Résultats : 4833 texte(s)
Accéder à l'ensemble des types de texte ou des types de paratexte.
Détail
Liste
1251
p. 361
« On a appris de Londres, que le 19. Janvier, M. Southall, ayant été introduit [...] »
Début :
On a appris de Londres, que le 19. Janvier, M. Southall, ayant été introduit [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a appris de Londres, que le 19. Janvier, M. Southall, ayant été introduit [...] »
On a appris de Londres, que le 19 Í
Janvier , M. Soutliall , ayant ère' introduit
dans la Société Royale , par le Chevalier
Hans-Sloane , qui en est Président , laiprésenta
un Traité nouveau qu'il a com
posé sur l'origine , la narure & la propâ»
gation des Punaises , & il fit part du Re
mède qJU'ii a découvert à la Jamaïque-r
pour se garantit de ces Insectes* ■
Janvier , M. Soutliall , ayant ère' introduit
dans la Société Royale , par le Chevalier
Hans-Sloane , qui en est Président , laiprésenta
un Traité nouveau qu'il a com
posé sur l'origine , la narure & la propâ»
gation des Punaises , & il fit part du Re
mède qJU'ii a découvert à la Jamaïque-r
pour se garantit de ces Insectes* ■
Fermer
1252
p. 363-365
EXTRAIT du Discours que lût M. l'Abbé Souchay, à l'Assemblée publique de l'Academie Royale des Belles-Lettres, le mardi 15. Novembre de l'année derniere.
Début :
Monsieur l'Abbé Souchay s'étant proposé de faire un parallele de [...]
Mots clefs :
Ovide, Règles, Académie des belles-lettres, Parallèle, Poésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Discours que lût M. l'Abbé Souchay, à l'Assemblée publique de l'Academie Royale des Belles-Lettres, le mardi 15. Novembre de l'année derniere.
JÊ XTRAtT da ttifeouri que lût M*
VAbbé Souchay , a FAssemblée publi
que de l' Académie Royale des Bellesm
Lettres , le mardi 1 5. Novembre d§
Vannée derniere* ,
TLyT Onííenr í'Abbc Soucnay s'c'tané
XVJL proposé de faire un parallèle de
Tibulle , de Properce , 8c d'Ovide , trois
Poètes Latins qui se íont distingués dans
Je genre Elegiaque , il commença par ex
poser les divers jugemens que l'on a por
tés fur le mérite de ces Auteurs , les uns
donnant la préférence à Tibulle , d'autres
à Properce y & le grand nombre des Mo
dernes la donnant à Ovide.
L'Auteur , avant que d'examiner qui la
mente , établit en peu de mots la règle
4ç comparaison dont il doit se servir. Cet
te
fé4 MERCtfRE DE FRÁHÒÈ:
íe règle est , que tout .genre de Poésie est
nne imitation , mais une forte d'imitation
qui, pour être parfaite , doit exciter dans
í'inagination les mêmes mouvemens qu'y
exciteraient les objets réels , & produire
les mêmes effets que produiroit la vérité
íte ce principí. M. l'Abbé Souchay tire?'
plusieurs conséquences , celle-ci entre-au
tres : Qu'il faût que les images qu'em-
|?loye la Poésie , soient vives & naturelles*
roút ensemble ; parce que si ks imageS
ft'exprimoienf pas la nature , I'esprit s'apìpercevroit
aise'ment de la fiction , &c que'
fi elles étoient foib'îés', I'esprit ne se prê
te roir point à 'cette mém-e fìctiòft. "" * *
*~ L*/Suteaf -•appíiquc' etisuite terre règle
auxtrois Poètes dont it est cjuc'ftíon. í/oii
íl résulte, /eloil Uri, que le? images de
^r'o'p'ercè ni celles d'Ovide n'exprímeBt
point h narufe , quoiqu'il convienne qtie
îroperce s'en éloigne moins qu'Ovide,
qui est presque toujours fardé 5 & far ce
la il entre dans des détails dans lesquels
nous né pouvons le suivre ici. Il Dancher
:donc vers Tíbqlle , qu'il croît être le
seul qur ait connu le vrai caractère de
FËtegie. » Çe désordre ingénieux, (c'est
jj.l'Auteur qui parle ) qui est corrrrhe l'arrre
Ji de la Poésie Elegîaque, parce qu'il est
w si conforme à ía nature ; il a fçû le jettet
Mí áansses Êlcjiesi On drroìt qu'elles font
» uniquement
FÉVRIER. 173a. íí§
55 iniquement le fruic de la passion. Les'
5? différentes parties qui les composent ,
r> dc'sunies , séparées , íemblent ne former
»que des tours irreguliers. Un écart el|
» suivi d'un nouvel écart , une digression
« attire une autre digression. Mais le dé-
» sordre qui règne dans ces mêmes Ele-
»gies , n'eff.-il pas un tour secret qui en'
» lie le deslein , & quf leur donne toute
>>la justesse &c toute la régularité dont elles1
>> étoient susceptibles.
. L'Auteur , après s'être eomme déclare
cn faveur de Tibulie , appuyé ion senti
ssent de celui de Quiutilieii , Si des deux
Seneques parmi les Anciens, & parmi lejÇ.
jpitri>es de cei;x de Parru & de Grayina
: «quoiqu'au fend y dit il., Ces tés
j>moignages ne prouvent rien par eiix^
» mêmes , contraires ou favorables , a
» moins qu'ils ne soient précédés d'un
5? exameo sérieux , & qu'ils ne soient ap*
»_puye'ssur de solides raisonnemens.
VAbbé Souchay , a FAssemblée publi
que de l' Académie Royale des Bellesm
Lettres , le mardi 1 5. Novembre d§
Vannée derniere* ,
TLyT Onííenr í'Abbc Soucnay s'c'tané
XVJL proposé de faire un parallèle de
Tibulle , de Properce , 8c d'Ovide , trois
Poètes Latins qui se íont distingués dans
Je genre Elegiaque , il commença par ex
poser les divers jugemens que l'on a por
tés fur le mérite de ces Auteurs , les uns
donnant la préférence à Tibulle , d'autres
à Properce y & le grand nombre des Mo
dernes la donnant à Ovide.
L'Auteur , avant que d'examiner qui la
mente , établit en peu de mots la règle
4ç comparaison dont il doit se servir. Cet
te
fé4 MERCtfRE DE FRÁHÒÈ:
íe règle est , que tout .genre de Poésie est
nne imitation , mais une forte d'imitation
qui, pour être parfaite , doit exciter dans
í'inagination les mêmes mouvemens qu'y
exciteraient les objets réels , & produire
les mêmes effets que produiroit la vérité
íte ce principí. M. l'Abbé Souchay tire?'
plusieurs conséquences , celle-ci entre-au
tres : Qu'il faût que les images qu'em-
|?loye la Poésie , soient vives & naturelles*
roút ensemble ; parce que si ks imageS
ft'exprimoienf pas la nature , I'esprit s'apìpercevroit
aise'ment de la fiction , &c que'
fi elles étoient foib'îés', I'esprit ne se prê
te roir point à 'cette mém-e fìctiòft. "" * *
*~ L*/Suteaf -•appíiquc' etisuite terre règle
auxtrois Poètes dont it est cjuc'ftíon. í/oii
íl résulte, /eloil Uri, que le? images de
^r'o'p'ercè ni celles d'Ovide n'exprímeBt
point h narufe , quoiqu'il convienne qtie
îroperce s'en éloigne moins qu'Ovide,
qui est presque toujours fardé 5 & far ce
la il entre dans des détails dans lesquels
nous né pouvons le suivre ici. Il Dancher
:donc vers Tíbqlle , qu'il croît être le
seul qur ait connu le vrai caractère de
FËtegie. » Çe désordre ingénieux, (c'est
jj.l'Auteur qui parle ) qui est corrrrhe l'arrre
Ji de la Poésie Elegîaque, parce qu'il est
w si conforme à ía nature ; il a fçû le jettet
Mí áansses Êlcjiesi On drroìt qu'elles font
» uniquement
FÉVRIER. 173a. íí§
55 iniquement le fruic de la passion. Les'
5? différentes parties qui les composent ,
r> dc'sunies , séparées , íemblent ne former
»que des tours irreguliers. Un écart el|
» suivi d'un nouvel écart , une digression
« attire une autre digression. Mais le dé-
» sordre qui règne dans ces mêmes Ele-
»gies , n'eff.-il pas un tour secret qui en'
» lie le deslein , & quf leur donne toute
>>la justesse &c toute la régularité dont elles1
>> étoient susceptibles.
. L'Auteur , après s'être eomme déclare
cn faveur de Tibulie , appuyé ion senti
ssent de celui de Quiutilieii , Si des deux
Seneques parmi les Anciens, & parmi lejÇ.
jpitri>es de cei;x de Parru & de Grayina
: «quoiqu'au fend y dit il., Ces tés
j>moignages ne prouvent rien par eiix^
» mêmes , contraires ou favorables , a
» moins qu'ils ne soient précédés d'un
5? exameo sérieux , & qu'ils ne soient ap*
»_puye'ssur de solides raisonnemens.
Fermer
Résumé : EXTRAIT du Discours que lût M. l'Abbé Souchay, à l'Assemblée publique de l'Academie Royale des Belles-Lettres, le mardi 15. Novembre de l'année derniere.
L'abbé Souchay a comparé Tibulle, Properce et Ovide, trois poètes latins élégiaques, lors d'une assemblée de l'Académie Royale des Belles-Lettres le 15 novembre précédent. Il a noté que les avis divergeaient, certains préférant Tibulle, d'autres Properce, et la majorité des modernes favorisant Ovide. Souchay a défini la poésie comme une imitation visant à stimuler l'imagination de manière naturelle et vive. Selon lui, les images de Properce et d'Ovide ne reflètent pas suffisamment la nature, bien que Properce s'en rapproche plus qu'Ovide. Il a donc privilégié Tibulle, estimant que ce dernier incarnait mieux l'élégie. Tibulle a su créer un désordre ingénieux conforme à la nature, rendant ses élégies authentiques et passionnées. Ses œuvres, bien que désordonnées, forment un ensemble cohérent. Souchay a appuyé son jugement sur les avis de Quintilien, Sénèque, Parrhasius et Graynius, tout en insistant sur la nécessité d'un examen sérieux et de raisonnements solides.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1253
p. 365-367
« Le samedi 4. de ce mois, M. Fromentin, l'un des Professeurs de Rhetorique [...] »
Début :
Le samedi 4. de ce mois, M. Fromentin, l'un des Professeurs de Rhetorique [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le samedi 4. de ce mois, M. Fromentin, l'un des Professeurs de Rhetorique [...] »
Le samedi 4. de ce mois , M. Fromenl'un
des Professeurs de Rhétorique
du Collège Mazarin , prononça un fott^
Ëeaù Discours Latin au sujet de la Naisf
fance du Dauphin. L'Assemblée fut fortno
rnhre use i le Cardinal de Biffy j le
^lonce du Pape , plusieurs Prélats ,& ua
grand nombre de personnes jde distincy
uóa>
fis MERCÚRÈ DÉ FRÀNCÉ.
iion s'y trouvèrent. On applaudit beau
coup à k Description que l'O'rateíir fié'
du Feu, qui a été tiré fur la Rivière pat
Ordre des Ambassadeurs d'Espagne.
Le même jour 4. de Février, ï'Acade-' ,
mie Royale des Sciences , élut Mrs. Lieu-*
íaud & de Liste , Associés Astronome* J
de cette Académie , & M. Maraldi Exter
ne & Neveu de feu M. Maraldi , pour'
que l'un de ces trois Sujets , au choix du
Roi, remplisse la place dé Pensionnaire
Astronome , vacante par la mort de M.
Maraldi , décède au mois de Decembr©
dernier , âgé d*envifott 7 i. ans.
Le mercredi 9. le Comte de Maurépa*
écrivit à V Académie que S. M. avoíé
choisi M. Lieutaud.'
Le samedi 18* M. Daguessèau de Val-
|Oum, Frère puiíhé da Chancelier de Frartfce
, fut élu pour remplir la piace d'Aca
démicien Honoraire, vacante par la mort
de M. de Valincourtv
Lé Comté dé Portmore a été recetf
dépuis peu Membre de la Société Royalé
de Londres. ,
Six Allemands expérimentez dans lé
travail des Mines , vont dans les Mont
ïagaes de k Calabre ,.pour faire l'épreuvé
d'une
une Mine d'or qu'on çroit y avoir été"
c'eouverce*
On donne avis aux Antiquaires , que le jaî
du mois de May prochain on vendra à Amster
dam le fameux Cabinet de feu M, Jacques de
. Bí ry , ci-devant Consul de L. H. P. à Seville :
Kl consiste dans des Médailles d'or & d"argent,
t & en un très-grand nombre de cuivre , toutes
■intiques > parmi lesquelles on ne trouve pas
feulement les principales & les plus rares Mé
dailles des Empereurs , en grandes & moyennes
sortes en cuivre, mais auífi un très- beau &
véritable Othon > dont le pareil est à peine con
nu dans l'Europe: II contient encore une sin
gulière collection de Médailles Espagnoles Se
Puniques, & plusieurs autres , selen lc Cata^
logue qui est imprimé.
des Professeurs de Rhétorique
du Collège Mazarin , prononça un fott^
Ëeaù Discours Latin au sujet de la Naisf
fance du Dauphin. L'Assemblée fut fortno
rnhre use i le Cardinal de Biffy j le
^lonce du Pape , plusieurs Prélats ,& ua
grand nombre de personnes jde distincy
uóa>
fis MERCÚRÈ DÉ FRÀNCÉ.
iion s'y trouvèrent. On applaudit beau
coup à k Description que l'O'rateíir fié'
du Feu, qui a été tiré fur la Rivière pat
Ordre des Ambassadeurs d'Espagne.
Le même jour 4. de Février, ï'Acade-' ,
mie Royale des Sciences , élut Mrs. Lieu-*
íaud & de Liste , Associés Astronome* J
de cette Académie , & M. Maraldi Exter
ne & Neveu de feu M. Maraldi , pour'
que l'un de ces trois Sujets , au choix du
Roi, remplisse la place dé Pensionnaire
Astronome , vacante par la mort de M.
Maraldi , décède au mois de Decembr©
dernier , âgé d*envifott 7 i. ans.
Le mercredi 9. le Comte de Maurépa*
écrivit à V Académie que S. M. avoíé
choisi M. Lieutaud.'
Le samedi 18* M. Daguessèau de Val-
|Oum, Frère puiíhé da Chancelier de Frartfce
, fut élu pour remplir la piace d'Aca
démicien Honoraire, vacante par la mort
de M. de Valincourtv
Lé Comté dé Portmore a été recetf
dépuis peu Membre de la Société Royalé
de Londres. ,
Six Allemands expérimentez dans lé
travail des Mines , vont dans les Mont
ïagaes de k Calabre ,.pour faire l'épreuvé
d'une
une Mine d'or qu'on çroit y avoir été"
c'eouverce*
On donne avis aux Antiquaires , que le jaî
du mois de May prochain on vendra à Amster
dam le fameux Cabinet de feu M, Jacques de
. Bí ry , ci-devant Consul de L. H. P. à Seville :
Kl consiste dans des Médailles d'or & d"argent,
t & en un très-grand nombre de cuivre , toutes
■intiques > parmi lesquelles on ne trouve pas
feulement les principales & les plus rares Mé
dailles des Empereurs , en grandes & moyennes
sortes en cuivre, mais auífi un très- beau &
véritable Othon > dont le pareil est à peine con
nu dans l'Europe: II contient encore une sin
gulière collection de Médailles Espagnoles Se
Puniques, & plusieurs autres , selen lc Cata^
logue qui est imprimé.
Fermer
Résumé : « Le samedi 4. de ce mois, M. Fromentin, l'un des Professeurs de Rhetorique [...] »
Le 4 février, M. Fromenl'un, professeur de rhétorique au Collège Mazarin, prononça un discours en latin célébrant la naissance du Dauphin. L'événement fut marqué par la présence du Cardinal de Bissy, du nonce du Pape, de plusieurs prélats et de nombreuses personnes distinguées. Le discours fut acclamé, notamment pour sa description du feu d'artifice organisé par les ambassadeurs d'Espagne. Le même jour, l'Académie Royale des Sciences élut Messieurs Lieutaud, de L'Isle et Maraldi pour remplacer l'astronome décédé, M. Maraldi, âgé d'environ 71 ans. Le 9 février, le Comte de Maurepas annonça que le Roi avait choisi M. Lieutaud. Le 18 février, M. Daguessau de Val-Pin, frère puîné du Chancelier de France, fut élu académicien honoraire pour remplacer M. de Valincourt. Le Comte de Portmore fut récemment admis à la Société Royale de Londres. Six Allemands experts en mines se rendirent en Calabre pour explorer une mine d'or supposée. Les antiquaires furent informés que le cabinet de feu M. Jacques de Biri, ancien consul à Séville, serait vendu à Amsterdam le 1er mai. Ce cabinet comprend des médailles rares, dont un Othon véritable, ainsi qu'une collection de médailles espagnoles et puniques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1254
p. 369-370
« La jeune Dlle Dangeville, qui a continué de paroître avec avantage sur [...] »
Début :
La jeune Dlle Dangeville, qui a continué de paroître avec avantage sur [...]
Mots clefs :
Mlle Dangeville, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La jeune Dlle Dangeville, qui a continué de paroître avec avantage sur [...] »
LA jeune D"e Dangeville, qui a con?'
cinué de paroîrre avec avantage fur
le Ttowatre François , dans les Rôles de
Suivantes Comiques , joua celui de la-
Comédie du Florentin le 5. de ce mois,
avec un applaudiísement universel , le 7.
celui de Laurette, dans la Comédie de
la Mere Coquette , avec le même succès „
& le 9. la Suivante encore , dans les Fo
ies Amoureuses , avec toute la vivacité»
les grâces, la justesse & la légèreté ima
ginable. Elle est assez grande pour son
âge, avec la taille admirable, bon air,
marchant bien , la parole , le geste aisé,
le visage agréable , & quelque chose de
fin & de picquant dans la philïonomie
dans les manières.
; La D"c Dangeville a jolie depuis trois
autres Rôles , qui lui ont fait beaucoup
4'honnçur, & .qui ont unanimement con-
* " fr1"!
;3>o -MERCURE DE FRANCE,
jfirmé dans la boqnc opinion qu'on avoit
d'elle & dé ses talcns. La Suivante , dans
ia Comédie d' Esope à la Fille , celui de
Túnette , .dans le Malade Imaginaire , Sf.
Jjifette , dans la petite Comédie de la Sé
rénade , ce qui a fait dire à tout le monde
<juc cette jeune personne commence com
me les meilleurs Comédiens ont fini.
cinué de paroîrre avec avantage fur
le Ttowatre François , dans les Rôles de
Suivantes Comiques , joua celui de la-
Comédie du Florentin le 5. de ce mois,
avec un applaudiísement universel , le 7.
celui de Laurette, dans la Comédie de
la Mere Coquette , avec le même succès „
& le 9. la Suivante encore , dans les Fo
ies Amoureuses , avec toute la vivacité»
les grâces, la justesse & la légèreté ima
ginable. Elle est assez grande pour son
âge, avec la taille admirable, bon air,
marchant bien , la parole , le geste aisé,
le visage agréable , & quelque chose de
fin & de picquant dans la philïonomie
dans les manières.
; La D"c Dangeville a jolie depuis trois
autres Rôles , qui lui ont fait beaucoup
4'honnçur, & .qui ont unanimement con-
* " fr1"!
;3>o -MERCURE DE FRANCE,
jfirmé dans la boqnc opinion qu'on avoit
d'elle & dé ses talcns. La Suivante , dans
ia Comédie d' Esope à la Fille , celui de
Túnette , .dans le Malade Imaginaire , Sf.
Jjifette , dans la petite Comédie de la Sé
rénade , ce qui a fait dire à tout le monde
<juc cette jeune personne commence com
me les meilleurs Comédiens ont fini.
Fermer
Résumé : « La jeune Dlle Dangeville, qui a continué de paroître avec avantage sur [...] »
La jeune Demoiselle Dangeville a récemment brillé sur le Théâtre Français en interprétant plusieurs rôles avec succès. Le 5 du mois, elle a joué dans 'La Comédie du Florentin' et a reçu des applaudissements universels. Le 7, elle a incarné Laurette dans 'La Mère Coquette', et le 9, elle a interprété un rôle dans 'Les Folles Amoureuses', démontrant vivacité, grâce, justesse et légèreté. Physiquement, elle est de taille convenable pour son âge, avec une silhouette admirable, une bonne allure, une démarche assurée, une parole et des gestes aisés, un visage agréable, et une expression fine et piquante. Depuis, elle a joué trois autres rôles qui lui ont valu beaucoup d'honneur et ont confirmé l'opinion favorable sur ses talents. Elle a interprété La Suivante dans 'Esope à la Ville', Tunette dans 'Le Malade Imaginaire', et Javotte dans 'La Sérénade', ce qui a conduit à des éloges, soulignant qu'elle commence sa carrière comme les meilleurs comédiens l'ont terminée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1255
p. 370
Tragédie nouvelle de Calistene, [titre d'après la table]
Début :
Le Samedi 18. de ce mois, les Comediens François donnerent la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Tragédie, Callisthène
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tragédie nouvelle de Calistene, [titre d'après la table]
Lé Samedi 1 8. de ce mois , les Come»
4iens François donnèrent la première re
présentation de la Tragédie nouvelle de
Callystene , à une .des plus nombreuses
Assemblées qu'on ait vu de long rfmps.
Elle fut fort applaudie & fott critiquée.
A la seconde représentation , donnée le
fur-lendemain , ou a beaucoup moins
.censuré que loué , & les meilleurs con
naisseurs ont trouvé dans ce Poème de<
bcautez comparables à ce que nos pluí
grands Poètes ont fait de plus beau. Nous
en parlerons plus au long.
4iens François donnèrent la première re
présentation de la Tragédie nouvelle de
Callystene , à une .des plus nombreuses
Assemblées qu'on ait vu de long rfmps.
Elle fut fort applaudie & fott critiquée.
A la seconde représentation , donnée le
fur-lendemain , ou a beaucoup moins
.censuré que loué , & les meilleurs con
naisseurs ont trouvé dans ce Poème de<
bcautez comparables à ce que nos pluí
grands Poètes ont fait de plus beau. Nous
en parlerons plus au long.
Fermer
Résumé : Tragédie nouvelle de Calistene, [titre d'après la table]
Le 18 du mois, les Comédiens Français ont présenté la tragédie 'Callystène'. La première représentation a été très applaudie mais aussi critiquée. Le lendemain, l'œuvre a été davantage louée. Les experts y ont trouvé des beautés comparables aux plus grandes réalisations poétiques. Un commentaire détaillé suivra.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1256
p. 370-371
« Le 5. les Comediens Italiens remirent au Théatre l'Italien Marié à Paris, Piece [...] »
Début :
Le 5. les Comediens Italiens remirent au Théatre l'Italien Marié à Paris, Piece [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 5. les Comediens Italiens remirent au Théatre l'Italien Marié à Paris, Piece [...] »
Le 5. les Comédiens Italiens remirent
du Théâtre {'Italien Marie' a d'ans , Piece
-, Françoise ,en cinq Actes , avec des agré"-
Jnens , de la composition du sieur Lelic.
Elle fut donnée dans fa nouveauté ea
Ïji6. Elle étoit pour lors en Italien:
l'Auteur, qui y joiioit le principal Rôle ,
la donna en François au mois de Novem
bre
FEVRIER. 17? o..' J7 r
t>re i 7 2 8 . Le sieur Paghety a joíié celui
du sieuc LeRo à cette derniere reprise , &c
a rempli le caractère de Jaloux, sur le
quel roule toute la Piece. On en peut
yoir le Sujet 8c ('Extrait dans le premier
-yolume de Décembre 17:8.
Le 6. les mêmes Comédiens jouèrent
Arlequin Mut t par crainte , Comédie Ita
lienne , en trois Actes , du mime Auteur
de Y Italien Marié a Paris. M. le Duc
de Lorraine honora cette Piece. de fa pré
sence , & parut y prendre beaucoup de
plaisir , surtout par le Rôle d'Arlequin,
qui a presque tout le jeu de la Piece. On
joiïa ensuite la' petite Piece du Retour de
Tendress ,,quí ne fit pas moins de plaisir
à la nombreuse Assemblée qu'il y eut cc
jour-là à l'Hòtel de Bourgogne.
du Théâtre {'Italien Marie' a d'ans , Piece
-, Françoise ,en cinq Actes , avec des agré"-
Jnens , de la composition du sieur Lelic.
Elle fut donnée dans fa nouveauté ea
Ïji6. Elle étoit pour lors en Italien:
l'Auteur, qui y joiioit le principal Rôle ,
la donna en François au mois de Novem
bre
FEVRIER. 17? o..' J7 r
t>re i 7 2 8 . Le sieur Paghety a joíié celui
du sieuc LeRo à cette derniere reprise , &c
a rempli le caractère de Jaloux, sur le
quel roule toute la Piece. On en peut
yoir le Sujet 8c ('Extrait dans le premier
-yolume de Décembre 17:8.
Le 6. les mêmes Comédiens jouèrent
Arlequin Mut t par crainte , Comédie Ita
lienne , en trois Actes , du mime Auteur
de Y Italien Marié a Paris. M. le Duc
de Lorraine honora cette Piece. de fa pré
sence , & parut y prendre beaucoup de
plaisir , surtout par le Rôle d'Arlequin,
qui a presque tout le jeu de la Piece. On
joiïa ensuite la' petite Piece du Retour de
Tendress ,,quí ne fit pas moins de plaisir
à la nombreuse Assemblée qu'il y eut cc
jour-là à l'Hòtel de Bourgogne.
Fermer
Résumé : « Le 5. les Comediens Italiens remirent au Théatre l'Italien Marié à Paris, Piece [...] »
Le 5 février 1728, les Comédiens Italiens ont présenté la pièce 'Françoise' en cinq actes, avec des agréments composés par le sieur Lelic. Initialement en italien, la pièce a été traduite en français en novembre. Lors de la dernière représentation, le sieur Paghety a interprété le rôle du jaloux, personnage central. Un sujet et un extrait de cette pièce sont disponibles dans le premier volume de décembre 1728. Le 6 février, les mêmes comédiens ont joué 'Arlequin Mut par crainte', une comédie italienne en trois actes du même auteur, en présence du Duc de Lorraine, qui a apprécié le rôle d'Arlequin. Ensuite, la pièce 'Le Retour de Tendresse' a été jouée à l'Hôtel de Bourgogne, suscitant beaucoup de plaisir parmi l'assemblée nombreuse présente.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1257
p. 371-373
Le malade par complaisance, [titre d'après la table]
Début :
Le 3. de ce mois, l'ouverture de la Foire S. Germain fut faite par le Lieutenant [...]
Mots clefs :
Foire Saint-Germain, Pierrot, Malade par complaisance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le malade par complaisance, [titre d'après la table]
Le 3. de ce mois , l'ouverture de la
tFoire S. Germain fut faite par le Lieute
nant General de Police, en la manière ac
coutumée. Le même jour l'Opera Comi
que, qui est toujours danslaruë deBussy,
& disposé plus commodément que Tannée
passé, a ouvert son Théâtre par la pre*-
miere Représentation du Malade par
complaisance , Piece en trois Actes, ornée
de Divertissemens. Le fond de cette Piece
est tout-à-fait Comique; en-voici le sujet,
£erf»^rf,Officier,aïnoureux d'une jeune
;H per-sonne
372 MËRCURÊ DE FRANCE.
personne qu'il ne connoît pas , en fait
(Confidence à Pierrot , son Valet. Dans' lé
temps qu'ils concertent les moyens d'enirec
dans le Château, résidence de laBellej
jl en fort un Paysan qu'ils interrogent &
jqui dans le fil de fa conversation rustique,
|eur apprend qu'il y a une certaine Gou
vernante des filles du Seigneur du Vil
lage , de qui le tic est de traiter des mala
des, & qu'il íçair par expérience comme
elle les mitonne. Aussi-toc Leandre propose
à Pierrot de contrefaire le malade ;
& pour l'engager à accepter ce rôle-là,
il lui fait une peinture délicieuse des foinç
qu'on aura pour lui & des bons morceaux
<m'on lui servira. Pierrot , frappé d'une
idée gourmande , accepte sur le champ Iè
parti proposé , & feint un mal de pied
ttès-douloureux , fans en prévoir la con
séquence. Il est reçu comme goûteux dani
le Château, & en cette qualité condamne
à Peau & à une scrupuleuse abstinence par
la rigide Gouvernante qui s'intéresse d'a
bord à fa santé. Cette situation triste pour
un Valet doué d'un grand apétit , produit
plusieurs Scènes divertissantes dans he
cours de la Piece. Il y a dans un des Actes
un Divertissement d'Enthumez qui im
plorent le secours d'un Operateur. Le
Rhume universel qui a régné cet hyver
dans Paris, a rendu cette maladie un Vau -
deville.
FEVRIER, in». 11%
jâevillc. Voici les Couplets de ce Diver
tissement , dont les paroles font de M. Panart,
& la Musique de M. Gilliers, aussibien
que celle de tous les Divertiflemensv
Le Duc de Lorraine , accompagne de
plusieurs Seigneurs de la Cour ôc d'autres
•personnes de considération , honora ce
Spectacle de fa présence , auquel on ajoû-
,ta leDivertiffement de l' Impromptu duPont
Neuf, qui avoit été joué à la derniere
Foire S. Laurent avec beaucoup de succès;
pn y dansa aussi plusieurs Entrées de Cai»
íactercs , dont ce Prince parut satisfait..
tFoire S. Germain fut faite par le Lieute
nant General de Police, en la manière ac
coutumée. Le même jour l'Opera Comi
que, qui est toujours danslaruë deBussy,
& disposé plus commodément que Tannée
passé, a ouvert son Théâtre par la pre*-
miere Représentation du Malade par
complaisance , Piece en trois Actes, ornée
de Divertissemens. Le fond de cette Piece
est tout-à-fait Comique; en-voici le sujet,
£erf»^rf,Officier,aïnoureux d'une jeune
;H per-sonne
372 MËRCURÊ DE FRANCE.
personne qu'il ne connoît pas , en fait
(Confidence à Pierrot , son Valet. Dans' lé
temps qu'ils concertent les moyens d'enirec
dans le Château, résidence de laBellej
jl en fort un Paysan qu'ils interrogent &
jqui dans le fil de fa conversation rustique,
|eur apprend qu'il y a une certaine Gou
vernante des filles du Seigneur du Vil
lage , de qui le tic est de traiter des mala
des, & qu'il íçair par expérience comme
elle les mitonne. Aussi-toc Leandre propose
à Pierrot de contrefaire le malade ;
& pour l'engager à accepter ce rôle-là,
il lui fait une peinture délicieuse des foinç
qu'on aura pour lui & des bons morceaux
<m'on lui servira. Pierrot , frappé d'une
idée gourmande , accepte sur le champ Iè
parti proposé , & feint un mal de pied
ttès-douloureux , fans en prévoir la con
séquence. Il est reçu comme goûteux dani
le Château, & en cette qualité condamne
à Peau & à une scrupuleuse abstinence par
la rigide Gouvernante qui s'intéresse d'a
bord à fa santé. Cette situation triste pour
un Valet doué d'un grand apétit , produit
plusieurs Scènes divertissantes dans he
cours de la Piece. Il y a dans un des Actes
un Divertissement d'Enthumez qui im
plorent le secours d'un Operateur. Le
Rhume universel qui a régné cet hyver
dans Paris, a rendu cette maladie un Vau -
deville.
FEVRIER, in». 11%
jâevillc. Voici les Couplets de ce Diver
tissement , dont les paroles font de M. Panart,
& la Musique de M. Gilliers, aussibien
que celle de tous les Divertiflemensv
Le Duc de Lorraine , accompagne de
plusieurs Seigneurs de la Cour ôc d'autres
•personnes de considération , honora ce
Spectacle de fa présence , auquel on ajoû-
,ta leDivertiffement de l' Impromptu duPont
Neuf, qui avoit été joué à la derniere
Foire S. Laurent avec beaucoup de succès;
pn y dansa aussi plusieurs Entrées de Cai»
íactercs , dont ce Prince parut satisfait..
Fermer
Résumé : Le malade par complaisance, [titre d'après la table]
Le 3 février, la Foire Saint-Germain a été inaugurée par le Lieutenant Général de Police. Le même jour, l'Opéra Comique a ouvert sa saison avec la pièce 'Le Malade par complaisance', une comédie en trois actes. L'intrigue suit Leandre, un officier amoureux d'une jeune femme inconnue, qui demande à son valet Pierrot de l'aider à entrer dans le château où elle réside. Ils interrogent un paysan qui leur parle d'une gouvernante réputée pour soigner les malades. Leandre suggère à Pierrot de se faire passer pour un malade. Pierrot accepte et simule un mal de pied, ce qui lui permet d'être accueilli au château mais soumis à un régime strict. Cette situation génère plusieurs scènes comiques. La pièce inclut également un divertissement sur les enrhumés, une maladie courante à Paris cet hiver. Le Duc de Lorraine et plusieurs personnalités ont assisté à la représentation, qui comprenait aussi l''Impromptu du Pont Neuf' et des danses de caractère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1258
p. 374-376
« Le 18. l'Opera Comique donna la premiere Représentation de la Reine de Barostan [...] »
Début :
Le 18. l'Opera Comique donna la premiere Représentation de la Reine de Barostan [...]
Mots clefs :
Théâtre, Opéra, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 18. l'Opera Comique donna la premiere Représentation de la Reine de Barostan [...] »
Le i 8. l'Opera Comique donna la pre
mière Représentation de la Reine de Barostan
, Pie'ce nouvelle Héroïque , en un
FEVRIER; ï7?o: 37*
Acte, suivie d'une autre petite Píéce dl'un
Acte , qui a pour titre les Couplets dei
Vaudevilles en procès , avec un Prologue
qui précède ces deux Pieces , lesquelleá
Ont été reçues très-favofablement du Pu
blic. On en parlera plus au long.
Le 19. l'Acadéniíe Royale de Musiqué
donna la derniere Représentation de Thefée
, 8c le zj. on remit au Théâtre l'Qpera
de Telemaque ou Calypso , donne
dans sa nouveauté en ftovembré 17 14.
qui n'avoic point été repris depuis fi
nouveauté , & que le Public sòuhaitoic
revoir. Il a marqué sa satisfaction par
beaucoup d'applaudissèmens. On en par-*
lera plus au long le mois prochain.
Le Lundi 8c le Mardi gras , on donna
fur le même Théâtre un Divertissement
très-convenable pour finir le Carnaval,
composé du Prologue du Ballet des
Amours de Mars & de Ftrins , mis en
Musique par M. Campra , de la Paftofale
Héroïque 3 chantée à la Fête des
Ambassadeurs d'Espagne , & des deux
Divertiffemens de Pourceaugnac & de
Carifelly , mis en Musique par M. de
Lully. Le Sr Tribou joua dans ces deux
dernieres Piéces le principal Rôle d'une
manière tout à fait comique , & rrès-eonvenable
au íujet ; il fut généralement
H iij ap-.
jfi MÊfcOtfRE DÉ FRANCÉ.
applaudi. Les Dlles Camargo , Sali» Sc
W ariette se sont aussi signale'es par les
différentes Entrées qu'elles ont dansé.
On apprend de Bruxelles que l'Opera
Italien à? A uale qu'on y représenta le ç.
de ce mois pour la première fois , eut
beaucoup de succès, ainsi que celui de
Jules Ccfas, qu'on représenta à Londres à'
peu près dans le meme-tems.
Le 30. Janvier au soir , le Cardinal
Ottoboni fit faire sur le Théâtre de la
Chancellerie à Rome , une Répétition
generale du nouvel Opsra de Constantin
le Grand , qui fut généralement applaudi»
Deux Opéra nouveaux ont été donnex
depuis peu à Venise , sur les Théâtres de
S. Ange & de S. Moyse ; ils font intitul
iez Hélène & les Stratagèmes amoureux.
mière Représentation de la Reine de Barostan
, Pie'ce nouvelle Héroïque , en un
FEVRIER; ï7?o: 37*
Acte, suivie d'une autre petite Píéce dl'un
Acte , qui a pour titre les Couplets dei
Vaudevilles en procès , avec un Prologue
qui précède ces deux Pieces , lesquelleá
Ont été reçues très-favofablement du Pu
blic. On en parlera plus au long.
Le 19. l'Acadéniíe Royale de Musiqué
donna la derniere Représentation de Thefée
, 8c le zj. on remit au Théâtre l'Qpera
de Telemaque ou Calypso , donne
dans sa nouveauté en ftovembré 17 14.
qui n'avoic point été repris depuis fi
nouveauté , & que le Public sòuhaitoic
revoir. Il a marqué sa satisfaction par
beaucoup d'applaudissèmens. On en par-*
lera plus au long le mois prochain.
Le Lundi 8c le Mardi gras , on donna
fur le même Théâtre un Divertissement
très-convenable pour finir le Carnaval,
composé du Prologue du Ballet des
Amours de Mars & de Ftrins , mis en
Musique par M. Campra , de la Paftofale
Héroïque 3 chantée à la Fête des
Ambassadeurs d'Espagne , & des deux
Divertiffemens de Pourceaugnac & de
Carifelly , mis en Musique par M. de
Lully. Le Sr Tribou joua dans ces deux
dernieres Piéces le principal Rôle d'une
manière tout à fait comique , & rrès-eonvenable
au íujet ; il fut généralement
H iij ap-.
jfi MÊfcOtfRE DÉ FRANCÉ.
applaudi. Les Dlles Camargo , Sali» Sc
W ariette se sont aussi signale'es par les
différentes Entrées qu'elles ont dansé.
On apprend de Bruxelles que l'Opera
Italien à? A uale qu'on y représenta le ç.
de ce mois pour la première fois , eut
beaucoup de succès, ainsi que celui de
Jules Ccfas, qu'on représenta à Londres à'
peu près dans le meme-tems.
Le 30. Janvier au soir , le Cardinal
Ottoboni fit faire sur le Théâtre de la
Chancellerie à Rome , une Répétition
generale du nouvel Opsra de Constantin
le Grand , qui fut généralement applaudi»
Deux Opéra nouveaux ont été donnex
depuis peu à Venise , sur les Théâtres de
S. Ange & de S. Moyse ; ils font intitul
iez Hélène & les Stratagèmes amoureux.
Fermer
Résumé : « Le 18. l'Opera Comique donna la premiere Représentation de la Reine de Barostan [...] »
En février 1770, plusieurs événements marquants ont eu lieu dans le monde de l'opéra. Le 8 février, l'Opéra Comique a présenté 'La Reine de Barostan' et 'Les Couplets des Vaudevilles en procès', tous deux bien accueillis par le public. Le 19 février, l'Académie Royale de Musique a donné la dernière représentation de 'Thésée'. Le 21 février, 'Télémaque ou Calypso' a été repris avec succès. Lors du lundi et mardi gras, un divertissement a inclus des extraits de 'Ballet des Amours de Mars et de Vénus', de la 'Pastorale héroïque' et des divertissements de 'Pourceaugnac' et 'Carifelly'. Le sieur Tribou, les demoiselles Camargo, Sallé et Wariette se sont distingués par leurs performances. À Bruxelles, 'Le Cid' a connu un succès notable. À Londres, 'Jules César' a également été acclamé. Le 30 janvier, le Cardinal Ottoboni a organisé une répétition générale de 'Constantin le Grand' à Rome. À Venise, deux nouveaux opéras, 'Hélène' et 'Les Stratagèmes amoureux', ont été présentés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1259
p. 378-383
EXTRAIT d'une Lettre de M. Delisle, écrite de Petersbourg le 3. Janvier 1730.
Début :
Le 9. du mois de Novembre, j'ai fait chanter la Messe & le Te Deum en Musique dans [...]
Mots clefs :
Naissance du Dauphin, Réjouissances, Lumières, Armes, Fleurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de M. Delisle, écrite de Petersbourg le 3. Janvier 1730.
EXTRAIT d'une Lettre de M. Delijle;
i écrits de Peterjbourg le 3 . Janvier
1730.
LE 9. du mois de Novembre, j'ai fait char*-
ter la Messe & 1; Te Veum en Musique dans
j'Eglise^ Catholique , en action de grâces de
j'heureux Accouchement de la Reine, & de
]a Naissance de Monseigneur le Dauphin. J'y
avois invité non seulement tous les François
qui font dans cette ville , mais encore toutes
les personnes de distinction qu'il y a ici > com
me Officiers Généraux, Amiraux, Vice- Ami
raux, Contre- Amiraux , les principaux Mem
bres des différents Collèges , les principaux
Marchands , & tous les Académiciens. Toutes
ces personnes invitées se sont ensuite rendues le
même soir dans la maison de l' Académie oú
est l'Observatoire , & dans laquelle je demeu
re.
FEVRIER. 1750; J79
ré. Cette maison qui est isolée , est avantageu
sement située au milieu de la ville , à la pointe
de l'ifle appellée Vasile OHrou ; elle est com
posée de deux grands Corps de logis , au mi
lieu desquels est élevé l'Obscrvatoire. Toute
:1a maison, percée de plus de cent fenêtres ,
^étoic éclairée d'illuminations par des Pìramides
de lumières posées en dedans de chaque
fenêcie , suivant l'usage du pays- J'avois auífi
fait préparer un grand nombre de terrines pour
illuminer en dehors la tour de l'Obscrvatoire»
dans trois rangs , les uns au dessus des autres \
il y avoit une fort grosse boule transparente ,
qui devoir terminer cette illumination de ï*
Tour , & qui étant élevée tout au haut de
l'Obscrvatoire , à plus de deux cens pieds de
.hauteur > pouvoit être vûe de toute la ville
& des environs , & y montrer fur un fond
obscur les Fleurs de Lys des Armes de France
illuminées ; mais la grande tempête & le venc
-qu'il fit toute cette nuit à Peteríbourg, ne
permirent pas cette illumination de la Tour.
D; plein pied à mon Appartement est une
:grande Salle que j'avois fait préparer pour la
Fête; elle ctoit ornée des plus belles Tapisse
ries de haute & basse Lisse , au dessus desquel
les regnoit tout autour de la Salle une large
bande d' Etoffé bleue' , couverte de figures , de
Dauphins & de Lys de France. La voûte étoic
soutenue par huit Colomnes, autour desquel-
,fcs j'avois fait attacher en spirales des bran
ches d'arbres qui faisoient l'esset des Colonnes
torscs. Cette Salle étoit illuminée , de même
que le reste de la ftiaison , en Pîramides de
lumières dedans l'embrasure de chaque fenêtrer
Outre cela dans les deux fonds , par les
quels cette Salle est contiguê au reste de la
*. , H y Maison,
38o MERCURE DÉ FRANCE.
Maison , & dans lesquels il n'y a point de fé>
Jiêtres , il y avoir fur le mur quatre autres
plus grandes Piramides de lumières > & entre
ces Piramides , fur chaque fond , on voyoit
en haut comme dans un enfoncement un
grand Tableau transparent , sur lequel étoient
peintes des Devises qui convenoient au sujet.
Celui de ces Tableaux qui étoît le premier vû
en entrant , reprefentoic le sujet de la Fête.
Les deux Anges qui servent de Support aux
Armes de France , y étoient représentez en
pied s & au lieu de sòûtenir l'Ecuífon , ils recevoient
des Cieux un Enfant richement ernr
mailloté &accollé de l'Ordre du S. Esprit,
avec cette Inscription : C&lesti tr,unere Ui»
Gallia. La Traduction en Rulìe étoit au bas.
Du côté opposé > sur un Tableau de même
grandeur , étoit représente' un Dauphin au
tour du Sceptre Royal de France , lequel fer
retminoit en Ancre , avec cette Inscription*;
Spet fausta futuri , la Traduction en Ruflè
étoit au bas. Au fond de la Salle il y avoit
«ne grande Table de cent Couverts , dressée
en fer â cheval, & aux deux côtez vers le
bas , deux autres Tables de if. Couverts cha
cune; enfin vers le plus bas de la Table étoir
Choeurs , entre lesquels on passoit fous un
Berceau de vetdure , pour entrer dans la Salle.
Cette entrée étoit gardée par deux grands Gre
nadiers de la Garde de S. M. il y en avoit iSautres
à rentrée de la maison & de mon ap
partement. Entre l'Amphitheatre des Musi
ciens & les Tables il y avoit encorô un fore
grand espace vuide pour la Danse , fans in
commoder le Service des Tables , pour lequeî
il y avoit deux grands Buffets dressez aux deux
cote?
FEVRIER, ma. jSi
çâtez de la Salle. J'avois fait servir sur les
Tables une Collation en Ambigu , laquelle
faifoic un fore bel effet par le grand nombre
de bougies qui étoient fur ces Tables dans
des flambeaux de cristal. Toutes les Piramides
qui étoient aussi de cristal éroient ornées de
fleurs naturelles & artificielles ; toutes les
viandes étóient jonchées de Bouquets de lau
riers naturels . dorez 8r argentez par les extremitez
; j'avois auíïi fait représenter fur cette
Collation , autant que l'on avoit pû , des figu
res de Dauphins & dè Fleurs de-Lys , fur le»
Tourtes , les Pàtez , & dans les Candits.
Il y avoit au haut de la plus grande Piramide
, qui étoit placée au milieu de h plus
frande Table, un groupe de plusieurs figures
e relief, en cire , de près d*un pied de hau
teur , dorées , & les Draperies argentées. La
principale figure étoit debout , & represen
toit la France , ayant le Manteau Royal , 8c la
Couronne de Fiance. Elle tenoit fur fes bras
un Enfant nud , qui representoit le Dauphin.
Au bas étoit un petit Amour , qui mettant les
pieds fur un Carreau semé de Fleurs de-Lys ,
cherchoit à s'élever pour présenter à l'aucuste
Enfant la Couronne du Dauphin , 8t
fc Cordon de l'Ordre dû S. Efprir,. Ce groupe
qui étoit artistement entouré des plus belles
Tleurs naturelles & artificielles , étoit sur
monté d'une Arcade de feuilles de Lauriers ,
dorées 8r argentées. Au haut de cette Arcade
étoit une grande Fleur-de- Lys de Sucre caniîî
transparante > qui à la clarté des lumières paroissoit
d'or. Aux deux côtez , fur les pince»
du Fer à cheval , étoient deux autres figures
de même matière, dorées & argentées de la
»é.me manière j l'une representoit la Paix, 8c
H vj l'awî*
3 8 1 MERCURE DE FRAtíCE;
l'autre l' Abondance, avec léurs attributs, pour
marquerque cette Naissance étoit arrivée dans,
la Paix & l'Abondance. J'avois aussi fait met
tre fur la Tapisserie du fond de la Salle les
Portraits du Roy & de lá Reine. Enfirt
fur le bas de la Nappe du milieu de la grande
Table , on voyoit les Armes du Dauphin ,
peintes en grand. Voilà quelle étoit la disposi
tion de la Salle, dont on ne fit Touverturc
qu'après que toute la Compagnie sc'fû't assem
blée dans mon Appartement.
Les Amiraux & autres Officiers Généraux,
à mesure qu'ils arrivoient par eau dans leurs
Barques, etoient annoncez par les Timballes
& les Trompettes', & étoient reçus , les Gre
nadiers étant fous les armes , & leur Lieute»
nant à leur tête. Lorsque la Compagnie fut
doute aflemblée, & qu'au sortir de mon Ap
partement elle entra dans la Salle où 'les Musi
ciens la reçurent pat un Concert de tous leurs
înstrumens ; elle y fut agréablement surprise
de l'éclat de toutes les lumières & de la belle
■disposition de la Salle , que chacun prit plaisir
de voir plus d'un quart d'heureavant que de sb
mettre à table. Chacun s'étant ensuite placé
suivant son.rang , & les Dames ayant été eon*.
duites par les personnes les plus distinguées ,
le Repas fut accompagné de la- Musique , qui
joiia les plus belles Sonnâtes , & autres Airs
choisis. L'on y but les Santez de Leurs Ma
lestez & de Monseigneur lè Dauphin au son
des Timballes & des Trompettes , & ensuite
toutes les autres Santez , suivant la coutume
du pays, comme celles du haut Ministère,. de
Ï Amirauté, & de la Généralité , des fidèles
Serviteurs , des Absents , &c, J'y fis servît
avec profusion ks meilleurí vins du Rhin , de
Bouc»
FEVRIER. *7%tí. i%$
Bourgogne & de Canarie , faisant donner à
chacun celuy qu'il souhaittoit , & autant qu'il
cn vouloir. Après la Collation le Bal fut ou
vert par M. le General Major Tessin, Envoyé
du Duc de Holstein , qui dansa avec la fille
Je l'Arniral Sivcrs. On dansa non-seulemenc
dans la grande Salle , mais aussi dans les au*
tres Chambres de mon Appartement , & je fis
servir pendant le Bal tous les Rafraîchissemtns
que l'on souhaittoit- J'y avois aufli fait dresser
des tables pour ceux qui vouloient fumer ou
chanter , ou boire de la Ponche, à la manière
Angloife , afin que rien ne manquât dans cette
Fête , qui a dure jusqu'au lendemain huit heu
res du matin , avec une telle satisfaction de
tout le monde , que plusieurs personnes ont
allure qu'il n'y avoic point encore eu jufqu'aîors
à Peterfbourg une Fête plus belle & mieu*
ordonnée.
M. Delijle-, Astronome , de l'Academie
Royale des Sciences de Paris » Lecteur &
Professeur au Collège Royal de France, de
la Société Royale de Londres, & de celle de
Prusse, alla à Peterfbourg il y a quatre ans,
avec la permission du Roy , pour y travailler
avec plusieurs autres Sçavans, à un Observa
toire & à une A cademie des Sciences que le feu-
Czar avoit commencé d'y établi»
i écrits de Peterjbourg le 3 . Janvier
1730.
LE 9. du mois de Novembre, j'ai fait char*-
ter la Messe & 1; Te Veum en Musique dans
j'Eglise^ Catholique , en action de grâces de
j'heureux Accouchement de la Reine, & de
]a Naissance de Monseigneur le Dauphin. J'y
avois invité non seulement tous les François
qui font dans cette ville , mais encore toutes
les personnes de distinction qu'il y a ici > com
me Officiers Généraux, Amiraux, Vice- Ami
raux, Contre- Amiraux , les principaux Mem
bres des différents Collèges , les principaux
Marchands , & tous les Académiciens. Toutes
ces personnes invitées se sont ensuite rendues le
même soir dans la maison de l' Académie oú
est l'Observatoire , & dans laquelle je demeu
re.
FEVRIER. 1750; J79
ré. Cette maison qui est isolée , est avantageu
sement située au milieu de la ville , à la pointe
de l'ifle appellée Vasile OHrou ; elle est com
posée de deux grands Corps de logis , au mi
lieu desquels est élevé l'Obscrvatoire. Toute
:1a maison, percée de plus de cent fenêtres ,
^étoic éclairée d'illuminations par des Pìramides
de lumières posées en dedans de chaque
fenêcie , suivant l'usage du pays- J'avois auífi
fait préparer un grand nombre de terrines pour
illuminer en dehors la tour de l'Obscrvatoire»
dans trois rangs , les uns au dessus des autres \
il y avoit une fort grosse boule transparente ,
qui devoir terminer cette illumination de ï*
Tour , & qui étant élevée tout au haut de
l'Obscrvatoire , à plus de deux cens pieds de
.hauteur > pouvoit être vûe de toute la ville
& des environs , & y montrer fur un fond
obscur les Fleurs de Lys des Armes de France
illuminées ; mais la grande tempête & le venc
-qu'il fit toute cette nuit à Peteríbourg, ne
permirent pas cette illumination de la Tour.
D; plein pied à mon Appartement est une
:grande Salle que j'avois fait préparer pour la
Fête; elle ctoit ornée des plus belles Tapisse
ries de haute & basse Lisse , au dessus desquel
les regnoit tout autour de la Salle une large
bande d' Etoffé bleue' , couverte de figures , de
Dauphins & de Lys de France. La voûte étoic
soutenue par huit Colomnes, autour desquel-
,fcs j'avois fait attacher en spirales des bran
ches d'arbres qui faisoient l'esset des Colonnes
torscs. Cette Salle étoit illuminée , de même
que le reste de la ftiaison , en Pîramides de
lumières dedans l'embrasure de chaque fenêtrer
Outre cela dans les deux fonds , par les
quels cette Salle est contiguê au reste de la
*. , H y Maison,
38o MERCURE DÉ FRANCE.
Maison , & dans lesquels il n'y a point de fé>
Jiêtres , il y avoir fur le mur quatre autres
plus grandes Piramides de lumières > & entre
ces Piramides , fur chaque fond , on voyoit
en haut comme dans un enfoncement un
grand Tableau transparent , sur lequel étoient
peintes des Devises qui convenoient au sujet.
Celui de ces Tableaux qui étoît le premier vû
en entrant , reprefentoic le sujet de la Fête.
Les deux Anges qui servent de Support aux
Armes de France , y étoient représentez en
pied s & au lieu de sòûtenir l'Ecuífon , ils recevoient
des Cieux un Enfant richement ernr
mailloté &accollé de l'Ordre du S. Esprit,
avec cette Inscription : C&lesti tr,unere Ui»
Gallia. La Traduction en Rulìe étoit au bas.
Du côté opposé > sur un Tableau de même
grandeur , étoit représente' un Dauphin au
tour du Sceptre Royal de France , lequel fer
retminoit en Ancre , avec cette Inscription*;
Spet fausta futuri , la Traduction en Ruflè
étoit au bas. Au fond de la Salle il y avoit
«ne grande Table de cent Couverts , dressée
en fer â cheval, & aux deux côtez vers le
bas , deux autres Tables de if. Couverts cha
cune; enfin vers le plus bas de la Table étoir
Choeurs , entre lesquels on passoit fous un
Berceau de vetdure , pour entrer dans la Salle.
Cette entrée étoit gardée par deux grands Gre
nadiers de la Garde de S. M. il y en avoit iSautres
à rentrée de la maison & de mon ap
partement. Entre l'Amphitheatre des Musi
ciens & les Tables il y avoit encorô un fore
grand espace vuide pour la Danse , fans in
commoder le Service des Tables , pour lequeî
il y avoit deux grands Buffets dressez aux deux
cote?
FEVRIER, ma. jSi
çâtez de la Salle. J'avois fait servir sur les
Tables une Collation en Ambigu , laquelle
faifoic un fore bel effet par le grand nombre
de bougies qui étoient fur ces Tables dans
des flambeaux de cristal. Toutes les Piramides
qui étoient aussi de cristal éroient ornées de
fleurs naturelles & artificielles ; toutes les
viandes étóient jonchées de Bouquets de lau
riers naturels . dorez 8r argentez par les extremitez
; j'avois auíïi fait représenter fur cette
Collation , autant que l'on avoit pû , des figu
res de Dauphins & dè Fleurs de-Lys , fur le»
Tourtes , les Pàtez , & dans les Candits.
Il y avoit au haut de la plus grande Piramide
, qui étoit placée au milieu de h plus
frande Table, un groupe de plusieurs figures
e relief, en cire , de près d*un pied de hau
teur , dorées , & les Draperies argentées. La
principale figure étoit debout , & represen
toit la France , ayant le Manteau Royal , 8c la
Couronne de Fiance. Elle tenoit fur fes bras
un Enfant nud , qui representoit le Dauphin.
Au bas étoit un petit Amour , qui mettant les
pieds fur un Carreau semé de Fleurs de-Lys ,
cherchoit à s'élever pour présenter à l'aucuste
Enfant la Couronne du Dauphin , 8t
fc Cordon de l'Ordre dû S. Efprir,. Ce groupe
qui étoit artistement entouré des plus belles
Tleurs naturelles & artificielles , étoit sur
monté d'une Arcade de feuilles de Lauriers ,
dorées 8r argentées. Au haut de cette Arcade
étoit une grande Fleur-de- Lys de Sucre caniîî
transparante > qui à la clarté des lumières paroissoit
d'or. Aux deux côtez , fur les pince»
du Fer à cheval , étoient deux autres figures
de même matière, dorées & argentées de la
»é.me manière j l'une representoit la Paix, 8c
H vj l'awî*
3 8 1 MERCURE DE FRAtíCE;
l'autre l' Abondance, avec léurs attributs, pour
marquerque cette Naissance étoit arrivée dans,
la Paix & l'Abondance. J'avois aussi fait met
tre fur la Tapisserie du fond de la Salle les
Portraits du Roy & de lá Reine. Enfirt
fur le bas de la Nappe du milieu de la grande
Table , on voyoit les Armes du Dauphin ,
peintes en grand. Voilà quelle étoit la disposi
tion de la Salle, dont on ne fit Touverturc
qu'après que toute la Compagnie sc'fû't assem
blée dans mon Appartement.
Les Amiraux & autres Officiers Généraux,
à mesure qu'ils arrivoient par eau dans leurs
Barques, etoient annoncez par les Timballes
& les Trompettes', & étoient reçus , les Gre
nadiers étant fous les armes , & leur Lieute»
nant à leur tête. Lorsque la Compagnie fut
doute aflemblée, & qu'au sortir de mon Ap
partement elle entra dans la Salle où 'les Musi
ciens la reçurent pat un Concert de tous leurs
înstrumens ; elle y fut agréablement surprise
de l'éclat de toutes les lumières & de la belle
■disposition de la Salle , que chacun prit plaisir
de voir plus d'un quart d'heureavant que de sb
mettre à table. Chacun s'étant ensuite placé
suivant son.rang , & les Dames ayant été eon*.
duites par les personnes les plus distinguées ,
le Repas fut accompagné de la- Musique , qui
joiia les plus belles Sonnâtes , & autres Airs
choisis. L'on y but les Santez de Leurs Ma
lestez & de Monseigneur lè Dauphin au son
des Timballes & des Trompettes , & ensuite
toutes les autres Santez , suivant la coutume
du pays, comme celles du haut Ministère,. de
Ï Amirauté, & de la Généralité , des fidèles
Serviteurs , des Absents , &c, J'y fis servît
avec profusion ks meilleurí vins du Rhin , de
Bouc»
FEVRIER. *7%tí. i%$
Bourgogne & de Canarie , faisant donner à
chacun celuy qu'il souhaittoit , & autant qu'il
cn vouloir. Après la Collation le Bal fut ou
vert par M. le General Major Tessin, Envoyé
du Duc de Holstein , qui dansa avec la fille
Je l'Arniral Sivcrs. On dansa non-seulemenc
dans la grande Salle , mais aussi dans les au*
tres Chambres de mon Appartement , & je fis
servir pendant le Bal tous les Rafraîchissemtns
que l'on souhaittoit- J'y avois aufli fait dresser
des tables pour ceux qui vouloient fumer ou
chanter , ou boire de la Ponche, à la manière
Angloife , afin que rien ne manquât dans cette
Fête , qui a dure jusqu'au lendemain huit heu
res du matin , avec une telle satisfaction de
tout le monde , que plusieurs personnes ont
allure qu'il n'y avoic point encore eu jufqu'aîors
à Peterfbourg une Fête plus belle & mieu*
ordonnée.
M. Delijle-, Astronome , de l'Academie
Royale des Sciences de Paris » Lecteur &
Professeur au Collège Royal de France, de
la Société Royale de Londres, & de celle de
Prusse, alla à Peterfbourg il y a quatre ans,
avec la permission du Roy , pour y travailler
avec plusieurs autres Sçavans, à un Observa
toire & à une A cademie des Sciences que le feu-
Czar avoit commencé d'y établi»
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de M. Delisle, écrite de Petersbourg le 3. Janvier 1730.
Le 9 novembre 1730, M. Delijle organisa une messe et un Te Deum en musique dans l'église catholique de Peterjbourg pour célébrer l'accouchement heureux de la Reine et la naissance de Monseigneur le Dauphin. Il invita tous les Français résidant dans la ville ainsi que des personnes de distinction, y compris des officiers généraux, des amiraux, des membres des collèges, des marchands et des académiciens. Le soir même, ces invités se rendirent à la maison de l'Académie, où se trouve l'Observatoire et où réside M. Delijle. La maison, située au milieu de la ville sur l'île de Vasile Ostrou, est composée de deux grands corps de logis avec l'Observatoire au centre. Elle était illuminée par des pyramides de lumières à chaque fenêtre et des terrines pour éclairer la tour de l'Observatoire. Cependant, une grande tempête empêcha l'illumination complète de la tour. Une grande salle, située au même niveau que l'appartement de M. Delijle, était préparée pour la fête. Elle était ornée de tapisseries, de bandes bleues avec des figures, des dauphins et des lys de France. La voûte était soutenue par huit colonnes décorées de branches d'arbres. La salle était illuminée par des pyramides de lumières et des tableaux transparents avec des devises appropriées au sujet de la fête. La salle contenait une grande table de cent couverts en fer à cheval, flanquée de deux autres tables de cinquante couverts chacune. Entre les chœurs de musiciens et les tables, un espace était réservé pour la danse. La collation servie était richement décorée avec des bougies, des pyramides de cristal ornées de fleurs, et des viandes jonchées de bouquets de laurier. Un groupe de figures en cire représentait la France tenant le Dauphin, entouré de symboles de paix et d'abondance. Les invités, annoncés par des timballes et des trompettes, furent reçus par des grenadiers. Après un concert des musiciens, ils prirent place selon leur rang. Le repas fut accompagné de musique, et des santés furent portées au son des timballes et des trompettes. Après la collation, un bal fut ouvert par M. le Général Major Tessin, et dura jusqu'au lendemain matin. La fête fut jugée par plusieurs comme étant la plus belle et la mieux ordonnée jamais vue à Peterjbourg. M. Delijle, astronome de l'Académie Royale des Sciences de Paris, lecteur et professeur au Collège Royal de France, membre de la Société Royale de Londres et de celle de Prusse, se rendit à Peterjbourg il y a quatre ans pour travailler à un observatoire et à une académie des sciences.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1260
p. 386-387
ESPAGNE
Début :
On a apris de Seville, que les Fêtes que le Corps de Ville devoit celebrer pour [...]
Mots clefs :
Course de Taureaux, Fête, Naissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE
Espagne
ON a aprís deSeville , que íes Fêtes qui
le Corps de Ville dévoie célébrer pour
l'heureux Accouchement de la Reine, & la
Naissance de l'Infante Dona Maria Antoinet
te Ferdinante, commencèrent le n- Janvier
au matin , dans la Place de S. François , qu'on
avoit ornée de magnifiques Tapisseries , par la
Course de dix Taureaux qui furent attaquez
par des homme à pied , & par quelques
Cavaliers armez de lances ; les uns & les au
tres s'en acquittèrent avec beaucoup d'adresse;
Vers ies deux heuras aprés Midy , le Roy
& la Re ie , accompagnez du Prince & de la
Princeiï* des Aíturies , des Infants Don Car*
los-, Do i Philippe & Don Louis , & de l'In
fante Dona Marie Thérèse , se rendirent aux
balcons de l'Hôtel de Ville , suivies des OrTíciers
de leurs Maisons , des Dames de la Cour,
& escortées par les Gardes d-u Corps & fa
Compagnie des Hallebardiers de la Garde : les
Regimens des Gardes Espagnoles &Walones
ètoient en haye & fous les armes. Aussi tôt
que Leurs Majestez parurent on commença la
Course des Cannes, huic Quadrilles composées
chacune de quatre Cavalia.s.&r diílíng.uées par
la couleur des habits &par les Devises , étant
entrées dans la Place , se divisèrent en deux
Corps ou Escadrons, dont le premier avoit
four Parrain Don Rodolphe Acquaviva » &
autre le Marquis de Monte-Suertí. Le premier
Parrain étoit suivi de vingt-quatre Laquais
vêtus en Esclaves Negxes , avec des chaînes,
FEVRIER. i7$ o; îtij
des grelots & des menotes dorées , des brode
quins & des turbans. Le second avoit à sa
suite un pareil nombre de Laquais vêtus en
Hussarts , avec des bonnets d'hermine & des
sabres : outre cette fuite chaque Parrain avoit
encore huit Laquais de fa livrée très » bien'
montez , & cette Marche étoit terminée par/
seize chevaux de main des Cavaliers qui cemÎosorent
les Quadrilles , conduits par leurs'
aquais , de différentes livrées , & precedezí
les uns & les autres de Clairons & de Ti'rrw
baies.
Les Parrains ayant donné se lignai, les Qua
drilles coururent les Cannes avec beaucoup
d'agilité & d'adreiTe : ensuite les Cavaliers fi
rent faire l'exercice à leurs chevaux , & I»
Fête fut terminée ce jour-là par une Course
de sept Taureaux.
Le lendemain matin il y eut Une Course
d'onze Taureaux . & l'après-midy te Roy &
la Reine , les Princes & Princesses de la Fa
mille Roïile , étant retournez à l'Hôte! de"
Ville avec la même fuite que le jour précé
dent, Don Niçois de Toledo , Don Simondé
Legorbura , & Don Antoine de Bertendona
, tous trois natifs de Seville, & suivis
chacun de cinquante. Laquais de leur livrée ,
entrèrent dans la Place , où ils attaquèrent
Siuinze Taureaux avec tant de vivacité, que
è Roy voyant le danger où ils s'exposoient ,
leur ordonna de fe retirer ; cette seconde Fête
fut terminée par sept autres Taureaux, que de
jeunes gens du peuple actaquerent à piea.S.M.
a été si satisfaite de l'adrelìè des trois Cava
liers dont on vient de parler , qu'elle les a
fait ses Ecuyers , avec les mêmes appointemens
dont jouissent ceux qui font en charge"
depuis plusieurs années.
ON a aprís deSeville , que íes Fêtes qui
le Corps de Ville dévoie célébrer pour
l'heureux Accouchement de la Reine, & la
Naissance de l'Infante Dona Maria Antoinet
te Ferdinante, commencèrent le n- Janvier
au matin , dans la Place de S. François , qu'on
avoit ornée de magnifiques Tapisseries , par la
Course de dix Taureaux qui furent attaquez
par des homme à pied , & par quelques
Cavaliers armez de lances ; les uns & les au
tres s'en acquittèrent avec beaucoup d'adresse;
Vers ies deux heuras aprés Midy , le Roy
& la Re ie , accompagnez du Prince & de la
Princeiï* des Aíturies , des Infants Don Car*
los-, Do i Philippe & Don Louis , & de l'In
fante Dona Marie Thérèse , se rendirent aux
balcons de l'Hôtel de Ville , suivies des OrTíciers
de leurs Maisons , des Dames de la Cour,
& escortées par les Gardes d-u Corps & fa
Compagnie des Hallebardiers de la Garde : les
Regimens des Gardes Espagnoles &Walones
ètoient en haye & fous les armes. Aussi tôt
que Leurs Majestez parurent on commença la
Course des Cannes, huic Quadrilles composées
chacune de quatre Cavalia.s.&r diílíng.uées par
la couleur des habits &par les Devises , étant
entrées dans la Place , se divisèrent en deux
Corps ou Escadrons, dont le premier avoit
four Parrain Don Rodolphe Acquaviva » &
autre le Marquis de Monte-Suertí. Le premier
Parrain étoit suivi de vingt-quatre Laquais
vêtus en Esclaves Negxes , avec des chaînes,
FEVRIER. i7$ o; îtij
des grelots & des menotes dorées , des brode
quins & des turbans. Le second avoit à sa
suite un pareil nombre de Laquais vêtus en
Hussarts , avec des bonnets d'hermine & des
sabres : outre cette fuite chaque Parrain avoit
encore huit Laquais de fa livrée très » bien'
montez , & cette Marche étoit terminée par/
seize chevaux de main des Cavaliers qui cemÎosorent
les Quadrilles , conduits par leurs'
aquais , de différentes livrées , & precedezí
les uns & les autres de Clairons & de Ti'rrw
baies.
Les Parrains ayant donné se lignai, les Qua
drilles coururent les Cannes avec beaucoup
d'agilité & d'adreiTe : ensuite les Cavaliers fi
rent faire l'exercice à leurs chevaux , & I»
Fête fut terminée ce jour-là par une Course
de sept Taureaux.
Le lendemain matin il y eut Une Course
d'onze Taureaux . & l'après-midy te Roy &
la Reine , les Princes & Princesses de la Fa
mille Roïile , étant retournez à l'Hôte! de"
Ville avec la même fuite que le jour précé
dent, Don Niçois de Toledo , Don Simondé
Legorbura , & Don Antoine de Bertendona
, tous trois natifs de Seville, & suivis
chacun de cinquante. Laquais de leur livrée ,
entrèrent dans la Place , où ils attaquèrent
Siuinze Taureaux avec tant de vivacité, que
è Roy voyant le danger où ils s'exposoient ,
leur ordonna de fe retirer ; cette seconde Fête
fut terminée par sept autres Taureaux, que de
jeunes gens du peuple actaquerent à piea.S.M.
a été si satisfaite de l'adrelìè des trois Cava
liers dont on vient de parler , qu'elle les a
fait ses Ecuyers , avec les mêmes appointemens
dont jouissent ceux qui font en charge"
depuis plusieurs années.
Fermer
Résumé : ESPAGNE
En Espagne, des fêtes ont été organisées à Séville pour célébrer l'accouchement de la Reine et la naissance de l'Infante Dona Maria Antoinette Ferdinande. Les festivités ont débuté le 1er janvier sur la Place de S. François, décorée de tapisseries. La journée a commencé par une course de dix taureaux attaqués par des hommes à pied et des cavaliers armés de lances. L'après-midi, le Roi, la Reine et la famille royale se sont rendus aux balcons de l'Hôtel de Ville, escortés par les Gardes du Corps et la Compagnie des Hallebardiers. La course des cannes a suivi, impliquant huit quadrilles de cavaliers. Chaque quadrille était dirigé par un parrain et suivi de laquais et de chevaux de main. Après les courses des cannes, les cavaliers ont fait exercer leurs chevaux, et la fête s'est terminée par une course de sept taureaux. Le lendemain, une course de onze taureaux a eu lieu le matin, suivie d'une autre course l'après-midi. Trois cavaliers sévillans ont attaqué seize taureaux, impressionnant le Roi qui les a nommés écuyers. La fête s'est conclue par une course de sept taureaux attaqués par des jeunes du peuple.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1261
p. 390-403
DESCRIPTION de la Fête & du Feu d'Artifice tiré sur la Riviere, à Paris, entre le Pont-Neuf & le Pont Royal, au sujet de la Naissance du DAUPHIN, par ordre du Roy d'Espagne, & par les soins de M M. le Marquis de Santa-Cruz & de Barrenechea, Ambassadeurs Extraordinaires & Plenipotentiaires de S. M. Catholique.
Début :
Les préparatifs immenses & la dépense veritablement Royale de cette superbe Fête, [...]
Mots clefs :
Naissance du Dauphin, Fête, Feu d'artifice, Paris, Roi d'Espagne, Spectacle, Jardin, Hôtel de Bouillon, Musique, Ambassadeurs d'Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION de la Fête & du Feu d'Artifice tiré sur la Riviere, à Paris, entre le Pont-Neuf & le Pont Royal, au sujet de la Naissance du DAUPHIN, par ordre du Roy d'Espagne, & par les soins de M M. le Marquis de Santa-Cruz & de Barrenechea, Ambassadeurs Extraordinaires & Plenipotentiaires de S. M. Catholique.
DESCRIPTION de la Fête & du
Fen d'Artifice tiré sur la Rivière , *
Paris , entre If P'ont- Neuf & le Pont
Royal , au sujet de la Naijsance du ■
Dau p h i ri , par ordre du Roy d'Espa- !
gné , & par les foins de MM. le Mar
quis de Sanca-Cruz & de Barrenechea,
^Ambassadeurs Extraordinaires & Plé
nipotentiaires de S. M, Catholique.
LEs préparatifs immenses & la dépense ve-"
ritablement Royale de cette superbe Fête,'
dans l'execution de laquelle on a, pour ainsi
dire, forcé la nature, & surmonté tous les
obstacles de la Saison , méritent bien que le
Mercure de France en parle d'une manière i
en pouvoir donner une idée à ceux qui n'ons
pas été à portée de voir un spectacle auíS
■éclatant , lequel a parfaitement répondu aux
ordres que M M. les Ambassadeurs d'Espagne
avoient reçus du Roy , leur Maître , S. M. O
ayant voulu à l'occasion de cet heureux évé
nement , exprimer avec pompe dans la Capi
tale du Royaume , ses tendres sentimens pour
le Roi , son Neveu , & mêler fa joye avec
celle de toute la France.
On fçait assez Jes marques de joye qu'ont
fait paroître le Roi & la Reine d'Espagne de
l'heureux Accouchement de la Reine ; mais
íjuelques brillantes & générales qu'ayent été
les Fêtes qu'on a données dans leurs Etats l
ÍSCCC
t ù '.-ìjìò LIìjRARY.
A5TCR, LENOX AND
TILOEM FOUMOATlONâ.
FEVRIER. î73«. 391
î
eette occasion , elles n'ont pas encore été pro
portionnées à ce que L. M, C. ont senti dans
le coeur.
M M de Santa- Cruz & de Barrenechea ont
agi avec tant de sagacité , tant de grandeur
cl'ame , de discernement , cie goût , & sur touç
avec tact de zèle pour le service de S. M.
qu'il a résulté de leur application & de l'étenduë
de leurs lumières , une iclatante Fête,
où la grandeur » la variété & la magnificence
ont également régné.
L'Hpcel de Bouillon , situé fur le Quai de*
Theatins , vis-à-vis le Louvre , que léDuode
ce nom â bien voulu prêter . avec la noblesse
& les manières qa j font ordinaires aux person
nes de son rang , a servi de principale Scène.
C'étoit comme le centre de la Fête & du
spectacle , qui fut heureusement favorisé d'une
très- belle nuit.
Le ti. Janvier > à six heures du soir , tou
tes les Illuminations parurent dans l'éclat &
dans le brillant qu'il eít plus aisé de s'i
maginer que de décrire. La Façade de l'Hôtel
de Bouillon présentoit aux yeux sept Porques
de lumières ; on liloit au-dessus de ceìui
du milieu , qui étoit formé par la porte
de L'Hôtel , une Inscription Latine qui man-
Suoit l'union & le bonheur de la France & -
e l'îíspagne. Les ceimres des Portiques étoient
«lecórés alternativement par des Dauphins de
relief entrclaíTés > & par les Chifres du Roi ;
le tòut rehaussé d'or. Le vuide des Portiques
étoit occupé par des Emblèmes peintes en
camayeux , dans des Médaillons ornés de guir
landes. Au premier adroite, la France étòh;
'représentée sous la figure d'une belle femme,
gui montre à, l'Efpagne le Dauphin entre les
sjjî MERCURE DE FRANCE.
hus de Lncint. Çe Vers d'Ovide ctoit au ba<*
"3*1» nostrum curvi porunt Delphine; amorem.
Au deuxième Portique , à gauche , TEspagne
montroit à la France le jeune Dauphin,
armé d'un casque & d'une cuirasse que J'Amour
conduit. , & lui présente. Et ce Vers de
Iroj/erce.
Sed tibi fuífidio Delphinum eurrere vidi.
Les deux Portiques ensuite n'attiroient pas
*.ant les regards ; mais en revanche les go
siers altérés y couroient ayee grand empres
sement s car de deux mûries de Lion dorés ,
couloient deux Fontaines de vin pour lè
peuple.
On voyoit au Médaillon du troisième Poe- ,
tique un Coq , simbole de la France } qui
s'addressoit au Lion , simbole de l'Espagne,
<Bi ce Vers à' Ovide. Met amorphofi
ÌJttnc dtio concordes anima vivemus in uni,
L'amour qui entre dans cet Emblème . Ii«
ensemble le Coq , le Lion & le Dauphin.
Sur le dernier Portique de la gauche , un
Xion paroissoit donner au Coq des assurances
d'une íînceie amitié par ce Vers de Virgile»
f>ispeream fi te fuerit tnihi chariot alttr.
L'Amour au bas avec un Dauphin à ses
pieds, gravoit ces paroies fur le marbre 8c
fur l'airain pour en marquer lá solidité 8c la
jRncerité.
Un entablement formé par des lampions ,
leguoit
'FEVRIER. iys0; -9J
tegnoit sur les Portiques i il étoit surmonté
par une Galerie découverte , dont la Balustra
de étoit formée par des Qirandoles d'une fi
gure agréable; I* Architecture de toute la Fa
çade de l'Hôtel de Bouillon étoit ingénieu
sement dessinée par des Lampions , & enri
chie de Lustres & de Girandoles aux Tru
meaux , dans les Croisées & fur les Comble»,
On voyoit fur la principale porte un Dau
phin de relief ■ en marbre blanc , rthaussc
d'or & couronné > accompagné de Lys , re
présentés en lumière ; à quoi on a pou
voir appliquer ce Vers d'Ovide :
p f*cr* frogcn'tes d'tgna ptrente tuo.
L'interieur de la Cour étoit aussi illumines
non seulement par des Chambranles à toutes
les Croisées julqu'à celles des deux aîles qui
jendent iur le Quay , mais encore jusques fur
le faite du Bâtiment où l'on avoit placé des
Girandoles & des Pots à feu.
D'autres Portiques de lumières décoroienc
encore le pourtour de cette Cour. On lisoit
au-dessus de celui du milieu , où est la Porte
id'Entrée , cette Inscription tirée d'un Vers de
IroÇerce.
luce.ït é» toti fiamm* secund* dôme.
A l'appLomb de cette porte , fur les Corn*
bles , on avoic élevé une Tour lumineuse,
faisant allusion aux Tours de Castille ; elle
étoit acompagnée des,Chiísres & du princi
pal Attribut des Armes de Philippe V.
Toute ì'ordonnance de cette Illumination
* été conduite pai le S. Beauûre , 1e fils *
594 MERCURE DE FRANCE. -.
Architecte de la Ville de Paris, qui en, ~
donné les Dcsstins.
La surface de la Rivière , vis-à-vis l'HôteJ
de Bouillon , offroit un spectacle d'une autrç
espece , dont les yeux étoient également en-
'chantés & éblouis. C'étoit un vaste Jardin >
de l'un â l'autre Rivage du Fleuve , qui â
cet endroit a environ 90- toises de large , sur^
un espace de 70. dans fa loneueur. La si-N
tuation étoit des plus magnifiques & des
plus avantageuses , étant naturellement dé
corée par le Qiiay du Collège des Quatre:
ÎNations d'un côté , par celui des GaUeries dp
Louvre de l'autre , &c aux deux bouts , pat
je Pont-Neuf & par le Pont Royal.
Deux Rochers isolés ou Montagnes escar
pées , Simbole des Monts Pirennées > qui
séparent la France de í'Espagne , formciénc
le principal objet de ce::e pompeuse décor
ration- au milieu de la Rivière. Les deux
Monts étoient joints par leurs Bases fur un
Plan d'environ 140. pieds de íong , fur 60.
de large , & séparés par leur cime de près
de 40. pieds , ayant chacun 9i. pieds d'élé
vation au-deííus de la surface de l'eau 8c
des deux grands Bateaux fur lesquels touc
i'Edihce étoit construit.
On voyoit une agréable variété fur ces
Montagnes. s où la nature étoit imitée avec
beaucoup d'art, dans tout ce qu'elle a d'a
greste & de sauvage. Dans un endroit c'étoient
des crevasses avec des quartiers de Rochers ;
en saillie 5 dans d'autres , des Plantes & des I
Arbustes , des Cascades , des Napes & chu
tes d'eau , imitées par des gases d'argent ,
des Antres , des Cavernes &c. Il y avoir,
couc au pourtour, à fleur d'eau, des Jirenes,
•: 4n
TEVRIER. ryto.
ces Tritons , des Néréides & autres Mons
tres marins.
A une certaine distance , au-dessus & audeilous
des Rochers , en voyoit à fleur d'eau
deux Parceres de lumières qui occupoient
chacun un espace de 18. toises fur i/. donc
Jes bordures etoient ornées alternativemcnc
dlrs & d'Orangers, avec leurs fruits, de
ii. pieds de hauc, chargez de lumières. Le
deflein des Parceres étoic trace? & figuré d'une
mamete variée & agréable par des Terrines,
îe^rs Sa2°n lc dc diveises Cou*
Du milieu de chacun de ces Parteres s'éltì
voient des espèces de Rochers jusqu'à la hau
teur de if. pieds , fur un Plan de J0. pieda
í^'i",? . »V01t,Placé au dessus une Figure
Colossale, bronzée en ronde bosse de 16
pieds de proportion. A l'un c'étoit lê Fleuve*
du Guadalquivir , avec un Lion au bas. On
Jifoit en Lettres d'or, fur l'Urnede ce Fleuve,
ces deux Vers d'Ovide ;
Ho» iOi melior quìsqutm , nec •mmnthr tquì.
Rex fuit aut UU reverentior ulla Dearum.
Et à l'autre Partere c'éroit la Rivière de
Seine avec un Coq. On voyoit fur l'Urne,
d ou 1 eau du Fleuve paroisloit sortir cn gaze
d argent, ces Vers de Tiíulle:
St longé ante alias omnes mitijftmm muter.
Issue Pater , quo non alter amabìlitr.
Aux deux cotez des Parteres & dés deux
rfoncs regnoieht fix Platebandes fur t. lignes
au* a fieiu 4 eau , ornées & décorées fans
I le
MERCURE DE FRANCE.
Je même goûc des Parteres. Les trois de cha
que cócé occupoienc un espace^ de plus decent
pieds de long fur if. de large.
■ Deux Terrasses de charpente , à doubles
Rampes de 10. piés de haut, étoient adoste'es
aux Quais dés deux cotez , oc se terminoienç
en Gradins jusques fur le rivage. Elles regnoient
fur toute la longueur du Jardin, &
occupoienc un terrain de 4oS« piés fur la même
ligne , en y comprenant une fuite de Décora
tions rustiques , qui semblaient servir d'appuy
à ces deux grands Perrons , le tpue étoit garni
d'une si grande quantité de Terrines , que les
yeux en étoient éblouis , & les ténèbres de la
nuit entièrement dissipées. Le mouvement des
lumières , qui en les confondant leur donnoit
encore plus d'éclat , faisoit un tel effet à unecertaine
distance, qu'on croyoit voir des Napcs.
8í des Cascades de feu donc les Spectateu r s.
étoient enchantez.
Entre ces Terrasses lumineuses & le brillant
Jardin , à la hauteur des deux Montagnes , otv
avoic placé deux Bateaux de 70. piés de long ,
£ár M- de large, d'une forme singulière 8e
agréable , ornez de sculpture & dorez. Dtimk
lieu de chacun de ces Bateaux, s'élevoit une
espece de Temple Octogone, couvert enjnaflierede
Baldaquin , soutenu par huit Palmiers
àvec des Quirlandes , des lestons de Fleurs ,
& des Lustres de exista*. Les Bateaux étoient ,
remplis de Musiciens pour les fanfares qu'on
enteodoic alternativement. Les Timbales , les
Trompettes, les Cors de Chasse, les Hautbois^
frappoient agréablement l'oreille.
Surla partie la plus élevée du Temple .placé
j3u côté de l'Hôcd de Bouillon, «nlifoir, ce
Vexs de TìíhUs, [ ,.' ... ... / .. ;-. . i
tl Omnibus
FEVRIER. 1730:
Bmnihus ille die s Çtmpr natal! 1 agatur. , "
Pour Inscription sur l'autre Temple du c$J
*é du Louvre > onlisoit cet autre Vers du mème
toc te.
o quantum fttix , ter que quat erque dits»
Le sommet de ces deux magnifiques G09*1
doles étoit terminé par de gros Fanaux & par
<ies Etandarts , fur lesquels on avoir represen- «
*é des Dauphins & des Amours.
Les quatre coins .de ce vaste , lumineux Sfí
magnifique Jardin, étojent terminez par 4-
brillantcs Tours , couvertes de Lampions ì
plaques de fer-blapc , qui augmentoient cop-
Cderablement l'éclat des lumières , &■ qui per
dant le iour faisoient paroître les Tours comm«
argentées. Elles fembloient s'élever fut q.uat«ji
Terrafles de lumières , ayant 18. piés de diamettre
, fur 70. de haut, en y .comprenant le*
Etendarts aux Armes de France & d'Espagne,
Îu'on y avoit aròorez, à un petit Mât chargé
'un gros Fallot.
C'elt du haut de ces Tours que coinmene*
une partie de l'artisice de ce grand Spectacle ,
après que le signal en eut été donné par une
décharge de Boëces & de Canons , placez fur
le Quay du côré des Thuilleries , 8c après que;
les Princes & Princesses du Sang, les AmbaG»
fadeurs & Minières Etrangers , & les Sei
gneurs & Dames de la Cour , invitez à la Fête,
furent arrivez à l'Hôtel de Bouillon.
On vit partir en même teins de ces Toifr$
les Fusées d'Honneur, & ensuite quantitf
d'autres Auiâces , Soleils fixes & touinans,
'.' I ij Gerbes >
MERCURE t>E FRANCE.
Gerbes, &c. après quoi commença leSpec*
tacle d'un Combat fur la Rivière , dans Jëfc intervales
& les allées du Jardin , de douze
Monstres Marins, tous differens, figurez fur aurantde
Bateaux dé plus de io. píésdelong, d'où
on vie forcir une grande quantité de Serpen
teaux , de Grenades , Balons d'eau , & autres
Artifices qui plongeoientdans laRiviere>& qui
en reíTortoient avec une extrême vitesse , pre
nant différentes formes » comme de Serpens ,
&r.
Pour troisième Acte de cet agréable Spectaclè,
on fit partir i'abord du bas des deux
Montagnes, &r ensuite par gradation, des Sail
lies , des Crevasses , des Cavitez , & enfin
du sommet des deux Monts une très-grande
quantité d'Artifice suivi & diversifie , ce qui
cevoit former comme deux Montagnes de feu
-dont l'action n'etoit interrompue que par des
Volcans clairs & ,brillans , qui fortoient â plu
sieurs reprises de tous côrez & du sommet des
Rochers. Les intervales des differens tems ausvrjuels
les Volcans partoient , écoient remplis
par des Fòugades très- vives par le grand
nombre & par la singularité des Fusées. La
fin fut marquée par plusieurs Girandes.
• Après que les yeux d'un grand nombre, oa
plutôt d'un monde de Spectateurs , eurent ctê
afïez long- tems & allez agréablement occupez
de ce qui se passoit dans l'air , la surface des
eaux attira tous les regards. On la voyoit ptac
inrervales presque entièrement couverte d'arrtifice
-, Dauphins brillans qui s'élevoient &r le
replongeoient, & mille autres Figures animées
& éclatantes , Jets deau , ou plutôt de feu %
& Gerbes flotantes fur des plateaux , qui fà?^
fcient un agréable contraste, par leur état pai»
Ê ETRIER. 1730. 3
sible, avec la vivacité & le bruit éclatant des
autres feux ; enrìn on auroit dit qu'il n'y avoir>
pïus d'antipatie entre le feu & l'eau , & que*
ces deux Elemens si opposez , s'étoient réunis
pour faire un charmant badinage en faveur de
cette superbe Fête.
Après tout l' Artifice* terminé par une secorw
de iàlve de Canon , il devoir sortir une lu
mière éclatante du centre des deux Monta
gnes , pour désigner un Soleil- Levant » de ji»
pieds de diamettre , & rester fixe fur son horiíon,
avec ces mots à'Ovide au tour du Disque i
Ijubil» disjecit. Et en méme-tems s'élever un
Arc-en- Ciel de 40 piés d'ouverture , très-vif
& trés lumineux, avec ses couleurs naturelles,
& la Déesse Iris au -dessus . les deux extremitez
liant les sommets des Montagnes , ce qui
fera plus sensible dans la Planche cy -jointe,
dette Inscription saisok allusion au Traits
d'Alliance conclu depuis peu.
• JEttma fiat CòncorÀi* Rcgum.
Toute l'Ordonnance de ce Spectacle fur Is
Rivière , dont les Ambassadeurs Plénipoten
tiaires d'Espagne ont fourni les pensées , a été
conduire & dessinée par le íìeur Servandoni ,
Florentin , Peintre & Architecte , premier
Peintre de PAcademie Royale de Musique,
très-connu par beaucoup d'autres Décorations
<run excellent gout , qu'il a heureusement
faites , en Italie , en France , & en Angle
terre. Toutes les Illuminations ont été exé
cutées fur ses Desseins , par les sieurs Berthelin
&rÒ'erard, Chandeliers Illuminateurs' or
dinaires des plaisirs du Roy. Quelques Lam
pions à Plaque qu'ils ont nouvellement ima
ginés 1 ontfa.it beaucoup d'effet.
1 iij Nous
4o ó MÊRCURtf DE FRANCE.
Nous n'entreprendrons point de donner une
idée de la vûë admirable que produiíoit la
fpule des Spectateurs de tous états , de tout
âge & de tout sexe, dans des Bateaux fur la
Rîvïere , fur les deux Quais & fur les deux
Ponts , fur les Terrasses . les Balcons & nux
fe'hêtres du Louvre , des Hôtels & des Maisons
des deux cotez ; moins encore du coup d'oeit
magnifique, éclatants? tói;í-à fait fupeibe de
lá Galerie de l'Hòtel de Bouillon , & des Ter-*
rasses en Amphithéâtre qui- s'y joignoient ,
couverts & ornez d'une manière convenable,
oû étoient placei tous les Princes , Princesses,
Seigneurs &c Dames invitez à la Pêtc, tous
en habits neufs magnifiques , qui , à l'envi , se
difputoient la richesse, legout & la magni
ficence , & dont plusieurs , avec tout ce qu'on
p'eUt employer de dorures, de broderies &r de
superbes Etoffes , étoient encore enrichis de
Garnitures ccmplettes de Pierreries.,
Dans la Galerie du grand Appartement de
l'Hòtel de Bouillon , on avoit dressé un Théâ
tre très- bien décoré par le sieur Servandoni ,
& disposé d'une manière convenable aux íìj
ches ofrietnêns de la Galerie, dont les Specta
teurs occupoient les deux tiers. Le Rideau du
Théâtre prefentoit aux yeux un Lion, Ufv
Dauphin & des Amòufs , fur un Globe Ter*
reítre, avec quelques attributs de la Fêcç. On
Hfoit au-dessus: Mrs. Egl.
. Clark T)tum sohles
, Jlspìce vmturo Utantur ut cm nia secU.
C'est dans cette Galerie que toute l'illuslre
Compagnie fe rendit aptes tout í" Artifice, pour
j voir une Pastorale dé la composition de M. de
la
FEVRîER. 1730. 461
/* Serre 3c un Ballet. Toute la Musique est dfc
M. R t bel , le Ris , Compositeur de la Musique
de la Chambre du Roy. La Scène se passoit dans,
íin Paysage au pied des Pirenées. Ce Diver
tissement» généralement goûté , fut exécuté
par l'élite des Acteurs de l'Opera, qui ont été
gratifiez par des Bijoux d'or , d'un prix
considérable , outre leurs habits , qui étoient
-euflì riches que convenables» Le sieur Lavtl
avoit composé le Ballet j il y dansa avec te
sieur Dtngtvìlle & les Dlles Prévost & Salil
chantoient dans la Piece. , les Dlle» utntier ,
Pelifur, Le Maure , &c. & les fieurs Tribut, ,
Vun , &c.
Après ce Spectacle, toute 1" Assemblée" i
composée de tout ce qu'il y à de grand par la
.naissance & par les dignitez dans le Royaume,)
& des Ministres Etrangers > passa dans le grand
8alon de 108. piés de long, fur 4 s. de large
& n. d'élévation dans Oeuvre , construit ex
près dans le Jardin , & élevé jusqu'au plein
sied du Vestibule & des Appartemens bas da
Hôtel de Bouillon.
Cette magnifique Salle, destinée à un superbe
Festin , étoi: percée de sept portes , trcis gran
des & quatre moindres. Huit Cabinets hors
d'oeuvre de n. pieds en quarréj distribuez aux
iquatres Angles , & dans les intervales des co
tez , étoierit destinez pour les Bufets , pendant
le Souper & pendant le Bal. Cette Salle , éclai
rée par un très-grand nombre de Lustres de
cristal & de Girandoles garnies de bougies
étoit décorée & richement ornée par leíieur
Titoísy Sculpteur & Décorateur , qui a trèsbien
réiislî , surtout dans les bas- reliefs do
rez, où l'on voyoit les attributs de différentes
Divinitesj de Bacchus , de l' Abondance, &rc,
I iiij enfin
'49i MERCURE t)E FRANCE;
ènfin on avoit sçû allier la plus grande srîmp*
tuosité â tout ce qui peut procurer Sc inspires
la joyè & la gayeté.
Les illustres Convives priez, se placèrent i
fix tablâsS de cinquante couverts chacune >
fervks à quatre Services , en gras & en maigre,
dans la plus grande magnificence & avec au
tant de délicateflè que d'abondance. Au Des
sert on but l£S Santez Royales au bruit de l'Ar
tillerie. Deux autres tables de ja» couverts
chacune , furent servies en Ambigu dans deux
Appartemens à plein pied du Vestibule.
Après le Festin on remonta dans la Galerie
de la Pastorale , où l'on entendit un charmant
Concert de Voix & d'Inítrumens. On y executa
le cinquième Acte de l'Opera de Phaeton,
après quoi on retourna dans le grand Salon,
qu'on trouva préparé pour le Bal , avec six
rangs de Gradins tout autour, fur lesquels on
ne vit jamais une feule place vuide jusqu'à
sept heures du matin. Il est aisé de comprendre
le charmant effet que dévoient faire à la clarté
vive des lumières , la richesse de la parure âc
, k brillant des Pierreries des Seigneurs & des
Dames de cette auguste Assemblée.
Vers les deux heures après minuit on laisíà
entrer les personnes invitées au Bal par billet,
& peu de temps après tous les Masques qui se
présentèrent, ce qui rendit le Bal très- nom
breux & très-animé jusqu'au grand jour qu'on
se retira plein d'admiration d'une si belle Fête
& charmé des manières nobles , & polies des
en avoient fait les honneurs avec tant de di
gnité. Ces Ministres avoient donné de si bons
ordres , que pendant tout le Bal les Rafraîenissemens
de toutes les espèces qu'on avoic
:FE VRI ER. 1750. 40$
pû ìiîiaginer , dans la plus grande abondance
& la plus grande délicatesse, furent présentez
de tous côcez , enforte qu'on n'avoit pas mê
me le temps de souhaiter , & chose assez rare
dans ces sortes de Fêtes » malgré la foule pro-,
digieule.il n'est pas arrivé le moindre désordre.
Fen d'Artifice tiré sur la Rivière , *
Paris , entre If P'ont- Neuf & le Pont
Royal , au sujet de la Naijsance du ■
Dau p h i ri , par ordre du Roy d'Espa- !
gné , & par les foins de MM. le Mar
quis de Sanca-Cruz & de Barrenechea,
^Ambassadeurs Extraordinaires & Plé
nipotentiaires de S. M, Catholique.
LEs préparatifs immenses & la dépense ve-"
ritablement Royale de cette superbe Fête,'
dans l'execution de laquelle on a, pour ainsi
dire, forcé la nature, & surmonté tous les
obstacles de la Saison , méritent bien que le
Mercure de France en parle d'une manière i
en pouvoir donner une idée à ceux qui n'ons
pas été à portée de voir un spectacle auíS
■éclatant , lequel a parfaitement répondu aux
ordres que M M. les Ambassadeurs d'Espagne
avoient reçus du Roy , leur Maître , S. M. O
ayant voulu à l'occasion de cet heureux évé
nement , exprimer avec pompe dans la Capi
tale du Royaume , ses tendres sentimens pour
le Roi , son Neveu , & mêler fa joye avec
celle de toute la France.
On fçait assez Jes marques de joye qu'ont
fait paroître le Roi & la Reine d'Espagne de
l'heureux Accouchement de la Reine ; mais
íjuelques brillantes & générales qu'ayent été
les Fêtes qu'on a données dans leurs Etats l
ÍSCCC
t ù '.-ìjìò LIìjRARY.
A5TCR, LENOX AND
TILOEM FOUMOATlONâ.
FEVRIER. î73«. 391
î
eette occasion , elles n'ont pas encore été pro
portionnées à ce que L. M, C. ont senti dans
le coeur.
M M de Santa- Cruz & de Barrenechea ont
agi avec tant de sagacité , tant de grandeur
cl'ame , de discernement , cie goût , & sur touç
avec tact de zèle pour le service de S. M.
qu'il a résulté de leur application & de l'étenduë
de leurs lumières , une iclatante Fête,
où la grandeur » la variété & la magnificence
ont également régné.
L'Hpcel de Bouillon , situé fur le Quai de*
Theatins , vis-à-vis le Louvre , que léDuode
ce nom â bien voulu prêter . avec la noblesse
& les manières qa j font ordinaires aux person
nes de son rang , a servi de principale Scène.
C'étoit comme le centre de la Fête & du
spectacle , qui fut heureusement favorisé d'une
très- belle nuit.
Le ti. Janvier > à six heures du soir , tou
tes les Illuminations parurent dans l'éclat &
dans le brillant qu'il eít plus aisé de s'i
maginer que de décrire. La Façade de l'Hôtel
de Bouillon présentoit aux yeux sept Porques
de lumières ; on liloit au-dessus de ceìui
du milieu , qui étoit formé par la porte
de L'Hôtel , une Inscription Latine qui man-
Suoit l'union & le bonheur de la France & -
e l'îíspagne. Les ceimres des Portiques étoient
«lecórés alternativement par des Dauphins de
relief entrclaíTés > & par les Chifres du Roi ;
le tòut rehaussé d'or. Le vuide des Portiques
étoit occupé par des Emblèmes peintes en
camayeux , dans des Médaillons ornés de guir
landes. Au premier adroite, la France étòh;
'représentée sous la figure d'une belle femme,
gui montre à, l'Efpagne le Dauphin entre les
sjjî MERCURE DE FRANCE.
hus de Lncint. Çe Vers d'Ovide ctoit au ba<*
"3*1» nostrum curvi porunt Delphine; amorem.
Au deuxième Portique , à gauche , TEspagne
montroit à la France le jeune Dauphin,
armé d'un casque & d'une cuirasse que J'Amour
conduit. , & lui présente. Et ce Vers de
Iroj/erce.
Sed tibi fuífidio Delphinum eurrere vidi.
Les deux Portiques ensuite n'attiroient pas
*.ant les regards ; mais en revanche les go
siers altérés y couroient ayee grand empres
sement s car de deux mûries de Lion dorés ,
couloient deux Fontaines de vin pour lè
peuple.
On voyoit au Médaillon du troisième Poe- ,
tique un Coq , simbole de la France } qui
s'addressoit au Lion , simbole de l'Espagne,
<Bi ce Vers à' Ovide. Met amorphofi
ÌJttnc dtio concordes anima vivemus in uni,
L'amour qui entre dans cet Emblème . Ii«
ensemble le Coq , le Lion & le Dauphin.
Sur le dernier Portique de la gauche , un
Xion paroissoit donner au Coq des assurances
d'une íînceie amitié par ce Vers de Virgile»
f>ispeream fi te fuerit tnihi chariot alttr.
L'Amour au bas avec un Dauphin à ses
pieds, gravoit ces paroies fur le marbre 8c
fur l'airain pour en marquer lá solidité 8c la
jRncerité.
Un entablement formé par des lampions ,
leguoit
'FEVRIER. iys0; -9J
tegnoit sur les Portiques i il étoit surmonté
par une Galerie découverte , dont la Balustra
de étoit formée par des Qirandoles d'une fi
gure agréable; I* Architecture de toute la Fa
çade de l'Hôtel de Bouillon étoit ingénieu
sement dessinée par des Lampions , & enri
chie de Lustres & de Girandoles aux Tru
meaux , dans les Croisées & fur les Comble»,
On voyoit fur la principale porte un Dau
phin de relief ■ en marbre blanc , rthaussc
d'or & couronné > accompagné de Lys , re
présentés en lumière ; à quoi on a pou
voir appliquer ce Vers d'Ovide :
p f*cr* frogcn'tes d'tgna ptrente tuo.
L'interieur de la Cour étoit aussi illumines
non seulement par des Chambranles à toutes
les Croisées julqu'à celles des deux aîles qui
jendent iur le Quay , mais encore jusques fur
le faite du Bâtiment où l'on avoit placé des
Girandoles & des Pots à feu.
D'autres Portiques de lumières décoroienc
encore le pourtour de cette Cour. On lisoit
au-dessus de celui du milieu , où est la Porte
id'Entrée , cette Inscription tirée d'un Vers de
IroÇerce.
luce.ït é» toti fiamm* secund* dôme.
A l'appLomb de cette porte , fur les Corn*
bles , on avoic élevé une Tour lumineuse,
faisant allusion aux Tours de Castille ; elle
étoit acompagnée des,Chiísres & du princi
pal Attribut des Armes de Philippe V.
Toute ì'ordonnance de cette Illumination
* été conduite pai le S. Beauûre , 1e fils *
594 MERCURE DE FRANCE. -.
Architecte de la Ville de Paris, qui en, ~
donné les Dcsstins.
La surface de la Rivière , vis-à-vis l'HôteJ
de Bouillon , offroit un spectacle d'une autrç
espece , dont les yeux étoient également en-
'chantés & éblouis. C'étoit un vaste Jardin >
de l'un â l'autre Rivage du Fleuve , qui â
cet endroit a environ 90- toises de large , sur^
un espace de 70. dans fa loneueur. La si-N
tuation étoit des plus magnifiques & des
plus avantageuses , étant naturellement dé
corée par le Qiiay du Collège des Quatre:
ÎNations d'un côté , par celui des GaUeries dp
Louvre de l'autre , &c aux deux bouts , pat
je Pont-Neuf & par le Pont Royal.
Deux Rochers isolés ou Montagnes escar
pées , Simbole des Monts Pirennées > qui
séparent la France de í'Espagne , formciénc
le principal objet de ce::e pompeuse décor
ration- au milieu de la Rivière. Les deux
Monts étoient joints par leurs Bases fur un
Plan d'environ 140. pieds de íong , fur 60.
de large , & séparés par leur cime de près
de 40. pieds , ayant chacun 9i. pieds d'élé
vation au-deííus de la surface de l'eau 8c
des deux grands Bateaux fur lesquels touc
i'Edihce étoit construit.
On voyoit une agréable variété fur ces
Montagnes. s où la nature étoit imitée avec
beaucoup d'art, dans tout ce qu'elle a d'a
greste & de sauvage. Dans un endroit c'étoient
des crevasses avec des quartiers de Rochers ;
en saillie 5 dans d'autres , des Plantes & des I
Arbustes , des Cascades , des Napes & chu
tes d'eau , imitées par des gases d'argent ,
des Antres , des Cavernes &c. Il y avoir,
couc au pourtour, à fleur d'eau, des Jirenes,
•: 4n
TEVRIER. ryto.
ces Tritons , des Néréides & autres Mons
tres marins.
