FABLE
addreffée à Mercure.
Les bons Rois font des Dieux
les vivantes images ,
•Kij
116 MERCURE
Et puifquefur la terre ilsfont
Jes Lieutenans,
Etats , Villes , Sujets en rendant leurs hommages.
Comme aux Divinitez leur
doivent des prefens.
Sur ce fujet , Seigneur
Mercure ,
Si vous voulez par avanture
Inftruire la Pofterité;
J'ay reduit dans ces vers , dont
vousprendrez lecture ,
Un Journal Espagnol plein
defincerité.
Quand par l'ordre du Ciel
Philippe dans l'Efpagne
GALANT. 117
Reçeut les honneurs fouverains ,
Un Lion qu'en tous lieuxfon
grand cœur accompagne ,
Lion apprivoife , Lion des
plus humains ,
Autrefois amené des deferts
Affriquains ,
Député de Léon en quitta la
Campagne
Pour offrir au Monarque une
Couronne d'or,
Que l'on porta dans le
Trefor,
D'Afie originaire, &d'antique
famille
Vint un fage Elephant, Spectacle tout nouveau,
18 MERCURE
Qui pour l'hommage de
Caftille
Sur fon dos élevé préſentoit
un Chaft au.
Ainfi pouffé de vive & noble
jaloufic
Unfier chevald'Andaloufie
Apportoit un riche harnois
Qui fervit , comme on croit , à
Xerxes autrefois.
}
Pour une pareille Ambaffade
Sortit des &Forefts de
Grenade
Un Cerf, dont chaque cor de
grenades orné
Eit voir pompeufement, Panis
malcouronnés alana
GALANT. 119
Du fidel Pays des Nobles
Afturies
En vain l'homme croyoit a
river des premiers.
( Pouvoit-il devancer de fi
legers Courriers?)
Pour orner du Palais les
longues Galleries
Par tout il voit mefl : r les lys
& les lauriers.
Il présente une toile , où la
Gloire découvre
Des Augufte Bourbons mille
& mille neveux ,
Que dans Madrid er dans
le Louvre
Adoreront un jour tant de
peuples heureux
120 MERCURE
Reünis par lafoy d'une illuſtre
alliance
Qui fera triompher & l'Ef
pagne & la France.
Le Monarque content de leur
foumiffion ,
Et des prefens offerts pour leur
reconnoiẞance ,
Leur promit fa protection ;
Sa liberté marqua fa bienveillance.
De la Catalogne à l'inftant
A tortueux replis arrive un
long Serpent,
Qui tient entre fes dents une
rofe incarnate,
Teinte
+
GALANT. 126
Teinte du beau fang de
Venus
D'une Courfine & delicate
Alors d'un vain plaifir les
yeuxfont pre-venus
Mais ,fuis loin, dit le Roys
c'eft en vainqu'on meflate:
Tu caches ton venin qui peut
faire mourir..
De charbons enflamez on deKoit te couvrir.
Retourne à Barcelonne, &
rentré en ta mafure.
Là tous font tes pareils , amis
2003 de l'imposture,
Gens plus méchants que tog
qui te ferontperir.
Octobre 1712.