claudienne, du
nom de l'Empereur Claude , parce qu'elle
lui avoit été fidele étant dans la Moëfie,
& qu'elle avoit vivement foutenu fon parti
contre Scribonien , Gouverneur de la
Dace. Cette Legion n'avoit d'abord aucun
furnom qui la diftinguât des autres que
le rang de fon ancienneté ; & c'eft pour
cela même que Jules - Cefar , dans fon
quatriéme Livre de la Guerre des Gaules ,
ne fait point de difficulté de l'appeller
une des plus illuftres & des plus anciennes
Legions de l'Empire Veterrima Legio .
Auffi la fit- il paffer avec lui dans la Grande-
Bretagne , comme une de celles qu'il
jugeoit des plus capables de feconder fes
grands deffeins pour la conquête ou pour
l'expedition de ce nouveau Monde. Au
revers il y a un Taureau , comme dans la
precedente , ce qui nous apprend que ces
Legions avoient été formées des Colonies
Romaines. Le Taureau étant le Symbole
d'une
MARS. 1730. so gi
d'une Colonie , parce que c'étoit un ufage
chez les Romains, quand on vouloit bâtie
une Ville , d'en marquer l'enceinte avec
le Soc de la Charruë , fuivant ce fragment:
de Caton , mos fuit defignandi urbes aratro.
Soit , au refte , que cette feptiéme
Legion Claudienne qui étoit autrefois en
la haute Moëfie, fût déja dans la Grande-
Bretagne lorfque Caraufius y aborda ; ſoir
qu'elle y fût conduite avec la huitiéme
Legion Auguftale , dont nous avons parlé
; foit enfin qu'elle ne ſe rangeât fous les
Etendarts de Caraufius , qu'après qu'il eur
défait l'armeé Romaine qui tenoit encore
dans cette Ifle pour Diocletien & pour
Maximien : Caraufius ne pouvoit mieux
faire pour ſe la rendre fidele ou pour la
récompenfer de fa valeur, qu'en confacrant
fon nom à l'immortalité , avec les autres
Legions dont il avoit reconnu le zele &
l'attachement , & dont il fit auffi graver
les noms fur les Médailles que nous expliquons.
Gruter rapporte une Infcrip
tion de lafeptiéme Legion Claudienne.
P. ÆLIO P. F. PP . MARCELLO
VE . PP . EX PREF. LEG . VII .
CL. ET I. ADJUT . SUB. PRINC
IPE PEREGRINORUM .
La feptiéme Legion Claudienne fe trou
ve auffi fur les Médailles de Septime See
vere & fur celles de Gallien,
310 MERCURE DE FRANCE.
La feptiéme Legion Claudierne étoft
encore dans la haute Moëfie , fous Gordien
Pie , qui envoya les Veterans de la
feptiéme & de la quatriéme Legion à Vi
minacium , Colonie de cette Province ,
comme nous l'apprend une Médaille du
Cabinet de M. le Prefident de Maifons.
Il y a d'un côté , Imp. Gordianus pius fel
Aug. Sa tête couronnée de Rayons .
Et au Revers , P. M. S. COL . VIM .
AN IIII. Provincia Moefia Superioris
Colonia Viminacium. Anno quarto. La
figure d'une femme debout tient de la
main droite un Signe Militaire , où eft le
nombre VII. & de la main gauche un
autre Signe Militaire , où eſt le nombre
IIII. & à fes pieds , au côté droit , un Taureau
, & au côté gauche un Lion , qui.
font les Symboles de ces deux Legions ,
pour marquer que les Veterans de la feptiéme
Legion Claudienne & ceux de la
quatriéme ,y avoient été envoyez pour peupler
cette Ville & la deffendre contre les
infultes des Barbares .
Dion, Livre 55 page 564. ne laiffe aucun
lieu de douter que ce ne foit la 7
Legion Claudienne qui eft fur la Médaille
de Gordien Pie , quoique le nom de Claudia
n'y foit point. Il nous apprend que
c'eft la même qui étoit en quartier d'hyver
dans la haute Moëfie . Septimia in Mifia
LibMARS,
1730% 511
fuperiori, Claudiana præcipue nuncupata .
M.l'Abbé de Rothelin a auffi la feptiéme
Legion Claudienne dans Gallien avec le
même Taureau .
J'ai vu cette Médaille de petit Bronze
dans le Cabinet de Milord Pembrok , en
Angleterre ; & à Paris , chez le P. Chamillard
, qui l'a , dit - il, trouvée à Pontoiſe
Legion 111.
Imp. Caraufius P. F. Aug. Sa tête couronnée
de Rayons , pour Type un Taureau
. LEG . VIIII . GE ML . Legio nona
Gemina. La neuviéme Legion Gemelle.
Cette 9º Legion , dont Caraufius voulut
auffi celebrer la valeur , étoit auffi appellée
Gemina ou Gemelle , parce quelle
avoit été formée de deux Legions qui n'en
compofoient plus qu'une , comme Dion
ou Xiphilin fon Compilateur nous l'apprend
dans la Vie d'Augufte , page 183. Le
Revers de cette Médaille porte le même
Type que les deux précedentes . C'eſt un
Taureau qui eft le ſymbole ordinaire des
Veterans d'une Colonie . Le Taureau étoit
fous la protection de la Déeffe de Cythere.
Taurum Cytherea tuetur , dit le PoëteManilius
. Il eſt fait mention dans le frag
ment d'une ancienne Colomne , de la feptiéme
Legion Gemina , on Gemelle , ce
qui
311 MERCURE DE FRANCE:
qui fait voir que le mot G E, fe doit rend
dre en latin par celui de Gemina , puiſqu'il
fe trouve écrit tout du long ſur les anciennes
Infcriptions. Quant aux Lettres
ML qui fe trouvent dans l'Exergue de
ces Médailles , nous aurons lieu d'en dire
notre fentiment dans un Chapitre particulier
, où nous tâcherons de découvrir ce
ce que les Monetaires de ces temps - là ont
voulu nous donner à entendre par ces
Lettres & autres femblables.
CetteMédaille de petit Bronze , eft dans
le Cabinet du Duc de Dewonshire.
Legion 1111.
Imp. Caraufius P. F. Aug. la tête cou
tonnée de Laurier . LEG . IIII. FL. Dans
Exergue , R. S. R. Legio quarta Flavia,
la 4 Legion Flavienne . Cette quatriéme
Legion fut ainfi furnommée par Vefpafien,
qui voulut qu'elle prit le furnom de fa Famille
appellée Flavia . Il plaça cette Legion
dans la Syrie pour contenir les peuples
dans leur devoir . Quarta Flavia in
Syria commorata eft , ſelon Dion , p . 272.
qui rapporte qu'elle étoit encore en Syrie
fous le regne d'Alexandre Severe.
Cette Legion porte pour enfeigne un
Lyon , fimbole ordinaire de la force . Septime
Severe s'étoit auffi fait gloire de celebrer
MARS. 17300 $ 13
lebrer la valeur de la même Legion , avee
la même Legende ; mais le Type eft fort
different de la Médaille de Caraufius , il
y a fur celle de Severe deux Signes Militaires
avec l'Aigle Legionnaire ; au lieu
que dans la Médaille de Caraufius il n'y
a qu'un Lion feul. J'ai auffi obfervé ailleurs
la mêmeLegende que dans Caraufius ;
mais au lieu d'un Lion , il y en à deux
entre lefquels on voit une tête cafquée.
J'ai vu à Londres dans le Cabinet
de Milord Pembrock , ce même Type fur
une Médaille d'or de Victorin , où cette
Legion prend le furnom de Pia Felix.
Legio IIII. Flavia P. F.
Vaillant nous affure que de toutes les
Legions qui reftoient fous Gallien , la
quatriéme Legion Flavienne étoit la feule
qui portât un Lion pour Enfeigne , & les .
Médailles que nous venons de rapporter.
en dernier lieu , font voir que cette Legion
fubfifta encore quelque temps après
Gallien , puifque Victorin s'eft fait honneur
de faire graver encore le nom de
la même Legion fur fes Médailles ..
Elle avoit été auffi fort celebre fous plufieurs
autres Princes , comme on le peut
voir dans les Colonies de Vaillant. La
Médaille qu'il rapporte du jeune Philippe
, me paroît fur tout digne de remarque.
On voit d'un côté la tête de ce Prince ; &
21
314 MERCURE DE FRANCE.
au revers ces quatre Lettres initiales G.
F. P. D. qui fignifient Colonia Flavia
Pacenfis Deultana , parce que cette Colonie
avoit été formée des Veterans de
cette quatriéme Legion Flavienne .
Il eft auffi fait mention de la quatriéme
Legion Flavienne dans une Infcription
antique , trouvée à Pezaro , rapportée
,
, page 148. dans le Traité des Regions
Suburbicaires , où il eft fait mention entr'autres
du Tribun de la quatriéme Legion
Flavienne , qui étoit auf le Patron
des Colonies de Pezaro & de Feneſte .
TRIB . LATICL . LEG. IIII. FLAV
PATRONUS COLONIARUM .
PISAURI ET FANEST .
A l'égard de Pezaro , il eft bon de re
marquer en paffant que c'eft - là , où les
defcendans de Caraufius fe retirerent dans
des temps difficiles , fuivant le Comte de
Zabarella , * dans la Genealogie qu'il fait
des Pezari de Venife , intitulée : Il Carau
fio Overo Regia & Augufta Fameglia
di Pezari di Venetia ; Famille que cet
Auteur fait defcendre en ligne directe de
Caraufius , Empereur de la Grande - Bretagne
. Cette Médaille , qui eſt d'argent ,
eft à Londres dans le Cabinet du Duc de
Dewonshire .
* Le Livre du Comte de Zabarella , que j'avois
cherché long- temps , m'a été donné par M. Duvau
, Ecuyer , ancien Capitoul de Toulouse.
MAR S. 1730. SIS
Legion V.
Imp. Caraufius, P. F. Aug. Sa tête cou
ronnée de Rayons.
LEG . VIII... IN . ML . Legio octava ..
IN... cette Legion a pour Type un Belier.
La huitéme Legion furnommée ... IN ..
peut être invicta , l'invincible. C'eſt ainſi
que je crois qu'on peut interpreter le mot
abregé ... IN ... à moins que dans la
Médaille en queſtion il n'y ait MIN . au
lieu de N. ce qui feroir pour lors MINERVIA
Qu MINERVINA car il fe
pourroit bien faire que la Médaille n'étant
pas affez nette ni affez confervée en
cet endroit , on auroit pû lire IN , au lieu
de MIN.
Cette Médaille eft d'autant plus finguliere
que
fa Legende & fon Type font
encore inconnus fur les Médailles des autres
Empereurs. Quant au Type du revers,
ne pourroit - on point dire qu'il nous
défigne une Legion particuliere des Bagaudes
? On fçait que les Auteurs les appelloient
Agreftes ou Rufticanos & qu'ils
avoient quitté le foin de leurs Troupeaux
pour courir après une liberté chimerique
en prenant les armes fous la conduite.
d'Amandus , leur Empereur . Suivant ce
trait hiftorique, que nous avons rapporté
ailleurs ; ne pourroit- on pas dire que ces
Bagaudes ayant pris les armes , choifirent
pour
$ 16 MERCURE DE FRANCE.
pour le figne de leur liberté le Belier ,
pour marquer qu'ils n'avoient point perdu
de vûë leur premier état , & que s'ils
avoient pris les armes , ce n'étoit que pour
deffendre leur ancien Domaine ? Ce qui
pourroit fortifier d'ailleurs cette conjecture
, c'est que le Belier étoit confacré à
Pallas , Déefle de la Guerre ( Déeffe qui
fe voit fi fouvent fur les Médailles de
Caraufius ) Manilius nous en fournit une
preuve autentique dansfon deuxièmeLivre.
Lanigerum Pallas , Taurum Cytherea tuetur,
Le même Auteur parle encore du Belier
en des termes qui femblent parfaitement
juftifier le choix que nos anciens Gaulois
auroient pû faire du Belier pour enfeigne
d'une Legion qui fe feroit déclarée de nouveau
pour la liberté de la Patrie fous un fi
grand Capitaine.
Sed Princeps aries toto fulgebit in orbe,
Ainfi le furnom & le fymbole que prend
cette Legion conviendroit parfaitement
au temps dont nous parlons , & à un
Prince, qui prenoit à juste titre, le furnom
d'invincible , comme fes Médailles , avec
le titre d'Invictus , le confirment.
Il est bon de remarquer ici , qu'on por
toit quelquefois le Belier parmi les Enfeignes
Romaines. Mais fur tout quand
on
**ཟེ
MARS
.
1730.
SIY
en vouloit déclarer la guerre. Pour lors
un Herault d'Armes , tiré de l'illuftre Corps
des Faciales , marchoit à la tête portant
le figne du Belier , qu'il devoit lancer
fur les premieres Terres des Ennemis ,
pour montrer qu'ils n'avoient pris les
armes contre eux que pour le venger
des outrages qu'ils en avoient reçûs les
premiers , felon quelques Auteurs ; ou
plutôt felon Pierius dans fes Hyerogli
phes , pour donner à entendre par - là qu'ils
étoient déja , pour ainsi dire , en poffeffion
des Terres de leurs Ennemis . Ce qui étant
pris en ces deux fens , ne laifferoit pas
d'avoir fon application dans Caraufius qui
prétendoit avoir été infulté le premier
par Maximien , & qui s'empara bientôt
de l'ifle la plus belle , la plus grande & la
plus fertile du monde en pâturages , &c,
Legion VI
.....
Imp. Caraufius P. F. Aug. la tête couzonnée
de rayons.
LEG...... Legio Légion,
Dans l'Exergue M L. pour Type ,
la figure du Capricorne tourné du côté
droit . Les Legions dont nous venons de
parler m'étoient connuës fous trois Types
differens ; trois avoient le Type d'un
Taureau , une fous le Type d'un Belier ,
une autre fous le Type d'un Lion ; mais
celle- ci a un Type different , & on ne
l'avoit
418 MERCURE DE FRANCE .
f'avoit point encore vû fur aucune Médaille
de Caraufius ; il feroit à fouhaiter
que le nom de la Legion ne fut pas effacé,
Peut -être que le tems nous en fera dé
couvrir quelque femblable mieux confervée.
Il y a eu fept Legions de Gallien avec
le même Signe du Capricorne , & Vaillant
les rapporte dans fon Livre des Médailles
Impériales ; fçavoir , la Legion
premiere , Adjutrix. La premiere Italica,
la quatorziéme Gemina , la trentiéme Ulpia
, la vingt- deuxième , furnommée Primigenia
, au rapport de Spartien , dans la
vie de Didius Julianus . La dix- huitiéme
& la vingt- fixiéme fans nom particulier.
Ainfi on pourroit croire que celle de Ca
raufius , dont je parle ici , feroit une de ces
Legions , parcequ'elles ont toutes le même
fimbole que note Médaille.
La feconde Legion Auguftale pourroit
auffi être de ce nombre . On a trouvé dans
la Grande Bretagne une Infcription Antique
conçûë en ces termes , & avec le
même Type du Capricorne .
IMP.
AVG .
ANTONINO
Pio.
LE G.
I I.
A V G.
F. P. III. CC L XX II.
1
Cette
MARS. 1730: 519
Cette Infcription nous apprend que la
deuxième Legion Auguftale avoit continué
le mur d'Antonin Pie ,qui eft au Nord
d'Ecoffe , pendant l'efpace de trois mille
deux cent foixante & douze pas. Cette
Infcription eft fur une pierre qui reprefente
dans le haut , la figure d'un Capricorne
que je prens pour le figne de cette
Legion , & non pas le Griffon qui eſt au
bas. A l'égard du furnom Augufta , nous
avons déja remarqué qu'Augufte donna
fon nom à plufieurs Legions , & cette
Infcription nous fait voir que celle- ci
avoit non- feulement le nom d'Augufte ,
mais qu'elle en avoit auffi pris le fimbole
pour préfage de bonheur : le Signe
du Capricorne ayant toujours été regardé
comme tel par cet Empereur. Et parcequ'il
avoit été Conful pour la premiere fois ,
& qu'il avoit aufli gagné la Bataille d'Actium
dans le mois d'Août , il lui donna
fon nom . C'est ce qui me feroit croire
que c'eft cette feconde Legion qui nous
eft marquée fur notre Médaille de Caraufius
. Dion rapporte que la feconde Legion
Auguftale étoit de fon tems dans la
haute Bretagne , & les Infcriptions qu'on
Y découvre tous les jours en donnent des
preuves inconteftables. C'eſt cette feconde
Legion qui donna fon nom & la naiffance
à la Ville de Caer-leon , appellée dans l'IE
tineraire
520 MERCURE DE FRANCE.
tineraire d'Antonin , ISCA LEG. II. AUGUSTA.
Cette Legion étoit fans doute
encore dans la Grande Bretagne au tems
de Caraufius , puifque peu d'années avant
qu'il y allât , Pofthume , Empereur dans
les Gaules , avoit dans cette Ville un
Corps d'Armée. C'est ce que je trouve
confirmé par une Médaille de ce dernier
Empereur ; elle a d'un côté le nom de ce
Prince , & la tête couronnée de rayons.
IMP CM CASS LAT. Pofthumus Aug.
& de l'autre côté , on voit à cheval l'Em
pereur qui harangue les Troupes , & autour
EXERCITUS YSCanicus , l'AEmée
de Caer- Leon .Cette Armée de Pofthu .
me fut nommée Armée Tfcanique d'Yíca,
parceque cette Legion qui prêta ferment
de fidelité à Pofthume dans la Grande
Bretagne , étoit placée fur la Riviere de
PUske, qu'on appelloit Yſca - Silurum , &
non pas Silulorum , comme l'a écrit Vaillant
, qui rapporte cette Médaille . Cette
Ville n'eft plus aujourd'hui qu'un petit
Village , portant le nom de Caer-Leon, par
corruption de Cefaris Legio ; & c'eſt là
que les Hiftoriens Anglois avoient placé
la Cour de leur grand Roi Artus &
où ils prétendent qu'il y avoit un College
de deux cens Philofophes établis pour
Ay obferver le cours des Aftres . Cette Médaille
de petit bronze eft en Angleterre ,
dans le Cabinet du Docteur Sloane.
"
MARS. 1730. 521
*
COHORTES PRETORIENNES.
Imp. Caraufius. P. F. Aug. La tête
couronnée de Rayons.
COHH .... ML. Cohortes ... Les
Cohortes ... M L. COHORTES. Ce font
fans doute les Cohortes Prétoriennes qui
formoient la garde de Caraufius , dont cet
Empereur voulut éternifer la mémoire &
la fidelité aufli bien que celle des Legions
dont nous venons de parler. Je n'entrerai
point ici dans la queftion de fçavoir de
combien étoit compofée la Legion . Les
Auteurs font pleins de ces fortes de détails.
J'ajouterai cependant qu'il y avoit
fous Augufte neuf Cohortes Prétoriennes
pour la garde du Prince , & que Galba
y en ajoûta trois nouvelles. Ainfi il y eut
douze Cohortes de Gardes Prétoriennes,
qui fubfiftoient encore du tems de Septime
Severe , au rapport de Dion. Je ne
fçai fi le nombre de ces Cohortes étoit le
même du tems de Diocletien & de Maximien
; mais ce qu'on peut affurer , fuivant
le témoignage de cette Médaille unique
de Caraufius , c'eft que la garde de
ce Prince étoit compofée de quatre mille
hommes. C'eft ainfi que je crois qu'on
doit expliquer les quatre fignes militaires
qui font au revers de fa Médaille . En effer
chaque Cohorte ayant fon enfeigne
militaire , & chaque Cohorte étant com
- E ij poléc
322 MERCURE DE FRANCE :
pofée de mille hommes , fuivant le témoi
gnage de la plupart des Auteurs ,
quatre enfeignes militaires nous défignent
que la Garde de cet Empereur des Bretons
étoit compofée de quatre Cohortes
Prétoriennes . A quoi fi nous ajoûrons le
nombre de dix ou de douze mille hommes
, dont chaque Legion pouvoit être
compofée , en y comprenant les Troupes
auxiliaires , il fe trouvera que Caraufius ,
fuivant ces Médailles, avoit du moins une
armée de foixante & quatre mille hommes,
fans y comprendre les forces maritimes.
Ce font là les Cohortes Prétoriennes & les
fix Legions principales qui compofoient
l'Armée de notre Conquerant , & dont
les Auteurs ne parlent point. Elles métitoient
bien , après lui avoir acquis tant
de gloire , d'en partager avec lui une por
tion , & de revivre un jour dans la mémoire
des hommes par ce témoignage autentique
de fa reconnoiffance , ayant été
les compagnes fideles de fes travaux guerriers
, & ayant verſé fi librement leur fang
dans plufieurs occafions pour l'élever fur
le Trône de la Grande Bretagne,
Dans cette occafion , comme dans bien
d'autres, nous pourrions nous plaindre du
filence des Hiftoriens qui ne nous difent
rien de toutes ces circonftances , & qui
ne font mention que d'une Legion Romaine
MAR 9. 1730. 523
1
maine dont ils ont même affecté de nous
cacher le nom ; mais nous devons nous
confoler ayant des Monumens plus fûrs
& moins fujets à être alterés , & qui fe
font heureuſement dérobés aux injures
des tems & de l'envie . Après tout nous
ne ferions peut-être pas obligés de nous
plaindre fi fort du filence de ces Hiftoriens
, fi le fecond Livre que nous avons
de Zozime fur la vie des Empereurs de
ces tems, nous étoit refté dans fon entier ,
mais cet Auteur fe trouve tronqué immédiatement
après la vie de Probus , & ce
qui fuit ne recommence qu'à l'Hiftoire de
Conftantin le Grand . De forte que ce qui
nous manque de cet Auteur ne comprend
gueres moins que les Vies de fept à huit
Empereurs , qui font Carus , Ĉarinus
Numerianus , Diocletianus Maximianus
Herculius , Caraufius , Conftantius
Chlorus & Gal. Maximianus , dont l'Hiftoire
ou les évenemens étant neceffairement
liés avec ce qui s'eft paffé du tems
de Caraufius n'auroient pas laiffé de nous
donner des lumieres pour expliquer bien
des faits particuliers , où les conjet&cures
ne fçauroient atteindre.
>
Ne feroit- ce point là un effet moins du
hazard que de l'envie ou de la politique
Romaine , qui jaloufe de la gloire de ce
Prince auroit fupprimé à deffein les
E iij
>
Mc124
MERCURE DE FRANCE.
Mémoires les plus confiderables de fon
tems , qui ne pouvoient être qu'à la gloire
de ce Heros qui avoit fi fort abbatu
leurs forces & leur puiffance. Cette Médaille
de petit bronze eft dans le Cabinet
de l'Auteur..
Voilà , Milord , ce que j'avois à obferver
de plus remarquable au fujet des Cohortes
& des Legions dont les noms nous
font confervés fur les Médailles de Caraufius
, & fans lefquelles les fervices
qu'elles lui avoient rendus feroient reſtez
dans un oubli éternel . Ce font là ces fieres
Legions & ces Cohortes fideles qui fua
rent les témoins de fes travaux guerriers ,
qui fe firent honneur de combatre fous fes
Etendarts , & avec qui il fit tant d'actions
heroïques & tant d'exploits glorieux ,
qu'il fut enfin élevé aux acclammations
des Peuples fur le Trône de la Grande
Bretagne Je fuis avec un profond reſpect
& c .
IMITATION
mention des Cohortes & des differentes
Legions de Caraufius , par où l'on peut
fixer à peu près le nombre des Troupes
que cet Empereur des anciens Bretons
entretenoit. Adreffée à fon Excellence
Milord Carteret , Vice-Roy d'Irlande ,
&c. Par M. Genebrier , Docteur en
Medecine , Medecin ordinaire de la
Cour d'Angleterre & premier Medecin
du Vice- Roi d'Irlande.
M.
ILORD ,
L'amour que vous avez pour l'Hiftoire
& furtout pour les nouvelles découvertes
qui peuvent intereffer la gloire de votre
Nation , m'ayant fait entreprendre l'Hiftoire
Metallique de Caraufius , un des
plus grands Conquerans que l'Angleterre
ait jamais eu , j'ai crû que pour concou-.
rir à vos vûës , il ne fuffifoit pas de relever
la gloire de ce Heros , fi je ne tâchois
en même - temps de celebrer les Inftrumens
de fes victoires : Je veux dire
fi je ne parlois des Legions, qui ont combattu
fous fes Etendarts , & qui lui ont acquis
tant de gloire. C'est ce que j'ai tâ-
D v ché
"
304 MERCURE DE FRANCE:
ché de faire en recueillant autant que j'ai
pû , les Médailles qui font mention de
ces Legions ou de ces Cohortes Prétoriennes.
Ces Monumens ferviront , au défaut
de l'Hiftoire qui n'en parle point ,
à fixer à peu près le nombre des Troupes
de cet Empereur. Et ces Legions ainfi
raffemblées , formeront , pour ainſi dire
un Corps d'armée glorieux , dont le dénombrement,
après tant de fiécles , ne peut
que faire plaifir à Votre Excellence.
Voici, Milord, ces Legions, fuivant l'ordre
de leur découverte.
Legion I.
IMP . C. Caraufius P.F. Aug. L'Empe
reur Cefar Caraufius , Pieux, Heureux , Augufte
, fa tête couronnée de Lauriers.
LEG . VIII . AUG. Legio octava Augufta..
Pour Type un Taureau . Cette huitiéme
Legion , furnommée Auguftale , dont Caraufius
a voulu par cette Médaille éternifer
la valeur & la fidelité , eft une des plus
anciennes Legions de l'Empire ; elle fut
formée par Augufte même , qui lui donna
fon nom & le rang de huitiéme Auguftale.
Il l'envoya d'abord en Pannonie,
où elle refta jufqu'à l'Empereur Claude ,
qui la fit paffer en Moefie, où Galba trouva
à propos de la laiffer. Mais Septime
Severe la fit revenir , & la plaça dans la
haute
MARS. 1730.
505
haute Germanie. Il y a apparence qu'elle
y refta pour deffendre les Frontieres de
l'Empire , jufqu'au temps de Caraufius.
Que ce fut entr'autres avec cette Legion,
qu'il défit les Germains en plufieurs rencontres
; qu'il remporta fur eux plufieurs
Victoires fignalées , & qu'il mérita enfin
le titre glorieux de très - grand Germanique
, Germanicus Maximus , que les Médailles
lui donnent. Je ne ferois pas non
plus fort éloigné de croire que ce fût cette
fiére Legion qui fe déclara la premiere
pour Caraufius ; qui le fuivit enAngleterre ,
& que le Panegyrifte Eumenius femble
nous défigner par ces termes , occupara
Legione Romanâ , en parlant du paffage.
de Caraufius dans la Grande - Bretagne.
Nous avons auffi cette même Legion
dans une Médaille d'argent de Septime
Severe , auquel on peut croire qu'elle
n'avoit pas rendu des fervices moins importans
que ceux qu'elle rendit depuis à
Caraufius. Mais au lieu d'un Taureau qui
eft fur la Médaille de ce dernier , il y a
dans celle de Severe , l'Aigle Legionaire
entre deux Signes Militaires. Je trouve
encore le même Taureau & la même Legion
, dans Gallien , que dans Caraufius .
Nous ne parlerons point ici des autres
Legions qui ont auffi été furnommées Au
guftales , nous dirons feulement , que la
Dvj feconde
506 ME RCURE DE FRANCE
feconde Legion Auguftale étoit en quar
tier d'hyver dans la Haute-Bretagne . Quand
Xiphilin même ne nous en auroit pas donné
de preuves , comme il a fait dans la
Vie d'Augufte , le fragment de Brique
qui eft dans le Cabinet du Docteur Woodward
, où j'ai lû , LEG . II . AUG . en
feroit une preuve affez autentique . Cette
Infcription nous fait croire que la feconde
Legion Auguftale pouvoit avoir été employée
à quelques travaux publics dont
elle vouloit fe faire honneur dans la pofterité.
Je n'affurerai point que ce Monument
foit du temps de Septime Severe
qui fit , comme on l'a dit ailleurs , conftruire
plufieurs Edifices publics dans la
Grande-Bretagne. Cependant , comme ce
fragment a été trouvé proche d'York , &
que SeptimeSevere y avoit établi fa demeu
re & fait de cette Ville fon Siege Imperial;
il y a apparence que ce débris eft , pour aing
dire , encore un témoin de fa gloire , auffi
bien que cet autre fragment que j'ai vû
à Londres , où le mot de SEVERI fe lit
en gros caractere fur une Brique d'une
épaiffeur pareille à la premiere , au - delfous
d'une Tête en forme de Soleil . Cette
feconde Legion Auguftale fe trouve auffi
dans les Médailles de Septime Severe ,
LEG. II. AUG . avec deux Signes Militaires
, & au milieu l'Aigle Legionaire ,
MARS. 17307 507
ce qui confirmeroit notre conjecture. Il
eft encore fait mention de la feconde
Legion Auguftale , auffi - bien auffi- bien que de
la huitiéme Legion Auguftale , dans un
fragment d'une ancienne Colonne à Rome
, que je ne rapporterai point ici , parce
qu'elle fe trouve dans Gruter & dans plufeurs
autres Antiquaires .
14 Nous lifons dans les Colonies de Vail
lant , qu'Augufte avoit envoyé à Beryte
une Colonie des Veterans de la huitiéme
Legion Auguftale . Une autre partie fut
envoyée à Fréjus , dans nos Gaules , &
l'autre à Heliopolis.
J'ai vû cette Médaille d'argent dans leCabinet
du Duc de Dewonshire , à Londres.
Legion II.
Imp. Caraufius , P. F. Aug. fa tête
couronnée de Rayons. LEG . VII CL
ML . Legio feptima Claudia . La ſeptiéme
Legion Claudienne . Je lis Claudia , &
non pas Claffica , comme a fait Gutherius,
dans fon Traité De Jure Manium , page
48. Il a été trompé par le mor Claffica,
qui fe trouve dans une Médaille de Marc
Antoine , jointe à la dixiéme Legion.
LEG. XVII. CLASSICA. Cette
Legion eft bien differente de la nôtre
& d'ailleurs le mot de Claudia fe
trouve auffi écrit tout au long dans plufieurs
Infcriptions antiques . Spon , dans
ג
Les
1
508 MERCURE DE FRANCE.
fes Mélanges d'Antiquitez , page 254-
nous en fournit une que voici .
Q SERTORIUS L. F.
POB. FESTUS
CENTUR LIG . XI.
CLAUDIAE PIAE FIDELIS .
La feptiéme Legion de notre Médaille
a pour Type un Taureau comme la précedente
. Elle fut appellée Claudienne, du
nom de l'Empereur Claude , parce qu'elle
lui avoit été fidele étant dans la Moëfie,
& qu'elle avoit vivement foutenu fon parti
contre Scribonien , Gouverneur de la
Dace. Cette Legion n'avoit d'abord aucun
furnom qui la diftinguât des autres que
le rang de fon ancienneté ; & c'eft pour
cela même que Jules - Cefar , dans fon
quatriéme Livre de la Guerre des Gaules ,
ne fait point de difficulté de l'appeller
une des plus illuftres & des plus anciennes
Legions de l'Empire Veterrima Legio .
Auffi la fit- il paffer avec lui dans la Grande-
Bretagne , comme une de celles qu'il
jugeoit des plus capables de feconder fes
grands deffeins pour la conquête ou pour
l'expedition de ce nouveau Monde. Au
revers il y a un Taureau , comme dans la
precedente , ce qui nous apprend que ces
Legions avoient été formées des Colonies
Romaines. Le Taureau étant le Symbole
d'une
MARS. 1730. so gi
d'une Colonie , parce que c'étoit un ufage
chez les Romains, quand on vouloit bâtie
une Ville , d'en marquer l'enceinte avec
le Soc de la Charruë , fuivant ce fragment:
de Caton , mos fuit defignandi urbes aratro.
Soit , au refte , que cette feptiéme
Legion Claudienne qui étoit autrefois en
la haute Moëfie, fût déja dans la Grande-
Bretagne lorfque Caraufius y aborda ; ſoir
qu'elle y fût conduite avec la huitiéme
Legion Auguftale , dont nous avons parlé
; foit enfin qu'elle ne ſe rangeât fous les
Etendarts de Caraufius , qu'après qu'il eur
défait l'armeé Romaine qui tenoit encore
dans cette Ifle pour Diocletien & pour
Maximien : Caraufius ne pouvoit mieux
faire pour ſe la rendre fidele ou pour la
récompenfer de fa valeur, qu'en confacrant
fon nom à l'immortalité , avec les autres
Legions dont il avoit reconnu le zele &
l'attachement , & dont il fit auffi graver
les noms fur les Médailles que nous expliquons.
Gruter rapporte une Infcrip
tion de lafeptiéme Legion Claudienne.
P. ÆLIO P. F. PP . MARCELLO
VE . PP . EX PREF. LEG . VII .
CL. ET I. ADJUT . SUB. PRINC
IPE PEREGRINORUM .
La feptiéme Legion Claudienne fe trou
ve auffi fur les Médailles de Septime See
vere & fur celles de Gallien,
310 MERCURE DE FRANCE.
La feptiéme Legion Claudierne étoft
encore dans la haute Moëfie , fous Gordien
Pie , qui envoya les Veterans de la
feptiéme & de la quatriéme Legion à Vi
minacium , Colonie de cette Province ,
comme nous l'apprend une Médaille du
Cabinet de M. le Prefident de Maifons.
Il y a d'un côté , Imp. Gordianus pius fel
Aug. Sa tête couronnée de Rayons .
Et au Revers , P. M. S. COL . VIM .
AN IIII. Provincia Moefia Superioris
Colonia Viminacium. Anno quarto. La
figure d'une femme debout tient de la
main droite un Signe Militaire , où eft le
nombre VII. & de la main gauche un
autre Signe Militaire , où eſt le nombre
IIII. & à fes pieds , au côté droit , un Taureau
, & au côté gauche un Lion , qui.
font les Symboles de ces deux Legions ,
pour marquer que les Veterans de la feptiéme
Legion Claudienne & ceux de la
quatriéme ,y avoient été envoyez pour peupler
cette Ville & la deffendre contre les
infultes des Barbares .
Dion, Livre 55 page 564. ne laiffe aucun
lieu de douter que ce ne foit la 7
Legion Claudienne qui eft fur la Médaille
de Gordien Pie , quoique le nom de Claudia
n'y foit point. Il nous apprend que
c'eft la même qui étoit en quartier d'hyver
dans la haute Moëfie . Septimia in Mifia
LibMARS,
1730% 511
fuperiori, Claudiana præcipue nuncupata .
M.l'Abbé de Rothelin a auffi la feptiéme
Legion Claudienne dans Gallien avec le
même Taureau .
J'ai vu cette Médaille de petit Bronze
dans le Cabinet de Milord Pembrok , en
Angleterre ; & à Paris , chez le P. Chamillard
, qui l'a , dit - il, trouvée à Pontoiſe
Legion 111.
Imp. Caraufius P. F. Aug. Sa tête couronnée
de Rayons , pour Type un Taureau
. LEG . VIIII . GE ML . Legio nona
Gemina. La neuviéme Legion Gemelle.
Cette 9º Legion , dont Caraufius voulut
auffi celebrer la valeur , étoit auffi appellée
Gemina ou Gemelle , parce quelle
avoit été formée de deux Legions qui n'en
compofoient plus qu'une , comme Dion
ou Xiphilin fon Compilateur nous l'apprend
dans la Vie d'Augufte , page 183. Le
Revers de cette Médaille porte le même
Type que les deux précedentes . C'eſt un
Taureau qui eft le ſymbole ordinaire des
Veterans d'une Colonie . Le Taureau étoit
fous la protection de la Déeffe de Cythere.
Taurum Cytherea tuetur , dit le PoëteManilius
. Il eſt fait mention dans le frag
ment d'une ancienne Colomne , de la feptiéme
Legion Gemina , on Gemelle , ce
qui
311 MERCURE DE FRANCE:
qui fait voir que le mot G E, fe doit rend
dre en latin par celui de Gemina , puiſqu'il
fe trouve écrit tout du long ſur les anciennes
Infcriptions. Quant aux Lettres
ML qui fe trouvent dans l'Exergue de
ces Médailles , nous aurons lieu d'en dire
notre fentiment dans un Chapitre particulier
, où nous tâcherons de découvrir ce
ce que les Monetaires de ces temps - là ont
voulu nous donner à entendre par ces
Lettres & autres femblables.
CetteMédaille de petit Bronze , eft dans
le Cabinet du Duc de Dewonshire.
Legion 1111.
Imp. Caraufius P. F. Aug. la tête cou
tonnée de Laurier . LEG . IIII. FL. Dans
Exergue , R. S. R. Legio quarta Flavia,
la 4 Legion Flavienne . Cette quatriéme
Legion fut ainfi furnommée par Vefpafien,
qui voulut qu'elle prit le furnom de fa Famille
appellée Flavia . Il plaça cette Legion
dans la Syrie pour contenir les peuples
dans leur devoir . Quarta Flavia in
Syria commorata eft , ſelon Dion , p . 272.
qui rapporte qu'elle étoit encore en Syrie
fous le regne d'Alexandre Severe.
Cette Legion porte pour enfeigne un
Lyon , fimbole ordinaire de la force . Septime
Severe s'étoit auffi fait gloire de celebrer
MARS. 17300 $ 13
lebrer la valeur de la même Legion , avee
la même Legende ; mais le Type eft fort
different de la Médaille de Caraufius , il
y a fur celle de Severe deux Signes Militaires
avec l'Aigle Legionnaire ; au lieu
que dans la Médaille de Caraufius il n'y
a qu'un Lion feul. J'ai auffi obfervé ailleurs
la mêmeLegende que dans Caraufius ;
mais au lieu d'un Lion , il y en à deux
entre lefquels on voit une tête cafquée.
J'ai vu à Londres dans le Cabinet
de Milord Pembrock , ce même Type fur
une Médaille d'or de Victorin , où cette
Legion prend le furnom de Pia Felix.
Legio IIII. Flavia P. F.
Vaillant nous affure que de toutes les
Legions qui reftoient fous Gallien , la
quatriéme Legion Flavienne étoit la feule
qui portât un Lion pour Enfeigne , & les .
Médailles que nous venons de rapporter.
en dernier lieu , font voir que cette Legion
fubfifta encore quelque temps après
Gallien , puifque Victorin s'eft fait honneur
de faire graver encore le nom de
la même Legion fur fes Médailles ..
Elle avoit été auffi fort celebre fous plufieurs
autres Princes , comme on le peut
voir dans les Colonies de Vaillant. La
Médaille qu'il rapporte du jeune Philippe
, me paroît fur tout digne de remarque.
On voit d'un côté la tête de ce Prince ; &
21
314 MERCURE DE FRANCE.
au revers ces quatre Lettres initiales G.
F. P. D. qui fignifient Colonia Flavia
Pacenfis Deultana , parce que cette Colonie
avoit été formée des Veterans de
cette quatriéme Legion Flavienne .
Il eft auffi fait mention de la quatriéme
Legion Flavienne dans une Infcription
antique , trouvée à Pezaro , rapportée
,
, page 148. dans le Traité des Regions
Suburbicaires , où il eft fait mention entr'autres
du Tribun de la quatriéme Legion
Flavienne , qui étoit auf le Patron
des Colonies de Pezaro & de Feneſte .
TRIB . LATICL . LEG. IIII. FLAV
PATRONUS COLONIARUM .
PISAURI ET FANEST .
A l'égard de Pezaro , il eft bon de re
marquer en paffant que c'eft - là , où les
defcendans de Caraufius fe retirerent dans
des temps difficiles , fuivant le Comte de
Zabarella , * dans la Genealogie qu'il fait
des Pezari de Venife , intitulée : Il Carau
fio Overo Regia & Augufta Fameglia
di Pezari di Venetia ; Famille que cet
Auteur fait defcendre en ligne directe de
Caraufius , Empereur de la Grande - Bretagne
. Cette Médaille , qui eſt d'argent ,
eft à Londres dans le Cabinet du Duc de
Dewonshire .
* Le Livre du Comte de Zabarella , que j'avois
cherché long- temps , m'a été donné par M. Duvau
, Ecuyer , ancien Capitoul de Toulouse.
MAR S. 1730. SIS
Legion V.
Imp. Caraufius, P. F. Aug. Sa tête cou
ronnée de Rayons.
LEG . VIII... IN . ML . Legio octava ..
IN... cette Legion a pour Type un Belier.
La huitéme Legion furnommée ... IN ..
peut être invicta , l'invincible. C'eſt ainſi
que je crois qu'on peut interpreter le mot
abregé ... IN ... à moins que dans la
Médaille en queſtion il n'y ait MIN . au
lieu de N. ce qui feroir pour lors MINERVIA
Qu MINERVINA car il fe
pourroit bien faire que la Médaille n'étant
pas affez nette ni affez confervée en
cet endroit , on auroit pû lire IN , au lieu
de MIN.
Cette Médaille eft d'autant plus finguliere
que
fa Legende & fon Type font
encore inconnus fur les Médailles des autres
Empereurs. Quant au Type du revers,
ne pourroit - on point dire qu'il nous
défigne une Legion particuliere des Bagaudes
? On fçait que les Auteurs les appelloient
Agreftes ou Rufticanos & qu'ils
avoient quitté le foin de leurs Troupeaux
pour courir après une liberté chimerique
en prenant les armes fous la conduite.
d'Amandus , leur Empereur . Suivant ce
trait hiftorique, que nous avons rapporté
ailleurs ; ne pourroit- on pas dire que ces
Bagaudes ayant pris les armes , choifirent
pour
$ 16 MERCURE DE FRANCE.
pour le figne de leur liberté le Belier ,
pour marquer qu'ils n'avoient point perdu
de vûë leur premier état , & que s'ils
avoient pris les armes , ce n'étoit que pour
deffendre leur ancien Domaine ? Ce qui
pourroit fortifier d'ailleurs cette conjecture
, c'est que le Belier étoit confacré à
Pallas , Déefle de la Guerre ( Déeffe qui
fe voit fi fouvent fur les Médailles de
Caraufius ) Manilius nous en fournit une
preuve autentique dansfon deuxièmeLivre.
Lanigerum Pallas , Taurum Cytherea tuetur,
Le même Auteur parle encore du Belier
en des termes qui femblent parfaitement
juftifier le choix que nos anciens Gaulois
auroient pû faire du Belier pour enfeigne
d'une Legion qui fe feroit déclarée de nouveau
pour la liberté de la Patrie fous un fi
grand Capitaine.
Sed Princeps aries toto fulgebit in orbe,
Ainfi le furnom & le fymbole que prend
cette Legion conviendroit parfaitement
au temps dont nous parlons , & à un
Prince, qui prenoit à juste titre, le furnom
d'invincible , comme fes Médailles , avec
le titre d'Invictus , le confirment.
Il est bon de remarquer ici , qu'on por
toit quelquefois le Belier parmi les Enfeignes
Romaines. Mais fur tout quand
on
**ཟེ
MARS
.
1730.
SIY
en vouloit déclarer la guerre. Pour lors
un Herault d'Armes , tiré de l'illuftre Corps
des Faciales , marchoit à la tête portant
le figne du Belier , qu'il devoit lancer
fur les premieres Terres des Ennemis ,
pour montrer qu'ils n'avoient pris les
armes contre eux que pour le venger
des outrages qu'ils en avoient reçûs les
premiers , felon quelques Auteurs ; ou
plutôt felon Pierius dans fes Hyerogli
phes , pour donner à entendre par - là qu'ils
étoient déja , pour ainsi dire , en poffeffion
des Terres de leurs Ennemis . Ce qui étant
pris en ces deux fens , ne laifferoit pas
d'avoir fon application dans Caraufius qui
prétendoit avoir été infulté le premier
par Maximien , & qui s'empara bientôt
de l'ifle la plus belle , la plus grande & la
plus fertile du monde en pâturages , &c,
Legion VI
.....
Imp. Caraufius P. F. Aug. la tête couzonnée
de rayons.
LEG...... Legio Légion,
Dans l'Exergue M L. pour Type ,
la figure du Capricorne tourné du côté
droit . Les Legions dont nous venons de
parler m'étoient connuës fous trois Types
differens ; trois avoient le Type d'un
Taureau , une fous le Type d'un Belier ,
une autre fous le Type d'un Lion ; mais
celle- ci a un Type different , & on ne
l'avoit
418 MERCURE DE FRANCE .
f'avoit point encore vû fur aucune Médaille
de Caraufius ; il feroit à fouhaiter
que le nom de la Legion ne fut pas effacé,
Peut -être que le tems nous en fera dé
couvrir quelque femblable mieux confervée.
Il y a eu fept Legions de Gallien avec
le même Signe du Capricorne , & Vaillant
les rapporte dans fon Livre des Médailles
Impériales ; fçavoir , la Legion
premiere , Adjutrix. La premiere Italica,
la quatorziéme Gemina , la trentiéme Ulpia
, la vingt- deuxième , furnommée Primigenia
, au rapport de Spartien , dans la
vie de Didius Julianus . La dix- huitiéme
& la vingt- fixiéme fans nom particulier.
Ainfi on pourroit croire que celle de Ca
raufius , dont je parle ici , feroit une de ces
Legions , parcequ'elles ont toutes le même
fimbole que note Médaille.
La feconde Legion Auguftale pourroit
auffi être de ce nombre . On a trouvé dans
la Grande Bretagne une Infcription Antique
conçûë en ces termes , & avec le
même Type du Capricorne .
IMP.
AVG .
ANTONINO
Pio.
LE G.
I I.
A V G.
F. P. III. CC L XX II.
1
Cette
MARS. 1730: 519
Cette Infcription nous apprend que la
deuxième Legion Auguftale avoit continué
le mur d'Antonin Pie ,qui eft au Nord
d'Ecoffe , pendant l'efpace de trois mille
deux cent foixante & douze pas. Cette
Infcription eft fur une pierre qui reprefente
dans le haut , la figure d'un Capricorne
que je prens pour le figne de cette
Legion , & non pas le Griffon qui eſt au
bas. A l'égard du furnom Augufta , nous
avons déja remarqué qu'Augufte donna
fon nom à plufieurs Legions , & cette
Infcription nous fait voir que celle- ci
avoit non- feulement le nom d'Augufte ,
mais qu'elle en avoit auffi pris le fimbole
pour préfage de bonheur : le Signe
du Capricorne ayant toujours été regardé
comme tel par cet Empereur. Et parcequ'il
avoit été Conful pour la premiere fois ,
& qu'il avoit aufli gagné la Bataille d'Actium
dans le mois d'Août , il lui donna
fon nom . C'est ce qui me feroit croire
que c'eft cette feconde Legion qui nous
eft marquée fur notre Médaille de Caraufius
. Dion rapporte que la feconde Legion
Auguftale étoit de fon tems dans la
haute Bretagne , & les Infcriptions qu'on
Y découvre tous les jours en donnent des
preuves inconteftables. C'eſt cette feconde
Legion qui donna fon nom & la naiffance
à la Ville de Caer-leon , appellée dans l'IE
tineraire
520 MERCURE DE FRANCE.
tineraire d'Antonin , ISCA LEG. II. AUGUSTA.
Cette Legion étoit fans doute
encore dans la Grande Bretagne au tems
de Caraufius , puifque peu d'années avant
qu'il y allât , Pofthume , Empereur dans
les Gaules , avoit dans cette Ville un
Corps d'Armée. C'est ce que je trouve
confirmé par une Médaille de ce dernier
Empereur ; elle a d'un côté le nom de ce
Prince , & la tête couronnée de rayons.
IMP CM CASS LAT. Pofthumus Aug.
& de l'autre côté , on voit à cheval l'Em
pereur qui harangue les Troupes , & autour
EXERCITUS YSCanicus , l'AEmée
de Caer- Leon .Cette Armée de Pofthu .
me fut nommée Armée Tfcanique d'Yíca,
parceque cette Legion qui prêta ferment
de fidelité à Pofthume dans la Grande
Bretagne , étoit placée fur la Riviere de
PUske, qu'on appelloit Yſca - Silurum , &
non pas Silulorum , comme l'a écrit Vaillant
, qui rapporte cette Médaille . Cette
Ville n'eft plus aujourd'hui qu'un petit
Village , portant le nom de Caer-Leon, par
corruption de Cefaris Legio ; & c'eſt là
que les Hiftoriens Anglois avoient placé
la Cour de leur grand Roi Artus &
où ils prétendent qu'il y avoit un College
de deux cens Philofophes établis pour
Ay obferver le cours des Aftres . Cette Médaille
de petit bronze eft en Angleterre ,
dans le Cabinet du Docteur Sloane.
"
MARS. 1730. 521
*
COHORTES PRETORIENNES.
Imp. Caraufius. P. F. Aug. La tête
couronnée de Rayons.
COHH .... ML. Cohortes ... Les
Cohortes ... M L. COHORTES. Ce font
fans doute les Cohortes Prétoriennes qui
formoient la garde de Caraufius , dont cet
Empereur voulut éternifer la mémoire &
la fidelité aufli bien que celle des Legions
dont nous venons de parler. Je n'entrerai
point ici dans la queftion de fçavoir de
combien étoit compofée la Legion . Les
Auteurs font pleins de ces fortes de détails.
J'ajouterai cependant qu'il y avoit
fous Augufte neuf Cohortes Prétoriennes
pour la garde du Prince , & que Galba
y en ajoûta trois nouvelles. Ainfi il y eut
douze Cohortes de Gardes Prétoriennes,
qui fubfiftoient encore du tems de Septime
Severe , au rapport de Dion. Je ne
fçai fi le nombre de ces Cohortes étoit le
même du tems de Diocletien & de Maximien
; mais ce qu'on peut affurer , fuivant
le témoignage de cette Médaille unique
de Caraufius , c'eft que la garde de
ce Prince étoit compofée de quatre mille
hommes. C'eft ainfi que je crois qu'on
doit expliquer les quatre fignes militaires
qui font au revers de fa Médaille . En effer
chaque Cohorte ayant fon enfeigne
militaire , & chaque Cohorte étant com
- E ij poléc
322 MERCURE DE FRANCE :
pofée de mille hommes , fuivant le témoi
gnage de la plupart des Auteurs ,
quatre enfeignes militaires nous défignent
que la Garde de cet Empereur des Bretons
étoit compofée de quatre Cohortes
Prétoriennes . A quoi fi nous ajoûrons le
nombre de dix ou de douze mille hommes
, dont chaque Legion pouvoit être
compofée , en y comprenant les Troupes
auxiliaires , il fe trouvera que Caraufius ,
fuivant ces Médailles, avoit du moins une
armée de foixante & quatre mille hommes,
fans y comprendre les forces maritimes.
Ce font là les Cohortes Prétoriennes & les
fix Legions principales qui compofoient
l'Armée de notre Conquerant , & dont
les Auteurs ne parlent point. Elles métitoient
bien , après lui avoir acquis tant
de gloire , d'en partager avec lui une por
tion , & de revivre un jour dans la mémoire
des hommes par ce témoignage autentique
de fa reconnoiffance , ayant été
les compagnes fideles de fes travaux guerriers
, & ayant verſé fi librement leur fang
dans plufieurs occafions pour l'élever fur
le Trône de la Grande Bretagne,
Dans cette occafion , comme dans bien
d'autres, nous pourrions nous plaindre du
filence des Hiftoriens qui ne nous difent
rien de toutes ces circonftances , & qui
ne font mention que d'une Legion Romaine
MAR 9. 1730. 523
1
maine dont ils ont même affecté de nous
cacher le nom ; mais nous devons nous
confoler ayant des Monumens plus fûrs
& moins fujets à être alterés , & qui fe
font heureuſement dérobés aux injures
des tems & de l'envie . Après tout nous
ne ferions peut-être pas obligés de nous
plaindre fi fort du filence de ces Hiftoriens
, fi le fecond Livre que nous avons
de Zozime fur la vie des Empereurs de
ces tems, nous étoit refté dans fon entier ,
mais cet Auteur fe trouve tronqué immédiatement
après la vie de Probus , & ce
qui fuit ne recommence qu'à l'Hiftoire de
Conftantin le Grand . De forte que ce qui
nous manque de cet Auteur ne comprend
gueres moins que les Vies de fept à huit
Empereurs , qui font Carus , Ĉarinus
Numerianus , Diocletianus Maximianus
Herculius , Caraufius , Conftantius
Chlorus & Gal. Maximianus , dont l'Hiftoire
ou les évenemens étant neceffairement
liés avec ce qui s'eft paffé du tems
de Caraufius n'auroient pas laiffé de nous
donner des lumieres pour expliquer bien
des faits particuliers , où les conjet&cures
ne fçauroient atteindre.
>
Ne feroit- ce point là un effet moins du
hazard que de l'envie ou de la politique
Romaine , qui jaloufe de la gloire de ce
Prince auroit fupprimé à deffein les
E iij
>
Mc124
MERCURE DE FRANCE.
Mémoires les plus confiderables de fon
tems , qui ne pouvoient être qu'à la gloire
de ce Heros qui avoit fi fort abbatu
leurs forces & leur puiffance. Cette Médaille
de petit bronze eft dans le Cabinet
de l'Auteur..
Voilà , Milord , ce que j'avois à obferver
de plus remarquable au fujet des Cohortes
& des Legions dont les noms nous
font confervés fur les Médailles de Caraufius
, & fans lefquelles les fervices
qu'elles lui avoient rendus feroient reſtez
dans un oubli éternel . Ce font là ces fieres
Legions & ces Cohortes fideles qui fua
rent les témoins de fes travaux guerriers ,
qui fe firent honneur de combatre fous fes
Etendarts , & avec qui il fit tant d'actions
heroïques & tant d'exploits glorieux ,
qu'il fut enfin élevé aux acclammations
des Peuples fur le Trône de la Grande
Bretagne Je fuis avec un profond reſpect
& c .
IMITATION
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Résumé : EXPLICATION des Médailles qui font mention des Cohortes & des differentes Legions de Carausius, par où l'on peut fixer à peu près le nombre de Troupes que cet Empereur des anciens Bretons entretenoit. Adressée à son Excellence Milord Carteret, Vice-Roy d'Irlande & c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine, Medecin ordinaire de la Cour d'Angleterre & premier Medecin du Vice-Roi d'Irlande.
Le texte, rédigé par M. Genebrier, médecin, est une explication des médailles mentionnant les cohortes et les différentes légions de l'empereur Carausius, adressée à Milord Carteret, Vice-Roy d'Irlande. Genebrier, motivé par l'intérêt de Milord Carteret pour l'histoire et les découvertes liées à la gloire de la nation, entreprend de rédiger une histoire métallique de Carausius, l'un des plus grands conquérants de l'Angleterre. Il cherche à célébrer les instruments des victoires de Carausius, notamment les légions qui ont combattu sous ses étendards. Le document liste plusieurs légions et leurs caractéristiques : 1. **Légion I** : Représente l'empereur César Carausius, pieux, heureux et auguste, couronné de lauriers. 2. **Légion VIII Augusta** : Symbolisée par un taureau, elle est l'une des plus anciennes légions, formée par Auguste. Elle a combattu sous Carausius contre les Germains, lui valant le titre de Germanicus Maximus. 3. **Légion II Augusta** : Trouvée dans des fragments de briques et des médailles, elle était en quartier d'hiver en Haute-Bretagne. 4. **Légion VII Claudia** : Appelée Claudienne, elle était fidèle à Claude et a soutenu ses partis contre Scribonien. Elle est symbolisée par un taureau. 5. **Légion IX Gemina** : Formée de deux légions fusionnées, elle est également symbolisée par un taureau. 6. **Légion IV Flavia** : Symbolisée par un lion, elle a été placée en Syrie par Vespasien pour maintenir l'ordre. Ces légions sont mentionnées dans diverses médailles et inscriptions, permettant de fixer le nombre approximatif des troupes de Carausius. Le texte mentionne également des médailles et des fragments trouvés dans divers cabinets et collections, confirmant l'existence et les actions de ces légions. Une médaille rapportée par le jeune Philippe présente sur une face la tête de ce prince et sur l'autre les lettres initiales G.F.P.D., signifiant Colonia Flavia Pacensis Deultana, formée des vétérans de la quatrième Légion Flavienne. Cette légion est également mentionnée dans une inscription antique trouvée à Pesaro, où elle est désignée comme patronne des colonies de Pesaro et de Fano. Le texte évoque également plusieurs légions de Carausius, identifiées par des symboles animaux comme le bélier, le taureau, et le capricorne. La huitième Légion, peut-être invicta, est marquée par un bélier, symbole de liberté et de défense du domaine ancestral. La sixième Légion est représentée par un capricorne, symbole de bonne fortune. Le texte note que sept légions de Gallien portaient le même signe du capricorne, et que la seconde Légion Augusta, stationnée en Bretagne, pourrait être celle représentée sur la médaille de Carausius. Enfin, le texte mentionne les cohortes prétoriennes de Carausius, composées de quatre mille hommes en quatre cohortes, et discute de l'armée de Carausius, estimée à soixante-quatre mille hommes, incluant les troupes auxiliaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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265
EXPLICATION des Médailles qui font mention des Cohortes & des differentes Legions de Carausius, par où l'on peut fixer à peu près le nombre de Troupes que cet Empereur des anciens Bretons entretenoit. Adressée à son Excellence Milord Carteret, Vice-Roy d'Irlande & c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine, Medecin ordinaire de la Cour d'Angleterre & premier Medecin du Vice-Roi d'Irlande.
266
p. 538-539
Tableau du Monde ancien & moderne, &c. [titre d'après la table]
Début :
TABLEAU du Monde ancien & moderne, divisé en trois Parties. [...]
Mots clefs :
Monde ancien, Monde moderne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tableau du Monde ancien & moderne, &c. [titre d'après la table]
TABLEAU du Monde ancien & moderne
, divifé en trois Parties. ་ .
MARS. 1730. 539
La premiere contient la divifion du
Monde en fept âges , les Epoques les plus
celebres de l'Hiftoire depuis Adam jufqu'à
prefent ; le partage de la Terre entre
les Enfans de Noé , l'établiſſement &
la décadence des quatre Monarchies , des
anciennes Républiques ; & comment de
la derniere des quatre Monarchies , qui
eft celle des Romains, fe font formez prefque
tous les Etats qui fubfiftent aujourd'hui
, & c.
La feconde eft une courte Defcription
des quatre Parties du Monde , contenant
ce qu'elles produifent pout l'utilité des
hommes , les Meurs , la Religion , & la
Langue de toutes les Nations.
La troifiéme enfin eft un Recueil de
toutes fortes de Remarques curieuſes ,
parmi lesquelles on trouvera l'origine des
Arts & des Sciences . Vol . in- 1 2. de 149.
pages. A Paris , au Palais , chez Claude
Prud'homme , 1730,
Ce Livre peut tenir fon rang parmi ceux
qui apprennent beaucoup de chofes curieufes
& utiles à fçavoir , dans un affez
petit volume. L'étendue du titre nous
difpenfe d'en donner un Extrait ,
, divifé en trois Parties. ་ .
MARS. 1730. 539
La premiere contient la divifion du
Monde en fept âges , les Epoques les plus
celebres de l'Hiftoire depuis Adam jufqu'à
prefent ; le partage de la Terre entre
les Enfans de Noé , l'établiſſement &
la décadence des quatre Monarchies , des
anciennes Républiques ; & comment de
la derniere des quatre Monarchies , qui
eft celle des Romains, fe font formez prefque
tous les Etats qui fubfiftent aujourd'hui
, & c.
La feconde eft une courte Defcription
des quatre Parties du Monde , contenant
ce qu'elles produifent pout l'utilité des
hommes , les Meurs , la Religion , & la
Langue de toutes les Nations.
La troifiéme enfin eft un Recueil de
toutes fortes de Remarques curieuſes ,
parmi lesquelles on trouvera l'origine des
Arts & des Sciences . Vol . in- 1 2. de 149.
pages. A Paris , au Palais , chez Claude
Prud'homme , 1730,
Ce Livre peut tenir fon rang parmi ceux
qui apprennent beaucoup de chofes curieufes
& utiles à fçavoir , dans un affez
petit volume. L'étendue du titre nous
difpenfe d'en donner un Extrait ,
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Résumé : Tableau du Monde ancien & moderne, &c. [titre d'après la table]
Le document 'TABLEAU du Monde ancien & moderne, divisé en trois Parties' a été publié en mars 1730 à Paris par Claude Prud'homme. Il est structuré en trois sections. La première partie décrit la division du monde en sept âges, les époques historiques marquantes depuis Adam jusqu'à l'époque contemporaine, la répartition de la Terre entre les fils de Noé, et l'établissement et la décadence des quatre monarchies et des anciennes républiques. Elle explique également comment la monarchie romaine a donné naissance à presque tous les États actuels. La deuxième partie offre une brève description des quatre parties du monde, incluant leurs productions utiles, les mœurs, la religion et la langue des différentes nations. La troisième partie présente un recueil de remarques curieuses, parmi lesquelles figure l'origine des arts et des sciences. Le livre, un volume in-12 de 149 pages, est noté pour sa capacité à offrir de nombreuses informations curieuses et utiles dans un format compact.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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267
p. 543
Histoire Universelle, &c. [titre d'après la table]
Début :
HISTOIRE UNIVERSELLE, divisée en 8. Livres. Le premier comprendra [...]
Mots clefs :
Histoire universelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire Universelle, &c. [titre d'après la table]
HISTOIRE
UNIVERSELLE , divifée
en 8. Livres . Le premier
comprendra
l'Hiftoire de l'Afie , depuis le Déluge , &
les premieres
Tranfmigrations juſqu'à
Alexandre . Le fecond , l'Hiftoire des
Grecs , jointe à celle des Peuples de l'Afie
, depuis
Alexandre jufqu'à Mahomet.
Le troifiéme , l'Hiftoire
Romaine. Le
quatrième , l'Hiftoire des
Mahometans.
Le cinquiéme
l'Hiftoire des
Peuples
d'Occident & du Nord de l'Europe , &
leurs irruptions dans l'Empire Romain.
Le fixiéme , l'Hiftoire des Royaumes modernes
& des Etats
Méridionaux de l'Europe
. Le feptiéme , l'Hiftoire des Royaumes
modernes & des Etats qui font au
Nord de l'Europe . Le huitiéme , l'Hiftoire
de l'Afrique & de
l'Amerique . Cet
Ouvrage qui s'imprime en Anglois par
Soufcription à Londres , & dont on fait
déja de grands éloges
contiendra au
moins 4. volumes in-folio .
UNIVERSELLE , divifée
en 8. Livres . Le premier
comprendra
l'Hiftoire de l'Afie , depuis le Déluge , &
les premieres
Tranfmigrations juſqu'à
Alexandre . Le fecond , l'Hiftoire des
Grecs , jointe à celle des Peuples de l'Afie
, depuis
Alexandre jufqu'à Mahomet.
Le troifiéme , l'Hiftoire
Romaine. Le
quatrième , l'Hiftoire des
Mahometans.
Le cinquiéme
l'Hiftoire des
Peuples
d'Occident & du Nord de l'Europe , &
leurs irruptions dans l'Empire Romain.
Le fixiéme , l'Hiftoire des Royaumes modernes
& des Etats
Méridionaux de l'Europe
. Le feptiéme , l'Hiftoire des Royaumes
modernes & des Etats qui font au
Nord de l'Europe . Le huitiéme , l'Hiftoire
de l'Afrique & de
l'Amerique . Cet
Ouvrage qui s'imprime en Anglois par
Soufcription à Londres , & dont on fait
déja de grands éloges
contiendra au
moins 4. volumes in-folio .
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Résumé : Histoire Universelle, &c. [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Histoire Universelle' en huit livres couvre l'histoire de l'Asie, des Grecs, des Romains, des Mahométans, des peuples d'Occident et du Nord de l'Europe, des royaumes modernes européens, ainsi que de l'Afrique et de l'Amérique. Imprimé en anglais à Londres, il est acclamé et comptera au moins quatre volumes in-folio.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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268
p. 544-550
Memoire sur les deux Editions de Herrera, &c. [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRE sur deux Editions nouvelles des Décades d'Antonio de Herrera, [...]
Mots clefs :
Antonio de Herrera, Mémoire, Indes, Cartes, Estampe, Nouvelle édition, Madrid
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoire sur les deux Editions de Herrera, &c. [titre d'après la table]
MEMOIRE fur deux Editions nouvel-
Jes des Décades d'Antonio de Herrera ,
publiées , Pune par le fieur Verduſſen , Libraire
à Anvers en 1728. Pautre à Madrid
l'an 1729. par les foins de Dom André
Gonzalez de Barcia , Membre du
Confeil de Caftille.
On verra par ce Mémoire , que comme
rien ne defigure tant les bons Livres an
ciens que les mauvaiſes réimpreffions
qu'en font ordinairement les Libraires ;
rien auffi n'eft plus avantageux à ces mêmes
Livres que de tomber entre les mains
d'un nouvel Editeur , homme habile &
intelligent. Antonio de Herrera , l'un des
plus grands Ecrivains du Regne de Phi-
Jippe II . & de Philippe III . Rois d'Elpagne
, a effuyé l'un & l'autre fort.
On recherchoit avec empreffement
les Décades du nouveau Monde de cet
illuftre Ecrivain ; elles étoient devenuës
très-rares. Un Libraire d'Anvers , c'eſt
le fieur Verduffen , très- attentif à fes interêts
propres , a crû leur pouvoir facrifier
la gloire d'Antonio de Herrera ; au lieu
d'en réimprimer les Decades comme il a
fait en 1728. avec les augmentations &
les corrections qu'il promet , on les trouve
entierement defigurées & retranchées
dans fon Edition . Ce n'eft plus cette exactitude
fcrupuleute qu'on doit avoir dans
L'imprefMAR
S. 1730. 545
f'impreffion des Livres de cette importance
, c'eſt une multitude effroyable de fautes
groffieres qui défigurent dans cette
Edition la beauté de la Langue Caftillane,
chofe trop ordinaire aux Livres Efpagnols
qui s'impriment hors de l'Eſpagne.
La fubftance du Livre d'Antonio de
Herrera n'eft pas moins défigurée que le
langage dans l'Edition de Verduffen , qui
s'eft avifé de fupprimer les Cartes originales
de Herrera , pour y en fubftituer
de nouvelles , qui n'ont aucune relation
avec la Deſcription des Indes de cer
habile Hiftoriographe , qui en a fait comme
la clef de fon ouvrage ; ainfi au lieu
des quatorze Cartes , fçavoir , deux generales
& douze particulieres que Herrera
avoit travaillées avec beaucoup de
foin , on ne trouve dans l'Edition de Verduffen
que deux Cartes qui ne contiennent
prefque rien de ce que rapporte
P'Auteur original , & qui renferment
beaucoup de chofes nouvelles qui n'ont
aucune relation avec la Defcription des
Indes de cet Ecrivain . Par là les Cartes
ne fervent de rien pour l'intelligence de
P'ouvrage & la Defcription qui le trouve
privée de ce fecours Geographique, en devient
obfcure & embarraffée.
Mais comme les Peuples des Pays - Bas
ont beaucoup de goût pour les Eftampes,
Fij
Qi
346 MERCURE DE FRANCE.
ou pour ce qui s'appelle Portraits & Figures
hiftoriques , Verduffen a bien voulu
en accabler fa nouvelle Edition ; il a
prétendu l'enrichir par une dépenfe inutile
& hors de propos , & il n'a fait que
la defigurer & même l'appauvrir , fi l'on
peut ainfi parler , en la chargeant de Planches
très -imparfaites , & qui loin de reprefenter
l'Hiftoire du Tems , ne donnent
que les imaginations de Theodore
de Bri , Graveur Allemand de l'Amerique,
duquel toutes ces figures ont été copiées
par Verduffen fans goût , fans difcernement
, & même fans aucune connoiffance
du fond des évenemens , auxquels la plûpart
de ces Eftampes font contraires.
Si Verduffen avoit deffein de donner des
Eftampes dans fa nouvelle Edition de Herrera
, rien n'étoit plus facile ; il n'avoit
qu'à donner de l'extenfion aux Figures
hiftoriques qui fe trouvent dans l'Edition
originale de fon Auteur , on l'auroit approuvé
au moins quant à cette partie , au
lieu qu'on ne peut fe difpenfer de le cenfurer
pour avoir copié des Figures faites
il y a plus de 140. ans , en haine de la Nation
Eſpagnole , dans un rems où fon nom
étoit l'objet de l'averfion des Heretiques
des Pays Bas & de l'Allemagne.
Quelle difference au contraire dans l'Edition
que Don André Gonzalez, de Barcia
MARS. 17300 547
cia procura l'année derniere 1729. à Madrid
de ces mêmes Decades d'Antonio de
Herrera, On y voit un fçavant Editeur ,
qui ne le cede en rien au fçavoir , à l'exactitude
& à l'élegance de l'Auteur original
; élevé par fon mérite comme le
font les Magiftrats qui forment en Eſpa
pagne les divers Confeils & les Tribunaux
de la Nation ; il voulut ajoûter à les
autres qualités celle d'Editeur de Herrera
, modeftie trop grande dans un Sçavant
qui auroit pù l'emporter par fes lumieres
& fes recherches au - deffus de l'Auteur
qu'il a réimprimé.
Cet illuftre Magiftrat également verſé
dans la Jurifprudence , dans les Belles-
Lettres & dans l'Hiftoire , fut touché de
la perte que faifoient les Sçavans par la
rareté de la premiere Edition des Decades
d'Antonio de Herrera ; il forma donc
le genereux & loüable deffein d'en donner
une Edition plus exacte & plus ample
; pour y réuffir , il puifa un nombre
infini de Mémoires dans les Actes de la
Chambre Royale de Caſtille dans les
Archives de la Couronne , dans les Regiftres
& dans les Papiers du Confeil
Royal & fuprême des Indes ; non content
de tous ces documens autentiques.
il fit encore le dépouillement de tout ce
que l'Hiftoire peut fournir de curieux
F iij fur
>
9
348 MERCURE DE FRANCE .
fur les Indes Occidentales. Il relut done
avec foin les Ouvrages de Pedro Martyr
d'Anghiera , de Diego de Tobilla , de
Ferdinand Colon , de Bernard Diaz de
Caftille , de Barthelemi de las Casas , de
Ganbay , de Pierre Piçarro , d'Augustin
de Zarate , de l'Inca Garcilaffo , de Dom
Antonio de Saaredra , & generalement
de tous ceux qui ont écrit fur le nouveau
monde ; il en a fait une jufte & fevere
comparaiſon avec fon Auteur original.
Peut- on avec tant de fecours & de difcernement
ne pas donner une Edition exacte
des Decades de Herrera ? C'eſt par ce
moyen que Don André Gonzalez de Barcia
a corrigé les fautes qui avoient échapé
aux Copiftes & aux Imprimeurs , &
qu'il a rempli les lacunes qui faifoient une
forte de defectuofité dans la premiere Edi
tion de fon Auteur.
Les Eftampes relatives au Difcours de
Herrera & aux évenemens qu'il rapporte,
fe trouvent à la tête de la nouvelle Edition
de Madrid . Un Difcours préliminaire
qui fert d'Apologie à cet Ouvrage,
ne fait pas moins d'honneur à l'Editeur
qu'à Herrera même . Loin de corrompre
les termes de l'original , Don André
Gonzalez de Barcia s'eft crû obligé de les
conferver & de les éclaircir ; enfin il couronne
fon travail par une table très-étenduë
MARS. 1730. 549
due qui lui a donné plus de peine que tout
le reste de l'ouvrage ; mais il l'a jugée abfolument
neceffaire pour faciliter aux Leeteurs
l'ufage de cet important Ouvrage .
Il a fait davantage , il a compofé encore
un Supplement aux Decades de Herrera,
où l'on voit tout ce qui avoit pû échaper
aux lumieres & aux immenfes recherches
du premier Auteur.
Que l'on juge à prefent de la difference
de ces deux Editions , & on conviendra
que l'on ne peut avoir que du mépris
pour celles des plus grands Ecrivains qui
font l'objet de Favidité mal entenduë des
Libraires , au lieu que ces nouvelles Editions
font toûjours refpectables quand
elles partent d'une main auffi fage & auffi
fçavante que celle de Don André Gonzalez
de Barcia.
Ce fçavant Magiftrat ne s'en eft pas tenu
à la feule exactitude , il a voulu encore
que fon Auteur eut tous les agrémens de
Pimpreffion , foit par la beauté du papier,
foit par la groffeur & l'élegance des caracteres
; enfin cet illuftre Editeur n'a rien
oublié pour donner de la perfection à un
Ouvrage , qui felon fes propres paroles ,
mériteroit d'être imprimé en Lettres d'or ,
ou même gravé fur le bronze. François
Martinez Abad , celebre Imprimeur de
Madrid eft celui que Don André Gonza-
F iiij
Iez
so MERCURE DE FRANCE.
pour
lez de Barcia a choifi l'execution de
fon deffein , & qui en eft venu heureufement
à bout, C'eft à ce Libraire que les
Etrangers peuvent s'addreffer pour obtenir
à des conditions raifonnables lesExemplaires
qu'ils fouhaiteront de cette nouvelle
Edition.
Jes des Décades d'Antonio de Herrera ,
publiées , Pune par le fieur Verduſſen , Libraire
à Anvers en 1728. Pautre à Madrid
l'an 1729. par les foins de Dom André
Gonzalez de Barcia , Membre du
Confeil de Caftille.
On verra par ce Mémoire , que comme
rien ne defigure tant les bons Livres an
ciens que les mauvaiſes réimpreffions
qu'en font ordinairement les Libraires ;
rien auffi n'eft plus avantageux à ces mêmes
Livres que de tomber entre les mains
d'un nouvel Editeur , homme habile &
intelligent. Antonio de Herrera , l'un des
plus grands Ecrivains du Regne de Phi-
Jippe II . & de Philippe III . Rois d'Elpagne
, a effuyé l'un & l'autre fort.
On recherchoit avec empreffement
les Décades du nouveau Monde de cet
illuftre Ecrivain ; elles étoient devenuës
très-rares. Un Libraire d'Anvers , c'eſt
le fieur Verduffen , très- attentif à fes interêts
propres , a crû leur pouvoir facrifier
la gloire d'Antonio de Herrera ; au lieu
d'en réimprimer les Decades comme il a
fait en 1728. avec les augmentations &
les corrections qu'il promet , on les trouve
entierement defigurées & retranchées
dans fon Edition . Ce n'eft plus cette exactitude
fcrupuleute qu'on doit avoir dans
L'imprefMAR
S. 1730. 545
f'impreffion des Livres de cette importance
, c'eſt une multitude effroyable de fautes
groffieres qui défigurent dans cette
Edition la beauté de la Langue Caftillane,
chofe trop ordinaire aux Livres Efpagnols
qui s'impriment hors de l'Eſpagne.
La fubftance du Livre d'Antonio de
Herrera n'eft pas moins défigurée que le
langage dans l'Edition de Verduffen , qui
s'eft avifé de fupprimer les Cartes originales
de Herrera , pour y en fubftituer
de nouvelles , qui n'ont aucune relation
avec la Deſcription des Indes de cer
habile Hiftoriographe , qui en a fait comme
la clef de fon ouvrage ; ainfi au lieu
des quatorze Cartes , fçavoir , deux generales
& douze particulieres que Herrera
avoit travaillées avec beaucoup de
foin , on ne trouve dans l'Edition de Verduffen
que deux Cartes qui ne contiennent
prefque rien de ce que rapporte
P'Auteur original , & qui renferment
beaucoup de chofes nouvelles qui n'ont
aucune relation avec la Defcription des
Indes de cet Ecrivain . Par là les Cartes
ne fervent de rien pour l'intelligence de
P'ouvrage & la Defcription qui le trouve
privée de ce fecours Geographique, en devient
obfcure & embarraffée.
Mais comme les Peuples des Pays - Bas
ont beaucoup de goût pour les Eftampes,
Fij
Qi
346 MERCURE DE FRANCE.
ou pour ce qui s'appelle Portraits & Figures
hiftoriques , Verduffen a bien voulu
en accabler fa nouvelle Edition ; il a
prétendu l'enrichir par une dépenfe inutile
& hors de propos , & il n'a fait que
la defigurer & même l'appauvrir , fi l'on
peut ainfi parler , en la chargeant de Planches
très -imparfaites , & qui loin de reprefenter
l'Hiftoire du Tems , ne donnent
que les imaginations de Theodore
de Bri , Graveur Allemand de l'Amerique,
duquel toutes ces figures ont été copiées
par Verduffen fans goût , fans difcernement
, & même fans aucune connoiffance
du fond des évenemens , auxquels la plûpart
de ces Eftampes font contraires.
Si Verduffen avoit deffein de donner des
Eftampes dans fa nouvelle Edition de Herrera
, rien n'étoit plus facile ; il n'avoit
qu'à donner de l'extenfion aux Figures
hiftoriques qui fe trouvent dans l'Edition
originale de fon Auteur , on l'auroit approuvé
au moins quant à cette partie , au
lieu qu'on ne peut fe difpenfer de le cenfurer
pour avoir copié des Figures faites
il y a plus de 140. ans , en haine de la Nation
Eſpagnole , dans un rems où fon nom
étoit l'objet de l'averfion des Heretiques
des Pays Bas & de l'Allemagne.
Quelle difference au contraire dans l'Edition
que Don André Gonzalez, de Barcia
MARS. 17300 547
cia procura l'année derniere 1729. à Madrid
de ces mêmes Decades d'Antonio de
Herrera, On y voit un fçavant Editeur ,
qui ne le cede en rien au fçavoir , à l'exactitude
& à l'élegance de l'Auteur original
; élevé par fon mérite comme le
font les Magiftrats qui forment en Eſpa
pagne les divers Confeils & les Tribunaux
de la Nation ; il voulut ajoûter à les
autres qualités celle d'Editeur de Herrera
, modeftie trop grande dans un Sçavant
qui auroit pù l'emporter par fes lumieres
& fes recherches au - deffus de l'Auteur
qu'il a réimprimé.
Cet illuftre Magiftrat également verſé
dans la Jurifprudence , dans les Belles-
Lettres & dans l'Hiftoire , fut touché de
la perte que faifoient les Sçavans par la
rareté de la premiere Edition des Decades
d'Antonio de Herrera ; il forma donc
le genereux & loüable deffein d'en donner
une Edition plus exacte & plus ample
; pour y réuffir , il puifa un nombre
infini de Mémoires dans les Actes de la
Chambre Royale de Caſtille dans les
Archives de la Couronne , dans les Regiftres
& dans les Papiers du Confeil
Royal & fuprême des Indes ; non content
de tous ces documens autentiques.
il fit encore le dépouillement de tout ce
que l'Hiftoire peut fournir de curieux
F iij fur
>
9
348 MERCURE DE FRANCE .
fur les Indes Occidentales. Il relut done
avec foin les Ouvrages de Pedro Martyr
d'Anghiera , de Diego de Tobilla , de
Ferdinand Colon , de Bernard Diaz de
Caftille , de Barthelemi de las Casas , de
Ganbay , de Pierre Piçarro , d'Augustin
de Zarate , de l'Inca Garcilaffo , de Dom
Antonio de Saaredra , & generalement
de tous ceux qui ont écrit fur le nouveau
monde ; il en a fait une jufte & fevere
comparaiſon avec fon Auteur original.
Peut- on avec tant de fecours & de difcernement
ne pas donner une Edition exacte
des Decades de Herrera ? C'eſt par ce
moyen que Don André Gonzalez de Barcia
a corrigé les fautes qui avoient échapé
aux Copiftes & aux Imprimeurs , &
qu'il a rempli les lacunes qui faifoient une
forte de defectuofité dans la premiere Edi
tion de fon Auteur.
Les Eftampes relatives au Difcours de
Herrera & aux évenemens qu'il rapporte,
fe trouvent à la tête de la nouvelle Edition
de Madrid . Un Difcours préliminaire
qui fert d'Apologie à cet Ouvrage,
ne fait pas moins d'honneur à l'Editeur
qu'à Herrera même . Loin de corrompre
les termes de l'original , Don André
Gonzalez de Barcia s'eft crû obligé de les
conferver & de les éclaircir ; enfin il couronne
fon travail par une table très-étenduë
MARS. 1730. 549
due qui lui a donné plus de peine que tout
le reste de l'ouvrage ; mais il l'a jugée abfolument
neceffaire pour faciliter aux Leeteurs
l'ufage de cet important Ouvrage .
Il a fait davantage , il a compofé encore
un Supplement aux Decades de Herrera,
où l'on voit tout ce qui avoit pû échaper
aux lumieres & aux immenfes recherches
du premier Auteur.
Que l'on juge à prefent de la difference
de ces deux Editions , & on conviendra
que l'on ne peut avoir que du mépris
pour celles des plus grands Ecrivains qui
font l'objet de Favidité mal entenduë des
Libraires , au lieu que ces nouvelles Editions
font toûjours refpectables quand
elles partent d'une main auffi fage & auffi
fçavante que celle de Don André Gonzalez
de Barcia.
Ce fçavant Magiftrat ne s'en eft pas tenu
à la feule exactitude , il a voulu encore
que fon Auteur eut tous les agrémens de
Pimpreffion , foit par la beauté du papier,
foit par la groffeur & l'élegance des caracteres
; enfin cet illuftre Editeur n'a rien
oublié pour donner de la perfection à un
Ouvrage , qui felon fes propres paroles ,
mériteroit d'être imprimé en Lettres d'or ,
ou même gravé fur le bronze. François
Martinez Abad , celebre Imprimeur de
Madrid eft celui que Don André Gonza-
F iiij
Iez
so MERCURE DE FRANCE.
pour
lez de Barcia a choifi l'execution de
fon deffein , & qui en eft venu heureufement
à bout, C'eft à ce Libraire que les
Etrangers peuvent s'addreffer pour obtenir
à des conditions raifonnables lesExemplaires
qu'ils fouhaiteront de cette nouvelle
Edition.
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Résumé : Memoire sur les deux Editions de Herrera, &c. [titre d'après la table]
Le mémoire compare deux éditions des 'Décades' d'Antonio de Herrera, un historien des règnes de Philippe II et Philippe III d'Espagne. Les 'Décades' étant devenues rares, deux rééditions ont été publiées par des éditeurs différents. En 1728, le libraire Verdussen à Anvers a publié une édition critiquée pour ses nombreuses fautes et modifications inappropriées. Cette édition a supprimé les cartes originales de Herrera, les remplaçant par des cartes sans relation avec le texte. Verdussen a également ajouté des estampes de mauvaise qualité, copiées d'un graveur allemand, Theodore de Bry, sans pertinence historique. En 1729, Dom André Gonzalez de Barcia, membre du Conseil de Castille, a publié une édition à Madrid. Cette édition est louée pour son exactitude et son enrichissement par de nombreux documents authentiques. Barcia a corrigé les erreurs de la première édition et ajouté un discours préliminaire, des estampes pertinentes et une table étendue pour faciliter la lecture. Il a également composé un supplément aux 'Décades'. L'édition de Barcia est saluée pour sa qualité d'impression et son respect de l'œuvre originale, contrairement à celle de Verdussen.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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269
p. 550-551
Histoire Bizantine, par Souscription, &c. [titre d'après la table]
Début :
Barthelemi Javarina, Libraire de Venise nous prie de faire sçavoir au Public qu'après avoir [...]
Mots clefs :
Histoire byzantine, Savants, Souscripteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire Bizantine, par Souscription, &c. [titre d'après la table]
Barthelemi Javarina , Libraire de Veniſe nous
prie de faire fçavoir au Public qu'après avoir
achevé l'Edition des OEuvres du P. Sirmond , il
a formé le deffein d'imprimer & de publier par
foufcription le corps complet de l'Hiftoire Byfantine
dont tous les Sçavans connoiffent le prix
& l'utilité , ajoûtant que par les difpofitions qu'il
a faites , il fera en état de commencer l'impreffion
dans le courant du mois de Mai prochain ;
il a choifi le papier le plus magnifique & les plus
beaux caracteres , & il promet de donner tous fes
foins pour que les Textes Grecs & Latins foient
imprimés avec toute la correction & l'exactitude
poffible.
On fçait que ce grand Recueil eft compofé de
trente-quatre Volumes , de grandeur entièrement
differente , les uns étant très-minces , & les autres
, au contraire , d'une énorme épaiffeur ; fon
deffein eft de les imprimer en vingt -deux Volumes
in-folio , d'une égale groffeur. Il fe promet
d'en donner un Volume tous les deux mois ou
un peu plus tard ; tout l'Ouvrage complet fe donnera
pour deux cens ducats , monnoye de Venife
, au lieu qu'on a de la peine à l'avoir aujourd'hui
pour fept cens.
A l'égard des Soufcripteurs , ( & on affure qu'il y
en a déja un grand nombre ) ils jouiront d'un avantage
confiderable , dont il n'y a point encore eu
d'exemple ;
MARS. 1730. ·SSI
d'exèmple ; car ils ne payéront que cent ducats
pour les vingt-deux Volumes , dont ils donneront
vingt-neuf livres , monnoye de Venife , avant
l'impreffion du premier Tome , & la même fomme
en retirant chaque Volume . Le Libraire ajoûte
que des Sçavans de differens Pays lui ont promis
plufieurs Pieces très -propres à orner & à perfectionner
l'Hiftoire Byfantine , qui pourroit
faire monter l'Ouvrage à un plus grand nombre
de Volumes ; mais il déclare , fi cela arrive , que
les Soufcripteurs ne payeront pas plus de ces Volumes
que des précedens.
prie de faire fçavoir au Public qu'après avoir
achevé l'Edition des OEuvres du P. Sirmond , il
a formé le deffein d'imprimer & de publier par
foufcription le corps complet de l'Hiftoire Byfantine
dont tous les Sçavans connoiffent le prix
& l'utilité , ajoûtant que par les difpofitions qu'il
a faites , il fera en état de commencer l'impreffion
dans le courant du mois de Mai prochain ;
il a choifi le papier le plus magnifique & les plus
beaux caracteres , & il promet de donner tous fes
foins pour que les Textes Grecs & Latins foient
imprimés avec toute la correction & l'exactitude
poffible.
On fçait que ce grand Recueil eft compofé de
trente-quatre Volumes , de grandeur entièrement
differente , les uns étant très-minces , & les autres
, au contraire , d'une énorme épaiffeur ; fon
deffein eft de les imprimer en vingt -deux Volumes
in-folio , d'une égale groffeur. Il fe promet
d'en donner un Volume tous les deux mois ou
un peu plus tard ; tout l'Ouvrage complet fe donnera
pour deux cens ducats , monnoye de Venife
, au lieu qu'on a de la peine à l'avoir aujourd'hui
pour fept cens.
A l'égard des Soufcripteurs , ( & on affure qu'il y
en a déja un grand nombre ) ils jouiront d'un avantage
confiderable , dont il n'y a point encore eu
d'exemple ;
MARS. 1730. ·SSI
d'exèmple ; car ils ne payéront que cent ducats
pour les vingt-deux Volumes , dont ils donneront
vingt-neuf livres , monnoye de Venife , avant
l'impreffion du premier Tome , & la même fomme
en retirant chaque Volume . Le Libraire ajoûte
que des Sçavans de differens Pays lui ont promis
plufieurs Pieces très -propres à orner & à perfectionner
l'Hiftoire Byfantine , qui pourroit
faire monter l'Ouvrage à un plus grand nombre
de Volumes ; mais il déclare , fi cela arrive , que
les Soufcripteurs ne payeront pas plus de ces Volumes
que des précedens.
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Résumé : Histoire Bizantine, par Souscription, &c. [titre d'après la table]
Barthelemi Javarina, libraire à Venise, annonce la publication par souscription de l'Histoire Byzantine, reconnue pour son prix et son utilité. L'impression débutera en mai 1730, utilisant du papier de haute qualité et des caractères élégants. L'ouvrage, initialement composé de trente-quatre volumes de tailles variées, sera réorganisé en vingt-deux volumes in-folio de même épaisseur. Un volume sera publié tous les deux mois. L'ensemble sera vendu deux cents ducats à Venise, contre sept cents ducats actuellement. Les souscripteurs bénéficieront d'un avantage significatif, payant cent ducats pour les vingt-deux volumes. Ils devront verser vingt-neuf livres avant l'impression du premier tome et la même somme à la réception de chaque volume. Des savants de divers pays ont promis des contributions supplémentaires, mais les souscripteurs ne paieront pas plus pour les volumes additionnels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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270
p. 642-650
SUITE des Remarques sur l'Arc de Triomphe d'Orange.
Début :
Lorsque je fis mes premieres Remarques sur l'Arc de Triomphe d'Orange [...]
Mots clefs :
Arc de triomphe, Ville d'Orange, Romains, Monument, Rhône
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Remarques sur l'Arc de Triomphe d'Orange.
SUITE des Remarques fur l'Arc
de Triomphe d'Orange..
Liques
Orfque je fis mes premieres Remar :
ques fur l'Arc de Triomphe d'Orange
, je regardois l'opinion qui attribuoit
ce Monument à Caius Marius ,,
comme la plus fuivie & en quelque ma--
niere comme la plus plaufible ; c'eft pourquoi
je m'attachai principalement à la
détruire , & jaffectai de paffer legerement
fur celle qui faifoit Cneius Domitius
Ænobarbus & Quintus Fabius Maximus
Amilianus , Auteurs de ce Monument , ..
le peu que je difois , me paroiffant plus
que fuffifant pour la faire tomber d'ellemême.
Cependant je viens d'apprendre
que M. Guib , a embraffé ce dernier fentiment
dans une Differtation qu'il a donnée
au public , & qui fe trouve inferée
dans les Mémoires de Trévoux , du mois
de Decembre 1729. page 2142. A la ve
rité j'ai été furpris qu'une opinion que
j'avois
AVRIL. 1730. -643
ས་
j'avois crûe infoutenable reparût avec tant.
d'éclat fur la Scene , je craignois d'abord
de m'être trompé , mais après avoir examiné
les preuves , j'ai crû devoir m'en
tenir à mon premier fentiment.
Voici furquoi M. Guib s'eft fondé . Il
dit d'abord que Domitius Enobarbus vainquit
les Allobroges auprès de la Ville de
Vindalion , fituée à l'Embouchure de la
Sorgue , dans le Rhône , & parconfequent
il femble , dit-il , pouvoir affurer que les
Campagnes de la Principauté d'Orange ont
été le Théatre fur lequel ce General s'eft
fignalé d'une maniere fi diftinguée ; il ajoute .
que Fabius Maximus dompta ces mêmes.
Peuples,joints avec les Auvergnats , proche
le Rhône , fuivant Eutrope , c'eft-à- dire
felon l'avis de M. Guib , dans le Territoire
d'Orange ; enfuite il nous dit d'après Florus
que ces Generaux Romains éleverent
des Tours de pierre aux mêmes lieux où
ils avoient vaincu leurs ennemis , & conclut
enfin que fi l'on fait reflexion fur ce
qu'il vient de dire & qu'on regarde l'ancienne
fituation de la Ville d'Orange , on verra'
facilement les raisons qui engagerent ces:
Confuls Romains à choisir fon terroir pour
faire bâtir un Arc de Triomphe.
Je réponds , 1 ° . que l'Embouchure de
la Sorgue dans le Rhône & parconfequent
l'endroit où Domitius Enobarbus vain
A vj quis
644 MERCURE DE FRANCE
quit les Allobroges , n'eft pas dans la Prin
cipauté d'Orange : or cela étant un fait
notoire & inconteftable , je ne comprens
pas comment M. Guib a pû s'imaginer
que les Campagnes de cette Principauté
ayent été le Théatre fur lequel ce General
s'eft fignalé.
2. Tous les Hiftoriens conviennent
que cette Bataille a été donnée auprès de
la Ville de Vindale ; ainfi quand même
Domitius Encbarbus auroit voulu choifir
une Ville pour y conftruire un Monument
de fon Triomphe , il eft hors de
doute que ce Conful Romain auroit préferé
Vindale comme la plus proche de
l'endroit où les Allobroges avoient été
deffaits .
M. Guib a bien fenti cette difficulté
& perfuadé que les Romains n'ont dû
conftruire les Monumens en queftion que
fur le Champ de Bataille , comme je l'ai
déja prouvé dans mes premieres Remarques
, il fuppofe fort habilement que Fabius
Maximus a combattu les Allobroges
& les Auvergnats , joints enſemble , dans le
Territoire d'Orange ; j'avouë que fi cela
étoit veritable , ce feroit du moins une
raiſon affez plaufible en faveur de fon
fentiment ; mais par malheur il fe
trouve démenti par tous les Auteurs qui
difent que ce Combat a été donné un peu
au
AVRIL 1730. 645
au deffus de Valence , & dans l'endroit où
l'Ifere fe joint avec leRhône ; en effetStrabon
, dans fon IVe Livre , affure en termes
exprès & formels que Fabius Maximus
deffit les Gaulois au Confluent de l'Ifere
& du Rhône: Quo autem loco , dit-il , Ifara
Rhodanus Fluvii confluunt Q. Fabius.
