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Liste
1451
p. 1945-1950
RÉPLIQUE du premier Musicien à l'Ecrit du second, inseré au Mercure de Juin 1730.
Début :
Quelle difference, Monsieur, de votre Conférence à votre derniere [...]
Mots clefs :
Harmonie, Triton, Musique, Accompagnement
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texteReconnaissance textuelle : RÉPLIQUE du premier Musicien à l'Ecrit du second, inseré au Mercure de Juin 1730.
REPLIQUE du premier Muficien
à l'Ecrit du fecond , inferé au Mercure
de Juin 1730 .
Q
Uelle difference , Monfieur, de votre
Conférence à votre derniere
Réponse ! Là , vous fappiez jufqu'aux
fondemens de ma Méthode d'Accompa
gnement ; ici , vous convenez qu'elle
fuffit
1946 MERCURE DE FRANCE
fuffit feule , & qu'elle a ce merite au -deffus
de toutes les autres.
On doit affez juger de - là , que vous
ne connoiffiez pas ma Méthode , lorfque
vous l'avez attaquée ; puifqu'à la vûë du
feul Plan que je vous en ai donné , vous
paffez tout d'un coup de la Critique à
Approbation ; car lorfque vous dites
page 1082. Tout confideré , je conclus qu'il
étoit plus à propos de l'enfeigner plus tard ;
cela ne fignifie autre chofe , finon , que
comme la meilleure , vous voulez la garder
pour fuppléer aux autres , qui fuivant
ce que vous ajoutez fix lignes plus
bas , ne fuffifent pas pour perfectionner entierement
, fans quelques explications réſervées
aux Maitres : C'eft à ce coup que
la force de la verité vous a fait parler ;
mais il vous fied mal , après un tel aveu ,
de dire que ma Méthode ne vous a pas
réuffi auprès des Commençans : fi cela
eft , il faut que vous l'ayez expliquée
fans fuivre l'ordre du Plan , qui renferme
feul , j'ofe le dire , l'idée la plus claire
, la plus fimple , & la plus préciſe
qu'on ait jamais donné de l'harmonie ,
qui fournit les moyens de pratique les
plus faciles & les plus courts , qu'aucun
Maître ait jamais employés , & qui par
conféquent doit procurer à toutes fortes
de perfonnes , la connoiffance la plus
par
SEPTEMBRE. 1730. 1947
parfaite , & la poffeffion la plus rapide
de l'Accompagnement.
C'eft envain , Monfieur , que pour ravir
de nouveau à ma Méthode le merite
de fuffire feule , vous affectez de dire
qu'elle eft difficile , & que vous m'accufez
de l'avoir remplie de deffauts dans
fa pratique , deffauts qui forment les
fix Objections écrites dans votre Conférence
; vous ne prenez donc pas garde
que vous n'avez rien prouvé ni répliqué
à cet égard : En ai-je agi de même lorfque
j'ai fait voir le cahos qui régné dans
votre Méthode , ou fi vous voulez , dans
votre maniere d'enfeigner . Vos fix Objections
font tombées dès l'examen que
j'ai fait de votre Conférence , & le Plan
donné les anéantit tellement , qu'on peut
prononcer dès à préfent fur ce fujet
fans attendre l'entiere impreffion de la
Méthode ; ce délai que vous prenez ne
vous difpenfe point d'entrer en preuve ;
fi non , ma Méthode comme vous dites
, fuffit feule , & a ce merite au - deffus
des autres ; je m'en tiens à vos termes.
و
9
A quelle extrêmité n'êtes vous pas
réduit , M. après un tel aveu , lorfque
vous vous efforcez de jetter fur ma Méthode
un foupçon de difficulté les
exemples que vous rapportez à cet égard
con1948
MERCURE DE FRANCE
confiftent en un feul fait que vous ne
fçavez pas bien , & qui prouveroit , tout
au plus , le peu de juftice qu'une perſonne
a rendue à fa propre difpofition ; tandis
qu'elle n'a pu s'empêcher de reconnoître
autentiquement la fuperiorité que
Vous venez vous - même , de garantir.
Qu'entendez - vous d'ailleurs par ces explications,
que vous dites être réfervées
aux Maîtres, pour fuppléer aux deffauts de
leur méthode ? S'ils fe réfervent d'explique
les principes qu'ils nous ont donnés,
à la bonne heure ; mais fi ces principes font
encore peu de chofe , en comparaifon
de ceux dont ils n'ont jamais fait mention
; furquoi tombe leur réſerve , fi ce
n'eft fur ce qu'il y a de plus effentiel ?
Rendez leur plus de juftice , & ne leur
imputez pas , comme je l'ai déja dit ailleurs
, une pareille charlatanerie . Pour
vous , M. vous n'en êtes point fufpe &t ;
vous profeffiez la Baffe fondamentale
avant la découverte ; vous critiquiez , ou
enfeigniez ma Méthode d'Accompagnement
avant que de la connoître : mais il
eft bien étonnant , qu'avec de fi grands
avantages , s'il s'agit de réfoudre une
fimple question , vous ne manquiez jamais
de prendre à gauche ; en voici la
preuve.
Vous venez de développer bien du faux,
ditesSEPTEMBRE
. 1730. 1949
dites-vous , dans mon expofé ( Mercure
de Février 1730 , page 262. ) ne vous
avois- je pas affez averti qu'il y avoit là
un conflit de régles oppofées , & réciproquement
fujettes à de fauffes applications
, pour que vous dûffiez bien prendre
garde à ne pas vous y tromper ? Si
c'eft ainfi que vous avez fait ufage de ma
Méthode , je ne fuis plus furpris de fa
mauvaiſe fortune.
Je n'ai parlé en cet endroit que du
feul intervale compofé de trois tons ,
appellé Triton ; ma comparaifon y roule
fur la maniere , dont il eft dit communément
qu'il fe fauve , où par conféquent
il s'agit de deux differents fonds
d'harmonie , l'un pour le Triton , & l'au
tre pour la 6° ; & vous, pour me relever,
vous y faites toujours fubfifter le même
fond d'harmonie , où le Triton peut fe
changer en 8 , en 6 ° , en 3 ° , & en se
Si la chofe peut s'entendre ainfi , je n'y
ai donc pas tout fpecifié ; & vous deviez
me le reprocher ; car ce Triton peut fe
changer encore en une fuperfluë , &
& en une 7 fuperflue , avec le même fond
d'harmonie : ce que j'aurois dû dire¸ £
j'euffe voulu parler d'un pareil changement
, & c'est ce qu'il falloit examiner
avant que de me faire votre objection.
Suppofons cependant que vous ayez
C bien
1950 MERCURE DE FRANCE
>
3
bien rencontré , ce ne fera encore là
qu'un côté de l'objet ; s'il y en a d'autres
, ils ne devoient pas vous échapper :
or fans vous affujettir davantage au
fond des chofes , ouvrez le livre d'Accompagnement
de l'Organifte renommé
que vous citez , vous y verrez , page
XVII. unTriton particulier, qui refte fur
le même degré , pour former enfuite la
se vous verrez deux accords differens
deux differens fonds d'harmonie dans
cette fucceffion , comme dans celle du
Triton , fauvé de la 6° ; & vous pourrez
voir , à votre loifir , qu'en fubftituant
certaines autres Notes à celle qui
porte ici la se , ce même Triton pourra
toujours refter fur le même degré , pour
en former l'8 , la 3 * , ou laj 6. Ĵ'aurois
pû y ajouter la 7 ; mais j'ai craint
que la fuppofition qui y régne pour lors ,
ne fervit à vous écarter encore du point
de la queſtion.
e
Il faut plus de fagacité pour critiquer ;
ne voir qu'un côté de l'objet , c'eft prefque
ne rien voir ; & ne pas voir celui
qui a le plus de rapport à la queftion
c'eft le comble de l'aveuglement , & le
prix ordinaire de toutes vos Objec
tions.
à l'Ecrit du fecond , inferé au Mercure
de Juin 1730 .
Q
Uelle difference , Monfieur, de votre
Conférence à votre derniere
Réponse ! Là , vous fappiez jufqu'aux
fondemens de ma Méthode d'Accompa
gnement ; ici , vous convenez qu'elle
fuffit
1946 MERCURE DE FRANCE
fuffit feule , & qu'elle a ce merite au -deffus
de toutes les autres.
On doit affez juger de - là , que vous
ne connoiffiez pas ma Méthode , lorfque
vous l'avez attaquée ; puifqu'à la vûë du
feul Plan que je vous en ai donné , vous
paffez tout d'un coup de la Critique à
Approbation ; car lorfque vous dites
page 1082. Tout confideré , je conclus qu'il
étoit plus à propos de l'enfeigner plus tard ;
cela ne fignifie autre chofe , finon , que
comme la meilleure , vous voulez la garder
pour fuppléer aux autres , qui fuivant
ce que vous ajoutez fix lignes plus
bas , ne fuffifent pas pour perfectionner entierement
, fans quelques explications réſervées
aux Maitres : C'eft à ce coup que
la force de la verité vous a fait parler ;
mais il vous fied mal , après un tel aveu ,
de dire que ma Méthode ne vous a pas
réuffi auprès des Commençans : fi cela
eft , il faut que vous l'ayez expliquée
fans fuivre l'ordre du Plan , qui renferme
feul , j'ofe le dire , l'idée la plus claire
, la plus fimple , & la plus préciſe
qu'on ait jamais donné de l'harmonie ,
qui fournit les moyens de pratique les
plus faciles & les plus courts , qu'aucun
Maître ait jamais employés , & qui par
conféquent doit procurer à toutes fortes
de perfonnes , la connoiffance la plus
par
SEPTEMBRE. 1730. 1947
parfaite , & la poffeffion la plus rapide
de l'Accompagnement.
C'eft envain , Monfieur , que pour ravir
de nouveau à ma Méthode le merite
de fuffire feule , vous affectez de dire
qu'elle eft difficile , & que vous m'accufez
de l'avoir remplie de deffauts dans
fa pratique , deffauts qui forment les
fix Objections écrites dans votre Conférence
; vous ne prenez donc pas garde
que vous n'avez rien prouvé ni répliqué
à cet égard : En ai-je agi de même lorfque
j'ai fait voir le cahos qui régné dans
votre Méthode , ou fi vous voulez , dans
votre maniere d'enfeigner . Vos fix Objections
font tombées dès l'examen que
j'ai fait de votre Conférence , & le Plan
donné les anéantit tellement , qu'on peut
prononcer dès à préfent fur ce fujet
fans attendre l'entiere impreffion de la
Méthode ; ce délai que vous prenez ne
vous difpenfe point d'entrer en preuve ;
fi non , ma Méthode comme vous dites
, fuffit feule , & a ce merite au - deffus
des autres ; je m'en tiens à vos termes.
و
9
A quelle extrêmité n'êtes vous pas
réduit , M. après un tel aveu , lorfque
vous vous efforcez de jetter fur ma Méthode
un foupçon de difficulté les
exemples que vous rapportez à cet égard
con1948
MERCURE DE FRANCE
confiftent en un feul fait que vous ne
fçavez pas bien , & qui prouveroit , tout
au plus , le peu de juftice qu'une perſonne
a rendue à fa propre difpofition ; tandis
qu'elle n'a pu s'empêcher de reconnoître
autentiquement la fuperiorité que
Vous venez vous - même , de garantir.
Qu'entendez - vous d'ailleurs par ces explications,
que vous dites être réfervées
aux Maîtres, pour fuppléer aux deffauts de
leur méthode ? S'ils fe réfervent d'explique
les principes qu'ils nous ont donnés,
à la bonne heure ; mais fi ces principes font
encore peu de chofe , en comparaifon
de ceux dont ils n'ont jamais fait mention
; furquoi tombe leur réſerve , fi ce
n'eft fur ce qu'il y a de plus effentiel ?
Rendez leur plus de juftice , & ne leur
imputez pas , comme je l'ai déja dit ailleurs
, une pareille charlatanerie . Pour
vous , M. vous n'en êtes point fufpe &t ;
vous profeffiez la Baffe fondamentale
avant la découverte ; vous critiquiez , ou
enfeigniez ma Méthode d'Accompagnement
avant que de la connoître : mais il
eft bien étonnant , qu'avec de fi grands
avantages , s'il s'agit de réfoudre une
fimple question , vous ne manquiez jamais
de prendre à gauche ; en voici la
preuve.
Vous venez de développer bien du faux,
ditesSEPTEMBRE
. 1730. 1949
dites-vous , dans mon expofé ( Mercure
de Février 1730 , page 262. ) ne vous
avois- je pas affez averti qu'il y avoit là
un conflit de régles oppofées , & réciproquement
fujettes à de fauffes applications
, pour que vous dûffiez bien prendre
garde à ne pas vous y tromper ? Si
c'eft ainfi que vous avez fait ufage de ma
Méthode , je ne fuis plus furpris de fa
mauvaiſe fortune.
Je n'ai parlé en cet endroit que du
feul intervale compofé de trois tons ,
appellé Triton ; ma comparaifon y roule
fur la maniere , dont il eft dit communément
qu'il fe fauve , où par conféquent
il s'agit de deux differents fonds
d'harmonie , l'un pour le Triton , & l'au
tre pour la 6° ; & vous, pour me relever,
vous y faites toujours fubfifter le même
fond d'harmonie , où le Triton peut fe
changer en 8 , en 6 ° , en 3 ° , & en se
Si la chofe peut s'entendre ainfi , je n'y
ai donc pas tout fpecifié ; & vous deviez
me le reprocher ; car ce Triton peut fe
changer encore en une fuperfluë , &
& en une 7 fuperflue , avec le même fond
d'harmonie : ce que j'aurois dû dire¸ £
j'euffe voulu parler d'un pareil changement
, & c'est ce qu'il falloit examiner
avant que de me faire votre objection.
Suppofons cependant que vous ayez
C bien
1950 MERCURE DE FRANCE
>
3
bien rencontré , ce ne fera encore là
qu'un côté de l'objet ; s'il y en a d'autres
, ils ne devoient pas vous échapper :
or fans vous affujettir davantage au
fond des chofes , ouvrez le livre d'Accompagnement
de l'Organifte renommé
que vous citez , vous y verrez , page
XVII. unTriton particulier, qui refte fur
le même degré , pour former enfuite la
se vous verrez deux accords differens
deux differens fonds d'harmonie dans
cette fucceffion , comme dans celle du
Triton , fauvé de la 6° ; & vous pourrez
voir , à votre loifir , qu'en fubftituant
certaines autres Notes à celle qui
porte ici la se , ce même Triton pourra
toujours refter fur le même degré , pour
en former l'8 , la 3 * , ou laj 6. Ĵ'aurois
pû y ajouter la 7 ; mais j'ai craint
que la fuppofition qui y régne pour lors ,
ne fervit à vous écarter encore du point
de la queſtion.
e
Il faut plus de fagacité pour critiquer ;
ne voir qu'un côté de l'objet , c'eft prefque
ne rien voir ; & ne pas voir celui
qui a le plus de rapport à la queftion
c'eft le comble de l'aveuglement , & le
prix ordinaire de toutes vos Objec
tions.
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Résumé : RÉPLIQUE du premier Musicien à l'Ecrit du second, inseré au Mercure de Juin 1730.
Dans une réplique publiée dans le Mercure de Juin 1730, un premier musicien répond à un second musicien qui avait critiqué sa méthode d'accompagnement. Le premier musicien note que son interlocuteur a d'abord attaqué sa méthode, puis a reconnu son mérite. Il affirme que sa méthode est suffisante en elle-même et supérieure aux autres. Il accuse le second musicien de ne pas avoir suivi le plan de sa méthode, ce qui a conduit à une mauvaise compréhension. Le premier musicien défend sa méthode en la décrivant comme claire, simple et précise, permettant une acquisition rapide et parfaite de l'accompagnement. Il rejette les objections du second, les qualifiant d'infondées et affirmant que le plan de sa méthode les anéantit. Il critique également le second pour avoir jeté un soupçon de difficulté sur sa méthode, alors que celui-ci reconnaît implicitement sa supériorité. Le premier musicien conclut en accusant le second de critiquer sans comprendre pleinement la méthode et de manquer de rigueur dans son analyse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1452
p. 1952-1960
DERNIERE SUITE des Mémoires de M. Capperon, &c. Sur l'Histoire naturelle, l'Histoire Civile & Ecclesiastique du Comté d'Eu.
Début :
Pour ne rien omettre, Monsieur, sur ce qui a raport à la piété dans notre [...]
Mots clefs :
Comté d'Eu, Tombeaux, Artillerie, Église, Armée, Habitants, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DERNIERE SUITE des Mémoires de M. Capperon, &c. Sur l'Histoire naturelle, l'Histoire Civile & Ecclesiastique du Comté d'Eu.
DERNIERE SUITE des Mémoires
de M. Capperon , & c. Sur l'Hiftoire naturelle
, l'Hiftoire Civile & Ecclefiaftique
du Comté d'Eu .
P
*
Our ne rien omettre , Monfieur , fur
ce qui a raport à la piété dans notre
Hiftoire , je ne dois pas , ce me femble ,
oublier une faveur finguliere de la Providence
faite à la ville d'Eu , en la rendant
dépofitaire du Corps de l'Illuftre S. Laurent
, Archevêque de Dublin en Irlande ,
l'an 1181. Ce faint Archevêque paffant
par cette Ville , pour aller joindre le Roy
d'Angleterre , qui étoit en Normandie
Dieu permit qu'il y tomba malade, & qu'il
y mourut le 14 du mois de Novembre.
Six ans après la mort , le Comte d'Eu ;
Henry II. fils du Comte Jean , Religieux
à Foucarmont , dont je viens de parler ,
imitateur de fa piété , en faifant conf-
Voyez les Mercures de Juillet & Aoust ,
$730 truire
SEPTEMBRE . 1730. 1958
truire l'Eglife de Notre -Dame , qui fubfifte
encore aujourd'hui , le tombeau où
repofoit le Corps de ce S.Archevêque fut
ouvert ; il s'y fit , dit- on , tant de miracles
, & les guérifons miraculeufes attirerent
tant de malades à la ville d'Eu
qu'il eft remarqué dans l'original de la
Vie de ce Saint , écrite so ans après fa
mort ,par un Chanoine de l'Abbaye d'Eu ,
chapitre 31. Que quoiqu'on eut abandonné
le Château pour les loger , il ne
fuffifoit pas encore , tant le nombre en
étoit grand.
S Les habitans de la Villè d'Eu , témoins
de toutes ces merveilles , obtinrent après
cinq voïages faits à Rome , que cet illuftre
Saint fût folemnellement canonifé , ce
qui arriva l'onzième jour de Decembre
1226. par une Bulle du Pape Honoré III .
laquelle a cela de fingulier , qu'elle eft la
premiere Bulle de Canonifation où les
Papes aient accordé des Indulgences. Et
ces mêmes Indulgences y font énoncées ,
de la mème maniere qu'on en ufoit dans
les premiers tems , puifque le Pape déclare
qu'il remet vingt jours de la penitence
enjointe à tous ceux qui vifiteront
l'Eglife où le Corps de ce Saint repoſe
foit le jour de fa fête , ou un des jours de
l'octave.
Ceux qui ont tant foit peu de lecture
Ciij fça-
>
1954 MERCURE DE FRANCE
fçavent que les fentimens font fort partagez
fur le tems précis auquel la Poudre
à Čanon a été inventée. Les Hiftoriens
ont auffi fort varié , pour fixer le tems
auquel on a commencé à fe fervir de l'Artillerie.
Grand nombre l'ont placé bien
au deffous de fa veritable époque . Nauclerus
, par exemple , n'en fixe l'uſage
qu'en 1354. Baronius en 1360. d'autres
en 1380. Moreri dit pofitivement qu'avant
l'an 1425. l'Artillerie étoit incon
nuë en France. Mais felon Furetiere dans
fon Dictionaire , M. du Cange eft le premier
qui a découvert dans la Chambre
des Comptes de Paris , qu'on fe fervoit
en France de l'Artillerie dès l'an 1338.
Comme en effet , on y voit un compte
de cette même année , où il eft parlé de
la dépenſe faite pour la Poudre neceſſaire
aux Canons , qui furent employez devant
Puy- Guillaume , Château en Auvergne.
J'efpere qu'on trouvera bon , qu'à ce
titre , lequel jufqu'à preſent , comme je
crois , a paru unique , pour fixer ce point
d'hiftoire , j'en ajoute un autre , tiré des
Archives de notre Hôtel de Ville , qui en
confirme la verité. Il fe trouve dans un
ancien Livre en velin , où font infcrits par
années les noms des Maires & Echevins
depuis l'an 1272. On le nomme le Livre
rouge
SEPTEMBRE. 1730. 1955
rouge , lequel eft en deux volumes . Com
me on a eu foin d'écrire auffi dans ce Livre
ce qui s'eft paffé de plus confiderable
pendant l'adminiftration de chaque Maire
, on lit , volume premier , page 97. le
détail d'une defcente que les Anglois firent
à Tréport , au mois de Mai 1340.de
quelle maniere ils furent heureuſement
repouffez. On y fait obſerver que l'Artil
lerie dont on fe fervit dans cette occafion
y contribua beaucoup ; qu'on en faifoit
alors un fi grand cas , à caufe de la nouveauté
, que celui qui a décrit cette defcente
, remarque comme un grand bonheur
, qu'elle ne fut aucunement endommagée.
Cette ancienne Artillerie fe voit encore
aujourd'hui à Eu , & confifte en deux
groffes Boëtes de fer , qu'on chargeoit
alors de Cailloux ronds , au lieu de Boulets
de fer , comme on en ufoit encore en
1354. même pour les Moufquets , au rapport
de Mezerai , qui dit que ce fut dans
ce temps-là qu'on commença à s'en fervir
dans la guerre d'Italie ; lefquels Moufquets
étoient , dit- il , fi gros , qu'il falloit
deux hommes pour les porter , & on
ne les tiroit que pofez fur deux pieux en
fourchettes. Paffons à un autre fujet.
Le Tombeau fimbolique du Comte
d'Eu , Philippe d'Artois , Connétable de
C iiij France
1956 MERCURE DE FRANCE
France , qui eft dans l'Eglife de Notre-
Dame d'Eu , me paroît meriter qu'on
y faffe attention à caufe de fa fingularité.
Ce qui le diftingue des autres Tombeaux
'de la même Maifon d'Artois qui reſtent
'dans cette Eglife , confifte en ce qu'il eſt
le feul qui foit , non pas fimplement entouré
d'une grille de fer , pour empêcher
qu'on n'en approche , ainfi qu'on en voit
plufieurs autres ; mais en ce qu'il eft enfermé
comme dans une efpece de cage ,
la grille en étant fi proche , qu'on peut
le toucher comme on veut ; ce qui paroît
' d'autant plus myfterieux, que ce tombeau
n'a rien qui exige d'être plus précieufement
confervé que les autres. D'ailleurs ,
Paffectation qu'ont eu ceux qui ont travaillé
ces tombeaux , de pofer des figures
de petits chiens aux pieds de tous ceux
& celles qui y font reprefentez , donne
tout lieu de croire qu'il y avoit en tout
cela quelque chofe de caché.
En effet , c'eft une choſe certaine , que
dans le tems où ces Tombeaux ont été
faits , l'ufage étoit de donner à ceux dont
on voyoit les Repréſentations , certains
ornemens qui défignoient comment ils
étoient morts. Olivier de la Marche , dit
pofitivement dans l'Hiftoire qu'il a compofée
, au rapport de Gui Coquille , dans
fon Hiftoire du Nivernois , que ces petits
chiens
SEPTEMBRE. 1730. 1957
chiens qu'on mettoit alors aux pieds des
perfonnes reprefentées fur les Tombeaux,
fignifioient qu'elles étoient mortes dans
leur lit.Que fi c'étoient des Seigneurs qui
fuffent morts dans un combat , on les reprefentoit
armez de toutes pieces ; au
lieu que s'ils étoient morts , non dans un
Combat , mais ou de bleſſures , ou de maladies
, ou d'autres accidens de Guerre ,
on les reprefentoit également armez de
Cuiraffe , mais n'ayant ni le Cafque en
tête , ni les Gantelets aux mains .
Telle eft juftement , Monfieur , la maniere
dont Philippe d'Artois eft reprefen
té en Marbre fur fon Tombeau , car ce
Seigneur ayant eu le malheur d'être fait
prifonnier par les Turcs , l'an 1396. à la
fameufe bataille de Nicopolis, & de mourir
peu de temps après dans fa prifon ; cela
qui donna lieu pour marquer le genre
de fa mort , de le reprefenter armé , mais
fans Cafque à la tête , & fans Gantelets
aux mains , ayant deux petits chiens à
fes pieds , & d'ajouter une grille qui le
couvre dans fon Tombeau , à celle qui
environne ce même Tombeau, pour mieux
marquer qu'il étoit mort en prifon. Il ne
fera inutile de remarquer que par le
compte que j'ai vu de Roger de Malderée
, alors Receveur du Comté d'Eu , ce
Tombeau où eft la figure de Philippe
Су d'Artois
pas
1958 MERCURE DE FRANCE
d'Artois , de Marbre blanc , de grandeur
naturelle , pofée fur une Table de Marbre
noir , élevée fur le Tombeau , & la double
grille de fer qui l'enferme , n'ont couté
que cent livres , tant l'argent étoit rare
en ce temps - là.
Voicy un autre fait , lequel pour fa fingularité
mérite de trouver icy fa place.
C'eft Monftrelet qui le raporte ' en fon
Hiftoire , volume 1. chap. 125. Cet Hiſtorien
dit que le Roy d'Angleterre Henry
V. s'étant brouillé avec la France , il entra
dans ce Royaume par l'embouchure
de la Seine , le 13. Aouft 1415. avec une
Armée compofée de fix mille hommes
d'Armes , & de 24 mille Archers , d'où
il fe mit en marche , bien réfolu de ravager
tout le Païs qui étoit le long de la côte
jufqu'à Calais. Comme la Ville d'Eu étoit
fur la route , il comptoit bien de l'emporter
d'emblée , & d'en abandonner le pillage
à fes Troupes . Mais il n'en fut pas
ainfi ; car le Comte d'Eu , Charles d'Artois
, s'étant jetté dans cette Place pour la
défendre comme fon propre bien , il ne
tarda pas à lui faire connoître que la chofe
ne lui feroit pas auffi facile qu'il fe l'étoit
promis .
En effet , à peine le Comte d'Eu eut il
reçu avis , que les Coureurs de l'Armée
s'avançoient , qu'il fit faire fur eux une
vigouSEPTEMBRE.
1730. 1959
vigoureuſe fortie.L'attaque fut tres - rude
& ce fut là que fe paffa l'action fingulie
re dont je veux parler. Sçavoir , que dans
le tems que les habitans de la Ville d'Eu
chargeoient rudement les Anglois , un de
fes habitans , nommé Lamelot- Pierre, eut
le malheur de recevoir de la main d'un
Anglois un coup de Lance , qui lui perça
le ventre de part en part; mais ce qui doit
furprendre , c'eft que ce particulier , loin
de perdre toute prefence d'efprit & tout
courage par un coup fi terrible , prenant
la Lance d'une main & fe l'enfonçant
dans le ventre , s'avança toujours jufqu'à
ce qu'il fut à portée de tuer de fon Epée
qu'il tenoit de l'autre main , celui qui lui
avoit donné le coup mortel , & le fit ainfi
expirer en même - temps que lui .
Ce premier effai de valeur que donnerent
ceux qui étoient réfolus à bien défendre
la Ville , n'empêcha pas l'armée
Angloife d'en faire le Siége ; mais les Anglois
y trouvant plus de réfiftance qu'ils
n'avoient efperé , ſçachant d'ailleurs que
l'armée que le Roy de France avoit formée
en peu de temps , s'avançoit pour
les combattre , ils leverent le Siége le troifiéme
jour d'Octobre , & pafferent en Picardie
, où ayant été joints par l'armée
Françoife , le combat fe donna proche
d'Azincourt , dans le Comté de S. Paul.
C vj Je
1960 MERCURE DE FRANCE
Je n'en rapporterai qu'une feule circon-
"ftance fort finguliere , que j'ai tirée de la
Bibliotheque ancienne & nouvelle de le
Clerc , tom . 1. fçavoir , que la plufpart des
Soldats Anglois fe trouvant alors attaquez
d'une violente Diffenterie , ils n'héfiterent
pas , avant le Combat , de fe mettre
à nud de la ceinture en bas , pour évi
ter que de preffans befoins ne vinffent à
les troubler pendant la mêlée , ce qui n'empêcha
pas qu'ils ne remportaffent une entiere
victoire.
Je pourrois raporter un plus grand nombre
de faits ,non moins finguliers que ceux
dont je viens de vous entretenir ; mais
pour éviter une longueur qui pourroit
devenir ennuyeuſe , vous me permettrez
de faire icy Alte, & de reprendre un peu
halene. Je fuis toujours , Monfieur , votre
, &c.
A Eu , ce 1 May 1730.
de M. Capperon , & c. Sur l'Hiftoire naturelle
, l'Hiftoire Civile & Ecclefiaftique
du Comté d'Eu .
P
*
Our ne rien omettre , Monfieur , fur
ce qui a raport à la piété dans notre
Hiftoire , je ne dois pas , ce me femble ,
oublier une faveur finguliere de la Providence
faite à la ville d'Eu , en la rendant
dépofitaire du Corps de l'Illuftre S. Laurent
, Archevêque de Dublin en Irlande ,
l'an 1181. Ce faint Archevêque paffant
par cette Ville , pour aller joindre le Roy
d'Angleterre , qui étoit en Normandie
Dieu permit qu'il y tomba malade, & qu'il
y mourut le 14 du mois de Novembre.
Six ans après la mort , le Comte d'Eu ;
Henry II. fils du Comte Jean , Religieux
à Foucarmont , dont je viens de parler ,
imitateur de fa piété , en faifant conf-
Voyez les Mercures de Juillet & Aoust ,
$730 truire
SEPTEMBRE . 1730. 1958
truire l'Eglife de Notre -Dame , qui fubfifte
encore aujourd'hui , le tombeau où
repofoit le Corps de ce S.Archevêque fut
ouvert ; il s'y fit , dit- on , tant de miracles
, & les guérifons miraculeufes attirerent
tant de malades à la ville d'Eu
qu'il eft remarqué dans l'original de la
Vie de ce Saint , écrite so ans après fa
mort ,par un Chanoine de l'Abbaye d'Eu ,
chapitre 31. Que quoiqu'on eut abandonné
le Château pour les loger , il ne
fuffifoit pas encore , tant le nombre en
étoit grand.
S Les habitans de la Villè d'Eu , témoins
de toutes ces merveilles , obtinrent après
cinq voïages faits à Rome , que cet illuftre
Saint fût folemnellement canonifé , ce
qui arriva l'onzième jour de Decembre
1226. par une Bulle du Pape Honoré III .
laquelle a cela de fingulier , qu'elle eft la
premiere Bulle de Canonifation où les
Papes aient accordé des Indulgences. Et
ces mêmes Indulgences y font énoncées ,
de la mème maniere qu'on en ufoit dans
les premiers tems , puifque le Pape déclare
qu'il remet vingt jours de la penitence
enjointe à tous ceux qui vifiteront
l'Eglife où le Corps de ce Saint repoſe
foit le jour de fa fête , ou un des jours de
l'octave.
Ceux qui ont tant foit peu de lecture
Ciij fça-
>
1954 MERCURE DE FRANCE
fçavent que les fentimens font fort partagez
fur le tems précis auquel la Poudre
à Čanon a été inventée. Les Hiftoriens
ont auffi fort varié , pour fixer le tems
auquel on a commencé à fe fervir de l'Artillerie.
Grand nombre l'ont placé bien
au deffous de fa veritable époque . Nauclerus
, par exemple , n'en fixe l'uſage
qu'en 1354. Baronius en 1360. d'autres
en 1380. Moreri dit pofitivement qu'avant
l'an 1425. l'Artillerie étoit incon
nuë en France. Mais felon Furetiere dans
fon Dictionaire , M. du Cange eft le premier
qui a découvert dans la Chambre
des Comptes de Paris , qu'on fe fervoit
en France de l'Artillerie dès l'an 1338.
Comme en effet , on y voit un compte
de cette même année , où il eft parlé de
la dépenſe faite pour la Poudre neceſſaire
aux Canons , qui furent employez devant
Puy- Guillaume , Château en Auvergne.
J'efpere qu'on trouvera bon , qu'à ce
titre , lequel jufqu'à preſent , comme je
crois , a paru unique , pour fixer ce point
d'hiftoire , j'en ajoute un autre , tiré des
Archives de notre Hôtel de Ville , qui en
confirme la verité. Il fe trouve dans un
ancien Livre en velin , où font infcrits par
années les noms des Maires & Echevins
depuis l'an 1272. On le nomme le Livre
rouge
SEPTEMBRE. 1730. 1955
rouge , lequel eft en deux volumes . Com
me on a eu foin d'écrire auffi dans ce Livre
ce qui s'eft paffé de plus confiderable
pendant l'adminiftration de chaque Maire
, on lit , volume premier , page 97. le
détail d'une defcente que les Anglois firent
à Tréport , au mois de Mai 1340.de
quelle maniere ils furent heureuſement
repouffez. On y fait obſerver que l'Artil
lerie dont on fe fervit dans cette occafion
y contribua beaucoup ; qu'on en faifoit
alors un fi grand cas , à caufe de la nouveauté
, que celui qui a décrit cette defcente
, remarque comme un grand bonheur
, qu'elle ne fut aucunement endommagée.
Cette ancienne Artillerie fe voit encore
aujourd'hui à Eu , & confifte en deux
groffes Boëtes de fer , qu'on chargeoit
alors de Cailloux ronds , au lieu de Boulets
de fer , comme on en ufoit encore en
1354. même pour les Moufquets , au rapport
de Mezerai , qui dit que ce fut dans
ce temps-là qu'on commença à s'en fervir
dans la guerre d'Italie ; lefquels Moufquets
étoient , dit- il , fi gros , qu'il falloit
deux hommes pour les porter , & on
ne les tiroit que pofez fur deux pieux en
fourchettes. Paffons à un autre fujet.
Le Tombeau fimbolique du Comte
d'Eu , Philippe d'Artois , Connétable de
C iiij France
1956 MERCURE DE FRANCE
France , qui eft dans l'Eglife de Notre-
Dame d'Eu , me paroît meriter qu'on
y faffe attention à caufe de fa fingularité.
Ce qui le diftingue des autres Tombeaux
'de la même Maifon d'Artois qui reſtent
'dans cette Eglife , confifte en ce qu'il eſt
le feul qui foit , non pas fimplement entouré
d'une grille de fer , pour empêcher
qu'on n'en approche , ainfi qu'on en voit
plufieurs autres ; mais en ce qu'il eft enfermé
comme dans une efpece de cage ,
la grille en étant fi proche , qu'on peut
le toucher comme on veut ; ce qui paroît
' d'autant plus myfterieux, que ce tombeau
n'a rien qui exige d'être plus précieufement
confervé que les autres. D'ailleurs ,
Paffectation qu'ont eu ceux qui ont travaillé
ces tombeaux , de pofer des figures
de petits chiens aux pieds de tous ceux
& celles qui y font reprefentez , donne
tout lieu de croire qu'il y avoit en tout
cela quelque chofe de caché.
En effet , c'eft une choſe certaine , que
dans le tems où ces Tombeaux ont été
faits , l'ufage étoit de donner à ceux dont
on voyoit les Repréſentations , certains
ornemens qui défignoient comment ils
étoient morts. Olivier de la Marche , dit
pofitivement dans l'Hiftoire qu'il a compofée
, au rapport de Gui Coquille , dans
fon Hiftoire du Nivernois , que ces petits
chiens
SEPTEMBRE. 1730. 1957
chiens qu'on mettoit alors aux pieds des
perfonnes reprefentées fur les Tombeaux,
fignifioient qu'elles étoient mortes dans
leur lit.Que fi c'étoient des Seigneurs qui
fuffent morts dans un combat , on les reprefentoit
armez de toutes pieces ; au
lieu que s'ils étoient morts , non dans un
Combat , mais ou de bleſſures , ou de maladies
, ou d'autres accidens de Guerre ,
on les reprefentoit également armez de
Cuiraffe , mais n'ayant ni le Cafque en
tête , ni les Gantelets aux mains .
Telle eft juftement , Monfieur , la maniere
dont Philippe d'Artois eft reprefen
té en Marbre fur fon Tombeau , car ce
Seigneur ayant eu le malheur d'être fait
prifonnier par les Turcs , l'an 1396. à la
fameufe bataille de Nicopolis, & de mourir
peu de temps après dans fa prifon ; cela
qui donna lieu pour marquer le genre
de fa mort , de le reprefenter armé , mais
fans Cafque à la tête , & fans Gantelets
aux mains , ayant deux petits chiens à
fes pieds , & d'ajouter une grille qui le
couvre dans fon Tombeau , à celle qui
environne ce même Tombeau, pour mieux
marquer qu'il étoit mort en prifon. Il ne
fera inutile de remarquer que par le
compte que j'ai vu de Roger de Malderée
, alors Receveur du Comté d'Eu , ce
Tombeau où eft la figure de Philippe
Су d'Artois
pas
1958 MERCURE DE FRANCE
d'Artois , de Marbre blanc , de grandeur
naturelle , pofée fur une Table de Marbre
noir , élevée fur le Tombeau , & la double
grille de fer qui l'enferme , n'ont couté
que cent livres , tant l'argent étoit rare
en ce temps - là.
Voicy un autre fait , lequel pour fa fingularité
mérite de trouver icy fa place.
C'eft Monftrelet qui le raporte ' en fon
Hiftoire , volume 1. chap. 125. Cet Hiſtorien
dit que le Roy d'Angleterre Henry
V. s'étant brouillé avec la France , il entra
dans ce Royaume par l'embouchure
de la Seine , le 13. Aouft 1415. avec une
Armée compofée de fix mille hommes
d'Armes , & de 24 mille Archers , d'où
il fe mit en marche , bien réfolu de ravager
tout le Païs qui étoit le long de la côte
jufqu'à Calais. Comme la Ville d'Eu étoit
fur la route , il comptoit bien de l'emporter
d'emblée , & d'en abandonner le pillage
à fes Troupes . Mais il n'en fut pas
ainfi ; car le Comte d'Eu , Charles d'Artois
, s'étant jetté dans cette Place pour la
défendre comme fon propre bien , il ne
tarda pas à lui faire connoître que la chofe
ne lui feroit pas auffi facile qu'il fe l'étoit
promis .
En effet , à peine le Comte d'Eu eut il
reçu avis , que les Coureurs de l'Armée
s'avançoient , qu'il fit faire fur eux une
vigouSEPTEMBRE.
1730. 1959
vigoureuſe fortie.L'attaque fut tres - rude
& ce fut là que fe paffa l'action fingulie
re dont je veux parler. Sçavoir , que dans
le tems que les habitans de la Ville d'Eu
chargeoient rudement les Anglois , un de
fes habitans , nommé Lamelot- Pierre, eut
le malheur de recevoir de la main d'un
Anglois un coup de Lance , qui lui perça
le ventre de part en part; mais ce qui doit
furprendre , c'eft que ce particulier , loin
de perdre toute prefence d'efprit & tout
courage par un coup fi terrible , prenant
la Lance d'une main & fe l'enfonçant
dans le ventre , s'avança toujours jufqu'à
ce qu'il fut à portée de tuer de fon Epée
qu'il tenoit de l'autre main , celui qui lui
avoit donné le coup mortel , & le fit ainfi
expirer en même - temps que lui .
Ce premier effai de valeur que donnerent
ceux qui étoient réfolus à bien défendre
la Ville , n'empêcha pas l'armée
Angloife d'en faire le Siége ; mais les Anglois
y trouvant plus de réfiftance qu'ils
n'avoient efperé , ſçachant d'ailleurs que
l'armée que le Roy de France avoit formée
en peu de temps , s'avançoit pour
les combattre , ils leverent le Siége le troifiéme
jour d'Octobre , & pafferent en Picardie
, où ayant été joints par l'armée
Françoife , le combat fe donna proche
d'Azincourt , dans le Comté de S. Paul.
C vj Je
1960 MERCURE DE FRANCE
Je n'en rapporterai qu'une feule circon-
"ftance fort finguliere , que j'ai tirée de la
Bibliotheque ancienne & nouvelle de le
Clerc , tom . 1. fçavoir , que la plufpart des
Soldats Anglois fe trouvant alors attaquez
d'une violente Diffenterie , ils n'héfiterent
pas , avant le Combat , de fe mettre
à nud de la ceinture en bas , pour évi
ter que de preffans befoins ne vinffent à
les troubler pendant la mêlée , ce qui n'empêcha
pas qu'ils ne remportaffent une entiere
victoire.
Je pourrois raporter un plus grand nombre
de faits ,non moins finguliers que ceux
dont je viens de vous entretenir ; mais
pour éviter une longueur qui pourroit
devenir ennuyeuſe , vous me permettrez
de faire icy Alte, & de reprendre un peu
halene. Je fuis toujours , Monfieur , votre
, &c.
A Eu , ce 1 May 1730.
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Résumé : DERNIERE SUITE des Mémoires de M. Capperon, &c. Sur l'Histoire naturelle, l'Histoire Civile & Ecclesiastique du Comté d'Eu.
Le texte extrait des mémoires de M. Capperon relate divers événements historiques du comté d'Eu. En 1181, la ville d'Eu bénéficia d'une faveur divine avec la mort de l'archevêque Laurent de Dublin, qui tomba malade et décéda sur place. Six ans plus tard, le comte d'Eu fit construire une église pour abriter le tombeau de l'archevêque, où des miracles se produisirent, attirant de nombreux malades. En 1226, après cinq voyages à Rome, l'archevêque fut canonisé par le pape Honoré III, marquant la première bulle de canonisation accordant des indulgences. Le texte aborde également l'histoire de l'artillerie. Plusieurs historiens ont proposé des dates variées pour l'invention de la poudre à canon, mais des archives de la Chambre des Comptes de Paris et de l'Hôtel de Ville d'Eu confirment son usage dès 1338. En 1340, l'artillerie fut utilisée pour repousser une descente anglaise à Tréport. Le tombeau du comte Philippe d'Artois, connétable de France, est décrit comme singulier en raison de sa double grille de fer. Les petits chiens représentés sur les tombeaux indiquaient que la personne était morte dans son lit. Philippe d'Artois, capturé et mort en prison après la bataille de Nicopolis en 1396, est représenté sans casque ni gantelets, symbolisant sa mort en captivité. Enfin, le texte mentionne l'attaque de la ville d'Eu par le roi Henri V d'Angleterre en 1415. Un habitant, Lamelot-Pierre, blessé par une lance, tua son agresseur avant de succomber. Malgré cette résistance, les Anglais levèrent le siège et affrontèrent l'armée française près d'Azincourt.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1453
p. 1962-1967
ÉLOGE du R. P. du Cerceau de la Compagnie de Jesus.
Début :
Le Pere Jean Antoine du Cerceau est mort subitement à Veret, le quatréme [...]
Mots clefs :
Histoire, Ouvrage, Compagnie de Jésus, Recueil, Jean-Antoine du Cerceau, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉLOGE du R. P. du Cerceau de la Compagnie de Jesus.
ELOGE du R. P. du Cerceau de la
Compagnie de Jefus.
L
E Pere Jean Antoine du Cerceau eft
mort fubitement à Veret , le quatriéme
de Juillet de cette année , âgé d'environ
60, ans. Il éroit né à Paris , l'an 1670 .
& il étoit né Poëte. Il fe diftingua de
bonne heure dans la Compagnie de Jefus
où Dieu l'avoit appellé , par des Poëmes
dont les Connoiffeurs admirerent la Verfification
& la Latinité. Les fujets de ces
Poëmes font les Poules , les Papillons , Baltazar
& l'Enfant Prodigue , Piéce de Thea
tre qu'il a traduite en Vers François , &
qui
SEPTEMBRE . 1730. 1963
qui repréſentée plufieurs fois , a toujours
fait répandre beaucoup de larmes . On a
un Recueil de fes Vers Latins.
,
Il quitta bientôt les Mufes Latines trop
férieufes ingrat à leurs bienfaits , il fe
livra entierement à fon génie qui le portoit
à une Poëfie familiere , fans baffeffe
naïve avec efprit , negligée en apparence,
& travaillée en effet , délicate & piquante
, qui retient quelques termes anciens
de Marot , & qui copie plus exactement
fa maniere de penfer que fon langage.
Le P. du Cerceau étoit original en ce
genre d'écrire ; le Recueil de fes Ouvrages
a été imprimé plufieurs fois chez
Etienne , fans nom d'Auteur ; on y apprend
que les Mufes badines lui atirerent
d'affez grands chagrins . Ses Poëfies ne font
pas les feuls fruits d'un génie heureux ;
les Lettres d'un Abbé à Eudoxe fur l'Apologie
des Provinciales ; deux petites Satyres,
où regne la meilleure plaifanterie , & la
Critique de l'Hiftoire des Flagellan's , écrite
en Latin par l'Abbé Boileau , prouvent
que fa Profe avoit toute la vivacité &
toute la fineffe de fes Vers.
Le P. du Cerceau n'étoit pas borné à
cette efpece d'Ouvrage , dont la délicateffe
fait tout le prix ; il s'élevoit quand
il vouloit en prendre la peine. L'Oraifon
du Dauphin prononcée à Bourges , & imprimée
1964 MERCURE DE FRANCE
primée , ne laiffe pas douter qu'il n'eut
tenu un rang parmi les Orateurs , fi l'éloquence
avoit eu pour lui les attraits de la
Poëfie.
Son efprit étoit de ces efprits faciles
qui prennent aifément toutes les formes .
Sa Compagnie s'eft fervie de fa plume
contre l'étonnante calomnie de Breft , fi
temerairement entrepriſe , fi pleinement
découverte & fi folemnellement jugée.
Les Factums font de lui.
Engagé par quelques circonftances à
donner l'Hiftoire de la derniere Révolution
de Perfe fur d'excellens Mémoires ; cẹt
Ouvrage achevé en peu de tems fait regreter
qu'il n'ait donné au Public que cette
Hiftoire.
,
Ceux entre les mains defquels fes papiers
font tombés pourroient rendre public
un Ouvrage auquel il ne manque
que cinq ou fix pages ; c'eft l'Hiftoire de
Nicolo Gabrins , fils d'une Lavandiere
qui entreprit l'an 1447. de rétablir la République
Romaine. Cet évenement peu
connu , joint les agréables furprifes du
Roman à la verité de l'Hiftoire , on s'étonnera
qu'il n'ait pas mis la derniere
. main à un Ouvrage prefque fini 25. ans
avant fa mort , ceux qui s'en étonneront
n'ont pas connu le Pere du Cerceau ; fon
eſprit lui a rendu de grands fervices , par
recon
J
SEPTEMBRE . 1730. 1965
reconnoiffance il ne le contraignoit pas ,
il en fuivoit avec trop de complaifance
les mouvemens les moins reglés ; combien
d'ouvrages a t'il commencés tandis
qu'une certaine impetuofité d'imagination
duroit , il les pouffoit avec vigueur , il y
employoit les jours & les nuits ; dès que
cette imagination un peu capricieuſe fe
refroidiffoit , il les abandonnoit & les
oublioit entierement. La lifte de fes Ouvrages
commencés feroit longue ; on y
verroit des Commentaires François fur
Horace , fur les Lettres de Pline , fur les
Dialogues de Ciceron de la Nature des
Dieux , aucun des trois n'a paffé quelques
cayers . Il a pouffé plus loin des Ouvrages
d'un moindre projet , entr'autres un
Effai fur le caractere du ftile Poëtique & un
Traité de la Perspective . On n'auroit pas
dû attendre un Traité de Mathematique
d'un homme que les Belles Lettres ont
occupé toute la vie ; mais , je l'ai déja dit,
fon efprit prenoit toutes les formes . Divers
Extraits qu'on lit dans les Mémoires
de Trévoux , aufquels il a travaillé plufieurs
années , en differens tems , prouvent
que les recherches les plus épineufes
ne l'effrayoient pas , & qu'il en foûtenoit
la peine , pourvû qu'il ne fallut pas la
foûtenir long tems. Engagé fur la fin de
fa vie à défendre une explication d'Horacc
1966 MERCURE DE FRANCE
race qu'il avoit fuggerée au P. Sanadon
il est entré dans ce que l'ancienne Mufique
a de plus profond , & de plus inacceffible
; il y a porté la lumiere , & repouffé
les attaques d'un fçavant Adverfaire
avec tant de force que la victoire eft
encore douteuſe ; il aimoit la Mufique ,
jufqu'à la pratiquer , & il a compofé plufieurs
Airs.
La plupart des Pièces que les Penfionnaires
du College de Louis le Grand
jouënt chaque année font de lui ; ils ont
repréfenté plus d'une fois avec un fuccès
conftant Lefaux Duc de Bourgogne , Efope
au College , l'Ecole des Peres , le Point
d'honneur & les Confins. Le fort du
Philofophe à la mode , du Riche imaginaire
& d'Euloge a été moins heureux. Le
Pere du Cerceau cheififfoit bien fon fujet;
il peignoit à merveille le ridicule ; fes caracteres
étoient foutenus ; fon Comique
n'étoit jamais plat ; mais il ſe laiffoit preffer
; il croquoit quelquefois fes Tableaux
& fa Verfification fe fentoit trop de la
précipitation de fon travail ; il auroit
égalé les meilleurs Comiques s'il avoit pû
retoucher fes Piéces , fon génie un peu
trop libertin ne le lui permettoit pas . Les
qualités de fon coeur le rendoient encore
plus eſtimable que la beauté de fon efprit;
il étoit d'un commerce doux & aifé , fans
ambi.
SEPTEMBRE . 1730. 1967
ambition & incapable d'envie. On le
voyoit avec plaifir dans le grand monde ,
& il ne le cherchoit pas : eftimé dans fon
Corps dont il rempliffoit les devoirs fans
oftentation. Les larmes du Prince de Conti
fon Eleve , font l'éloge & de l'illuftre Dif
ciple & du Maître.
Compagnie de Jefus.
L
E Pere Jean Antoine du Cerceau eft
mort fubitement à Veret , le quatriéme
de Juillet de cette année , âgé d'environ
60, ans. Il éroit né à Paris , l'an 1670 .
& il étoit né Poëte. Il fe diftingua de
bonne heure dans la Compagnie de Jefus
où Dieu l'avoit appellé , par des Poëmes
dont les Connoiffeurs admirerent la Verfification
& la Latinité. Les fujets de ces
Poëmes font les Poules , les Papillons , Baltazar
& l'Enfant Prodigue , Piéce de Thea
tre qu'il a traduite en Vers François , &
qui
SEPTEMBRE . 1730. 1963
qui repréſentée plufieurs fois , a toujours
fait répandre beaucoup de larmes . On a
un Recueil de fes Vers Latins.
,
Il quitta bientôt les Mufes Latines trop
férieufes ingrat à leurs bienfaits , il fe
livra entierement à fon génie qui le portoit
à une Poëfie familiere , fans baffeffe
naïve avec efprit , negligée en apparence,
& travaillée en effet , délicate & piquante
, qui retient quelques termes anciens
de Marot , & qui copie plus exactement
fa maniere de penfer que fon langage.
Le P. du Cerceau étoit original en ce
genre d'écrire ; le Recueil de fes Ouvrages
a été imprimé plufieurs fois chez
Etienne , fans nom d'Auteur ; on y apprend
que les Mufes badines lui atirerent
d'affez grands chagrins . Ses Poëfies ne font
pas les feuls fruits d'un génie heureux ;
les Lettres d'un Abbé à Eudoxe fur l'Apologie
des Provinciales ; deux petites Satyres,
où regne la meilleure plaifanterie , & la
Critique de l'Hiftoire des Flagellan's , écrite
en Latin par l'Abbé Boileau , prouvent
que fa Profe avoit toute la vivacité &
toute la fineffe de fes Vers.
Le P. du Cerceau n'étoit pas borné à
cette efpece d'Ouvrage , dont la délicateffe
fait tout le prix ; il s'élevoit quand
il vouloit en prendre la peine. L'Oraifon
du Dauphin prononcée à Bourges , & imprimée
1964 MERCURE DE FRANCE
primée , ne laiffe pas douter qu'il n'eut
tenu un rang parmi les Orateurs , fi l'éloquence
avoit eu pour lui les attraits de la
Poëfie.
Son efprit étoit de ces efprits faciles
qui prennent aifément toutes les formes .
Sa Compagnie s'eft fervie de fa plume
contre l'étonnante calomnie de Breft , fi
temerairement entrepriſe , fi pleinement
découverte & fi folemnellement jugée.
Les Factums font de lui.
Engagé par quelques circonftances à
donner l'Hiftoire de la derniere Révolution
de Perfe fur d'excellens Mémoires ; cẹt
Ouvrage achevé en peu de tems fait regreter
qu'il n'ait donné au Public que cette
Hiftoire.
,
Ceux entre les mains defquels fes papiers
font tombés pourroient rendre public
un Ouvrage auquel il ne manque
que cinq ou fix pages ; c'eft l'Hiftoire de
Nicolo Gabrins , fils d'une Lavandiere
qui entreprit l'an 1447. de rétablir la République
Romaine. Cet évenement peu
connu , joint les agréables furprifes du
Roman à la verité de l'Hiftoire , on s'étonnera
qu'il n'ait pas mis la derniere
. main à un Ouvrage prefque fini 25. ans
avant fa mort , ceux qui s'en étonneront
n'ont pas connu le Pere du Cerceau ; fon
eſprit lui a rendu de grands fervices , par
recon
J
SEPTEMBRE . 1730. 1965
reconnoiffance il ne le contraignoit pas ,
il en fuivoit avec trop de complaifance
les mouvemens les moins reglés ; combien
d'ouvrages a t'il commencés tandis
qu'une certaine impetuofité d'imagination
duroit , il les pouffoit avec vigueur , il y
employoit les jours & les nuits ; dès que
cette imagination un peu capricieuſe fe
refroidiffoit , il les abandonnoit & les
oublioit entierement. La lifte de fes Ouvrages
commencés feroit longue ; on y
verroit des Commentaires François fur
Horace , fur les Lettres de Pline , fur les
Dialogues de Ciceron de la Nature des
Dieux , aucun des trois n'a paffé quelques
cayers . Il a pouffé plus loin des Ouvrages
d'un moindre projet , entr'autres un
Effai fur le caractere du ftile Poëtique & un
Traité de la Perspective . On n'auroit pas
dû attendre un Traité de Mathematique
d'un homme que les Belles Lettres ont
occupé toute la vie ; mais , je l'ai déja dit,
fon efprit prenoit toutes les formes . Divers
Extraits qu'on lit dans les Mémoires
de Trévoux , aufquels il a travaillé plufieurs
années , en differens tems , prouvent
que les recherches les plus épineufes
ne l'effrayoient pas , & qu'il en foûtenoit
la peine , pourvû qu'il ne fallut pas la
foûtenir long tems. Engagé fur la fin de
fa vie à défendre une explication d'Horacc
1966 MERCURE DE FRANCE
race qu'il avoit fuggerée au P. Sanadon
il est entré dans ce que l'ancienne Mufique
a de plus profond , & de plus inacceffible
; il y a porté la lumiere , & repouffé
les attaques d'un fçavant Adverfaire
avec tant de force que la victoire eft
encore douteuſe ; il aimoit la Mufique ,
jufqu'à la pratiquer , & il a compofé plufieurs
Airs.
La plupart des Pièces que les Penfionnaires
du College de Louis le Grand
jouënt chaque année font de lui ; ils ont
repréfenté plus d'une fois avec un fuccès
conftant Lefaux Duc de Bourgogne , Efope
au College , l'Ecole des Peres , le Point
d'honneur & les Confins. Le fort du
Philofophe à la mode , du Riche imaginaire
& d'Euloge a été moins heureux. Le
Pere du Cerceau cheififfoit bien fon fujet;
il peignoit à merveille le ridicule ; fes caracteres
étoient foutenus ; fon Comique
n'étoit jamais plat ; mais il ſe laiffoit preffer
; il croquoit quelquefois fes Tableaux
& fa Verfification fe fentoit trop de la
précipitation de fon travail ; il auroit
égalé les meilleurs Comiques s'il avoit pû
retoucher fes Piéces , fon génie un peu
trop libertin ne le lui permettoit pas . Les
qualités de fon coeur le rendoient encore
plus eſtimable que la beauté de fon efprit;
il étoit d'un commerce doux & aifé , fans
ambi.
SEPTEMBRE . 1730. 1967
ambition & incapable d'envie. On le
voyoit avec plaifir dans le grand monde ,
& il ne le cherchoit pas : eftimé dans fon
Corps dont il rempliffoit les devoirs fans
oftentation. Les larmes du Prince de Conti
fon Eleve , font l'éloge & de l'illuftre Dif
ciple & du Maître.
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Résumé : ÉLOGE du R. P. du Cerceau de la Compagnie de Jesus.
Le Père Jean Antoine du Cerceau, né à Paris en 1670, est décédé subitement à Veret le 4 juillet 1730 à l'âge d'environ 60 ans. Il était poète et membre de la Compagnie de Jésus. Ses poèmes en latin étaient admirés pour leur versification et leur latinité. Ses sujets de prédilection incluaient les poules, les papillons, Baltazar, et une pièce de théâtre traduite en vers français, 'L'Enfant Prodigue', qui a connu plusieurs représentations réussies. Du Cerceau a ensuite abandonné la poésie latine pour se consacrer à une poésie familière, naïve et spirituelle, caractérisée par une apparence négligée mais travaillée. Il a publié plusieurs recueils de ses œuvres, souvent sans nom d'auteur, et a écrit des lettres, des satires et des critiques littéraires. Son esprit versatile lui permettait de s'adapter à divers genres littéraires. Il a également écrit des discours, comme l'oraison du Dauphin prononcée à Bourges, et a contribué à des écrits contre la calomnie de Brest. Engagé par des circonstances, il a rédigé l'histoire de la dernière révolution de Perse et a commencé plusieurs autres ouvrages, dont une histoire de Nicolò Gabrins, qu'il n'a pas achevée. Du Cerceau a également composé des airs de musique et a écrit des pièces de théâtre jouées par les pensionnaires du Collège de Louis le Grand. Ses qualités humaines, telles que sa douceur et son absence d'ambition, étaient remarquables. Les larmes du Prince de Conti, son élève, témoignent de l'estime et de l'affection qu'il inspirait.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1454
p. 1969-1971
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure le 14. Août 1730. sur l'éloge des Grands Hommes.
Début :
On est très satisfait de l'éloge de Mignard, dont vous nous apprenez [...]
Mots clefs :
Pierre Mignard, Grands hommes
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure le 14. Août 1730. sur l'éloge des Grands Hommes.
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Au
teurs du Mercure le 14. Août 1730. fur
Péloge des Grands Hommes.
O
pre-
N eft très fatisfait de l'éloge de Mignard
, dont vous nous apprenez
qu'on a compofé la vie. Celui qui en eft
l'Auteur a raifon de dire qu'il eft le
mier qui fe foit avifé d'écrire la vie d'un
grand Peintre en notre Langue , & qu'il
a fuivi l'exemple des Italiens qui depuis
long- tems en ont donné de femblables.
il eft vrai cependant que dans la Vie des
Hommes Illuftres de M. Perrault on y
voit
*།
1970 MERCURE DE FRANCE
voit l'éloge de Mignard ; mais cet éloge
eft trop court , & on peut dire la même
chofe des autres Vies que M. Perrault a
compofées ; n'eft- il pas évident que la
plupart des Grands hommes dont il a parlé
, pouvoient lui fournir beaucoup plus
de matiere & de traits remarquables qu'il
n'en a employé dans fon Ouvrage Il
feroit donc à fouhaiter qu'il fe trouvât
quelqu'un affez zelé pour donner à ces
differentes Vies plus d'étendue. M. Perrault
n'a écrit fur chacune que deux ou
trois pages feulement , & quelle proportion
y a-t'il entre le mérite de ces Grands
hommes & le petit Difcours qu'il a renfermé
dans un efpace fi étroit ? Il eſt certain
que l'on pourroit , fi on le vouloit ,
remplir plufieurs Volumes de plufieurs
chofes curieuſes , en racontant les vertus ,
les talens , les actions & les paroles mêmes
de ces illuftres perfonnages en tout
genre , qui ont fait tant d'honneur à la
France & à notre fiecle. Il eft de l'interêt
de notre Nation & du Public qu'on ne
laiffe rien perdre de tout ce qui peut
faire connoître & à notre fiecle & à la pofterité
le caractere de chacun de ces Grands
hommes , n'étant pas raifonnable que l'on
foit obligé d'aller chercher dans d'autres
Ouvrages ce qui devroit être renfermé
dans un feul , ni d'avoir recours à l'avenig
SEPTEMBRE. 1730. 1971
nir à des Mémoires particuliers qui auront
été confervés dans les familles. Ce foin
regarde principalement notre fiecle , &
faute d'y faire attention , on rifque de n'y
être plus à tems quand on voudra l'entreprendre.
La nouvelle Vie de Mignard
fait juger que l'Auteur a voulu fuppléer
à ce qui manque dans celle de M. Perrault
; & fi cela eft vrai à cet égard , il
doit bien l'être davantage à l'égard des
Condés , des Turennes , des Luxem
bourgs & de tant d'autres qui font compris
dans le même Ouvrage. Il faut convenir
pourtant que M. Perrault mérite
d'être loüé du deffein qu'il a eu de recueillir
les noms de ces Grands Hommes ; mais
qu'il n'a point eu affez de loifir pour don
ner à chacun toute l'attention qui étoit
neceffaire. Il feroit donc jufte que quelqu'un
de nos Auteurs qui écrivent fibien
voulut bien l'entreprendre , & s'immortalifer
lui même en immortalifant les autres.
Vous pouvez , Meffieurs , fi vous le
jugez à propos , inferer cette Lettre dans
votre Journal ; comme je n'ai en vûë que
le bien & la fatisfaction du Public , je ne
crois pas avoir befoin de me faire connoî
tre particulierement &c.
teurs du Mercure le 14. Août 1730. fur
Péloge des Grands Hommes.
O
pre-
N eft très fatisfait de l'éloge de Mignard
, dont vous nous apprenez
qu'on a compofé la vie. Celui qui en eft
l'Auteur a raifon de dire qu'il eft le
mier qui fe foit avifé d'écrire la vie d'un
grand Peintre en notre Langue , & qu'il
a fuivi l'exemple des Italiens qui depuis
long- tems en ont donné de femblables.
il eft vrai cependant que dans la Vie des
Hommes Illuftres de M. Perrault on y
voit
*།
1970 MERCURE DE FRANCE
voit l'éloge de Mignard ; mais cet éloge
eft trop court , & on peut dire la même
chofe des autres Vies que M. Perrault a
compofées ; n'eft- il pas évident que la
plupart des Grands hommes dont il a parlé
, pouvoient lui fournir beaucoup plus
de matiere & de traits remarquables qu'il
n'en a employé dans fon Ouvrage Il
feroit donc à fouhaiter qu'il fe trouvât
quelqu'un affez zelé pour donner à ces
differentes Vies plus d'étendue. M. Perrault
n'a écrit fur chacune que deux ou
trois pages feulement , & quelle proportion
y a-t'il entre le mérite de ces Grands
hommes & le petit Difcours qu'il a renfermé
dans un efpace fi étroit ? Il eſt certain
que l'on pourroit , fi on le vouloit ,
remplir plufieurs Volumes de plufieurs
chofes curieuſes , en racontant les vertus ,
les talens , les actions & les paroles mêmes
de ces illuftres perfonnages en tout
genre , qui ont fait tant d'honneur à la
France & à notre fiecle. Il eft de l'interêt
de notre Nation & du Public qu'on ne
laiffe rien perdre de tout ce qui peut
faire connoître & à notre fiecle & à la pofterité
le caractere de chacun de ces Grands
hommes , n'étant pas raifonnable que l'on
foit obligé d'aller chercher dans d'autres
Ouvrages ce qui devroit être renfermé
dans un feul , ni d'avoir recours à l'avenig
SEPTEMBRE. 1730. 1971
nir à des Mémoires particuliers qui auront
été confervés dans les familles. Ce foin
regarde principalement notre fiecle , &
faute d'y faire attention , on rifque de n'y
être plus à tems quand on voudra l'entreprendre.
La nouvelle Vie de Mignard
fait juger que l'Auteur a voulu fuppléer
à ce qui manque dans celle de M. Perrault
; & fi cela eft vrai à cet égard , il
doit bien l'être davantage à l'égard des
Condés , des Turennes , des Luxem
bourgs & de tant d'autres qui font compris
dans le même Ouvrage. Il faut convenir
pourtant que M. Perrault mérite
d'être loüé du deffein qu'il a eu de recueillir
les noms de ces Grands Hommes ; mais
qu'il n'a point eu affez de loifir pour don
ner à chacun toute l'attention qui étoit
neceffaire. Il feroit donc jufte que quelqu'un
de nos Auteurs qui écrivent fibien
voulut bien l'entreprendre , & s'immortalifer
lui même en immortalifant les autres.
Vous pouvez , Meffieurs , fi vous le
jugez à propos , inferer cette Lettre dans
votre Journal ; comme je n'ai en vûë que
le bien & la fatisfaction du Public , je ne
crois pas avoir befoin de me faire connoî
tre particulierement &c.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure le 14. Août 1730. sur l'éloge des Grands Hommes.
Dans une lettre datée du 14 août 1730, l'auteur exprime sa satisfaction concernant la récente biographie de Pierre Mignard, soulignant qu'elle est la première en langue française à être dédiée à un grand peintre, suivant l'exemple italien. Cependant, il critique la brièveté de l'éloge de Mignard dans les 'Vies des Hommes Illustres' de Charles Perrault, ainsi que celle des autres biographies de cet ouvrage. L'auteur regrette que Perrault n'ait pas exploité pleinement les informations disponibles sur ces grands hommes, se contentant de quelques pages par vie. Il suggère de rédiger des biographies plus étendues, riches en détails sur les vertus, talents, actions et paroles de ces personnages, afin de préserver leur mémoire pour les générations futures. La nouvelle vie de Mignard semble combler les lacunes de celle de Perrault, de même que les biographies d'autres figures notables comme les Condés, Turenne et Luxembourg. Bien que Perrault soit loué pour avoir recueilli les noms de ces grands hommes, il manque de temps pour leur consacrer l'attention nécessaire. L'auteur espère qu'un autre auteur prendra le relais pour immortaliser ces figures historiques.
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1455
p. 1973-1976
JUGEMENT des Anglois sur la Mathématique universelle, abregée à l'usage & à la portée de tout le monde, du P. C. J. imprimée à Paris, chez Simon, rüe de la Harpe.
Début :
La Mathématique du P. C. fait trop de bruit à Paris, pour qu'on n'y soit [...]
Mots clefs :
Mathématique, Journal de Londres, Louis-Bertrand Castel
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texteReconnaissance textuelle : JUGEMENT des Anglois sur la Mathématique universelle, abregée à l'usage & à la portée de tout le monde, du P. C. J. imprimée à Paris, chez Simon, rüe de la Harpe.
JUGEMENT des Anglois fur la
Mathématique univerfelle , abregée , à
l'ufage à la portée de tout le monde ;
du P. C. J. imprimée à Paris , chez
Simon , rue de la Harpe.
LA
A Mathématique du P. C. fait trop
de bruit à Paris , pour qu'on n'y foit
pas curieux de voir le jugement qu'en
ont porté les Anglois , qui paffent , avec
raifon , pour de fi grands Géometres , &
de fi bons connoiffeurs en cette matiere.
D'abord , rien n'eft plus glorieux au P.C.
ni plus décifif pour le mérite de fon Ouvrage
, que d'avoir été reçû , comme il
l'a été , fans aucune contradiction , fans
même aucune follicitation , dans l'Académie
Royale de Londres , dont il eſt le
premier Membre qu'ait eu fa Compagnie
dans cette illuftre Societé . Du reſte
La Societé Royale s'eft expliqué & a déclaré
qu'elle ne faifoit cet honneur extraordinaire
, & cette finguliere exception
en faveur du P. C. qu'à cauſe de ſa Mathématique.
Voici en particulier comment
un illuftre Membre de cette Societé
parloit de cet Ouvrage dans le Journal
de Londres du mois de Mars 1728 .
à la page 233 .
D TRA
1974 MERCURE DE FRANCE
TRADUCTION de l'Article 26. du
Journal de Londres , Mars 1728. p. 233 .
Le fçavant & celebre P. Caftel , vient
de publier un Ouvrage merveilleux &
extraordinaire ; c'eft un grand in-4. d'environ
700. pages , intitulé : Mathématique
univerfelle , abregée , à l'usage & à la portée
de tout le monde , principalement des jeunes
Seigneurs , Ingenieurs , Phyficiens , Artiftes
, & c. chez P. Simon , à Paris.
Dans les premieres 200. pages de ce
noble Ouvrage,cet Auteur donne un Plan
& une idée generale de toutes les Sciences
Mathématiques , avec une explication
auffi claire qu'élegante de chacune de leurs
branches. Dans l'étendue de ces 200. pages
, tout ce qu'il y a de plus eftimable
& de plus important dans les Sciences
humaines , eft traité fuffifamment. Et
l'Auteur defcend même jufqu'au plus petit
détail, avec une préciſion & une exactitude
inconcevable.
Après ces deux cens pages , il entre
dans la confideration de la Géometrie priſe
en particulier. D'abord il donne divers
Traitez ou Differtations fur la Méthode
& fur diverfes Méthodes d'Invention &
de Doctrine , foit pour toutes les Sciences
Mathématiques en general , foit pour la
Géometrie en particulier.
II
SEPTEMBRE . 1730. 1975
Il vient enfuite à ce qu'il appelle la
Géometrie fimple , dans laquelle il renferme
tous les principes d'Arithmétique ,
d'Algebre & d'Analyſe ; la Doctrine des
Propofitions , celle des Equations fimples ;
enfin les Elemens d'Euclide , & toute la
Géometrie pratique.
De- là il procede à ce qu'il nomme la
Géometrie compofée , contenant en entier
toute la Doctrine du Calcul numerique
& litteral , c'eft - à- dire , l'Arithmetique
& l'Algebre , avec toute la Doctrine de
l'Analyfe compofée , & tout ce qui concerne
les Sections coniques.
En dernier lieu il traite au long de la
nouvelle & plus fublime Géometrie , que
les François appellent la Géometrie tranfcendante
; & c'est ici que nous avons toute.
la Doctrine & la Science des Infinis , expliquez
d'une maniere nouvelle & trèsfinguliere,
également inftructive & agréa
ble , l'Auteur les confiderant dans tous
les jours & points - de -vûë poffibles ; leur
Phyfique, leur Métaphyfique, leur Arithmerique
, les Calculs , exponentiel , integral
, differentiel , comme les François les
nomment ou la Méthode directe ou in- ·
verfe des fluxions ; toute la fcience des
Courbes , leurs defcriptions , comparaifons
, Analyfes & lieux géometriques . Le
tout terminé par un ample Traité des
Dij Qua
1976 MERCURE DE FRANCE
Quadratures , qui contient un grand nom- ,
bre de découvertes toutes neuves & veritablement
curieufes . Entr'autres on y
trouve une Méthode pour les quantitez
infiniment grandes , par où l'Auteur réduit
à une valeur exacte en nombres les
plus petites & infiniment petites differences
des chofes ; il quarre un Cercle infiniment
grand & une portion de Cercle infiniment
petite , auffi - bien qu'une Eclipfe,
& cela avec autant d'exactitude qu'une
Parabole , &c.
Nous ne finirions point , fi nous voulions
détailler les particularitez de tout
ce qui fe trouve de nouveau & de curieux
répandu dans cet excellent Ouvrage ;
mais nous avons deffein d'en faire un rapport
plus exact & plus étendu dans un
autre Journal.
Mathématique univerfelle , abregée , à
l'ufage à la portée de tout le monde ;
du P. C. J. imprimée à Paris , chez
Simon , rue de la Harpe.
LA
A Mathématique du P. C. fait trop
de bruit à Paris , pour qu'on n'y foit
pas curieux de voir le jugement qu'en
ont porté les Anglois , qui paffent , avec
raifon , pour de fi grands Géometres , &
de fi bons connoiffeurs en cette matiere.
D'abord , rien n'eft plus glorieux au P.C.
ni plus décifif pour le mérite de fon Ouvrage
, que d'avoir été reçû , comme il
l'a été , fans aucune contradiction , fans
même aucune follicitation , dans l'Académie
Royale de Londres , dont il eſt le
premier Membre qu'ait eu fa Compagnie
dans cette illuftre Societé . Du reſte
La Societé Royale s'eft expliqué & a déclaré
qu'elle ne faifoit cet honneur extraordinaire
, & cette finguliere exception
en faveur du P. C. qu'à cauſe de ſa Mathématique.
Voici en particulier comment
un illuftre Membre de cette Societé
parloit de cet Ouvrage dans le Journal
de Londres du mois de Mars 1728 .
à la page 233 .
D TRA
1974 MERCURE DE FRANCE
TRADUCTION de l'Article 26. du
Journal de Londres , Mars 1728. p. 233 .
Le fçavant & celebre P. Caftel , vient
de publier un Ouvrage merveilleux &
extraordinaire ; c'eft un grand in-4. d'environ
700. pages , intitulé : Mathématique
univerfelle , abregée , à l'usage & à la portée
de tout le monde , principalement des jeunes
Seigneurs , Ingenieurs , Phyficiens , Artiftes
, & c. chez P. Simon , à Paris.
Dans les premieres 200. pages de ce
noble Ouvrage,cet Auteur donne un Plan
& une idée generale de toutes les Sciences
Mathématiques , avec une explication
auffi claire qu'élegante de chacune de leurs
branches. Dans l'étendue de ces 200. pages
, tout ce qu'il y a de plus eftimable
& de plus important dans les Sciences
humaines , eft traité fuffifamment. Et
l'Auteur defcend même jufqu'au plus petit
détail, avec une préciſion & une exactitude
inconcevable.
Après ces deux cens pages , il entre
dans la confideration de la Géometrie priſe
en particulier. D'abord il donne divers
Traitez ou Differtations fur la Méthode
& fur diverfes Méthodes d'Invention &
de Doctrine , foit pour toutes les Sciences
Mathématiques en general , foit pour la
Géometrie en particulier.
II
SEPTEMBRE . 1730. 1975
Il vient enfuite à ce qu'il appelle la
Géometrie fimple , dans laquelle il renferme
tous les principes d'Arithmétique ,
d'Algebre & d'Analyſe ; la Doctrine des
Propofitions , celle des Equations fimples ;
enfin les Elemens d'Euclide , & toute la
Géometrie pratique.
De- là il procede à ce qu'il nomme la
Géometrie compofée , contenant en entier
toute la Doctrine du Calcul numerique
& litteral , c'eft - à- dire , l'Arithmetique
& l'Algebre , avec toute la Doctrine de
l'Analyfe compofée , & tout ce qui concerne
les Sections coniques.
En dernier lieu il traite au long de la
nouvelle & plus fublime Géometrie , que
les François appellent la Géometrie tranfcendante
; & c'est ici que nous avons toute.
la Doctrine & la Science des Infinis , expliquez
d'une maniere nouvelle & trèsfinguliere,
également inftructive & agréa
ble , l'Auteur les confiderant dans tous
les jours & points - de -vûë poffibles ; leur
Phyfique, leur Métaphyfique, leur Arithmerique
, les Calculs , exponentiel , integral
, differentiel , comme les François les
nomment ou la Méthode directe ou in- ·
verfe des fluxions ; toute la fcience des
Courbes , leurs defcriptions , comparaifons
, Analyfes & lieux géometriques . Le
tout terminé par un ample Traité des
Dij Qua
1976 MERCURE DE FRANCE
Quadratures , qui contient un grand nom- ,
bre de découvertes toutes neuves & veritablement
curieufes . Entr'autres on y
trouve une Méthode pour les quantitez
infiniment grandes , par où l'Auteur réduit
à une valeur exacte en nombres les
plus petites & infiniment petites differences
des chofes ; il quarre un Cercle infiniment
grand & une portion de Cercle infiniment
petite , auffi - bien qu'une Eclipfe,
& cela avec autant d'exactitude qu'une
Parabole , &c.
Nous ne finirions point , fi nous voulions
détailler les particularitez de tout
ce qui fe trouve de nouveau & de curieux
répandu dans cet excellent Ouvrage ;
mais nous avons deffein d'en faire un rapport
plus exact & plus étendu dans un
autre Journal.
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Résumé : JUGEMENT des Anglois sur la Mathématique universelle, abregée à l'usage & à la portée de tout le monde, du P. C. J. imprimée à Paris, chez Simon, rüe de la Harpe.
Le texte présente un ouvrage mathématique intitulé 'Mathématique universelle, abrégée, à l'usage et à la portée de tout le monde', écrit par le Père C. J. Cet ouvrage a été bien accueilli à Paris et a suscité l'intérêt des Anglais, reconnus pour leurs compétences en géométrie. L'Académie Royale de Londres a accepté le Père C. J. comme membre sans contestation, soulignant la qualité de son travail mathématique. Un membre illustre de cette société a loué l'ouvrage dans le Journal de Londres en mars 1728. L'ouvrage, publié chez Simon à Paris, est un grand in-folio de 700 pages. Les premières 200 pages offrent un plan général des sciences mathématiques avec des explications claires et élégantes. Ensuite, l'auteur aborde la géométrie, traitant des méthodes d'invention et de doctrine, ainsi que des principes d'arithmétique, d'algèbre et d'analyse. Il distingue la géométrie simple, qui inclut les éléments d'Euclide et la géométrie pratique, et la géométrie composée, couvrant l'arithmétique, l'algèbre et l'analyse composée. L'auteur explore également la géométrie transcendantale, ou géométrie des infinis, avec des explications nouvelles et singulières sur la physique, la métaphysique et les calculs des infinis. L'ouvrage se termine par un traité sur les quadratures, présentant des découvertes nouvelles et curieuses, notamment une méthode pour les quantités infiniment grandes et petites.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1456
p. 1977-1987
REPONSE de M. Godin, D. l'Ac. R. D. S. à un Article des Memoires de Trévoux, du mois de May 1730. page 910. & suivantes.
Début :
J'ai avancé dans ma Description de l'Aurore Boreale du 19. Octobre 1726. [...]
Mots clefs :
Aurore boréale, Observations, Phénomènes, Lumière, Journaliste, Académie royale des sciences, Mémoires de Trévoux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE de M. Godin, D. l'Ac. R. D. S. à un Article des Memoires de Trévoux, du mois de May 1730. page 910. & suivantes.
REPONSE de M. Godin , D. l'Ac.
R. D. S. à un Article des Memoires de
Trévoux , du mois de May 1730. page
910. & fuivantes.
JA
' Ai avancé dans ma Defcription de
l'Aurore Boreale du 19. Octobre 1726 .
imprimée dans les Memoires de l'Acadé
mie Royale des Sciences de la même année,
que les PP. Kircher & Schott avoient
attribué les Aurores Boreales ou d'autres
Phénomenes Aeriens , relatifs , felon moi,
aux Aurores Boréales , à une Reflexion
de quelques objets terreftres fur la furface
des Nuées , capables par une certaine difpofition
, de produire l'effet d'un Miroir.
Cet Article a été relevé dans les Journaux
de Trévoux ; on y prétend :
1. Que j'attribue à ces deux fçavans
hommes un fentiment qu'ils n'ont jamais
eu , fentiment que le P. Schott combat
au contraire bien plus fortement que moi.
2. Que j'ai traduit le P. Schott , à l'endroit
même où il combat fi fortement ce
fentiment pour adopter fon explication du
du Phénomene fans lui en faire honneur.
D iij Je
1978 MERCURE DE FRANCE
Je conviens que lorfque je fis cette Defcription
de l'Aurore Boreale , je n'avois
ni le P. Kircher , ni Schott , & en leur
attribuant ce fentiment prétendu faux ,
j'ai fuivi le P. Zahn , qui leur attribuë
auffi ( Oeconom. Mund. Mirabil. Tome I.
pag. 420. ) & qui cite l'endroit de leurs
Ouvrages où il fe trouve. Si j'ai attribué
faux, Zahn l'a donc fait avant moi ; voyons
s'il s'eft trompé , reprenons les endroits
qu'il cite & de Kircher & de Schott.
Kircher , In Arte magnâ lucis & umbra;
lib. 10. part. 2. cap. I. Natura admirabili
quodam lucis temperamento veluti varia
colorum mifturâ , & temperamento in
aereisfpeculis tanta induftriâ diverfiffima rerum
fimulachra depingit , ut nulla ars bumana
, & c. Et plus bas ; Quod verò varias
animalium voces audiant , id per voces animalium
vicinorum in concavâ * Nube
•aut monte reflexas fieri poſſe nullum dubium
effe debet. Kircher conclut enfin : Patet
igitur aereum fpeculum à naturâ fieri in quo
rerum imagines multiplicata hominibus fe ,ceu
prodigia quadam exhibeant.
Voilà bien clairement des Phénomenes
relatifs aux Aurores Boreales expliquez
par la reflexion de quelques objets terreftres
fur des Nuées qui produifent l'effet
d'un Miroir.
* On trouve rupe dans Kircher ; Zahn lit nube.'
Le
SEPTEMBRE . 1730. 1979
Le P. Schott a dit la même chofe
( Magia natural. part. 1. lib . 4. cap. 1. )
je ne le tranfcris pas ici , mais quand je ne
pourrois pas le citer , on n'aura pas de peine
à le croire, à moins qu'on ignore qu'il
étoit le Difciple , le compagnon d'études,
le copiſte même des Ouvrages du P. Kircher
, des termes duquel il fe fert pendant
des Chapitres entiers .
Mais Schott, dit- on , parle so . ans avant
moi , il expoſe ce fentiment, le combat , &
dit qu'il eft ridicule & contraire à la faine
Philofophie ; j'ai dit la même chofe ;
j'ai donc traduit cet Auteur ; non , car
fans prétendre en être crû , quand j'affure
que je n'ai vu la Phyfique curieufe
du P. Schott , qu'à l'occafion de
cette Critique ; ce n'eft pas traduire un
Auteur , ni même adopter fon fentiment,
que de donner une explication détaillée
de quelque Phénomene dont il a dit un
mot. Belle confequence qu'on tireroit de
ce qu'on trouve en trois ou quatre pages
d'un Livre de Schott , une ou deux phrafes
femblables aux miennes.
Mais pour le fonds ; que prouve con
tre moi le Texte de fa Thefe que Non
funt res alibi in terris exiftentes . & in
aere velut in fpeculo apparentes , rien ,
fi - non que le fentiment du P. Kircher
que j'ai allegué , & que Schott a employé
D iiij
dans
1980 MERCURE DE FRANCE
dans fa Magie naturelle à l'endroit cité
n'eft pas foutenable ; je fuis en cela d'accord
avec Schott , il ne m'a donc manqué
que d'avoir lû fa Phyfique curieufe
pour m'appercevoir qu'il y avoit changé
de fentiment .
Quand je dis que Schott l'a employé
ailleurs , je le traduis ici , * Dicet aliquis
poffe ac folere variis in locis apparere varias
ac prodigiofas Paraftafes , feu reprafentationes
uti. Nos ipfi demonftravimus in
Magia noftra , part. 1. lib . 4. fintagm . 1 .
Exemplo mirabilis Morgana Rheginorum &
aliarum fimilium in aere vaporofo repræſentationum.
Le Critique ajoute enfin que Schott
rapporte , ainfi que moi , la caufe de ces
Phénomenes aux exhalaifons : Sunt vapores,
exhalationes , partes aeris addenfati , dit
cer Auteur dans les Memoires de Trévoux
, c'eft le texte de fa feconde Thefe ,
il y explique donc de quelle maniere ces
vapeurs , cet air condenfé , &c . peuvent
former ces fortes de Phénomenes ; point
du tout , Schott rapporté dans le Trévoux
eft different de Schott dans fes
propres
Livres ; voici fon Texte entier : Sunt vapores,
exhalationes partes aeris addenfati effigiata
in formam Equorum , Hominum fimi-
Phyfic, curiof. loc. cit.
lium
SEPTEMBRE . 1730. 1981
liumque spectrorum non cafu & naturâ , fed
bonorum Geniorum operâ ; autre fentiment
auffi peu fondé que le premier , & bien
different de celui que j'ai eu , & que le
Critique attribue à fon Phyficien .
Cette Réponſe me donne occafion de faire
deux ou trois Remarques fur quelques
Extraits des Memoires de l'Académie de
1726. qui fe trouvent dans le même mois.
des Journaux de Trévoux , page 879. &
fuivantes , & qui regardent plus particu
lierement le Metéore dont il s'agit ici ou
l'Aftronomie.
M. de Mairan , dans fa Defcription des
Aurores Boréales du 26. Septembre & 19.
Octobre 1726. avoit dit :
» La lumiere Septentrionale ou l'Aurore
» Boréale eft un Phénomene très ordi-
» naire dans les Pays Septentrionaux &
» vrai-femblablement auffi ancien que le
» Monde ; cependant les anciens Philoſo-
>> phes ne l'ont point connu , ou n'en ont
» parlé que fous l'idée generique de Phé.
» nomene de feu & de Lumiere celefte .
» M. Gaffendi eft un des premiers qui en
>> ait fait mention & qui l'ait rapporté au
» Nord comme à fon lieu propre & à fa
» veritable origine.
Le Journaliſte dont je ne prétends ici
cependant , auffi-bien que dans ce que
j'ai à dire dans la fuite , ni blâmer ni qua-
D v lifier
1982 MERCURE DE FRANCE
lifier les intentions , donne un fens tout
different à ce commencement du Memoire
de M. de Mairan , & il fait naître
dans l'efprit de fon Lecteur la même idée
qu'il paroît en avoir pris lui-même. » Gaffendi
, dit- il , n'eft pas le premier qui ait
» parlé de l'Aurore Boréale ; Cardan , bien
» d'autres l'ont connue & affez bien con-
» nue avant lui ; que Cardan & bien d'autres
que je pourrois citer , l'ayent connue
fous l'idée génerique de feu , de lumiere
celefte , &c. avant Gaffendi
l'accordera au Journaliſte , & M. de Mairan
l'a dit ; mais qu'ils l'ayent , comme
il ajoûte , affez bien connue avant lui, &
rapportée au Nord comme au veritable
licu de fon origine , c'eſt un fait ailé
à détruire , & que je m'étonne que
le Journaliſte ait avancé ; ce que M. de
Mairan a dit de Gaffendi , eft vrai à la
lettre, il n'a point dit ce que le Journaliſte
lui fait dire, & ce que celui- ci , avance,
il auroit bien de la peine à le prouver.
on
On pourroit croire auffi que le Journaliſte
a voulu préfenter fous un afpect
peu favorable, pour ne rien dire de plus,
f'exactitude de M. de Mairan dans l'Obfervation
& dans la Defcription de l'Aurore
Boréale du 26. Octobre ; comme fi
un Phénomene fi marqué , fi different à
plufieurs égards de ceux qu'on avoit vû
deSEPTEMBRE.
1730. 19831
1723 .
depuis long-temps dans ce genre & fi capable
d'influer fur les explications qu'on
en pourroit donner dans la ſuite , ne mériroit
pas une attention plus particuliere.
Le Journaliſte trouve mauvais que M.Maraldi
ait dit que les Obfervations des Aftronomes
Chinois fur la Comete de
ne font pas exactes ; qu'auroit fait le Journaliſte
lui- même , fi comparant les Obfervations
de cette Comete , faites à Pekin
par le P. Kegler Jefuite , à celles qui ont
été faites le même jour par les Chinois
commis pour veiller à la Tour Aftrono
mique , il avoit trouvé les Obfervations
de ces derniers differentes de celles du
P. Kegler de 6º 30 ' en longitude & de 12 '
en latitude , il auroit conclu , fans doute,
comme a fait M. Maraldi , que les Obfervations
des Chinois ne font pas exactes ;
neanmoins les Obfervations Chinoifes
font affez bien circonftanciées , on y marque
les paffages de la Comete par le Meridien
en heures & en minutes , le 11 &
le 12. Octobre avec la hauteur meridienne
, en degrez & minutes .
3
Celle du P.Kegler faite le 11. eft défectueufe
en ce qu'il ne marque point à quelle
minute précife la Comete paffa par le méridien;
il s'accorde avec les Chinois pour la
hauteur prife le 11. & pour l'Obfervation
du 12.à quelques minutes près dans la hau-
D vj teur
1984 MERCURE DE FRANCE
>
teur méridienne ; on peut donc jufqu'ici
fe fier aux Obfervations Chinoifes ; mais
par ces Obfervations comparées avec celle
que le P. Kegler fit par une Armille Zodiacale
on trouve une difference de
6 ° en longitude , & de 12 ' en latitude
; on pourroit donc conclure que l'Obfervation
du P. Kegler faite par l'Armille
Zodiacale n'eft pas exacte , puifqu'elle
differe de celle que ce même P. & les Obfervateurs
Chinois ont faites au méridien.
Qu'a donc fait M.Maraldi , plein d'égards
& de bonne opinion pour le P. Kegler
il a' conclu plutôt en fa faveur , en faifant
néanmoins remarquer le petit défaut
qui fe trouvoit dans fon Obfervation faite
le 11.
Le triomphe du Journaliſte eft donc
hors de faifon , lorfqu'il dit : » C'est pourtant
a de pareils Obfervateurs que L'AC
»tronomie & la Geographie doivent bien
» de grandes découvertes , & en particu-
» lier une plus grande exactitude ; avant
>> eux l'Afie &c.
Je ne connois aucune découverte en
Aftronomie qui foit due aux Obſervations
de la Chine ; nos Theories Phyſiques
ou Geometriques n'en font ni mieux établies
ni plus éclaircies ; nos Inftrumens
ne leur doivent point leur perfection ;
nos calculs n'en font devenus ni plus aifés
SEPTEMBRE. 1730. 1985.
fés ni plus furs . Il eft faux d'ailleurs que
ce foit aux Obfervateurs Chinois que l'on
doive la poſition précife de quelque Lieu
terreftre ; mais quand cela feroit , eft- ce
à leurs Obfervations mal faites & peu
exactes que font dues toutes ces prétendues
découvertes , & M. Maraldi auroitil
dû trouver bonnes des Obfervations fi
differentes entr'elles ? Si cet habile Aftronome
avoit ainfi décidé , le Journaliſte
l'auroit avec raiſon repris de trop de complaifance
ou de manque de difcernement.
M. Delifle avoit lu en 1723. à l'Académie
un Mémoire fur la longitude de l'embouchure
du Fleuve Miffiffipi ; il y établiffoit
par un grand nombre de raifons
& de comparaifons Geographiques la longitude
de ce point de la Terre, telle qu'il
l'avoit déterminée & placée dans fes deux
Cartes de l'Amerique & de la Louiſiane.
L'occafion de ce Mémoire fut la difference
entre cette pofition & celle qui refultoit
d'une Obfervation du 1. Satellite
de Jupiter , faite fur le Lieu même par le
P. Laval , difference de 11 ° ou de 200 .
lieuës. L'Académie pleine d'égards pour
le Jefuite , dont le mérite lui étoit connu ,
crut malgré les fortes raifons de M. Delifle
ne devoir pas fi tôt prononcer contre
une Obſervation immédiate ; elle jugea
à propos de differer l'impreffion de
ce
1986 MERCURE DE FRANCE
ce Mémoire jufqu'à celle du Livre du P.
Laval , afin que le Public vît en mêmetems
, & comparât les raifons des deux
Adverfaires. La Note miſe au bas du Mémoire
en fait foi . La voici :
» Ce Mémoire a été lû dès l'année 1723.
» mais on n'a pas crû qu'il convenoit de le
>>faire paroître avant que l'Obfervation
qu'il attaque eut été imprimée , & elle ne
»l'a été que depuis peu .
22
>
Ce n'eft donc pas ,comme le Journaliſte
femble l'infinuer en quelque maniere , que
l'Académie ait attendu la mort du P. Laval
pour publier le Mémoire de M. Delifle
; le Jefuite a eu le tems de
répondre aux raifons de l'Académicien
le Mémoire lui avoit été communiqué
par M. Delifle lui même , & quoique mis
dans le Volume de 1726. il n'a été imprimé
qu'en 1728. un an & plus avant la
mort du P. Laval ; la mort n'a donc pas
mis le celebre Aftronome hors d'état de
défendre fon Obfervation.
Il ne l'a point fait il ne la croyoit
donc pas fi bonne que le Journaliſte l'a
penfé ; au refte , cette queftion eft décidée ,
& il paroît que M. Delifle n'a ufé de
pas
tout le droit que lui donnoient fes recher
ches & fes grandes connoiffances en Geographie.
M. Baron envoyé par le Roi dans
l'Amérique Septentrionale pour y faire
des
des Observations Physiques & Mathématiques,
y observa à la Nouvelle Orleans
l'Eclipse de Lune du 8. Août 1729. &C
cette Observation comparée à
,
celle qui
fut faite à Paris donne 6 h 9' 7 pourla
différence des méridiens ou 92 v 16J45"
dont la nouvelle Orleans est plus occidentale
que Paris.
Voilà donc jusqu'ici la dispute entre M;
Delisle 5c le P. Laval décidée en faveur
du premier; sa position de l'embouchure
du Mississîpi est soutenuë & verifiée par
une autorité de même genre que celle du
P. Laval , & l'Observation de ce Pere en
devient pour nous d'autant moins bonne.