A une certaine distance , au-dessus & audeilous
des Rochers , en voyoit à fleur d'eau
deux Parceres de lumières qui occupoient
chacun un espace de 18. toises fur i/. donc
Jes bordures etoient ornées alternativemcnc
dlrs & d'Orangers, avec leurs fruits, de
ii. pieds de hauc, chargez de lumières. Le
deflein des Parceres étoic trace? & figuré d'une
mamete variée & agréable par des Terrines,
îe^rs Sa2°n lc dc diveises Cou*
Du milieu de chacun de ces Parteres s'éltì
voient des espèces de Rochers jusqu'à la hau
teur de if. pieds , fur un Plan de J0. pieda
í^'i",? . »V01t,Placé au dessus une Figure
Colossale, bronzée en ronde bosse de 16
pieds de proportion. A l'un c'étoit lê Fleuve*
du Guadalquivir , avec un Lion au bas. On
Jifoit en Lettres d'or, fur l'Urnede ce Fleuve,
ces deux Vers d'Ovide ;
Ho» iOi melior quìsqutm , nec •mmnthr tquì.
Rex fuit aut UU reverentior ulla Dearum.
Et à l'autre Partere c'éroit la Rivière de
Seine avec un Coq. On voyoit fur l'Urne,
d ou 1 eau du Fleuve paroisloit sortir cn gaze
d argent, ces Vers de Tiíulle:
St longé ante alias omnes mitijftmm muter.
Issue Pater , quo non alter amabìlitr.
Aux deux cotez des Parteres & dés deux
rfoncs regnoieht fix Platebandes fur t. lignes
au* a fieiu 4 eau , ornées & décorées fans
I le
MERCURE DE FRANCE.
Je même goûc des Parteres. Les trois de cha
que cócé occupoienc un espace^ de plus decent
pieds de long fur if. de large.
■ Deux Terrasses de charpente , à doubles
Rampes de 10. piés de haut, étoient adoste'es
aux Quais dés deux cotez , oc se terminoienç
en Gradins jusques fur le rivage. Elles regnoient
fur toute la longueur du Jardin, &
occupoienc un terrain de 4oS« piés fur la même
ligne , en y comprenant une fuite de Décora
tions rustiques , qui semblaient servir d'appuy
à ces deux grands Perrons , le tpue étoit garni
d'une si grande quantité de Terrines , que les
yeux en étoient éblouis , & les ténèbres de la
nuit entièrement dissipées. Le mouvement des
lumières , qui en les confondant leur donnoit
encore plus d'éclat , faisoit un tel effet à unecertaine
distance, qu'on croyoit voir des Napcs.
8í des Cascades de feu donc les Spectateu r s.
étoient enchantez.
Entre ces Terrasses lumineuses & le brillant
Jardin , à la hauteur des deux Montagnes , otv
avoic placé deux Bateaux de 70. piés de long ,
£ár M- de large, d'une forme singulière 8e
agréable , ornez de sculpture & dorez. Dtimk
lieu de chacun de ces Bateaux, s'élevoit une
espece de Temple Octogone, couvert enjnaflierede
Baldaquin , soutenu par huit Palmiers
àvec des Quirlandes , des lestons de Fleurs ,
& des Lustres de exista*. Les Bateaux étoient ,
remplis de Musiciens pour les fanfares qu'on
enteodoic alternativement. Les Timbales , les
Trompettes, les Cors de Chasse, les Hautbois^
frappoient agréablement l'oreille.
Surla partie la plus élevée du Temple .placé
j3u côté de l'Hôcd de Bouillon, «nlifoir, ce
Vexs de TìíhUs, [ ,.' ... ... / .. ;-. . i
tl Omnibus
FEVRIER. 1730:
Bmnihus ille die s Çtmpr natal! 1 agatur. , "
Pour Inscription sur l'autre Temple du c$J
*é du Louvre > onlisoit cet autre Vers du mème
toc te.
o quantum fttix , ter que quat erque dits»
Le sommet de ces deux magnifiques G09*1
doles étoit terminé par de gros Fanaux & par
<ies Etandarts , fur lesquels on avoir represen- «
*é des Dauphins & des Amours.
Les quatre coins .de ce vaste , lumineux Sfí
magnifique Jardin, étojent terminez par 4-
brillantcs Tours , couvertes de Lampions ì
plaques de fer-blapc , qui augmentoient cop-
Cderablement l'éclat des lumières , &■ qui per
dant le iour faisoient paroître les Tours comm«
argentées. Elles fembloient s'élever fut q.uat«ji
Terrafles de lumières , ayant 18. piés de diamettre
, fur 70. de haut, en y .comprenant le*
Etendarts aux Armes de France & d'Espagne,
Îu'on y avoit aròorez, à un petit Mât chargé
'un gros Fallot.
C'elt du haut de ces Tours que coinmene*
une partie de l'artisice de ce grand Spectacle ,
après que le signal en eut été donné par une
décharge de Boëces & de Canons , placez fur
le Quay du côré des Thuilleries , 8c après que;
les Princes & Princesses du Sang, les AmbaG»
fadeurs & Minières Etrangers , & les Sei
gneurs & Dames de la Cour , invitez à la Fête,
furent arrivez à l'Hôtel de Bouillon.
On vit partir en même teins de ces Toifr$
les Fusées d'Honneur, & ensuite quantitf
d'autres Auiâces , Soleils fixes & touinans,
'.' I ij Gerbes >
MERCURE t>E FRANCE.
Gerbes, &c. après quoi commença leSpec*
tacle d'un Combat fur la Rivière , dans Jëfc intervales
& les allées du Jardin , de douze
Monstres Marins, tous differens, figurez fur aurantde
Bateaux dé plus de io. píésdelong, d'où
on vie forcir une grande quantité de Serpen
teaux , de Grenades , Balons d'eau , & autres
Artifices qui plongeoientdans laRiviere>& qui
en reíTortoient avec une extrême vitesse , pre
nant différentes formes » comme de Serpens ,
&r.
Pour troisième Acte de cet agréable Spectaclè,
on fit partir i'abord du bas des deux
Montagnes, &r ensuite par gradation, des Sail
lies , des Crevasses , des Cavitez , & enfin
du sommet des deux Monts une très-grande
quantité d'Artifice suivi & diversifie , ce qui
cevoit former comme deux Montagnes de feu
-dont l'action n'etoit interrompue que par des
Volcans clairs & ,brillans , qui fortoient â plu
sieurs reprises de tous côrez & du sommet des
Rochers. Les intervales des differens tems ausvrjuels
les Volcans partoient , écoient remplis
par des Fòugades très- vives par le grand
nombre & par la singularité des Fusées. La
fin fut marquée par plusieurs Girandes.
• Après que les yeux d'un grand nombre, oa
plutôt d'un monde de Spectateurs , eurent ctê
afïez long- tems & allez agréablement occupez
de ce qui se passoit dans l'air , la surface des
eaux attira tous les regards. On la voyoit ptac
inrervales presque entièrement couverte d'arrtifice
-, Dauphins brillans qui s'élevoient &r le
replongeoient, & mille autres Figures animées
& éclatantes , Jets deau , ou plutôt de feu %
& Gerbes flotantes fur des plateaux , qui fà?^
fcient un agréable contraste, par leur état pai»
Ê ETRIER. 1730. 3
sible, avec la vivacité & le bruit éclatant des
autres feux ; enrìn on auroit dit qu'il n'y avoir>
pïus d'antipatie entre le feu & l'eau , & que*
ces deux Elemens si opposez , s'étoient réunis
pour faire un charmant badinage en faveur de
cette superbe Fête.
Après tout l' Artifice* terminé par une secorw
de iàlve de Canon , il devoir sortir une lu
mière éclatante du centre des deux Monta
gnes , pour désigner un Soleil- Levant » de ji»
pieds de diamettre , & rester fixe fur son horiíon,
avec ces mots à'Ovide au tour du Disque i
Ijubil» disjecit. Et en méme-tems s'élever un
Arc-en- Ciel de 40 piés d'ouverture , très-vif
& trés lumineux, avec ses couleurs naturelles,
& la Déesse Iris au -dessus . les deux extremitez
liant les sommets des Montagnes , ce qui
fera plus sensible dans la Planche cy -jointe,
dette Inscription saisok allusion au Traits
d'Alliance conclu depuis peu.
• JEttma fiat CòncorÀi* Rcgum.
Toute l'Ordonnance de ce Spectacle fur Is
Rivière , dont les Ambassadeurs Plénipoten
tiaires d'Espagne ont fourni les pensées , a été
conduire & dessinée par le íìeur Servandoni ,
Florentin , Peintre & Architecte , premier
Peintre de PAcademie Royale de Musique,
très-connu par beaucoup d'autres Décorations
<run excellent gout , qu'il a heureusement
faites , en Italie , en France , & en Angle
terre. Toutes les Illuminations ont été exé
cutées fur ses Desseins , par les sieurs Berthelin
&rÒ'erard, Chandeliers Illuminateurs' or
dinaires des plaisirs du Roy. Quelques Lam
pions à Plaque qu'ils ont nouvellement ima
ginés 1 ontfa.it beaucoup d'effet.
1 iij Nous
4o ó MÊRCURtf DE FRANCE.
Nous n'entreprendrons point de donner une
idée de la vûë admirable que produiíoit la
fpule des Spectateurs de tous états , de tout
âge & de tout sexe, dans des Bateaux fur la
Rîvïere , fur les deux Quais & fur les deux
Ponts , fur les Terrasses . les Balcons & nux
fe'hêtres du Louvre , des Hôtels & des Maisons
des deux cotez ; moins encore du coup d'oeit
magnifique, éclatants? tói;í-à fait fupeibe de
lá Galerie de l'Hòtel de Bouillon , & des Ter-*
rasses en Amphithéâtre qui- s'y joignoient ,
couverts & ornez d'une manière convenable,
oû étoient placei tous les Princes , Princesses,
Seigneurs &c Dames invitez à la Pêtc, tous
en habits neufs magnifiques , qui , à l'envi , se
difputoient la richesse, legout & la magni
ficence , & dont plusieurs , avec tout ce qu'on
p'eUt employer de dorures, de broderies &r de
superbes Etoffes , étoient encore enrichis de
Garnitures ccmplettes de Pierreries.,
Dans la Galerie du grand Appartement de
l'Hòtel de Bouillon , on avoit dressé un Théâ
tre très- bien décoré par le sieur Servandoni ,
& disposé d'une manière convenable aux íìj
ches ofrietnêns de la Galerie, dont les Specta
teurs occupoient les deux tiers. Le Rideau du
Théâtre prefentoit aux yeux un Lion, Ufv
Dauphin & des Amòufs , fur un Globe Ter*
reítre, avec quelques attributs de la Fêcç. On
Hfoit au-dessus: Mrs. Egl.
. Clark T)tum sohles
, Jlspìce vmturo Utantur ut cm nia secU.
C'est dans cette Galerie que toute l'illuslre
Compagnie fe rendit aptes tout í" Artifice, pour
j voir une Pastorale dé la composition de M. de
la
FEVRîER. 1730. 461
/* Serre 3c un Ballet. Toute la Musique est dfc
M. R t bel , le Ris , Compositeur de la Musique
de la Chambre du Roy. La Scène se passoit dans,
íin Paysage au pied des Pirenées. Ce Diver
tissement» généralement goûté , fut exécuté
par l'élite des Acteurs de l'Opera, qui ont été
gratifiez par des Bijoux d'or , d'un prix
considérable , outre leurs habits , qui étoient
-euflì riches que convenables» Le sieur Lavtl
avoit composé le Ballet j il y dansa avec te
sieur Dtngtvìlle & les Dlles Prévost & Salil
chantoient dans la Piece. , les Dlle» utntier ,
Pelifur, Le Maure , &c. & les fieurs Tribut, ,
Vun , &c.
Après ce Spectacle, toute 1" Assemblée" i
composée de tout ce qu'il y à de grand par la
.naissance & par les dignitez dans le Royaume,)
& des Ministres Etrangers > passa dans le grand
8alon de 108. piés de long, fur 4 s. de large
& n. d'élévation dans Oeuvre , construit ex
près dans le Jardin , & élevé jusqu'au plein
sied du Vestibule & des Appartemens bas da
Hôtel de Bouillon.
Cette magnifique Salle, destinée à un superbe
Festin , étoi: percée de sept portes , trcis gran
des & quatre moindres. Huit Cabinets hors
d'oeuvre de n. pieds en quarréj distribuez aux
iquatres Angles , & dans les intervales des co
tez , étoierit destinez pour les Bufets , pendant
le Souper & pendant le Bal. Cette Salle , éclai
rée par un très-grand nombre de Lustres de
cristal & de Girandoles garnies de bougies
étoit décorée & richement ornée par leíieur
Titoísy Sculpteur & Décorateur , qui a trèsbien
réiislî , surtout dans les bas- reliefs do
rez, où l'on voyoit les attributs de différentes
Divinitesj de Bacchus , de l' Abondance, &rc,
I iiij enfin
'49i MERCURE t)E FRANCE;
ènfin on avoit sçû allier la plus grande srîmp*
tuosité â tout ce qui peut procurer Sc inspires
la joyè & la gayeté.
Les illustres Convives priez, se placèrent i
fix tablâsS de cinquante couverts chacune >
fervks à quatre Services , en gras & en maigre,
dans la plus grande magnificence & avec au
tant de délicateflè que d'abondance. Au Des
sert on but l£S Santez Royales au bruit de l'Ar
tillerie. Deux autres tables de ja» couverts
chacune , furent servies en Ambigu dans deux
Appartemens à plein pied du Vestibule.
Après le Festin on remonta dans la Galerie
de la Pastorale , où l'on entendit un charmant
Concert de Voix & d'Inítrumens. On y executa
le cinquième Acte de l'Opera de Phaeton,
après quoi on retourna dans le grand Salon,
qu'on trouva préparé pour le Bal , avec six
rangs de Gradins tout autour, fur lesquels on
ne vit jamais une feule place vuide jusqu'à
sept heures du matin. Il est aisé de comprendre
le charmant effet que dévoient faire à la clarté
vive des lumières , la richesse de la parure âc
, k brillant des Pierreries des Seigneurs & des
Dames de cette auguste Assemblée.
Vers les deux heures après minuit on laisíà
entrer les personnes invitées au Bal par billet,
& peu de temps après tous les Masques qui se
présentèrent, ce qui rendit le Bal très- nom
breux & très-animé jusqu'au grand jour qu'on
se retira plein d'admiration d'une si belle Fête
& charmé des manières nobles , & polies des
en avoient fait les honneurs avec tant de di
gnité. Ces Ministres avoient donné de si bons
ordres , que pendant tout le Bal les Rafraîenissemens
de toutes les espèces qu'on avoic
:FE VRI ER. 1750. 40$
pû ìiîiaginer , dans la plus grande abondance
& la plus grande délicatesse, furent présentez
de tous côcez , enforte qu'on n'avoit pas mê
me le temps de souhaiter , & chose assez rare
dans ces sortes de Fêtes » malgré la foule pro-,
digieule.il n'est pas arrivé le moindre désordre.
Fermer
Résumé : DESCRIPTION de la Fête & du Feu d'Artifice tiré sur la Riviere, à Paris, entre le Pont-Neuf & le Pont Royal, au sujet de la Naissance du DAUPHIN, par ordre du Roy d'Espagne, & par les soins de M M. le Marquis de Santa-Cruz & de Barrenechea, Ambassadeurs Extraordinaires & Plenipotentiaires de S. M. Catholique.
Une fête somptueuse fut organisée à Paris pour célébrer la naissance du Dauphin d'Espagne. Cette célébration, ordonnée par le roi d'Espagne et orchestrée par les ambassadeurs espagnols, les marquis de Santa-Cruz et de Barrenechea, visait à exprimer la joie et les sentiments affectueux du roi d'Espagne envers son neveu, le roi de France. La fête se déroula sur la rivière entre le Pont Neuf et le Pont Royal, malgré les obstacles saisonniers. Les préparatifs furent immenses et la dépense royale. L'Hôtel de Bouillon, situé sur le quai des Théatins, servit de scène principale. Sa façade était illuminée avec sept portiques de lumières, des inscriptions latines célébrant l'union entre la France et l'Espagne, et des emblèmes peints en camaïeux. La rivière fut transformée en un vaste jardin illuminé, avec des rochers symbolisant les Pyrénées, des cascades d'eau imitées par des jets d'argent, et des figures marines. Deux bateaux ornés de temples octogones et de musiciens naviguaient sur la rivière. Le spectacle inclut un combat de monstres marins, des feux d'artifice formant des montagnes de feu, et des jets d'eau brillants. Le spectacle se conclut par une salve de canon, révélant un soleil levant et un arc-en-ciel avec la déesse Iris, symbolisant l'alliance entre les deux royaumes. L'ensemble de l'organisation fut dirigée par le peintre et architecte florentin Servandoni. Par ailleurs, une autre fête fut organisée dans un grand salon de l'Hôtel de Bouillon, destiné à un festin. Cette salle, percée de sept portes et ornée de huit cabinets pour les buffets, était éclairée par de nombreux lustres et girandoles. Le sculpteur et décorateur Titoisy réalisa des bas-reliefs représentant des divinités comme Bacchus et l'Abondance. Les convives, placés à six tables de cinquante couverts chacune, dégustèrent des mets en abondance et en magnificence. Après le festin, ils assistèrent à un concert exécutant le cinquième acte de l'opéra de Phaëton, suivi d'un bal jusqu'à sept heures du matin. Les rafraîchissements furent servis en abondance et avec délicatesse, sans désordre malgré la foule. Les ministres ayant organisé la fête reçurent des éloges pour leur dignité et leurs bonnes manières.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1261
DESCRIPTION de la Fête & du Feu d'Artifice tiré sur la Riviere, à Paris, entre le Pont-Neuf & le Pont Royal, au sujet de la Naissance du DAUPHIN, par ordre du Roy d'Espagne, & par les soins de M M. le Marquis de Santa-Cruz & de Barrenechea, Ambassadeurs Extraordinaires & Plenipotentiaires de S. M. Catholique.
1262
p. 406-407
« Le 7. de ce mois, M. Destouches, SurIntendant de la Musique du Roi, fit chanter [...] »
Début :
Le 7. de ce mois, M. Destouches, SurIntendant de la Musique du Roi, fit chanter [...]
Mots clefs :
Reine, Opéra, Duchesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 7. de ce mois, M. Destouches, SurIntendant de la Musique du Roi, fit chanter [...] »
7. de ce mois ,. M. Destouches , Sus»
Intendant de la Musique du Roi , fie chan
ter à Marly, devant la Reine, un Concert còm-
£osé du Prologue du Ballet des Elemens , de
1 Fête de Junon dans l' entrée de Vuiìr , 8c
de l'Acte entier de la Vestale. Le Sr Chaste
chanta le Rôle du Destin, Si laDllc Lenner
celui de Venus. Le Sr d'Angerville fit le Rô>e
de Valere , & la Dlle Antier s'attira bien des
applaudi flemens dans les Rôles de 'Junon 8c
à'.Emilie. Ce Concert eut un grand succès a
l*execiKÌon en ayant été parfaite.
Le 8. on chanta le Prologue & le premier
cte à'jimadis de Grèce , qui fut très-goûré.;
a été mis en Musique par M. Destouches-.
Le 13. on continua le même Opéra par le
second & le troisième Acte > & le if . on chanta
les deux derniers Actes. La D le Antier fit le
Rôle de Melijfe , & celui d' Amadis fut chanté
par le Sr Dangerville. La Reine parut trèkcontente
de cet. Opéra & de l*execution.
Le io. là Reine demanda les deux dernier*
Actes de l'Opera de Thésée , qui firent un
extrême plaisir- On l'avoit interrompu depuis
k départ de VerfaillèSi
Le 17. la Cour étant de retour à Versailles?,
la Reine ordonna pour les grands Appartemens
le Prologue & le premier Acte du Bal
let, des Elemens , que S. M. voulut entendre
«rie. seconde foi». Les Acteurs furent les mê
mes,
FEVRIER. 1730. 40s
mes qui avoienc dunté & Marly , à I'cxcepti'on
de la-D"6 Le Maure j qui chanta avec;
succès le Rôle de Venus dans le Prologue» ,
& celui de Junon au premier Acte.
te ï. Fête de la Purification , il y eut un
Concerc spirituel au Château des Thuille-
' ries, qui commença par le Motet Dominus
rtgnuvit. La D')e Petitpas & le S Bun en
chantèrent un autre en duo , de M. Du Bousset
, & la Díle Le Maure chanta seule un
autre Motet du même Auteur. On joua differens
Concerto íùr le Violon & la Plute qui
furent exécutés avec une grande précision.
On finit par le beau Te Deum de M. de h
lande , précédé d'une fimphonie de Violons,.
Hautboi$|, Trompettes- , & Timbales , de la
composition de M. Mouret , qu'on entend tóûjours
avec plaisir. Il y eut une très-nonvbreuse
assemblée , que le Duc de Lorraine
honora de fa présence .-
Le 8. il y eut Concert François qui' a1
continué tous les Mercredis du mois. Oh'
chanta le même jour une Cantatille nouv
velle qui a pour titre Le Rhume , &• la Can
tate de Psyché, chantée par la D"« Petitpas;
La D' Le Maure chanta le rf. une Can»,
tate nouvelle , intitulée VAbsence , qui St.
beaucoup' de plaisir.
Le 8. la Loterie pour le remboursement des
Rentes de l'Hôtel de Ville ûit tirée en prés
sence du Prévôt des Marchands '& des Echavins,
en la. manière accoutumée. Lefonds du
second mois de. cette année s'est trouvé mon
ter à la somme de i3i?.?7r- liv- laquelle a été
distribuée aux Rentiers pour les Lots qui leur
font échus., conformément à. la. Liste gênée
rale qui a été renduë publique.
Le 1.. Fevrier, S A. R. Madame la Duchesse
d'Orléans
, donna
, avec l'agrément
du Roi, la place de sa Dame d'honneur, à
la Duchesse de Nevers; vacante par lamort
de la Duchesse de Sforze,
Intendant de la Musique du Roi , fie chan
ter à Marly, devant la Reine, un Concert còm-
£osé du Prologue du Ballet des Elemens , de
1 Fête de Junon dans l' entrée de Vuiìr , 8c
de l'Acte entier de la Vestale. Le Sr Chaste
chanta le Rôle du Destin, Si laDllc Lenner
celui de Venus. Le Sr d'Angerville fit le Rô>e
de Valere , & la Dlle Antier s'attira bien des
applaudi flemens dans les Rôles de 'Junon 8c
à'.Emilie. Ce Concert eut un grand succès a
l*execiKÌon en ayant été parfaite.
Le 8. on chanta le Prologue & le premier
cte à'jimadis de Grèce , qui fut très-goûré.;
a été mis en Musique par M. Destouches-.
Le 13. on continua le même Opéra par le
second & le troisième Acte > & le if . on chanta
les deux derniers Actes. La D le Antier fit le
Rôle de Melijfe , & celui d' Amadis fut chanté
par le Sr Dangerville. La Reine parut trèkcontente
de cet. Opéra & de l*execution.
Le io. là Reine demanda les deux dernier*
Actes de l'Opera de Thésée , qui firent un
extrême plaisir- On l'avoit interrompu depuis
k départ de VerfaillèSi
Le 17. la Cour étant de retour à Versailles?,
la Reine ordonna pour les grands Appartemens
le Prologue & le premier Acte du Bal
let, des Elemens , que S. M. voulut entendre
«rie. seconde foi». Les Acteurs furent les mê
mes,
FEVRIER. 1730. 40s
mes qui avoienc dunté & Marly , à I'cxcepti'on
de la-D"6 Le Maure j qui chanta avec;
succès le Rôle de Venus dans le Prologue» ,
& celui de Junon au premier Acte.
te ï. Fête de la Purification , il y eut un
Concerc spirituel au Château des Thuille-
' ries, qui commença par le Motet Dominus
rtgnuvit. La D')e Petitpas & le S Bun en
chantèrent un autre en duo , de M. Du Bousset
, & la Díle Le Maure chanta seule un
autre Motet du même Auteur. On joua differens
Concerto íùr le Violon & la Plute qui
furent exécutés avec une grande précision.
On finit par le beau Te Deum de M. de h
lande , précédé d'une fimphonie de Violons,.
Hautboi$|, Trompettes- , & Timbales , de la
composition de M. Mouret , qu'on entend tóûjours
avec plaisir. Il y eut une très-nonvbreuse
assemblée , que le Duc de Lorraine
honora de fa présence .-
Le 8. il y eut Concert François qui' a1
continué tous les Mercredis du mois. Oh'
chanta le même jour une Cantatille nouv
velle qui a pour titre Le Rhume , &• la Can
tate de Psyché, chantée par la D"« Petitpas;
La D' Le Maure chanta le rf. une Can»,
tate nouvelle , intitulée VAbsence , qui St.
beaucoup' de plaisir.
Le 8. la Loterie pour le remboursement des
Rentes de l'Hôtel de Ville ûit tirée en prés
sence du Prévôt des Marchands '& des Echavins,
en la. manière accoutumée. Lefonds du
second mois de. cette année s'est trouvé mon
ter à la somme de i3i?.?7r- liv- laquelle a été
distribuée aux Rentiers pour les Lots qui leur
font échus., conformément à. la. Liste gênée
rale qui a été renduë publique.
Le 1.. Fevrier, S A. R. Madame la Duchesse
d'Orléans
, donna
, avec l'agrément
du Roi, la place de sa Dame d'honneur, à
la Duchesse de Nevers; vacante par lamort
de la Duchesse de Sforze,
Fermer
Résumé : « Le 7. de ce mois, M. Destouches, SurIntendant de la Musique du Roi, fit chanter [...] »
En janvier 1730, plusieurs événements musicaux notables ont eu lieu. Le 7 janvier, M. Destouches a dirigé un concert à Marly devant la Reine, incluant des extraits du Ballet des Éléments et de la Vestale, avec des interprètes tels que le Sr Chaste, la Dlle Lenner, le Sr d'Angerville et la Dlle Antier. Ce concert a été acclamé pour son exécution parfaite. Les 8, 13 et 14 janvier, des extraits de l'opéra *Jumadis de Grèce* de M. Destouches ont été interprétés, avec la Dlle Antier et le Sr d'Angerville dans les rôles principaux. La Reine a exprimé sa satisfaction. Le 10 janvier, la Reine a demandé les deux derniers actes de l'opéra *Thésée*. Le 17 janvier, à Versailles, le Prologue et le premier acte du Ballet des Éléments ont été représentés, avec la Dlle Le Maure remplaçant la Dlle Lenner. Le 2 février, un concert spirituel a eu lieu au Château des Tuileries, incluant des motets, des concertos et le Te Deum de M. de Lully. Le 8 février, un concert français a été donné, avec des interprétations de la Dlle Petitpas et de la Dlle Le Maure. Par ailleurs, le 1er février, la Duchesse d'Orléans a nommé la Duchesse de Nevers Dame d'honneur. Le 8 février, la loterie pour le remboursement des rentes de l'Hôtel de Ville a été tirée, distribuant 131 771 livres aux rentiers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1263
p. 429-436
LETTRE écrite à l'Auteur du Mercure, au sujet de la Réponse à la Question proposée dans le Mercure de Juin, second volume, page 1359. laquelle Réponse est inserée dans le Mercure de Decembre, premier volume, page 2758.
Début :
On lût hier, Monsieur, dans une Compagne où j'étois, la Lettre que [...]
Mots clefs :
Haine, Mari, Femme, Vertueuse, Délicatesse, Coeur, Horreur, Passion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à l'Auteur du Mercure, au sujet de la Réponse à la Question proposée dans le Mercure de Juin, second volume, page 1359. laquelle Réponse est inserée dans le Mercure de Decembre, premier volume, page 2758.
LETTRE écrite à l'Auteur du Mercure
au fujet de la Réponse à la Question
propofée dans le Mercure de Juin , fecond
volume , page 1359. laquelle Ré
ponfe eft inferée dans le Mercure de Decembre
, premier volume , page 2758
IN lût hier , Monfieur , dans und
Compagne où j'étois , la Lettre que
vous avez mife au commencement de
votre Mercure du mois dernier , contenant
la Réponse à la Queftion propolée
dans le fecond volume de Juin ; fçavoir ,
Quelle est la femme la plus malheureuſe , ou
cellequi a un mari qu'elle bait, & dont elle eſt
aimée , ou celle qui a un mari qu'elle aime ,
dont elle est haie. La Compagnie étoit
nombreufe , on lût deux fois de fuite cette
Lettre toute entiere , & enfin il ne fe trouva
perfonne qui ne dît que l'Auteur avoit
rencontré jufte , chacun s'applaudit d'avoir
été de fon fentiment , & on anathéma
tifa d'une voix unanime tous ceux qui feroient
affez témeraires pour foutenir le
contraire. J'éprouvai en cette occaſion ,
comme j'avois fait en bien d'autres , avec
quelle facilité l'efprit François fe rend aux
apparences qui le frappent les premieres ,
A iiij
aycc
430 MERCURE DE FRANCE:
avec quelle impétuofité il s'y livre . Je
rêvois à cela, & jufqu'alors je n'avois rien
dit , tout le monde s'en apperçut à la fois, 2
& furpris de mon filence , on m'en demanda
la caufe . Quoi ! me dit une jeune
Dame qui a beaucoup de vivacité ; vous
balancez à vous déclarer pour nous ! feriez
- vous affez abftrait pour penſer autrement
, & ces raifonnemens ne vous
perfuadent- ils pas ? J'en admire comme
vous la délicateffe , lui répondis - je , mais
vous me permettrez , s'il vous plaît , de
n'en trouver bon rien de plus .
A ces mots je me vis fur les bras douze
ou treize perſonnes , & toutes auffi prevenuës
que je viens de vous le dire . On
m'accabla des repetitions de ce que contenoit
cette Lettre , & on me crut con
vaincu, parce qu'on ne me donnoit pas
le loifir de rien dire ; à la fin il me fut
permis de parler ; & lorfqu'on s'attendoit
à un aveu de ma défaite ; je vois bien ,
dis -je , que je tenterois en vain de vous
diffuader ici. Pour détruire vos préventions
il me faudroit plus que des raiſons ;
mais n'en parlons plus , Mercure vous
en donnera des nouvelles ; je fus pris au
mot & fifflé d'avance : c'eſt à vous , Monfieur
, à voir fi je le mérite , & en ce caslà
je vous crois affez de bonté pour ne
m'expofer point à l'être de nouveau .
Jc
MARS. 1730.
+37
}
Je dis donc que le malheur d'une femme
haïe d'un mari qu'elle aime , eft fans
comparaison plus grand que celui d'une
femme qui haït un mari dont elle eſt
aimée ; & voici en peu de mots ce qui me
le fait dire .
L'amour & la haine font deux extrêmes
auffi oppoſez dans leurs effets que dans
leurs principes ; mais les impreffions de
la premiere de ces paffions font bien plus
fenfibles que celles de la feconde . L'amour
eft enfant de la vertu , du mérite & des
appas ; la haine , fille du vice & des horreurs
celle- cy dans fon origine n'eft que
groffiereté ; l'origine de l'autre est toute
délicateffe ; la haine n'a dans les coeurs que
la place qu'elle y ufurpe , ils femblent
n'être faits que pour aimer ; dès- là une
ame s'abandonne bien plus naturellement
à des tranfpots de joye ou de douleur ,
qui ont pour principe une partie de fon
effence , qu'à des mouvemens dont elle
ne reçoit la caufe que malgré foi ;` delà ,
par une confequence neceffaire , elle goute
des douceurs bien plus grandes , en fatisfaifant
fon amour , que celles qu'elle
trouve , fi l'on peut parler ainfi , à fatisfaire
à fa haine.
Un coeur amoureux n'eft occupé que de
l'objet de fa tendreffe ; & comme l'amour
heureux l'eft infiniment , l'amour malheu
A v reux
432 MERCURE DE FRANCE:
•
reux l'eft fans mefure , formée à des fere
timens auffi vifs qu'ils font purs & nobles ,
une ame tendre & vertueufe goute &
reffent tout avec excès ; cette paffion , dans
un fexe qui en eft le plus fufceptible ,
porte plus loin encore les effets de fa délicateffe.
Un coeur au contraire que la haine tiranniſe
, loin de fe perpetuer l'image de
ce qu'il haft , ne voudroit s'en défaire
que pour ne plus le hair. J'avoue qu'il a
des momens d'horreur , mais cette horreur
groffiere ne fe fait pas fentir fi vivement
que les dépits d'un amour outragé;
a- t'il des intervalles,comme la cauſe de
fon mal lui eft étrangere , il s'en détache
plus facilement fans doute ; & d'ailleurs
dans fes temps les plus fâcheux , dans cette
horreur même , il trouve la funefte confolation
de penſer que bien-tôt peut- être
il les verra finir avec celui qui les caufe.
Quelle difference dans les chagrins amoureux
! ils ont des horreurs , mais d'autantplus
triftes , qu'elles font plus fubtiles &
penetrent plus avant , elles ne peuvent
fair qu'avec leur caufe ; & quand on s'abandonne
aux langueurs de cette paffion ,
on ne fe flatte pas que la caufe en puiffe
ceffer. Point de relâche, point d'efperance;
& quand on efpereroit , il eft conftant
que les feules impatiences feroient plus
fouffrir
MAR S.
433
1730 .
7
fouffrir que tout ce que la haine a de plus
affreux.
De-là je conclus que quand les chagrins
que donne la haine inveterée feroient actuellement
auffi vifs que ceux de l'amour
bleffé , il y auroit toûjours beaucoup de
difference , parce qu'on a la durée & la
continuité. Mais ce n'eft pas affez d'avoir
établi des principes , il faut les accommoder
à l'efpece dont il s'agit dans la
Queſtion propofée . Ce font deux femmes
également vertueuſes , qui éprouvent toutes
les deux les bizarreries d'un hymen
mal afforti . Cette qualité qu'on leur donne
, favorile extrémement ma theſe . La
haine de cette femme vertueufe ne pour
ta avoir pour principe qu'une antipathies
c'eft beaucoup , j'en conviens , mais
combien fon devoir & fa vertu ne lui
fourniront- ils pas de moyens d'en adoucir
les amertumes ? Elle n'aura rien à craindre
des tranfports qui portent aux extrémitez
funeftes ; le crime eft enfant du vice , &
le vice eft incompatible avec la vertu .
déja il faut retrancher, par rapport à elle,
bien des chofes que j'ai attribuées à la
haine , dans ce que j'en viens de dire . Je
veux que les complaifances de fon mari ,
fes empreffemens , fes careffes , lui donnent
quelque chofe de plus que des dégouts;
qu'il lui foit infupportable, elle ne
A vj poussa
434 MERCURE DE FRANCE:
pourra s'empêcher de convenir de l'in
juftice de fa haine , fa vertu lui fera faire
des efforts pour la furmonter , elle n'aura
à travailler que fur elle- même ; & fuppofé
qu'elle ne puiffe s'en rendre la maitreffe
, elle employera tout pour ne pas
penfer à fon mari , lorfqu'il ne lui fera
pas prefent ; & penfez- vous qu'il lui foit
impoffible d'avoir des momens tranquilles
? La focieté de fes amies qu'elle recherchera,
les amuſemens des Dames , tout
confpirera avec fa réfolution à diminuer
Les ennuis.
Je dis plus , enfin je fuppofe qu'elle
ne goûte aucun repos , qu'occupée de fon
deftin , elle s'en faffe une idée affreuſe ,
que fa vertu même & les efforts qu'elle
lui fait faire , lui foient à charge ( ce qui
ne peut être qu'une fuppofition dans l'hipotheſe
qui l'établit vertueufe ) du moins
la mort de fon mari n'aura pour elle rien
d'horrible , & elle pourra fe flatter d'y
voir terminer fes douleurs . Mais une femme
fage & vertueufe qui n'a à fe reprocher
que la haine injufte d'un mari qu'elle
adore , eft bien plus à plaindre ; elle fait
fon devoir en l'aimant , elle fatisfait à fa
vertu en n'aimant que lui , elle aime un
ingrat ; c'eft peu , il la méprife ; fi ce n'étoit
qu'indifference , elle efpereroit , mais
elle s'en flatteroit en yain : ces duretez
COD
MAR S. 17307 435
continuelles , ces infidelitez , ces avances
qui coutent tant au beau fexe , tant do
fois rejettées , ne lui en font que de trop fatales
& de trop certaines preuves. Point
d'apparence qu'elle ait un feul moment
de bien ; fa paffion qui fait une partie d'elle-
même ; la fuit par tout , elle tâcheroit
en vain de l'étouffer , elle veut , elle doit
la conferver. Elle fuit les converfations
à charge aux autres , elle eft infupportable
à foi - même , elle envie le fort de tout
ce qu'elle voit , jaloufe de tout , elle accufe
tout de fon malheur ; voit- elle fon
mari , c'eft alors que toute la cruauté de
fes mépris fe reprefente à fon coeur
elle eft dans une agitation mortelle ; l'amour,
la honte , le defefpoir la bourrellent
: quel état ! helas ! qui le croiroit que
ces momens fuffent les plus beaux de ceux
qu'elle paffe ! Cela n'eft que trop vrai , quel
ques tourmens qu'elle endure à la vûë de
fon mari , elle voudroit toûjours le voir; fi
elle ne le voit pas, mille reflexions affreuſes
lui donnent mille morts ; ingenieule à ſe
tourmenter, elle invente tous les jours quel
que fecret nouveau ; fes charmes diminuent
à mesure que le nombre augmente de fes
années , quel torrent de douleur ne puiſet'elle
pas dans cette cruelle penſée ? Si for
mari la detefte jeune , belle & vertueuſe
l'aimera -t'il dénuée d'attraits & avancée
CD
436 MERCURE DE FRANCE.
1
age ? Et puis quand il pourroit l'aimer
alors , comment accommoder cela avec
fa délicateffe ? que n'auroit- elle point à
fouffrir de fa fierté ! mais que deviendrat'elle
fi elle s'avife de fouiller dans l'avenir
? Elle croit découvrir dans chaque
inftant l'inftant fatal qui doit lui arracher
le cher objet de fes amours . Ici je laiſſe
à ceux qui aiment , le foin de fupléer à mes
expreffions ; tandis que les momens lui
paroiffent des ficcles , les années lui pa-
" roiffent des momens . Ses allarmes croiffent
tous les jours , elle n'y apperçoit
point de remede , elle ne ceffera d'être la
plus infortunée de toutes les femmes qu'ent
ceffant d'aimer , & elle ne ceffera d'aimer
qu'en ceffant de vivre. Telles font les re .
Alexions dont fon imagination bleffée fe
repaît ; Eft il un état qui approche de la
cruauté de celui-là ? Si on me prouve qu'il
puiffe y avoir une femme plus malheureufe
que celle qui eft haïe d'un mari qu'elle
aime , je confens volontiers que ce foit
celle qui eft aimée d'un mari qu'elle haït .
Il me feroit ailé de réfuter pied à pied tour
ce qu'on avance pour foutenir le fentiment
contraire , mais je ferois trop long ,
& d'ailleurs il eft bon de laiffer quelque
chofe à faire au difcernement des Lecteurs.
Je fuis , &c.
De Paris , ce 14. Janvier 1730.
au fujet de la Réponse à la Question
propofée dans le Mercure de Juin , fecond
volume , page 1359. laquelle Ré
ponfe eft inferée dans le Mercure de Decembre
, premier volume , page 2758
IN lût hier , Monfieur , dans und
Compagne où j'étois , la Lettre que
vous avez mife au commencement de
votre Mercure du mois dernier , contenant
la Réponse à la Queftion propolée
dans le fecond volume de Juin ; fçavoir ,
Quelle est la femme la plus malheureuſe , ou
cellequi a un mari qu'elle bait, & dont elle eſt
aimée , ou celle qui a un mari qu'elle aime ,
dont elle est haie. La Compagnie étoit
nombreufe , on lût deux fois de fuite cette
Lettre toute entiere , & enfin il ne fe trouva
perfonne qui ne dît que l'Auteur avoit
rencontré jufte , chacun s'applaudit d'avoir
été de fon fentiment , & on anathéma
tifa d'une voix unanime tous ceux qui feroient
affez témeraires pour foutenir le
contraire. J'éprouvai en cette occaſion ,
comme j'avois fait en bien d'autres , avec
quelle facilité l'efprit François fe rend aux
apparences qui le frappent les premieres ,
A iiij
aycc
430 MERCURE DE FRANCE:
avec quelle impétuofité il s'y livre . Je
rêvois à cela, & jufqu'alors je n'avois rien
dit , tout le monde s'en apperçut à la fois, 2
& furpris de mon filence , on m'en demanda
la caufe . Quoi ! me dit une jeune
Dame qui a beaucoup de vivacité ; vous
balancez à vous déclarer pour nous ! feriez
- vous affez abftrait pour penſer autrement
, & ces raifonnemens ne vous
perfuadent- ils pas ? J'en admire comme
vous la délicateffe , lui répondis - je , mais
vous me permettrez , s'il vous plaît , de
n'en trouver bon rien de plus .
A ces mots je me vis fur les bras douze
ou treize perſonnes , & toutes auffi prevenuës
que je viens de vous le dire . On
m'accabla des repetitions de ce que contenoit
cette Lettre , & on me crut con
vaincu, parce qu'on ne me donnoit pas
le loifir de rien dire ; à la fin il me fut
permis de parler ; & lorfqu'on s'attendoit
à un aveu de ma défaite ; je vois bien ,
dis -je , que je tenterois en vain de vous
diffuader ici. Pour détruire vos préventions
il me faudroit plus que des raiſons ;
mais n'en parlons plus , Mercure vous
en donnera des nouvelles ; je fus pris au
mot & fifflé d'avance : c'eſt à vous , Monfieur
, à voir fi je le mérite , & en ce caslà
je vous crois affez de bonté pour ne
m'expofer point à l'être de nouveau .
Jc
MARS. 1730.
+37
}
Je dis donc que le malheur d'une femme
haïe d'un mari qu'elle aime , eft fans
comparaison plus grand que celui d'une
femme qui haït un mari dont elle eſt
aimée ; & voici en peu de mots ce qui me
le fait dire .
L'amour & la haine font deux extrêmes
auffi oppoſez dans leurs effets que dans
leurs principes ; mais les impreffions de
la premiere de ces paffions font bien plus
fenfibles que celles de la feconde . L'amour
eft enfant de la vertu , du mérite & des
appas ; la haine , fille du vice & des horreurs
celle- cy dans fon origine n'eft que
groffiereté ; l'origine de l'autre est toute
délicateffe ; la haine n'a dans les coeurs que
la place qu'elle y ufurpe , ils femblent
n'être faits que pour aimer ; dès- là une
ame s'abandonne bien plus naturellement
à des tranfpots de joye ou de douleur ,
qui ont pour principe une partie de fon
effence , qu'à des mouvemens dont elle
ne reçoit la caufe que malgré foi ;` delà ,
par une confequence neceffaire , elle goute
des douceurs bien plus grandes , en fatisfaifant
fon amour , que celles qu'elle
trouve , fi l'on peut parler ainfi , à fatisfaire
à fa haine.
Un coeur amoureux n'eft occupé que de
l'objet de fa tendreffe ; & comme l'amour
heureux l'eft infiniment , l'amour malheu
A v reux
432 MERCURE DE FRANCE:
•
reux l'eft fans mefure , formée à des fere
timens auffi vifs qu'ils font purs & nobles ,
une ame tendre & vertueufe goute &
reffent tout avec excès ; cette paffion , dans
un fexe qui en eft le plus fufceptible ,
porte plus loin encore les effets de fa délicateffe.
Un coeur au contraire que la haine tiranniſe
, loin de fe perpetuer l'image de
ce qu'il haft , ne voudroit s'en défaire
que pour ne plus le hair. J'avoue qu'il a
des momens d'horreur , mais cette horreur
groffiere ne fe fait pas fentir fi vivement
que les dépits d'un amour outragé;
a- t'il des intervalles,comme la cauſe de
fon mal lui eft étrangere , il s'en détache
plus facilement fans doute ; & d'ailleurs
dans fes temps les plus fâcheux , dans cette
horreur même , il trouve la funefte confolation
de penſer que bien-tôt peut- être
il les verra finir avec celui qui les caufe.
Quelle difference dans les chagrins amoureux
! ils ont des horreurs , mais d'autantplus
triftes , qu'elles font plus fubtiles &
penetrent plus avant , elles ne peuvent
fair qu'avec leur caufe ; & quand on s'abandonne
aux langueurs de cette paffion ,
on ne fe flatte pas que la caufe en puiffe
ceffer. Point de relâche, point d'efperance;
& quand on efpereroit , il eft conftant
que les feules impatiences feroient plus
fouffrir
MAR S.
433
1730 .
7
fouffrir que tout ce que la haine a de plus
affreux.
De-là je conclus que quand les chagrins
que donne la haine inveterée feroient actuellement
auffi vifs que ceux de l'amour
bleffé , il y auroit toûjours beaucoup de
difference , parce qu'on a la durée & la
continuité. Mais ce n'eft pas affez d'avoir
établi des principes , il faut les accommoder
à l'efpece dont il s'agit dans la
Queſtion propofée . Ce font deux femmes
également vertueuſes , qui éprouvent toutes
les deux les bizarreries d'un hymen
mal afforti . Cette qualité qu'on leur donne
, favorile extrémement ma theſe . La
haine de cette femme vertueufe ne pour
ta avoir pour principe qu'une antipathies
c'eft beaucoup , j'en conviens , mais
combien fon devoir & fa vertu ne lui
fourniront- ils pas de moyens d'en adoucir
les amertumes ? Elle n'aura rien à craindre
des tranfports qui portent aux extrémitez
funeftes ; le crime eft enfant du vice , &
le vice eft incompatible avec la vertu .
déja il faut retrancher, par rapport à elle,
bien des chofes que j'ai attribuées à la
haine , dans ce que j'en viens de dire . Je
veux que les complaifances de fon mari ,
fes empreffemens , fes careffes , lui donnent
quelque chofe de plus que des dégouts;
qu'il lui foit infupportable, elle ne
A vj poussa
434 MERCURE DE FRANCE:
pourra s'empêcher de convenir de l'in
juftice de fa haine , fa vertu lui fera faire
des efforts pour la furmonter , elle n'aura
à travailler que fur elle- même ; & fuppofé
qu'elle ne puiffe s'en rendre la maitreffe
, elle employera tout pour ne pas
penfer à fon mari , lorfqu'il ne lui fera
pas prefent ; & penfez- vous qu'il lui foit
impoffible d'avoir des momens tranquilles
? La focieté de fes amies qu'elle recherchera,
les amuſemens des Dames , tout
confpirera avec fa réfolution à diminuer
Les ennuis.
Je dis plus , enfin je fuppofe qu'elle
ne goûte aucun repos , qu'occupée de fon
deftin , elle s'en faffe une idée affreuſe ,
que fa vertu même & les efforts qu'elle
lui fait faire , lui foient à charge ( ce qui
ne peut être qu'une fuppofition dans l'hipotheſe
qui l'établit vertueufe ) du moins
la mort de fon mari n'aura pour elle rien
d'horrible , & elle pourra fe flatter d'y
voir terminer fes douleurs . Mais une femme
fage & vertueufe qui n'a à fe reprocher
que la haine injufte d'un mari qu'elle
adore , eft bien plus à plaindre ; elle fait
fon devoir en l'aimant , elle fatisfait à fa
vertu en n'aimant que lui , elle aime un
ingrat ; c'eft peu , il la méprife ; fi ce n'étoit
qu'indifference , elle efpereroit , mais
elle s'en flatteroit en yain : ces duretez
COD
MAR S. 17307 435
continuelles , ces infidelitez , ces avances
qui coutent tant au beau fexe , tant do
fois rejettées , ne lui en font que de trop fatales
& de trop certaines preuves. Point
d'apparence qu'elle ait un feul moment
de bien ; fa paffion qui fait une partie d'elle-
même ; la fuit par tout , elle tâcheroit
en vain de l'étouffer , elle veut , elle doit
la conferver. Elle fuit les converfations
à charge aux autres , elle eft infupportable
à foi - même , elle envie le fort de tout
ce qu'elle voit , jaloufe de tout , elle accufe
tout de fon malheur ; voit- elle fon
mari , c'eft alors que toute la cruauté de
fes mépris fe reprefente à fon coeur
elle eft dans une agitation mortelle ; l'amour,
la honte , le defefpoir la bourrellent
: quel état ! helas ! qui le croiroit que
ces momens fuffent les plus beaux de ceux
qu'elle paffe ! Cela n'eft que trop vrai , quel
ques tourmens qu'elle endure à la vûë de
fon mari , elle voudroit toûjours le voir; fi
elle ne le voit pas, mille reflexions affreuſes
lui donnent mille morts ; ingenieule à ſe
tourmenter, elle invente tous les jours quel
que fecret nouveau ; fes charmes diminuent
à mesure que le nombre augmente de fes
années , quel torrent de douleur ne puiſet'elle
pas dans cette cruelle penſée ? Si for
mari la detefte jeune , belle & vertueuſe
l'aimera -t'il dénuée d'attraits & avancée
CD
436 MERCURE DE FRANCE.
1
age ? Et puis quand il pourroit l'aimer
alors , comment accommoder cela avec
fa délicateffe ? que n'auroit- elle point à
fouffrir de fa fierté ! mais que deviendrat'elle
fi elle s'avife de fouiller dans l'avenir
? Elle croit découvrir dans chaque
inftant l'inftant fatal qui doit lui arracher
le cher objet de fes amours . Ici je laiſſe
à ceux qui aiment , le foin de fupléer à mes
expreffions ; tandis que les momens lui
paroiffent des ficcles , les années lui pa-
" roiffent des momens . Ses allarmes croiffent
tous les jours , elle n'y apperçoit
point de remede , elle ne ceffera d'être la
plus infortunée de toutes les femmes qu'ent
ceffant d'aimer , & elle ne ceffera d'aimer
qu'en ceffant de vivre. Telles font les re .
Alexions dont fon imagination bleffée fe
repaît ; Eft il un état qui approche de la
cruauté de celui-là ? Si on me prouve qu'il
puiffe y avoir une femme plus malheureufe
que celle qui eft haïe d'un mari qu'elle
aime , je confens volontiers que ce foit
celle qui eft aimée d'un mari qu'elle haït .
Il me feroit ailé de réfuter pied à pied tour
ce qu'on avance pour foutenir le fentiment
contraire , mais je ferois trop long ,
& d'ailleurs il eft bon de laiffer quelque
chofe à faire au difcernement des Lecteurs.
Je fuis , &c.
De Paris , ce 14. Janvier 1730.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite à l'Auteur du Mercure, au sujet de la Réponse à la Question proposée dans le Mercure de Juin, second volume, page 1359. laquelle Réponse est inserée dans le Mercure de Decembre, premier volume, page 2758.
La lettre aborde une question posée dans le Mercure de Juin : 'Quelle est la femme la plus malheureuse, ou celle qui a un mari qu'elle hait et dont elle est aimée, ou celle qui a un mari qu'elle aime et dont elle est haïe ?' La réponse publiée dans le Mercure de Décembre conclut que la femme la plus malheureuse est celle qui aime un mari qui la hait. L'auteur de la lettre, ayant lu cette réponse en compagnie, observe que tout le monde approuve cette réponse. Interrogé sur son avis, il choisit d'abord de ne pas s'exprimer immédiatement, mais finit par déclarer que le malheur de la femme aimant un mari qui la hait est effectivement plus grand. Il explique que l'amour, étant une passion plus délicate et naturelle, cause des souffrances plus intenses et continues que la haine. Une femme vertueuse haïssant son mari peut trouver des moyens d'adoucir son malheur grâce à sa vertu, tandis qu'une femme aimant un mari ingrat souffre constamment, sans espoir de rédemption. La lettre se conclut par une réflexion sur l'état désespéré de cette dernière, dont les tourments sont incessants et sans remède apparent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1264
p. 439-446
REPONSE d'un Chanoine d' A*** à la demande proposée par un Chanoine de Beauvais sur Saint Oudard.
Début :
Le nom d'Oudard, Monsieur, sur lequel on écrit de Beauvais la Lettre [...]
Mots clefs :
Saint-Oudard, Saint, Évêque, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE d'un Chanoine d' A*** à la demande proposée par un Chanoine de Beauvais sur Saint Oudard.
REPONSE d'un Chanoine d'A***
à la demande proposée par un Cha
noine de Beauvais fur Saint Oudard.
Lenom ifutle
E nom d'Oudard , Monfieur , fur le
tre qui a été rendue publique dans le fe
cond Volume du Mercure de Decembre
dernier
440 MERCURE DE FRANCE
3
dernier , n'eft point à ce qu'il me parole
une chofe fort difficile à éclaircir . Il
n'eft pas neceffaire d'aller chercher le
fondement où l'origine de ce nom dans
le Pays de Liege , ni dans le Languedoc ,
ce n'eft ni S. Theodart , Evêque de Maftrech
, mort au 7. fiecle , & qui eft nommé
vulgairement S. Dodard , ni le faing
Evêque de Narbonne du même nom ,
mort au 9. qui ont fait naître le nom
fur lequel il paroît qu'on eft en peine.
Ce dernier eft celébre fur tout à Mon
tauban où il déceda. On prononce for
nom en deux fyllabes , & on dit S. Tho
dard , que quelques- uns écrivent mal
Saint Audard. Certe derniere maniere
d'écrire le nom du faint Evêque de Narbonne
, pourroit faire croire que celui
d'Oudard en auroit été formé ; mais
quoiqu'on ait des exemples de noms dont
les peuples ont limé les premieres lettres
& même dans des noms commençans
comme celui de Theodard , je fuis pers
fuadé qu'Oudard ne vient point de Theodard
, inais d'Odon , que c'en eft un derivé
, une espece d'allongement ou d'extenfion
affez femblable à celle des diminutifs
fi ufitez en Italie. La preuve que
je veux en rapporter à la fatisfaction de
M. le Feron , Chanoine de Beauvais ,
fera affez fimple ; je la tire d'un Hiftorien
MARS. 1730 441
rien de Tournay , nommé Heriman , qui
écrivoit au 12. fiecle. Cet Auteur parlant
du celebre Odon , Evêque de Cambray
, mort en l'an 1113. dit que lorfqu'il
étoit encore jeune Profeffeur de Dialectique
dans le Clergé de Tournay , i
compofa quelques Ouvrages , dans lefquels
il ne fe nommoit point Odon ,
quoique ce fut fon veritable nom
mais Odoard ou Odard , fuivant que
tout le monde l'appelloit. Non fe Odonem
, fed ficut tunc ab omnibus vocaba
tur , nominabat Odardum. T. 12. Spicil
p. 361. Ce trait d'Hiftoire nous apprend
qu'il étoit dès-lors de l'ufage vulgaire
de transformer le nom d'Odon , en ce
lui d'Odoard ou Odard . Ce fameux Odon
natif d'Orleans , premierement Profei
feur ou Maître à Toul en Lorraine , &
delà à Tournay , ne dédaigna point de
fe conformer au nom que le peuple lui
avoit donné ; il le conferva fi bien
que Heriman , fon Hiſtorien , l'appelle
prefqu'auffi fouvent Magifter Odardus
que Domnus Odo . Au fond cependant ,
c'étoit un nom qui n'étoit pas rare alors,
& fi cet Ecolâtre de Tournay , depuis
fait Evêque de Cambray , avoit un patron
à honorer dans le nom qu'il por
toit , il pouvoit s'acquitter de ce devoir
envers S. Odon , Abbé de Cluni , mort
plus
442 MERCURE DE FRANCE.
paplus
de cent foixante ans auparavant ,
& qu'on honoroit comme Saint depuis
fort long- tems. C'eft pourquoi , fi M. le
Feron ne juge pas à propos de regarder
le Venerable Odon de Cambray comme
Saint , il peut fe donner la peine de jetter
la vûë fur le jour dont il a datté la
Lettre qu'il vous a écrite ; c'eſt le 18 .
Novembre , propre jour du decès & de
la Fête du grand Saint Odon , Abbé de
Cluny. Voilà , felon moi , fon faint
tron primitif & principal , parceque c'eft
le premier Saint connu du nom d'Odon,
duquel celui d'Odoard n'eft qu'une fimple
modification. C'eft un Saint que tous
ceux qui le mêlent de Plain - chant ou
de Mufique ne devroient pas balancer de
prendre pour leur patron , au lieu d'une
fainte Cecile de quatre jours après , laquelle
ne fut jamais Muficienne , & qui
felon même les Actes qu'on en produit,
avoit une espece d'averfion , ou au moins
une grande indifference pour la Mufique
& les Muficiens , au lieu que S. Odon
étoit veritablement Muficien , grand connoiffeur
en Chant , Infignis Muficus ,
dont on a des Pieces de chant & des Traités
fur le chant. Je n'exclus pas , au refte ,
du Catalogue des Bienheureux l'illuftre
Odon ou Odoard de Cambray , que Molanus
, Docteur de Louvain , a mis dans
lc
·
MARS. 1730 443
le rang des Saints des Pays-Bas ( a ) &
le Pere Mabillon après lui ( b ) difant
qu'on le croit Saint à Cambray ; ce qui
a été fuivi par M. Chaſtelain , Chanoine
de Notre- Dame de Paris qui l'a placé
au 19. Juin dans fon Martyrologe univerfel.
Ceux qui auront la dévotion de
l'invoquer comme Saint , fçauront donc
que fon decès arriva le 19. Juin 113 .
dans l'Abbaye d'Anfchin , proche Douay,
au Diocéſe d'Arras , qu'il y fut inhumé,
& qu'il y repofe encore. Ordinairement
les Chroniques font un peu feches &
arides ; mais celle du Moine Heriman ne
paroît pas avoir ce deffaut . Permettez que
je vous invite à y lire l'Hiftoire de la converfion
de ce celebre perfonnage , Odon , ou
Odoard d'Orleans ; vous y verrez avec
plaifir qu'elle fut operée à l'occafion d'un
Manufcrit des Traités de S. Auguftin
de libero arbitrio , qu'un de fes Ecoliers
avoit apporté en Claffe , qu'il acheta
par pure curiofité , qu'il ouvrit par hazard
au bout d'un certain tems , voulant
faire une explication du quatriéme Livre
de Boece ; qu'en ayant lû deux ou
trois pages , l'éloquence du Saint Docteur
le charma & lui infpira le dégoût
( a ) Natal, Belg
(b ) Annal. Bened. F. S : P• 486,
de
444 MERCURE DE FRANCE.
"
du fiecle, auquel il renonça fi efficacement
qu'il devint le premier Abbé de l'Eglife
de Saint Martin de Tournay dont il avoit
été le reftaurateur. Si Meffieurs Hennequin
viennent de Flandres , ils peuvent
aifément en avoir apporté le nom d'Odoard.
J'ai trouvé le nom d'Odard Hennequin
dans mes collections parmi les
Archidiacres de Puifaye en l'Eglife d'Auxerre.
Jean Baillet , Evêque , decedé en
1513. reçut fon ferment de fidelité ; un
Acte relatif à cette Cerémonie l'appelle
Odardus. Il porte auffi le même nom à
la tête du grand Recueil de Statuts fynodaux
du Diocèle de Troyes qu'il fit
imprimer en 1530. à Troyes , en étant
devenu Evêque après l'avoir été de Senlis.
Et peut être eft- ce par le moyen de
ce perfonnage que le nom d'Oudard a
penetré jufques dans ces pays- ci où quelques
perfonnes le portent encore. ( a )
Ce n'eft pas le feul exemple qu'on a de
noms dont la terminaiſon eft plus ou
moins étendue fuivant la bizarrerie de
l'ufage . On voit à Autun une Eglife ,
& les Reliques d'un faint Evêque de Bâle
& d'Augt , qui eft appellé dans plufieurs
titres Racho , & dans d'autres Rachnasharius
ou Ragnacharius . S. Ouën de
>
( a) à Stignelay bei
Roüen
MARS. 1730. 445
Rouen a été appellé dès fon vivant Dado
& Audoënus . S. Faron de Meaux
Fare & Burgundofaro . Remi d'Auxerre a
été dit tantôt Raimo , & tantôt Remigius.
Ainfi il ne doit pas paroître étonnant
qu'un même perfonnage ait été appellé
par les uns Odo , & par les autres Odoardus.
Peut -être que le Bienheureux Odon
de Cambray étoit de petite ftature ; ce
qui lui auroit fait donner ce nom d'Ou̟-
dard par maniere de diminutif , comme
on dit à Rome S. Carlin , pour fignifier
S. Charles le petit , S. Paulin
pour le petit Saint Paul , S. Antonin
pour le petit S. Antoine , S. Cyprianin ,
pour le petit S. Cyprien , & S. Ambrofin
, pour dire le petit S. Ambroife.
Après tout , quand même ce ne feroit
pas le nom de S. Odon qu'on dut envifager
comme voilé , & caché fous celui
d'Odoard , il n'y auroit pas de difficulté
d'accorder que ceux qui portent
le nom d'Odoard ou bien d'Oudard
n'ont point encore de Saint canonifé pour
patron , & cela ne leur feroit pas fingu
lier. Celui de Ferric que tant d'hommes
illuftres portoient il y a deux & trois
cens ans , fur quel Saint étoit - il fondé
J'en dis de même de ceux de Triftan ,
d'Almaric , Petrarque , Palamedes , Hector
, & même de celui d'Armand . J'ai
?
prouvé
446 MERCURE DE FRANCE:
prouvé il y a quelques années que le nom
latin Armandus , fi on veut le faire venir
de quelque Saint , n'eft autre que
celui de Hartmannus , defiguré par un
Latiniſme venu après coup . ( a ) J'ignorois
alors qu'il y eut en France une Eglife
dediée fous l'invocation de ce Saint.
Mais quoiqu'on affure que le fait foit
réel , cela ne détruit point ma penſée.
J'ai appris que c'eft l'Eglife des Capucins
de Tarafcon en Provence . On y lit ,
à la verité , fur une pierre au dehors
qu'elle eft dediée fub invocatione S. Armandi
; ce fut le Cardinal de Richelieu
qui étant relevé d'une groffe maladie
qu'il avoit euë à Tarafcon , y fit cette
Dédicace. Mais un Curieux qui y paffa
quelques années après , ayant demandé
aux Religieux en quel jour ils faifoient
la Fête de ce Saint , & qui il étoit
ils répondirent qu'ils ne le connoiffoient
pas , qu'ils n'en celébroient aucune Fête,
& qu'ils ne faifoient que celle de la Dédicace
le 3 1.Août. Vous pouvez vous infor
mer fi ce Saint eft plus connu & honoré
en Sorbonne , au Frontifpice de laquelle
fon nom est écrit en gros caracteres ;
J'en doute fort , & je fuis cependant ,
Monfieur , votre & c.
Ce 7. Fevrier 1730:
( a ) Mercure de Fr. Novem. 1795•
à la demande proposée par un Cha
noine de Beauvais fur Saint Oudard.
Lenom ifutle
E nom d'Oudard , Monfieur , fur le
tre qui a été rendue publique dans le fe
cond Volume du Mercure de Decembre
dernier
440 MERCURE DE FRANCE
3
dernier , n'eft point à ce qu'il me parole
une chofe fort difficile à éclaircir . Il
n'eft pas neceffaire d'aller chercher le
fondement où l'origine de ce nom dans
le Pays de Liege , ni dans le Languedoc ,
ce n'eft ni S. Theodart , Evêque de Maftrech
, mort au 7. fiecle , & qui eft nommé
vulgairement S. Dodard , ni le faing
Evêque de Narbonne du même nom ,
mort au 9. qui ont fait naître le nom
fur lequel il paroît qu'on eft en peine.
Ce dernier eft celébre fur tout à Mon
tauban où il déceda. On prononce for
nom en deux fyllabes , & on dit S. Tho
dard , que quelques- uns écrivent mal
Saint Audard. Certe derniere maniere
d'écrire le nom du faint Evêque de Narbonne
, pourroit faire croire que celui
d'Oudard en auroit été formé ; mais
quoiqu'on ait des exemples de noms dont
les peuples ont limé les premieres lettres
& même dans des noms commençans
comme celui de Theodard , je fuis pers
fuadé qu'Oudard ne vient point de Theodard
, inais d'Odon , que c'en eft un derivé
, une espece d'allongement ou d'extenfion
affez femblable à celle des diminutifs
fi ufitez en Italie. La preuve que
je veux en rapporter à la fatisfaction de
M. le Feron , Chanoine de Beauvais ,
fera affez fimple ; je la tire d'un Hiftorien
MARS. 1730 441
rien de Tournay , nommé Heriman , qui
écrivoit au 12. fiecle. Cet Auteur parlant
du celebre Odon , Evêque de Cambray
, mort en l'an 1113. dit que lorfqu'il
étoit encore jeune Profeffeur de Dialectique
dans le Clergé de Tournay , i
compofa quelques Ouvrages , dans lefquels
il ne fe nommoit point Odon ,
quoique ce fut fon veritable nom
mais Odoard ou Odard , fuivant que
tout le monde l'appelloit. Non fe Odonem
, fed ficut tunc ab omnibus vocaba
tur , nominabat Odardum. T. 12. Spicil
p. 361. Ce trait d'Hiftoire nous apprend
qu'il étoit dès-lors de l'ufage vulgaire
de transformer le nom d'Odon , en ce
lui d'Odoard ou Odard . Ce fameux Odon
natif d'Orleans , premierement Profei
feur ou Maître à Toul en Lorraine , &
delà à Tournay , ne dédaigna point de
fe conformer au nom que le peuple lui
avoit donné ; il le conferva fi bien
que Heriman , fon Hiſtorien , l'appelle
prefqu'auffi fouvent Magifter Odardus
que Domnus Odo . Au fond cependant ,
c'étoit un nom qui n'étoit pas rare alors,
& fi cet Ecolâtre de Tournay , depuis
fait Evêque de Cambray , avoit un patron
à honorer dans le nom qu'il por
toit , il pouvoit s'acquitter de ce devoir
envers S. Odon , Abbé de Cluni , mort
plus
442 MERCURE DE FRANCE.
paplus
de cent foixante ans auparavant ,
& qu'on honoroit comme Saint depuis
fort long- tems. C'eft pourquoi , fi M. le
Feron ne juge pas à propos de regarder
le Venerable Odon de Cambray comme
Saint , il peut fe donner la peine de jetter
la vûë fur le jour dont il a datté la
Lettre qu'il vous a écrite ; c'eſt le 18 .
Novembre , propre jour du decès & de
la Fête du grand Saint Odon , Abbé de
Cluny. Voilà , felon moi , fon faint
tron primitif & principal , parceque c'eft
le premier Saint connu du nom d'Odon,
duquel celui d'Odoard n'eft qu'une fimple
modification. C'eft un Saint que tous
ceux qui le mêlent de Plain - chant ou
de Mufique ne devroient pas balancer de
prendre pour leur patron , au lieu d'une
fainte Cecile de quatre jours après , laquelle
ne fut jamais Muficienne , & qui
felon même les Actes qu'on en produit,
avoit une espece d'averfion , ou au moins
une grande indifference pour la Mufique
& les Muficiens , au lieu que S. Odon
étoit veritablement Muficien , grand connoiffeur
en Chant , Infignis Muficus ,
dont on a des Pieces de chant & des Traités
fur le chant. Je n'exclus pas , au refte ,
du Catalogue des Bienheureux l'illuftre
Odon ou Odoard de Cambray , que Molanus
, Docteur de Louvain , a mis dans
lc
·
MARS. 1730 443
le rang des Saints des Pays-Bas ( a ) &
le Pere Mabillon après lui ( b ) difant
qu'on le croit Saint à Cambray ; ce qui
a été fuivi par M. Chaſtelain , Chanoine
de Notre- Dame de Paris qui l'a placé
au 19. Juin dans fon Martyrologe univerfel.
Ceux qui auront la dévotion de
l'invoquer comme Saint , fçauront donc
que fon decès arriva le 19. Juin 113 .
dans l'Abbaye d'Anfchin , proche Douay,
au Diocéſe d'Arras , qu'il y fut inhumé,
& qu'il y repofe encore. Ordinairement
les Chroniques font un peu feches &
arides ; mais celle du Moine Heriman ne
paroît pas avoir ce deffaut . Permettez que
je vous invite à y lire l'Hiftoire de la converfion
de ce celebre perfonnage , Odon , ou
Odoard d'Orleans ; vous y verrez avec
plaifir qu'elle fut operée à l'occafion d'un
Manufcrit des Traités de S. Auguftin
de libero arbitrio , qu'un de fes Ecoliers
avoit apporté en Claffe , qu'il acheta
par pure curiofité , qu'il ouvrit par hazard
au bout d'un certain tems , voulant
faire une explication du quatriéme Livre
de Boece ; qu'en ayant lû deux ou
trois pages , l'éloquence du Saint Docteur
le charma & lui infpira le dégoût
( a ) Natal, Belg
(b ) Annal. Bened. F. S : P• 486,
de
444 MERCURE DE FRANCE.
"
du fiecle, auquel il renonça fi efficacement
qu'il devint le premier Abbé de l'Eglife
de Saint Martin de Tournay dont il avoit
été le reftaurateur. Si Meffieurs Hennequin
viennent de Flandres , ils peuvent
aifément en avoir apporté le nom d'Odoard.
J'ai trouvé le nom d'Odard Hennequin
dans mes collections parmi les
Archidiacres de Puifaye en l'Eglife d'Auxerre.
Jean Baillet , Evêque , decedé en
1513. reçut fon ferment de fidelité ; un
Acte relatif à cette Cerémonie l'appelle
Odardus. Il porte auffi le même nom à
la tête du grand Recueil de Statuts fynodaux
du Diocèle de Troyes qu'il fit
imprimer en 1530. à Troyes , en étant
devenu Evêque après l'avoir été de Senlis.
Et peut être eft- ce par le moyen de
ce perfonnage que le nom d'Oudard a
penetré jufques dans ces pays- ci où quelques
perfonnes le portent encore. ( a )
Ce n'eft pas le feul exemple qu'on a de
noms dont la terminaiſon eft plus ou
moins étendue fuivant la bizarrerie de
l'ufage . On voit à Autun une Eglife ,
& les Reliques d'un faint Evêque de Bâle
& d'Augt , qui eft appellé dans plufieurs
titres Racho , & dans d'autres Rachnasharius
ou Ragnacharius . S. Ouën de
>
( a) à Stignelay bei
Roüen
MARS. 1730. 445
Rouen a été appellé dès fon vivant Dado
& Audoënus . S. Faron de Meaux
Fare & Burgundofaro . Remi d'Auxerre a
été dit tantôt Raimo , & tantôt Remigius.
Ainfi il ne doit pas paroître étonnant
qu'un même perfonnage ait été appellé
par les uns Odo , & par les autres Odoardus.
Peut -être que le Bienheureux Odon
de Cambray étoit de petite ftature ; ce
qui lui auroit fait donner ce nom d'Ou̟-
dard par maniere de diminutif , comme
on dit à Rome S. Carlin , pour fignifier
S. Charles le petit , S. Paulin
pour le petit Saint Paul , S. Antonin
pour le petit S. Antoine , S. Cyprianin ,
pour le petit S. Cyprien , & S. Ambrofin
, pour dire le petit S. Ambroife.
Après tout , quand même ce ne feroit
pas le nom de S. Odon qu'on dut envifager
comme voilé , & caché fous celui
d'Odoard , il n'y auroit pas de difficulté
d'accorder que ceux qui portent
le nom d'Odoard ou bien d'Oudard
n'ont point encore de Saint canonifé pour
patron , & cela ne leur feroit pas fingu
lier. Celui de Ferric que tant d'hommes
illuftres portoient il y a deux & trois
cens ans , fur quel Saint étoit - il fondé
J'en dis de même de ceux de Triftan ,
d'Almaric , Petrarque , Palamedes , Hector
, & même de celui d'Armand . J'ai
?
prouvé
446 MERCURE DE FRANCE:
prouvé il y a quelques années que le nom
latin Armandus , fi on veut le faire venir
de quelque Saint , n'eft autre que
celui de Hartmannus , defiguré par un
Latiniſme venu après coup . ( a ) J'ignorois
alors qu'il y eut en France une Eglife
dediée fous l'invocation de ce Saint.
Mais quoiqu'on affure que le fait foit
réel , cela ne détruit point ma penſée.
J'ai appris que c'eft l'Eglife des Capucins
de Tarafcon en Provence . On y lit ,
à la verité , fur une pierre au dehors
qu'elle eft dediée fub invocatione S. Armandi
; ce fut le Cardinal de Richelieu
qui étant relevé d'une groffe maladie
qu'il avoit euë à Tarafcon , y fit cette
Dédicace. Mais un Curieux qui y paffa
quelques années après , ayant demandé
aux Religieux en quel jour ils faifoient
la Fête de ce Saint , & qui il étoit
ils répondirent qu'ils ne le connoiffoient
pas , qu'ils n'en celébroient aucune Fête,
& qu'ils ne faifoient que celle de la Dédicace
le 3 1.Août. Vous pouvez vous infor
mer fi ce Saint eft plus connu & honoré
en Sorbonne , au Frontifpice de laquelle
fon nom est écrit en gros caracteres ;
J'en doute fort , & je fuis cependant ,
Monfieur , votre & c.
Ce 7. Fevrier 1730:
( a ) Mercure de Fr. Novem. 1795•
Fermer
Résumé : REPONSE d'un Chanoine d' A*** à la demande proposée par un Chanoine de Beauvais sur Saint Oudard.
Le texte est une réponse d'un chanoine d'A*** à une demande d'un chanoine de Beauvais concernant l'origine du nom 'Oudard'. L'auteur affirme que ce nom n'est pas difficile à éclaircir et ne provient ni du Pays de Liège ni du Languedoc. Il n'est pas non plus lié à Saint Theodart, évêque de Maestricht, ni à l'évêque de Narbonne du même nom. Selon l'auteur, le nom 'Oudard' dérive plutôt d'Odon, un dérivé ou une extension similaire aux diminutifs italiens. Cette conclusion est appuyée par un historien de Tournay, Heriman, qui écrivait au XIIe siècle. Heriman mentionne qu'Odon, évêque de Cambray, était souvent appelé Odoard ou Odard par le peuple. Odon, natif d'Orléans, utilisait ce nom sans le rejeter, et son historien le nommait fréquemment 'Magister Odardus'. Le texte souligne également que le nom 'Oudard' pourrait avoir été introduit en France par des personnes venues de Flandres, comme les Hennequin. L'auteur cite plusieurs exemples de noms dont la terminaison varie selon l'usage, comme Saint Racho ou Saint Ouën. Il conclut en affirmant que les personnes portant le nom 'Oudard' n'ont pas de saint canonisé comme patron, et que cela n'est pas exceptionnel, citant d'autres noms similaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1265
p. 450-460
IVme LETTRE de M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, écrite de la Ville d'Eu, le 25. Janvier 1730. à M. Adam. M. sur les Sels contenus dans l'Air, & sur la nouvelle Methode pour voir les mêmes Sels & pour juger de leurs effets par rapport à la santé.
Début :
MONSIEUR, Quoique l'objection que vos amis vous ont faite au sujet de mes dernieres Lettres [...]
Mots clefs :
Sels, Ville d'Eu, Santé, Maladies, Sang
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IVme LETTRE de M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, écrite de la Ville d'Eu, le 25. Janvier 1730. à M. Adam. M. sur les Sels contenus dans l'Air, & sur la nouvelle Methode pour voir les mêmes Sels & pour juger de leurs effets par rapport à la santé.
IV LETTRE de M. Capperon ,
ancien Doyen de S. Maxent , écrite de
la Ville d'Eu , le 25. Janvier 1730,
à M. Adam , M. fur les Sels contenus
dans l'Air, & fur la nouvelle Methode
pour
voir les mêmes Sels & pour juger
de leurs effets par rapport à la ſanté.
MONSI ONSIEUR ,
Quoique l'objection que vos amis yous
ont faite au fujet de mes dernieres Lettres
fur les Sels de l'Air , ne foit pas d'une
grande importance , je ne laifferai pas de
vous expofer une partie des Réponfes
qu'on peut y faire ; car il eft à propos
qu'une
MARS. 1730. 451
qu'une perfonne qui écrit fur quelque
matiere que ce foit , fe rende intelligible
à tout le monde ; d'ailleurs la matiere que
j'ai entrepris de traiter paroît affez intereffante
pour qu'on l'étudie foigneuſement
, & qu'on s'attache à en développer
toutes les confequences , principalement
en ce qui peut avoir quelque rapport
la fanté.
à
C'eſt donc dans cette vûë , Monfieur
que je vais m'expliquer fur la penfée que
quelques perfonnes ont eue en lifant ma
feconde Lettre , où je rapporte quelles
maladies certains Sels doivent naturellement
caufer, lorfqu'il s'en rencontre dans
PAir une trop grande quantité ; fçavoir ,
que tous ceux qui refpirent le même air devroient
generalement être attaquez des mê
mes maladies.
Il est vrai , comme je vous l'ai marqué,
que toutes les fois que l'Air fe trouve
chargé de certains Sels , plus que de coû
tume & que cela dure pendant quelque
elpace de temps , il y a plus de perfonnes
qui devroient être attaquées des maladies
que ces Sels peuvent caufer ; mais il ne
s'enfuit pas pour cela que generalement
tous ceux qui fe trouvent environnez de
cet air & qui le refpirent , doivent néceffairement
en reffentir les mauvais cffers.
Non , Monfieur , plufieurs perfonnes
Bij peuvent
452 MERCURE DE FRANCE .
peuvent bien n'être pas fufceptibles de
ces tâcheufes impreffions , & cela pour
differentes raifons que je vais vous expofer.
La premiere confifte en ce que quetques-
uns d'entre ceux qui fe trouvent environnez
de ce mauvais air , ont les fibres
de la peau , des chairs , des vaiſſeaux , des
vifceres , en un mot , de tout le corps , plus
fermes & plus ferrées ; ce qui rendant
leurs pores plus étroits , & les Sels de l'Air
trouvant par ce moyen les paffages moins
libres , ils ne peuvent pas penetrer fi
promptement ni fi abondamment dans la
maffe de leur fang , pour pouvoir y caufer
un dérangement confiderable .
>
D'ailleurs comme dans les perfonnes
de cette conftitution les efprits font ordinairement
moins fubtils & plus groffiers
, ils en ont moins de facilité à être
dérangez dans leur mouvement par des
parties hétherogenes , tels que font les
Sels de l'Air lorfqu'ils viennent à fe mê
ler avec eux. C'est delà que les perfonnes
fortes & vigoureufes , foit qu'elles foient
nées telles , ou qu'elles ayent contracté
cette fermeté par de fréquens exercices
ou par des travaux long - temps continuez ,
qui leur ont refferré les fibres , comme
un Chapeau eft plus refferré & plus ferme
pour avoir été long - temps foulé , c'ekt
deMARS.
17301 453
delà , dis - je , que ces perfonnes font beau
coup moins fufceptibles de ces fortes d'im
preffions de l'Air , fur tout lorfqu'avec
cela elles n'ufent que de nourritures grof
fieres , parce que les Particules les plus
déliées de leur fang & leurs efprits pàrticipent
à cette groffereté.
Tout le contraire arrive aux perfonnes
naturellement délicates , & qui par fur
croît , ont fouvent encore été élevées délicatement
; car ordinairement ces perfonnes
ayant la peau plus fine , moins épaiffe ,
les chairs plus molaffes , les tuniques des
vaiffeaux plus lâches , la fubftance des Vil
ceres plus tendre , tous les pores plus ouverts
& les efprits plus fubtils & plus délicats
, il s'enfuit que les Sels de l'Air
doivent les pénetrer plus aifément , s'ins
troduire plus abondamminent dans la maffe
de leur fang , troubler plus violemment le
mouvement naturel de leurs efprits , &
caufer un plus grand defordre dans la jufte
oeconomie de leurs corps .
C'est à caufe de ce peu de fermeté des
fibres , & de ce qu'elles font peu ferrées
dans les enfans , qu'on les voit quelquefois
prefque sous attaquez d'une toux très
violente , pendant que les perfonnes âgées
en font exemptes . C'est encore parce que
ces fibres font trop lâches & les efprits
fubtils & délicats , que quelques perfon-
Biiij
nes
454 MERCURE DE FRANCE.
nes fe trouvent incommodées du ferain
& fe fentent differemment affectées , felon
les diverfes conftitutions de l'Air &
les changemens de temps , à quoi d'autres
ne font point expofées . Enfin c'eft ce qui
fait que quand il regne des maladies caufées
par l'abondance des Sels mêlez avec
les Souffres , plufieurs en font attaquez
plutôt que d'autres.
Cette difference , Monfieur , qu'on ob
ferve tous les jours à l'égard de ceux qui
vivent dans le même air , chargé des mêmes
Sels , où les uns s'en trouvent mal
pendant que les autres n'en reffentent aucun
mauvais effet , vient encore d'une autre
caufe fçavoir , de ce que fe rencontrant
dans le fang , dans les humeurs ,
dans les chairs , même dans les viſceres
des uns , une affez grande quantité de certains
Sels femblables à ceux qui dominent
dans l'Air , la même chofe ne fe renconrant
pas dans les autres , c'en eft affez
pour que ceux qui font ainſi diſpoſez ſe
trouvent très-mal de l'Air chargé de ces
Sels , & que les autres n'en reffentent aucune
incommodité , parce qu'il eſt évident
que ces Sels de l'Air le joignant à
ceux qui font déja dans leurs corps , faf
fent plus puiffamment reffentir leurs mauvais
effets ; comme lorfqu'il y a déja dans
quelques mets du Sel & des Epiceries , il
MARS. 1730. 455
yen faut beancoup moins jetter pour en
rendre le gout plus acre & plus piquant.
Voilà donc pourquoi , Monfieur , il arrive
encore que les Sels de l'Air font des
impreffions fur les uns , qu'ils ne font pas
fur les autres ; fçavoir , parce qu'ils trouvent
fouvent dans les uns une ébauche
fort avancée des mauvais effets qu'ils peuvent
produire , qu'ils ne rencontrent pas
dans les autres . C'eſt ainfi , comme vous
fçavez , que les corps de certains Enfans
étant remplis de Sels acres dès leur conception
, lefquels leur ont été tranſmis
les parens dont ils font nez , fetrouvent parlà
plus difpofez que d'autres à reffentir les
mouvais effets d'un Air qui contiendra
de ces mêmes Sels , & qui caufera en eux
des Coliques , des Convulfions , des Gales
, des Rougeoles , des petites Veroles ,
la Goute même dans un âge plus avancé.
par
C'est par le même principe que ceuxqui
prennent des alimens dans lefquels il
y a trop d'Acide , font plutôt attaquez de
Fievres intermittentes , de Flux , de Diffenteries
, & c. dans les temps & les faifons
où les Sels nitreux - acides , les Sels:
dominent le plus dans l'Air . C'eft
delà que les jeunes gens dont le fang eft:
plus bouillant & plus rempli de Sonfres
font plutôt attaquez deFievres peftilentiel .
les & contagieufes que les Vieillards , dans :
B.v le
456 MERCURE DE FRANCE .
·
le fang defquels l'Acide domine ; ce qui
fait qu'à leur égard l'Air nitreux de l'Automne
les fait tomber aifément dans des
Létargies , dans des Apoplexies & dans
d'autres maux provenant des mêmes Sels ,
qui les emportent fouvent . C'eſt delà
encore que ceux en qui les Sels ont cauſé
des maladies dont le fang & les chairs reftent
impreignées , retombent ailément
pour s'être expofez mal à propos à certain
Air rempli des mêmes Sels . C'eſt delà
que ceux qui font attaquez de Rhumatifmes
, caulez par une Lymphe remplie
de Sels acres , fentent augmenter leurs
douleurs, lorfque l'Air , contenant de femblables
Sels , vient à fe répandre dans les
lieux de leur demeure ; c'eft delà que les
Malades fe trouvent ordinairement plusmal
la nuit que le jour , parce que l'Air ſe
refferrant alors par le froid , les Sels nuifibles
qu'il contient & qui font fouvent
femblables à ceux qui ont caufé la maladie,
fe trouvant plus raffembléz autour du
malade , le pénetre en plus grande quantité
, pour le joindre à ceux qui font la
premiere caufe de fon mal . Enfin c'eſt ce
que dans les perfonnes d'une même famille
, certain Sel particulier dominant
dans leur fang , foit par la conftitution
des parens dont ils font nez , foit par des
alimens particuliers dont ils ont ufé plutor
MARS . 1730. 457
tôt que d'autres , s'il arrive qu'un Sel
Analogue à celui - là , vienne à dominer
dans l'Air en trop grande quantité , il eft
fur , dis- je , que ceux de cette famille en
reffentiront les mauvais effets plutôt que
d'autres ,comme on l'obferve tous les jours.
On ne doit pas être furpris , Monfieur,
que dans le même temps & dans le même
lieu les Sels de l'Air caufent quelquefois
des maladies forr differentes ; parce
que fouvent dans un même temps & dans
des lieux peu éloignez les uns des autres
certain Air peut s'y répandre chargé abondamment
de certains Sels nuifibles , pendant
qu'un autre Air , rempli d'autres Sels,
fera porté peu à peu dans le même lieu ou
dans un endroit qui en fera peu éloigné.
>
。
J'ai moi- même obfervé qu'à differens
temps d'un même jour l'Air fe trouvoit
quelquefois chargé de Sels fort differ.ents .
Il arrive affez fouvent qu'un broü llard
qui s'élevera à certaine heure dujour remplira
tout l'air d'un coup de certains Sels
nuifibles qui ne s'y trouvoient pas un moment
auparavant ; c'eft delà qu'on voit
tous les jours dans un Jardin Fruitier
des rangées d'Arbres , dont les feuilles ont
été tout à coup deffechées par un vent qui
a fouflé , rempli de Sels très - nuifibles ,
pendant qu'il n'a pas touché aux autres
Arbres du même Verger ; vous conjectu
Bvi Lez
•
458 MERCURE DE FRANCE :
rez bien que fi des perfonnes s'étoient
également trouvées enveloppées de ce
mauvais air , elles n'en auroient pas ref-.
fenti de trop bons effets . C'eſt par la mê ←
ane Lafon qu'on voit tous les jours des
Paroiffes , des Villages , des Villes & même
des Provinces , actaquées de certaines ma--
ladies dont les Lieux & les Pays voisins.
font exempts
.
La chaleur cauſe encore une diverfité
confiderable dans les mauvais effets des:
Sels de l'Air , c'est même ce qui en facilite
fouvent l'execution , parce que les
Pores du corps fe dilatant extrémement
par la chaleur , rien ne facilite mieux l'en--
trée de ces Sels dans la maffe du fang..
C'eft ce qui fait que les lieux expofez au
vent da Midi , font fouvent les plus mal
fains que dans les mois de l'année où le
Nitre et ordinairement plus abondant
Gant l'Air , on a obfervé qu'il eft dange :
reux de s'expofer à la chaleur du Soleil .
C'est par la même raifon que fi après s'être
échauffé , on vient à recevoir l'impreffion
d'un Air froid rempli de . Nitre , on
eft facilement attaqué où de Rhume , ou
de Pleurefie , ou de Fluxion de poitrine ;
ce Sel Nitreux , qui eſt entré abondamment
dans les Poulinons & la Poitrine par
la refpiration , y peut plus promptement
coaguler le fang & former une inflamma ,
tiona. Les
MARS. 1730 459
Les chofes ne font pas moins fàcheufes
files Pores fe trouvant trop ouverts par
la chaleur , les Soufres viennent particulierement
à s'introduire trop abondamment
dans le fang , conjointement avec
d'autres Sels : car c'eft justement d'où procedent
ce qu'on appelle Goups de Soleil ,
c'est ce qui rend les Fievres Peftilentielles
fi fréquentes dans les Pays chauds , &
qu'elles ne paroiffent ordinairement que
durant les chaleurs de l'Eté dans les Pays
temperez ; qu'elles ceffent ordinairement
lorfque le froid de l'Hyver approche ;
non pas entièrement , comme on fe l'imagine
quelquefois, dans la penſéé qu'on
a que le froid purifie l'Air ; car quoiqu'il
foit vrai que lorfque l'Air eft plus froid
il s'exhale moins de Soufres de la Terre ,,
neanmoins la principale caule de l'éloi
gnement des maladies vient de ce que les
Pores des corps fe refferrent pendant lè
froid , les Soufres & les Sels répandus ;
dans l'Air , n'ont plus la même facilité de:
s'introduire dans la maſſe du fång : D'ailleurs
les Soufres qui fortent dés Malades,.
rencontrant le froid de l'Air , perdent la
plus confiderable partie de leur tourbil
lonnement , ce qui leur ôte la facilité d'en
allumer d'autres & fait ceffer la Conta →
gion. Enfin on peut voir par là qu'on peut
plus ailément gagner une maladie conta
gicula
460 MERCURE DE FRANCE .
1
gieufe lorfqu'on s'approche des Malades
qui ont les Pores bien ouverts par la cha
leur , que lorfqu'ils font refferrez , par
froid.
le
Vous voyez , Monfieur , comment par
le moyen de mon Syfteme des Sels de
l'Air , fondé fur d'exactes Obſervations
on peut aller loin dans la connoiffance
des maladies. J'efpere qu'en fuivant la
foute que j'ai tracée , on pourra pour l'u
tilité publique , perfectionner ce que je
n'ai fait , pour ainfi dire , qu'ébaucher .
Je fuis , Monfieur , &c.
Cette derniere Lettre & celles qui ont
precedé, nous ont paru mériter l'attention
des Curieux , fur quoi nous ne fçaurions
trop marquer de gré aux deux Sçavans qui
nous les ont procurées. Nous ne pouvions,
au refte, les publier dans des circonftances
plus propres à bien faire connoître leur
mérite que le temps prefent , où les Rhumes
mortels & les Fluxions de poitrine ont
regné durant cet Hyver , ce qui juftifie
les Obfervations de l'Auteur fur l'Air
chargé de Nitre & d'autres Sels contagieux
, qui ont penetré d'autant plus facilement
les corps que les Pores étoient
moins refferrez lorſque le froid n'étoir
pas extreme.
ancien Doyen de S. Maxent , écrite de
la Ville d'Eu , le 25. Janvier 1730,
à M. Adam , M. fur les Sels contenus
dans l'Air, & fur la nouvelle Methode
pour
voir les mêmes Sels & pour juger
de leurs effets par rapport à la ſanté.
MONSI ONSIEUR ,
Quoique l'objection que vos amis yous
ont faite au fujet de mes dernieres Lettres
fur les Sels de l'Air , ne foit pas d'une
grande importance , je ne laifferai pas de
vous expofer une partie des Réponfes
qu'on peut y faire ; car il eft à propos
qu'une
MARS. 1730. 451
qu'une perfonne qui écrit fur quelque
matiere que ce foit , fe rende intelligible
à tout le monde ; d'ailleurs la matiere que
j'ai entrepris de traiter paroît affez intereffante
pour qu'on l'étudie foigneuſement
, & qu'on s'attache à en développer
toutes les confequences , principalement
en ce qui peut avoir quelque rapport
la fanté.
à
C'eſt donc dans cette vûë , Monfieur
que je vais m'expliquer fur la penfée que
quelques perfonnes ont eue en lifant ma
feconde Lettre , où je rapporte quelles
maladies certains Sels doivent naturellement
caufer, lorfqu'il s'en rencontre dans
PAir une trop grande quantité ; fçavoir ,
que tous ceux qui refpirent le même air devroient
generalement être attaquez des mê
mes maladies.
Il est vrai , comme je vous l'ai marqué,
que toutes les fois que l'Air fe trouve
chargé de certains Sels , plus que de coû
tume & que cela dure pendant quelque
elpace de temps , il y a plus de perfonnes
qui devroient être attaquées des maladies
que ces Sels peuvent caufer ; mais il ne
s'enfuit pas pour cela que generalement
tous ceux qui fe trouvent environnez de
cet air & qui le refpirent , doivent néceffairement
en reffentir les mauvais cffers.
Non , Monfieur , plufieurs perfonnes
Bij peuvent
452 MERCURE DE FRANCE .
peuvent bien n'être pas fufceptibles de
ces tâcheufes impreffions , & cela pour
differentes raifons que je vais vous expofer.
La premiere confifte en ce que quetques-
uns d'entre ceux qui fe trouvent environnez
de ce mauvais air , ont les fibres
de la peau , des chairs , des vaiſſeaux , des
vifceres , en un mot , de tout le corps , plus
fermes & plus ferrées ; ce qui rendant
leurs pores plus étroits , & les Sels de l'Air
trouvant par ce moyen les paffages moins
libres , ils ne peuvent pas penetrer fi
promptement ni fi abondamment dans la
maffe de leur fang , pour pouvoir y caufer
un dérangement confiderable .
>
D'ailleurs comme dans les perfonnes
de cette conftitution les efprits font ordinairement
moins fubtils & plus groffiers
, ils en ont moins de facilité à être
dérangez dans leur mouvement par des
parties hétherogenes , tels que font les
Sels de l'Air lorfqu'ils viennent à fe mê
ler avec eux. C'est delà que les perfonnes
fortes & vigoureufes , foit qu'elles foient
nées telles , ou qu'elles ayent contracté
cette fermeté par de fréquens exercices
ou par des travaux long - temps continuez ,
qui leur ont refferré les fibres , comme
un Chapeau eft plus refferré & plus ferme
pour avoir été long - temps foulé , c'ekt
deMARS.
17301 453
delà , dis - je , que ces perfonnes font beau
coup moins fufceptibles de ces fortes d'im
preffions de l'Air , fur tout lorfqu'avec
cela elles n'ufent que de nourritures grof
fieres , parce que les Particules les plus
déliées de leur fang & leurs efprits pàrticipent
à cette groffereté.
Tout le contraire arrive aux perfonnes
naturellement délicates , & qui par fur
croît , ont fouvent encore été élevées délicatement
; car ordinairement ces perfonnes
ayant la peau plus fine , moins épaiffe ,
les chairs plus molaffes , les tuniques des
vaiffeaux plus lâches , la fubftance des Vil
ceres plus tendre , tous les pores plus ouverts
& les efprits plus fubtils & plus délicats
, il s'enfuit que les Sels de l'Air
doivent les pénetrer plus aifément , s'ins
troduire plus abondamminent dans la maffe
de leur fang , troubler plus violemment le
mouvement naturel de leurs efprits , &
caufer un plus grand defordre dans la jufte
oeconomie de leurs corps .
C'est à caufe de ce peu de fermeté des
fibres , & de ce qu'elles font peu ferrées
dans les enfans , qu'on les voit quelquefois
prefque sous attaquez d'une toux très
violente , pendant que les perfonnes âgées
en font exemptes . C'est encore parce que
ces fibres font trop lâches & les efprits
fubtils & délicats , que quelques perfon-
Biiij
nes
454 MERCURE DE FRANCE.
nes fe trouvent incommodées du ferain
& fe fentent differemment affectées , felon
les diverfes conftitutions de l'Air &
les changemens de temps , à quoi d'autres
ne font point expofées . Enfin c'eft ce qui
fait que quand il regne des maladies caufées
par l'abondance des Sels mêlez avec
les Souffres , plufieurs en font attaquez
plutôt que d'autres.
Cette difference , Monfieur , qu'on ob
ferve tous les jours à l'égard de ceux qui
vivent dans le même air , chargé des mêmes
Sels , où les uns s'en trouvent mal
pendant que les autres n'en reffentent aucun
mauvais effet , vient encore d'une autre
caufe fçavoir , de ce que fe rencontrant
dans le fang , dans les humeurs ,
dans les chairs , même dans les viſceres
des uns , une affez grande quantité de certains
Sels femblables à ceux qui dominent
dans l'Air , la même chofe ne fe renconrant
pas dans les autres , c'en eft affez
pour que ceux qui font ainſi diſpoſez ſe
trouvent très-mal de l'Air chargé de ces
Sels , & que les autres n'en reffentent aucune
incommodité , parce qu'il eſt évident
que ces Sels de l'Air le joignant à
ceux qui font déja dans leurs corps , faf
fent plus puiffamment reffentir leurs mauvais
effets ; comme lorfqu'il y a déja dans
quelques mets du Sel & des Epiceries , il
MARS. 1730. 455
yen faut beancoup moins jetter pour en
rendre le gout plus acre & plus piquant.
Voilà donc pourquoi , Monfieur , il arrive
encore que les Sels de l'Air font des
impreffions fur les uns , qu'ils ne font pas
fur les autres ; fçavoir , parce qu'ils trouvent
fouvent dans les uns une ébauche
fort avancée des mauvais effets qu'ils peuvent
produire , qu'ils ne rencontrent pas
dans les autres . C'eſt ainfi , comme vous
fçavez , que les corps de certains Enfans
étant remplis de Sels acres dès leur conception
, lefquels leur ont été tranſmis
les parens dont ils font nez , fetrouvent parlà
plus difpofez que d'autres à reffentir les
mouvais effets d'un Air qui contiendra
de ces mêmes Sels , & qui caufera en eux
des Coliques , des Convulfions , des Gales
, des Rougeoles , des petites Veroles ,
la Goute même dans un âge plus avancé.
par
C'est par le même principe que ceuxqui
prennent des alimens dans lefquels il
y a trop d'Acide , font plutôt attaquez de
Fievres intermittentes , de Flux , de Diffenteries
, & c. dans les temps & les faifons
où les Sels nitreux - acides , les Sels:
dominent le plus dans l'Air . C'eft
delà que les jeunes gens dont le fang eft:
plus bouillant & plus rempli de Sonfres
font plutôt attaquez deFievres peftilentiel .
les & contagieufes que les Vieillards , dans :
B.v le
456 MERCURE DE FRANCE .
·
le fang defquels l'Acide domine ; ce qui
fait qu'à leur égard l'Air nitreux de l'Automne
les fait tomber aifément dans des
Létargies , dans des Apoplexies & dans
d'autres maux provenant des mêmes Sels ,
qui les emportent fouvent . C'eſt delà
encore que ceux en qui les Sels ont cauſé
des maladies dont le fang & les chairs reftent
impreignées , retombent ailément
pour s'être expofez mal à propos à certain
Air rempli des mêmes Sels . C'eſt delà
que ceux qui font attaquez de Rhumatifmes
, caulez par une Lymphe remplie
de Sels acres , fentent augmenter leurs
douleurs, lorfque l'Air , contenant de femblables
Sels , vient à fe répandre dans les
lieux de leur demeure ; c'eft delà que les
Malades fe trouvent ordinairement plusmal
la nuit que le jour , parce que l'Air ſe
refferrant alors par le froid , les Sels nuifibles
qu'il contient & qui font fouvent
femblables à ceux qui ont caufé la maladie,
fe trouvant plus raffembléz autour du
malade , le pénetre en plus grande quantité
, pour le joindre à ceux qui font la
premiere caufe de fon mal . Enfin c'eſt ce
que dans les perfonnes d'une même famille
, certain Sel particulier dominant
dans leur fang , foit par la conftitution
des parens dont ils font nez , foit par des
alimens particuliers dont ils ont ufé plutor
MARS . 1730. 457
tôt que d'autres , s'il arrive qu'un Sel
Analogue à celui - là , vienne à dominer
dans l'Air en trop grande quantité , il eft
fur , dis- je , que ceux de cette famille en
reffentiront les mauvais effets plutôt que
d'autres ,comme on l'obferve tous les jours.
On ne doit pas être furpris , Monfieur,
que dans le même temps & dans le même
lieu les Sels de l'Air caufent quelquefois
des maladies forr differentes ; parce
que fouvent dans un même temps & dans
des lieux peu éloignez les uns des autres
certain Air peut s'y répandre chargé abondamment
de certains Sels nuifibles , pendant
qu'un autre Air , rempli d'autres Sels,
fera porté peu à peu dans le même lieu ou
dans un endroit qui en fera peu éloigné.
>
。
J'ai moi- même obfervé qu'à differens
temps d'un même jour l'Air fe trouvoit
quelquefois chargé de Sels fort differ.ents .
Il arrive affez fouvent qu'un broü llard
qui s'élevera à certaine heure dujour remplira
tout l'air d'un coup de certains Sels
nuifibles qui ne s'y trouvoient pas un moment
auparavant ; c'eft delà qu'on voit
tous les jours dans un Jardin Fruitier
des rangées d'Arbres , dont les feuilles ont
été tout à coup deffechées par un vent qui
a fouflé , rempli de Sels très - nuifibles ,
pendant qu'il n'a pas touché aux autres
Arbres du même Verger ; vous conjectu
Bvi Lez
•
458 MERCURE DE FRANCE :
rez bien que fi des perfonnes s'étoient
également trouvées enveloppées de ce
mauvais air , elles n'en auroient pas ref-.
fenti de trop bons effets . C'eſt par la mê ←
ane Lafon qu'on voit tous les jours des
Paroiffes , des Villages , des Villes & même
des Provinces , actaquées de certaines ma--
ladies dont les Lieux & les Pays voisins.
font exempts
.
La chaleur cauſe encore une diverfité
confiderable dans les mauvais effets des:
Sels de l'Air , c'est même ce qui en facilite
fouvent l'execution , parce que les
Pores du corps fe dilatant extrémement
par la chaleur , rien ne facilite mieux l'en--
trée de ces Sels dans la maffe du fang..
C'eft ce qui fait que les lieux expofez au
vent da Midi , font fouvent les plus mal
fains que dans les mois de l'année où le
Nitre et ordinairement plus abondant
Gant l'Air , on a obfervé qu'il eft dange :
reux de s'expofer à la chaleur du Soleil .
C'est par la même raifon que fi après s'être
échauffé , on vient à recevoir l'impreffion
d'un Air froid rempli de . Nitre , on
eft facilement attaqué où de Rhume , ou
de Pleurefie , ou de Fluxion de poitrine ;
ce Sel Nitreux , qui eſt entré abondamment
dans les Poulinons & la Poitrine par
la refpiration , y peut plus promptement
coaguler le fang & former une inflamma ,
tiona. Les
MARS. 1730 459
Les chofes ne font pas moins fàcheufes
files Pores fe trouvant trop ouverts par
la chaleur , les Soufres viennent particulierement
à s'introduire trop abondamment
dans le fang , conjointement avec
d'autres Sels : car c'eft justement d'où procedent
ce qu'on appelle Goups de Soleil ,
c'est ce qui rend les Fievres Peftilentielles
fi fréquentes dans les Pays chauds , &
qu'elles ne paroiffent ordinairement que
durant les chaleurs de l'Eté dans les Pays
temperez ; qu'elles ceffent ordinairement
lorfque le froid de l'Hyver approche ;
non pas entièrement , comme on fe l'imagine
quelquefois, dans la penſéé qu'on
a que le froid purifie l'Air ; car quoiqu'il
foit vrai que lorfque l'Air eft plus froid
il s'exhale moins de Soufres de la Terre ,,
neanmoins la principale caule de l'éloi
gnement des maladies vient de ce que les
Pores des corps fe refferrent pendant lè
froid , les Soufres & les Sels répandus ;
dans l'Air , n'ont plus la même facilité de:
s'introduire dans la maſſe du fång : D'ailleurs
les Soufres qui fortent dés Malades,.
rencontrant le froid de l'Air , perdent la
plus confiderable partie de leur tourbil
lonnement , ce qui leur ôte la facilité d'en
allumer d'autres & fait ceffer la Conta →
gion. Enfin on peut voir par là qu'on peut
plus ailément gagner une maladie conta
gicula
460 MERCURE DE FRANCE .
1
gieufe lorfqu'on s'approche des Malades
qui ont les Pores bien ouverts par la cha
leur , que lorfqu'ils font refferrez , par
froid.
le
Vous voyez , Monfieur , comment par
le moyen de mon Syfteme des Sels de
l'Air , fondé fur d'exactes Obſervations
on peut aller loin dans la connoiffance
des maladies. J'efpere qu'en fuivant la
foute que j'ai tracée , on pourra pour l'u
tilité publique , perfectionner ce que je
n'ai fait , pour ainfi dire , qu'ébaucher .