Max, Emilianus ducenta millia Gallorum
concidit. Florus , dans fon Hiftoire
Romaine , Livre 3. Chap. 2. eft du même
fentiment , en parlant des Fleuves fur les
bords defquels les Gaulois avoient été
battus il nomme l'Ifere & le Rhone ,
Victoria teftes , dit-il , Ifara & impiger Flu
minum Rhodanus.
:
Eutrope même en difant que Bituitus ,
Roi des Auvergnats fut deffait proche le
Rhône , ne dit rien de contraire aux Auteurs
déja citez ; ainfi , quoique je refpecte
l'autorité de M. Guib , il me permettra
de ne le croire pas fur fa fimple parole
au fujet d'un fait qui s'eft paffé il y a près
de deux mille ans , & de m'en tenir à
ce que difent là- deffus tous les Hiftoriens;
il me femble parconfequent que je fuis
bien mieux en droit de conclure que fi
on fait reflexion fur tout ce que je viens
d'avancer & qu'on regarde la fituation de
la Ville d'Orange qui fe trouve éloignée
des lieux où Domitius Enobarbus &
Fabius Maximus ont combattu , on fera
>
ve
646 MERCURE DE FRANCE
veritablement convaincu que ces deux
Generaux n'ont pas dû conftruire les
Monumens de leurs Triomphes dans le
Territoire de cette Ville.
M. Guib nous dir pour feconde preuve,
qu'ayant confideré que dans toute la Côte
de Dauphiné , qui borde le Rhône , on
ne trouve aucune trace de Tours de pier--
res , il fe confirme encore davantage dans
fon fentiment ; Domit. Enobarbus & Fab..
Maximus , dit-il , battent les Peuples du
Dauphiné, ils font élever des Tours de pier
rès proche le Rhône , où trouver cela que:
dans notre Territoire ?
Voilà un Argument bien démonſtratif,
quoi , parcequ'on ne trouve plus aucune
trace des Tours élevées par Dom. Enobarbus
& par Fab. Maximus dans les lieux
où elles ont dû être conftruites , il faut
neceffairement qu'elles foient dans le Territoire
d'Orange ? & cela par la raifon
qu'on y voit un Arc de Triomphe ; mais
quelle comparaifon y a t'il entre des Tours
informes & groffieres , telles que Florus
les a décrites , & un Arc de Triomphe'
qu'on admire encore aujourd'hui parla
Beauté de fes bas-reliefs & de fon Architecture
? peut-on croire de bonne foi que,.
fi cet Auteur avoit voulu parler de ce mo
nument , iill nnee ll''aauurrooiitt pas fçû décrire tel
qu'il eft ? Eft-ce que de fon tems on ne
fçavoir
AVRIL. 1730. 647
fçavoit pas diftinguer un Arc d'une Tour?
or Florus nous dit en termes formels
que
Dom. Enobarbus & Fab, Maximus ne firent
conftruire que des Tours ; donc ces-
Confuls Romains n'ont pas fait élever
un Arc de Triomphe , & par conféquent
celui d'Orange ne peut pas leur être at
tribué.
Mais , dira- t'on , que font donc devenuës
les Tours ? je réponds que la longueur
des tems en a dû abolir jufqu'à là
moindre trace ; d'autant mieux que ce
font les premieres Tours qui ayent été élevées
en pareilles occafions , & qu'elles
ont été groffierement conftruites , com--
me l'attefte Florus : Saxeas erexere Turres ,
& par conféquent elles n'ont pas dû
avoir la perfection requife pour être à¹
F'épreuve d'une fi longue durée..
Paffons à la troifiéme preuve. M. Guib
nous affure que les Tridents , les Sirenes ,
les Mats , les Cordages , les Ancres &
les Navires que , l'on voit fur l'Arc de
Triomphe d'Orange conviennent parfai--
tement à Dom. Enobarbus & à Fab. Ma--
ximus , & fignifient , fuivant notre Au--
reur fo que c'étoit par le fecours des Dieux
de la Mer que les Ennemis
du Peuple Ro-- main avoient
été vaincus
, & qu'ils s'étoient
noyés dans le Rhône en voulant
le traverſer
.
2º que Bituitus
, ce formidable
Ennemi
,›
fut
648 MERCURE DE FRANCE.
fut conduit par Merjusqu'à Rome. 3 ° que
Les Romains étoient redevables aux Marfeillois
de la conquête de ces Pays .
Je pourrois me diſpenſer de répondre
à des raifons fi foibles ; en effet , peut- on
raisonnablement penfer que les Dieux de
la Mer ayent été d'un grand fecours à
Dom. Enobarbus & à Fab. Maximus , tan
dis que ces deux Generaux ont combattu
fur terre , & que ce n'eft qu'après la bataille
gagnée , & dans la fuite que quelques-
uns des Ennemis s'étoient noyés dans
le Rhône , en voulant le traverſer ; après
cela , de quelle maniere que Bituitus ait
été conduit à Rome , foit par mer , foit
par terre , cette circonftance intereffet'elle
fi fort la gloire des Vainqueurs pour
en faire mention dans un Monument
de Triomphe ? Il eft vrai enfin que la
Ville de Marfeille a été la cauſe , comme
Ciceron le dit , que les Romains ont conquis
les Gaules ; mais je ne vois pas le
rapport qu'il y a entre les Marfeillois &
les Mats , les Cordages , les Ancres &
les Navires que l'on voit fur ce Monument
; M. Guib auroit bien dû nous expliquer
en quoi confifte cette parfaite convenance
qu'il y trouve . En attendant , il
me femble que je fuis toujours en droit
de dire que tous les fymboles de Marine
neconviennent en aucune façon à Dom,
EnoAVRIL.
1730. 649
Enobarbus & à Fab. Maximus , & par
conféquent , c'eft une raifon , felon moi ,
pour foûtenir que l'Arc de Triomphe
ne peut leur être attribué.
M. Guib , après avoir établi fon opinion
fur les trois preuves que je viens de
détruire , nous fait part des decouvertes
qu'il a faites au fujet des perfonnes qui
font repréſentées fur ce Monument ; il
nous fait d'abord remarquer Bituitus avec
fon fils Congentiatus , enfuite Dom. Enobarbus
& Fab. Maximus ; il nous apprend
même le nom qu'il faut donner aux Figures
qui ne fubfiftent plus , comme
celles du Dieu Mars , d'Hercule & du
Roi Teutomalion ; enfuite il nous avertit
que la Figure de femme qu'on prenoit
pour Marche la Sirienne , eft la Deeffe de
l'efperance ; enfin , pour donner encore
plus de poids & plus de créance à tout
ce qu'il vient de dire , il nous affure
qu'il s'eft défait de toute forte de préju
gés , & que c'eft fans prévention , &
après un mur examen qu'il s'eft déterminé.
Il faut avouer que M. Guib après avoir
donné des preuves d'une fi rigide& fiexacte
Critique , ne manquera peut-être pas de
s'attirer la confiance des Lecteurs . Pour
moi , fans vouloir le contredire formellement
fur les découvertes , dont je lui laiſſe
de
650 MERCURE DE FRANCE.
at
de bon coeur toute la gloire , fçachant
d'ailleurs qu'en fait de conjectures chačun
eft en droit de fuppofer ce qu'il
veut , je me contente de dire que l'Arc
de Triomphe d'Orange ne peut être artribué
à Dom . Enobarbus & à Fab. Maximus
, comme je viens de le montrer ,
ni à Caius Marius , comme je l'ai prouvé
dans mes premieres Remarques , & que
je me confirme toujours plus dans la
penfée
de Triomphe d'Orange..
Liques
Orfque je fis mes premieres Remar :
ques fur l'Arc de Triomphe d'Orange
, je regardois l'opinion qui attribuoit
ce Monument à Caius Marius ,,
comme la plus fuivie & en quelque ma--
niere comme la plus plaufible ; c'eft pourquoi
je m'attachai principalement à la
détruire , & jaffectai de paffer legerement
fur celle qui faifoit Cneius Domitius
Ænobarbus & Quintus Fabius Maximus
Amilianus , Auteurs de ce Monument , ..
le peu que je difois , me paroiffant plus
que fuffifant pour la faire tomber d'ellemême.
Cependant je viens d'apprendre
que M. Guib , a embraffé ce dernier fentiment
dans une Differtation qu'il a donnée
au public , & qui fe trouve inferée
dans les Mémoires de Trévoux , du mois
de Decembre 1729. page 2142. A la ve
rité j'ai été furpris qu'une opinion que
j'avois
AVRIL. 1730. -643
ས་
j'avois crûe infoutenable reparût avec tant.
d'éclat fur la Scene , je craignois d'abord
de m'être trompé , mais après avoir examiné
les preuves , j'ai crû devoir m'en
tenir à mon premier fentiment.
Voici furquoi M. Guib s'eft fondé . Il
dit d'abord que Domitius Enobarbus vainquit
les Allobroges auprès de la Ville de
Vindalion , fituée à l'Embouchure de la
Sorgue , dans le Rhône , & parconfequent
il femble , dit-il , pouvoir affurer que les
Campagnes de la Principauté d'Orange ont
été le Théatre fur lequel ce General s'eft
fignalé d'une maniere fi diftinguée ; il ajoute .
que Fabius Maximus dompta ces mêmes.
Peuples,joints avec les Auvergnats , proche
le Rhône , fuivant Eutrope , c'eft-à- dire
felon l'avis de M. Guib , dans le Territoire
d'Orange ; enfuite il nous dit d'après Florus
que ces Generaux Romains éleverent
des Tours de pierre aux mêmes lieux où
ils avoient vaincu leurs ennemis , & conclut
enfin que fi l'on fait reflexion fur ce
qu'il vient de dire & qu'on regarde l'ancienne
fituation de la Ville d'Orange , on verra'
facilement les raisons qui engagerent ces:
Confuls Romains à choisir fon terroir pour
faire bâtir un Arc de Triomphe.
Je réponds , 1 ° . que l'Embouchure de
la Sorgue dans le Rhône & parconfequent
l'endroit où Domitius Enobarbus vain
A vj quis
644 MERCURE DE FRANCE
quit les Allobroges , n'eft pas dans la Prin
cipauté d'Orange : or cela étant un fait
notoire & inconteftable , je ne comprens
pas comment M. Guib a pû s'imaginer
que les Campagnes de cette Principauté
ayent été le Théatre fur lequel ce General
s'eft fignalé.
2. Tous les Hiftoriens conviennent
que cette Bataille a été donnée auprès de
la Ville de Vindale ; ainfi quand même
Domitius Encbarbus auroit voulu choifir
une Ville pour y conftruire un Monument
de fon Triomphe , il eft hors de
doute que ce Conful Romain auroit préferé
Vindale comme la plus proche de
l'endroit où les Allobroges avoient été
deffaits .
M. Guib a bien fenti cette difficulté
& perfuadé que les Romains n'ont dû
conftruire les Monumens en queftion que
fur le Champ de Bataille , comme je l'ai
déja prouvé dans mes premieres Remarques
, il fuppofe fort habilement que Fabius
Maximus a combattu les Allobroges
& les Auvergnats , joints enſemble , dans le
Territoire d'Orange ; j'avouë que fi cela
étoit veritable , ce feroit du moins une
raiſon affez plaufible en faveur de fon
fentiment ; mais par malheur il fe
trouve démenti par tous les Auteurs qui
difent que ce Combat a été donné un peu
au
AVRIL 1730. 645
au deffus de Valence , & dans l'endroit où
l'Ifere fe joint avec leRhône ; en effetStrabon
, dans fon IVe Livre , affure en termes
exprès & formels que Fabius Maximus
deffit les Gaulois au Confluent de l'Ifere
& du Rhône: Quo autem loco , dit-il , Ifara
Rhodanus Fluvii confluunt Q. Fabius.
Max, Emilianus ducenta millia Gallorum
concidit. Florus , dans fon Hiftoire
Romaine , Livre 3. Chap. 2. eft du même
fentiment , en parlant des Fleuves fur les
bords defquels les Gaulois avoient été
battus il nomme l'Ifere & le Rhone ,
Victoria teftes , dit-il , Ifara & impiger Flu
minum Rhodanus.
:
Eutrope même en difant que Bituitus ,
Roi des Auvergnats fut deffait proche le
Rhône , ne dit rien de contraire aux Auteurs
déja citez ; ainfi , quoique je refpecte
l'autorité de M. Guib , il me permettra
de ne le croire pas fur fa fimple parole
au fujet d'un fait qui s'eft paffé il y a près
de deux mille ans , & de m'en tenir à
ce que difent là- deffus tous les Hiftoriens;
il me femble parconfequent que je fuis
bien mieux en droit de conclure que fi
on fait reflexion fur tout ce que je viens
d'avancer & qu'on regarde la fituation de
la Ville d'Orange qui fe trouve éloignée
des lieux où Domitius Enobarbus &
Fabius Maximus ont combattu , on fera
>
ve
646 MERCURE DE FRANCE
veritablement convaincu que ces deux
Generaux n'ont pas dû conftruire les
Monumens de leurs Triomphes dans le
Territoire de cette Ville.
M. Guib nous dir pour feconde preuve,
qu'ayant confideré que dans toute la Côte
de Dauphiné , qui borde le Rhône , on
ne trouve aucune trace de Tours de pier--
res , il fe confirme encore davantage dans
fon fentiment ; Domit. Enobarbus & Fab..
Maximus , dit-il , battent les Peuples du
Dauphiné, ils font élever des Tours de pier
rès proche le Rhône , où trouver cela que:
dans notre Territoire ?
Voilà un Argument bien démonſtratif,
quoi , parcequ'on ne trouve plus aucune
trace des Tours élevées par Dom. Enobarbus
& par Fab. Maximus dans les lieux
où elles ont dû être conftruites , il faut
neceffairement qu'elles foient dans le Territoire
d'Orange ? & cela par la raifon
qu'on y voit un Arc de Triomphe ; mais
quelle comparaifon y a t'il entre des Tours
informes & groffieres , telles que Florus
les a décrites , & un Arc de Triomphe'
qu'on admire encore aujourd'hui parla
Beauté de fes bas-reliefs & de fon Architecture
? peut-on croire de bonne foi que,.
fi cet Auteur avoit voulu parler de ce mo
nument , iill nnee ll''aauurrooiitt pas fçû décrire tel
qu'il eft ? Eft-ce que de fon tems on ne
fçavoir
AVRIL. 1730. 647
fçavoit pas diftinguer un Arc d'une Tour?
or Florus nous dit en termes formels
que
Dom. Enobarbus & Fab, Maximus ne firent
conftruire que des Tours ; donc ces-
Confuls Romains n'ont pas fait élever
un Arc de Triomphe , & par conféquent
celui d'Orange ne peut pas leur être at
tribué.
Mais , dira- t'on , que font donc devenuës
les Tours ? je réponds que la longueur
des tems en a dû abolir jufqu'à là
moindre trace ; d'autant mieux que ce
font les premieres Tours qui ayent été élevées
en pareilles occafions , & qu'elles
ont été groffierement conftruites , com--
me l'attefte Florus : Saxeas erexere Turres ,
& par conféquent elles n'ont pas dû
avoir la perfection requife pour être à¹
F'épreuve d'une fi longue durée..
Paffons à la troifiéme preuve. M. Guib
nous affure que les Tridents , les Sirenes ,
les Mats , les Cordages , les Ancres &
les Navires que , l'on voit fur l'Arc de
Triomphe d'Orange conviennent parfai--
tement à Dom. Enobarbus & à Fab. Ma--
ximus , & fignifient , fuivant notre Au--
reur fo que c'étoit par le fecours des Dieux
de la Mer que les Ennemis
du Peuple Ro-- main avoient
été vaincus
, & qu'ils s'étoient
noyés dans le Rhône en voulant
le traverſer
.
2º que Bituitus
, ce formidable
Ennemi
,›
fut
648 MERCURE DE FRANCE.
fut conduit par Merjusqu'à Rome. 3 ° que
Les Romains étoient redevables aux Marfeillois
de la conquête de ces Pays .
Je pourrois me diſpenſer de répondre
à des raifons fi foibles ; en effet , peut- on
raisonnablement penfer que les Dieux de
la Mer ayent été d'un grand fecours à
Dom. Enobarbus & à Fab. Maximus , tan
dis que ces deux Generaux ont combattu
fur terre , & que ce n'eft qu'après la bataille
gagnée , & dans la fuite que quelques-
uns des Ennemis s'étoient noyés dans
le Rhône , en voulant le traverſer ; après
cela , de quelle maniere que Bituitus ait
été conduit à Rome , foit par mer , foit
par terre , cette circonftance intereffet'elle
fi fort la gloire des Vainqueurs pour
en faire mention dans un Monument
de Triomphe ? Il eft vrai enfin que la
Ville de Marfeille a été la cauſe , comme
Ciceron le dit , que les Romains ont conquis
les Gaules ; mais je ne vois pas le
rapport qu'il y a entre les Marfeillois &
les Mats , les Cordages , les Ancres &
les Navires que l'on voit fur ce Monument
; M. Guib auroit bien dû nous expliquer
en quoi confifte cette parfaite convenance
qu'il y trouve . En attendant , il
me femble que je fuis toujours en droit
de dire que tous les fymboles de Marine
neconviennent en aucune façon à Dom,
EnoAVRIL.
1730. 649
Enobarbus & à Fab. Maximus , & par
conféquent , c'eft une raifon , felon moi ,
pour foûtenir que l'Arc de Triomphe
ne peut leur être attribué.
M. Guib , après avoir établi fon opinion
fur les trois preuves que je viens de
détruire , nous fait part des decouvertes
qu'il a faites au fujet des perfonnes qui
font repréſentées fur ce Monument ; il
nous fait d'abord remarquer Bituitus avec
fon fils Congentiatus , enfuite Dom. Enobarbus
& Fab. Maximus ; il nous apprend
même le nom qu'il faut donner aux Figures
qui ne fubfiftent plus , comme
celles du Dieu Mars , d'Hercule & du
Roi Teutomalion ; enfuite il nous avertit
que la Figure de femme qu'on prenoit
pour Marche la Sirienne , eft la Deeffe de
l'efperance ; enfin , pour donner encore
plus de poids & plus de créance à tout
ce qu'il vient de dire , il nous affure
qu'il s'eft défait de toute forte de préju
gés , & que c'eft fans prévention , &
après un mur examen qu'il s'eft déterminé.
Il faut avouer que M. Guib après avoir
donné des preuves d'une fi rigide& fiexacte
Critique , ne manquera peut-être pas de
s'attirer la confiance des Lecteurs . Pour
moi , fans vouloir le contredire formellement
fur les découvertes , dont je lui laiſſe
de
650 MERCURE DE FRANCE.
at
de bon coeur toute la gloire , fçachant
d'ailleurs qu'en fait de conjectures chačun
eft en droit de fuppofer ce qu'il
veut , je me contente de dire que l'Arc
de Triomphe d'Orange ne peut être artribué
à Dom . Enobarbus & à Fab. Maximus
, comme je viens de le montrer ,
ni à Caius Marius , comme je l'ai prouvé
dans mes premieres Remarques , & que
je me confirme toujours plus dans la
penfée
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Résumé : SUITE des Remarques sur l'Arc de Triomphe d'Orange.
Le texte traite de l'attribution de l'Arc de Triomphe d'Orange. Initialement, l'auteur rejetait l'idée que ce monument soit attribué à Caius Marius et penchait plutôt pour Cneius Domitius Ænobarbus et Quintus Fabius Maximus Amilianus. Cependant, il découvre que M. Guib a adopté cette dernière opinion dans une dissertation publiée en décembre 1729. L'auteur examine les arguments de M. Guib, qui se fondent sur les victoires de Domitius Ænobarbus contre les Allobroges et de Fabius Maximus contre les Auvergnats près du Rhône, ainsi que sur l'érection de tours de pierre par ces généraux. L'auteur réfute ces arguments en soulignant que les batailles mentionnées n'ont pas eu lieu dans la Principauté d'Orange, mais respectivement près de Vindale et au confluent de l'Isère et du Rhône. Il conteste également l'idée que les symboles marins sur l'Arc de Triomphe seraient liés à ces généraux, qui ont combattu sur terre. De plus, il note que les inscriptions sur l'arc mentionnent des victoires navales, ce qui renforce l'hypothèse d'une attribution à un général ayant des succès maritimes. L'auteur mentionne également des inscriptions trouvées à Nîmes et à Arles, qui pourraient indiquer des victoires navales. Il souligne que les victoires de Domitius Ænobarbus et de Fabius Maximus n'ont pas de rapport avec ces inscriptions. Enfin, il conclut que l'Arc de Triomphe d'Orange ne peut être attribué ni à Caius Marius ni à Domitius Ænobarbus et Fabius Maximus, confirmant ainsi son opinion initiale. L'auteur suggère que l'arc pourrait être lié à des victoires navales, mais il ne propose pas de nouveau candidat pour l'attribution du monument.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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271
p. 709-715
CONJECTURE sur l'un des noms qui ont été donnés chez les anciens Romains aux pleureuses des Funerailles. Extrait d'une Lettre de Province du 28. Fevrier 1730.
Début :
Les Auteurs des Journaux de Trévoux m'ont paru faire une reflexion trés-judicieuse [...]
Mots clefs :
Femmes, Anciens romains, Pleureuses, Funérailles, Romains
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texteReconnaissance textuelle : CONJECTURE sur l'un des noms qui ont été donnés chez les anciens Romains aux pleureuses des Funerailles. Extrait d'une Lettre de Province du 28. Fevrier 1730.
CONJECTURE fur l'un des noms
qui ont été donnés chez les anciens Romains
aux pleureufes des Funerailles.
Extrait d'une Lettre de Province du 28.
Fevrier 1730.
Es Auteurs des Journaux de Trévoux .
Lm'ont parti faire une reflexion trésjudicieufe
fur les trois differentes explications
qu'on a données du nom latin
Reputatrices , attribué aux Pleureufes des
anciens Enterremens ; ils déclarent ingenument
dans la page 144. de leurs Mémoires
de l'année 1730. qu'aucune des
Explications rapportées par M. Baruffaldi
de Ferrare , foit celle de Sopranus , foit
celle de Menochius , leur Confrere , foit,
enfin celle qu'il donne lui - même , n'eſt
la veritable, & je le penfe de même qu'eux.
Mais comme ils ne produifent point celle
qu'ils croyent devoir l'emporter , leur filence
m'a donné occafion de réflechir fur
la nature de ce terme & fur les differentes
lectures qui peuvent fe trouver dans
les Manufcrits des Auteurs qui s'en font
fervi , & ce font ces Reflexions dont je
vous fais part aujourd'hui , me flattant
que plus d'une perfonne pourra les trou-
D iij
ver
710 MERCURE DE FRANCE
ver legitimement appuyées.
Il n'y a qui que ce foit qui ne convien
ne que ces Pleureufes étoient des femmes
gagées , lefquelles dans la cerémonie
des Funerailles difoient du défunt ce
qu'elles en fçavoient & ce qu'elles n'en
fçavoient pas (toujours en bien ) afin d'exciter
l'Affemblée à commiferation . Mais
la difficulté eft de trouver dans les anciens
Auteurs un fondement fuffifant pour appuyer
cette dénomination , puifque rien
ne fe faifoit parmi les Romains fans une
bonne raifon. Sopranus prétend que ce
nom de Reputatrix convenoit à ces femmes
, à caufe que leurs Difcours remettoient
à l'efprit des affiftans tous les beaux
faits de la perfonne décedée , & Menochius
tire la nature de ce mot de fon éti-
י
mologie , qui approcha de la maniere
de parler ufitée parmi nous autres François,
comme fi on vouloit dire des femmes
gagées pour donner aux Funerailles un air
de Nobleffe , & qui reffente les gens de
qualité,ou qui veulent foutenir leur réputation
. Ces deux explications me paroif
fent trop tirées , & la feconde encore plus
que la premiere ; de forte que je n'ai pas
de peine à avouer qu'il faut chercher ailleurs
le veritable fens de ce mot , ou faire
connoître qu'il eft un de ceux qui fonť
corrompus de longue main dans ce qui
6
aft
AV TIL. 1730. 711
eft parvenu jufqu'à nous d'Auteurs profanes.
Je n'incline pas davantage du côté
de l'idée qui eft venue à M. Baruffaldi ,
que ce nom de Reputatrix a été donné à
ces Pleureufes , à caufe qu'en faifant le détail
des actions du défunt , il femble
qu'elles les couchoient toutes en ligne de
compte ; enforte qu'on diroit qu'elles en
auroient eu pardevers elles un état duëment
fupputé & calculé. Ce qui eft renfermé
dans les Propofitions que ces trois
Auteurs avancent pour foutenir leur étimologie
eft veritable ; & cependant il ne
s'enfuit point delà que le nom de Reputatrixait
étéformé par le rapport qu'ils trouvent
entre ce mot & la maniere d'exprimer
ce que l'on avoue avoir été pratiqué
par ces femmes. Je dis donc en premier
lieu, que quand même veritablement tous
les Manufcrits des anciens Auteurs auroient
le terme de Reputatrix , le fens que
je croirois convenir davantage à ce nom,
eft que ces femmes étoient pour tenir lieu
par leur contenance , leurs geftes & leurs
pleurs , de tout ce que les parens ou les
plus proches du défunt auroient dû faire ,
comme étant les veritables perfonnages du
dueil , ad quos luctus pertinet , dit Efope
dans la Fable du Riche ; & fans chercher
une étimologie forcée , je ne vois d'autre
miftere dans ce nom de Reputatrix , finon
D iiij que
712 MERCURE DE FRANCE
que par là on a voulu dire que ces femmes
étoient réputées agir au nom de ceux
qui auroient dû paroître fur la Scene.
C'étoient des Actrices gagées pour fuppléer
à ce que certaines circonftances empêchoient
qu'on ne laiffât faire aux parens
du défunt , acteurs naturels de la
cerémonie ; de même qu'on dit qu'un tel
eft pere putatif d'un autre , parce qu'il
eft reputé pour tel dans le monde & aux
yeux des hommes . J'ajoûterai cependant
à tout cela que je ne produis avec confiance
cette explication , toute naturelle
qu'elle cft , qu'autant que l'on me garantira
pour chofe fûre & certaine , que les
Auteurs qui ont les premiers écrit fur les
Pleureufes , ou Comédiennes Funeraires
ont employé le mot Reputatrix , & que.
ce ne font pas leurs Copiftes qui , en abregeant
un mot trop long , auroient écrit
Reputatrix au lieu de Repritatrix ; c'eft ce
qui feroit une grande difference pour la
netteté de l'expreffion , fi on y lifoit l'un
au lieu de l'autre . Et peut- être cela a-t'il
été ainfi ab initio ; au moins il y a tout
lieu de conjecturer que quelques anciens
Copiſtes trouvant le mot de Repræfentatrix
d'une trop grande étendue , ils en ont
fupprimé quelques lettres felon les regles
que nous tenons encore d'eux pour les
abbreviations des mots præfens , prafentia
&
AVRIL. 1730. 713.
& de leurs dérivés ,& que de même qu'on
écrit præfens en trois lettres de cette forte
pis , & prafentia en cinq pfitia , quelque
Copiſte des premiers tems aura écrit Repntatrix
; enfuite comme les lettres n & u
fe reffemblent très fort , d'autres Ecrivains
pofterieurs s'y feront mépris , & auront
crû devoir lire Reputatrix où il y avoit
Repritatrix. L'exemple de Caienaire pris
pour Caienaire , ainfi qu'il a été remarqué
dans le penultiéme Volume des Mémoires
de l'Académie des Belles- Lettres , eft
tout-à-fait favorable à ma conjecture ; &
même fans fortir de la matiere en queſtion,
certains Copiſtes de nos anciens Grammairiens
Latins ont quelquefois appellé
du nom de Venia pour Nania , par erreur
´d'une lettre , les Chanfons Funeraires des
Pleureuſes .Voyez Kirchman , page 154. Il
eft certain fi l'un des noms de ces an
que
ciennes Lamentatrices étoit celui de Reprafentatrix
, il n'y a plus à fe donner la
torture pour en chercher la raifon . Elle
eft fi naturelle qu'il eft inutile de s'étèndre
à en faire fentir la fignification . C'étoient
de vrayes Comédiennes qui repréfentoient
en badinant la douleur réelle des
affligés , & qui fe répandoient en differens
narrés qu'elles entreméloient de larmes
feintes & de fanglots fimulés fur l'excellence
du défunt , groffiffant par là la
D , v perte
714 MERCURE DE FRANCE
perte que le Public faifoit à fa mort
qu'elles difent faux ou vrai , elles n'en
étoient pas moins de veritables Actricespubliques.
Je laiffe le Public fçavant entierement
juge de mon explication ; quelqu'un
'un lui fera peut- être un jour grande
fête de la découverte de quelque Manuf
crit où il y aura clairement Repræfentatrix
ou Repitatrix , & non pas Reputatrix.
Quant au nom de Pfaltrie qu'on donne
auffi à ces femmes , felon M. Baruffal
di , je le trouve très - compatible avec la
qualité de Repréfentatrices qui étoit fi
naturelle à leur fonction ; & fi nous avions;
tous les Ouvrages qu'ont écrit les Auteurs
profanes , peut- être y rencontrerionsnous
auffi ce nom employé quelquefois
pour defigner des Pleureufes d'entre les
Payens. Il ne faut pas déterminer le fens
du Verbe Pfallere à ne fignifier uniquement
que les louanges du vrai Dieu ; Spartien
nous apprend de l'Empereur Hadrien
qu'il étoit Pfalmifte & bon Chantre ::
Pfallendi & cantandi fcientiam præ fe ferebator
jamais on ne s'eſt aviſé " de croire
que ce Prince Payen air employé dans fes :
chants les louanges du Dieu des Chré--
tiens. Ainfi les femmes qui ont conduit
le dueil chez les Payens ont pû fort bien
être appellées Pfaltria , & il n'eft pas nes
ceffaire de prendre celles à qui on a don
nế
AVRIL 1730. 715
ně ce nom pour des Chrétiennes qui fuffent
uniquement deftinées à chanter les
Pleaumes de David , ou autres Cantiques
de la compofition des premiens Chrétiens.
qui ont été donnés chez les anciens Romains
aux pleureufes des Funerailles.
Extrait d'une Lettre de Province du 28.
Fevrier 1730.
Es Auteurs des Journaux de Trévoux .
Lm'ont parti faire une reflexion trésjudicieufe
fur les trois differentes explications
qu'on a données du nom latin
Reputatrices , attribué aux Pleureufes des
anciens Enterremens ; ils déclarent ingenument
dans la page 144. de leurs Mémoires
de l'année 1730. qu'aucune des
Explications rapportées par M. Baruffaldi
de Ferrare , foit celle de Sopranus , foit
celle de Menochius , leur Confrere , foit,
enfin celle qu'il donne lui - même , n'eſt
la veritable, & je le penfe de même qu'eux.
Mais comme ils ne produifent point celle
qu'ils croyent devoir l'emporter , leur filence
m'a donné occafion de réflechir fur
la nature de ce terme & fur les differentes
lectures qui peuvent fe trouver dans
les Manufcrits des Auteurs qui s'en font
fervi , & ce font ces Reflexions dont je
vous fais part aujourd'hui , me flattant
que plus d'une perfonne pourra les trou-
D iij
ver
710 MERCURE DE FRANCE
ver legitimement appuyées.
Il n'y a qui que ce foit qui ne convien
ne que ces Pleureufes étoient des femmes
gagées , lefquelles dans la cerémonie
des Funerailles difoient du défunt ce
qu'elles en fçavoient & ce qu'elles n'en
fçavoient pas (toujours en bien ) afin d'exciter
l'Affemblée à commiferation . Mais
la difficulté eft de trouver dans les anciens
Auteurs un fondement fuffifant pour appuyer
cette dénomination , puifque rien
ne fe faifoit parmi les Romains fans une
bonne raifon. Sopranus prétend que ce
nom de Reputatrix convenoit à ces femmes
, à caufe que leurs Difcours remettoient
à l'efprit des affiftans tous les beaux
faits de la perfonne décedée , & Menochius
tire la nature de ce mot de fon éti-
י
mologie , qui approcha de la maniere
de parler ufitée parmi nous autres François,
comme fi on vouloit dire des femmes
gagées pour donner aux Funerailles un air
de Nobleffe , & qui reffente les gens de
qualité,ou qui veulent foutenir leur réputation
. Ces deux explications me paroif
fent trop tirées , & la feconde encore plus
que la premiere ; de forte que je n'ai pas
de peine à avouer qu'il faut chercher ailleurs
le veritable fens de ce mot , ou faire
connoître qu'il eft un de ceux qui fonť
corrompus de longue main dans ce qui
6
aft
AV TIL. 1730. 711
eft parvenu jufqu'à nous d'Auteurs profanes.
Je n'incline pas davantage du côté
de l'idée qui eft venue à M. Baruffaldi ,
que ce nom de Reputatrix a été donné à
ces Pleureufes , à caufe qu'en faifant le détail
des actions du défunt , il femble
qu'elles les couchoient toutes en ligne de
compte ; enforte qu'on diroit qu'elles en
auroient eu pardevers elles un état duëment
fupputé & calculé. Ce qui eft renfermé
dans les Propofitions que ces trois
Auteurs avancent pour foutenir leur étimologie
eft veritable ; & cependant il ne
s'enfuit point delà que le nom de Reputatrixait
étéformé par le rapport qu'ils trouvent
entre ce mot & la maniere d'exprimer
ce que l'on avoue avoir été pratiqué
par ces femmes. Je dis donc en premier
lieu, que quand même veritablement tous
les Manufcrits des anciens Auteurs auroient
le terme de Reputatrix , le fens que
je croirois convenir davantage à ce nom,
eft que ces femmes étoient pour tenir lieu
par leur contenance , leurs geftes & leurs
pleurs , de tout ce que les parens ou les
plus proches du défunt auroient dû faire ,
comme étant les veritables perfonnages du
dueil , ad quos luctus pertinet , dit Efope
dans la Fable du Riche ; & fans chercher
une étimologie forcée , je ne vois d'autre
miftere dans ce nom de Reputatrix , finon
D iiij que
712 MERCURE DE FRANCE
que par là on a voulu dire que ces femmes
étoient réputées agir au nom de ceux
qui auroient dû paroître fur la Scene.
C'étoient des Actrices gagées pour fuppléer
à ce que certaines circonftances empêchoient
qu'on ne laiffât faire aux parens
du défunt , acteurs naturels de la
cerémonie ; de même qu'on dit qu'un tel
eft pere putatif d'un autre , parce qu'il
eft reputé pour tel dans le monde & aux
yeux des hommes . J'ajoûterai cependant
à tout cela que je ne produis avec confiance
cette explication , toute naturelle
qu'elle cft , qu'autant que l'on me garantira
pour chofe fûre & certaine , que les
Auteurs qui ont les premiers écrit fur les
Pleureufes , ou Comédiennes Funeraires
ont employé le mot Reputatrix , & que.
ce ne font pas leurs Copiftes qui , en abregeant
un mot trop long , auroient écrit
Reputatrix au lieu de Repritatrix ; c'eft ce
qui feroit une grande difference pour la
netteté de l'expreffion , fi on y lifoit l'un
au lieu de l'autre . Et peut- être cela a-t'il
été ainfi ab initio ; au moins il y a tout
lieu de conjecturer que quelques anciens
Copiſtes trouvant le mot de Repræfentatrix
d'une trop grande étendue , ils en ont
fupprimé quelques lettres felon les regles
que nous tenons encore d'eux pour les
abbreviations des mots præfens , prafentia
&
AVRIL. 1730. 713.
& de leurs dérivés ,& que de même qu'on
écrit præfens en trois lettres de cette forte
pis , & prafentia en cinq pfitia , quelque
Copiſte des premiers tems aura écrit Repntatrix
; enfuite comme les lettres n & u
fe reffemblent très fort , d'autres Ecrivains
pofterieurs s'y feront mépris , & auront
crû devoir lire Reputatrix où il y avoit
Repritatrix. L'exemple de Caienaire pris
pour Caienaire , ainfi qu'il a été remarqué
dans le penultiéme Volume des Mémoires
de l'Académie des Belles- Lettres , eft
tout-à-fait favorable à ma conjecture ; &
même fans fortir de la matiere en queſtion,
certains Copiſtes de nos anciens Grammairiens
Latins ont quelquefois appellé
du nom de Venia pour Nania , par erreur
´d'une lettre , les Chanfons Funeraires des
Pleureuſes .Voyez Kirchman , page 154. Il
eft certain fi l'un des noms de ces an
que
ciennes Lamentatrices étoit celui de Reprafentatrix
, il n'y a plus à fe donner la
torture pour en chercher la raifon . Elle
eft fi naturelle qu'il eft inutile de s'étèndre
à en faire fentir la fignification . C'étoient
de vrayes Comédiennes qui repréfentoient
en badinant la douleur réelle des
affligés , & qui fe répandoient en differens
narrés qu'elles entreméloient de larmes
feintes & de fanglots fimulés fur l'excellence
du défunt , groffiffant par là la
D , v perte
714 MERCURE DE FRANCE
perte que le Public faifoit à fa mort
qu'elles difent faux ou vrai , elles n'en
étoient pas moins de veritables Actricespubliques.
Je laiffe le Public fçavant entierement
juge de mon explication ; quelqu'un
'un lui fera peut- être un jour grande
fête de la découverte de quelque Manuf
crit où il y aura clairement Repræfentatrix
ou Repitatrix , & non pas Reputatrix.
Quant au nom de Pfaltrie qu'on donne
auffi à ces femmes , felon M. Baruffal
di , je le trouve très - compatible avec la
qualité de Repréfentatrices qui étoit fi
naturelle à leur fonction ; & fi nous avions;
tous les Ouvrages qu'ont écrit les Auteurs
profanes , peut- être y rencontrerionsnous
auffi ce nom employé quelquefois
pour defigner des Pleureufes d'entre les
Payens. Il ne faut pas déterminer le fens
du Verbe Pfallere à ne fignifier uniquement
que les louanges du vrai Dieu ; Spartien
nous apprend de l'Empereur Hadrien
qu'il étoit Pfalmifte & bon Chantre ::
Pfallendi & cantandi fcientiam præ fe ferebator
jamais on ne s'eſt aviſé " de croire
que ce Prince Payen air employé dans fes :
chants les louanges du Dieu des Chré--
tiens. Ainfi les femmes qui ont conduit
le dueil chez les Payens ont pû fort bien
être appellées Pfaltria , & il n'eft pas nes
ceffaire de prendre celles à qui on a don
nế
AVRIL 1730. 715
ně ce nom pour des Chrétiennes qui fuffent
uniquement deftinées à chanter les
Pleaumes de David , ou autres Cantiques
de la compofition des premiens Chrétiens.
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Résumé : CONJECTURE sur l'un des noms qui ont été donnés chez les anciens Romains aux pleureuses des Funerailles. Extrait d'une Lettre de Province du 28. Fevrier 1730.
Le texte traite de l'origine du terme 'Reputatrices', utilisé pour désigner les pleureuses lors des funérailles romaines. Une lettre de 1730 présente trois explications différentes proposées par Sopranus, Menochius et Baruffaldi, mais les auteurs des Journaux de Trévoux les jugent toutes incorrectes. Ils soulignent que les pleureuses étaient des femmes engagées pour susciter la compassion en parlant du défunt, mais ils ne trouvent pas de fondement suffisant dans les anciens auteurs pour expliquer ce terme. Sopranus suggère que 'Reputatrix' vient du fait que les discours des pleureuses rappelaient les beaux faits du défunt. Menochius propose une étymologie liée à la noblesse et à la réputation. Baruffaldi pense que le nom vient du fait que les pleureuses détaillaient les actions du défunt comme un état comptable. Cependant, ces explications sont jugées trop tirées par l'auteur de la lettre. L'auteur de la lettre propose que 'Reputatrix' pourrait venir de 'Repræfentatrix', signifiant que ces femmes représentaient les proches du défunt dans le deuil. Il conjecture que des copistes ont abrégé ou modifié le mot au fil du temps, ce qui expliquerait la forme actuelle. Il mentionne également le nom 'Pfaltrie' pour ces femmes, compatible avec leur rôle de représentantes, et note que ce terme ne doit pas être limité aux louanges du Dieu chrétien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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272
p. 734-742
CONTINUATION de l'Article de Guillaume Budé.
Début :
L'Auteur des Memoires ajoûte ce qui suit : Ces paroles (c'est-à-dire, ce [...]
Mots clefs :
Guillaume Budé, Ouvrages de Guillaume Budé, Auteur, Recueil, Ouvrages
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texteReconnaissance textuelle : CONTINUATION de l'Article de Guillaume Budé.
CONTINUATION de l'Article
de Guillaume Budé.
'Auteur des Memoires ajoûte ce qui
Lfuit : Ces paroles ( c'eft- à-dire , ce
que Budé avoit ordonné fur fon Enterrement
, ) ont fait naître dans l'efprit de
quelques-uns des foupçons contre la créan-
* ce , qui ont été fort augmentés par la Profeffion
ouverte que fa veuve alla faire du
Proteftantifme à Genève , avec une partie
de fes enfans. Mais d'autres , comme le
Pere Garaffe , ont pris fa défenſe fur cet
article ,
AVRIL. 1730. 735
rticle , outre qu'il paroît par fes Ecrits
qu'il étoit fort oppofé aux prétendus Ré-,
formateurs.
Son mariage ne fut pas fterile , puifqu'il
laiffa en mourant onze enfans , fept gar-
Cons & quatre filles . Sa veuve fe retira à
Genéve , comme je viens de le dire , avec
fes filles , & y embraffa la Religion Proteftante.
Un de fes fils ( Louis Budé ) s'y
retira auffi , & y fut Profeffeur en Langue
Hébraïque. Il publia une Traduction
Latine des Pleaumes avec des Notes , & il
auroit encore publié d'autres Ouvrages ,
s'il n'étoit mort fort jeune vers l'an 1550 .
( a )
Mathieu Budé , autre fils de Guillaume
,eft loué par Henri Etienne comme
un homme qui entendoit à fond la Langue
Hebraique.
Jean Budé , fon frere , fut un des trois
Députés que les Calviniftes envoyerent
en 1558. en Allemagne pour les affaires
de leur Eglife.
On dit deux chofes particulieres de
Guillaume Budé ; la premiere eft qu'il ne
voulut jamais fe laiffer peindre ce qui
a donné fujet à ces Vers d'Etienne Pafquier.
( a ) Colomies Gallia Orient, p. 15% -
E iiij Nec
1
736 MERCURE DE FRANCE
Nec voluit vivus fingi , pingive Budæus ,
Nec vatum moriens quæfiit elogia ;
Hunc qui tanta fuæ mentis monumenta reliquit
Externa puduit vivere velle manu .
La feconde eft qu'ayant voulu haranguer
Charles-Quint à ſon entrée à Paris ,
au mois de Janvier 1540. il demeura court ,
& ne pût achever fon difcours. L'Auteur
de fa vie ne dit rien de femblable.
Catalogue des Ouvrages de Guillaume Budé.
1. De ftudio bonarum Litterarum rectè &
commodè inftituendo Liber ad Franciſcum I.
Regem Galliarum.
نم
2. De Philologia libri duo ad Henricum
Aurelianenfem & Carolum Angolifmenfem ,
Francifci Regis filios. Ces deux Ouvrages
imprimés à Bâle en 1533. fe trouvent dans
le fecond Volume du Recueil de Crenius,
intitulé : Variorum Autorum Concilia ,
Studiorum Methodi . Rotterodami 1694. in-
4. Ils font peu lus ,
dit Louis
parceque ,
le Roi , peu de gens font capables de goûter
l'érudition de Budé , & que tout le
monde n'étant pas accoûtumé à fes manieres
de parler , on a de la peine à entrer
dans fa penfée , à moins que d'être
déja fçavant quand on fe met à cette lecture
, c'est- à-dire , pour parler en ftile
moins panégyrifte , parce qu'il y eft trop
obfcur.
3.
AVRIL. 1730. 737
3. De contemptu rerum fortuitarum Libri
tres ad Draconem Budaum fratrem. Parif.
1520. & 1526.in- 4. Item Argentorati 15-29.
Item Lugd. Bat. 1624. in- 16.
4. De Tranfitu Hellenifmi ad Chriftianifmum
Libri tres ad Francifcum Regem.
Parif. 1535. & 1556. in-fol.
Budé apprend dans cet Ouvrage à
paffer des Sciences profanes à la véritable
Philofophie , qui ne fe trouve que
dans la Doctrine celefte de Jeſus- Chriſt.
L
5. Epiftolarum Latinarum Libri V.
& Grecarum Liber unus. Parif. 1520. infol
. Item Bafilee 1521. in-4 . Les Lettres
Greques ont été imprimées féparément
à Paris 1550. in- 4. Item traduites en Latin
par Antoine Pichon . Paris 1574. in - 4 .
6. Ariftotelis & Philonis Judai Liber de
Mundo. Bafilea 1533 .
7. Plutarchi Liber de tranquillitate animi,
ad Fulium II. Pontificem Maximum.
8. Ejufdem de Fortuna Romanorum Liber
unus , & de Fortuna & Virtute Alexandri
Magni Libri duo.
9. Ejufdem de Placitis Decretifque Phi
lofophorum naturalibus Libri V.
10. Bafilii Magni Epiftola ad Gregorium
Nazianzenum de Vita in folitudine agenda.
Ces Traductions furent le premier
coup d'effai & le commencement des travaux
Litteraires de Budé ; elles furent fi
E v efti738
MERCURE DE FRANCE
eftimées , dit l'Auteur de fa vie , qu'on
auroit eu peine à l'en croire Auteur , s'il
p'eut donné dans la fuite d'autres preuves
plus confiderables de fon génie & de
fa capacité. Mais Nannius & Borremans
prétendent qu'il ne s'y eft appliqué qu'à
exprimer le fens de fon Auteur fans fe
mettre fort en peine de le fuivre mot pour
mot ; & M. Huet dit que pour avoir af
fecté le grand ſtile, & y avoir voulu faire
paroître une partie de fon érudition , il a
paffé pour un Paraphrafte , plutôt que
pour un veritable Traducteur ..
Tous les Ouvrages dont je viens de :
parler font contenus dans le premier Vo--
lume du Recueil des Oeuvres de Budé
publié à Bâle l'an 1557. en 4. volumes in--
fol. avec une ample Préface de Coelius .
fecundus Curion .
11. De Affe & partibus ejus Libri V..
Parif. 1516. 1524 , 1541. 1542. 1544.
in-fol. Item ab Autore noviffimè recogniti
& locupletati. Parifiis 1548. in- fol . Item
Venetiis 1522. in 4. Item Colonia 1528.-
in 8. avec l'Abregé de cet Ouvrage . Item
Lugduni 1542. & 1550. in 8. Budé prit
lui- même le foin de faire un Abregé de
fon Livre en François , & cet Abregé a
été imprimé plufieurs fois ; il eft cepen--
dant rare. Une Edition porte ce titre ::
Sommaire ou Epitome du Livre de . Affe
Par
AVRIL.: 1730. 739 .
も
perpar
Guillaume Budé, Paris 1522. in 8. Une
autre eft intitulée : Extrait on Abregé du
Livre de Affe , de feu M. Budé , auquel
les Monnoyes , Poids & Mefures anciennes
font réduites à celles de maintenant. Revû de
nouveau , corrigé & additionné. Paris 1550 .
in 12. Le Livre de Affe que l'Auteur de
fa Vie appelle Divinum Opus , fit beaucoup
d'honneur à Budé ; mais il fe trouva
un Italien qui lui contefta la gloire
d'avoir défriché le premier les matieres
épineufes des Monnoyes & des Mefures
des Anciens. Ce fut Leonard Portius qui
prétendit avoir cette gloire . Budé l'ayant
appris , en fut extrêmement irrité , & .
déclara hautement qu'il ne tenoit de
fonne ce qu'il avoit publié fur cette matiere
, & que Portius l'avoit pillé . Jean-
Lafcaris , qui étoit leur ami commun
empêcha que cette querelle n'allat plusloin
, & obtint de Budé , à force de prieres
, qu'il n'inferât point dans la feconde.
Edition de fon Livre le Difcours piquant
qu'il avoit compofé contre Portius . Budé
reconnut lui -même , quand fa premiere
colere fut paffée , qu'il avoit eu trop
d'emportement , c'est ce qui fit qu'il ne
voulut plus prendre d'interêt aux attaques
qui lui furent faites dans la fuite , &
qu'il fouffrit tranquillement que George.
Agricola s'attribuât telle part qu'il vou-
E vj droit
740 MERCURE DE FRANCE
droit de la gloire de fes découvertes .
Le Livre de Affe fait le fecond Volume
du Recueil des Oeuvres de Budé.
12. Annotationes in Pandectas priores &
pofteriores. Colonia 1526. in 8. Item Parif.
1532. 1536. 1556. in fol . It. Bafilea 15340
in 8. It. Lugduni 1551. & 1567. in 8 .
Les premieres Obfervations de Budé fur
les Pandectes parurent feules pour la premiere
fois en 1508. Antoine Auguftin ,
qui loue beaucoup cet Ouvrage par rapport
à l'érudition , n'en fait pas le même
cas par rapport à ce qui concerne le Droit.
13. Forenfia quibus vulgares & verè La
tina Furifconfultorum loquendi formula traduntur
, cum verborum forenfium indice. Parif.
1548. in fol. It. fans l'Index. Bafilea
in 8. Cet Ouvrage eft affez imparfait
& n'étoit pas encore en état de voir le
jour lorsque l'Auteur mourut.
Ces deux Ouvrages rempliffent le troifiéme
Volume du Recueil.
14. Commentarii Lingua Greca. Parif.
1529. in fol. Item Bafilea 1530. in fol. It.
ab Autore recogniti & aucti . Parif. 1548 .
in fol. Ft. Bafilea 1556. in fol . Ces Commentaires
font très - fçavans , & on y remarque
fans peine un travail immenfe &
une lecture prodigieufe ; mais après tour
ce n'eft qu'une maffe informe & indi
gefte , fans ordre & fans méthode..
Cet
AVRIL. 1730. 741
Cet Ouvrage termine le Recueil dont
il fait le quatriéme Volume. On a outre
cela de Budé
15. De l'Inftitution du Prince , par Guillaume
Budé , avec les Annotations de Jean
de Luxembourg, Abbé d'Yvri , de la Ri
vour& de Salmoify. La Rivour 1547. in
fol. Item Lyon in 4. La Rivour , où ce Livre
a été imprimé pour la premiere fois
eft une Abbaye en Champagne près de
Troyes. Ce n'étoit pas le talent de Budé
d'écrire en François ; fon ftile eft rude
obfcur & peur poli ; quoique fa Latinité
foit bien meilleure , quelques- uns y trou
vent cependant les mêmes défauts.
16. Ariftotelis Meteorologia , latinè versa.
Dans les Oeuvres de ce Philofophe.
17. Excepta de Venatione. A la fin du
Dictionnaire François- Latin de Jean Thier
ri. Paris. 1564. in fol.
18. Note in Ciceronis Epiftolas familia
res , dans l'Edition de Jean Thierri , cum
Scholiis ferè XXX. Doctorum Virorum. Parifiis
1557. in fol.
V.G. Budai Vita per Lud. Regium. Parif.
1577. in 4. It. dans le Recueil des
Opufcules de Louis le Roi. Paris 1571 .
in 4. Item dans le Recueil des Vies choifies
des Hommes illuftres , publiées par
Jean Bates. Londres 1682. in 4. It. parmi
les Vies des plus celebres Jurifconfultes
recueillies
742 MERCURE DE FRANCE.
recueillies par Fred.Jacques Leicker.Lipfia
1686. in 8.
de Guillaume Budé.
'Auteur des Memoires ajoûte ce qui
Lfuit : Ces paroles ( c'eft- à-dire , ce
que Budé avoit ordonné fur fon Enterrement
, ) ont fait naître dans l'efprit de
quelques-uns des foupçons contre la créan-
* ce , qui ont été fort augmentés par la Profeffion
ouverte que fa veuve alla faire du
Proteftantifme à Genève , avec une partie
de fes enfans. Mais d'autres , comme le
Pere Garaffe , ont pris fa défenſe fur cet
article ,
AVRIL. 1730. 735
rticle , outre qu'il paroît par fes Ecrits
qu'il étoit fort oppofé aux prétendus Ré-,
formateurs.
Son mariage ne fut pas fterile , puifqu'il
laiffa en mourant onze enfans , fept gar-
Cons & quatre filles . Sa veuve fe retira à
Genéve , comme je viens de le dire , avec
fes filles , & y embraffa la Religion Proteftante.
Un de fes fils ( Louis Budé ) s'y
retira auffi , & y fut Profeffeur en Langue
Hébraïque. Il publia une Traduction
Latine des Pleaumes avec des Notes , & il
auroit encore publié d'autres Ouvrages ,
s'il n'étoit mort fort jeune vers l'an 1550 .
( a )
Mathieu Budé , autre fils de Guillaume
,eft loué par Henri Etienne comme
un homme qui entendoit à fond la Langue
Hebraique.
Jean Budé , fon frere , fut un des trois
Députés que les Calviniftes envoyerent
en 1558. en Allemagne pour les affaires
de leur Eglife.
On dit deux chofes particulieres de
Guillaume Budé ; la premiere eft qu'il ne
voulut jamais fe laiffer peindre ce qui
a donné fujet à ces Vers d'Etienne Pafquier.
( a ) Colomies Gallia Orient, p. 15% -
E iiij Nec
1
736 MERCURE DE FRANCE
Nec voluit vivus fingi , pingive Budæus ,
Nec vatum moriens quæfiit elogia ;
Hunc qui tanta fuæ mentis monumenta reliquit
Externa puduit vivere velle manu .
La feconde eft qu'ayant voulu haranguer
Charles-Quint à ſon entrée à Paris ,
au mois de Janvier 1540. il demeura court ,
& ne pût achever fon difcours. L'Auteur
de fa vie ne dit rien de femblable.
Catalogue des Ouvrages de Guillaume Budé.
1. De ftudio bonarum Litterarum rectè &
commodè inftituendo Liber ad Franciſcum I.
Regem Galliarum.
نم
2. De Philologia libri duo ad Henricum
Aurelianenfem & Carolum Angolifmenfem ,
Francifci Regis filios. Ces deux Ouvrages
imprimés à Bâle en 1533. fe trouvent dans
le fecond Volume du Recueil de Crenius,
intitulé : Variorum Autorum Concilia ,
Studiorum Methodi . Rotterodami 1694. in-
4. Ils font peu lus ,
dit Louis
parceque ,
le Roi , peu de gens font capables de goûter
l'érudition de Budé , & que tout le
monde n'étant pas accoûtumé à fes manieres
de parler , on a de la peine à entrer
dans fa penfée , à moins que d'être
déja fçavant quand on fe met à cette lecture
, c'est- à-dire , pour parler en ftile
moins panégyrifte , parce qu'il y eft trop
obfcur.
3.
AVRIL. 1730. 737
3. De contemptu rerum fortuitarum Libri
tres ad Draconem Budaum fratrem. Parif.
1520. & 1526.in- 4. Item Argentorati 15-29.
Item Lugd. Bat. 1624. in- 16.
4. De Tranfitu Hellenifmi ad Chriftianifmum
Libri tres ad Francifcum Regem.
Parif. 1535. & 1556. in-fol.
Budé apprend dans cet Ouvrage à
paffer des Sciences profanes à la véritable
Philofophie , qui ne fe trouve que
dans la Doctrine celefte de Jeſus- Chriſt.
L
5. Epiftolarum Latinarum Libri V.
& Grecarum Liber unus. Parif. 1520. infol
. Item Bafilee 1521. in-4 . Les Lettres
Greques ont été imprimées féparément
à Paris 1550. in- 4. Item traduites en Latin
par Antoine Pichon . Paris 1574. in - 4 .
6. Ariftotelis & Philonis Judai Liber de
Mundo. Bafilea 1533 .
7. Plutarchi Liber de tranquillitate animi,
ad Fulium II. Pontificem Maximum.
8. Ejufdem de Fortuna Romanorum Liber
unus , & de Fortuna & Virtute Alexandri
Magni Libri duo.
9. Ejufdem de Placitis Decretifque Phi
lofophorum naturalibus Libri V.
10. Bafilii Magni Epiftola ad Gregorium
Nazianzenum de Vita in folitudine agenda.
Ces Traductions furent le premier
coup d'effai & le commencement des travaux
Litteraires de Budé ; elles furent fi
E v efti738
MERCURE DE FRANCE
eftimées , dit l'Auteur de fa vie , qu'on
auroit eu peine à l'en croire Auteur , s'il
p'eut donné dans la fuite d'autres preuves
plus confiderables de fon génie & de
fa capacité. Mais Nannius & Borremans
prétendent qu'il ne s'y eft appliqué qu'à
exprimer le fens de fon Auteur fans fe
mettre fort en peine de le fuivre mot pour
mot ; & M. Huet dit que pour avoir af
fecté le grand ſtile, & y avoir voulu faire
paroître une partie de fon érudition , il a
paffé pour un Paraphrafte , plutôt que
pour un veritable Traducteur ..
Tous les Ouvrages dont je viens de :
parler font contenus dans le premier Vo--
lume du Recueil des Oeuvres de Budé
publié à Bâle l'an 1557. en 4. volumes in--
fol. avec une ample Préface de Coelius .
fecundus Curion .
11. De Affe & partibus ejus Libri V..
Parif. 1516. 1524 , 1541. 1542. 1544.
in-fol. Item ab Autore noviffimè recogniti
& locupletati. Parifiis 1548. in- fol . Item
Venetiis 1522. in 4. Item Colonia 1528.-
in 8. avec l'Abregé de cet Ouvrage . Item
Lugduni 1542. & 1550. in 8. Budé prit
lui- même le foin de faire un Abregé de
fon Livre en François , & cet Abregé a
été imprimé plufieurs fois ; il eft cepen--
dant rare. Une Edition porte ce titre ::
Sommaire ou Epitome du Livre de . Affe
Par
AVRIL.: 1730. 739 .
も
perpar
Guillaume Budé, Paris 1522. in 8. Une
autre eft intitulée : Extrait on Abregé du
Livre de Affe , de feu M. Budé , auquel
les Monnoyes , Poids & Mefures anciennes
font réduites à celles de maintenant. Revû de
nouveau , corrigé & additionné. Paris 1550 .
in 12. Le Livre de Affe que l'Auteur de
fa Vie appelle Divinum Opus , fit beaucoup
d'honneur à Budé ; mais il fe trouva
un Italien qui lui contefta la gloire
d'avoir défriché le premier les matieres
épineufes des Monnoyes & des Mefures
des Anciens. Ce fut Leonard Portius qui
prétendit avoir cette gloire . Budé l'ayant
appris , en fut extrêmement irrité , & .
déclara hautement qu'il ne tenoit de
fonne ce qu'il avoit publié fur cette matiere
, & que Portius l'avoit pillé . Jean-
Lafcaris , qui étoit leur ami commun
empêcha que cette querelle n'allat plusloin
, & obtint de Budé , à force de prieres
, qu'il n'inferât point dans la feconde.
Edition de fon Livre le Difcours piquant
qu'il avoit compofé contre Portius . Budé
reconnut lui -même , quand fa premiere
colere fut paffée , qu'il avoit eu trop
d'emportement , c'est ce qui fit qu'il ne
voulut plus prendre d'interêt aux attaques
qui lui furent faites dans la fuite , &
qu'il fouffrit tranquillement que George.
Agricola s'attribuât telle part qu'il vou-
E vj droit
740 MERCURE DE FRANCE
droit de la gloire de fes découvertes .
Le Livre de Affe fait le fecond Volume
du Recueil des Oeuvres de Budé.
12. Annotationes in Pandectas priores &
pofteriores. Colonia 1526. in 8. Item Parif.
1532. 1536. 1556. in fol . It. Bafilea 15340
in 8. It. Lugduni 1551. & 1567. in 8 .
Les premieres Obfervations de Budé fur
les Pandectes parurent feules pour la premiere
fois en 1508. Antoine Auguftin ,
qui loue beaucoup cet Ouvrage par rapport
à l'érudition , n'en fait pas le même
cas par rapport à ce qui concerne le Droit.
13. Forenfia quibus vulgares & verè La
tina Furifconfultorum loquendi formula traduntur
, cum verborum forenfium indice. Parif.
1548. in fol. It. fans l'Index. Bafilea
in 8. Cet Ouvrage eft affez imparfait
& n'étoit pas encore en état de voir le
jour lorsque l'Auteur mourut.
Ces deux Ouvrages rempliffent le troifiéme
Volume du Recueil.
14. Commentarii Lingua Greca. Parif.
1529. in fol. Item Bafilea 1530. in fol. It.
ab Autore recogniti & aucti . Parif. 1548 .
in fol. Ft. Bafilea 1556. in fol . Ces Commentaires
font très - fçavans , & on y remarque
fans peine un travail immenfe &
une lecture prodigieufe ; mais après tour
ce n'eft qu'une maffe informe & indi
gefte , fans ordre & fans méthode..
Cet
AVRIL. 1730. 741
Cet Ouvrage termine le Recueil dont
il fait le quatriéme Volume. On a outre
cela de Budé
15. De l'Inftitution du Prince , par Guillaume
Budé , avec les Annotations de Jean
de Luxembourg, Abbé d'Yvri , de la Ri
vour& de Salmoify. La Rivour 1547. in
fol. Item Lyon in 4. La Rivour , où ce Livre
a été imprimé pour la premiere fois
eft une Abbaye en Champagne près de
Troyes. Ce n'étoit pas le talent de Budé
d'écrire en François ; fon ftile eft rude
obfcur & peur poli ; quoique fa Latinité
foit bien meilleure , quelques- uns y trou
vent cependant les mêmes défauts.
16. Ariftotelis Meteorologia , latinè versa.
Dans les Oeuvres de ce Philofophe.
17. Excepta de Venatione. A la fin du
Dictionnaire François- Latin de Jean Thier
ri. Paris. 1564. in fol.
18. Note in Ciceronis Epiftolas familia
res , dans l'Edition de Jean Thierri , cum
Scholiis ferè XXX. Doctorum Virorum. Parifiis
1557. in fol.
V.G. Budai Vita per Lud. Regium. Parif.
1577. in 4. It. dans le Recueil des
Opufcules de Louis le Roi. Paris 1571 .
in 4. Item dans le Recueil des Vies choifies
des Hommes illuftres , publiées par
Jean Bates. Londres 1682. in 4. It. parmi
les Vies des plus celebres Jurifconfultes
recueillies
742 MERCURE DE FRANCE.
recueillies par Fred.Jacques Leicker.Lipfia
1686. in 8.
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Résumé : CONTINUATION de l'Article de Guillaume Budé.
Guillaume Budé, érudit et humaniste français, a laissé des instructions pour son enterrement qui ont suscité des soupçons sur sa foi. Sa veuve et certaines de ses filles se sont converties au protestantisme à Genève. Cependant, des défenseurs comme le Père Garaffe ont contesté ces accusations, affirmant que Budé était opposé aux réformateurs. Budé a eu onze enfants, dont sept garçons et quatre filles. Louis Budé, l'un de ses fils, est devenu professeur de langue hébraïque à Genève et a traduit les Psaumes en latin. Mathieu Budé était également reconnu pour sa maîtrise de l'hébreu. Jean Budé, un autre fils, a été député des calvinistes en Allemagne en 1558. Deux anecdotes notables concernent Budé : il a refusé de se faire peindre et a échoué à terminer un discours devant Charles Quint en 1540. Budé est l'auteur de plusieurs ouvrages importants, dont 'De studio bonarum litterarum' et 'De Philologia'. Ses écrits, bien que riches en érudition, sont souvent jugés obscurs et difficiles d'accès. Il a également traduit des œuvres de Platon et de Plutarque, et a écrit sur les monnaies, les poids et les mesures antiques, ce qui lui a valu des controverses avec des érudits comme Leonard Portius. Ses 'Annotationes in Pandectas' et 'Commentarii Linguae Graecae' sont également notables, bien que critiqués pour leur manque de méthode. Budé a également travaillé sur des commentaires linguistiques et des annotations juridiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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273
p. 754-755
Histoire de l'Eglise de France, [titre d'après la table]
Début :
Le Pere Longueval, de la Compagnie de Jesus, a entrepris l'Histoire de l'Eglise [...]
Mots clefs :
Église de France, Histoire de l'Église de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire de l'Eglise de France, [titre d'après la table]
Le Pere Longueval , de la Compagnie
de Jefus , a entrepris l'Hiftoire de l'Eglife
de France , depuis l'établiffement de
la Religion Chrétienne dans les Gaules
jufqu'à préfent. On trouvera dans cet Ouvrage
, qui contiendra douze Volumes
in- 4 . l'établiffement du Chriftianiſme dans
les Gaules , les Actes des Martyrs qui ont
quelque autenticité , la fondation de di ,
verfes Eglifes , la fucceffion de ceux de
leurs Evêques qui méritent par quelque
endroit d'être connus , une notice de tous
les Conciles des Gaules , les divers uſages
de la Difcipline , l'établiffement des Chapitres
& des Ordres Religieux , l'Abregé
de la Vie des S S. & des Grands-Hommes
qui ont illuftré l'Eglife de France , l'Hiftoire
des Herefies qui l'ont troublée , une
notion des Ouvrages faits dans les Gaules
en matiere de Religion , le tout lié dans
un
1
AVRIL. 1730. 755
Corps d'Hiftoire avec les Differtations
convenables. Les quatre premiers Volumes
qui conduifent jufqu'en 790. feront
en vente chez Simon dans quelques mois.
de Jefus , a entrepris l'Hiftoire de l'Eglife
de France , depuis l'établiffement de
la Religion Chrétienne dans les Gaules
jufqu'à préfent. On trouvera dans cet Ouvrage
, qui contiendra douze Volumes
in- 4 . l'établiffement du Chriftianiſme dans
les Gaules , les Actes des Martyrs qui ont
quelque autenticité , la fondation de di ,
verfes Eglifes , la fucceffion de ceux de
leurs Evêques qui méritent par quelque
endroit d'être connus , une notice de tous
les Conciles des Gaules , les divers uſages
de la Difcipline , l'établiffement des Chapitres
& des Ordres Religieux , l'Abregé
de la Vie des S S. & des Grands-Hommes
qui ont illuftré l'Eglife de France , l'Hiftoire
des Herefies qui l'ont troublée , une
notion des Ouvrages faits dans les Gaules
en matiere de Religion , le tout lié dans
un
1
AVRIL. 1730. 755
Corps d'Hiftoire avec les Differtations
convenables. Les quatre premiers Volumes
qui conduifent jufqu'en 790. feront
en vente chez Simon dans quelques mois.
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Résumé : Histoire de l'Eglise de France, [titre d'après la table]
Le Père Longueval, jésuite, rédige l'Histoire de l'Église de France, couvrant la période depuis l'établissement du christianisme dans les Gaules jusqu'à l'époque contemporaine. Cette œuvre, prévue en douze volumes in-4, inclut plusieurs éléments clés : l'établissement du christianisme dans les Gaules, les actes des martyrs authentifiés, la fondation de diverses églises, la succession des évêques notables, une notice des conciles des Gaules, les usages disciplinaires variés, l'établissement des chapitres et des ordres religieux, un abrégé des vies des saints et des grands hommes ayant illustré l'Église de France, l'histoire des hérésies ayant troublé l'Église, ainsi qu'une notion des ouvrages religieux produits dans les Gaules. L'ensemble sera structuré en un corps d'histoire avec les différentiations appropriées. Les quatre premiers volumes, couvrant la période jusqu'en 790, seront disponibles chez Simon dans quelques mois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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274
p. 920-924
LETTRE de M. l'Abbé Bellet, à M. N. sur la Legende d'une Monnoye de Philippe Auguste & une autre de Saint Louis.
Début :
Puisque vous le voulez, Monsieur, je vous dirai librement ma pensée [...]
Mots clefs :
Légendes, Monnaie, Philippe II Auguste, Mémoires de Trévoux, Saint Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. l'Abbé Bellet, à M. N. sur la Legende d'une Monnoye de Philippe Auguste & une autre de Saint Louis.
LETTRE de M. l'Abbé Bellet , à
M. N. fur la Legende d'une Monnoye
de Philippe Augufte & une autre de Saint
Louis.
Puifque vous le voulez , Monfieut
je vous dirai librement ma pensée
fur l'Art. 39. du mois d'Avril 1729. des
Mémoires de Trevoux. On y lit l'Explication
nouvelle qu'a donnée un de nos
plus fçavans Jefuites , de la Legende qui
fe voit fur une Monnoye de Philippe
Augufte. Je fuis perfuadé que ce Reverend
Pere ne defaprouvera pas que l'on
examine fes découvertes , & que l'on foit
un peu fcrupuleux fur celles qu'il nous
donne. Sa prodigieufe érudition nous a
fouvent deroutés , & la fubtilité de fon
efprit nous a fait trop fouvent admirer . Le
R. Pere Hardouin prétend que les vingtquatre
Lettres qui compofent cetteLegende
foient les Lettres initiales d'autant de
mots . Voici la Legende & fon Explication.
BHRICTVSI
THORERI
RONTORI
Benedictus Hominum Redemptor In Calis
Triumphans
MAY. 1730. 921
Triumphans , Vltro Semetipfum In Terris
Humilians , Omnium Rex Eft Hominum ,
Rex Imperans Regibus Omnium Nationum,
Timeat Oriens , Regnat Iefus.
Je ne parle pas d'une femblable Explication
qu'un Sçavant appliqua à la Bataille
que Philippe gagna fur l'Empereur Othon
à Bovines , en l'année 1214.Notre Sçavant
Pere croit qu'il eft ici parlé de la victoire
que ce Prince remporta fur Saladin , &
de la prife de la Ville d'Acre en Orient ,
en l'année 1191. La même Legende eft fur
une Monnoye de S. Louis qui revint
d'Orient en 1254. mais au revers de celleci
on voit le Frontifpice de l'Eglife de
Tours , avec cette Infcription Turonus Civis
, que l'on ne voit pas fur celle de Philippe.
Je fuis furpris que le R. P. Hardouin
qui avoit donné cette Explication en l'an
1707.dans les Memoires de Trevoux , n'ait
pas apperçu depuis ce tems-là , malgré la
difference des caracteres , que c'étoit la
Legende de plufieurs autres Monnoyes ,
fur lefquelles on trouve affez fouvent
l'Eglife de Tours & le Turonus Civis . En
voici quelques - unes dont les caracteres
font un peu Gothiques.
De Philippe IV.
BNDICTV. SIT NOME. DOMINI.
D iij De
922 MERCURE DE FRANCE
De Philippe V.
BNDICTVM SIT NOMEN DNI.
SIT NOME. DNI . NRI. DEI
Ihv. XRI..
De Charles IV.
BNEDICTV. SIT NOME. DNI.
NRI.
De Philippe VI.
SIT NOMEN DOMINI BENEDICTVM.
du même.
BNDICTV. SIT NOME. DNI:
NRI. DE I.
du même.
BNDICTV SIT NOM. DNI.
NRI. IRS.
Benedictum fit nomen Domini noftri
Jefu Chrifti.
De Fean.
BNDICTV. SIT NOME. DNI.
DEI IhV XRI.
Dans une autre X I.
pour
XRI. Chrifti.
du même.
BENEDICTVM SIT NOMEN DNI.
De
MAY. 1730. 923
De Charles VI.
SIT NOMEN DOMINI BENEDICTV.
Par la comparaifon de ces Legendes
avec celle de Philippe Augufte , telle
qu'elle eft dans les Memoires de Trevoux,
paroît qu'il faut lire BNDICTV
dans les 7. premieres Lettres , SIT dans
les trois fuivantes , les deux autres font
NO , les deux enfuite DE , les trois après
NRI , les trois qui fuivent DOM , le
T. doit être un J pour Jefu ,les trois dernieres
CRI pour Chrifti. Ainfi il faut
lire Benedictum fit nomen Dei noftri Domini
Jefu Chrifti.
Et par la comparaiſon des caracteres Romains
avec les caracteres prefque Gothiques
qu'on lit fur ces Monnoyes , on jugera
que la main qui a deffiné & copié la
Legende de la Monnoye du Roi Philippe
n'a pas fait ce difcernement.
Il faut lire prefque de même fur la
Monnoye de Ludovicus Rex , dont la
Legende eft telle dans le même article des
Mémoires de Trevoux . BNDICTV
SIT NNO CDDNIPR III. Le R.
P. Hardouin l'explique ainfi : Benedictum
fit nomen notiffimum orbi , Crucifixi Domini
Dei noftri Jefu per Rebelles ,
Incredulos
, Ingratofque Judeus. Mais ne fem-
D iiij
ble
924 MERCURE DE FRANCE
ble- t'il pas y avoir Benedictu fit nomen
Dei DNI. NRI IESV. Et c'eft la Legende
que reconnoît le R. P. Hardouin fur
tes Monnoyes de la troifiéme Race de nos
Rois , & qu'il rapporte ainfi Benedictum
fit nomen Domini noftri Dei Jefu Chrifti.
On fçait ce qui arrive par l'ufage & la
rouille dans la forme des caracteres , &
que pour les déchifrer , il faut fuivre le
ftile monétaire & la forme des Abbré,
viations .
Après tout , fi on vouloit forcer ainfi
les noms & les Legendes , comme a fait
le R. P. dans les Notes fur Pline & dans
ces Legendes icy , on trouveroit dans le
nom de LUDOVICUS
la profeffion
de foi du Prince qui l'a le premier porté.
Je lirois donc ainfi Laus Uni Deo Omni-
Potenti , Vero Jefu Chrifto Unigenito Suo.
Mais ne permettons pas à notre eſprit de
faire de telles découvertes , il n'en feroit
ni plus riche , ni plus heureux. Je ſuis , '
Monfieur & c.
A Bordeaux le 3.0. Août 1729
M. N. fur la Legende d'une Monnoye
de Philippe Augufte & une autre de Saint
Louis.
Puifque vous le voulez , Monfieut
je vous dirai librement ma pensée
fur l'Art. 39. du mois d'Avril 1729. des
Mémoires de Trevoux. On y lit l'Explication
nouvelle qu'a donnée un de nos
plus fçavans Jefuites , de la Legende qui
fe voit fur une Monnoye de Philippe
Augufte. Je fuis perfuadé que ce Reverend
Pere ne defaprouvera pas que l'on
examine fes découvertes , & que l'on foit
un peu fcrupuleux fur celles qu'il nous
donne. Sa prodigieufe érudition nous a
fouvent deroutés , & la fubtilité de fon
efprit nous a fait trop fouvent admirer . Le
R. Pere Hardouin prétend que les vingtquatre
Lettres qui compofent cetteLegende
foient les Lettres initiales d'autant de
mots . Voici la Legende & fon Explication.
BHRICTVSI
THORERI
RONTORI
Benedictus Hominum Redemptor In Calis
Triumphans
MAY. 1730. 921
Triumphans , Vltro Semetipfum In Terris
Humilians , Omnium Rex Eft Hominum ,
Rex Imperans Regibus Omnium Nationum,
Timeat Oriens , Regnat Iefus.
Je ne parle pas d'une femblable Explication
qu'un Sçavant appliqua à la Bataille
que Philippe gagna fur l'Empereur Othon
à Bovines , en l'année 1214.Notre Sçavant
Pere croit qu'il eft ici parlé de la victoire
que ce Prince remporta fur Saladin , &
de la prife de la Ville d'Acre en Orient ,
en l'année 1191. La même Legende eft fur
une Monnoye de S. Louis qui revint
d'Orient en 1254. mais au revers de celleci
on voit le Frontifpice de l'Eglife de
Tours , avec cette Infcription Turonus Civis
, que l'on ne voit pas fur celle de Philippe.
Je fuis furpris que le R. P. Hardouin
qui avoit donné cette Explication en l'an
1707.dans les Memoires de Trevoux , n'ait
pas apperçu depuis ce tems-là , malgré la
difference des caracteres , que c'étoit la
Legende de plufieurs autres Monnoyes ,
fur lefquelles on trouve affez fouvent
l'Eglife de Tours & le Turonus Civis . En
voici quelques - unes dont les caracteres
font un peu Gothiques.
De Philippe IV.
BNDICTV. SIT NOME. DOMINI.
D iij De
922 MERCURE DE FRANCE
De Philippe V.
BNDICTVM SIT NOMEN DNI.
SIT NOME. DNI . NRI. DEI
Ihv. XRI..
De Charles IV.
BNEDICTV. SIT NOME. DNI.
NRI.
De Philippe VI.
SIT NOMEN DOMINI BENEDICTVM.
du même.
BNDICTV. SIT NOME. DNI:
NRI. DE I.
du même.
BNDICTV SIT NOM. DNI.
NRI. IRS.
Benedictum fit nomen Domini noftri
Jefu Chrifti.
De Fean.
BNDICTV. SIT NOME. DNI.
DEI IhV XRI.
Dans une autre X I.
pour
XRI. Chrifti.
du même.
BENEDICTVM SIT NOMEN DNI.
De
MAY. 1730. 923
De Charles VI.
SIT NOMEN DOMINI BENEDICTV.
Par la comparaifon de ces Legendes
avec celle de Philippe Augufte , telle
qu'elle eft dans les Memoires de Trevoux,
paroît qu'il faut lire BNDICTV
dans les 7. premieres Lettres , SIT dans
les trois fuivantes , les deux autres font
NO , les deux enfuite DE , les trois après
NRI , les trois qui fuivent DOM , le
T. doit être un J pour Jefu ,les trois dernieres
CRI pour Chrifti. Ainfi il faut
lire Benedictum fit nomen Dei noftri Domini
Jefu Chrifti.
Et par la comparaiſon des caracteres Romains
avec les caracteres prefque Gothiques
qu'on lit fur ces Monnoyes , on jugera
que la main qui a deffiné & copié la
Legende de la Monnoye du Roi Philippe
n'a pas fait ce difcernement.
Il faut lire prefque de même fur la
Monnoye de Ludovicus Rex , dont la
Legende eft telle dans le même article des
Mémoires de Trevoux . BNDICTV
SIT NNO CDDNIPR III. Le R.
P. Hardouin l'explique ainfi : Benedictum
fit nomen notiffimum orbi , Crucifixi Domini
Dei noftri Jefu per Rebelles ,
Incredulos
, Ingratofque Judeus. Mais ne fem-
D iiij
ble
924 MERCURE DE FRANCE
ble- t'il pas y avoir Benedictu fit nomen
Dei DNI. NRI IESV. Et c'eft la Legende
que reconnoît le R. P. Hardouin fur
tes Monnoyes de la troifiéme Race de nos
Rois , & qu'il rapporte ainfi Benedictum
fit nomen Domini noftri Dei Jefu Chrifti.
On fçait ce qui arrive par l'ufage & la
rouille dans la forme des caracteres , &
que pour les déchifrer , il faut fuivre le
ftile monétaire & la forme des Abbré,
viations .
Après tout , fi on vouloit forcer ainfi
les noms & les Legendes , comme a fait
le R. P. dans les Notes fur Pline & dans
ces Legendes icy , on trouveroit dans le
nom de LUDOVICUS
la profeffion
de foi du Prince qui l'a le premier porté.
Je lirois donc ainfi Laus Uni Deo Omni-
Potenti , Vero Jefu Chrifto Unigenito Suo.
Mais ne permettons pas à notre eſprit de
faire de telles découvertes , il n'en feroit
ni plus riche , ni plus heureux. Je ſuis , '
Monfieur & c.
A Bordeaux le 3.0. Août 1729
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Résumé : LETTRE de M. l'Abbé Bellet, à M. N. sur la Legende d'une Monnoye de Philippe Auguste & une autre de Saint Louis.
L'abbé Bellet écrit à M. N. pour discuter de l'explication d'une légende monétaire attribuée à Philippe Auguste et à Saint Louis. Il commente l'article 39 des Mémoires de Trevoux d'avril 1729, où un jésuite érudit propose une interprétation des lettres initiales de la légende. L'abbé Bellet admire l'érudition du jésuite mais suggère une analyse plus scrupuleuse. Le père Hardouin interprète les lettres comme des initiales de mots, par exemple, 'BHRICTVSI THORERI RONTORI' pour 'Benedictus Hominum Redemptor In Calis Triumphans, Ultro Semetipsum In Terris Humilians, Omnium Rex Est Hominum, Rex Imperans Regibus Omnium Nationum, Timeat Oriens, Regnat Iesus.' L'abbé Bellet mentionne une autre explication concernant la bataille de Bouvines en 1214 et suggère que la légende pourrait se référer à la victoire de Philippe Auguste sur Saladin en 1191. Il note que la même légende apparaît sur une monnaie de Saint Louis, revenue d'Orient en 1254, avec des différences dans les caractères et les inscriptions. Il compare cette légende avec celles d'autres monnaies de rois français, comme Philippe IV, Philippe V, Charles IV, Philippe VI, Jean et Charles VI, et propose une lecture différente des lettres initiales. Selon lui, la légende devrait se lire 'Benedictum fit nomen Domini nostri Domini Jesu Christi.' Il conclut en mettant en garde contre les interprétations forcées et en soulignant l'importance de suivre le style monétaire et les abréviations pour déchiffrer les légendes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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275
p. 947-959
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République des Lettres. Avec un Catalogue raisonné de leurs Ouvrages, Tome IX. de 410. pages sans les Tables. A Paris, chez Briasson, rüe S. Jacques, à la Science, MDCC. XXIX.
Début :
MARTIAL D'AUVERGNE, l'un des 27. Sçavans dont il est parlé dans [...]
Mots clefs :
Amour, Ouvrage, Auteurs, Martial d'Auvergne, Savant, Paris, Parlement, Arrêts
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MEMOIRES pour fervir à l'Hiftoire
des Hommes Illuftres dans la République
des Lettres. Avec un Catalogue raisonné
de leurs Ouvrages , Tome IX. de
pages fans les Tables. A Paris , chez
Briaffon , rue S. Jacques , à la Science ,
M. DCC . XXIX .
Ma ,
410 .
ARTIAL D'AUVERGNE , l'un des
27. Sçavans dont il eft parlé dans
le IX Volume , nous a paru mériter une
E iiij
atten1948
MERCURE DE FRANCE
attention particuliere , par le genre &
par la gayeté de fes Ouvrages. Voici ce
qu'en rapporte le P. Niceron , p . 171 .
Cet Auteur eft peu connu ; on ne convient
pas même du Pays dont il étoit. La
Croix du Maine prétend , que quoiqu'il
portât le nom de Martial d'Auvergne , il
étoit cependant Limoufin ; mais il eft feul
de ce fentiment , & l'on fçait qu'il eft peu
exact , & que fouvent il n'eft pas fûr de
s'en rapporter à lui. Il s'eft peut- être imaginé
que cela étoit ainfi cela étoit ainsi , parce que Martial
eft un nom de Baptême fort commun
aux Limoufins , à caufe de S. Martial
Apôtre du Pays. Benoît le Court , Commentateur
de fes Arrêts d'Amour , dit
au contraire qu'il étoit du Pays , dont il
portoit le nom , & la chofe eft affez croyable.
Il est vrai qu'il finit fes Vigiles du
Roi Charles VII. par ces mots.
O vous , Meffeigneurs , qui verrez
Les Vigiles , & les lirez ,
Ne prenez pas garde à l'Acteur ,
Car grand faultes y trouverez ;
Mais , s'il vous plaît , le excuferez ,
Veu qu'il eft un nouveau Facteur. /
Martial de Paris.
→
Mais il eſt à croire qu'il ne s'eft furnommé
MAY. 1730. 949
nommé de Paris , que parce qu'il s'y étoit
tranfplanté & marié , comme le dit la
Chronique fcandaleufe .
Ce qu'il y a de fûr , c'eft qu'il étoit
Procureur au Parlement & Notaire au
Châtelet de Paris.
La Croix du Maine dit qu'il fe fouvient
d'avoir lû dans les Hiftoires de France
, qu'il mourut à Paris d'une fievre
chaude , & qu'il fe précipita dans l'eau ,
étant preffé de la fureur de fon mal ;
nouvelle preuve de l'inexactitude de cet
Auteur , qui copie d'imagination ce qu'il
fe fouvient confufément d'avoir lû , fans
pouvoir fe reffouvenir en quel endroit.
Le Livre où la Croix du Maine avoit
lû quelque chofe d'approchant , à ce qu'il
dit , eft la Chronique fcandaleufe. Voici ce
qu'on y trouve touchant notre Auteur.
» Au mois de Juin ( 1466. ) advint que
>> plufieurs hommes & femmes perdirent
>> leur bon entendement , & mêmement à
» Paris il y eut entre autres ung jeune
>> homme nommé Maître Martial d'Au-
» vergne , Procureur en la Cour de Parle-
>> ment , & Notaire au Châtelet de Paris ,
»lequel après qu'il eut été marié trois
»femaines avefques une des filles de Maî-
» tre Jacques Fournier , Confeiller du Roi
» en fadite Cour de Parlement , perdit fon
>> entendement en telle maniere , que
E v jour
le
950 MERCURE DE FRANCE
»jour de S. Jean -Baptifte , environ neuf
heures du matin , une telle frenaifie le
"print , qu'il fe jetta par la fenêtre de fa
» Chambre en la ruë , & fe rompit une
» cuiffe & froiffa tout le corps , & fut en
» grant dangier de mourir.
Il n'en mourut donc pas , comme le dit
la Croix du Maine , qui par une autrefaute
le fait vivre en 1480. pendant qu'il
le fait mourir d'une chute arrivée en
1466 .
Le P. le Long , met fa mort en 1558 ..
je ne fçai fur quelle autorité.
Voila tout ce qu'on fçait de cet Auteur,
qui étoit un des hommes de fon fiecle qui
écrivoit le mieux & avec plus d'efprit ,
& qui eft plus connu par fes Ouvrages
que par les circonftances de fa vie..
Ces Ouvrages font :
1. Les Arrêts d'Amour. Ils furent imprimez
à Paris en 1528. & même auparavant
, fuivant la Croix du Maine , qui
eft toûjours négligent à marquer exactement
l'année des Editions & leur forme..
Mais ils ne parurent accompagnez des
Commentaires Latins de Benoît le Court
qu'en 1533. à Lyon , chez Seb. Gryphius,
in-4. Ces Commentaires ſe trouvent dans :
la plupart des Editions fuivantes , qui font
celles de Lyon , 1538. in-4 de Paris , 1544..
in-8. de Lyon , 1546. in- 8..
M.
MAY. 1730. 951
M. le Duchat croit que c'eft la premiere
où l'on trouve le cinquante-deuxiéme
Arrêt & l'Ordonnance fur le fait des
Mafques. Celle de Paris , 1555. in- 16 , une
in- 16. en 1566. chez Jerôme Mamel , où
je ne fçai pourquoi on à obmis l'Arrêt
52. & l'Ordonnance fur le fait des Mafques.
L'Edition la plus ample de toutes eſt
celle de Rouen , 1587. in- 16 , parce qu'ou
tre les 51. Arrêts compofez originairement
par Martial d'Auvergne , & commentez
par Benoît le Court , outre le
52e Arrêt & l'Ordonnance fur le fait des
Mafques , qui font deux Pieces de l'invention
de Gilles d'Avrigny , dit le Pamphile
, Avocat au Parlement de Paris , elle
contient de plus un 53 Arrêt rendu par
l'Abbé des Cornars , en fes grands jours tenus
à Rouen , pourfervir de Reglement touchant
les arrerages requis par les femmes à
l'encontre des Maris.
Les Arrêts d'Amour le trouvent encore
dans un Recueil intitulé : Proceffus Juris
Jocoferius. Hanoria , 1611. in - 8 . Ce font
des Pieces purement badines , où regne
une grande naïveté , & ç'a été une plaifante
imagination que de les aller commenter
férieuſement , comme a fait Benoit
le Court , qui étale beaucoup d'éru
dition dans fon Commentaire , & y dés
veloppe £ vj
952 MERCURE DE FRANCE
veloppe fort-bien plufieurs queſtions du
Droit Civil , mais dont peu de perſonnes
s'aviſeront d'y aller chercher la folution.
Les Arrêts font écrits en Profe , mais
l'Ouvrage commence par des Vers , dont
je rapporterai ici quelques- uns.
Environ la fin de Septembre ,
Que faillent Violettes & Flours ,
Je me trouvai en la Grand'Chambre ,
Du noble Parlement d'Amours ;
Et advint fi bien qu'on vouloit ,
Les derniers Arrêts prononcer ,
Et que à cette heure on appelloit
Le Greffier pour les commencer.
Si eftoient illec bien fix ,
A les rapporter, & avoir ,
Au milieu defquels je m'affis,
Pour en faire comme eux devoir .'
Le Prefident tout de Drap d'or
Avoit Robbe fourée d'Ermines ,
Et fur le cou un camail d'or ,
Tout couvert d'Emeraudes fines ...
Plufieurs Amans & Amoureux ,
Illec vinrent de divers lieux ,
Et d'Amans courroucez , joyeux.
Par derriere les bancz j'en vis ,
Qui lefdits Arrêts écoutoient ,
Dont les coeurs étoient tant ravis
Qu'il
MAY. 1730. 95.3
Qu'ils ne fçavoient où ils étoient.
Les uns de paour ferroient leurs dens
Les autres emûs & ardens ,
Tremblans comme la feuille en l'arbre
Nul n'eft fi fage , ne parfait ,
Que , quand il oit fon Jugement ,
Il ne foit à moitié deffait ,
Et troublé à l'entendement.
Je laifferai cette matiere ,
Car de cela peu me chaloit
Et raconterai la maniere ,
Comme le Préfident parloit.
Pour donner une idée de ces Arrêts ,
qui ne font pas communs , malgré toutes
les Editions qui s'en font faites , j'en
mettrai ici un , qui eſt le trentiéme.
» Un ami fe plainct de ce que pour fer-
»vir à fa Dame , il ha tout defpendu : la-
»quelle depuis n'a tenu compte de lui :
»concluant à ce qu'elle fuft condamnée à
»l'entretenir comme devant.
» Ceans s'eft plainct un Amoureux d'une
>> fienne Dame , que la ha longuement fer-
>> vie. Difoit que du temps qu'il eût premierement
cognoiffance à elle , il étoit
» bien aife , & avoit du fien largement.
Et quand elle lui demandoit aucune
>>chofe à prêter ou donner , jamais ne lui
euft refufée. Or étoit vrai que pour toujours
954 MERCURE DE FRANCE
» jours fournir aux fraiz & aux grandes
" cheres , chevance y avoit été employée ,
» & tellement que fes caues étoient deve-
» nuës bien baffes . Mais il cuydoit qu'elle
» dueft foubvenir , comme il ha faict à
» elle , & la pria de lui aider & de l'en-
>> tretenir , dont n'a rien voulu faire : ains
» lui ha plainement répondu qu'il përdoit
fon temps , & que puifqu'il n'avoit plus
» de quoi , elle n'en tenoit compte . Et non
>> contente de ce , lui ha faict dire qu'il
"fe retire de chez fes amis ; car plus n'a-
>> voit intention de l'aimer ni de lui faire:
>> aucun bien. Et encore, qui pis eft, fe mocque
de lui devant les autres , en le monf
» trant au doigt : qui lui eft plus de mar-
»tyre , que qui le frapperoit d'un cou-
»teau parmi le coeur. Si requeroit fina-
»
blement ledict Amant , que fadicte Da--
» me fut condemnée , nonobftant fon ad-
» verfité , de l'entretenir feulement en
» amour , & lui faire chere , comme eller
>> fouloit , & qu'il fût préferé devant tous
les autres , attendu mêmement qu'il
» étoit des premiers venus & des anciens
>> Serviteurs..
» De la partie de cette Defendereffe
» fut défendu au contraire , & difoit pour
» fon proffit , que quiconque veult d'a-
>> mours jouir , baille l'argent devant la
main , & que c'eft grande folie de
que
» s'atMA
Y. 1730 9:55
s'attendre à l'éfcuelle d'autruy , s'il ne
» fournit & remplit. Difoit avec ce , que
» le Galand au temps de fa fortune , &
» que les biens luy venoient en dormant ,
» s'eft mefcongneu , & en ha feftoyé un
» & autre , dont il fe fuft bien paffe ;:
» maintenant s'il a difette , il n'eft pas
» trop mal employé ; & quant eft de l'ai-
» mer , elle difoit qu'elle n'y eftoit pas
» tenue ; car les biens & vertus qui ſou-
» loient être en luy n'y font plus. Et ne
» falloit ja ramentevoir les bonnes che-
» res du temps paffé ; car fi ledict Amant
» luy ha faict tant de plaifirs & fervices,.