Je n'ai prétendu parler ici que de ce qui
regarde l'Aurore Boreale, l'Astronomie
& la Geographie, sans toucher aux autres
Extraits, sur la plupart desquels on
pourroit peut être faire de semblables remarques.
R. D. S. à un Article des Memoires de
Trévoux , du mois de May 1730. page
910. & fuivantes.
JA
' Ai avancé dans ma Defcription de
l'Aurore Boreale du 19. Octobre 1726 .
imprimée dans les Memoires de l'Acadé
mie Royale des Sciences de la même année,
que les PP. Kircher & Schott avoient
attribué les Aurores Boreales ou d'autres
Phénomenes Aeriens , relatifs , felon moi,
aux Aurores Boréales , à une Reflexion
de quelques objets terreftres fur la furface
des Nuées , capables par une certaine difpofition
, de produire l'effet d'un Miroir.
Cet Article a été relevé dans les Journaux
de Trévoux ; on y prétend :
1. Que j'attribue à ces deux fçavans
hommes un fentiment qu'ils n'ont jamais
eu , fentiment que le P. Schott combat
au contraire bien plus fortement que moi.
2. Que j'ai traduit le P. Schott , à l'endroit
même où il combat fi fortement ce
fentiment pour adopter fon explication du
du Phénomene fans lui en faire honneur.
D iij Je
1978 MERCURE DE FRANCE
Je conviens que lorfque je fis cette Defcription
de l'Aurore Boreale , je n'avois
ni le P. Kircher , ni Schott , & en leur
attribuant ce fentiment prétendu faux ,
j'ai fuivi le P. Zahn , qui leur attribuë
auffi ( Oeconom. Mund. Mirabil. Tome I.
pag. 420. ) & qui cite l'endroit de leurs
Ouvrages où il fe trouve. Si j'ai attribué
faux, Zahn l'a donc fait avant moi ; voyons
s'il s'eft trompé , reprenons les endroits
qu'il cite & de Kircher & de Schott.
Kircher , In Arte magnâ lucis & umbra;
lib. 10. part. 2. cap. I. Natura admirabili
quodam lucis temperamento veluti varia
colorum mifturâ , & temperamento in
aereisfpeculis tanta induftriâ diverfiffima rerum
fimulachra depingit , ut nulla ars bumana
, & c. Et plus bas ; Quod verò varias
animalium voces audiant , id per voces animalium
vicinorum in concavâ * Nube
•aut monte reflexas fieri poſſe nullum dubium
effe debet. Kircher conclut enfin : Patet
igitur aereum fpeculum à naturâ fieri in quo
rerum imagines multiplicata hominibus fe ,ceu
prodigia quadam exhibeant.
Voilà bien clairement des Phénomenes
relatifs aux Aurores Boreales expliquez
par la reflexion de quelques objets terreftres
fur des Nuées qui produifent l'effet
d'un Miroir.
* On trouve rupe dans Kircher ; Zahn lit nube.'
Le
SEPTEMBRE . 1730. 1979
Le P. Schott a dit la même chofe
( Magia natural. part. 1. lib . 4. cap. 1. )
je ne le tranfcris pas ici , mais quand je ne
pourrois pas le citer , on n'aura pas de peine
à le croire, à moins qu'on ignore qu'il
étoit le Difciple , le compagnon d'études,
le copiſte même des Ouvrages du P. Kircher
, des termes duquel il fe fert pendant
des Chapitres entiers .
Mais Schott, dit- on , parle so . ans avant
moi , il expoſe ce fentiment, le combat , &
dit qu'il eft ridicule & contraire à la faine
Philofophie ; j'ai dit la même chofe ;
j'ai donc traduit cet Auteur ; non , car
fans prétendre en être crû , quand j'affure
que je n'ai vu la Phyfique curieufe
du P. Schott , qu'à l'occafion de
cette Critique ; ce n'eft pas traduire un
Auteur , ni même adopter fon fentiment,
que de donner une explication détaillée
de quelque Phénomene dont il a dit un
mot. Belle confequence qu'on tireroit de
ce qu'on trouve en trois ou quatre pages
d'un Livre de Schott , une ou deux phrafes
femblables aux miennes.
Mais pour le fonds ; que prouve con
tre moi le Texte de fa Thefe que Non
funt res alibi in terris exiftentes . & in
aere velut in fpeculo apparentes , rien ,
fi - non que le fentiment du P. Kircher
que j'ai allegué , & que Schott a employé
D iiij
dans
1980 MERCURE DE FRANCE
dans fa Magie naturelle à l'endroit cité
n'eft pas foutenable ; je fuis en cela d'accord
avec Schott , il ne m'a donc manqué
que d'avoir lû fa Phyfique curieufe
pour m'appercevoir qu'il y avoit changé
de fentiment .
Quand je dis que Schott l'a employé
ailleurs , je le traduis ici , * Dicet aliquis
poffe ac folere variis in locis apparere varias
ac prodigiofas Paraftafes , feu reprafentationes
uti. Nos ipfi demonftravimus in
Magia noftra , part. 1. lib . 4. fintagm . 1 .
Exemplo mirabilis Morgana Rheginorum &
aliarum fimilium in aere vaporofo repræſentationum.
Le Critique ajoute enfin que Schott
rapporte , ainfi que moi , la caufe de ces
Phénomenes aux exhalaifons : Sunt vapores,
exhalationes , partes aeris addenfati , dit
cer Auteur dans les Memoires de Trévoux
, c'eft le texte de fa feconde Thefe ,
il y explique donc de quelle maniere ces
vapeurs , cet air condenfé , &c . peuvent
former ces fortes de Phénomenes ; point
du tout , Schott rapporté dans le Trévoux
eft different de Schott dans fes
propres
Livres ; voici fon Texte entier : Sunt vapores,
exhalationes partes aeris addenfati effigiata
in formam Equorum , Hominum fimi-
Phyfic, curiof. loc. cit.
lium
SEPTEMBRE . 1730. 1981
liumque spectrorum non cafu & naturâ , fed
bonorum Geniorum operâ ; autre fentiment
auffi peu fondé que le premier , & bien
different de celui que j'ai eu , & que le
Critique attribue à fon Phyficien .
Cette Réponſe me donne occafion de faire
deux ou trois Remarques fur quelques
Extraits des Memoires de l'Académie de
1726. qui fe trouvent dans le même mois.
des Journaux de Trévoux , page 879. &
fuivantes , & qui regardent plus particu
lierement le Metéore dont il s'agit ici ou
l'Aftronomie.
M. de Mairan , dans fa Defcription des
Aurores Boréales du 26. Septembre & 19.
Octobre 1726. avoit dit :
» La lumiere Septentrionale ou l'Aurore
» Boréale eft un Phénomene très ordi-
» naire dans les Pays Septentrionaux &
» vrai-femblablement auffi ancien que le
» Monde ; cependant les anciens Philoſo-
>> phes ne l'ont point connu , ou n'en ont
» parlé que fous l'idée generique de Phé.
» nomene de feu & de Lumiere celefte .
» M. Gaffendi eft un des premiers qui en
>> ait fait mention & qui l'ait rapporté au
» Nord comme à fon lieu propre & à fa
» veritable origine.
Le Journaliſte dont je ne prétends ici
cependant , auffi-bien que dans ce que
j'ai à dire dans la fuite , ni blâmer ni qua-
D v lifier
1982 MERCURE DE FRANCE
lifier les intentions , donne un fens tout
different à ce commencement du Memoire
de M. de Mairan , & il fait naître
dans l'efprit de fon Lecteur la même idée
qu'il paroît en avoir pris lui-même. » Gaffendi
, dit- il , n'eft pas le premier qui ait
» parlé de l'Aurore Boréale ; Cardan , bien
» d'autres l'ont connue & affez bien con-
» nue avant lui ; que Cardan & bien d'autres
que je pourrois citer , l'ayent connue
fous l'idée génerique de feu , de lumiere
celefte , &c. avant Gaffendi
l'accordera au Journaliſte , & M. de Mairan
l'a dit ; mais qu'ils l'ayent , comme
il ajoûte , affez bien connue avant lui, &
rapportée au Nord comme au veritable
licu de fon origine , c'eſt un fait ailé
à détruire , & que je m'étonne que
le Journaliſte ait avancé ; ce que M. de
Mairan a dit de Gaffendi , eft vrai à la
lettre, il n'a point dit ce que le Journaliſte
lui fait dire, & ce que celui- ci , avance,
il auroit bien de la peine à le prouver.
on
On pourroit croire auffi que le Journaliſte
a voulu préfenter fous un afpect
peu favorable, pour ne rien dire de plus,
f'exactitude de M. de Mairan dans l'Obfervation
& dans la Defcription de l'Aurore
Boréale du 26. Octobre ; comme fi
un Phénomene fi marqué , fi different à
plufieurs égards de ceux qu'on avoit vû
deSEPTEMBRE.
1730. 19831
1723 .
depuis long-temps dans ce genre & fi capable
d'influer fur les explications qu'on
en pourroit donner dans la ſuite , ne mériroit
pas une attention plus particuliere.
Le Journaliſte trouve mauvais que M.Maraldi
ait dit que les Obfervations des Aftronomes
Chinois fur la Comete de
ne font pas exactes ; qu'auroit fait le Journaliſte
lui- même , fi comparant les Obfervations
de cette Comete , faites à Pekin
par le P. Kegler Jefuite , à celles qui ont
été faites le même jour par les Chinois
commis pour veiller à la Tour Aftrono
mique , il avoit trouvé les Obfervations
de ces derniers differentes de celles du
P. Kegler de 6º 30 ' en longitude & de 12 '
en latitude , il auroit conclu , fans doute,
comme a fait M. Maraldi , que les Obfervations
des Chinois ne font pas exactes ;
neanmoins les Obfervations Chinoifes
font affez bien circonftanciées , on y marque
les paffages de la Comete par le Meridien
en heures & en minutes , le 11 &
le 12. Octobre avec la hauteur meridienne
, en degrez & minutes .
3
Celle du P.Kegler faite le 11. eft défectueufe
en ce qu'il ne marque point à quelle
minute précife la Comete paffa par le méridien;
il s'accorde avec les Chinois pour la
hauteur prife le 11. & pour l'Obfervation
du 12.à quelques minutes près dans la hau-
D vj teur
1984 MERCURE DE FRANCE
>
teur méridienne ; on peut donc jufqu'ici
fe fier aux Obfervations Chinoifes ; mais
par ces Obfervations comparées avec celle
que le P. Kegler fit par une Armille Zodiacale
on trouve une difference de
6 ° en longitude , & de 12 ' en latitude
; on pourroit donc conclure que l'Obfervation
du P. Kegler faite par l'Armille
Zodiacale n'eft pas exacte , puifqu'elle
differe de celle que ce même P. & les Obfervateurs
Chinois ont faites au méridien.
Qu'a donc fait M.Maraldi , plein d'égards
& de bonne opinion pour le P. Kegler
il a' conclu plutôt en fa faveur , en faifant
néanmoins remarquer le petit défaut
qui fe trouvoit dans fon Obfervation faite
le 11.
Le triomphe du Journaliſte eft donc
hors de faifon , lorfqu'il dit : » C'est pourtant
a de pareils Obfervateurs que L'AC
»tronomie & la Geographie doivent bien
» de grandes découvertes , & en particu-
» lier une plus grande exactitude ; avant
>> eux l'Afie &c.
Je ne connois aucune découverte en
Aftronomie qui foit due aux Obſervations
de la Chine ; nos Theories Phyſiques
ou Geometriques n'en font ni mieux établies
ni plus éclaircies ; nos Inftrumens
ne leur doivent point leur perfection ;
nos calculs n'en font devenus ni plus aifés
SEPTEMBRE. 1730. 1985.
fés ni plus furs . Il eft faux d'ailleurs que
ce foit aux Obfervateurs Chinois que l'on
doive la poſition précife de quelque Lieu
terreftre ; mais quand cela feroit , eft- ce
à leurs Obfervations mal faites & peu
exactes que font dues toutes ces prétendues
découvertes , & M. Maraldi auroitil
dû trouver bonnes des Obfervations fi
differentes entr'elles ? Si cet habile Aftronome
avoit ainfi décidé , le Journaliſte
l'auroit avec raiſon repris de trop de complaifance
ou de manque de difcernement.
M. Delifle avoit lu en 1723. à l'Académie
un Mémoire fur la longitude de l'embouchure
du Fleuve Miffiffipi ; il y établiffoit
par un grand nombre de raifons
& de comparaifons Geographiques la longitude
de ce point de la Terre, telle qu'il
l'avoit déterminée & placée dans fes deux
Cartes de l'Amerique & de la Louiſiane.
L'occafion de ce Mémoire fut la difference
entre cette pofition & celle qui refultoit
d'une Obfervation du 1. Satellite
de Jupiter , faite fur le Lieu même par le
P. Laval , difference de 11 ° ou de 200 .
lieuës. L'Académie pleine d'égards pour
le Jefuite , dont le mérite lui étoit connu ,
crut malgré les fortes raifons de M. Delifle
ne devoir pas fi tôt prononcer contre
une Obſervation immédiate ; elle jugea
à propos de differer l'impreffion de
ce
1986 MERCURE DE FRANCE
ce Mémoire jufqu'à celle du Livre du P.
Laval , afin que le Public vît en mêmetems
, & comparât les raifons des deux
Adverfaires. La Note miſe au bas du Mémoire
en fait foi . La voici :
» Ce Mémoire a été lû dès l'année 1723.
» mais on n'a pas crû qu'il convenoit de le
>>faire paroître avant que l'Obfervation
qu'il attaque eut été imprimée , & elle ne
»l'a été que depuis peu .
22
>
Ce n'eft donc pas ,comme le Journaliſte
femble l'infinuer en quelque maniere , que
l'Académie ait attendu la mort du P. Laval
pour publier le Mémoire de M. Delifle
; le Jefuite a eu le tems de
répondre aux raifons de l'Académicien
le Mémoire lui avoit été communiqué
par M. Delifle lui même , & quoique mis
dans le Volume de 1726. il n'a été imprimé
qu'en 1728. un an & plus avant la
mort du P. Laval ; la mort n'a donc pas
mis le celebre Aftronome hors d'état de
défendre fon Obfervation.
Il ne l'a point fait il ne la croyoit
donc pas fi bonne que le Journaliſte l'a
penfé ; au refte , cette queftion eft décidée ,
& il paroît que M. Delifle n'a ufé de
pas
tout le droit que lui donnoient fes recher
ches & fes grandes connoiffances en Geographie.
M. Baron envoyé par le Roi dans
l'Amérique Septentrionale pour y faire
des
des Observations Physiques & Mathématiques,
y observa à la Nouvelle Orleans
l'Eclipse de Lune du 8. Août 1729. &C
cette Observation comparée à
,
celle qui
fut faite à Paris donne 6 h 9' 7 pourla
différence des méridiens ou 92 v 16J45"
dont la nouvelle Orleans est plus occidentale
que Paris.
Voilà donc jusqu'ici la dispute entre M;
Delisle 5c le P. Laval décidée en faveur
du premier; sa position de l'embouchure
du Mississîpi est soutenuë & verifiée par
une autorité de même genre que celle du
P. Laval , & l'Observation de ce Pere en
devient pour nous d'autant moins bonne.
Je n'ai prétendu parler ici que de ce qui
regarde l'Aurore Boreale, l'Astronomie
& la Geographie, sans toucher aux autres
Extraits, sur la plupart desquels on
pourroit peut être faire de semblables remarques.
Fermer
Résumé : REPONSE de M. Godin, D. l'Ac. R. D. S. à un Article des Memoires de Trévoux, du mois de May 1730. page 910. & suivantes.
M. Godin, membre de l'Académie Royale des Sciences, réagit à un article des *Mémoires de Trévoux* de mai 1730 qui critique sa description de l'aurore boréale du 19 octobre 1726. Godin avait attribué aux pères Kircher et Schott l'idée que les aurores boréales étaient dues à la réflexion d'objets terrestres sur les nuages, agissant comme des miroirs. Les *Mémoires de Trévoux* accusent Godin d'avoir mal interprété les travaux de ces savants, notamment en omettant de mentionner que Schott rejetait cette explication. Godin admet avoir suivi les écrits du père Zahn, qui citait Kircher et Schott en soutien de cette théorie. Il cite des extraits des œuvres de Kircher et Schott pour démontrer que ces auteurs avaient effectivement évoqué des phénomènes aériens similaires aux aurores boréales, expliqués par la réflexion sur les nuages. Godin reconnaît que Schott avait changé d'avis par la suite, mais il maintient que sa propre description était basée sur des interprétations antérieures. Godin critique également les *Mémoires de Trévoux* pour avoir mal interprété les observations de M. de Mairan sur les aurores boréales et pour avoir contesté l'exactitude des observations astronomiques chinoises, notamment celles du père Kegler. Il défend la précision des observations de M. Maraldi et conteste l'idée que les découvertes astronomiques doivent beaucoup aux observations chinoises. Enfin, Godin aborde la controverse entre M. Delisle et le père Laval concernant la longitude de l'embouchure du fleuve Mississippi. Il souligne que l'Académie Royale des Sciences avait différé la publication du mémoire de Delisle pour permettre à Laval de répondre, et que la mort de Laval n'avait pas empêché cette réponse. Godin conclut que les observations de Delisle sont confirmées par celles de M. Baron, invalidant ainsi celles de Laval.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1457
p. 1990-1991
Abregé de l'Histoire d'Angleterre [titre d'après la table]
Début :
ABREGÉ DE L'HISTOIRE D'ANGLETERRE, avec des Reflexions [...]
Mots clefs :
Histoire de l'Angleterre, Angleterre, Histoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Abregé de l'Histoire d'Angleterre [titre d'après la table]
BREGE' DE L'HISTOIRE D'ANGLETERRE
, avec des Reflexions
Politiques & Hiftoriques fur les Regnes
des Rois , leurs caracteres , leurs moeurs ,
leurs fucceffions au Trône , & tous les
autres évenemens remarquables jufqu'à
la Révolution de 1688. inclufivement.
Tiré des Memoires & des Manufcrits
les plus autentiques , tirez de l'Anglois
de M. Higgons , par M. L. B. D. G. vol.
in- 8. de 414. pages fans la Préface de
l'Auteur , & celle du Traducteur . A la
Haye , chez T. Jonſton , 1729 .
Si nous en croyons l'Auteur Anglois
de cet Ouvrage , c'eft une Maxime reçûe
dans tous les temps & dans tous les Pays
de ne pas écrire l'Hiftoire du fiecle où
l'on vit , & c'eft en confequence qu'il a ,
dit- il, laiffé fon Manuſcrit enfeveli dans la
pouffiere pendant 26. ans . , &c. Cette maxime
paroîtra peut -être trop geherale, &
on pourroit dire bien des chofes en faveur
de l'Hiftoire écrite dans le temps auquel
les évenemens font arrivez . Quoiqu'il en
foit , le Traducteur prétend que de toutes
SEPTEMBRE. 1730. 1991
tes les Hiftoires d'Angleterre celle- cy eft
la plus intereffante , tant pour les Souverains
que pour les Miniftres , & même
pour tous ceux qui fouhaitent apprendre
foncierement la forme du Gouvernement,
les Loix fondamentales, les Maximes , les
Moeurs , les Coûtumes de la Grand'Bretagne
: c'eft de quoi nous laiffons le jugement
au Public .
A l'occafion de cet Ouvrage nous ap
prendrons aux Amateurs de l'Hiftoire ,
que M *** a traduit en François l'Hif
toire generale d'Angletetre , écrite par le
Chevalier Richard Baker , celebre Hiftorien
Anglois , & continuée par J. Philips
, jufqu'au Couronnement du Roi
Charles II . arrivé en 1661. ce qui fait un
Corps complet de toute l'Hiftoire d'Angleterre
, écrite en notre Langue & prête
à imprimer. On y trouve un grand nombre
de Pieces originales qui n'ont jamais
parues dans le Public , & plufieurs autres
chofes très remarquables. Le Traducteur,
au refte, quoique François , doit paffer pour
un homme très -verfé dans la Langue &
dans la connoiffance des affaires & du génie
de la Nation Angloife , ayant paffé
tout jeune en Angleterre , où il a demeuré
plus de quinze ans.
, avec des Reflexions
Politiques & Hiftoriques fur les Regnes
des Rois , leurs caracteres , leurs moeurs ,
leurs fucceffions au Trône , & tous les
autres évenemens remarquables jufqu'à
la Révolution de 1688. inclufivement.
Tiré des Memoires & des Manufcrits
les plus autentiques , tirez de l'Anglois
de M. Higgons , par M. L. B. D. G. vol.
in- 8. de 414. pages fans la Préface de
l'Auteur , & celle du Traducteur . A la
Haye , chez T. Jonſton , 1729 .
Si nous en croyons l'Auteur Anglois
de cet Ouvrage , c'eft une Maxime reçûe
dans tous les temps & dans tous les Pays
de ne pas écrire l'Hiftoire du fiecle où
l'on vit , & c'eft en confequence qu'il a ,
dit- il, laiffé fon Manuſcrit enfeveli dans la
pouffiere pendant 26. ans . , &c. Cette maxime
paroîtra peut -être trop geherale, &
on pourroit dire bien des chofes en faveur
de l'Hiftoire écrite dans le temps auquel
les évenemens font arrivez . Quoiqu'il en
foit , le Traducteur prétend que de toutes
SEPTEMBRE. 1730. 1991
tes les Hiftoires d'Angleterre celle- cy eft
la plus intereffante , tant pour les Souverains
que pour les Miniftres , & même
pour tous ceux qui fouhaitent apprendre
foncierement la forme du Gouvernement,
les Loix fondamentales, les Maximes , les
Moeurs , les Coûtumes de la Grand'Bretagne
: c'eft de quoi nous laiffons le jugement
au Public .
A l'occafion de cet Ouvrage nous ap
prendrons aux Amateurs de l'Hiftoire ,
que M *** a traduit en François l'Hif
toire generale d'Angletetre , écrite par le
Chevalier Richard Baker , celebre Hiftorien
Anglois , & continuée par J. Philips
, jufqu'au Couronnement du Roi
Charles II . arrivé en 1661. ce qui fait un
Corps complet de toute l'Hiftoire d'Angleterre
, écrite en notre Langue & prête
à imprimer. On y trouve un grand nombre
de Pieces originales qui n'ont jamais
parues dans le Public , & plufieurs autres
chofes très remarquables. Le Traducteur,
au refte, quoique François , doit paffer pour
un homme très -verfé dans la Langue &
dans la connoiffance des affaires & du génie
de la Nation Angloife , ayant paffé
tout jeune en Angleterre , où il a demeuré
plus de quinze ans.
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Résumé : Abregé de l'Histoire d'Angleterre [titre d'après la table]
Le texte présente 'Brége' de l'Histoire d'Angleterre', traduit de l'anglais par M. L. B. D. G. et publié en 1729. Cet ouvrage, rédigé par M. Higgons, couvre les règnes des rois d'Angleterre, leurs caractères, leurs mœurs, leurs successions et les événements marquants jusqu'à la Révolution de 1688. L'auteur a laissé son manuscrit inédit pendant 26 ans, respectant la règle de ne pas écrire l'histoire contemporaine. Le traducteur souligne l'intérêt de cette histoire pour comprendre les souverains, les ministres et le gouvernement britannique, ainsi que ses lois fondamentales, maximes, mœurs et coutumes. Le texte mentionne également une autre traduction en français de l'histoire générale d'Angleterre par le Chevalier Richard Baker, continuée par J. Philips jusqu'au couronnement du roi Charles II en 1661. Cette traduction inclut de nombreuses pièces originales inédites et est prête à être imprimée. Le traducteur, bien que français, est décrit comme très compétent en langue et affaires anglaises, ayant vécu plus de quinze ans en Angleterre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1458
p. 1991-1992
« MEMOIRES D'ARTILLERIE, recüeillis par M. Surirey de S. Remy, Lieutenant [...] »
Début :
MEMOIRES D'ARTILLERIE, recüeillis par M. Surirey de S. Remy, Lieutenant [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MEMOIRES D'ARTILLERIE, recüeillis par M. Surirey de S. Remy, Lieutenant [...] »
MEMOIRES D'ARTILLERIE ,
recüeillis
1992 MERCURE DE FRANCE
cüeillis par M. Surirey de S. Remy , Lieutenant
du Grand - Maître de l'Artillerie
de France : Ouvrage enrichi de plus de
200. Planches en Taille- douce . Deuxième
Edition augmentée. A Paris , ruë S. Jacchez
Gab. Martin. 2. vol . in-4. prix
ques
40% livres
.
SUITE des Memoires & Avantures
'd'un homme de qualité qui s'eft retiré
du monde. Chez le même . 2. vol . in- 1 z.
3. livres.
OEUVRES de M. Jean de la Chapelle,
de l'Académie Françoife , contenant les
Amours de Catulle , fes Pieces de Théatre
& Difcours Académiques . Chez le
même. 2. vol . in - 12 . 5. livres .
NOUVEAU RECUEIL d'Ouvrages
'de M. de S. Evremont. Idem in- 12 .
35. fols.
recüeillis
1992 MERCURE DE FRANCE
cüeillis par M. Surirey de S. Remy , Lieutenant
du Grand - Maître de l'Artillerie
de France : Ouvrage enrichi de plus de
200. Planches en Taille- douce . Deuxième
Edition augmentée. A Paris , ruë S. Jacchez
Gab. Martin. 2. vol . in-4. prix
ques
40% livres
.
SUITE des Memoires & Avantures
'd'un homme de qualité qui s'eft retiré
du monde. Chez le même . 2. vol . in- 1 z.
3. livres.
OEUVRES de M. Jean de la Chapelle,
de l'Académie Françoife , contenant les
Amours de Catulle , fes Pieces de Théatre
& Difcours Académiques . Chez le
même. 2. vol . in - 12 . 5. livres .
NOUVEAU RECUEIL d'Ouvrages
'de M. de S. Evremont. Idem in- 12 .
35. fols.
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Résumé : « MEMOIRES D'ARTILLERIE, recüeillis par M. Surirey de S. Remy, Lieutenant [...] »
Le document liste plusieurs publications. Les 'Mémoires d'Artillerie' de M. Surirey de Saint-Remy sont disponibles en deux volumes in-4 au prix de 40 livres. La 'Suite des Mémoires & Aventures d'un homme de qualité' est publiée en deux volumes in-12 à 3 livres. Les 'Œuvres de M. Jean de la Chapelle' incluent des poèmes et des pièces de théâtre, en deux volumes in-12 à 5 livres. Le 'Nouveau Recueil d'Ouvrages de M. de Saint-Évremont' contient 35 feuilles en in-12. Toutes ces publications sont vendues chez Gab. Martin, rue Saint-Jacques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1459
p. 1992-1998
Essais hebdomadaires sur plusieurs sujets, [titre d'après la table]
Début :
ESSAIS HEBDOMADAIRES sur plusieurs Sujets interessans. A Paris, ruë [...]
Mots clefs :
Femmes, Hommes, Coeur, Sentiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essais hebdomadaires sur plusieurs sujets, [titre d'après la table]
ESSAIS HEBDOMADAIRES fur plu
fieurs Sujets intereffans. A Paris , ruë
Jacques , chez Et . Ganeau , 1730. Par
M. Dupuy, cy- devant Secretaire au Traité
de Paix de Rifwick. Brochure de 67. pages
, compris la Préface qui en contient
30. On diftribue ces Effais tous les Lundis
de chaque Semaine .
Cet
SEPTEMBRE. 1730. 1993
Cet Ouvrage ne paroît point du tout
fait à la hâte ; on le trouye écrit , au contraire
, avec grand fọin , & il y a lieu de
croire qu'il fera gouté du Public . L'Auteur
rapporte à la 59. page une Lettre de
M. Abbadic à M. Bayle , où l'on trouve
ce jugement fur les Ouvrages de ce dernier
: F'ai lu votre Journal , fans compliment
il m'a extraordinairement plû ; il y
a par tout de la politeffe , du tour , de l'efprit
, de l'érudition , du raifonnement & un
certain difcernement de Philofophe , une feverité
de raison que tous les grands hommes
&c. n'ont pas
On trouve dans la feconde femaine une
Lettre de M. Le Clerc à M. Bayle , qui
lui parle avec cette franchiſe au fujet de
fon Journal qui commençoit alors à paroître.
On dit en general que l'Auteur des
Nouvelles s'étend trop fur des chofes qui ne
ne font pas fi neceffaires , & qu'on pourroit
aifement réduire ... Quelques autres difent
que ce qu'on fouhaite n'est pas d'avoir tous
les mois des Reflexions de l'Auteur fur les
Livres qu'on imprime , mais des Extraits
fideles par où l'on puiffe voir s'ils meritent
qu'on les achete ou qu'on les life . On enſçaura
bienjuger enfuite fans les lumieres de l'Auteur
qui débite mal à propos ( ce font les termes
d'un homme d'efprit ) fes lieux communs
à l'occafion du titre des Livres .
Le
1994 MERCURE DE FRANCE
Le foin que l'Auteur prend de juftifier
par tout la Religion Proteftante , eft loudble,
dit- on , mais il n'eft pas de faifon , & il
doit referver les remarques qu'il fait fur ce
Sujet pour quelque Livre de Controverſe &c.
On dit que fur l'Article du P. Thomaffin
page 213. il valoit mieux faire un Extrait
des matieres qu'il traite & de la Méthode
qu'il obferve que de le railler & de railler.
les Peres.
Toutes ces Lettres écrites par des Sçavans
ou par des perfonnes de confideration
à M. Bayle , fe font lire avec plaifir.
La penultiéme qui remplit cette feconde
femaine , écrite par M. du Rondel en Septembre
1684. ( toutes les autres font de
cette année ) contient un fait affez ſingulier
; le voici :
A neuf heures du matin , après un quart
d'heure de pluye , le vent venant tout à
coup à écarter les nuages , les pouffa dans
une Vallée , & nous préfenta à quelques
500. pas de Rochefort en Ardenne un des
plus beaux fpectacles du monde ; c'étoit
un Iris tout nouveau ; la matiere qui le
formoit n'étoit point courbée vers la terre
, pour en faire un Arc en Ciel , comme
il arrive d'ordinaire , ni renversée vers le
Ciel , comme il arrive quelquefois . C'étoient
des nuages droits & perpendiculaires
, à peu près comme de longues colonnes
,
SEPTEMBRE. 1730. 1995
Ionnes dont la premiere étoit verte , la
feconde rouge , la troifiéme orangée & la
quatrième bleue , contre le mélange ordinaire
des couleurs de ce méteore . Ces
colonnes étoient toutes claires & tranfparentes
, & laiffoient voir diftinctement les
objets qui étoient derriere , comme des
Bois , des Collines , des Châteaux &c, &
quand elles vinrent à s'évanouir , elles
commencerent par l'orangée & par la
rouge. Ce fpectacle dura environ un demi
quart d'heure. Je ne doute point que
ce Phénomene , que j'appelle nouveau ,
n'ait été vû autrefois ; mais comme perfonne
n'a encore parlé d'un Iris perpendiculaire
, c'eft pour cette raifon que je
l'aiappellé nouveau .
On voit par la troifiéme Semaine que
cet Ouvrage fe foutient ; on y voit le
même ordre , même politeffe de ftile &
même efprit. Il eft queftion ici de Reflexions
fur les femmes ; en voici quel
ques unes.
Les hommes eftiment trop les femmes,
ou ne les eftiment pas affez .
Une femme coquette s'attache plus à
furprendre l'eftime des hommes qu'à la
mériter. Un homme galant eft de même
à l'égard des femmes &c .
La naïveté bien imitée flatte les hom
mes & fait honneur aux femmes ; de tous
les
1996 MERCURE DE FRANCE
"
"
les filets qu'elles nous tendent , il n'y en
a point où nous foyons pris plus agréablement
& plus promtement .
Si le goût que les hommes ont pour les
femmes n'avoit pas fes variations , fes ralentiffemens
, que deviendroient les Arts,
les Sciences & les affaires ?
Les femmes pour ſe garantir de l'amour
ont leur temperamment à furmonter , les
follicitations continuelles des hommes à
foûtenir , les détours artificieux de certaines
Emiffaires à demêler , la force de
l'exemple & de la coûtume à vaincre ;
tout confpire à amollir leur coeur. Dès
l'enfance , pour ainfi parler , de tendres
Chanfons les préparent à être fenfibles au
langage amoureux ; livres , fpectacles ,
entretiens , repas où regne la licence ; il
n'y a rien qui ne concoure à leur faire
fouhaiter de brûler d'un feu qui leur paroit
doux , dont elles fentent en ellesmêmes
la fource , & fans lequel la vie leur
paroît languiffante. Devons- nous être furpris
fi la chafteté eft une vertu fi rare ? &
ne devons-nous pas , au contraire , regarder
avec admiration les femmes qui au
milieu de tant d'écueils évitent le naufrage
?
Il eſt plus aifé à une femme qui n'eft
que belle de faire plufieurs conquêtes
que d'en conferver une : les triomphes
d'une
SEPTEMBRE . 1730. 1997
d'une femme qui a beaucoup d'efprit &
peu de beauté font moins faciles & plus
durables.
Fierté dans le maintien & dans le dif
cours , preuve très équivoque qu'il y en
ait dans la conduite & dans les fentimens.
Il y auroit de l'injuftice à ne pas convenir
que les hommes ont beaucoup d'obligation
aux Dames : ne leur doivent - ils
pas ce qu'ils ont d'agrément dans les manieres
, de délicatefle dans les fentimens ,
de complaifance dans l'humeur , de fineffe
dans l'eſprit ? le defir de leur plaire
eft pour eux un puiffant aiguillon pour
les animer à acquerir du mérite.
Quelque douceur , quelque fincerité
que nous annoncent les yeux , les traits
du vifage , le fon de la voix d'une femme
, nous n'en devons pas être plus affurés
des fentimens de fon coeur : le veritable
caractere des femmes eft communément
incompréhenfible ; elles ont le pri
vilege de tromper les hommes, quand elles
veulent leur foibleffe pour
elles augmente
la difficulté qu'il y a de les connoître
; non feulement ils ne fentent pas
quand elles les trompent avec adreffe ,
mais lors même qu'elles veulent s'épargner
le foin d'y employer l'artifice : foit
par leur art , foit par la vanité des hommes
, elles leur cachent prefque toûjours
E ce
1998 MERCURE DE FRANCE
ce qu'elles ont interêt qu'ils ignorent ,
fur tout quand ils les aiment de bonne
foi , & qu'elles ont fçû les perfuader qu'elles
les aiment.
pas
Nous finirons par cette Reflexion qu'on
trouve à la page 210. J'eftime , Monfieur,
qu'il n'y a que deux fortes de femmes qui
ne foient diffimulées : celles en qui
tous principes d'honneur font éteints , &
qui ont renoncé à tout ménagement pour
leur réputation , & celles qui ayant reçû
de leurs parens une bonne éducation
font comme naturellement vertueufes
n'ont jamais laiffé gliffer dans leur
coeur aucun fentiment qu'elles ne puiffent
avoüer.
fieurs Sujets intereffans. A Paris , ruë
Jacques , chez Et . Ganeau , 1730. Par
M. Dupuy, cy- devant Secretaire au Traité
de Paix de Rifwick. Brochure de 67. pages
, compris la Préface qui en contient
30. On diftribue ces Effais tous les Lundis
de chaque Semaine .
Cet
SEPTEMBRE. 1730. 1993
Cet Ouvrage ne paroît point du tout
fait à la hâte ; on le trouye écrit , au contraire
, avec grand fọin , & il y a lieu de
croire qu'il fera gouté du Public . L'Auteur
rapporte à la 59. page une Lettre de
M. Abbadic à M. Bayle , où l'on trouve
ce jugement fur les Ouvrages de ce dernier
: F'ai lu votre Journal , fans compliment
il m'a extraordinairement plû ; il y
a par tout de la politeffe , du tour , de l'efprit
, de l'érudition , du raifonnement & un
certain difcernement de Philofophe , une feverité
de raison que tous les grands hommes
&c. n'ont pas
On trouve dans la feconde femaine une
Lettre de M. Le Clerc à M. Bayle , qui
lui parle avec cette franchiſe au fujet de
fon Journal qui commençoit alors à paroître.
On dit en general que l'Auteur des
Nouvelles s'étend trop fur des chofes qui ne
ne font pas fi neceffaires , & qu'on pourroit
aifement réduire ... Quelques autres difent
que ce qu'on fouhaite n'est pas d'avoir tous
les mois des Reflexions de l'Auteur fur les
Livres qu'on imprime , mais des Extraits
fideles par où l'on puiffe voir s'ils meritent
qu'on les achete ou qu'on les life . On enſçaura
bienjuger enfuite fans les lumieres de l'Auteur
qui débite mal à propos ( ce font les termes
d'un homme d'efprit ) fes lieux communs
à l'occafion du titre des Livres .
Le
1994 MERCURE DE FRANCE
Le foin que l'Auteur prend de juftifier
par tout la Religion Proteftante , eft loudble,
dit- on , mais il n'eft pas de faifon , & il
doit referver les remarques qu'il fait fur ce
Sujet pour quelque Livre de Controverſe &c.
On dit que fur l'Article du P. Thomaffin
page 213. il valoit mieux faire un Extrait
des matieres qu'il traite & de la Méthode
qu'il obferve que de le railler & de railler.
les Peres.
Toutes ces Lettres écrites par des Sçavans
ou par des perfonnes de confideration
à M. Bayle , fe font lire avec plaifir.
La penultiéme qui remplit cette feconde
femaine , écrite par M. du Rondel en Septembre
1684. ( toutes les autres font de
cette année ) contient un fait affez ſingulier
; le voici :
A neuf heures du matin , après un quart
d'heure de pluye , le vent venant tout à
coup à écarter les nuages , les pouffa dans
une Vallée , & nous préfenta à quelques
500. pas de Rochefort en Ardenne un des
plus beaux fpectacles du monde ; c'étoit
un Iris tout nouveau ; la matiere qui le
formoit n'étoit point courbée vers la terre
, pour en faire un Arc en Ciel , comme
il arrive d'ordinaire , ni renversée vers le
Ciel , comme il arrive quelquefois . C'étoient
des nuages droits & perpendiculaires
, à peu près comme de longues colonnes
,
SEPTEMBRE. 1730. 1995
Ionnes dont la premiere étoit verte , la
feconde rouge , la troifiéme orangée & la
quatrième bleue , contre le mélange ordinaire
des couleurs de ce méteore . Ces
colonnes étoient toutes claires & tranfparentes
, & laiffoient voir diftinctement les
objets qui étoient derriere , comme des
Bois , des Collines , des Châteaux &c, &
quand elles vinrent à s'évanouir , elles
commencerent par l'orangée & par la
rouge. Ce fpectacle dura environ un demi
quart d'heure. Je ne doute point que
ce Phénomene , que j'appelle nouveau ,
n'ait été vû autrefois ; mais comme perfonne
n'a encore parlé d'un Iris perpendiculaire
, c'eft pour cette raifon que je
l'aiappellé nouveau .
On voit par la troifiéme Semaine que
cet Ouvrage fe foutient ; on y voit le
même ordre , même politeffe de ftile &
même efprit. Il eft queftion ici de Reflexions
fur les femmes ; en voici quel
ques unes.
Les hommes eftiment trop les femmes,
ou ne les eftiment pas affez .
Une femme coquette s'attache plus à
furprendre l'eftime des hommes qu'à la
mériter. Un homme galant eft de même
à l'égard des femmes &c .
La naïveté bien imitée flatte les hom
mes & fait honneur aux femmes ; de tous
les
1996 MERCURE DE FRANCE
"
"
les filets qu'elles nous tendent , il n'y en
a point où nous foyons pris plus agréablement
& plus promtement .
Si le goût que les hommes ont pour les
femmes n'avoit pas fes variations , fes ralentiffemens
, que deviendroient les Arts,
les Sciences & les affaires ?
Les femmes pour ſe garantir de l'amour
ont leur temperamment à furmonter , les
follicitations continuelles des hommes à
foûtenir , les détours artificieux de certaines
Emiffaires à demêler , la force de
l'exemple & de la coûtume à vaincre ;
tout confpire à amollir leur coeur. Dès
l'enfance , pour ainfi parler , de tendres
Chanfons les préparent à être fenfibles au
langage amoureux ; livres , fpectacles ,
entretiens , repas où regne la licence ; il
n'y a rien qui ne concoure à leur faire
fouhaiter de brûler d'un feu qui leur paroit
doux , dont elles fentent en ellesmêmes
la fource , & fans lequel la vie leur
paroît languiffante. Devons- nous être furpris
fi la chafteté eft une vertu fi rare ? &
ne devons-nous pas , au contraire , regarder
avec admiration les femmes qui au
milieu de tant d'écueils évitent le naufrage
?
Il eſt plus aifé à une femme qui n'eft
que belle de faire plufieurs conquêtes
que d'en conferver une : les triomphes
d'une
SEPTEMBRE . 1730. 1997
d'une femme qui a beaucoup d'efprit &
peu de beauté font moins faciles & plus
durables.
Fierté dans le maintien & dans le dif
cours , preuve très équivoque qu'il y en
ait dans la conduite & dans les fentimens.
Il y auroit de l'injuftice à ne pas convenir
que les hommes ont beaucoup d'obligation
aux Dames : ne leur doivent - ils
pas ce qu'ils ont d'agrément dans les manieres
, de délicatefle dans les fentimens ,
de complaifance dans l'humeur , de fineffe
dans l'eſprit ? le defir de leur plaire
eft pour eux un puiffant aiguillon pour
les animer à acquerir du mérite.
Quelque douceur , quelque fincerité
que nous annoncent les yeux , les traits
du vifage , le fon de la voix d'une femme
, nous n'en devons pas être plus affurés
des fentimens de fon coeur : le veritable
caractere des femmes eft communément
incompréhenfible ; elles ont le pri
vilege de tromper les hommes, quand elles
veulent leur foibleffe pour
elles augmente
la difficulté qu'il y a de les connoître
; non feulement ils ne fentent pas
quand elles les trompent avec adreffe ,
mais lors même qu'elles veulent s'épargner
le foin d'y employer l'artifice : foit
par leur art , foit par la vanité des hommes
, elles leur cachent prefque toûjours
E ce
1998 MERCURE DE FRANCE
ce qu'elles ont interêt qu'ils ignorent ,
fur tout quand ils les aiment de bonne
foi , & qu'elles ont fçû les perfuader qu'elles
les aiment.
pas
Nous finirons par cette Reflexion qu'on
trouve à la page 210. J'eftime , Monfieur,
qu'il n'y a que deux fortes de femmes qui
ne foient diffimulées : celles en qui
tous principes d'honneur font éteints , &
qui ont renoncé à tout ménagement pour
leur réputation , & celles qui ayant reçû
de leurs parens une bonne éducation
font comme naturellement vertueufes
n'ont jamais laiffé gliffer dans leur
coeur aucun fentiment qu'elles ne puiffent
avoüer.
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Résumé : Essais hebdomadaires sur plusieurs sujets, [titre d'après la table]
Le texte présente les 'Essais Hebdomadaires', une brochure publiée à Paris en 1730 par M. Dupuy, ancien secrétaire au Traité de Paix de Ryswick. Cette brochure, distribuée chaque lundi, contient des sujets variés et est rédigée avec soin. La première semaine inclut une lettre de M. Abbadie à M. Bayle, louant le journal de ce dernier pour sa politesse, son esprit et son érudition. La seconde semaine contient une lettre de M. Le Clerc à M. Bayle, discutant des critiques sur les 'Nouvelles', notamment sur l'étendue des réflexions de l'auteur et la préférence pour des extraits fidèles des livres. Le 'Mercure de France' mentionne que l'auteur des 'Essais Hebdomadaires' justifie fréquemment la religion protestante, mais de manière maladroite. Il est également critiqué pour avoir raillé le Père Thomassin plutôt que de faire un extrait de ses matières. Le texte inclut une lettre de M. du Rondel décrivant un phénomène météorologique rare observé en 1684 : un arc-en-ciel perpendiculaire avec des colonnes de couleurs distinctes. La troisième semaine de la brochure traite des réflexions sur les femmes, soulignant des aspects tels que l'estimation des hommes envers elles, la coquetterie, et la difficulté de conserver une conquête. Le texte explore également la naïveté, les variations du goût des hommes, et les défis auxquels les femmes font face pour préserver leur chasteté. Il conclut en affirmant que seules deux sortes de femmes ne sont pas dissimulées : celles sans principes d'honneur et celles éduquées pour être vertueuses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1460
p. 1998-2001
Les quatre Facardins &c. [titre d'après la table]
Début :
LES QUATRE FACARDINS, Conte. Par M. le Comte Antoine Hamilton. [...]
Mots clefs :
Conte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les quatre Facardins &c. [titre d'après la table]
LES QUATRE FACARDINS , Conte.
Par M. le Comte Antoine Hamilton.
A Paris , ruë S. Jacques , chez Jean François
Joffe 1730. in 12. de 328. pages.
Cet Ouvrage prefque tout écrit en Profe
, & fort facilement , commence par des
Vers dont nous nous bornerons à mettre
ici quelques Strophes.
Faut- il après le Renard blane ,
Aprés fleur d'Epine la blonde
Après Tarare fon Amant ,
Par un nouveau déc hainement ,
Faire encor troter à la ronde
Et
SEPTEMBRE . 1730. 1999
Et l'heritiere d'Aſtrakan ·
Et le Prince de Trebizonde ?
Les Contes ont eu pour un tems
Des Lecteurs & des partifans ;
La Cour même en devint avide,
Et les plus celebres Romans
Pour les moeurs & les fentimens ,
Depuis Cyrus jufqu'à Zaïde ,
Ont vû languir leurs ornemens
Et cette lecture infipide
L'emporter fur leurs agrémens.
En vain des bords fameux d'Itaque
Le fage & renommé Mentor
Vint nous enrichir du tréfor
Que renferme fon Telemaque ;
En vain l'art de fon Precepteur
Etale avec délicateffe
Dans ce Roman de rare eſpèce
Ce qu'ont d'utile ou de trompeur
La politique & la tendreffe ,
Et cette fatale douceur
( Tendre fille de la moleffe )
Dont s'enyvre un Heros vainqueur
Aux pieds d'une jeune Maitreffe ,
Ou d'une habile Enchantereffe ,
Telle que les peint ce Docteur
É ij
E Inftruit
2000 MERCURE DE FRANCE
Inftruit de l'humaine foibleffe ,
Et curieux imitateur
Du ftile & des Fables de Grece,
La vogue qu'il eut dura peu ,
Et las de ne pouvoir comprendre
Les mifteres qu'il met en jeu ,
On courut au Palais les rendre
Et l'on s'empreffa d'y reprendre
Le Rameau d'or & l'Oifeau bleu :
Enfuite vinrent de Syrie
Volumes de Contes fans fin ,
Où l'on avoit mis à deffein
L'orientale Allegorie ,
Les Enigmes & le génie
Du Talmudiſte & du Rabbin ;
Et ce bon goût de leur Patrie ,
Qui loin de fe perdre en chemin
Parut fortant de chez Barbin
Plus Arabe qu'en Arabic,
- Mais enfin , graces au bon fens ;
Cette inondation fubite
De Califes & de Sultans ,
Qui formoit fa nombreuſe ſuite ,
Deformais en tous lieux profcrite ,
N'endort que les petits enfans,
Ce
SEPTEMBRE . 1730. 2001
Ce fut dans cette Paix profonde
Que moi , miferable pecheur ,
Je m'aviſai d'être l'Auteur
D'un fatras qu'on lut par le monde
Je l'entrepris en badinant ,
Et je fourrai dans cet Ouvrage
Ce qu'a de plus impertinent
Des Contes le vain étalage ;
Mais je ne fus pas affez fage
Pour m'en tenir à ce fragment ,
J'y joignis un fecond étage.
Pour marquer les abfurdités
De ces recits mal inventés ,
Un Effai peut être excufable ;
Mais dans ces Effais repetés
L'Ecrivain lui-même eſt la Fable
Des Contes qu'il a critiqués.
Par M. le Comte Antoine Hamilton.
A Paris , ruë S. Jacques , chez Jean François
Joffe 1730. in 12. de 328. pages.
Cet Ouvrage prefque tout écrit en Profe
, & fort facilement , commence par des
Vers dont nous nous bornerons à mettre
ici quelques Strophes.
Faut- il après le Renard blane ,
Aprés fleur d'Epine la blonde
Après Tarare fon Amant ,
Par un nouveau déc hainement ,
Faire encor troter à la ronde
Et
SEPTEMBRE . 1730. 1999
Et l'heritiere d'Aſtrakan ·
Et le Prince de Trebizonde ?
Les Contes ont eu pour un tems
Des Lecteurs & des partifans ;
La Cour même en devint avide,
Et les plus celebres Romans
Pour les moeurs & les fentimens ,
Depuis Cyrus jufqu'à Zaïde ,
Ont vû languir leurs ornemens
Et cette lecture infipide
L'emporter fur leurs agrémens.
En vain des bords fameux d'Itaque
Le fage & renommé Mentor
Vint nous enrichir du tréfor
Que renferme fon Telemaque ;
En vain l'art de fon Precepteur
Etale avec délicateffe
Dans ce Roman de rare eſpèce
Ce qu'ont d'utile ou de trompeur
La politique & la tendreffe ,
Et cette fatale douceur
( Tendre fille de la moleffe )
Dont s'enyvre un Heros vainqueur
Aux pieds d'une jeune Maitreffe ,
Ou d'une habile Enchantereffe ,
Telle que les peint ce Docteur
É ij
E Inftruit
2000 MERCURE DE FRANCE
Inftruit de l'humaine foibleffe ,
Et curieux imitateur
Du ftile & des Fables de Grece,
La vogue qu'il eut dura peu ,
Et las de ne pouvoir comprendre
Les mifteres qu'il met en jeu ,
On courut au Palais les rendre
Et l'on s'empreffa d'y reprendre
Le Rameau d'or & l'Oifeau bleu :
Enfuite vinrent de Syrie
Volumes de Contes fans fin ,
Où l'on avoit mis à deffein
L'orientale Allegorie ,
Les Enigmes & le génie
Du Talmudiſte & du Rabbin ;
Et ce bon goût de leur Patrie ,
Qui loin de fe perdre en chemin
Parut fortant de chez Barbin
Plus Arabe qu'en Arabic,
- Mais enfin , graces au bon fens ;
Cette inondation fubite
De Califes & de Sultans ,
Qui formoit fa nombreuſe ſuite ,
Deformais en tous lieux profcrite ,
N'endort que les petits enfans,
Ce
SEPTEMBRE . 1730. 2001
Ce fut dans cette Paix profonde
Que moi , miferable pecheur ,
Je m'aviſai d'être l'Auteur
D'un fatras qu'on lut par le monde
Je l'entrepris en badinant ,
Et je fourrai dans cet Ouvrage
Ce qu'a de plus impertinent
Des Contes le vain étalage ;
Mais je ne fus pas affez fage
Pour m'en tenir à ce fragment ,
J'y joignis un fecond étage.
Pour marquer les abfurdités
De ces recits mal inventés ,
Un Effai peut être excufable ;
Mais dans ces Effais repetés
L'Ecrivain lui-même eſt la Fable
Des Contes qu'il a critiqués.
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Résumé : Les quatre Facardins &c. [titre d'après la table]
Le texte présente 'Les Quatre Facardins', un conte écrit par le Comte Antoine Hamilton et publié à Paris en 1730. L'ouvrage, principalement en prose et facile à lire, commence par des vers. Il met en scène des personnages tels que l'héritière d'Astrakan et le Prince de Trebizonde. Le conte discute de la popularité passée des contes et des romans, qui ont été remplacés par d'autres lectures. Malgré l'arrivée d'œuvres comme 'Télémaque' de Fénelon, la vogue des contes a décliné, laissant place à des volumes de contes orientaux. L'auteur, se présentant comme un 'misérable pécheur', avoue avoir écrit ce 'fatras' par badinage, y incluant des éléments impertinents des contes. Il reconnaît également avoir ajouté un second niveau à son ouvrage pour critiquer les absurdités des récits mal inventés, tout en admettant que ces essais répétés font de lui-même la fable des contes qu'il critique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1461
p. 2001-2005
« LA RHETORIQUE, ou les Regles de l'Eloquence. Par M. Gibert, Ancien [...] »
Début :
LA RHETORIQUE, ou les Regles de l'Eloquence. Par M. Gibert, Ancien [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LA RHETORIQUE, ou les Regles de l'Eloquence. Par M. Gibert, Ancien [...] »
LA RHETORIQUE , ou les Regles
de l'Eloquence. Par M. Gibert , Ancien
Recteur de l'Univerfité , l'un des Profeffeurs
de Rhetorique , au College Mazarin.
A Paris , Place de Cambrai , chez Thibouft
1730. in 12. de 650. pages.
INSTRUCTION pour les Jardins
Fruitiers & Potagers , avec un Traité des
Orangers , & des Reflexions fur l'Agri-
E iij
culture.
2002 MERCURE DE FRANCE
culture. Par M. DE LA QUINTINYE ,
Directeur des Jardins Fruitiers & Potagers
du Roi . Nouvelle Edition , revuë ,
corrigée & augmentée d'une Inftruction
pour la culture des fleurs. A Paris , par
la Compagnie des Libraires. 1730. 2. vol.
in 4.
TRADUCTION des Satyres de Perfe
& de Juvenal. Par le R. P. Tarteron , de
la Compagnie de Jefus . Nouvelle Edition ,
augmentée d'Argumens à chaque Satire.
A Paris , par la Compagnie des Libraires
in 12. 1729 .
OBSERVATIONS CURIEUSES fur
toutes les parties de la Phyfique , extraites
& recueillies des meilleurs Mémoires . A
Paris , Place du Pont S. Michel , chez
Cailleau. 1730. in 12. troifiéme Volume.
COUTUME DE BRETAGNE & Ufances
de quelques Villes & Territoires
corrigée par feu M. P. Hevin , Avocat
au Parlement , fur fon Manufcrit , avec
quelques Arrêts rendus fur plufieurs Articles
de la Coûtume , tirés des Mémoires
de plufieurs celebres Avocats . A Rennes,
chez Guillaume Vatar. 1730. in 4. de 564.
pages , fans la Table. Troifiéme Edition .
D
SETEMBRE . 1730. 2003
DE L'USAGE DES POSTES chez les
Anciens & les Modernes , contenant tous
les Edits , Déclarations , Lettres Patentes,
Arrêts , Ordonnances & Reglemens que
nos Rois ont faits jufqu'à ce jour pour
perfectionner la Police des Poftes , depuis
leur inftitution en France par Louis XI.
le 19. de Juin 1464. jufqu'au dernier Arrêt
du Confeil du 30. Mai 1730. A Paris,
ruë de la Harpe , chez L. D. de la Tour.
in 12. Nouvelle Edition , revûë , corrigée
& augmentée de plus de la moitié.
MAXIMES DE BALTHAZAR
GRACIEN , traduites de l'Efpagnol . A
Paris , Quay des Auguftins , chez Rollin
fils, 1730. Cette nouvelle Traduction eſt
du P. de Courbeville , Jefuite.
REGLES DU DROIT FRANCOIS ,
par
par M. Pocquet de la Livoniere , Confeiller
au Préfidial d'Angers , & ancien Profeffeur
& c. A Paris , ruë S. Jacques , chez
J. B. Coignard in 12. de 711. pages . Prix
trois livres.
LE DIRECTEUR DANS LES VOYES
DU SALUT , fur les principes de Saint
Charles Borromée . A Paris , rue S. Jacques,
chez E. Ganeau in 12. de 416. pages.
Troifiéme Edition ; prix deux livres.
E iiij
JEUX
2004 MERCURE DE FRANCE
JEUX ET
DIVERTISSEMENS propres
à enfeigner le Latin aux petits Enfans
en les divertiffant. Seconde partie de
l'Art d'enfeigner le Latin &c . Par M. de
Vallange. A Paris , Quai des Auguftins ,
& rue S. Facques , chez Gandouin , Laiſnel
&c. 1730. broch. in 12. de 120. pages.
LA NULLITE'
DESORDINATIONS
ANGLOISES ,
démontrée de nouveau
tant pour les faits que pour le Droit
contre la Défenfe du R. P. Le Courayer ,
Docteur d'Oxford & Chanoine Regulier
de Sainte Genevieve. Par le R. P. Le
Quien , Profeffeur en Theologie , de l'Ordre
des Freres Prêcheurs. A Paris , rue
S. Jacques , chez F. Babuti , 1730. 2. VoL
in 12. de plus de 700. pages , fans la Préface
& la Table.
LE DISCIPLE PACIFIQUE de Saint
'Auguſtin fur la Prédeſtination , avec une
Differtation préliminaire touchant l'he
refie des prédeftinations. A Paris , chez
Caillean , Place du Pont S. Michel , 1730.
2. Vol. in 4.
LE
PARADIS
RECONQUIS DE
MILTON , traduit de l'Anglois avec
quelques autres Pieces de Poefies , chez le
même Libraire , 173 %
NouSEPTEMBRE.
1730. 2005
›
NOUVEAU CUISINIER Royal &
Bourgeois , qui apprend à ordonner toute
forte de Repas en gras & en maigre , &
la meilleure maniere des ragouts les plus
délicats & les plus à la mode & toutes
fortes de patifleries , avec de nouveaux
deffeins de tables. Ouvrage très utile dans
les familles , aux Maîtres d'Hôtel & Of
ficiers de bouche . A Paris , au Palais
chez Cl. Prudhomme 1730. Tome troifiéme
, fervant de Supplément aux deux
premiers volumes.
LES CHARMES DE LA SOCIETE
CHRETIENNE . A Paris , rue S.Jacques,
chez Jacques Etienne 1730. in 12. de 161 .
pages , fans la Préface de 24. Le Cenfeur
dit
que cet Ouvrage lui a paru rempli de
principes très folides , établis avec beau
coup d'ordre , & prouvés avec évidence.
de l'Eloquence. Par M. Gibert , Ancien
Recteur de l'Univerfité , l'un des Profeffeurs
de Rhetorique , au College Mazarin.
A Paris , Place de Cambrai , chez Thibouft
1730. in 12. de 650. pages.
INSTRUCTION pour les Jardins
Fruitiers & Potagers , avec un Traité des
Orangers , & des Reflexions fur l'Agri-
E iij
culture.
2002 MERCURE DE FRANCE
culture. Par M. DE LA QUINTINYE ,
Directeur des Jardins Fruitiers & Potagers
du Roi . Nouvelle Edition , revuë ,
corrigée & augmentée d'une Inftruction
pour la culture des fleurs. A Paris , par
la Compagnie des Libraires. 1730. 2. vol.
in 4.
TRADUCTION des Satyres de Perfe
& de Juvenal. Par le R. P. Tarteron , de
la Compagnie de Jefus . Nouvelle Edition ,
augmentée d'Argumens à chaque Satire.
A Paris , par la Compagnie des Libraires
in 12. 1729 .
OBSERVATIONS CURIEUSES fur
toutes les parties de la Phyfique , extraites
& recueillies des meilleurs Mémoires . A
Paris , Place du Pont S. Michel , chez
Cailleau. 1730. in 12. troifiéme Volume.
COUTUME DE BRETAGNE & Ufances
de quelques Villes & Territoires
corrigée par feu M. P. Hevin , Avocat
au Parlement , fur fon Manufcrit , avec
quelques Arrêts rendus fur plufieurs Articles
de la Coûtume , tirés des Mémoires
de plufieurs celebres Avocats . A Rennes,
chez Guillaume Vatar. 1730. in 4. de 564.
pages , fans la Table. Troifiéme Edition .
D
SETEMBRE . 1730. 2003
DE L'USAGE DES POSTES chez les
Anciens & les Modernes , contenant tous
les Edits , Déclarations , Lettres Patentes,
Arrêts , Ordonnances & Reglemens que
nos Rois ont faits jufqu'à ce jour pour
perfectionner la Police des Poftes , depuis
leur inftitution en France par Louis XI.
le 19. de Juin 1464. jufqu'au dernier Arrêt
du Confeil du 30. Mai 1730. A Paris,
ruë de la Harpe , chez L. D. de la Tour.
in 12. Nouvelle Edition , revûë , corrigée
& augmentée de plus de la moitié.
MAXIMES DE BALTHAZAR
GRACIEN , traduites de l'Efpagnol . A
Paris , Quay des Auguftins , chez Rollin
fils, 1730. Cette nouvelle Traduction eſt
du P. de Courbeville , Jefuite.
REGLES DU DROIT FRANCOIS ,
par
par M. Pocquet de la Livoniere , Confeiller
au Préfidial d'Angers , & ancien Profeffeur
& c. A Paris , ruë S. Jacques , chez
J. B. Coignard in 12. de 711. pages . Prix
trois livres.
LE DIRECTEUR DANS LES VOYES
DU SALUT , fur les principes de Saint
Charles Borromée . A Paris , rue S. Jacques,
chez E. Ganeau in 12. de 416. pages.
Troifiéme Edition ; prix deux livres.
E iiij
JEUX
2004 MERCURE DE FRANCE
JEUX ET
DIVERTISSEMENS propres
à enfeigner le Latin aux petits Enfans
en les divertiffant. Seconde partie de
l'Art d'enfeigner le Latin &c . Par M. de
Vallange. A Paris , Quai des Auguftins ,
& rue S. Facques , chez Gandouin , Laiſnel
&c. 1730. broch. in 12. de 120. pages.
LA NULLITE'
DESORDINATIONS
ANGLOISES ,
démontrée de nouveau
tant pour les faits que pour le Droit
contre la Défenfe du R. P. Le Courayer ,
Docteur d'Oxford & Chanoine Regulier
de Sainte Genevieve. Par le R. P. Le
Quien , Profeffeur en Theologie , de l'Ordre
des Freres Prêcheurs. A Paris , rue
S. Jacques , chez F. Babuti , 1730. 2. VoL
in 12. de plus de 700. pages , fans la Préface
& la Table.
LE DISCIPLE PACIFIQUE de Saint
'Auguſtin fur la Prédeſtination , avec une
Differtation préliminaire touchant l'he
refie des prédeftinations. A Paris , chez
Caillean , Place du Pont S. Michel , 1730.
2. Vol. in 4.
LE
PARADIS
RECONQUIS DE
MILTON , traduit de l'Anglois avec
quelques autres Pieces de Poefies , chez le
même Libraire , 173 %
NouSEPTEMBRE.
1730. 2005
›
NOUVEAU CUISINIER Royal &
Bourgeois , qui apprend à ordonner toute
forte de Repas en gras & en maigre , &
la meilleure maniere des ragouts les plus
délicats & les plus à la mode & toutes
fortes de patifleries , avec de nouveaux
deffeins de tables. Ouvrage très utile dans
les familles , aux Maîtres d'Hôtel & Of
ficiers de bouche . A Paris , au Palais
chez Cl. Prudhomme 1730. Tome troifiéme
, fervant de Supplément aux deux
premiers volumes.
LES CHARMES DE LA SOCIETE
CHRETIENNE . A Paris , rue S.Jacques,
chez Jacques Etienne 1730. in 12. de 161 .
pages , fans la Préface de 24. Le Cenfeur
dit
que cet Ouvrage lui a paru rempli de
principes très folides , établis avec beau
coup d'ordre , & prouvés avec évidence.
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Résumé : « LA RHETORIQUE, ou les Regles de l'Eloquence. Par M. Gibert, Ancien [...] »
Le texte présente une liste de publications parues en 1730. Parmi celles-ci, 'LA RHETORIQUE, ou les Regles de l'Eloquence' est une œuvre de M. Gibert, ancien recteur de l'Université et professeur de rhétorique au Collège Mazarin, publiée à Paris chez Thiboust. 'INSTRUCTION pour les Jardins Fruitiers & Potagers' par M. de La Quintinye, directeur des Jardins Fruitiers & Potagers du Roi, est une nouvelle édition augmentée d'une instruction pour la culture des fleurs, publiée par la Compagnie des Libraires. 'TRADUCTION des Satyres de Perse & de Juvenal' par le R. P. Tarteron, de la Compagnie de Jésus, est également une nouvelle édition augmentée d'arguments à chaque satire, publiée par la Compagnie des Libraires. 'OBSERVATIONS CURIEUSES fur toutes les parties de la Phyfique' est un troisième volume extrait et recueilli des meilleurs mémoires, publié chez Cailleau. 'COUTUME DE BRETAGNE & Usances de quelques Villes & Territoires' par feu M. P. Hevin, avocat au Parlement, est une troisième édition corrigée et augmentée d'arrêts, publiée à Rennes chez Guillaume Vatar. 'DE L'USAGE DES POSTES chez les Anciens & les Modernes' contient les édits et règlements relatifs aux postes en France depuis Louis XI jusqu'en 1730, publié chez L. D. de la Tour. 'MAXIMES DE BALTHAZAR GRACIEN' sont traduites de l'espagnol par le P. de Courbeville, jésuite, publiées chez Rollin fils. 'REGLES DU DROIT FRANCOIS' par M. Pocquet de la Livoniere, conseiller au Présidial d'Angers, est publié chez J. B. Coignard. 'LE DIRECTEUR DANS LES VOYES DU SALUT' est basé sur les principes de Saint Charles Borromée, publié chez E. Ganeau. 'JEUX ET DIVERTISSEMENS propres à enseigner le Latin aux petits Enfans' est la seconde partie de l'Art d'enseigner le Latin par M. de Vallange, publié chez Gandouin et Laisnel. 'LA NULLITE DES ORDINATIONS ANGLOISES' est une démonstration contre la défense du R. P. Le Courayer par le R. P. Le Quien, professeur en théologie, publiée chez F. Babuti. 'LE DISCIPLE PACIFIQUE de Saint'Augustin fur la Prédestination' est publié chez Cailleau. 'LE PARADIS RECONQUIS DE MILTON' est une traduction de l'anglais avec d'autres pièces de poésie, publiée chez le même libraire. 'NOUVEAU CUISINIER Royal & Bourgeois' est un ouvrage sur l'art de préparer des repas, publié chez Cl. Prudhomme. Enfin, 'LES CHARMES DE LA SOCIETE CHRETIENNE' est un ouvrage jugé rempli de principes solides, publié chez Jacques Etienne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1462
p. 2006-2010
EXTRAIT du Panegirique de S. Louis prononcé en présence des Académies des Belles Lettres & des Sciences, auquel présidoit M. l'Abbé Bignon, par le Reverend Pere Dom Leandre Petuzet, Benedictin Reformé de l'Ordre de Cluni, dans l'Eglise des P P. de l'Oratoire de la rüe S. Honoré.
Début :
Il prit pour texte ce Passage de la Sagesse, Chapitre 9. Envoyez-moi, Seigneur, [...]
Mots clefs :
Saint Louis, Seigneur, Dieu, Sagesse, Ciel, Trône, Armée, Monarque, Tranquillité, Royaume, Royauté, Académie des belles-lettres, Académie des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Panegirique de S. Louis prononcé en présence des Académies des Belles Lettres & des Sciences, auquel présidoit M. l'Abbé Bignon, par le Reverend Pere Dom Leandre Petuzet, Benedictin Reformé de l'Ordre de Cluni, dans l'Eglise des P P. de l'Oratoire de la rüe S. Honoré.
EXTRAIT du Panegirique de S. Louis
prononcé en présence des Académies des
Belles Lettres & des Sciences , auquel
préfidoit M. l'Abbé Bignon , par le Reverend
Pere Dom Leandre Petuzet , Benedictin
Reformé de l'Ordre de Cluni ,
dans l'Eglife des P P. de l'Oratoire de la
rue S. Honoré.
Il prit pour texte ce Paffage de la Sageffe
, Chapitre 9. Envoyez-moi , Seigneur,
la fageffe du Ciel , votre Sanctuaire , qui eft
le Trône de votre Grandeur , afin qu'elle foit
& travaille avec moi.
P
Our prouver que S. Louis a été orné du don
de fageffe , l'Orateur diftingua deux chofes
effentielles dans la Royauté , qu'on ne peut défunir
fans en faire un phantôme. L'une que les
Rois doivent éviter , & ce font les dangers qui
en font incomparables ; l'autre qu'ils doivent
remplir , & ce font les charges qui y font attachées.
Ce font ces Charges & ces dangers qui lui
ont fourni la matiere de l'éloge de S. Louis.
En parlant de l'humilité de ce S. Roi , il dit
qu'il l'avoit portée à un point qu'on auroit peine
à atteindre ; mais qu'elle ne fut point l'effet du
temperament, & que s'il la poffeda dans un fouverain
degré , elle fut en lui une vertu chrétienne.
Jamais il n'y eut une ame plus douce , plus
debonnaire & plus humble, & jamais on n'en vît
de plus remplie de courage. Jamais Prince ne fut
plus difpofé que lui à s'aneantir devant le Seigneur
, & jamais il n'y en eut qui montrât plus
de
1
SEPTEMBRE. 1730. 2007
de fermeté devant les hommes , quand il s'agit de
foutenir les interêts de fa Couronne. Jamais Monarque
n'eut moins d'ambition pour étendre les
limites de fon Royaume , & jamais on n'en trouya
qui eut une plus fainte jaloufie de conferver
celui que le Ciel lui avoit donné pour fon heritage.
Il renonce au droit legitime qu'il avoit fur
le Royaume de Caftille , parce que la conquête
ne pouvoit s'en faire qu'aux dépens du fang de
fes Sujets. Il refuſe genereuſement l'Empire que
Gregoire IX . lui préfente , content de comman
der à ceux que le Ciel avoit foumis à ſa puiſfance
, & fi ce Souverain Pontife veut en revêtir
le Comte d'Artois , frere de ce S. Roi , il fçait
lui faire fentir ,fans s'éloigner de l'obéiffance qu'il
lui doit , qu'il n'appartient pas plus à la puiffance
Ecclefiaftique de toucher au Trône , qu'à là
temporelle de s'ingerer dans le Miniftere Sacré ;
mais il n'oublie rien pour contenir fes Sujets dans
les bornes étroites du devoir ; il porte , quand il
le faut, la terreur dans le coeur de ceux qui trou
blent la tranquillité publique &c.
En parlant de fa charité , il dit que cette divi
ne vertu qui avoit pris de profondes racines dans
fon coeur , ne lui permit pas d'avoir des entrail
les de fer pour le pauvre & le miſerable ; & ſi
Job nous dit que la mifericorde étoit fortie avec
lui du fein de fa mere & avoit crû enſemble ,
qu'on le pouvoit dire avec autant de juftice de
Louis , dequoi le Panegiriſte donna des preuves
par des faits éclatans .
>
En parlant des Charges attachées à la Royauté,
il en diftingua deux aufquelles toutes les autres
peuvent fe rapporter , & dont aucun Roi ne fe
peut difpenfer : l'une d'être équitable à l'égard
de leur peuple , l'autre d'être fidele à Dieu. Il remarqua
avec S. Jacques deux caracteres dans la
E vj Lageffe
2008 MERCURE DE FRANCE
fageffe Chrétienne qui engagent ceux qui la poffedent
à les remplir dignement ; elle n'eft point
diffimulée ; elle le porte avec docilité à tout le
bien qu'on lui propofe.
Quel eft , dit-il , le Roi Chrétien qui réduifie
plus fidelement en pratique ces deux nobles caracteres
Jufte à l'égard de fon peuple , il jugea
fans diffimulation , & avec équité. Fidele à Dieu,
il procura avec un faint zele toutes les bonnes
oeuvres qui pouvoient lui rendre le cu te qui lui
eft dû. I s'étendit beaucoup fur les preuves de
ces deux Propofitions , & retraça de beaux traits
de l'Histoire du S. Monarque.
Il peignit l'état pitoyable où étoit réduite la
Paleſtine , & tout ce que fit l'Eglife pour engager
les Princes Chrétiens à rendre la liberté cette
Terre fainte, où nous avions été délivrez de la fervitude
du démon. En falloit - il davantage , dit-il ,
pour remplir d'une fainte & noble ardeur le Fils
aîné de l'Eglife , & lui faire dire dans l'efprit de
David , je le jure devant le Seigneur , & j'en fais
un voeu au Dieu de Jacob , je n'entrerai point
dans ma maiſon , je ne repoſerai point fur mon
lit , je ne permettrai point à mes yeux de dormir
, ni à mes paupieres de fommeiller , que je
n'aye trouvé le moyen de rétablir le Seigneur
dans fa Maiſon.
Il entra dans le détail de toutes les rencontres
où S. Louis fignaia fon courage & donna à toute
fon armée le charmant fpectacle d'un Héros
vraiment Chrétien , il décrivit le Siege de Damiete
, la perte d'une Bataille qui mit l'armée de
S. Louis aux abois , & enfin la captivité. Que
vos Jugemens , ô mon Dieu , s'écria- t-il , font
impenetrables ! qui n'en admirera la profondeur ,
quand nous voyons dans les chaînes un Roi
Chrétien qui vient pour délivrer d'une cruelle
oppreffion
SEPTEMBRE . 1730. 2009
oppreffion ceux que vous avez rachetez de votre
Sang précieux ; mais ne le perdons pas de vûë
dans cette fâcheufe extremité ; le Seigneur qui
l'humilie eft à fes côtez pour le foutenir . Semblable
à Jofeph , fa fageffe ne l'abandonne pas dans la
prifon , ou comme l'Arche captive chez les Philifins
, ce Heros prifonnier fait plus honorer Dieu
par fa réfignation , que vainqueur des Infideles .
Il parla de fa feconde expedition contre les Infideles
pour aller fecourir les Chrétiens d'Afrique,
qui gémiffoient fans efperance & fans confolation .
Que n'eût - il pas fait , dit-il , pour la gloire du
Seigneur , fi en exigeant le facrifice de fa vie , il
ne le fût contenté de fa bonne volonté... Que ne
puis -je vous le préfenter accablé fous fa Tente
d'une maladie mortelle & prêt à recevoir fa récompenfe
de celui pour lequel il avoit fi glorieufement
combattu. Vit- on jamais une tranquillité
plus inalterable, une réfignation plus parfaite, des
defirs plus ardens de s'unir à fon Dieu , une préfence
d'efprit plus entiere il donne fes ordres
aux principaux Chefs de fon armée & leur recommande
de ne point faire de paix avec ceux
qui n'en avoient point avec Dieu ; il appelle fon
Fils , fucceffeur de fa Couronne , & lui fait des
leçons pleines de lumieres , de fageffe & de charité
; il donne à tous des exemples preffans d'une
folide pieté , il meurt enfin comme Moyfe dans
le baifer du Seigneur , & fi comme ce Patriarche
il n'entre pas en poffeffion de la Terre qui lui
fembloit promife , il va établir fon féjour dans
les Tabernacles éternels .
Après une courte morale le Panegyrifte finit
en s'adreffant à S. Louis & lui difant : Daignez
grand Roi , du haut du Ciel où vous regnez avec
Dieu , recevoir les voeux d'un Peuple zele pour
votre gloire , fidele à votre Sang & plein de
confiance
2010 MERCURE DE FRANCE
confiance en votre puissante protection . Mais
regardez toûjours d'un oeil propice cet augufte
Monarque , qui eft affis fur votre Trône , qui
n'eft pas moins heritier de vos vertus que de vctre
Sceptre, & qui fe voit heureusement renaître
dans un Prince que le Ciel n'a pas refufé à
la ferveur de nos prieres qu'il a accordé à la
falide pieté d'une Reine digne du fublime rang
qu'elle remplit & dont la Naissance affermit
notre esperance & affure notre tranquillité.
Seyez beni , ô mon Dieu , de nous avoirfait un
don fi précieux , confervez les pour en faire un
jour de bonheur du Royaume que S. Louis gouverna
avec tant de fageffe ; formez-le fur ce
modele des veritables Rois , & que semblable
à fon Pere , il exprime avec lui la valeur qui
le rendit redoutable à fes ennemis , la charité
qui le fit pere de fon Peuple , la Religion qui le
fanctifia fur le Trône.
prononcé en présence des Académies des
Belles Lettres & des Sciences , auquel
préfidoit M. l'Abbé Bignon , par le Reverend
Pere Dom Leandre Petuzet , Benedictin
Reformé de l'Ordre de Cluni ,
dans l'Eglife des P P. de l'Oratoire de la
rue S. Honoré.
Il prit pour texte ce Paffage de la Sageffe
, Chapitre 9. Envoyez-moi , Seigneur,
la fageffe du Ciel , votre Sanctuaire , qui eft
le Trône de votre Grandeur , afin qu'elle foit
& travaille avec moi.
P
Our prouver que S. Louis a été orné du don
de fageffe , l'Orateur diftingua deux chofes
effentielles dans la Royauté , qu'on ne peut défunir
fans en faire un phantôme. L'une que les
Rois doivent éviter , & ce font les dangers qui
en font incomparables ; l'autre qu'ils doivent
remplir , & ce font les charges qui y font attachées.
Ce font ces Charges & ces dangers qui lui
ont fourni la matiere de l'éloge de S. Louis.
En parlant de l'humilité de ce S. Roi , il dit
qu'il l'avoit portée à un point qu'on auroit peine
à atteindre ; mais qu'elle ne fut point l'effet du
temperament, & que s'il la poffeda dans un fouverain
degré , elle fut en lui une vertu chrétienne.
Jamais il n'y eut une ame plus douce , plus
debonnaire & plus humble, & jamais on n'en vît
de plus remplie de courage. Jamais Prince ne fut
plus difpofé que lui à s'aneantir devant le Seigneur
, & jamais il n'y en eut qui montrât plus
de
1
SEPTEMBRE. 1730. 2007
de fermeté devant les hommes , quand il s'agit de
foutenir les interêts de fa Couronne. Jamais Monarque
n'eut moins d'ambition pour étendre les
limites de fon Royaume , & jamais on n'en trouya
qui eut une plus fainte jaloufie de conferver
celui que le Ciel lui avoit donné pour fon heritage.
Il renonce au droit legitime qu'il avoit fur
le Royaume de Caftille , parce que la conquête
ne pouvoit s'en faire qu'aux dépens du fang de
fes Sujets. Il refuſe genereuſement l'Empire que
Gregoire IX . lui préfente , content de comman
der à ceux que le Ciel avoit foumis à ſa puiſfance
, & fi ce Souverain Pontife veut en revêtir
le Comte d'Artois , frere de ce S. Roi , il fçait
lui faire fentir ,fans s'éloigner de l'obéiffance qu'il
lui doit , qu'il n'appartient pas plus à la puiffance
Ecclefiaftique de toucher au Trône , qu'à là
temporelle de s'ingerer dans le Miniftere Sacré ;
mais il n'oublie rien pour contenir fes Sujets dans
les bornes étroites du devoir ; il porte , quand il
le faut, la terreur dans le coeur de ceux qui trou
blent la tranquillité publique &c.
En parlant de fa charité , il dit que cette divi
ne vertu qui avoit pris de profondes racines dans
fon coeur , ne lui permit pas d'avoir des entrail
les de fer pour le pauvre & le miſerable ; & ſi
Job nous dit que la mifericorde étoit fortie avec
lui du fein de fa mere & avoit crû enſemble ,
qu'on le pouvoit dire avec autant de juftice de
Louis , dequoi le Panegiriſte donna des preuves
par des faits éclatans .
>
En parlant des Charges attachées à la Royauté,
il en diftingua deux aufquelles toutes les autres
peuvent fe rapporter , & dont aucun Roi ne fe
peut difpenfer : l'une d'être équitable à l'égard
de leur peuple , l'autre d'être fidele à Dieu. Il remarqua
avec S. Jacques deux caracteres dans la
E vj Lageffe
2008 MERCURE DE FRANCE
fageffe Chrétienne qui engagent ceux qui la poffedent
à les remplir dignement ; elle n'eft point
diffimulée ; elle le porte avec docilité à tout le
bien qu'on lui propofe.
Quel eft , dit-il , le Roi Chrétien qui réduifie
plus fidelement en pratique ces deux nobles caracteres
Jufte à l'égard de fon peuple , il jugea
fans diffimulation , & avec équité. Fidele à Dieu,
il procura avec un faint zele toutes les bonnes
oeuvres qui pouvoient lui rendre le cu te qui lui
eft dû. I s'étendit beaucoup fur les preuves de
ces deux Propofitions , & retraça de beaux traits
de l'Histoire du S. Monarque.
Il peignit l'état pitoyable où étoit réduite la
Paleſtine , & tout ce que fit l'Eglife pour engager
les Princes Chrétiens à rendre la liberté cette
Terre fainte, où nous avions été délivrez de la fervitude
du démon. En falloit - il davantage , dit-il ,
pour remplir d'une fainte & noble ardeur le Fils
aîné de l'Eglife , & lui faire dire dans l'efprit de
David , je le jure devant le Seigneur , & j'en fais
un voeu au Dieu de Jacob , je n'entrerai point
dans ma maiſon , je ne repoſerai point fur mon
lit , je ne permettrai point à mes yeux de dormir
, ni à mes paupieres de fommeiller , que je
n'aye trouvé le moyen de rétablir le Seigneur
dans fa Maiſon.
Il entra dans le détail de toutes les rencontres
où S. Louis fignaia fon courage & donna à toute
fon armée le charmant fpectacle d'un Héros
vraiment Chrétien , il décrivit le Siege de Damiete
, la perte d'une Bataille qui mit l'armée de
S. Louis aux abois , & enfin la captivité. Que
vos Jugemens , ô mon Dieu , s'écria- t-il , font
impenetrables ! qui n'en admirera la profondeur ,
quand nous voyons dans les chaînes un Roi
Chrétien qui vient pour délivrer d'une cruelle
oppreffion
SEPTEMBRE . 1730. 2009
oppreffion ceux que vous avez rachetez de votre
Sang précieux ; mais ne le perdons pas de vûë
dans cette fâcheufe extremité ; le Seigneur qui
l'humilie eft à fes côtez pour le foutenir . Semblable
à Jofeph , fa fageffe ne l'abandonne pas dans la
prifon , ou comme l'Arche captive chez les Philifins
, ce Heros prifonnier fait plus honorer Dieu
par fa réfignation , que vainqueur des Infideles .
Il parla de fa feconde expedition contre les Infideles
pour aller fecourir les Chrétiens d'Afrique,
qui gémiffoient fans efperance & fans confolation .
Que n'eût - il pas fait , dit-il , pour la gloire du
Seigneur , fi en exigeant le facrifice de fa vie , il
ne le fût contenté de fa bonne volonté... Que ne
puis -je vous le préfenter accablé fous fa Tente
d'une maladie mortelle & prêt à recevoir fa récompenfe
de celui pour lequel il avoit fi glorieufement
combattu. Vit- on jamais une tranquillité
plus inalterable, une réfignation plus parfaite, des
defirs plus ardens de s'unir à fon Dieu , une préfence
d'efprit plus entiere il donne fes ordres
aux principaux Chefs de fon armée & leur recommande
de ne point faire de paix avec ceux
qui n'en avoient point avec Dieu ; il appelle fon
Fils , fucceffeur de fa Couronne , & lui fait des
leçons pleines de lumieres , de fageffe & de charité
; il donne à tous des exemples preffans d'une
folide pieté , il meurt enfin comme Moyfe dans
le baifer du Seigneur , & fi comme ce Patriarche
il n'entre pas en poffeffion de la Terre qui lui
fembloit promife , il va établir fon féjour dans
les Tabernacles éternels .
Après une courte morale le Panegyrifte finit
en s'adreffant à S. Louis & lui difant : Daignez
grand Roi , du haut du Ciel où vous regnez avec
Dieu , recevoir les voeux d'un Peuple zele pour
votre gloire , fidele à votre Sang & plein de
confiance
2010 MERCURE DE FRANCE
confiance en votre puissante protection . Mais
regardez toûjours d'un oeil propice cet augufte
Monarque , qui eft affis fur votre Trône , qui
n'eft pas moins heritier de vos vertus que de vctre
Sceptre, & qui fe voit heureusement renaître
dans un Prince que le Ciel n'a pas refufé à
la ferveur de nos prieres qu'il a accordé à la
falide pieté d'une Reine digne du fublime rang
qu'elle remplit & dont la Naissance affermit
notre esperance & affure notre tranquillité.
Seyez beni , ô mon Dieu , de nous avoirfait un
don fi précieux , confervez les pour en faire un
jour de bonheur du Royaume que S. Louis gouverna
avec tant de fageffe ; formez-le fur ce
modele des veritables Rois , & que semblable
à fon Pere , il exprime avec lui la valeur qui
le rendit redoutable à fes ennemis , la charité
qui le fit pere de fon Peuple , la Religion qui le
fanctifia fur le Trône.
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Résumé : EXTRAIT du Panegirique de S. Louis prononcé en présence des Académies des Belles Lettres & des Sciences, auquel présidoit M. l'Abbé Bignon, par le Reverend Pere Dom Leandre Petuzet, Benedictin Reformé de l'Ordre de Cluni, dans l'Eglise des P P. de l'Oratoire de la rüe S. Honoré.
Le Panégyrique de Saint Louis, prononcé par le Révérend Père Dom Leandre Petuzet, met en lumière les vertus et les actions du roi Saint Louis. L'orateur utilise un passage de la Sagesse pour démontrer que Saint Louis était doté du don de sagesse. Il distingue deux aspects essentiels de la royauté : les dangers à éviter et les charges à remplir. Saint Louis est loué pour son humilité, une vertu chrétienne qu'il cultivait malgré son rang. Il était à la fois doux et courageux, humble devant Dieu et ferme devant les hommes. Il refusait d'étendre son royaume par la violence et renonça à des opportunités de pouvoir, comme le trône de Castille et l'Empire offert par Grégoire IX. La charité de Saint Louis est également mise en avant. Il avait un profond sens de la miséricorde envers les pauvres. Les deux charges principales de la royauté, selon le texte, sont d'être équitable envers le peuple et fidèle à Dieu. Saint Louis est décrit comme un roi juste et zélé pour les bonnes œuvres. Le texte détaille ses actions en Terre Sainte, son courage lors des batailles, et sa captivité, où il resta fidèle à Dieu. Il mentionne également sa seconde expédition en Afrique pour secourir les chrétiens. Saint Louis est présenté comme un modèle de piété et de sagesse, mourant en paix et recommandant à son fils de ne pas faire la paix avec les infidèles. Le panégyrique se termine par des vœux pour que le roi actuel, héritier des vertus de Saint Louis, gouverne avec la même sagesse et charité.
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1463
p. 2010-2012
Oeuvres de S. Basile &c. [titre d'après la table]
Début :
Coignard, débite depuis peu le troisiéme & dernier volume des Oeuvres de S. Basile, qui comprend [...]
Mots clefs :
Religieux, Saint Basile, Religion chrétienne, Religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Oeuvres de S. Basile &c. [titre d'après la table]
Coignard, débite depuis peu le troifiéme &
dernier volume des OEuvres de S. Bafile, qui comprend
le Traité du S. Efprit & les Lettres rangées
par ordre Chronologique . On a mis dans
l'Appendix XXIV . Difcours que Metaphrafte a
tirés des Ouvrages de S. Bafile , & le Livre de la
Virginité, qu'on a eu tort d'attribuer à ce Saint,
quoiqu'il foit d'un Evêque du quatriéme fiecle.
On voit à la tête du volume une fçavante Préface ,
où l'on examine plufieurs queftions dogmatiques
& enfuite la Vie admirable de ce faint Archevêque.
Ily a huit ans que le fecond Volume de faint
Bafile a paru , & comme plufieurs perfonnes fe
plaignoient de ce retardemcnt , l'Auteur de la
Préface en fait connoître les raifons. Le fçavant
Religieux, dit- il, qui avoit entrepris l'Edition
Dom Julien Garnier , Religieux de S, Germain.
de
SEPTEMBRE. 1730. 2011
'de S. Bafile, étoit déja fort incommodé lorsqu'il
mit au jour le fecond Volume. Cependant l'envie
de rendre fervice au public , l'engagea à
préparer le troifiéme . Il ſe mit à revoir sa Traduction
,y ajoutant de tems en tems des Notes
Hiftoriques , tirées de M. Tillemond , pour ſuppléer
à la Vie de S. Bafile qu'il avoit promife ,
qu'il n'étoit plus en état de compofer. Mais
à peine en étoit - il à la moitié de ce travail
que les forces lui manquerent entierement ,
enfin il mourut le 3. de Juin 1725. Outre le regret
que fa mort caufa à tous fes Confreres , dont
il étoit fort estimé , on eut le déplaifir de voir
qu'un Ouvrage qui étoit attendu des Sçavans .
& que plufieurs avoient déja payé par avance,
ne paroitroit pas fi - tôt ; car quoique les Manufcrits
fuffent déja collationnés fort exactement
, à l'exception néanmoins de celui de M.
le Premier Président de Harlay , il reftoit bien
des chofes à faire pour donner une Edition
exacte , principalement en ce qui regarde l'arrangement
des Lettres par ordre Chronologique
, la vie de S. Bafile & l'examen de fa
doctrine,
Les Lettres de S. Bafile paroîtront bientôt traduites
en François par un Religieux de la Congrégation
de S. Maur , qui a eu communication
des feuilles de la nouvelle Edition , à méfure
que
l'on imprimoit.
&
Il nous refte à dire que Dom Prudent Maran,
Religieux de l'Abbaye de S. Germain des Prez ,
રે qui on doit entierement le troifiéme Tome ,
le plus important de l'Edition de S. Bafile , travaille
à une Edition de S. Juftin , Martir , qui
comprendra auffi ce que nous avons de Tatien ,
fon Difciple, de Menagore & de Théophile d'An-
Lioche , lefquels à l'exemple du faint Martir , ont
écrit
2012 MERCURE DE FRANCE
' écrit dans le fecond fiecle de l'Eglife des Apolo
gies en faveur de la Religion Chrétienne.
dernier volume des OEuvres de S. Bafile, qui comprend
le Traité du S. Efprit & les Lettres rangées
par ordre Chronologique . On a mis dans
l'Appendix XXIV . Difcours que Metaphrafte a
tirés des Ouvrages de S. Bafile , & le Livre de la
Virginité, qu'on a eu tort d'attribuer à ce Saint,
quoiqu'il foit d'un Evêque du quatriéme fiecle.
On voit à la tête du volume une fçavante Préface ,
où l'on examine plufieurs queftions dogmatiques
& enfuite la Vie admirable de ce faint Archevêque.
Ily a huit ans que le fecond Volume de faint
Bafile a paru , & comme plufieurs perfonnes fe
plaignoient de ce retardemcnt , l'Auteur de la
Préface en fait connoître les raifons. Le fçavant
Religieux, dit- il, qui avoit entrepris l'Edition
Dom Julien Garnier , Religieux de S, Germain.
de
SEPTEMBRE. 1730. 2011
'de S. Bafile, étoit déja fort incommodé lorsqu'il
mit au jour le fecond Volume. Cependant l'envie
de rendre fervice au public , l'engagea à
préparer le troifiéme . Il ſe mit à revoir sa Traduction
,y ajoutant de tems en tems des Notes
Hiftoriques , tirées de M. Tillemond , pour ſuppléer
à la Vie de S. Bafile qu'il avoit promife ,
qu'il n'étoit plus en état de compofer. Mais
à peine en étoit - il à la moitié de ce travail
que les forces lui manquerent entierement ,
enfin il mourut le 3. de Juin 1725. Outre le regret
que fa mort caufa à tous fes Confreres , dont
il étoit fort estimé , on eut le déplaifir de voir
qu'un Ouvrage qui étoit attendu des Sçavans .
& que plufieurs avoient déja payé par avance,
ne paroitroit pas fi - tôt ; car quoique les Manufcrits
fuffent déja collationnés fort exactement
, à l'exception néanmoins de celui de M.
le Premier Président de Harlay , il reftoit bien
des chofes à faire pour donner une Edition
exacte , principalement en ce qui regarde l'arrangement
des Lettres par ordre Chronologique
, la vie de S. Bafile & l'examen de fa
doctrine,
Les Lettres de S. Bafile paroîtront bientôt traduites
en François par un Religieux de la Congrégation
de S. Maur , qui a eu communication
des feuilles de la nouvelle Edition , à méfure
que
l'on imprimoit.
&
Il nous refte à dire que Dom Prudent Maran,
Religieux de l'Abbaye de S. Germain des Prez ,
રે qui on doit entierement le troifiéme Tome ,
le plus important de l'Edition de S. Bafile , travaille
à une Edition de S. Juftin , Martir , qui
comprendra auffi ce que nous avons de Tatien ,
fon Difciple, de Menagore & de Théophile d'An-
Lioche , lefquels à l'exemple du faint Martir , ont
écrit
2012 MERCURE DE FRANCE
' écrit dans le fecond fiecle de l'Eglife des Apolo
gies en faveur de la Religion Chrétienne.
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Résumé : Oeuvres de S. Basile &c. [titre d'après la table]
Le troisième et dernier volume des Œuvres de Saint Basile a été récemment publié par Coignard. Ce volume comprend le Traité du Saint Esprit et les Lettres de Saint Basile, classées par ordre chronologique. L'appendice inclut vingt-quatre discours de Métaphraste et le Livre de la Virginité, attribué à tort à Saint Basile. Le volume est introduit par une préface savante qui aborde des questions dogmatiques et présente la vie de cet archevêque. Le second volume avait été publié huit ans plus tôt. Le retard de la publication du troisième volume est dû à la maladie et au décès de Dom Julien Garnier, éditeur de Saint Basile, survenu le 3 juin 1725. Dom Prudent Maran, de l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés, a pris en charge la publication de ce tome. Les lettres de Saint Basile seront bientôt traduites en français par un religieux de la Congrégation de Saint Maur. Dom Maran travaille également à une édition des œuvres de Saint Justin, martyr, incluant celles de Tatien, Ménagore et Théophile d'Antioche.