Je fuis , Monfieur , &c.
Cette derniere Lettre & celles qui ont
precedé, nous ont paru mériter l'attention
des Curieux , fur quoi nous ne fçaurions
trop marquer de gré aux deux Sçavans qui
nous les ont procurées. Nous ne pouvions,
au refte, les publier dans des circonftances
plus propres à bien faire connoître leur
mérite que le temps prefent , où les Rhumes
mortels & les Fluxions de poitrine ont
regné durant cet Hyver , ce qui juftifie
les Obfervations de l'Auteur fur l'Air
chargé de Nitre & d'autres Sels contagieux
, qui ont penetré d'autant plus facilement
les corps que les Pores étoient
moins refferrez lorſque le froid n'étoir
pas extreme.
Fermer
Résumé : IVme LETTRE de M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, écrite de la Ville d'Eu, le 25. Janvier 1730. à M. Adam. M. sur les Sels contenus dans l'Air, & sur la nouvelle Methode pour voir les mêmes Sels & pour juger de leurs effets par rapport à la santé.
Dans une lettre datée du 25 janvier 1730, M. Capperon, ancien doyen de Saint-Maxent, répond à des objections concernant ses lettres précédentes sur les sels contenus dans l'air et leurs effets sur la santé. Il explique que l'air chargé de certains sels peut causer des maladies, mais que toutes les personnes exposées ne sont pas affectées de la même manière. Capperon distingue deux types de constitutions : les personnes fortes et vigoureuses, dont les fibres corporelles sont fermes et les pores étroits, sont moins susceptibles aux effets des sels de l'air. En revanche, les personnes délicates, avec des fibres lâches et des pores ouverts, sont plus vulnérables. Il cite des exemples comme les enfants, plus sujets aux maladies respiratoires, et les personnes âgées, plus exposées aux effets du froid. Capperon souligne également que la présence de sels similaires dans le corps peut amplifier les effets néfastes des sels de l'air. Par exemple, les personnes ayant déjà des sels acides dans leur sang sont plus susceptibles de contracter des fièvres ou des flux lors de l'exposition à des sels nitreux-acides dans l'air. Il observe que les variations de température et les conditions météorologiques influencent la pénétration des sels dans le corps. La chaleur dilate les pores, facilitant l'entrée des sels, tandis que le froid les referme, réduisant ainsi les effets des sels de l'air. Le texte discute également des conditions météorologiques et de leur impact sur la santé durant un hiver particulier. Il souligne que les rhumes et les fluxions de poitrine ont été prévalents, justifiant ainsi les observations de l'auteur sur la qualité de l'air. L'air était chargé de nitre et d'autres sels contagieux, ce qui a facilité leur pénétration dans les corps humains. Cette pénétration était plus aisée car les pores de la peau étaient moins refermés lorsque le froid n'était pas extrême. Capperon conclut en espérant que ses observations contribueront à une meilleure compréhension des maladies et à l'amélioration des méthodes de prévention et de traitement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1266
p. 463-471
REMARQUES sur l'Arc de Triomphe d'Orange.
Début :
L'Arc de Triomphe de la Ville d'Orange a merité de tout temps l'attention [...]
Mots clefs :
Arc de triomphe, Ville d'Orange, Auguste, Monument, Général, Romains, Marius, Domitien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur l'Arc de Triomphe d'Orange.
REMARQUES fur l'Arc de Triomphe
d'Orange.
L'A
'Arc de Triomphe de la Ville d'O
range a merité de tout temps l'atten
tion des Curieux ; la beauté de ce Monu
ment les a engagez fur tout à rechercher
à quelle occafion il a été érigé ; les uns
Pont attribué à Domitius Enobarbus , ou
à Fabius Maximus , & les autres à Caïns
Marius ; ces derniers font prefentement
Les plus fuivis , mais , fi j'ofe le dire , ces
deux opinions font infoutenables , & pour
peu qu'on veuille examiner fur quoi elles
font fondées, on en fera bien- tôt perfuadé.
Florus , dans fon Abregé de l'Hiftoire
Romaine , a donné naiffance à l'un & àl'autre
de ces fentimens ; il dit que Domitius
Enobarbus & Fabius Maximus , après
avoir vaincu les Allorbroges , firent élever
fur le Champ de bataille des Tours de
pierre , & au- deffus y firent dreffer des
Trophées , parés des Armes des Ennemis :
voici les paroles : Domitius Enobarbus &
Fabius Maximus , ipfis quibus dimicaverant
Locis faxeas erexere turres & defuper
exornata armis hoftilibus Trophea
fixere.
Ceux qui font pour la premiere opinion
difens
464 MERCURE DE FRANCE.
difent que le Monument d'Orange eft le
même que celui que Florus nous décrit ,
qu'il n'eſt éloigné que de quelques lieuës
de l'endroit où les Allobroges furent défaits
, qu'il eft certain que c'eft un Ouvrage
des Romains , & qu'il eft très ancien
, ainfi il n'y a pas lieu de douter , difent
ils , que Domitius Enob. ou Fab.
Max . ne l'ayent fait élever .
Pour répondre à cela , il n'y a qu'à faire
attention que le Monument d'Orange eft
un Arc de Triomphe qu'on admire encore
aujourd'hui par fon Architecture & par
la beauté de les bas - reliefs , & que Florus
ne nous parle que de Tours informes &
groffieres , faxeas erexere turres. Cela eft
6 vrai que Coëffeteau , Evêque de Marſeil
le , l'un des plus fçavans hommes du fieele
paffé , en traduifant ce Paffage , dit
que Domit . Enobarbus & Fab. Maximus
ne firent élever que des monceaux de
pierre ; ainfi fans qu'il foit befoin d'avoir
recours à d'autres preuves , cette opinion
tombe d'elle - même .
Venons prefentement à celle qui veut
que l'Arc de Triomphe d'Orange doit
Etre attribué à Marius ; ils établiffent d'abord
que les Romains depuis Domitius
Enobarbus & Fabius Maximus , étoient
dans la coûtume d'élever des Monumens de
Triomphe après avoir remporté quelque
victoire
MAR S. 1730. 465
victoire ; ils difent enfuite que Caius Ma
rius , après avoir défait les Ambrons &
les Teutons , n'aura pas manqué d'en faire
aufli conftruire un , mais comme ce General
Romain furpaffoit fes Predeceffeurs
par la grandeur & le nombre de ces Exploits
, il voulut les furpaffer en magnificence
, & ainfi au lieu de quelques Tours
informes & groffieres , il fit élever le bel
Arc de Triomphe que nous voyons à
Orange ; enfin , pour nous en convaincre
entierement , ils font remarquer que le
nom de Marius fe trouve gravé fur ce Mo
nument.
Avant que de démontrer la fauffeté de
cette derniere opinion , il eft bon de fe
rappeller que les Romains ont de tour
temps érigé fur le Champ de bataille des
Trophées d'Armes , dont l'appareil confif
toit en un Pieu ou Tronc d'arbre , chargé
des dépouilles de l'Ennemi ; ainfi Domitius
Enobius & Fab. Maximus , ne changerent
rien à l'ancienne coûtume , ils vou-
Jurent feulement rehauffer l'éclat de leurs
Trophées , dont l'ufage avoit été jufqu'alors
de les mettre fur un Pieu fimplement
élevé fur terre , & pour cela ils firent conf
truire des Tours de pierre pour les y placer
au -deffus , voulant par là abaiffer encore
davantage l'orgueil de leurs Ennemis
, & par des Monumens plus durables
per
466 MERCURE DE FRANCE .
perpetuer leur honte dans la poſterité ;
c'eft pour cela que Florus dit que les Ro
mains n'avoient pas encore infulté aux
Vaincus d'une maniere fi outrageante ,
Cum hic mos inufitatus fuerit noftris , nunquam
enim Populus Rom. hoftibus domitis
victoriam exprobavit.
Il faut remarquer en fecond lieu que
Domit.Enob. & Fab. Max, ne firent con (-
truire leursTours qu'aux mêmes endroits
où l'on avoit coûtume d'ériger des Tro
phées ( c'est - à- dire , fur le Champ de ba
taille ) comme Florus nous Patteſte , Ipſis
quibus dimicaverant Locis faxeas erexere
turres : & que le's Trophées étoient ornez
des Armes des Vaincus , & defuper exor
nata arnis hoftilibus Trophea fixere.
Cela fuppofé , je dis , que l'Arc de
Triomphe d'Orange ne peut pas être attribué
à Marius.
1. Parce que ce Monument n'eft pas
conftruit fur le Champ de Bataille , & que
Marius n'a pas dû s'écarter d'un ufage établi
de temps immemorial ; à la verité , fice
General Romain a voulu fe diftinguer de
fes Predecefleurs par la grandeur & la
beauté du Monument , il l'aura pù , mais il
Faura toûjours fait conftruire fuivant l'ufage
établi dans le lieu même du Combat ,
ipfis quibus dimicaverant Locis . En effet
sonne on ne conftruifoit de ces fortes de
Mo
MARS. 1730. 4.67
Monumens que pour infulter aux Ennemiş
vaincus , on fe fervoit des Armes & des
dépouilles de ceux qui avoient été tuez
pendant l'action , pour en faire des Trophées
, & defuper exornata Armis hoftilibus
Trophea fixere , & par la même raifon
on choififfoit expreffement le lieu du
Combat , comme un témoin irreprochable
de leur défaite , & par confequent un
terrain étranger ne leur convenoit pas ;
d'ailleurs quelle apparence y a-t-il que
pour deux Batailles gagnées proche laVille
d'Aix , Marius ait choifi la Ville d'Orange
, où il n'a jamais été , & qui eft éloignée
du lieu du Combat d'environ dixhuit
lieuës, pour y faire dreffer un Arc de
Triomphe , il feroit bien plus naturel de
placer dans la Plaine appellée de Porrieres
, à quatre lieuës d'Aix , le Monument
de Triomphe que ce General Romain fit
conftruire , puifque c'eft dans cette Plaine
qu'il acheva de détruire entierement les
Barbares, & qu'on y voit encore un refte
d'Edifice quarré d'une Antiquité très - reculée
, que les gens du Pays appellent par
tradition le Triomphe de Porrieres ; ainfi
il me femble qu'on pourroit conjecturer
vrai-femblablement que ce General , fuivant
la coûtume d'alors fit élever ce Monument
fur le Champ de Bataille , pour
marquer la victoire.
468 MERCURE DE FRANCE.
2°. Aucun Auteur ancien n'a parlé d'un
Monument de Triomphe , érigé à Orange
à l'honneur de Marius ; cependant Florus
qui a décrit fi exactement les Tours
élevées par Domit. Enob. & par Fabius
Max. n'auroit pas manqué de faire mention
d'un Arc de Triomphe , qui auroit
été autant nouveau & inufité pour le tems
de Marius , que les Tours décrites par cet
Auteur , l'étoient pour le tems de Domitius
& de Fabius , car s'il n'a pas parlé
du Monument que Marius fit dreffer dans
la Plaine de Porrieres , c'eſt qu'il reffembloit
apparemment , à peu de chofe près ,
aux Monuments dreffez par fes Predeceffeurs
; d'autant mieux qu'il n'y a qu'une
vingtaine d'années d'intervalle des uns
aux autres : enfin Plutarque , qui a écrit
la Vie de Marius , auroit - il oublié de faire
mention d'un Monument fi propre à relever
la gloire de fon Heros ; certainement
ce n'eft pas un Ouvrage d'une nature
à pouvoir être caché ni ignoré, pour
le paffer fous filence .
3 °. La République Romaine qui étoit
fi jaloufe de la grandeur de fes Sujets ,
auroit- elle permis qu'on érigeat un fi beau
Monument à la gloire d'un de fes Generaux
, qu'on foupçonnoit déja de vouloir
fe rendre indépendant.
4. Sylla , Dictateur , dont la puiffance
étoit
MARS. 1730. 469
étoit fans bornes , & qui fit abattre les
Trophées que Marius avoit fait dreffer
dans Rome ; auroit-il laiffé fur pied un
Monument capable lui feul d'illuftrer
fon Rival dans la pofterité la plus reculée.
59 Le nom de Marius fe trouve confondu
& mêlé avec d'autres noms fur les
Boucliers de cet Arc de Triomphe , or je
dis que fi ce Monument avoit été élevé
pour ce General Romain , on auroit certainement
mis fon nom dans la Place la
plus honorable , cependant on le trouve
gravé fimplement fur un Bouclier fans
diftinction des autres , c'eſt donc une marque
évidente qu'on ne l'a pas élevé
pour lui , & même il y a beaucoup d'apparence
que par ce nom de Marius on a
voulu défigner quelqu'autre que le Vainqueur
des Ambrons & des Teutons , d'autant
mieux que les autres noms qui font
placez du pair & dans le même rang qué
celui-cy , font des noms barbares & inconnus.
6º. On voit gravé fur ce Monument
une grande quantité d'Inftrumens de Marine
; autre raison qui prouve qu'on ne le
doit pas attribuer à Marius , puifque ce
General Romain n'a jamais donné aucun
Combat fur Mer.
Après tout, les habiles Antiquaires cons
viennent aujourd'hui que les Arcs de
Triomphe
470 MERCURE DE FRANCE.
Triomphe n'éoient point encore en ufage
du tems de Marius , & que le Monument
d'Orange eft trop beau pour être fi ancien;
pour moi je le croirois du fiecle d'Augufte.
Suetone, dans la Vie de cet Empereur,
m'a fait naître cette conjecture ; il nous
apprend qu'Augufte fit conftruire une
grande quantité de Monuments & d'Edifices
, non- feulement à Rome , mais encore
dans plufieurs Provinces de l'Empire,
& qu'il exhorta fouvent les principaux
Citoyens de Rome , d'en faire conftruire
pour l'embelliffenent de la Ville ; cet Auteur
ajoûte que plufieurs d'entre eux en
firent élever : à leur exemple les Proconfuls
& les Préteurs dans leurs Gouvernements
, pour fe conformer au gout de
l'Empereur & lui faire leur cour , & les
Villes particulieres pour mieux marquer
leur attachement à leur Souverain , ou
pour obtenir quelque Privilege , en firent
pareillement élever de leur côté ; ainſi il
me femble très-probable que l'Arc de
Triomphe d'Orange a été érigé dans ce
temps-là à la gloire d'Augufte , pour quelqu'un
des motifs que je viens d'infinuer ;
d'autant mieux que les inftruments de Mazine
qu'on voit dans ce Monument conviennent
parfaitement à cet Empereur ,
qui par la Bataille Navale qu'il gagna pro
che d'Actium , le vit feul maître du Monde
entier. Je
MARS. 1730 . 471
Je, conclus enfin qu'on peut pareillement
rapporter à ce tems là la conftruc .
tion du Monument qui eft proche la Ville
de S. Remi en Provence , & celle de l'Arc
de Triomphe qu'on voit dans la Ville de
Carpentras , Capitale du Comtat Venailfin
les Connoiffeurs les jugent tous les
deux du fiecle d'Augufte , ainfi des Monumens
fituez fi proches les uns des autres
, & qui paroiffent avoir été conſtruits
dans le même temps , fortifient encore
le fentiment où je fuis , que tous ces Monumens
ont été élevez du temps d'Augufte
pour quelqu'un des motifs obfervez
cy- deffus .
d'Orange.
L'A
'Arc de Triomphe de la Ville d'O
range a merité de tout temps l'atten
tion des Curieux ; la beauté de ce Monu
ment les a engagez fur tout à rechercher
à quelle occafion il a été érigé ; les uns
Pont attribué à Domitius Enobarbus , ou
à Fabius Maximus , & les autres à Caïns
Marius ; ces derniers font prefentement
Les plus fuivis , mais , fi j'ofe le dire , ces
deux opinions font infoutenables , & pour
peu qu'on veuille examiner fur quoi elles
font fondées, on en fera bien- tôt perfuadé.
Florus , dans fon Abregé de l'Hiftoire
Romaine , a donné naiffance à l'un & àl'autre
de ces fentimens ; il dit que Domitius
Enobarbus & Fabius Maximus , après
avoir vaincu les Allorbroges , firent élever
fur le Champ de bataille des Tours de
pierre , & au- deffus y firent dreffer des
Trophées , parés des Armes des Ennemis :
voici les paroles : Domitius Enobarbus &
Fabius Maximus , ipfis quibus dimicaverant
Locis faxeas erexere turres & defuper
exornata armis hoftilibus Trophea
fixere.
Ceux qui font pour la premiere opinion
difens
464 MERCURE DE FRANCE.
difent que le Monument d'Orange eft le
même que celui que Florus nous décrit ,
qu'il n'eſt éloigné que de quelques lieuës
de l'endroit où les Allobroges furent défaits
, qu'il eft certain que c'eft un Ouvrage
des Romains , & qu'il eft très ancien
, ainfi il n'y a pas lieu de douter , difent
ils , que Domitius Enob. ou Fab.
Max . ne l'ayent fait élever .
Pour répondre à cela , il n'y a qu'à faire
attention que le Monument d'Orange eft
un Arc de Triomphe qu'on admire encore
aujourd'hui par fon Architecture & par
la beauté de les bas - reliefs , & que Florus
ne nous parle que de Tours informes &
groffieres , faxeas erexere turres. Cela eft
6 vrai que Coëffeteau , Evêque de Marſeil
le , l'un des plus fçavans hommes du fieele
paffé , en traduifant ce Paffage , dit
que Domit . Enobarbus & Fab. Maximus
ne firent élever que des monceaux de
pierre ; ainfi fans qu'il foit befoin d'avoir
recours à d'autres preuves , cette opinion
tombe d'elle - même .
Venons prefentement à celle qui veut
que l'Arc de Triomphe d'Orange doit
Etre attribué à Marius ; ils établiffent d'abord
que les Romains depuis Domitius
Enobarbus & Fabius Maximus , étoient
dans la coûtume d'élever des Monumens de
Triomphe après avoir remporté quelque
victoire
MAR S. 1730. 465
victoire ; ils difent enfuite que Caius Ma
rius , après avoir défait les Ambrons &
les Teutons , n'aura pas manqué d'en faire
aufli conftruire un , mais comme ce General
Romain furpaffoit fes Predeceffeurs
par la grandeur & le nombre de ces Exploits
, il voulut les furpaffer en magnificence
, & ainfi au lieu de quelques Tours
informes & groffieres , il fit élever le bel
Arc de Triomphe que nous voyons à
Orange ; enfin , pour nous en convaincre
entierement , ils font remarquer que le
nom de Marius fe trouve gravé fur ce Mo
nument.
Avant que de démontrer la fauffeté de
cette derniere opinion , il eft bon de fe
rappeller que les Romains ont de tour
temps érigé fur le Champ de bataille des
Trophées d'Armes , dont l'appareil confif
toit en un Pieu ou Tronc d'arbre , chargé
des dépouilles de l'Ennemi ; ainfi Domitius
Enobius & Fab. Maximus , ne changerent
rien à l'ancienne coûtume , ils vou-
Jurent feulement rehauffer l'éclat de leurs
Trophées , dont l'ufage avoit été jufqu'alors
de les mettre fur un Pieu fimplement
élevé fur terre , & pour cela ils firent conf
truire des Tours de pierre pour les y placer
au -deffus , voulant par là abaiffer encore
davantage l'orgueil de leurs Ennemis
, & par des Monumens plus durables
per
466 MERCURE DE FRANCE .
perpetuer leur honte dans la poſterité ;
c'eft pour cela que Florus dit que les Ro
mains n'avoient pas encore infulté aux
Vaincus d'une maniere fi outrageante ,
Cum hic mos inufitatus fuerit noftris , nunquam
enim Populus Rom. hoftibus domitis
victoriam exprobavit.
Il faut remarquer en fecond lieu que
Domit.Enob. & Fab. Max, ne firent con (-
truire leursTours qu'aux mêmes endroits
où l'on avoit coûtume d'ériger des Tro
phées ( c'est - à- dire , fur le Champ de ba
taille ) comme Florus nous Patteſte , Ipſis
quibus dimicaverant Locis faxeas erexere
turres : & que le's Trophées étoient ornez
des Armes des Vaincus , & defuper exor
nata arnis hoftilibus Trophea fixere.
Cela fuppofé , je dis , que l'Arc de
Triomphe d'Orange ne peut pas être attribué
à Marius.
1. Parce que ce Monument n'eft pas
conftruit fur le Champ de Bataille , & que
Marius n'a pas dû s'écarter d'un ufage établi
de temps immemorial ; à la verité , fice
General Romain a voulu fe diftinguer de
fes Predecefleurs par la grandeur & la
beauté du Monument , il l'aura pù , mais il
Faura toûjours fait conftruire fuivant l'ufage
établi dans le lieu même du Combat ,
ipfis quibus dimicaverant Locis . En effet
sonne on ne conftruifoit de ces fortes de
Mo
MARS. 1730. 4.67
Monumens que pour infulter aux Ennemiş
vaincus , on fe fervoit des Armes & des
dépouilles de ceux qui avoient été tuez
pendant l'action , pour en faire des Trophées
, & defuper exornata Armis hoftilibus
Trophea fixere , & par la même raifon
on choififfoit expreffement le lieu du
Combat , comme un témoin irreprochable
de leur défaite , & par confequent un
terrain étranger ne leur convenoit pas ;
d'ailleurs quelle apparence y a-t-il que
pour deux Batailles gagnées proche laVille
d'Aix , Marius ait choifi la Ville d'Orange
, où il n'a jamais été , & qui eft éloignée
du lieu du Combat d'environ dixhuit
lieuës, pour y faire dreffer un Arc de
Triomphe , il feroit bien plus naturel de
placer dans la Plaine appellée de Porrieres
, à quatre lieuës d'Aix , le Monument
de Triomphe que ce General Romain fit
conftruire , puifque c'eft dans cette Plaine
qu'il acheva de détruire entierement les
Barbares, & qu'on y voit encore un refte
d'Edifice quarré d'une Antiquité très - reculée
, que les gens du Pays appellent par
tradition le Triomphe de Porrieres ; ainfi
il me femble qu'on pourroit conjecturer
vrai-femblablement que ce General , fuivant
la coûtume d'alors fit élever ce Monument
fur le Champ de Bataille , pour
marquer la victoire.
468 MERCURE DE FRANCE.
2°. Aucun Auteur ancien n'a parlé d'un
Monument de Triomphe , érigé à Orange
à l'honneur de Marius ; cependant Florus
qui a décrit fi exactement les Tours
élevées par Domit. Enob. & par Fabius
Max. n'auroit pas manqué de faire mention
d'un Arc de Triomphe , qui auroit
été autant nouveau & inufité pour le tems
de Marius , que les Tours décrites par cet
Auteur , l'étoient pour le tems de Domitius
& de Fabius , car s'il n'a pas parlé
du Monument que Marius fit dreffer dans
la Plaine de Porrieres , c'eſt qu'il reffembloit
apparemment , à peu de chofe près ,
aux Monuments dreffez par fes Predeceffeurs
; d'autant mieux qu'il n'y a qu'une
vingtaine d'années d'intervalle des uns
aux autres : enfin Plutarque , qui a écrit
la Vie de Marius , auroit - il oublié de faire
mention d'un Monument fi propre à relever
la gloire de fon Heros ; certainement
ce n'eft pas un Ouvrage d'une nature
à pouvoir être caché ni ignoré, pour
le paffer fous filence .
3 °. La République Romaine qui étoit
fi jaloufe de la grandeur de fes Sujets ,
auroit- elle permis qu'on érigeat un fi beau
Monument à la gloire d'un de fes Generaux
, qu'on foupçonnoit déja de vouloir
fe rendre indépendant.
4. Sylla , Dictateur , dont la puiffance
étoit
MARS. 1730. 469
étoit fans bornes , & qui fit abattre les
Trophées que Marius avoit fait dreffer
dans Rome ; auroit-il laiffé fur pied un
Monument capable lui feul d'illuftrer
fon Rival dans la pofterité la plus reculée.
59 Le nom de Marius fe trouve confondu
& mêlé avec d'autres noms fur les
Boucliers de cet Arc de Triomphe , or je
dis que fi ce Monument avoit été élevé
pour ce General Romain , on auroit certainement
mis fon nom dans la Place la
plus honorable , cependant on le trouve
gravé fimplement fur un Bouclier fans
diftinction des autres , c'eſt donc une marque
évidente qu'on ne l'a pas élevé
pour lui , & même il y a beaucoup d'apparence
que par ce nom de Marius on a
voulu défigner quelqu'autre que le Vainqueur
des Ambrons & des Teutons , d'autant
mieux que les autres noms qui font
placez du pair & dans le même rang qué
celui-cy , font des noms barbares & inconnus.
6º. On voit gravé fur ce Monument
une grande quantité d'Inftrumens de Marine
; autre raison qui prouve qu'on ne le
doit pas attribuer à Marius , puifque ce
General Romain n'a jamais donné aucun
Combat fur Mer.
Après tout, les habiles Antiquaires cons
viennent aujourd'hui que les Arcs de
Triomphe
470 MERCURE DE FRANCE.
Triomphe n'éoient point encore en ufage
du tems de Marius , & que le Monument
d'Orange eft trop beau pour être fi ancien;
pour moi je le croirois du fiecle d'Augufte.
Suetone, dans la Vie de cet Empereur,
m'a fait naître cette conjecture ; il nous
apprend qu'Augufte fit conftruire une
grande quantité de Monuments & d'Edifices
, non- feulement à Rome , mais encore
dans plufieurs Provinces de l'Empire,
& qu'il exhorta fouvent les principaux
Citoyens de Rome , d'en faire conftruire
pour l'embelliffenent de la Ville ; cet Auteur
ajoûte que plufieurs d'entre eux en
firent élever : à leur exemple les Proconfuls
& les Préteurs dans leurs Gouvernements
, pour fe conformer au gout de
l'Empereur & lui faire leur cour , & les
Villes particulieres pour mieux marquer
leur attachement à leur Souverain , ou
pour obtenir quelque Privilege , en firent
pareillement élever de leur côté ; ainſi il
me femble très-probable que l'Arc de
Triomphe d'Orange a été érigé dans ce
temps-là à la gloire d'Augufte , pour quelqu'un
des motifs que je viens d'infinuer ;
d'autant mieux que les inftruments de Mazine
qu'on voit dans ce Monument conviennent
parfaitement à cet Empereur ,
qui par la Bataille Navale qu'il gagna pro
che d'Actium , le vit feul maître du Monde
entier. Je
MARS. 1730 . 471
Je, conclus enfin qu'on peut pareillement
rapporter à ce tems là la conftruc .
tion du Monument qui eft proche la Ville
de S. Remi en Provence , & celle de l'Arc
de Triomphe qu'on voit dans la Ville de
Carpentras , Capitale du Comtat Venailfin
les Connoiffeurs les jugent tous les
deux du fiecle d'Augufte , ainfi des Monumens
fituez fi proches les uns des autres
, & qui paroiffent avoir été conſtruits
dans le même temps , fortifient encore
le fentiment où je fuis , que tous ces Monumens
ont été élevez du temps d'Augufte
pour quelqu'un des motifs obfervez
cy- deffus .
Fermer
Résumé : REMARQUES sur l'Arc de Triomphe d'Orange.
L'Arc de Triomphe d'Orange suscite des interrogations quant à son origine. Deux hypothèses principales ont été proposées. La première attribue sa construction à Domitius Enobarbus ou à Fabius Maximus, après leur victoire sur les Allobroges, comme le rapporte Florus. La seconde hypothèse suggère que Caius Marius l'aurait érigé après ses victoires sur les Ambrons et les Teutons. Cependant, ces deux théories sont jugées infondées. Les partisans de la première hypothèse affirment que l'Arc correspond aux tours décrites par Florus, construites sur le champ de bataille. Toutefois, l'Arc de Triomphe d'Orange est un monument architectural complexe, contrairement aux tours informes décrites par Florus. De plus, l'évêque Coëffeteau traduit ces tours comme des monceaux de pierre, ce qui contredit l'idée d'un Arc de Triomphe. Pour la seconde hypothèse, les défenseurs de Marius soulignent que les Romains avaient l'habitude d'élever des monuments de triomphe après une victoire. Ils avancent que Marius, voulant surpasser ses prédécesseurs, aurait construit un Arc de Triomphe plus magnifique. Cependant, plusieurs points contredisent cette théorie : l'Arc n'est pas situé sur le champ de bataille, contrairement à l'usage romain, et aucun auteur ancien ne mentionne un tel monument à Orange pour Marius. De plus, la République romaine était jalouse de la grandeur de ses sujets et n'aurait pas permis un tel monument pour un général suspecté de vouloir s'émanciper. Sylla, dictateur, aurait également détruit les trophées de Marius à Rome, rendant improbable la survie d'un monument en son honneur. Le nom de Marius est gravé sur l'Arc, mais il est mélangé avec d'autres noms, suggérant qu'il ne s'agit pas du principal honneur. La présence d'instruments de marine sur le monument est incompatible avec les campagnes terrestres de Marius. Les antiquaires modernes estiment que les Arcs de Triomphe n'étaient pas en usage du temps de Marius et que l'Arc d'Orange est trop beau pour être aussi ancien. Ils le datent plutôt du siècle d'Auguste. Suétone mentionne qu'Auguste a construit de nombreux monuments et a encouragé les citoyens à en faire de même. Ainsi, l'Arc de Triomphe d'Orange pourrait avoir été érigé à la gloire d'Auguste, peut-être après sa victoire navale près d'Actium. Cette hypothèse est renforcée par la présence d'instruments de marine sur le monument.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1267
p. 474-487
LETTRE. DE M. L'ARCHEVESQUE DE PARIS. AU ROY.
Début :
SIRE, Je crois devoir à VOTRE MAJESTÉ un compte [...]
Mots clefs :
Archevêque de Paris, Curé, Sa Majesté, Constitution, Église, Doctrine de l'Église, Ecclésiastiques, Ordonnance, Ministres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE. DE M. L'ARCHEVESQUE DE PARIS. AU ROY.
LETTRE.
***
DE M. L'ARCHEVESQUE DE PARIS,
A U ROY
SIRE,
Je crois devoir à VOTRE MAJESTE' un compte
exact de la fituation où j'ai trouvé le Diocèle
de Paris , par rapport aux malheureuſes
conteftations qui affligent l'Eglife de France , de
la conduite que j'ai tenue jufqu'à prefent , pour
ramener les efprits & des mouvemens qui fe font
encore aujourd'hui pour empêcher le bien que
je cherche à y procurer . L'interêt de la Religion
étroitement lié avec celui de l'Etat , exige de l'Evêque
de la Capitale de votre Royaume , SIRE ,
qu'il vous inftruiſe de toutes fes démarches ; & à
qui d'ailleurs pourrois-je mieux expofer mes inquiétudes
& mes peines qu'à un Roi qui aime l'Eglife
, qui protege d'une maniere éclatante les
Miniftres de Jefus- Chrift , & qui en me faiſant
P'honneur de me nommer à la place importante
que j'occupe , m'a promis tous les fecours dont
j'aurois befoin.
Perfonne n'ignore que les Adverfaires de la
Conftitution Unigenitus , n'ont rien négligé pour
révolter les Fideles de la Ville de Paris contre ce
Jugement Apoftolique : on y a répandu des Libelles
fans nombre & de toutes efpeces pour rendre
odieuſe la puiffance dont la Bulle eft émanée,
& mêprifables ceux qui lui étoient foumis. Cet
attaMARS.
1720. 475
attachement fidele pour la Chaire de S. Pierre , ce
refpect filial pour le Vicaire de Jefus -Chrift fur
la terre , qui diftingue l'Eglife Catholique de toutes
les Sectes des Schifmatiques & des Heretiques,
s'eft infenfiblement affoibli ; le fecond Ordre s'eft .
nourri dans des principes contraires à la dépendance
& à la fubordination où il doit être ; de
fimples Fideles fe font accoûtumez à juger les
Juges de la Foi , & à oppofer leurs propres idées
aux décifions du Pape & des Evêques ; telle étoit
la difpofition d'un grand nombre de perfonnes
SIRE, lorfque je pris poffeffion de l'Archevêché
de Paris.
A la vue de ces defordres fi affligeants pour
ceux qui aiment la Religion , & dont le feul récit
coûte infiniment à mon coeur , j'ai été perſuadé ,
que la précipitation ne feroit qu'irriter le mal , &
que des préventions invéterées ne pouvoient être.
gueries que par la charité , par la patience & par,
P'inftruction
Dieu a beni mes premiers foins ; le Chapitre
de mon Eglife Métropolitaine s'eft uni d'abord à
moi , en adherant au Mandement de mon Prédeceffeur
pour l'acceptation de la Conftitution Unigenius
, ce qui me donna d'autant plus de confolation
, qu'il y avoit lieu d'efperer que l'exemple
du premier Corps Ecclefiaftique du Diocèfe
& d'un Corps eftimable par fes lumieres & par
fa capacité , infpireroit au refte du Clergé les
fentimens de foumiffion & de docilité que j'en
devois attendre ; quelques autres en effet ſuivirent
cet exemple , & je reçûs dès -lors de la part de
plufieurs Particuliers , des déclarations précifes
& formelles de leur obéiffance.
Dieu qui vouloit m'éprouver , n'a pas permis
que ma joye fut pleine & entiere , peu de jours
après la déclaration du Chapitre de mon Eglife
Ciij Mé176
MERCURE DE FRANCE.
Métropolitaine , cinq Curez de Paris mé préfens
terent une Lettre avec une Requête fignée d'eux
& de vingt de leurs Confreres , tant de la Ville
que de la Banlieue. Je remarquai d'abord dans cette
démarche une affociation d'Ecclefiaftiques qui ne
font point corps , & qui ne doivent s'affembler
qu'avec leur Archevêque & par fes ordres ; affociation
défenduë par d'anciens Arrêts
que Vo-
TRE MAJESTE' a renouvellez à l'occafion de pareils
mouvemens qui fe firent en 1728. mais
lorfque j'eus i la Lettre & la Requête , ma furprife
& mon étonnement redoublerent .
Je n'avois encore rien fait , SIRE , qui pût don
ner le moindre prétexte aux efprits inquiets d'allarmer
les Peuples ; mon Ordonnance pour l'acceptation
de la Bulle Unigenitus & mon Mandement
pour le renouvellement des Pouvoirs , n'avoient
pas même encore parû , cependant dans la
Lettre dont je viens de parler , ceux qui l'avoient
foufcrite me difoient : que fur des bruits qui fe
repandoient dans le Públic , ils craignoient que
livré aux fuggeftions importunes des personnes
prévenues, & qui ne refpirent que le trouble, je
ne retiraffe les pouvoirs de precher & de confeßer
à une multitude de dignes Miniftres qui travaillent
avec édification dans cette Ville , genera
lement estimez des Peuples qu'ils conduisent
dans la voye du Salut , & des Curez qu'ils foutagent
dans leurs fonctions .
Ils faifoient enfuite entendre quej'allois fubftituer
à ces Miniftres fideles de mauvais fujets
qui refuferoient les Sacremens aux plus faintes
ames , & qui les accorderoient aux pécheurs les
moins préparez que par cette conduite au lieu
du faint concert qui regnoit dans les Paroiffes ,
fallois y mettre le trouble & la divifion , allu
mer le feu du Schifme , & donner occafion aux
libertins
MAR S. 1730. 477
libertins & aux impies de s'affermir dans l'ir
religion.
Un Evêque , SIRE , qui feroit capable de faire
un uſage fi pernicieux de l'autorité qu'il a reçûë
de Jefus- Chrift , ne feroit pas un Paſteur , mais
un loup raviffant, qui, loin d'être occupé des befoins
de fon troupeau , ne penferoit qu'à le ravager.
Comment des Curez ont- ils pû concevoir
une idée fi defavantageufe de leur Archevêque ,
qui ne faifoit que d'entrer dans l'exercice de fon
miniftere , & que l'honneur qu'il avoit d'être
choiſi recemment par VOTRE MAJESTE' devoit
mettre à couvert de pareils foupçons ? Vouloientils
à quelque prix que ce fût, & fans vouloir gar
રે
der même les moindres bienfeances , me décre
diter , m'ôter l'eftime & la confiance des peuples
& me rendre odieux à tout mon Diocèfe ?
La Lettre des vingt-cinq Curez n'étoit pas feu
lement injurieufe à leur Archevêque , elle étoit
encore outrageante pour l'Eglife , par la maniere
dont elle s'expliquoit fur la Conftitution Unige
nitus : ils y reconnoiffoient que ces Miniftres
dont ils avoient fait l'éloge , refufent d'accepter
La Conftitution qui eft , difoient-ils , déferée &
l'Eglife ; & ils ajoûtoient : Sur ce point la canfe
de ces Ecclefiaftiques est la nôtre , ou plutôt
c'est la caufe de la Morale Chrétienne , de la
doctrine de l'Eglife , du langage des S S. Peres &
des Libertex de l'Eglife Gallicane.
Si la Conftitution eft le renversement de la
Morale Chrétienne , de la Doctrine de l'Eglife ,
du langage des Saints Peres & des Libertez de
l'Eglife Gallicane , comme le font entendre ces
vingt-cinq Curez, trois Papes confécutifs qui ont
fait éclater leur zèle pour l'obſervation de la Conftitution
; tous les Evêques de France qui à quatre
ou cinq près , l'ont unanimement acceptée ; ceux
C iiij
des
478 MERCURE DE FRANCE:
des autres Etats , qui fans en excepter un feuf,
y adherent , font donc des prévaricateurs qui
ont trahi & abandonné la verité pour embraffer
& pour foutenir un Decret favorable à l'erreur.
Dans quel état feroit l'Eglife de Jefus- Chrift fi
la verité détruite & ouvertement attaquée par le
Corps des Paſteurs unis à leur Chef , n'avoit plus
pour défenfeurs que quatre ou cinq Evêques ?
les promeffes de Jefus- Chrift , qui a fi pofitivement
déclaré qu'il feroit avec les Apôtres &
leurs fucceffeurs tous les jours jufquà la confommation
du fiecle , feroit fans effet ; les portes
de l'Enfer auroient prévalu contre l'Eglife ; l'autorité
infaillible de cette Epoufe de Jefus-Chrift ,
qui eft toute la fûreté & toute la confolation des
Fideles , fa perpetuelle vifibilité qui l'a fait reconnoître
entre les differentes Communions qui
s'en font féparées , feroient anéanties ; les premiers
Pafteurs ayant le Pape à leur tête ne feroient
plus des guides furs , il faudroit leur préferer fes
propres lumieres & fon efprit particulier ; les
peuples feroient enfin réduits à cette difcuffion
qui leur eft impoffible & qui a plongé les Proteftants
dans un grand nombre d'abſurditez &
d'égalements.
Quant à la Requête qui étoit jointe à la Lettre,
ces mêmes Curez cherchant à fe maintenir dans
la poffeffion qu'ils avoient prétendu ufurper depuis
quelques années de fervir de guides & de
conducteurs à leur Archevêque , excitoient mon
zele pour le fervice de VOTRE MAJESTE' , & me
traçoient avec hauteur la route que je devois
fuivre , avis d'autant plus mal placez que mon
zele n'aura jamais befoin d'être animé , quand il
s'agira de défendre vos droits , SIRE , & de l'indépendance
de votre Couronne ; remontrances qui
convenoient d'autant moins dans la bouche de
ceux
MAR S. 1730. 479.
ceux qui les faifoient , qu'ils contrevenoient formellement
à vos ordres , & qu'ils faifoient des
démarches expreffément condamnées par vos Déclarations
& par vos Arrêts , en même temps
qu'ils vouloient fe donner pour les défenfeurs de
votre autorité.
J'étois en droit , SIRE , de proceder juridi
quement contre ceux qui en avoient ufé avec
moi d'une maniere fi répréhenfible , fur tout
après que leur Lettre a été rendue publique ; je
pouvois regarder ce qu'ils avoient avancé contre la
Bulle comme une contravention manifefte à la Déclaration
du mois d'Août 1720. & les faire punir
fuivant la rigueur des Loix ; mais retenu par les
fentimens de modération & de charité qui font
gravez dans mon coeur , & qui font affez connus
de ceux avec lefquels j'ai vécu , je ne crus pas alors
devoir me fervir de l'autorité qui eft entre mes
mains , encore moins implorer celle de VOTRE
MAJESTE'.
Prêt à publier mon Inftruction Paſtorale fur la
Conftitution Unigenitus , pour diffiper , comme
mon Prédeceffeur l'avoit promis , les doutes &
les fcrupules de ceux qui avoient encore befoin
d'être éclairez fur une matiere fi importante ,
j'efperois que l'expofition que j'y devois faire de
la Doctrine de la Bulle , defabuferoit les efprits les
plus prévenus , & que les principes inconteftablesfur
l'autorité de la Conftitution qui y feroient
établis , détermineroient tous ceux qui refpectent
l'Eglife à fe foumettre au Decret Apoftolique.
Je me contentai donc de mander les cinq Curez
qui m'avoient apporté la Lettre & la Requête , je
leur réprefentai leur faute avec tout le ménagement
poffible; je leur fis les reproches qu'ils méritoient
fur leur affociation , contraire aux Loix de
l'Etat , & d'autant moins convenable , qu'ils fçavoient
C.v
480 MERCURE DE FRANCE :
voient que ma porte leur étoit toûjours ouverte ,
pour écouter ce que chacun d'eux en particulier
voudroit me repreſenter fur l'état de få Paroiffe ;
je leur fis fentir combien leur Lettre m'étoit injurieufe
& à l'Eglife même , je leur parlai de ma
niere à leur faire connoître que les maximes du
Royaume m'étoient auffi précieufes qu'elles le leur
pouvoient être ; je n'omis rien enfin pour les engager
à rentrer en eux-mêmes & à faire de férieufes
reflexions fur leurs fentimens & fur leur conduite.
Quelque temps après cet évenement , SIRE , jet
publiai mon Inftruction Paftorale fur la Conftitution
Unigenitus : j'eus la fatisfaction
que
plufieurs Ecclefiaftiques & differens Corps (a )
touchez & éclairez par cet ouvrage de paix & de
verité , ouvrirent les yeux & defabufez de leurspréventions,
vinrent me déclarer qu'ils obéiffoient.
avec docilité au Decret Apoftolique , quelquesuns
même des Curez , qui avoient figné la Lettre,,
ré racterent leur fignature en fe foumettant plei
nement à mon Ordonnance ; & j'ai été informé
que dans differens Diocèfes cette Inftruction avoit
eu le même fuccès.
A la fin du mois d'Octobre je donnai mon
Mandement pour le renouvellement des pouvoirs.
de prêcher & de confeffer ; je fixai le terme de:
quatre mois pour les Prêtres Séculiers & Reguliers
de la Ville & de la Banlieuë de Paris , pendant
lefquels tous les Confeffeurs feroient obligez
de fe préfenter devant les Examinateurs que je
choifis pour ce difcernement important ; & à l'égard
des Prêtres de la Campagne , afin de ne les
point obliger de venir à la Ville pendant la ri
(a) Les Dominicains, les Carmes , les Prémon
les Doctrinaires. trez
gueur
MARS . 1730. 481
gueur de l'Hyver , je remis cet examen au temps
de l'Eté. En publiant ce Mandement j'avois fuivi
ce que mon Prédeceffeur avoit fait à fon avenement
à l'Archevêché de Paris ; ce que j'avois fait
moi - même à Marſeille & à Aix , & ce que tout
Evêque obferve ordinairement pour connoître les
moeurs , les talens & la Doctrine de ceux à qui il
confie le miniftere le plus redoutable & le plus
faint que des hommes puiffent exercer ; je ne pouvois
d'ailleurs ignorer qu'il y avoit dans lesParoiffes
de Paris & dans celles de la Campagne , un certain
nombre de Prêtres étrangers renvoyez de
leurs Diocèfes, ou qui s'en étoient eux-mêmes
éloignez pour fe fouftraire à l'obéiffance qu'ils
dévoient à leur Evêque , nouveau motif qui m'obligeoit
à prendre des précautions dans le commencement
de mon Epifcopat , pour le choix de
ceux qui devoient travailler fous mes ordres.
Ces Ordonnances , quelques neceffaires , quelques
fages , quelques moderées qu'elles fuffent
n'étoient pas du gout des Adverfaires de la
Bulle : il n'en a pas fallu davantage pour qu'à
cette occafion il fe foit élevé un orage contre
moi ; on a répandu contre mon Inftruction dif
ferents libelles anonymes , dans lefquels on a attaqué
ma doctrine , & on s'eft attaché à repré→
fenter ma moderation même , comme un piege
dont il falloit fe garantir ; on s'eft appliqué à indifpofer
dans plufieurs Paroiffes & dans plufieurs
Communautez les Prédicateurs & les Confeffeurs,
on a répandu les bruits les plus faux fur la ma
niere dont fe paffoient les Examens de l'Archevêché
; on a détourné plufieurs Ecclefiaftiques d'y
venir , dans l'idée de faire manquer le Service des
Paroiffes , de m'en rendre refponfable, & de foulever
les peuples en leur perfuadant que je voulois
leur ôter les Miniftres aufquels ils avoient
Cvj con482
MERCURE DE FRANCE :
1
confiance ; & fur un fi grand nombre de Prêtres
aufquels on continuoit les pouvoirs , il s'en trouvoit
un ou deux que l'on refufàt par incapacité
ou par mauvaiſe doctrine , le bruit de ces
interdits
étoit auffi -tôt publié & exageré dans tout
Paris , les Examinateurs repréfentez comme des
hommes durs & fans lumieres , qui excluoient du
miniftere tous ceux qui étoient les plus capables
de l'exercer ; malignité d'autant plus grande,
que depuis que je fuis en place , SIRE , j'ai renouvellé
les pouvoirs à plus de mille quatre-vingt
Confeffeurs , & qu'il n'y en a que trente qui
foient interdits ; ( a ) de ces trente quelques-uns
ont fait des Sermons fi féditieux , que les Magiftrats
n'auroient pû s'empêcher de les punir , s'ils.
en avoient éû connoiffance ; il y en a d'autres
qui ne font venus aux Examens que pour y déclarer
avec arrogance , qu'ils refufoient d'obeïr à
la Conftitution & à mon Ordonnance , pour faire
eux-mêmes l'énumeration des actes de défobéïffance
qu'ils avoient fignez , & pour affurer qu'ils
y perfiftoient ; quelques autres font connus dans
le public comme des Chefs de parti , qui n'infpirent
que la défobéiffance à l'Eglife & le mépris.
des Puiffances. que Dieu a établies ; il s'en eft trouvé
enfin , qui par rapport à leur incapacité & à
leurs, moeurs ,. ne devoient pas être employez.
Si on n'avoit répandu que des Libelles anonymes
, qui par ce titre feul , portent un caractere
de réprobation , fi je n'avois eû à me plaindre
que de brigues fourdes , que de difcours vagues ,,
que de mouvements fecrets de gens fans aveu ,
j'aurois été bien éloigné d'en importuner VOTRE
(a) S'il y en a d'autres qui foient fans pou
voirs , c'est qu'ils ne fe font pas prefenté aux
Examens pour les faire renouveller.
MA
MARS. 17307 48.
MAJESTE'. Il y a trop long-temps que je fuis
dans le Miniftere Ecclefiaftique , pour ne pas fçavoir
qu'un Evêque doit méprifer ces fortes d'écarts
; mais ce que je ne vous puis cacher , SIRE ,
& ce qui m'attrifte profondément , c'eft que ces
mêmes Curez qui m'avoient écrit la Lettre dont
j'ai eu l'honneur de vous parler , & que j'avois efperé
de ramener par ma modération & par mes
exhortations charitables , n'ont pas craint de m'écrire
une feconde Lettre le 29. Décembre dernier
, & de m'envoyer un Memoire contre mon
Inftruction Paftorale.
Dans cette nouvelle Lettre on m'attaque encore
fur le nombre des Confeffeurs que j'ai interdits
on dit
que le Troupeau va être privé de tous
fes dignes Miniftres , & qu'il fera livré dé
formais à des guides aveugles & relâchez ; on
dépeint la Ville de Paris , cette Ville d'une rare
beauté & qui faifoit l'admiration de toute la
la terre, comme couverte d'afflictions & de ténebres
, & l'on fait entendre que les Peuples de
votre Capitale font dans une confternation generale.
Mais , SIRE , qu'il me foit permis de
répréfenter à VOTRE MAJESTE' quel eft le principe
de toute cette déclamation ? Il s'agit uniquement
, comme j'ai eu l'honneur de vous le faire
obferver de trente Confeffeurs interdits , encore:
même parmi les Curez qui s'en plaignent , il y
en a plufieurs qui n'y ont point d'interêts , les
uns font feuls dans leurs Paroiffes , ( a ) les autres
n'ont qu'un ou deux Ecclefiaftiques qui ne font
point du nombre de ceux aufquels on n'a pas jugé
à propos de renouveller les pouvoirs ; (b) où
( a ) Les Gurez de fainte Marine & de faint
Jean le Rond.
(b) Les Curez du Roule , de Montmartre , de
la Vilette , de la Chapelle & de Conflans.
voit484
MERCURE DE FRANCE .
Voit-on auffi cette prétendue confternation que
F'on fait tant valoir ? Elle ne fe trouve que dans
ceux qui la publient & qui cherchent à l'exciter
par des écrits & par des difcours remplis de calomnies
& d'artifices. *
En fut-il jamais un plus marqué , SIRE , que
l'attention avec laquelle les Auteurs de la Lettre
s'efforcent d'exciter la compaffion des riches en
faveur des Écclefiaftiques qui n'auront plus le
pouvoir de confeffer ? Ils les repréfentent comme
s'ils alloient être réduits à la mendicité ; le miniſtere
de la pénitence , ce miniſtere ſi faint , qui
doit être exercé avec des vûës fi pures & fi defintereffées
, peut-il donc jamais être une reffource
à l'indigence ? Mais ce qui eft de plus criminel
& ce qui pourroit devenir plus dangereux , c'eft
que dans cette même Lettre , dont les copies font
déja répanduës à Paris , & qui fera bientôt imprimée
comme la premiere , on cherche à intereffer
les pauvres en leur annonçant que
les aumônes
qui leur étoient deſtinées , vont être portées
aux Ecclefiaftiques privez de leurs fonctions;
à quoi peut tendre un pareil difcours , finon á
perfuader à ceux qui font dans le befoin , qu'ils
ne doivent plus s'attendre aux fecours qu'ils recevoient
, & que c'eft leur Archevêque qui fait:
tarir les fources fur lefquelles ils peuvent compter?
Le Memoire des Curez n'eft pas plus mefuré
leur Lettre , c'eſt une fatyre & une invective que
* Nota. Qu'avant la feconde Lettre des Curez
à M. l'Archevêque , il y avoit plusieurs
grandes Paroiffes où il n'y avoit aucun Prétre
d'interdit ,fçavoir , de S. Jean , de S. Gervais ,
de S. Roch , de S. Etienne du Mont , de S. Médard
fainte Marguerite ; à faint Germain
de l'Auxerrois un feul .
pleine
MARS. 1730. 485
pleine d'aigreur & de fauffetez contre la Conftitution
Unigenitus , contre mon Inftruction Paftorale
; je refpecte trop les momens de VOTRE
MAJESTE' , pour lui faire un long détail de cette
piece ; il me fuffit de lui remontrer qu'il n'y a
pas un article de mon Inftruction qui n'y foit
attaqué , foit par des ironies picquantes , foit par
des critiques témeraires ; toutes les expreflions de
mon Mandement pour le renouvellement des
pouvoirs , y font tournées avec malignité & condamnées
avec indécence ; les Curez ne s'y font
pas bornez à attaquer l'Ordonnance & le Mandement
que j'ai publiez depuis que je fuis Archevêque
de Paris , ils ont été rechercher une Cenfure
que je fus obligé de faire à Aix contre de
mauvaifes propofitions qu'un Profeffeur en Théologie
avoit avancées ; cenfure à laquelle le Profeffeur
fe foumit , qui ne fut contredite , ni dansle
Diocèfe d'Aix , ni dans l'Eglife de France , &
que les Curez tronquent & défigurent dans leur
Memoire pour la rendre odieufe.
Je ne crois pas, SIRE , qu'on ait jamais vu dans
P'Eglife un exemple d'une pareille révolte du fecond
ordre contre le premier , ni qu'on ait jamais
pouffé plus loin l'efprit d'indépendance & le
renversement de la fubordination la plus effentielle
..
Les Auteurs de la Lettre & du Memoire fe
déclarent mes cooperateurs dans le droit d'enſeigner
& de juger de la Doctrine ; pleins de ces
prétentions chimeriques , ils élevent autel contre
autel ; ils érigent un Tribunal fuperieur au mien ;
c'eft là où mon Ordonnance eft examinée ; ils ne
craignent point d'enſeigner ouvertement une doctrine
contraire à la mienne , & de profcrire celle que
j'ai crû devoir prefenter à mon Diocèfe ; d'autant
plus coupables que ce que j'ai dit dans mon Inf
truction
486 MERCURE DE FRANCE.
truction Paſtorale , je l'ai dit avec le Pape & avec
le Corps des Paſteurs.
Ils devroient cependant fçavoir qu'un Archevêque
en publiant dans fon Diocèſe une Décifion
de l'Eglife , remplit ce que fon Miniſtere exige
de lui ; c'eft aux Evêques à qui Jefus - Chrift a dit
en la perfonne des Apôtres : Allez, enſeignez
toutes les Nations , celui qui vous écoute m'écoute,
& celui qui vous méprise me mépriſe
moi même, c'est à eux que S.Paul dit , en parlant
à Thimothée , confervez le dépôt : les Prêtres
doivent être les premiers à donner l'exemple de
la foumiffion & de l'obéïſſance , & ils doivent
apprendre à tout le Troupeau à refpecter la voix
du premier Paſteur . ´
Après l'expofé que je viens de faire à VOTRE
MAJESTE', elle ne fçauroit douter que je ne connoiffe
toute l'énormité d'une pareille conduite ; je
prévois les fuites funeftes qu'elle peut avoir , je
fens qu'il eft dangereux de la diffimuler , je fçai
même qu'il eft quelquefois neceffaire de faire des
exemples qui puiffent , felon l'Apôtre S. Paul ,
inſpirer une terreur falutaire , je ne puis cependant
encore me réfoudre à punir les coupa→
bles ni à employer ces armes puiffantes quej'ai
en main pour renverser toute hauteur qui s'éleve
contre la fcience de Dieu ; je fupplie Vo-
TRE MAJESTE , de fufpendre les effets de fon
indignation , je veux épuifer les dernieres reffources
de la patience & de la charité ; il n'eſt
pas poffible que ces Ecclefiaftiques ne " reconnoiffent
enfin leur faute, & qu'ils ne réparent par leur
foumiffion le fcandale qu'ils ont donné : je me
flate qu'ils ouvriront les yeux à l'exemple d'un
grand nombre de leurs Confreres , qui blâmant
leur conduite , goutent dans une parfaite obéïffance
à la voix de l'Eglife , cette paix & cette confolation
MARS. 1730. 487
folation qui en font inféparables ; fi cependant
contre mon inclination & contre mon attente
ces Ecclefiaftiques me forcent d'agir en Juge ,
après leur avoir inutilement parlé en Pere , je
ferai mon devoir , SIRE , avec le zele & la fermeté
d'un Evêque , qui après avoir vieilli dane
l'Epiſcopat , n'eft pas venu dans votre Ville Capitale
pour trahir fon miniftere , ni pour le deshonorer
à la fin de fes jours , & j'aurai recours
alors avec confiance à la protection de VOTR
MAJESTE', afin que par un parfait concert des deux
Puiffances du Sacerdoce & de l'Empire , tout ce
qui trouble le bon ordre foit puni felon les voyce
Canoniques & Civiles. Je fuis avec le plus profond
reſpect ,
ȘIRE ,
DE VOTRE MAJESTE',
Le très-humble , très-obéiffant
& très-fidele ferviteur & fujet,
† CHARLES , Archevêque de Paris.
A Paris , le 8. Fevrier 1730.
***
DE M. L'ARCHEVESQUE DE PARIS,
A U ROY
SIRE,
Je crois devoir à VOTRE MAJESTE' un compte
exact de la fituation où j'ai trouvé le Diocèle
de Paris , par rapport aux malheureuſes
conteftations qui affligent l'Eglife de France , de
la conduite que j'ai tenue jufqu'à prefent , pour
ramener les efprits & des mouvemens qui fe font
encore aujourd'hui pour empêcher le bien que
je cherche à y procurer . L'interêt de la Religion
étroitement lié avec celui de l'Etat , exige de l'Evêque
de la Capitale de votre Royaume , SIRE ,
qu'il vous inftruiſe de toutes fes démarches ; & à
qui d'ailleurs pourrois-je mieux expofer mes inquiétudes
& mes peines qu'à un Roi qui aime l'Eglife
, qui protege d'une maniere éclatante les
Miniftres de Jefus- Chrift , & qui en me faiſant
P'honneur de me nommer à la place importante
que j'occupe , m'a promis tous les fecours dont
j'aurois befoin.
Perfonne n'ignore que les Adverfaires de la
Conftitution Unigenitus , n'ont rien négligé pour
révolter les Fideles de la Ville de Paris contre ce
Jugement Apoftolique : on y a répandu des Libelles
fans nombre & de toutes efpeces pour rendre
odieuſe la puiffance dont la Bulle eft émanée,
& mêprifables ceux qui lui étoient foumis. Cet
attaMARS.
1720. 475
attachement fidele pour la Chaire de S. Pierre , ce
refpect filial pour le Vicaire de Jefus -Chrift fur
la terre , qui diftingue l'Eglife Catholique de toutes
les Sectes des Schifmatiques & des Heretiques,
s'eft infenfiblement affoibli ; le fecond Ordre s'eft .
nourri dans des principes contraires à la dépendance
& à la fubordination où il doit être ; de
fimples Fideles fe font accoûtumez à juger les
Juges de la Foi , & à oppofer leurs propres idées
aux décifions du Pape & des Evêques ; telle étoit
la difpofition d'un grand nombre de perfonnes
SIRE, lorfque je pris poffeffion de l'Archevêché
de Paris.
A la vue de ces defordres fi affligeants pour
ceux qui aiment la Religion , & dont le feul récit
coûte infiniment à mon coeur , j'ai été perſuadé ,
que la précipitation ne feroit qu'irriter le mal , &
que des préventions invéterées ne pouvoient être.
gueries que par la charité , par la patience & par,
P'inftruction
Dieu a beni mes premiers foins ; le Chapitre
de mon Eglife Métropolitaine s'eft uni d'abord à
moi , en adherant au Mandement de mon Prédeceffeur
pour l'acceptation de la Conftitution Unigenius
, ce qui me donna d'autant plus de confolation
, qu'il y avoit lieu d'efperer que l'exemple
du premier Corps Ecclefiaftique du Diocèfe
& d'un Corps eftimable par fes lumieres & par
fa capacité , infpireroit au refte du Clergé les
fentimens de foumiffion & de docilité que j'en
devois attendre ; quelques autres en effet ſuivirent
cet exemple , & je reçûs dès -lors de la part de
plufieurs Particuliers , des déclarations précifes
& formelles de leur obéiffance.
Dieu qui vouloit m'éprouver , n'a pas permis
que ma joye fut pleine & entiere , peu de jours
après la déclaration du Chapitre de mon Eglife
Ciij Mé176
MERCURE DE FRANCE.
Métropolitaine , cinq Curez de Paris mé préfens
terent une Lettre avec une Requête fignée d'eux
& de vingt de leurs Confreres , tant de la Ville
que de la Banlieue. Je remarquai d'abord dans cette
démarche une affociation d'Ecclefiaftiques qui ne
font point corps , & qui ne doivent s'affembler
qu'avec leur Archevêque & par fes ordres ; affociation
défenduë par d'anciens Arrêts
que Vo-
TRE MAJESTE' a renouvellez à l'occafion de pareils
mouvemens qui fe firent en 1728. mais
lorfque j'eus i la Lettre & la Requête , ma furprife
& mon étonnement redoublerent .
Je n'avois encore rien fait , SIRE , qui pût don
ner le moindre prétexte aux efprits inquiets d'allarmer
les Peuples ; mon Ordonnance pour l'acceptation
de la Bulle Unigenitus & mon Mandement
pour le renouvellement des Pouvoirs , n'avoient
pas même encore parû , cependant dans la
Lettre dont je viens de parler , ceux qui l'avoient
foufcrite me difoient : que fur des bruits qui fe
repandoient dans le Públic , ils craignoient que
livré aux fuggeftions importunes des personnes
prévenues, & qui ne refpirent que le trouble, je
ne retiraffe les pouvoirs de precher & de confeßer
à une multitude de dignes Miniftres qui travaillent
avec édification dans cette Ville , genera
lement estimez des Peuples qu'ils conduisent
dans la voye du Salut , & des Curez qu'ils foutagent
dans leurs fonctions .
Ils faifoient enfuite entendre quej'allois fubftituer
à ces Miniftres fideles de mauvais fujets
qui refuferoient les Sacremens aux plus faintes
ames , & qui les accorderoient aux pécheurs les
moins préparez que par cette conduite au lieu
du faint concert qui regnoit dans les Paroiffes ,
fallois y mettre le trouble & la divifion , allu
mer le feu du Schifme , & donner occafion aux
libertins
MAR S. 1730. 477
libertins & aux impies de s'affermir dans l'ir
religion.
Un Evêque , SIRE , qui feroit capable de faire
un uſage fi pernicieux de l'autorité qu'il a reçûë
de Jefus- Chrift , ne feroit pas un Paſteur , mais
un loup raviffant, qui, loin d'être occupé des befoins
de fon troupeau , ne penferoit qu'à le ravager.
Comment des Curez ont- ils pû concevoir
une idée fi defavantageufe de leur Archevêque ,
qui ne faifoit que d'entrer dans l'exercice de fon
miniftere , & que l'honneur qu'il avoit d'être
choiſi recemment par VOTRE MAJESTE' devoit
mettre à couvert de pareils foupçons ? Vouloientils
à quelque prix que ce fût, & fans vouloir gar
રે
der même les moindres bienfeances , me décre
diter , m'ôter l'eftime & la confiance des peuples
& me rendre odieux à tout mon Diocèfe ?
La Lettre des vingt-cinq Curez n'étoit pas feu
lement injurieufe à leur Archevêque , elle étoit
encore outrageante pour l'Eglife , par la maniere
dont elle s'expliquoit fur la Conftitution Unige
nitus : ils y reconnoiffoient que ces Miniftres
dont ils avoient fait l'éloge , refufent d'accepter
La Conftitution qui eft , difoient-ils , déferée &
l'Eglife ; & ils ajoûtoient : Sur ce point la canfe
de ces Ecclefiaftiques est la nôtre , ou plutôt
c'est la caufe de la Morale Chrétienne , de la
doctrine de l'Eglife , du langage des S S. Peres &
des Libertex de l'Eglife Gallicane.
Si la Conftitution eft le renversement de la
Morale Chrétienne , de la Doctrine de l'Eglife ,
du langage des Saints Peres & des Libertez de
l'Eglife Gallicane , comme le font entendre ces
vingt-cinq Curez, trois Papes confécutifs qui ont
fait éclater leur zèle pour l'obſervation de la Conftitution
; tous les Evêques de France qui à quatre
ou cinq près , l'ont unanimement acceptée ; ceux
C iiij
des
478 MERCURE DE FRANCE:
des autres Etats , qui fans en excepter un feuf,
y adherent , font donc des prévaricateurs qui
ont trahi & abandonné la verité pour embraffer
& pour foutenir un Decret favorable à l'erreur.
Dans quel état feroit l'Eglife de Jefus- Chrift fi
la verité détruite & ouvertement attaquée par le
Corps des Paſteurs unis à leur Chef , n'avoit plus
pour défenfeurs que quatre ou cinq Evêques ?
les promeffes de Jefus- Chrift , qui a fi pofitivement
déclaré qu'il feroit avec les Apôtres &
leurs fucceffeurs tous les jours jufquà la confommation
du fiecle , feroit fans effet ; les portes
de l'Enfer auroient prévalu contre l'Eglife ; l'autorité
infaillible de cette Epoufe de Jefus-Chrift ,
qui eft toute la fûreté & toute la confolation des
Fideles , fa perpetuelle vifibilité qui l'a fait reconnoître
entre les differentes Communions qui
s'en font féparées , feroient anéanties ; les premiers
Pafteurs ayant le Pape à leur tête ne feroient
plus des guides furs , il faudroit leur préferer fes
propres lumieres & fon efprit particulier ; les
peuples feroient enfin réduits à cette difcuffion
qui leur eft impoffible & qui a plongé les Proteftants
dans un grand nombre d'abſurditez &
d'égalements.
Quant à la Requête qui étoit jointe à la Lettre,
ces mêmes Curez cherchant à fe maintenir dans
la poffeffion qu'ils avoient prétendu ufurper depuis
quelques années de fervir de guides & de
conducteurs à leur Archevêque , excitoient mon
zele pour le fervice de VOTRE MAJESTE' , & me
traçoient avec hauteur la route que je devois
fuivre , avis d'autant plus mal placez que mon
zele n'aura jamais befoin d'être animé , quand il
s'agira de défendre vos droits , SIRE , & de l'indépendance
de votre Couronne ; remontrances qui
convenoient d'autant moins dans la bouche de
ceux
MAR S. 1730. 479.
ceux qui les faifoient , qu'ils contrevenoient formellement
à vos ordres , & qu'ils faifoient des
démarches expreffément condamnées par vos Déclarations
& par vos Arrêts , en même temps
qu'ils vouloient fe donner pour les défenfeurs de
votre autorité.
J'étois en droit , SIRE , de proceder juridi
quement contre ceux qui en avoient ufé avec
moi d'une maniere fi répréhenfible , fur tout
après que leur Lettre a été rendue publique ; je
pouvois regarder ce qu'ils avoient avancé contre la
Bulle comme une contravention manifefte à la Déclaration
du mois d'Août 1720. & les faire punir
fuivant la rigueur des Loix ; mais retenu par les
fentimens de modération & de charité qui font
gravez dans mon coeur , & qui font affez connus
de ceux avec lefquels j'ai vécu , je ne crus pas alors
devoir me fervir de l'autorité qui eft entre mes
mains , encore moins implorer celle de VOTRE
MAJESTE'.
Prêt à publier mon Inftruction Paſtorale fur la
Conftitution Unigenitus , pour diffiper , comme
mon Prédeceffeur l'avoit promis , les doutes &
les fcrupules de ceux qui avoient encore befoin
d'être éclairez fur une matiere fi importante ,
j'efperois que l'expofition que j'y devois faire de
la Doctrine de la Bulle , defabuferoit les efprits les
plus prévenus , & que les principes inconteftablesfur
l'autorité de la Conftitution qui y feroient
établis , détermineroient tous ceux qui refpectent
l'Eglife à fe foumettre au Decret Apoftolique.
Je me contentai donc de mander les cinq Curez
qui m'avoient apporté la Lettre & la Requête , je
leur réprefentai leur faute avec tout le ménagement
poffible; je leur fis les reproches qu'ils méritoient
fur leur affociation , contraire aux Loix de
l'Etat , & d'autant moins convenable , qu'ils fçavoient
C.v
480 MERCURE DE FRANCE :
voient que ma porte leur étoit toûjours ouverte ,
pour écouter ce que chacun d'eux en particulier
voudroit me repreſenter fur l'état de få Paroiffe ;
je leur fis fentir combien leur Lettre m'étoit injurieufe
& à l'Eglife même , je leur parlai de ma
niere à leur faire connoître que les maximes du
Royaume m'étoient auffi précieufes qu'elles le leur
pouvoient être ; je n'omis rien enfin pour les engager
à rentrer en eux-mêmes & à faire de férieufes
reflexions fur leurs fentimens & fur leur conduite.
Quelque temps après cet évenement , SIRE , jet
publiai mon Inftruction Paftorale fur la Conftitution
Unigenitus : j'eus la fatisfaction
que
plufieurs Ecclefiaftiques & differens Corps (a )
touchez & éclairez par cet ouvrage de paix & de
verité , ouvrirent les yeux & defabufez de leurspréventions,
vinrent me déclarer qu'ils obéiffoient.
avec docilité au Decret Apoftolique , quelquesuns
même des Curez , qui avoient figné la Lettre,,
ré racterent leur fignature en fe foumettant plei
nement à mon Ordonnance ; & j'ai été informé
que dans differens Diocèfes cette Inftruction avoit
eu le même fuccès.
A la fin du mois d'Octobre je donnai mon
Mandement pour le renouvellement des pouvoirs.
de prêcher & de confeffer ; je fixai le terme de:
quatre mois pour les Prêtres Séculiers & Reguliers
de la Ville & de la Banlieuë de Paris , pendant
lefquels tous les Confeffeurs feroient obligez
de fe préfenter devant les Examinateurs que je
choifis pour ce difcernement important ; & à l'égard
des Prêtres de la Campagne , afin de ne les
point obliger de venir à la Ville pendant la ri
(a) Les Dominicains, les Carmes , les Prémon
les Doctrinaires. trez
gueur
MARS . 1730. 481
gueur de l'Hyver , je remis cet examen au temps
de l'Eté. En publiant ce Mandement j'avois fuivi
ce que mon Prédeceffeur avoit fait à fon avenement
à l'Archevêché de Paris ; ce que j'avois fait
moi - même à Marſeille & à Aix , & ce que tout
Evêque obferve ordinairement pour connoître les
moeurs , les talens & la Doctrine de ceux à qui il
confie le miniftere le plus redoutable & le plus
faint que des hommes puiffent exercer ; je ne pouvois
d'ailleurs ignorer qu'il y avoit dans lesParoiffes
de Paris & dans celles de la Campagne , un certain
nombre de Prêtres étrangers renvoyez de
leurs Diocèfes, ou qui s'en étoient eux-mêmes
éloignez pour fe fouftraire à l'obéiffance qu'ils
dévoient à leur Evêque , nouveau motif qui m'obligeoit
à prendre des précautions dans le commencement
de mon Epifcopat , pour le choix de
ceux qui devoient travailler fous mes ordres.
Ces Ordonnances , quelques neceffaires , quelques
fages , quelques moderées qu'elles fuffent
n'étoient pas du gout des Adverfaires de la
Bulle : il n'en a pas fallu davantage pour qu'à
cette occafion il fe foit élevé un orage contre
moi ; on a répandu contre mon Inftruction dif
ferents libelles anonymes , dans lefquels on a attaqué
ma doctrine , & on s'eft attaché à repré→
fenter ma moderation même , comme un piege
dont il falloit fe garantir ; on s'eft appliqué à indifpofer
dans plufieurs Paroiffes & dans plufieurs
Communautez les Prédicateurs & les Confeffeurs,
on a répandu les bruits les plus faux fur la ma
niere dont fe paffoient les Examens de l'Archevêché
; on a détourné plufieurs Ecclefiaftiques d'y
venir , dans l'idée de faire manquer le Service des
Paroiffes , de m'en rendre refponfable, & de foulever
les peuples en leur perfuadant que je voulois
leur ôter les Miniftres aufquels ils avoient
Cvj con482
MERCURE DE FRANCE :
1
confiance ; & fur un fi grand nombre de Prêtres
aufquels on continuoit les pouvoirs , il s'en trouvoit
un ou deux que l'on refufàt par incapacité
ou par mauvaiſe doctrine , le bruit de ces
interdits
étoit auffi -tôt publié & exageré dans tout
Paris , les Examinateurs repréfentez comme des
hommes durs & fans lumieres , qui excluoient du
miniftere tous ceux qui étoient les plus capables
de l'exercer ; malignité d'autant plus grande,
que depuis que je fuis en place , SIRE , j'ai renouvellé
les pouvoirs à plus de mille quatre-vingt
Confeffeurs , & qu'il n'y en a que trente qui
foient interdits ; ( a ) de ces trente quelques-uns
ont fait des Sermons fi féditieux , que les Magiftrats
n'auroient pû s'empêcher de les punir , s'ils.
en avoient éû connoiffance ; il y en a d'autres
qui ne font venus aux Examens que pour y déclarer
avec arrogance , qu'ils refufoient d'obeïr à
la Conftitution & à mon Ordonnance , pour faire
eux-mêmes l'énumeration des actes de défobéïffance
qu'ils avoient fignez , & pour affurer qu'ils
y perfiftoient ; quelques autres font connus dans
le public comme des Chefs de parti , qui n'infpirent
que la défobéiffance à l'Eglife & le mépris.
des Puiffances. que Dieu a établies ; il s'en eft trouvé
enfin , qui par rapport à leur incapacité & à
leurs, moeurs ,. ne devoient pas être employez.
Si on n'avoit répandu que des Libelles anonymes
, qui par ce titre feul , portent un caractere
de réprobation , fi je n'avois eû à me plaindre
que de brigues fourdes , que de difcours vagues ,,
que de mouvements fecrets de gens fans aveu ,
j'aurois été bien éloigné d'en importuner VOTRE
(a) S'il y en a d'autres qui foient fans pou
voirs , c'est qu'ils ne fe font pas prefenté aux
Examens pour les faire renouveller.
MA
MARS. 17307 48.
MAJESTE'. Il y a trop long-temps que je fuis
dans le Miniftere Ecclefiaftique , pour ne pas fçavoir
qu'un Evêque doit méprifer ces fortes d'écarts
; mais ce que je ne vous puis cacher , SIRE ,
& ce qui m'attrifte profondément , c'eft que ces
mêmes Curez qui m'avoient écrit la Lettre dont
j'ai eu l'honneur de vous parler , & que j'avois efperé
de ramener par ma modération & par mes
exhortations charitables , n'ont pas craint de m'écrire
une feconde Lettre le 29. Décembre dernier
, & de m'envoyer un Memoire contre mon
Inftruction Paftorale.
Dans cette nouvelle Lettre on m'attaque encore
fur le nombre des Confeffeurs que j'ai interdits
on dit
que le Troupeau va être privé de tous
fes dignes Miniftres , & qu'il fera livré dé
formais à des guides aveugles & relâchez ; on
dépeint la Ville de Paris , cette Ville d'une rare
beauté & qui faifoit l'admiration de toute la
la terre, comme couverte d'afflictions & de ténebres
, & l'on fait entendre que les Peuples de
votre Capitale font dans une confternation generale.
Mais , SIRE , qu'il me foit permis de
répréfenter à VOTRE MAJESTE' quel eft le principe
de toute cette déclamation ? Il s'agit uniquement
, comme j'ai eu l'honneur de vous le faire
obferver de trente Confeffeurs interdits , encore:
même parmi les Curez qui s'en plaignent , il y
en a plufieurs qui n'y ont point d'interêts , les
uns font feuls dans leurs Paroiffes , ( a ) les autres
n'ont qu'un ou deux Ecclefiaftiques qui ne font
point du nombre de ceux aufquels on n'a pas jugé
à propos de renouveller les pouvoirs ; (b) où
( a ) Les Gurez de fainte Marine & de faint
Jean le Rond.
(b) Les Curez du Roule , de Montmartre , de
la Vilette , de la Chapelle & de Conflans.
voit484
MERCURE DE FRANCE .
Voit-on auffi cette prétendue confternation que
F'on fait tant valoir ? Elle ne fe trouve que dans
ceux qui la publient & qui cherchent à l'exciter
par des écrits & par des difcours remplis de calomnies
& d'artifices. *
En fut-il jamais un plus marqué , SIRE , que
l'attention avec laquelle les Auteurs de la Lettre
s'efforcent d'exciter la compaffion des riches en
faveur des Écclefiaftiques qui n'auront plus le
pouvoir de confeffer ? Ils les repréfentent comme
s'ils alloient être réduits à la mendicité ; le miniſtere
de la pénitence , ce miniſtere ſi faint , qui
doit être exercé avec des vûës fi pures & fi defintereffées
, peut-il donc jamais être une reffource
à l'indigence ? Mais ce qui eft de plus criminel
& ce qui pourroit devenir plus dangereux , c'eft
que dans cette même Lettre , dont les copies font
déja répanduës à Paris , & qui fera bientôt imprimée
comme la premiere , on cherche à intereffer
les pauvres en leur annonçant que
les aumônes
qui leur étoient deſtinées , vont être portées
aux Ecclefiaftiques privez de leurs fonctions;
à quoi peut tendre un pareil difcours , finon á
perfuader à ceux qui font dans le befoin , qu'ils
ne doivent plus s'attendre aux fecours qu'ils recevoient
, & que c'eft leur Archevêque qui fait:
tarir les fources fur lefquelles ils peuvent compter?
Le Memoire des Curez n'eft pas plus mefuré
leur Lettre , c'eſt une fatyre & une invective que
* Nota. Qu'avant la feconde Lettre des Curez
à M. l'Archevêque , il y avoit plusieurs
grandes Paroiffes où il n'y avoit aucun Prétre
d'interdit ,fçavoir , de S. Jean , de S. Gervais ,
de S. Roch , de S. Etienne du Mont , de S. Médard
fainte Marguerite ; à faint Germain
de l'Auxerrois un feul .
pleine
MARS. 1730. 485
pleine d'aigreur & de fauffetez contre la Conftitution
Unigenitus , contre mon Inftruction Paftorale
; je refpecte trop les momens de VOTRE
MAJESTE' , pour lui faire un long détail de cette
piece ; il me fuffit de lui remontrer qu'il n'y a
pas un article de mon Inftruction qui n'y foit
attaqué , foit par des ironies picquantes , foit par
des critiques témeraires ; toutes les expreflions de
mon Mandement pour le renouvellement des
pouvoirs , y font tournées avec malignité & condamnées
avec indécence ; les Curez ne s'y font
pas bornez à attaquer l'Ordonnance & le Mandement
que j'ai publiez depuis que je fuis Archevêque
de Paris , ils ont été rechercher une Cenfure
que je fus obligé de faire à Aix contre de
mauvaifes propofitions qu'un Profeffeur en Théologie
avoit avancées ; cenfure à laquelle le Profeffeur
fe foumit , qui ne fut contredite , ni dansle
Diocèfe d'Aix , ni dans l'Eglife de France , &
que les Curez tronquent & défigurent dans leur
Memoire pour la rendre odieufe.
Je ne crois pas, SIRE , qu'on ait jamais vu dans
P'Eglife un exemple d'une pareille révolte du fecond
ordre contre le premier , ni qu'on ait jamais
pouffé plus loin l'efprit d'indépendance & le
renversement de la fubordination la plus effentielle
..
Les Auteurs de la Lettre & du Memoire fe
déclarent mes cooperateurs dans le droit d'enſeigner
& de juger de la Doctrine ; pleins de ces
prétentions chimeriques , ils élevent autel contre
autel ; ils érigent un Tribunal fuperieur au mien ;
c'eft là où mon Ordonnance eft examinée ; ils ne
craignent point d'enſeigner ouvertement une doctrine
contraire à la mienne , & de profcrire celle que
j'ai crû devoir prefenter à mon Diocèfe ; d'autant
plus coupables que ce que j'ai dit dans mon Inf
truction
486 MERCURE DE FRANCE.
truction Paſtorale , je l'ai dit avec le Pape & avec
le Corps des Paſteurs.
Ils devroient cependant fçavoir qu'un Archevêque
en publiant dans fon Diocèſe une Décifion
de l'Eglife , remplit ce que fon Miniſtere exige
de lui ; c'eft aux Evêques à qui Jefus - Chrift a dit
en la perfonne des Apôtres : Allez, enſeignez
toutes les Nations , celui qui vous écoute m'écoute,
& celui qui vous méprise me mépriſe
moi même, c'est à eux que S.Paul dit , en parlant
à Thimothée , confervez le dépôt : les Prêtres
doivent être les premiers à donner l'exemple de
la foumiffion & de l'obéïſſance , & ils doivent
apprendre à tout le Troupeau à refpecter la voix
du premier Paſteur . ´
Après l'expofé que je viens de faire à VOTRE
MAJESTE', elle ne fçauroit douter que je ne connoiffe
toute l'énormité d'une pareille conduite ; je
prévois les fuites funeftes qu'elle peut avoir , je
fens qu'il eft dangereux de la diffimuler , je fçai
même qu'il eft quelquefois neceffaire de faire des
exemples qui puiffent , felon l'Apôtre S. Paul ,
inſpirer une terreur falutaire , je ne puis cependant
encore me réfoudre à punir les coupa→
bles ni à employer ces armes puiffantes quej'ai
en main pour renverser toute hauteur qui s'éleve
contre la fcience de Dieu ; je fupplie Vo-
TRE MAJESTE , de fufpendre les effets de fon
indignation , je veux épuifer les dernieres reffources
de la patience & de la charité ; il n'eſt
pas poffible que ces Ecclefiaftiques ne " reconnoiffent
enfin leur faute, & qu'ils ne réparent par leur
foumiffion le fcandale qu'ils ont donné : je me
flate qu'ils ouvriront les yeux à l'exemple d'un
grand nombre de leurs Confreres , qui blâmant
leur conduite , goutent dans une parfaite obéïffance
à la voix de l'Eglife , cette paix & cette confolation
MARS. 1730. 487
folation qui en font inféparables ; fi cependant
contre mon inclination & contre mon attente
ces Ecclefiaftiques me forcent d'agir en Juge ,
après leur avoir inutilement parlé en Pere , je
ferai mon devoir , SIRE , avec le zele & la fermeté
d'un Evêque , qui après avoir vieilli dane
l'Epiſcopat , n'eft pas venu dans votre Ville Capitale
pour trahir fon miniftere , ni pour le deshonorer
à la fin de fes jours , & j'aurai recours
alors avec confiance à la protection de VOTR
MAJESTE', afin que par un parfait concert des deux
Puiffances du Sacerdoce & de l'Empire , tout ce
qui trouble le bon ordre foit puni felon les voyce
Canoniques & Civiles. Je fuis avec le plus profond
reſpect ,
ȘIRE ,
DE VOTRE MAJESTE',
Le très-humble , très-obéiffant
& très-fidele ferviteur & fujet,
† CHARLES , Archevêque de Paris.
A Paris , le 8. Fevrier 1730.
Fermer
Résumé : LETTRE. DE M. L'ARCHEVESQUE DE PARIS. AU ROY.
L'archevêque de Paris adresse une lettre au roi pour l'informer des tensions au sein du diocèse de Paris, liées à la Constitution Unigenitus. Il souligne l'importance de la Religion pour l'État et son devoir d'informer le roi de ses démarches. Les opposants à la Constitution Unigenitus ont diffusé des libelles pour discréditer la bulle papale et affaiblir l'autorité papale. À son arrivée, l'archevêque a trouvé un diocèse divisé, avec des fidèles et des ecclésiastiques opposés à la Constitution Unigenitus. Il a opté pour la patience et l'instruction pour apaiser les tensions. Le chapitre de son église métropolitaine a adhéré au mandement de son prédécesseur, et plusieurs particuliers ont déclaré leur obéissance. Cependant, cinq curés de Paris et vingt de leurs confrères ont critiqué les mesures de l'archevêque et exprimé des craintes infondées. L'archevêque a réagi avec modération, rappelant les curés à leurs devoirs et publiant une instruction pastorale sur la Constitution Unigenitus. Plusieurs ecclésiastiques et corps religieux ont alors accepté le décret apostolique. Il a également publié un mandement pour le renouvellement des pouvoirs de prêcher et de confesser, fixant un délai pour l'examen des prêtres. Malgré ces mesures, des libelles anonymes ont été diffusés contre son instruction. L'archevêque mentionne que sur plus de mille quatre-vingt confesseurs, seulement trente ont été interdits. Parmi ces interdits, certains ont prononcé des sermons séditieux, refusé d'obéir aux constitutions et aux ordonnances, ou sont connus pour inspirer la désobéissance et le mépris des autorités. Les curés ont exagéré ces interdictions, prétendant que Paris serait privé de ses ministres dignes et plongé dans l'affliction. L'archevêque souligne que cette opposition est motivée par des intérêts personnels et des calomnies. Il exprime son désir de résoudre ce conflit par la patience et la charité, espérant que les prêtres reconnaîtront leur faute et se soumettront. Cependant, il se tient prêt à agir en juge si nécessaire, avec le soutien du souverain pour maintenir l'ordre et la discipline dans l'Église.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1268
p. 489-501
PLAN abregé d'une Méthode nouvelle d'accompagnement pour le Clavecin.
Début :
Une Méthode en musique est un morceau tout neuf. Celles qu'on a données [...]
Mots clefs :
Harmonie, Musique, Méthode, Accords, Notes, Succession des accords, Note tonique, Dissonance, Progrès, Oreille, Clavecin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PLAN abregé d'une Méthode nouvelle d'accompagnement pour le Clavecin.
PLAN abregé d'une Méthode nouvelle
d'accompagnement pour le Clavecin.
U
Ne Méthode en mufique eft un mor
ceau tout neuf. Celles qu'on a don
nées jufqu'à prefent n'en ont que le titres
on n'y voit qu'une pratique à demi détaillée
, des regles arbitraires , remplies
d'exceptions , & deftituées de tout fondement.
La Méthode nouvelle eft appuyée ſur
la Baffe fondamentale , feul & premier
principe , où tout fe rapporte en Muſique
, & d'où émanent des regles auffi
certaines que fimples.
C'eft par les définitions de l'Art & de
fes
490 MERCURE DE FRANCE .
fes parties qu'on commence à developer
cette Méthode.
L'accompagnement du Clavecin eſt
l'Art d'executer fucceffivement une harmonie
complete & parfaite fur un Chant
donné qu'on appelle Baffe continuë.
La connoiffance de l'harmonie eft le
premier mobile de cette execution ; l'habitude
des doigts & de l'oreille en fait la
promptitude .
Le premier objet de la Méthode eft
donc d'examiner en quoi confiftent l'harmonie
, fa plenitude , fa perfection , fa
fucceffion , & la marche de la Baffe.
Le deuxième objet eft de faciliter aux
doigts les habitudes neceffaires , & de rendre
l'oreille fenfible à l'harmonie & à fes
fucceffions les plus régulieres.
L'harmonie fe conçoit dans la pratique
fous le nom d'Accord ; elle est complete
& parfaite quand l'Accord eft tel .
Un Accord eft primitivement l'affemblage
de plufieurs fons difpofés par 3 .
Il n'y a que deux Accords ; le Conſonant
& le Diffonant.
Le Confonant eft compofé de trois Notes
, à la 3e l'une 3º de l'autre , & eft renfermé
dans l'intervale de 5º , comine par
exemple , fol , fi , re.
Le Diffonant eft de deux efpeces ; l'un
eft fondamental , l'autre eft de gout , &
par fuppofition. L'Accord
1
MARS. 1730. 491
L'Accord diffonant fondamental eſt compofé
de quatre Notes diftantes pareillement
d'une 3 , & eft renfermé dans l'intervale
de 7. Cet Accord contient le
Confonant & une Note de plus , comme
par exemple , fol , fi , re , fa ; tous deux
font compris dans l'étendue de l'8 , &
la premiere Note des 3e confecutives qui
les compofent , en est toujours la Baffe
fondamentale.
es
L'Acord diffonant par ſuppoſition eft
compofé de cinq Notes differentes , &
excede par conféquent l'étendue de l'ge ;
c'est - à- dire , qu'il contient l'Accord diffonant
fondamental , & une Note de plus ;
mais cette Note n'eft jamais que la 3 ,
ou la 5 au deffous de la premiere des
3 , qui compofent cet Accord , & c'eft
alors la Baffe qui eft par fuppofition ,
comme, par exemple , mi , fol, fi , re , fa,
& ut , fol , fi , re , fa,
с
Un Accord n'eft complet qu'autant
qu'il renferme le nombre de Notes qu'on
vient de rapporter , & il ne l'eft plus dès
qu'on en retranche quelques-unes , comme
il arrive dans l'Accord diffonant
appellé Accord de 4º ; ce qui n'empêche
pas qu'il ne demeure foûmis à toutes les
loix des autres Accords diffonans .
Un Accord eft parfait dans fa conftrution
, lorfque toutes les 3es qui le com
pofent
492 MERCURE DE FRANCE.
pofent font formées des Notes du Mode
qui exifte.
L'Accord confonant & le diffonant fondamental
peuvent recevoir autant de formes
differentes qu'ils contiennent de Notes
; & ce renverlement n'en change point
le fond.
Ainfi l'Accord confonant reçoit trois
formes differentes , & l'Accord diffonant
fondamental en reçoit quatre.
Mais fi l'on donne à ce dernier Accordune
Baffe par fuppofition , à la 3º ou à
la sau deffous , comme il a été dit ,
l'addition de cette cinquiéme Note change
la gradation refpective des quatre Notes
par 3 dont il eft compofé , & préfente
l'Accord fous deux formes de plus;
ainfi l'Accord diffonant en general reçoit
fix formes differentes.
Le renversement de l'Accord diffonant
fondamental n'eft point reciproque avec
la Note de la Baffe par fuppofition , &
n'a lieu qu'entre les quatre Notes fol , fi,
re , fa , où l'on reconnoît la jonction
de deux Notes , c'est - à - dire , un intervale
de 2 , comme entre fa & fol .
Cette jonction de deux Nores , qui feule
fait la diftinction de l'Accord confonant
d'avec le diffonant , ſemble auffi deſtinée
feule à faire reconnoître ce dernier par
deux chiffres de valeur immédiate , où
l'interMARS.
1730. 493
Pintervale de 2 fe découvre ; & l'ufage
où l'on eft de chiffrer l'Accord de 4º par
, celui de grande 6 par , & même
celui de petite 6 ° par , y eft entierement
conforme.
Mais fi l'intervale de 2 eût guidé en
cela la maniere de chiffrer , il femble
qu'on auroit dû proceder également à l'égard
des trois autres formes de l'Accord
diffonant , puifque par rapport à la Baffe
actuelle de l'Accord , on ne peut confiderer
celui de 2e que comme , celui de
9 comme , & celui de 7 comme ; il
y a donc même railon pour défigner les
uns & les autres par les chiffres où l'intervale
de 2 a lieu ; ce qui prefente toutes
les formes de l'Accord diffonant en
cette maniere fimple & uniforme 234568
& donne déja une ouverture importante
fur l'harmonie; puifque des deux chiffres
immédiats , le plus grand marque toû
jours la Baffe fondamentale , & le plus
petit la diffonance , obfervation qui fair
feule tout le principe de cette Méthode
fur la fucceffion des Accords .
2
123457
L'avantage qu'on tire de cette maniere
de concevoir toutes les formes de
l'Accord diffonant , n'eft pas moins fenfible
dans la pratique ; mais avant que de
faire agir les doigts , il faut obferver que
pour des raifons capitales que la Métho
de
494 MERCURE DE FRANCE.
de expofe , on doit fufpendre l'ufage du
pouce ; ce qui ne doit point rebuter les
petites mains , auxquelles elle fournit des
expediens.
S'il s'agit maintenant de trouver l'Accord
fur le Clavier par le moyen des
deux chiffres immédiats il fuffit de
connoître une feule des deux touches qui
répondent aux intervales défignés par ces
chiffres , pour connoître l'autre fur le
champ , puifque plaçant un doigt fur
cette touche , un des deux doigts voisins
ne peut que tomber naturellement fur
Pautre, & quant aux deux doigts reftans ,
il ne s'agit plus que de les difpofer par
3es
S'il arrive que le doigt voifin de celui
qu'on a placé d'abord ne fe trouve pas
tout portéfur la touche défignée par l'autre
chiffre , il ne faut que l'écarter par
3e , & les deux autres pareillement , on
aura toûjours le même Accord diffonant
complet ; car alors la touche occupée par
le doigt d'en haut n'eft que la réplique du
fon qui réuniroit deux doigts pour former
l'intervale de 2 , ce qui revient au
même pour l'efprit & pour les doigts ,
puifqu'il ne s'agit jamais que de les difpofer
tous par 3es , ou d'en joindre deux
feulement ; habitude qui ne les affujettit
qu'à deux fituations , & qui rend tous les
endroits
MAR S. 1730. 495
endroits du Clavier également familiers.
Chacun peut éprouver la facilité qu'il
y a de trouver ainfi tous les Accords diffonans
poffibles , & l'on verra qu'ils ne font
tous qu'un même arrangement par 3 ,
foit majeures , foit mineures , & que par
tout la Baffe fondamentale & la diffonance
font les mêmes , quoique les Accords
puiffent ne pas être complets.
Pour ce qui eft de la fucceffion des
Accords , il eft clair qu'étant tous confonans
ou diffonans , elle ne peut confifter
dans celle des confonans entre
que
eux , des diffonans entre eux , & des confonans
mêlés avec les diffonans.
Le principe de ces fucceffions réfide dans
deux cadences fondamentales , dont l'une
qui defcend de se , comme de fol à ut
s'appelle parfaite , & dont l'autre qui
monte des , comme de fa à ut , s'appelle
imparfaite ou irréguliere ; les Notes
qui forment ces cadences , portent chacune
l'Accord confonant , & la derniere
de chaque cadence eft toûjours la Tonique,
c'est- à- dire , la principale Note du ton .
Ces deux cadences ordonnent d'abord
de la fucceffion des Accords conforans
entr'eux ; mais comme le principal but
de la fucceffion des Accords eft d'entretenir
à l'oreille la modulation ou le ton qui
exifte , & que pour cet effet , l'art & l'ex-
D perience
496 MERCURE
DE FRANCE .
perience ont revêtu l'harmonie
de la diffonance
; on l'ajoûte en confequence
à la
premiere Note de chacune de ces deux cadences ; & delà naît la fucceffion
des
Accords confonans
mêlés de diffonans .
Si au lieu de terminer la cadence parfaite
par l'Accord confonant , on ajoûte
encore à celui - ci la même diffonance ;
il en refulte un progrès obligé d'Accords
diffonans , dont la conclufion ne fe peut
faire que par le feul Accord confonant ,
& ce n'eſt qu'alors que la cadence parfaite
apparoît ; car celles qui fe font d'un
Accord diffonant à un autre diffonant ,
n'en font que l'imitation.
Ainfi l'imitation de la cadence parfaite
eft l'origine de la fucceffion des Accords
diffonans entr'eux , & c'eft en ces deux
mouvemens de la même cadence que gir
tout l'artifice de la compofition & de
l'Accompagnement
; car la cadence irré
guliere eft toujours concluante , & ne
s'imite point.
Après le progrès obligé des Accords ,
ce qui refte à examiner , eft l'interruption
fréquente de ce progrès , par les differens
points de conclufion
que l'Accord confonant
y apporte ; & c'eft à quoi l'oreille
doit principalement
fe rendre fenfible ;
mais ce ne peut être qu'avec beaucoup
de tems & de peine , fans les lumieres
de
MARS 1730. 497
de l'efprit ; c'est pourquoi l'on s'attache
à faire raporter tous les Accords à la Note
tonique , & l'on fait obferver que confequemment
à la diffonance appliquée à
la premiere Note de chacune des deux
cadences , il n'y a dans un Mode que
trois Accords , celui de la tonique , celui
de fa 2º & le fenfible.
Le ton au-deffus de la tonique indique
fon Accord de 2º , & le femiton au - deffous,
indique fon Accord fenfible.
L'Accord confonant de la tonique commence
& termine toutes les fucceffions ;
& comme tout Mode ne contient que trois
Accords , il est évident que celui de la
tonique ne peut être précedé que de l'un
des deux autres , & qu'il doit en être
fuivi pareillement , fi ce n'eſt d'un autre
Accord , qu'un progrès obligé peut occafionner
après celui de la tonique.
Mais la marche de la Baffe détermine
alors l'Accord diffonant qui doit fuivre
le confonant ; & comme celui- ci ne peut
jamais être precedé que de fon Accord
de ze , & bien plus fréquemment de fon
Accord fenfible , on continue le progrès
obligé , jufqu'à ce que l'un des deux derniers
paroiffe ; & quand on eft arrivé à
celui de la 2º ,la Baffe montre clairement,
file fenfible ou le confonant doit le fuivre ;
Car fi ce n'eft le confonant, c'est le fenfible.
Dij
Si
498 MERCURE DE FRANCE .
Si le ton vient à changer après l'Accord
confonant de la tonique , ou après fon
Accord de 2 , cela eft infailliblement
marqué par la marche de la Baffe , par
un diéze , par un bémol , ou par un béquarre
; & le ton connû , tout le refte
l'eft.
Si enfin l'Accord diffonant pris aprés le
confonant , n'eſt pas le fenfible du ton où
l'on paffe , on fait fucceder pour lors les
Accords diffonans par le progrès obligé,
comme on l'a déja dit.
Ces regles établies fur toutes les marches
poffibles de la Baffe fondamentale
inftruifent parfaitement de la fucceffion
de l'harmonie ; mais tout ainfi que la
pratique la plus confommée ne fçauroit
procurer une entiere poffeffion de l'art ,
fi l'efprit n'est pourvû de ces connoiſſances
, de même auffi la pratique eft- elle
neceffaire pour les y graver mieux , &
plus promtement ; cependant on ne peut
trop obferver de fimplifier extrêmement
les objets , & de ne les lier qu'à meſure
qu'ils fe prefentent d'eux- mêmes.
C'eft dans cette vûë que la Méthode
prefcrit d'exercer d'abord les Accords fans
la Baffe ; & comme la diffonance eft le
guide le plus affuré des fucceffions , on
commence par celle des Accords diffomans
entr'eux , où il ne s'agit que de faire
defcen
MARS. 1730. 499
defcendre alternativement deux doigts
contigus fur les touches voifines de celles.
qu'ils occupent , & cela d'un Accord à
un autre ; de forte que les diffonances y
font toujours préparées & fauvées dans la
derniere rigueur . Voyez fur ce fujet l'exemple
du Traité de l'harmonie , page
396.
Le feul arrangement des doigts fait
fentir ceux qu'il faut mouvoir ; fi tous
les doigts font par 3 , le petit doigt demande
à deſcendre le premier , & de deux
doigts qui le joignent , celui d'au - deffous
peut feul partir , & ainfi du fuivant.
On apprend dans ce progrès obligé à
reconnoître l'Accord fenfible fi decifif
dans la modulation ; on y remarque que
l'Accord de la 2 tonique le précede toûjours
, ce qui facilite à l'oreille la diftinction
qu'elle en doit faire ; d'où l'on
fçait & l'on fent que l'Accord confonant
de la tonique doit le fuivre .
De cet exercice on paffe à celui des ca
dences , où l'on s'accoutume à entrelaffer
l'Accord confonant avec celui de la 2º
tonique , & le fenfible ; on fait fucceder
ces cadences d'un ton à l'autre , & lorf
qu'elles font familieres en differens tons ,
on y fait joindre une Baffe qu'on varie
autant qu'il eft neceffaire .
En exerçant ces cadences , on apprend
D iij
à
500 MERCURE DE FRANCE ;
à diftinguer les tons majeurs des mineurs,
& leurs rapports , combien chacun d'eux
contient de diézes ou de bémols , & par
quel moyen le nombre peut toûjours en
étre préfent .
Ces dernieres remarques jointes à la
marche de la Baffe font connoître le ton
qui exifte , & decident abfolument de
PAccord diffonant qui doit fucceder au
confonant ; mais la plus belle regle qu'on
y joint , & qui eft peu connue , eft celle
qui enfeigne le moment précis où chaque
ton commence & finit .
A mesure que l'efprit , les doigts &
P'oreille concourent à faifir les changemens
de ton , & que les conclufions fe
multiplient , on acquiert l'habitude de
faire fucceder les Accords confonans entr'eux
; car de cette fucceffion à celle des.
diffonans , il n'y a de difference que la
diffonance ajoûtée pour entretenir la mo- -
dulation , & pour fixer la fucceffion des
uns & des autres , puiſque s'il n'y a que
deux Accords , il n'y a pareillement que
deux fucceffions & deux marches fondamentales
de laBaffe , auxquelles les Accords
confonans ne font pas moins affujettis que
les diffonans .
On fait enfuite un corps féparé des licences
comme de la cadence rompuë , où
la Baffe fondamentale monte diatoniquement,
MARS.
1730: Sor
ment , de la cadence interrompuë , où elle
defcend de 3º , & de la fufpenfion , dont
tout l'artifice dans la pratique confifte à
faire defcendre un doigt de plus ou de
moins , après l'Accord diffonant.
Entre les fix manieres de chiffrer l'Accord
diffonant , adoptées par cette Méthode
, il y en a trois qui ne répondent pas
à l'ufage établi ; mais au prix de l'utilité
qu'en retirent les commençans , la peine
de s'accoûtumer aux autres chiffres n'eft
rien , & il leur fuffit qu'ils foient pairs ou
impairs , pour fe déterminer fur le champ;
d'ailleurs l'intelligence du principe , la
fenfibilité de l'oreille & la mécanique des
doigts les met bientôt en état de s'en
paffer.
L'Extrait qu'on donne ici ne permet pas
de prévenir les difficultés que peut faire
l'ancienne Ecole ; mais on imprime actuellement
le Plan entier chez M. Ballard ,
au Mont-Parnaffe , où l'on en trouvera
la folution , & même un parallele en forme
de toutes les Méthodes de compofition
& d'Accompagnement.
d'accompagnement pour le Clavecin.
U
Ne Méthode en mufique eft un mor
ceau tout neuf. Celles qu'on a don
nées jufqu'à prefent n'en ont que le titres
on n'y voit qu'une pratique à demi détaillée
, des regles arbitraires , remplies
d'exceptions , & deftituées de tout fondement.
La Méthode nouvelle eft appuyée ſur
la Baffe fondamentale , feul & premier
principe , où tout fe rapporte en Muſique
, & d'où émanent des regles auffi
certaines que fimples.
C'eft par les définitions de l'Art & de
fes
490 MERCURE DE FRANCE .
fes parties qu'on commence à developer
cette Méthode.
L'accompagnement du Clavecin eſt
l'Art d'executer fucceffivement une harmonie
complete & parfaite fur un Chant
donné qu'on appelle Baffe continuë.
La connoiffance de l'harmonie eft le
premier mobile de cette execution ; l'habitude
des doigts & de l'oreille en fait la
promptitude .
Le premier objet de la Méthode eft
donc d'examiner en quoi confiftent l'harmonie
, fa plenitude , fa perfection , fa
fucceffion , & la marche de la Baffe.
Le deuxième objet eft de faciliter aux
doigts les habitudes neceffaires , & de rendre
l'oreille fenfible à l'harmonie & à fes
fucceffions les plus régulieres.
L'harmonie fe conçoit dans la pratique
fous le nom d'Accord ; elle est complete
& parfaite quand l'Accord eft tel .
Un Accord eft primitivement l'affemblage
de plufieurs fons difpofés par 3 .
Il n'y a que deux Accords ; le Conſonant
& le Diffonant.
Le Confonant eft compofé de trois Notes
, à la 3e l'une 3º de l'autre , & eft renfermé
dans l'intervale de 5º , comine par
exemple , fol , fi , re.