» auffi lui en ha elle fait plufieurs autres,
qu'il n'eft ja befoin de déclairer . Et puif
» que
il eft ainfi que pauvreté maintenant
» le guerroye , adonc elle n'en veut plus;
>> car auffi au lieu où elle habite , n'y a
» que toute malheureté , & jamais ne s'y
» treuve joye . Et quant eft au furplus pour
» les biens , qu'elle lui offroit un povre
» bâton en fa main pour s'en aller avec :
» la prébende de Va-t'en , pour récom-
» penfe de fes fervices. En concluant que
» à tort fe plaignoit d'elle , & en deman
>> doit dépens.
›
Après lefquelles deffenfes propofées ,
» les Gens d'Amours qui s'étoient adjoint
avec leditAmant, difoient que cette femme
n'étoit pas digne qu'on parlaft d'elle
39
devant
056 MERCURE DE FRANCE
»
» devant les gens de bien ; car par fon
propos jamais n'aymoit que pour ar-
» gent ,
& ainfi confeffoit avoir vendu les
" biens d'Amours . Et qu'elle en ha mef-
» chamment ufé en fon tems , & auffi pa-
>> reillement étoit voix & commune re-
» nommée qu'elle aime toûjours trois ou
» quatre , & qu'elle les fucce jufqu'aux
" os , & puis encore s'en mocque , qui
» eft pis ; car quelque femme que ce foit
jamais ne doibt defprifer le ferviteur
» qui l'a fervie , combien qu'il lui fou-
» vienne de beaucoup de fortunes . Et
» requeroient lefdictes Gens d'Amours à
» l'encontre d'elle qu'elle fut condemnée
» à faire amende honorable , & à lui ren-
» dre & reftituer tout ce qu'elle ha eu de
» luy , & dont il devoit être crû par fon
» ferment , veu la maniere de proceder.
» Et avec ce , qu'elle foit bannie à tou-
» jours dudict Royaume d'Amours , com-
» me indigne d'y converfer.
>>
25
Ce povre Amant pour fes repliques
" difoit qu'en tant qu'il luy touche qu'il
>> eftoit encore content , que tous les biens
qu'il luy avoit donnez demouraffent
pour elle , comme fiens , & ne vouloit
» qu'on luy en oftât rien ; mais requeroit
»feulement qu'elle l'aimaft comme de-
» vant ; & encore promettoit de luy en
» faire. A quoy elle répondit , que quand
elle
MAY. 1730. 957
» elle le verroit , en feroit fon debvoir ;
» mais jufques alors lui confeilloit de
» changer air pour recouvrer fanté
» & obvier qu'il ne fuft pas mala-
» de : & difoit oultre qu'à la contrain-
» dre d'aimer l'on ne sçauroit , & auffi tel
>> amour qui feroit donné par force ne du-
» reroit point ; mais plus de mal faict à
» celuy qui l'obtient , que s'il n'en avoit
» point.
>>
>>
Si ont été les parties ou yes appointées
>> en droit & confeil . Finablement veu le
» Procez & confideré tout ce qu'il falloit
>> confiderer en cette matiere , la Cour dit
» qu'elle condemne cette rebelle femme
» à rendre & reftituer audict Amoureux
tout ce qu'il affermera en fa confcience
» lui avoir baillé & donné , nonobftant
» l'offre
par luy faite de ne luy en vou-
>> loir demander aucune chofe. A laquelle
offre la Cour n'y obtempere point , veu
» que ladicte Defendereffe ne l'accepte ,
& qu'elle s'eft renduë ingrate , & or-
» donne qu'à ce faire fera contrainte par
>> la prinfe de fes biens & emprisonnement
» de fon corps. Et à toûjours la bannit des
» biens & fervice d'amours , en diſant
» avoir forfaict de corps & de biens ; en
» maniere qu'elle fera abandonnée à un
>> chacun pour déformais fervir le com-
>> mun , & devenir à tous publique .
>>
>>
.
Za
958 MERCURE DE FRANCE
2. Les Vigiles de la mort du Roi Charles
VII. à neuf Pfeaumes & neuf Leçons , contenant
la Chronique & les faits advenus
durant la vie dudit Roi . Paris 1493. in-4.
It. Paris 1505 & 1528. Item Paris 1724.
in 8. 2. Vol. Cet Ouvrage qui eft en Vers
contient la Vie du Roi Charles VII. La
Verfification n'en eft pas exacte , mais
l'Auteur Y fait paroître de l'invention .
On y voit comment ce Roi chaffa les
Anglois de la France , dont ils occupoient
une bonne partie. Martial d'Auvergne
étoit l'homme de fon fiecle qui écrivoit
le mieux & avec le plus d'efprit. Cet Ou
vrage lui acquit beaucoup de réputation.
3. Les dévotes louanges à la Vierge Marie.
Paris , Jean du Pré 1492. It . Paris
Simon Votre 1509. in 8. Cet Ouvrage eft
encore en Vers.
4. L'Amant rendu Cordelier à l'obfer
vance d'Amour. Lyon 1545. in 15. La
Croix du Maine ne parle point de cet
Ouvrage qui eft cité au N° 1701 , de la
Bibliotheque de M. Brochard ,
Voici les noms des autres Sçavans ,
dont on trouve la Vie & le Catalogue
des Ouvrages dans ce IX. Tome.
Antoine , Jean Beverovicius , Barnabé
Briffon , Samuel Butler , Louis Caftelvetro,
Henri de Cocceji , Batifte Fulgofe , Joſeph
Gazola , Janus Gruter , Claude Joly , Jac
ques
MAY. 1730. 959
ques Lenfant , Jean Mery , Jean Morin ,
Gabriel Naudé , M. Antoine Oudinet ,
Gui Pancirole , Antoine Panormita , Nicolas
Perot , Poggio Bracciolini , Denis de
Salle , Jacques Savary , Barth. Scala , Jean
André Schmid , Antoine de Solis , Jac
ques Augufte de Thou , & Olaus Vormius.
des Hommes Illuftres dans la République
des Lettres. Avec un Catalogue raisonné
de leurs Ouvrages , Tome IX. de
pages fans les Tables. A Paris , chez
Briaffon , rue S. Jacques , à la Science ,
M. DCC . XXIX .
Ma ,
410 .
ARTIAL D'AUVERGNE , l'un des
27. Sçavans dont il eft parlé dans
le IX Volume , nous a paru mériter une
E iiij
atten1948
MERCURE DE FRANCE
attention particuliere , par le genre &
par la gayeté de fes Ouvrages. Voici ce
qu'en rapporte le P. Niceron , p . 171 .
Cet Auteur eft peu connu ; on ne convient
pas même du Pays dont il étoit. La
Croix du Maine prétend , que quoiqu'il
portât le nom de Martial d'Auvergne , il
étoit cependant Limoufin ; mais il eft feul
de ce fentiment , & l'on fçait qu'il eft peu
exact , & que fouvent il n'eft pas fûr de
s'en rapporter à lui. Il s'eft peut- être imaginé
que cela étoit ainfi cela étoit ainsi , parce que Martial
eft un nom de Baptême fort commun
aux Limoufins , à caufe de S. Martial
Apôtre du Pays. Benoît le Court , Commentateur
de fes Arrêts d'Amour , dit
au contraire qu'il étoit du Pays , dont il
portoit le nom , & la chofe eft affez croyable.
Il est vrai qu'il finit fes Vigiles du
Roi Charles VII. par ces mots.
O vous , Meffeigneurs , qui verrez
Les Vigiles , & les lirez ,
Ne prenez pas garde à l'Acteur ,
Car grand faultes y trouverez ;
Mais , s'il vous plaît , le excuferez ,
Veu qu'il eft un nouveau Facteur. /
Martial de Paris.
→
Mais il eſt à croire qu'il ne s'eft furnommé
MAY. 1730. 949
nommé de Paris , que parce qu'il s'y étoit
tranfplanté & marié , comme le dit la
Chronique fcandaleufe .
Ce qu'il y a de fûr , c'eft qu'il étoit
Procureur au Parlement & Notaire au
Châtelet de Paris.
La Croix du Maine dit qu'il fe fouvient
d'avoir lû dans les Hiftoires de France
, qu'il mourut à Paris d'une fievre
chaude , & qu'il fe précipita dans l'eau ,
étant preffé de la fureur de fon mal ;
nouvelle preuve de l'inexactitude de cet
Auteur , qui copie d'imagination ce qu'il
fe fouvient confufément d'avoir lû , fans
pouvoir fe reffouvenir en quel endroit.
Le Livre où la Croix du Maine avoit
lû quelque chofe d'approchant , à ce qu'il
dit , eft la Chronique fcandaleufe. Voici ce
qu'on y trouve touchant notre Auteur.
» Au mois de Juin ( 1466. ) advint que
>> plufieurs hommes & femmes perdirent
>> leur bon entendement , & mêmement à
» Paris il y eut entre autres ung jeune
>> homme nommé Maître Martial d'Au-
» vergne , Procureur en la Cour de Parle-
>> ment , & Notaire au Châtelet de Paris ,
»lequel après qu'il eut été marié trois
»femaines avefques une des filles de Maî-
» tre Jacques Fournier , Confeiller du Roi
» en fadite Cour de Parlement , perdit fon
>> entendement en telle maniere , que
E v jour
le
950 MERCURE DE FRANCE
»jour de S. Jean -Baptifte , environ neuf
heures du matin , une telle frenaifie le
"print , qu'il fe jetta par la fenêtre de fa
» Chambre en la ruë , & fe rompit une
» cuiffe & froiffa tout le corps , & fut en
» grant dangier de mourir.
Il n'en mourut donc pas , comme le dit
la Croix du Maine , qui par une autrefaute
le fait vivre en 1480. pendant qu'il
le fait mourir d'une chute arrivée en
1466 .
Le P. le Long , met fa mort en 1558 ..
je ne fçai fur quelle autorité.
Voila tout ce qu'on fçait de cet Auteur,
qui étoit un des hommes de fon fiecle qui
écrivoit le mieux & avec plus d'efprit ,
& qui eft plus connu par fes Ouvrages
que par les circonftances de fa vie..
Ces Ouvrages font :
1. Les Arrêts d'Amour. Ils furent imprimez
à Paris en 1528. & même auparavant
, fuivant la Croix du Maine , qui
eft toûjours négligent à marquer exactement
l'année des Editions & leur forme..
Mais ils ne parurent accompagnez des
Commentaires Latins de Benoît le Court
qu'en 1533. à Lyon , chez Seb. Gryphius,
in-4. Ces Commentaires ſe trouvent dans :
la plupart des Editions fuivantes , qui font
celles de Lyon , 1538. in-4 de Paris , 1544..
in-8. de Lyon , 1546. in- 8..
M.
MAY. 1730. 951
M. le Duchat croit que c'eft la premiere
où l'on trouve le cinquante-deuxiéme
Arrêt & l'Ordonnance fur le fait des
Mafques. Celle de Paris , 1555. in- 16 , une
in- 16. en 1566. chez Jerôme Mamel , où
je ne fçai pourquoi on à obmis l'Arrêt
52. & l'Ordonnance fur le fait des Mafques.
L'Edition la plus ample de toutes eſt
celle de Rouen , 1587. in- 16 , parce qu'ou
tre les 51. Arrêts compofez originairement
par Martial d'Auvergne , & commentez
par Benoît le Court , outre le
52e Arrêt & l'Ordonnance fur le fait des
Mafques , qui font deux Pieces de l'invention
de Gilles d'Avrigny , dit le Pamphile
, Avocat au Parlement de Paris , elle
contient de plus un 53 Arrêt rendu par
l'Abbé des Cornars , en fes grands jours tenus
à Rouen , pourfervir de Reglement touchant
les arrerages requis par les femmes à
l'encontre des Maris.
Les Arrêts d'Amour le trouvent encore
dans un Recueil intitulé : Proceffus Juris
Jocoferius. Hanoria , 1611. in - 8 . Ce font
des Pieces purement badines , où regne
une grande naïveté , & ç'a été une plaifante
imagination que de les aller commenter
férieuſement , comme a fait Benoit
le Court , qui étale beaucoup d'éru
dition dans fon Commentaire , & y dés
veloppe £ vj
952 MERCURE DE FRANCE
veloppe fort-bien plufieurs queſtions du
Droit Civil , mais dont peu de perſonnes
s'aviſeront d'y aller chercher la folution.
Les Arrêts font écrits en Profe , mais
l'Ouvrage commence par des Vers , dont
je rapporterai ici quelques- uns.
Environ la fin de Septembre ,
Que faillent Violettes & Flours ,
Je me trouvai en la Grand'Chambre ,
Du noble Parlement d'Amours ;
Et advint fi bien qu'on vouloit ,
Les derniers Arrêts prononcer ,
Et que à cette heure on appelloit
Le Greffier pour les commencer.
Si eftoient illec bien fix ,
A les rapporter, & avoir ,
Au milieu defquels je m'affis,
Pour en faire comme eux devoir .'
Le Prefident tout de Drap d'or
Avoit Robbe fourée d'Ermines ,
Et fur le cou un camail d'or ,
Tout couvert d'Emeraudes fines ...
Plufieurs Amans & Amoureux ,
Illec vinrent de divers lieux ,
Et d'Amans courroucez , joyeux.
Par derriere les bancz j'en vis ,
Qui lefdits Arrêts écoutoient ,
Dont les coeurs étoient tant ravis
Qu'il
MAY. 1730. 95.3
Qu'ils ne fçavoient où ils étoient.
Les uns de paour ferroient leurs dens
Les autres emûs & ardens ,
Tremblans comme la feuille en l'arbre
Nul n'eft fi fage , ne parfait ,
Que , quand il oit fon Jugement ,
Il ne foit à moitié deffait ,
Et troublé à l'entendement.
Je laifferai cette matiere ,
Car de cela peu me chaloit
Et raconterai la maniere ,
Comme le Préfident parloit.
Pour donner une idée de ces Arrêts ,
qui ne font pas communs , malgré toutes
les Editions qui s'en font faites , j'en
mettrai ici un , qui eſt le trentiéme.
» Un ami fe plainct de ce que pour fer-
»vir à fa Dame , il ha tout defpendu : la-
»quelle depuis n'a tenu compte de lui :
»concluant à ce qu'elle fuft condamnée à
»l'entretenir comme devant.
» Ceans s'eft plainct un Amoureux d'une
>> fienne Dame , que la ha longuement fer-
>> vie. Difoit que du temps qu'il eût premierement
cognoiffance à elle , il étoit
» bien aife , & avoit du fien largement.
Et quand elle lui demandoit aucune
>>chofe à prêter ou donner , jamais ne lui
euft refufée. Or étoit vrai que pour toujours
954 MERCURE DE FRANCE
» jours fournir aux fraiz & aux grandes
" cheres , chevance y avoit été employée ,
» & tellement que fes caues étoient deve-
» nuës bien baffes . Mais il cuydoit qu'elle
» dueft foubvenir , comme il ha faict à
» elle , & la pria de lui aider & de l'en-
>> tretenir , dont n'a rien voulu faire : ains
» lui ha plainement répondu qu'il përdoit
fon temps , & que puifqu'il n'avoit plus
» de quoi , elle n'en tenoit compte . Et non
>> contente de ce , lui ha faict dire qu'il
"fe retire de chez fes amis ; car plus n'a-
>> voit intention de l'aimer ni de lui faire:
>> aucun bien. Et encore, qui pis eft, fe mocque
de lui devant les autres , en le monf
» trant au doigt : qui lui eft plus de mar-
»tyre , que qui le frapperoit d'un cou-
»teau parmi le coeur. Si requeroit fina-
»
blement ledict Amant , que fadicte Da--
» me fut condemnée , nonobftant fon ad-
» verfité , de l'entretenir feulement en
» amour , & lui faire chere , comme eller
>> fouloit , & qu'il fût préferé devant tous
les autres , attendu mêmement qu'il
» étoit des premiers venus & des anciens
>> Serviteurs..
» De la partie de cette Defendereffe
» fut défendu au contraire , & difoit pour
» fon proffit , que quiconque veult d'a-
>> mours jouir , baille l'argent devant la
main , & que c'eft grande folie de
que
» s'atMA
Y. 1730 9:55
s'attendre à l'éfcuelle d'autruy , s'il ne
» fournit & remplit. Difoit avec ce , que
» le Galand au temps de fa fortune , &
» que les biens luy venoient en dormant ,
» s'eft mefcongneu , & en ha feftoyé un
» & autre , dont il fe fuft bien paffe ;:
» maintenant s'il a difette , il n'eft pas
» trop mal employé ; & quant eft de l'ai-
» mer , elle difoit qu'elle n'y eftoit pas
» tenue ; car les biens & vertus qui ſou-
» loient être en luy n'y font plus. Et ne
» falloit ja ramentevoir les bonnes che-
» res du temps paffé ; car fi ledict Amant
» luy ha faict tant de plaifirs & fervices,.
» auffi lui en ha elle fait plufieurs autres,
qu'il n'eft ja befoin de déclairer . Et puif
» que
il eft ainfi que pauvreté maintenant
» le guerroye , adonc elle n'en veut plus;
>> car auffi au lieu où elle habite , n'y a
» que toute malheureté , & jamais ne s'y
» treuve joye . Et quant eft au furplus pour
» les biens , qu'elle lui offroit un povre
» bâton en fa main pour s'en aller avec :
» la prébende de Va-t'en , pour récom-
» penfe de fes fervices. En concluant que
» à tort fe plaignoit d'elle , & en deman
>> doit dépens.
›
Après lefquelles deffenfes propofées ,
» les Gens d'Amours qui s'étoient adjoint
avec leditAmant, difoient que cette femme
n'étoit pas digne qu'on parlaft d'elle
39
devant
056 MERCURE DE FRANCE
»
» devant les gens de bien ; car par fon
propos jamais n'aymoit que pour ar-
» gent ,
& ainfi confeffoit avoir vendu les
" biens d'Amours . Et qu'elle en ha mef-
» chamment ufé en fon tems , & auffi pa-
>> reillement étoit voix & commune re-
» nommée qu'elle aime toûjours trois ou
» quatre , & qu'elle les fucce jufqu'aux
" os , & puis encore s'en mocque , qui
» eft pis ; car quelque femme que ce foit
jamais ne doibt defprifer le ferviteur
» qui l'a fervie , combien qu'il lui fou-
» vienne de beaucoup de fortunes . Et
» requeroient lefdictes Gens d'Amours à
» l'encontre d'elle qu'elle fut condemnée
» à faire amende honorable , & à lui ren-
» dre & reftituer tout ce qu'elle ha eu de
» luy , & dont il devoit être crû par fon
» ferment , veu la maniere de proceder.
» Et avec ce , qu'elle foit bannie à tou-
» jours dudict Royaume d'Amours , com-
» me indigne d'y converfer.
>>
25
Ce povre Amant pour fes repliques
" difoit qu'en tant qu'il luy touche qu'il
>> eftoit encore content , que tous les biens
qu'il luy avoit donnez demouraffent
pour elle , comme fiens , & ne vouloit
» qu'on luy en oftât rien ; mais requeroit
»feulement qu'elle l'aimaft comme de-
» vant ; & encore promettoit de luy en
» faire. A quoy elle répondit , que quand
elle
MAY. 1730. 957
» elle le verroit , en feroit fon debvoir ;
» mais jufques alors lui confeilloit de
» changer air pour recouvrer fanté
» & obvier qu'il ne fuft pas mala-
» de : & difoit oultre qu'à la contrain-
» dre d'aimer l'on ne sçauroit , & auffi tel
>> amour qui feroit donné par force ne du-
» reroit point ; mais plus de mal faict à
» celuy qui l'obtient , que s'il n'en avoit
» point.
>>
>>
Si ont été les parties ou yes appointées
>> en droit & confeil . Finablement veu le
» Procez & confideré tout ce qu'il falloit
>> confiderer en cette matiere , la Cour dit
» qu'elle condemne cette rebelle femme
» à rendre & reftituer audict Amoureux
tout ce qu'il affermera en fa confcience
» lui avoir baillé & donné , nonobftant
» l'offre
par luy faite de ne luy en vou-
>> loir demander aucune chofe. A laquelle
offre la Cour n'y obtempere point , veu
» que ladicte Defendereffe ne l'accepte ,
& qu'elle s'eft renduë ingrate , & or-
» donne qu'à ce faire fera contrainte par
>> la prinfe de fes biens & emprisonnement
» de fon corps. Et à toûjours la bannit des
» biens & fervice d'amours , en diſant
» avoir forfaict de corps & de biens ; en
» maniere qu'elle fera abandonnée à un
>> chacun pour déformais fervir le com-
>> mun , & devenir à tous publique .
>>
>>
.
Za
958 MERCURE DE FRANCE
2. Les Vigiles de la mort du Roi Charles
VII. à neuf Pfeaumes & neuf Leçons , contenant
la Chronique & les faits advenus
durant la vie dudit Roi . Paris 1493. in-4.
It. Paris 1505 & 1528. Item Paris 1724.
in 8. 2. Vol. Cet Ouvrage qui eft en Vers
contient la Vie du Roi Charles VII. La
Verfification n'en eft pas exacte , mais
l'Auteur Y fait paroître de l'invention .
On y voit comment ce Roi chaffa les
Anglois de la France , dont ils occupoient
une bonne partie. Martial d'Auvergne
étoit l'homme de fon fiecle qui écrivoit
le mieux & avec le plus d'efprit. Cet Ou
vrage lui acquit beaucoup de réputation.
3. Les dévotes louanges à la Vierge Marie.
Paris , Jean du Pré 1492. It . Paris
Simon Votre 1509. in 8. Cet Ouvrage eft
encore en Vers.
4. L'Amant rendu Cordelier à l'obfer
vance d'Amour. Lyon 1545. in 15. La
Croix du Maine ne parle point de cet
Ouvrage qui eft cité au N° 1701 , de la
Bibliotheque de M. Brochard ,
Voici les noms des autres Sçavans ,
dont on trouve la Vie & le Catalogue
des Ouvrages dans ce IX. Tome.
Antoine , Jean Beverovicius , Barnabé
Briffon , Samuel Butler , Louis Caftelvetro,
Henri de Cocceji , Batifte Fulgofe , Joſeph
Gazola , Janus Gruter , Claude Joly , Jac
ques
MAY. 1730. 959
ques Lenfant , Jean Mery , Jean Morin ,
Gabriel Naudé , M. Antoine Oudinet ,
Gui Pancirole , Antoine Panormita , Nicolas
Perot , Poggio Bracciolini , Denis de
Salle , Jacques Savary , Barth. Scala , Jean
André Schmid , Antoine de Solis , Jac
ques Augufte de Thou , & Olaus Vormius.
Fermer
Résumé : MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République des Lettres. Avec un Catalogue raisonné de leurs Ouvrages, Tome IX. de 410. pages sans les Tables. A Paris, chez Briasson, rüe S. Jacques, à la Science, MDCC. XXIX.
Le texte fournit des informations sur Martial d'Auvergne, un écrivain du XVe siècle dont l'origine est incertaine. Certains le considèrent Limousin, tandis que d'autres pensent qu'il était Auvergnat. Il exerçait les fonctions de procureur au Parlement et de notaire au Châtelet de Paris. En 1466, il subit une perte temporaire de raison et se jeta par une fenêtre, mais il ne mourut pas de cet incident. Martial d'Auvergne est principalement connu pour ses œuvres littéraires. Ses principaux ouvrages incluent 'Les Arrêts d'Amour', publiés pour la première fois en 1528 et accompagnés de commentaires latins par Benoît le Court en 1533. Ces textes sont des pièces badines écrites en prose, commençant par des vers et traitant de questions juridiques de manière ludique. Un autre ouvrage notable est 'Les Vigiles de la mort du Roi Charles VII', publié en 1493, qui relate la vie du roi Charles VII et sa victoire contre les Anglais. Bien que la versification de cet ouvrage soit imparfaite, il lui valut une grande réputation. Martial d'Auvergne est ainsi reconnu pour son esprit et son talent littéraire. Le document mentionne également une liste d'ouvrages et de savants. Parmi les ouvrages cités figurent 'Les dévotes louanges à la Vierge Marie', imprimé à Paris par Jean du Pré en 1492 et réédité par Simon Votre en 1509, écrit en vers, et 'L'Amant rendu Cordelier à l'obférance d'Amour', publié à Lyon en 1545. Le texte énumère également les noms de divers savants dont les vies et les catalogues d'ouvrages sont mentionnés dans le neuvième tome. Parmi ces savants figurent Antoine, Jean Beverovicius, Barnabé Briffon, Samuel Butler, Louis Castelvetro, Henri de Cocceji, Baptiste Fulgosé, Joseph Gazola, Janus Gruter, Claude Joly, Jacques Lenfant, Jean Mery, Jean Morin, Gabriel Naudé, M. Antoine Oudinet, Gui Pancirole, Antoine Panormita, Nicolas Perot, Poggio Bracciolini, Denis de Salle, Jacques Savary, Barthélemy Scala, Jean André Schmid, Antoine de Solis, Jacques Auguste de Thou, et Olaus Vormius.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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276
p. 972-976
Mort de M. de Troy, Peintre de l'Académie Royale, [titre d'après la table]
Début :
Toûjours attentifs à celebrer les Sciences & les Beaux-Arts, notre attention doit s'étendre. encore [...]
Mots clefs :
Tableau, Peinture, Académie royale de peinture et de sculpture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de M. de Troy, Peintre de l'Académie Royale, [titre d'après la table]
Toûjours attentifs à celebrer les Sciences & les
Beaux- Arts , notre attention doit s'étendre encore
fur les Illuftres que la mort leur enleve , pour en
conferver la memoire. Leurs Ouvrages, il eft vrai,
la porteront à la pofterité la plus reculée; mais nous
croyons qu'il eft de notre devoir de dire quelque
chofe de leurs talens particuliers , de la réputation
qu'ils ont euë pendant leur vie & de leur
caractere.
La Peinture vient de faire une très-grande perte
en la .perfonne de François de Troy , ancien Directeur
& Adjoint au Recteur de l'Académie Royale
de Peinture & de Sculpture , mort à Paris le
premier May, & inhumé à S. Euftache fa Paroiffe,
âgé de plus de 85. ans , étant né à Toulouſe au
mois de Février 1645. Il étoit fils de N. de Troy,
Peintre de l'Hôtel de Ville à Toulouſe. Son frere
aîné embraffa la Profeffion de fon pere , ce que fit
auffi celui- cy par émulation. Ils reçurent de lui
les premiers principes de leur Art , & tous deux
y ont excellé.
L'aîné s'étant établi à Montpellier , François
vint à Paris à l'âge de dix-fept ans. Il prit d'abord
un logement chez M. Nic . Loir ,Adjoint - Recteur
dans l'Académie Royale de Peinture & Sculpture,
auprès duquel il continua fes études. Il s'occupa
long-temps enfuite aux Portraits en petit à l'huile
, qu'il faifoit d'un gout de couleur excellent &
d'un très-beau finy; & fe fit enfin recevoir à l'Académic
MAY. 1730. 973
cadémie dans le rang des Peintres d'Histoire.
A l'âge de 24. ans , il époufa Jeanne Cotelle ,
femme accomplie en tout,& digne objet d'un goût
auffi délicat que celui de fon Epoux. Elle étoit fille
de M. Cotelle , Peintre très-confideré pour le
bon gout & l'intelligence que l'on connut en lu
dans les grandes entreprifes d'Ouvrages de peinture,
où il employoit les plus habiles gens ; M. de
Troy devint par ce mariage beau-frere deM.Loir,
fon fecond Maître, qui avoit époufé la foeur aînée
de fa femme.
Après la mort de M. le Fevre , Peintre de
Portraits , fous lequel il travailla quelque temps ,
la difette des bons Peintres de Portraits le détermina
à s'attacher à cette partie de la Peinture . Il y
eut un fi grand talent , & fur tout pour les Portraits
de femmes , que l'on put dire de lui avec
juftice , comme Boileau l'a dit d'Homere , qu'il
fembloit avoir dérobé la Ceinture de Venus. Ce
fut lui qui le premier trouva l'Art de les habiller
d'un air gracieux & touchant , avec décence,
d'accorder le galant & le pittorefque , & de contenter
à la fois le beau Sexe & les Connoiffeurs.
Avant que de s'attacher tout- à- fait aux Portraits
, il avoit fait voir la beauté & l'étendue de
fon génie dans plufieurs grandes compofitions de
Tableaux , qui repréfentoient les differentes occupations
héroïques de Louis le Grand dans fa
jeuneffe. C'étoit en des Patrons qu'il faifoit en
petit pour des Tapifferies que Madame de Montefpan
fit executer en grand fur de la Moire.
Il joignit après , les deux talens de l'Hiftoire &
du Portrait dans plufieurs Tableaux de Familles
d'un gout inimitable , entre lefquels on doit citer
fur tout celui qu'il fit pour M. le Duc du Main?;,
Ouvrage d'une compofition prodigieufe par la
quantité de figures qu'il y fit entrer. Il y repre-
E Y
fenta
974 MERCURE
DE FRANCE
fenta le Repas que Didon donne à Ænée , pendant
lequel ce Heros lui raconte fes avantures.
Tous les Perfonnages y font dans la reffemblance
la plus exacte , difpofez & ajuſtez avec
toute la grace , la décence & la convenance qu'exigeoient
leurs rangs differens & leurs caracteres ;
Tableau l'on que peut nommer le dernier effort
& le chef- d'oeuvre de l'Art.
On trouve dans fes Ouvrages les deux principales
parties de la Peinture heureuſement raſſemblées,
qu'on n'avoit encore vûës ailleurs que fépare-
'ment ; car fon deffein , fans avoir vû l'Italie ,
avoit l'exactitude & la grace de l'Ecole Romaine,
& fon coloris , avec le grand gout de couleur &
toute la force de celle de Lombardie , avoit encore
lé fuave & le vrai des Tableaux Flamands les plus
exquis.
Il étoit très -ingenieux à donner à une Dame
dans fon Portrait quelque Rôle hiſtorique
Poëtique ou galamment imaginé , mais toujours
convenable & plein de bienfeance . Maître de fon
Art, il fçavoit le cacher & donner de l'éclat à une
figure , fans le fecours des faux brillants , du fafte
pompeux & extravagant, ni du fracas de la quantité
des draperies , qui fouvent en attirant les
trop
yeux, les détournent de l'objet principal; dans fes
ornemens tout étoit fage & décent , rien n'y fentoit
l'apparat ni le Théatre ; il confervoit toujours
la à une Dame de France les graces de fon fexe ,
dignité de fon rang & le bon air de fa Nation ;
enfin fi le bon gout , comme on le croit , eft la
fcience des convenances , il n'en fut jamais de
plus parfait que le fien.
On doit compter pour le trait le plus glorieux
de fa vie & l'éloge le pius parfait de la fupériorité
de fon mérite , le choix qu'on fit de lui pour
aller peindre en Baviere Ma dame la Dauphine ,
dans
MAY. 1730 .
979
dans le Portrait de laquelle il contenta parfaitement
Louis XIV . & toute la Cour , par la beauté
de l'Ouvrage & la fidelité de la reffemblance , qui
lui fut fur tout recommandée. En reconnoiffance
de l'honneur qu'il reçût dans ce choix , à la naiffance
du Duc de Bourgogne , il fit executer un
très -beau Feu d'artifice devant fa porte , fur les
Foffez S. Victor , où il demeuroit alors. Il peignit
lui-même fur de la toile tranfparente des fi→
gures fimboliques , qui faifoient le principal or
nement de ce Feu .
Depuis ce temps la fcience chez lui s'eft toû
jours augmentée avec l'âge ; ce que l'on n'a pas
vú chez la plupart des Peintres , mêmes les plus
habiles , & fes derniers Tableaux ont été les meil
leurs. La Nature , entré les autres faveurs qu'elle
lui fit , l'avoit fur tout favorifé d'une vûë excellente
qu'il conferva telle jufqu'à l'extremité de fa
vie. Il en refte des preuves étonnantes dans plufieurs
Tableaux d'Hiftoire qu'il fit en petit , & à
la moderne , dans fes heures de récreation , ' & dus
gout Flamand ; dans lequel , à l'excellence du coloris
, il ajoûta la nobleffe de la matiere , le choix
des belles formes, la richeffe, le brillant des étoffes
, l'élegance & le naïf de l'expreffion , & tout
le fin & le gracieux du bon air François .
Le dernier Tableau qu'il fit dans ce genre , &
qu'il n'acheva que quelques jours avant la mort,
reprefente une Maîtreffe d'Ecole , vétuë de noir
qui étale une gravité magiftrale , au milieu d'u
ne troupe d'Ecolieres jeunes , jolies , proprement
véntes , & en des attitudes où le vrai , l'ingenu
le naturel , charment à la fois les yeux , l'efprit &
le coeur ; on y voit des têtes très - finies & très →:
gracieufes , qui ne font pas plus grandes que
l'ongle.-
2
Il reçut encore de la Nature tout ce qu'il
Fvi tuat
976 MERCURE DE FRANCE
faut pour plaire au beau monde , dans lequel for
Art l'engageoit à vivre ; un efprit aifé , infinuant
mais fans Batterie & fans baffeffe , & qui fçavoit
s'attirer poliment de la confideration ; un air de
tête agréable & prévenant ; une taille haute , noble
& bien prife, à laquelle l'embonpoint dans le
milieu de fon automne , ne fit perdre fa fineffe &
fa legereté , que pour y ajoûter une preſtance &
un air de dignité qui conviennent mieux à cet âge.
Il eut d'ailleurs dans le coeur toutes les vertus
qui compoſent l'honnête homme ; une probité
exacte , une amitié ardente & fidele ; toute la tendreffe
poffible pour une Epoufe qui a fait le bonheur
de fa vie , & fur tout celle de pere pour les
enfans qui la méritoient parfaitement. Il jouit
enfin long - temps du plaifir fi fenfible de fe
voir renaître avec toutes fes belles qualitez & fes
rares talens dans le plus jeune de fes fils , qui dès
fa plus tendre enfance lui donna l'heureux préfage
de ce qu'il devoit être un jour, & qu'il voyoit
aller à pas de Geant à la perfection de fon Art.
M. de Troy le fils , fi connu par fes grands talens,
& la fécondité de fon génie, eft actuellement
Profeffeur de l'Académie Royale de Peinture.
Beaux- Arts , notre attention doit s'étendre encore
fur les Illuftres que la mort leur enleve , pour en
conferver la memoire. Leurs Ouvrages, il eft vrai,
la porteront à la pofterité la plus reculée; mais nous
croyons qu'il eft de notre devoir de dire quelque
chofe de leurs talens particuliers , de la réputation
qu'ils ont euë pendant leur vie & de leur
caractere.
La Peinture vient de faire une très-grande perte
en la .perfonne de François de Troy , ancien Directeur
& Adjoint au Recteur de l'Académie Royale
de Peinture & de Sculpture , mort à Paris le
premier May, & inhumé à S. Euftache fa Paroiffe,
âgé de plus de 85. ans , étant né à Toulouſe au
mois de Février 1645. Il étoit fils de N. de Troy,
Peintre de l'Hôtel de Ville à Toulouſe. Son frere
aîné embraffa la Profeffion de fon pere , ce que fit
auffi celui- cy par émulation. Ils reçurent de lui
les premiers principes de leur Art , & tous deux
y ont excellé.
L'aîné s'étant établi à Montpellier , François
vint à Paris à l'âge de dix-fept ans. Il prit d'abord
un logement chez M. Nic . Loir ,Adjoint - Recteur
dans l'Académie Royale de Peinture & Sculpture,
auprès duquel il continua fes études. Il s'occupa
long-temps enfuite aux Portraits en petit à l'huile
, qu'il faifoit d'un gout de couleur excellent &
d'un très-beau finy; & fe fit enfin recevoir à l'Académic
MAY. 1730. 973
cadémie dans le rang des Peintres d'Histoire.
A l'âge de 24. ans , il époufa Jeanne Cotelle ,
femme accomplie en tout,& digne objet d'un goût
auffi délicat que celui de fon Epoux. Elle étoit fille
de M. Cotelle , Peintre très-confideré pour le
bon gout & l'intelligence que l'on connut en lu
dans les grandes entreprifes d'Ouvrages de peinture,
où il employoit les plus habiles gens ; M. de
Troy devint par ce mariage beau-frere deM.Loir,
fon fecond Maître, qui avoit époufé la foeur aînée
de fa femme.
Après la mort de M. le Fevre , Peintre de
Portraits , fous lequel il travailla quelque temps ,
la difette des bons Peintres de Portraits le détermina
à s'attacher à cette partie de la Peinture . Il y
eut un fi grand talent , & fur tout pour les Portraits
de femmes , que l'on put dire de lui avec
juftice , comme Boileau l'a dit d'Homere , qu'il
fembloit avoir dérobé la Ceinture de Venus. Ce
fut lui qui le premier trouva l'Art de les habiller
d'un air gracieux & touchant , avec décence,
d'accorder le galant & le pittorefque , & de contenter
à la fois le beau Sexe & les Connoiffeurs.
Avant que de s'attacher tout- à- fait aux Portraits
, il avoit fait voir la beauté & l'étendue de
fon génie dans plufieurs grandes compofitions de
Tableaux , qui repréfentoient les differentes occupations
héroïques de Louis le Grand dans fa
jeuneffe. C'étoit en des Patrons qu'il faifoit en
petit pour des Tapifferies que Madame de Montefpan
fit executer en grand fur de la Moire.
Il joignit après , les deux talens de l'Hiftoire &
du Portrait dans plufieurs Tableaux de Familles
d'un gout inimitable , entre lefquels on doit citer
fur tout celui qu'il fit pour M. le Duc du Main?;,
Ouvrage d'une compofition prodigieufe par la
quantité de figures qu'il y fit entrer. Il y repre-
E Y
fenta
974 MERCURE
DE FRANCE
fenta le Repas que Didon donne à Ænée , pendant
lequel ce Heros lui raconte fes avantures.
Tous les Perfonnages y font dans la reffemblance
la plus exacte , difpofez & ajuſtez avec
toute la grace , la décence & la convenance qu'exigeoient
leurs rangs differens & leurs caracteres ;
Tableau l'on que peut nommer le dernier effort
& le chef- d'oeuvre de l'Art.
On trouve dans fes Ouvrages les deux principales
parties de la Peinture heureuſement raſſemblées,
qu'on n'avoit encore vûës ailleurs que fépare-
'ment ; car fon deffein , fans avoir vû l'Italie ,
avoit l'exactitude & la grace de l'Ecole Romaine,
& fon coloris , avec le grand gout de couleur &
toute la force de celle de Lombardie , avoit encore
lé fuave & le vrai des Tableaux Flamands les plus
exquis.
Il étoit très -ingenieux à donner à une Dame
dans fon Portrait quelque Rôle hiſtorique
Poëtique ou galamment imaginé , mais toujours
convenable & plein de bienfeance . Maître de fon
Art, il fçavoit le cacher & donner de l'éclat à une
figure , fans le fecours des faux brillants , du fafte
pompeux & extravagant, ni du fracas de la quantité
des draperies , qui fouvent en attirant les
trop
yeux, les détournent de l'objet principal; dans fes
ornemens tout étoit fage & décent , rien n'y fentoit
l'apparat ni le Théatre ; il confervoit toujours
la à une Dame de France les graces de fon fexe ,
dignité de fon rang & le bon air de fa Nation ;
enfin fi le bon gout , comme on le croit , eft la
fcience des convenances , il n'en fut jamais de
plus parfait que le fien.
On doit compter pour le trait le plus glorieux
de fa vie & l'éloge le pius parfait de la fupériorité
de fon mérite , le choix qu'on fit de lui pour
aller peindre en Baviere Ma dame la Dauphine ,
dans
MAY. 1730 .
979
dans le Portrait de laquelle il contenta parfaitement
Louis XIV . & toute la Cour , par la beauté
de l'Ouvrage & la fidelité de la reffemblance , qui
lui fut fur tout recommandée. En reconnoiffance
de l'honneur qu'il reçût dans ce choix , à la naiffance
du Duc de Bourgogne , il fit executer un
très -beau Feu d'artifice devant fa porte , fur les
Foffez S. Victor , où il demeuroit alors. Il peignit
lui-même fur de la toile tranfparente des fi→
gures fimboliques , qui faifoient le principal or
nement de ce Feu .
Depuis ce temps la fcience chez lui s'eft toû
jours augmentée avec l'âge ; ce que l'on n'a pas
vú chez la plupart des Peintres , mêmes les plus
habiles , & fes derniers Tableaux ont été les meil
leurs. La Nature , entré les autres faveurs qu'elle
lui fit , l'avoit fur tout favorifé d'une vûë excellente
qu'il conferva telle jufqu'à l'extremité de fa
vie. Il en refte des preuves étonnantes dans plufieurs
Tableaux d'Hiftoire qu'il fit en petit , & à
la moderne , dans fes heures de récreation , ' & dus
gout Flamand ; dans lequel , à l'excellence du coloris
, il ajoûta la nobleffe de la matiere , le choix
des belles formes, la richeffe, le brillant des étoffes
, l'élegance & le naïf de l'expreffion , & tout
le fin & le gracieux du bon air François .
Le dernier Tableau qu'il fit dans ce genre , &
qu'il n'acheva que quelques jours avant la mort,
reprefente une Maîtreffe d'Ecole , vétuë de noir
qui étale une gravité magiftrale , au milieu d'u
ne troupe d'Ecolieres jeunes , jolies , proprement
véntes , & en des attitudes où le vrai , l'ingenu
le naturel , charment à la fois les yeux , l'efprit &
le coeur ; on y voit des têtes très - finies & très →:
gracieufes , qui ne font pas plus grandes que
l'ongle.-
2
Il reçut encore de la Nature tout ce qu'il
Fvi tuat
976 MERCURE DE FRANCE
faut pour plaire au beau monde , dans lequel for
Art l'engageoit à vivre ; un efprit aifé , infinuant
mais fans Batterie & fans baffeffe , & qui fçavoit
s'attirer poliment de la confideration ; un air de
tête agréable & prévenant ; une taille haute , noble
& bien prife, à laquelle l'embonpoint dans le
milieu de fon automne , ne fit perdre fa fineffe &
fa legereté , que pour y ajoûter une preſtance &
un air de dignité qui conviennent mieux à cet âge.
Il eut d'ailleurs dans le coeur toutes les vertus
qui compoſent l'honnête homme ; une probité
exacte , une amitié ardente & fidele ; toute la tendreffe
poffible pour une Epoufe qui a fait le bonheur
de fa vie , & fur tout celle de pere pour les
enfans qui la méritoient parfaitement. Il jouit
enfin long - temps du plaifir fi fenfible de fe
voir renaître avec toutes fes belles qualitez & fes
rares talens dans le plus jeune de fes fils , qui dès
fa plus tendre enfance lui donna l'heureux préfage
de ce qu'il devoit être un jour, & qu'il voyoit
aller à pas de Geant à la perfection de fon Art.
M. de Troy le fils , fi connu par fes grands talens,
& la fécondité de fon génie, eft actuellement
Profeffeur de l'Académie Royale de Peinture.
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Résumé : Mort de M. de Troy, Peintre de l'Académie Royale, [titre d'après la table]
Le texte rend hommage à François de Troy, un peintre éminent récemment décédé à l'âge de plus de 85 ans. Né à Toulouse en 1645, il était le fils d'un peintre de l'Hôtel de Ville et a suivi les traces de son père et de son frère aîné dans cette profession. À l'âge de 15 ans, il s'installa à Paris pour poursuivre ses études sous la tutelle de Nicolas Loir, un adjoint-recteur de l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture. De Troy se distingua d'abord par ses portraits en petit format à l'huile, avant d'être admis à l'Académie en tant que peintre d'histoire. En 1669, il épousa Jeanne Cotelle, fille d'un peintre renommé, ce qui le lia encore plus à la communauté artistique. Après la mort de son maître, Le Fèvre, De Troy se consacra aux portraits, particulièrement ceux des femmes, où il excella par son talent et son sens de la décence et de la grâce. Il réalisa également plusieurs grandes compositions, notamment des tableaux représentant les jeunes exploits de Louis XIV pour des tapisseries commandées par Madame de Montespan. De Troy combinait les qualités de l'école romaine et de l'école flamande dans ses œuvres, alliant exactitude et grâce à un coloris riche et suave. Il fut choisi pour peindre la Dauphine en Bavière, ce qui lui valut les éloges de Louis XIV et de la cour. Sa carrière fut marquée par une constante amélioration de son art, même en fin de vie. Il possédait également un esprit affable et des vertus personnelles, notamment une probité exacte, une amitié fidèle et une tendresse particulière pour sa famille. Son fils, également peintre, suivit ses pas et devint professeur à l'Académie Royale de Peinture.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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277
p. 976-979
Mort de M. de Valbonnays, sçavant, &c. [titre d'après la table]
Début :
Jean-Pierre Moret de Bourchenu, Marquis de Valbonnays, Seigneur de Peyre, S. Jean d'Autaveon [...]
Mots clefs :
Valbonnais, Grenoble, Parlement
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texteReconnaissance textuelle : Mort de M. de Valbonnays, sçavant, &c. [titre d'après la table]
Jean- Pierre Moret de Bourchenu , Marquis de
Valbonnays , Seigneur de Peyre , S. Jean d'Autaveon
, &c. Premier Prefident de la Chambre des
Comptes de Dauphiné , & Académicien Correrpondant
honoraire de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles- Lettres , mourut à Grenoble le
2. Mars 1730. dans fa 79e année , étant né le
23. Juin 1651. fes qualitez du coeur & de l'efprit,
fon amour pour les Lettres , l'application continuelle
qu'il avoit donnée pendant toute la vie à
P'étude , même depuis qu'il avoit eu le malheur.
de perdre la vue , & les differens Ouvrages qu'il a
compofez
M A Y. 1730 . 977
compofez, lui avoient acquis une très - grande réputation.
Après avoir fait fes premieres études à
Notre-Dame de Grace en Forêt , où les PP. de
l'Oratoire ont un College , & y avoir foutenu des
Thefes generales de Philofophie à l'âge de 14.
ans, fes parens défererent à la paffion extrême qu'il
témoignoit de voyager , & l'envoyerent en Italie.
Malgré fa grande jeuneffe il voyagea en curieux
intelligent , à qui rien qui fût digne d'attention
n'échappoit. Il féjourna fix mois à Rome , & ce
féjour fuffit à peine pour remplir l'envie de voir
tout ce que cette Ville à de beau , & de s'y inftruire.
Il fut arrêté plus long-temps à Venife ,
parce que M. de S. André , premier Prefident du
Parlement de Grenoble , alors Ambaffadeur de
France auprès de la République de Venife , l'y
retint. Ce voyage ne fit qu'augmenter le gout
qu'il avoit de parcourir les Etats voisins . Sans
confulter fes parens , il s'échappa & paffa en Hollande
& de-là en Angleterre. Il ſe trouva au
Combat Naval qui fe donna entre les Flottes
d'Angleterre & de Hollande au mois de Juin
1672. Après ce petit effai qu'il voulut faire de la
guerre , il revint à Paris , y étudia en Droit & y
prit fes degrez. Mais l'étude des Mathématiques
prit facilement le deffus fur celle des Loix. Il en
prenoit des leçons affiduement de M. Ozanam
& lorfque,de retour en Dauphiné, il eut fuccedé à
M. fon pere dans fa Charge de Confeiller au Parlement
, il conferva tant de paffion pour cette
Science , qu'il engagea le même M. Ozanam , de
venir à Grenoble, où il refta deux ans. C'eſt à cette
trop grande application pour une étude auffi abftraite
qu'il faut attribuer en partie l'affoibliffement
de fes yeux. Il acheta en 1690. la charge
de Premier Prefident de la Chambre des Comptes,
qu'avoit occupé auparavant le celebre M. de Boif
hieu
978 MERCURE DE FRANCE
fieu , Auteur très-connu & très- verfé , principalement
dans les matieres d'Hiſtoire & de Jurifprudence
qui concernent le Dauphiné. L'accident
qui arriva quelques années après à M. de Valbonnays
, par l'extinction entiere de fa vûë , le
détermina à abandonner les Mathématiques , aufquelles
il ne pouvoit plus vacquer , & il fe livra
tout entier aux mêmes recherches par lefquelles
M. de Boiffieu s'étoit diftingué. C'eſt à ces Re--
cherches que nous devons les curieux Memoirespour
fervir à PHiftoire de Dauphiné , fous les
Dauphins de la Maifon de la Tour du Pin , qui
parurent la premiere fois en 1711.in. folio , &
furent réimprimez en 1722. en deux volumes
auffi in folio ; un autre Memoire pour établir la
Jurifdiction du Parlement & de la Chambre des
Comptes de la même Province fur la Principauté
d'Orange , avec les Preuves en 1714. Plufieurs .
Diflertations fur differens fujets d'antiquité , répandus
dans les Journaux de Trévoux , les Nouvelles
Litteraires & autres Ouvrages Périodiques ,
telles que font celles fur le Concile d'Epone , fur
Raimond du Puy , fur l'Arc de Triomphe d'O--
range , des Infcriptions de Lyon & de Ventavon,
le Sabat des Juifs , des Explications , des Paffages
d'anciens Auteurs , &c. Il avoit été admis dans
l'Académie de Lyon dès les commencemens de
fon inftitution ; mais ce qui l'a plus flatté , ce fut
la diftinction finguliere avec laquelle il fut nommé
en 1728. Académicien Correſpondant hono- :
raire de l'Académie Royale des Infcriptions &
Belles - Lettres , avec cette claufe particuliere que
cet exemple extraordinaire ne pourroit tirer
à conféquence. Il tenoit chez lui régulierement
deux fois la femaine des Conferences fur l'Hiftoi
re & la Litterature , & des Concerts , où tout ce
qu'il y avoit de perſonnes diftinguées à Grenoble,
Le
¥
MAY.
1730.
979
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☛78 MERCURE DE FRANCE
Gew
mais
MAY. 1730. 979
fe faifoient un plaifir d'affifter. Il a donné par fon
Teftament de grandes marques de pieté & de liberalité
, foit envers les Hôpitaux de cette Ville ,
foit envers ceux qui lui étoient attachez . Il eſt
mort d'une rétention d'urine & a été enterré aux
Minimes de la Plaine. Il a laiffé pour fon principal
heritier M. Bailly , fon neveu , Confeiller
au Parlement , qu'il avoit fait recevoir dés 1728.
en furvivance de fa Charge de Premier Prefident
de la Chambre des Comptes.
Valbonnays , Seigneur de Peyre , S. Jean d'Autaveon
, &c. Premier Prefident de la Chambre des
Comptes de Dauphiné , & Académicien Correrpondant
honoraire de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles- Lettres , mourut à Grenoble le
2. Mars 1730. dans fa 79e année , étant né le
23. Juin 1651. fes qualitez du coeur & de l'efprit,
fon amour pour les Lettres , l'application continuelle
qu'il avoit donnée pendant toute la vie à
P'étude , même depuis qu'il avoit eu le malheur.
de perdre la vue , & les differens Ouvrages qu'il a
compofez
M A Y. 1730 . 977
compofez, lui avoient acquis une très - grande réputation.
Après avoir fait fes premieres études à
Notre-Dame de Grace en Forêt , où les PP. de
l'Oratoire ont un College , & y avoir foutenu des
Thefes generales de Philofophie à l'âge de 14.
ans, fes parens défererent à la paffion extrême qu'il
témoignoit de voyager , & l'envoyerent en Italie.
Malgré fa grande jeuneffe il voyagea en curieux
intelligent , à qui rien qui fût digne d'attention
n'échappoit. Il féjourna fix mois à Rome , & ce
féjour fuffit à peine pour remplir l'envie de voir
tout ce que cette Ville à de beau , & de s'y inftruire.
Il fut arrêté plus long-temps à Venife ,
parce que M. de S. André , premier Prefident du
Parlement de Grenoble , alors Ambaffadeur de
France auprès de la République de Venife , l'y
retint. Ce voyage ne fit qu'augmenter le gout
qu'il avoit de parcourir les Etats voisins . Sans
confulter fes parens , il s'échappa & paffa en Hollande
& de-là en Angleterre. Il ſe trouva au
Combat Naval qui fe donna entre les Flottes
d'Angleterre & de Hollande au mois de Juin
1672. Après ce petit effai qu'il voulut faire de la
guerre , il revint à Paris , y étudia en Droit & y
prit fes degrez. Mais l'étude des Mathématiques
prit facilement le deffus fur celle des Loix. Il en
prenoit des leçons affiduement de M. Ozanam
& lorfque,de retour en Dauphiné, il eut fuccedé à
M. fon pere dans fa Charge de Confeiller au Parlement
, il conferva tant de paffion pour cette
Science , qu'il engagea le même M. Ozanam , de
venir à Grenoble, où il refta deux ans. C'eſt à cette
trop grande application pour une étude auffi abftraite
qu'il faut attribuer en partie l'affoibliffement
de fes yeux. Il acheta en 1690. la charge
de Premier Prefident de la Chambre des Comptes,
qu'avoit occupé auparavant le celebre M. de Boif
hieu
978 MERCURE DE FRANCE
fieu , Auteur très-connu & très- verfé , principalement
dans les matieres d'Hiſtoire & de Jurifprudence
qui concernent le Dauphiné. L'accident
qui arriva quelques années après à M. de Valbonnays
, par l'extinction entiere de fa vûë , le
détermina à abandonner les Mathématiques , aufquelles
il ne pouvoit plus vacquer , & il fe livra
tout entier aux mêmes recherches par lefquelles
M. de Boiffieu s'étoit diftingué. C'eſt à ces Re--
cherches que nous devons les curieux Memoirespour
fervir à PHiftoire de Dauphiné , fous les
Dauphins de la Maifon de la Tour du Pin , qui
parurent la premiere fois en 1711.in. folio , &
furent réimprimez en 1722. en deux volumes
auffi in folio ; un autre Memoire pour établir la
Jurifdiction du Parlement & de la Chambre des
Comptes de la même Province fur la Principauté
d'Orange , avec les Preuves en 1714. Plufieurs .
Diflertations fur differens fujets d'antiquité , répandus
dans les Journaux de Trévoux , les Nouvelles
Litteraires & autres Ouvrages Périodiques ,
telles que font celles fur le Concile d'Epone , fur
Raimond du Puy , fur l'Arc de Triomphe d'O--
range , des Infcriptions de Lyon & de Ventavon,
le Sabat des Juifs , des Explications , des Paffages
d'anciens Auteurs , &c. Il avoit été admis dans
l'Académie de Lyon dès les commencemens de
fon inftitution ; mais ce qui l'a plus flatté , ce fut
la diftinction finguliere avec laquelle il fut nommé
en 1728. Académicien Correſpondant hono- :
raire de l'Académie Royale des Infcriptions &
Belles - Lettres , avec cette claufe particuliere que
cet exemple extraordinaire ne pourroit tirer
à conféquence. Il tenoit chez lui régulierement
deux fois la femaine des Conferences fur l'Hiftoi
re & la Litterature , & des Concerts , où tout ce
qu'il y avoit de perſonnes diftinguées à Grenoble,
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1730.
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Gew
mais
MAY. 1730. 979
fe faifoient un plaifir d'affifter. Il a donné par fon
Teftament de grandes marques de pieté & de liberalité
, foit envers les Hôpitaux de cette Ville ,
foit envers ceux qui lui étoient attachez . Il eſt
mort d'une rétention d'urine & a été enterré aux
Minimes de la Plaine. Il a laiffé pour fon principal
heritier M. Bailly , fon neveu , Confeiller
au Parlement , qu'il avoit fait recevoir dés 1728.
en furvivance de fa Charge de Premier Prefident
de la Chambre des Comptes.
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Résumé : Mort de M. de Valbonnays, sçavant, &c. [titre d'après la table]
Jean-Pierre Moret de Bourchenu, Marquis de Valbonnays, naquit le 23 juin 1651 et décéda à Grenoble le 2 mars 1730 à l'âge de 79 ans. Il fut Premier Président de la Chambre des Comptes de Dauphiné et Académicien Correspondant honoraire de l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres. Sa réputation reposait sur ses qualités de cœur et d'esprit, ainsi que sur son amour pour les lettres et son dévouement à l'étude, même après avoir perdu la vue. Après des études initiales à Notre-Dame de Grâce en Forêt, où il soutint des thèses de philosophie à 14 ans, ses parents l'envoyèrent en Italie. Il séjourna à Rome et Venise, puis visita la Hollande et l'Angleterre, participant au combat naval entre les flottes d'Angleterre et de Hollande en juin 1672. De retour à Paris, il étudia le droit et se consacra principalement aux mathématiques sous la tutelle de M. Ozanam. En Dauphiné, il succéda à son père comme Conseiller au Parlement et continua ses études mathématiques, invitant même M. Ozanam à Grenoble. En 1690, il acheta la charge de Premier Président de la Chambre des Comptes, précédemment occupée par M. de Boiffieu. Après avoir perdu la vue, il se consacra à l'histoire et à la jurisprudence du Dauphiné, publiant des mémoires sur l'histoire des Dauphins de la Maison de la Tour du Pin et sur la juridiction du Parlement et de la Chambre des Comptes sur la Principauté d'Orange. Il contribua également à divers journaux et ouvrages périodiques avec des dissertations sur des sujets d'antiquité. Il fut admis à l'Académie de Lyon et nommé Académicien Correspondant honoraire de l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres en 1728. Il organisait régulièrement des conférences sur l'histoire et la littérature, ainsi que des concerts chez lui. Il légua des marques de piété et de libéralité aux hôpitaux de Grenoble et à ses proches. Il mourut d'une rétention d'urine et fut enterré aux Minimes de la Plaine. Son principal héritier fut son neveu, M. Bailly, Conseiller au Parlement, qu'il avait fait recevoir en survivance de sa charge.
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278
p. 1042-1046
« Le 28. Avril, les Dominicains du Grand Couvent de la Rue S. Jacques, celebrerent dans leur Eglise [...] »
Début :
Le 28. Avril, les Dominicains du Grand Couvent de la Rue S. Jacques, celebrerent dans leur Eglise [...]
Mots clefs :
Loterie, Concert, Squelette, Dominicains, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 28. Avril, les Dominicains du Grand Couvent de la Rue S. Jacques, celebrerent dans leur Eglise [...] »
Le 2 8. Avril,lesDominicains du Grand Convent
de la Rue S. Jacques , celebrerènt dans leur Eglife
un Service folemnel pour le repos de l'ame du feu
Pape Benoît XIII. qui étoit Religieux de leur
Ordre ; l'Evêque de Lefcar y celebra pontificalement
la Meffe , & l'Oraiſon Funebre du feu Pape
y fut prononcée par le Pere Corbierre , Religieux
du mème Convent. L'Eglife étoit tenduë de noir
avec les Armes du Pape deffunt.
Le Gouvernement du Mont Louis , & la Lieutenance
MAY. 1730. 1043
tenance Generale de la Province de Rouffillon ,
ont été accordez à M. le Comte de Caylus , Lieutenant
General ès Armées du Roi , l'un & l'autre
vacans par le décés deM.le Marquis de Firmacon.
La Lieutenance Generale du Comté de Bour→
gogne , a été accordée à M. le Duc de Durfort ,
fur la démiffion de M. le Duc d'Harcourt.
On a trouvé dans les Fondemens du Gouverne.
ment de l'Ile de Ré , le Squelette d'une femme ,
dont la tête étoit ornée d'une Couronne de cuivre
doré, garnie de Pierres , qui font tombées en
pouffiere lorfqu'on y a touché ; il y avoit auprès
de cette Sépulture quantité d'offemens ; mais il
ne s'eft trouvé ni Médailles ni autres marques
qui ayent pú fervir à découvrir l'ancienneté & le
caractere du Squelette.
Les Députez du Parlement qui avoient reçû
les ordres du Roi le 29.du mois dernier, le rendirent
à Fontainebleau le premier de ce mois , &
M. Portail , Premier Preſident , étant à leur tête .
Ils furent prefentez & conduits à l'Audience de
Sa Majesté avec les ceremonies accoûtumées. Le
Roi leur expliqua le fujer pour lequel il les avoit
mandez. Il leur fit enfuite déclarer fa volonté
par le Chancelier de France , & le Roi ordonna
aux Députez d'inftruire le Parlement afſemblé
des intentions de S. M.
Le 7. la Reine fit rendre à l'Eglife de la Paroiffe
les Pains Benits , qui furent préfentez par l'Abbé
de Sainte Hermine , Aumônier de S. M. accompagné
du Maître d'Hôtel Ordinaire , & du Contrôleur
en quartier.
Le 6. de ce mois , le Baron Chedda , Envoyé
Extraordinaire du Roi de Suede , & l'un de fes
Ambaffadeurs Plénipotentiaires au Congrés de
Soiffons , eut , en long Manteau de deuil , une
Audience particuliere du Roi , dans laquelle il fit
1
1111 part
1044 MERCURE DE FRANCE
part à S. M. de la mort du Landgrave de Heffle-
Caffel ,, pere du Roi de Suede . Il fut conduit par
M. Hebert, Introducteur des Ambaſſadeurs , qui le
conduifit enfuite à l'Audience de la Reine.Le lendemain
le Comte de Godolfkin ,Miniftre de Ruffie,
& Plenipotentiaire au Congrés de Soiffons , eut
auffi,en Manteau long, une pareille Audience pour
notifier la mort du Czar Pierre II.
Le 26. Avril,il y eut Concert à Fontainebleau ,M.
Deftouches , Sur - Intendant de la Mufique du Roi,
fit chanter devant la Reine le Prologue de l'Opera
de Callirhoé , dont la Mufique eft de fa
compofition, lequel fut parfaitement bien executé;
le Role de la Victoire fut chanté avec beaucoup
de fuccès par la Dile Denis , ainfi que celui d'aftrée
, par la Dlle Barbier .
Le 3. May , on chanta- devant la Reine , le premier
Acte du même Opera , qu'on acheva de
chanter le 8. le fo. le 15. & le 17. le Rôle de
Callirhoé fut chanté avec applaudiffement par la
Dle Lenner , de la Mufique du Roi , ainfi que
celui de Corefus , par le fieur d'Angerville.
Le 22. & le 24. M. Campra , Maître de Mu
fique de la Chapelle du Roi , fit chanter devant
la Reine , des fragmens de fon Ballet de l'Eμ-
rope Galante , qui furent très - bien executez &
firent beaucoup de plaifir.
Le 8. la Lotterie pour le Remboursement des
Rentes fur l'Hôtel de Ville, fut tirée en preſence
du Prévôt des Marchands & des Echevins , en la
· maniere accoûtumée , le fonds de ce mois s'eft
trouvé monter à la fomme de 1352045. livres ,
laquelle a été diftribuée aux Rentiers pour les Lots
qui leur font échus , conformément à la Lifte generale
qui a été rendue publique.
Le
MAY . 1730. 1045
Le 10. de ce mois , douze Députez de la Faculté
de Théologie de Paris , introduits dans le Cabinet
du Roi & préfentez par le Comte de Maurepas
, Secretaire d'itat , eurent l'honneur de remettre
entre les mains de S. M. les Actes nouvellement
imprimez , que cette Faculté a faits
depuis le mois de Novembre 1729. pour faire
obferver par tous ces Membres , & executer la
Conftitution Unigenitus . M.Lullier,Doyen, porta
la parole avec éloquence , & en même- temps il
remercia le Roi au nom de la Faculté , de la nou
velle Déclaration du 24. Mars dernier : S. M. reçut
ces Députez avec bonté , & leur donna des
marques de fa fatisfaction .
Le 25. Mai la Lotterie de la Compagnie des
Indes,ordonnée par l'Arrêt du Confeil du 2.May,
pour le remboursement de vingt-cinq milleActions
fut tirée en prefence des Commiffaires , Syndics &
Directeurs de la Compagnie. On a publié la Lifte
des Numero, des Actions & des Dixièmes d'Actions
qui doivent être remboursées , au bas de laquelle
il eft dit que les Porteurs des Actions &
des Dixiémes d'Actions , feront tenus ( pour recevoir
leurs Rembourfemens au Tréfor Royal )
de faire vifer leurs Actions ou Dixiémes , dans
le Bureau du heur Barillon , Infpecteur de ladite
Lotterie , par le fieur Bofc , nommé à cet effet ,
lequel Bureau fera ouvert le matin jufqu'à midi,&
le foir jufqu'à fix heures..
Le 18. jour de l'Afcenfion , & le 28. Fête de
la Pentecôte , il y eut Concert Spirituel au Château
des Tuilleries , on y chanta differens Motets
de M. de la Lande , qui furent parfaitement bien
executez , de même que d'autres petits Motets
chantez par les Diles Erremens , le Maure &
Iv Petitpas
1046 MERCURE DE FRANCE
Petitpas, il y eut auffi plufieurs Pieces de Simphonie
, dont l'execution paroît toûjours admirable.
Le même Concert Spirituel, recommencera le 8.
jour de la Fête -Dieu .
La Cour eft encore à Fontainebleau , où Leurs
Majeftez fe plaifent beaucoup, La Chaffe du Cerf,
du Chevreuil & du Sanglier , la Promenade , le
Jeu , les Concerts , les Appartemens , la Comedie
Françoife , font alternativement le fujet des
Divertiffemens qu'on y prend. Les Comediens.
François y ont joué trois fois la Semaine , le
Mardi , le Jeudi & le Samedi, Ils repréfenterent,
le Jeudi 27. Avil , la Comedie de l'Etourdi.
Le 29. la Tragedie de Phedre & Efarbagnas.
Le 2. May , l'Esprit Folet."
Le 4. Venceslas & le Mariage forcé.
Le 6. l'Ecole des Maris & les Fâcheux.
Le 9. Rodogune & l'Eté des Coquettes..
la Comedie du Muet.
Le II.
Le 13. Mithridate.
Le 16. le Joueur.
Le 20. Andromaque & le Balillard.
Le 23. l'Avare.
Le 25. Cinna & l'Eſprit de contradiction.
de la Rue S. Jacques , celebrerènt dans leur Eglife
un Service folemnel pour le repos de l'ame du feu
Pape Benoît XIII. qui étoit Religieux de leur
Ordre ; l'Evêque de Lefcar y celebra pontificalement
la Meffe , & l'Oraiſon Funebre du feu Pape
y fut prononcée par le Pere Corbierre , Religieux
du mème Convent. L'Eglife étoit tenduë de noir
avec les Armes du Pape deffunt.
Le Gouvernement du Mont Louis , & la Lieutenance
MAY. 1730. 1043
tenance Generale de la Province de Rouffillon ,
ont été accordez à M. le Comte de Caylus , Lieutenant
General ès Armées du Roi , l'un & l'autre
vacans par le décés deM.le Marquis de Firmacon.
La Lieutenance Generale du Comté de Bour→
gogne , a été accordée à M. le Duc de Durfort ,
fur la démiffion de M. le Duc d'Harcourt.
On a trouvé dans les Fondemens du Gouverne.
ment de l'Ile de Ré , le Squelette d'une femme ,
dont la tête étoit ornée d'une Couronne de cuivre
doré, garnie de Pierres , qui font tombées en
pouffiere lorfqu'on y a touché ; il y avoit auprès
de cette Sépulture quantité d'offemens ; mais il
ne s'eft trouvé ni Médailles ni autres marques
qui ayent pú fervir à découvrir l'ancienneté & le
caractere du Squelette.
Les Députez du Parlement qui avoient reçû
les ordres du Roi le 29.du mois dernier, le rendirent
à Fontainebleau le premier de ce mois , &
M. Portail , Premier Preſident , étant à leur tête .
Ils furent prefentez & conduits à l'Audience de
Sa Majesté avec les ceremonies accoûtumées. Le
Roi leur expliqua le fujer pour lequel il les avoit
mandez. Il leur fit enfuite déclarer fa volonté
par le Chancelier de France , & le Roi ordonna
aux Députez d'inftruire le Parlement afſemblé
des intentions de S. M.
Le 7. la Reine fit rendre à l'Eglife de la Paroiffe
les Pains Benits , qui furent préfentez par l'Abbé
de Sainte Hermine , Aumônier de S. M. accompagné
du Maître d'Hôtel Ordinaire , & du Contrôleur
en quartier.
Le 6. de ce mois , le Baron Chedda , Envoyé
Extraordinaire du Roi de Suede , & l'un de fes
Ambaffadeurs Plénipotentiaires au Congrés de
Soiffons , eut , en long Manteau de deuil , une
Audience particuliere du Roi , dans laquelle il fit
1
1111 part
1044 MERCURE DE FRANCE
part à S. M. de la mort du Landgrave de Heffle-
Caffel ,, pere du Roi de Suede . Il fut conduit par
M. Hebert, Introducteur des Ambaſſadeurs , qui le
conduifit enfuite à l'Audience de la Reine.Le lendemain
le Comte de Godolfkin ,Miniftre de Ruffie,
& Plenipotentiaire au Congrés de Soiffons , eut
auffi,en Manteau long, une pareille Audience pour
notifier la mort du Czar Pierre II.
Le 26. Avril,il y eut Concert à Fontainebleau ,M.
Deftouches , Sur - Intendant de la Mufique du Roi,
fit chanter devant la Reine le Prologue de l'Opera
de Callirhoé , dont la Mufique eft de fa
compofition, lequel fut parfaitement bien executé;
le Role de la Victoire fut chanté avec beaucoup
de fuccès par la Dile Denis , ainfi que celui d'aftrée
, par la Dlle Barbier .
Le 3. May , on chanta- devant la Reine , le premier
Acte du même Opera , qu'on acheva de
chanter le 8. le fo. le 15. & le 17. le Rôle de
Callirhoé fut chanté avec applaudiffement par la
Dle Lenner , de la Mufique du Roi , ainfi que
celui de Corefus , par le fieur d'Angerville.
Le 22. & le 24. M. Campra , Maître de Mu
fique de la Chapelle du Roi , fit chanter devant
la Reine , des fragmens de fon Ballet de l'Eμ-
rope Galante , qui furent très - bien executez &
firent beaucoup de plaifir.
Le 8. la Lotterie pour le Remboursement des
Rentes fur l'Hôtel de Ville, fut tirée en preſence
du Prévôt des Marchands & des Echevins , en la
· maniere accoûtumée , le fonds de ce mois s'eft
trouvé monter à la fomme de 1352045. livres ,
laquelle a été diftribuée aux Rentiers pour les Lots
qui leur font échus , conformément à la Lifte generale
qui a été rendue publique.
Le
MAY . 1730. 1045
Le 10. de ce mois , douze Députez de la Faculté
de Théologie de Paris , introduits dans le Cabinet
du Roi & préfentez par le Comte de Maurepas
, Secretaire d'itat , eurent l'honneur de remettre
entre les mains de S. M. les Actes nouvellement
imprimez , que cette Faculté a faits
depuis le mois de Novembre 1729. pour faire
obferver par tous ces Membres , & executer la
Conftitution Unigenitus . M.Lullier,Doyen, porta
la parole avec éloquence , & en même- temps il
remercia le Roi au nom de la Faculté , de la nou
velle Déclaration du 24. Mars dernier : S. M. reçut
ces Députez avec bonté , & leur donna des
marques de fa fatisfaction .
Le 25. Mai la Lotterie de la Compagnie des
Indes,ordonnée par l'Arrêt du Confeil du 2.May,
pour le remboursement de vingt-cinq milleActions
fut tirée en prefence des Commiffaires , Syndics &
Directeurs de la Compagnie. On a publié la Lifte
des Numero, des Actions & des Dixièmes d'Actions
qui doivent être remboursées , au bas de laquelle
il eft dit que les Porteurs des Actions &
des Dixiémes d'Actions , feront tenus ( pour recevoir
leurs Rembourfemens au Tréfor Royal )
de faire vifer leurs Actions ou Dixiémes , dans
le Bureau du heur Barillon , Infpecteur de ladite
Lotterie , par le fieur Bofc , nommé à cet effet ,
lequel Bureau fera ouvert le matin jufqu'à midi,&
le foir jufqu'à fix heures..
Le 18. jour de l'Afcenfion , & le 28. Fête de
la Pentecôte , il y eut Concert Spirituel au Château
des Tuilleries , on y chanta differens Motets
de M. de la Lande , qui furent parfaitement bien
executez , de même que d'autres petits Motets
chantez par les Diles Erremens , le Maure &
Iv Petitpas
1046 MERCURE DE FRANCE
Petitpas, il y eut auffi plufieurs Pieces de Simphonie
, dont l'execution paroît toûjours admirable.
Le même Concert Spirituel, recommencera le 8.
jour de la Fête -Dieu .
La Cour eft encore à Fontainebleau , où Leurs
Majeftez fe plaifent beaucoup, La Chaffe du Cerf,
du Chevreuil & du Sanglier , la Promenade , le
Jeu , les Concerts , les Appartemens , la Comedie
Françoife , font alternativement le fujet des
Divertiffemens qu'on y prend. Les Comediens.
François y ont joué trois fois la Semaine , le
Mardi , le Jeudi & le Samedi, Ils repréfenterent,
le Jeudi 27. Avil , la Comedie de l'Etourdi.
Le 29. la Tragedie de Phedre & Efarbagnas.
Le 2. May , l'Esprit Folet."
Le 4. Venceslas & le Mariage forcé.
Le 6. l'Ecole des Maris & les Fâcheux.
Le 9. Rodogune & l'Eté des Coquettes..
la Comedie du Muet.
Le II.
Le 13. Mithridate.
Le 16. le Joueur.
Le 20. Andromaque & le Balillard.
Le 23. l'Avare.
Le 25. Cinna & l'Eſprit de contradiction.
Fermer
Résumé : « Le 28. Avril, les Dominicains du Grand Couvent de la Rue S. Jacques, celebrerent dans leur Eglise [...] »
En avril et mai, plusieurs événements marquants eurent lieu en France. Le 28 avril, les Dominicains du Grand Convent de la Rue Saint-Jacques célébrèrent un service solennel pour le repos de l'âme du pape Benoît XIII. L'évêque de Lefcar y célébra la messe pontificalement, et l'oraison funèbre fut prononcée par le père Corbierre. L'église était tendue de noir avec les armes du pape défunt. Suite au décès de M. le marquis de Firmacon, le gouvernement du Mont Louis et la lieutenance générale de la province de Roussillon furent accordés à M. le comte de Caylus. La lieutenance générale du comté de Bourgogne fut attribuée à M. le duc de Durfort après la démission de M. le duc d'Harcourt. Lors des fouilles des fondements du gouvernement de l'île de Ré, un squelette de femme orné d'une couronne de cuivre doré garnie de pierres fut découvert. Des offrandes furent trouvées près de la sépulture, mais aucune médaille ou marque permettant de déterminer l'ancienneté et le caractère du squelette. Le 1er mai, les députés du Parlement furent présentés au roi à Fontainebleau, qui leur expliqua la raison de leur convocation. Le 7 mai, la reine fit rendre à l'église paroissiale les pains bénits, présentés par l'abbé de Sainte Hermine. Le 6 mai, le baron Chedda, envoyé extraordinaire du roi de Suède, informa le roi de la mort du landgrave de Hesse-Cassel. Le lendemain, le comte de Godolfkin, ministre de Russie, notifia la mort du tsar Pierre II. Des concerts et des représentations théâtrales eurent lieu à Fontainebleau et aux Tuileries. Le 26 avril, un concert fut donné où M. Destouches fit chanter le prologue de l'opéra de Callirhoé. Les 3, 8, 15 et 17 mai, divers actes de cet opéra furent chantés avec succès. Les 22 et 24 mai, M. Campra fit chanter des fragments de son ballet L'Europe galante. Le 8 mai, la loterie pour le remboursement des rentes sur l'Hôtel de Ville fut tirée, distribuant 1 352 045 livres aux rentiers. Le 10 mai, douze députés de la Faculté de Théologie de Paris remirent au roi les actes concernant la constitution Unigenitus. Le 25 mai, la loterie de la Compagnie des Indes fut tirée en présence des commissaires de la compagnie. Les 18 et 28 mai, des concerts spirituels eurent lieu au château des Tuileries. La cour se trouvait à Fontainebleau, où Leurs Majestés prenaient plaisir à diverses activités telles que la chasse, les promenades, les jeux, les concerts, et la comédie française. Les comédiens français jouèrent plusieurs pièces, dont 'L'Étourdi', 'Phèdre', 'Rodogune' et 'L'Avare'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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279
p. 1063-1073
MEMOIRE adressé aux Auteurs du Mercure de France, sur les Antiquitez de Northumberland en Angleterre.
Début :
Comme je sçai, Messieurs, qu'on voit votre Journal en Angleterre, [...]
Mots clefs :
Angleterre, York, Église, Antiquités, Évêques, Histoire, Diocèse, Northumberland
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE adressé aux Auteurs du Mercure de France, sur les Antiquitez de Northumberland en Angleterre.
EMOIRE adreffe aux Auteurs du
Mercure de France , fur les Antiquitez
de Northumberland en Angleterre.
C
Omme je fçai , Meffieurs , qu'on
voit votre Journal en Angleterre ,
trouvez bon que je vous prie d'y inferer
I. Vol. la
A iiij
1064 MERCURE DE FRANCE
la demande de quelques éclairciffemens
que je ferois bien aiſe d'avoir ſur une des
Eglifes de ce Royaume , qui a été illuftre
dans fon temps . Il m'eft tombé entre les
mains un Manufcrit du milieu du treiziéme
fiecle , qui contient entre autres
chofes un Catalogue des Evêques de cette
Ifle. Pour en verifier quelque choſe fur
les Collections Benedictines de Dom Mabillon
, j'ai choifi les derniers Sieges dont
il eft parlé , c'est-à- dire les plus Septentrionnaux
& du Pays que les Anglois appellent
Northumberland , ou l'ancienne
Province Ecclefiaftique d'York , & je me
fuis apperçu de quelques difficultez qui
reftent à lever fur les origines de l'Eglife
d'Hauguftald , par rapport à ce qu'en a
dit le P. Mabillon en differens endroits
de fes Ouvrages .
On trouve dans la premiere Partie du
troifiéme fiecle Benedictin , p. 208. l'Ecrit
d'un Chanoine Régulier de cette Eglife ,
rédigé au XII. fiecle , par lequel il paroît
, Num. 24. que ce fut le Roi Egfrid,
à qui S. Wilfrid , placé dès l'an 664. fur
le Siege d'York , avoit le malheur de déplaire
, lequel conjointement avec Theodore
, Archevêque de Cantorbery , pour
diminuer l'étendue du Diocèfe d'York ,
érigea un Evêché à Hauguftald , & que
le premier Evêque placé fur ce nouveau
I. Vol. Siege
JUIN. 1730. 1065
Siege s'appelloit Eata ou Aata. Quoique
le Catalogue manuſcrit que j'ai vŷ , paroiffe
s'accorder avec cet Imprimé , j'en
tranfcrirai cependant ici le commencement
, afin qu'on puiffe juger s'il eſt ſuffifamment
conforme à l'Hiftoire de Bede ,
qui ne pouvoit ignorer l'Hiftoire d'un
Diocèfe dont il étoit.
1
Paulinus primus fuit Archiepifcopus Eboracenfis.
Quo expulfo Scotti videlicet Aidenus,
Finianus, Colemannus fuccefferunt ; qui
nec pallio nec Urbis nobilitate volentes at
tolli , in infula Lindisfarnenfi delituerunt.
Succeffit wilfridus. Quo ultra mare caufa
confecrationis moras nectente , Ceadda contra
regulas ob Ofwio rege inthronizatur :
fed ipfo ab Archiepifcopo Theodoro extrufo ,"
wilfridus , iterum Epifcopus conftituitur. Quo
iterum expulfo duo pro eo conftitui funt ; in
Eboraco Bofa ; in Auguftaldo Eata. Illo
autem defuncto Johannes pro eo ordinatur
tempore Alfridi Regis.. Iterum in totum Epif
copatum wilfridus expulfis Johanne de Auguftaldo
& Bofa de Eboraco receptus eft per
annos quinque. Expulfo iterum wilfrido , illi
fedibus fuis reftituti funt. Defuncto Rege Al
frido , iterum in concordiam wilfridus receptus
fedem apud Auguftaldum habuit , Johanne
in Eboraco migrante , quia jam Bofa
defunctus erat. Succeffit in Eboraco Wilfridus
Presbiter fuus. Ifto defuncto fubftituitur·
1
Egbertus , &c. is
Et A v
1066 MERCURE DE FRANCE
Et dans l'Article fuivant intitulé
Dunhelmenfes Epifcopi , le Catalogue commence
ainfi Lindefarne eft Infula exigua
que nomine à Provincialibus Haligeland
vocatur, in qua Aidanus primus fedit Epif
eopus : Succeffores ejus fuerunt Finianus ,
Colemannus , Tudda , Eata , Cuthbertus ,
Adbertus, Edbertus , Adelwoldus , Kinewlfus
, Higebaldus. Hujus temporibus dani
depopulati funt Infulam , & c.
La liaifon qui a parû à plufieurs Ecrivains
être entre le Siege de Lindisfarne.
& celui d'Auguftald , m'a engagé a rapporter
auffi les dix dernieres lignes que
vous venez de lire . On ne fçauroit produire
trop de Catalogues , lorsqu'on veut
être parfaitement éclaifci fur des points
d'antiquité fi reculez . Il faut auffi avouer
que les variations arrivées dans l'Eglife
d'York , & celles qui ont été formées de
fes démembremens furent fi frequentes:
en peu d'années , que le Pere Mabillonparoit
même s'y être trompé. Il le mar
que au bas de la vie de S. Wilfrid par
Éddi , qu'il a publiée à la fin du premier
Tome du quatriéme fiecle Benedictin
mais d'une maniere qui fe contredit , puifqu'à
la page 689. il dit que lorfque Théodofe
divifa en trois l'Evêché d'York , ce
fut à Haguftald ou Lindisfarne que fur
mis Bofa , & que celui qui s'appelloit Eate
I. Vol. fut
JUIN. 1730. 1067
fut placé à York , & à la page 712. il
place ces deux Evêques tout au contraire,
& neanmoins par la main de Théodore
Bofa à York , & Eate à Haguſtald : qui
eft le fentiment qu'il a fuivi depuis dans
fes Annales , & qui eft conforme à Bede
& aux autres qui ont écrit depuis lui.
Mais cette faute échappée au Pere Mabillon
, eft pour faire voir en paffant que
l'arrangement des Evêques portionnaires
du Diocèfe d'York eft un vrai caffe - tête ,
que les plus habiles peuvent s'y tromper
, jufqu'à ce que les Anglois ayent écrit
à fond fur cette matiere.
&
L'Anonyme Chanoine Régulier d'Hauguftald
au XII fiecle, dont l'écrit paroît
avoir déterminé le P. Mabillon à admettre
Eate pour premier Evêque d'Hauguf
tald , avoit fait des recherches dans les
Chroniques & les Hiftoires du Pays , ainfi
qu'il le dit lui-même , Num. 24. & voici
le rang qu'il femble qu'on doit donner
aux Evêques de ce Siege , fuivant les Memoires
qu'il en a laiffés. Saint Eate auroit
été le premier Evêque d'Hauguftald ; fon
Epifcopat auroit été interrompu par quelques
années de la prélature d'un nommé
Jumbert ou Trumbertht , & cependant
Ş. Eate feroit mort Evêque d'Hauguftald .
Il auroit eu pour fucceffeur S. Jean , puis
S. Wilfrid d'York, lorfque Jean eut choifi
I. Vol.
York
1068 MERCURE DE FRANCE
Yorc , au lieu d'Hauguftald , enfuite faint
Acca , puis les Evêques qui fuivent , fçavoir
, S. Fredbert , S. Alchmond , & un
autre nommé Tilbert. Richard , Prieur
de la même Eglife d'Hauguftald , qui a
auffi étrit au XII . fiecle , fur les origines
de cette Eglife , marque (a) que ce fut
fainte Ethelrede , Reine , Epoufe du Roi
Egfrid , qui fit prefent à S. Wilfrid en
674. de la petite Ville d'Hauguftald , pour
y établir un Evêché. Ut eam Epifcopali
Cathedra fublimaret , cui ipfe primus ac poft
eum alii jure Ecclefiaftico federent , & en
effet ce faint Evêque d'York y bâtit à ce
deffein une Eglife en l'honneur de faint-
André , felon Eddi , Cap. 21.- Auteur de
fa Vie , plus ancien que Bede : mais il n'eut
pas le loifir d'accomplir lui- même la condition
que lui avoit demandée la fainte
Reine. On a vû plus haut que ce fut
Théodore de Cantorbery qui fit cette
érection dans la perfonne d'Eate. Où donc
placer un nommé Oftfore , que Dom Mabillon
met parmi les Evêques du Siege
d'Hauguftald , qui ont été de la connoiffance
du venerable Bede ? Ce feroit un
embarras difficile à lever , s'il étoit certain'
que ce fçavant Benedictin ne fe fût pas
trompé dans cet endroit de ſes Annales ,(b)
. (a) Sac. iij. Bened. P. 1. pag. 228
(b), Annal. Bened. P. 1. pag. 474.
L..Vol.
Mais
JUIN. 1730. 1069
Mais en comparant avec ce qu'il dit ,
l'endroit du quatriéme Livre de Bede
qu'il cite , Num. 23 on reconnoît que-
F'Evêque d'Hauguftald , dont Bede fait là
mention , eft S. Jean , qui le fut après la
mort de S. Eate , & qu'Oftfore , que Bede
nomme le troifiéme des Prélats formez
dans leur jeuneffe par les Ecclefiaftiques :
ou Moines deflervans le Monaftere de
fainte Hilde , & non perfonnellement par
cette fainte Abbeffe , comme le dit Dom
Mabillon , fut Evêque dans la contrée dés
Wicciens , & non d'Hauguftald . Il eft inu
tile de faire remarquer que c'eft encore
par une espece d'inadvertance que les mê
mes Annales Benedictines , page 595. attribuent
à Aetla ou Elda , Evêque de
Dorceſter , tous les voyages & les actions
que Bede , au même endroit , attribue às
cet Oftfore , Evêque des Wicciens . Cela
ne fait rien à P'Hiftoire des Origines
d'Hauguftald..
Mais ce qu'il ne feroit pas indifferent
de fçavoir eft , touchant la maniere ,d'e
crire le nom de la Ville dont je parle ,,
& s'il n'eft pas de l'exactitude de le com--
mencer par une aſpiration & non pas fimplement
par la voyelle A , comme fait le:
Manufcrit que j'ai rapporté cy- deffus &
d'autres Auteurs pofterieurs. N'y ayant:
point d'apparence que les Villes d'An-
Lt.Voll gleterre
FOTO MERCURE DE FRANCE
gleterre ayent tiré leur nom du Latin ,
puifque l'afpiration y eft ufitée jufques
dans les noms qui commencent par une
confonne , tel que Hripis , qui fignifie
l'Abbaye de Ripon; il eft , ce femble, plus
conforme à l'origine des chofes , d'employer
l'afpiration à tous les endroits où
les Anciens l'employoient dans ces noms
propres. On dira peut-être que le nom
d'Auguftald vient de quelque Empereur
Romain, par exemple, d'Hadrien , lequel
fit bâtir peu loin delà le fameux mur qui
féparoit les Bretons Romains d'avec les
Barbares ; mais c'eft deviner que d'avancer
un tel fait fans aucun garant. Richard,
Prieur de cette Eglife , donna , ce femble,
il y a fix cens ans , le dénouement de cette
difficulté Géographique . Parlant des Origines
de cette Ville : Hac autem , dit- il ,
arivulo ibi de currente & quandoque ad
modum torrentis exuberante Heftild nomine
Heftoldeldam quafi prædium Heftild vocatur,
& ailleurs il l'appelle Heftoldesham. Selon
cette étimologie , le nom d'Hauguftald
n'appartient à la Langue Latine , que par
les terminaifons des cas qu'on y ajuste , à
la maniere ordinaire , comme a fait Bede
& les autres depuis lui ; car Eddi , plus
ancien que lui écrit toûjours Haguftaldefe,
fans aucune influxion de cas. Le Chanoine
Regulier anonyme du XII . fiecle qui
Ꮧ. Vol . emJUIN.
1730. 1071
·
employe plufieurs fois l'expreffion de
Sandla Hanguftaldenfis Ecclefia , s'eſt ſervi
auffi une fois du terme d'Haguftaldunum :
& delà vient , fans doute, que dans les
fiecles fuivans cette terminaifon a été ufitée.
Pierre de Natalibus rapportant toute
la vie de S. Jean d'Hauguftald , tirée de
Bede , donne à cet Evêché d'Angleterre
le nom d'Auguftodunum. Ce changement
ou adouciffement de nom s'étant introduit
peu à peu , Maurolycus , Abbé de
Mefane & Baronius depuis lui , s'y font
conformez dans leurs Martyrologes . C'eft
pourquoi j'excuferois volontiers le Cardinal
Baronius , d'avoir annoncé ainfi dans.
le fien au 29. Octobre l'une des Fêtes de
S. Jean d'Hauguftald ; Auguftoduni S. Johannis
Epifcopi & Confefforis. On voit
fuffisamment par la Note , où il fait mention
d'un Wilfrid , fucceffeur de ce faint
Jean , que ce Cardinal n'a nullement cu
en vûe l'Eglife d'Autun en France . Mais
fi ce qu'on me mande du Calendrier du
nouveau Breviare d'Autun eft veritable .
fçavoir que les Editeurs ont fait de ce
faint Evêque d'Angleterre un Evêque
Bourguignon & affis fur le Siege d'Autun ;
la méprife mérite d'être remarquée dans
le fiecle où nous fommes . C'eft comme fi
les Poitevins s'avifoient de mettre au rang
de leurs Evêques un S. Victorin , Evêque
I. Vol.
de
1072 MERCURE DE FRANCE
de Pettau en Stirie , duquel a parlé faine
Jérôme , & qu'ils fe laiffaffent féduire par
le mauvais Latin de Baronius , qui a mis
Pictavienfis au lieu de Pictabionenfis . Je
ne doute pas que les Anglois ne revendiquent
bien vîte le S. Prélat Jean d'Hau ▲ -
guftald,, qquuee M. Robert , dans fa Gaule
Chrétienne , & M. Chaſtelain depuis lui ,
dans fon Martyrologe univerfel , ont
reconnu leur appartenir , & nullement à
l'Eglife d'Autun.
Quoique excufe en quelque maniere
Baronius , fur l'annonce qu'il a faite au
29. Octobre , je dirai cependant qu'il ſeroit
à fouhaiter qu'il s'en fût abftenu ;-
parce que la regle n'eft pas de marquer
un même Saint à deux jours differens
à moins qu'on ne dife que l'un des deux
jours eft celui d'une Tranflation ou autre
Fête , fans quoi on induit les Lecteurs
dans l'erreur . Peut être eft- ce cette duplication
d'annonce qui a porté ceux qui
ont dreffé la Table Topographique de fon
Martyrologe , à ranger ce S. Jean parmi
les Evêques d'Autun , à caufe du mot
´d'Auguftodunum , qu'ils ne fçavoient pas
être le même qu'Auguftaldunum d'Angleterre.
Quoiqu'il en foit , Baronius avoit
déja mis au 7. May le faint Jean Evêque ·
d'Haguftald , fous le nom de Jean de Beverley
, Archevêque d'York. On a vit cy
L. vol. deffus
JUIN
1730. 1073
deffus par les Hiftoriens que j'ai rapportez,
qu'en effet il paffa au Siege d'York après
avoir été affis fur celui d'Hauguftald . Mais
fon grand âge l'obligeant de quitter , il
fe retira à Beverley , qui étoit une Terre
qu'il avoit acquife , & il y mourut. Delà
fui vint ce fur- nom de Beverley , fous lequel
il eft connu plus communément.
L'experience journaliere des Taureaux indomptez
qui devenoient doux comme des
Moutons , dès qu'on les avoit fait entrer
dans le Cimetiere de l'Eglife où il avoit
été inhumé , eft une chofe finguliere à lire
dans Guillaume de Malmesbury . On trouve
auffi que Rever- Ley tire fon étymologie
de Petuaria- Parifiorum. 11 eft affez
fenfible comment Bever vient de Petuaria :
mais on ne voit pas bien d'où a été formée
cette dénomination de Parifiorum. La Capitale
de notre Royaume auroit- elle
vigné jufques- là ? Y auroit- elle envoyé
une Colonie ? Voilà des doutes à réfoudre
, auffi-bien que l'étymologie veritable
d'Hauguftald , l'Egifcopat d'Oftfore & le
nom du premier Prélat qui occupa le
nouveau Siege d'Hauguſtald
Mercure de France , fur les Antiquitez
de Northumberland en Angleterre.
C
Omme je fçai , Meffieurs , qu'on
voit votre Journal en Angleterre ,
trouvez bon que je vous prie d'y inferer
I. Vol. la
A iiij
1064 MERCURE DE FRANCE
la demande de quelques éclairciffemens
que je ferois bien aiſe d'avoir ſur une des
Eglifes de ce Royaume , qui a été illuftre
dans fon temps . Il m'eft tombé entre les
mains un Manufcrit du milieu du treiziéme
fiecle , qui contient entre autres
chofes un Catalogue des Evêques de cette
Ifle. Pour en verifier quelque choſe fur
les Collections Benedictines de Dom Mabillon
, j'ai choifi les derniers Sieges dont
il eft parlé , c'est-à- dire les plus Septentrionnaux
& du Pays que les Anglois appellent
Northumberland , ou l'ancienne
Province Ecclefiaftique d'York , & je me
fuis apperçu de quelques difficultez qui
reftent à lever fur les origines de l'Eglife
d'Hauguftald , par rapport à ce qu'en a
dit le P. Mabillon en differens endroits
de fes Ouvrages .