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1464
p. 2012
Dictionnaire Universel du Commerce &c [titre d'après la table]
Début :
Jacques Etienne, Libraire, ruë S. Jacques, distribuë depuis quelque tems un troisiéme Volume [...]
Mots clefs :
Commerce, Histoire ancienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dictionnaire Universel du Commerce &c [titre d'après la table]
Jacques Etienne , Libraire , ruë S. Jacques
diftribue depuis quelque tems un troifiéme Volume
du Dictionnaire Univerfel de Commerce ,
par feu M. Savary , pour fervir de fupplément
aux deux premiers Volumes qui ont été donnés
au Public en 172 & en ont été reçûs avec un
applaudiffement univerfel. Ce Libraire n'a imprimé
ce dernier Volume que pour s'acquitter de la
promeffe qu'il avoit faite de donner par Supplé→
ment , & en faveur dé ceux qui avoient foufcrit
pour les deux premiers Volumes , toutes les ad→
ditions qu'on pourroit recouvrer , & que M. Philemon-
Louis Savary avoit perfectionnées avant fa
mort , qui arriva le 20. Septembre 1727. Il contient
d'excellens Mémoires & des additions cụ→
rieufes pour un grand nombre d'Articles qui n'étoient
pas affez exacts dans les deux premiers
Tomes.
Le même Libraire vient de donner auffi les Livres
fuivans.
Hiftoire ancienne des Egyptiens , des Cartaginois
&c. contenus dans le premier Volume.
>
Tome fecond , contenant les Affiriens , les
Babiloniens , les Medes & les Perfes . Par M.
Rollin , ancien Recteur de l'Univerfité de Paris
Profeffeur d'Eloquence au College Royal , & Affocié
à l'Académie Royale des Infcriptions &
Belles - Lettres.
La fuite de cet Ouvrage qui contiendra les Macedoniens
& les Grecs fera inceflamment fous
preffe ; l'Auteur y travaille avec beaucoup d'affiduité
pour fatisfaire à l'empreffement du Public
qui a enlevé avec avidité les deux premiers Volufumes
lefquels ont une approbation univerſelle
tant en France que chez tous les Etrangers
diftribue depuis quelque tems un troifiéme Volume
du Dictionnaire Univerfel de Commerce ,
par feu M. Savary , pour fervir de fupplément
aux deux premiers Volumes qui ont été donnés
au Public en 172 & en ont été reçûs avec un
applaudiffement univerfel. Ce Libraire n'a imprimé
ce dernier Volume que pour s'acquitter de la
promeffe qu'il avoit faite de donner par Supplé→
ment , & en faveur dé ceux qui avoient foufcrit
pour les deux premiers Volumes , toutes les ad→
ditions qu'on pourroit recouvrer , & que M. Philemon-
Louis Savary avoit perfectionnées avant fa
mort , qui arriva le 20. Septembre 1727. Il contient
d'excellens Mémoires & des additions cụ→
rieufes pour un grand nombre d'Articles qui n'étoient
pas affez exacts dans les deux premiers
Tomes.
Le même Libraire vient de donner auffi les Livres
fuivans.
Hiftoire ancienne des Egyptiens , des Cartaginois
&c. contenus dans le premier Volume.
>
Tome fecond , contenant les Affiriens , les
Babiloniens , les Medes & les Perfes . Par M.
Rollin , ancien Recteur de l'Univerfité de Paris
Profeffeur d'Eloquence au College Royal , & Affocié
à l'Académie Royale des Infcriptions &
Belles - Lettres.
La fuite de cet Ouvrage qui contiendra les Macedoniens
& les Grecs fera inceflamment fous
preffe ; l'Auteur y travaille avec beaucoup d'affiduité
pour fatisfaire à l'empreffement du Public
qui a enlevé avec avidité les deux premiers Volufumes
lefquels ont une approbation univerſelle
tant en France que chez tous les Etrangers
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Résumé : Dictionnaire Universel du Commerce &c [titre d'après la table]
Jacques Étienne, libraire au 12 rue Saint-Jacques, a publié un troisième volume du Dictionnaire Universel de Commerce, rédigé par le défunt M. Savary. Ce volume complète les deux premiers, parus en 1726 et bien accueillis par le public. Il inclut des additions et corrections apportées par M. Philemon-Louis Savary avant sa mort, survenue le 20 septembre 1727, ainsi que des mémoires et ajouts pour des articles incomplets des premiers tomes. Le libraire a également édité plusieurs ouvrages historiques, dont 'Histoire ancienne des Egyptiens, des Carthaginois, etc.' et le 'Tome second, contenant les Assyriens, les Babyloniens, les Mèdes et les Perses' par M. Rollin. Ce dernier est ancien recteur de l'Université de Paris, professeur d'éloquence au Collège Royal et associé à l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres. La suite de cet ouvrage, traitant des Macédoniens et des Grecs, est en préparation pour répondre à la demande publique enthousiaste.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1465
p. 2013-2014
« Montalant, Imprimeur-Libraire à Paris, donne avis au Public qu'on trouve chez lui les [...] »
Début :
Montalant, Imprimeur-Libraire à Paris, donne avis au Public qu'on trouve chez lui les [...]
Mots clefs :
Ouvrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Montalant, Imprimeur-Libraire à Paris, donne avis au Public qu'on trouve chez lui les [...] »
Montalant , Imprimeur - Libraire à Paris ,
donne avis au Públic qu'on trouve chez lui les
Ouvrages fuivans .
Peż, Thefaurus Anedoctorum Noviffimus. fol.
6. vol. Augufta Vindelicorum 1730.
Ejufdem tom . 6. ſeparatim .
Patavii. Dogmata Theologiæ. fol. 6. vol . And
tuerpia.
Ejufdem , Doctrina temporum , fol z . Vol.
Ejufdem , Vranologium, fol.
Schilteri Antiquitates Teutonica , fol . 3. Vold
Ulmæ 1730.
Bullarium magnum , fol. 10. Vol. 1729. ĽuĮ
xemb.
Ejufdem tom. 6. 7. 8. 9. & 10. feparatim.
Hiftoire Litteraire de la Ville de Lyon. Par le
Pere de Colonia in 4. 2. Vol .
Du même Livre , le Tome 2. fe vend à part
Mémoires pourfervir à l' Hiftoire des Negocia
tions du 18. fiecle . Par M. Lamberti in 4. 8.
Vol.
{
Du même Ouvrage les Tom. 6. 7. & 8. fe
féparent.
Hiftoire de la Vie du Duc d'Epernon , conte
fiant ce qui s'eft paffé de plus fecret à la Cour de
France fous les Regnes d'Henri III . d'Henri IV.
& de Louis XIII . in 12. 4. Vol. 1730 .
La même in 4. 1730. Paris.
Hiftoire des Ouvrages des Sçavans , par Mª
Bafnage in 12. 26. Vol.
Les Voyages d'Adam Olearius , föl. 2. Vol.fig.
La Haye 1730 .
➡ de Thevenot. in 12. 5. Vol. Amft.
Les Colloques d'Erafme , en Latin & en Fran
çois, in 12, 6, Vol . Amſt,
Let
2014 MERCURE DE FRANCE
Les Commentaires fur la Geométrie de Defcartes,
Par Rabvel , in 4. 2. Vol. Lyon 1730.
L'Hiftoire Militaire du Prince Eugene & de
Marlboroug , fol. 3. Vol . in 8. La Haye. 1730.
Les Tom. 2 & 3. du même Livre ſe vendent
મે
part.
donne avis au Públic qu'on trouve chez lui les
Ouvrages fuivans .
Peż, Thefaurus Anedoctorum Noviffimus. fol.
6. vol. Augufta Vindelicorum 1730.
Ejufdem tom . 6. ſeparatim .
Patavii. Dogmata Theologiæ. fol. 6. vol . And
tuerpia.
Ejufdem , Doctrina temporum , fol z . Vol.
Ejufdem , Vranologium, fol.
Schilteri Antiquitates Teutonica , fol . 3. Vold
Ulmæ 1730.
Bullarium magnum , fol. 10. Vol. 1729. ĽuĮ
xemb.
Ejufdem tom. 6. 7. 8. 9. & 10. feparatim.
Hiftoire Litteraire de la Ville de Lyon. Par le
Pere de Colonia in 4. 2. Vol .
Du même Livre , le Tome 2. fe vend à part
Mémoires pourfervir à l' Hiftoire des Negocia
tions du 18. fiecle . Par M. Lamberti in 4. 8.
Vol.
{
Du même Ouvrage les Tom. 6. 7. & 8. fe
féparent.
Hiftoire de la Vie du Duc d'Epernon , conte
fiant ce qui s'eft paffé de plus fecret à la Cour de
France fous les Regnes d'Henri III . d'Henri IV.
& de Louis XIII . in 12. 4. Vol. 1730 .
La même in 4. 1730. Paris.
Hiftoire des Ouvrages des Sçavans , par Mª
Bafnage in 12. 26. Vol.
Les Voyages d'Adam Olearius , föl. 2. Vol.fig.
La Haye 1730 .
➡ de Thevenot. in 12. 5. Vol. Amft.
Les Colloques d'Erafme , en Latin & en Fran
çois, in 12, 6, Vol . Amſt,
Let
2014 MERCURE DE FRANCE
Les Commentaires fur la Geométrie de Defcartes,
Par Rabvel , in 4. 2. Vol. Lyon 1730.
L'Hiftoire Militaire du Prince Eugene & de
Marlboroug , fol. 3. Vol . in 8. La Haye. 1730.
Les Tom. 2 & 3. du même Livre ſe vendent
મે
part.
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Résumé : « Montalant, Imprimeur-Libraire à Paris, donne avis au Public qu'on trouve chez lui les [...] »
L'annonce publicitaire de l'imprimeur-libraire Montalant à Paris présente une sélection d'ouvrages disponibles dans sa boutique. Parmi les livres mentionnés, on trouve 'Peż, Thefaurus Anedoctorum Noviffimus' en six volumes, publié à Augsbourg en 1730, et 'Schilteri Antiquitates Teutonica' en trois volumes, publié à Ulm en 1730. D'autres ouvrages notables incluent 'Bullarium magnum' en dix volumes, publié en 1729, et 'Histoire Littéraire de la Ville de Lyon' en deux volumes, écrite par le Père de Colonia. L'annonce mentionne également des mémoires sur les négociations du 18ème siècle par M. Lamberti, une histoire de la vie du Duc d'Épernon couvrant les règnes d'Henri III, Henri IV et Louis XIII, et une histoire des ouvrages des savants par M. Basnage. Des ouvrages de voyage, comme 'Les Voyages d'Adam Olearius' et 'Les Voyages de Thevenot', sont également disponibles. Enfin, l'annonce liste des commentaires sur la géométrie de Descartes par Ravvel, une histoire militaire du Prince Eugène et de Marlborough, et divers autres ouvrages en latin et en français.
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1466
p. 2014-2015
Nouveau Concert de simphonie &c. [titre d'après la table]
Début :
Il paroît depuis peu un Ouvrage de Musique, intitulé Concert de Simphonie, par M. Aubert, [...]
Mots clefs :
Musique, Concertos, Symphonie
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texteReconnaissance textuelle : Nouveau Concert de simphonie &c. [titre d'après la table]
Il paroît depuis peu un Ouvrage de Mufique ,
intitulé Concert de Simphonie , par M. Aubert ,
Intendant de la Mufique de S. A. S. M. le Duc ,
Ordinaire de la Chambre du Roi & de l'Acadé
mie Royale. Il fe vend à Paris , chez l'Auteur ,
rue de la Vieille Bouclerie , proche la rue de la
Huchette , à la Chaife Royale , chez le St Boivin
, rue S. Honoré , à la Regle d'Or , & chez
le Sr le Clerc , rue du Roule , à la Croix d'or.
Le prix eft de 3. livres iz fols , les trois parties
féparées. On trouve tous les Ouvrages de l'Auteur
à ces adreffes. Nous parlerons encore de la
fuite de celui- ci ; en attendant , voici un Avertiffement
que l'Auteur a mis à la tête.
Quoique les Concerto Italiens ayent eu quel
que fuccès depuis plufieurs années en France , ou
l'on a rendu juſtice à tout ce que Corelli , Vival
di & quelques autres ont fait d'excellent dans ce
genre , on a cependant remarqué que cette forte
de mufique, malgré l'habileté d'une partie de ceux
de tout le monde
, & fur tout de celui des Dames , dont le jugement
a toûjours déterminé les plaifirs de la
Nation. De plus la plupart des jeunes gens croyant
fe former la main par les difficultés & les traits
extraordinaires dont on charge depuis peu prefque
tous ces Ouvrages , perdent les graces , la
netteté & la belle fimplicité du gout François .
qui l'executent , n'eft pas du gout
On a encore obfervé que ces pieces ne peuvent
s'executer ni fur la fute , ni fur le hautbois ,
que
SEPTEMBRE . 1730. 2015
que par un très petit nombre de gens illuftres
c'eft ce qui a determiné à effayer un genre de
Mufique , qui non-feulement fut plus ailé à entendre
, mais auffi dont l'exécution fut à la portée
des écoliers plus ou moins habiles comme à
celle des Maîtres , & où toutes fortes d'Inftrumens
puffent conferver leurs fons naturels & les
plus imitateurs de la voix , ce qui a toujours dû
& doit toujours être leur objet. Le projet de
l'Auteur a été de joindre des traits vifs & de la
gayeté à ce que nous appellons des chants François
; il ne fe flatte pas de l'avoir rempli , mais
il ouvre la carriere à de plus habiles . Ces Piéces
peuvent s'executer à grand Choeur , comme les
Concerto , & font très utiles pour les Académies,
& tout ce qui s'appelle Orqueftre ; fi elles font
bien reçûës l'Auteur fera fes efforts pour en
donner une fuite nouvelle tous les deux mois
pendant une année.
intitulé Concert de Simphonie , par M. Aubert ,
Intendant de la Mufique de S. A. S. M. le Duc ,
Ordinaire de la Chambre du Roi & de l'Acadé
mie Royale. Il fe vend à Paris , chez l'Auteur ,
rue de la Vieille Bouclerie , proche la rue de la
Huchette , à la Chaife Royale , chez le St Boivin
, rue S. Honoré , à la Regle d'Or , & chez
le Sr le Clerc , rue du Roule , à la Croix d'or.
Le prix eft de 3. livres iz fols , les trois parties
féparées. On trouve tous les Ouvrages de l'Auteur
à ces adreffes. Nous parlerons encore de la
fuite de celui- ci ; en attendant , voici un Avertiffement
que l'Auteur a mis à la tête.
Quoique les Concerto Italiens ayent eu quel
que fuccès depuis plufieurs années en France , ou
l'on a rendu juſtice à tout ce que Corelli , Vival
di & quelques autres ont fait d'excellent dans ce
genre , on a cependant remarqué que cette forte
de mufique, malgré l'habileté d'une partie de ceux
de tout le monde
, & fur tout de celui des Dames , dont le jugement
a toûjours déterminé les plaifirs de la
Nation. De plus la plupart des jeunes gens croyant
fe former la main par les difficultés & les traits
extraordinaires dont on charge depuis peu prefque
tous ces Ouvrages , perdent les graces , la
netteté & la belle fimplicité du gout François .
qui l'executent , n'eft pas du gout
On a encore obfervé que ces pieces ne peuvent
s'executer ni fur la fute , ni fur le hautbois ,
que
SEPTEMBRE . 1730. 2015
que par un très petit nombre de gens illuftres
c'eft ce qui a determiné à effayer un genre de
Mufique , qui non-feulement fut plus ailé à entendre
, mais auffi dont l'exécution fut à la portée
des écoliers plus ou moins habiles comme à
celle des Maîtres , & où toutes fortes d'Inftrumens
puffent conferver leurs fons naturels & les
plus imitateurs de la voix , ce qui a toujours dû
& doit toujours être leur objet. Le projet de
l'Auteur a été de joindre des traits vifs & de la
gayeté à ce que nous appellons des chants François
; il ne fe flatte pas de l'avoir rempli , mais
il ouvre la carriere à de plus habiles . Ces Piéces
peuvent s'executer à grand Choeur , comme les
Concerto , & font très utiles pour les Académies,
& tout ce qui s'appelle Orqueftre ; fi elles font
bien reçûës l'Auteur fera fes efforts pour en
donner une fuite nouvelle tous les deux mois
pendant une année.
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Résumé : Nouveau Concert de simphonie &c. [titre d'après la table]
Le texte annonce la publication de l'ouvrage musical 'Concert de Simphonie' par Monsieur Aubert, Intendant de la Musique du Duc et Ordinaire de la Chambre du Roi et de l'Académie Royale. Cet ouvrage est disponible à Paris chez plusieurs libraires au prix de 3 livres 12 sols pour les trois parties séparées. L'auteur souligne que les concertos italiens, bien que populaires en France, présentent des difficultés qui nuisent à la simplicité et à la grâce du goût français. De plus, ces pièces nécessitent un petit nombre de musiciens, limitant ainsi leur accessibilité. Pour pallier ces inconvénients, Aubert a composé des pièces plus accessibles, adaptées à divers instruments et niveaux de compétence. Ces compositions allient des traits vifs et de la gaieté aux chants français et peuvent être exécutées en grand chœur, utiles pour les académies et les orchestres. L'auteur prévoit de publier une suite de ces pièces tous les deux mois pendant une année, si elles rencontrent un bon accueil.
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1467
p. 2015
« L'Abbé de Monville, qui travaille actuellement à l'Histoire du Prince de Condé, par ordre [...] »
Début :
L'Abbé de Monville, qui travaille actuellement à l'Histoire du Prince de Condé, par ordre [...]
Mots clefs :
Prince de Condé
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texteReconnaissance textuelle : « L'Abbé de Monville, qui travaille actuellement à l'Histoire du Prince de Condé, par ordre [...] »
L'Abbé de Monville , qui travaille actuelle
ment à l'Hiftoire du Prince de Condé , par ordre
du Duc de Bourbon , prie les Sçavans de lui
communiquer les Mémoires anecdoctes qu'ils
gourront avoir fur la Vie de ce grand homme,
ment à l'Hiftoire du Prince de Condé , par ordre
du Duc de Bourbon , prie les Sçavans de lui
communiquer les Mémoires anecdoctes qu'ils
gourront avoir fur la Vie de ce grand homme,
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1468
p. 2015-2017
EXTRAIT d'une Lettre écrite de la Hogue en Normandie, au sujet de deux Monstres marins.
Début :
Ce qu'on vous a écrit de deux Poissons monstrueux, l'un mâle, l'autre femelle, d'une [...]
Mots clefs :
Monstre marin, Poisson, Poissons monstrueux, Normandie
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de la Hogue en Normandie, au sujet de deux Monstres marins.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de la
Hogue en Normandie , au fujet de deux
Monftres marins.
CE
E qu'on vous a écrit de deux Poiffons monftrueux
, l'un mâle , l'autre femelle , d'une
égale groffeur , qui vers la fin de l'année 1729.
échouerent fur ces côtes , dans les Paroiffes de
Ravenoville & de Foucarville , au Val de Cere
Amirauté de la Hogue , eft très- veritable ; mais
9
ce
2016 MERCURE DE FRANCE
cé n'eft pas affez de vous certifier le fait . Pour
contenter amplement votre curiofité , je vous envoye
un deffein exact du mâle , & en voici la
Def
SEPTEMBRE . 1730. 2017
Defcription , avec les dimenfions exactes. Il avoit
42. piés de long & 24. de groffeur à l'endroit du
corps le plus épais , qui étoit vers le milieu , fa
tête feule avoit 14. piés de groffeur ; fes mâchoires
en avoient fix de longueur, L'inferieure étoit
armée de 48. dents très blanches , & groffes, chacune
comme une corne de Taureau ; fa langue
avoit deux piés de longueur , & trois de circonference
; les nageoires trés petites ; fa nature étoit
de 4. piés de longueur , & de près de trois piés
de groffeur. Toute la peau de l'Animal très- noire
& très tendre ; fon boyau étoit de plus de 500.
piés de longueur. Ces Poiffons monftrueux ont
rendu chacun plus de 900. pots d'huile. Enfin on
ne peut guere donner une idée plus jufte de leur
énorme grandeur que par un petit Char que l'on
a fait de l'os du crâne du mâle dans lequel un
homme peut aifément fe placer. Cependant c'eft
une fingularité à ne pas omettre que les усих de
ce Monftre étoient fort petits , enforte qu'ils n'avoient
guere qu'un pouce de grandeur entre les
deux angles . Nos plus anciens Marins difent qu'ils
n'ont jamais rien vû de pareil en ce genre.
Hogue en Normandie , au fujet de deux
Monftres marins.
CE
E qu'on vous a écrit de deux Poiffons monftrueux
, l'un mâle , l'autre femelle , d'une
égale groffeur , qui vers la fin de l'année 1729.
échouerent fur ces côtes , dans les Paroiffes de
Ravenoville & de Foucarville , au Val de Cere
Amirauté de la Hogue , eft très- veritable ; mais
9
ce
2016 MERCURE DE FRANCE
cé n'eft pas affez de vous certifier le fait . Pour
contenter amplement votre curiofité , je vous envoye
un deffein exact du mâle , & en voici la
Def
SEPTEMBRE . 1730. 2017
Defcription , avec les dimenfions exactes. Il avoit
42. piés de long & 24. de groffeur à l'endroit du
corps le plus épais , qui étoit vers le milieu , fa
tête feule avoit 14. piés de groffeur ; fes mâchoires
en avoient fix de longueur, L'inferieure étoit
armée de 48. dents très blanches , & groffes, chacune
comme une corne de Taureau ; fa langue
avoit deux piés de longueur , & trois de circonference
; les nageoires trés petites ; fa nature étoit
de 4. piés de longueur , & de près de trois piés
de groffeur. Toute la peau de l'Animal très- noire
& très tendre ; fon boyau étoit de plus de 500.
piés de longueur. Ces Poiffons monftrueux ont
rendu chacun plus de 900. pots d'huile. Enfin on
ne peut guere donner une idée plus jufte de leur
énorme grandeur que par un petit Char que l'on
a fait de l'os du crâne du mâle dans lequel un
homme peut aifément fe placer. Cependant c'eft
une fingularité à ne pas omettre que les усих de
ce Monftre étoient fort petits , enforte qu'ils n'avoient
guere qu'un pouce de grandeur entre les
deux angles . Nos plus anciens Marins difent qu'ils
n'ont jamais rien vû de pareil en ce genre.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de la Hogue en Normandie, au sujet de deux Monstres marins.
En 1729, deux poissons monstrueux, un mâle et une femelle, de taille égale, s'échouèrent sur les côtes normandes, dans les paroisses de Ravenoville et de Foucarville, relevant de l'Amirauté de la Hogue. Le mâle mesurait 42 pieds de long et 24 pieds de large au point le plus épais. Sa tête faisait 14 pieds de largeur, et ses mâchoires 6 pieds de longueur. La mâchoire inférieure comptait 48 dents blanches et grosses, semblables à des cornes de taureau. Sa langue mesurait 2 pieds de longueur et 3 pieds de circonférence. Les nageoires étaient très petites, et sa queue mesurait 4 pieds de longueur et près de 3 pieds de largeur. La peau de l'animal était très noire et très tendre, et son boyau dépassait 500 pieds de longueur. Chaque poisson a produit plus de 900 pots d'huile. Un petit char fut fabriqué à partir de l'os du crâne du mâle, permettant à un homme de s'y placer. Les yeux du monstre étaient très petits, ne mesurant qu'un pouce entre les deux angles. Les marins les plus anciens n'avaient jamais vu de tels spécimens.
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1469
p. 2017-2018
« On apprend de Londres que dans un Commité du Conseil tenu à Witehalt, sur la Requête présentée [...] »
Début :
On apprend de Londres que dans un Commité du Conseil tenu à Witehalt, sur la Requête présentée [...]
Mots clefs :
Fer, Académie royale de peinture et de sculpture, Prix
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texteReconnaissance textuelle : « On apprend de Londres que dans un Commité du Conseil tenu à Witehalt, sur la Requête présentée [...] »
On apprend de Londres que dans un Commité
du Confeil tenu à Witchalt , fur la Requête préfentée
au Roi par le S. Wood & fes Affociés
obtenir le Privilege exclufif de faire du fer
avec la mine du charbon de terre. Il fit voir des
fers à cheval , des cloux une Ancre & plufieurs
autres Inftrumens forgés de ce fer par
divers Ouvriers qui en ont fait un rapport avan
tageux.
› ,
L'Académie Royale de Peinture & de Sculpture
a donné cette année à fes Eleves , le jour
de S,Louis , en la maniere accoutumée , les grands
Prix
2018 MERCURE DE FRANCE
Prix, compofés fur deux Sujets tirés de la Bible,
repréfentant l'un Giezi , ferviteur d'Elifée , qui
obtient par furprife les préfens que le Prophete
avoit refufés de Naaman . 4. Livre des Rois chapitre
5. & l'autre , Daniel qui fauve Suſanne ,
comme on la conduit à la mort. Daniel , chap .
13. verf. 45
Le premier & le fecond Prix de Peinture ont
été remportés par les Srs Boizot & Van Reyfchoot.
Ceux de la Sculpture , par les Srs Francin
& Roubillac ; & le premier Prix de l'Architecture
par le St Louis Claude d'Aviler , neveu de feu
Auguftin Charles d'Aviler,Auteur du Cours d'Architecture
, fi connu & fi eftimé.
du Confeil tenu à Witchalt , fur la Requête préfentée
au Roi par le S. Wood & fes Affociés
obtenir le Privilege exclufif de faire du fer
avec la mine du charbon de terre. Il fit voir des
fers à cheval , des cloux une Ancre & plufieurs
autres Inftrumens forgés de ce fer par
divers Ouvriers qui en ont fait un rapport avan
tageux.
› ,
L'Académie Royale de Peinture & de Sculpture
a donné cette année à fes Eleves , le jour
de S,Louis , en la maniere accoutumée , les grands
Prix
2018 MERCURE DE FRANCE
Prix, compofés fur deux Sujets tirés de la Bible,
repréfentant l'un Giezi , ferviteur d'Elifée , qui
obtient par furprife les préfens que le Prophete
avoit refufés de Naaman . 4. Livre des Rois chapitre
5. & l'autre , Daniel qui fauve Suſanne ,
comme on la conduit à la mort. Daniel , chap .
13. verf. 45
Le premier & le fecond Prix de Peinture ont
été remportés par les Srs Boizot & Van Reyfchoot.
Ceux de la Sculpture , par les Srs Francin
& Roubillac ; & le premier Prix de l'Architecture
par le St Louis Claude d'Aviler , neveu de feu
Auguftin Charles d'Aviler,Auteur du Cours d'Architecture
, fi connu & fi eftimé.
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Résumé : « On apprend de Londres que dans un Commité du Conseil tenu à Witehalt, sur la Requête présentée [...] »
Le texte décrit deux événements distincts. Premièrement, un comité du Conseil, réuni à Witchalt, a examiné une requête présentée au Roi par le Sieur Wood et ses associés. Ils demandaient un privilège exclusif pour fabriquer du fer à partir de la mine de charbon de terre. Ils ont présenté divers objets forgés, tels que des fers à cheval, des clous, une ancre et d'autres instruments, accompagnés de rapports avantageux des ouvriers. Deuxièmement, l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture a décerné ses grands prix à ses élèves le jour de la Saint-Louis. Les prix de peinture ont été attribués aux Sieurs Boizot et Van Reyfchoot. Les prix de sculpture ont été remportés par les Sieurs Francin et Roubillac. Enfin, le premier prix d'architecture a été décerné à Louis Claude d'Aviler, neveu d'Augustin Charles d'Aviler, auteur du 'Cours d'Architecture'. Les sujets des prix de peinture étaient tirés de la Bible : l'un représentait Giezi, serviteur d'Élisée, obtenant les présents refusés à Naaman, et l'autre, Daniel sauvant Suzanne.
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1470
p. 2018-2019
Morts de quelques Sçavans [titre d'après la table]
Début :
Jean-Antoine de Barras de la Penne, Commandeur de l'Ordre Militaire de S. Louis, premier [...]
Mots clefs :
Littérature, Histoire, Belles-lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts de quelques Sçavans [titre d'après la table]
Jean-Antoine de Barras de la Penne , Commandeur
de l'Ordre Militaire de S. Louis , premier
Chef d'Eſcadre des Galeres du Roi , Inſpecteur
des Conftructions , & Commandant au Port
de Marfeille, mourut dans cette Ville,le 18. Juillet
dernier , âgê de près de 80. ans. M. de Barras
étoit d'Arles & d'une ancienne Maiſon de Provence.
Il s'eft diftingué par fon zele & par fon
attachement au fervice , ainfi que par fes lumieres
& par les connoiffances qu'il avoit acquifes
dans les Mathématiques , fur tout dans l'Hydro- .
graphie & dans tout ce qui concernoit particulierement
fa Profeffion. Il a compofé des Memoires
Hiftoriques & Critiques fur les divers
Ordres de Rames dans les Galeres des Anciens ,
& d'autres Memoires fur la force & l'utilité des
Galeres en particulier , & fur l'importance de la
Marine en general , en plufieurs Volumes qui
n'ont pas été imprimez & qui méritent de voir
le jour.
N. Moulat , Avocat & ancien Affeffeur de
Marfeille , mourut le même jour dans cette Ville
âgé
.
SEPTEMBRE . 1730. 2019
agé d'environ so . ans . Outre le fçavoir dont il
étoit rempli fur toutes les matieres de fa Profeffion
, qu'il a exercée avec beaucoup d'honneur
il a cultivé toute fa vie les Belles- Lettres , & en
particulier la Poëfie pour laquelle il avoit un ta
lent particulier. Député à la Cour en l'année
1715. pour des affaires importantes de la Ville
de Marfeille , il compofa cette belle Ode à la
gloire du Maréchal de Villars , qui fut eftiméd
des connoiffeurs , & qui lui attira des applaudiffemens
légitimes . C'eſt dans ce même temps que
M. Moulat forma à Paris avec un autre Marfeillois
de fes amis , le premier Projet d'un établiffement
Académique à Marseille , ainfi qu'il a été
dit dans le Mercure de France du mois de Décembre
1728. fecond volume , page 2811 .
François de Rémerville , Seigneur de S. Quentin
, de l'Académie Royale des Belles - Lettres de
Marſeille , mourut à Apt en Provence , fa Patrie,"
fur la fin du même mois de Juillet, âgé d'environ
80. ans, il a donné au Public plufieurs Ouvrages de
Litterature , & en a laiffé plufieurs autres de fa
compofition fur l'Hiftoire de Provence , dans laquelle
il étoit très - verfé , auffi- bien que dans l'Hif
toire Généalogique des Maifons illuftres & des
Familles diftinguées de cette Province.
de l'Ordre Militaire de S. Louis , premier
Chef d'Eſcadre des Galeres du Roi , Inſpecteur
des Conftructions , & Commandant au Port
de Marfeille, mourut dans cette Ville,le 18. Juillet
dernier , âgê de près de 80. ans. M. de Barras
étoit d'Arles & d'une ancienne Maiſon de Provence.
Il s'eft diftingué par fon zele & par fon
attachement au fervice , ainfi que par fes lumieres
& par les connoiffances qu'il avoit acquifes
dans les Mathématiques , fur tout dans l'Hydro- .
graphie & dans tout ce qui concernoit particulierement
fa Profeffion. Il a compofé des Memoires
Hiftoriques & Critiques fur les divers
Ordres de Rames dans les Galeres des Anciens ,
& d'autres Memoires fur la force & l'utilité des
Galeres en particulier , & fur l'importance de la
Marine en general , en plufieurs Volumes qui
n'ont pas été imprimez & qui méritent de voir
le jour.
N. Moulat , Avocat & ancien Affeffeur de
Marfeille , mourut le même jour dans cette Ville
âgé
.
SEPTEMBRE . 1730. 2019
agé d'environ so . ans . Outre le fçavoir dont il
étoit rempli fur toutes les matieres de fa Profeffion
, qu'il a exercée avec beaucoup d'honneur
il a cultivé toute fa vie les Belles- Lettres , & en
particulier la Poëfie pour laquelle il avoit un ta
lent particulier. Député à la Cour en l'année
1715. pour des affaires importantes de la Ville
de Marfeille , il compofa cette belle Ode à la
gloire du Maréchal de Villars , qui fut eftiméd
des connoiffeurs , & qui lui attira des applaudiffemens
légitimes . C'eſt dans ce même temps que
M. Moulat forma à Paris avec un autre Marfeillois
de fes amis , le premier Projet d'un établiffement
Académique à Marseille , ainfi qu'il a été
dit dans le Mercure de France du mois de Décembre
1728. fecond volume , page 2811 .
François de Rémerville , Seigneur de S. Quentin
, de l'Académie Royale des Belles - Lettres de
Marſeille , mourut à Apt en Provence , fa Patrie,"
fur la fin du même mois de Juillet, âgé d'environ
80. ans, il a donné au Public plufieurs Ouvrages de
Litterature , & en a laiffé plufieurs autres de fa
compofition fur l'Hiftoire de Provence , dans laquelle
il étoit très - verfé , auffi- bien que dans l'Hif
toire Généalogique des Maifons illuftres & des
Familles diftinguées de cette Province.
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Résumé : Morts de quelques Sçavans [titre d'après la table]
En juillet 1730, trois personnalités marseillaises sont décédées. Jean-Antoine de Barras de la Penne, Commandeur de l'Ordre de Saint-Louis, Chef d'Escadre des Galères du Roi, Inspecteur des Constructions et Commandant au Port de Marseille, est mort à Marseille le 18 juillet à près de 80 ans. Originaire d'Arles, il était connu pour son zèle, son attachement au service et ses compétences en mathématiques, notamment en hydrographie. Il a rédigé des mémoires sur les ordres de rames dans les galères des Anciens, la force et l'utilité des galères, ainsi que sur l'importance de la marine, mémoires non imprimés mais méritant de l'être. Le même jour, Nicolas Moulat, avocat et ancien assesseur de Marseille, est décédé à Marseille à environ 60 ans. Moulat était reconnu pour son savoir juridique et sa passion pour les Belles-Lettres, notamment la poésie. En 1715, il a composé une ode à la gloire du Maréchal de Villars et a proposé la création d'une académie à Marseille. François de Rémerville, Seigneur de Saint-Quentin et membre de l'Académie Royale des Belles-Lettres de Marseille, est mort à Apt en Provence à la fin du mois de juillet à environ 80 ans. Il a publié plusieurs ouvrages de littérature et laissé des œuvres sur l'histoire de Provence et l'histoire généalogique des familles distinguées de cette province.
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1471
p. 2020-2022
« L'Académie Royale de Musique reprit le 31. Août l'Opera d'Hesione qu'on [...] »
Début :
L'Académie Royale de Musique reprit le 31. Août l'Opera d'Hesione qu'on [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Opéra
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texteReconnaissance textuelle : « L'Académie Royale de Musique reprit le 31. Août l'Opera d'Hesione qu'on [...] »
SPECTACLES.
' Académie Royale de Mufique reprit
le 31. Août l'Opera d'Hefione qu'on
avoit remis au Théatre en Septembre
*729 . La Dile Le Maure qui avoit quitté
le Théatre au mois d'Août 1727. y chanta
le Rôle dHefione avec beaucoup d'applaudiffement.
Le Public paroît fort fatisfait
de la rentrée de cette Actrice
dont la belle & grande voix a toujours
fait un extrême plaifir.;
La même Académie voulant prendre
part à l'allegreffe publique pour la Naiſ
fance de Monfeigneur le Duc d'Anjou ,
fit faire des feux & des illuminations devant
la principale Porte le jour que le Te
Deum fut chanté à Notre- Dame , & donna
le 4. Septembre l'Opera gratis au Public.
On joua le Balet du Carnaval & de
la Folie qui fatisfit parfaitement une foule
de peuple qui étoit accouruë de tous les
differens Quartiers de Paris , & qui avoit
commencé dès midi à fe placer. Malgré
ce grand concours tout fe paffa fans confufion
ni defordre par les bons ordres que
les nouveaux Directeurs de l'Académie
avoient donnés.
La même Académie donna le ro. par
extraordinaire le Bal fur le Théatre de
l'Opera ; il fut précedé d'un Concert
compofé de Choeurs & de Simphonies
choifies .
En apprenant à ceux de nos Lecteurs
qui l'ignorent la rentrée de la Dlle Le
Maure à l'Opera , nous fommes bien fûrs
du plaifir que cette nouvelle leur fera ;
F mais
2022 MERCURE DE FRANCE
mais c'eſt à regret que nous leur annon
cerons la retraite du S, Thevenard & de la
Die Prevost , deux Sujets inimitables , l'un
dans le noble & le beau chant & l'autre dans
la danfe legere & gracieufe. Ils ont fait pen
dant très long tems les plaifirs du Public,
qui a toûjours honoré leurs talens de
beaucoup d'applaudiffemens , & il y a
lieu de croire qu'il n'en perdra pas fi tôt le
fouvenir. Leurs penfions viageres font reglées
à 1500.livres & à rooo. livres .
' Académie Royale de Mufique reprit
le 31. Août l'Opera d'Hefione qu'on
avoit remis au Théatre en Septembre
*729 . La Dile Le Maure qui avoit quitté
le Théatre au mois d'Août 1727. y chanta
le Rôle dHefione avec beaucoup d'applaudiffement.
Le Public paroît fort fatisfait
de la rentrée de cette Actrice
dont la belle & grande voix a toujours
fait un extrême plaifir.;
La même Académie voulant prendre
part à l'allegreffe publique pour la Naiſ
fance de Monfeigneur le Duc d'Anjou ,
fit faire des feux & des illuminations devant
la principale Porte le jour que le Te
Deum fut chanté à Notre- Dame , & donna
le 4. Septembre l'Opera gratis au Public.
On joua le Balet du Carnaval & de
la Folie qui fatisfit parfaitement une foule
de peuple qui étoit accouruë de tous les
differens Quartiers de Paris , & qui avoit
commencé dès midi à fe placer. Malgré
ce grand concours tout fe paffa fans confufion
ni defordre par les bons ordres que
les nouveaux Directeurs de l'Académie
avoient donnés.
La même Académie donna le ro. par
extraordinaire le Bal fur le Théatre de
l'Opera ; il fut précedé d'un Concert
compofé de Choeurs & de Simphonies
choifies .
En apprenant à ceux de nos Lecteurs
qui l'ignorent la rentrée de la Dlle Le
Maure à l'Opera , nous fommes bien fûrs
du plaifir que cette nouvelle leur fera ;
F mais
2022 MERCURE DE FRANCE
mais c'eſt à regret que nous leur annon
cerons la retraite du S, Thevenard & de la
Die Prevost , deux Sujets inimitables , l'un
dans le noble & le beau chant & l'autre dans
la danfe legere & gracieufe. Ils ont fait pen
dant très long tems les plaifirs du Public,
qui a toûjours honoré leurs talens de
beaucoup d'applaudiffemens , & il y a
lieu de croire qu'il n'en perdra pas fi tôt le
fouvenir. Leurs penfions viageres font reglées
à 1500.livres & à rooo. livres .
Fermer
Résumé : « L'Académie Royale de Musique reprit le 31. Août l'Opera d'Hesione qu'on [...] »
Le 31 août, l'Académie Royale de Musique a repris l'opéra *Hippolyte* au théâtre, après une remise en scène en septembre 1729. La Dlle Le Maure, de retour après une absence depuis août 1727, a interprété le rôle principal avec succès, recevant de nombreux applaudissements pour sa belle et puissante voix. Pour célébrer la naissance du Duc d'Anjou, l'Académie a organisé des feux d'artifice et des illuminations le jour du Te Deum à Notre-Dame. Le 4 septembre, l'opéra *Le Carnaval et la Folie* a été offert gratuitement au public, satisfaisant une foule venue de divers quartiers de Paris. Malgré l'affluence, l'organisation a assuré un déroulement sans confusion. L'Académie a également présenté un ballet extraordinaire précédé d'un concert de chœurs et symphonies. Le retour de la Dlle Le Maure a été salué, tandis que le retrait de M. Thévenard et de la Dlle Prévost a été annoncé avec regret. Leurs pensions viagères sont fixées à 1500 livres et 1000 livres respectivement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1472
p. 2022-2032
Le Bouquet du Roi, Piece en Vaudeville, [titre d'après la table]
Début :
Le 24. Août, veille de la Fête de Saint Louis, l'Opera Comique donna une petite [...]
Mots clefs :
Opéra-Comique, Amour, Paris, Dieu, Reine, Province, Roi, Apollon, Vaudeville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Bouquet du Roi, Piece en Vaudeville, [titre d'après la table]
Le 24. Août , veille de la Fête de Saint
Louis , l'Opera Comique donna une petite
Piece nouvelle d'un Acte , en Vaudeville
, intitulée Le Bouquet du Roi , à la
quelle on a fait depuis quelques augmentations
à l'occafion de la Ñaiffance de
Monſeigneur le Duc d'Anjou , Cette Piéce
eft de M. Panard , & la Mufique de M.
Gillier: en voici en peu de mots le Sujet.
Premiere Entrée,
La Ville de Paris perſonifiée , accom→
pagnée de fa fuite , invite fes habitans à
celebrer la Fête du Roi , & chante fur
l'Air : F'entends déja le bruit des armes,
A chanter un fi digne Maître
Tout doit nous porter aujourd'hui ;
Les Dieux même nous font connoître
Qu'ils
SEPTEMBRE. 1730. 2023
Qu'ils fe font déclarés pour lui ,
Et le Prince qui vient de naître
Eft un gage de leur appui.
C'est là le Bouquet que le Ciel lui refer
voit , ajoûte la Ville de Paris ; après quoi
on chante':
Que des Dieux la bonté fouveraine
A fur nous répandu de bienfaits !
D'un Roi charmant , d'une charmante Reine
Nous fommes les enfans plutôt que les Sujets.
Les coeurs , dès qu'on le voit , font à lui fans reſerve
;
Chez elle les vertus ont fixé leur féjour ;
Elle eft l'image de Minerve ;
Il eft l'image de l'Amour.
Les Habitans de Paris forment enfuite
le Divertiſſement , & expriment leur joye
par des danfes & c.
Seconde Entrée.
Les Députés des principales Provinces
de France viennent fe joindre à la Ville
de Paris pour mêler leur joye à la fienne,
& forment chacune un nouveau Balet
dans leur different caractere ; après quoi
le Député de la Normandie chante le
Couplet fuivant , fur l'Air : Pierre Bagnolet
Fij Heu
2024 MERCURE DE FRANCE
Heureux qui fera l'apanage
Du nouveau fils de notre Roi.
La Gascogne,
N'efperez pas cet avantage ;
Vous ne l'aurez pas fur ma foi ;
Ce fera moi.
La Ville de Paris voyant arriver le Député
de la Province d'Anjou , acheve de
chanter l'Air,
Ne conteftez pas davantage ,
Cedez à celui que je voi .
Ce Député chante ces paroles avec ur
Accompagnement de Fanfares.
Triomphe , victoire ;
Honneur à l'Anjou ;
D'ici jufqu'au Perou ,
Que tout chante ma gloire,
Triomphe Victoire &c.
Votre difpute eft vaïne ,
Vous perdez votre peine ;
C'eſt à moi qu'eft deſtiné
Le Prince nouveau né.
Triomphe Victoire &c.
Les autres Provinces paroiffent fort
confternées de cette préference ; la Ville
de Paris leur dit de ne pas s'en allarmer
&
SEPTEMBRE . 1730. 2025
& chante fur l'Air , O reguinqué :
Le Ciel qui vous protege tous
Ne veut point faire de jaloux ;
Allez , allez , raffurez-vous ;
Vous verrez que chaque Province
L'une après l'autre aura fon Prince.
Le Député de la Gascogne répond , Oh!
pour moi je lui cede volontiers le pas , &
chante fur l'Air : Ma raifon s'en va beau
train :
Me
Un deſtin plus rare un jour
payera de mon amour.
*
Toi qui t'applaudis
Des fils de Louis ,
Tu n'as que le deuxième ,
Pour ma Province , Cadedis ,
On garde le douziéme ,
Lon la ,
On garde le douziéme.
Toutes les Provinces fe retirent après
le Divertiffement .
Troifiéme Entrée des Arts.
Cette Entrée eft précedée de trois Scenes.
Dans la premiere , l'Opera Comique
fe plaint à la Ville de ce qu'elle ne l'hos
nore plus de fes vifites dans le Fauxbourg,
* Regardant l'Anjou,
F iij la
2026 MERCURE DE FRANCE
la Ville lui répond qu'elle a de plus juftes
reproches à lui faire , & chante fur l'Air
de foconde :
Tandis que tous mes habitans
Pour un Roi qu'ils cheriffent
Font voir des tranſports éclatans
Dont les Cieux retentiffent ,
L'Opera Comique fe tait ;
It eft dans l'indolence ;
Lui que j'ai vu le premier prêt :
D'où vient donc ce filence
J
L'Opera Comique lui répond qu'il ne
mérite point ce reproche , & qu'il n'a
jamais eu tant de zele : Jugez en , dit-il
par ce que j'ai fait ; s'agiffant d'une matiere
auffi importante ,j'ai cru ... & chante fur
l'Air : M. le Prevêt des Marchands :
Qu'il falloit au facré Valon
Chercher le fecours d'Apollon ;
J'ai choifi pour cette Ambaffade
De mes Acteurs le plus cheri ,
Quoique mon Théatre malade
Ait peine à fe paffer de lui.
Pierot arrive , & fait un recit Comique
de fa reception au Parnaffe , & dit qu'Apollon
étoit fi fort occupé à chaffer la
Profe qui inondoit le facré Valon , qu'il
n'a
SEPTEMBRE. 1730. 2027
n'a pû tirer aucun fecours de lui : A qui
donc auraisje recours ? dit l'Opera Comi
que : A moi , répond l'Amour , qui en
tre dans ce moment fur la ſcene , & chante
fur l'Air : Les filles font fi fottes , lon la :
D'Apollon eft-ce là l'emploi ?
Non , ne vous addreffez qu'à moi ,
Seul je puis vous fuffire.
Tout ce qu'on fait pour votre Roi ,
C'est l'Amour qui l'inſpire ,
Lon la ,
C'est l'Amour & c.
Pourquoi chercher d'autre fecours que le
mien ?dit l'Amour à Pierot , avez - vous
oublié ce que j'ai fait pour vous l'année paf
fe , & chante fur l'Air des Triolets :
N'eft- ce pas moi qui l'an paffé
Pour un Maitre fi débonaire
Vous fit rifquer un coup d'effai
N'est-ce pas moi qui l'an paffé ,
Rechaufai votre coeur glacé ,
Par la crainte de lui déplaire.
N'eft-ce pas moi qui l'an paffé
Dictai l'Hopegué , ma Comere.
L'Amour promet enfuite à Pierot d'aller
prefenter au Roi leurs voeux & leurs
hommages après qu'il aura affifté à la
Fiiij Fête
2028 MERCURE DE FRANCE
Fête que les Arts vont donner , à laquelle
il doit préfider , & chante fnr un Air
nouveau :
L'Amour par ma voix vous appelle ,
Beaux Arts , fignalez votre zele ,
Formez un Monument qui de ce jour heureux
Confacre la mémoire ;
Difputez-vous la gloire
De feconder nos foins & d'embellir nos jeux."
L'Amour fe met à la tête des Arts qui
font une marche , après laquelle ils élevent
un Trophée à la gloire du Roi . C'eſt
une espece d'Obelifque de 12. piés de haut,
terminé par deux Lys , figurant le Roi
& la Reine , & cinq boutons de Lys , figurant
la Famille Royale. Au deffous eft
un Globe tranfparent, avec ces mots, Non
deerunt. Le pied de l'Obelifque forme un
Entablement fur lequel les Arts pofent
chacun leurs Attributs , & au milieu on
voit deux riches bordures , garnies de
toiles , fur lesquelles la Peinture fait peindre
les Portraits du Roi & de la Reine.
Après qu'ils font finis , la Ville de Paris
chante ces paroles fur l'Air d'un Menuet
nouveau :
De ceux qui regnent ſur nous
Voyez vous
L'auSEPTEMBRE.
1730. 2829.
·
L'augufte & brillante image.
Que chacun dans ce beau jour,
¡ Afon tour
Vienne lui rendre hommage..
De ces Aftres les doux regards
Vous font un heureux partage ;
Leur regne eft celui des beaux Arts.
La Décoration du Trophée a été trouvée
très bien imaginée , & parfaitement
bien executée.
Tous les Arts forment un Balet
general
; il eft fuivi d'un Vaudeville , dont
voici quelques Couplets.
La Mufique
Je fuis cet Art mélodietix
Qui forme l'harmonie ;
Souvent les Heros & les Dieux
Occupent mon génie ;
Mais jamais avec tant d'ardeur ,
Je n'exerce ma Lyre
Que quand je chante la douceur
Reine , de votre Empire.
La Peinture.
C'eft moi dont l'Art ingénieux
Imite la Nature ;
De tout ce qu'on voit fous les Cieux
Je trace la figure ;
F Souvent
2030 MERCURE DE FRANCE
Souvent pour peindre votre Roi ,
Je me mets à l'ouvrage ;
Mais l'Amour encor mieux que
En fçait graver l'image.
L'Aftrologie.
Dans les Aftres je lis fans fin,
C'eft moi qui les confulte ;
Ils m'ont appris que le Dauphin
Caufera du tumulte ;
moi
Rempli des charmes les plus dour
Je prévoi qu'il doit rendre
La moitié du monde jaloux
Et l'autre moitié tendre.
La Navigation.
Mon partage eft de naviguer ,
C'eſt à quoi je préfide ,
Jeunes Marins , venez voguer ,
Je ferai votre guide ,
Vous ne payerez point le tribut
Aux caprices d'Eole ,
Et pour vous mener droit au bur
Je porte la Boufole.
L'Art Militaire.
Servez un Prince aimé des Dieux ,
Venez , Jeuneffe aimable ,
Autant qu'il eft charmant , je veux
La
SEPTEMBRE. 1730. 2031
Le rendre redoutable ;
Si tôt que je vois l'Ennemi
Ma contenance eft fiere ,
Et mon oeil jamais endormi
Garde bien la Frontiere.
L'Art de plaire.
Du fecret de parler au coeur
Je fuis dépofitaire ;
Par un regard doux & flatteur
Je montre l'Art de plaire ;
Mais je croi que de mes Leçons
On n'aura point affaire ;
Car ce bel Art eft aux Bourbons
Un Art hereditaire.
Pierrot an Partere.
Si le Prince que nous chantons ,
Meffieurs , vous intereffe ,
Pour le prouver dans nos Cantons
Faites voir plus de preffe ;
Venez, & qu'un fi beau fujet
Pour nos jeux vous reveille ;
Nous vous faifons voir fon Portrait ,
Rendez-nous la pareille,
On trouvera l'Air noté avec la Chanfon
page 2020.
Le premier Septembre on donna ce
F vj
fpecta2032
MERCURE DE FRANCE
fpectacle gratis à l'occafion de la Naiffance
de Monfeigneur le Duc D'ANJOU
On joija la Comédie des Deux Suivantes
dont il a été parlé , & le Bouquet du Roi
Il y eut le même jour Bal dans l'enclos de
la Foire , & des Illuminations . Tout s'y
pafla fans defordre , & au grand contentement
d'une multitude de peuples
que ces Réjouiffances avoient attires , tant
de la Ville , que du Fauxbourg.
Le 5. le même Opera Comique donna
la premiere Repréſentation de deux Piéces
nouvelles en un Acte chacune ; la
premiere a pour titre L'Amour Marin ,
& l'autre L'Esperance , en Vaudevilles ,
& des Divertiffemens , de la compofition
de M. Gillier,
Louis , l'Opera Comique donna une petite
Piece nouvelle d'un Acte , en Vaudeville
, intitulée Le Bouquet du Roi , à la
quelle on a fait depuis quelques augmentations
à l'occafion de la Ñaiffance de
Monſeigneur le Duc d'Anjou , Cette Piéce
eft de M. Panard , & la Mufique de M.
Gillier: en voici en peu de mots le Sujet.
Premiere Entrée,
La Ville de Paris perſonifiée , accom→
pagnée de fa fuite , invite fes habitans à
celebrer la Fête du Roi , & chante fur
l'Air : F'entends déja le bruit des armes,
A chanter un fi digne Maître
Tout doit nous porter aujourd'hui ;
Les Dieux même nous font connoître
Qu'ils
SEPTEMBRE. 1730. 2023
Qu'ils fe font déclarés pour lui ,
Et le Prince qui vient de naître
Eft un gage de leur appui.
C'est là le Bouquet que le Ciel lui refer
voit , ajoûte la Ville de Paris ; après quoi
on chante':
Que des Dieux la bonté fouveraine
A fur nous répandu de bienfaits !
D'un Roi charmant , d'une charmante Reine
Nous fommes les enfans plutôt que les Sujets.
Les coeurs , dès qu'on le voit , font à lui fans reſerve
;
Chez elle les vertus ont fixé leur féjour ;
Elle eft l'image de Minerve ;
Il eft l'image de l'Amour.
Les Habitans de Paris forment enfuite
le Divertiſſement , & expriment leur joye
par des danfes & c.
Seconde Entrée.
Les Députés des principales Provinces
de France viennent fe joindre à la Ville
de Paris pour mêler leur joye à la fienne,
& forment chacune un nouveau Balet
dans leur different caractere ; après quoi
le Député de la Normandie chante le
Couplet fuivant , fur l'Air : Pierre Bagnolet
Fij Heu
2024 MERCURE DE FRANCE
Heureux qui fera l'apanage
Du nouveau fils de notre Roi.
La Gascogne,
N'efperez pas cet avantage ;
Vous ne l'aurez pas fur ma foi ;
Ce fera moi.
La Ville de Paris voyant arriver le Député
de la Province d'Anjou , acheve de
chanter l'Air,
Ne conteftez pas davantage ,
Cedez à celui que je voi .
Ce Député chante ces paroles avec ur
Accompagnement de Fanfares.
Triomphe , victoire ;
Honneur à l'Anjou ;
D'ici jufqu'au Perou ,
Que tout chante ma gloire,
Triomphe Victoire &c.
Votre difpute eft vaïne ,
Vous perdez votre peine ;
C'eſt à moi qu'eft deſtiné
Le Prince nouveau né.
Triomphe Victoire &c.
Les autres Provinces paroiffent fort
confternées de cette préference ; la Ville
de Paris leur dit de ne pas s'en allarmer
&
SEPTEMBRE . 1730. 2025
& chante fur l'Air , O reguinqué :
Le Ciel qui vous protege tous
Ne veut point faire de jaloux ;
Allez , allez , raffurez-vous ;
Vous verrez que chaque Province
L'une après l'autre aura fon Prince.
Le Député de la Gascogne répond , Oh!
pour moi je lui cede volontiers le pas , &
chante fur l'Air : Ma raifon s'en va beau
train :
Me
Un deſtin plus rare un jour
payera de mon amour.
*
Toi qui t'applaudis
Des fils de Louis ,
Tu n'as que le deuxième ,
Pour ma Province , Cadedis ,
On garde le douziéme ,
Lon la ,
On garde le douziéme.
Toutes les Provinces fe retirent après
le Divertiffement .
Troifiéme Entrée des Arts.
Cette Entrée eft précedée de trois Scenes.
Dans la premiere , l'Opera Comique
fe plaint à la Ville de ce qu'elle ne l'hos
nore plus de fes vifites dans le Fauxbourg,
* Regardant l'Anjou,
F iij la
2026 MERCURE DE FRANCE
la Ville lui répond qu'elle a de plus juftes
reproches à lui faire , & chante fur l'Air
de foconde :
Tandis que tous mes habitans
Pour un Roi qu'ils cheriffent
Font voir des tranſports éclatans
Dont les Cieux retentiffent ,
L'Opera Comique fe tait ;
It eft dans l'indolence ;
Lui que j'ai vu le premier prêt :
D'où vient donc ce filence
J
L'Opera Comique lui répond qu'il ne
mérite point ce reproche , & qu'il n'a
jamais eu tant de zele : Jugez en , dit-il
par ce que j'ai fait ; s'agiffant d'une matiere
auffi importante ,j'ai cru ... & chante fur
l'Air : M. le Prevêt des Marchands :
Qu'il falloit au facré Valon
Chercher le fecours d'Apollon ;
J'ai choifi pour cette Ambaffade
De mes Acteurs le plus cheri ,
Quoique mon Théatre malade
Ait peine à fe paffer de lui.
Pierot arrive , & fait un recit Comique
de fa reception au Parnaffe , & dit qu'Apollon
étoit fi fort occupé à chaffer la
Profe qui inondoit le facré Valon , qu'il
n'a
SEPTEMBRE. 1730. 2027
n'a pû tirer aucun fecours de lui : A qui
donc auraisje recours ? dit l'Opera Comi
que : A moi , répond l'Amour , qui en
tre dans ce moment fur la ſcene , & chante
fur l'Air : Les filles font fi fottes , lon la :
D'Apollon eft-ce là l'emploi ?
Non , ne vous addreffez qu'à moi ,
Seul je puis vous fuffire.
Tout ce qu'on fait pour votre Roi ,
C'est l'Amour qui l'inſpire ,
Lon la ,
C'est l'Amour & c.
Pourquoi chercher d'autre fecours que le
mien ?dit l'Amour à Pierot , avez - vous
oublié ce que j'ai fait pour vous l'année paf
fe , & chante fur l'Air des Triolets :
N'eft- ce pas moi qui l'an paffé
Pour un Maitre fi débonaire
Vous fit rifquer un coup d'effai
N'est-ce pas moi qui l'an paffé ,
Rechaufai votre coeur glacé ,
Par la crainte de lui déplaire.
N'eft-ce pas moi qui l'an paffé
Dictai l'Hopegué , ma Comere.
L'Amour promet enfuite à Pierot d'aller
prefenter au Roi leurs voeux & leurs
hommages après qu'il aura affifté à la
Fiiij Fête
2028 MERCURE DE FRANCE
Fête que les Arts vont donner , à laquelle
il doit préfider , & chante fnr un Air
nouveau :
L'Amour par ma voix vous appelle ,
Beaux Arts , fignalez votre zele ,
Formez un Monument qui de ce jour heureux
Confacre la mémoire ;
Difputez-vous la gloire
De feconder nos foins & d'embellir nos jeux."
L'Amour fe met à la tête des Arts qui
font une marche , après laquelle ils élevent
un Trophée à la gloire du Roi . C'eſt
une espece d'Obelifque de 12. piés de haut,
terminé par deux Lys , figurant le Roi
& la Reine , & cinq boutons de Lys , figurant
la Famille Royale. Au deffous eft
un Globe tranfparent, avec ces mots, Non
deerunt. Le pied de l'Obelifque forme un
Entablement fur lequel les Arts pofent
chacun leurs Attributs , & au milieu on
voit deux riches bordures , garnies de
toiles , fur lesquelles la Peinture fait peindre
les Portraits du Roi & de la Reine.
Après qu'ils font finis , la Ville de Paris
chante ces paroles fur l'Air d'un Menuet
nouveau :
De ceux qui regnent ſur nous
Voyez vous
L'auSEPTEMBRE.
1730. 2829.
·
L'augufte & brillante image.
Que chacun dans ce beau jour,
¡ Afon tour
Vienne lui rendre hommage..
De ces Aftres les doux regards
Vous font un heureux partage ;
Leur regne eft celui des beaux Arts.
La Décoration du Trophée a été trouvée
très bien imaginée , & parfaitement
bien executée.
Tous les Arts forment un Balet
general
; il eft fuivi d'un Vaudeville , dont
voici quelques Couplets.
La Mufique
Je fuis cet Art mélodietix
Qui forme l'harmonie ;
Souvent les Heros & les Dieux
Occupent mon génie ;
Mais jamais avec tant d'ardeur ,
Je n'exerce ma Lyre
Que quand je chante la douceur
Reine , de votre Empire.
La Peinture.
C'eft moi dont l'Art ingénieux
Imite la Nature ;
De tout ce qu'on voit fous les Cieux
Je trace la figure ;
F Souvent
2030 MERCURE DE FRANCE
Souvent pour peindre votre Roi ,
Je me mets à l'ouvrage ;
Mais l'Amour encor mieux que
En fçait graver l'image.
L'Aftrologie.
Dans les Aftres je lis fans fin,
C'eft moi qui les confulte ;
Ils m'ont appris que le Dauphin
Caufera du tumulte ;
moi
Rempli des charmes les plus dour
Je prévoi qu'il doit rendre
La moitié du monde jaloux
Et l'autre moitié tendre.
La Navigation.
Mon partage eft de naviguer ,
C'eſt à quoi je préfide ,
Jeunes Marins , venez voguer ,
Je ferai votre guide ,
Vous ne payerez point le tribut
Aux caprices d'Eole ,
Et pour vous mener droit au bur
Je porte la Boufole.
L'Art Militaire.
Servez un Prince aimé des Dieux ,
Venez , Jeuneffe aimable ,
Autant qu'il eft charmant , je veux
La
SEPTEMBRE. 1730. 2031
Le rendre redoutable ;
Si tôt que je vois l'Ennemi
Ma contenance eft fiere ,
Et mon oeil jamais endormi
Garde bien la Frontiere.
L'Art de plaire.
Du fecret de parler au coeur
Je fuis dépofitaire ;
Par un regard doux & flatteur
Je montre l'Art de plaire ;
Mais je croi que de mes Leçons
On n'aura point affaire ;
Car ce bel Art eft aux Bourbons
Un Art hereditaire.
Pierrot an Partere.
Si le Prince que nous chantons ,
Meffieurs , vous intereffe ,
Pour le prouver dans nos Cantons
Faites voir plus de preffe ;
Venez, & qu'un fi beau fujet
Pour nos jeux vous reveille ;
Nous vous faifons voir fon Portrait ,
Rendez-nous la pareille,
On trouvera l'Air noté avec la Chanfon
page 2020.
Le premier Septembre on donna ce
F vj
fpecta2032
MERCURE DE FRANCE
fpectacle gratis à l'occafion de la Naiffance
de Monfeigneur le Duc D'ANJOU
On joija la Comédie des Deux Suivantes
dont il a été parlé , & le Bouquet du Roi
Il y eut le même jour Bal dans l'enclos de
la Foire , & des Illuminations . Tout s'y
pafla fans defordre , & au grand contentement
d'une multitude de peuples
que ces Réjouiffances avoient attires , tant
de la Ville , que du Fauxbourg.
Le 5. le même Opera Comique donna
la premiere Repréſentation de deux Piéces
nouvelles en un Acte chacune ; la
premiere a pour titre L'Amour Marin ,
& l'autre L'Esperance , en Vaudevilles ,
& des Divertiffemens , de la compofition
de M. Gillier,
Fermer
1473
p. 2022-2032
Le Bouquet du Roi, Piece en Vaudeville, Extrait [titre d'après la table]
Début :
Le 24. Août, veille de la Fête de Saint Louis, l'Opera Comique donna une petite [...]
Mots clefs :
Opéra-Comique, Amour, Paris, Dieu, Reine, Province, Roi, Apollon, Vaudeville
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texteReconnaissance textuelle : Le Bouquet du Roi, Piece en Vaudeville, Extrait [titre d'après la table]
Le 24. Août , veille de la Fête de Saint
Louis , l'Opera Comique donna une petite
Piece nouvelle d'un Acte , en Vaudeville
, intitulée Le Bouquet du Roi , à la
quelle on a fait depuis quelques augmentations
à l'occafion de la Ñaiffance de
Monſeigneur le Duc d'Anjou , Cette Piéce
eft de M. Panard , & la Mufique de M.
Gillier: en voici en peu de mots le Sujet.
Premiere Entrée,
La Ville de Paris perſonifiée , accom→
pagnée de fa fuite , invite fes habitans à
celebrer la Fête du Roi , & chante fur
l'Air : F'entends déja le bruit des armes,
A chanter un fi digne Maître
Tout doit nous porter aujourd'hui ;
Les Dieux même nous font connoître
Qu'ils
SEPTEMBRE. 1730. 2023
Qu'ils fe font déclarés pour lui ,
Et le Prince qui vient de naître
Eft un gage de leur appui.
C'est là le Bouquet que le Ciel lui refer
voit , ajoûte la Ville de Paris ; après quoi
on chante':
Que des Dieux la bonté fouveraine
A fur nous répandu de bienfaits !
D'un Roi charmant , d'une charmante Reine
Nous fommes les enfans plutôt que les Sujets.
Les coeurs , dès qu'on le voit , font à lui fans reſerve
;
Chez elle les vertus ont fixé leur féjour ;
Elle eft l'image de Minerve ;
Il eft l'image de l'Amour.
Les Habitans de Paris forment enfuite
le Divertiſſement , & expriment leur joye
par des danfes & c.
Seconde Entrée.
Les Députés des principales Provinces
de France viennent fe joindre à la Ville
de Paris pour mêler leur joye à la fienne,
& forment chacune un nouveau Balet
dans leur different caractere ; après quoi
le Député de la Normandie chante le
Couplet fuivant , fur l'Air : Pierre Bagnolet
Fij Heu
2024 MERCURE DE FRANCE
Heureux qui fera l'apanage
Du nouveau fils de notre Roi.
La Gascogne,
N'efperez pas cet avantage ;
Vous ne l'aurez pas fur ma foi ;
Ce fera moi.
La Ville de Paris voyant arriver le Député
de la Province d'Anjou , acheve de
chanter l'Air,
Ne conteftez pas davantage ,
Cedez à celui que je voi .
Ce Député chante ces paroles avec ur
Accompagnement de Fanfares.
Triomphe , victoire ;
Honneur à l'Anjou ;
D'ici jufqu'au Perou ,
Que tout chante ma gloire,
Triomphe Victoire &c.
Votre difpute eft vaïne ,
Vous perdez votre peine ;
C'eſt à moi qu'eft deſtiné
Le Prince nouveau né.
Triomphe Victoire &c.
Les autres Provinces paroiffent fort
confternées de cette préference ; la Ville
de Paris leur dit de ne pas s'en allarmer
&
SEPTEMBRE . 1730. 2025
& chante fur l'Air , O reguinqué :
Le Ciel qui vous protege tous
Ne veut point faire de jaloux ;
Allez , allez , raffurez-vous ;
Vous verrez que chaque Province
L'une après l'autre aura fon Prince.
Le Député de la Gascogne répond , Oh!
pour moi je lui cede volontiers le pas , &
chante fur l'Air : Ma raifon s'en va beau
train :
Me
Un deſtin plus rare un jour
payera de mon amour.
*
Toi qui t'applaudis
Des fils de Louis ,
Tu n'as que le deuxième ,
Pour ma Province , Cadedis ,
On garde le douziéme ,
Lon la ,
On garde le douziéme.
Toutes les Provinces fe retirent après
le Divertiffement .
Troifiéme Entrée des Arts.
Cette Entrée eft précedée de trois Scenes.
Dans la premiere , l'Opera Comique
fe plaint à la Ville de ce qu'elle ne l'hos
nore plus de fes vifites dans le Fauxbourg,
* Regardant l'Anjou,
F iij la
2026 MERCURE DE FRANCE
la Ville lui répond qu'elle a de plus juftes
reproches à lui faire , & chante fur l'Air
de foconde :
Tandis que tous mes habitans
Pour un Roi qu'ils cheriffent
Font voir des tranſports éclatans
Dont les Cieux retentiffent ,
L'Opera Comique fe tait ;
It eft dans l'indolence ;
Lui que j'ai vu le premier prêt :
D'où vient donc ce filence
J
L'Opera Comique lui répond qu'il ne
mérite point ce reproche , & qu'il n'a
jamais eu tant de zele : Jugez en , dit-il
par ce que j'ai fait ; s'agiffant d'une matiere
auffi importante ,j'ai cru ... & chante fur
l'Air : M. le Prevêt des Marchands :
Qu'il falloit au facré Valon
Chercher le fecours d'Apollon ;
J'ai choifi pour cette Ambaffade
De mes Acteurs le plus cheri ,
Quoique mon Théatre malade
Ait peine à fe paffer de lui.
Pierot arrive , & fait un recit Comique
de fa reception au Parnaffe , & dit qu'Apollon
étoit fi fort occupé à chaffer la
Profe qui inondoit le facré Valon , qu'il
n'a
SEPTEMBRE. 1730. 2027
n'a pû tirer aucun fecours de lui : A qui
donc auraisje recours ? dit l'Opera Comi
que : A moi , répond l'Amour , qui en
tre dans ce moment fur la ſcene , & chante
fur l'Air : Les filles font fi fottes , lon la :
D'Apollon eft-ce là l'emploi ?
Non , ne vous addreffez qu'à moi ,
Seul je puis vous fuffire.
Tout ce qu'on fait pour votre Roi ,
C'est l'Amour qui l'inſpire ,
Lon la ,
C'est l'Amour & c.
Pourquoi chercher d'autre fecours que le
mien ?dit l'Amour à Pierot , avez - vous
oublié ce que j'ai fait pour vous l'année paf
fe , & chante fur l'Air des Triolets :
N'eft- ce pas moi qui l'an paffé
Pour un Maitre fi débonaire
Vous fit rifquer un coup d'effai
N'est-ce pas moi qui l'an paffé ,
Rechaufai votre coeur glacé ,
Par la crainte de lui déplaire.
N'eft-ce pas moi qui l'an paffé
Dictai l'Hopegué , ma Comere.
L'Amour promet enfuite à Pierot d'aller
prefenter au Roi leurs voeux & leurs
hommages après qu'il aura affifté à la
Fiiij Fête
2028 MERCURE DE FRANCE
Fête que les Arts vont donner , à laquelle
il doit préfider , & chante fnr un Air
nouveau :
L'Amour par ma voix vous appelle ,
Beaux Arts , fignalez votre zele ,
Formez un Monument qui de ce jour heureux
Confacre la mémoire ;
Difputez-vous la gloire
De feconder nos foins & d'embellir nos jeux."
L'Amour fe met à la tête des Arts qui
font une marche , après laquelle ils élevent
un Trophée à la gloire du Roi . C'eſt
une espece d'Obelifque de 12. piés de haut,
terminé par deux Lys , figurant le Roi
& la Reine , & cinq boutons de Lys , figurant
la Famille Royale. Au deffous eft
un Globe tranfparent, avec ces mots, Non
deerunt. Le pied de l'Obelifque forme un
Entablement fur lequel les Arts pofent
chacun leurs Attributs , & au milieu on
voit deux riches bordures , garnies de
toiles , fur lesquelles la Peinture fait peindre
les Portraits du Roi & de la Reine.
Après qu'ils font finis , la Ville de Paris
chante ces paroles fur l'Air d'un Menuet
nouveau :
De ceux qui regnent ſur nous
Voyez vous
L'auSEPTEMBRE.
1730. 2829.
·
L'augufte & brillante image.
Que chacun dans ce beau jour,
¡ Afon tour
Vienne lui rendre hommage..
De ces Aftres les doux regards
Vous font un heureux partage ;
Leur regne eft celui des beaux Arts.
La Décoration du Trophée a été trouvée
très bien imaginée , & parfaitement
bien executée.
Tous les Arts forment un Balet
general
; il eft fuivi d'un Vaudeville , dont
voici quelques Couplets.
La Mufique
Je fuis cet Art mélodietix
Qui forme l'harmonie ;
Souvent les Heros & les Dieux
Occupent mon génie ;
Mais jamais avec tant d'ardeur ,
Je n'exerce ma Lyre
Que quand je chante la douceur
Reine , de votre Empire.
La Peinture.
C'eft moi dont l'Art ingénieux
Imite la Nature ;
De tout ce qu'on voit fous les Cieux
Je trace la figure ;
F Souvent
2030 MERCURE DE FRANCE
Souvent pour peindre votre Roi ,
Je me mets à l'ouvrage ;
Mais l'Amour encor mieux que
En fçait graver l'image.
L'Aftrologie.
Dans les Aftres je lis fans fin,
C'eft moi qui les confulte ;
Ils m'ont appris que le Dauphin
Caufera du tumulte ;
moi
Rempli des charmes les plus dour
Je prévoi qu'il doit rendre
La moitié du monde jaloux
Et l'autre moitié tendre.
La Navigation.
Mon partage eft de naviguer ,
C'eſt à quoi je préfide ,
Jeunes Marins , venez voguer ,
Je ferai votre guide ,
Vous ne payerez point le tribut
Aux caprices d'Eole ,
Et pour vous mener droit au bur
Je porte la Boufole.
L'Art Militaire.
Servez un Prince aimé des Dieux ,
Venez , Jeuneffe aimable ,
Autant qu'il eft charmant , je veux
La
SEPTEMBRE. 1730. 2031
Le rendre redoutable ;
Si tôt que je vois l'Ennemi
Ma contenance eft fiere ,
Et mon oeil jamais endormi
Garde bien la Frontiere.
L'Art de plaire.
Du fecret de parler au coeur
Je fuis dépofitaire ;
Par un regard doux & flatteur
Je montre l'Art de plaire ;
Mais je croi que de mes Leçons
On n'aura point affaire ;
Car ce bel Art eft aux Bourbons
Un Art hereditaire.
Pierrot an Partere.
Si le Prince que nous chantons ,
Meffieurs , vous intereffe ,
Pour le prouver dans nos Cantons
Faites voir plus de preffe ;
Venez, & qu'un fi beau fujet
Pour nos jeux vous reveille ;
Nous vous faifons voir fon Portrait ,
Rendez-nous la pareille,
On trouvera l'Air noté avec la Chanfon
page 2020.
Le premier Septembre on donna ce
F vj
fpecta2032
MERCURE DE FRANCE
fpectacle gratis à l'occafion de la Naiffance
de Monfeigneur le Duc D'ANJOU
On joija la Comédie des Deux Suivantes
dont il a été parlé , & le Bouquet du Roi
Il y eut le même jour Bal dans l'enclos de
la Foire , & des Illuminations . Tout s'y
pafla fans defordre , & au grand contentement
d'une multitude de peuples
que ces Réjouiffances avoient attires , tant
de la Ville , que du Fauxbourg.
Le 5. le même Opera Comique donna
la premiere Repréſentation de deux Piéces
nouvelles en un Acte chacune ; la
premiere a pour titre L'Amour Marin ,
& l'autre L'Esperance , en Vaudevilles ,
& des Divertiffemens , de la compofition
de M. Gillier,
Louis , l'Opera Comique donna une petite
Piece nouvelle d'un Acte , en Vaudeville
, intitulée Le Bouquet du Roi , à la
quelle on a fait depuis quelques augmentations
à l'occafion de la Ñaiffance de
Monſeigneur le Duc d'Anjou , Cette Piéce
eft de M. Panard , & la Mufique de M.
Gillier: en voici en peu de mots le Sujet.
Premiere Entrée,
La Ville de Paris perſonifiée , accom→
pagnée de fa fuite , invite fes habitans à
celebrer la Fête du Roi , & chante fur
l'Air : F'entends déja le bruit des armes,
A chanter un fi digne Maître
Tout doit nous porter aujourd'hui ;
Les Dieux même nous font connoître
Qu'ils
SEPTEMBRE. 1730. 2023
Qu'ils fe font déclarés pour lui ,
Et le Prince qui vient de naître
Eft un gage de leur appui.
C'est là le Bouquet que le Ciel lui refer
voit , ajoûte la Ville de Paris ; après quoi
on chante':
Que des Dieux la bonté fouveraine
A fur nous répandu de bienfaits !
D'un Roi charmant , d'une charmante Reine
Nous fommes les enfans plutôt que les Sujets.
Les coeurs , dès qu'on le voit , font à lui fans reſerve
;
Chez elle les vertus ont fixé leur féjour ;
Elle eft l'image de Minerve ;
Il eft l'image de l'Amour.
Les Habitans de Paris forment enfuite
le Divertiſſement , & expriment leur joye
par des danfes & c.
Seconde Entrée.
Les Députés des principales Provinces
de France viennent fe joindre à la Ville
de Paris pour mêler leur joye à la fienne,
& forment chacune un nouveau Balet
dans leur different caractere ; après quoi
le Député de la Normandie chante le
Couplet fuivant , fur l'Air : Pierre Bagnolet
Fij Heu
2024 MERCURE DE FRANCE
Heureux qui fera l'apanage
Du nouveau fils de notre Roi.
La Gascogne,
N'efperez pas cet avantage ;
Vous ne l'aurez pas fur ma foi ;
Ce fera moi.
La Ville de Paris voyant arriver le Député
de la Province d'Anjou , acheve de
chanter l'Air,
Ne conteftez pas davantage ,
Cedez à celui que je voi .
Ce Député chante ces paroles avec ur
Accompagnement de Fanfares.
Triomphe , victoire ;
Honneur à l'Anjou ;
D'ici jufqu'au Perou ,
Que tout chante ma gloire,
Triomphe Victoire &c.
Votre difpute eft vaïne ,
Vous perdez votre peine ;
C'eſt à moi qu'eft deſtiné
Le Prince nouveau né.
Triomphe Victoire &c.
Les autres Provinces paroiffent fort
confternées de cette préference ; la Ville
de Paris leur dit de ne pas s'en allarmer
&
SEPTEMBRE . 1730. 2025
& chante fur l'Air , O reguinqué :
Le Ciel qui vous protege tous
Ne veut point faire de jaloux ;
Allez , allez , raffurez-vous ;
Vous verrez que chaque Province
L'une après l'autre aura fon Prince.
Le Député de la Gascogne répond , Oh!
pour moi je lui cede volontiers le pas , &
chante fur l'Air : Ma raifon s'en va beau
train :
Me
Un deſtin plus rare un jour
payera de mon amour.
*
Toi qui t'applaudis
Des fils de Louis ,
Tu n'as que le deuxième ,
Pour ma Province , Cadedis ,
On garde le douziéme ,
Lon la ,
On garde le douziéme.
Toutes les Provinces fe retirent après
le Divertiffement .
Troifiéme Entrée des Arts.
Cette Entrée eft précedée de trois Scenes.
Dans la premiere , l'Opera Comique
fe plaint à la Ville de ce qu'elle ne l'hos
nore plus de fes vifites dans le Fauxbourg,
* Regardant l'Anjou,
F iij la
2026 MERCURE DE FRANCE
la Ville lui répond qu'elle a de plus juftes
reproches à lui faire , & chante fur l'Air
de foconde :
Tandis que tous mes habitans
Pour un Roi qu'ils cheriffent
Font voir des tranſports éclatans
Dont les Cieux retentiffent ,
L'Opera Comique fe tait ;
It eft dans l'indolence ;
Lui que j'ai vu le premier prêt :
D'où vient donc ce filence
J
L'Opera Comique lui répond qu'il ne
mérite point ce reproche , & qu'il n'a
jamais eu tant de zele : Jugez en , dit-il
par ce que j'ai fait ; s'agiffant d'une matiere
auffi importante ,j'ai cru ... & chante fur
l'Air : M. le Prevêt des Marchands :
Qu'il falloit au facré Valon
Chercher le fecours d'Apollon ;
J'ai choifi pour cette Ambaffade
De mes Acteurs le plus cheri ,
Quoique mon Théatre malade
Ait peine à fe paffer de lui.
Pierot arrive , & fait un recit Comique
de fa reception au Parnaffe , & dit qu'Apollon
étoit fi fort occupé à chaffer la
Profe qui inondoit le facré Valon , qu'il
n'a
SEPTEMBRE. 1730. 2027
n'a pû tirer aucun fecours de lui : A qui
donc auraisje recours ? dit l'Opera Comi
que : A moi , répond l'Amour , qui en
tre dans ce moment fur la ſcene , & chante
fur l'Air : Les filles font fi fottes , lon la :
D'Apollon eft-ce là l'emploi ?
Non , ne vous addreffez qu'à moi ,
Seul je puis vous fuffire.
Tout ce qu'on fait pour votre Roi ,
C'est l'Amour qui l'inſpire ,
Lon la ,
C'est l'Amour & c.
Pourquoi chercher d'autre fecours que le
mien ?dit l'Amour à Pierot , avez - vous
oublié ce que j'ai fait pour vous l'année paf
fe , & chante fur l'Air des Triolets :
N'eft- ce pas moi qui l'an paffé
Pour un Maitre fi débonaire
Vous fit rifquer un coup d'effai
N'est-ce pas moi qui l'an paffé ,
Rechaufai votre coeur glacé ,
Par la crainte de lui déplaire.
N'eft-ce pas moi qui l'an paffé
Dictai l'Hopegué , ma Comere.
L'Amour promet enfuite à Pierot d'aller
prefenter au Roi leurs voeux & leurs
hommages après qu'il aura affifté à la
Fiiij Fête
2028 MERCURE DE FRANCE
Fête que les Arts vont donner , à laquelle
il doit préfider , & chante fnr un Air
nouveau :
L'Amour par ma voix vous appelle ,
Beaux Arts , fignalez votre zele ,
Formez un Monument qui de ce jour heureux
Confacre la mémoire ;
Difputez-vous la gloire
De feconder nos foins & d'embellir nos jeux."
L'Amour fe met à la tête des Arts qui
font une marche , après laquelle ils élevent
un Trophée à la gloire du Roi . C'eſt
une espece d'Obelifque de 12. piés de haut,
terminé par deux Lys , figurant le Roi
& la Reine , & cinq boutons de Lys , figurant
la Famille Royale. Au deffous eft
un Globe tranfparent, avec ces mots, Non
deerunt. Le pied de l'Obelifque forme un
Entablement fur lequel les Arts pofent
chacun leurs Attributs , & au milieu on
voit deux riches bordures , garnies de
toiles , fur lesquelles la Peinture fait peindre
les Portraits du Roi & de la Reine.
Après qu'ils font finis , la Ville de Paris
chante ces paroles fur l'Air d'un Menuet
nouveau :
De ceux qui regnent ſur nous
Voyez vous
L'auSEPTEMBRE.
1730. 2829.
·
L'augufte & brillante image.
Que chacun dans ce beau jour,
¡ Afon tour
Vienne lui rendre hommage..
De ces Aftres les doux regards
Vous font un heureux partage ;
Leur regne eft celui des beaux Arts.
La Décoration du Trophée a été trouvée
très bien imaginée , & parfaitement
bien executée.
Tous les Arts forment un Balet
general
; il eft fuivi d'un Vaudeville , dont
voici quelques Couplets.
La Mufique
Je fuis cet Art mélodietix
Qui forme l'harmonie ;
Souvent les Heros & les Dieux
Occupent mon génie ;
Mais jamais avec tant d'ardeur ,
Je n'exerce ma Lyre
Que quand je chante la douceur
Reine , de votre Empire.
La Peinture.
C'eft moi dont l'Art ingénieux
Imite la Nature ;
De tout ce qu'on voit fous les Cieux
Je trace la figure ;
F Souvent
2030 MERCURE DE FRANCE
Souvent pour peindre votre Roi ,
Je me mets à l'ouvrage ;
Mais l'Amour encor mieux que
En fçait graver l'image.
L'Aftrologie.
Dans les Aftres je lis fans fin,
C'eft moi qui les confulte ;
Ils m'ont appris que le Dauphin
Caufera du tumulte ;
moi
Rempli des charmes les plus dour
Je prévoi qu'il doit rendre
La moitié du monde jaloux
Et l'autre moitié tendre.
La Navigation.
Mon partage eft de naviguer ,
C'eſt à quoi je préfide ,
Jeunes Marins , venez voguer ,
Je ferai votre guide ,
Vous ne payerez point le tribut
Aux caprices d'Eole ,
Et pour vous mener droit au bur
Je porte la Boufole.
L'Art Militaire.
Servez un Prince aimé des Dieux ,
Venez , Jeuneffe aimable ,
Autant qu'il eft charmant , je veux
La
SEPTEMBRE. 1730. 2031
Le rendre redoutable ;
Si tôt que je vois l'Ennemi
Ma contenance eft fiere ,
Et mon oeil jamais endormi
Garde bien la Frontiere.
L'Art de plaire.
Du fecret de parler au coeur
Je fuis dépofitaire ;
Par un regard doux & flatteur
Je montre l'Art de plaire ;
Mais je croi que de mes Leçons
On n'aura point affaire ;
Car ce bel Art eft aux Bourbons
Un Art hereditaire.
Pierrot an Partere.
Si le Prince que nous chantons ,
Meffieurs , vous intereffe ,
Pour le prouver dans nos Cantons
Faites voir plus de preffe ;
Venez, & qu'un fi beau fujet
Pour nos jeux vous reveille ;
Nous vous faifons voir fon Portrait ,
Rendez-nous la pareille,
On trouvera l'Air noté avec la Chanfon
page 2020.
Le premier Septembre on donna ce
F vj
fpecta2032
MERCURE DE FRANCE
fpectacle gratis à l'occafion de la Naiffance
de Monfeigneur le Duc D'ANJOU
On joija la Comédie des Deux Suivantes
dont il a été parlé , & le Bouquet du Roi
Il y eut le même jour Bal dans l'enclos de
la Foire , & des Illuminations . Tout s'y
pafla fans defordre , & au grand contentement
d'une multitude de peuples
que ces Réjouiffances avoient attires , tant
de la Ville , que du Fauxbourg.
Le 5. le même Opera Comique donna
la premiere Repréſentation de deux Piéces
nouvelles en un Acte chacune ; la
premiere a pour titre L'Amour Marin ,
& l'autre L'Esperance , en Vaudevilles ,
& des Divertiffemens , de la compofition
de M. Gillier,
Fermer
Résumé : Le Bouquet du Roi, Piece en Vaudeville, Extrait [titre d'après la table]
Le 24 août 1730, veille de la Fête de Saint Louis, l'Opéra Comique a présenté une pièce en vaudeville intitulée 'Le Bouquet du Roi' en l'honneur de la naissance du Duc d'Anjou. Cette pièce, écrite par M. Panard et accompagnée de la musique de M. Gillier, se compose de trois entrées. Dans la première entrée, la Ville de Paris, personnifiée et accompagnée de sa suite, invite ses habitants à célébrer la fête du roi. Elle chante les bienfaits du ciel et la joie apportée par la naissance du prince. Les habitants expriment leur allégresse par des danses. Dans la seconde entrée, les députés des principales provinces de France rejoignent la Ville de Paris pour partager leur joie. Chaque province forme un ballet et exprime son désir de voir le nouveau prince comme héritier. La Normandie et la Gascogne rivalisent pour cet honneur, mais la Ville de Paris assure que chaque province aura son prince. La troisième entrée est précédée de trois scènes. L'Opéra Comique se plaint à la Ville de Paris de ne plus être visité dans le faubourg. La Ville répond en reprochant à l'Opéra Comique son silence. L'Opéra Comique rétorque qu'il a toujours été zélé et raconte une visite au Parnasse où Apollon était occupé. L'Amour intervient alors, affirmant qu'il est le seul à pouvoir aider. Il promet d'aller présenter les vœux au roi après une fête des Arts. Les Arts, dirigés par l'Amour, élèvent un trophée à la gloire du roi, représentant la famille royale. La Ville de Paris chante ensuite l'image auguste et brillante des souverains. La décoration du trophée est bien imaginée et exécutée. Les Arts forment un ballet général suivi d'un vaudeville où chaque art exprime son rôle et son admiration pour le roi. Le 1er septembre, ce spectacle a été donné gratuitement à l'occasion de la naissance du Duc d'Anjou. La journée a également inclus une comédie, un bal et des illuminations, se déroulant sans désordre et au grand contentement du public. Le 5 septembre, l'Opéra Comique a présenté deux nouvelles pièces en un acte : 'L'Amour Marin' et 'L'Espérance'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1474
p. 2032-2033
« Le premier de ce mois, les Comédiens Italien firent éclater leur joye pour la [...] »
Début :
Le premier de ce mois, les Comédiens Italien firent éclater leur joye pour la [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Naissance du duc d'Anjou
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le premier de ce mois, les Comédiens Italien firent éclater leur joye pour la [...] »
Le premier de ce mois , les Comédiens
Italiens firent éclater leur joye pour la
Naiffance de Monfeigneur le Duc D'ANJou
, avec beaucoup de zele. On alluma
des Feux & on fit des Illuminations dans
les deux ruës où font les Portes de l'Hôtel
de Bourgogne ; ils donnerent gratisle
même jour à une nombreuſe Affemblée
, les trois Comédies des Payfans de
Qualité , du Triomphe de Plutus , & du
May , ornées de Divertiffemens qui fatisfirent
extrémement les Spectateurs. Le
feur Charpentier , excellent Joueur de
Mufette
SEPTEMBRE . 1730. 2033
Mulette , n'y contribua pas peu par les
differens Airs qu'il joüa.
Italiens firent éclater leur joye pour la
Naiffance de Monfeigneur le Duc D'ANJou
, avec beaucoup de zele. On alluma
des Feux & on fit des Illuminations dans
les deux ruës où font les Portes de l'Hôtel
de Bourgogne ; ils donnerent gratisle
même jour à une nombreuſe Affemblée
, les trois Comédies des Payfans de
Qualité , du Triomphe de Plutus , & du
May , ornées de Divertiffemens qui fatisfirent
extrémement les Spectateurs. Le
feur Charpentier , excellent Joueur de
Mufette
SEPTEMBRE . 1730. 2033
Mulette , n'y contribua pas peu par les
differens Airs qu'il joüa.
Fermer
Résumé : « Le premier de ce mois, les Comédiens Italien firent éclater leur joye pour la [...] »
Le 1er septembre 1730, les Comédiens Italiens célébrèrent la naissance du Duc d'Anjou. Des feux et des illuminations furent allumés dans les rues menant à l'Hôtel de Bourgogne. Ils offrirent trois comédies gratuites : 'Les Paysans de Qualité', 'Le Triomphe de Plutus' et 'Le May'. Les représentations incluaient des divertissements et des airs interprétés par Charpentier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1475
p. 2033-2053
LA FOIRE DES POETES. / L'ISLE DU DIVORCE. / LA SYLPHIDE. / VAUDEVILLE.
Début :
Un Acteur François & Trivelin de la Comédie Italienne, se rencontrent par [...]
Mots clefs :
Arlequin, Divorce, Sergent, Théâtre, Procureur, Maître, Épouse, Époux, Comédies, Coeur, Vaudeville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA FOIRE DES POETES. / L'ISLE DU DIVORCE. / LA SYLPHIDE. / VAUDEVILLE.
Le 11. les mêmes Comédiens donnerent
une Piece nouvelle en trois Actes
avec des Divertiffemens , de la compofi
tion des fieurs Dominique & Romagnefy,
qui a pour titre , la Foire des Poëtes , l'Ifle
du Divorce & la Sylphide , laquelle a été
reçûë très-favorablement du Public. Voici
l'Extrait de chacune.
LA FOIRE DES POETES.
Un Acteur François & Trivelin de la
Comédie Italienne , fe rencontrent par
hazard , & ſe demandent réciproquement
comment ils ont pû pénetrer dans cet
azile ; Trivelin lui dit qu'il n'a rien de
caché pour lui , & qu'il veut bien fatisfaire
fa curiofité : Vous fçavez , ajoûte-t-il , que
nous en avons très-mal agi avec M les
Auteurs , qui picquez de nos Airs , ont
quitté Paris , dans la refolution de ne nous
plus donner de nouveautez ; que depuis leur
retraite nos Théatres ! anguiffent , &c. &
qu'il vient de la part de fa Troupe , ménager
un raccommodement ; Apollon ,
continue- t-il , a recueilli les Nouriffons
des Mufes , & leur a fait bâtir un Hôtel
magnifique , dans lequel il les entretient
& les nourrit , & tout ce qu'ils vendent
"
eft
2034 MERCURE
DE FRANCE
eft pour leurs menus plaifirs ; après une
defcription comique,l'Acteur François dit
qu'il a befoin d'une Tragédie , & prie
Trivelin de lui préter de l'argent pour
faire cette amplette ; Trivelin s'excufe fur
le befoin qu'il a de deux Comédies &
d'un Prologue , & qu'il fera bienheureux
s'il a de quoi payer une bonne Scene ,
n'ayant fur lui que quinze livres. Après
cette Scene , Trivelin dit à l'Acteur de
le fuivre , & qu'il va le conduire à l'Hôtel
des Poëtes , où ils tiennent une espece
de Foire.
Le Théatre change & repréfente un
Caffe rempli de Poëtes ; on chante en
choeur les paroles fuivantes :
Verfez de ce Caffé charmant ,
H eft notre unique aliment.
Un Poëte.
C'eft vous , aimable breuvage ,
Qui ranimez tous les efprits ;
Si-tôt que nous vous avons pris ,
Des Dieux nous parlons le langage ;
Nous rimons tous à qui mieux mieux,
Et faifis d'une docte extafe ,
Nous nous élevons juſqu'aux Cieux :
L'Onde que fit jaillir Pegaze ,
N'a rien de fi délicieux.
Verfez de ce Caffé charmant , &c.
訂
SEPTEMBRE. 1730. 2035
Il s'éleve auffi - tôt une difpute entre les
Poëtes. Les uns foutiennent que le Caffe
cauſe des infomnies ; les autres , qu'il fait
dormir. Après une courte Differtation ,
Trivelin & l'Acteur François s'avancent ,
les Poëtes offrent leur Marchandife ; l'Acteur
François demande une Tragédie , &
Trivelin deux Comédies & un Prologue ;
un Poëte en propofe une à l'Acteur , qu'il
foutient excellente ; un autre offre à Trivelin
deux Comédies ; ils fe retirent pour
en faire la lecture .