Le Diffonant eft de deux efpeces ; l'un
eft fondamental , l'autre eft de gout , &
par fuppofition. L'Accord
1
MARS. 1730. 491
L'Accord diffonant fondamental eſt compofé
de quatre Notes diftantes pareillement
d'une 3 , & eft renfermé dans l'intervale
de 7. Cet Accord contient le
Confonant & une Note de plus , comme
par exemple , fol , fi , re , fa ; tous deux
font compris dans l'étendue de l'8 , &
la premiere Note des 3e confecutives qui
les compofent , en est toujours la Baffe
fondamentale.
es
L'Acord diffonant par ſuppoſition eft
compofé de cinq Notes differentes , &
excede par conféquent l'étendue de l'ge ;
c'est - à- dire , qu'il contient l'Accord diffonant
fondamental , & une Note de plus ;
mais cette Note n'eft jamais que la 3 ,
ou la 5 au deffous de la premiere des
3 , qui compofent cet Accord , & c'eft
alors la Baffe qui eft par fuppofition ,
comme, par exemple , mi , fol, fi , re , fa,
& ut , fol , fi , re , fa,
с
Un Accord n'eft complet qu'autant
qu'il renferme le nombre de Notes qu'on
vient de rapporter , & il ne l'eft plus dès
qu'on en retranche quelques-unes , comme
il arrive dans l'Accord diffonant
appellé Accord de 4º ; ce qui n'empêche
pas qu'il ne demeure foûmis à toutes les
loix des autres Accords diffonans .
Un Accord eft parfait dans fa conftrution
, lorfque toutes les 3es qui le com
pofent
492 MERCURE DE FRANCE.
pofent font formées des Notes du Mode
qui exifte.
L'Accord confonant & le diffonant fondamental
peuvent recevoir autant de formes
differentes qu'ils contiennent de Notes
; & ce renverlement n'en change point
le fond.
Ainfi l'Accord confonant reçoit trois
formes differentes , & l'Accord diffonant
fondamental en reçoit quatre.
Mais fi l'on donne à ce dernier Accordune
Baffe par fuppofition , à la 3º ou à
la sau deffous , comme il a été dit ,
l'addition de cette cinquiéme Note change
la gradation refpective des quatre Notes
par 3 dont il eft compofé , & préfente
l'Accord fous deux formes de plus;
ainfi l'Accord diffonant en general reçoit
fix formes differentes.
Le renversement de l'Accord diffonant
fondamental n'eft point reciproque avec
la Note de la Baffe par fuppofition , &
n'a lieu qu'entre les quatre Notes fol , fi,
re , fa , où l'on reconnoît la jonction
de deux Notes , c'est - à - dire , un intervale
de 2 , comme entre fa & fol .
Cette jonction de deux Nores , qui feule
fait la diftinction de l'Accord confonant
d'avec le diffonant , ſemble auffi deſtinée
feule à faire reconnoître ce dernier par
deux chiffres de valeur immédiate , où
l'interMARS.
1730. 493
Pintervale de 2 fe découvre ; & l'ufage
où l'on eft de chiffrer l'Accord de 4º par
, celui de grande 6 par , & même
celui de petite 6 ° par , y eft entierement
conforme.
Mais fi l'intervale de 2 eût guidé en
cela la maniere de chiffrer , il femble
qu'on auroit dû proceder également à l'égard
des trois autres formes de l'Accord
diffonant , puifque par rapport à la Baffe
actuelle de l'Accord , on ne peut confiderer
celui de 2e que comme , celui de
9 comme , & celui de 7 comme ; il
y a donc même railon pour défigner les
uns & les autres par les chiffres où l'intervale
de 2 a lieu ; ce qui prefente toutes
les formes de l'Accord diffonant en
cette maniere fimple & uniforme 234568
& donne déja une ouverture importante
fur l'harmonie; puifque des deux chiffres
immédiats , le plus grand marque toû
jours la Baffe fondamentale , & le plus
petit la diffonance , obfervation qui fair
feule tout le principe de cette Méthode
fur la fucceffion des Accords .
2
123457
L'avantage qu'on tire de cette maniere
de concevoir toutes les formes de
l'Accord diffonant , n'eft pas moins fenfible
dans la pratique ; mais avant que de
faire agir les doigts , il faut obferver que
pour des raifons capitales que la Métho
de
494 MERCURE DE FRANCE.
de expofe , on doit fufpendre l'ufage du
pouce ; ce qui ne doit point rebuter les
petites mains , auxquelles elle fournit des
expediens.
S'il s'agit maintenant de trouver l'Accord
fur le Clavier par le moyen des
deux chiffres immédiats il fuffit de
connoître une feule des deux touches qui
répondent aux intervales défignés par ces
chiffres , pour connoître l'autre fur le
champ , puifque plaçant un doigt fur
cette touche , un des deux doigts voisins
ne peut que tomber naturellement fur
Pautre, & quant aux deux doigts reftans ,
il ne s'agit plus que de les difpofer par
3es
S'il arrive que le doigt voifin de celui
qu'on a placé d'abord ne fe trouve pas
tout portéfur la touche défignée par l'autre
chiffre , il ne faut que l'écarter par
3e , & les deux autres pareillement , on
aura toûjours le même Accord diffonant
complet ; car alors la touche occupée par
le doigt d'en haut n'eft que la réplique du
fon qui réuniroit deux doigts pour former
l'intervale de 2 , ce qui revient au
même pour l'efprit & pour les doigts ,
puifqu'il ne s'agit jamais que de les difpofer
tous par 3es , ou d'en joindre deux
feulement ; habitude qui ne les affujettit
qu'à deux fituations , & qui rend tous les
endroits
MAR S. 1730. 495
endroits du Clavier également familiers.
Chacun peut éprouver la facilité qu'il
y a de trouver ainfi tous les Accords diffonans
poffibles , & l'on verra qu'ils ne font
tous qu'un même arrangement par 3 ,
foit majeures , foit mineures , & que par
tout la Baffe fondamentale & la diffonance
font les mêmes , quoique les Accords
puiffent ne pas être complets.
Pour ce qui eft de la fucceffion des
Accords , il eft clair qu'étant tous confonans
ou diffonans , elle ne peut confifter
dans celle des confonans entre
que
eux , des diffonans entre eux , & des confonans
mêlés avec les diffonans.
Le principe de ces fucceffions réfide dans
deux cadences fondamentales , dont l'une
qui defcend de se , comme de fol à ut
s'appelle parfaite , & dont l'autre qui
monte des , comme de fa à ut , s'appelle
imparfaite ou irréguliere ; les Notes
qui forment ces cadences , portent chacune
l'Accord confonant , & la derniere
de chaque cadence eft toûjours la Tonique,
c'est- à- dire , la principale Note du ton .
Ces deux cadences ordonnent d'abord
de la fucceffion des Accords conforans
entr'eux ; mais comme le principal but
de la fucceffion des Accords eft d'entretenir
à l'oreille la modulation ou le ton qui
exifte , & que pour cet effet , l'art & l'ex-
D perience
496 MERCURE
DE FRANCE .
perience ont revêtu l'harmonie
de la diffonance
; on l'ajoûte en confequence
à la
premiere Note de chacune de ces deux cadences ; & delà naît la fucceffion
des
Accords confonans
mêlés de diffonans .
Si au lieu de terminer la cadence parfaite
par l'Accord confonant , on ajoûte
encore à celui - ci la même diffonance ;
il en refulte un progrès obligé d'Accords
diffonans , dont la conclufion ne fe peut
faire que par le feul Accord confonant ,
& ce n'eſt qu'alors que la cadence parfaite
apparoît ; car celles qui fe font d'un
Accord diffonant à un autre diffonant ,
n'en font que l'imitation.
Ainfi l'imitation de la cadence parfaite
eft l'origine de la fucceffion des Accords
diffonans entr'eux , & c'eft en ces deux
mouvemens de la même cadence que gir
tout l'artifice de la compofition & de
l'Accompagnement
; car la cadence irré
guliere eft toujours concluante , & ne
s'imite point.
Après le progrès obligé des Accords ,
ce qui refte à examiner , eft l'interruption
fréquente de ce progrès , par les differens
points de conclufion
que l'Accord confonant
y apporte ; & c'eft à quoi l'oreille
doit principalement
fe rendre fenfible ;
mais ce ne peut être qu'avec beaucoup
de tems & de peine , fans les lumieres
de
MARS 1730. 497
de l'efprit ; c'est pourquoi l'on s'attache
à faire raporter tous les Accords à la Note
tonique , & l'on fait obferver que confequemment
à la diffonance appliquée à
la premiere Note de chacune des deux
cadences , il n'y a dans un Mode que
trois Accords , celui de la tonique , celui
de fa 2º & le fenfible.
Le ton au-deffus de la tonique indique
fon Accord de 2º , & le femiton au - deffous,
indique fon Accord fenfible.
L'Accord confonant de la tonique commence
& termine toutes les fucceffions ;
& comme tout Mode ne contient que trois
Accords , il est évident que celui de la
tonique ne peut être précedé que de l'un
des deux autres , & qu'il doit en être
fuivi pareillement , fi ce n'eſt d'un autre
Accord , qu'un progrès obligé peut occafionner
après celui de la tonique.
Mais la marche de la Baffe détermine
alors l'Accord diffonant qui doit fuivre
le confonant ; & comme celui- ci ne peut
jamais être precedé que de fon Accord
de ze , & bien plus fréquemment de fon
Accord fenfible , on continue le progrès
obligé , jufqu'à ce que l'un des deux derniers
paroiffe ; & quand on eft arrivé à
celui de la 2º ,la Baffe montre clairement,
file fenfible ou le confonant doit le fuivre ;
Car fi ce n'eft le confonant, c'est le fenfible.
Dij
Si
498 MERCURE DE FRANCE .
Si le ton vient à changer après l'Accord
confonant de la tonique , ou après fon
Accord de 2 , cela eft infailliblement
marqué par la marche de la Baffe , par
un diéze , par un bémol , ou par un béquarre
; & le ton connû , tout le refte
l'eft.
Si enfin l'Accord diffonant pris aprés le
confonant , n'eſt pas le fenfible du ton où
l'on paffe , on fait fucceder pour lors les
Accords diffonans par le progrès obligé,
comme on l'a déja dit.
Ces regles établies fur toutes les marches
poffibles de la Baffe fondamentale
inftruifent parfaitement de la fucceffion
de l'harmonie ; mais tout ainfi que la
pratique la plus confommée ne fçauroit
procurer une entiere poffeffion de l'art ,
fi l'efprit n'est pourvû de ces connoiſſances
, de même auffi la pratique eft- elle
neceffaire pour les y graver mieux , &
plus promtement ; cependant on ne peut
trop obferver de fimplifier extrêmement
les objets , & de ne les lier qu'à meſure
qu'ils fe prefentent d'eux- mêmes.
C'eft dans cette vûë que la Méthode
prefcrit d'exercer d'abord les Accords fans
la Baffe ; & comme la diffonance eft le
guide le plus affuré des fucceffions , on
commence par celle des Accords diffomans
entr'eux , où il ne s'agit que de faire
defcen
MARS. 1730. 499
defcendre alternativement deux doigts
contigus fur les touches voifines de celles.
qu'ils occupent , & cela d'un Accord à
un autre ; de forte que les diffonances y
font toujours préparées & fauvées dans la
derniere rigueur . Voyez fur ce fujet l'exemple
du Traité de l'harmonie , page
396.
Le feul arrangement des doigts fait
fentir ceux qu'il faut mouvoir ; fi tous
les doigts font par 3 , le petit doigt demande
à deſcendre le premier , & de deux
doigts qui le joignent , celui d'au - deffous
peut feul partir , & ainfi du fuivant.
On apprend dans ce progrès obligé à
reconnoître l'Accord fenfible fi decifif
dans la modulation ; on y remarque que
l'Accord de la 2 tonique le précede toûjours
, ce qui facilite à l'oreille la diftinction
qu'elle en doit faire ; d'où l'on
fçait & l'on fent que l'Accord confonant
de la tonique doit le fuivre .
De cet exercice on paffe à celui des ca
dences , où l'on s'accoutume à entrelaffer
l'Accord confonant avec celui de la 2º
tonique , & le fenfible ; on fait fucceder
ces cadences d'un ton à l'autre , & lorf
qu'elles font familieres en differens tons ,
on y fait joindre une Baffe qu'on varie
autant qu'il eft neceffaire .
En exerçant ces cadences , on apprend
D iij
à
500 MERCURE DE FRANCE ;
à diftinguer les tons majeurs des mineurs,
& leurs rapports , combien chacun d'eux
contient de diézes ou de bémols , & par
quel moyen le nombre peut toûjours en
étre préfent .
Ces dernieres remarques jointes à la
marche de la Baffe font connoître le ton
qui exifte , & decident abfolument de
PAccord diffonant qui doit fucceder au
confonant ; mais la plus belle regle qu'on
y joint , & qui eft peu connue , eft celle
qui enfeigne le moment précis où chaque
ton commence & finit .
A mesure que l'efprit , les doigts &
P'oreille concourent à faifir les changemens
de ton , & que les conclufions fe
multiplient , on acquiert l'habitude de
faire fucceder les Accords confonans entr'eux
; car de cette fucceffion à celle des.
diffonans , il n'y a de difference que la
diffonance ajoûtée pour entretenir la mo- -
dulation , & pour fixer la fucceffion des
uns & des autres , puiſque s'il n'y a que
deux Accords , il n'y a pareillement que
deux fucceffions & deux marches fondamentales
de laBaffe , auxquelles les Accords
confonans ne font pas moins affujettis que
les diffonans .
On fait enfuite un corps féparé des licences
comme de la cadence rompuë , où
la Baffe fondamentale monte diatoniquement,
MARS.
1730: Sor
ment , de la cadence interrompuë , où elle
defcend de 3º , & de la fufpenfion , dont
tout l'artifice dans la pratique confifte à
faire defcendre un doigt de plus ou de
moins , après l'Accord diffonant.
Entre les fix manieres de chiffrer l'Accord
diffonant , adoptées par cette Méthode
, il y en a trois qui ne répondent pas
à l'ufage établi ; mais au prix de l'utilité
qu'en retirent les commençans , la peine
de s'accoûtumer aux autres chiffres n'eft
rien , & il leur fuffit qu'ils foient pairs ou
impairs , pour fe déterminer fur le champ;
d'ailleurs l'intelligence du principe , la
fenfibilité de l'oreille & la mécanique des
doigts les met bientôt en état de s'en
paffer.
L'Extrait qu'on donne ici ne permet pas
de prévenir les difficultés que peut faire
l'ancienne Ecole ; mais on imprime actuellement
le Plan entier chez M. Ballard ,
au Mont-Parnaffe , où l'on en trouvera
la folution , & même un parallele en forme
de toutes les Méthodes de compofition
& d'Accompagnement.
Fermer
Résumé : PLAN abregé d'une Méthode nouvelle d'accompagnement pour le Clavecin.
Le texte présente une 'Méthode nouvelle' pour l'accompagnement au clavecin, critiquant les méthodes existantes comme incomplètes et arbitraires. Cette nouvelle méthode repose sur la 'Basse fondamentale', principe essentiel de la musique. Elle commence par définir l'art et ses parties, et explique que l'accompagnement au clavecin consiste à exécuter une harmonie complète et parfaite sur une mélodie donnée, appelée 'Basse continue'. La connaissance de l'harmonie et l'habitude des doigts et de l'oreille sont cruciales pour cette exécution. La méthode distingue deux types d'accords : le 'Consonant' et le 'Dissonant'. L'accord consonant est composé de trois notes à la tierce, tandis que l'accord dissonant peut être fondamental ou par supposition, contenant respectivement quatre ou cinq notes. Un accord est complet s'il contient le nombre de notes requis et parfait s'il est formé des notes du mode existant. La méthode explore les différentes formes des accords et leur succession, basée sur deux cadences fondamentales : parfaite (descendante) et imparfaite (ascendante). Ces cadences déterminent la succession des accords et l'entretien de la modulation. La pratique des accords sans la Basse est recommandée pour simplifier l'apprentissage, en commençant par les accords dissonants et en progressant vers les cadences. Cet exercice permet de reconnaître les accords sensibles et de distinguer les tons majeurs des mineurs. Le texte traite également des principes de la musique, en particulier des accords et des changements de ton. Il souligne que la marche de la basse (ou basse continue) et les accords dissonants déterminent le ton existant et l'accord suivant. Une règle importante, peu connue, enseigne le moment précis où chaque ton commence et finit. À mesure que l'esprit, les doigts et l'oreille collaborent pour effectuer les changements de ton, on acquiert l'habitude de faire succéder les accords consonants. La différence entre les accords consonants et dissonants réside dans la dissonance ajoutée pour moduler et fixer la succession des accords. Le texte mentionne différentes manières de chiffrer l'accord dissonant, dont trois ne correspondent pas à l'usage établi. Cependant, l'utilité pour les débutants justifie l'effort d'apprentissage. L'intelligence du principe, la sensibilité de l'oreille et la mécanique des doigts permettent rapidement de maîtriser ces chiffres. Enfin, le texte indique que l'extrait ne permet pas de prévenir les difficultés posées par l'ancienne école, mais que le plan entier est disponible chez M. Ballard au Mont-Parnasse, où l'on peut trouver la solution et un parallèle des méthodes de composition et d'accompagnement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1269
p. 503-524
EXPLICATION des Médailles qui font mention des Cohortes & des differentes Legions de Carausius, par où l'on peut fixer à peu près le nombre de Troupes que cet Empereur des anciens Bretons entretenoit. Adressée à son Excellence Milord Carteret, Vice-Roy d'Irlande & c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine, Medecin ordinaire de la Cour d'Angleterre & premier Medecin du Vice-Roi d'Irlande.
Début :
MILORD, L'amour que vous avez pour l'Histoire & surtout pour les nouvelles découvertes [...]
Mots clefs :
Carausius, Auguste, Médailles, Médaille, Cohortes, Empereur, Gloire, Légion, Taureaux, Bretagne, Cabinet, Bélier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION des Médailles qui font mention des Cohortes & des differentes Legions de Carausius, par où l'on peut fixer à peu près le nombre de Troupes que cet Empereur des anciens Bretons entretenoit. Adressée à son Excellence Milord Carteret, Vice-Roy d'Irlande & c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine, Medecin ordinaire de la Cour d'Angleterre & premier Medecin du Vice-Roi d'Irlande.
EXPLICATION des Médailles qui font
mention des Cohortes & des differentes
Legions de Caraufius , par où l'on peut
fixer à peu près le nombre des Troupes
que cet Empereur des anciens Bretons
entretenoit. Adreffée à fon Excellence
Milord Carteret , Vice-Roy d'Irlande ,
&c. Par M. Genebrier , Docteur en
Medecine , Medecin ordinaire de la
Cour d'Angleterre & premier Medecin
du Vice- Roi d'Irlande.
M.
ILORD ,
L'amour que vous avez pour l'Hiftoire
& furtout pour les nouvelles découvertes
qui peuvent intereffer la gloire de votre
Nation , m'ayant fait entreprendre l'Hiftoire
Metallique de Caraufius , un des
plus grands Conquerans que l'Angleterre
ait jamais eu , j'ai crû que pour concou-.
rir à vos vûës , il ne fuffifoit pas de relever
la gloire de ce Heros , fi je ne tâchois
en même - temps de celebrer les Inftrumens
de fes victoires : Je veux dire
fi je ne parlois des Legions, qui ont combattu
fous fes Etendarts , & qui lui ont acquis
tant de gloire. C'est ce que j'ai tâ-
D v ché
"
304 MERCURE DE FRANCE:
ché de faire en recueillant autant que j'ai
pû , les Médailles qui font mention de
ces Legions ou de ces Cohortes Prétoriennes.
Ces Monumens ferviront , au défaut
de l'Hiftoire qui n'en parle point ,
à fixer à peu près le nombre des Troupes
de cet Empereur. Et ces Legions ainfi
raffemblées , formeront , pour ainſi dire
un Corps d'armée glorieux , dont le dénombrement,
après tant de fiécles , ne peut
que faire plaifir à Votre Excellence.
Voici, Milord, ces Legions, fuivant l'ordre
de leur découverte.
Legion I.
IMP . C. Caraufius P.F. Aug. L'Empe
reur Cefar Caraufius , Pieux, Heureux , Augufte
, fa tête couronnée de Lauriers.
LEG . VIII . AUG. Legio octava Augufta..
Pour Type un Taureau . Cette huitiéme
Legion , furnommée Auguftale , dont Caraufius
a voulu par cette Médaille éternifer
la valeur & la fidelité , eft une des plus
anciennes Legions de l'Empire ; elle fut
formée par Augufte même , qui lui donna
fon nom & le rang de huitiéme Auguftale.
Il l'envoya d'abord en Pannonie,
où elle refta jufqu'à l'Empereur Claude ,
qui la fit paffer en Moefie, où Galba trouva
à propos de la laiffer. Mais Septime
Severe la fit revenir , & la plaça dans la
haute
MARS. 1730.
505
haute Germanie. Il y a apparence qu'elle
y refta pour deffendre les Frontieres de
l'Empire , jufqu'au temps de Caraufius.
Que ce fut entr'autres avec cette Legion,
qu'il défit les Germains en plufieurs rencontres
; qu'il remporta fur eux plufieurs
Victoires fignalées , & qu'il mérita enfin
le titre glorieux de très - grand Germanique
, Germanicus Maximus , que les Médailles
lui donnent. Je ne ferois pas non
plus fort éloigné de croire que ce fût cette
fiére Legion qui fe déclara la premiere
pour Caraufius ; qui le fuivit enAngleterre ,
& que le Panegyrifte Eumenius femble
nous défigner par ces termes , occupara
Legione Romanâ , en parlant du paffage.
de Caraufius dans la Grande - Bretagne.
Nous avons auffi cette même Legion
dans une Médaille d'argent de Septime
Severe , auquel on peut croire qu'elle
n'avoit pas rendu des fervices moins importans
que ceux qu'elle rendit depuis à
Caraufius. Mais au lieu d'un Taureau qui
eft fur la Médaille de ce dernier , il y a
dans celle de Severe , l'Aigle Legionaire
entre deux Signes Militaires. Je trouve
encore le même Taureau & la même Legion
, dans Gallien , que dans Caraufius .
Nous ne parlerons point ici des autres
Legions qui ont auffi été furnommées Au
guftales , nous dirons feulement , que la
Dvj feconde
506 ME RCURE DE FRANCE
feconde Legion Auguftale étoit en quar
tier d'hyver dans la Haute-Bretagne . Quand
Xiphilin même ne nous en auroit pas donné
de preuves , comme il a fait dans la
Vie d'Augufte , le fragment de Brique
qui eft dans le Cabinet du Docteur Woodward
, où j'ai lû , LEG . II . AUG . en
feroit une preuve affez autentique . Cette
Infcription nous fait croire que la feconde
Legion Auguftale pouvoit avoir été employée
à quelques travaux publics dont
elle vouloit fe faire honneur dans la pofterité.
Je n'affurerai point que ce Monument
foit du temps de Septime Severe
qui fit , comme on l'a dit ailleurs , conftruire
plufieurs Edifices publics dans la
Grande-Bretagne. Cependant , comme ce
fragment a été trouvé proche d'York , &
que SeptimeSevere y avoit établi fa demeu
re & fait de cette Ville fon Siege Imperial;
il y a apparence que ce débris eft , pour aing
dire , encore un témoin de fa gloire , auffi
bien que cet autre fragment que j'ai vû
à Londres , où le mot de SEVERI fe lit
en gros caractere fur une Brique d'une
épaiffeur pareille à la premiere , au - delfous
d'une Tête en forme de Soleil . Cette
feconde Legion Auguftale fe trouve auffi
dans les Médailles de Septime Severe ,
LEG. II. AUG . avec deux Signes Militaires
, & au milieu l'Aigle Legionaire ,
MARS. 17307 507
ce qui confirmeroit notre conjecture. Il
eft encore fait mention de la feconde
Legion Auguftale , auffi - bien auffi- bien que de
la huitiéme Legion Auguftale , dans un
fragment d'une ancienne Colonne à Rome
, que je ne rapporterai point ici , parce
qu'elle fe trouve dans Gruter & dans plufeurs
autres Antiquaires .
14 Nous lifons dans les Colonies de Vail
lant , qu'Augufte avoit envoyé à Beryte
une Colonie des Veterans de la huitiéme
Legion Auguftale . Une autre partie fut
envoyée à Fréjus , dans nos Gaules , &
l'autre à Heliopolis.
J'ai vû cette Médaille d'argent dans leCabinet
du Duc de Dewonshire , à Londres.
Legion II.
Imp. Caraufius , P. F. Aug. fa tête
couronnée de Rayons. LEG . VII CL
ML . Legio feptima Claudia . La ſeptiéme
Legion Claudienne . Je lis Claudia , &
non pas Claffica , comme a fait Gutherius,
dans fon Traité De Jure Manium , page
48. Il a été trompé par le mor Claffica,
qui fe trouve dans une Médaille de Marc
Antoine , jointe à la dixiéme Legion.
LEG. XVII. CLASSICA. Cette
Legion eft bien differente de la nôtre
& d'ailleurs le mot de Claudia fe
trouve auffi écrit tout au long dans plufieurs
Infcriptions antiques . Spon , dans
ג
Les
1
508 MERCURE DE FRANCE.
fes Mélanges d'Antiquitez , page 254-
nous en fournit une que voici .
Q SERTORIUS L. F.
POB. FESTUS
CENTUR LIG . XI.
CLAUDIAE PIAE FIDELIS .
La feptiéme Legion de notre Médaille
a pour Type un Taureau comme la précedente
. Elle fut appellée Claudienne, du
nom de l'Empereur Claude , parce qu'elle
lui avoit été fidele étant dans la Moëfie,
& qu'elle avoit vivement foutenu fon parti
contre Scribonien , Gouverneur de la
Dace. Cette Legion n'avoit d'abord aucun
furnom qui la diftinguât des autres que
le rang de fon ancienneté ; & c'eft pour
cela même que Jules - Cefar , dans fon
quatriéme Livre de la Guerre des Gaules ,
ne fait point de difficulté de l'appeller
une des plus illuftres & des plus anciennes
Legions de l'Empire Veterrima Legio .
Auffi la fit- il paffer avec lui dans la Grande-
Bretagne , comme une de celles qu'il
jugeoit des plus capables de feconder fes
grands deffeins pour la conquête ou pour
l'expedition de ce nouveau Monde. Au
revers il y a un Taureau , comme dans la
precedente , ce qui nous apprend que ces
Legions avoient été formées des Colonies
Romaines. Le Taureau étant le Symbole
d'une
MARS. 1730. so gi
d'une Colonie , parce que c'étoit un ufage
chez les Romains, quand on vouloit bâtie
une Ville , d'en marquer l'enceinte avec
le Soc de la Charruë , fuivant ce fragment:
de Caton , mos fuit defignandi urbes aratro.
Soit , au refte , que cette feptiéme
Legion Claudienne qui étoit autrefois en
la haute Moëfie, fût déja dans la Grande-
Bretagne lorfque Caraufius y aborda ; ſoir
qu'elle y fût conduite avec la huitiéme
Legion Auguftale , dont nous avons parlé
; foit enfin qu'elle ne ſe rangeât fous les
Etendarts de Caraufius , qu'après qu'il eur
défait l'armeé Romaine qui tenoit encore
dans cette Ifle pour Diocletien & pour
Maximien : Caraufius ne pouvoit mieux
faire pour ſe la rendre fidele ou pour la
récompenfer de fa valeur, qu'en confacrant
fon nom à l'immortalité , avec les autres
Legions dont il avoit reconnu le zele &
l'attachement , & dont il fit auffi graver
les noms fur les Médailles que nous expliquons.
Gruter rapporte une Infcrip
tion de lafeptiéme Legion Claudienne.
P. ÆLIO P. F. PP . MARCELLO
VE . PP . EX PREF. LEG . VII .
CL. ET I. ADJUT . SUB. PRINC
IPE PEREGRINORUM .
La feptiéme Legion Claudienne fe trou
ve auffi fur les Médailles de Septime See
vere & fur celles de Gallien,
310 MERCURE DE FRANCE.
La feptiéme Legion Claudierne étoft
encore dans la haute Moëfie , fous Gordien
Pie , qui envoya les Veterans de la
feptiéme & de la quatriéme Legion à Vi
minacium , Colonie de cette Province ,
comme nous l'apprend une Médaille du
Cabinet de M. le Prefident de Maifons.
Il y a d'un côté , Imp. Gordianus pius fel
Aug. Sa tête couronnée de Rayons .
Et au Revers , P. M. S. COL . VIM .
AN IIII. Provincia Moefia Superioris
Colonia Viminacium. Anno quarto. La
figure d'une femme debout tient de la
main droite un Signe Militaire , où eft le
nombre VII. & de la main gauche un
autre Signe Militaire , où eſt le nombre
IIII. & à fes pieds , au côté droit , un Taureau
, & au côté gauche un Lion , qui.
font les Symboles de ces deux Legions ,
pour marquer que les Veterans de la feptiéme
Legion Claudienne & ceux de la
quatriéme ,y avoient été envoyez pour peupler
cette Ville & la deffendre contre les
infultes des Barbares .
Dion, Livre 55 page 564. ne laiffe aucun
lieu de douter que ce ne foit la 7
Legion Claudienne qui eft fur la Médaille
de Gordien Pie , quoique le nom de Claudia
n'y foit point. Il nous apprend que
c'eft la même qui étoit en quartier d'hyver
dans la haute Moëfie . Septimia in Mifia
LibMARS,
1730% 511
fuperiori, Claudiana præcipue nuncupata .
M.l'Abbé de Rothelin a auffi la feptiéme
Legion Claudienne dans Gallien avec le
même Taureau .
J'ai vu cette Médaille de petit Bronze
dans le Cabinet de Milord Pembrok , en
Angleterre ; & à Paris , chez le P. Chamillard
, qui l'a , dit - il, trouvée à Pontoiſe
Legion 111.
Imp. Caraufius P. F. Aug. Sa tête couronnée
de Rayons , pour Type un Taureau
. LEG . VIIII . GE ML . Legio nona
Gemina. La neuviéme Legion Gemelle.
Cette 9º Legion , dont Caraufius voulut
auffi celebrer la valeur , étoit auffi appellée
Gemina ou Gemelle , parce quelle
avoit été formée de deux Legions qui n'en
compofoient plus qu'une , comme Dion
ou Xiphilin fon Compilateur nous l'apprend
dans la Vie d'Augufte , page 183. Le
Revers de cette Médaille porte le même
Type que les deux précedentes . C'eſt un
Taureau qui eft le ſymbole ordinaire des
Veterans d'une Colonie . Le Taureau étoit
fous la protection de la Déeffe de Cythere.
Taurum Cytherea tuetur , dit le PoëteManilius
. Il eſt fait mention dans le frag
ment d'une ancienne Colomne , de la feptiéme
Legion Gemina , on Gemelle , ce
qui
311 MERCURE DE FRANCE:
qui fait voir que le mot G E, fe doit rend
dre en latin par celui de Gemina , puiſqu'il
fe trouve écrit tout du long ſur les anciennes
Infcriptions. Quant aux Lettres
ML qui fe trouvent dans l'Exergue de
ces Médailles , nous aurons lieu d'en dire
notre fentiment dans un Chapitre particulier
, où nous tâcherons de découvrir ce
ce que les Monetaires de ces temps - là ont
voulu nous donner à entendre par ces
Lettres & autres femblables.
CetteMédaille de petit Bronze , eft dans
le Cabinet du Duc de Dewonshire.
Legion 1111.
Imp. Caraufius P. F. Aug. la tête cou
tonnée de Laurier . LEG . IIII. FL. Dans
Exergue , R. S. R. Legio quarta Flavia,
la 4 Legion Flavienne . Cette quatriéme
Legion fut ainfi furnommée par Vefpafien,
qui voulut qu'elle prit le furnom de fa Famille
appellée Flavia . Il plaça cette Legion
dans la Syrie pour contenir les peuples
dans leur devoir . Quarta Flavia in
Syria commorata eft , ſelon Dion , p . 272.
qui rapporte qu'elle étoit encore en Syrie
fous le regne d'Alexandre Severe.
Cette Legion porte pour enfeigne un
Lyon , fimbole ordinaire de la force . Septime
Severe s'étoit auffi fait gloire de celebrer
MARS. 17300 $ 13
lebrer la valeur de la même Legion , avee
la même Legende ; mais le Type eft fort
different de la Médaille de Caraufius , il
y a fur celle de Severe deux Signes Militaires
avec l'Aigle Legionnaire ; au lieu
que dans la Médaille de Caraufius il n'y
a qu'un Lion feul. J'ai auffi obfervé ailleurs
la mêmeLegende que dans Caraufius ;
mais au lieu d'un Lion , il y en à deux
entre lefquels on voit une tête cafquée.
J'ai vu à Londres dans le Cabinet
de Milord Pembrock , ce même Type fur
une Médaille d'or de Victorin , où cette
Legion prend le furnom de Pia Felix.
Legio IIII. Flavia P. F.
Vaillant nous affure que de toutes les
Legions qui reftoient fous Gallien , la
quatriéme Legion Flavienne étoit la feule
qui portât un Lion pour Enfeigne , & les .
Médailles que nous venons de rapporter.
en dernier lieu , font voir que cette Legion
fubfifta encore quelque temps après
Gallien , puifque Victorin s'eft fait honneur
de faire graver encore le nom de
la même Legion fur fes Médailles ..
Elle avoit été auffi fort celebre fous plufieurs
autres Princes , comme on le peut
voir dans les Colonies de Vaillant. La
Médaille qu'il rapporte du jeune Philippe
, me paroît fur tout digne de remarque.
On voit d'un côté la tête de ce Prince ; &
21
314 MERCURE DE FRANCE.
au revers ces quatre Lettres initiales G.
F. P. D. qui fignifient Colonia Flavia
Pacenfis Deultana , parce que cette Colonie
avoit été formée des Veterans de
cette quatriéme Legion Flavienne .
Il eft auffi fait mention de la quatriéme
Legion Flavienne dans une Infcription
antique , trouvée à Pezaro , rapportée
,
, page 148. dans le Traité des Regions
Suburbicaires , où il eft fait mention entr'autres
du Tribun de la quatriéme Legion
Flavienne , qui étoit auf le Patron
des Colonies de Pezaro & de Feneſte .
TRIB . LATICL . LEG. IIII. FLAV
PATRONUS COLONIARUM .
PISAURI ET FANEST .
A l'égard de Pezaro , il eft bon de re
marquer en paffant que c'eft - là , où les
defcendans de Caraufius fe retirerent dans
des temps difficiles , fuivant le Comte de
Zabarella , * dans la Genealogie qu'il fait
des Pezari de Venife , intitulée : Il Carau
fio Overo Regia & Augufta Fameglia
di Pezari di Venetia ; Famille que cet
Auteur fait defcendre en ligne directe de
Caraufius , Empereur de la Grande - Bretagne
. Cette Médaille , qui eſt d'argent ,
eft à Londres dans le Cabinet du Duc de
Dewonshire .
* Le Livre du Comte de Zabarella , que j'avois
cherché long- temps , m'a été donné par M. Duvau
, Ecuyer , ancien Capitoul de Toulouse.
MAR S. 1730. SIS
Legion V.
Imp. Caraufius, P. F. Aug. Sa tête cou
ronnée de Rayons.
LEG . VIII... IN . ML . Legio octava ..
IN... cette Legion a pour Type un Belier.
La huitéme Legion furnommée ... IN ..
peut être invicta , l'invincible. C'eſt ainſi
que je crois qu'on peut interpreter le mot
abregé ... IN ... à moins que dans la
Médaille en queſtion il n'y ait MIN . au
lieu de N. ce qui feroir pour lors MINERVIA
Qu MINERVINA car il fe
pourroit bien faire que la Médaille n'étant
pas affez nette ni affez confervée en
cet endroit , on auroit pû lire IN , au lieu
de MIN.
Cette Médaille eft d'autant plus finguliere
que
fa Legende & fon Type font
encore inconnus fur les Médailles des autres
Empereurs. Quant au Type du revers,
ne pourroit - on point dire qu'il nous
défigne une Legion particuliere des Bagaudes
? On fçait que les Auteurs les appelloient
Agreftes ou Rufticanos & qu'ils
avoient quitté le foin de leurs Troupeaux
pour courir après une liberté chimerique
en prenant les armes fous la conduite.
d'Amandus , leur Empereur . Suivant ce
trait hiftorique, que nous avons rapporté
ailleurs ; ne pourroit- on pas dire que ces
Bagaudes ayant pris les armes , choifirent
pour
$ 16 MERCURE DE FRANCE.
pour le figne de leur liberté le Belier ,
pour marquer qu'ils n'avoient point perdu
de vûë leur premier état , & que s'ils
avoient pris les armes , ce n'étoit que pour
deffendre leur ancien Domaine ? Ce qui
pourroit fortifier d'ailleurs cette conjecture
, c'est que le Belier étoit confacré à
Pallas , Déefle de la Guerre ( Déeffe qui
fe voit fi fouvent fur les Médailles de
Caraufius ) Manilius nous en fournit une
preuve autentique dansfon deuxièmeLivre.
Lanigerum Pallas , Taurum Cytherea tuetur,
Le même Auteur parle encore du Belier
en des termes qui femblent parfaitement
juftifier le choix que nos anciens Gaulois
auroient pû faire du Belier pour enfeigne
d'une Legion qui fe feroit déclarée de nouveau
pour la liberté de la Patrie fous un fi
grand Capitaine.
Sed Princeps aries toto fulgebit in orbe,
Ainfi le furnom & le fymbole que prend
cette Legion conviendroit parfaitement
au temps dont nous parlons , & à un
Prince, qui prenoit à juste titre, le furnom
d'invincible , comme fes Médailles , avec
le titre d'Invictus , le confirment.
Il est bon de remarquer ici , qu'on por
toit quelquefois le Belier parmi les Enfeignes
Romaines. Mais fur tout quand
on
**ཟེ
MARS
.
1730.
SIY
en vouloit déclarer la guerre. Pour lors
un Herault d'Armes , tiré de l'illuftre Corps
des Faciales , marchoit à la tête portant
le figne du Belier , qu'il devoit lancer
fur les premieres Terres des Ennemis ,
pour montrer qu'ils n'avoient pris les
armes contre eux que pour le venger
des outrages qu'ils en avoient reçûs les
premiers , felon quelques Auteurs ; ou
plutôt felon Pierius dans fes Hyerogli
phes , pour donner à entendre par - là qu'ils
étoient déja , pour ainsi dire , en poffeffion
des Terres de leurs Ennemis . Ce qui étant
pris en ces deux fens , ne laifferoit pas
d'avoir fon application dans Caraufius qui
prétendoit avoir été infulté le premier
par Maximien , & qui s'empara bientôt
de l'ifle la plus belle , la plus grande & la
plus fertile du monde en pâturages , &c,
Legion VI
.....
Imp. Caraufius P. F. Aug. la tête couzonnée
de rayons.
LEG...... Legio Légion,
Dans l'Exergue M L. pour Type ,
la figure du Capricorne tourné du côté
droit . Les Legions dont nous venons de
parler m'étoient connuës fous trois Types
differens ; trois avoient le Type d'un
Taureau , une fous le Type d'un Belier ,
une autre fous le Type d'un Lion ; mais
celle- ci a un Type different , & on ne
l'avoit
418 MERCURE DE FRANCE .
f'avoit point encore vû fur aucune Médaille
de Caraufius ; il feroit à fouhaiter
que le nom de la Legion ne fut pas effacé,
Peut -être que le tems nous en fera dé
couvrir quelque femblable mieux confervée.
Il y a eu fept Legions de Gallien avec
le même Signe du Capricorne , & Vaillant
les rapporte dans fon Livre des Médailles
Impériales ; fçavoir , la Legion
premiere , Adjutrix. La premiere Italica,
la quatorziéme Gemina , la trentiéme Ulpia
, la vingt- deuxième , furnommée Primigenia
, au rapport de Spartien , dans la
vie de Didius Julianus . La dix- huitiéme
& la vingt- fixiéme fans nom particulier.
Ainfi on pourroit croire que celle de Ca
raufius , dont je parle ici , feroit une de ces
Legions , parcequ'elles ont toutes le même
fimbole que note Médaille.
La feconde Legion Auguftale pourroit
auffi être de ce nombre . On a trouvé dans
la Grande Bretagne une Infcription Antique
conçûë en ces termes , & avec le
même Type du Capricorne .
IMP.
AVG .
ANTONINO
Pio.
LE G.
I I.
A V G.
F. P. III. CC L XX II.
1
Cette
MARS. 1730: 519
Cette Infcription nous apprend que la
deuxième Legion Auguftale avoit continué
le mur d'Antonin Pie ,qui eft au Nord
d'Ecoffe , pendant l'efpace de trois mille
deux cent foixante & douze pas. Cette
Infcription eft fur une pierre qui reprefente
dans le haut , la figure d'un Capricorne
que je prens pour le figne de cette
Legion , & non pas le Griffon qui eſt au
bas. A l'égard du furnom Augufta , nous
avons déja remarqué qu'Augufte donna
fon nom à plufieurs Legions , & cette
Infcription nous fait voir que celle- ci
avoit non- feulement le nom d'Augufte ,
mais qu'elle en avoit auffi pris le fimbole
pour préfage de bonheur : le Signe
du Capricorne ayant toujours été regardé
comme tel par cet Empereur. Et parcequ'il
avoit été Conful pour la premiere fois ,
& qu'il avoit aufli gagné la Bataille d'Actium
dans le mois d'Août , il lui donna
fon nom . C'est ce qui me feroit croire
que c'eft cette feconde Legion qui nous
eft marquée fur notre Médaille de Caraufius
. Dion rapporte que la feconde Legion
Auguftale étoit de fon tems dans la
haute Bretagne , & les Infcriptions qu'on
Y découvre tous les jours en donnent des
preuves inconteftables. C'eſt cette feconde
Legion qui donna fon nom & la naiffance
à la Ville de Caer-leon , appellée dans l'IE
tineraire
520 MERCURE DE FRANCE.
tineraire d'Antonin , ISCA LEG. II. AUGUSTA.
Cette Legion étoit fans doute
encore dans la Grande Bretagne au tems
de Caraufius , puifque peu d'années avant
qu'il y allât , Pofthume , Empereur dans
les Gaules , avoit dans cette Ville un
Corps d'Armée. C'est ce que je trouve
confirmé par une Médaille de ce dernier
Empereur ; elle a d'un côté le nom de ce
Prince , & la tête couronnée de rayons.
IMP CM CASS LAT. Pofthumus Aug.
& de l'autre côté , on voit à cheval l'Em
pereur qui harangue les Troupes , & autour
EXERCITUS YSCanicus , l'AEmée
de Caer- Leon .Cette Armée de Pofthu .
me fut nommée Armée Tfcanique d'Yíca,
parceque cette Legion qui prêta ferment
de fidelité à Pofthume dans la Grande
Bretagne , étoit placée fur la Riviere de
PUske, qu'on appelloit Yſca - Silurum , &
non pas Silulorum , comme l'a écrit Vaillant
, qui rapporte cette Médaille . Cette
Ville n'eft plus aujourd'hui qu'un petit
Village , portant le nom de Caer-Leon, par
corruption de Cefaris Legio ; & c'eſt là
que les Hiftoriens Anglois avoient placé
la Cour de leur grand Roi Artus &
où ils prétendent qu'il y avoit un College
de deux cens Philofophes établis pour
Ay obferver le cours des Aftres . Cette Médaille
de petit bronze eft en Angleterre ,
dans le Cabinet du Docteur Sloane.
"
MARS. 1730. 521
*
COHORTES PRETORIENNES.
Imp. Caraufius. P. F. Aug. La tête
couronnée de Rayons.
COHH .... ML. Cohortes ... Les
Cohortes ... M L. COHORTES. Ce font
fans doute les Cohortes Prétoriennes qui
formoient la garde de Caraufius , dont cet
Empereur voulut éternifer la mémoire &
la fidelité aufli bien que celle des Legions
dont nous venons de parler. Je n'entrerai
point ici dans la queftion de fçavoir de
combien étoit compofée la Legion . Les
Auteurs font pleins de ces fortes de détails.
J'ajouterai cependant qu'il y avoit
fous Augufte neuf Cohortes Prétoriennes
pour la garde du Prince , & que Galba
y en ajoûta trois nouvelles. Ainfi il y eut
douze Cohortes de Gardes Prétoriennes,
qui fubfiftoient encore du tems de Septime
Severe , au rapport de Dion. Je ne
fçai fi le nombre de ces Cohortes étoit le
même du tems de Diocletien & de Maximien
; mais ce qu'on peut affurer , fuivant
le témoignage de cette Médaille unique
de Caraufius , c'eft que la garde de
ce Prince étoit compofée de quatre mille
hommes. C'eft ainfi que je crois qu'on
doit expliquer les quatre fignes militaires
qui font au revers de fa Médaille . En effer
chaque Cohorte ayant fon enfeigne
militaire , & chaque Cohorte étant com
- E ij poléc
322 MERCURE DE FRANCE :
pofée de mille hommes , fuivant le témoi
gnage de la plupart des Auteurs ,
quatre enfeignes militaires nous défignent
que la Garde de cet Empereur des Bretons
étoit compofée de quatre Cohortes
Prétoriennes . A quoi fi nous ajoûrons le
nombre de dix ou de douze mille hommes
, dont chaque Legion pouvoit être
compofée , en y comprenant les Troupes
auxiliaires , il fe trouvera que Caraufius ,
fuivant ces Médailles, avoit du moins une
armée de foixante & quatre mille hommes,
fans y comprendre les forces maritimes.
Ce font là les Cohortes Prétoriennes & les
fix Legions principales qui compofoient
l'Armée de notre Conquerant , & dont
les Auteurs ne parlent point. Elles métitoient
bien , après lui avoir acquis tant
de gloire , d'en partager avec lui une por
tion , & de revivre un jour dans la mémoire
des hommes par ce témoignage autentique
de fa reconnoiffance , ayant été
les compagnes fideles de fes travaux guerriers
, & ayant verſé fi librement leur fang
dans plufieurs occafions pour l'élever fur
le Trône de la Grande Bretagne,
Dans cette occafion , comme dans bien
d'autres, nous pourrions nous plaindre du
filence des Hiftoriens qui ne nous difent
rien de toutes ces circonftances , & qui
ne font mention que d'une Legion Romaine
MAR 9. 1730. 523
1
maine dont ils ont même affecté de nous
cacher le nom ; mais nous devons nous
confoler ayant des Monumens plus fûrs
& moins fujets à être alterés , & qui fe
font heureuſement dérobés aux injures
des tems & de l'envie . Après tout nous
ne ferions peut-être pas obligés de nous
plaindre fi fort du filence de ces Hiftoriens
, fi le fecond Livre que nous avons
de Zozime fur la vie des Empereurs de
ces tems, nous étoit refté dans fon entier ,
mais cet Auteur fe trouve tronqué immédiatement
après la vie de Probus , & ce
qui fuit ne recommence qu'à l'Hiftoire de
Conftantin le Grand . De forte que ce qui
nous manque de cet Auteur ne comprend
gueres moins que les Vies de fept à huit
Empereurs , qui font Carus , Ĉarinus
Numerianus , Diocletianus Maximianus
Herculius , Caraufius , Conftantius
Chlorus & Gal. Maximianus , dont l'Hiftoire
ou les évenemens étant neceffairement
liés avec ce qui s'eft paffé du tems
de Caraufius n'auroient pas laiffé de nous
donner des lumieres pour expliquer bien
des faits particuliers , où les conjet&cures
ne fçauroient atteindre.
>
Ne feroit- ce point là un effet moins du
hazard que de l'envie ou de la politique
Romaine , qui jaloufe de la gloire de ce
Prince auroit fupprimé à deffein les
E iij
>
Mc124
MERCURE DE FRANCE.
Mémoires les plus confiderables de fon
tems , qui ne pouvoient être qu'à la gloire
de ce Heros qui avoit fi fort abbatu
leurs forces & leur puiffance. Cette Médaille
de petit bronze eft dans le Cabinet
de l'Auteur..
Voilà , Milord , ce que j'avois à obferver
de plus remarquable au fujet des Cohortes
& des Legions dont les noms nous
font confervés fur les Médailles de Caraufius
, & fans lefquelles les fervices
qu'elles lui avoient rendus feroient reſtez
dans un oubli éternel . Ce font là ces fieres
Legions & ces Cohortes fideles qui fua
rent les témoins de fes travaux guerriers ,
qui fe firent honneur de combatre fous fes
Etendarts , & avec qui il fit tant d'actions
heroïques & tant d'exploits glorieux ,
qu'il fut enfin élevé aux acclammations
des Peuples fur le Trône de la Grande
Bretagne Je fuis avec un profond reſpect
& c .
IMITATION
mention des Cohortes & des differentes
Legions de Caraufius , par où l'on peut
fixer à peu près le nombre des Troupes
que cet Empereur des anciens Bretons
entretenoit. Adreffée à fon Excellence
Milord Carteret , Vice-Roy d'Irlande ,
&c. Par M. Genebrier , Docteur en
Medecine , Medecin ordinaire de la
Cour d'Angleterre & premier Medecin
du Vice- Roi d'Irlande.
M.
ILORD ,
L'amour que vous avez pour l'Hiftoire
& furtout pour les nouvelles découvertes
qui peuvent intereffer la gloire de votre
Nation , m'ayant fait entreprendre l'Hiftoire
Metallique de Caraufius , un des
plus grands Conquerans que l'Angleterre
ait jamais eu , j'ai crû que pour concou-.
rir à vos vûës , il ne fuffifoit pas de relever
la gloire de ce Heros , fi je ne tâchois
en même - temps de celebrer les Inftrumens
de fes victoires : Je veux dire
fi je ne parlois des Legions, qui ont combattu
fous fes Etendarts , & qui lui ont acquis
tant de gloire. C'est ce que j'ai tâ-
D v ché
"
304 MERCURE DE FRANCE:
ché de faire en recueillant autant que j'ai
pû , les Médailles qui font mention de
ces Legions ou de ces Cohortes Prétoriennes.
Ces Monumens ferviront , au défaut
de l'Hiftoire qui n'en parle point ,
à fixer à peu près le nombre des Troupes
de cet Empereur. Et ces Legions ainfi
raffemblées , formeront , pour ainſi dire
un Corps d'armée glorieux , dont le dénombrement,
après tant de fiécles , ne peut
que faire plaifir à Votre Excellence.
Voici, Milord, ces Legions, fuivant l'ordre
de leur découverte.
Legion I.
IMP . C. Caraufius P.F. Aug. L'Empe
reur Cefar Caraufius , Pieux, Heureux , Augufte
, fa tête couronnée de Lauriers.
LEG . VIII . AUG. Legio octava Augufta..
Pour Type un Taureau . Cette huitiéme
Legion , furnommée Auguftale , dont Caraufius
a voulu par cette Médaille éternifer
la valeur & la fidelité , eft une des plus
anciennes Legions de l'Empire ; elle fut
formée par Augufte même , qui lui donna
fon nom & le rang de huitiéme Auguftale.
Il l'envoya d'abord en Pannonie,
où elle refta jufqu'à l'Empereur Claude ,
qui la fit paffer en Moefie, où Galba trouva
à propos de la laiffer. Mais Septime
Severe la fit revenir , & la plaça dans la
haute
MARS. 1730.
505
haute Germanie. Il y a apparence qu'elle
y refta pour deffendre les Frontieres de
l'Empire , jufqu'au temps de Caraufius.
Que ce fut entr'autres avec cette Legion,
qu'il défit les Germains en plufieurs rencontres
; qu'il remporta fur eux plufieurs
Victoires fignalées , & qu'il mérita enfin
le titre glorieux de très - grand Germanique
, Germanicus Maximus , que les Médailles
lui donnent. Je ne ferois pas non
plus fort éloigné de croire que ce fût cette
fiére Legion qui fe déclara la premiere
pour Caraufius ; qui le fuivit enAngleterre ,
& que le Panegyrifte Eumenius femble
nous défigner par ces termes , occupara
Legione Romanâ , en parlant du paffage.
de Caraufius dans la Grande - Bretagne.
Nous avons auffi cette même Legion
dans une Médaille d'argent de Septime
Severe , auquel on peut croire qu'elle
n'avoit pas rendu des fervices moins importans
que ceux qu'elle rendit depuis à
Caraufius. Mais au lieu d'un Taureau qui
eft fur la Médaille de ce dernier , il y a
dans celle de Severe , l'Aigle Legionaire
entre deux Signes Militaires. Je trouve
encore le même Taureau & la même Legion
, dans Gallien , que dans Caraufius .
Nous ne parlerons point ici des autres
Legions qui ont auffi été furnommées Au
guftales , nous dirons feulement , que la
Dvj feconde
506 ME RCURE DE FRANCE
feconde Legion Auguftale étoit en quar
tier d'hyver dans la Haute-Bretagne . Quand
Xiphilin même ne nous en auroit pas donné
de preuves , comme il a fait dans la
Vie d'Augufte , le fragment de Brique
qui eft dans le Cabinet du Docteur Woodward
, où j'ai lû , LEG . II . AUG . en
feroit une preuve affez autentique . Cette
Infcription nous fait croire que la feconde
Legion Auguftale pouvoit avoir été employée
à quelques travaux publics dont
elle vouloit fe faire honneur dans la pofterité.
Je n'affurerai point que ce Monument
foit du temps de Septime Severe
qui fit , comme on l'a dit ailleurs , conftruire
plufieurs Edifices publics dans la
Grande-Bretagne. Cependant , comme ce
fragment a été trouvé proche d'York , &
que SeptimeSevere y avoit établi fa demeu
re & fait de cette Ville fon Siege Imperial;
il y a apparence que ce débris eft , pour aing
dire , encore un témoin de fa gloire , auffi
bien que cet autre fragment que j'ai vû
à Londres , où le mot de SEVERI fe lit
en gros caractere fur une Brique d'une
épaiffeur pareille à la premiere , au - delfous
d'une Tête en forme de Soleil . Cette
feconde Legion Auguftale fe trouve auffi
dans les Médailles de Septime Severe ,
LEG. II. AUG . avec deux Signes Militaires
, & au milieu l'Aigle Legionaire ,
MARS. 17307 507
ce qui confirmeroit notre conjecture. Il
eft encore fait mention de la feconde
Legion Auguftale , auffi - bien auffi- bien que de
la huitiéme Legion Auguftale , dans un
fragment d'une ancienne Colonne à Rome
, que je ne rapporterai point ici , parce
qu'elle fe trouve dans Gruter & dans plufeurs
autres Antiquaires .
14 Nous lifons dans les Colonies de Vail
lant , qu'Augufte avoit envoyé à Beryte
une Colonie des Veterans de la huitiéme
Legion Auguftale . Une autre partie fut
envoyée à Fréjus , dans nos Gaules , &
l'autre à Heliopolis.
J'ai vû cette Médaille d'argent dans leCabinet
du Duc de Dewonshire , à Londres.
Legion II.
Imp. Caraufius , P. F. Aug. fa tête
couronnée de Rayons. LEG . VII CL
ML . Legio feptima Claudia . La ſeptiéme
Legion Claudienne . Je lis Claudia , &
non pas Claffica , comme a fait Gutherius,
dans fon Traité De Jure Manium , page
48. Il a été trompé par le mor Claffica,
qui fe trouve dans une Médaille de Marc
Antoine , jointe à la dixiéme Legion.
LEG. XVII. CLASSICA. Cette
Legion eft bien differente de la nôtre
& d'ailleurs le mot de Claudia fe
trouve auffi écrit tout au long dans plufieurs
Infcriptions antiques . Spon , dans
ג
Les
1
508 MERCURE DE FRANCE.
fes Mélanges d'Antiquitez , page 254-
nous en fournit une que voici .
Q SERTORIUS L. F.
POB. FESTUS
CENTUR LIG . XI.
CLAUDIAE PIAE FIDELIS .
La feptiéme Legion de notre Médaille
a pour Type un Taureau comme la précedente
. Elle fut appellée Claudienne, du
nom de l'Empereur Claude , parce qu'elle
lui avoit été fidele étant dans la Moëfie,
& qu'elle avoit vivement foutenu fon parti
contre Scribonien , Gouverneur de la
Dace. Cette Legion n'avoit d'abord aucun
furnom qui la diftinguât des autres que
le rang de fon ancienneté ; & c'eft pour
cela même que Jules - Cefar , dans fon
quatriéme Livre de la Guerre des Gaules ,
ne fait point de difficulté de l'appeller
une des plus illuftres & des plus anciennes
Legions de l'Empire Veterrima Legio .
Auffi la fit- il paffer avec lui dans la Grande-
Bretagne , comme une de celles qu'il
jugeoit des plus capables de feconder fes
grands deffeins pour la conquête ou pour
l'expedition de ce nouveau Monde. Au
revers il y a un Taureau , comme dans la
precedente , ce qui nous apprend que ces
Legions avoient été formées des Colonies
Romaines. Le Taureau étant le Symbole
d'une
MARS. 1730. so gi
d'une Colonie , parce que c'étoit un ufage
chez les Romains, quand on vouloit bâtie
une Ville , d'en marquer l'enceinte avec
le Soc de la Charruë , fuivant ce fragment:
de Caton , mos fuit defignandi urbes aratro.
Soit , au refte , que cette feptiéme
Legion Claudienne qui étoit autrefois en
la haute Moëfie, fût déja dans la Grande-
Bretagne lorfque Caraufius y aborda ; ſoir
qu'elle y fût conduite avec la huitiéme
Legion Auguftale , dont nous avons parlé
; foit enfin qu'elle ne ſe rangeât fous les
Etendarts de Caraufius , qu'après qu'il eur
défait l'armeé Romaine qui tenoit encore
dans cette Ifle pour Diocletien & pour
Maximien : Caraufius ne pouvoit mieux
faire pour ſe la rendre fidele ou pour la
récompenfer de fa valeur, qu'en confacrant
fon nom à l'immortalité , avec les autres
Legions dont il avoit reconnu le zele &
l'attachement , & dont il fit auffi graver
les noms fur les Médailles que nous expliquons.
Gruter rapporte une Infcrip
tion de lafeptiéme Legion Claudienne.
P. ÆLIO P. F. PP . MARCELLO
VE . PP . EX PREF. LEG . VII .
CL. ET I. ADJUT . SUB. PRINC
IPE PEREGRINORUM .
La feptiéme Legion Claudienne fe trou
ve auffi fur les Médailles de Septime See
vere & fur celles de Gallien,
310 MERCURE DE FRANCE.
La feptiéme Legion Claudierne étoft
encore dans la haute Moëfie , fous Gordien
Pie , qui envoya les Veterans de la
feptiéme & de la quatriéme Legion à Vi
minacium , Colonie de cette Province ,
comme nous l'apprend une Médaille du
Cabinet de M. le Prefident de Maifons.
Il y a d'un côté , Imp. Gordianus pius fel
Aug. Sa tête couronnée de Rayons .
Et au Revers , P. M. S. COL . VIM .
AN IIII. Provincia Moefia Superioris
Colonia Viminacium. Anno quarto. La
figure d'une femme debout tient de la
main droite un Signe Militaire , où eft le
nombre VII. & de la main gauche un
autre Signe Militaire , où eſt le nombre
IIII. & à fes pieds , au côté droit , un Taureau
, & au côté gauche un Lion , qui.
font les Symboles de ces deux Legions ,
pour marquer que les Veterans de la feptiéme
Legion Claudienne & ceux de la
quatriéme ,y avoient été envoyez pour peupler
cette Ville & la deffendre contre les
infultes des Barbares .
Dion, Livre 55 page 564. ne laiffe aucun
lieu de douter que ce ne foit la 7
Legion Claudienne qui eft fur la Médaille
de Gordien Pie , quoique le nom de Claudia
n'y foit point. Il nous apprend que
c'eft la même qui étoit en quartier d'hyver
dans la haute Moëfie . Septimia in Mifia
LibMARS,
1730% 511
fuperiori, Claudiana præcipue nuncupata .
M.l'Abbé de Rothelin a auffi la feptiéme
Legion Claudienne dans Gallien avec le
même Taureau .
J'ai vu cette Médaille de petit Bronze
dans le Cabinet de Milord Pembrok , en
Angleterre ; & à Paris , chez le P. Chamillard
, qui l'a , dit - il, trouvée à Pontoiſe
Legion 111.
Imp. Caraufius P. F. Aug. Sa tête couronnée
de Rayons , pour Type un Taureau
. LEG . VIIII . GE ML . Legio nona
Gemina. La neuviéme Legion Gemelle.
Cette 9º Legion , dont Caraufius voulut
auffi celebrer la valeur , étoit auffi appellée
Gemina ou Gemelle , parce quelle
avoit été formée de deux Legions qui n'en
compofoient plus qu'une , comme Dion
ou Xiphilin fon Compilateur nous l'apprend
dans la Vie d'Augufte , page 183. Le
Revers de cette Médaille porte le même
Type que les deux précedentes . C'eſt un
Taureau qui eft le ſymbole ordinaire des
Veterans d'une Colonie . Le Taureau étoit
fous la protection de la Déeffe de Cythere.
Taurum Cytherea tuetur , dit le PoëteManilius
. Il eſt fait mention dans le frag
ment d'une ancienne Colomne , de la feptiéme
Legion Gemina , on Gemelle , ce
qui
311 MERCURE DE FRANCE:
qui fait voir que le mot G E, fe doit rend
dre en latin par celui de Gemina , puiſqu'il
fe trouve écrit tout du long ſur les anciennes
Infcriptions. Quant aux Lettres
ML qui fe trouvent dans l'Exergue de
ces Médailles , nous aurons lieu d'en dire
notre fentiment dans un Chapitre particulier
, où nous tâcherons de découvrir ce
ce que les Monetaires de ces temps - là ont
voulu nous donner à entendre par ces
Lettres & autres femblables.
CetteMédaille de petit Bronze , eft dans
le Cabinet du Duc de Dewonshire.
Legion 1111.
Imp. Caraufius P. F. Aug. la tête cou
tonnée de Laurier . LEG . IIII. FL. Dans
Exergue , R. S. R. Legio quarta Flavia,
la 4 Legion Flavienne . Cette quatriéme
Legion fut ainfi furnommée par Vefpafien,
qui voulut qu'elle prit le furnom de fa Famille
appellée Flavia . Il plaça cette Legion
dans la Syrie pour contenir les peuples
dans leur devoir . Quarta Flavia in
Syria commorata eft , ſelon Dion , p . 272.
qui rapporte qu'elle étoit encore en Syrie
fous le regne d'Alexandre Severe.
Cette Legion porte pour enfeigne un
Lyon , fimbole ordinaire de la force . Septime
Severe s'étoit auffi fait gloire de celebrer
MARS. 17300 $ 13
lebrer la valeur de la même Legion , avee
la même Legende ; mais le Type eft fort
different de la Médaille de Caraufius , il
y a fur celle de Severe deux Signes Militaires
avec l'Aigle Legionnaire ; au lieu
que dans la Médaille de Caraufius il n'y
a qu'un Lion feul. J'ai auffi obfervé ailleurs
la mêmeLegende que dans Caraufius ;
mais au lieu d'un Lion , il y en à deux
entre lefquels on voit une tête cafquée.
J'ai vu à Londres dans le Cabinet
de Milord Pembrock , ce même Type fur
une Médaille d'or de Victorin , où cette
Legion prend le furnom de Pia Felix.
Legio IIII. Flavia P. F.
Vaillant nous affure que de toutes les
Legions qui reftoient fous Gallien , la
quatriéme Legion Flavienne étoit la feule
qui portât un Lion pour Enfeigne , & les .
Médailles que nous venons de rapporter.
en dernier lieu , font voir que cette Legion
fubfifta encore quelque temps après
Gallien , puifque Victorin s'eft fait honneur
de faire graver encore le nom de
la même Legion fur fes Médailles ..
Elle avoit été auffi fort celebre fous plufieurs
autres Princes , comme on le peut
voir dans les Colonies de Vaillant. La
Médaille qu'il rapporte du jeune Philippe
, me paroît fur tout digne de remarque.
On voit d'un côté la tête de ce Prince ; &
21
314 MERCURE DE FRANCE.
au revers ces quatre Lettres initiales G.
F. P. D. qui fignifient Colonia Flavia
Pacenfis Deultana , parce que cette Colonie
avoit été formée des Veterans de
cette quatriéme Legion Flavienne .
Il eft auffi fait mention de la quatriéme
Legion Flavienne dans une Infcription
antique , trouvée à Pezaro , rapportée
,
, page 148. dans le Traité des Regions
Suburbicaires , où il eft fait mention entr'autres
du Tribun de la quatriéme Legion
Flavienne , qui étoit auf le Patron
des Colonies de Pezaro & de Feneſte .
TRIB . LATICL . LEG. IIII. FLAV
PATRONUS COLONIARUM .
PISAURI ET FANEST .
A l'égard de Pezaro , il eft bon de re
marquer en paffant que c'eft - là , où les
defcendans de Caraufius fe retirerent dans
des temps difficiles , fuivant le Comte de
Zabarella , * dans la Genealogie qu'il fait
des Pezari de Venife , intitulée : Il Carau
fio Overo Regia & Augufta Fameglia
di Pezari di Venetia ; Famille que cet
Auteur fait defcendre en ligne directe de
Caraufius , Empereur de la Grande - Bretagne
. Cette Médaille , qui eſt d'argent ,
eft à Londres dans le Cabinet du Duc de
Dewonshire .
* Le Livre du Comte de Zabarella , que j'avois
cherché long- temps , m'a été donné par M. Duvau
, Ecuyer , ancien Capitoul de Toulouse.
MAR S. 1730. SIS
Legion V.
Imp. Caraufius, P. F. Aug. Sa tête cou
ronnée de Rayons.
LEG . VIII... IN . ML . Legio octava ..
IN... cette Legion a pour Type un Belier.
La huitéme Legion furnommée ... IN ..
peut être invicta , l'invincible. C'eſt ainſi
que je crois qu'on peut interpreter le mot
abregé ... IN ... à moins que dans la
Médaille en queſtion il n'y ait MIN . au
lieu de N. ce qui feroir pour lors MINERVIA
Qu MINERVINA car il fe
pourroit bien faire que la Médaille n'étant
pas affez nette ni affez confervée en
cet endroit , on auroit pû lire IN , au lieu
de MIN.
Cette Médaille eft d'autant plus finguliere
que
fa Legende & fon Type font
encore inconnus fur les Médailles des autres
Empereurs. Quant au Type du revers,
ne pourroit - on point dire qu'il nous
défigne une Legion particuliere des Bagaudes
? On fçait que les Auteurs les appelloient
Agreftes ou Rufticanos & qu'ils
avoient quitté le foin de leurs Troupeaux
pour courir après une liberté chimerique
en prenant les armes fous la conduite.
d'Amandus , leur Empereur . Suivant ce
trait hiftorique, que nous avons rapporté
ailleurs ; ne pourroit- on pas dire que ces
Bagaudes ayant pris les armes , choifirent
pour
$ 16 MERCURE DE FRANCE.
pour le figne de leur liberté le Belier ,
pour marquer qu'ils n'avoient point perdu
de vûë leur premier état , & que s'ils
avoient pris les armes , ce n'étoit que pour
deffendre leur ancien Domaine ? Ce qui
pourroit fortifier d'ailleurs cette conjecture
, c'est que le Belier étoit confacré à
Pallas , Déefle de la Guerre ( Déeffe qui
fe voit fi fouvent fur les Médailles de
Caraufius ) Manilius nous en fournit une
preuve autentique dansfon deuxièmeLivre.
Lanigerum Pallas , Taurum Cytherea tuetur,
Le même Auteur parle encore du Belier
en des termes qui femblent parfaitement
juftifier le choix que nos anciens Gaulois
auroient pû faire du Belier pour enfeigne
d'une Legion qui fe feroit déclarée de nouveau
pour la liberté de la Patrie fous un fi
grand Capitaine.
Sed Princeps aries toto fulgebit in orbe,
Ainfi le furnom & le fymbole que prend
cette Legion conviendroit parfaitement
au temps dont nous parlons , & à un
Prince, qui prenoit à juste titre, le furnom
d'invincible , comme fes Médailles , avec
le titre d'Invictus , le confirment.
Il est bon de remarquer ici , qu'on por
toit quelquefois le Belier parmi les Enfeignes
Romaines. Mais fur tout quand
on
**ཟེ
MARS
.
1730.
SIY
en vouloit déclarer la guerre. Pour lors
un Herault d'Armes , tiré de l'illuftre Corps
des Faciales , marchoit à la tête portant
le figne du Belier , qu'il devoit lancer
fur les premieres Terres des Ennemis ,
pour montrer qu'ils n'avoient pris les
armes contre eux que pour le venger
des outrages qu'ils en avoient reçûs les
premiers , felon quelques Auteurs ; ou
plutôt felon Pierius dans fes Hyerogli
phes , pour donner à entendre par - là qu'ils
étoient déja , pour ainsi dire , en poffeffion
des Terres de leurs Ennemis . Ce qui étant
pris en ces deux fens , ne laifferoit pas
d'avoir fon application dans Caraufius qui
prétendoit avoir été infulté le premier
par Maximien , & qui s'empara bientôt
de l'ifle la plus belle , la plus grande & la
plus fertile du monde en pâturages , &c,
Legion VI
.....
Imp. Caraufius P. F. Aug. la tête couzonnée
de rayons.
LEG...... Legio Légion,
Dans l'Exergue M L. pour Type ,
la figure du Capricorne tourné du côté
droit . Les Legions dont nous venons de
parler m'étoient connuës fous trois Types
differens ; trois avoient le Type d'un
Taureau , une fous le Type d'un Belier ,
une autre fous le Type d'un Lion ; mais
celle- ci a un Type different , & on ne
l'avoit
418 MERCURE DE FRANCE .
f'avoit point encore vû fur aucune Médaille
de Caraufius ; il feroit à fouhaiter
que le nom de la Legion ne fut pas effacé,
Peut -être que le tems nous en fera dé
couvrir quelque femblable mieux confervée.
Il y a eu fept Legions de Gallien avec
le même Signe du Capricorne , & Vaillant
les rapporte dans fon Livre des Médailles
Impériales ; fçavoir , la Legion
premiere , Adjutrix. La premiere Italica,
la quatorziéme Gemina , la trentiéme Ulpia
, la vingt- deuxième , furnommée Primigenia
, au rapport de Spartien , dans la
vie de Didius Julianus . La dix- huitiéme
& la vingt- fixiéme fans nom particulier.
Ainfi on pourroit croire que celle de Ca
raufius , dont je parle ici , feroit une de ces
Legions , parcequ'elles ont toutes le même
fimbole que note Médaille.
La feconde Legion Auguftale pourroit
auffi être de ce nombre . On a trouvé dans
la Grande Bretagne une Infcription Antique
conçûë en ces termes , & avec le
même Type du Capricorne .
IMP.
AVG .
ANTONINO
Pio.
LE G.
I I.
A V G.
F. P. III. CC L XX II.
1
Cette
MARS. 1730: 519
Cette Infcription nous apprend que la
deuxième Legion Auguftale avoit continué
le mur d'Antonin Pie ,qui eft au Nord
d'Ecoffe , pendant l'efpace de trois mille
deux cent foixante & douze pas. Cette
Infcription eft fur une pierre qui reprefente
dans le haut , la figure d'un Capricorne
que je prens pour le figne de cette
Legion , & non pas le Griffon qui eſt au
bas. A l'égard du furnom Augufta , nous
avons déja remarqué qu'Augufte donna
fon nom à plufieurs Legions , & cette
Infcription nous fait voir que celle- ci
avoit non- feulement le nom d'Augufte ,
mais qu'elle en avoit auffi pris le fimbole
pour préfage de bonheur : le Signe
du Capricorne ayant toujours été regardé
comme tel par cet Empereur. Et parcequ'il
avoit été Conful pour la premiere fois ,
& qu'il avoit aufli gagné la Bataille d'Actium
dans le mois d'Août , il lui donna
fon nom . C'est ce qui me feroit croire
que c'eft cette feconde Legion qui nous
eft marquée fur notre Médaille de Caraufius
. Dion rapporte que la feconde Legion
Auguftale étoit de fon tems dans la
haute Bretagne , & les Infcriptions qu'on
Y découvre tous les jours en donnent des
preuves inconteftables. C'eſt cette feconde
Legion qui donna fon nom & la naiffance
à la Ville de Caer-leon , appellée dans l'IE
tineraire
520 MERCURE DE FRANCE.
tineraire d'Antonin , ISCA LEG. II. AUGUSTA.
Cette Legion étoit fans doute
encore dans la Grande Bretagne au tems
de Caraufius , puifque peu d'années avant
qu'il y allât , Pofthume , Empereur dans
les Gaules , avoit dans cette Ville un
Corps d'Armée. C'est ce que je trouve
confirmé par une Médaille de ce dernier
Empereur ; elle a d'un côté le nom de ce
Prince , & la tête couronnée de rayons.
IMP CM CASS LAT. Pofthumus Aug.
& de l'autre côté , on voit à cheval l'Em
pereur qui harangue les Troupes , & autour
EXERCITUS YSCanicus , l'AEmée
de Caer- Leon .Cette Armée de Pofthu .
me fut nommée Armée Tfcanique d'Yíca,
parceque cette Legion qui prêta ferment
de fidelité à Pofthume dans la Grande
Bretagne , étoit placée fur la Riviere de
PUske, qu'on appelloit Yſca - Silurum , &
non pas Silulorum , comme l'a écrit Vaillant
, qui rapporte cette Médaille . Cette
Ville n'eft plus aujourd'hui qu'un petit
Village , portant le nom de Caer-Leon, par
corruption de Cefaris Legio ; & c'eſt là
que les Hiftoriens Anglois avoient placé
la Cour de leur grand Roi Artus &
où ils prétendent qu'il y avoit un College
de deux cens Philofophes établis pour
Ay obferver le cours des Aftres . Cette Médaille
de petit bronze eft en Angleterre ,
dans le Cabinet du Docteur Sloane.
"
MARS. 1730. 521
*
COHORTES PRETORIENNES.
Imp. Caraufius. P. F. Aug. La tête
couronnée de Rayons.
COHH .... ML. Cohortes ... Les
Cohortes ... M L. COHORTES. Ce font
fans doute les Cohortes Prétoriennes qui
formoient la garde de Caraufius , dont cet
Empereur voulut éternifer la mémoire &
la fidelité aufli bien que celle des Legions
dont nous venons de parler. Je n'entrerai
point ici dans la queftion de fçavoir de
combien étoit compofée la Legion . Les
Auteurs font pleins de ces fortes de détails.
J'ajouterai cependant qu'il y avoit
fous Augufte neuf Cohortes Prétoriennes
pour la garde du Prince , & que Galba
y en ajoûta trois nouvelles. Ainfi il y eut
douze Cohortes de Gardes Prétoriennes,
qui fubfiftoient encore du tems de Septime
Severe , au rapport de Dion. Je ne
fçai fi le nombre de ces Cohortes étoit le
même du tems de Diocletien & de Maximien
; mais ce qu'on peut affurer , fuivant
le témoignage de cette Médaille unique
de Caraufius , c'eft que la garde de
ce Prince étoit compofée de quatre mille
hommes. C'eft ainfi que je crois qu'on
doit expliquer les quatre fignes militaires
qui font au revers de fa Médaille . En effer
chaque Cohorte ayant fon enfeigne
militaire , & chaque Cohorte étant com
- E ij poléc
322 MERCURE DE FRANCE :
pofée de mille hommes , fuivant le témoi
gnage de la plupart des Auteurs ,
quatre enfeignes militaires nous défignent
que la Garde de cet Empereur des Bretons
étoit compofée de quatre Cohortes
Prétoriennes . A quoi fi nous ajoûrons le
nombre de dix ou de douze mille hommes
, dont chaque Legion pouvoit être
compofée , en y comprenant les Troupes
auxiliaires , il fe trouvera que Caraufius ,
fuivant ces Médailles, avoit du moins une
armée de foixante & quatre mille hommes,
fans y comprendre les forces maritimes.
Ce font là les Cohortes Prétoriennes & les
fix Legions principales qui compofoient
l'Armée de notre Conquerant , & dont
les Auteurs ne parlent point. Elles métitoient
bien , après lui avoir acquis tant
de gloire , d'en partager avec lui une por
tion , & de revivre un jour dans la mémoire
des hommes par ce témoignage autentique
de fa reconnoiffance , ayant été
les compagnes fideles de fes travaux guerriers
, & ayant verſé fi librement leur fang
dans plufieurs occafions pour l'élever fur
le Trône de la Grande Bretagne,
Dans cette occafion , comme dans bien
d'autres, nous pourrions nous plaindre du
filence des Hiftoriens qui ne nous difent
rien de toutes ces circonftances , & qui
ne font mention que d'une Legion Romaine
MAR 9. 1730. 523
1
maine dont ils ont même affecté de nous
cacher le nom ; mais nous devons nous
confoler ayant des Monumens plus fûrs
& moins fujets à être alterés , & qui fe
font heureuſement dérobés aux injures
des tems & de l'envie . Après tout nous
ne ferions peut-être pas obligés de nous
plaindre fi fort du filence de ces Hiftoriens
, fi le fecond Livre que nous avons
de Zozime fur la vie des Empereurs de
ces tems, nous étoit refté dans fon entier ,
mais cet Auteur fe trouve tronqué immédiatement
après la vie de Probus , & ce
qui fuit ne recommence qu'à l'Hiftoire de
Conftantin le Grand . De forte que ce qui
nous manque de cet Auteur ne comprend
gueres moins que les Vies de fept à huit
Empereurs , qui font Carus , Ĉarinus
Numerianus , Diocletianus Maximianus
Herculius , Caraufius , Conftantius
Chlorus & Gal. Maximianus , dont l'Hiftoire
ou les évenemens étant neceffairement
liés avec ce qui s'eft paffé du tems
de Caraufius n'auroient pas laiffé de nous
donner des lumieres pour expliquer bien
des faits particuliers , où les conjet&cures
ne fçauroient atteindre.
>
Ne feroit- ce point là un effet moins du
hazard que de l'envie ou de la politique
Romaine , qui jaloufe de la gloire de ce
Prince auroit fupprimé à deffein les
E iij
>
Mc124
MERCURE DE FRANCE.
Mémoires les plus confiderables de fon
tems , qui ne pouvoient être qu'à la gloire
de ce Heros qui avoit fi fort abbatu
leurs forces & leur puiffance. Cette Médaille
de petit bronze eft dans le Cabinet
de l'Auteur..
Voilà , Milord , ce que j'avois à obferver
de plus remarquable au fujet des Cohortes
& des Legions dont les noms nous
font confervés fur les Médailles de Caraufius
, & fans lefquelles les fervices
qu'elles lui avoient rendus feroient reſtez
dans un oubli éternel . Ce font là ces fieres
Legions & ces Cohortes fideles qui fua
rent les témoins de fes travaux guerriers ,
qui fe firent honneur de combatre fous fes
Etendarts , & avec qui il fit tant d'actions
heroïques & tant d'exploits glorieux ,
qu'il fut enfin élevé aux acclammations
des Peuples fur le Trône de la Grande
Bretagne Je fuis avec un profond reſpect
& c .
IMITATION
Fermer
Résumé : EXPLICATION des Médailles qui font mention des Cohortes & des differentes Legions de Carausius, par où l'on peut fixer à peu près le nombre de Troupes que cet Empereur des anciens Bretons entretenoit. Adressée à son Excellence Milord Carteret, Vice-Roy d'Irlande & c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine, Medecin ordinaire de la Cour d'Angleterre & premier Medecin du Vice-Roi d'Irlande.
Le texte, rédigé par M. Genebrier, médecin, est une explication des médailles mentionnant les cohortes et les différentes légions de l'empereur Carausius, adressée à Milord Carteret, Vice-Roy d'Irlande. Genebrier, motivé par l'intérêt de Milord Carteret pour l'histoire et les découvertes liées à la gloire de la nation, entreprend de rédiger une histoire métallique de Carausius, l'un des plus grands conquérants de l'Angleterre. Il cherche à célébrer les instruments des victoires de Carausius, notamment les légions qui ont combattu sous ses étendards. Le document liste plusieurs légions et leurs caractéristiques : 1. **Légion I** : Représente l'empereur César Carausius, pieux, heureux et auguste, couronné de lauriers. 2. **Légion VIII Augusta** : Symbolisée par un taureau, elle est l'une des plus anciennes légions, formée par Auguste. Elle a combattu sous Carausius contre les Germains, lui valant le titre de Germanicus Maximus. 3. **Légion II Augusta** : Trouvée dans des fragments de briques et des médailles, elle était en quartier d'hiver en Haute-Bretagne. 4. **Légion VII Claudia** : Appelée Claudienne, elle était fidèle à Claude et a soutenu ses partis contre Scribonien. Elle est symbolisée par un taureau. 5. **Légion IX Gemina** : Formée de deux légions fusionnées, elle est également symbolisée par un taureau. 6. **Légion IV Flavia** : Symbolisée par un lion, elle a été placée en Syrie par Vespasien pour maintenir l'ordre. Ces légions sont mentionnées dans diverses médailles et inscriptions, permettant de fixer le nombre approximatif des troupes de Carausius. Le texte mentionne également des médailles et des fragments trouvés dans divers cabinets et collections, confirmant l'existence et les actions de ces légions. Une médaille rapportée par le jeune Philippe présente sur une face la tête de ce prince et sur l'autre les lettres initiales G.F.P.D., signifiant Colonia Flavia Pacensis Deultana, formée des vétérans de la quatrième Légion Flavienne. Cette légion est également mentionnée dans une inscription antique trouvée à Pesaro, où elle est désignée comme patronne des colonies de Pesaro et de Fano. Le texte évoque également plusieurs légions de Carausius, identifiées par des symboles animaux comme le bélier, le taureau, et le capricorne. La huitième Légion, peut-être invicta, est marquée par un bélier, symbole de liberté et de défense du domaine ancestral. La sixième Légion est représentée par un capricorne, symbole de bonne fortune. Le texte note que sept légions de Gallien portaient le même signe du capricorne, et que la seconde Légion Augusta, stationnée en Bretagne, pourrait être celle représentée sur la médaille de Carausius. Enfin, le texte mentionne les cohortes prétoriennes de Carausius, composées de quatre mille hommes en quatre cohortes, et discute de l'armée de Carausius, estimée à soixante-quatre mille hommes, incluant les troupes auxiliaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1269
EXPLICATION des Médailles qui font mention des Cohortes & des differentes Legions de Carausius, par où l'on peut fixer à peu près le nombre de Troupes que cet Empereur des anciens Bretons entretenoit. Adressée à son Excellence Milord Carteret, Vice-Roy d'Irlande & c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine, Medecin ordinaire de la Cour d'Angleterre & premier Medecin du Vice-Roi d'Irlande.
1270
p. 526-531
MOYEN de faire changer la distribution du sang dans le corps de l'homme, sans être obligé d'avoir recours à la saignée. Par M. B. P. R. E. H.
Début :
Ce n'est pas toûjours parceque la masse du sang est trop grande que [...]
Mots clefs :
Saignée, Sang, Parties du corps, Vaisseaux, distribution, Pesanteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MOYEN de faire changer la distribution du sang dans le corps de l'homme, sans être obligé d'avoir recours à la saignée. Par M. B. P. R. E. H.
MOTEN de faire changer la diftribution
du fang dans le corps de l'homme
, fans être obligé d'avoir recours à
la faignée. Par M. B. P. R. E. H.
CE
E n'eft pas toujours parceque la
maffe du fang eft trop grande que
l'on a recours à l'ouverture de la veine
c'efttrès-fouvent parceque la diftribution
de ce fluide n'eft pas parfaite , & que
quelques parties de notre corps s'en trouvent
trop chargées , pendant que d'autres
en font beaucoup trop dépourvûës . Alors
on tâche par la faignée de faire aborder
ou dériver le fang vers ces dernieres parties
, afin de le détourner des autres , &
d'y produire une révulfion . Mais outre
qu'il n'eft point naturel de diminuer le
volume d'une liqueur , lorfqu'il eft quelquefois
déja trop petit , on s'expofe encore
en réiterant les faignées à jetter le
malade dans le dernier épuiſement , & à
le rendre hydropique , comme on n'en a
que trop d'exemples .Voici un autre moyen
qui paroîtra trivial & badin , mais qu'on
croit cependant pouvoir propofer , parceque,
s'il n'eft pas applicable dans toutes
les rencontres , il le fera peut - être dans
quelMAR
S. 1730 : 527
quelqu'une. C'eft de fe fervir de la force
centrifuge comme de pefanteur pour obli
ger le fang à s'éloigner des parties qui font
trop chargées . Les Phyficiens donnent le
nom de centrifuge à l'effort que font les
corps pour s'écarter du centre autour duquel
ils circulent ; c'eft par cette force
qu'une pierre qu'on fait tourner dans une
fronde roidit la corde , & cet effort eft
fufceptible de quelle augmentation on
veut , lorfqu'on rend le mouvement plus
rapide , ou lorſqu'on oblige la pierre de
décrire un plus petit cercle . Or fi l'homme
indifpofé étoit couché fur une espece
de petit lit qu'on pût faire tourner trèsvîte
autour d'un axe vertical , vers lequel
le chevet du lit fût fitué , ou bien
pour fe fervir d'une machine beaucoup
plus fimple , fi l'homme indifpofé étoit
affis dans un fauteuil fufpendu avec des
cordes , & qu'on lui fit faire de grands
balancemens , il réfulteroit de l'un ou de
l'autre mouvement une force centrifuge,
qui donnant au fang une nouvelle tendance
vers les parties d'en bas , l'obligeroit
à fe porter moins vers celles d'en
haut , & pourroit par conféquent contri
buer au dégagement de la tête & de toutes
les autres parties fuperieures. Lorſque
les vibrations feroien des deux tiers du
demi cercle , l'effort centrifuge feroit dans
E v le
528 MERCURE DE FRANCE
le bas de l'arc , égal à la pefanteur , &
il en feroit double fi les vibrations étoient
de tout le demi cercle ; ainfi dans le dernier
cas , le fang tendroit à defcendre avec
trois fois plus de force , puifque la vertu
centrifuge , alors deux fois plus grande
feroit comme une feconde pefanteur qui
s'ajoûteroit à la premiere. Au furplus , fi
l'effet n'étoit pas encore affez fenfible ,
il n'y auroit qu'à mettre des obftacles de
part & d'autre pour fervir de limites aux
balancemens , & pouffant enfuite le fauteüil
avec force , on lui imprimeroit la
même vîreffe que s'il defcendoit d'une
très grande hauteur , ce qui feroit augmenter
l'effort centrifuge autant qu'on le
voudroit jufques - là que s'il n'y avoit
aucun accident à craindre , il feroit trèsfacile
de donner la même tendance au
fang vers les parties inférieures , que fi
fa pefanteur étoir fix à fept fois plus
grande ..
虚
Il est donc indubitable qu'on fera toû
jours changer la diftribution du fang
mais il faut avouer que ce n'eft que par
l'experience qu'on peut fçavoir file changement
ne feroit pas accompagné de quelques
circonstances . dangereufes. Pour en
faire l'épreuve fans rien rifquer , il n'y
auroit qu'à commencer par des fujers dont
Findifpofition eft peu confiderable , n'exciter:
MARS. 1730. 529
citer tout au plus qu'une force centrifuge
double de la pefanteur , & n'aller encore
à ce terme que par degrés . On pourroit ,
par exemple , dans une infinité de rencontres
qu'un Médecin peut choifir ailément
, éprouver file moyen n'eft pas propre
dans les perfonnes du fexe , à aider le
fang à furmonter les obftacles qui s'oppofent
quelquefois à fon écoulement periodique.
On étendroit enfuite l'ufage de
la force centrifuge , & peut-être qu'elle
fe trouveroit utile non - feulement dans
l'apoplexie , mais encore dans toutes les
autres maladies dont une des caufes eft la
mauvaiſe diftribution du fang. C'eft toû
jours , nous le repétons , à l'experience à
decider , mais fans le ridicule dont la pro
pofition eft fufceptible , nous ne ferions
point difficulté de dire d'avance que toutes
les apparences nous font favorables ..
Comme la vertu centrifuge peut déterminer
le fang vers quelle partie du corps
on veut , il n'eſt toûjours queftion que
d'en choisir une qui puiffe le recevoir fans
inconvenient ; & pour cela il fuffit de
n'employer le moyen dont il s'agit que:
lorfqu'il n'y a point d'inflammation à
craindre dans cet endroit où le fang doit
dériver , & que lorfqu'on eft affuré que
le volume total de ce fluide n'eft pas
trop grand , foit parcequ'il a déja été di-
Evj minue
330 MERCURE DE FRANCE:
1
minué par des faignées , foit parceque le
malade ne prend que peu de nourriture
&c. de cette forte la dérivation ne fera
retablir les vaiffeaux dans leur pre- que
mier état , fans les diftendre confiderablement
, & avant qu'elle puiffe produire
de mauvais effets , la révulfion ou la retraite
du fang de la partie affectée ?
en
pourra toûjours produire de bons . On ne
doit pas objecter que les vaiffeaux ne ſeront
pas également gonflés dans l'endroit
de la dérivation , & qu'il n'y aura que
ceux qui feront fitués d'une certaine maniere
qui foûtiendront tout le poids ; car
il eft conftant que les liqueurs comprimées
dans un certain fens font effort dans
tous les autres , & qu'elles tendent à
avancer vers tous les côtés , & ainfi le
fang qui eft preffé par la pefanteur & par
la force centrifuge de celui qui eſt audeffus
doit le diftribuer dans tous les vaiffeaux
fans que leurs directions ni leurs
contours y apportent de difference ; de
même que nous voyons que toutes les
parties de nos mains fe gonflent également
, lorfque nous laiffons tomber nos
bras. On ne peut gueres objecter non
plus,que lorfque le fang fe retire de la partie
qui étoit trop chargée , il donne occafion
à quelques autres liqueurs de s'infiauer
dans les arteres & dans les veines ;
CCE
MARS. 1730. F3 F
cet accident ne peut arriver que lorfqu'on
pouffe les chofes trop loin , & il eft encore
beaucoup plus à craindre lorfqu'on
a recours à la faignée , puifqu'elle produit
une diminution réelle dans tous les
vaiffeaux . Enfin fi l'exercice de la force
centrifuge ne dure que peu de tems , le
fuccès qu'ont quelquefois les plus petites
faignées révulfives fait affez voir qu'il
n'en faut pas davantage pour que les engorgemens
& les embarras ceffent , &
pour que les vaiffeaux qui étoient diftendus
, & qui ne pouvoient pas fe contracter
, fe mettent en action , & reprennent
leur premier reffort.
du fang dans le corps de l'homme
, fans être obligé d'avoir recours à
la faignée. Par M. B. P. R. E. H.
CE
E n'eft pas toujours parceque la
maffe du fang eft trop grande que
l'on a recours à l'ouverture de la veine
c'efttrès-fouvent parceque la diftribution
de ce fluide n'eft pas parfaite , & que
quelques parties de notre corps s'en trouvent
trop chargées , pendant que d'autres
en font beaucoup trop dépourvûës . Alors
on tâche par la faignée de faire aborder
ou dériver le fang vers ces dernieres parties
, afin de le détourner des autres , &
d'y produire une révulfion . Mais outre
qu'il n'eft point naturel de diminuer le
volume d'une liqueur , lorfqu'il eft quelquefois
déja trop petit , on s'expofe encore
en réiterant les faignées à jetter le
malade dans le dernier épuiſement , & à
le rendre hydropique , comme on n'en a
que trop d'exemples .Voici un autre moyen
qui paroîtra trivial & badin , mais qu'on
croit cependant pouvoir propofer , parceque,
s'il n'eft pas applicable dans toutes
les rencontres , il le fera peut - être dans
quelMAR
S. 1730 : 527
quelqu'une. C'eft de fe fervir de la force
centrifuge comme de pefanteur pour obli
ger le fang à s'éloigner des parties qui font
trop chargées . Les Phyficiens donnent le
nom de centrifuge à l'effort que font les
corps pour s'écarter du centre autour duquel
ils circulent ; c'eft par cette force
qu'une pierre qu'on fait tourner dans une
fronde roidit la corde , & cet effort eft
fufceptible de quelle augmentation on
veut , lorfqu'on rend le mouvement plus
rapide , ou lorſqu'on oblige la pierre de
décrire un plus petit cercle . Or fi l'homme
indifpofé étoit couché fur une espece
de petit lit qu'on pût faire tourner trèsvîte
autour d'un axe vertical , vers lequel
le chevet du lit fût fitué , ou bien
pour fe fervir d'une machine beaucoup
plus fimple , fi l'homme indifpofé étoit
affis dans un fauteuil fufpendu avec des
cordes , & qu'on lui fit faire de grands
balancemens , il réfulteroit de l'un ou de
l'autre mouvement une force centrifuge,
qui donnant au fang une nouvelle tendance
vers les parties d'en bas , l'obligeroit
à fe porter moins vers celles d'en
haut , & pourroit par conféquent contri
buer au dégagement de la tête & de toutes
les autres parties fuperieures. Lorſque
les vibrations feroien des deux tiers du
demi cercle , l'effort centrifuge feroit dans
E v le
528 MERCURE DE FRANCE
le bas de l'arc , égal à la pefanteur , &
il en feroit double fi les vibrations étoient
de tout le demi cercle ; ainfi dans le dernier
cas , le fang tendroit à defcendre avec
trois fois plus de force , puifque la vertu
centrifuge , alors deux fois plus grande
feroit comme une feconde pefanteur qui
s'ajoûteroit à la premiere. Au furplus , fi
l'effet n'étoit pas encore affez fenfible ,
il n'y auroit qu'à mettre des obftacles de
part & d'autre pour fervir de limites aux
balancemens , & pouffant enfuite le fauteüil
avec force , on lui imprimeroit la
même vîreffe que s'il defcendoit d'une
très grande hauteur , ce qui feroit augmenter
l'effort centrifuge autant qu'on le
voudroit jufques - là que s'il n'y avoit
aucun accident à craindre , il feroit trèsfacile
de donner la même tendance au
fang vers les parties inférieures , que fi
fa pefanteur étoir fix à fept fois plus
grande ..
虚
Il est donc indubitable qu'on fera toû
jours changer la diftribution du fang
mais il faut avouer que ce n'eft que par
l'experience qu'on peut fçavoir file changement
ne feroit pas accompagné de quelques
circonstances . dangereufes. Pour en
faire l'épreuve fans rien rifquer , il n'y
auroit qu'à commencer par des fujers dont
Findifpofition eft peu confiderable , n'exciter:
MARS. 1730. 529
citer tout au plus qu'une force centrifuge
double de la pefanteur , & n'aller encore
à ce terme que par degrés . On pourroit ,
par exemple , dans une infinité de rencontres
qu'un Médecin peut choifir ailément
, éprouver file moyen n'eft pas propre
dans les perfonnes du fexe , à aider le
fang à furmonter les obftacles qui s'oppofent
quelquefois à fon écoulement periodique.
On étendroit enfuite l'ufage de
la force centrifuge , & peut-être qu'elle
fe trouveroit utile non - feulement dans
l'apoplexie , mais encore dans toutes les
autres maladies dont une des caufes eft la
mauvaiſe diftribution du fang. C'eft toû
jours , nous le repétons , à l'experience à
decider , mais fans le ridicule dont la pro
pofition eft fufceptible , nous ne ferions
point difficulté de dire d'avance que toutes
les apparences nous font favorables ..
Comme la vertu centrifuge peut déterminer
le fang vers quelle partie du corps
on veut , il n'eſt toûjours queftion que
d'en choisir une qui puiffe le recevoir fans
inconvenient ; & pour cela il fuffit de
n'employer le moyen dont il s'agit que:
lorfqu'il n'y a point d'inflammation à
craindre dans cet endroit où le fang doit
dériver , & que lorfqu'on eft affuré que
le volume total de ce fluide n'eft pas
trop grand , foit parcequ'il a déja été di-
Evj minue
330 MERCURE DE FRANCE:
1
minué par des faignées , foit parceque le
malade ne prend que peu de nourriture
&c. de cette forte la dérivation ne fera
retablir les vaiffeaux dans leur pre- que
mier état , fans les diftendre confiderablement
, & avant qu'elle puiffe produire
de mauvais effets , la révulfion ou la retraite
du fang de la partie affectée ?
en
pourra toûjours produire de bons . On ne
doit pas objecter que les vaiffeaux ne ſeront
pas également gonflés dans l'endroit
de la dérivation , & qu'il n'y aura que
ceux qui feront fitués d'une certaine maniere
qui foûtiendront tout le poids ; car
il eft conftant que les liqueurs comprimées
dans un certain fens font effort dans
tous les autres , & qu'elles tendent à
avancer vers tous les côtés , & ainfi le
fang qui eft preffé par la pefanteur & par
la force centrifuge de celui qui eſt audeffus
doit le diftribuer dans tous les vaiffeaux
fans que leurs directions ni leurs
contours y apportent de difference ; de
même que nous voyons que toutes les
parties de nos mains fe gonflent également
, lorfque nous laiffons tomber nos
bras. On ne peut gueres objecter non
plus,que lorfque le fang fe retire de la partie
qui étoit trop chargée , il donne occafion
à quelques autres liqueurs de s'infiauer
dans les arteres & dans les veines ;
CCE
MARS. 1730. F3 F
cet accident ne peut arriver que lorfqu'on
pouffe les chofes trop loin , & il eft encore
beaucoup plus à craindre lorfqu'on
a recours à la faignée , puifqu'elle produit
une diminution réelle dans tous les
vaiffeaux . Enfin fi l'exercice de la force
centrifuge ne dure que peu de tems , le
fuccès qu'ont quelquefois les plus petites
faignées révulfives fait affez voir qu'il
n'en faut pas davantage pour que les engorgemens
& les embarras ceffent , &
pour que les vaiffeaux qui étoient diftendus
, & qui ne pouvoient pas fe contracter
, fe mettent en action , & reprennent
leur premier reffort.
Fermer
Résumé : MOYEN de faire changer la distribution du sang dans le corps de l'homme, sans être obligé d'avoir recours à la saignée. Par M. B. P. R. E. H.
Le texte de M. B. P. R. E. H. présente une méthode alternative à la saignée pour améliorer la distribution du sang dans le corps humain. L'auteur critique la saignée, souvent utilisée pour corriger une mauvaise distribution du sang, car elle peut entraîner un épuisement excessif et des risques d'hydropisie. Il propose d'utiliser la force centrifuge pour déplacer le sang des parties surchargées vers celles qui en manquent. Deux méthodes sont suggérées : faire tourner un lit ou un fauteuil suspendu à grande vitesse autour d'un axe vertical. Cette force centrifuge obligerait le sang à se diriger vers les parties inférieures du corps, soulageant ainsi les parties supérieures. L'auteur insiste sur la nécessité de tester cette méthode progressivement et avec précaution, en commençant par des forces centrifuges faibles et en augmentant progressivement. Il suggère que cette méthode pourrait être utile non seulement pour l'apoplexie, mais aussi pour d'autres maladies liées à une mauvaise distribution du sang. Le texte aborde également les objections potentielles, comme la compression des vaisseaux sanguins et l'infiltration de liquides dans les artères et les veines. Il conclut que l'exercice de la force centrifuge, même de courte durée, peut suffire à résoudre les problèmes de circulation sanguine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1271
p. 536-538
« ENTRETIENS PHISIQUES d'Ariste & d'Eudoxe, ou Physique nouvelle [...] »
Début :
ENTRETIENS PHISIQUES d'Ariste & d'Eudoxe, ou Physique nouvelle [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ENTRETIENS PHISIQUES d'Ariste & d'Eudoxe, ou Physique nouvelle [...] »
NTRETIENS PHISIQUES d'Arifte
& d'Eudoxe , ou Physique nouvelle
en Dialogues , qui renferme précilement
ce qui s'est découvert de plus curieux.
& de plus utile dans la Nature , enrichis
de beaucoup de figures. Par le P. Regnault
, de la Compagnie de Jefus. A
Paris , Quay des Auguftins , chez les
freres Ofmont , 1729. trois vol.in- 1 2. de
plus de 1200. pages.
L'ANTI - BAILLET , ou Critique du
Livre de M. Baillet , intitulé : Jugemens
des Sçavans , par M. Menage , avec des
Obfervations de M. de la Monnoye , &
des Reflexions fur les Jugemens des Sçavans.
A Paris , au Palais , ruë de la
Vieille Bouclerie ; Quay des Auguftins ;
Quay
MARS . 1730. 537
Quay de Gefures , & rue S. Severin , chiz
H. Charpentier, Ch . Moette , Ch. le Clerc,
P. Prault , & Jacq . Chardon , 1730. in -4.
&
C'est une fuite des Jugemens des Sçavans
, dont M. de la Monnoye , mort en
1728. donna une Edition in- 4. en 7. vofumes
, avec les Remarques . Celui -cy fait
le huitiéme volume . Il n'avoit jamais été
imprimé en France . On trouve au commencement
une Lettre Critique de M***
qui fait voir combien cette Edition de
Anti -Baillet, doit l'emporter fur les Editions
qu'on en a faites en Hollande .
CRITIQUE de la Bibliotheque des Au
teurs Ecclefiaftiques & des Prolegomenes
de la Bible , publiez par M. Ellies Dupin,
avec des Eclairciffemens & des Supplemens
aux endroits où on les a jugés né
ceffaires par feu M. Richard. Simon ,
avec des Remarques. A Paris , rue faint
Jacques , chez Etienne Ganean , 1730 .
4. volumes en- 8.
LES SERMONS du R. P. de la Boiffiere,
Prêtre de l'Oratoire , pour le Carême
Vêtures , Profeffions Religieufes & Affemblées
de Charité . A Paris , ruë faint
Jacques , chez Henry , 1730. 3. volu
mes in- 12%
His=
$ 38 MERCURE DE FRANCE .
HISTOIRE DE L'ACADEMIE FRAN
COISE , depuis fon établiſſement jufqu'en
1652. Par M. Peliffon , avec des Notes
& des Additions. A Paris , chez J. B. Coignard
, fils , ruë S. Jacques , 1729. in-4.
de 366. pages .
L'ACADEMIE HISTOIRE DE
FRANÇOISE
, depuis 1562. jufqu'en
1700. Par M. l'Abbé d'Olivet , 1729 .
Chez le même , in 4. de 386. pages.
TRAITE DE L'UNIVERS
MATERIEL
, ou Aftronomie
Phyfique . Troi
fiéme Partie , contenant
les caufes du
Flux & du Reflux de la Mer , les moyens
de s'en fervir pour trouver la Longitude
des Vaiffeaux en pleine Mer , avec les
Tables du Flux & Reflux de la Mer &
celles des Vents qui pourront être caufez
par la Lune pendant l'année 1730. Par
le fieur Jean Petit , Arpenteur
à Blois.
A Paris , ruë S. Jacques , chez Jean Vi-
·lente , fils , 1730. Brochure in- 12. avec
des figures.
L'Auteur explique dans un Avertiffement
, les raifons pourquoi il donne cette
troifiéme Partie avant que la feconde ait
paru.
& d'Eudoxe , ou Physique nouvelle
en Dialogues , qui renferme précilement
ce qui s'est découvert de plus curieux.
& de plus utile dans la Nature , enrichis
de beaucoup de figures. Par le P. Regnault
, de la Compagnie de Jefus. A
Paris , Quay des Auguftins , chez les
freres Ofmont , 1729. trois vol.in- 1 2. de
plus de 1200. pages.
L'ANTI - BAILLET , ou Critique du
Livre de M. Baillet , intitulé : Jugemens
des Sçavans , par M. Menage , avec des
Obfervations de M. de la Monnoye , &
des Reflexions fur les Jugemens des Sçavans.