On trouve dans la premiere Partie du
troifiéme fiecle Benedictin , p. 208. l'Ecrit
d'un Chanoine Régulier de cette Eglife ,
rédigé au XII. fiecle , par lequel il paroît
, Num. 24. que ce fut le Roi Egfrid,
à qui S. Wilfrid , placé dès l'an 664. fur
le Siege d'York , avoit le malheur de déplaire
, lequel conjointement avec Theodore
, Archevêque de Cantorbery , pour
diminuer l'étendue du Diocèfe d'York ,
érigea un Evêché à Hauguftald , & que
le premier Evêque placé fur ce nouveau
I. Vol. Siege
JUIN. 1730. 1065
Siege s'appelloit Eata ou Aata. Quoique
le Catalogue manuſcrit que j'ai vŷ , paroiffe
s'accorder avec cet Imprimé , j'en
tranfcrirai cependant ici le commencement
, afin qu'on puiffe juger s'il eſt ſuffifamment
conforme à l'Hiftoire de Bede ,
qui ne pouvoit ignorer l'Hiftoire d'un
Diocèfe dont il étoit.
1
Paulinus primus fuit Archiepifcopus Eboracenfis.
Quo expulfo Scotti videlicet Aidenus,
Finianus, Colemannus fuccefferunt ; qui
nec pallio nec Urbis nobilitate volentes at
tolli , in infula Lindisfarnenfi delituerunt.
Succeffit wilfridus. Quo ultra mare caufa
confecrationis moras nectente , Ceadda contra
regulas ob Ofwio rege inthronizatur :
fed ipfo ab Archiepifcopo Theodoro extrufo ,"
wilfridus , iterum Epifcopus conftituitur. Quo
iterum expulfo duo pro eo conftitui funt ; in
Eboraco Bofa ; in Auguftaldo Eata. Illo
autem defuncto Johannes pro eo ordinatur
tempore Alfridi Regis.. Iterum in totum Epif
copatum wilfridus expulfis Johanne de Auguftaldo
& Bofa de Eboraco receptus eft per
annos quinque. Expulfo iterum wilfrido , illi
fedibus fuis reftituti funt. Defuncto Rege Al
frido , iterum in concordiam wilfridus receptus
fedem apud Auguftaldum habuit , Johanne
in Eboraco migrante , quia jam Bofa
defunctus erat. Succeffit in Eboraco Wilfridus
Presbiter fuus. Ifto defuncto fubftituitur·
1
Egbertus , &c. is
Et A v
1066 MERCURE DE FRANCE
Et dans l'Article fuivant intitulé
Dunhelmenfes Epifcopi , le Catalogue commence
ainfi Lindefarne eft Infula exigua
que nomine à Provincialibus Haligeland
vocatur, in qua Aidanus primus fedit Epif
eopus : Succeffores ejus fuerunt Finianus ,
Colemannus , Tudda , Eata , Cuthbertus ,
Adbertus, Edbertus , Adelwoldus , Kinewlfus
, Higebaldus. Hujus temporibus dani
depopulati funt Infulam , & c.
La liaifon qui a parû à plufieurs Ecrivains
être entre le Siege de Lindisfarne.
& celui d'Auguftald , m'a engagé a rapporter
auffi les dix dernieres lignes que
vous venez de lire . On ne fçauroit produire
trop de Catalogues , lorsqu'on veut
être parfaitement éclaifci fur des points
d'antiquité fi reculez . Il faut auffi avouer
que les variations arrivées dans l'Eglife
d'York , & celles qui ont été formées de
fes démembremens furent fi frequentes:
en peu d'années , que le Pere Mabillonparoit
même s'y être trompé. Il le mar
que au bas de la vie de S. Wilfrid par
Éddi , qu'il a publiée à la fin du premier
Tome du quatriéme fiecle Benedictin
mais d'une maniere qui fe contredit , puifqu'à
la page 689. il dit que lorfque Théodofe
divifa en trois l'Evêché d'York , ce
fut à Haguftald ou Lindisfarne que fur
mis Bofa , & que celui qui s'appelloit Eate
I. Vol. fut
JUIN. 1730. 1067
fut placé à York , & à la page 712. il
place ces deux Evêques tout au contraire,
& neanmoins par la main de Théodore
Bofa à York , & Eate à Haguſtald : qui
eft le fentiment qu'il a fuivi depuis dans
fes Annales , & qui eft conforme à Bede
& aux autres qui ont écrit depuis lui.
Mais cette faute échappée au Pere Mabillon
, eft pour faire voir en paffant que
l'arrangement des Evêques portionnaires
du Diocèfe d'York eft un vrai caffe - tête ,
que les plus habiles peuvent s'y tromper
, jufqu'à ce que les Anglois ayent écrit
à fond fur cette matiere.
&
L'Anonyme Chanoine Régulier d'Hauguftald
au XII fiecle, dont l'écrit paroît
avoir déterminé le P. Mabillon à admettre
Eate pour premier Evêque d'Hauguf
tald , avoit fait des recherches dans les
Chroniques & les Hiftoires du Pays , ainfi
qu'il le dit lui-même , Num. 24. & voici
le rang qu'il femble qu'on doit donner
aux Evêques de ce Siege , fuivant les Memoires
qu'il en a laiffés. Saint Eate auroit
été le premier Evêque d'Hauguftald ; fon
Epifcopat auroit été interrompu par quelques
années de la prélature d'un nommé
Jumbert ou Trumbertht , & cependant
Ş. Eate feroit mort Evêque d'Hauguftald .
Il auroit eu pour fucceffeur S. Jean , puis
S. Wilfrid d'York, lorfque Jean eut choifi
I. Vol.
York
1068 MERCURE DE FRANCE
Yorc , au lieu d'Hauguftald , enfuite faint
Acca , puis les Evêques qui fuivent , fçavoir
, S. Fredbert , S. Alchmond , & un
autre nommé Tilbert. Richard , Prieur
de la même Eglife d'Hauguftald , qui a
auffi étrit au XII . fiecle , fur les origines
de cette Eglife , marque (a) que ce fut
fainte Ethelrede , Reine , Epoufe du Roi
Egfrid , qui fit prefent à S. Wilfrid en
674. de la petite Ville d'Hauguftald , pour
y établir un Evêché. Ut eam Epifcopali
Cathedra fublimaret , cui ipfe primus ac poft
eum alii jure Ecclefiaftico federent , & en
effet ce faint Evêque d'York y bâtit à ce
deffein une Eglife en l'honneur de faint-
André , felon Eddi , Cap. 21.- Auteur de
fa Vie , plus ancien que Bede : mais il n'eut
pas le loifir d'accomplir lui- même la condition
que lui avoit demandée la fainte
Reine. On a vû plus haut que ce fut
Théodore de Cantorbery qui fit cette
érection dans la perfonne d'Eate. Où donc
placer un nommé Oftfore , que Dom Mabillon
met parmi les Evêques du Siege
d'Hauguftald , qui ont été de la connoiffance
du venerable Bede ? Ce feroit un
embarras difficile à lever , s'il étoit certain'
que ce fçavant Benedictin ne fe fût pas
trompé dans cet endroit de ſes Annales ,(b)
. (a) Sac. iij. Bened. P. 1. pag. 228
(b), Annal. Bened. P. 1. pag. 474.
L..Vol.
Mais
JUIN. 1730. 1069
Mais en comparant avec ce qu'il dit ,
l'endroit du quatriéme Livre de Bede
qu'il cite , Num. 23 on reconnoît que-
F'Evêque d'Hauguftald , dont Bede fait là
mention , eft S. Jean , qui le fut après la
mort de S. Eate , & qu'Oftfore , que Bede
nomme le troifiéme des Prélats formez
dans leur jeuneffe par les Ecclefiaftiques :
ou Moines deflervans le Monaftere de
fainte Hilde , & non perfonnellement par
cette fainte Abbeffe , comme le dit Dom
Mabillon , fut Evêque dans la contrée dés
Wicciens , & non d'Hauguftald . Il eft inu
tile de faire remarquer que c'eft encore
par une espece d'inadvertance que les mê
mes Annales Benedictines , page 595. attribuent
à Aetla ou Elda , Evêque de
Dorceſter , tous les voyages & les actions
que Bede , au même endroit , attribue às
cet Oftfore , Evêque des Wicciens . Cela
ne fait rien à P'Hiftoire des Origines
d'Hauguftald..
Mais ce qu'il ne feroit pas indifferent
de fçavoir eft , touchant la maniere ,d'e
crire le nom de la Ville dont je parle ,,
& s'il n'eft pas de l'exactitude de le com--
mencer par une aſpiration & non pas fimplement
par la voyelle A , comme fait le:
Manufcrit que j'ai rapporté cy- deffus &
d'autres Auteurs pofterieurs. N'y ayant:
point d'apparence que les Villes d'An-
Lt.Voll gleterre
FOTO MERCURE DE FRANCE
gleterre ayent tiré leur nom du Latin ,
puifque l'afpiration y eft ufitée jufques
dans les noms qui commencent par une
confonne , tel que Hripis , qui fignifie
l'Abbaye de Ripon; il eft , ce femble, plus
conforme à l'origine des chofes , d'employer
l'afpiration à tous les endroits où
les Anciens l'employoient dans ces noms
propres. On dira peut-être que le nom
d'Auguftald vient de quelque Empereur
Romain, par exemple, d'Hadrien , lequel
fit bâtir peu loin delà le fameux mur qui
féparoit les Bretons Romains d'avec les
Barbares ; mais c'eft deviner que d'avancer
un tel fait fans aucun garant. Richard,
Prieur de cette Eglife , donna , ce femble,
il y a fix cens ans , le dénouement de cette
difficulté Géographique . Parlant des Origines
de cette Ville : Hac autem , dit- il ,
arivulo ibi de currente & quandoque ad
modum torrentis exuberante Heftild nomine
Heftoldeldam quafi prædium Heftild vocatur,
& ailleurs il l'appelle Heftoldesham. Selon
cette étimologie , le nom d'Hauguftald
n'appartient à la Langue Latine , que par
les terminaifons des cas qu'on y ajuste , à
la maniere ordinaire , comme a fait Bede
& les autres depuis lui ; car Eddi , plus
ancien que lui écrit toûjours Haguftaldefe,
fans aucune influxion de cas. Le Chanoine
Regulier anonyme du XII . fiecle qui
Ꮧ. Vol . emJUIN.
1730. 1071
·
employe plufieurs fois l'expreffion de
Sandla Hanguftaldenfis Ecclefia , s'eſt ſervi
auffi une fois du terme d'Haguftaldunum :
& delà vient , fans doute, que dans les
fiecles fuivans cette terminaifon a été ufitée.
Pierre de Natalibus rapportant toute
la vie de S. Jean d'Hauguftald , tirée de
Bede , donne à cet Evêché d'Angleterre
le nom d'Auguftodunum. Ce changement
ou adouciffement de nom s'étant introduit
peu à peu , Maurolycus , Abbé de
Mefane & Baronius depuis lui , s'y font
conformez dans leurs Martyrologes . C'eft
pourquoi j'excuferois volontiers le Cardinal
Baronius , d'avoir annoncé ainfi dans.
le fien au 29. Octobre l'une des Fêtes de
S. Jean d'Hauguftald ; Auguftoduni S. Johannis
Epifcopi & Confefforis. On voit
fuffisamment par la Note , où il fait mention
d'un Wilfrid , fucceffeur de ce faint
Jean , que ce Cardinal n'a nullement cu
en vûe l'Eglife d'Autun en France . Mais
fi ce qu'on me mande du Calendrier du
nouveau Breviare d'Autun eft veritable .
fçavoir que les Editeurs ont fait de ce
faint Evêque d'Angleterre un Evêque
Bourguignon & affis fur le Siege d'Autun ;
la méprife mérite d'être remarquée dans
le fiecle où nous fommes . C'eft comme fi
les Poitevins s'avifoient de mettre au rang
de leurs Evêques un S. Victorin , Evêque
I. Vol.
de
1072 MERCURE DE FRANCE
de Pettau en Stirie , duquel a parlé faine
Jérôme , & qu'ils fe laiffaffent féduire par
le mauvais Latin de Baronius , qui a mis
Pictavienfis au lieu de Pictabionenfis . Je
ne doute pas que les Anglois ne revendiquent
bien vîte le S. Prélat Jean d'Hau ▲ -
guftald,, qquuee M. Robert , dans fa Gaule
Chrétienne , & M. Chaſtelain depuis lui ,
dans fon Martyrologe univerfel , ont
reconnu leur appartenir , & nullement à
l'Eglife d'Autun.
Quoique excufe en quelque maniere
Baronius , fur l'annonce qu'il a faite au
29. Octobre , je dirai cependant qu'il ſeroit
à fouhaiter qu'il s'en fût abftenu ;-
parce que la regle n'eft pas de marquer
un même Saint à deux jours differens
à moins qu'on ne dife que l'un des deux
jours eft celui d'une Tranflation ou autre
Fête , fans quoi on induit les Lecteurs
dans l'erreur . Peut être eft- ce cette duplication
d'annonce qui a porté ceux qui
ont dreffé la Table Topographique de fon
Martyrologe , à ranger ce S. Jean parmi
les Evêques d'Autun , à caufe du mot
´d'Auguftodunum , qu'ils ne fçavoient pas
être le même qu'Auguftaldunum d'Angleterre.
Quoiqu'il en foit , Baronius avoit
déja mis au 7. May le faint Jean Evêque ·
d'Haguftald , fous le nom de Jean de Beverley
, Archevêque d'York. On a vit cy
L. vol. deffus
JUIN
1730. 1073
deffus par les Hiftoriens que j'ai rapportez,
qu'en effet il paffa au Siege d'York après
avoir été affis fur celui d'Hauguftald . Mais
fon grand âge l'obligeant de quitter , il
fe retira à Beverley , qui étoit une Terre
qu'il avoit acquife , & il y mourut. Delà
fui vint ce fur- nom de Beverley , fous lequel
il eft connu plus communément.
L'experience journaliere des Taureaux indomptez
qui devenoient doux comme des
Moutons , dès qu'on les avoit fait entrer
dans le Cimetiere de l'Eglife où il avoit
été inhumé , eft une chofe finguliere à lire
dans Guillaume de Malmesbury . On trouve
auffi que Rever- Ley tire fon étymologie
de Petuaria- Parifiorum. 11 eft affez
fenfible comment Bever vient de Petuaria :
mais on ne voit pas bien d'où a été formée
cette dénomination de Parifiorum. La Capitale
de notre Royaume auroit- elle
vigné jufques- là ? Y auroit- elle envoyé
une Colonie ? Voilà des doutes à réfoudre
, auffi-bien que l'étymologie veritable
d'Hauguftald , l'Egifcopat d'Oftfore & le
nom du premier Prélat qui occupa le
nouveau Siege d'Hauguſtald
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Résumé : MEMOIRE adressé aux Auteurs du Mercure de France, sur les Antiquitez de Northumberland en Angleterre.
L'auteur sollicite des éclaircissements auprès des rédacteurs du Mercure de France concernant une église anglaise illustre. Il possède un manuscrit du XIIIe siècle listant les évêques de cette île et se concentre sur les sièges épiscopaux du Northumberland, ancienne province ecclésiastique d'York. Il rencontre des difficultés concernant les origines de l'église d'Hauguftald, mentionnée par le Père Mabillon. Le manuscrit et les écrits de Bède le Vénérable, historien anglais du VIIIe siècle, indiquent que le roi Egfrid et l'archevêque Théodore de Cantorbéry ont fondé un évêché à Hauguftald. Le premier évêque de ce siège était Eata ou Aata. Le catalogue manuscrit de l'auteur confirme cette information mais inclut également des extraits pour comparaison. L'auteur examine les variations et erreurs possibles dans les écrits de Mabillon concernant les démembrements du diocèse d'York. Il mentionne un chanoine régulier du XIIe siècle et un prieur de l'église d'Hauguftald, qui ont écrit sur les origines de cette église. Ils indiquent que la reine Sainte Ethelrede a fait don de la ville d'Hauguftald à Saint Wilfrid pour y établir un évêché. L'auteur aborde également des questions d'étymologie et d'orthographe concernant le nom de la ville d'Hauguftald. Il examine les différentes formes du nom utilisées par divers auteurs et conclut que l'utilisation de l'aspiration est plus conforme à l'origine des choses. Il mentionne également des erreurs dans les martyrologes et les calendriers, notamment celle de confondre Saint Jean d'Hauguftald avec un évêque d'Autun en France. Enfin, l'auteur évoque des légendes locales et des étymologies incertaines concernant des lieux comme Beverley, où Saint Jean d'Hauguftald s'est retiré à la fin de sa vie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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280
p. 1096-1100
LETTRE écrite d'Apt, sur une Inscription antique.
Début :
Je ne sçai, Monsieur, si vous agréerez l'usage que je veux faire d'une Inscription [...]
Mots clefs :
Inscription antique, Chrétiens, Paganisme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite d'Apt, sur une Inscription antique.
LETTRE écrite d'Apt , fur une Infcription
antique.
E ne fçai , Monfieur , fi vous agréerez
Jura
cription qu'on a découverte au voisinage
de notre Ville ; elle eft gravée en beaux
caracteres Romains , & contient les ра-
roles fuivantes ::
T. TROCIVS VIRILIS.
SIBI ET
MARIAE PRIVATAE
VX.SORI. T. F. I ..
C'est-à-dire , Titus Trocius Virilis a
ordonné par fon teftament qu'on dreffât
ce fepulchre pour lui & pour Marie Private
fa femme..
On ne trouve pas que le nom de Marie
ait été ufité pendant le Paganifme, ni qu'il
ait été donné à des perfonnes du fexe qu'après
la publication de l'Evangile , & à
celles feulement qui faifoient profeffion
du Chriftianifme ; car quoique dans une
Infcription trouvée à Valence en Daus
phiné , & rapportée par Spon dans fes Recherches
d'Antiquités , il foit fait mention
1. Vol. d'une
JUIN. 1730. 1097
d'une Verutia Maria fille de Marius , on
voit bien que c'eft ici un nom de famille
different de celui de notre Marie Private,
lequel fervant de prénom ou de nom propre
, ne peut avoir été impofé qu'à une
chrétienne ; cela fuppofé , je trouve dans
cette Infcription des caracteres qui me la
font porter bien plus avant que du tems
où nos Critiques modernes placent l'introduction
de la foi dans notre Province ;
ma raiſon eft qu'étant ainfi conçûë fans
aucune marque de Chriftianifme , fi l'on
excepte le nom de Marie , cette circonftance
nous donne à connoître qu'elle doit
être placée dans les tems orageux de l'Eglife
, & lorfque les Chrétiens n'ofoient
fe produire par des fingularités qui les
auroient trop défignés ; en effet,on n'y voit.
ni la Croix , ni le Chiffre Grec du nom
de Chrift que Conftantin mit fur les Etendarts
, & qui étoit long- tems avant lui en.
ufage parmi les fideles , comme Bofio &.
Arringui l'ont remarqué fur plufieurs
tombeaux dans leur Rome fouterraine
ni rien enfin qui dénote le Chriftianifine,
ce font là autant d'indices de l'ancienneté
de notre Infcription ; car je ne penſe pas
qu'on fut fondé de la mettre dans un tems
pofterieur à la Conftitution des Empereurs
Theodofe & Valentinien , publiée l'an du
Salut 427. & inferée dans le Livre premier
I. Vol.
du
1098 MERCURE DE FRANCE
du Code Juftinien fous cette Rubrique :
Nemini licere fignum Salvatoris Chrifti bumi
, vel in marmore , vel in filice fculpere
aut pingere. L'attachement que les Chrétiens
avoient pour le fimbole de notre falut,
avoit fait de fi grands progrès fous ces
Empereurs, qu'ils jugerent à propos d'arrêter
l'abus qui s'en étoit enfuivi ; mais ils
deffendent feulement par cette Conftitution
de graver ou de peindre le figne de
la Croix à plate terre , humi , afin qu'il ne
foit pas foulé aux pieds , ce qui n'a aucun
rapport avec notre infcription , laquelle
fe trouve gravée fur une pierre qui devoit
être élevée fur terre , & hors d'état de tomber
dans le cas prévu par Theodofe &
Juftinien ; d'ailleurs les Infcriptions
qu'on mettoit fur les tombeaux des Chrétiens
étoient alors conçues d'une autre
maniere , & n'avoit pas ce goût qui fe
reffent fi fort du Paganifme ; de forte que
celle- ci paroiffant d'un âge plus ancien
on doit neceffairement la placer dans un
tems qu'on n'avoit pas encore introduit,
ou plutôt qu'on n'ofoir introduire l'ufage
de mettre dans les Inferiptions fepulchrales
des marques de notre Religion ,
ni rien enfin qui pût fervir à diftinguer
les fideles d'avec les Payens .
Dans la Naiffance de l'Eglife , les Chrétiens
ou par l'apréhenfion d'être décou-
I. Vol. verts,
JUIN. 1736. 1099
verts , ou par un refte d'attachement aux
anciens ufages , n'exclurent pas toutes les
pratiques du Paganifme ; ils s'appliquetent
feulement à les fanctifier. On trouve
divers tombeaux de ces premiers Chré
tiens avec ces deux lettres D. M. que les
Payens mettoient à la tête des Infcrip
tions fépulchrales , mais ils leur donnoient
une explication differente , & au lieu de
les appliquer aux Dieux Manes , Diis Manibus,
ils les dédioient au Dieu très grand,
Deo Maximo , ce qui eft encore en ufage.
Les Chrétiens fe diftinguerent infenfiblement
par l'Alphabet & l'Oméga des
Grecs pour fignifier que comme ces deux
Lettres commencent & terminent l'Alphabet
, Dieu eft le commencement & la
fin de toutes chofes , par le Monogramme
de Chrift , par la Croix & enfin
par des
formules particulieres qui fervent encore
à diftinguer le tombeau d'un Chrétient
d'avec celui d'un infidele , comme benè
merenti , depofitus , feu depofitio , quiefcit in
pace , vixit in feculo , tranfiit , bona memoria
& quelques autres mais on ne
commença d'en ufer ainfi que dans le
calme de l'Eglife , & lorfque les Empereurs
après avoir renoncé aux vaines fuperftitions
du Paganifme , eurent embraffé
la Religion de Jesus-Chrift , ou tout au
plutôt dans le troifiéme fiecle ; de forte
I. Vol que
1100 MERCURE DE FRANCE
que notre Infcription n'ayant aucune de
ces marques , & le trouvant dediée à une
Chrétienne , comme il réfulte fort appa
remment des preuves que je viens de donner
, je perfifte dans l'opinion où je fuis
qu'on doit la placer dans un tems plus
ancien , c'est-à- dire , dans le premier âge
de l'Eglife naiffante où l'on ignoroit encore
toutes ces pratiques , & que la fureur
des perfécutions ne permettoit pas aux
Chrétiens de fe diftinguer par des fingu→
larités qui les auroient trop découverts ,
d'où je conclus, ce que j'ai voulu établir
que notre Province a eu le bonheur d'être
éclairée des lumieres de la foi beaucoup
plutôt qu'on ne veut nous l'accorder
. J'ai toûjours l'honneur d'être & c.
antique.
E ne fçai , Monfieur , fi vous agréerez
Jura
cription qu'on a découverte au voisinage
de notre Ville ; elle eft gravée en beaux
caracteres Romains , & contient les ра-
roles fuivantes ::
T. TROCIVS VIRILIS.
SIBI ET
MARIAE PRIVATAE
VX.SORI. T. F. I ..
C'est-à-dire , Titus Trocius Virilis a
ordonné par fon teftament qu'on dreffât
ce fepulchre pour lui & pour Marie Private
fa femme..
On ne trouve pas que le nom de Marie
ait été ufité pendant le Paganifme, ni qu'il
ait été donné à des perfonnes du fexe qu'après
la publication de l'Evangile , & à
celles feulement qui faifoient profeffion
du Chriftianifme ; car quoique dans une
Infcription trouvée à Valence en Daus
phiné , & rapportée par Spon dans fes Recherches
d'Antiquités , il foit fait mention
1. Vol. d'une
JUIN. 1730. 1097
d'une Verutia Maria fille de Marius , on
voit bien que c'eft ici un nom de famille
different de celui de notre Marie Private,
lequel fervant de prénom ou de nom propre
, ne peut avoir été impofé qu'à une
chrétienne ; cela fuppofé , je trouve dans
cette Infcription des caracteres qui me la
font porter bien plus avant que du tems
où nos Critiques modernes placent l'introduction
de la foi dans notre Province ;
ma raiſon eft qu'étant ainfi conçûë fans
aucune marque de Chriftianifme , fi l'on
excepte le nom de Marie , cette circonftance
nous donne à connoître qu'elle doit
être placée dans les tems orageux de l'Eglife
, & lorfque les Chrétiens n'ofoient
fe produire par des fingularités qui les
auroient trop défignés ; en effet,on n'y voit.
ni la Croix , ni le Chiffre Grec du nom
de Chrift que Conftantin mit fur les Etendarts
, & qui étoit long- tems avant lui en.
ufage parmi les fideles , comme Bofio &.
Arringui l'ont remarqué fur plufieurs
tombeaux dans leur Rome fouterraine
ni rien enfin qui dénote le Chriftianifine,
ce font là autant d'indices de l'ancienneté
de notre Infcription ; car je ne penſe pas
qu'on fut fondé de la mettre dans un tems
pofterieur à la Conftitution des Empereurs
Theodofe & Valentinien , publiée l'an du
Salut 427. & inferée dans le Livre premier
I. Vol.
du
1098 MERCURE DE FRANCE
du Code Juftinien fous cette Rubrique :
Nemini licere fignum Salvatoris Chrifti bumi
, vel in marmore , vel in filice fculpere
aut pingere. L'attachement que les Chrétiens
avoient pour le fimbole de notre falut,
avoit fait de fi grands progrès fous ces
Empereurs, qu'ils jugerent à propos d'arrêter
l'abus qui s'en étoit enfuivi ; mais ils
deffendent feulement par cette Conftitution
de graver ou de peindre le figne de
la Croix à plate terre , humi , afin qu'il ne
foit pas foulé aux pieds , ce qui n'a aucun
rapport avec notre infcription , laquelle
fe trouve gravée fur une pierre qui devoit
être élevée fur terre , & hors d'état de tomber
dans le cas prévu par Theodofe &
Juftinien ; d'ailleurs les Infcriptions
qu'on mettoit fur les tombeaux des Chrétiens
étoient alors conçues d'une autre
maniere , & n'avoit pas ce goût qui fe
reffent fi fort du Paganifme ; de forte que
celle- ci paroiffant d'un âge plus ancien
on doit neceffairement la placer dans un
tems qu'on n'avoit pas encore introduit,
ou plutôt qu'on n'ofoir introduire l'ufage
de mettre dans les Inferiptions fepulchrales
des marques de notre Religion ,
ni rien enfin qui pût fervir à diftinguer
les fideles d'avec les Payens .
Dans la Naiffance de l'Eglife , les Chrétiens
ou par l'apréhenfion d'être décou-
I. Vol. verts,
JUIN. 1736. 1099
verts , ou par un refte d'attachement aux
anciens ufages , n'exclurent pas toutes les
pratiques du Paganifme ; ils s'appliquetent
feulement à les fanctifier. On trouve
divers tombeaux de ces premiers Chré
tiens avec ces deux lettres D. M. que les
Payens mettoient à la tête des Infcrip
tions fépulchrales , mais ils leur donnoient
une explication differente , & au lieu de
les appliquer aux Dieux Manes , Diis Manibus,
ils les dédioient au Dieu très grand,
Deo Maximo , ce qui eft encore en ufage.
Les Chrétiens fe diftinguerent infenfiblement
par l'Alphabet & l'Oméga des
Grecs pour fignifier que comme ces deux
Lettres commencent & terminent l'Alphabet
, Dieu eft le commencement & la
fin de toutes chofes , par le Monogramme
de Chrift , par la Croix & enfin
par des
formules particulieres qui fervent encore
à diftinguer le tombeau d'un Chrétient
d'avec celui d'un infidele , comme benè
merenti , depofitus , feu depofitio , quiefcit in
pace , vixit in feculo , tranfiit , bona memoria
& quelques autres mais on ne
commença d'en ufer ainfi que dans le
calme de l'Eglife , & lorfque les Empereurs
après avoir renoncé aux vaines fuperftitions
du Paganifme , eurent embraffé
la Religion de Jesus-Chrift , ou tout au
plutôt dans le troifiéme fiecle ; de forte
I. Vol que
1100 MERCURE DE FRANCE
que notre Infcription n'ayant aucune de
ces marques , & le trouvant dediée à une
Chrétienne , comme il réfulte fort appa
remment des preuves que je viens de donner
, je perfifte dans l'opinion où je fuis
qu'on doit la placer dans un tems plus
ancien , c'est-à- dire , dans le premier âge
de l'Eglife naiffante où l'on ignoroit encore
toutes ces pratiques , & que la fureur
des perfécutions ne permettoit pas aux
Chrétiens de fe diftinguer par des fingu→
larités qui les auroient trop découverts ,
d'où je conclus, ce que j'ai voulu établir
que notre Province a eu le bonheur d'être
éclairée des lumieres de la foi beaucoup
plutôt qu'on ne veut nous l'accorder
. J'ai toûjours l'honneur d'être & c.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite d'Apt, sur une Inscription antique.
La lettre, rédigée à Apt, décrit une inscription antique découverte près de cette ville. Cette inscription, gravée en caractères romains, mentionne Titus Trocius Virilis et Marie Private, son épouse. Le prénom 'Marie' est associé au christianisme, car il n'était pas courant durant la période païenne. L'auteur souligne que l'inscription ne contient aucun symbole chrétien, comme la croix ou le chiffre grec représentant le nom de Christ. Cela suggère que l'inscription date d'une époque où les chrétiens évitaient d'afficher des signes religieux pour échapper aux persécutions. L'inscription est donc datée des temps difficiles pour l'Église, avant les constitutions des empereurs Théodose et Valentinien en 427, qui interdisaient de graver ou peindre le signe de la croix sur le sol. L'auteur en conclut que l'inscription doit être antérieure à l'introduction des marques religieuses dans les inscriptions funéraires. Cela place la province d'Apt parmi les premières régions touchées par la foi chrétienne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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281
p. 1122-1132
PROCÈS ECCLESIASTIQUE à juger entre les Normans & les Bourguignons. Extrait d'une Lettre de Province du 1. May 1730.
Début :
Je ne sçai à quoi pensent Messieurs les Bourguignons dont vous m'avez communiqué [...]
Mots clefs :
Normands, Bourguignons, Procès, Actes, Reliques, Manuscrits, Église
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texteReconnaissance textuelle : PROCÈS ECCLESIASTIQUE à juger entre les Normans & les Bourguignons. Extrait d'une Lettre de Province du 1. May 1730.
PROCE'S ECCLESIASTIQUE
à juger entre les Normans les Bourguignons.
Extrait d'une Lettre de Pravince
du 1. May 1730.
JBourguignons dont vous avez cons
E ne fçai à quoi penfent Meffieurs les
muniqué les prétentions , de s'approprier
commeils font,le bien desNormans.
Ils devroient , ce femble, fe contenter d'en
joüir aujourd'hui , fans dire publiquement
qu'il leur a toûjours appartenu. Ont- ils
bien prévu à quelle Nation ils fe jouënt ?
& qu'il eft très- fâcheux d'avoir affaire aux
Peuples Normans , & fur tout à ceux de
la Baffe Normandie Si les Regiftres des ?
I. Vol. Cours
JUIN. 1730. 1123
Cours de Parlement étoient à leur portée,
ils y trouveroient dequoi concevoir de la
terreur à la feule prononciation du nom
d'une Nation fi formidable , & ils ne s'aviſeroient
pas de vouloir enlever à cette
Province la gloire d'avoir produit tel ou
tel Saint , au moins avant le tems auquel
elle fut abandonnée aux Danois.
Reprenons ce que je vous en ai autrefois
touché dans une autre Lettre , afin
que vous foyez plutôt en état d'avoir làdeffus
le jugement de nos amis communs.
Heft queftion d'un S. Flocel honoré le 17.
Septembre tant en Bourgogne qu'en Normandie.
Les Normans conviennent qu'ils
ne font pas les feuls qui l'honorent ; ceux
de Coutances font fi francs qu'ils debutent
ainfi dès la premiere Leçon de leur
Breviaire, Partie d'Eté , ancienne Edition ,
page 486. Flocellum Martyrem Conftantien-
Jes & Aduifuum vindicant , &ficut Auguftoduni
Aduorum , fic in agro Conftantine
celebris eft hodie illius memoria. Les Bourguignons
paroiffent,au contraire, couverts
& diffimulés ; ils font ſemblant de ne pas
être informés des traditions de la Normandie
, & ils n'en difent pas le petit
mot. Ceux de Beaune qui poffedent le
corps de ce Saint fe contentent de dire
en general qu'avant qu'ils le poffedaffent,
il étoit confervé dans un endroit des Gau
I. Vol
les
1124 MERCURE DE FRANCE
les qu'ils defignent par ces mots : Divitrix
Gallia ; & ceux d'Autun croyant qu'il
ne faut point entendre d'autres qu'eux
par ce Divitrix Gallia , fe font imaginés
depuis peu que c'eft chez eux qu'il a fouffert
le martyre , & voudroient le faire
accroire aux autres Nations.
Examinons les Piéces du Procès . Le fac
des Autunois fera bientôt vû , il n'eft. pas
des plus enflés ; ils n'ont pour toute production
que le Martyrologe de Baronius ,
qui marque au 17. Septembre Auguftoduni
S. Flocelli pueri , qui fub Antonino Imperatore
& Valeriano Prafide multa paffus
demùm à feris difcerptus , martyrii coronam
adeptus eft , & ce Cardinal renvoye pour
la connoiffance des Actes de ce Saint à
Mombritius & à Pierre de Natalibus. Ils
ajoûtent encore qu'ils en ont le corps dans
la Ville de Beaune qui eft de leur territoire
, & qu'il y a fi long- tems qu'on l'y
conferve , qu'en 1265. le Legat Simon de
Brie , Cardinal, Prêtre du titre de Sainte
Cecile, le tira du tombeau le 9.de Novembre
, pour l'enfermer dans une Châffe.
Les Normans font plus diffus dans leurs
Ecritures. On trouve dans leur fac, qui eft
d'une groffeur raiſonnable , dequoi faire
les remarques fuivantes. Il eft vrai que
les Cotentins, réimprimant leur Breviaire
en dernier lieu , ne parlent plus des Autu-
I. Vol. nois ;
JUIN. 1730. 1125
nois. Il femble qu'ils ont profité de l'exemple
que les Bourguignons leur ont
donné d'une reticence affectée ; mais leurs
prétentions n'en font pas moins les mêmes.
Ils avoüent que les Bourguignons
n'ont nullement falfifié Baronius , & que.
Pierre , Evêque d'Equile en Italie , autre
ment dit de Natalibus , s'exprime de la
maniere que Baronius le cite. Mais quelles
autorités ! difent-ils . Un Auteur de trois
cens ans qui a ramaffé tout ce qui lui tomboit
fous les mains , à l'exemple de Jacques
de Voragine , & qui dans ce qu'on
lui aura envoyé fur S. Flocel , a fupprimé
ce qui pouvoit conduire à connoître le
premier lieu du culte de ce Saint , de quel
poids doit- il être reputé ? Outre que les
productions de Meffieurs de Coutances
font en plus grand nombre que celles de
Meffieurs d'Autun , elles font encore
beaucoup mieux raifonnées , n'en déplaiſe
à ces derniers . Ils citent des Actes de Saint
Flocel qu'ils ont découverts dans plufieurs
Bibliotheques du Royaume , & il eft remarquable
qu'aucun de ces Exemplaires
qui font d'une Ecriture du X.du XI. & du
XII. fiecle , & par conféquent beaucoup
anterieurs à Pierre de Natalibus , ne dit pas
que ce foit à Autun que S. Flocel ait
fouffert , mais feulement dans le voifinage
du Pays de Coutances . Il eft vrai , ajou-
1. Vol, tent
1126 MERCURE DE FRANCE
tent les Cotentins , que ces Actes font endurer
tant de differentes fortes de fupplices
à ce Saint , que fi on pouvoit compter
fur leur fincerité , il auroit dû paffer pour
un des plus celebres Martyrs de l'Occident
, comparable aux Laurents , aux Vincents
&c. Mais c'eft par cela même que
tout étendus qu'ils font , ils paffent cependant
fous filence le lieu du Martyre
du Saint ; il faut le chercher dans un Pays
où l'on trouve que fon culte eft plus ancien
, plus fuivi , plus continué , & plus
autorifé qu'il ne l'eft dans le Pays Autynois.
Quant à Autun , difent encore les
Cotentins , ce Saint y eft fi peu connu.
qu'il n'a jamais été dans aucun Calendrier
du Diocèfe jufqu'à l'an 1728. &
qu'on n'y en a jamais fait aucune mémoire.
Il y a même cela de fingulier , quant à
ce point , qu'aucun des anciens Martyrologes
où les Saints d'Autun furnumeraires
à ceux du Calendrier Diocéfain font exactement
infcrits , n'en a pas fait mention.
Ainfi , concluent- ils , Saint Flocel n'eſt
pas Autunois par fon martyre.
Nous avouons bien , ajoûtent les Cotentins
, que fon corps peut avoir été
transporté dans l'Autunois ; mais c'eſt de
chez nous qu'il a été enlevé. Il avoit vêcu
dans notre Pays , ou fort peu loin de nos
cantons , & il y eft mort , au moins il a
I. Vol. été
JUIN. 1730. 1127
été inhumé dans notre territoire felon les
Manufcrits de fept ou huit cens ans , &
nous poffederions fes faintes dépouilles
fans les guerres du IX. fiecle qui nous en
ont privés , comme de celles de quantité
d'autres Saints du Cotentin , du Beffin
lefquelles ont été refugiées dans l'interieur
du Royaume pour être mifes à l'abri des
incurfions que les Danois faifoient fur les
Côtes. Une partie des Eglifes de Bourgo.
• gne n'eft - elle pas enrichie de ces Reliques
ainfi refugiées ? nous ne refufons point
de croire qu'on n'y ait porté le corps de
S. Flocel comme d'autres , & qu'il n'ait
été mis dans un tombeau , en attendant
que des fiecles plus tranquilles permiffent
de l'élever de terre : mais pour ce qui eft
du lieu du martyre ou au moins de la
premiere fepulture de ce Saint , c'eft un
honneur que nous ne pouvons déferer à
la Bourgogne , & il ne nous convient pas
de nous en deffaifir.
Il me paroît que ce raiſonnement des
Bas-Normans n'eft pas tout-à- fait fi mauvais
, & j'y reconnois un caractere de fincerité
qui me fait pancher d'inclination
pour leur fentiment. Ce n'eft point içi
clameur de Haro , ni allegation de Charte
Normande. Ils avouent ingenument que
les Actes de S. Flocel , tant ceux qui font
diffus , & qu'on trouve dans de Manuf
་ I. Vol , crits
1128 MERCURE DE FRANCE
crits de fept cens ans , ou environ , que
ceux qui n'en font qu'un leger extrait &
qui font pofterieurs ,ne valent rien du tour.
C'eft pour cela qu'ils accordent qu'on ne
doit avoir aucun égard à ce que Pierre
de Natalibus en a tranfcrit , & que des
Actes ainfi fuppofés ne peuvent conftater
un fait prétendu du fecond fiecle à
l'égard d'un Martyr dont aucun des anciens
Martyrologes n'a fait mention , ni
S. Jerôme , ni Bede , ni Florus , ni Buard ,
ni Adon , ni Raban , ni pas un feul des
autres jufqu'au feiziéme fiecle , & qu'ils
font fi mauvais , que Dom Ruinart a eu
raifon de les regarder avec un fouverain
mépris. Il n'y a , felon eux , que l'article
du culte qui , étant attefté par un Ecrivain
affez ancien & par des Manufcrits
d'environ huit cent ans , doit être regardé
comme non falfifié. Je préfume
donc fans craindre de me tromper , que fi
cette caufe étoit portée devant un Tribunal
Agiologique, où l'on entreprit de difcuter
avec attention les raifons de part &
d'autre , les Autunois feroient condamnés
de reftituer aux Normans ce qui leur appartient,
non pas le corps du Saint à l'égard
duquel il y a prefcription , mais la gloire
de lui avoir donné la fepulture, & d'avoir
été les premiers poffeffeurs de fes Reliques.
I. Vol. J'ai
JUIN. 1730. 1129
J'ai voulu me convaincre par moi-même
touchant les faits allegués dans la
procedure des Normans ; j'ai déja découvert
en differentes Provinces du Royaume
quatre ou cinq Manufcrits du XI &
du XII. fiecle où toute la Fable eft trèsfenfible
, puifqu'on y fait débiter par
le
Préfident Valerien , en préſence de Dacien ,
des actions de S. Georges ; & que cependant
on fait vivre ce Préfident fous l'Empire
d'Antonin le Pieux . Mais auffi ce qui
s'y lit à la fin prouve que du tems qu'ils
ont été compofés, le corps de S.Flocel repofoit
au Pays de Cotentin : Ad provin
ciam pagi qui vocatur Conftantinus , & qu'il
étoit inhumé au territoire appellé Chriftonnum
ou Cruftonum dans un Village du
nom de Duurix. Je diftingue fort ce qui
regarde le culte de ce Saint d'avec ce
qu'on rapporte fur fon âge , fur les differens
genres de fupplices par lefquels on
le fit paffer , & fur l'Epoque de l'Empereur
qui regnoit alors. L'un peut être
conforme à la verité , tandis que l'autre
n'eft qu'un tiffu de fictions . Mais à travers
tout cela il est toujours facile d'entrevoir
qquuee l'Eglife Collegiale de Beaune
avoit été informée du contenu des periodes
qui finiffent les Actes de S. Flocel,
& que le Divitrix de la Legende moderne
du Propre de cette Eglife Autunoife ,
I, Vol,
n'eft D
1132. MERCURE DE FRANCE
Ces fortes de mauvais compilateurs étant
mal informés & éloignés des lieux , concluoient
volontiers qu'un tel Saint étoit
mort dans un tel territoire, parcequ'il étoit
de leur connoiffance qu'on y poffedoit fes
Reliques. Mais on peut joindre à cela que
la Ville de Coutances ayant été appellée
par quelques anciens du nom d'Augufta,
felon Polydore Vergile. L'abbreviation
de ce nom local aura pû tromper quelques
Lecteurs , & leur faire mettre Auguftoduni
dans un texte où il y aura cu
fimplement Augufta ou bien Augufta ad
mare , de même que les Manufcrits cideffus
cités fur le culte de S. Flocel mettent
Chriftonnum, au lieu du Crociatonum
de Ptolomée , qui étoit la Ville Capitale
des Peuples qu'il appelle Venelli , & que
les Commentaires de Cefar appellent
Vnelli.
à juger entre les Normans les Bourguignons.
Extrait d'une Lettre de Pravince
du 1. May 1730.
JBourguignons dont vous avez cons
E ne fçai à quoi penfent Meffieurs les
muniqué les prétentions , de s'approprier
commeils font,le bien desNormans.
Ils devroient , ce femble, fe contenter d'en
joüir aujourd'hui , fans dire publiquement
qu'il leur a toûjours appartenu. Ont- ils
bien prévu à quelle Nation ils fe jouënt ?
& qu'il eft très- fâcheux d'avoir affaire aux
Peuples Normans , & fur tout à ceux de
la Baffe Normandie Si les Regiftres des ?
I. Vol. Cours
JUIN. 1730. 1123
Cours de Parlement étoient à leur portée,
ils y trouveroient dequoi concevoir de la
terreur à la feule prononciation du nom
d'une Nation fi formidable , & ils ne s'aviſeroient
pas de vouloir enlever à cette
Province la gloire d'avoir produit tel ou
tel Saint , au moins avant le tems auquel
elle fut abandonnée aux Danois.
Reprenons ce que je vous en ai autrefois
touché dans une autre Lettre , afin
que vous foyez plutôt en état d'avoir làdeffus
le jugement de nos amis communs.
Heft queftion d'un S. Flocel honoré le 17.
Septembre tant en Bourgogne qu'en Normandie.
Les Normans conviennent qu'ils
ne font pas les feuls qui l'honorent ; ceux
de Coutances font fi francs qu'ils debutent
ainfi dès la premiere Leçon de leur
Breviaire, Partie d'Eté , ancienne Edition ,
page 486. Flocellum Martyrem Conftantien-
Jes & Aduifuum vindicant , &ficut Auguftoduni
Aduorum , fic in agro Conftantine
celebris eft hodie illius memoria. Les Bourguignons
paroiffent,au contraire, couverts
& diffimulés ; ils font ſemblant de ne pas
être informés des traditions de la Normandie
, & ils n'en difent pas le petit
mot. Ceux de Beaune qui poffedent le
corps de ce Saint fe contentent de dire
en general qu'avant qu'ils le poffedaffent,
il étoit confervé dans un endroit des Gau
I. Vol
les
1124 MERCURE DE FRANCE
les qu'ils defignent par ces mots : Divitrix
Gallia ; & ceux d'Autun croyant qu'il
ne faut point entendre d'autres qu'eux
par ce Divitrix Gallia , fe font imaginés
depuis peu que c'eft chez eux qu'il a fouffert
le martyre , & voudroient le faire
accroire aux autres Nations.
Examinons les Piéces du Procès . Le fac
des Autunois fera bientôt vû , il n'eft. pas
des plus enflés ; ils n'ont pour toute production
que le Martyrologe de Baronius ,
qui marque au 17. Septembre Auguftoduni
S. Flocelli pueri , qui fub Antonino Imperatore
& Valeriano Prafide multa paffus
demùm à feris difcerptus , martyrii coronam
adeptus eft , & ce Cardinal renvoye pour
la connoiffance des Actes de ce Saint à
Mombritius & à Pierre de Natalibus. Ils
ajoûtent encore qu'ils en ont le corps dans
la Ville de Beaune qui eft de leur territoire
, & qu'il y a fi long- tems qu'on l'y
conferve , qu'en 1265. le Legat Simon de
Brie , Cardinal, Prêtre du titre de Sainte
Cecile, le tira du tombeau le 9.de Novembre
, pour l'enfermer dans une Châffe.
Les Normans font plus diffus dans leurs
Ecritures. On trouve dans leur fac, qui eft
d'une groffeur raiſonnable , dequoi faire
les remarques fuivantes. Il eft vrai que
les Cotentins, réimprimant leur Breviaire
en dernier lieu , ne parlent plus des Autu-
I. Vol. nois ;
JUIN. 1730. 1125
nois. Il femble qu'ils ont profité de l'exemple
que les Bourguignons leur ont
donné d'une reticence affectée ; mais leurs
prétentions n'en font pas moins les mêmes.
Ils avoüent que les Bourguignons
n'ont nullement falfifié Baronius , & que.
Pierre , Evêque d'Equile en Italie , autre
ment dit de Natalibus , s'exprime de la
maniere que Baronius le cite. Mais quelles
autorités ! difent-ils . Un Auteur de trois
cens ans qui a ramaffé tout ce qui lui tomboit
fous les mains , à l'exemple de Jacques
de Voragine , & qui dans ce qu'on
lui aura envoyé fur S. Flocel , a fupprimé
ce qui pouvoit conduire à connoître le
premier lieu du culte de ce Saint , de quel
poids doit- il être reputé ? Outre que les
productions de Meffieurs de Coutances
font en plus grand nombre que celles de
Meffieurs d'Autun , elles font encore
beaucoup mieux raifonnées , n'en déplaiſe
à ces derniers . Ils citent des Actes de Saint
Flocel qu'ils ont découverts dans plufieurs
Bibliotheques du Royaume , & il eft remarquable
qu'aucun de ces Exemplaires
qui font d'une Ecriture du X.du XI. & du
XII. fiecle , & par conféquent beaucoup
anterieurs à Pierre de Natalibus , ne dit pas
que ce foit à Autun que S. Flocel ait
fouffert , mais feulement dans le voifinage
du Pays de Coutances . Il eft vrai , ajou-
1. Vol, tent
1126 MERCURE DE FRANCE
tent les Cotentins , que ces Actes font endurer
tant de differentes fortes de fupplices
à ce Saint , que fi on pouvoit compter
fur leur fincerité , il auroit dû paffer pour
un des plus celebres Martyrs de l'Occident
, comparable aux Laurents , aux Vincents
&c. Mais c'eft par cela même que
tout étendus qu'ils font , ils paffent cependant
fous filence le lieu du Martyre
du Saint ; il faut le chercher dans un Pays
où l'on trouve que fon culte eft plus ancien
, plus fuivi , plus continué , & plus
autorifé qu'il ne l'eft dans le Pays Autynois.
Quant à Autun , difent encore les
Cotentins , ce Saint y eft fi peu connu.
qu'il n'a jamais été dans aucun Calendrier
du Diocèfe jufqu'à l'an 1728. &
qu'on n'y en a jamais fait aucune mémoire.
Il y a même cela de fingulier , quant à
ce point , qu'aucun des anciens Martyrologes
où les Saints d'Autun furnumeraires
à ceux du Calendrier Diocéfain font exactement
infcrits , n'en a pas fait mention.
Ainfi , concluent- ils , Saint Flocel n'eſt
pas Autunois par fon martyre.
Nous avouons bien , ajoûtent les Cotentins
, que fon corps peut avoir été
transporté dans l'Autunois ; mais c'eſt de
chez nous qu'il a été enlevé. Il avoit vêcu
dans notre Pays , ou fort peu loin de nos
cantons , & il y eft mort , au moins il a
I. Vol. été
JUIN. 1730. 1127
été inhumé dans notre territoire felon les
Manufcrits de fept ou huit cens ans , &
nous poffederions fes faintes dépouilles
fans les guerres du IX. fiecle qui nous en
ont privés , comme de celles de quantité
d'autres Saints du Cotentin , du Beffin
lefquelles ont été refugiées dans l'interieur
du Royaume pour être mifes à l'abri des
incurfions que les Danois faifoient fur les
Côtes. Une partie des Eglifes de Bourgo.
• gne n'eft - elle pas enrichie de ces Reliques
ainfi refugiées ? nous ne refufons point
de croire qu'on n'y ait porté le corps de
S. Flocel comme d'autres , & qu'il n'ait
été mis dans un tombeau , en attendant
que des fiecles plus tranquilles permiffent
de l'élever de terre : mais pour ce qui eft
du lieu du martyre ou au moins de la
premiere fepulture de ce Saint , c'eft un
honneur que nous ne pouvons déferer à
la Bourgogne , & il ne nous convient pas
de nous en deffaifir.
Il me paroît que ce raiſonnement des
Bas-Normans n'eft pas tout-à- fait fi mauvais
, & j'y reconnois un caractere de fincerité
qui me fait pancher d'inclination
pour leur fentiment. Ce n'eft point içi
clameur de Haro , ni allegation de Charte
Normande. Ils avouent ingenument que
les Actes de S. Flocel , tant ceux qui font
diffus , & qu'on trouve dans de Manuf
་ I. Vol , crits
1128 MERCURE DE FRANCE
crits de fept cens ans , ou environ , que
ceux qui n'en font qu'un leger extrait &
qui font pofterieurs ,ne valent rien du tour.
C'eft pour cela qu'ils accordent qu'on ne
doit avoir aucun égard à ce que Pierre
de Natalibus en a tranfcrit , & que des
Actes ainfi fuppofés ne peuvent conftater
un fait prétendu du fecond fiecle à
l'égard d'un Martyr dont aucun des anciens
Martyrologes n'a fait mention , ni
S. Jerôme , ni Bede , ni Florus , ni Buard ,
ni Adon , ni Raban , ni pas un feul des
autres jufqu'au feiziéme fiecle , & qu'ils
font fi mauvais , que Dom Ruinart a eu
raifon de les regarder avec un fouverain
mépris. Il n'y a , felon eux , que l'article
du culte qui , étant attefté par un Ecrivain
affez ancien & par des Manufcrits
d'environ huit cent ans , doit être regardé
comme non falfifié. Je préfume
donc fans craindre de me tromper , que fi
cette caufe étoit portée devant un Tribunal
Agiologique, où l'on entreprit de difcuter
avec attention les raifons de part &
d'autre , les Autunois feroient condamnés
de reftituer aux Normans ce qui leur appartient,
non pas le corps du Saint à l'égard
duquel il y a prefcription , mais la gloire
de lui avoir donné la fepulture, & d'avoir
été les premiers poffeffeurs de fes Reliques.
I. Vol. J'ai
JUIN. 1730. 1129
J'ai voulu me convaincre par moi-même
touchant les faits allegués dans la
procedure des Normans ; j'ai déja découvert
en differentes Provinces du Royaume
quatre ou cinq Manufcrits du XI &
du XII. fiecle où toute la Fable eft trèsfenfible
, puifqu'on y fait débiter par
le
Préfident Valerien , en préſence de Dacien ,
des actions de S. Georges ; & que cependant
on fait vivre ce Préfident fous l'Empire
d'Antonin le Pieux . Mais auffi ce qui
s'y lit à la fin prouve que du tems qu'ils
ont été compofés, le corps de S.Flocel repofoit
au Pays de Cotentin : Ad provin
ciam pagi qui vocatur Conftantinus , & qu'il
étoit inhumé au territoire appellé Chriftonnum
ou Cruftonum dans un Village du
nom de Duurix. Je diftingue fort ce qui
regarde le culte de ce Saint d'avec ce
qu'on rapporte fur fon âge , fur les differens
genres de fupplices par lefquels on
le fit paffer , & fur l'Epoque de l'Empereur
qui regnoit alors. L'un peut être
conforme à la verité , tandis que l'autre
n'eft qu'un tiffu de fictions . Mais à travers
tout cela il est toujours facile d'entrevoir
qquuee l'Eglife Collegiale de Beaune
avoit été informée du contenu des periodes
qui finiffent les Actes de S. Flocel,
& que le Divitrix de la Legende moderne
du Propre de cette Eglife Autunoife ,
I, Vol,
n'eft D
1132. MERCURE DE FRANCE
Ces fortes de mauvais compilateurs étant
mal informés & éloignés des lieux , concluoient
volontiers qu'un tel Saint étoit
mort dans un tel territoire, parcequ'il étoit
de leur connoiffance qu'on y poffedoit fes
Reliques. Mais on peut joindre à cela que
la Ville de Coutances ayant été appellée
par quelques anciens du nom d'Augufta,
felon Polydore Vergile. L'abbreviation
de ce nom local aura pû tromper quelques
Lecteurs , & leur faire mettre Auguftoduni
dans un texte où il y aura cu
fimplement Augufta ou bien Augufta ad
mare , de même que les Manufcrits cideffus
cités fur le culte de S. Flocel mettent
Chriftonnum, au lieu du Crociatonum
de Ptolomée , qui étoit la Ville Capitale
des Peuples qu'il appelle Venelli , & que
les Commentaires de Cefar appellent
Vnelli.
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Résumé : PROCÈS ECCLESIASTIQUE à juger entre les Normans & les Bourguignons. Extrait d'une Lettre de Province du 1. May 1730.
Le document est une lettre datée du 1er mai 1730, relatant un procès ecclésiastique entre les Normands et les Bourguignons concernant la propriété des biens et la gloire d'avoir produit certains saints. Les Bourguignons revendiquent la propriété des biens normands, affirmant qu'ils leur ont toujours appartenu. Les Normands mettent en garde contre les conséquences de s'opposer à une nation aussi puissante que la leur, notamment celle de la Basse-Normandie. La dispute porte spécifiquement sur Saint Flocel, honoré le 17 septembre en Bourgogne et en Normandie. Les Normands reconnaissent que d'autres régions honorent ce saint, mais ils accusent les Bourguignons de dissimuler leurs traditions et de chercher à s'approprier la gloire de Saint Flocel. Les Normands possèdent des écrits anciens attestant du culte de Saint Flocel dans leur région, bien avant que les Bourguignons ne revendiquent ce saint. Les Normands présentent des documents historiques et des manuscrits des XIe et XIIe siècles montrant que Saint Flocel a souffert le martyre dans leur région et y a été inhumé. Ils soulignent que les Bourguignons n'ont aucune preuve solide avant le XVIIIe siècle et que les anciens martyrologes ne mentionnent pas Saint Flocel à Autun. Les Normands concluent que, bien que le corps de Saint Flocel puisse avoir été déplacé en Bourgogne, la gloire de l'avoir inhumé en premier revient à la Normandie. Ils estiment que, si la cause était portée devant un tribunal agiologique, les Bourguignons seraient condamnés à restituer cette gloire aux Normands.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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282
p. 1134-1146
REMARQUES sur la Médaille de François Duc de Valois, Comte d'Angoulême &c. dont il est parlé dans le Mercure de Juin 1727. Vol. 2. page 1364. addressés à M. le Marquis de Pierrepont.
Début :
Je croyois, Monsieur, qu'il suffisoit que la Médaille de François I. encore [...]
Mots clefs :
Médaille, Devises, François I, Gouverneur, Symboles, Salamandre, Prince, Roi
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur la Médaille de François Duc de Valois, Comte d'Angoulême &c. dont il est parlé dans le Mercure de Juin 1727. Vol. 2. page 1364. addressés à M. le Marquis de Pierrepont.
REMARQUES fur la Médaille de
François Duc de Valois , Comte d'Angoulême
&c. dont il eft parlé dans le Mercure
de Juin 1727. Vol. 2. page 1364.
addreffées à M. le Marquis de Pierrepont..
J
5.
E croyois , Monfieur , qu'il fuffifoit
que la Médaille de François I. encore
Enfant , au revers de la Salamandre dont
je conferve l'original , & dont je vous
envoyai le deffein avec ma 2. Lettre fur
le Voyage de Baffe Normandie , eut parû
gravée dans le Mercure pour m'exemter
de faire là -deffus aucune recherche , perfuadé
que vous prendriez foin de nous expliquer
cette efpece d'Enigme , du moins
qu'elle reveilleroit l'attention de quelque
Homme de Lettres qui pourroit inftruire
le Public. Ennuyé de ne rien voir paroître
fur ce fujet , j'ai employé quelque petit
loifir pour l'examiner , & voici à quoi
fe réduit tout ce que j'ai trouvé qu'on
peut dire fur cette Médaille .
La prévention generale veut que la Salamandre
ne fût le fymbole ou la deviſe
de François I. que depuis que ce Prince
parvint à la Couronne de France ; on
I. Vol voit
JUIN. 1730. 1135
voit effectivement ce fymbole fur la plûpart
des grands Edifices conftruits par fes
ordres durant fon Regne , & fur plufieurs
de fes Médailles . Je ne me fouviens pas
de l'avoir vû employée fur aucun Monument
avant cette Epoque , à l'exception
de notre Médaille frappée en l'année
M. D. IV. qui étoit la ro. de la vie de
ce même Prince , nommé alors François,
Duc de Valois , Comte d'Angoulême.
Le premier Auteur que j'ai confulté
pour fçavoir fi cette prévention étoit bien
fondée , eft Mezeray , & j'ai trouvé qu'elle
ne peut pas fubfifter avec le témoignage
de cet Hiftorien.
» François I. n'étant encore que Duc
» de Valois , dit Mezeray , page 1042. du
» 2. T. le Roi Louis XII . lui donna Ar-
» tus de Gouffier pour fon Gouverneur.
» C'étoit le Seigneur le plus fage & le
>> plus Chrétien de toute la Cour , qui
>> reconnoiffant que le naturel de fon nou
» riffon étoit excellent , mais femblable
>> aux terres franches qui produifent bien-
>> tôt des orties & des chardons fi elles ne
» font cultivées , n'omit aucun foin pour
planter dans un fi bon fonds toutes les
» vertus que doit avoir un grand Prince.
» Or , pour lui faire connoître qu'il de-
» voit appliquer la vivacité de fon génie
aux bonnes chofes , non pas à la vanité,
I. Vol. D iiij
ni
1136 MERCURE DE FRANCE
>> ni à la violence , où elle eût pû ſe por-
» ter auffi bien qu'aux belles actions , il
» lui choifit la Devife de la Salamandre
» qui fe nourrit dans les flammes , mais
» qui tempere fa trop grande activité par
» fa froideur , comme le fignifient ces
» paroles qui l'accompagnent : NOTRISCO
EL BUONO STINGUO ET REO. Au
» refte , il n'eft pas vrai que la Salaman-
» dre cherche le feu pour s'en nourrir
> ni même qu'elle puiffe durer long- tems
dans un grand brafier ; mais il eft conf-
» tant qu'elle eft fi froide , qu'elle peut
éteindre un petit feu .
Mezeray ne fe contente pas de rappor
ter ce fait , il le prouve , & le rend certain
, en rapportant auffi à la fin du Regne
de François I. toutes les Médailles
frappées pour ce grand Prince , qui font
venues à fa connoiffance . Elles font au
nombre de XXVII. la premiere eft juſtement
celle dont il s'agit ici , au revers de
la Salamandre dans le feu , avec une pareille
Legende pour le fens car le graveur
a manqué d'exactitude dans quelques
Lettres , il s'eft beaucoup plus mé
pris dans l'année qui ne peut pas
être
M. CCCC. IIII . comme il le marque ,
mais M. CCCCC. IIII . Au furplus ,
*
* Notrifco e bueno fringe el reo ,M. CCCC.111 .
I. Vol MezeJUIN.
1730. 1137
Mezeray n'a point fait graver la tête du
Prince , alors Duc de Valois , & âgé feulement
de 10. ans , ce qui étoit le plus
curieux. Il n'avoit apparemment pas vû
la Médaille en original. Ainfi , Monfieur,
la mienne qui fert d'ailleurs à corriger
les fautes duGraveur,en devient plus confiderable;
& c'eft , comme vous voyez , la
premiere qui ait été frappée pour ce Prince
, avec le fymbole inventé ( felon Mezeray
) par le Seigneur de Gouffier , plus
de dix ans avant qu'il montât fur le Trône.
Ce n'eft donc pas en qualité de Roi de
France que ce fymbole a été donné d'abord
à François I. Il y a plus. * Paradin
veut qu'il ait appartenu auparavant à
Charles , Comte d'Angoulême fon pere ;
mais il n'en donne aucune preuve. Il me
fouvient , ajoûte- t'il , avoir vû une Médaille
en bronze dudit feu Roi François ,
peint en jeune Adoleſcent , au revers de
laquelle étoit cette Devife de la Salamandre
enflammée , avec ce mot Italien
Nodrifco il buono , & pengo il reo.
Voilà , Monfieur , encore notre Mé--
* La Salamandre avec des flammes de feu 97
étoit la Devise du feu noble & magnifique
Roi François , & auffi auparavant de Charles,
Comte d'Angoulême fon pere. JE NOURRIS ET
FTEINS. Paradin. Devifes Héroïques &c. Paris
1622. in- 8.
I..Vol. D v dáille,
1138 MERCURE
DE FRANCE
daille du jeune Duc de Valois , Comte
de
d'Angoulême , que Paradin ne cite que
mémoire , & dont il rapporte la Devife à
fa maniere. Cette Piéce , comme l'on voit,
étoit déja rare en 1622.tems de l'impreffion
du Livre de cet Auteur , qui cite auffi
une riche tapifferie de Fontainebleau
chargée du même fymbole de la Salamandre
, & accompagnée de ce Diſtique :
Urſus atrox , Aquilæque leves , & tortilis Anguis
Cefferunt flammæ jam , Salamandra , tuæ.
C'eſt une allufion aux expeditions glorieufes
de François I. en Suiffe , en Allemagne
& dans le Milanois. Au refte , Paradin
n'eft pas le feul qui fait remonter
ce fameux fymbole jufqu'au pere de
François I. Jean le Laboureur dans fes
Tombeaux illuftres , après avoir parlé de
la Cerémonie du tranfport du coeur de
ce Prince aux Celeftins de Paris , ajoûte
, le S' d'Hemery d'Amboife lui donne la
Salamandre pour devife , & dit que le Roi
François fon fils la porta après lui.
Le même , le Laboureur en rapportant
auffi ce qui fe paffa le 22. May
1547. lorfque le coeur de ce Monarque
fut pareillement porté aux Celeftins, ob-
* Charles de Valois , Duc d'Orleans , Comte
d'Angouléme.
I. Vol.
ferve
JUIN. 1730 . 1139
1
ferve que fa Devife fut une Salamandre
dans les flammes , avec ce mot , Nutrifco
& extinguo. Quelques - uns l'ont , dit- il ,
interprêté avoir été le fymbole de vertu &
generofité de ce Roi en quelque entreprise que
cefût ; d'autres , entre lesquels eft Paul Jove,
difent que ce fut une Devife amoureuse pour
montrer qu'il brûloit du feu d'amour ..
& qu'il fe nourriffoit du feu de cet amour.
Le même Auteur dit auffi qu'il y ajoûta ce
mot Italien , mi nutriſco .
Il y a lieu d'être furpris que le P. Daniel
qui a pû être inftruit de toutes ces
chofes , qui cite même Paradin fur ce fu-
>
jet , ait
écrit
fi
affirmativement
que
François
I. prit
pour
fymbole
une
Salamandre
avec
ces
mots
de
fon
invention
: NUTRISCO
ET
EXTINGU
O.
Deux
chofes
extrêmement
douteufes
, fçavoir
que
ce
Prince
ait
choifi
lui
- même
ce
fymbole
, &
qu'il
foit
auffi
l'inventeur
de
la
Devife
, comme
le veut
le
P.
Daniel
. La
Médaille
qui
donne
lieu
à mes
Remarques
détruit
abfolument
cette
idée
; elle
eft
frappée
pour
ce
même
Prince
, elle
contient
le
même
fymbole
mais
le
Prince
n'avoit
alors
.
comme
on
l'a
déja
dit
, que
10.
ans
;
il
n'étoit
pas
en
âge
de
fe
choifir
un
fymbole
, encore
moins
d'inventer
là- deffus
des
paroles
convenables
; la
Deviſe
eſt
d'ailleurs
differente
fur
ce
Monument
>
,
I. Vol. D vj
incon1140
MERCURE DE FRANCE
inconteftable de celle dont parle le Pere
Daniel.
Cet Auteur ajoûte qu'il a peine à penetrer
le fens & la finefle des deux mots
de la Devife en queſtion ; il croit cependant
que le Prince vouloit faire comprendre
que comme cet animal , ainſi qu'on le dit
vit au milieu du feu , de même il étoit à l'é
preuve des plus rudes revers de la Fortune..
Enfin le P. Daniel qui avoit vû dans Paradin
ce qui eft dit de la Médaille du jeu
ne Duc de Valois au revers de la Salamandre
, avec la Devife Italienne : No-
2.
DRISCO IL BUONO ET SPENGO IL
REO , explique ainfi cette autre Devife :
Par où il marquoit , dit- il , fa bonté & fon
équité qui le rendoient liberal envers les gens
de bien , & lui faifoient punir les mechans,
Ma ſurpriſe augmente à cette autre interpretation
, qui prouve au moins que
le P. Daniel n'a pas fait attention aux
paroles expreffes de l'Auteur qu'il cite ,
que j'ai rapportées cy-devant , & que je
fuis obligé de repeter ici : Il me fouvient
avoir vu une Médaille en bronze dudit
feu Roi François peint en jeune Adoleſcent,
au revers de laquelle & c. Je vous laiffe ,
Monfieur , juger fi ce jeune Adolefcent ,
dont je vous ai marqué l'âge précis par
ma Médaille , étoit en état de punir les
méchans & de marquer fa liberalité en-
I. Vol.
vers;
JUIN. 1730. 1140
vers les gens de bien . La même raifon veut
qu'il n'étoit pas plus capable alors de don--
ner à cet Emblême une Deviſe Italienne
qu'une Devife Latine . Car le P. Daniel
ajoûte que l'Ame Latine fut apparemment
faite d'après l'Italienne qui fut abbregée
par ce Prince même , ou par quelqu'autre
qui ne fçavoit pas mieux le Latin que lui ;
car le Nutrifco n'est pas un mot Latin.
C'eft , ce me femble , tout ce qu'on peut
accorder là- deffus ; Nutrifco n'eft pas un
mot Latin ; cela eft certain ; mais tout le refte
paroît un peu hazardé. Quoiqu'il en foit ,
il doit du moins refulter de ces Obferva
tions que ce n'eft point François I. foit
comme Duc de Valois , foit comme Roi
de France , qui a inventé le fymbole & la
Devife de la Salamandre , que ce fymbole
paroît pour la premiere fois fur une Médaille
de ce Prince , frappée dans fon bas
âge , & dix ou douze ans avant fon ave
nement à la Couronne & enfin qu'à
moins qu'on ne produife une Médaille
ou quelqu'autre Monument inconteſtablequi
porte le même fymbole , fait pour
Charles de Valois , Comte d'Angoulême ,
ce que Paradin , le Laboureur & Damboife
ont avancé la- deffus fe trouve dénué
* Il faut entendre celle dont parle Paul Jo--
ve , cité par Paradin.
I. vol.
de
1142 MERCURE DE FRANCE
de preuves , & avancé fans fondement.
Dans ces circonftances , je ne vois
Monfieur , aucun inconvenient de nous
en rapporter à Mezeray , Auteur plus
exact , & d'un plus grand poids que les
trois dont je viens de parler , & de donner
l'invention de ce fymbole & des paroles
qui l'accompagnent à Artus de Gouffier,
Gouverneur du Prince , dans l'intention
& par les raifons marquées dans l'Hif
toire. C'eft , fans doute , ce fage Gouverneur
qui a fait frapper la Médaille
je poſſede , dont l'Epoque & l'âge du
Prince démontrent que c'eft la premiere
qui ait été faite pour lui ; elle confirme auffi
mes Remarques fur ce fujet.
que
Il paroît par plufieurs autres Médailles
frappées depuis que ce Prince fut monté
fur le Trône , qu'il aima particulierement
ce fymbole qui lui venoit d'une perfonne
cherie & refpectable . J'en rapporterai
feulement quatre du nombre de celles
que j'ai déja dit avoir été gravées & expliquées
dans Mezeray , fçavoir la 6. fur
le revers de laquelle eft une Salamandre
couronnée dans les flammes , Nutrifco &
extinguo , je m'y nourris & je l'éteins. La
23. une F couronnée , la Salamandre au
pied de cette Lettre , & pour Devife : Opera
Domini magna , frappée par les Echevins
de Paris , en mémoire du Bâtiment
I. Vol. de
JUIN 1730. 1143
24.
de l'Hôtel de Ville. La la Salamandre
dans le feu , & couronnée ; le champ de la
Médaille eft femé de la lettre F & de feurs
de Lys , avec ces mots : Extinguo , nutrior.
Et la 25. la Salamandre couchée au milieu
des flammes , les diffipe ou les amortit
par fon haleine , tournant la tête vers
une Couronne qui eft au - deffus , pour
marquer la grandeur du courage du Roi;
Pour Legende ces deux Vers autour :
Diſcutit hæc flammam ; Francifcus robore men
tis
Omnia pervicit , rerum immerſabilis undis.
Ces quatre Médailles ont été frappées
en or , & fe trouvent encore en certains
Cabinets ; elles prouvent la variation qu'il
y a eu dans l'application du fymbole de
la Salamandre , & dans les paroles qui
Font accompagné , fuivant les tems & les
differentes vûës des perfonnes qui l'ont
employé depuis le premier Inventeur. Aut
furplus , ne faifons point de procès ou
de mauvaiſe chicane à ceux qui ont eftropié
quelque mot Italien, en gravant ou en
imprimant la Devife en queftion , comme
je l'ai remarqué au commencement ?
on n'étoit pas fi exact en ce tems là . Cela
ne fait rien au fond du fujet , & ne diminuë
en rien le mérite du monument
1. Vol. ori144
MERCURE DE FRANCE
original qui eft gravé dans le Mercure.
Peut être , Monfieur , ne ferez-vous pas
fâché qu'en finiffant j'ajoûte un mot en
faveur du perfonnage , à qui Mezeray en
attribue l'invention. Artus de Gouffier ,
Comte d'Estampes & de Caravas , Seigneur
de Boify, &c. étoit iffu d'une illuf
tre & ancienne Maifon de la Province de
Poitou , laquelle a été feconde en grands
Hommes. Il étoit fils de Guillaume de
Gouffier , Seigneur de Boify , Baron de
Roanés , de Maulevrier, de Bonnivet, &c .
Premier Chambellan du Roy , Gouverneur
de Languedoc & de Touraine , &o .
Gouverneur du Roy Charles VIII . & de
Philippe de Montmorency.
François I. dont il fut Gouverneur , lecombla
de biens & d'honneurs ; il lui donna
la Charge de Grand- Maître de France,
& le Gouvernement de Dauphiné , le fit
fon principal Miniftre , & l'honora de
plufieurs Ambaffades importantes , dont
la principale fût vers les Electeurs de
Empire , après la mort de l'Empereur
Maximilien , pour déterminer leurs fuffrages
en faveur du Roy fon Maître.
Quelque temps auparavant Charles V.
Roy d'Espagne , qui fût depuis Empereur
, ayant propofé un accommodement,
le Roy nomma de fa part , pour Chef de
la Negociation , Artus de Gouffier , & le
I. Vol.. Roi.
JUIN. 1730. 1145
Roy d'Eſpagne Antoine de Crouy , Seigneur
de Chierres , qui avoit auffi été ſon
Gouverneur. Ces Seigneurs s'affemblerent
à Noyon , & firent le Traité qui porte
ce nom dans l'Hiftoire , lequel fut ratifié
par les deux Rois . La France ne profita
pas long- temps du Miniftere d'un homme
fi fage , & Artus de Gouffier n'eut pas
le déplaifir de voir les difgraces de l'Etat.
Il mourut en l'année 1519. laiffant un fils
unique , Claude de Gouffier , qui fut
Duc de Roanés , Pair de France , par
érection de 1566. Comte de Caravas , &c.
Grand-Ecuyer de France , & dont la pofterité
a formé plufieurs branches , & c.
Deux Freres d'Artus de Gouffier ,
Adrien & Guillaume de Gouffier , furent
élevez à des Charges & à des Dignitez
confiderables ; le premier fut Evêque
d'Alby , puis Cardinal , Legat'en France ,
& Grand- Aumônier. Le fecond eft celebre
dans l'Hiftoire fous le nom d'Amiral
de Bonnivet , s'étant fort fignalé par mer
& par terre. Il fut auffi Gouverneur de
Dauphiné & de Guyenne.
Deux autres Freres furent diftinguez
dans l'Eglife , fçavoir Pierre de Gouf-
* Doublet , dit le nouvel Hiftorien de S. Denys,
nous a confervé l'Epitaphe de Pierre de Gouf
fier , mort en 1516. gravée sur une Tombe d'ar
doife , qui fe voyoit autrefois dans le Choeur de
I. Vola S
1146 MERCURE DE FRANCE
fier , Abbé de S. Denys , & de S. Pierre
fur Dive , & Aimar , qui fut Evêque de
Coutances , puis d'Alby , Abbé de Lagny
, & enfin fucceffeur de fon frere en
l'Abbaye de faint Denys .
Un cinquième Frere , Guillaume de
Gouffier , Seigneur de Bonnivet , puis de
Thois ,par fon fecond mariage fait la Branche
des Seigneurs & Marquis de Bonnivet.
Il fe diftingua dans les guerres d'Italie, &
fut tué à la journée de Pavie en 1524.
Je paffe les autres illuftrations & les
grandes alliances de cette Maifon , qui
fubfifte encore aujourd'huy dans les per
fonnes du Marquis de Thoy , pere du
Marquis de Gouffier , du Comte de Roanés
, & du Marquis de Bonniver. Je ne
diray rien non plus de fes differentes
Branches de Caravas , d'Efpagny , de Brazeux
, de Heilly , &c. me contentant de
remarquer que la Duché de Roanés eft
fortie de cette illuftre Maifon par le mariage
de Charlotte de Gouffier , Ducheffe
de Roanés , qui épouſa en 1667. François
d'Aubuffon de la Feuillade , Pair & Maréchal
de France , & c.
Je fuis , Monfieur , & c.
A Paris , le 2. Fanvier 1729.
8. Denys , avec fes Armes qui font d'or à trois
Jumelles de fable.
Le Marquis de Thoy eft depuis decedé le z
Bars 1729.
François Duc de Valois , Comte d'Angoulême
&c. dont il eft parlé dans le Mercure
de Juin 1727. Vol. 2. page 1364.
addreffées à M. le Marquis de Pierrepont..
J
5.
E croyois , Monfieur , qu'il fuffifoit
que la Médaille de François I. encore
Enfant , au revers de la Salamandre dont
je conferve l'original , & dont je vous
envoyai le deffein avec ma 2. Lettre fur
le Voyage de Baffe Normandie , eut parû
gravée dans le Mercure pour m'exemter
de faire là -deffus aucune recherche , perfuadé
que vous prendriez foin de nous expliquer
cette efpece d'Enigme , du moins
qu'elle reveilleroit l'attention de quelque
Homme de Lettres qui pourroit inftruire
le Public. Ennuyé de ne rien voir paroître
fur ce fujet , j'ai employé quelque petit
loifir pour l'examiner , & voici à quoi
fe réduit tout ce que j'ai trouvé qu'on
peut dire fur cette Médaille .
La prévention generale veut que la Salamandre
ne fût le fymbole ou la deviſe
de François I. que depuis que ce Prince
parvint à la Couronne de France ; on
I. Vol voit
JUIN. 1730. 1135
voit effectivement ce fymbole fur la plûpart
des grands Edifices conftruits par fes
ordres durant fon Regne , & fur plufieurs
de fes Médailles . Je ne me fouviens pas
de l'avoir vû employée fur aucun Monument
avant cette Epoque , à l'exception
de notre Médaille frappée en l'année
M. D. IV. qui étoit la ro. de la vie de
ce même Prince , nommé alors François,
Duc de Valois , Comte d'Angoulême.
Le premier Auteur que j'ai confulté
pour fçavoir fi cette prévention étoit bien
fondée , eft Mezeray , & j'ai trouvé qu'elle
ne peut pas fubfifter avec le témoignage
de cet Hiftorien.
» François I. n'étant encore que Duc
» de Valois , dit Mezeray , page 1042. du
» 2. T. le Roi Louis XII . lui donna Ar-
» tus de Gouffier pour fon Gouverneur.
» C'étoit le Seigneur le plus fage & le
>> plus Chrétien de toute la Cour , qui
>> reconnoiffant que le naturel de fon nou
» riffon étoit excellent , mais femblable
>> aux terres franches qui produifent bien-
>> tôt des orties & des chardons fi elles ne
» font cultivées , n'omit aucun foin pour
planter dans un fi bon fonds toutes les
» vertus que doit avoir un grand Prince.
» Or , pour lui faire connoître qu'il de-
» voit appliquer la vivacité de fon génie
aux bonnes chofes , non pas à la vanité,
I. Vol. D iiij
ni
1136 MERCURE DE FRANCE
>> ni à la violence , où elle eût pû ſe por-
» ter auffi bien qu'aux belles actions , il
» lui choifit la Devife de la Salamandre
» qui fe nourrit dans les flammes , mais
» qui tempere fa trop grande activité par
» fa froideur , comme le fignifient ces
» paroles qui l'accompagnent : NOTRISCO
EL BUONO STINGUO ET REO. Au
» refte , il n'eft pas vrai que la Salaman-
» dre cherche le feu pour s'en nourrir
> ni même qu'elle puiffe durer long- tems
dans un grand brafier ; mais il eft conf-
» tant qu'elle eft fi froide , qu'elle peut
éteindre un petit feu .
Mezeray ne fe contente pas de rappor
ter ce fait , il le prouve , & le rend certain
, en rapportant auffi à la fin du Regne
de François I. toutes les Médailles
frappées pour ce grand Prince , qui font
venues à fa connoiffance . Elles font au
nombre de XXVII. la premiere eft juſtement
celle dont il s'agit ici , au revers de
la Salamandre dans le feu , avec une pareille
Legende pour le fens car le graveur
a manqué d'exactitude dans quelques
Lettres , il s'eft beaucoup plus mé
pris dans l'année qui ne peut pas
être
M. CCCC. IIII . comme il le marque ,
mais M. CCCCC. IIII . Au furplus ,
*
* Notrifco e bueno fringe el reo ,M. CCCC.111 .
I. Vol MezeJUIN.
1730. 1137
Mezeray n'a point fait graver la tête du
Prince , alors Duc de Valois , & âgé feulement
de 10. ans , ce qui étoit le plus
curieux. Il n'avoit apparemment pas vû
la Médaille en original. Ainfi , Monfieur,
la mienne qui fert d'ailleurs à corriger
les fautes duGraveur,en devient plus confiderable;
& c'eft , comme vous voyez , la
premiere qui ait été frappée pour ce Prince
, avec le fymbole inventé ( felon Mezeray
) par le Seigneur de Gouffier , plus
de dix ans avant qu'il montât fur le Trône.
Ce n'eft donc pas en qualité de Roi de
France que ce fymbole a été donné d'abord
à François I. Il y a plus. * Paradin
veut qu'il ait appartenu auparavant à
Charles , Comte d'Angoulême fon pere ;
mais il n'en donne aucune preuve. Il me
fouvient , ajoûte- t'il , avoir vû une Médaille
en bronze dudit feu Roi François ,
peint en jeune Adoleſcent , au revers de
laquelle étoit cette Devife de la Salamandre
enflammée , avec ce mot Italien
Nodrifco il buono , & pengo il reo.
Voilà , Monfieur , encore notre Mé--
* La Salamandre avec des flammes de feu 97
étoit la Devise du feu noble & magnifique
Roi François , & auffi auparavant de Charles,
Comte d'Angoulême fon pere. JE NOURRIS ET
FTEINS. Paradin. Devifes Héroïques &c. Paris
1622. in- 8.
I..Vol. D v dáille,
1138 MERCURE
DE FRANCE
daille du jeune Duc de Valois , Comte
de
d'Angoulême , que Paradin ne cite que
mémoire , & dont il rapporte la Devife à
fa maniere. Cette Piéce , comme l'on voit,
étoit déja rare en 1622.tems de l'impreffion
du Livre de cet Auteur , qui cite auffi
une riche tapifferie de Fontainebleau
chargée du même fymbole de la Salamandre
, & accompagnée de ce Diſtique :
Urſus atrox , Aquilæque leves , & tortilis Anguis
Cefferunt flammæ jam , Salamandra , tuæ.
C'eſt une allufion aux expeditions glorieufes
de François I. en Suiffe , en Allemagne
& dans le Milanois. Au refte , Paradin
n'eft pas le feul qui fait remonter
ce fameux fymbole jufqu'au pere de
François I. Jean le Laboureur dans fes
Tombeaux illuftres , après avoir parlé de
la Cerémonie du tranfport du coeur de
ce Prince aux Celeftins de Paris , ajoûte
, le S' d'Hemery d'Amboife lui donne la
Salamandre pour devife , & dit que le Roi
François fon fils la porta après lui.
Le même , le Laboureur en rapportant
auffi ce qui fe paffa le 22. May
1547. lorfque le coeur de ce Monarque
fut pareillement porté aux Celeftins, ob-
* Charles de Valois , Duc d'Orleans , Comte
d'Angouléme.
I. Vol.
ferve
JUIN. 1730 . 1139
1
ferve que fa Devife fut une Salamandre
dans les flammes , avec ce mot , Nutrifco
& extinguo. Quelques - uns l'ont , dit- il ,
interprêté avoir été le fymbole de vertu &
generofité de ce Roi en quelque entreprise que
cefût ; d'autres , entre lesquels eft Paul Jove,
difent que ce fut une Devife amoureuse pour
montrer qu'il brûloit du feu d'amour ..
& qu'il fe nourriffoit du feu de cet amour.
Le même Auteur dit auffi qu'il y ajoûta ce
mot Italien , mi nutriſco .
Il y a lieu d'être furpris que le P. Daniel
qui a pû être inftruit de toutes ces
chofes , qui cite même Paradin fur ce fu-
>
jet , ait
écrit
fi
affirmativement
que
François
I. prit
pour
fymbole
une
Salamandre
avec
ces
mots
de
fon
invention
: NUTRISCO
ET
EXTINGU
O.
Deux
chofes
extrêmement
douteufes
, fçavoir
que
ce
Prince
ait
choifi
lui
- même
ce
fymbole
, &
qu'il
foit
auffi
l'inventeur
de
la
Devife
, comme
le veut
le
P.
Daniel
. La
Médaille
qui
donne
lieu
à mes
Remarques
détruit
abfolument
cette
idée
; elle
eft
frappée
pour
ce
même
Prince
, elle
contient
le
même
fymbole
mais
le
Prince
n'avoit
alors
.
comme
on
l'a
déja
dit
, que
10.
ans
;
il
n'étoit
pas
en
âge
de
fe
choifir
un
fymbole
, encore
moins
d'inventer
là- deffus
des
paroles
convenables
; la
Deviſe
eſt
d'ailleurs
differente
fur
ce
Monument
>
,
I. Vol. D vj
incon1140
MERCURE DE FRANCE
inconteftable de celle dont parle le Pere
Daniel.
Cet Auteur ajoûte qu'il a peine à penetrer
le fens & la finefle des deux mots
de la Devife en queſtion ; il croit cependant
que le Prince vouloit faire comprendre
que comme cet animal , ainſi qu'on le dit
vit au milieu du feu , de même il étoit à l'é
preuve des plus rudes revers de la Fortune..
Enfin le P. Daniel qui avoit vû dans Paradin
ce qui eft dit de la Médaille du jeu
ne Duc de Valois au revers de la Salamandre
, avec la Devife Italienne : No-
2.
DRISCO IL BUONO ET SPENGO IL
REO , explique ainfi cette autre Devife :
Par où il marquoit , dit- il , fa bonté & fon
équité qui le rendoient liberal envers les gens
de bien , & lui faifoient punir les mechans,
Ma ſurpriſe augmente à cette autre interpretation
, qui prouve au moins que
le P. Daniel n'a pas fait attention aux
paroles expreffes de l'Auteur qu'il cite ,
que j'ai rapportées cy-devant , & que je
fuis obligé de repeter ici : Il me fouvient
avoir vu une Médaille en bronze dudit
feu Roi François peint en jeune Adoleſcent,
au revers de laquelle & c. Je vous laiffe ,
Monfieur , juger fi ce jeune Adolefcent ,
dont je vous ai marqué l'âge précis par
ma Médaille , étoit en état de punir les
méchans & de marquer fa liberalité en-
I. Vol.
vers;
JUIN. 1730. 1140
vers les gens de bien . La même raifon veut
qu'il n'étoit pas plus capable alors de don--
ner à cet Emblême une Deviſe Italienne
qu'une Devife Latine . Car le P. Daniel
ajoûte que l'Ame Latine fut apparemment
faite d'après l'Italienne qui fut abbregée
par ce Prince même , ou par quelqu'autre
qui ne fçavoit pas mieux le Latin que lui ;
car le Nutrifco n'est pas un mot Latin.
C'eft , ce me femble , tout ce qu'on peut
accorder là- deffus ; Nutrifco n'eft pas un
mot Latin ; cela eft certain ; mais tout le refte
paroît un peu hazardé. Quoiqu'il en foit ,
il doit du moins refulter de ces Obferva
tions que ce n'eft point François I. foit
comme Duc de Valois , foit comme Roi
de France , qui a inventé le fymbole & la
Devife de la Salamandre , que ce fymbole
paroît pour la premiere fois fur une Médaille
de ce Prince , frappée dans fon bas
âge , & dix ou douze ans avant fon ave
nement à la Couronne & enfin qu'à
moins qu'on ne produife une Médaille
ou quelqu'autre Monument inconteſtablequi
porte le même fymbole , fait pour
Charles de Valois , Comte d'Angoulême ,
ce que Paradin , le Laboureur & Damboife
ont avancé la- deffus fe trouve dénué
* Il faut entendre celle dont parle Paul Jo--
ve , cité par Paradin.
I. vol.
de
1142 MERCURE DE FRANCE
de preuves , & avancé fans fondement.
Dans ces circonftances , je ne vois
Monfieur , aucun inconvenient de nous
en rapporter à Mezeray , Auteur plus
exact , & d'un plus grand poids que les
trois dont je viens de parler , & de donner
l'invention de ce fymbole & des paroles
qui l'accompagnent à Artus de Gouffier,
Gouverneur du Prince , dans l'intention
& par les raifons marquées dans l'Hif
toire. C'eft , fans doute , ce fage Gouverneur
qui a fait frapper la Médaille
je poſſede , dont l'Epoque & l'âge du
Prince démontrent que c'eft la premiere
qui ait été faite pour lui ; elle confirme auffi
mes Remarques fur ce fujet.
que
Il paroît par plufieurs autres Médailles
frappées depuis que ce Prince fut monté
fur le Trône , qu'il aima particulierement
ce fymbole qui lui venoit d'une perfonne
cherie & refpectable . J'en rapporterai
feulement quatre du nombre de celles
que j'ai déja dit avoir été gravées & expliquées
dans Mezeray , fçavoir la 6. fur
le revers de laquelle eft une Salamandre
couronnée dans les flammes , Nutrifco &
extinguo , je m'y nourris & je l'éteins. La
23. une F couronnée , la Salamandre au
pied de cette Lettre , & pour Devife : Opera
Domini magna , frappée par les Echevins
de Paris , en mémoire du Bâtiment
I. Vol. de
JUIN 1730. 1143
24.
de l'Hôtel de Ville. La la Salamandre
dans le feu , & couronnée ; le champ de la
Médaille eft femé de la lettre F & de feurs
de Lys , avec ces mots : Extinguo , nutrior.
Et la 25. la Salamandre couchée au milieu
des flammes , les diffipe ou les amortit
par fon haleine , tournant la tête vers
une Couronne qui eft au - deffus , pour
marquer la grandeur du courage du Roi;
Pour Legende ces deux Vers autour :
Diſcutit hæc flammam ; Francifcus robore men
tis
Omnia pervicit , rerum immerſabilis undis.
Ces quatre Médailles ont été frappées
en or , & fe trouvent encore en certains
Cabinets ; elles prouvent la variation qu'il
y a eu dans l'application du fymbole de
la Salamandre , & dans les paroles qui
Font accompagné , fuivant les tems & les
differentes vûës des perfonnes qui l'ont
employé depuis le premier Inventeur. Aut
furplus , ne faifons point de procès ou
de mauvaiſe chicane à ceux qui ont eftropié
quelque mot Italien, en gravant ou en
imprimant la Devife en queftion , comme
je l'ai remarqué au commencement ?
on n'étoit pas fi exact en ce tems là . Cela
ne fait rien au fond du fujet , & ne diminuë
en rien le mérite du monument
1. Vol. ori144
MERCURE DE FRANCE
original qui eft gravé dans le Mercure.
Peut être , Monfieur , ne ferez-vous pas
fâché qu'en finiffant j'ajoûte un mot en
faveur du perfonnage , à qui Mezeray en
attribue l'invention. Artus de Gouffier ,
Comte d'Estampes & de Caravas , Seigneur
de Boify, &c. étoit iffu d'une illuf
tre & ancienne Maifon de la Province de
Poitou , laquelle a été feconde en grands
Hommes. Il étoit fils de Guillaume de
Gouffier , Seigneur de Boify , Baron de
Roanés , de Maulevrier, de Bonnivet, &c .
Premier Chambellan du Roy , Gouverneur
de Languedoc & de Touraine , &o .
Gouverneur du Roy Charles VIII . & de
Philippe de Montmorency.
François I. dont il fut Gouverneur , lecombla
de biens & d'honneurs ; il lui donna
la Charge de Grand- Maître de France,
& le Gouvernement de Dauphiné , le fit
fon principal Miniftre , & l'honora de
plufieurs Ambaffades importantes , dont
la principale fût vers les Electeurs de
Empire , après la mort de l'Empereur
Maximilien , pour déterminer leurs fuffrages
en faveur du Roy fon Maître.
Quelque temps auparavant Charles V.
Roy d'Espagne , qui fût depuis Empereur
, ayant propofé un accommodement,
le Roy nomma de fa part , pour Chef de
la Negociation , Artus de Gouffier , & le
I. Vol.. Roi.
JUIN. 1730. 1145
Roy d'Eſpagne Antoine de Crouy , Seigneur
de Chierres , qui avoit auffi été ſon
Gouverneur. Ces Seigneurs s'affemblerent
à Noyon , & firent le Traité qui porte
ce nom dans l'Hiftoire , lequel fut ratifié
par les deux Rois . La France ne profita
pas long- temps du Miniftere d'un homme
fi fage , & Artus de Gouffier n'eut pas
le déplaifir de voir les difgraces de l'Etat.