Une jeune fille vient demander à un
Poëte des Couplets de Chanſon pour fe
mocquer de fon Amant , qui eft trop timide
; le Poëte lui donne les Couplets
fuivans , qu'elle chante fur l'Air : Daphnis
m'aimoit fi tendrement.
Quand mon Amant me fait la cour ,
Il languit , il pleure , il ſoupire ,
Et paffe avec moi tout le jour ,
A me raconter fon martyre.
Ah! s'il le paffoit autrement
Il me plairoit infiniment.
L'autre jour dans un Bois charmant ;
Ecoutant chanter la Fauvette ,
Il me demanda tendrement ,
M'aimes-tu , ma chere Liſette :
2036 MERCURE DE FRANCE
Je lui dis , oui , je t'aime bien :
Il ne me demanda plus rien.
Puifque j'ai fait naître tes feux
Rien ne flate plus mon envie ,
Je fuis , reprit -il , trop heureux ;
O jour le plus beau de ma vie
Et répetoit à chaque inſtant ,
C'en eft affez , je fuis content.
De cet Amant plein de froideur
Il faut que je me dédommage ,
J'en veux un , qui de mon ardeur ,
Sçache faire un meilleur ufage ,
Qu'il foit heureux à chaque inftant
Et qu'il ne foit jamais content .
La jeune fille , fatisfaite des Couplets
après les avoir payez au Poëte , s'en retourne
en les chantant ; Trivelin revient.
avec l'Auteur qui lui a propofé les deux.
Comedies , il lui dit qu'il les trouve affez
jolies ; mais qu'il a befoin d'un Prologue ,
fur quoi l'Auteur lui répond : Comme
vous faites ufage de tout, voyez prendre leçon
à nos Apprentifs Poëtes , peut-être vous.
fervirez vous de cette idée pour un Prologue
Trivelin y confent ; auffi- tôt le Profeffeur
de Poëfie s'avance & chante ces paroles
Son
SEPTEMBRE. 1730. 2037
Son Profeffor di Poëfia ,
Della divina freneſia ,
Mon Art inſpire les tranſports ;
I miei canti ,
Sono incanti ;
I dotti , glignoranti ,.
Tout cft charmé de mes accords,
Venité miei cari ,
Scolari ,
A prender lezione ,
Dal dottor Lanternone.
Les Apprentifs Poëtes forment une Danfe
; le Profeffeur interroge un de fes Ecoliers
; ils dialoguent en chantant.
Le Profeffeur.
Pour être Poëte à prefent ,
Quel eft le talent neceffaire ?
L'Ecolier.
Il faut être plaisant ,
Quelquefois médifant ;
Et toujours plagiaire.
Le Profeffeur
Non e quefto ;
Dite preſto ,
Cio che bifogna far ,
Per ben verfificar.
L'E
2038 MERCURE DE FRANCE
-L'Ecolier.
Rimar , rimar , rimar .
Le Profeſſeur.
Bravo ; bene , bene , bene.
De qui faites- vous plus d'eftime ,
De la faifon ou de la rime
་
L'Ecolier.
La rime , fans comparaiſon ,
Doit l'emporter fur la raiſon.
Le Profeffeur.
Pourquoi cette diſtinction ?
L'Ecolier.
C'est qu'on entend toûjours la rime
Et qu'on n'entend point la raiſon,
Le Profeffeurs
Bravo ; bene , bene , bene.
Pour faire une Piece Lyrique ,
Autrement dit, un Opera nouveau,
Que faut-il pour le rendre beau ?
L'Ecolier.
De mauvais Vers & de bonne Mufique ,
Le Profeffeur.
Bravo ; bene , &c. \\
L'E
SEPTEMBRE. 1730 : 2039
Dans une Tragedie , Ouvrage d'importance ,
Que faut- il pour toucher les coeurs ?
L'Ecolier.
Un fonge , une reconnoiffance ,
Un récit & de bons Acteurs.
Le Profeffeur.
Bravo , bene , &c.
Auffi- tôt on entend une Symphonie
brillante. Le Profeffeur dit que c'eft Minerve
qui defcend ; la Folie paroît dans
le moment , & chante en s'adreffant aux
Poëtes,
Ingrats , me méconnoiffez -vous ?
N'eft- ce pas moi qui vous infpire ?
Qui dans vos tranſports les plus fous
Ay foin de monter votre Lyre ?
Allons , allons , fubiffez tous ;
Le joug de mon aimable empire
Et que chacun à mes genoux ,
S'applaudiffe de fon délire.
Viva , viva la Pazzia ,
La madre dell' allegria ,
Souveraine de tous les coeurs
Et la Minerve des Auteurs,
La Folie conduit les Poëtes à Paris
qui
2040 MERCURE DE FRANCE
qui eft , dit- elle , leur vrai féjour , tous
la fuivent en danfant avec elle & en
chantant :
Viva , viva la Pazzia , &c.
L'ISLE DU DIVORCE.
Valere & Arlequin fon Valet , arrivent
fur le Théatre d'un air triſte , & après
s'être regardez l'un & l'autre , Valere lui
demande s'il s'ennuye autant que lui , à
quoi Arlequin répond que c'eſt à peu près
la même chofe ; Valere ſoupire & témoi
gne les regrets que lluuii ccaauuffee llaa perte de
Silvia , fon Epoufe , qu'il a quittée, malgré
la vertu & fa fidelité , pour fe conformer
aux Coûtumes de l'Ifle , qui autorife
le divorce. Arlequin , à l'imitation
de Valere , marque le chagrin qu'il ref
fent d'avoir abandonné Colombine ; ne
fuis-je pas un grand coquin , ajoûte-t-il , d'avoir
épousé une feconde femme , fans avoir
du moins enterré la premiere. Après avoir
oppofé le caractere d'Orphife à celui
de Silvia , la douceur de Colombine
à l'humeur acariatre de Lifette ; Orphife
& Lifette arrivent ; & comme Orphiſe
de fon côté n'a plus de gout pour Valere ,
elle s'adreffe à Arlequin , & Lifette parle
à Valere. Après une courte converfation ,
Orphife fait des reproches à Valere , &
Lifette
SEPTEMBRE . 1730. 2041
pas
Lifette à Arlequin ; ils fe querellent &
Le trouvent tous les deux très - haïffables,
Orphile dit à Valere qu'il n'en faut
refter là , & que s'il fe prefente une occafion
favorable de fe défunir , il en faudra
profiter ; Nous ne ferons pas affez
heureux , reprend Valere ; pourquoi , Mr ,
répond Orphife ? S'il arrive quelque Vaif
feau étranger.... Hé bien , Mad , s'il en
arrive , dit Valere ; ah ! je vois bien , contínuë
Orphiſe , que vous ignorez une par
tie des coûtumes du Pays , donnez - moi
feulement votre parole ah ! de tout mon
coeur, répond Valere. Orphife fur cette,
affurance fe retire , Lifette en fait de mê
me ; Arlequin & Valere voyant arriver
Silvia & Colombine , s'écartent pour en
tendre leurs difcours.
Silvia , qui croit être feule avec fa Suivante
, fait éclater les fentimens de l'époufe
la plus vertueufe , en fe plaignant
de la perfidie de Valere , qui l'a inhumainement
abandonnée en profitant de l'u
fage établi dans l'Ifle ; Colombine ſe repent
de l'avoir imitée , & de ne s'être pas
vengée du traitre Arlequin ; Valere charmé
de la conftance de fon Epoufe , l'aborde
en la priant de pardonner fon indif
cretion : Je fçai trop , dit-il , que ma pre--
fence ne peut qu'irriter votre jufte colere contre
un ingrat qui ne méritoit pas le bonheur dont il
2042 MERCURE DE FRANCE
ajoui , il n'étoit pas ,fans doute , d'un grand
prix , répond Silvia , puifque vous y avez
fifacilement renoncé? Arlequin dit des douceurs
à Colombine , qui affecte un air de
fierté dont il n'eft pas content . Dans cette
Scene Valere témoigne fon repentir , &
prie inftamment Silvia , s'il fe preſente
quelque favorable occafion de refferrer
leurs noeuds , de ne point s'oppofer à fa
félicité ; Silvia ſe rend enfin à les inftances
, & lui dit que ce n'eft pas d'aujour
d'hui qu'il connoît fon coeur. Valere veut
rentrer avec elle ; mais Silvia le lui deffend
; Non , Valere , dit - elle , reftez ; la
bienfeance condamne jufqu'à l'entretien que
nous avons ensemble , & je ne veux pas
perdre l'estime d'un homme qui a été mon
Epoux ; fi par quelque heureux évenement
vous pouviez brifer la chaîne qui vous attache
à ma Rivale , j'accepterai votre main
je n'aurai d'autre reproche à mefaire que
celui d'avoir trop aimé un ingrat.
Valere fe retire , content de l'affurance
que lui a donnée Silvia ; Colombine veut
fuivre fa Maîtreffe , mais Arlequin l'arrête
en la priant d'avoir pitié d'un amour
renaiffant , qui peut-être n'a pas encore
long-temps à vivre. Après une Scene affez
plaifante Valere.revient avec le Chef de
Ifle , qui lui dit que fon efperance eft
vaine , & que pour donner lieu à un fe
cond
SEPTEMBRE. 1730. 2043
cond divorce il faudroit que des Etrangers
débarquaffent dans l'Ifle , & qu'ils con+
fentiflent à former d'autres engagemens ;
que pour lors , non -feulement lui , mais
tous les Epoux du Pays pourroient , à leur
exemple , le démarier ; Arlequin lui dit
que moyennant un fi beau Privilege, l'Iffe
doit être extrémement peuplée , à quoi
le Chef répond qu'elle n'eft pas encore
connue , que le hazard feul y fait abor
der , & que quand ils y font débarquez
il y avoit so. ans qu'il n'y avoit paru de
Vaiffeaux étrangers.
Orphiſe arrive & annonce à Valere qu'il
vient d'arriver un Vaiffeau étranger ; Arle
quin fe réjouit de cette agréable nouvelle
en fe mocquant du Chef de l'Ifle. Un Infulaire
donne avis à ce Chef qu'il n'y a que
deux femmes dans le Vaiffeau, que l'une eft
l'épouſe d'un Marchand Drapier de Paris,
& que l'autre eft une veuve qui a été ma
riée quatre fois , & qui dit qu'elle n'en
veut pas davantage , M & M Droguer
arrivent en plaignant leur fort & en difant
que les fupplices les plus affreux ne
les forceront point à s'abandonner. Ils
fe témoignent l'amour le plus violent
ce qui fait perdre aux autres l'efperance
de fe démarier ; mais Valere fair tant par
fes difcours féducteurs , qu'il perfuade la
vieille à quitter fon mari ; Orphife de
fon
2044 MERCURE DE FRANCE
fon côté engage M Droguet à brifer
fa chaîne ; Me Droguet , dans l'efperance
d'époufer Valere , quitte fon époux , &
M.Droguet comptant s'unir avec Orphiſe,
fait divorce avec fa femme.
Après ce divorce , Silvia paroît ; Valere
la reprend , Orphiſe quitte M. Droguet en
difant qu'elle va offrir à Dorante une main
qu'il attend avec impatience ; Arlequin
époufe Colombine , & Lifette s'en va pour
en faire autant avec Trivelin ; M. & Me
Droguet reftent très-furpris de cette avanture
; Qu'allons nous devenir , dit Mc Droguet
, vous pouvez vous reprendre , ajoûte
le Chef de l'Ifle , mais cela vous fera compté
pour un divorce : Oh , non , reprennent- ils ,
il vaut mieux attendre ; nous ne sommes pas
venus ici pour abolir les loix. Les maris &
les femmes de l'Ile arrivent pour faire
divorce ; ils forment le Divertiffement
composé de Danfes & d'un Vaudeville.
LA STLPHIDE,
Le Théatre repréfente l'Appartement
d'Erafte. Une Sylphide & une Gnomide y
entrent dans le même moment ; la Sylphide
pofe une Corbeille fur la table , de
même que la Gnomide ; elles font furprifes
de fe rencontrer & fe demandent réciproquement
ce qu'elles viennent faire
dans
SEPTEMBRE. 1730. 2045
dans la chambre d'Erafte . La Gnomide
dit que fon Amant l'attire en ce lieu à
la Sylphide ajoûte que le feul defir.de
yoir le fien l'a conduite dans cet Appartement
; elles fe croient Rivales ; mais
après une petite difpute leurs foupçons
font diffipez ; la Sylphide découvre à la
Gnomide les tendres fentimens pour Erafte
, & la Gnomide avoue fa paffion pour
Arlequin fon Valet. La Sylphide raconte
qu'elle avoit fait partie avec deux Sylphides
de fes amies , de fe rendre vifibles ;
qu'elles allerent fe promener aux Thuilleries,
& que ce fut dans ce Jardin qu'elle
vit Erafte pour la premiere fois , qu'elle
le trouva fi charmant , qu'elle ne put
s'empêcher de l'aimer. Elle fait une agréa
ble defcription des differens Cavaliers
qu'elle vit à cette Promenade ; elle dit
enfuite qu'elle craint que les charmes d'une
de fes Compagnes n'ayent eu plus de
pouvoir que les fiens fur le coeur d'Erafte ,
& que cette incertitude l'accable. Vous
faites injure à vos attraits , répond la Gnomide
; pour moi , je ne me fuis point encore
offerte aux regards de mon Amant , l'éclat
de mes appas ne l'a point ébloui ; c'est dans
une cave profonde où je le vis pour la premiere
fois & où il s'enyvroit avec tant de
grace qu'il auroit charmé la pus infenfible :
mais Erafte vient ici avec fon Valet , écar-
1ons-nous pour les entendre. G Erafte
2046 MERCURE DE FRANCE
1
Erafte en entrant apperçoit la corbeille;
il demande à Arlequin qui l'a lui a envoyée
; Arlequin répond qu'il n'en fçait
rien ; Erafte la découvre , & voit qu'elle
eft remplie de fleurs : Il vaudroit mieux ,
dit Arlequin , qu'elle fut pleine d'argent ,
cela ferviroit à merveille à raccommoder vos
affaires qui font furieufement dérangées . Arlequin
apperçoit auffi l'autre corbeille qui
eft remplie de trufes , avec le nom d'Arlequin
au- deffus ; il eft fort en peine de
fçavoir d'où vient ce préfent ; & après
avoir rêvé un inftant : Ces fleurs , ajoûtet'il
, ont été fans doute envoyées par. Clarice
, votre Epouse future : Ne me parle
point de Clarice , répond Erafte : Comment
continue Arlequin , avez- vous oublié
votre fortune dépend de ce mariage , qu'il
peut feul nous mettre à couvert des poursui
tes de vos Créanciers & des miens , car vous
n'êtes riche qu'en efperance . Votre Oncle eft,
à la verité , entre les mains d'une demie dou
zaine de Medecins ; mais comme ces Meffieurs
ne font jamais de la même opinion
ils ne font point d'accord fur les remedes , le
malade n'en prend point , & par confequent
il peut encore aller loin . Erafte lui dit qu'u
ne paffion violente s'eft emparée de fon
ae , & que rien ne peut l'en arracher
qu'il a vu aux Thuilleries la plus adorable
perfonne du monde ; Arlequin comque
bat
SEPTEMBRE . 1730. 2047
coups
bat toutes les raifons , la Sylphide qui eft
préfente & inviſible , le menace de
de bâton ; Arlequin croit que c'eſt fon
Maître qui lui parle , ce qui fait un jeu
de Théatre des plus comiques. La Gnomide
auffi invifible , donne de petits fouflets
à Arlequin , qu'il croir recevoir de
fon Maître enfin après plufieurs lazzi
très plaifans , deux Créanciers arrivent ,
& demandent à Erafte ce qui leur eſt dû ,
celui ci leur fait un accueil peu gracieux,
ce qui oblige les Créanciers de menacer
Erafte de le pourfuivre en Juftice ; . &
dans le tems qu'ils veulent partir , la
Sylphide & la Gnomide , toûjours invifibles
, donnent chacune aux deux Créanciers
une bourſe qui contient le payement
de chacun ; un des deux Créanciers
après avoir compté fon argent rend à
Erafte quatre louis qu'il a trouvé de plus;
ils fe retirent , en le priant très civilement
d'excufer leur vivacité ; Arlequin croit
fon Maître leur a donné cet argent;
que
Erafte dit qu'il ne fçait ce que tout cela
fignifie &c.
Un Sergent & un Procureur arrivent ;
le Procureur dit qu'il vient de la part
d'Oronte , pere de Clarice , pour fçavoir
quand il veut époufer fa fille. Le Sergent
porte une affignation à Arlequin de
part d'un Cabaretier des Porcherons , la
Gij
Arle
2048 MERCURE DE FRANCE
Arlequin refufe de la prendre. Erafte
donne de mauvaifes raifons au Procureur,
ce qui lui fait dire qu'il le pourfuivra
pour lui faire payer le dédit de vingt mille
ecus qu'il a fait au pere de Clarice . Le
Sergent préfente l'affignation à Arlequin ,
qui ne veut point abfolument la recevoir;
la Gnomide invifible donne un fouflet au
Sergent , & déchire l'Exploit ; le Sergent
fe met en colere contre Arlequin , après
quoi la Gnomide fait difparoître le Ser
gent , qui s'abîme fous le Théatre , & la
Sylphide fait voler le Procureur dans les
airs. Ce fpectacle effraye Erafte ; Arlequin
lui dit qu'il ne voit rien là que de très
naturel , un Sergent qui va au Diable &
un Procureur qui vole. La Gnomide fait
encore quelques niches à Arlequin qui
fort tout épouvanté ; Erafte refte très
étonné de tout ce qu'il vient de voir ;
la Sylphide invifible foupire , & a une
converfation avec Erafte qui la prend pour
un efprit ; la Sylphide l'affure qu'elle
Paime : Vous m'aimez , répond Erafte , eftce
que les efprits peuvent aimer ? ils n'ont
point corps : cette question me fait bien
voir que vous en avez un , répond la Sylphide
: Oui, Monfieur , ils aiment , & avec
d'autant plus de délicateffe que leur amour eft
détaché des fens , que leur flamme eft pure
& fubfifte d'elle-même , fans que les défirs
de
ou
SEPTEMBRE. 1730. 2049
ou les dégoûts l'augmentent ou la diminuent :
Mais je m'étonne , ajoûte Erafte , que Sça
chant ce qui fe paffe dans mon coeur , vous
me faffiez l'aven de votre tendreffe ; car enfin
vous n'ignorez pas qu'il eft rempli de la
plus violente paffion qu'un Amant ait jamais
pu reffentir : Je fuis , dit la Sylphide , une
de ces trois Dames que vous avez vûës aux
Thuilleries ; vous en aimez une : Quoi ! ces
Dames fi charmantes , repart Erafte , font
des Sylphides ! Eb peut- il y en avoir ? La
Sylphide le prie de ne point faire comme
le commun des hommes , qui doutent
des chofes , parce qu'ils ne les comprennent
pas . Erafte la conjure de fe montrer
: Je me rends , ajoûte la Sylphide , &
vais m'expofer à être la victime de votre obftination
allez aux Thuilleries , vous m'y
verrez avec une de mes Compagnes , ne m'y
parlez point , & venez m'inftruire ici de
votre fort & du mien.
Erafte obéit , & part . La Sylphide refte,
& dit qu'Erafte ne trouvera aux Thuilleries
que les deux Sylphides fes amies ,
& que fans fe commettre , elle fera inftruite
de ſes ſentimens . Arlequin revient
dans l'Appartement de fon Maître ;
ne l'y trouvant point , il dit qu'il fera
allé tenir compagnie au Sergent. La Gnomide
furvient , & appelle Arlequin qui
tremble de peur ne voyant perfonne avec
Giij lui
2050 MERCURE DE FRANCE
lui ; la Gnomide le raffure , & lui fait
l'aveu de fa tendreffe , en lui difant qu'elle
eft une habitante de la terre , une Gnomide
qui éprife de fes charmes a quitté
fa patrie pour le rendre le plus heureux
de tous les mortels ; elle lui dit qu'elle a
de grands tréfors à la difpofition , & qu'elle
veut lui en faire part , après quoi la Gnomide
le quitte & l'affure qu'elle va pren
dre un corps , & qu'elle s'offrira bientôt
à fes yeux : Prenez le bien joli , s'écrie
Arlequin , fur tout n'oubliez pas les tréfors
, car fans cela je n'ai que faire de vous
& c.
Erafte revient des Thuilleries ; Arle
quin lui raconte fa converſation avec la
Ġnomide. Erafte eft au defefpoir de ce
qu'il n'a point vû aux Thuilleries l'objet
qu'il adore la Sylphide convaincuë de
Famour d'Erafte fe rend vifible , & paroît
à fes yeux. Erafte tranfporté de joye la
reconnoit , & l'affure de toute fa tendreffe.
Arlequin trouve les Sylphides fort jolies,
mais il croit fa Gnomide bien plus belle ,
& la prie de paroitre avec fon teint de
lys & de rofes : la Gnomide fe rend vifibles
Arlequin en la voyant s'écrie : Ah!
d'eft une taupe , il ne veut point d'elle : la
Gnomide pleure , & fe defefpere : Que je
fuis malheureufe , dit- elle , dd''êêttrree obligée
d'étrangler un fi joli petit homme c'eft notre
coutume
SEPTEMBRE. 1730. 2051
,
coûtume , ajoûte- t'elle , quand nous aimons
un ingrat , nous l'étranglons d'abord . Cette
menace oblige Arlequin de fe rendre : il
lui demande les tréfors qu'elle lui a promis
dans le moment on voit fortir de la
terre un vaſe rempli de richeffes immenfes
: Arlequin ne refifte plus , & dit qu'il
ne fera pas la premiere beauté que les richeffes
auront féduite. Je ne vous Promets
point de tréfors ; dit la Sylphide à Erafte ',
mais les douceurs que je vous promets vaudront
bien les préfens de la Gnomide : venez,
Erafte , je vais dans un inftant vous tranf
porter dans le Palais dont vous devez être
le Maître. La Gnomide s'abîme avec Arlequin
. Le Théatre change , & repréſente
le Palais de la Sylphide , il paroît placé
dans les airs. Cette décoration qui eft du
S' Le Maire , connu par d'autres Ouvrages
de cette efpece , eft une des plus bril
lantes qui ait encore parû , & fait un effet
merveilleux. Ce Palais eft rempli de Sylphes
& de Sylphides qui forment un Divertiffement
tres gracieux. La Dle Silvia
& le S Romagnefy danfent une Entrée
qui a été trés goûtée , de même que la
Die Thomaffin dans celle qu'elle danfe.
La Mufique , qui a été trés applaudie , eft
de M. Mouret , & la compofition du Bálet
qu'on a trouvé brillant , eft de M. Mar
cel.
VAUDEVILLE.
Dans une heureufe
intelligence ,
Nous goutons le fort le plus doux
L'envie & la médifance
Ne réfident point chez nous :
Mortels , quelle difference è
Vivez-vous ainfi parmi nous ?
Exemts de toute défiance ;
Rien n'inquiete nos Epoux ;
Certains de notre conftance
Ils ne font jamais jaloux :
Mortels , quelle difference & c.
Les faveurs que l'Amour difpenfe
Ne fe revelent point chez nous ;
Plus on garde le filence ,
Et plus les plaifirs font doux :
François , quelle difference &c.
Nous joüiffons de l'innocence
Tant que nous fommes fans Epoux ,
Sans marquer d'impatience
De former un noeud fi doux :
Filles , quelle difference &c ,
Bien
SEPTEMBRE. 1730. 2053
-Bien loin d'encenfer l'opulence ,
Ici nous nous eftimons tous ;
L'égalité nous difpenfe
D'un foin indigne de nous :
Flateurs , quelle difference &c.
Un pauvre Auteur dont l'efperance
Eft de vous attirer chez nous ,
Eft plus trifte qu'on ne penſe
Quand fa Piéce a du deffous :
Pour lui quelle difference ,
Lorſque vous applaudiffez tous !
une Piece nouvelle en trois Actes
avec des Divertiffemens , de la compofi
tion des fieurs Dominique & Romagnefy,
qui a pour titre , la Foire des Poëtes , l'Ifle
du Divorce & la Sylphide , laquelle a été
reçûë très-favorablement du Public. Voici
l'Extrait de chacune.
LA FOIRE DES POETES.
Un Acteur François & Trivelin de la
Comédie Italienne , fe rencontrent par
hazard , & ſe demandent réciproquement
comment ils ont pû pénetrer dans cet
azile ; Trivelin lui dit qu'il n'a rien de
caché pour lui , & qu'il veut bien fatisfaire
fa curiofité : Vous fçavez , ajoûte-t-il , que
nous en avons très-mal agi avec M les
Auteurs , qui picquez de nos Airs , ont
quitté Paris , dans la refolution de ne nous
plus donner de nouveautez ; que depuis leur
retraite nos Théatres ! anguiffent , &c. &
qu'il vient de la part de fa Troupe , ménager
un raccommodement ; Apollon ,
continue- t-il , a recueilli les Nouriffons
des Mufes , & leur a fait bâtir un Hôtel
magnifique , dans lequel il les entretient
& les nourrit , & tout ce qu'ils vendent
"
eft
2034 MERCURE
DE FRANCE
eft pour leurs menus plaifirs ; après une
defcription comique,l'Acteur François dit
qu'il a befoin d'une Tragédie , & prie
Trivelin de lui préter de l'argent pour
faire cette amplette ; Trivelin s'excufe fur
le befoin qu'il a de deux Comédies &
d'un Prologue , & qu'il fera bienheureux
s'il a de quoi payer une bonne Scene ,
n'ayant fur lui que quinze livres. Après
cette Scene , Trivelin dit à l'Acteur de
le fuivre , & qu'il va le conduire à l'Hôtel
des Poëtes , où ils tiennent une espece
de Foire.
Le Théatre change & repréfente un
Caffe rempli de Poëtes ; on chante en
choeur les paroles fuivantes :
Verfez de ce Caffé charmant ,
H eft notre unique aliment.
Un Poëte.
C'eft vous , aimable breuvage ,
Qui ranimez tous les efprits ;
Si-tôt que nous vous avons pris ,
Des Dieux nous parlons le langage ;
Nous rimons tous à qui mieux mieux,
Et faifis d'une docte extafe ,
Nous nous élevons juſqu'aux Cieux :
L'Onde que fit jaillir Pegaze ,
N'a rien de fi délicieux.
Verfez de ce Caffé charmant , &c.
訂
SEPTEMBRE. 1730. 2035
Il s'éleve auffi - tôt une difpute entre les
Poëtes. Les uns foutiennent que le Caffe
cauſe des infomnies ; les autres , qu'il fait
dormir. Après une courte Differtation ,
Trivelin & l'Acteur François s'avancent ,
les Poëtes offrent leur Marchandife ; l'Acteur
François demande une Tragédie , &
Trivelin deux Comédies & un Prologue ;
un Poëte en propofe une à l'Acteur , qu'il
foutient excellente ; un autre offre à Trivelin
deux Comédies ; ils fe retirent pour
en faire la lecture .
Une jeune fille vient demander à un
Poëte des Couplets de Chanſon pour fe
mocquer de fon Amant , qui eft trop timide
; le Poëte lui donne les Couplets
fuivans , qu'elle chante fur l'Air : Daphnis
m'aimoit fi tendrement.
Quand mon Amant me fait la cour ,
Il languit , il pleure , il ſoupire ,
Et paffe avec moi tout le jour ,
A me raconter fon martyre.
Ah! s'il le paffoit autrement
Il me plairoit infiniment.
L'autre jour dans un Bois charmant ;
Ecoutant chanter la Fauvette ,
Il me demanda tendrement ,
M'aimes-tu , ma chere Liſette :
2036 MERCURE DE FRANCE
Je lui dis , oui , je t'aime bien :
Il ne me demanda plus rien.
Puifque j'ai fait naître tes feux
Rien ne flate plus mon envie ,
Je fuis , reprit -il , trop heureux ;
O jour le plus beau de ma vie
Et répetoit à chaque inſtant ,
C'en eft affez , je fuis content.
De cet Amant plein de froideur
Il faut que je me dédommage ,
J'en veux un , qui de mon ardeur ,
Sçache faire un meilleur ufage ,
Qu'il foit heureux à chaque inftant
Et qu'il ne foit jamais content .
La jeune fille , fatisfaite des Couplets
après les avoir payez au Poëte , s'en retourne
en les chantant ; Trivelin revient.
avec l'Auteur qui lui a propofé les deux.
Comedies , il lui dit qu'il les trouve affez
jolies ; mais qu'il a befoin d'un Prologue ,
fur quoi l'Auteur lui répond : Comme
vous faites ufage de tout, voyez prendre leçon
à nos Apprentifs Poëtes , peut-être vous.
fervirez vous de cette idée pour un Prologue
Trivelin y confent ; auffi- tôt le Profeffeur
de Poëfie s'avance & chante ces paroles
Son
SEPTEMBRE. 1730. 2037
Son Profeffor di Poëfia ,
Della divina freneſia ,
Mon Art inſpire les tranſports ;
I miei canti ,
Sono incanti ;
I dotti , glignoranti ,.
Tout cft charmé de mes accords,
Venité miei cari ,
Scolari ,
A prender lezione ,
Dal dottor Lanternone.
Les Apprentifs Poëtes forment une Danfe
; le Profeffeur interroge un de fes Ecoliers
; ils dialoguent en chantant.
Le Profeffeur.
Pour être Poëte à prefent ,
Quel eft le talent neceffaire ?
L'Ecolier.
Il faut être plaisant ,
Quelquefois médifant ;
Et toujours plagiaire.
Le Profeffeur
Non e quefto ;
Dite preſto ,
Cio che bifogna far ,
Per ben verfificar.
L'E
2038 MERCURE DE FRANCE
-L'Ecolier.
Rimar , rimar , rimar .
Le Profeſſeur.
Bravo ; bene , bene , bene.
De qui faites- vous plus d'eftime ,
De la faifon ou de la rime
་
L'Ecolier.
La rime , fans comparaiſon ,
Doit l'emporter fur la raiſon.
Le Profeffeur.
Pourquoi cette diſtinction ?
L'Ecolier.
C'est qu'on entend toûjours la rime
Et qu'on n'entend point la raiſon,
Le Profeffeurs
Bravo ; bene , bene , bene.
Pour faire une Piece Lyrique ,
Autrement dit, un Opera nouveau,
Que faut-il pour le rendre beau ?
L'Ecolier.
De mauvais Vers & de bonne Mufique ,
Le Profeffeur.
Bravo ; bene , &c. \\
L'E
SEPTEMBRE. 1730 : 2039
Dans une Tragedie , Ouvrage d'importance ,
Que faut- il pour toucher les coeurs ?
L'Ecolier.
Un fonge , une reconnoiffance ,
Un récit & de bons Acteurs.
Le Profeffeur.
Bravo , bene , &c.
Auffi- tôt on entend une Symphonie
brillante. Le Profeffeur dit que c'eft Minerve
qui defcend ; la Folie paroît dans
le moment , & chante en s'adreffant aux
Poëtes,
Ingrats , me méconnoiffez -vous ?
N'eft- ce pas moi qui vous infpire ?
Qui dans vos tranſports les plus fous
Ay foin de monter votre Lyre ?
Allons , allons , fubiffez tous ;
Le joug de mon aimable empire
Et que chacun à mes genoux ,
S'applaudiffe de fon délire.
Viva , viva la Pazzia ,
La madre dell' allegria ,
Souveraine de tous les coeurs
Et la Minerve des Auteurs,
La Folie conduit les Poëtes à Paris
qui
2040 MERCURE DE FRANCE
qui eft , dit- elle , leur vrai féjour , tous
la fuivent en danfant avec elle & en
chantant :
Viva , viva la Pazzia , &c.
L'ISLE DU DIVORCE.
Valere & Arlequin fon Valet , arrivent
fur le Théatre d'un air triſte , & après
s'être regardez l'un & l'autre , Valere lui
demande s'il s'ennuye autant que lui , à
quoi Arlequin répond que c'eſt à peu près
la même chofe ; Valere ſoupire & témoi
gne les regrets que lluuii ccaauuffee llaa perte de
Silvia , fon Epoufe , qu'il a quittée, malgré
la vertu & fa fidelité , pour fe conformer
aux Coûtumes de l'Ifle , qui autorife
le divorce. Arlequin , à l'imitation
de Valere , marque le chagrin qu'il ref
fent d'avoir abandonné Colombine ; ne
fuis-je pas un grand coquin , ajoûte-t-il , d'avoir
épousé une feconde femme , fans avoir
du moins enterré la premiere. Après avoir
oppofé le caractere d'Orphife à celui
de Silvia , la douceur de Colombine
à l'humeur acariatre de Lifette ; Orphife
& Lifette arrivent ; & comme Orphiſe
de fon côté n'a plus de gout pour Valere ,
elle s'adreffe à Arlequin , & Lifette parle
à Valere. Après une courte converfation ,
Orphife fait des reproches à Valere , &
Lifette
SEPTEMBRE . 1730. 2041
pas
Lifette à Arlequin ; ils fe querellent &
Le trouvent tous les deux très - haïffables,
Orphile dit à Valere qu'il n'en faut
refter là , & que s'il fe prefente une occafion
favorable de fe défunir , il en faudra
profiter ; Nous ne ferons pas affez
heureux , reprend Valere ; pourquoi , Mr ,
répond Orphife ? S'il arrive quelque Vaif
feau étranger.... Hé bien , Mad , s'il en
arrive , dit Valere ; ah ! je vois bien , contínuë
Orphiſe , que vous ignorez une par
tie des coûtumes du Pays , donnez - moi
feulement votre parole ah ! de tout mon
coeur, répond Valere. Orphife fur cette,
affurance fe retire , Lifette en fait de mê
me ; Arlequin & Valere voyant arriver
Silvia & Colombine , s'écartent pour en
tendre leurs difcours.
Silvia , qui croit être feule avec fa Suivante
, fait éclater les fentimens de l'époufe
la plus vertueufe , en fe plaignant
de la perfidie de Valere , qui l'a inhumainement
abandonnée en profitant de l'u
fage établi dans l'Ifle ; Colombine ſe repent
de l'avoir imitée , & de ne s'être pas
vengée du traitre Arlequin ; Valere charmé
de la conftance de fon Epoufe , l'aborde
en la priant de pardonner fon indif
cretion : Je fçai trop , dit-il , que ma pre--
fence ne peut qu'irriter votre jufte colere contre
un ingrat qui ne méritoit pas le bonheur dont il
2042 MERCURE DE FRANCE
ajoui , il n'étoit pas ,fans doute , d'un grand
prix , répond Silvia , puifque vous y avez
fifacilement renoncé? Arlequin dit des douceurs
à Colombine , qui affecte un air de
fierté dont il n'eft pas content . Dans cette
Scene Valere témoigne fon repentir , &
prie inftamment Silvia , s'il fe preſente
quelque favorable occafion de refferrer
leurs noeuds , de ne point s'oppofer à fa
félicité ; Silvia ſe rend enfin à les inftances
, & lui dit que ce n'eft pas d'aujour
d'hui qu'il connoît fon coeur. Valere veut
rentrer avec elle ; mais Silvia le lui deffend
; Non , Valere , dit - elle , reftez ; la
bienfeance condamne jufqu'à l'entretien que
nous avons ensemble , & je ne veux pas
perdre l'estime d'un homme qui a été mon
Epoux ; fi par quelque heureux évenement
vous pouviez brifer la chaîne qui vous attache
à ma Rivale , j'accepterai votre main
je n'aurai d'autre reproche à mefaire que
celui d'avoir trop aimé un ingrat.
Valere fe retire , content de l'affurance
que lui a donnée Silvia ; Colombine veut
fuivre fa Maîtreffe , mais Arlequin l'arrête
en la priant d'avoir pitié d'un amour
renaiffant , qui peut-être n'a pas encore
long-temps à vivre. Après une Scene affez
plaifante Valere.revient avec le Chef de
Ifle , qui lui dit que fon efperance eft
vaine , & que pour donner lieu à un fe
cond
SEPTEMBRE. 1730. 2043
cond divorce il faudroit que des Etrangers
débarquaffent dans l'Ifle , & qu'ils con+
fentiflent à former d'autres engagemens ;
que pour lors , non -feulement lui , mais
tous les Epoux du Pays pourroient , à leur
exemple , le démarier ; Arlequin lui dit
que moyennant un fi beau Privilege, l'Iffe
doit être extrémement peuplée , à quoi
le Chef répond qu'elle n'eft pas encore
connue , que le hazard feul y fait abor
der , & que quand ils y font débarquez
il y avoit so. ans qu'il n'y avoit paru de
Vaiffeaux étrangers.
Orphiſe arrive & annonce à Valere qu'il
vient d'arriver un Vaiffeau étranger ; Arle
quin fe réjouit de cette agréable nouvelle
en fe mocquant du Chef de l'Ifle. Un Infulaire
donne avis à ce Chef qu'il n'y a que
deux femmes dans le Vaiffeau, que l'une eft
l'épouſe d'un Marchand Drapier de Paris,
& que l'autre eft une veuve qui a été ma
riée quatre fois , & qui dit qu'elle n'en
veut pas davantage , M & M Droguer
arrivent en plaignant leur fort & en difant
que les fupplices les plus affreux ne
les forceront point à s'abandonner. Ils
fe témoignent l'amour le plus violent
ce qui fait perdre aux autres l'efperance
de fe démarier ; mais Valere fair tant par
fes difcours féducteurs , qu'il perfuade la
vieille à quitter fon mari ; Orphife de
fon
2044 MERCURE DE FRANCE
fon côté engage M Droguet à brifer
fa chaîne ; Me Droguet , dans l'efperance
d'époufer Valere , quitte fon époux , &
M.Droguet comptant s'unir avec Orphiſe,
fait divorce avec fa femme.
Après ce divorce , Silvia paroît ; Valere
la reprend , Orphiſe quitte M. Droguet en
difant qu'elle va offrir à Dorante une main
qu'il attend avec impatience ; Arlequin
époufe Colombine , & Lifette s'en va pour
en faire autant avec Trivelin ; M. & Me
Droguet reftent très-furpris de cette avanture
; Qu'allons nous devenir , dit Mc Droguet
, vous pouvez vous reprendre , ajoûte
le Chef de l'Ifle , mais cela vous fera compté
pour un divorce : Oh , non , reprennent- ils ,
il vaut mieux attendre ; nous ne sommes pas
venus ici pour abolir les loix. Les maris &
les femmes de l'Ile arrivent pour faire
divorce ; ils forment le Divertiffement
composé de Danfes & d'un Vaudeville.
LA STLPHIDE,
Le Théatre repréfente l'Appartement
d'Erafte. Une Sylphide & une Gnomide y
entrent dans le même moment ; la Sylphide
pofe une Corbeille fur la table , de
même que la Gnomide ; elles font furprifes
de fe rencontrer & fe demandent réciproquement
ce qu'elles viennent faire
dans
SEPTEMBRE. 1730. 2045
dans la chambre d'Erafte . La Gnomide
dit que fon Amant l'attire en ce lieu à
la Sylphide ajoûte que le feul defir.de
yoir le fien l'a conduite dans cet Appartement
; elles fe croient Rivales ; mais
après une petite difpute leurs foupçons
font diffipez ; la Sylphide découvre à la
Gnomide les tendres fentimens pour Erafte
, & la Gnomide avoue fa paffion pour
Arlequin fon Valet. La Sylphide raconte
qu'elle avoit fait partie avec deux Sylphides
de fes amies , de fe rendre vifibles ;
qu'elles allerent fe promener aux Thuilleries,
& que ce fut dans ce Jardin qu'elle
vit Erafte pour la premiere fois , qu'elle
le trouva fi charmant , qu'elle ne put
s'empêcher de l'aimer. Elle fait une agréa
ble defcription des differens Cavaliers
qu'elle vit à cette Promenade ; elle dit
enfuite qu'elle craint que les charmes d'une
de fes Compagnes n'ayent eu plus de
pouvoir que les fiens fur le coeur d'Erafte ,
& que cette incertitude l'accable. Vous
faites injure à vos attraits , répond la Gnomide
; pour moi , je ne me fuis point encore
offerte aux regards de mon Amant , l'éclat
de mes appas ne l'a point ébloui ; c'est dans
une cave profonde où je le vis pour la premiere
fois & où il s'enyvroit avec tant de
grace qu'il auroit charmé la pus infenfible :
mais Erafte vient ici avec fon Valet , écar-
1ons-nous pour les entendre. G Erafte
2046 MERCURE DE FRANCE
1
Erafte en entrant apperçoit la corbeille;
il demande à Arlequin qui l'a lui a envoyée
; Arlequin répond qu'il n'en fçait
rien ; Erafte la découvre , & voit qu'elle
eft remplie de fleurs : Il vaudroit mieux ,
dit Arlequin , qu'elle fut pleine d'argent ,
cela ferviroit à merveille à raccommoder vos
affaires qui font furieufement dérangées . Arlequin
apperçoit auffi l'autre corbeille qui
eft remplie de trufes , avec le nom d'Arlequin
au- deffus ; il eft fort en peine de
fçavoir d'où vient ce préfent ; & après
avoir rêvé un inftant : Ces fleurs , ajoûtet'il
, ont été fans doute envoyées par. Clarice
, votre Epouse future : Ne me parle
point de Clarice , répond Erafte : Comment
continue Arlequin , avez- vous oublié
votre fortune dépend de ce mariage , qu'il
peut feul nous mettre à couvert des poursui
tes de vos Créanciers & des miens , car vous
n'êtes riche qu'en efperance . Votre Oncle eft,
à la verité , entre les mains d'une demie dou
zaine de Medecins ; mais comme ces Meffieurs
ne font jamais de la même opinion
ils ne font point d'accord fur les remedes , le
malade n'en prend point , & par confequent
il peut encore aller loin . Erafte lui dit qu'u
ne paffion violente s'eft emparée de fon
ae , & que rien ne peut l'en arracher
qu'il a vu aux Thuilleries la plus adorable
perfonne du monde ; Arlequin comque
bat
SEPTEMBRE . 1730. 2047
coups
bat toutes les raifons , la Sylphide qui eft
préfente & inviſible , le menace de
de bâton ; Arlequin croit que c'eſt fon
Maître qui lui parle , ce qui fait un jeu
de Théatre des plus comiques. La Gnomide
auffi invifible , donne de petits fouflets
à Arlequin , qu'il croir recevoir de
fon Maître enfin après plufieurs lazzi
très plaifans , deux Créanciers arrivent ,
& demandent à Erafte ce qui leur eſt dû ,
celui ci leur fait un accueil peu gracieux,
ce qui oblige les Créanciers de menacer
Erafte de le pourfuivre en Juftice ; . &
dans le tems qu'ils veulent partir , la
Sylphide & la Gnomide , toûjours invifibles
, donnent chacune aux deux Créanciers
une bourſe qui contient le payement
de chacun ; un des deux Créanciers
après avoir compté fon argent rend à
Erafte quatre louis qu'il a trouvé de plus;
ils fe retirent , en le priant très civilement
d'excufer leur vivacité ; Arlequin croit
fon Maître leur a donné cet argent;
que
Erafte dit qu'il ne fçait ce que tout cela
fignifie &c.
Un Sergent & un Procureur arrivent ;
le Procureur dit qu'il vient de la part
d'Oronte , pere de Clarice , pour fçavoir
quand il veut époufer fa fille. Le Sergent
porte une affignation à Arlequin de
part d'un Cabaretier des Porcherons , la
Gij
Arle
2048 MERCURE DE FRANCE
Arlequin refufe de la prendre. Erafte
donne de mauvaifes raifons au Procureur,
ce qui lui fait dire qu'il le pourfuivra
pour lui faire payer le dédit de vingt mille
ecus qu'il a fait au pere de Clarice . Le
Sergent préfente l'affignation à Arlequin ,
qui ne veut point abfolument la recevoir;
la Gnomide invifible donne un fouflet au
Sergent , & déchire l'Exploit ; le Sergent
fe met en colere contre Arlequin , après
quoi la Gnomide fait difparoître le Ser
gent , qui s'abîme fous le Théatre , & la
Sylphide fait voler le Procureur dans les
airs. Ce fpectacle effraye Erafte ; Arlequin
lui dit qu'il ne voit rien là que de très
naturel , un Sergent qui va au Diable &
un Procureur qui vole. La Gnomide fait
encore quelques niches à Arlequin qui
fort tout épouvanté ; Erafte refte très
étonné de tout ce qu'il vient de voir ;
la Sylphide invifible foupire , & a une
converfation avec Erafte qui la prend pour
un efprit ; la Sylphide l'affure qu'elle
Paime : Vous m'aimez , répond Erafte , eftce
que les efprits peuvent aimer ? ils n'ont
point corps : cette question me fait bien
voir que vous en avez un , répond la Sylphide
: Oui, Monfieur , ils aiment , & avec
d'autant plus de délicateffe que leur amour eft
détaché des fens , que leur flamme eft pure
& fubfifte d'elle-même , fans que les défirs
de
ou
SEPTEMBRE. 1730. 2049
ou les dégoûts l'augmentent ou la diminuent :
Mais je m'étonne , ajoûte Erafte , que Sça
chant ce qui fe paffe dans mon coeur , vous
me faffiez l'aven de votre tendreffe ; car enfin
vous n'ignorez pas qu'il eft rempli de la
plus violente paffion qu'un Amant ait jamais
pu reffentir : Je fuis , dit la Sylphide , une
de ces trois Dames que vous avez vûës aux
Thuilleries ; vous en aimez une : Quoi ! ces
Dames fi charmantes , repart Erafte , font
des Sylphides ! Eb peut- il y en avoir ? La
Sylphide le prie de ne point faire comme
le commun des hommes , qui doutent
des chofes , parce qu'ils ne les comprennent
pas . Erafte la conjure de fe montrer
: Je me rends , ajoûte la Sylphide , &
vais m'expofer à être la victime de votre obftination
allez aux Thuilleries , vous m'y
verrez avec une de mes Compagnes , ne m'y
parlez point , & venez m'inftruire ici de
votre fort & du mien.
Erafte obéit , & part . La Sylphide refte,
& dit qu'Erafte ne trouvera aux Thuilleries
que les deux Sylphides fes amies ,
& que fans fe commettre , elle fera inftruite
de ſes ſentimens . Arlequin revient
dans l'Appartement de fon Maître ;
ne l'y trouvant point , il dit qu'il fera
allé tenir compagnie au Sergent. La Gnomide
furvient , & appelle Arlequin qui
tremble de peur ne voyant perfonne avec
Giij lui
2050 MERCURE DE FRANCE
lui ; la Gnomide le raffure , & lui fait
l'aveu de fa tendreffe , en lui difant qu'elle
eft une habitante de la terre , une Gnomide
qui éprife de fes charmes a quitté
fa patrie pour le rendre le plus heureux
de tous les mortels ; elle lui dit qu'elle a
de grands tréfors à la difpofition , & qu'elle
veut lui en faire part , après quoi la Gnomide
le quitte & l'affure qu'elle va pren
dre un corps , & qu'elle s'offrira bientôt
à fes yeux : Prenez le bien joli , s'écrie
Arlequin , fur tout n'oubliez pas les tréfors
, car fans cela je n'ai que faire de vous
& c.
Erafte revient des Thuilleries ; Arle
quin lui raconte fa converſation avec la
Ġnomide. Erafte eft au defefpoir de ce
qu'il n'a point vû aux Thuilleries l'objet
qu'il adore la Sylphide convaincuë de
Famour d'Erafte fe rend vifible , & paroît
à fes yeux. Erafte tranfporté de joye la
reconnoit , & l'affure de toute fa tendreffe.
Arlequin trouve les Sylphides fort jolies,
mais il croit fa Gnomide bien plus belle ,
& la prie de paroitre avec fon teint de
lys & de rofes : la Gnomide fe rend vifibles
Arlequin en la voyant s'écrie : Ah!
d'eft une taupe , il ne veut point d'elle : la
Gnomide pleure , & fe defefpere : Que je
fuis malheureufe , dit- elle , dd''êêttrree obligée
d'étrangler un fi joli petit homme c'eft notre
coutume
SEPTEMBRE. 1730. 2051
,
coûtume , ajoûte- t'elle , quand nous aimons
un ingrat , nous l'étranglons d'abord . Cette
menace oblige Arlequin de fe rendre : il
lui demande les tréfors qu'elle lui a promis
dans le moment on voit fortir de la
terre un vaſe rempli de richeffes immenfes
: Arlequin ne refifte plus , & dit qu'il
ne fera pas la premiere beauté que les richeffes
auront féduite. Je ne vous Promets
point de tréfors ; dit la Sylphide à Erafte ',
mais les douceurs que je vous promets vaudront
bien les préfens de la Gnomide : venez,
Erafte , je vais dans un inftant vous tranf
porter dans le Palais dont vous devez être
le Maître. La Gnomide s'abîme avec Arlequin
. Le Théatre change , & repréſente
le Palais de la Sylphide , il paroît placé
dans les airs. Cette décoration qui eft du
S' Le Maire , connu par d'autres Ouvrages
de cette efpece , eft une des plus bril
lantes qui ait encore parû , & fait un effet
merveilleux. Ce Palais eft rempli de Sylphes
& de Sylphides qui forment un Divertiffement
tres gracieux. La Dle Silvia
& le S Romagnefy danfent une Entrée
qui a été trés goûtée , de même que la
Die Thomaffin dans celle qu'elle danfe.
La Mufique , qui a été trés applaudie , eft
de M. Mouret , & la compofition du Bálet
qu'on a trouvé brillant , eft de M. Mar
cel.
VAUDEVILLE.
Dans une heureufe
intelligence ,
Nous goutons le fort le plus doux
L'envie & la médifance
Ne réfident point chez nous :
Mortels , quelle difference è
Vivez-vous ainfi parmi nous ?
Exemts de toute défiance ;
Rien n'inquiete nos Epoux ;
Certains de notre conftance
Ils ne font jamais jaloux :
Mortels , quelle difference & c.
Les faveurs que l'Amour difpenfe
Ne fe revelent point chez nous ;
Plus on garde le filence ,
Et plus les plaifirs font doux :
François , quelle difference &c.
Nous joüiffons de l'innocence
Tant que nous fommes fans Epoux ,
Sans marquer d'impatience
De former un noeud fi doux :
Filles , quelle difference &c ,
Bien
SEPTEMBRE. 1730. 2053
-Bien loin d'encenfer l'opulence ,
Ici nous nous eftimons tous ;
L'égalité nous difpenfe
D'un foin indigne de nous :
Flateurs , quelle difference &c.
Un pauvre Auteur dont l'efperance
Eft de vous attirer chez nous ,
Eft plus trifte qu'on ne penſe
Quand fa Piéce a du deffous :
Pour lui quelle difference ,
Lorſque vous applaudiffez tous !
Fermer
Résumé : LA FOIRE DES POETES. / L'ISLE DU DIVORCE. / LA SYLPHIDE. / VAUDEVILLE.
Le 11 septembre 1730, les comédiens Dominique et Romagnésy ont présenté une pièce en trois actes intitulée 'La Foire des Poètes, l'Île du Divorce & la Sylphide'. Cette œuvre a été bien accueillie par le public. Dans le premier acte, 'La Foire des Poètes', un acteur français et Trivelin de la Comédie Italienne se rencontrent et discutent de la situation des auteurs ayant quitté Paris, laissant les théâtres sans nouveautés. Trivelin explique qu'Apollon a recueilli les enfants des Muses et leur a construit un hôtel magnifique. Ils se rendent à cet hôtel où une foire est organisée. Les poètes chantent les louanges du café, qui inspire leurs vers. Une dispute éclate sur les effets du café, et les poètes offrent leurs œuvres à l'acteur et à Trivelin. Une jeune fille demande des couplets pour se moquer de son amant timide. Trivelin trouve les comédies proposées jolies mais a besoin d'un prologue. Un professeur de poésie donne une leçon sur l'art poétique, et la Folie conduit les poètes à Paris. Dans le deuxième acte, 'L'Île du Divorce', Valère et Arlequin regrettent d'avoir quitté leurs épouses respectives, Silvia et Colombine, pour se conformer aux coutumes de l'île autorisant le divorce. Silvia et Colombine expriment leur chagrin. Le chef de l'île explique que pour divorcer, il faut que des étrangers consentent à former de nouveaux engagements. Un vaisseau étranger arrive avec deux femmes, dont une veuve mariée quatre fois. Valère persuade la veuve de quitter son mari, et Orphise engage M. Droguet à faire de même. Silvia reprend Valère, et Arlequin épouse Colombine. Les habitants de l'île demandent le divorce, formant un divertissement composé de danses et d'un vaudeville. Dans le troisième acte, 'La Sylphide', le théâtre représente l'appartement d'Éraste. Une sylphide et une gnomide y entrent, chacune apportant une corbeille. Elles découvrent qu'elles aiment respectivement Éraste et Arlequin. La sylphide raconte qu'elles ont décidé de se rendre visibles et se sont promenées aux Tuileries. Éraste, après avoir vu une femme aux Tuileries, en tombe amoureux. Des créanciers et un procureur arrivent, exigeant des paiements. La sylphide et la gnomide interviennent en donnant de l'argent aux créanciers et en faisant disparaître le procureur. La sylphide se révèle à Éraste et lui avoue son amour. La gnomide avoue son amour à Arlequin et lui promet des trésors. La sylphide emmène Éraste dans son palais aérien, où un ballet et une musique sont présentés, soulignant les différences entre les mortels et les êtres surnaturels en termes de confiance et de bonheur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1476
p. 2053
« Les Comédiens François ont été des premiers à marquer leur zele & leur joye à [...] »
Début :
Les Comédiens François ont été des premiers à marquer leur zele & leur joye à [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Naissance du duc d'Anjou
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont été des premiers à marquer leur zele & leur joye à [...] »
Les Comédiens François ont été des pre
miers à marquer leur zele & leur joye à
T'occafion de la Naiffance du Duc d'An
jou , par des feux , des Illuminations &
par la Repréſentation gratis de la Comé
die du Feftin de Pierre.
Ils ont remis au Théatre depuis peu la
Comédie de la Fille Capitaine , qui eft
fort bien repréſentée.
Le 23. de ce mois , ils remirent la Tra
gédie de Bajazet , dans laquelle la femme
du S Le Grand , Comédien du Roi ,
qui n'étoit jamais montée fur le Théatre,
joia le Rôle de Roxane , & fut fort applaudie.
miers à marquer leur zele & leur joye à
T'occafion de la Naiffance du Duc d'An
jou , par des feux , des Illuminations &
par la Repréſentation gratis de la Comé
die du Feftin de Pierre.
Ils ont remis au Théatre depuis peu la
Comédie de la Fille Capitaine , qui eft
fort bien repréſentée.
Le 23. de ce mois , ils remirent la Tra
gédie de Bajazet , dans laquelle la femme
du S Le Grand , Comédien du Roi ,
qui n'étoit jamais montée fur le Théatre,
joia le Rôle de Roxane , & fut fort applaudie.
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Résumé : « Les Comédiens François ont été des premiers à marquer leur zele & leur joye à [...] »
Les Comédiens François ont célébré la naissance du Duc d'Anjou avec des feux, des illuminations et des représentations gratuites, dont Le Festin de Pierre. Ils ont joué La Fille Capitaine et Bajazet, où l'épouse du comédien du Roi, le Sieur Le Grand, a interprété Roxane pour la première fois, recevant des applaudissements chaleureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1477
p. 2075
HOLLANDE, PAYS-BAS.
Début :
On écrit de la Haye qu'on y avoit appris de Campen, qu'une femme âgée de 103. [...]
Mots clefs :
Petite vérole
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HOLLANDE, PAYS-BAS.
HOLLANDE , PAYS - BAS .
ONécritde la Haye qu'on y avoit appris
de Campen , qu'une femme âgée de 103 .
ans qui avoit toujours joui d'une bonne fanté ,
étoit attaquée de la petite Verole qu'elle n'avoir
jamais eu , & dont on efperoit qu'elle fe réta¬
bliroit.
ONécritde la Haye qu'on y avoit appris
de Campen , qu'une femme âgée de 103 .
ans qui avoit toujours joui d'une bonne fanté ,
étoit attaquée de la petite Verole qu'elle n'avoir
jamais eu , & dont on efperoit qu'elle fe réta¬
bliroit.
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1478
p. 2109-2110
« Le jour que la Reine accoucha du Duc d'Anjou, le Roi entendit à sa Messe [...] »
Début :
Le jour que la Reine accoucha du Duc d'Anjou, le Roi entendit à sa Messe [...]
Mots clefs :
Naissance du duc d'Anjou, Symphonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le jour que la Reine accoucha du Duc d'Anjou, le Roi entendit à sa Messe [...] »
Le jour que la Reine accoucha du
Duc d'Anjou , le Roi entendit à fa Meffe
le Te Deum de M. de Blamont , Sur- Intendant
de la Mufique de Sa Majefté ; il fut accompagné
de Timbales & Trompettes , &
l'execution en fut admirable . Le foir le
Roi eut à fon grand couvert une Symphonie
de la compofition du même Auteur ;
elle fut executée par les Muficiens de la
Chambre & de la Chapelle de S. M. le 3 .
Sep2110
MERCURE DE FRANCE
Septembre , les Vingt - quatre jouerent la
mênte Symphonie pendant le dîné du
Roi , & S. M. en parut fatisfaite.
Duc d'Anjou , le Roi entendit à fa Meffe
le Te Deum de M. de Blamont , Sur- Intendant
de la Mufique de Sa Majefté ; il fut accompagné
de Timbales & Trompettes , &
l'execution en fut admirable . Le foir le
Roi eut à fon grand couvert une Symphonie
de la compofition du même Auteur ;
elle fut executée par les Muficiens de la
Chambre & de la Chapelle de S. M. le 3 .
Sep2110
MERCURE DE FRANCE
Septembre , les Vingt - quatre jouerent la
mênte Symphonie pendant le dîné du
Roi , & S. M. en parut fatisfaite.
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Résumé : « Le jour que la Reine accoucha du Duc d'Anjou, le Roi entendit à sa Messe [...] »
Le texte décrit les célébrations de la naissance du Duc d'Anjou. Le Roi a entendu le Te Deum de M. de Blamont, Sur-Intendant de la Musique, accompagné de timbales et trompettes. Le soir suivant, une symphonie du même auteur a été jouée par les musiciens de la Chambre et de la Chapelle. En septembre, les Vingt-quatre musiciens ont interprété cette symphonie lors du dîner du Roi, qui en a été satisfait.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1479
p. 2117-2141
CINQUIÈME LÈTRE sur l'usage des Cartes pour l'essaì du rudiment pratique de la langue latine, &c.
Début :
J'aprens avec bien du plaisir, Monsieur, que vous ètes à présent un peut au faìt. [...]
Mots clefs :
Mots, Enfants, Enfant, Cartes, Méthode, Verbes, Pratique de la langue latine, Collège, Écoliers, Exercice, Langue, Dictionnaire, A, B, C Latin, Français, Ignorance, Savant, Conjugaison, Pratique, Règles, Expérience
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texteReconnaissance textuelle : CINQUIÈME LÈTRE sur l'usage des Cartes pour l'essaì du rudiment pratique de la langue latine, &c.
CINQUIE'ME LETRE sur l'usage des
Caries pour l'essai du rudiment pratique
de la langue latine , &c.
J'
'Aprens avec bien du plaisir,Monsieur,
que vous ètes à present un peu au fait
du bureau tipografique . L'auteur donera
encore bien des reflexions et des instruc-
A iij
tions
2118 MERCURE DE FRANCE
tions préliminaires sur la suite de l'atirail
literaire d'un enfant ; et le livre sur les
cinquante leçons des trois A , B , C latins
achevera de mètre cette métode dans
un plus grand jour : en atendant ce petit
ouvrage, voici quelques reflexions sur l'usage
des cartes , pour le rudiment pratique
de la langue latine. C'est l'auteur qui
parle.
La métode que j'ai donée pour montrer
les premiers élémens des lètres à un enfant
de 2 à 3 ans , peut également servir pour
lui enseigner ensuite les rudimens pratiques
de la langue latine ou de quelque
autre langue. Il faut toujours continuer
l'usage inftructif des cartes , et varier ce
jeu de tant de manieres , que l'enfant puisse
aprendre beaucoup en ne croyant que se
divertir. Ceus qui feront l'essai de ce jeu.
literaire en conoitront bientot l'utilité.
On a de la peine à s'écarter des vieilles
routes , et à s'éloigner des ancienes méto
des . On montre come l'on a été enseigné
soi-même , et l'on croit ordinaire-,
ment avoir été bien enseigné. Un sofisme
trivial d'autorité et d'imitation tient lieu
de raison : on suit aveuglément la pratique
des autres , au lieu de prendre de
tems en tems des voies diferentes. Que
risqueroit on dans cet essaì ? De perdre
tout au plus quelques anées : on auroit
cela
OCTOBRE . 1730. 2119
cela de comun avec la plupart des écoliers
enseignés selon les métodes vulgat→
res . Mais bien loin de perdre son tems
sans avoir apris ni les choses , ni la maniere
de les étudier , on sera étoné de voir
la rapidité des progrès d'un enfant exercé
suivant la métode du bureau tipografique.
On trouve bien des écoliers qui aïant
étudié des dis et douse ans sous d'habiles
maîtres , travaillé jour et nuit pour
ètre des premiers de leur classe , reçu
bien des pris et des aplaudissemens ; ne
laissent pas néanmoins ensuite de s'apercevoir
de leur ignorance et qu'ils ont mal
employé le tems pendant le long cours de
leurs classes. On doit conciure , par respect
pour les regens , qu'abusés par les métodes
ordinaires , l'abus passoit ensuite sur
leurs écoliers ; le tout de bone foi de la
part des uns , et selon le préjugé de la
part des autres. On se passione ordinairement
contre toutes les nouveles métodes ;
on les condane par provision et sans aucun
examen. Est - ce injustice , est- ce ignorance
; c'est peut-ètre quelquefois l'un et
l'autre ensemble.
Pour faire usage des cartes , on doit les
numeroter
, chifrer ou coter ,
chifrer ou coter , come étant
les feuillets
du livre de l'enfant : ce chifre
sert à ranger les cartes selon le jeu de la
A iiij
suite
2120 MERCURE DE FRANCE
suite grammaticale de l'article , des déclinaisons
, des noms , et des pronoms , et
de la conjugaison du verbe substantif
Sum ( je suis ), et des autres verbes qu'on
trouvera dans l'essal du rudiment pratique.
L'enfant aprendra donc à ranger sur
quelque table les déclinaisons et les conjugaisons
, mais il est mieus qu'il aprene
à les ranger sur le bureau tipografique.
On poura batre et mèler de tems en tems
ces petits jeus de cartes , afin que l'enfant
s'exerce à les remetre lui - mème dans
leur ordre ; ce qu'il fera aisément par le
moyen des chifres dont elles sont marquées.
Il faut qu'il lise ou recite ces cartes
à mesure qu'il les rangera ; et l'on aura
soin de lui doner en abregé les termes de
singulier, pluriel , nominat. gen. dat. ac.
voc. ablat. par les seules letres initiales :
S. P. N. G. D. A.V. Ab . metant sur une
carte en sis colones , les nombres , les cas ,
le mot latin , & c. en sorte que tout parolsse
distingué par les colones , les couleurs
, ou la diference des caracteres
Nom . Lun-a la Lune.
Gen. Lun- a de la Lune.
Dat. Lund à la Lune,&c.
Un enfant peut ensuite décliner les
cinq paradigmes des déclinaisons ou les
seules
OCTOBRE . 1730. 2121
seules terminaisons latines , tantot avec
françois , tantot sans françois , pour va
rier le jeu et se rendre plus fort sur cet
exercice ; il pratiquera la mème chose
pour le jeu des pronoms et des nombres.
Il faudra aussi imprimer ou écrire en
abregé sur des cartes les termes des tems,
des modes , des gerondifs , des supins , et
des participes ; les terminaisons actives et
passives des verbes latins et des verbes
françois , de mème que l'on a doné les
terminaisons des noms et des pronoms ;
ce qui joint à la totalité des combinai
sons des lètres , des sons , des chifres , et
des signes dont on se sert pour la ponctuation
, l'accentuation et la quantité ,
done l'abondance necessaire pour la casse
de l'imprimerie ; ainsi qu'onpoura le voir
dans la planche gravée exprès , et dans
l'article de la garniture du bureau .
>
Pour varier les jeus de cartes on poura
doner celui des déclinaisons avec les
scules terminaisons des cas , le mot latin
et le mot françois étant mis seulement
une fois come un titre , au haut de la
carte, partagée en deus colones , une moitié
pour le sing. et l'autre pour le plur.avec
l'article ou sans l'article pour les noms et
pour les pronoms. Exemple ,
A v Rofa
2122 MERCURE DE FRANCE
Rofa
Sing.
N ...
·
• a
la rose.
Plur.
arum
G.
D.
·
A.
V
&
am as ....
a
â is Ab ...
On fera la mème chose pour les tems
de l'Indicatif et du Subjonctif des verbes
, ne metant le françois qu'à la premiere
persone.
IND .
Pref.
SUB J.
S. S.
Amo , j'aime
Amem , que j'aime,
as
es
et at
P.
amus
atis
ant
P.
emus
etis
ent
Ces jeus de cartes doivent aussi ètre numerotés,
afin que l'enfant puisse les ranger
en une seule colone , les voir d'un coup
d'euil et les lire ou les reciter facilement
de suite , à mesure qu'il les rangera sur la
table du bureau , ou qu'il les parcoûra les
tenant dans sa main. Quand l'enfant saura
bien
OCTOBRE. 1730 , 2123
bien les terminaisons des noms et des
verbes , il déclinera et conjuguera tous
les mots qu'on lui donera. On ne sauroit
trop insister sur cet article , et l'on
poura pour lors se servir utilement des
tables analitiques et à crochets , faites
pour faciliter l'usage des declinaisons et
des conjugaisons , et pour orner le cabinet
d'un enfant .
Lorsqu'on voudra interoger l'écolier
sur les déclinaisons et sur les conjugaisons
, il ne faut pas suivre la métode
peu judicieuse de ces maitres qui demandent
trop tot , par exemple : Coment fait
Musa à l'acusatif plur? Quel est le genit.
plur. de Dominus ? Quelle est la troisiéme
persone du futur indicatif du verbe Amo ?
coment dit-on en latin , ils auroient aimé ?
&c. Ceux-là ne raisonent pas mieus , qui
demandent aus enfans : Combien y a -t - il
de sortes de noms ,
pronoms , de verbes ,
&c. Combien y a-t- il de terminaisons à la
troisiéme déclinaison , &c. Il est visible
que ces questions sont inutiles et hors la
portée d'un petit enfant . D'ailleurs c'est
une erreur de s'imaginer que parce qu'un
enfant aura apris par coeur et de suite un
rudiment latin françois pour la version
, il doiveensuite répondre sur le
champ à des questions détachées ; ou , ce
qui est encore plus dificile , à des quesde
A vj
tions
2124 MERCURE DE FRANCE
tions qui regardent la composition ; il
faudroit pour cet éfet qu'il ût vu et étudié
un rudiment françois- latin , et encore
seroit - il embarassé pour répondre
sur des questions détachées ou de purc
téorie: il est surprenant de voir que l'expérience
n'alt pas désabusé la plupart des
måltres.
Pour examiner un enfant et l'interoger
à propos , il faut lui faciliter la rêponse
, autrement cela le dégoute et le
dépite. On preche trop tot aus enfans la
doctrine de téorie ; on insiste mème trop
là dessus , il sufit de la debiter dansa
pratique et d'en faire sentir pour lors l'usage
et l'aplication ; l'experience demontre
la verité de cete remarque. On peut
aisément embarasser non seulement un
enfant , mais un savant , s'il est permis
d'interoger à sa fantaisie. Ce que je dis à
l'égard des noms , des pronoms , et des
verbes , n'est pas moins vraì à l'égard des
genres , des déclinaisons , des conjugalsons
, de la sintaxe , de toute la grammaire
, et mème de toutes les siénces : savoir
une regle par coeur , la chose est aisée ;
en faire l'aplication , c'est l'éfort de l'esprit
humain. Bien des savans latinistes
seroient peut être embarassés sur le champ,
si on leur demandoit , par exemple :
Quelle est la treisième lètre de l'A , B , C ;
pourquoi
OCTOBRE. 1730. 2125
pourquoi les anciens ont mis le B après l'A
dans l'ordre des lètres pourquoi les mots
dies , facies , &c. ont été apelés de la cinquième
declinaison ; pourquoi l'on a choisi
pour l'exemple de la premiere conjugaison ,
le verbe amo ( j'aime ) , plutôt que canto
(je chante) où le pronom je est sans élision;
ce que fignifient les mots gerondifs, supins .
&c. on doit donc menager un peu plus
les enfans.
Dès que l'enfant a décliné et conjugué
avec des cartes , selon le jeu du rudiment
pratique , il lui sera aisé de composer
sur la table du bureau les tèmes
qu'on lui donera mot à mot sur des cartes
, selon la métode des textes interlinaires
, le françois en noir , et le latin en
rouge , en caractere italique , et encore
mieus , en caractere de bèle écriture pour
instruire et disposer utilement l'imagination
de l'enfant , en atendant qu'il
aprene à former sur le papie. les caracteres
avec lesquels il se sera familiarisé
sur la table de son bureau . C'est pour
lors que l'enfant comencera à se servir
des terminaisons des noms , des pronoms,
et des verbes , en atendant le dictionaire
fait aussi en colombier , dans les
celules duquel on metra les mots écrits.
sur autant de cartes seulement quand
l'enfant en aura besoin ; c'est - à - dire D.
qu'il
2126 MERCURE DE FRANCE
qu'il verra croitre et augmenter son dictionaire
à mesure qu'il croitra lui- mème
en age et en sience , et à mesure qu'il
aprendra sa propre langue.
>
Quoique l'enfant ait le latin de son
tème sur une carte , il ne laisse pas de
faire un exercice qui aproche de la veritable
composition ; car s'il a , par exemple
, dans son tème oramus deum , il
trouvera le mot oro dans la logete des
verbes de la colone O , et le mot deus
à la logete des noms apellatifs de la colone
D; mais il sera obligé de chercher
et de prendre amus dans la logète des
tems où des terminaisons des verbes , etc.
ce que l'on vèra d'une manière sensible
au bas de la planche que j'ai fait graver
exprès. Les cartes des logetes étant étiquetées
, l'enfant aprend d'abord par pratique
et par sentiment le jeu des déclinaisons
, des conjugaisons , et des parties d'oraison
, et se met par là en état de passer
bientot à l'explication d'un texte aisé ,
ou de ses propres tèmes , dont le françois
et le latin sont copiés mot à mot
P'un sous l'autre , et ensuite recopiés sans
aucun françois sous le latin.
L'on peut prendre pour texte des tèmes
, l'abregé historique de la bible , l'abregé
du petit catechisme historique et
de la doctrine cretiène , en latin et en
françois
OCTOBRE . 1730. 2127
françois , l'apendix de la fable du pere
de Jouvenci , l'extrait du Pantheum du
P. Pomey . On poura aussi prendre des
tèmes dans le rudiment pratique sur les
parties d'oraison , en choisissant toujours
les mots du plus grand usage. Les Au
teurs expliqués et construits selon la métode
de M. du Marsais seront d'un grand
secours au comancement pour la lecture
pour l'explication , et pour la composition
dans les deus langues.
termes , pour
D
En suivant la métode du bureau tipografique
, un enfant se voit bientot en
état d'expliquer le latin du nouveau testament
et de l'imitation de Jesus - Christ ;
ce latin sufit pour doner l'abondance des
former l'oreille aus terminaisons
des noms , des pronoms ,, des verbes
, etc. sans que l'on doive craindre
l'impression de la mauvaise latinité sur
l'oreille d'un enfant qui n'est ocupé qu'à
retenir des mots et nulement à charger
sa mémoire d'un stile ou d'un genie auquel
il n'est pas encore sensible ; car je
parle d'un enfant de quatre à cinq ans ,
et quand il en auroit davantage , le nouveau
testament et l'imitation de Jesus-
Christ ne sont pas indignes de ce petit
sacrifice , malgré la fausse délicatesse de
certains, latinistes qui en fesant parade de
leur esprit , manquent souvent de jugement.
On
2128 MERCURE DE FRANCE
On trouvera dans peu l'enfant assés
fort pour lui faire entreprendre la lecture
et la version des fables de Phèdre
dont le texte est numeroté pour la construction
des parties d'oraison ; ou bien
pour lui faire expliquer les textes interlineaires
et construits selon le métode de
M. du Marsais ; l'experience de cet exercice
sur un enfant de cinq à sis ans qui
voyoit Phèdre pour la segonde fois , m'oblige
d'en conseiller l'essai et la pratique
aus maitres non prévenus. Quand je dis
néanmoins que cète métode est simple et
aisée , cela doit s'entendre des principes
dont elle fait usage : la composition et la
multiplicité des outils literaires divertit
et instruit l'enfant ; la peine ne regarde
le maitre et l'ouvrier de tout l'atirail
que l'on done à l'écolier : il n'y est lui
que pour le plaisir varié et instructif de
passer agréablement d'un objet à un autre
en changeant de cartes , de jeu , et de sujet;
ce qui est d'un mérite conu du seuł
artisan et des seuls témoins capables de
juger de l'ouvrage et des progrès . Un
livre alarme un enfant , au lieu que par le
jeu des cartes il ne voit que les pages des
leçons courantes , il forme son livre luimème
, ce qui augmente sa curiosité
bien loin de le dégoûter.
que
Beaucoup de maitres blament cependant
OCTOBRE . 1730. 2129
›
dant l'usage des textes interlinéaires ou
des textes construits et numerotés , et
pretendent que l'esprit des enfans aïant
moins à faire , cela les retarde de beaucoup
: les persones rigides qui veulent
laisser toutes les dificultés aus enfans,bien
loin de leur en épargner ou diminuer
quelqu'une , ne craignent èles pas de les
trop fatiguer, et de les rebuter ? le fruit des
colèges et du grand nombre en
peut décider
; il est plus aisé de blamer l'usage
de certaines métodes , que d'en inventer
de meilleures . On peut voir là dessus ce
qu'en a écrit M. du Marsais dans l'exposition
de sa métode raifonée , et faire en
mème tems réflexion que les métodes interlineaires
ont toujours été utilement
pratiquées , non seulement pour des en-
Fans , mais pour des homes , quand on a
voulu abreger la peine à ceux qui étudient
quelque langue morte ou vivante .
Nous avons l'ancien testament avec l'interpretation
en latin mot à mot sous l'ebreu
; nous avons de mème le nouveau
testament grec & latin , une langue sous
l'autre mot à mot : j'ai vu une gramatre
imprimée à Lisbone en 1535 dans laquèle
le latin et le portugais , et ensuite l'espagnol
et le portugais , sont une langue
sous l'autre. On a autrefois imprimé à
Strasbourg le parlement nouveau ou centurie
2130 MERCURE DE FRANCE
rie interlinéaire de DANIEL MARTIN LINGUISTE
, dans lequel livre on trouve l'aleman
pur dans une colone et le pur
françois dans l'autre , avec le mot aleman
sous chaque mot françois , et c'est peut
ètre ainsi qu'on devroit le pratiquer ou
l'essayer quelquefois pour la langue latine
, en métant le mot françols du dictionaire
sous chaque mot du pur texte
latin , ce qui au comancement épargneroit
à l'enfant le tems qu'il perd à chercher
les mots dans un dictionaire : exem
ple :
Numquam est fidelis cum potente focietas.
Jamais ètre fidele avec puissant societé.
Si des Téologiens ont cru tirer quel
que utilité de la glose ordinaire de la
bible de Nicolas de Lira , et de l'interprétation
interlinéaire d'Arias Montanus,
pourquoi les enfans doivent ils ètre privés
des livres classiques à glose interlinéaire
s'il est permis de condaner un
usage parcequ'il ne produit pas toujours
le bon éfet dont on s'étoit flaté , il y en
aura bien peu à l'abri de cète critique :
les écoles publiques ne produisent pas
des éfets proportionés au cours des anées
d'étude. S'agit il de nouvele métode , on
deOCTOBRE.
1730. 2131
demande à voir des exemples dans une
pratique continuée : nous en voyons tous
les jours de ces exemples dans les écoles
et dans les coleges ; le grand nombre des
écoliers. ne profite pas ; on auroit tort
cependant d'en conclure l'inferiorité des
éducations publiques ou la superiorité
des éducations particulieres. Il faut com
parer, raisoner, et examiner avant que de
prononcer pour ou contre une métode
qui regarde le coeur et l'esprit.
On poura voir les ouvrages de M. du
Marsals sur les articles 52 & 53 des mémoires
de Trévoux du mois de mai 1723
au sujet de l'interprétation interliné re
page 35. Nous avons aussi , dit ce filosofe
gramairien , quelques interprétations inter
linéaires du latin avec le françois , entr'autres
cèle de M. Waflard , fous le titre de
Premiers fondemens de biblioteque royale
à Paris chés Boulanger , dans les premieres
anées de la minorité de LourS
XIV. mais ces traductions sont fort mal exe•
cutées dans un petit in 12 ° , où les mots sont
fort prèssés , et où le françois qui n'eft qưéquivalant
ne fe trouve jamais juste sous le
latin. Il en est de mème de la version interlinéaire
des fables de Fédre , imprimée en
1654 , chés Benard , libraire du colege des
RR. P P. Jesuites &c.
›
C'est aux maitres au reste à voir
quand
2132 MERCURE DE FRANCE
quand il faudra oter à un enfant les gloses
interlinéaires : le plu-tot ne sera que
le mieus , si l'écolier peut s'en passer. La
pratique et l'experience guideront plus
surement que les vains raisonemens sur
cet exercice. Lorsque l'enfant faura expliquer
un texte construit ou numeroté
pour la construction , il faut quelques
jours après lui redoner le mème texte
qui ne soit ni construit ni numeroté : c'est
le moyen de juger des progrès de l'enfint,
et de l'utilité des textes interlinéaires ,
ou de la glose proposée et pratiquée pour
les premiers livres classiques que l'on fait
voir à un enfant ; la glose paroit plus necessaire
dans une classe de cent écoliers
pour un seul regent que dans une chambre
où l'enfant a un maitre pour lui seul .
C'est pourtant le regent à la tète de cent
écoliers qui afecte de mépriser le secours
de la glose interlinéaire , pendant qu'un
precepteur s'en acomode chargé d'un
seul enfant ; est - ce sience ou vanité dans
l'un , et paresse ou ignorance dans l'autre ?
La repugnance et le dégout que font
paroitre la plupart des enfans dans l'étude
du latin , du grec, et des langues mor
tes , prouvent en même tems qu'il y a
dans cet exercice literaire ou dans les métodes
vulgaires quelque chose d'étrange
et de contraire au naturel des enfans ; la
graOCTOBRE
. 1730. 2133
gramaire des écoles et leur maniere d'enseigner
la langue latine ont quelque chose
de rebutant et de peu convenable à
l'age et à la portée des enfans ; les rudimens
vulgaires sont ordinairement trop
abstraits ; il faut du sensible , et c'est ce
qu'on pouroit faire dans un rudiment
pratique j'en done l'essai en atendant
qu'un gramairien filosofe et métodiste
veuille bien y travailler lui mème , pendant
que d'autres latinistes s'amuseront
à augmenter le nombre des pieces d'éloquence
qui expirent en naissant , come
celes de téatre qu'on ne represente qu'une
fois.
n'en
On reprend mile et mile fois un enfant
sur la mème regle avant que de le
metre en état de ne plus faire le mème
solecisme : d'où vient cela ? est - ce faute
de mémoire ? les enfans , dit on ,
manquent pas ; ils aprènent facilement
par coeur des centaines de vers et de régles
; il faut donc conclure qu'aprendre
par coeur une régle , ou la metre en pratique
, sont deus choses très diferentes ;
l'une ne dépend que de la mémoire , et
l'autre dépend de l'aplication et de la sagacité
d'un home fait : je l'ai dit bien des
fois ; on peut savoir les régles d'aritmé
tique , d'algebre , 'de géometrie , de logique
etc. et ètre très ignorant dans la pratique
2134 MERCURE DE FRANCE
tique de ces mèmes régles : pourquoi
donc demander tant de sience pratique
dans un enfant qui n'a encore perdu que
sis mois ou un an à aprendre par coeur
quelques régles de gramaìre latine ? n'est
ce pas ignorance ou injustice d'atendre
et d'exiger d'un enfant l'éfort de genie
dont nous somes souvent incapables nous
mèmes.
A l'exemple des prédicateurs , je redis
souvent les mèmes choses , et je risque
come eus de ne persuader que peu de
persones. J'ignore le sort et le succès de
cet ouvrage ,
il me sufit le
pour present
de voir que mon déssein est louable et
utile , et de souhaiter , si cela est vrai ,
que le public en pense de mème. Il semble
que peu à peu je m'éloigne de mon sujet ,
quoique je ne perde jamais de vue la meilleure
route à suivre pour avancer les enfans
dans les exercices literaires . Je reviens
donc aus jeus de cartes : on peut
en doner pour les déclinaisons des noms
grecs , come pour cèles des noms latins ;
on peut doner sur des cartes la liste des
mots latins que l'enfant sait , et y metre
le grec au lieu du françois. Dans la suite
on poura y metre le mot ebreu il ne
s'agit d'abord que de lire ; mais à force
de lecture , l'enfant aprend les termes en
l'une & en l'autre langue , come il aprend
sa
OCTOBRE. 1730. 213.5
sa langue maternele à force d'actes réiterés
, et c'est à quoi les maîtres ne font
pas assés d'atention . On poura aussi metre
sur la longueur des cartes , et en trois
colones , le positif , le comparatif, et le
superlatif de quelques adjectifs réguliers,
et ensuite des réguliers de plusieurs
langues , et toujours simplement pour li
re et pour composer sur le bureau tipografique
, afin que l'enfant comance de
bone heure à voir et à sentir un peu le
raport , le genie , et l'esprit diferent des
langues sur chaque partie d'oraison .
Quand on voudra tenir dans une mème
logete du dictionaire des mots latins , des
mots françois , des mots grecs , et des
mots ebreus on poura , come il a été
dit , séparer les especes diferentes avec de
doubles , de triples cartes , ou de petits
cartons afın l'enfant
que puisse tenir en
ordre et trouver plus facilement toutes les
cartes dont il aura besoin , ainsi qu'on l'a
pratiqué pour séparer les cartes des letres
noires et des letres rouges lorsqu'on a été
obligé de les tenir dans le même trou ,
et que l'on a voulu multiplier la casse de
l'imprimerie pour l'usage du françois
du latin , du grec , de l'ebreu , de l'arabe
etc.
>
>
Quoique l'enfant soit en état d'expliquer
un livre , et de faire la plume à la
main
2136 MERCURE
DE FRANCE
main , un petit tème de composition en
latin , il ne doit pas pour
cela renoncer
à l'exercice du bureau tipografique ; il
poura y travailler seul pendant l'absence
du maître , et suivre pour le grec et l'ebreu
la métode pratiquée pour le latin :
c'est le moyen le plus facile pour faire
entretenir la lecture et l'étude de ces
quatre langues, et pour s'assurerdel'ocupation
d'un enfant , bien loin de l'abandoner
à lui mème et à l'oisiveté trop tolerée
dans enfance ; cète oisiveté produit
la fainéantise et le dégout , pour ne
pas dire l'aversion invincible que
que font
roitre pour l'étude la plupart des enfans
livrés à des domestiques. Tel parle ensuite
de punir les enfans, qui est plus coupable
qu'eus , faute de s'y être pris de bone
heure et d'une maniere plus judicieuse.
Quand on veut redresser un arbre , ou
dresser un animal , on , on profite de leurs
premieres anées : pourquoi ne fait on pas
de mème à l'égard des enfans ? à quoi
veut on les ocuper depuis deus jusqu'à
sis & sèt ans ? c'est là le premier , le vrai,
et souvent l'unique tems qui promete ,
qui produise , et qui assure les succès et le
fruit de l'éducation tant desirée par les
parens.
pa-
Tout le monde convient assés que les
études de colege se réduiroie ntàpeu de
chose
OCTOBRE. 1730. 2137
:
chose si l'on n'avoit ensuite l'art ou la
maniere d'étudier seul avec le secours des
livres et la conversation des savans , il est
donc très important de doner de bone
heure à la jeunesse cet art d'étudier seul,
et enfin ce gout pour les livres et pour
les savans , gout que peu d'écoliers ont
au sortir des classes : ils n'aspirent la plupart
qu'à ètre delivrés de l'esclavage , et
à sortir de leur prétendue galère d'où
peut donc naitre une si grande aversion ?
ce ne sauroit ètre le fruit d'une noble
émulation : mais d'où vient d'un autre
coté que les études domestiques et particulieres
ne produisent pas , ce semble
dans les enfans le dégout que produisent
l'esprit et la métode des coleges ? bien des
enfans au sortir des classes vendent ou
donent leurs livres come des meubles inu-.
tiles et des objets odieus ; ceus qui étudient
dans la maison paternele raisonent
un peu plus sensément , et ne regardent
ordinairement come un martire leurs
exercices literaires ; ils conoissent un peu
plus le monde dans lequel ils vivents au
lieu les enfans des coleges regardent
que
souvent come un suplice d'ètre obligés
de vivre ensemble sequestrés loin du monde
; ils n'ont de bon tems selon eus que
celui du refectoir , de la recréation et de
l'eglise ; ils trouvent mauvais qu'on les
pas
B aille
2138 MERCURE DE FRANCE
aille voir pendant leur recréation ; ils
aiment mieus qu'on les demande pendant
qu'ils sont en classe , afin d'en abreger le
tems ; un enfant qui travaille au bureau
tipografique est animé de tout autre esprit
quèle est donc la cause de cète
grande diference ? la voici :
Si avant que d'envoyer un enfant aus
écoles et en classe , sous pretexte de jeunesse
, de vivacité et de santé , on lui a
laissé aprendre pendant bien des anées le
métier de fainéant , de vaurien et de petit
libertin , il n'est pas extraordinaire de
trouver qu'ensuite il ne veuille pas quiter
ses habitudes , ni changer ses amusemens
frivoles pour d'autres exercices plus
penibles ou moins agréables . On met souvent
et avec injustice sur le conte des coleges
la faute des parens qui n'envoient
leurs enfans en cinquième ou en quatrième
qu'à l'age de 13 à 14 ans , age où ils
se dégoutent facilement des études , et où
ils sentent la honte de se voir au milieu
de bien des écoliers plus petits , plus
jeunes et plus avancés qu'eus. Chacun sait
que quand on veut élever des animaus
ou redresser des plantes , il faut s'y prendre
de bone heure : ignore t'on que c'est
aussi la vraie et la seule manière de réussir
dans l'éducation des enfans le jeu du
bureau tipografique done cète manière
dans
?
OCTOBRE. 1730. 2139
› dans toute son étendue ; il amuse il
instruit les enfans , et les met en état de
faire plu-tot leur entrée honorable au pays
latin , et d'y gouter avec plus de fruit et
moins d'ennui les bones instructions des
habiles maîtres ; enfin le bureau est le
chemin qui conduit à la porte des écoles
publiques , et le bureau formera toujours
de bons sujets capables de faire honeur
aus parens , aus regens , aus coleges et à
l'état. Je n'entre point ici dans la question
indecise sur la préference des éducations
publiques ou particulieres ; on peut
lire là dessus les principaus auteurs qui en
ont parlé depuis Quintilien jusqu'à M.
Rollin et à M. l'abé de S. Pière. Mais
on ne sauroit disconvenir de la necessité
et de l'utilité des écoles publiques ; il
semble mème qu'en general les enfans
destinés à l'eglise ou à la robe devroient
tous passer par les coleges : à l'égard des
gens d'épée ou des enfans destinés à la
guère , il me semble que pour les bien
élever on pouroit s'y prendre d'une autre
manière , et en atendant l'établissement
de quelque colege politique et militaire
, la pratique du bureau me paroit
la meilleure à suivre ; elle abregera bien
du tems à la jeune noblesse , et lui permetra
l'étude de beaucoup de choses inutiles
à un prètre , à un avocat et à un me
Bij decia
2140 MERCURE DE FRANCE
decin , mais qu'il est honteus à un guerier
d'ignorer ; c'est pourquoi je me flate
que la métode du bureau tipografique
sera tot ou tard aprouvée non seulement
des gens du monde , mais encore des plus
savans professeurs de l'université , suposé
qu'ils veuillent bien prendre la peine
d'en aler voir l'usage et l'exercice dans
un de leurs fameus coleges . Si après cela ,
quelque persone desaprouve le ton de
confiance que l'amour du bien public et
de la verité me permet de prendre , j'avoûrai
ingénûment ma faute devant nos
maitres qui enseignant les letres font aussi
profession de cète mème verité ; et je
soumets dès à present avec une déference
respectueuse mes idées et mes raisonemens
à leur examen et à leur décision.
Pour revenir à la métode du bureau
je dis donc qu'èle est propre à doner du
gout pour l'étude , à metre bientot un
enfant en état de travailler seul avec les
livres , avantage si considerable qu'il n'en
faudroit pas d'autres pour lui doner la superiorité
sur toutes les métodes vulgaires.
On comence de bone heure à lui montrer
les letres , les sons , l'art d'épeler
de lire et de composer sur le bureau ; on
lit avec lui , on s'assure peu à peu de
l'intelligence de l'enfant , on l'instruit ,
on l'interoge à propos , on lui ' faît un
jeu
OCTOBRE . 1730. 214: 1
jeu et un vrai badinage de toutes les
questions , on lui enseigne la maniere de
fe fervir des livres françois , et sur tout
des tables des livres qui servent d'introduction
à l'histoire , à la géografie , à la
cronologie , au blason , et enfin aus siences
et aus arts dont il faut avoir quelque
conoissance , come des livres d'élemens
de principes , d'essais , de métodes , d'instituts
, afin de pouvoir passer ensuite aus
meilleurs traités des meilleurs auteurs
sur chaque matière , mais principalement
sur la profession qu'un enfant doit embrasser
, et à laquelle on le destine . Les
savans se fesant toujours un plaisir de
faire part de leurs lumières à ceus qui
les consultent , on ne doit jamais perdre
l'ocasion favorable de les voir et de les
entendre. Quand les parens au reste en
ont les moyens , ils ne doivent jamais
épargner ce qu'il en coute pour choisir
et se procurer les meilleurs maîtres , er
tous les secours possibles dans quelque
vile que l'on se trouve , cela influe dans
toute la vie qui doit être une étude continuèle
, si l'on veut s'aquiter de son devoir
, de quelque condition que l'on soit,
et quelque profession que l'on ait embrassée.
Je fuis etc.
Caries pour l'essai du rudiment pratique
de la langue latine , &c.
J'
'Aprens avec bien du plaisir,Monsieur,
que vous ètes à present un peu au fait
du bureau tipografique . L'auteur donera
encore bien des reflexions et des instruc-
A iij
tions
2118 MERCURE DE FRANCE
tions préliminaires sur la suite de l'atirail
literaire d'un enfant ; et le livre sur les
cinquante leçons des trois A , B , C latins
achevera de mètre cette métode dans
un plus grand jour : en atendant ce petit
ouvrage, voici quelques reflexions sur l'usage
des cartes , pour le rudiment pratique
de la langue latine. C'est l'auteur qui
parle.
La métode que j'ai donée pour montrer
les premiers élémens des lètres à un enfant
de 2 à 3 ans , peut également servir pour
lui enseigner ensuite les rudimens pratiques
de la langue latine ou de quelque
autre langue. Il faut toujours continuer
l'usage inftructif des cartes , et varier ce
jeu de tant de manieres , que l'enfant puisse
aprendre beaucoup en ne croyant que se
divertir. Ceus qui feront l'essai de ce jeu.
literaire en conoitront bientot l'utilité.
On a de la peine à s'écarter des vieilles
routes , et à s'éloigner des ancienes méto
des . On montre come l'on a été enseigné
soi-même , et l'on croit ordinaire-,
ment avoir été bien enseigné. Un sofisme
trivial d'autorité et d'imitation tient lieu
de raison : on suit aveuglément la pratique
des autres , au lieu de prendre de
tems en tems des voies diferentes. Que
risqueroit on dans cet essaì ? De perdre
tout au plus quelques anées : on auroit
cela
OCTOBRE . 1730. 2119
cela de comun avec la plupart des écoliers
enseignés selon les métodes vulgat→
res . Mais bien loin de perdre son tems
sans avoir apris ni les choses , ni la maniere
de les étudier , on sera étoné de voir
la rapidité des progrès d'un enfant exercé
suivant la métode du bureau tipografique.
On trouve bien des écoliers qui aïant
étudié des dis et douse ans sous d'habiles
maîtres , travaillé jour et nuit pour
ètre des premiers de leur classe , reçu
bien des pris et des aplaudissemens ; ne
laissent pas néanmoins ensuite de s'apercevoir
de leur ignorance et qu'ils ont mal
employé le tems pendant le long cours de
leurs classes. On doit conciure , par respect
pour les regens , qu'abusés par les métodes
ordinaires , l'abus passoit ensuite sur
leurs écoliers ; le tout de bone foi de la
part des uns , et selon le préjugé de la
part des autres. On se passione ordinairement
contre toutes les nouveles métodes ;
on les condane par provision et sans aucun
examen. Est - ce injustice , est- ce ignorance
; c'est peut-ètre quelquefois l'un et
l'autre ensemble.
Pour faire usage des cartes , on doit les
numeroter
, chifrer ou coter ,
chifrer ou coter , come étant
les feuillets
du livre de l'enfant : ce chifre
sert à ranger les cartes selon le jeu de la
A iiij
suite
2120 MERCURE DE FRANCE
suite grammaticale de l'article , des déclinaisons
, des noms , et des pronoms , et
de la conjugaison du verbe substantif
Sum ( je suis ), et des autres verbes qu'on
trouvera dans l'essal du rudiment pratique.
L'enfant aprendra donc à ranger sur
quelque table les déclinaisons et les conjugaisons
, mais il est mieus qu'il aprene
à les ranger sur le bureau tipografique.
On poura batre et mèler de tems en tems
ces petits jeus de cartes , afin que l'enfant
s'exerce à les remetre lui - mème dans
leur ordre ; ce qu'il fera aisément par le
moyen des chifres dont elles sont marquées.
Il faut qu'il lise ou recite ces cartes
à mesure qu'il les rangera ; et l'on aura
soin de lui doner en abregé les termes de
singulier, pluriel , nominat. gen. dat. ac.
voc. ablat. par les seules letres initiales :
S. P. N. G. D. A.V. Ab . metant sur une
carte en sis colones , les nombres , les cas ,
le mot latin , & c. en sorte que tout parolsse
distingué par les colones , les couleurs
, ou la diference des caracteres
Nom . Lun-a la Lune.
Gen. Lun- a de la Lune.
Dat. Lund à la Lune,&c.
Un enfant peut ensuite décliner les
cinq paradigmes des déclinaisons ou les
seules
OCTOBRE . 1730. 2121
seules terminaisons latines , tantot avec
françois , tantot sans françois , pour va
rier le jeu et se rendre plus fort sur cet
exercice ; il pratiquera la mème chose
pour le jeu des pronoms et des nombres.
Il faudra aussi imprimer ou écrire en
abregé sur des cartes les termes des tems,
des modes , des gerondifs , des supins , et
des participes ; les terminaisons actives et
passives des verbes latins et des verbes
françois , de mème que l'on a doné les
terminaisons des noms et des pronoms ;
ce qui joint à la totalité des combinai
sons des lètres , des sons , des chifres , et
des signes dont on se sert pour la ponctuation
, l'accentuation et la quantité ,
done l'abondance necessaire pour la casse
de l'imprimerie ; ainsi qu'onpoura le voir
dans la planche gravée exprès , et dans
l'article de la garniture du bureau .
>
Pour varier les jeus de cartes on poura
doner celui des déclinaisons avec les
scules terminaisons des cas , le mot latin
et le mot françois étant mis seulement
une fois come un titre , au haut de la
carte, partagée en deus colones , une moitié
pour le sing. et l'autre pour le plur.avec
l'article ou sans l'article pour les noms et
pour les pronoms. Exemple ,
A v Rofa
2122 MERCURE DE FRANCE
Rofa
Sing.
N ...
·
• a
la rose.
Plur.
arum
G.
D.
·
A.
V
&
am as ....
a
â is Ab ...
On fera la mème chose pour les tems
de l'Indicatif et du Subjonctif des verbes
, ne metant le françois qu'à la premiere
persone.
IND .
Pref.
SUB J.
S. S.
Amo , j'aime
Amem , que j'aime,
as
es
et at
P.
amus
atis
ant
P.
emus
etis
ent
Ces jeus de cartes doivent aussi ètre numerotés,
afin que l'enfant puisse les ranger
en une seule colone , les voir d'un coup
d'euil et les lire ou les reciter facilement
de suite , à mesure qu'il les rangera sur la
table du bureau , ou qu'il les parcoûra les
tenant dans sa main. Quand l'enfant saura
bien
OCTOBRE. 1730 , 2123
bien les terminaisons des noms et des
verbes , il déclinera et conjuguera tous
les mots qu'on lui donera. On ne sauroit
trop insister sur cet article , et l'on
poura pour lors se servir utilement des
tables analitiques et à crochets , faites
pour faciliter l'usage des declinaisons et
des conjugaisons , et pour orner le cabinet
d'un enfant .
Lorsqu'on voudra interoger l'écolier
sur les déclinaisons et sur les conjugaisons
, il ne faut pas suivre la métode
peu judicieuse de ces maitres qui demandent
trop tot , par exemple : Coment fait
Musa à l'acusatif plur? Quel est le genit.
plur. de Dominus ? Quelle est la troisiéme
persone du futur indicatif du verbe Amo ?
coment dit-on en latin , ils auroient aimé ?
&c. Ceux-là ne raisonent pas mieus , qui
demandent aus enfans : Combien y a -t - il
de sortes de noms ,
pronoms , de verbes ,
&c. Combien y a-t- il de terminaisons à la
troisiéme déclinaison , &c. Il est visible
que ces questions sont inutiles et hors la
portée d'un petit enfant . D'ailleurs c'est
une erreur de s'imaginer que parce qu'un
enfant aura apris par coeur et de suite un
rudiment latin françois pour la version
, il doiveensuite répondre sur le
champ à des questions détachées ; ou , ce
qui est encore plus dificile , à des quesde
A vj
tions
2124 MERCURE DE FRANCE
tions qui regardent la composition ; il
faudroit pour cet éfet qu'il ût vu et étudié
un rudiment françois- latin , et encore
seroit - il embarassé pour répondre
sur des questions détachées ou de purc
téorie: il est surprenant de voir que l'expérience
n'alt pas désabusé la plupart des
måltres.
Pour examiner un enfant et l'interoger
à propos , il faut lui faciliter la rêponse
, autrement cela le dégoute et le
dépite. On preche trop tot aus enfans la
doctrine de téorie ; on insiste mème trop
là dessus , il sufit de la debiter dansa
pratique et d'en faire sentir pour lors l'usage
et l'aplication ; l'experience demontre
la verité de cete remarque. On peut
aisément embarasser non seulement un
enfant , mais un savant , s'il est permis
d'interoger à sa fantaisie. Ce que je dis à
l'égard des noms , des pronoms , et des
verbes , n'est pas moins vraì à l'égard des
genres , des déclinaisons , des conjugalsons
, de la sintaxe , de toute la grammaire
, et mème de toutes les siénces : savoir
une regle par coeur , la chose est aisée ;
en faire l'aplication , c'est l'éfort de l'esprit
humain. Bien des savans latinistes
seroient peut être embarassés sur le champ,
si on leur demandoit , par exemple :
Quelle est la treisième lètre de l'A , B , C ;
pourquoi
OCTOBRE. 1730. 2125
pourquoi les anciens ont mis le B après l'A
dans l'ordre des lètres pourquoi les mots
dies , facies , &c. ont été apelés de la cinquième
declinaison ; pourquoi l'on a choisi
pour l'exemple de la premiere conjugaison ,
le verbe amo ( j'aime ) , plutôt que canto
(je chante) où le pronom je est sans élision;
ce que fignifient les mots gerondifs, supins .
&c. on doit donc menager un peu plus
les enfans.
Dès que l'enfant a décliné et conjugué
avec des cartes , selon le jeu du rudiment
pratique , il lui sera aisé de composer
sur la table du bureau les tèmes
qu'on lui donera mot à mot sur des cartes
, selon la métode des textes interlinaires
, le françois en noir , et le latin en
rouge , en caractere italique , et encore
mieus , en caractere de bèle écriture pour
instruire et disposer utilement l'imagination
de l'enfant , en atendant qu'il
aprene à former sur le papie. les caracteres
avec lesquels il se sera familiarisé
sur la table de son bureau . C'est pour
lors que l'enfant comencera à se servir
des terminaisons des noms , des pronoms,
et des verbes , en atendant le dictionaire
fait aussi en colombier , dans les
celules duquel on metra les mots écrits.
sur autant de cartes seulement quand
l'enfant en aura besoin ; c'est - à - dire D.
qu'il
2126 MERCURE DE FRANCE
qu'il verra croitre et augmenter son dictionaire
à mesure qu'il croitra lui- mème
en age et en sience , et à mesure qu'il
aprendra sa propre langue.
>
Quoique l'enfant ait le latin de son
tème sur une carte , il ne laisse pas de
faire un exercice qui aproche de la veritable
composition ; car s'il a , par exemple
, dans son tème oramus deum , il
trouvera le mot oro dans la logete des
verbes de la colone O , et le mot deus
à la logete des noms apellatifs de la colone
D; mais il sera obligé de chercher
et de prendre amus dans la logète des
tems où des terminaisons des verbes , etc.
ce que l'on vèra d'une manière sensible
au bas de la planche que j'ai fait graver
exprès. Les cartes des logetes étant étiquetées
, l'enfant aprend d'abord par pratique
et par sentiment le jeu des déclinaisons
, des conjugaisons , et des parties d'oraison
, et se met par là en état de passer
bientot à l'explication d'un texte aisé ,
ou de ses propres tèmes , dont le françois
et le latin sont copiés mot à mot
P'un sous l'autre , et ensuite recopiés sans
aucun françois sous le latin.
L'on peut prendre pour texte des tèmes
, l'abregé historique de la bible , l'abregé
du petit catechisme historique et
de la doctrine cretiène , en latin et en
françois
OCTOBRE . 1730. 2127
françois , l'apendix de la fable du pere
de Jouvenci , l'extrait du Pantheum du
P. Pomey . On poura aussi prendre des
tèmes dans le rudiment pratique sur les
parties d'oraison , en choisissant toujours
les mots du plus grand usage. Les Au
teurs expliqués et construits selon la métode
de M. du Marsais seront d'un grand
secours au comancement pour la lecture
pour l'explication , et pour la composition
dans les deus langues.
termes , pour
D
En suivant la métode du bureau tipografique
, un enfant se voit bientot en
état d'expliquer le latin du nouveau testament
et de l'imitation de Jesus - Christ ;
ce latin sufit pour doner l'abondance des
former l'oreille aus terminaisons
des noms , des pronoms ,, des verbes
, etc. sans que l'on doive craindre
l'impression de la mauvaise latinité sur
l'oreille d'un enfant qui n'est ocupé qu'à
retenir des mots et nulement à charger
sa mémoire d'un stile ou d'un genie auquel
il n'est pas encore sensible ; car je
parle d'un enfant de quatre à cinq ans ,
et quand il en auroit davantage , le nouveau
testament et l'imitation de Jesus-
Christ ne sont pas indignes de ce petit
sacrifice , malgré la fausse délicatesse de
certains, latinistes qui en fesant parade de
leur esprit , manquent souvent de jugement.
On
2128 MERCURE DE FRANCE
On trouvera dans peu l'enfant assés
fort pour lui faire entreprendre la lecture
et la version des fables de Phèdre
dont le texte est numeroté pour la construction
des parties d'oraison ; ou bien
pour lui faire expliquer les textes interlineaires
et construits selon le métode de
M. du Marsais ; l'experience de cet exercice
sur un enfant de cinq à sis ans qui
voyoit Phèdre pour la segonde fois , m'oblige
d'en conseiller l'essai et la pratique
aus maitres non prévenus. Quand je dis
néanmoins que cète métode est simple et
aisée , cela doit s'entendre des principes
dont elle fait usage : la composition et la
multiplicité des outils literaires divertit
et instruit l'enfant ; la peine ne regarde
le maitre et l'ouvrier de tout l'atirail
que l'on done à l'écolier : il n'y est lui
que pour le plaisir varié et instructif de
passer agréablement d'un objet à un autre
en changeant de cartes , de jeu , et de sujet;
ce qui est d'un mérite conu du seuł
artisan et des seuls témoins capables de
juger de l'ouvrage et des progrès . Un
livre alarme un enfant , au lieu que par le
jeu des cartes il ne voit que les pages des
leçons courantes , il forme son livre luimème
, ce qui augmente sa curiosité
bien loin de le dégoûter.
que
Beaucoup de maitres blament cependant
OCTOBRE . 1730. 2129
›
dant l'usage des textes interlinéaires ou
des textes construits et numerotés , et
pretendent que l'esprit des enfans aïant
moins à faire , cela les retarde de beaucoup
: les persones rigides qui veulent
laisser toutes les dificultés aus enfans,bien
loin de leur en épargner ou diminuer
quelqu'une , ne craignent èles pas de les
trop fatiguer, et de les rebuter ? le fruit des
colèges et du grand nombre en
peut décider
; il est plus aisé de blamer l'usage
de certaines métodes , que d'en inventer
de meilleures . On peut voir là dessus ce
qu'en a écrit M. du Marsais dans l'exposition
de sa métode raifonée , et faire en
mème tems réflexion que les métodes interlineaires
ont toujours été utilement
pratiquées , non seulement pour des en-
Fans , mais pour des homes , quand on a
voulu abreger la peine à ceux qui étudient
quelque langue morte ou vivante .
Nous avons l'ancien testament avec l'interpretation
en latin mot à mot sous l'ebreu
; nous avons de mème le nouveau
testament grec & latin , une langue sous
l'autre mot à mot : j'ai vu une gramatre
imprimée à Lisbone en 1535 dans laquèle
le latin et le portugais , et ensuite l'espagnol
et le portugais , sont une langue
sous l'autre. On a autrefois imprimé à
Strasbourg le parlement nouveau ou centurie
2130 MERCURE DE FRANCE
rie interlinéaire de DANIEL MARTIN LINGUISTE
, dans lequel livre on trouve l'aleman
pur dans une colone et le pur
françois dans l'autre , avec le mot aleman
sous chaque mot françois , et c'est peut
ètre ainsi qu'on devroit le pratiquer ou
l'essayer quelquefois pour la langue latine
, en métant le mot françols du dictionaire
sous chaque mot du pur texte
latin , ce qui au comancement épargneroit
à l'enfant le tems qu'il perd à chercher
les mots dans un dictionaire : exem
ple :
Numquam est fidelis cum potente focietas.
Jamais ètre fidele avec puissant societé.
Si des Téologiens ont cru tirer quel
que utilité de la glose ordinaire de la
bible de Nicolas de Lira , et de l'interprétation
interlinéaire d'Arias Montanus,
pourquoi les enfans doivent ils ètre privés
des livres classiques à glose interlinéaire
s'il est permis de condaner un
usage parcequ'il ne produit pas toujours
le bon éfet dont on s'étoit flaté , il y en
aura bien peu à l'abri de cète critique :
les écoles publiques ne produisent pas
des éfets proportionés au cours des anées
d'étude. S'agit il de nouvele métode , on
deOCTOBRE.
1730. 2131
demande à voir des exemples dans une
pratique continuée : nous en voyons tous
les jours de ces exemples dans les écoles
et dans les coleges ; le grand nombre des
écoliers. ne profite pas ; on auroit tort
cependant d'en conclure l'inferiorité des
éducations publiques ou la superiorité
des éducations particulieres. Il faut com
parer, raisoner, et examiner avant que de
prononcer pour ou contre une métode
qui regarde le coeur et l'esprit.
On poura voir les ouvrages de M. du
Marsals sur les articles 52 & 53 des mémoires
de Trévoux du mois de mai 1723
au sujet de l'interprétation interliné re
page 35. Nous avons aussi , dit ce filosofe
gramairien , quelques interprétations inter
linéaires du latin avec le françois , entr'autres
cèle de M. Waflard , fous le titre de
Premiers fondemens de biblioteque royale
à Paris chés Boulanger , dans les premieres
anées de la minorité de LourS
XIV. mais ces traductions sont fort mal exe•
cutées dans un petit in 12 ° , où les mots sont
fort prèssés , et où le françois qui n'eft qưéquivalant
ne fe trouve jamais juste sous le
latin. Il en est de mème de la version interlinéaire
des fables de Fédre , imprimée en
1654 , chés Benard , libraire du colege des
RR. P P. Jesuites &c.
›
C'est aux maitres au reste à voir
quand
2132 MERCURE DE FRANCE
quand il faudra oter à un enfant les gloses
interlinéaires : le plu-tot ne sera que
le mieus , si l'écolier peut s'en passer. La
pratique et l'experience guideront plus
surement que les vains raisonemens sur
cet exercice. Lorsque l'enfant faura expliquer
un texte construit ou numeroté
pour la construction , il faut quelques
jours après lui redoner le mème texte
qui ne soit ni construit ni numeroté : c'est
le moyen de juger des progrès de l'enfint,
et de l'utilité des textes interlinéaires ,
ou de la glose proposée et pratiquée pour
les premiers livres classiques que l'on fait
voir à un enfant ; la glose paroit plus necessaire
dans une classe de cent écoliers
pour un seul regent que dans une chambre
où l'enfant a un maitre pour lui seul .
C'est pourtant le regent à la tète de cent
écoliers qui afecte de mépriser le secours
de la glose interlinéaire , pendant qu'un
precepteur s'en acomode chargé d'un
seul enfant ; est - ce sience ou vanité dans
l'un , et paresse ou ignorance dans l'autre ?
La repugnance et le dégout que font
paroitre la plupart des enfans dans l'étude
du latin , du grec, et des langues mor
tes , prouvent en même tems qu'il y a
dans cet exercice literaire ou dans les métodes
vulgaires quelque chose d'étrange
et de contraire au naturel des enfans ; la
graOCTOBRE
. 1730. 2133
gramaire des écoles et leur maniere d'enseigner
la langue latine ont quelque chose
de rebutant et de peu convenable à
l'age et à la portée des enfans ; les rudimens
vulgaires sont ordinairement trop
abstraits ; il faut du sensible , et c'est ce
qu'on pouroit faire dans un rudiment
pratique j'en done l'essai en atendant
qu'un gramairien filosofe et métodiste
veuille bien y travailler lui mème , pendant
que d'autres latinistes s'amuseront
à augmenter le nombre des pieces d'éloquence
qui expirent en naissant , come
celes de téatre qu'on ne represente qu'une
fois.
n'en
On reprend mile et mile fois un enfant
sur la mème regle avant que de le
metre en état de ne plus faire le mème
solecisme : d'où vient cela ? est - ce faute
de mémoire ? les enfans , dit on ,
manquent pas ; ils aprènent facilement
par coeur des centaines de vers et de régles
; il faut donc conclure qu'aprendre
par coeur une régle , ou la metre en pratique
, sont deus choses très diferentes ;
l'une ne dépend que de la mémoire , et
l'autre dépend de l'aplication et de la sagacité
d'un home fait : je l'ai dit bien des
fois ; on peut savoir les régles d'aritmé
tique , d'algebre , 'de géometrie , de logique
etc. et ètre très ignorant dans la pratique
2134 MERCURE DE FRANCE
tique de ces mèmes régles : pourquoi
donc demander tant de sience pratique
dans un enfant qui n'a encore perdu que
sis mois ou un an à aprendre par coeur
quelques régles de gramaìre latine ? n'est
ce pas ignorance ou injustice d'atendre
et d'exiger d'un enfant l'éfort de genie
dont nous somes souvent incapables nous
mèmes.
A l'exemple des prédicateurs , je redis
souvent les mèmes choses , et je risque
come eus de ne persuader que peu de
persones. J'ignore le sort et le succès de
cet ouvrage ,
il me sufit le
pour present
de voir que mon déssein est louable et
utile , et de souhaiter , si cela est vrai ,
que le public en pense de mème. Il semble
que peu à peu je m'éloigne de mon sujet ,
quoique je ne perde jamais de vue la meilleure
route à suivre pour avancer les enfans
dans les exercices literaires . Je reviens
donc aus jeus de cartes : on peut
en doner pour les déclinaisons des noms
grecs , come pour cèles des noms latins ;
on peut doner sur des cartes la liste des
mots latins que l'enfant sait , et y metre
le grec au lieu du françois. Dans la suite
on poura y metre le mot ebreu il ne
s'agit d'abord que de lire ; mais à force
de lecture , l'enfant aprend les termes en
l'une & en l'autre langue , come il aprend
sa
OCTOBRE. 1730. 213.5
sa langue maternele à force d'actes réiterés
, et c'est à quoi les maîtres ne font
pas assés d'atention . On poura aussi metre
sur la longueur des cartes , et en trois
colones , le positif , le comparatif, et le
superlatif de quelques adjectifs réguliers,
et ensuite des réguliers de plusieurs
langues , et toujours simplement pour li
re et pour composer sur le bureau tipografique
, afin que l'enfant comance de
bone heure à voir et à sentir un peu le
raport , le genie , et l'esprit diferent des
langues sur chaque partie d'oraison .
Quand on voudra tenir dans une mème
logete du dictionaire des mots latins , des
mots françois , des mots grecs , et des
mots ebreus on poura , come il a été
dit , séparer les especes diferentes avec de
doubles , de triples cartes , ou de petits
cartons afın l'enfant
que puisse tenir en
ordre et trouver plus facilement toutes les
cartes dont il aura besoin , ainsi qu'on l'a
pratiqué pour séparer les cartes des letres
noires et des letres rouges lorsqu'on a été
obligé de les tenir dans le même trou ,
et que l'on a voulu multiplier la casse de
l'imprimerie pour l'usage du françois
du latin , du grec , de l'ebreu , de l'arabe
etc.
>
>
Quoique l'enfant soit en état d'expliquer
un livre , et de faire la plume à la
main
2136 MERCURE
DE FRANCE
main , un petit tème de composition en
latin , il ne doit pas pour
cela renoncer
à l'exercice du bureau tipografique ; il
poura y travailler seul pendant l'absence
du maître , et suivre pour le grec et l'ebreu
la métode pratiquée pour le latin :
c'est le moyen le plus facile pour faire
entretenir la lecture et l'étude de ces
quatre langues, et pour s'assurerdel'ocupation
d'un enfant , bien loin de l'abandoner
à lui mème et à l'oisiveté trop tolerée
dans enfance ; cète oisiveté produit
la fainéantise et le dégout , pour ne
pas dire l'aversion invincible que
que font
roitre pour l'étude la plupart des enfans
livrés à des domestiques. Tel parle ensuite
de punir les enfans, qui est plus coupable
qu'eus , faute de s'y être pris de bone
heure et d'une maniere plus judicieuse.
Quand on veut redresser un arbre , ou
dresser un animal , on , on profite de leurs
premieres anées : pourquoi ne fait on pas
de mème à l'égard des enfans ? à quoi
veut on les ocuper depuis deus jusqu'à
sis & sèt ans ? c'est là le premier , le vrai,
et souvent l'unique tems qui promete ,
qui produise , et qui assure les succès et le
fruit de l'éducation tant desirée par les
parens.
pa-
Tout le monde convient assés que les
études de colege se réduiroie ntàpeu de
chose
OCTOBRE. 1730. 2137
:
chose si l'on n'avoit ensuite l'art ou la
maniere d'étudier seul avec le secours des
livres et la conversation des savans , il est
donc très important de doner de bone
heure à la jeunesse cet art d'étudier seul,
et enfin ce gout pour les livres et pour
les savans , gout que peu d'écoliers ont
au sortir des classes : ils n'aspirent la plupart
qu'à ètre delivrés de l'esclavage , et
à sortir de leur prétendue galère d'où
peut donc naitre une si grande aversion ?
ce ne sauroit ètre le fruit d'une noble
émulation : mais d'où vient d'un autre
coté que les études domestiques et particulieres
ne produisent pas , ce semble
dans les enfans le dégout que produisent
l'esprit et la métode des coleges ? bien des
enfans au sortir des classes vendent ou
donent leurs livres come des meubles inu-.
tiles et des objets odieus ; ceus qui étudient
dans la maison paternele raisonent
un peu plus sensément , et ne regardent
ordinairement come un martire leurs
exercices literaires ; ils conoissent un peu
plus le monde dans lequel ils vivents au
lieu les enfans des coleges regardent
que
souvent come un suplice d'ètre obligés
de vivre ensemble sequestrés loin du monde
; ils n'ont de bon tems selon eus que
celui du refectoir , de la recréation et de
l'eglise ; ils trouvent mauvais qu'on les
pas
B aille
2138 MERCURE DE FRANCE
aille voir pendant leur recréation ; ils
aiment mieus qu'on les demande pendant
qu'ils sont en classe , afin d'en abreger le
tems ; un enfant qui travaille au bureau
tipografique est animé de tout autre esprit
quèle est donc la cause de cète
grande diference ? la voici :
Si avant que d'envoyer un enfant aus
écoles et en classe , sous pretexte de jeunesse
, de vivacité et de santé , on lui a
laissé aprendre pendant bien des anées le
métier de fainéant , de vaurien et de petit
libertin , il n'est pas extraordinaire de
trouver qu'ensuite il ne veuille pas quiter
ses habitudes , ni changer ses amusemens
frivoles pour d'autres exercices plus
penibles ou moins agréables . On met souvent
et avec injustice sur le conte des coleges
la faute des parens qui n'envoient
leurs enfans en cinquième ou en quatrième
qu'à l'age de 13 à 14 ans , age où ils
se dégoutent facilement des études , et où
ils sentent la honte de se voir au milieu
de bien des écoliers plus petits , plus
jeunes et plus avancés qu'eus. Chacun sait
que quand on veut élever des animaus
ou redresser des plantes , il faut s'y prendre
de bone heure : ignore t'on que c'est
aussi la vraie et la seule manière de réussir
dans l'éducation des enfans le jeu du
bureau tipografique done cète manière
dans
?
OCTOBRE. 1730. 2139
› dans toute son étendue ; il amuse il
instruit les enfans , et les met en état de
faire plu-tot leur entrée honorable au pays
latin , et d'y gouter avec plus de fruit et
moins d'ennui les bones instructions des
habiles maîtres ; enfin le bureau est le
chemin qui conduit à la porte des écoles
publiques , et le bureau formera toujours
de bons sujets capables de faire honeur
aus parens , aus regens , aus coleges et à
l'état. Je n'entre point ici dans la question
indecise sur la préference des éducations
publiques ou particulieres ; on peut
lire là dessus les principaus auteurs qui en
ont parlé depuis Quintilien jusqu'à M.
Rollin et à M. l'abé de S. Pière. Mais
on ne sauroit disconvenir de la necessité
et de l'utilité des écoles publiques ; il
semble mème qu'en general les enfans
destinés à l'eglise ou à la robe devroient
tous passer par les coleges : à l'égard des
gens d'épée ou des enfans destinés à la
guère , il me semble que pour les bien
élever on pouroit s'y prendre d'une autre
manière , et en atendant l'établissement
de quelque colege politique et militaire
, la pratique du bureau me paroit
la meilleure à suivre ; elle abregera bien
du tems à la jeune noblesse , et lui permetra
l'étude de beaucoup de choses inutiles
à un prètre , à un avocat et à un me
Bij decia
2140 MERCURE DE FRANCE
decin , mais qu'il est honteus à un guerier
d'ignorer ; c'est pourquoi je me flate
que la métode du bureau tipografique
sera tot ou tard aprouvée non seulement
des gens du monde , mais encore des plus
savans professeurs de l'université , suposé
qu'ils veuillent bien prendre la peine
d'en aler voir l'usage et l'exercice dans
un de leurs fameus coleges . Si après cela ,
quelque persone desaprouve le ton de
confiance que l'amour du bien public et
de la verité me permet de prendre , j'avoûrai
ingénûment ma faute devant nos
maitres qui enseignant les letres font aussi
profession de cète mème verité ; et je
soumets dès à present avec une déference
respectueuse mes idées et mes raisonemens
à leur examen et à leur décision.
Pour revenir à la métode du bureau
je dis donc qu'èle est propre à doner du
gout pour l'étude , à metre bientot un
enfant en état de travailler seul avec les
livres , avantage si considerable qu'il n'en
faudroit pas d'autres pour lui doner la superiorité
sur toutes les métodes vulgaires.
On comence de bone heure à lui montrer
les letres , les sons , l'art d'épeler
de lire et de composer sur le bureau ; on
lit avec lui , on s'assure peu à peu de
l'intelligence de l'enfant , on l'instruit ,
on l'interoge à propos , on lui ' faît un
jeu
OCTOBRE . 1730. 214: 1
jeu et un vrai badinage de toutes les
questions , on lui enseigne la maniere de
fe fervir des livres françois , et sur tout
des tables des livres qui servent d'introduction
à l'histoire , à la géografie , à la
cronologie , au blason , et enfin aus siences
et aus arts dont il faut avoir quelque
conoissance , come des livres d'élemens
de principes , d'essais , de métodes , d'instituts
, afin de pouvoir passer ensuite aus
meilleurs traités des meilleurs auteurs
sur chaque matière , mais principalement
sur la profession qu'un enfant doit embrasser
, et à laquelle on le destine . Les
savans se fesant toujours un plaisir de
faire part de leurs lumières à ceus qui
les consultent , on ne doit jamais perdre
l'ocasion favorable de les voir et de les
entendre. Quand les parens au reste en
ont les moyens , ils ne doivent jamais
épargner ce qu'il en coute pour choisir
et se procurer les meilleurs maîtres , er
tous les secours possibles dans quelque
vile que l'on se trouve , cela influe dans
toute la vie qui doit être une étude continuèle
, si l'on veut s'aquiter de son devoir
, de quelque condition que l'on soit,
et quelque profession que l'on ait embrassée.
Je fuis etc.
Fermer
Résumé : CINQUIÈME LÈTRE sur l'usage des Cartes pour l'essaì du rudiment pratique de la langue latine, &c.
Le texte présente une méthode pédagogique pour l'apprentissage de la langue latine à travers l'usage de cartes, adaptée aux enfants dès l'âge de 2 à 3 ans. Cette approche vise à rendre l'apprentissage ludique et efficace. Les cartes, numérotées et organisées, structurent l'apprentissage des déclinaisons, conjugaisons et autres éléments grammaticaux. L'enfant apprend à ranger et à réciter ces cartes, facilitant ainsi la mémorisation et la compréhension. L'auteur critique les méthodes traditionnelles, jugées inefficaces et trop théoriques, et prône une approche pratique et interactive. Les cartes sont également utilisées pour des exercices variés et progressifs, comme la déclinaison des paradigmes et la conjugaison des verbes. Elles servent aussi pour des exercices de composition et de version, en s'appuyant sur des textes historiques ou religieux. Cette méthode prépare l'enfant à des lectures plus complexes, comme le Nouveau Testament ou les fables de Phèdre, tout en évitant de surcharger sa mémoire. Le texte discute également des jeux de cartes pour rendre l'apprentissage plus agréable et instructif, permettant aux enfants de passer d'un sujet à un autre sans se lasser. Les livres peuvent alarmer les enfants, mais les cartes leur permettent de créer leur propre livre, augmentant ainsi leur curiosité. Certains maîtres critiquent l'usage des textes interlinéaires, mais l'auteur note leur utilité pour apprendre des langues mortes ou vivantes, citant des exemples comme l'Ancien et le Nouveau Testament avec des interprétations mot à mot. L'auteur critique les méthodes traditionnelles d'enseignement du latin et du grec, les trouvant trop abstraites et rebutantes pour les enfants. Il propose des rudiments pratiques et l'utilisation de cartes pour enseigner les déclinaisons et les adjectifs. Il insiste sur l'importance de commencer tôt l'éducation des enfants et de leur apprendre à étudier seul. Le texte compare également les écoles publiques et les éducations privées, notant que les premières ne produisent pas toujours des résultats proportionnés aux années d'étude. Il critique les méthodes vulgaires d'enseignement et propose des approches plus adaptées à l'âge et à la portée des enfants. Enfin, l'auteur souligne la différence entre apprendre par cœur des règles et les appliquer en pratique, insistant sur la nécessité de méthodes éducatives plus judicieuses dès le jeune âge.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1480
p. 2147-2162
RÉPONSE du Pere Texte, Dominicain, à la Lettre du R. P. du Sollier, de la Compagnie de JESUS, imprimée dans les Mémoires de Trevoux, du mois de Novembre 1729. page 2078. au sujet de la Vie du B. Barthelemi de Bregance, Evêque de Vicence, & Patriarche de Hierusalem.
Début :
MON TRES REVEREND PERE, Après avoir lû la vie du B. Barthelemi [...]
Mots clefs :
Manuscrits, Barthélémy de Bragance, Évêque de Vicence, Chronique, Patriarche de Jérusalem, Épitaphe, Catalogue, Mémoires de Trévoux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE du Pere Texte, Dominicain, à la Lettre du R. P. du Sollier, de la Compagnie de JESUS, imprimée dans les Mémoires de Trevoux, du mois de Novembre 1729. page 2078. au sujet de la Vie du B. Barthelemi de Bregance, Evêque de Vicence, & Patriarche de Hierusalem.
REPONSE du Pere Texte , Dominicain
, à la Lettre du R. P. du Sollier
de la Compagnie de JESUS , imprimée
dans les Mémoires de Trevoux , du mois
de Novembre 1729. page 2078. au ſujet
de la Vie du B. Barthelemi de Bregance
Evêque de Vicence , & Patriarche de
Hierufalem.
MON
,
ON TRES REVEREND PERE ;
Après avoir lû la vie du B. Barthelemi
de Bregance dans le premier Volume
de Juillet , page 280. des Acta Sanctorum
, que V. R. continue avec tant de
fuccès , je crus y pouvoir faire quelques
remarques. Premierement fur la Nobleffe
de fa Naiffance , qu'il a connuë
qu'il a méprisée , mais qu'il n'a jamais
fouhaité qu'on lui difputat, fur tout de la
maniere que V. K. le fait.
B vj Michel
و
2148 MERCURE DE FRANCE
Michel Pie , dites- vous , veut qu'il foit
noble Vicentin , de la Maifon de Bregance
ou Bragance, ainfi appellée du Château
de ce nom. Barbaranus , & après lui
Marchefius (encheriffant fur cette nobleffe)
font venir la Maifon de Bregance de je
ne fçai quel Adrien, à nefcio quo , Comte &
Seig. de ce Château. Je fuis furpris , continuez
- vous , qu'ils ne fe foient pas avifez
de remonter jufques à Antenor , fondateur
de la Ville de Pavie . Lifez , mon R.P. les
Chroniques de Vicence , dans le viii vol .
intitulé Rerum Italicarum Scriptores , &
vous y verrez les glorieux exploits des
Héros de cette Illuftre Maifon , Seigneurs
des Châteaux de Bregance & de Plovins ,
page 41.
Afin d'autorifer le fentiment de ces
Ecrivains , que vous défaprouvez , je me
fuis fervi du témoignage d'un ancien
manufcrit , qu'il m'a paru naturel d'attribuer
à Godus , fe trouvant imprimé.
la fin de fa Chronique , fans nom d'Auteur.
Vous avouez vous - même qu'il y eft,
en difant, ce texte n'eft pas de Godius , il eſt
ajouté à fa Chronique. Pour moi , mon
R.P. j'ai fujet de croire , par la place qu'il
occupe , qu'il en eft un fragment &
j'écris Godus , on dit Chronica Godi , &
*
د
Unfragment , puifque la Société Palatine a
jugé à propos de là lui dennor, & j'écris Godus.
non
OCTOBRE. 1730. 2149
non pas Godii. Ex quibus fuit Bartholomaus
, au lieu de in quibus fuit , comme
on le lit dans votre Lettre , pag. 2082 .
On ne fçait , ajoutez vous , de qui eft -
ce texte : De qui qu'il foit , il a des caracteres
de faux. V. R. aggréera que je me
ferve de fon expreffion , & que je dife ,
de qui qu'il foit , il n'a que des caracteres
de vrai. Elle en fera convaincue par la
réponſe à la Lettre que j'ai écrite à Milan
au retour de ma Miffion du Carême
comme à la fource où le manufcrit a été
imprimé , par les foins de la fçavante
Societé Palatine , une des plus celebres:
Academies de l'Europe , fondée , comme
vous fçavez , par M. le Comte Archinto
neveu du Cardinal Archevèque de Milan
2
de ce même nom. Ma Lettre eft écrite en
Latin , adreffée à M. Argelaty , Directeur
de cette illuftre Societé .
La voicy en partie , traduite du Latin -
en François , le refte eft compris dans la
réponse de M. Argelaty .
"
M. ayant à parler du B. Barthelemi ,
» Evèque de Vicence , en 1256. & cher-
» chant un témoignage de fa Nobleſſe ,
plus ancien que celui deMarzarius, qui
» dans l'hiftoire de cette Ville , liv. 1.pag.
» 127. le fait defcendre de l'illuftre Mai-
» fon de Bregance ; j'ai cru l'avoir heu-
>> reuſement trouvé , ce témoignage , dans
le
2150 MERCURE DE FRANCE
» le 8 vol. pag. 92. de votre riche Ou-
» vrage , qui a pour titre ; Rerum Itali-
" carum Scriptores , où on lit ce qui fuit :
» Voici les noms des Familles Nobles de
» notre Ville, déja éteintes, & dont à peine
>> refte-t-il le fouvenir. Les Comtes , & c.
» les Comtes de Bregance , defquels eft
» defcendu Barthelemi de Vicence , de
>> l'Ordre des Précheurs , Evêque de la
» même Ville.
"
Ha funt familia qua in Civitate noftra nobiles
, erant , & ita extindle funt , ut de eis
vix maneat memoria . Comites , & c. Comites
Bregantiarum , ex quibus fuit Epifcopus
Bartholomæus Vicentinus, de Ordine Pradicatorum.
>> Pour ce qui eft de l'extinction des
douze Familles dont l'Auteur parle
fans marquer l'année depuis laquelle il
» la compte , & de ce trifte oubli qui l'a
» fuivie , l'écriture & l'experience nous
>> perfuadent que tres- peu de tems fuflit
pour l'un & l'autre fort . Periit memoria
» eorum cum fonitus fur tout par rapport
>> aux fucceffeurs mâles , & dans une Ville
» auffi féconde en Nobleffe & auffi cele-
>> bre par fa grandeur qu'étoit alors celle
W
de Vicence , expofée à la tyrannie des
» Ezzelins , qui fe fuccederent & ra-
» vagerent la Lombardie jufques en 1259 .
» La Chronique de Smeregius , pag. 101 .
du
OCTOBRE . 1730 . 2151
C
» du 8 vol. cité , raporte ce qui fuit en
» particulier de la Famille de Bregance .
>> En 1259. un des fils de Rizzard Po-
» deftat , époufa D. Odolia de Bregance ,
» qui partageoit la fucceffion des Sei-
» gneurs de la Maifon de Bregance avec
» D. Deodofie , fille de Jacques de Bre-
» gance. Que fuccedebat hæreditati D.D. de
» Bregantiis , pro medietate , & D. Deodo-
» fia filia Jacobi de Bregantiis pro alia.
Ditiffima & Nobiliffima D. & c. J'efpere
que vous aurez la boncé de répondre à celui
qui eft avec un profond refpect , & c .
>>
>>>
Réponse de M. Argelaty , Directeur de la
Société Palatine de Milan , traduite
de Latin en François.
» M. R. vous fouhaitez que je vous
» réponde fur les trois chefs propofez
» dans votre Lettre , &c. Pour le faire
» avec plus d'exactitude , je les ai expo-
» fez au celebre M. Jofeph- Antoine Sa-
» xius, Préfet de la Bibliotheque Ambroifienne
, afin qu'ayant eu pour partage
,, l'examen des Manufcrits de l'hiftoire de
Vicence , qu'il a enrichis d'une fça-
» vante Préface , il fut mieux au fait de
les réfoudre. Il m'a donc fait comprendre
, 1º . que le veftige d'antiquité du
» manufcrit lui vient uniquement de l'autorité
"
>>
"
2152 MERCURE DE FRANCE.
»torité du fameux Vincent Pinelly , qui
» fleuriffoit vers la fin du 16 ° fiecle , &
» qui le fit tranfcrire d'un ancien Ma-
» nufcrit , gardé dans le Cabinet d'Her-
» cule Fortitia ; & comme Vincent Pinelly
» ce Docteur fi celebre & fi verfé dans
l'antiquité , ne s'attachoit qu'aux ma-
» nufcrits les mieux caracteriſez , il ne
» faut pas douter que celui - cy confervé
» dans le Cabinet d'Hercule Fortitiæ
» n'ait été jugé digne de foy par un ſi
» habile homme.
2º. Pour ce qui eft de l'occafion &
» du tems auquel il fut porté , avec plu-
» fieurs autres manufcrits , de Vicence à
la Bibliotheque Ambroifienne ; vous le
» pouvez voir clairement dans les Lettres
» écrites par le Sçavant M. Saxius , à
» M. Muratori, pour l'Edition de la Chro-
» nique de Dandulo , tom. 11. Rerum Ita-
» licarum , & c.
»
3. Remarquez bien que ce n'eft pas
» fur l'autorité d'Hercule Fortitia , maïs
» fur l'ancienneté du manufcrit qu'il
» avoit acquis , & dont la copie eft dans
» la Bibliotheque Ambroifienne, que vous
pouvez librement ASSURER , ET SANS
>> HESITER QUE LE B. BARTHELEMY , EVIQUE
DE VICENCE , ETOIT DE LA MAISON
» DES COMTES DE BREGANCE . Si dans la
»fuite je viens à découvrir quelque Memoire
OCTOBRE. 1730. 2153
» moire qui puiffe donner quelque luftre
» à votre Ouvrage , je me ferai un plaifir
» de vous le communiquer, afin de vous
» témoigner de plus en plus , & à tous les
gens de Lettres , combien je fuis , tuus
addictiffimus Philippus Argelatus , Me-
» diolani , die 18 Julii 1730 .
>>
On trouvera à la fin de cette Réponſe
une copie exacte de l'original Latin de la
Lettre de M Argelaty.
Vos fentimens , mon R. P. fur l'autorité
de ce manufcrit font bien differens.
La bonne critique vous apprendra de
plus , dites vous , que dans ce Catalogue
même , le paffage dont vous vous ap
puyez uniquement eft interpolé . Le nom.
de notre Bienheureux y eft inferé après
coup , & ce texte a encore d'autres caracteres
de faux : En voicy un ; on y lit : Qui
coronam fpineam donatus à Rege Francorum
portavit Vicentiam.Ce coronam fpineam,
eft là une fauffeté ou une falfification ; il
auroit falu dire : Spinam de corona . Encore
, continuez- vous , Barthelemi ne l'aporta-
t-il pas entiere cette Epine ' , fon
compagnon Afculanus la partagea avec
lui également. C'eft un texte corrompu
dans tout ce Catalogue les Familles feulement
font nommées ; on n'y nomme.
nulle part aucune perfonne en partieulier
, que dans l'endroit où Barthelemi eft
cité
2154 MERCURE DE FRANCE
cité , ce qui prouve que la citation eſt
faite exprès, pour lui & par interpolation .
Mon R. P. avant que de répondre directement
aux prétendus caracteres de
faux du manufcrit , vous agréerez que je
vous propofe ce dilemme : où tous ces
habiles connoiffeurs & exacts critiques
déja nommez, l'ont reconnu faux & interpolé
, ou non ? S'ils l'ont connu tel que
V. R. le dépeint , que ne l'ont- ils profcrit
? A quoy bon Hercule Fortitiæ l'at-
il acquis & confervé dans fon Cabinet
comme une piece rare dont il ne voulut
pas fe deffaifir ; & Pinelli , ce grand génie
fi verfé dans le choix des Originaux manufcrits
, honoré à Pavie , au raport de
Gualde , où il réfidoit depuis 1558. de la
vifite des Cardinaux Baronius & Bellarmin
, en devoit-il être jaloux jufques - là
que d'en demander une copie , ne pouvant
pas acquerir l'original ? L'Eminentif
fime Frederic Boromée , Cardinal en 1587.
& Archevêque de Milan en 1595. coufin
de Saint Charles , l'auroit- il acheté à prix
d'or ,& une groffe fomme , avec tant d'autres
manufcrits de la Bibliotheque de Pinelli
, échappez du naufrage & des mains
des Pirates, pour en enrichir fa Bibliotheque
Ambroisienne ?
Quidquid ditiffima Pinelly Bibliotheca , ac
præfertim manufcriptorum codicum ab incleOCTOBRE.
1730. 2155
mentis Pelagi & Piratarum injuriis fuperftes
fuit multo comparatum auro , & c. immortalis
fame Frederici Cardinalis Borromai , & c.
Préface du 12 vol . Rerum Italicarum , & c.
Enfin la fçavante Société Palatine de Milan
l'auroit - elle donné au public comme
un grand preſent ? Alterum inde beneficium
accipies lector, & c. VETUSTUM hoc exemplar
opere pretium fuit imprimere.
Que fi tant d'hommes de Lettres qui
ont vû en Italie ce texte , ne l'ont pas reconnu
tel que V.R.le dit ; quel jugement
en a- t- elle pû porter à Anvers , où elle n'a
vû ni le manufcrit du Cabinet d'Hercule,
ni la copie de Pinelly .A qui faut- il plutot
en croire ?
Venons aux prétendus caracteres de
faux. En voicy un , dites - dites- vous , on y lit :
Qui coronam fpineam donatus à Rege , & c.
il auroit fallu dire , fpinam de corona.
Bzovius , mon R.P.s'eft fervi des mêmes
termes dans l'Index ou Table du 1 3 vol.
des Annales Ecclefiaftiques, édition d'Anvers
1617. Ab eo , en parlant de ce Don
précieux de S. Loüis , Spinea Corona Dominica
donatur. Et afin que V.R.ne puiffe pas
dire que cet Auteur a cru parler de la Couronne
entiere , on lit, pag. 560. n ° .14 . Ab
eo pignus obtinuit Spinam ex Corona. Le témoignage
de Bzovius auroit - il aufſi un caractere
de faux ?
L'ufage
2156 MERCURE DE FRANCË
L'ufage eft commun & authorifé, mon
R. P. Pars pro toto , da mihi animas ; l'ame
pour tout l'homme , N.B. appelle dans un
de fes Traitez , l'Eglife de la Couronne
celle qui poffede cette fainte Epine.Leandre
, le Convent de la Couronne : Canobium
corona . Defcriptio Italia , pag.733.On
dit : Allons à l'adoration de la vraie Croix,
fans fpécifier d'un fragment de la vraie
Croix . L'Auteur du manufcrit a parlé le
langage commun , & le défaut prétendu
de fon expreffion n'invalidera jamais la
force de fon témoignage.
y
En fecond lieu , fi N. B. eft feul nommé
dans ce Catalogue des douze Familles
nobles , c'eſt une preuve qu'il a été fait à
peu près de fon tems , puifque l'Auteur
Vicentin voulu immortalifer le nom
de fon Evêque , de fon Concitoyen , d'une
fi illuftre Maiſon & d'un Saint , celebre
en fcience & en piété , capable de faire
l'honneur de fa patrie dans la fuite des
fiécles ; qualitez réunies dans N.B. qui ne
l'étoient pas dans un autre.
V. R. ajoute que Smeregius & Léandre
ne le nomment que Barthelemi de Vicen .
ce. Benoît XI . M. R.P. s'appeloit Nicolas
de Trévife . S. Pie V. Michel de Bofco ,
tous deux Dominicains; & l'on fçait qu'Innocent
V. du même Ordre , qui pour le
moins avoit eu autant & d'auffi preffantes
OCTOBRE. 1730. 2157
tes occafions que N.B. d'écrire le nom de
fa famille , n'eft connu que fous le nom de
Pierre de Tarantaife . Telle étoit la coutume
des premiers fiecles de notre Ordre
de prendre le furnom du lieu de la naif
fance. Ce qui eft caufe que nous ignorons
celui de la plus grande partie de nos
Generaux .
fleft tems , M. R. P. d'achever de répondre
à votre Lettre de fix petites pages
& demie , dont il y en a deux remplies
d'un préambule , trois des défauts prétendus
du manufcrit de Milan , & le refte
des deux articles qui fuivent.
?
Vous faites , me dites vous , N. B. Confeffeur
du Roy à Paris en 1240. juftement
dans le tems auquel le P. Echard , après
Ughellus , le fait Maître du Sacré Palais à
Rome , fous Gregoire IX. depuis 1235.
jufques à 1241 .
Vous me permettrez , M. R. P. de vous
faire remarquer qu'il y a dans le texte du
P. Echard ( inter ) entre , & non pas , depuis
; ce qui fait une grande differences
encore voit-on que ce n'eft qu'avec peine
qu'il le met fous ce Pape , ce qui ne peut
tout au plus s'entendre , dit-il , que de la
fin de fon Pontificat.
On fçait que 1240 & 1241.furent les 2
dernieres années de la vie de ce Pape . &
qu'en 1236 , la Miffion de N. B. finit en
Lon
2158 MERCURE DE FRANCE
Lombardie , après laquelle j'ai dit , que
tout concourt à le fuivre en France . Certè
Ughellus hoc munere functum fub Pontificatu
Gregorii I X. refert , quod verifimilius
, pourfuit le P. Echard , de ejus pofterioribus
annis intelligas , inter 1 235 & 1241 .
& forfan ultra ad Innocentium IV. à дно
creatus eft Epifcopus .
Léandre le fait clairementMaître du Sacré
Palais fous Innocent IV. par ces deux
Epoques.
Barthelemi continua en France l'explication
des Ouvrages de S. Denis , qu'il
avoit commencée à Rome . Romam vocatus
Magifter Sacri Palatii factus , coepit , & c.
Dum effet in Galliis , legit , & c. ce qui ne
peut avoir été qu'à la fuite d'Innocent IV.
elu Pape le 24 Juin 1243. & obligé de ce
réfugier à Lion au mois de Decembre 1 244 :
De plus il eft vifible que N.B. paffa de fa
Charge à l'Epifcopat . Venons à la dignité
de Patriarche.
Vous ne vous mettez pas en devoir , me
dites-vous, d'affermir N.B. fur fon thrône
Patriarchal de Jerufalem , où vous le
placez.
Vous fçavez , M.R.P. que j'ai employé
fept pages de mes remarques à le faire ;
au furplus je m'en tiendrai toujours à une
Epitaphe auffi authentique que l'eft celle
de N. B. où on lit fi diftinctement :
Hieru
OCTOBRE . 1730. 2159
Hierufalem Patriarchafuit, dilexit & omnes.
Vous en reconnoiffez l'ancienneté de
près de quatre cens ans par ces mots : >> Les
hommes de ce fiecle peu éclairé ( 1 354. )
» ont cru que les Evêques qui paffoient en
» Orient étoient tout autant de Patriarches
: Apud homines illos vix mediocriter
doctos , idem vifum eft , & c. & vous convenez
de l'uniformité des fentimens de
ceux qui avec le R. P. Zenobrius , de la
Compagnie de Jefus , Recteur du College
de Vicence , ont pû lire cette Epitaphe
à loifir : Notandum Poëtas hos omnes rotunde
appellaffe Bartholomæum Patriarcham .
Le P. Échard en a bien fenti la force . Si
c'étoit la premiere Inſcription , dit- il , on
auroit de la peine à y répondre. Quid
ergo de ejus fepulchrali Epigraphe ? Urgeret
quidem illa fi ea effet que primo ejus tumulo
infculpta. Quelle apparence qu'en renouvellant
l'Epitaphe du Saint , 83 ans après
fa mort , on fe foit avifé d'y ajouter un
titre fi diftingué s'il n'eut pas été à la premiere.
Au refte , M. R. P. fi vous avez
tant de peine à vous perfuader que N.B.
ait pris poffeffion de fon Siége , comme l'a
dit le fçavant P. Papebroch , de la Compagnie
de Jefus & votre prédéceffeur ,
avoüez du moins qu'il y a eu un certain
efpace de temps durant les deux premieres
2160 MERCURE DE FRANCE
res années du Pontificat d'Urbain IV . ( qui
felon le P. ECHARD , offrit cette dignité
à plufieurs fujets ) dans lequel N. B. en a
été revêtu pour mériter ce titre que Monfieur
l'Abbé Chatelain lui donne dans fon
Martyrologe, & qu'on lit fur fon tombeau.
Hierufalem Patriarcha fuit.
Argument pofitif qui prévaudra toujours
fur un foible argument négatif de
l'oubli du nom de N. B. dans le Catalogue
des Patriarches de Jerufalem .
Le P. Elie de Riez n'eft pas non plus
dans celui des Patriaches d'Antioche, & le
Pere Echard * ne laiffe pas de le reconnoître
comme tel & avec juftice , fur le témoignage
d'Acuna , Archevêque de Brague.
que
Puiffiez vous , M.R.P. vivre long- tems
& en fanté , pour l'utilité de la Républi-
Chrétienne , & en particulier pour la
gloire de l'Ordre des Freres Prècheurs, en
faveur duquel vous ajoutez d'une maniere
toutà fait gracieufe en finiffant votre Lettre
: >> Nous continuerons de prendre un
>> foin tout particulier que rien ne nous
Ȏchappe de tout ce qui pourra contribuer
Ȉ la folide&veritable gloire de vos Saints.
Je fuis , mon Tres - Reverend Pere
avec un profond refpect , votre , &c.
* Tume 1. Add.
Coppie
OCTOBRE. 1730. 2161.
COPPIE de la Réponse de M. Argelaty
, Directeur de la Société Palatine de
Milan.
" T
Ria à me poftulas , vir doctiffime, in
humaniffimâ Epiftolâ tuâ præterito
» menfe Maio ad me confcriptâ ; neque.
» moram incuſes rogo , quod ad præfen-
» tem ufque diem diftulerim tibi ferre refponfum
, cum tantis iifque gravibus
» diftrahar curis quod vix me mihi reddere
aliquando poffim . Sed quia animus erat,
eâ quâ par eft diligentiâ quæ poftulas
exactè perficere , clariffimum virum Jo-
»fephum-Antonium Saxium , Bibliothe-
» cæ Ambrofianæ Præfectum exquifivi , ut
ficut ipfe ea Vicentina Hiftoriæ monu-
» menta produxit , eruditâque Præfatione
» ditavit , ita nexus folveret quos inve-
» nifti.
Primò. Ab eodem igitur intellexi ma-
» nufcriptum eum Codicem quo ufus
eft , nulla alia Antiquitatis redolere vef-
» tigia , præterquam quod Vincentii Pi-
» nelli viri præclariffimi auctoritate niti-
» tur: qui fæculo decimo fexto exeunte
» Florens , illum tranfcribi fecit ex anti-
» quo exemplari qui fervabatur in fcriniis
» Herculis Fortitiæ , & quemadmodùm
» Pinellus ipfe antiquâ expertus eruditione
codices melioris notæ quos repe-
C >>rire
2162 MERCURE DE FRANCE
>> rire poterat confulebat , ideò non am-
» bigendum quin ille quoque Herculis
» Fortitiæ FIDE DIGNUM , tanto viro vide-
"
>>
retur.
Secundò. Quò tempore , quâve occa-
» fione fuerit codex ille unà cum aliis
pluribus è Vicentiâ in Ambrofianam
» tranflatus , dilucidè fatis percipere po-
» teris , fi litteras clariffimi Saxii ad eru-
» ditiffimum Muratorium tranfmiffas pro
» editione Danduli , tom. xII . Collectionis
» noftræ rerum Italicarum , impreffi con-
>> fulueris.
>> Tertiò. Te monitum volo , non aucto-
» ritate Herculis Fortitiæ. SED ANTIQUI
» CODICIS , qui penès illum fervabatur
» cujus exemplar inextat in Bibliothecâ
» Ambrofianâ : LIBERE TE ASSERERE POSSE
» BEATUM BARTHOLOMEUM EPISCOPUM
» VICENTINUM A COMITIBUS BREGANTIA-
» RUM ORIGINEM TRAXISSE. Si quæ in dies
» ad opus tuum illuftrandum mihi præ
» manibus fuerint , tibi per Litteras com-
>> municare non negligam.Ut animi erga te
» mei , & litteratos quofcumque viros
# certiùs femper exhibeam teftimonium,
Vale.
Tuus addictiffimus PHILIPPUS ARGELATUS.
Mediolani , die 18. Julii 1730.
, à la Lettre du R. P. du Sollier
de la Compagnie de JESUS , imprimée
dans les Mémoires de Trevoux , du mois
de Novembre 1729. page 2078. au ſujet
de la Vie du B. Barthelemi de Bregance
Evêque de Vicence , & Patriarche de
Hierufalem.
MON
,
ON TRES REVEREND PERE ;
Après avoir lû la vie du B. Barthelemi
de Bregance dans le premier Volume
de Juillet , page 280. des Acta Sanctorum
, que V. R. continue avec tant de
fuccès , je crus y pouvoir faire quelques
remarques. Premierement fur la Nobleffe
de fa Naiffance , qu'il a connuë
qu'il a méprisée , mais qu'il n'a jamais
fouhaité qu'on lui difputat, fur tout de la
maniere que V. K. le fait.
B vj Michel
و
2148 MERCURE DE FRANCE
Michel Pie , dites- vous , veut qu'il foit
noble Vicentin , de la Maifon de Bregance
ou Bragance, ainfi appellée du Château
de ce nom. Barbaranus , & après lui
Marchefius (encheriffant fur cette nobleffe)
font venir la Maifon de Bregance de je
ne fçai quel Adrien, à nefcio quo , Comte &
Seig. de ce Château. Je fuis furpris , continuez
- vous , qu'ils ne fe foient pas avifez
de remonter jufques à Antenor , fondateur
de la Ville de Pavie . Lifez , mon R.P. les
Chroniques de Vicence , dans le viii vol .
intitulé Rerum Italicarum Scriptores , &
vous y verrez les glorieux exploits des
Héros de cette Illuftre Maifon , Seigneurs
des Châteaux de Bregance & de Plovins ,
page 41.
Afin d'autorifer le fentiment de ces
Ecrivains , que vous défaprouvez , je me
fuis fervi du témoignage d'un ancien
manufcrit , qu'il m'a paru naturel d'attribuer
à Godus , fe trouvant imprimé.
la fin de fa Chronique , fans nom d'Auteur.
Vous avouez vous - même qu'il y eft,
en difant, ce texte n'eft pas de Godius , il eſt
ajouté à fa Chronique. Pour moi , mon
R.P. j'ai fujet de croire , par la place qu'il
occupe , qu'il en eft un fragment &
j'écris Godus , on dit Chronica Godi , &
*
د
Unfragment , puifque la Société Palatine a
jugé à propos de là lui dennor, & j'écris Godus.
non
OCTOBRE. 1730. 2149
non pas Godii. Ex quibus fuit Bartholomaus
, au lieu de in quibus fuit , comme
on le lit dans votre Lettre , pag. 2082 .
On ne fçait , ajoutez vous , de qui eft -
ce texte : De qui qu'il foit , il a des caracteres
de faux. V. R. aggréera que je me
ferve de fon expreffion , & que je dife ,
de qui qu'il foit , il n'a que des caracteres
de vrai. Elle en fera convaincue par la
réponſe à la Lettre que j'ai écrite à Milan
au retour de ma Miffion du Carême
comme à la fource où le manufcrit a été
imprimé , par les foins de la fçavante
Societé Palatine , une des plus celebres:
Academies de l'Europe , fondée , comme
vous fçavez , par M. le Comte Archinto
neveu du Cardinal Archevèque de Milan
2
de ce même nom. Ma Lettre eft écrite en
Latin , adreffée à M. Argelaty , Directeur
de cette illuftre Societé .
La voicy en partie , traduite du Latin -
en François , le refte eft compris dans la
réponse de M. Argelaty .
"
M. ayant à parler du B. Barthelemi ,
» Evèque de Vicence , en 1256. & cher-
» chant un témoignage de fa Nobleſſe ,
plus ancien que celui deMarzarius, qui
» dans l'hiftoire de cette Ville , liv. 1.pag.
» 127. le fait defcendre de l'illuftre Mai-
» fon de Bregance ; j'ai cru l'avoir heu-
>> reuſement trouvé , ce témoignage , dans
le
2150 MERCURE DE FRANCE
» le 8 vol. pag. 92. de votre riche Ou-
» vrage , qui a pour titre ; Rerum Itali-
" carum Scriptores , où on lit ce qui fuit :
» Voici les noms des Familles Nobles de
» notre Ville, déja éteintes, & dont à peine
>> refte-t-il le fouvenir. Les Comtes , & c.
» les Comtes de Bregance , defquels eft
» defcendu Barthelemi de Vicence , de
>> l'Ordre des Précheurs , Evêque de la
» même Ville.
"
Ha funt familia qua in Civitate noftra nobiles
, erant , & ita extindle funt , ut de eis
vix maneat memoria . Comites , & c. Comites
Bregantiarum , ex quibus fuit Epifcopus
Bartholomæus Vicentinus, de Ordine Pradicatorum.
>> Pour ce qui eft de l'extinction des
douze Familles dont l'Auteur parle
fans marquer l'année depuis laquelle il
» la compte , & de ce trifte oubli qui l'a
» fuivie , l'écriture & l'experience nous
>> perfuadent que tres- peu de tems fuflit
pour l'un & l'autre fort . Periit memoria
» eorum cum fonitus fur tout par rapport
>> aux fucceffeurs mâles , & dans une Ville
» auffi féconde en Nobleffe & auffi cele-
>> bre par fa grandeur qu'étoit alors celle
W
de Vicence , expofée à la tyrannie des
» Ezzelins , qui fe fuccederent & ra-
» vagerent la Lombardie jufques en 1259 .
» La Chronique de Smeregius , pag. 101 .
du
OCTOBRE . 1730 . 2151
C
» du 8 vol. cité , raporte ce qui fuit en
» particulier de la Famille de Bregance .
>> En 1259. un des fils de Rizzard Po-
» deftat , époufa D. Odolia de Bregance ,
» qui partageoit la fucceffion des Sei-
» gneurs de la Maifon de Bregance avec
» D. Deodofie , fille de Jacques de Bre-
» gance. Que fuccedebat hæreditati D.D. de
» Bregantiis , pro medietate , & D. Deodo-
» fia filia Jacobi de Bregantiis pro alia.
Ditiffima & Nobiliffima D. & c. J'efpere
que vous aurez la boncé de répondre à celui
qui eft avec un profond refpect , & c .
>>
>>>
Réponse de M. Argelaty , Directeur de la
Société Palatine de Milan , traduite
de Latin en François.
» M. R. vous fouhaitez que je vous
» réponde fur les trois chefs propofez
» dans votre Lettre , &c. Pour le faire
» avec plus d'exactitude , je les ai expo-
» fez au celebre M. Jofeph- Antoine Sa-
» xius, Préfet de la Bibliotheque Ambroifienne
, afin qu'ayant eu pour partage
,, l'examen des Manufcrits de l'hiftoire de
Vicence , qu'il a enrichis d'une fça-
» vante Préface , il fut mieux au fait de
les réfoudre. Il m'a donc fait comprendre
, 1º . que le veftige d'antiquité du
» manufcrit lui vient uniquement de l'autorité
"
>>
"
2152 MERCURE DE FRANCE.
»torité du fameux Vincent Pinelly , qui
» fleuriffoit vers la fin du 16 ° fiecle , &
» qui le fit tranfcrire d'un ancien Ma-
» nufcrit , gardé dans le Cabinet d'Her-
» cule Fortitia ; & comme Vincent Pinelly
» ce Docteur fi celebre & fi verfé dans
l'antiquité , ne s'attachoit qu'aux ma-
» nufcrits les mieux caracteriſez , il ne
» faut pas douter que celui - cy confervé
» dans le Cabinet d'Hercule Fortitiæ
» n'ait été jugé digne de foy par un ſi
» habile homme.
2º. Pour ce qui eft de l'occafion &
» du tems auquel il fut porté , avec plu-
» fieurs autres manufcrits , de Vicence à
la Bibliotheque Ambroifienne ; vous le
» pouvez voir clairement dans les Lettres
» écrites par le Sçavant M. Saxius , à
» M. Muratori, pour l'Edition de la Chro-
» nique de Dandulo , tom. 11. Rerum Ita-
» licarum , & c.
»
3. Remarquez bien que ce n'eft pas
» fur l'autorité d'Hercule Fortitia , maïs
» fur l'ancienneté du manufcrit qu'il
» avoit acquis , & dont la copie eft dans
» la Bibliotheque Ambroifienne, que vous
pouvez librement ASSURER , ET SANS
>> HESITER QUE LE B. BARTHELEMY , EVIQUE
DE VICENCE , ETOIT DE LA MAISON
» DES COMTES DE BREGANCE . Si dans la
»fuite je viens à découvrir quelque Memoire
OCTOBRE. 1730. 2153
» moire qui puiffe donner quelque luftre
» à votre Ouvrage , je me ferai un plaifir
» de vous le communiquer, afin de vous
» témoigner de plus en plus , & à tous les
gens de Lettres , combien je fuis , tuus
addictiffimus Philippus Argelatus , Me-
» diolani , die 18 Julii 1730 .
>>
On trouvera à la fin de cette Réponſe
une copie exacte de l'original Latin de la
Lettre de M Argelaty.
Vos fentimens , mon R. P. fur l'autorité
de ce manufcrit font bien differens.
La bonne critique vous apprendra de
plus , dites vous , que dans ce Catalogue
même , le paffage dont vous vous ap
puyez uniquement eft interpolé . Le nom.
de notre Bienheureux y eft inferé après
coup , & ce texte a encore d'autres caracteres
de faux : En voicy un ; on y lit : Qui
coronam fpineam donatus à Rege Francorum
portavit Vicentiam.Ce coronam fpineam,
eft là une fauffeté ou une falfification ; il
auroit falu dire : Spinam de corona . Encore
, continuez- vous , Barthelemi ne l'aporta-
t-il pas entiere cette Epine ' , fon
compagnon Afculanus la partagea avec
lui également. C'eft un texte corrompu
dans tout ce Catalogue les Familles feulement
font nommées ; on n'y nomme.
nulle part aucune perfonne en partieulier
, que dans l'endroit où Barthelemi eft
cité
2154 MERCURE DE FRANCE
cité , ce qui prouve que la citation eſt
faite exprès, pour lui & par interpolation .
Mon R. P. avant que de répondre directement
aux prétendus caracteres de
faux du manufcrit , vous agréerez que je
vous propofe ce dilemme : où tous ces
habiles connoiffeurs & exacts critiques
déja nommez, l'ont reconnu faux & interpolé
, ou non ? S'ils l'ont connu tel que
V. R. le dépeint , que ne l'ont- ils profcrit
? A quoy bon Hercule Fortitiæ l'at-
il acquis & confervé dans fon Cabinet
comme une piece rare dont il ne voulut
pas fe deffaifir ; & Pinelli , ce grand génie
fi verfé dans le choix des Originaux manufcrits
, honoré à Pavie , au raport de
Gualde , où il réfidoit depuis 1558. de la
vifite des Cardinaux Baronius & Bellarmin
, en devoit-il être jaloux jufques - là
que d'en demander une copie , ne pouvant
pas acquerir l'original ? L'Eminentif
fime Frederic Boromée , Cardinal en 1587.
& Archevêque de Milan en 1595. coufin
de Saint Charles , l'auroit- il acheté à prix
d'or ,& une groffe fomme , avec tant d'autres
manufcrits de la Bibliotheque de Pinelli
, échappez du naufrage & des mains
des Pirates, pour en enrichir fa Bibliotheque
Ambroisienne ?
Quidquid ditiffima Pinelly Bibliotheca , ac
præfertim manufcriptorum codicum ab incleOCTOBRE.
1730. 2155
mentis Pelagi & Piratarum injuriis fuperftes
fuit multo comparatum auro , & c. immortalis
fame Frederici Cardinalis Borromai , & c.
Préface du 12 vol . Rerum Italicarum , & c.
Enfin la fçavante Société Palatine de Milan
l'auroit - elle donné au public comme
un grand preſent ? Alterum inde beneficium
accipies lector, & c. VETUSTUM hoc exemplar
opere pretium fuit imprimere.
Que fi tant d'hommes de Lettres qui
ont vû en Italie ce texte , ne l'ont pas reconnu
tel que V.R.le dit ; quel jugement
en a- t- elle pû porter à Anvers , où elle n'a
vû ni le manufcrit du Cabinet d'Hercule,
ni la copie de Pinelly .A qui faut- il plutot
en croire ?
Venons aux prétendus caracteres de
faux. En voicy un , dites - dites- vous , on y lit :
Qui coronam fpineam donatus à Rege , & c.
il auroit fallu dire , fpinam de corona.
Bzovius , mon R.P.s'eft fervi des mêmes
termes dans l'Index ou Table du 1 3 vol.
des Annales Ecclefiaftiques, édition d'Anvers
1617. Ab eo , en parlant de ce Don
précieux de S. Loüis , Spinea Corona Dominica
donatur. Et afin que V.R.ne puiffe pas
dire que cet Auteur a cru parler de la Couronne
entiere , on lit, pag. 560. n ° .14 . Ab
eo pignus obtinuit Spinam ex Corona. Le témoignage
de Bzovius auroit - il aufſi un caractere
de faux ?
L'ufage
2156 MERCURE DE FRANCË
L'ufage eft commun & authorifé, mon
R. P. Pars pro toto , da mihi animas ; l'ame
pour tout l'homme , N.B. appelle dans un
de fes Traitez , l'Eglife de la Couronne
celle qui poffede cette fainte Epine.Leandre
, le Convent de la Couronne : Canobium
corona . Defcriptio Italia , pag.733.On
dit : Allons à l'adoration de la vraie Croix,
fans fpécifier d'un fragment de la vraie
Croix . L'Auteur du manufcrit a parlé le
langage commun , & le défaut prétendu
de fon expreffion n'invalidera jamais la
force de fon témoignage.
y
En fecond lieu , fi N. B. eft feul nommé
dans ce Catalogue des douze Familles
nobles , c'eſt une preuve qu'il a été fait à
peu près de fon tems , puifque l'Auteur
Vicentin voulu immortalifer le nom
de fon Evêque , de fon Concitoyen , d'une
fi illuftre Maiſon & d'un Saint , celebre
en fcience & en piété , capable de faire
l'honneur de fa patrie dans la fuite des
fiécles ; qualitez réunies dans N.B. qui ne
l'étoient pas dans un autre.
V. R. ajoute que Smeregius & Léandre
ne le nomment que Barthelemi de Vicen .
ce. Benoît XI . M. R.P. s'appeloit Nicolas
de Trévife . S. Pie V. Michel de Bofco ,
tous deux Dominicains; & l'on fçait qu'Innocent
V. du même Ordre , qui pour le
moins avoit eu autant & d'auffi preffantes
OCTOBRE. 1730. 2157
tes occafions que N.B. d'écrire le nom de
fa famille , n'eft connu que fous le nom de
Pierre de Tarantaife . Telle étoit la coutume
des premiers fiecles de notre Ordre
de prendre le furnom du lieu de la naif
fance. Ce qui eft caufe que nous ignorons
celui de la plus grande partie de nos
Generaux .
fleft tems , M. R. P. d'achever de répondre
à votre Lettre de fix petites pages
& demie , dont il y en a deux remplies
d'un préambule , trois des défauts prétendus
du manufcrit de Milan , & le refte
des deux articles qui fuivent.
?
Vous faites , me dites vous , N. B. Confeffeur
du Roy à Paris en 1240. juftement
dans le tems auquel le P. Echard , après
Ughellus , le fait Maître du Sacré Palais à
Rome , fous Gregoire IX. depuis 1235.
jufques à 1241 .
Vous me permettrez , M. R. P. de vous
faire remarquer qu'il y a dans le texte du
P. Echard ( inter ) entre , & non pas , depuis
; ce qui fait une grande differences
encore voit-on que ce n'eft qu'avec peine
qu'il le met fous ce Pape , ce qui ne peut
tout au plus s'entendre , dit-il , que de la
fin de fon Pontificat.
On fçait que 1240 & 1241.furent les 2
dernieres années de la vie de ce Pape . &
qu'en 1236 , la Miffion de N. B. finit en
Lon
2158 MERCURE DE FRANCE
Lombardie , après laquelle j'ai dit , que
tout concourt à le fuivre en France . Certè
Ughellus hoc munere functum fub Pontificatu
Gregorii I X. refert , quod verifimilius
, pourfuit le P. Echard , de ejus pofterioribus
annis intelligas , inter 1 235 & 1241 .
& forfan ultra ad Innocentium IV. à дно
creatus eft Epifcopus .
Léandre le fait clairementMaître du Sacré
Palais fous Innocent IV. par ces deux
Epoques.
Barthelemi continua en France l'explication
des Ouvrages de S. Denis , qu'il
avoit commencée à Rome . Romam vocatus
Magifter Sacri Palatii factus , coepit , & c.
Dum effet in Galliis , legit , & c. ce qui ne
peut avoir été qu'à la fuite d'Innocent IV.
elu Pape le 24 Juin 1243. & obligé de ce
réfugier à Lion au mois de Decembre 1 244 :
De plus il eft vifible que N.B. paffa de fa
Charge à l'Epifcopat . Venons à la dignité
de Patriarche.
Vous ne vous mettez pas en devoir , me
dites-vous, d'affermir N.B. fur fon thrône
Patriarchal de Jerufalem , où vous le
placez.
Vous fçavez , M.R.P. que j'ai employé
fept pages de mes remarques à le faire ;
au furplus je m'en tiendrai toujours à une
Epitaphe auffi authentique que l'eft celle
de N. B. où on lit fi diftinctement :
Hieru
OCTOBRE . 1730. 2159
Hierufalem Patriarchafuit, dilexit & omnes.
Vous en reconnoiffez l'ancienneté de
près de quatre cens ans par ces mots : >> Les
hommes de ce fiecle peu éclairé ( 1 354. )
» ont cru que les Evêques qui paffoient en
» Orient étoient tout autant de Patriarches
: Apud homines illos vix mediocriter
doctos , idem vifum eft , & c. & vous convenez
de l'uniformité des fentimens de
ceux qui avec le R. P. Zenobrius , de la
Compagnie de Jefus , Recteur du College
de Vicence , ont pû lire cette Epitaphe
à loifir : Notandum Poëtas hos omnes rotunde
appellaffe Bartholomæum Patriarcham .
Le P. Échard en a bien fenti la force . Si
c'étoit la premiere Inſcription , dit- il , on
auroit de la peine à y répondre. Quid
ergo de ejus fepulchrali Epigraphe ? Urgeret
quidem illa fi ea effet que primo ejus tumulo
infculpta. Quelle apparence qu'en renouvellant
l'Epitaphe du Saint , 83 ans après
fa mort , on fe foit avifé d'y ajouter un
titre fi diftingué s'il n'eut pas été à la premiere.
Au refte , M. R. P. fi vous avez
tant de peine à vous perfuader que N.B.
ait pris poffeffion de fon Siége , comme l'a
dit le fçavant P. Papebroch , de la Compagnie
de Jefus & votre prédéceffeur ,
avoüez du moins qu'il y a eu un certain
efpace de temps durant les deux premieres
2160 MERCURE DE FRANCE
res années du Pontificat d'Urbain IV . ( qui
felon le P. ECHARD , offrit cette dignité
à plufieurs fujets ) dans lequel N. B. en a
été revêtu pour mériter ce titre que Monfieur
l'Abbé Chatelain lui donne dans fon
Martyrologe, & qu'on lit fur fon tombeau.
Hierufalem Patriarcha fuit.
Argument pofitif qui prévaudra toujours
fur un foible argument négatif de
l'oubli du nom de N. B. dans le Catalogue
des Patriarches de Jerufalem .
Le P. Elie de Riez n'eft pas non plus
dans celui des Patriaches d'Antioche, & le
Pere Echard * ne laiffe pas de le reconnoître
comme tel & avec juftice , fur le témoignage
d'Acuna , Archevêque de Brague.
que
Puiffiez vous , M.R.P. vivre long- tems
& en fanté , pour l'utilité de la Républi-
Chrétienne , & en particulier pour la
gloire de l'Ordre des Freres Prècheurs, en
faveur duquel vous ajoutez d'une maniere
toutà fait gracieufe en finiffant votre Lettre
: >> Nous continuerons de prendre un
>> foin tout particulier que rien ne nous
Ȏchappe de tout ce qui pourra contribuer
Ȉ la folide&veritable gloire de vos Saints.
Je fuis , mon Tres - Reverend Pere
avec un profond refpect , votre , &c.
* Tume 1. Add.
Coppie
OCTOBRE. 1730. 2161.
COPPIE de la Réponse de M. Argelaty
, Directeur de la Société Palatine de
Milan.
" T
Ria à me poftulas , vir doctiffime, in
humaniffimâ Epiftolâ tuâ præterito
» menfe Maio ad me confcriptâ ; neque.
» moram incuſes rogo , quod ad præfen-
» tem ufque diem diftulerim tibi ferre refponfum
, cum tantis iifque gravibus
» diftrahar curis quod vix me mihi reddere
aliquando poffim . Sed quia animus erat,
eâ quâ par eft diligentiâ quæ poftulas
exactè perficere , clariffimum virum Jo-
»fephum-Antonium Saxium , Bibliothe-
» cæ Ambrofianæ Præfectum exquifivi , ut
ficut ipfe ea Vicentina Hiftoriæ monu-
» menta produxit , eruditâque Præfatione
» ditavit , ita nexus folveret quos inve-
» nifti.
Primò. Ab eodem igitur intellexi ma-
» nufcriptum eum Codicem quo ufus
eft , nulla alia Antiquitatis redolere vef-
» tigia , præterquam quod Vincentii Pi-
» nelli viri præclariffimi auctoritate niti-
» tur: qui fæculo decimo fexto exeunte
» Florens , illum tranfcribi fecit ex anti-
» quo exemplari qui fervabatur in fcriniis
» Herculis Fortitiæ , & quemadmodùm
» Pinellus ipfe antiquâ expertus eruditione
codices melioris notæ quos repe-
C >>rire
2162 MERCURE DE FRANCE
>> rire poterat confulebat , ideò non am-
» bigendum quin ille quoque Herculis
» Fortitiæ FIDE DIGNUM , tanto viro vide-
"
>>
retur.
Secundò. Quò tempore , quâve occa-
» fione fuerit codex ille unà cum aliis
pluribus è Vicentiâ in Ambrofianam
» tranflatus , dilucidè fatis percipere po-
» teris , fi litteras clariffimi Saxii ad eru-
» ditiffimum Muratorium tranfmiffas pro
» editione Danduli , tom. xII . Collectionis
» noftræ rerum Italicarum , impreffi con-
>> fulueris.
>> Tertiò. Te monitum volo , non aucto-
» ritate Herculis Fortitiæ. SED ANTIQUI
» CODICIS , qui penès illum fervabatur
» cujus exemplar inextat in Bibliothecâ
» Ambrofianâ : LIBERE TE ASSERERE POSSE
» BEATUM BARTHOLOMEUM EPISCOPUM
» VICENTINUM A COMITIBUS BREGANTIA-
» RUM ORIGINEM TRAXISSE. Si quæ in dies
» ad opus tuum illuftrandum mihi præ
» manibus fuerint , tibi per Litteras com-
>> municare non negligam.Ut animi erga te
» mei , & litteratos quofcumque viros
# certiùs femper exhibeam teftimonium,
Vale.
Tuus addictiffimus PHILIPPUS ARGELATUS.
Mediolani , die 18. Julii 1730.
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Résumé : RÉPONSE du Pere Texte, Dominicain, à la Lettre du R. P. du Sollier, de la Compagnie de JESUS, imprimée dans les Mémoires de Trevoux, du mois de Novembre 1729. page 2078. au sujet de la Vie du B. Barthelemi de Bregance, Evêque de Vicence, & Patriarche de Hierusalem.
Le texte est une réponse du Père Texte, dominicain, à la lettre du Père du Sollier, jésuite, publiée dans les Mémoires de Trevoux de novembre 1729. Cette correspondance traite de la vie de Barthélemy de Bregance, évêque de Vicence et patriarche de Jérusalem. Le Père Texte conteste certaines affirmations du Père du Sollier concernant la noblesse de Barthélemy de Bregance. Il mentionne que Barthélemy était issu de la maison de Bregance ou Bragance, une famille noble de Vicence. Le Père Texte se réfère à des chroniques et à un manuscrit ancien pour appuyer ses arguments. Il affirme que ce manuscrit est authentique et a été validé par des érudits tels que Vincent Pinelli et la Société Palatine de Milan. Il critique également les accusations de falsification portées sur le manuscrit, en citant des exemples similaires dans d'autres ouvrages historiques. Le texte traite également des dernières années de la vie de Barthélemy, qui a vécu ses deux dernières années, 1240 et 1241, sous le pontificat de Grégoire IX. En 1236, une mission en Lombardie a marqué la fin de sa carrière missionnaire. Il a ensuite été Maître du Sacré Palais sous Innocent IV, rôle qu'il a continué en France après avoir été appelé à Rome. Barthélemy a également été évêque de Vicence et a continué l'explication des œuvres de Saint Denis en France. Sa dignité de patriarche de Jérusalem est soutenue par une épitaphe authentique et des témoignages historiques. Il a été reconnu comme patriarche par plusieurs sources, y compris le Père Échard et le Père Papebroch. Le Père Texte conclut en soulignant l'importance de la tradition et des témoignages historiques pour établir la noblesse de Barthélemy de Bregance. La correspondance entre les érudits discute de l'authenticité des documents historiques concernant Barthélemy, mettant en lumière les débats et les validations nécessaires pour confirmer son héritage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1481
p. 2168-2181
LETTRE de M... sur un Songe.
Début :
Il m'est arrivé bien des choses extraordinaires depuis que je ne vous ai [...]
Mots clefs :
Passions, Hommes, Songe, Amour, Ennui, Temple, Dieu, Nature, Génie, Philosophes, Désirs, Coeur, Vision
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M... sur un Songe.
LETTRE de M... fur un Songe.
I
L m'eft arrivé bien des chofes extraordinaires
depuis que je ne vous ai
vûë ; j'ai cu un fonge , Mile ; mais un
fonge comme on n'en à jamais fait , &
qui eft du moins auffi vrai qu'aucun autre.
N'allez pas croire foit conque
ce par
tagion que je vous raconte mon rêve ; je
ne prens point les défauts de ceux que
j'ai l'honneur de connoître ; & pour avoir
le
OCTOBRE. 1730. 2169
le droit de la nouveauté , je le nommerai
vifion , fi vous voulez. Vifion foit. La
mienne a quelque chofe de particulier
par une fuite d'Evenemens arrangés qui
s'y trouvent.
A peine étois-je arrivé dans * * qu'il
m'a femblé être à la porte du Temple de
l'Ennui ; je ne ſçai fi je dormois ou fi j'étois
bien éveillé ; mais il ne me fouvient
point de m'être endormi ; car ma vifion
ou mon rêve , comme il vous plaira de
l'apeller, a commencé dès l'inftant que j'ai
mis pied à terre.
Ici regne un fombre filence ;
Arbres , rochers , deferts affreux ;
Eole & fa terrible engeance
N'abandonnent jamais ces lieux.
Des Ris , des Jeux la Troupe aimable
Eft inconnue en ces triftes féjours ;
Je m'y trouvai , victime déplorable ,
Abandonné de tout fécours.
Quoique je connuffe toute l'horreur de
mon fort , un charme invincible qui eft
répandu dans l'air qu'on y refpire , m'engageoit
malgré moi d'aller jufqu'au Temple.
Je fus reçû à la porte par des femmes
déja fur l'âge qui vouloient encore
plaire , malgré la nature même qui avoit
C v
pourvû
2170 MERCURE DE FRANCE
pourvû de refte à leurs défagrémens ;
elles avoient envain employé tout ce
que Part peut fournir pour recrépir un
vifage dont les rides ne laiffoient pas de
paroître au travers de la pomade dont il
étoit rempli ; & malgré les grimaces que
le dérangement d'un nouveau ratelier
de dents les obligeoit de faire , elles vouloient
compofer une belle bouche. La
porte du Temple me fut ouverte par cette
efpece de femmes , & fe referma fi - tôt
que je fus entré avec un bruit effroïable.
J'en trouvai dans l'interieur un autre effain
qui m'acofta ; c'étoient des Précieufes
qui avec un faux efprit & un fçavoir
fuperficiel vous affomment par un langage
affecté & impertinent. Je me fauvai
le plus vite que je pus de leurs mains ;
mais je tombai , comme on dit , de Caribde
en Scilla ; car à peine avois - je mis
le pied dans le Sanctuaire où elles m'avoient
conduit , que je me trouvai parmi
un nombre infini d'originaux , tous
Miniftres de l'ennui. Je m'y vis auffi - tôt
environné par un tas d'Auteurs. Ah ! la
maudite efpece.
L'un tire un long Poëme Epique ;
L'autre une Piece Dramatique :
Celui - ci dans le doux Lyrique ;
Celui-là pour le bon Comique ,
Prétend
OCTOBRE. 1730. 2170)
Prétend qu'il eft Auteur unique ,
Et d'original il fe pique.
Parmi ces objets fantaſtiques
J'y vis encor des Politiques ,
Qui prétendoient fuivant leurs loix
Diriger le Confeil des Rois.
3
Si je les en avois crûs , ils m'auroient
perfuadé qu'ils avoient des corefpondances
fecrettes avec le Divan , les négocia
tions les plus délicates leur étoient connuës
; ils avoient la clef du Cabinet de
tous les Potentats de l'Univers , & ils
étoient initiés dans tous les Confeils de
l'Europe ; tantôt ils faifoient la guerre ,
tantôt ils faifoient la paix. Ce n'étoit que
tréves , ccoonnggrrééss , interêt des Princes
Places prifes ou renduës , batailles gagnées,
faute d'un General , Campement , Marches
; ils faifoient changer de face à toute
l'Europe , chaffoient des Rois , en remettoient
d'autres en leurs places ; enfin
en un quart d'heure de tems ils firent faire
plus de mouvemens fur la furface de la
terre que fix mille ans n'en pourroient produire.
Je m'éloignai de ces M M. & je fus
repris par un Auteur dont la phifionomie
noire annonçoit l'amertume & le fiel qu'il
avoit dans le coeur ; il me lut mauffadement
, & cependant avec fureur quelques
C vj
Pié2172
MERCURE DE FRANCE
Piéces fatiriques qui attaquoient ouvertement
, & jufqu'au vif , l'honneur de ſes
confreres. Après m'en avoir lû deux ou
trois qui étoient fes morceaux favoris
& vomi mille invectives contre la
Cour & la Ville , il voulut encore en tirer
d'autres ; mais la cruelle fituation où
je me trouvois d'être obligé de les entendre
, me fit tomber dans un fommeil léthargique
dour je ne revins qu'au bout
de quelque tems . J'ignore ce que mon furieux
devint ; je me trouvai feul à mon
reveil dans un coin du Temple ; là , je fis
des reflexions bien triftes Helas ! difoisje
en moi- même , encore fi j'étois amoureux
, je pourrois m'occuper agréablement
; je fongeai dans ce moment à une
perfonne que je connois , & je fouhaitai
violemment de l'aimer , & d'en être aimé.
J'adreffai ma priere à l'Amour , & je l'invoquai
en ces termes :
O toi ! charmant Amour , des doux plaifirs le
pere ,
Quitte l'heureux féjour de Paphos , de Cithere ; }
Hâte-toi , viens me fecour :
Voudrois -tu me laiffer périr
Dieu puiffant aujourd'hui brûle-mol de tes feux...
Comme j'étois encore dans l'entouſiaſme
de mon invocation , je vis paroître
l'Amour
OCTOBRE. 1730. 2173
l'Amour qui me demanda d'un ton railleur
ce que j'exigeois de lui ; je lui dis
qu'ayant toujours été un de fes plus fideles
fectateurs , que l'ayant toujours bien
fervi , j'ofois efperer qu'il ne me refuſeroit
pas une grace ; que je me trouvois
malheureufement enfermé dans le Temple
de l'Ennui , que je le priois inftamment
de me frapper de fes traits pour
Belle que je lui nommois , & de la rendrefenfible
à ma tendreffe . L'Amour m'interrompit
en levant les épaules , & d'une
voix méprilante il me dit ces mots :
Eh ! que penfes- tu faire avec tant de foiblefle ?
Il n'eft qu'un tems pour gouter les plaiſirs :
Quoi ! voudrois-tu , fi loin de la jeuneſſe ,
Conferver dans ton coeur d'inutiles defirs ?
Non , non , à d'autres foins ...
2
la
Ah ! Dieu cruel , m'écriai -je , l'inter
rompant, outré de defefpoir, peux- tu me
reprocher ma foibleffe & n'eft-ce point
à ton fervice que j'ai perdu ma vigueur ?
Je t'en ai recompenfe , repartit-il à l'inf
tant , de quoi te plains-tu ? tant que tu
as jɔui de ton Printems , ne t'ai-je point
fans ceffe offert de nouvelles conquêtes ?
nomme-moi les cruelles que tu n'as pû
fléchir fi tu m'as bien fervi , je t'ai bien
protegé , & entre nous , continua -t'il ,
par
2174 MERCURE DE FRANCE
par quelle qualité éminente meritois- tu
fi fort ma protection ? difpenfe- moi du
détail de tes mérites , il ne tourneroit
qu'à notre confufion . Il s'envole à ces
mots qui me rendirent encore plus trifte ;
j'y entrevoyois une verité peu fatisfaifante
pour moi .
Je pris mon parti d'un autre coté ; je
voulus faire des Vers , croyant que ce
pourroit être un Talifman qui feroit ouvrir
les portes du Temple .
Mis, quoi ? fans l'aveu d'Appollon
Prétend- on s'établir dans le facré Vallon ?
J'eus beau implorer les Mufes , le Dieu -
du Parnaffe , tout fut fourd à ma voix .
Je ne fçavois que devenir , lorfque mon
génie m'apparut : votre génie , me direzvous
? oui , mon génie ; nous en avons
tous un qui veille fur nous , & qui détermine
nos actions. Notre génie eſt toujours
à la portée de nos organes ; c'eft
felon qu'ils font difpofés qu'il agit bien
ou mal ; ainfi il ne faut pas s'étonner
lorfque l'on voit les génies faire commetre
des fautes fi confiderables aux uns ,
pendant qu'ils conduifent fi fagement les
autres : c'eft , comme je l'ai dit , felon les
difpofitions qu'ils trouvent dans les fujets
.
Cette
OCTOBRE . 1730. 2175
Cette difference d'agir dans les génies
fit faire fon fiftême d'efprits au Comte de
Gabelis. Il s'imagina que les diverfes
actions des hommes étoient dirigées par
autant de fortes de génies ; il établit donc ,
comme vous le fçavez , les Gnomes dans
la terre , les Nymphes dans les eaux , les
Sylphes dans l'air & les Salamandres dans
le feu : chaque efpece avoit fes fonctions
differentes. Moyennant cette idée il crut
avoir donné une folution jufte de tout ce
qui arrive dans le monde ; mais il s'eft
trompé bien lourdement .
Je reviens au mien qui m'apparut fous
ma forme , c'étoit le moyen d'être bien
reçû. Je connois bien des femmes à qui
je ferois fûr de plaire , fi je me préſentois
fous leur figure. Notre premiere paffion
, c'eft . l'amour propre. Je vis mon
génie ; il étoit trifte comme moi , & me
dit qu'il ne pouvoit par lui- même me
tirer de l'affreux féjour où j'étois ; mais
qu'il voyoit dans la poche d'un des Miniftres
de l'Ennui un livre qui pouvoir
contenir des fecrets pour fortir du Temple
; il me montra celui qui en étoit porteur
, & difparut.
Je m'approchai de ce Miniftre ; je lui
fis des politeffes qu'il reçût fort bien ; il
m'aprit qu'il étoit Bibliotequaire du Dieu
de l'Ennui : il ajoûta qu'il vouloit me donner
2176 MERCURE DE FRANCE
ner le plaifir d'examiner fes Livres ; j'euffe
bien voulu m'en difpenfer , mais l'envie
que j'avois de poffeder celui qu'il avoit
dans fa poche, me donna la complaifance
de le fuivre. J'entrai dans la Biblioteque
qui étoit d'un bois rembruni , orné par
intervales de faux clinquant qui fatiguoit
plus la vûë qu'il ne la réjouiffoit. Il me
lut le Catalogue de fes Livres : c'étoit ,
il m'en fouvient encore la Dialectique
d'Ariftote , une partie de fa Phyfique ,
le Siftême harmonique de l'Univers par
Pythagore , plufieurs Traités de Morale,
tant des Anciens que des Modernes , tous
les Poëmes Epiques François , Recüeil
des Oraifons Funebres , Piéces fugitives
à la louange des Grands , Opera , Tragédies
& Comédies nouvelles , plufieurs
Romans les Journées Amulantes y
avoient place , & une quantité innombrable
d'autres livres fur differentes matieres
. Mon Conducteur fe récria fur tout
fur un Volume qu'il difoit être un des
plus grands foutiens de leur Temple : c'étoit
les Piéces de Poëfie de * * Comme il
me faifoit la lecture d'une , je vis fes
s'appefantir & fe fermer , comme s'il alloit
tomber dans un profond fommeil .