A Paris , au Palais , ruë de la
Vieille Bouclerie ; Quay des Auguftins ;
Quay
MARS . 1730. 537
Quay de Gefures , & rue S. Severin , chiz
H. Charpentier, Ch . Moette , Ch. le Clerc,
P. Prault , & Jacq . Chardon , 1730. in -4.
&
C'est une fuite des Jugemens des Sçavans
, dont M. de la Monnoye , mort en
1728. donna une Edition in- 4. en 7. vofumes
, avec les Remarques . Celui -cy fait
le huitiéme volume . Il n'avoit jamais été
imprimé en France . On trouve au commencement
une Lettre Critique de M***
qui fait voir combien cette Edition de
Anti -Baillet, doit l'emporter fur les Editions
qu'on en a faites en Hollande .
CRITIQUE de la Bibliotheque des Au
teurs Ecclefiaftiques & des Prolegomenes
de la Bible , publiez par M. Ellies Dupin,
avec des Eclairciffemens & des Supplemens
aux endroits où on les a jugés né
ceffaires par feu M. Richard. Simon ,
avec des Remarques. A Paris , rue faint
Jacques , chez Etienne Ganean , 1730 .
4. volumes en- 8.
LES SERMONS du R. P. de la Boiffiere,
Prêtre de l'Oratoire , pour le Carême
Vêtures , Profeffions Religieufes & Affemblées
de Charité . A Paris , ruë faint
Jacques , chez Henry , 1730. 3. volu
mes in- 12%
His=
$ 38 MERCURE DE FRANCE .
HISTOIRE DE L'ACADEMIE FRAN
COISE , depuis fon établiſſement jufqu'en
1652. Par M. Peliffon , avec des Notes
& des Additions. A Paris , chez J. B. Coignard
, fils , ruë S. Jacques , 1729. in-4.
de 366. pages .
L'ACADEMIE HISTOIRE DE
FRANÇOISE
, depuis 1562. jufqu'en
1700. Par M. l'Abbé d'Olivet , 1729 .
Chez le même , in 4. de 386. pages.
TRAITE DE L'UNIVERS
MATERIEL
, ou Aftronomie
Phyfique . Troi
fiéme Partie , contenant
les caufes du
Flux & du Reflux de la Mer , les moyens
de s'en fervir pour trouver la Longitude
des Vaiffeaux en pleine Mer , avec les
Tables du Flux & Reflux de la Mer &
celles des Vents qui pourront être caufez
par la Lune pendant l'année 1730. Par
le fieur Jean Petit , Arpenteur
à Blois.
A Paris , ruë S. Jacques , chez Jean Vi-
·lente , fils , 1730. Brochure in- 12. avec
des figures.
L'Auteur explique dans un Avertiffement
, les raifons pourquoi il donne cette
troifiéme Partie avant que la feconde ait
paru.
Fermer
Résumé : « ENTRETIENS PHISIQUES d'Ariste & d'Eudoxe, ou Physique nouvelle [...] »
Le document recense des publications parues à Paris entre 1729 et 1730. Parmi elles, 'Entretiens Physiques d'Arifte & d'Eudoxe, ou Physique nouvelle en Dialogues' est un ouvrage en trois volumes de plus de 1200 pages, écrit par le Père Regnault de la Compagnie de Jésus et publié chez les frères Osmont. 'L'Anti-Baillet' est une critique du livre de M. Baillet 'Jugemens des Sçavans', éditée par M. Menage, avec des observations de M. de la Monnoye et des réflexions sur les jugements des savants. Cette édition, publiée en 1730, constitue le huitième volume et inclut une lettre critique de M***. 'Critique de la Bibliothèque des Auteurs Ecclésiastiques & des Prolegomènes de la Bible' est une œuvre de M. Ellies Dupin, enrichie par les éclaircissements et suppléments de M. Richard Simon, publiée en quatre volumes in-octavo chez Étienne Ganeau. Les 'Sermons du R. P. de la Boiffiere' sont destinés au Carême, aux professions religieuses et aux assemblées de charité, et sont publiés en trois volumes in-douzième chez Henry. Le 'Mercure de France' mentionne également 'Histoire de l'Académie Française' par M. Pellisson, 'Académie Histoire de Françoise' par l'Abbé d'Olivet, et 'Traité de l'Univers Matériel, ou Astronomie Physique' par Jean Petit, qui traite des causes du flux et du reflux de la mer et des moyens de déterminer la longitude des vaisseaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1272
p. 538-539
Tableau du Monde ancien & moderne, &c. [titre d'après la table]
Début :
TABLEAU du Monde ancien & moderne, divisé en trois Parties. [...]
Mots clefs :
Monde ancien, Monde moderne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tableau du Monde ancien & moderne, &c. [titre d'après la table]
TABLEAU du Monde ancien & moderne
, divifé en trois Parties. ་ .
MARS. 1730. 539
La premiere contient la divifion du
Monde en fept âges , les Epoques les plus
celebres de l'Hiftoire depuis Adam jufqu'à
prefent ; le partage de la Terre entre
les Enfans de Noé , l'établiſſement &
la décadence des quatre Monarchies , des
anciennes Républiques ; & comment de
la derniere des quatre Monarchies , qui
eft celle des Romains, fe font formez prefque
tous les Etats qui fubfiftent aujourd'hui
, & c.
La feconde eft une courte Defcription
des quatre Parties du Monde , contenant
ce qu'elles produifent pout l'utilité des
hommes , les Meurs , la Religion , & la
Langue de toutes les Nations.
La troifiéme enfin eft un Recueil de
toutes fortes de Remarques curieuſes ,
parmi lesquelles on trouvera l'origine des
Arts & des Sciences . Vol . in- 1 2. de 149.
pages. A Paris , au Palais , chez Claude
Prud'homme , 1730,
Ce Livre peut tenir fon rang parmi ceux
qui apprennent beaucoup de chofes curieufes
& utiles à fçavoir , dans un affez
petit volume. L'étendue du titre nous
difpenfe d'en donner un Extrait ,
, divifé en trois Parties. ་ .
MARS. 1730. 539
La premiere contient la divifion du
Monde en fept âges , les Epoques les plus
celebres de l'Hiftoire depuis Adam jufqu'à
prefent ; le partage de la Terre entre
les Enfans de Noé , l'établiſſement &
la décadence des quatre Monarchies , des
anciennes Républiques ; & comment de
la derniere des quatre Monarchies , qui
eft celle des Romains, fe font formez prefque
tous les Etats qui fubfiftent aujourd'hui
, & c.
La feconde eft une courte Defcription
des quatre Parties du Monde , contenant
ce qu'elles produifent pout l'utilité des
hommes , les Meurs , la Religion , & la
Langue de toutes les Nations.
La troifiéme enfin eft un Recueil de
toutes fortes de Remarques curieuſes ,
parmi lesquelles on trouvera l'origine des
Arts & des Sciences . Vol . in- 1 2. de 149.
pages. A Paris , au Palais , chez Claude
Prud'homme , 1730,
Ce Livre peut tenir fon rang parmi ceux
qui apprennent beaucoup de chofes curieufes
& utiles à fçavoir , dans un affez
petit volume. L'étendue du titre nous
difpenfe d'en donner un Extrait ,
Fermer
Résumé : Tableau du Monde ancien & moderne, &c. [titre d'après la table]
Le document 'TABLEAU du Monde ancien & moderne, divisé en trois Parties' a été publié en mars 1730 à Paris par Claude Prud'homme. Il est structuré en trois sections. La première partie décrit la division du monde en sept âges, les époques historiques marquantes depuis Adam jusqu'à l'époque contemporaine, la répartition de la Terre entre les fils de Noé, et l'établissement et la décadence des quatre monarchies et des anciennes républiques. Elle explique également comment la monarchie romaine a donné naissance à presque tous les États actuels. La deuxième partie offre une brève description des quatre parties du monde, incluant leurs productions utiles, les mœurs, la religion et la langue des différentes nations. La troisième partie présente un recueil de remarques curieuses, parmi lesquelles figure l'origine des arts et des sciences. Le livre, un volume in-12 de 149 pages, est noté pour sa capacité à offrir de nombreuses informations curieuses et utiles dans un format compact.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1273
p. 539-540
« PHAEDRI FABULAE & Publii Syri Sententia. 1. vol. in 16. Parisiis, Ex Typographia [...] »
Début :
PHAEDRI FABULAE & Publii Syri Sententia. 1. vol. in 16. Parisiis, Ex Typographia [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « PHAEDRI FABULAE & Publii Syri Sententia. 1. vol. in 16. Parisiis, Ex Typographia [...] »
PHADRI FABULE Publii Syri Sen
tentia. 1. vol. in 16. Parifiis , Ex Typographia
Regia M. DCC. XXIX.
Co
$ 40 MERCURE DE FRANCE.
Ce petit Volume , qui ne contient que
86. pages & qui eft précedé d'une Vignette
très - bien gravée , doit paffer pour
un Chef- d'oeuvre d'impreffion , par la
beauté finguliere des Caracteres , qui dans
leur petiteffe ont toute l'élegance & la
netteté qu'on peut defirer . On ne pouvoit
pas traiter plus noblement un Auteur
auffi poli & auffi recherché
que Phedre
tentia. 1. vol. in 16. Parifiis , Ex Typographia
Regia M. DCC. XXIX.
Co
$ 40 MERCURE DE FRANCE.
Ce petit Volume , qui ne contient que
86. pages & qui eft précedé d'une Vignette
très - bien gravée , doit paffer pour
un Chef- d'oeuvre d'impreffion , par la
beauté finguliere des Caracteres , qui dans
leur petiteffe ont toute l'élegance & la
netteté qu'on peut defirer . On ne pouvoit
pas traiter plus noblement un Auteur
auffi poli & auffi recherché
que Phedre
Fermer
1274
p. 540-541
Essay sur la Critique, Poëme de M. Pope, &c. [titre d'après la table]
Début :
ESSAY SUR LA CRITIQUE, Poëme, traduit de l'Anglois de M. Pope, avec [...]
Mots clefs :
Critique, Poème
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essay sur la Critique, Poëme de M. Pope, &c. [titre d'après la table]
ESSAY SUR LA CRITIQUE , Poëme ,
traduit de l'Anglois de M. Pope , avec
un Difcours & des Remarques . A Paris ,
chez T. le Gras , la veuve Piffot , & Ph
N. Lottin , Imprimeur- Libraire , ruë faint
Jacques , à la Verité.
Cette Brochure , qui a paru au commencement
de Février & qui n'a que 140.
pages , a réuni en fa faveur tous les fuf
frages des Connoiffeurs . Le Difcours du
Traducteur eft regardé comme un des
plus judicieux Ouvrages de Critique qui
ait paru depuis long- temps . On y admire
fur tout le Parallele des Anglois & des
Italiens. L'efprit de moderation & de po
liteffe qui regne dans le Difcours , regne
auffi dans le Poëme . Veritablement
malgré tous fes efforts & toute fon
adreffe , le Traducteur n'a pû lui rendre
ce qui lui manque effentiellement , qui
eft l'ordre, mais cela n'empêche pas qu'il
ne
MARS. 1730. 541
ne fe faffe lire avec avidité. Les pentées
en font nobles & vives , les Vers pleins
de force & d'énergie , fans trop fentir
le travail ; & ce qui eft affez rare dans
les Poëtes , on ne s'apperçoit point que
le fens ni la conftruction y fouffrent jamais
de la contrainte de la Poëfie. Les
Remarques ne font pas la moindre partie
de cet Ouvrage ; & en general on
peut dire que l'Auteur y a attrapé ce juſte
milieu , qui conſiſte à être exact & corect
, fans être apprêté ni contraint , &
à plaire, fans paroître trop occupé du
foin de vouloir fe rendre agréable.
traduit de l'Anglois de M. Pope , avec
un Difcours & des Remarques . A Paris ,
chez T. le Gras , la veuve Piffot , & Ph
N. Lottin , Imprimeur- Libraire , ruë faint
Jacques , à la Verité.
Cette Brochure , qui a paru au commencement
de Février & qui n'a que 140.
pages , a réuni en fa faveur tous les fuf
frages des Connoiffeurs . Le Difcours du
Traducteur eft regardé comme un des
plus judicieux Ouvrages de Critique qui
ait paru depuis long- temps . On y admire
fur tout le Parallele des Anglois & des
Italiens. L'efprit de moderation & de po
liteffe qui regne dans le Difcours , regne
auffi dans le Poëme . Veritablement
malgré tous fes efforts & toute fon
adreffe , le Traducteur n'a pû lui rendre
ce qui lui manque effentiellement , qui
eft l'ordre, mais cela n'empêche pas qu'il
ne
MARS. 1730. 541
ne fe faffe lire avec avidité. Les pentées
en font nobles & vives , les Vers pleins
de force & d'énergie , fans trop fentir
le travail ; & ce qui eft affez rare dans
les Poëtes , on ne s'apperçoit point que
le fens ni la conftruction y fouffrent jamais
de la contrainte de la Poëfie. Les
Remarques ne font pas la moindre partie
de cet Ouvrage ; & en general on
peut dire que l'Auteur y a attrapé ce juſte
milieu , qui conſiſte à être exact & corect
, fans être apprêté ni contraint , &
à plaire, fans paroître trop occupé du
foin de vouloir fe rendre agréable.
Fermer
Résumé : Essay sur la Critique, Poëme de M. Pope, &c. [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Essai sur la Critique, Poème', traduction de l'anglais de M. Pope, a été publié à Paris au début du mois de février 1730. Cette brochure de 140 pages a été acclamée par les connaisseurs. Le discours du traducteur est considéré comme l'un des plus judicieux en matière de critique. Il compare les Anglais et les Italiens et se distingue par son esprit de modération et de politesse. Le poème, bien que désordonné, est apprécié pour ses pensées nobles et vives, ses vers énergiques et son absence de contrainte poétique. Les remarques ne constituent pas une partie essentielle de l'ouvrage. Globalement, l'auteur a réussi à trouver un équilibre entre exactitude et correction, sans être apprêté ni contraint, et à plaire sans chercher à être agréable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1275
p. 541-543
« On trouve chez Delespine, pere & fils, Libraires, ruë S. Jacques, à l'Image saint [...] »
Début :
On trouve chez Delespine, pere & fils, Libraires, ruë S. Jacques, à l'Image saint [...]
Mots clefs :
Italien, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On trouve chez Delespine, pere & fils, Libraires, ruë S. Jacques, à l'Image saint [...] »
On trouve chez Delefpine , pere & fils,
Libraires , rue S. Jacques , à l'image faint
Paul , les Voyages du Pere Labat , de
l'Ordre des Freres Prêcheurs , en Espagne
& en Italie , in - 12 . 8. volumes . L'Auteur
y fait une fidelle deſcription des endroits
où il a été ; il y a inferé une Defcription
de la Ville de Florence , &
des environs , qu'il a traduite de l'Italien
, & une Relation exacte de la Cour
de Rome , des Ceremonies qui s'y obſervent
du Pape , des Cardinaux , de tous
les Officiers du S. Siege , de leurs Jurifdictions
, Revenus & autres chofes qui
peuvent donner une idée parfaite de cette
Cour ; traduite de l'Italien du fieur Je
rêine
542 MERCURE
DE FRANCE
.
Tême Limadoro , Chevalier de l'Ordre de
S. Etienne , & Gentilhomme Siennois.
On peut juger de cet Ouvrage par la réputation
que l'Auteur s'eft acquife pare
mi les gens d'efprit & de mérite , 1730.
Le même Libraire a imprimé la Relation
des Fêtes données à Rome , au mois
de Novembre dernier , par le Cardinal
de Polignac , avec une Cantate en deux
Actes , dont les Paroles font de l'Abbé
Méthaftafe. Le tout traduit de l'Italien .
Le Breton , pere , Libraire , Quay de
Conty , près la rue Guenegaud , imprime
les Philofophes Amoureux , Comédie en
Vers & en cinq Actes , par M. Nericault
Deftouches , repréſentée pour la premiere
fois le 26. Novembre 1279. fur le Théatre
de la Comedie Françoife . L'Auteur
l'a retirée, craignant de trouver encore des
Spectateurs indifpofez contre lui , & il a
mieux aimé prendre pour juge le Lecteur
tranquille ; cette Piece fera en vente à la
fin du mois.
TRAITEZ GEOGRAPHIQUES ET
HISTORIQUES , pour faciliter l'intelligence
de l'Ecriture Sainte , par divers
Auteurs. A la Hays , chez Ga. Vander
Poel , 1730. 2. volumes.
L'HONM.
ARS. 1730. 545
L'HONNESTE HOMME , ou Recueil
de Pieces choifies fur differens ſujets ,
comme fur l'Amitié , l'Amour , la Galanterie
, le Mariage , la Morale , les Affaires
de Commerce , la Peinture , l'Hiftoire
, la Poëfie , &c. A Londres , chez
Innys , J. Knapton , &c. 3. vol. in- 8 . cm
Anglois.
Libraires , rue S. Jacques , à l'image faint
Paul , les Voyages du Pere Labat , de
l'Ordre des Freres Prêcheurs , en Espagne
& en Italie , in - 12 . 8. volumes . L'Auteur
y fait une fidelle deſcription des endroits
où il a été ; il y a inferé une Defcription
de la Ville de Florence , &
des environs , qu'il a traduite de l'Italien
, & une Relation exacte de la Cour
de Rome , des Ceremonies qui s'y obſervent
du Pape , des Cardinaux , de tous
les Officiers du S. Siege , de leurs Jurifdictions
, Revenus & autres chofes qui
peuvent donner une idée parfaite de cette
Cour ; traduite de l'Italien du fieur Je
rêine
542 MERCURE
DE FRANCE
.
Tême Limadoro , Chevalier de l'Ordre de
S. Etienne , & Gentilhomme Siennois.
On peut juger de cet Ouvrage par la réputation
que l'Auteur s'eft acquife pare
mi les gens d'efprit & de mérite , 1730.
Le même Libraire a imprimé la Relation
des Fêtes données à Rome , au mois
de Novembre dernier , par le Cardinal
de Polignac , avec une Cantate en deux
Actes , dont les Paroles font de l'Abbé
Méthaftafe. Le tout traduit de l'Italien .
Le Breton , pere , Libraire , Quay de
Conty , près la rue Guenegaud , imprime
les Philofophes Amoureux , Comédie en
Vers & en cinq Actes , par M. Nericault
Deftouches , repréſentée pour la premiere
fois le 26. Novembre 1279. fur le Théatre
de la Comedie Françoife . L'Auteur
l'a retirée, craignant de trouver encore des
Spectateurs indifpofez contre lui , & il a
mieux aimé prendre pour juge le Lecteur
tranquille ; cette Piece fera en vente à la
fin du mois.
TRAITEZ GEOGRAPHIQUES ET
HISTORIQUES , pour faciliter l'intelligence
de l'Ecriture Sainte , par divers
Auteurs. A la Hays , chez Ga. Vander
Poel , 1730. 2. volumes.
L'HONM.
ARS. 1730. 545
L'HONNESTE HOMME , ou Recueil
de Pieces choifies fur differens ſujets ,
comme fur l'Amitié , l'Amour , la Galanterie
, le Mariage , la Morale , les Affaires
de Commerce , la Peinture , l'Hiftoire
, la Poëfie , &c. A Londres , chez
Innys , J. Knapton , &c. 3. vol. in- 8 . cm
Anglois.
Fermer
Résumé : « On trouve chez Delespine, pere & fils, Libraires, ruë S. Jacques, à l'Image saint [...] »
En 1730, plusieurs publications et ouvrages sont disponibles chez différents libraires. Chez Delefpine, père et fils, on trouve les 'Voyages du Père Labat', un moine dominicain décrivant ses voyages en Espagne et en Italie. L'ouvrage inclut des descriptions de Florence et de ses environs, ainsi qu'une relation de la cour de Rome, des cérémonies papales et des fonctions des cardinaux, traduites de l'italien. Le même libraire a également imprimé la relation des fêtes données à Rome en novembre par le Cardinal de Polignac, incluant une cantate en deux actes de l'Abbé Méthastase. Le Breton, père, propose les 'Philosophes Amoureux', une comédie en vers et en cinq actes de M. Nericault Destouches, représentée pour la première fois le 26 novembre 1729 au Théâtre de la Comédie Française. Les 'Traitez Géographiques et Historiques' pour faciliter l'intelligence de l'Écriture Sainte, par divers auteurs, sont disponibles en deux volumes chez Ga. Vander Poel à La Haye. L'ouvrage 'L'Honnête Homme', un recueil de pièces choisies sur divers sujets, est publié en trois volumes en anglais à Londres chez Innys et J. Knapton.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1276
p. 543
Histoire Universelle, &c. [titre d'après la table]
Début :
HISTOIRE UNIVERSELLE, divisée en 8. Livres. Le premier comprendra [...]
Mots clefs :
Histoire universelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire Universelle, &c. [titre d'après la table]
HISTOIRE
UNIVERSELLE , divifée
en 8. Livres . Le premier
comprendra
l'Hiftoire de l'Afie , depuis le Déluge , &
les premieres
Tranfmigrations juſqu'à
Alexandre . Le fecond , l'Hiftoire des
Grecs , jointe à celle des Peuples de l'Afie
, depuis
Alexandre jufqu'à Mahomet.
Le troifiéme , l'Hiftoire
Romaine. Le
quatrième , l'Hiftoire des
Mahometans.
Le cinquiéme
l'Hiftoire des
Peuples
d'Occident & du Nord de l'Europe , &
leurs irruptions dans l'Empire Romain.
Le fixiéme , l'Hiftoire des Royaumes modernes
& des Etats
Méridionaux de l'Europe
. Le feptiéme , l'Hiftoire des Royaumes
modernes & des Etats qui font au
Nord de l'Europe . Le huitiéme , l'Hiftoire
de l'Afrique & de
l'Amerique . Cet
Ouvrage qui s'imprime en Anglois par
Soufcription à Londres , & dont on fait
déja de grands éloges
contiendra au
moins 4. volumes in-folio .
UNIVERSELLE , divifée
en 8. Livres . Le premier
comprendra
l'Hiftoire de l'Afie , depuis le Déluge , &
les premieres
Tranfmigrations juſqu'à
Alexandre . Le fecond , l'Hiftoire des
Grecs , jointe à celle des Peuples de l'Afie
, depuis
Alexandre jufqu'à Mahomet.
Le troifiéme , l'Hiftoire
Romaine. Le
quatrième , l'Hiftoire des
Mahometans.
Le cinquiéme
l'Hiftoire des
Peuples
d'Occident & du Nord de l'Europe , &
leurs irruptions dans l'Empire Romain.
Le fixiéme , l'Hiftoire des Royaumes modernes
& des Etats
Méridionaux de l'Europe
. Le feptiéme , l'Hiftoire des Royaumes
modernes & des Etats qui font au
Nord de l'Europe . Le huitiéme , l'Hiftoire
de l'Afrique & de
l'Amerique . Cet
Ouvrage qui s'imprime en Anglois par
Soufcription à Londres , & dont on fait
déja de grands éloges
contiendra au
moins 4. volumes in-folio .
Fermer
Résumé : Histoire Universelle, &c. [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Histoire Universelle' en huit livres couvre l'histoire de l'Asie, des Grecs, des Romains, des Mahométans, des peuples d'Occident et du Nord de l'Europe, des royaumes modernes européens, ainsi que de l'Afrique et de l'Amérique. Imprimé en anglais à Londres, il est acclamé et comptera au moins quatre volumes in-folio.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1277
p. 544-550
Memoire sur les deux Editions de Herrera, &c. [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRE sur deux Editions nouvelles des Décades d'Antonio de Herrera, [...]
Mots clefs :
Antonio de Herrera, Mémoire, Indes, Cartes, Estampe, Nouvelle édition, Madrid
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoire sur les deux Editions de Herrera, &c. [titre d'après la table]
MEMOIRE fur deux Editions nouvel-
Jes des Décades d'Antonio de Herrera ,
publiées , Pune par le fieur Verduſſen , Libraire
à Anvers en 1728. Pautre à Madrid
l'an 1729. par les foins de Dom André
Gonzalez de Barcia , Membre du
Confeil de Caftille.
On verra par ce Mémoire , que comme
rien ne defigure tant les bons Livres an
ciens que les mauvaiſes réimpreffions
qu'en font ordinairement les Libraires ;
rien auffi n'eft plus avantageux à ces mêmes
Livres que de tomber entre les mains
d'un nouvel Editeur , homme habile &
intelligent. Antonio de Herrera , l'un des
plus grands Ecrivains du Regne de Phi-
Jippe II . & de Philippe III . Rois d'Elpagne
, a effuyé l'un & l'autre fort.
On recherchoit avec empreffement
les Décades du nouveau Monde de cet
illuftre Ecrivain ; elles étoient devenuës
très-rares. Un Libraire d'Anvers , c'eſt
le fieur Verduffen , très- attentif à fes interêts
propres , a crû leur pouvoir facrifier
la gloire d'Antonio de Herrera ; au lieu
d'en réimprimer les Decades comme il a
fait en 1728. avec les augmentations &
les corrections qu'il promet , on les trouve
entierement defigurées & retranchées
dans fon Edition . Ce n'eft plus cette exactitude
fcrupuleute qu'on doit avoir dans
L'imprefMAR
S. 1730. 545
f'impreffion des Livres de cette importance
, c'eſt une multitude effroyable de fautes
groffieres qui défigurent dans cette
Edition la beauté de la Langue Caftillane,
chofe trop ordinaire aux Livres Efpagnols
qui s'impriment hors de l'Eſpagne.
La fubftance du Livre d'Antonio de
Herrera n'eft pas moins défigurée que le
langage dans l'Edition de Verduffen , qui
s'eft avifé de fupprimer les Cartes originales
de Herrera , pour y en fubftituer
de nouvelles , qui n'ont aucune relation
avec la Deſcription des Indes de cer
habile Hiftoriographe , qui en a fait comme
la clef de fon ouvrage ; ainfi au lieu
des quatorze Cartes , fçavoir , deux generales
& douze particulieres que Herrera
avoit travaillées avec beaucoup de
foin , on ne trouve dans l'Edition de Verduffen
que deux Cartes qui ne contiennent
prefque rien de ce que rapporte
P'Auteur original , & qui renferment
beaucoup de chofes nouvelles qui n'ont
aucune relation avec la Defcription des
Indes de cet Ecrivain . Par là les Cartes
ne fervent de rien pour l'intelligence de
P'ouvrage & la Defcription qui le trouve
privée de ce fecours Geographique, en devient
obfcure & embarraffée.
Mais comme les Peuples des Pays - Bas
ont beaucoup de goût pour les Eftampes,
Fij
Qi
346 MERCURE DE FRANCE.
ou pour ce qui s'appelle Portraits & Figures
hiftoriques , Verduffen a bien voulu
en accabler fa nouvelle Edition ; il a
prétendu l'enrichir par une dépenfe inutile
& hors de propos , & il n'a fait que
la defigurer & même l'appauvrir , fi l'on
peut ainfi parler , en la chargeant de Planches
très -imparfaites , & qui loin de reprefenter
l'Hiftoire du Tems , ne donnent
que les imaginations de Theodore
de Bri , Graveur Allemand de l'Amerique,
duquel toutes ces figures ont été copiées
par Verduffen fans goût , fans difcernement
, & même fans aucune connoiffance
du fond des évenemens , auxquels la plûpart
de ces Eftampes font contraires.
Si Verduffen avoit deffein de donner des
Eftampes dans fa nouvelle Edition de Herrera
, rien n'étoit plus facile ; il n'avoit
qu'à donner de l'extenfion aux Figures
hiftoriques qui fe trouvent dans l'Edition
originale de fon Auteur , on l'auroit approuvé
au moins quant à cette partie , au
lieu qu'on ne peut fe difpenfer de le cenfurer
pour avoir copié des Figures faites
il y a plus de 140. ans , en haine de la Nation
Eſpagnole , dans un rems où fon nom
étoit l'objet de l'averfion des Heretiques
des Pays Bas & de l'Allemagne.
Quelle difference au contraire dans l'Edition
que Don André Gonzalez, de Barcia
MARS. 17300 547
cia procura l'année derniere 1729. à Madrid
de ces mêmes Decades d'Antonio de
Herrera, On y voit un fçavant Editeur ,
qui ne le cede en rien au fçavoir , à l'exactitude
& à l'élegance de l'Auteur original
; élevé par fon mérite comme le
font les Magiftrats qui forment en Eſpa
pagne les divers Confeils & les Tribunaux
de la Nation ; il voulut ajoûter à les
autres qualités celle d'Editeur de Herrera
, modeftie trop grande dans un Sçavant
qui auroit pù l'emporter par fes lumieres
& fes recherches au - deffus de l'Auteur
qu'il a réimprimé.
Cet illuftre Magiftrat également verſé
dans la Jurifprudence , dans les Belles-
Lettres & dans l'Hiftoire , fut touché de
la perte que faifoient les Sçavans par la
rareté de la premiere Edition des Decades
d'Antonio de Herrera ; il forma donc
le genereux & loüable deffein d'en donner
une Edition plus exacte & plus ample
; pour y réuffir , il puifa un nombre
infini de Mémoires dans les Actes de la
Chambre Royale de Caſtille dans les
Archives de la Couronne , dans les Regiftres
& dans les Papiers du Confeil
Royal & fuprême des Indes ; non content
de tous ces documens autentiques.
il fit encore le dépouillement de tout ce
que l'Hiftoire peut fournir de curieux
F iij fur
>
9
348 MERCURE DE FRANCE .
fur les Indes Occidentales. Il relut done
avec foin les Ouvrages de Pedro Martyr
d'Anghiera , de Diego de Tobilla , de
Ferdinand Colon , de Bernard Diaz de
Caftille , de Barthelemi de las Casas , de
Ganbay , de Pierre Piçarro , d'Augustin
de Zarate , de l'Inca Garcilaffo , de Dom
Antonio de Saaredra , & generalement
de tous ceux qui ont écrit fur le nouveau
monde ; il en a fait une jufte & fevere
comparaiſon avec fon Auteur original.
Peut- on avec tant de fecours & de difcernement
ne pas donner une Edition exacte
des Decades de Herrera ? C'eſt par ce
moyen que Don André Gonzalez de Barcia
a corrigé les fautes qui avoient échapé
aux Copiftes & aux Imprimeurs , &
qu'il a rempli les lacunes qui faifoient une
forte de defectuofité dans la premiere Edi
tion de fon Auteur.
Les Eftampes relatives au Difcours de
Herrera & aux évenemens qu'il rapporte,
fe trouvent à la tête de la nouvelle Edition
de Madrid . Un Difcours préliminaire
qui fert d'Apologie à cet Ouvrage,
ne fait pas moins d'honneur à l'Editeur
qu'à Herrera même . Loin de corrompre
les termes de l'original , Don André
Gonzalez de Barcia s'eft crû obligé de les
conferver & de les éclaircir ; enfin il couronne
fon travail par une table très-étenduë
MARS. 1730. 549
due qui lui a donné plus de peine que tout
le reste de l'ouvrage ; mais il l'a jugée abfolument
neceffaire pour faciliter aux Leeteurs
l'ufage de cet important Ouvrage .
Il a fait davantage , il a compofé encore
un Supplement aux Decades de Herrera,
où l'on voit tout ce qui avoit pû échaper
aux lumieres & aux immenfes recherches
du premier Auteur.
Que l'on juge à prefent de la difference
de ces deux Editions , & on conviendra
que l'on ne peut avoir que du mépris
pour celles des plus grands Ecrivains qui
font l'objet de Favidité mal entenduë des
Libraires , au lieu que ces nouvelles Editions
font toûjours refpectables quand
elles partent d'une main auffi fage & auffi
fçavante que celle de Don André Gonzalez
de Barcia.
Ce fçavant Magiftrat ne s'en eft pas tenu
à la feule exactitude , il a voulu encore
que fon Auteur eut tous les agrémens de
Pimpreffion , foit par la beauté du papier,
foit par la groffeur & l'élegance des caracteres
; enfin cet illuftre Editeur n'a rien
oublié pour donner de la perfection à un
Ouvrage , qui felon fes propres paroles ,
mériteroit d'être imprimé en Lettres d'or ,
ou même gravé fur le bronze. François
Martinez Abad , celebre Imprimeur de
Madrid eft celui que Don André Gonza-
F iiij
Iez
so MERCURE DE FRANCE.
pour
lez de Barcia a choifi l'execution de
fon deffein , & qui en eft venu heureufement
à bout, C'eft à ce Libraire que les
Etrangers peuvent s'addreffer pour obtenir
à des conditions raifonnables lesExemplaires
qu'ils fouhaiteront de cette nouvelle
Edition.
Jes des Décades d'Antonio de Herrera ,
publiées , Pune par le fieur Verduſſen , Libraire
à Anvers en 1728. Pautre à Madrid
l'an 1729. par les foins de Dom André
Gonzalez de Barcia , Membre du
Confeil de Caftille.
On verra par ce Mémoire , que comme
rien ne defigure tant les bons Livres an
ciens que les mauvaiſes réimpreffions
qu'en font ordinairement les Libraires ;
rien auffi n'eft plus avantageux à ces mêmes
Livres que de tomber entre les mains
d'un nouvel Editeur , homme habile &
intelligent. Antonio de Herrera , l'un des
plus grands Ecrivains du Regne de Phi-
Jippe II . & de Philippe III . Rois d'Elpagne
, a effuyé l'un & l'autre fort.
On recherchoit avec empreffement
les Décades du nouveau Monde de cet
illuftre Ecrivain ; elles étoient devenuës
très-rares. Un Libraire d'Anvers , c'eſt
le fieur Verduffen , très- attentif à fes interêts
propres , a crû leur pouvoir facrifier
la gloire d'Antonio de Herrera ; au lieu
d'en réimprimer les Decades comme il a
fait en 1728. avec les augmentations &
les corrections qu'il promet , on les trouve
entierement defigurées & retranchées
dans fon Edition . Ce n'eft plus cette exactitude
fcrupuleute qu'on doit avoir dans
L'imprefMAR
S. 1730. 545
f'impreffion des Livres de cette importance
, c'eſt une multitude effroyable de fautes
groffieres qui défigurent dans cette
Edition la beauté de la Langue Caftillane,
chofe trop ordinaire aux Livres Efpagnols
qui s'impriment hors de l'Eſpagne.
La fubftance du Livre d'Antonio de
Herrera n'eft pas moins défigurée que le
langage dans l'Edition de Verduffen , qui
s'eft avifé de fupprimer les Cartes originales
de Herrera , pour y en fubftituer
de nouvelles , qui n'ont aucune relation
avec la Deſcription des Indes de cer
habile Hiftoriographe , qui en a fait comme
la clef de fon ouvrage ; ainfi au lieu
des quatorze Cartes , fçavoir , deux generales
& douze particulieres que Herrera
avoit travaillées avec beaucoup de
foin , on ne trouve dans l'Edition de Verduffen
que deux Cartes qui ne contiennent
prefque rien de ce que rapporte
P'Auteur original , & qui renferment
beaucoup de chofes nouvelles qui n'ont
aucune relation avec la Defcription des
Indes de cet Ecrivain . Par là les Cartes
ne fervent de rien pour l'intelligence de
P'ouvrage & la Defcription qui le trouve
privée de ce fecours Geographique, en devient
obfcure & embarraffée.
Mais comme les Peuples des Pays - Bas
ont beaucoup de goût pour les Eftampes,
Fij
Qi
346 MERCURE DE FRANCE.
ou pour ce qui s'appelle Portraits & Figures
hiftoriques , Verduffen a bien voulu
en accabler fa nouvelle Edition ; il a
prétendu l'enrichir par une dépenfe inutile
& hors de propos , & il n'a fait que
la defigurer & même l'appauvrir , fi l'on
peut ainfi parler , en la chargeant de Planches
très -imparfaites , & qui loin de reprefenter
l'Hiftoire du Tems , ne donnent
que les imaginations de Theodore
de Bri , Graveur Allemand de l'Amerique,
duquel toutes ces figures ont été copiées
par Verduffen fans goût , fans difcernement
, & même fans aucune connoiffance
du fond des évenemens , auxquels la plûpart
de ces Eftampes font contraires.
Si Verduffen avoit deffein de donner des
Eftampes dans fa nouvelle Edition de Herrera
, rien n'étoit plus facile ; il n'avoit
qu'à donner de l'extenfion aux Figures
hiftoriques qui fe trouvent dans l'Edition
originale de fon Auteur , on l'auroit approuvé
au moins quant à cette partie , au
lieu qu'on ne peut fe difpenfer de le cenfurer
pour avoir copié des Figures faites
il y a plus de 140. ans , en haine de la Nation
Eſpagnole , dans un rems où fon nom
étoit l'objet de l'averfion des Heretiques
des Pays Bas & de l'Allemagne.
Quelle difference au contraire dans l'Edition
que Don André Gonzalez, de Barcia
MARS. 17300 547
cia procura l'année derniere 1729. à Madrid
de ces mêmes Decades d'Antonio de
Herrera, On y voit un fçavant Editeur ,
qui ne le cede en rien au fçavoir , à l'exactitude
& à l'élegance de l'Auteur original
; élevé par fon mérite comme le
font les Magiftrats qui forment en Eſpa
pagne les divers Confeils & les Tribunaux
de la Nation ; il voulut ajoûter à les
autres qualités celle d'Editeur de Herrera
, modeftie trop grande dans un Sçavant
qui auroit pù l'emporter par fes lumieres
& fes recherches au - deffus de l'Auteur
qu'il a réimprimé.
Cet illuftre Magiftrat également verſé
dans la Jurifprudence , dans les Belles-
Lettres & dans l'Hiftoire , fut touché de
la perte que faifoient les Sçavans par la
rareté de la premiere Edition des Decades
d'Antonio de Herrera ; il forma donc
le genereux & loüable deffein d'en donner
une Edition plus exacte & plus ample
; pour y réuffir , il puifa un nombre
infini de Mémoires dans les Actes de la
Chambre Royale de Caſtille dans les
Archives de la Couronne , dans les Regiftres
& dans les Papiers du Confeil
Royal & fuprême des Indes ; non content
de tous ces documens autentiques.
il fit encore le dépouillement de tout ce
que l'Hiftoire peut fournir de curieux
F iij fur
>
9
348 MERCURE DE FRANCE .
fur les Indes Occidentales. Il relut done
avec foin les Ouvrages de Pedro Martyr
d'Anghiera , de Diego de Tobilla , de
Ferdinand Colon , de Bernard Diaz de
Caftille , de Barthelemi de las Casas , de
Ganbay , de Pierre Piçarro , d'Augustin
de Zarate , de l'Inca Garcilaffo , de Dom
Antonio de Saaredra , & generalement
de tous ceux qui ont écrit fur le nouveau
monde ; il en a fait une jufte & fevere
comparaiſon avec fon Auteur original.
Peut- on avec tant de fecours & de difcernement
ne pas donner une Edition exacte
des Decades de Herrera ? C'eſt par ce
moyen que Don André Gonzalez de Barcia
a corrigé les fautes qui avoient échapé
aux Copiftes & aux Imprimeurs , &
qu'il a rempli les lacunes qui faifoient une
forte de defectuofité dans la premiere Edi
tion de fon Auteur.
Les Eftampes relatives au Difcours de
Herrera & aux évenemens qu'il rapporte,
fe trouvent à la tête de la nouvelle Edition
de Madrid . Un Difcours préliminaire
qui fert d'Apologie à cet Ouvrage,
ne fait pas moins d'honneur à l'Editeur
qu'à Herrera même . Loin de corrompre
les termes de l'original , Don André
Gonzalez de Barcia s'eft crû obligé de les
conferver & de les éclaircir ; enfin il couronne
fon travail par une table très-étenduë
MARS. 1730. 549
due qui lui a donné plus de peine que tout
le reste de l'ouvrage ; mais il l'a jugée abfolument
neceffaire pour faciliter aux Leeteurs
l'ufage de cet important Ouvrage .
Il a fait davantage , il a compofé encore
un Supplement aux Decades de Herrera,
où l'on voit tout ce qui avoit pû échaper
aux lumieres & aux immenfes recherches
du premier Auteur.
Que l'on juge à prefent de la difference
de ces deux Editions , & on conviendra
que l'on ne peut avoir que du mépris
pour celles des plus grands Ecrivains qui
font l'objet de Favidité mal entenduë des
Libraires , au lieu que ces nouvelles Editions
font toûjours refpectables quand
elles partent d'une main auffi fage & auffi
fçavante que celle de Don André Gonzalez
de Barcia.
Ce fçavant Magiftrat ne s'en eft pas tenu
à la feule exactitude , il a voulu encore
que fon Auteur eut tous les agrémens de
Pimpreffion , foit par la beauté du papier,
foit par la groffeur & l'élegance des caracteres
; enfin cet illuftre Editeur n'a rien
oublié pour donner de la perfection à un
Ouvrage , qui felon fes propres paroles ,
mériteroit d'être imprimé en Lettres d'or ,
ou même gravé fur le bronze. François
Martinez Abad , celebre Imprimeur de
Madrid eft celui que Don André Gonza-
F iiij
Iez
so MERCURE DE FRANCE.
pour
lez de Barcia a choifi l'execution de
fon deffein , & qui en eft venu heureufement
à bout, C'eft à ce Libraire que les
Etrangers peuvent s'addreffer pour obtenir
à des conditions raifonnables lesExemplaires
qu'ils fouhaiteront de cette nouvelle
Edition.
Fermer
Résumé : Memoire sur les deux Editions de Herrera, &c. [titre d'après la table]
Le mémoire compare deux éditions des 'Décades' d'Antonio de Herrera, un historien des règnes de Philippe II et Philippe III d'Espagne. Les 'Décades' étant devenues rares, deux rééditions ont été publiées par des éditeurs différents. En 1728, le libraire Verdussen à Anvers a publié une édition critiquée pour ses nombreuses fautes et modifications inappropriées. Cette édition a supprimé les cartes originales de Herrera, les remplaçant par des cartes sans relation avec le texte. Verdussen a également ajouté des estampes de mauvaise qualité, copiées d'un graveur allemand, Theodore de Bry, sans pertinence historique. En 1729, Dom André Gonzalez de Barcia, membre du Conseil de Castille, a publié une édition à Madrid. Cette édition est louée pour son exactitude et son enrichissement par de nombreux documents authentiques. Barcia a corrigé les erreurs de la première édition et ajouté un discours préliminaire, des estampes pertinentes et une table étendue pour faciliter la lecture. Il a également composé un supplément aux 'Décades'. L'édition de Barcia est saluée pour sa qualité d'impression et son respect de l'œuvre originale, contrairement à celle de Verdussen.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1278
p. 550-551
Histoire Bizantine, par Souscription, &c. [titre d'après la table]
Début :
Barthelemi Javarina, Libraire de Venise nous prie de faire sçavoir au Public qu'après avoir [...]
Mots clefs :
Histoire byzantine, Savants, Souscripteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire Bizantine, par Souscription, &c. [titre d'après la table]
Barthelemi Javarina , Libraire de Veniſe nous
prie de faire fçavoir au Public qu'après avoir
achevé l'Edition des OEuvres du P. Sirmond , il
a formé le deffein d'imprimer & de publier par
foufcription le corps complet de l'Hiftoire Byfantine
dont tous les Sçavans connoiffent le prix
& l'utilité , ajoûtant que par les difpofitions qu'il
a faites , il fera en état de commencer l'impreffion
dans le courant du mois de Mai prochain ;
il a choifi le papier le plus magnifique & les plus
beaux caracteres , & il promet de donner tous fes
foins pour que les Textes Grecs & Latins foient
imprimés avec toute la correction & l'exactitude
poffible.
On fçait que ce grand Recueil eft compofé de
trente-quatre Volumes , de grandeur entièrement
differente , les uns étant très-minces , & les autres
, au contraire , d'une énorme épaiffeur ; fon
deffein eft de les imprimer en vingt -deux Volumes
in-folio , d'une égale groffeur. Il fe promet
d'en donner un Volume tous les deux mois ou
un peu plus tard ; tout l'Ouvrage complet fe donnera
pour deux cens ducats , monnoye de Venife
, au lieu qu'on a de la peine à l'avoir aujourd'hui
pour fept cens.
A l'égard des Soufcripteurs , ( & on affure qu'il y
en a déja un grand nombre ) ils jouiront d'un avantage
confiderable , dont il n'y a point encore eu
d'exemple ;
MARS. 1730. ·SSI
d'exèmple ; car ils ne payéront que cent ducats
pour les vingt-deux Volumes , dont ils donneront
vingt-neuf livres , monnoye de Venife , avant
l'impreffion du premier Tome , & la même fomme
en retirant chaque Volume . Le Libraire ajoûte
que des Sçavans de differens Pays lui ont promis
plufieurs Pieces très -propres à orner & à perfectionner
l'Hiftoire Byfantine , qui pourroit
faire monter l'Ouvrage à un plus grand nombre
de Volumes ; mais il déclare , fi cela arrive , que
les Soufcripteurs ne payeront pas plus de ces Volumes
que des précedens.
prie de faire fçavoir au Public qu'après avoir
achevé l'Edition des OEuvres du P. Sirmond , il
a formé le deffein d'imprimer & de publier par
foufcription le corps complet de l'Hiftoire Byfantine
dont tous les Sçavans connoiffent le prix
& l'utilité , ajoûtant que par les difpofitions qu'il
a faites , il fera en état de commencer l'impreffion
dans le courant du mois de Mai prochain ;
il a choifi le papier le plus magnifique & les plus
beaux caracteres , & il promet de donner tous fes
foins pour que les Textes Grecs & Latins foient
imprimés avec toute la correction & l'exactitude
poffible.
On fçait que ce grand Recueil eft compofé de
trente-quatre Volumes , de grandeur entièrement
differente , les uns étant très-minces , & les autres
, au contraire , d'une énorme épaiffeur ; fon
deffein eft de les imprimer en vingt -deux Volumes
in-folio , d'une égale groffeur. Il fe promet
d'en donner un Volume tous les deux mois ou
un peu plus tard ; tout l'Ouvrage complet fe donnera
pour deux cens ducats , monnoye de Venife
, au lieu qu'on a de la peine à l'avoir aujourd'hui
pour fept cens.
A l'égard des Soufcripteurs , ( & on affure qu'il y
en a déja un grand nombre ) ils jouiront d'un avantage
confiderable , dont il n'y a point encore eu
d'exemple ;
MARS. 1730. ·SSI
d'exèmple ; car ils ne payéront que cent ducats
pour les vingt-deux Volumes , dont ils donneront
vingt-neuf livres , monnoye de Venife , avant
l'impreffion du premier Tome , & la même fomme
en retirant chaque Volume . Le Libraire ajoûte
que des Sçavans de differens Pays lui ont promis
plufieurs Pieces très -propres à orner & à perfectionner
l'Hiftoire Byfantine , qui pourroit
faire monter l'Ouvrage à un plus grand nombre
de Volumes ; mais il déclare , fi cela arrive , que
les Soufcripteurs ne payeront pas plus de ces Volumes
que des précedens.
Fermer
Résumé : Histoire Bizantine, par Souscription, &c. [titre d'après la table]
Barthelemi Javarina, libraire à Venise, annonce la publication par souscription de l'Histoire Byzantine, reconnue pour son prix et son utilité. L'impression débutera en mai 1730, utilisant du papier de haute qualité et des caractères élégants. L'ouvrage, initialement composé de trente-quatre volumes de tailles variées, sera réorganisé en vingt-deux volumes in-folio de même épaisseur. Un volume sera publié tous les deux mois. L'ensemble sera vendu deux cents ducats à Venise, contre sept cents ducats actuellement. Les souscripteurs bénéficieront d'un avantage significatif, payant cent ducats pour les vingt-deux volumes. Ils devront verser vingt-neuf livres avant l'impression du premier tome et la même somme à la réception de chaque volume. Des savants de divers pays ont promis des contributions supplémentaires, mais les souscripteurs ne paieront pas plus pour les volumes additionnels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1279
p. 551-552
« On nous mande d'Amsterdam qu'on y imprime les Médailles des Familles Consulaires de Morel, [...] »
Début :
On nous mande d'Amsterdam qu'on y imprime les Médailles des Familles Consulaires de Morel, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On nous mande d'Amsterdam qu'on y imprime les Médailles des Familles Consulaires de Morel, [...] »
On nous mande d'Amfterdam qu'on y imprime
les Médailles des Familles Confulaires de Morel
, avec un Commentaire de M. Havercamp
qui a donné au Public un Traité ſur les Médail
les Contorniates , qu'une nouvelle Edition de
Thucydide y va paroître , qu'on y imprime de
nouveau les Poëfies du Chancelier de l'Hôpital
augmentées d'un tiers , fur quoi l'Editeur prie les
perfonnes qui auront quelques Pieces de cet Auteur
qui n'auront pas paru , de lui en faire part.
On ajoûte qu'on prépare auffi dans la même Ville
une nouvelle Edition de Dion Caffius , avec les
Remarques du fçavant J. A. Fabricius , & enfin
qu'on aura dans moins de deux mois la Relation
du voyage de M. Dorville en Sicile , où le Public
trouvera des découvertes très -curieufes en
fait d'Antiquités .
>
M. Dupuy , qui demeure rue de la Tifferanderie
chez M. Normand , Avocat nous prie
d'avertir les Libraires qu'il a un Livre à faite
imprimer , lequel eft approuvé , intitulé Mythologie
, ou l'Hifloire des Dieux , des demi Dieux
& des plus illuftres Heros de l'Antiquité Payen-
E v
ne
552 MERCURE DE FRANCE:
ne , avec l'Explication de la Fable & de la
Metamorphofe
les Médailles des Familles Confulaires de Morel
, avec un Commentaire de M. Havercamp
qui a donné au Public un Traité ſur les Médail
les Contorniates , qu'une nouvelle Edition de
Thucydide y va paroître , qu'on y imprime de
nouveau les Poëfies du Chancelier de l'Hôpital
augmentées d'un tiers , fur quoi l'Editeur prie les
perfonnes qui auront quelques Pieces de cet Auteur
qui n'auront pas paru , de lui en faire part.
On ajoûte qu'on prépare auffi dans la même Ville
une nouvelle Edition de Dion Caffius , avec les
Remarques du fçavant J. A. Fabricius , & enfin
qu'on aura dans moins de deux mois la Relation
du voyage de M. Dorville en Sicile , où le Public
trouvera des découvertes très -curieufes en
fait d'Antiquités .
>
M. Dupuy , qui demeure rue de la Tifferanderie
chez M. Normand , Avocat nous prie
d'avertir les Libraires qu'il a un Livre à faite
imprimer , lequel eft approuvé , intitulé Mythologie
, ou l'Hifloire des Dieux , des demi Dieux
& des plus illuftres Heros de l'Antiquité Payen-
E v
ne
552 MERCURE DE FRANCE:
ne , avec l'Explication de la Fable & de la
Metamorphofe
Fermer
Résumé : « On nous mande d'Amsterdam qu'on y imprime les Médailles des Familles Consulaires de Morel, [...] »
Le texte mentionne plusieurs projets éditoriaux à Amsterdam. Parmi ceux-ci, l'impression des 'Médailles des Familles Consulaires de Morel' accompagnée d'un commentaire de M. Havercamp, qui a également publié un traité sur les médailles et les contorniates. Une nouvelle édition de Thucydide est en préparation, ainsi qu'une réédition des poésies du Chancelier de l'Hôpital, augmentée d'un tiers. L'éditeur sollicite des pièces inédites de cet auteur. Une nouvelle édition de Dion Cassius, avec les remarques de J. A. Fabricius, est également en cours de préparation. Une relation du voyage de M. Dorville en Sicile, contenant des découvertes intéressantes en matière d'antiquités, sera publiée dans les deux mois. Par ailleurs, M. Dupuy, résidant rue de la Tissanderie chez M. Normand, avocat, informe les libraires qu'il a un livre approuvé à faire imprimer, intitulé 'Mythologie, ou l'Histoire des Dieux, des demi-Dieux et des plus illustres Héros de l'Antiquité Païenne', avec l'explication de la fable et de la métamorphose.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1280
p. 552
« Le 23. Fevrier, l'Abbé de Fit-James, Fils du Maréchal de Berwik, Abbé Commandataire de [...] »
Début :
Le 23. Fevrier, l'Abbé de Fit-James, Fils du Maréchal de Berwik, Abbé Commandataire de [...]
Mots clefs :
Académie française, Thèse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 23. Fevrier, l'Abbé de Fit-James, Fils du Maréchal de Berwik, Abbé Commandataire de [...] »
Le 23. Fevrier , l'Abbé de Fit-James , Fils du
Maréchal de Bervvik , Abbé Commandataire de
S. Victor de Paris , foûtint dans l'Eglife de cette :
Abbaye , magnifiquement decorée , une Theſe de
Theologie , avec tout le fuccès poffible , fous la
Préfidence de M. Nicolas- Charles de Saulx de
Tavannes , Evêque & Comte de Chalons , Pair
de France , Premier Aumônier de la Reine , Doc--
teur de Sorbonne &c. Les Cardinaux de Biffy, de
Rohan, le Nonce du Pape, l'Archevêque de Paris,.
plufieurs autres Prélats , & un grand nombre de
perfonnes de la premiere diftinction, de la Cour &
de la Ville, affifterent à cet Acte, qui fut des plus
fo- lemnels.
M. de la Faye , Secretaire de là Chambre & du
Cabinet du Roy , qui avoit été élû par l'Acadé--
mie Françoife le 15. du mois dernier pour rem--
plir la place vacante par la mort de M. de Valincourt
, y prit feance le 16. de ce mois. Il
fit un difcours de remerciement , auquel M. de la
Motte répondit au nom de l'Académie. Ils parle
rent tous deux avec beaucoup d'éloquence.
Maréchal de Bervvik , Abbé Commandataire de
S. Victor de Paris , foûtint dans l'Eglife de cette :
Abbaye , magnifiquement decorée , une Theſe de
Theologie , avec tout le fuccès poffible , fous la
Préfidence de M. Nicolas- Charles de Saulx de
Tavannes , Evêque & Comte de Chalons , Pair
de France , Premier Aumônier de la Reine , Doc--
teur de Sorbonne &c. Les Cardinaux de Biffy, de
Rohan, le Nonce du Pape, l'Archevêque de Paris,.
plufieurs autres Prélats , & un grand nombre de
perfonnes de la premiere diftinction, de la Cour &
de la Ville, affifterent à cet Acte, qui fut des plus
fo- lemnels.
M. de la Faye , Secretaire de là Chambre & du
Cabinet du Roy , qui avoit été élû par l'Acadé--
mie Françoife le 15. du mois dernier pour rem--
plir la place vacante par la mort de M. de Valincourt
, y prit feance le 16. de ce mois. Il
fit un difcours de remerciement , auquel M. de la
Motte répondit au nom de l'Académie. Ils parle
rent tous deux avec beaucoup d'éloquence.
Fermer
Résumé : « Le 23. Fevrier, l'Abbé de Fit-James, Fils du Maréchal de Berwik, Abbé Commandataire de [...] »
Le 23 février, l'Abbé de Fit-James, fils du Maréchal de Bervik et Abbé Commandataire de Saint-Victor de Paris, présenta une thèse de théologie dans l'église de cette abbaye, décorée pour l'occasion. La cérémonie fut présidée par M. Nicolas-Charles de Saulx de Tavannes, Évêque et Comte de Châlons, Pair de France, Premier Aumônier de la Reine et Docteur de Sorbonne. Plusieurs personnalités de haut rang, dont les Cardinaux de Bissy et de Rohan, le Nonce du Pape, l'Archevêque de Paris, ainsi que de nombreuses personnes distinguées de la Cour et de la Ville, assistèrent à cet événement. Par ailleurs, M. de la Faye, Secrétaire de la Chambre et du Cabinet du Roi, élu par l'Académie Française le 15 février précédent pour succéder à M. de Valincourt, prit ses fonctions le 16 février. Il prononça un discours de remerciement, auquel M. de la Motte répondit au nom de l'Académie. Les deux discours furent marqués par une grande éloquence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1281
p. 553
PHENOMENE CELESTE vû en Provence. Extrait d'une Lettre écrite de Riez, le 16. Fevrier 1730.
Début :
Il parut hier au soir un Phenomene qui épouvanta le peuple ; il sortit du haut de la montagne [...]
Mots clefs :
Phénomène céleste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PHENOMENE CELESTE vû en Provence. Extrait d'une Lettre écrite de Riez, le 16. Fevrier 1730.
PHENOMENE CELESTE v
en Provence. Extrait d'une Lettre écrite
de Riez , le 16. Fevrier 1730 .
I vanta lepeuple,fifortit home de qui
L parut hier au foir un Phenomene qui épou-
,
gne qu'on nomme le Portail de Blieux , parce
que cette montagne eft ent'rouverte , & que
Blieux eft au-delà , une grande rougeur en l'air
qui s'étendoit jufqu'au deffous de Riez , & dont
fa lumiere étoit fi grande , Pair étant ferein , que
nous diftinguions fort bien les objets éloignés à
fept heures du foir , comme quand la Lune eft
dans fa pleneur. Au Nord-Oueſt , au contraire
il paroiffoit une grande & vive lumiere des plus
blanches , au moyen de laquelle nous apperce
vions les montagnes de Lure de Sifteron &
d'Ambrun , quafi comme en plein jour. Cela duroit
encore fur les neuf heures , qui eft ici l'heure
ordinaire du coucher ; ainfi je n'en fçai pas
davantage , la rougeur ayant d'ailleurs ceflé depuis
le Portail de Bliex jufqu'au- deffus de nous.
La grande lumiere fe répandit vers le Sud-Oueft,
& s'arrêta au Nord ; mais la lumiere vive & rouge
qui parut d'abord au- deffus du Portail , fembloit
nous annoncer qu'il alloit paroître quel--
que grande Comette ou quelqu'autre Phenomene,
mais il n'y eut autre chofe que ce que je viens
de dire à nous. Cette par rapport rougeur
fa premiere apparition pouvoit avoir environ deux
ou trois toifes d'étendue apparente ; mais en s'élevant
dans l'air , elle s'étendoit beaucoup davan--
tage,fur-tout à mefure qu'elle s'approchoit de nous.
dans
★ Blieux eft au Levant d'Eté de Moustiers &
de Riez, & fait une espece de triangle entre
Senez & Caftellane.
en Provence. Extrait d'une Lettre écrite
de Riez , le 16. Fevrier 1730 .
I vanta lepeuple,fifortit home de qui
L parut hier au foir un Phenomene qui épou-
,
gne qu'on nomme le Portail de Blieux , parce
que cette montagne eft ent'rouverte , & que
Blieux eft au-delà , une grande rougeur en l'air
qui s'étendoit jufqu'au deffous de Riez , & dont
fa lumiere étoit fi grande , Pair étant ferein , que
nous diftinguions fort bien les objets éloignés à
fept heures du foir , comme quand la Lune eft
dans fa pleneur. Au Nord-Oueſt , au contraire
il paroiffoit une grande & vive lumiere des plus
blanches , au moyen de laquelle nous apperce
vions les montagnes de Lure de Sifteron &
d'Ambrun , quafi comme en plein jour. Cela duroit
encore fur les neuf heures , qui eft ici l'heure
ordinaire du coucher ; ainfi je n'en fçai pas
davantage , la rougeur ayant d'ailleurs ceflé depuis
le Portail de Bliex jufqu'au- deffus de nous.
La grande lumiere fe répandit vers le Sud-Oueft,
& s'arrêta au Nord ; mais la lumiere vive & rouge
qui parut d'abord au- deffus du Portail , fembloit
nous annoncer qu'il alloit paroître quel--
que grande Comette ou quelqu'autre Phenomene,
mais il n'y eut autre chofe que ce que je viens
de dire à nous. Cette par rapport rougeur
fa premiere apparition pouvoit avoir environ deux
ou trois toifes d'étendue apparente ; mais en s'élevant
dans l'air , elle s'étendoit beaucoup davan--
tage,fur-tout à mefure qu'elle s'approchoit de nous.
dans
★ Blieux eft au Levant d'Eté de Moustiers &
de Riez, & fait une espece de triangle entre
Senez & Caftellane.
Fermer
Résumé : PHENOMENE CELESTE vû en Provence. Extrait d'une Lettre écrite de Riez, le 16. Fevrier 1730.
Le 16 février 1730, un phénomène céleste inhabituel a été observé en Provence, près de Riez. Vers sept heures du soir, une grande rougeur apparut dans le ciel, s'étendant jusqu'au-dessus de Riez, permettant de distinguer clairement les objets éloignés malgré la nuit. Simultanément, une vive lumière blanche se manifesta au nord-ouest, illuminant les montagnes de Lure, de Sisteron et d'Ambrun comme en plein jour. Ce phénomène dura jusqu'à neuf heures, l'heure habituelle du coucher du soleil dans la région. La rougeur initiale, observée au-dessus du Portail de Blieux, semblait annoncer l'apparition d'une comète ou d'un autre phénomène céleste, mais rien d'autre ne se produisit. La rougeur, d'abord de deux à trois toises d'étendue apparente, s'étendait davantage en s'élevant dans le ciel. Blieux est situé à l'est de Moustiers et de Riez, formant un triangle avec Senez et Castellane.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1282
p. 554-557
EXTRAIT d'une Lettre de Marseille, sur la Goute.
Début :
Mr. Sicard, Medecin à Marseille, a découvert depuis quelques années un remede contre [...]
Mots clefs :
Goutte, Remède
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de Marseille, sur la Goute.
EXTRAIT d'une Lettre de Marseille;
fur la Goute.
M
R. Sicard , Medecin à Marſeille , a décou
vert depuis quelques années un remede contre
la Goute ; il en a fait ici diverſes experiences
fur differens malades qui en ont été promtement
foulagés & infenfiblement gueris ; les uns plutôt,
les autres un peu plus tard. Ceux qui font gouteux
depuis long-tems , font quelquefois obligés
d'ufer deux ou trois fois de ce remede ; mais une
Goute recente eft pour l'ordinaire arrêtée &
guerie à la premiere application du topique. C'eſt
une eau de couleur de paille , qui fe conferve
long- tems , pourvû qu'on ait foin de tenir la
bouteille bien bouchée ; on en baffine la partie
fouffrante , & c'eft fur-tout dans le moment des
plus vives douleurs qu'il en faut faire l'application .
Cette eau ne détruit pas les nodofités , mais elle
fortifie la partie malade , & la defobftruë ; elle diwife
, elle fubtilife , & diffout la matiere gouteufe,
fans crainte de la repercuter dans la maffè du fang,
ni de procurer au malade cette Goute anomale ou
irreguliere , appellée en France Goute remontée ;
bien plus , par l'experience de plufieurs Gouteux
qui ont été gueris ici , on s'eft apperçû que l'application
de cette eau , fait ceffer les fymptomes.
qui fuivent ordinairement la Goute , comme la.
difficulté de refpirer , les douleurs de tête , la rougeur
du vifage , la fievre même , quelque violente
qu'elle foit , & cela fans faignée , fans purgatif,
& fans autre remede , moyennant pourtant
un régime de vie frugale.
Cette découverte a donné lieu à l'illuftre M.
Didier , Profeffeur Royal de Chymie , en la Faculté
de Medecine à Montpellier , de faire foûteniz
M. AR S. 1730 .
SS.S
air une Theſe pleine d'efprit & d'érudition , ou
après avoir parlé des mauvais effets de la faignée,
des purgatifs , des dieuretiques & des fudorifiques,
il fe retranche à conclure qu'il n'y a que le feul
topique qui peut être utile dans cette cruelle maladie
, & qu'il faut chercher un topique Hitomtrique
; c'eft ce que M. Sicard a cherché pendant.
long-tems avec grand foin , & ce qu'il fe flatte
enfin d'avoir heureuſement trouvé. Il n'y a qu'une
feule forte de malade qui ait reſiſté à l'efficacité
de fon remede , ce font ces Gouteux qui ont
les jambes enflées & hidropiques; l'hidropifie arrê
te l'effet du remede , & l'empêche de penetrer jufques
dans le centre du mal.
une écuelle
2. pour
Pour fe fervir de ce topique , il faut prendre
un linge ufé , le plier en double , & l'étendre fur
la partie fouffrante ; on l'attache avec un fil , one
verfe enfuite un peu d'eau Antipodragique dans
la faire tiedir, on y trempe une
petite éponge pour baigner le linge étendu fur la
partie malade , & dès que le linge eft prefque fec,
on le rebaigne comme auparavant , en continuant
ainfi jufqu'à la ceffation de la douleur. Cette fomentation
doit être continuée pendant tout le jour
& une partie de la nuit , excepté les heures du repos
jufqu'à une parfaite guerifon..
Si ce remede réuffit , ce fera une vraye trouvaille
pour le Public ; car l'eau en queftion n'eft
pas fort chere , & même M. Sicard qui eft trèsbon
Chymifte , s'en remettra à la difcretion des
malades.
fur la Goute.
M
R. Sicard , Medecin à Marſeille , a décou
vert depuis quelques années un remede contre
la Goute ; il en a fait ici diverſes experiences
fur differens malades qui en ont été promtement
foulagés & infenfiblement gueris ; les uns plutôt,
les autres un peu plus tard. Ceux qui font gouteux
depuis long-tems , font quelquefois obligés
d'ufer deux ou trois fois de ce remede ; mais une
Goute recente eft pour l'ordinaire arrêtée &
guerie à la premiere application du topique. C'eſt
une eau de couleur de paille , qui fe conferve
long- tems , pourvû qu'on ait foin de tenir la
bouteille bien bouchée ; on en baffine la partie
fouffrante , & c'eft fur-tout dans le moment des
plus vives douleurs qu'il en faut faire l'application .
Cette eau ne détruit pas les nodofités , mais elle
fortifie la partie malade , & la defobftruë ; elle diwife
, elle fubtilife , & diffout la matiere gouteufe,
fans crainte de la repercuter dans la maffè du fang,
ni de procurer au malade cette Goute anomale ou
irreguliere , appellée en France Goute remontée ;
bien plus , par l'experience de plufieurs Gouteux
qui ont été gueris ici , on s'eft apperçû que l'application
de cette eau , fait ceffer les fymptomes.
qui fuivent ordinairement la Goute , comme la.
difficulté de refpirer , les douleurs de tête , la rougeur
du vifage , la fievre même , quelque violente
qu'elle foit , & cela fans faignée , fans purgatif,
& fans autre remede , moyennant pourtant
un régime de vie frugale.
Cette découverte a donné lieu à l'illuftre M.
Didier , Profeffeur Royal de Chymie , en la Faculté
de Medecine à Montpellier , de faire foûteniz
M. AR S. 1730 .
SS.S
air une Theſe pleine d'efprit & d'érudition , ou
après avoir parlé des mauvais effets de la faignée,
des purgatifs , des dieuretiques & des fudorifiques,
il fe retranche à conclure qu'il n'y a que le feul
topique qui peut être utile dans cette cruelle maladie
, & qu'il faut chercher un topique Hitomtrique
; c'eft ce que M. Sicard a cherché pendant.
long-tems avec grand foin , & ce qu'il fe flatte
enfin d'avoir heureuſement trouvé. Il n'y a qu'une
feule forte de malade qui ait reſiſté à l'efficacité
de fon remede , ce font ces Gouteux qui ont
les jambes enflées & hidropiques; l'hidropifie arrê
te l'effet du remede , & l'empêche de penetrer jufques
dans le centre du mal.
une écuelle
2. pour
Pour fe fervir de ce topique , il faut prendre
un linge ufé , le plier en double , & l'étendre fur
la partie fouffrante ; on l'attache avec un fil , one
verfe enfuite un peu d'eau Antipodragique dans
la faire tiedir, on y trempe une
petite éponge pour baigner le linge étendu fur la
partie malade , & dès que le linge eft prefque fec,
on le rebaigne comme auparavant , en continuant
ainfi jufqu'à la ceffation de la douleur. Cette fomentation
doit être continuée pendant tout le jour
& une partie de la nuit , excepté les heures du repos
jufqu'à une parfaite guerifon..
Si ce remede réuffit , ce fera une vraye trouvaille
pour le Public ; car l'eau en queftion n'eft
pas fort chere , & même M. Sicard qui eft trèsbon
Chymifte , s'en remettra à la difcretion des
malades.
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de Marseille, sur la Goute.
Le médecin marseillais R. Sicard a découvert un remède contre la goutte, une eau de couleur paille, efficace pour soulager et guérir rapidement les douleurs, notamment lors des crises aiguës. Ce remède fortifie la partie malade, dissout et élimine la matière goutteuse sans la répandre dans le sang. Il supprime également les symptômes associés comme la difficulté à respirer, les maux de tête, la rougeur du visage et la fièvre, sans nécessiter de jeûne ou de purgatif, à condition de suivre un régime frugal. L'illustre M. Didier, professeur de chimie à Montpellier, avait conclu en 1730 que seul un topique humoristique était utile contre la goutte. Sicard a trouvé ce topique après des recherches approfondies, bien que son efficacité soit limitée chez les goutteux avec des jambes enflées et hydropiques. L'application du remède consiste à imbiber un linge plié et appliqué sur la partie douloureuse avec une éponge trempée dans l'eau tiédie, en continu jusqu'à la cessation de la douleur. Ce remède, modéré en coût et disponible grâce à Sicard, pourrait être une véritable trouvaille pour le public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1283
p. 555-557
Goutes specifiques du General la Mothe, [titre d'après la table]
Début :
On connoit assez l'utilité d'un remede specifique pour quantité de maladies internes, connu [...]
Mots clefs :
Élixir d'or, Remède
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Goutes specifiques du General la Mothe, [titre d'après la table]
On connoit affez l'utilité d'un remede fpecifi
que pour quantité de maladies internes , connu
fous le nom de Goutes du General La Mothe.
Sur le rapport avantageux qui en a été fait auRoi
par les Medecins & Chirurgiens , S. M. a accen
τα
56 MERCURE DE FRANCE .
té le fecret pour compofer cet Elixir , a gratifié
M. le General de la Mothe d'une penfion de
'4000. livres , & lui a permis par Brevet du premier
Janvier 1730. de continuer à compofer fon
remede , avec faculté de le vendre & débiter feul,.
à l'exclufion de tout autre , fur le pied de 2.5 . livres
la Phiole d'Elixir jaune , contenant 2. gros
& demi de poids de liqueur , & 20. livres la phiole
d'Elixir blanc de même poids. M. de la Mothe
demeure Rue S. Thomas du Louvre , à l'Hôtel
d'Ufez . Ses bouteilles font cachetées de fes-
Armes.
L'Elixir d'or ranime les forces perdues par la
maladie ou par l'âge , procure une bonne digeftion
, excite la tranfpiration , rétablit les fueurs-
& les éruptions critiques lorfqu'elles fe fuppriment
, entretient la liberté du ventre , dégage les
embarras du foye & des autres vifceres , & rend
les urines belles & abondantes ;: ce Remede eft
cordial , ftomachique , fudorifique , aperitif, &
diuretique: il convient dans les maladies qui font
caufées par l'épaiffiffement du fang & des humeurs.
Pour PApoplexie , la Paralife , la Pleurefie
, la petite Verole , les Coliques , les Obftructions
, la retenue des mois , les vents , les indigeftions
, l'Afthme , les Vapeurs , &c.
La dofe eft depuis cinq goutes jufqu'à vingtcinq
, dans un petit demi verre de vin d'Eſpagne ,
de Canarie , de Rancio , d'Alicant , de Tokai , de
Bourgogne , ou autre bon vin bien mûr ,
dans l'Eau de fleurs d'Orange , de Canelle orgée,
de fleurs de Tillot , ou dans du Thé , &c.
ou
L'Elixir blanc a les mêmes vertus que l'Elixir
d'ar : il eft plus fpecifique dans les maux qui
tiennent à une caufe venerienne ou fcorbutique ,
dans les obftructions inveterées caufées par l'égaiffiffement
de la lymphe, dans la Goute & dans
le
MARS. 17307 5.ST
fe Rhumatifme. La dofe eft de dix gouttes juf
qu'à trente , prifes dans les mêmes Liqueurs dont
on fe fert dans l'Elixir d'or.
que pour quantité de maladies internes , connu
fous le nom de Goutes du General La Mothe.
Sur le rapport avantageux qui en a été fait auRoi
par les Medecins & Chirurgiens , S. M. a accen
τα
56 MERCURE DE FRANCE .
té le fecret pour compofer cet Elixir , a gratifié
M. le General de la Mothe d'une penfion de
'4000. livres , & lui a permis par Brevet du premier
Janvier 1730. de continuer à compofer fon
remede , avec faculté de le vendre & débiter feul,.
à l'exclufion de tout autre , fur le pied de 2.5 . livres
la Phiole d'Elixir jaune , contenant 2. gros
& demi de poids de liqueur , & 20. livres la phiole
d'Elixir blanc de même poids. M. de la Mothe
demeure Rue S. Thomas du Louvre , à l'Hôtel
d'Ufez . Ses bouteilles font cachetées de fes-
Armes.
L'Elixir d'or ranime les forces perdues par la
maladie ou par l'âge , procure une bonne digeftion
, excite la tranfpiration , rétablit les fueurs-
& les éruptions critiques lorfqu'elles fe fuppriment
, entretient la liberté du ventre , dégage les
embarras du foye & des autres vifceres , & rend
les urines belles & abondantes ;: ce Remede eft
cordial , ftomachique , fudorifique , aperitif, &
diuretique: il convient dans les maladies qui font
caufées par l'épaiffiffement du fang & des humeurs.
Pour PApoplexie , la Paralife , la Pleurefie
, la petite Verole , les Coliques , les Obftructions
, la retenue des mois , les vents , les indigeftions
, l'Afthme , les Vapeurs , &c.
La dofe eft depuis cinq goutes jufqu'à vingtcinq
, dans un petit demi verre de vin d'Eſpagne ,
de Canarie , de Rancio , d'Alicant , de Tokai , de
Bourgogne , ou autre bon vin bien mûr ,
dans l'Eau de fleurs d'Orange , de Canelle orgée,
de fleurs de Tillot , ou dans du Thé , &c.
ou
L'Elixir blanc a les mêmes vertus que l'Elixir
d'ar : il eft plus fpecifique dans les maux qui
tiennent à une caufe venerienne ou fcorbutique ,
dans les obftructions inveterées caufées par l'égaiffiffement
de la lymphe, dans la Goute & dans
le
MARS. 17307 5.ST
fe Rhumatifme. La dofe eft de dix gouttes juf
qu'à trente , prifes dans les mêmes Liqueurs dont
on fe fert dans l'Elixir d'or.
Fermer
Résumé : Goutes specifiques du General la Mothe, [titre d'après la table]
Le texte présente les 'Goutes du Général La Mothe', un remède reconnu pour traiter diverses maladies internes. Suite à un rapport favorable, le roi a accordé au Général La Mothe le secret de fabrication et une pension annuelle de 4000 livres. Par un brevet du 1er janvier 1730, le Général La Mothe a obtenu l'exclusivité de la fabrication, de la vente et de la distribution de ce remède. Les prix sont fixés à 2,5 livres pour une fiole d'élixir jaune et 20 livres pour une fiole d'élixir blanc. Le Général La Mothe réside Rue Saint Thomas du Louvre, à l'Hôtel d'Ufz, et ses bouteilles sont cachetées de ses armes. L'élixir d'or améliore la digestion, stimule la transpiration, rétablit les sécrétions et élimine les embarras du foie. Il traite des maladies comme l'apoplexie, la paralysie, la pleurésie, les coliques, l'asthme et les vapeurs. La dose recommandée varie de cinq à vingt-cinq gouttes. L'élixir blanc, avec des vertus similaires, est plus spécifique pour les maux vénériens, le scorbut, la goutte et le rhumatisme. La dose recommandée varie de dix à trente gouttes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1284
p. *557-557
« Plus attentif à ce qui peut être utile au Public qu'à ce qui peut l'instruire ou l'amuser, nous lui [...] »
Début :
Plus attentif à ce qui peut être utile au Public qu'à ce qui peut l'instruire ou l'amuser, nous lui [...]
Mots clefs :
Corneilles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Plus attentif à ce qui peut être utile au Public qu'à ce qui peut l'instruire ou l'amuser, nous lui [...] »
Plus attentif à ce qui peut être utile au Public
qu'à ce qui peut l'inftruire ou l'amufer,
faifons part d'un moyen qu'on nous affure avoir
très-bien réuſſi à un Gentilhomme de Picardie ,
lequel a eu le déplaifir de voir pendant bien des
années des Champs d'une étendue confiderable
ruinez par les Corneilles ; après avoir employé
inutilement mille autres moyens pour les détruire.
Voici fon fecret..
Il faut prendre la quantité convenable de Féves
de Marais , que les Corneilles aiment beaucoup
& les percer quand elles font vertes , avec une
éguille , épingle fans tête , ou pointe de clou ,
qu'on laiffe dedans , & répandre en hyver ces
Féves aux lieux où les Corneilles fe plaifent le
plus. On les voit bien-tôt fe debattre , languir &
mourir. Le Gland pourroit peut -être faire la
même chofe , au lieu de Féve.
qu'à ce qui peut l'inftruire ou l'amufer,
faifons part d'un moyen qu'on nous affure avoir
très-bien réuſſi à un Gentilhomme de Picardie ,
lequel a eu le déplaifir de voir pendant bien des
années des Champs d'une étendue confiderable
ruinez par les Corneilles ; après avoir employé
inutilement mille autres moyens pour les détruire.
Voici fon fecret..
Il faut prendre la quantité convenable de Féves
de Marais , que les Corneilles aiment beaucoup
& les percer quand elles font vertes , avec une
éguille , épingle fans tête , ou pointe de clou ,
qu'on laiffe dedans , & répandre en hyver ces
Féves aux lieux où les Corneilles fe plaifent le
plus. On les voit bien-tôt fe debattre , languir &
mourir. Le Gland pourroit peut -être faire la
même chofe , au lieu de Féve.
Fermer
Résumé : « Plus attentif à ce qui peut être utile au Public qu'à ce qui peut l'instruire ou l'amuser, nous lui [...] »
Un gentilhomme de Picardie a trouvé une méthode pour éliminer les corneilles ravageant ses champs. Il perce des fèves de marais avec une aiguille et les répand en hiver. Attirées, les corneilles se débattent et meurent. Les glands pourraient avoir un effet similaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1285
p. 557-567
Les Vocations forcées. Piece d'un Acte, [titre d'après la table]
Début :
Le Père Porée, Jesuite, celebre Professeur de Rhétorique, fit representer le mois passé par [...]
Mots clefs :
Comédie latine, Homme, Enfant, Famille, Frère, Ciel, Magistrat, Coeur, Homme de robe, Les vocations forcées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Vocations forcées. Piece d'un Acte, [titre d'après la table]
E Père Porée , Jefuite , celebre Profeffeur de
Rhétorique , fit reprefenter le mois paffé par
les Rhétoriciens du College de Louis le Grand ,
une petite Piece Latine , d'un Acte , intitulée : les
Vocations forcées. Le deffein de l'Auteur a été
de faire voir qu'il eft d'une extrémne confequence
de laiffer à un jeune homme la liberté de fe choifir
le genre de vie auquel Dieu l'appelie , foit par
attrait , foit par raifon , ou plutôt par l'un &
Pautre tout à la fois.
PROA
158 MERCURE DE FRANCE.
+
PROLOGUE.
Le Ciel , en nous donnant la vie ,
Nous affervit aux mêmes lois ,
Mais pour le bien de la Patrie ,
Il nous forme à divers emplois.
L'un doit , à couvert des allarmes ,
Dicter les Arrêts de Thémis ;
L'autre , par la force des armes ,
Repouffer nos fiers ennemis .
Celui-ci , pour donner l'exemple ,
Revêtu d'un honneur facré ,
Doit faire réverer le Temple ,.
Où lui-même il eſt reveré.
Celui-là dans la folitude ,
Où l'Amour Divin la conduit ,
Doit mettre toute ſon étude ,
A fuir le monde qui le fuit.
En marquant ces routes diverſes ,
Le Ciel nous y veut faire entrer ,
Mais que nos volontez perverſes ,.
Font d'efforts pour nous égarer !
Nous entrons fouvent par caprice ,
Dans le chemin le plus battu ;
Et nous commençons par le vice ,.
Pour arriver à la vertu .
Souvent une force étrangère ,
Captive notre liberté ;
E
MARS.
1730. $59
Et l'on eft
par
le choix d'un Pere,
Ce qu'on n'auroit jamais été.
Encor fi ce choix étoit ſage ;
Mais , helas ! que confulte-t-on !
Le hazard , l'interêt , l'ufage ,
Et prefque jamais la raiſon.
En vain le Ciel & la Nature ,
Condamnent cet aveugle choix ;
En vain notre coeur en murmure
On n'en écoute point la voix .
Ainfi voit-on l'Enfant timide ,
Qui fur les lys devroit s'affeoir ,
Forcé par un ordre homicide ,
Porter la main à l'Encenſoir.
Ainfi l'on voit croupir fans gloire ,
Dans le crime ou dans le repos ,
Le Magiftrat que la victoire ,
Eût compté parmi fes Heros .
Ici,j'apperçois l'innocence .
Qu'on arrache aux facrez Autels ;
Et qu'une injufte violence ,
Immole à des Dieux criminels.
Là, je vois marcher la Victime,
Qu'on facrifie à l'interêt :
Une autorité légitime ,
Porte un illegitime Arrêt.
Peres cruels & parricides ,
Sufpendez un coupable effort
Songez que vous êtes nos guides ,
Nor
360 MERCURE DE FRANCE.
Non les maîtres de notre fort.
Vous pouvez nous montrer la route,
Où nous devons porter nos pas ;
La raifon veut qu'on vous écoute
Mais conduifez , ne forcez pás.
Un choix dont les périls extrêmes ,
Nous menacent bien plus que vous ;
Un choix qui fe fait
pour nous-mêmes
Ne doit pas fe faire fans nous.
Tels font les avis falutairės
Que nous allons donner ici.
Eft- ce à nous d'inftruire nos Peres
Ils s'inftruiront & nous auffi.
Noms & Perfonnages des Altars.
Thémifte , Homme de Robe. Claude Teffier.
Antinous , fils aîné de Thémifte. Emmanuel
de Duras.
Agathocle , fecond fils de Thémiste. Vincent.
Michel Magnons
Philocles , Officier , frere de Thémifte. Michel
Larcher.
Deuterophile , autre Homme de Robe. Jacques
Galland.
Théophile , fils de Deuterophile. Louis - Marie de
la Salle.
Théobule , faux Dévot & faux Sçavant. Eugene
Blondel d'Aubert.
André de Creil . Himaturgus , Tailleur.
Diaphanes , Valet de Thémiſte. Louis Déſpreménil.
Thémifte , ancien Magiftrat , a deux fils , Anfinous
MARS. 17307 561
tinous & Agathocle ; le premier eft de ces jeunes
gens qui à la vivacité de l'efprit , à la franchiſe
du coeur , à la nobleffe des fentimens & à l'aifance
des manieres , ne joignent que trop ordinairement
un fond de legereté , d'impétuofité ,
d'inapplication & d'opiniâtreté qui les rend en
nemis du travail & de la contrainte. Le fecond à
des moeurs plus douces , un naturel heureux , de
la pieté même & de la Religion , mais il appréhende
de s'engager dans un état qui demande
une vocation particuliere , & pour lequel il ne fe
fent aucun attrait . Le Pere cependant deſtine Antinous
à la Robe , quelqu'oppofée qu'elle foit à
fes penchants & à les qualitez naturelles. Il eft
Paîné , il faut qu'il entre dans la Magiftrature,
Agathocle fuivroit volontiers le Barreau & feroit
un fort bon Juge,le refpect au contraire dont il eft
penetré pour le facré Miniftere , lui en fait redouter
les faintes & pénibles fonctions. N'importe
, Thémifte ne confulte ni fon goût , ni fes
répugnances ; il eft cadet , il faut qu'il foit établi
dans l'Eglife. Leur fort eft ainfi reglé , de
Pavis d'un certain Théobule , homme adroit &
rufé , fourbe & impofteur , gagnant & imperieux
qui abufe de la confiance de Thémifte , & qui
fous le mafque d'une pieté apparente & d'un attachement
fimulé , cache la malice de l'ame la
plus baffe , la plus intereffée & la plus ambitieuſe.
Antinous & Agathocle , qui fçavent l'empire que
ce faux dévot a fur l'efprit de leur pere , ne peuvent
fe réfoudre à obéir dans fa perfonne à un
vifionnaire qu'ils déteftent. Ils ont recours à la
fageffe & à la tendreffe de leur oncle Philocles.
Ce brave Officier qui foutient dans toute la Piece
un caractere de probité , d'honneur & de zele
auquel l'Affemblée a donné de frequents applau
diffements , combat les préjugez de ſon frere fur
la
662 MERCURE DE FRANCE.
la deſtination de fes neveux. Thémiſte ſe récrie
d'abord à l'impieté , à la rebellion & au defordre;
il en appelle à la Nature , à la raiſon & à l'uſage.
Philocles a beau lui repréfenter que la Nature
defavouë , que la raifon condamne & que l'ufage
ne juftifie point le pere qui facrifie le bonheur de
fon fils à la cupidité ou à l'ambition ; que le
meilleur fujet devient fouvent dans une vocation
forcée , inutile à l'Etat & plus fouvent encore
à fa famille qu'il deshonore : le bon vieillard prévenu
& féduit , ne conçoit pas comment dans
une famille Patricienne l'aîné des enfans n'appartient
pas de droit naturel à la Robbe & le
cadet au Sacerdoce. Philocles en le quittant déplore
fon aveugle entêtement , & tâche de lui
infpirer quelque défiance fur la vertu , la droiture
& la doctrine prétenduë celeſte de fon Confident.
D
Théobule arrive dans ce moment & d'un coup
d'oeil jetté amoureufement vers le Ciel , accompagné
d'un foupir dévotement ménagé , il détruit
tout ce que Philocles à pú avancer ; puis prenant
un ton fententieux & emphatique : Le Ciel , dit-il
à Thémiftes , exige de vous en cette occafion
un coup d'autorité. Vous êtes pere , il est vrai ,
quand vos enfans font foumis à vos volontez
mais quand ils fe départent du respect & de
Fobéiffance , vous devez agir en maître & en
fouverain.Le Magiftrat pouffé par les fuggeſtions
de cet homme frauduleux , fait comparoître devant
lui Antinous . & Agathocles. Il dit à l'Aîné
qu'il veut & prétend qu'il foit homme de Robe
& déclare au cadet qu'il va inceffamment le confacrer
au fervice des Autels. Les deux freres font
confternez , & paroiffent comme frappez de la
foudre. L'aîné parle ferme & refifte. Le cadet
fond en larmes , & reprefente. Tous deux , après
Pavoir affuré du refpect infini qu'ils ont pour les
$
ordres
MARS. 1730. 563
ordres , le conjurent de pefer mûrement ce qu'il
eft en droit de leur commander , & ce que de
leur côté ils peuvent ou doivent executer. Cet endroit
, qui eſt un des plus critiques de toute la
Piece , eft manié avec tant d'art , de fineffe & de
difcretion , que les peres ne fçauroient s'en offenfer
, ni les enfans s'en prévaloir.
Thémifte , irrité du refus opinâtre d'Antinous,
le chaffe de fa prefence , & lui deffend de paroîtte
devant fes yeux. Celui-ci prend cet ordre rigoureux
à la lettre , & fonge déja à fuir loin de la
maifon paternelle . On en avertit fon oncle , qui
l'arrête & le mene chez un de fes amis , où il le
fait garder, Cependant le pere donne fes ordres à
Diaphanes , fon Valet , de faire venir promptement
le Tailleur pour prendre la meſure d'un
habit Ecclefiaftique à fon fils Agathocle . Enſuite
il fe retire dans fon Appartement , où en ouvrant
de Livre divin dont Théobule lui a fi fort recommandé
la lecture , il trouve une Lettre que fon
fils Antinous avoit inferée avant que
y
de partir;
elle eft conçue en ces tetmes : J'obéis enfin , mor
pere, & puifque vous me le commandez , je
dérobe à votre colere un fils qui a le malheur
de vous déplaire. Eloigné de vous .. Thémiſte
ne fe donne pas le temps de lire la Lettre toute
entiere , & retourne auffi - tôt fur le Théatre , où
il rencontre Agatocle , triftement occupé des préparatifs
de fa nouvelle métamorphofe ; dans le
trouble où il eft , il ne fe fouvient plus de l'ordre
qu'il a donné , & renvoye le Tailleur . Il demande
des nouvelles d'Antinous , & perfonne ne peut
lui apprendre ni quand , ni comment , ni en quel
lieu il s'eft enfui. Agatocle demande auffi-tôt la
permiffion de l'aller chercher. Diaphanes eft chargé
de cette commiffion. Le pere lit une feconde
fois la Lettre , & peint fur fon vifage, en la lifant,
?.
•
aufli
564 MERCURE DE FRANCE .
uffi - bien que dans les paroles qui lui échappént,
l'amour , la colere , la crainte , l'efperance , l'indignation
& la pitié qui l'agitent tour à tour.
Ici l'Auteur Dramatique triomphe & fe fert
avec avantage de la connoiffance qu'il a du coeur
humain. Philocles arrive fur ces entrefaites &
profite de Perreur de fon frere pour lui faire de
juftes reproches fur fon infenfibilité , ſa ſimplicité
& fa prévention. Allez maintenant , lui ditil,
allez vous confoler avec votre cher Théobule,
fuivez encore fes bons confeils , vous en voyez
le fruit , &c. Enfin après l'avoir amené au point
de repentir & de docilité neceffaire pour en être
écouté favorablement , il lui déclare que le jeune
Deferteur n'eft pas fi loin qu'il fe l'imagine ; mais
qu'il ne peut le lui rendre qu'à deux conditions.
La premiere, qu'il ne le forcera point d'embraffer
un genre de vie pour lequel il marque tant de répugnance.
La feconde condition eft que l'entrée
de fa maifon fera interdite à ce brouillon , qui y
met le trouble & la divifion . Ce fecond article
fouffre quelque difficulté de la part de Thémiſte
qui n'y foufcrit qu'avec peine; mais que ne fait- on
pas pour recouvrer un fils que l'on chérit tendrement
! Thémiſte promet tout , confent à tout.
A peine fa parole en eft -elle donnée , que Diaphanes
vient annoncer Théobule. Rien de plus
comique que l'embarras du Maître en ce moment
le laiffera -t-il entrer ou lui fera-t-il dire
qu'il ne peut le voir ? Il veut & ne veut pas ;
ofe & n'ofe point. Philocles fe divertit de fa foibleffe
, & puis pour fe donner un autre plaifir ,
non moins fenfible , qui eft de faire connoître
à un fourbe que l'on n'eft point fa duppe , il or
donne à Diaphanes d'introduire Théobule. Le
benin perfonnage s'avance d'un air modeſte &
falue les deux freres avec un compliment qui s'adreg
il
MARS. 1730. 566
reffe à l'un & à l'autre ; l'Officier y répond par
une grande réverence , & entre d'abord en matiere
fur des connoiffances qu'il a eues par le
Valet. Il fait à l'homme de bien plufieurs queftions
qui le furprennent & l'inquietent. Sa furprife
& fon trouble augmentent , lorfqu'il apperçoit
qu'on eft inftruit du revenu de certain Benefice
qu'il avoit envie de faire réfigner à Agathocles
, & du partage , fans doute , qu'il fe propofoit
d'en faire. Confus &-outré de douleur de
voir la mine éventée , il fe plaint qu'on l'outrage
qu'on le prend pour quelqu'autre , que l'on infulte
à fa Religion , & là -deffus il fe retire.
le
Théobule étant ainfi congedié , Thémifte &
Philocles raiſonnent enſemble, & conviennent que
puifque Paîné ne veut point de la Charge que
pere exerce , il faut la faire paffer à fon frere
Agathocle , & laiffer prendre le parti des Armes
à Antinous. Ils confultent l'inclination d'Agathocle
, & la trouvent conforme à leur arrangement.
Philocles va chercher lui -même Antinous,
qui fe jette en entrant aux pieds de fon pere pour
fui demander pardon de la faute qu'il a commife.
Thémifte le releve , & après une legere répri
mande qu'il n'a pas même le courage de lui faire
il accorde au coupable fa grace , & l'interroge
fçavoir , s'il confent à ce que fon cadet ait la
Charge qui lui étoit deftinée , comme à l'aîné
de la famille. Antinous protefte qu'il en eft ravi ;
qu'il aime fon frere , & qu'il ne défire rien tant
que de le voir heureux. Thémifte voudroit auffi
lui annoncer fon fort & le fonder fur la profeffon
militaire ; mais Philocles qui fçait combien
la licence des armes eft pour de jeunes coeurs un
appas féduifant , détourne la converfation & fait
Agne à fon neveu de réiterer fes excufes & fes
zemercimens. Themifte embraffe fes deux fils, &
?
Jep
366 MERCURE DE FRANCE .
les renvoye contens , & charmez de leur nouvelle
deftinée. Le Magiftrat plus content qu'eux d'avoir
fi aifément & fi naturellement procuré leur
felicité , rend graces à fon frere de la joye & de la
paix qu'il goute ; il lui promet de ne plus fuivre à
l'avenir d'autres avis que les fiens . Philocles profite
de ce dernier moment d'une action ſi inſtructive
pour lui donner les leçons les plus fenſées fur la
Vocation des enfans . Enfin adreffant la parole à
ceux-cy , il les avertit de ne point s'engager témerairement
dans aucun état , d'en remplir conftammint
tous les devoirs lorfqu'ils s'y feront engagez
& de juftifier par leur perfeverance le
choix qu'ils auront fait prudemment , librement
& courageufement.
Pour ne rien omettre de ce qui regarde les vocations
forcées , l'Auteur a introduit dans fa
Piece deux Perfonnages épifodiques. L'un eft
d'un jeune homme , ( Théophile ) qui ayant
beaucoup d'agrémens exterieurs & de qualitez
capables de briller aux yeux du monde , fonge
à la retraite pour laquelle il fe fent un attrait puiffant
; l'autre, du pere de ce jeune homme, ( Ďeuterophile
) qui voudroit le retenir dans le monde
& qui ne feroit pas fàché que fon fils aîné prît le
parti de la folitude , parce qu'il n'a pas certains
avantages du corps , quoi qu'il ait tous les talens
de l'efprit toutes les qualitez du coeur neceffaires
pour faire un bon Citoyen , utile à fa famille
& à fa Patrie . Thémifte lui donne fur cela des
avis fages , & fait voir que tel qui penſe mal fur
la deftination de fes propres enfans , peut raifonner
jufte fur ce qui regarde l'établiſſement des
enfans d'autrui.
On peut dire que cette Comedie Latine qui a
merité les éloges d'un grand nombre de Conaoiffeurs
, n'a rien perdu de fa beauté dans la ré
préſentation
1"
候
MAR S. 1720.
F
7
préfentation. Elle a été précedée d'une espece de
Paftorale fur la Naiflance de Monfeigneur le
Dauphin. Ce fujet fut celebré dans plufieurs Idyles
récitées par des Bergers. Il feroit à fouhaiter
que ceux d'entre les Rhetoriciens qui ont le plus
travaillé à ces Poëfies , vouluffent bien en faire
part au Public , & prendre déja leur place fur le
Parnaffe. En attendant nous tirerons du Programe
imprimé les Vers qui ont été chantez après
les Idyles ,fur un Air compofé par M. Campra
qu'on trouvera ici gravé.
Rhétorique , fit reprefenter le mois paffé par
les Rhétoriciens du College de Louis le Grand ,
une petite Piece Latine , d'un Acte , intitulée : les
Vocations forcées. Le deffein de l'Auteur a été
de faire voir qu'il eft d'une extrémne confequence
de laiffer à un jeune homme la liberté de fe choifir
le genre de vie auquel Dieu l'appelie , foit par
attrait , foit par raifon , ou plutôt par l'un &
Pautre tout à la fois.
PROA
158 MERCURE DE FRANCE.
+
PROLOGUE.
Le Ciel , en nous donnant la vie ,
Nous affervit aux mêmes lois ,
Mais pour le bien de la Patrie ,
Il nous forme à divers emplois.
L'un doit , à couvert des allarmes ,
Dicter les Arrêts de Thémis ;
L'autre , par la force des armes ,
Repouffer nos fiers ennemis .
Celui-ci , pour donner l'exemple ,
Revêtu d'un honneur facré ,
Doit faire réverer le Temple ,.
Où lui-même il eſt reveré.
Celui-là dans la folitude ,
Où l'Amour Divin la conduit ,
Doit mettre toute ſon étude ,
A fuir le monde qui le fuit.
En marquant ces routes diverſes ,
Le Ciel nous y veut faire entrer ,
Mais que nos volontez perverſes ,.
Font d'efforts pour nous égarer !
Nous entrons fouvent par caprice ,
Dans le chemin le plus battu ;
Et nous commençons par le vice ,.
Pour arriver à la vertu .
Souvent une force étrangère ,
Captive notre liberté ;
E
MARS.
1730. $59
Et l'on eft
par
le choix d'un Pere,
Ce qu'on n'auroit jamais été.
Encor fi ce choix étoit ſage ;
Mais , helas ! que confulte-t-on !
Le hazard , l'interêt , l'ufage ,
Et prefque jamais la raiſon.
En vain le Ciel & la Nature ,
Condamnent cet aveugle choix ;
En vain notre coeur en murmure
On n'en écoute point la voix .
Ainfi voit-on l'Enfant timide ,
Qui fur les lys devroit s'affeoir ,
Forcé par un ordre homicide ,
Porter la main à l'Encenſoir.
Ainfi l'on voit croupir fans gloire ,
Dans le crime ou dans le repos ,
Le Magiftrat que la victoire ,
Eût compté parmi fes Heros .
Ici,j'apperçois l'innocence .
Qu'on arrache aux facrez Autels ;
Et qu'une injufte violence ,
Immole à des Dieux criminels.
Là, je vois marcher la Victime,
Qu'on facrifie à l'interêt :
Une autorité légitime ,
Porte un illegitime Arrêt.
Peres cruels & parricides ,
Sufpendez un coupable effort
Songez que vous êtes nos guides ,
Nor
360 MERCURE DE FRANCE.
Non les maîtres de notre fort.
Vous pouvez nous montrer la route,
Où nous devons porter nos pas ;
La raifon veut qu'on vous écoute
Mais conduifez , ne forcez pás.
Un choix dont les périls extrêmes ,
Nous menacent bien plus que vous ;
Un choix qui fe fait
pour nous-mêmes
Ne doit pas fe faire fans nous.
Tels font les avis falutairės
Que nous allons donner ici.
Eft- ce à nous d'inftruire nos Peres
Ils s'inftruiront & nous auffi.
Noms & Perfonnages des Altars.
Thémifte , Homme de Robe. Claude Teffier.
Antinous , fils aîné de Thémifte. Emmanuel
de Duras.
Agathocle , fecond fils de Thémiste. Vincent.
Michel Magnons
Philocles , Officier , frere de Thémifte. Michel
Larcher.
Deuterophile , autre Homme de Robe. Jacques
Galland.
Théophile , fils de Deuterophile. Louis - Marie de
la Salle.
Théobule , faux Dévot & faux Sçavant. Eugene
Blondel d'Aubert.
André de Creil . Himaturgus , Tailleur.
Diaphanes , Valet de Thémiſte. Louis Déſpreménil.
Thémifte , ancien Magiftrat , a deux fils , Anfinous
MARS. 17307 561
tinous & Agathocle ; le premier eft de ces jeunes
gens qui à la vivacité de l'efprit , à la franchiſe
du coeur , à la nobleffe des fentimens & à l'aifance
des manieres , ne joignent que trop ordinairement
un fond de legereté , d'impétuofité ,
d'inapplication & d'opiniâtreté qui les rend en
nemis du travail & de la contrainte. Le fecond à
des moeurs plus douces , un naturel heureux , de
la pieté même & de la Religion , mais il appréhende
de s'engager dans un état qui demande
une vocation particuliere , & pour lequel il ne fe
fent aucun attrait . Le Pere cependant deſtine Antinous
à la Robe , quelqu'oppofée qu'elle foit à
fes penchants & à les qualitez naturelles. Il eft
Paîné , il faut qu'il entre dans la Magiftrature,
Agathocle fuivroit volontiers le Barreau & feroit
un fort bon Juge,le refpect au contraire dont il eft
penetré pour le facré Miniftere , lui en fait redouter
les faintes & pénibles fonctions. N'importe
, Thémifte ne confulte ni fon goût , ni fes
répugnances ; il eft cadet , il faut qu'il foit établi
dans l'Eglife. Leur fort eft ainfi reglé , de
Pavis d'un certain Théobule , homme adroit &
rufé , fourbe & impofteur , gagnant & imperieux
qui abufe de la confiance de Thémifte , & qui
fous le mafque d'une pieté apparente & d'un attachement
fimulé , cache la malice de l'ame la
plus baffe , la plus intereffée & la plus ambitieuſe.
Antinous & Agathocle , qui fçavent l'empire que
ce faux dévot a fur l'efprit de leur pere , ne peuvent
fe réfoudre à obéir dans fa perfonne à un
vifionnaire qu'ils déteftent. Ils ont recours à la
fageffe & à la tendreffe de leur oncle Philocles.
Ce brave Officier qui foutient dans toute la Piece
un caractere de probité , d'honneur & de zele
auquel l'Affemblée a donné de frequents applau
diffements , combat les préjugez de ſon frere fur
la
662 MERCURE DE FRANCE.
la deſtination de fes neveux. Thémiſte ſe récrie
d'abord à l'impieté , à la rebellion & au defordre;
il en appelle à la Nature , à la raiſon & à l'uſage.
Philocles a beau lui repréfenter que la Nature
defavouë , que la raifon condamne & que l'ufage
ne juftifie point le pere qui facrifie le bonheur de
fon fils à la cupidité ou à l'ambition ; que le
meilleur fujet devient fouvent dans une vocation
forcée , inutile à l'Etat & plus fouvent encore
à fa famille qu'il deshonore : le bon vieillard prévenu
& féduit , ne conçoit pas comment dans
une famille Patricienne l'aîné des enfans n'appartient
pas de droit naturel à la Robbe & le
cadet au Sacerdoce. Philocles en le quittant déplore
fon aveugle entêtement , & tâche de lui
infpirer quelque défiance fur la vertu , la droiture
& la doctrine prétenduë celeſte de fon Confident.
D
Théobule arrive dans ce moment & d'un coup
d'oeil jetté amoureufement vers le Ciel , accompagné
d'un foupir dévotement ménagé , il détruit
tout ce que Philocles à pú avancer ; puis prenant
un ton fententieux & emphatique : Le Ciel , dit-il
à Thémiftes , exige de vous en cette occafion
un coup d'autorité. Vous êtes pere , il est vrai ,
quand vos enfans font foumis à vos volontez
mais quand ils fe départent du respect & de
Fobéiffance , vous devez agir en maître & en
fouverain.Le Magiftrat pouffé par les fuggeſtions
de cet homme frauduleux , fait comparoître devant
lui Antinous . & Agathocles. Il dit à l'Aîné
qu'il veut & prétend qu'il foit homme de Robe
& déclare au cadet qu'il va inceffamment le confacrer
au fervice des Autels. Les deux freres font
confternez , & paroiffent comme frappez de la
foudre. L'aîné parle ferme & refifte. Le cadet
fond en larmes , & reprefente. Tous deux , après
Pavoir affuré du refpect infini qu'ils ont pour les
$
ordres
MARS. 1730. 563
ordres , le conjurent de pefer mûrement ce qu'il
eft en droit de leur commander , & ce que de
leur côté ils peuvent ou doivent executer. Cet endroit
, qui eſt un des plus critiques de toute la
Piece , eft manié avec tant d'art , de fineffe & de
difcretion , que les peres ne fçauroient s'en offenfer
, ni les enfans s'en prévaloir.