Il mourut en l'année 1519. laiffant un fils
unique , Claude de Gouffier , qui fut
Duc de Roanés , Pair de France , par
érection de 1566. Comte de Caravas , &c.
Grand-Ecuyer de France , & dont la pofterité
a formé plufieurs branches , & c.
Deux Freres d'Artus de Gouffier ,
Adrien & Guillaume de Gouffier , furent
élevez à des Charges & à des Dignitez
confiderables ; le premier fut Evêque
d'Alby , puis Cardinal , Legat'en France ,
& Grand- Aumônier. Le fecond eft celebre
dans l'Hiftoire fous le nom d'Amiral
de Bonnivet , s'étant fort fignalé par mer
& par terre. Il fut auffi Gouverneur de
Dauphiné & de Guyenne.
Deux autres Freres furent diftinguez
dans l'Eglife , fçavoir Pierre de Gouf-
* Doublet , dit le nouvel Hiftorien de S. Denys,
nous a confervé l'Epitaphe de Pierre de Gouf
fier , mort en 1516. gravée sur une Tombe d'ar
doife , qui fe voyoit autrefois dans le Choeur de
I. Vola S
1146 MERCURE DE FRANCE
fier , Abbé de S. Denys , & de S. Pierre
fur Dive , & Aimar , qui fut Evêque de
Coutances , puis d'Alby , Abbé de Lagny
, & enfin fucceffeur de fon frere en
l'Abbaye de faint Denys .
Un cinquième Frere , Guillaume de
Gouffier , Seigneur de Bonnivet , puis de
Thois ,par fon fecond mariage fait la Branche
des Seigneurs & Marquis de Bonnivet.
Il fe diftingua dans les guerres d'Italie, &
fut tué à la journée de Pavie en 1524.
Je paffe les autres illuftrations & les
grandes alliances de cette Maifon , qui
fubfifte encore aujourd'huy dans les per
fonnes du Marquis de Thoy , pere du
Marquis de Gouffier , du Comte de Roanés
, & du Marquis de Bonniver. Je ne
diray rien non plus de fes differentes
Branches de Caravas , d'Efpagny , de Brazeux
, de Heilly , &c. me contentant de
remarquer que la Duché de Roanés eft
fortie de cette illuftre Maifon par le mariage
de Charlotte de Gouffier , Ducheffe
de Roanés , qui épouſa en 1667. François
d'Aubuffon de la Feuillade , Pair & Maréchal
de France , & c.
Je fuis , Monfieur , & c.
A Paris , le 2. Fanvier 1729.
8. Denys , avec fes Armes qui font d'or à trois
Jumelles de fable.
Le Marquis de Thoy eft depuis decedé le z
Bars 1729.
Fermer
Résumé : REMARQUES sur la Médaille de François Duc de Valois, Comte d'Angoulême &c. dont il est parlé dans le Mercure de Juin 1727. Vol. 2. page 1364. addressés à M. le Marquis de Pierrepont.
Le texte aborde la médaille de François I, alors Duc de Valois et Comte d'Angoulême, et son symbole de la salamandre. L'auteur, attendant sa publication dans le Mercure de Juin 1727, a décidé de l'examiner lui-même. Contrairement à la croyance générale, la salamandre était déjà le symbole de François avant son accession au trône, apparaissant sur une médaille frappée en 1504. L'historien Mezeray rapporte que ce symbole a été choisi par Artus de Gouffier, gouverneur de François, pour lui enseigner la modération et l'application de son génie aux bonnes causes. La devise associée, 'Nutrisco et extinguo' (Je nourris et j'éteins), confirme cette origine. Mezeray affirme que cette médaille est la première frappée pour François, avant son règne. D'autres auteurs comme Paradin mentionnent ce symbole, mais sans preuves solides. L'auteur conclut que le symbole et la devise ont été inventés par Gouffier et non par François lui-même, qui n'avait que 10 ans à l'époque. Plusieurs médailles ultérieures montrent des variations de ce symbole et de sa devise. L'auteur souligne l'importance de ne pas juger les erreurs mineures de gravure ou d'impression, car elles n'affectent pas la valeur historique du monument. Le texte traite également de la famille Gouffier et de ses membres influents sous le règne de François I. Artus de Gouffier, Gouverneur de François I, reçut de nombreux honneurs et charges, dont celle de Grand-Maître de France et le Gouvernement de Dauphiné. Il fut également principal ministre et ambassadeur auprès des Électeurs de l'Empire pour influencer leurs suffrages en faveur de François I. Charles V, futur Empereur, proposa un accommodement, et François I nomma Artus de Gouffier et Antoine de Crouy pour négocier le Traité de Noyon. Artus de Gouffier mourut en 1519, laissant un fils unique, Claude de Gouffier, Duc de Roanés et Pair de France. Deux frères d'Artus, Adrien et Guillaume, occupèrent des postes importants : Adrien devint Cardinal et Grand-Aumônier, tandis que Guillaume, connu sous le nom d'Amiral de Bonnivet, se distingua par ses exploits militaires. Deux autres frères, Pierre et Aimar, furent également notables dans l'Église. Guillaume de Gouffier, Seigneur de Bonnivet, fut tué à la bataille de Pavie en 1524. La famille Gouffier subsiste encore aujourd'hui à travers plusieurs branches, dont le Marquis de Thoy, le Comte de Roanés et le Marquis de Bonniver.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
283
p. 1269-1286
ELOGE de M. Baron, Consul de France en Syrie, puis Directeur General du Commerce aux Indes Orientales, adressé à M. de ....
Début :
Rendre à la mémoire des hommes vertueux ce qui lui est dû, proposer [...]
Mots clefs :
Consul de France, Commerce, Indes orientales, Syrie, Marchands, Constantinople, Égypte, Voyage, Roi, Consulat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELOGE de M. Baron, Consul de France en Syrie, puis Directeur General du Commerce aux Indes Orientales, adressé à M. de ....
ELOG E de M. Baron , Conful de France
en Syrie , puis Direcleur General du
Commerce aux Indes Orientales , adreſſe
à M. de
R
....
Endre à la mémoire des hommes
vertueux ce qui lui eft dû , propo--
fer leur exemple à la Pofterité , en donnant
un abregé de leur vie , c'eft , Monfieur
, une action de Juftice , un hommage
rendu au vrai mérite , & un foin qui
tourne à l'utilité publique . Ainfi , quʊique
M. Baron foit mort depuis plufieurs
années , & qu'après le decès de M. J. Bap
tifte Baron fon neveu , Chevalier de l'Or
dre de S. Jean de Jerufalem , Comman--
deur d'Efpagnac , arrivé le 20. Novembre
il ne reste plus perfonne en France
1724.
II. Vol.
A y de
1270 MERCURE DE FRANCE
de cette vertueufe famille , je ne fais point
difficulté d'entreprendre de vous marquer
ici les principales circonftances de fa vie..
François Baron nâquit à Marſeille le 4 ..
Novembre 16 20. d'une ancienne famille
de la même Ville qui étoit originaire de
Cofme dans le Duché de Milan . Après
avoir fait fes Etudes & fes Exercices , il
entra dans le monde , & fe fit confiderer
par fes manieres polies & par le carac
tere d'une exacte probité.
Quelque tems après , il forma le deffein
de voyager ; après avoir vû une partie de
l'Italie , & féjourné particulierement à la
Cour de Turin , il paffa en Egypte ; c'étoit
dans le tems de la rupture des Turcs avec
la République de Venife , & durant le
Siege de Candie. Cependant il y avoit
encore au Caire un Conful & plufieurs
Marchands Venitiens , aufquels le Pacha
de cette Ville fit plus qu'une avanie Turque
car après leur avoir fuppofé des intelligences
criminelles avec les Affiegés
de Candie , il les fit mettre aux fers , &
enfuite d'une courte procedure , il les
condamna tous à la mort , ce qui empor-.
toit la confifcation de leurs effets dont il
s'empara d'abord.
Dans cette extremité , les Venitiens eurent
recours à M. Baron qu'ils fçavoient
être fort confideré du Pacha . Il s'employa
II. Vol. effiJUIN.
1730. 1271'
efficacement pour eux , & il obtint enfin
leur délivrance , moyennant une fomme
dont on convint en argent comptant . Les
Venitiens n'en pouvoient pas trouver à
caufe de la faifie de leurs effets , & ils
reftoient toûjours dans les fers , lorfque
M. Baron , par un excès de cette generofité
qui lui a toûjours été naturelle , prêta
lui- même la fomme en queftion , qui étoit
d'environ cinq mille Piaftres , dont il emprunta
une bonne partie de divers Marchands
, au moyen de quoi les Venitiens
furent tous élargis , & déchargés de l'accufation
.
Il eſt preſque inutile d'ajoûter que pour
la fûreté des deniers prêtés , le Sieur
Marco Zen , Conful de Veniſe au Caire ,
paffa en cette qualité , & au nom de fa
Nation le 3. May 1657. une obligation
en bonne forme en faveur de M. Baron
de la fomme prêtée , payable dans une
année , avec ftipulation d'interêts faute
de rembourſement paffé ledit terme
; l'Obligation fut enregistrée en la
Chancellerie du Confulat de France le 10 .
Novembre 1657. fuivant l'Expedition
autentique qui eft dans mes Mémoires .
Mais ce que la Pofterité aura de la peine
à croire , & ce qui eft cependant bien
certain , c'eft qu'un fervice fi fignalé fut
payé d'une ingratitude qui dure encore,
II. Vol. A vj
car
1272 MERCURE DE FRANCE
car jamais M. Baron ni fes heritiers n'ont
pû être payés de cette Obligation .
le
Il prêta auffi de les deniers, deux années :
après ,deux mille fix cent Piaftres pour une
moindre avanie faite aux * Harbis
par
même Pacha , dont il ne put être remboursé
avant fon départ d'Egypte , ce
qui eft encore tourné en pure perte. Peu
de tems après , & dans la même année
1659. M. Baron fut député à la Cour par
M. de Bermond Conful , & par le Corps
de la Nation Françoife établie au Caire ,
pour des affaires importantes , concernant
le commerce de cette Echelle ; ce qu'il
accepta au préjudice de fes propres affai--
res & du recouvrement de fes deniers.
Nos Marchands d'Egypte eurent toutlieu
de fe louer de cette députation , après
laquelle M. Baron revint à Marſeille , où
il fe lia d'une étroite amitié avec Gafpar
de Glandevez , Seigneur de Niozelles ;
ce Gentilhomme des plus qualifiés de la
Province , fut accufé d'être le principal
Auteur des troubles qui agitoient alors
la Ville de Marfeille , & le Roi étant venu
en Provence pour y remedier , fon Procès
Harbis , nom Arabe , qui fignifie , en un cer--
tainfens , Etranger , par lequel on entend tous
les:Marchands Européens qui réfident en Egyp
te, & qui n'y ont aucun Conful de leur Na-
11. Vol. lui
JUIN. 1730. 1273
›
fui fut fait avec la derniere rigueur , en--
forte qu'après la condamnation & fa retraite
tous les amis fe trouverent embaraffés
. M. Baron, quoique perfuadé de l'in--
nocence de M. de Niozelles , & encore
plus de la fienne , crut fe devoir quelque
précaution , & quitta cette Ville pour
un tems .
Cependant tout le monde lui rendit juk
tice , & en l'année 1661. le Roi informé
de fon mérite & de fa capacité lui fit
l'honneur de le nommer au Confulat d'Alep
, l'un des plus importans de tout le
Levant, & qui comprenoit alors , outre la
plus grande partie de la Syrie , la Caramanie
& les Echelles de Tripoly & de Chipre
, dont les Vice-Confuls lui étoient
fubordonnés. Le Conful d'Alep étoit auffi
Conful , avec l'agrément du Roi , des
Hollandois établis en cette Echelle . Le
Commerce des François à Alep avoit be--
foin d'un Conful de ce caractere ; il étoit
prefque ruiné par les abus qui s'y étoient
introduits & par l'avidité des Gouver
neurs, qui, contre la difpofition des Traités
, exigeoient des droits injuftes , opprimoient
, au lieu de proteger les Mar--
chands .
M. Picquet , qui depuis a été Evêque
de Babilone , étoit alors Conful dAlep ,
& devoit ceder fa place à M. Baron .
II. Vol. Après
#274 MERCURE DE FRANCE
Après avoir conferé enſemble fur l'Etat
du Commerce & fur les moyens de le rétablir
, on n'en trouva pas de plus affuré
que celui de prier le nouveau Conful de
faire avant toutes chofes , fous le bon plaifir
du Roi , un voyage à Conftantinople,
pour obtenir du Grand - Seigneur les commandemens
& les ordres neceffaires pour
ce rétabliffement.
M. Baron toûjours prêt à faire le bien
au préjudice même de fes interêts , entreprit
ce long voyage à fes dépens . Il confera
utilement avec M. de la Haye , Ambaffadeur
de France , de qui il fe fit confiderer
, & négocia fi heureuſement avec
le fameux Vizir Cupruli , qui ne put lui
-refufer fon eftime , qu'il obtint tout ce
qu'il demanda. Il revint à Alep , chargé
d'un Catacherif ou Commandement Imperial
qui fit bientôt changer de face au
Commerce de Syrie , qui fert encore de
regle , & qui met un frein à l'avarice infatiable
des Gouverneurs. L'un des Arti--
cles les plus importans , étoit la fupreffion
des interêts anciens des dettes de la Na--
-tion Françoise de Seyde , qui montoient™
à plus de dix huit mille Piaftres par an ,
& qui furent éteint pour toûjours.
Une année s'étoit à peine écoulée , que
M. Colbert , parvenu au Miniftere après
la mort du Cardinal Mazarin , & ayant
II. Vol
de
JUIN. 1730. 1275
›
de grandes vûës pour l'augmentation du
Commerce du Levant , fut bien aife de
confulter M. Baron fur ce fujet ; il lui
envoya pour cela , fur la fin de l'année
1662. un ordre du Roi conçû en ces termes.
» Cher & bien amé. Defirant être in-
» formé par votre bouche de l'Etat dus
» Commerce qui s'exerce par nos Sujets
» en l'étendue de votre Confulat , pour
» y pourvoir felon les befoins & l'amélio-
» rer par les voyes qui feront jugées les
»plus convenables nous vous faifons
>> cette Lettre pour vous dire qu'auffi tôt
» que vous l'aurez reçûë vous ayez à vous
» rendre auprès de nous , après toutefois
» avoir établi le Sieur Pierre Baron votre
» frere pour exercer votre Charge pen--
>> dant votre abfence , & mis fi bon ordre
» aux affaires dudit Confulat qu'elle ne
» leur puiffe être d'aucun préjudice ; &
» comme il ne feroit pas jufte que vous
faifant venir pour l'interêt general du
» Commerce , les frais de votre voyage
tombaffent fur vous , nous entendons
» que toute la Nation les fupporte , puifnous
ne vous le faifons entreprenque
» dre que pour le bien & l'avantage de
fon négoce ; n'y faites donc faute. Car
tel eft notre plaifir , Donné à Paris le
2-13 . d'Octobre 1662. figné Louis &c. &
30
>>
"
II Vol.
av
1276 MERCURE DE FRANCE
>
» au dos eft écrit : A notre cher & bien
» amé , le Sieur Baron , Conful de la Nation
Françoife à Alep.
Mes Mémoires ne portent aucune cirtance
particuliere fur l'execution de
cet ordre du Roi ; mais ils marquent indirectement
que; Sa Majefté en fut fatisfaite
, & que le Miniftre fut confirmé dans
l'opinion avantageufe qu'il avoit déja de
M. Baron , lequel exerça pendant neuf
années confécutives le Confulat d'Alep ,
avec beaucoup de dignité & d'utilité pour
le Commerce de la Nation ; ce Commerce
fut fi floriffant que les Droits de Confulat
pour ces neuf années fe monterent à la
fomme de quatre vingt dix mille Piaftres.
Comme il avoit un grand fond de Religion
& de pieté , il ſe déclara d'abord le
protecteur & le pere de tous les Miffionnaires
de l'Orient , qui trouverent nonfeulement
un azile dans fa maiſon , mais
fouvent des reffources folides dans les
conjonctures fâcheufes qui n'arrivent que
trop fouvent dans le Pays des Infideles .
Il avoit la même attention pour les Prélats
, les Ecclefiaftiques & tous les Chré--
tiens du Pays qui n'étoient point féparés
de l'Eglife Romaine par le Schifme ou par
des erreurs . condamnées ; & il n'oublioit
rien pour attirer ceux qui avoient le
malheur d'être nés dans cette féparation.
- II. Vol.
Sa
JUIN. 1730. 1277
>
Sa charité fans bornes & fans diftinction
des Sujets n'étoit jamais épuifée , quoique
fes facultés le fuffent quelquefois en donnant
comme il faifoit de toutes mains
;
alors , en attendant d'autres reffources, il
donnoit jufqu'à fes meubles & fes propres
habits. Le P. Jofeph Beffon , Miffionnaire
de la Compagnie de Jefus en Syrie , étant
allé un jour lui repréfenter le danger évident
où fe trouvoit une jeune fille Maronite
auffi belle qquuee ppaauuvvrree ,, recherchée
par un Turc de confideration , faute de
quelque argent pour la mettre en fûreté
en l'envoyant chez fes parens du Mont
Liban ; le pieux Conful ſe trouvant alors
dépourvû d'argent , dépouilla fa Robe
Confulaire , qui étoit d'une belle écarlate,
doublée d'une fourrure de prix , & la
donna au Miffionnaire , qui touché d'une
telle action la déclara hautement , & fit
enforte avec un neveu de M. Baron que
l'argent en queftion fur trouvé ſur le cré-
' dit du Conful , & la fille Maronite fauvée.
Je me contente de ce trait entre plufieurs
autres qui font venus à ma connoiffance ,
& dont on parle encore dans là Ville d'Alep.
Je tiens celui ci de M. Feau que j'ai
vû deux fois dans l'Ile de Chypre , où il
eft mort Conful , lequel étoit fils d'une
foeur de M. Baron , & ne l'avoit prefque
jamais quitté durant fon Confulat d'Alep.
IL Vol.. C'eft:
7278 MERCURE DE FRANCE
>
C'eſt de ce même M. Feau que je tiens le
beau Portrait de notre illuftre Conful
que vous avez vû dans mon Cabinet , &
qu'il me remit à Chypre en l'année 1688 .
Il fut peint à Alep par un habile Flamand
que M. Baron avoit logé chez lui par eftime
& par courtoisie.
A l'égard de ce que j'ai dit , Monfieur,
de fon attention à proteger la Religion ,
& à bien traiter les Prélats & tous les
Ouvriers Evangeliques , je le trouve
confirmé par des Actes de la Congrégation
de la Propagande qui honorent fa
mémoire , & ces Actes font eux mêmes.
confirmés par un Bref du Pape Clement
IX. écrit au Roi en faveur de M. Baron;
vous ferez , fans doute , bien aife de le
trouver ici.
CHARISSIMO IN CHRISTO FILIO
NOSTRO ,
LUDOVICO , FRANCORUM REGI
CHRISTIANISSIMO.
CLEMENS PAPA IX.
CHARISSIME IN CHRISTO FILI NOSTER :
SALUTEM : Inclita pietati ac benefi
centia Majeftatis tuæ , non minus quàmgloria
per gratas accidere palam eft occafiones
omnes , fefe longè latèque per univerfum or-
II. Vol bem
JUIN. 1730. 1279
bem extendendi ; ubi præfertim non folum de
privatis hominum utilitatibus augendis , verum
etiam de publici boni , & vel maximè
fidei Chriftiane rationibus juvandis, ac provehendis
agatur. Quapropter accuratè, acfidenter
ei commendamus Francifcum Baronium
, eo die Nationis Francorum in Civitate
Aleppi Confulem , qui profecto , ut omni
fide digni viri, ac potiffimum Apoftolici Miffionarii
teftantur , quaftudio , folertia , Confiliis
, quà propriis etiam impenfis , cunctis
in Afia fanita Religionis vel confervanda ,
vel propaganda rebus per plures jam annos
efficaciter incumbit ; adeò ut fedulitas ejus
domus omnium in vineâ domini laborantium
neceffitatibus , commodis in Partibus
illis communiter pateant , hac Majef
tati tuæ non ignota effe , fufficere arbitramur
, ut eum dignum exiftimet , quem opportunè
regio beneficio aliquo donet : Cum prafertim
premium tam infigni virtuti tributum,
aliorum complurium charitatem acuere & inflammare
poffit ad eum imitandum , ingenti
multis in Regionibus fidei Chriftiana bono.
Ceterum officia Pontificia Ven. Fr. Archiepifcopus
Thebarum Nuncius nofter explicabit.
Nos Majeftati tuæ ex intimis animi paterni
fenfibus amantiffime benedicimus . ĎATUM
ROME, apud S. Mariam Majorem
fub annulo Pifcatoris . Die xxiv .
Augufti 1669. Pontificatûs noftri anno
III. M.
#280 MERCURE DE FRANCE
•
C.
M. Baron a encore fervi l'Eglife dans
une conjoncture ' importante & particuliere.
Vous fçavez ; Monfieur , qu'environ
dans ce tems - là Antoine Arnauld
Docteur de Sorbone , entreprit dans fon
grand Ouvrage ( a ) de la Perpetuité de la
Foy, & c. de prouver aux Novateurs, que
I'Eglife Orientale avoit toujours cru &
croit encore aujourd'hui , ce que croit
l'Eglife Latine fur la Tranfubftantiation
dans le Sacrement de l'Euchariftie , & c.
Ce qui ne fe pouvoit faire avec plus de
folidité & plus defuccès qu'en rapportant
les témoignages juridiques des principales
Eglifes fur ce point important. M. de
Nointel , alors Ambaffadeur à la Porte , fet
chargea de ce qui concernoit l'Eglife Patriarchale
de Conftantinople ; & M. Baron
, travailla de fon côté à fe rendre bien
certain de la Doctrine de toutes les Eglifes
Syriennes , fur le même point , ce qui
demandoit beaucoup de foin , d'applica
tion & de difcernement.
C'est par ce moyen qu'on voit dans le
premier volume de la Perpetuité de la
Foy , Liv. XII . page 82. deux Atteftations
autentiques ; fçavoir , l'une du Patriar-
( a ) La Perpetuité de la Foy de l'Eglife Catholique
, touchant l'Euchariftie, deffendue contre
le fieur Claude, Miniftre de Charenton.3.vol
in 4. Paris 1669. dédié au Pape Clement 1X.
II. Vol. che
JUIN. 1730. 1281
che , des Evêques & de plufieurs Prêtres
Arméniens , réfidens à Alep , de la créance
de cette Eglife fur l'Euchariſtie ; elle
eft dattée du premier Mars r117 . felon
L'Epoque des Arméniens , qui répond à'
l'année 1668. des Latins, traduite de l'Arménien
en Latin , ſouſcrite par les Prélats
y dénommez , & légalifée le même jour'
par M. Baron , qui affirme & attefte que
les Sceaux & les Seings qu'on y voit ont
été mis en fa préfence par les mêmes perfonnes.
L'autre Atteftation eft du Patriarche
des Syriens fur la créance de fon Egli
fe . Elle eft pareillement foufcrite de ce
Patriarche & de plufieurs Evêques , Prêtres
& Moines Syriens , & enfin renduë
autentique par la légaliſation du même
Conful.
Les Originaux de ces deux atteftations
qui font autant de Profeffions de Foy ,
écrits dans la Langue & dans les propres
caracteres de chaque Nation , fe trouvent
parmi les autres Originaux de cette efpece
dans le dépôt general qui en fut
fait à la Biblioteque de l'Abbaye S. Germain
des Prez , le 29 Septembre 1668 , &
le 7 Aouft 1670. fuivant le Procès verbal
latin qui eft à la tête de ce Recueil . Lex
Procès verbal eft foufcrit par M. (a) Jan-
(a ) M. Jannon étoit un Ecclefiaftique fort
zélé pour la Religion , & particulierement lié
II. Vol.
non
1282 MERCURE DE FRANCE.
non , Prêtre & Chanoine de S. Juft de
Lyon , par le R. P. General des Benedictins
de S. Maur , & fes Affiftans , par le
P. Prieur de S. Germain , par le Bibliotequaire
en chef, par Dom Luc d'Achery .
& par d'autresSçavans de la mêmeMaifon;
il eft enfin figné par deux Notaires Apoftoliques.
>-
Il y a dans le même Dépôt la Profef
fion de Foy originale , auffi légalifée par
M. Baron , le 4 Juin 1668. du Čuré Néophile
, Vicaire General de Macaire , Patriarche
Grec d'Antioche,foufcrite par lui
& par les principaux Curez & Prêtres du
Patriarchat.
M.Arnauld n'a point employé cette piéce
dans fon Livre de la Perpetuité de la
Foy. Peut-être lui arriva- t - elle trop tard.
Je ne dis rien des Profeffions de Foy
envoyées par M. de Nointel ; concernant
le Patriarchat de Conftantinople , qui
font partie du même Dépôt. Le tout enfemble
fait un des plus curieux Monumens
qu'on puiffe trouver en ce genre ;
j'ay eu le ppllaaiiffiirr ddee vvooiirr toutes
piéces à cette occafion.
ces
Entre celles qui m'ont parû mériter le
plus d'attention , j'ai diftingué les Actes,
avec M. Picquet & M. Arnauld, Il avoit recen
ces Originaux du Levant , & les depofa de la
maniere qu'il eft dit dans le Procès Verbal.
II. Vol. Origi
JUIN. 1730. 1288
Originaux, en grand nombre , du Métropolitain
Elie , Chef de l'Eglife Neftorienne
de ( a ) Diarbek , énoncez en Langue
Arabe , & écrits en caracteres Syriaques..
Ce précieux Recueil enfin contenu dans
deux gros volumes in-folio , prefente par
ta diverfité des Langues & des Caracte
res une refpectable variété , & mérite l'at
tention particuliere que les Sçavans Dépofitaires
ont pour fa confervation .
Sur la fin de l'année 1670. M. Colbert
qui honoroit M. Baron d'une eftime particuliere
& qui étoit tres- fatisfait des changemens
favorables arrivez au Commerce
de Syrie pendant fon Confulat , le propofa
au Roy comme un fujet propre à rétablir
& à faire fleurir celui de la Compagnie
des Indes Orientales ; & en conféquence
des Ordres de S. M. Mr Baron:
toujours prêt à obéir & à fe livrer au
bien public , partit d'Alep dans le courant
de l'année 1671. pour fe rendre à
Surate, lieu de la réfidence du Directeur
General du Commerce de France , & de
l'établiffement du principal Comptoir de
la Compagnie.
On ne fçauroit exprimer le regret
qu'on eut de le perdre à Alep. Le Procès
verbal de l'Affemblée de la Nation , tenuë
(a) Ville & Pays fituex dans l'ancienne
Mésopotamie
II. Vol. fur
1284 MERCURE DE FRANCE
fur ce fujet le 11. Janvier 1671 , dont
j'ai une Expédition en forme , apprend
là deffus quelques circonftances qu'il eft
bon de ne pas omettre .
M. du Pont , qui préfidoit à l'Affemblée
, en qualité de nouveau Conful d'Alep
, y fait l'éloge de M. Baron , puis il
propofe de déliberer fur deux Chefs. Le
premier , fur le prefent ou la gratification
ordinaire qui eſt dûë aux Confuls à
la fin de leur Charge , alléguant pour
exemple le plus recent celui de Mr.
Piquet , qui avoit reçû mille Piaftres de
gratification , quoique fon Confulat eût
été beaucoup moins long.
Le fecond Chef rouloit fur un rembourſement
de 519 Piaftres , données par
M. Baron de fes propres deniers , pour
terminer la malheureuſe affaire de deux
jeunes François , nommez dans l'Acte ,
que leur libertinage fit tomber entre les
mains du Sous- Bachi ou Officier du Guet,
dans un lieu de débauche , lequel les traita
avec la derniere rigueur , & prétendit
qu'il ne pouvoit les délivrer qu'en fe
faifant Mahometans , & c.
Sur quoi , dit l'Acte que je viens de
citer , lefdits Sieurs Affemblez , ont dit &
déliberé ;
ود
que
Que quelque reconnoiffance la
»Nation puiffe accorder àmondit fieur
II. Vol.
le
JUIN. 1730. 1285
» le Conful Baron , étant au deffous de ce
» qu'elle lui doit , pour le grand zele &
» le grand amour avec lequel il a agi
» pendant tout le tems de fon exercice ,
» & pour les fommes qu'il peut avoir
» fournies pour ladite Nation , dont il n'a
» pas été remboursé , qu'ils fe fentent
>> obligez de manifefter cette verité, & de
» prier M" les Echevins & Députez du-
>> Commerce de la Ville de Marfeille , de
» la lui donner auffi avantageuſe, qu'il l'a
» méritée fa bonne adminiftration &
par
» conduites ou fupplier tres-humblement
» Sa Majefté de lui accorder icelle.En foy
dequoi , &c. Signé Dupont Conful , Truillard
& Vitalis , Deputez de la Nation.
S. Jacques , Cheillan , Gardane , Gleize ,
Foreft , Bazan , Etienne , Marchands
François & Feris , Chancelier , Secretaire
du Confulat d'Alep. A côté eft le grand
Sceau du Conful ou l'Ecu des armes de
France , & c.
Ce font là , Monfieur , les belles difpofitions
, enfuite defquelles M.Baron partit
d'Alep pour les Indes , & qui lui ont tenu
lieu de réalité ; car il n'a jamais rien reçû
en confequence de cette déliberation ; fon
éloignement , fon efprit défintereffé , les
difficultez ou le peu de difpofition de la
part de ceux qui devoient effectuer ,
II. Vol. B ont
1236 MERCURE DE FRANCE
ont toujours été des obftacles plus que
fuffifans.
La fuite paroîtra dans le Mercure prochain.
en Syrie , puis Direcleur General du
Commerce aux Indes Orientales , adreſſe
à M. de
R
....
Endre à la mémoire des hommes
vertueux ce qui lui eft dû , propo--
fer leur exemple à la Pofterité , en donnant
un abregé de leur vie , c'eft , Monfieur
, une action de Juftice , un hommage
rendu au vrai mérite , & un foin qui
tourne à l'utilité publique . Ainfi , quʊique
M. Baron foit mort depuis plufieurs
années , & qu'après le decès de M. J. Bap
tifte Baron fon neveu , Chevalier de l'Or
dre de S. Jean de Jerufalem , Comman--
deur d'Efpagnac , arrivé le 20. Novembre
il ne reste plus perfonne en France
1724.
II. Vol.
A y de
1270 MERCURE DE FRANCE
de cette vertueufe famille , je ne fais point
difficulté d'entreprendre de vous marquer
ici les principales circonftances de fa vie..
François Baron nâquit à Marſeille le 4 ..
Novembre 16 20. d'une ancienne famille
de la même Ville qui étoit originaire de
Cofme dans le Duché de Milan . Après
avoir fait fes Etudes & fes Exercices , il
entra dans le monde , & fe fit confiderer
par fes manieres polies & par le carac
tere d'une exacte probité.
Quelque tems après , il forma le deffein
de voyager ; après avoir vû une partie de
l'Italie , & féjourné particulierement à la
Cour de Turin , il paffa en Egypte ; c'étoit
dans le tems de la rupture des Turcs avec
la République de Venife , & durant le
Siege de Candie. Cependant il y avoit
encore au Caire un Conful & plufieurs
Marchands Venitiens , aufquels le Pacha
de cette Ville fit plus qu'une avanie Turque
car après leur avoir fuppofé des intelligences
criminelles avec les Affiegés
de Candie , il les fit mettre aux fers , &
enfuite d'une courte procedure , il les
condamna tous à la mort , ce qui empor-.
toit la confifcation de leurs effets dont il
s'empara d'abord.
Dans cette extremité , les Venitiens eurent
recours à M. Baron qu'ils fçavoient
être fort confideré du Pacha . Il s'employa
II. Vol. effiJUIN.
1730. 1271'
efficacement pour eux , & il obtint enfin
leur délivrance , moyennant une fomme
dont on convint en argent comptant . Les
Venitiens n'en pouvoient pas trouver à
caufe de la faifie de leurs effets , & ils
reftoient toûjours dans les fers , lorfque
M. Baron , par un excès de cette generofité
qui lui a toûjours été naturelle , prêta
lui- même la fomme en queftion , qui étoit
d'environ cinq mille Piaftres , dont il emprunta
une bonne partie de divers Marchands
, au moyen de quoi les Venitiens
furent tous élargis , & déchargés de l'accufation
.
Il eſt preſque inutile d'ajoûter que pour
la fûreté des deniers prêtés , le Sieur
Marco Zen , Conful de Veniſe au Caire ,
paffa en cette qualité , & au nom de fa
Nation le 3. May 1657. une obligation
en bonne forme en faveur de M. Baron
de la fomme prêtée , payable dans une
année , avec ftipulation d'interêts faute
de rembourſement paffé ledit terme
; l'Obligation fut enregistrée en la
Chancellerie du Confulat de France le 10 .
Novembre 1657. fuivant l'Expedition
autentique qui eft dans mes Mémoires .
Mais ce que la Pofterité aura de la peine
à croire , & ce qui eft cependant bien
certain , c'eft qu'un fervice fi fignalé fut
payé d'une ingratitude qui dure encore,
II. Vol. A vj
car
1272 MERCURE DE FRANCE
car jamais M. Baron ni fes heritiers n'ont
pû être payés de cette Obligation .
le
Il prêta auffi de les deniers, deux années :
après ,deux mille fix cent Piaftres pour une
moindre avanie faite aux * Harbis
par
même Pacha , dont il ne put être remboursé
avant fon départ d'Egypte , ce
qui eft encore tourné en pure perte. Peu
de tems après , & dans la même année
1659. M. Baron fut député à la Cour par
M. de Bermond Conful , & par le Corps
de la Nation Françoife établie au Caire ,
pour des affaires importantes , concernant
le commerce de cette Echelle ; ce qu'il
accepta au préjudice de fes propres affai--
res & du recouvrement de fes deniers.
Nos Marchands d'Egypte eurent toutlieu
de fe louer de cette députation , après
laquelle M. Baron revint à Marſeille , où
il fe lia d'une étroite amitié avec Gafpar
de Glandevez , Seigneur de Niozelles ;
ce Gentilhomme des plus qualifiés de la
Province , fut accufé d'être le principal
Auteur des troubles qui agitoient alors
la Ville de Marfeille , & le Roi étant venu
en Provence pour y remedier , fon Procès
Harbis , nom Arabe , qui fignifie , en un cer--
tainfens , Etranger , par lequel on entend tous
les:Marchands Européens qui réfident en Egyp
te, & qui n'y ont aucun Conful de leur Na-
11. Vol. lui
JUIN. 1730. 1273
›
fui fut fait avec la derniere rigueur , en--
forte qu'après la condamnation & fa retraite
tous les amis fe trouverent embaraffés
. M. Baron, quoique perfuadé de l'in--
nocence de M. de Niozelles , & encore
plus de la fienne , crut fe devoir quelque
précaution , & quitta cette Ville pour
un tems .
Cependant tout le monde lui rendit juk
tice , & en l'année 1661. le Roi informé
de fon mérite & de fa capacité lui fit
l'honneur de le nommer au Confulat d'Alep
, l'un des plus importans de tout le
Levant, & qui comprenoit alors , outre la
plus grande partie de la Syrie , la Caramanie
& les Echelles de Tripoly & de Chipre
, dont les Vice-Confuls lui étoient
fubordonnés. Le Conful d'Alep étoit auffi
Conful , avec l'agrément du Roi , des
Hollandois établis en cette Echelle . Le
Commerce des François à Alep avoit be--
foin d'un Conful de ce caractere ; il étoit
prefque ruiné par les abus qui s'y étoient
introduits & par l'avidité des Gouver
neurs, qui, contre la difpofition des Traités
, exigeoient des droits injuftes , opprimoient
, au lieu de proteger les Mar--
chands .
M. Picquet , qui depuis a été Evêque
de Babilone , étoit alors Conful dAlep ,
& devoit ceder fa place à M. Baron .
II. Vol. Après
#274 MERCURE DE FRANCE
Après avoir conferé enſemble fur l'Etat
du Commerce & fur les moyens de le rétablir
, on n'en trouva pas de plus affuré
que celui de prier le nouveau Conful de
faire avant toutes chofes , fous le bon plaifir
du Roi , un voyage à Conftantinople,
pour obtenir du Grand - Seigneur les commandemens
& les ordres neceffaires pour
ce rétabliffement.
M. Baron toûjours prêt à faire le bien
au préjudice même de fes interêts , entreprit
ce long voyage à fes dépens . Il confera
utilement avec M. de la Haye , Ambaffadeur
de France , de qui il fe fit confiderer
, & négocia fi heureuſement avec
le fameux Vizir Cupruli , qui ne put lui
-refufer fon eftime , qu'il obtint tout ce
qu'il demanda. Il revint à Alep , chargé
d'un Catacherif ou Commandement Imperial
qui fit bientôt changer de face au
Commerce de Syrie , qui fert encore de
regle , & qui met un frein à l'avarice infatiable
des Gouverneurs. L'un des Arti--
cles les plus importans , étoit la fupreffion
des interêts anciens des dettes de la Na--
-tion Françoise de Seyde , qui montoient™
à plus de dix huit mille Piaftres par an ,
& qui furent éteint pour toûjours.
Une année s'étoit à peine écoulée , que
M. Colbert , parvenu au Miniftere après
la mort du Cardinal Mazarin , & ayant
II. Vol
de
JUIN. 1730. 1275
›
de grandes vûës pour l'augmentation du
Commerce du Levant , fut bien aife de
confulter M. Baron fur ce fujet ; il lui
envoya pour cela , fur la fin de l'année
1662. un ordre du Roi conçû en ces termes.
» Cher & bien amé. Defirant être in-
» formé par votre bouche de l'Etat dus
» Commerce qui s'exerce par nos Sujets
» en l'étendue de votre Confulat , pour
» y pourvoir felon les befoins & l'amélio-
» rer par les voyes qui feront jugées les
»plus convenables nous vous faifons
>> cette Lettre pour vous dire qu'auffi tôt
» que vous l'aurez reçûë vous ayez à vous
» rendre auprès de nous , après toutefois
» avoir établi le Sieur Pierre Baron votre
» frere pour exercer votre Charge pen--
>> dant votre abfence , & mis fi bon ordre
» aux affaires dudit Confulat qu'elle ne
» leur puiffe être d'aucun préjudice ; &
» comme il ne feroit pas jufte que vous
faifant venir pour l'interêt general du
» Commerce , les frais de votre voyage
tombaffent fur vous , nous entendons
» que toute la Nation les fupporte , puifnous
ne vous le faifons entreprenque
» dre que pour le bien & l'avantage de
fon négoce ; n'y faites donc faute. Car
tel eft notre plaifir , Donné à Paris le
2-13 . d'Octobre 1662. figné Louis &c. &
30
>>
"
II Vol.
av
1276 MERCURE DE FRANCE
>
» au dos eft écrit : A notre cher & bien
» amé , le Sieur Baron , Conful de la Nation
Françoife à Alep.
Mes Mémoires ne portent aucune cirtance
particuliere fur l'execution de
cet ordre du Roi ; mais ils marquent indirectement
que; Sa Majefté en fut fatisfaite
, & que le Miniftre fut confirmé dans
l'opinion avantageufe qu'il avoit déja de
M. Baron , lequel exerça pendant neuf
années confécutives le Confulat d'Alep ,
avec beaucoup de dignité & d'utilité pour
le Commerce de la Nation ; ce Commerce
fut fi floriffant que les Droits de Confulat
pour ces neuf années fe monterent à la
fomme de quatre vingt dix mille Piaftres.
Comme il avoit un grand fond de Religion
& de pieté , il ſe déclara d'abord le
protecteur & le pere de tous les Miffionnaires
de l'Orient , qui trouverent nonfeulement
un azile dans fa maiſon , mais
fouvent des reffources folides dans les
conjonctures fâcheufes qui n'arrivent que
trop fouvent dans le Pays des Infideles .
Il avoit la même attention pour les Prélats
, les Ecclefiaftiques & tous les Chré--
tiens du Pays qui n'étoient point féparés
de l'Eglife Romaine par le Schifme ou par
des erreurs . condamnées ; & il n'oublioit
rien pour attirer ceux qui avoient le
malheur d'être nés dans cette féparation.
- II. Vol.
Sa
JUIN. 1730. 1277
>
Sa charité fans bornes & fans diftinction
des Sujets n'étoit jamais épuifée , quoique
fes facultés le fuffent quelquefois en donnant
comme il faifoit de toutes mains
;
alors , en attendant d'autres reffources, il
donnoit jufqu'à fes meubles & fes propres
habits. Le P. Jofeph Beffon , Miffionnaire
de la Compagnie de Jefus en Syrie , étant
allé un jour lui repréfenter le danger évident
où fe trouvoit une jeune fille Maronite
auffi belle qquuee ppaauuvvrree ,, recherchée
par un Turc de confideration , faute de
quelque argent pour la mettre en fûreté
en l'envoyant chez fes parens du Mont
Liban ; le pieux Conful ſe trouvant alors
dépourvû d'argent , dépouilla fa Robe
Confulaire , qui étoit d'une belle écarlate,
doublée d'une fourrure de prix , & la
donna au Miffionnaire , qui touché d'une
telle action la déclara hautement , & fit
enforte avec un neveu de M. Baron que
l'argent en queftion fur trouvé ſur le cré-
' dit du Conful , & la fille Maronite fauvée.
Je me contente de ce trait entre plufieurs
autres qui font venus à ma connoiffance ,
& dont on parle encore dans là Ville d'Alep.
Je tiens celui ci de M. Feau que j'ai
vû deux fois dans l'Ile de Chypre , où il
eft mort Conful , lequel étoit fils d'une
foeur de M. Baron , & ne l'avoit prefque
jamais quitté durant fon Confulat d'Alep.
IL Vol.. C'eft:
7278 MERCURE DE FRANCE
>
C'eſt de ce même M. Feau que je tiens le
beau Portrait de notre illuftre Conful
que vous avez vû dans mon Cabinet , &
qu'il me remit à Chypre en l'année 1688 .
Il fut peint à Alep par un habile Flamand
que M. Baron avoit logé chez lui par eftime
& par courtoisie.
A l'égard de ce que j'ai dit , Monfieur,
de fon attention à proteger la Religion ,
& à bien traiter les Prélats & tous les
Ouvriers Evangeliques , je le trouve
confirmé par des Actes de la Congrégation
de la Propagande qui honorent fa
mémoire , & ces Actes font eux mêmes.
confirmés par un Bref du Pape Clement
IX. écrit au Roi en faveur de M. Baron;
vous ferez , fans doute , bien aife de le
trouver ici.
CHARISSIMO IN CHRISTO FILIO
NOSTRO ,
LUDOVICO , FRANCORUM REGI
CHRISTIANISSIMO.
CLEMENS PAPA IX.
CHARISSIME IN CHRISTO FILI NOSTER :
SALUTEM : Inclita pietati ac benefi
centia Majeftatis tuæ , non minus quàmgloria
per gratas accidere palam eft occafiones
omnes , fefe longè latèque per univerfum or-
II. Vol bem
JUIN. 1730. 1279
bem extendendi ; ubi præfertim non folum de
privatis hominum utilitatibus augendis , verum
etiam de publici boni , & vel maximè
fidei Chriftiane rationibus juvandis, ac provehendis
agatur. Quapropter accuratè, acfidenter
ei commendamus Francifcum Baronium
, eo die Nationis Francorum in Civitate
Aleppi Confulem , qui profecto , ut omni
fide digni viri, ac potiffimum Apoftolici Miffionarii
teftantur , quaftudio , folertia , Confiliis
, quà propriis etiam impenfis , cunctis
in Afia fanita Religionis vel confervanda ,
vel propaganda rebus per plures jam annos
efficaciter incumbit ; adeò ut fedulitas ejus
domus omnium in vineâ domini laborantium
neceffitatibus , commodis in Partibus
illis communiter pateant , hac Majef
tati tuæ non ignota effe , fufficere arbitramur
, ut eum dignum exiftimet , quem opportunè
regio beneficio aliquo donet : Cum prafertim
premium tam infigni virtuti tributum,
aliorum complurium charitatem acuere & inflammare
poffit ad eum imitandum , ingenti
multis in Regionibus fidei Chriftiana bono.
Ceterum officia Pontificia Ven. Fr. Archiepifcopus
Thebarum Nuncius nofter explicabit.
Nos Majeftati tuæ ex intimis animi paterni
fenfibus amantiffime benedicimus . ĎATUM
ROME, apud S. Mariam Majorem
fub annulo Pifcatoris . Die xxiv .
Augufti 1669. Pontificatûs noftri anno
III. M.
#280 MERCURE DE FRANCE
•
C.
M. Baron a encore fervi l'Eglife dans
une conjoncture ' importante & particuliere.
Vous fçavez ; Monfieur , qu'environ
dans ce tems - là Antoine Arnauld
Docteur de Sorbone , entreprit dans fon
grand Ouvrage ( a ) de la Perpetuité de la
Foy, & c. de prouver aux Novateurs, que
I'Eglife Orientale avoit toujours cru &
croit encore aujourd'hui , ce que croit
l'Eglife Latine fur la Tranfubftantiation
dans le Sacrement de l'Euchariftie , & c.
Ce qui ne fe pouvoit faire avec plus de
folidité & plus defuccès qu'en rapportant
les témoignages juridiques des principales
Eglifes fur ce point important. M. de
Nointel , alors Ambaffadeur à la Porte , fet
chargea de ce qui concernoit l'Eglife Patriarchale
de Conftantinople ; & M. Baron
, travailla de fon côté à fe rendre bien
certain de la Doctrine de toutes les Eglifes
Syriennes , fur le même point , ce qui
demandoit beaucoup de foin , d'applica
tion & de difcernement.
C'est par ce moyen qu'on voit dans le
premier volume de la Perpetuité de la
Foy , Liv. XII . page 82. deux Atteftations
autentiques ; fçavoir , l'une du Patriar-
( a ) La Perpetuité de la Foy de l'Eglife Catholique
, touchant l'Euchariftie, deffendue contre
le fieur Claude, Miniftre de Charenton.3.vol
in 4. Paris 1669. dédié au Pape Clement 1X.
II. Vol. che
JUIN. 1730. 1281
che , des Evêques & de plufieurs Prêtres
Arméniens , réfidens à Alep , de la créance
de cette Eglife fur l'Euchariſtie ; elle
eft dattée du premier Mars r117 . felon
L'Epoque des Arméniens , qui répond à'
l'année 1668. des Latins, traduite de l'Arménien
en Latin , ſouſcrite par les Prélats
y dénommez , & légalifée le même jour'
par M. Baron , qui affirme & attefte que
les Sceaux & les Seings qu'on y voit ont
été mis en fa préfence par les mêmes perfonnes.
L'autre Atteftation eft du Patriarche
des Syriens fur la créance de fon Egli
fe . Elle eft pareillement foufcrite de ce
Patriarche & de plufieurs Evêques , Prêtres
& Moines Syriens , & enfin renduë
autentique par la légaliſation du même
Conful.
Les Originaux de ces deux atteftations
qui font autant de Profeffions de Foy ,
écrits dans la Langue & dans les propres
caracteres de chaque Nation , fe trouvent
parmi les autres Originaux de cette efpece
dans le dépôt general qui en fut
fait à la Biblioteque de l'Abbaye S. Germain
des Prez , le 29 Septembre 1668 , &
le 7 Aouft 1670. fuivant le Procès verbal
latin qui eft à la tête de ce Recueil . Lex
Procès verbal eft foufcrit par M. (a) Jan-
(a ) M. Jannon étoit un Ecclefiaftique fort
zélé pour la Religion , & particulierement lié
II. Vol.
non
1282 MERCURE DE FRANCE.
non , Prêtre & Chanoine de S. Juft de
Lyon , par le R. P. General des Benedictins
de S. Maur , & fes Affiftans , par le
P. Prieur de S. Germain , par le Bibliotequaire
en chef, par Dom Luc d'Achery .
& par d'autresSçavans de la mêmeMaifon;
il eft enfin figné par deux Notaires Apoftoliques.
>-
Il y a dans le même Dépôt la Profef
fion de Foy originale , auffi légalifée par
M. Baron , le 4 Juin 1668. du Čuré Néophile
, Vicaire General de Macaire , Patriarche
Grec d'Antioche,foufcrite par lui
& par les principaux Curez & Prêtres du
Patriarchat.
M.Arnauld n'a point employé cette piéce
dans fon Livre de la Perpetuité de la
Foy. Peut-être lui arriva- t - elle trop tard.
Je ne dis rien des Profeffions de Foy
envoyées par M. de Nointel ; concernant
le Patriarchat de Conftantinople , qui
font partie du même Dépôt. Le tout enfemble
fait un des plus curieux Monumens
qu'on puiffe trouver en ce genre ;
j'ay eu le ppllaaiiffiirr ddee vvooiirr toutes
piéces à cette occafion.
ces
Entre celles qui m'ont parû mériter le
plus d'attention , j'ai diftingué les Actes,
avec M. Picquet & M. Arnauld, Il avoit recen
ces Originaux du Levant , & les depofa de la
maniere qu'il eft dit dans le Procès Verbal.
II. Vol. Origi
JUIN. 1730. 1288
Originaux, en grand nombre , du Métropolitain
Elie , Chef de l'Eglife Neftorienne
de ( a ) Diarbek , énoncez en Langue
Arabe , & écrits en caracteres Syriaques..
Ce précieux Recueil enfin contenu dans
deux gros volumes in-folio , prefente par
ta diverfité des Langues & des Caracte
res une refpectable variété , & mérite l'at
tention particuliere que les Sçavans Dépofitaires
ont pour fa confervation .
Sur la fin de l'année 1670. M. Colbert
qui honoroit M. Baron d'une eftime particuliere
& qui étoit tres- fatisfait des changemens
favorables arrivez au Commerce
de Syrie pendant fon Confulat , le propofa
au Roy comme un fujet propre à rétablir
& à faire fleurir celui de la Compagnie
des Indes Orientales ; & en conféquence
des Ordres de S. M. Mr Baron:
toujours prêt à obéir & à fe livrer au
bien public , partit d'Alep dans le courant
de l'année 1671. pour fe rendre à
Surate, lieu de la réfidence du Directeur
General du Commerce de France , & de
l'établiffement du principal Comptoir de
la Compagnie.
On ne fçauroit exprimer le regret
qu'on eut de le perdre à Alep. Le Procès
verbal de l'Affemblée de la Nation , tenuë
(a) Ville & Pays fituex dans l'ancienne
Mésopotamie
II. Vol. fur
1284 MERCURE DE FRANCE
fur ce fujet le 11. Janvier 1671 , dont
j'ai une Expédition en forme , apprend
là deffus quelques circonftances qu'il eft
bon de ne pas omettre .
M. du Pont , qui préfidoit à l'Affemblée
, en qualité de nouveau Conful d'Alep
, y fait l'éloge de M. Baron , puis il
propofe de déliberer fur deux Chefs. Le
premier , fur le prefent ou la gratification
ordinaire qui eſt dûë aux Confuls à
la fin de leur Charge , alléguant pour
exemple le plus recent celui de Mr.
Piquet , qui avoit reçû mille Piaftres de
gratification , quoique fon Confulat eût
été beaucoup moins long.
Le fecond Chef rouloit fur un rembourſement
de 519 Piaftres , données par
M. Baron de fes propres deniers , pour
terminer la malheureuſe affaire de deux
jeunes François , nommez dans l'Acte ,
que leur libertinage fit tomber entre les
mains du Sous- Bachi ou Officier du Guet,
dans un lieu de débauche , lequel les traita
avec la derniere rigueur , & prétendit
qu'il ne pouvoit les délivrer qu'en fe
faifant Mahometans , & c.
Sur quoi , dit l'Acte que je viens de
citer , lefdits Sieurs Affemblez , ont dit &
déliberé ;
ود
que
Que quelque reconnoiffance la
»Nation puiffe accorder àmondit fieur
II. Vol.
le
JUIN. 1730. 1285
» le Conful Baron , étant au deffous de ce
» qu'elle lui doit , pour le grand zele &
» le grand amour avec lequel il a agi
» pendant tout le tems de fon exercice ,
» & pour les fommes qu'il peut avoir
» fournies pour ladite Nation , dont il n'a
» pas été remboursé , qu'ils fe fentent
>> obligez de manifefter cette verité, & de
» prier M" les Echevins & Députez du-
>> Commerce de la Ville de Marfeille , de
» la lui donner auffi avantageuſe, qu'il l'a
» méritée fa bonne adminiftration &
par
» conduites ou fupplier tres-humblement
» Sa Majefté de lui accorder icelle.En foy
dequoi , &c. Signé Dupont Conful , Truillard
& Vitalis , Deputez de la Nation.
S. Jacques , Cheillan , Gardane , Gleize ,
Foreft , Bazan , Etienne , Marchands
François & Feris , Chancelier , Secretaire
du Confulat d'Alep. A côté eft le grand
Sceau du Conful ou l'Ecu des armes de
France , & c.
Ce font là , Monfieur , les belles difpofitions
, enfuite defquelles M.Baron partit
d'Alep pour les Indes , & qui lui ont tenu
lieu de réalité ; car il n'a jamais rien reçû
en confequence de cette déliberation ; fon
éloignement , fon efprit défintereffé , les
difficultez ou le peu de difpofition de la
part de ceux qui devoient effectuer ,
II. Vol. B ont
1236 MERCURE DE FRANCE
ont toujours été des obftacles plus que
fuffifans.
La fuite paroîtra dans le Mercure prochain.
Fermer
Résumé : ELOGE de M. Baron, Consul de France en Syrie, puis Directeur General du Commerce aux Indes Orientales, adressé à M. de ....
François Baron, né à Marseille le 4 novembre 1620, est un diplomate français distingué par ses manières polies et sa probité. Après des voyages en Italie et en Égypte, il se rend utile en obtenant la libération de marchands vénitiens emprisonnés au Caire, sans jamais recevoir de remboursement malgré une obligation signée. En 1659, Baron est envoyé à la cour pour des affaires commerciales. En 1661, il est nommé consul à Alep, un poste stratégique pour le commerce français. Il voyage à Constantinople pour obtenir des ordres impériaux afin de rétablir le commerce, ce qui conduit à la suppression des intérêts anciens des dettes françaises à Seyde. Colbert, ministre du commerce, le consulte sur l'état du commerce du Levant. Baron exerce le consulat d'Alep pendant neuf ans, améliorant considérablement le commerce français et montrant une grande charité envers les missionnaires et les chrétiens de l'Orient. Son dévouement est confirmé par des actes de la Congrégation de la Propagande et un bref du pape Clément IX. En 1669, Baron est chargé de recueillir des témoignages sur la doctrine de la transsubstantiation dans le sacrement de l'Eucharistie. Il obtient deux attestations authentiques : l'une des Arméniens résidant à Alep et l'autre du Patriarche des Syriens. Ces documents, rédigés dans les langues et caractères originaux, sont légalisés par Baron et déposés à la bibliothèque de l'Abbaye Saint-Germain-des-Prés. En 1670, Colbert propose à Louis XIV de nommer Baron pour revitaliser le commerce de la Compagnie des Indes Orientales. Baron quitte Alep en 1671 pour Surate, laissant derrière lui des regrets et des reconnaissances pour son zèle et son dévouement. Une assemblée de la Nation française à Alep délibère pour lui accorder une gratification et un remboursement pour des dépenses personnelles, mais ces décisions ne sont jamais mises en œuvre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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284
p. 1292-1309
SUITE du Voyage de Basse-Normandie. LETTRE VII.
Début :
Le séjour de Torigny parût, Monsieur, si agréable à mes Compagnons [...]
Mots clefs :
Basse-Normandie, Voyage, Abbaye, Découvertes, Tombeaux, Village, Église, Recherches, Caen
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texteReconnaissance textuelle : SUITE du Voyage de Basse-Normandie. LETTRE VII.
SUITE du Voyage de Baffe- Normandie
LETTRE VII.
E féjour de Torigny parût , Mon-
Lfieur ,fi agréable à mes Compagnons
de Voyage , qu'ils me donnerent tout le
tems que je pouvois ſouhaiter , pour faire,
en les attendant, toutes mes courfes litteraires
aux environs de Caën . Comme les
ruines de Vieux , ou plutôt les découvertes
faites dans ce lieu par M. Foucault ,
étoient mon principal objet , je commen
çai pat m'y tranfporter , accompagné de
mon Docteur Medecin , & d'un autre Cu
rieux de la Ville , fuivis de quelques Domeftiques
en état d'agir en cas de befoin .
I.Vol.
Vieux
JUIN 1730. 1293
Vieux eftun village fitué à deux petites
lieuës de Caën , vers le Couchant de cette
ville , entre la riviere d'Orne , & la petite
riviere de Guynes , ce qui rend ce lieu.
fort agréable. C'eft un Fief noble , ou
plutôt ce font trois Fiefs contigus , dont
le premier appartient à M. de Pontpierredu
Four , & releve de la terre de Segue--
ville; le fecond & le troifiéme nommez de
Jacqueffon & d'Effon , relevent du Roy.
Vieux a été de tout tems renommé dans
le Païs , par l'opinion generale qui veut
que dans l'étendue du terrain , qui porte
ce nom il y eût autrefois une ville
, & cette opinion fortifiée par les
Monumens d'Antiquité qui y ont été.
trouvez en differens tems , eft aujour
d'hui confirmée par les nouvelles décou--
vertes qui y furent faites par les foins de
M. Foucault , découvertes que je ne vis
alors qu'en paffant , & dont je fuis à prefent
beaucoup plus en état de vous rendre
un compte exact ...
›
..Mais il faut vous dire , Monfieur , avec
franchife , qu'étant arrivé à Vieux , dans
Pintention d'en reconnoître les ruines ,
de conftater du moins ces nouvelles dé--
couvertes, & de les examiner fur les Me--
moires dont je n'avois pas oublié de me
charger , nous fumes fort furpris de ne
trouver prefque rien de ce que nous cher-
II. Vol By chions
1294 MERCURE DE FRANCE:
(
chions , & de ce que j'avois vû moi-même
la premiere fois que je paffai par Vieux :
en effet , à l'exception de quelques reſtes
de plufieurs grands Edifices ruinez, nom--
mez aujourd'hui Châteaux aux Oyes , &
aux Arres , tout eft , pour ainfi dire , dif
paru ; Gymnafe , Bains , Statues , Tombeaux
, Infcriptions , &c . Eft -ce illufion
eft- ce enchantement ? Non , Monfieur
cependant tout eft changé ; mais vous ne
perdrez rien à la Metamorphofe. Voici la
verité du fait.
Comme nous plaifantions fur nôtre
avanture , affis fur des tas de briques au
pied de ces Edifices ruinez , arriva le-
Gentilhomme du lieu , nommé M. de-
Vieux , homme fort âgé , qui nous pria:
fört honnêtement d'entrer dans faMaiſon ,
offrant de nous donner bien des éclairciffemens
fur notre recherche . Nous ne
pouvions gueres mieux rencontrer : car-
M. de Vieux étoit bien informé de tout ,.
tant en qualité d'Ancien , & de Seigneur
de ce lieu , que parce que M. Foucault
l'avoit chargé de la direction des travaux
qu'il fit faire à Vieux , & qu'en l'abſence
de M. l'Intendant on n'avoit pas , difoitil
, remué une pierre qu'il n'en eût une
connoiffance parfaite..
La raifon qu'il nous donna d'abord du
grand changement que nous trouvions ,
II. Vol. nous
JUIN 1730.
1295
nous parut fenfible & fuffifante , M. Foucault
animé de l'amour de l'Antiquité &
engagé par le fuccès de fes recherches , fit
faire un grand remûment dans tous ces
lieux . UnIntendant Antiquaire eft un terrible
homme en pareille rencontre. Les
Proprietaires& les Laboureurs des champs
renverfez , ou fous lefquels on avoit beaucoup
creufé , en murmurerent ; on les fit
taire en les dédommageant du dégât prefent
; mais pour l'avenir , dès que toutes
les operations furent faites , ces mêmes
Proprietaires, moins curieux d'Antiquités
que de quelques boiffeaux de blé de plus ,
rétablirent toutes chofes dans leur premier
état , en comblant , bouchant &
uniffant tout ce qui en avoit befoin ; enforte
qu'en continuant de labourer &
d'enfemencer les terres endommagées ,
prefque toutes ces belles découvertes dif
parurent & les Curieux de Caën
qui veulent qu'une fancienne ville fut
affife dans ce territoirre, reprirent là - def
fus leur premier langage.
›
Nunc feges eft ubi Troia fuit..
Voilà ,Monfieur, la verité d'un fit que
nous avions de la peine d'abord à comprendre.
Le bon M. de Vieux , plus chargé
de memoire que de litterature, nous fatisfit
affez fur toutes nos queftions ; car nous
*
II. Vol. B vj n'avions
1296 MERCURE DE FRANCE
n'avions befoin que des faits dont il avoit
été le témoin affidu ; ce qui fervit à éclaircir
quelques endroits de mes Memoires.
Il nous fit voir auffi qu'il ne s'étoit pas
oublié dans ces recherches , en nous montrant
dans fon jardin une grande quantité :
de tuyaux & de pots de brique, trouvez
difoit- il , dans la grande fale de ces bâ--
timens foûterrains ; les uns attachez fur la
muraille , prefque l'un contre l'autre , à
la hauteur de cinq pieds ; les autres
au plancher de la même fale , ayant
chacun un pied & demi de longueur , &
un demi pied de largeur. Du jardin nous ,
entrâmes dans la cuifine , qui étoit toute
pavée de longues & larges . briques quis
avoient été trouvées dans ces Edifices ruinez
, fur tout dans les débris des tombeaux..
M. de Vieux ajouta que dans un Cime
tierre , dit aujourd'hui de S. Martin , an-.
cien de plus de 500 ans , on trouva du
tems de ces recherches plufieurs grands
tombeaux de pierre & couverts , conte
nont chacun , plufieurs , fqueletes placés
P'un contre l'autre , ayant à côté d'eux des
haleb rdes , marque de valeur , ou de la
profeffion des armes . On découvrit , dit-- .
il , d'autres pareils tombeaux , dans le
champ nommé Catillon Gelet , & on en
trouve de pareils dans le Cimetiere, de la
II. Vol.
Rà
JUIN 1730. 12.9.7
Paroiffe de Vieux. Enfin il nous affura.
qu'on voit encore à Magny dans ce voifinage
, une espece de petite cuve de mar
bre rouge , d'environ fix pieds de circon--
ference , affez femblable à des Fonts Baptiſmaux
. , avec une Infcription Latine
dont il ignoroit le fens..
Enfin , notre Gentilhomme n'oublia
pas
les Medailles de toute efpece , trouvées,
de tout tems à Vieux & aux environs , affurant
que M..Foucault en avoit eû plus
de mille pour fa part. Il entreprit même
de nous en décrire plufieurs ; quoi faifant,.
ce fut pour nous , je vous l'avoue , une pe
tite ſcene affez réjouiffante ; jamais l'Antiquité
Metallique.ne.fût traitée plus plai--
famment , nous n'avions pas autrement
befoin d'une telle inftruction , vous en
jugerez par les Medailles , de la Reine
Chriftine, qu'il eftimoit beaucoup, & dont
il , affura qu'on avoit trouvé un grand
nombre. C'est ainsi , Monfieur , qu'il ap
pelloit Crifpine , femme de l'Empereur
Commode ,, dont effectivement il nous
montra plufieurs - medailles avec quantité
d'autres auffi communes: cela s'excufe facilement
dans une perfonne de fa profeſ--
fion..
Avant que de quitter Vieux , j'allai
accompagné du même Gentilhomme ,,
voir la carriere de marbre rouge , qui eft
II.Vol . aux
1298 MERCURE DE FRANCE
aux environs , & ainfi marquée dans la
Carte du Dioceſe de Bayeux ; mais fituée
dans le diſtrict du village voifin . Ce marbre
n'eſt pas du plus beau de fon efpece .
On affure que le pied-deftal antique de
Thorigny , dont il a déja été parlé , ainſi
que d'autres morceaux qu'on trouve dans :
les Eglifes de Caën , & fur tout la cuve de
Magny ,font de ce même marbre , ce qui
eft fortaifé à reconnoître.
Il ne tint qu'à nous de faire un grand
repas chez M.de Vieux : il vouloir à toute
force nous retenir jufqu'au lendemain ;
mais ayant amplement déjeûné à Caën , &
d'ailleurs m'étant venu une penfée fur la
Deſcription exacte de cesAntiquitez , qu'il
n'étoit plus poffible de revoir dans leur
entier , je réfolus de retourner de bonne
heure à cette Ville , pour la mettre à execution.
Il fallut cependant voir encore avec
quelque attention toute la maiſon du bon
Gentilhomme , & examiner fur tout fur
la porte de la Chapelle une repréfentation
en grand relief de Jefus-Chrift affis
dans le tombeau , accompagné de deux
Anges debout. Le P. de Vitry, Jefuite, eftimoit
fort cette figure , felon M.de Vieux,
& prétendoit que l'habile Sculpteur s'étoit
conformé à l'ancien ufage de mettre
en cette pofture les corps dans les fepul-
II.. Vol. chres
JUIN 1730. 1290
chres ; ufage qu'il croyoit avoir été pratiqué
à l'égard de Jefus - Chrift. C'eft fur
quoi nous ne conteftames point , & fur'
quoi , comme vous fçavez , divers Auteurs
ont écrit. L'Eglife Paroiffiale de
Vieux n'offre rien qui puiffe arrêter . Le
Curé eft à la nomination de l'Abbaye de
Fontenay..
De retour à Caen un pou tard , je fus
obligé de remettre au lendemain l'execution
de mon deffein. Outre plufieurs Lettres
de M. Foucault & de M.Galland , qui
m'inftruifoient affez fur les Antiquitez de
Vieux , j'avois un affez long. Narré fur le
même fujet , fait dans le tems même de la
découverte , par M. Bellin , Curé de Blainville
, habile homme , & Secretaire perperuel
de l'Academie de Caën , lequel
avoit eû bonne part à tout ce qui s'étoit
paffé là - deffus. C'étoit pour moi autant
& plus qu'il n'en falloit ; mais quand il
s'agit d'inftruire les autres fur des chofes
de cette nature , dont on n'a entendu
ler que confufément , on ne fçauroir prendre
trop de précaution pour fe faire bien
entendre , &pour ne rien dire que
vrai .
parde
Je crus donc qu'une petite conference
avec M. Bellin , que j'étois d'ailleurs bienaiſe
de revoir , acheveroit de jetter de la
clarté fur cette matiere , & qu'avec toutes
II. Vol.
ces
F300 MERCURE DE FRANCE
ces meſures je parviendrois à produire ens
fin une defcription exacte & claire desAntiquitez
de Vieux. Blainville n'eſt qu'à une
lieuë & demie de Caën , peu éloigné du
chemin qui mene à la Délivrande ,fameufe
Dévotion du Païs , au voisinage de la
mer, où l'on va de Caën en moins de deux
heures. Nous réfolumes d'aller droit à la
Délivrande & de revenir pár Blainville.
Nous partîmes de fort bon matin , parce
que j'étois bien aife de voir en paffant
l'Abbaye d'Ardennes qu'on trouve à une
petite lieuë de la Ville..
Cette Abbaye eft de l'Ordre de Prémontré
, & fondée au commencement du
douziéme fiecle. Un Difciple de S. Nortbert
, nommé Gilbert , en fut le premier-
Abbé , preſque dès l'origine de l'Ordre :
On ajoûte , que Philippe de Harcourt
Evêque de Bayeux , contemporain de ceɛ
Abbé , fit des biens confiderables à cette :
Maifon naiffante. C'étoit alors une vraie
folitude,à caufe des grands Bois dont elle :
étoit toute environnée , ce qui lui a fait
donner le nom d'Ardennes , de l'ancien
mot Gaulois Arden , qui fignifie foreft ,
nom qui s'eft confervé dans la grande fo--
reft des Ardennes , dans la Gaule Belgique,
& dans la plus grande foreft d'Angleter--
re: c'eft du moins le fentiment de M. a )
(a)Origines de Caën , ch. 22. på 3-125 .
11..Vol..
Huet :
JUIN. 1730. 1301
Huet ,qui à cette occafion & fur le même
fujet , releve une méprife de M. de la Roque
dans fon Hiftoire de la Maiſon de
Harcourt : cette Abbaye , où nous fûmes
fort bien reçûs , eft aujourd'hui un lieu
fort agreable , élevé. fur une petite coline,
avec des vûës charmantes . Les bâtimens en
font folides , commodes & fpacieux , & les
Religieux qui y demeurent joignent de la
politeffe à une grande édification : on y
aime auffi l'étude & l'application , convenable
à cet Etat.Ils nous apprirent qu'entre
quelques Abbez d'Ardennes , diftin
guez par leur érudition , on compte le fameux
Marguarin de la Bigne ; Auteur du
grand Ouvrage intitulé : La Bibliotheque
des Peres. Ce fçavant Homme , felon eux,
étoit de Vire , & doit être ajoûté aux Illuftres
de cette Ville , dont je vous ai par
lé dans ma derniere Lettre. M de la Baftie
eft aujourd'hui Abbé Commandataire.
d'Ardennes.
#
3:
Une large plaine qui ne fe termine qu'à
la mer , vers le Septentrion , nous conduifit
à laDélivrande, lieu celebre en Normandie
& dans les Provinces voisines
par le concours qu'une grande devotion
envers la fainte Vierge y attire de tous cô.
tez. Nous y entendîmes d'abord la Meffe,
& enfuite nous vîmes avec attention l'Eglife
qui eft fort jolie , extrêmement or
LL.Koh. née
1302 MERCURE DE FRANCE.
née , & très- bien deffervie par des Ecclefiaftiques
commis par M. l'Evêque de
Bayeux. Le Chapitre de la Cathedrale y
tient auffi un de fes Chanoines qui reçoit
les Offrandes , & dirige toutes chofes. Il
y a tout auprès un petit Seminaire conduit
par des Miffionnaires de la Congregation
de S. Lazare , dont nous vifitâmes
auffi P'Eglife & la Maiſon.
Nous apprîmes d'eux qu'on ne fçait
rien de bien affuré fur l'origine de l'Eglife
de la Délivrande , que quelques- uns font
remonter fans preuves à une haute Antiquité
; mais qu'on ne peut s'empêcher de
reconnoître que depuis un fort longtems
Dieu y eft particulierement fervi
& adoré , la Sainte Vierge honorée , & les
Fideles confolez & édifiez. Le vrai nom
moderne de ce lieu eft la Délivrande , duquel
, difent- ils , le Peuple ignorant à faiɛ
éelui de Délivrance : cependant Délivran
de eft un nom originairement Anglois : il
vient de Deale, qui en cette Langue fignifie
partie , portion de quelque chofe ; les
Normands difent Delle pour fignifier la
même chofe ; or les vieux titres portent
que la portion de terrain , ou la piece de
terre fur laquelle eft bâtie l'Eglife en
queftion , appartenoit au nommé Ivrand ,
ou Ivrande , & cette piece eft dénommée
Delle d'Ivrande , ou la piece de terre
AA II. Vol.
d'IJUIN.
1730. 1303
d'Ivrande : Rien ne paroît mieux dérivé ,
& il feroit difficile de trouver une meilleur
étymologie. Tout ce terrain eft de la
Paroiffe de Luc, à un quart de lieuë de -là ,
tirant vers la mer , & releve de l'Abbaye
de Fecamps, dont les Religieux font Pa
trons & Collateurs de la Cure.
Nous prenions congé de ces Meffieurs,
qui nous avoient offert obligeamment à
dîner , pour aller manger des huitres fur
le bord de la mer , & partir enfuite pour
Blainville , lorfque nous entendîmes un
grand bruit au dehors : ce bruit augmentoit
à mesure que nous fortions , & en
ayant demandé la cauſe au premier venu,
on nous dit que c'étoit une grande querelle
furvenue entre deux Etrangers, dont
on n'entendoit pas la Langue , qui s'échauffoit
beaucoup , & qui ne paroiffoit
ne devoir pas fi- tôt finir. Cela nous fit
avancer:mais il n'y avoit pas moyen d'approcher
: une nombreufe Populace envi
ronnoit les deux Champions , ils ne que
relloient point , mais autant valoit - il ,
car ils difputoient à outrance & fans ménager
les termes en Dialecticiens des plus
ferrez , ce qu'il nous étoit aifé d'entendre
de l'endroit où nous étions. La fingularité
du fait nous furprit , mais nous ne tar
dâmes pas d'être éclaircis ; car le Supe
ricus de la Maiſon ayant envoyé du mon-
II. Vola de
1304 MERCURE DE FRANCE
de pour impofer filence , & pour faire retirer
les Affiftans , nous vîmes fortir de la
foule les deux Conteftans fort échauffez &
tout enroüez , dont l'un, connu par mes
Compagnons de Voyage , étoit un bon
Hybernois , habitué à Caën ; l'autre étoit
un Pelerin Eſpagnol qui venoit du Mont
S. Michel . Le premier nous joignit fort
civilement , & ne nous quitta plus . Nous
les ramenâmes à Caen , & il nous conta
fon avanture, qui étoit telle.
•
Je fortois , nous dit-il , de cette Eglife
où j'ai coûtume de venir tous les Samedis
, quand j'ai rencontré ce Pelerin , lequel
après un leger falut m'a interrogé
affez brufquement en ces termes : Quoibous
ftoudouifti ? j'ai d'abord compris que
mon homme cherchoit noife , & qu'il
étoit frais émoulu des Ecoles . Vous fçavez
Meffieurs , que les Hibernois font un peu
Grecs fur l'article , & qu'en particulier
j'ai quelque petite réputation dans votre
Univerfité ; ainfi je n'ai point hefité à lui
répondre Studui Philofophia & etiam
Theologia. Il a fait là - deffus une exclamation
, puis tournant deux fois autour de
moi , il a debuté ainſi : Sentio te effe Thomiftam
, contra fic argumentor de Pramotione
Phifica, &m'a lâché tout de fuite un argument;
la difpute n'a gueres tardé à s'echauffer
& à nous attirer des Auditeurs , ou
II. Vol. plutôt
JUIN. 1730. 1305
plutôt des Spectateurs. Mon Adverfaire
n'eft rien moins que patient ; à chaque
négative que je lui donnois il fe trémouf
foit , & paroiffoit prêt à m'infulter ; enfin
, Meffieurs , la rumeur étoit à fon comble
lorsque vous nous avez entendu ; car
de la Prémotion Phyfique nous nous étions
jettés dans la diftinction des Attributs
& fur d'autres pareils points de pure Mé
taphyfique , lui foûtenant les fubtilités de
Scot, & moi , pour ne pas le faire mentir,
deffendant toujours les fentimens de l'autre
Ecole . Mais graces à la prudence de
M. le Superieur , la difpute a ceffé de la
maniere que vous l'avez vû , & graces à
votre courtoisie , j'efpere de me remettre
bientôt de la fatigue à laquelle je ne me
ferois jamais attendu , dans un lieu où j'étois
venu en partie pour me delaffer l'ef
prit.
Je vous avoue , Monfieur , que l'avanture
nous parut plaiſante ; nous en dejeunâmes
plus gayement. Après avoir vû
pêcher & avoir examiné plufieurs coquillages
fur les bords de la Mer , nous
remontâmes à Cheval pour nous rendre
à Blainville , où nous arrivâmes affez à
tems pour profiter d'un bon diner
que
M. Bellin , averti à mon inſçû par notre
Docteur , avoit préparé. Il s'étoit auffi
préparé lui-même en cherchant dans fes
II. Vol.
papiers
1306 MERCURE DE FRANCE
papiers & en rappellant dans fa memoire
tout ce qui pouvoit concerner les découvertes
de Vieux. Je fus , au refte , charmé
de revoir un ami de ce mérite , qui malgré
les années ne faifoit voir aucun changement
dans la folidité de fon efprit &
dans fes manieres polies & agréables .
Après le repas , le principal fujet de ma
vifite fut mis fur le tapis , & nous eumes
bientôt éclairci toutes choſes à cet égard ;
il me communiqua très obligeamment
tout ce qu'il avoit là- deffus , & me laiffa
emporter tout ce que je voulus. J'appris
de lui qu'à Blainville , comme à Vieux
on trouve de tems en tems des Médail
les & d'autres monumens de l'Antiquité
Romaine , dont il me promit de me donner
des preuves. Nous vîmes enfuite les
dehors du Village qui nous parurent fort
agréables , ce qui nous mena chez M.
D. L. L. qui a une fort jolie Maifon , &
poffede un Fiefdans le Marquifat de Blainville
; c'eft un homme de très bon commerce
, & qui fçait bien de bonnes choſes;
il me promit auffi une inftruction fur les
Antiquités trouvées dans ce Canton. La
Terre de Blainville appartient au Comte
de Rochechouart , frere du Duc de Mortemart
, lequel a époufé la fille de N Colbert
, Marquis de Blainville , troifiême
fils de Jean Baptifte Colbert , Miniſtre &
II. Vol. SecreJUIN.
1730 130 % -
Secretaire d'Etat , qui en avoit fait l'acquifition.
Blainville , au refte , n'eft pas un nom
donné à l'avanture; fi on en croit M.-Huet,
il renferme en lui une antiquité Gauloife ;
c'eſt Beleni Villa ; Apollon & Belenus
chez les Gaulois étoient la même Divinité .
Dans les vieux Titres , ajoûte ce Sçavant ,
le nom de ce Village eft Belainville ;
néanmoins dans plufieurs autres il eft nomme
Bléville , & dans la Charte de fondation
de l'Abbaye de Sainte Trinité de
Caen , Bledvilla , ce qui peut venir du
mot Bladum , qui dans la baffe Latinité
fignifie du bled , ainfi Bledville fignificroit
Village fertile en bled . Vous voyez ,
Monfieur , combien le nom d'un fimple
Village prend de formes differentes entre
les mains d'un habile homme. Il ne tint
à notre Hibernois que le nom même
de M. Bellin , Curé de Blainville , ne
devint miſterieux , & n'entrât pour quelque
chofe dans ces étimologies ..
pas
Au retour de notre petite promenade,
nous fûmes affez furpris de trouver dans
le Presbitere de la Delivrande le Pelerin
Efpagnol qui venoit d'arriver ; il fe jetta
aux pieds de M. le Curé , lui demandant
humblement fa benediction & l'hofpitalité
, ce qui lui fut accordé de bonne
grace , à condition qu'on ne difputeroit
II. Vol.
point ;
1308 MERCURE DE FRANCE
point ; là deffus , il vint embraffer fon
Antagoniſte , & nous fit civilité. Il produifit
enfuite fes papiers qui le firent
connoître pour Prêtre Espagnol & pour
Bachelier de la Faculté de Theologie d'Alcala
; il ajoûta qu'un vou folemnel l'avoit
conduit au Mont S. Michel , allant de Pro.
vince en Province & de Paroiffe en Paroiffe
, efperant s'en retourner de même
quand il auroit vû Caën .
Notre Medecin , homme fort jovial ,
lia avec lui converfation , & d'un ton affez
plaifant , ne fe montrant pas autrement
favorable à l'efprit de pelerinage ; le Bachelier
la foûtint encore plus plaifamment
entendant raillerie à merveilles , aux dépens
même de fa Nation dit de bons
mots avec efprit & de bonne grace , fans
oublier celui de l'Eſpagnol ( a ) aboyé de
près par des Chiens dans les Campagnes
de Bordeaux durant une forte gelée . La
converſation devint plus férieufe , quand
le rufé Pelerin , pour avoir fa revanche,
pouffa à fon tour notre Docteur fur la Phifique
, pour tomber , comme il fit , fur la
Medecine , dont il offrit de démontrer
( a ) Cet Espagnol voulant fe défaire des
Chiens à coups de pierres ne peut jamais en
détacher une fenle , à cause de la gelée ; fur
quoi il s'écria Maledicha la tierra en la quale
Jos perros fon deligados i las piedras ligadas.
II. Vol.
l'incerJUI
N. 1730.
1309
l'incertitude & l'illufion , ajoûtant que les
PhyficiensFrançois n'étoient que lesEchos
des Efpagnols ; témoin , dit - il , votre Delcartes
qui a bâti tout fon ſyſtême de l'ame
des Bêtes, fur celui de notre Gomelius Pereira
b lequel long- tems avant la naiffance
du Philofophe François , a foutenu que les
bêtes n'ont point de fentiment , & font
de pures Machines. Le bon Curé qui avoit
interdit toute difpute ne parut pas trop
fâché de voir embarquer celle- ci , elle
étoit propre à nous faire coucher à Blainville
, comme il le fouhaitoit ; mais je
rompis les chiens à propos ; notre Docteur
fe tira d'embarras comme il pût ; le
Bachelier crût avoir triomphé , & nous
crûmes , en remontant à cheval , après
avoir bien embraffé notre Hôte , avoir
bien employé cette journée , qui fe termina
par notre retour à Caën .
Lelendemain je gardai la maiſon toute
la journée , pour dreffer fur toutes mes
Inftructions une Relation exacte des Recherches
& des Découvertes faites à Vieux
du tems de M. Foucault ; ce fera la matiere
de la premiere Lettre que je vous
écrirai , & j'efpere que votre curioſité en
fera fatisfaite. Je fuis , Monfieur & c .
( b ) G. Pereira , fameux Medecin du XIV:
fiecle , a foutenu cette Doctrine dans un Livro
imprimé en 1554.
LETTRE VII.
E féjour de Torigny parût , Mon-
Lfieur ,fi agréable à mes Compagnons
de Voyage , qu'ils me donnerent tout le
tems que je pouvois ſouhaiter , pour faire,
en les attendant, toutes mes courfes litteraires
aux environs de Caën . Comme les
ruines de Vieux , ou plutôt les découvertes
faites dans ce lieu par M. Foucault ,
étoient mon principal objet , je commen
çai pat m'y tranfporter , accompagné de
mon Docteur Medecin , & d'un autre Cu
rieux de la Ville , fuivis de quelques Domeftiques
en état d'agir en cas de befoin .
I.Vol.
Vieux
JUIN 1730. 1293
Vieux eftun village fitué à deux petites
lieuës de Caën , vers le Couchant de cette
ville , entre la riviere d'Orne , & la petite
riviere de Guynes , ce qui rend ce lieu.
fort agréable. C'eft un Fief noble , ou
plutôt ce font trois Fiefs contigus , dont
le premier appartient à M. de Pontpierredu
Four , & releve de la terre de Segue--
ville; le fecond & le troifiéme nommez de
Jacqueffon & d'Effon , relevent du Roy.
Vieux a été de tout tems renommé dans
le Païs , par l'opinion generale qui veut
que dans l'étendue du terrain , qui porte
ce nom il y eût autrefois une ville
, & cette opinion fortifiée par les
Monumens d'Antiquité qui y ont été.
trouvez en differens tems , eft aujour
d'hui confirmée par les nouvelles décou--
vertes qui y furent faites par les foins de
M. Foucault , découvertes que je ne vis
alors qu'en paffant , & dont je fuis à prefent
beaucoup plus en état de vous rendre
un compte exact ...
›
..Mais il faut vous dire , Monfieur , avec
franchife , qu'étant arrivé à Vieux , dans
Pintention d'en reconnoître les ruines ,
de conftater du moins ces nouvelles dé--
couvertes, & de les examiner fur les Me--
moires dont je n'avois pas oublié de me
charger , nous fumes fort furpris de ne
trouver prefque rien de ce que nous cher-
II. Vol By chions
1294 MERCURE DE FRANCE:
(
chions , & de ce que j'avois vû moi-même
la premiere fois que je paffai par Vieux :
en effet , à l'exception de quelques reſtes
de plufieurs grands Edifices ruinez, nom--
mez aujourd'hui Châteaux aux Oyes , &
aux Arres , tout eft , pour ainfi dire , dif
paru ; Gymnafe , Bains , Statues , Tombeaux
, Infcriptions , &c . Eft -ce illufion
eft- ce enchantement ? Non , Monfieur
cependant tout eft changé ; mais vous ne
perdrez rien à la Metamorphofe. Voici la
verité du fait.
Comme nous plaifantions fur nôtre
avanture , affis fur des tas de briques au
pied de ces Edifices ruinez , arriva le-
Gentilhomme du lieu , nommé M. de-
Vieux , homme fort âgé , qui nous pria:
fört honnêtement d'entrer dans faMaiſon ,
offrant de nous donner bien des éclairciffemens
fur notre recherche . Nous ne
pouvions gueres mieux rencontrer : car-
M. de Vieux étoit bien informé de tout ,.
tant en qualité d'Ancien , & de Seigneur
de ce lieu , que parce que M. Foucault
l'avoit chargé de la direction des travaux
qu'il fit faire à Vieux , & qu'en l'abſence
de M. l'Intendant on n'avoit pas , difoitil
, remué une pierre qu'il n'en eût une
connoiffance parfaite..
La raifon qu'il nous donna d'abord du
grand changement que nous trouvions ,
II. Vol. nous
JUIN 1730.
1295
nous parut fenfible & fuffifante , M. Foucault
animé de l'amour de l'Antiquité &
engagé par le fuccès de fes recherches , fit
faire un grand remûment dans tous ces
lieux . UnIntendant Antiquaire eft un terrible
homme en pareille rencontre. Les
Proprietaires& les Laboureurs des champs
renverfez , ou fous lefquels on avoit beaucoup
creufé , en murmurerent ; on les fit
taire en les dédommageant du dégât prefent
; mais pour l'avenir , dès que toutes
les operations furent faites , ces mêmes
Proprietaires, moins curieux d'Antiquités
que de quelques boiffeaux de blé de plus ,
rétablirent toutes chofes dans leur premier
état , en comblant , bouchant &
uniffant tout ce qui en avoit befoin ; enforte
qu'en continuant de labourer &
d'enfemencer les terres endommagées ,
prefque toutes ces belles découvertes dif
parurent & les Curieux de Caën
qui veulent qu'une fancienne ville fut
affife dans ce territoirre, reprirent là - def
fus leur premier langage.
›
Nunc feges eft ubi Troia fuit..
Voilà ,Monfieur, la verité d'un fit que
nous avions de la peine d'abord à comprendre.
Le bon M. de Vieux , plus chargé
de memoire que de litterature, nous fatisfit
affez fur toutes nos queftions ; car nous
*
II. Vol. B vj n'avions
1296 MERCURE DE FRANCE
n'avions befoin que des faits dont il avoit
été le témoin affidu ; ce qui fervit à éclaircir
quelques endroits de mes Memoires.
Il nous fit voir auffi qu'il ne s'étoit pas
oublié dans ces recherches , en nous montrant
dans fon jardin une grande quantité :
de tuyaux & de pots de brique, trouvez
difoit- il , dans la grande fale de ces bâ--
timens foûterrains ; les uns attachez fur la
muraille , prefque l'un contre l'autre , à
la hauteur de cinq pieds ; les autres
au plancher de la même fale , ayant
chacun un pied & demi de longueur , &
un demi pied de largeur. Du jardin nous ,
entrâmes dans la cuifine , qui étoit toute
pavée de longues & larges . briques quis
avoient été trouvées dans ces Edifices ruinez
, fur tout dans les débris des tombeaux..
M. de Vieux ajouta que dans un Cime
tierre , dit aujourd'hui de S. Martin , an-.
cien de plus de 500 ans , on trouva du
tems de ces recherches plufieurs grands
tombeaux de pierre & couverts , conte
nont chacun , plufieurs , fqueletes placés
P'un contre l'autre , ayant à côté d'eux des
haleb rdes , marque de valeur , ou de la
profeffion des armes . On découvrit , dit-- .
il , d'autres pareils tombeaux , dans le
champ nommé Catillon Gelet , & on en
trouve de pareils dans le Cimetiere, de la
II. Vol.
Rà
JUIN 1730. 12.9.7
Paroiffe de Vieux. Enfin il nous affura.
qu'on voit encore à Magny dans ce voifinage
, une espece de petite cuve de mar
bre rouge , d'environ fix pieds de circon--
ference , affez femblable à des Fonts Baptiſmaux
. , avec une Infcription Latine
dont il ignoroit le fens..
Enfin , notre Gentilhomme n'oublia
pas
les Medailles de toute efpece , trouvées,
de tout tems à Vieux & aux environs , affurant
que M..Foucault en avoit eû plus
de mille pour fa part. Il entreprit même
de nous en décrire plufieurs ; quoi faifant,.
ce fut pour nous , je vous l'avoue , une pe
tite ſcene affez réjouiffante ; jamais l'Antiquité
Metallique.ne.fût traitée plus plai--
famment , nous n'avions pas autrement
befoin d'une telle inftruction , vous en
jugerez par les Medailles , de la Reine
Chriftine, qu'il eftimoit beaucoup, & dont
il , affura qu'on avoit trouvé un grand
nombre. C'est ainsi , Monfieur , qu'il ap
pelloit Crifpine , femme de l'Empereur
Commode ,, dont effectivement il nous
montra plufieurs - medailles avec quantité
d'autres auffi communes: cela s'excufe facilement
dans une perfonne de fa profeſ--
fion..
Avant que de quitter Vieux , j'allai
accompagné du même Gentilhomme ,,
voir la carriere de marbre rouge , qui eft
II.Vol . aux
1298 MERCURE DE FRANCE
aux environs , & ainfi marquée dans la
Carte du Dioceſe de Bayeux ; mais fituée
dans le diſtrict du village voifin . Ce marbre
n'eſt pas du plus beau de fon efpece .
On affure que le pied-deftal antique de
Thorigny , dont il a déja été parlé , ainſi
que d'autres morceaux qu'on trouve dans :
les Eglifes de Caën , & fur tout la cuve de
Magny ,font de ce même marbre , ce qui
eft fortaifé à reconnoître.
Il ne tint qu'à nous de faire un grand
repas chez M.de Vieux : il vouloir à toute
force nous retenir jufqu'au lendemain ;
mais ayant amplement déjeûné à Caën , &
d'ailleurs m'étant venu une penfée fur la
Deſcription exacte de cesAntiquitez , qu'il
n'étoit plus poffible de revoir dans leur
entier , je réfolus de retourner de bonne
heure à cette Ville , pour la mettre à execution.
Il fallut cependant voir encore avec
quelque attention toute la maiſon du bon
Gentilhomme , & examiner fur tout fur
la porte de la Chapelle une repréfentation
en grand relief de Jefus-Chrift affis
dans le tombeau , accompagné de deux
Anges debout. Le P. de Vitry, Jefuite, eftimoit
fort cette figure , felon M.de Vieux,
& prétendoit que l'habile Sculpteur s'étoit
conformé à l'ancien ufage de mettre
en cette pofture les corps dans les fepul-
II.. Vol. chres
JUIN 1730. 1290
chres ; ufage qu'il croyoit avoir été pratiqué
à l'égard de Jefus - Chrift. C'eft fur
quoi nous ne conteftames point , & fur'
quoi , comme vous fçavez , divers Auteurs
ont écrit. L'Eglife Paroiffiale de
Vieux n'offre rien qui puiffe arrêter . Le
Curé eft à la nomination de l'Abbaye de
Fontenay..
De retour à Caen un pou tard , je fus
obligé de remettre au lendemain l'execution
de mon deffein. Outre plufieurs Lettres
de M. Foucault & de M.Galland , qui
m'inftruifoient affez fur les Antiquitez de
Vieux , j'avois un affez long. Narré fur le
même fujet , fait dans le tems même de la
découverte , par M. Bellin , Curé de Blainville
, habile homme , & Secretaire perperuel
de l'Academie de Caën , lequel
avoit eû bonne part à tout ce qui s'étoit
paffé là - deffus. C'étoit pour moi autant
& plus qu'il n'en falloit ; mais quand il
s'agit d'inftruire les autres fur des chofes
de cette nature , dont on n'a entendu
ler que confufément , on ne fçauroir prendre
trop de précaution pour fe faire bien
entendre , &pour ne rien dire que
vrai .
parde
Je crus donc qu'une petite conference
avec M. Bellin , que j'étois d'ailleurs bienaiſe
de revoir , acheveroit de jetter de la
clarté fur cette matiere , & qu'avec toutes
II. Vol.
ces
F300 MERCURE DE FRANCE
ces meſures je parviendrois à produire ens
fin une defcription exacte & claire desAntiquitez
de Vieux. Blainville n'eſt qu'à une
lieuë & demie de Caën , peu éloigné du
chemin qui mene à la Délivrande ,fameufe
Dévotion du Païs , au voisinage de la
mer, où l'on va de Caën en moins de deux
heures. Nous réfolumes d'aller droit à la
Délivrande & de revenir pár Blainville.
Nous partîmes de fort bon matin , parce
que j'étois bien aife de voir en paffant
l'Abbaye d'Ardennes qu'on trouve à une
petite lieuë de la Ville..
Cette Abbaye eft de l'Ordre de Prémontré
, & fondée au commencement du
douziéme fiecle. Un Difciple de S. Nortbert
, nommé Gilbert , en fut le premier-
Abbé , preſque dès l'origine de l'Ordre :
On ajoûte , que Philippe de Harcourt
Evêque de Bayeux , contemporain de ceɛ
Abbé , fit des biens confiderables à cette :
Maifon naiffante. C'étoit alors une vraie
folitude,à caufe des grands Bois dont elle :
étoit toute environnée , ce qui lui a fait
donner le nom d'Ardennes , de l'ancien
mot Gaulois Arden , qui fignifie foreft ,
nom qui s'eft confervé dans la grande fo--
reft des Ardennes , dans la Gaule Belgique,
& dans la plus grande foreft d'Angleter--
re: c'eft du moins le fentiment de M. a )
(a)Origines de Caën , ch. 22. på 3-125 .
11..Vol..
Huet :
JUIN. 1730. 1301
Huet ,qui à cette occafion & fur le même
fujet , releve une méprife de M. de la Roque
dans fon Hiftoire de la Maiſon de
Harcourt : cette Abbaye , où nous fûmes
fort bien reçûs , eft aujourd'hui un lieu
fort agreable , élevé. fur une petite coline,
avec des vûës charmantes . Les bâtimens en
font folides , commodes & fpacieux , & les
Religieux qui y demeurent joignent de la
politeffe à une grande édification : on y
aime auffi l'étude & l'application , convenable
à cet Etat.Ils nous apprirent qu'entre
quelques Abbez d'Ardennes , diftin
guez par leur érudition , on compte le fameux
Marguarin de la Bigne ; Auteur du
grand Ouvrage intitulé : La Bibliotheque
des Peres. Ce fçavant Homme , felon eux,
étoit de Vire , & doit être ajoûté aux Illuftres
de cette Ville , dont je vous ai par
lé dans ma derniere Lettre. M de la Baftie
eft aujourd'hui Abbé Commandataire.
d'Ardennes.
#
3:
Une large plaine qui ne fe termine qu'à
la mer , vers le Septentrion , nous conduifit
à laDélivrande, lieu celebre en Normandie
& dans les Provinces voisines
par le concours qu'une grande devotion
envers la fainte Vierge y attire de tous cô.
tez. Nous y entendîmes d'abord la Meffe,
& enfuite nous vîmes avec attention l'Eglife
qui eft fort jolie , extrêmement or
LL.Koh. née
1302 MERCURE DE FRANCE.
née , & très- bien deffervie par des Ecclefiaftiques
commis par M. l'Evêque de
Bayeux. Le Chapitre de la Cathedrale y
tient auffi un de fes Chanoines qui reçoit
les Offrandes , & dirige toutes chofes. Il
y a tout auprès un petit Seminaire conduit
par des Miffionnaires de la Congregation
de S. Lazare , dont nous vifitâmes
auffi P'Eglife & la Maiſon.
Nous apprîmes d'eux qu'on ne fçait
rien de bien affuré fur l'origine de l'Eglife
de la Délivrande , que quelques- uns font
remonter fans preuves à une haute Antiquité
; mais qu'on ne peut s'empêcher de
reconnoître que depuis un fort longtems
Dieu y eft particulierement fervi
& adoré , la Sainte Vierge honorée , & les
Fideles confolez & édifiez. Le vrai nom
moderne de ce lieu eft la Délivrande , duquel
, difent- ils , le Peuple ignorant à faiɛ
éelui de Délivrance : cependant Délivran
de eft un nom originairement Anglois : il
vient de Deale, qui en cette Langue fignifie
partie , portion de quelque chofe ; les
Normands difent Delle pour fignifier la
même chofe ; or les vieux titres portent
que la portion de terrain , ou la piece de
terre fur laquelle eft bâtie l'Eglife en
queftion , appartenoit au nommé Ivrand ,
ou Ivrande , & cette piece eft dénommée
Delle d'Ivrande , ou la piece de terre
AA II. Vol.
d'IJUIN.
1730. 1303
d'Ivrande : Rien ne paroît mieux dérivé ,
& il feroit difficile de trouver une meilleur
étymologie. Tout ce terrain eft de la
Paroiffe de Luc, à un quart de lieuë de -là ,
tirant vers la mer , & releve de l'Abbaye
de Fecamps, dont les Religieux font Pa
trons & Collateurs de la Cure.
Nous prenions congé de ces Meffieurs,
qui nous avoient offert obligeamment à
dîner , pour aller manger des huitres fur
le bord de la mer , & partir enfuite pour
Blainville , lorfque nous entendîmes un
grand bruit au dehors : ce bruit augmentoit
à mesure que nous fortions , & en
ayant demandé la cauſe au premier venu,
on nous dit que c'étoit une grande querelle
furvenue entre deux Etrangers, dont
on n'entendoit pas la Langue , qui s'échauffoit
beaucoup , & qui ne paroiffoit
ne devoir pas fi- tôt finir. Cela nous fit
avancer:mais il n'y avoit pas moyen d'approcher
: une nombreufe Populace envi
ronnoit les deux Champions , ils ne que
relloient point , mais autant valoit - il ,
car ils difputoient à outrance & fans ménager
les termes en Dialecticiens des plus
ferrez , ce qu'il nous étoit aifé d'entendre
de l'endroit où nous étions. La fingularité
du fait nous furprit , mais nous ne tar
dâmes pas d'être éclaircis ; car le Supe
ricus de la Maiſon ayant envoyé du mon-
II. Vola de
1304 MERCURE DE FRANCE
de pour impofer filence , & pour faire retirer
les Affiftans , nous vîmes fortir de la
foule les deux Conteftans fort échauffez &
tout enroüez , dont l'un, connu par mes
Compagnons de Voyage , étoit un bon
Hybernois , habitué à Caën ; l'autre étoit
un Pelerin Eſpagnol qui venoit du Mont
S. Michel . Le premier nous joignit fort
civilement , & ne nous quitta plus . Nous
les ramenâmes à Caen , & il nous conta
fon avanture, qui étoit telle.
•
Je fortois , nous dit-il , de cette Eglife
où j'ai coûtume de venir tous les Samedis
, quand j'ai rencontré ce Pelerin , lequel
après un leger falut m'a interrogé
affez brufquement en ces termes : Quoibous
ftoudouifti ? j'ai d'abord compris que
mon homme cherchoit noife , & qu'il
étoit frais émoulu des Ecoles . Vous fçavez
Meffieurs , que les Hibernois font un peu
Grecs fur l'article , & qu'en particulier
j'ai quelque petite réputation dans votre
Univerfité ; ainfi je n'ai point hefité à lui
répondre Studui Philofophia & etiam
Theologia. Il a fait là - deffus une exclamation
, puis tournant deux fois autour de
moi , il a debuté ainſi : Sentio te effe Thomiftam
, contra fic argumentor de Pramotione
Phifica, &m'a lâché tout de fuite un argument;
la difpute n'a gueres tardé à s'echauffer
& à nous attirer des Auditeurs , ou
II. Vol. plutôt
JUIN. 1730. 1305
plutôt des Spectateurs. Mon Adverfaire
n'eft rien moins que patient ; à chaque
négative que je lui donnois il fe trémouf
foit , & paroiffoit prêt à m'infulter ; enfin
, Meffieurs , la rumeur étoit à fon comble
lorsque vous nous avez entendu ; car
de la Prémotion Phyfique nous nous étions
jettés dans la diftinction des Attributs
& fur d'autres pareils points de pure Mé
taphyfique , lui foûtenant les fubtilités de
Scot, & moi , pour ne pas le faire mentir,
deffendant toujours les fentimens de l'autre
Ecole . Mais graces à la prudence de
M. le Superieur , la difpute a ceffé de la
maniere que vous l'avez vû , & graces à
votre courtoisie , j'efpere de me remettre
bientôt de la fatigue à laquelle je ne me
ferois jamais attendu , dans un lieu où j'étois
venu en partie pour me delaffer l'ef
prit.
Je vous avoue , Monfieur , que l'avanture
nous parut plaiſante ; nous en dejeunâmes
plus gayement. Après avoir vû
pêcher & avoir examiné plufieurs coquillages
fur les bords de la Mer , nous
remontâmes à Cheval pour nous rendre
à Blainville , où nous arrivâmes affez à
tems pour profiter d'un bon diner
que
M. Bellin , averti à mon inſçû par notre
Docteur , avoit préparé. Il s'étoit auffi
préparé lui-même en cherchant dans fes
II. Vol.
papiers
1306 MERCURE DE FRANCE
papiers & en rappellant dans fa memoire
tout ce qui pouvoit concerner les découvertes
de Vieux. Je fus , au refte , charmé
de revoir un ami de ce mérite , qui malgré
les années ne faifoit voir aucun changement
dans la folidité de fon efprit &
dans fes manieres polies & agréables .
Après le repas , le principal fujet de ma
vifite fut mis fur le tapis , & nous eumes
bientôt éclairci toutes choſes à cet égard ;
il me communiqua très obligeamment
tout ce qu'il avoit là- deffus , & me laiffa
emporter tout ce que je voulus. J'appris
de lui qu'à Blainville , comme à Vieux
on trouve de tems en tems des Médail
les & d'autres monumens de l'Antiquité
Romaine , dont il me promit de me donner
des preuves. Nous vîmes enfuite les
dehors du Village qui nous parurent fort
agréables , ce qui nous mena chez M.
D. L. L. qui a une fort jolie Maifon , &
poffede un Fiefdans le Marquifat de Blainville
; c'eft un homme de très bon commerce
, & qui fçait bien de bonnes choſes;
il me promit auffi une inftruction fur les
Antiquités trouvées dans ce Canton. La
Terre de Blainville appartient au Comte
de Rochechouart , frere du Duc de Mortemart
, lequel a époufé la fille de N Colbert
, Marquis de Blainville , troifiême
fils de Jean Baptifte Colbert , Miniſtre &
II. Vol. SecreJUIN.
1730 130 % -
Secretaire d'Etat , qui en avoit fait l'acquifition.
Blainville , au refte , n'eft pas un nom
donné à l'avanture; fi on en croit M.-Huet,
il renferme en lui une antiquité Gauloife ;
c'eſt Beleni Villa ; Apollon & Belenus
chez les Gaulois étoient la même Divinité .
Dans les vieux Titres , ajoûte ce Sçavant ,
le nom de ce Village eft Belainville ;
néanmoins dans plufieurs autres il eft nomme
Bléville , & dans la Charte de fondation
de l'Abbaye de Sainte Trinité de
Caen , Bledvilla , ce qui peut venir du
mot Bladum , qui dans la baffe Latinité
fignifie du bled , ainfi Bledville fignificroit
Village fertile en bled . Vous voyez ,
Monfieur , combien le nom d'un fimple
Village prend de formes differentes entre
les mains d'un habile homme. Il ne tint
à notre Hibernois que le nom même
de M. Bellin , Curé de Blainville , ne
devint miſterieux , & n'entrât pour quelque
chofe dans ces étimologies ..
pas
Au retour de notre petite promenade,
nous fûmes affez furpris de trouver dans
le Presbitere de la Delivrande le Pelerin
Efpagnol qui venoit d'arriver ; il fe jetta
aux pieds de M. le Curé , lui demandant
humblement fa benediction & l'hofpitalité
, ce qui lui fut accordé de bonne
grace , à condition qu'on ne difputeroit
II. Vol.
point ;
1308 MERCURE DE FRANCE
point ; là deffus , il vint embraffer fon
Antagoniſte , & nous fit civilité. Il produifit
enfuite fes papiers qui le firent
connoître pour Prêtre Espagnol & pour
Bachelier de la Faculté de Theologie d'Alcala
; il ajoûta qu'un vou folemnel l'avoit
conduit au Mont S. Michel , allant de Pro.
vince en Province & de Paroiffe en Paroiffe
, efperant s'en retourner de même
quand il auroit vû Caën .
Notre Medecin , homme fort jovial ,
lia avec lui converfation , & d'un ton affez
plaifant , ne fe montrant pas autrement
favorable à l'efprit de pelerinage ; le Bachelier
la foûtint encore plus plaifamment
entendant raillerie à merveilles , aux dépens
même de fa Nation dit de bons
mots avec efprit & de bonne grace , fans
oublier celui de l'Eſpagnol ( a ) aboyé de
près par des Chiens dans les Campagnes
de Bordeaux durant une forte gelée . La
converſation devint plus férieufe , quand
le rufé Pelerin , pour avoir fa revanche,
pouffa à fon tour notre Docteur fur la Phifique
, pour tomber , comme il fit , fur la
Medecine , dont il offrit de démontrer
( a ) Cet Espagnol voulant fe défaire des
Chiens à coups de pierres ne peut jamais en
détacher une fenle , à cause de la gelée ; fur
quoi il s'écria Maledicha la tierra en la quale
Jos perros fon deligados i las piedras ligadas.
II. Vol.
l'incerJUI
N. 1730.
1309
l'incertitude & l'illufion , ajoûtant que les
PhyficiensFrançois n'étoient que lesEchos
des Efpagnols ; témoin , dit - il , votre Delcartes
qui a bâti tout fon ſyſtême de l'ame
des Bêtes, fur celui de notre Gomelius Pereira
b lequel long- tems avant la naiffance
du Philofophe François , a foutenu que les
bêtes n'ont point de fentiment , & font
de pures Machines. Le bon Curé qui avoit
interdit toute difpute ne parut pas trop
fâché de voir embarquer celle- ci , elle
étoit propre à nous faire coucher à Blainville
, comme il le fouhaitoit ; mais je
rompis les chiens à propos ; notre Docteur
fe tira d'embarras comme il pût ; le
Bachelier crût avoir triomphé , & nous
crûmes , en remontant à cheval , après
avoir bien embraffé notre Hôte , avoir
bien employé cette journée , qui fe termina
par notre retour à Caën .
Lelendemain je gardai la maiſon toute
la journée , pour dreffer fur toutes mes
Inftructions une Relation exacte des Recherches
& des Découvertes faites à Vieux
du tems de M. Foucault ; ce fera la matiere
de la premiere Lettre que je vous
écrirai , & j'efpere que votre curioſité en
fera fatisfaite. Je fuis , Monfieur & c .
( b ) G. Pereira , fameux Medecin du XIV:
fiecle , a foutenu cette Doctrine dans un Livro
imprimé en 1554.
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Résumé : SUITE du Voyage de Basse-Normandie. LETTRE VII.
Le texte décrit un voyage à Vieux, un village près de Caen en Normandie, entrepris par l'auteur accompagné de son médecin et d'un autre curieux. Leur objectif est d'examiner les ruines et les découvertes archéologiques réalisées par M. Foucault. À leur arrivée, ils constatent que les vestiges antiques ont été en grande partie dissimulés par les propriétaires terriens pour permettre la reprise des cultures. M. de Vieux, seigneur du lieu, explique que les découvertes ont été comblées après les fouilles. M. de Vieux montre aux visiteurs divers objets antiques, tels que des tuyaux de brique, des tombeaux de pierre et des médailles. Il mentionne également une carrière de marbre rouge et une sculpture en relief représentant Jésus-Christ dans le tombeau. L'auteur visite ensuite l'abbaye d'Ardennes, fondée au XIIe siècle, et la Délivrande, un lieu de pèlerinage dédié à la Vierge Marie. Le texte se termine par une description de l'église de la Délivrande et de son séminaire. Parallèlement, le texte relate une dispute philosophique entre un Irlandais et un pèlerin espagnol près de l'église de la Délivrande. L'Irlandais, habitué de Caen, se rend à l'église lorsqu'il est abordé par le pèlerin espagnol, qui lui demande en latin s'il étudie la philosophie et la théologie. La discussion s'enflamme rapidement, attirant une foule de spectateurs. Les deux hommes débattent de sujets métaphysiques, tels que la promotion physique et les attributs divins, chacun défendant des écoles de pensée opposées. La dispute est interrompue par le supérieur de la maison, qui impose le silence. L'Irlandais rejoint ensuite les narrateurs, qui le ramènent à Caen. Il explique que la dispute a commencé par une question en latin sur ses études et a rapidement dégénéré en un débat philosophique intense. Plus tard, le groupe se rend à Blainville, où ils rencontrent M. Bellin, qui partage des informations sur les antiquités locales. Le pèlerin espagnol, arrivé entre-temps, demande l'hospitalité au curé de la Délivrande. Une conversation s'ensuit entre le pèlerin et le médecin du groupe, qui discutent de la médecine et de la philosophie. Le texte se termine par le retour des narrateurs à Caen, après une journée riche en échanges intellectuels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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285
p. 1391-1392
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rome au sujet de l'Eglise de la Minerve, par M. l'Abbé ...
Début :
Tout le monde sçait que la raison qui fait appeller le Convent des [...]
Mots clefs :
Église de la Minerve
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rome au sujet de l'Eglise de la Minerve, par M. l'Abbé ...
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rome,
au fujet de l'Eglife de la Minerve , par
M. l'Abbé...
T
Out le monde fçait que la raifon
qui fait appeller le Convent des
Dominicains à Rome , Della Minerva
c'eft qu'on croit qu'il eft bâti fur les ruines
d'un Temple dédié à Minerve ; mais
un Prélat tres - diftingué par fon érudition
croit que c'eft une erreur populaire . En
effet , qu'un auffi grand bâtiment que l'eft
celui du Monaftere des Dominicains ait
été élevé fur un Temple , fans qu'on en
apperçoive aucun veftige ; c'eſt ce qu'on
ne perfuadera jamais à ceux qui reflechiffent
un peu ; refte donc à prétendre que
c'eft à peu près dans le même quartier que
ce Convent a été bâti . On ne fçauroit nier
que Pompée n'ait élevé dans Rome un
Temple à Minerve. Pline rapporte au 3
livre de fon Hiftoire , que ce Temple fut
conftruit & dédié par le grand Pompće ,
4
11. Vol.
F vj &
7392 MERCURE DE FRANCE.
& qu'il y dépofa toutes les Enfeignes Militaires
& les Monumens des Peuples qu'il
avoit fubjuguez . Il y fit mettre enfuite la
Statuë de Minerve . Perfonne ne doute de
cela , mais la difficulté confifte à déterminer
où étoit ce Temple , & c'est ce point
qui me paroît avoir été trop négligé par
nos Antiquaires. Car dire précifément
qu'il étoit où eft aujourd'hui le Convent
des Dominicains , & n'en point apporter
d'autre preuve que la voix du peuple ,
c'eft donner pour principe ce qui eſt en
queftion. S'il eut été bâti où on le prétend
, il eft probable qu'on y en trouveroit
quelques veftiges . J'avoue qu'il y a
au même lieu , dans des fouterrains , des
morceaux de bronze , qu'on dit fignifier
des chofes merveilleufes ; fçavoir , qu'ils
étoient à la Statuë de Minerve , comme
pour lui fervir de rempart , afin de la
préferver des injures de l'air. Mais le fçavant
Prélat qui vient de publier une Dif
fertation fur ce fujet , a fait voir que ces
idées étoient infoutenables , & c ..
au fujet de l'Eglife de la Minerve , par
M. l'Abbé...
T
Out le monde fçait que la raifon
qui fait appeller le Convent des
Dominicains à Rome , Della Minerva
c'eft qu'on croit qu'il eft bâti fur les ruines
d'un Temple dédié à Minerve ; mais
un Prélat tres - diftingué par fon érudition
croit que c'eft une erreur populaire . En
effet , qu'un auffi grand bâtiment que l'eft
celui du Monaftere des Dominicains ait
été élevé fur un Temple , fans qu'on en
apperçoive aucun veftige ; c'eſt ce qu'on
ne perfuadera jamais à ceux qui reflechiffent
un peu ; refte donc à prétendre que
c'eft à peu près dans le même quartier que
ce Convent a été bâti . On ne fçauroit nier
que Pompée n'ait élevé dans Rome un
Temple à Minerve. Pline rapporte au 3
livre de fon Hiftoire , que ce Temple fut
conftruit & dédié par le grand Pompće ,
4
11. Vol.
F vj &
7392 MERCURE DE FRANCE.
& qu'il y dépofa toutes les Enfeignes Militaires
& les Monumens des Peuples qu'il
avoit fubjuguez . Il y fit mettre enfuite la
Statuë de Minerve . Perfonne ne doute de
cela , mais la difficulté confifte à déterminer
où étoit ce Temple , & c'est ce point
qui me paroît avoir été trop négligé par
nos Antiquaires. Car dire précifément
qu'il étoit où eft aujourd'hui le Convent
des Dominicains , & n'en point apporter
d'autre preuve que la voix du peuple ,
c'eft donner pour principe ce qui eſt en
queftion. S'il eut été bâti où on le prétend
, il eft probable qu'on y en trouveroit
quelques veftiges . J'avoue qu'il y a
au même lieu , dans des fouterrains , des
morceaux de bronze , qu'on dit fignifier
des chofes merveilleufes ; fçavoir , qu'ils
étoient à la Statuë de Minerve , comme
pour lui fervir de rempart , afin de la
préferver des injures de l'air. Mais le fçavant
Prélat qui vient de publier une Dif
fertation fur ce fujet , a fait voir que ces
idées étoient infoutenables , & c ..
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rome au sujet de l'Eglise de la Minerve, par M. l'Abbé ...
L'auteur d'une lettre examine l'origine du nom du couvent des Dominicains à Rome, 'Della Minerva'. La croyance populaire attribue ce nom à un ancien temple dédié à Minerve situé sous le couvent. Un prélat érudit conteste cette croyance, jugeant improbable qu'un grand bâtiment ait été érigé sur les ruines d'un temple sans laisser de traces. L'auteur reconnaît que Pompée a construit un temple à Minerve à Rome, selon Pline, mais la localisation exacte de ce temple reste incertaine. Les antiquaires n'ont pas suffisamment exploré cette question et se reposent souvent sur la voix populaire. Si le temple avait été situé sous le couvent, des vestiges auraient probablement été découverts. Des morceaux de bronze trouvés dans les souterrains sont parfois interprétés comme des éléments de la statue de Minerve, mais un prélat a récemment démontré que cette interprétation est insoutenable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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286
p. 1503-1517
SUITE de l'Eloge de M. Baron, & c.
Début :
Il arriva aux Indes dans la même année 1671. après avoir essuyé les fatigues [...]
Mots clefs :
Indes, Directeur, Mort, Directeur général du commerce de la Compagnie des Indes orientales, Compagnie des Indes orientales, Venise, Marseille, Vaisseaux, Consul
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Eloge de M. Baron, & c.
SUITE de l'Eloge de M. Baron , &c
Ik
L arriva aux Indes dans la même an
née 1671. après avoir effuyé les fatigues
d'un long & penible voyage , d'abord
par terre en traverfant une partie
des Deferts d'Arabie & de la Perfe , pour
fe rendre à Ormus , dans le Golphe Perfique
, où il s'embarqua fur un Vaiffeau
du Roi qui le conduifit à Surate , Ville
Maritime de l'Indoftan ou des Etats du
Grand Magol.
J'écrirois un volume entier fi j'entreprenois
de fuivre pas à pas nôtre Directeur
, pendant les douze ou treize années
qu'a duré fon Adminiſtration , dans les
principales circonftances ou il a continué
Bij de
1504 MERCURE DE FRANCE
de faire paroître fon zele ardent pour la
Religion , fes égards pour les Miniftres
fa charité fans bornes , fon fidele attachement
au fervice du Roi , dont il a foutenu
hautement la gloire dans plufieurs occafions
,fon application au bien general du
Commerce , & aux interêts de la Compagnie
; je ne finirois point , dis-je , fi je
rapportois tous les faits publics ou particu
liers qui font venus à ma connoiffance par
des Perfonnes refpectables, qui en ont été
les Témoins, où que je trouve dans de fideles
Memoires, & qui font autant de traits
marqués de toutes les vertus qui font le
grand Homme & le parfait Chrétien.
Je me contenterai de rapporter ici ce
qu'il fit paroître de conduite , de courage
& de fermeté , dans une occafion importante
qui fe prefenta , & qu'il ne feroit
pas jufte de paffer fous filence. La Guerre
qui s'étoit allumée en Europe entre la
France & la Hollande dès l'année 1672 .
paffa jufques dans les Indes . Les Hollandois
, puiffans , comme l'on fçait , par leur
Commerce dans cette partie de l'Afie ,
entreprirent en 1674 , le Siege de la Ville
Maritime de S. Thomé , où les François
avoient un Etabliffement confiderable.
M. de la Haye quí y commandoit pour
Roi , & qui ne s'attendoit pas à cette
attaque , defefpera de pouvoir fauver une
le
Place ,
JUI N. 1730. 1505
..
Place , affez dépourvûe ; il demanda du
fecours à M. Baron , qui fit armer à ſes
dépens deux bons Vaiffeaux , chargés de
toutes fortes de Munitions ; fur lefquels
il s'embarqua lui - même & entra dans le
Port de S. Thomé , à la vûe des Ennemis,
dans l'intention de partager avec le Com
mandant la gloire & le peril de cette dés
fenſe .
و
Elle fut longue & vigoureuſe , on y fit ,
furtout du côté des Chefs , des prodiges
de conftance & de valeur. Mais les Ennemis
recevant tous les jours de nouveaux
Renforts les Affiegez fort diminuez
n'ayant prefque plus de Munitions &
toute efperance de ſecours étant d'ail
leurs perdue , on ne put s'empêcher de
capituler. La réputation de M. Baron , fa
prefence & fa fermeté , rendirent les conditions
fort honorables : Voici de quelle
maniere M. Baron y fut fpecialement
compris dans le XII. article du Traité.
J
la » M. Baron , Directeur General pour
» Compagnie Royale dans la Ville de faint
» Thomé, pourra avec tout fon bagage &
» tous fes Domeftiques s'en aller à Surate
» ſur les Vaiffeaux Hollandois qui iront à
» la premiere * Mouffon , & il fera traitté
* Mouffon , mot Arabe qui fignifie temps
préfix , & qu'on donne aux Vents alifex on
#eglez , qui regnent en certaines Saifons.
B iij
avce
1506 MERCURE DE FRANCE
avec toute l'honnêteté dûe à ſon caraċ-
>> rere ; fi mieux il n'aime y aller par terre,
» auquel cas on lui donnera les paffe ports
neceffaires , &c.
Ce Siege qui par l'état de la Place & l'éloignement
des fecours ne devoit pas durer
, fit du bruit dans l'Europe , toutes
les nouvelles publiques en parlerent & en
particulier la Gazette d'Hollande .
J'ai omis de marquer en for lieu , que
M. Baron n'acheva de fortir d'affaires avec
les Marchands du Caire , en les payant de
ce qu'il leur avoit emprunté pour la déli
vrance du Conful & des Marchands de
Venife, que la derniere année de fon Confulat
d'Alep , efperant toujours d'être
remboursé lui - même par le Commerce de
Venife , chargé d'acquitter les dettes de la
Nation , ce qui mit fes affaires particu
lieres en affez mauvais état.
Il lui vint dans l'efprit plufieurs expe
diens pour faire avancer ce rembourfe
ment , qui demandoit ou une preſence
actuelle ou une puiffante protection . Celle
du Pape Innocent X I. lui
parut d'abord
efficace ; il avoit déja l'honneur d'en être
connu par tout ce que j'ai rapporté de
fon zele pour les Prelats , & pour les Miffionnaires
Apoftoliques ; de plus il fe
trouvoit qu'un neveu du Pape , Sénateur
Milan , & fort aimé de S. S. avoit époulé
une
JUILLET . 1730. 1507
•
tine Demoiselle de la Famille des Barons
de Cofme, d'où l'Ayeul de M. Baron étoit
forti pour le retirer à Marſeille , enfuite
de quelques démêlés que cette Famille
avoit eûs avec des Gentilshommes de fes
Parens de l'Etat de Milan . Reut- être , die
M. Baron , dans une de fes Lettres , que
le Papeferoit quelque chofe pour moi ,fij'allois
à Rome avec la permiffion du Roi.
Il paroît cependant qu'il aima mieux
recourir à la protection de S. M. qui eut
la bonté d'écrire trois Lettres confecutives
à trois differens Miniftres , fes Ambaffadeurs
auprès de la République de Veniſe
pour faire rendre juftice à M. Baron : mais
les bontés du Roi n'eurent aucun effet par
les longueurs affectées , les incidens & les
differens prétextes , qui furent mis en
euvre de la part de ceux qui devoient
payer. Je ne rapporterai ici que
la pre
miere de ces Lettres , laquelle fut écrite à
M. l'Abbé d'Eftrades.
M. l'Abbé d'Eftrades , le fieur Baron ,
mon ſujet & Directeur general du Com
»merce de la Compagnie des Indes Orien
» tales établie en mon Royaume , m'a rea
» prefenté que s'étant trouvé au Caire en
»Egypte , en l'année 1657. lorfque le
* La Lettre qui apprend ces circonstancet
eft toute écrite de la main de M. Baron
fignée de lui , les autres ne font que des Copies
Biiij Pacha
4508 MERCURE DE FRANCE
»
» Pacha fit arrêter le Conful de la Repu-
» blique de Veniſe avec quelques autres
» Venitiens & les condamna à la mort ,
» pour avoir , difoit - il , des correfpon-
» dances avec la Ville de Candie , au préjudice
du fervice du Grand Seigneur ,
» ledit fieur Baron à la priere dudit Con-
» ful & de fes Compagnons , s'employa
auprès du Pacha pour leur fauver la vie ,
» & en obtint la grace moyennant la fom-
» me de 14901 liv . qu'il lui donna , partie
» de fes deniers & partie de ceux qu'il em-
» prunta de fes amis , dont il leur a payé
» les interêts plus de 10 ans durant à 24
» pour cent , fuivant l'ufage de la Tur-
» quie , enfuite de quoi le Conful & les
» autres Venitiens delivrez ainfi de la
» mort , promirent audit Sieur Baron de
» lui rendre fon argent dans un an avec
» les interêts, ainfi qu'il eft porté par une
» obligation du 3 Mai 1657. qu'il a entre
» fes mains ; que cependant ils n'y ont
» point fatisfait depuis plus de 20 ans
»fous prétexte de la guerre de Candie &
par l'abfence dudit fieur Baron , qui a
» toujours été employé depuis , tant en la
Charge de Conful d'Alep , qu'en celle de
>> Directeur General aux Indes Orientales ,
» qu'il exerce prefentement; enforte qu'ils
» refuſent de lui faire juftice , ledit fieur
Baron me demandant de lui accorder
•
»
ma
JUILLET. 1730. 1509
ma protection & comme j'eftime d'ailleurs
que non - feulement fa plainte eft
>> jufte , mais que la Republique a quel-
» que forte d'interêt que ceux de fes Su-
»jets , fauvés de la mort par l'affection
» que ledit fieur Baron a eûe pour eux ,
» fatifaffent à leur engagement , je vous
» écris cette Lettre pour vous dire , que
>> mon intention eft que vous faffiez toutes
» les inftances neceffaires auprès du Sénat,
» s'il eft neceffaire , ou aux Magiftrats pardevant
lefquels cette affaire doit fe traitter
, pour faire rendre juftice audit fieur
Baron ; outre que vous protegerez fon
bon droit,vous ferez encore une chofe
qui me fera très-agreable. Et la prefente
» n'étant à autre fin , je prie Dieu qu'il
» vous ait , M. l'Abbé d'Eftrades , en fa
» fainte garde. Ecrit à Fontainebleau ce
8 Septembre 1677. Signé LOUIS : Et
plus bas , Arnauld . Et au dos eft écrit , à
M. l'Abbé d'Eftrades , Confeiller en tous
mes Conſeils & mon Ambaſſadeur à Veniſe.
Deux autres Lettres du Roi écrites en
1679. & 1680. à Meffieurs de Varengeville
& de la Haye , fes Ambaffadeurs à
Venife , fur le mêmefujet , n'eurent , comme
on l'a déja dit , aucun fuccès .
2
Cependant peu de temps après l'expe-.
dition de S.Thomé & le retour de M. Ba-
Jon àSurate , qu'une de-fes Lettres fixe au
By 26
rsto MERCURE DE FRANCE
26 d'Août 1675. fa fanté commença d'être
alterée par une attaque de paralyfie; mais
elle ne diminua en rien la fermeté de fon
efprit , & la ferveur de fa pieté , qui alla
toujours en augmentant.
Il fit fon Teftament , dont j'ai une copie
, le 28 Juin 1680. il y donne de nouvelles
preuves de fa Religion, de fa juftice ,
& de fa charité. M. Simon Baron , fon
Frere , Prêtre de l'Oratoire , Prieur de
Beaumont , Diocèfe de Paris , y eft nommé
fon Légataire univerfel , & à fon dé
faut Jean Pierre Baron , fon Neveu , lequel
après l'avoir fuivi aux Indes , étoit
revenu en France , & fervoit dans la Marine.
M. Baron ne fit plus gueres que languir
depuis , & enfin étant tombé dans une
fievre lente fur la fin de l'année 1683. il
mourut le
30 Decembre de la même année
, laiffant tous ceux qui étoient auprès
de lui également touchez , & édifiez , &
tout le pays affligé de fa perte.
Je n'aurois prefque plus rien à vous
dire , Monfieur , fur notre pieux Directéur
, fi M. Darnaud , mon Coufin Germain
, & Parent au même degré que
moi de M. Baron , n'avoit fait depuis fon
décès le voyage de Surate , & rapporté
quelques faits particuliers que vous ne
ferez pas fâché de fçavoir. Voici un petit
Extrait
JUILLET. 1736. 1511
Extrait de deux Lettres que M. Darnaud,
devenu depuis Capitaine de Vaiffeau du
Roi , & commandant les Troupes de la
Marine à Quimper , m'a écrites fur ce fujet
de cette Ville là .
»
» Le feu Roi ayant ordonné en l'année
1700. de faire partir pour les grandes »
Indes deux Vaiffeaux de Guerre , com-
» mandés par le Marquis de Château - Mo-
» 'rant , je fus nommé premier Lieutenant
» pour fervir fur le Vaiffeau du Comman-
» dant , nommé l' Agreable. Nous allâmes
>> droit à Pondichery , où nous reftâmes
» fix femaines. De Pondichery nous allâ
>> 'mes à Goa , & de Goa à Surate , où nous
» arrivâmes la veille de Noel 1700. Nous
» y fejournâmes jufqu'au 20 Fevrier 1701 .
Les Vaiffeaux du Roi furent toujours
mouillez à Souailly " , c'eft une Rade
affurée à trois lieues de Surate. Pour
moi pendant que nos Vaiffeaux y refte-
>> rent je demeurai toujours en cetté Ville, '
» logé dans la maifon de la Compagnie
» & accablé d'honnetetés de la part de
» M. de Pilavoine qui avoit été nommé
» Directeur General , & de tous les autres
» Meffieurs , qui reprefentoient la Com
pagnie , lefquels avoient tous fervi ſous
nôtre Oncle , feu M. Baron . - n
» Ils m'affurerent qu'il eft mort comme
pun Saint après avoir vécu très - chré-
B vj tiennement
1512 MERCURE DE FRANCE
tiennement , & après avoir abſolument
tout donné fur fes derniers jours , juf-
» ques - là qu'un Capucin venant lui de-
» mander quelque chofe , & ne lui reftant
que fa vefte de deffous garnie de bou-
» tons d'or , il prit un canif fur fon Bu-`
" reau , les coupa tous & les lui donna .
» Tout cela m'a été confirmé par plufieurs
Anglois , Hollandois & Portugais qui
» l'avoient fort connu. Auffi fa mémoire
>> eft-elle en grande veneration dans tout
» le Pays , jufques-là que les Habitans na-
» turels du même Pays , quoique les uns
foient Gentils , les autres Mahometans ,
» vont faire des prieres fur fon Tombeau,
» ne pouvant oublier fes bienfaits & fa
» droiture . Ce Tombeau eft fort fimple, fi-
» tué dans le Cimetiere des Catholiques, à
>> un demi quart de lieue de la Ville ; mais
M. de Pilavoine a engagé la Compagnie
» de faire élever deffus un Monument
magnifique pour honorer fa memoire
» enforte qu'il n'attendoit plus que les
» derniers ordres pour y faire travailler
»ayant déja difpofé les chofes pour cela .
» Il me pria même de concourir à l'exe-
>> cution de ce deffein , en lui envoyant
» une Epitaphe qui répondit au fujet , me
» promettant dela faire graver fur le Mo-
≫nument qu'il méditoit. Permettés - moi ,
» mon très-cher Coufin , de me décharger
H
fur
JUILLET . 1730. 1513
>> fur vous de ce foin , j'eftime que vous
➡êtes en état de vous en acquitter , en fa-
>> veur d'un homme qui honore fi fort fa
» Patrie & toute fa Parenté. Je fuis , & c.
M. Baron étant mort fans avoir été
marié , il ne laiffa que des freres & des
neveux. Deux de fes freres font morts
Religieux de l'Obfervance S. François ,
le troifiéme après s'être diftingué dans la
Congrégation de l'Oratoire par fon érudition
& par fon éloquence , eft mort au
commencement de ce fiecle , dans le Prieuré-
Cure de S. Quentin de Boullié , Diocèle
de La Rochelle, que M. de la Vrilliere , Ar
chevêque de Bourges , lui avoit conferé
en qualité d'Abbé de l'Abbaye de Nieüil,
en Poitou . C'eſt le même dont il eft parlé
ci-devant en qualité de Legataire univerfel
du Directeur fon frere. On peut
dire que jamais qualité n'a été plus infructucufe
, malgré les foins qu'il a pris de
faire du moins acquiter la dette de Venife
, & de retirer d'autres effets auffi legitimement
dûs & auffi mal placés.
A l'égard de fes neveux , fils de Pierre
Baron , fon autre frere , mort à Alep , &
de Dame N. de Lieutaud , ils étoient au
nombre de cinq ; fçavoir : Jofeph Baron ,
mort dans fa jeuneffe en 1674. Jean Pierre
Baron , qui après avoir fait le voyage des
Indes étoit entré dans la Marine , mourut
1514 MERCURE DE FRANCE
rut auffi à Marfeille dans un âge peu
avancé en 1684. François Baron entra fort
jeune dans l'Ordre de Malthe ; il ne four
nit pas une longue carriere ; mais il fe fi-.
gnala en plufieurs occafions , entr'autres ›
Torfque la Religion envoya au fecours de
la Morée un Bataillon dont il fut fait Major
, & à la tête duquel il fut bleffé dan--
gereuſement. Le Grand-Maître Raimond
Perellos le confidera particulierement , &
le fit Capitaine d'une Galere . Il mourut à
Malte en l'année Jean Baron entra ^
de bonne heure dans la Congrégation de
l'Oratoire , puis fut Chanoine de l'Eglife.
Collegiale S. Martin de Marſeille , enfuiter
de la Cathedrale , & mourut en 1720.-
dans le tems de la derniere contágion . Et
Jean Baptifte Baron , qui après avoir embraffe
l'Etat Ecclefiaftique entra dans l'Or--
dre de Malte , & eft mort Religieux Prêtre
de cet Ordre , il avoit été pourvû fuccef--
fivement des Offices de Sacriftain de la
Commanderie de' S. Jean de Marſeille ,
& d'Infirmier du Grand Prieuré de Saint
Gilles , & enfin de la Commanderie d'Ef--
pagnac. C'eft , comme je l'ai dit au commencement
de ma Lettre, en marquant le
tems de fa mort , le dernier qui reftoit de
toute cette vertueufe & nombreuſe famille.
Je joins ici une copie de l'Epitaphe de
M.:
JUILLET. 1730. ISTS
M. Baron , qu'on n'a pû refufer à fa mé→
moire , & qui a été envoyée aux Indes .
dans l'intention que vous avez vû cideffus
. Il me refte à vous affurer
fuis veritablement
, Monfieur &c.
que je
A Paris le 10. Mars 1729.
D. O. M.
Sta Viator...
Hic in fpem Refurrectionis quiefcunt offa &
cineres infignis pietate viri D. D. FRANCISCI
BARON Maffilienfis ,
Qui
Poft emenfam Europam , Ægyptum , Paleftinam
, Syriam , ubi fupremum Gallia &
Batavia
Confulatum
Magnificè & fapientiffimè geffit :
In remotiores Afia fines à REGE CHRISTIANISSIMO
foederis cùm Indiarum
Regibus ineundi , ac rei Mercatoria reftanranda
, & providenda caufâ ,
Felicibus aufpiciis miffus.
SURATE maritima Indorum Metropoli
fedem fixit:
Ibi
Ingenii acie , cordis amplitudine , eloquii
Comitate
1516 MERCURE DE FRANCE
comitate , morum candore ; præfertim in miferas
continuâ , ac prodiga charitate apud
Indos indigenas & cæteras utriufque Orbis
Gentes.
Clariffimus evafit
Quijam variis avita virtutis fua monumentis
clarus erat & percelebris
Qui
Ubique Terratum
Religionis tuende , promovenda , ejufque
Miniftros fovendi , fublevandi , piâ femper
& indefeffa motus eft follicitudine.
Quique malè opprefforum præfens femper efficaxque
remedium , de ipfa Venetorum Republica
optimè meritus eft :
Ob Cives & Confulem
Jugifapientia , proprio aere , non reftituto
ab imminentis mortis periculo , durifque vinculis
à Pharaone altera in Egypto paratis,»
felici & infolenti beneficio
Servatos , redemptos , liberatos ,
ANNO M. DC. LVII.
Tandem poft diuturnam divina Legis obfer
vantiam , poft opes effufas , Domum , pios
Libros , ipfas veftes & omnia pauperibus
erogata.
Sufficiente fibi Deo omnia.-
Pie obdormivit in Domino Chriftianus &
calebs Philofophus. Anno Reparat. Salut
Han
JUILLET. 1730. 1517
Hum. M. DCC. LXXXIII. Die XXX .
Decembris
Abi Viator ,
, Et tanto motus Spectaculo Spretis Orientis
falfis opibus , pius imitator thefaurifa tibi
thefauros in coelo.
Hoc munificentia , pietatis , & grati animi
monimentum Illuftr. Gallicorum Indiarum
Negociatorum Coetus Regius Amantiſſ. Directori
fuo , Reftauratori , Patrono & Benefactori.
P. P.
Funebrem Epigraphem J. D. L. R. è forore
Pronepos , ex Oriente Redux , pro publico
& privato luctu.
Mæftiff. condebat Parifiis An. M. DCC .
IV.
Les Armes de M. Baron , telles qu'onles
voit à la Bibliotheque de S. Germain
des Prez , empreintes au bas des Profeffions
de Foi & autres Actes par lui legalifés ,
en qualité de Conful d'Alep font
Ecartelé au 1 & 4. de Sable à deux Chicots
paffes en Sautoir d'Argent ; au 2 & 3. Conpé
de Sable à 3. Canetes d'Argent , & d'Argent
au Cheval de Sable.
Ik
L arriva aux Indes dans la même an
née 1671. après avoir effuyé les fatigues
d'un long & penible voyage , d'abord
par terre en traverfant une partie
des Deferts d'Arabie & de la Perfe , pour
fe rendre à Ormus , dans le Golphe Perfique
, où il s'embarqua fur un Vaiffeau
du Roi qui le conduifit à Surate , Ville
Maritime de l'Indoftan ou des Etats du
Grand Magol.
J'écrirois un volume entier fi j'entreprenois
de fuivre pas à pas nôtre Directeur
, pendant les douze ou treize années
qu'a duré fon Adminiſtration , dans les
principales circonftances ou il a continué
Bij de
1504 MERCURE DE FRANCE
de faire paroître fon zele ardent pour la
Religion , fes égards pour les Miniftres
fa charité fans bornes , fon fidele attachement
au fervice du Roi , dont il a foutenu
hautement la gloire dans plufieurs occafions
,fon application au bien general du
Commerce , & aux interêts de la Compagnie
; je ne finirois point , dis-je , fi je
rapportois tous les faits publics ou particu
liers qui font venus à ma connoiffance par
des Perfonnes refpectables, qui en ont été
les Témoins, où que je trouve dans de fideles
Memoires, & qui font autant de traits
marqués de toutes les vertus qui font le
grand Homme & le parfait Chrétien.
Je me contenterai de rapporter ici ce
qu'il fit paroître de conduite , de courage
& de fermeté , dans une occafion importante
qui fe prefenta , & qu'il ne feroit
pas jufte de paffer fous filence. La Guerre
qui s'étoit allumée en Europe entre la
France & la Hollande dès l'année 1672 .
paffa jufques dans les Indes . Les Hollandois
, puiffans , comme l'on fçait , par leur
Commerce dans cette partie de l'Afie ,
entreprirent en 1674 , le Siege de la Ville
Maritime de S. Thomé , où les François
avoient un Etabliffement confiderable.
M. de la Haye quí y commandoit pour
Roi , & qui ne s'attendoit pas à cette
attaque , defefpera de pouvoir fauver une
le
Place ,
JUI N. 1730. 1505
..
Place , affez dépourvûe ; il demanda du
fecours à M. Baron , qui fit armer à ſes
dépens deux bons Vaiffeaux , chargés de
toutes fortes de Munitions ; fur lefquels
il s'embarqua lui - même & entra dans le
Port de S. Thomé , à la vûe des Ennemis,
dans l'intention de partager avec le Com
mandant la gloire & le peril de cette dés
fenſe .
و
Elle fut longue & vigoureuſe , on y fit ,
furtout du côté des Chefs , des prodiges
de conftance & de valeur. Mais les Ennemis
recevant tous les jours de nouveaux
Renforts les Affiegez fort diminuez
n'ayant prefque plus de Munitions &
toute efperance de ſecours étant d'ail
leurs perdue , on ne put s'empêcher de
capituler. La réputation de M. Baron , fa
prefence & fa fermeté , rendirent les conditions
fort honorables : Voici de quelle
maniere M. Baron y fut fpecialement
compris dans le XII. article du Traité.
J
la » M. Baron , Directeur General pour
» Compagnie Royale dans la Ville de faint
» Thomé, pourra avec tout fon bagage &
» tous fes Domeftiques s'en aller à Surate
» ſur les Vaiffeaux Hollandois qui iront à
» la premiere * Mouffon , & il fera traitté
* Mouffon , mot Arabe qui fignifie temps
préfix , & qu'on donne aux Vents alifex on
#eglez , qui regnent en certaines Saifons.
B iij
avce
1506 MERCURE DE FRANCE
avec toute l'honnêteté dûe à ſon caraċ-
>> rere ; fi mieux il n'aime y aller par terre,
» auquel cas on lui donnera les paffe ports
neceffaires , &c.
Ce Siege qui par l'état de la Place & l'éloignement
des fecours ne devoit pas durer
, fit du bruit dans l'Europe , toutes
les nouvelles publiques en parlerent & en
particulier la Gazette d'Hollande .
J'ai omis de marquer en for lieu , que
M. Baron n'acheva de fortir d'affaires avec
les Marchands du Caire , en les payant de
ce qu'il leur avoit emprunté pour la déli
vrance du Conful & des Marchands de
Venife, que la derniere année de fon Confulat
d'Alep , efperant toujours d'être
remboursé lui - même par le Commerce de
Venife , chargé d'acquitter les dettes de la
Nation , ce qui mit fes affaires particu
lieres en affez mauvais état.
Il lui vint dans l'efprit plufieurs expe
diens pour faire avancer ce rembourfe
ment , qui demandoit ou une preſence
actuelle ou une puiffante protection . Celle
du Pape Innocent X I. lui
parut d'abord
efficace ; il avoit déja l'honneur d'en être
connu par tout ce que j'ai rapporté de
fon zele pour les Prelats , & pour les Miffionnaires
Apoftoliques ; de plus il fe
trouvoit qu'un neveu du Pape , Sénateur
Milan , & fort aimé de S. S. avoit époulé
une
JUILLET . 1730. 1507
•
tine Demoiselle de la Famille des Barons
de Cofme, d'où l'Ayeul de M. Baron étoit
forti pour le retirer à Marſeille , enfuite
de quelques démêlés que cette Famille
avoit eûs avec des Gentilshommes de fes
Parens de l'Etat de Milan . Reut- être , die
M. Baron , dans une de fes Lettres , que
le Papeferoit quelque chofe pour moi ,fij'allois
à Rome avec la permiffion du Roi.
Il paroît cependant qu'il aima mieux
recourir à la protection de S. M. qui eut
la bonté d'écrire trois Lettres confecutives
à trois differens Miniftres , fes Ambaffadeurs
auprès de la République de Veniſe
pour faire rendre juftice à M. Baron : mais
les bontés du Roi n'eurent aucun effet par
les longueurs affectées , les incidens & les
differens prétextes , qui furent mis en
euvre de la part de ceux qui devoient
payer. Je ne rapporterai ici que
la pre
miere de ces Lettres , laquelle fut écrite à
M. l'Abbé d'Eftrades.
M. l'Abbé d'Eftrades , le fieur Baron ,
mon ſujet & Directeur general du Com
»merce de la Compagnie des Indes Orien
» tales établie en mon Royaume , m'a rea
» prefenté que s'étant trouvé au Caire en
»Egypte , en l'année 1657. lorfque le
* La Lettre qui apprend ces circonstancet
eft toute écrite de la main de M. Baron
fignée de lui , les autres ne font que des Copies
Biiij Pacha
4508 MERCURE DE FRANCE
»
» Pacha fit arrêter le Conful de la Repu-
» blique de Veniſe avec quelques autres
» Venitiens & les condamna à la mort ,
» pour avoir , difoit - il , des correfpon-
» dances avec la Ville de Candie , au préjudice
du fervice du Grand Seigneur ,
» ledit fieur Baron à la priere dudit Con-
» ful & de fes Compagnons , s'employa
auprès du Pacha pour leur fauver la vie ,
» & en obtint la grace moyennant la fom-
» me de 14901 liv . qu'il lui donna , partie
» de fes deniers & partie de ceux qu'il em-
» prunta de fes amis , dont il leur a payé
» les interêts plus de 10 ans durant à 24
» pour cent , fuivant l'ufage de la Tur-
» quie , enfuite de quoi le Conful & les
» autres Venitiens delivrez ainfi de la
» mort , promirent audit Sieur Baron de
» lui rendre fon argent dans un an avec
» les interêts, ainfi qu'il eft porté par une
» obligation du 3 Mai 1657. qu'il a entre
» fes mains ; que cependant ils n'y ont
» point fatisfait depuis plus de 20 ans
»fous prétexte de la guerre de Candie &
par l'abfence dudit fieur Baron , qui a
» toujours été employé depuis , tant en la
Charge de Conful d'Alep , qu'en celle de
>> Directeur General aux Indes Orientales ,
» qu'il exerce prefentement; enforte qu'ils
» refuſent de lui faire juftice , ledit fieur
Baron me demandant de lui accorder
•
»
ma
JUILLET. 1730. 1509
ma protection & comme j'eftime d'ailleurs
que non - feulement fa plainte eft
>> jufte , mais que la Republique a quel-
» que forte d'interêt que ceux de fes Su-
»jets , fauvés de la mort par l'affection
» que ledit fieur Baron a eûe pour eux ,
» fatifaffent à leur engagement , je vous
» écris cette Lettre pour vous dire , que
>> mon intention eft que vous faffiez toutes
» les inftances neceffaires auprès du Sénat,
» s'il eft neceffaire , ou aux Magiftrats pardevant
lefquels cette affaire doit fe traitter
, pour faire rendre juftice audit fieur
Baron ; outre que vous protegerez fon
bon droit,vous ferez encore une chofe
qui me fera très-agreable. Et la prefente
» n'étant à autre fin , je prie Dieu qu'il
» vous ait , M. l'Abbé d'Eftrades , en fa
» fainte garde. Ecrit à Fontainebleau ce
8 Septembre 1677. Signé LOUIS : Et
plus bas , Arnauld . Et au dos eft écrit , à
M. l'Abbé d'Eftrades , Confeiller en tous
mes Conſeils & mon Ambaſſadeur à Veniſe.
Deux autres Lettres du Roi écrites en
1679. & 1680. à Meffieurs de Varengeville
& de la Haye , fes Ambaffadeurs à
Venife , fur le mêmefujet , n'eurent , comme
on l'a déja dit , aucun fuccès .
2
Cependant peu de temps après l'expe-.
dition de S.Thomé & le retour de M. Ba-
Jon àSurate , qu'une de-fes Lettres fixe au
By 26
rsto MERCURE DE FRANCE
26 d'Août 1675. fa fanté commença d'être
alterée par une attaque de paralyfie; mais
elle ne diminua en rien la fermeté de fon
efprit , & la ferveur de fa pieté , qui alla
toujours en augmentant.
Il fit fon Teftament , dont j'ai une copie
, le 28 Juin 1680. il y donne de nouvelles
preuves de fa Religion, de fa juftice ,
& de fa charité. M. Simon Baron , fon
Frere , Prêtre de l'Oratoire , Prieur de
Beaumont , Diocèfe de Paris , y eft nommé
fon Légataire univerfel , & à fon dé
faut Jean Pierre Baron , fon Neveu , lequel
après l'avoir fuivi aux Indes , étoit
revenu en France , & fervoit dans la Marine.
M. Baron ne fit plus gueres que languir
depuis , & enfin étant tombé dans une
fievre lente fur la fin de l'année 1683. il
mourut le
30 Decembre de la même année
, laiffant tous ceux qui étoient auprès
de lui également touchez , & édifiez , &
tout le pays affligé de fa perte.
Je n'aurois prefque plus rien à vous
dire , Monfieur , fur notre pieux Directéur
, fi M. Darnaud , mon Coufin Germain
, & Parent au même degré que
moi de M. Baron , n'avoit fait depuis fon
décès le voyage de Surate , & rapporté
quelques faits particuliers que vous ne
ferez pas fâché de fçavoir. Voici un petit
Extrait
JUILLET. 1736. 1511
Extrait de deux Lettres que M. Darnaud,
devenu depuis Capitaine de Vaiffeau du
Roi , & commandant les Troupes de la
Marine à Quimper , m'a écrites fur ce fujet
de cette Ville là .
»
» Le feu Roi ayant ordonné en l'année
1700. de faire partir pour les grandes »
Indes deux Vaiffeaux de Guerre , com-
» mandés par le Marquis de Château - Mo-
» 'rant , je fus nommé premier Lieutenant
» pour fervir fur le Vaiffeau du Comman-
» dant , nommé l' Agreable. Nous allâmes
>> droit à Pondichery , où nous reftâmes
» fix femaines. De Pondichery nous allâ
>> 'mes à Goa , & de Goa à Surate , où nous
» arrivâmes la veille de Noel 1700. Nous
» y fejournâmes jufqu'au 20 Fevrier 1701 .
Les Vaiffeaux du Roi furent toujours
mouillez à Souailly " , c'eft une Rade
affurée à trois lieues de Surate. Pour
moi pendant que nos Vaiffeaux y refte-
>> rent je demeurai toujours en cetté Ville, '
» logé dans la maifon de la Compagnie
» & accablé d'honnetetés de la part de
» M. de Pilavoine qui avoit été nommé
» Directeur General , & de tous les autres
» Meffieurs , qui reprefentoient la Com
pagnie , lefquels avoient tous fervi ſous
nôtre Oncle , feu M. Baron . - n
» Ils m'affurerent qu'il eft mort comme
pun Saint après avoir vécu très - chré-
B vj tiennement
1512 MERCURE DE FRANCE
tiennement , & après avoir abſolument
tout donné fur fes derniers jours , juf-
» ques - là qu'un Capucin venant lui de-
» mander quelque chofe , & ne lui reftant
que fa vefte de deffous garnie de bou-
» tons d'or , il prit un canif fur fon Bu-`
" reau , les coupa tous & les lui donna .
» Tout cela m'a été confirmé par plufieurs
Anglois , Hollandois & Portugais qui
» l'avoient fort connu. Auffi fa mémoire
>> eft-elle en grande veneration dans tout
» le Pays , jufques-là que les Habitans na-
» turels du même Pays , quoique les uns
foient Gentils , les autres Mahometans ,
» vont faire des prieres fur fon Tombeau,
» ne pouvant oublier fes bienfaits & fa
» droiture . Ce Tombeau eft fort fimple, fi-
» tué dans le Cimetiere des Catholiques, à
>> un demi quart de lieue de la Ville ; mais
M. de Pilavoine a engagé la Compagnie
» de faire élever deffus un Monument
magnifique pour honorer fa memoire
» enforte qu'il n'attendoit plus que les
» derniers ordres pour y faire travailler
»ayant déja difpofé les chofes pour cela .
» Il me pria même de concourir à l'exe-
>> cution de ce deffein , en lui envoyant
» une Epitaphe qui répondit au fujet , me
» promettant dela faire graver fur le Mo-
≫nument qu'il méditoit. Permettés - moi ,
» mon très-cher Coufin , de me décharger
H
fur
JUILLET . 1730. 1513
>> fur vous de ce foin , j'eftime que vous
➡êtes en état de vous en acquitter , en fa-
>> veur d'un homme qui honore fi fort fa
» Patrie & toute fa Parenté. Je fuis , & c.
M. Baron étant mort fans avoir été
marié , il ne laiffa que des freres & des
neveux. Deux de fes freres font morts
Religieux de l'Obfervance S. François ,
le troifiéme après s'être diftingué dans la
Congrégation de l'Oratoire par fon érudition
& par fon éloquence , eft mort au
commencement de ce fiecle , dans le Prieuré-
Cure de S. Quentin de Boullié , Diocèle
de La Rochelle, que M. de la Vrilliere , Ar
chevêque de Bourges , lui avoit conferé
en qualité d'Abbé de l'Abbaye de Nieüil,
en Poitou . C'eſt le même dont il eft parlé
ci-devant en qualité de Legataire univerfel
du Directeur fon frere. On peut
dire que jamais qualité n'a été plus infructucufe
, malgré les foins qu'il a pris de
faire du moins acquiter la dette de Venife
, & de retirer d'autres effets auffi legitimement
dûs & auffi mal placés.
A l'égard de fes neveux , fils de Pierre
Baron , fon autre frere , mort à Alep , &
de Dame N. de Lieutaud , ils étoient au
nombre de cinq ; fçavoir : Jofeph Baron ,
mort dans fa jeuneffe en 1674. Jean Pierre
Baron , qui après avoir fait le voyage des
Indes étoit entré dans la Marine , mourut
1514 MERCURE DE FRANCE
rut auffi à Marfeille dans un âge peu
avancé en 1684. François Baron entra fort
jeune dans l'Ordre de Malthe ; il ne four
nit pas une longue carriere ; mais il fe fi-.
gnala en plufieurs occafions , entr'autres ›
Torfque la Religion envoya au fecours de
la Morée un Bataillon dont il fut fait Major
, & à la tête duquel il fut bleffé dan--
gereuſement. Le Grand-Maître Raimond
Perellos le confidera particulierement , &
le fit Capitaine d'une Galere . Il mourut à
Malte en l'année Jean Baron entra ^
de bonne heure dans la Congrégation de
l'Oratoire , puis fut Chanoine de l'Eglife.
Collegiale S. Martin de Marſeille , enfuiter
de la Cathedrale , & mourut en 1720.-
dans le tems de la derniere contágion . Et
Jean Baptifte Baron , qui après avoir embraffe
l'Etat Ecclefiaftique entra dans l'Or--
dre de Malte , & eft mort Religieux Prêtre
de cet Ordre , il avoit été pourvû fuccef--
fivement des Offices de Sacriftain de la
Commanderie de' S. Jean de Marſeille ,
& d'Infirmier du Grand Prieuré de Saint
Gilles , & enfin de la Commanderie d'Ef--
pagnac. C'eft , comme je l'ai dit au commencement
de ma Lettre, en marquant le
tems de fa mort , le dernier qui reftoit de
toute cette vertueufe & nombreuſe famille.
Je joins ici une copie de l'Epitaphe de
M.:
JUILLET. 1730. ISTS
M. Baron , qu'on n'a pû refufer à fa mé→
moire , & qui a été envoyée aux Indes .
dans l'intention que vous avez vû cideffus
. Il me refte à vous affurer
fuis veritablement
, Monfieur &c.
que je
A Paris le 10. Mars 1729.
D. O. M.
Sta Viator...
Hic in fpem Refurrectionis quiefcunt offa &
cineres infignis pietate viri D. D. FRANCISCI
BARON Maffilienfis ,
Qui
Poft emenfam Europam , Ægyptum , Paleftinam
, Syriam , ubi fupremum Gallia &
Batavia
Confulatum
Magnificè & fapientiffimè geffit :
In remotiores Afia fines à REGE CHRISTIANISSIMO
foederis cùm Indiarum
Regibus ineundi , ac rei Mercatoria reftanranda
, & providenda caufâ ,
Felicibus aufpiciis miffus.
SURATE maritima Indorum Metropoli
fedem fixit:
Ibi
Ingenii acie , cordis amplitudine , eloquii
Comitate
1516 MERCURE DE FRANCE
comitate , morum candore ; præfertim in miferas
continuâ , ac prodiga charitate apud
Indos indigenas & cæteras utriufque Orbis
Gentes.
Clariffimus evafit
Quijam variis avita virtutis fua monumentis
clarus erat & percelebris
Qui
Ubique Terratum
Religionis tuende , promovenda , ejufque
Miniftros fovendi , fublevandi , piâ femper
& indefeffa motus eft follicitudine.
Quique malè opprefforum præfens femper efficaxque
remedium , de ipfa Venetorum Republica
optimè meritus eft :
Ob Cives & Confulem
Jugifapientia , proprio aere , non reftituto
ab imminentis mortis periculo , durifque vinculis
à Pharaone altera in Egypto paratis,»
felici & infolenti beneficio
Servatos , redemptos , liberatos ,
ANNO M. DC. LVII.
Tandem poft diuturnam divina Legis obfer
vantiam , poft opes effufas , Domum , pios
Libros , ipfas veftes & omnia pauperibus
erogata.
Sufficiente fibi Deo omnia.-
Pie obdormivit in Domino Chriftianus &
calebs Philofophus. Anno Reparat. Salut
Han
JUILLET. 1730. 1517
Hum. M. DCC. LXXXIII. Die XXX .
Decembris
Abi Viator ,
, Et tanto motus Spectaculo Spretis Orientis
falfis opibus , pius imitator thefaurifa tibi
thefauros in coelo.
Hoc munificentia , pietatis , & grati animi
monimentum Illuftr. Gallicorum Indiarum
Negociatorum Coetus Regius Amantiſſ. Directori
fuo , Reftauratori , Patrono & Benefactori.
P. P.
Funebrem Epigraphem J. D. L. R. è forore
Pronepos , ex Oriente Redux , pro publico
& privato luctu.
Mæftiff. condebat Parifiis An. M. DCC .
IV.
Les Armes de M. Baron , telles qu'onles
voit à la Bibliotheque de S. Germain
des Prez , empreintes au bas des Profeffions
de Foi & autres Actes par lui legalifés ,
en qualité de Conful d'Alep font
Ecartelé au 1 & 4. de Sable à deux Chicots
paffes en Sautoir d'Argent ; au 2 & 3. Conpé
de Sable à 3. Canetes d'Argent , & d'Argent
au Cheval de Sable.
Fermer
Résumé : SUITE de l'Eloge de M. Baron, & c.
Simon Baron arriva aux Indes en 1671 après un long périple terrestre à travers les déserts d'Arabie et de Perse, puis par voie maritime jusqu'à Surate. Il y exerça la fonction de directeur général de la Compagnie des Indes Orientales pendant douze à treize ans, se distinguant par son zèle religieux, sa charité, son attachement au service du roi et son dévouement au commerce et aux intérêts de la Compagnie. En 1674, lors du siège de Saint-Thomé par les Hollandais, Baron arma deux vaisseaux à ses frais pour secourir la ville. Malgré une défense héroïque, Saint-Thomé dut capituler. Baron fut mentionné dans le traité de capitulation, lui permettant de quitter la ville avec ses effets et ses domestiques. Baron tenta également de recouvrer des dettes contractées au Caire pour sauver des Vénitiens condamnés à mort. Il sollicita l'aide du roi Louis XIV, qui écrivit à ses ambassadeurs à Venise pour obtenir justice, mais sans succès. En 1675, Baron fut frappé de paralysie, mais continua à montrer fermeté et piété. Il rédigea son testament en 1680, léguant ses biens à son frère et à son neveu. Il mourut le 30 décembre 1683, laissant une réputation de sainteté et de générosité. Sa mémoire fut honorée par les habitants de Surate, quels que soient leurs croyances. Un monument fut envisagé pour perpétuer son souvenir. Le texte mentionne également la famille de Simon Baron, notamment ses neveux. Joseph Baron mourut jeune en 1674. Jean-Pierre Baron, après un voyage aux Indes et une carrière dans la Marine, décéda à Marseille en 1684. François Baron, entré jeune dans l'Ordre de Malte, fut blessé en Morée et devint Capitaine d'une galère avant de mourir à Malte. Jean Baron fut Chanoine de l'Église Collégiale Saint-Martin de Marseille et de la Cathédrale, décédant en 1720. Jean-Baptiste Baron, après avoir embrassé l'État ecclésiastique et rejoint l'Ordre de Malte, occupa plusieurs offices avant de mourir en tant que Religieux Prêtre. Une épitaphe en latin dédiée à François Baron souligne ses mérites et ses actions, notamment en Égypte et en Asie, et son dévouement à la religion et à l'aide des opprimés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
287
p. 1541-1549
REMARQUES sur l'Histoire Naturelle, l'Histoire Civile & Ecclesiastique du Comté d'Eu. Par M. Capperon, Ancien Doyen de Saint Maxent, à M. A ... M ...
Début :
Après vous avoir entretenu longtems, Monsieur, sur les sels de l'air [...]
Mots clefs :
Comté d'Eu, Fontaine, Romains, César, Monument, Port, Vaisseaux, Nicolas Capperon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur l'Histoire Naturelle, l'Histoire Civile & Ecclesiastique du Comté d'Eu. Par M. Capperon, Ancien Doyen de Saint Maxent, à M. A ... M ...
REMARQUES fur l'Hiftoire Naturelle
, l'Hiftoire Civile & Ecclefiaftique
du Comté d'Eu. Par M. Capperon , Ancien
Doyen de Saint Maxent , à M.
A ... M ...
A
Près vous avoir entretenu longtems
, Monfieur , fur les fels de l'air'
& fur d'autres matieres de Phyfique , je
croyois que vous me donneriez un peu
de relâche , & que vous ne m'expoferiez
pas à vous écrire fi - tôt fur des fujets contraires
à mes occupations préfentes ; mais
vous me faites bien voir que plus on fçait
& moins s'imagine - t - on fçavoir. Et
comme je n'ai rien tant à coeur que de
vous fatisfaire dans ce que vous me faites
l'honneur de me demander , je vais abandonner
pour un tems l'analyse des Plantes
que j'ai entrepriſe , & vous donner un
Extrait des chofes que j'ai crû les plus
fingulieres , contenues dans l'Hiftoire du
Comté d'Eu , à laquelle j'ai autrefois travaillé.
Je commencerai par l'Hiftoire naturefle
de ce Comté ; la premiere chofe qui m'y
paroît finguliere eft une Fontaine dont la
fource abondante jette en trois gros bouillons
1342
MERCURE DE FRANCE
•
lons affez d'eau pour former dès fon origine
une
médiocre
Riviere , fi elle étoit
fituée ailleurs ; car ce qui fait fa
fingularité
, c'eft que cette
Fontaine fort d'une
Roche qui eft fur le rivage de la mer
laquelle en eft fi proche , qu'elle en eft
couverte deux fois chaque jour , ce qui
n'empêche pas que l'eau n'en foit toûjours
parfaitement douce . Cette
fingularité
donna lieu
autrefois à un Poëte
Normand
de
comparer la Sainte Vierge à cette Fontaine
, qu'il nomme le Miracle de la Normandie.
Cette Vierge
immaculée étant ,
dit-il ,
demeurée pure & fans tache au
milieu de la
corruption de tout le genre
humain , comme l'eau de cette
Fontaine ,
fe
conferve douce au milieu des eaux falées
de la mer. C'eſt ce qui fe trouve exprimé
dans une belle Ode Latine , imprimée
à Rouen en 1644. dans le Recueil des
Piéces qui
avoient
remporté le Prix au
Palinode en cette même année . Cette Fontaine
eft proche d'un
Hameau nommé
Menival , diftant de la Ville d'Eu d'une
bonne lieuë.
La
feconde chofe
finguliere &
remarquable
dans ce Comté, eft le Puits qui eft
au Tréport dans une Maiſon
fituée au
deffus , & proche le Port où entrent les
Vaiffeaux , dans lequel l'eau
defcend
quand la Mer monte , & où elle monte
quand
JUILLET. 1730. 1543
quand la Mer deſcend . *
Il y a une autre fingularité qui fe rend
fenfible dans une partie de la Forêt de ce
même Comté ; fçavoir , dans celle qui est
fur la pente d'une Montagne qui eft du
côté oppofé aux Villages de Bouvaicourt
& de Beauchamp , où toutes les fois qu'il
fait un orage avec pluye pendant l'Eté ,
il s'éleve à trois ou quatre endroits diffe
rens, peu éloignés les uns des autres , une
groffe & épaiffe fumée femblable à celle
d'un four à chaux , & ' dont j'ai été témoin
moi même .
Enfin proche de la Ville d'Eu eft la
Montagne où font les lieux patibulaires,
Jaquelle est très abondante en diverfes
fortes de petrifications ; car c'eft où j'ai
trouvé quantité de coquillages foffiles ,
plufieurs gloffopetres , des cupules de
gland , des morceaux de prefle , de coraline
, des orties de mer & des champignons
, dits veffes de loup , parfaitement
pétrifiés. On trouve de même dans la
terre glaife qui fe tire fur cette Montagne
ce qu'on appelle des Geodes , qui eft une
efpece de pierre d'aigle , comme auffi un
fer imparfait , que ceux qui tirent la terre
* M. Capperon a donné une explication de ce
Phénomene dans le Mercure du mois de Janvier
1725
glaife
1544 MERCURE DE FRANCE
glaife appellent du Feroù. Ce fut fur cette
Montagne que les Bruyeres s'allumerent
d'elles mêmes en Septembre 1726. parce
qu'elle eft remplie de matieres fulphureufes
& métalliques.
Paffons maintenant à l'Hiftoire Civile
du Comté d'Eu . Je trouve deux anciens
Monumens des Romains confervez jufqu'à
nos jours , qui démontrent inconteftablement
que de leur temps la Ville
< d'Eu étoit une Ville importante. Le premier
eft un de leurs Chemins Militaires,
lequel conduit d'Amiens ( même , à ce
qu'on dit , de Soiffons ) directement à
cette Ville , & qui fe fait voir encore aujourd'hui
relevé en forme de Chauffée
dans les lieux où il paffe. L'autre Mo
nument eft une ancienne Porte de la Ville
prefentement murée , accompagnée de
deux groffes Tours , laquelle a toûjours
porté le nom de la Porte de l'Empire ',
comme la rue qui y conduit le porte encore
à prefent ; ayant toutes deux été
ainfi nommées à caufe de ce grand chemin
des Romains qui venoit s'y terminer.
On peut joindre à ces deux Monumens
un ancien Temple qui fubfifte encore dans
, la Ville & d'anciens Tombeaux découverts
dans un lieu peu éloigné de cette
Porte: (a)
(a) Voyez (ur ces anciens Tombeaux,le Mer
curede May 1712.
JUILLET . 1730. 1545
Ces anciens Monumens , & plus parti
culierement le Chemin Militaire , démontrent
fans réplique , que du temps des
Romains la Ville d'Eu & le Tréport , qui :
ne font prefque qu'une même chofe , à
caufe de leur proximité , étoient les lieux
les plus confiderables & le Port de Mer
le plus fameux qu'il y eût alors fur toutes
la Côte depuis Boulogne jufqu'à l'embouchure
de la Seine , & qu'ils regardoient
ce Port comme le plus convenable pour
y embarquer leurs Troupes toutes les fois
qu'ils voudroient les faire paffer en Ane :
gleterre.
1
7
C'étoit auffi ce qu'avoit fait Cefar , lorf
qu'il entreprit la conquête de cette Ifle ;
car il dit lui-même au quatrième Livre :
de fes Commentaires , qu'ayant fait embarquer
fon Infanterie au Port des Mo- :
rins , qui eft Boulogne , felon Samfon , il
envoya fa Cavalerie in ulteriorem portum ,
afin qu'elle s'y embarquât de même ; or
cet ulteriorportus , ce Port qui étoit le plus
éloigné , au fens de Cefar , étoit indubitablement
le Tréport ; car par rapport à
la Gaule Belgique , qui fe terminoit de ce
côté-cy à la Seine , c'étoit fans doute let
Port qui étoit le plus loin , même le der
nier, puifque depuis Boulogne jufqu'à la
Seine dans toute l'Antiquité , à l'excep .
tion du Tréport , on ne peut pas faire
voir
1546 MERCURE DE FRANCE
voir qu'il ait jamais eu aucun port confiderable
, Dieppe n'ayant commencé à
fe former qu'en 1c8o. & S. Vallery n'étant
encore qu'un Defert au VII . fiecle.
On ne peut pas douter , tout au contraire
, que du temps des Romains le
Tréport ne fût un Port très- confiderable,
dont ils faifoient autant d'eftime que de
Boulogne. Samfon nous en fournit la
preuve dans fes Remarques fur la Carte
de l'ancienne Gaule ; car comme il prétend
démontrer par les Chemins Militaires
des Romains qui aboutiffent à Boulogne
, qu'il falloit qu'ils eftimaffent beaucoup
ce Port , il s'enfuit par la même raifon
, qu'ayant également formé leurs Che
mins Militaires pour fe terminer au Tréport
, c'eft une marque certaine qu'ils l'ef
timoient autant que Boulogne , & qu'ils
regardoient ces deux Ports comme leur
étant également neceffaires.
Comme Cefar en fa langue , avoit donné
à ce Port le nom d'Ulterior portus , les :
Romains ne le nommerent plus autrement
: auffi eft- ce le nom Latin qui lui
eft toûjours resté depuis dans tous les Titres
; car pour les Gaulois ils lui en donnoient
un autre que Pontus Heuterus
nous fait connoître dans fon Livre Deuc
terum Belgio , Lib . 11. C. 8. où il dit qu'il·
y'a certainement une faute dans Ptolomée,
fçavoir
›
1
JUILLET. 1739. 1347
fçavoir , qu'au lieu de Gefforiacum navale ,
il faut lire Effuoriacum navale, c'eſt- à- dire
de Port des Euffiens , & voilà quel étoit
le nom que les Gaulois donnoient au Port
que les Romains nommerent depuis Ulterior
Portus , dont les François ont fait
enfuite le Tréport , comme pour dire
l'autre Port , c'eft-à - dire , le fecond Port
après celui des Morins.
Que le Comté d'Eu ait été ces Euffiens
ou ces Effui , dont parle Cefar , non feulement
c'eft le fentiment de Pontus Heterus
, mais c'est encore celui d'un grand:
nombre de Sçavans , tels que Divoens ,
Antiq. Belg. Cap . 11. de Pierre Heins
dans fon Miroir du Monde ; de Charles
Etienne , dans fon Dictionnaire Hiftoriq.
Geog. & de M. de Thou , dans fon Hiftoire
, qui ne donnent pas d'autre nom au
Comté d'Eu . Il s'enfuit donc de tout ce
que je viens de dire , que tous ceux qui
ont traduit les Commentaires de Cefar .
Le font certainement trompez , lorfqu'ils
ont pris l'Ulterior Portus pour un nom generique
, pendant que c'étoit le nom qui
étoit devenu propre depuis les Romains
au Port des Euffiens , autrement au Port.
du Comté d'Eu, lequel étoit alors auffi fameux
que celui des Morins , autrement
Boulogne.
}
Il ne faut pas croire que cet ancien Port :
des
1548 : MERCURE DE FRANCE
des Euffiens , ce Portus Ulterior des Romains
, en un mot , la Ville d'Eu faifant
comme une même chofe avec le Tréport,
ait perdu tout fon éclat , lorſque la puiffance
des Romains s'anéantit dans les
Gaules. Ce Port étoit encore des plus fameux
du temps du Roi Louis XI . puifque
Philippe de Commines , qui étoit de la
Cour de ce Prince ,fait voir combien ceux
de la Ville d'Eu étoient encore alors formidables
fur Mer , en rapportant dans fes
Memoires, Liv. I. Ch. 7. que des Armateurs
de la Ville d'Eu ayant enlevé en
1470. un Vaiffeau appartenant à des Flamans
, Sujets du Duc de Bourgogné , cela
fut caufe , en partie , de la guerre qui fut
déclarée entre le Roi Louis XI. & ce Duc,
cinq ans après , felon le même Auteur
ces Armateurs étoient fi hardis qu'ils alloient
enlever les Vaiffeaux du Roi d'Angleterre
, qui paffoient les Troupes à Calais
, pour venir attaquer la France .
>
Mais ce qui jufques - là avoit fait toute.
leur gloire & foutenu l'avantage qu'on
pouvoit tirer de leur Port , devint en quelque
façon la cauſe de leur malheur , & de
la ruine de leur Ville , car le Roi d'Angleterre
, dans le deffein de le ruiner , &
pour tromper Louis XI. fit courir le bruit
qu'il devoit faire une defcente en Nor
mandie , s'emparer de la Ville d'Eu , & y
paffer
JUILLET. 1730. 1549
1
paffer l'Hyver. Louis XI. tout rufé qu'il
étoit , ayant donné dans le panneau pour
lui en ôter l'envie , ne trouva pas de
moyen plus fur que de la faire lui -même
réduire en cendres , ce qui fut executé le
18. de Juillet 1475. par le Maréchal de
France Joachin Rohaut , Seigneur de Gamaches
, qui s'y rendit par ordre de la
Cour , avec quatre cens Lancés . Le feu
ayant été mis par tout à neuf heures du
matin , le Château & toute la Ville furent
confumez par les flâmes , à l'excep
tion des Eglifes qui furent confervées &
quelques maifons qui furent négligées . Ce
défaftre eft écrit dans les Archives de la
Ville , vol. I. p. 235. Les Villes de Dieppe,
S. Vallery & Abbeville , qui fubfiftoient
alors depuis long- temps , ayant
profité du debris de cette Ville , elle n'a
jamais pû s'en relever non-plus que fon
Port.
Nous donnerons la fuite de ces Remar
ques le mois prochain.
, l'Hiftoire Civile & Ecclefiaftique
du Comté d'Eu. Par M. Capperon , Ancien
Doyen de Saint Maxent , à M.
A ... M ...
A
Près vous avoir entretenu longtems
, Monfieur , fur les fels de l'air'
& fur d'autres matieres de Phyfique , je
croyois que vous me donneriez un peu
de relâche , & que vous ne m'expoferiez
pas à vous écrire fi - tôt fur des fujets contraires
à mes occupations préfentes ; mais
vous me faites bien voir que plus on fçait
& moins s'imagine - t - on fçavoir. Et
comme je n'ai rien tant à coeur que de
vous fatisfaire dans ce que vous me faites
l'honneur de me demander , je vais abandonner
pour un tems l'analyse des Plantes
que j'ai entrepriſe , & vous donner un
Extrait des chofes que j'ai crû les plus
fingulieres , contenues dans l'Hiftoire du
Comté d'Eu , à laquelle j'ai autrefois travaillé.
Je commencerai par l'Hiftoire naturefle
de ce Comté ; la premiere chofe qui m'y
paroît finguliere eft une Fontaine dont la
fource abondante jette en trois gros bouillons
1342
MERCURE DE FRANCE
•
lons affez d'eau pour former dès fon origine
une
médiocre
Riviere , fi elle étoit
fituée ailleurs ; car ce qui fait fa
fingularité
, c'eft que cette
Fontaine fort d'une
Roche qui eft fur le rivage de la mer
laquelle en eft fi proche , qu'elle en eft
couverte deux fois chaque jour , ce qui
n'empêche pas que l'eau n'en foit toûjours
parfaitement douce . Cette
fingularité
donna lieu
autrefois à un Poëte
Normand
de
comparer la Sainte Vierge à cette Fontaine
, qu'il nomme le Miracle de la Normandie.
Cette Vierge
immaculée étant ,
dit-il ,
demeurée pure & fans tache au
milieu de la
corruption de tout le genre
humain , comme l'eau de cette
Fontaine ,
fe
conferve douce au milieu des eaux falées
de la mer. C'eſt ce qui fe trouve exprimé
dans une belle Ode Latine , imprimée
à Rouen en 1644. dans le Recueil des
Piéces qui
avoient
remporté le Prix au
Palinode en cette même année . Cette Fontaine
eft proche d'un
Hameau nommé
Menival , diftant de la Ville d'Eu d'une
bonne lieuë.
La
feconde chofe
finguliere &
remarquable
dans ce Comté, eft le Puits qui eft
au Tréport dans une Maiſon
fituée au
deffus , & proche le Port où entrent les
Vaiffeaux , dans lequel l'eau
defcend
quand la Mer monte , & où elle monte
quand
JUILLET. 1730. 1543
quand la Mer deſcend . *
Il y a une autre fingularité qui fe rend
fenfible dans une partie de la Forêt de ce
même Comté ; fçavoir , dans celle qui est
fur la pente d'une Montagne qui eft du
côté oppofé aux Villages de Bouvaicourt
& de Beauchamp , où toutes les fois qu'il
fait un orage avec pluye pendant l'Eté ,
il s'éleve à trois ou quatre endroits diffe
rens, peu éloignés les uns des autres , une
groffe & épaiffe fumée femblable à celle
d'un four à chaux , & ' dont j'ai été témoin
moi même .
Enfin proche de la Ville d'Eu eft la
Montagne où font les lieux patibulaires,
Jaquelle est très abondante en diverfes
fortes de petrifications ; car c'eft où j'ai
trouvé quantité de coquillages foffiles ,
plufieurs gloffopetres , des cupules de
gland , des morceaux de prefle , de coraline
, des orties de mer & des champignons
, dits veffes de loup , parfaitement
pétrifiés. On trouve de même dans la
terre glaife qui fe tire fur cette Montagne
ce qu'on appelle des Geodes , qui eft une
efpece de pierre d'aigle , comme auffi un
fer imparfait , que ceux qui tirent la terre
* M. Capperon a donné une explication de ce
Phénomene dans le Mercure du mois de Janvier
1725
glaife
1544 MERCURE DE FRANCE
glaife appellent du Feroù. Ce fut fur cette
Montagne que les Bruyeres s'allumerent
d'elles mêmes en Septembre 1726. parce
qu'elle eft remplie de matieres fulphureufes
& métalliques.
Paffons maintenant à l'Hiftoire Civile
du Comté d'Eu . Je trouve deux anciens
Monumens des Romains confervez jufqu'à
nos jours , qui démontrent inconteftablement
que de leur temps la Ville
< d'Eu étoit une Ville importante. Le premier
eft un de leurs Chemins Militaires,
lequel conduit d'Amiens ( même , à ce
qu'on dit , de Soiffons ) directement à
cette Ville , & qui fe fait voir encore aujourd'hui
relevé en forme de Chauffée
dans les lieux où il paffe. L'autre Mo
nument eft une ancienne Porte de la Ville
prefentement murée , accompagnée de
deux groffes Tours , laquelle a toûjours
porté le nom de la Porte de l'Empire ',
comme la rue qui y conduit le porte encore
à prefent ; ayant toutes deux été
ainfi nommées à caufe de ce grand chemin
des Romains qui venoit s'y terminer.
On peut joindre à ces deux Monumens
un ancien Temple qui fubfifte encore dans
, la Ville & d'anciens Tombeaux découverts
dans un lieu peu éloigné de cette
Porte: (a)
(a) Voyez (ur ces anciens Tombeaux,le Mer
curede May 1712.
JUILLET . 1730. 1545
Ces anciens Monumens , & plus parti
culierement le Chemin Militaire , démontrent
fans réplique , que du temps des
Romains la Ville d'Eu & le Tréport , qui :
ne font prefque qu'une même chofe , à
caufe de leur proximité , étoient les lieux
les plus confiderables & le Port de Mer
le plus fameux qu'il y eût alors fur toutes
la Côte depuis Boulogne jufqu'à l'embouchure
de la Seine , & qu'ils regardoient
ce Port comme le plus convenable pour
y embarquer leurs Troupes toutes les fois
qu'ils voudroient les faire paffer en Ane :
gleterre.
1
7
C'étoit auffi ce qu'avoit fait Cefar , lorf
qu'il entreprit la conquête de cette Ifle ;
car il dit lui-même au quatrième Livre :
de fes Commentaires , qu'ayant fait embarquer
fon Infanterie au Port des Mo- :
rins , qui eft Boulogne , felon Samfon , il
envoya fa Cavalerie in ulteriorem portum ,
afin qu'elle s'y embarquât de même ; or
cet ulteriorportus , ce Port qui étoit le plus
éloigné , au fens de Cefar , étoit indubitablement
le Tréport ; car par rapport à
la Gaule Belgique , qui fe terminoit de ce
côté-cy à la Seine , c'étoit fans doute let
Port qui étoit le plus loin , même le der
nier, puifque depuis Boulogne jufqu'à la
Seine dans toute l'Antiquité , à l'excep .
tion du Tréport , on ne peut pas faire
voir
1546 MERCURE DE FRANCE
voir qu'il ait jamais eu aucun port confiderable
, Dieppe n'ayant commencé à
fe former qu'en 1c8o. & S. Vallery n'étant
encore qu'un Defert au VII . fiecle.
On ne peut pas douter , tout au contraire
, que du temps des Romains le
Tréport ne fût un Port très- confiderable,
dont ils faifoient autant d'eftime que de
Boulogne. Samfon nous en fournit la
preuve dans fes Remarques fur la Carte
de l'ancienne Gaule ; car comme il prétend
démontrer par les Chemins Militaires
des Romains qui aboutiffent à Boulogne
, qu'il falloit qu'ils eftimaffent beaucoup
ce Port , il s'enfuit par la même raifon
, qu'ayant également formé leurs Che
mins Militaires pour fe terminer au Tréport
, c'eft une marque certaine qu'ils l'ef
timoient autant que Boulogne , & qu'ils
regardoient ces deux Ports comme leur
étant également neceffaires.
Comme Cefar en fa langue , avoit donné
à ce Port le nom d'Ulterior portus , les :
Romains ne le nommerent plus autrement
: auffi eft- ce le nom Latin qui lui
eft toûjours resté depuis dans tous les Titres
; car pour les Gaulois ils lui en donnoient
un autre que Pontus Heuterus
nous fait connoître dans fon Livre Deuc
terum Belgio , Lib . 11. C. 8. où il dit qu'il·
y'a certainement une faute dans Ptolomée,
fçavoir
›
1
JUILLET. 1739. 1347
fçavoir , qu'au lieu de Gefforiacum navale ,
il faut lire Effuoriacum navale, c'eſt- à- dire
de Port des Euffiens , & voilà quel étoit
le nom que les Gaulois donnoient au Port
que les Romains nommerent depuis Ulterior
Portus , dont les François ont fait
enfuite le Tréport , comme pour dire
l'autre Port , c'eft-à - dire , le fecond Port
après celui des Morins.
Que le Comté d'Eu ait été ces Euffiens
ou ces Effui , dont parle Cefar , non feulement
c'eft le fentiment de Pontus Heterus
, mais c'est encore celui d'un grand:
nombre de Sçavans , tels que Divoens ,
Antiq. Belg. Cap . 11. de Pierre Heins
dans fon Miroir du Monde ; de Charles
Etienne , dans fon Dictionnaire Hiftoriq.
Geog. & de M. de Thou , dans fon Hiftoire
, qui ne donnent pas d'autre nom au
Comté d'Eu . Il s'enfuit donc de tout ce
que je viens de dire , que tous ceux qui
ont traduit les Commentaires de Cefar .
Le font certainement trompez , lorfqu'ils
ont pris l'Ulterior Portus pour un nom generique
, pendant que c'étoit le nom qui
étoit devenu propre depuis les Romains
au Port des Euffiens , autrement au Port.
du Comté d'Eu, lequel étoit alors auffi fameux
que celui des Morins , autrement
Boulogne.
}
Il ne faut pas croire que cet ancien Port :
des
1548 : MERCURE DE FRANCE
des Euffiens , ce Portus Ulterior des Romains
, en un mot , la Ville d'Eu faifant
comme une même chofe avec le Tréport,
ait perdu tout fon éclat , lorſque la puiffance
des Romains s'anéantit dans les
Gaules. Ce Port étoit encore des plus fameux
du temps du Roi Louis XI . puifque
Philippe de Commines , qui étoit de la
Cour de ce Prince ,fait voir combien ceux
de la Ville d'Eu étoient encore alors formidables
fur Mer , en rapportant dans fes
Memoires, Liv. I. Ch. 7. que des Armateurs
de la Ville d'Eu ayant enlevé en
1470. un Vaiffeau appartenant à des Flamans
, Sujets du Duc de Bourgogné , cela
fut caufe , en partie , de la guerre qui fut
déclarée entre le Roi Louis XI. & ce Duc,
cinq ans après , felon le même Auteur
ces Armateurs étoient fi hardis qu'ils alloient
enlever les Vaiffeaux du Roi d'Angleterre
, qui paffoient les Troupes à Calais
, pour venir attaquer la France .
>
Mais ce qui jufques - là avoit fait toute.
leur gloire & foutenu l'avantage qu'on
pouvoit tirer de leur Port , devint en quelque
façon la cauſe de leur malheur , & de
la ruine de leur Ville , car le Roi d'Angleterre
, dans le deffein de le ruiner , &
pour tromper Louis XI. fit courir le bruit
qu'il devoit faire une defcente en Nor
mandie , s'emparer de la Ville d'Eu , & y
paffer
JUILLET. 1730. 1549
1
paffer l'Hyver. Louis XI. tout rufé qu'il
étoit , ayant donné dans le panneau pour
lui en ôter l'envie , ne trouva pas de
moyen plus fur que de la faire lui -même
réduire en cendres , ce qui fut executé le
18. de Juillet 1475. par le Maréchal de
France Joachin Rohaut , Seigneur de Gamaches
, qui s'y rendit par ordre de la
Cour , avec quatre cens Lancés . Le feu
ayant été mis par tout à neuf heures du
matin , le Château & toute la Ville furent
confumez par les flâmes , à l'excep
tion des Eglifes qui furent confervées &
quelques maifons qui furent négligées . Ce
défaftre eft écrit dans les Archives de la
Ville , vol. I. p. 235. Les Villes de Dieppe,
S. Vallery & Abbeville , qui fubfiftoient
alors depuis long- temps , ayant
profité du debris de cette Ville , elle n'a
jamais pû s'en relever non-plus que fon
Port.
Nous donnerons la fuite de ces Remar
ques le mois prochain.
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Résumé : REMARQUES sur l'Histoire Naturelle, l'Histoire Civile & Ecclesiastique du Comté d'Eu. Par M. Capperon, Ancien Doyen de Saint Maxent, à M. A ... M ...
Dans une lettre adressée à M. A... M..., M. Capperon, ancien doyen de Saint Maxent, partage des informations sur l'histoire naturelle, civile et ecclésiastique du comté d'Eu. Capperon commence par décrire des phénomènes naturels singuliers du comté. Il mentionne une fontaine abondante située près de la mer, dont l'eau reste douce malgré les marées, et un puits au Tréport où le niveau de l'eau varie en fonction des marées. Il note également des fumées mystérieuses dans la forêt lors des orages d'été et des pétifications trouvées sur une montagne près d'Eu. Capperon aborde ensuite l'histoire civile du comté. Il souligne la présence de monuments romains, tels qu'un chemin militaire et une ancienne porte de la ville, qui témoignent de l'importance historique d'Eu et du Tréport. Il évoque des textes anciens, comme les Commentaires de César, qui confirment l'importance stratégique de ces ports. Capperon relate également la destruction de la ville d'Eu en 1475 par ordre du roi Louis XI pour empêcher une invasion anglaise, ce qui a conduit à la ruine de la ville et de son port.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
288
p. 1568-1569
EXTRAIT d'une Lettre écrite par le R. P. Tournemine à M. De L. R. au sujet de la Médaille dont il est parlé dans la 5 Lettre du Voyage de Basse-Normandie.
Début :
Tous ceux qui ont vû le dessein de la Médaille que vous m'avez communiqué, [...]
Mots clefs :
Médaille, Basse-Normandie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite par le R. P. Tournemine à M. De L. R. au sujet de la Médaille dont il est parlé dans la 5 Lettre du Voyage de Basse-Normandie.
EXTRAIT d'une Lettre écrite
par
le
R. P. Tournemine à M. De L. R. an
fujet de la Médaille dont il eft parlé dans
las Lettre du Voyage de Baffe - Normandie.
Ous ceux qui ont vû le deffein de la
TMédaille que vous m'avez communiqué
, & qui a paru enfuite gravé dans
le fecond Volume du Mercure de Juin
1728. page 1344. jugent qu'on ne peut
deviner quel eft le perfonage qu'on y voit
reprefenté que par la reffemblance de
quelque Portrait ou de quelque fceau ancien
. Pour moi , je crois qu'on peut parvenir
à cette connoiffance en fuivant quelques
conjectures ; les voici : vous en jugerez
. La forme du bonnet & de la cuiraffe
attachée avec des rubans , les cheveux
coupés , conviennent également au 14 .
&
JUILLET. 1730. 1560
& au 15. fiecle ; mais l'Infcription ne
convient qu'au 15. après la renaiffance des
Belles - Lettres. Je croi donc qu'il faut
chercher en Italie celui qu'on compare à
Cefar & à Scipion ; je croi qu'il le faut
chercher parmi les grands Capitaines qui
fe fignalerent dans ce 15. fiecle. Je panche
encore plus à croire que c'èft Philippe
Marie , Duc de Milan , je n'en ai pû trouver
de Portrait .
La figure d'Hercule tuant le Centaure
qui paroît fur la cuiraffe , m'avoit donné
une autre idée qu'il faut vous propofer ;
cet Emblême convient au General des
Suiffes qui défit Charles le Hardi , Duc
de Bourgogne à la Bataille de Granſon .
Les Suiffes n'avoient point de Cavaleric ;
celle du Duc étoit nombreuſe : c'eſt peutêtre
la feule occafion où depuis plufieurs
fiecles une Armée fans Cavalerie en ait
batu une forte en Cavalerie. Monftrelet
Auteur contemporain , ne nomme pas
le General des Suiffes , & je n'ai pû trouver
fon nom dans les autres Hiftoriens.
Quelque fpecieufe que foit cette conjecture
, j'ai de la peine à l'approuver ; les
Suiffes de ce tems là étoient trop groffiers
pour connoître Cefar & Scipion . J'attens
ce que des Sçavans plus heureux que moi
auront découvert fur cette Médaille finguliere.
par
le
R. P. Tournemine à M. De L. R. an
fujet de la Médaille dont il eft parlé dans
las Lettre du Voyage de Baffe - Normandie.
Ous ceux qui ont vû le deffein de la
TMédaille que vous m'avez communiqué
, & qui a paru enfuite gravé dans
le fecond Volume du Mercure de Juin
1728. page 1344. jugent qu'on ne peut
deviner quel eft le perfonage qu'on y voit
reprefenté que par la reffemblance de
quelque Portrait ou de quelque fceau ancien
. Pour moi , je crois qu'on peut parvenir
à cette connoiffance en fuivant quelques
conjectures ; les voici : vous en jugerez
. La forme du bonnet & de la cuiraffe
attachée avec des rubans , les cheveux
coupés , conviennent également au 14 .
&
JUILLET. 1730. 1560
& au 15. fiecle ; mais l'Infcription ne
convient qu'au 15. après la renaiffance des
Belles - Lettres. Je croi donc qu'il faut
chercher en Italie celui qu'on compare à
Cefar & à Scipion ; je croi qu'il le faut
chercher parmi les grands Capitaines qui
fe fignalerent dans ce 15. fiecle. Je panche
encore plus à croire que c'èft Philippe
Marie , Duc de Milan , je n'en ai pû trouver
de Portrait .
La figure d'Hercule tuant le Centaure
qui paroît fur la cuiraffe , m'avoit donné
une autre idée qu'il faut vous propofer ;
cet Emblême convient au General des
Suiffes qui défit Charles le Hardi , Duc
de Bourgogne à la Bataille de Granſon .
Les Suiffes n'avoient point de Cavaleric ;
celle du Duc étoit nombreuſe : c'eſt peutêtre
la feule occafion où depuis plufieurs
fiecles une Armée fans Cavalerie en ait
batu une forte en Cavalerie. Monftrelet
Auteur contemporain , ne nomme pas
le General des Suiffes , & je n'ai pû trouver
fon nom dans les autres Hiftoriens.
Quelque fpecieufe que foit cette conjecture
, j'ai de la peine à l'approuver ; les
Suiffes de ce tems là étoient trop groffiers
pour connoître Cefar & Scipion . J'attens
ce que des Sçavans plus heureux que moi
auront découvert fur cette Médaille finguliere.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite par le R. P. Tournemine à M. De L. R. au sujet de la Médaille dont il est parlé dans la 5 Lettre du Voyage de Basse-Normandie.
Dans une lettre adressée à M. De L. R., le R. P. Tournemine discute de l'identification d'un personnage représenté sur une médaille. Plusieurs personnes ayant vu le dessin de la médaille, publié dans le Mercure de Juin 1728, ne peuvent deviner l'identité du personnage sans comparaison avec un portrait ou un sceau ancien. Tournemine propose des conjectures basées sur la forme du bonnet, de la cuirasse et la coupe des cheveux, qui correspondent aux styles du 14ème et 15ème siècles. L'inscription sur la médaille suggère une période postérieure à la renaissance des Belles-Lettres, orientant vers le 15ème siècle. Tournemine penche pour Philippe Marie, Duc de Milan, bien qu'il n'ait pas trouvé de portrait de ce dernier. Une autre hypothèse est proposée par l'emblème d'Hercule tuant le Centaure, qui pourrait représenter le général des Suisses ayant défait Charles le Hardi à la bataille de Granson. Cependant, Tournemine rejette cette hypothèse, estimant que les Suisses de l'époque étaient trop grossiers pour connaître César et Scipion. Il attend les découvertes de savants plus éclairés sur cette médaille singulière.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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289
p. 1574-1575
Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes illustres, &c. [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République [...]
Mots clefs :
Histoire, Mémoire, Hommes illustres
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texteReconnaissance textuelle : Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes illustres, &c. [titre d'après la table]
NOUVELLES LITTERAIRES
M
DES BEAUX ARTS & c.
EMOIRES pour fervir à l'Hiftoire
des Hommes Illuftres dans la Répu
blique des Lettres , avec un Catalogue raifonné
de leurs Ouvrages. Tome X. de 190.
pages , fans la Préface & les Tables. A Paris
, chez Briaffon , ruë S, Jacques , à la
Science . M. DCC. XXX.
L'Auteur commence de s'acquiter d'un
engagement qu'il a pris avec le Public
& que nous avons annoncé avec plaifir
dans un de nos Journaux. La moitié de
ce 10. Volume eft employée en changemens
, en corrections & additions pour
le premier Tome des Mémoires . L'autre
moitié contient une Table genérale des
Matieres qui ont été traitées par les Auteurs
contenus dans les dix premiers Volumes
, & une Table Nécrologique des
'Auteurs contenus dans ces mêmes dix
premiers Volumes. Il ne faut pas douter
que ces changemens , corrections & additions
ne foient en general bien neceffaires
pour la perfection de tout l'Ouvrage ;
mais elles ne font pas toutes d'une égale
importance ; on peut même dire qu'il y
en
JUILLET . 1730. 1575
en a de peu neceffaires , & que quelques
corrections auroient elles - mêmes befoin
- d'être corrigées : telle eft celle qui regarde
Louis Ferrand ; l'Auteur des Mémoires
s'exprime ainfi fur ſon ſujet : » On a dit
fur l'autorité du Journal des Sçavans
» qu'il avoit étudié au College des Prêtres
» de l'Oratoire de Toulon ; mais comme
>> ils n'ont point de College en ce lieu , il
» faut mettre feulement qu'il étudia dans
le College de Toulon . L'Editeur auroit
pû s'épargner cette prétendue correction ;
car il eft de notorieté publique que les
PP. de l'Oratoire ont un College à
Toulon , établi par des Lettres Patentes
depuis plus d'un fiecle.
M
DES BEAUX ARTS & c.
EMOIRES pour fervir à l'Hiftoire
des Hommes Illuftres dans la Répu
blique des Lettres , avec un Catalogue raifonné
de leurs Ouvrages. Tome X. de 190.
pages , fans la Préface & les Tables. A Paris
, chez Briaffon , ruë S, Jacques , à la
Science . M. DCC. XXX.
L'Auteur commence de s'acquiter d'un
engagement qu'il a pris avec le Public
& que nous avons annoncé avec plaifir
dans un de nos Journaux. La moitié de
ce 10. Volume eft employée en changemens
, en corrections & additions pour
le premier Tome des Mémoires . L'autre
moitié contient une Table genérale des
Matieres qui ont été traitées par les Auteurs
contenus dans les dix premiers Volumes
, & une Table Nécrologique des
'Auteurs contenus dans ces mêmes dix
premiers Volumes. Il ne faut pas douter
que ces changemens , corrections & additions
ne foient en general bien neceffaires
pour la perfection de tout l'Ouvrage ;
mais elles ne font pas toutes d'une égale
importance ; on peut même dire qu'il y
en
JUILLET . 1730. 1575
en a de peu neceffaires , & que quelques
corrections auroient elles - mêmes befoin
- d'être corrigées : telle eft celle qui regarde
Louis Ferrand ; l'Auteur des Mémoires
s'exprime ainfi fur ſon ſujet : » On a dit
fur l'autorité du Journal des Sçavans
» qu'il avoit étudié au College des Prêtres
» de l'Oratoire de Toulon ; mais comme
>> ils n'ont point de College en ce lieu , il
» faut mettre feulement qu'il étudia dans
le College de Toulon . L'Editeur auroit
pû s'épargner cette prétendue correction ;
car il eft de notorieté publique que les
PP. de l'Oratoire ont un College à
Toulon , établi par des Lettres Patentes
depuis plus d'un fiecle.
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Résumé : Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes illustres, &c. [titre d'après la table]
Le texte décrit un ouvrage intitulé 'Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République des Lettres', publié par Briaffon à Paris. Le tome X, de 190 pages, est divisé en deux parties. La première moitié présente des changements, corrections et additions pour le premier tome des Mémoires. La seconde moitié inclut une table générale des matières des dix premiers volumes et une table nécrologique des auteurs de ces volumes. Certaines corrections sont jugées inutiles. Par exemple, une correction concernant Louis Ferrand est critiquée. L'auteur des Mémoires avait corrigé une information selon laquelle Ferrand avait étudié au Collège des Prêtres de l'Oratoire de Toulon, affirmant qu'il n'y avait pas de tel collège à Toulon. Cependant, il est noté que les Pères de l'Oratoire possèdent effectivement un collège à Toulon, établi par des lettres patentes depuis plus d'un siècle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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290
p. 1575-1576
Histoire de l'Eglise de Meaux, [titre d'après la table]
Début :
L'HISTOIRE DE L'EGLISE DE MEAUX, par Dom Toussaint du Plessis, [...]
Mots clefs :
Histoire de l'Église de Meaux, Histoire, Meaux, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire de l'Eglise de Meaux, [titre d'après la table]
L'HISTOIRE DE L'EGLISE DE
MEAUX , par Dom Touffaint Du Plessis,
Benedictin de l'Abbaye de S. Germain
des Prez Auteur d'une Hiftoire de la
Ville & des Seigneurs de Couci , dont
nous avons rendu compte au Public , eft
actuellement fous la preffe , & fe débitera
chez Giffart , rue S. Jacques , au commencement
de l'année prochaine. Cet Ouvrage
entrepris fous les aufpices de S. E.
M. le Cardinal de Biffy , Abbé de Saint
Germain des Prez , doit contenir deux.
Volumes in 4°. Le premier renferme le
Corps de l'Hiftoire , avec des Differtations
E ij fur
1576 MERCURE DE FRANCE
fur quelques points difficiles qui demandent
d'être éclaircis , & divers Catalogues
des Evêques , Doyens , Generaux
d'Ordre , Abbés & Abbeffes de ce Diocéfe.
Le fecond Volume comprend les
Pieces juftificatives au nombre de près de
800. pour la plupart très - intereffantes ,
un Recueil complet des Statuts Synodaux
du Diocèfe depuis le 13. fiecle , & enfin
un Pouillié exact.
Le même Giffart acheve d'imprimer le
6. & dernier Volume de l'Edition de
Polybe , traduit par le R. P. Dom Vincent
Tuillier , avec les Commentaires de M. le
Chevalier de Folard.
MEAUX , par Dom Touffaint Du Plessis,
Benedictin de l'Abbaye de S. Germain
des Prez Auteur d'une Hiftoire de la
Ville & des Seigneurs de Couci , dont
nous avons rendu compte au Public , eft
actuellement fous la preffe , & fe débitera
chez Giffart , rue S. Jacques , au commencement
de l'année prochaine. Cet Ouvrage
entrepris fous les aufpices de S. E.
M. le Cardinal de Biffy , Abbé de Saint
Germain des Prez , doit contenir deux.
Volumes in 4°. Le premier renferme le
Corps de l'Hiftoire , avec des Differtations
E ij fur
1576 MERCURE DE FRANCE
fur quelques points difficiles qui demandent
d'être éclaircis , & divers Catalogues
des Evêques , Doyens , Generaux
d'Ordre , Abbés & Abbeffes de ce Diocéfe.
Le fecond Volume comprend les
Pieces juftificatives au nombre de près de
800. pour la plupart très - intereffantes ,
un Recueil complet des Statuts Synodaux
du Diocèfe depuis le 13. fiecle , & enfin
un Pouillié exact.
Le même Giffart acheve d'imprimer le
6. & dernier Volume de l'Edition de
Polybe , traduit par le R. P. Dom Vincent
Tuillier , avec les Commentaires de M. le
Chevalier de Folard.
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Résumé : Histoire de l'Eglise de Meaux, [titre d'après la table]
Le texte présente 'L'HISTOIRE DE L'EGLISE DE MEAUX', rédigé par Dom Touffaint Du Plessis, bénédictin de l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Cet ouvrage, publié sous le patronage du Cardinal de Bissy, Abbé de Saint-Germain-des-Prés, se compose de deux volumes in-4°. Le premier volume traite de l'histoire de l'Église de Meaux, aborde des points difficiles et inclut des catalogues des évêques, doyens, généraux d'ordre, abbés et abbesses du diocèse. Le second volume contient près de 800 pièces justificatives, un recueil des statuts synodaux du diocèse depuis le 13e siècle et un pouillé exact. Par ailleurs, l'éditeur Giffart finalise l'impression du sixième et dernier volume de l'édition de Polybe, traduite par le R. P. Dom Vincent Tuillier, accompagnée des commentaires du Chevalier de Folard.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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291
p. 1742-1752
SUITE des Mémoires de M. Capperon sur l'Histoire de la Ville d'Eu.
Début :
De ces anciens Monumens qui justifient l'antiquité de la Ville d'Eu, je [...]
Mots clefs :
Ville d'Eu, Histoire, Antiquité, Royaume, Paysans, Seigneurs, Religion, Rivière, Monuments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Mémoires de M. Capperon sur l'Histoire de la Ville d'Eu.
SUITE des Mémoires de M. Capperon
fur Hiftoire de la Ville d'Eu.
D
>
E ces anciens Monumens qui juftifient
l'antiquité de la Ville d'Eu je
palle à un autre qui a du rapport à la Religion
, & qui prouve deux chofes . 1
Que quoiqu'il y eut déja du tems que la
Religion Chrétienne fut établie dans le
Comté d'Eu , le culte des Idoles y fubfiftoit
neanmoins encore publiquement au
7. fiecle. 2° Que les peuples de ce Comté
fuivoient encore alors l'ufage que les fimples
Fideles des premiers fiecles de l'Eglife
s'étoient arrogés de canonifer les perfonnes
, de la fainte vie defquelles ils avoient
été les témoins. Ce Monument eft l'Eglife
du Village de Pont , qui eft proche de la
Ville d'Eu , laquelle fut conftruite par les
habitans de ce Village immédiatement
après
A O UST. 1730. 1743
áprès la mort de ce Saint , en reconnoiffance
de ce qu'il les avoit convertis à la
foy. On en peut voir le détail dans ſa vie
écrite au VIII . fiecle , qui fe trouve inferée
dans les Actes des Saints de l'Ordre de
Saint Benoît XI . fiecle , par D. Luc Dacheri
, où il eft dit que S. Valleri paffant
par un lieu nommé Augufta , fitné fur la
Riviere d'Auve , & fe repofant fur le bord
d'une Fontaine , il apperçut une efpece
d'Idole que les Païfans du lieu adoroient ;
ce Saint l'ayant réduite en pouffiere par
un miracle , ces Païfans entrerent dans
une telle fureur qu'ils voulurent le maffacrer
; mais par un autre miracle plus furprenant
, les ayant calmés tout à coup ,
& rendus dociles à fa voix , il leur annonça
l'Evangile , & les convertit à la foy.
Que ce fait fe foit paffé au Village de
Pont , c'eft ce dont perfonne ne peut douter
, puifque le lieu que l'Auteur nomme
Augufta eft le Village d'Aonfte qui fubfifte
encore aujourd'hui. Que la Riviere alors
nommée Auve , foit la Brefle , tous les
Sçavans en conviennent : on peut voir làdeffus
M. Baillet dans la vie de S. Leu ou
Loup , Archevêque de Sens , & M. Fleuri
dans fon Hiftoire Ecclefiaftique , liv. 37.
nom. 16. On trouve pareillement dans la
vie de ce Saint Archevêque la verité de
ce que j'ai avancé , fçavoir , que le Paga-
Ciiij nifme
1744 MERCURE DE FRANCE
nifme regnoit encore publiquement dans
ce Païs- ci au feptiéme fiecle,puifqu'il y eft
rapporté qu'en 616. S. Loup ayant été envoyé
en exil au Village d'Anfenne qui n'eſt
qu'à quatre lieues de la Ville d'Eu , fur la
même Riviere de Brefle , il y trouva des
Temples où les gens du Pays adoroient
publiquement les faux Dieux , & qu'il
travailla à les convertir.
On connoît auffi , comme je l'ai avancé
, que les habitans du Village de Pont,
convertis par S. Valleri , furent des premiers
à le canonifer , puifque fans qu'au
cune cerémonie folemnelle eut précedé ,
immédiatement aprés fa mort , ils firent
conftruire vers l'an 625. une Egliſe à ſon
honneur, au lieu même où il s'étoit repofé
fur le bord de la Fontaine , qu'ils joignirent
à cette Eglife , la faifant enfermer de
murailles , comme on la voit encore aujourd'hui.
L'Auteur de la Vie de ce Saint
que j'ai cité ci-deffus , le fait clairement
connoître, en difant que quelques perfon
nes paffant par hazard aux environs de
ce Village , une jeune fille fut furpriſe de
voir cette nouvelle Eglife , & d'apprendre
qu'elle eut été bâtie à l'honneur de
celui qu'elle n'avoit vû qu'avec mépris ,
là caufe de fon exterieur negligé , ce qui
lui donna lieu de fe railler de ces Païfans
qui avoient , difoit- elle , été affez fimples
que
A O UST. the
1730 1749
que de prendre pour un Saint celui qu'elle
avoit vû fi ſouvent paffer monté fur fon
afne ;mais la raillerie lui coûta cher , puifqu'au
même inftant elle devint perclufe
de tous les membres; ce qui l'ayant obligée
de recourir à l'interceffion de celui dont
elle s'étoit mocquée , & dans l'Eglife même
qui y avoit donné lieu , elle ne laiffa
pas d'y trouver la guerilon.
Enfin de telle maniere , & en tel tems
que les habitans de la Ville d'Eu ayent
été convertis à la Religion Chrétienne ,.
on peut dire que par une faveur toute finguliere
de la Providence , ils ont été affez
heureux pour conferver cette Religion
dans toute la pureté dans l'enceinte de
leurs murailles , pendant que les villes
voifines ont eu le malheur d'être infectées
de l'herefie de Calvin , -
dès
Auffi donnerent- ils des preuves de leur
attachement à la Religion de leurs Peres
que les funeftes nouveautés du Calvinifme
commencerent à paroître , puif--
qu'en 1562. quelques particuliers ayant
donné des preuves qu'ils entroient dans
ces nouveaux fentimens , la populace alla
avec une espece de fureur piller leurs
maifons , ce qui donna lieu aux Magiftrars
après avoir repriméce foulevement , d'o
bliger ces particuliers à faire une profeffion
publique de leur catholicite , &
Ey decla
1746 MERCURE DE FRANCE
declarer en preſence de tous les habitans
qu'ils vouloient vivre & mourir dans la
Religion Catholique , ce qui rétablit le
calme dans la Ville,y fit une telle impreffion
, & y laiffa une telle horreur pour
l'herefie , qu'aucun Calvinifte ne s'eſt jamais
avifé de s'y établir. Tout ceci fe trouve
écrit plus en détail dans les Archives
de l'Hôtel de Ville , livre rouge , fol 2.
pag. 65 .
Comme le Comté d'Eu eft une portion
de la Neuftrie , que le Roi Charles le
Simple fut contraint. de ceder aux Normans
en toute proprieté, pour faire ceffer
les ravages continuels qu'ils faifoient dans
la France , il me paroît convenable que
je faffe connoître par ce qui s'eft paffé à
la Ville d'Eu , quelle étoit l'intrépidité de
ces hommes du Nord , & combien il
étoit difficile aux François d'expulſer hors
du Royaume des gens de ce caractere.
>
Tout le monde fçait ce qu'étoient ces
Normans habitans les Païs glacés du Nord ,
lefquels , au rapport de Paul Emile , Livre
fecond , s'étant introduits dans les
Troupes de Charlemagne lors de fes expeditions
dans la Saxe , & ayant paffé en
France avec les Troupes de ce Prince , ils
n'eurent pas plutôt gouté la douceur du
climat , vû & connu la beauté & la bonté
du Païs , qu'ils formerent le deffein de
5'7
A O UST. 1730. 1747
s'y établir à quelque prix que ce pût être.
On fçait pareillement qu'avant que
d'y
réuffir , ils firent plufieurs débarquemens
dans differens endroits , pillerent , brulerent
& ravagerent une grande partie du
Royaume , dont le Comté d'Eu ne fe
reffentit pas moins que le refte du Pays ,
fa fituation maritime l'y expofant beaucoup
plus. C'est ce dont on peut juger par
la fameufe Bataille qui fut donnée contre
eux l'an 881. à deux lieuës ou environ de
la Ville d'Eu , fçavoir , à Saucourt , Paroiffe
de Niba , fituée entre cette Ville &
Saint Valleri , où les François vinrent les
attaquer. Le lieu où ces derniers fe pofterent
en porte encore aujourd'hui le
nom , & s'appelle Franleu , c'eſt à dire
le lieu des François , Francorum locus .
و
Tous nos Hiftoriens conviennent qu'ils
y furent défaits & qu'ils y perdirent
neuf à dix mille hommes ; mais parcequ'il
en reftoit encore à la Ville d'Eu qui
tâchoient de fe conferver dans cette Place,
les François , au rapport de Mezerai , dans
fa grande Hiftoire , vinrent les y fieger.
Ne s'y étant pas fuffisamment deffendus,
ils у furent tous maffacrés ; nonobftant
toutes ces pertes , les autres n'abandonnerent
pas leur projet deux ans après ,
ils defcendirent en Picardie , où ils exer
cerent les plus grandes cruautés ; jufques
B vj
1748 MERCURE DE FRANCE
là que M. l'Abbé Fleuri remarque dans
fon Hiftoire Ecclefiaftique Liv. 53. Nom.
654. qu'outre les Eglifes , les Villages &
les autres lieux pillés & brûlés , on voyoit
prefque tous les chemins femés de corps
morts , d'Ecclefiaftiques , de Religieux ,
de Nobles , de femmes & d'enfans.
Enfin , comme je l'ai déja dit , le Roi
Charles le Simple , pour mettre fin à ces
cruelles hoftilités qui défoloient fon
Royaume , ceda en 912. à Racul ou Rollon
, Chef de ces Normans , ce qu'on appelle
aujourd'hui la Normandie , qui eut
pour limites de ce côté- ci la Riviere qui
paffe à la Ville d'Eu , ce qui lui fit changer
de nom , au lieu des noms d'Effua
ou Effia ou Aucia ou enfin Auva qu'elle
avoit portés , elle fut nommée alors Bri
fella , c'eſt à dire , la Brifante , la Séparante,
dit M. de Valois dans fa Notice des Gau
les. ( verbo ) Caletes:
Dans la fuite les François s'étant foulevés
contre le Roi Charles le Simple , &
ce Prince ayant été arrêté & fait prifonnier
à Peronne , les Normans toujours difpofés
au pillage , fous l'apparence de vou
loir prendre les interêrs , commencerent
de nouveau à ravager la France , les Fran
çois de leur part fe mirent auffi en état
de reprimer leur audace : entr'autres , die
Frodoard dans fa Chronique l'an 925.les
Comtes
AO UST. 1730. 1749
Comte Herbert ayant pris avec lui les
Troupes de l'Eglife de Rheims , & ayant
été joint par Arnoul , Comte de Flandres,
& par plufieurs autres Seigneurs François,
ils vinrent fieger la Ville d'Eu qui appartenoit
alors aux Normans , & qui y avoient.
envoyé mille hommes des leurs pour la
défendre ; mais quoiqu'ils contaffent fur
cette intrépidité qui faifoit toute leur
gloire , les François ne laifferent pas de les
forcer dans la Ville , & enfuite dans le
Château , d'où s'étant refugiés dans une
Ifle formée par la Riviere qui eft au deſfous
du Château , ils s'y défendirent en
vrais defefperés : jufques là que ne pouvant
fe foutenir dans ce dernier retranchement
, plutôt que de ferendre , s'abandonnant
à leur ferocité naturelle , ils fe
tuerent eux- mêmes , les uns fe jettant dans
la Riviere pour s'y noyer , pendant que
les autres s'enfonçoient dans le coeur leurs
propres flèches.
و
Ce fuccès des François n'empêcha pas
les Normans de demeurer paifibles pof
feffeurs de la Normandie , même du
-Comté d'Eu , d'où les François furent
obligés de fe retirer , ce qui donna aux
Ducs de Normandie la liberté de difpcfer
de ce Comté comme ils jugerent à
propos. Ce fut le Duc Richard II. lequel
Lelon la Chronique de Normandie ch.434
donna
1750 MERCURE DE FRANCE
donna l'an 1002. ce Comté à fon frere
Guillaume , qui fut le premier Comte
d'Eu , defcendant des Ducs de Normandie.
›
Il faut avouer que la Religion Chrétienne
ne fit pas un moindre changement
chez les Normans établis en France , qu'elle
avoit fait chez tous les peuples barbares
où elle s'étoit introduite ; c'eft à dire
qu'ayant été reçûë & embraffée par le
peuple,tout cruel & tout feroce qu'il étoit,
de loups cruels & feroces , elle en fit ,
pour ainfi dire, des Agneaux , les rendant
dociles , bienfaifans , même des plus difpofés
aux oeuvres de pieté. C'est ce dont
nous avons des marques certaines dans le
Comté d'Eu , puifqu'à peine le premier
Comte Guillaume en eut- il la poffeffion
qu'il fonda vers l'an 1003. une Collegiale
dans la Ville d'Eu . Son fils Robert fit encore
plus , puifqu'il fonda en 1036. l'Ab
baye du Tréport , enfuite le Prieuré de
Sainte Croix , entre ce Bourg & la Ville
d'Eu , & commença l'établiffement dur
Prieuré de la Trinité qui eft un Fauxbourg
de la Chauffée .
Guillaume II . qui le fuivit fonda en Angleterre
le Prieuré d'Haftings. Son fils
Henri alla beaucoup plus loin que fes predeceffeurs
, puifque , non content d'avoir
fondé en 1106. le Prieuré de S. Martin ,
dans
AOUST. 1730. 1731
dans la Forêt d'Eu , & en 1130. l'Abbaye
de Foucarmont dans le même Comté „
étant devenu veuf il prit lui -même
Phabit Monaftique dans cette Abbaye
qu'il avoit fondée , en quoi il fut imité
par le Comte , fon fils , nommé Jean ,
lequel , à fon exemple , après avoir vêcu
dans le monde , & fait également figure
à la Cour des Rois d'Angleterre , après
avoir fait auffi beaucoup de largeffes aux
Moines , comme à l'Abbaye d'Eu , au
Prieuré d'Haftings , à celui de la Chauffée
d'Eu , même à un autre Prieuré qu'un
Seigneur Normand avoit fondé à Rouge-
Camp , Paroiffe de Cuverville au Comté
d'Eu , étant auffi devenu veuf , ce Prince,
dis-je , pour reffembler en tout à fon pere ,
fe fit Moine comme lui dans la même Abbaye
de Foucarmont , où ils font morts
tous deux , & où ils font inhumés.
>
On peut juger par toutes ces donations
fi fréquemment faites dans le feul Comté
d'Eu , & par ce dévoüment des plus illuftres
Seigneurs Normans à l'Etat Monaftique
, combien il falloit que les Moi
nes fe fuffent acquis d'eftime auprès de ces
Seigneurs dès les premiers tems de leur
converfion , puifque dès l'an 340. felon
Dumoulin dans fon Hiftoire de Normandie,
le Duc Guillaume, Longue Epée , n'é--
tant pas libre de fe confacrer à Dieu dans
Un
MERCURE DE FRANCE
un Cloître , comme il l'auroit fouhaité ",
il obtint en grace ' des Moines qu'ils lui
donnaffent un froc , un fcapulaire beni
& une difcipline qu'il enferma dans une
caffete précieufe , dont il porta toujours
la clef d'argent penduë à ſa ceinture.
La fuite pourle mois prochain.
fur Hiftoire de la Ville d'Eu.
D
>
E ces anciens Monumens qui juftifient
l'antiquité de la Ville d'Eu je
palle à un autre qui a du rapport à la Religion
, & qui prouve deux chofes . 1
Que quoiqu'il y eut déja du tems que la
Religion Chrétienne fut établie dans le
Comté d'Eu , le culte des Idoles y fubfiftoit
neanmoins encore publiquement au
7. fiecle. 2° Que les peuples de ce Comté
fuivoient encore alors l'ufage que les fimples
Fideles des premiers fiecles de l'Eglife
s'étoient arrogés de canonifer les perfonnes
, de la fainte vie defquelles ils avoient
été les témoins. Ce Monument eft l'Eglife
du Village de Pont , qui eft proche de la
Ville d'Eu , laquelle fut conftruite par les
habitans de ce Village immédiatement
après
A O UST. 1730. 1743
áprès la mort de ce Saint , en reconnoiffance
de ce qu'il les avoit convertis à la
foy. On en peut voir le détail dans ſa vie
écrite au VIII . fiecle , qui fe trouve inferée
dans les Actes des Saints de l'Ordre de
Saint Benoît XI . fiecle , par D. Luc Dacheri
, où il eft dit que S. Valleri paffant
par un lieu nommé Augufta , fitné fur la
Riviere d'Auve , & fe repofant fur le bord
d'une Fontaine , il apperçut une efpece
d'Idole que les Païfans du lieu adoroient ;
ce Saint l'ayant réduite en pouffiere par
un miracle , ces Païfans entrerent dans
une telle fureur qu'ils voulurent le maffacrer
; mais par un autre miracle plus furprenant
, les ayant calmés tout à coup ,
& rendus dociles à fa voix , il leur annonça
l'Evangile , & les convertit à la foy.
Que ce fait fe foit paffé au Village de
Pont , c'eft ce dont perfonne ne peut douter
, puifque le lieu que l'Auteur nomme
Augufta eft le Village d'Aonfte qui fubfifte
encore aujourd'hui. Que la Riviere alors
nommée Auve , foit la Brefle , tous les
Sçavans en conviennent : on peut voir làdeffus
M. Baillet dans la vie de S. Leu ou
Loup , Archevêque de Sens , & M. Fleuri
dans fon Hiftoire Ecclefiaftique , liv. 37.
nom. 16. On trouve pareillement dans la
vie de ce Saint Archevêque la verité de
ce que j'ai avancé , fçavoir , que le Paga-
Ciiij nifme
1744 MERCURE DE FRANCE
nifme regnoit encore publiquement dans
ce Païs- ci au feptiéme fiecle,puifqu'il y eft
rapporté qu'en 616. S. Loup ayant été envoyé
en exil au Village d'Anfenne qui n'eſt
qu'à quatre lieues de la Ville d'Eu , fur la
même Riviere de Brefle , il y trouva des
Temples où les gens du Pays adoroient
publiquement les faux Dieux , & qu'il
travailla à les convertir.
On connoît auffi , comme je l'ai avancé
, que les habitans du Village de Pont,
convertis par S. Valleri , furent des premiers
à le canonifer , puifque fans qu'au
cune cerémonie folemnelle eut précedé ,
immédiatement aprés fa mort , ils firent
conftruire vers l'an 625. une Egliſe à ſon
honneur, au lieu même où il s'étoit repofé
fur le bord de la Fontaine , qu'ils joignirent
à cette Eglife , la faifant enfermer de
murailles , comme on la voit encore aujourd'hui.
L'Auteur de la Vie de ce Saint
que j'ai cité ci-deffus , le fait clairement
connoître, en difant que quelques perfon
nes paffant par hazard aux environs de
ce Village , une jeune fille fut furpriſe de
voir cette nouvelle Eglife , & d'apprendre
qu'elle eut été bâtie à l'honneur de
celui qu'elle n'avoit vû qu'avec mépris ,
là caufe de fon exterieur negligé , ce qui
lui donna lieu de fe railler de ces Païfans
qui avoient , difoit- elle , été affez fimples
que
A O UST. the
1730 1749
que de prendre pour un Saint celui qu'elle
avoit vû fi ſouvent paffer monté fur fon
afne ;mais la raillerie lui coûta cher , puifqu'au
même inftant elle devint perclufe
de tous les membres; ce qui l'ayant obligée
de recourir à l'interceffion de celui dont
elle s'étoit mocquée , & dans l'Eglife même
qui y avoit donné lieu , elle ne laiffa
pas d'y trouver la guerilon.
Enfin de telle maniere , & en tel tems
que les habitans de la Ville d'Eu ayent
été convertis à la Religion Chrétienne ,.
on peut dire que par une faveur toute finguliere
de la Providence , ils ont été affez
heureux pour conferver cette Religion
dans toute la pureté dans l'enceinte de
leurs murailles , pendant que les villes
voifines ont eu le malheur d'être infectées
de l'herefie de Calvin , -
dès
Auffi donnerent- ils des preuves de leur
attachement à la Religion de leurs Peres
que les funeftes nouveautés du Calvinifme
commencerent à paroître , puif--
qu'en 1562. quelques particuliers ayant
donné des preuves qu'ils entroient dans
ces nouveaux fentimens , la populace alla
avec une espece de fureur piller leurs
maifons , ce qui donna lieu aux Magiftrars
après avoir repriméce foulevement , d'o
bliger ces particuliers à faire une profeffion
publique de leur catholicite , &
Ey decla
1746 MERCURE DE FRANCE
declarer en preſence de tous les habitans
qu'ils vouloient vivre & mourir dans la
Religion Catholique , ce qui rétablit le
calme dans la Ville,y fit une telle impreffion
, & y laiffa une telle horreur pour
l'herefie , qu'aucun Calvinifte ne s'eſt jamais
avifé de s'y établir. Tout ceci fe trouve
écrit plus en détail dans les Archives
de l'Hôtel de Ville , livre rouge , fol 2.
pag. 65 .
Comme le Comté d'Eu eft une portion
de la Neuftrie , que le Roi Charles le
Simple fut contraint. de ceder aux Normans
en toute proprieté, pour faire ceffer
les ravages continuels qu'ils faifoient dans
la France , il me paroît convenable que
je faffe connoître par ce qui s'eft paffé à
la Ville d'Eu , quelle étoit l'intrépidité de
ces hommes du Nord , & combien il
étoit difficile aux François d'expulſer hors
du Royaume des gens de ce caractere.
>
Tout le monde fçait ce qu'étoient ces
Normans habitans les Païs glacés du Nord ,
lefquels , au rapport de Paul Emile , Livre
fecond , s'étant introduits dans les
Troupes de Charlemagne lors de fes expeditions
dans la Saxe , & ayant paffé en
France avec les Troupes de ce Prince , ils
n'eurent pas plutôt gouté la douceur du
climat , vû & connu la beauté & la bonté
du Païs , qu'ils formerent le deffein de
5'7
A O UST. 1730. 1747
s'y établir à quelque prix que ce pût être.
On fçait pareillement qu'avant que
d'y
réuffir , ils firent plufieurs débarquemens
dans differens endroits , pillerent , brulerent
& ravagerent une grande partie du
Royaume , dont le Comté d'Eu ne fe
reffentit pas moins que le refte du Pays ,
fa fituation maritime l'y expofant beaucoup
plus. C'est ce dont on peut juger par
la fameufe Bataille qui fut donnée contre
eux l'an 881. à deux lieuës ou environ de
la Ville d'Eu , fçavoir , à Saucourt , Paroiffe
de Niba , fituée entre cette Ville &
Saint Valleri , où les François vinrent les
attaquer. Le lieu où ces derniers fe pofterent
en porte encore aujourd'hui le
nom , & s'appelle Franleu , c'eſt à dire
le lieu des François , Francorum locus .
و
Tous nos Hiftoriens conviennent qu'ils
y furent défaits & qu'ils y perdirent
neuf à dix mille hommes ; mais parcequ'il
en reftoit encore à la Ville d'Eu qui
tâchoient de fe conferver dans cette Place,
les François , au rapport de Mezerai , dans
fa grande Hiftoire , vinrent les y fieger.
Ne s'y étant pas fuffisamment deffendus,
ils у furent tous maffacrés ; nonobftant
toutes ces pertes , les autres n'abandonnerent
pas leur projet deux ans après ,
ils defcendirent en Picardie , où ils exer
cerent les plus grandes cruautés ; jufques
B vj
1748 MERCURE DE FRANCE
là que M. l'Abbé Fleuri remarque dans
fon Hiftoire Ecclefiaftique Liv. 53. Nom.
654. qu'outre les Eglifes , les Villages &
les autres lieux pillés & brûlés , on voyoit
prefque tous les chemins femés de corps
morts , d'Ecclefiaftiques , de Religieux ,
de Nobles , de femmes & d'enfans.
Enfin , comme je l'ai déja dit , le Roi
Charles le Simple , pour mettre fin à ces
cruelles hoftilités qui défoloient fon
Royaume , ceda en 912. à Racul ou Rollon
, Chef de ces Normans , ce qu'on appelle
aujourd'hui la Normandie , qui eut
pour limites de ce côté- ci la Riviere qui
paffe à la Ville d'Eu , ce qui lui fit changer
de nom , au lieu des noms d'Effua
ou Effia ou Aucia ou enfin Auva qu'elle
avoit portés , elle fut nommée alors Bri
fella , c'eſt à dire , la Brifante , la Séparante,
dit M. de Valois dans fa Notice des Gau
les. ( verbo ) Caletes:
Dans la fuite les François s'étant foulevés
contre le Roi Charles le Simple , &
ce Prince ayant été arrêté & fait prifonnier
à Peronne , les Normans toujours difpofés
au pillage , fous l'apparence de vou
loir prendre les interêrs , commencerent
de nouveau à ravager la France , les Fran
çois de leur part fe mirent auffi en état
de reprimer leur audace : entr'autres , die
Frodoard dans fa Chronique l'an 925.les
Comtes
AO UST. 1730. 1749
Comte Herbert ayant pris avec lui les
Troupes de l'Eglife de Rheims , & ayant
été joint par Arnoul , Comte de Flandres,
& par plufieurs autres Seigneurs François,
ils vinrent fieger la Ville d'Eu qui appartenoit
alors aux Normans , & qui y avoient.
envoyé mille hommes des leurs pour la
défendre ; mais quoiqu'ils contaffent fur
cette intrépidité qui faifoit toute leur
gloire , les François ne laifferent pas de les
forcer dans la Ville , & enfuite dans le
Château , d'où s'étant refugiés dans une
Ifle formée par la Riviere qui eft au deſfous
du Château , ils s'y défendirent en
vrais defefperés : jufques là que ne pouvant
fe foutenir dans ce dernier retranchement
, plutôt que de ferendre , s'abandonnant
à leur ferocité naturelle , ils fe
tuerent eux- mêmes , les uns fe jettant dans
la Riviere pour s'y noyer , pendant que
les autres s'enfonçoient dans le coeur leurs
propres flèches.
و
Ce fuccès des François n'empêcha pas
les Normans de demeurer paifibles pof
feffeurs de la Normandie , même du
-Comté d'Eu , d'où les François furent
obligés de fe retirer , ce qui donna aux
Ducs de Normandie la liberté de difpcfer
de ce Comté comme ils jugerent à
propos. Ce fut le Duc Richard II. lequel
Lelon la Chronique de Normandie ch.434
donna
1750 MERCURE DE FRANCE
donna l'an 1002. ce Comté à fon frere
Guillaume , qui fut le premier Comte
d'Eu , defcendant des Ducs de Normandie.
›
Il faut avouer que la Religion Chrétienne
ne fit pas un moindre changement
chez les Normans établis en France , qu'elle
avoit fait chez tous les peuples barbares
où elle s'étoit introduite ; c'eft à dire
qu'ayant été reçûë & embraffée par le
peuple,tout cruel & tout feroce qu'il étoit,
de loups cruels & feroces , elle en fit ,
pour ainfi dire, des Agneaux , les rendant
dociles , bienfaifans , même des plus difpofés
aux oeuvres de pieté. C'est ce dont
nous avons des marques certaines dans le
Comté d'Eu , puifqu'à peine le premier
Comte Guillaume en eut- il la poffeffion
qu'il fonda vers l'an 1003. une Collegiale
dans la Ville d'Eu . Son fils Robert fit encore
plus , puifqu'il fonda en 1036. l'Ab
baye du Tréport , enfuite le Prieuré de
Sainte Croix , entre ce Bourg & la Ville
d'Eu , & commença l'établiffement dur
Prieuré de la Trinité qui eft un Fauxbourg
de la Chauffée .
Guillaume II . qui le fuivit fonda en Angleterre
le Prieuré d'Haftings. Son fils
Henri alla beaucoup plus loin que fes predeceffeurs
, puifque , non content d'avoir
fondé en 1106. le Prieuré de S. Martin ,
dans
AOUST. 1730. 1731
dans la Forêt d'Eu , & en 1130. l'Abbaye
de Foucarmont dans le même Comté „
étant devenu veuf il prit lui -même
Phabit Monaftique dans cette Abbaye
qu'il avoit fondée , en quoi il fut imité
par le Comte , fon fils , nommé Jean ,
lequel , à fon exemple , après avoir vêcu
dans le monde , & fait également figure
à la Cour des Rois d'Angleterre , après
avoir fait auffi beaucoup de largeffes aux
Moines , comme à l'Abbaye d'Eu , au
Prieuré d'Haftings , à celui de la Chauffée
d'Eu , même à un autre Prieuré qu'un
Seigneur Normand avoit fondé à Rouge-
Camp , Paroiffe de Cuverville au Comté
d'Eu , étant auffi devenu veuf , ce Prince,
dis-je , pour reffembler en tout à fon pere ,
fe fit Moine comme lui dans la même Abbaye
de Foucarmont , où ils font morts
tous deux , & où ils font inhumés.
>
On peut juger par toutes ces donations
fi fréquemment faites dans le feul Comté
d'Eu , & par ce dévoüment des plus illuftres
Seigneurs Normans à l'Etat Monaftique
, combien il falloit que les Moi
nes fe fuffent acquis d'eftime auprès de ces
Seigneurs dès les premiers tems de leur
converfion , puifque dès l'an 340. felon
Dumoulin dans fon Hiftoire de Normandie,
le Duc Guillaume, Longue Epée , n'é--
tant pas libre de fe confacrer à Dieu dans
Un
MERCURE DE FRANCE
un Cloître , comme il l'auroit fouhaité ",
il obtint en grace ' des Moines qu'ils lui
donnaffent un froc , un fcapulaire beni
& une difcipline qu'il enferma dans une
caffete précieufe , dont il porta toujours
la clef d'argent penduë à ſa ceinture.
La fuite pourle mois prochain.
Fermer
Résumé : SUITE des Mémoires de M. Capperon sur l'Histoire de la Ville d'Eu.
Les Mémoires de M. Capperon relatent plusieurs aspects historiques de la ville d'Eu. Au VIIe siècle, bien que la religion chrétienne fût établie dans le comté d'Eu, le culte des idoles subsistait encore publiquement. Saint Valleri, en passant par Augusta (aujourd'hui Aunfray), détruisit une idole païenne et convertit les habitants. Les habitants du village de Pont, convertis par Saint Valleri, construisirent une église en son honneur peu après sa mort, vers 625, au lieu même où il s'était reposé près d'une fontaine. Ils furent parmi les premiers à le canoniser. La rivière nommée Auve est identifiée comme la Bresle, selon des sources historiques comme M. Baillet et M. Fleury. En 616, Saint Loup, archevêque de Sens, trouva des temples païens lors de son exil au village d'Anfenne, près de la ville d'Eu. Les habitants d'Eu montrèrent un attachement profond à la religion catholique. En 1562, face à l'apparition de signes de calvinisme, la population réagit violemment, pillant les maisons des calvinistes et les forçant à faire une profession publique de catholicisme. Cet événement est documenté dans les archives de l'Hôtel de Ville. L'histoire des Normands dans la région est également abordée. En 912, le roi Charles le Simple céda la Normandie aux Normands pour mettre fin aux ravages qu'ils infligeaient. La ville d'Eu fut le théâtre de plusieurs batailles, notamment en 881 et en 925, où les Normands furent finalement vaincus. Les Normands établis en France adoptèrent la religion chrétienne, ce qui transforma leur comportement. Le premier comte d'Eu, Guillaume, fonda plusieurs institutions religieuses, suivi par ses descendants qui firent de nombreuses donations aux moines et prirent eux-mêmes l'habit monastique. Dès 340, le duc Guillaume Longue-Épée portait des objets monastiques, témoignant de l'influence des moines sur les seigneurs normands dès les premiers temps de leur conversion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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292
p. 1794-1800
« MONUMENTI AElia Laelia Crispis, sive celeberrimi AEnigmatis Bononiensis, [...] »
Début :
MONUMENTI AElia Laelia Crispis, sive celeberrimi AEnigmatis Bononiensis, [...]
Mots clefs :
Épitaphe, Tombeau, Monument, Pyramide, Dieu
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texteReconnaissance textuelle : « MONUMENTI AElia Laelia Crispis, sive celeberrimi AEnigmatis Bononiensis, [...] »
MONUMENTI Elia Lælia Crifpis ,.
five celeberrimi Enigmatis Bononienfis ,
Hiftorica Explicatio , Fragmentum Anti--
quum incerti Auctoris Bononiæ Senatui :
FRANCISCUS MASTRIUS . Additis
aliquibus Notis D. D. D. Bononiæ , typis
Conftantini Pifarri , vol . in- 4. 1717. C'eſtà-
dire ,, EXPLICATION hiftorique de las
fameufe Epitaphe énigmatique de Boulogne ,
&c. dédiée au Sénat de cette Ville, parFrançois
Mafirius, & c..
+
Comme ces Sçavans Journaliſtes onts.
parlé de ce Livre en l'année 1706. à l'oc--
afion
AOUST. 1730. 1793
cafion de la premiere Edition qui en fut
faite à Veniſe en 1702. & que dès l'année
1684. ils avoient auffi parlé dans leur
Journal de l'Ouvrage compofé fur le même
fujet par le Docteur Charles- CefarMalvafia
, celebre Jurifconfulte & Profeffeur
en Droit à Boulogne , ils ont eftimé
inutile de donner deux Extraits de la Differtation
de Maftrius ; mais le Public doit
leur fçavoir gré de produire ici , au lieu
d'une répetition , l'Explication de la même
Enigme , donnée par M. Heuman ,
leur Collegue , dans une Differtation imprimée
en 1706. & réimprimée deux ans
après fous ce titre , De Fato Uxoris Loti.
Car ce Sçavant croit , & il eft étonnant ,
difent nos Journaliſtes , que cette penſée
ne foit encore venue à perfonne ; il croit ,
dis- je , que l'Auteur du Monument énigmatique
de Boulogne , n'a eu d'autre intention,
en le compofant ,que d'écrire d'u
ne maniere ingénieufe & obfcure , le
malheur arrivé à la femme de Lor . Mais
avant que de voir l'application qu'il fait
dés termes de l'Infcription au fujer que
nous venons de dire , il eft bon de rap
porter cette Infcription dans fon entier ,
& telle que Maftrius l'a donnée plus ré--
cemment dans la feconde Edition de fon
Ouvrage , faite , comme nous l'avons dit ,
à Boulogne même en l'année 1717.
E vj DI.
(1796 MERCURE DE FRANCE
D. M.
Alia Lalia Crifpis
Nec Vir Nec Mulier
Nec Androgyna
Nec Puella nec Juvenis
Nec Anus
Nec cafta nec Meretrix
Nec Pudica
Sed omnia
Sublata
Neque fame neque ferro
Neque Veneno
Sed omnibus
Nec Colo nec Terris
Nec Aquis
Sed Ubique jacet.
Lucius Agatho Prifcius
Nec Maritus nec Amator
Nec Neceffarius
Neque Moerens neque gaudens
Neque Flens
Hanc
Nec Molem nec Pyramidem
Nec
Sepulcrum
Sed omnia
Scit & nefcit cui Pofuerit.
Nous la donnerons auffi en François , afin
que tous nos Lecteurs puiffent l'entendre
juger de l'interpretation de M. Heuman ,
& ufer auffi du droit que tout le Monde
AOUST . 1730. 1797
a de s'exercer fur cette fameufe Enigme ;
dans un temps , fur tout,où les fujets énigmatiques
paroiffent devenir du gout du
Public.
AUX DIEUX MANE S.
Alia , Lalia Crifpis , qui n'eft ni Hom
me , ni Femme , ni Hermaphrodite , ni Fille,
nijeune , ni vieille , ni chafte , ni prostituée,
ni pudique, mais tout cela enfemble : qui n'eft
ni morte de faim , qui n'a été tuée ni par
le fer , ni par le poifon ; mais par ces trois
chofes ensemble : n'eft ni au Ciel , ni dans
Peau , ni dans la terre ; mais eft par tout.
Lucius Agathon Prifcius , qui n'eft ni fon
mari , ni fon amant , ni fon parent ; ni trifte
ni joyeux , ni pleurant ; fçait & ne sçait pas
pour qui il a pofé ceci , qui n'est ni Monument
, ni Pyramide , ni Tombeau.
Voici quelles font les penfées de M.Heuman.
La femme de Lot , dit- il , changée ,
felon la plus commune opinion , en Statuë
de Sel , n'étoit plus ni homme , ni femme
, ni hermaphrodite , ni rien de tout
ce que marquent les premieres lignes de
l'Epitaphe , cependant elle avoit été tout
cela enfemble. Car elle a été femme & vieille
, & d'elle ont pû fortir un homme , un
Hermaphrodite , une fille , &c. deforte qu'étant
, pour ainfi- dire , la matiere premiere
de
1798 MERCURE DE FRANCE
de toutes ces chofes , on peut dire avec
raifon qu'elle a été tout cela.
Ce qui fuit marque encore mieux fon
deftin , & convient parfaitement à la fenime
de Lot ; car elle n'a péri ni par la faim,
ni par le fer , ni par le poifon ; quoiqu'on
puiffe dire que ces trois chofes enfemble lui
ont ôté la vie. 1º . Elle avala un mortel
poifon répandu dans l'air par la pluye de
fouffre qui tomboit alors du Ciel. 2º . Elle
fouffrit une faim fpirituelle par le regret
qu'elle eut en regardant Sodome , aux
biens qu'elle y laiffoit , dont le defir &
la convoitife la devoroient , regret & faim -
dans lefquels elle ceffa de vivre. 3 ° . J'avouë
, continue M. Heuman , que le fer
m'embarraffe un peu ; peut-être l'Auteur
de l'Epitaphe a- t- il eu en vûe le récit de
quelques Voyageurs , qui content que
cette Statue de Sel eft fouvent mutilée
par ceux qui én coupent des morceauxavec
un couteau ou autre inftrument der
fer , ajoûtant que ce qu'ils en enlevent
eft auffi- tôt reproduit , enforte que la Sta--
tuë ne paroît preſque jamais défectueuſe,
ce que notre Interprete eftime fabuleux.-
Au refte , il est très - vrai de dire que
la femme de Loth n'eft ni au Ciel , ni dans
Les eaux , ni fur la terre , c'est-à - dire fépa--
rément, & cependant elle eſt partout. Car
elle eft fituée comme dans l'air , par con--
Lequenes
AOUST. 1730. 1799
fequent on peut dire qu'elle eft au Ciel ,
elle n'eft pas moins tout enſemble dans
·les eaux lorfqu'il pleut , & fur la terre
puifqu'elle eft pofée deffus .
L'Auteur de ce Monument eft Dieu.
même , ainfi il eft appellé très- à propos
Lucius , car il eft la lumiere , le Pere des
lumieres , qui habite dans une lumiere
inacceffible , &c. Le nom d'Agatho lui
convient auffi parfaitement , car nul n'eft
parfaitement bon , fi ce n'eft Dieu . Enfin ›
ce n'eſt pas fans raifon que Prifcius eft à·
la fuite de ces deux noms , c'eft en effet
ce Vieillard reſpectable qui eft ainfi repré--
fenté par le Prophete Daniel. On peut
bien dire auffi de Dieu , que ce neft ni
le Mari, ni l'Amant , ni le parent de la
femme de Loth , ainfi il n'eft pas éton--
nant qu'en dreffant ce Monument
il
n'ait été ni trifte , ni joyeux , ni en état de
verfer des larmes.
.
,
Si quelqu'un regarde ce Monument
comme une Piramide , un Sépulchre , & c . il·
s'écartera de la maniere ordinaire de par--
ler. Cependant on peut dire que la Statue
de Sel femble avoir été tout cela. En effet
elle a été tout enfemble & Monument &
Pyramide , s'élevant en l'air à la maniere
des Pyramides , elle a été auffi un Séput--
chre , qui contient une perfonne fans vie..
Enfin Dieu fait , fans doute , ce qu'il a :
Rosé,
1800 MERCURE DE FRANCE
pofé , mais on peut dire , en un lens , qu'il
nefçait pas fi c'eft là un Monument ou une
Pyramide , ou un Tombeau , car Dieu n'a
voulu faire aucune de ces trois choſes.
D'autres finiffent l'Epitaphe par ces paroles.
C'est ici un Tombeau qui ne renferme
point de Cadavre , c'eft un Cadavre qui n'a
point de Tombeau , mais c'eft un Cadavre
qui eft lui-même fon Tombeau. Ces paroles
font fi claires , dit M.Heuman , en finiffant
fon Interpretation , & s'appliquent fi parfaitement
à la femme de Loth , que ce
feror perdre le temps que d'en ajoûter ici
l'explication
five celeberrimi Enigmatis Bononienfis ,
Hiftorica Explicatio , Fragmentum Anti--
quum incerti Auctoris Bononiæ Senatui :
FRANCISCUS MASTRIUS . Additis
aliquibus Notis D. D. D. Bononiæ , typis
Conftantini Pifarri , vol . in- 4. 1717. C'eſtà-
dire ,, EXPLICATION hiftorique de las
fameufe Epitaphe énigmatique de Boulogne ,
&c. dédiée au Sénat de cette Ville, parFrançois
Mafirius, & c..
+
Comme ces Sçavans Journaliſtes onts.
parlé de ce Livre en l'année 1706. à l'oc--
afion
AOUST. 1730. 1793
cafion de la premiere Edition qui en fut
faite à Veniſe en 1702. & que dès l'année
1684. ils avoient auffi parlé dans leur
Journal de l'Ouvrage compofé fur le même
fujet par le Docteur Charles- CefarMalvafia
, celebre Jurifconfulte & Profeffeur
en Droit à Boulogne , ils ont eftimé
inutile de donner deux Extraits de la Differtation
de Maftrius ; mais le Public doit
leur fçavoir gré de produire ici , au lieu
d'une répetition , l'Explication de la même
Enigme , donnée par M. Heuman ,
leur Collegue , dans une Differtation imprimée
en 1706. & réimprimée deux ans
après fous ce titre , De Fato Uxoris Loti.
Car ce Sçavant croit , & il eft étonnant ,
difent nos Journaliſtes , que cette penſée
ne foit encore venue à perfonne ; il croit ,
dis- je , que l'Auteur du Monument énigmatique
de Boulogne , n'a eu d'autre intention,
en le compofant ,que d'écrire d'u
ne maniere ingénieufe & obfcure , le
malheur arrivé à la femme de Lor . Mais
avant que de voir l'application qu'il fait
dés termes de l'Infcription au fujer que
nous venons de dire , il eft bon de rap
porter cette Infcription dans fon entier ,
& telle que Maftrius l'a donnée plus ré--
cemment dans la feconde Edition de fon
Ouvrage , faite , comme nous l'avons dit ,
à Boulogne même en l'année 1717.
E vj DI.
(1796 MERCURE DE FRANCE
D. M.
Alia Lalia Crifpis
Nec Vir Nec Mulier
Nec Androgyna
Nec Puella nec Juvenis
Nec Anus
Nec cafta nec Meretrix
Nec Pudica
Sed omnia
Sublata
Neque fame neque ferro
Neque Veneno
Sed omnibus
Nec Colo nec Terris
Nec Aquis
Sed Ubique jacet.
Lucius Agatho Prifcius
Nec Maritus nec Amator
Nec Neceffarius
Neque Moerens neque gaudens
Neque Flens
Hanc
Nec Molem nec Pyramidem
Nec
Sepulcrum
Sed omnia
Scit & nefcit cui Pofuerit.
Nous la donnerons auffi en François , afin
que tous nos Lecteurs puiffent l'entendre
juger de l'interpretation de M. Heuman ,
& ufer auffi du droit que tout le Monde
AOUST . 1730. 1797
a de s'exercer fur cette fameufe Enigme ;
dans un temps , fur tout,où les fujets énigmatiques
paroiffent devenir du gout du
Public.
AUX DIEUX MANE S.
Alia , Lalia Crifpis , qui n'eft ni Hom
me , ni Femme , ni Hermaphrodite , ni Fille,
nijeune , ni vieille , ni chafte , ni prostituée,
ni pudique, mais tout cela enfemble : qui n'eft
ni morte de faim , qui n'a été tuée ni par
le fer , ni par le poifon ; mais par ces trois
chofes ensemble : n'eft ni au Ciel , ni dans
Peau , ni dans la terre ; mais eft par tout.
Lucius Agathon Prifcius , qui n'eft ni fon
mari , ni fon amant , ni fon parent ; ni trifte
ni joyeux , ni pleurant ; fçait & ne sçait pas
pour qui il a pofé ceci , qui n'est ni Monument
, ni Pyramide , ni Tombeau.
Voici quelles font les penfées de M.Heuman.
La femme de Lot , dit- il , changée ,
felon la plus commune opinion , en Statuë
de Sel , n'étoit plus ni homme , ni femme
, ni hermaphrodite , ni rien de tout
ce que marquent les premieres lignes de
l'Epitaphe , cependant elle avoit été tout
cela enfemble. Car elle a été femme & vieille
, & d'elle ont pû fortir un homme , un
Hermaphrodite , une fille , &c. deforte qu'étant
, pour ainfi- dire , la matiere premiere
de
1798 MERCURE DE FRANCE
de toutes ces chofes , on peut dire avec
raifon qu'elle a été tout cela.
Ce qui fuit marque encore mieux fon
deftin , & convient parfaitement à la fenime
de Lot ; car elle n'a péri ni par la faim,
ni par le fer , ni par le poifon ; quoiqu'on
puiffe dire que ces trois chofes enfemble lui
ont ôté la vie. 1º . Elle avala un mortel
poifon répandu dans l'air par la pluye de
fouffre qui tomboit alors du Ciel. 2º . Elle
fouffrit une faim fpirituelle par le regret
qu'elle eut en regardant Sodome , aux
biens qu'elle y laiffoit , dont le defir &
la convoitife la devoroient , regret & faim -
dans lefquels elle ceffa de vivre. 3 ° . J'avouë
, continue M. Heuman , que le fer
m'embarraffe un peu ; peut-être l'Auteur
de l'Epitaphe a- t- il eu en vûe le récit de
quelques Voyageurs , qui content que
cette Statue de Sel eft fouvent mutilée
par ceux qui én coupent des morceauxavec
un couteau ou autre inftrument der
fer , ajoûtant que ce qu'ils en enlevent
eft auffi- tôt reproduit , enforte que la Sta--
tuë ne paroît preſque jamais défectueuſe,
ce que notre Interprete eftime fabuleux.-
Au refte , il est très - vrai de dire que
la femme de Loth n'eft ni au Ciel , ni dans
Les eaux , ni fur la terre , c'est-à - dire fépa--
rément, & cependant elle eſt partout. Car
elle eft fituée comme dans l'air , par con--
Lequenes
AOUST. 1730. 1799
fequent on peut dire qu'elle eft au Ciel ,
elle n'eft pas moins tout enſemble dans
·les eaux lorfqu'il pleut , & fur la terre
puifqu'elle eft pofée deffus .
L'Auteur de ce Monument eft Dieu.
même , ainfi il eft appellé très- à propos
Lucius , car il eft la lumiere , le Pere des
lumieres , qui habite dans une lumiere
inacceffible , &c. Le nom d'Agatho lui
convient auffi parfaitement , car nul n'eft
parfaitement bon , fi ce n'eft Dieu . Enfin ›
ce n'eſt pas fans raifon que Prifcius eft à·
la fuite de ces deux noms , c'eft en effet
ce Vieillard reſpectable qui eft ainfi repré--
fenté par le Prophete Daniel. On peut
bien dire auffi de Dieu , que ce neft ni
le Mari, ni l'Amant , ni le parent de la
femme de Loth , ainfi il n'eft pas éton--
nant qu'en dreffant ce Monument
il
n'ait été ni trifte , ni joyeux , ni en état de
verfer des larmes.
.
,
Si quelqu'un regarde ce Monument
comme une Piramide , un Sépulchre , & c . il·
s'écartera de la maniere ordinaire de par--
ler. Cependant on peut dire que la Statue
de Sel femble avoir été tout cela. En effet
elle a été tout enfemble & Monument &
Pyramide , s'élevant en l'air à la maniere
des Pyramides , elle a été auffi un Séput--
chre , qui contient une perfonne fans vie..
Enfin Dieu fait , fans doute , ce qu'il a :
Rosé,
1800 MERCURE DE FRANCE
pofé , mais on peut dire , en un lens , qu'il
nefçait pas fi c'eft là un Monument ou une
Pyramide , ou un Tombeau , car Dieu n'a
voulu faire aucune de ces trois choſes.
D'autres finiffent l'Epitaphe par ces paroles.
C'est ici un Tombeau qui ne renferme
point de Cadavre , c'eft un Cadavre qui n'a
point de Tombeau , mais c'eft un Cadavre
qui eft lui-même fon Tombeau. Ces paroles
font fi claires , dit M.Heuman , en finiffant
fon Interpretation , & s'appliquent fi parfaitement
à la femme de Loth , que ce
feror perdre le temps que d'en ajoûter ici
l'explication
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Résumé : « MONUMENTI AElia Laelia Crispis, sive celeberrimi AEnigmatis Bononiensis, [...] »
Le texte traite de l'explication historique d'une épitaphe énigmatique de Boulogne, dédiée au Sénat de cette ville par François Mastrius en 1717. Cette épitaphe a été mentionnée dans des journaux savants dès 1706 et 1684, où ils parlaient également d'un ouvrage similaire du Docteur Charles-César Malvasia. Les journalistes ont choisi de ne pas reproduire deux extraits de la dissertation de Mastrius, mais ont présenté l'explication de l'énigme par M. Heuman, publiée en 1706 et réimprimée en 1708. M. Heuman propose que l'épigramme énigmatique de Boulogne fait référence à la femme de Lot, transformée en statue de sel. Il explique que cette femme n'était plus ni homme, ni femme, ni hermaphrodite, mais avait été tout cela ensemble. Elle n'est morte ni de faim, ni par le fer, ni par le poison, mais par une combinaison de ces éléments. Heuman interprète également que la femme de Lot n'est ni au ciel, ni dans les eaux, ni sur la terre, mais partout à la fois. L'auteur du monument est identifié comme étant Dieu, représenté sous le nom de Lucius Agatho Prifcius. Dieu n'est ni le mari, ni l'amant, ni le parent de la femme de Lot, et n'a pas de sentiments humains. L'épigramme est vue comme une métaphore complexe de la condition de la femme de Lot, transformée en statue de sel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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293
p. 1802-1804
« WERNERI JACOBI CLAUSII, Angelus Politianus, sive de ejus vitâ, Scriptis [...] »
Début :
WERNERI JACOBI CLAUSII, Angelus Politianus, sive de ejus vitâ, Scriptis [...]
Mots clefs :
Écrivains grecs, Ange Politien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « WERNERI JACOBI CLAUSII, Angelus Politianus, sive de ejus vitâ, Scriptis [...] »
WERNERI JACOBI CLAUSII , Angelus
Politianus , five de ejus vitâ , Scripris
& Moribus Liber. Magdeburgi , typis
Viduæ Chrift. Salfeldii , 1718. C'eftà-
dire , Differtation de M. Werner , fur
* Cela arriva le 26. Octobre 1$ 30.
la
A O UST. 1730. 1803
fur la Vie , les Ouvrages & les Moeurs de
Politien. A Magdebourg , vol. in- 8 . 1718 .
Le nom de Politien eft fi connu dansla
République des Lettres , qu'il eft inutile
de s'étendre ici fur ce fujet. Nous dirons
feulement que M. Werner a entrepris de
le deffendre contre toutes les accufations
qui lui ont été intentées par plufieurs Sçavans
, principalement contre celle qui eft
la plus grave & la plus dehonorante ,
fçavoir , l'Athéïfme.
JOH. ALBERTI FABRICII , SS.
Th. D. & Prof. publici , Bibliothecæ Græ
cæ Volumen IX. feu Libri V. Pars V. &
ultima.Hamburgi , fumptu Chriftiani Lie
bezeit , 1719. in - 4. C'est - à- dire , neuviéme
Volume , ou cinquième & derniere Partie
du cinquième Livre de la Biblioteque Grecque
de M. Fabricius , vol. in 4. A Hambourg
, 1719.
Entre tous les Ecrivains Grecs dont il
eft parlé dans ce IX Tome , & qui font
la matiere d'un long Extrait dans le Journal
de Lipfic , nous choifirons Pallade ,
Auteur du IV. fiecle , pour donner un
échantillon du grand Ouvrage entrepris
par M. Fabrice. Pallade , originaire de
Galatie, & Difciple d'Evagre de Pont, fut
Evêque d'Helenopolis en Bithynie ; nous
avons de lui une Hiftoire parfaitement
bien
1804 MERCURE DE FRANCE
1
bien écrite , des Moines & des femmes
retirées du monde , qui sétoient rendues
recommandables par la fainteté de leur
vie. Elle eft intitulée Xavsand , ou Hif
toire Laufiaque. Ce nom n'eft pas pris du
fond de fon fujet , mais de celui de Laufus,
Gouverneur de Cappadoce , Chambellan
de l'Empereur Théodofe le jeune,
à qui l'Ouvrage eft adreffé. Cette Hiftoire
également curieufe & édifiante , fut d'abord
donnée en Grec par Meurfius , &
imprimée à Amfterdam en 1619. on la
trouve auffi dans la Bibliotheque des Peres
, Édition de 1680. Ceux qui voudront
être inftruits plus à fond fur cet Auteur
& fur fes Ecrits , pourront confulter au
deffaut de la Bibliotheque Grecque de
M. Fabricius , qui n'eft pas entre les mains
de tout le monde , celles de M. Dupin
& de M. Cave , fçavant Anglois . Nous
nous contenterons d'ajoûter que Dom
Jean-Baptifte Bonnaud , Marfeillois , Benedictin
de la Congrégation de S. Maur,
a entrepris une nouvelle Edition , du même
Auteur, où fera non- feulement le Texte
Grec de Pallade , revû furdes Manufcrits
autentiques , -mais encore une Verfion Latine
& des Notes de fa façon , fans compter
la Vie de Pallade , l'Hiftoire & la Critique
de fes Ouvrages , &c.
Politianus , five de ejus vitâ , Scripris
& Moribus Liber. Magdeburgi , typis
Viduæ Chrift. Salfeldii , 1718. C'eftà-
dire , Differtation de M. Werner , fur
* Cela arriva le 26. Octobre 1$ 30.
la
A O UST. 1730. 1803
fur la Vie , les Ouvrages & les Moeurs de
Politien. A Magdebourg , vol. in- 8 . 1718 .
Le nom de Politien eft fi connu dansla
République des Lettres , qu'il eft inutile
de s'étendre ici fur ce fujet. Nous dirons
feulement que M. Werner a entrepris de
le deffendre contre toutes les accufations
qui lui ont été intentées par plufieurs Sçavans
, principalement contre celle qui eft
la plus grave & la plus dehonorante ,
fçavoir , l'Athéïfme.
JOH. ALBERTI FABRICII , SS.
Th. D. & Prof. publici , Bibliothecæ Græ
cæ Volumen IX. feu Libri V. Pars V. &
ultima.Hamburgi , fumptu Chriftiani Lie
bezeit , 1719. in - 4. C'est - à- dire , neuviéme
Volume , ou cinquième & derniere Partie
du cinquième Livre de la Biblioteque Grecque
de M. Fabricius , vol. in 4. A Hambourg
, 1719.
Entre tous les Ecrivains Grecs dont il
eft parlé dans ce IX Tome , & qui font
la matiere d'un long Extrait dans le Journal
de Lipfic , nous choifirons Pallade ,
Auteur du IV. fiecle , pour donner un
échantillon du grand Ouvrage entrepris
par M. Fabrice. Pallade , originaire de
Galatie, & Difciple d'Evagre de Pont, fut
Evêque d'Helenopolis en Bithynie ; nous
avons de lui une Hiftoire parfaitement
bien
1804 MERCURE DE FRANCE
1
bien écrite , des Moines & des femmes
retirées du monde , qui sétoient rendues
recommandables par la fainteté de leur
vie. Elle eft intitulée Xavsand , ou Hif
toire Laufiaque. Ce nom n'eft pas pris du
fond de fon fujet , mais de celui de Laufus,
Gouverneur de Cappadoce , Chambellan
de l'Empereur Théodofe le jeune,
à qui l'Ouvrage eft adreffé. Cette Hiftoire
également curieufe & édifiante , fut d'abord
donnée en Grec par Meurfius , &
imprimée à Amfterdam en 1619. on la
trouve auffi dans la Bibliotheque des Peres
, Édition de 1680. Ceux qui voudront
être inftruits plus à fond fur cet Auteur
& fur fes Ecrits , pourront confulter au
deffaut de la Bibliotheque Grecque de
M. Fabricius , qui n'eft pas entre les mains
de tout le monde , celles de M. Dupin
& de M. Cave , fçavant Anglois . Nous
nous contenterons d'ajoûter que Dom
Jean-Baptifte Bonnaud , Marfeillois , Benedictin
de la Congrégation de S. Maur,
a entrepris une nouvelle Edition , du même
Auteur, où fera non- feulement le Texte
Grec de Pallade , revû furdes Manufcrits
autentiques , -mais encore une Verfion Latine
& des Notes de fa façon , fans compter
la Vie de Pallade , l'Hiftoire & la Critique
de fes Ouvrages , &c.
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Résumé : « WERNERI JACOBI CLAUSII, Angelus Politianus, sive de ejus vitâ, Scriptis [...] »
Le texte présente deux ouvrages historiques et leurs auteurs. Le premier est une 'Dissertation de M. Werner' sur la vie, les œuvres et les mœurs de Politien, publiée à Magdebourg en 1718. Werner défend Politien contre diverses accusations, notamment celle d'athéisme. Le second ouvrage est le neuvième volume de la 'Bibliothèque Grecque' de JOH. ALBERTI FABRICII, publié à Hambourg en 1719. Ce volume discute de Pallade, un auteur du IVe siècle, originaire de Galatie et disciple d'Evagre de Pont. Pallade fut évêque d'Helenopolis en Bithynie et est connu pour son œuvre 'Xavsand, ou Histoire Lausiaque', une histoire des moines et des femmes retirées du monde. Cette œuvre fut d'abord publiée en grec par Meursius à Amsterdam en 1619 et est également disponible dans la Bibliothèque des Pères (édition de 1680). Dom Jean-Baptiste Bonnaud, un bénédictin, a entrepris une nouvelle édition de l'œuvre de Pallade, incluant le texte grec révisé, une version latine et des notes.
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294
p. 1805-1810
« J. G. ECCARDI Observatio de Nummis ATTILAE Hunnorum Regis. Remarques [...] »
Début :
J. G. ECCARDI Observatio de Nummis ATTILAE Hunnorum Regis. Remarques [...]
Mots clefs :
Attila, Roi des Huns, Médaille, Cheval, Légende, Goths, Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J. G. ECCARDI Observatio de Nummis ATTILAE Hunnorum Regis. Remarques [...] »
J. G. ECCARDI Obfervatio de Nummis
ATTILE Hunnorum Regis . Remarques
de Jean- George Eccard ,fur les Medailles
d'Attila Roi des Huns .
Une Médaille d'Attila rapportée par le
P. Bandouri , Benedictin , dans fon bas Empire
, a donné lieu à M. Eccard , Hiftoriographe
& Bibliotequaire du Roi George
d'Angleterre , Electeur d'Hanover , & c.
de faire les Remarques dont il s'agit ici.
>
•
Il obferve d'abord que c'eft mal à propos
que quelques Auteurs , & furtout les
plus modernes , ont dépeint Attila avec
de noires couleurs ; felon eux ce Conquerant
étoit feroce ,-barbare , & extrê
mement cruel . Un Ecrivain ancien & contemporain
nous le repréfente , au contraire
comme un Prince d'un naturel doux
& de très - bonnes moeurs . Il eft vrai , dit
M. Eccard , que les Romains l'ayant extrêmement
irrité, & lui ayant fouvent tendu
des embuches , Attila mit tout en ufage,
pour le venger & c'eft cette vengeance
pouffée un peu loin qui lui a acquis la mauvaife
réputation dont notre Auteur tâche
de le laver. Il aura peut- être de la peine à
réuffit ; car il faut avouer que le préjugé
eft grand & déja ancien au fujet de ce
Prince. Un habile Hiſtorien ( M. l'Abbé
de Vertot, Hift. de Malte , Liv. VI. ) pour
nous donner une jufte idée du fameux
у
Ta1806
MERCURE DE FRANCE
Tamerlan , dit qu'on peut regarder ce
Conquerant Tartare comme un autre Attila,
comme un fleau de Dieu & c.
Quoiqu'il en foit , cette idée de ferocité
& de barbarie qu'on s'eft faite de la
perfonne d'Attila , a paffé jufques fur fes
Médailles ; ce qui paroît qui paroît principalement
fur celle du Cabinet de Jean André Bofius
, grand bronze , où l'on voit d'un
côté la tête de ce Prince reprefenté vultu
truculento , comme parle notre Auteur , &
la barbe fort longue , avec cette Legen
de, ATTILA REX , & fur le Revers la
Ville d'Aquilée avec fon nom AQUILEIA.
Mais M. Eccard foutient que les meilleurs
Antiquaires ont toujours crû cette
Médaille fauffe & fuppofée.
Il parle enfuite de deux autres Médailles
prétendues d'Attila par J.Jacques Chiflet
, & par lui rapportées , comme ayant
été trouvées dans la terre à Besançon ;
elles font d'argent : d'un côté on voit le
bufte d'un Prince encore jeune , ayant
des aîles aux épaules ; & pour Legende
ATEULA. Au Revers un Cheval, la tête
levée , avec une corne au milieu ; fur le
dos un Bâton augural , & entre les pieds
du Cheval un Pentagone : dans l'Exergue
la Lune dans fon décours , avec ce
mot VLATOS .
Notre Antiquaire fait mention d'une .
troiAOUST.
1730. 1807
rroifiéme Médaille prefque femblable
qui lui a été communiquée par un Sçavant
de fes amis ( Reverendiſſ. Abbas Lucenfis
Gerhardus ) dont la Legende de la
Tête eft AT IU LA, & il n'oublie pas celle
que rapporte le P. Bandouri , dont la Legende
eft ATEUL. ayant fur le Revers
un Cheval fans corne & fans lituus , avec
ce mot , comme à celles de Befançon
VLATOS.
Du Cange & Mezabarbe en ont donné
une autre de bronze , où l'on voit d'un côté
la tête nuë d'un jeune homme avec ce
mot ATILA. Au Revers un Lion , fans.
Legende. Mezabarbe affure en avoir vû
une autre auffi de bronze , où du côté de
la Tête on lifoit ATHIL. au Revers un
Cheval fans Legende.
Si on en croit le P. Bandouri , toutes
ces Médailles font du fameux Attila ; Beger
, au contraire , les attribue à Vlacus .
Ateulus , Prince Celte ; mais fes preuves
ont paru foibles à M. Eccard , qui croit
avec Cambden qu'elles ont été frappées
pour un Prince Breton , fentiment fuivi
Gibſon dans fes Additions à l'Ouvra
de Cambden fur la Grande Bretagne,
& confirmé par de pareilles Médailles qui
ont été trouvées dans le même Pays : outre
que l'argent pur dont -elles font fabriquées
ne convient point au fiecle de
par
gc
barbaric
1808 MERCURE DE FRANCE
barbarie du Vainqueur des Romains
tems auquel on fe fervoit d'une matiere
bien inferieure pour la fabrique des Monnoyes.
Nous ne ferons qu'efleurer les autres
preuves qui concourent à donner ces Médailles
au Prince Breton ; le Pentagone
qu'on y voit êtoit une figure facrée chez
les Celtes , & le fimbole du bonheur
d'où vient qu'encore aujourd'hui dans la
haute Allemagne on appelle cette Figure
mifterieufe Druttenfuſſ. c'eſt- à - dire , Pied
des Druides ou des Prêtres Celtiques. L'épi
qu'on voit fur les Médailles de Cambden
& de Gibfon font un fimbole de la Grande
Bretagne , qui fe trouve auffi fur pluſieurs
Médailles de Cunobellinus , Roi Breton
ainfi que la Lune , autre figne de bonheurs
le Lituus , ou Bâton augural défigne
la Religion , & on trouve le Cheval
prefque fur toutes les Médailles Celtiques
& Britanniques , parcequ'on en nouriffoit
beaucoup dans l'un & dans l'autre Pays.
A l'égard de la Figure aîlée , elle convient
parfaitement , & s'accorde avec la Figure
de la Victoire Britannique VICTORIA
BRITANNICA , fi connue par les Médailles
d'Antonin Pie , de Commode , de
Severe , de Geta & c . Dion dans la Vie de
Neron remarque d'ailleurs que la Victoire
étoit particulierement adorée chez les
Brea
A O UST. 1730. 1809
·
Bretons fous le nom d'Adrafte ; il rapporte
même une Priere addreffée à cette Divinité
par Boodix ou Bundovix , Amazone
* Britannique . Cette derniere preuve
eft fort étendue dans notre Auteur ; mais
en voilà affez pour appuyer un fentiment
qui eft avancé avec beaucoup d'apparence
& de folidité.
M. Eccard après avoir exercé fa critique
fur des Médailles trop legerement
attribuées à Attila , en produit une de ce
Conquerant tirée de fon Cabinet dont il
nous garantit la verité en ces termes :
Attila Numus fi unquamgenuinus extitit ,
nos poffidere certum eft . Elle eft de petit
bronze ; d'un côté ce Prince eft repréfenté
fans barbe avec un air & un regard fort
doux , la tête couverte d'une efpece de
Thiare , qui eft un peu défigurée ſur la
Médaille ; ce qui paroît du corps eft habillé
d'une maniere barbare , corpus paludamento
barbarico veftitum eft ; fur le Re-
* Nous avons employé le terme d'Amazonne
Britannique après M. Eccardo M M. de Lipfic.
Ce terme qui a quelque chofe d'extraordinaire
n'eft point dans le Grec de Dion.ni dans la vers
fion de Xilandre que nous avons confultés; mais
l'Héroïne dont il eft ici queftion le méritoit fans
doute : fon avanture fait un des plus beaux
morceaux de l'Hiftorien Grec
propofons de la prefenter unur à nos Lecteurs
nous nous
F vers
1810 MERCURE DE FRANCE
vers il n'y a autre chofe que ces deux
mots en caracteres fort nets & bien confervés
, A DULA (REX ; ils font enfermés
, auffi bien que la Figure du premier
côté de la Médaille,dans une couronne de
laurier. A bien confiderer l'image & l'ha
billement de ce Prince , on y trouve quelchofe
de reffemblant à Baduila ou Toque
tila , Roi des Goths ; mais cela n'empê
che pas M. Eccard de foûtenir que la Médaille
eft veritablement d'Attilla . Cette
reffemblance , dit- il , vient de l'ufage
dans lequel étoit ce Frince , qui aimoit
les moeurs & la Langue des Goths , de
s'habiller à la Gothique , trouvant cette
manieré plus commode , & fi l'on veut
plus galante , elegantiùs , que celle de fon
Pays , comme les Goths eux - mêmes
avoient emprunté l'habit des Getes après
leur avoir fuccedé , en les chaffant des
Regions qu'ils avoient occupées fur le Danube
, ainfi que M. Eccard s'engage de
le faire voir ailleurs.
ATTILE Hunnorum Regis . Remarques
de Jean- George Eccard ,fur les Medailles
d'Attila Roi des Huns .
Une Médaille d'Attila rapportée par le
P. Bandouri , Benedictin , dans fon bas Empire
, a donné lieu à M. Eccard , Hiftoriographe
& Bibliotequaire du Roi George
d'Angleterre , Electeur d'Hanover , & c.
de faire les Remarques dont il s'agit ici.
>
•
Il obferve d'abord que c'eft mal à propos
que quelques Auteurs , & furtout les
plus modernes , ont dépeint Attila avec
de noires couleurs ; felon eux ce Conquerant
étoit feroce ,-barbare , & extrê
mement cruel . Un Ecrivain ancien & contemporain
nous le repréfente , au contraire
comme un Prince d'un naturel doux
& de très - bonnes moeurs . Il eft vrai , dit
M. Eccard , que les Romains l'ayant extrêmement
irrité, & lui ayant fouvent tendu
des embuches , Attila mit tout en ufage,
pour le venger & c'eft cette vengeance
pouffée un peu loin qui lui a acquis la mauvaife
réputation dont notre Auteur tâche
de le laver. Il aura peut- être de la peine à
réuffit ; car il faut avouer que le préjugé
eft grand & déja ancien au fujet de ce
Prince. Un habile Hiſtorien ( M. l'Abbé
de Vertot, Hift. de Malte , Liv. VI. ) pour
nous donner une jufte idée du fameux
у
Ta1806
MERCURE DE FRANCE
Tamerlan , dit qu'on peut regarder ce
Conquerant Tartare comme un autre Attila,
comme un fleau de Dieu & c.
Quoiqu'il en foit , cette idée de ferocité
& de barbarie qu'on s'eft faite de la
perfonne d'Attila , a paffé jufques fur fes
Médailles ; ce qui paroît qui paroît principalement
fur celle du Cabinet de Jean André Bofius
, grand bronze , où l'on voit d'un
côté la tête de ce Prince reprefenté vultu
truculento , comme parle notre Auteur , &
la barbe fort longue , avec cette Legen
de, ATTILA REX , & fur le Revers la
Ville d'Aquilée avec fon nom AQUILEIA.
Mais M. Eccard foutient que les meilleurs
Antiquaires ont toujours crû cette
Médaille fauffe & fuppofée.
Il parle enfuite de deux autres Médailles
prétendues d'Attila par J.Jacques Chiflet
, & par lui rapportées , comme ayant
été trouvées dans la terre à Besançon ;
elles font d'argent : d'un côté on voit le
bufte d'un Prince encore jeune , ayant
des aîles aux épaules ; & pour Legende
ATEULA. Au Revers un Cheval, la tête
levée , avec une corne au milieu ; fur le
dos un Bâton augural , & entre les pieds
du Cheval un Pentagone : dans l'Exergue
la Lune dans fon décours , avec ce
mot VLATOS .
Notre Antiquaire fait mention d'une .
troiAOUST.
1730. 1807
rroifiéme Médaille prefque femblable
qui lui a été communiquée par un Sçavant
de fes amis ( Reverendiſſ. Abbas Lucenfis
Gerhardus ) dont la Legende de la
Tête eft AT IU LA, & il n'oublie pas celle
que rapporte le P. Bandouri , dont la Legende
eft ATEUL. ayant fur le Revers
un Cheval fans corne & fans lituus , avec
ce mot , comme à celles de Befançon
VLATOS.
Du Cange & Mezabarbe en ont donné
une autre de bronze , où l'on voit d'un côté
la tête nuë d'un jeune homme avec ce
mot ATILA. Au Revers un Lion , fans.
Legende. Mezabarbe affure en avoir vû
une autre auffi de bronze , où du côté de
la Tête on lifoit ATHIL. au Revers un
Cheval fans Legende.
Si on en croit le P. Bandouri , toutes
ces Médailles font du fameux Attila ; Beger
, au contraire , les attribue à Vlacus .
Ateulus , Prince Celte ; mais fes preuves
ont paru foibles à M. Eccard , qui croit
avec Cambden qu'elles ont été frappées
pour un Prince Breton , fentiment fuivi
Gibſon dans fes Additions à l'Ouvra
de Cambden fur la Grande Bretagne,
& confirmé par de pareilles Médailles qui
ont été trouvées dans le même Pays : outre
que l'argent pur dont -elles font fabriquées
ne convient point au fiecle de
par
gc
barbaric
1808 MERCURE DE FRANCE
barbarie du Vainqueur des Romains
tems auquel on fe fervoit d'une matiere
bien inferieure pour la fabrique des Monnoyes.
Nous ne ferons qu'efleurer les autres
preuves qui concourent à donner ces Médailles
au Prince Breton ; le Pentagone
qu'on y voit êtoit une figure facrée chez
les Celtes , & le fimbole du bonheur
d'où vient qu'encore aujourd'hui dans la
haute Allemagne on appelle cette Figure
mifterieufe Druttenfuſſ. c'eſt- à - dire , Pied
des Druides ou des Prêtres Celtiques. L'épi
qu'on voit fur les Médailles de Cambden
& de Gibfon font un fimbole de la Grande
Bretagne , qui fe trouve auffi fur pluſieurs
Médailles de Cunobellinus , Roi Breton
ainfi que la Lune , autre figne de bonheurs
le Lituus , ou Bâton augural défigne
la Religion , & on trouve le Cheval
prefque fur toutes les Médailles Celtiques
& Britanniques , parcequ'on en nouriffoit
beaucoup dans l'un & dans l'autre Pays.
A l'égard de la Figure aîlée , elle convient
parfaitement , & s'accorde avec la Figure
de la Victoire Britannique VICTORIA
BRITANNICA , fi connue par les Médailles
d'Antonin Pie , de Commode , de
Severe , de Geta & c . Dion dans la Vie de
Neron remarque d'ailleurs que la Victoire
étoit particulierement adorée chez les
Brea
A O UST. 1730. 1809
·
Bretons fous le nom d'Adrafte ; il rapporte
même une Priere addreffée à cette Divinité
par Boodix ou Bundovix , Amazone
* Britannique . Cette derniere preuve
eft fort étendue dans notre Auteur ; mais
en voilà affez pour appuyer un fentiment
qui eft avancé avec beaucoup d'apparence
& de folidité.
M. Eccard après avoir exercé fa critique
fur des Médailles trop legerement
attribuées à Attila , en produit une de ce
Conquerant tirée de fon Cabinet dont il
nous garantit la verité en ces termes :
Attila Numus fi unquamgenuinus extitit ,
nos poffidere certum eft . Elle eft de petit
bronze ; d'un côté ce Prince eft repréfenté
fans barbe avec un air & un regard fort
doux , la tête couverte d'une efpece de
Thiare , qui eft un peu défigurée ſur la
Médaille ; ce qui paroît du corps eft habillé
d'une maniere barbare , corpus paludamento
barbarico veftitum eft ; fur le Re-
* Nous avons employé le terme d'Amazonne
Britannique après M. Eccardo M M. de Lipfic.
Ce terme qui a quelque chofe d'extraordinaire
n'eft point dans le Grec de Dion.ni dans la vers
fion de Xilandre que nous avons confultés; mais
l'Héroïne dont il eft ici queftion le méritoit fans
doute : fon avanture fait un des plus beaux
morceaux de l'Hiftorien Grec
propofons de la prefenter unur à nos Lecteurs
nous nous
F vers
1810 MERCURE DE FRANCE
vers il n'y a autre chofe que ces deux
mots en caracteres fort nets & bien confervés
, A DULA (REX ; ils font enfermés
, auffi bien que la Figure du premier
côté de la Médaille,dans une couronne de
laurier. A bien confiderer l'image & l'ha
billement de ce Prince , on y trouve quelchofe
de reffemblant à Baduila ou Toque
tila , Roi des Goths ; mais cela n'empê
che pas M. Eccard de foûtenir que la Médaille
eft veritablement d'Attilla . Cette
reffemblance , dit- il , vient de l'ufage
dans lequel étoit ce Frince , qui aimoit
les moeurs & la Langue des Goths , de
s'habiller à la Gothique , trouvant cette
manieré plus commode , & fi l'on veut
plus galante , elegantiùs , que celle de fon
Pays , comme les Goths eux - mêmes
avoient emprunté l'habit des Getes après
leur avoir fuccedé , en les chaffant des
Regions qu'ils avoient occupées fur le Danube
, ainfi que M. Eccard s'engage de
le faire voir ailleurs.
Fermer
Résumé : « J. G. ECCARDI Observatio de Nummis ATTILAE Hunnorum Regis. Remarques [...] »
Le texte 'Obfervatio de Nummis' de Jean-George Eccard aborde les médailles attribuées à Attila, roi des Huns. Eccard conteste la vision moderne d'Attila comme un conquérant féroce et barbare, préférant suivre les descriptions des écrivains anciens qui le présentent comme un prince doux et de bonnes mœurs. Cette réputation négative serait le résultat de la vengeance d'Attila contre les Romains, qui lui tendaient souvent des pièges. Eccard analyse plusieurs médailles prétendument d'Attila. La première, en bronze, montre Attila avec une barbe longue et est considérée comme fausse par les antiquaires. Deux autres médailles, en argent et trouvées à Besançon, représentent un prince jeune avec des ailes et un cheval avec une corne. D'autres médailles portent des légendes variées comme 'ATEULA' ou 'ATILA'. Le texte discute des attributions de ces médailles, certaines étant attribuées à Vlacus Ateulus, un prince celte, tandis qu'Eccard les attribue à un prince breton. Les symboles sur les médailles, comme le pentagone et le cheval, sont des figures sacrées chez les Celtes. Eccard conclut en présentant une médaille d'Attila en petit bronze, où le roi est représenté sans barbe et avec un regard doux, habillé à la manière gothique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
295
p. 1810-1816
« GEMMARUM affabrè sculptarum Thesaurus, quem suis sumptibus collegit J. [...] »
Début :
GEMMARUM affabrè sculptarum Thesaurus, quem suis sumptibus collegit J. [...]
Mots clefs :
Pierres précieuses, Marbre antique, Dissertation, Marbre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « GEMMARUM affabrè sculptarum Thesaurus, quem suis sumptibus collegit J. [...] »
GEMMARUM affabrè fculptarum Thefaurus
, quem fuis fumptibus collegit J.
Mart. ab Ebermayer Norimbergenfis ,
Digeffit & recenfuit J. Jacobus Baierus
Ph . & Med. Doctor hujufque in Acad .
Altorfina Profeffor Primarius . Noribergæ
1. vol. in fol. 1720. &c. C'eſt - à-dire 9
Trefor
A O UST . 1730. 181 1
Trefor de Pierres précieufes excellemment gravées
, recueilli par Jean Martin d'Ebermayer
de Nuremberg , mis en ordre & expliqué
parJean Jacques Bayer , Docteur &
Premier Profeffeur en Medecine de l'Univerfité
d'Altor . 1. Vol. in fol. à Nuremberg,
1720. chez l'Auteur du Recueil.
M. d'Ebermayer eft un riche Marchand
de Nuremberg , qui poffede un fort beau
Cabinet , dont les Pierres gravées font la
plus belle & la principale partie . Les Antiquaires
lui doivent le foin qu'il a pris,
de les amaffer à grands frais , & ils doi
vent à M. Bayer la peine qu'il s'eft donnée
de les examiner & de les expliquer. Parmi
les Piéces les plus rares & les plus curieufes
de ce Tréfor , reprefenté dans le Livre
en 30. Planches , d'une très-belle gravure,
on diftingue la Déeffe Flore, l'Enlevement
de Proferpine , le Triomphe de Bacchus
& d'Adiadne , un double Sacrifice à Diane
, le Jugement de Pâris , fur une trèsbelle
Calcedoine ; l'Enlevement des Sabines
le Jugement d'Horace & l'Action
Héroïque de Scevola , divers Empereurs
Romains , le Triomphe de Tite , enfin
plufieurs Divinités & plufieurs Mifteres
de la Théologie Payenne , fur lefquels ,
M. Bayer fait paroître beaucoup d'érudition.
Fij COR
1812 MERCURE DE FRANCE
CORNELII VAN BYNKERSHOEK ,
& Senatoris opufculum de jure occidendi ,
vendendi & exponendi liberos apud veteres
Romanos. Lugduni Batav . 1719. in
4. c'est à dire , Opufcule de Corneille Van
Bynkershoek , Furifconfulte & Senateur , fur
le droit de faire mourir , de vendre & d'expofer
les enfans chez les anciens Romains.
A Leyde, vol . in 4. 1719.
Si nous jugeons de cet Ouvrage par
l'Extrait qu'en ont fait M M. du Journal
de Lipfic , il doit être fort étendu , & le.
Titre d'Opufcule eft un peu trop modefte .
Pour le fonds dans lequel nous nous dif-.
penfons d'entrer , il nous a paru que c'eft
une matiere plus curieufe qu'utile & intereffante
, & qui repreſente parfaitement
bien le génie de domination , la ferocité
& la dureté naturelle des anciensRomains.
ΠΕΡΙ ΤΩΝ ΚΑΘΗΚΟΝΤΩΝ BIBAO
& c. c'est-à-dire , Traité des Offices
ou des Devoirs de la Vi : Civile , écrit par le
Prince Jean Nicolas , Fils d'Alexandre
Maurocordato , Vaivode , & Seigneur de
toute la Valachie & c.1.vol. in 4. à Buchereft
1719 .
Parmi les Princes qui fe font appliqués
à l'étude des Lettres , on en compte plufieurs
qui ont laiffé à la pofterité des Monumens
refpectables de cette application,
&
Á O UST. 1730. 1813
que
>
& dans ce nombre on diftingue particulierement
ceux qui nous ont laiffé des
Traités de Morale ; tels font Marc- Aurele
, Empereur Romain , Leon le Philo
fophe , Bazile & Conftantin , Empereurs
Grecs , Jacques I. Roi d'Angleterre , &
voici le Sereniffime Prince Jean Nicolas
Maurocordato , qui de nos jours , en fuivant
les traces de ces Grands Hommes , à
l'honneur des Lettres & des Lettres
Grecques , dont on peut dire qu'il eft le
Reftaurateur & le Mecéne , nous donne
auffi un Ouvrage de Morale écrit en
Grec , avec autant d'élegance & de politeffe
de folidité ; il eft intitulé nel
Twv xaðnнóvTWV , ou des Devoirs qui conviennent
à la Vie Civile , en commençant
par la Religion , & traittant en particulier
des devoirs du Prince à cet égard . L'illuſtre
Auteur , outre l'Ecriture , les Peres & les
meilleurs Auteurs Ecclefiaftiqnes , n'oublie
pas ce que les Ecrivains Prophanes
ont dit de bon fur la Morale , appuyé
particulierement de l'autorité de S. Bafile
le Grand , qui a fait un excellent Traité
de l'utilité qu'on peut tirer des Ecrits des
Auteurs Prophanes. Nous fommes fâchés
de ne pouvoir pas entrer dans le détail
de cet Ouvrage ; M M. de Lipfic y ont
fuppléé en nous faifant connoître un bon
Livre , imprimé dans le fond de la Vala-
F iij chic
1814 MERCURE DE FRANCE
chie , qui fans eux feroit ignoré dans plu
fieurs Contrées de l'Europe Sçavante.
JOANNIS OLIVE RHODIGINI ,
in marmor Ifiacum Romæ nuper effoffum ,
Exercitationes ad Reverendiffimum Patrem
Magiftrum F. ANTONIUM CLOCHE
, totius Dominicanæ Familiæ Generalem.
1. vol. in 8. Romæ , apud Joannem
Mariam Salvioni , Typographus Vaticuni
, in Archigymnafio Sapientiæ 1719 ..
c'eft à- dire , Differtation de Jean Oliva
fur un marbre antique confacré à la Déeffe
Ifis , découvert depuis peu à Rome , addref
fée au R. P. Antoine Cloche , General des
Dominicains. A Rome vol . in 8. 1719 .
Il y a environ dix ans que les Religieux
de l'Ordre de S. Dominique , du Convent
de la Minerve , en faiſant creufer les fondemens
de quelques nouveaux Edifices ,
pour procurer principalement un eſpace
plus convenable à la fameufe Bibliotheque
du Cardinal Cafenate , trouverent un
Marbre antique , orné de Figures en bas
reliefs, d'une fculpture exquife fur fes
tre faces , bas reliefs qui charmerent les
Connoiffeurs , & qui les déterminerent à
juger que ce marbre a été un Monument
confacré au culte de la Déeffe Ifis . Peu
de tems aprés cette découverte , le fçayant
M. Oliva fe trouvant à Rome étudia ce
qua-
Monu
A O UST. 1730. 1815'
*
Monument, & prononça là deffus un Diſcours
dans la Bibliotheque dont nous venons
de parler. Il fut depuis invité par
les deux habiles hommes qui préſident à
cette Bibliotheque , de publier fon fentiment
, & de faire connoître à tout le mon
de fçavant ce qu'il penfe du Monument
dont il s'agit , ce que M. Oliva ne pût refufer
, & ce qui donna lieu à une Differtation
dont M M. de Lipfic ont fait un
Extrait qui fait honneur à leur goût & à
P'habileté de l'Auteur.
Cet Extrait eft fuivi d'une autre Differtation
fur le même fujet , imprimée toute
entiere dans le même Journal , laquelle
porte pour titre In idem illud marmor
Ifiacum GEORGII CHRISTIANI GEBAVERI,
Vratislavienfis Exercitatio . Ce
fecond Antiquaire fait paroître auffi beaucoup
d'érudition ; mais il n'eft pas du fentiment
de M. Oliva en expliquant les fimboles
qui fe trouvent fur ce marbre Egyptien.
Ils conviennent encore moins du nom
qu'il faut lui donner ; étoit-ce un Autel ?
la Bafe ou le Piédeftal d'une Statuë ? d'une
Colomne ou fimplement une Pierre Votive
&c. c'est ce qu'il n'eft pas aifé de déterminer.
Nous ren voyons les Curieux
aux Recherches de ces M M. & au deffein
parfaitement bien gravé des Bas - Reliefs
en queftion , qui fe trouve auffi dans
F iiij
le
#1816 MERCURE DE FRANCE
le Journal de Lipfic , page 394. de la même
année 1720 .
, quem fuis fumptibus collegit J.
Mart. ab Ebermayer Norimbergenfis ,
Digeffit & recenfuit J. Jacobus Baierus
Ph . & Med. Doctor hujufque in Acad .
Altorfina Profeffor Primarius . Noribergæ
1. vol. in fol. 1720. &c. C'eſt - à-dire 9
Trefor
A O UST . 1730. 181 1
Trefor de Pierres précieufes excellemment gravées
, recueilli par Jean Martin d'Ebermayer
de Nuremberg , mis en ordre & expliqué
parJean Jacques Bayer , Docteur &
Premier Profeffeur en Medecine de l'Univerfité
d'Altor . 1. Vol. in fol. à Nuremberg,
1720. chez l'Auteur du Recueil.
M. d'Ebermayer eft un riche Marchand
de Nuremberg , qui poffede un fort beau
Cabinet , dont les Pierres gravées font la
plus belle & la principale partie . Les Antiquaires
lui doivent le foin qu'il a pris,
de les amaffer à grands frais , & ils doi
vent à M. Bayer la peine qu'il s'eft donnée
de les examiner & de les expliquer. Parmi
les Piéces les plus rares & les plus curieufes
de ce Tréfor , reprefenté dans le Livre
en 30. Planches , d'une très-belle gravure,
on diftingue la Déeffe Flore, l'Enlevement
de Proferpine , le Triomphe de Bacchus
& d'Adiadne , un double Sacrifice à Diane
, le Jugement de Pâris , fur une trèsbelle
Calcedoine ; l'Enlevement des Sabines
le Jugement d'Horace & l'Action
Héroïque de Scevola , divers Empereurs
Romains , le Triomphe de Tite , enfin
plufieurs Divinités & plufieurs Mifteres
de la Théologie Payenne , fur lefquels ,
M. Bayer fait paroître beaucoup d'érudition.
Fij COR
1812 MERCURE DE FRANCE
CORNELII VAN BYNKERSHOEK ,
& Senatoris opufculum de jure occidendi ,
vendendi & exponendi liberos apud veteres
Romanos. Lugduni Batav . 1719. in
4. c'est à dire , Opufcule de Corneille Van
Bynkershoek , Furifconfulte & Senateur , fur
le droit de faire mourir , de vendre & d'expofer
les enfans chez les anciens Romains.
A Leyde, vol . in 4. 1719.
Si nous jugeons de cet Ouvrage par
l'Extrait qu'en ont fait M M. du Journal
de Lipfic , il doit être fort étendu , & le.
Titre d'Opufcule eft un peu trop modefte .
Pour le fonds dans lequel nous nous dif-.
penfons d'entrer , il nous a paru que c'eft
une matiere plus curieufe qu'utile & intereffante
, & qui repreſente parfaitement
bien le génie de domination , la ferocité
& la dureté naturelle des anciensRomains.
ΠΕΡΙ ΤΩΝ ΚΑΘΗΚΟΝΤΩΝ BIBAO
& c. c'est-à-dire , Traité des Offices
ou des Devoirs de la Vi : Civile , écrit par le
Prince Jean Nicolas , Fils d'Alexandre
Maurocordato , Vaivode , & Seigneur de
toute la Valachie & c.1.vol. in 4. à Buchereft
1719 .
Parmi les Princes qui fe font appliqués
à l'étude des Lettres , on en compte plufieurs
qui ont laiffé à la pofterité des Monumens
refpectables de cette application,
&
Á O UST. 1730. 1813
que
>
& dans ce nombre on diftingue particulierement
ceux qui nous ont laiffé des
Traités de Morale ; tels font Marc- Aurele
, Empereur Romain , Leon le Philo
fophe , Bazile & Conftantin , Empereurs
Grecs , Jacques I. Roi d'Angleterre , &
voici le Sereniffime Prince Jean Nicolas
Maurocordato , qui de nos jours , en fuivant
les traces de ces Grands Hommes , à
l'honneur des Lettres & des Lettres
Grecques , dont on peut dire qu'il eft le
Reftaurateur & le Mecéne , nous donne
auffi un Ouvrage de Morale écrit en
Grec , avec autant d'élegance & de politeffe
de folidité ; il eft intitulé nel
Twv xaðnнóvTWV , ou des Devoirs qui conviennent
à la Vie Civile , en commençant
par la Religion , & traittant en particulier
des devoirs du Prince à cet égard . L'illuſtre
Auteur , outre l'Ecriture , les Peres & les
meilleurs Auteurs Ecclefiaftiqnes , n'oublie
pas ce que les Ecrivains Prophanes
ont dit de bon fur la Morale , appuyé
particulierement de l'autorité de S. Bafile
le Grand , qui a fait un excellent Traité
de l'utilité qu'on peut tirer des Ecrits des
Auteurs Prophanes. Nous fommes fâchés
de ne pouvoir pas entrer dans le détail
de cet Ouvrage ; M M. de Lipfic y ont
fuppléé en nous faifant connoître un bon
Livre , imprimé dans le fond de la Vala-
F iij chic
1814 MERCURE DE FRANCE
chie , qui fans eux feroit ignoré dans plu
fieurs Contrées de l'Europe Sçavante.
JOANNIS OLIVE RHODIGINI ,
in marmor Ifiacum Romæ nuper effoffum ,
Exercitationes ad Reverendiffimum Patrem
Magiftrum F. ANTONIUM CLOCHE
, totius Dominicanæ Familiæ Generalem.
1. vol. in 8. Romæ , apud Joannem
Mariam Salvioni , Typographus Vaticuni
, in Archigymnafio Sapientiæ 1719 ..
c'eft à- dire , Differtation de Jean Oliva
fur un marbre antique confacré à la Déeffe
Ifis , découvert depuis peu à Rome , addref
fée au R. P. Antoine Cloche , General des
Dominicains. A Rome vol . in 8. 1719 .
Il y a environ dix ans que les Religieux
de l'Ordre de S. Dominique , du Convent
de la Minerve , en faiſant creufer les fondemens
de quelques nouveaux Edifices ,
pour procurer principalement un eſpace
plus convenable à la fameufe Bibliotheque
du Cardinal Cafenate , trouverent un
Marbre antique , orné de Figures en bas
reliefs, d'une fculpture exquife fur fes
tre faces , bas reliefs qui charmerent les
Connoiffeurs , & qui les déterminerent à
juger que ce marbre a été un Monument
confacré au culte de la Déeffe Ifis . Peu
de tems aprés cette découverte , le fçayant
M. Oliva fe trouvant à Rome étudia ce
qua-
Monu
A O UST. 1730. 1815'
*
Monument, & prononça là deffus un Diſcours
dans la Bibliotheque dont nous venons
de parler. Il fut depuis invité par
les deux habiles hommes qui préſident à
cette Bibliotheque , de publier fon fentiment
, & de faire connoître à tout le mon
de fçavant ce qu'il penfe du Monument
dont il s'agit , ce que M. Oliva ne pût refufer
, & ce qui donna lieu à une Differtation
dont M M. de Lipfic ont fait un
Extrait qui fait honneur à leur goût & à
P'habileté de l'Auteur.
Cet Extrait eft fuivi d'une autre Differtation
fur le même fujet , imprimée toute
entiere dans le même Journal , laquelle
porte pour titre In idem illud marmor
Ifiacum GEORGII CHRISTIANI GEBAVERI,
Vratislavienfis Exercitatio . Ce
fecond Antiquaire fait paroître auffi beaucoup
d'érudition ; mais il n'eft pas du fentiment
de M. Oliva en expliquant les fimboles
qui fe trouvent fur ce marbre Egyptien.
Ils conviennent encore moins du nom
qu'il faut lui donner ; étoit-ce un Autel ?
la Bafe ou le Piédeftal d'une Statuë ? d'une
Colomne ou fimplement une Pierre Votive
&c. c'est ce qu'il n'eft pas aifé de déterminer.
Nous ren voyons les Curieux
aux Recherches de ces M M. & au deffein
parfaitement bien gravé des Bas - Reliefs
en queftion , qui fe trouve auffi dans
F iiij
le
#1816 MERCURE DE FRANCE
le Journal de Lipfic , page 394. de la même
année 1720 .
Fermer
Résumé : « GEMMARUM affabrè sculptarum Thesaurus, quem suis sumptibus collegit J. [...] »
Le texte présente plusieurs ouvrages et découvertes historiques. Jean Martin d'Ebermayer, un riche marchand de Nuremberg, a compilé un recueil de pierres précieuses gravées intitulé 'GEMMARUM affabre fculptarum Thefaurus'. Cet ouvrage, publié en 1720, contient 30 planches de gravures représentant des scènes mythologiques et historiques, telles que 'La Déeffe Flore', 'L'Enlevement de Proserpine', et divers empereurs romains. Les explications des gravures ont été fournies par Jean Jacques Bayer, professeur de médecine à l'Université d'Altorf. Corneille Van Bynkershoek, juriste et sénateur, a publié en 1719 à Leyde un ouvrage sur le droit de faire mourir, de vendre et d'exposer les enfants chez les anciens Romains. Le prince Jean Nicolas Maurocordato, vaivode de Valachie, a écrit un traité de morale intitulé 'ΠΕΡΙ ΤΩΝ ΚΑΘΗΚΟΝΤΩΝ BIBAO' ou 'Traité des Offices ou des Devoirs de la Vie Civile'. Publié à Bucarest en 1719, cet ouvrage traite des devoirs civiques et religieux, s'appuyant sur des sources ecclésiastiques et profanes. Enfin, le texte mentionne la découverte d'un marbre antique consacré à la déesse Isis, trouvé à Rome par des dominicains. Jean Oliva et Georg Christian Gebauer ont publié des dissertations sur ce monument, chacune offrant des interprétations différentes des symboles et de la fonction du marbre. Ces dissertations ont été publiées à Rome en 1719 et dans le Journal de Lipfic.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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296
p. 1952-1960
DERNIERE SUITE des Mémoires de M. Capperon, &c. Sur l'Histoire naturelle, l'Histoire Civile & Ecclesiastique du Comté d'Eu.
Début :
Pour ne rien omettre, Monsieur, sur ce qui a raport à la piété dans notre [...]
Mots clefs :
Comté d'Eu, Tombeaux, Artillerie, Église, Armée, Habitants, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DERNIERE SUITE des Mémoires de M. Capperon, &c. Sur l'Histoire naturelle, l'Histoire Civile & Ecclesiastique du Comté d'Eu.
DERNIERE SUITE des Mémoires
de M. Capperon , & c. Sur l'Hiftoire naturelle
, l'Hiftoire Civile & Ecclefiaftique
du Comté d'Eu .
P
*
Our ne rien omettre , Monfieur , fur
ce qui a raport à la piété dans notre
Hiftoire , je ne dois pas , ce me femble ,
oublier une faveur finguliere de la Providence
faite à la ville d'Eu , en la rendant
dépofitaire du Corps de l'Illuftre S. Laurent
, Archevêque de Dublin en Irlande ,
l'an 1181. Ce faint Archevêque paffant
par cette Ville , pour aller joindre le Roy
d'Angleterre , qui étoit en Normandie
Dieu permit qu'il y tomba malade, & qu'il
y mourut le 14 du mois de Novembre.
Six ans après la mort , le Comte d'Eu ;
Henry II. fils du Comte Jean , Religieux
à Foucarmont , dont je viens de parler ,
imitateur de fa piété , en faifant conf-
Voyez les Mercures de Juillet & Aoust ,
$730 truire
SEPTEMBRE . 1730. 1958
truire l'Eglife de Notre -Dame , qui fubfifte
encore aujourd'hui , le tombeau où
repofoit le Corps de ce S.Archevêque fut
ouvert ; il s'y fit , dit- on , tant de miracles
, & les guérifons miraculeufes attirerent
tant de malades à la ville d'Eu
qu'il eft remarqué dans l'original de la
Vie de ce Saint , écrite so ans après fa
mort ,par un Chanoine de l'Abbaye d'Eu ,
chapitre 31. Que quoiqu'on eut abandonné
le Château pour les loger , il ne
fuffifoit pas encore , tant le nombre en
étoit grand.
S Les habitans de la Villè d'Eu , témoins
de toutes ces merveilles , obtinrent après
cinq voïages faits à Rome , que cet illuftre
Saint fût folemnellement canonifé , ce
qui arriva l'onzième jour de Decembre
1226. par une Bulle du Pape Honoré III .
laquelle a cela de fingulier , qu'elle eft la
premiere Bulle de Canonifation où les
Papes aient accordé des Indulgences. Et
ces mêmes Indulgences y font énoncées ,
de la mème maniere qu'on en ufoit dans
les premiers tems , puifque le Pape déclare
qu'il remet vingt jours de la penitence
enjointe à tous ceux qui vifiteront
l'Eglife où le Corps de ce Saint repoſe
foit le jour de fa fête , ou un des jours de
l'octave.
Ceux qui ont tant foit peu de lecture
Ciij fça-
>
1954 MERCURE DE FRANCE
fçavent que les fentimens font fort partagez
fur le tems précis auquel la Poudre
à Čanon a été inventée. Les Hiftoriens
ont auffi fort varié , pour fixer le tems
auquel on a commencé à fe fervir de l'Artillerie.
Grand nombre l'ont placé bien
au deffous de fa veritable époque . Nauclerus
, par exemple , n'en fixe l'uſage
qu'en 1354. Baronius en 1360. d'autres
en 1380. Moreri dit pofitivement qu'avant
l'an 1425. l'Artillerie étoit incon
nuë en France. Mais felon Furetiere dans
fon Dictionaire , M. du Cange eft le premier
qui a découvert dans la Chambre
des Comptes de Paris , qu'on fe fervoit
en France de l'Artillerie dès l'an 1338.
Comme en effet , on y voit un compte
de cette même année , où il eft parlé de
la dépenſe faite pour la Poudre neceſſaire
aux Canons , qui furent employez devant
Puy- Guillaume , Château en Auvergne.
J'efpere qu'on trouvera bon , qu'à ce
titre , lequel jufqu'à preſent , comme je
crois , a paru unique , pour fixer ce point
d'hiftoire , j'en ajoute un autre , tiré des
Archives de notre Hôtel de Ville , qui en
confirme la verité. Il fe trouve dans un
ancien Livre en velin , où font infcrits par
années les noms des Maires & Echevins
depuis l'an 1272. On le nomme le Livre
rouge
SEPTEMBRE. 1730. 1955
rouge , lequel eft en deux volumes . Com
me on a eu foin d'écrire auffi dans ce Livre
ce qui s'eft paffé de plus confiderable
pendant l'adminiftration de chaque Maire
, on lit , volume premier , page 97. le
détail d'une defcente que les Anglois firent
à Tréport , au mois de Mai 1340.de
quelle maniere ils furent heureuſement
repouffez. On y fait obſerver que l'Artil
lerie dont on fe fervit dans cette occafion
y contribua beaucoup ; qu'on en faifoit
alors un fi grand cas , à caufe de la nouveauté
, que celui qui a décrit cette defcente
, remarque comme un grand bonheur
, qu'elle ne fut aucunement endommagée.
Cette ancienne Artillerie fe voit encore
aujourd'hui à Eu , & confifte en deux
groffes Boëtes de fer , qu'on chargeoit
alors de Cailloux ronds , au lieu de Boulets
de fer , comme on en ufoit encore en
1354. même pour les Moufquets , au rapport
de Mezerai , qui dit que ce fut dans
ce temps-là qu'on commença à s'en fervir
dans la guerre d'Italie ; lefquels Moufquets
étoient , dit- il , fi gros , qu'il falloit
deux hommes pour les porter , & on
ne les tiroit que pofez fur deux pieux en
fourchettes. Paffons à un autre fujet.
Le Tombeau fimbolique du Comte
d'Eu , Philippe d'Artois , Connétable de
C iiij France
1956 MERCURE DE FRANCE
France , qui eft dans l'Eglife de Notre-
Dame d'Eu , me paroît meriter qu'on
y faffe attention à caufe de fa fingularité.
Ce qui le diftingue des autres Tombeaux
'de la même Maifon d'Artois qui reſtent
'dans cette Eglife , confifte en ce qu'il eſt
le feul qui foit , non pas fimplement entouré
d'une grille de fer , pour empêcher
qu'on n'en approche , ainfi qu'on en voit
plufieurs autres ; mais en ce qu'il eft enfermé
comme dans une efpece de cage ,
la grille en étant fi proche , qu'on peut
le toucher comme on veut ; ce qui paroît
' d'autant plus myfterieux, que ce tombeau
n'a rien qui exige d'être plus précieufement
confervé que les autres. D'ailleurs ,
Paffectation qu'ont eu ceux qui ont travaillé
ces tombeaux , de pofer des figures
de petits chiens aux pieds de tous ceux
& celles qui y font reprefentez , donne
tout lieu de croire qu'il y avoit en tout
cela quelque chofe de caché.
En effet , c'eft une choſe certaine , que
dans le tems où ces Tombeaux ont été
faits , l'ufage étoit de donner à ceux dont
on voyoit les Repréſentations , certains
ornemens qui défignoient comment ils
étoient morts. Olivier de la Marche , dit
pofitivement dans l'Hiftoire qu'il a compofée
, au rapport de Gui Coquille , dans
fon Hiftoire du Nivernois , que ces petits
chiens
SEPTEMBRE. 1730. 1957
chiens qu'on mettoit alors aux pieds des
perfonnes reprefentées fur les Tombeaux,
fignifioient qu'elles étoient mortes dans
leur lit.Que fi c'étoient des Seigneurs qui
fuffent morts dans un combat , on les reprefentoit
armez de toutes pieces ; au
lieu que s'ils étoient morts , non dans un
Combat , mais ou de bleſſures , ou de maladies
, ou d'autres accidens de Guerre ,
on les reprefentoit également armez de
Cuiraffe , mais n'ayant ni le Cafque en
tête , ni les Gantelets aux mains .
Telle eft juftement , Monfieur , la maniere
dont Philippe d'Artois eft reprefen
té en Marbre fur fon Tombeau , car ce
Seigneur ayant eu le malheur d'être fait
prifonnier par les Turcs , l'an 1396. à la
fameufe bataille de Nicopolis, & de mourir
peu de temps après dans fa prifon ; cela
qui donna lieu pour marquer le genre
de fa mort , de le reprefenter armé , mais
fans Cafque à la tête , & fans Gantelets
aux mains , ayant deux petits chiens à
fes pieds , & d'ajouter une grille qui le
couvre dans fon Tombeau , à celle qui
environne ce même Tombeau, pour mieux
marquer qu'il étoit mort en prifon. Il ne
fera inutile de remarquer que par le
compte que j'ai vu de Roger de Malderée
, alors Receveur du Comté d'Eu , ce
Tombeau où eft la figure de Philippe
Су d'Artois
pas
1958 MERCURE DE FRANCE
d'Artois , de Marbre blanc , de grandeur
naturelle , pofée fur une Table de Marbre
noir , élevée fur le Tombeau , & la double
grille de fer qui l'enferme , n'ont couté
que cent livres , tant l'argent étoit rare
en ce temps - là.
Voicy un autre fait , lequel pour fa fingularité
mérite de trouver icy fa place.
C'eft Monftrelet qui le raporte ' en fon
Hiftoire , volume 1. chap. 125. Cet Hiſtorien
dit que le Roy d'Angleterre Henry
V. s'étant brouillé avec la France , il entra
dans ce Royaume par l'embouchure
de la Seine , le 13. Aouft 1415. avec une
Armée compofée de fix mille hommes
d'Armes , & de 24 mille Archers , d'où
il fe mit en marche , bien réfolu de ravager
tout le Païs qui étoit le long de la côte
jufqu'à Calais. Comme la Ville d'Eu étoit
fur la route , il comptoit bien de l'emporter
d'emblée , & d'en abandonner le pillage
à fes Troupes . Mais il n'en fut pas
ainfi ; car le Comte d'Eu , Charles d'Artois
, s'étant jetté dans cette Place pour la
défendre comme fon propre bien , il ne
tarda pas à lui faire connoître que la chofe
ne lui feroit pas auffi facile qu'il fe l'étoit
promis .
En effet , à peine le Comte d'Eu eut il
reçu avis , que les Coureurs de l'Armée
s'avançoient , qu'il fit faire fur eux une
vigouSEPTEMBRE.
1730. 1959
vigoureuſe fortie.L'attaque fut tres - rude
& ce fut là que fe paffa l'action fingulie
re dont je veux parler. Sçavoir , que dans
le tems que les habitans de la Ville d'Eu
chargeoient rudement les Anglois , un de
fes habitans , nommé Lamelot- Pierre, eut
le malheur de recevoir de la main d'un
Anglois un coup de Lance , qui lui perça
le ventre de part en part; mais ce qui doit
furprendre , c'eft que ce particulier , loin
de perdre toute prefence d'efprit & tout
courage par un coup fi terrible , prenant
la Lance d'une main & fe l'enfonçant
dans le ventre , s'avança toujours jufqu'à
ce qu'il fut à portée de tuer de fon Epée
qu'il tenoit de l'autre main , celui qui lui
avoit donné le coup mortel , & le fit ainfi
expirer en même - temps que lui .
Ce premier effai de valeur que donnerent
ceux qui étoient réfolus à bien défendre
la Ville , n'empêcha pas l'armée
Angloife d'en faire le Siége ; mais les Anglois
y trouvant plus de réfiftance qu'ils
n'avoient efperé , ſçachant d'ailleurs que
l'armée que le Roy de France avoit formée
en peu de temps , s'avançoit pour
les combattre , ils leverent le Siége le troifiéme
jour d'Octobre , & pafferent en Picardie
, où ayant été joints par l'armée
Françoife , le combat fe donna proche
d'Azincourt , dans le Comté de S. Paul.
C vj Je
1960 MERCURE DE FRANCE
Je n'en rapporterai qu'une feule circon-
"ftance fort finguliere , que j'ai tirée de la
Bibliotheque ancienne & nouvelle de le
Clerc , tom . 1. fçavoir , que la plufpart des
Soldats Anglois fe trouvant alors attaquez
d'une violente Diffenterie , ils n'héfiterent
pas , avant le Combat , de fe mettre
à nud de la ceinture en bas , pour évi
ter que de preffans befoins ne vinffent à
les troubler pendant la mêlée , ce qui n'empêcha
pas qu'ils ne remportaffent une entiere
victoire.
Je pourrois raporter un plus grand nombre
de faits ,non moins finguliers que ceux
dont je viens de vous entretenir ; mais
pour éviter une longueur qui pourroit
devenir ennuyeuſe , vous me permettrez
de faire icy Alte, & de reprendre un peu
halene. Je fuis toujours , Monfieur , votre
, &c.
A Eu , ce 1 May 1730.
de M. Capperon , & c. Sur l'Hiftoire naturelle
, l'Hiftoire Civile & Ecclefiaftique
du Comté d'Eu .
P
*
Our ne rien omettre , Monfieur , fur
ce qui a raport à la piété dans notre
Hiftoire , je ne dois pas , ce me femble ,
oublier une faveur finguliere de la Providence
faite à la ville d'Eu , en la rendant
dépofitaire du Corps de l'Illuftre S. Laurent
, Archevêque de Dublin en Irlande ,
l'an 1181. Ce faint Archevêque paffant
par cette Ville , pour aller joindre le Roy
d'Angleterre , qui étoit en Normandie
Dieu permit qu'il y tomba malade, & qu'il
y mourut le 14 du mois de Novembre.
Six ans après la mort , le Comte d'Eu ;
Henry II. fils du Comte Jean , Religieux
à Foucarmont , dont je viens de parler ,
imitateur de fa piété , en faifant conf-
Voyez les Mercures de Juillet & Aoust ,
$730 truire
SEPTEMBRE . 1730. 1958
truire l'Eglife de Notre -Dame , qui fubfifte
encore aujourd'hui , le tombeau où
repofoit le Corps de ce S.Archevêque fut
ouvert ; il s'y fit , dit- on , tant de miracles
, & les guérifons miraculeufes attirerent
tant de malades à la ville d'Eu
qu'il eft remarqué dans l'original de la
Vie de ce Saint , écrite so ans après fa
mort ,par un Chanoine de l'Abbaye d'Eu ,
chapitre 31. Que quoiqu'on eut abandonné
le Château pour les loger , il ne
fuffifoit pas encore , tant le nombre en
étoit grand.
S Les habitans de la Villè d'Eu , témoins
de toutes ces merveilles , obtinrent après
cinq voïages faits à Rome , que cet illuftre
Saint fût folemnellement canonifé , ce
qui arriva l'onzième jour de Decembre
1226. par une Bulle du Pape Honoré III .
laquelle a cela de fingulier , qu'elle eft la
premiere Bulle de Canonifation où les
Papes aient accordé des Indulgences. Et
ces mêmes Indulgences y font énoncées ,
de la mème maniere qu'on en ufoit dans
les premiers tems , puifque le Pape déclare
qu'il remet vingt jours de la penitence
enjointe à tous ceux qui vifiteront
l'Eglife où le Corps de ce Saint repoſe
foit le jour de fa fête , ou un des jours de
l'octave.
Ceux qui ont tant foit peu de lecture
Ciij fça-
>
1954 MERCURE DE FRANCE
fçavent que les fentimens font fort partagez
fur le tems précis auquel la Poudre
à Čanon a été inventée. Les Hiftoriens
ont auffi fort varié , pour fixer le tems
auquel on a commencé à fe fervir de l'Artillerie.
Grand nombre l'ont placé bien
au deffous de fa veritable époque . Nauclerus
, par exemple , n'en fixe l'uſage
qu'en 1354. Baronius en 1360. d'autres
en 1380. Moreri dit pofitivement qu'avant
l'an 1425. l'Artillerie étoit incon
nuë en France. Mais felon Furetiere dans
fon Dictionaire , M. du Cange eft le premier
qui a découvert dans la Chambre
des Comptes de Paris , qu'on fe fervoit
en France de l'Artillerie dès l'an 1338.
Comme en effet , on y voit un compte
de cette même année , où il eft parlé de
la dépenſe faite pour la Poudre neceſſaire
aux Canons , qui furent employez devant
Puy- Guillaume , Château en Auvergne.
J'efpere qu'on trouvera bon , qu'à ce
titre , lequel jufqu'à preſent , comme je
crois , a paru unique , pour fixer ce point
d'hiftoire , j'en ajoute un autre , tiré des
Archives de notre Hôtel de Ville , qui en
confirme la verité. Il fe trouve dans un
ancien Livre en velin , où font infcrits par
années les noms des Maires & Echevins
depuis l'an 1272. On le nomme le Livre
rouge
SEPTEMBRE. 1730. 1955
rouge , lequel eft en deux volumes . Com
me on a eu foin d'écrire auffi dans ce Livre
ce qui s'eft paffé de plus confiderable
pendant l'adminiftration de chaque Maire
, on lit , volume premier , page 97. le
détail d'une defcente que les Anglois firent
à Tréport , au mois de Mai 1340.de
quelle maniere ils furent heureuſement
repouffez. On y fait obſerver que l'Artil
lerie dont on fe fervit dans cette occafion
y contribua beaucoup ; qu'on en faifoit
alors un fi grand cas , à caufe de la nouveauté
, que celui qui a décrit cette defcente
, remarque comme un grand bonheur
, qu'elle ne fut aucunement endommagée.
Cette ancienne Artillerie fe voit encore
aujourd'hui à Eu , & confifte en deux
groffes Boëtes de fer , qu'on chargeoit
alors de Cailloux ronds , au lieu de Boulets
de fer , comme on en ufoit encore en
1354. même pour les Moufquets , au rapport
de Mezerai , qui dit que ce fut dans
ce temps-là qu'on commença à s'en fervir
dans la guerre d'Italie ; lefquels Moufquets
étoient , dit- il , fi gros , qu'il falloit
deux hommes pour les porter , & on
ne les tiroit que pofez fur deux pieux en
fourchettes. Paffons à un autre fujet.
Le Tombeau fimbolique du Comte
d'Eu , Philippe d'Artois , Connétable de
C iiij France
1956 MERCURE DE FRANCE
France , qui eft dans l'Eglife de Notre-
Dame d'Eu , me paroît meriter qu'on
y faffe attention à caufe de fa fingularité.
Ce qui le diftingue des autres Tombeaux
'de la même Maifon d'Artois qui reſtent
'dans cette Eglife , confifte en ce qu'il eſt
le feul qui foit , non pas fimplement entouré
d'une grille de fer , pour empêcher
qu'on n'en approche , ainfi qu'on en voit
plufieurs autres ; mais en ce qu'il eft enfermé
comme dans une efpece de cage ,
la grille en étant fi proche , qu'on peut
le toucher comme on veut ; ce qui paroît
' d'autant plus myfterieux, que ce tombeau
n'a rien qui exige d'être plus précieufement
confervé que les autres. D'ailleurs ,
Paffectation qu'ont eu ceux qui ont travaillé
ces tombeaux , de pofer des figures
de petits chiens aux pieds de tous ceux
& celles qui y font reprefentez , donne
tout lieu de croire qu'il y avoit en tout
cela quelque chofe de caché.
En effet , c'eft une choſe certaine , que
dans le tems où ces Tombeaux ont été
faits , l'ufage étoit de donner à ceux dont
on voyoit les Repréſentations , certains
ornemens qui défignoient comment ils
étoient morts. Olivier de la Marche , dit
pofitivement dans l'Hiftoire qu'il a compofée
, au rapport de Gui Coquille , dans
fon Hiftoire du Nivernois , que ces petits
chiens
SEPTEMBRE. 1730. 1957
chiens qu'on mettoit alors aux pieds des
perfonnes reprefentées fur les Tombeaux,
fignifioient qu'elles étoient mortes dans
leur lit.Que fi c'étoient des Seigneurs qui
fuffent morts dans un combat , on les reprefentoit
armez de toutes pieces ; au
lieu que s'ils étoient morts , non dans un
Combat , mais ou de bleſſures , ou de maladies
, ou d'autres accidens de Guerre ,
on les reprefentoit également armez de
Cuiraffe , mais n'ayant ni le Cafque en
tête , ni les Gantelets aux mains .
Telle eft juftement , Monfieur , la maniere
dont Philippe d'Artois eft reprefen
té en Marbre fur fon Tombeau , car ce
Seigneur ayant eu le malheur d'être fait
prifonnier par les Turcs , l'an 1396. à la
fameufe bataille de Nicopolis, & de mourir
peu de temps après dans fa prifon ; cela
qui donna lieu pour marquer le genre
de fa mort , de le reprefenter armé , mais
fans Cafque à la tête , & fans Gantelets
aux mains , ayant deux petits chiens à
fes pieds , & d'ajouter une grille qui le
couvre dans fon Tombeau , à celle qui
environne ce même Tombeau, pour mieux
marquer qu'il étoit mort en prifon. Il ne
fera inutile de remarquer que par le
compte que j'ai vu de Roger de Malderée
, alors Receveur du Comté d'Eu , ce
Tombeau où eft la figure de Philippe
Су d'Artois
pas
1958 MERCURE DE FRANCE
d'Artois , de Marbre blanc , de grandeur
naturelle , pofée fur une Table de Marbre
noir , élevée fur le Tombeau , & la double
grille de fer qui l'enferme , n'ont couté
que cent livres , tant l'argent étoit rare
en ce temps - là.
Voicy un autre fait , lequel pour fa fingularité
mérite de trouver icy fa place.
C'eft Monftrelet qui le raporte ' en fon
Hiftoire , volume 1. chap. 125. Cet Hiſtorien
dit que le Roy d'Angleterre Henry
V. s'étant brouillé avec la France , il entra
dans ce Royaume par l'embouchure
de la Seine , le 13. Aouft 1415. avec une
Armée compofée de fix mille hommes
d'Armes , & de 24 mille Archers , d'où
il fe mit en marche , bien réfolu de ravager
tout le Païs qui étoit le long de la côte
jufqu'à Calais. Comme la Ville d'Eu étoit
fur la route , il comptoit bien de l'emporter
d'emblée , & d'en abandonner le pillage
à fes Troupes . Mais il n'en fut pas
ainfi ; car le Comte d'Eu , Charles d'Artois
, s'étant jetté dans cette Place pour la
défendre comme fon propre bien , il ne
tarda pas à lui faire connoître que la chofe
ne lui feroit pas auffi facile qu'il fe l'étoit
promis .
En effet , à peine le Comte d'Eu eut il
reçu avis , que les Coureurs de l'Armée
s'avançoient , qu'il fit faire fur eux une
vigouSEPTEMBRE.
1730. 1959
vigoureuſe fortie.L'attaque fut tres - rude
& ce fut là que fe paffa l'action fingulie
re dont je veux parler. Sçavoir , que dans
le tems que les habitans de la Ville d'Eu
chargeoient rudement les Anglois , un de
fes habitans , nommé Lamelot- Pierre, eut
le malheur de recevoir de la main d'un
Anglois un coup de Lance , qui lui perça
le ventre de part en part; mais ce qui doit
furprendre , c'eft que ce particulier , loin
de perdre toute prefence d'efprit & tout
courage par un coup fi terrible , prenant
la Lance d'une main & fe l'enfonçant
dans le ventre , s'avança toujours jufqu'à
ce qu'il fut à portée de tuer de fon Epée
qu'il tenoit de l'autre main , celui qui lui
avoit donné le coup mortel , & le fit ainfi
expirer en même - temps que lui .
Ce premier effai de valeur que donnerent
ceux qui étoient réfolus à bien défendre
la Ville , n'empêcha pas l'armée
Angloife d'en faire le Siége ; mais les Anglois
y trouvant plus de réfiftance qu'ils
n'avoient efperé , ſçachant d'ailleurs que
l'armée que le Roy de France avoit formée
en peu de temps , s'avançoit pour
les combattre , ils leverent le Siége le troifiéme
jour d'Octobre , & pafferent en Picardie
, où ayant été joints par l'armée
Françoife , le combat fe donna proche
d'Azincourt , dans le Comté de S. Paul.
C vj Je
1960 MERCURE DE FRANCE
Je n'en rapporterai qu'une feule circon-
"ftance fort finguliere , que j'ai tirée de la
Bibliotheque ancienne & nouvelle de le
Clerc , tom . 1. fçavoir , que la plufpart des
Soldats Anglois fe trouvant alors attaquez
d'une violente Diffenterie , ils n'héfiterent
pas , avant le Combat , de fe mettre
à nud de la ceinture en bas , pour évi
ter que de preffans befoins ne vinffent à
les troubler pendant la mêlée , ce qui n'empêcha
pas qu'ils ne remportaffent une entiere
victoire.
Je pourrois raporter un plus grand nombre
de faits ,non moins finguliers que ceux
dont je viens de vous entretenir ; mais
pour éviter une longueur qui pourroit
devenir ennuyeuſe , vous me permettrez
de faire icy Alte, & de reprendre un peu
halene. Je fuis toujours , Monfieur , votre
, &c.
A Eu , ce 1 May 1730.
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Résumé : DERNIERE SUITE des Mémoires de M. Capperon, &c. Sur l'Histoire naturelle, l'Histoire Civile & Ecclesiastique du Comté d'Eu.
Le texte extrait des mémoires de M. Capperon relate divers événements historiques du comté d'Eu. En 1181, la ville d'Eu bénéficia d'une faveur divine avec la mort de l'archevêque Laurent de Dublin, qui tomba malade et décéda sur place. Six ans plus tard, le comte d'Eu fit construire une église pour abriter le tombeau de l'archevêque, où des miracles se produisirent, attirant de nombreux malades. En 1226, après cinq voyages à Rome, l'archevêque fut canonisé par le pape Honoré III, marquant la première bulle de canonisation accordant des indulgences. Le texte aborde également l'histoire de l'artillerie. Plusieurs historiens ont proposé des dates variées pour l'invention de la poudre à canon, mais des archives de la Chambre des Comptes de Paris et de l'Hôtel de Ville d'Eu confirment son usage dès 1338. En 1340, l'artillerie fut utilisée pour repousser une descente anglaise à Tréport. Le tombeau du comte Philippe d'Artois, connétable de France, est décrit comme singulier en raison de sa double grille de fer. Les petits chiens représentés sur les tombeaux indiquaient que la personne était morte dans son lit. Philippe d'Artois, capturé et mort en prison après la bataille de Nicopolis en 1396, est représenté sans casque ni gantelets, symbolisant sa mort en captivité. Enfin, le texte mentionne l'attaque de la ville d'Eu par le roi Henri V d'Angleterre en 1415. Un habitant, Lamelot-Pierre, blessé par une lance, tua son agresseur avant de succomber. Malgré cette résistance, les Anglais levèrent le siège et affrontèrent l'armée française près d'Azincourt.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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297
p. 1962-1967
ÉLOGE du R. P. du Cerceau de la Compagnie de Jesus.
Début :
Le Pere Jean Antoine du Cerceau est mort subitement à Veret, le quatréme [...]
Mots clefs :
Histoire, Ouvrage, Compagnie de Jésus, Recueil, Jean-Antoine du Cerceau, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉLOGE du R. P. du Cerceau de la Compagnie de Jesus.
ELOGE du R. P. du Cerceau de la
Compagnie de Jefus.
L
E Pere Jean Antoine du Cerceau eft
mort fubitement à Veret , le quatriéme
de Juillet de cette année , âgé d'environ
60, ans. Il éroit né à Paris , l'an 1670 .
& il étoit né Poëte. Il fe diftingua de
bonne heure dans la Compagnie de Jefus
où Dieu l'avoit appellé , par des Poëmes
dont les Connoiffeurs admirerent la Verfification
& la Latinité. Les fujets de ces
Poëmes font les Poules , les Papillons , Baltazar
& l'Enfant Prodigue , Piéce de Thea
tre qu'il a traduite en Vers François , &
qui
SEPTEMBRE . 1730. 1963
qui repréſentée plufieurs fois , a toujours
fait répandre beaucoup de larmes . On a
un Recueil de fes Vers Latins.
,
Il quitta bientôt les Mufes Latines trop
férieufes ingrat à leurs bienfaits , il fe
livra entierement à fon génie qui le portoit
à une Poëfie familiere , fans baffeffe
naïve avec efprit , negligée en apparence,
& travaillée en effet , délicate & piquante
, qui retient quelques termes anciens
de Marot , & qui copie plus exactement
fa maniere de penfer que fon langage.
Le P. du Cerceau étoit original en ce
genre d'écrire ; le Recueil de fes Ouvrages
a été imprimé plufieurs fois chez
Etienne , fans nom d'Auteur ; on y apprend
que les Mufes badines lui atirerent
d'affez grands chagrins . Ses Poëfies ne font
pas les feuls fruits d'un génie heureux ;
les Lettres d'un Abbé à Eudoxe fur l'Apologie
des Provinciales ; deux petites Satyres,
où regne la meilleure plaifanterie , & la
Critique de l'Hiftoire des Flagellan's , écrite
en Latin par l'Abbé Boileau , prouvent
que fa Profe avoit toute la vivacité &
toute la fineffe de fes Vers.
Le P. du Cerceau n'étoit pas borné à
cette efpece d'Ouvrage , dont la délicateffe
fait tout le prix ; il s'élevoit quand
il vouloit en prendre la peine. L'Oraifon
du Dauphin prononcée à Bourges , & imprimée
1964 MERCURE DE FRANCE
primée , ne laiffe pas douter qu'il n'eut
tenu un rang parmi les Orateurs , fi l'éloquence
avoit eu pour lui les attraits de la
Poëfie.
Son efprit étoit de ces efprits faciles
qui prennent aifément toutes les formes .
Sa Compagnie s'eft fervie de fa plume
contre l'étonnante calomnie de Breft , fi
temerairement entrepriſe , fi pleinement
découverte & fi folemnellement jugée.
Les Factums font de lui.
Engagé par quelques circonftances à
donner l'Hiftoire de la derniere Révolution
de Perfe fur d'excellens Mémoires ; cẹt
Ouvrage achevé en peu de tems fait regreter
qu'il n'ait donné au Public que cette
Hiftoire.
,
Ceux entre les mains defquels fes papiers
font tombés pourroient rendre public
un Ouvrage auquel il ne manque
que cinq ou fix pages ; c'eft l'Hiftoire de
Nicolo Gabrins , fils d'une Lavandiere
qui entreprit l'an 1447. de rétablir la République
Romaine. Cet évenement peu
connu , joint les agréables furprifes du
Roman à la verité de l'Hiftoire , on s'étonnera
qu'il n'ait pas mis la derniere
. main à un Ouvrage prefque fini 25. ans
avant fa mort , ceux qui s'en étonneront
n'ont pas connu le Pere du Cerceau ; fon
eſprit lui a rendu de grands fervices , par
recon
J
SEPTEMBRE . 1730. 1965
reconnoiffance il ne le contraignoit pas ,
il en fuivoit avec trop de complaifance
les mouvemens les moins reglés ; combien
d'ouvrages a t'il commencés tandis
qu'une certaine impetuofité d'imagination
duroit , il les pouffoit avec vigueur , il y
employoit les jours & les nuits ; dès que
cette imagination un peu capricieuſe fe
refroidiffoit , il les abandonnoit & les
oublioit entierement. La lifte de fes Ouvrages
commencés feroit longue ; on y
verroit des Commentaires François fur
Horace , fur les Lettres de Pline , fur les
Dialogues de Ciceron de la Nature des
Dieux , aucun des trois n'a paffé quelques
cayers . Il a pouffé plus loin des Ouvrages
d'un moindre projet , entr'autres un
Effai fur le caractere du ftile Poëtique & un
Traité de la Perspective . On n'auroit pas
dû attendre un Traité de Mathematique
d'un homme que les Belles Lettres ont
occupé toute la vie ; mais , je l'ai déja dit,
fon efprit prenoit toutes les formes . Divers
Extraits qu'on lit dans les Mémoires
de Trévoux , aufquels il a travaillé plufieurs
années , en differens tems , prouvent
que les recherches les plus épineufes
ne l'effrayoient pas , & qu'il en foûtenoit
la peine , pourvû qu'il ne fallut pas la
foûtenir long tems. Engagé fur la fin de
fa vie à défendre une explication d'Horacc
1966 MERCURE DE FRANCE
race qu'il avoit fuggerée au P. Sanadon
il est entré dans ce que l'ancienne Mufique
a de plus profond , & de plus inacceffible
; il y a porté la lumiere , & repouffé
les attaques d'un fçavant Adverfaire
avec tant de force que la victoire eft
encore douteuſe ; il aimoit la Mufique ,
jufqu'à la pratiquer , & il a compofé plufieurs
Airs.
La plupart des Pièces que les Penfionnaires
du College de Louis le Grand
jouënt chaque année font de lui ; ils ont
repréfenté plus d'une fois avec un fuccès
conftant Lefaux Duc de Bourgogne , Efope
au College , l'Ecole des Peres , le Point
d'honneur & les Confins. Le fort du
Philofophe à la mode , du Riche imaginaire
& d'Euloge a été moins heureux. Le
Pere du Cerceau cheififfoit bien fon fujet;
il peignoit à merveille le ridicule ; fes caracteres
étoient foutenus ; fon Comique
n'étoit jamais plat ; mais il ſe laiffoit preffer
; il croquoit quelquefois fes Tableaux
& fa Verfification fe fentoit trop de la
précipitation de fon travail ; il auroit
égalé les meilleurs Comiques s'il avoit pû
retoucher fes Piéces , fon génie un peu
trop libertin ne le lui permettoit pas . Les
qualités de fon coeur le rendoient encore
plus eſtimable que la beauté de fon efprit;
il étoit d'un commerce doux & aifé , fans
ambi.
SEPTEMBRE . 1730. 1967
ambition & incapable d'envie. On le
voyoit avec plaifir dans le grand monde ,
& il ne le cherchoit pas : eftimé dans fon
Corps dont il rempliffoit les devoirs fans
oftentation. Les larmes du Prince de Conti
fon Eleve , font l'éloge & de l'illuftre Dif
ciple & du Maître.
Compagnie de Jefus.
L
E Pere Jean Antoine du Cerceau eft
mort fubitement à Veret , le quatriéme
de Juillet de cette année , âgé d'environ
60, ans. Il éroit né à Paris , l'an 1670 .
& il étoit né Poëte. Il fe diftingua de
bonne heure dans la Compagnie de Jefus
où Dieu l'avoit appellé , par des Poëmes
dont les Connoiffeurs admirerent la Verfification
& la Latinité. Les fujets de ces
Poëmes font les Poules , les Papillons , Baltazar
& l'Enfant Prodigue , Piéce de Thea
tre qu'il a traduite en Vers François , &
qui
SEPTEMBRE . 1730. 1963
qui repréſentée plufieurs fois , a toujours
fait répandre beaucoup de larmes . On a
un Recueil de fes Vers Latins.
,
Il quitta bientôt les Mufes Latines trop
férieufes ingrat à leurs bienfaits , il fe
livra entierement à fon génie qui le portoit
à une Poëfie familiere , fans baffeffe
naïve avec efprit , negligée en apparence,
& travaillée en effet , délicate & piquante
, qui retient quelques termes anciens
de Marot , & qui copie plus exactement
fa maniere de penfer que fon langage.
Le P. du Cerceau étoit original en ce
genre d'écrire ; le Recueil de fes Ouvrages
a été imprimé plufieurs fois chez
Etienne , fans nom d'Auteur ; on y apprend
que les Mufes badines lui atirerent
d'affez grands chagrins . Ses Poëfies ne font
pas les feuls fruits d'un génie heureux ;
les Lettres d'un Abbé à Eudoxe fur l'Apologie
des Provinciales ; deux petites Satyres,
où regne la meilleure plaifanterie , & la
Critique de l'Hiftoire des Flagellan's , écrite
en Latin par l'Abbé Boileau , prouvent
que fa Profe avoit toute la vivacité &
toute la fineffe de fes Vers.
Le P. du Cerceau n'étoit pas borné à
cette efpece d'Ouvrage , dont la délicateffe
fait tout le prix ; il s'élevoit quand
il vouloit en prendre la peine. L'Oraifon
du Dauphin prononcée à Bourges , & imprimée
1964 MERCURE DE FRANCE
primée , ne laiffe pas douter qu'il n'eut
tenu un rang parmi les Orateurs , fi l'éloquence
avoit eu pour lui les attraits de la
Poëfie.
Son efprit étoit de ces efprits faciles
qui prennent aifément toutes les formes .
Sa Compagnie s'eft fervie de fa plume
contre l'étonnante calomnie de Breft , fi
temerairement entrepriſe , fi pleinement
découverte & fi folemnellement jugée.
Les Factums font de lui.
Engagé par quelques circonftances à
donner l'Hiftoire de la derniere Révolution
de Perfe fur d'excellens Mémoires ; cẹt
Ouvrage achevé en peu de tems fait regreter
qu'il n'ait donné au Public que cette
Hiftoire.
,
Ceux entre les mains defquels fes papiers
font tombés pourroient rendre public
un Ouvrage auquel il ne manque
que cinq ou fix pages ; c'eft l'Hiftoire de
Nicolo Gabrins , fils d'une Lavandiere
qui entreprit l'an 1447. de rétablir la République
Romaine. Cet évenement peu
connu , joint les agréables furprifes du
Roman à la verité de l'Hiftoire , on s'étonnera
qu'il n'ait pas mis la derniere
. main à un Ouvrage prefque fini 25. ans
avant fa mort , ceux qui s'en étonneront
n'ont pas connu le Pere du Cerceau ; fon
eſprit lui a rendu de grands fervices , par
recon
J
SEPTEMBRE . 1730. 1965
reconnoiffance il ne le contraignoit pas ,
il en fuivoit avec trop de complaifance
les mouvemens les moins reglés ; combien
d'ouvrages a t'il commencés tandis
qu'une certaine impetuofité d'imagination
duroit , il les pouffoit avec vigueur , il y
employoit les jours & les nuits ; dès que
cette imagination un peu capricieuſe fe
refroidiffoit , il les abandonnoit & les
oublioit entierement. La lifte de fes Ouvrages
commencés feroit longue ; on y
verroit des Commentaires François fur
Horace , fur les Lettres de Pline , fur les
Dialogues de Ciceron de la Nature des
Dieux , aucun des trois n'a paffé quelques
cayers . Il a pouffé plus loin des Ouvrages
d'un moindre projet , entr'autres un
Effai fur le caractere du ftile Poëtique & un
Traité de la Perspective . On n'auroit pas
dû attendre un Traité de Mathematique
d'un homme que les Belles Lettres ont
occupé toute la vie ; mais , je l'ai déja dit,
fon efprit prenoit toutes les formes . Divers
Extraits qu'on lit dans les Mémoires
de Trévoux , aufquels il a travaillé plufieurs
années , en differens tems , prouvent
que les recherches les plus épineufes
ne l'effrayoient pas , & qu'il en foûtenoit
la peine , pourvû qu'il ne fallut pas la
foûtenir long tems. Engagé fur la fin de
fa vie à défendre une explication d'Horacc
1966 MERCURE DE FRANCE
race qu'il avoit fuggerée au P. Sanadon
il est entré dans ce que l'ancienne Mufique
a de plus profond , & de plus inacceffible
; il y a porté la lumiere , & repouffé
les attaques d'un fçavant Adverfaire
avec tant de force que la victoire eft
encore douteuſe ; il aimoit la Mufique ,
jufqu'à la pratiquer , & il a compofé plufieurs
Airs.
La plupart des Pièces que les Penfionnaires
du College de Louis le Grand
jouënt chaque année font de lui ; ils ont
repréfenté plus d'une fois avec un fuccès
conftant Lefaux Duc de Bourgogne , Efope
au College , l'Ecole des Peres , le Point
d'honneur & les Confins. Le fort du
Philofophe à la mode , du Riche imaginaire
& d'Euloge a été moins heureux. Le
Pere du Cerceau cheififfoit bien fon fujet;
il peignoit à merveille le ridicule ; fes caracteres
étoient foutenus ; fon Comique
n'étoit jamais plat ; mais il ſe laiffoit preffer
; il croquoit quelquefois fes Tableaux
& fa Verfification fe fentoit trop de la
précipitation de fon travail ; il auroit
égalé les meilleurs Comiques s'il avoit pû
retoucher fes Piéces , fon génie un peu
trop libertin ne le lui permettoit pas . Les
qualités de fon coeur le rendoient encore
plus eſtimable que la beauté de fon efprit;
il étoit d'un commerce doux & aifé , fans
ambi.
SEPTEMBRE . 1730. 1967
ambition & incapable d'envie. On le
voyoit avec plaifir dans le grand monde ,
& il ne le cherchoit pas : eftimé dans fon
Corps dont il rempliffoit les devoirs fans
oftentation. Les larmes du Prince de Conti
fon Eleve , font l'éloge & de l'illuftre Dif
ciple & du Maître.
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Résumé : ÉLOGE du R. P. du Cerceau de la Compagnie de Jesus.
Le Père Jean Antoine du Cerceau, né à Paris en 1670, est décédé subitement à Veret le 4 juillet 1730 à l'âge d'environ 60 ans. Il était poète et membre de la Compagnie de Jésus. Ses poèmes en latin étaient admirés pour leur versification et leur latinité. Ses sujets de prédilection incluaient les poules, les papillons, Baltazar, et une pièce de théâtre traduite en vers français, 'L'Enfant Prodigue', qui a connu plusieurs représentations réussies. Du Cerceau a ensuite abandonné la poésie latine pour se consacrer à une poésie familière, naïve et spirituelle, caractérisée par une apparence négligée mais travaillée. Il a publié plusieurs recueils de ses œuvres, souvent sans nom d'auteur, et a écrit des lettres, des satires et des critiques littéraires. Son esprit versatile lui permettait de s'adapter à divers genres littéraires. Il a également écrit des discours, comme l'oraison du Dauphin prononcée à Bourges, et a contribué à des écrits contre la calomnie de Brest. Engagé par des circonstances, il a rédigé l'histoire de la dernière révolution de Perse et a commencé plusieurs autres ouvrages, dont une histoire de Nicolò Gabrins, qu'il n'a pas achevée. Du Cerceau a également composé des airs de musique et a écrit des pièces de théâtre jouées par les pensionnaires du Collège de Louis le Grand. Ses qualités humaines, telles que sa douceur et son absence d'ambition, étaient remarquables. Les larmes du Prince de Conti, son élève, témoignent de l'estime et de l'affection qu'il inspirait.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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298
p. 1969-1971
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure le 14. Août 1730. sur l'éloge des Grands Hommes.
Début :
On est très satisfait de l'éloge de Mignard, dont vous nous apprenez [...]
Mots clefs :
Pierre Mignard, Grands hommes
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure le 14. Août 1730. sur l'éloge des Grands Hommes.
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Au
teurs du Mercure le 14. Août 1730. fur
Péloge des Grands Hommes.
O
pre-
N eft très fatisfait de l'éloge de Mignard
, dont vous nous apprenez
qu'on a compofé la vie. Celui qui en eft
l'Auteur a raifon de dire qu'il eft le
mier qui fe foit avifé d'écrire la vie d'un
grand Peintre en notre Langue , & qu'il
a fuivi l'exemple des Italiens qui depuis
long- tems en ont donné de femblables.
il eft vrai cependant que dans la Vie des
Hommes Illuftres de M. Perrault on y
voit
*།
1970 MERCURE DE FRANCE
voit l'éloge de Mignard ; mais cet éloge
eft trop court , & on peut dire la même
chofe des autres Vies que M. Perrault a
compofées ; n'eft- il pas évident que la
plupart des Grands hommes dont il a parlé
, pouvoient lui fournir beaucoup plus
de matiere & de traits remarquables qu'il
n'en a employé dans fon Ouvrage Il
feroit donc à fouhaiter qu'il fe trouvât
quelqu'un affez zelé pour donner à ces
differentes Vies plus d'étendue. M. Perrault
n'a écrit fur chacune que deux ou
trois pages feulement , & quelle proportion
y a-t'il entre le mérite de ces Grands
hommes & le petit Difcours qu'il a renfermé
dans un efpace fi étroit ? Il eſt certain
que l'on pourroit , fi on le vouloit ,
remplir plufieurs Volumes de plufieurs
chofes curieuſes , en racontant les vertus ,
les talens , les actions & les paroles mêmes
de ces illuftres perfonnages en tout
genre , qui ont fait tant d'honneur à la
France & à notre fiecle. Il eft de l'interêt
de notre Nation & du Public qu'on ne
laiffe rien perdre de tout ce qui peut
faire connoître & à notre fiecle & à la pofterité
le caractere de chacun de ces Grands
hommes , n'étant pas raifonnable que l'on
foit obligé d'aller chercher dans d'autres
Ouvrages ce qui devroit être renfermé
dans un feul , ni d'avoir recours à l'avenig
SEPTEMBRE. 1730. 1971
nir à des Mémoires particuliers qui auront
été confervés dans les familles. Ce foin
regarde principalement notre fiecle , &
faute d'y faire attention , on rifque de n'y
être plus à tems quand on voudra l'entreprendre.
La nouvelle Vie de Mignard
fait juger que l'Auteur a voulu fuppléer
à ce qui manque dans celle de M. Perrault
; & fi cela eft vrai à cet égard , il
doit bien l'être davantage à l'égard des
Condés , des Turennes , des Luxem
bourgs & de tant d'autres qui font compris
dans le même Ouvrage. Il faut convenir
pourtant que M. Perrault mérite
d'être loüé du deffein qu'il a eu de recueillir
les noms de ces Grands Hommes ; mais
qu'il n'a point eu affez de loifir pour don
ner à chacun toute l'attention qui étoit
neceffaire. Il feroit donc jufte que quelqu'un
de nos Auteurs qui écrivent fibien
voulut bien l'entreprendre , & s'immortalifer
lui même en immortalifant les autres.
Vous pouvez , Meffieurs , fi vous le
jugez à propos , inferer cette Lettre dans
votre Journal ; comme je n'ai en vûë que
le bien & la fatisfaction du Public , je ne
crois pas avoir befoin de me faire connoî
tre particulierement &c.
teurs du Mercure le 14. Août 1730. fur
Péloge des Grands Hommes.
O
pre-
N eft très fatisfait de l'éloge de Mignard
, dont vous nous apprenez
qu'on a compofé la vie. Celui qui en eft
l'Auteur a raifon de dire qu'il eft le
mier qui fe foit avifé d'écrire la vie d'un
grand Peintre en notre Langue , & qu'il
a fuivi l'exemple des Italiens qui depuis
long- tems en ont donné de femblables.
il eft vrai cependant que dans la Vie des
Hommes Illuftres de M. Perrault on y
voit
*།
1970 MERCURE DE FRANCE
voit l'éloge de Mignard ; mais cet éloge
eft trop court , & on peut dire la même
chofe des autres Vies que M. Perrault a
compofées ; n'eft- il pas évident que la
plupart des Grands hommes dont il a parlé
, pouvoient lui fournir beaucoup plus
de matiere & de traits remarquables qu'il
n'en a employé dans fon Ouvrage Il
feroit donc à fouhaiter qu'il fe trouvât
quelqu'un affez zelé pour donner à ces
differentes Vies plus d'étendue. M. Perrault
n'a écrit fur chacune que deux ou
trois pages feulement , & quelle proportion
y a-t'il entre le mérite de ces Grands
hommes & le petit Difcours qu'il a renfermé
dans un efpace fi étroit ? Il eſt certain
que l'on pourroit , fi on le vouloit ,
remplir plufieurs Volumes de plufieurs
chofes curieuſes , en racontant les vertus ,
les talens , les actions & les paroles mêmes
de ces illuftres perfonnages en tout
genre , qui ont fait tant d'honneur à la
France & à notre fiecle. Il eft de l'interêt
de notre Nation & du Public qu'on ne
laiffe rien perdre de tout ce qui peut
faire connoître & à notre fiecle & à la pofterité
le caractere de chacun de ces Grands
hommes , n'étant pas raifonnable que l'on
foit obligé d'aller chercher dans d'autres
Ouvrages ce qui devroit être renfermé
dans un feul , ni d'avoir recours à l'avenig
SEPTEMBRE. 1730. 1971
nir à des Mémoires particuliers qui auront
été confervés dans les familles. Ce foin
regarde principalement notre fiecle , &
faute d'y faire attention , on rifque de n'y
être plus à tems quand on voudra l'entreprendre.
La nouvelle Vie de Mignard
fait juger que l'Auteur a voulu fuppléer
à ce qui manque dans celle de M. Perrault
; & fi cela eft vrai à cet égard , il
doit bien l'être davantage à l'égard des
Condés , des Turennes , des Luxem
bourgs & de tant d'autres qui font compris
dans le même Ouvrage. Il faut convenir
pourtant que M. Perrault mérite
d'être loüé du deffein qu'il a eu de recueillir
les noms de ces Grands Hommes ; mais
qu'il n'a point eu affez de loifir pour don
ner à chacun toute l'attention qui étoit
neceffaire. Il feroit donc jufte que quelqu'un
de nos Auteurs qui écrivent fibien
voulut bien l'entreprendre , & s'immortalifer
lui même en immortalifant les autres.
Vous pouvez , Meffieurs , fi vous le
jugez à propos , inferer cette Lettre dans
votre Journal ; comme je n'ai en vûë que
le bien & la fatisfaction du Public , je ne
crois pas avoir befoin de me faire connoî
tre particulierement &c.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure le 14. Août 1730. sur l'éloge des Grands Hommes.
Dans une lettre datée du 14 août 1730, l'auteur exprime sa satisfaction concernant la récente biographie de Pierre Mignard, soulignant qu'elle est la première en langue française à être dédiée à un grand peintre, suivant l'exemple italien. Cependant, il critique la brièveté de l'éloge de Mignard dans les 'Vies des Hommes Illustres' de Charles Perrault, ainsi que celle des autres biographies de cet ouvrage. L'auteur regrette que Perrault n'ait pas exploité pleinement les informations disponibles sur ces grands hommes, se contentant de quelques pages par vie. Il suggère de rédiger des biographies plus étendues, riches en détails sur les vertus, talents, actions et paroles de ces personnages, afin de préserver leur mémoire pour les générations futures. La nouvelle vie de Mignard semble combler les lacunes de celle de Perrault, de même que les biographies d'autres figures notables comme les Condés, Turenne et Luxembourg. Bien que Perrault soit loué pour avoir recueilli les noms de ces grands hommes, il manque de temps pour leur consacrer l'attention nécessaire. L'auteur espère qu'un autre auteur prendra le relais pour immortaliser ces figures historiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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299
p. 1990-1991
Abregé de l'Histoire d'Angleterre [titre d'après la table]
Début :
ABREGÉ DE L'HISTOIRE D'ANGLETERRE, avec des Reflexions [...]
Mots clefs :
Histoire de l'Angleterre, Angleterre, Histoire
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texteReconnaissance textuelle : Abregé de l'Histoire d'Angleterre [titre d'après la table]
BREGE' DE L'HISTOIRE D'ANGLETERRE
, avec des Reflexions
Politiques & Hiftoriques fur les Regnes
des Rois , leurs caracteres , leurs moeurs ,
leurs fucceffions au Trône , & tous les
autres évenemens remarquables jufqu'à
la Révolution de 1688. inclufivement.
Tiré des Memoires & des Manufcrits
les plus autentiques , tirez de l'Anglois
de M. Higgons , par M. L. B. D. G. vol.
in- 8. de 414. pages fans la Préface de
l'Auteur , & celle du Traducteur . A la
Haye , chez T. Jonſton , 1729 .
Si nous en croyons l'Auteur Anglois
de cet Ouvrage , c'eft une Maxime reçûe
dans tous les temps & dans tous les Pays
de ne pas écrire l'Hiftoire du fiecle où
l'on vit , & c'eft en confequence qu'il a ,
dit- il, laiffé fon Manuſcrit enfeveli dans la
pouffiere pendant 26. ans . , &c. Cette maxime
paroîtra peut -être trop geherale, &
on pourroit dire bien des chofes en faveur
de l'Hiftoire écrite dans le temps auquel
les évenemens font arrivez . Quoiqu'il en
foit , le Traducteur prétend que de toutes
SEPTEMBRE. 1730. 1991
tes les Hiftoires d'Angleterre celle- cy eft
la plus intereffante , tant pour les Souverains
que pour les Miniftres , & même
pour tous ceux qui fouhaitent apprendre
foncierement la forme du Gouvernement,
les Loix fondamentales, les Maximes , les
Moeurs , les Coûtumes de la Grand'Bretagne
: c'eft de quoi nous laiffons le jugement
au Public .
A l'occafion de cet Ouvrage nous ap
prendrons aux Amateurs de l'Hiftoire ,
que M *** a traduit en François l'Hif
toire generale d'Angletetre , écrite par le
Chevalier Richard Baker , celebre Hiftorien
Anglois , & continuée par J. Philips
, jufqu'au Couronnement du Roi
Charles II . arrivé en 1661. ce qui fait un
Corps complet de toute l'Hiftoire d'Angleterre
, écrite en notre Langue & prête
à imprimer. On y trouve un grand nombre
de Pieces originales qui n'ont jamais
parues dans le Public , & plufieurs autres
chofes très remarquables. Le Traducteur,
au refte, quoique François , doit paffer pour
un homme très -verfé dans la Langue &
dans la connoiffance des affaires & du génie
de la Nation Angloife , ayant paffé
tout jeune en Angleterre , où il a demeuré
plus de quinze ans.
, avec des Reflexions
Politiques & Hiftoriques fur les Regnes
des Rois , leurs caracteres , leurs moeurs ,
leurs fucceffions au Trône , & tous les
autres évenemens remarquables jufqu'à
la Révolution de 1688. inclufivement.
Tiré des Memoires & des Manufcrits
les plus autentiques , tirez de l'Anglois
de M. Higgons , par M. L. B. D. G. vol.
in- 8. de 414. pages fans la Préface de
l'Auteur , & celle du Traducteur . A la
Haye , chez T. Jonſton , 1729 .
Si nous en croyons l'Auteur Anglois
de cet Ouvrage , c'eft une Maxime reçûe
dans tous les temps & dans tous les Pays
de ne pas écrire l'Hiftoire du fiecle où
l'on vit , & c'eft en confequence qu'il a ,
dit- il, laiffé fon Manuſcrit enfeveli dans la
pouffiere pendant 26. ans . , &c. Cette maxime
paroîtra peut -être trop geherale, &
on pourroit dire bien des chofes en faveur
de l'Hiftoire écrite dans le temps auquel
les évenemens font arrivez . Quoiqu'il en
foit , le Traducteur prétend que de toutes
SEPTEMBRE. 1730. 1991
tes les Hiftoires d'Angleterre celle- cy eft
la plus intereffante , tant pour les Souverains
que pour les Miniftres , & même
pour tous ceux qui fouhaitent apprendre
foncierement la forme du Gouvernement,
les Loix fondamentales, les Maximes , les
Moeurs , les Coûtumes de la Grand'Bretagne
: c'eft de quoi nous laiffons le jugement
au Public .
A l'occafion de cet Ouvrage nous ap
prendrons aux Amateurs de l'Hiftoire ,
que M *** a traduit en François l'Hif
toire generale d'Angletetre , écrite par le
Chevalier Richard Baker , celebre Hiftorien
Anglois , & continuée par J. Philips
, jufqu'au Couronnement du Roi
Charles II . arrivé en 1661. ce qui fait un
Corps complet de toute l'Hiftoire d'Angleterre
, écrite en notre Langue & prête
à imprimer. On y trouve un grand nombre
de Pieces originales qui n'ont jamais
parues dans le Public , & plufieurs autres
chofes très remarquables. Le Traducteur,
au refte, quoique François , doit paffer pour
un homme très -verfé dans la Langue &
dans la connoiffance des affaires & du génie
de la Nation Angloife , ayant paffé
tout jeune en Angleterre , où il a demeuré
plus de quinze ans.
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Résumé : Abregé de l'Histoire d'Angleterre [titre d'après la table]
Le texte présente 'Brége' de l'Histoire d'Angleterre', traduit de l'anglais par M. L. B. D. G. et publié en 1729. Cet ouvrage, rédigé par M. Higgons, couvre les règnes des rois d'Angleterre, leurs caractères, leurs mœurs, leurs successions et les événements marquants jusqu'à la Révolution de 1688. L'auteur a laissé son manuscrit inédit pendant 26 ans, respectant la règle de ne pas écrire l'histoire contemporaine. Le traducteur souligne l'intérêt de cette histoire pour comprendre les souverains, les ministres et le gouvernement britannique, ainsi que ses lois fondamentales, maximes, mœurs et coutumes. Le texte mentionne également une autre traduction en français de l'histoire générale d'Angleterre par le Chevalier Richard Baker, continuée par J. Philips jusqu'au couronnement du roi Charles II en 1661. Cette traduction inclut de nombreuses pièces originales inédites et est prête à être imprimée. Le traducteur, bien que français, est décrit comme très compétent en langue et affaires anglaises, ayant vécu plus de quinze ans en Angleterre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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300
p. 2006-2010
EXTRAIT du Panegirique de S. Louis prononcé en présence des Académies des Belles Lettres & des Sciences, auquel présidoit M. l'Abbé Bignon, par le Reverend Pere Dom Leandre Petuzet, Benedictin Reformé de l'Ordre de Cluni, dans l'Eglise des P P. de l'Oratoire de la rüe S. Honoré.
Début :
Il prit pour texte ce Passage de la Sagesse, Chapitre 9. Envoyez-moi, Seigneur, [...]
Mots clefs :
Saint Louis, Seigneur, Dieu, Sagesse, Ciel, Trône, Armée, Monarque, Tranquillité, Royaume, Royauté, Académie des belles-lettres, Académie des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Panegirique de S. Louis prononcé en présence des Académies des Belles Lettres & des Sciences, auquel présidoit M. l'Abbé Bignon, par le Reverend Pere Dom Leandre Petuzet, Benedictin Reformé de l'Ordre de Cluni, dans l'Eglise des P P. de l'Oratoire de la rüe S. Honoré.
EXTRAIT du Panegirique de S. Louis
prononcé en présence des Académies des
Belles Lettres & des Sciences , auquel
préfidoit M. l'Abbé Bignon , par le Reverend
Pere Dom Leandre Petuzet , Benedictin
Reformé de l'Ordre de Cluni ,
dans l'Eglife des P P. de l'Oratoire de la
rue S. Honoré.
Il prit pour texte ce Paffage de la Sageffe
, Chapitre 9. Envoyez-moi , Seigneur,
la fageffe du Ciel , votre Sanctuaire , qui eft
le Trône de votre Grandeur , afin qu'elle foit
& travaille avec moi.
P
Our prouver que S. Louis a été orné du don
de fageffe , l'Orateur diftingua deux chofes
effentielles dans la Royauté , qu'on ne peut défunir
fans en faire un phantôme. L'une que les
Rois doivent éviter , & ce font les dangers qui
en font incomparables ; l'autre qu'ils doivent
remplir , & ce font les charges qui y font attachées.
Ce font ces Charges & ces dangers qui lui
ont fourni la matiere de l'éloge de S. Louis.
En parlant de l'humilité de ce S. Roi , il dit
qu'il l'avoit portée à un point qu'on auroit peine
à atteindre ; mais qu'elle ne fut point l'effet du
temperament, & que s'il la poffeda dans un fouverain
degré , elle fut en lui une vertu chrétienne.
Jamais il n'y eut une ame plus douce , plus
debonnaire & plus humble, & jamais on n'en vît
de plus remplie de courage. Jamais Prince ne fut
plus difpofé que lui à s'aneantir devant le Seigneur
, & jamais il n'y en eut qui montrât plus
de
1
SEPTEMBRE. 1730. 2007
de fermeté devant les hommes , quand il s'agit de
foutenir les interêts de fa Couronne. Jamais Monarque
n'eut moins d'ambition pour étendre les
limites de fon Royaume , & jamais on n'en trouya
qui eut une plus fainte jaloufie de conferver
celui que le Ciel lui avoit donné pour fon heritage.
Il renonce au droit legitime qu'il avoit fur
le Royaume de Caftille , parce que la conquête
ne pouvoit s'en faire qu'aux dépens du fang de
fes Sujets. Il refuſe genereuſement l'Empire que
Gregoire IX . lui préfente , content de comman
der à ceux que le Ciel avoit foumis à ſa puiſfance
, & fi ce Souverain Pontife veut en revêtir
le Comte d'Artois , frere de ce S. Roi , il fçait
lui faire fentir ,fans s'éloigner de l'obéiffance qu'il
lui doit , qu'il n'appartient pas plus à la puiffance
Ecclefiaftique de toucher au Trône , qu'à là
temporelle de s'ingerer dans le Miniftere Sacré ;
mais il n'oublie rien pour contenir fes Sujets dans
les bornes étroites du devoir ; il porte , quand il
le faut, la terreur dans le coeur de ceux qui trou
blent la tranquillité publique &c.
En parlant de fa charité , il dit que cette divi
ne vertu qui avoit pris de profondes racines dans
fon coeur , ne lui permit pas d'avoir des entrail
les de fer pour le pauvre & le miſerable ; & ſi
Job nous dit que la mifericorde étoit fortie avec
lui du fein de fa mere & avoit crû enſemble ,
qu'on le pouvoit dire avec autant de juftice de
Louis , dequoi le Panegiriſte donna des preuves
par des faits éclatans .
>
En parlant des Charges attachées à la Royauté,
il en diftingua deux aufquelles toutes les autres
peuvent fe rapporter , & dont aucun Roi ne fe
peut difpenfer : l'une d'être équitable à l'égard
de leur peuple , l'autre d'être fidele à Dieu. Il remarqua
avec S. Jacques deux caracteres dans la
E vj Lageffe
2008 MERCURE DE FRANCE
fageffe Chrétienne qui engagent ceux qui la poffedent
à les remplir dignement ; elle n'eft point
diffimulée ; elle le porte avec docilité à tout le
bien qu'on lui propofe.
Quel eft , dit-il , le Roi Chrétien qui réduifie
plus fidelement en pratique ces deux nobles caracteres
Jufte à l'égard de fon peuple , il jugea
fans diffimulation , & avec équité. Fidele à Dieu,
il procura avec un faint zele toutes les bonnes
oeuvres qui pouvoient lui rendre le cu te qui lui
eft dû. I s'étendit beaucoup fur les preuves de
ces deux Propofitions , & retraça de beaux traits
de l'Histoire du S. Monarque.
Il peignit l'état pitoyable où étoit réduite la
Paleſtine , & tout ce que fit l'Eglife pour engager
les Princes Chrétiens à rendre la liberté cette
Terre fainte, où nous avions été délivrez de la fervitude
du démon. En falloit - il davantage , dit-il ,
pour remplir d'une fainte & noble ardeur le Fils
aîné de l'Eglife , & lui faire dire dans l'efprit de
David , je le jure devant le Seigneur , & j'en fais
un voeu au Dieu de Jacob , je n'entrerai point
dans ma maiſon , je ne repoſerai point fur mon
lit , je ne permettrai point à mes yeux de dormir
, ni à mes paupieres de fommeiller , que je
n'aye trouvé le moyen de rétablir le Seigneur
dans fa Maiſon.
Il entra dans le détail de toutes les rencontres
où S. Louis fignaia fon courage & donna à toute
fon armée le charmant fpectacle d'un Héros
vraiment Chrétien , il décrivit le Siege de Damiete
, la perte d'une Bataille qui mit l'armée de
S. Louis aux abois , & enfin la captivité. Que
vos Jugemens , ô mon Dieu , s'écria- t-il , font
impenetrables ! qui n'en admirera la profondeur ,
quand nous voyons dans les chaînes un Roi
Chrétien qui vient pour délivrer d'une cruelle
oppreffion
SEPTEMBRE . 1730. 2009
oppreffion ceux que vous avez rachetez de votre
Sang précieux ; mais ne le perdons pas de vûë
dans cette fâcheufe extremité ; le Seigneur qui
l'humilie eft à fes côtez pour le foutenir . Semblable
à Jofeph , fa fageffe ne l'abandonne pas dans la
prifon , ou comme l'Arche captive chez les Philifins
, ce Heros prifonnier fait plus honorer Dieu
par fa réfignation , que vainqueur des Infideles .
Il parla de fa feconde expedition contre les Infideles
pour aller fecourir les Chrétiens d'Afrique,
qui gémiffoient fans efperance & fans confolation .
Que n'eût - il pas fait , dit-il , pour la gloire du
Seigneur , fi en exigeant le facrifice de fa vie , il
ne le fût contenté de fa bonne volonté... Que ne
puis -je vous le préfenter accablé fous fa Tente
d'une maladie mortelle & prêt à recevoir fa récompenfe
de celui pour lequel il avoit fi glorieufement
combattu. Vit- on jamais une tranquillité
plus inalterable, une réfignation plus parfaite, des
defirs plus ardens de s'unir à fon Dieu , une préfence
d'efprit plus entiere il donne fes ordres
aux principaux Chefs de fon armée & leur recommande
de ne point faire de paix avec ceux
qui n'en avoient point avec Dieu ; il appelle fon
Fils , fucceffeur de fa Couronne , & lui fait des
leçons pleines de lumieres , de fageffe & de charité
; il donne à tous des exemples preffans d'une
folide pieté , il meurt enfin comme Moyfe dans
le baifer du Seigneur , & fi comme ce Patriarche
il n'entre pas en poffeffion de la Terre qui lui
fembloit promife , il va établir fon féjour dans
les Tabernacles éternels .
Après une courte morale le Panegyrifte finit
en s'adreffant à S. Louis & lui difant : Daignez
grand Roi , du haut du Ciel où vous regnez avec
Dieu , recevoir les voeux d'un Peuple zele pour
votre gloire , fidele à votre Sang & plein de
confiance
2010 MERCURE DE FRANCE
confiance en votre puissante protection . Mais
regardez toûjours d'un oeil propice cet augufte
Monarque , qui eft affis fur votre Trône , qui
n'eft pas moins heritier de vos vertus que de vctre
Sceptre, & qui fe voit heureusement renaître
dans un Prince que le Ciel n'a pas refufé à
la ferveur de nos prieres qu'il a accordé à la
falide pieté d'une Reine digne du fublime rang
qu'elle remplit & dont la Naissance affermit
notre esperance & affure notre tranquillité.
Seyez beni , ô mon Dieu , de nous avoirfait un
don fi précieux , confervez les pour en faire un
jour de bonheur du Royaume que S. Louis gouverna
avec tant de fageffe ; formez-le fur ce
modele des veritables Rois , & que semblable
à fon Pere , il exprime avec lui la valeur qui
le rendit redoutable à fes ennemis , la charité
qui le fit pere de fon Peuple , la Religion qui le
fanctifia fur le Trône.
prononcé en présence des Académies des
Belles Lettres & des Sciences , auquel
préfidoit M. l'Abbé Bignon , par le Reverend
Pere Dom Leandre Petuzet , Benedictin
Reformé de l'Ordre de Cluni ,
dans l'Eglife des P P. de l'Oratoire de la
rue S. Honoré.
Il prit pour texte ce Paffage de la Sageffe
, Chapitre 9. Envoyez-moi , Seigneur,
la fageffe du Ciel , votre Sanctuaire , qui eft
le Trône de votre Grandeur , afin qu'elle foit
& travaille avec moi.
P
Our prouver que S. Louis a été orné du don
de fageffe , l'Orateur diftingua deux chofes
effentielles dans la Royauté , qu'on ne peut défunir
fans en faire un phantôme. L'une que les
Rois doivent éviter , & ce font les dangers qui
en font incomparables ; l'autre qu'ils doivent
remplir , & ce font les charges qui y font attachées.
Ce font ces Charges & ces dangers qui lui
ont fourni la matiere de l'éloge de S. Louis.
En parlant de l'humilité de ce S. Roi , il dit
qu'il l'avoit portée à un point qu'on auroit peine
à atteindre ; mais qu'elle ne fut point l'effet du
temperament, & que s'il la poffeda dans un fouverain
degré , elle fut en lui une vertu chrétienne.
Jamais il n'y eut une ame plus douce , plus
debonnaire & plus humble, & jamais on n'en vît
de plus remplie de courage. Jamais Prince ne fut
plus difpofé que lui à s'aneantir devant le Seigneur
, & jamais il n'y en eut qui montrât plus
de
1
SEPTEMBRE. 1730. 2007
de fermeté devant les hommes , quand il s'agit de
foutenir les interêts de fa Couronne. Jamais Monarque
n'eut moins d'ambition pour étendre les
limites de fon Royaume , & jamais on n'en trouya
qui eut une plus fainte jaloufie de conferver
celui que le Ciel lui avoit donné pour fon heritage.
Il renonce au droit legitime qu'il avoit fur
le Royaume de Caftille , parce que la conquête
ne pouvoit s'en faire qu'aux dépens du fang de
fes Sujets. Il refuſe genereuſement l'Empire que
Gregoire IX . lui préfente , content de comman
der à ceux que le Ciel avoit foumis à ſa puiſfance
, & fi ce Souverain Pontife veut en revêtir
le Comte d'Artois , frere de ce S. Roi , il fçait
lui faire fentir ,fans s'éloigner de l'obéiffance qu'il
lui doit , qu'il n'appartient pas plus à la puiffance
Ecclefiaftique de toucher au Trône , qu'à là
temporelle de s'ingerer dans le Miniftere Sacré ;
mais il n'oublie rien pour contenir fes Sujets dans
les bornes étroites du devoir ; il porte , quand il
le faut, la terreur dans le coeur de ceux qui trou
blent la tranquillité publique &c.
En parlant de fa charité , il dit que cette divi
ne vertu qui avoit pris de profondes racines dans
fon coeur , ne lui permit pas d'avoir des entrail
les de fer pour le pauvre & le miſerable ; & ſi
Job nous dit que la mifericorde étoit fortie avec
lui du fein de fa mere & avoit crû enſemble ,
qu'on le pouvoit dire avec autant de juftice de
Louis , dequoi le Panegiriſte donna des preuves
par des faits éclatans .
>
En parlant des Charges attachées à la Royauté,
il en diftingua deux aufquelles toutes les autres
peuvent fe rapporter , & dont aucun Roi ne fe
peut difpenfer : l'une d'être équitable à l'égard
de leur peuple , l'autre d'être fidele à Dieu. Il remarqua
avec S. Jacques deux caracteres dans la
E vj Lageffe
2008 MERCURE DE FRANCE
fageffe Chrétienne qui engagent ceux qui la poffedent
à les remplir dignement ; elle n'eft point
diffimulée ; elle le porte avec docilité à tout le
bien qu'on lui propofe.
Quel eft , dit-il , le Roi Chrétien qui réduifie
plus fidelement en pratique ces deux nobles caracteres
Jufte à l'égard de fon peuple , il jugea
fans diffimulation , & avec équité. Fidele à Dieu,
il procura avec un faint zele toutes les bonnes
oeuvres qui pouvoient lui rendre le cu te qui lui
eft dû. I s'étendit beaucoup fur les preuves de
ces deux Propofitions , & retraça de beaux traits
de l'Histoire du S. Monarque.
Il peignit l'état pitoyable où étoit réduite la
Paleſtine , & tout ce que fit l'Eglife pour engager
les Princes Chrétiens à rendre la liberté cette
Terre fainte, où nous avions été délivrez de la fervitude
du démon. En falloit - il davantage , dit-il ,
pour remplir d'une fainte & noble ardeur le Fils
aîné de l'Eglife , & lui faire dire dans l'efprit de
David , je le jure devant le Seigneur , & j'en fais
un voeu au Dieu de Jacob , je n'entrerai point
dans ma maiſon , je ne repoſerai point fur mon
lit , je ne permettrai point à mes yeux de dormir
, ni à mes paupieres de fommeiller , que je
n'aye trouvé le moyen de rétablir le Seigneur
dans fa Maiſon.
Il entra dans le détail de toutes les rencontres
où S. Louis fignaia fon courage & donna à toute
fon armée le charmant fpectacle d'un Héros
vraiment Chrétien , il décrivit le Siege de Damiete
, la perte d'une Bataille qui mit l'armée de
S. Louis aux abois , & enfin la captivité. Que
vos Jugemens , ô mon Dieu , s'écria- t-il , font
impenetrables ! qui n'en admirera la profondeur ,
quand nous voyons dans les chaînes un Roi
Chrétien qui vient pour délivrer d'une cruelle
oppreffion
SEPTEMBRE . 1730. 2009
oppreffion ceux que vous avez rachetez de votre
Sang précieux ; mais ne le perdons pas de vûë
dans cette fâcheufe extremité ; le Seigneur qui
l'humilie eft à fes côtez pour le foutenir . Semblable
à Jofeph , fa fageffe ne l'abandonne pas dans la
prifon , ou comme l'Arche captive chez les Philifins
, ce Heros prifonnier fait plus honorer Dieu
par fa réfignation , que vainqueur des Infideles .
Il parla de fa feconde expedition contre les Infideles
pour aller fecourir les Chrétiens d'Afrique,
qui gémiffoient fans efperance & fans confolation .
Que n'eût - il pas fait , dit-il , pour la gloire du
Seigneur , fi en exigeant le facrifice de fa vie , il
ne le fût contenté de fa bonne volonté... Que ne
puis -je vous le préfenter accablé fous fa Tente
d'une maladie mortelle & prêt à recevoir fa récompenfe
de celui pour lequel il avoit fi glorieufement
combattu. Vit- on jamais une tranquillité
plus inalterable, une réfignation plus parfaite, des
defirs plus ardens de s'unir à fon Dieu , une préfence
d'efprit plus entiere il donne fes ordres
aux principaux Chefs de fon armée & leur recommande
de ne point faire de paix avec ceux
qui n'en avoient point avec Dieu ; il appelle fon
Fils , fucceffeur de fa Couronne , & lui fait des
leçons pleines de lumieres , de fageffe & de charité
; il donne à tous des exemples preffans d'une
folide pieté , il meurt enfin comme Moyfe dans
le baifer du Seigneur , & fi comme ce Patriarche
il n'entre pas en poffeffion de la Terre qui lui
fembloit promife , il va établir fon féjour dans
les Tabernacles éternels .
Après une courte morale le Panegyrifte finit
en s'adreffant à S. Louis & lui difant : Daignez
grand Roi , du haut du Ciel où vous regnez avec
Dieu , recevoir les voeux d'un Peuple zele pour
votre gloire , fidele à votre Sang & plein de
confiance
2010 MERCURE DE FRANCE
confiance en votre puissante protection . Mais
regardez toûjours d'un oeil propice cet augufte
Monarque , qui eft affis fur votre Trône , qui
n'eft pas moins heritier de vos vertus que de vctre
Sceptre, & qui fe voit heureusement renaître
dans un Prince que le Ciel n'a pas refufé à
la ferveur de nos prieres qu'il a accordé à la
falide pieté d'une Reine digne du fublime rang
qu'elle remplit & dont la Naissance affermit
notre esperance & affure notre tranquillité.
Seyez beni , ô mon Dieu , de nous avoirfait un
don fi précieux , confervez les pour en faire un
jour de bonheur du Royaume que S. Louis gouverna
avec tant de fageffe ; formez-le fur ce
modele des veritables Rois , & que semblable
à fon Pere , il exprime avec lui la valeur qui
le rendit redoutable à fes ennemis , la charité
qui le fit pere de fon Peuple , la Religion qui le
fanctifia fur le Trône.
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Résumé : EXTRAIT du Panegirique de S. Louis prononcé en présence des Académies des Belles Lettres & des Sciences, auquel présidoit M. l'Abbé Bignon, par le Reverend Pere Dom Leandre Petuzet, Benedictin Reformé de l'Ordre de Cluni, dans l'Eglise des P P. de l'Oratoire de la rüe S. Honoré.
Le Panégyrique de Saint Louis, prononcé par le Révérend Père Dom Leandre Petuzet, met en lumière les vertus et les actions du roi Saint Louis. L'orateur utilise un passage de la Sagesse pour démontrer que Saint Louis était doté du don de sagesse. Il distingue deux aspects essentiels de la royauté : les dangers à éviter et les charges à remplir. Saint Louis est loué pour son humilité, une vertu chrétienne qu'il cultivait malgré son rang. Il était à la fois doux et courageux, humble devant Dieu et ferme devant les hommes. Il refusait d'étendre son royaume par la violence et renonça à des opportunités de pouvoir, comme le trône de Castille et l'Empire offert par Grégoire IX. La charité de Saint Louis est également mise en avant. Il avait un profond sens de la miséricorde envers les pauvres. Les deux charges principales de la royauté, selon le texte, sont d'être équitable envers le peuple et fidèle à Dieu. Saint Louis est décrit comme un roi juste et zélé pour les bonnes œuvres. Le texte détaille ses actions en Terre Sainte, son courage lors des batailles, et sa captivité, où il resta fidèle à Dieu. Il mentionne également sa seconde expédition en Afrique pour secourir les chrétiens. Saint Louis est présenté comme un modèle de piété et de sagesse, mourant en paix et recommandant à son fils de ne pas faire la paix avec les infidèles. Le panégyrique se termine par des vœux pour que le roi actuel, héritier des vertus de Saint Louis, gouverne avec la même sagesse et charité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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