De peur qu'il ne m'en arrivât autant , je
me faifis au plus vite du livre qui faifoit
tout mon efpoir : jugez quelle fut ma joye
>
yeux,
quand
OCTOBRE. 1730. 2177
quand je vis par le titre que c'étoit les
Oeuvres de Clement Marot. J'ignore par
quelle avanture ce Miniftre fe trouvoit
muni d'un pareil livre . Quoiqu'il en foit,
je l'ouvris avec précipitation ; mais à
peine en avois - je lû la moitié d'une page,
ô prodige incroyable ! le Temple s'abîma
& je me trouvai dans une autre Biblioteque
charmante ; tout s'y fentoit des mains
de la nature , & l'art n'avoit , ou fembloit
n'avoir aucune part à l'ouvrage . Enchantê
d'un fr beau fpectacle , j'examinai les livres
; ils avoient tous pour infcription en
lettres d'or : Remede contre l'ennui ; je les
ouvris l'un après l'autre , j'y trouvai les
Oeuvres d'Anacréon , les Poëfies du tendre
Tibulle & de Catulle les Elegies
d'Ovide , les Satires d'Horace , les Epigrammes
de Martial , les Poëmes d'Homere
, de Virgile , de l'Ariofte & du Taffe,
les Romans de Petrone , de Michel Cervantes
& de Rabelais , les Fables de la
Fontaine étoient proprement reliées avec
celles de Phédre ; fes Contes feuls étoient
placés à l'écart. J'y vis auffi les Comédies
d'Ariftophane , de Plaute , de Terence &
de Moliere ; les Tragédies de Sophocle
d'Euripide , de Corneille & de Racine
étoient fur la même planche ; les Opera
de Quinaut , les Oeuvres de Pavillon &
de Bourfault y tenoient une place hono-
T'hélitois
›
218 MERCURE DE FRANCE
J'héfitois dans le choix que j'en devois
faire , lorsqu'une grande femme s'avance
vers moi avec un maintien noble , fon
front étoit ferein , dans fes yeux brilloit
la douceur , un air de bonté & de tranquilité
étoit répandu dans toute fa perfonne
: elle vit fans doute ma furpriſe ;
& ouvrant la bouche avec des graces admirables
, elle me tint ce difcours : Je
fuis Uranie , Muſe qui préfide à la Philofophie
; tu t'étonnes , fans doute , de
me voir au milieu de gens qui n'ont jamais
eu le titre de Philofophes dans le
monde ; j'excufe ta furprife. Apprens que
tous ces grands hommes dont tu vois ici
les Ouvrages ont été les feuls & les vrais
Philofophes , & que ceux qui paffent pour
tels dans le monde n'en ont jamais eu que
le nom. La vraie Philofophie , me ditque
elle , confifte à fuir les violens excès ou
conduit une paffion trop emportée , à
regler fes defirs fur une volupté permife;
car c'eſt une erreur qui tient de la folie
de vouloir éteindre les paffions ; il faudroit
éteindre la nature ; ils en font une
fuite indifpenfable . Que les hommes ,
s'écria Uranie , connoiffent peu ce qui
leur eft utile ! les paffions leur ont été
données pour les dédommager des miferes
de l'humanité , & ils les méprifent :
cela eſt incroyable : oüi , continua-t'elle,
les
OCTOBRE. 1730. 2179
les paffions ont été accordées aux fages
comme le plus beau preſent que
les Dieux
ayent pû leur faire ; mais c'eft auffi le
fleau le plus terrible dont ils ſe ſervent
dans leur colere , pour qui n'en fçait pas
faire ufage.
Je ne pûs m'empêcher de paroitre furpris
d'un pareil raifonnement ; je ne pouvois
concevoir comment les paffions faifoient
en même tems tant de bien & tant
de mal . La Mufe s'apperçut de mon
étonnement : Je veux bien , me dit - elle ,
vous défiller les yeux : les hommes font
tous nés avec une même meſure de paſfion
dans le coeur ; la feule difference de
bien employer cette dofe de paffion diftingue
le vrai Philofophe d'avec celui qui
ne l'eft pas. Il en eft des paffions comme
d'un fleuve , qui refferré dans un lit trop
étroit , devient un torrent furieux , brife
& ravage tout ce qu'on pourroit employer
pour refifter à fes efforts ; mais
fi vous lui ouvrez plufieurs routes dans
lefquelles il puiffe s'étendre , alors ce torrent
dont un feul lit ne pouvoit contenir
l'eau , forme , étant divifé , plufieurs ruiffeaux
, dont le cours doux & tranquille
vous offre un fpectacle agréable. L'infenſé ,
femblable à ce fleuve , place fans reflexion
tout ce qu'il a reçû de paffions dans
un unique objet : c'eft en vain alors qu'il
you2180
MERCURE DE FRANCE
voudroit y mettre les digues que la raiſon
lui offre , ce font de trop foibles barrieres
que l'impetuofité de les defirs a bientôt
renversées. Tous les mouvemens de
fon ame . fe portant en foule fur un feul
point , le tourmentent , le defefperenr
le portent à des extrémités horribles , &
ne lui laiffent pas un moment de repos.
C'eft delà que nous voyons des joueurs
furieux , des avares méprifables , des
Amans defefperés , des ambitieux extravagans
; le fage , au contraire , qui reconnoît
la neceffité des paffions , mais
qui connoît auffi le mal qu'elles peuvent
produire , en diminue la violence en les
divifant ; il leur donne differens emplois
pour s'en rendre le maitre , & forme au
lieu d'un torrent qui détruit tout , ces
doux ruiffeaux dont le cours aimable ne
peut porter aucun dommage.
C'eft ainfi que vivent les Philofophes ;
ils jouiffent de tous les agrémens de la vie ,
ils reconnoiffent que le fouverain bien
confifte dans la privation du mal , ils en
évitent jufqu'à l'idée. Les plaifirs , continua
Uranie , font faits pour les hommes;
les chagrins devroient leur être étrangers :
ils dégradent leurs ames , & ne font qu'uné
fuite de la foibleffe de leur nature. Je
te quitte , ajoûta - t'elle , fuis mes confeils ,
entretiens familiarité avec ces grands
hommes
OCTOBRE. 1730. 2181
hommes , tu vivras heureux. A ces mots
elle difparut. La yifion finit.
akakakakaka
D. L. C.
I
L m'eft arrivé bien des chofes extraordinaires
depuis que je ne vous ai
vûë ; j'ai cu un fonge , Mile ; mais un
fonge comme on n'en à jamais fait , &
qui eft du moins auffi vrai qu'aucun autre.
N'allez pas croire foit conque
ce par
tagion que je vous raconte mon rêve ; je
ne prens point les défauts de ceux que
j'ai l'honneur de connoître ; & pour avoir
le
OCTOBRE. 1730. 2169
le droit de la nouveauté , je le nommerai
vifion , fi vous voulez. Vifion foit. La
mienne a quelque chofe de particulier
par une fuite d'Evenemens arrangés qui
s'y trouvent.
A peine étois-je arrivé dans * * qu'il
m'a femblé être à la porte du Temple de
l'Ennui ; je ne ſçai fi je dormois ou fi j'étois
bien éveillé ; mais il ne me fouvient
point de m'être endormi ; car ma vifion
ou mon rêve , comme il vous plaira de
l'apeller, a commencé dès l'inftant que j'ai
mis pied à terre.
Ici regne un fombre filence ;
Arbres , rochers , deferts affreux ;
Eole & fa terrible engeance
N'abandonnent jamais ces lieux.
Des Ris , des Jeux la Troupe aimable
Eft inconnue en ces triftes féjours ;
Je m'y trouvai , victime déplorable ,
Abandonné de tout fécours.
Quoique je connuffe toute l'horreur de
mon fort , un charme invincible qui eft
répandu dans l'air qu'on y refpire , m'engageoit
malgré moi d'aller jufqu'au Temple.
Je fus reçû à la porte par des femmes
déja fur l'âge qui vouloient encore
plaire , malgré la nature même qui avoit
C v
pourvû
2170 MERCURE DE FRANCE
pourvû de refte à leurs défagrémens ;
elles avoient envain employé tout ce
que Part peut fournir pour recrépir un
vifage dont les rides ne laiffoient pas de
paroître au travers de la pomade dont il
étoit rempli ; & malgré les grimaces que
le dérangement d'un nouveau ratelier
de dents les obligeoit de faire , elles vouloient
compofer une belle bouche. La
porte du Temple me fut ouverte par cette
efpece de femmes , & fe referma fi - tôt
que je fus entré avec un bruit effroïable.
J'en trouvai dans l'interieur un autre effain
qui m'acofta ; c'étoient des Précieufes
qui avec un faux efprit & un fçavoir
fuperficiel vous affomment par un langage
affecté & impertinent. Je me fauvai
le plus vite que je pus de leurs mains ;
mais je tombai , comme on dit , de Caribde
en Scilla ; car à peine avois - je mis
le pied dans le Sanctuaire où elles m'avoient
conduit , que je me trouvai parmi
un nombre infini d'originaux , tous
Miniftres de l'ennui. Je m'y vis auffi - tôt
environné par un tas d'Auteurs. Ah ! la
maudite efpece.
L'un tire un long Poëme Epique ;
L'autre une Piece Dramatique :
Celui - ci dans le doux Lyrique ;
Celui-là pour le bon Comique ,
Prétend
OCTOBRE. 1730. 2170)
Prétend qu'il eft Auteur unique ,
Et d'original il fe pique.
Parmi ces objets fantaſtiques
J'y vis encor des Politiques ,
Qui prétendoient fuivant leurs loix
Diriger le Confeil des Rois.
3
Si je les en avois crûs , ils m'auroient
perfuadé qu'ils avoient des corefpondances
fecrettes avec le Divan , les négocia
tions les plus délicates leur étoient connuës
; ils avoient la clef du Cabinet de
tous les Potentats de l'Univers , & ils
étoient initiés dans tous les Confeils de
l'Europe ; tantôt ils faifoient la guerre ,
tantôt ils faifoient la paix. Ce n'étoit que
tréves , ccoonnggrrééss , interêt des Princes
Places prifes ou renduës , batailles gagnées,
faute d'un General , Campement , Marches
; ils faifoient changer de face à toute
l'Europe , chaffoient des Rois , en remettoient
d'autres en leurs places ; enfin
en un quart d'heure de tems ils firent faire
plus de mouvemens fur la furface de la
terre que fix mille ans n'en pourroient produire.
Je m'éloignai de ces M M. & je fus
repris par un Auteur dont la phifionomie
noire annonçoit l'amertume & le fiel qu'il
avoit dans le coeur ; il me lut mauffadement
, & cependant avec fureur quelques
C vj
Pié2172
MERCURE DE FRANCE
Piéces fatiriques qui attaquoient ouvertement
, & jufqu'au vif , l'honneur de ſes
confreres. Après m'en avoir lû deux ou
trois qui étoient fes morceaux favoris
& vomi mille invectives contre la
Cour & la Ville , il voulut encore en tirer
d'autres ; mais la cruelle fituation où
je me trouvois d'être obligé de les entendre
, me fit tomber dans un fommeil léthargique
dour je ne revins qu'au bout
de quelque tems . J'ignore ce que mon furieux
devint ; je me trouvai feul à mon
reveil dans un coin du Temple ; là , je fis
des reflexions bien triftes Helas ! difoisje
en moi- même , encore fi j'étois amoureux
, je pourrois m'occuper agréablement
; je fongeai dans ce moment à une
perfonne que je connois , & je fouhaitai
violemment de l'aimer , & d'en être aimé.
J'adreffai ma priere à l'Amour , & je l'invoquai
en ces termes :
O toi ! charmant Amour , des doux plaifirs le
pere ,
Quitte l'heureux féjour de Paphos , de Cithere ; }
Hâte-toi , viens me fecour :
Voudrois -tu me laiffer périr
Dieu puiffant aujourd'hui brûle-mol de tes feux...
Comme j'étois encore dans l'entouſiaſme
de mon invocation , je vis paroître
l'Amour
OCTOBRE. 1730. 2173
l'Amour qui me demanda d'un ton railleur
ce que j'exigeois de lui ; je lui dis
qu'ayant toujours été un de fes plus fideles
fectateurs , que l'ayant toujours bien
fervi , j'ofois efperer qu'il ne me refuſeroit
pas une grace ; que je me trouvois
malheureufement enfermé dans le Temple
de l'Ennui , que je le priois inftamment
de me frapper de fes traits pour
Belle que je lui nommois , & de la rendrefenfible
à ma tendreffe . L'Amour m'interrompit
en levant les épaules , & d'une
voix méprilante il me dit ces mots :
Eh ! que penfes- tu faire avec tant de foiblefle ?
Il n'eft qu'un tems pour gouter les plaiſirs :
Quoi ! voudrois-tu , fi loin de la jeuneſſe ,
Conferver dans ton coeur d'inutiles defirs ?
Non , non , à d'autres foins ...
2
la
Ah ! Dieu cruel , m'écriai -je , l'inter
rompant, outré de defefpoir, peux- tu me
reprocher ma foibleffe & n'eft-ce point
à ton fervice que j'ai perdu ma vigueur ?
Je t'en ai recompenfe , repartit-il à l'inf
tant , de quoi te plains-tu ? tant que tu
as jɔui de ton Printems , ne t'ai-je point
fans ceffe offert de nouvelles conquêtes ?
nomme-moi les cruelles que tu n'as pû
fléchir fi tu m'as bien fervi , je t'ai bien
protegé , & entre nous , continua -t'il ,
par
2174 MERCURE DE FRANCE
par quelle qualité éminente meritois- tu
fi fort ma protection ? difpenfe- moi du
détail de tes mérites , il ne tourneroit
qu'à notre confufion . Il s'envole à ces
mots qui me rendirent encore plus trifte ;
j'y entrevoyois une verité peu fatisfaifante
pour moi .
Je pris mon parti d'un autre coté ; je
voulus faire des Vers , croyant que ce
pourroit être un Talifman qui feroit ouvrir
les portes du Temple .
Mis, quoi ? fans l'aveu d'Appollon
Prétend- on s'établir dans le facré Vallon ?
J'eus beau implorer les Mufes , le Dieu -
du Parnaffe , tout fut fourd à ma voix .
Je ne fçavois que devenir , lorfque mon
génie m'apparut : votre génie , me direzvous
? oui , mon génie ; nous en avons
tous un qui veille fur nous , & qui détermine
nos actions. Notre génie eſt toujours
à la portée de nos organes ; c'eft
felon qu'ils font difpofés qu'il agit bien
ou mal ; ainfi il ne faut pas s'étonner
lorfque l'on voit les génies faire commetre
des fautes fi confiderables aux uns ,
pendant qu'ils conduifent fi fagement les
autres : c'eft , comme je l'ai dit , felon les
difpofitions qu'ils trouvent dans les fujets
.
Cette
OCTOBRE . 1730. 2175
Cette difference d'agir dans les génies
fit faire fon fiftême d'efprits au Comte de
Gabelis. Il s'imagina que les diverfes
actions des hommes étoient dirigées par
autant de fortes de génies ; il établit donc ,
comme vous le fçavez , les Gnomes dans
la terre , les Nymphes dans les eaux , les
Sylphes dans l'air & les Salamandres dans
le feu : chaque efpece avoit fes fonctions
differentes. Moyennant cette idée il crut
avoir donné une folution jufte de tout ce
qui arrive dans le monde ; mais il s'eft
trompé bien lourdement .
Je reviens au mien qui m'apparut fous
ma forme , c'étoit le moyen d'être bien
reçû. Je connois bien des femmes à qui
je ferois fûr de plaire , fi je me préſentois
fous leur figure. Notre premiere paffion
, c'eft . l'amour propre. Je vis mon
génie ; il étoit trifte comme moi , & me
dit qu'il ne pouvoit par lui- même me
tirer de l'affreux féjour où j'étois ; mais
qu'il voyoit dans la poche d'un des Miniftres
de l'Ennui un livre qui pouvoir
contenir des fecrets pour fortir du Temple
; il me montra celui qui en étoit porteur
, & difparut.
Je m'approchai de ce Miniftre ; je lui
fis des politeffes qu'il reçût fort bien ; il
m'aprit qu'il étoit Bibliotequaire du Dieu
de l'Ennui : il ajoûta qu'il vouloit me donner
2176 MERCURE DE FRANCE
ner le plaifir d'examiner fes Livres ; j'euffe
bien voulu m'en difpenfer , mais l'envie
que j'avois de poffeder celui qu'il avoit
dans fa poche, me donna la complaifance
de le fuivre. J'entrai dans la Biblioteque
qui étoit d'un bois rembruni , orné par
intervales de faux clinquant qui fatiguoit
plus la vûë qu'il ne la réjouiffoit. Il me
lut le Catalogue de fes Livres : c'étoit ,
il m'en fouvient encore la Dialectique
d'Ariftote , une partie de fa Phyfique ,
le Siftême harmonique de l'Univers par
Pythagore , plufieurs Traités de Morale,
tant des Anciens que des Modernes , tous
les Poëmes Epiques François , Recüeil
des Oraifons Funebres , Piéces fugitives
à la louange des Grands , Opera , Tragédies
& Comédies nouvelles , plufieurs
Romans les Journées Amulantes y
avoient place , & une quantité innombrable
d'autres livres fur differentes matieres
. Mon Conducteur fe récria fur tout
fur un Volume qu'il difoit être un des
plus grands foutiens de leur Temple : c'étoit
les Piéces de Poëfie de * * Comme il
me faifoit la lecture d'une , je vis fes
s'appefantir & fe fermer , comme s'il alloit
tomber dans un profond fommeil .
De peur qu'il ne m'en arrivât autant , je
me faifis au plus vite du livre qui faifoit
tout mon efpoir : jugez quelle fut ma joye
>
yeux,
quand
OCTOBRE. 1730. 2177
quand je vis par le titre que c'étoit les
Oeuvres de Clement Marot. J'ignore par
quelle avanture ce Miniftre fe trouvoit
muni d'un pareil livre . Quoiqu'il en foit,
je l'ouvris avec précipitation ; mais à
peine en avois - je lû la moitié d'une page,
ô prodige incroyable ! le Temple s'abîma
& je me trouvai dans une autre Biblioteque
charmante ; tout s'y fentoit des mains
de la nature , & l'art n'avoit , ou fembloit
n'avoir aucune part à l'ouvrage . Enchantê
d'un fr beau fpectacle , j'examinai les livres
; ils avoient tous pour infcription en
lettres d'or : Remede contre l'ennui ; je les
ouvris l'un après l'autre , j'y trouvai les
Oeuvres d'Anacréon , les Poëfies du tendre
Tibulle & de Catulle les Elegies
d'Ovide , les Satires d'Horace , les Epigrammes
de Martial , les Poëmes d'Homere
, de Virgile , de l'Ariofte & du Taffe,
les Romans de Petrone , de Michel Cervantes
& de Rabelais , les Fables de la
Fontaine étoient proprement reliées avec
celles de Phédre ; fes Contes feuls étoient
placés à l'écart. J'y vis auffi les Comédies
d'Ariftophane , de Plaute , de Terence &
de Moliere ; les Tragédies de Sophocle
d'Euripide , de Corneille & de Racine
étoient fur la même planche ; les Opera
de Quinaut , les Oeuvres de Pavillon &
de Bourfault y tenoient une place hono-
T'hélitois
›
218 MERCURE DE FRANCE
J'héfitois dans le choix que j'en devois
faire , lorsqu'une grande femme s'avance
vers moi avec un maintien noble , fon
front étoit ferein , dans fes yeux brilloit
la douceur , un air de bonté & de tranquilité
étoit répandu dans toute fa perfonne
: elle vit fans doute ma furpriſe ;
& ouvrant la bouche avec des graces admirables
, elle me tint ce difcours : Je
fuis Uranie , Muſe qui préfide à la Philofophie
; tu t'étonnes , fans doute , de
me voir au milieu de gens qui n'ont jamais
eu le titre de Philofophes dans le
monde ; j'excufe ta furprife. Apprens que
tous ces grands hommes dont tu vois ici
les Ouvrages ont été les feuls & les vrais
Philofophes , & que ceux qui paffent pour
tels dans le monde n'en ont jamais eu que
le nom. La vraie Philofophie , me ditque
elle , confifte à fuir les violens excès ou
conduit une paffion trop emportée , à
regler fes defirs fur une volupté permife;
car c'eſt une erreur qui tient de la folie
de vouloir éteindre les paffions ; il faudroit
éteindre la nature ; ils en font une
fuite indifpenfable . Que les hommes ,
s'écria Uranie , connoiffent peu ce qui
leur eft utile ! les paffions leur ont été
données pour les dédommager des miferes
de l'humanité , & ils les méprifent :
cela eſt incroyable : oüi , continua-t'elle,
les
OCTOBRE. 1730. 2179
les paffions ont été accordées aux fages
comme le plus beau preſent que
les Dieux
ayent pû leur faire ; mais c'eft auffi le
fleau le plus terrible dont ils ſe ſervent
dans leur colere , pour qui n'en fçait pas
faire ufage.
Je ne pûs m'empêcher de paroitre furpris
d'un pareil raifonnement ; je ne pouvois
concevoir comment les paffions faifoient
en même tems tant de bien & tant
de mal . La Mufe s'apperçut de mon
étonnement : Je veux bien , me dit - elle ,
vous défiller les yeux : les hommes font
tous nés avec une même meſure de paſfion
dans le coeur ; la feule difference de
bien employer cette dofe de paffion diftingue
le vrai Philofophe d'avec celui qui
ne l'eft pas. Il en eft des paffions comme
d'un fleuve , qui refferré dans un lit trop
étroit , devient un torrent furieux , brife
& ravage tout ce qu'on pourroit employer
pour refifter à fes efforts ; mais
fi vous lui ouvrez plufieurs routes dans
lefquelles il puiffe s'étendre , alors ce torrent
dont un feul lit ne pouvoit contenir
l'eau , forme , étant divifé , plufieurs ruiffeaux
, dont le cours doux & tranquille
vous offre un fpectacle agréable. L'infenſé ,
femblable à ce fleuve , place fans reflexion
tout ce qu'il a reçû de paffions dans
un unique objet : c'eft en vain alors qu'il
you2180
MERCURE DE FRANCE
voudroit y mettre les digues que la raiſon
lui offre , ce font de trop foibles barrieres
que l'impetuofité de les defirs a bientôt
renversées. Tous les mouvemens de
fon ame . fe portant en foule fur un feul
point , le tourmentent , le defefperenr
le portent à des extrémités horribles , &
ne lui laiffent pas un moment de repos.
C'eft delà que nous voyons des joueurs
furieux , des avares méprifables , des
Amans defefperés , des ambitieux extravagans
; le fage , au contraire , qui reconnoît
la neceffité des paffions , mais
qui connoît auffi le mal qu'elles peuvent
produire , en diminue la violence en les
divifant ; il leur donne differens emplois
pour s'en rendre le maitre , & forme au
lieu d'un torrent qui détruit tout , ces
doux ruiffeaux dont le cours aimable ne
peut porter aucun dommage.
C'eft ainfi que vivent les Philofophes ;
ils jouiffent de tous les agrémens de la vie ,
ils reconnoiffent que le fouverain bien
confifte dans la privation du mal , ils en
évitent jufqu'à l'idée. Les plaifirs , continua
Uranie , font faits pour les hommes;
les chagrins devroient leur être étrangers :
ils dégradent leurs ames , & ne font qu'uné
fuite de la foibleffe de leur nature. Je
te quitte , ajoûta - t'elle , fuis mes confeils ,
entretiens familiarité avec ces grands
hommes
OCTOBRE. 1730. 2181
hommes , tu vivras heureux. A ces mots
elle difparut. La yifion finit.
akakakakaka
D. L. C.
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Résumé : LETTRE de M... sur un Songe.
Dans une lettre, l'auteur décrit une vision onirique où il se retrouve à la porte du Temple de l'Ennui, un lieu silencieux et désolé. Il est accueilli par des femmes âgées cherchant à paraître jeunes et par des précieuses affectées et impertinentes. À l'intérieur du temple, il rencontre divers personnages, dont des auteurs, des politiques et des satiristes. Les politiques se vantent de diriger les conseils des rois et de connaître les négociations secrètes, tandis qu'un satiriste lit des pièces fustigeant ses confrères et la cour. Désespéré, l'auteur invoque l'Amour pour échapper à l'ennui, mais l'Amour le raille et lui reproche sa faiblesse. L'auteur tente ensuite d'écrire des vers pour sortir du temple, mais les muses et Apollon restent sourds à ses prières. Son génie lui apparaît et lui indique un livre dans la poche d'un ministre de l'ennui. Ce livre, les œuvres de Clément Marot, permet à l'auteur de sortir du temple et de se retrouver dans une bibliothèque enchantée. Dans cette bibliothèque, les livres portent l'inscription 'Remède contre l'ennui' et contiennent des œuvres de grands auteurs comme Anacréon, Tibulle, Ovide, Homère et Molière. La muse Uranie apparaît et explique que les véritables philosophes sont ceux dont les œuvres sont présentes dans cette bibliothèque, et que les passions, bien utilisées, sont un don des dieux. Le texte aborde également la gestion des passions humaines, soulignant que tous les individus naissent avec une même mesure de passion, mais la différence réside dans l'aptitude à bien l'employer. Les passions, comparées à un fleuve, peuvent devenir destructrices si elles sont confinées dans un seul objet, comme le font les insensés. Ces derniers, en concentrant toutes leurs passions sur un seul point, se trouvent tourmentés et poussés à des extrémités horribles, devenant ainsi des joueurs furieux, des avares méprisables, des amants désespérés ou des ambitieux extravagants. En revanche, le sage reconnaît la nécessité des passions mais en diminue la violence en les divisant. Il leur donne différents emplois pour en devenir maître, transformant ainsi un torrent destructeur en doux ruisseaux agréables. Les philosophes, en suivant cette voie, jouissent de tous les agréments de la vie et évitent les chagrins, qui dégradent l'âme et révèlent la faiblesse de la nature humaine. Uranie conseille de suivre les préceptes des grands hommes pour vivre heureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1482
p. 2185-2191
EXTRAIT d'une Lettre d'un Curieux de Province à un ami de Paris, sur quelques restes de la Fête de Bacchus.
Début :
L'Annonce d'un volume in folio sur les Bacchanales, que je viens de lire [...]
Mots clefs :
Bacchus, Bacchanales, Paganisme
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre d'un Curieux de Province à un ami de Paris, sur quelques restes de la Fête de Bacchus.
EXTRAIT d'une Lettre d'un Curieux
de Province à un ami de Paris , fur quel
ques reftes de la Fête de Bacchus.
L
'Annonce d'un volume in folio fur
les Bacchanales , que je viens de lire
dans le Journal des Sçavans du mois.
d'Août dernier , me fait reffouvenir de
vous faire part d'une chofe qui n'eft peutêtre
pas affez notoire pour être venuë
jufqu'à vous ; je crois que prefque perfonne
n'y a pris garde jufqu'ici , & je me
flatte que M. Egittio l'auroit inferée par
occafion dans fon ample Commentaire, fi
elle eut été de fa connoiffance . Nous ap-
D prochons
2186 MERCURE DE FRANCE
prochons de la faifon à laquelle cette remarque
apartient , je veux parler des vendanges
; c'eft le tems auquel les difciples
de Bacchus renouvelloient leur attention
pour ce qui concernoit le culte de leur
maître, Ce qui pourroit vous furprendre,
c'est qu'il en reste encore des veftiges dans
certains cantons qui ne font pas bien
éloignés de la fameufe Ville où vous faites
votre réfidence. Un fçavant qui y paffa
l'an 1793. au tems de la vendange, apprit
qu'on y mettoit encore alors fur une table,
dans les Preffoirs, une petite ftatuë de
Bacchus affis fur ſon tonneau , & que tous
ceux qui entroient dans le Preffoir la furveille
& le jour de S. Denis , étoient obli
gés de faire une genuflexion devant cette
figure ; & que s'ils y manquoient , ils
étoient condamnés à fouffrir qu'on leur
appliquât,fuper pofteriora,un certain nombre
de coups d'une pele de bois qu'on
appelloit pour cette raifon le ramon du
Baccanat. On ajouta que cette punition
s'executoit en vertu d'une fentence de
fept Païfans, prononcée par le plus ancien ,
& dont il n'y avoit point d'appel ; mais
que ce qu'il y avoit de favorable étoit que
le patient pouvoit fe choisir un Parrain
de la même maniere qu'on l'obſerve dans
les jugemens militaires. Le hazard m'ayant
fait paffer depuis peu dans ces quartiers
là
OCTOBRE. 1730. 2187
la
là , je me fuis informé fi la cerémonie
duroit encore , & plufieurs Payfans m'ont
affuré que tous les ans ils en font leur
divertiffement au mois d'Octobre , à cela
près qu'ils ne connoiffent gueres Bacchuss
& qu'au lieu de mettre ce marmouzet fur
une table qui feroit embaraffante dans
un Preffoir, on le fiche fur le haut de l'arbre
du même Preffoir . Voilà un changement
de Rit dont j'ai été inftruit fur les
lieux ; le Dictionnaire eft auffi un peu
changé , fuppofé qu'on eut accufé vrai au
fçavant de l'an 1703. Car le ramon du
Baccanat n'eft point la pele , felon qu'ils
s'expliquent aujourd'hui ; mais le Ballay.
La pele a pris le nom de Demoiselle ,
cebile porte le nom de Verre , le panier
'appelle la Paffoire , & ainfi des autres uftenciles
de la Maifon Bacchique ; enforte
qu'il n'eft pas permis de fe fervir d'autres
termes dans l'enceinte de ce venerable laboratoire
, à moins qu'on ne veuille fubir
l'application de la pele qui fe fait aprés
le prononcé folemnel duChef, c'eft - à- dire,
du plus ancien des fept Sages . Difpenfezmoi
Monfieur , de vous nommer les
Villages où s'exerce cette forte de juftice ;
donnez - vous , fi vous voulez , la peine de
remonter quelques vingtaines de ftades le
long du rivage de la belle Riviere , dont
yous favourez les eaux medicinales , &
Dij Vous
>
2188 MERCURE DE FRANCE
vous ferez à portée de voir les chofes par
vous - même ; mais fur tout au cas que
vous y alliez , n'oubliez pas de vous conformer
au Cerémonial autant que vous
croirez le pouvoir faire , & de vous munir
de toute votre attention , fi vous faites
tant que de paffer au delà du veſtibule.
des Preffoirs , & de vouloir en examiner
l'interieur. Je vous avertis encore une fois
que l'on y fait rougir fi impitoyablement
la peau de quiconque a oublié de faire la
reverence prefcrite à la Divinité paffagere
de ce lieu , ou qui ofe employer les
termes d'un Dictionnaire étranger , que
quelque doux que foit le Parrain qu'il
puiffe choifir aprés la faute commife , le
bras s'en trouve toujours fi violemment
fatigué , qu'il eft obligé de garder le lit
pendant plufieurs jours , lorsqu'il a fubi
les peines afflictives de ce Tribunal . C'eſt
tout vous dire , qu'on n'y épargne pas
plus la peau humaine que celle des raifins
lorfqu'ils font fur le plancher ou le
lit du Preffoir , & que les habits du pauvre
patient ne tardent gueres à devenir
de la même couleur que les vafes dans
lefquels on a écrafé le fruit de la vigne.
Revenons à quelque chofe de plus férieux
; il feroit queftion de faire décider
fi ces ufages locaux ne font pas un refte
du Paganifme , & d'examiner s'ils ne nous
peuvent
OCTOBRE. 1730. 2180
peuvent rien apprendre. On remarque
que les Coutumes ufitées parmi les idolâtres
ont perfeveré plus long-tems à la
Campagne que dans les Villes , & que
c'eft delà que le nom de Payen , Paganus,
a été formé. Mais il ne fuffit pas toujours
qu'un ufage foit pratiqué à la Campagne,
& qu'il ait quelque chofe de burlefque
pour être reputé venir du Paganifme.
C'eft le jugement favorable que je porterois
de la coûtume telle qu'elle fubfifte
encore aujourd'hui , fi elle ſe bornoit au
fimple ufage de fixer les noms dont on
fe fervira en faifant le vin , le refte n'étant
que puerilité , fi l'on en ôte la falutation
de l'image de Bacchus. Cependant
on voit dans le fixiéme Concile , dit de
Conftantinople , Can. 62. que les Peres y
défendent certaines fortes de rifées qui
fe faifoient en façonnant le vin , foit au
Preffoir , foit dans les Celliers. Nec execrandi
Bacchi 'nomen uvam in torcularibus
exprimentes invocent , nec vinum in doliis
effundentes rifum moveant , ignorantia vel
vanitate eâ que à demonis impoftura procedunt
exercentes. S'il étoit bien veritable ,
comme le Sçavant de l'an 1703. l'a crû ,
que la falutation de Bacchus ne fe pratiquât
que le 7 & le 9. du mois d'Octobre ,
il y auroit , ce femble , quelque fujet de
douter touchant le veritable jour de la
Diij mort
2190 MERCURE DE FRANCE
>
•
1
mort des Saints les plus illuftres , dont l'Eglife
paroît avoir fixé le culte à ces deux
jours là , & il ne feroit peut être pas tout
à fait improbable que la Fête de S. Bacque.
n'eut été placée au 7,& celle de S. Denis
au 9. pour faire oublier ces Fêtes Bacchiques
& Dionyfiaques des anciens Payens.
Ön fçait communément que les Grecs appellent
Bacchus Dionyfos . La montagne qui
eft proche Lutece où il y avoit des vignes
dès le tems de Julien l'Apoftat , felon
qu'il nous l'apprend lui - même , fe trouve
avoir eu auffi depuis bien des fiecles
une Eglife confacrée fous l'invocation de
S. Bacque, Martyr ; c'eft aujourd'hui celle
de S. Benoit , matiere à reflexion pour
ceux qui font curieux des Antiquités
Payennes & Chrétiennes . A mon égard ,
je ne prétends rien ftatuer fur des origines
fi obfcures. Contentez- vous fimplement
de l'avance que je vous fais de ma penfée
; je vous permets de la communiquer
à nos amis. Il me paroît plus naturel de
croire que les Fêtes de nos Saints ont été
diftribuées à tel ou tel jour , pour fervir
à effacer peu à peu les ufages du Paganifme
, en changeant leur objet , que de
s'imaginer que ce foit parce que les Calendriers
marquent au 7. Octobre un
S. Bacque & au 9. S. Denis , que les Payfans
du canton dont je vous parle ayent
རྟ་
fait
OCTOBRE. 1730. 2191
fait revivre à ces jours- là d'anciennes folies
profcrites de l'enceinte des Villes.
Quoiqu'il y ait quinze cens ans qu'on a
commencé à prêcher l'Evangile dans la
Cité qui dominoit fur ces lieux là , il a
pû toujours y refter dans les environs
quelque coûtume du Paganifme ' , furtout
dans des endroits auffi peu fréquentés
par les gens d'Eglife que le font les
Preffoirs. Vous fçavez qu'il y avoit encore
dans le fiecle dernier quelques Vil
lages de la France où l'ufage étoit de
mettre dans la main ou dans la bouche
du deffunt une piece de monnoye , pour
payer , difoit on , le paffage de la Barque
Caron ; les foffoyeurs n'étoient pas
fâchés que cet ufage continuât ; ils
profitoient adroitement de la crédulité
des fimples , & l'on peut affurer qu'il y
a des Antiquaires à qui certaines trouvailles
faites par ces fortes d'Officiers
n'ont pas été indifferentes .
18. Septembre 1730.
de Province à un ami de Paris , fur quel
ques reftes de la Fête de Bacchus.
L
'Annonce d'un volume in folio fur
les Bacchanales , que je viens de lire
dans le Journal des Sçavans du mois.
d'Août dernier , me fait reffouvenir de
vous faire part d'une chofe qui n'eft peutêtre
pas affez notoire pour être venuë
jufqu'à vous ; je crois que prefque perfonne
n'y a pris garde jufqu'ici , & je me
flatte que M. Egittio l'auroit inferée par
occafion dans fon ample Commentaire, fi
elle eut été de fa connoiffance . Nous ap-
D prochons
2186 MERCURE DE FRANCE
prochons de la faifon à laquelle cette remarque
apartient , je veux parler des vendanges
; c'eft le tems auquel les difciples
de Bacchus renouvelloient leur attention
pour ce qui concernoit le culte de leur
maître, Ce qui pourroit vous furprendre,
c'est qu'il en reste encore des veftiges dans
certains cantons qui ne font pas bien
éloignés de la fameufe Ville où vous faites
votre réfidence. Un fçavant qui y paffa
l'an 1793. au tems de la vendange, apprit
qu'on y mettoit encore alors fur une table,
dans les Preffoirs, une petite ftatuë de
Bacchus affis fur ſon tonneau , & que tous
ceux qui entroient dans le Preffoir la furveille
& le jour de S. Denis , étoient obli
gés de faire une genuflexion devant cette
figure ; & que s'ils y manquoient , ils
étoient condamnés à fouffrir qu'on leur
appliquât,fuper pofteriora,un certain nombre
de coups d'une pele de bois qu'on
appelloit pour cette raifon le ramon du
Baccanat. On ajouta que cette punition
s'executoit en vertu d'une fentence de
fept Païfans, prononcée par le plus ancien ,
& dont il n'y avoit point d'appel ; mais
que ce qu'il y avoit de favorable étoit que
le patient pouvoit fe choisir un Parrain
de la même maniere qu'on l'obſerve dans
les jugemens militaires. Le hazard m'ayant
fait paffer depuis peu dans ces quartiers
là
OCTOBRE. 1730. 2187
la
là , je me fuis informé fi la cerémonie
duroit encore , & plufieurs Payfans m'ont
affuré que tous les ans ils en font leur
divertiffement au mois d'Octobre , à cela
près qu'ils ne connoiffent gueres Bacchuss
& qu'au lieu de mettre ce marmouzet fur
une table qui feroit embaraffante dans
un Preffoir, on le fiche fur le haut de l'arbre
du même Preffoir . Voilà un changement
de Rit dont j'ai été inftruit fur les
lieux ; le Dictionnaire eft auffi un peu
changé , fuppofé qu'on eut accufé vrai au
fçavant de l'an 1703. Car le ramon du
Baccanat n'eft point la pele , felon qu'ils
s'expliquent aujourd'hui ; mais le Ballay.
La pele a pris le nom de Demoiselle ,
cebile porte le nom de Verre , le panier
'appelle la Paffoire , & ainfi des autres uftenciles
de la Maifon Bacchique ; enforte
qu'il n'eft pas permis de fe fervir d'autres
termes dans l'enceinte de ce venerable laboratoire
, à moins qu'on ne veuille fubir
l'application de la pele qui fe fait aprés
le prononcé folemnel duChef, c'eft - à- dire,
du plus ancien des fept Sages . Difpenfezmoi
Monfieur , de vous nommer les
Villages où s'exerce cette forte de juftice ;
donnez - vous , fi vous voulez , la peine de
remonter quelques vingtaines de ftades le
long du rivage de la belle Riviere , dont
yous favourez les eaux medicinales , &
Dij Vous
>
2188 MERCURE DE FRANCE
vous ferez à portée de voir les chofes par
vous - même ; mais fur tout au cas que
vous y alliez , n'oubliez pas de vous conformer
au Cerémonial autant que vous
croirez le pouvoir faire , & de vous munir
de toute votre attention , fi vous faites
tant que de paffer au delà du veſtibule.
des Preffoirs , & de vouloir en examiner
l'interieur. Je vous avertis encore une fois
que l'on y fait rougir fi impitoyablement
la peau de quiconque a oublié de faire la
reverence prefcrite à la Divinité paffagere
de ce lieu , ou qui ofe employer les
termes d'un Dictionnaire étranger , que
quelque doux que foit le Parrain qu'il
puiffe choifir aprés la faute commife , le
bras s'en trouve toujours fi violemment
fatigué , qu'il eft obligé de garder le lit
pendant plufieurs jours , lorsqu'il a fubi
les peines afflictives de ce Tribunal . C'eſt
tout vous dire , qu'on n'y épargne pas
plus la peau humaine que celle des raifins
lorfqu'ils font fur le plancher ou le
lit du Preffoir , & que les habits du pauvre
patient ne tardent gueres à devenir
de la même couleur que les vafes dans
lefquels on a écrafé le fruit de la vigne.
Revenons à quelque chofe de plus férieux
; il feroit queftion de faire décider
fi ces ufages locaux ne font pas un refte
du Paganifme , & d'examiner s'ils ne nous
peuvent
OCTOBRE. 1730. 2180
peuvent rien apprendre. On remarque
que les Coutumes ufitées parmi les idolâtres
ont perfeveré plus long-tems à la
Campagne que dans les Villes , & que
c'eft delà que le nom de Payen , Paganus,
a été formé. Mais il ne fuffit pas toujours
qu'un ufage foit pratiqué à la Campagne,
& qu'il ait quelque chofe de burlefque
pour être reputé venir du Paganifme.
C'eft le jugement favorable que je porterois
de la coûtume telle qu'elle fubfifte
encore aujourd'hui , fi elle ſe bornoit au
fimple ufage de fixer les noms dont on
fe fervira en faifant le vin , le refte n'étant
que puerilité , fi l'on en ôte la falutation
de l'image de Bacchus. Cependant
on voit dans le fixiéme Concile , dit de
Conftantinople , Can. 62. que les Peres y
défendent certaines fortes de rifées qui
fe faifoient en façonnant le vin , foit au
Preffoir , foit dans les Celliers. Nec execrandi
Bacchi 'nomen uvam in torcularibus
exprimentes invocent , nec vinum in doliis
effundentes rifum moveant , ignorantia vel
vanitate eâ que à demonis impoftura procedunt
exercentes. S'il étoit bien veritable ,
comme le Sçavant de l'an 1703. l'a crû ,
que la falutation de Bacchus ne fe pratiquât
que le 7 & le 9. du mois d'Octobre ,
il y auroit , ce femble , quelque fujet de
douter touchant le veritable jour de la
Diij mort
2190 MERCURE DE FRANCE
>
•
1
mort des Saints les plus illuftres , dont l'Eglife
paroît avoir fixé le culte à ces deux
jours là , & il ne feroit peut être pas tout
à fait improbable que la Fête de S. Bacque.
n'eut été placée au 7,& celle de S. Denis
au 9. pour faire oublier ces Fêtes Bacchiques
& Dionyfiaques des anciens Payens.
Ön fçait communément que les Grecs appellent
Bacchus Dionyfos . La montagne qui
eft proche Lutece où il y avoit des vignes
dès le tems de Julien l'Apoftat , felon
qu'il nous l'apprend lui - même , fe trouve
avoir eu auffi depuis bien des fiecles
une Eglife confacrée fous l'invocation de
S. Bacque, Martyr ; c'eft aujourd'hui celle
de S. Benoit , matiere à reflexion pour
ceux qui font curieux des Antiquités
Payennes & Chrétiennes . A mon égard ,
je ne prétends rien ftatuer fur des origines
fi obfcures. Contentez- vous fimplement
de l'avance que je vous fais de ma penfée
; je vous permets de la communiquer
à nos amis. Il me paroît plus naturel de
croire que les Fêtes de nos Saints ont été
diftribuées à tel ou tel jour , pour fervir
à effacer peu à peu les ufages du Paganifme
, en changeant leur objet , que de
s'imaginer que ce foit parce que les Calendriers
marquent au 7. Octobre un
S. Bacque & au 9. S. Denis , que les Payfans
du canton dont je vous parle ayent
རྟ་
fait
OCTOBRE. 1730. 2191
fait revivre à ces jours- là d'anciennes folies
profcrites de l'enceinte des Villes.
Quoiqu'il y ait quinze cens ans qu'on a
commencé à prêcher l'Evangile dans la
Cité qui dominoit fur ces lieux là , il a
pû toujours y refter dans les environs
quelque coûtume du Paganifme ' , furtout
dans des endroits auffi peu fréquentés
par les gens d'Eglife que le font les
Preffoirs. Vous fçavez qu'il y avoit encore
dans le fiecle dernier quelques Vil
lages de la France où l'ufage étoit de
mettre dans la main ou dans la bouche
du deffunt une piece de monnoye , pour
payer , difoit on , le paffage de la Barque
Caron ; les foffoyeurs n'étoient pas
fâchés que cet ufage continuât ; ils
profitoient adroitement de la crédulité
des fimples , & l'on peut affurer qu'il y
a des Antiquaires à qui certaines trouvailles
faites par ces fortes d'Officiers
n'ont pas été indifferentes .
18. Septembre 1730.
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'une Lettre d'un Curieux de Province à un ami de Paris, sur quelques restes de la Fête de Bacchus.
Dans une lettre, un auteur décrit une coutume locale liée aux vendanges, rappelant des pratiques païennes antiques. En 1793, un savant avait observé dans certains cantons près de Paris que, lors des vendanges, une statue de Bacchus était placée dans les pressoirs. Les personnes entrant dans le pressoir devaient saluer cette statue et, le jour de la Saint-Denis, faire une génuflexion. Le non-respect de ces rites entraînait une punition corporelle, administrée par sept individus et choisie par un parrain. L'auteur, ayant visité ces lieux en octobre 1730, confirme la persistance de la cérémonie, bien que les détails aient évolué. La statue de Bacchus est désormais placée au sommet d'un arbre du pressoir. Les termes utilisés dans le pressoir ont également changé, avec des noms spécifiques pour les outils, sous peine de punition. La lettre soulève la question de savoir si ces usages locaux sont des vestiges du paganisme. Elle note que les coutumes païennes ont souvent persisté plus longtemps à la campagne qu'en ville. L'auteur mentionne un concile de Constantinople qui condamnait certaines pratiques lors de la vinification, invoquant Bacchus. La lettre discute également de la possibilité que les fêtes des saints aient été fixées pour remplacer les fêtes païennes. Elle cite l'exemple d'une montagne près de Lutèce, où une église dédiée à Saint-Bacque a été remplacée par une église dédiée à Saint-Benoît. L'auteur conclut en mentionnant des coutumes païennes persistantes, comme la mise d'une pièce de monnaie dans la main ou la bouche des défunts pour payer le passage de la barque de Caron.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1483
p. 2195-2202
RÉPONSE à la Lettre de M. G. Barréz, Medecin à Pezenas, inserée dans le Mercure du mois d'Août 1730. au sujet de l'usage interieur de l'Eau de vie.
Début :
Vous êtes touché de trop près, Monsieur, de la durée de l'homme, & la [...]
Mots clefs :
Eau de vie, Liqueur, Sang, Aliments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à la Lettre de M. G. Barréz, Medecin à Pezenas, inserée dans le Mercure du mois d'Août 1730. au sujet de l'usage interieur de l'Eau de vie.
REPONSE à la Lettre de M. G.
Barréz , Medecin à Pezenas inferée
dans le Mercure du mois d'Aoûc 1730.
au fujet de l'ufage interieur de l'Eau de
vie.
Vficus ,de la durée de l'homme , & la
Ous êtes touché de trop près , Monverité
vous occupe trop fortement pour que
vous n'embraffiez toutes les occafions de
deffendre l'une & l'autre ; le grand interêt
que vous y prenez vous a fait attaquer
fortement l'Auteur des Reflexions qui
ne convient pas avec M. Le Hoc que l'Eau
La Marquife de G ... eft de Marseille , &
'a été mariée à Arles,
D vj fans
2196 MERCURE DE FRANCE
D
de vie foit une eau de mort , ainfi les doutes
que je vous propofe ici briévement
fans vous détourner beaucoup des devoirs
de votre profeffion , vous mettront à
même de montrer votre zele , & de me
détromper fur ce fujet.
En premier lieu , je doute fort que
tous les raifonnemens vagues & les grands
mots d'érethyfme des efprits , de dérangemens
de la diareze, de rythmes , des fonctions & c
puiffent convaincre les perfonnes raiſonnables
de la verité de vos propofitions , &
je tiens que les raifonnemens dénués d'experience
, comme font ceux que vous
nous propofez , & qui ne font pas fondés
fur des principes Mathématiques ,
peuvent prouver le pour & le contre dans
toutes les queftions de Medecine .
2º »>> Pour venir au fait , vous affurez
» que l'Eau de vie eft une eau de mort ,
un poiſon , fur ce qu'elle ne releve les
»forces que pour les abattre peu après ,
»parce que , dites- vous , cette liqueur
» porte les puiffances au-delà de leur jufte
» étendue , d'où étant revenues elles tombent
dans la langueur , tout cela n'eft pas
clair ; connoiffez - vous la meſure de cette
étenduë ? plus un Arc eft bandé , plus it
acquiert de force à fe remettre tout au
plus l'Eau de vie produiroit cette grande
diftenfion par fa quantité : mais qu'eſt-
CC
OCTOBRE. 1730 2197
ce qu'une once d'Eau de vie dans un
corps de 160. livres , ce n'eft pas la 160c
partie de nos liqueurs , & on prend 128 .
onces d'alimens fans craindre cette diftenfion
funefte dont vous nous menacez ;
feroit- ce que l'Eau de vie fait rarefier le
fang ? mais vous nous affurez qu'elle le
coagule.
3 Vous femblez même vous contredire
peu après , & me fourniffez des raifons
de douter de ces langueurs que produit
l'Eau de vie , quand vous dites qu'elle
rend les fibres des muscles plus compactes
plus robuftes , & les muscles plus puiffans.
Ainfi vos propres traits fe tournent contre
vous mais vous pouffez plus loin , &
ajoûtez qu'elle racorait les fibres , en les
obligeant de s'unir par les fortes contractions
que produit cette liqueur dans les
tuyaux , & par la diffipation qu'elle fait
faire de la limphe , & tout de fuite vous
menacez ceux qui ufent de cette liqueur
de voir d'abord leurs tuyaux debridés
effarouchés de la confufion & du defordre
dans les rythmes de leurs fonctions , de l'é--
rethifme de leurs efprits animaux , du dérangement
, de la diarhefe de leur fang , de
fchirres , du calcul de la Goute , de mille
maladies & de la privation de la vie.
Les buveurs d'Eau de vie ne font
de
ce que vous avancez ;
garans
au contraire
perfuadés
pas
ils font
Qu'un
2198 MERCURE DE FRANCE
Qu'un jeune Medecin vit moins qu'un vieil yvros
gne. Regnier , Satyre 10
Ainfi leur témoignage ne vous eft pas
avantageux , s'ils font exposés aux maladies
que vous dites ; les buveurs d'eau
n'en font pas exemts ; ce n'eſt que l'abus
de l'Eau de vie & de l'eau commune ou`
minerale qui produit ces mauvais effets ,
abus que tout le monde blâme , fans traiter
ni l'une ni l'autre de ces liqueurs de
poifon & d'eau de mort. L'Eau de vie
doit être prife moderément , & alors elle
produit mille bons effets , exterieurement
elle réfout les édemes , les éréfipeles , refferre
les playes , en arrête l'hémoragie ;
trop forte dofe , au contraire , elle eft
nuifible , empêche de grandir les petits
chiens qui y font plongés , en durciffant
leurs folides , tue les oifeaux aufquels on
en fait trop boire , durcit les foetus qu'on
y tient long - tems plongés.
à
Intérieurement on en ufe en trois façons
diverſes , ou l'on l'avale , & c'eſt en
grande quantité , fouvent & fans befoin
& alors on ne peut nier qu'elle ne foit
nuifible , quand on la prend à jeun , dans
les chaleurs de l'Eté , dans la fiévre , fur
tout elle nuit aux perfonnes fanguines &
bilicules.
Cet
OCTOBRE. 1730. 2199
Cet excès eft plus pardonable aux
temperamens froids & pituiteux , aux
Pays du Nord &c . on l'employe utilement
fous le nom d'Eau de vie Allemande
pour fortifier les boyaux des hydropiques
à mesure qu'on les purge &c.
Ou bien on l'avale en petite dofe après
de grands repas & dans les foibleffes , &
on fe fert de l'Eau de vie la plus douce
& non de la raffinée , autrement nommée
efprit de vin , & c'eft ainfi qu'en uſent
les perfonnes les plus fages ; cette liqueur
acide & fpiritueufe tombant dans l'eftomac
perd fon activité dans les parties
graiffeufes des alimens , & ne garde qu'u
ne legere force pour irriter & réveiller
la contraction de ce vifcere affaiffé fous
ce poids ; fes acides , fi on veut , fermentant
avec les alimens , fe changent en fels
falés , aident à la divifion des viandes
paffant dans le fang , en accelerent le
cours , hâtent les fecretions , comme la
chaleur , la rougeur , la fréquence du
poux le démontrent , & fes parties fpiritueufes
doivent,felon vous , M. qui croyez.
aux efpritsanimaux , fournir de ces nouveaux
agens qui felon votre langage en
tretiennent la vie & la fanté parfaite.
9
Ou enfin on injecte l'Eau de vie par
de grandes veines dans le corps , comme
on a fait fouvent à des animaux , & alors
elle
2200 MERCURE DE FRANCE
elle agit d'une façon toute differente , &
tue fur le champ , parceque fon acide qui
y prédomine, coagule tout à coup le fang,
n'ayant pas été changé en fel falé ni embaraffe
par des mucilages comme quand
on la prend par les premieres voyes : ce
n'eſt pas le feul remede qui agiffe de deux
façons fi differentes : le nitre , par exemple
, eft un acide qui injecté dans le fang,
le coagule , & pris par la bouche , le divife
, & réfout les arêts dans les maladies
inflammatoires , auffi les Parifiens & les
Allemands en font- ils un grand ufage
dans les cas.
>
Tous ces faits font fi connus , Monfieur
, que je perdrois le tems à vous citer
les Auteurs de ces experiences , &
que j'ai honte qu'un de mes confreres les
ignore ; l'ufage de cette liqueur , s'il eft
moderé, eft très utile pour animer & foutenir
les Soldats * il ne faut pas craindre
que
dans l'Eftomac elle durciffe les fruits
& autres alimens comme elle fait hors du
corps , car elle y fouffre des fermentations ,
& excite des contractions au ventricule
propres à faciliter la digeftion , à divifer
les glaires. Dans le fang elle produit d'autres
bons effets que je ne repeterai plus.
Vina parant animos faciuntque caloribus aptos-
Ovide
Tout
OCTOBRE. 1730. 2201
Tout ce que je dis , au refte , de l'Eau
de vie n'eft pas fi démonftratif que je n'aye
bien des doutes fur ce fujet je fçai feulement
que l'expérience , nonobftant l'autorité
de Fernel & vos raifonnemens , au
toriſe l'uſage moderé de cette liqueur
pourvû qu'on en ufe en tems & lieu .
Tempore quaque fuo , Medici quoque tempora
Jervant ,
Et data non apto tempore quaque nocent.
Pardon , M² , fi je dérobe à vos malades
des momens fi précieux ; continuez →
néanmoins à détromper le Public fur d'au
tres abus , oubliez vos devoirs dans la recherche
de nouvelles verités , celles que Vous
nous annoncez ne nous paroiffent pas tout
à fait fi claires que vous le dites ; n'importe
, je vous loue de ce que fans connoître
la verité vous êtes affez généreux
pour la foutenir , femblable à ces Héros
antiques dont parlent nos Romanciers.
Qui défendant des inconnuës´
Ont porté leurs noms juſqu'aux nuës.
Je fuis &c.
Ziorcal , Docteur Medecin de la
Faculté de Montpellier.
Barréz , Medecin à Pezenas inferée
dans le Mercure du mois d'Aoûc 1730.
au fujet de l'ufage interieur de l'Eau de
vie.
Vficus ,de la durée de l'homme , & la
Ous êtes touché de trop près , Monverité
vous occupe trop fortement pour que
vous n'embraffiez toutes les occafions de
deffendre l'une & l'autre ; le grand interêt
que vous y prenez vous a fait attaquer
fortement l'Auteur des Reflexions qui
ne convient pas avec M. Le Hoc que l'Eau
La Marquife de G ... eft de Marseille , &
'a été mariée à Arles,
D vj fans
2196 MERCURE DE FRANCE
D
de vie foit une eau de mort , ainfi les doutes
que je vous propofe ici briévement
fans vous détourner beaucoup des devoirs
de votre profeffion , vous mettront à
même de montrer votre zele , & de me
détromper fur ce fujet.
En premier lieu , je doute fort que
tous les raifonnemens vagues & les grands
mots d'érethyfme des efprits , de dérangemens
de la diareze, de rythmes , des fonctions & c
puiffent convaincre les perfonnes raiſonnables
de la verité de vos propofitions , &
je tiens que les raifonnemens dénués d'experience
, comme font ceux que vous
nous propofez , & qui ne font pas fondés
fur des principes Mathématiques ,
peuvent prouver le pour & le contre dans
toutes les queftions de Medecine .
2º »>> Pour venir au fait , vous affurez
» que l'Eau de vie eft une eau de mort ,
un poiſon , fur ce qu'elle ne releve les
»forces que pour les abattre peu après ,
»parce que , dites- vous , cette liqueur
» porte les puiffances au-delà de leur jufte
» étendue , d'où étant revenues elles tombent
dans la langueur , tout cela n'eft pas
clair ; connoiffez - vous la meſure de cette
étenduë ? plus un Arc eft bandé , plus it
acquiert de force à fe remettre tout au
plus l'Eau de vie produiroit cette grande
diftenfion par fa quantité : mais qu'eſt-
CC
OCTOBRE. 1730 2197
ce qu'une once d'Eau de vie dans un
corps de 160. livres , ce n'eft pas la 160c
partie de nos liqueurs , & on prend 128 .
onces d'alimens fans craindre cette diftenfion
funefte dont vous nous menacez ;
feroit- ce que l'Eau de vie fait rarefier le
fang ? mais vous nous affurez qu'elle le
coagule.
3 Vous femblez même vous contredire
peu après , & me fourniffez des raifons
de douter de ces langueurs que produit
l'Eau de vie , quand vous dites qu'elle
rend les fibres des muscles plus compactes
plus robuftes , & les muscles plus puiffans.
Ainfi vos propres traits fe tournent contre
vous mais vous pouffez plus loin , &
ajoûtez qu'elle racorait les fibres , en les
obligeant de s'unir par les fortes contractions
que produit cette liqueur dans les
tuyaux , & par la diffipation qu'elle fait
faire de la limphe , & tout de fuite vous
menacez ceux qui ufent de cette liqueur
de voir d'abord leurs tuyaux debridés
effarouchés de la confufion & du defordre
dans les rythmes de leurs fonctions , de l'é--
rethifme de leurs efprits animaux , du dérangement
, de la diarhefe de leur fang , de
fchirres , du calcul de la Goute , de mille
maladies & de la privation de la vie.
Les buveurs d'Eau de vie ne font
de
ce que vous avancez ;
garans
au contraire
perfuadés
pas
ils font
Qu'un
2198 MERCURE DE FRANCE
Qu'un jeune Medecin vit moins qu'un vieil yvros
gne. Regnier , Satyre 10
Ainfi leur témoignage ne vous eft pas
avantageux , s'ils font exposés aux maladies
que vous dites ; les buveurs d'eau
n'en font pas exemts ; ce n'eſt que l'abus
de l'Eau de vie & de l'eau commune ou`
minerale qui produit ces mauvais effets ,
abus que tout le monde blâme , fans traiter
ni l'une ni l'autre de ces liqueurs de
poifon & d'eau de mort. L'Eau de vie
doit être prife moderément , & alors elle
produit mille bons effets , exterieurement
elle réfout les édemes , les éréfipeles , refferre
les playes , en arrête l'hémoragie ;
trop forte dofe , au contraire , elle eft
nuifible , empêche de grandir les petits
chiens qui y font plongés , en durciffant
leurs folides , tue les oifeaux aufquels on
en fait trop boire , durcit les foetus qu'on
y tient long - tems plongés.
à
Intérieurement on en ufe en trois façons
diverſes , ou l'on l'avale , & c'eſt en
grande quantité , fouvent & fans befoin
& alors on ne peut nier qu'elle ne foit
nuifible , quand on la prend à jeun , dans
les chaleurs de l'Eté , dans la fiévre , fur
tout elle nuit aux perfonnes fanguines &
bilicules.
Cet
OCTOBRE. 1730. 2199
Cet excès eft plus pardonable aux
temperamens froids & pituiteux , aux
Pays du Nord &c . on l'employe utilement
fous le nom d'Eau de vie Allemande
pour fortifier les boyaux des hydropiques
à mesure qu'on les purge &c.
Ou bien on l'avale en petite dofe après
de grands repas & dans les foibleffes , &
on fe fert de l'Eau de vie la plus douce
& non de la raffinée , autrement nommée
efprit de vin , & c'eft ainfi qu'en uſent
les perfonnes les plus fages ; cette liqueur
acide & fpiritueufe tombant dans l'eftomac
perd fon activité dans les parties
graiffeufes des alimens , & ne garde qu'u
ne legere force pour irriter & réveiller
la contraction de ce vifcere affaiffé fous
ce poids ; fes acides , fi on veut , fermentant
avec les alimens , fe changent en fels
falés , aident à la divifion des viandes
paffant dans le fang , en accelerent le
cours , hâtent les fecretions , comme la
chaleur , la rougeur , la fréquence du
poux le démontrent , & fes parties fpiritueufes
doivent,felon vous , M. qui croyez.
aux efpritsanimaux , fournir de ces nouveaux
agens qui felon votre langage en
tretiennent la vie & la fanté parfaite.
9
Ou enfin on injecte l'Eau de vie par
de grandes veines dans le corps , comme
on a fait fouvent à des animaux , & alors
elle
2200 MERCURE DE FRANCE
elle agit d'une façon toute differente , &
tue fur le champ , parceque fon acide qui
y prédomine, coagule tout à coup le fang,
n'ayant pas été changé en fel falé ni embaraffe
par des mucilages comme quand
on la prend par les premieres voyes : ce
n'eſt pas le feul remede qui agiffe de deux
façons fi differentes : le nitre , par exemple
, eft un acide qui injecté dans le fang,
le coagule , & pris par la bouche , le divife
, & réfout les arêts dans les maladies
inflammatoires , auffi les Parifiens & les
Allemands en font- ils un grand ufage
dans les cas.
>
Tous ces faits font fi connus , Monfieur
, que je perdrois le tems à vous citer
les Auteurs de ces experiences , &
que j'ai honte qu'un de mes confreres les
ignore ; l'ufage de cette liqueur , s'il eft
moderé, eft très utile pour animer & foutenir
les Soldats * il ne faut pas craindre
que
dans l'Eftomac elle durciffe les fruits
& autres alimens comme elle fait hors du
corps , car elle y fouffre des fermentations ,
& excite des contractions au ventricule
propres à faciliter la digeftion , à divifer
les glaires. Dans le fang elle produit d'autres
bons effets que je ne repeterai plus.
Vina parant animos faciuntque caloribus aptos-
Ovide
Tout
OCTOBRE. 1730. 2201
Tout ce que je dis , au refte , de l'Eau
de vie n'eft pas fi démonftratif que je n'aye
bien des doutes fur ce fujet je fçai feulement
que l'expérience , nonobftant l'autorité
de Fernel & vos raifonnemens , au
toriſe l'uſage moderé de cette liqueur
pourvû qu'on en ufe en tems & lieu .
Tempore quaque fuo , Medici quoque tempora
Jervant ,
Et data non apto tempore quaque nocent.
Pardon , M² , fi je dérobe à vos malades
des momens fi précieux ; continuez →
néanmoins à détromper le Public fur d'au
tres abus , oubliez vos devoirs dans la recherche
de nouvelles verités , celles que Vous
nous annoncez ne nous paroiffent pas tout
à fait fi claires que vous le dites ; n'importe
, je vous loue de ce que fans connoître
la verité vous êtes affez généreux
pour la foutenir , femblable à ces Héros
antiques dont parlent nos Romanciers.
Qui défendant des inconnuës´
Ont porté leurs noms juſqu'aux nuës.
Je fuis &c.
Ziorcal , Docteur Medecin de la
Faculté de Montpellier.
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Résumé : RÉPONSE à la Lettre de M. G. Barréz, Medecin à Pezenas, inserée dans le Mercure du mois d'Août 1730. au sujet de l'usage interieur de l'Eau de vie.
Le texte est une réponse à une lettre de M. G., médecin à Pezenas, publiée dans le Mercure d'août 1730, concernant l'usage intérieur de l'Eau de vie. L'auteur, Ziorcal, médecin à Montpellier, exprime des doutes sur les affirmations de M. G. selon lesquelles l'Eau de vie serait une 'eau de mort' ou un poison. Ziorcal critique les arguments de M. G., les jugeant vagues et non fondés sur des principes mathématiques ou des expériences concrètes. Il souligne que l'Eau de vie, utilisée modérément, peut avoir des effets bénéfiques, tels que résoudre les œdèmes, refermer les plaies et arrêter les hémorragies. Il mentionne également que l'abus de cette liqueur, comme de toute autre, peut entraîner des effets nuisibles. L'auteur conclut en affirmant que l'usage modéré de l'Eau de vie est autorisé par l'expérience, malgré les doutes et les arguments de M. G.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1484
p. 2205-2210
REFLEXIONS.
Début :
Dans les Athées, s'il est vrai qu'il y en ait, la corruption du coeur précede [...]
Mots clefs :
Savant, Athéisme, Athées, Esprit, Lumières, Intérêt
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texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS.
REFLEXIONS,
Ans les Athées , s'il eſt vrai qu'il y
en ait , la corruption du coeur précede
prefque toujours l'égarement de l'ef
prit , & un mépris orgueilleux des fentimens
populaires les détermine à une opinion
finguliere qui flate leur vanité plus
qu'elle ne perfuade leur raifon .
Dans quelque égarement que tombe
l'efprit humain , il eft impoffible d'éteindre
entierement la lumiere qui nous découvre
l'existence de Dieu , Créateur du
monde &c. & un Athée a , pour ainfi dire,
grand interêt de l'être pour calmer les
juftes
2206 MERCURE DE FRANCE
juftes frayeurs d'une confcience allarmée.
C'eſt un très grand abus de croire que
les maximes Evangeliques ne font guere
compatibles avec de grandes lumieres
& qu'il n'eft rien de fi voifin de l'irréligion
qu'un génie fublime & élevé.
On appelle Athées ceux qui par leurs
'difcours & leurs actions paroiffent fouhaiter
qu'il n'y ait point de Dieux , afin
de n'avoir point de fujet de craindre les
châtimens qu'ils méritent leurs impiétés
& leurs defordres. Dixit infipiens in
corde fuo , non eft Deus,
par
Ce n'eft pas l'incrédulité qui produit le
libertinage ; on affecte d'être incrédule
parcequ'on veut être libertin : on commence
par fuivre fon penchant , & puis
on cherche à le juftifier.
L'homme qui a de l'efprit , & qui con•
fulte les autres , n'eft prefque qu'un demi
homme ; mais celui qui n'en a point , &
qui ne prend confeil de perfonne n'eſt
pas homme.
Il eft difficile de bien choifir ceux à
qui on veut demander confeil : celui des
yieillards eft lent , timide & douteux : la
jeuneffe
OCTOBRE. 1730. 2207
jeuneffe en donne de legers , de violens,
de teméraires ; fi on confulte les Sçavans,
on eft fatigué de leurs longs difcours , &
choqué de leur opiniâtreté : fi on confulte
les ignorans , on eft maître de leurs
avis , mais on en tire peu de lumieres :
fi on s'adreffe aux pauvres , leurs confeils
feront intereffés ; fi on s'adreffe aux riches
, il y aura trop de hauteur & de du
reté dans le parti qu'ils propoferont ; nos
parens , nos domeftiques , pour mieux
nous flater , nous tromperont : les étran
gers ne le donneront pas la peine d'exa
miner la matiere & délibereront fans
attention , ne prenant nul interêt en la
choſe. Plufieurs confeillers embaraffent
peu de confeillers ne fuffifent pas.
2
Qui confulte une fois veut s'éclaircir ;
qui confulte deux fois cherche à douter.
Les Sçavans font pour l'ordinaire dédaigneux
pour les ignorans , & ils font
mal , car ils prouvent par là combien ils
leur reffemblent encore.
L'imitation fervile eft blâmable ; mais
un homme d'efprit fçait habilement fe
rendre propres , & faire paffer dans fes
Ouvrages les beautés de ceux qui l'ont
devancé. On honore ceux qu'on imitę
ayce
1
2208 MERCURE DE FRANCE
avec art ; & un Auteur , même celebre ,
qui feroit profeffion étroite de n'imiter
perfonne , rarement meriteroit-il d'être
imité .
Sur les faits hiſtoriques que nous apprenons
,ou que nous lifons dans les livres
nous devons toujours être en garde contre
l'incertitude qui flatte fans ceffe notre
vanité ; car nous aimons à entendre
nos connoiffances , & quand la verité fe
dérobe à nos recherches , nous nous contentons
de la trouver remplacée par la
fiction que notre crédulité réalife , l'erreur
nous paroiffant moins à craindre
que l'ignorance.
Les hommes d'un gout fûr & délicat
ne font jamais contens de leurs Ouvrages ;
ils ont une fi haute idée de la perfection,
qu'ils ne croyent jamais y être parvenus .
On ne doit pas faire dépendre fes idées
de fon goût ; il faut prendre des guides
plus furs , la raifon & l'experience.
La décadence des Sciences & des Arts
eft fort à craindre ; car on commence à
outrer tout. Le goût des beautés fimples
& naturelles fe perd ; il faudra déformais
du bizarre , de l'étranger & du mefquin
pour
OCTOBRE. 1730. 2209
pour nous toucher ; plus d'un obftacle
s'oppose à la guerilon du mauvais gout.
Le défaut des Medecins , les génies fuperieurs
, tels qu'il en faudroit pour ramener
les efprits, font rares; & quand il s'en
trouve , ils voyent le mal , ils le blâment.
& fe laiffent cependant entraîner par la
foule à laquelle ils veulent plaire : on aime
le nouveau & le fingulier , on ſe ſçait
bon gré de ne pas marcher fur les pas de
fes prédeceffeurs . La défenſe du mauvais
gout devient un interêt de nation ; d'ail.
leurs, quand on pourroit le guerir, quelle
méthode fuivre dans une entrepriſe fi
difficile , où le malade croit être dans une
parfaite fanté , & regarde le Medecin
comme celui qui a befoin de remede ? fi
quelqu'un s'apperçoit de l'erreur commune
, ofera-t'il l'attaquer ? ofera - t'il
s'écarter des routes par où l'on parvient
à la réputation la plus brillante ? ne crain
dra- t'il point de s'expoſer à la dériſion .
On voit tous les jours de petits génies
vuides de lumieres & d'efprit , & pleins
d'amour propre , fe montrer difficiles &
même critiquer hautement dáns les Sciences
& dans les Arts les nouveautés qui
paroiffent , pour ſe faire une réputation
de gens d'efprit & de gout , fe flattant
qu'en attaquant des Auteurs & des Ou-
E vrages
2210 MERCURE DE FRANCE
yrages celebres , on fera grand cas de leurs
remarques , & qu'on les mettra , finon
au deffus , au moins à coté des plus ha
biles.
& و
Quelques Sçavans pleins de bonne opinion
de leurs études , difent par tout , &
croyent même que tout est trouvé
cela parce qu'ils fe perfuadent avec complaifance
qu'ils n'ont plus rien à appren
dre. Ils méprifent hautement les nouvelles
découvertes , & ne daignent pas
les examiner , crainte de fe convaincre
d'une préfomption qui les flate.
Un efprit vain & de mauvaiſe trempe,
quoique cultivé d'ailleurs , parle de tout
avec confiance , & ne peut juger fainement
de rien ; les frais qu'il fait en lecture
& en effort de mémoire , pour paroître
habile , font prefque autant de nouvelles
couches de ridicule qu'il fe donne;
l'orgueil & l'impertinence percent au
travers ; enforte qu'on peut dire avec
Moliere :
Un fot fçavant eft fot plus qu'un fot ignorant.
Et avec un Poëte plus moderne , M.
Pope.
Tel eft devenu fat à force de lecture
Qui n'eut été que fot en fuivant la nature.
Ans les Athées , s'il eſt vrai qu'il y
en ait , la corruption du coeur précede
prefque toujours l'égarement de l'ef
prit , & un mépris orgueilleux des fentimens
populaires les détermine à une opinion
finguliere qui flate leur vanité plus
qu'elle ne perfuade leur raifon .
Dans quelque égarement que tombe
l'efprit humain , il eft impoffible d'éteindre
entierement la lumiere qui nous découvre
l'existence de Dieu , Créateur du
monde &c. & un Athée a , pour ainfi dire,
grand interêt de l'être pour calmer les
juftes
2206 MERCURE DE FRANCE
juftes frayeurs d'une confcience allarmée.
C'eſt un très grand abus de croire que
les maximes Evangeliques ne font guere
compatibles avec de grandes lumieres
& qu'il n'eft rien de fi voifin de l'irréligion
qu'un génie fublime & élevé.
On appelle Athées ceux qui par leurs
'difcours & leurs actions paroiffent fouhaiter
qu'il n'y ait point de Dieux , afin
de n'avoir point de fujet de craindre les
châtimens qu'ils méritent leurs impiétés
& leurs defordres. Dixit infipiens in
corde fuo , non eft Deus,
par
Ce n'eft pas l'incrédulité qui produit le
libertinage ; on affecte d'être incrédule
parcequ'on veut être libertin : on commence
par fuivre fon penchant , & puis
on cherche à le juftifier.
L'homme qui a de l'efprit , & qui con•
fulte les autres , n'eft prefque qu'un demi
homme ; mais celui qui n'en a point , &
qui ne prend confeil de perfonne n'eſt
pas homme.
Il eft difficile de bien choifir ceux à
qui on veut demander confeil : celui des
yieillards eft lent , timide & douteux : la
jeuneffe
OCTOBRE. 1730. 2207
jeuneffe en donne de legers , de violens,
de teméraires ; fi on confulte les Sçavans,
on eft fatigué de leurs longs difcours , &
choqué de leur opiniâtreté : fi on confulte
les ignorans , on eft maître de leurs
avis , mais on en tire peu de lumieres :
fi on s'adreffe aux pauvres , leurs confeils
feront intereffés ; fi on s'adreffe aux riches
, il y aura trop de hauteur & de du
reté dans le parti qu'ils propoferont ; nos
parens , nos domeftiques , pour mieux
nous flater , nous tromperont : les étran
gers ne le donneront pas la peine d'exa
miner la matiere & délibereront fans
attention , ne prenant nul interêt en la
choſe. Plufieurs confeillers embaraffent
peu de confeillers ne fuffifent pas.
2
Qui confulte une fois veut s'éclaircir ;
qui confulte deux fois cherche à douter.
Les Sçavans font pour l'ordinaire dédaigneux
pour les ignorans , & ils font
mal , car ils prouvent par là combien ils
leur reffemblent encore.
L'imitation fervile eft blâmable ; mais
un homme d'efprit fçait habilement fe
rendre propres , & faire paffer dans fes
Ouvrages les beautés de ceux qui l'ont
devancé. On honore ceux qu'on imitę
ayce
1
2208 MERCURE DE FRANCE
avec art ; & un Auteur , même celebre ,
qui feroit profeffion étroite de n'imiter
perfonne , rarement meriteroit-il d'être
imité .
Sur les faits hiſtoriques que nous apprenons
,ou que nous lifons dans les livres
nous devons toujours être en garde contre
l'incertitude qui flatte fans ceffe notre
vanité ; car nous aimons à entendre
nos connoiffances , & quand la verité fe
dérobe à nos recherches , nous nous contentons
de la trouver remplacée par la
fiction que notre crédulité réalife , l'erreur
nous paroiffant moins à craindre
que l'ignorance.
Les hommes d'un gout fûr & délicat
ne font jamais contens de leurs Ouvrages ;
ils ont une fi haute idée de la perfection,
qu'ils ne croyent jamais y être parvenus .
On ne doit pas faire dépendre fes idées
de fon goût ; il faut prendre des guides
plus furs , la raifon & l'experience.
La décadence des Sciences & des Arts
eft fort à craindre ; car on commence à
outrer tout. Le goût des beautés fimples
& naturelles fe perd ; il faudra déformais
du bizarre , de l'étranger & du mefquin
pour
OCTOBRE. 1730. 2209
pour nous toucher ; plus d'un obftacle
s'oppose à la guerilon du mauvais gout.
Le défaut des Medecins , les génies fuperieurs
, tels qu'il en faudroit pour ramener
les efprits, font rares; & quand il s'en
trouve , ils voyent le mal , ils le blâment.
& fe laiffent cependant entraîner par la
foule à laquelle ils veulent plaire : on aime
le nouveau & le fingulier , on ſe ſçait
bon gré de ne pas marcher fur les pas de
fes prédeceffeurs . La défenſe du mauvais
gout devient un interêt de nation ; d'ail.
leurs, quand on pourroit le guerir, quelle
méthode fuivre dans une entrepriſe fi
difficile , où le malade croit être dans une
parfaite fanté , & regarde le Medecin
comme celui qui a befoin de remede ? fi
quelqu'un s'apperçoit de l'erreur commune
, ofera-t'il l'attaquer ? ofera - t'il
s'écarter des routes par où l'on parvient
à la réputation la plus brillante ? ne crain
dra- t'il point de s'expoſer à la dériſion .
On voit tous les jours de petits génies
vuides de lumieres & d'efprit , & pleins
d'amour propre , fe montrer difficiles &
même critiquer hautement dáns les Sciences
& dans les Arts les nouveautés qui
paroiffent , pour ſe faire une réputation
de gens d'efprit & de gout , fe flattant
qu'en attaquant des Auteurs & des Ou-
E vrages
2210 MERCURE DE FRANCE
yrages celebres , on fera grand cas de leurs
remarques , & qu'on les mettra , finon
au deffus , au moins à coté des plus ha
biles.
& و
Quelques Sçavans pleins de bonne opinion
de leurs études , difent par tout , &
croyent même que tout est trouvé
cela parce qu'ils fe perfuadent avec complaifance
qu'ils n'ont plus rien à appren
dre. Ils méprifent hautement les nouvelles
découvertes , & ne daignent pas
les examiner , crainte de fe convaincre
d'une préfomption qui les flate.
Un efprit vain & de mauvaiſe trempe,
quoique cultivé d'ailleurs , parle de tout
avec confiance , & ne peut juger fainement
de rien ; les frais qu'il fait en lecture
& en effort de mémoire , pour paroître
habile , font prefque autant de nouvelles
couches de ridicule qu'il fe donne;
l'orgueil & l'impertinence percent au
travers ; enforte qu'on peut dire avec
Moliere :
Un fot fçavant eft fot plus qu'un fot ignorant.
Et avec un Poëte plus moderne , M.
Pope.
Tel eft devenu fat à force de lecture
Qui n'eut été que fot en fuivant la nature.
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Résumé : REFLEXIONS.
Le texte traite principalement de la corruption morale et de l'incrédulité, soulignant que la corruption du cœur précède souvent l'égarement de l'esprit. Cette situation conduit certains individus à adopter des opinions singulières pour flatter leur vanité plutôt que de suivre la raison. Même les athées, malgré leurs discours, conservent une conscience de l'existence de Dieu pour apaiser leurs craintes. Le texte critique l'idée que les grandes lumières soient incompatibles avec les maximes évangéliques et affirme que l'incrédulité ne mène pas nécessairement au libertinage, mais plutôt l'inverse. Le choix de conseillers fiables est également abordé, chaque catégorie ayant ses défauts : les vieillards sont lents, les jeunes téméraires, les savants opiniâtres, et les étrangers désintéressés. Les savants montrent souvent un dédain envers les ignorants, révélant ainsi leur propre manque de sagesse. Le texte met en garde contre la crédulité et l'erreur dans l'apprentissage des faits historiques, préférant la fiction à l'ignorance. Il critique la décadence des sciences et des arts, attribuée à un goût pour le bizarre et l'étranger, ainsi qu'à l'absence de guides éclairés capables de corriger ces tendances. Les petits esprits, pleins d'amour-propre, critiquent les œuvres célèbres pour se faire remarquer, tandis que certains savants, sûrs de leurs connaissances, méprisent les nouvelles découvertes. Il décrit également les esprits vains et imprudents qui parlent de tout avec confiance sans véritable jugement. Enfin, le texte critique les efforts excessifs de certaines personnes pour paraître habiles, soulignant que ces tentatives ajoutent souvent des couches de ridicule plutôt que de les rendre plus compétentes. L'orgueil et l'impertinence transparaissent malgré ces efforts. Molière est cité pour affirmer qu'une personne savante peut être plus sotte qu'une personne ignorante. Un poète moderne, M. Pope, observe que ceux qui deviennent pédants à force de lecture peuvent être plus stupides que ceux qui suivent simplement leur nature.
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1485
p. 2215-2224
Panegyrique de S. Augustin, [titre d'après la table]
Début :
PANEGYRIQUE de S. Augustin, Evêque d'Hippone, prononcé dans [...]
Mots clefs :
Saint Augustin, Panégyrique, Génie, Gloire, Chrétien, Hommes, Éloquence, Honneur, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Panegyrique de S. Augustin, [titre d'après la table]
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS &c.
ANEGYRIQUE de S. Auguftin ;
Evêque d'Hippone , prononcé dans
l'Eglife des Grands Auguftins , le 28.
Aout 1730. par M. l'Abbé Seguy . A
Paris , chez Coignard fils , Imprimeur du
Roi & de l'Académie Françoife , à la Bible
d'or 1730.
Lo
2216 MERCURE DE FRANCE
Le Lecteur nous fçaura bon gré de lui
'donner un Extrait de ce Difcours , fi digne
de la réputation de fon Auteur. Le
Texte en eft fingulier & frappant , &
l'Exorde dans fa noble fimplicité ne l'eſt
pas moins. Les voici :
In laudem gloria gratia . A la gloire
de la Grace. Epit. aux Ephef. Ch. 1.
Oui , Chrétiens , à la gloire de la Grace
C'est là comme une Dédicace que je
mets à la tête de ce Difcours , ou fi vous
voulez , c'eft le fujer & le fond même
de l'Eloge que j'entreprends. Je le confacre
à la Grace , parce que c'eſt à elle
qu'il appartient fpecialement , & que
toute la gloire d'Auguftin eſt à elle , in
laudem gloria gratie.
Cet Eloge d'Auguftin , fi intereffant
pour les Sçavans , dont ce grand homme
eft l'admiration & l'oracle , pour le peuple
, dont fon ſeul nom réveilla toujours
l'attention , le fera à jamais , Chrétiens ,
pour quiconque s'intereffera aux merveilles
de la Grace . Ecoutez . Cette Grace
qui vous donne la vie fpirituelle à vous,
Juftes , qui avez le bonheur d'en joüir,
qui feule peut vous la rendre à vous ,
pecheurs , qui l'avez perduë ; c'eft elle.
que je vais glorifier. Je vais vous faire
voir dans Auguftin des foibleffes & des
erreurs qu'elle a fait tourner à ſa gloire ,
des
OCTOBRE. 1730. 2217
'des vertus héroïques dont elle a été le
principe , des travaux infinis dont elle a
êté l'objet. Auguftin n'a été coupable , it
n'a été aveugle , il n'a été éclairé , il n'a
été penitent , il n'a eu la fuperiorité dư
génie & l'éminence de la fainteté que
pour la gloire de la Grace , in laudemgloria
gratia. Comment cela , Chrétiens Au
diteurs voici dans la raifon qui s'en
offre le plan de mon Difcours qui fe préfente.
C'est que le changement d'Auguf
tin a été un des coups les plus éclatans
de la puiflance de la Grace , & qu'Auguftin
depuis fon changement n'a vêcu
que pour les interêts de la Grace ; elle
a triomphe de lui , & elle a triomphé par
luis il lui a rendu les armes , & il l'a
fervie jufqu'à en devenir le Heros. En
deux mots , il en a été , en exceptant la
Converfion de Paul , il en a été la conquête
la plus belle , il en a été le Défenfeur
le plus glorieux , in laudem glorie
gratia.
Je n'ai point conçû , Meffieurs , la
vaine efperance d'égaler l'idée que vous
avez d'Auguftin , ni même de pouvoir
vous rendre parfaitement la mienne. Je
viens fuccomber fous le poids que je me
fuis laiffé impofer . Notre impuiffance à
foutenir la grandeur de certains fujets eft
après tout une autre forte d'éloge , & le
Docteur
Ev
2218 MERCURE DE FRANCE
Docteur de la Grace feroit trop rarement
loué , s'il ne l'étoit que par ceux qui
peuvent lui payer tout le tribut de loüanges
qu'il mérite. Auguftin. La Grace. Je
ne cefferai , Chrétiens , de vous préfenter
ces deux objets , quoique bien éloigné
de vouloir vous faire partager votre
reſpect entre l'un & l'autre. C'eſt ainfi
que j'ofe me promettre votre attention.
Oui , je m'en fie à l'interêt du grand
nom d'Auguftin , & plus encore à l'interêt
que doivent prendre vos coeurs à la
gloire de la Grace , In laudem gloria gratia.
Ave & c.
Premiere Partie:
L'Abbé Seguy en entrant en matiere ;
préfente le portrait que voici du jeune
Auguftin.
Failons attention à ce qu'il étoit dès fa
15 année , Chrétiens Auditeurs. Un vif
amour du grand , ou de ce qui en a l'apparence
; mais un penchant prefque invincible
pour le plaifir , une foif infinie:
de la verité , mais hors du feul fyftême
où on la trouve ; un caractere affable , mais
un fecret ſentiment de fa fuperiorité na--
turelle , idées naiffantes de fortune , talens
fuprêmes pour y parvenir , l'efprit
d'affurance qui fubjugue , l'efprit d'infinuation
qui féduit l'ardeur funefte
d'aimer
,
་
OCTOBRE. 1730. 2219
d'aimer , le don prefqu'auffi funefte de
plaire ; tels étoient de fi bonne heure fes
traits les plus marqués . Mes freres , que
je vous décrive ici les égaremens de fa
raifon & les foibleffes de fon coeur. Je
veux dreffer un trophée à la grace de mon
Dieu qui en fçut faire fa conquête , en
vous faifant voir les obftacles qu'elle a fur
montés , in laudem gloria gratia.
C'eft fur ces égaremens & ces foibleffes
que l'Orateur fonde le premier chef de fa
fubdivifion ; & après avoir décrit , avec
toute la force imaginable, les erreurs d'Au
guſtin , il dit :-
Aimable verité , cher & glorieux partage
des ames humbles , ainfi font fouvent
punis au fein du menfonge ceux que leur
orgueil a rendus indignes de vous . Malgrè
toutes leurs variations , en changeant
d'erreurs , ils ne font que changer d'inquiétudes
; & quand ils ont parcourus
dans leurs égaremens , toutes les opinions
accréditées , plus éloignés de vous que
jamais, ou ils s'en font de nouvelles en fecret,
ou ils en font réduits à regretter dans
un noir cahos lés Systêmes de l'erreur
qu'ils ont comme épuifée.
L'article des foibleffes du jeune Auguf
tin a quelque chofe d'enlevant. L'Orateur
paffe enfuite au fecond membre de ſa ſubdivifion
, de cette maniere :
E vj Toute
2220 MERCURE DE FRANCE
Toutefois au travers des miferes & des
horreurs que ma Religion me découvre
dans une telle vie , je vois les qualitez les
plus éclatantes , & les vertus morales le
plus en honneur. Si les obftacles font
grands , l'importance de la conquête n'eſt
pas moins grande. Connoiffez icy , Chré-
Tiens , ce que c'étoit qu'Auguftin par l'efprit
& par le coeur ; quelque jufte idée
vous ayez de lui , peut-être en eft- il parmi
vous qui n'ont pas affez vivement ſenti en
ces deux points , l'excellence de fon caractere.
que
Car d'abord , je l'ofe affurer , malgré
fes égaremens , jamais la Grace n'eut à
éclairer un efprit fuperieur au fien . Génie
facile , dès l'âge de douze ans , le défefpoir
de fes jeunes Emules , & l'étonnement
de fes Maîtres , il fembloit plutôt
rappeller des chofes oubliées , qu'en ap
prendre de nouvelles ; & fes progrès trop
furprenans, pour n'engager que les fiens à
le foûtenir de toutes leurs forces , porterent
un Etranger à faire auffi tout pour
lui, pour ce jeune homme dont les talens
promettoient la courſe la plus rapide dans
la carriere de l'honneur & de la fortune ;
génie pénétrant , à qui n'échappoit rien
de ce qui eft à la portée de l'efprit humain
; il eut été un de ces Inventeurs des.
Sciences & des beaux Arts , s'il fut venu
dans
OCTOBRE. 1730. 222
dans les premiers âges ; génie étendu qui
embraffoit tout , qui réunit de bonne
heure en lui le Rhéteur habile , le Philofophe
profond ; & qui joignant aux connoiffances
les plus fublimes , à celles des
Arts Liberaux , le mit dans peu de temps
en état d'en compofer des Traitez qu'on
admire ; génie nerveux , né pour manier
la raifon en Maître,& pour lui faire prendre
entre les mains toute la force qu'elle
peut avoir ; génie fubtil , qui le premier
peut -être avoit faifi des fineffes de raifon
nement peu connues avant lui , fouverai
nement propre à tout ce qu'il y a de plusabftrait
, fe tournant , fe repliant avec une
adreffe infinie fur lui- même ; & qui , le
cours de les études à peine fini , le faifoit
regarder comme un homme sûr de vaincre
, de trouver prife fur les autres , & de
ne leur en donner jamais dans la diſpute ;
génie beau , plein de feu & d'agrément ,
qui après avoir enlevé à Rome tous les
fuffrages , fe fignalant à Milan par l'éloga
de l'Empereur & du Conful Bauton , fit
dire avec une espece de tranfport , que
la plus haute vertu pouvoit être fatisfaite
de ces louanges : Ouy , génie à qui pour
égaler au moins les plus fameux Orateurs
de Rome & d'Athénes , il ne manquoit
que leur fiecle & leur pays..
N'allons pas critiques trop inquiets ,
repro2222
MERCURE DE FRANCE
reprocher au prodige de l'Afrique , le caractere
Afriquain ; il avoit affez de quoi
fe le faire pardonner ; eût- il dû naturellement
ne pas l'avoir ; il avoit , & j'en
appelle aux Juges , toute l'ame de la grande
& invariable Eloquence , de l'Eloquence
des choles très - indépendantes™
du ftyle , j'entens l'abondance & l'ordre
, & la chaleur & la penfée , & le fentiment
auffi neceffaire que la penſée :
vraye & folide éloquence qui étoit de lui,
tour & ftyle qui étoit de fon temps , & fur
tout de fa Patrie.
Achevons : Vous ne trouverez rien de
trop à ce Portrait. Génie , peu s'en faut
que je ne dife unique , capable non-feule--
ment de traiter prefque de tout , & de
ramener tout à des principes auffi féconds
que fimples, mais de traiter de chaque
chofe dans le genre d'écrire , convenable
à fa nature , plein fur un feul objet d'une
étonnante multiplicité d'idées , à quelques
redites près ; fuite ordinaire de l'abondance
de l'expreffion & de la hâte du travail ,
moins fréquentes pourtant en fes Ecrits
que ne l'ont prétendu certains Critiques ,
fans fonger qu'il eft des matieres où les
principes ne fçauroient être trop fouvent
préfentez , & que les répétitions neceffaires
ne font pas des redites.
Les qualitez du coeur d'Auguftin , maniées
OCTOBRE . 1730. 2223
niées de main de maître , font accompa
gnées de la réfléxion fuivante,
Mais quoi ? Avoir un coeur fi bien fait
& fi corrompu ,un génie fi rare &fi fujet
à l'erreur?Mais qui fçait fi laDivine Providence
ne permit pas qu'il en fut ainfi d'un
homme femblable , de peur qu'il n'honorat
trop cette nature décheuë , dont il
étoit deftiné à décrier un jour la corrup
tion & la mifére. Il eut trop fait remarquer
ce qu'il y a de grand dans l'homme ,
s'il n'eut fait voir , comme il l'a fait , ce
qu'il y a de foible & de corrompu . Il fut
coupable par fon malheur , & peut - être
auffi pour l'honneur de la Grace : In lau- ~
dem gloria gratia.
و
L'Abbé Séguy paffe enfuite au troifié- -
me membre de fa fubdivifion . Il n'eft' pas
poffible de voir d'image plus vive que celle
où il repréſente les combats intérieurs ,
qui précédérent la converfion de faint
Auguftin . Nous ne rapporterons rien
d'un article qui doit être vû en entier ,
non plus que de la Morale , qui termine
cette premiere Partie.
Seconde Partie:
Comparez , fi vous le pouvez , Chré
tiens , toutes les conquêtes de la Grace ,
tous les Saints ; jamais , jamais nul d'eux
ne lui a mieux rendu qu'Auguftin, le prix
de fes infpirations fecourables. Car je ne
2224 MERCURE DE FRANCE
crains pas de l'avancer ; ce qu'il a fait pour
elle , n'eft pas moins grand que ce qu'elle
avoit fait pour lui : & ne vous allarmez
pas d'une propofition , qui bien loin d'être
injurieufe à la Grace de mon Dieu , l'honore
en effet.Je n'ai en vûë que de la glorifier
cette Grace , lorfque j'en viens glo
rifier le Héros ; In Laudem gloria gratia
& je fçai que vous n'ignorez pas que ce
qu'Auguftin a fait pour Elle , il ne l'a fait
que par Elle. C'eſt par Elle qu'il a été fon
plus glorieux Deffenfeur, qu'il a travaillé
avec tant d'éclat à lui foumettre tous fes
ennemis enfemble ; tous fes Ennemis ,
Chrétiens Auditeurs , je veux dire ceux
qui l'attaquent dans fon effence, ceux qui
Falterent dans fes dons , ceux qui l'étoufent
dans les infpirations. Car voilà tous
les ennemis de la Grace.
Il feroit trop long pour un Extrait de raporter
tout l'article du Pélagianifme , qui
nous paroît un des plus frappans de tous.
Le fecond & le troifiéme chef font pleins
comme le premier , de cette éloquence
originale & toute neuve , qu'a fçu faifir
Auteur ; mais nous n'avons pas le tems
de nous y arrêter. Cette Analyle nous meneroit
trop loin , fans faire d'ailleurs fentir
La beauté du tout fupérieure à toutes les
beautez de détail.