Thémifte , irrité du refus opinâtre d'Antinous,
le chaffe de fa prefence , & lui deffend de paroîtte
devant fes yeux. Celui-ci prend cet ordre rigoureux
à la lettre , & fonge déja à fuir loin de la
maifon paternelle . On en avertit fon oncle , qui
l'arrête & le mene chez un de fes amis , où il le
fait garder, Cependant le pere donne fes ordres à
Diaphanes , fon Valet , de faire venir promptement
le Tailleur pour prendre la meſure d'un
habit Ecclefiaftique à fon fils Agathocle . Enſuite
il fe retire dans fon Appartement , où en ouvrant
de Livre divin dont Théobule lui a fi fort recommandé
la lecture , il trouve une Lettre que fon
fils Antinous avoit inferée avant que
y
de partir;
elle eft conçue en ces tetmes : J'obéis enfin , mor
pere, & puifque vous me le commandez , je
dérobe à votre colere un fils qui a le malheur
de vous déplaire. Eloigné de vous .. Thémiſte
ne fe donne pas le temps de lire la Lettre toute
entiere , & retourne auffi - tôt fur le Théatre , où
il rencontre Agatocle , triftement occupé des préparatifs
de fa nouvelle métamorphofe ; dans le
trouble où il eft , il ne fe fouvient plus de l'ordre
qu'il a donné , & renvoye le Tailleur . Il demande
des nouvelles d'Antinous , & perfonne ne peut
lui apprendre ni quand , ni comment , ni en quel
lieu il s'eft enfui. Agatocle demande auffi-tôt la
permiffion de l'aller chercher. Diaphanes eft chargé
de cette commiffion. Le pere lit une feconde
fois la Lettre , & peint fur fon vifage, en la lifant,
?.
•
aufli
564 MERCURE DE FRANCE .
uffi - bien que dans les paroles qui lui échappént,
l'amour , la colere , la crainte , l'efperance , l'indignation
& la pitié qui l'agitent tour à tour.
Ici l'Auteur Dramatique triomphe & fe fert
avec avantage de la connoiffance qu'il a du coeur
humain. Philocles arrive fur ces entrefaites &
profite de Perreur de fon frere pour lui faire de
juftes reproches fur fon infenfibilité , ſa ſimplicité
& fa prévention. Allez maintenant , lui ditil,
allez vous confoler avec votre cher Théobule,
fuivez encore fes bons confeils , vous en voyez
le fruit , &c. Enfin après l'avoir amené au point
de repentir & de docilité neceffaire pour en être
écouté favorablement , il lui déclare que le jeune
Deferteur n'eft pas fi loin qu'il fe l'imagine ; mais
qu'il ne peut le lui rendre qu'à deux conditions.
La premiere, qu'il ne le forcera point d'embraffer
un genre de vie pour lequel il marque tant de répugnance.
La feconde condition eft que l'entrée
de fa maifon fera interdite à ce brouillon , qui y
met le trouble & la divifion . Ce fecond article
fouffre quelque difficulté de la part de Thémiſte
qui n'y foufcrit qu'avec peine; mais que ne fait- on
pas pour recouvrer un fils que l'on chérit tendrement
! Thémiſte promet tout , confent à tout.
A peine fa parole en eft -elle donnée , que Diaphanes
vient annoncer Théobule. Rien de plus
comique que l'embarras du Maître en ce moment
le laiffera -t-il entrer ou lui fera-t-il dire
qu'il ne peut le voir ? Il veut & ne veut pas ;
ofe & n'ofe point. Philocles fe divertit de fa foibleffe
, & puis pour fe donner un autre plaifir ,
non moins fenfible , qui eft de faire connoître
à un fourbe que l'on n'eft point fa duppe , il or
donne à Diaphanes d'introduire Théobule. Le
benin perfonnage s'avance d'un air modeſte &
falue les deux freres avec un compliment qui s'adreg
il
MARS. 1730. 566
reffe à l'un & à l'autre ; l'Officier y répond par
une grande réverence , & entre d'abord en matiere
fur des connoiffances qu'il a eues par le
Valet. Il fait à l'homme de bien plufieurs queftions
qui le furprennent & l'inquietent. Sa furprife
& fon trouble augmentent , lorfqu'il apperçoit
qu'on eft inftruit du revenu de certain Benefice
qu'il avoit envie de faire réfigner à Agathocles
, & du partage , fans doute , qu'il fe propofoit
d'en faire. Confus &-outré de douleur de
voir la mine éventée , il fe plaint qu'on l'outrage
qu'on le prend pour quelqu'autre , que l'on infulte
à fa Religion , & là -deffus il fe retire.
le
Théobule étant ainfi congedié , Thémifte &
Philocles raiſonnent enſemble, & conviennent que
puifque Paîné ne veut point de la Charge que
pere exerce , il faut la faire paffer à fon frere
Agathocle , & laiffer prendre le parti des Armes
à Antinous. Ils confultent l'inclination d'Agathocle
, & la trouvent conforme à leur arrangement.
Philocles va chercher lui -même Antinous,
qui fe jette en entrant aux pieds de fon pere pour
fui demander pardon de la faute qu'il a commife.
Thémifte le releve , & après une legere répri
mande qu'il n'a pas même le courage de lui faire
il accorde au coupable fa grace , & l'interroge
fçavoir , s'il confent à ce que fon cadet ait la
Charge qui lui étoit deftinée , comme à l'aîné
de la famille. Antinous protefte qu'il en eft ravi ;
qu'il aime fon frere , & qu'il ne défire rien tant
que de le voir heureux. Thémifte voudroit auffi
lui annoncer fon fort & le fonder fur la profeffon
militaire ; mais Philocles qui fçait combien
la licence des armes eft pour de jeunes coeurs un
appas féduifant , détourne la converfation & fait
Agne à fon neveu de réiterer fes excufes & fes
zemercimens. Themifte embraffe fes deux fils, &
?
Jep
366 MERCURE DE FRANCE .
les renvoye contens , & charmez de leur nouvelle
deftinée. Le Magiftrat plus content qu'eux d'avoir
fi aifément & fi naturellement procuré leur
felicité , rend graces à fon frere de la joye & de la
paix qu'il goute ; il lui promet de ne plus fuivre à
l'avenir d'autres avis que les fiens . Philocles profite
de ce dernier moment d'une action ſi inſtructive
pour lui donner les leçons les plus fenſées fur la
Vocation des enfans . Enfin adreffant la parole à
ceux-cy , il les avertit de ne point s'engager témerairement
dans aucun état , d'en remplir conftammint
tous les devoirs lorfqu'ils s'y feront engagez
& de juftifier par leur perfeverance le
choix qu'ils auront fait prudemment , librement
& courageufement.
Pour ne rien omettre de ce qui regarde les vocations
forcées , l'Auteur a introduit dans fa
Piece deux Perfonnages épifodiques. L'un eft
d'un jeune homme , ( Théophile ) qui ayant
beaucoup d'agrémens exterieurs & de qualitez
capables de briller aux yeux du monde , fonge
à la retraite pour laquelle il fe fent un attrait puiffant
; l'autre, du pere de ce jeune homme, ( Ďeuterophile
) qui voudroit le retenir dans le monde
& qui ne feroit pas fàché que fon fils aîné prît le
parti de la folitude , parce qu'il n'a pas certains
avantages du corps , quoi qu'il ait tous les talens
de l'efprit toutes les qualitez du coeur neceffaires
pour faire un bon Citoyen , utile à fa famille
& à fa Patrie . Thémifte lui donne fur cela des
avis fages , & fait voir que tel qui penſe mal fur
la deftination de fes propres enfans , peut raifonner
jufte fur ce qui regarde l'établiſſement des
enfans d'autrui.
On peut dire que cette Comedie Latine qui a
merité les éloges d'un grand nombre de Conaoiffeurs
, n'a rien perdu de fa beauté dans la ré
préſentation
1"
候
MAR S. 1720.
F
7
préfentation. Elle a été précedée d'une espece de
Paftorale fur la Naiflance de Monfeigneur le
Dauphin. Ce fujet fut celebré dans plufieurs Idyles
récitées par des Bergers. Il feroit à fouhaiter
que ceux d'entre les Rhetoriciens qui ont le plus
travaillé à ces Poëfies , vouluffent bien en faire
part au Public , & prendre déja leur place fur le
Parnaffe. En attendant nous tirerons du Programe
imprimé les Vers qui ont été chantez après
les Idyles ,fur un Air compofé par M. Campra
qu'on trouvera ici gravé.
Fermer
Résumé : Les Vocations forcées. Piece d'un Acte, [titre d'après la table]
Le Père Porée, jésuite et professeur de rhétorique, a supervisé la représentation de la pièce latine 'Les Vocations forcées' par les rhétoriciens du Collège de Louis le Grand. Cette œuvre met en avant l'importance de laisser à un jeune homme la liberté de choisir son mode de vie, que ce soit par attrait, raison ou les deux à la fois. La pièce commence par un prologue où le Ciel est présenté comme formant les individus à divers emplois pour le bien de la patrie. Cependant, les volontés perverses et les forces étrangères peuvent égarer les individus, les poussant à choisir des voies qui ne leur conviennent pas. Le texte critique les choix imposés par les pères, souvent influencés par le hasard, l'intérêt ou l'usage, plutôt que par la raison. L'histoire se concentre sur Thémiste, un ancien magistrat, et ses deux fils, Antinous et Agathocle. Thémiste, influencé par un faux dévot nommé Théobule, destine Antinous à la robe et Agathocle au sacerdoce, malgré leurs inclinations contraires. Antinous, vif et impétueux, refuse cette voie, tandis qu'Agathocle, pieux mais craintif, redoute les fonctions sacerdotales. Leur oncle Philocles, un officier probe et zélé, tente de raisonner Thémiste, mais ce dernier reste obstiné. La pièce atteint son point critique lorsque Thémiste, irrité par la résistance d'Antinous, le chasse. Antinous songe à fuir, mais est arrêté par son oncle. Thémiste, après avoir lu une lettre d'Antinous, se radoucit et accepte les conditions de Philocles : ne pas forcer Antinous à embrasser une vie qui lui répugne et exclure Théobule de sa maison. Thémiste accepte finalement de laisser Antinous choisir la voie des armes et Agathocle la charge de magistrat. La pièce se termine par la réconciliation et la joie des deux fils, ainsi que par les remerciements de Thémiste à son frère pour la paix retrouvée. Philocles profite de ce moment pour donner des leçons sur la vocation des enfants. Le texte mentionne également deux personnages épisodiques : Théophile, un jeune homme charmant et talentueux qui choisit de se retirer du monde malgré ses qualités, et Deuterophile, son père, qui souhaite le retenir dans le monde. Thémiste donne des conseils sages à Deuterophile, montrant que ses jugements sur ses propres enfants peuvent être différents de ceux concernant les enfants des autres. La comédie, qui a reçu les éloges de nombreux connaisseurs, a été représentée en mars 1720 et a été précédée d'une pastorale célébrant la naissance du Dauphin. Cette pastorale, composée de plusieurs idylles récitées par des bergers, a été suivie de vers chantés sur un air composé par M. Campra. Le texte exprime le souhait que les rhétoriciens ayant travaillé à ces poèmes les partagent avec le public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1286
p. 569-576
Tragedie de Callisthene, [titre d'après la table]
Début :
Les Comediens François ont cessé les Représentations de la Tragedie de Callisthene ; M. Piron [...]
Mots clefs :
Callisthène, Coeur, Rival, Auteur, Soeur, Vainqueur, Amour, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tragedie de Callisthene, [titre d'après la table]
Les Comediens François ont ceffé les Repréfentations
de la Tragedie de Callifthene ; M. Piqui
en eft l'Auteur , avoit donné l'année
derniere une Comédie en cinq Actes , fous le titre
des Fils Ingrats , & avoit fait juger par la
force de fa verfification , qu'il étoit en état de
chauffer le Cothurne, quand il lui plairoit.Nos efperances
n'ont point été trompées; Callifthene eſt
rempli d'une infinité de Vers des plus forts & des
plus nerveux qu'on ait encore entendus fur leThéa
tre François. La premiere Repréfentation fut tu-
Gij multueufe
570 MERCURE DE FRANCE .
multueufe , comme il arrive affez fouvent ; la
conftitution de la Fable ne fit pas tout le plaifir
auquel on s'étoit attendu ; mais les gens équitables
n'en attribuerent la faute qu'au fujet qui n'eft
pas fufceptible d'une action fort intereffante ; ce
contretemps n'empêcha pas qu'on ne rendît juftice
à la main de l'Ouvrier , & qu'on n'y revint
le lendemain en grand concours , pour y entendre
une feconde fois ce qu'on y avoit trouvé
d'admirable, ce qui continua avec le même fuccès.
Le Lecteur s'attend à en trouver un Extrait ici ,
mais n'ayant pas affez vû la Piece pour le pouvoir
donner tel que nous fouhaiterions , nous
nous contenterons d'en donner une espece d'Argument
, nous réſervant d'en mieux détailler les
beautez quand la Piece aura été imprimée.
Callifthene étoit un Philofophe Lacédémonien,
qu'Alexandre le Grand attacha auprès de fa Perfonne
& pour lequel il eut toûjours une confideration
qui alloit jufqu'au refpect . Ce Spartiate,
pour qui le nom de Conquerant n'avoit pas un
grand attrait , ne laiffa pas d'approuver les premiers
Exploits d'Alexandre , contre les Perfans ;
c'étoit une douce confolation pour lui de voir
porter le fer & la flamme chez des Peuples qui les
avoient fi fouvent portez dans le fein de ſa Patrie
& par toute la Grece ; mais la Perſe étant détruite
, il trouva mauvais que le Vainqueur voulût
défoler le refte du monde , il lui repréſenta
qu'il devoit s'en tenir à fes premieres conquêtes ;
bien plus , Alexandre , fe difant fils de Jupiter &
voulant que toute fon Armée l'honorât de ce
titre glorieux , qui devoit contribuer à rendre fes
Soldats d'autant plus courageux qu'ils croiroient
leur Chef invincible ; Callifthene lui refufa ce
nom , & lui fit entendre qu'une telle impofture
'alloit qu'à le deshonorer.
Cette
MARS. 1720. 571
Cette derniere circonftance fait tout le fujet de
la Tragedie , & femble dégrader Alexandre. Il eft
vrai que ce n'eft point là le feul crime dont ce
Roi irrité accufe Callifthene. C'est pour avoir
trempé dans la conjuration d'Hermolaus , qu'il
veut le faire mourir dès le premier Acte ; mais
Lifimachus prénd fi bien fa deffenſe , qu'Alexandre
eft forcé d'avouer à ce dernier , qu'aucun des
Conjurez n'a déclaré fon ami complice . Il promet
non-feulement de lui rendre la liberté , mais
de le combler de bienfaits , pourvû qu'il foit plus
retenu dans fes paroles & moins auftere dans fes
moeurs ; il n'ofe lui dire qu'il feroit parfaitement
réconcilié avec lui, s'il confentoit qu'on l'appellât
fils de Jupiter.
La promeffe qu'Alexandre a faite à Lifimachus
de rendre la vie & la liberté à Callifthene , n'empêche
pas qu'il ne tremble pour les jours ; il y
prend trop d'interêt pour être fans crainte , &
cet interêt eft d'autant plus vif , qu'il agit nonfeulement
en Ami , mais en Amant ; il a vú la
foeur de Callifthene à Sparte , il l'a aimée , &
c'eft ce qui lui rend les jours du frere encore plus
chers ; Plutarque fait de ce même Lifimachas un
des plus ardents accufateurs du frere de Leonide
, ( c'eft le nom que l'Auteur donne à la foeur
du Heros de fa Tragedic; ) on voit bien que ce
n'eft que malgré lui qu'il a mis de l'amour dans
fa Piece , & que Léonide eft un Perfonnage dont
il auroit pû fe paffer , puifqu'elle ne fait rien que
Callifthene ne pût faire. Anaxarque,ennemi mortel
de Callifthene & flatteur d'Alexandre , n'avoit
pas befoin d'être Amant pour être Rival de Lifimachus
; la feule ambition étoit plufque fuffifante
pour les rendre jaloux l'un de l'autre.
Anaxarque eft un de ces perfonnages odieux ,
qui ne font jamais agréables aux Spectateurs ,
Giij quel372
MERCURE DE FRANCE.
quelques beaux Vers qu'un Auteur leur mette
dans la bouche , en effet , rien n'eft mieux écrit, ni
plus également tourné que la defcription que
fait Anaxarque des Jeux des filles & des femmes
Spartiates , dont la foeur de Callifthene étoit le
principal ornement , & dont il devint éperdument
amoureux , fans qu'il fçût de qui elle avoit
reçû le jour. Anaxarque s'exprime ainfi :
'Apprenez feulement comme au fond de mon
coeur '
pas ;
L'Amour le plus ardent lança le Trait vainqueur,
Quand de Perfépolis méditant la conquête ,
Tous les Grecs eurent mis Alexandre à leur tête :
Pour moi qui de fa part au bord de l'Euròtas ,
Mandiai des fecours que nous n'obtinmes
Le jour que je quittai cette Ville orgueilleuse ,
Que les Loix de Lucurgue ont rendu fi fameufe;
La Jeuneffe intrépide y celebroit des Jeux ,
Dont le Prix difputé refte au plus courageux.
Je m'approchai du Cirque, & j'y vis la Vaillance,
Par la témerité , s'annoncer dès l'enfance,
J'admirai quelque temps les Eleyes de Mars ;
Mais un plus beau Spectacle attachoit mes regards
;
La plus tendre moitié de l'efpoir des familles ,
Tout ce que Sparte avoit de rare entre fes filles ;
La Couronne à la main , affiftant au combat ,
Y brilloient à l'envi du plus naïf éclat.
On veut être invincible aux yeux de ce qu'on aime;
Et de Licurgue ainfi la ſageſſe ſuprême ,
Voulut
MAR S. 1730. 573
Voulut que la Beauté triomphant en ce jour ,
Allumât le couragé en infpirant l'amour.
D'inutiles atours ne brilloient point fur elles
Le luxe eût avili leurs graces naturelles ;
La fimple modeftie étoit leur vêtement ,
Et l'aimable pudeur leur unique ornement.
Quelle ame à cet aſpect ne ſe fût
Parmi cent beaux objets où s'égaroiť ma vûë
J'en vis un , qui bientôt fixa par
pas
émuë !
fes attraits ,
Mes yeux pour un moment & mon coeur pour
jamais.
" Celle qu'au même lieu ramenerent nos armes
La fille de Tindare , Helene cut moins de charmes.
Plein d'un feu juſqu'alors à mon coeur inconnu ,
Surpris , frappé , ravi , sien né m'eût retenu.
J'allois fendant la preffe , en Amant témeraire ,
Par un aveu public l'offenfer ou lui plaire.
Quand du Peuple attentif la fondaine clameur
Marqua la fin des Jeux par le nom du Vainqueur.
La foule fe difperfe & m'entraîne avec elle ;
Aux foins d'un prompt retour mon devoir me
rappelle ,
J'y pourvois, & je pars fans pouvoir être inſtruit.
Du nom de la Beauté dont l'image me fuit.
J'efperois Feffacer , mais , Dieux ! qui l'eût på
croire !
Le temps de plus en plus la grave en ma mémoire
G iiij
Plus
374 MERCURE DE FRANCE :
Plus je veux l'oublier , plus je crois la revoir."
L'abſence , la raiſon , juſqu'à mon peu d'eſpoir ;
Tout eft un aliment au feu qui me confume.
Ce feu plus que jamais , aujourd'hui ſe rallume ;
Et je retourne enfin , loin qu'il foit amorti
Plus amoureux cent fois que je ne fuis parti
"
Ce ne font pas là les feuls Vers , à beaucoup
près , que nous aurions voulu apprendre par
coeur , pour en faire part au Lecteur.
Leonide touchée du péril qui menace les jours
de fon frere , arrive dès le ſecond Acte ; mais
ce n'eft que dans le quatrième qu'Anaxarque apprend
que Lifimachus eft fon Rival , & Rival
aimé , il efpere pourtant fe rendre heureux &
arracher Léonide à Lifimachus par la faveur
d'Alexandre , qu'il efpere de fe rendre favorable
en flattant la paffion dominante qu'il a de paffer
pour fils de Jupiter ; voici comment il s'y prend :
Alexandre s'étant réconcilié avec Callifthene
& lui ayant promis de lui rendre toute fa confiance
, affemble fes Lieutenans Generaux , & leur
déclare en preſence de Callifthene , qu'il ne veut
pas languir dans un repos fatal à ſa gloire , &
qu'il prétend que fes conquêtes n'ayent point
d'autres bornes que celles du monde ; encore
voudroit- il qu'il y en eût plufieurs à conquerir.
Après une très-belle tirade qui met fon ambition
dans fon plus grand jour , il fe retire . C'eſt delà
qu'Anaxarque prend occafion de dire qu'un Mortel
ne feroit pas capable de former un projet fi
grand & digne des plus grands Dieux ; & qu'ils
ne doivent plus balancer à lui dreffer des Autels ,
& à l'adorer comme fils de Jupiter. Callifthene
ne peut entendre çe blafphême fans frémir ; il
s'cmMARS.
1730. 575
s'emporte contre Anaxarque ; Lifimachus le feconde
, & tous les autres Chefs témoignent leur
indignation par les regards qu'ils jettent fur Anaxarque
; ce dernier fait entendre à Callifthene ,
avec qui il refte feul, qu'il ne doit pas efperer qu'Alexandre
lui pardonne ce dernier crime ; il lui
offre en même-temps de faire fa paix avec ce
Roi irrité , à condition qu'il l'acceptera pour
Gendre ; Callifthene ne daigne pas lui répondre
un feul mot , & le quitte avec le dernier mépris ,
ce qui acheve de déterminer Anaxarque à le perdre
avec fon Rival .
Alexandre inftruit par Anaxarque de tout ce qui
s'eft paffé , en parle à Callifthene avec beaucoup
d'aigreur ; il a la foibleffe de lui avouer qu'Anaxarque
n'a rien dit que par fon ordre exprès ;
il ordonne à Callifthene de le reconnoître pour
fils de Jupiter , ou de fe réfoudre à mourir. Callifthene
choifit le filence & la mort.
Alexandre jure de perdre cet ennemi prétendu
de fa gloire ; il ordonne à Léonide de fe préparer
à époufer Anaxarque ; Léonide le traite avec le
mépris le plus marqué , qui eft l'ironie.
Voila à peu près ce qui fe paffe dans les quatre
premiers Actes de la Tragedie de Callifthene .
Dans le cinquième , Lifimachus ayant tué Anaxarque
, Alexandre , pour venger la mort de cet
indigne Favori , condamne fon Meurtrier à combattre
un Lion dans une efpece de Cirque. La
victoire que Lifimachus fur un fi terri- remporta
ble ennemi , eft un trait d'Hiſtoire ; mais on n'a
pas trouvé qu'un pareil évenement fût bien néceffaire
pour remplir un cinquiéme Acte , ne
pouvant produire tout au plus qu'un coup dè
furpriſe momentanée , en voyant rentrer für la
Scene un Acteur qu'on vient d'annoncer pour
• mort ; encore ne reffufcite- t-il que pour apporter
G v te
$76 MERCURE DE FRANCE.
le fecours d'un poignard à Callifthene , pour le
Lauver d'un indigne & long efclavage . Callifthene
fe plonge ce poignard dans le coeur en preſence
d'Alexandre , qui en témoigne un tardifrepentir.
Au refte , fi nous avons groffi cet Argument de
quelques Remarques , nous les avons recueillies
du Public ; bien entendu que nous laiffons nes
Lecteurs dans une pleine liberté de les adopter ou
de les rejetter. Ce que nous venons de dire n'empêche
pas que l'Auteur de Calliftene ne ſoit en
état d'égaler nos meilleurs Auteurs Dramatiques.
par ce génie mâle , qui s'eft dévelopé dès fes
premiers Ouvrages ; & par le vrai qui regne dans .
fes maximes, de forte qu'on pourroit avec juftice
lui appliquer ces Vers d'Horace.
.... Cui lecta potenter erit res , °
Necfacundia deferet hunc , nec lucidus ordo
de la Tragedie de Callifthene ; M. Piqui
en eft l'Auteur , avoit donné l'année
derniere une Comédie en cinq Actes , fous le titre
des Fils Ingrats , & avoit fait juger par la
force de fa verfification , qu'il étoit en état de
chauffer le Cothurne, quand il lui plairoit.Nos efperances
n'ont point été trompées; Callifthene eſt
rempli d'une infinité de Vers des plus forts & des
plus nerveux qu'on ait encore entendus fur leThéa
tre François. La premiere Repréfentation fut tu-
Gij multueufe
570 MERCURE DE FRANCE .
multueufe , comme il arrive affez fouvent ; la
conftitution de la Fable ne fit pas tout le plaifir
auquel on s'étoit attendu ; mais les gens équitables
n'en attribuerent la faute qu'au fujet qui n'eft
pas fufceptible d'une action fort intereffante ; ce
contretemps n'empêcha pas qu'on ne rendît juftice
à la main de l'Ouvrier , & qu'on n'y revint
le lendemain en grand concours , pour y entendre
une feconde fois ce qu'on y avoit trouvé
d'admirable, ce qui continua avec le même fuccès.
Le Lecteur s'attend à en trouver un Extrait ici ,
mais n'ayant pas affez vû la Piece pour le pouvoir
donner tel que nous fouhaiterions , nous
nous contenterons d'en donner une espece d'Argument
, nous réſervant d'en mieux détailler les
beautez quand la Piece aura été imprimée.
Callifthene étoit un Philofophe Lacédémonien,
qu'Alexandre le Grand attacha auprès de fa Perfonne
& pour lequel il eut toûjours une confideration
qui alloit jufqu'au refpect . Ce Spartiate,
pour qui le nom de Conquerant n'avoit pas un
grand attrait , ne laiffa pas d'approuver les premiers
Exploits d'Alexandre , contre les Perfans ;
c'étoit une douce confolation pour lui de voir
porter le fer & la flamme chez des Peuples qui les
avoient fi fouvent portez dans le fein de ſa Patrie
& par toute la Grece ; mais la Perſe étant détruite
, il trouva mauvais que le Vainqueur voulût
défoler le refte du monde , il lui repréſenta
qu'il devoit s'en tenir à fes premieres conquêtes ;
bien plus , Alexandre , fe difant fils de Jupiter &
voulant que toute fon Armée l'honorât de ce
titre glorieux , qui devoit contribuer à rendre fes
Soldats d'autant plus courageux qu'ils croiroient
leur Chef invincible ; Callifthene lui refufa ce
nom , & lui fit entendre qu'une telle impofture
'alloit qu'à le deshonorer.
Cette
MARS. 1720. 571
Cette derniere circonftance fait tout le fujet de
la Tragedie , & femble dégrader Alexandre. Il eft
vrai que ce n'eft point là le feul crime dont ce
Roi irrité accufe Callifthene. C'est pour avoir
trempé dans la conjuration d'Hermolaus , qu'il
veut le faire mourir dès le premier Acte ; mais
Lifimachus prénd fi bien fa deffenſe , qu'Alexandre
eft forcé d'avouer à ce dernier , qu'aucun des
Conjurez n'a déclaré fon ami complice . Il promet
non-feulement de lui rendre la liberté , mais
de le combler de bienfaits , pourvû qu'il foit plus
retenu dans fes paroles & moins auftere dans fes
moeurs ; il n'ofe lui dire qu'il feroit parfaitement
réconcilié avec lui, s'il confentoit qu'on l'appellât
fils de Jupiter.
La promeffe qu'Alexandre a faite à Lifimachus
de rendre la vie & la liberté à Callifthene , n'empêche
pas qu'il ne tremble pour les jours ; il y
prend trop d'interêt pour être fans crainte , &
cet interêt eft d'autant plus vif , qu'il agit nonfeulement
en Ami , mais en Amant ; il a vú la
foeur de Callifthene à Sparte , il l'a aimée , &
c'eft ce qui lui rend les jours du frere encore plus
chers ; Plutarque fait de ce même Lifimachas un
des plus ardents accufateurs du frere de Leonide
, ( c'eft le nom que l'Auteur donne à la foeur
du Heros de fa Tragedic; ) on voit bien que ce
n'eft que malgré lui qu'il a mis de l'amour dans
fa Piece , & que Léonide eft un Perfonnage dont
il auroit pû fe paffer , puifqu'elle ne fait rien que
Callifthene ne pût faire. Anaxarque,ennemi mortel
de Callifthene & flatteur d'Alexandre , n'avoit
pas befoin d'être Amant pour être Rival de Lifimachus
; la feule ambition étoit plufque fuffifante
pour les rendre jaloux l'un de l'autre.
Anaxarque eft un de ces perfonnages odieux ,
qui ne font jamais agréables aux Spectateurs ,
Giij quel372
MERCURE DE FRANCE.
quelques beaux Vers qu'un Auteur leur mette
dans la bouche , en effet , rien n'eft mieux écrit, ni
plus également tourné que la defcription que
fait Anaxarque des Jeux des filles & des femmes
Spartiates , dont la foeur de Callifthene étoit le
principal ornement , & dont il devint éperdument
amoureux , fans qu'il fçût de qui elle avoit
reçû le jour. Anaxarque s'exprime ainfi :
'Apprenez feulement comme au fond de mon
coeur '
pas ;
L'Amour le plus ardent lança le Trait vainqueur,
Quand de Perfépolis méditant la conquête ,
Tous les Grecs eurent mis Alexandre à leur tête :
Pour moi qui de fa part au bord de l'Euròtas ,
Mandiai des fecours que nous n'obtinmes
Le jour que je quittai cette Ville orgueilleuse ,
Que les Loix de Lucurgue ont rendu fi fameufe;
La Jeuneffe intrépide y celebroit des Jeux ,
Dont le Prix difputé refte au plus courageux.
Je m'approchai du Cirque, & j'y vis la Vaillance,
Par la témerité , s'annoncer dès l'enfance,
J'admirai quelque temps les Eleyes de Mars ;
Mais un plus beau Spectacle attachoit mes regards
;
La plus tendre moitié de l'efpoir des familles ,
Tout ce que Sparte avoit de rare entre fes filles ;
La Couronne à la main , affiftant au combat ,
Y brilloient à l'envi du plus naïf éclat.
On veut être invincible aux yeux de ce qu'on aime;
Et de Licurgue ainfi la ſageſſe ſuprême ,
Voulut
MAR S. 1730. 573
Voulut que la Beauté triomphant en ce jour ,
Allumât le couragé en infpirant l'amour.
D'inutiles atours ne brilloient point fur elles
Le luxe eût avili leurs graces naturelles ;
La fimple modeftie étoit leur vêtement ,
Et l'aimable pudeur leur unique ornement.
Quelle ame à cet aſpect ne ſe fût
Parmi cent beaux objets où s'égaroiť ma vûë
J'en vis un , qui bientôt fixa par
pas
émuë !
fes attraits ,
Mes yeux pour un moment & mon coeur pour
jamais.
" Celle qu'au même lieu ramenerent nos armes
La fille de Tindare , Helene cut moins de charmes.
Plein d'un feu juſqu'alors à mon coeur inconnu ,
Surpris , frappé , ravi , sien né m'eût retenu.
J'allois fendant la preffe , en Amant témeraire ,
Par un aveu public l'offenfer ou lui plaire.
Quand du Peuple attentif la fondaine clameur
Marqua la fin des Jeux par le nom du Vainqueur.
La foule fe difperfe & m'entraîne avec elle ;
Aux foins d'un prompt retour mon devoir me
rappelle ,
J'y pourvois, & je pars fans pouvoir être inſtruit.
Du nom de la Beauté dont l'image me fuit.
J'efperois Feffacer , mais , Dieux ! qui l'eût på
croire !
Le temps de plus en plus la grave en ma mémoire
G iiij
Plus
374 MERCURE DE FRANCE :
Plus je veux l'oublier , plus je crois la revoir."
L'abſence , la raiſon , juſqu'à mon peu d'eſpoir ;
Tout eft un aliment au feu qui me confume.
Ce feu plus que jamais , aujourd'hui ſe rallume ;
Et je retourne enfin , loin qu'il foit amorti
Plus amoureux cent fois que je ne fuis parti
"
Ce ne font pas là les feuls Vers , à beaucoup
près , que nous aurions voulu apprendre par
coeur , pour en faire part au Lecteur.
Leonide touchée du péril qui menace les jours
de fon frere , arrive dès le ſecond Acte ; mais
ce n'eft que dans le quatrième qu'Anaxarque apprend
que Lifimachus eft fon Rival , & Rival
aimé , il efpere pourtant fe rendre heureux &
arracher Léonide à Lifimachus par la faveur
d'Alexandre , qu'il efpere de fe rendre favorable
en flattant la paffion dominante qu'il a de paffer
pour fils de Jupiter ; voici comment il s'y prend :
Alexandre s'étant réconcilié avec Callifthene
& lui ayant promis de lui rendre toute fa confiance
, affemble fes Lieutenans Generaux , & leur
déclare en preſence de Callifthene , qu'il ne veut
pas languir dans un repos fatal à ſa gloire , &
qu'il prétend que fes conquêtes n'ayent point
d'autres bornes que celles du monde ; encore
voudroit- il qu'il y en eût plufieurs à conquerir.
Après une très-belle tirade qui met fon ambition
dans fon plus grand jour , il fe retire . C'eſt delà
qu'Anaxarque prend occafion de dire qu'un Mortel
ne feroit pas capable de former un projet fi
grand & digne des plus grands Dieux ; & qu'ils
ne doivent plus balancer à lui dreffer des Autels ,
& à l'adorer comme fils de Jupiter. Callifthene
ne peut entendre çe blafphême fans frémir ; il
s'cmMARS.
1730. 575
s'emporte contre Anaxarque ; Lifimachus le feconde
, & tous les autres Chefs témoignent leur
indignation par les regards qu'ils jettent fur Anaxarque
; ce dernier fait entendre à Callifthene ,
avec qui il refte feul, qu'il ne doit pas efperer qu'Alexandre
lui pardonne ce dernier crime ; il lui
offre en même-temps de faire fa paix avec ce
Roi irrité , à condition qu'il l'acceptera pour
Gendre ; Callifthene ne daigne pas lui répondre
un feul mot , & le quitte avec le dernier mépris ,
ce qui acheve de déterminer Anaxarque à le perdre
avec fon Rival .
Alexandre inftruit par Anaxarque de tout ce qui
s'eft paffé , en parle à Callifthene avec beaucoup
d'aigreur ; il a la foibleffe de lui avouer qu'Anaxarque
n'a rien dit que par fon ordre exprès ;
il ordonne à Callifthene de le reconnoître pour
fils de Jupiter , ou de fe réfoudre à mourir. Callifthene
choifit le filence & la mort.
Alexandre jure de perdre cet ennemi prétendu
de fa gloire ; il ordonne à Léonide de fe préparer
à époufer Anaxarque ; Léonide le traite avec le
mépris le plus marqué , qui eft l'ironie.
Voila à peu près ce qui fe paffe dans les quatre
premiers Actes de la Tragedie de Callifthene .
Dans le cinquième , Lifimachus ayant tué Anaxarque
, Alexandre , pour venger la mort de cet
indigne Favori , condamne fon Meurtrier à combattre
un Lion dans une efpece de Cirque. La
victoire que Lifimachus fur un fi terri- remporta
ble ennemi , eft un trait d'Hiſtoire ; mais on n'a
pas trouvé qu'un pareil évenement fût bien néceffaire
pour remplir un cinquiéme Acte , ne
pouvant produire tout au plus qu'un coup dè
furpriſe momentanée , en voyant rentrer für la
Scene un Acteur qu'on vient d'annoncer pour
• mort ; encore ne reffufcite- t-il que pour apporter
G v te
$76 MERCURE DE FRANCE.
le fecours d'un poignard à Callifthene , pour le
Lauver d'un indigne & long efclavage . Callifthene
fe plonge ce poignard dans le coeur en preſence
d'Alexandre , qui en témoigne un tardifrepentir.
Au refte , fi nous avons groffi cet Argument de
quelques Remarques , nous les avons recueillies
du Public ; bien entendu que nous laiffons nes
Lecteurs dans une pleine liberté de les adopter ou
de les rejetter. Ce que nous venons de dire n'empêche
pas que l'Auteur de Calliftene ne ſoit en
état d'égaler nos meilleurs Auteurs Dramatiques.
par ce génie mâle , qui s'eft dévelopé dès fes
premiers Ouvrages ; & par le vrai qui regne dans .
fes maximes, de forte qu'on pourroit avec juftice
lui appliquer ces Vers d'Horace.
.... Cui lecta potenter erit res , °
Necfacundia deferet hunc , nec lucidus ordo
Fermer
Résumé : Tragedie de Callisthene, [titre d'après la table]
Le texte relate la fin des représentations de la tragédie 'Callifthene' de M. Piqui, auteur déjà reconnu pour sa comédie 'Les Fils Ingrats'. La première de 'Callifthene' a suscité des réactions variées, mais les spectateurs ont apprécié la qualité des vers, ce qui a conduit à une affluence croissante lors des représentations suivantes. La pièce raconte l'histoire de Callifthene, un philosophe lacédémonien respecté par Alexandre le Grand. Callifthene approuve les premières conquêtes d'Alexandre contre les Perses mais désapprouve ses ambitions ultérieures. La tragédie se concentre sur le refus de Callifthene de reconnaître Alexandre comme fils de Jupiter, ce qui conduit à son procès pour trahison. Lisimachus, ami et amant de la sœur de Callifthene, Léonide, défend Callifthene. Anaxarque, ennemi de Callifthene et flatteur d'Alexandre, complique la situation par sa rivalité avec Lisimachus. La pièce se termine par la mort de Callifthene, qui se suicide après avoir été condamné par Alexandre. Lisimachus tue Anaxarque et survit à un combat contre un lion. Malgré quelques critiques sur la structure de la pièce, l'auteur est reconnu pour son talent et la vérité de ses maximes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1287
p. 576-577
« Le 2. de ce mois, les Comediens François representerent à la Cour la Tragédie nouvelle de [...] »
Début :
Le 2. de ce mois, les Comediens François representerent à la Cour la Tragédie nouvelle de [...]
Mots clefs :
Tragédie, Charles Dufresny, Rôles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 2. de ce mois, les Comediens François representerent à la Cour la Tragédie nouvelle de [...] »
Le 2. de ce mois , les Comediens François reprefenterent
à la Cour la Tragédie nouvelle de
Callyfthene, qui eut un fort grand fuccès. L'Auteur
l'a retire après la neuvième Repréſentation ..
2
Les mêmes Comediens avoient joué deux
jours auparavant devant le Roi & la Reine:
deux Pieces comiques , le Médifant ,, de M..
Deftouches & les Folies amoureuses de
M. Renard, qui furent repréfentées dans la
plus grande perfection. La nouvelle Actrice
Y fit un extrême plaifir dans les deux Rôles
de Suivantes qu'elle joua avec cette vivacité &
cette jufteffe qui étonne autant qu'elle plaît. Elle
a été reçûe avec beaucoup d'agrément fur le pied.
de demi part , pour jouer les Suivantes comiques
en fecond , & les Roles Tragiques qui lui con--
viendront.
Le mardi 7. on joua auffi à la Cour la Comé-..
die de La Coquette , du feu St Baron , qui fit
un:
MARS. 1730. 577
un extrême plaifir ; les Des Labat & Dangeville
la jeune , & les Srs Dufresne & la Thorillieve
y joüoient les principaux Roles.
Le 9. les Horaces , de Corneille , & pour petite
Piéce les Vacances.
Le 14. la Surpriſe de l'Amour, de M. de Mativaux
, & les Plaideurs , de Racine .
Le 16. Le Malade imaginaire & les Bourgeoifes
de qualité.
Le mardi 21. ils jouerent la Tragédie de Po-
Heute , de P. Corneille , & la petite Comédiedu
François à Londres de M. de Boiffy. Le St Dangeville,
frere de la nouvelle Actrice, joua le principal
Rôle dans l'une & dans l'autre Piéce, & il y
fut fort applaudi.
Le 23. la Tragedie d'Oedipe , de M. de Voltaire.
Les Rôles d'Oedipe , de Jocafte , de Philo-
Hete & du Grand Prêtre furent remplis par le
Sr Dufrefne , la Dle Dufresne , le S Quinaut
& le Sr le Grand. On joua pour petite Piéce la
Comédie du Double Veuvage, de feu M.Dufrefni.
Le 24. on joua pour la clôture du Theatre à
Paris , felon la coûtume , la Tragedie de Polien-
#e , dont le Sr Quinaut jota le principal Rôle
& la Dile Dufresne , celui de Pauline. Ceux de
Severe & de Felix furent remplis par les St Dufrefne
& Sarrazin. On donna enfuite le Double.
Feuvage , & entre les deux Piéces , le St Duvat
fit un compliment auPublic , qui fut fort applaudi..
à la Cour la Tragédie nouvelle de
Callyfthene, qui eut un fort grand fuccès. L'Auteur
l'a retire après la neuvième Repréſentation ..
2
Les mêmes Comediens avoient joué deux
jours auparavant devant le Roi & la Reine:
deux Pieces comiques , le Médifant ,, de M..
Deftouches & les Folies amoureuses de
M. Renard, qui furent repréfentées dans la
plus grande perfection. La nouvelle Actrice
Y fit un extrême plaifir dans les deux Rôles
de Suivantes qu'elle joua avec cette vivacité &
cette jufteffe qui étonne autant qu'elle plaît. Elle
a été reçûe avec beaucoup d'agrément fur le pied.
de demi part , pour jouer les Suivantes comiques
en fecond , & les Roles Tragiques qui lui con--
viendront.
Le mardi 7. on joua auffi à la Cour la Comé-..
die de La Coquette , du feu St Baron , qui fit
un:
MARS. 1730. 577
un extrême plaifir ; les Des Labat & Dangeville
la jeune , & les Srs Dufresne & la Thorillieve
y joüoient les principaux Roles.
Le 9. les Horaces , de Corneille , & pour petite
Piéce les Vacances.
Le 14. la Surpriſe de l'Amour, de M. de Mativaux
, & les Plaideurs , de Racine .
Le 16. Le Malade imaginaire & les Bourgeoifes
de qualité.
Le mardi 21. ils jouerent la Tragédie de Po-
Heute , de P. Corneille , & la petite Comédiedu
François à Londres de M. de Boiffy. Le St Dangeville,
frere de la nouvelle Actrice, joua le principal
Rôle dans l'une & dans l'autre Piéce, & il y
fut fort applaudi.
Le 23. la Tragedie d'Oedipe , de M. de Voltaire.
Les Rôles d'Oedipe , de Jocafte , de Philo-
Hete & du Grand Prêtre furent remplis par le
Sr Dufrefne , la Dle Dufresne , le S Quinaut
& le Sr le Grand. On joua pour petite Piéce la
Comédie du Double Veuvage, de feu M.Dufrefni.
Le 24. on joua pour la clôture du Theatre à
Paris , felon la coûtume , la Tragedie de Polien-
#e , dont le Sr Quinaut jota le principal Rôle
& la Dile Dufresne , celui de Pauline. Ceux de
Severe & de Felix furent remplis par les St Dufrefne
& Sarrazin. On donna enfuite le Double.
Feuvage , & entre les deux Piéces , le St Duvat
fit un compliment auPublic , qui fut fort applaudi..
Fermer
Résumé : « Le 2. de ce mois, les Comediens François representerent à la Cour la Tragédie nouvelle de [...] »
En mars 1730, les Comédiens Français ont présenté plusieurs pièces à la Cour. Le 2 mars, ils ont joué la tragédie 'Callythène', retirée après la neuvième représentation en raison de son grand succès. Les 30 et 31 janvier, ils avaient interprété 'Le Médisant' de Destouches et 'Les Folies amoureuses' de Renard devant le Roi et la Reine. Une nouvelle actrice a été applaudie pour ses rôles de suivantes comiques et a été approuvée pour jouer également des rôles tragiques. Le 7 mars, la comédie 'La Coquette' de St Baron a été jouée avec Des Labat, Dangeville la jeune, Dufresne et La Thorillière dans les principaux rôles. Du 9 au 24 mars, diverses pièces ont été représentées, incluant 'Les Horaces' de Corneille, 'La Surprise de l'Amour' de Mairvaux, 'Les Plaideurs' de Racine, 'Le Malade imaginaire', 'Les Bourgeois de qualité', 'Poëte' de Corneille, 'François à Londres' de Boissy, 'Œdipe' de Voltaire et 'Polyeucte' de Corneille. Le 24 mars, pour la clôture du théâtre à Paris, 'Polyeucte' a été jouée, suivie de 'Le Double Veuvage', avec un compliment du public par Duval.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1288
p. 577-580
Mort de Mlle le Couvreur, [titre d'après la table]
Début :
Le Théatre François vient de faire encore une des plus grandes pertes qu'il pût faire en la personne [...]
Mots clefs :
Adrienne Lecouvreur, Théâtre, Comédienne, Actrice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de Mlle le Couvreur, [titre d'après la table]
Le Théatre François vient de faire encore une
des plus grandes pertes qu'il pût faire en la perfonne
de Adrienne le Couvreur , morte d'un flux
de fang en peu de jours , le lundi 20. de ce mois,
âgée d'environ 40. ans. Elle avoit joué le Rôle de
Jocafte dans la Tragédie d'Oedipe , & celui
d'Hortenfe dans la petite Comédie du Florentin
Je Mercredi d'auparavant. G vj Qu
378 MERCURE DE FRANCE .
On ne fçauroit exprimer les regrets du Public
à la Cour & à la Ville,fur la perte de cette inimitable
Actrice qui avoit l'art admirable de ſe penetrer
au degré qu'il falloit pour exprimer les grandes
paffions & les faire fentir dans toute leur force.
Elle alloit d'abord au coeur , & le frappoit vivement
avec une intelligence , une jufteffe & un
art qu'il eft impoffible de décrire ; elle animoit ,
même les Vers foibles par la fineffe & le feu de
fon jeu , & les plus beaux recevoient de nouveaux
agrémens dans fa bouche. Le pathetique de la déclamation
dans prefque tous les grands caracteres
Tragiques n'a jamais été pouffé plus loin , & on
ofe affurer,fans crainte d'être démenti par le Public
, que peu des meilleures Actrices du Théatre
François ont été auffi generalement cheries du
Partere & des Loges , & ont fait répandre autant
de larmes. Cependant Mile Le Couvreur n'avoit
ni une grande voix , ni une preftance avantageufe,
ni beaucoup de ces graces dont le beau fexe eft en
poffeffion pour charmer les yeux & le coeur ;
mais elle étoit parfaitement bien faite dans fa taille
mediocre , avec un maintien noble & affuré ,
tête & les épaules bien placées , les yeux pleins de
feu , la bouche belle , le nez un peu aquilin , &;
beaucoup d'agrémens dans l'air & les manieres ;
fans embonpoint , mais les joues affez pleines
avec des traits bien marqués , pour exprimer la
triſteſſe , la joye , la tendreffe , la terreur & la pi
tié : le goût recherché & la richeffe de fa parure
donnoient un nouvel éclat à ſon air impofant,à fa
démarche & à fes geftes précis , & preſque toû→
jours énergiques.
la:
Elle n'avoit pas beaucoup de tons dans la voix,
mais elle fçavoit les varier à l'infini , & y joindre.
des inflexions , quelques éclats , & je ne fçai quoi
d'expreffif dans l'air du vifage & dans toute fa
perMARS.
1730. 579
perfonne , qui ne laiffoient rien à defirer ; avec la
parole libre , elle avoit la prononciation nette, &
une maniere de déclamer tout à fait originale , &
qui lui étoit particuliere.
ชุ
La Dile Le Couvreur étoit de Paris , fille d'un
Chapelier du Fauxbourg S. Germain , le feu Sr
Le Grand lui avoit montré à declamer ; après
avoir joué la Comédie dans les Provinces , à la
Cour de Lorraine , & avoir beaucoup brillé fur
le Théatre de Strasbourg , elle fut reçûë dans la
Troupe du Roi , au mois d'Avril 1717. ayant
debuté par les Rôles d'Electre & de Monime
qu'elle joua avec tant d'applaudiffemens , qu'on
difoit tout haut qu'elle commençoit par où les.
grandes Comédiennes finiffent d'ordinaire ; nous
avons oui dire à quelques Spectateurs que dans
ces grands perfonnages tragiques ( car dans le
Comique elle ne jouoit & ne brilloit que dans un
petit nombre de Rôles ) ils croyoient voir
veritablement une Princeffe qui jouoit la Comé→
die pour fon plaifir.
On lui donne la gloire d'avoir introduit la déclamation
fimple , noble & natutelle , & d'en
avoir banni le chant ; c'eft elle auffi qui la premiere
amis en ufage les Robes de Cour , en jouant
le Rôle de la Reine Elifabeth , dans la Tragédie
du Comte d'Effex.
Ceux qui lui ont vû jouer le Rôle de Berenice,
ont fans doute remarqué avec quel art elle paffoit
fubitement de l'état le plus trifte & le plus
affreux à la fituation la plus gaye ; allarmée de
l'infidèlité de Titus , elle fe raffuroit dans la penfée
qu'il n'étoit que jaloux. Lorfque dans le Rôle
d'Elifabeth , elle apprenoit l'amour du Comte
d'Effex pour la Ducheffe d'Irton ; en effet , livrée
au plus grand mépris qu'une femme , & furtout:
qu'une Reine puiffe effuyer , avec quelle fenfi
bilité
$80 MERCURE DE FRANCE.
bilité ne defcendoit-elle pas de la fierté la plus
haute à l'excès de la plus grande tendreſſe , juſqu'à
fe joindre à la Ducheffe pour fauver le Comte?
Dans Electre , lorfque gemiffante & chargée de
fers , elle fe livroit par gradation , & faifoit écla
ter la plus grande fatisfaction , en prononçant ces
mots: Ah ! mon frere eft ici ;les avides regards fur
ce frere qu'elle ne connoiffoit encore que par les
mouvemens de la nature étoient fi expreflifs qu'on
ne fçauroit fe rappeller cette Scene fans en être
attendri. On peut ajoûter qu'on n'a peut -être jamais
fi bien entendu l'art des Scenes muettes ;
c'est -à-dire , fi bien écouté & fi bien exprimé le
fens des paroles que l'Acteur qui étoit en fcene
avec elle difoit.
Au refte , elle aimoit extraordinairement fon
métier , & avoit au fuprême degré ce quon appelle
des entrailles & du fentiment ; elle entendoir
très-bien le fens des paroles qu'elle déclamoit.
Elle joignoit à ces talens de la politeffe, du fçavoir
vivre & de l'efprit, on a même vû de fes lettres que
Voiture n'auroit pas défavouées ; elle fréquentoit
les meilleures Maiſons de Paris , & y étoit fouhaitée
..
des plus grandes pertes qu'il pût faire en la perfonne
de Adrienne le Couvreur , morte d'un flux
de fang en peu de jours , le lundi 20. de ce mois,
âgée d'environ 40. ans. Elle avoit joué le Rôle de
Jocafte dans la Tragédie d'Oedipe , & celui
d'Hortenfe dans la petite Comédie du Florentin
Je Mercredi d'auparavant. G vj Qu
378 MERCURE DE FRANCE .
On ne fçauroit exprimer les regrets du Public
à la Cour & à la Ville,fur la perte de cette inimitable
Actrice qui avoit l'art admirable de ſe penetrer
au degré qu'il falloit pour exprimer les grandes
paffions & les faire fentir dans toute leur force.
Elle alloit d'abord au coeur , & le frappoit vivement
avec une intelligence , une jufteffe & un
art qu'il eft impoffible de décrire ; elle animoit ,
même les Vers foibles par la fineffe & le feu de
fon jeu , & les plus beaux recevoient de nouveaux
agrémens dans fa bouche. Le pathetique de la déclamation
dans prefque tous les grands caracteres
Tragiques n'a jamais été pouffé plus loin , & on
ofe affurer,fans crainte d'être démenti par le Public
, que peu des meilleures Actrices du Théatre
François ont été auffi generalement cheries du
Partere & des Loges , & ont fait répandre autant
de larmes. Cependant Mile Le Couvreur n'avoit
ni une grande voix , ni une preftance avantageufe,
ni beaucoup de ces graces dont le beau fexe eft en
poffeffion pour charmer les yeux & le coeur ;
mais elle étoit parfaitement bien faite dans fa taille
mediocre , avec un maintien noble & affuré ,
tête & les épaules bien placées , les yeux pleins de
feu , la bouche belle , le nez un peu aquilin , &;
beaucoup d'agrémens dans l'air & les manieres ;
fans embonpoint , mais les joues affez pleines
avec des traits bien marqués , pour exprimer la
triſteſſe , la joye , la tendreffe , la terreur & la pi
tié : le goût recherché & la richeffe de fa parure
donnoient un nouvel éclat à ſon air impofant,à fa
démarche & à fes geftes précis , & preſque toû→
jours énergiques.
la:
Elle n'avoit pas beaucoup de tons dans la voix,
mais elle fçavoit les varier à l'infini , & y joindre.
des inflexions , quelques éclats , & je ne fçai quoi
d'expreffif dans l'air du vifage & dans toute fa
perMARS.
1730. 579
perfonne , qui ne laiffoient rien à defirer ; avec la
parole libre , elle avoit la prononciation nette, &
une maniere de déclamer tout à fait originale , &
qui lui étoit particuliere.
ชุ
La Dile Le Couvreur étoit de Paris , fille d'un
Chapelier du Fauxbourg S. Germain , le feu Sr
Le Grand lui avoit montré à declamer ; après
avoir joué la Comédie dans les Provinces , à la
Cour de Lorraine , & avoir beaucoup brillé fur
le Théatre de Strasbourg , elle fut reçûë dans la
Troupe du Roi , au mois d'Avril 1717. ayant
debuté par les Rôles d'Electre & de Monime
qu'elle joua avec tant d'applaudiffemens , qu'on
difoit tout haut qu'elle commençoit par où les.
grandes Comédiennes finiffent d'ordinaire ; nous
avons oui dire à quelques Spectateurs que dans
ces grands perfonnages tragiques ( car dans le
Comique elle ne jouoit & ne brilloit que dans un
petit nombre de Rôles ) ils croyoient voir
veritablement une Princeffe qui jouoit la Comé→
die pour fon plaifir.
On lui donne la gloire d'avoir introduit la déclamation
fimple , noble & natutelle , & d'en
avoir banni le chant ; c'eft elle auffi qui la premiere
amis en ufage les Robes de Cour , en jouant
le Rôle de la Reine Elifabeth , dans la Tragédie
du Comte d'Effex.
Ceux qui lui ont vû jouer le Rôle de Berenice,
ont fans doute remarqué avec quel art elle paffoit
fubitement de l'état le plus trifte & le plus
affreux à la fituation la plus gaye ; allarmée de
l'infidèlité de Titus , elle fe raffuroit dans la penfée
qu'il n'étoit que jaloux. Lorfque dans le Rôle
d'Elifabeth , elle apprenoit l'amour du Comte
d'Effex pour la Ducheffe d'Irton ; en effet , livrée
au plus grand mépris qu'une femme , & furtout:
qu'une Reine puiffe effuyer , avec quelle fenfi
bilité
$80 MERCURE DE FRANCE.
bilité ne defcendoit-elle pas de la fierté la plus
haute à l'excès de la plus grande tendreſſe , juſqu'à
fe joindre à la Ducheffe pour fauver le Comte?
Dans Electre , lorfque gemiffante & chargée de
fers , elle fe livroit par gradation , & faifoit écla
ter la plus grande fatisfaction , en prononçant ces
mots: Ah ! mon frere eft ici ;les avides regards fur
ce frere qu'elle ne connoiffoit encore que par les
mouvemens de la nature étoient fi expreflifs qu'on
ne fçauroit fe rappeller cette Scene fans en être
attendri. On peut ajoûter qu'on n'a peut -être jamais
fi bien entendu l'art des Scenes muettes ;
c'est -à-dire , fi bien écouté & fi bien exprimé le
fens des paroles que l'Acteur qui étoit en fcene
avec elle difoit.
Au refte , elle aimoit extraordinairement fon
métier , & avoit au fuprême degré ce quon appelle
des entrailles & du fentiment ; elle entendoir
très-bien le fens des paroles qu'elle déclamoit.
Elle joignoit à ces talens de la politeffe, du fçavoir
vivre & de l'efprit, on a même vû de fes lettres que
Voiture n'auroit pas défavouées ; elle fréquentoit
les meilleures Maiſons de Paris , & y étoit fouhaitée
..
Fermer
Résumé : Mort de Mlle le Couvreur, [titre d'après la table]
Adrienne Lecouvreur, célèbre actrice du Théâtre Français, est décédée le lundi 20 du mois à l'âge d'environ 40 ans des suites d'un flux de sang. Elle avait récemment interprété les rôles de Jocaste dans Œdipe et d'Hortense dans la comédie du Florentin. Son décès a suscité une profonde tristesse tant à la cour qu'à la ville, où elle était admirée pour sa capacité à incarner les grandes passions avec force et authenticité. Adrienne Lecouvreur ne possédait ni une grande voix ni une présence physique avantageuse, mais elle était bien proportionnée, avec un maintien noble et assuré. Ses traits marqués lui permettaient d'exprimer diverses émotions. Sa diction était nette et originale, et elle savait varier sa voix avec des inflexions et des éclats expressifs. Elle a introduit la déclamation simple et naturelle au théâtre, bannissant le chant, et a popularisé les robes de cour en jouant le rôle de la reine Élisabeth dans la tragédie du Comte d'Essex. Ses interprétations, notamment dans les rôles de Bérénice, Élisabeth et Électre, étaient marquées par une grande sensibilité et une maîtrise des scènes muettes. Adrienne Lecouvreur aimait profondément son métier et possédait un sens aigu des paroles qu'elle déclamait. Elle était également connue pour sa politesse, son savoir-vivre et son esprit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1289
p. 581-582
« Le 18. l'Académie Royale de Musique donna par extraordinaire une Représentation de Thesée [...] »
Début :
Le 18. l'Académie Royale de Musique donna par extraordinaire une Représentation de Thesée [...]
Mots clefs :
Opéra, Théâtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 18. l'Académie Royale de Musique donna par extraordinaire une Représentation de Thesée [...] »
Le 18. l'Académie Royale de Mufique donna
par extraordinaire une Repréfentation de Thefée
pour la capitation des Acteurs , comme cela fe
pratique toutes les années. Cette Piéce fut terminée
par les Caracteres de la danfe que la Dlle Camargo
danfa avec toute la vivacité dont elle eft:
capable.
Le 22. on joua encore Thefée pour les Acteurs,
qui fut fuivi du Divertiffement de Pourceaugnac,›
& du Pas de Trois danfé par les S's Blondi
Dumoulin & la Dlle Camargo.
Le 23. & le 24. on donna pour la clôture du
Theatre l'Opera de Telemaque , fuivi du Divertiffement
de Pourceaugnac , avec le Pas de
Trois.
Le 28. Fevrier , les Comédiens Italiens donne--
rent la premiere Repréſentation de Sanfon , Tragi
- Comédie en Vers , & en cinq Actes. Cette
Piéce en Italien avoit été jouée dans fa nouveau--
té au mois de Fevrier 1717. Le St Lelio , qui a
quitté
$ 82 MERCURE DE FRANCE .
a quitté le Théatre , y joüoit le principal Rôle
d'une maniere inimitable , comme dans toutes
les autres Piéces de ce genre. Le St Romagneſi
qui le remplace aujourd'hui dans la même Piéce,
la mise en Vers François , avec un fuccès furprenant
; le concours a été fi grand qu'on a été
obligé très-fouvent de renvoyer du monde ; on
en parlera plus au long dans le prochain Journal.
Le 23. & le 24. de ce mois , ils donnerent la
même Piéce de Samfon , pour la clôture du Theatre.
La Dile Silvia fit le compliment qu'on a accoutumé
de faire toutes les années , lequel fut
fort bien reçû du Public.
Le 4. Mars , l'Opera Comique donna la premiere
Repréſentation de la Parodie de Telemaque,
qu'on joue actuellement fur le Theatre de POpera.
Cette Parodie fut repreſentée avec grand
fuccès en 1715. par l'Opera Comique de la Foire .
S. Germain , le Sr Doller y jouoit pour lors le
Rôle de Telemaque d'une maniere fort originale,
& il a joué le même Rôle dans cette derniere reprife.
Le 20. on donna une petite Piéce nouvelle d'un
Acte , intitulé La Pantoufle qui fut précedée de
celle des Couplets des Vaudevilles en procès &
de la Parodie de Telemaque.
Le 26. on donna la premiere Repréſentation
d'un Acte nouveau , intitulé L'Opera Comique
affiegé , précedé des deux autres dont on vient de
parler , le même Divertiffement a continué juſ→
qu'à la Veille du Dimanche des Rameaux incluvement.
par extraordinaire une Repréfentation de Thefée
pour la capitation des Acteurs , comme cela fe
pratique toutes les années. Cette Piéce fut terminée
par les Caracteres de la danfe que la Dlle Camargo
danfa avec toute la vivacité dont elle eft:
capable.
Le 22. on joua encore Thefée pour les Acteurs,
qui fut fuivi du Divertiffement de Pourceaugnac,›
& du Pas de Trois danfé par les S's Blondi
Dumoulin & la Dlle Camargo.
Le 23. & le 24. on donna pour la clôture du
Theatre l'Opera de Telemaque , fuivi du Divertiffement
de Pourceaugnac , avec le Pas de
Trois.
Le 28. Fevrier , les Comédiens Italiens donne--
rent la premiere Repréſentation de Sanfon , Tragi
- Comédie en Vers , & en cinq Actes. Cette
Piéce en Italien avoit été jouée dans fa nouveau--
té au mois de Fevrier 1717. Le St Lelio , qui a
quitté
$ 82 MERCURE DE FRANCE .
a quitté le Théatre , y joüoit le principal Rôle
d'une maniere inimitable , comme dans toutes
les autres Piéces de ce genre. Le St Romagneſi
qui le remplace aujourd'hui dans la même Piéce,
la mise en Vers François , avec un fuccès furprenant
; le concours a été fi grand qu'on a été
obligé très-fouvent de renvoyer du monde ; on
en parlera plus au long dans le prochain Journal.
Le 23. & le 24. de ce mois , ils donnerent la
même Piéce de Samfon , pour la clôture du Theatre.
La Dile Silvia fit le compliment qu'on a accoutumé
de faire toutes les années , lequel fut
fort bien reçû du Public.
Le 4. Mars , l'Opera Comique donna la premiere
Repréſentation de la Parodie de Telemaque,
qu'on joue actuellement fur le Theatre de POpera.
Cette Parodie fut repreſentée avec grand
fuccès en 1715. par l'Opera Comique de la Foire .
S. Germain , le Sr Doller y jouoit pour lors le
Rôle de Telemaque d'une maniere fort originale,
& il a joué le même Rôle dans cette derniere reprife.
Le 20. on donna une petite Piéce nouvelle d'un
Acte , intitulé La Pantoufle qui fut précedée de
celle des Couplets des Vaudevilles en procès &
de la Parodie de Telemaque.
Le 26. on donna la premiere Repréſentation
d'un Acte nouveau , intitulé L'Opera Comique
affiegé , précedé des deux autres dont on vient de
parler , le même Divertiffement a continué juſ→
qu'à la Veille du Dimanche des Rameaux incluvement.
Fermer
Résumé : « Le 18. l'Académie Royale de Musique donna par extraordinaire une Représentation de Thesée [...] »
Du 18 au 24 février, l'Académie Royale de Musique organisa plusieurs représentations de la pièce 'Thésée', incluant des danses avec Mlle Camargo. Les 22, 23 et 24 février, les divertissements comprenaient 'Pourceaugnac' et un pas de trois interprété par Blondi, Dumoulin et Mlle Camargo. Le 28 février, les Comédiens Italiens jouèrent la tragédie-comédie 'Sanfon' en cinq actes, initialement présentée en février 1717, avec St Lelio et St Romagnesi dans les rôles principaux, adaptée en vers français. Les 23 et 24 février, une nouvelle représentation de 'Sanfon' clôtura la saison, accompagnée d'un compliment de la Dile Silvia. Le 4 mars, l'Opéra Comique présenta la parodie de 'Télémaque', déjà jouée en 1715. Le 20 mars, la pièce en un acte 'La Pantoufle' fut jouée, précédée des 'Couplets des Vaudevilles en procès' et de la parodie de 'Télémaque'. Le 26 mars, la pièce en un acte 'L'Opéra Comique affligé' fut présentée, suivie des mêmes divertissements jusqu'à la veille du Dimanche des Rameaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1290
p. 599-604
« Le premier du mois dernier, la Maison de Navarre présenta un cierge au Cardinal de Fleuri [...] »
Début :
Le premier du mois dernier, la Maison de Navarre présenta un cierge au Cardinal de Fleuri [...]
Mots clefs :
Concert, Cardinal de Fleury, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le premier du mois dernier, la Maison de Navarre présenta un cierge au Cardinal de Fleuri [...] »
E premier du mois dernier , la Maifon de Na
varre préfenta un cierge au Cardinal de Fleuri
qui en eft Superieur , & M. Choplet , Coadjuteur
du Grand- Maître , fit à S. E. ce compli
-ment ::
MONSEIGNEUR ,
I
La Maison de Navarre , en préfentant ce
Cierge à V. E. vient lui renouveller les afftrances
de fon profond respect & de fa parfaite
foumiffion quelques relevées que foient les dignités
qui environnent votre perfonne , ce n'eft'
Pasig HY
600 MERCURE DE FRANCE.
نم
pas , Monfeigneur , ce qui demande notre plus
< grande venération ; elles font l'éloge & la gloi
re de la main reconnoiffante qui vous en a res
vétu ; l'objet principal de nos hommages font
ces qualités perfonnelles que toute l'Europe
admire en vous , Monfeigneur , cette pieté fincere
, ce zele pour la gloire du Seigneur , ce
parfait defintereffement , cette vigilance pour
la confervation de la perfonne facrée de S. M.
cette attention continuelle à procurer la feli
cité des peuples , cette droiture qui vous a
merité la confiance des Têtes couronnées ,
qui vous rend l'Arbitre de leurs differens . Tous
ces traits , Monseigneur , forment en vous un
Miniftre felon le coeur de Dieu , cheri de fon
Roi , honoré des Souverains , respecté des
Grands , adoré des Peuples ' , auffi pouvons -
nous affurer , Monſeigneur , que votre Ministere
fera un des beaux endroits de l'Hiftoire du
Prince qui nous gouverne aves tant de fageffe
, & que la pofterité ne fe croira heureufe
qu'autant qu'on s'efforcera de vous imiter ;
puiffe le Ciel vous prolonger au delà des bor
nes ordinaires une vie fi précieufe ; nous ne
cefferons de demander à Dieu cette faveur , &
nous le prierons , Monfeigneur , de nous l'accorder
aux dépens même de nos jours .
Le Prince de Montauban , le Duc de Richelieu,
le Duc de Retz & le Marquis de Beringhen ont
été faits Chevaliers de Saint Louis dans une promotion
particuliere que le Roi a faire depuis peu.
M. Henaut de Montigny , Ancien Officier
d'Artillerie , vient d'être nommé à la place de
Lieutenant General Commandant l'Artillerie en
Bretagne , vacante par le decès de M. de Boifricher.
Y IG
MAR S. 1730. 601
Le premier Mars , il y eut un Concert François
au Château des Thuilleries ; on y chanta la
Cantate de Bacchus par M.Burette ; la Dle Petitpas
chanta un Air Italien qui fit beaucoup de
plaifir,& on finit par un Motet de M. de Lalande.
Le même Concert a continué le 8. & le 15. du .
même mois.
Le 25. jour de la Fête de l'Annonciation de la
Vierge , il y eut Concert fpirituel , on y chanta
le Magnificat , Motet de M. du Bouffet ; la Dile
Le Maure chanta feule un petit Motet du même
Auteur qui fut très- applaudi. Le Sr Mayffonaffe,
nouveau Muficien Haute- Conte , chanta pour
la premiere fois feul un Motet qui fit plaifir . Le
Concert fut terminé par le Confitemini , Moter
de M. de Lalande , qui fut très- bien executé.
& dans lequel les Des Erremens , Le Maure &
Petitpas , chanterent differens Recits. Le même
Concert fpirituel doit continuer juſques & compris
le Dimanche de Quasimodo.
Le premier de ce mois , M. Deftouches , Sur-
Intendant de la Mufique du Roi , fit chanter devant
la Reine,aux grands Appartemens, la feconde .
Entrée du Ballet des Elemens , intitulée L'Eau..
La Dlle Erremens chanta le Rôle de Leucofie
& le Sr Guedon , celui d'Arion . Ce Concert fut
terminé par la Cantate de La Mufette , de M..
Clerambaut , chantée par la Dlle Le Maure ..
Le 6. on chanta le troifiéme Acte du même
Ballet ; le Rôle d'Emilie fut chanté par la D lie
Erremens , & celui de Valere par le Sr Dangerville
; i
; ils firent tous les deux beaucoup de plaifir.
Le 8. on executa le dernier Acte , le Rôle de
Pomone fut chanté avec de grands applaudiffe-,
mens par la Dle Le Maure , & les S's Guedon &
Chaffe executerent parfaitement bien ceux de
Hvj Vertumne & de Pan..
602 MERCURE DE FRANCE :
Le is on chanta le Prologue & le premier
Acte de l'Opera d'é qu'on continua le is . par
le fecond & le troiîîéme Acte.
Le 20. & le 22. on chanta le quatriéme & le
cinquiéme Acte du même Opera ; le Rôle d'iffé
fut executé avec fuccès par la Dlle Antier , à la
referve de la derniere Scene du cinquiéme Acte,.
qui fut chantée par la Dle Lenner dont le talent
pour le chant s'accroît tous les jours ; elle avoit.
chanté auparavant le Prologue avec un gout &.
une précifion qui lui attirerent des louanges infinies.
Ces deux Opera ont eu une execution parfaite
; la Reine a eu la bonté d'en marquer fa fatisfaction
à M. Deftouches qui en eft l'Auteur
Le 8. la Lotterie pour le remboursement des
Rentes de l'Hôtel de Ville fut tirée en préfence
du Prevôt des Marchands & des Echevins en la
maniere accoutumée. Le fonds de ce mois s'eft:
trouvé monter à la fomme de 1345062. livres ,.
laquelle a été diftribuée aux Rentiers pour les
Lots qui leur font échus , conformément à la
Lifte generale qui en a été rendue publique.
Le 9. de ce mois on celébra au College Maza-
*in l'Anniverſaire du Cardinal de cu zom , Fondateur
, avec les cerémonies ordinaires ; la Grand'
Meffe fut celebrée par le Grand- Maître , & chantée
par les Ecclefiaftiques du College. Plufieurs
perfonnes de diftinction fe trouverent à co Service.
Le Cardinal de Biffy partit de Paris le 3. de ce
mois pour aller à Rome , & entrer au Conclave
pour l'élection d'un nouveau Pape. Le Cardinal
de Rohan partit le 12. pour le même ſujet.
Le 14. Mars , M. Hallot , Chanoine de l'Eglife
Collegiale du S. Sepulchre de Caën , Profeffeur
Royal d'Eloquence , & Ancien Recteur de
Université , prononça un Difcours public fur la
Naillance
MARS. 1730.
60%
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin , dans la
grande Ecole des Arts , où affifterent M. l'Evê
que de Bayeux & M. de Vaſtan , Intendant de la
Generalité de Caën , avec un grand nombre de
perfonnes de diftinction. Le Difcours fut trèsapplaudi.
Le 17. du mois dernier , M. Lemau de Lajaiffe,
Ancien Officier de la Maifon d'Orleans , & dans
POrdre de S. Lazare , préſenta au Roi une Carte
Generale de la Monarchie & du Militaire de
France , Ancien & Moderne , dont S.. M. parut
très-fatisfaite. C'eft un Ouvrage qu'on pourra
regarder comme unique dans fon efpece &
qui paroît auffi utile & agréable qu'il eft immenfe
; on le grave actuellement avec privilege ;
nous en parlerons plus au long.
>
M. le Pelletier des Forts ayant demandé au Roi
la permiffion de remettre la Charge de Controôleur
General des Finances , S. M. a nommé pour
le remplacer M. Orry , Intendant de Lifle. Le
Roi a donné l'Intendance de Lifle à M. de Granville
, qui étoit Intendant d'Auvergne, & celle- ci
à M. Trudaine , Maître des Requêtes.
Les Députés des Etats d'Artois eurent audience
du Roi , le 19. préfentés par le Prince Charles
de Lorraine , Gouverneur de la Province , &
par M. d'Angervilliers , Miniftre & Secretaire
d'Etat ; ils y furent conduits en la maniere accoutumee
par le Marquis de Dreux , Grand-Maî
tre des Cerémonies , & par M. Defgranges
Maître des Cerémonies. La Députation étoit
compofée de l'Abbé Boiflot , Abbé de Rozieres ,
Grand-Vicaire & Premier Archidiacre du Diocèfe
d'Arras , qui porta la parole , pour le Clergé
, du Comte d'Henu , pour la Nobleffe , & de
M. Goudemez , Avocat & Ancien Echevin de la
Ville d'Arras , pour le Tiers -Etat.
On
604 MERCURE DE FRANCE.
On fera peut- être bien aife de fçavoir que
Charles Houllier , Chaircuitier , à l'Aport de
Paris , attenant la Pantoufle , vend du bon
boudin de S. Germain , de gros cervelas pour
porter en campagne , des langues de moutons
fourrées , de veritables pieds à la Sainte Menoul
, du vrai Jambon de Mayence.
varre préfenta un cierge au Cardinal de Fleuri
qui en eft Superieur , & M. Choplet , Coadjuteur
du Grand- Maître , fit à S. E. ce compli
-ment ::
MONSEIGNEUR ,
I
La Maison de Navarre , en préfentant ce
Cierge à V. E. vient lui renouveller les afftrances
de fon profond respect & de fa parfaite
foumiffion quelques relevées que foient les dignités
qui environnent votre perfonne , ce n'eft'
Pasig HY
600 MERCURE DE FRANCE.
نم
pas , Monfeigneur , ce qui demande notre plus
< grande venération ; elles font l'éloge & la gloi
re de la main reconnoiffante qui vous en a res
vétu ; l'objet principal de nos hommages font
ces qualités perfonnelles que toute l'Europe
admire en vous , Monfeigneur , cette pieté fincere
, ce zele pour la gloire du Seigneur , ce
parfait defintereffement , cette vigilance pour
la confervation de la perfonne facrée de S. M.
cette attention continuelle à procurer la feli
cité des peuples , cette droiture qui vous a
merité la confiance des Têtes couronnées ,
qui vous rend l'Arbitre de leurs differens . Tous
ces traits , Monseigneur , forment en vous un
Miniftre felon le coeur de Dieu , cheri de fon
Roi , honoré des Souverains , respecté des
Grands , adoré des Peuples ' , auffi pouvons -
nous affurer , Monſeigneur , que votre Ministere
fera un des beaux endroits de l'Hiftoire du
Prince qui nous gouverne aves tant de fageffe
, & que la pofterité ne fe croira heureufe
qu'autant qu'on s'efforcera de vous imiter ;
puiffe le Ciel vous prolonger au delà des bor
nes ordinaires une vie fi précieufe ; nous ne
cefferons de demander à Dieu cette faveur , &
nous le prierons , Monfeigneur , de nous l'accorder
aux dépens même de nos jours .
Le Prince de Montauban , le Duc de Richelieu,
le Duc de Retz & le Marquis de Beringhen ont
été faits Chevaliers de Saint Louis dans une promotion
particuliere que le Roi a faire depuis peu.
M. Henaut de Montigny , Ancien Officier
d'Artillerie , vient d'être nommé à la place de
Lieutenant General Commandant l'Artillerie en
Bretagne , vacante par le decès de M. de Boifricher.
Y IG
MAR S. 1730. 601
Le premier Mars , il y eut un Concert François
au Château des Thuilleries ; on y chanta la
Cantate de Bacchus par M.Burette ; la Dle Petitpas
chanta un Air Italien qui fit beaucoup de
plaifir,& on finit par un Motet de M. de Lalande.
Le même Concert a continué le 8. & le 15. du .
même mois.
Le 25. jour de la Fête de l'Annonciation de la
Vierge , il y eut Concert fpirituel , on y chanta
le Magnificat , Motet de M. du Bouffet ; la Dile
Le Maure chanta feule un petit Motet du même
Auteur qui fut très- applaudi. Le Sr Mayffonaffe,
nouveau Muficien Haute- Conte , chanta pour
la premiere fois feul un Motet qui fit plaifir . Le
Concert fut terminé par le Confitemini , Moter
de M. de Lalande , qui fut très- bien executé.
& dans lequel les Des Erremens , Le Maure &
Petitpas , chanterent differens Recits. Le même
Concert fpirituel doit continuer juſques & compris
le Dimanche de Quasimodo.
Le premier de ce mois , M. Deftouches , Sur-
Intendant de la Mufique du Roi , fit chanter devant
la Reine,aux grands Appartemens, la feconde .
Entrée du Ballet des Elemens , intitulée L'Eau..
La Dlle Erremens chanta le Rôle de Leucofie
& le Sr Guedon , celui d'Arion . Ce Concert fut
terminé par la Cantate de La Mufette , de M..
Clerambaut , chantée par la Dlle Le Maure ..
Le 6. on chanta le troifiéme Acte du même
Ballet ; le Rôle d'Emilie fut chanté par la D lie
Erremens , & celui de Valere par le Sr Dangerville
; i
; ils firent tous les deux beaucoup de plaifir.
Le 8. on executa le dernier Acte , le Rôle de
Pomone fut chanté avec de grands applaudiffe-,
mens par la Dle Le Maure , & les S's Guedon &
Chaffe executerent parfaitement bien ceux de
Hvj Vertumne & de Pan..
602 MERCURE DE FRANCE :
Le is on chanta le Prologue & le premier
Acte de l'Opera d'é qu'on continua le is . par
le fecond & le troiîîéme Acte.
Le 20. & le 22. on chanta le quatriéme & le
cinquiéme Acte du même Opera ; le Rôle d'iffé
fut executé avec fuccès par la Dlle Antier , à la
referve de la derniere Scene du cinquiéme Acte,.
qui fut chantée par la Dle Lenner dont le talent
pour le chant s'accroît tous les jours ; elle avoit.
chanté auparavant le Prologue avec un gout &.
une précifion qui lui attirerent des louanges infinies.
Ces deux Opera ont eu une execution parfaite
; la Reine a eu la bonté d'en marquer fa fatisfaction
à M. Deftouches qui en eft l'Auteur
Le 8. la Lotterie pour le remboursement des
Rentes de l'Hôtel de Ville fut tirée en préfence
du Prevôt des Marchands & des Echevins en la
maniere accoutumée. Le fonds de ce mois s'eft:
trouvé monter à la fomme de 1345062. livres ,.
laquelle a été diftribuée aux Rentiers pour les
Lots qui leur font échus , conformément à la
Lifte generale qui en a été rendue publique.
Le 9. de ce mois on celébra au College Maza-
*in l'Anniverſaire du Cardinal de cu zom , Fondateur
, avec les cerémonies ordinaires ; la Grand'
Meffe fut celebrée par le Grand- Maître , & chantée
par les Ecclefiaftiques du College. Plufieurs
perfonnes de diftinction fe trouverent à co Service.
Le Cardinal de Biffy partit de Paris le 3. de ce
mois pour aller à Rome , & entrer au Conclave
pour l'élection d'un nouveau Pape. Le Cardinal
de Rohan partit le 12. pour le même ſujet.
Le 14. Mars , M. Hallot , Chanoine de l'Eglife
Collegiale du S. Sepulchre de Caën , Profeffeur
Royal d'Eloquence , & Ancien Recteur de
Université , prononça un Difcours public fur la
Naillance
MARS. 1730.
60%
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin , dans la
grande Ecole des Arts , où affifterent M. l'Evê
que de Bayeux & M. de Vaſtan , Intendant de la
Generalité de Caën , avec un grand nombre de
perfonnes de diftinction. Le Difcours fut trèsapplaudi.
Le 17. du mois dernier , M. Lemau de Lajaiffe,
Ancien Officier de la Maifon d'Orleans , & dans
POrdre de S. Lazare , préſenta au Roi une Carte
Generale de la Monarchie & du Militaire de
France , Ancien & Moderne , dont S.. M. parut
très-fatisfaite. C'eft un Ouvrage qu'on pourra
regarder comme unique dans fon efpece &
qui paroît auffi utile & agréable qu'il eft immenfe
; on le grave actuellement avec privilege ;
nous en parlerons plus au long.
>
M. le Pelletier des Forts ayant demandé au Roi
la permiffion de remettre la Charge de Controôleur
General des Finances , S. M. a nommé pour
le remplacer M. Orry , Intendant de Lifle. Le
Roi a donné l'Intendance de Lifle à M. de Granville
, qui étoit Intendant d'Auvergne, & celle- ci
à M. Trudaine , Maître des Requêtes.
Les Députés des Etats d'Artois eurent audience
du Roi , le 19. préfentés par le Prince Charles
de Lorraine , Gouverneur de la Province , &
par M. d'Angervilliers , Miniftre & Secretaire
d'Etat ; ils y furent conduits en la maniere accoutumee
par le Marquis de Dreux , Grand-Maî
tre des Cerémonies , & par M. Defgranges
Maître des Cerémonies. La Députation étoit
compofée de l'Abbé Boiflot , Abbé de Rozieres ,
Grand-Vicaire & Premier Archidiacre du Diocèfe
d'Arras , qui porta la parole , pour le Clergé
, du Comte d'Henu , pour la Nobleffe , & de
M. Goudemez , Avocat & Ancien Echevin de la
Ville d'Arras , pour le Tiers -Etat.
On
604 MERCURE DE FRANCE.
On fera peut- être bien aife de fçavoir que
Charles Houllier , Chaircuitier , à l'Aport de
Paris , attenant la Pantoufle , vend du bon
boudin de S. Germain , de gros cervelas pour
porter en campagne , des langues de moutons
fourrées , de veritables pieds à la Sainte Menoul
, du vrai Jambon de Mayence.
Fermer
Résumé : « Le premier du mois dernier, la Maison de Navarre présenta un cierge au Cardinal de Fleuri [...] »
En mars, plusieurs événements marquants ont eu lieu. Le 1er mars, la Maison de Navarre a offert un cierge au Cardinal de Fleury, supérieur de la Maison, et M. Choplet, coadjuteur du Grand-Maître, a renouvelé les marques de respect et de soumission envers le Cardinal. Le texte met en avant les qualités du Cardinal, telles que sa piété sincère, son zèle pour la gloire du Seigneur, son désintéressement, sa vigilance pour la conservation de la personne sacrée du roi, et son attention à la félicité des peuples. Sa droiture lui a valu la confiance des têtes couronnées et le respect des grands. Plusieurs événements culturels et religieux ont également marqué ce mois. Le 1er mars, un concert français a été donné au Château des Tuileries, avec des performances de la cantate de Bacchus par M. Burette et des airs italiens par la demoiselle Petitpas. Le 25 mars, pour la fête de l'Annonciation de la Vierge, des concerts spirituels ont été organisés, avec des motets de M. du Bouffet et M. de Lalande. Des nominations et promotions ont été annoncées, notamment celles du Prince de Montauban, du Duc de Richelieu, du Duc de Retz et du Marquis de Beringhen, faits Chevaliers de Saint Louis. M. Henaut de Montigny a été nommé Lieutenant Général Commandant l'Artillerie en Bretagne. Le 8 mars, la lotterie pour le remboursement des rentes de l'Hôtel de Ville a été tirée en présence du Prévôt des Marchands et des Échevins, avec un fonds de 1 345 062 livres distribuées aux rentiers. Le 9 mars, l'anniversaire du Cardinal de Noailles a été célébré au Collège Mazarin. Les Cardinaux de Bissy et de Rohan sont partis pour Rome afin de participer à l'élection d'un nouveau Pape. Le 14 mars, M. Hallot a prononcé un discours public pour la naissance du Dauphin à l'École des Arts. M. Lemau de Lajaiffe a présenté au roi une carte générale de la monarchie et du militaire de France, ancienne et moderne, qui a été bien accueillie. Des changements dans les charges administratives ont également été annoncés, notamment la nomination de M. Orry comme Contrôleur Général des Finances et de M. de Granville comme Intendant de Lille. Les députés des États d'Artois ont eu audience auprès du roi, présentés par le Prince Charles de Lorraine et M. d'Angervilliers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1291
p. 642-650
SUITE des Remarques sur l'Arc de Triomphe d'Orange.
Début :
Lorsque je fis mes premieres Remarques sur l'Arc de Triomphe d'Orange [...]
Mots clefs :
Arc de triomphe, Ville d'Orange, Romains, Monument, Rhône
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Remarques sur l'Arc de Triomphe d'Orange.
SUITE des Remarques fur l'Arc
de Triomphe d'Orange..
Liques
Orfque je fis mes premieres Remar :
ques fur l'Arc de Triomphe d'Orange
, je regardois l'opinion qui attribuoit
ce Monument à Caius Marius ,,
comme la plus fuivie & en quelque ma--
niere comme la plus plaufible ; c'eft pourquoi
je m'attachai principalement à la
détruire , & jaffectai de paffer legerement
fur celle qui faifoit Cneius Domitius
Ænobarbus & Quintus Fabius Maximus
Amilianus , Auteurs de ce Monument , ..
le peu que je difois , me paroiffant plus
que fuffifant pour la faire tomber d'ellemême.
Cependant je viens d'apprendre
que M. Guib , a embraffé ce dernier fentiment
dans une Differtation qu'il a donnée
au public , & qui fe trouve inferée
dans les Mémoires de Trévoux , du mois
de Decembre 1729. page 2142. A la ve
rité j'ai été furpris qu'une opinion que
j'avois
AVRIL. 1730. -643
ས་
j'avois crûe infoutenable reparût avec tant.
d'éclat fur la Scene , je craignois d'abord
de m'être trompé , mais après avoir examiné
les preuves , j'ai crû devoir m'en
tenir à mon premier fentiment.
Voici furquoi M. Guib s'eft fondé . Il
dit d'abord que Domitius Enobarbus vainquit
les Allobroges auprès de la Ville de
Vindalion , fituée à l'Embouchure de la
Sorgue , dans le Rhône , & parconfequent
il femble , dit-il , pouvoir affurer que les
Campagnes de la Principauté d'Orange ont
été le Théatre fur lequel ce General s'eft
fignalé d'une maniere fi diftinguée ; il ajoute .
que Fabius Maximus dompta ces mêmes.
Peuples,joints avec les Auvergnats , proche
le Rhône , fuivant Eutrope , c'eft-à- dire
felon l'avis de M. Guib , dans le Territoire
d'Orange ; enfuite il nous dit d'après Florus
que ces Generaux Romains éleverent
des Tours de pierre aux mêmes lieux où
ils avoient vaincu leurs ennemis , & conclut
enfin que fi l'on fait reflexion fur ce
qu'il vient de dire & qu'on regarde l'ancienne
fituation de la Ville d'Orange , on verra'
facilement les raisons qui engagerent ces:
Confuls Romains à choisir fon terroir pour
faire bâtir un Arc de Triomphe.
Je réponds , 1 ° . que l'Embouchure de
la Sorgue dans le Rhône & parconfequent
l'endroit où Domitius Enobarbus vain
A vj quis
644 MERCURE DE FRANCE
quit les Allobroges , n'eft pas dans la Prin
cipauté d'Orange : or cela étant un fait
notoire & inconteftable , je ne comprens
pas comment M. Guib a pû s'imaginer
que les Campagnes de cette Principauté
ayent été le Théatre fur lequel ce General
s'eft fignalé.
2. Tous les Hiftoriens conviennent
que cette Bataille a été donnée auprès de
la Ville de Vindale ; ainfi quand même
Domitius Encbarbus auroit voulu choifir
une Ville pour y conftruire un Monument
de fon Triomphe , il eft hors de
doute que ce Conful Romain auroit préferé
Vindale comme la plus proche de
l'endroit où les Allobroges avoient été
deffaits .
M. Guib a bien fenti cette difficulté
& perfuadé que les Romains n'ont dû
conftruire les Monumens en queftion que
fur le Champ de Bataille , comme je l'ai
déja prouvé dans mes premieres Remarques
, il fuppofe fort habilement que Fabius
Maximus a combattu les Allobroges
& les Auvergnats , joints enſemble , dans le
Territoire d'Orange ; j'avouë que fi cela
étoit veritable , ce feroit du moins une
raiſon affez plaufible en faveur de fon
fentiment ; mais par malheur il fe
trouve démenti par tous les Auteurs qui
difent que ce Combat a été donné un peu
au
AVRIL 1730. 645
au deffus de Valence , & dans l'endroit où
l'Ifere fe joint avec leRhône ; en effetStrabon
, dans fon IVe Livre , affure en termes
exprès & formels que Fabius Maximus
deffit les Gaulois au Confluent de l'Ifere
& du Rhône: Quo autem loco , dit-il , Ifara
Rhodanus Fluvii confluunt Q. Fabius.
Max, Emilianus ducenta millia Gallorum
concidit. Florus , dans fon Hiftoire
Romaine , Livre 3. Chap. 2. eft du même
fentiment , en parlant des Fleuves fur les
bords defquels les Gaulois avoient été
battus il nomme l'Ifere & le Rhone ,
Victoria teftes , dit-il , Ifara & impiger Flu
minum Rhodanus.
:
Eutrope même en difant que Bituitus ,
Roi des Auvergnats fut deffait proche le
Rhône , ne dit rien de contraire aux Auteurs
déja citez ; ainfi , quoique je refpecte
l'autorité de M. Guib , il me permettra
de ne le croire pas fur fa fimple parole
au fujet d'un fait qui s'eft paffé il y a près
de deux mille ans , & de m'en tenir à
ce que difent là- deffus tous les Hiftoriens;
il me femble parconfequent que je fuis
bien mieux en droit de conclure que fi
on fait reflexion fur tout ce que je viens
d'avancer & qu'on regarde la fituation de
la Ville d'Orange qui fe trouve éloignée
des lieux où Domitius Enobarbus &
Fabius Maximus ont combattu , on fera
>
ve
646 MERCURE DE FRANCE
veritablement convaincu que ces deux
Generaux n'ont pas dû conftruire les
Monumens de leurs Triomphes dans le
Territoire de cette Ville.
M. Guib nous dir pour feconde preuve,
qu'ayant confideré que dans toute la Côte
de Dauphiné , qui borde le Rhône , on
ne trouve aucune trace de Tours de pier--
res , il fe confirme encore davantage dans
fon fentiment ; Domit. Enobarbus & Fab..
Maximus , dit-il , battent les Peuples du
Dauphiné, ils font élever des Tours de pier
rès proche le Rhône , où trouver cela que:
dans notre Territoire ?
Voilà un Argument bien démonſtratif,
quoi , parcequ'on ne trouve plus aucune
trace des Tours élevées par Dom. Enobarbus
& par Fab. Maximus dans les lieux
où elles ont dû être conftruites , il faut
neceffairement qu'elles foient dans le Territoire
d'Orange ? & cela par la raifon
qu'on y voit un Arc de Triomphe ; mais
quelle comparaifon y a t'il entre des Tours
informes & groffieres , telles que Florus
les a décrites , & un Arc de Triomphe'
qu'on admire encore aujourd'hui parla
Beauté de fes bas-reliefs & de fon Architecture
? peut-on croire de bonne foi que,.
fi cet Auteur avoit voulu parler de ce mo
nument , iill nnee ll''aauurrooiitt pas fçû décrire tel
qu'il eft ? Eft-ce que de fon tems on ne
fçavoir
AVRIL. 1730. 647
fçavoit pas diftinguer un Arc d'une Tour?
or Florus nous dit en termes formels
que
Dom. Enobarbus & Fab, Maximus ne firent
conftruire que des Tours ; donc ces-
Confuls Romains n'ont pas fait élever
un Arc de Triomphe , & par conféquent
celui d'Orange ne peut pas leur être at
tribué.
Mais , dira- t'on , que font donc devenuës
les Tours ? je réponds que la longueur
des tems en a dû abolir jufqu'à là
moindre trace ; d'autant mieux que ce
font les premieres Tours qui ayent été élevées
en pareilles occafions , & qu'elles
ont été groffierement conftruites , com--
me l'attefte Florus : Saxeas erexere Turres ,
& par conféquent elles n'ont pas dû
avoir la perfection requife pour être à¹
F'épreuve d'une fi longue durée..
Paffons à la troifiéme preuve. M. Guib
nous affure que les Tridents , les Sirenes ,
les Mats , les Cordages , les Ancres &
les Navires que , l'on voit fur l'Arc de
Triomphe d'Orange conviennent parfai--
tement à Dom. Enobarbus & à Fab. Ma--
ximus , & fignifient , fuivant notre Au--
reur fo que c'étoit par le fecours des Dieux
de la Mer que les Ennemis
du Peuple Ro-- main avoient
été vaincus
, & qu'ils s'étoient
noyés dans le Rhône en voulant
le traverſer
.
2º que Bituitus
, ce formidable
Ennemi
,›
fut
648 MERCURE DE FRANCE.
fut conduit par Merjusqu'à Rome. 3 ° que
Les Romains étoient redevables aux Marfeillois
de la conquête de ces Pays .
Je pourrois me diſpenſer de répondre
à des raifons fi foibles ; en effet , peut- on
raisonnablement penfer que les Dieux de
la Mer ayent été d'un grand fecours à
Dom. Enobarbus & à Fab. Maximus , tan
dis que ces deux Generaux ont combattu
fur terre , & que ce n'eft qu'après la bataille
gagnée , & dans la fuite que quelques-
uns des Ennemis s'étoient noyés dans
le Rhône , en voulant le traverſer ; après
cela , de quelle maniere que Bituitus ait
été conduit à Rome , foit par mer , foit
par terre , cette circonftance intereffet'elle
fi fort la gloire des Vainqueurs pour
en faire mention dans un Monument
de Triomphe ? Il eft vrai enfin que la
Ville de Marfeille a été la cauſe , comme
Ciceron le dit , que les Romains ont conquis
les Gaules ; mais je ne vois pas le
rapport qu'il y a entre les Marfeillois &
les Mats , les Cordages , les Ancres &
les Navires que l'on voit fur ce Monument
; M. Guib auroit bien dû nous expliquer
en quoi confifte cette parfaite convenance
qu'il y trouve . En attendant , il
me femble que je fuis toujours en droit
de dire que tous les fymboles de Marine
neconviennent en aucune façon à Dom,
EnoAVRIL.
1730. 649
Enobarbus & à Fab. Maximus , & par
conféquent , c'eft une raifon , felon moi ,
pour foûtenir que l'Arc de Triomphe
ne peut leur être attribué.
M. Guib , après avoir établi fon opinion
fur les trois preuves que je viens de
détruire , nous fait part des decouvertes
qu'il a faites au fujet des perfonnes qui
font repréſentées fur ce Monument ; il
nous fait d'abord remarquer Bituitus avec
fon fils Congentiatus , enfuite Dom. Enobarbus
& Fab. Maximus ; il nous apprend
même le nom qu'il faut donner aux Figures
qui ne fubfiftent plus , comme
celles du Dieu Mars , d'Hercule & du
Roi Teutomalion ; enfuite il nous avertit
que la Figure de femme qu'on prenoit
pour Marche la Sirienne , eft la Deeffe de
l'efperance ; enfin , pour donner encore
plus de poids & plus de créance à tout
ce qu'il vient de dire , il nous affure
qu'il s'eft défait de toute forte de préju
gés , & que c'eft fans prévention , &
après un mur examen qu'il s'eft déterminé.
Il faut avouer que M. Guib après avoir
donné des preuves d'une fi rigide& fiexacte
Critique , ne manquera peut-être pas de
s'attirer la confiance des Lecteurs . Pour
moi , fans vouloir le contredire formellement
fur les découvertes , dont je lui laiſſe
de
650 MERCURE DE FRANCE.
at
de bon coeur toute la gloire , fçachant
d'ailleurs qu'en fait de conjectures chačun
eft en droit de fuppofer ce qu'il
veut , je me contente de dire que l'Arc
de Triomphe d'Orange ne peut être artribué
à Dom . Enobarbus & à Fab. Maximus
, comme je viens de le montrer ,
ni à Caius Marius , comme je l'ai prouvé
dans mes premieres Remarques , & que
je me confirme toujours plus dans la
penfée
de Triomphe d'Orange..
Liques
Orfque je fis mes premieres Remar :
ques fur l'Arc de Triomphe d'Orange
, je regardois l'opinion qui attribuoit
ce Monument à Caius Marius ,,
comme la plus fuivie & en quelque ma--
niere comme la plus plaufible ; c'eft pourquoi
je m'attachai principalement à la
détruire , & jaffectai de paffer legerement
fur celle qui faifoit Cneius Domitius
Ænobarbus & Quintus Fabius Maximus
Amilianus , Auteurs de ce Monument , ..
le peu que je difois , me paroiffant plus
que fuffifant pour la faire tomber d'ellemême.
Cependant je viens d'apprendre
que M. Guib , a embraffé ce dernier fentiment
dans une Differtation qu'il a donnée
au public , & qui fe trouve inferée
dans les Mémoires de Trévoux , du mois
de Decembre 1729. page 2142. A la ve
rité j'ai été furpris qu'une opinion que
j'avois
AVRIL. 1730. -643
ས་
j'avois crûe infoutenable reparût avec tant.
d'éclat fur la Scene , je craignois d'abord
de m'être trompé , mais après avoir examiné
les preuves , j'ai crû devoir m'en
tenir à mon premier fentiment.
Voici furquoi M. Guib s'eft fondé . Il
dit d'abord que Domitius Enobarbus vainquit
les Allobroges auprès de la Ville de
Vindalion , fituée à l'Embouchure de la
Sorgue , dans le Rhône , & parconfequent
il femble , dit-il , pouvoir affurer que les
Campagnes de la Principauté d'Orange ont
été le Théatre fur lequel ce General s'eft
fignalé d'une maniere fi diftinguée ; il ajoute .
que Fabius Maximus dompta ces mêmes.
Peuples,joints avec les Auvergnats , proche
le Rhône , fuivant Eutrope , c'eft-à- dire
felon l'avis de M. Guib , dans le Territoire
d'Orange ; enfuite il nous dit d'après Florus
que ces Generaux Romains éleverent
des Tours de pierre aux mêmes lieux où
ils avoient vaincu leurs ennemis , & conclut
enfin que fi l'on fait reflexion fur ce
qu'il vient de dire & qu'on regarde l'ancienne
fituation de la Ville d'Orange , on verra'
facilement les raisons qui engagerent ces:
Confuls Romains à choisir fon terroir pour
faire bâtir un Arc de Triomphe.
Je réponds , 1 ° . que l'Embouchure de
la Sorgue dans le Rhône & parconfequent
l'endroit où Domitius Enobarbus vain
A vj quis
644 MERCURE DE FRANCE
quit les Allobroges , n'eft pas dans la Prin
cipauté d'Orange : or cela étant un fait
notoire & inconteftable , je ne comprens
pas comment M. Guib a pû s'imaginer
que les Campagnes de cette Principauté
ayent été le Théatre fur lequel ce General
s'eft fignalé.
2. Tous les Hiftoriens conviennent
que cette Bataille a été donnée auprès de
la Ville de Vindale ; ainfi quand même
Domitius Encbarbus auroit voulu choifir
une Ville pour y conftruire un Monument
de fon Triomphe , il eft hors de
doute que ce Conful Romain auroit préferé
Vindale comme la plus proche de
l'endroit où les Allobroges avoient été
deffaits .
M. Guib a bien fenti cette difficulté
& perfuadé que les Romains n'ont dû
conftruire les Monumens en queftion que
fur le Champ de Bataille , comme je l'ai
déja prouvé dans mes premieres Remarques
, il fuppofe fort habilement que Fabius
Maximus a combattu les Allobroges
& les Auvergnats , joints enſemble , dans le
Territoire d'Orange ; j'avouë que fi cela
étoit veritable , ce feroit du moins une
raiſon affez plaufible en faveur de fon
fentiment ; mais par malheur il fe
trouve démenti par tous les Auteurs qui
difent que ce Combat a été donné un peu
au
AVRIL 1730. 645
au deffus de Valence , & dans l'endroit où
l'Ifere fe joint avec leRhône ; en effetStrabon
, dans fon IVe Livre , affure en termes
exprès & formels que Fabius Maximus
deffit les Gaulois au Confluent de l'Ifere
& du Rhône: Quo autem loco , dit-il , Ifara
Rhodanus Fluvii confluunt Q. Fabius.
Max, Emilianus ducenta millia Gallorum
concidit. Florus , dans fon Hiftoire
Romaine , Livre 3. Chap. 2. eft du même
fentiment , en parlant des Fleuves fur les
bords defquels les Gaulois avoient été
battus il nomme l'Ifere & le Rhone ,
Victoria teftes , dit-il , Ifara & impiger Flu
minum Rhodanus.
:
Eutrope même en difant que Bituitus ,
Roi des Auvergnats fut deffait proche le
Rhône , ne dit rien de contraire aux Auteurs
déja citez ; ainfi , quoique je refpecte
l'autorité de M. Guib , il me permettra
de ne le croire pas fur fa fimple parole
au fujet d'un fait qui s'eft paffé il y a près
de deux mille ans , & de m'en tenir à
ce que difent là- deffus tous les Hiftoriens;
il me femble parconfequent que je fuis
bien mieux en droit de conclure que fi
on fait reflexion fur tout ce que je viens
d'avancer & qu'on regarde la fituation de
la Ville d'Orange qui fe trouve éloignée
des lieux où Domitius Enobarbus &
Fabius Maximus ont combattu , on fera
>
ve
646 MERCURE DE FRANCE
veritablement convaincu que ces deux
Generaux n'ont pas dû conftruire les
Monumens de leurs Triomphes dans le
Territoire de cette Ville.
M. Guib nous dir pour feconde preuve,
qu'ayant confideré que dans toute la Côte
de Dauphiné , qui borde le Rhône , on
ne trouve aucune trace de Tours de pier--
res , il fe confirme encore davantage dans
fon fentiment ; Domit. Enobarbus & Fab..
Maximus , dit-il , battent les Peuples du
Dauphiné, ils font élever des Tours de pier
rès proche le Rhône , où trouver cela que:
dans notre Territoire ?
Voilà un Argument bien démonſtratif,
quoi , parcequ'on ne trouve plus aucune
trace des Tours élevées par Dom. Enobarbus
& par Fab. Maximus dans les lieux
où elles ont dû être conftruites , il faut
neceffairement qu'elles foient dans le Territoire
d'Orange ? & cela par la raifon
qu'on y voit un Arc de Triomphe ; mais
quelle comparaifon y a t'il entre des Tours
informes & groffieres , telles que Florus
les a décrites , & un Arc de Triomphe'
qu'on admire encore aujourd'hui parla
Beauté de fes bas-reliefs & de fon Architecture
? peut-on croire de bonne foi que,.
fi cet Auteur avoit voulu parler de ce mo
nument , iill nnee ll''aauurrooiitt pas fçû décrire tel
qu'il eft ? Eft-ce que de fon tems on ne
fçavoir
AVRIL. 1730. 647
fçavoit pas diftinguer un Arc d'une Tour?
or Florus nous dit en termes formels
que
Dom. Enobarbus & Fab, Maximus ne firent
conftruire que des Tours ; donc ces-
Confuls Romains n'ont pas fait élever
un Arc de Triomphe , & par conféquent
celui d'Orange ne peut pas leur être at
tribué.
Mais , dira- t'on , que font donc devenuës
les Tours ? je réponds que la longueur
des tems en a dû abolir jufqu'à là
moindre trace ; d'autant mieux que ce
font les premieres Tours qui ayent été élevées
en pareilles occafions , & qu'elles
ont été groffierement conftruites , com--
me l'attefte Florus : Saxeas erexere Turres ,
& par conféquent elles n'ont pas dû
avoir la perfection requife pour être à¹
F'épreuve d'une fi longue durée..
Paffons à la troifiéme preuve. M. Guib
nous affure que les Tridents , les Sirenes ,
les Mats , les Cordages , les Ancres &
les Navires que , l'on voit fur l'Arc de
Triomphe d'Orange conviennent parfai--
tement à Dom. Enobarbus & à Fab. Ma--
ximus , & fignifient , fuivant notre Au--
reur fo que c'étoit par le fecours des Dieux
de la Mer que les Ennemis
du Peuple Ro-- main avoient
été vaincus
, & qu'ils s'étoient
noyés dans le Rhône en voulant
le traverſer
.
2º que Bituitus
, ce formidable
Ennemi
,›
fut
648 MERCURE DE FRANCE.
fut conduit par Merjusqu'à Rome. 3 ° que
Les Romains étoient redevables aux Marfeillois
de la conquête de ces Pays .
Je pourrois me diſpenſer de répondre
à des raifons fi foibles ; en effet , peut- on
raisonnablement penfer que les Dieux de
la Mer ayent été d'un grand fecours à
Dom. Enobarbus & à Fab. Maximus , tan
dis que ces deux Generaux ont combattu
fur terre , & que ce n'eft qu'après la bataille
gagnée , & dans la fuite que quelques-
uns des Ennemis s'étoient noyés dans
le Rhône , en voulant le traverſer ; après
cela , de quelle maniere que Bituitus ait
été conduit à Rome , foit par mer , foit
par terre , cette circonftance intereffet'elle
fi fort la gloire des Vainqueurs pour
en faire mention dans un Monument
de Triomphe ? Il eft vrai enfin que la
Ville de Marfeille a été la cauſe , comme
Ciceron le dit , que les Romains ont conquis
les Gaules ; mais je ne vois pas le
rapport qu'il y a entre les Marfeillois &
les Mats , les Cordages , les Ancres &
les Navires que l'on voit fur ce Monument
; M. Guib auroit bien dû nous expliquer
en quoi confifte cette parfaite convenance
qu'il y trouve . En attendant , il
me femble que je fuis toujours en droit
de dire que tous les fymboles de Marine
neconviennent en aucune façon à Dom,
EnoAVRIL.
1730. 649
Enobarbus & à Fab. Maximus , & par
conféquent , c'eft une raifon , felon moi ,
pour foûtenir que l'Arc de Triomphe
ne peut leur être attribué.
M. Guib , après avoir établi fon opinion
fur les trois preuves que je viens de
détruire , nous fait part des decouvertes
qu'il a faites au fujet des perfonnes qui
font repréſentées fur ce Monument ; il
nous fait d'abord remarquer Bituitus avec
fon fils Congentiatus , enfuite Dom. Enobarbus
& Fab. Maximus ; il nous apprend
même le nom qu'il faut donner aux Figures
qui ne fubfiftent plus , comme
celles du Dieu Mars , d'Hercule & du
Roi Teutomalion ; enfuite il nous avertit
que la Figure de femme qu'on prenoit
pour Marche la Sirienne , eft la Deeffe de
l'efperance ; enfin , pour donner encore
plus de poids & plus de créance à tout
ce qu'il vient de dire , il nous affure
qu'il s'eft défait de toute forte de préju
gés , & que c'eft fans prévention , &
après un mur examen qu'il s'eft déterminé.
Il faut avouer que M. Guib après avoir
donné des preuves d'une fi rigide& fiexacte
Critique , ne manquera peut-être pas de
s'attirer la confiance des Lecteurs . Pour
moi , fans vouloir le contredire formellement
fur les découvertes , dont je lui laiſſe
de
650 MERCURE DE FRANCE.
at
de bon coeur toute la gloire , fçachant
d'ailleurs qu'en fait de conjectures chačun
eft en droit de fuppofer ce qu'il
veut , je me contente de dire que l'Arc
de Triomphe d'Orange ne peut être artribué
à Dom . Enobarbus & à Fab. Maximus
, comme je viens de le montrer ,
ni à Caius Marius , comme je l'ai prouvé
dans mes premieres Remarques , & que
je me confirme toujours plus dans la
penfée
Fermer
Résumé : SUITE des Remarques sur l'Arc de Triomphe d'Orange.
Le texte traite de l'attribution de l'Arc de Triomphe d'Orange. Initialement, l'auteur rejetait l'idée que ce monument soit attribué à Caius Marius et penchait plutôt pour Cneius Domitius Ænobarbus et Quintus Fabius Maximus Amilianus. Cependant, il découvre que M. Guib a adopté cette dernière opinion dans une dissertation publiée en décembre 1729. L'auteur examine les arguments de M. Guib, qui se fondent sur les victoires de Domitius Ænobarbus contre les Allobroges et de Fabius Maximus contre les Auvergnats près du Rhône, ainsi que sur l'érection de tours de pierre par ces généraux. L'auteur réfute ces arguments en soulignant que les batailles mentionnées n'ont pas eu lieu dans la Principauté d'Orange, mais respectivement près de Vindale et au confluent de l'Isère et du Rhône. Il conteste également l'idée que les symboles marins sur l'Arc de Triomphe seraient liés à ces généraux, qui ont combattu sur terre. De plus, il note que les inscriptions sur l'arc mentionnent des victoires navales, ce qui renforce l'hypothèse d'une attribution à un général ayant des succès maritimes. L'auteur mentionne également des inscriptions trouvées à Nîmes et à Arles, qui pourraient indiquer des victoires navales. Il souligne que les victoires de Domitius Ænobarbus et de Fabius Maximus n'ont pas de rapport avec ces inscriptions. Enfin, il conclut que l'Arc de Triomphe d'Orange ne peut être attribué ni à Caius Marius ni à Domitius Ænobarbus et Fabius Maximus, confirmant ainsi son opinion initiale. L'auteur suggère que l'arc pourrait être lié à des victoires navales, mais il ne propose pas de nouveau candidat pour l'attribution du monument.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1292
p. 654-671
EXTRAIT de deux Harangues Latines sur la Naissance de Monseigneur le Dauphin, prononcées au College de Louis le Grand par les Professeurs de Rhetorique.
Début :
Il y a quelques mois qu'on a imprimé les deux Harangues dont nous [...]
Mots clefs :
Naissance du Dauphin, Harangues, Dauphin, Professeurs de rhétorique, Collège Louis le Grand, Roi, Prince, Peuples, Orateur, Bonheur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de deux Harangues Latines sur la Naissance de Monseigneur le Dauphin, prononcées au College de Louis le Grand par les Professeurs de Rhetorique.
EXTRAIT de deux Harangues Latines
fur la Naiffance de Monfeigneur
le Dauphin , prononcées au College de
Louis le Grand par les Profeffeurs de
Rhetorique.
Ly a quelques mois qu'on a imprimé
les deux Harangues dont nous
donnons ici l'Extrait ; l'une fut prononcée
par le P.Charles Porée le 14.Septembre
1729 vers le commencement desVacances,
l'autre par le P.Xavier de la Sante le 15. Decembre
fuivant , quelque tems après qu'on
eut repris les exercices ordinaires du College.
Le premier crut ne pouvoir mieux
finir fon année , & le fecond mieux commencer
la fienne , qu'en félicitant le Public
fur un évenement fi intereffant pour
la France & pour toute l'Europe. Nous
croyons faire plaifir à nos Lecteurs en leur
donnant un Abregé de ces deux Difcours,
qui répondent parfaitement à la réputation
des Auteurs.
La
AVRIL 1730. 655
>
›
3
La Harangue du P. Porée commence
par feliciter le Roi de la Naiffance de
fon augufte Fils. Il n'eft point d'homme ,
dit l'Orateur , de quelque condition qu'il
foit , qui ne fouhaite de laiffer fon nom
ou fes biens à un fils plutôt qu'à une ou
à plufieurs filles ; celles ci perdent ce
nom en entrant dans d'autres familles
où il meurt bientôt avec elles. Il fe perpetuë
dans la perfonne d'un fils
en fe
perpetuant il devient plus illuftre , & acquiert
une efpece d'immortalité , dont
l'efperance feule flatte un pere qui s'ima
gine devoir vivre en quelque forte éternellement
dans une nombreuſe pofterité.
Mais qui doit être plus touché de ce
plaifir qu'un Prince , un Monarque , un
Roi de France , & un Roi de la Maiſon
des Bourbons ? nom fi ancien , fi glorieux
que tant de Grands Hommes ont porté
& honoré. Par une fucceffion non interrompue
, il vient de Louis IX . jufqu'à
Louis XV, il a été illuftré par tous les
genres de mérite ; il a étendu fa domination
dans un Royaume voiſin , d'où il fe
fait refpecter jufques dans le nouveau
monde ; il eft confacré par la Religion &
placé jufques dans le Ciel , où nous lui
rendons de juftes hommages. Tel eft le
nom que Louis tranfmet à fon fils : un
jour celui-ci en foutiendra la gloire , &
656 MERCURE
DE FRANCE
રે
la fera paffer à une longue fuite de Heros .
Il n'en fut pas ainfi du nom des Cefars;
depuis le Grand Jules il ne fubfifta que
par l'adoption , par l'élection , fouvent
même par l'ufurpation ; il périt dès qu'il
fut élevé fur le Trône ; quand il devint le
nom des Empereurs , il paffa à des Etrangers
, & ceffa d'être celui d'une même
famille.
Tout peré aime encore à laiffer un fils
heritier de fes biens , quelques médiocres
, quelque peu confiderables
qu'ils
foient ; on femble alors les quitter fans
c'eft les perdre deux
regret , au lieu que
fois , que de les voir paffer en d'autres
mains. Quel eft donc le bonheur de Louis ,
à qui le Ciel accorde un fils , auquel il
pourra remettre , non pas fimplement un
riche heritage , non pas des titres glorieux
, mais le plus beau Royaume , le
plus floriffant , le plus ancien de l'Europe
! Augufte n'eut pas cet avantage ; il
etendit les bornes de l'Empire ; mais il
fut obligé de fe chercher un heritier hors
de fa Maiſon ; il s'entendit appeller Pere
de la Patrie par tous les Citoyens ; mais
jamais il n'entendit fortir ce doux nom
de pere de la bouche d'un fils . La même
confolation fut refufée non-feulement aux
Nerons , aux Caligula , aux Domitiens ,
humain
il étoit de l'interêt du genre
que
de
AVRIL
1730.
657
de tels monftres périffent tout entiers ;
mais elle fut refufée aux Tites & aux
Trajans , ces Princes adorables qui faifoient
les délices de l'Univers.
Notre Roi plus heureux que tous ces
Empereurs a déja merité d'être appellé le
Pere de fon Peuple , comme un très- petit
nombre d'entr'eux ; il eſt déja comme
quelques-uns pere de plufieurs Princeffes;
mais ce qui n'arriva à aucun d'eux , aujourd'hui
il fe voit pere d'un fils ; & à
quel âge a- t'il ce bonheur ? Remontons
dans les fiécles paffés ; parcourons la fuite
de tous nos Rois ; jettons les yeux fur
toutes les Cours Etrangeres, ici nous trouverons
des Princes qui envient le fort de
Louis , là nous n'en trouverons point qui
ait eu fi tôt le même bonheur,
Les meres ne font pas moins charmées
d'avoir un fils que les peres mêmes ; l'amour
qu'elles ont pour leurs Epoux eft
la meſure de la joye que leur cauſe la
Naiffance d'un fils qui le repréſente d'une
maniere plus parfaite que des tableaux
muets. Cette raifon generale convient
encore mieux à une grande Reine qui revere
toûjours la perfonne de fon Roi dans
celle de fon Epoux , & dont la tendreffe
eft temperée par le refpect . Quelque
grand , quelque fincere que foit l'amour
de part & d'autre , les dehors en font
B Lou
658 MERCURE DE FRANCE
toujours reglés par la dignité des auguftes
Epoux , & la majefté tempere une vivacité
permife à des perfonnes privées. Le
Dauphin repréſentera à fa mere tous les
traits de Louis ; mais dépouillés de cette
vive lumiere qui fait qu'on n'ofe fixer
trop long- tems fur lui fes regards ; elle
pourra le contempler à loifir , lui prodiguer
fes careffes , à peu près comme nos
yeux qui ne fçauroient foutenir la clarté
du Soleil , contemplent avec plaifir ſon
image , s'il vient à fe peindre dans une
Nuée brillante.
D'autres raifons que l'Orateur touche
avec beaucoup de délicateffe , c'eft que
la Naiffance du Dauphin affure à la Reine
le coeur de fon augufte Epoux , & augmente
en quelque forte fon autorité. A
la verité , elle n'avoit pas befoin de cel
gage pour s'attacher le coeur d'un Prince
, dont toutes les inclinations font reglées
par la raifon , tous les goûts fubordonnés
au devoir , tous les defirs moderés
par la fageffe ; il avoit reçû avec
joye les trois Princeffes que la Reine lui
avoit données jufqu'ici ; il les accable tous
les jours des careffes qu'elles peuvent attendre
du pere le plus tendre. Ce n'eſt
pas qu'il ne defirât un heritier de fes Etats
auffi ardemment que fes Peuples le fouhaitoient
, mais il l'attendoit plus patiemment,
AVRIL. 1730. 659
tiemment , & avec une plus grande foumiffion
aux ordres du Ciel. Quelle joye
pour notre Reine d'avoir enfin comblé
des voeux fi juftes & fi fages !
Quelle joye d'avoir donné à toute la
France ce qui faifoit l'objet de fon attente
, & de l'avoir ainfi payée avec uſure
de tout ce qu'elle en a reçû ! Il eſt vrai
que fa vertu eft au - deffus des honneurs
que nous lui rendons ; mais fon grand .
coeur n'a voulu les recevoir que pour
faire notre bonheur ; elle fe les reproche
roit ſi ſon élevation n'étoit utile qu'à ellemême
; par le Dauphin qu'elle donne à
la France , elle lui rend plus qu'elle ne
lui a donné ; elle en a reçû la Couronne
& elle donne un Prince qui la foutiendra
un jour glorieufement.
La feconde Partie eft adreffée au Dauphin
mème , que le R. P. Porée félicite
fur fon bonheur. Pour en tirer des préfages
certains , il ne lui eft pas neceffaire
de recourir aux chimeres de l'Aftrologie
, à de vaines fupputations , & du moment
de fa naiffance , & du cours des
Aftres ; il n'a pas recours aux Fables des
Poëtes , adoptées quelquefois par les Orateurs
en femblables occafions. Des raifons
plus folides fur lefquelles il fe fonde
font les Royales qualités du pere ,
qui ne promettent pas moins qu'un He
Bij LOS
660 MERCURE DE FRANCE.
ros ; l'ordre de fa naiffance qui le fait feul
heritier de tout le Royaume ; la maniere
dont il a été obtenu du Ciel . L'Orateur
dans ce dernier article nous repréſente le
voyage que la pieté fit entreprendre l'année
derniere à la Reine. Il ne nous eft
pas
permis de toucher au Portrait qu'il fait
du Roi , nous craindrions de le defigurer
en quelque forte. Renvoyant donc
pour cette partie à la Piece même , nous
paffons à la troifiéme , où le R. P. Porée
félicite les Peuples d'un évenement qui
les intereffoit infiniment.
III. Il remarque d'abord qu'il eft bien
rare qu'on puiffe feliciter le Peuple fur
l'accompliffement de fes voeux ; ce font
ordinairement des voeux temeraires ou
nuifibles , il ne voit jamais les premiers
accomplis ; fi les autres le font quelquefois
, ce n'eft que pour fon malheur. Il
n'en eft pas ainfi de ceux que nous formions
pour la naiffance d'un Dauphin ;
rien n'étoit plus fage , & ne devoit nous
être plus avantageux ; notre impatience
même , quoiqu'elle fut trop vive , &
qu'elle allat à nous faire abfolument defefperer
ce que nous n'avions pas obtenu
tout d'un coup , avoit quelque choſe de
raifonnable , fufques dans fa bizarrerie.
C'eft que nous fouhaitions non- feule- ,
ment de voir à notre Roi un heritier de ,
fes
1
AVRIL. 1730. 661
fes Etats , mais encore de le lui voir naî
tre dans fa jeuneffe , afin que ce Prince
pût être élevé fous fes yeux , afin qu'il
pût par fes grands exemples s'inftruire
long- tems dans l'art de regner. Nous
fçavons que toutes les minorités des Rois
ne font pas auffi tranquilles que l'a
été celle de Louis XV. Il eft difficile que
des Princes aufquels pour premiere leçon
on apprend qu'ils font maîtres de ceux
qui les inftruiſent , profitent bien de l'éducation
qu'on leur donne. Il faudroit
pour cela naître avec un caractere ferieux ,
amateur de l'ordre , avec une fageffe naturelle
, & dans la plus tendre enfance
n'avoir rien de la legereté de cet âge ; il
faudroit être tel , en un mot , que Louis
le Grand & fon digne fucceffeur.
Enfin ce qui intereffoit non - feulement
les François , mais tous les Peuples de
l'Europe , & leur faifoit formes les mêmes
voeux qu'à nous , c'eft qu'un Dauphin
de France femble affurer la tranquillité
de tous les Etats voifins auffibien
que la notre. Cette tranquillité fait
l'unique objet des foins de notre jeune
Monarque ; après un David guerrier ,
nous avons en lui un pacifique Salomon.
Le fage Miniftre auquel il donne toute
fa confiance , & qu'il appelle à tous fes
Confeils , eft un Ange de paix ; le fils
B iij qu'il
>
:
662 MERCURE DE FRANCE
1
le
partage
qu'il vient d'obtenir du Ciel peut être
appellé en quelque forte le Prince de la
Paix ; cet augufte enfant diffipe les allarmes
que nous pourrions avoir de ces
guerres qui fe font pour la fucceffion &
des grands Royaumes , Guerres
veritablement plus que civiles dont
nous avons un exemple dans ce qui s'eft
paffé dans l'Europe au commencement
de ce Siecle. Le R. P. Porée en fait une
deſcription vive & frappante , qu'on lira
avec d'autant plus de plaifir , que la naiffance
du Dauphin nous empêche de crain.
dre rien de Temblable..
II. DISCOURS..
R.P. La Harangue du R. P. De la Sante eft
moins fur la Naiffance du Dauphin qu'un
préfage de ce que doit être ce Prince ,
qui croft pour la fortune la plus brillante
& pour la felicité des Peuples. S'il
avoit voulu fe borner à celebrer cet heureux
évenement , il n'auroit pas attendu
fi long- tems ; mais fon Collegue l'ayant
fait avec fuccès , il a crû devoir donner
un autre tour à fon Difcours. Dans la
premiere Partie il montre ce que le Dauphin
promet à la France ; dans la feconde
, ce que la France promer au Dauphin
.
I. Pour fçavoir , dit l'Orateur , les ma
gnifiques
AVRIL. 1730.
663
,
gnifiques efperances que nous pouvons
concevoir de cet augufte Enfant , il nous
fuffit de faire reflexion qu'il eft fils d'un
Roi Bourbon & fils d'un Roi Très-
Chrétien . Ces deux titres nous apprennent
ce que nous devons en attendre
Fun nous affure du bonheur du Royaume
, l'autre nous promet un appui pour
la Religion.
Le P. De la Sante commence la
preuve de la premiere Propofition par un
éloge des Bourbons qu'il fait avec autant
d'art que le R. P. Porée , quoique le tour
en foit different. L'efprit du Lecteur aime
à trouver le même morceau d'Eloquence,
traité par deux grands Maîtres qui ne fe
copient pas l'un l'autre . On peut encore
voir le même éloge dans la troifiéme Harangue
du P. Coffart , Jefuite & prédeceffeur
de ces deux Peres dans l'emploi
qu'ils rempliffent fi dignement.
Enfuite defcendant dans le détail , if
parcourt tous les grands Rois qu'a don
nés cette maifon ,. & commence par Louis
IX. qui en eft la tige . Quel Monarque
s'appliqua jamais avec plus de zele à pro
curer le bonheur de fes Peuples , c'eſt-àdire
, à pacifier les troubles domeftiques
à repouffer les Ennemis Etrangers , à adminiftrer
la juftice à fes Sujets & à l'éta
blir folidement par les Ordonnances les
plus
B. iiij.
664 MERCURE DE FRANCE
plus fages. Pour faire toutes ces chofes
avec le fuccés qu'il eut , il falloit être le
Pere de fes Peuples , plutôt que leur Roi;
fe regarder comme leur Pafteur plutôt
que comme leur Chef. Pour foûtenir les
traverfes qu'il effuya pendant fa vie , il
falloit une vertu plus qu'humaine ; la
conftance des Heros ne va pas jufques là:
il falloit être un Saint.
L'Orateur paffe auffi- tôt à Henri le
Grand , Prince veritablement digne de ce
nom , dans quelque point de vue qu'on
l'envifage ; conquerant d'un Royaume fur
lequel il avoit feul un droit inconteftable
, à confiderer avec quelle bonté il
gouvernoit fes Peuples , avec quelle affection
& quel zele on lui obéïffoit , il fembloit
qu'il ne dût le Sceptre ni à ſa naiſfance
, ni à fon épée , mais à un choix libre
qui lui donnoit tous les coeurs .
Cette même bonté , cette facilité fut
le caractere qui diftingua le fils d'Henri
le Grand ; ce Monarque fit affeoir fur fon
Trône la Juftice & la Pieté ; la Sageffe
préfida à tous fes Confeils , aucun Roi
n'a été plus heureux dans le choix de fes
Miniftres ; fon Regne établit la tranquillité
au dedans de la France , étoufa jufqu'aux
femences des diffenfions domeftiques
, fit refpecter notre puiffance à des
voifins jaloux , & feroit peut-être le plus
glorieux
AVRIL. 1730.
865
'glorieux de tous les Regnes , fi ce Prince
n'avoit eu un prédeceffeur & un fucceffeur
,tous deux plus grands que lui.
Ici l'Orateur fait un portrait achevé de
Louis le Grand , ce Heros fi noblement
łoüé pendant la vie , & ce qui eft moins
équivoque , encore mieux loué après fa
mort par les regrets , non des feuls François
, mais des Nations étrangeres & ennemies.
Nous craindrions d'affoiblir cet
éloge fi nous nous contentions d'en rap--
porter quelques traits ; il faut le voir tout
entier dans la Piece.
L'arriere- petit- fils de ce Prince fait au
jourd'hui fon unique étude de conferver
la paix qu'il avoit glorieufement établie
fur la fin de fon Regne. Louis XV. fe
propofe de gouverner for Royaume felon
les maximes de Louis XIV. & met
fa félicité dans celle des Peuples. Le bonheur
de ce Monarque c'eft que le bruit
des armes n'a pas troublé les jeux de fon
enfance; fa gloire, c'eft qu'à la fleur de fes
années , & dans la plus tendre jeuneffe
-il fe voit l'arbitre de la paix , & choifi
pour Médiateur par tous les Princes de
l'Europe. Dans ces divers caracteres , l'adreffe
de l'Orateur confifte à ne point
laiffer perdre de vûë fon principal objet.
C'eft ce que fait le P. De la Sante , en
rappellant fans ceffe l'idée du nouveau
Bv Dauphin
666 MERCURE DE FRANCE
Dauphin dans les Portraits qu'il fait de
fes Ayeux.
Il parle enfuite de l'attachement que tous
les Rois Bourbons ont témoigné pour la
Religion , & prouve que le nom de Rois
Très-Chrétiens n'a pas été en eux un vain
titre.. Ici comme dans la premiere induction
, il commence par S. Louis ; tout le
monde fçait le zele qu'il témoigna pour
l'extirpation de l'herefie des Albigeois ;:
ce zele le tranfporta deux fois au - delà
des mers , plutôt pour la propagation de
la Foi , qu'en vûe d'étendre fon Empire,
ou pour fatisfaire un efprit d'inquiétude :
qui fut l'ame de la plupart des projets de
cette nature ..
Henri IV. avoit eu le malheur de fe
laiffer aller au parti de l'Herefie ; il ne
fut pas plutôt fur le Trône qu'il l'abjura:
fincerement , & la & la preuve de cette fincerité
, c'eft ce qu'il fit pour ramener à la
verité ceux du parti qu'il avoit abandonné.
On fçait que ce Prince d'un coeur veritablement
droit , témoignoit plus de
joye lorfqu'on lui apprenoit que quelqu'un
des Chefs de la Religion Protef
tante étoit retourné au ſein de l'Eglife ,
que lorsqu'on lui annonçoit que quelque
Ligueur étoit rentré dans fon obéillance..
Le plus bel Ouvrage de Louis le Jufte
eft l'abaiffement de ce même parti ; la
prife
AVRIL 1730. 667
prife de La Rochelle qui réduifit les fac
tieux à leur devoir,fera toujours regardée
dans nos Faftes comme la plus glorieufe
action d'un Regne conftamment glorieux;
la confommation de ce grand Ouvrage
étoit refervée à fon fils , heritier de fa pieté
& de fon zele pour la foi. Louis le
Grand a enfin détruit dans fon Royaume
le Calvinisme , la feule herefie qui eut été
tolerée depuis la fondation de la Monarchie
par Clovis le premier Roi Très - Chrétien
.
Enfin ce même efprit de Religion a paſfé
dans le Monarque qui nous gouverne,
ce jeune Prince femble avoir été nourri
par la pieté, il en a fuccé le lait dès l'enfance
; fon refpect pour les chofes faintes a
éclaté en lui dès fes premieres années ; on
l'admire encore dans le feu d'une brillante
jeuneffe ; il paroît moins attentif à
faire refpecter la Majefté Royale qu'à fou
tenir dans fes Etats les interêts de la Reli
gion.
Tels font les Ayeux de notre Dauphin,
reprend l'Orateur , pouvons - nous douter
qu'il ne croiffe pour le bonheur de la
France , pour la deffenfe des Autels En
vain on diroit que tous les fils n'heritent
des vertus de leurs peres ,que lesVefpa
fiens n'ont pas toujours desTites pour fucceffeurs
; quand nous voyons que ce dou
BВ vj
pas
ble
668 MERCURE DE FRANCE
ble efprit de juftice & de pieté , d'amour
du bien public & de zele pour les interêts
de l'Eglife, s'eft perpetué dans tous les
Rois Bourbons pendant un fr long eſpace
d'années , nous pouvons nous tenir affurez.
qu'il ne fe démentira pas dans le
Prince qui vient de naître , & qu'il formera
fon caractere.
II. Partie.
Les François promettent au Dauphin
leur amour & leurs voeux dans fon enfance
; la Cour dont il fera les délices
pendant la jeuneffe , lui promet toutes
fortes de complaifances & d'agrémens;
enfin dès-à-prefent les Peuples lui voüent
pour le temps de la vieilleffe , leur obéïffance
& leurs fervices. Plaiſe an Ciel que
nos defirs foient accomplis dans tous ces
points ! qu'il arrive à une heureuſe vieil
Leffe , pendant laquelle il donnera la Loi,
& qu'il ne la donne pas avant ce temps !
Mais que dis -je , reprend l'Orateur ,
lui promettons pas feulement
notre amour & nos voeux ; dès ce jour il
a le coeur de tous les François , il a déja
reçu les hommages de tous les Ordres de
nous ne
Etat. Les Prélats qui font la plus noble
portion du premier de ces Ordres , fe
font diftinguez parmi tous les autres ; ils
ne fe font pas contentez de porter leurs
voeux
AVRIL 1730 . 669
voeux au pied du Trône & au Berceau
de l'augufte Enfant ; ils les ont confacrez
par la Religion , & rendus ainfi plus efficaces
; ils ont fanctifié ceux de tous les
Peuples en ordonnant des Prieres folemnelles
pour la profperité du Dauphin.
Qu'il a été heureux en particulier pour le
Paſteur du premier Troupeau du Royaume
, notre illuftre Archevêque , que le
premier exercice de fon miniftere qu'il ait
fait en cette Ville, ait été de recevoir fon
Roi , & de joindre fes actions de graces
à celles de ce Monarque ! Delà le P. de
La Sante prend occafion de faire un compliment
également jufte & ingenieux au
Prélat , qui étoit prefent.
Les Fêtes qui ont été faites dans toute
la France font une partie des hommages
qui ont été rendus au Dauphin . Par
là les Villes entieres , les Seigneurs du
Royaume , les Princes Etrangers par leurs
Ambaffadeurs , marquent les fouhaits
qu'ils font pour ce Prince. Le Peuple
même par la part qu'il a prife à ces Réjoüiffances
, par l'aimable folie à laquelle
il s'eft livré en cette occafion , lui témoi
gne fon amour & fon zele..
Qui voudra fçavoir les fentimens que
l'on aura pour le Dauphin de France , les
devoirs que lui rendront les François ,
lorſque dans un âge plus avancé , il fera
Pornement
670 MERCURE DE FRANCE
Pornement de la Cour n'a qu'à fe reffou
venir de l'affection des Peuples , du refpect
des Grands pour le premier Dauphin
, fils de Louis XIV. qu'il fe rappelle
la confiance qu'on avoit dans le Duc de
Bourgogne; la veneration qu'on avoit pour
lui & du vivant de fon Pere , & encore
plus lorfqu'il fut devenu l'Heritier immediat
de la Couronne . L'Orateur promet
avec affurance au Fils de Louis XV.
les mêmes honneurs , la même affection ,
la même foumiffion. Dans cette condition
, pourfuit - il , plus glorieufe que celle
de plufieurs Souverains , il apprendra à
commander , il s'inftruira par les exemples
& les Confeils de fon Pere dans l'Art de
regner.
Nous pouvons , ajoûte- t- il , lui pro
mettre qu'il regnera effectivement unt
jour , mais de la maniere la plus heureufe
& la plus confolante ; c'eft que , comme
un Poëte le difoit du fils d'un Empereur
Romain , dans un âge déja avancé , il parragera
l'autorité avec fon Pere , déja vieux.
Ce que difoit par pure flatterie ce vain
Panegyrifte , & ce qui ne pouvoit s'accomplir
qu'en accordant des fiecles entiers
à cet Empereur , nous pouvons le
dire de Louis avec confiance . Tout femble
lui promettre une longue vie & une
fanté conftante; c'eft le Prix que la Pro
vidence
AVRIL 1730. 671"
vidence a établi ici-bas pour la fageffe &
pour la vertu. Avant même qu'il foit fort
avancé en âge , fon augufte Fils aura toute
la maturité neceffaire au commandement.
Le Roi pourra le charger d'une partie des
affaires , moins pour s'en débarraffer, que
pour lui marquer la confiance..
Quelque temps avant que ces Pieces ayent
été imprimées, les R. P. Jefuites, toujours prêts
à fignaler leur zele pour la Maiſon Royale
avoient fait paroître un Recueil contenant
plufieurs Pieces de Vers François & La- `
tins , qui étoient toutes d'un excellent gout ,
chacune dans fon genre.
fur la Naiffance de Monfeigneur
le Dauphin , prononcées au College de
Louis le Grand par les Profeffeurs de
Rhetorique.
Ly a quelques mois qu'on a imprimé
les deux Harangues dont nous
donnons ici l'Extrait ; l'une fut prononcée
par le P.Charles Porée le 14.Septembre
1729 vers le commencement desVacances,
l'autre par le P.Xavier de la Sante le 15. Decembre
fuivant , quelque tems après qu'on
eut repris les exercices ordinaires du College.
Le premier crut ne pouvoir mieux
finir fon année , & le fecond mieux commencer
la fienne , qu'en félicitant le Public
fur un évenement fi intereffant pour
la France & pour toute l'Europe. Nous
croyons faire plaifir à nos Lecteurs en leur
donnant un Abregé de ces deux Difcours,
qui répondent parfaitement à la réputation
des Auteurs.
La
AVRIL 1730. 655
>
›
3
La Harangue du P. Porée commence
par feliciter le Roi de la Naiffance de
fon augufte Fils. Il n'eft point d'homme ,
dit l'Orateur , de quelque condition qu'il
foit , qui ne fouhaite de laiffer fon nom
ou fes biens à un fils plutôt qu'à une ou
à plufieurs filles ; celles ci perdent ce
nom en entrant dans d'autres familles
où il meurt bientôt avec elles. Il fe perpetuë
dans la perfonne d'un fils
en fe
perpetuant il devient plus illuftre , & acquiert
une efpece d'immortalité , dont
l'efperance feule flatte un pere qui s'ima
gine devoir vivre en quelque forte éternellement
dans une nombreuſe pofterité.
Mais qui doit être plus touché de ce
plaifir qu'un Prince , un Monarque , un
Roi de France , & un Roi de la Maiſon
des Bourbons ? nom fi ancien , fi glorieux
que tant de Grands Hommes ont porté
& honoré. Par une fucceffion non interrompue
, il vient de Louis IX . jufqu'à
Louis XV, il a été illuftré par tous les
genres de mérite ; il a étendu fa domination
dans un Royaume voiſin , d'où il fe
fait refpecter jufques dans le nouveau
monde ; il eft confacré par la Religion &
placé jufques dans le Ciel , où nous lui
rendons de juftes hommages. Tel eft le
nom que Louis tranfmet à fon fils : un
jour celui-ci en foutiendra la gloire , &
656 MERCURE
DE FRANCE
રે
la fera paffer à une longue fuite de Heros .
Il n'en fut pas ainfi du nom des Cefars;
depuis le Grand Jules il ne fubfifta que
par l'adoption , par l'élection , fouvent
même par l'ufurpation ; il périt dès qu'il
fut élevé fur le Trône ; quand il devint le
nom des Empereurs , il paffa à des Etrangers
, & ceffa d'être celui d'une même
famille.
Tout peré aime encore à laiffer un fils
heritier de fes biens , quelques médiocres
, quelque peu confiderables
qu'ils
foient ; on femble alors les quitter fans
c'eft les perdre deux
regret , au lieu que
fois , que de les voir paffer en d'autres
mains. Quel eft donc le bonheur de Louis ,
à qui le Ciel accorde un fils , auquel il
pourra remettre , non pas fimplement un
riche heritage , non pas des titres glorieux
, mais le plus beau Royaume , le
plus floriffant , le plus ancien de l'Europe
! Augufte n'eut pas cet avantage ; il
etendit les bornes de l'Empire ; mais il
fut obligé de fe chercher un heritier hors
de fa Maiſon ; il s'entendit appeller Pere
de la Patrie par tous les Citoyens ; mais
jamais il n'entendit fortir ce doux nom
de pere de la bouche d'un fils . La même
confolation fut refufée non-feulement aux
Nerons , aux Caligula , aux Domitiens ,
humain
il étoit de l'interêt du genre
que
de
AVRIL
1730.
657
de tels monftres périffent tout entiers ;
mais elle fut refufée aux Tites & aux
Trajans , ces Princes adorables qui faifoient
les délices de l'Univers.
Notre Roi plus heureux que tous ces
Empereurs a déja merité d'être appellé le
Pere de fon Peuple , comme un très- petit
nombre d'entr'eux ; il eſt déja comme
quelques-uns pere de plufieurs Princeffes;
mais ce qui n'arriva à aucun d'eux , aujourd'hui
il fe voit pere d'un fils ; & à
quel âge a- t'il ce bonheur ? Remontons
dans les fiécles paffés ; parcourons la fuite
de tous nos Rois ; jettons les yeux fur
toutes les Cours Etrangeres, ici nous trouverons
des Princes qui envient le fort de
Louis , là nous n'en trouverons point qui
ait eu fi tôt le même bonheur,
Les meres ne font pas moins charmées
d'avoir un fils que les peres mêmes ; l'amour
qu'elles ont pour leurs Epoux eft
la meſure de la joye que leur cauſe la
Naiffance d'un fils qui le repréſente d'une
maniere plus parfaite que des tableaux
muets. Cette raifon generale convient
encore mieux à une grande Reine qui revere
toûjours la perfonne de fon Roi dans
celle de fon Epoux , & dont la tendreffe
eft temperée par le refpect . Quelque
grand , quelque fincere que foit l'amour
de part & d'autre , les dehors en font
B Lou
658 MERCURE DE FRANCE
toujours reglés par la dignité des auguftes
Epoux , & la majefté tempere une vivacité
permife à des perfonnes privées. Le
Dauphin repréſentera à fa mere tous les
traits de Louis ; mais dépouillés de cette
vive lumiere qui fait qu'on n'ofe fixer
trop long- tems fur lui fes regards ; elle
pourra le contempler à loifir , lui prodiguer
fes careffes , à peu près comme nos
yeux qui ne fçauroient foutenir la clarté
du Soleil , contemplent avec plaifir ſon
image , s'il vient à fe peindre dans une
Nuée brillante.
D'autres raifons que l'Orateur touche
avec beaucoup de délicateffe , c'eft que
la Naiffance du Dauphin affure à la Reine
le coeur de fon augufte Epoux , & augmente
en quelque forte fon autorité. A
la verité , elle n'avoit pas befoin de cel
gage pour s'attacher le coeur d'un Prince
, dont toutes les inclinations font reglées
par la raifon , tous les goûts fubordonnés
au devoir , tous les defirs moderés
par la fageffe ; il avoit reçû avec
joye les trois Princeffes que la Reine lui
avoit données jufqu'ici ; il les accable tous
les jours des careffes qu'elles peuvent attendre
du pere le plus tendre. Ce n'eſt
pas qu'il ne defirât un heritier de fes Etats
auffi ardemment que fes Peuples le fouhaitoient
, mais il l'attendoit plus patiemment,
AVRIL. 1730. 659
tiemment , & avec une plus grande foumiffion
aux ordres du Ciel. Quelle joye
pour notre Reine d'avoir enfin comblé
des voeux fi juftes & fi fages !
Quelle joye d'avoir donné à toute la
France ce qui faifoit l'objet de fon attente
, & de l'avoir ainfi payée avec uſure
de tout ce qu'elle en a reçû ! Il eſt vrai
que fa vertu eft au - deffus des honneurs
que nous lui rendons ; mais fon grand .
coeur n'a voulu les recevoir que pour
faire notre bonheur ; elle fe les reproche
roit ſi ſon élevation n'étoit utile qu'à ellemême
; par le Dauphin qu'elle donne à
la France , elle lui rend plus qu'elle ne
lui a donné ; elle en a reçû la Couronne
& elle donne un Prince qui la foutiendra
un jour glorieufement.
La feconde Partie eft adreffée au Dauphin
mème , que le R. P. Porée félicite
fur fon bonheur. Pour en tirer des préfages
certains , il ne lui eft pas neceffaire
de recourir aux chimeres de l'Aftrologie
, à de vaines fupputations , & du moment
de fa naiffance , & du cours des
Aftres ; il n'a pas recours aux Fables des
Poëtes , adoptées quelquefois par les Orateurs
en femblables occafions. Des raifons
plus folides fur lefquelles il fe fonde
font les Royales qualités du pere ,
qui ne promettent pas moins qu'un He
Bij LOS
660 MERCURE DE FRANCE.
ros ; l'ordre de fa naiffance qui le fait feul
heritier de tout le Royaume ; la maniere
dont il a été obtenu du Ciel . L'Orateur
dans ce dernier article nous repréſente le
voyage que la pieté fit entreprendre l'année
derniere à la Reine. Il ne nous eft
pas
permis de toucher au Portrait qu'il fait
du Roi , nous craindrions de le defigurer
en quelque forte. Renvoyant donc
pour cette partie à la Piece même , nous
paffons à la troifiéme , où le R. P. Porée
félicite les Peuples d'un évenement qui
les intereffoit infiniment.
III. Il remarque d'abord qu'il eft bien
rare qu'on puiffe feliciter le Peuple fur
l'accompliffement de fes voeux ; ce font
ordinairement des voeux temeraires ou
nuifibles , il ne voit jamais les premiers
accomplis ; fi les autres le font quelquefois
, ce n'eft que pour fon malheur. Il
n'en eft pas ainfi de ceux que nous formions
pour la naiffance d'un Dauphin ;
rien n'étoit plus fage , & ne devoit nous
être plus avantageux ; notre impatience
même , quoiqu'elle fut trop vive , &
qu'elle allat à nous faire abfolument defefperer
ce que nous n'avions pas obtenu
tout d'un coup , avoit quelque choſe de
raifonnable , fufques dans fa bizarrerie.
C'eft que nous fouhaitions non- feule- ,
ment de voir à notre Roi un heritier de ,
fes
1
AVRIL. 1730. 661
fes Etats , mais encore de le lui voir naî
tre dans fa jeuneffe , afin que ce Prince
pût être élevé fous fes yeux , afin qu'il
pût par fes grands exemples s'inftruire
long- tems dans l'art de regner. Nous
fçavons que toutes les minorités des Rois
ne font pas auffi tranquilles que l'a
été celle de Louis XV. Il eft difficile que
des Princes aufquels pour premiere leçon
on apprend qu'ils font maîtres de ceux
qui les inftruiſent , profitent bien de l'éducation
qu'on leur donne. Il faudroit
pour cela naître avec un caractere ferieux ,
amateur de l'ordre , avec une fageffe naturelle
, & dans la plus tendre enfance
n'avoir rien de la legereté de cet âge ; il
faudroit être tel , en un mot , que Louis
le Grand & fon digne fucceffeur.
Enfin ce qui intereffoit non - feulement
les François , mais tous les Peuples de
l'Europe , & leur faifoit formes les mêmes
voeux qu'à nous , c'eft qu'un Dauphin
de France femble affurer la tranquillité
de tous les Etats voifins auffibien
que la notre. Cette tranquillité fait
l'unique objet des foins de notre jeune
Monarque ; après un David guerrier ,
nous avons en lui un pacifique Salomon.
Le fage Miniftre auquel il donne toute
fa confiance , & qu'il appelle à tous fes
Confeils , eft un Ange de paix ; le fils
B iij qu'il
>
:
662 MERCURE DE FRANCE
1
le
partage
qu'il vient d'obtenir du Ciel peut être
appellé en quelque forte le Prince de la
Paix ; cet augufte enfant diffipe les allarmes
que nous pourrions avoir de ces
guerres qui fe font pour la fucceffion &
des grands Royaumes , Guerres
veritablement plus que civiles dont
nous avons un exemple dans ce qui s'eft
paffé dans l'Europe au commencement
de ce Siecle. Le R. P. Porée en fait une
deſcription vive & frappante , qu'on lira
avec d'autant plus de plaifir , que la naiffance
du Dauphin nous empêche de crain.
dre rien de Temblable..
II. DISCOURS..
R.P. La Harangue du R. P. De la Sante eft
moins fur la Naiffance du Dauphin qu'un
préfage de ce que doit être ce Prince ,
qui croft pour la fortune la plus brillante
& pour la felicité des Peuples. S'il
avoit voulu fe borner à celebrer cet heureux
évenement , il n'auroit pas attendu
fi long- tems ; mais fon Collegue l'ayant
fait avec fuccès , il a crû devoir donner
un autre tour à fon Difcours. Dans la
premiere Partie il montre ce que le Dauphin
promet à la France ; dans la feconde
, ce que la France promer au Dauphin
.
I. Pour fçavoir , dit l'Orateur , les ma
gnifiques
AVRIL. 1730.
663
,
gnifiques efperances que nous pouvons
concevoir de cet augufte Enfant , il nous
fuffit de faire reflexion qu'il eft fils d'un
Roi Bourbon & fils d'un Roi Très-
Chrétien . Ces deux titres nous apprennent
ce que nous devons en attendre
Fun nous affure du bonheur du Royaume
, l'autre nous promet un appui pour
la Religion.
Le P. De la Sante commence la
preuve de la premiere Propofition par un
éloge des Bourbons qu'il fait avec autant
d'art que le R. P. Porée , quoique le tour
en foit different. L'efprit du Lecteur aime
à trouver le même morceau d'Eloquence,
traité par deux grands Maîtres qui ne fe
copient pas l'un l'autre . On peut encore
voir le même éloge dans la troifiéme Harangue
du P. Coffart , Jefuite & prédeceffeur
de ces deux Peres dans l'emploi
qu'ils rempliffent fi dignement.
Enfuite defcendant dans le détail , if
parcourt tous les grands Rois qu'a don
nés cette maifon ,. & commence par Louis
IX. qui en eft la tige . Quel Monarque
s'appliqua jamais avec plus de zele à pro
curer le bonheur de fes Peuples , c'eſt-àdire
, à pacifier les troubles domeftiques
à repouffer les Ennemis Etrangers , à adminiftrer
la juftice à fes Sujets & à l'éta
blir folidement par les Ordonnances les
plus
B. iiij.
664 MERCURE DE FRANCE
plus fages. Pour faire toutes ces chofes
avec le fuccés qu'il eut , il falloit être le
Pere de fes Peuples , plutôt que leur Roi;
fe regarder comme leur Pafteur plutôt
que comme leur Chef. Pour foûtenir les
traverfes qu'il effuya pendant fa vie , il
falloit une vertu plus qu'humaine ; la
conftance des Heros ne va pas jufques là:
il falloit être un Saint.
L'Orateur paffe auffi- tôt à Henri le
Grand , Prince veritablement digne de ce
nom , dans quelque point de vue qu'on
l'envifage ; conquerant d'un Royaume fur
lequel il avoit feul un droit inconteftable
, à confiderer avec quelle bonté il
gouvernoit fes Peuples , avec quelle affection
& quel zele on lui obéïffoit , il fembloit
qu'il ne dût le Sceptre ni à ſa naiſfance
, ni à fon épée , mais à un choix libre
qui lui donnoit tous les coeurs .
Cette même bonté , cette facilité fut
le caractere qui diftingua le fils d'Henri
le Grand ; ce Monarque fit affeoir fur fon
Trône la Juftice & la Pieté ; la Sageffe
préfida à tous fes Confeils , aucun Roi
n'a été plus heureux dans le choix de fes
Miniftres ; fon Regne établit la tranquillité
au dedans de la France , étoufa jufqu'aux
femences des diffenfions domeftiques
, fit refpecter notre puiffance à des
voifins jaloux , & feroit peut-être le plus
glorieux
AVRIL. 1730.
865
'glorieux de tous les Regnes , fi ce Prince
n'avoit eu un prédeceffeur & un fucceffeur
,tous deux plus grands que lui.
Ici l'Orateur fait un portrait achevé de
Louis le Grand , ce Heros fi noblement
łoüé pendant la vie , & ce qui eft moins
équivoque , encore mieux loué après fa
mort par les regrets , non des feuls François
, mais des Nations étrangeres & ennemies.
Nous craindrions d'affoiblir cet
éloge fi nous nous contentions d'en rap--
porter quelques traits ; il faut le voir tout
entier dans la Piece.
L'arriere- petit- fils de ce Prince fait au
jourd'hui fon unique étude de conferver
la paix qu'il avoit glorieufement établie
fur la fin de fon Regne. Louis XV. fe
propofe de gouverner for Royaume felon
les maximes de Louis XIV. & met
fa félicité dans celle des Peuples. Le bonheur
de ce Monarque c'eft que le bruit
des armes n'a pas troublé les jeux de fon
enfance; fa gloire, c'eft qu'à la fleur de fes
années , & dans la plus tendre jeuneffe
-il fe voit l'arbitre de la paix , & choifi
pour Médiateur par tous les Princes de
l'Europe. Dans ces divers caracteres , l'adreffe
de l'Orateur confifte à ne point
laiffer perdre de vûë fon principal objet.
C'eft ce que fait le P. De la Sante , en
rappellant fans ceffe l'idée du nouveau
Bv Dauphin
666 MERCURE DE FRANCE
Dauphin dans les Portraits qu'il fait de
fes Ayeux.
Il parle enfuite de l'attachement que tous
les Rois Bourbons ont témoigné pour la
Religion , & prouve que le nom de Rois
Très-Chrétiens n'a pas été en eux un vain
titre.. Ici comme dans la premiere induction
, il commence par S. Louis ; tout le
monde fçait le zele qu'il témoigna pour
l'extirpation de l'herefie des Albigeois ;:
ce zele le tranfporta deux fois au - delà
des mers , plutôt pour la propagation de
la Foi , qu'en vûe d'étendre fon Empire,
ou pour fatisfaire un efprit d'inquiétude :
qui fut l'ame de la plupart des projets de
cette nature ..
Henri IV. avoit eu le malheur de fe
laiffer aller au parti de l'Herefie ; il ne
fut pas plutôt fur le Trône qu'il l'abjura:
fincerement , & la & la preuve de cette fincerité
, c'eft ce qu'il fit pour ramener à la
verité ceux du parti qu'il avoit abandonné.
On fçait que ce Prince d'un coeur veritablement
droit , témoignoit plus de
joye lorfqu'on lui apprenoit que quelqu'un
des Chefs de la Religion Protef
tante étoit retourné au ſein de l'Eglife ,
que lorsqu'on lui annonçoit que quelque
Ligueur étoit rentré dans fon obéillance..
Le plus bel Ouvrage de Louis le Jufte
eft l'abaiffement de ce même parti ; la
prife
AVRIL 1730. 667
prife de La Rochelle qui réduifit les fac
tieux à leur devoir,fera toujours regardée
dans nos Faftes comme la plus glorieufe
action d'un Regne conftamment glorieux;
la confommation de ce grand Ouvrage
étoit refervée à fon fils , heritier de fa pieté
& de fon zele pour la foi. Louis le
Grand a enfin détruit dans fon Royaume
le Calvinisme , la feule herefie qui eut été
tolerée depuis la fondation de la Monarchie
par Clovis le premier Roi Très - Chrétien
.
Enfin ce même efprit de Religion a paſfé
dans le Monarque qui nous gouverne,
ce jeune Prince femble avoir été nourri
par la pieté, il en a fuccé le lait dès l'enfance
; fon refpect pour les chofes faintes a
éclaté en lui dès fes premieres années ; on
l'admire encore dans le feu d'une brillante
jeuneffe ; il paroît moins attentif à
faire refpecter la Majefté Royale qu'à fou
tenir dans fes Etats les interêts de la Reli
gion.
Tels font les Ayeux de notre Dauphin,
reprend l'Orateur , pouvons - nous douter
qu'il ne croiffe pour le bonheur de la
France , pour la deffenfe des Autels En
vain on diroit que tous les fils n'heritent
des vertus de leurs peres ,que lesVefpa
fiens n'ont pas toujours desTites pour fucceffeurs
; quand nous voyons que ce dou
BВ vj
pas
ble
668 MERCURE DE FRANCE
ble efprit de juftice & de pieté , d'amour
du bien public & de zele pour les interêts
de l'Eglife, s'eft perpetué dans tous les
Rois Bourbons pendant un fr long eſpace
d'années , nous pouvons nous tenir affurez.
qu'il ne fe démentira pas dans le
Prince qui vient de naître , & qu'il formera
fon caractere.
II. Partie.
Les François promettent au Dauphin
leur amour & leurs voeux dans fon enfance
; la Cour dont il fera les délices
pendant la jeuneffe , lui promet toutes
fortes de complaifances & d'agrémens;
enfin dès-à-prefent les Peuples lui voüent
pour le temps de la vieilleffe , leur obéïffance
& leurs fervices. Plaiſe an Ciel que
nos defirs foient accomplis dans tous ces
points ! qu'il arrive à une heureuſe vieil
Leffe , pendant laquelle il donnera la Loi,
& qu'il ne la donne pas avant ce temps !
Mais que dis -je , reprend l'Orateur ,
lui promettons pas feulement
notre amour & nos voeux ; dès ce jour il
a le coeur de tous les François , il a déja
reçu les hommages de tous les Ordres de
nous ne
Etat. Les Prélats qui font la plus noble
portion du premier de ces Ordres , fe
font diftinguez parmi tous les autres ; ils
ne fe font pas contentez de porter leurs
voeux
AVRIL 1730 . 669
voeux au pied du Trône & au Berceau
de l'augufte Enfant ; ils les ont confacrez
par la Religion , & rendus ainfi plus efficaces
; ils ont fanctifié ceux de tous les
Peuples en ordonnant des Prieres folemnelles
pour la profperité du Dauphin.
Qu'il a été heureux en particulier pour le
Paſteur du premier Troupeau du Royaume
, notre illuftre Archevêque , que le
premier exercice de fon miniftere qu'il ait
fait en cette Ville, ait été de recevoir fon
Roi , & de joindre fes actions de graces
à celles de ce Monarque ! Delà le P. de
La Sante prend occafion de faire un compliment
également jufte & ingenieux au
Prélat , qui étoit prefent.
Les Fêtes qui ont été faites dans toute
la France font une partie des hommages
qui ont été rendus au Dauphin . Par
là les Villes entieres , les Seigneurs du
Royaume , les Princes Etrangers par leurs
Ambaffadeurs , marquent les fouhaits
qu'ils font pour ce Prince. Le Peuple
même par la part qu'il a prife à ces Réjoüiffances
, par l'aimable folie à laquelle
il s'eft livré en cette occafion , lui témoi
gne fon amour & fon zele..
Qui voudra fçavoir les fentimens que
l'on aura pour le Dauphin de France , les
devoirs que lui rendront les François ,
lorſque dans un âge plus avancé , il fera
Pornement
670 MERCURE DE FRANCE
Pornement de la Cour n'a qu'à fe reffou
venir de l'affection des Peuples , du refpect
des Grands pour le premier Dauphin
, fils de Louis XIV. qu'il fe rappelle
la confiance qu'on avoit dans le Duc de
Bourgogne; la veneration qu'on avoit pour
lui & du vivant de fon Pere , & encore
plus lorfqu'il fut devenu l'Heritier immediat
de la Couronne . L'Orateur promet
avec affurance au Fils de Louis XV.
les mêmes honneurs , la même affection ,
la même foumiffion. Dans cette condition
, pourfuit - il , plus glorieufe que celle
de plufieurs Souverains , il apprendra à
commander , il s'inftruira par les exemples
& les Confeils de fon Pere dans l'Art de
regner.
Nous pouvons , ajoûte- t- il , lui pro
mettre qu'il regnera effectivement unt
jour , mais de la maniere la plus heureufe
& la plus confolante ; c'eft que , comme
un Poëte le difoit du fils d'un Empereur
Romain , dans un âge déja avancé , il parragera
l'autorité avec fon Pere , déja vieux.
Ce que difoit par pure flatterie ce vain
Panegyrifte , & ce qui ne pouvoit s'accomplir
qu'en accordant des fiecles entiers
à cet Empereur , nous pouvons le
dire de Louis avec confiance . Tout femble
lui promettre une longue vie & une
fanté conftante; c'eft le Prix que la Pro
vidence
AVRIL 1730. 671"
vidence a établi ici-bas pour la fageffe &
pour la vertu. Avant même qu'il foit fort
avancé en âge , fon augufte Fils aura toute
la maturité neceffaire au commandement.
Le Roi pourra le charger d'une partie des
affaires , moins pour s'en débarraffer, que
pour lui marquer la confiance..
Quelque temps avant que ces Pieces ayent
été imprimées, les R. P. Jefuites, toujours prêts
à fignaler leur zele pour la Maiſon Royale
avoient fait paroître un Recueil contenant
plufieurs Pieces de Vers François & La- `
tins , qui étoient toutes d'un excellent gout ,
chacune dans fon genre.
Fermer
Résumé : EXTRAIT de deux Harangues Latines sur la Naissance de Monseigneur le Dauphin, prononcées au College de Louis le Grand par les Professeurs de Rhetorique.
Le texte relate deux harangues prononcées par les professeurs de rhétorique du Collège Louis-le-Grand à l'occasion de la naissance du Dauphin, fils de Louis XV. La première harangue, prononcée par le Père Charles Porée le 14 septembre 1729, félicite le roi pour la naissance de son fils, soulignant l'importance de transmettre le nom et les biens à un héritier mâle. Le Père Porée compare la succession des Bourbons à celle des Césars, mettant en avant la continuité et la gloire de la dynastie française. Il évoque également la joie des parents royaux et les avantages politiques et religieux de la naissance du Dauphin, qui assure la tranquillité du royaume et de l'Europe. La seconde harangue, prononcée par le Père Xavier de la Sante le 15 décembre suivant, se concentre sur les promesses que le Dauphin représente pour la France. Le Père de la Sante souligne que le Dauphin, en tant que fils d'un roi Bourbon et d'un roi Très-Chrétien, garantit le bonheur du royaume et un soutien à la religion. Il rappelle les vertus des grands rois de la maison des Bourbons, comme Louis IX et Henri IV, et les espérances qu'ils ont suscitées pour le peuple français. Le texte décrit les qualités et les actions des rois de la dynastie des Bourbons, mettant particulièrement en lumière la bonté et la justice de Louis XIII, fils d'Henri IV. Ce monarque a établi la tranquillité en France, étouffé les dissensions domestiques et fait respecter la puissance française à l'étranger. Son règne aurait été le plus glorieux si ce n'était pour ses prédécesseurs et successeurs plus grands que lui. L'orateur loue également Louis XIV, surnommé Louis le Grand, pour ses actions héroïques et son influence positive, même après sa mort. Louis XV, arrière-petit-fils de Louis XIV, s'efforce de conserver la paix et de gouverner selon les maximes de son aïeul. Il est loué pour son rôle de médiateur en Europe et son attachement à la religion. Le texte souligne l'attachement des Bourbons à la religion, mentionnant Saint Louis, Henri IV et Louis XIV pour leurs efforts contre l'hérésie. Louis XV est décrit comme un monarque pieux, respectueux des choses saintes et attentif aux intérêts de la religion. L'orateur exprime l'espoir que le Dauphin, fils de Louis XV, héritera des vertus de ses ancêtres et contribuera au bonheur de la France et à la défense des autels. Les Français, la Cour et les peuples promettent leur amour et leur soutien au Dauphin, avec des prières et des fêtes en son honneur. L'orateur compare l'affection portée au Dauphin à celle accordée aux précédents Dauphins et promet au fils de Louis XV les mêmes honneurs et affection. Il prédit que le Dauphin régnera de manière heureuse et confiante, avec le soutien de son père.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1293
p. 671-678
Fête sur le même sujet au College de Moulins, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 30. Janvier dernier, il y eut dans le College de Moulins une Fête pour la [...]
Mots clefs :
Naissance du Dauphin, College de Moulins, Fête, Orateur, Peuple, Devises, Harangue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fête sur le même sujet au College de Moulins, &c. [titre d'après la table]
Le 30. Janvier dernier , il y eut dans
le College de Moulins une Fête pour la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin ,
& cette Fête mérite un des premiers rangs
parmi celles qui le font faites , pour
bon gout & l'efprit qui y regnoit . Ce fut
à l'occafion de la Harangue du Pere Du
parc , Regent de Rhétorique. Il la préparoit
depuis long - temps ; mais pour la
prononcer il falloit le concours de certaines
circonftances qui ne ſe réunirent
que le 30. de Janvier.. კი .
La Salle étoit magnifiquement ornée ;
de très- beaux Luftres garnis de bougies
l'éclairoient comme en plein midi ; les
Portraits de toute la Famille Royale y
étoient
672 MERCURE DE FRANCE
étoient expofez dans un bel arrangement.
Mais ce qu'il y avoit de plus fingulier ,
c'eft que des Devifes très- ingenieufes y
étoient mêlées , & avoient un rapport ef
fentiel au fujet de la Harangue , à fa principale
divifion & à fes fubdivifions , enforte
qu'à mesure que l'Orateur parloit ,
les yeux trouvoient dans ces Deviſes des
images liées ingenieufement avec les idées
que l'Orateur préfentoit à l'efprit par
oreilles .
les
M. de Vannolle , Intendant , M. l'Abbé
d'Harcourt , M. l'Abbé de Vannolle , &
tout ce qu'il y avoit de gens confiderables
dans la Ville , ayant pris leurs places , on
diftribua à tout le monde deux Recueils,
dont l'un contenoit les Pieces de Vers que
les Régens du College avoient compofées
fur la Naiffance du Dauphin , preſque
toutes d'un très -bon gout. L'autre contenoit
les Explications des Devifes , mifes
en Vers par les Ecoliers de Rhétorique
; mais le tour des Vers & leur netteté
prouve que le Régent y avoit eu au moins
quelque part.
La Harangue fut parfaitement bien
prononcée , avec une aifance qui marque
un homme né pour parler en public. Le
deffein de la Piece étoit de montrer que
le Dauphin ne pouvoit pas naître dans
des circonstances plus heureuſes, ni pour
luiAVRIL.
1730. 673
lui -même , & ce fut le fujet de la premiere
Partie ; ni pour toute la France ,
& ce fut la matiere de la feconde.
L'Orateur s'ouvrit dans la premiere
Partie un vafte champ & fécond en caracteres
& en traits tirez de l'Hiftoire de
France.
Il montra d'abord les avantages du
Dauphin qui apprendroit à regner fous
les yeux du Roy fon Pere , dont il décrivit
les grandes qualitez ; il commence,
dit l'Orateur , comme Titus , il contínue
comme Augufte , il regne comme Trajan ,
il fe prépare aux combats par de nobles
exercices comme Henry le Grand ... Lo
Dauphin recevra les vertueufes inftructions
d'une Reine , dont la pieté eft encore
au-deffus de fon rang fublime; elle lui
rappellera le fouvenir de fes illuftres.
Ayeux & des grandes vertus qui ont
formé leurs caracteres . Ici l'Orateur parcourut
en maître les grands Rois de la
troifiéme Race , & toucha legerement
les qualitez qui les ont caracterifez . Là ,
Louis XII. Henry IV. Louis le Grand ,
& fur tout faint Louis , furent dignement
loüez . Il trouva auffi dequoi propofer au
Dauphin dans la Maifon de Lechfinski.
L'Orateur paffa enfuite à la difpofition
des efprits à l'égard du Dauphin , ſecond
avantage de fa Naiffance . Quelle impatience
674 MERCURE DE FRANCÉ
tience dans les Peuples ! quels voeux n'ont
ils pas fait pour l'obtenir ! Quelle crainte
ne leur caufoit pas le retardement de
cette heureuſe Naiffance ! Quels ardents
fouhaits un Roi & une Reine , ornez de
tant de grandes vertus , n'excitoient- ils
pas pour un Fils qui réuniroit les rares
qualitez de l'un & de l'autre !
Le troifiéme avantage que trouve le
Dauphin dans les circonftances de fa
Naiffance , c'eſt l'état floriffant & pacifique
du Royaume. Pour le prouver , l'Orateur
compara la France aux Royaumes voifins ,
& cela lui fournit des Reflexions délicates
& vrayes enfuite il la compara
avec elle-même fous nos plus grands Rois,
fous Charlemagne , fous Philippe Augufte ,
&c.... Il en décrivit la puiffance , l'étenduë
, la fertilité , &c .... La nobleſſe,
la juftice , la Religion , les Sciences , les
Beaux Arts , vinrent à leur tour , & reçurent
de grands traits & des couleurs animées
; mais un des plus grands avantages
de la France eft qu'il y ait fous le Roi
un Miniftre le plus fage de tous ceux qui
ont jamais occupé cette place. L'Orateur
fit à cette occafion un parallele hiftorique
qui fut extrémement applaudi & regardé
comme un de ces morceaux lumineux ,
qui quand ils feroient feuls , rendroient
un Ouvrage excellent.. Trois Miniftres
dit-il,
AVRIL. 1730. 675
dit-il , ont fauvé de grands maux à la
France , Richelieu , en réſiſtant avec force
, Mazarin , en cedant avec adreffe , le
Cardinal de Fleury, en les prévenant avec
prudence. Le premier infpiroit la terreurs
le fecond la hardieffe & la confiance ; le
dernier l'amour & le refpect.
Dans la feconde Partie l'Orateur fait
voir que le Dauphin ne pouvoit naître
dans des circonftances plus heureuſes ,
1º.pour la confolation du Roi & de la Reine;
2 ° . pour la joye des Peuples ; 30. pour
l'affermiffement de l'Etat. Cette fubdivifion
eft priſe de la Lettre même du Roi
à M. l'Archevêque de Paris..
Quel plaifir , en effet, a un Roi de Fran
ee , de fe voir un Heritier Tout lui
manque au comble même de la gloire &
de la puiffance , s'il lui manque un Dau
phin ; & quelqu'éclatant que fût le Trôneoù
la Reine étoit montée , quelque tendreffe
que
le Roi eût pour elle , tendreffe
marquée dans mille & mille rencontres
elle n'étoit point entierement heureuſe.
C'est ce qui parut , fur tout lorsque cette
vertueufe Princeffe alla rendre avec tant
de pieté des actions de graces dans la Cathédrale
de Paris , où la joye de fon coeur
éclatoit dans les yeux & dans toute fon
augufte perfonne.
Enfuite l'Orateur décrivit la joye des
peuples
676 MERCURE DE FRANCE
peuples qui avoit déja paffé les bornes ,
forfque le Roi fe crut obligé d'en moderer
les excès . Ce fut là une defcrip
tion pompeufe des Feux d'artifice , des
Fontaines de vin , des Ares de Triomphe ,
& c. & les Auditeurs eurent le plaifir de
fe voir rappeller à la memoiré par des
expreffions élegantes , les Réjoüiffances
de la Ville de Moulins , dont ils avoient
été les Auteurs & les Spectateurs ; Ce
qui produifit dans l'Affemblée un certain
plaifir qu'on fent mieux qu'on ne l'exprime
. Les Feux d'artifice , les Fontaines
de vin qui avoient coulé , le grand Arc
de Triomphe , l'Illumination de la façade
de l'Hôtel de Ville , les Inferiptions , les
Devifes , les autres ornemens que M. de
la Serre , Maire de la Ville , y avoit fait
étaler avec beaucoup de gout , le grand
repas de M. l'Intendant , rien ne fut oublié
dans cette magnifique Deſcription .
La troifiéme Subdivifion renfermoit les
preuves de l'affermiffement de l'Etat par
la Naiffance du Dauphin.
L'Orateur finit par une récapitulation
de tout ce qu'il avoit dit ; il le raffembla
en peu de mots , & y ajoûta un éloge
fin & bien tourné , de M. l'Intendant .
DEVISES .
Premiere Devife. Un Soleil naiffant , &
au .
AVRIL . 1730. 677
au- deffous la Terre , Sibi fulget & orbi.
2 Devife. Un Vaiffeau guidé par l'Etoile
Polaire , Refpice ; tuta via eft.
3. Un Lys au milieu d'un Parterre
dont il efface toutes les fleurs par fon
éclat & par fa hauteur , avec ces paroles
de Virgile , Unum illud praque omnibus
ипит.
4. Un Alcyon dans fon nid fur une
Mer tranquille , Illo nafcente quiefcunt.
se . Une Poule qui fe voit avec complaifance
, fuivie d'un jeune Coq & de
trois petites Poules , avec ces mots de
Virgile , Mea magna potentia folus.
6. Un Parterre de fleurs qui femblent
renaître à la naiffance du Soleil , Te nafcente
renafcimur omnes.
7. Un Soleil au milieu du Monde ;
qui éclaire les Planettes & la Terre , Quis
fulgor ab uno !
8. En l'honneur de M. le Cardinal de
Fleury. C'eft un Parterre femé de Rofes
& de Lys , Stant bene purpureis Lilia mixta
Rofis.
9. Pour M. l'Intendant. Un Vaiffeau
qui par fon heureuſe arrivée au Port , met
toute la Ville dans la joye , Venitfeliciter
urbi.
M. de Vannolle vint prendre poffeffion
de l'Intendance du Bourbonnois à la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin ,
La
678 MERCURE DE FRANCE
La 10. Un Cafque chargé de tous fes
ornemens , avec ces paroles de Virgile ,
Decus & Tutamen.
On a voulu exprimer par là que la Ville
de Moulins étant la Capitale du Bourbonnois
, d'où la Famille regnante a pris
fon nom , la Naiffance d'un Dauphin eft
pour cette Ville un ornement & un appui .
11. Un Dauphin portant fur fon dos
Arion , qui joue de fa Lyre , Quam dulcia
premia Cantus !
On a eu deffein de marquer par ·là que
les Ecoliers qui ont fait ces Devifes , font
affez récompenfez par l'honneur d'avoir
travaillé pour le Dauphin.
A la fortie de cette Harangue les Auditeurs
trouverent la Cour du College
toute illuminée , les Fenêtres & les portes
, tout brilloit d'une infinité de Lampions
; mais fur tout la grande porte faifoit
un effet furprenant. Depuis le rezde-
chauffée elle étoit environnée de filets
de lumieres qui formoient des Deffeins
d'Architecture & s'élevoient jufqu'à une
très-grande hauteur .
le College de Moulins une Fête pour la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin ,
& cette Fête mérite un des premiers rangs
parmi celles qui le font faites , pour
bon gout & l'efprit qui y regnoit . Ce fut
à l'occafion de la Harangue du Pere Du
parc , Regent de Rhétorique. Il la préparoit
depuis long - temps ; mais pour la
prononcer il falloit le concours de certaines
circonftances qui ne ſe réunirent
que le 30. de Janvier.. კი .
La Salle étoit magnifiquement ornée ;
de très- beaux Luftres garnis de bougies
l'éclairoient comme en plein midi ; les
Portraits de toute la Famille Royale y
étoient
672 MERCURE DE FRANCE
étoient expofez dans un bel arrangement.
Mais ce qu'il y avoit de plus fingulier ,
c'eft que des Devifes très- ingenieufes y
étoient mêlées , & avoient un rapport ef
fentiel au fujet de la Harangue , à fa principale
divifion & à fes fubdivifions , enforte
qu'à mesure que l'Orateur parloit ,
les yeux trouvoient dans ces Deviſes des
images liées ingenieufement avec les idées
que l'Orateur préfentoit à l'efprit par
oreilles .
les
M. de Vannolle , Intendant , M. l'Abbé
d'Harcourt , M. l'Abbé de Vannolle , &
tout ce qu'il y avoit de gens confiderables
dans la Ville , ayant pris leurs places , on
diftribua à tout le monde deux Recueils,
dont l'un contenoit les Pieces de Vers que
les Régens du College avoient compofées
fur la Naiffance du Dauphin , preſque
toutes d'un très -bon gout. L'autre contenoit
les Explications des Devifes , mifes
en Vers par les Ecoliers de Rhétorique
; mais le tour des Vers & leur netteté
prouve que le Régent y avoit eu au moins
quelque part.
La Harangue fut parfaitement bien
prononcée , avec une aifance qui marque
un homme né pour parler en public. Le
deffein de la Piece étoit de montrer que
le Dauphin ne pouvoit pas naître dans
des circonstances plus heureuſes, ni pour
luiAVRIL.
1730. 673
lui -même , & ce fut le fujet de la premiere
Partie ; ni pour toute la France ,
& ce fut la matiere de la feconde.
L'Orateur s'ouvrit dans la premiere
Partie un vafte champ & fécond en caracteres
& en traits tirez de l'Hiftoire de
France.
Il montra d'abord les avantages du
Dauphin qui apprendroit à regner fous
les yeux du Roy fon Pere , dont il décrivit
les grandes qualitez ; il commence,
dit l'Orateur , comme Titus , il contínue
comme Augufte , il regne comme Trajan ,
il fe prépare aux combats par de nobles
exercices comme Henry le Grand ... Lo
Dauphin recevra les vertueufes inftructions
d'une Reine , dont la pieté eft encore
au-deffus de fon rang fublime; elle lui
rappellera le fouvenir de fes illuftres.
Ayeux & des grandes vertus qui ont
formé leurs caracteres . Ici l'Orateur parcourut
en maître les grands Rois de la
troifiéme Race , & toucha legerement
les qualitez qui les ont caracterifez . Là ,
Louis XII. Henry IV. Louis le Grand ,
& fur tout faint Louis , furent dignement
loüez . Il trouva auffi dequoi propofer au
Dauphin dans la Maifon de Lechfinski.
L'Orateur paffa enfuite à la difpofition
des efprits à l'égard du Dauphin , ſecond
avantage de fa Naiffance . Quelle impatience
674 MERCURE DE FRANCÉ
tience dans les Peuples ! quels voeux n'ont
ils pas fait pour l'obtenir ! Quelle crainte
ne leur caufoit pas le retardement de
cette heureuſe Naiffance ! Quels ardents
fouhaits un Roi & une Reine , ornez de
tant de grandes vertus , n'excitoient- ils
pas pour un Fils qui réuniroit les rares
qualitez de l'un & de l'autre !
Le troifiéme avantage que trouve le
Dauphin dans les circonftances de fa
Naiffance , c'eſt l'état floriffant & pacifique
du Royaume. Pour le prouver , l'Orateur
compara la France aux Royaumes voifins ,
& cela lui fournit des Reflexions délicates
& vrayes enfuite il la compara
avec elle-même fous nos plus grands Rois,
fous Charlemagne , fous Philippe Augufte ,
&c.... Il en décrivit la puiffance , l'étenduë
, la fertilité , &c .... La nobleſſe,
la juftice , la Religion , les Sciences , les
Beaux Arts , vinrent à leur tour , & reçurent
de grands traits & des couleurs animées
; mais un des plus grands avantages
de la France eft qu'il y ait fous le Roi
un Miniftre le plus fage de tous ceux qui
ont jamais occupé cette place. L'Orateur
fit à cette occafion un parallele hiftorique
qui fut extrémement applaudi & regardé
comme un de ces morceaux lumineux ,
qui quand ils feroient feuls , rendroient
un Ouvrage excellent.. Trois Miniftres
dit-il,
AVRIL. 1730. 675
dit-il , ont fauvé de grands maux à la
France , Richelieu , en réſiſtant avec force
, Mazarin , en cedant avec adreffe , le
Cardinal de Fleury, en les prévenant avec
prudence. Le premier infpiroit la terreurs
le fecond la hardieffe & la confiance ; le
dernier l'amour & le refpect.
Dans la feconde Partie l'Orateur fait
voir que le Dauphin ne pouvoit naître
dans des circonftances plus heureuſes ,
1º.pour la confolation du Roi & de la Reine;
2 ° . pour la joye des Peuples ; 30. pour
l'affermiffement de l'Etat. Cette fubdivifion
eft priſe de la Lettre même du Roi
à M. l'Archevêque de Paris..
Quel plaifir , en effet, a un Roi de Fran
ee , de fe voir un Heritier Tout lui
manque au comble même de la gloire &
de la puiffance , s'il lui manque un Dau
phin ; & quelqu'éclatant que fût le Trôneoù
la Reine étoit montée , quelque tendreffe
que
le Roi eût pour elle , tendreffe
marquée dans mille & mille rencontres
elle n'étoit point entierement heureuſe.
C'est ce qui parut , fur tout lorsque cette
vertueufe Princeffe alla rendre avec tant
de pieté des actions de graces dans la Cathédrale
de Paris , où la joye de fon coeur
éclatoit dans les yeux & dans toute fon
augufte perfonne.
Enfuite l'Orateur décrivit la joye des
peuples
676 MERCURE DE FRANCE
peuples qui avoit déja paffé les bornes ,
forfque le Roi fe crut obligé d'en moderer
les excès . Ce fut là une defcrip
tion pompeufe des Feux d'artifice , des
Fontaines de vin , des Ares de Triomphe ,
& c. & les Auditeurs eurent le plaifir de
fe voir rappeller à la memoiré par des
expreffions élegantes , les Réjoüiffances
de la Ville de Moulins , dont ils avoient
été les Auteurs & les Spectateurs ; Ce
qui produifit dans l'Affemblée un certain
plaifir qu'on fent mieux qu'on ne l'exprime
. Les Feux d'artifice , les Fontaines
de vin qui avoient coulé , le grand Arc
de Triomphe , l'Illumination de la façade
de l'Hôtel de Ville , les Inferiptions , les
Devifes , les autres ornemens que M. de
la Serre , Maire de la Ville , y avoit fait
étaler avec beaucoup de gout , le grand
repas de M. l'Intendant , rien ne fut oublié
dans cette magnifique Deſcription .
La troifiéme Subdivifion renfermoit les
preuves de l'affermiffement de l'Etat par
la Naiffance du Dauphin.
L'Orateur finit par une récapitulation
de tout ce qu'il avoit dit ; il le raffembla
en peu de mots , & y ajoûta un éloge
fin & bien tourné , de M. l'Intendant .
DEVISES .
Premiere Devife. Un Soleil naiffant , &
au .
AVRIL . 1730. 677
au- deffous la Terre , Sibi fulget & orbi.
2 Devife. Un Vaiffeau guidé par l'Etoile
Polaire , Refpice ; tuta via eft.
3. Un Lys au milieu d'un Parterre
dont il efface toutes les fleurs par fon
éclat & par fa hauteur , avec ces paroles
de Virgile , Unum illud praque omnibus
ипит.
4. Un Alcyon dans fon nid fur une
Mer tranquille , Illo nafcente quiefcunt.
se . Une Poule qui fe voit avec complaifance
, fuivie d'un jeune Coq & de
trois petites Poules , avec ces mots de
Virgile , Mea magna potentia folus.
6. Un Parterre de fleurs qui femblent
renaître à la naiffance du Soleil , Te nafcente
renafcimur omnes.
7. Un Soleil au milieu du Monde ;
qui éclaire les Planettes & la Terre , Quis
fulgor ab uno !
8. En l'honneur de M. le Cardinal de
Fleury. C'eft un Parterre femé de Rofes
& de Lys , Stant bene purpureis Lilia mixta
Rofis.
9. Pour M. l'Intendant. Un Vaiffeau
qui par fon heureuſe arrivée au Port , met
toute la Ville dans la joye , Venitfeliciter
urbi.
M. de Vannolle vint prendre poffeffion
de l'Intendance du Bourbonnois à la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin ,
La
678 MERCURE DE FRANCE
La 10. Un Cafque chargé de tous fes
ornemens , avec ces paroles de Virgile ,
Decus & Tutamen.
On a voulu exprimer par là que la Ville
de Moulins étant la Capitale du Bourbonnois
, d'où la Famille regnante a pris
fon nom , la Naiffance d'un Dauphin eft
pour cette Ville un ornement & un appui .
11. Un Dauphin portant fur fon dos
Arion , qui joue de fa Lyre , Quam dulcia
premia Cantus !
On a eu deffein de marquer par ·là que
les Ecoliers qui ont fait ces Devifes , font
affez récompenfez par l'honneur d'avoir
travaillé pour le Dauphin.
A la fortie de cette Harangue les Auditeurs
trouverent la Cour du College
toute illuminée , les Fenêtres & les portes
, tout brilloit d'une infinité de Lampions
; mais fur tout la grande porte faifoit
un effet furprenant. Depuis le rezde-
chauffée elle étoit environnée de filets
de lumieres qui formoient des Deffeins
d'Architecture & s'élevoient jufqu'à une
très-grande hauteur .
Fermer
Résumé : Fête sur le même sujet au College de Moulins, &c. [titre d'après la table]
Le 30 janvier dernier, le Collège de Moulins a célébré la naissance du Dauphin lors d'une fête remarquable pour son bon goût et son esprit. Cette célébration a eu lieu à l'occasion de la harangue du Père Du Parc, régent de Rhétorique, qu'il avait préparée depuis longtemps. La salle était magnifiquement ornée, éclairée par de beaux lustres et décorée des portraits de la famille royale. Des devises ingénieuses, en lien avec le sujet de la harangue, étaient également présentes. Des personnalités notables, dont M. de Vannolle, Intendant, et plusieurs abbés, étaient présentes. Deux recueils ont été distribués : l'un contenant des pièces de vers composées par les régents du Collège pour la naissance du Dauphin, et l'autre des explications des devises en vers, rédigées par les écoliers de Rhétorique avec l'aide du régent. La harangue, parfaitement prononcée, soulignait que le Dauphin ne pouvait naître dans des circonstances plus heureuses, ni pour lui-même ni pour la France. L'orateur a décrit les avantages du Dauphin, qui apprendrait à régner sous l'œil du roi son père, et les vertus de la reine. Il a également évoqué l'impatience et les vœux des peuples pour la naissance du Dauphin, ainsi que l'état florissant et pacifique du royaume. La harangue se divisait en deux parties : la première montrait les avantages pour le Dauphin et la France, et la seconde soulignait la consolation du roi et de la reine, la joie des peuples et l'affermissement de l'État. L'orateur a conclu par une récapitulation et un éloge de M. l'Intendant. Des devises symboliques, comme un soleil naissant ou un vaisseau guidé par l'étoile polaire, étaient présentes pour illustrer les thèmes de la harangue. À la fin de la harangue, la cour du Collège était illuminée, créant un effet surprenant avec des filets de lumières formant des dessins architecturaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1294
p. 709-715
CONJECTURE sur l'un des noms qui ont été donnés chez les anciens Romains aux pleureuses des Funerailles. Extrait d'une Lettre de Province du 28. Fevrier 1730.
Début :
Les Auteurs des Journaux de Trévoux m'ont paru faire une reflexion trés-judicieuse [...]
Mots clefs :
Femmes, Anciens romains, Pleureuses, Funérailles, Romains
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONJECTURE sur l'un des noms qui ont été donnés chez les anciens Romains aux pleureuses des Funerailles. Extrait d'une Lettre de Province du 28. Fevrier 1730.
CONJECTURE fur l'un des noms
qui ont été donnés chez les anciens Romains
aux pleureufes des Funerailles.
Extrait d'une Lettre de Province du 28.
Fevrier 1730.
Es Auteurs des Journaux de Trévoux .
Lm'ont parti faire une reflexion trésjudicieufe
fur les trois differentes explications
qu'on a données du nom latin
Reputatrices , attribué aux Pleureufes des
anciens Enterremens ; ils déclarent ingenument
dans la page 144. de leurs Mémoires
de l'année 1730. qu'aucune des
Explications rapportées par M. Baruffaldi
de Ferrare , foit celle de Sopranus , foit
celle de Menochius , leur Confrere , foit,
enfin celle qu'il donne lui - même , n'eſt
la veritable, & je le penfe de même qu'eux.
Mais comme ils ne produifent point celle
qu'ils croyent devoir l'emporter , leur filence
m'a donné occafion de réflechir fur
la nature de ce terme & fur les differentes
lectures qui peuvent fe trouver dans
les Manufcrits des Auteurs qui s'en font
fervi , & ce font ces Reflexions dont je
vous fais part aujourd'hui , me flattant
que plus d'une perfonne pourra les trou-
D iij
ver
710 MERCURE DE FRANCE
ver legitimement appuyées.
Il n'y a qui que ce foit qui ne convien
ne que ces Pleureufes étoient des femmes
gagées , lefquelles dans la cerémonie
des Funerailles difoient du défunt ce
qu'elles en fçavoient & ce qu'elles n'en
fçavoient pas (toujours en bien ) afin d'exciter
l'Affemblée à commiferation . Mais
la difficulté eft de trouver dans les anciens
Auteurs un fondement fuffifant pour appuyer
cette dénomination , puifque rien
ne fe faifoit parmi les Romains fans une
bonne raifon. Sopranus prétend que ce
nom de Reputatrix convenoit à ces femmes
, à caufe que leurs Difcours remettoient
à l'efprit des affiftans tous les beaux
faits de la perfonne décedée , & Menochius
tire la nature de ce mot de fon éti-
י
mologie , qui approcha de la maniere
de parler ufitée parmi nous autres François,
comme fi on vouloit dire des femmes
gagées pour donner aux Funerailles un air
de Nobleffe , & qui reffente les gens de
qualité,ou qui veulent foutenir leur réputation
. Ces deux explications me paroif
fent trop tirées , & la feconde encore plus
que la premiere ; de forte que je n'ai pas
de peine à avouer qu'il faut chercher ailleurs
le veritable fens de ce mot , ou faire
connoître qu'il eft un de ceux qui fonť
corrompus de longue main dans ce qui
6
aft
AV TIL. 1730. 711
eft parvenu jufqu'à nous d'Auteurs profanes.
Je n'incline pas davantage du côté
de l'idée qui eft venue à M. Baruffaldi ,
que ce nom de Reputatrix a été donné à
ces Pleureufes , à caufe qu'en faifant le détail
des actions du défunt , il femble
qu'elles les couchoient toutes en ligne de
compte ; enforte qu'on diroit qu'elles en
auroient eu pardevers elles un état duëment
fupputé & calculé. Ce qui eft renfermé
dans les Propofitions que ces trois
Auteurs avancent pour foutenir leur étimologie
eft veritable ; & cependant il ne
s'enfuit point delà que le nom de Reputatrixait
étéformé par le rapport qu'ils trouvent
entre ce mot & la maniere d'exprimer
ce que l'on avoue avoir été pratiqué
par ces femmes. Je dis donc en premier
lieu, que quand même veritablement tous
les Manufcrits des anciens Auteurs auroient
le terme de Reputatrix , le fens que
je croirois convenir davantage à ce nom,
eft que ces femmes étoient pour tenir lieu
par leur contenance , leurs geftes & leurs
pleurs , de tout ce que les parens ou les
plus proches du défunt auroient dû faire ,
comme étant les veritables perfonnages du
dueil , ad quos luctus pertinet , dit Efope
dans la Fable du Riche ; & fans chercher
une étimologie forcée , je ne vois d'autre
miftere dans ce nom de Reputatrix , finon
D iiij que
712 MERCURE DE FRANCE
que par là on a voulu dire que ces femmes
étoient réputées agir au nom de ceux
qui auroient dû paroître fur la Scene.
C'étoient des Actrices gagées pour fuppléer
à ce que certaines circonftances empêchoient
qu'on ne laiffât faire aux parens
du défunt , acteurs naturels de la
cerémonie ; de même qu'on dit qu'un tel
eft pere putatif d'un autre , parce qu'il
eft reputé pour tel dans le monde & aux
yeux des hommes . J'ajoûterai cependant
à tout cela que je ne produis avec confiance
cette explication , toute naturelle
qu'elle cft , qu'autant que l'on me garantira
pour chofe fûre & certaine , que les
Auteurs qui ont les premiers écrit fur les
Pleureufes , ou Comédiennes Funeraires
ont employé le mot Reputatrix , & que.
ce ne font pas leurs Copiftes qui , en abregeant
un mot trop long , auroient écrit
Reputatrix au lieu de Repritatrix ; c'eft ce
qui feroit une grande difference pour la
netteté de l'expreffion , fi on y lifoit l'un
au lieu de l'autre . Et peut- être cela a-t'il
été ainfi ab initio ; au moins il y a tout
lieu de conjecturer que quelques anciens
Copiſtes trouvant le mot de Repræfentatrix
d'une trop grande étendue , ils en ont
fupprimé quelques lettres felon les regles
que nous tenons encore d'eux pour les
abbreviations des mots præfens , prafentia
&
AVRIL. 1730. 713.
& de leurs dérivés ,& que de même qu'on
écrit præfens en trois lettres de cette forte
pis , & prafentia en cinq pfitia , quelque
Copiſte des premiers tems aura écrit Repntatrix
; enfuite comme les lettres n & u
fe reffemblent très fort , d'autres Ecrivains
pofterieurs s'y feront mépris , & auront
crû devoir lire Reputatrix où il y avoit
Repritatrix. L'exemple de Caienaire pris
pour Caienaire , ainfi qu'il a été remarqué
dans le penultiéme Volume des Mémoires
de l'Académie des Belles- Lettres , eft
tout-à-fait favorable à ma conjecture ; &
même fans fortir de la matiere en queſtion,
certains Copiſtes de nos anciens Grammairiens
Latins ont quelquefois appellé
du nom de Venia pour Nania , par erreur
´d'une lettre , les Chanfons Funeraires des
Pleureuſes .Voyez Kirchman , page 154. Il
eft certain fi l'un des noms de ces an
que
ciennes Lamentatrices étoit celui de Reprafentatrix
, il n'y a plus à fe donner la
torture pour en chercher la raifon . Elle
eft fi naturelle qu'il eft inutile de s'étèndre
à en faire fentir la fignification . C'étoient
de vrayes Comédiennes qui repréfentoient
en badinant la douleur réelle des
affligés , & qui fe répandoient en differens
narrés qu'elles entreméloient de larmes
feintes & de fanglots fimulés fur l'excellence
du défunt , groffiffant par là la
D , v perte
714 MERCURE DE FRANCE
perte que le Public faifoit à fa mort
qu'elles difent faux ou vrai , elles n'en
étoient pas moins de veritables Actricespubliques.
Je laiffe le Public fçavant entierement
juge de mon explication ; quelqu'un
'un lui fera peut- être un jour grande
fête de la découverte de quelque Manuf
crit où il y aura clairement Repræfentatrix
ou Repitatrix , & non pas Reputatrix.
Quant au nom de Pfaltrie qu'on donne
auffi à ces femmes , felon M. Baruffal
di , je le trouve très - compatible avec la
qualité de Repréfentatrices qui étoit fi
naturelle à leur fonction ; & fi nous avions;
tous les Ouvrages qu'ont écrit les Auteurs
profanes , peut- être y rencontrerionsnous
auffi ce nom employé quelquefois
pour defigner des Pleureufes d'entre les
Payens. Il ne faut pas déterminer le fens
du Verbe Pfallere à ne fignifier uniquement
que les louanges du vrai Dieu ; Spartien
nous apprend de l'Empereur Hadrien
qu'il étoit Pfalmifte & bon Chantre ::
Pfallendi & cantandi fcientiam præ fe ferebator
jamais on ne s'eſt aviſé " de croire
que ce Prince Payen air employé dans fes :
chants les louanges du Dieu des Chré--
tiens. Ainfi les femmes qui ont conduit
le dueil chez les Payens ont pû fort bien
être appellées Pfaltria , & il n'eft pas nes
ceffaire de prendre celles à qui on a don
nế
AVRIL 1730. 715
ně ce nom pour des Chrétiennes qui fuffent
uniquement deftinées à chanter les
Pleaumes de David , ou autres Cantiques
de la compofition des premiens Chrétiens.
qui ont été donnés chez les anciens Romains
aux pleureufes des Funerailles.
Extrait d'une Lettre de Province du 28.
Fevrier 1730.
Es Auteurs des Journaux de Trévoux .
Lm'ont parti faire une reflexion trésjudicieufe
fur les trois differentes explications
qu'on a données du nom latin
Reputatrices , attribué aux Pleureufes des
anciens Enterremens ; ils déclarent ingenument
dans la page 144. de leurs Mémoires
de l'année 1730. qu'aucune des
Explications rapportées par M. Baruffaldi
de Ferrare , foit celle de Sopranus , foit
celle de Menochius , leur Confrere , foit,
enfin celle qu'il donne lui - même , n'eſt
la veritable, & je le penfe de même qu'eux.
Mais comme ils ne produifent point celle
qu'ils croyent devoir l'emporter , leur filence
m'a donné occafion de réflechir fur
la nature de ce terme & fur les differentes
lectures qui peuvent fe trouver dans
les Manufcrits des Auteurs qui s'en font
fervi , & ce font ces Reflexions dont je
vous fais part aujourd'hui , me flattant
que plus d'une perfonne pourra les trou-
D iij
ver
710 MERCURE DE FRANCE
ver legitimement appuyées.
Il n'y a qui que ce foit qui ne convien
ne que ces Pleureufes étoient des femmes
gagées , lefquelles dans la cerémonie
des Funerailles difoient du défunt ce
qu'elles en fçavoient & ce qu'elles n'en
fçavoient pas (toujours en bien ) afin d'exciter
l'Affemblée à commiferation . Mais
la difficulté eft de trouver dans les anciens
Auteurs un fondement fuffifant pour appuyer
cette dénomination , puifque rien
ne fe faifoit parmi les Romains fans une
bonne raifon. Sopranus prétend que ce
nom de Reputatrix convenoit à ces femmes
, à caufe que leurs Difcours remettoient
à l'efprit des affiftans tous les beaux
faits de la perfonne décedée , & Menochius
tire la nature de ce mot de fon éti-
י
mologie , qui approcha de la maniere
de parler ufitée parmi nous autres François,
comme fi on vouloit dire des femmes
gagées pour donner aux Funerailles un air
de Nobleffe , & qui reffente les gens de
qualité,ou qui veulent foutenir leur réputation
. Ces deux explications me paroif
fent trop tirées , & la feconde encore plus
que la premiere ; de forte que je n'ai pas
de peine à avouer qu'il faut chercher ailleurs
le veritable fens de ce mot , ou faire
connoître qu'il eft un de ceux qui fonť
corrompus de longue main dans ce qui
6
aft
AV TIL. 1730. 711
eft parvenu jufqu'à nous d'Auteurs profanes.
Je n'incline pas davantage du côté
de l'idée qui eft venue à M. Baruffaldi ,
que ce nom de Reputatrix a été donné à
ces Pleureufes , à caufe qu'en faifant le détail
des actions du défunt , il femble
qu'elles les couchoient toutes en ligne de
compte ; enforte qu'on diroit qu'elles en
auroient eu pardevers elles un état duëment
fupputé & calculé. Ce qui eft renfermé
dans les Propofitions que ces trois
Auteurs avancent pour foutenir leur étimologie
eft veritable ; & cependant il ne
s'enfuit point delà que le nom de Reputatrixait
étéformé par le rapport qu'ils trouvent
entre ce mot & la maniere d'exprimer
ce que l'on avoue avoir été pratiqué
par ces femmes. Je dis donc en premier
lieu, que quand même veritablement tous
les Manufcrits des anciens Auteurs auroient
le terme de Reputatrix , le fens que
je croirois convenir davantage à ce nom,
eft que ces femmes étoient pour tenir lieu
par leur contenance , leurs geftes & leurs
pleurs , de tout ce que les parens ou les
plus proches du défunt auroient dû faire ,
comme étant les veritables perfonnages du
dueil , ad quos luctus pertinet , dit Efope
dans la Fable du Riche ; & fans chercher
une étimologie forcée , je ne vois d'autre
miftere dans ce nom de Reputatrix , finon
D iiij que
712 MERCURE DE FRANCE
que par là on a voulu dire que ces femmes
étoient réputées agir au nom de ceux
qui auroient dû paroître fur la Scene.
C'étoient des Actrices gagées pour fuppléer
à ce que certaines circonftances empêchoient
qu'on ne laiffât faire aux parens
du défunt , acteurs naturels de la
cerémonie ; de même qu'on dit qu'un tel
eft pere putatif d'un autre , parce qu'il
eft reputé pour tel dans le monde & aux
yeux des hommes . J'ajoûterai cependant
à tout cela que je ne produis avec confiance
cette explication , toute naturelle
qu'elle cft , qu'autant que l'on me garantira
pour chofe fûre & certaine , que les
Auteurs qui ont les premiers écrit fur les
Pleureufes , ou Comédiennes Funeraires
ont employé le mot Reputatrix , & que.
ce ne font pas leurs Copiftes qui , en abregeant
un mot trop long , auroient écrit
Reputatrix au lieu de Repritatrix ; c'eft ce
qui feroit une grande difference pour la
netteté de l'expreffion , fi on y lifoit l'un
au lieu de l'autre . Et peut- être cela a-t'il
été ainfi ab initio ; au moins il y a tout
lieu de conjecturer que quelques anciens
Copiſtes trouvant le mot de Repræfentatrix
d'une trop grande étendue , ils en ont
fupprimé quelques lettres felon les regles
que nous tenons encore d'eux pour les
abbreviations des mots præfens , prafentia
&
AVRIL. 1730. 713.
& de leurs dérivés ,& que de même qu'on
écrit præfens en trois lettres de cette forte
pis , & prafentia en cinq pfitia , quelque
Copiſte des premiers tems aura écrit Repntatrix
; enfuite comme les lettres n & u
fe reffemblent très fort , d'autres Ecrivains
pofterieurs s'y feront mépris , & auront
crû devoir lire Reputatrix où il y avoit
Repritatrix. L'exemple de Caienaire pris
pour Caienaire , ainfi qu'il a été remarqué
dans le penultiéme Volume des Mémoires
de l'Académie des Belles- Lettres , eft
tout-à-fait favorable à ma conjecture ; &
même fans fortir de la matiere en queſtion,
certains Copiſtes de nos anciens Grammairiens
Latins ont quelquefois appellé
du nom de Venia pour Nania , par erreur
´d'une lettre , les Chanfons Funeraires des
Pleureuſes .Voyez Kirchman , page 154. Il
eft certain fi l'un des noms de ces an
que
ciennes Lamentatrices étoit celui de Reprafentatrix
, il n'y a plus à fe donner la
torture pour en chercher la raifon . Elle
eft fi naturelle qu'il eft inutile de s'étèndre
à en faire fentir la fignification . C'étoient
de vrayes Comédiennes qui repréfentoient
en badinant la douleur réelle des
affligés , & qui fe répandoient en differens
narrés qu'elles entreméloient de larmes
feintes & de fanglots fimulés fur l'excellence
du défunt , groffiffant par là la
D , v perte
714 MERCURE DE FRANCE
perte que le Public faifoit à fa mort
qu'elles difent faux ou vrai , elles n'en
étoient pas moins de veritables Actricespubliques.
Je laiffe le Public fçavant entierement
juge de mon explication ; quelqu'un
'un lui fera peut- être un jour grande
fête de la découverte de quelque Manuf
crit où il y aura clairement Repræfentatrix
ou Repitatrix , & non pas Reputatrix.
Quant au nom de Pfaltrie qu'on donne
auffi à ces femmes , felon M. Baruffal
di , je le trouve très - compatible avec la
qualité de Repréfentatrices qui étoit fi
naturelle à leur fonction ; & fi nous avions;
tous les Ouvrages qu'ont écrit les Auteurs
profanes , peut- être y rencontrerionsnous
auffi ce nom employé quelquefois
pour defigner des Pleureufes d'entre les
Payens. Il ne faut pas déterminer le fens
du Verbe Pfallere à ne fignifier uniquement
que les louanges du vrai Dieu ; Spartien
nous apprend de l'Empereur Hadrien
qu'il étoit Pfalmifte & bon Chantre ::
Pfallendi & cantandi fcientiam præ fe ferebator
jamais on ne s'eſt aviſé " de croire
que ce Prince Payen air employé dans fes :
chants les louanges du Dieu des Chré--
tiens. Ainfi les femmes qui ont conduit
le dueil chez les Payens ont pû fort bien
être appellées Pfaltria , & il n'eft pas nes
ceffaire de prendre celles à qui on a don
nế
AVRIL 1730. 715
ně ce nom pour des Chrétiennes qui fuffent
uniquement deftinées à chanter les
Pleaumes de David , ou autres Cantiques
de la compofition des premiens Chrétiens.
Fermer
Résumé : CONJECTURE sur l'un des noms qui ont été donnés chez les anciens Romains aux pleureuses des Funerailles. Extrait d'une Lettre de Province du 28. Fevrier 1730.
Le texte traite de l'origine du terme 'Reputatrices', utilisé pour désigner les pleureuses lors des funérailles romaines. Une lettre de 1730 présente trois explications différentes proposées par Sopranus, Menochius et Baruffaldi, mais les auteurs des Journaux de Trévoux les jugent toutes incorrectes. Ils soulignent que les pleureuses étaient des femmes engagées pour susciter la compassion en parlant du défunt, mais ils ne trouvent pas de fondement suffisant dans les anciens auteurs pour expliquer ce terme. Sopranus suggère que 'Reputatrix' vient du fait que les discours des pleureuses rappelaient les beaux faits du défunt. Menochius propose une étymologie liée à la noblesse et à la réputation. Baruffaldi pense que le nom vient du fait que les pleureuses détaillaient les actions du défunt comme un état comptable. Cependant, ces explications sont jugées trop tirées par l'auteur de la lettre. L'auteur de la lettre propose que 'Reputatrix' pourrait venir de 'Repræfentatrix', signifiant que ces femmes représentaient les proches du défunt dans le deuil. Il conjecture que des copistes ont abrégé ou modifié le mot au fil du temps, ce qui expliquerait la forme actuelle. Il mentionne également le nom 'Pfaltrie' pour ces femmes, compatible avec leur rôle de représentantes, et note que ce terme ne doit pas être limité aux louanges du Dieu chrétien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1295
p. 717-722
REJOUISSANCES faites à Tripoly de Syrie, par le Consul de France. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville le 5. Janvier 1730. par M....
Début :
Mr le Maire, Consul de France à Tripoly de Syrie, ayant reçu les ordres de la Cour sur [...]
Mots clefs :
Réjouissances, Naissance du Dauphin, Dauphin, Syrie, Consul de France, Nation française, Tripoli
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REJOUISSANCES faites à Tripoly de Syrie, par le Consul de France. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville le 5. Janvier 1730. par M....
REJOUISSANCES faites à Tripoly
de Syrie , par le Conful de France.
Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville
le 5. Janvier 1730. par M...··
Mãe Syrie, ayané reçûle's ordres de la Cour fur
le Maire , Conful de France à Tripoly
Pheureufe Naiffance du Dauphin , fit auffi -tôt
convoquer une Affemblée generale de la Nation
de France, où il fut déliberé , que de concert avec
le fieur Aumerat , Député du Commerce de cette
Echelle , le Conful feroit tout ce qu'il jugeroit à
propos pour celebrer cette augufte Naiffance. M
donna fes ordres dès le même jour pour tous les
préparatifs neceffaires ,lefquels furent executez en
moins de huit jours, & approuvez par le Député
du Commerce , auquel le Conful avoit communiqué
fes projets. Comme tout le trouva prêt le
premier jour de l'an , le Conful crut qu'on ne
pouvoit mieux commencer la nouvelle année ,
qu'en donnant ce jour-là des marques de la joyet
de toute la Nation.
Tout étant difpofé , le Conful envoya le der
nier jour de l'année 1729. des Billets d'avertiffe
ment à toute la Nation Françoiſe , pour l'infor
mer qu'il iroit le lendemain en ceremonie à l'Eglife
Paroiffiale pour y faire chanter le Te Deum ,
& une grande Meffe en action de graces de l'heurreufe
718 MERCURE DE FRANCE
reufe nouvelle que la Nation venoit de recevoir.
Le Conful fit avertir aufli tous les Religieux Miffionnaires
d'y affiſter.
Le lendemain , premier jour de l'an , tout le
monde fe rendit à l'heure qui avoit été donnée ,
dans la Maiſon du Roy , & fur les 9. heures le
Conful de France , accompagné de toute la Na--
tion fe mit en marche de cette maniere.
Six Janniffaires portant des Maffes, & couverts
de leurs Bonnets de ceremonie , précedez par
P'Huiffier de la Nation , commençoient la Marche,
les Officiers de la Maifon du Conful , compofée
de quatre Interpretes , venoient enfuite. Le
Conful, à la tête de toute la Nation Françoiſe
fuivoit immédiatement après , & la Marche étoit
terminée par les Tambours , Timbales & Trompettes
du Pacha de Tripoly. Les rues étoient
remplies d'un très - grand nombre de Chrétiens du
Pays, & d'autres Nations étrangeres , & de toute
da Populace de la Ville.
Le Conful arriva en cet ordre jufqu'à la porte
de l'Eglife , où il trouva le Superieur des Capucins,
fon Chapelain & Curé de la Nation , qui lui
prefenta l'Eau - Benite , & lui fit un Compliment
fur la Naiflance du Dauphin . On entra enfuite"
dans l'Eglife qui étoit extraordinairement décorée;
on y chanta la grande Meffe , le Te Deum
& l'Exaudiat , au bruit d'une très-grande quantité
de Boëtes .