DES BEAUX ARTS &c.
ANEGYRIQUE de S. Auguftin ;
Evêque d'Hippone , prononcé dans
l'Eglife des Grands Auguftins , le 28.
Aout 1730. par M. l'Abbé Seguy . A
Paris , chez Coignard fils , Imprimeur du
Roi & de l'Académie Françoife , à la Bible
d'or 1730.
Lo
2216 MERCURE DE FRANCE
Le Lecteur nous fçaura bon gré de lui
'donner un Extrait de ce Difcours , fi digne
de la réputation de fon Auteur. Le
Texte en eft fingulier & frappant , &
l'Exorde dans fa noble fimplicité ne l'eſt
pas moins. Les voici :
In laudem gloria gratia . A la gloire
de la Grace. Epit. aux Ephef. Ch. 1.
Oui , Chrétiens , à la gloire de la Grace
C'est là comme une Dédicace que je
mets à la tête de ce Difcours , ou fi vous
voulez , c'eft le fujer & le fond même
de l'Eloge que j'entreprends. Je le confacre
à la Grace , parce que c'eſt à elle
qu'il appartient fpecialement , & que
toute la gloire d'Auguftin eſt à elle , in
laudem gloria gratie.
Cet Eloge d'Auguftin , fi intereffant
pour les Sçavans , dont ce grand homme
eft l'admiration & l'oracle , pour le peuple
, dont fon ſeul nom réveilla toujours
l'attention , le fera à jamais , Chrétiens ,
pour quiconque s'intereffera aux merveilles
de la Grace . Ecoutez . Cette Grace
qui vous donne la vie fpirituelle à vous,
Juftes , qui avez le bonheur d'en joüir,
qui feule peut vous la rendre à vous ,
pecheurs , qui l'avez perduë ; c'eft elle.
que je vais glorifier. Je vais vous faire
voir dans Auguftin des foibleffes & des
erreurs qu'elle a fait tourner à ſa gloire ,
des
OCTOBRE. 1730. 2217
'des vertus héroïques dont elle a été le
principe , des travaux infinis dont elle a
êté l'objet. Auguftin n'a été coupable , it
n'a été aveugle , il n'a été éclairé , il n'a
été penitent , il n'a eu la fuperiorité dư
génie & l'éminence de la fainteté que
pour la gloire de la Grace , in laudemgloria
gratia. Comment cela , Chrétiens Au
diteurs voici dans la raifon qui s'en
offre le plan de mon Difcours qui fe préfente.
C'est que le changement d'Auguf
tin a été un des coups les plus éclatans
de la puiflance de la Grace , & qu'Auguftin
depuis fon changement n'a vêcu
que pour les interêts de la Grace ; elle
a triomphe de lui , & elle a triomphé par
luis il lui a rendu les armes , & il l'a
fervie jufqu'à en devenir le Heros. En
deux mots , il en a été , en exceptant la
Converfion de Paul , il en a été la conquête
la plus belle , il en a été le Défenfeur
le plus glorieux , in laudem glorie
gratia.
Je n'ai point conçû , Meffieurs , la
vaine efperance d'égaler l'idée que vous
avez d'Auguftin , ni même de pouvoir
vous rendre parfaitement la mienne. Je
viens fuccomber fous le poids que je me
fuis laiffé impofer . Notre impuiffance à
foutenir la grandeur de certains fujets eft
après tout une autre forte d'éloge , & le
Docteur
Ev
2218 MERCURE DE FRANCE
Docteur de la Grace feroit trop rarement
loué , s'il ne l'étoit que par ceux qui
peuvent lui payer tout le tribut de loüanges
qu'il mérite. Auguftin. La Grace. Je
ne cefferai , Chrétiens , de vous préfenter
ces deux objets , quoique bien éloigné
de vouloir vous faire partager votre
reſpect entre l'un & l'autre. C'eſt ainfi
que j'ofe me promettre votre attention.
Oui , je m'en fie à l'interêt du grand
nom d'Auguftin , & plus encore à l'interêt
que doivent prendre vos coeurs à la
gloire de la Grace , In laudem gloria gratia.
Ave & c.
Premiere Partie:
L'Abbé Seguy en entrant en matiere ;
préfente le portrait que voici du jeune
Auguftin.
Failons attention à ce qu'il étoit dès fa
15 année , Chrétiens Auditeurs. Un vif
amour du grand , ou de ce qui en a l'apparence
; mais un penchant prefque invincible
pour le plaifir , une foif infinie:
de la verité , mais hors du feul fyftême
où on la trouve ; un caractere affable , mais
un fecret ſentiment de fa fuperiorité na--
turelle , idées naiffantes de fortune , talens
fuprêmes pour y parvenir , l'efprit
d'affurance qui fubjugue , l'efprit d'infinuation
qui féduit l'ardeur funefte
d'aimer
,
་
OCTOBRE. 1730. 2219
d'aimer , le don prefqu'auffi funefte de
plaire ; tels étoient de fi bonne heure fes
traits les plus marqués . Mes freres , que
je vous décrive ici les égaremens de fa
raifon & les foibleffes de fon coeur. Je
veux dreffer un trophée à la grace de mon
Dieu qui en fçut faire fa conquête , en
vous faifant voir les obftacles qu'elle a fur
montés , in laudem gloria gratia.
C'eft fur ces égaremens & ces foibleffes
que l'Orateur fonde le premier chef de fa
fubdivifion ; & après avoir décrit , avec
toute la force imaginable, les erreurs d'Au
guſtin , il dit :-
Aimable verité , cher & glorieux partage
des ames humbles , ainfi font fouvent
punis au fein du menfonge ceux que leur
orgueil a rendus indignes de vous . Malgrè
toutes leurs variations , en changeant
d'erreurs , ils ne font que changer d'inquiétudes
; & quand ils ont parcourus
dans leurs égaremens , toutes les opinions
accréditées , plus éloignés de vous que
jamais, ou ils s'en font de nouvelles en fecret,
ou ils en font réduits à regretter dans
un noir cahos lés Systêmes de l'erreur
qu'ils ont comme épuifée.
L'article des foibleffes du jeune Auguf
tin a quelque chofe d'enlevant. L'Orateur
paffe enfuite au fecond membre de ſa ſubdivifion
, de cette maniere :
E vj Toute
2220 MERCURE DE FRANCE
Toutefois au travers des miferes & des
horreurs que ma Religion me découvre
dans une telle vie , je vois les qualitez les
plus éclatantes , & les vertus morales le
plus en honneur. Si les obftacles font
grands , l'importance de la conquête n'eſt
pas moins grande. Connoiffez icy , Chré-
Tiens , ce que c'étoit qu'Auguftin par l'efprit
& par le coeur ; quelque jufte idée
vous ayez de lui , peut-être en eft- il parmi
vous qui n'ont pas affez vivement ſenti en
ces deux points , l'excellence de fon caractere.
que
Car d'abord , je l'ofe affurer , malgré
fes égaremens , jamais la Grace n'eut à
éclairer un efprit fuperieur au fien . Génie
facile , dès l'âge de douze ans , le défefpoir
de fes jeunes Emules , & l'étonnement
de fes Maîtres , il fembloit plutôt
rappeller des chofes oubliées , qu'en ap
prendre de nouvelles ; & fes progrès trop
furprenans, pour n'engager que les fiens à
le foûtenir de toutes leurs forces , porterent
un Etranger à faire auffi tout pour
lui, pour ce jeune homme dont les talens
promettoient la courſe la plus rapide dans
la carriere de l'honneur & de la fortune ;
génie pénétrant , à qui n'échappoit rien
de ce qui eft à la portée de l'efprit humain
; il eut été un de ces Inventeurs des.
Sciences & des beaux Arts , s'il fut venu
dans
OCTOBRE. 1730. 222
dans les premiers âges ; génie étendu qui
embraffoit tout , qui réunit de bonne
heure en lui le Rhéteur habile , le Philofophe
profond ; & qui joignant aux connoiffances
les plus fublimes , à celles des
Arts Liberaux , le mit dans peu de temps
en état d'en compofer des Traitez qu'on
admire ; génie nerveux , né pour manier
la raifon en Maître,& pour lui faire prendre
entre les mains toute la force qu'elle
peut avoir ; génie fubtil , qui le premier
peut -être avoit faifi des fineffes de raifon
nement peu connues avant lui , fouverai
nement propre à tout ce qu'il y a de plusabftrait
, fe tournant , fe repliant avec une
adreffe infinie fur lui- même ; & qui , le
cours de les études à peine fini , le faifoit
regarder comme un homme sûr de vaincre
, de trouver prife fur les autres , & de
ne leur en donner jamais dans la diſpute ;
génie beau , plein de feu & d'agrément ,
qui après avoir enlevé à Rome tous les
fuffrages , fe fignalant à Milan par l'éloga
de l'Empereur & du Conful Bauton , fit
dire avec une espece de tranfport , que
la plus haute vertu pouvoit être fatisfaite
de ces louanges : Ouy , génie à qui pour
égaler au moins les plus fameux Orateurs
de Rome & d'Athénes , il ne manquoit
que leur fiecle & leur pays..
N'allons pas critiques trop inquiets ,
repro2222
MERCURE DE FRANCE
reprocher au prodige de l'Afrique , le caractere
Afriquain ; il avoit affez de quoi
fe le faire pardonner ; eût- il dû naturellement
ne pas l'avoir ; il avoit , & j'en
appelle aux Juges , toute l'ame de la grande
& invariable Eloquence , de l'Eloquence
des choles très - indépendantes™
du ftyle , j'entens l'abondance & l'ordre
, & la chaleur & la penfée , & le fentiment
auffi neceffaire que la penſée :
vraye & folide éloquence qui étoit de lui,
tour & ftyle qui étoit de fon temps , & fur
tout de fa Patrie.
Achevons : Vous ne trouverez rien de
trop à ce Portrait. Génie , peu s'en faut
que je ne dife unique , capable non-feule--
ment de traiter prefque de tout , & de
ramener tout à des principes auffi féconds
que fimples, mais de traiter de chaque
chofe dans le genre d'écrire , convenable
à fa nature , plein fur un feul objet d'une
étonnante multiplicité d'idées , à quelques
redites près ; fuite ordinaire de l'abondance
de l'expreffion & de la hâte du travail ,
moins fréquentes pourtant en fes Ecrits
que ne l'ont prétendu certains Critiques ,
fans fonger qu'il eft des matieres où les
principes ne fçauroient être trop fouvent
préfentez , & que les répétitions neceffaires
ne font pas des redites.
Les qualitez du coeur d'Auguftin , maniées
OCTOBRE . 1730. 2223
niées de main de maître , font accompa
gnées de la réfléxion fuivante,
Mais quoi ? Avoir un coeur fi bien fait
& fi corrompu ,un génie fi rare &fi fujet
à l'erreur?Mais qui fçait fi laDivine Providence
ne permit pas qu'il en fut ainfi d'un
homme femblable , de peur qu'il n'honorat
trop cette nature décheuë , dont il
étoit deftiné à décrier un jour la corrup
tion & la mifére. Il eut trop fait remarquer
ce qu'il y a de grand dans l'homme ,
s'il n'eut fait voir , comme il l'a fait , ce
qu'il y a de foible & de corrompu . Il fut
coupable par fon malheur , & peut - être
auffi pour l'honneur de la Grace : In lau- ~
dem gloria gratia.
و
L'Abbé Séguy paffe enfuite au troifié- -
me membre de fa fubdivifion . Il n'eft' pas
poffible de voir d'image plus vive que celle
où il repréſente les combats intérieurs ,
qui précédérent la converfion de faint
Auguftin . Nous ne rapporterons rien
d'un article qui doit être vû en entier ,
non plus que de la Morale , qui termine
cette premiere Partie.
Seconde Partie:
Comparez , fi vous le pouvez , Chré
tiens , toutes les conquêtes de la Grace ,
tous les Saints ; jamais , jamais nul d'eux
ne lui a mieux rendu qu'Auguftin, le prix
de fes infpirations fecourables. Car je ne
2224 MERCURE DE FRANCE
crains pas de l'avancer ; ce qu'il a fait pour
elle , n'eft pas moins grand que ce qu'elle
avoit fait pour lui : & ne vous allarmez
pas d'une propofition , qui bien loin d'être
injurieufe à la Grace de mon Dieu , l'honore
en effet.Je n'ai en vûë que de la glorifier
cette Grace , lorfque j'en viens glo
rifier le Héros ; In Laudem gloria gratia
& je fçai que vous n'ignorez pas que ce
qu'Auguftin a fait pour Elle , il ne l'a fait
que par Elle. C'eſt par Elle qu'il a été fon
plus glorieux Deffenfeur, qu'il a travaillé
avec tant d'éclat à lui foumettre tous fes
ennemis enfemble ; tous fes Ennemis ,
Chrétiens Auditeurs , je veux dire ceux
qui l'attaquent dans fon effence, ceux qui
Falterent dans fes dons , ceux qui l'étoufent
dans les infpirations. Car voilà tous
les ennemis de la Grace.
Il feroit trop long pour un Extrait de raporter
tout l'article du Pélagianifme , qui
nous paroît un des plus frappans de tous.
Le fecond & le troifiéme chef font pleins
comme le premier , de cette éloquence
originale & toute neuve , qu'a fçu faifir
Auteur ; mais nous n'avons pas le tems
de nous y arrêter. Cette Analyle nous meneroit
trop loin , fans faire d'ailleurs fentir
La beauté du tout fupérieure à toutes les
beautez de détail.
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Résumé : Panegyrique de S. Augustin, [titre d'après la table]
Le 28 août 1730, l'Abbé Seguy prononça un discours à l'église des Grands Augustins à Paris, intitulé 'Anegérique de S. Augustin'. Ce discours, publié par Coignard fils, célèbre la grâce divine à travers la vie de Saint Augustin. L'Abbé Seguy commence par attribuer toute la gloire d'Augustin à la grâce divine qui l'a transformé. Le discours est divisé en plusieurs parties. La première partie décrit le jeune Augustin, caractérisé par un vif amour pour le grand et le plaisir, une soif de vérité, un caractère affable, mais aussi des égarements et des faiblesses. L'orateur met en avant les erreurs d'Augustin et les obstacles que la grâce a surmontés pour le convertir. Augustin est également présenté comme un génie précoce, doté d'un esprit pénétrant et d'une éloquence remarquable. Malgré ses égarements, la grâce divine a éclairé son esprit supérieur. La seconde partie compare les conquêtes de la grâce à travers les saints et met en avant la contribution unique d'Augustin. L'orateur affirme qu'Augustin a rendu à la grâce un hommage incomparable en devenant son défenseur le plus glorieux. Le texte mentionne également les combats intérieurs qui ont précédé la conversion d'Augustin, sans entrer dans les détails. Le discours se conclut par une réflexion sur la grandeur de la grâce divine, illustrée par la vie et l'œuvre d'Augustin. L'Abbé Seguy invite les auditeurs à méditer sur la gloire de la grâce et sur l'exemple d'Augustin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1486
p. 2223-2232
Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, &c. [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des hommes illustres dans la République des Lettres [...]
Mots clefs :
Mémoires, Histoire des hommes illustres, République des Lettres, Armée, Roi, Évêque, Jean de Sponde, Cardinal, Pape, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, &c. [titre d'après la table]
MEMOIRES pourfervir à l'Hiftoire des
hommes illuftres dans la République des Lettres
avec un Catalogue raisonné de leurs
Ouvrages. Tome XI . Vol. in 12. pages 405.
fans les Tables. A Paris, chez Briaſſon , ruë
S. Jacques , à la Science. 1730.
On trouve dans ce volume les Vies de
trente-fept Sçavans , qui font Profper Alpin
, Annius de Viterbe , François de Belle
foreft , Pierre Bembo , Pierre le Brun , Louis
Bulteau , Jean Cajus , Jean Cheke , Urbain
Chevreau , Daniel le Clerc , François
Combefis , Angelo di Coftanzo , Abraham
Cowley, Jean Deslions , Claude de Ferrieres,
Antoine Galateo , François Hotman ,
Auguftin Inveges , Philippe de Limborch ,
Baptifte Nani , Ferôme Oforio , Mathieu
Palmieri , Mathias Palmieri , Antoine Pa
rent , Paul Paruta , Pierre Petit , François
Poupart , Certorio Quatromani , Jean Raulin
, Maturin Regnier , Jean Chilter , Michel
Servet , Henry de Sponde Auguftin.
Torniel , Pierre Varignon Claude de Vert ,
Jean Facq. Vepher.
,
Nous donnerons, felon notre coutume,
une de ces Vies pour faire connoître le
ftile & l'ordre de l'Auteur des Mémoires,
Nous avons choifi celle du fameux Sponde
Evêque de Pamiers.
Henri de Sponde naquit le 6. Janvier
1568. à Mauleon , petite ville du Païs de
1226 MERCURE DE FRANCE
Soulle , entre la Navarre & le Bearn.
Son pere qui étoit Secretaire & Confeiller
de la Reine de Navarre , Jeanne
d'Albret , le fit tenir fur les fonts de Baptême
par Henri de Bourbon fon fils , qui
fut depuis Roy de France & comme il
faifoit profeffion du Calviniſme , il l'éleva
dans les mêmes fentimens .
I alla faire fes études à Ortez , où les
Réformez avoient alors un College , & il
s'y diftingua par la facilité avec laquelle
il apprit les Langues Latine & Grecque.
Il fit enfuite un voyage en Ecoffe à la
fuite de Guillaume Salufte du Bartas , Ambaffadeur
du Roy de Navarre , & y apprit
en peu de tems la langue du Païs.
De retour en France , il s'appliqua à
Fétude du Droit civil , & du Droit Canon
, dont il lût prefque tous les Livres.
lalla à Tours , où le Parlement de Paris
avoit été transferé ; fon fçavoir , &
fon éloquence dans le Barreau porterent
le Roy Henri IV. à le faire Maître des Requêtes
de la Navarre .
Les Livres de controverfe de Bellarmin
& de du Perron qu'il lut alors avec
avidité , commencerent à lui ouvrir les
yeux fur les erreurs , dans lesquelles il
avoit été engagé ; il fe prêta aux impref
fions de la grace , qui agirent fur lui , &
animé par l'exemple de fon frere aîné
Jean!
OCTOBRE. 1730. 2227
Jean de Sponde , qui avoit déja abandonné
Pheréfie , il en fit abjuration à Paris le 21 .
Septembre 1599. à l'âge de vingt- fept
ans ,
De Sponde réuni à l'Eglife Catholique'
voulut s'engager dans l'Etat Eccléfiaftique
, & obtinten 1599. de l'Evêque d'Oferon
un démiffoire pour recevoir les Ordres
, même hors du Royaume. Cette
derniere claufe étoit neceffaire , parce qu'il
avoit deffein d'aller à Rome gagner le
-Indulgences de l'année fainte.
Il alla effectivement en 1600. à la fuite
du Cardinal de Sourdis , & demeura quel
ques années dans cette Ville , où il reçut
Ordre de Prêtrife le 27 Mars 1606.
La connoiffance qu'il eût du Cardinal
Baronius , & l'étroite amitié qu'il'lia avec
lui , lui fit naître le deffein de faire un
Abregé de fes Annales ; deffein qu'il
exécuta dans la fuite , après avoir obtenu
fon agrément pour cela.
Il revint à Paris en 1606. mais il retourna
quelque tems après à Rome , où
le Pape Paul V.qui l'aimoit beaucoup, lui
commit la révifion des expéditions du
Tribunal de la Pénitencerie.
La confideration qu'on avoit pour lui
en Italie , l'avoit porté à s'y fixer pour le
refte de fes jours , & il ne fongeoit plus
à revenir en France ; mais le Seigneur en
difpofa
1228 MERCURE DE FRANCE
difpofa autrement. Le Roy Louis XIII .
le nomma à l'Eveché de Pamiers au commencement
de l'année 1626. Il fit d'abord
quelque difficulté d'accepter cette dignité
; mais le Pape Urbain VIII. le lui ayant
ordonné , il fe foumit à fes ordres , & fut
facréà Rome par le Cardinal de Marquemont
, Archevêque de Lyon dans l'Eglife
de S. Louis , dont il avoit eu longtems
la conduite , le 16. Août de la même
année , & non pas le 17 Septembre
comme le marque M. Perrault , qui n'a
pas pris garde à l'expreffion latine de fa
vie , die decima feptima Cal. Septembris:
De Sponde vint peu de tems après à
Paris , où le Roy le reçut avec des marques
fingulieres d'eftime. Il fe rendit de- là
a Pamiers , où il fit fon entrée le 23 May
1627. Il s'y appliqua avec beaucoup d'ardeur
à procurer le falut des ames , qui lui
avoient été confiées , & à retirer de l'erreur
ceux qui y étoient engagez. Il faifoit
fréquemment des vifites dans fon
Diocéfe , & y rétablit la diſcipline trop
négligée en quelques endroits.
Le Duc de Rohan, chefdes Huguenots ,
étant entré au mois de Novembre de l'année
de fon inſtallation dans Pamiers par
trahison , de Sponde fe fauva par un trou
qu'on fit aux murailles. L'année fuivante
le Prince de Condé ayant repris la Ville ,
&
OCTOBRE . 1730. 22 29
& les Huguenots ayant été chaffez , le
Pape Urbain VIII, en écrivit à de Sponde
des lettres de compliment , qui marquoient
une eftime extraordinaire de fon
mérite.
Son grand âge lui ayant fait prendre
Jean de Sponde fon neveu pour Coadjuteur
, il revint à Paris dans le deffein de
ſe donner tout entier à l'Edition de fes
Annalles.
Il quitta cette ville en 1642. pour aller
à Toulouſe , où il mourut le 18 May 1643. -
âgé de 75. ans
Il laiffa par fon Teftament , qu'il fit
peu de jours avant la mort , fa Bibliotheque
aux Minimes de Toulouſe , & tous
fes biens à Pierre Frizon de Rheims , Docteur
de la Maiſon de Navarre , avec lequel
il avoit vêcu dans une étroite amitié pen
dant quinze ans,tant à Rome , qu'à Paris,
Son corps fut inhumé dans l'Eglife Cathedrale
de Toulouſe . & on mit fur fon
tombeau cette Epitaphe qu'il s'étoit faite
lui-même.
Hicjacet corpus Henrici Spondani , quona
dam Epifcopi Apamiarum , cujus anima requiefcat
in pace.
Catalogue de fes Ouvrages.
1. Les Cimetieres facrez , Bourdeaux.
1596. in 12. fixième Edition augmentée.
Paris
2230 MERCURE DE FRANCE
Paris 1600. in 12. Item , trad. en Latin
avec de grandes augmentations . Paris
1638. in. 4° . Le but de l'Auteur eft de
faire voir que les Cimetieres ayant toûjours
été regardés comme facrez chez toutes
les Nations & dans toutes fortes de
Religions , les Proteftans avoient tort de
traiter d'injuftice le refus que faifoient , &
qu'avoient toûjours fait les Catholiques
de fouffrir que les Cimetieres de leurs
Eglifes fuffent communs entre eux & les
Proteftans.
2. Annales Ecclefiaftici Cafaris Baronii in
Epitomen redacti¸ Parifiis 1612. fol. L'Auteur
dédia cette premiere Edition au
Clergé de France qui approuva l'ouvrage
, & marqua l'eftime qu'il en faifoit
par plufieurs gratifications confiderables
dont il honora l'Auteur. Il a été imprimé
plufieurs fois depuis. La bonne Edition
felon M. l'Abbé Lenglet , eft celle qui a
paru à Paris chez la Noue en 1639. en fix
volumes in fol. avec la continuation , &
les Annales facrées. La meilleure après
celle- la eft celle qui a été donnée par la
Compagnie des Libraires, à Paris 1647.
fol. 2. vol. & la moindre eft celle de Lyon
de l'an 1660 fol. 2. vol. Il y en a une traduction
Françoife , de même que des Annales
facrées faite par Pierre Coppin , &
imprimée à Paris en 1654. 55. & 57. en
6.vol infol.
3.
OCTOBRE. 1730. 2231
3. Annalesfacri à Mundi creatione ad
ejufdem Redemptionem . Parifiis 1637. fol.
Item . Ibidem 1699. Item Colonia Agr.
1640. fol. Item , Parifiis 1660. ces Annales
font un Abregé de celles de Torniel .
4 Annalium Baronii Continuatio ab anno
1197. quo is defiit ad annum 1640. Pas
rifiis 1639. fol. 2. vol. Il y en a eu plu
fieurs autres Editions depuis .
5. Ordonnances Synodales. Toulouse
1630 in 8° .
6. M. de la Monnoye , dans fa Lettre
fur le prétendu Livre des trois Impofteurs,
attribue à Henri de Sponde un petit
Livre intitulé Le Magot Genevois 1613 .
in 8. p. 98. fans nom de Lieu.
Voyez la vie par Pierre Frizon à la tête
de fa continuation des Annales de Baronius
, dans les Editions faites après fa
mort , & les Hommes illuftres de Perrault.
L'Auteur des Mémoires nous permettra
d'ajoûter ici deux ou trois faits , qui
concernent le fçavant Evêque de Pamiers
& qui fans doute ne font pas venus à fa
connoiffance. Il eft certain que c'eft au
Cardinal du Perron que l'Eglife doit la
converfion d'Henry de Sponde , avant
même que ce Cardinal fût dans les Ordres
facrez : de Sponde & Jean de Salertes
, l'un & l'autre Bearnois , s'attacherent
à M. du Perron dans fon premier
voyage
2232 MERCURE DE FRANCE
voyage de Rome , où ils lui rendirent de
grands fervices pour le grand ouvrage de
la converfion de Henry IV. & ce Prince
ayant nommé du Perron à l'Evêché d'Evreux
en 1595. les deux premiers Canonicats
, dont le nouveau Prélat fut le maître
dans fa Cathedrale , furent donnez à
ces deux fçavans avant l'année 1600. Salettes
fut nommé Evêque de Lefcar en
1609. & mourut en 1632. & Sponde ,
comme on l'a vû ci-deflus , fut Evêque
de Pamiers en 1626. & mouruten 1643 ,
Evreux ne fut , pour ainfi dire , qu'un Cabinet
d'étude pour ce dernier , comme
Condé Maifon de campagne des Evêques
d'Evreux , le fut pour le Cardinal fon
Protecteur , jufqu'à ce qu'il fut nommé à
l'Archevêché de Sens.
hommes illuftres dans la République des Lettres
avec un Catalogue raisonné de leurs
Ouvrages. Tome XI . Vol. in 12. pages 405.
fans les Tables. A Paris, chez Briaſſon , ruë
S. Jacques , à la Science. 1730.
On trouve dans ce volume les Vies de
trente-fept Sçavans , qui font Profper Alpin
, Annius de Viterbe , François de Belle
foreft , Pierre Bembo , Pierre le Brun , Louis
Bulteau , Jean Cajus , Jean Cheke , Urbain
Chevreau , Daniel le Clerc , François
Combefis , Angelo di Coftanzo , Abraham
Cowley, Jean Deslions , Claude de Ferrieres,
Antoine Galateo , François Hotman ,
Auguftin Inveges , Philippe de Limborch ,
Baptifte Nani , Ferôme Oforio , Mathieu
Palmieri , Mathias Palmieri , Antoine Pa
rent , Paul Paruta , Pierre Petit , François
Poupart , Certorio Quatromani , Jean Raulin
, Maturin Regnier , Jean Chilter , Michel
Servet , Henry de Sponde Auguftin.
Torniel , Pierre Varignon Claude de Vert ,
Jean Facq. Vepher.
,
Nous donnerons, felon notre coutume,
une de ces Vies pour faire connoître le
ftile & l'ordre de l'Auteur des Mémoires,
Nous avons choifi celle du fameux Sponde
Evêque de Pamiers.
Henri de Sponde naquit le 6. Janvier
1568. à Mauleon , petite ville du Païs de
1226 MERCURE DE FRANCE
Soulle , entre la Navarre & le Bearn.
Son pere qui étoit Secretaire & Confeiller
de la Reine de Navarre , Jeanne
d'Albret , le fit tenir fur les fonts de Baptême
par Henri de Bourbon fon fils , qui
fut depuis Roy de France & comme il
faifoit profeffion du Calviniſme , il l'éleva
dans les mêmes fentimens .
I alla faire fes études à Ortez , où les
Réformez avoient alors un College , & il
s'y diftingua par la facilité avec laquelle
il apprit les Langues Latine & Grecque.
Il fit enfuite un voyage en Ecoffe à la
fuite de Guillaume Salufte du Bartas , Ambaffadeur
du Roy de Navarre , & y apprit
en peu de tems la langue du Païs.
De retour en France , il s'appliqua à
Fétude du Droit civil , & du Droit Canon
, dont il lût prefque tous les Livres.
lalla à Tours , où le Parlement de Paris
avoit été transferé ; fon fçavoir , &
fon éloquence dans le Barreau porterent
le Roy Henri IV. à le faire Maître des Requêtes
de la Navarre .
Les Livres de controverfe de Bellarmin
& de du Perron qu'il lut alors avec
avidité , commencerent à lui ouvrir les
yeux fur les erreurs , dans lesquelles il
avoit été engagé ; il fe prêta aux impref
fions de la grace , qui agirent fur lui , &
animé par l'exemple de fon frere aîné
Jean!
OCTOBRE. 1730. 2227
Jean de Sponde , qui avoit déja abandonné
Pheréfie , il en fit abjuration à Paris le 21 .
Septembre 1599. à l'âge de vingt- fept
ans ,
De Sponde réuni à l'Eglife Catholique'
voulut s'engager dans l'Etat Eccléfiaftique
, & obtinten 1599. de l'Evêque d'Oferon
un démiffoire pour recevoir les Ordres
, même hors du Royaume. Cette
derniere claufe étoit neceffaire , parce qu'il
avoit deffein d'aller à Rome gagner le
-Indulgences de l'année fainte.
Il alla effectivement en 1600. à la fuite
du Cardinal de Sourdis , & demeura quel
ques années dans cette Ville , où il reçut
Ordre de Prêtrife le 27 Mars 1606.
La connoiffance qu'il eût du Cardinal
Baronius , & l'étroite amitié qu'il'lia avec
lui , lui fit naître le deffein de faire un
Abregé de fes Annales ; deffein qu'il
exécuta dans la fuite , après avoir obtenu
fon agrément pour cela.
Il revint à Paris en 1606. mais il retourna
quelque tems après à Rome , où
le Pape Paul V.qui l'aimoit beaucoup, lui
commit la révifion des expéditions du
Tribunal de la Pénitencerie.
La confideration qu'on avoit pour lui
en Italie , l'avoit porté à s'y fixer pour le
refte de fes jours , & il ne fongeoit plus
à revenir en France ; mais le Seigneur en
difpofa
1228 MERCURE DE FRANCE
difpofa autrement. Le Roy Louis XIII .
le nomma à l'Eveché de Pamiers au commencement
de l'année 1626. Il fit d'abord
quelque difficulté d'accepter cette dignité
; mais le Pape Urbain VIII. le lui ayant
ordonné , il fe foumit à fes ordres , & fut
facréà Rome par le Cardinal de Marquemont
, Archevêque de Lyon dans l'Eglife
de S. Louis , dont il avoit eu longtems
la conduite , le 16. Août de la même
année , & non pas le 17 Septembre
comme le marque M. Perrault , qui n'a
pas pris garde à l'expreffion latine de fa
vie , die decima feptima Cal. Septembris:
De Sponde vint peu de tems après à
Paris , où le Roy le reçut avec des marques
fingulieres d'eftime. Il fe rendit de- là
a Pamiers , où il fit fon entrée le 23 May
1627. Il s'y appliqua avec beaucoup d'ardeur
à procurer le falut des ames , qui lui
avoient été confiées , & à retirer de l'erreur
ceux qui y étoient engagez. Il faifoit
fréquemment des vifites dans fon
Diocéfe , & y rétablit la diſcipline trop
négligée en quelques endroits.
Le Duc de Rohan, chefdes Huguenots ,
étant entré au mois de Novembre de l'année
de fon inſtallation dans Pamiers par
trahison , de Sponde fe fauva par un trou
qu'on fit aux murailles. L'année fuivante
le Prince de Condé ayant repris la Ville ,
&
OCTOBRE . 1730. 22 29
& les Huguenots ayant été chaffez , le
Pape Urbain VIII, en écrivit à de Sponde
des lettres de compliment , qui marquoient
une eftime extraordinaire de fon
mérite.
Son grand âge lui ayant fait prendre
Jean de Sponde fon neveu pour Coadjuteur
, il revint à Paris dans le deffein de
ſe donner tout entier à l'Edition de fes
Annalles.
Il quitta cette ville en 1642. pour aller
à Toulouſe , où il mourut le 18 May 1643. -
âgé de 75. ans
Il laiffa par fon Teftament , qu'il fit
peu de jours avant la mort , fa Bibliotheque
aux Minimes de Toulouſe , & tous
fes biens à Pierre Frizon de Rheims , Docteur
de la Maiſon de Navarre , avec lequel
il avoit vêcu dans une étroite amitié pen
dant quinze ans,tant à Rome , qu'à Paris,
Son corps fut inhumé dans l'Eglife Cathedrale
de Toulouſe . & on mit fur fon
tombeau cette Epitaphe qu'il s'étoit faite
lui-même.
Hicjacet corpus Henrici Spondani , quona
dam Epifcopi Apamiarum , cujus anima requiefcat
in pace.
Catalogue de fes Ouvrages.
1. Les Cimetieres facrez , Bourdeaux.
1596. in 12. fixième Edition augmentée.
Paris
2230 MERCURE DE FRANCE
Paris 1600. in 12. Item , trad. en Latin
avec de grandes augmentations . Paris
1638. in. 4° . Le but de l'Auteur eft de
faire voir que les Cimetieres ayant toûjours
été regardés comme facrez chez toutes
les Nations & dans toutes fortes de
Religions , les Proteftans avoient tort de
traiter d'injuftice le refus que faifoient , &
qu'avoient toûjours fait les Catholiques
de fouffrir que les Cimetieres de leurs
Eglifes fuffent communs entre eux & les
Proteftans.
2. Annales Ecclefiaftici Cafaris Baronii in
Epitomen redacti¸ Parifiis 1612. fol. L'Auteur
dédia cette premiere Edition au
Clergé de France qui approuva l'ouvrage
, & marqua l'eftime qu'il en faifoit
par plufieurs gratifications confiderables
dont il honora l'Auteur. Il a été imprimé
plufieurs fois depuis. La bonne Edition
felon M. l'Abbé Lenglet , eft celle qui a
paru à Paris chez la Noue en 1639. en fix
volumes in fol. avec la continuation , &
les Annales facrées. La meilleure après
celle- la eft celle qui a été donnée par la
Compagnie des Libraires, à Paris 1647.
fol. 2. vol. & la moindre eft celle de Lyon
de l'an 1660 fol. 2. vol. Il y en a une traduction
Françoife , de même que des Annales
facrées faite par Pierre Coppin , &
imprimée à Paris en 1654. 55. & 57. en
6.vol infol.
3.
OCTOBRE. 1730. 2231
3. Annalesfacri à Mundi creatione ad
ejufdem Redemptionem . Parifiis 1637. fol.
Item . Ibidem 1699. Item Colonia Agr.
1640. fol. Item , Parifiis 1660. ces Annales
font un Abregé de celles de Torniel .
4 Annalium Baronii Continuatio ab anno
1197. quo is defiit ad annum 1640. Pas
rifiis 1639. fol. 2. vol. Il y en a eu plu
fieurs autres Editions depuis .
5. Ordonnances Synodales. Toulouse
1630 in 8° .
6. M. de la Monnoye , dans fa Lettre
fur le prétendu Livre des trois Impofteurs,
attribue à Henri de Sponde un petit
Livre intitulé Le Magot Genevois 1613 .
in 8. p. 98. fans nom de Lieu.
Voyez la vie par Pierre Frizon à la tête
de fa continuation des Annales de Baronius
, dans les Editions faites après fa
mort , & les Hommes illuftres de Perrault.
L'Auteur des Mémoires nous permettra
d'ajoûter ici deux ou trois faits , qui
concernent le fçavant Evêque de Pamiers
& qui fans doute ne font pas venus à fa
connoiffance. Il eft certain que c'eft au
Cardinal du Perron que l'Eglife doit la
converfion d'Henry de Sponde , avant
même que ce Cardinal fût dans les Ordres
facrez : de Sponde & Jean de Salertes
, l'un & l'autre Bearnois , s'attacherent
à M. du Perron dans fon premier
voyage
2232 MERCURE DE FRANCE
voyage de Rome , où ils lui rendirent de
grands fervices pour le grand ouvrage de
la converfion de Henry IV. & ce Prince
ayant nommé du Perron à l'Evêché d'Evreux
en 1595. les deux premiers Canonicats
, dont le nouveau Prélat fut le maître
dans fa Cathedrale , furent donnez à
ces deux fçavans avant l'année 1600. Salettes
fut nommé Evêque de Lefcar en
1609. & mourut en 1632. & Sponde ,
comme on l'a vû ci-deflus , fut Evêque
de Pamiers en 1626. & mouruten 1643 ,
Evreux ne fut , pour ainfi dire , qu'un Cabinet
d'étude pour ce dernier , comme
Condé Maifon de campagne des Evêques
d'Evreux , le fut pour le Cardinal fon
Protecteur , jufqu'à ce qu'il fut nommé à
l'Archevêché de Sens.
Fermer
Résumé : Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, &c. [titre d'après la table]
Le volume XI des mémoires pour l'histoire des hommes illustres dans la République des Lettres, publié à Paris en 1730, présente les vies de trente-sept savants, parmi lesquels Prosper Alpin, Annius de Viterbe et Henri de Sponde, évêque de Pamiers. Henri de Sponde naquit le 6 janvier 1568 à Mauleon, dans le Pays de Soule, entre la Navarre et le Béarn. Son père, secrétaire et conseiller de la reine de Navarre Jeanne d'Albret, l'éleva dans le calvinisme. Sponde fit ses études à Orthez, où il apprit le latin et le grec, puis voyagea en Écosse et étudia le droit civil et canonique. En 1599, à l'âge de vingt-sept ans, il abjura le calvinisme et se convertit au catholicisme, influencé par les écrits de Bellarmin et du Perron ainsi que par l'exemple de son frère aîné. Devenu prêtre en 1606, Sponde se lia d'amitié avec le cardinal Baronius et entreprit d'abréger ses annales. Il revint à Paris en 1606, mais retourna à Rome où il fut chargé de la révision des expéditions du Tribunal de la Pénitencerie. En 1626, le roi Louis XIII le nomma évêque de Pamiers. Sponde s'appliqua à procurer le salut des âmes et à rétablir la discipline dans son diocèse. Il mourut à Toulouse le 18 mai 1643, à l'âge de 75 ans. Ses œuvres principales incluent 'Les Cimetières sacrés' et les 'Annales ecclésiastiques' de Baronius en abrégé. Il laissa également des ordonnances synodales et un petit livre intitulé 'Le Magot Genevois'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1487
p. 2232-2237
Réponse du Soufleur de la Comedie de Roüen, à la Lettre, &c. [titre d'après la table]
Début :
RÉPONSE du Soufleur de la Comédie de Roüen, à la Lettre du Garçon de [...]
Mots clefs :
Souffleur, Théâtre, Amour, Acteur, Voix, Comédie de Rouen
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réponse du Soufleur de la Comedie de Roüen, à la Lettre, &c. [titre d'après la table]
REPONSE du Soufleur de la Comédie
de Rouen , à la Lettre du Garçon de
Caffe. A Paris , Quai de Conti , chez Tabarie
, 16 30. broch . in 12. de 71 pages.
L'Auteur s'applique d'abord à détourner
fon ami Claude , de l'envie qu'il a de
devenir homme de Lettres. Qu'est- ce
qu'un fçavant qui ne connoît que fes
Livres & fon Cabinet ? lui dit- il , le mérite
feul ne fuffit pas ; il faut fçavoir prévenir
& fupplanter un Rival , fe faire
adroitement une foule de partifans qui
Vous
OCTOBRE. 1730. 22 3 3
vous entoure , vous flate & rabaiffe les
autres. Il faut avoir l'art de s'infinuer , de
fe faire valoir , de pallier fon ignorance,
& de fe faire même un mérite de ce qu'on
ne fçait pas.
En parlant des talens des Comédiens ,
dans la feconde Lettre , page 14. on applaudit
& on blâme tous les jours par fimples
préjugez , dit l'Auteur , la bonne
mine , un fon de voix , un air gracieux
quelques difpofitions qui femblent promettre
, préviennent fouvent & captivent
les fuffrages ; celui -la eft rejetté par le même
caprice qui fait grace à l'autre , &c.
On blâme enfuite les acteurs qui font
outrez dans leur déclamation , qui expriment
la douleur comme le défelpoir , au
lieu de peindre la trifteffe & l'abattement,
par des plaintes moderées , par des regrets
& des gémiffemens , &c . On blâme
encore ceux qui expriment la tendreffe
par ce qui convient à la douleur ; le caractere
de l'amour étant la timidité , l'im
patience , la langueur , les foupirs en
Aammez , & c.
Quelle fimplicité , quelle vraifem -blance
, dit - on enfuite en parlant du feu
feur Baron ; mais que cette fimplicité
étoit majestueuſe ! il fembloit à l'aifance
avec laquelle il foutenoit fes caracteres
auguftes , que la grandeur lui fut natu-
F
relle a
1
2234 MERCURE DE FRANCE
relle , qu'il fut né pour commander aux
autres . En un mot , on l'eut pris pour
le
Prince même au milieu de fon Palais .
Bien éloigné d'appuyer fur chaque vers &
fur chaque mot , & de faire briller avec
affectation les beautez qui pouvoient
frapper , il ne montroit les penfées que
par les fentimens , ou s'il relevoit quelque
fens ou quelque expreffion , c'étoit
de celles qui femblent cachées , & qui ne
fe produilent point aflez d'elles-mêmes.
Lorfque cet Acteur foupiroit , fe plaignoit
, aimoit , entroit en fureur , tous
les mouvemens étoient tels que fon
amour , fa fureur , fa crainte , &c. paroiffoient
véritables . Il fçavoit caracteriſer
toutes ces paffions , par ce qu'elles ont de
particulier , & non feulement il ne les
confondoit point les unes avec les autres ;
mais il les diftinguoit en elles-mêmes par
mille circonftances propres aux perfonnages
dont il étoit revêtu ; on découvroit
même au milieu de fes tranſports un combat
de Héros & de l'homme paffionné , de
fa fermeté naturelle & du penchant qui
l'entraîne ; enfin un mélange de fa
gran
deur & de fa foibleffe.
En parlant de la Die, le Couvreur , on
lit à la page 31. Jamais elle ne fe préſentoit
fur le Théatre qu'elle ne parut penétrée
; fes yeux annonçoient ce qu'elle
alloit
OCTOBRE . 1730. 2235
alloit dire , fa crainte & fes foupirs étoient
peints fur fon vifage. Au furplus , elle difpofoit
à fon gré de fon coeur & de fes fentimens.
Elle paffoit fans peine de la violence
à une tranquilité parfaite , de la
tendreffe à la fureur , d'une frayeur fubite
au déguiſement , &c . fon vifage étoit fuc-.
ceffivement ferein , trouble , foumis
fier , abbatu , menaçant , emporté , plein
de compaffion . Dans tous ces mouvemens
, le fpectateur la fuivoit fans réfiltance
; il étoit auffi touché qu'elle- même
, fa furpriſe faififfoit , on craignoit
on gemiffoit , on trembloit avec elle , on
pleuroit même avant que de voir couler
fes larmes. Cela n'eft point furprenant
c'eft qu'on ne voyoit rien en elle qui ne
parut réel & effectif. Sa voix fembloit
moins s'exprimer que fon coeur ; mais
elle accordoit toûjours la paffion avec le
caractere general , fans jamais oublier
l'un pour l'autre. Elle étoit noble au milieu
de fes tranfports , fa fierté égaloit
celle de fon perfonnage fans l'outrer ;
Phedre étoit livré à fes fureurs & à fon
amour , fans être au- deffous de fa grandeur.
Mile le Couvreur qui s'étoit formée fur
Baron ( tout le monde ne conviendra pas de
cela ) le contentoit d'être naturelle fans
affecter cette fimplicité. Elle évitoit
Fij l'enflure ;
trop
2236 MERCURE DE FRANCE
1
Fenflure ; mais elle ne defcendoit jamais
au- deffous de la grandeur heroïque. Elle
étoit fimple , fi vous voulez , parce que
la nature a quelque chofe d'aifé , qui approche
de la fimplicité , mais non pas
fimple , comme le fieur Baron . Le fond
de fon jeu étoit naturel , elle rejettoit
tout ce qui peut paroître outré , recherché
, ambitieux , mais elle ne lui refufoit
point certain ornement capable de ren-
Are l'action plus brillante & plus majeftueufe
: enfin pour exprimer entierement
ce que je penfe , je comparerai le gout
de :
la déclamation à celui de la parure dans
les Dames , & je dirai que fans tomber dans
F'excès des unes qui accablent leurs vifages
d'un mélangé de coloris empruntez
ni dans l'indifference des autres qui méprifent
tout ce qui eft étranger à la nature
, elle imitoit celles qui relevent avec
modeftie l'éclat de leur beauté naturelle.
En effet le fimple n'eft neceffaire qu'autant
qu'il faut éviter l'enflure des vers
le naturel eft d'une neceffité indifpenfa
ble dans toutes les parties .
A la page 52. en parlant du Parterre &
des Spectateurs qui décident, on y lit : La
Comédie eft fouvent remplie de gens fans
goût qui ne fçavent rire que d'une farce ,
d'une pointe , d'une poliffonnerie ; la Foire
leur conviendroit beaucoup mieux qu'un
Spectacle
OCTOBRE 1730. 2237
Spectacle plus férieux . Cependant comme
les plus fous font toûjours les plus hardis
& les plus prompts à juger , c'eft fouvent
une femblable cohue qui fifle , ou
qui applaudit au premier caprice.
que
me ,
و
Il eft bien plus aife , continue l'Auteur ,
de remarquer les défauts des Comédiens
de faire mieux ; en effet , il faut tant
de parties pour faire un parfait Acteur
même un bon , qu'il n'eft pas furprenant
qu'il y enait fi peu. Celui- ci aura de l'amais
il manque de voix. Un autre a
tout ce qu'il faut , mais il n'a point de
repréſentation . Il faut donc raffembler la
voix , la mine , les entrailles , le feu , une
longue pratique , une décence naturelle
mille autres petites qualitez dont le défaut
ne faifit point d'abord , mais qui ne
laiffe point de faire un tort imperceptible
au bon qui fe rencontre d'ailleurs. Delà
on conclud , que nous ne devons rebuter
qu'un Acteur , qui après une longue habitude
au Theatre refte opiniâtre dans fes
défauts, fans acquerir aucun talent. Il faut
au contraire fupporter celui qui travaille
à fe corriger , & l'encourager lorfqu'il
fait bien . Mais il feroit à fouhaiter que le
public accordât fon fuffrage avec plus de
difcernement,& n'applaudit qu'au mérite.
de Rouen , à la Lettre du Garçon de
Caffe. A Paris , Quai de Conti , chez Tabarie
, 16 30. broch . in 12. de 71 pages.
L'Auteur s'applique d'abord à détourner
fon ami Claude , de l'envie qu'il a de
devenir homme de Lettres. Qu'est- ce
qu'un fçavant qui ne connoît que fes
Livres & fon Cabinet ? lui dit- il , le mérite
feul ne fuffit pas ; il faut fçavoir prévenir
& fupplanter un Rival , fe faire
adroitement une foule de partifans qui
Vous
OCTOBRE. 1730. 22 3 3
vous entoure , vous flate & rabaiffe les
autres. Il faut avoir l'art de s'infinuer , de
fe faire valoir , de pallier fon ignorance,
& de fe faire même un mérite de ce qu'on
ne fçait pas.
En parlant des talens des Comédiens ,
dans la feconde Lettre , page 14. on applaudit
& on blâme tous les jours par fimples
préjugez , dit l'Auteur , la bonne
mine , un fon de voix , un air gracieux
quelques difpofitions qui femblent promettre
, préviennent fouvent & captivent
les fuffrages ; celui -la eft rejetté par le même
caprice qui fait grace à l'autre , &c.
On blâme enfuite les acteurs qui font
outrez dans leur déclamation , qui expriment
la douleur comme le défelpoir , au
lieu de peindre la trifteffe & l'abattement,
par des plaintes moderées , par des regrets
& des gémiffemens , &c . On blâme
encore ceux qui expriment la tendreffe
par ce qui convient à la douleur ; le caractere
de l'amour étant la timidité , l'im
patience , la langueur , les foupirs en
Aammez , & c.
Quelle fimplicité , quelle vraifem -blance
, dit - on enfuite en parlant du feu
feur Baron ; mais que cette fimplicité
étoit majestueuſe ! il fembloit à l'aifance
avec laquelle il foutenoit fes caracteres
auguftes , que la grandeur lui fut natu-
F
relle a
1
2234 MERCURE DE FRANCE
relle , qu'il fut né pour commander aux
autres . En un mot , on l'eut pris pour
le
Prince même au milieu de fon Palais .
Bien éloigné d'appuyer fur chaque vers &
fur chaque mot , & de faire briller avec
affectation les beautez qui pouvoient
frapper , il ne montroit les penfées que
par les fentimens , ou s'il relevoit quelque
fens ou quelque expreffion , c'étoit
de celles qui femblent cachées , & qui ne
fe produilent point aflez d'elles-mêmes.
Lorfque cet Acteur foupiroit , fe plaignoit
, aimoit , entroit en fureur , tous
les mouvemens étoient tels que fon
amour , fa fureur , fa crainte , &c. paroiffoient
véritables . Il fçavoit caracteriſer
toutes ces paffions , par ce qu'elles ont de
particulier , & non feulement il ne les
confondoit point les unes avec les autres ;
mais il les diftinguoit en elles-mêmes par
mille circonftances propres aux perfonnages
dont il étoit revêtu ; on découvroit
même au milieu de fes tranſports un combat
de Héros & de l'homme paffionné , de
fa fermeté naturelle & du penchant qui
l'entraîne ; enfin un mélange de fa
gran
deur & de fa foibleffe.
En parlant de la Die, le Couvreur , on
lit à la page 31. Jamais elle ne fe préſentoit
fur le Théatre qu'elle ne parut penétrée
; fes yeux annonçoient ce qu'elle
alloit
OCTOBRE . 1730. 2235
alloit dire , fa crainte & fes foupirs étoient
peints fur fon vifage. Au furplus , elle difpofoit
à fon gré de fon coeur & de fes fentimens.
Elle paffoit fans peine de la violence
à une tranquilité parfaite , de la
tendreffe à la fureur , d'une frayeur fubite
au déguiſement , &c . fon vifage étoit fuc-.
ceffivement ferein , trouble , foumis
fier , abbatu , menaçant , emporté , plein
de compaffion . Dans tous ces mouvemens
, le fpectateur la fuivoit fans réfiltance
; il étoit auffi touché qu'elle- même
, fa furpriſe faififfoit , on craignoit
on gemiffoit , on trembloit avec elle , on
pleuroit même avant que de voir couler
fes larmes. Cela n'eft point furprenant
c'eft qu'on ne voyoit rien en elle qui ne
parut réel & effectif. Sa voix fembloit
moins s'exprimer que fon coeur ; mais
elle accordoit toûjours la paffion avec le
caractere general , fans jamais oublier
l'un pour l'autre. Elle étoit noble au milieu
de fes tranfports , fa fierté égaloit
celle de fon perfonnage fans l'outrer ;
Phedre étoit livré à fes fureurs & à fon
amour , fans être au- deffous de fa grandeur.
Mile le Couvreur qui s'étoit formée fur
Baron ( tout le monde ne conviendra pas de
cela ) le contentoit d'être naturelle fans
affecter cette fimplicité. Elle évitoit
Fij l'enflure ;
trop
2236 MERCURE DE FRANCE
1
Fenflure ; mais elle ne defcendoit jamais
au- deffous de la grandeur heroïque. Elle
étoit fimple , fi vous voulez , parce que
la nature a quelque chofe d'aifé , qui approche
de la fimplicité , mais non pas
fimple , comme le fieur Baron . Le fond
de fon jeu étoit naturel , elle rejettoit
tout ce qui peut paroître outré , recherché
, ambitieux , mais elle ne lui refufoit
point certain ornement capable de ren-
Are l'action plus brillante & plus majeftueufe
: enfin pour exprimer entierement
ce que je penfe , je comparerai le gout
de :
la déclamation à celui de la parure dans
les Dames , & je dirai que fans tomber dans
F'excès des unes qui accablent leurs vifages
d'un mélangé de coloris empruntez
ni dans l'indifference des autres qui méprifent
tout ce qui eft étranger à la nature
, elle imitoit celles qui relevent avec
modeftie l'éclat de leur beauté naturelle.
En effet le fimple n'eft neceffaire qu'autant
qu'il faut éviter l'enflure des vers
le naturel eft d'une neceffité indifpenfa
ble dans toutes les parties .
A la page 52. en parlant du Parterre &
des Spectateurs qui décident, on y lit : La
Comédie eft fouvent remplie de gens fans
goût qui ne fçavent rire que d'une farce ,
d'une pointe , d'une poliffonnerie ; la Foire
leur conviendroit beaucoup mieux qu'un
Spectacle
OCTOBRE 1730. 2237
Spectacle plus férieux . Cependant comme
les plus fous font toûjours les plus hardis
& les plus prompts à juger , c'eft fouvent
une femblable cohue qui fifle , ou
qui applaudit au premier caprice.
que
me ,
و
Il eft bien plus aife , continue l'Auteur ,
de remarquer les défauts des Comédiens
de faire mieux ; en effet , il faut tant
de parties pour faire un parfait Acteur
même un bon , qu'il n'eft pas furprenant
qu'il y enait fi peu. Celui- ci aura de l'amais
il manque de voix. Un autre a
tout ce qu'il faut , mais il n'a point de
repréſentation . Il faut donc raffembler la
voix , la mine , les entrailles , le feu , une
longue pratique , une décence naturelle
mille autres petites qualitez dont le défaut
ne faifit point d'abord , mais qui ne
laiffe point de faire un tort imperceptible
au bon qui fe rencontre d'ailleurs. Delà
on conclud , que nous ne devons rebuter
qu'un Acteur , qui après une longue habitude
au Theatre refte opiniâtre dans fes
défauts, fans acquerir aucun talent. Il faut
au contraire fupporter celui qui travaille
à fe corriger , & l'encourager lorfqu'il
fait bien . Mais il feroit à fouhaiter que le
public accordât fon fuffrage avec plus de
difcernement,& n'applaudit qu'au mérite.
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Résumé : Réponse du Soufleur de la Comedie de Roüen, à la Lettre, &c. [titre d'après la table]
Le texte est une réponse du Soufleur de la Comédie de Rouen à une lettre du Garçon de Café, publiée à Paris en octobre 1730. L'auteur commence par dissuader son ami Claude de devenir homme de lettres, affirmant que le mérite seul ne suffit pas et qu'il est nécessaire de savoir se faire valoir et pallier son ignorance. L'auteur critique ensuite les préjugés du public qui applaudit ou blâme les comédiens en fonction de leur apparence ou de leur voix plutôt que de leur talent. Il condamne les acteurs qui surjouent la douleur ou la tendresse et loue la simplicité et la vraisemblance dans le jeu. Le texte évoque deux acteurs célèbres : le sieur Baron, connu pour sa majesté et sa capacité à caractériser les passions de manière nuancée, et la demoiselle Le Couvreur. Cette dernière maîtrisait les transitions entre différents états émotionnels sans jamais perdre sa grandeur héroïque. Elle évitait l'enflure et l'affectation, tout en ajoutant un ornement naturel à son jeu. Enfin, l'auteur critique le public, souvent composé de gens sans goût, qui jugent hâtivement les comédiens. Il souligne la difficulté de devenir un bon acteur, nécessitant une combinaison de nombreuses qualités, et appelle à un jugement plus discernant du public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1488
p. 2237-2239
Principes generaux & raisonnez de la Grammaire Françoise, &c. [titre d'après la table]
Début :
PRINCIPES GENERAUX ET RAISONNEZ de la Grammaire françoise, par demandes [...]
Mots clefs :
Grammaire française, Université de Paris, Orthographe, Grammaire, Ponctuation, Prononciation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Principes generaux & raisonnez de la Grammaire Françoise, &c. [titre d'après la table]
PRINCIPES GENERAUX ET RAISONNEZ
Fiij
de
2238 MERCURE DE FRANCE
de la Grammaire françoife , par demandes
& par réponſes , dediés à Monfeigneur
le Duc de Chartres . A Paris , chez Jean
Defaint , Libraire- Juré de l'Univerfué
ruë de S. Jean de Beauvais. 1730. volume
in 12 d'environ 350 pages. prix une
liv. 15 f.
Celui qui a compofé cet ouvrage a
eu deffein d'entrer dans les vuës de M.
Rollin , qui dit dans fon excellent Traité
des Etudes , qu'il feroit à fouhaiter que
l'on compofât pour les jeunes gens une
Grammaire abregée , qui ne renfermât
que les regles & les reflexions les plus
neceffaires . Les gens fenfez fe plaignent
avec raifon depuis long- tems que l'on
faffe employer à la jeuneffe une fi longue
carriere pour leur apprendre le grec & le
latin , & que l'on néglige de leur donner
en même tems des regles fûres pour bien
parler , & pour bien écrire leur propre
langue. On entend tous les jours des gens
habiles d'ailleurs prononcer je trouverrai
pour je trouverai , il mourera , pour il
mourra , &c. On voit très -peu de Lettres
bien ponctuées , bien orthographiées ,
d'où cela vient- il ? fi ce n'eft du peu d'attention
que l'on a d'inftruire les enfans
des regles de leur propre langue.
On ne fçauroit donc trop louer le deffein
que s'eft propofé celui qui a arangé
la
OCTOBRE. 1730. 2239
la nouvelle Grammaire Françoife dont
nous parlons. Ce livre eft très -clair , trèsméthodique
, & rempli de beaux exemples
, qui fervent à faire entendre les définitions
qui fe trouvent néceffairement
dans un ouvrage de cette efpece.
On trouve à la fin de ce Livre un Traité
de l'Orthographe , de la Ponctuation , &
de la Prononciation , où l'Auteur a ramaffé
tout ce qui lui a paru neceffaire fur ces
trois articles.
L'Univerfité de Paris paroît juger fa
vorablement de cet Ouvrage puifque
plufieurs des plus habiles Profeffeurs l'ont
déja mis entre les mains de leurs Ecoliers ,
pour en faire un livre claffique.
Fiij
de
2238 MERCURE DE FRANCE
de la Grammaire françoife , par demandes
& par réponſes , dediés à Monfeigneur
le Duc de Chartres . A Paris , chez Jean
Defaint , Libraire- Juré de l'Univerfué
ruë de S. Jean de Beauvais. 1730. volume
in 12 d'environ 350 pages. prix une
liv. 15 f.
Celui qui a compofé cet ouvrage a
eu deffein d'entrer dans les vuës de M.
Rollin , qui dit dans fon excellent Traité
des Etudes , qu'il feroit à fouhaiter que
l'on compofât pour les jeunes gens une
Grammaire abregée , qui ne renfermât
que les regles & les reflexions les plus
neceffaires . Les gens fenfez fe plaignent
avec raifon depuis long- tems que l'on
faffe employer à la jeuneffe une fi longue
carriere pour leur apprendre le grec & le
latin , & que l'on néglige de leur donner
en même tems des regles fûres pour bien
parler , & pour bien écrire leur propre
langue. On entend tous les jours des gens
habiles d'ailleurs prononcer je trouverrai
pour je trouverai , il mourera , pour il
mourra , &c. On voit très -peu de Lettres
bien ponctuées , bien orthographiées ,
d'où cela vient- il ? fi ce n'eft du peu d'attention
que l'on a d'inftruire les enfans
des regles de leur propre langue.
On ne fçauroit donc trop louer le deffein
que s'eft propofé celui qui a arangé
la
OCTOBRE. 1730. 2239
la nouvelle Grammaire Françoife dont
nous parlons. Ce livre eft très -clair , trèsméthodique
, & rempli de beaux exemples
, qui fervent à faire entendre les définitions
qui fe trouvent néceffairement
dans un ouvrage de cette efpece.
On trouve à la fin de ce Livre un Traité
de l'Orthographe , de la Ponctuation , &
de la Prononciation , où l'Auteur a ramaffé
tout ce qui lui a paru neceffaire fur ces
trois articles.
L'Univerfité de Paris paroît juger fa
vorablement de cet Ouvrage puifque
plufieurs des plus habiles Profeffeurs l'ont
déja mis entre les mains de leurs Ecoliers ,
pour en faire un livre claffique.
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Résumé : Principes generaux & raisonnez de la Grammaire Françoise, &c. [titre d'après la table]
En 1730, une nouvelle grammaire française intitulée 'Grammaire françoise, par demandes & par réponses' est publiée et dédiée au Duc de Chartres. Cet ouvrage de 350 pages répond aux souhaits de M. Rollin, qui désirait une grammaire abrégée adaptée aux jeunes. L'auteur critique la priorité donnée à l'apprentissage du grec et du latin au détriment des règles de la langue maternelle. Il mentionne des erreurs fréquentes en prononciation et en écriture, comme 'je trouverrai' au lieu de 'je trouverai' ou 'il mourera' au lieu de 'il mourra'. La grammaire est décrite comme claire et méthodique, enrichie d'exemples pertinents. Elle inclut des traités sur l'orthographe, la ponctuation et la prononciation. Plusieurs professeurs de l'Université de Paris l'ont déjà adoptée comme livre classique pour leurs élèves.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1489
p. 2239-2242
« On apprend de Palerme qu'on y a imprimé chez Felicella, un petit Traité in 4. [...] »
Début :
On apprend de Palerme qu'on y a imprimé chez Felicella, un petit Traité in 4. [...]
Mots clefs :
Histoire, Compagnie de Jésus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On apprend de Palerme qu'on y a imprimé chez Felicella, un petit Traité in 4. [...] »
On apprend de Palerme qu'on y a im →
primé chez Felicella , un petit Traité in 40
de 150 pages , intitulé della Lithotomia
Dom Joach. Paris , Chirurgien , homme
de Lettres & Académicien , en eft l'Auteur.
Il enfeigne une méthode pour faire la
Taille avec plus de facilité & de fûreté ;
il donne en taille douce la figure des
nouveaux inftrumens qu'il employe
1730.
VOYAGES DU P. LABAT , de l'Ordre des
Freres Prêcheurs, en Eſpagne & en Italie.
A Paris , ruë S. Jacques , chez J. B. de
Fiiij Lepine
2240 MERCURE DE FRANCE
Lepine , fils. 1730. 8. vol . in 12.
VOYAGE DU CHEVALIER DES MARCHAIS
en Guinée , Ifles voifines , & à Cayenne
fait en 1725. 1726. & 1727. contenant
une Defcription très - exacte & très - étenduë
de ces Pays , & du commerce qui
s'y fait , enrichi d'un grand nombre de
Cartes & de Figures en taille douce , &
donné au Public par le R. P. Labat , de
l'Ordre des Freres Prêcheurs. Quay de Gêvres
, chez Sangrain , 1730. 4. volumes
in 12 .
HISTOIRE ROMAINE depuis la fondation
de Rome , avec des Notes hiftoriques
, géographiques & critiques , des
gravures en taille douce , des Cartes géographiques
& des Médailles authentiques.
Par les RR. PP. Catron & Rouillé , de la
Compagnie de Jeſus , 1730. in 4. Tom.
XIII. depuis l'année de Rome 608. jufqu'à
l'année 641. Tom. XIV. depuis
641. jufqu'en 667. Tom. XV.depuis 667.
jufqu'en 690. Tom. XVI. depuis 690. juſqu'en
705. Quay des Auguftins , rue Saint
Jacques , & c. chez Rollin , J. B. de Lepine ,
Coignard , fils. 1730.
> HISTOIRE DE L'EGLISE GALLICANE , dediée
à Noffeigneurs du Clergé. Par le P.
Jacques
OCTOBRE. 1730. 2241
Jacques Longueval , de la Compagnie de
Jefus , 1730. in 4. le premier Tome contient
l'Hiftoire depuis l'établiffement de
la Religion jufqu'à l'année 434. de J. C.
Tome II. depuis 434. jufqu'en 561. Tom.
III. depuis 561 , jufqu'en 648. Tom. IV.
depuis 648. jufqu'en 790. Chez Pierre
Simon , ruë de la Harpe , 1730.
NOUVELLES PENSE'ES fur le Siftême de M.
Defcartes & la maniere d'en déduire les
Orbites & les Aphelies des Planettes :
-Piece qui a remporté le Prix proposé par
l'Académie Royale des Sciences , pour
l'année 1730. Par M. Jean Bernoulli , Profeffeur
des Mathématiques à Bâle , & Membre
des Académies Royales des Sciences
de France , d'Angleterre & de Pruffe.
Chez Claude Jombert , rue S. Jacques ,1730.
.in 4.
LA SCIENCE DE LA JEUNE NOBLESSE
Tom. III. Par le P. Duchêne , de la Compagnie
de Jefus , 1730. in 12. Ce volume
comprend l'Abregé de l'Hiftoire Eccléfiaftique
, en vers François , avec l'Explication
en profe de ces mêmes vers , plus circonftanciés
& plus étendus. Chez Ch.
Moette , rue de la Bouclerie , & P. Simon ,
ruë de la Harpe.
Ey PANE
2242 MERCURE DE FRANCE
PANEGYRIQUE DE S. LOUIS , Roy de
France , prononcé dans la Chapelle du
Louvre , en préſence de Meffieurs de l'Académie
Françoife , le 25. Aouft 1730. Par
M. l'Abbé Ragon , Chapelain de S. A. R.
Madame la Ducheffe d'Orleans . Chez J.
B. Coignard , fils , ruë S. Jacques , 1730 .
Brochure in 4.
primé chez Felicella , un petit Traité in 40
de 150 pages , intitulé della Lithotomia
Dom Joach. Paris , Chirurgien , homme
de Lettres & Académicien , en eft l'Auteur.
Il enfeigne une méthode pour faire la
Taille avec plus de facilité & de fûreté ;
il donne en taille douce la figure des
nouveaux inftrumens qu'il employe
1730.
VOYAGES DU P. LABAT , de l'Ordre des
Freres Prêcheurs, en Eſpagne & en Italie.
A Paris , ruë S. Jacques , chez J. B. de
Fiiij Lepine
2240 MERCURE DE FRANCE
Lepine , fils. 1730. 8. vol . in 12.
VOYAGE DU CHEVALIER DES MARCHAIS
en Guinée , Ifles voifines , & à Cayenne
fait en 1725. 1726. & 1727. contenant
une Defcription très - exacte & très - étenduë
de ces Pays , & du commerce qui
s'y fait , enrichi d'un grand nombre de
Cartes & de Figures en taille douce , &
donné au Public par le R. P. Labat , de
l'Ordre des Freres Prêcheurs. Quay de Gêvres
, chez Sangrain , 1730. 4. volumes
in 12 .
HISTOIRE ROMAINE depuis la fondation
de Rome , avec des Notes hiftoriques
, géographiques & critiques , des
gravures en taille douce , des Cartes géographiques
& des Médailles authentiques.
Par les RR. PP. Catron & Rouillé , de la
Compagnie de Jeſus , 1730. in 4. Tom.
XIII. depuis l'année de Rome 608. jufqu'à
l'année 641. Tom. XIV. depuis
641. jufqu'en 667. Tom. XV.depuis 667.
jufqu'en 690. Tom. XVI. depuis 690. juſqu'en
705. Quay des Auguftins , rue Saint
Jacques , & c. chez Rollin , J. B. de Lepine ,
Coignard , fils. 1730.
> HISTOIRE DE L'EGLISE GALLICANE , dediée
à Noffeigneurs du Clergé. Par le P.
Jacques
OCTOBRE. 1730. 2241
Jacques Longueval , de la Compagnie de
Jefus , 1730. in 4. le premier Tome contient
l'Hiftoire depuis l'établiffement de
la Religion jufqu'à l'année 434. de J. C.
Tome II. depuis 434. jufqu'en 561. Tom.
III. depuis 561 , jufqu'en 648. Tom. IV.
depuis 648. jufqu'en 790. Chez Pierre
Simon , ruë de la Harpe , 1730.
NOUVELLES PENSE'ES fur le Siftême de M.
Defcartes & la maniere d'en déduire les
Orbites & les Aphelies des Planettes :
-Piece qui a remporté le Prix proposé par
l'Académie Royale des Sciences , pour
l'année 1730. Par M. Jean Bernoulli , Profeffeur
des Mathématiques à Bâle , & Membre
des Académies Royales des Sciences
de France , d'Angleterre & de Pruffe.
Chez Claude Jombert , rue S. Jacques ,1730.
.in 4.
LA SCIENCE DE LA JEUNE NOBLESSE
Tom. III. Par le P. Duchêne , de la Compagnie
de Jefus , 1730. in 12. Ce volume
comprend l'Abregé de l'Hiftoire Eccléfiaftique
, en vers François , avec l'Explication
en profe de ces mêmes vers , plus circonftanciés
& plus étendus. Chez Ch.
Moette , rue de la Bouclerie , & P. Simon ,
ruë de la Harpe.
Ey PANE
2242 MERCURE DE FRANCE
PANEGYRIQUE DE S. LOUIS , Roy de
France , prononcé dans la Chapelle du
Louvre , en préſence de Meffieurs de l'Académie
Françoife , le 25. Aouft 1730. Par
M. l'Abbé Ragon , Chapelain de S. A. R.
Madame la Ducheffe d'Orleans . Chez J.
B. Coignard , fils , ruë S. Jacques , 1730 .
Brochure in 4.
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Résumé : « On apprend de Palerme qu'on y a imprimé chez Felicella, un petit Traité in 4. [...] »
En 1730, plusieurs publications notables ont été publiées. Dom Joach. Paris a rédigé un traité intitulé 'della Lithotomia', qui présente une méthode pour pratiquer la taille de manière plus facile et sûre, accompagné de figures d'instruments nouveaux. Les 'Voyages du P. Labat' en Espagne et en Italie ont été publiés par J. B. de Fiiij Lepine. Le 'Voyage du Chevalier des Marchais' en Guinée, îles voisines et à Cayenne, décrit par le R. P. Labat, inclut des cartes et figures en taille douce. Les RR. PP. Catron et Rouillé de la Compagnie de Jésus ont publié une 'Histoire Romaine' couvrant des périodes spécifiques, enrichie de notes historiques, géographiques et critiques, ainsi que de gravures et cartes. Jacques Longueval, également de la Compagnie de Jésus, a écrit l''Histoire de l'Église Gallicane', dédiée aux seigneurs du Clergé, couvrant la période de l'établissement de la religion jusqu'en 790. M. Jean Bernoulli a publié des 'Nouvelles Pensées' sur le système de M. Descartes, récompensées par l'Académie Royale des Sciences. Parmi les autres ouvrages, on trouve 'La Science de la Jeune Noblesse' du P. Duchêne et un 'Panégyrique de S. Louis' prononcé par l'Abbé Ragon.
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1490
p. 2242-2245
Rituel du Diocèse de Blois, & c. [titre d'après la table]
Début :
RITUEL du Diocèse de Blois, publié par l'autorité de Monseigneur Jean François [...]
Mots clefs :
Église, Rituel, Instruction, Diocèse de Blois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Rituel du Diocèse de Blois, & c. [titre d'après la table]
RITUEL du Diocèſe de Blois , publié
par l'autorité de Monfeigneur Jean François
Paul de Caumartin , Evêque de Blois.
4 Blois , chez P. J. Maffon 1730. Ở
Paris , chez Barthelemi Alix , Libraire
-ruë S. Jacques , prés la Fontaine S. Severin
, au Griffon. Volume in 4. d'environ
40. pages. Prix 10. livres .
M. l'Evêque de Blois vient de donnerun
Rituel à fon Diocèle pour y établir
une Diſcipline uniforme dans l'adminif
tration des Sacremens , & dans les autres
Cerémonies de la Religion . Cet Ouvrage
eft formé fur le plan & dans le gout
des
plus excellens Rituels qui ont paru en
France. Chaque action ou Cerémonie Religieufe
eft précedée d'une Inftruction
qui exprime en termes fimples , clairs &
précis ce qu'il y a de plus intereffant pour
le Dogme , la Morale & la Difcipline.
On y ajoûte des Exhortations lorſque les
circonftances le demandent ; on y trouve
des
OCTOBRE. 1730. 2248
des formules pour annoncer au Prône les
principaux Myfteres & Fêtes de l'année .
On s'eft exactement conformé aux Ordonnances
de nos Rois & à la Jurifprudence
des Cours féculieres fur plufieurs
points de difciplines & comme le Mariage
eft un des engagemens les plus importans
pour l'Eglife & pour la Societé
Civile , l'Inftruction qui précede l'Adminiftration
de ce Sacrement a été particulierement
communiquée & concertée
avec des perfonnes de la Magiftrature &
du Barreau très refpectables & très éclairées.
Tout l'Ouvrage a été commencé , continué
& confommé fous les yeux & fous
la Direction du Prélat. Dans le magnifique
Mandement qui fert de Préface au
Rituel , il explique ainfi l'ordre & la métode
qu'on y a fuivis » Nous avons con-
» fulte plufieurs perfonnes pieufes &
» éclairées ; c'eſt ſur leurs avis , pris dans
» un grand nombre de Conferences qu'ont
été dreffées les Inftructions que le Ri-
» tuel renferme. Nous nous fommes affu-
» jettis , autant qu'il s'eft trouvé poffible,
» aux Ufages de l'Eglife Romaine dont
>> les Rits font reçûs & refpectés dans l'Eglife
Gallicane depuis tant de fiecles
» aux Coûtumes des Eglifes de Sens & de
» Paris , fucceffivement nos Métropoles ,.
F vj
2244 MERCURE DE FRANCE
D
" & de l'Eglife de Chartres dont notre
» Diocèfe faifoit ci -devant partie. Nous
nous fommes conformés avec refpect
» aux Déclarations du Clergé de France
qui pouvoient y avoir rapport ... Sur
» divers Points de Difcipline , nous avons
» exactement obfervé les Ordonnances de .
>>
nos Rois protecteurs & executeurs des
» Saints Canons & la Jurifprudence des
» Cours féculieres du Royaume. Nous
" avons rapellé les Difpofitions des di-
» verſes Coûtumes qui ont lieu en ce
» Diocèſe au ſujet des Teftamens qui pou-
» roient être reçus par les Curés & Vi-
» caires. Nous avons enfin raffemblé tout
» ce que nous avons jugé neceffaire pour
» votre édification & inftruction , & pour
" la conduite des Fideles. Le Rituel que
» nous vous préfentons n'eft point un
fimple Recueil de Rits & de Cerémo-
" nies ; chaque Inftruction vous donnera
» une expofition abregée & précife du
>> Dogme , de la Morale , de la Difcipline
qui ont quelque rapport au point qui
eft traité.
29
M. de Blois finit fon Mandement par
un beau Paffage de S. Gregoire. » En vous
» préfentant , dit le Prélat , les faintes
Regles que l'Eglife a prefcrites pour la
» fanctification du Peuple Chrétien , nous
yous recommandons de les fuivre avec
ן ג
une
OCTOBRE. 1730. 2245
» une religieufe exactitude , & de remplir
» cependant les devoirs du facré Minif
» tere avec toute la prudence , la douceur
» & la charité que l'Eglife exige de fes
» Miniftres , de ne jamais oublier , que fi
» les Paſteurs font les dépofitaires de l'au-
» torité de Jefus-Chrift ils font auffi les.
» Vicaires de fon amour. Si eft diftrictio
virga queferiat , fit & confolatio baculi que
fuftentet. Sit amor , fed non emolliens ,fit
rigor , fed non exafperans fit zelus , fed
non immoderatè faviens ; fit pietas , fed non
plufquam expediat parcens..
,
Ce Rituel a été publié avec les Ordonnances
Synodales dans le Synode General
tenu à Blois le 5. Septembre dernier.
Maffon a imprimé féparément les Inf--
tructions tirées du Rituel de Blois , in 12. z.
Vol. petit papier. Prix trois livres 10. fols.
Ce Livre le trouvera auffi à Paris , chez
Barthelemi Alix , Libraire , rue S. Jacques.
par l'autorité de Monfeigneur Jean François
Paul de Caumartin , Evêque de Blois.
4 Blois , chez P. J. Maffon 1730. Ở
Paris , chez Barthelemi Alix , Libraire
-ruë S. Jacques , prés la Fontaine S. Severin
, au Griffon. Volume in 4. d'environ
40. pages. Prix 10. livres .
M. l'Evêque de Blois vient de donnerun
Rituel à fon Diocèle pour y établir
une Diſcipline uniforme dans l'adminif
tration des Sacremens , & dans les autres
Cerémonies de la Religion . Cet Ouvrage
eft formé fur le plan & dans le gout
des
plus excellens Rituels qui ont paru en
France. Chaque action ou Cerémonie Religieufe
eft précedée d'une Inftruction
qui exprime en termes fimples , clairs &
précis ce qu'il y a de plus intereffant pour
le Dogme , la Morale & la Difcipline.
On y ajoûte des Exhortations lorſque les
circonftances le demandent ; on y trouve
des
OCTOBRE. 1730. 2248
des formules pour annoncer au Prône les
principaux Myfteres & Fêtes de l'année .
On s'eft exactement conformé aux Ordonnances
de nos Rois & à la Jurifprudence
des Cours féculieres fur plufieurs
points de difciplines & comme le Mariage
eft un des engagemens les plus importans
pour l'Eglife & pour la Societé
Civile , l'Inftruction qui précede l'Adminiftration
de ce Sacrement a été particulierement
communiquée & concertée
avec des perfonnes de la Magiftrature &
du Barreau très refpectables & très éclairées.
Tout l'Ouvrage a été commencé , continué
& confommé fous les yeux & fous
la Direction du Prélat. Dans le magnifique
Mandement qui fert de Préface au
Rituel , il explique ainfi l'ordre & la métode
qu'on y a fuivis » Nous avons con-
» fulte plufieurs perfonnes pieufes &
» éclairées ; c'eſt ſur leurs avis , pris dans
» un grand nombre de Conferences qu'ont
été dreffées les Inftructions que le Ri-
» tuel renferme. Nous nous fommes affu-
» jettis , autant qu'il s'eft trouvé poffible,
» aux Ufages de l'Eglife Romaine dont
>> les Rits font reçûs & refpectés dans l'Eglife
Gallicane depuis tant de fiecles
» aux Coûtumes des Eglifes de Sens & de
» Paris , fucceffivement nos Métropoles ,.
F vj
2244 MERCURE DE FRANCE
D
" & de l'Eglife de Chartres dont notre
» Diocèfe faifoit ci -devant partie. Nous
nous fommes conformés avec refpect
» aux Déclarations du Clergé de France
qui pouvoient y avoir rapport ... Sur
» divers Points de Difcipline , nous avons
» exactement obfervé les Ordonnances de .
>>
nos Rois protecteurs & executeurs des
» Saints Canons & la Jurifprudence des
» Cours féculieres du Royaume. Nous
" avons rapellé les Difpofitions des di-
» verſes Coûtumes qui ont lieu en ce
» Diocèſe au ſujet des Teftamens qui pou-
» roient être reçus par les Curés & Vi-
» caires. Nous avons enfin raffemblé tout
» ce que nous avons jugé neceffaire pour
» votre édification & inftruction , & pour
" la conduite des Fideles. Le Rituel que
» nous vous préfentons n'eft point un
fimple Recueil de Rits & de Cerémo-
" nies ; chaque Inftruction vous donnera
» une expofition abregée & précife du
>> Dogme , de la Morale , de la Difcipline
qui ont quelque rapport au point qui
eft traité.
29
M. de Blois finit fon Mandement par
un beau Paffage de S. Gregoire. » En vous
» préfentant , dit le Prélat , les faintes
Regles que l'Eglife a prefcrites pour la
» fanctification du Peuple Chrétien , nous
yous recommandons de les fuivre avec
ן ג
une
OCTOBRE. 1730. 2245
» une religieufe exactitude , & de remplir
» cependant les devoirs du facré Minif
» tere avec toute la prudence , la douceur
» & la charité que l'Eglife exige de fes
» Miniftres , de ne jamais oublier , que fi
» les Paſteurs font les dépofitaires de l'au-
» torité de Jefus-Chrift ils font auffi les.
» Vicaires de fon amour. Si eft diftrictio
virga queferiat , fit & confolatio baculi que
fuftentet. Sit amor , fed non emolliens ,fit
rigor , fed non exafperans fit zelus , fed
non immoderatè faviens ; fit pietas , fed non
plufquam expediat parcens..
,
Ce Rituel a été publié avec les Ordonnances
Synodales dans le Synode General
tenu à Blois le 5. Septembre dernier.
Maffon a imprimé féparément les Inf--
tructions tirées du Rituel de Blois , in 12. z.
Vol. petit papier. Prix trois livres 10. fols.
Ce Livre le trouvera auffi à Paris , chez
Barthelemi Alix , Libraire , rue S. Jacques.
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Résumé : Rituel du Diocèse de Blois, & c. [titre d'après la table]
Le Rituel du Diocèse de Blois, publié en 1730 sous l'autorité de Monseigneur Jean François Paul de Caumartin, Évêque de Blois, vise à instaurer une discipline uniforme dans l'administration des sacrements et des cérémonies religieuses. Cet ouvrage s'inspire des meilleurs rituels français et fournit des instructions claires et précises sur le dogme, la morale et la discipline pour chaque action ou cérémonie. Il inclut également des exhortations et des formules pour annoncer les mystères et fêtes de l'année. Le rituel respecte les ordonnances royales et la jurisprudence des cours séculières, notamment en matière de mariage, un engagement crucial pour l'Église et la société civile. L'instruction sur l'administration de ce sacrement a été élaborée en collaboration avec des personnes respectables et éclairées de la magistrature et du barreau. Dans un mandement, l'Évêque explique que le rituel a été élaboré avec l'aide de personnes pieuses et éclairées, en suivant les usages de l'Église Romaine, les coutumes des églises de Sens, Paris et Chartres, ainsi que les déclarations du Clergé de France. Le rituel comprend également des dispositions sur les testaments et rassemble des éléments nécessaires à l'édification et à l'instruction des fidèles. Le rituel a été publié lors du Synode Général tenu à Blois le 5 septembre 1730, en même temps que les ordonnances synodales. Les instructions tirées du rituel sont également disponibles séparément, imprimées par Maffon et vendues à Blois et Paris.
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1491
p. 2245-2247
Recueil des Reglemens concernant les Manufactures, &c. [titre d'après la table]
Début :
RECUEIL des Reglemens generaux & particuliers, concernant les Manufactures [...]
Mots clefs :
Règlements, Manufacture
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texteReconnaissance textuelle : Recueil des Reglemens concernant les Manufactures, &c. [titre d'après la table]
RECUEIL des Reglemens generaux
& particuliers , concernant les Manufac
tures & Fabriques du Royaume. 4. Vol.
in 4. A Paris , de l'Imprimerie Royale.
M. DCC . XXX.
Tandis que les Preffes ordinaires font
fouvent employées à mettre au jour des
Ouvrages frivoles , ou tout à fait inutiles ,
l'Imprimerie Royale continue de ne publier
2246 MERCURE DE FRANCE
Blier que de bons Livres , & des Ouvrages
d'une utilité generale. Tel eft le Recueil
dont on vient de voir le titre , Recueil
auquel tout le monde peut prendre
interêt , parceque fans être Marchand ni
Ouvrier , perfonne en general ne peut ſe
paffer des chofes qui en font le fujet , &
qu'il ne doit être indifferent à perfonne
d'en fçavoir les differentes Fabriques , &
en quelque façon leur mérite & leur apréciation
, fans parler de la Police exacte
que la fageffe de nos Rois & la vigilance
de leurs Miniftres ont trouvé à propos
d'établir fur le fait des Manufactures pour
le bien du Commerce en general , & pour
la commodité & l'utilité particuliere des
Sujets.
Comme un Ouvrage de cette nature
n'eft gueres fufceptible d'Extrait , il nous
fuffira d'avertir qu'on y trouve par tout
l'ordre & l'arrangement neceffaire pour
la commodité des perfonnes qui auront à
s'inftruire fur tant de differentes matieres;
les Sommaires enfin , les Tables & les
autres fecours que les Lecteurs les plus
difficiles pourroient fouhaiter.
On trouve à la fin du IV. & dernier To-
-me un SUPPLEMENT , contenant les Reglemens
intervenus fur le fait des Manufac
tures pendant le cours de l'impreffion de ce
Recueil. Ces Réglemens font rangés dans
l'ordre
OCTOBRE. 1730. 2247
l'ordre des differentes parties de cette collection
, aufquelles elles appartiennent
par leur efpece , & dont ils font la fuite.
& la continuation .
& particuliers , concernant les Manufac
tures & Fabriques du Royaume. 4. Vol.
in 4. A Paris , de l'Imprimerie Royale.
M. DCC . XXX.
Tandis que les Preffes ordinaires font
fouvent employées à mettre au jour des
Ouvrages frivoles , ou tout à fait inutiles ,
l'Imprimerie Royale continue de ne publier
2246 MERCURE DE FRANCE
Blier que de bons Livres , & des Ouvrages
d'une utilité generale. Tel eft le Recueil
dont on vient de voir le titre , Recueil
auquel tout le monde peut prendre
interêt , parceque fans être Marchand ni
Ouvrier , perfonne en general ne peut ſe
paffer des chofes qui en font le fujet , &
qu'il ne doit être indifferent à perfonne
d'en fçavoir les differentes Fabriques , &
en quelque façon leur mérite & leur apréciation
, fans parler de la Police exacte
que la fageffe de nos Rois & la vigilance
de leurs Miniftres ont trouvé à propos
d'établir fur le fait des Manufactures pour
le bien du Commerce en general , & pour
la commodité & l'utilité particuliere des
Sujets.
Comme un Ouvrage de cette nature
n'eft gueres fufceptible d'Extrait , il nous
fuffira d'avertir qu'on y trouve par tout
l'ordre & l'arrangement neceffaire pour
la commodité des perfonnes qui auront à
s'inftruire fur tant de differentes matieres;
les Sommaires enfin , les Tables & les
autres fecours que les Lecteurs les plus
difficiles pourroient fouhaiter.
On trouve à la fin du IV. & dernier To-
-me un SUPPLEMENT , contenant les Reglemens
intervenus fur le fait des Manufac
tures pendant le cours de l'impreffion de ce
Recueil. Ces Réglemens font rangés dans
l'ordre
OCTOBRE. 1730. 2247
l'ordre des differentes parties de cette collection
, aufquelles elles appartiennent
par leur efpece , & dont ils font la fuite.
& la continuation .
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Résumé : Recueil des Reglemens concernant les Manufactures, &c. [titre d'après la table]
Le document 'Recueil des Reglemens generaux & particuliers, concernant les Manufactures & Fabriques du Royaume' est publié par l'Imprimerie Royale à Paris en 1730. Contrairement aux presses ordinaires, l'Imprimerie Royale se concentre sur des ouvrages utiles et bénéfiques pour le public. Ce recueil traite des différentes fabriques et de leur évaluation, ainsi que des règlements établis par les rois et leurs ministres pour favoriser le commerce et l'utilité des sujets. L'ouvrage est bien structuré, avec des sommaires, des tables et d'autres aides pour faciliter la consultation. À la fin du quatrième et dernier tome, un supplément contient les règlements intervenus pendant l'impression du recueil, classés par ordre de pertinence.
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1492
p. 2247
« ABREGÉ DE L'HISTOIRE D'ANGLETERRE, avec des Reflexions Politiques [...] »
Début :
ABREGÉ DE L'HISTOIRE D'ANGLETERRE, avec des Reflexions Politiques [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ABREGÉ DE L'HISTOIRE D'ANGLETERRE, avec des Reflexions Politiques [...] »
ABREGE DE L'HISTOIRE D'AN
GLETERRE , avec des Reflexions Politiques
& Hiftoriques fur les Regnes des
Rois , leurs caracteres leurs moeurs
leur fucceffion au Trône , & tous les anciens
évenemens remarquables jufqu'à la
révolution de 1688. inclufivement , tiré
des Mémoires & des Manufcrits les plus
autentiques. Traduit de l'Anglois de
M. Heggons , par M. L. B. D. G. Difcite
juftitiam moniti. Virg. A la Haye , chez
T. Jobuften. 1729.
LETTRES DE M. BAYLE , publiées
fur les Originaux , avec des Remarques
par M. de Maifeaux , Membre de la Societé
Royale. A Amſterdam, 1729. 3. Vol.
in 12.
و RECUEIL DES EDITS Déclara
tions , Arrêts & Reglemens qui font pro
pres & particuliers aux Provinces du reffort
du Parlement de Flandres , imprimé
par l'ordre de Monfeigneur le Chancelier,
divifé en deux parties , chez Jacques François
Willervel , 1730. in 4.
GLETERRE , avec des Reflexions Politiques
& Hiftoriques fur les Regnes des
Rois , leurs caracteres leurs moeurs
leur fucceffion au Trône , & tous les anciens
évenemens remarquables jufqu'à la
révolution de 1688. inclufivement , tiré
des Mémoires & des Manufcrits les plus
autentiques. Traduit de l'Anglois de
M. Heggons , par M. L. B. D. G. Difcite
juftitiam moniti. Virg. A la Haye , chez
T. Jobuften. 1729.
LETTRES DE M. BAYLE , publiées
fur les Originaux , avec des Remarques
par M. de Maifeaux , Membre de la Societé
Royale. A Amſterdam, 1729. 3. Vol.
in 12.
و RECUEIL DES EDITS Déclara
tions , Arrêts & Reglemens qui font pro
pres & particuliers aux Provinces du reffort
du Parlement de Flandres , imprimé
par l'ordre de Monfeigneur le Chancelier,
divifé en deux parties , chez Jacques François
Willervel , 1730. in 4.
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Résumé : « ABREGÉ DE L'HISTOIRE D'ANGLETERRE, avec des Reflexions Politiques [...] »
Le document présente trois ouvrages : 'Abrégé de l'histoire d'Angleterre' (1729), couvrant les règnes anglais jusqu'à 1688, traduit par M. L. B. D. G. ; 'Lettres de M. Bayle' (1729), éditées par M. de Maiseaux ; et un 'Recueil des édits' (1730) pour les provinces du Parlement de Flandres, publié par Jacques François Willervel.
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1493
p. 2248-2250
RELATION de ce qui s'est passé à la These de Théologie dédiée à la Reine, soutenuë dans l'Eglise des RR. PP. Recollets de la Ville d'Arles, le 18. Septembre, 1730. Par M. de Morand. Brochure in 4. de 25. pages. A Arles, chez Gaspard Mesnier, &c. 1730.
Début :
Les RR. PP. Récollets de la Ville d'Arles voulant donner une preuve authentique de leur reconnoissance [...]
Mots clefs :
Thèse de théologie, Théologie, Thèse, Église, Académie de musique, Fête, Archevêque, Arles, Reine
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texteReconnaissance textuelle : RELATION de ce qui s'est passé à la These de Théologie dédiée à la Reine, soutenuë dans l'Eglise des RR. PP. Recollets de la Ville d'Arles, le 18. Septembre, 1730. Par M. de Morand. Brochure in 4. de 25. pages. A Arles, chez Gaspard Mesnier, &c. 1730.
RELATION de ce qui s'eft paffé à la
Thefe de Théologie dédiée à la Reine ,
foutenue dans l'Eglife des RR . P P.
Recollets de la Ville d'Arles , le 18. Septembre
, 1730. Par M. de Morand. Brochure
in 4. de 25. pages. A Arles , chez
Gafpard Mefnier , &c. 1730 .
Les RR.PP. Récollets de la Ville d'Arles.voulant
donner une preuve authentique de leur reconnoiffance
envers la Maifon de Lefcfincki
réfolurent , à la follicitation du P. Gélafe Mottet,
qui a été deux fois Provincial , de dédier une
Théfe à la Reine . Le P. Gélafe après en avoir obtenu
la permiffion de S. M. écrivit là - deffus à
M. le Maréchal de Villars , Fondateur & Protecteur
de la Maifon d'Arles. Ce Seigneur applaudit
fort à ce projet , & en écrivit auffi- tôt à
MM . les Confuls , Gouverneurs de la Ville d'Arles
, qui fe préparerent à répondre aux intentions
de M. de Villars , & à leur propre zéle.
Ils priérent d'abord les Commiffaires de l'Académie
de Mufique , de leur fournir tout ce qu'ils
avoient de Muficiens de leur Académie ; & pour
rendre la Fête plus agréable & plus accomplie, cn
voulut avoir dans cette occafion une Mufique
compofée exprès. M. de Morand fût chargé de
compofer les paroles d'un Concert, & M.Clavis ,
Maître de Mufique de l'Académie , dé les mettre
en chant .
Les Confuls furent décorer l'Eglife magnifi
quement, & on y plaça quantité de Luftres & de
Girandoles. Un Dais fuperbe par la richeffe & le
gout de fa broderie en or , s'élevoit au milieu ; &
fous le Dais étoit placé le Portrait de la Reine. On
voyoit les Armes du Roy, de la Reine & du Danphim
OCTOBRE. 1730. 2249
phin placées fur de riches Toillettes de Velours
fur la principale porte & en differens endroits.
Tout étant ainfi difpofé , les Confuls en aver
tirent M. l'Archevêque , & joignirent leur invitation
particuliere à celle des PP. Recollets.
M. l'Archevêque indiqua le jour de la Cérémonie
au 18 Sept. Ce jour-là étant arrivé, M. l'Archevêque
, accompagné de fon Chapitre , fe rendit à
J'Eglife fur les deux heures après midi , & fe plaça
au pied du Thrône , du côté droit , ayant
à fa
droite fon Chapitre. Les Confuls s'y rendirent
auffi , précédez des Trompettes & des Hautbois ,
accompagnez de prefque toute la Nobleffe qu'ils
avoient invitée, ils fe placerent au pied du Thrône
de la Reine , du côté gauche , ayant à leur
gauche les Religieux des differens Ordres de cetté
Ville qui devoient argumenter à la Thefe. Il y
avoit un grand nombre de Chaifes & de Bancs
où fe placerent la Nobleffe & les Dames qui
avoient voulu être de la Ceremonie.
Le R. P. Didier , Profeffeur en Theologie, qui
alloit foûtenir cette Thefe , commença fon Acte
par un Difcours tres eloquent, & qui fut fort
gouté , addreffé à la Reine : Il avoit pris pour
texte , ces paroles de Jefus - Chrift , en S. Matth.'
22. 20. De qui eft ce te Image , lefquelles étoient
au deffous du Portrait de la Reine , en taille
douce , qui ornoit la Theſe.
Nous ne donnerons point d'Extrait de ce Dif
cours, qui fe trouve en Latin & en François dans
cette Relation , pour ne pas exceder les bornes
qui nous conviennent .
Après le Difcours , on diftribua les Thefes , &
les paroles imprimées du Concert. Au commen
cement du Concert on tira 60 Boëtes , & enfuite
la Mufique continua & finit avec applaudiffe
Icht
21
2250 MERCURE DE FRANCE
ment. M. Francani , Vicaire General , &c. de
M. l'Archevêque , prononça un autre fort beau
Difcours pour l'ouverture de la Thefe. Un Benedictin
de la Congr. de S. Maur parla enfuite , &
après lui fucceffivement un Dominiquain , un
Carme , un Cordelier , un Trinitaire , un Capucin
, un Jéfuite , un Auguftin déchauffé & un
Carme déchauffé , qui tous complimenterent la
Reine avec beaucoup d'éloquence.
M. de Morand propofa le dernier Argument, à
la priere des Confuls & des P P. Recollets , & fir
un Compliment François à S. M. il y ajoûta une
Ode de fa compofition pour dédommager les
Dames.M.le Chevalier de Remieu , Affocié à l'Académie
d'Arles, prononça encore un Eloge de la
Reine ; aprés quoi le P. Didier termina toute la
Ceremonie , en remerciant la Reine , il remercia
auffi M. l'Archevêque , M. de Villars , les Confuls
& toute l'Affemblée ; il ne démentit point la
qualité d'homme d'efprit,comme il n'avoit point
démenti celle de grand Théologien. On fit une
feconde décharge de Boëtes , aprés laquelle M.
l'Archevêque & les Confuls s'en retournerent
dans le même ordre qu'ils étoient venus , fort
fatisfaits de cette Fête.
Thefe de Théologie dédiée à la Reine ,
foutenue dans l'Eglife des RR . P P.
Recollets de la Ville d'Arles , le 18. Septembre
, 1730. Par M. de Morand. Brochure
in 4. de 25. pages. A Arles , chez
Gafpard Mefnier , &c. 1730 .
Les RR.PP. Récollets de la Ville d'Arles.voulant
donner une preuve authentique de leur reconnoiffance
envers la Maifon de Lefcfincki
réfolurent , à la follicitation du P. Gélafe Mottet,
qui a été deux fois Provincial , de dédier une
Théfe à la Reine . Le P. Gélafe après en avoir obtenu
la permiffion de S. M. écrivit là - deffus à
M. le Maréchal de Villars , Fondateur & Protecteur
de la Maifon d'Arles. Ce Seigneur applaudit
fort à ce projet , & en écrivit auffi- tôt à
MM . les Confuls , Gouverneurs de la Ville d'Arles
, qui fe préparerent à répondre aux intentions
de M. de Villars , & à leur propre zéle.
Ils priérent d'abord les Commiffaires de l'Académie
de Mufique , de leur fournir tout ce qu'ils
avoient de Muficiens de leur Académie ; & pour
rendre la Fête plus agréable & plus accomplie, cn
voulut avoir dans cette occafion une Mufique
compofée exprès. M. de Morand fût chargé de
compofer les paroles d'un Concert, & M.Clavis ,
Maître de Mufique de l'Académie , dé les mettre
en chant .
Les Confuls furent décorer l'Eglife magnifi
quement, & on y plaça quantité de Luftres & de
Girandoles. Un Dais fuperbe par la richeffe & le
gout de fa broderie en or , s'élevoit au milieu ; &
fous le Dais étoit placé le Portrait de la Reine. On
voyoit les Armes du Roy, de la Reine & du Danphim
OCTOBRE. 1730. 2249
phin placées fur de riches Toillettes de Velours
fur la principale porte & en differens endroits.
Tout étant ainfi difpofé , les Confuls en aver
tirent M. l'Archevêque , & joignirent leur invitation
particuliere à celle des PP. Recollets.
M. l'Archevêque indiqua le jour de la Cérémonie
au 18 Sept. Ce jour-là étant arrivé, M. l'Archevêque
, accompagné de fon Chapitre , fe rendit à
J'Eglife fur les deux heures après midi , & fe plaça
au pied du Thrône , du côté droit , ayant
à fa
droite fon Chapitre. Les Confuls s'y rendirent
auffi , précédez des Trompettes & des Hautbois ,
accompagnez de prefque toute la Nobleffe qu'ils
avoient invitée, ils fe placerent au pied du Thrône
de la Reine , du côté gauche , ayant à leur
gauche les Religieux des differens Ordres de cetté
Ville qui devoient argumenter à la Thefe. Il y
avoit un grand nombre de Chaifes & de Bancs
où fe placerent la Nobleffe & les Dames qui
avoient voulu être de la Ceremonie.
Le R. P. Didier , Profeffeur en Theologie, qui
alloit foûtenir cette Thefe , commença fon Acte
par un Difcours tres eloquent, & qui fut fort
gouté , addreffé à la Reine : Il avoit pris pour
texte , ces paroles de Jefus - Chrift , en S. Matth.'
22. 20. De qui eft ce te Image , lefquelles étoient
au deffous du Portrait de la Reine , en taille
douce , qui ornoit la Theſe.
Nous ne donnerons point d'Extrait de ce Dif
cours, qui fe trouve en Latin & en François dans
cette Relation , pour ne pas exceder les bornes
qui nous conviennent .
Après le Difcours , on diftribua les Thefes , &
les paroles imprimées du Concert. Au commen
cement du Concert on tira 60 Boëtes , & enfuite
la Mufique continua & finit avec applaudiffe
Icht
21
2250 MERCURE DE FRANCE
ment. M. Francani , Vicaire General , &c. de
M. l'Archevêque , prononça un autre fort beau
Difcours pour l'ouverture de la Thefe. Un Benedictin
de la Congr. de S. Maur parla enfuite , &
après lui fucceffivement un Dominiquain , un
Carme , un Cordelier , un Trinitaire , un Capucin
, un Jéfuite , un Auguftin déchauffé & un
Carme déchauffé , qui tous complimenterent la
Reine avec beaucoup d'éloquence.
M. de Morand propofa le dernier Argument, à
la priere des Confuls & des P P. Recollets , & fir
un Compliment François à S. M. il y ajoûta une
Ode de fa compofition pour dédommager les
Dames.M.le Chevalier de Remieu , Affocié à l'Académie
d'Arles, prononça encore un Eloge de la
Reine ; aprés quoi le P. Didier termina toute la
Ceremonie , en remerciant la Reine , il remercia
auffi M. l'Archevêque , M. de Villars , les Confuls
& toute l'Affemblée ; il ne démentit point la
qualité d'homme d'efprit,comme il n'avoit point
démenti celle de grand Théologien. On fit une
feconde décharge de Boëtes , aprés laquelle M.
l'Archevêque & les Confuls s'en retournerent
dans le même ordre qu'ils étoient venus , fort
fatisfaits de cette Fête.
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Résumé : RELATION de ce qui s'est passé à la These de Théologie dédiée à la Reine, soutenuë dans l'Eglise des RR. PP. Recollets de la Ville d'Arles, le 18. Septembre, 1730. Par M. de Morand. Brochure in 4. de 25. pages. A Arles, chez Gaspard Mesnier, &c. 1730.
Le 18 septembre 1730, les Récollets d'Arles ont organisé une thèse de théologie en l'honneur de la Reine à l'église des Récollets d'Arles. Cette initiative, proposée par le Père Gélase Mottet, visait à exprimer la gratitude des Récollets envers la Maison de Lescinski. Après avoir obtenu la permission de la Reine, le Père Gélase a informé le Maréchal de Villars, fondateur et protecteur de la Maison d'Arles, qui a approuvé le projet. Les consuls de la ville, sollicités par le Maréchal de Villars, ont préparé la fête en invitant les musiciens de l'Académie de Musique et en commandant une musique spéciale composée par M. de Morand et M. Clavis. L'église a été somptueusement décorée avec des lustres, des girandoles et un dais brodé orné du portrait de la Reine. Les armes du Roi, de la Reine et du Dauphin étaient également exposées. L'Archevêque, accompagné de son chapitre, a présidé la cérémonie en compagnie des consuls et de la noblesse locale. Le Père Didier a ouvert la thèse par un discours basé sur les paroles de Jésus-Christ dans l'Évangile selon Matthieu. Après le discours, les thèses et les paroles du concert ont été distribuées, suivies d'un concert musical et de plusieurs discours prononcés par des représentants de différents ordres religieux. M. de Morand a proposé le dernier argument et a ajouté une ode pour les dames. Le Chevalier de Remieu a prononcé un éloge de la Reine, et le Père Didier a conclu la cérémonie en remerciant la Reine, l'Archevêque, le Maréchal de Villars, les consuls et l'assemblée. La fête s'est terminée par une seconde décharge de boîtes, laissant les participants satisfaits.
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1494
p. 2250-2252
Ecole de Cavalerie, &c. [titre d'après la table]
Début :
M. De la Gueriniere, Ecuyer du Roi, vient de faire imprimer la quatriéme & derniere leçon [...]
Mots clefs :
Chevaux, Écuyer, Écuyer du roi, Cheval, Cavalerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ecole de Cavalerie, &c. [titre d'après la table]
M. de la Gueriniere , Ecuyer du Roy , vient de
faire imprimer la quatriéme & derniere leçon
d'un Livre intitulé : ECOLE DE CAVALLERIE ,
contenant un Recueil des principes , qui regardent
la connoiffance dés Chevaux , la maniere de
les dreffer , & generalement tout ce qui peut former
un connoiffeur & un homme de cheval.
Cet ouvrage qui a été composé pour fervir
aux Démonftrations publiques , que l'Auteur a
commencé de faire depuis près d'un an , tous les
Samedis
1
OCTOBRE. 1730. 2251
Samedis dans fon Académie , ruë de Vaugirard ,
en faveur de Mrs les Académiftes & de tous ceux
qui veulent y affifter , ce qui eft tres -utile , nonfeulement
pour tous les jeunes Gentilshommes
qui feront dorénavant leurs exercices , mais encore
pour tous les Officiers & autres perfonnes
qui font dans l'obligation d'avoir des Chevaux.
Tous les Auteurs qui ont écrit jufqu'à prefent
fur cette matiere, n'ont parlé que de chaque partie
en particulier ; les uns fimplement du Manége
, les autres des maladies des Chevaux ; dans
celui- ci on a réuni dans un feul volume toutes les
differentes parties qui ont du rapport aux Chevaux.
On s'eft attaché à y mettre tout l'ordre
poffible ; le ftyle en eft fimple & concis , les définitions
en font claires & dévelopent méthodiquement
les principes que l'on y établit : de forte
qu'on peut aisément parvenir à les mettre en
ufage.
L'Ouvrage eft diftribué en 4 leçons , & chacune
de ces leçons en plufieurs chapitres.
La 1. leçon explique le nom des parties exte
rieures du Cheval , leur fituation , leur beauté &
leurs deffauts.
La 2. regarde l'âge , la difference des poils
l'embouchure , la ferrure , la felle , & c.
La 3. enfeigne à dreffer les jeunes Chevaux
pour le Manége , pour la Guerre , pour la Chaffe
& pour le Caroffe.
Et la 4. renferme un Traité d'Oftéologie du
Cheval , la définition de ſes maladies , les remedes
pour les guérir & un Traité d'Opérations.
Ces 4 parties ont été faites dans la vûë de former
tous les ans un Cours de Cavalerie , qui durera
neuf mois . Le 1. vient d'être interrompu ,
à la 4 partie,par la faifon peu favorable pour les
démonſtrations & les opérations Anatomiques
qui
2252 MERCURE DE FRANCÉ
qui font le fujet de cette 4 partie , & que l'on fe
propofe de faire fur des fujets réels ; mais on
continuera ce cours le Samedy d'après la faint
Martin ; & l'on en recommencera en mêmetemps
un 2 ; ainfi cet arangement , que l'on fuivra
toujours par la fuite , fatisfera & la curiofité
des commençans, & ceux qui ont déja de la connoiffance.
Un Medecin de la Faculté de Paris fe fera un
plaifir d'en faire lui - même les Démonftrations
Anatomiques, à l'exemple d'Herouard , Medecin
d'Henry IV. qui avoit commencé , par les Ordres
de ce grand Roy, de travailler fur cette matiere
; mais la mort de ce Prince interrompit ce
projet , & il ne nous refte qu'un fimple abregé
d'Oftéologie.
Il y a lieu de s'étonner que de pareils exercices
n'ayent point encore été inftituez dans les Académies
, on auroit certainement fait des découvertes
curieufes & neceffaires à la confervation
d'un animal fi utile , car il ne fuffit pas de fçavoir
monter à Cheval avec grace & fermeté , il
faut joindre à ces qualitez celles de fçavoir acheter
& dreffer un Cheval pour fon ufage , le conferver
en fanté , le guérir de fes maladies & accidens
, lui ordonner l'embouchure , la ferrure
& la felle convenable , qui font des connoiffances
abfolument neceffaires , tant pour ceux qui fe'
deftinent au fervice , que pour tous ceux qui ſe
fervent de Chevaux.
faire imprimer la quatriéme & derniere leçon
d'un Livre intitulé : ECOLE DE CAVALLERIE ,
contenant un Recueil des principes , qui regardent
la connoiffance dés Chevaux , la maniere de
les dreffer , & generalement tout ce qui peut former
un connoiffeur & un homme de cheval.
Cet ouvrage qui a été composé pour fervir
aux Démonftrations publiques , que l'Auteur a
commencé de faire depuis près d'un an , tous les
Samedis
1
OCTOBRE. 1730. 2251
Samedis dans fon Académie , ruë de Vaugirard ,
en faveur de Mrs les Académiftes & de tous ceux
qui veulent y affifter , ce qui eft tres -utile , nonfeulement
pour tous les jeunes Gentilshommes
qui feront dorénavant leurs exercices , mais encore
pour tous les Officiers & autres perfonnes
qui font dans l'obligation d'avoir des Chevaux.
Tous les Auteurs qui ont écrit jufqu'à prefent
fur cette matiere, n'ont parlé que de chaque partie
en particulier ; les uns fimplement du Manége
, les autres des maladies des Chevaux ; dans
celui- ci on a réuni dans un feul volume toutes les
differentes parties qui ont du rapport aux Chevaux.
On s'eft attaché à y mettre tout l'ordre
poffible ; le ftyle en eft fimple & concis , les définitions
en font claires & dévelopent méthodiquement
les principes que l'on y établit : de forte
qu'on peut aisément parvenir à les mettre en
ufage.
L'Ouvrage eft diftribué en 4 leçons , & chacune
de ces leçons en plufieurs chapitres.
La 1. leçon explique le nom des parties exte
rieures du Cheval , leur fituation , leur beauté &
leurs deffauts.
La 2. regarde l'âge , la difference des poils
l'embouchure , la ferrure , la felle , & c.
La 3. enfeigne à dreffer les jeunes Chevaux
pour le Manége , pour la Guerre , pour la Chaffe
& pour le Caroffe.
Et la 4. renferme un Traité d'Oftéologie du
Cheval , la définition de ſes maladies , les remedes
pour les guérir & un Traité d'Opérations.
Ces 4 parties ont été faites dans la vûë de former
tous les ans un Cours de Cavalerie , qui durera
neuf mois . Le 1. vient d'être interrompu ,
à la 4 partie,par la faifon peu favorable pour les
démonſtrations & les opérations Anatomiques
qui
2252 MERCURE DE FRANCÉ
qui font le fujet de cette 4 partie , & que l'on fe
propofe de faire fur des fujets réels ; mais on
continuera ce cours le Samedy d'après la faint
Martin ; & l'on en recommencera en mêmetemps
un 2 ; ainfi cet arangement , que l'on fuivra
toujours par la fuite , fatisfera & la curiofité
des commençans, & ceux qui ont déja de la connoiffance.
Un Medecin de la Faculté de Paris fe fera un
plaifir d'en faire lui - même les Démonftrations
Anatomiques, à l'exemple d'Herouard , Medecin
d'Henry IV. qui avoit commencé , par les Ordres
de ce grand Roy, de travailler fur cette matiere
; mais la mort de ce Prince interrompit ce
projet , & il ne nous refte qu'un fimple abregé
d'Oftéologie.
Il y a lieu de s'étonner que de pareils exercices
n'ayent point encore été inftituez dans les Académies
, on auroit certainement fait des découvertes
curieufes & neceffaires à la confervation
d'un animal fi utile , car il ne fuffit pas de fçavoir
monter à Cheval avec grace & fermeté , il
faut joindre à ces qualitez celles de fçavoir acheter
& dreffer un Cheval pour fon ufage , le conferver
en fanté , le guérir de fes maladies & accidens
, lui ordonner l'embouchure , la ferrure
& la felle convenable , qui font des connoiffances
abfolument neceffaires , tant pour ceux qui fe'
deftinent au fervice , que pour tous ceux qui ſe
fervent de Chevaux.
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Résumé : Ecole de Cavalerie, &c. [titre d'après la table]
M. de la Guerinière, Écuyer du Roy, a publié la quatrième et dernière leçon de son ouvrage 'École de Cavalerie'. Ce livre rassemble les principes essentiels sur la connaissance des chevaux, leur dressage et les compétences d'un connaisseur en chevaux. Il accompagne les démonstrations publiques organisées chaque samedi dans son Académie, rue de Vaugirard. Contrairement aux ouvrages précédents, 'École de Cavalerie' regroupe toutes les parties relatives aux chevaux en un seul volume. Le style est simple et concis, avec des définitions claires et méthodiques. L'ouvrage est structuré en quatre leçons : la première décrit les parties extérieures du cheval, la deuxième traite de l'âge, des poils, de l'embouchure, de la ferrure et de la selle. La troisième enseigne le dressage des jeunes chevaux pour divers usages, et la quatrième contient un traité d'ostéologie, les maladies des chevaux, les remèdes et les opérations. Le cours de cavalerie, prévu pour neuf mois, a été interrompu après la quatrième partie en raison de conditions défavorables. Il reprendra après la Saint-Martin, avec un second cours commençant simultanément. Un médecin de la Faculté de Paris effectuera les démonstrations anatomiques. L'institution de tels exercices dans les académies est surprenante, car elle permettrait des découvertes utiles à la conservation des chevaux. Il est essentiel de connaître non seulement la monte, mais aussi l'achat, le dressage, la conservation en santé, le traitement des maladies, ainsi que l'embouchure, la ferrure et la selle appropriées. Ces connaissances sont cruciales pour ceux qui se destinent au service ou utilisent des chevaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1495
p. 2252-255
« Jean Villette, fils, Libraire, ruë S. Jacques, à S. Bernard, vend actuellement la continuation de [...] »
Début :
Jean Villette, fils, Libraire, ruë S. Jacques, à S. Bernard, vend actuellement la continuation de [...]
Mots clefs :
Librairie, Auteur, Recueil
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texteReconnaissance textuelle : « Jean Villette, fils, Libraire, ruë S. Jacques, à S. Bernard, vend actuellement la continuation de [...] »
Jean Villette , fils, Libraire , rue S. Jacques , à
S. Bernard , vend actuellement la continuation de
la troifiéme partie du Traité de l'Univers matériel
, ou Aftronomie Physique , contenant les
Tables du Flux & du Reflux de la Mer Océane ,
des Afpects , des Planetes avec la Lune, des Vents
quis
OCTOBRE . 1730. 2253
qui pourront être caufez par fa preffion , & du
Paffage de quelques Etoiles fixes par le premier
Méridien , pendant l'année 173 1. avec l'Explication
des Tables , & de leurs ufages. Par le feur
Petit , Arpenteur à Blois . Brochure in 12. de
trois feuilles ; fe vend fix fols.
On a fait un volume de toutes les feuilles de
la Spectatrice , qui ont paru , & des nouvelles
qui n'ont point paru . Il fe vend 24 f. broché , &
35 f. relié en Veau. A Paris , chez la veuve.
Piffot , Quai de Conti ; & au Palais , chezJean
de Null
Armand , Libraire à Paris , vient d'achever
l'impreffion du Recueil des principales Décifions
fur les Dimes , les Portions congrues , les Droits
Charges des Curez primitifs. Extraits des
Canons, des Conciles & des plus celebres Auteurs ,
conformément aux Edits & Déclarations du Roy
& de la Jurifprudence des Parlemens du Royaume
& du Grand Confeil. Par l'Auteur des Décifions
Beneficiales .
Il paroît une Tragédie d'Oedipe , ou des Trois
Fils de Jocafte , mais trop tard pour en pouvoir
donner l'Analyfe ce mois cy. On la débite chez
le Breton , quay des Auguftins , qui en imprime
actuellement deux autres , des neuf Tragédies
d'Oedipe , compriſes dans le Privilege accordé à
l'Auteur des Trois Fils de Jocafte.
On nous écrit d'Amfterdam , que Fr. Changuien
, Libraire de cette Vile , imprime actuel.
Iement un Recueil de Lettres furdifferens fujets,
qui pourront intereffer les curieux . Ce ne fera
d'abord qu'un vol . in 12. de 248 pag. mais qui
pourra
2254 MERCURE DE FRANCE
་
*
pourra avoir une fuite. La premiere, de ces Lettres
eft fur les Habitans de l'air , & contient des recherches
agréables fur les Oifeaux , & la feconde
roule fur la Fontaine de Veron , près la Ville de
Sens , dont l'Auteur décrit les merveilles & les
propriétez , dont la principale eft que l'eau ſe pétrife
; ce qui donne lieu de rapporter d'autres
exemples de pareilles eaues merveilleufes , & de
faire paroître beaucoup de lecture & de l'érudi
tion. Cet Ouvrage eft de M. le Beuf, Capitaine de
la Milice Bourgeoife de la Ville de Joigny en
Bourgogne.
Hermand Vytvvers , autre Libraire d'Amfterdam,
nous avertit que c'eft lui qui a imprimé en
1723. fur l'Edition de Paris, le Voyage de Syrie
& du Mont-Liban , &c . de M. de la R... fur quoi
il y a une mépriſe dans le Mercure de France du
mois de Janvier 1729. pag. 21. où il eſt parlé de
la réimpreffion de ce Livre.
L'Auteur , qui fait bon gré au Libraire de fon
exactitude , profite de cette occafion pour rétablir
un endroit de fon Livre qui a été obmis par
les Imprimeurs , pour n'avoir pas pris un renvoi
dont la marge du Manufcrit étoit chargée . C'eſt
à la p. 346. de l'Edition de Paris & 279. de celle
d'Amfterdam , dans la Differtation hiftorique
qui regarde la fource & le cours du Jourdain
avant ces mots : Contentons - nous , en finiffant;
lifez ce qui fuit.
93
Mais nous ne fçaurions oublier icy un point
celebre dans l'Hiftoire,& qui a rapport à notre
so Fleuve. C'eft le Triomphe avec lequel l'Empereur
Tite fit fon entrée à Rome , après la prife
» de Jerufalem , & l'entiere réduction des Juifs.
Triomphe dont on éleva depuis un Arc fuperbe
, plufieurs fois gravé & connu de tous les
Antiquaires. On voit dans la Frife de cet Arc ;
93
» parmi
OCTOBRE . 1730. 2255
32
parmi les Figures fymboliques ; & c, la figure
du Jourdain portée en triomphe par des Sol-
» dats Romains. C'eft un Vieillard , couché &
appuyé fur une Urne renversée, pour marquer
plus particulierement par ce fymbole la conquête
de la Judée , & les Juifs vaincus & foumis
à l'Empire Romain. Le P.de Montfaucon
qui n'a pas oublié dans fon grand Recueil cer
Arc de Tite , a fait graver en grand & en plu-
» fieurs Planches , lés principaux fujets de la Frife,
qui en font les plus curieux ornemens. La Figure
du Jourdain , qui eft d'un excellent
ອ
30
•
gout
fe trouve dans la Planche 101.du 4 tom.part.1.
» pag. 162. & merite une attention particuliere.
S. Bernard , vend actuellement la continuation de
la troifiéme partie du Traité de l'Univers matériel
, ou Aftronomie Physique , contenant les
Tables du Flux & du Reflux de la Mer Océane ,
des Afpects , des Planetes avec la Lune, des Vents
quis
OCTOBRE . 1730. 2253
qui pourront être caufez par fa preffion , & du
Paffage de quelques Etoiles fixes par le premier
Méridien , pendant l'année 173 1. avec l'Explication
des Tables , & de leurs ufages. Par le feur
Petit , Arpenteur à Blois . Brochure in 12. de
trois feuilles ; fe vend fix fols.
On a fait un volume de toutes les feuilles de
la Spectatrice , qui ont paru , & des nouvelles
qui n'ont point paru . Il fe vend 24 f. broché , &
35 f. relié en Veau. A Paris , chez la veuve.
Piffot , Quai de Conti ; & au Palais , chezJean
de Null
Armand , Libraire à Paris , vient d'achever
l'impreffion du Recueil des principales Décifions
fur les Dimes , les Portions congrues , les Droits
Charges des Curez primitifs. Extraits des
Canons, des Conciles & des plus celebres Auteurs ,
conformément aux Edits & Déclarations du Roy
& de la Jurifprudence des Parlemens du Royaume
& du Grand Confeil. Par l'Auteur des Décifions
Beneficiales .
Il paroît une Tragédie d'Oedipe , ou des Trois
Fils de Jocafte , mais trop tard pour en pouvoir
donner l'Analyfe ce mois cy. On la débite chez
le Breton , quay des Auguftins , qui en imprime
actuellement deux autres , des neuf Tragédies
d'Oedipe , compriſes dans le Privilege accordé à
l'Auteur des Trois Fils de Jocafte.
On nous écrit d'Amfterdam , que Fr. Changuien
, Libraire de cette Vile , imprime actuel.
Iement un Recueil de Lettres furdifferens fujets,
qui pourront intereffer les curieux . Ce ne fera
d'abord qu'un vol . in 12. de 248 pag. mais qui
pourra
2254 MERCURE DE FRANCE
་
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pourra avoir une fuite. La premiere, de ces Lettres
eft fur les Habitans de l'air , & contient des recherches
agréables fur les Oifeaux , & la feconde
roule fur la Fontaine de Veron , près la Ville de
Sens , dont l'Auteur décrit les merveilles & les
propriétez , dont la principale eft que l'eau ſe pétrife
; ce qui donne lieu de rapporter d'autres
exemples de pareilles eaues merveilleufes , & de
faire paroître beaucoup de lecture & de l'érudi
tion. Cet Ouvrage eft de M. le Beuf, Capitaine de
la Milice Bourgeoife de la Ville de Joigny en
Bourgogne.
Hermand Vytvvers , autre Libraire d'Amfterdam,
nous avertit que c'eft lui qui a imprimé en
1723. fur l'Edition de Paris, le Voyage de Syrie
& du Mont-Liban , &c . de M. de la R... fur quoi
il y a une mépriſe dans le Mercure de France du
mois de Janvier 1729. pag. 21. où il eſt parlé de
la réimpreffion de ce Livre.
L'Auteur , qui fait bon gré au Libraire de fon
exactitude , profite de cette occafion pour rétablir
un endroit de fon Livre qui a été obmis par
les Imprimeurs , pour n'avoir pas pris un renvoi
dont la marge du Manufcrit étoit chargée . C'eſt
à la p. 346. de l'Edition de Paris & 279. de celle
d'Amfterdam , dans la Differtation hiftorique
qui regarde la fource & le cours du Jourdain
avant ces mots : Contentons - nous , en finiffant;
lifez ce qui fuit.
93
Mais nous ne fçaurions oublier icy un point
celebre dans l'Hiftoire,& qui a rapport à notre
so Fleuve. C'eft le Triomphe avec lequel l'Empereur
Tite fit fon entrée à Rome , après la prife
» de Jerufalem , & l'entiere réduction des Juifs.
Triomphe dont on éleva depuis un Arc fuperbe
, plufieurs fois gravé & connu de tous les
Antiquaires. On voit dans la Frife de cet Arc ;
93
» parmi
OCTOBRE . 1730. 2255
32
parmi les Figures fymboliques ; & c, la figure
du Jourdain portée en triomphe par des Sol-
» dats Romains. C'eft un Vieillard , couché &
appuyé fur une Urne renversée, pour marquer
plus particulierement par ce fymbole la conquête
de la Judée , & les Juifs vaincus & foumis
à l'Empire Romain. Le P.de Montfaucon
qui n'a pas oublié dans fon grand Recueil cer
Arc de Tite , a fait graver en grand & en plu-
» fieurs Planches , lés principaux fujets de la Frife,
qui en font les plus curieux ornemens. La Figure
du Jourdain , qui eft d'un excellent
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gout
fe trouve dans la Planche 101.du 4 tom.part.1.
» pag. 162. & merite une attention particuliere.
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Résumé : « Jean Villette, fils, Libraire, ruë S. Jacques, à S. Bernard, vend actuellement la continuation de [...] »
En octobre 1730, plusieurs publications et informations littéraires et historiques sont mises en avant. Jean Villette, libraire à Saint-Bernard, propose la continuation de la troisième partie du 'Traité de l'Univers matériel ou Astronomie Physique' par le sieur Petit. Cet ouvrage inclut des tables sur le flux et le reflux de la mer, les aspects des planètes et les vents pour l'année 1731. Une brochure réunissant toutes les feuilles de 'La Spectatrice' est également disponible, au prix de 24 sols brochée et 35 sols reliée en veau. Armand, libraire à Paris, a achevé l'impression du 'Recueil des principales Décisions sur les Dimes, les Portions congrues, les Droits et Charges des Curés primitifs', extrait des canons, conciles et auteurs célèbres, conforme aux édits royaux et à la jurisprudence des parlements. Une tragédie intitulée 'Oedipe, ou des Trois Fils de Jocaste' est annoncée sans analyse détaillée. À Amsterdam, Fr. Changuion imprime un recueil de lettres sur divers sujets, incluant des recherches sur les oiseaux et la fontaine de Veron, par M. le Beuf. Hermand Vytvvers, autre libraire d'Amsterdam, corrige une méprise concernant l'impression du 'Voyage de Syrie et du Mont-Liban' de M. de la R... L'auteur de ce livre rétablit un passage omis par les imprimeurs. Le texte mentionne également un point célèbre de l'histoire concernant le triomphe de l'empereur Titus à Rome après la prise de Jérusalem, symbolisé par la figure du Jourdain portée en triomphe. Le Père Montfaucon a gravé cette figure dans son recueil, planche 101 du quatrième tome.
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1496
p. 2255-2256
Saluste avec des Notes, &c. [titre d'après la table]
Début :
C. CRISPI SALLUSTII OPERA : qua extant ad usum Scholarum Universitatis Parisiensis. 1 vol. [...]
Mots clefs :
Salluste, Notes, Commentaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Saluste avec des Notes, &c. [titre d'après la table]
C. CRISPI SALLUSTII OPERA : qua extant ad
ufum Scholarum Univerfitatis Parifienfis . Ivol.
in 12.Parifiis apud Joannem Defaint , Bibliopol.
Jurat. &c. viâ S. J. Bellovacenfis 1729.
Nous ne manquions pas d'Editions de Sallufte,
accompagnées ou de Commentaires ou de Notes,
mais nous en manquions du merite de celle- cy ,
dans laquelle l'Editeur n'ayant en vue que l'uti
lité particuliere de la jeuneffe , n'a rien épargné
pour arriver à un but fi loüable , & fi fouvent
négligé par ceux qui n'ont penfé qu'à briller
dans cette carriere & à faire parade d'une vaine
érudition. Ce n'eft pas cependant que les perfonnes
avancées dans les Humanitez , les Maîtres
mêmes ne puiffent lire utilement & agréablement
les Notes courtes & choifies , dont le nouvel
Editeur a accompagné le Texte de Sallufte.
Une affez courte Préface dans laquelle il rend
compte de fes intentions, & de l'execution de fon
travail , mérite d'être lûë . On y trouve auffi un
précis de la vie de Sallufte , & un jugement de
cet Hiftorien. Nous ne rapporterons rien de fa
Critique , parce que la latinité de l'Editeur eft fi
purs
2256 MERCURE
DE FRANCE
pure , fon expreffion fi énergique , qu'il y auroit
de la témerité à nous , & de la perte pour le public , fi nous préfumions de bien rendre en
françois tous les traits avec lefquels ce parfait
imitateur de Sallufte a peint fon Auteur.
Contentons -nous de faire connoître Sallufte
des traits équivalens , que nous emprunterons par
d'un celebre Ecrivain François.
םיכ
30
82
Parmi les Hiftoriens Latins , Sallufte a l'air
grand, l'efprit jufte,le fens admirable. Perfonne
n'a mieux exprimé le ftyle fenfé , exact , auftere
de Thucydide. Il eft dur quelquefois dans fes
expreffions , mais il n'eft point fade ; ſa brieveté
lui ôte un peu de fa clarté . Il n'a rien de faux
» dans fes manieres , & il donne du poids à tout
» ce qu'il dit . Ses fentimens font toujours beaux ,
fes moeurs ne fuffent pas bonnes ; car quoique
il déclame fans ceffe contre le vice , & il parle
toujours bien de la vertu . Je le trouve un peu
trop chagrin contre fa Patrie , & mal penfant
contre fon prochain : du refte c'eft un fort
grand Homme. C'eft ainfi que s'exprime le
P. Rapin , dans fes Reflexions fur l'Hiſtoire , art .
28. en rendant admirablement bien ce qu'Avîude
mots de Sal- gelle & Lactance ont dit en peu
lufte , & en ajoutant fon propre jugement ſur cet
Hiftorien .
B3
02
Il nous refte à dire que le Libraire de fon côté
a employé dans cette nouvelle Edition toute la
fagacité de fon Art pour la rendre correcte , &
pour ainfi dire , fort gracieufe , par la beauté &
la netteté des caracteres. N'oublions pas que les
Notes font de M. Heuzet , qui a profeflé avec
réputation au Collège de Beauvais , & qui a donné
les Selecta Hiftoria tum è veteri Teftamento,
cum è prophanis Scriptoribus , qui eft entre les
mains de tout le monde.
ufum Scholarum Univerfitatis Parifienfis . Ivol.
in 12.Parifiis apud Joannem Defaint , Bibliopol.
Jurat. &c. viâ S. J. Bellovacenfis 1729.
Nous ne manquions pas d'Editions de Sallufte,
accompagnées ou de Commentaires ou de Notes,
mais nous en manquions du merite de celle- cy ,
dans laquelle l'Editeur n'ayant en vue que l'uti
lité particuliere de la jeuneffe , n'a rien épargné
pour arriver à un but fi loüable , & fi fouvent
négligé par ceux qui n'ont penfé qu'à briller
dans cette carriere & à faire parade d'une vaine
érudition. Ce n'eft pas cependant que les perfonnes
avancées dans les Humanitez , les Maîtres
mêmes ne puiffent lire utilement & agréablement
les Notes courtes & choifies , dont le nouvel
Editeur a accompagné le Texte de Sallufte.
Une affez courte Préface dans laquelle il rend
compte de fes intentions, & de l'execution de fon
travail , mérite d'être lûë . On y trouve auffi un
précis de la vie de Sallufte , & un jugement de
cet Hiftorien. Nous ne rapporterons rien de fa
Critique , parce que la latinité de l'Editeur eft fi
purs
2256 MERCURE
DE FRANCE
pure , fon expreffion fi énergique , qu'il y auroit
de la témerité à nous , & de la perte pour le public , fi nous préfumions de bien rendre en
françois tous les traits avec lefquels ce parfait
imitateur de Sallufte a peint fon Auteur.
Contentons -nous de faire connoître Sallufte
des traits équivalens , que nous emprunterons par
d'un celebre Ecrivain François.
םיכ
30
82
Parmi les Hiftoriens Latins , Sallufte a l'air
grand, l'efprit jufte,le fens admirable. Perfonne
n'a mieux exprimé le ftyle fenfé , exact , auftere
de Thucydide. Il eft dur quelquefois dans fes
expreffions , mais il n'eft point fade ; ſa brieveté
lui ôte un peu de fa clarté . Il n'a rien de faux
» dans fes manieres , & il donne du poids à tout
» ce qu'il dit . Ses fentimens font toujours beaux ,
fes moeurs ne fuffent pas bonnes ; car quoique
il déclame fans ceffe contre le vice , & il parle
toujours bien de la vertu . Je le trouve un peu
trop chagrin contre fa Patrie , & mal penfant
contre fon prochain : du refte c'eft un fort
grand Homme. C'eft ainfi que s'exprime le
P. Rapin , dans fes Reflexions fur l'Hiſtoire , art .
28. en rendant admirablement bien ce qu'Avîude
mots de Sal- gelle & Lactance ont dit en peu
lufte , & en ajoutant fon propre jugement ſur cet
Hiftorien .
B3
02
Il nous refte à dire que le Libraire de fon côté
a employé dans cette nouvelle Edition toute la
fagacité de fon Art pour la rendre correcte , &
pour ainfi dire , fort gracieufe , par la beauté &
la netteté des caracteres. N'oublions pas que les
Notes font de M. Heuzet , qui a profeflé avec
réputation au Collège de Beauvais , & qui a donné
les Selecta Hiftoria tum è veteri Teftamento,
cum è prophanis Scriptoribus , qui eft entre les
mains de tout le monde.
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Résumé : Saluste avec des Notes, &c. [titre d'après la table]
Le texte décrit une édition des œuvres de Salluste, publiée en 1729 à Paris par Joannem Desaint. Cette édition est particulièrement utile pour les jeunes étudiants grâce à sa clarté et son utilité. Les notes courtes et choisies accompagnant le texte sont également bénéfiques pour les personnes avancées dans les humanités. La préface de l'éditeur, qui explique ses intentions et l'exécution de son travail, mérite d'être lue. Elle contient un précis de la vie de Salluste et un jugement sur cet historien. Salluste est présenté comme un historien latin majeur, doté d'un esprit juste et d'un sens admirable. Son style est comparé à celui de Thucydide, bien qu'il puisse parfois être dur et peu clair en raison de sa brièveté. Ses sentiments sont toujours nobles, mais ses mœurs ne sont pas toujours bonnes. Il est critique envers sa patrie et son prochain, mais reste un grand homme selon le Père Rapin. L'édition est également louée pour la correction et l'élégance de ses caractères. Les notes sont de M. Heuzet, professeur réputé au Collège de Beauvais, connu pour ses 'Selecta Historia'.
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1497
p. 2257-2261
EXTRAIT des Paranymphes faits aux Ecoles de Medecine de la Faculté de Paris, le 27. Août 1730. Par M. D. A.
Début :
MR De la Riviere, Licentié de la Faculté de Medecine de Paris, fit les Paranymphes [...]
Mots clefs :
Paranymphes, Écoles de médecine, Faculté de Paris, Médecine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT des Paranymphes faits aux Ecoles de Medecine de la Faculté de Paris, le 27. Août 1730. Par M. D. A.
EXTRAIT des Paranymphes faits aux
Ecoles de Medecine de la Faculté de
Paris , le 27. Août 1730. Par M. D. A.
MMD
R De la Riviere , Licentié de la Faculté de
Medecine de Paris , fit les Paranymphes
le 27. du mois dernier avec toute la force & la
dignité que requeroient & l'excellence de la Medecine
& la matiere qu'il avoit à traiter.
Le Paranymphe ne fe propofe ordinairement
pour but qu'un fimple éloge , qui fe termine par
une Critique ingénieufe de ceux qui font en Licence.
L'Orateur s'eft attaché à la premiere partie
de cette idée ; mais encore elle n'eft pas la
fcule , ni même la principale qui ait paru l'occuper
; elle eft amenée & foutenue par deux Chefs
qui font le corps du Difcours adreffé à fes Collegues
: Les avantages de l'union , les triftes effets
de la Difcorde. Il fournit les moyens de
cultiver l'une , & combat les caufes qui donnent
naiffance à l'autre , & laiffe échaper de tems en
tems les louanges dues à la Medecine. L'Analiſe
que voici mettra l'execution dans un plus beau
jour. Il repréfente la Medecine avec fes plus
beaux attributs , & foutient que tout cela n'eft
rien , en comparaifon de l'avantage qui lui revient
de l'union des fiens. Il la fait enfuite
paroître
avec tout ce qu'il y a de plus defavantageux
pour elle , & dit que tout cela n'eft rien ,
en comparaifon du dommage que lui cauferoit
leur défunion . C'eft là le tiflu de fon Exorde . Il
entre en matiere.
Après avoir établi la Medecine auſſi ancienne
que le monde , il la propofe comme un préfent
des Cieux : Taniumque ab alto munus alnis
G `am2818
MERCURE DE FRANCE
amplector memoribus : at , proh dolor ! continue
til , hoc purum integrumque confervandi viam
ignoratis , amici Collega . Ce chemin ignoré ,
c'est l'union qui devient le plus bel attribut de la
Medecine : cette union , dit-il , regardée comme
le premier mobile de fa confervation ; ce qu'il
prouve par une comparaifon tirée de l'existence
de notre machine , laquelle ne fubfifte que par le
concours & l'union de toutes les parties , union
abfolument requife pour feconder la puiffance
qui l'anime , & voici ce qu'il en infere : La Medecine
eft - elle donc une ame ? oui , fans doute ,
( pourfuit- il ) Medicina eft fpiritus ille à Dea
infufflatus , perque totum Medicum effufus s
huic totus Medicus fubjicitur fpiritui ; vos aurem
partes eftis , vos eftis membra &c. il donne
affez d'étendue à cette penfée , & paffe delà
aux moyens. Le premier comprend l'Obfervance
des loix ; elle confifte in quodam Medicina culiu
quo quidem neglecto fibi quifque jura folers effingere
, folers harefes effingit innumeras , blandamque
procul deturbantes unionem . Le fecond
combat l'interêt , autorife le mépris qu'on
en doit faire , par la prééminence du Medecin
fur tous les autres hommes , prife de la connoiffance
qu'il a des chofes naturelles : quò verò alfior
illa cognitio , eò magis de Creatoris effentia
mens eadem participat Medicus vir est penè
divinus. L'avide intérêt paroît enfuite comme
un Monftre qui fe dévore lui -même , Vorax
infatiabilis , deficiente victimâ , fefe proprie
deglutiret ore. Le troifiéme enfin , c'eſt l'amour
de la Paix , il en fait un Oifeau qui ne fçait où
fe repofer ; cette fiction lui fait dire Incertam
fixare fi vos ardor urit , dulcis amicâ cantet
unio voce ; fileat horrendum Vultur , fuorum
mox fatiatum jecore , longa peftifero aëra inquinat
OCTOBRE. 1730. 225 9
>
quinat habitu ; fileat mendax Scorpio , hunc
irata evomiit Medicina , bella perfidus ultrò
Aggreditur , illiufque fumma voluptas divifio
fuorum eft . La Difcorde paroît ; il fait une belle
defcription de fes cruels effets. La Medecine en
butte aux traits qui lui font lancés de toutes
parts , eft obligée de chercher une folitude : hie
ergo jacet obfcura , s'écrie- t -il , hic ergo miferis
infcia vivit mortalibus &c. C'est ainsi que
la Difcorde devient ce qu'il y a de plus delavantageux
pour la Medecine. L'Orateur paffe
fa feconde reflexion en difant : Tanta Deus
avertat mala , ipfeque meam aperiat mentem
ut veras acerrima peftis hujus caufas vobis
detegere valeam ; ces cauſes fe réduisent à trois :
la premiere , l'envie que l'on porte à ceux qui
font élevés. La feconde , le mépris que l'on a de
ceux qui font dans l'obſcurité . La troifiéme , la
raillerie qu'on employe aux Paranymphes & les
injures dont elle n'eft que trop fouvent fuivie.
Nous ne fuivrons pas l'Orateur dans fes preuves
; nous nous contenterons de rapporter ce
qu'il dit à l'occafion de la raillerie ufitée dans
les Paranymphes.
Tertia tandem favas arguit objurgationes a
has unde toties pollutus ille locus ; has unde
toties impari Conventu , purpurâ hac contaminata
fanguineis flevit lacrymis ; has unde toties
imis à fedibus tota intremuêre ſchola . Mens
meminiffe hortet , obfcurafque alto libenter finerem
filentio , ni tunc meritò mali labes in
nos poffet refundi , mali , inquam , quod radicitùs
extirpandum ufque huc fortiter fumus
infecuti. Tali vulgò fe jactat illud origine ; num
extinguatur ? ferè numquam aitarum reformidate
avernum facilis quidem defcenfus : primo
leviter congrediuntar animi : Et plus bas:
Gij 味
2260 MERCURE DE FRANCE
at fortè reponet aliquis fermonis atrocitatè
relicta aftutis , levibus licèt uti verbis , fateor
equidem , & inde micat ingenii calliditas , aftuto
redit honos : quin & quâdam voluptate
velut afficitur auditor , dùm folertibus licet obdu&
um nubibus , acumen fentit , explicat . Hoc
qui contràfuis experitur damnis , hoc &planè
diffimili fentit modò : intima penetrat acies
inimica , vulnusque excavat numquam occludendum
, manat unde perpetuò exiftiofum dif
cordia virus. Il remontre à fes Collegues le tort
que cela feroit & à la Medecine & à leur réputation
, & finit en expofant le caractere de chacun
d'eux.
L'un (a) dit- il,affis déja fur une Chaire Royale
du fein des Cadavres forme des Candidats.
L'autre (6) diftingué par desAyeux refpectables
dans la Medecine , s'empreffe à joindre aux prérogatives
de fa naiffance des talens & des vertus
qui lui foient perfonnelles . Celui- ci ( c) renonce
aux fçavantes fpeculations de la Philofophie , &
cherche avec avidité les utiles fecrets de la Medecine.
Celui-la ( d ) enfin déja Medecin par la pratique
qu'il s'eft formée dans une Ville confiderable
, veut encore en obtenir le nom de la plus
celebre Faculté du Royaume,
Ces Portraits ont été fort approuvés. On y a
remarqué une fincerité qui fe trouve rarement
entre des concurrens ; & on a fçû bon gré à
l'Auteur d'avoir le premier banni des Paranymphes
les invectives & la raillerie.
a M.Hunauld.
b M. Guenauld.
CM. Le Hoc.
1 M. Malouin,
M,
OCTOBRE . 1730. 2261
M. Lockman qui a traduit en Anglois plu
fieurs Livres François , entre autres , les Refle
xions critiques fur la Poësie & la Peinture , de
M. l'Abbé du Bas , vient de traduire les voyages
de Jean Gulliver , fils du Capitaine Lemud Gulliver
, écrit en françois par M. l'Abbé̟ D. F.
Harding , Li braire de Londres , vend cette Traduction.
Ecoles de Medecine de la Faculté de
Paris , le 27. Août 1730. Par M. D. A.
MMD
R De la Riviere , Licentié de la Faculté de
Medecine de Paris , fit les Paranymphes
le 27. du mois dernier avec toute la force & la
dignité que requeroient & l'excellence de la Medecine
& la matiere qu'il avoit à traiter.
Le Paranymphe ne fe propofe ordinairement
pour but qu'un fimple éloge , qui fe termine par
une Critique ingénieufe de ceux qui font en Licence.
L'Orateur s'eft attaché à la premiere partie
de cette idée ; mais encore elle n'eft pas la
fcule , ni même la principale qui ait paru l'occuper
; elle eft amenée & foutenue par deux Chefs
qui font le corps du Difcours adreffé à fes Collegues
: Les avantages de l'union , les triftes effets
de la Difcorde. Il fournit les moyens de
cultiver l'une , & combat les caufes qui donnent
naiffance à l'autre , & laiffe échaper de tems en
tems les louanges dues à la Medecine. L'Analiſe
que voici mettra l'execution dans un plus beau
jour. Il repréfente la Medecine avec fes plus
beaux attributs , & foutient que tout cela n'eft
rien , en comparaifon de l'avantage qui lui revient
de l'union des fiens. Il la fait enfuite
paroître
avec tout ce qu'il y a de plus defavantageux
pour elle , & dit que tout cela n'eft rien ,
en comparaifon du dommage que lui cauferoit
leur défunion . C'eft là le tiflu de fon Exorde . Il
entre en matiere.
Après avoir établi la Medecine auſſi ancienne
que le monde , il la propofe comme un préfent
des Cieux : Taniumque ab alto munus alnis
G `am2818
MERCURE DE FRANCE
amplector memoribus : at , proh dolor ! continue
til , hoc purum integrumque confervandi viam
ignoratis , amici Collega . Ce chemin ignoré ,
c'est l'union qui devient le plus bel attribut de la
Medecine : cette union , dit-il , regardée comme
le premier mobile de fa confervation ; ce qu'il
prouve par une comparaifon tirée de l'existence
de notre machine , laquelle ne fubfifte que par le
concours & l'union de toutes les parties , union
abfolument requife pour feconder la puiffance
qui l'anime , & voici ce qu'il en infere : La Medecine
eft - elle donc une ame ? oui , fans doute ,
( pourfuit- il ) Medicina eft fpiritus ille à Dea
infufflatus , perque totum Medicum effufus s
huic totus Medicus fubjicitur fpiritui ; vos aurem
partes eftis , vos eftis membra &c. il donne
affez d'étendue à cette penfée , & paffe delà
aux moyens. Le premier comprend l'Obfervance
des loix ; elle confifte in quodam Medicina culiu
quo quidem neglecto fibi quifque jura folers effingere
, folers harefes effingit innumeras , blandamque
procul deturbantes unionem . Le fecond
combat l'interêt , autorife le mépris qu'on
en doit faire , par la prééminence du Medecin
fur tous les autres hommes , prife de la connoiffance
qu'il a des chofes naturelles : quò verò alfior
illa cognitio , eò magis de Creatoris effentia
mens eadem participat Medicus vir est penè
divinus. L'avide intérêt paroît enfuite comme
un Monftre qui fe dévore lui -même , Vorax
infatiabilis , deficiente victimâ , fefe proprie
deglutiret ore. Le troifiéme enfin , c'eſt l'amour
de la Paix , il en fait un Oifeau qui ne fçait où
fe repofer ; cette fiction lui fait dire Incertam
fixare fi vos ardor urit , dulcis amicâ cantet
unio voce ; fileat horrendum Vultur , fuorum
mox fatiatum jecore , longa peftifero aëra inquinat
OCTOBRE. 1730. 225 9
>
quinat habitu ; fileat mendax Scorpio , hunc
irata evomiit Medicina , bella perfidus ultrò
Aggreditur , illiufque fumma voluptas divifio
fuorum eft . La Difcorde paroît ; il fait une belle
defcription de fes cruels effets. La Medecine en
butte aux traits qui lui font lancés de toutes
parts , eft obligée de chercher une folitude : hie
ergo jacet obfcura , s'écrie- t -il , hic ergo miferis
infcia vivit mortalibus &c. C'est ainsi que
la Difcorde devient ce qu'il y a de plus delavantageux
pour la Medecine. L'Orateur paffe
fa feconde reflexion en difant : Tanta Deus
avertat mala , ipfeque meam aperiat mentem
ut veras acerrima peftis hujus caufas vobis
detegere valeam ; ces cauſes fe réduisent à trois :
la premiere , l'envie que l'on porte à ceux qui
font élevés. La feconde , le mépris que l'on a de
ceux qui font dans l'obſcurité . La troifiéme , la
raillerie qu'on employe aux Paranymphes & les
injures dont elle n'eft que trop fouvent fuivie.
Nous ne fuivrons pas l'Orateur dans fes preuves
; nous nous contenterons de rapporter ce
qu'il dit à l'occafion de la raillerie ufitée dans
les Paranymphes.
Tertia tandem favas arguit objurgationes a
has unde toties pollutus ille locus ; has unde
toties impari Conventu , purpurâ hac contaminata
fanguineis flevit lacrymis ; has unde toties
imis à fedibus tota intremuêre ſchola . Mens
meminiffe hortet , obfcurafque alto libenter finerem
filentio , ni tunc meritò mali labes in
nos poffet refundi , mali , inquam , quod radicitùs
extirpandum ufque huc fortiter fumus
infecuti. Tali vulgò fe jactat illud origine ; num
extinguatur ? ferè numquam aitarum reformidate
avernum facilis quidem defcenfus : primo
leviter congrediuntar animi : Et plus bas:
Gij 味
2260 MERCURE DE FRANCE
at fortè reponet aliquis fermonis atrocitatè
relicta aftutis , levibus licèt uti verbis , fateor
equidem , & inde micat ingenii calliditas , aftuto
redit honos : quin & quâdam voluptate
velut afficitur auditor , dùm folertibus licet obdu&
um nubibus , acumen fentit , explicat . Hoc
qui contràfuis experitur damnis , hoc &planè
diffimili fentit modò : intima penetrat acies
inimica , vulnusque excavat numquam occludendum
, manat unde perpetuò exiftiofum dif
cordia virus. Il remontre à fes Collegues le tort
que cela feroit & à la Medecine & à leur réputation
, & finit en expofant le caractere de chacun
d'eux.
L'un (a) dit- il,affis déja fur une Chaire Royale
du fein des Cadavres forme des Candidats.
L'autre (6) diftingué par desAyeux refpectables
dans la Medecine , s'empreffe à joindre aux prérogatives
de fa naiffance des talens & des vertus
qui lui foient perfonnelles . Celui- ci ( c) renonce
aux fçavantes fpeculations de la Philofophie , &
cherche avec avidité les utiles fecrets de la Medecine.
Celui-la ( d ) enfin déja Medecin par la pratique
qu'il s'eft formée dans une Ville confiderable
, veut encore en obtenir le nom de la plus
celebre Faculté du Royaume,
Ces Portraits ont été fort approuvés. On y a
remarqué une fincerité qui fe trouve rarement
entre des concurrens ; & on a fçû bon gré à
l'Auteur d'avoir le premier banni des Paranymphes
les invectives & la raillerie.
a M.Hunauld.
b M. Guenauld.
CM. Le Hoc.
1 M. Malouin,
M,
OCTOBRE . 1730. 2261
M. Lockman qui a traduit en Anglois plu
fieurs Livres François , entre autres , les Refle
xions critiques fur la Poësie & la Peinture , de
M. l'Abbé du Bas , vient de traduire les voyages
de Jean Gulliver , fils du Capitaine Lemud Gulliver
, écrit en françois par M. l'Abbé̟ D. F.
Harding , Li braire de Londres , vend cette Traduction.
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Résumé : EXTRAIT des Paranymphes faits aux Ecoles de Medecine de la Faculté de Paris, le 27. Août 1730. Par M. D. A.
Le 27 août 1730, M. De la Rivière, licencié de la Faculté de Médecine de Paris, a prononcé un discours lors des Paranymphes des Écoles de Médecine. Ce discours visait à célébrer l'excellence de la médecine et à traiter des avantages de l'union et des tristes effets de la discorde au sein de la profession médicale. L'orateur a souligné que la médecine est aussi ancienne que le monde et l'a présentée comme un don des cieux. Il a insisté sur l'importance de l'union parmi les médecins, comparant la médecine à une âme qui anime le corps médical. L'union est nécessaire pour la conservation et l'efficacité de la médecine, tout comme l'harmonie des parties du corps humain est essentielle à sa fonction. Le discours a abordé trois moyens pour cultiver l'union : l'observance des lois, le mépris de l'intérêt personnel, et l'amour de la paix. L'intérêt personnel a été décrit comme un monstre autodestructeur, tandis que la discorde a été présentée comme un fléau dévastateur pour la médecine. L'orateur a également identifié trois causes principales de la discorde : l'envie envers ceux qui sont élevés, le mépris envers ceux qui sont dans l'obscurité, et la raillerie utilisée lors des Paranymphes. Il a critiqué l'usage de la raillerie, soulignant les dommages qu'elle peut causer à la réputation des médecins. Le discours s'est conclu par des portraits des nouveaux licenciés, mettant en avant leur sincérité et leurs qualités personnelles. Ces portraits ont été bien reçus, et l'auteur a été félicité pour avoir banni les invectives et la raillerie des Paranymphes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1498
p. 2261-2262
Reception de M. Maloüin de Caën, dans la Faculté de Medecine de Paris, [titre d'après la table]
Début :
Le 3. Octobre on fit dans les Ecoles de Médecine la cerémonie de donner le Bonnet de Docteur [...]
Mots clefs :
Écoles de médecine, Docteur, Jean-Baptiste Malouin, Faculté de médecine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reception de M. Maloüin de Caën, dans la Faculté de Medecine de Paris, [titre d'après la table]
Le 3. Octobre on fit dans les Ecoles de Mé
decine la cerémonie de donner le Bonnet de Docteur
Régent en cette Faculté , à un Medecin de
Province, déja docte & habile dans fa Profeffion ,
(Jean- Baptifte Malouin ) Le Préfident de l'Acte
commença cette cerémonie par un Difcours , qui
congratuloit d'abord le nouveau Docteur de Paris
fur les avantages qu'il recevoit en ce jour , & fur
l'honneur que la Faculté lui faifoit ,en lui donnant
le premier lieu dans fa licence. Il le loua enfuite
fur fa fageffe, & fur fon érudition qui lui avoient
merité la confiance de M. Geoffroy , lequel étant
tombé malade dans le tems même qu'il devoit
profeffer le cours de Chimie au jardin du Roy ,
pria M. Malouin de faire pour lui cette fonction ,
de quoi il s'eft parfaitement bien acquitté , &
avec la fatisfaction du Public. On remarqua que
les Auditeurs entendirent differemment l'expreffion
natalis fapientia , par laquelle le Préfident
loua le nouveau Docteur fur fa fageffe , les uns
crurent qu'il loüoit en lui cette fapience , qu'on
attribue ordinairement aux gens de fon païs ;
car M. Malouin eft de la ville de Caën , les autres
penferent qu'il le loüoit d'être në d'une famille
féconde en gens de Lettres , & cela n'eſt
pas moins vrai,
Le Préfident ayant fini fon Difcours , l'embrafla
comme fon confrere , & lui mit le Bonnet
G iij
fur
2262 MERCURE DE FRANCE
fur la tête , après quoi M. Malouin fit à fon
tour un Difcours fort éloquent , pour remercier
la Faculté de la maniere honorable avec laquelle
elle l'avoit aggregé dans fon Corps , & il fe congratula
lui- même de recevoir le Bonnet de Docteur
, au nom de M. Helvetius , qui devoit préfider
à cet Acte , & qui ne pouvant quitter la
Reine , avoit commis un autre Docteur pour
faire en fa place cette fonction. M. Malouin
prit delà occafion de parler de la Reine & de´
ja naiflance de M. le Duc d'Anjou. Il compli
menta enfin la Faculté fur ce qu'elle avoit l'honneur
de fournir des Médecins au plus puiffant , &
au meilleur des Rois. Ce Difcours fut fort applaudi
, on en admira particulierement la belle la--
zinité on fçait affez que la Faculté de Médecine
de Paris, eft en poffeffion d'exceller en ce genre-là.
decine la cerémonie de donner le Bonnet de Docteur
Régent en cette Faculté , à un Medecin de
Province, déja docte & habile dans fa Profeffion ,
(Jean- Baptifte Malouin ) Le Préfident de l'Acte
commença cette cerémonie par un Difcours , qui
congratuloit d'abord le nouveau Docteur de Paris
fur les avantages qu'il recevoit en ce jour , & fur
l'honneur que la Faculté lui faifoit ,en lui donnant
le premier lieu dans fa licence. Il le loua enfuite
fur fa fageffe, & fur fon érudition qui lui avoient
merité la confiance de M. Geoffroy , lequel étant
tombé malade dans le tems même qu'il devoit
profeffer le cours de Chimie au jardin du Roy ,
pria M. Malouin de faire pour lui cette fonction ,
de quoi il s'eft parfaitement bien acquitté , &
avec la fatisfaction du Public. On remarqua que
les Auditeurs entendirent differemment l'expreffion
natalis fapientia , par laquelle le Préfident
loua le nouveau Docteur fur fa fageffe , les uns
crurent qu'il loüoit en lui cette fapience , qu'on
attribue ordinairement aux gens de fon païs ;
car M. Malouin eft de la ville de Caën , les autres
penferent qu'il le loüoit d'être në d'une famille
féconde en gens de Lettres , & cela n'eſt
pas moins vrai,
Le Préfident ayant fini fon Difcours , l'embrafla
comme fon confrere , & lui mit le Bonnet
G iij
fur
2262 MERCURE DE FRANCE
fur la tête , après quoi M. Malouin fit à fon
tour un Difcours fort éloquent , pour remercier
la Faculté de la maniere honorable avec laquelle
elle l'avoit aggregé dans fon Corps , & il fe congratula
lui- même de recevoir le Bonnet de Docteur
, au nom de M. Helvetius , qui devoit préfider
à cet Acte , & qui ne pouvant quitter la
Reine , avoit commis un autre Docteur pour
faire en fa place cette fonction. M. Malouin
prit delà occafion de parler de la Reine & de´
ja naiflance de M. le Duc d'Anjou. Il compli
menta enfin la Faculté fur ce qu'elle avoit l'honneur
de fournir des Médecins au plus puiffant , &
au meilleur des Rois. Ce Difcours fut fort applaudi
, on en admira particulierement la belle la--
zinité on fçait affez que la Faculté de Médecine
de Paris, eft en poffeffion d'exceller en ce genre-là.
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Résumé : Reception de M. Maloüin de Caën, dans la Faculté de Medecine de Paris, [titre d'après la table]
Le 3 octobre, une cérémonie aux Écoles de Médecine a honoré Jean-Baptiste Malouin, un médecin de province, en lui remettant le bonnet de docteur régent. Le président a loué Malouin pour sa compétence et son érudition, soulignant la confiance que lui avait accordée M. Geoffroy, qui l'avait remplacé pour un cours de chimie au Jardin du Roi. Les auditeurs ont interprété différemment l'expression 'natalis sapientia' utilisée par le président, certains la liant à Caen, la ville natale de Malouin, d'autres à sa famille lettrée. Après avoir reçu le bonnet, Malouin a prononcé un discours de remerciement, exprimant également la gratitude de M. Helvetius. Il a évoqué la Reine et la naissance du Duc d'Anjou, complimentant la Faculté pour son rôle de fournir des médecins au roi. Son discours, très applaudi pour sa clarté, a souligné l'excellence de la Faculté de Médecine de Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1499
p. 2262-2265
« M. Hardion, de l'Académie des Inscriptions & Belles Lettres, fut reçu le 28. du mois dernier [...] »
Début :
M. Hardion, de l'Académie des Inscriptions & Belles Lettres, fut reçu le 28. du mois dernier [...]
Mots clefs :
Académie des inscriptions et belles-lettres, Machine, Plomb
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. Hardion, de l'Académie des Inscriptions & Belles Lettres, fut reçu le 28. du mois dernier [...] »
M.Hardion, de l'Académie des Infcriptions &
Belles Lettres , fut reçu le 28. du mois dernier
dans l'Académie Françoife, à la place vacante par
la mort de l'Evêque d'Angers. Il fit un Difcours
de remerciment , auquel M. de Mirabaud , Chaneelier
, répondit au nom de l'Académie , & les
deux Difcours furent fort applaudis.
+
On apprend de Londres que le 3 de ce mois ,
le Commité du Confeil affemblé à Whitehall
accorda à M. Guillaume Wood la Charte d'incorporation
, ou le Privilege qu'il demandoit
pour faire fabriquer le fer qu'il a trouvé le
moyen de tirer de la mine du charbon de terre
dont nous avons parlé dans le dernier Mercure
avec la permiffion d'emprunter par foufcription
les fommes qui lui feront neceffaires pour l'établiffement
de fa Manufacture.
Le Docteur Green , Membre du College de
Clare
OCTOBRE. 1730. 2263
Clare à Cambridge , qui eft mort depuis peu ,
laiffé tout fon bien à ce College , à condition"
qu'on fera imprimer fes Ouvrages pofthumes &
qu'on diffequera fon corps pour en mettre le
fquelette dans la Bibliotheque du College , à
côté des Tablettes où font les Livres , dont il lus
a fait préfent de fon vivant..
M. Rifbrach , celebre Sculpteur de Londres ,"
travaille depuis un mois à un magnifique Maufolée
du feu Chevalier Ifaac Newton , Préfident
de la Societé Royale , qui fera placé dans l'E
glife de l'Abbaye de Weſtminſter.
Depuis quelques années il a été inventé en
Angleterre une Machine propre à faire des Tables
de plomb de 20 à 30. pieds de long , fur 5. de
large , aufquelles on a la liberté de donner telle
épaiffeur que l'on juge à propos , par le moyen
d'un Moulin ingénieufement conftruit , dont la
proprieté eft de réduire ces Tables à l'épaiffeur
défirée , en les rendant tout-à - fait unies & parfaitement
compactes , fans pores , pailles, vents , ni
foufflure ; enforte que les Ouvrages conftruits de
ce Plomb , font plus folides , plus beaux & neanmoins
bien moins chers que les autres faits à l'ordinaire,
parce qu'ils y employent beaucoup moins
de matiere.
L'utilité en a été fi bien connue en Angleterre,
que dans tout ce Royaume il ne s'employe plus
d'autre Plomb que celui qui eft fait & laminé au
Moulin.
Cette Machine a donné lieu à la conftruction
d'une autre plus parfaite & plus correcte , qui eſt
actuellement en France , où elle a été examinée
par l'Académie Royale des Sciences , fuivant fon
Certificat du 28. Janvier 1728. par lequel elle
rend compte des avantages confiderables que l'é-
G iiij tabliffe.
હું
2264 MERCURE DE FRANCE
1
1
tebliffe ment de cette Machine en France produ
à l'Etat & au Public.
Une Compagnie , perfuadée de tous ces avantages
, a obtenu pour Pufage de cette Machine un
Privilege exclufif du Roi , qui a été enregistré au
Parlement le 7. Septembre dernier , & en a établi
la fabrique au Fauxbourg S. Antoine , rue de Bercy
, proche le Port au Plâtre , où il y a tous les
jours un concours de Curieux & de Sçavans qui
yont en admirer la beauté.
Ce Plomb eft parfaitement égal , très - uni &
très-compacte,fans aucuns pores ni pailles ,& n'exige
que moitié d'épaiffeur pour avoir plus de
folidité que celui dont on s'eft fervi jufqu'à prefent.
Il eft beaucoup plus uni & plus poli , ainfi l'eau
n'y féjournera point , & parconfequent il fera
de p'us de durée.
Il eft beaucoup plus doux , & recevra mieux
tous les contours que l'on lui donnera , fans fe
fendre ni fe caffer , & il ne fera plus fujet à tant
de réparation.
Sa parfaite égalité fait qu'il fe peut facilement
pefer par fon toifé , ce qui leve tous les inconve
niens de fraude.
Il eft plus leger , ainfi il n'accablera pas les
Edifices fur lefquels il fera pofé, & n'obligera pas
à de fortes dépenfes de charpentes .
La grande extenfion de ces Tables exigera
très - peu de foudure dans les petits Ouvrages , on
s'en paffera entierement , & dans les grands on
n'en employera pas un cinquième.
Il eft aifé de conclure que la réduction fur la
matiere , la durée , l'épargne de foudure , celle des
réparations , feront plus des deux tiers de diminution
fur les Ouvrages de plomberies .
Il eft propre à toutes fortes d'ufages. La feule
vûë
OCTOBRE. 1730. 2265
vue de ce Plomb juftifie fenfiblement aux moins
connoiffeurs , ce qui eft ici avancé.
On en trouvera toûjours dans le Magazin de
toutes fortes de grandeurs & épaiffeurs.
Belles Lettres , fut reçu le 28. du mois dernier
dans l'Académie Françoife, à la place vacante par
la mort de l'Evêque d'Angers. Il fit un Difcours
de remerciment , auquel M. de Mirabaud , Chaneelier
, répondit au nom de l'Académie , & les
deux Difcours furent fort applaudis.
+
On apprend de Londres que le 3 de ce mois ,
le Commité du Confeil affemblé à Whitehall
accorda à M. Guillaume Wood la Charte d'incorporation
, ou le Privilege qu'il demandoit
pour faire fabriquer le fer qu'il a trouvé le
moyen de tirer de la mine du charbon de terre
dont nous avons parlé dans le dernier Mercure
avec la permiffion d'emprunter par foufcription
les fommes qui lui feront neceffaires pour l'établiffement
de fa Manufacture.
Le Docteur Green , Membre du College de
Clare
OCTOBRE. 1730. 2263
Clare à Cambridge , qui eft mort depuis peu ,
laiffé tout fon bien à ce College , à condition"
qu'on fera imprimer fes Ouvrages pofthumes &
qu'on diffequera fon corps pour en mettre le
fquelette dans la Bibliotheque du College , à
côté des Tablettes où font les Livres , dont il lus
a fait préfent de fon vivant..
M. Rifbrach , celebre Sculpteur de Londres ,"
travaille depuis un mois à un magnifique Maufolée
du feu Chevalier Ifaac Newton , Préfident
de la Societé Royale , qui fera placé dans l'E
glife de l'Abbaye de Weſtminſter.
Depuis quelques années il a été inventé en
Angleterre une Machine propre à faire des Tables
de plomb de 20 à 30. pieds de long , fur 5. de
large , aufquelles on a la liberté de donner telle
épaiffeur que l'on juge à propos , par le moyen
d'un Moulin ingénieufement conftruit , dont la
proprieté eft de réduire ces Tables à l'épaiffeur
défirée , en les rendant tout-à - fait unies & parfaitement
compactes , fans pores , pailles, vents , ni
foufflure ; enforte que les Ouvrages conftruits de
ce Plomb , font plus folides , plus beaux & neanmoins
bien moins chers que les autres faits à l'ordinaire,
parce qu'ils y employent beaucoup moins
de matiere.
L'utilité en a été fi bien connue en Angleterre,
que dans tout ce Royaume il ne s'employe plus
d'autre Plomb que celui qui eft fait & laminé au
Moulin.
Cette Machine a donné lieu à la conftruction
d'une autre plus parfaite & plus correcte , qui eſt
actuellement en France , où elle a été examinée
par l'Académie Royale des Sciences , fuivant fon
Certificat du 28. Janvier 1728. par lequel elle
rend compte des avantages confiderables que l'é-
G iiij tabliffe.
હું
2264 MERCURE DE FRANCE
1
1
tebliffe ment de cette Machine en France produ
à l'Etat & au Public.
Une Compagnie , perfuadée de tous ces avantages
, a obtenu pour Pufage de cette Machine un
Privilege exclufif du Roi , qui a été enregistré au
Parlement le 7. Septembre dernier , & en a établi
la fabrique au Fauxbourg S. Antoine , rue de Bercy
, proche le Port au Plâtre , où il y a tous les
jours un concours de Curieux & de Sçavans qui
yont en admirer la beauté.
Ce Plomb eft parfaitement égal , très - uni &
très-compacte,fans aucuns pores ni pailles ,& n'exige
que moitié d'épaiffeur pour avoir plus de
folidité que celui dont on s'eft fervi jufqu'à prefent.
Il eft beaucoup plus uni & plus poli , ainfi l'eau
n'y féjournera point , & parconfequent il fera
de p'us de durée.
Il eft beaucoup plus doux , & recevra mieux
tous les contours que l'on lui donnera , fans fe
fendre ni fe caffer , & il ne fera plus fujet à tant
de réparation.
Sa parfaite égalité fait qu'il fe peut facilement
pefer par fon toifé , ce qui leve tous les inconve
niens de fraude.
Il eft plus leger , ainfi il n'accablera pas les
Edifices fur lefquels il fera pofé, & n'obligera pas
à de fortes dépenfes de charpentes .
La grande extenfion de ces Tables exigera
très - peu de foudure dans les petits Ouvrages , on
s'en paffera entierement , & dans les grands on
n'en employera pas un cinquième.
Il eft aifé de conclure que la réduction fur la
matiere , la durée , l'épargne de foudure , celle des
réparations , feront plus des deux tiers de diminution
fur les Ouvrages de plomberies .
Il eft propre à toutes fortes d'ufages. La feule
vûë
OCTOBRE. 1730. 2265
vue de ce Plomb juftifie fenfiblement aux moins
connoiffeurs , ce qui eft ici avancé.
On en trouvera toûjours dans le Magazin de
toutes fortes de grandeurs & épaiffeurs.
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Résumé : « M. Hardion, de l'Académie des Inscriptions & Belles Lettres, fut reçu le 28. du mois dernier [...] »
En octobre 1730, M. Hardion a été accueilli à l'Académie Française pour succéder à l'Évêque d'Angers. Il a prononcé un discours de remerciement, auquel M. de Mirabaud, chancelier, a répondu au nom de l'Académie. Les deux discours ont été acclamés. À Londres, le 3 octobre, le Comité du Conseil a octroyé à M. Guillaume Wood une charte d'incorporation pour la fabrication de fer à partir du charbon de terre. Cette charte lui permet également d'emprunter les fonds nécessaires par souscription. Le Docteur Green, membre du College de Clare à Cambridge, a légué tous ses biens à ce collège. Il a imposé deux conditions : l'impression de ses œuvres posthumes et la conservation de son squelette dans la bibliothèque du collège. M. Risbrach, sculpteur renommé de Londres, travaille à la réalisation d'un mausolée pour le Chevalier Isaac Newton, ancien président de la Société Royale. Ce mausolée sera installé dans l'église de l'Abbaye de Westminster. En Angleterre, une machine innovante a été inventée pour produire des tables de plomb de grande taille et de haute qualité. Cette machine a été introduite en France et examinée par l'Académie Royale des Sciences, qui a souligné ses nombreux avantages. Une compagnie a obtenu un privilège exclusif du Roi pour exploiter cette machine, dont la fabrique est située au Faubourg Saint-Antoine, rue de Bercy. Le plomb produit est de meilleure qualité, plus durable et moins coûteux, offrant des avantages significatifs pour les travaux de plomberie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1500
p. 2265-2269
Nouvelles Broderies à la maniere de Turquie, [titre d'après la table]
Début :
Le sieur Porlier, connu pour les Broderies de Constantinople, toujours animé par le desir de se [...]
Mots clefs :
Broderie, Aiguille, Ouvrages, Matières, Constantinople, Turquie, Société des arts
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Broderies à la maniere de Turquie, [titre d'après la table]
Le fieur Porlier , connu pour les Broderies de
Conftantinople , toujours animé par le defir de fe
diftinguer dans cet Art , vient de donner de nouvelles
marques de fon adreffe & de la délicateffe
du gout qu'il a toûjours eu pour ces fortes d'Ouvrages
, par une piece de Broderie , qu'il a préfentée
à la Societé des Arts , de laquelle il a
l'honneur d'être Membre. L'Approbation que
cette Compagnie lui en a donnée, fait affez connoître
le mérite de fon travail , fans qu'il foit néceffaire
de s'étendre ici là- deffus . On ſe bornera
à un précis de fon Mémoire fur la Broderie , dans
lequel il en releve l'excellence par l'origine , & il
en prouve l'utilité par l'ufage ; il donne auffi une
idée des Outils & des Matieres qui fervent à ce
Travail.
, pour
Sur l'origine de la Broderie , il s'en tient à
ce qui en eft dit dans l'Exode , au fujet de
Bezeleel & Pooliab , que Dieu avoit remplis de
fageffe & appellez par un choix particulier pour
travailler aux Ouvrages du Tabernacle lequel
ils firent les Rideaux , les Voiles & les Habits
des Grands - Prêtres , de fin lin , parſemé d'une
broderie excellente & agréablement variée
pour la diftribution des couleurs ; ce que l'Ecriture
exprime parfaitement, en difant que ces deux
hommes peignoient avec l'aiguille ; ce qui marque
que la Broderie étoit non -feulement connáé
en ce temps- là , mais auffi en ufage pour relever
la beauté des autres Ouvrages de ce faint Tabernacle,
L'Auteur infere delà que fi-tôt que la Broderiea
Gy eté
2266 MERCURE DE FRANCE
été en ufage , elle a trouvé la place dans les befoins
de ceux, qui par l'adreffe de leurs doigts, l'ont miſe
au jour, & que cette même utilité s'eft perpetuée
jufqu'à nous,puifque l'on voit encore aujourd'hui,
lorfque lesSouverains deffendent à leurs Sujets l'excés
du luxe , dont la Broderie fait partie , ils la
réfervent par leurs Edits pour décorer les Tem--
ples , pour leurs pompes particulieres , & celles
des perfonnes qui compofent leurs Cours, & pour
les Etrangers qui y réfident ; il remarque auffi ce
que les Poëtes ont dit de l'excellence & de l'utilité
de la Broderie. Il n'oublie pas dans Homere ,
la Ceinture de Venus; & dans l'Eneïde, que les Coribantes
ou Prêtreffes de Cybelle , étoient vétués
d'habits brodez à l'aiguille , & qu'Acet , Prince
fauvé des flammes de Troyes , tira de fon Tréfor
pour décorer le Maufolée de fon cher fits
Pallás , deux Voiles mêlez de pourpre & d'or ,
qui lui avoient été donnez par Didon , que cette
Reine avoit richement brodés elle- même . Il n'ou--
blie pas auffique Minerve , fous la figure de Mentor
, recommande à Idomenée de porter de la
Broderie au bas de fa robbe , pour être diftingué
d'une maniere conforme à fa Dignité . Il ajoûte
que fon Difciple Telemaque remarquoit entre les
belles qualitez qui le portoit à aimer Antiope ,
fon induſtrie pour les Ouvrages de Broderies ; &
qu'enfin , felon Ovide , la Broderie eft utile aux
Dieux mêmes , qui prenoient la peine de s'y occuper
quelquefois. Comme il le remarque au fixe
Livre de fes Métamorphofes , lorfqu'il décrit Minerve
jaloufe d'Arachné , qui ofa défier cette
Déeffe dans l'execution de cet Art , ce qui la mit
fi fort en colere , qu'elle en tira la cruelle vengeance
de la changer en Araignée ; ce Poéte pour
donner une jufte idée de l'Ouvrage de cette fille ,
dit que Venus allant en Prygie avec Junon & Mi
nery e
OCTOBRE . 1730. 2267
nérve , difputer la Pomme d'Or , elle étoit parée
d'un Chef- d'oeuvre forti des mains induftrieufes
d'Arachné , beauté que le Pirceau d'Apelles eût
été en peine de rendre plus accompli. Junon avoit
La Robbe peinte avec l'aiguille ; pour Minerve ,
comme Déeffe des Arts , ne voulant rien devoir
à une Mortelle , qui d'ailleurs étoit fa Rivale en
adreffe , elle s'étoit revétuë d'un habit tiffu de fes
propres mains;remarques qui prouvent clairement
l'antiquité & l'utilité de la Broderie que l'on devroit
cultiver avec autant de foin qu'une infinité
d'autres Arts à qui l'on donne des prérogatives
qu'elle pourroit fort bien partager avec eux. M.
Porlier auroit pû dire ici quelque chofe de la Broderie
que les Sauvages de Canada font avec les
Picqants des Porcs - Epics, teints en noir , en rouge
& en jaune , plus durable que celle de Soye ,
d'or & d'argent . Memoires de l'Académie des
Sciences.
L'Auteur paffé enfuite à la defcription des Inftrumens
& des matieres qui fervent à la Broderie,
il nomme les noms des differens points de Brodérie
, après quoi fuit un court Eloge de l'Aiguille
, premier Outil du Brodeur , par le fecours
duquel la Broderie imite la Sculpture & la Peinture
; la Sculpture , en ce qu'elle donne du relief
à l'Etoffe, & la Peinture , en ce que l'Aiguille fait
revivre les nuances de Soye , de Laine , d'Or &
d'Argent & autres matieres , avec la même har-´´
monie que le Pinceau & les couleurs . Il ajoûte
une idée de l'habileté que doit avoir le Brodeur
dans les differentes operations de fon travail , qui
font entr'autres de bien connoître les qualitez des
matieres qu'il employe , de fçavoir deffiner ,
du moins d'avoir affez de gout pour juger de la
bonté des Deffeins qui lui font prefentez , &
l'effet qu'ils doivent faire dans l'execution.
Govje, Lee.
2268 MERCURE DE FRANCE
Le fieur Porlier termine fon Memoire par la
Deſcription de la Broderie qu'il pratique & qui
lui eft particuliere , laquelle il a apprife en Turquie
, & qui n'étoit connue cy - devant en France
que par les differens Morceaux qui en étoient apportez
fous les noms de Toillettes , de Mouchoirs,
de Robbes , de Ceintures , &c. toutes Pieces qui
' attiroient l'admiration de ceux qui les acheptoient
& des Ouvriers en Broderie , fans que les uns ni
les autres fe foient jamais donné la peine de découvrir
de quelle façon cet Ouvrage s'executoit.
Le fieur Porlier a par fa patience & par fon ap
plication , porté à un fi grand point de perfection
cette Broderie , qu'il doit avoir lieu d'efperer
qu'on s'adreffera à lui pour executer les plus beaux
& les plus riches Ouvrages de cette efpece . Sa
demeure eft à Paris , ruë neuve S. Etienne , près
les Peres de la Doctrine Chrétienne , chez M. le
Roux , au fecond Appartement fur le devant ,
Quartier S. Marceau.
COPIE DE L'APPROBATION
de MS de la Societé des Arts. ·
Xtrait des Regifires de la Societé des Arts.
EuDimanches
>
Du Dimanche 6 Août 1735. Ce jour le fieur
Porlier, Affocié en la Claffe des Arts de gout de
ladite Societé , a prefenté à la Compagnie un
Memoire fur la Broderie & une Mantille de
Gafe d'Italie , brodée à deux envers Or &
Soyes qu'il a executé de fes mains , le Deffein
qui eft de fa compofition , eft d'un gout étranger
& bien entendu , tous les Rinceaux font en
or & àjour , dans lesquels paffent des fleurs &
feuillages dont les nuances font très vives &
aufi - bienfondues qu'elles le pourroient être dans
la Miniature la plus parfaite ; cet Ouvrage
contient tous les differens points qui fe pratiquent
OCTOBRE . 1730 . 2269
·
quent en Turquie & dans les Indes , qu'aucun
Brodeur de l'Europe n'avoit pú imiter jusqu'à
prefent ; la Compagnie a jugé que cette maniere
de broder pratiquée par te fieur Porlier , pouvoit
être utile au Public , en foi de quoi , voulant
lui donner une preuve certaine de fon habileté
en cet Art , je lui ai délivré le prefent
Certificat pour lui fervir où befoin fera. A Paris
, ce 25. Août 1730. Signé , HYNAULT ,
Secretaire de ladite Societé.
Conftantinople , toujours animé par le defir de fe
diftinguer dans cet Art , vient de donner de nouvelles
marques de fon adreffe & de la délicateffe
du gout qu'il a toûjours eu pour ces fortes d'Ouvrages
, par une piece de Broderie , qu'il a préfentée
à la Societé des Arts , de laquelle il a
l'honneur d'être Membre. L'Approbation que
cette Compagnie lui en a donnée, fait affez connoître
le mérite de fon travail , fans qu'il foit néceffaire
de s'étendre ici là- deffus . On ſe bornera
à un précis de fon Mémoire fur la Broderie , dans
lequel il en releve l'excellence par l'origine , & il
en prouve l'utilité par l'ufage ; il donne auffi une
idée des Outils & des Matieres qui fervent à ce
Travail.
, pour
Sur l'origine de la Broderie , il s'en tient à
ce qui en eft dit dans l'Exode , au fujet de
Bezeleel & Pooliab , que Dieu avoit remplis de
fageffe & appellez par un choix particulier pour
travailler aux Ouvrages du Tabernacle lequel
ils firent les Rideaux , les Voiles & les Habits
des Grands - Prêtres , de fin lin , parſemé d'une
broderie excellente & agréablement variée
pour la diftribution des couleurs ; ce que l'Ecriture
exprime parfaitement, en difant que ces deux
hommes peignoient avec l'aiguille ; ce qui marque
que la Broderie étoit non -feulement connáé
en ce temps- là , mais auffi en ufage pour relever
la beauté des autres Ouvrages de ce faint Tabernacle,
L'Auteur infere delà que fi-tôt que la Broderiea
Gy eté
2266 MERCURE DE FRANCE
été en ufage , elle a trouvé la place dans les befoins
de ceux, qui par l'adreffe de leurs doigts, l'ont miſe
au jour, & que cette même utilité s'eft perpetuée
jufqu'à nous,puifque l'on voit encore aujourd'hui,
lorfque lesSouverains deffendent à leurs Sujets l'excés
du luxe , dont la Broderie fait partie , ils la
réfervent par leurs Edits pour décorer les Tem--
ples , pour leurs pompes particulieres , & celles
des perfonnes qui compofent leurs Cours, & pour
les Etrangers qui y réfident ; il remarque auffi ce
que les Poëtes ont dit de l'excellence & de l'utilité
de la Broderie. Il n'oublie pas dans Homere ,
la Ceinture de Venus; & dans l'Eneïde, que les Coribantes
ou Prêtreffes de Cybelle , étoient vétués
d'habits brodez à l'aiguille , & qu'Acet , Prince
fauvé des flammes de Troyes , tira de fon Tréfor
pour décorer le Maufolée de fon cher fits
Pallás , deux Voiles mêlez de pourpre & d'or ,
qui lui avoient été donnez par Didon , que cette
Reine avoit richement brodés elle- même . Il n'ou--
blie pas auffique Minerve , fous la figure de Mentor
, recommande à Idomenée de porter de la
Broderie au bas de fa robbe , pour être diftingué
d'une maniere conforme à fa Dignité . Il ajoûte
que fon Difciple Telemaque remarquoit entre les
belles qualitez qui le portoit à aimer Antiope ,
fon induſtrie pour les Ouvrages de Broderies ; &
qu'enfin , felon Ovide , la Broderie eft utile aux
Dieux mêmes , qui prenoient la peine de s'y occuper
quelquefois. Comme il le remarque au fixe
Livre de fes Métamorphofes , lorfqu'il décrit Minerve
jaloufe d'Arachné , qui ofa défier cette
Déeffe dans l'execution de cet Art , ce qui la mit
fi fort en colere , qu'elle en tira la cruelle vengeance
de la changer en Araignée ; ce Poéte pour
donner une jufte idée de l'Ouvrage de cette fille ,
dit que Venus allant en Prygie avec Junon & Mi
nery e
OCTOBRE . 1730. 2267
nérve , difputer la Pomme d'Or , elle étoit parée
d'un Chef- d'oeuvre forti des mains induftrieufes
d'Arachné , beauté que le Pirceau d'Apelles eût
été en peine de rendre plus accompli. Junon avoit
La Robbe peinte avec l'aiguille ; pour Minerve ,
comme Déeffe des Arts , ne voulant rien devoir
à une Mortelle , qui d'ailleurs étoit fa Rivale en
adreffe , elle s'étoit revétuë d'un habit tiffu de fes
propres mains;remarques qui prouvent clairement
l'antiquité & l'utilité de la Broderie que l'on devroit
cultiver avec autant de foin qu'une infinité
d'autres Arts à qui l'on donne des prérogatives
qu'elle pourroit fort bien partager avec eux. M.
Porlier auroit pû dire ici quelque chofe de la Broderie
que les Sauvages de Canada font avec les
Picqants des Porcs - Epics, teints en noir , en rouge
& en jaune , plus durable que celle de Soye ,
d'or & d'argent . Memoires de l'Académie des
Sciences.
L'Auteur paffé enfuite à la defcription des Inftrumens
& des matieres qui fervent à la Broderie,
il nomme les noms des differens points de Brodérie
, après quoi fuit un court Eloge de l'Aiguille
, premier Outil du Brodeur , par le fecours
duquel la Broderie imite la Sculpture & la Peinture
; la Sculpture , en ce qu'elle donne du relief
à l'Etoffe, & la Peinture , en ce que l'Aiguille fait
revivre les nuances de Soye , de Laine , d'Or &
d'Argent & autres matieres , avec la même har-´´
monie que le Pinceau & les couleurs . Il ajoûte
une idée de l'habileté que doit avoir le Brodeur
dans les differentes operations de fon travail , qui
font entr'autres de bien connoître les qualitez des
matieres qu'il employe , de fçavoir deffiner ,
du moins d'avoir affez de gout pour juger de la
bonté des Deffeins qui lui font prefentez , &
l'effet qu'ils doivent faire dans l'execution.
Govje, Lee.
2268 MERCURE DE FRANCE
Le fieur Porlier termine fon Memoire par la
Deſcription de la Broderie qu'il pratique & qui
lui eft particuliere , laquelle il a apprife en Turquie
, & qui n'étoit connue cy - devant en France
que par les differens Morceaux qui en étoient apportez
fous les noms de Toillettes , de Mouchoirs,
de Robbes , de Ceintures , &c. toutes Pieces qui
' attiroient l'admiration de ceux qui les acheptoient
& des Ouvriers en Broderie , fans que les uns ni
les autres fe foient jamais donné la peine de découvrir
de quelle façon cet Ouvrage s'executoit.
Le fieur Porlier a par fa patience & par fon ap
plication , porté à un fi grand point de perfection
cette Broderie , qu'il doit avoir lieu d'efperer
qu'on s'adreffera à lui pour executer les plus beaux
& les plus riches Ouvrages de cette efpece . Sa
demeure eft à Paris , ruë neuve S. Etienne , près
les Peres de la Doctrine Chrétienne , chez M. le
Roux , au fecond Appartement fur le devant ,
Quartier S. Marceau.
COPIE DE L'APPROBATION
de MS de la Societé des Arts. ·
Xtrait des Regifires de la Societé des Arts.
EuDimanches
>
Du Dimanche 6 Août 1735. Ce jour le fieur
Porlier, Affocié en la Claffe des Arts de gout de
ladite Societé , a prefenté à la Compagnie un
Memoire fur la Broderie & une Mantille de
Gafe d'Italie , brodée à deux envers Or &
Soyes qu'il a executé de fes mains , le Deffein
qui eft de fa compofition , eft d'un gout étranger
& bien entendu , tous les Rinceaux font en
or & àjour , dans lesquels paffent des fleurs &
feuillages dont les nuances font très vives &
aufi - bienfondues qu'elles le pourroient être dans
la Miniature la plus parfaite ; cet Ouvrage
contient tous les differens points qui fe pratiquent
OCTOBRE . 1730 . 2269
·
quent en Turquie & dans les Indes , qu'aucun
Brodeur de l'Europe n'avoit pú imiter jusqu'à
prefent ; la Compagnie a jugé que cette maniere
de broder pratiquée par te fieur Porlier , pouvoit
être utile au Public , en foi de quoi , voulant
lui donner une preuve certaine de fon habileté
en cet Art , je lui ai délivré le prefent
Certificat pour lui fervir où befoin fera. A Paris
, ce 25. Août 1730. Signé , HYNAULT ,
Secretaire de ladite Societé.
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Résumé : Nouvelles Broderies à la maniere de Turquie, [titre d'après la table]
Le sieur Porlier, connu pour ses Broderies de Constantinople, a récemment présenté une œuvre de broderie à la Société des Arts, dont il est membre. Cette pièce a été approuvée par la Société, validant ainsi la qualité et la délicatesse de son travail. Dans son mémoire sur la broderie, Porlier met en avant l'excellence et l'utilité de cet art, en s'appuyant sur des références bibliques et littéraires. Il mentionne l'origine de la broderie dans le livre de l'Exode, où Bézéléel et Pooliab, inspirés par Dieu, réalisèrent des ouvrages brodés pour le Tabernacle. Il cite également des exemples tirés de l'Iliade, de l'Énéide et des Métamorphoses d'Ovide, illustrant ainsi l'antiquité et l'importance de la broderie. Porlier décrit ensuite les outils et les matières utilisés en broderie, soulignant l'habileté nécessaire pour maîtriser cet art. Il conclut son mémoire en détaillant la technique de broderie turque qu'il a perfectionnée et qui n'était pas connue en France avant lui. Cette technique, apprise en Turquie, a été admirée pour sa complexité et sa beauté. La Société des Arts a reconnu l'utilité publique de cette technique et a délivré un certificat attestant de l'habileté de Porlier. Sa demeure est située à Paris, rue neuve S. Étienne, près des Pères de la Doctrine Chrétienne, chez M. le Roux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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