Le Conful avec toute fa fuite , fortit de l'Eglife
dans le même ordre qu'il y étoit entré , & revint
la Maiſon du Roi , où l'on fervit un déjeuné
compofé de toutes fortes de viandes en très gran
de profufion. Le Conful but la fanté du Roi , de
la Reine & du Prince nouveau né , au bruit des
Boetes , de la Moufqueterie & de tous les Canons
des Vaileaux François & Etrangers qui étoient
dans
AVRIL. 1730. 719
dans le Port. Le Député du Commerce & toute
la Nation, fuivirent l'exemple du Conful , on dif
tribua de l'argent aux pauvres , & toute cette
journée fe paffa dans la plus grande joye, jeux ,
danfes & autres divertiffemens .
A l'entrée de la nuit on commença l'Illumination
, la Maifon du Roi étoit illuminée de haue™
en bas
par plus de 2000. Lampions. Trois grandes
Piramides de 18. pieds de hauteur fur 6. de
largeur en quarré,.couronnées par des Fleurs
de Lys à quatre faces,à jour, garnies de Lampions,
regnoient le long de la baffe Terraffe , ce qui pro
duifoit un effet admirable. Le Grand-Divan ou Ef-T
trade de la baffe-cour étoit illuminé par 5.grands-
Luftres à quatre étages , à la maniere du Païs
dont chaque étage contenoit plus de 500. Lampions
qui répandoient une clarté étonnante dans
toute la Cour , & au Divan , au bout duquel on
avoit placé une Girandole de cuivre doré ,
douze branches, garnies de bougies.
En face du Divan & fur le bout du Baffin de
Marbre , qui reçoit un jet d'eau , on avoit élevé
le Portrait du Roi , couronné de Lauriers , de zo .
pieds de hauteur , & plus bas on avoit placé un
grand Ecuffon aux Armes de France , travaillé à
jour , dont les Fleurs de Lys avoient quatre pieds
de hauteur. Cet Ecuffon , qui étoit illuminé extraordinairement
, avoit deux faces , pour être vu
des deux côtez du Baffin ; il étoit orné de Palmes
& de Lauriers , & les huit Colomnes qui bordent
le Réfervoir , étoient couvertes dans toute leur
hauteur de branches d'Orangers chargées de leur
fruit , ce qui formoit une décoration des plus
agréables.
Tous les Marchands François qui ont leurs lagemens
dans differens quartiers de la Ville , firentauffi
des Illuminations magnifiques dans leurs
maifors
420 MERCURE DE FRANCE
*
maifons ; elles furent fi grandes & en fi grand
nombre, que le Cadi ou Juge en chef de Tripoly,
en fut allarmé , il envoya
dire au Conful de France
de faire ceffer ces illuminations , que le Peuple
en murmuroit, craignant qu'on ne voulût mettre
Je feu à la Ville , & qu'il feroit obligé d'envoyer ,
du monde pour les éteindre , il fit dire même au
fieur Blanc , que fa maifon fe trouvant placée dans
nn Camp quia ppartient à la Ville de la Meque,
& affecté en quelque façon à leur Prophete , il n'y
pouvoit faire aucun feu fur les Terraffes , & c. Le
Conful ne s'embarraſſa pas beaucoup des menaces
du Cadi , il fut pourtant obligé d'en porter fes
plaintes au Pacha , lequel ayant déja donné fon
agrément au Conful pour toutes les Illuminations
qu'il devoit faire , fit ceffer toutes les difficultez
du Cadi , & les Illuminations furent continuées
fans aucun empêchement pendant les trois jours
que dura la Fête.
La Salle d'Audiance étoit décorée auffi de quan
tité de Portraits de la Famille Royale & de plufieurs
Luftres garnis de Bougies. Le Grand - Divan
de cette Salle étoit tapiffé de plufieurs Pieces d'E
toffes de Soye magnifique & meublé, à la maniere
du Pays, de quantité de Couffins de velours cizelé
pour recevoir la Nation & les Grands du Pays ,
qui étoient venus pour voir la Fête.
Il y a eu pendant les trois jours de cette Fête ,
deux Tables dans la Salle d'Audiance , une de 15 .
Couverts & l'autre de 12. qui furent également
fervies & avec autant de profufion que de délicateffe
; les fantez du Roy y furent bues plus d'une
fois au bruit des Boetes & de l'Artillerie ; il y eut
plus de 800 verres de caffez à la fanté de Monfeigneur
le Dauphin.
* Grand Bâtiment quarré en forme de Cloitre
qui contient plufieurs Logemens .
Les
AVRIL . 2730. 727
Les Religieux Miffionnaires des quatre Maifons
furent priez le fecondjour & de la Fête &
du Repas , ils avoient déja donné des marques de
leur zele par des Prieres , des Charitez , des Illuminations
, & c.
La Maifon du Conful fut toûjours ouverte à
tous les Grands du Pays & aux Marchands Turcs,
aufquels on diftribua du Caffé , des Eaux de fenteurs
, du Sorbec & du Tabac à fumer , fuivant
P'ufage du Pays.
Le Janniffaire-Aga vint fur le foir en ceremo →
nie rendre vifite au Conful , pour lui faire compliment
fur la Naiffance du Dauphin, il fut réga
lé d'une collation , du Parfum.
Comme le Conful avoit fait part au Patriarche
& aux Archevêques & Evêques des Maronites ,
Nation Catholique du Mont Liban , au pied duquel
eft fituée la Ville de Tripoly, de la Naiffance
de Monfeigneur le Dauphin , l'Archevêque Gabriël
d'Eden fut envoyé de la part de ces Prélats,
pour lui en faire compliment & pour le prier d'af
fifter à la Meffe que le même Archevêque devoit
celebrer pontificalement le lendemain , en action
de graces dans cet heureux évenement. Le Conful
s'y rendit avec les Principaux de fa Nation , le
Prélat revêtu de fes habits Pontificaux , vint le
recevoir à la porte de l'Eglife des Maronites , lur
donna l'Eau- Benite & le conduifit , ſuivi de tous e
les Prêtres portant des Cierges , avec la Croix &
la Banniere , jufqu'à fon Prie- Dieu , placé près de
I'Autel. A la fin de la Meffe l'Archevêque prononça
un Difcours à la louange du Roi , Protec
teur de la Nation Maronite , & l'exhorta à prier -
Dieu pour la confervation de S. M. & de la Famille
Royale , le Conful donna le même jour un
* Jefuites , Cordeliers , Carmes Déchaux
Capucins.
grand
22 MERCURE DE FRANCE
grand Repas à ce Prélat & à tout le Clergé qui
l'accompagnoit.
de Syrie , par le Conful de France.
Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville
le 5. Janvier 1730. par M...··
Mãe Syrie, ayané reçûle's ordres de la Cour fur
le Maire , Conful de France à Tripoly
Pheureufe Naiffance du Dauphin , fit auffi -tôt
convoquer une Affemblée generale de la Nation
de France, où il fut déliberé , que de concert avec
le fieur Aumerat , Député du Commerce de cette
Echelle , le Conful feroit tout ce qu'il jugeroit à
propos pour celebrer cette augufte Naiffance. M
donna fes ordres dès le même jour pour tous les
préparatifs neceffaires ,lefquels furent executez en
moins de huit jours, & approuvez par le Député
du Commerce , auquel le Conful avoit communiqué
fes projets. Comme tout le trouva prêt le
premier jour de l'an , le Conful crut qu'on ne
pouvoit mieux commencer la nouvelle année ,
qu'en donnant ce jour-là des marques de la joyet
de toute la Nation.
Tout étant difpofé , le Conful envoya le der
nier jour de l'année 1729. des Billets d'avertiffe
ment à toute la Nation Françoiſe , pour l'infor
mer qu'il iroit le lendemain en ceremonie à l'Eglife
Paroiffiale pour y faire chanter le Te Deum ,
& une grande Meffe en action de graces de l'heurreufe
718 MERCURE DE FRANCE
reufe nouvelle que la Nation venoit de recevoir.
Le Conful fit avertir aufli tous les Religieux Miffionnaires
d'y affiſter.
Le lendemain , premier jour de l'an , tout le
monde fe rendit à l'heure qui avoit été donnée ,
dans la Maiſon du Roy , & fur les 9. heures le
Conful de France , accompagné de toute la Na--
tion fe mit en marche de cette maniere.
Six Janniffaires portant des Maffes, & couverts
de leurs Bonnets de ceremonie , précedez par
P'Huiffier de la Nation , commençoient la Marche,
les Officiers de la Maifon du Conful , compofée
de quatre Interpretes , venoient enfuite. Le
Conful, à la tête de toute la Nation Françoiſe
fuivoit immédiatement après , & la Marche étoit
terminée par les Tambours , Timbales & Trompettes
du Pacha de Tripoly. Les rues étoient
remplies d'un très - grand nombre de Chrétiens du
Pays, & d'autres Nations étrangeres , & de toute
da Populace de la Ville.
Le Conful arriva en cet ordre jufqu'à la porte
de l'Eglife , où il trouva le Superieur des Capucins,
fon Chapelain & Curé de la Nation , qui lui
prefenta l'Eau - Benite , & lui fit un Compliment
fur la Naiflance du Dauphin . On entra enfuite"
dans l'Eglife qui étoit extraordinairement décorée;
on y chanta la grande Meffe , le Te Deum
& l'Exaudiat , au bruit d'une très-grande quantité
de Boëtes .
Le Conful avec toute fa fuite , fortit de l'Eglife
dans le même ordre qu'il y étoit entré , & revint
la Maiſon du Roi , où l'on fervit un déjeuné
compofé de toutes fortes de viandes en très gran
de profufion. Le Conful but la fanté du Roi , de
la Reine & du Prince nouveau né , au bruit des
Boetes , de la Moufqueterie & de tous les Canons
des Vaileaux François & Etrangers qui étoient
dans
AVRIL. 1730. 719
dans le Port. Le Député du Commerce & toute
la Nation, fuivirent l'exemple du Conful , on dif
tribua de l'argent aux pauvres , & toute cette
journée fe paffa dans la plus grande joye, jeux ,
danfes & autres divertiffemens .
A l'entrée de la nuit on commença l'Illumination
, la Maifon du Roi étoit illuminée de haue™
en bas
par plus de 2000. Lampions. Trois grandes
Piramides de 18. pieds de hauteur fur 6. de
largeur en quarré,.couronnées par des Fleurs
de Lys à quatre faces,à jour, garnies de Lampions,
regnoient le long de la baffe Terraffe , ce qui pro
duifoit un effet admirable. Le Grand-Divan ou Ef-T
trade de la baffe-cour étoit illuminé par 5.grands-
Luftres à quatre étages , à la maniere du Païs
dont chaque étage contenoit plus de 500. Lampions
qui répandoient une clarté étonnante dans
toute la Cour , & au Divan , au bout duquel on
avoit placé une Girandole de cuivre doré ,
douze branches, garnies de bougies.
En face du Divan & fur le bout du Baffin de
Marbre , qui reçoit un jet d'eau , on avoit élevé
le Portrait du Roi , couronné de Lauriers , de zo .
pieds de hauteur , & plus bas on avoit placé un
grand Ecuffon aux Armes de France , travaillé à
jour , dont les Fleurs de Lys avoient quatre pieds
de hauteur. Cet Ecuffon , qui étoit illuminé extraordinairement
, avoit deux faces , pour être vu
des deux côtez du Baffin ; il étoit orné de Palmes
& de Lauriers , & les huit Colomnes qui bordent
le Réfervoir , étoient couvertes dans toute leur
hauteur de branches d'Orangers chargées de leur
fruit , ce qui formoit une décoration des plus
agréables.
Tous les Marchands François qui ont leurs lagemens
dans differens quartiers de la Ville , firentauffi
des Illuminations magnifiques dans leurs
maifors
420 MERCURE DE FRANCE
*
maifons ; elles furent fi grandes & en fi grand
nombre, que le Cadi ou Juge en chef de Tripoly,
en fut allarmé , il envoya
dire au Conful de France
de faire ceffer ces illuminations , que le Peuple
en murmuroit, craignant qu'on ne voulût mettre
Je feu à la Ville , & qu'il feroit obligé d'envoyer ,
du monde pour les éteindre , il fit dire même au
fieur Blanc , que fa maifon fe trouvant placée dans
nn Camp quia ppartient à la Ville de la Meque,
& affecté en quelque façon à leur Prophete , il n'y
pouvoit faire aucun feu fur les Terraffes , & c. Le
Conful ne s'embarraſſa pas beaucoup des menaces
du Cadi , il fut pourtant obligé d'en porter fes
plaintes au Pacha , lequel ayant déja donné fon
agrément au Conful pour toutes les Illuminations
qu'il devoit faire , fit ceffer toutes les difficultez
du Cadi , & les Illuminations furent continuées
fans aucun empêchement pendant les trois jours
que dura la Fête.
La Salle d'Audiance étoit décorée auffi de quan
tité de Portraits de la Famille Royale & de plufieurs
Luftres garnis de Bougies. Le Grand - Divan
de cette Salle étoit tapiffé de plufieurs Pieces d'E
toffes de Soye magnifique & meublé, à la maniere
du Pays, de quantité de Couffins de velours cizelé
pour recevoir la Nation & les Grands du Pays ,
qui étoient venus pour voir la Fête.
Il y a eu pendant les trois jours de cette Fête ,
deux Tables dans la Salle d'Audiance , une de 15 .
Couverts & l'autre de 12. qui furent également
fervies & avec autant de profufion que de délicateffe
; les fantez du Roy y furent bues plus d'une
fois au bruit des Boetes & de l'Artillerie ; il y eut
plus de 800 verres de caffez à la fanté de Monfeigneur
le Dauphin.
* Grand Bâtiment quarré en forme de Cloitre
qui contient plufieurs Logemens .
Les
AVRIL . 2730. 727
Les Religieux Miffionnaires des quatre Maifons
furent priez le fecondjour & de la Fête &
du Repas , ils avoient déja donné des marques de
leur zele par des Prieres , des Charitez , des Illuminations
, & c.
La Maifon du Conful fut toûjours ouverte à
tous les Grands du Pays & aux Marchands Turcs,
aufquels on diftribua du Caffé , des Eaux de fenteurs
, du Sorbec & du Tabac à fumer , fuivant
P'ufage du Pays.
Le Janniffaire-Aga vint fur le foir en ceremo →
nie rendre vifite au Conful , pour lui faire compliment
fur la Naiffance du Dauphin, il fut réga
lé d'une collation , du Parfum.
Comme le Conful avoit fait part au Patriarche
& aux Archevêques & Evêques des Maronites ,
Nation Catholique du Mont Liban , au pied duquel
eft fituée la Ville de Tripoly, de la Naiffance
de Monfeigneur le Dauphin , l'Archevêque Gabriël
d'Eden fut envoyé de la part de ces Prélats,
pour lui en faire compliment & pour le prier d'af
fifter à la Meffe que le même Archevêque devoit
celebrer pontificalement le lendemain , en action
de graces dans cet heureux évenement. Le Conful
s'y rendit avec les Principaux de fa Nation , le
Prélat revêtu de fes habits Pontificaux , vint le
recevoir à la porte de l'Eglife des Maronites , lur
donna l'Eau- Benite & le conduifit , ſuivi de tous e
les Prêtres portant des Cierges , avec la Croix &
la Banniere , jufqu'à fon Prie- Dieu , placé près de
I'Autel. A la fin de la Meffe l'Archevêque prononça
un Difcours à la louange du Roi , Protec
teur de la Nation Maronite , & l'exhorta à prier -
Dieu pour la confervation de S. M. & de la Famille
Royale , le Conful donna le même jour un
* Jefuites , Cordeliers , Carmes Déchaux
Capucins.
grand
22 MERCURE DE FRANCE
grand Repas à ce Prélat & à tout le Clergé qui
l'accompagnoit.
Fermer
Résumé : REJOUISSANCES faites à Tripoly de Syrie, par le Consul de France. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville le 5. Janvier 1730. par M....
Le 5 janvier 1730, le consul de France à Tripoli de Syrie convoqua une assemblée générale de la Nation française pour célébrer la naissance du Dauphin, conformément aux ordres reçus de la Cour. En collaboration avec le sieur Aumerat, député du Commerce, les préparatifs furent rapidement exécutés et approuvés. Le 31 décembre 1729, le consul informa la Nation française qu'il se rendrait le lendemain à l'église paroissiale pour y faire chanter le Te Deum et une grande messe en action de grâce. Le 1er janvier, une procession solennelle se dirigea vers l'église décorée pour l'occasion, où le Te Deum et l'Exaudiat furent chantés au son des cloches. Après la messe, le consul et sa suite retournèrent à la Maison du Roi, où un déjeuner fut servi. Des salves de canons et des feux d'artifice furent tirés, et l'illumination de la Maison du Roi et des quartiers français de la ville fut spectaculaire, malgré les objections du Cadi. Le Pacha intervint pour permettre la continuation des illuminations. La salle d'audience fut décorée avec des portraits de la famille royale et des lustres. Des tables furent dressées pour recevoir les invités, et des rafraîchissements furent offerts aux grands du pays et aux marchands turcs. Des visites officielles et des compliments furent échangés, notamment avec l'archevêque Gabriel d'Eden, représentant les Maronites. Une messe pontificale fut célébrée en action de grâce, suivie d'un discours en l'honneur du roi et d'un repas offert par le consul.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1296
p. 722-730
A Montpellier, le noble Jeu de l'Arc, &c. [titre d'après la table]
Début :
Nous avons déja parlé de plusieurs Fêtes données à Montpellier au sujet de la Naissance du [...]
Mots clefs :
Chevaliers du noble jeu de l'arc, Montpellier, Roi, Naissance du Dauphin, Fête
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Montpellier, le noble Jeu de l'Arc, &c. [titre d'après la table]
Nous avons déja parlé de plufieurs Fêtes données
à Montpellier au fujet de la Naiffance du
DAUPHIN , où le zele , le bon goût & la magnificence
& la varieté ont également regné. Ce n'eſt
pas notre faute fi nous n'avons pas encore parlé
de celle des Chevaliers du noble Jeu de l'Art
de la même Ville.
Cette Compagnie doit fon établiſſement au
Roi de Maiorque , Seigneur & Souverain de
Montpellier dans le treiziéme fiécle ; foit politi
que ou condefcendance pour des Sujets nés belliqueux
, il crut devoir leur fournir un exercice
noble & utile par le maniement de l'Arc & de la
Fleche ; il réunit dans un corps diftingué tous
ceux qui voulurent y prendre partl leur donna
des loix , leur accorda des privileges , leur propofa
des récompenfes , & il s'applaudit plufieurs
fois d'un établissement dont l'honne & l'avantage
rejailliffoient fur lui . La mort du Roi de
Maïorque refroidit l'ardeur des Chevaliers. Privés
d'un Chef qui entretenoit leur feu naturel par
fon autorité & par fa préfence , ils negligerent
peu à peu leurs exercices journaliers , & ils les
renvoyerent tous au mois de Mai de chaque année
, où à ces evenemens fortunés qui exigent des
Réjouiffances publiques , il feroit trop long de
les rappeller tous. On fe contentera de dire
qu'en l'année 1701. les Ducs de Bourgogne
& de Berri , paffant par Montpellier , furent
extrêmement fatisfaits de leur adreffe & de leur
magnificence , & qu'ils voulurent bien les honorer
, en fignant fur leur Regiſtre , felon l'uſage`
des Chevaliers qu'on y reçoit.
Dans cette occafion fi defirée , leur premiere
attention
AVRIL. 1730. 723
attention fut de fe choifir des Officiers qui fuivant
l'ancienne coûtume commandaffent à la têtede
la Compagnie. Elle s'affembla dans la grande
Sale de l'Hôtel de Ville,& à la pluralité des voix,
elle élut pour Capitaine M. de la Croix de Candillargues
, Ecuyer , M. Haguenot , Confeiller du
Roi & Receveur , pour Capitaine Lieutenant ,
M. Rozier , fameux Négociant , pour Enfeigne ;
mais le premier étant tombé malade , M. Haguenot
lui fut fubftitué , il accepta avec plaifir
un honneur qu'on a vu autrefois n'être accordé
qu'à la Nobleffe la plus ancien ne. La
Compagnie eft divifée en deux Corps , l'un
des Chevaliers mariés , l'autre des jeunes gens.
M. Haguenot , de concert avec les Officiers
ordonna deux fortes d'habits uniformes ; pour
les premiers , d'un beau drap couleur de Caftor
bordé d'un grand galon d'argent , la vefte galonnée
en plein & le chapeau bordé de même ; que
celui de la jeuneffe feroit auffi d'un beau drap
Gouleur de ventre de biche , avec un pareil galon,
les paiemens & la vefte de fatin bleu , galonnés
en plein & le chapeau bordé.
Le Perroquet qui devoit être tiré , annonça
dans tous les quartiers de la Ville l'ouverture de
cette Fête. Il étoit ſculpté en bois , peint en verd,
avec un Ecuffon dans lequel étoit un Dauphin
d'or couronné. Le 8. Octobre il fut depofé dans
PHôtel de Ville par les deux Majors de la Compagnie
, & reçu par les Confuls en habits de Cerémonie
; on le plaça felon l'ufage devant le grand
Portail , au milieu des Bannieres de la Ville & dự
Drapeau du noble Jeu de l'Arc. Le même jour à
quatre heures du foir, au bruit des Inftrumens de
guerre & de mufique , & avec le même cortege;
il fut porté au Foffé , qui eft le lieu deſtiné aux
exercices de la Compagnie , M. Haguenot s'y
trouve
24 MERCURE DE FRANCE
trouva avec les Officiers ; il pofa le Perroquet au
bout d'un mât peint en bleu , parfemé de Fleurs
de Lys & de Dauphins d'or , & qui fut auffi - tôt
élevé à la hauteur de dix - huit toifes. A cet aſpect
Pallegreffe du Public fembla redoubler. M. Ha-*
guenot , fans parler des ferenades qu'il fit donner
dans tous les quartiers de la Ville , de la galanterie
qu'il fit à chaque Officier d'un riche noeud
d'épée , d'une aiguillete d'argent , & d'un ruban
or & argent aux Chevaliers , donna dans famaifon
toute forte de rafraîchiffemens exquis
fa troupe des Chevaliers mariés s'y rendit le 9. a
huit heures du matin , M. Haguenot & Me fon
Epoufe les reçûrent avec beaucoup de politeffe, &
les inviterent à un Feftin dont l'ordre égaloit la
magnificence. M. Rozier, Enſeigne de la Jeuneffe
en ufa de même à l'égard de ceux - ci , qu'il conduifit
fur les onze heures chez M. Haguenot. Les
deux Troupes ainfi réunies , fe rendirent à l'Hôtel
de Ville dans l'ordre fuivant.
Les Tambours de la Ville & deux Fifres , un
Roi des Sauvages les fuivoit , vêtu d'un ſatin couleur
de chair , avec une Couronne & une ceinture
de Laurier & une maffue à la main ; il étoit accompagné
de douze Heraults d'Armes , habillés
de verd avec des Brandebourgs d'or , le fabre au
côté & la hache fur l'épaule. Deux choeurs de
Simphonic compofée de Timballes , Tambours ,""
Violons , Hautbois , Baffons & Baffes de Violon
précedoient trois Enfans en Cupidons , l'élegance
de leur ajuftement ne cedoit en rien à leur beauté.
Plufieurs Valets habillés en Houzards leur fourniffoient
les parfums & les confitures qu'ils répandoient
avec profufion . M. Haguenot paroiffoit
enfuite richement vêtu , une fleche à la
main , à fes côtés quatre Laquais portoient fes
Carquois & fes Arcs. Après lui marchoient le
Major
AVRIL. 1730. 725
Major & les fix Confeillers de la Compagnie , &
fur deux lignes la Troupe des Mariés au nombre
de 100. une fleche à la main , & fuivis de Valets,
qui par la diverfité recherchée de leurs habits ,
repréfentoient toutes les Nations du monde.
Un Choeur de toute forte d'Inftrumens de
Guerre & de Mufique féparoit les mariés d'avec
la jeuneffe. M. Rozier étoit à leur tête , accompagné
de M. Aribert , ancien Enfeigne ; c'eſt le
même qui remplit fi honorablemeut cette place
en 1701. D'une Gibeciere de tafetas couleur de
rofe , auffi -tôt remplie que vuide , ils tiroient
des confitures & des dragées qu'ils jettoient avec
profufion.
Ces deux Troupes également leftes & galantes
arriverent ainfi à l'Hôtel de Ville. Mrs les
Confuls , en Robes rouges, fe mirent à leur tête,
& prirent le chemin qui mene au foffé . C'eſt là
que M. Haguenot , après avoir prêté le ferment
accoûtumé entre les mains de M. Durand , premier
Conful , & avoir reçû celui des autres Officiers
, remit à M. Rozier le Drapeau de la Compagnie.
Il l'exhorta par un compliment court &
energique à le conferver au prix même de fa vie,
On préfenta à Mrs les Confuls des arcs & des
Aleches qu'ils tirerent chacun à leur tour; ils furent
reconduits à l'Hôtel de Ville dans le même ordre.
Delà on fe rendit à l'Hôtel de M. de Candillargues
, Lieutenant de Roi de la Ville , Commandant
en l'abſence du Marquis de la Fare. Il
fut accompagné avec la même cerémonie dans
le foffé , où il décocha une fleche avec tant de
dexterité, qu'elle demeura fufpendue à une des aîles
du Perroquet . Il fut , enfuite ramené chez lui
au milieu des acclamations de la Compagnie &
des cris du peuple.
Le refte du jour fut deftiné à rendre les vifites
d'hon
26 MERCURE DE FRANCE
d'honneur. La Compagnie alla d'abord für la
Place Royale du Peyrou où eft la Statue Equeſtre
de Louis XIV ; tous les Chevaliers , l'épée à la
main , en firent le tour &c. M. de Bernage de S.
Maurice , Intendant de la Province avec M. de
Vaux fon fils & quantité de Nobleffe , les reçût
à la porte de fon Hôtel .
M. Bon , Premier Préfident , accompagné
de Madame fon Epouſe & de M. fon fils , chevalier
de Malte , les reçut auffi à la
fon Hôtel.
porte de
La Compagnie n'eut pas le bonheur de trouver
M. l'Evêque de Montpellier dans fon
Palais ; elle retourna au foffe, & fe difpofa à
faire le premier effai de fon adreffe. Les Officiers
commencèrent par décocher deux fleches ; les
Chevaliers continuerent jufqu'à la nuit qu'on
reconduifit M. Haguenot chez lui.
L'Entrée de fa maiſon fituée dans la plus belle
vue de la Ville ,& bâtie regulierement, étoit ornée
d'Arcs de Triomphe , de Statues , de Simboles
& d'Emblêmes , la plus belle Illumination qu'on
ait encore vûë occupoit le Balcon , toute la façade
& la longueur de la rue. L'interieur étoit paré
de meubles précieux , de Girandoles , de Luftres
& de Glaces qui multiplioient la lumiere d'une
infinité de bougies qui éclairoient tous les Appartemens.
Un repas fervi avec une delicate fomptuofité
arrêta les Chevaliers mariés ; les vins les
plus délicieux , de Bourgogne , de Champagne
ou des Cantons les plus renommés furent fervis
avec profufion , liqueurs , parfums , rien ne fut
épargné. Ce ne fut pas encore affez ; durant trois
jours confecutifs , M. Haguenot tint chez lui table
ouverte de 150. Couverts , & donna abondamment
à manger & à boire au Peuple dans la
Tue. Mc fon Epoufe de fon côté faifoit diftribuer
с
aux
AVRIL. 1730. 727
aux Dames de la Ville des baffins & des boetes
de toute forte de confitures. Cependant les jeunes
gens accompagnoient chez eux , à la lueur de
200. flambeaux , M. Rouzier & M. Moulton
leur Major. Celui- ci qui ne s'attendoit pas à cet
honneur , mit à profit le peu de tems qu'il eut
pour faire dreffer en arrivant une collation dans
la rue. Il la préfenta à cette belle jeuneffe ,
reftes furent livrés à une foule de curieux avides.
Depuis ce jour 9. d'Octobre juſqu'au commencement
du mois de Novembre , M. Haguenot in
venta de nouvelles Fêtes & de nouveaux plaifirs ,
toutes les perfonnes de confideration , de l'un &
de l'autre fexe , Citoyens & Etrangers , s'emprefferent
d'y prendre part , fur-tout dans le foffé
où fe trouvoient toute forte de rafraîchiffemens
M. de Bernage de S. Maurice , M. Bon & Mrs
leurs fils vinrent honorer ces brillantes affemblées
de leur préfence, ils tirerent chacun deux fleches,
& leur exemple attira dans la Compagnie quantité
d'Officiers de la Chambre des Comptes , des
autres Corps diftingués de la Ville & plufieurs
perfonnes de qualité.
Tous ces divertiffemens ne faifoient pas perdre
de vue à Mrs les Chevaliers le motif principal qui
des unifloit. Sous les ordres de M. Haguenot de
puis 9. heures du matin jufqu'à midi , & depuis
deux heures jufqu'à quatre du foir , ils s'exerçoient
à tirer de l'arc à tour de role , ainfi que le fort
les avoit placés ; & afin d'exciter davantage leur
ardeur , il leur préfenta deux aiguilletes d'argent
pareilles à celles des Officiers. On tira au rondeau
qui les emporteroit , l'une fut gagnée par M.
Carquet , Major , & l'autre par M. Teffes , Che
valier.
M. Baunier , Baron de Lamoffon , arriva vers
tems là de Paris. Il s'y étoit diftingué par une
Fêr
728 MERCURE DE FRANCE
Fête des plus fplendides , & il demanda d'être reçu
Chevalier ; il figna dans le Regiftre , & décocha
fes deux fleches avec habileté. Il fit préparer
une grande Fête à fon fuperbe Château de Lamoffon
pour le 23. Octobre , il y invita les Officiers
& tous les Chevaliers par des billets imprimés.
Au Village de Celleneuve , qui étoit le lieu
du Rendez -vous , les Officiers de M. de Lamoffon
y préfenterent à la Compagnie des Rafraî
chiffemens. Elle partit en ordre pour Lamoffon
qui n'est qu'à une petite promenade delà , avec
la même pompe & le même appareil que le premier
jour ; elle y fut reçue par M. de famoffon,
accompagné de M. Bon , Premier Préfident
& de plufieurs autres Chevaliers de Marque.
Le nombre des Conviés fut de 250. & comme
il étoit mal aifé de fournir des amufemens differens
à une fi grande Compagnie , il leur en offrit
un qui convenoit à tous . On dreffa dans la principale
allée de fon Parc un rondeau au milieu d'un
matelas fufpendu , & on s'exerçà à y tirer juſqu'à
l'heure du diner , qui fut annoncée par un charanant
Concert de toute forte d'Inftrumens. Dans
la feconde Cour du Château , & fous une Tente
de 1500. aulnes de toilie , parut une table en fer
à cheval , capable de contenir cette nombreuſe
affemblée ; on ne s'arrêtera pas à faire le détail
de ce Feftin. Il fuffira de dire que M. de Lamoffon
eft magnifique dans toutes fes actions , que
toutes ces Fêtes font marquées au coin du bon
goût , & que celle-ci furpaffa toutes celles qu'il
avoit données .
Le refte de la journée on continua de tirer au
Rondeau jufqu'à - ce que chaque Chevalier eût décoché
fa fleche. La gloire ne fut pas la feule récompenfe
desVainqueurs,M. de Lamoffon leur fit
prefent de riches Bijoux ; à M. Chabanetin d'une
Tabatiere
AVRIL. 1730. 729
Tabatiere d'or , à M. Boudet d'une Montre d'or ,
à M. Defmarêts d'une Canne à pomme d'or . Les
approches de la nuit obligerent la Compagnie de
prendre congé de M. Lamoffon , après l'avoir remercié
de fes politeffes par la bouche de M. Haguenot
, fon Capitaine-Lieutenant.
Ni la fatigue de ces Divertiffemens , ni le foin
même des affaires domeftiques ne rallentirent
l'ardeur des Chevaliers ; toûjours attentifs à ſeconder
les intentions de M. Haguenot , éxacts à
venir dans le Foffé aux heures marquées. Enfin
après plufieurs efforts redoublez, à l'envi, après de
differentes atteintes & de violentes fecouffes données
au Perroquet par des mains habiles , il ceda
au trait de M. Privat, Chevalier de la Troupe des
jeunes gens ; il tomba à fes pieds , & la chute fut
annoncée à toute la Ville par le bruit guerrier des
Tambours & Fanfares, & par les cris d'une foule
de Spectateurs. Le Vainqueur fut couronné de
Laurier par M. Haguenot , & conduit en triomphe
à fa maiſon , &c.
Le premier foin de M. Privat fut de préparer à
la Compagnie une Fête digne d'elle & de lui Sa
maifon fut décorée d'Arcs de Triomphe, & illuminée
avec art. Les danfes & deux Fontaines de
vin arrêtoient le Peuple à la porte ; au dedans les
Feftins , les Concerts & les Bals raſſembloient les
Chevaliers & plufieurs autres perfonnes de l'un &
l'autre fexe. M. Privat entretint ainfi la joye & les
plaifirs jufqu'au jour deſtiné à le proclamer Roi
du noble Jeu de l'Arc. Ce fut le 8.Novembre,jour
que M.Haguenot voulut rendre plus remarquable
& plus folemnel , ordonnant par un ban , de fermer
toutes les Boutiques de la Ville.
A deux heures après midy , M. Privat ſe rendit
dans le Foffé. Il y trouva la Compagnie en ordre.
Il diſtribua aux Officiers des Aiguillettes d'or , &
E en
730 MERCURE DE FRANCE .
en prefenta deux aux Chevaliers pour les tirer au
Rondeau , l'une échut à M. Philis , & l'autre à
M. Davitjean , Chevaliers.
M. Haguenot , affifté des Officiers , revêtit enfuite
M. Privat de ſes Habits Royaux , où l'or, &
la Soye brilloient avec éclat , & qu'on trouva de
la derniere magnificence. Dans ce ſuperbe ajuftement
il reçut les hommages de la Compagnie par
un Difcours éloquent que lui fit M. Haguenot , &
par des Vers que les fix petits Cupidons réciterent
afa louange.
L'ordre donné pour la Marche , dont la pompe
& le cortege fut en tout femblable à celle du
9. Octobre , le nouveau Roi fe mit à la tête de
la Compagnie , ayant à fa droite M. Haguenot ,
Capitaine-Lieutenant , & à fa gauche M. Aribert,
comme le plus ancien Officier du noble Jeu de
PArc. Tous les quartiers de la Ville furent témoins
de fa bonne grace , &c.
Toute la brillante Ceremonie finit par un Feftin
que le Roi donna à la Compagnie dans le Jeu de
Paulme qu'il avoit fait orner de riches Tapifleries,
& éclairer par un grand nombre de luftres & de
bougies. On y avoit ménagé des Balcons tout autour
pour placer les Dames . La varieté & l'arran
gement de cette Affemblée , compofée de quantité
de perfonnes de diftinction , fournit un Spectacle
très-gracieux. Tout fut feryi en abondance & avec
une extréme délicateffe. On but les fantés du Roi
de la Reine & de Monfeigneur le Dauphin , jufques
à 2.heures après minuit que les deux Troupes
allerent , l'épée à la main , précedées de quantité
de flambeaux , accompagner le Roi & M. Hague
not chez eux .
à Montpellier au fujet de la Naiffance du
DAUPHIN , où le zele , le bon goût & la magnificence
& la varieté ont également regné. Ce n'eſt
pas notre faute fi nous n'avons pas encore parlé
de celle des Chevaliers du noble Jeu de l'Art
de la même Ville.
Cette Compagnie doit fon établiſſement au
Roi de Maiorque , Seigneur & Souverain de
Montpellier dans le treiziéme fiécle ; foit politi
que ou condefcendance pour des Sujets nés belliqueux
, il crut devoir leur fournir un exercice
noble & utile par le maniement de l'Arc & de la
Fleche ; il réunit dans un corps diftingué tous
ceux qui voulurent y prendre partl leur donna
des loix , leur accorda des privileges , leur propofa
des récompenfes , & il s'applaudit plufieurs
fois d'un établissement dont l'honne & l'avantage
rejailliffoient fur lui . La mort du Roi de
Maïorque refroidit l'ardeur des Chevaliers. Privés
d'un Chef qui entretenoit leur feu naturel par
fon autorité & par fa préfence , ils negligerent
peu à peu leurs exercices journaliers , & ils les
renvoyerent tous au mois de Mai de chaque année
, où à ces evenemens fortunés qui exigent des
Réjouiffances publiques , il feroit trop long de
les rappeller tous. On fe contentera de dire
qu'en l'année 1701. les Ducs de Bourgogne
& de Berri , paffant par Montpellier , furent
extrêmement fatisfaits de leur adreffe & de leur
magnificence , & qu'ils voulurent bien les honorer
, en fignant fur leur Regiſtre , felon l'uſage`
des Chevaliers qu'on y reçoit.
Dans cette occafion fi defirée , leur premiere
attention
AVRIL. 1730. 723
attention fut de fe choifir des Officiers qui fuivant
l'ancienne coûtume commandaffent à la têtede
la Compagnie. Elle s'affembla dans la grande
Sale de l'Hôtel de Ville,& à la pluralité des voix,
elle élut pour Capitaine M. de la Croix de Candillargues
, Ecuyer , M. Haguenot , Confeiller du
Roi & Receveur , pour Capitaine Lieutenant ,
M. Rozier , fameux Négociant , pour Enfeigne ;
mais le premier étant tombé malade , M. Haguenot
lui fut fubftitué , il accepta avec plaifir
un honneur qu'on a vu autrefois n'être accordé
qu'à la Nobleffe la plus ancien ne. La
Compagnie eft divifée en deux Corps , l'un
des Chevaliers mariés , l'autre des jeunes gens.
M. Haguenot , de concert avec les Officiers
ordonna deux fortes d'habits uniformes ; pour
les premiers , d'un beau drap couleur de Caftor
bordé d'un grand galon d'argent , la vefte galonnée
en plein & le chapeau bordé de même ; que
celui de la jeuneffe feroit auffi d'un beau drap
Gouleur de ventre de biche , avec un pareil galon,
les paiemens & la vefte de fatin bleu , galonnés
en plein & le chapeau bordé.
Le Perroquet qui devoit être tiré , annonça
dans tous les quartiers de la Ville l'ouverture de
cette Fête. Il étoit ſculpté en bois , peint en verd,
avec un Ecuffon dans lequel étoit un Dauphin
d'or couronné. Le 8. Octobre il fut depofé dans
PHôtel de Ville par les deux Majors de la Compagnie
, & reçu par les Confuls en habits de Cerémonie
; on le plaça felon l'ufage devant le grand
Portail , au milieu des Bannieres de la Ville & dự
Drapeau du noble Jeu de l'Arc. Le même jour à
quatre heures du foir, au bruit des Inftrumens de
guerre & de mufique , & avec le même cortege;
il fut porté au Foffé , qui eft le lieu deſtiné aux
exercices de la Compagnie , M. Haguenot s'y
trouve
24 MERCURE DE FRANCE
trouva avec les Officiers ; il pofa le Perroquet au
bout d'un mât peint en bleu , parfemé de Fleurs
de Lys & de Dauphins d'or , & qui fut auffi - tôt
élevé à la hauteur de dix - huit toifes. A cet aſpect
Pallegreffe du Public fembla redoubler. M. Ha-*
guenot , fans parler des ferenades qu'il fit donner
dans tous les quartiers de la Ville , de la galanterie
qu'il fit à chaque Officier d'un riche noeud
d'épée , d'une aiguillete d'argent , & d'un ruban
or & argent aux Chevaliers , donna dans famaifon
toute forte de rafraîchiffemens exquis
fa troupe des Chevaliers mariés s'y rendit le 9. a
huit heures du matin , M. Haguenot & Me fon
Epoufe les reçûrent avec beaucoup de politeffe, &
les inviterent à un Feftin dont l'ordre égaloit la
magnificence. M. Rozier, Enſeigne de la Jeuneffe
en ufa de même à l'égard de ceux - ci , qu'il conduifit
fur les onze heures chez M. Haguenot. Les
deux Troupes ainfi réunies , fe rendirent à l'Hôtel
de Ville dans l'ordre fuivant.
Les Tambours de la Ville & deux Fifres , un
Roi des Sauvages les fuivoit , vêtu d'un ſatin couleur
de chair , avec une Couronne & une ceinture
de Laurier & une maffue à la main ; il étoit accompagné
de douze Heraults d'Armes , habillés
de verd avec des Brandebourgs d'or , le fabre au
côté & la hache fur l'épaule. Deux choeurs de
Simphonic compofée de Timballes , Tambours ,""
Violons , Hautbois , Baffons & Baffes de Violon
précedoient trois Enfans en Cupidons , l'élegance
de leur ajuftement ne cedoit en rien à leur beauté.
Plufieurs Valets habillés en Houzards leur fourniffoient
les parfums & les confitures qu'ils répandoient
avec profufion . M. Haguenot paroiffoit
enfuite richement vêtu , une fleche à la
main , à fes côtés quatre Laquais portoient fes
Carquois & fes Arcs. Après lui marchoient le
Major
AVRIL. 1730. 725
Major & les fix Confeillers de la Compagnie , &
fur deux lignes la Troupe des Mariés au nombre
de 100. une fleche à la main , & fuivis de Valets,
qui par la diverfité recherchée de leurs habits ,
repréfentoient toutes les Nations du monde.
Un Choeur de toute forte d'Inftrumens de
Guerre & de Mufique féparoit les mariés d'avec
la jeuneffe. M. Rozier étoit à leur tête , accompagné
de M. Aribert , ancien Enfeigne ; c'eſt le
même qui remplit fi honorablemeut cette place
en 1701. D'une Gibeciere de tafetas couleur de
rofe , auffi -tôt remplie que vuide , ils tiroient
des confitures & des dragées qu'ils jettoient avec
profufion.
Ces deux Troupes également leftes & galantes
arriverent ainfi à l'Hôtel de Ville. Mrs les
Confuls , en Robes rouges, fe mirent à leur tête,
& prirent le chemin qui mene au foffé . C'eſt là
que M. Haguenot , après avoir prêté le ferment
accoûtumé entre les mains de M. Durand , premier
Conful , & avoir reçû celui des autres Officiers
, remit à M. Rozier le Drapeau de la Compagnie.
Il l'exhorta par un compliment court &
energique à le conferver au prix même de fa vie,
On préfenta à Mrs les Confuls des arcs & des
Aleches qu'ils tirerent chacun à leur tour; ils furent
reconduits à l'Hôtel de Ville dans le même ordre.
Delà on fe rendit à l'Hôtel de M. de Candillargues
, Lieutenant de Roi de la Ville , Commandant
en l'abſence du Marquis de la Fare. Il
fut accompagné avec la même cerémonie dans
le foffé , où il décocha une fleche avec tant de
dexterité, qu'elle demeura fufpendue à une des aîles
du Perroquet . Il fut , enfuite ramené chez lui
au milieu des acclamations de la Compagnie &
des cris du peuple.
Le refte du jour fut deftiné à rendre les vifites
d'hon
26 MERCURE DE FRANCE
d'honneur. La Compagnie alla d'abord für la
Place Royale du Peyrou où eft la Statue Equeſtre
de Louis XIV ; tous les Chevaliers , l'épée à la
main , en firent le tour &c. M. de Bernage de S.
Maurice , Intendant de la Province avec M. de
Vaux fon fils & quantité de Nobleffe , les reçût
à la porte de fon Hôtel .
M. Bon , Premier Préfident , accompagné
de Madame fon Epouſe & de M. fon fils , chevalier
de Malte , les reçut auffi à la
fon Hôtel.
porte de
La Compagnie n'eut pas le bonheur de trouver
M. l'Evêque de Montpellier dans fon
Palais ; elle retourna au foffe, & fe difpofa à
faire le premier effai de fon adreffe. Les Officiers
commencèrent par décocher deux fleches ; les
Chevaliers continuerent jufqu'à la nuit qu'on
reconduifit M. Haguenot chez lui.
L'Entrée de fa maiſon fituée dans la plus belle
vue de la Ville ,& bâtie regulierement, étoit ornée
d'Arcs de Triomphe , de Statues , de Simboles
& d'Emblêmes , la plus belle Illumination qu'on
ait encore vûë occupoit le Balcon , toute la façade
& la longueur de la rue. L'interieur étoit paré
de meubles précieux , de Girandoles , de Luftres
& de Glaces qui multiplioient la lumiere d'une
infinité de bougies qui éclairoient tous les Appartemens.
Un repas fervi avec une delicate fomptuofité
arrêta les Chevaliers mariés ; les vins les
plus délicieux , de Bourgogne , de Champagne
ou des Cantons les plus renommés furent fervis
avec profufion , liqueurs , parfums , rien ne fut
épargné. Ce ne fut pas encore affez ; durant trois
jours confecutifs , M. Haguenot tint chez lui table
ouverte de 150. Couverts , & donna abondamment
à manger & à boire au Peuple dans la
Tue. Mc fon Epoufe de fon côté faifoit diftribuer
с
aux
AVRIL. 1730. 727
aux Dames de la Ville des baffins & des boetes
de toute forte de confitures. Cependant les jeunes
gens accompagnoient chez eux , à la lueur de
200. flambeaux , M. Rouzier & M. Moulton
leur Major. Celui- ci qui ne s'attendoit pas à cet
honneur , mit à profit le peu de tems qu'il eut
pour faire dreffer en arrivant une collation dans
la rue. Il la préfenta à cette belle jeuneffe ,
reftes furent livrés à une foule de curieux avides.
Depuis ce jour 9. d'Octobre juſqu'au commencement
du mois de Novembre , M. Haguenot in
venta de nouvelles Fêtes & de nouveaux plaifirs ,
toutes les perfonnes de confideration , de l'un &
de l'autre fexe , Citoyens & Etrangers , s'emprefferent
d'y prendre part , fur-tout dans le foffé
où fe trouvoient toute forte de rafraîchiffemens
M. de Bernage de S. Maurice , M. Bon & Mrs
leurs fils vinrent honorer ces brillantes affemblées
de leur préfence, ils tirerent chacun deux fleches,
& leur exemple attira dans la Compagnie quantité
d'Officiers de la Chambre des Comptes , des
autres Corps diftingués de la Ville & plufieurs
perfonnes de qualité.
Tous ces divertiffemens ne faifoient pas perdre
de vue à Mrs les Chevaliers le motif principal qui
des unifloit. Sous les ordres de M. Haguenot de
puis 9. heures du matin jufqu'à midi , & depuis
deux heures jufqu'à quatre du foir , ils s'exerçoient
à tirer de l'arc à tour de role , ainfi que le fort
les avoit placés ; & afin d'exciter davantage leur
ardeur , il leur préfenta deux aiguilletes d'argent
pareilles à celles des Officiers. On tira au rondeau
qui les emporteroit , l'une fut gagnée par M.
Carquet , Major , & l'autre par M. Teffes , Che
valier.
M. Baunier , Baron de Lamoffon , arriva vers
tems là de Paris. Il s'y étoit diftingué par une
Fêr
728 MERCURE DE FRANCE
Fête des plus fplendides , & il demanda d'être reçu
Chevalier ; il figna dans le Regiftre , & décocha
fes deux fleches avec habileté. Il fit préparer
une grande Fête à fon fuperbe Château de Lamoffon
pour le 23. Octobre , il y invita les Officiers
& tous les Chevaliers par des billets imprimés.
Au Village de Celleneuve , qui étoit le lieu
du Rendez -vous , les Officiers de M. de Lamoffon
y préfenterent à la Compagnie des Rafraî
chiffemens. Elle partit en ordre pour Lamoffon
qui n'est qu'à une petite promenade delà , avec
la même pompe & le même appareil que le premier
jour ; elle y fut reçue par M. de famoffon,
accompagné de M. Bon , Premier Préfident
& de plufieurs autres Chevaliers de Marque.
Le nombre des Conviés fut de 250. & comme
il étoit mal aifé de fournir des amufemens differens
à une fi grande Compagnie , il leur en offrit
un qui convenoit à tous . On dreffa dans la principale
allée de fon Parc un rondeau au milieu d'un
matelas fufpendu , & on s'exerçà à y tirer juſqu'à
l'heure du diner , qui fut annoncée par un charanant
Concert de toute forte d'Inftrumens. Dans
la feconde Cour du Château , & fous une Tente
de 1500. aulnes de toilie , parut une table en fer
à cheval , capable de contenir cette nombreuſe
affemblée ; on ne s'arrêtera pas à faire le détail
de ce Feftin. Il fuffira de dire que M. de Lamoffon
eft magnifique dans toutes fes actions , que
toutes ces Fêtes font marquées au coin du bon
goût , & que celle-ci furpaffa toutes celles qu'il
avoit données .
Le refte de la journée on continua de tirer au
Rondeau jufqu'à - ce que chaque Chevalier eût décoché
fa fleche. La gloire ne fut pas la feule récompenfe
desVainqueurs,M. de Lamoffon leur fit
prefent de riches Bijoux ; à M. Chabanetin d'une
Tabatiere
AVRIL. 1730. 729
Tabatiere d'or , à M. Boudet d'une Montre d'or ,
à M. Defmarêts d'une Canne à pomme d'or . Les
approches de la nuit obligerent la Compagnie de
prendre congé de M. Lamoffon , après l'avoir remercié
de fes politeffes par la bouche de M. Haguenot
, fon Capitaine-Lieutenant.
Ni la fatigue de ces Divertiffemens , ni le foin
même des affaires domeftiques ne rallentirent
l'ardeur des Chevaliers ; toûjours attentifs à ſeconder
les intentions de M. Haguenot , éxacts à
venir dans le Foffé aux heures marquées. Enfin
après plufieurs efforts redoublez, à l'envi, après de
differentes atteintes & de violentes fecouffes données
au Perroquet par des mains habiles , il ceda
au trait de M. Privat, Chevalier de la Troupe des
jeunes gens ; il tomba à fes pieds , & la chute fut
annoncée à toute la Ville par le bruit guerrier des
Tambours & Fanfares, & par les cris d'une foule
de Spectateurs. Le Vainqueur fut couronné de
Laurier par M. Haguenot , & conduit en triomphe
à fa maiſon , &c.
Le premier foin de M. Privat fut de préparer à
la Compagnie une Fête digne d'elle & de lui Sa
maifon fut décorée d'Arcs de Triomphe, & illuminée
avec art. Les danfes & deux Fontaines de
vin arrêtoient le Peuple à la porte ; au dedans les
Feftins , les Concerts & les Bals raſſembloient les
Chevaliers & plufieurs autres perfonnes de l'un &
l'autre fexe. M. Privat entretint ainfi la joye & les
plaifirs jufqu'au jour deſtiné à le proclamer Roi
du noble Jeu de l'Arc. Ce fut le 8.Novembre,jour
que M.Haguenot voulut rendre plus remarquable
& plus folemnel , ordonnant par un ban , de fermer
toutes les Boutiques de la Ville.
A deux heures après midy , M. Privat ſe rendit
dans le Foffé. Il y trouva la Compagnie en ordre.
Il diſtribua aux Officiers des Aiguillettes d'or , &
E en
730 MERCURE DE FRANCE .
en prefenta deux aux Chevaliers pour les tirer au
Rondeau , l'une échut à M. Philis , & l'autre à
M. Davitjean , Chevaliers.
M. Haguenot , affifté des Officiers , revêtit enfuite
M. Privat de ſes Habits Royaux , où l'or, &
la Soye brilloient avec éclat , & qu'on trouva de
la derniere magnificence. Dans ce ſuperbe ajuftement
il reçut les hommages de la Compagnie par
un Difcours éloquent que lui fit M. Haguenot , &
par des Vers que les fix petits Cupidons réciterent
afa louange.
L'ordre donné pour la Marche , dont la pompe
& le cortege fut en tout femblable à celle du
9. Octobre , le nouveau Roi fe mit à la tête de
la Compagnie , ayant à fa droite M. Haguenot ,
Capitaine-Lieutenant , & à fa gauche M. Aribert,
comme le plus ancien Officier du noble Jeu de
PArc. Tous les quartiers de la Ville furent témoins
de fa bonne grace , &c.
Toute la brillante Ceremonie finit par un Feftin
que le Roi donna à la Compagnie dans le Jeu de
Paulme qu'il avoit fait orner de riches Tapifleries,
& éclairer par un grand nombre de luftres & de
bougies. On y avoit ménagé des Balcons tout autour
pour placer les Dames . La varieté & l'arran
gement de cette Affemblée , compofée de quantité
de perfonnes de diftinction , fournit un Spectacle
très-gracieux. Tout fut feryi en abondance & avec
une extréme délicateffe. On but les fantés du Roi
de la Reine & de Monfeigneur le Dauphin , jufques
à 2.heures après minuit que les deux Troupes
allerent , l'épée à la main , précedées de quantité
de flambeaux , accompagner le Roi & M. Hague
not chez eux .
Fermer
Résumé : A Montpellier, le noble Jeu de l'Arc, &c. [titre d'après la table]
En 1730, les Chevaliers du noble Jeu de l'Art à Montpellier organisèrent une fête dirigée par M. Haguenot, élu Capitaine Lieutenant. Cette compagnie, fondée au XIIIe siècle par le Roi de Majorque, avait pour but de canaliser l'énergie belliqueuse des habitants par le maniement de l'arc et de la flèche. Après un déclin dû à la mort du roi, la compagnie fut relancée en 1701 lors du passage des Ducs de Bourgogne et de Berry. La fête débuta par la présentation d'un perroquet sculpté, déposé à l'Hôtel de Ville puis transféré au fossé, lieu des exercices. Les Chevaliers, vêtus d'uniformes spécifiques, défilèrent dans la ville, accompagnés de musique et de symboles royaux. La fête inclut des visites d'honneur à des personnalités locales, des démonstrations de tir à l'arc, et des réjouissances publiques. M. Haguenot et d'autres officiers reçurent des distinctions et des présents. Des concours de tir furent organisés, avec des récompenses pour les vainqueurs. La fête se conclut par une grande réception au château de Lamoffon, organisée par M. Baunier, Baron de Lamoffon, où les Chevaliers furent accueillis avec magnificence. La fête se termina par des tirs au perroquet, avec M. Privat comme vainqueur. Le texte décrit également les célébrations entourant l'élection de M. Privat comme roi du noble Jeu de l'Arc. M. Haguenot couronna M. Privat de laurier et le conduisit en triomphe chez lui. Pour préparer la fête, M. Privat décora sa maison d'arcs de triomphe et d'illuminations. Des danses, des fontaines de vin, des festins, des concerts et des bals attirèrent de nombreux participants. La fête dura jusqu'au jour de la proclamation officielle de M. Privat comme roi, le 8 novembre, jour où toutes les boutiques de la ville furent fermées sur ordre de M. Haguenot. À 14 heures, M. Privat se rendit dans le fossé où il distribua des aiguillettes d'or aux officiers et aux chevaliers pour le tir au rondeau. M. Haguenot, assisté des officiers, revêtit M. Privat de ses habits royaux, ornés d'or et de soie. M. Privat reçut ensuite les hommages de la compagnie par un discours de M. Haguenot et des vers récités par des petits Cupidons. La procession, similaire à celle du 9 octobre, se déroula avec M. Privat à la tête de la compagnie, accompagné de M. Haguenot et de M. Aribert. La cérémonie se conclut par un festin au Jeu de Paulme, orné de riches tapisseries et éclairé par de nombreux lustres et bougies. Des balcons furent aménagés pour les dames, et l'assemblée, composée de personnes de distinction, offrit un spectacle gracieux. Le festin se prolongea jusqu'à 2 heures du matin, où deux troupes escortèrent le roi et M. Haguenot chez eux, épées à la main et précédées de flambeaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1297
p. 734-742
CONTINUATION de l'Article de Guillaume Budé.
Début :
L'Auteur des Memoires ajoûte ce qui suit : Ces paroles (c'est-à-dire, ce [...]
Mots clefs :
Guillaume Budé, Ouvrages de Guillaume Budé, Auteur, Recueil, Ouvrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONTINUATION de l'Article de Guillaume Budé.
CONTINUATION de l'Article
de Guillaume Budé.
'Auteur des Memoires ajoûte ce qui
Lfuit : Ces paroles ( c'eft- à-dire , ce
que Budé avoit ordonné fur fon Enterrement
, ) ont fait naître dans l'efprit de
quelques-uns des foupçons contre la créan-
* ce , qui ont été fort augmentés par la Profeffion
ouverte que fa veuve alla faire du
Proteftantifme à Genève , avec une partie
de fes enfans. Mais d'autres , comme le
Pere Garaffe , ont pris fa défenſe fur cet
article ,
AVRIL. 1730. 735
rticle , outre qu'il paroît par fes Ecrits
qu'il étoit fort oppofé aux prétendus Ré-,
formateurs.
Son mariage ne fut pas fterile , puifqu'il
laiffa en mourant onze enfans , fept gar-
Cons & quatre filles . Sa veuve fe retira à
Genéve , comme je viens de le dire , avec
fes filles , & y embraffa la Religion Proteftante.
Un de fes fils ( Louis Budé ) s'y
retira auffi , & y fut Profeffeur en Langue
Hébraïque. Il publia une Traduction
Latine des Pleaumes avec des Notes , & il
auroit encore publié d'autres Ouvrages ,
s'il n'étoit mort fort jeune vers l'an 1550 .
( a )
Mathieu Budé , autre fils de Guillaume
,eft loué par Henri Etienne comme
un homme qui entendoit à fond la Langue
Hebraique.
Jean Budé , fon frere , fut un des trois
Députés que les Calviniftes envoyerent
en 1558. en Allemagne pour les affaires
de leur Eglife.
On dit deux chofes particulieres de
Guillaume Budé ; la premiere eft qu'il ne
voulut jamais fe laiffer peindre ce qui
a donné fujet à ces Vers d'Etienne Pafquier.
( a ) Colomies Gallia Orient, p. 15% -
E iiij Nec
1
736 MERCURE DE FRANCE
Nec voluit vivus fingi , pingive Budæus ,
Nec vatum moriens quæfiit elogia ;
Hunc qui tanta fuæ mentis monumenta reliquit
Externa puduit vivere velle manu .
La feconde eft qu'ayant voulu haranguer
Charles-Quint à ſon entrée à Paris ,
au mois de Janvier 1540. il demeura court ,
& ne pût achever fon difcours. L'Auteur
de fa vie ne dit rien de femblable.
Catalogue des Ouvrages de Guillaume Budé.
1. De ftudio bonarum Litterarum rectè &
commodè inftituendo Liber ad Franciſcum I.
Regem Galliarum.
نم
2. De Philologia libri duo ad Henricum
Aurelianenfem & Carolum Angolifmenfem ,
Francifci Regis filios. Ces deux Ouvrages
imprimés à Bâle en 1533. fe trouvent dans
le fecond Volume du Recueil de Crenius,
intitulé : Variorum Autorum Concilia ,
Studiorum Methodi . Rotterodami 1694. in-
4. Ils font peu lus ,
dit Louis
parceque ,
le Roi , peu de gens font capables de goûter
l'érudition de Budé , & que tout le
monde n'étant pas accoûtumé à fes manieres
de parler , on a de la peine à entrer
dans fa penfée , à moins que d'être
déja fçavant quand on fe met à cette lecture
, c'est- à-dire , pour parler en ftile
moins panégyrifte , parce qu'il y eft trop
obfcur.
3.
AVRIL. 1730. 737
3. De contemptu rerum fortuitarum Libri
tres ad Draconem Budaum fratrem. Parif.
1520. & 1526.in- 4. Item Argentorati 15-29.
Item Lugd. Bat. 1624. in- 16.
4. De Tranfitu Hellenifmi ad Chriftianifmum
Libri tres ad Francifcum Regem.
Parif. 1535. & 1556. in-fol.
Budé apprend dans cet Ouvrage à
paffer des Sciences profanes à la véritable
Philofophie , qui ne fe trouve que
dans la Doctrine celefte de Jeſus- Chriſt.
L
5. Epiftolarum Latinarum Libri V.
& Grecarum Liber unus. Parif. 1520. infol
. Item Bafilee 1521. in-4 . Les Lettres
Greques ont été imprimées féparément
à Paris 1550. in- 4. Item traduites en Latin
par Antoine Pichon . Paris 1574. in - 4 .
6. Ariftotelis & Philonis Judai Liber de
Mundo. Bafilea 1533 .
7. Plutarchi Liber de tranquillitate animi,
ad Fulium II. Pontificem Maximum.
8. Ejufdem de Fortuna Romanorum Liber
unus , & de Fortuna & Virtute Alexandri
Magni Libri duo.
9. Ejufdem de Placitis Decretifque Phi
lofophorum naturalibus Libri V.
10. Bafilii Magni Epiftola ad Gregorium
Nazianzenum de Vita in folitudine agenda.
Ces Traductions furent le premier
coup d'effai & le commencement des travaux
Litteraires de Budé ; elles furent fi
E v efti738
MERCURE DE FRANCE
eftimées , dit l'Auteur de fa vie , qu'on
auroit eu peine à l'en croire Auteur , s'il
p'eut donné dans la fuite d'autres preuves
plus confiderables de fon génie & de
fa capacité. Mais Nannius & Borremans
prétendent qu'il ne s'y eft appliqué qu'à
exprimer le fens de fon Auteur fans fe
mettre fort en peine de le fuivre mot pour
mot ; & M. Huet dit que pour avoir af
fecté le grand ſtile, & y avoir voulu faire
paroître une partie de fon érudition , il a
paffé pour un Paraphrafte , plutôt que
pour un veritable Traducteur ..
Tous les Ouvrages dont je viens de :
parler font contenus dans le premier Vo--
lume du Recueil des Oeuvres de Budé
publié à Bâle l'an 1557. en 4. volumes in--
fol. avec une ample Préface de Coelius .
fecundus Curion .
11. De Affe & partibus ejus Libri V..
Parif. 1516. 1524 , 1541. 1542. 1544.
in-fol. Item ab Autore noviffimè recogniti
& locupletati. Parifiis 1548. in- fol . Item
Venetiis 1522. in 4. Item Colonia 1528.-
in 8. avec l'Abregé de cet Ouvrage . Item
Lugduni 1542. & 1550. in 8. Budé prit
lui- même le foin de faire un Abregé de
fon Livre en François , & cet Abregé a
été imprimé plufieurs fois ; il eft cepen--
dant rare. Une Edition porte ce titre ::
Sommaire ou Epitome du Livre de . Affe
Par
AVRIL.: 1730. 739 .
も
perpar
Guillaume Budé, Paris 1522. in 8. Une
autre eft intitulée : Extrait on Abregé du
Livre de Affe , de feu M. Budé , auquel
les Monnoyes , Poids & Mefures anciennes
font réduites à celles de maintenant. Revû de
nouveau , corrigé & additionné. Paris 1550 .
in 12. Le Livre de Affe que l'Auteur de
fa Vie appelle Divinum Opus , fit beaucoup
d'honneur à Budé ; mais il fe trouva
un Italien qui lui contefta la gloire
d'avoir défriché le premier les matieres
épineufes des Monnoyes & des Mefures
des Anciens. Ce fut Leonard Portius qui
prétendit avoir cette gloire . Budé l'ayant
appris , en fut extrêmement irrité , & .
déclara hautement qu'il ne tenoit de
fonne ce qu'il avoit publié fur cette matiere
, & que Portius l'avoit pillé . Jean-
Lafcaris , qui étoit leur ami commun
empêcha que cette querelle n'allat plusloin
, & obtint de Budé , à force de prieres
, qu'il n'inferât point dans la feconde.
Edition de fon Livre le Difcours piquant
qu'il avoit compofé contre Portius . Budé
reconnut lui -même , quand fa premiere
colere fut paffée , qu'il avoit eu trop
d'emportement , c'est ce qui fit qu'il ne
voulut plus prendre d'interêt aux attaques
qui lui furent faites dans la fuite , &
qu'il fouffrit tranquillement que George.
Agricola s'attribuât telle part qu'il vou-
E vj droit
740 MERCURE DE FRANCE
droit de la gloire de fes découvertes .
Le Livre de Affe fait le fecond Volume
du Recueil des Oeuvres de Budé.
12. Annotationes in Pandectas priores &
pofteriores. Colonia 1526. in 8. Item Parif.
1532. 1536. 1556. in fol . It. Bafilea 15340
in 8. It. Lugduni 1551. & 1567. in 8 .
Les premieres Obfervations de Budé fur
les Pandectes parurent feules pour la premiere
fois en 1508. Antoine Auguftin ,
qui loue beaucoup cet Ouvrage par rapport
à l'érudition , n'en fait pas le même
cas par rapport à ce qui concerne le Droit.
13. Forenfia quibus vulgares & verè La
tina Furifconfultorum loquendi formula traduntur
, cum verborum forenfium indice. Parif.
1548. in fol. It. fans l'Index. Bafilea
in 8. Cet Ouvrage eft affez imparfait
& n'étoit pas encore en état de voir le
jour lorsque l'Auteur mourut.
Ces deux Ouvrages rempliffent le troifiéme
Volume du Recueil.
14. Commentarii Lingua Greca. Parif.
1529. in fol. Item Bafilea 1530. in fol. It.
ab Autore recogniti & aucti . Parif. 1548 .
in fol. Ft. Bafilea 1556. in fol . Ces Commentaires
font très - fçavans , & on y remarque
fans peine un travail immenfe &
une lecture prodigieufe ; mais après tour
ce n'eft qu'une maffe informe & indi
gefte , fans ordre & fans méthode..
Cet
AVRIL. 1730. 741
Cet Ouvrage termine le Recueil dont
il fait le quatriéme Volume. On a outre
cela de Budé
15. De l'Inftitution du Prince , par Guillaume
Budé , avec les Annotations de Jean
de Luxembourg, Abbé d'Yvri , de la Ri
vour& de Salmoify. La Rivour 1547. in
fol. Item Lyon in 4. La Rivour , où ce Livre
a été imprimé pour la premiere fois
eft une Abbaye en Champagne près de
Troyes. Ce n'étoit pas le talent de Budé
d'écrire en François ; fon ftile eft rude
obfcur & peur poli ; quoique fa Latinité
foit bien meilleure , quelques- uns y trou
vent cependant les mêmes défauts.
16. Ariftotelis Meteorologia , latinè versa.
Dans les Oeuvres de ce Philofophe.
17. Excepta de Venatione. A la fin du
Dictionnaire François- Latin de Jean Thier
ri. Paris. 1564. in fol.
18. Note in Ciceronis Epiftolas familia
res , dans l'Edition de Jean Thierri , cum
Scholiis ferè XXX. Doctorum Virorum. Parifiis
1557. in fol.
V.G. Budai Vita per Lud. Regium. Parif.
1577. in 4. It. dans le Recueil des
Opufcules de Louis le Roi. Paris 1571 .
in 4. Item dans le Recueil des Vies choifies
des Hommes illuftres , publiées par
Jean Bates. Londres 1682. in 4. It. parmi
les Vies des plus celebres Jurifconfultes
recueillies
742 MERCURE DE FRANCE.
recueillies par Fred.Jacques Leicker.Lipfia
1686. in 8.
de Guillaume Budé.
'Auteur des Memoires ajoûte ce qui
Lfuit : Ces paroles ( c'eft- à-dire , ce
que Budé avoit ordonné fur fon Enterrement
, ) ont fait naître dans l'efprit de
quelques-uns des foupçons contre la créan-
* ce , qui ont été fort augmentés par la Profeffion
ouverte que fa veuve alla faire du
Proteftantifme à Genève , avec une partie
de fes enfans. Mais d'autres , comme le
Pere Garaffe , ont pris fa défenſe fur cet
article ,
AVRIL. 1730. 735
rticle , outre qu'il paroît par fes Ecrits
qu'il étoit fort oppofé aux prétendus Ré-,
formateurs.
Son mariage ne fut pas fterile , puifqu'il
laiffa en mourant onze enfans , fept gar-
Cons & quatre filles . Sa veuve fe retira à
Genéve , comme je viens de le dire , avec
fes filles , & y embraffa la Religion Proteftante.
Un de fes fils ( Louis Budé ) s'y
retira auffi , & y fut Profeffeur en Langue
Hébraïque. Il publia une Traduction
Latine des Pleaumes avec des Notes , & il
auroit encore publié d'autres Ouvrages ,
s'il n'étoit mort fort jeune vers l'an 1550 .
( a )
Mathieu Budé , autre fils de Guillaume
,eft loué par Henri Etienne comme
un homme qui entendoit à fond la Langue
Hebraique.
Jean Budé , fon frere , fut un des trois
Députés que les Calviniftes envoyerent
en 1558. en Allemagne pour les affaires
de leur Eglife.
On dit deux chofes particulieres de
Guillaume Budé ; la premiere eft qu'il ne
voulut jamais fe laiffer peindre ce qui
a donné fujet à ces Vers d'Etienne Pafquier.
( a ) Colomies Gallia Orient, p. 15% -
E iiij Nec
1
736 MERCURE DE FRANCE
Nec voluit vivus fingi , pingive Budæus ,
Nec vatum moriens quæfiit elogia ;
Hunc qui tanta fuæ mentis monumenta reliquit
Externa puduit vivere velle manu .
La feconde eft qu'ayant voulu haranguer
Charles-Quint à ſon entrée à Paris ,
au mois de Janvier 1540. il demeura court ,
& ne pût achever fon difcours. L'Auteur
de fa vie ne dit rien de femblable.
Catalogue des Ouvrages de Guillaume Budé.
1. De ftudio bonarum Litterarum rectè &
commodè inftituendo Liber ad Franciſcum I.
Regem Galliarum.
نم
2. De Philologia libri duo ad Henricum
Aurelianenfem & Carolum Angolifmenfem ,
Francifci Regis filios. Ces deux Ouvrages
imprimés à Bâle en 1533. fe trouvent dans
le fecond Volume du Recueil de Crenius,
intitulé : Variorum Autorum Concilia ,
Studiorum Methodi . Rotterodami 1694. in-
4. Ils font peu lus ,
dit Louis
parceque ,
le Roi , peu de gens font capables de goûter
l'érudition de Budé , & que tout le
monde n'étant pas accoûtumé à fes manieres
de parler , on a de la peine à entrer
dans fa penfée , à moins que d'être
déja fçavant quand on fe met à cette lecture
, c'est- à-dire , pour parler en ftile
moins panégyrifte , parce qu'il y eft trop
obfcur.
3.
AVRIL. 1730. 737
3. De contemptu rerum fortuitarum Libri
tres ad Draconem Budaum fratrem. Parif.
1520. & 1526.in- 4. Item Argentorati 15-29.
Item Lugd. Bat. 1624. in- 16.
4. De Tranfitu Hellenifmi ad Chriftianifmum
Libri tres ad Francifcum Regem.
Parif. 1535. & 1556. in-fol.
Budé apprend dans cet Ouvrage à
paffer des Sciences profanes à la véritable
Philofophie , qui ne fe trouve que
dans la Doctrine celefte de Jeſus- Chriſt.
L
5. Epiftolarum Latinarum Libri V.
& Grecarum Liber unus. Parif. 1520. infol
. Item Bafilee 1521. in-4 . Les Lettres
Greques ont été imprimées féparément
à Paris 1550. in- 4. Item traduites en Latin
par Antoine Pichon . Paris 1574. in - 4 .
6. Ariftotelis & Philonis Judai Liber de
Mundo. Bafilea 1533 .
7. Plutarchi Liber de tranquillitate animi,
ad Fulium II. Pontificem Maximum.
8. Ejufdem de Fortuna Romanorum Liber
unus , & de Fortuna & Virtute Alexandri
Magni Libri duo.
9. Ejufdem de Placitis Decretifque Phi
lofophorum naturalibus Libri V.
10. Bafilii Magni Epiftola ad Gregorium
Nazianzenum de Vita in folitudine agenda.
Ces Traductions furent le premier
coup d'effai & le commencement des travaux
Litteraires de Budé ; elles furent fi
E v efti738
MERCURE DE FRANCE
eftimées , dit l'Auteur de fa vie , qu'on
auroit eu peine à l'en croire Auteur , s'il
p'eut donné dans la fuite d'autres preuves
plus confiderables de fon génie & de
fa capacité. Mais Nannius & Borremans
prétendent qu'il ne s'y eft appliqué qu'à
exprimer le fens de fon Auteur fans fe
mettre fort en peine de le fuivre mot pour
mot ; & M. Huet dit que pour avoir af
fecté le grand ſtile, & y avoir voulu faire
paroître une partie de fon érudition , il a
paffé pour un Paraphrafte , plutôt que
pour un veritable Traducteur ..
Tous les Ouvrages dont je viens de :
parler font contenus dans le premier Vo--
lume du Recueil des Oeuvres de Budé
publié à Bâle l'an 1557. en 4. volumes in--
fol. avec une ample Préface de Coelius .
fecundus Curion .
11. De Affe & partibus ejus Libri V..
Parif. 1516. 1524 , 1541. 1542. 1544.
in-fol. Item ab Autore noviffimè recogniti
& locupletati. Parifiis 1548. in- fol . Item
Venetiis 1522. in 4. Item Colonia 1528.-
in 8. avec l'Abregé de cet Ouvrage . Item
Lugduni 1542. & 1550. in 8. Budé prit
lui- même le foin de faire un Abregé de
fon Livre en François , & cet Abregé a
été imprimé plufieurs fois ; il eft cepen--
dant rare. Une Edition porte ce titre ::
Sommaire ou Epitome du Livre de . Affe
Par
AVRIL.: 1730. 739 .
も
perpar
Guillaume Budé, Paris 1522. in 8. Une
autre eft intitulée : Extrait on Abregé du
Livre de Affe , de feu M. Budé , auquel
les Monnoyes , Poids & Mefures anciennes
font réduites à celles de maintenant. Revû de
nouveau , corrigé & additionné. Paris 1550 .
in 12. Le Livre de Affe que l'Auteur de
fa Vie appelle Divinum Opus , fit beaucoup
d'honneur à Budé ; mais il fe trouva
un Italien qui lui contefta la gloire
d'avoir défriché le premier les matieres
épineufes des Monnoyes & des Mefures
des Anciens. Ce fut Leonard Portius qui
prétendit avoir cette gloire . Budé l'ayant
appris , en fut extrêmement irrité , & .
déclara hautement qu'il ne tenoit de
fonne ce qu'il avoit publié fur cette matiere
, & que Portius l'avoit pillé . Jean-
Lafcaris , qui étoit leur ami commun
empêcha que cette querelle n'allat plusloin
, & obtint de Budé , à force de prieres
, qu'il n'inferât point dans la feconde.
Edition de fon Livre le Difcours piquant
qu'il avoit compofé contre Portius . Budé
reconnut lui -même , quand fa premiere
colere fut paffée , qu'il avoit eu trop
d'emportement , c'est ce qui fit qu'il ne
voulut plus prendre d'interêt aux attaques
qui lui furent faites dans la fuite , &
qu'il fouffrit tranquillement que George.
Agricola s'attribuât telle part qu'il vou-
E vj droit
740 MERCURE DE FRANCE
droit de la gloire de fes découvertes .
Le Livre de Affe fait le fecond Volume
du Recueil des Oeuvres de Budé.
12. Annotationes in Pandectas priores &
pofteriores. Colonia 1526. in 8. Item Parif.
1532. 1536. 1556. in fol . It. Bafilea 15340
in 8. It. Lugduni 1551. & 1567. in 8 .
Les premieres Obfervations de Budé fur
les Pandectes parurent feules pour la premiere
fois en 1508. Antoine Auguftin ,
qui loue beaucoup cet Ouvrage par rapport
à l'érudition , n'en fait pas le même
cas par rapport à ce qui concerne le Droit.
13. Forenfia quibus vulgares & verè La
tina Furifconfultorum loquendi formula traduntur
, cum verborum forenfium indice. Parif.
1548. in fol. It. fans l'Index. Bafilea
in 8. Cet Ouvrage eft affez imparfait
& n'étoit pas encore en état de voir le
jour lorsque l'Auteur mourut.
Ces deux Ouvrages rempliffent le troifiéme
Volume du Recueil.
14. Commentarii Lingua Greca. Parif.
1529. in fol. Item Bafilea 1530. in fol. It.
ab Autore recogniti & aucti . Parif. 1548 .
in fol. Ft. Bafilea 1556. in fol . Ces Commentaires
font très - fçavans , & on y remarque
fans peine un travail immenfe &
une lecture prodigieufe ; mais après tour
ce n'eft qu'une maffe informe & indi
gefte , fans ordre & fans méthode..
Cet
AVRIL. 1730. 741
Cet Ouvrage termine le Recueil dont
il fait le quatriéme Volume. On a outre
cela de Budé
15. De l'Inftitution du Prince , par Guillaume
Budé , avec les Annotations de Jean
de Luxembourg, Abbé d'Yvri , de la Ri
vour& de Salmoify. La Rivour 1547. in
fol. Item Lyon in 4. La Rivour , où ce Livre
a été imprimé pour la premiere fois
eft une Abbaye en Champagne près de
Troyes. Ce n'étoit pas le talent de Budé
d'écrire en François ; fon ftile eft rude
obfcur & peur poli ; quoique fa Latinité
foit bien meilleure , quelques- uns y trou
vent cependant les mêmes défauts.
16. Ariftotelis Meteorologia , latinè versa.
Dans les Oeuvres de ce Philofophe.
17. Excepta de Venatione. A la fin du
Dictionnaire François- Latin de Jean Thier
ri. Paris. 1564. in fol.
18. Note in Ciceronis Epiftolas familia
res , dans l'Edition de Jean Thierri , cum
Scholiis ferè XXX. Doctorum Virorum. Parifiis
1557. in fol.
V.G. Budai Vita per Lud. Regium. Parif.
1577. in 4. It. dans le Recueil des
Opufcules de Louis le Roi. Paris 1571 .
in 4. Item dans le Recueil des Vies choifies
des Hommes illuftres , publiées par
Jean Bates. Londres 1682. in 4. It. parmi
les Vies des plus celebres Jurifconfultes
recueillies
742 MERCURE DE FRANCE.
recueillies par Fred.Jacques Leicker.Lipfia
1686. in 8.
Fermer
Résumé : CONTINUATION de l'Article de Guillaume Budé.
Guillaume Budé, érudit et humaniste français, a laissé des instructions pour son enterrement qui ont suscité des soupçons sur sa foi. Sa veuve et certaines de ses filles se sont converties au protestantisme à Genève. Cependant, des défenseurs comme le Père Garaffe ont contesté ces accusations, affirmant que Budé était opposé aux réformateurs. Budé a eu onze enfants, dont sept garçons et quatre filles. Louis Budé, l'un de ses fils, est devenu professeur de langue hébraïque à Genève et a traduit les Psaumes en latin. Mathieu Budé était également reconnu pour sa maîtrise de l'hébreu. Jean Budé, un autre fils, a été député des calvinistes en Allemagne en 1558. Deux anecdotes notables concernent Budé : il a refusé de se faire peindre et a échoué à terminer un discours devant Charles Quint en 1540. Budé est l'auteur de plusieurs ouvrages importants, dont 'De studio bonarum litterarum' et 'De Philologia'. Ses écrits, bien que riches en érudition, sont souvent jugés obscurs et difficiles d'accès. Il a également traduit des œuvres de Platon et de Plutarque, et a écrit sur les monnaies, les poids et les mesures antiques, ce qui lui a valu des controverses avec des érudits comme Leonard Portius. Ses 'Annotationes in Pandectas' et 'Commentarii Linguae Graecae' sont également notables, bien que critiqués pour leur manque de méthode. Budé a également travaillé sur des commentaires linguistiques et des annotations juridiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1298
p. 742-743
« De Imitatione Christi Libri quatuor, Versibus Heroïcis, traducti à Domino Du Quesnay [...] »
Début :
De Imitatione Christi Libri quatuor, Versibus Heroïcis, traducti à Domino Du Quesnay [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De Imitatione Christi Libri quatuor, Versibus Heroïcis, traducti à Domino Du Quesnay [...] »
De Imitatione Chrifti Libri quatuor , Verfibus
Heroicis , traducti à Domino Du Quef
nay de Boifguibert , in Suprema Rationum
Regiarum Curia cognofcendis Rationibus:
Prafecto. Parifiis , Typis Langlois. 1729..
in 8. pages 281 .
Nous ne parlerons point du fond de
cet Ouvrage qui eft affez connu du Public
, nous remarquerons feulement que
M. du Quefnay paroît ne s'être point
éloigné du fens de fon Original ; fon ftile
eft auffi fimple que le fujet le demande
ayant même employé la plus grande partie
des termes du pieux Auteur de l'Imitation
. Une chofe qui paroîtra peu ordinaire
, ou plutôt toute finguliere , c'eft que
l'Approbation même de cet Ouvrage eft
en Vers . On ne fera peut - être pas fâché de
fçavoir enquels termes l'Approbation d'un
Docteur de Sorbonne , & Cenfeur Royal
eft conçûë en ſtile poëtique : la voici ::
Inclyta juffa fequor dum Regia figna tenentis
Bis duo perlegi Libros , unumque Volumen ,.
Quod dedit alma manus , docta & pia Carmine
gråndi
Heroum , nomen verò eft , IMITATIO CHRISTI
Incorrupta fides , morum præceptio ſancta ,
In
AVRIL. 1730.
743
நில
In quo fplendefcunt , dignum prælo , ut fit in
ævum .
Datum in Sorbona , anno
Domini 1729. A. Le Moine & c..
Heroicis , traducti à Domino Du Quef
nay de Boifguibert , in Suprema Rationum
Regiarum Curia cognofcendis Rationibus:
Prafecto. Parifiis , Typis Langlois. 1729..
in 8. pages 281 .
Nous ne parlerons point du fond de
cet Ouvrage qui eft affez connu du Public
, nous remarquerons feulement que
M. du Quefnay paroît ne s'être point
éloigné du fens de fon Original ; fon ftile
eft auffi fimple que le fujet le demande
ayant même employé la plus grande partie
des termes du pieux Auteur de l'Imitation
. Une chofe qui paroîtra peu ordinaire
, ou plutôt toute finguliere , c'eft que
l'Approbation même de cet Ouvrage eft
en Vers . On ne fera peut - être pas fâché de
fçavoir enquels termes l'Approbation d'un
Docteur de Sorbonne , & Cenfeur Royal
eft conçûë en ſtile poëtique : la voici ::
Inclyta juffa fequor dum Regia figna tenentis
Bis duo perlegi Libros , unumque Volumen ,.
Quod dedit alma manus , docta & pia Carmine
gråndi
Heroum , nomen verò eft , IMITATIO CHRISTI
Incorrupta fides , morum præceptio ſancta ,
In
AVRIL. 1730.
743
நில
In quo fplendefcunt , dignum prælo , ut fit in
ævum .
Datum in Sorbona , anno
Domini 1729. A. Le Moine & c..
Fermer
Résumé : « De Imitatione Christi Libri quatuor, Versibus Heroïcis, traducti à Domino Du Quesnay [...] »
Le texte décrit une édition de l'œuvre 'De Imitatione Chrifti Libri quatuor, Verfibus', traduite par le seigneur Du Quefnay de Boisfugubert. Publiée à Paris en 1729 par Langlois, cette édition comprend 281 pages. La préface met en avant la fidélité de Du Quefnay au texte original et son utilisation d'un style simple avec de nombreux termes du texte source. Une particularité de cette édition est l'approbation rédigée en vers. Cette approbation, signée par un Docteur de Sorbonne et Censeur Royal, loue l'intégrité et la sainteté des préceptes moraux de l'œuvre, la jugeant digne d'être imprimée pour l'éternité. L'approbation est datée de 1729 et signée par A. Le Moine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1299
p. 743-744
Supplement à la Méthode pour apprendre l'Ortographe, [titre d'après la table]
Début :
SUPPLEMENT à la Méthode pour apprendre l'Ortographe par Principes sans [...]
Mots clefs :
Méthode pour apprendre l'Orthographe, Orthographe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Supplement à la Méthode pour apprendre l'Ortographe, [titre d'après la table]
SUPPLEMENT à la Méthode pour apaprendre
l'Ortographe par Principes fans
fçavoir le Latin , & fans être obligé d'étudier
de mémoire , avec la Clef pour l'en--
feigner , ou Avis aux Maîtres de l'Art ,
par M. Jacquier ; le prix eft de trente
fols, broché , & de quatre livres relié avec
la Méthode..Vol . in 8. de 170. pages . A
Paris , chez Nicolas le Clerc , rue de la
Vieille Bouclerie , Jacques Joffe , rue S. Fac
ques , Le Gras , au Palais , & la Veuve
Piffot , à la defcente du Pont- Neuf, 1730.
Ce Supplement contient en abregé 10
les principales définitions de la Méthode ,,
& le chiffre qui eft au- deffus du reglet à
la fin de chaque définition , eft le nombre
qu'il faut chercher dans la Méthode
pour en voir les exemples , l'explication
& ce que l'on a retouché .
2° Une Méthode aifée & facile pour
conjuguer toute forte de Verbes par le
moyen d'une feule Clef..
3 Une Clef pour enfeigner l'Ortogra
phe , ou Avis aux Maîtres de l'Art.
49 Une Lifte de mots , avec une Mé--
thode
744 MERCURE DE FRANCE
thode pour les bien prononcer & orto
graphier avec principe .
Un Abregé très - utile pour n'être pas
obligé d'étudier de mémoire.
L'Auteur ajoute que comme on eft obligé
de dire pourquoi on écrit toutes les
Lettres qui ne fe prononcent pas , ou qui
n'ont pas un fon propre , on en viendra
aifément à bout par le moyen de la Table
qu'il a dreffée en cherchant les Lettres qui
ne fonnent point , ou qui ont un fon qui
ne leur eft pas propre.
Nous avons parle en fon tems de la Méthode
même dont on vient de donner ce
Supplement nous pouvons dire aujourd'hui
qu'elle a eu tout le fuccès poffible
dans la Pratique , & que c'eft avec beaucoup
de raifon que M. de Fontenelle en
a prévû l'utilité dans l'Approbation dont
il a honoré ce Livre.
l'Ortographe par Principes fans
fçavoir le Latin , & fans être obligé d'étudier
de mémoire , avec la Clef pour l'en--
feigner , ou Avis aux Maîtres de l'Art ,
par M. Jacquier ; le prix eft de trente
fols, broché , & de quatre livres relié avec
la Méthode..Vol . in 8. de 170. pages . A
Paris , chez Nicolas le Clerc , rue de la
Vieille Bouclerie , Jacques Joffe , rue S. Fac
ques , Le Gras , au Palais , & la Veuve
Piffot , à la defcente du Pont- Neuf, 1730.
Ce Supplement contient en abregé 10
les principales définitions de la Méthode ,,
& le chiffre qui eft au- deffus du reglet à
la fin de chaque définition , eft le nombre
qu'il faut chercher dans la Méthode
pour en voir les exemples , l'explication
& ce que l'on a retouché .
2° Une Méthode aifée & facile pour
conjuguer toute forte de Verbes par le
moyen d'une feule Clef..
3 Une Clef pour enfeigner l'Ortogra
phe , ou Avis aux Maîtres de l'Art.
49 Une Lifte de mots , avec une Mé--
thode
744 MERCURE DE FRANCE
thode pour les bien prononcer & orto
graphier avec principe .
Un Abregé très - utile pour n'être pas
obligé d'étudier de mémoire.
L'Auteur ajoute que comme on eft obligé
de dire pourquoi on écrit toutes les
Lettres qui ne fe prononcent pas , ou qui
n'ont pas un fon propre , on en viendra
aifément à bout par le moyen de la Table
qu'il a dreffée en cherchant les Lettres qui
ne fonnent point , ou qui ont un fon qui
ne leur eft pas propre.
Nous avons parle en fon tems de la Méthode
même dont on vient de donner ce
Supplement nous pouvons dire aujourd'hui
qu'elle a eu tout le fuccès poffible
dans la Pratique , & que c'eft avec beaucoup
de raifon que M. de Fontenelle en
a prévû l'utilité dans l'Approbation dont
il a honoré ce Livre.
Fermer
Résumé : Supplement à la Méthode pour apprendre l'Ortographe, [titre d'après la table]
Le document décrit un supplément à la 'Méthode pour apprendre l'Ortographe par Principes' de M. Jacquier, publié en 1730 à Paris. Ce supplément est disponible en version brochée à trente sols ou reliée à quatre livres. Il contient les principales définitions de la méthode, avec des références aux exemples et explications dans la méthode principale. Le supplément inclut également une méthode simplifiée pour conjuguer les verbes, une clé pour enseigner l'orthographe, et une liste de mots avec des indications pour leur prononciation et orthographe correctes. L'auteur met en avant l'avantage de cette méthode, qui évite l'apprentissage par cœur en expliquant la présence de certaines lettres non prononcées. La méthode a été bien reçue, notamment par M. de Fontenelle, qui en a souligné l'utilité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1300
p. 744-749
Le Belier, Conte, [titre d'après la table]
Début :
LE BELIER, Conte. Par M. le Comte Antoine Hamilton. A Paris, ruë S. Jacques [...]
Mots clefs :
Conte, Prose, Prince, Goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Belier, Conte, [titre d'après la table]
LE BELIER , Conte. Par M. le Comte
Antoine Hamilton. A Paris , rue S. Facques
, chez F. Fr. Joffe 1730. in 12. de
330. pages.
Dans un Avis au Lecteur , le Libraire
s'exprime ainfi La profonde érudition
du Comte Antoine Hamilton , la délica
teffe de fon génie & la douceur de fes
moeurs l'ont rendu également cher aux
Sçavans & aux gens du monde. Un grand
Seigneur
AVRIL 1730. 749
Seigneur François ayant pris alliance dans
fa Maiſon , occafionna fes premiers voyages
à la Cour de France. Les Revolutions
d'Angleterre fous Jacques II . y fixerent
prefque fon féjour . Les Traductions des
Contes Perfans , Arabes & Turcs étoient
entre les mains de toutes les Dames de la
Cour & de la Ville ; il railloit les premieres
fur l'attachement qu'elles avoient pour
une lecture fi peu inftructive , mais avec
les ménagemens convenables pour ne pas
bleffer leur amour propre. Un jour on le
défia de faire quelque chofe dans le goût
de ces Ouvrages ; le Comte Hamilton ,
dont le génie pouvoit tout ce qu'il vouloit
, fit voir en peu de jours qu'il fçavoit
badiner avec les Mufes .
Madame la Comteffe de G ... fa foeur ,
avoit acquis depuis quelque tems une
mazure , avec un affez petit terrain , dans
le Parc de cette Maifon Royale qui fait
l'admiration de tout l'Univers , cette mazure
, qu'on nommoit Moulineau , devint
un lieu charmant par les foins vigilans ,
la magnificence & le goût de la Comteffe
de G ... on changea le nom de Moulineau
en celui de Ponthalie. C'eft à l'occafion
de l'étimologie de Ponthalie que,
le
Comte Antoine a fait le Belier ; il y a mille
petits faits déguifés dans cet Ouvrage
qu'il faut laiffer demafquer à qui le pourra
746 MERCURE DE FRANCE
ra; quand on ne devineroit rien , le Conte
n'en feroit pas moins bon ; l'Auteur fçait
badiner legerement , louer avec délicateffe
& critiquer finement.
Ce Manufcrit m'étant tombé dans les
mains ( c'eſt toujours le Libraire qui parle)
j'ai crû que le Public me fçauroit bon gré
de lui donner un Ouvrage qui dans fon
genre n'en a point de fuperieur , felon le
fentiment des gens de goût que j'ai con- .
fultés ,& s'il a le même fuccès que les Mé
moires du Comte de Grammont , qui font du
même Auteur , & le feul Ouvrage qui ait
encore paru de lui imprimé ( c'eft encore
le Libraire qui parle ) je ne ferai point
trompé dans mes efperances.
Dans ce Conte dont les 39. premieres
pages font en Vers , après une Deſcription
de Moulineau , on trouve ce Portrait :
Mais de ces lieux tout l'ornement
Etoit certaine jeune Armide ,
Faite par tel enchantement ,
Que fes regards portoient fans guide
Au fonds des coeurs l'embrafement ;
L'aimer pourtant étoit folie ,
Car l'infenfible Nymphe Alie ,.
Bien loin de vouloir fecourir
Ne cherchoit qu'à faire mourir ;
Tout l'art du Druide ſon Pere
Et
AVRIL. 1730. 747
Et fes enchantemens divers
S'étoient épuisés pour en faire
La merveille de l'Univers.
Depuis ce tems-là chaque Belle
A fuivi ce brillant modele ;
Mais nos modernes Déités
Heritieres de fes beautés ,
"
Et de fa fraîcheur immortelle ,
Par malheur ont emprunté d'elle
Les rigueurs & les cruautés.
Mille Amans : Ciel + quelle foibleflet
Surs de mourir , vouloient la voir ;
La fage & prudente vieilleffe
Y venoit languir fans efpoir ,
Et la floriffante jeuneffe
N'en avoit pas pour juſqu'au foir ;
Rien n'échapoit à la tigreffe ,
Tous les lieux d'alentour étoient tendus de nair
Et l'on voyoit périr fans ceffe
Quelqu'Amant
fec que la tendreffe
Avoit réduit au defefpoir.
Avant de quitter la Poëfie pour prendre
la Profe , l'Auteur fait cette tranfition .
Mais changeons de ftile , il eft tems
Que votre oreille ſe repoſe
Et que les vulgaires accens
Qui
748 MERCURE DE FRANCE
Qui chantoient les évenemens
Faffent place à la fimple Profe.
Le Cheval aîlé court les champs ,
Se cabre , & prend le frein aux dents,
Lors d'une main trop incertaine
Un Auteur par de vains élans ,
'Au milieu des airs fe
promene ;
Mais quand fous quelque efpece vaine à
Réduit au trot il bat des flancs ,
Et bronche au milieu de la Plaine
Il est tout des plus fatiguans.
Un Lecteur qui le fouffre à peine ,
S'endort fur fes pas chancelans ,
Et quels que foient leurs ornemens
Dans un récit de longue haleine
Les vers font toujours ennuyans.
Chez l'importune Poëfie
D'un Conte on ne voit
pas
la fin ;
Car quoiqu'elle marche à grand train ,
A chaque moment elle oublie
Ou fes Lecteurs ou fon deffein
Et fans fe douter qu'elle ennuye
Elle va l'Hiperbole en main ,
Orner un Palais , un Jardin ,
Ou relever en broderie
Tout ce qu'elle trouve en chemin.
Pour donner un petit échantillon de
cette Profe , nous tranfcrirons ici la Déclaration
AVRIL 1730. 749
claration du Prince de Noify à Alie , dont
les Portraits feroient dignes du pinceau de
l'Albane , par le charme & les graces que
l'habile Ecrivain a fçû leur donner .
>> Si vous n'êtes pas la Reine des Dieux
» ou la Mere des Amours, lui dit - il, apre-
» nez moi , je vous prie , qui eft la mortelle
» qui a tant d'éclat & tant de majefté , pour
» n'adorer plus qu'elle fur la terre. Et
» vous , lui répliqua Alie , fi vous n'êtes
» point un de ces Amours dont vous ve-
» nez de parler , qui pouvez- vous être ?
» Mais qui que vous foyez , non -feule-
» ment je reçois vos hommages , mais je
» vous promets de n'en recevoir jamais
» d'autres , pourvû que vous ne foyez pas
» le Prince de Noify ...Le Prince dit tout
» ce que l'amour refpectueux & le plus.
» tendre infpire dans ces occafions ; & la
» belle Alie tout ce que l'innocence dans
» un coeur extrêmement attendri permet
» de répondre,
Antoine Hamilton. A Paris , rue S. Facques
, chez F. Fr. Joffe 1730. in 12. de
330. pages.
Dans un Avis au Lecteur , le Libraire
s'exprime ainfi La profonde érudition
du Comte Antoine Hamilton , la délica
teffe de fon génie & la douceur de fes
moeurs l'ont rendu également cher aux
Sçavans & aux gens du monde. Un grand
Seigneur
AVRIL 1730. 749
Seigneur François ayant pris alliance dans
fa Maiſon , occafionna fes premiers voyages
à la Cour de France. Les Revolutions
d'Angleterre fous Jacques II . y fixerent
prefque fon féjour . Les Traductions des
Contes Perfans , Arabes & Turcs étoient
entre les mains de toutes les Dames de la
Cour & de la Ville ; il railloit les premieres
fur l'attachement qu'elles avoient pour
une lecture fi peu inftructive , mais avec
les ménagemens convenables pour ne pas
bleffer leur amour propre. Un jour on le
défia de faire quelque chofe dans le goût
de ces Ouvrages ; le Comte Hamilton ,
dont le génie pouvoit tout ce qu'il vouloit
, fit voir en peu de jours qu'il fçavoit
badiner avec les Mufes .
Madame la Comteffe de G ... fa foeur ,
avoit acquis depuis quelque tems une
mazure , avec un affez petit terrain , dans
le Parc de cette Maifon Royale qui fait
l'admiration de tout l'Univers , cette mazure
, qu'on nommoit Moulineau , devint
un lieu charmant par les foins vigilans ,
la magnificence & le goût de la Comteffe
de G ... on changea le nom de Moulineau
en celui de Ponthalie. C'eft à l'occafion
de l'étimologie de Ponthalie que,
le
Comte Antoine a fait le Belier ; il y a mille
petits faits déguifés dans cet Ouvrage
qu'il faut laiffer demafquer à qui le pourra
746 MERCURE DE FRANCE
ra; quand on ne devineroit rien , le Conte
n'en feroit pas moins bon ; l'Auteur fçait
badiner legerement , louer avec délicateffe
& critiquer finement.
Ce Manufcrit m'étant tombé dans les
mains ( c'eſt toujours le Libraire qui parle)
j'ai crû que le Public me fçauroit bon gré
de lui donner un Ouvrage qui dans fon
genre n'en a point de fuperieur , felon le
fentiment des gens de goût que j'ai con- .
fultés ,& s'il a le même fuccès que les Mé
moires du Comte de Grammont , qui font du
même Auteur , & le feul Ouvrage qui ait
encore paru de lui imprimé ( c'eft encore
le Libraire qui parle ) je ne ferai point
trompé dans mes efperances.
Dans ce Conte dont les 39. premieres
pages font en Vers , après une Deſcription
de Moulineau , on trouve ce Portrait :
Mais de ces lieux tout l'ornement
Etoit certaine jeune Armide ,
Faite par tel enchantement ,
Que fes regards portoient fans guide
Au fonds des coeurs l'embrafement ;
L'aimer pourtant étoit folie ,
Car l'infenfible Nymphe Alie ,.
Bien loin de vouloir fecourir
Ne cherchoit qu'à faire mourir ;
Tout l'art du Druide ſon Pere
Et
AVRIL. 1730. 747
Et fes enchantemens divers
S'étoient épuisés pour en faire
La merveille de l'Univers.
Depuis ce tems-là chaque Belle
A fuivi ce brillant modele ;
Mais nos modernes Déités
Heritieres de fes beautés ,
"
Et de fa fraîcheur immortelle ,
Par malheur ont emprunté d'elle
Les rigueurs & les cruautés.
Mille Amans : Ciel + quelle foibleflet
Surs de mourir , vouloient la voir ;
La fage & prudente vieilleffe
Y venoit languir fans efpoir ,
Et la floriffante jeuneffe
N'en avoit pas pour juſqu'au foir ;
Rien n'échapoit à la tigreffe ,
Tous les lieux d'alentour étoient tendus de nair
Et l'on voyoit périr fans ceffe
Quelqu'Amant
fec que la tendreffe
Avoit réduit au defefpoir.
Avant de quitter la Poëfie pour prendre
la Profe , l'Auteur fait cette tranfition .
Mais changeons de ftile , il eft tems
Que votre oreille ſe repoſe
Et que les vulgaires accens
Qui
748 MERCURE DE FRANCE
Qui chantoient les évenemens
Faffent place à la fimple Profe.
Le Cheval aîlé court les champs ,
Se cabre , & prend le frein aux dents,
Lors d'une main trop incertaine
Un Auteur par de vains élans ,
'Au milieu des airs fe
promene ;
Mais quand fous quelque efpece vaine à
Réduit au trot il bat des flancs ,
Et bronche au milieu de la Plaine
Il est tout des plus fatiguans.
Un Lecteur qui le fouffre à peine ,
S'endort fur fes pas chancelans ,
Et quels que foient leurs ornemens
Dans un récit de longue haleine
Les vers font toujours ennuyans.
Chez l'importune Poëfie
D'un Conte on ne voit
pas
la fin ;
Car quoiqu'elle marche à grand train ,
A chaque moment elle oublie
Ou fes Lecteurs ou fon deffein
Et fans fe douter qu'elle ennuye
Elle va l'Hiperbole en main ,
Orner un Palais , un Jardin ,
Ou relever en broderie
Tout ce qu'elle trouve en chemin.
Pour donner un petit échantillon de
cette Profe , nous tranfcrirons ici la Déclaration
AVRIL 1730. 749
claration du Prince de Noify à Alie , dont
les Portraits feroient dignes du pinceau de
l'Albane , par le charme & les graces que
l'habile Ecrivain a fçû leur donner .
>> Si vous n'êtes pas la Reine des Dieux
» ou la Mere des Amours, lui dit - il, apre-
» nez moi , je vous prie , qui eft la mortelle
» qui a tant d'éclat & tant de majefté , pour
» n'adorer plus qu'elle fur la terre. Et
» vous , lui répliqua Alie , fi vous n'êtes
» point un de ces Amours dont vous ve-
» nez de parler , qui pouvez- vous être ?
» Mais qui que vous foyez , non -feule-
» ment je reçois vos hommages , mais je
» vous promets de n'en recevoir jamais
» d'autres , pourvû que vous ne foyez pas
» le Prince de Noify ...Le Prince dit tout
» ce que l'amour refpectueux & le plus.
» tendre infpire dans ces occafions ; & la
» belle Alie tout ce que l'innocence dans
» un coeur extrêmement attendri permet
» de répondre,
Fermer
Résumé : Le Belier, Conte, [titre d'après la table]
Le texte présente le conte 'Le Bélier', écrit par le Comte Antoine Hamilton et publié à Paris en 1730. Le libraire met en avant l'érudition, le génie et les mœurs douces de Hamilton, qui lui ont valu l'estime des savants et des gens du monde. Après avoir voyagé en France et s'être installé en Angleterre, Hamilton s'est distingué par ses traductions de contes persans, arabes et turcs, très populaires à la cour. Un jour, défié de créer un ouvrage similaire, Hamilton compose 'Le Bélier' en quelques jours, démontrant ainsi son talent. L'histoire se déroule à Ponthalie, une propriété transformée par la Comtesse de G... à partir d'une ancienne masure appelée Moulineau. Le conte commence en vers, décrivant la beauté et les dangers de la jeune Armide, une nymphe cruelle qui attire les amants vers une mort certaine. Le texte passe ensuite à la prose, critiquant la poésie pour sa tendance à ennuyer les lecteurs dans les longs récits. Le conte inclut également des portraits charmants, comme celui du Prince de Noisy déclarant son amour à Alie. Le libraire espère que cet ouvrage connaîtra le même succès que les 'Mémoires du Comte de Grammont' de Hamilton.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer