Résultats : 12832 texte(s)
Détail
Liste
11955
p. 67
ÉNIGME.
Début :
Quoique pleine d'esprit, je n'ai nulle finesse ; [...]
Mots clefs :
Eau-de-vie
11957
p. 105
ÉNIGME.
Début :
Nous sommes tous égaux, & nous sommes tous frères. [...]
Mots clefs :
Anneaux d'un rideau de lit
11958
p. 105
LOGOGRYPHE.
Début :
Tout enfant me chérit ; en voici la raison : [...]
Mots clefs :
Bonbon
11959
p. 18
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis un instrument agréable & sonore, [...]
Mots clefs :
Clavecin
11962
p. 118
LOGOGRYPHE.
Début :
J'ai six pieds, cher Lecteur ; & par un sort bizarre, [...]
Mots clefs :
Navire
11964
p. 97-103
L'OMBRE DE VER-VERT, pour servir de suite au Poëme de Gresset.
Début :
Ver-Vert, bourré de sucre & de prâlines, [...]
Mots clefs :
Ver-Vert, Coeur, Perroquet, Oiseau, Air, Moi, Minois, Pluton, Doux, Proserpine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'OMBRE DE VER-VERT, pour servir de suite au Poëme de Gresset.
L'OMBRE DE VER-VERT , pourfervir
defuite au Poëme de Greffet.
VER-VERT , bourré de fucre & de prâlinés ,
1.20
ころどり
N'eut pas plutôt , chez les Vifitandines , as
Rendu fon âme & fon dernier, foupir ,
Qu'il defcendit dans la nuit infernale.
Il voltigeoit ainfi que le Zéphyr.
Il gazouilloit , caquetoit à loifir ;
Car , cher Lecteur , fur la rive fatale ,
3 .
S
Que deviendroient Nones & Perroquers.
S'ils ne pouvoient défiler leurs caquets ?
Quoique Ver-Vert ne fut plus rien qu'une ombre ,
Dame Vénus , & fon fils Cupidon ,
Qui chériffoient le Perroquet mignon,
Firent fi bien que , dans l'empire fombre ,
No. 51 , 21 Decembre 1782.
2.2017
:5
E
Sb 11
498
MERCURE
Il conferva ce plumage joli
Dont fur la terre il étoit embelli ,
Et qui , dit-on , tourna ſouvent la têtevi nol
A Mère Agnès , ainfi qu'aux jeunes Soeurs
Qui , de l'oifeau méditant la conquête, 12 any
Lui prodiguoient bifcuits , bonbons , liqueurs,
Fin chocolat & mille autres douceurs.
Car , notez, bien que fur la terre entière
Il paroîtra plutôt feu fans lumière ,
Femme fans langue & Moine fans cordons ,
Qu'une Nonain fans fucre & fans bonbons.
21
CARON connut Ver-Vert à fon plumage , a
Il le voyoit planer fur le rivage.
Il l'entendoit fiffler fi joliment ,
Roffignoler avec tant d'agrément ,
Que , tranſporté par un fi beau ramage li
Il fut long- temps dans ce raviffement.
Enfin , forti de cette douce extâle :
Parbleu , dit- il , que Jupiter m'écrâſe
Si je ne tiens ce petit fripon là !
Son gofier fin vaut feul un Opéra.
L'efprit charmant que dans lui je remarque,
Pourra fervir à notre noir Monarque.
Çà, pourfuivit le Batelier du Styx ,
Approchez- vous , bel oiſeau , grand phénix,
Vous qui faviez , par vos façons brillantes ,"
Votre air aimable & vos caquets divers ,
Flatter le coeur des Nones de Nevers ; C
DE FRANCE. 99
Et , tranfporté chez les Mères de Nantes , la
Avez d'horreur fait dreffer leur chignon
Pour avoir - là juré comme un démon.
Malgré le flux de ces ombres errantes
PN .
&
Venez franchir ces ondes écumantes. 93 199
Dans mon bateau venez , beau compagnon. 1
Depuis long-temps le Dieu de cet Empire
Pour foulager fa peine & fon martyre ,
Grille de voir votre minois fripon.
SIRE Ver-Vert , rempli de gentilleffe ,
Par ce difcours fe fentit allécher.
Sur Mons Caron il alla fe percher ,
Battit de l'aîle , & par mainte careffe ,
Lui déploya fa joie & fa tendreffe ,
Puis , caquetant mieux que None au parloir ,
Il lui conta les gaudés & vérilles que ))
Que chaque Seeur débitoit dans l'ouvroir ;
Comment alors , avec façons gentilles ,
Il becquetoit Pouvrage dans leur main ,
Bouquet , tableau , chapelet , reliquaire ;
Comment , femblable à l'abeille légère ,
Qu'on voit voler de la roſe au jaſmin ,
Il voltigeoit fur chacune Ouvrière,
Qu'il agaçoit avec un air malio.ung 20
Le Batelier , charmé de la manière
Dont raiſonnoit le Perroquet leurron ,
Dans fon bateau l'emporta chez Pluton.
sausą
V
E ij
100 MERCURE
DU PERROQUET Pluton lorgnant la mine ,
Le reconnut pour le Seigneur Ver-Vert .
Aimable oifeau , dit- il à coeur ouvert ,
Puifque la mort , qui jour & nuit chemine ,
D'un coup de faulx vient de vous moiffonner ,
Dans mon palais vous aurez votre gîte .
A vos yeux fins , votre air , votre mérite ,
Je vois que None a l'art de façonner
Et d'embellir le coeur d'un Néophite.
A tous vos foins je vais m'abandonner.
Écoutez - moi . J'ai cru prendre pour femme
Un doux mouton , un ange , une fainte âme ;
Et , grâce au fort qui , tout Dieu que je fuis ,
Me fait crever de douleurs & d'ennuis ,
Je n'ai chez moi qu'un monftre , une diableffe ,
Qui fans pitié me tourmente fans ceffe ;
Car , bei oifeau , les ménages divins
Vont à peu-près comme ceux des humains.
Des deux côtés ce n'eft que brouillerie ,
Qu'emportement & que tracafferic.
Je voudrois donc que par votre enjoûment ,
Votre air badin , votre minois charmant ,
Vous domptafiez le coeur de ma tygreffe ;
Depuis long-temps elle a votre portrait.
Elle vous aime ; & rarement maîtreffe
Nargue un galant qui l'amufe & lui plaît.
De mes beaux jours commencez donc l'aurore.
En étouffant l'orgueil qui la dévore ,
DE ΙΘΙ FRANCE.
Procurez -moi ce calme , cette paix ,
Ce charme, doux que mon coeur n'eut jamais.
Ici Ver-Vert lui fit la révérence ,
Et lui promit avec tant d'éloquence
De travailler à fa félicité ,
Qu'il confola le Monarque attristé.
DE chez Pluton le vieux Caron le mène
Dans un boudoir où repofoit la Reine.
Charmart Greffet , donne-moi ton pinceau.
Viens échauffer mon efprit & ma veine
Pour retracer dignement le tableau
Du vifplaifir que fentit Proferpine
En contemplant le minois de l'oifeau ,
Son beau plumage & fa taille divine.
Ojufte ciel ! quoi ? c'eſt l'ami Ver-Vert !
S'écria-t'elle avec des pleurs de joie.
Eh quoi ? c'est lui que la Parque m'envoie !
C'eft cet oifeau , ce Perroquet difert ,
Qui dans Nevers faifoit tant les délices
De la Soeur Thècle & des jeunes Novices !
Viens , cher ami , feconder mes tranſports.
Amour ! Vénus ! Dieux ! foyez-moi propices.
Comme en bouillant le lait gagnoit les bords ,
Le Batelier fe retira fur l'heure.
Il fit très-bien , prudence a toujours foin
De laiffer -là les Amours fans témoin.
Oui , pourfuit- elle , oui , cher Ver- Vert , demeure.
Viens , mon mignon , viens goûter dans mes bras
E iij
102 MERCURE
D'un vrai plaifir les chatouillans appas. 90 320
J'ai mille fois embraſſé ton image ; › * 1 *
Mais , quelque doux qu'ait été cet attrait ,
L'original éclipſe le portrait . 12 15hod xzobuti
Difant ces mots , Proferpine péu fage , vou sí ti
Sur Ton minois fit voler maint baifer ,
Dont le pauvret fe fentit embrâfer.
Il prend l'effor , voltige , caracolle
Sur les genoux , & de- là fur fon ſein ,
Siffle , gazouille avec un air badin ,
Si bien enfin que la Dame en fut folle.
DES que Ver-Vert fut sûr d'être adoré ,
Il maîtrifa Proferpine à fon gré.
Il la mena de fi bonnes manières ,
Qu'il lui tailla , comme on dit , des croupières.
Lorfqu'il voyoit que , d'un eſprit aigri ,
Elle vouloit quereller fon mariyil ann
Deffus fon nez il appliquoit fa griffe,
Et , lui donnant coups de dents & de bec ,
Mettoit bientôt fon infolence à fec.
Ce trait , Lecteur , n'eft du tout apocriffe :
Je l'ai tiré de deux Livres Normands ,
Que j'achetai dans la halle du Mans.
En vain la Dame, à crier toujours prête ,
Vouloit parfois lever encor la crête ,
Dès que Ver-Vert , les yeux tout rencognés ,
Lui répétoit : GARE , GARE LE NEZ ,
On la voyoit devenir auffi douce
&
DE FRANCE. 101
Que des brebis qui paiffent fur la mouffe,
Puis notre oiſeau , content de fa façon ,
L'alloit baifer; & c'étoit bien raiſon. 2
Un doux baifer eft fine récompenfe. Thi
Il le devoit Honni qui mal y penfe.00 ded
Bref, Proferpine , en changeant fon humeur,
De fon époux fit enfin le bonheur.
De Dom Ver-Vert , pour célébrer la gloise
Pluton voulut que cet exploit fameux ,
En lettres d'or fut gravé dans l'Hiſtoire , 12
Et fut tranfmis , du manoir ténébreux ,
Aux faints Couvens des Nones de la Loire.
On dit tout bas que ce fait merveilleux ,
Qu'a mis en vers un Champenois joyeux ,
Chatouilla plus le coeur de ces Veſtales
AM! que le Ciel , fans doute , auroit bien fait
De régalerd'un pareil Perroquet
Chaque mari dont l'infolente femme ⠀⠀⠀
Va, poings levés , lui chanter pouille & game
Qu'on auroit vû de toupets mal peignés ,
De nez meurtris , de fronts égratignés !
Mais en revanche , au fein de leurs ménages ,
On auroit vû toutes les femmes fages.
C'eſt un prodige attendu dès-long- temps.
Quand viendra- t'il ? quand merles feront blancs.
defuite au Poëme de Greffet.
VER-VERT , bourré de fucre & de prâlinés ,
1.20
ころどり
N'eut pas plutôt , chez les Vifitandines , as
Rendu fon âme & fon dernier, foupir ,
Qu'il defcendit dans la nuit infernale.
Il voltigeoit ainfi que le Zéphyr.
Il gazouilloit , caquetoit à loifir ;
Car , cher Lecteur , fur la rive fatale ,
3 .
S
Que deviendroient Nones & Perroquers.
S'ils ne pouvoient défiler leurs caquets ?
Quoique Ver-Vert ne fut plus rien qu'une ombre ,
Dame Vénus , & fon fils Cupidon ,
Qui chériffoient le Perroquet mignon,
Firent fi bien que , dans l'empire fombre ,
No. 51 , 21 Decembre 1782.
2.2017
:5
E
Sb 11
498
MERCURE
Il conferva ce plumage joli
Dont fur la terre il étoit embelli ,
Et qui , dit-on , tourna ſouvent la têtevi nol
A Mère Agnès , ainfi qu'aux jeunes Soeurs
Qui , de l'oifeau méditant la conquête, 12 any
Lui prodiguoient bifcuits , bonbons , liqueurs,
Fin chocolat & mille autres douceurs.
Car , notez, bien que fur la terre entière
Il paroîtra plutôt feu fans lumière ,
Femme fans langue & Moine fans cordons ,
Qu'une Nonain fans fucre & fans bonbons.
21
CARON connut Ver-Vert à fon plumage , a
Il le voyoit planer fur le rivage.
Il l'entendoit fiffler fi joliment ,
Roffignoler avec tant d'agrément ,
Que , tranſporté par un fi beau ramage li
Il fut long- temps dans ce raviffement.
Enfin , forti de cette douce extâle :
Parbleu , dit- il , que Jupiter m'écrâſe
Si je ne tiens ce petit fripon là !
Son gofier fin vaut feul un Opéra.
L'efprit charmant que dans lui je remarque,
Pourra fervir à notre noir Monarque.
Çà, pourfuivit le Batelier du Styx ,
Approchez- vous , bel oiſeau , grand phénix,
Vous qui faviez , par vos façons brillantes ,"
Votre air aimable & vos caquets divers ,
Flatter le coeur des Nones de Nevers ; C
DE FRANCE. 99
Et , tranfporté chez les Mères de Nantes , la
Avez d'horreur fait dreffer leur chignon
Pour avoir - là juré comme un démon.
Malgré le flux de ces ombres errantes
PN .
&
Venez franchir ces ondes écumantes. 93 199
Dans mon bateau venez , beau compagnon. 1
Depuis long-temps le Dieu de cet Empire
Pour foulager fa peine & fon martyre ,
Grille de voir votre minois fripon.
SIRE Ver-Vert , rempli de gentilleffe ,
Par ce difcours fe fentit allécher.
Sur Mons Caron il alla fe percher ,
Battit de l'aîle , & par mainte careffe ,
Lui déploya fa joie & fa tendreffe ,
Puis , caquetant mieux que None au parloir ,
Il lui conta les gaudés & vérilles que ))
Que chaque Seeur débitoit dans l'ouvroir ;
Comment alors , avec façons gentilles ,
Il becquetoit Pouvrage dans leur main ,
Bouquet , tableau , chapelet , reliquaire ;
Comment , femblable à l'abeille légère ,
Qu'on voit voler de la roſe au jaſmin ,
Il voltigeoit fur chacune Ouvrière,
Qu'il agaçoit avec un air malio.ung 20
Le Batelier , charmé de la manière
Dont raiſonnoit le Perroquet leurron ,
Dans fon bateau l'emporta chez Pluton.
sausą
V
E ij
100 MERCURE
DU PERROQUET Pluton lorgnant la mine ,
Le reconnut pour le Seigneur Ver-Vert .
Aimable oifeau , dit- il à coeur ouvert ,
Puifque la mort , qui jour & nuit chemine ,
D'un coup de faulx vient de vous moiffonner ,
Dans mon palais vous aurez votre gîte .
A vos yeux fins , votre air , votre mérite ,
Je vois que None a l'art de façonner
Et d'embellir le coeur d'un Néophite.
A tous vos foins je vais m'abandonner.
Écoutez - moi . J'ai cru prendre pour femme
Un doux mouton , un ange , une fainte âme ;
Et , grâce au fort qui , tout Dieu que je fuis ,
Me fait crever de douleurs & d'ennuis ,
Je n'ai chez moi qu'un monftre , une diableffe ,
Qui fans pitié me tourmente fans ceffe ;
Car , bei oifeau , les ménages divins
Vont à peu-près comme ceux des humains.
Des deux côtés ce n'eft que brouillerie ,
Qu'emportement & que tracafferic.
Je voudrois donc que par votre enjoûment ,
Votre air badin , votre minois charmant ,
Vous domptafiez le coeur de ma tygreffe ;
Depuis long-temps elle a votre portrait.
Elle vous aime ; & rarement maîtreffe
Nargue un galant qui l'amufe & lui plaît.
De mes beaux jours commencez donc l'aurore.
En étouffant l'orgueil qui la dévore ,
DE ΙΘΙ FRANCE.
Procurez -moi ce calme , cette paix ,
Ce charme, doux que mon coeur n'eut jamais.
Ici Ver-Vert lui fit la révérence ,
Et lui promit avec tant d'éloquence
De travailler à fa félicité ,
Qu'il confola le Monarque attristé.
DE chez Pluton le vieux Caron le mène
Dans un boudoir où repofoit la Reine.
Charmart Greffet , donne-moi ton pinceau.
Viens échauffer mon efprit & ma veine
Pour retracer dignement le tableau
Du vifplaifir que fentit Proferpine
En contemplant le minois de l'oifeau ,
Son beau plumage & fa taille divine.
Ojufte ciel ! quoi ? c'eſt l'ami Ver-Vert !
S'écria-t'elle avec des pleurs de joie.
Eh quoi ? c'est lui que la Parque m'envoie !
C'eft cet oifeau , ce Perroquet difert ,
Qui dans Nevers faifoit tant les délices
De la Soeur Thècle & des jeunes Novices !
Viens , cher ami , feconder mes tranſports.
Amour ! Vénus ! Dieux ! foyez-moi propices.
Comme en bouillant le lait gagnoit les bords ,
Le Batelier fe retira fur l'heure.
Il fit très-bien , prudence a toujours foin
De laiffer -là les Amours fans témoin.
Oui , pourfuit- elle , oui , cher Ver- Vert , demeure.
Viens , mon mignon , viens goûter dans mes bras
E iij
102 MERCURE
D'un vrai plaifir les chatouillans appas. 90 320
J'ai mille fois embraſſé ton image ; › * 1 *
Mais , quelque doux qu'ait été cet attrait ,
L'original éclipſe le portrait . 12 15hod xzobuti
Difant ces mots , Proferpine péu fage , vou sí ti
Sur Ton minois fit voler maint baifer ,
Dont le pauvret fe fentit embrâfer.
Il prend l'effor , voltige , caracolle
Sur les genoux , & de- là fur fon ſein ,
Siffle , gazouille avec un air badin ,
Si bien enfin que la Dame en fut folle.
DES que Ver-Vert fut sûr d'être adoré ,
Il maîtrifa Proferpine à fon gré.
Il la mena de fi bonnes manières ,
Qu'il lui tailla , comme on dit , des croupières.
Lorfqu'il voyoit que , d'un eſprit aigri ,
Elle vouloit quereller fon mariyil ann
Deffus fon nez il appliquoit fa griffe,
Et , lui donnant coups de dents & de bec ,
Mettoit bientôt fon infolence à fec.
Ce trait , Lecteur , n'eft du tout apocriffe :
Je l'ai tiré de deux Livres Normands ,
Que j'achetai dans la halle du Mans.
En vain la Dame, à crier toujours prête ,
Vouloit parfois lever encor la crête ,
Dès que Ver-Vert , les yeux tout rencognés ,
Lui répétoit : GARE , GARE LE NEZ ,
On la voyoit devenir auffi douce
&
DE FRANCE. 101
Que des brebis qui paiffent fur la mouffe,
Puis notre oiſeau , content de fa façon ,
L'alloit baifer; & c'étoit bien raiſon. 2
Un doux baifer eft fine récompenfe. Thi
Il le devoit Honni qui mal y penfe.00 ded
Bref, Proferpine , en changeant fon humeur,
De fon époux fit enfin le bonheur.
De Dom Ver-Vert , pour célébrer la gloise
Pluton voulut que cet exploit fameux ,
En lettres d'or fut gravé dans l'Hiſtoire , 12
Et fut tranfmis , du manoir ténébreux ,
Aux faints Couvens des Nones de la Loire.
On dit tout bas que ce fait merveilleux ,
Qu'a mis en vers un Champenois joyeux ,
Chatouilla plus le coeur de ces Veſtales
AM! que le Ciel , fans doute , auroit bien fait
De régalerd'un pareil Perroquet
Chaque mari dont l'infolente femme ⠀⠀⠀
Va, poings levés , lui chanter pouille & game
Qu'on auroit vû de toupets mal peignés ,
De nez meurtris , de fronts égratignés !
Mais en revanche , au fein de leurs ménages ,
On auroit vû toutes les femmes fages.
C'eſt un prodige attendu dès-long- temps.
Quand viendra- t'il ? quand merles feront blancs.
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11965
p. 104-116
Des Nations sauvages avant l'établissement de la Propriété.
Début :
D'une extrémité de l'Amérique à l'autre, du Kamschatka aux rives de l'Oby, de la mer du [...]
Mots clefs :
Propriété, Nations, Homme, Amérique, Gouvernement, Pouvoir, Sauvage, Forêts, Tribu, Nature, Vie, Peuples, Politique, Affections, Talents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Des Nations sauvages avant l'établissement de la Propriété.
DES Nations fauvages avant l'établiſſement
de la Propriété.
D'UNE extrémité de l'Amérique à l'autre , du
Kamschatka aux rives de l'Oby , de la mer du
Nord jufqu'aux confins de la Chine , de l'Inde
& de la Perfe ; de la mer Cafpienne jufqu'à
la mer Rouge, à très- peu d'exceptions près ; dans
tout l'intérieur & fur toute la côte feptentrionale
de l'Afrique , le Voyageur & le Philofophe apperçoivent
une multitude de Nations que nous appelons
Sauvages ou Barbares. Dans cette portion du
Globe affez étendue pour renfermer prefque toutes
les variétés de climat , de terrein & de pofition , la
nature humaine , que toutes ces caufes modifient fi
puiffamment , doit préfenter auffi un tableau complet
de toutes les variétés qu'elle reçoit des différentes
diftances du Soleil , des manières différentes de
vivre & de fe nourrir. Quelle multitude de faits intéreffans
pour l'Hiftorien de l'homme ! Quel fpectacle
pour le Philofophe ! Toute recherche cependant
fur ce fujet feroit prématurée,avant de s'être fait une
idée générale de notre espèce dans la vie fauvage,
avant d'avoir diftingué l'ignorance, de la ftupidité, &
le défaut des Arts du défaut du génie qui les crée.
C'est pour avoir confondu ces chofes , que l'homme
fauvage eft fi peu connu , & l'homme focial fi
vain.
Parmi les Nations qui occupent les parties incultes
de la terre , quelques-unes cherchent leur fubfiftance
dans la chaſſe , d'autres dans la pêche , d'autres dans
DE FRANCE. 105
les productions naturelles du fol . Tous ces Peuples
connoiffent peu la propriété , & ne montrent même
que rarement quelques traces de fubordination & de
police. Il en eft d'autres qui , poffédant des troupeaux
qui leur rendent les pâturages néceffaires ,
favent déjà ce que c'est que d'être riche & d'être
pauvre , qui connoiffent les relations du patron &
du client , du maître & du ferviteur , qui ont fouffert
qu'on les clafsât dans l'eftime publique fuivant
les degrés de leur richeffe. Ces diftinctions doivent
produire ure différence , effentielle de caractère , &
nous autoriſent à féparer en deux claffes les Peuples
fans loix & fans gouvernement , dont nous
allons confidérer l'hiftoire ; l'une de Sauvages , qui
ne connoiffent point encore la propriété ; l'autre de
Barbares , qui en font l'objet principal de leurs
foins & de leurs defirs , quoiqu'ils ne fachent encore
ni l'établir ni la défendre par les loix .
Il est évident que la propriété ne s'établit que
lorfque la Société a déjà fait beaucoup de progrès ;
elle exige , parmi plufieurs autres connoiffances, que
les fiècles feuls peuvent donner , une méthode exacte
pour définir la poffeffion. La poffeffion exclufive eft
le premier degré de la propriété . C'eft de l'expérience
d'une poffeffion de ce genre que le defir de
la propriété peut naître. L'induftrie qui l'acquiert &
qui la perfectionne , exige l'habitude d'agir dans la
vûe d'un avenir éloigné , & de furmonter cette difpofition
naturelle qui porte toujours le Sauvage au
repos ou à la jouiffance ; mais cette habitude feule
eft un caractère qui annonce que ces Nations ont déjà
fait beaucoup de pas dans les Arts & dans l'Induſtrie .
Le vrai Sauvage ne connoît que le préfent , & celui
pour qui l'avenir commence à exifter , eſt déjà trèsloin
du premier état de la nature humaine,
Dans les Tribus qui vivent de la chaſſe & de la
E v
106 MERCURE 1
pêche , les armes , les fourrures , la flèche & le hameçon
font les feuls biens , l'unique propriété. La
nourriture du lendemain court encore dans les forêts
ou nage encore au fond des lacs & des mers ; elle ne
peut être leur propriété avant qu'ils s'en foient faifis
& même alors , comme toute la Tribu a contribué
la faifir , elle eft à toute la Tribus elle eft partagée
&dévorée à l'inftant , ou va enrichir le magafin
public,
Dans les pays où les Nations fauvages , comme
dans la plus grande partie de l'Amérique , mêlent à
la pratique de la chaffe quelque eſpèce d'agriculture ,
ces Nations fuivent à l'égard de la difpofition du fol
& des fruits que produit la terre les mêmes procédés
que dans la difpolition de la chaffe & le partage de
la proie. Comme les hommes chaffent enfemble , les
femmes labourent également enſemble Dès que la
récolte arrive , tout le monde s'affemble & jouit. Le
champ dans lequel ils sèment , ainfi que le diftrict
dans lequel ils chaffent , eft confidéré par la Nation
comme une propriété , mais cette propriété
demeure indivife. On va en troupe préparer le fol ,
planter & cueillir les fruits de la récolte. Ce qu'on
achète même des Étrangers avec lefquels on trafique ,
le porte , on le dépofe au dépôt public , & il
Le partage enfuite , à des temps marqués , entre les
différentes familles , proportionnellement aux divers
befoins de chacune.
Comme la flèche & le carquois appartiennent à
l'individu , la cabane & les meubles appartiennent à
la famille , & comme les foins de la maifon -font
dévolus à la femme , la propriété de la maiſon lui eft
également dévolue. Les enfans font à la mère ; la
Ligne paternelle ne marque que très - peu dans la
lifte , deses parens. Avant d'être mariés , les mâles
vivent dans la cabane où ils font nés ; mais dès qu'ils
ont pris une femme , ils vont vivre avec elle dans
DE FRANCE 107
fa cabane. La mère de famille regarde le Chalfeur
& le
Lawyer comme
une
partie
de
fes
}
richeffes ; elle les réferve pour les périls & les occafions
critiques ; & dans les intervalles des guerres,
des chaffes publiques & des affemblées , elle les foigne
, elle les berce , pour ainfi dire , & toute leur ,
vie n'eft alors qu'un long fommeil ou une fuite
d'amuſemens.
Tant qu'un des fexes garde , pour fon apanage ,
pour fon caractère diftinctif le courage dans les
dangers , l'habileté dans la politique & l'induftrie
dans les guerres , cette efpèce de propriété que
possède l'autre fexe , lui eft plutôt laillée comme
une fujétion , qu'accordée comme un privilège ;
elle marque dans les femmes une infériorité
& non pas un afcendant , comme le prétendent certains
Écrivains. La propriété n'eft en effet pour un
Guerrier qu'une chaîne d'embarras & de foins qu'il ·
ne peut porter par choix . Par- tout ailleurs que
dans le champ de l'honneur , ils ne voient qu'efclavage
& peines. Le fexe à qui la propriété eft impofée
, eft dans le fait foumis à l'autre ; les femmes font
dans le vrai les Ilotes de l'Amérique . Mais fi ce partage
de fonctions de la vie entre les deux fexes , en
entretenant dans l'homme le mépris des arts & des
travaux méchaniques,diffère de quelques fiècles feu
lement l'établiffement de l'efclavage , & fi l'efpèce
de fervitude où la femme eft foumife eft adoucre
par les affections naturelles du coeur , ne devonsnous
pas en cela , comme en beaucoup d'autres
chofes , préférer les premières infpirations de la Nature
à tous les fyftèmes d'une politique raffinée ?"
Tant que la propriété refte dans l'état où nous
venons de la décrire , on conçoit aifément ce que
apportent plufieurs Voyageurs , que , parmi les
Sauvages , on ne connoit aucune diftinction de rang
Evi
& de condition .
なな
108
MERCURE B
Il n'y a de fubordination , parmi eux , que cellequi
naît de la diverfité des fonctions ; & dans le
partage qu'on en fait , on ne confidère que les avantages
des talens , de l'âge & de l'expérience. Les qualités
perfonnelles n'y prennent de l'afcendant que
dans le moment précis où elles font néceffaires ;
mais la crife une fois paffée , elles n'en gardent
abfolument rien ; elles ne retiennent ni pouvoir
ni prérogative . Un Guerrier qui a conduit la jeuneffe
de fon canton au combat ou à la chaffe ,
de retour chez lui rentre dans la foule au niveau
de fes compagnons ; quand il n'y a plus d'autre
affaire que celle de dormir & de manger , de quelle
prééminence pourroit- il jouir ? Il ne mange pas , il
ne dort pas mieux qu'un autre .
Là où le pouvoir ne donne aucun avantage ,
ceux qui pourroient l'exercer en craignent les foins
& les inquiétudes , & les autres frémillent de l'idée
feule d'une foumiffion continuelle. J'aime , fait
dire Montefquieu à Sylla , à remporter des victoires ,
à fonder & à détruire des États ; mais pour ces
minces détails de gouvernement où les génies médiocres
ont tant d'avantages , mon âme ne fauroit
s'en occuper. Le Sauvage puife dans l'ignorance des
avantages du pouvoir & de la fortune , ce mépris
des grandeurs & des titres que Sylla devoit à la
fierté & à l'élévation de fon âme.
> Le tableau que nous venons de tracer convient
plus ou moins aux différentes Nations
fuivant les différens progrès qu'elles ont faits
dans l'établiffement de la propriété. Parmi les
Caraïbes & les autres habitans des climats chauds
de l'Amérique , fa dignité de Chef eft héréditaire ou
élective ; elle eft à vie . L'inégale diftribution de la '
propriété y établit une fubordination bien fenfible ;
mais parmi les Iroquois & les autres Nations des
Zônes tempérées , les mots de magiftrat ou de fujet ,
DE FRANCE. 109
•
de noble ou de roturier , font auffi peu connus que
les noms de riche & de pauvre. Les vieillards y commandent
, & dirigent toutes les opérations politiques
de leur Tribu , non qu'on leur ait confié aucun pouvoir
, mais par l'autorité naturelle de la vieilleffe.
Le commandement militaire eft toujours accordé à
la fupériorité de la valeur & de la force. On n'y
reconnoît l'Homme d'État qu'à l'attention avec laquelle
fa Tribu , rangée autour de lui , écoute fes
confeils ; le Général d'armée, qu'à la confiance avec laquelle
toute la jeuneffe le fuit au champ de bataille ;
& fi l'on vouloit voir quelque efpèce de gouvernement
politique dans l'accord de leurs volontés &
dans le concert de leurs mouvemens , il n'eft au
moins dans nos langues aucun terme qui pût rendre
cette efpèce de gouvernement . Le pouvoir n'y eft
autre chofe que l'afcendant naturel du talent ;
& fi la communauté agit quelquefois avec une
apparence d'ordre & de méthode , c'eft qué
toutes les volontés particulières , réunies alors dans
un feul intérêt, ne forment plus en ce moment qu'une
feule volonté .
Dans cette heureufe quoique informe adminiftration
, nous pouvons trouver les élémens d'un Sénat,
d'un pouvoir exécutif & d'une affemblée populaire ;
inftitutions par lefquelles les noms des anciens Légiflatcurs
ont été fi célèbress. A Athènes & à Rome ,
le Sénat , ainfi que l'artefte l'étymologie du mot , fut
d'abord compofé de vieillards . A Rome , les Généraux
faifoient leurs levées comme la font en Amérique
les conducteurs militaires. Les Citoyens Romains
fe rangeoient volontairement fous les drapeaux déployés
pour la guerre comme les jeunes Américains.
Les plans de Gouvernement que la Nature fuggéroit
aux Américains dans leurs forêts , elle les
avoit déjà dictés auparavant aux Romains & aux
Grecs , fur les rives de l'Eurotas & du . Tibre ; &
I 10 MERCURE
Lycurgue & Romulus apprirent à former leurs corps
politiques du même maître qui apprend à toutes les
Nations à unir leurs talens & a combiner leurs
forces.
Parmi les Nations de l'Amérique feptentrionale
chaque individu eft indépendant , mais il eft attaché
à quelque famille par les habitudes & par ſes affections.
Ces familles, comme autant de Tribus féparées, ne
font foumiles à aucune furveillance étrangère. Tout
ce qui fe paffe entre leurs membres , le meurtre
même & l'affaffinat , ne regarde qu'elles , & ne peut
être puni par aucune autre autorité. Ces familles font
en même-temps les parties d'un canton , les membres
d'une affociation plus étendue.
›
Les femmes de plufieurs cantons s'affemblent
pour planter leur mais , les vieillards pour tenir
confeil , les chaffeurs pour battre les forêts , &
les guerriers pour s'exercer dans le champ. Quelquefois
plufieurs de ces cantons fe réuniffent pour
tenir un confeil national & exécuter de concert
une entreprife importante. Lorfque les Européens
commencèrent à s'établir dans l'Amérique , fix
de ces Nations avoient fait entre elles une ligue ;
elles avoient leurs Amphyctions ou leurs États - Gé
néraux ; & par la folidité de leur union , par la
fageffe de leurs confeils , elles avoient acquis un
afcendant marqué depuis l'embouchure du fleuve
Saint-Laurent jufqu'à celui du Miffilligi .
-
"
Leur politique paroiffoit avoir faifi , avoir péné
tré l'intérêt commun de la confédération générale ,
auli-bien que l'intérêt privé de chaque affociation
particulière ; elles étudioient une balance de pou .
voir. L'Homme d'État d'un canton furveilloit les
deffeins & les procédés d'un autre ; & quand il s'appercevoit
qu'un des côtés de la balance ufurpoit un
peu trop de poids , en jetant fa tribu de l'autre côté ,
DE FRANCE III
i rétablifoit l'équilibre . Comme les Nations de
l'Europe , elles avoient leurs traités & leurs alliances,
qu'elles rompoient ou maintenoient fuivant la diver
fité des raifons d'État ; elles vivoient en paix tant
que la paix leur étoit utile & néceffaire , & enfuite
au moindre choc de leurs intérêts , va moindre niouvement
de jalouſie , elles fe levoient toutes pour la
guerre.
Aini, avec un gouvernement fans forme déterminée
, avec une union dont on n'apperçoit point les
noeuds raffemblés par les infpirations de l'inftinct plutôt
que par les vûes de la raiſon , ces Nations fauvages fe
conduifoient avec autant de concert & de force que les
Nations civilifées. Les Étrangers, fans pouvoir découvrir
quel eft le Magiftrat & comment le Sénat
eft compofé, trouvent toujours des confeils qui délibèrent
& des armées qui le battent. La police n'y
eft nulle part, & la justice y eft par- tout ; & l'abfence
des vices y eft la meilleure fureté contre les
crimes.
Sans doute il y a quelquefois des défordres parmi
eux , fur-tout lorfque l'ufage immodéré des liqueurs,
qu'ils aiment à l'excès, enflamme leurs paffions & les
fait fortir de leur indolence & de leur douceur ordinaire
: alors leurs querelles font des combats , &
leurs feftins fe terminent fouvent par des meurtres .
Lorfque quelqu'un a été tué, rarement celui qui a
commis le crime eft obligé d'en rendre compte à fa
Tribu ; c'eft une affaire qu'il a à foutenir contre la
famille , les amis ou même les compatriotes de fa
victime. Il n'eft jugé & puni par les frens que dans
les cas rares où le crime eft de nature à alarmer la
Société entière . Si les familles , les Tribus & les
cantons craignent d'être troublés par la fuite de
ces vengeances particulières , elles s'entremettent &'
tâchent , par des préfens proportionnés à l'offenſe
112 MERCURE
de fatisfaire au reffentiment , & de détourner la
vengeance ; prefque jamais le meurtrier n'échappe
à la peine s'il demeure aux lieux où il a commis
le crime. Le Sauvage qui ne fait pas étouffer lon
reffentiment fait le déguifer avec beaucoup d'adreffe ;
& c'eft fouvent après plufieurs années , lorfqu'il fe
croit le plus en füreté , que le meurtrier voit tomber
fur lui la vengeance.
Ces confidérations les rendent prudens & circonfpects
; elles les mettent en garde contre leurs
paffions ; elles leur donnent dans toutes leurs manières
un air phlegmatique & compofé , plus remarquable
que la politefle des Nations civilifées ;
cependant ils n'en font pas pour cela moins affectueux
dans leur commerce ; leur converfation même
eft pleine d'égards & d'attentions plus aimables , dit
Charlevoix , que le ton de nos fociétés polies .
Cet Écrivain a obfervé que les Nations parmi
lefquelles il a voyagé dans l'Amérique feptentrionale,
ne
mettent pas au rang des devoirs les actes de
bienfaifance & de générofité ; les Sauvages font
bienfaifans & généreux , mais par affection uniquement.
Lorfqu'ils ont fait un plaifir , ils ont
fatisfait un befoin. L'affaire eft finie ; & perfonne
n'y penfe plus. Un fervice reçu peut être ou
ne pas être l'occafion d'une liaifon intime ; cela
dépend non du bienfait , mais de quelques circonftances
du moment ; & le bienfait eft bientôt oublié
s'il n'a pas fait naître le fentiment tendre de
-l'amitié ; car la reconnoiffance n'eft pas pour eux un
devoir qui oblige l'un à quelque retour , ou autorife
l'autre à quelque reproche. Le fentiment avec lequel
ces Peuples donnent & reçoivent les préfens, eft le
même que celui que Tacité avoit furpris parmi les
anciens Germains ; ils les aiment beaucoup , mais
il s'en font un plaifir , & jamais une obligation , &
DE FRANCE. 113
de triba à tribu même , les préfens ne font d'aucuue
conféquence , à moins qu'ils n'ayent fervi à fceller
quelque alliance ou quelque traité.
Une de leurs maximes favorites , c'eft qu'un
homme ne doit rien naturellement à un autre
homme , & ne doit fouffrir par conféquent ni une
inégalité qui lui feroit injurieufe , ni des charges qui
le gêneroient dans fes befoins ; c'eft de ce principe
fi cruel & fi infecial en apparence, qu'ils ont fait for
tir toutes les règles de la juftice , & ils les fuivent
avec une bonne foi & une fermeté que la civilifation
ne donne point aux Peuples les plus éclairés . C'eft
précisément parce que la bienfaifance & l'amitié ne
font parmi eux ni des loix ni des devoirs , qu'elles
deviennent des fentimens tendres & paffionnés dès
qu'elles pénètrent dans le coeur ; mais nous qui nous
vantons de notre morale , quelle étrange contradiction
nous avons mife entre nos principes & nos procédés
! Le coeur , difons- nous , doit être libre & indépendant
dans toutes les affections , & cependant
nous regardons l'amitié comme une obligation , &
tout ce qu'elle peut donner nous l'attendons comme
un devoir rigoureux ; nous exigeons le retour de la
reconnoiffance comme le payement d'une dette .
Avant d'être généreux & bienfaifans , nous calculons
ce que nous rapportera la reconnoiffance , &
nous avons porté l'efprit de trafic & l'avidité de
F'intérêt juſques dans le commerce des affections du
coeur auffi les âmes fières & délicates ont - elles
appris à redouter les bienfaits prefque autant que les
chaînes de la fervitude , au lieu que le Sauvage ne
craint rien d'un préfent , & le reçoit toujours fans
inquiétude & fans réflexion .
L'amour de l'égalité & l'amour de la juftice n'étoient
que le même fentinent dans l'origine ;
& quoique les ' conftitutions fociales ayent établi
114
MERCURE
A
entre les Citoyens des inégalités de rangs && ddee.v.
privilèges que la juftice anême ordonne de respecter ,
cependant celui qui a oublié l'égalité originelle de
tous les hommes , dégénère bientôt en eſclave ou en
tyran. Si un pareil homme commande jamais , il ne
faut pas efpérer qu'il refpecte les droits de fes femblables.
C'eft ce principe d'égalité, primitive qui
élève l'âme par le fentiment de fon indépendance ,
la rend indifférente à tout ce qu'on peut recevoir des
hommes , lui fait refpecter leurs droits , & l'ouvre
toute entière aux affections nobles & généreuſes ;
c'eft lui qui répand fur le front fauvage de l'Américain
cette expreffion de candeur & de bonté qui
adoucit ce qu'il y a de farouche dans fes traits &
dans fa conduite , & encourage l'Etranger à l'aborder
avec confiance fans la garantie même des
Loix & du Gouvernement.
Chez ces Peuples , c'eft aux talens & au courage
que la confidération s'attache, elle ne fuit pas, comme
parmi nous , le char brillant de la fortune & les
pompes frivoles du luxe. Les talens dont ils font cas
ce font les talens dont ils ont befoin , c'eft la parfaite
intelligence du pays , c'eft l'art de rufer à la
guerre. Voilà les qualités far lefquelles , parmi les
Caraïbes , on fait fubir des épreuves à quiconque
afpire à la place de conducteur militaire. On l'envoie
d'abord avec une eſcorte à travers des forêts
immenfes jufqu'aux portes de l'ennemi ; on lui dé
figne fur la frontière un buiffon ou une fontaine ,
il faut qu'il les reconnoiffe , qu'il y plante un
poteau , & que feul enfuite il revienne dans fon pays
à travers les mêmes chemins.
C'est ainsi que par des obfervations fubtiles , dont
les Voyageurs accoutumés à marcher à l'aide des
grandes routes feroient bien incapables , ils peuvent
fuivre les traces d'un animal ou les pas d'ua
homme à travers des forêts de cent licues. Ces
DE FRANCE Its
mêmes hommes favent gouverner des canots fragiles
fur les torrens & les cataractes avec l'adreſſe
des pilotes les plus habiles . S'ils traitent avec un
Étranger , leurs regards pénétrans vont jufqu'au fond"
de fon âme lire fa penfée la plus fecrette , furprendre
fa véritable intention ; & eux , s'ils ont befoin
de tromper à leur tour , ils favent fe couvrir d'arti
fice qu'on dévoile bien rarement. Ces mêmes hom
mes enfin lorfqu'ils haranguent dans leurs confeils ,
y déployent l'élocution la plus figurée , la plus
énergique , & favent conduire leur négociation avec
le difcernement le plus fin & le plus profond de leurs
intérêts politiques.
Mais sûrs de trouver dans chaque occafion particulière
les moyens de traiter leurs intérêts avec cette
fupériorité , ils ne fe font point une fcience de
leur politique, & ne travaillent point à foumettre à
des principes généraux les règles de leur conduite &
de leurs artifices ; ils femblent incapables de porter
leur attention fur des objets un peu éloignés , fi on
en excepte au moins les expériences qu'ils ont faites
dans la chaffe & dans la guerre. Chez eux la prévoyance
ne s'étend pas d'une faifon à l'autre ; ils
conſomment en été tous les fruits de l'été , & lorfque
l'hiver arrivé, ils s'élancent dans des forêts couvertes
de neiges pour y chercher leur proie . S'ils fe trompent
dans leurs efpérinces , un moment après ils
tomberont dans la même erreur . L'expérience no
leur apprend prefque rien , & ne les ergage point à
établir de ces maximes qui font pour nous les guides
de la vie. Parmi nous les intervalles de repos que
les paffions nous laiffent font des momens où la réflexion
, la honte , la pitié & le remords nous difpofent
à la fageffe & aux vertus. Le Sauvage prefque
ftupide dans ces momens de calme , ne fe repent
jamais d'aucunes de fes violences , & il ne fe croit
jamais refponfable , lorfqu'il eft tranquille & de
116 MERCURE
fang-froid, des actions qu'il a pu commettre dans la
colère ou dans l'vreſſe .
La fuite au Mercure prochain.
de la Propriété.
D'UNE extrémité de l'Amérique à l'autre , du
Kamschatka aux rives de l'Oby , de la mer du
Nord jufqu'aux confins de la Chine , de l'Inde
& de la Perfe ; de la mer Cafpienne jufqu'à
la mer Rouge, à très- peu d'exceptions près ; dans
tout l'intérieur & fur toute la côte feptentrionale
de l'Afrique , le Voyageur & le Philofophe apperçoivent
une multitude de Nations que nous appelons
Sauvages ou Barbares. Dans cette portion du
Globe affez étendue pour renfermer prefque toutes
les variétés de climat , de terrein & de pofition , la
nature humaine , que toutes ces caufes modifient fi
puiffamment , doit préfenter auffi un tableau complet
de toutes les variétés qu'elle reçoit des différentes
diftances du Soleil , des manières différentes de
vivre & de fe nourrir. Quelle multitude de faits intéreffans
pour l'Hiftorien de l'homme ! Quel fpectacle
pour le Philofophe ! Toute recherche cependant
fur ce fujet feroit prématurée,avant de s'être fait une
idée générale de notre espèce dans la vie fauvage,
avant d'avoir diftingué l'ignorance, de la ftupidité, &
le défaut des Arts du défaut du génie qui les crée.
C'est pour avoir confondu ces chofes , que l'homme
fauvage eft fi peu connu , & l'homme focial fi
vain.
Parmi les Nations qui occupent les parties incultes
de la terre , quelques-unes cherchent leur fubfiftance
dans la chaſſe , d'autres dans la pêche , d'autres dans
DE FRANCE. 105
les productions naturelles du fol . Tous ces Peuples
connoiffent peu la propriété , & ne montrent même
que rarement quelques traces de fubordination & de
police. Il en eft d'autres qui , poffédant des troupeaux
qui leur rendent les pâturages néceffaires ,
favent déjà ce que c'est que d'être riche & d'être
pauvre , qui connoiffent les relations du patron &
du client , du maître & du ferviteur , qui ont fouffert
qu'on les clafsât dans l'eftime publique fuivant
les degrés de leur richeffe. Ces diftinctions doivent
produire ure différence , effentielle de caractère , &
nous autoriſent à féparer en deux claffes les Peuples
fans loix & fans gouvernement , dont nous
allons confidérer l'hiftoire ; l'une de Sauvages , qui
ne connoiffent point encore la propriété ; l'autre de
Barbares , qui en font l'objet principal de leurs
foins & de leurs defirs , quoiqu'ils ne fachent encore
ni l'établir ni la défendre par les loix .
Il est évident que la propriété ne s'établit que
lorfque la Société a déjà fait beaucoup de progrès ;
elle exige , parmi plufieurs autres connoiffances, que
les fiècles feuls peuvent donner , une méthode exacte
pour définir la poffeffion. La poffeffion exclufive eft
le premier degré de la propriété . C'eft de l'expérience
d'une poffeffion de ce genre que le defir de
la propriété peut naître. L'induftrie qui l'acquiert &
qui la perfectionne , exige l'habitude d'agir dans la
vûe d'un avenir éloigné , & de furmonter cette difpofition
naturelle qui porte toujours le Sauvage au
repos ou à la jouiffance ; mais cette habitude feule
eft un caractère qui annonce que ces Nations ont déjà
fait beaucoup de pas dans les Arts & dans l'Induſtrie .
Le vrai Sauvage ne connoît que le préfent , & celui
pour qui l'avenir commence à exifter , eſt déjà trèsloin
du premier état de la nature humaine,
Dans les Tribus qui vivent de la chaſſe & de la
E v
106 MERCURE 1
pêche , les armes , les fourrures , la flèche & le hameçon
font les feuls biens , l'unique propriété. La
nourriture du lendemain court encore dans les forêts
ou nage encore au fond des lacs & des mers ; elle ne
peut être leur propriété avant qu'ils s'en foient faifis
& même alors , comme toute la Tribu a contribué
la faifir , elle eft à toute la Tribus elle eft partagée
&dévorée à l'inftant , ou va enrichir le magafin
public,
Dans les pays où les Nations fauvages , comme
dans la plus grande partie de l'Amérique , mêlent à
la pratique de la chaffe quelque eſpèce d'agriculture ,
ces Nations fuivent à l'égard de la difpofition du fol
& des fruits que produit la terre les mêmes procédés
que dans la difpolition de la chaffe & le partage de
la proie. Comme les hommes chaffent enfemble , les
femmes labourent également enſemble Dès que la
récolte arrive , tout le monde s'affemble & jouit. Le
champ dans lequel ils sèment , ainfi que le diftrict
dans lequel ils chaffent , eft confidéré par la Nation
comme une propriété , mais cette propriété
demeure indivife. On va en troupe préparer le fol ,
planter & cueillir les fruits de la récolte. Ce qu'on
achète même des Étrangers avec lefquels on trafique ,
le porte , on le dépofe au dépôt public , & il
Le partage enfuite , à des temps marqués , entre les
différentes familles , proportionnellement aux divers
befoins de chacune.
Comme la flèche & le carquois appartiennent à
l'individu , la cabane & les meubles appartiennent à
la famille , & comme les foins de la maifon -font
dévolus à la femme , la propriété de la maiſon lui eft
également dévolue. Les enfans font à la mère ; la
Ligne paternelle ne marque que très - peu dans la
lifte , deses parens. Avant d'être mariés , les mâles
vivent dans la cabane où ils font nés ; mais dès qu'ils
ont pris une femme , ils vont vivre avec elle dans
DE FRANCE 107
fa cabane. La mère de famille regarde le Chalfeur
& le
Lawyer comme
une
partie
de
fes
}
richeffes ; elle les réferve pour les périls & les occafions
critiques ; & dans les intervalles des guerres,
des chaffes publiques & des affemblées , elle les foigne
, elle les berce , pour ainfi dire , & toute leur ,
vie n'eft alors qu'un long fommeil ou une fuite
d'amuſemens.
Tant qu'un des fexes garde , pour fon apanage ,
pour fon caractère diftinctif le courage dans les
dangers , l'habileté dans la politique & l'induftrie
dans les guerres , cette efpèce de propriété que
possède l'autre fexe , lui eft plutôt laillée comme
une fujétion , qu'accordée comme un privilège ;
elle marque dans les femmes une infériorité
& non pas un afcendant , comme le prétendent certains
Écrivains. La propriété n'eft en effet pour un
Guerrier qu'une chaîne d'embarras & de foins qu'il ·
ne peut porter par choix . Par- tout ailleurs que
dans le champ de l'honneur , ils ne voient qu'efclavage
& peines. Le fexe à qui la propriété eft impofée
, eft dans le fait foumis à l'autre ; les femmes font
dans le vrai les Ilotes de l'Amérique . Mais fi ce partage
de fonctions de la vie entre les deux fexes , en
entretenant dans l'homme le mépris des arts & des
travaux méchaniques,diffère de quelques fiècles feu
lement l'établiffement de l'efclavage , & fi l'efpèce
de fervitude où la femme eft foumife eft adoucre
par les affections naturelles du coeur , ne devonsnous
pas en cela , comme en beaucoup d'autres
chofes , préférer les premières infpirations de la Nature
à tous les fyftèmes d'une politique raffinée ?"
Tant que la propriété refte dans l'état où nous
venons de la décrire , on conçoit aifément ce que
apportent plufieurs Voyageurs , que , parmi les
Sauvages , on ne connoit aucune diftinction de rang
Evi
& de condition .
なな
108
MERCURE B
Il n'y a de fubordination , parmi eux , que cellequi
naît de la diverfité des fonctions ; & dans le
partage qu'on en fait , on ne confidère que les avantages
des talens , de l'âge & de l'expérience. Les qualités
perfonnelles n'y prennent de l'afcendant que
dans le moment précis où elles font néceffaires ;
mais la crife une fois paffée , elles n'en gardent
abfolument rien ; elles ne retiennent ni pouvoir
ni prérogative . Un Guerrier qui a conduit la jeuneffe
de fon canton au combat ou à la chaffe ,
de retour chez lui rentre dans la foule au niveau
de fes compagnons ; quand il n'y a plus d'autre
affaire que celle de dormir & de manger , de quelle
prééminence pourroit- il jouir ? Il ne mange pas , il
ne dort pas mieux qu'un autre .
Là où le pouvoir ne donne aucun avantage ,
ceux qui pourroient l'exercer en craignent les foins
& les inquiétudes , & les autres frémillent de l'idée
feule d'une foumiffion continuelle. J'aime , fait
dire Montefquieu à Sylla , à remporter des victoires ,
à fonder & à détruire des États ; mais pour ces
minces détails de gouvernement où les génies médiocres
ont tant d'avantages , mon âme ne fauroit
s'en occuper. Le Sauvage puife dans l'ignorance des
avantages du pouvoir & de la fortune , ce mépris
des grandeurs & des titres que Sylla devoit à la
fierté & à l'élévation de fon âme.
> Le tableau que nous venons de tracer convient
plus ou moins aux différentes Nations
fuivant les différens progrès qu'elles ont faits
dans l'établiffement de la propriété. Parmi les
Caraïbes & les autres habitans des climats chauds
de l'Amérique , fa dignité de Chef eft héréditaire ou
élective ; elle eft à vie . L'inégale diftribution de la '
propriété y établit une fubordination bien fenfible ;
mais parmi les Iroquois & les autres Nations des
Zônes tempérées , les mots de magiftrat ou de fujet ,
DE FRANCE. 109
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de noble ou de roturier , font auffi peu connus que
les noms de riche & de pauvre. Les vieillards y commandent
, & dirigent toutes les opérations politiques
de leur Tribu , non qu'on leur ait confié aucun pouvoir
, mais par l'autorité naturelle de la vieilleffe.
Le commandement militaire eft toujours accordé à
la fupériorité de la valeur & de la force. On n'y
reconnoît l'Homme d'État qu'à l'attention avec laquelle
fa Tribu , rangée autour de lui , écoute fes
confeils ; le Général d'armée, qu'à la confiance avec laquelle
toute la jeuneffe le fuit au champ de bataille ;
& fi l'on vouloit voir quelque efpèce de gouvernement
politique dans l'accord de leurs volontés &
dans le concert de leurs mouvemens , il n'eft au
moins dans nos langues aucun terme qui pût rendre
cette efpèce de gouvernement . Le pouvoir n'y eft
autre chofe que l'afcendant naturel du talent ;
& fi la communauté agit quelquefois avec une
apparence d'ordre & de méthode , c'eft qué
toutes les volontés particulières , réunies alors dans
un feul intérêt, ne forment plus en ce moment qu'une
feule volonté .
Dans cette heureufe quoique informe adminiftration
, nous pouvons trouver les élémens d'un Sénat,
d'un pouvoir exécutif & d'une affemblée populaire ;
inftitutions par lefquelles les noms des anciens Légiflatcurs
ont été fi célèbress. A Athènes & à Rome ,
le Sénat , ainfi que l'artefte l'étymologie du mot , fut
d'abord compofé de vieillards . A Rome , les Généraux
faifoient leurs levées comme la font en Amérique
les conducteurs militaires. Les Citoyens Romains
fe rangeoient volontairement fous les drapeaux déployés
pour la guerre comme les jeunes Américains.
Les plans de Gouvernement que la Nature fuggéroit
aux Américains dans leurs forêts , elle les
avoit déjà dictés auparavant aux Romains & aux
Grecs , fur les rives de l'Eurotas & du . Tibre ; &
I 10 MERCURE
Lycurgue & Romulus apprirent à former leurs corps
politiques du même maître qui apprend à toutes les
Nations à unir leurs talens & a combiner leurs
forces.
Parmi les Nations de l'Amérique feptentrionale
chaque individu eft indépendant , mais il eft attaché
à quelque famille par les habitudes & par ſes affections.
Ces familles, comme autant de Tribus féparées, ne
font foumiles à aucune furveillance étrangère. Tout
ce qui fe paffe entre leurs membres , le meurtre
même & l'affaffinat , ne regarde qu'elles , & ne peut
être puni par aucune autre autorité. Ces familles font
en même-temps les parties d'un canton , les membres
d'une affociation plus étendue.
›
Les femmes de plufieurs cantons s'affemblent
pour planter leur mais , les vieillards pour tenir
confeil , les chaffeurs pour battre les forêts , &
les guerriers pour s'exercer dans le champ. Quelquefois
plufieurs de ces cantons fe réuniffent pour
tenir un confeil national & exécuter de concert
une entreprife importante. Lorfque les Européens
commencèrent à s'établir dans l'Amérique , fix
de ces Nations avoient fait entre elles une ligue ;
elles avoient leurs Amphyctions ou leurs États - Gé
néraux ; & par la folidité de leur union , par la
fageffe de leurs confeils , elles avoient acquis un
afcendant marqué depuis l'embouchure du fleuve
Saint-Laurent jufqu'à celui du Miffilligi .
-
"
Leur politique paroiffoit avoir faifi , avoir péné
tré l'intérêt commun de la confédération générale ,
auli-bien que l'intérêt privé de chaque affociation
particulière ; elles étudioient une balance de pou .
voir. L'Homme d'État d'un canton furveilloit les
deffeins & les procédés d'un autre ; & quand il s'appercevoit
qu'un des côtés de la balance ufurpoit un
peu trop de poids , en jetant fa tribu de l'autre côté ,
DE FRANCE III
i rétablifoit l'équilibre . Comme les Nations de
l'Europe , elles avoient leurs traités & leurs alliances,
qu'elles rompoient ou maintenoient fuivant la diver
fité des raifons d'État ; elles vivoient en paix tant
que la paix leur étoit utile & néceffaire , & enfuite
au moindre choc de leurs intérêts , va moindre niouvement
de jalouſie , elles fe levoient toutes pour la
guerre.
Aini, avec un gouvernement fans forme déterminée
, avec une union dont on n'apperçoit point les
noeuds raffemblés par les infpirations de l'inftinct plutôt
que par les vûes de la raiſon , ces Nations fauvages fe
conduifoient avec autant de concert & de force que les
Nations civilifées. Les Étrangers, fans pouvoir découvrir
quel eft le Magiftrat & comment le Sénat
eft compofé, trouvent toujours des confeils qui délibèrent
& des armées qui le battent. La police n'y
eft nulle part, & la justice y eft par- tout ; & l'abfence
des vices y eft la meilleure fureté contre les
crimes.
Sans doute il y a quelquefois des défordres parmi
eux , fur-tout lorfque l'ufage immodéré des liqueurs,
qu'ils aiment à l'excès, enflamme leurs paffions & les
fait fortir de leur indolence & de leur douceur ordinaire
: alors leurs querelles font des combats , &
leurs feftins fe terminent fouvent par des meurtres .
Lorfque quelqu'un a été tué, rarement celui qui a
commis le crime eft obligé d'en rendre compte à fa
Tribu ; c'eft une affaire qu'il a à foutenir contre la
famille , les amis ou même les compatriotes de fa
victime. Il n'eft jugé & puni par les frens que dans
les cas rares où le crime eft de nature à alarmer la
Société entière . Si les familles , les Tribus & les
cantons craignent d'être troublés par la fuite de
ces vengeances particulières , elles s'entremettent &'
tâchent , par des préfens proportionnés à l'offenſe
112 MERCURE
de fatisfaire au reffentiment , & de détourner la
vengeance ; prefque jamais le meurtrier n'échappe
à la peine s'il demeure aux lieux où il a commis
le crime. Le Sauvage qui ne fait pas étouffer lon
reffentiment fait le déguifer avec beaucoup d'adreffe ;
& c'eft fouvent après plufieurs années , lorfqu'il fe
croit le plus en füreté , que le meurtrier voit tomber
fur lui la vengeance.
Ces confidérations les rendent prudens & circonfpects
; elles les mettent en garde contre leurs
paffions ; elles leur donnent dans toutes leurs manières
un air phlegmatique & compofé , plus remarquable
que la politefle des Nations civilifées ;
cependant ils n'en font pas pour cela moins affectueux
dans leur commerce ; leur converfation même
eft pleine d'égards & d'attentions plus aimables , dit
Charlevoix , que le ton de nos fociétés polies .
Cet Écrivain a obfervé que les Nations parmi
lefquelles il a voyagé dans l'Amérique feptentrionale,
ne
mettent pas au rang des devoirs les actes de
bienfaifance & de générofité ; les Sauvages font
bienfaifans & généreux , mais par affection uniquement.
Lorfqu'ils ont fait un plaifir , ils ont
fatisfait un befoin. L'affaire eft finie ; & perfonne
n'y penfe plus. Un fervice reçu peut être ou
ne pas être l'occafion d'une liaifon intime ; cela
dépend non du bienfait , mais de quelques circonftances
du moment ; & le bienfait eft bientôt oublié
s'il n'a pas fait naître le fentiment tendre de
-l'amitié ; car la reconnoiffance n'eft pas pour eux un
devoir qui oblige l'un à quelque retour , ou autorife
l'autre à quelque reproche. Le fentiment avec lequel
ces Peuples donnent & reçoivent les préfens, eft le
même que celui que Tacité avoit furpris parmi les
anciens Germains ; ils les aiment beaucoup , mais
il s'en font un plaifir , & jamais une obligation , &
DE FRANCE. 113
de triba à tribu même , les préfens ne font d'aucuue
conféquence , à moins qu'ils n'ayent fervi à fceller
quelque alliance ou quelque traité.
Une de leurs maximes favorites , c'eft qu'un
homme ne doit rien naturellement à un autre
homme , & ne doit fouffrir par conféquent ni une
inégalité qui lui feroit injurieufe , ni des charges qui
le gêneroient dans fes befoins ; c'eft de ce principe
fi cruel & fi infecial en apparence, qu'ils ont fait for
tir toutes les règles de la juftice , & ils les fuivent
avec une bonne foi & une fermeté que la civilifation
ne donne point aux Peuples les plus éclairés . C'eft
précisément parce que la bienfaifance & l'amitié ne
font parmi eux ni des loix ni des devoirs , qu'elles
deviennent des fentimens tendres & paffionnés dès
qu'elles pénètrent dans le coeur ; mais nous qui nous
vantons de notre morale , quelle étrange contradiction
nous avons mife entre nos principes & nos procédés
! Le coeur , difons- nous , doit être libre & indépendant
dans toutes les affections , & cependant
nous regardons l'amitié comme une obligation , &
tout ce qu'elle peut donner nous l'attendons comme
un devoir rigoureux ; nous exigeons le retour de la
reconnoiffance comme le payement d'une dette .
Avant d'être généreux & bienfaifans , nous calculons
ce que nous rapportera la reconnoiffance , &
nous avons porté l'efprit de trafic & l'avidité de
F'intérêt juſques dans le commerce des affections du
coeur auffi les âmes fières & délicates ont - elles
appris à redouter les bienfaits prefque autant que les
chaînes de la fervitude , au lieu que le Sauvage ne
craint rien d'un préfent , & le reçoit toujours fans
inquiétude & fans réflexion .
L'amour de l'égalité & l'amour de la juftice n'étoient
que le même fentinent dans l'origine ;
& quoique les ' conftitutions fociales ayent établi
114
MERCURE
A
entre les Citoyens des inégalités de rangs && ddee.v.
privilèges que la juftice anême ordonne de respecter ,
cependant celui qui a oublié l'égalité originelle de
tous les hommes , dégénère bientôt en eſclave ou en
tyran. Si un pareil homme commande jamais , il ne
faut pas efpérer qu'il refpecte les droits de fes femblables.
C'eft ce principe d'égalité, primitive qui
élève l'âme par le fentiment de fon indépendance ,
la rend indifférente à tout ce qu'on peut recevoir des
hommes , lui fait refpecter leurs droits , & l'ouvre
toute entière aux affections nobles & généreuſes ;
c'eft lui qui répand fur le front fauvage de l'Américain
cette expreffion de candeur & de bonté qui
adoucit ce qu'il y a de farouche dans fes traits &
dans fa conduite , & encourage l'Etranger à l'aborder
avec confiance fans la garantie même des
Loix & du Gouvernement.
Chez ces Peuples , c'eft aux talens & au courage
que la confidération s'attache, elle ne fuit pas, comme
parmi nous , le char brillant de la fortune & les
pompes frivoles du luxe. Les talens dont ils font cas
ce font les talens dont ils ont befoin , c'eft la parfaite
intelligence du pays , c'eft l'art de rufer à la
guerre. Voilà les qualités far lefquelles , parmi les
Caraïbes , on fait fubir des épreuves à quiconque
afpire à la place de conducteur militaire. On l'envoie
d'abord avec une eſcorte à travers des forêts
immenfes jufqu'aux portes de l'ennemi ; on lui dé
figne fur la frontière un buiffon ou une fontaine ,
il faut qu'il les reconnoiffe , qu'il y plante un
poteau , & que feul enfuite il revienne dans fon pays
à travers les mêmes chemins.
C'est ainsi que par des obfervations fubtiles , dont
les Voyageurs accoutumés à marcher à l'aide des
grandes routes feroient bien incapables , ils peuvent
fuivre les traces d'un animal ou les pas d'ua
homme à travers des forêts de cent licues. Ces
DE FRANCE Its
mêmes hommes favent gouverner des canots fragiles
fur les torrens & les cataractes avec l'adreſſe
des pilotes les plus habiles . S'ils traitent avec un
Étranger , leurs regards pénétrans vont jufqu'au fond"
de fon âme lire fa penfée la plus fecrette , furprendre
fa véritable intention ; & eux , s'ils ont befoin
de tromper à leur tour , ils favent fe couvrir d'arti
fice qu'on dévoile bien rarement. Ces mêmes hom
mes enfin lorfqu'ils haranguent dans leurs confeils ,
y déployent l'élocution la plus figurée , la plus
énergique , & favent conduire leur négociation avec
le difcernement le plus fin & le plus profond de leurs
intérêts politiques.
Mais sûrs de trouver dans chaque occafion particulière
les moyens de traiter leurs intérêts avec cette
fupériorité , ils ne fe font point une fcience de
leur politique, & ne travaillent point à foumettre à
des principes généraux les règles de leur conduite &
de leurs artifices ; ils femblent incapables de porter
leur attention fur des objets un peu éloignés , fi on
en excepte au moins les expériences qu'ils ont faites
dans la chaffe & dans la guerre. Chez eux la prévoyance
ne s'étend pas d'une faifon à l'autre ; ils
conſomment en été tous les fruits de l'été , & lorfque
l'hiver arrivé, ils s'élancent dans des forêts couvertes
de neiges pour y chercher leur proie . S'ils fe trompent
dans leurs efpérinces , un moment après ils
tomberont dans la même erreur . L'expérience no
leur apprend prefque rien , & ne les ergage point à
établir de ces maximes qui font pour nous les guides
de la vie. Parmi nous les intervalles de repos que
les paffions nous laiffent font des momens où la réflexion
, la honte , la pitié & le remords nous difpofent
à la fageffe & aux vertus. Le Sauvage prefque
ftupide dans ces momens de calme , ne fe repent
jamais d'aucunes de fes violences , & il ne fe croit
jamais refponfable , lorfqu'il eft tranquille & de
116 MERCURE
fang-froid, des actions qu'il a pu commettre dans la
colère ou dans l'vreſſe .
La fuite au Mercure prochain.
Fermer
11966
p. 116
Explication de l'Énigme & du Logogryphe du Mercure précédent.
Début :
Le mot de l'Énigme est l'Amour ; celui du Logogryphe est Virgule, où se trouvent Ré, [...]
Mots clefs :
Amour, Virgule
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Explication de l'Énigme & du Logogryphe du Mercure précédent.
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'Énigine eft l'Amour ; celui du
Logogryphe eft Virgule , où le trouvent Ré,
( Ile ) rue , gril , glu , livre.
du Mercure précédent.
LE mot de l'Énigine eft l'Amour ; celui du
Logogryphe eft Virgule , où le trouvent Ré,
( Ile ) rue , gril , glu , livre.
Fermer
11967
p. 117-118
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis un être assez plaisant, [...]
Mots clefs :
Jérôme Pointu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
JE fuis un être affez plaiſant ,
Même en dépit de la fatyre ,
Et , n'en déplaiſe à maint pédant ,
Qui m'a connu , revient pour rire.
Quoique blafé fur ma figure ,
Lecteur , crois-moi , prends ton crayon ,
Douze pieds forment ma meſure ,
Et deux mots mna divifion .
En veux -tu favoir davantage ?
J'offrirai d'abord à tes yeux
Uno Cité qui , d'âge en âge ,
Aura toujours un nom fameux ;
Puis vient un père de l'Églife ;
Enfuite une partie du pain ;
L'endroit où finit la Tamife ;
Ce qui des vers eft à la fin.
Ce premier mor eft affez riche ,
Le fecond porte un adjectif;
Sans vouloir te faire une niche ,
Il faut trouver un négatif.
Ce n'eft pas tout , fans te déplaire ,
Vois comment on peut , fans bateau ,
Traverser le Rhône ou l'Isère ,
Sans pourtant fe mettre dans l'eau.
Devine après dans la Littérature ,
$118
MERCURE
Ce qui fait tant briller nos jeunes beaux- efprits ;
Quel eft auffi ce morceau de ferrure
Auquel d'ordinaire on attache les lits.
Cher Lecteur , avec indulgence
Daigne recevoir ce détail ;
Et pour fignal de ta reconnoiffance ,
Viens , avec tes amis , applaudir mon travail,
JE fuis un être affez plaiſant ,
Même en dépit de la fatyre ,
Et , n'en déplaiſe à maint pédant ,
Qui m'a connu , revient pour rire.
Quoique blafé fur ma figure ,
Lecteur , crois-moi , prends ton crayon ,
Douze pieds forment ma meſure ,
Et deux mots mna divifion .
En veux -tu favoir davantage ?
J'offrirai d'abord à tes yeux
Uno Cité qui , d'âge en âge ,
Aura toujours un nom fameux ;
Puis vient un père de l'Églife ;
Enfuite une partie du pain ;
L'endroit où finit la Tamife ;
Ce qui des vers eft à la fin.
Ce premier mor eft affez riche ,
Le fecond porte un adjectif;
Sans vouloir te faire une niche ,
Il faut trouver un négatif.
Ce n'eft pas tout , fans te déplaire ,
Vois comment on peut , fans bateau ,
Traverser le Rhône ou l'Isère ,
Sans pourtant fe mettre dans l'eau.
Devine après dans la Littérature ,
$118
MERCURE
Ce qui fait tant briller nos jeunes beaux- efprits ;
Quel eft auffi ce morceau de ferrure
Auquel d'ordinaire on attache les lits.
Cher Lecteur , avec indulgence
Daigne recevoir ce détail ;
Et pour fignal de ta reconnoiffance ,
Viens , avec tes amis , applaudir mon travail,
Fermer
11968
p. 118-126
De la Passion de l'Amour, [titre d'après la table]
Début :
De la Passion de l'Amour, de ses causes, & des remèdes qu'il y faut apporter, en [...]
Mots clefs :
Amour, Passion, Remède, Objet, Objets, Homme, Remèdes, Cerveau, Mère, Morale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De la Passion de l'Amour, [titre d'après la table]
De la Paffion de l'Amour , de fes caufes ,
& des remèdes qu'il y faut apporter, en
la confidérant comme maladie , par M. F. ,
Médecin Anglois. A Paris , chez Pichard ,
Quai & près des Théatins ; petit in- 1 2.
PRESQUE tous les Poetes ont dit beaucoup
de bien & beaucoup de mal de l'Amour ;
les Moraliftes fe font contentés d'en dire
du mal. Qu'en eft il réfulté ? De bons ou de
méchans vers d'une part , & de la morale
inutile de l'autre. L'Auteur de l'Ouvrage que
nous annonçons , n'ayant prefque trouvé
que des Philofophes & des Poëtes parmi les
Cenfeurs & les Panégyriftes de l'Amour , a
pris un fentier moins battu ; il a voulu traiter
ce fujet en Phyficien , en Médecin même ;
& il s'eft propofé de confidérer l'Amour
comme maladie. Ce titre eft piquant , quoiDE
FRANCE.
qu'un peu trifte. Notre Docteur Anglois
n'a pourtant rien de farouche , ni dans fes
idées , ni dans fon ftyle ; il paroît même
difpofé à devenir , dans ce genre - là , auffi
malade que fes malades mêmes. Nous
prions donc les Dames de n'être pas effrayées
de fon titre. Si M. F. leur fait envifager
l'Amour comme une maladie , il prétend
leur indiquer auffi le moyen de la guérir ; &
il leur reftera toujours , après avoir pefe fes
raifons , la liberté d'opter entre le mal & le
remède.
L'Auteur combat d'abord l'opinion de
ceux qui croyent que la reffemblance enfante
l'amour ou l'amitié. Nous croyons
comme lui que cette règle offre de fi nombreufes
exceptions , qu'elle ceffe d'être une
règle , mais n'a- t'il pas un peu confondu le
phyfique & le moral , lorfqu'il a dit qu'un
homme laid reffemblant plus à une laide
femme , devroir , dans le fyftême qu'il combat
, aimer davantage la laide ? Ceux qu'il
réfute n'ont- ils pas voulu parler d'une reffemblance
morale , & non d'une reffemblance
phyfique ? Il eft bien clair qu'on n'a
pas voulu dite qu'un homme chauve doive
néceffairement devenir amoureux d'une femme
fans cheveux , un borgne , d'une femine
qui n'a qu'un cil. Une affertion auffi ridicule
ne mériteroit pas les frais d'une réponſe.
Pour achever de réfuter la fympathie de
la reflemblance , foit en amour
foit en
amitié , notre Auteur cite l'exemple de plu110
MERCURE
fieurs perfonnes célèbres qui fe font fingulièrement
attachées à des animaux . Il nous
rappelle à cette occafion ce qu'on lit aans
Homère , & ce qu'on ne peut répéter fans
une efpèce de chagrin , que la tendre &
fidelle Andromaque , à qui Racine fait prononcer
tant de beaux vers ; cette veuve défolée
, qui dit à fon amie:
Ma flamme pour Hector fut jadis allumée ;
Avec lui dans fa tombe elle s'eft enfermée.
Que cette chafte épouſe enfin aimoit plus les
chevaux de fon mari que fon mari même.
Il ne faut pas , felon notre Auteur , chercher
la caufe de l'Amour dans les différens
tempéramens , le bilieux , le fanguin , &c.;
c'eft au cerveau que l'Amour lance fon premier
trait ; ce qui changeroit un peu notre
mythologie poétique. Les fibres du cerveau ,
felon leur conformation particulière , reçoivent
plus ou moins l'impreffion de l'Amour
, qui fe tranfmet enfuite au coeur par
la correfpondance des nerfs. La force ou la
foibleffe de cette paffion dépend donc de la
diverfe organifation du cerveau , & non de
la difference des tempéramens. « Il y a , dit
l'Auteur , des gens d'un caractère fi tendre
" & fi doux , qu'ils conçoivent de l'Amour
» pour toutes les perfonnes qu'ils fréquen-
» tent ; d'autres , au contraire , font d'un
» caractère fi dur & fi fec , que le mérite le
plus diftingué ne fauroit faire aucune imes
preflion
DE FRANCE. 128
"3
22
""
*
preffion fur eux. Je n'approuve point les
premiers , mais je détefte les feconds. Les
premiers font des génies doux , indul-
» gens , bénins , irréfolus , mais pleins de
» bonté , les feconds , des génies féroces ,
méchants , mutins , fauvages , à qui tout
déplaît , & qui n'aiment qu'eux- mêmes.
» Les premiers manquent de prudence , les
feconds de raifon , n'y ayant , comme dit
Barclay , que des génies tout à fait bar-
» bares qui foient infenfibles aux charmes
» de l'Amour.
"}
ود
رو
Ce qu'on vient de lire prouve que la morale
de l'Auteur n'eft point fauvage. C'eft
dans le même efprit qu'il pofe & qu'il réfoud
la queftion fi l'on doit faire cas de ceux
que cette paffion domine. Il combat le fentiment
de Bacon , qui regarde l'Amour com
me une paffion baffe & étrangère aux grandes
âmes , par l'exemple d'Alcibiade & de Démétrius
le conquérant. Il cite avec plus de
complaifance encore Henri IV , toujours
yaillant , toujours actif , toujours vainqueur
& toujours amoureux. Il le repréfente ave
les mêmes foibleffes que la Fable reproche
à Alcide , fans perdre les qualités du Héros.
Il rapporte à ce propos que ce grand Roi fe
déguifa une fois en Payfan , prit une batte
de paille fur fon dos , & s'introduifit ain
chez la belle Gabrielle. Mais en avouant que
l'Amour n'exclud point le courage , notre
Auteur ne diffimule pas qu'il lui fait faire
bien des fautes. Il cite en preuve le même
N°. 51 , 21 Décembre 1782 .
F
MERCURE
Henri , qui , après la bataille de Coutras ,
Au lieu de poursuivre l'ennemi , fuivant le
Confeil du Prince de Conde , aima mieux
s'en aller en Gascogne voir la Coniteffe de
Guiche , & perdit par- là le fruit de fa vicfoite
.
Si M. F, combat le fentiment de Bacon ,
il n'admet pas non plus dans fon intégrité
celui de Barclay , qui pretend qu'il n'y a que
les grandes âmes qui foient fufceptibles de
la paffion de l'Amour, Comme il ne croit
pas que l'Amour foit incompatible avec le
courage , il ne croit pas aufli qu'il en foit inféparable.
" Ces deux qualités , dit il , fe
» trouvent réunies dans certains fujets ;
elles font diftinctes dans d'autres. Il eft
» vrai que l'Amour infpire du courage ,
mais ce n'eft que pour les entreprifes qui
procurent le moyen de le fatisfaire. Il en eft
de même des autres paffions dominantes,
Un homme avide de gain , quoique timide
, s'expofe aux dangers de la mer
pour amaffer du bien ; un ambitieux , à
ceux de la guerre , pour avançer ſa fortune.
"
. Nous voici arrivés à l'article des remèdes
contre l'Amour. Les perfonnes que cette paf
fion domine , prétendent qu'on ne peut la
guérir par des remèdes na'urels ; les autres
ne voyent rien de plus facile que la gué
rifon , & ils penfent que l'excès de cette
paffion eſt toujours la preuve d'un petit
génie, Parmi les exemples que M. F. oppofe
DE FRANCE.
128.
à cette dernière affertion , fe trouve celui
d'Ange Policien , qu'Erafme appelle un efprit
angélique & un prodige de la Nature,
& qui mourut de la paffion qu'une Courtifane
lui avoit infpirée. « Il étoit fi plein
» de fon objet , que dans l'ardeur de la
» fièvre que l'Amour avoit allumée dans
» fes veines , il fe leva pour prendre fon
» luth , & accompagner une chanſon qu'il
avoit compofée , & qu'il expira en ache-
» vant le fecond couplet.
» Bien des gens , continue- t'il , prétendent
» que la tendreffe du coeur eft une marque
d'efprit. Je ne regarde point cette règle
comme une règle générale ; mais je puis
affurer que je ne regarderai jamais un
homme dur comme un homme fpiri-
→ tuel.
•
Quant à la guérifon de l'Amour , il la juge
poffible, mais difficile. Les remèdes naturels
lui paroiffent infuffifans , & il le moque des
purgations & des faignées ordonnées à ce
fujet. L'abſence eft un remède qui ne peut
agir que contre une paffion naiſſante ; encore
eft il impraticable pour la plupart des
hommes à qui leurs affaires ou leur fortune,
ne permettent pas de s'abfenter affez longtemps.
Un troifième remède eft de fixer fon
attention fur des objets étrangers. Mais
l'homme paffionné peut - il vouloir ſe diftraire
? Souvent la douleur même ne peut
fairc diverfion à l'Amour. En voici un exemple.
Charles IV , Duc de Loraine , avoit
Fij
724
MERCURE
conçu une paffion violente pour la fille d'un
Bourguemeftre de Bruxelles. Il n'avoit pu
la voir encore , parce que fa mère la furveilloit
de trop près. Un jour s'étant trouvé
avec elle & fa mère dans un feftin , comme
falpaffion étoit connue, il demanda à la mère,
devant tous les convives qui étoient nombreux
, la permiffion de dire deux mots à
fa fille dans le fallon même. Sur fon refus ,
il fit une propofition affez étrange : il offrit
de ne lui parler qu'autant de temps qu'il
pourroit tenir dans fa main un charbon ardent.
Cette condition parut fi forte à la mère ,
qu'elle y confentit , peut être par curiofité.
Le Duc s'étant donc retiré à l'écart avec la
Demoiselle , prit dans fa main un charbon
allumé; & la converfation fe prolongeà fi
fort , que la mère perdit plutôt patience que
le Duc qui fe brûloit. Elle rompit l'entretien ,
& l'on trouva le charbon éteint ; par où , dit
notre Docteur , l'on peut juger de la douleur
que le Duc dût fouffrir en le ferrant.
Après avoir combattu d'autres remèdes ,
confeillés par les Poëtes ou par les Mora
liftes , il faut bien que l'Auteur propoſe le
fien ; or , le voici une fois pofé que ce
n'eft pas la préfence feule , mais le fouvenir
même de l'objet qui réveille en nous le
fentiment de l'Amour , c'eft dans l'imagination
qu'il faut en chercher le remède ; c'eftà
- dire , que fi l'image des objets qui ont
affez d'activité pour émouvoir les fibres du
cerveau , & exciter les paffions , produir
DE FRANCE. 129
وو
23
"
l'effet des objets mêmes , on peut changer,
corriger , ou ralentir ce mouvement
» en le repréfentant un autre objet qui
» excite une paffion différente. » L'Auteur
développe cette idée par un exemple. » Sup
» pofons , dit- il , un amant qui , voyant
l'objet qu'il chérit , fent toute la violence
de la paffion qui le domine ; fuppofons
» encore qu'étant dans cet état , il furvienne
» un coup de tonnerre , qu'on lui annonce
» une nouvelle fâcheufe , ou que fon ennemi
fonde tout - à - coup fur lui l'épée nue à la
main , il eft certain que chacun de ces objets
excitera dans les fibres de fon cerveau
» un mouvement qui troublera ou diffipera
celui que leur imprimoit l'objet aimé ,
& que ce mouvement fe communiquant
» au coeur par l'entremife des nerfs , la
frayeur fuccédera à l'Amour, "
23
33
33
73
7
Tel eft le genre de fituation que l'Autent
confeille de fe rendre habituel pour combattre
l'Amour. Chacun doit donc choifir
l'objet , foit effrayant , foit attendriffant ,
qui contre-balance le plus fon Amour , &
l'oppofer ainfi fréquemment à la paffion . Il
réfulte de l'habitude de marier dans fon imagination
deux idées ou deux objets différens ,
que l'on s'en forme une efpèce de lien mental
étroit, qu'on ne peut fonger à l'un des deux
objets , fans fonger en même temps à l'autre
; de manière que quand l'Amour fe réveillera
dans l'imagination , l'objet contraire
Le réveillant auffi , travaillera fans ceffe à le
Fiij
126 MERCURE.
mener & à le détruite. Il faut obſerver pourtant
que fi le mal devient opiniâtre , il fau
dra lui oppofer de nouveaux objets , parce
que le même remède employé tous les
jours fait par ne plus produire aucun
effer.
Voilà , avec toute la clarté & la préciſion
dont nous fommes capables , l'expofition du
remède que propofe M. F.; l'application ne
nous en paroît pas auffi facile qu'à lui - même ,
& nous craignons bien qu'on ne l'accufe ici
de fe montrer trop Médecin ; c'eft à - dire ,
de réuflir mieux à raifonner fur le mal qu'à
découvrir le remède.
Au refte , cette differtation nous a paru
fort bien faite. La phyſique , la morale & la
métaphyfique y font employées avec clarté ,
& fouvent avec des vues nouvelles. On fent
que dans un pareil fujer on doit plutôt
s'attendre à des conjectures qu'à des preuves.
Quoi qu'il en foit , tout le monde peut
fire ce difcours avec utilité & plaifir ; c'eft
l'Ouvrage d'un Docteur bon à confulter ;
car , s'il ne guérit point fes malades , il faura
au moins les inftruire fans les ennuyer.
& des remèdes qu'il y faut apporter, en
la confidérant comme maladie , par M. F. ,
Médecin Anglois. A Paris , chez Pichard ,
Quai & près des Théatins ; petit in- 1 2.
PRESQUE tous les Poetes ont dit beaucoup
de bien & beaucoup de mal de l'Amour ;
les Moraliftes fe font contentés d'en dire
du mal. Qu'en eft il réfulté ? De bons ou de
méchans vers d'une part , & de la morale
inutile de l'autre. L'Auteur de l'Ouvrage que
nous annonçons , n'ayant prefque trouvé
que des Philofophes & des Poëtes parmi les
Cenfeurs & les Panégyriftes de l'Amour , a
pris un fentier moins battu ; il a voulu traiter
ce fujet en Phyficien , en Médecin même ;
& il s'eft propofé de confidérer l'Amour
comme maladie. Ce titre eft piquant , quoiDE
FRANCE.
qu'un peu trifte. Notre Docteur Anglois
n'a pourtant rien de farouche , ni dans fes
idées , ni dans fon ftyle ; il paroît même
difpofé à devenir , dans ce genre - là , auffi
malade que fes malades mêmes. Nous
prions donc les Dames de n'être pas effrayées
de fon titre. Si M. F. leur fait envifager
l'Amour comme une maladie , il prétend
leur indiquer auffi le moyen de la guérir ; &
il leur reftera toujours , après avoir pefe fes
raifons , la liberté d'opter entre le mal & le
remède.
L'Auteur combat d'abord l'opinion de
ceux qui croyent que la reffemblance enfante
l'amour ou l'amitié. Nous croyons
comme lui que cette règle offre de fi nombreufes
exceptions , qu'elle ceffe d'être une
règle , mais n'a- t'il pas un peu confondu le
phyfique & le moral , lorfqu'il a dit qu'un
homme laid reffemblant plus à une laide
femme , devroir , dans le fyftême qu'il combat
, aimer davantage la laide ? Ceux qu'il
réfute n'ont- ils pas voulu parler d'une reffemblance
morale , & non d'une reffemblance
phyfique ? Il eft bien clair qu'on n'a
pas voulu dite qu'un homme chauve doive
néceffairement devenir amoureux d'une femme
fans cheveux , un borgne , d'une femine
qui n'a qu'un cil. Une affertion auffi ridicule
ne mériteroit pas les frais d'une réponſe.
Pour achever de réfuter la fympathie de
la reflemblance , foit en amour
foit en
amitié , notre Auteur cite l'exemple de plu110
MERCURE
fieurs perfonnes célèbres qui fe font fingulièrement
attachées à des animaux . Il nous
rappelle à cette occafion ce qu'on lit aans
Homère , & ce qu'on ne peut répéter fans
une efpèce de chagrin , que la tendre &
fidelle Andromaque , à qui Racine fait prononcer
tant de beaux vers ; cette veuve défolée
, qui dit à fon amie:
Ma flamme pour Hector fut jadis allumée ;
Avec lui dans fa tombe elle s'eft enfermée.
Que cette chafte épouſe enfin aimoit plus les
chevaux de fon mari que fon mari même.
Il ne faut pas , felon notre Auteur , chercher
la caufe de l'Amour dans les différens
tempéramens , le bilieux , le fanguin , &c.;
c'eft au cerveau que l'Amour lance fon premier
trait ; ce qui changeroit un peu notre
mythologie poétique. Les fibres du cerveau ,
felon leur conformation particulière , reçoivent
plus ou moins l'impreffion de l'Amour
, qui fe tranfmet enfuite au coeur par
la correfpondance des nerfs. La force ou la
foibleffe de cette paffion dépend donc de la
diverfe organifation du cerveau , & non de
la difference des tempéramens. « Il y a , dit
l'Auteur , des gens d'un caractère fi tendre
" & fi doux , qu'ils conçoivent de l'Amour
» pour toutes les perfonnes qu'ils fréquen-
» tent ; d'autres , au contraire , font d'un
» caractère fi dur & fi fec , que le mérite le
plus diftingué ne fauroit faire aucune imes
preflion
DE FRANCE. 128
"3
22
""
*
preffion fur eux. Je n'approuve point les
premiers , mais je détefte les feconds. Les
premiers font des génies doux , indul-
» gens , bénins , irréfolus , mais pleins de
» bonté , les feconds , des génies féroces ,
méchants , mutins , fauvages , à qui tout
déplaît , & qui n'aiment qu'eux- mêmes.
» Les premiers manquent de prudence , les
feconds de raifon , n'y ayant , comme dit
Barclay , que des génies tout à fait bar-
» bares qui foient infenfibles aux charmes
» de l'Amour.
"}
ود
رو
Ce qu'on vient de lire prouve que la morale
de l'Auteur n'eft point fauvage. C'eft
dans le même efprit qu'il pofe & qu'il réfoud
la queftion fi l'on doit faire cas de ceux
que cette paffion domine. Il combat le fentiment
de Bacon , qui regarde l'Amour com
me une paffion baffe & étrangère aux grandes
âmes , par l'exemple d'Alcibiade & de Démétrius
le conquérant. Il cite avec plus de
complaifance encore Henri IV , toujours
yaillant , toujours actif , toujours vainqueur
& toujours amoureux. Il le repréfente ave
les mêmes foibleffes que la Fable reproche
à Alcide , fans perdre les qualités du Héros.
Il rapporte à ce propos que ce grand Roi fe
déguifa une fois en Payfan , prit une batte
de paille fur fon dos , & s'introduifit ain
chez la belle Gabrielle. Mais en avouant que
l'Amour n'exclud point le courage , notre
Auteur ne diffimule pas qu'il lui fait faire
bien des fautes. Il cite en preuve le même
N°. 51 , 21 Décembre 1782 .
F
MERCURE
Henri , qui , après la bataille de Coutras ,
Au lieu de poursuivre l'ennemi , fuivant le
Confeil du Prince de Conde , aima mieux
s'en aller en Gascogne voir la Coniteffe de
Guiche , & perdit par- là le fruit de fa vicfoite
.
Si M. F, combat le fentiment de Bacon ,
il n'admet pas non plus dans fon intégrité
celui de Barclay , qui pretend qu'il n'y a que
les grandes âmes qui foient fufceptibles de
la paffion de l'Amour, Comme il ne croit
pas que l'Amour foit incompatible avec le
courage , il ne croit pas aufli qu'il en foit inféparable.
" Ces deux qualités , dit il , fe
» trouvent réunies dans certains fujets ;
elles font diftinctes dans d'autres. Il eft
» vrai que l'Amour infpire du courage ,
mais ce n'eft que pour les entreprifes qui
procurent le moyen de le fatisfaire. Il en eft
de même des autres paffions dominantes,
Un homme avide de gain , quoique timide
, s'expofe aux dangers de la mer
pour amaffer du bien ; un ambitieux , à
ceux de la guerre , pour avançer ſa fortune.
"
. Nous voici arrivés à l'article des remèdes
contre l'Amour. Les perfonnes que cette paf
fion domine , prétendent qu'on ne peut la
guérir par des remèdes na'urels ; les autres
ne voyent rien de plus facile que la gué
rifon , & ils penfent que l'excès de cette
paffion eſt toujours la preuve d'un petit
génie, Parmi les exemples que M. F. oppofe
DE FRANCE.
128.
à cette dernière affertion , fe trouve celui
d'Ange Policien , qu'Erafme appelle un efprit
angélique & un prodige de la Nature,
& qui mourut de la paffion qu'une Courtifane
lui avoit infpirée. « Il étoit fi plein
» de fon objet , que dans l'ardeur de la
» fièvre que l'Amour avoit allumée dans
» fes veines , il fe leva pour prendre fon
» luth , & accompagner une chanſon qu'il
avoit compofée , & qu'il expira en ache-
» vant le fecond couplet.
» Bien des gens , continue- t'il , prétendent
» que la tendreffe du coeur eft une marque
d'efprit. Je ne regarde point cette règle
comme une règle générale ; mais je puis
affurer que je ne regarderai jamais un
homme dur comme un homme fpiri-
→ tuel.
•
Quant à la guérifon de l'Amour , il la juge
poffible, mais difficile. Les remèdes naturels
lui paroiffent infuffifans , & il le moque des
purgations & des faignées ordonnées à ce
fujet. L'abſence eft un remède qui ne peut
agir que contre une paffion naiſſante ; encore
eft il impraticable pour la plupart des
hommes à qui leurs affaires ou leur fortune,
ne permettent pas de s'abfenter affez longtemps.
Un troifième remède eft de fixer fon
attention fur des objets étrangers. Mais
l'homme paffionné peut - il vouloir ſe diftraire
? Souvent la douleur même ne peut
fairc diverfion à l'Amour. En voici un exemple.
Charles IV , Duc de Loraine , avoit
Fij
724
MERCURE
conçu une paffion violente pour la fille d'un
Bourguemeftre de Bruxelles. Il n'avoit pu
la voir encore , parce que fa mère la furveilloit
de trop près. Un jour s'étant trouvé
avec elle & fa mère dans un feftin , comme
falpaffion étoit connue, il demanda à la mère,
devant tous les convives qui étoient nombreux
, la permiffion de dire deux mots à
fa fille dans le fallon même. Sur fon refus ,
il fit une propofition affez étrange : il offrit
de ne lui parler qu'autant de temps qu'il
pourroit tenir dans fa main un charbon ardent.
Cette condition parut fi forte à la mère ,
qu'elle y confentit , peut être par curiofité.
Le Duc s'étant donc retiré à l'écart avec la
Demoiselle , prit dans fa main un charbon
allumé; & la converfation fe prolongeà fi
fort , que la mère perdit plutôt patience que
le Duc qui fe brûloit. Elle rompit l'entretien ,
& l'on trouva le charbon éteint ; par où , dit
notre Docteur , l'on peut juger de la douleur
que le Duc dût fouffrir en le ferrant.
Après avoir combattu d'autres remèdes ,
confeillés par les Poëtes ou par les Mora
liftes , il faut bien que l'Auteur propoſe le
fien ; or , le voici une fois pofé que ce
n'eft pas la préfence feule , mais le fouvenir
même de l'objet qui réveille en nous le
fentiment de l'Amour , c'eft dans l'imagination
qu'il faut en chercher le remède ; c'eftà
- dire , que fi l'image des objets qui ont
affez d'activité pour émouvoir les fibres du
cerveau , & exciter les paffions , produir
DE FRANCE. 129
وو
23
"
l'effet des objets mêmes , on peut changer,
corriger , ou ralentir ce mouvement
» en le repréfentant un autre objet qui
» excite une paffion différente. » L'Auteur
développe cette idée par un exemple. » Sup
» pofons , dit- il , un amant qui , voyant
l'objet qu'il chérit , fent toute la violence
de la paffion qui le domine ; fuppofons
» encore qu'étant dans cet état , il furvienne
» un coup de tonnerre , qu'on lui annonce
» une nouvelle fâcheufe , ou que fon ennemi
fonde tout - à - coup fur lui l'épée nue à la
main , il eft certain que chacun de ces objets
excitera dans les fibres de fon cerveau
» un mouvement qui troublera ou diffipera
celui que leur imprimoit l'objet aimé ,
& que ce mouvement fe communiquant
» au coeur par l'entremife des nerfs , la
frayeur fuccédera à l'Amour, "
23
33
33
73
7
Tel eft le genre de fituation que l'Autent
confeille de fe rendre habituel pour combattre
l'Amour. Chacun doit donc choifir
l'objet , foit effrayant , foit attendriffant ,
qui contre-balance le plus fon Amour , &
l'oppofer ainfi fréquemment à la paffion . Il
réfulte de l'habitude de marier dans fon imagination
deux idées ou deux objets différens ,
que l'on s'en forme une efpèce de lien mental
étroit, qu'on ne peut fonger à l'un des deux
objets , fans fonger en même temps à l'autre
; de manière que quand l'Amour fe réveillera
dans l'imagination , l'objet contraire
Le réveillant auffi , travaillera fans ceffe à le
Fiij
126 MERCURE.
mener & à le détruite. Il faut obſerver pourtant
que fi le mal devient opiniâtre , il fau
dra lui oppofer de nouveaux objets , parce
que le même remède employé tous les
jours fait par ne plus produire aucun
effer.
Voilà , avec toute la clarté & la préciſion
dont nous fommes capables , l'expofition du
remède que propofe M. F.; l'application ne
nous en paroît pas auffi facile qu'à lui - même ,
& nous craignons bien qu'on ne l'accufe ici
de fe montrer trop Médecin ; c'eft à - dire ,
de réuflir mieux à raifonner fur le mal qu'à
découvrir le remède.
Au refte , cette differtation nous a paru
fort bien faite. La phyſique , la morale & la
métaphyfique y font employées avec clarté ,
& fouvent avec des vues nouvelles. On fent
que dans un pareil fujer on doit plutôt
s'attendre à des conjectures qu'à des preuves.
Quoi qu'il en foit , tout le monde peut
fire ce difcours avec utilité & plaifir ; c'eft
l'Ouvrage d'un Docteur bon à confulter ;
car , s'il ne guérit point fes malades , il faura
au moins les inftruire fans les ennuyer.
Fermer
11969
p. 126-135
Bibliothèque Universelle des Romans, [titre d'après la table]
Début :
Bibliothèque Universelle des Romans, depuis le premier Juillet 1775. A Paris, [...]
Mots clefs :
Romans, Genre, Roman, Moeurs, Siècle, Histoire, Louis XIV, XVIIe siècle, Romanciers, Monde, Nom, Reproche, XVIe siècle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bibliothèque Universelle des Romans, [titre d'après la table]
BIBLIOTHÈQUE Univerfelle des Romans ,
depuis le premier Juillet 1775. A Paris ,
au Bureau , rue Neuve Sainte- Catherine.
CET Ouvrage fe foutient depuis fept
années avec un fuccès décidé. Nous ne
diffimulons point qu'il doit la réputation
DE FRANCE. 117
aitant à fon genre qu'au travail des Coopé
rateurs. Les Romans ne furent- ils pas tou
jours recherchés ? Ces enfans chéris de
l'imagination , feront dans tous les temps
une branche importante de l'arbre Litetaire.
Dans l'enfance du monde , ils amuserent
les premiers humains ; dans la déca ·
dence des Arts , on les a vus échapper à l
dégradation commune . Pourquoi celà ? C'eft
qu'ils ont toujours parlé à tous les hom
més un langage qu'ils pouvoient entendre.
Ils eurent encore dans chaque âge le mérite
d'être mieux écrits que toutes les autres productions
Littéraires. Ils fuivoient de près la
Poélie , & cueilloient des fleurs dans les
mêmes corbeilles . Jamais contraint , le Romancier
a pu s'affervir , quand il l'a voulu ,
sux règles de l'Épopée ; il a pu imiter le vol
brillant , fublime & vagabond de l'Ariofte.
Tous les tons lui font permis , toutes les
couleurs lui appartiennent. Il peut faire vesfer
des pleurs , produire le rire malin de la
faryre, toucher , égayer , & raiſonner. Il ofe
dire quelquefois ce que l'Hiftorien timide
trembloit de révéler. C'eft quelquefois Marforio
devant la ftatue de Pafquin , ou , fi l'on
veut , Arlequin , qui , à l'aide d'une tranf
pofition de nom & de fcène , voit tout , a
tout appris , chemin faifant , de Berganie à
Paris.
Quand le Román étoit Funiqué Livre des
habitans de la terre , il prêtoit des fictions
à Hefiode & à Homère , il étoit mythol .
Fiv
128 MERCURE
gique. S'il peignoit l'Amour , c'étoit un
Dieu. Quand la civilifation eut donné des
lifières au monde , & eut rapproché les fociétés
, le Roman ne rendit plus des oracles ,
un Prêtre ne l'infpira plus ; devenu domeſtique
, il peignit les moeurs nationales . Une
fois parvenu à ce période , il n'a pas pu s'en
éloigner ; fons cette forme , il s'eft promené
chez les Nations modernes. De la
Grèce il paffa à Rome , delà en Arabie ,
chez les Sarrafins , en Provence , en Italie ;
en Efpagne & en Iflande . Par- tout il fut fa
buleux, obfcur , comme l'hiftoire . Telle fut
fa marche dans le neuvième fiècle. Trois
fiècles auparavant , il avoit fleuri dans la
Bretagne jufques aux onzième & douzième
fiècles ; la France traduifit les Romans Brétons
; elle n'avoit point encore une langue, &
depuis le dixième juſqu'au douziènie fiècle ,
elle traduifit du Breton en Latin . Dans
les deux fiècles fuivans , alors les Romans
furent mêlés de Chevalerie & d'Hif
toire ; les Amadis remplirent la scène dans
les quatorzième , quinzième , feizième , &
jufques au dix- feptième fiècle.
Arrêtons- nous un moment au reproche
de frivolité dont ce genre eft entaché. Parmi
fes détracteurs , je trouve Angelo Apozio ,
qui les qualifie de Foli de Romanzi . Pétrarque
les nomme Infami e Stolidi Romanzi.
Doit on conclure que le genre eft mau.
vais ? Non ; mais que les Ouvrages de ce
temps étoient plus que médiocres. Si PétrarDE
FRANCE. 1.29
que avoit voulu juger les moeurs des Papes
& de la Cour d'Avignon , il auroit fenti que
les Romans devoient être corrompus comme
les moeurs. Plufieurs fiècles après , Philippe
de Mézières prémunit Charles VI contre
eux. Eft- il bien étonnant que fous le règne
d'Ifabeau de Bavière , les Romans fuffent
dangereux ? Les moeurs étoient affreufes , les
Romans étoient affreux comme elles. On ne
peut peindreque ce que l'on voit. On ne peut
parler que la langue du pays. Antoine Arlègre
fe plaint encore , dans fon Traité du
Mépris de la Cour , que les gens de Cour de
fon temps ne lifoient guères que des Romans
, ceux d'Amadis , de Philocope. Eh !
quel temps encore que ce feizième fiècle !
quelles femmes que la Comteffe d'Angoulême
, Catherine de Médicis , Marguerite de
Valois , & ces Dames & ces Courtifans dont
Brantôme a rempli les pages de fes Livres !
Quels étoient les fpectacles à la mode ? Des
farces de Pantalons , des Scènes de Capitans ,
des rodomontades Efpagnoles , des fupplices
en place publique , auxquels la Cour
affiftoit , des paffe- temps cruels , des fauts
périlleux , des Voltigeurs qui defcendoient
fur une corde des tours de Notre Dame ;
les Nemours , les Guife , qui defcendoient
au galop les efcaliers de la Sainte Chapelle ;
Tavannes & beaucoup d'autres , qui franchiffoient
d'un toit à l'autre la rue Saint-
Germain l'Auxerrois , & enfin les horreurs
des guerres civiles ; que pouvoient donc
F v
730 MERCURE
peindre les Romanciers ? Ce qu'ils voyoient.
Ils pouvoient répondre :
Ce font vos moeurs , eft- ce ma faute ?
Parmi les Apologiftes du Roman , je trou
ve ( fingularité affez remarquable ! ) un Évê
que & un Prêtre , l'Evêque d'Avranches ,
l'Abbé Lengler , & l'Auteur de Zélaskine
qui a plus de zèle que d'érudition ; mais fi
le nombre de fes defenfeurs eft fi borné , il
en eft dédommagé par les Romanciers , qui
forment une peuplade nombreufe. Je ferai
bientôt connoître les plus célèbres , & leurs
noms fuffiront pour juftifier ce genre.
Reprenons le dix-feptième fiècle. Tandis
que l'Hiftoire racontoit des combats ; le Ro
man décrivoit auffi des combats ; la Cour
avoit des Guerriers , on les retrouvoit dans
les Romans ; le régime féodal retenoit les
Châtelains dans de vieilles tourelles ; on s'y
raffembloit ; on y tenoit de longues affifes ,
les cheminées étoient larges , les falles vaftes
, les converfations longues : rels étoient
les Romans qui alloient , grâce à quelques
épiſodes , jufqu'au douzième Volume. Les
Voyageurs ayant donné du goût pour la lecrure
des voyages , les Romanciers n'offrirent
plus que des aventures Turques , Chinoiſes ,
Américaines. Ils confervoient le ton & le
coftume François , & mettoient , commne
naguères nos Comédiens , un chapeau fur la
tête de Méhémed , ou du Sophi . Les Romans
, comme tous les Arts , fubirent une
DE FRANCE. 131
grande révolution fous le règne de Louis
XIV. Scudéri & la Calprenède tiennent la
place la plus diftinguée. Boileau jeta du ri
dicule fur ces Écrivains ; mais le plan de
leurs Ouvrages annonce qu'ils avoient du
génie . Si leurs Héros étoient des géans , c'eft
que Louis XIV avoit imprimé un grand ca,
ractère à fon fiécle . Louis XIV , que Frédéric
a nommé le grand Magicien , n'aimoit que
ce qui portoit l'empreinte de la grandeur. .
Je ne pretends point étendre mon apo¬
logie jufqu'à la texture des anciens Romans;
mais je fais que leurs défauts venoient de
notre penchant à l'imitation, Nous avons
emprunté des Efpagnols les épiſodes , ces
dénouemens arrivés par des bagues , des
écharpes , des reffemblances , des fuppofitions
, des équivoques & des rencontres. Ces
mêmes défauts fe retrouvoient fur la Scène
Françoife. Les Italiens nous jettèrent dans la
métaphyfique d'ainour , dans les monologues
, dans les foupirs : delà tant de précieufes
, & ces dédaignenfes Princeffes qui fe
courrouçoient à la déclaration des Chevaliers.
On étoit ainfi dans le monde. Une fois
arrivé à Louis XIV , l'adulation bannit la
vraiſemblance. Les Héros Grecs & Romains
avoient les deux queues , l'écharpe & les
grands canons . Orondate & Palamède naiffoient
& mouroient à Verfailles , & fe promenoient
de Rambouillet à Marly. Cependant
, ce ridicule difparut fur la fin du règic
de Louis XIV. Les Romans moraux , polių
F vj
132 MERCURE
ques , hiftoriques & fatyriques , s'accrédi
tèrent. Là , on lifoit la carte géographique
de Buffi Rabutin , dans laquelle les myſtères
de la vieille Cour étoient dévoilés. Les Contes
de Perrault avoient des Lecteurs : Rabelais
fi vanté , n'en trouvoit plus depuis la publication
du Royaume de coquettere , defleurs ,
fleurettes & paffe temps.
>
1
C'eft en 1700 , que tous ces Romans de
mauvais goût , que tous ces Ouvrages nés
de l'occaſion ou de l'à propos , la Marmite
rétablie , le Rafibus des Capucins , les Jéfuites
mis fur l'échafaud, &c . &c . & c . furent
unanimement rejetés . Le Roman ne fut plus
qu'hiftorique ; les Mémoires , les Lettres
pullulèrent , les fatyres aufli. La liberté
alla comme les moeurs , jufqu'à l'indécence.
Le Régent fut infulté ; & , fous le
nom du Prince Aprius , on écrivoit fa Vie
privée. Il toléra un moment les farcafmes
contre les Moines & les Religieufes . Louis
XV mit des bornes à la licence. Le Roman
' n'ofa plus paroître avecfon ancien héroïfine ,
fes éperons & fa chevalerie ; il s'ajusta à
notre taille , & parut fous la courte forme
de Contes , de Nouvelles , de Lettres , d'Hiftoriettes.
C'étoit le Journal de nos petits
boudoirs , de nos petits foupers , de nos petites
maifons , l'Opéra & le Fauxbourg Saint-
Germain. Delà , les Égaremens de l'efprit ,
les Confeffions , le Spectateur & le charmant
Recueil des Contes Moraux. Je ne parle
point de la Nouvelle Héloïfe , qui ne caracDE
FRANCE. 733
térife point nos moeurs , & qui eft un Ouvrage
à part. Les Anglois enfin ont donné
un nouveau caractère au Roman. Les Traductions
du Docteur Swift , de Friedling &
de Richardfon , ont amené une révolution.
A mefure qu'on a eu de bons Livres dans
d'autres genres , le Roman a eu moins de
célébrité. Il n'eft plus à craindre que la preffe
foit déformais uniquement occupee à les
réimprimer , comme elle l'étoit dans le dixfeptième
fiècle. Pierre Camus , Évêque du
Bellay , affligé de l'empreffement qu'on avoit
pour cette lecture , voulut purifier le genre ,
en publiant des Romans dévots ; mais le
genre l'entraîna quelquefois , & il peignit
ce qu'affurément il ne s'étoit point propofé
de peindre. Dans le même temps , Olivier ,
Évêque d'Angers , prétendoit prouver que
les femmes étoient la caufe de tous les
maux.
Il ne me refte, plus qu'à nommer les Romanciers
les plus célèbres , leur nom peut
fervir d'apologie au genre. Depuis le feizième
fiècle , je trouve Mendozza , Ambaffadeur
au Concile de Trente , Machiavel , Sannazar
, Scaliger , Picolomini , Guichardin ,
Pallavicini , Firenzuola , le Cavalier Marin ,
Thomas Morus. Parmi nos modernes , Balzac,
Voiture, Charpentier, Bourfault , Gombaud ,
Gomberville , de Larrey , le Miniftre Claude,
l'Abbé d'Aubignac , Reguard , Hamilton ,
l'Abbé de Saint Réal , Saint Hyacinthe , le
Sage, du Verdier , La Fontaine , Galland , de
134 MERCURE
Ramfay , Fénelon , l'Abbé Nadal , l'Abbé
Terraffon , l'Abbé Pernetti , l'Abbé Prévôr ,
l'Abbé Desfontaines , le Comte de Caylus ,
Voltaire, Marivaux , Duclos , Montefquieu ,
le Marquis d'Argens , Crebillon le fils ,
Dorar, Mme de Graffigny , Moncrif, le Père
Daniel , J. J. Rouffeau , M. Marmontel ,
M. d'Arnaud , M. le Comte de Treffan , M.
le Chevalier de Boufflers , M. le Chevalier
d'Arcq , M. Imbert , l'Abbé de Voifenon ,
Mme de Genlis ; tous ces Écrivains célèbres
dans plus d'un genre , prouvent affez que le
Roman eft une des branches de la Littérature
digne d'être confervée dans le jardin des
Mufes. Je n'invoquerai point , à l'appui de
ce que j'avance , ni Fauchet ni Ducange , il
fuffit d'être né fenfible , & de lire nos meil
leurs Romans.
On peut leur faire un reproche plus
fondé, c'eft d'altérer quelquefois l'hiſtoire &
les moeurs , & de défigurer des époques nationales.
A cela je réponds : malheur à qui
lir aujourd'hui l'hiftoire dans les Romans !
Mais ce reproche va difparoître. Les Auteurs
de la Bibliothèque des Romans s'ap
pliquent effentiellement à épurer le genre, à
rectifier les erreurs , à embellir les fictions.
Ils refferrent un plan trop vaſte , ils fimpli
fient une action compliquée , & réduifent
plufieurs volumes ennuyeux à quarante pages
intéreffantes. L'érudition préfide à leurs ju
gemens , & fur tout à la concordance des
Hiftoriens. Il eft pen de Volumes qui re
DE FRANCE. 337
foient précédés d'une differtation lumineuse.
Nous nous difpenferons de citer des volumes
anciens , nous renvoyons nos Lecteurs au
fecond Volume d'Octobre dernier ; ils verront
avec quelle fagacité les Auteurs favent
porter fur l'hiftoire le flambeau de la critique.
On eftimcra & on plaindra l'infortunée
Marie Stuart. On trouvera encore dans le volume
de Novembre , des differtations inftructives
fur le château de Marcouflis , &
fur Bayard. On doit fe fouvenir des menus
devis du château de Plaffac. Ce n'eft point - là
le Roman , c'eft l'Hiftoire. Nous n'en citerons
pas davantage. Nous invitons nos Lecteurs
à fe procurer cette Collection , pour
le complément de laquelle on trouve des
facilités plus qu'encourageantes.
depuis le premier Juillet 1775. A Paris ,
au Bureau , rue Neuve Sainte- Catherine.
CET Ouvrage fe foutient depuis fept
années avec un fuccès décidé. Nous ne
diffimulons point qu'il doit la réputation
DE FRANCE. 117
aitant à fon genre qu'au travail des Coopé
rateurs. Les Romans ne furent- ils pas tou
jours recherchés ? Ces enfans chéris de
l'imagination , feront dans tous les temps
une branche importante de l'arbre Litetaire.
Dans l'enfance du monde , ils amuserent
les premiers humains ; dans la déca ·
dence des Arts , on les a vus échapper à l
dégradation commune . Pourquoi celà ? C'eft
qu'ils ont toujours parlé à tous les hom
més un langage qu'ils pouvoient entendre.
Ils eurent encore dans chaque âge le mérite
d'être mieux écrits que toutes les autres productions
Littéraires. Ils fuivoient de près la
Poélie , & cueilloient des fleurs dans les
mêmes corbeilles . Jamais contraint , le Romancier
a pu s'affervir , quand il l'a voulu ,
sux règles de l'Épopée ; il a pu imiter le vol
brillant , fublime & vagabond de l'Ariofte.
Tous les tons lui font permis , toutes les
couleurs lui appartiennent. Il peut faire vesfer
des pleurs , produire le rire malin de la
faryre, toucher , égayer , & raiſonner. Il ofe
dire quelquefois ce que l'Hiftorien timide
trembloit de révéler. C'eft quelquefois Marforio
devant la ftatue de Pafquin , ou , fi l'on
veut , Arlequin , qui , à l'aide d'une tranf
pofition de nom & de fcène , voit tout , a
tout appris , chemin faifant , de Berganie à
Paris.
Quand le Román étoit Funiqué Livre des
habitans de la terre , il prêtoit des fictions
à Hefiode & à Homère , il étoit mythol .
Fiv
128 MERCURE
gique. S'il peignoit l'Amour , c'étoit un
Dieu. Quand la civilifation eut donné des
lifières au monde , & eut rapproché les fociétés
, le Roman ne rendit plus des oracles ,
un Prêtre ne l'infpira plus ; devenu domeſtique
, il peignit les moeurs nationales . Une
fois parvenu à ce période , il n'a pas pu s'en
éloigner ; fons cette forme , il s'eft promené
chez les Nations modernes. De la
Grèce il paffa à Rome , delà en Arabie ,
chez les Sarrafins , en Provence , en Italie ;
en Efpagne & en Iflande . Par- tout il fut fa
buleux, obfcur , comme l'hiftoire . Telle fut
fa marche dans le neuvième fiècle. Trois
fiècles auparavant , il avoit fleuri dans la
Bretagne jufques aux onzième & douzième
fiècles ; la France traduifit les Romans Brétons
; elle n'avoit point encore une langue, &
depuis le dixième juſqu'au douziènie fiècle ,
elle traduifit du Breton en Latin . Dans
les deux fiècles fuivans , alors les Romans
furent mêlés de Chevalerie & d'Hif
toire ; les Amadis remplirent la scène dans
les quatorzième , quinzième , feizième , &
jufques au dix- feptième fiècle.
Arrêtons- nous un moment au reproche
de frivolité dont ce genre eft entaché. Parmi
fes détracteurs , je trouve Angelo Apozio ,
qui les qualifie de Foli de Romanzi . Pétrarque
les nomme Infami e Stolidi Romanzi.
Doit on conclure que le genre eft mau.
vais ? Non ; mais que les Ouvrages de ce
temps étoient plus que médiocres. Si PétrarDE
FRANCE. 1.29
que avoit voulu juger les moeurs des Papes
& de la Cour d'Avignon , il auroit fenti que
les Romans devoient être corrompus comme
les moeurs. Plufieurs fiècles après , Philippe
de Mézières prémunit Charles VI contre
eux. Eft- il bien étonnant que fous le règne
d'Ifabeau de Bavière , les Romans fuffent
dangereux ? Les moeurs étoient affreufes , les
Romans étoient affreux comme elles. On ne
peut peindreque ce que l'on voit. On ne peut
parler que la langue du pays. Antoine Arlègre
fe plaint encore , dans fon Traité du
Mépris de la Cour , que les gens de Cour de
fon temps ne lifoient guères que des Romans
, ceux d'Amadis , de Philocope. Eh !
quel temps encore que ce feizième fiècle !
quelles femmes que la Comteffe d'Angoulême
, Catherine de Médicis , Marguerite de
Valois , & ces Dames & ces Courtifans dont
Brantôme a rempli les pages de fes Livres !
Quels étoient les fpectacles à la mode ? Des
farces de Pantalons , des Scènes de Capitans ,
des rodomontades Efpagnoles , des fupplices
en place publique , auxquels la Cour
affiftoit , des paffe- temps cruels , des fauts
périlleux , des Voltigeurs qui defcendoient
fur une corde des tours de Notre Dame ;
les Nemours , les Guife , qui defcendoient
au galop les efcaliers de la Sainte Chapelle ;
Tavannes & beaucoup d'autres , qui franchiffoient
d'un toit à l'autre la rue Saint-
Germain l'Auxerrois , & enfin les horreurs
des guerres civiles ; que pouvoient donc
F v
730 MERCURE
peindre les Romanciers ? Ce qu'ils voyoient.
Ils pouvoient répondre :
Ce font vos moeurs , eft- ce ma faute ?
Parmi les Apologiftes du Roman , je trou
ve ( fingularité affez remarquable ! ) un Évê
que & un Prêtre , l'Evêque d'Avranches ,
l'Abbé Lengler , & l'Auteur de Zélaskine
qui a plus de zèle que d'érudition ; mais fi
le nombre de fes defenfeurs eft fi borné , il
en eft dédommagé par les Romanciers , qui
forment une peuplade nombreufe. Je ferai
bientôt connoître les plus célèbres , & leurs
noms fuffiront pour juftifier ce genre.
Reprenons le dix-feptième fiècle. Tandis
que l'Hiftoire racontoit des combats ; le Ro
man décrivoit auffi des combats ; la Cour
avoit des Guerriers , on les retrouvoit dans
les Romans ; le régime féodal retenoit les
Châtelains dans de vieilles tourelles ; on s'y
raffembloit ; on y tenoit de longues affifes ,
les cheminées étoient larges , les falles vaftes
, les converfations longues : rels étoient
les Romans qui alloient , grâce à quelques
épiſodes , jufqu'au douzième Volume. Les
Voyageurs ayant donné du goût pour la lecrure
des voyages , les Romanciers n'offrirent
plus que des aventures Turques , Chinoiſes ,
Américaines. Ils confervoient le ton & le
coftume François , & mettoient , commne
naguères nos Comédiens , un chapeau fur la
tête de Méhémed , ou du Sophi . Les Romans
, comme tous les Arts , fubirent une
DE FRANCE. 131
grande révolution fous le règne de Louis
XIV. Scudéri & la Calprenède tiennent la
place la plus diftinguée. Boileau jeta du ri
dicule fur ces Écrivains ; mais le plan de
leurs Ouvrages annonce qu'ils avoient du
génie . Si leurs Héros étoient des géans , c'eft
que Louis XIV avoit imprimé un grand ca,
ractère à fon fiécle . Louis XIV , que Frédéric
a nommé le grand Magicien , n'aimoit que
ce qui portoit l'empreinte de la grandeur. .
Je ne pretends point étendre mon apo¬
logie jufqu'à la texture des anciens Romans;
mais je fais que leurs défauts venoient de
notre penchant à l'imitation, Nous avons
emprunté des Efpagnols les épiſodes , ces
dénouemens arrivés par des bagues , des
écharpes , des reffemblances , des fuppofitions
, des équivoques & des rencontres. Ces
mêmes défauts fe retrouvoient fur la Scène
Françoife. Les Italiens nous jettèrent dans la
métaphyfique d'ainour , dans les monologues
, dans les foupirs : delà tant de précieufes
, & ces dédaignenfes Princeffes qui fe
courrouçoient à la déclaration des Chevaliers.
On étoit ainfi dans le monde. Une fois
arrivé à Louis XIV , l'adulation bannit la
vraiſemblance. Les Héros Grecs & Romains
avoient les deux queues , l'écharpe & les
grands canons . Orondate & Palamède naiffoient
& mouroient à Verfailles , & fe promenoient
de Rambouillet à Marly. Cependant
, ce ridicule difparut fur la fin du règic
de Louis XIV. Les Romans moraux , polių
F vj
132 MERCURE
ques , hiftoriques & fatyriques , s'accrédi
tèrent. Là , on lifoit la carte géographique
de Buffi Rabutin , dans laquelle les myſtères
de la vieille Cour étoient dévoilés. Les Contes
de Perrault avoient des Lecteurs : Rabelais
fi vanté , n'en trouvoit plus depuis la publication
du Royaume de coquettere , defleurs ,
fleurettes & paffe temps.
>
1
C'eft en 1700 , que tous ces Romans de
mauvais goût , que tous ces Ouvrages nés
de l'occaſion ou de l'à propos , la Marmite
rétablie , le Rafibus des Capucins , les Jéfuites
mis fur l'échafaud, &c . &c . & c . furent
unanimement rejetés . Le Roman ne fut plus
qu'hiftorique ; les Mémoires , les Lettres
pullulèrent , les fatyres aufli. La liberté
alla comme les moeurs , jufqu'à l'indécence.
Le Régent fut infulté ; & , fous le
nom du Prince Aprius , on écrivoit fa Vie
privée. Il toléra un moment les farcafmes
contre les Moines & les Religieufes . Louis
XV mit des bornes à la licence. Le Roman
' n'ofa plus paroître avecfon ancien héroïfine ,
fes éperons & fa chevalerie ; il s'ajusta à
notre taille , & parut fous la courte forme
de Contes , de Nouvelles , de Lettres , d'Hiftoriettes.
C'étoit le Journal de nos petits
boudoirs , de nos petits foupers , de nos petites
maifons , l'Opéra & le Fauxbourg Saint-
Germain. Delà , les Égaremens de l'efprit ,
les Confeffions , le Spectateur & le charmant
Recueil des Contes Moraux. Je ne parle
point de la Nouvelle Héloïfe , qui ne caracDE
FRANCE. 733
térife point nos moeurs , & qui eft un Ouvrage
à part. Les Anglois enfin ont donné
un nouveau caractère au Roman. Les Traductions
du Docteur Swift , de Friedling &
de Richardfon , ont amené une révolution.
A mefure qu'on a eu de bons Livres dans
d'autres genres , le Roman a eu moins de
célébrité. Il n'eft plus à craindre que la preffe
foit déformais uniquement occupee à les
réimprimer , comme elle l'étoit dans le dixfeptième
fiècle. Pierre Camus , Évêque du
Bellay , affligé de l'empreffement qu'on avoit
pour cette lecture , voulut purifier le genre ,
en publiant des Romans dévots ; mais le
genre l'entraîna quelquefois , & il peignit
ce qu'affurément il ne s'étoit point propofé
de peindre. Dans le même temps , Olivier ,
Évêque d'Angers , prétendoit prouver que
les femmes étoient la caufe de tous les
maux.
Il ne me refte, plus qu'à nommer les Romanciers
les plus célèbres , leur nom peut
fervir d'apologie au genre. Depuis le feizième
fiècle , je trouve Mendozza , Ambaffadeur
au Concile de Trente , Machiavel , Sannazar
, Scaliger , Picolomini , Guichardin ,
Pallavicini , Firenzuola , le Cavalier Marin ,
Thomas Morus. Parmi nos modernes , Balzac,
Voiture, Charpentier, Bourfault , Gombaud ,
Gomberville , de Larrey , le Miniftre Claude,
l'Abbé d'Aubignac , Reguard , Hamilton ,
l'Abbé de Saint Réal , Saint Hyacinthe , le
Sage, du Verdier , La Fontaine , Galland , de
134 MERCURE
Ramfay , Fénelon , l'Abbé Nadal , l'Abbé
Terraffon , l'Abbé Pernetti , l'Abbé Prévôr ,
l'Abbé Desfontaines , le Comte de Caylus ,
Voltaire, Marivaux , Duclos , Montefquieu ,
le Marquis d'Argens , Crebillon le fils ,
Dorar, Mme de Graffigny , Moncrif, le Père
Daniel , J. J. Rouffeau , M. Marmontel ,
M. d'Arnaud , M. le Comte de Treffan , M.
le Chevalier de Boufflers , M. le Chevalier
d'Arcq , M. Imbert , l'Abbé de Voifenon ,
Mme de Genlis ; tous ces Écrivains célèbres
dans plus d'un genre , prouvent affez que le
Roman eft une des branches de la Littérature
digne d'être confervée dans le jardin des
Mufes. Je n'invoquerai point , à l'appui de
ce que j'avance , ni Fauchet ni Ducange , il
fuffit d'être né fenfible , & de lire nos meil
leurs Romans.
On peut leur faire un reproche plus
fondé, c'eft d'altérer quelquefois l'hiſtoire &
les moeurs , & de défigurer des époques nationales.
A cela je réponds : malheur à qui
lir aujourd'hui l'hiftoire dans les Romans !
Mais ce reproche va difparoître. Les Auteurs
de la Bibliothèque des Romans s'ap
pliquent effentiellement à épurer le genre, à
rectifier les erreurs , à embellir les fictions.
Ils refferrent un plan trop vaſte , ils fimpli
fient une action compliquée , & réduifent
plufieurs volumes ennuyeux à quarante pages
intéreffantes. L'érudition préfide à leurs ju
gemens , & fur tout à la concordance des
Hiftoriens. Il eft pen de Volumes qui re
DE FRANCE. 337
foient précédés d'une differtation lumineuse.
Nous nous difpenferons de citer des volumes
anciens , nous renvoyons nos Lecteurs au
fecond Volume d'Octobre dernier ; ils verront
avec quelle fagacité les Auteurs favent
porter fur l'hiftoire le flambeau de la critique.
On eftimcra & on plaindra l'infortunée
Marie Stuart. On trouvera encore dans le volume
de Novembre , des differtations inftructives
fur le château de Marcouflis , &
fur Bayard. On doit fe fouvenir des menus
devis du château de Plaffac. Ce n'eft point - là
le Roman , c'eft l'Hiftoire. Nous n'en citerons
pas davantage. Nous invitons nos Lecteurs
à fe procurer cette Collection , pour
le complément de laquelle on trouve des
facilités plus qu'encourageantes.
Fermer
11970
p. 135-138
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Le Concert du Lundi 9 Décembre, a commencé par une symphonie nouvelle de M. [...]
Mots clefs :
Concert, Chant, Mérite, Mademoiselle Duverger, Joseph Haydn, Jean-Jacques Rousseau, Langue, Mérite, Voix, Talent
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
LE Concert du Lundi 9 Décembre , a commencé
par une fymphonie nouvelle de M.
Hayden , dans laquelle on a retrouvé la marche
favante de ce célèbre Compofiteur ; l'Ar
dante fur- tout , qui a le caractère d'un air
de danfe , a paru plein de grâce & d'efprit.
Le troifième morceau n'eft peut être pas du
même mérite que le refte. Mlle Duverger ,
qui avoit obtenu déjà des applaudiffemens à
136 MERCURE
ce Concert , où elle a joué plufieurs fois de
la harpe , en a mérité de nouveaux dans le
chant. On a trouvé la voix fort belle , furtout
dans le Medium , qui eft plein & fonore.
Comme Mlle Duverger eft jeune , &
qu'elle donne de grandes efpérances , c'eft
rendre hommage à fon talent que de l'avertir
des différens objets qu'il lui reſte à cultiver :
les cordes aigues de fa voix , ont quelquefois
de l'aigreur qu'un exercice bien dirigé
peut faire aifément difparoître. Nous l'invitons
auffi à foigner fon articulation , qui
n'eſt pas toujours très- nette. Nous avons
l'expérience qu'avec de l'attention on parvient
à corriger , même les vices de l'organe.
Nous ne parlons pas de la manière dont elle
prononce la langue Italienne. Il eft bien difficile
, il eft prefque impoffible à une Françoife
d'obtenir jamais la pureté de pronon
ciation , le véritable accent qui font le charme
de cette langue. D'après cette vérité , qui
devroit être triviale , il eft bien étonnait
que prefque toutes les jeures Chanteufes
qui fe fentent du talent , abandonnent les
paroles Françoifes pour chanter exclufivement
des paroles Italiennes , & que la plupart
des Amateurs encouragent cette défertion.
Le préjugé qu'établit autrefois J. J.
Rouffeau contre la langue Françoife , prévau
droit- il encore fur le fentiment & le choix
deMM. Gluck , Piccini , Sacchini , fur l'hommage
que ces grands Maîtres ont rendu à
cette même langue ? Ne feroit- ce pas plutôt
DE FRANCE.
137
que certaines de ne pas être entendues de la
plupart des Auditeurs , ces Chanteufes fe
croient plus à leur aife fur la prononciation
qu'elles négligent entièrement , fous prétexte
de donner à leur chant plus de douceur &
de molleffe ? Mais il arrive que fans acquérir
l'accent Italien , elles perdent l'articulation
Françoife ; qu'elles font défagréables à ceux
qui entendent l'Italien , & qu'elles ennuient
ceux qui ne l'entendent pas ; leur chant n'eft
plus pour eux alors qu'un Conceito à voix
feule. Cette digreflion , au furplus , eft en
tièrement étrangère à Mile Duverger. Nous
ajouterons feulement pour elle que fon talent
en eft maintenant au point de la rendre trèsfcrupuleufe
fur le choix de fes Maîtres , fur
les confeils auxquels elle voudra fe livrer.
MM . Chéron , Laïs & Rouffeau ont fait entendre
une nouveauté très piquante ; c'eft
un Motet de M , Goffec , O Salutaris , qui
n'eft accompagné d'aucun inftrument. Quoique
ce morceau ne foit nullement deftiné au
local du Concert Spirituel , qu'il y eût pu
même paroître déplacé , s'il eût eu moins de
mérite , fon harmonie pure , fon chant delicieux
& fon exécution parfaite , ont fait un
plaifir fi grand , fi général , qu'on a témoigné
par des acclamations le defir de l'entendre
deux fois. M. Chartrain s'eft fait applandir
doublement , comme Compofiteur , dans
une Ode Sacrée , dont on a trouvé plufieurs
morceaux d'un chant agréable , & comme
Exécutant, dans un joli Concerto de fa com
238
MERCURE
pofition. Mme Saint- Huberty , MM. Ozy
& Bezozzy ont achevé de rendre le Concert
très agréable , par une exécution digne de la
téputation qu'ils le font acquife .
LE Concert du Lundi 9 Décembre , a commencé
par une fymphonie nouvelle de M.
Hayden , dans laquelle on a retrouvé la marche
favante de ce célèbre Compofiteur ; l'Ar
dante fur- tout , qui a le caractère d'un air
de danfe , a paru plein de grâce & d'efprit.
Le troifième morceau n'eft peut être pas du
même mérite que le refte. Mlle Duverger ,
qui avoit obtenu déjà des applaudiffemens à
136 MERCURE
ce Concert , où elle a joué plufieurs fois de
la harpe , en a mérité de nouveaux dans le
chant. On a trouvé la voix fort belle , furtout
dans le Medium , qui eft plein & fonore.
Comme Mlle Duverger eft jeune , &
qu'elle donne de grandes efpérances , c'eft
rendre hommage à fon talent que de l'avertir
des différens objets qu'il lui reſte à cultiver :
les cordes aigues de fa voix , ont quelquefois
de l'aigreur qu'un exercice bien dirigé
peut faire aifément difparoître. Nous l'invitons
auffi à foigner fon articulation , qui
n'eſt pas toujours très- nette. Nous avons
l'expérience qu'avec de l'attention on parvient
à corriger , même les vices de l'organe.
Nous ne parlons pas de la manière dont elle
prononce la langue Italienne. Il eft bien difficile
, il eft prefque impoffible à une Françoife
d'obtenir jamais la pureté de pronon
ciation , le véritable accent qui font le charme
de cette langue. D'après cette vérité , qui
devroit être triviale , il eft bien étonnait
que prefque toutes les jeures Chanteufes
qui fe fentent du talent , abandonnent les
paroles Françoifes pour chanter exclufivement
des paroles Italiennes , & que la plupart
des Amateurs encouragent cette défertion.
Le préjugé qu'établit autrefois J. J.
Rouffeau contre la langue Françoife , prévau
droit- il encore fur le fentiment & le choix
deMM. Gluck , Piccini , Sacchini , fur l'hommage
que ces grands Maîtres ont rendu à
cette même langue ? Ne feroit- ce pas plutôt
DE FRANCE.
137
que certaines de ne pas être entendues de la
plupart des Auditeurs , ces Chanteufes fe
croient plus à leur aife fur la prononciation
qu'elles négligent entièrement , fous prétexte
de donner à leur chant plus de douceur &
de molleffe ? Mais il arrive que fans acquérir
l'accent Italien , elles perdent l'articulation
Françoife ; qu'elles font défagréables à ceux
qui entendent l'Italien , & qu'elles ennuient
ceux qui ne l'entendent pas ; leur chant n'eft
plus pour eux alors qu'un Conceito à voix
feule. Cette digreflion , au furplus , eft en
tièrement étrangère à Mile Duverger. Nous
ajouterons feulement pour elle que fon talent
en eft maintenant au point de la rendre trèsfcrupuleufe
fur le choix de fes Maîtres , fur
les confeils auxquels elle voudra fe livrer.
MM . Chéron , Laïs & Rouffeau ont fait entendre
une nouveauté très piquante ; c'eft
un Motet de M , Goffec , O Salutaris , qui
n'eft accompagné d'aucun inftrument. Quoique
ce morceau ne foit nullement deftiné au
local du Concert Spirituel , qu'il y eût pu
même paroître déplacé , s'il eût eu moins de
mérite , fon harmonie pure , fon chant delicieux
& fon exécution parfaite , ont fait un
plaifir fi grand , fi général , qu'on a témoigné
par des acclamations le defir de l'entendre
deux fois. M. Chartrain s'eft fait applandir
doublement , comme Compofiteur , dans
une Ode Sacrée , dont on a trouvé plufieurs
morceaux d'un chant agréable , & comme
Exécutant, dans un joli Concerto de fa com
238
MERCURE
pofition. Mme Saint- Huberty , MM. Ozy
& Bezozzy ont achevé de rendre le Concert
très agréable , par une exécution digne de la
téputation qu'ils le font acquife .
Fermer
11971
p. 138-141
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
Le Jeudi 22 Novembre, on a donné la première représentation de la Nouvelle Omphale, [...]
Mots clefs :
Comédie, Conte, Camille, Musique, Floquet, Scène, Mari, Succès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Jeudi 22 Novembre , on a donné la
première repréſentation de la Nouvelle Omphale
, Comédie en trois Actes & en profe ,
mêlée d'ariettes , mufique de M. Floquet.
Prefque tous nos Lecteurs connoiffent ,
fans doute , le Conte de Senécé , qui a pour
Titre : Camille, ou la manière defiler le parfait
Amour. C'est ce Conte agréable , quoiqu'un
pen long , qui a fourni l'idée de la Nou
velle Omphale. Dans le Conte de Senécé , la
Scène fe palle au temps de Charlemagne ;
le mari de Camille eft jaloux ; un enchanteur
lai fait préfent d'une figure de cire blanche ,
dont la couleur doit fe conferver pure f
Camille eft fage , & devenir noire fi elle est
infidelle.
Un étourdi qui fe faifoit connoître ,
Par fes grands airs , pour homme écervelé ,
Et qu'à la Cour on nommoit Petit- Maître ;
Vieux fobriquet qui s'eft renouvelés,
gage tous fes biens contre le mari de Ca
mille , qu'il faura plaire à celle - ci , &
rendre volage. Il part du camp de Charle
DE FRANCE. 139
magne , arrive , fait fa déclaration , fe laiffe
enfermer dans une tour , fous l'efpérance
d'un rendez - vous , y eft retenu & obligé
de filer une quenouille pour n'y pas mou
rir de faim. Après avoir été ainfi joué ,
bafoué & ruiné de tous fes biens , le fat eft
promené dans le camp de Charlemagne une
quenouille au côté . Dans la Comédie dont
nous parlons , la Scène eft placée fous le
règne de Henri IV. Il n'y a ni jaloufie , mi
figure de cire , ni enchanteur , & la punition.
du Petit- Maître n'eft pas , à beaucoup près
auffi dure que dans le Conte , puifqu'il re
vient de fon erreur , fait l'aveu de fes torts ,
continue d'être l'ami de M. de Montandre ,
( c'eft le nom du mari ) & que Camille le
nomine fon Chevalier, Tout ceci excepté ,
la marche de la Comédie eft à peu près celle
du Conte , & il eft trop connu pour que
nous entrions dans des détails plus étendus.
·
Le plus grand reproche que l'on puiffe
faire à l'Auteur de cet Ouvrage , c'eft
d'avoir cherché un fujet qui n'étoit réellement
pas propre au Théâtre , qui n'étoit
fufceptible que d'un très petit intérêt , &
dont le dénouement devoit être tout- à la→
fois brufqué & prévu par le Spectateur. Un
autre reproche affez grave , eft celui qu'ont
fait en général les gens du monde au but, de
cet Ouvrage , qui en effet n'eft point moral.
On a vu avec peine fur la Scène Françoife un
jeune fat arriver chez fon ami , & de fon
propre aveu , dans l'intention de féduire fa
140
MERCURE
femme. Si les moeurs privées deviennent
tous les jours plus mauvaiſes , au moins
faut- il que les moeurs publiques foient
bonnes , ou le paroiffent. Au refte , le
ftyle de cette Comédie eft facile &
naturel , quelquefois un peu négligé ; le
dialogue eft vrai , vif & preffé : en un mot,
on peut préfuiner qu'avec un fujet plus heu
reux l'Anteur auroit eu un fuccès plus
décidé. La mufique fait honneur à M. Floquet
; quoique peut- être on puiffe lui reprocher
un ton trop uniforme. Quelques
morceaux ont de l'efprit & de la grâce. Les
accompagnemens nous ont paru quelque
fois un peu chargés ; mais ils font d'un
très- bon ftyle , & annoncent un Compofiteur
eftimable. Le finálé du fecond Acte a
fait un plaifir univerfel , & nous le regardons
en effet comme un excellent morcean
de mufique. Nous ne finirons pas fans
avoir félicité M. Floquet du courage qu'il a eu
de ne point admettre dans fon orchestre ces
inftrumens bruyans ou aigus que l'on place
par- tout & à propos de tout depuis quel
que temps , & fur l'emploi defquels le charlatanifme
ou la médiocrité fondent une partie
des fuccès qu'ils obtiennent auprès des
ignorans , dont ils eftiment tant les fuffrages.
N. B. Le peu d'efpace qui nous reftoit à
remplir, ne nous a pas permis de parler ici du
Début de M. Larochelle ; nous en parlerons
dans le prochain Mercure , ainfi queda Vieux
Garçon , Comédie en cinq Actes & en vers;
DE FRANCE. 141
repréſentée le 16 de ce mois , avec un fuccès
équivoque.
LE Jeudi 22 Novembre , on a donné la
première repréſentation de la Nouvelle Omphale
, Comédie en trois Actes & en profe ,
mêlée d'ariettes , mufique de M. Floquet.
Prefque tous nos Lecteurs connoiffent ,
fans doute , le Conte de Senécé , qui a pour
Titre : Camille, ou la manière defiler le parfait
Amour. C'est ce Conte agréable , quoiqu'un
pen long , qui a fourni l'idée de la Nou
velle Omphale. Dans le Conte de Senécé , la
Scène fe palle au temps de Charlemagne ;
le mari de Camille eft jaloux ; un enchanteur
lai fait préfent d'une figure de cire blanche ,
dont la couleur doit fe conferver pure f
Camille eft fage , & devenir noire fi elle est
infidelle.
Un étourdi qui fe faifoit connoître ,
Par fes grands airs , pour homme écervelé ,
Et qu'à la Cour on nommoit Petit- Maître ;
Vieux fobriquet qui s'eft renouvelés,
gage tous fes biens contre le mari de Ca
mille , qu'il faura plaire à celle - ci , &
rendre volage. Il part du camp de Charle
DE FRANCE. 139
magne , arrive , fait fa déclaration , fe laiffe
enfermer dans une tour , fous l'efpérance
d'un rendez - vous , y eft retenu & obligé
de filer une quenouille pour n'y pas mou
rir de faim. Après avoir été ainfi joué ,
bafoué & ruiné de tous fes biens , le fat eft
promené dans le camp de Charlemagne une
quenouille au côté . Dans la Comédie dont
nous parlons , la Scène eft placée fous le
règne de Henri IV. Il n'y a ni jaloufie , mi
figure de cire , ni enchanteur , & la punition.
du Petit- Maître n'eft pas , à beaucoup près
auffi dure que dans le Conte , puifqu'il re
vient de fon erreur , fait l'aveu de fes torts ,
continue d'être l'ami de M. de Montandre ,
( c'eft le nom du mari ) & que Camille le
nomine fon Chevalier, Tout ceci excepté ,
la marche de la Comédie eft à peu près celle
du Conte , & il eft trop connu pour que
nous entrions dans des détails plus étendus.
·
Le plus grand reproche que l'on puiffe
faire à l'Auteur de cet Ouvrage , c'eft
d'avoir cherché un fujet qui n'étoit réellement
pas propre au Théâtre , qui n'étoit
fufceptible que d'un très petit intérêt , &
dont le dénouement devoit être tout- à la→
fois brufqué & prévu par le Spectateur. Un
autre reproche affez grave , eft celui qu'ont
fait en général les gens du monde au but, de
cet Ouvrage , qui en effet n'eft point moral.
On a vu avec peine fur la Scène Françoife un
jeune fat arriver chez fon ami , & de fon
propre aveu , dans l'intention de féduire fa
140
MERCURE
femme. Si les moeurs privées deviennent
tous les jours plus mauvaiſes , au moins
faut- il que les moeurs publiques foient
bonnes , ou le paroiffent. Au refte , le
ftyle de cette Comédie eft facile &
naturel , quelquefois un peu négligé ; le
dialogue eft vrai , vif & preffé : en un mot,
on peut préfuiner qu'avec un fujet plus heu
reux l'Anteur auroit eu un fuccès plus
décidé. La mufique fait honneur à M. Floquet
; quoique peut- être on puiffe lui reprocher
un ton trop uniforme. Quelques
morceaux ont de l'efprit & de la grâce. Les
accompagnemens nous ont paru quelque
fois un peu chargés ; mais ils font d'un
très- bon ftyle , & annoncent un Compofiteur
eftimable. Le finálé du fecond Acte a
fait un plaifir univerfel , & nous le regardons
en effet comme un excellent morcean
de mufique. Nous ne finirons pas fans
avoir félicité M. Floquet du courage qu'il a eu
de ne point admettre dans fon orchestre ces
inftrumens bruyans ou aigus que l'on place
par- tout & à propos de tout depuis quel
que temps , & fur l'emploi defquels le charlatanifme
ou la médiocrité fondent une partie
des fuccès qu'ils obtiennent auprès des
ignorans , dont ils eftiment tant les fuffrages.
N. B. Le peu d'efpace qui nous reftoit à
remplir, ne nous a pas permis de parler ici du
Début de M. Larochelle ; nous en parlerons
dans le prochain Mercure , ainfi queda Vieux
Garçon , Comédie en cinq Actes & en vers;
DE FRANCE. 141
repréſentée le 16 de ce mois , avec un fuccès
équivoque.
Fermer
11972
p. 141-144
ANNONCES ET NOTICES.
Début :
Portrait historié de M. le Marquis de la Fayette au Siége de la ville d'Yorck par les Armées [...]
Mots clefs :
Portrait, Gilbert du Motier de La Fayette, Nouvelle Bibliothèque de société, Étrennes aux sociétés, Petits contes, Dentiste, Histoire de l'Ancien et du Nouveau Testaments, Almanach américain, Contes de fées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES ET NOTICES.
ANNONCES ET NOTICES.
PORTRAIT hiftorié de M. le Marquis de la
Fayette au Siége de la ville d'Yorck par les Armées
combinées. Ce Portrait , prêté par M. Franklin
fils à M. Lemire , qui en a fait compofer un Tableau
par M. Lepaon , Peintre de Batailles , formera
une Eftampe qui fervira de pendant au Général
Washington. On foufcrit chez M. Lemire , rue
& porte S. Jacques , maifon du Café d'Aubertin ,
n . 122. Le prix de l'Eftampe eft de 9 liv . La foufcription
n'aura lieu que jufqu'à la fin de Janvier
1783. Le temps de la foufcription expiré , l'Etampe
fera de 12 livres . On la délivrera dans le cou
rant de Décembre 1783 .
Nouvelle Bibliothèque de Société, contenant des
faits intéreffans , des mêlanges de Littérature & de
Morale , des variétés hiftoriques ou choix de bons
mots , des Poéfies fugitives , des Contes en vers &
en profe , &c. 4 Vol. in- 12. A Londres ; & fe
trouve à Paris , chez Delalain l'aîné , Libraire , rue
S. Jacques. Cet Ouvrage , très-piquant , eft une
nouvelle Édition , prefque entièrement refondue ,
quoique la première ait eu beaucoup de fuccès. Le
choix eft d'un homme de goût , & doit faire trèsbien
augurer du fuccès.
Étrennes aux Sociétés qui font leur amusement
de jouer la Comédie , ou Catalogue raifonné & inftructif
de toutes les Tragédies , Comédies des Théatres
François & Italien , Actes d'Opéra , Opéra
Comique , Pièces à Ariettes & Proverbes qui pear
142 MERCURE.
went facilement fe repréfenter fur les Théâtres pariculiers.
A Bruxelles ; & fe trouve à Paris , chez Bradel
, Libraire , rue du Théâtre François , & à l'Arfenal
, Cour des Céleftins .
Ce Répertoire , qui ne peut qu'être utile à nom.
bre de Sociétés , eft d'un heureux choix , & les avertiffemens
, les notes & les explications qui l'accompagnent
annoncent un homme qui à paffé fon
temps à faire autre chofe que des Almanachs. A
l'expérience dont il avoit befoin pour ce petit Ou
vrage , on voit qu'il réunit le fecours de la réflexion ,
& que tous les choix font motivés.
Recueilpour fervir de fuite aux lectures pour les
enfans & les jeunes gens , ou choix de petits Contes
également propres à les amufer & à leur infpirer le
goût de la vertu , in- 123 par M. Couret de Villeneuve,
Imprimeur du Roi , à Orléans . Prix , 1 livre
4 fols. A Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire , rue du
Jardinet.
C'est un choix piquant & fait avec goût de petits
contes , anecdotes , bons mots , idylles , maximes ,
&c. Il nous a paru remplir parfaitement fon titre &
répondre au væru de l'Auteur , qui eft d'amufer utilement
les enfans. Nous croyons même que les perfonnes
de tout âge pourront y trouver le plaifir &
l'inftruction.
L'Art du Dentifte joint à l'anatomie de la bou
che , avec des obfervations pour la confervation des
dents , & des inftructions très-intéreffuntes pour remédier
aux accidens qui accompagnent la fortie des
dents de lait , & auxquels la plupart des enfans
fuccombent faute defecours fuffifans , in- 12 ; par M
D *** , Chirurgien - Dentille à Paris . A Paris ,
chez Guillot , Libraire de MONSIEUR , rue de la
Harpe
Ce Traité nous a paru complet. L'Auteur entre
DE FRANCE.
143
dans tous les détails de fon Art. Bien convaincu que
le Dentiſte ne doit pas connoître feulement les
parties fur lefquelles il doit opérer, mais encore
celles qui en dépendent ; il a joint à fon Ouvrage
l'anatomie de la bouche. Cette partie manquoit à
tous lesTraités qui avoient para juſqu'ici ſur l'Odontalgie.
Hiftoire de l'Ancien & du Nouveau Teftament ,
& des Juifs , par le P. P. Dom Calmet , Religieux
Bénédictin , Abbé de Senones , pour fervir d'Introduction
à l'Histoire Eccléfiaftique de M. l'Abbé
Fleury , nouvelle Édition , en trois Volumes in-8°.
contenant les cinq Volumes in- 12 des précédentes
Éditions de Paris , à 12 liv. en feuilles , & 15 liv.
reliés , actuellement en vente. A Nifmes , chez
Beaume , Imprimeur - Libraire , & à Paris , ches
Defprez , Imprimeur- Libraire , rue S. Jacques,
Cet Ouvrage embraffe l'Hiftoire des Juifs , depuis
le commencement du monde jufqu'à la ruine du
Temple de Jérufalem , par les Romains. L'Auteur a
voulu le faire fervir d'Introduction à l'Hiftoire de
l'Eglife , compofée par M. l'Abbé Fleury. Il préfente
un Tableau très- intéreſſant des événemens qui ont
précédé l'établiffement de la Religion Chrétienne,
Almanach Américain , ou Etat phyfique , politi
que , eccléfiaftique & militaire de l'Amérique ; Ouvrage
qui comprend les forces , la population , les
loix , le commerce & l'adminiftration de chaque
Province de cette partie du Monde , &c,; par M.
P. D. L. R. C. A. L. T. de M. P. in- 12 . Prix ,
2 livres 8 fols. A Paris , chez l'Auteur de l'état des
Cours , rue Garancière ; & Lamy , Libraire , quai
des Auguftins.
L'idée de cet Ouvrage ne pouvoit être conçue
dans des temps plus favorables à fon fuccès. L'Amé,
rique fixe aujourd'hui les regards de l'Europe, &
{
144
MERCUREA
Aes détails exacts fur cette moitié du Monde doivent
être reçus avec intérêt. L'Auteur , quoiqu'il paroiffe
n'avoir rien négligé pour fatisfaire à la curioſité de
fes Lecteurs , reconnoît dans un avertiſſement modefte
que fon Ouvrage ne peut arriver du premier
pas à la perfection ; mais comme à titre d'Almanach
il doit être réimprimé tous les ans , il devient fufcep
tible des changemens & des additions néceffaires.
: Contes des Fées , par Ch . Perrault , de l'Acadé
mie Françoife , nouvelle Édition. A Paris , chez
Fournier & Onfroy , Libraires , rue de Hurepoix.
Les nombreuſes Editions de ces Contes nous dif
penfent de tout éloge. Nous nous contenterons de
dire que cette Édition eft la plus complette qu'on
air encore vue. On y a joint trois Contes en vers
qui n'avoient jamais été réunis aux Contes en
profe.
PORTRAIT hiftorié de M. le Marquis de la
Fayette au Siége de la ville d'Yorck par les Armées
combinées. Ce Portrait , prêté par M. Franklin
fils à M. Lemire , qui en a fait compofer un Tableau
par M. Lepaon , Peintre de Batailles , formera
une Eftampe qui fervira de pendant au Général
Washington. On foufcrit chez M. Lemire , rue
& porte S. Jacques , maifon du Café d'Aubertin ,
n . 122. Le prix de l'Eftampe eft de 9 liv . La foufcription
n'aura lieu que jufqu'à la fin de Janvier
1783. Le temps de la foufcription expiré , l'Etampe
fera de 12 livres . On la délivrera dans le cou
rant de Décembre 1783 .
Nouvelle Bibliothèque de Société, contenant des
faits intéreffans , des mêlanges de Littérature & de
Morale , des variétés hiftoriques ou choix de bons
mots , des Poéfies fugitives , des Contes en vers &
en profe , &c. 4 Vol. in- 12. A Londres ; & fe
trouve à Paris , chez Delalain l'aîné , Libraire , rue
S. Jacques. Cet Ouvrage , très-piquant , eft une
nouvelle Édition , prefque entièrement refondue ,
quoique la première ait eu beaucoup de fuccès. Le
choix eft d'un homme de goût , & doit faire trèsbien
augurer du fuccès.
Étrennes aux Sociétés qui font leur amusement
de jouer la Comédie , ou Catalogue raifonné & inftructif
de toutes les Tragédies , Comédies des Théatres
François & Italien , Actes d'Opéra , Opéra
Comique , Pièces à Ariettes & Proverbes qui pear
142 MERCURE.
went facilement fe repréfenter fur les Théâtres pariculiers.
A Bruxelles ; & fe trouve à Paris , chez Bradel
, Libraire , rue du Théâtre François , & à l'Arfenal
, Cour des Céleftins .
Ce Répertoire , qui ne peut qu'être utile à nom.
bre de Sociétés , eft d'un heureux choix , & les avertiffemens
, les notes & les explications qui l'accompagnent
annoncent un homme qui à paffé fon
temps à faire autre chofe que des Almanachs. A
l'expérience dont il avoit befoin pour ce petit Ou
vrage , on voit qu'il réunit le fecours de la réflexion ,
& que tous les choix font motivés.
Recueilpour fervir de fuite aux lectures pour les
enfans & les jeunes gens , ou choix de petits Contes
également propres à les amufer & à leur infpirer le
goût de la vertu , in- 123 par M. Couret de Villeneuve,
Imprimeur du Roi , à Orléans . Prix , 1 livre
4 fols. A Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire , rue du
Jardinet.
C'est un choix piquant & fait avec goût de petits
contes , anecdotes , bons mots , idylles , maximes ,
&c. Il nous a paru remplir parfaitement fon titre &
répondre au væru de l'Auteur , qui eft d'amufer utilement
les enfans. Nous croyons même que les perfonnes
de tout âge pourront y trouver le plaifir &
l'inftruction.
L'Art du Dentifte joint à l'anatomie de la bou
che , avec des obfervations pour la confervation des
dents , & des inftructions très-intéreffuntes pour remédier
aux accidens qui accompagnent la fortie des
dents de lait , & auxquels la plupart des enfans
fuccombent faute defecours fuffifans , in- 12 ; par M
D *** , Chirurgien - Dentille à Paris . A Paris ,
chez Guillot , Libraire de MONSIEUR , rue de la
Harpe
Ce Traité nous a paru complet. L'Auteur entre
DE FRANCE.
143
dans tous les détails de fon Art. Bien convaincu que
le Dentiſte ne doit pas connoître feulement les
parties fur lefquelles il doit opérer, mais encore
celles qui en dépendent ; il a joint à fon Ouvrage
l'anatomie de la bouche. Cette partie manquoit à
tous lesTraités qui avoient para juſqu'ici ſur l'Odontalgie.
Hiftoire de l'Ancien & du Nouveau Teftament ,
& des Juifs , par le P. P. Dom Calmet , Religieux
Bénédictin , Abbé de Senones , pour fervir d'Introduction
à l'Histoire Eccléfiaftique de M. l'Abbé
Fleury , nouvelle Édition , en trois Volumes in-8°.
contenant les cinq Volumes in- 12 des précédentes
Éditions de Paris , à 12 liv. en feuilles , & 15 liv.
reliés , actuellement en vente. A Nifmes , chez
Beaume , Imprimeur - Libraire , & à Paris , ches
Defprez , Imprimeur- Libraire , rue S. Jacques,
Cet Ouvrage embraffe l'Hiftoire des Juifs , depuis
le commencement du monde jufqu'à la ruine du
Temple de Jérufalem , par les Romains. L'Auteur a
voulu le faire fervir d'Introduction à l'Hiftoire de
l'Eglife , compofée par M. l'Abbé Fleury. Il préfente
un Tableau très- intéreſſant des événemens qui ont
précédé l'établiffement de la Religion Chrétienne,
Almanach Américain , ou Etat phyfique , politi
que , eccléfiaftique & militaire de l'Amérique ; Ouvrage
qui comprend les forces , la population , les
loix , le commerce & l'adminiftration de chaque
Province de cette partie du Monde , &c,; par M.
P. D. L. R. C. A. L. T. de M. P. in- 12 . Prix ,
2 livres 8 fols. A Paris , chez l'Auteur de l'état des
Cours , rue Garancière ; & Lamy , Libraire , quai
des Auguftins.
L'idée de cet Ouvrage ne pouvoit être conçue
dans des temps plus favorables à fon fuccès. L'Amé,
rique fixe aujourd'hui les regards de l'Europe, &
{
144
MERCUREA
Aes détails exacts fur cette moitié du Monde doivent
être reçus avec intérêt. L'Auteur , quoiqu'il paroiffe
n'avoir rien négligé pour fatisfaire à la curioſité de
fes Lecteurs , reconnoît dans un avertiſſement modefte
que fon Ouvrage ne peut arriver du premier
pas à la perfection ; mais comme à titre d'Almanach
il doit être réimprimé tous les ans , il devient fufcep
tible des changemens & des additions néceffaires.
: Contes des Fées , par Ch . Perrault , de l'Acadé
mie Françoife , nouvelle Édition. A Paris , chez
Fournier & Onfroy , Libraires , rue de Hurepoix.
Les nombreuſes Editions de ces Contes nous dif
penfent de tout éloge. Nous nous contenterons de
dire que cette Édition eft la plus complette qu'on
air encore vue. On y a joint trois Contes en vers
qui n'avoient jamais été réunis aux Contes en
profe.
Fermer
11973
p. 144
« Pour les Annonces des Titres de la Gravure, de la Musique & des Livres nouveaux, voyez les [...] »
Début :
Pour les Annonces des Titres de la Gravure, de la Musique & des Livres nouveaux, voyez les [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Pour les Annonces des Titres de la Gravure, de la Musique & des Livres nouveaux, voyez les [...] »
Pour les Annonces des Titres de la Gravure
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
Fermer
11974
p. 144
TABLE.
Début :
L'Ombre de Vert-Vert, 97 Des Nations Sauvages avant [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
L'OMBRE de Vert- Vert, 97 | Bibliothèque Universelle des
Des Nations Sauvages avant Romans
l'établissement de la Pro - Concert Spirituel ,
priété , 104 Comedie Italienne ,
Enigme & Logogryphe , 116 Annonces & Notices ,
De la Paffion de l'Amour, 118]
126
135
138
141
L'OMBRE de Vert- Vert, 97 | Bibliothèque Universelle des
Des Nations Sauvages avant Romans
l'établissement de la Pro - Concert Spirituel ,
priété , 104 Comedie Italienne ,
Enigme & Logogryphe , 116 Annonces & Notices ,
De la Paffion de l'Amour, 118]
126
135
138
141
Fermer
11975
p. 97-98
De PÉTERSBOURG, le 12 Novembre.
Début :
SA MAJESTÉ IMPÉRIALE qui, le 23 du mois dernier, avoit fait une promotion [...]
Mots clefs :
Saint-Petersbourg, Prince Potemkin, Ordre de Saint-Vladimir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PÉTERSBOURG, le 12 Novembre.
De PETERSBOURG , le 12 Novembre.
SAA MAJESTÉ IMPÉRIALE qui , le 23 du
mois dernier , avoir fait une promotion
nombreufe dans le nouvel Ordre de Saint-
Wolodimir , qu'elle a inftitué , a fait au
commencement de celui - ci , la cérémonie
de revêtir de la Grand Croix le Feld - Maréchal
Prince de Gallitzin , le Procureur-
Général Prince Wafemski , les Généraux
Prince Potemkin , Prince Nicolas Repnin ,
& MM. de Bedskoy & Bedboroka . Elle
envoya par le Grand Maître des Cérémonies
cette décoration au Comte de Panin
au Comte Iwan Czernicheff & à M. Iwans
Iwanowitz de Schuwalow , auxquels l'état
de leur fanté ne permettoit pas de fe trouver
à la Cour : elle a été expédiée par des
"Couriers au Comte Czagar de Czernichew ,
Gouverneur Général de Mofcou , au Feld-
21 Décembre 1782 a
( 98 )
Maréchal Comte de Romanzow & au Comte
Grégoire Orlow.
Le Prince Potemkin , à fon retour du
voyage qu'il a fait à Cherfon , nous a donné
les détails les plus fatisfaiſans fur l'état de
cette nouvelle Ville , que S. M. I. a élevée
fur la mer noire. Elle approche de plus en
plus de fa dernière perfection. Les fortifications
font très-étendues ; fa garniſon confiſte
en 7 régimens , fes magafins font roujours
remplis de munitions de bouche &
de guerre ; on y conftruit des vaiffeaux ; le
trajet de cette Ville à Conftantinople n'eft
que de 3 jours,
SAA MAJESTÉ IMPÉRIALE qui , le 23 du
mois dernier , avoir fait une promotion
nombreufe dans le nouvel Ordre de Saint-
Wolodimir , qu'elle a inftitué , a fait au
commencement de celui - ci , la cérémonie
de revêtir de la Grand Croix le Feld - Maréchal
Prince de Gallitzin , le Procureur-
Général Prince Wafemski , les Généraux
Prince Potemkin , Prince Nicolas Repnin ,
& MM. de Bedskoy & Bedboroka . Elle
envoya par le Grand Maître des Cérémonies
cette décoration au Comte de Panin
au Comte Iwan Czernicheff & à M. Iwans
Iwanowitz de Schuwalow , auxquels l'état
de leur fanté ne permettoit pas de fe trouver
à la Cour : elle a été expédiée par des
"Couriers au Comte Czagar de Czernichew ,
Gouverneur Général de Mofcou , au Feld-
21 Décembre 1782 a
( 98 )
Maréchal Comte de Romanzow & au Comte
Grégoire Orlow.
Le Prince Potemkin , à fon retour du
voyage qu'il a fait à Cherfon , nous a donné
les détails les plus fatisfaiſans fur l'état de
cette nouvelle Ville , que S. M. I. a élevée
fur la mer noire. Elle approche de plus en
plus de fa dernière perfection. Les fortifications
font très-étendues ; fa garniſon confiſte
en 7 régimens , fes magafins font roujours
remplis de munitions de bouche &
de guerre ; on y conftruit des vaiffeaux ; le
trajet de cette Ville à Conftantinople n'eft
que de 3 jours,
Fermer
11976
p. 98-100
De COPENHAGUE, le 19 Novembre.
Début :
Le corps de la Princesse Charlotte-Amélie a été transporté hier & inhumé dans la [...]
Mots clefs :
Copenhague, Commandant, Vaisseau, Importations, Seigle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De COPENHAGUE, le 19 Novembre.
De COPENHAGUE , le 19 Novembre.
LE Le corps de la Princeffe Charlotte- Amélie
a été tranfporté hier & inhumé dans la
Chapelle Royale de Rothschil , fépulture
de la Famille Royale.
Par un placard publié le 11 de ce mois ,
le Roi a permis jufqu'au rer. Juillet de
l'année prochaine l'importation du feigle
étranger dans les Duchés de Shlefwick &
de Holftein , la Seigneurie de Pinneberg ,
Altona , & le Comté de Rantzau.
Deux bâtimens chargés pour le compte
de particuliers , font partis au commencement
de ce mois pour les Indes occidentales
, & 4 autres bâtimens ont fait voile
( 99 )
pour les Illes de l'Amérique , avec des cargaifons
de provifions .
On a ici des copies d'une lettre du Capi-
` taine Hatingercan , Commandant du vailleau
'de guerre Hollandois le Zierickzee , qui a péri
près de Schagen : elle préfente les détails fuivans
de ce défaftre .
Erant le 31 Octobre à la faite de l'efcadre &
du convoi , commandés par le Capitaine Van-der-
Beers , nous nous trouvâmes le 2 Novembre au
matin , un peu avant 5 heures , le Commandant
à environ un point au lof, & en avant de nous ,
le convoi tout près , ayant , depuis les 3 heures
du matin , continuellement fondé à notre bord , &
étant prêts à virer ; le Commandant en donna le
fignal que je fis répéter : mais dans le moment ,
le vaiffeau toucha le fond à la côte feptentrionale
du Jutland , entre Heifels & la pointe de Schagen ,
quoiqu'un moment avant cet accident malheureux ,
Te Pilote , placé à l'avant du vaislean , fût occupé
à fonder , & annonçât une profonder de 20 braffes
, ce qui m'avoit fait croire que nos étions
éloignés de terre. Nous fimes auffi- tôt nos efforts
pour remettre le vaifeau à flot , tant en retournant
les voiles, qu'autrement ; mais fans pouvoir y
réuflir , puifque dans le même moment le vaiffeau
fe brifa en-deffous & fe remplit d'eau. Je fis tout
ce qui étoit en mon pouvoir pour fauver l'équipage.
Une partie tâchant de fuir dans les chaloupes
& fur des radeaux , s'eft noyée . Il eft cependant
impoffible d'en marquer au jufte le nombre , car
mon monde eft difperfé en grande partie dans ce
pays aride. J'ai fourni & je fournis encore à ceux
qui fe préfentent fucceffivement quelqu'argent &
des paffeports pour qu'ils puiffent retourner dans
leur patrie , & y être employés à fon fervice.
Malgré le peu d'apparence d'y réuffir , je ferai
C 2
( 100 )
mon poffible pour repêcher les canons prefque tous
fubmergés , & pour retirer les débris . Je reste encore
ici à cet effet avec mes Officiers. Une petite prife
Angloife , dont notre efcadre s'étoit emparée ,
a lubi le même fort . Dès que mes affaires feront
tant foit peu arrangées ici , & que j'aurai employé
tous mes foins pour la confervation des effets ,
je partirai avec mes Officiers « .
LE Le corps de la Princeffe Charlotte- Amélie
a été tranfporté hier & inhumé dans la
Chapelle Royale de Rothschil , fépulture
de la Famille Royale.
Par un placard publié le 11 de ce mois ,
le Roi a permis jufqu'au rer. Juillet de
l'année prochaine l'importation du feigle
étranger dans les Duchés de Shlefwick &
de Holftein , la Seigneurie de Pinneberg ,
Altona , & le Comté de Rantzau.
Deux bâtimens chargés pour le compte
de particuliers , font partis au commencement
de ce mois pour les Indes occidentales
, & 4 autres bâtimens ont fait voile
( 99 )
pour les Illes de l'Amérique , avec des cargaifons
de provifions .
On a ici des copies d'une lettre du Capi-
` taine Hatingercan , Commandant du vailleau
'de guerre Hollandois le Zierickzee , qui a péri
près de Schagen : elle préfente les détails fuivans
de ce défaftre .
Erant le 31 Octobre à la faite de l'efcadre &
du convoi , commandés par le Capitaine Van-der-
Beers , nous nous trouvâmes le 2 Novembre au
matin , un peu avant 5 heures , le Commandant
à environ un point au lof, & en avant de nous ,
le convoi tout près , ayant , depuis les 3 heures
du matin , continuellement fondé à notre bord , &
étant prêts à virer ; le Commandant en donna le
fignal que je fis répéter : mais dans le moment ,
le vaiffeau toucha le fond à la côte feptentrionale
du Jutland , entre Heifels & la pointe de Schagen ,
quoiqu'un moment avant cet accident malheureux ,
Te Pilote , placé à l'avant du vaislean , fût occupé
à fonder , & annonçât une profonder de 20 braffes
, ce qui m'avoit fait croire que nos étions
éloignés de terre. Nous fimes auffi- tôt nos efforts
pour remettre le vaifeau à flot , tant en retournant
les voiles, qu'autrement ; mais fans pouvoir y
réuflir , puifque dans le même moment le vaiffeau
fe brifa en-deffous & fe remplit d'eau. Je fis tout
ce qui étoit en mon pouvoir pour fauver l'équipage.
Une partie tâchant de fuir dans les chaloupes
& fur des radeaux , s'eft noyée . Il eft cependant
impoffible d'en marquer au jufte le nombre , car
mon monde eft difperfé en grande partie dans ce
pays aride. J'ai fourni & je fournis encore à ceux
qui fe préfentent fucceffivement quelqu'argent &
des paffeports pour qu'ils puiffent retourner dans
leur patrie , & y être employés à fon fervice.
Malgré le peu d'apparence d'y réuffir , je ferai
C 2
( 100 )
mon poffible pour repêcher les canons prefque tous
fubmergés , & pour retirer les débris . Je reste encore
ici à cet effet avec mes Officiers. Une petite prife
Angloife , dont notre efcadre s'étoit emparée ,
a lubi le même fort . Dès que mes affaires feront
tant foit peu arrangées ici , & que j'aurai employé
tous mes foins pour la confervation des effets ,
je partirai avec mes Officiers « .
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11977
p. 100
De VARSOVIE, le 19 Novembre.
Début :
Le nouveau Conseil Permanent établi par la dernière Diète est déja en pleine activité ; [...]
Mots clefs :
Conseil permanent, Diète, Éducation, Commission, Varsovie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VARSOVIE, le 19 Novembre.
De VARSOVIE , le 19 Novembre.
Le nouveau Confeil Permanent établi par
la dernière Diète eft déja en pleine activité ;
il a ouvert fes premières féances , & réglé
les différens départemens. Comme la Diète
n'a pas acquitté les quatre Dicaftéres comptables
& les deux Commiffions du Tréfor
& de l'Education , la nouvelle Commiffion
du Confeil a mis fous le fcellé tout
l'argent qu'elle a trouvé en caiffe , & elle
fe propole de ne faire ufage que, des revenus
qu'elle touche actuellement. Quant à
celle de l'Education publique , on ignore ce
qu'elle fera.
Le Comte & la Comteffe du Nord arrivèrent
le 9 de ce mois à Byaliſtock , &
defcendirent chez la Caftellane Douairière
de Cracovie , foeur du Roi. Ils ont paffé
trois jours dans cette Ville , où s'étoient
affemblées un grand nombre de perfonnes
de la première diftinction , & ont pris en
partant la route de Pétersbourg , où ils fe
rendent directement.
Le nouveau Confeil Permanent établi par
la dernière Diète eft déja en pleine activité ;
il a ouvert fes premières féances , & réglé
les différens départemens. Comme la Diète
n'a pas acquitté les quatre Dicaftéres comptables
& les deux Commiffions du Tréfor
& de l'Education , la nouvelle Commiffion
du Confeil a mis fous le fcellé tout
l'argent qu'elle a trouvé en caiffe , & elle
fe propole de ne faire ufage que, des revenus
qu'elle touche actuellement. Quant à
celle de l'Education publique , on ignore ce
qu'elle fera.
Le Comte & la Comteffe du Nord arrivèrent
le 9 de ce mois à Byaliſtock , &
defcendirent chez la Caftellane Douairière
de Cracovie , foeur du Roi. Ils ont paffé
trois jours dans cette Ville , où s'étoient
affemblées un grand nombre de perfonnes
de la première diftinction , & ont pris en
partant la route de Pétersbourg , où ils fe
rendent directement.
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11978
p. 101
De VIENNE, le 27 Novembre.
Début :
On a commencé depuis quelques jours les enrôlemens qui se font annuellement [...]
Mots clefs :
Vienne, Enrôlements, Orage, Hongrois, Héritages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VIENNE, le 27 Novembre.
De VIENNE , le 27 Novembre.
ON a commencé depuis quelques jours
les enrôlemens qui fe font annuellement
à cette époque ; ils formeront cette année
une levée de 30.000 hommes , dont 10,000
refteront au fervice , les autres 20,000 auront
des congés , quelques uns pour un tems
limité , d'autre pour un tems illimité.
On mande de Presbourg que le 9 de ce
mois on y a éprouvé un orage terrible qui
a duré près de 24 heures avec la même
violence , & que le jour fuivant il y eft
tombé une quantité fi prodigieufe de neige ,
que les perfonnes les plus âgées ne fe fouviennent
pas d'en avoir vu autant à la fois.
Une ancienne Loi ne permettoit pas aux
Hongrois de prendre poffeffion des héritages
qui venoient à leur écheoir dans les Etats
héréditaires d'Allemagne , fans payer des
droits au fifc ; l'Empereur vient de les leur
remettre , & d'ordonner qu'ils ne foient plus
perçus à l'avenir.
ON a commencé depuis quelques jours
les enrôlemens qui fe font annuellement
à cette époque ; ils formeront cette année
une levée de 30.000 hommes , dont 10,000
refteront au fervice , les autres 20,000 auront
des congés , quelques uns pour un tems
limité , d'autre pour un tems illimité.
On mande de Presbourg que le 9 de ce
mois on y a éprouvé un orage terrible qui
a duré près de 24 heures avec la même
violence , & que le jour fuivant il y eft
tombé une quantité fi prodigieufe de neige ,
que les perfonnes les plus âgées ne fe fouviennent
pas d'en avoir vu autant à la fois.
Une ancienne Loi ne permettoit pas aux
Hongrois de prendre poffeffion des héritages
qui venoient à leur écheoir dans les Etats
héréditaires d'Allemagne , fans payer des
droits au fifc ; l'Empereur vient de les leur
remettre , & d'ordonner qu'ils ne foient plus
perçus à l'avenir.
Fermer
11979
p. 101-105
De HAMBOURG, le 30 Novembre.
Début :
La plupart de nos papiers ne présentent aujourd'hui que des observations & des faits [...]
Mots clefs :
Hambourg, Femmes, Religion, Porte, Russie, Crimée, Forteresse, Esprit, Filles, Messie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De HAMBOURG, le 30 Novembre.
De HAMBOURG , le 30 Novembre.
LA plupart de nos papiers ne préfentent
aujourd'hui que des obfervations & des faits
relatifs aux différends prêts à s'élever entre
la Ruffic & la Porte au fujet de la Crimée.
Nous nous contenterons de les tranfcrire .
» Les dernières lettres de Conftantinople , difente
3
( 102 )
ils , font' du 25 Octobre ; elles portent qu'un nouvel
incendie a éclaté dans cette malheureufe ville
le zi du même mois ; mais que graces aux foins
& à la vigilance du Capitan Bacha , on eft parvenu
à l'éteindre fans qu'il ait caulé beaucoup de dommage
. Le peuple toujours inconféquent & dont
les voeux ardens vont toujours au- delà de les
moyens , que prefque toujours ils l'empêchent de
confidérer , continue de demander la guerre ,
laquelle le Divan , mieux inftruit de la fituation
de l'Empire , s'oppofe encore avec fermeté ; mais
il eft à craindre que le gouvernement ne foit obligé
de céder ; & comme dans ce cas , il peut y avoir
quelques rencontres entre les troupes des deux Puiffances
, la Hongrie & les autres Etats de la Maifon
d'Autriche , que leur pofition met à portée des
endroits où pourront fe porter les coups , feroient
expolés à quelques excurfions . On affure qu'en
conféquence on avoit ordre de mettre en état de
défenfe toutes les frontières de ce côté. On doit
élever une nouvelle fortereffe près de la rivière
de Marofch , non loin de Témefwar , rétablir celles
de Brodt & de Gradiska , près de la Save , augmenter
les fortifications de Péterwaradin & d'Effeck ,
& mettre Segedin & Krad en état de couvrir la
Hongrie «.
Une lifte qu'en dit authentique porte la
population des Royaumes de Galicie & de
Lodomerie à 1,112,442 hommes & 1,093 ,
311 femmes , tous de la Religion Chrétienne,
à 68,601 Juifs & 70,472 Juives ; ce qui fait
en tout 2,344,826 perfonnes . On compte
dans ces deux Etats T066 Eglifes Catholiques,
2955 Eglifes Grèques avec 188. Couvents
d'hommes , 28 Convents de femmes , 2722
Religieux , 678 Religieufes , 483 Hopitaux &
244 Synagogues.
( 103 )
L'Empereur , écrit-on de Vienne , le croyoit
en pleine paix avec les Régences Barbarefques
pour la navigation de fes vailleaux dans la Médi
terranée , loriqu'il a appris , par fon Conful à
Gênes , qu'un corfaire Algérien , qui n'avoit que
6 canons , avoit ofé appeller à l'obéiffance un bâ
timent Impérial , dont l'artillerie étoit fupérieure à
la fienne. Le Capitaine de celui - ci , loin de fe prêter
à ce qu'on exigeoit de lui , envoya toute fa bordée
au corfaire , qui fut obligé de lâcher prife. La
Régence d'Alger , inftruite de ce fait , à déclaré
qu'elle ne vouloit plus entendre parler ni de traité
ni de trève avec notre Cour. S. M. I. pour prévenir
les conféquences de cette déclaration a ordonné
à ſon Envoyé à la Porte d'y réclamer en fon
nom l'exécution du traité de Belgrade de 1735 »
par lequel la Cour Ottomane a promis à la notre
de protéger fon commerce dans toute l'étendue
de fes mers ; & même en cas qu'un vaiffeau Impérial
y fût pris ou infalté , de fe charger de tout
dédommagement. On attend à cet égard la réponſe
de la Pone «.
On apprend de Ratisbonne que le Directoire
de Mayence a communiqué à la Dictature
une lettre du Prince- Evêque de Spire ,
en date du 11 de ce mois , par laquelle il lui
fait part qu'en conféquence de l'ordre donné
par l'Empereur , il y a quelques jours , de
vendre tout ce qui lui appartenoit dans la
fortereffe de Philipsbourg , à l'exception de
l'artillerie qu'il falloit tranfporter dans fes
Etats , & d'en faire fortir la garniſon Impériale
, le Prince- Evêque , après que cet
ordre a été exécuté a pris poffeffion de
cette fortereſſe évacuée , en qualité de Souverain
, & y a mis une garnifon de fes troupes;
€ 4
( 104 )
il le notifie à la Dière , afin qu'on lui affure
préfentement & pour toujours , à lui & à
fon Evêché , la propriété de cette Ville &
de fes dépendan ces.
On lit dans la Gazette de Berlin un fait
bien extraordinaire. Il y a été publié par
ordie de la Chambre Royale de Juftice.
Nous nous contenterons de le tranfcrire.
5כ
Jean- Paul - Philippe Rofenfeld , ci-devant garde
bois dans les forêts du Roi , renvoyé il y a quelques
années , pour avoir fabriqué de faux billets de bois ,
s'attacha depuis à fe faire un parti parmi le bas peu
ple , auquel il prêcha une nouvelle religion ,
2
s'accrédita fi fort dans l'efprit de ces hommes ignorans
, qu'en qualité de leur nouveau législateur il
difpofoit de la fortune , des femmes & des filles de
ceux qu'il avoit féduits . Il fe dit le véritable Meffie envoyé
de Dieu , & prononça anathême , non-feulement
contre la Ste- Cène & le Baptême , inftitués par J. C.;
mais il défendit expreffément à fes profelytes d'allif
ter à aucuns des cultes divias reçus de nos jours . Enfin
s'etant rendu coupable du crime de lèze- majeſté
par les difcours les plus féditieux en promettant
publiquement à fes adhérens que pour les rendre
parfaitement heureux & indépendans , il parviendroit
à extirper toute juftice féculière , il fut arrêté
il y a quelques années comme fanatique , & enfermé
à l'hopital des fous ; on n'avoit découvert
jufque - là aucunes de fes autres intrigues criminelles.
Il fe tira de là par un changement de conduite
qui parut fans reproche ; mais il reprit bien- tôt toutes
fes mauvaifes & anciennes habitudes ; un de fes fectaires
, qui ouvrit enfin les yeux fur l'abomination
de fa doctrine , le déclara. C'eft par lui qu'on fut
inftruit que ce nouvel apôtre fous prétexte de la
religion qu'il prêchoit , menoit aux dépens de fes
? 10s )
difciples la vie la plus licencieufe , la plus volup
tucufe & la plus puniflable , en donnant des lettres
de divorce felon fon bon plaifir , & indiftinctement
aux maris & aux femmes qui refufoient d'embraffer
fa fecte. Il avoit gagné tant d'autorité far fon troupead
, que méme pendant qu'il étoit détenu dans la
maifon de force , on lui amena une fille de 15 ans ,
dont il abufa en préfence de fa mère & de fes parens
, dans la vie d'opérer le grand oeuvre de la
rédemption du geore humain , & il eut dans la fuite
fept autres jeunes filles qui furent remifes à fa difpofition
par les adhérens ; il abafa de toutes , de manière
cependant quedu nombre des 7 il n'y eut qu'une feule
qui devint enceinte . Il a retenu long- tems ces fept
files dans une maifon , où il les faifoit filer , en
les traitant fi durement , que probablement elles font
mortes de faim & de misère. Il y a en outre des indices
irrefragables d'un meurtre qu'une de ces filles
a commis fur fon propre enfant , vraisemblablement
à la perfuafion ou avec la participation de ce fcélérat .
C'eft abfolument aux dépens de fes difciples qu'il
a vécu , ils ont fourni à tous fes befoins . Tous les
témoins , out affirmé unanimement , n'avoir jamais
remarqué en lui aucune aliénation ou égarement
d'efprit ; ce jugement a été confirmé par les méde
cins & autres perfonnes expertes appellés pour juger
de l'état & des facultés de fon efprit : C'eft fur toutes
ces preuves , & pour s'être rendu coupable de
crimes atroces , fous le mafque de la religion , de
blafphême , de lèze- majefté & c. , que le fufdit Rofenfeld
a été condamné , avec l'approbation du Roi ,
à être fouetté publiquement par la main du bour→
reau , & à être enfermé pour le refte de fes jours
dans une fortereffe , pour y être employé aux trayaux
publics «c,
LA plupart de nos papiers ne préfentent
aujourd'hui que des obfervations & des faits
relatifs aux différends prêts à s'élever entre
la Ruffic & la Porte au fujet de la Crimée.
Nous nous contenterons de les tranfcrire .
» Les dernières lettres de Conftantinople , difente
3
( 102 )
ils , font' du 25 Octobre ; elles portent qu'un nouvel
incendie a éclaté dans cette malheureufe ville
le zi du même mois ; mais que graces aux foins
& à la vigilance du Capitan Bacha , on eft parvenu
à l'éteindre fans qu'il ait caulé beaucoup de dommage
. Le peuple toujours inconféquent & dont
les voeux ardens vont toujours au- delà de les
moyens , que prefque toujours ils l'empêchent de
confidérer , continue de demander la guerre ,
laquelle le Divan , mieux inftruit de la fituation
de l'Empire , s'oppofe encore avec fermeté ; mais
il eft à craindre que le gouvernement ne foit obligé
de céder ; & comme dans ce cas , il peut y avoir
quelques rencontres entre les troupes des deux Puiffances
, la Hongrie & les autres Etats de la Maifon
d'Autriche , que leur pofition met à portée des
endroits où pourront fe porter les coups , feroient
expolés à quelques excurfions . On affure qu'en
conféquence on avoit ordre de mettre en état de
défenfe toutes les frontières de ce côté. On doit
élever une nouvelle fortereffe près de la rivière
de Marofch , non loin de Témefwar , rétablir celles
de Brodt & de Gradiska , près de la Save , augmenter
les fortifications de Péterwaradin & d'Effeck ,
& mettre Segedin & Krad en état de couvrir la
Hongrie «.
Une lifte qu'en dit authentique porte la
population des Royaumes de Galicie & de
Lodomerie à 1,112,442 hommes & 1,093 ,
311 femmes , tous de la Religion Chrétienne,
à 68,601 Juifs & 70,472 Juives ; ce qui fait
en tout 2,344,826 perfonnes . On compte
dans ces deux Etats T066 Eglifes Catholiques,
2955 Eglifes Grèques avec 188. Couvents
d'hommes , 28 Convents de femmes , 2722
Religieux , 678 Religieufes , 483 Hopitaux &
244 Synagogues.
( 103 )
L'Empereur , écrit-on de Vienne , le croyoit
en pleine paix avec les Régences Barbarefques
pour la navigation de fes vailleaux dans la Médi
terranée , loriqu'il a appris , par fon Conful à
Gênes , qu'un corfaire Algérien , qui n'avoit que
6 canons , avoit ofé appeller à l'obéiffance un bâ
timent Impérial , dont l'artillerie étoit fupérieure à
la fienne. Le Capitaine de celui - ci , loin de fe prêter
à ce qu'on exigeoit de lui , envoya toute fa bordée
au corfaire , qui fut obligé de lâcher prife. La
Régence d'Alger , inftruite de ce fait , à déclaré
qu'elle ne vouloit plus entendre parler ni de traité
ni de trève avec notre Cour. S. M. I. pour prévenir
les conféquences de cette déclaration a ordonné
à ſon Envoyé à la Porte d'y réclamer en fon
nom l'exécution du traité de Belgrade de 1735 »
par lequel la Cour Ottomane a promis à la notre
de protéger fon commerce dans toute l'étendue
de fes mers ; & même en cas qu'un vaiffeau Impérial
y fût pris ou infalté , de fe charger de tout
dédommagement. On attend à cet égard la réponſe
de la Pone «.
On apprend de Ratisbonne que le Directoire
de Mayence a communiqué à la Dictature
une lettre du Prince- Evêque de Spire ,
en date du 11 de ce mois , par laquelle il lui
fait part qu'en conféquence de l'ordre donné
par l'Empereur , il y a quelques jours , de
vendre tout ce qui lui appartenoit dans la
fortereffe de Philipsbourg , à l'exception de
l'artillerie qu'il falloit tranfporter dans fes
Etats , & d'en faire fortir la garniſon Impériale
, le Prince- Evêque , après que cet
ordre a été exécuté a pris poffeffion de
cette fortereſſe évacuée , en qualité de Souverain
, & y a mis une garnifon de fes troupes;
€ 4
( 104 )
il le notifie à la Dière , afin qu'on lui affure
préfentement & pour toujours , à lui & à
fon Evêché , la propriété de cette Ville &
de fes dépendan ces.
On lit dans la Gazette de Berlin un fait
bien extraordinaire. Il y a été publié par
ordie de la Chambre Royale de Juftice.
Nous nous contenterons de le tranfcrire.
5כ
Jean- Paul - Philippe Rofenfeld , ci-devant garde
bois dans les forêts du Roi , renvoyé il y a quelques
années , pour avoir fabriqué de faux billets de bois ,
s'attacha depuis à fe faire un parti parmi le bas peu
ple , auquel il prêcha une nouvelle religion ,
2
s'accrédita fi fort dans l'efprit de ces hommes ignorans
, qu'en qualité de leur nouveau législateur il
difpofoit de la fortune , des femmes & des filles de
ceux qu'il avoit féduits . Il fe dit le véritable Meffie envoyé
de Dieu , & prononça anathême , non-feulement
contre la Ste- Cène & le Baptême , inftitués par J. C.;
mais il défendit expreffément à fes profelytes d'allif
ter à aucuns des cultes divias reçus de nos jours . Enfin
s'etant rendu coupable du crime de lèze- majeſté
par les difcours les plus féditieux en promettant
publiquement à fes adhérens que pour les rendre
parfaitement heureux & indépendans , il parviendroit
à extirper toute juftice féculière , il fut arrêté
il y a quelques années comme fanatique , & enfermé
à l'hopital des fous ; on n'avoit découvert
jufque - là aucunes de fes autres intrigues criminelles.
Il fe tira de là par un changement de conduite
qui parut fans reproche ; mais il reprit bien- tôt toutes
fes mauvaifes & anciennes habitudes ; un de fes fectaires
, qui ouvrit enfin les yeux fur l'abomination
de fa doctrine , le déclara. C'eft par lui qu'on fut
inftruit que ce nouvel apôtre fous prétexte de la
religion qu'il prêchoit , menoit aux dépens de fes
? 10s )
difciples la vie la plus licencieufe , la plus volup
tucufe & la plus puniflable , en donnant des lettres
de divorce felon fon bon plaifir , & indiftinctement
aux maris & aux femmes qui refufoient d'embraffer
fa fecte. Il avoit gagné tant d'autorité far fon troupead
, que méme pendant qu'il étoit détenu dans la
maifon de force , on lui amena une fille de 15 ans ,
dont il abufa en préfence de fa mère & de fes parens
, dans la vie d'opérer le grand oeuvre de la
rédemption du geore humain , & il eut dans la fuite
fept autres jeunes filles qui furent remifes à fa difpofition
par les adhérens ; il abafa de toutes , de manière
cependant quedu nombre des 7 il n'y eut qu'une feule
qui devint enceinte . Il a retenu long- tems ces fept
files dans une maifon , où il les faifoit filer , en
les traitant fi durement , que probablement elles font
mortes de faim & de misère. Il y a en outre des indices
irrefragables d'un meurtre qu'une de ces filles
a commis fur fon propre enfant , vraisemblablement
à la perfuafion ou avec la participation de ce fcélérat .
C'eft abfolument aux dépens de fes difciples qu'il
a vécu , ils ont fourni à tous fes befoins . Tous les
témoins , out affirmé unanimement , n'avoir jamais
remarqué en lui aucune aliénation ou égarement
d'efprit ; ce jugement a été confirmé par les méde
cins & autres perfonnes expertes appellés pour juger
de l'état & des facultés de fon efprit : C'eft fur toutes
ces preuves , & pour s'être rendu coupable de
crimes atroces , fous le mafque de la religion , de
blafphême , de lèze- majefté & c. , que le fufdit Rofenfeld
a été condamné , avec l'approbation du Roi ,
à être fouetté publiquement par la main du bour→
reau , & à être enfermé pour le refte de fes jours
dans une fortereffe , pour y être employé aux trayaux
publics «c,
Fermer
11980
p. 106-107
De LIVOURNE, le 20 Novembre.
Début :
La Foire franche & annuelle de Corail qui se tient dans cette saison pour la vente [...]
Mots clefs :
Livourne, Foire, Corail, Commerce, Peine, Dettes, Engagements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De LIVOURNE, le 20 Novembre.
De LIVOURNE , le 20 Novembre.
LA Foire franche & annuelle de Corail
qui fe tient dans cette faifon pour la vente
de cette pêche , vient de fe renouveller avec
tant de fuccès qu'elle à produit cette année
100,000 fequins .
Le Grand-Duc , la Grande- Ducheffe & les
Archiducheffes font partis pour Pife , où ils
fe propofent de paffer l'hiver.
» Il a été publié un Edit qui défend aux Tribunaux
de prononcer la peine de prison pour dettes civiles ,
contre les débiteurs infolvables , & contre ceux que
la misère a jettés entre les mains de préteu s avides.
On n'excepte de cette faveur que les dépofiraires
infidèles , & les dettes contractées pour fait de
commerce. La raifon de ces deux exceptions eft
fentible . Dans le premier cas , le dol eft manifefte ,
& dans le fecond , la Jurifprudence univerfelle dụ
commerce , veut que le débiteur foit foumis à la
peine de la frifon. Or , fi entre deux pays qui ont
des rapports de commerce , l'un ne donnoit pas aux
créanciers de l'autre une sûreté égale à celle qu'il en
reçoit relativement aux engagemens des Commercans
, il s'établiroit nécellairement une ulure conti
nuelle contre celui des deux qui offriroit à l'autre
une moindre fécurité pour la tenue des engagemens « .
Le bruit court qu'au mois de Décembre
prochain l'Empereur fera un voyage dans
ce grand Duché , & que delà il ira à Rome
rendre fa vifite au Souverain Pontife.
29
Les Repréfentans de cette République en Dalmatie
& dans les Ifles du Levant , écrit- on de Venice ,
ont informé le Gouvernement , qu'il étoit preſqu'im
( 107 )
poffible d'obvier à l'émigration des habitans , qui
augmentoit tous les jours , & qui étoit déterminée
par la cherté des vivres , dont le prix n'eft pas
encore prêt à baiffer . Ces avis ajoutent que plufieurs
milliers de perfonnes , & même des familles entières ,
font allées s'établir fur le territoire de la maiton
d'Autriche , & même dans les Etats Ottomans «.
LA Foire franche & annuelle de Corail
qui fe tient dans cette faifon pour la vente
de cette pêche , vient de fe renouveller avec
tant de fuccès qu'elle à produit cette année
100,000 fequins .
Le Grand-Duc , la Grande- Ducheffe & les
Archiducheffes font partis pour Pife , où ils
fe propofent de paffer l'hiver.
» Il a été publié un Edit qui défend aux Tribunaux
de prononcer la peine de prison pour dettes civiles ,
contre les débiteurs infolvables , & contre ceux que
la misère a jettés entre les mains de préteu s avides.
On n'excepte de cette faveur que les dépofiraires
infidèles , & les dettes contractées pour fait de
commerce. La raifon de ces deux exceptions eft
fentible . Dans le premier cas , le dol eft manifefte ,
& dans le fecond , la Jurifprudence univerfelle dụ
commerce , veut que le débiteur foit foumis à la
peine de la frifon. Or , fi entre deux pays qui ont
des rapports de commerce , l'un ne donnoit pas aux
créanciers de l'autre une sûreté égale à celle qu'il en
reçoit relativement aux engagemens des Commercans
, il s'établiroit nécellairement une ulure conti
nuelle contre celui des deux qui offriroit à l'autre
une moindre fécurité pour la tenue des engagemens « .
Le bruit court qu'au mois de Décembre
prochain l'Empereur fera un voyage dans
ce grand Duché , & que delà il ira à Rome
rendre fa vifite au Souverain Pontife.
29
Les Repréfentans de cette République en Dalmatie
& dans les Ifles du Levant , écrit- on de Venice ,
ont informé le Gouvernement , qu'il étoit preſqu'im
( 107 )
poffible d'obvier à l'émigration des habitans , qui
augmentoit tous les jours , & qui étoit déterminée
par la cherté des vivres , dont le prix n'eft pas
encore prêt à baiffer . Ces avis ajoutent que plufieurs
milliers de perfonnes , & même des familles entières ,
font allées s'établir fur le territoire de la maiton
d'Autriche , & même dans les Etats Ottomans «.
Fermer
11981
p. 107-128
De LONDRES, le 10 Novembre.
Début :
On n'a point de nouvelles de New-Yorck, depuis celles qui nous ont appris le départ [...]
Mots clefs :
Londres, New York, Discours, Amérique, Paix, Chambre, Indépendance américaine, Parlement, Adresse, Roi, Nation, Ministres, Moment, Traité, Guerre, Edmund Burke, William Pitt, Partie, Ennemis, État, Américains, Événement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De LONDRES, le 10 Novembre.
De LONDRES , le 10 Novembre.
Onn'a point de nouvelles de New-Yorck,
depuis celles qui nous ont appris le départ
de l'Amiral Pigot avec une partie de fes vailfeaux
& des troupes pour les Illes , où l'on
préfumoit qu'il feroit bientôt fuivi par l'Amiral
Hood avec le reſte de la flotte . Tout
eft fur le Continent dans le même état d'inaction
, qui a été celui de toute cette campagne
dans ces contrées , tant de notre part que de
celle des Américains. Quant à l'évacuation
de Charles Town , on a vu par les pièces
publiées des négociations faites par les principaux
habitans de cette place avec le Gouvernement
Américain de la Caroline , que
fon évacuation étoit alors réfolue , mais à
préfent fon exécution paroît incertaine.
Nous n'avons aucune nouvelle des Illes
depuis l'arrivée des dépêches de M. Archibald
Campbell , Gouverneur de la Jamaïque , qui
nons fait part de fon expédition contre les
Espagnols , dont le but étoit de faire échouer
l'attaque qu'ils méditoient contre nos établiffemens
de Mufquito au Cap Gracias à
€ G
( 108 )
Dio , & qui a été rempli. Le fort fitué à Blakriver-
Bluff où il y avoit une garniſon Efpagnole
, a capitulé le 31 Août. Dans toutes ces
opérations nous n'avons pas fait beaucoup
de mal à nos ennemis ; mais nous les
avons empêché de nous en faire...
Ces dépêches de la Jamaïque font du 10
Octobre & à cette époque on ne favoit rien
encore au fujet des vaifleaux de l'escorte de
la flotte de cette Ifle dont le fort nous
inquiète encore. Quelques papiers prétendoient
que par un navire arrivé de St - Thomas
à Cork , on avoit appris que la Villede
Paris & le Glorieux étoient entrés -le 4
Octobre à Antigues. Mais il y a long- tems
qu'on a répandu le bruit que ces vaiffeaux
étoient arrivés à cette deftination fans que
cette nouvelle fe foit confirmée , & il eft en
effet bien à craindre qu'elle ne le foit pas davantage.
La Refource qui n'a quitté les Ifles
que le 16 , n'a point entendu parler de cet
évènement , & il eft très- douteux que nous
ayons véritablement conquis une feconde
fois ces vaiffeaux fur les mers & les tempêtes.
Quant à l'Hector , il eft certainement perdu
pour nous .
Maintenant l'attention générale eſt tournée
fur des objets plus importans ; les bruits
de paix qui fe font répandus à la fin du mois
dernier , que la prorogation du Parlement ,
la lettre de M. Towshend au Lord-Maire &
aux Direct urs de la Banque avoit fortifiés ,
commencent à baiffer ; le difcours du Roi
( 109 )
au Parlement n'a pas détruit toutes les
espérances ; mais il paroît que la Nation
qui la defiroit ne penfe plus de même ,
ou du moins que le fuccès du ravitaillement
de Gibraltar , qui a rappellé la victoire
inutile de l'Amiral Rodney , l'a ramenée
au deffein de continuer la guerre , pour
obtenir des conditions plus avantageufes ;
c'eft dans les premiers débats du Parlement
que l'on trouve cette révolution dans les
opinions , & qu'on peut découvrir à préfent
la marche que va fuivre le parti de
l'Oppofition. C'est une raifon pour donner
ici quelques détails aux féances.
-
Les , après que le Roi fe fut retiré , le Marquis
de Carmarthen fir , dans la Chambre haute , la
motion d'une adreſſe à S. M. - » Je n'ai pas befoin
dit- il , de vous faire fentir la néceffité de l'unanimité
dans le moment actuel , le plus critique où l'Angleteire
fe foit jamais trouvée. Le monde vient d'éprouver
une révolution ; l'Amérique fe fépare des
Domaines Britanniques & forme un Erat indépendant.
La conformité de langue , de religion , d'ufage & de
caractère , rétablira , fans doute , & confervera longtems
l'affection & la correfpondance entre les
Colonies & la Mère- Patrie . J'e père que l'Amérique
ne fera pas entièrement perdue pour la G B. Mais
s'il arrivoit que les négociations actuelles pour la
paix fflent rompues par quelqu'accident imprévu ,
je ne doute point que l'efprit public de ce pays ne
mette les Miniftres de S. M. en éta de poursuivre la
guerre avec vigueur. La Marine eft dans un état de
force & de gloire qui nous promet des fuccès , fi
c'est encore aux armes à décider la queftion. Mais
comme dans ce cas la fituation de notre marine nous
donne des efpérances , c'eft un encouragement de
( 110 )
-
plus pour négocier la paix . Quel moment plus fa
vorable pourroit - on cheifir pour remplir un objet f
defiré que celui où nos ames ont été victorieufes
fur mer & fur terre ? Le Lord Sandwich ne s'oppofa
point à l'adreffe propofée , heureux , dit- il , de
donner cette marque de fa fidélité & de fa reconnoiffance.
Ce moment critique , ajouta- t- il , exige
de l'unanimité Nos ennemis profiteroient de nos
divifions , fi elles éclatoient à l'infant d'une négo
ciation d'où dépend en grande partie le falut du
Royaume. Cependant , en appuyant l'adreſſe , je ne
prétends pas m'interdire le droit d'expofer mon
opinion fur les objets qu'elle renferme , lorsqu'ils
feront difcutés en forme par les Pairs. Quelqu'importante
que fuiffe paroître la conjoncture préfente ,
ce n'eft pas là l'inftant de fe décourager. La dernière
campagne a été glorieufe pour nous . La maison de
Bourbon a échoué abfolument dans fes grands projets
. L'ennemi a été repouffé de Gibraltar par les
efforts vigoureux & conftants d'un brave & habile
Officier. Cette place a été trouvée imprenable.
L'activité fans exemple & les brillans fuccès d'un
Amiral expérimenté , ont empêché nos ennemis
d'attaquer la Jamaïque. Ces évènemens ont relevé
les efprits abattus de la Nation , & l'autorisent à
prétendie aux termes de paix les plus honorables.
Quelqu'épuifé que puiffe paroître le Royaume aux
yeux de ceux qui voient tout en noir , il a toujours
d'affez grandes reffources pour continuer une guerre
dont je me flatte que l'iffue feroit glorieufe pour la
Nation . Nous avons donc des droits à une paix
honorable , jute & égale , & c'eft à une paix de
cette nature que je donnerai mon confentement. Les
Négociateurs employés aujourd'hui , doivent éviter
de fe lier par des reftrictions auifibles aux intérêts
du Royaume , s'il arrivoit quelque nouvel évènement.
Je me fais trouvé dans une pofition ſemblable à la
leur j'ai appris à connoître le caractère des pere
( 111)
:
fonnes avec lesquelles ils ont à traiter , & je ne
doute point un inftant que fi nos ennemis avoient ,
dans le cours de la négociation , quelques fuccès
inattendus , ils porteroient aufi - tôt leurs demandes
au plus haut degré ; & je crois qu'il eft de la prudence
de nous réferver le même droit. Le Lord
Radcor obferva que dans le projet d'adreſſe on avoit
paflé fous filence la phrafe importante où S. M. die
qu'en offrant l'indépendance aux Américains , elle a facrifié
toutes les confidérations particulières au vaa
& aux defirs de fon Parlement & de fon Peuple ,
& il propofa un amendemert que le Lord Shelburne
ayant la , approuva par un figne de tête . Le Lord
Storment prit alors la parole : Je ne m'oppofe point,
dit-il , à l'adreile . Dans la circonftance actuelle nos
ennemis ont les yeux fixés fur nous is épient le
moment de la défunion & du mécontentement , &
fe tiennent toujours prêts à fomenter ces divifions
domeftiques qui ont fi long- tems déchiré la Conftitution
de ce pays dans l'intérieur , & arrêté le fuccès
de fes armes au- dehors. Mais je n'entends point parlà
renoncer au frivilége de combattre dans le cours
des débats futurs les articles du plan de pacification
générale qui me paroîtront contraires aux intérêts
de la Netion. Le confentement donné à une adreffe
en réponse au difcours de S. M. à l'ouverture d'une
feffion , ne peut être un obftacle à la liberté d'ofinion
, qui fait un des droits les plus précieux des
Pairs de la G. B. On ne deit point inférer de mon
aveu que j'a , prouve dans toute leur étendue les vues
& les principes contenus dans cette adreffe . Le
Marquis de Carmarthen obferve que le moment
actuel est une époque de gloire & de victoire.
» Jamais , dit- il , les forces navales de la G. B.
n'ont été fi redoutables à hos ennemis «. J'en
félicite bien fincèrement la Chambre & la Nation' ,
& j'espère que des fuccès fi éclatans influeront fur
la pais , qui ne fera conclue qu'aux conditions les
(112 )
plus juftes & les plus honorables . Suivant le dif
cours émané du Trône , les offres de paix faites par
S. M. ont deux motifs , le voeu de fon Parlement &
l'opinion de fes Peuples . Mais la vérité de l'une &
l'autre de ces propofitions n'eft rien moins que démontrée.
Je conviens qu'on a obtenu de la Chambre
des Communes une décifion favorable au projet d'ac
corder l'indépendance de l'Amérique ; mais cette approbation
n'a point eu lieu dans celle- ci , où la queſtion
n'a pas même été agitée . On ne peut donc pas dire que.
le Parlement ait favorisé ce projet par fon aveu ; & je
ne crois point que l'opinion particulière d'un Corps
ait autorisé un facrifice qui intéreffe fi vivement la
Nation. Je me fuis répandu parmi les differentes
claffes de citoyens , pour obferver leurs opinions ,
connoître celles qui font les plus populaires. Il s'en
faut de beaucoup que le public en général approuve
de parti que nous prenons de reconnoître l'indépen
dance de l'Amérique ; c'eft une confidération de la
dernière importance pour la G. B. & je doute fort
que la Nation foit difpofée à l'admettre dans toute
fon étendue. Auffi les raifons d'après lefquelles le
Roi s'eft déterminé à l'offrir aux Etats d'Amérique ,
ne font ni folides ni admiffibles dans les circonstan
ces actuelles. Je n'ignore pas les moyens que l'on
a employés pour confoler la Nation aux yeux de
Jaquelle l'indépendance de l'Amérique étoit une
perspective douloureuſe , & pour détourner fes
idées d'un objet auffi important . Pour moi je n'ai
l'efprit ni affez délié ni affez pénétran: pour comprendre
les péculations raffinées que l'on fait aujourd'hui
. Le commerce de l'Amérique a toujours
été reconnu effentiel - au bien- être de l'Angleterre.
Nul fophifme ne fauroit détruire l'importance de
cette confidération ; & prétendre que l'indépendance
nous affure la continuation de ce commerce , c'eft
avo er en probléme que tous les calculs poffib'es
ne peuvent réfoudre. La perte d'un objet auf pié
71739ད
cieux fe fait fentir doublement forfque l'on confi
dère qu'il n'y a encore en évidence rien de ftipulé
pour empêcher ce commerce de tomber eatre les
mains de nos ennemis & de contribuer à augmenter
leurs forces . Je rappellerai aux Miniftres l'obfervation
folide du Lord Sandwich , qui connoît parfaitement
le plan d'une régociation de paix . Je les
exhorte à faivre ſon confeil , parce que l'offie dindépendance
faire aux Américains , paroît définitivement
aflurée en cas de paix , foit dans le moment
préfent , foit dans toute époqre à venir. Les
treize Etats unis doivent la recevoir , & leurs Alliés
participer à fes avantages , en quelq e tems que la
paix foit concle . Sous ce point de vue les deffeins
des ennemis naturels du Royaume font complettemet
remplis , & leur premier objet eft dicifivement
affré en continuant la guerre . Nous ne pou
vons plus revenir fur un article préliminaire auffi
important dans le fyftême général de pacifi ation .
Une autre circonftance s'offie encore , le difcours
de S. M. annonce que dans la négociation de la
paix , les Miniftres n'ont pas l'intention de ftipuler
pour faire rentrer dans leurs propriétés les malheureux
qui ont exposé leurs vies & facrifié leurs
fortunes par un principe de loya ité & d'attachement
envers leur Souverain & leur Pays. Comment
excufer ce procédé inhumain ? La fituation des Catalans
lorfqu'ils furent réduits fous la domination
Efpagnole , fut même préférable à celle où fe trouvent
maintenant les Américains loyaux , fuivant les
termes de la négociation actuelle . Les Catalans quoique
rébelles à leur fouverain légitime ' , quoiqu'armés
contre lui , & réduits à la néceflité de fe mettre à la
merci da vainqueur , obtinrent de rentrer dans la
jouiffance de leurs biens , qui cependant pouvoient
être confifqués felon le droit des gens . Si ces Catalans
ont été traités avec tant de douceur , les Américains
loyaux , qui fe font facrifiés pour la G. B. ,
( 114 )
n'ont- ils pas les droits les plus facrés à la commifération
& à la protection , dans tous les traités de paix
quelle peut négocier ? —En entrant dans la Chambre,
je ne m'étois point propofé , dit alors le Lord
Shelburne , d'expliquer mes fentimens avec étendue ,
fur le difcours de S. M. , & je m'étois flatté que ma
concurrence facile à l'a treffe propotée auroit fuff
dans les circonstances actuelles ; mais ce que vient
de dire le Noble Lord , m'oblige à parler. Ma poff
tion délicate m'empêche toute réponſe directe ; le fe
cret eft abfolument néceffaire dans une négociation
de paix , & il m'eft impofible d'éclaircir par des fans
les remarques du Noble Lord. Cependant , je ne faurois
cacher mon étonnement de ce qu'il a établi tous
fes argumens fur un paffage mal-entendu du difcours
de S. M. , pour aller au-devant des objections ; je
vais lire ce paffage. » Je n'ai point hésité à me fervir
dans toute leur étendue des pouvoirs dont je fuis
revêtu , ayant reconnu qu'il eft impoffible d'obtenir
autrement une réconciliation cordiale & entière avec
les Colonies de l'Amérique Septentrionale , & j'ai
offert de les déclarer Eats libres & indépendans ,
par un article qui fera inféré dans le traité de Paix,
On eft convenu d'articles provifoires , qui auront
leur effet quand on aura définitivement réglé des
termes de paix , avec la cour de France Le fens
de ce paffage eft fi clair que , je ne conçois pas cemment
il a été mal- entendu o tourné de manière à
faire croire que , par cet article inféré auffi dans le
traité de Paix , l'indépendance de l'Amérique étoit à
tout évènement, définitivement reconnue . Je fuis également
étonné de voir que la voix du Parlement & de
la Nation , n'a point favorifé l'indépendance de l'Amérique.
Sur quel fondement l'ancien Miniſtère s'eftil
donc démis de fes fonctions ? Sur quel fondement
le Ministère actuel a- t- il donc pris les rênes du Gou
vernement ? Une décifion précife de la Chambre des
Communes n'a- t- elle point fait connoître l'avis de ce
·
( 115 )
Corps & lorfque la même queftion fut propofée'
aux Pairs , n'ai - je point entendu dans la place où je
me trouve aujourd'hui , que les Miniftres recon
noifoient que la voix de la Nation étoit contr'eux , '
& qu'ils étoient déterminés à fe retirer ? Ce fut là
l'évènement qui fa va à la dernière Adminiſtration la
douleur & la hon e de voir les opinions de leurs Seigneuries
fe récrier contr'ens. Le Noble Lord a amplifié
fur notre fituation reſpectable , & fur la baffelle
qu'il y auroit dans un moment auffi brillant
d'accepter une paix humiliante . Quoique je ne voye
point de raison pour craindre , quoique je fente tous
les motifs qui pourroient déterminer à faire des
efforts vigoureux ; je ne fuis en aucune manière
porté à envifaget les affaires fous le même point
de vue que lui . Je connois combien ma pofition
eft difficile & importante ; les fervices feuls que
je devois à l'Etat ont pu me déterminer à pren
dre un polte dont les devoirs , felon les apparences
, devoient réfléchir auffi peu d'honneur
fur mei que fur ma Patrie : mais puifque je
retrace ces triftes réflexions , je dois rappeller
que je n'ai point attiré fur la Nation les malheurs
dont elle fe fent accablée ; c'eft l'Antenr de l'Acte
du Thé qui a femé le germe de la guerre Américaine
! c'est lui qui eft la caufe de notre humiliation
& de la douleur que j'éprouve dans ce moment.
Le noble Lord a parlé des Miniftres & des
Confeils Efpagnols ; je n'aime ni à choifir , ni à
imiter des modèles femblables ; je crois n'avoir oublié
aucune démarche pour mettre à l'abri les intérêts
de toutes les parties liées avec ce pays , ou
qui fe font dévouées avec loyauté à fervir fes intérêts.
Cependant je n'ai point réffi dans mon
entreprife ; fi j'ai échoué , ce n'eft point par négli
gence , mais par néceffité . Le Lord Shelburne termina
modeftement fon Difcours , en proteftant que
s'il parvenoit à être utile à la Patrie , il ne devroit
fes fuccès qu'aux talens diftingués avec lesquels
-
( 116 )
--
fes Collègues dans le Ministère rempliffent leurs
importantes fonctions . L'adreffe & l'amendement
ayant pallé à la pluralité des voix , la Chambre
s'ajourna à huit heu.es & demie .
Cette féance intéreflante éclaircit quelques
obfcurités que le difcours du Roi
n'avoir pas levées , & confirma quelques
articles du traité qu'on avoit commencé à
prévoir ; elle montre auffi l'opinion du
Minifère fur la véritable fituation de la
Grande Bretagne , fur lembarras où il eft de
continuer la guerre , fur l'idée qu'on doit
fe former de cette campagne , que la Nition
trouve fi glorieufe , & qui nous laiffe
cependant dans le même état cù nous nous
trouvames à la fin de la précédente , quis
fut fi déf ftreufe pour nous. Les débats
de la Chambre des Communes offrent à
peu près les mêmes réſultats avec quelques
réflexions curieufes fur la campagne du
Lord Howe .
و
Ce fut M. Yorck qui propofa l'adreffe de
remercîment ; elle eft comme toutes les
pièces de ce genre , la répétition du difcours
du Roi , & la plus grande approbation de
fa conduite, M. Fox ouvrit les débats par le
difcours fuivant.
Je ne puis paffer fous filence , dit- il , un oubli ou
une négligence d'expreffion dans le difcours du Roi ,
que je puis , à plus jufte titre , appeller le difcours
da Miniftre. Il y eft dit que S. M. , depuis la
clôture de la dernière feffion , a cu grand foin
d'empêcher toutes hoftilités offer.fives en Amérique,
Il elt certain que cette réfolution ne peut pas être
( 117 )
datée de l'époque mentionnée dans le Difcours . Si
cette opinion s'accréditoit , elle jetteroit une tache
indelebile fur ma ré utation , ai fi que fur celle
des Pairs & des perfonnages honorables qui compofoient
alors le Minitère. ( Ici M. Pit , Chancelier
de l'Echiq ier , obferva qu'il paroilloit que
l'on n'avoit pas donné une attention fuffifante au
difcours , qui certainement n'impliquoit pas une
pareille infinuation ; fur quoi cette partie du dif
cours fut lue une feconde fois ) . Alors M.
Fox reprit la parole : la fingularité des expreffions
de cet article m'a fait defirer une explication ,
& je fuis heureux d'apprendre que la liberté vient
de trouver un nouvel afyle , pifque 1 Amérique
eft déclarée libre & indépendante. Mais pourquoi
l'appelle- t-on fimplement les Etats d'Amérique , au
lieu de dire les Etats - Unis d Amérique , ainfi qu'elle
eft qualifiée dans la lettre de M Townshend ,
Secrétaire d'Etat , au Lord Maire de Londres ? Je
vois avec la plus grande fatisfaction que l'indépen
dance de l'Amérique eft établie fur la bafe la plus
permanente, Nous lui accordons aujourd'hui , de
la manière la moins équivoque , une liberté, pour
laquelle elle a combattu co irageufement. Mais le
Ministère actuel n'a point de part à cet évènement
qui comble les voeux de la Nation. La G. B. &
l'Amérique doivent à une autre adminiftration cet
acte de bienfaisance & de juftice . Je fuis bien éloigné
cependant de blâmer le Lord Shelburne d'avoir
adopté des mefures fages & prudentes . Les amis de
l'humanité applaudiront à ce témoignage de fagefe ,
quoique le projet n'émane pas de lui ou de fes Col
lègues , & je puis l'affurer , ainfi que les amis
qu'il ne fera jamais obligé de fe juftifier devant
la Nation d'avoir acquiefcé à des conditions d'indépendance
& de pacification avec l'Amérique.
Exifte-t-il un homme affez borné pour defirer la
continuation d'une guerre préjudiciable aux intérêts
( 118 )
des deux pays Exifte - t-il un être affez vil pour
continuer d'afurer , à l'exemple de certaines perfonnes
, que l'Amérique , devenue indépendante ,
éclipferoit pour toujours le foleil de la G. B. Je
fuis certain que les Américains & les Anglois ne
tarderont pas à s'unir étroitement par les noeuds
de l'amitié & du commerce. Que Dieu me préferve
de ne point concourir au glorieux traité adopté par
le Lord Shelburne , fi avantageux pour la Mère- Patric
& pour les Colonies . Jamais l'Amérique ne fera
indifférente aux intérêts de la G. B. Les Citoyens
des deux Nations feront amis d'âge en âge , leur
moeurs font les mêmes. C'eſt le même lang qui
coule dans leurs veines .... Notre également nous
a reiné. Il eft tems d'ouvrir les yeux , & de renoncer
à de vains pojets. Il y a des gens qui parlent de
l'évènement d'aujourd'hui , comme d'une conceffion
faite à la liberté ; mais ils fe trompent ; c'est la
néceffité qui nous guide ; nous fommes forcés de
donner ce que notre orgueil combattoit depuis fi
long- tems pour accorder ... Combien n'eft- il ppas ma
heureux qu'en démembrant une partie de l'Empire
nous ne donnions pas ànos Colonies une preuve de no.
tre bienveillance ; la reconnoiffance del in Jépendance
de l'Amérique nous a été arrachée par la force de les
armes , par celles de fes alliés , Les premières ouver
tures du traité actuel viennent d'une lettre que S. M.
m'a fait écrire à M. Grenville à Paris . Pareille lettre
a été envoyée au Chevalier Guy Carleton à New-
Yorck. Aucune de ces lettres n'a été dictée par le
Ministère actuel. C'eft au public à connoître à qui
il eft redevable de cet exemple trop tardif de la fageffe
des Miniftres de la G. B. Exemple cependant
qui fera admiré dans les fiècles les plus reculés par
tous les philofophes & par tous les amis de l'homme.
Après cela M. Fox traça un tableau rapide
des opérations de la dernière campagne. I!
fit l'éloge le plus pompeux du Général Elliot qu'il
appelle le Héros des Héros , il rendit auffi le tribut
( 119 )
d'hommages & de reconnoillance que la Nation doit
au Lord Howe & au Lord Keppel ; mais il ne dit pas
un mot de l'Amiral Rodney .
:
Le Gouverneur Johnfton , loin d'approuver le dif
cours de M. Fox , témoigna fon mécontentement
de l'article de la harangue de S. M. , fur lequel
cet honorable Membre venoit de déployer toute fa
rhétorique. Je n'aurois jamais imaginé , dit-il , qu'une
affaire auf importante que celle de la reconociffance
de l'indépendance de l'Amérique , pût être
terminée avant d'avoir préalablement pris l'avis
du Parlement. Il paffa enfuite au ravitaillement de
Gibraltar , & il déclara hautement que notre efcadre
s'étoit honteufement retirée devant celle de
l'ennemi. Il cita particulièrement l'avant - garde ,
commandée par l'Amiral Barington , qu'il affura
s'être éloignée , le lendemain du combat , de quatre
lieues à l'eft de l'armée combinée. Je ne prétends
point dire , ajouta-t- il , à qui nous devons attribuer
une pareille conduite mais ce n'eſt point la feule
faute ; on en a fait plufeurs autres encore moins
excufables. En conféquence , je ne donnerai point
mon confentement à cette partie de l'adreffe où
l'on fait tant d'éloges d'un Commandant dont je
je ne puis approuver la conduite. Le Lord North
témoigna fa fatisfaction de voir l'adreffe paffer fans
amendement. Dans la circonftance préfente , dit-il ,
il est du devoir d'un bon patriote de fignaler fon
zèle en foutenant le Gouvernement ; & je n'aurois
point moi - même importané la Chambre de mes
obfervations , fans quelques articles de l'adreffe ,
fur lefquels je prendrai la liberté de faire une ou
deux remarques . Malgré mon attachement à feconder
les Miniftres actuels dans toutes les mesures
raifonnables qu'ils prendront , foit pour la paix ,
foit pour la guerre , je ne pais m'empêcher , pour
le moment , de m'élever contre cette partie de
l'adreffe qui approuve le traité proviſoire , conclu
avec l'Amérique , avant de faire connoître les con120
)
--
ditions. Je crois devoir confeiller aux Miniftres de
ne point mettre trop de précipitation à terminer
l'ouvrage de la paix . La G. B. eft dans une fituation
qui lui donne le droit de prétendre à des
conditions honorables. Il entra alors dans des
détails fur l'étendue de nos reffources , comparées
avec celles de nos ennemis , & démontra que notre
pofition étoit bien loin d'être défefpérée . - M. le
Chancelier Pitt répondit qu'il recueilloit , avec le
plus grand plaifir , toutes les obfervations des
Membres de la Chambre , & qu'il ne doutoit point
que le réſultat de ces diverfes opinions ne fervit
à diriger la conduite de l'Adminiftration. J'espère ,
ajouta t-il , ête , fous peu de jours , en état d'informer
la Chambre des conditions auxquelles on
fera convenu d'un traité de paix générale. Il y
auroit , pour le moment , la plus grande impru
dence à en dire davantage. Après quelques autres
difcours de M. Burke , du Chancelier Mawbey &
de M. Smith , la motion pour l'adrefle palla , &
la féance fut terminée «.
-
L'affaire du difcours du Roi & de l'adreffe
en réponſe ne fut pas irrévocablement terminée
dans cette féance ; les débats fe renouvellèrent
le lendemain , 6 , dans la Chambre
des Communes.
Après quelques difcuffions fur des objets qui ne
fixent point encore toute l'attention du public , M.
Fox fe leva & dit : » Je fuis fâché qu'on me croie
partifan de l'indépendance Américaine . Rien n'eft
plus faux. Dès le commencement de la querelle , je
me fuis conftamment oppofé à toutes les mefures
que je prévoyois devoir produire cette indépendance
que je regarde comme une grande calamité , que
perfonne ne déplore plus fincèrement que moi. Mais
aufli- tôt que j'ai vu qu'elle feroit pour la G. B. une
calamité moindre que la continuation d'une guerre
ruineufe
( 121 )
Tuinenfe , j'ai pensé que la feule reffource qui reftât
à cet Empire , à la veille de fa deftruction , étoit de
reconnoître l'indépendance de l'Amérique . Mais le
principal motif de mon difcours , eft de favoir ce
qu'on peut répondre à une queftion que je vais faire
aux Miniftres. Il eft d'autant plus néceffaire qu'ils
s'expliquent fur la difficulté qui m'arrête , que ce
font eux qui y ont donné lieu. J'ai appris que l'indépendance
de l'Amérique avoit été reconnue par le
premier article du traité provifoire . Or je voudrois
favoir fi elle a été reconnue de manière qu'aucun
évènement à venir ne puiffe changer notre réfolution
fur cet objet , s'il eft encore en notre pouvoir
de revenir fur cette reconnoiffance , & fi le traité
provifoire aura fon effet auffi-tôt que la paix fera
conclue avec la France quelque chofe qui puiffe
arriver ? J'aime à croire que l'indépendance eft
irrévocablement reconnue , car quoique plufieurs
perfonnes penfent que l'Amérique feroit alors au
pouvoir de la France , je fuis au contraire fermement
perfuadé que la France feroit au pouvoir de
l'Amérique. En effet lorfque l'on faura dans les
Colonies que le grand objet pour lequel elles ont
pris les armes eft complettement rempli , & qu'il ne
inanque plus rien , pour mettre fin aux hoftilités ,
que le confentement de la France à des termes de
paix juftes & raiſonnables , je ne doute pas que les
Américains , voyant que ce n'eft plus pour leur
caufe mais pour celle de la France qu'ils combattent ,
n'infiftent auprès de la Cour de Verfailles pour la
déterminer à accepter ces conditios , de manière
que felon toutes les apparences ce moyen nous fera
obtenir une paix plus avantageufe que celle que
nous pourrions conclure , en ne reconnoiffant que
conditionnellement cette indépendance. MM .
Townshend & Pitt entrèrent alors dans des détails
d'où il femble réfulter qu'en effet l'indépendance eft
reconnue fans condition . M. Burke fe leva alors ,
21 Décembre 1782.
f
( 122 )
tenant à fa main le difcours imprimé dont il fit la
critique la plus détaillée & la plus févère. » Je regarde
, dit-il , le Miniftre comme coupable du délit
le plus grave , pour avoir ofé mettre dans la bouche
du Roi des expreffions par lesquelles S. M. rejette
fur le Parlement tout le blâme de la réſolution prife
de reconnoître l'indépendance de l'Amérique. La
preuve de ce que j'avance , exiſte dans la répugnance
apparente avec laquelle S. M. déclare qu'elle l'a
reconnue par égard pour le voeu de fon Parlement.
Cette phrafe implique une cenfure du Parlement ,
fur-tout quand on voit le Miniftre faire tomber le
Roi à genoux après cette déclaration , pour prier le
Tout-puiffant de détourner les maux qui pourroient
réfulter d'un fi grand démembrement de l'Empire.
J'ai fouvent entendu des formules de prieres dans
les Eglifes , mais c'eft la premiere fois que j'en
trouve une dans un difcours du Roi à fon Parlement
, c'est un tour d'hypocrifie joué aux dépens de
cette Affemblée. La conftruction grammaticale , le
fens de la phrafe, rien dans le difcours ne prouve que
l'indépendance ait été reconnue fous condition par
les articles provifoires. Or , comme on fait qu'un
des Miniftres du Roi a donné ailleurs un fens tout
différent à la manière dont elle a été reconnue dans
les articles provifoires ; qu'il y a des divifions dans
le Cabinet , & que les Miniftres qui ont dit une
choſe dans un endroit , en diſent une toute différente
dans un autre , la Chambre a lieu de craindre qu'on
ne veuille la furprendre & l'induire en erreur dans
une circonftance auffi importante & auffi critique.
Si le doute ne partoit que fur M. Pitt , dont je
connois l'honneur & l'intégrité , la déclaration
qu'il vient de faire ne me laifferoit aucune inquiétude
; mais quand on penfe à l'auteur du difcours ,
on fent que la Chambre n'a que trop de raifons de
s'allarmer des engagemens qu'elle a pris par fon
adieffe en réponse au difeours , d'autant plus que
( 123 )
לכ
toutes les conféquences qui pourront en réfulter ;
font mifes ouvertement à fa charge. M. Burke lut
enfuite un paffage du difcours où le Roi déclare
qu'il a facrifié toutes les confidérations perfonnelles
au vou de fon peuple. Il s'arrêta affez long- tems
fur le mot confidération , & demanda ce que le
Miniftre entend en faifant dire à S. M. qu'elle
avoit des confidérations différentes du vou de fes
Peuples. » Cette idée , dit - il , eſt également nouvelle
, anti-conftitutionnelle & impropre. Reprenant
enfuite l'examen du Difcours , il lut un autre
paffage , J'attribue , fous la bénédiction de Dieu ,
cet Etat refpectable à l'entière confiance qui fubfifte
entre moi & mon Peuple , & à la promptitude
avec laquelle les habitans de Londres & des autres
parties de mcn Royanme fe font montrés pour
veiller à la sûreté commune . Des Particuliers ont
dernièrement donné des preuves de patriotisme
qui feroient honneur à tous les âges & à tous les
Pays . M. Burke prétendit que tout cela n'étoit
qu'une chatlatanerie pour tromper la Nation , que
le Chevalier Lowther étoit la feule perfonne à
laquelle cette dernière phrafe pût faire allufion
mais que la poli ique miniftérielle multiplie fauf
fement un facrifice dans la vue d'engager en effet
d'autres citoyens à les réitérer . Au furplus l'encouragement
donné à ces contributions volontaires
eft , felon lui , auffi illegal que ridicule , puifqu'il
ne pourroit produire aucun fecours intéreffant
& que d'ailleurs il étoit déshonorant pour un grand
Empire comme la G. B. que le Gouvernement allât
en quelque forte demander l'aumône de ville en
ville , tandis que la Chambre votoit généreusement
des millions pour le foutien de l'Etat . M. Burke ne
fut pas plus indulgent pour la fin du diſcours ; felon
lui , les Miniftres y font eux-mêmes leur éloge de
la manière la plus révoltante , puifqu'il eft clair
qu'en parlant des hommes dont les talent & les ferf
2
(
124
vices méritent des récompenfes ; c'eft eux- mêmes
qu'ils ont en vue .
Si je pouvois , continue - t - il , à l'exemple de
quelques-uns qui font actuellement en place , & qui
étoient autrefois rangés dans le parti de l'Oppofition,
me permettre un tel langage , j'appellerois ce difcours
, un tiffu de platitudes & d'argumens fpécieux.
N'étoit- ce pas mettre la patience du Parlement à
l'épreuve la plus forte , que de l'obliger à l'entendre ,
à en devenir l'écho ? Et cependant il a foutenu cette
épreuve fans témoigner fon humeur. Les Miniftres
nous recommandent la prudence ; mais peut- on l'attirer
dans cette enceinte avec la même facilité qu'on
y fait accouir certains Membres , par l'appât d'un
billet de la Tréforerie ? La prudence ne s'inculque
pas d'un coup de baguette , & la partie du difcours
qui nous recommande le défintéreffement , eft un
outrage fait au Parlement , en laiffant douter de fes
principes. M. Burke s'étendit prodigieufement
fur ce fujet ; & recoenoiffant lui-même combien il
devenoit prolixe , il pria la Chambre de lui pardonner
fes lengueurs , alléguant pour fon excufe
qu'un long texte exigeoit un long commentaire.
-
Le Chancelier de l'Echiquier fe leva enfuite ; &
l'Orateur lui ayant rappellé qu'il avoit parlé : mon
motif, repliqua M. Pitt , eft fi défagréable , & lat
tâche qui m'eft impofée eft fi pénible , que je confentirois
volontiers à ne point reprendre la parole ,
fi certains paffages du difcours de M. Burke ne me
mettoient dans la néceffité indiſpenſable de fixer de
nouveau l'attention de la Chambre fur l'importance
du fujet qui l'occupe actuellement , de lui rappeller
qu'elle doit approfondir le fens du difcours prononcé
par le Roi , & y répondre par une adreffe également
férieufe & réfléchie. Ce n'eft pas le moment de plaifanter
: l'adreffe dont il s'agit , n'admet pas non plus
de pareils écarts ; ce n'eft pas le moment de donner
carrière à une imagination brillante & féconde.
Nous devons effayer de rompre la baguette ma-
2
( 125 )
gique , & montrer les chofes telles qu'elles font.
Notre devoir eft d'examiner mûrement la crife dans
laquelle fe trouve la Patrie , & de nous efforcer ,
en adoptant des mefures fages , bien combinées &
conformes à la faine politique , de détourner le
danger qui la menace , de la délivrer des dépenfes
& des embarras de la guerre , & de lui procurer
une paix honorable. Le Membre qui a parlé , s'eſt
livré tellement à fon imagination , que j'ignore s'il
a eu le deffein de parler férieuſement. Il m'eft d'autant
plas difficile de comprendre fon but , qu'hier
il a femblé approuver l'adreffe , à chaque partie de
laquelle la Chambre a donné unanimement fon
fuffrage. ( M. Fox & plufieurs autres Membres s'écrièrent
, cela n'eft pas , cela n'eft pas ) . Au moins ,
dit M. Pitt , puifqu'elle a paffé nemine contradicente ,
je dois penfer que l'honorable Membre a conclu
que l'examen férieux du difcours ayant été terminé
hier , il ne reftoit aujourd'hui qu'à s'égayer. Je ne
faurois autrement rendre raifon de la manière dont
il a traité l'objet férieux qui occupe la Chambre :
on pourroit lui reprocher d'avoir débité des bonf
fonneries ; mais les graces qu'il fait prêter à fes
penfées , ne permettent pas d'employer cette expreffion
. Le difcours de S. M. ne contient rien qui puifle
autorifer à le tourner en ridicule . Le langage en eft
fimple , clair , plein de franchife , & adapté aux
circonftances . L'adreffe de la Chambre eft également
conçue dans les termes convenables . Je prie
donc la Chambre de difcuter férieufement cette
matière , afin que les Miniftres de S. M. fachent
quelle eft la partie de ce difcours contre laquelle on
peut former des objections. L'honorable Membre
révoque en doute ma fincérité relativement àl'explication
que j'ai donnée des articles provifoires .
Je ne fais s'il veut infinuer que je fuis capable d'avancer
des chofes à double entente , au moment où
je prends la parole comme Miniftre , & où je réf
3
( 126 )
-
:
ponds explicitement à une queftion claire . Je me
Alatte que mon intégrité , qui n'a reçu juſqu'à préſent
aucune atteinte , me conciliera la bienveillance de la
Chambre , & qu'elle ne me foupçonnera point d'être
capable d'une duplicité auffi-baffe & auffi fcandaleuſe.
Si j'ai laiffé pafler l'adreffe , dit alors M. Fox ,
ce fit après avoir fait connoître les articles que je
défapprouvois. Il prit enfuite la défenſe de fon ami
M. Burke , appuya fes raifons fur l'adreffe même ,
& ajouta Le Miniftre , effrayé de reconnoître
l'indépendance de l'Amérique , a rejetté fur le
Parlement ce pefant fardeai ; & le montrant avec
effronterie dans l'arêne , il a pouffé l'audace au
point de faire blâmer par le Roi la conduite du
Parlement , qui le forçoit à la reconnoître. Ce trait
de politique a dévoilé les projets du Miniftère
actuel ; nous en voyons la trame ourdie dans le
fein de la fauffeté . Anglois , on veut vous priver
de votre liberté , en vous faifant haïr vos Repréfentans
! Après cette apoftrophe , M. Fox reprocha
à M. Pitt de s'être étayé fur fon caractère privé ,
pour donner encore plus de poids à fa déclaration
miniftérielle. Il fe déchaîna enfuite contre l'article
du difcours , par lequel la Couronne demande au
Parlement , avec le mafque de l'ingénuité & la fubtilité
d'un ferpent , de déployer la fermeté , fa prudence
, fon défiatérelement : ce paffage feul , dit- il ,
bouleverse toute notre conflitution . Le Miniftre
répond de fa conduite ; il eft fajet à fa cenfure &
à fes jugemens. Aujourd'hui il veut commander à
fes maîtres , & nous enlever nos droits pour en
couvrir la tête couronnée qu'il fait agir . Si la
Chambre a befoin de principes de défintér ffement
, ce n'eft pas dans l'antre obfcur de la corruption
& du vice qu'elle ira les chercher ; la
Trésorerie ne lui fervira point de modèle. M. Fox
reprit fur le même ton tout le difcours du Roi
& finit par affirmer , avec cette confiance fi ratu- .
relle à un Orateur tel que lui , que le difcours de
( 127 )
M. Burke avoit été auffi éloquent que perfuafif ,
& que M. Pitt avoit choifi avec adreffe les points
de fa critique , rien n'étant plus aifé que d'attaquer
l'efprit de M. Burke , & plus difficile que de
répondre à fes argumens . Ici M. Fox s'adreffant
au Général Conway , le pria de déclarer s'il éntendoit
que la reconnoiffance de l'indépendance de
l'Amérique , dans les articles provifoires , étoit fans
conditions. Le Général , Conway répondit brièvement
: Il est évident que la reconnoiffance eft fans
conditions , & je ne vois point pourquoi on auroit
employé la rufe , puifque le traité lui - même ſera
foumis au Parlement fous peu de jours. A fept
heures l'adreffe fut lue une feconde fois , & la
Chambre fe fépara «.
Ces premiers débats nous préparent à
de vives oppofitions ; celles qu'éprouvera
la paix font craindre qu'elle ne foit pas
auffi prochaine qu'on avoit lieu de l'efpérer ,
& que la campagne prochaine n'ait lieu ;
elle peut nous être moins avantageufe , &
nous donner enfuite de vifs regrets de na
voir pas traité dès à préfent.
" Le floop de guerre le Swallow , écrit- on de
Portsmouth , a appareillé pour l'Oueft avec des dépêches.
Le 7 au matin , le Commodore Elliot a levé
l'ancre , & a mis à la mer de Spithéad , avec les vaiffeaux
le Romney , l'Ariane , l'Anſon & deux curters.
Il a ordre de croifer devant Oueffant avec les
2 premiets , pour obferver les mouvemens de l'efcadre
Françoife actuellement dans le port de Brest
l'Anfon doit aller à Sainte -Lucie «<.
Les bâtimens de tranfport qui arrivent de
Gibraltar ont ordre de faire une quarantaine
de 14 jours au Mother - Bank.
£
4
( 128 )
Tous les régimens , dit un de nos papiers , an
deffous du 60e , feront réformés auffi- tôt que le
traité de paix fera figné , & les Officiers de ces régimens
, qui feront mis à la demi - paye , pafferont
fuivant leur rang d'ancienneté dans les anciens
régimens pour la défenſe de la G. B. , dès qu'il
vaquera des places , foit par mort , foit par promotion
. Cette réforme devient indifpenfable , puifque
nous n'aurons plus de troupes à Boſton , à New-
Yorck , à Philadelphie , à Charles -Town , à Savanah
, à St- Auguftis , à Minorque & peut-être à
Gibraltar «.
Onn'a point de nouvelles de New-Yorck,
depuis celles qui nous ont appris le départ
de l'Amiral Pigot avec une partie de fes vailfeaux
& des troupes pour les Illes , où l'on
préfumoit qu'il feroit bientôt fuivi par l'Amiral
Hood avec le reſte de la flotte . Tout
eft fur le Continent dans le même état d'inaction
, qui a été celui de toute cette campagne
dans ces contrées , tant de notre part que de
celle des Américains. Quant à l'évacuation
de Charles Town , on a vu par les pièces
publiées des négociations faites par les principaux
habitans de cette place avec le Gouvernement
Américain de la Caroline , que
fon évacuation étoit alors réfolue , mais à
préfent fon exécution paroît incertaine.
Nous n'avons aucune nouvelle des Illes
depuis l'arrivée des dépêches de M. Archibald
Campbell , Gouverneur de la Jamaïque , qui
nons fait part de fon expédition contre les
Espagnols , dont le but étoit de faire échouer
l'attaque qu'ils méditoient contre nos établiffemens
de Mufquito au Cap Gracias à
€ G
( 108 )
Dio , & qui a été rempli. Le fort fitué à Blakriver-
Bluff où il y avoit une garniſon Efpagnole
, a capitulé le 31 Août. Dans toutes ces
opérations nous n'avons pas fait beaucoup
de mal à nos ennemis ; mais nous les
avons empêché de nous en faire...
Ces dépêches de la Jamaïque font du 10
Octobre & à cette époque on ne favoit rien
encore au fujet des vaifleaux de l'escorte de
la flotte de cette Ifle dont le fort nous
inquiète encore. Quelques papiers prétendoient
que par un navire arrivé de St - Thomas
à Cork , on avoit appris que la Villede
Paris & le Glorieux étoient entrés -le 4
Octobre à Antigues. Mais il y a long- tems
qu'on a répandu le bruit que ces vaiffeaux
étoient arrivés à cette deftination fans que
cette nouvelle fe foit confirmée , & il eft en
effet bien à craindre qu'elle ne le foit pas davantage.
La Refource qui n'a quitté les Ifles
que le 16 , n'a point entendu parler de cet
évènement , & il eft très- douteux que nous
ayons véritablement conquis une feconde
fois ces vaiffeaux fur les mers & les tempêtes.
Quant à l'Hector , il eft certainement perdu
pour nous .
Maintenant l'attention générale eſt tournée
fur des objets plus importans ; les bruits
de paix qui fe font répandus à la fin du mois
dernier , que la prorogation du Parlement ,
la lettre de M. Towshend au Lord-Maire &
aux Direct urs de la Banque avoit fortifiés ,
commencent à baiffer ; le difcours du Roi
( 109 )
au Parlement n'a pas détruit toutes les
espérances ; mais il paroît que la Nation
qui la defiroit ne penfe plus de même ,
ou du moins que le fuccès du ravitaillement
de Gibraltar , qui a rappellé la victoire
inutile de l'Amiral Rodney , l'a ramenée
au deffein de continuer la guerre , pour
obtenir des conditions plus avantageufes ;
c'eft dans les premiers débats du Parlement
que l'on trouve cette révolution dans les
opinions , & qu'on peut découvrir à préfent
la marche que va fuivre le parti de
l'Oppofition. C'est une raifon pour donner
ici quelques détails aux féances.
-
Les , après que le Roi fe fut retiré , le Marquis
de Carmarthen fir , dans la Chambre haute , la
motion d'une adreſſe à S. M. - » Je n'ai pas befoin
dit- il , de vous faire fentir la néceffité de l'unanimité
dans le moment actuel , le plus critique où l'Angleteire
fe foit jamais trouvée. Le monde vient d'éprouver
une révolution ; l'Amérique fe fépare des
Domaines Britanniques & forme un Erat indépendant.
La conformité de langue , de religion , d'ufage & de
caractère , rétablira , fans doute , & confervera longtems
l'affection & la correfpondance entre les
Colonies & la Mère- Patrie . J'e père que l'Amérique
ne fera pas entièrement perdue pour la G B. Mais
s'il arrivoit que les négociations actuelles pour la
paix fflent rompues par quelqu'accident imprévu ,
je ne doute point que l'efprit public de ce pays ne
mette les Miniftres de S. M. en éta de poursuivre la
guerre avec vigueur. La Marine eft dans un état de
force & de gloire qui nous promet des fuccès , fi
c'est encore aux armes à décider la queftion. Mais
comme dans ce cas la fituation de notre marine nous
donne des efpérances , c'eft un encouragement de
( 110 )
-
plus pour négocier la paix . Quel moment plus fa
vorable pourroit - on cheifir pour remplir un objet f
defiré que celui où nos ames ont été victorieufes
fur mer & fur terre ? Le Lord Sandwich ne s'oppofa
point à l'adreffe propofée , heureux , dit- il , de
donner cette marque de fa fidélité & de fa reconnoiffance.
Ce moment critique , ajouta- t- il , exige
de l'unanimité Nos ennemis profiteroient de nos
divifions , fi elles éclatoient à l'infant d'une négo
ciation d'où dépend en grande partie le falut du
Royaume. Cependant , en appuyant l'adreſſe , je ne
prétends pas m'interdire le droit d'expofer mon
opinion fur les objets qu'elle renferme , lorsqu'ils
feront difcutés en forme par les Pairs. Quelqu'importante
que fuiffe paroître la conjoncture préfente ,
ce n'eft pas là l'inftant de fe décourager. La dernière
campagne a été glorieufe pour nous . La maison de
Bourbon a échoué abfolument dans fes grands projets
. L'ennemi a été repouffé de Gibraltar par les
efforts vigoureux & conftants d'un brave & habile
Officier. Cette place a été trouvée imprenable.
L'activité fans exemple & les brillans fuccès d'un
Amiral expérimenté , ont empêché nos ennemis
d'attaquer la Jamaïque. Ces évènemens ont relevé
les efprits abattus de la Nation , & l'autorisent à
prétendie aux termes de paix les plus honorables.
Quelqu'épuifé que puiffe paroître le Royaume aux
yeux de ceux qui voient tout en noir , il a toujours
d'affez grandes reffources pour continuer une guerre
dont je me flatte que l'iffue feroit glorieufe pour la
Nation . Nous avons donc des droits à une paix
honorable , jute & égale , & c'eft à une paix de
cette nature que je donnerai mon confentement. Les
Négociateurs employés aujourd'hui , doivent éviter
de fe lier par des reftrictions auifibles aux intérêts
du Royaume , s'il arrivoit quelque nouvel évènement.
Je me fais trouvé dans une pofition ſemblable à la
leur j'ai appris à connoître le caractère des pere
( 111)
:
fonnes avec lesquelles ils ont à traiter , & je ne
doute point un inftant que fi nos ennemis avoient ,
dans le cours de la négociation , quelques fuccès
inattendus , ils porteroient aufi - tôt leurs demandes
au plus haut degré ; & je crois qu'il eft de la prudence
de nous réferver le même droit. Le Lord
Radcor obferva que dans le projet d'adreſſe on avoit
paflé fous filence la phrafe importante où S. M. die
qu'en offrant l'indépendance aux Américains , elle a facrifié
toutes les confidérations particulières au vaa
& aux defirs de fon Parlement & de fon Peuple ,
& il propofa un amendemert que le Lord Shelburne
ayant la , approuva par un figne de tête . Le Lord
Storment prit alors la parole : Je ne m'oppofe point,
dit-il , à l'adreile . Dans la circonftance actuelle nos
ennemis ont les yeux fixés fur nous is épient le
moment de la défunion & du mécontentement , &
fe tiennent toujours prêts à fomenter ces divifions
domeftiques qui ont fi long- tems déchiré la Conftitution
de ce pays dans l'intérieur , & arrêté le fuccès
de fes armes au- dehors. Mais je n'entends point parlà
renoncer au frivilége de combattre dans le cours
des débats futurs les articles du plan de pacification
générale qui me paroîtront contraires aux intérêts
de la Netion. Le confentement donné à une adreffe
en réponse au difcours de S. M. à l'ouverture d'une
feffion , ne peut être un obftacle à la liberté d'ofinion
, qui fait un des droits les plus précieux des
Pairs de la G. B. On ne deit point inférer de mon
aveu que j'a , prouve dans toute leur étendue les vues
& les principes contenus dans cette adreffe . Le
Marquis de Carmarthen obferve que le moment
actuel est une époque de gloire & de victoire.
» Jamais , dit- il , les forces navales de la G. B.
n'ont été fi redoutables à hos ennemis «. J'en
félicite bien fincèrement la Chambre & la Nation' ,
& j'espère que des fuccès fi éclatans influeront fur
la pais , qui ne fera conclue qu'aux conditions les
(112 )
plus juftes & les plus honorables . Suivant le dif
cours émané du Trône , les offres de paix faites par
S. M. ont deux motifs , le voeu de fon Parlement &
l'opinion de fes Peuples . Mais la vérité de l'une &
l'autre de ces propofitions n'eft rien moins que démontrée.
Je conviens qu'on a obtenu de la Chambre
des Communes une décifion favorable au projet d'ac
corder l'indépendance de l'Amérique ; mais cette approbation
n'a point eu lieu dans celle- ci , où la queſtion
n'a pas même été agitée . On ne peut donc pas dire que.
le Parlement ait favorisé ce projet par fon aveu ; & je
ne crois point que l'opinion particulière d'un Corps
ait autorisé un facrifice qui intéreffe fi vivement la
Nation. Je me fuis répandu parmi les differentes
claffes de citoyens , pour obferver leurs opinions ,
connoître celles qui font les plus populaires. Il s'en
faut de beaucoup que le public en général approuve
de parti que nous prenons de reconnoître l'indépen
dance de l'Amérique ; c'eft une confidération de la
dernière importance pour la G. B. & je doute fort
que la Nation foit difpofée à l'admettre dans toute
fon étendue. Auffi les raifons d'après lefquelles le
Roi s'eft déterminé à l'offrir aux Etats d'Amérique ,
ne font ni folides ni admiffibles dans les circonstan
ces actuelles. Je n'ignore pas les moyens que l'on
a employés pour confoler la Nation aux yeux de
Jaquelle l'indépendance de l'Amérique étoit une
perspective douloureuſe , & pour détourner fes
idées d'un objet auffi important . Pour moi je n'ai
l'efprit ni affez délié ni affez pénétran: pour comprendre
les péculations raffinées que l'on fait aujourd'hui
. Le commerce de l'Amérique a toujours
été reconnu effentiel - au bien- être de l'Angleterre.
Nul fophifme ne fauroit détruire l'importance de
cette confidération ; & prétendre que l'indépendance
nous affure la continuation de ce commerce , c'eft
avo er en probléme que tous les calculs poffib'es
ne peuvent réfoudre. La perte d'un objet auf pié
71739ད
cieux fe fait fentir doublement forfque l'on confi
dère qu'il n'y a encore en évidence rien de ftipulé
pour empêcher ce commerce de tomber eatre les
mains de nos ennemis & de contribuer à augmenter
leurs forces . Je rappellerai aux Miniftres l'obfervation
folide du Lord Sandwich , qui connoît parfaitement
le plan d'une régociation de paix . Je les
exhorte à faivre ſon confeil , parce que l'offie dindépendance
faire aux Américains , paroît définitivement
aflurée en cas de paix , foit dans le moment
préfent , foit dans toute époqre à venir. Les
treize Etats unis doivent la recevoir , & leurs Alliés
participer à fes avantages , en quelq e tems que la
paix foit concle . Sous ce point de vue les deffeins
des ennemis naturels du Royaume font complettemet
remplis , & leur premier objet eft dicifivement
affré en continuant la guerre . Nous ne pou
vons plus revenir fur un article préliminaire auffi
important dans le fyftême général de pacifi ation .
Une autre circonftance s'offie encore , le difcours
de S. M. annonce que dans la négociation de la
paix , les Miniftres n'ont pas l'intention de ftipuler
pour faire rentrer dans leurs propriétés les malheureux
qui ont exposé leurs vies & facrifié leurs
fortunes par un principe de loya ité & d'attachement
envers leur Souverain & leur Pays. Comment
excufer ce procédé inhumain ? La fituation des Catalans
lorfqu'ils furent réduits fous la domination
Efpagnole , fut même préférable à celle où fe trouvent
maintenant les Américains loyaux , fuivant les
termes de la négociation actuelle . Les Catalans quoique
rébelles à leur fouverain légitime ' , quoiqu'armés
contre lui , & réduits à la néceflité de fe mettre à la
merci da vainqueur , obtinrent de rentrer dans la
jouiffance de leurs biens , qui cependant pouvoient
être confifqués felon le droit des gens . Si ces Catalans
ont été traités avec tant de douceur , les Américains
loyaux , qui fe font facrifiés pour la G. B. ,
( 114 )
n'ont- ils pas les droits les plus facrés à la commifération
& à la protection , dans tous les traités de paix
quelle peut négocier ? —En entrant dans la Chambre,
je ne m'étois point propofé , dit alors le Lord
Shelburne , d'expliquer mes fentimens avec étendue ,
fur le difcours de S. M. , & je m'étois flatté que ma
concurrence facile à l'a treffe propotée auroit fuff
dans les circonstances actuelles ; mais ce que vient
de dire le Noble Lord , m'oblige à parler. Ma poff
tion délicate m'empêche toute réponſe directe ; le fe
cret eft abfolument néceffaire dans une négociation
de paix , & il m'eft impofible d'éclaircir par des fans
les remarques du Noble Lord. Cependant , je ne faurois
cacher mon étonnement de ce qu'il a établi tous
fes argumens fur un paffage mal-entendu du difcours
de S. M. , pour aller au-devant des objections ; je
vais lire ce paffage. » Je n'ai point hésité à me fervir
dans toute leur étendue des pouvoirs dont je fuis
revêtu , ayant reconnu qu'il eft impoffible d'obtenir
autrement une réconciliation cordiale & entière avec
les Colonies de l'Amérique Septentrionale , & j'ai
offert de les déclarer Eats libres & indépendans ,
par un article qui fera inféré dans le traité de Paix,
On eft convenu d'articles provifoires , qui auront
leur effet quand on aura définitivement réglé des
termes de paix , avec la cour de France Le fens
de ce paffage eft fi clair que , je ne conçois pas cemment
il a été mal- entendu o tourné de manière à
faire croire que , par cet article inféré auffi dans le
traité de Paix , l'indépendance de l'Amérique étoit à
tout évènement, définitivement reconnue . Je fuis également
étonné de voir que la voix du Parlement & de
la Nation , n'a point favorifé l'indépendance de l'Amérique.
Sur quel fondement l'ancien Miniſtère s'eftil
donc démis de fes fonctions ? Sur quel fondement
le Ministère actuel a- t- il donc pris les rênes du Gou
vernement ? Une décifion précife de la Chambre des
Communes n'a- t- elle point fait connoître l'avis de ce
·
( 115 )
Corps & lorfque la même queftion fut propofée'
aux Pairs , n'ai - je point entendu dans la place où je
me trouve aujourd'hui , que les Miniftres recon
noifoient que la voix de la Nation étoit contr'eux , '
& qu'ils étoient déterminés à fe retirer ? Ce fut là
l'évènement qui fa va à la dernière Adminiſtration la
douleur & la hon e de voir les opinions de leurs Seigneuries
fe récrier contr'ens. Le Noble Lord a amplifié
fur notre fituation reſpectable , & fur la baffelle
qu'il y auroit dans un moment auffi brillant
d'accepter une paix humiliante . Quoique je ne voye
point de raison pour craindre , quoique je fente tous
les motifs qui pourroient déterminer à faire des
efforts vigoureux ; je ne fuis en aucune manière
porté à envifaget les affaires fous le même point
de vue que lui . Je connois combien ma pofition
eft difficile & importante ; les fervices feuls que
je devois à l'Etat ont pu me déterminer à pren
dre un polte dont les devoirs , felon les apparences
, devoient réfléchir auffi peu d'honneur
fur mei que fur ma Patrie : mais puifque je
retrace ces triftes réflexions , je dois rappeller
que je n'ai point attiré fur la Nation les malheurs
dont elle fe fent accablée ; c'eft l'Antenr de l'Acte
du Thé qui a femé le germe de la guerre Américaine
! c'est lui qui eft la caufe de notre humiliation
& de la douleur que j'éprouve dans ce moment.
Le noble Lord a parlé des Miniftres & des
Confeils Efpagnols ; je n'aime ni à choifir , ni à
imiter des modèles femblables ; je crois n'avoir oublié
aucune démarche pour mettre à l'abri les intérêts
de toutes les parties liées avec ce pays , ou
qui fe font dévouées avec loyauté à fervir fes intérêts.
Cependant je n'ai point réffi dans mon
entreprife ; fi j'ai échoué , ce n'eft point par négli
gence , mais par néceffité . Le Lord Shelburne termina
modeftement fon Difcours , en proteftant que
s'il parvenoit à être utile à la Patrie , il ne devroit
fes fuccès qu'aux talens diftingués avec lesquels
-
( 116 )
--
fes Collègues dans le Ministère rempliffent leurs
importantes fonctions . L'adreffe & l'amendement
ayant pallé à la pluralité des voix , la Chambre
s'ajourna à huit heu.es & demie .
Cette féance intéreflante éclaircit quelques
obfcurités que le difcours du Roi
n'avoir pas levées , & confirma quelques
articles du traité qu'on avoit commencé à
prévoir ; elle montre auffi l'opinion du
Minifère fur la véritable fituation de la
Grande Bretagne , fur lembarras où il eft de
continuer la guerre , fur l'idée qu'on doit
fe former de cette campagne , que la Nition
trouve fi glorieufe , & qui nous laiffe
cependant dans le même état cù nous nous
trouvames à la fin de la précédente , quis
fut fi déf ftreufe pour nous. Les débats
de la Chambre des Communes offrent à
peu près les mêmes réſultats avec quelques
réflexions curieufes fur la campagne du
Lord Howe .
و
Ce fut M. Yorck qui propofa l'adreffe de
remercîment ; elle eft comme toutes les
pièces de ce genre , la répétition du difcours
du Roi , & la plus grande approbation de
fa conduite, M. Fox ouvrit les débats par le
difcours fuivant.
Je ne puis paffer fous filence , dit- il , un oubli ou
une négligence d'expreffion dans le difcours du Roi ,
que je puis , à plus jufte titre , appeller le difcours
da Miniftre. Il y eft dit que S. M. , depuis la
clôture de la dernière feffion , a cu grand foin
d'empêcher toutes hoftilités offer.fives en Amérique,
Il elt certain que cette réfolution ne peut pas être
( 117 )
datée de l'époque mentionnée dans le Difcours . Si
cette opinion s'accréditoit , elle jetteroit une tache
indelebile fur ma ré utation , ai fi que fur celle
des Pairs & des perfonnages honorables qui compofoient
alors le Minitère. ( Ici M. Pit , Chancelier
de l'Echiq ier , obferva qu'il paroilloit que
l'on n'avoit pas donné une attention fuffifante au
difcours , qui certainement n'impliquoit pas une
pareille infinuation ; fur quoi cette partie du dif
cours fut lue une feconde fois ) . Alors M.
Fox reprit la parole : la fingularité des expreffions
de cet article m'a fait defirer une explication ,
& je fuis heureux d'apprendre que la liberté vient
de trouver un nouvel afyle , pifque 1 Amérique
eft déclarée libre & indépendante. Mais pourquoi
l'appelle- t-on fimplement les Etats d'Amérique , au
lieu de dire les Etats - Unis d Amérique , ainfi qu'elle
eft qualifiée dans la lettre de M Townshend ,
Secrétaire d'Etat , au Lord Maire de Londres ? Je
vois avec la plus grande fatisfaction que l'indépen
dance de l'Amérique eft établie fur la bafe la plus
permanente, Nous lui accordons aujourd'hui , de
la manière la moins équivoque , une liberté, pour
laquelle elle a combattu co irageufement. Mais le
Ministère actuel n'a point de part à cet évènement
qui comble les voeux de la Nation. La G. B. &
l'Amérique doivent à une autre adminiftration cet
acte de bienfaisance & de juftice . Je fuis bien éloigné
cependant de blâmer le Lord Shelburne d'avoir
adopté des mefures fages & prudentes . Les amis de
l'humanité applaudiront à ce témoignage de fagefe ,
quoique le projet n'émane pas de lui ou de fes Col
lègues , & je puis l'affurer , ainfi que les amis
qu'il ne fera jamais obligé de fe juftifier devant
la Nation d'avoir acquiefcé à des conditions d'indépendance
& de pacification avec l'Amérique.
Exifte-t-il un homme affez borné pour defirer la
continuation d'une guerre préjudiciable aux intérêts
( 118 )
des deux pays Exifte - t-il un être affez vil pour
continuer d'afurer , à l'exemple de certaines perfonnes
, que l'Amérique , devenue indépendante ,
éclipferoit pour toujours le foleil de la G. B. Je
fuis certain que les Américains & les Anglois ne
tarderont pas à s'unir étroitement par les noeuds
de l'amitié & du commerce. Que Dieu me préferve
de ne point concourir au glorieux traité adopté par
le Lord Shelburne , fi avantageux pour la Mère- Patric
& pour les Colonies . Jamais l'Amérique ne fera
indifférente aux intérêts de la G. B. Les Citoyens
des deux Nations feront amis d'âge en âge , leur
moeurs font les mêmes. C'eſt le même lang qui
coule dans leurs veines .... Notre également nous
a reiné. Il eft tems d'ouvrir les yeux , & de renoncer
à de vains pojets. Il y a des gens qui parlent de
l'évènement d'aujourd'hui , comme d'une conceffion
faite à la liberté ; mais ils fe trompent ; c'est la
néceffité qui nous guide ; nous fommes forcés de
donner ce que notre orgueil combattoit depuis fi
long- tems pour accorder ... Combien n'eft- il ppas ma
heureux qu'en démembrant une partie de l'Empire
nous ne donnions pas ànos Colonies une preuve de no.
tre bienveillance ; la reconnoiffance del in Jépendance
de l'Amérique nous a été arrachée par la force de les
armes , par celles de fes alliés , Les premières ouver
tures du traité actuel viennent d'une lettre que S. M.
m'a fait écrire à M. Grenville à Paris . Pareille lettre
a été envoyée au Chevalier Guy Carleton à New-
Yorck. Aucune de ces lettres n'a été dictée par le
Ministère actuel. C'eft au public à connoître à qui
il eft redevable de cet exemple trop tardif de la fageffe
des Miniftres de la G. B. Exemple cependant
qui fera admiré dans les fiècles les plus reculés par
tous les philofophes & par tous les amis de l'homme.
Après cela M. Fox traça un tableau rapide
des opérations de la dernière campagne. I!
fit l'éloge le plus pompeux du Général Elliot qu'il
appelle le Héros des Héros , il rendit auffi le tribut
( 119 )
d'hommages & de reconnoillance que la Nation doit
au Lord Howe & au Lord Keppel ; mais il ne dit pas
un mot de l'Amiral Rodney .
:
Le Gouverneur Johnfton , loin d'approuver le dif
cours de M. Fox , témoigna fon mécontentement
de l'article de la harangue de S. M. , fur lequel
cet honorable Membre venoit de déployer toute fa
rhétorique. Je n'aurois jamais imaginé , dit-il , qu'une
affaire auf importante que celle de la reconociffance
de l'indépendance de l'Amérique , pût être
terminée avant d'avoir préalablement pris l'avis
du Parlement. Il paffa enfuite au ravitaillement de
Gibraltar , & il déclara hautement que notre efcadre
s'étoit honteufement retirée devant celle de
l'ennemi. Il cita particulièrement l'avant - garde ,
commandée par l'Amiral Barington , qu'il affura
s'être éloignée , le lendemain du combat , de quatre
lieues à l'eft de l'armée combinée. Je ne prétends
point dire , ajouta-t- il , à qui nous devons attribuer
une pareille conduite mais ce n'eſt point la feule
faute ; on en a fait plufeurs autres encore moins
excufables. En conféquence , je ne donnerai point
mon confentement à cette partie de l'adreffe où
l'on fait tant d'éloges d'un Commandant dont je
je ne puis approuver la conduite. Le Lord North
témoigna fa fatisfaction de voir l'adreffe paffer fans
amendement. Dans la circonftance préfente , dit-il ,
il est du devoir d'un bon patriote de fignaler fon
zèle en foutenant le Gouvernement ; & je n'aurois
point moi - même importané la Chambre de mes
obfervations , fans quelques articles de l'adreffe ,
fur lefquels je prendrai la liberté de faire une ou
deux remarques . Malgré mon attachement à feconder
les Miniftres actuels dans toutes les mesures
raifonnables qu'ils prendront , foit pour la paix ,
foit pour la guerre , je ne pais m'empêcher , pour
le moment , de m'élever contre cette partie de
l'adreffe qui approuve le traité proviſoire , conclu
avec l'Amérique , avant de faire connoître les con120
)
--
ditions. Je crois devoir confeiller aux Miniftres de
ne point mettre trop de précipitation à terminer
l'ouvrage de la paix . La G. B. eft dans une fituation
qui lui donne le droit de prétendre à des
conditions honorables. Il entra alors dans des
détails fur l'étendue de nos reffources , comparées
avec celles de nos ennemis , & démontra que notre
pofition étoit bien loin d'être défefpérée . - M. le
Chancelier Pitt répondit qu'il recueilloit , avec le
plus grand plaifir , toutes les obfervations des
Membres de la Chambre , & qu'il ne doutoit point
que le réſultat de ces diverfes opinions ne fervit
à diriger la conduite de l'Adminiftration. J'espère ,
ajouta t-il , ête , fous peu de jours , en état d'informer
la Chambre des conditions auxquelles on
fera convenu d'un traité de paix générale. Il y
auroit , pour le moment , la plus grande impru
dence à en dire davantage. Après quelques autres
difcours de M. Burke , du Chancelier Mawbey &
de M. Smith , la motion pour l'adrefle palla , &
la féance fut terminée «.
-
L'affaire du difcours du Roi & de l'adreffe
en réponſe ne fut pas irrévocablement terminée
dans cette féance ; les débats fe renouvellèrent
le lendemain , 6 , dans la Chambre
des Communes.
Après quelques difcuffions fur des objets qui ne
fixent point encore toute l'attention du public , M.
Fox fe leva & dit : » Je fuis fâché qu'on me croie
partifan de l'indépendance Américaine . Rien n'eft
plus faux. Dès le commencement de la querelle , je
me fuis conftamment oppofé à toutes les mefures
que je prévoyois devoir produire cette indépendance
que je regarde comme une grande calamité , que
perfonne ne déplore plus fincèrement que moi. Mais
aufli- tôt que j'ai vu qu'elle feroit pour la G. B. une
calamité moindre que la continuation d'une guerre
ruineufe
( 121 )
Tuinenfe , j'ai pensé que la feule reffource qui reftât
à cet Empire , à la veille de fa deftruction , étoit de
reconnoître l'indépendance de l'Amérique . Mais le
principal motif de mon difcours , eft de favoir ce
qu'on peut répondre à une queftion que je vais faire
aux Miniftres. Il eft d'autant plus néceffaire qu'ils
s'expliquent fur la difficulté qui m'arrête , que ce
font eux qui y ont donné lieu. J'ai appris que l'indépendance
de l'Amérique avoit été reconnue par le
premier article du traité provifoire . Or je voudrois
favoir fi elle a été reconnue de manière qu'aucun
évènement à venir ne puiffe changer notre réfolution
fur cet objet , s'il eft encore en notre pouvoir
de revenir fur cette reconnoiffance , & fi le traité
provifoire aura fon effet auffi-tôt que la paix fera
conclue avec la France quelque chofe qui puiffe
arriver ? J'aime à croire que l'indépendance eft
irrévocablement reconnue , car quoique plufieurs
perfonnes penfent que l'Amérique feroit alors au
pouvoir de la France , je fuis au contraire fermement
perfuadé que la France feroit au pouvoir de
l'Amérique. En effet lorfque l'on faura dans les
Colonies que le grand objet pour lequel elles ont
pris les armes eft complettement rempli , & qu'il ne
inanque plus rien , pour mettre fin aux hoftilités ,
que le confentement de la France à des termes de
paix juftes & raiſonnables , je ne doute pas que les
Américains , voyant que ce n'eft plus pour leur
caufe mais pour celle de la France qu'ils combattent ,
n'infiftent auprès de la Cour de Verfailles pour la
déterminer à accepter ces conditios , de manière
que felon toutes les apparences ce moyen nous fera
obtenir une paix plus avantageufe que celle que
nous pourrions conclure , en ne reconnoiffant que
conditionnellement cette indépendance. MM .
Townshend & Pitt entrèrent alors dans des détails
d'où il femble réfulter qu'en effet l'indépendance eft
reconnue fans condition . M. Burke fe leva alors ,
21 Décembre 1782.
f
( 122 )
tenant à fa main le difcours imprimé dont il fit la
critique la plus détaillée & la plus févère. » Je regarde
, dit-il , le Miniftre comme coupable du délit
le plus grave , pour avoir ofé mettre dans la bouche
du Roi des expreffions par lesquelles S. M. rejette
fur le Parlement tout le blâme de la réſolution prife
de reconnoître l'indépendance de l'Amérique. La
preuve de ce que j'avance , exiſte dans la répugnance
apparente avec laquelle S. M. déclare qu'elle l'a
reconnue par égard pour le voeu de fon Parlement.
Cette phrafe implique une cenfure du Parlement ,
fur-tout quand on voit le Miniftre faire tomber le
Roi à genoux après cette déclaration , pour prier le
Tout-puiffant de détourner les maux qui pourroient
réfulter d'un fi grand démembrement de l'Empire.
J'ai fouvent entendu des formules de prieres dans
les Eglifes , mais c'eft la premiere fois que j'en
trouve une dans un difcours du Roi à fon Parlement
, c'est un tour d'hypocrifie joué aux dépens de
cette Affemblée. La conftruction grammaticale , le
fens de la phrafe, rien dans le difcours ne prouve que
l'indépendance ait été reconnue fous condition par
les articles provifoires. Or , comme on fait qu'un
des Miniftres du Roi a donné ailleurs un fens tout
différent à la manière dont elle a été reconnue dans
les articles provifoires ; qu'il y a des divifions dans
le Cabinet , & que les Miniftres qui ont dit une
choſe dans un endroit , en diſent une toute différente
dans un autre , la Chambre a lieu de craindre qu'on
ne veuille la furprendre & l'induire en erreur dans
une circonftance auffi importante & auffi critique.
Si le doute ne partoit que fur M. Pitt , dont je
connois l'honneur & l'intégrité , la déclaration
qu'il vient de faire ne me laifferoit aucune inquiétude
; mais quand on penfe à l'auteur du difcours ,
on fent que la Chambre n'a que trop de raifons de
s'allarmer des engagemens qu'elle a pris par fon
adieffe en réponse au difeours , d'autant plus que
( 123 )
לכ
toutes les conféquences qui pourront en réfulter ;
font mifes ouvertement à fa charge. M. Burke lut
enfuite un paffage du difcours où le Roi déclare
qu'il a facrifié toutes les confidérations perfonnelles
au vou de fon peuple. Il s'arrêta affez long- tems
fur le mot confidération , & demanda ce que le
Miniftre entend en faifant dire à S. M. qu'elle
avoit des confidérations différentes du vou de fes
Peuples. » Cette idée , dit - il , eſt également nouvelle
, anti-conftitutionnelle & impropre. Reprenant
enfuite l'examen du Difcours , il lut un autre
paffage , J'attribue , fous la bénédiction de Dieu ,
cet Etat refpectable à l'entière confiance qui fubfifte
entre moi & mon Peuple , & à la promptitude
avec laquelle les habitans de Londres & des autres
parties de mcn Royanme fe font montrés pour
veiller à la sûreté commune . Des Particuliers ont
dernièrement donné des preuves de patriotisme
qui feroient honneur à tous les âges & à tous les
Pays . M. Burke prétendit que tout cela n'étoit
qu'une chatlatanerie pour tromper la Nation , que
le Chevalier Lowther étoit la feule perfonne à
laquelle cette dernière phrafe pût faire allufion
mais que la poli ique miniftérielle multiplie fauf
fement un facrifice dans la vue d'engager en effet
d'autres citoyens à les réitérer . Au furplus l'encouragement
donné à ces contributions volontaires
eft , felon lui , auffi illegal que ridicule , puifqu'il
ne pourroit produire aucun fecours intéreffant
& que d'ailleurs il étoit déshonorant pour un grand
Empire comme la G. B. que le Gouvernement allât
en quelque forte demander l'aumône de ville en
ville , tandis que la Chambre votoit généreusement
des millions pour le foutien de l'Etat . M. Burke ne
fut pas plus indulgent pour la fin du diſcours ; felon
lui , les Miniftres y font eux-mêmes leur éloge de
la manière la plus révoltante , puifqu'il eft clair
qu'en parlant des hommes dont les talent & les ferf
2
(
124
vices méritent des récompenfes ; c'eft eux- mêmes
qu'ils ont en vue .
Si je pouvois , continue - t - il , à l'exemple de
quelques-uns qui font actuellement en place , & qui
étoient autrefois rangés dans le parti de l'Oppofition,
me permettre un tel langage , j'appellerois ce difcours
, un tiffu de platitudes & d'argumens fpécieux.
N'étoit- ce pas mettre la patience du Parlement à
l'épreuve la plus forte , que de l'obliger à l'entendre ,
à en devenir l'écho ? Et cependant il a foutenu cette
épreuve fans témoigner fon humeur. Les Miniftres
nous recommandent la prudence ; mais peut- on l'attirer
dans cette enceinte avec la même facilité qu'on
y fait accouir certains Membres , par l'appât d'un
billet de la Tréforerie ? La prudence ne s'inculque
pas d'un coup de baguette , & la partie du difcours
qui nous recommande le défintéreffement , eft un
outrage fait au Parlement , en laiffant douter de fes
principes. M. Burke s'étendit prodigieufement
fur ce fujet ; & recoenoiffant lui-même combien il
devenoit prolixe , il pria la Chambre de lui pardonner
fes lengueurs , alléguant pour fon excufe
qu'un long texte exigeoit un long commentaire.
-
Le Chancelier de l'Echiquier fe leva enfuite ; &
l'Orateur lui ayant rappellé qu'il avoit parlé : mon
motif, repliqua M. Pitt , eft fi défagréable , & lat
tâche qui m'eft impofée eft fi pénible , que je confentirois
volontiers à ne point reprendre la parole ,
fi certains paffages du difcours de M. Burke ne me
mettoient dans la néceffité indiſpenſable de fixer de
nouveau l'attention de la Chambre fur l'importance
du fujet qui l'occupe actuellement , de lui rappeller
qu'elle doit approfondir le fens du difcours prononcé
par le Roi , & y répondre par une adreffe également
férieufe & réfléchie. Ce n'eft pas le moment de plaifanter
: l'adreffe dont il s'agit , n'admet pas non plus
de pareils écarts ; ce n'eft pas le moment de donner
carrière à une imagination brillante & féconde.
Nous devons effayer de rompre la baguette ma-
2
( 125 )
gique , & montrer les chofes telles qu'elles font.
Notre devoir eft d'examiner mûrement la crife dans
laquelle fe trouve la Patrie , & de nous efforcer ,
en adoptant des mefures fages , bien combinées &
conformes à la faine politique , de détourner le
danger qui la menace , de la délivrer des dépenfes
& des embarras de la guerre , & de lui procurer
une paix honorable. Le Membre qui a parlé , s'eſt
livré tellement à fon imagination , que j'ignore s'il
a eu le deffein de parler férieuſement. Il m'eft d'autant
plas difficile de comprendre fon but , qu'hier
il a femblé approuver l'adreffe , à chaque partie de
laquelle la Chambre a donné unanimement fon
fuffrage. ( M. Fox & plufieurs autres Membres s'écrièrent
, cela n'eft pas , cela n'eft pas ) . Au moins ,
dit M. Pitt , puifqu'elle a paffé nemine contradicente ,
je dois penfer que l'honorable Membre a conclu
que l'examen férieux du difcours ayant été terminé
hier , il ne reftoit aujourd'hui qu'à s'égayer. Je ne
faurois autrement rendre raifon de la manière dont
il a traité l'objet férieux qui occupe la Chambre :
on pourroit lui reprocher d'avoir débité des bonf
fonneries ; mais les graces qu'il fait prêter à fes
penfées , ne permettent pas d'employer cette expreffion
. Le difcours de S. M. ne contient rien qui puifle
autorifer à le tourner en ridicule . Le langage en eft
fimple , clair , plein de franchife , & adapté aux
circonftances . L'adreffe de la Chambre eft également
conçue dans les termes convenables . Je prie
donc la Chambre de difcuter férieufement cette
matière , afin que les Miniftres de S. M. fachent
quelle eft la partie de ce difcours contre laquelle on
peut former des objections. L'honorable Membre
révoque en doute ma fincérité relativement àl'explication
que j'ai donnée des articles provifoires .
Je ne fais s'il veut infinuer que je fuis capable d'avancer
des chofes à double entente , au moment où
je prends la parole comme Miniftre , & où je réf
3
( 126 )
-
:
ponds explicitement à une queftion claire . Je me
Alatte que mon intégrité , qui n'a reçu juſqu'à préſent
aucune atteinte , me conciliera la bienveillance de la
Chambre , & qu'elle ne me foupçonnera point d'être
capable d'une duplicité auffi-baffe & auffi fcandaleuſe.
Si j'ai laiffé pafler l'adreffe , dit alors M. Fox ,
ce fit après avoir fait connoître les articles que je
défapprouvois. Il prit enfuite la défenſe de fon ami
M. Burke , appuya fes raifons fur l'adreffe même ,
& ajouta Le Miniftre , effrayé de reconnoître
l'indépendance de l'Amérique , a rejetté fur le
Parlement ce pefant fardeai ; & le montrant avec
effronterie dans l'arêne , il a pouffé l'audace au
point de faire blâmer par le Roi la conduite du
Parlement , qui le forçoit à la reconnoître. Ce trait
de politique a dévoilé les projets du Miniftère
actuel ; nous en voyons la trame ourdie dans le
fein de la fauffeté . Anglois , on veut vous priver
de votre liberté , en vous faifant haïr vos Repréfentans
! Après cette apoftrophe , M. Fox reprocha
à M. Pitt de s'être étayé fur fon caractère privé ,
pour donner encore plus de poids à fa déclaration
miniftérielle. Il fe déchaîna enfuite contre l'article
du difcours , par lequel la Couronne demande au
Parlement , avec le mafque de l'ingénuité & la fubtilité
d'un ferpent , de déployer la fermeté , fa prudence
, fon défiatérelement : ce paffage feul , dit- il ,
bouleverse toute notre conflitution . Le Miniftre
répond de fa conduite ; il eft fajet à fa cenfure &
à fes jugemens. Aujourd'hui il veut commander à
fes maîtres , & nous enlever nos droits pour en
couvrir la tête couronnée qu'il fait agir . Si la
Chambre a befoin de principes de défintér ffement
, ce n'eft pas dans l'antre obfcur de la corruption
& du vice qu'elle ira les chercher ; la
Trésorerie ne lui fervira point de modèle. M. Fox
reprit fur le même ton tout le difcours du Roi
& finit par affirmer , avec cette confiance fi ratu- .
relle à un Orateur tel que lui , que le difcours de
( 127 )
M. Burke avoit été auffi éloquent que perfuafif ,
& que M. Pitt avoit choifi avec adreffe les points
de fa critique , rien n'étant plus aifé que d'attaquer
l'efprit de M. Burke , & plus difficile que de
répondre à fes argumens . Ici M. Fox s'adreffant
au Général Conway , le pria de déclarer s'il éntendoit
que la reconnoiffance de l'indépendance de
l'Amérique , dans les articles provifoires , étoit fans
conditions. Le Général , Conway répondit brièvement
: Il est évident que la reconnoiffance eft fans
conditions , & je ne vois point pourquoi on auroit
employé la rufe , puifque le traité lui - même ſera
foumis au Parlement fous peu de jours. A fept
heures l'adreffe fut lue une feconde fois , & la
Chambre fe fépara «.
Ces premiers débats nous préparent à
de vives oppofitions ; celles qu'éprouvera
la paix font craindre qu'elle ne foit pas
auffi prochaine qu'on avoit lieu de l'efpérer ,
& que la campagne prochaine n'ait lieu ;
elle peut nous être moins avantageufe , &
nous donner enfuite de vifs regrets de na
voir pas traité dès à préfent.
" Le floop de guerre le Swallow , écrit- on de
Portsmouth , a appareillé pour l'Oueft avec des dépêches.
Le 7 au matin , le Commodore Elliot a levé
l'ancre , & a mis à la mer de Spithéad , avec les vaiffeaux
le Romney , l'Ariane , l'Anſon & deux curters.
Il a ordre de croifer devant Oueffant avec les
2 premiets , pour obferver les mouvemens de l'efcadre
Françoife actuellement dans le port de Brest
l'Anfon doit aller à Sainte -Lucie «<.
Les bâtimens de tranfport qui arrivent de
Gibraltar ont ordre de faire une quarantaine
de 14 jours au Mother - Bank.
£
4
( 128 )
Tous les régimens , dit un de nos papiers , an
deffous du 60e , feront réformés auffi- tôt que le
traité de paix fera figné , & les Officiers de ces régimens
, qui feront mis à la demi - paye , pafferont
fuivant leur rang d'ancienneté dans les anciens
régimens pour la défenſe de la G. B. , dès qu'il
vaquera des places , foit par mort , foit par promotion
. Cette réforme devient indifpenfable , puifque
nous n'aurons plus de troupes à Boſton , à New-
Yorck , à Philadelphie , à Charles -Town , à Savanah
, à St- Auguftis , à Minorque & peut-être à
Gibraltar «.
Fermer
11982
p. 128-129
De VERSAILLES, le 17 Décembre.
Début :
Le 6 de ce mois l'assemblée du Clergé, composée de Cardinaux, d'Archevêques, [...]
Mots clefs :
Versailles, Ordre, Ordre de Cîteaux, Abbé, Dame, Diocèse, Vicaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 17 Décembre.
De VERSAILLES , le 17 Décembre.
LE 6 de ce mois l'affemblée du Clergé ,
compofée de Cardinaux , d'Archevêques ,
d'Evêques , & de Députés du fecond Ordre ,
fe rendit ici & fut préfentée à l'Audience du
Roi par M. Amelot , Secrétaire d'Etat . L'Evêque
d'Auxerre , au nom de l'Affemblée
porta la parole à S. M. , après quoi les
Députés du premier & du fecond Ordre
furent préfentés & nommés au Roi
Cardinal de la Rochefoucault.
par
le
Le Roi a nommé à l'Abbaye des Clairets ,
Ordre Cîteaux , Diocèle de Chartres , la
Dame de Galad- Bearn , Religieufe de l'Abbaye
de St-Julien d'Auxerre , fur la nomination
& préfentation de Monfieur en
vertu de fon Apanage ; à celle de St- Crépinle-
Grand , Ordre de St-Benoît , Diocèfe de
Soiffons , l'Abbé d'Argens , Vicaire-Général
de Paris ; à celle de Montolieu , même Ordre,
( 129 )
Diocèle de Carcaffonne , l'Abbé d'Alais de
Montales , Vicaire- Général de Cambray ; à
celle de Beaulieu , Ordre de Cîteaux , Diocèſe
de Langres , l'Abbé de Montefquieu ,
Vicaire Général d'Aix ; à celle de Lanvaux ,
même Ordre , Diocèfe de Vannes , l'Abbé
de la Villeon , Vicaire de St- Euſtache ; à
celle de St -Lo , Ordre de St- Auguſtin , Diocèfe
de Coutances , l'Abbé de Brandés ; à
l'Abbaye régulière de Notre - Dame de Prorection
, même Diocèfe ,' la Dame Millo , Religieufe
Profeffe de l'Ordre de Cîteaux ; à
celle des Ifles , Ordre de Cîteaux , Diocèle
d'Auxerre , la dame de Prioreau , Religieufe
Profeffe du même Ordre .
LE 6 de ce mois l'affemblée du Clergé ,
compofée de Cardinaux , d'Archevêques ,
d'Evêques , & de Députés du fecond Ordre ,
fe rendit ici & fut préfentée à l'Audience du
Roi par M. Amelot , Secrétaire d'Etat . L'Evêque
d'Auxerre , au nom de l'Affemblée
porta la parole à S. M. , après quoi les
Députés du premier & du fecond Ordre
furent préfentés & nommés au Roi
Cardinal de la Rochefoucault.
par
le
Le Roi a nommé à l'Abbaye des Clairets ,
Ordre Cîteaux , Diocèle de Chartres , la
Dame de Galad- Bearn , Religieufe de l'Abbaye
de St-Julien d'Auxerre , fur la nomination
& préfentation de Monfieur en
vertu de fon Apanage ; à celle de St- Crépinle-
Grand , Ordre de St-Benoît , Diocèfe de
Soiffons , l'Abbé d'Argens , Vicaire-Général
de Paris ; à celle de Montolieu , même Ordre,
( 129 )
Diocèle de Carcaffonne , l'Abbé d'Alais de
Montales , Vicaire- Général de Cambray ; à
celle de Beaulieu , Ordre de Cîteaux , Diocèſe
de Langres , l'Abbé de Montefquieu ,
Vicaire Général d'Aix ; à celle de Lanvaux ,
même Ordre , Diocèfe de Vannes , l'Abbé
de la Villeon , Vicaire de St- Euſtache ; à
celle de St -Lo , Ordre de St- Auguſtin , Diocèfe
de Coutances , l'Abbé de Brandés ; à
l'Abbaye régulière de Notre - Dame de Prorection
, même Diocèfe ,' la Dame Millo , Religieufe
Profeffe de l'Ordre de Cîteaux ; à
celle des Ifles , Ordre de Cîteaux , Diocèle
d'Auxerre , la dame de Prioreau , Religieufe
Profeffe du même Ordre .
Fermer
11983
p. 129-139
De PARIS, le 17 Décembre.
Début :
Les bruits de paix prochaine se soutiennent & se fortifient encore par les expressions [...]
Mots clefs :
Paris, Bureau, Nouvelles, Ville, Pauvres, Roi, Général, Anglais, Écrit, Jean-Michel Moreau, Vent, Marseille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 17 Décembre.
De PARIS , le 17 Décembre.
LES bruits de paix prochaine fe foutiennent
& fe fortifient encore par les expreffions
du Roi d'Angleterre , dans fon difcours au
Parlement ; s'il ne donne pour certain &
pour arrêté que l'accommodement avec les
Etats- Unis , il fait efpérer que les autres négociations
auront une iffue prompte &
heureufe ; d'ailleurs , les conventions faites
avec l'Amérique ne doivent avoir leur effet
qu'après qu'on fera auffi convenu d'un
arrangement avec la France. Si les difpofi
tions du Parlement Anglois & de la Na-`
tion ont changé depuis le ravitaillement de
Gibraltar , elles peuvent revenir à l'état où
elles étoient lorfque les négociations ont
fs
( 130 )
commencé ; l'hiver peut affoiblir l'enthouſiafme
caufé par un évènement dont les fuites
paroîtront moins avantageufes , lorſqu'on
les confidérera de fang froid. Pendant l'intervalle
qui doit s'écouler , jufqu'à la campa
gne prochaine , on recevra fans doute des
nouvelles de l'Inde. Celles que les Anglois
ont publiées , ne parlent que des deux actions
des mois de Février & d'Avril , dont on
avoit déja reçu des avis , & dans lesquelles
l'avantage eft demeuré à M. de Suffren .
On apprendra vraisemblablement des nouvelles
poftérieures , qui peuvent influer fur
les arrangemens à prendre pour cette partie
du monde. En attendant , une lettre de
Bordeaux , en date du 19 du mois dernier ,
contient les détails fuivans , qui offrent
au moins des inductions très favorables
fur l'état de la guerre dans l'Inde .
-
Si la flotte de M. le Bailli de Suffren a paſſé l'hiver
aux Inles de France & de Bourbon , comme les Anglois
l'affurent , elle a pu au moment où j'écris
remettre en mer , le tems de la mouſſon ne régnant
plus. Quelques Négocians de notre Ville affurent
favoir , inftruits par leurs Correfpondans de Marfeille
, que M. le Comte de Buffy , arri ‹ é fur la côte
de Coromandel , s'eft mis auffi-tôt en route four
pénétrer dans l'intérieur de cette région , & aller
négocier avec les Nababs , Souba , & Raja de l'Indoltan.
On prétend qu'un des objets de fa miffion
eft de propofer une alliance à la Cour de Delhi :
nos Correfpondans Anglois fuppofent qu'elle doit
être préjudiciable au commerce de la Compagnie.
Suivant nos lettres de Marſeille , les 2500 hommes
aux ordres de M.Duchemin , qui eft actuellement au(
131 )
près d'Hyder. Aly- Kan , inquiètent beaucoup l'armée
Européenne de Sir Eyre Coote . Quelques- unes ajoutent
que Typoo Sahé a prié le Général François de
détacher 800 braves & intelligens foldats , pour enfeigner
à 10 régimens Indiens les détails de l'exercice
Européen. Nous attendons le retour de nos bâtimens
( expédiés en 1780 , ) vers la mi-Février. Ainfi il faut
renvoyer à cette époque le plaifir d'apprendre de
l'Inde des nouvelles authentiques . Les Anglois , pour
en recevoir , ayant des établiſſemens dans le Malabar,
à la pointe qui forme le cap Comorin , peuvent
aifément envoyer de petits floops à Ormus , & de-là
les dépêches leur font expédiées par terre : nous
n'avons pas cette facilité.
On a fu qu'une corvette du Roi avoit
mouillé dans un de nos ports , & que M.
du Chillau étoit en route pour se rendre
ici ; on a cru que c'étoit le Capitaine de
vaiffeau , & qu'il apportoit les nouvelles
des combats de l'Inde , qui font tant d'honneur
à M. de Suffren , mais ce M. du
Chilleau eft le Maréchal de - Camp , Gouverneur
de la Dominique.
La frégate marchande la Jofephine , du Havre ,
écrit-on de Nantes , vient d'arriver ici des Cayes ,
Saint-Louis , ifle Saint-Domingue , d'où elle eft partie
le 27 Septembre dernier , avec un bâtiment Impérial
& 3 de ce port ; ils ont relâché à la Havane , d'où
ils font partis le 22 Octobre ; il n'y a qu'un de
nos navires qui ait pu fuivre la Jofephi ne jufqu'à
la hauteur des Açores , où ils ont été chaflés par
une frégate Angloife : alors ils font convenus de
faire fauffe route pendant la nuit , & diffé rente l'une
de l'autre . Selon les nouvelles qu'apport ent la Joféphine
& 13 navires du convoi de Saint- Domingue ,
£ 6
( 132 )
mouillés dans cette rivière, dont 11 font de ce port
& 2 de celui de Marfeille , on faifoit au Cap tous
les préparatifs de quelque grande expédition qui
devoit avoir lieu à l'arrivée de M. de Vaudreuil
& des forces qu'on attendoit d'Europe . Il n'y avoit
à cette époque , à Saint Domingue , que 2 vaiffeaux
de ligne Efpagnols , le Scipion , de 74 canons ,
commandé par M. de Grimoard , 2 frégates & I
cutter ; & la Colonie étoit dans l'abondance de
toutes chofes «.
Il eft arrivé à St - Malo un bâtiment parlementaire
avec des prifonniers François ; il
eft arrivé de New-Yorck , & a fait la traverfée
en 28 jours. Il doit apporter des
nouvelles fraîches ; mais elles n'ont pas
encore tranfpiré. Sans doute qu'il ne s'eft
rien paffé d'intéreffant de ces côtés depuis
le départ de l'Amiral Pigot , qui en a dû
mettre à la voile pour retourner aux Ifles.
» Les dernières troupes , écrit- on de Breft , qui
devoient être embarquées , paffèrent en rade le 2
de ce mois dans l'après - midi , & le foir le coup
de partance fut tiré. Ce ne fut que le même jour
qu'arriva le Marquis de la Fayette , qui s'embarqua
fur-le- champ. Le vent ne permit pas à l'efcadre &
au convoi de partir le lendemain , comme on l'efpéroit.
Ce ne fut que le 4 à midi qu'ils appareillèrent
par un vent de S. E. Ils trouvèrent au- dehors
de la brame , du calme , & enfuite des vents de
S. O. , qui les obligèrent de venir mouiller à Berthaume
; & le même tems continuant , ils revinrent
en rade le 6. Le vent n'a changé qu'aujourd'hui 8 ,
qu'ils ont remis à la voile par un vent de N. O.
grand frais , qui nous les a bientôt fait perdre de
vue er.
Ce fut le 22 du mois dernier que M. le
Comte d'Eftaing arriva à Madrid ; le 24 il ſe
7
133
133
)
rendit à l'Efcurial , où il fut reçu par le Roi
& par toute la Cour avec les témoignages
de la plus haute eftime. Il favoit en quittant
Paris , que la paix pouvoit n'être pas
éloignée ; mais cela n'empêche pas que les
armemens ne fe continuent avec beaucoup
d'activité à Cadix , où , felon les dernières
lettres , on l'attendoit inceffamment , & où
il est peut être arrivé dans ce moment.
On dit ici , écrit- on de Dunkerque , que la
premier bâtiment qui partira pour la Delaware ;
fera chargé de porter au Sieur Gourgue , Officier
Auxiliaire de l'Aigle , qui a fait fi bonne contenance
aux deux chaloupes Angloifes , fur chacune
defquelles étoient ico réfugiés , la Croix de Saint-
Louis , & une gratification aux vingt braves qui
ont partagé fon acte de valeur. Un Officier da
même nom fit contre les Espagnols , dans la Caroline
, une expédition fanglante qui lui valut autant
de gloire , fous Henri IV , & par laquelle il
vengea la Colonie Proteftante envoyée dans l'Amérique
Septentrionale par l'Amiral Coligny, & cruellement
maffacrée par les Sujets de Philippe II «.
Parmi les mesures prifes par l'Adminiftra
tion de plufieurs Villes , pour prévenir l'indigence
& fupprimer par-là la mendicité ,
on doit diftinguer ce qui a été fait à Amiens
pour atteindre ce but.
» Cette Ville compte dass fes murs & fes fauxbourg
environ 40,000 ames . Avant 1778 , dans
ce nombre étoient compris 8000 pauvres , dont
500 mendians de profeffion. Ceux-ci infeftoient à
toute heure les églifes & les auberges. L'Evêque
l'Intendant , les Officiers Municipaux , les Curés ,
l'élite de tous les Ordres de citoyens , adoptèrent de
concert , à la fin de 1778 , un nouveau plan qui
( 134 )
.
leur étoit propofé , pour affifter tous les pauvres &
fupprimer la mendicité. On créa un Bureau général
& 15 Bureaux particuliers. Le Bureau général eft
compofé de l'élite des Citoyens , mais fans aucune
diftinction de rang : il exifte affez d'Adminiſtrateurs
dans chaque Bureau particulier pour qu'en deux heu
res tous les pauvres de la Ville foient vifités. On
fait le premier de chaque mois une quête dans les
maifons des Citoyens ; des Adminiftrateurs des Bureaux
particuliers y ajoutent le produit des quêtes
faites dans les églifes de leurs Paroiffes , des troncs ,
des fondations & legs faits en faveur des pauvres.
Le Député de chaque Bureau porte fon bordereau à
l'affemblée du Bureau général . On y fait une ſomme
totale de toutes les fommes particulières ; on y fixe
la fomme qui doit être diftribuée pendant le mois
par chaque Bureau particulier , & chaque Adminif
trateur porte de huit en huit jours , à chaque famille
pauvre , le fecours que le Bureau particulier lui
attribue. Si quelque Bureau particulier fe plaint de
la part qui lui eft accordée dans l'aumône générale ,
le Bureau général , par les Commiffaires qu'il nomme
, pour vérifier fait droit. Un tronc , placé
dans la Cathédrale , reçoit les requêtes des pauvres
qui fe plaignent de n'être point affiftés , ou de l'être
trop peu par les Bureaux. On rend de même juftice
par des Commiffaires . Les Bureaux prennent le foin
de procurer du travail aux mendians encore valides
& aux pauvres qui en manquent. On a auffi établi
une école de filature pour les petites filles ; & la Ville
dont la fubfittance dépend des Manufactures d'étoffes ,
acquiert peu à eu une branche d'induftrie qui lui
manquoit. On a détruit la plupart des prêts à la
petite femaine meurtriers pour les pauvres , en établiffant
en leur faveur , un prêt purement gratuitfur
gage. Le Bureau général rend compte tous les ans
au Public de fa recette ( qui en 1781 , montoit à:
11,546 liv. ) & de fa dépenfe par la voie de l'impreffion.
En conféquence de ces établiffemens & du
> y
( 135 )
bon ordre qui les foutient , on ne voit plus de mendians
, ni étrangers ni citoyens . La Police n'a prefque
rien à faire pour contenir les pauvres dans la
règle ; la religion & l'amour du travail reprennent
leurs droits fur leurs coeurs. Affujettis à une
vie plus uniforme & moins expofée aux excès d'une
intempérance crapuleufe , ils jouiffent d'une meilleure
fanté & font beaucoup moins mal-propres
dans leurs vêtemens & dans leurs demeures
On écrit de Marfeille , que le Capitaine
Michaelfon , commandant le brigantin
l'Anne - Marie , parti de Westerwich en
Suède , le 22 Septembre dernier , a dépofé
que fe trouvant le premier Octobre entre
Mayorque & Ivice , il a rencontré une
barque du Roi de Maroc de 16 à 18 canons
& de 100 hommes d'équipage environ
; que cette barque , qui étoit en courfe
l'a obligé de fe rendre à fon bord pour .
lui exhiber fes papiers.
» MM . les Maire , Echevins & Affeffeur de la
ville de Marseille , ayant déterminé daccorder la
fomme de 1200 livres , pour fervir de Prix à l'Ouvrage
, qui , au jugement de l'Académie des Belles-
Lettres , Sciences & Arts , préfentera le plan d'Ed -
cation le plus convenable à la conftitution de cette
Ville , l'Académie a accepté avec reconnoiffance
l'offre de MM . les Magiftrats Municipaux : & pour
concourir , autant qu'elle le peut , à des vues auffi
intéreffantes pour la patrie , elle a délibéré de joindre
au Prix propofé , la médaille d'or deftinée aux
auteurs qu'elle couronne. En conféquence , l'Académie
annonce que dans une féance publique qui
fera tenue , uniquement pour cet objet , dans le
mois de Novembre de l'année prochaine , elle adju
gera le Prix au meilleur ouvrage fur le plan d'Education
publique le plus convenable à Marseille ,
( 136 )
confidérée comme ville maritime & commerçantë.
Les ouvrages feront écrits en latin ou en françois ,
& adreffés , francs de port , an Secrétaire perpétuel
de l'Académie de Marſeille. Ils ne feront reçus que
jufqu'à la fin mois de Juillet prochain. Les auteurs
font avertis de ne pas le faire connoître , & de join--
dre , fuivant l'ufage , une devife & leur com cacheté
à leurs ouvrages «.
Le 7 Novembre , fur les 10 heures du
foir , on obferva à la Rochelle une auroreboréale
très-brillante ; elle formoit dans le
nord un arc lumineux , dont le centre étcit
fort obfcur. A 10 heures & demie , le phéno
mène difparut prefqu'entièrement , après
avoir lancé vers le Zénith des traits de lumière
qui s'étendirent à l'Oueft- nord- ouest.
Le ciel étoit affez clair une heure avant que
l'aurore boréale parût. Le ferein avoit été
très- abondant vers les 8 heures. On vit le
lendemain matin une très- forte gelée blanche
, & même de la glace de l'épaiffeur d'un
écu de fix livres ; elle fe conſerva à l'ombre
une grande partie du jour.
« Le vent de Nord-oueft , connu dans cette province
fous le nom de Miſtral , écrit-on de Salen
& de Crau en Provence , étoit fi renommé chez
les Romains par fa violence & par fa falubrité , que
l'empereur Augufte lui fit dreffer un autel. Dans le
courant de cette année il n'avoit pas régné , mais il
eft redevenu fréquent vers la fiu d'Octobre ; & un
Naturaliſte éclairé a mefuré fa violence le 30 du
mois dernier avec l'anémomètre , dont on trouve
la defcription dans le Journal de Phyfique de M.
Mongés, du mois de Janvier dernier. Le jour de l'expérience
, le vent fut fi violent , qu'il déracina des
arbres & qu'il emporta des toits . A trois heures
45 minutes de l'après - midi , dans l'inftant du plus
( 137 )
grand coup de vent , l'anémomètre démontra que
le vent frappant fur un pied quarré de furface , foulevoit
un poids de 13 livres & demie . Si cette violence
eût feulement continué quelques minutes , rien
n'auroit pa lui réfifter ; car une force dé 6 livres fuffit
, au rapport de M. Boucher , ( quand elle eft continuée
) pour arracher les arbres les plus enracinés.
Dans l'année 1779 le vent le plus fort n'a enlevé、
qu'un poids de 98 onces ; en 1780 il fut plus fort ,
mais on ne le mefura point avec l'anémomètre ; celui
du 30 Octobre dernier doit faire époque parmi les
météréologiftes : pendant qu'il fouffloit , le baromè
tre defcendit de trois lignes & demie au- deſſous de
fon état moyen « .
Nous nous empreffons d'annoncer ici
deux Gravures intéreffantes , d'après deux
tableaux de M. Moreau ; elles repréſentent 2
vues des environs de Paris , qui font pendant
; le burin qui en eft très -foigné , eſt
de Mademoiſelle Elife Saugrain , qui réunit
des talens précieux à tous les agrémens de
fon fexe ; élève de M. Moreau le jeune ,
Deffinateur & Graveur du Cabinet du Roi ,
de fon Académie de Peinture & de Sculp
ture , elle fait honneur à fon Maître ; elle
lui a fair hommage de fon premier ouvrage ,
& ces deux Eftampes lui font dédiées ( 1 ) .
» Edit du Roi , donné à Verfailles au mois de
Décembre 1782 , regiftré en Parlement le 10 du
même mois , portant création de Dix millions de
Rentes perpétuelles au denier 20˚ , fans retenue
rembourfables en 14 ans , à commencer au premier
Janvier 1784 , & dont les capitaux feront fournis ,
moitié en deniers comptans & moitié en contrats.
Le préambule de cet Edit eft de la teneur fuivante :
(1) Leur prix eft de 3 liv. ; elles fe trouvent chez M. Mo!
reau le jeune , rue du Coq St-Honoré , près le Louvre.
( 138 )
Notre intention étant de pourvoir avec la
même exactitude que par le paffé , au paiement de
toutes nos dépenfes ordinaires , de fubvenir à celles
que la guerre a rendues néceffaires , & de continuer
à remplir avec la même fidélité , les engagemens
que nous avons pris de rembourfer aux termes indiqués
, tous les Emprunts qui fost remboursables à
des époques déterminées , Nous n'avons pu nous
difpenfer d'impofer un troisième Vingtième , dont
nous avons modifié la perception & borné la durée
au tems que les circonftances l'ont permis. Nous ne
nous femmes pas diffimulé que le produit de cette
Impofition & celui des Sous pour livres dont nous
avons ordonné la levée jufqu'en 1790 , ne fuffiroient
pas aux dépenfes extraordinaires auxquelles
nous ne pourrons pas nous difpenfer de pourvoir.
Mais nous avons confidéré ces deux Impofitions
comme un accroiffement de gage , capable d'affermir
la confiance de ceux qui ont déja concouru &
qui voudront encore concourir à nous procurer les
moyens de foutenir les dépen es d'une guerre à laquelle
nous avons été forcés . C'est pour remplir
ce point de vue , & pour manifefter dès à- préfent
l'intention où nous fommes d'amortir fucceffivement
la plus grande partie des dettes de notre Etat ,
même celles coutractées avant l'époque de notre
Règne , qui ne font pas compriſes dans l'ordre des
rembourfemens , que nous nous fommes déterminés
à une création de rentes à cinq pour cent , fans rete.
nue, rembourfables , par la voie du fort , dans
laquelle nous admettrons jufqu'à concurrence de la
moitié feulement , & fur le pied du denier 25 , les
capitaux des rentes anciennes , dont les arrérages fe
payent au-deffous de cinq pour cent. Après avoir
réglé que le paiement des nouvelles rentes fera fait
à la caiffe des arrérages , nous avons déterminé les
époques du remboursement , qui fera fait fucceffivement
par la même caiffe , conformément à l'étar
annexé fous le contre-fcel de notre préfent Edit ; de
( 139 )
manière qu'en quatorze années , lefdits capitaux fe
ront entièrement amortis , fans qu'aux époques
auxquelles cefferont les Impofitions qui font le gage
principal de la préſente création , nous ayons befoin
de recourir à de nouveaux moyens , & de deftiner de
nouveaux fonds pour confommer lefdits rembourfemens
, à la libération defquels nos autres revenus
font également affectés & deftinés . Enfin four procurer
aux acquéreurs de ces nouvelles rentes , toutes
les facilités qu'ils pourront defirer., nous leur permettons
de les conftituer & de les tranfmettre par
la voie de la reconſtitution , ou de fe contenter des
quittances de finance qui lecr feront délivrées en
leur nom ou au porteur , à leur choix , lesquelles
participeront également au remboursement , & dont
les arrérages feront payés an fi qu'il fera ci- après
expliqué . Suivent is Articles , où les difpofitions
précédentes font développées « .
LES bruits de paix prochaine fe foutiennent
& fe fortifient encore par les expreffions
du Roi d'Angleterre , dans fon difcours au
Parlement ; s'il ne donne pour certain &
pour arrêté que l'accommodement avec les
Etats- Unis , il fait efpérer que les autres négociations
auront une iffue prompte &
heureufe ; d'ailleurs , les conventions faites
avec l'Amérique ne doivent avoir leur effet
qu'après qu'on fera auffi convenu d'un
arrangement avec la France. Si les difpofi
tions du Parlement Anglois & de la Na-`
tion ont changé depuis le ravitaillement de
Gibraltar , elles peuvent revenir à l'état où
elles étoient lorfque les négociations ont
fs
( 130 )
commencé ; l'hiver peut affoiblir l'enthouſiafme
caufé par un évènement dont les fuites
paroîtront moins avantageufes , lorſqu'on
les confidérera de fang froid. Pendant l'intervalle
qui doit s'écouler , jufqu'à la campa
gne prochaine , on recevra fans doute des
nouvelles de l'Inde. Celles que les Anglois
ont publiées , ne parlent que des deux actions
des mois de Février & d'Avril , dont on
avoit déja reçu des avis , & dans lesquelles
l'avantage eft demeuré à M. de Suffren .
On apprendra vraisemblablement des nouvelles
poftérieures , qui peuvent influer fur
les arrangemens à prendre pour cette partie
du monde. En attendant , une lettre de
Bordeaux , en date du 19 du mois dernier ,
contient les détails fuivans , qui offrent
au moins des inductions très favorables
fur l'état de la guerre dans l'Inde .
-
Si la flotte de M. le Bailli de Suffren a paſſé l'hiver
aux Inles de France & de Bourbon , comme les Anglois
l'affurent , elle a pu au moment où j'écris
remettre en mer , le tems de la mouſſon ne régnant
plus. Quelques Négocians de notre Ville affurent
favoir , inftruits par leurs Correfpondans de Marfeille
, que M. le Comte de Buffy , arri ‹ é fur la côte
de Coromandel , s'eft mis auffi-tôt en route four
pénétrer dans l'intérieur de cette région , & aller
négocier avec les Nababs , Souba , & Raja de l'Indoltan.
On prétend qu'un des objets de fa miffion
eft de propofer une alliance à la Cour de Delhi :
nos Correfpondans Anglois fuppofent qu'elle doit
être préjudiciable au commerce de la Compagnie.
Suivant nos lettres de Marſeille , les 2500 hommes
aux ordres de M.Duchemin , qui eft actuellement au(
131 )
près d'Hyder. Aly- Kan , inquiètent beaucoup l'armée
Européenne de Sir Eyre Coote . Quelques- unes ajoutent
que Typoo Sahé a prié le Général François de
détacher 800 braves & intelligens foldats , pour enfeigner
à 10 régimens Indiens les détails de l'exercice
Européen. Nous attendons le retour de nos bâtimens
( expédiés en 1780 , ) vers la mi-Février. Ainfi il faut
renvoyer à cette époque le plaifir d'apprendre de
l'Inde des nouvelles authentiques . Les Anglois , pour
en recevoir , ayant des établiſſemens dans le Malabar,
à la pointe qui forme le cap Comorin , peuvent
aifément envoyer de petits floops à Ormus , & de-là
les dépêches leur font expédiées par terre : nous
n'avons pas cette facilité.
On a fu qu'une corvette du Roi avoit
mouillé dans un de nos ports , & que M.
du Chillau étoit en route pour se rendre
ici ; on a cru que c'étoit le Capitaine de
vaiffeau , & qu'il apportoit les nouvelles
des combats de l'Inde , qui font tant d'honneur
à M. de Suffren , mais ce M. du
Chilleau eft le Maréchal de - Camp , Gouverneur
de la Dominique.
La frégate marchande la Jofephine , du Havre ,
écrit-on de Nantes , vient d'arriver ici des Cayes ,
Saint-Louis , ifle Saint-Domingue , d'où elle eft partie
le 27 Septembre dernier , avec un bâtiment Impérial
& 3 de ce port ; ils ont relâché à la Havane , d'où
ils font partis le 22 Octobre ; il n'y a qu'un de
nos navires qui ait pu fuivre la Jofephi ne jufqu'à
la hauteur des Açores , où ils ont été chaflés par
une frégate Angloife : alors ils font convenus de
faire fauffe route pendant la nuit , & diffé rente l'une
de l'autre . Selon les nouvelles qu'apport ent la Joféphine
& 13 navires du convoi de Saint- Domingue ,
£ 6
( 132 )
mouillés dans cette rivière, dont 11 font de ce port
& 2 de celui de Marfeille , on faifoit au Cap tous
les préparatifs de quelque grande expédition qui
devoit avoir lieu à l'arrivée de M. de Vaudreuil
& des forces qu'on attendoit d'Europe . Il n'y avoit
à cette époque , à Saint Domingue , que 2 vaiffeaux
de ligne Efpagnols , le Scipion , de 74 canons ,
commandé par M. de Grimoard , 2 frégates & I
cutter ; & la Colonie étoit dans l'abondance de
toutes chofes «.
Il eft arrivé à St - Malo un bâtiment parlementaire
avec des prifonniers François ; il
eft arrivé de New-Yorck , & a fait la traverfée
en 28 jours. Il doit apporter des
nouvelles fraîches ; mais elles n'ont pas
encore tranfpiré. Sans doute qu'il ne s'eft
rien paffé d'intéreffant de ces côtés depuis
le départ de l'Amiral Pigot , qui en a dû
mettre à la voile pour retourner aux Ifles.
» Les dernières troupes , écrit- on de Breft , qui
devoient être embarquées , paffèrent en rade le 2
de ce mois dans l'après - midi , & le foir le coup
de partance fut tiré. Ce ne fut que le même jour
qu'arriva le Marquis de la Fayette , qui s'embarqua
fur-le- champ. Le vent ne permit pas à l'efcadre &
au convoi de partir le lendemain , comme on l'efpéroit.
Ce ne fut que le 4 à midi qu'ils appareillèrent
par un vent de S. E. Ils trouvèrent au- dehors
de la brame , du calme , & enfuite des vents de
S. O. , qui les obligèrent de venir mouiller à Berthaume
; & le même tems continuant , ils revinrent
en rade le 6. Le vent n'a changé qu'aujourd'hui 8 ,
qu'ils ont remis à la voile par un vent de N. O.
grand frais , qui nous les a bientôt fait perdre de
vue er.
Ce fut le 22 du mois dernier que M. le
Comte d'Eftaing arriva à Madrid ; le 24 il ſe
7
133
133
)
rendit à l'Efcurial , où il fut reçu par le Roi
& par toute la Cour avec les témoignages
de la plus haute eftime. Il favoit en quittant
Paris , que la paix pouvoit n'être pas
éloignée ; mais cela n'empêche pas que les
armemens ne fe continuent avec beaucoup
d'activité à Cadix , où , felon les dernières
lettres , on l'attendoit inceffamment , & où
il est peut être arrivé dans ce moment.
On dit ici , écrit- on de Dunkerque , que la
premier bâtiment qui partira pour la Delaware ;
fera chargé de porter au Sieur Gourgue , Officier
Auxiliaire de l'Aigle , qui a fait fi bonne contenance
aux deux chaloupes Angloifes , fur chacune
defquelles étoient ico réfugiés , la Croix de Saint-
Louis , & une gratification aux vingt braves qui
ont partagé fon acte de valeur. Un Officier da
même nom fit contre les Espagnols , dans la Caroline
, une expédition fanglante qui lui valut autant
de gloire , fous Henri IV , & par laquelle il
vengea la Colonie Proteftante envoyée dans l'Amérique
Septentrionale par l'Amiral Coligny, & cruellement
maffacrée par les Sujets de Philippe II «.
Parmi les mesures prifes par l'Adminiftra
tion de plufieurs Villes , pour prévenir l'indigence
& fupprimer par-là la mendicité ,
on doit diftinguer ce qui a été fait à Amiens
pour atteindre ce but.
» Cette Ville compte dass fes murs & fes fauxbourg
environ 40,000 ames . Avant 1778 , dans
ce nombre étoient compris 8000 pauvres , dont
500 mendians de profeffion. Ceux-ci infeftoient à
toute heure les églifes & les auberges. L'Evêque
l'Intendant , les Officiers Municipaux , les Curés ,
l'élite de tous les Ordres de citoyens , adoptèrent de
concert , à la fin de 1778 , un nouveau plan qui
( 134 )
.
leur étoit propofé , pour affifter tous les pauvres &
fupprimer la mendicité. On créa un Bureau général
& 15 Bureaux particuliers. Le Bureau général eft
compofé de l'élite des Citoyens , mais fans aucune
diftinction de rang : il exifte affez d'Adminiſtrateurs
dans chaque Bureau particulier pour qu'en deux heu
res tous les pauvres de la Ville foient vifités. On
fait le premier de chaque mois une quête dans les
maifons des Citoyens ; des Adminiftrateurs des Bureaux
particuliers y ajoutent le produit des quêtes
faites dans les églifes de leurs Paroiffes , des troncs ,
des fondations & legs faits en faveur des pauvres.
Le Député de chaque Bureau porte fon bordereau à
l'affemblée du Bureau général . On y fait une ſomme
totale de toutes les fommes particulières ; on y fixe
la fomme qui doit être diftribuée pendant le mois
par chaque Bureau particulier , & chaque Adminif
trateur porte de huit en huit jours , à chaque famille
pauvre , le fecours que le Bureau particulier lui
attribue. Si quelque Bureau particulier fe plaint de
la part qui lui eft accordée dans l'aumône générale ,
le Bureau général , par les Commiffaires qu'il nomme
, pour vérifier fait droit. Un tronc , placé
dans la Cathédrale , reçoit les requêtes des pauvres
qui fe plaignent de n'être point affiftés , ou de l'être
trop peu par les Bureaux. On rend de même juftice
par des Commiffaires . Les Bureaux prennent le foin
de procurer du travail aux mendians encore valides
& aux pauvres qui en manquent. On a auffi établi
une école de filature pour les petites filles ; & la Ville
dont la fubfittance dépend des Manufactures d'étoffes ,
acquiert peu à eu une branche d'induftrie qui lui
manquoit. On a détruit la plupart des prêts à la
petite femaine meurtriers pour les pauvres , en établiffant
en leur faveur , un prêt purement gratuitfur
gage. Le Bureau général rend compte tous les ans
au Public de fa recette ( qui en 1781 , montoit à:
11,546 liv. ) & de fa dépenfe par la voie de l'impreffion.
En conféquence de ces établiffemens & du
> y
( 135 )
bon ordre qui les foutient , on ne voit plus de mendians
, ni étrangers ni citoyens . La Police n'a prefque
rien à faire pour contenir les pauvres dans la
règle ; la religion & l'amour du travail reprennent
leurs droits fur leurs coeurs. Affujettis à une
vie plus uniforme & moins expofée aux excès d'une
intempérance crapuleufe , ils jouiffent d'une meilleure
fanté & font beaucoup moins mal-propres
dans leurs vêtemens & dans leurs demeures
On écrit de Marfeille , que le Capitaine
Michaelfon , commandant le brigantin
l'Anne - Marie , parti de Westerwich en
Suède , le 22 Septembre dernier , a dépofé
que fe trouvant le premier Octobre entre
Mayorque & Ivice , il a rencontré une
barque du Roi de Maroc de 16 à 18 canons
& de 100 hommes d'équipage environ
; que cette barque , qui étoit en courfe
l'a obligé de fe rendre à fon bord pour .
lui exhiber fes papiers.
» MM . les Maire , Echevins & Affeffeur de la
ville de Marseille , ayant déterminé daccorder la
fomme de 1200 livres , pour fervir de Prix à l'Ouvrage
, qui , au jugement de l'Académie des Belles-
Lettres , Sciences & Arts , préfentera le plan d'Ed -
cation le plus convenable à la conftitution de cette
Ville , l'Académie a accepté avec reconnoiffance
l'offre de MM . les Magiftrats Municipaux : & pour
concourir , autant qu'elle le peut , à des vues auffi
intéreffantes pour la patrie , elle a délibéré de joindre
au Prix propofé , la médaille d'or deftinée aux
auteurs qu'elle couronne. En conféquence , l'Académie
annonce que dans une féance publique qui
fera tenue , uniquement pour cet objet , dans le
mois de Novembre de l'année prochaine , elle adju
gera le Prix au meilleur ouvrage fur le plan d'Education
publique le plus convenable à Marseille ,
( 136 )
confidérée comme ville maritime & commerçantë.
Les ouvrages feront écrits en latin ou en françois ,
& adreffés , francs de port , an Secrétaire perpétuel
de l'Académie de Marſeille. Ils ne feront reçus que
jufqu'à la fin mois de Juillet prochain. Les auteurs
font avertis de ne pas le faire connoître , & de join--
dre , fuivant l'ufage , une devife & leur com cacheté
à leurs ouvrages «.
Le 7 Novembre , fur les 10 heures du
foir , on obferva à la Rochelle une auroreboréale
très-brillante ; elle formoit dans le
nord un arc lumineux , dont le centre étcit
fort obfcur. A 10 heures & demie , le phéno
mène difparut prefqu'entièrement , après
avoir lancé vers le Zénith des traits de lumière
qui s'étendirent à l'Oueft- nord- ouest.
Le ciel étoit affez clair une heure avant que
l'aurore boréale parût. Le ferein avoit été
très- abondant vers les 8 heures. On vit le
lendemain matin une très- forte gelée blanche
, & même de la glace de l'épaiffeur d'un
écu de fix livres ; elle fe conſerva à l'ombre
une grande partie du jour.
« Le vent de Nord-oueft , connu dans cette province
fous le nom de Miſtral , écrit-on de Salen
& de Crau en Provence , étoit fi renommé chez
les Romains par fa violence & par fa falubrité , que
l'empereur Augufte lui fit dreffer un autel. Dans le
courant de cette année il n'avoit pas régné , mais il
eft redevenu fréquent vers la fiu d'Octobre ; & un
Naturaliſte éclairé a mefuré fa violence le 30 du
mois dernier avec l'anémomètre , dont on trouve
la defcription dans le Journal de Phyfique de M.
Mongés, du mois de Janvier dernier. Le jour de l'expérience
, le vent fut fi violent , qu'il déracina des
arbres & qu'il emporta des toits . A trois heures
45 minutes de l'après - midi , dans l'inftant du plus
( 137 )
grand coup de vent , l'anémomètre démontra que
le vent frappant fur un pied quarré de furface , foulevoit
un poids de 13 livres & demie . Si cette violence
eût feulement continué quelques minutes , rien
n'auroit pa lui réfifter ; car une force dé 6 livres fuffit
, au rapport de M. Boucher , ( quand elle eft continuée
) pour arracher les arbres les plus enracinés.
Dans l'année 1779 le vent le plus fort n'a enlevé、
qu'un poids de 98 onces ; en 1780 il fut plus fort ,
mais on ne le mefura point avec l'anémomètre ; celui
du 30 Octobre dernier doit faire époque parmi les
météréologiftes : pendant qu'il fouffloit , le baromè
tre defcendit de trois lignes & demie au- deſſous de
fon état moyen « .
Nous nous empreffons d'annoncer ici
deux Gravures intéreffantes , d'après deux
tableaux de M. Moreau ; elles repréſentent 2
vues des environs de Paris , qui font pendant
; le burin qui en eft très -foigné , eſt
de Mademoiſelle Elife Saugrain , qui réunit
des talens précieux à tous les agrémens de
fon fexe ; élève de M. Moreau le jeune ,
Deffinateur & Graveur du Cabinet du Roi ,
de fon Académie de Peinture & de Sculp
ture , elle fait honneur à fon Maître ; elle
lui a fair hommage de fon premier ouvrage ,
& ces deux Eftampes lui font dédiées ( 1 ) .
» Edit du Roi , donné à Verfailles au mois de
Décembre 1782 , regiftré en Parlement le 10 du
même mois , portant création de Dix millions de
Rentes perpétuelles au denier 20˚ , fans retenue
rembourfables en 14 ans , à commencer au premier
Janvier 1784 , & dont les capitaux feront fournis ,
moitié en deniers comptans & moitié en contrats.
Le préambule de cet Edit eft de la teneur fuivante :
(1) Leur prix eft de 3 liv. ; elles fe trouvent chez M. Mo!
reau le jeune , rue du Coq St-Honoré , près le Louvre.
( 138 )
Notre intention étant de pourvoir avec la
même exactitude que par le paffé , au paiement de
toutes nos dépenfes ordinaires , de fubvenir à celles
que la guerre a rendues néceffaires , & de continuer
à remplir avec la même fidélité , les engagemens
que nous avons pris de rembourfer aux termes indiqués
, tous les Emprunts qui fost remboursables à
des époques déterminées , Nous n'avons pu nous
difpenfer d'impofer un troisième Vingtième , dont
nous avons modifié la perception & borné la durée
au tems que les circonftances l'ont permis. Nous ne
nous femmes pas diffimulé que le produit de cette
Impofition & celui des Sous pour livres dont nous
avons ordonné la levée jufqu'en 1790 , ne fuffiroient
pas aux dépenfes extraordinaires auxquelles
nous ne pourrons pas nous difpenfer de pourvoir.
Mais nous avons confidéré ces deux Impofitions
comme un accroiffement de gage , capable d'affermir
la confiance de ceux qui ont déja concouru &
qui voudront encore concourir à nous procurer les
moyens de foutenir les dépen es d'une guerre à laquelle
nous avons été forcés . C'est pour remplir
ce point de vue , & pour manifefter dès à- préfent
l'intention où nous fommes d'amortir fucceffivement
la plus grande partie des dettes de notre Etat ,
même celles coutractées avant l'époque de notre
Règne , qui ne font pas compriſes dans l'ordre des
rembourfemens , que nous nous fommes déterminés
à une création de rentes à cinq pour cent , fans rete.
nue, rembourfables , par la voie du fort , dans
laquelle nous admettrons jufqu'à concurrence de la
moitié feulement , & fur le pied du denier 25 , les
capitaux des rentes anciennes , dont les arrérages fe
payent au-deffous de cinq pour cent. Après avoir
réglé que le paiement des nouvelles rentes fera fait
à la caiffe des arrérages , nous avons déterminé les
époques du remboursement , qui fera fait fucceffivement
par la même caiffe , conformément à l'étar
annexé fous le contre-fcel de notre préfent Edit ; de
( 139 )
manière qu'en quatorze années , lefdits capitaux fe
ront entièrement amortis , fans qu'aux époques
auxquelles cefferont les Impofitions qui font le gage
principal de la préſente création , nous ayons befoin
de recourir à de nouveaux moyens , & de deftiner de
nouveaux fonds pour confommer lefdits rembourfemens
, à la libération defquels nos autres revenus
font également affectés & deftinés . Enfin four procurer
aux acquéreurs de ces nouvelles rentes , toutes
les facilités qu'ils pourront defirer., nous leur permettons
de les conftituer & de les tranfmettre par
la voie de la reconſtitution , ou de fe contenter des
quittances de finance qui lecr feront délivrées en
leur nom ou au porteur , à leur choix , lesquelles
participeront également au remboursement , & dont
les arrérages feront payés an fi qu'il fera ci- après
expliqué . Suivent is Articles , où les difpofitions
précédentes font développées « .
Fermer
11984
p. 139-142
De BRUXELLES, le 17 Décembre.
Début :
Les Etats de Frise ont écrit aux Etats-Généraux assemblés à la Haye, pour demander [...]
Mots clefs :
Bruxelles, États de Frise, Villes, La Haye, République, Province, Provinces, Résolution
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De BRUXELLES, le 17 Décembre.
De BRUXELLES , le 17 Décembre.
LES Etats de Frife ont écrit aux Etats-
Généraux affemblés à la Haye , pour demander
une diminution du contingent qu'ils
doivent fournir dans les dépenfes de la
République . Cette lettre a été envoyée par
la Généralité aux Etats de chaque Province ;
ceux de Hollande ont déclaré fur-le- champ
que le tems actuel n'étoit pas celui de fonger
à une nouvelle répartition , vu que la République
étoit agitée par une guerre audehors
& des troubles au- dedans ; mais que
les repréfentations de la Frife paroiffant
juftes , ils vouloient bien fe charger de
fournir un demi-million de florins pour completter
le déficit de cette Province , comme
ils l'avoient déja fait pour la Zélande , juſqu'à
( 140 )
ce qu'on pût convenir d'une nouvelle répartition
; celle qui a lieu actuellement peut
donner une idée de l'importance & de la
confiftance respective des 7 Provinces - Unies ;
c'eft ainfi qu'une Gazette Hollandoife en
préfente le tableau.
33 Sur chaque centaine de florins à fournir par la
Généralité , les Provinces contribuent de la manière
fuivante.
La Gueldre pour
La Hollande
La Zélande
Utrecht .
La Frife
Ovéryffel .
SA. 12 13 .
58 6 4
9 3
4 16 7 .
• II
3 S.
3
11 " 5.
Groninge S IS
110 A.
Les divifions règnent toujours dans la
République , qui , dans le moment préfent
, auroit plus befoin que jamais de fe
réunir.
La Chambre des 11 villes , écrit-on de Leuwarde
, qui forme le Quatrième quartier des Etats de la
Province de Frife , s'eft conftamment oppofée aux
réfolutions des 3 autres Chambres , compofées par
les Députés , tant Nobles que Francs- Tenanciers des
trois quartiers du plat pays , & on fait que cette
conduite , fi contraire au vou du peuple , n'eft attribuće
qu'à l'influence qu'un feul individu exerce daus
chacune de ces villes , fous le nom de premier
Bourgmestre , & à la coutume qui s'étoit introduite
de rendre la nomination à toutes les charges Municipales
dépendante de la Cour Stadhoudérienne.
L'excès de cet abus a caufé , de la part du Magiftrat
de Dockum , une démarche vigoureuſe ; il a
réfola unanimement ( à l'exception du premier
( 141 )
-
Bourguemeftre ) de rendre , aux Membres de
fa Régence , l'ancienne liberté de difpofer des
Charges Provinciales qui vaqueront , d'en informer
les dix autres Villes par lettres circulaires
en les exhortant à fuivre fon exemple , & d'en prévenir
également le Prince ; ce qui a été fait par une
lettre en date du 29 Novembre. Le Magiftrat , dans
la réfolution prife le 26 , donne les motifs fuivans
de fa démarche. Qu'étonné & mécontent des avis
donnés par le Quartier des Villes dans les délibé
rations d'Etats contre le fentiment des trois autres
Quartiers , quoique tendant évidemment à avancer
le bien public dans les affaires les plus effentielles ,
il ne pouvoit attribuer un procédé fi étrange qu'aux
obligations que les principaux Députés de ce Quartier
( les premiers Bourguemeftres font conftamment
du nombre ) ont au Stathouder & à la dépendance
où ils font à fon égard : il n'a pris cette réfolution
que pour prévenir les effets de cette influence .
-
Cette réfolution a été mise à exécution fur- lechamp
, en nommant à deux places qui ont vaqué
dans le Confeil Municipal. La lettre circulaire , expédiée
aux dix autres Villes , y a été déja miſe en
délibération ,
Pendant ces difcuffions , qui annoncent
néceffairement du mécontentemenr les
Bourgeois de la Haye , à la fuite d'une fête
qu'ils font dans l'ufage de donner au Stathouder
, avoient projetté de lui offrir une
adreffe , pour le remercier des ouvertures
franches & fatisfaifantes , & des foins paternels
qu'il a montrés dans la direction des
affaires maritimes. Cette pièce , qui a paru
dans la Gazette de la Haye , a femblé bleffer
les Etats de plufieurs Provinces , qui demandent
des éclairciffemens fur cette direction
. Le Stadhouder a paru defirer lui(
142 )
même qu'on ne lui offrit point cette
adreffe , & il en a été rédigé une autre ,
où les Bourgeois fe contentent de complimenter
le Prince , fans entrer dans aucune
difcuffion d'objets qui n'appartiennent qu'aux
Etats Souverains.
LES Etats de Frife ont écrit aux Etats-
Généraux affemblés à la Haye , pour demander
une diminution du contingent qu'ils
doivent fournir dans les dépenfes de la
République . Cette lettre a été envoyée par
la Généralité aux Etats de chaque Province ;
ceux de Hollande ont déclaré fur-le- champ
que le tems actuel n'étoit pas celui de fonger
à une nouvelle répartition , vu que la République
étoit agitée par une guerre audehors
& des troubles au- dedans ; mais que
les repréfentations de la Frife paroiffant
juftes , ils vouloient bien fe charger de
fournir un demi-million de florins pour completter
le déficit de cette Province , comme
ils l'avoient déja fait pour la Zélande , juſqu'à
( 140 )
ce qu'on pût convenir d'une nouvelle répartition
; celle qui a lieu actuellement peut
donner une idée de l'importance & de la
confiftance respective des 7 Provinces - Unies ;
c'eft ainfi qu'une Gazette Hollandoife en
préfente le tableau.
33 Sur chaque centaine de florins à fournir par la
Généralité , les Provinces contribuent de la manière
fuivante.
La Gueldre pour
La Hollande
La Zélande
Utrecht .
La Frife
Ovéryffel .
SA. 12 13 .
58 6 4
9 3
4 16 7 .
• II
3 S.
3
11 " 5.
Groninge S IS
110 A.
Les divifions règnent toujours dans la
République , qui , dans le moment préfent
, auroit plus befoin que jamais de fe
réunir.
La Chambre des 11 villes , écrit-on de Leuwarde
, qui forme le Quatrième quartier des Etats de la
Province de Frife , s'eft conftamment oppofée aux
réfolutions des 3 autres Chambres , compofées par
les Députés , tant Nobles que Francs- Tenanciers des
trois quartiers du plat pays , & on fait que cette
conduite , fi contraire au vou du peuple , n'eft attribuće
qu'à l'influence qu'un feul individu exerce daus
chacune de ces villes , fous le nom de premier
Bourgmestre , & à la coutume qui s'étoit introduite
de rendre la nomination à toutes les charges Municipales
dépendante de la Cour Stadhoudérienne.
L'excès de cet abus a caufé , de la part du Magiftrat
de Dockum , une démarche vigoureuſe ; il a
réfola unanimement ( à l'exception du premier
( 141 )
-
Bourguemeftre ) de rendre , aux Membres de
fa Régence , l'ancienne liberté de difpofer des
Charges Provinciales qui vaqueront , d'en informer
les dix autres Villes par lettres circulaires
en les exhortant à fuivre fon exemple , & d'en prévenir
également le Prince ; ce qui a été fait par une
lettre en date du 29 Novembre. Le Magiftrat , dans
la réfolution prife le 26 , donne les motifs fuivans
de fa démarche. Qu'étonné & mécontent des avis
donnés par le Quartier des Villes dans les délibé
rations d'Etats contre le fentiment des trois autres
Quartiers , quoique tendant évidemment à avancer
le bien public dans les affaires les plus effentielles ,
il ne pouvoit attribuer un procédé fi étrange qu'aux
obligations que les principaux Députés de ce Quartier
( les premiers Bourguemeftres font conftamment
du nombre ) ont au Stathouder & à la dépendance
où ils font à fon égard : il n'a pris cette réfolution
que pour prévenir les effets de cette influence .
-
Cette réfolution a été mise à exécution fur- lechamp
, en nommant à deux places qui ont vaqué
dans le Confeil Municipal. La lettre circulaire , expédiée
aux dix autres Villes , y a été déja miſe en
délibération ,
Pendant ces difcuffions , qui annoncent
néceffairement du mécontentemenr les
Bourgeois de la Haye , à la fuite d'une fête
qu'ils font dans l'ufage de donner au Stathouder
, avoient projetté de lui offrir une
adreffe , pour le remercier des ouvertures
franches & fatisfaifantes , & des foins paternels
qu'il a montrés dans la direction des
affaires maritimes. Cette pièce , qui a paru
dans la Gazette de la Haye , a femblé bleffer
les Etats de plufieurs Provinces , qui demandent
des éclairciffemens fur cette direction
. Le Stadhouder a paru defirer lui(
142 )
même qu'on ne lui offrit point cette
adreffe , & il en a été rédigé une autre ,
où les Bourgeois fe contentent de complimenter
le Prince , fans entrer dans aucune
difcuffion d'objets qui n'appartiennent qu'aux
Etats Souverains.
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11985
p. 142-144
Suite de la Lettre circulaire des Etats de Frise.
Début :
Quel jugement portera la direction de la Marine, en considérant ce qui s'est passé à l'égard [...]
Mots clefs :
États de Frise, Résolution, Lettre, Sortir, Brest, Ordre, Vaisseaux, Délibérations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de la Lettre circulaire des Etats de Frise.
Suite de la Lettre circulaire des Etats de Frife.
Quel jugement portera la direction de la
Marine , en confidérant ce qui s'eft paffé à l'égard
du vaiffeau la Gueldre , qui arriva le 8
Octobre de deffous le Vlierer au Texel , & qui fat
défigné par S. A. pour fortir avec l'eſcadre ; le
Vice-Amiral Harifinck avertit S. A. , par une lettre
du 13 Octobre , qu'il s'en falloit de beaucoup que
l'équipage de ce vaiffeaa fût complet ; que les
canons de fa première batterie avoient été mis à
terre à Medembik , & qu'ainfi il étoit hors d'état
de remplir les intentions de S. A. pour la fortie.
Enfin , pourra-t - on fe faire une idée nette de la
direction des affaires de la Marine , fi l'on confidère
que lorfque L. H. P. , renonçant le 9 Octobre à
l'expédition de Breft prirent le même jour la
réfolution de faire fortir une efcadre , pour aller
prendre le convoi de Drontheim mouillé à Bergen ,
S. A. avoit déjà envoyé le 7 Octobre précédent
au Vice Amiral Hartfinck l'ordre de faire d'abord
fortir les vaiffeaux prêts à appareiller , & cela
( comme il appert par l'ordre donné ) pour faire
une courfe dans la mer du Nord ? Comment cet
ordre anticipé de S. A. , tandis que LL. HH. PP.
n'avoient pas encore terminé leurs délibérations
fur l'envoi de l'efcadre , fur le tems de fa fortie
& fur fa deftination , peut-il ſe juſtifier ? En effet ,
deux chofes font certaines : Ou , au cas que LL.
HH. PP. , en ordonnant promptement de remédier
aux difficultés propofées & de pourvoir les vaiffeaux
( 143 )
du néceffaire , euffent cru ce nonobftant devoir ſe
déterminer à l'expédition de Breft , leur réfolution
fur ce point important auroit été rendue illufoire
& abfolument impraticable contre leur attente &
durant le cours de leurs délibérations : Ou , fi LL..
HH. PP. euffent écouté les avertiffemens férieux
qui , felon la lettre du Vice- Amiral du 5 Octobre ,
ont été donnés par les Pilotes - côtiers ; favoir , que
les vaiffeaux ne pouvoient plus être conduits dehors
fans dangers , & que , la bonne faifon étant paffée',
il falloit bien plutôt leur faire quitter la rade & les
faire entrer au mouillage d hiver ; fi fuivant ce
confeil ( puifque le voyage de Breft avoit échoué )
elles euffent jugé à propos de prendre une réfolution
en conféquence , la fuite en auroit été , que les
ordres préalables de S. A. , qui avoient fi évidemment
anticipé fur les délibérations de LL. HH . PP. ,
auroient rendu l'exécution de la réfolution impoffible
& l'auroient anéantie dans le fait. Si nous faisons
donc réflexion fur toutes ces circonftances , & fi
nous confidérons en même-tems , comment S. A. S.
femble éviter , d'une façon inconcevable , de s'intéreſler
le moins du monde à tout ce qui concerne
une affaire , qui a caufé tant de furprife & d'éclat ,
tandis que LL. HH . PP. ont renvoyé tout ce qui
n'eſt pallé , quant aux rapports reçus , à délibération
ultérieure , fans rien de plus . Nous nous
perdons dans un abîme de perplexité . C'eft par ces
motifs , N. & P. S. , que d'une part le fentiment
douloureux des embarras dont nous nous voyons
environnés de tous côtés , & le defir de nous raffurer
au fujet des difficultés fus - mentionnées , ( qui ne font
qu'une partie de la conduite incompréhensible tenue
à tous égards ) puifque nous ne faurions nous procurer
aucunes lumières ni éclairciffemens ; d'autre
part , la perception affligeante de la fituation de
notre chère patrie , dont le danger s'accroît tous
les jours , nous excitent à nous adreffer de nou
-
( 144 )
veau à V. N. P. , à les exhorter & exciter par tout
ce qui nous cft, cher, & de, la manière la plus
folemnelle , à ne plus refter fanière
う
, mais a concourir
fans perte de tems , en mettant de côté
tous intérêts particuliers , pour faire de concert les
efforts les plus extrêmes , & pour nous réunir tous enfemble
avec franchife & un patriotifme ardent , dans
la vue d'effectuer un prompt redreffement dans les
affaires , de façon qu'on concerte avec une intention
Pure & avec promptitude les moyens les plus falutaires
& les plus efficaces pour cette fin , qui fait
aujourd'hui l'objet principal de nos devoirs.
La fuite à l'ordinaire prochain.
Quel jugement portera la direction de la
Marine , en confidérant ce qui s'eft paffé à l'égard
du vaiffeau la Gueldre , qui arriva le 8
Octobre de deffous le Vlierer au Texel , & qui fat
défigné par S. A. pour fortir avec l'eſcadre ; le
Vice-Amiral Harifinck avertit S. A. , par une lettre
du 13 Octobre , qu'il s'en falloit de beaucoup que
l'équipage de ce vaiffeaa fût complet ; que les
canons de fa première batterie avoient été mis à
terre à Medembik , & qu'ainfi il étoit hors d'état
de remplir les intentions de S. A. pour la fortie.
Enfin , pourra-t - on fe faire une idée nette de la
direction des affaires de la Marine , fi l'on confidère
que lorfque L. H. P. , renonçant le 9 Octobre à
l'expédition de Breft prirent le même jour la
réfolution de faire fortir une efcadre , pour aller
prendre le convoi de Drontheim mouillé à Bergen ,
S. A. avoit déjà envoyé le 7 Octobre précédent
au Vice Amiral Hartfinck l'ordre de faire d'abord
fortir les vaiffeaux prêts à appareiller , & cela
( comme il appert par l'ordre donné ) pour faire
une courfe dans la mer du Nord ? Comment cet
ordre anticipé de S. A. , tandis que LL. HH. PP.
n'avoient pas encore terminé leurs délibérations
fur l'envoi de l'efcadre , fur le tems de fa fortie
& fur fa deftination , peut-il ſe juſtifier ? En effet ,
deux chofes font certaines : Ou , au cas que LL.
HH. PP. , en ordonnant promptement de remédier
aux difficultés propofées & de pourvoir les vaiffeaux
( 143 )
du néceffaire , euffent cru ce nonobftant devoir ſe
déterminer à l'expédition de Breft , leur réfolution
fur ce point important auroit été rendue illufoire
& abfolument impraticable contre leur attente &
durant le cours de leurs délibérations : Ou , fi LL..
HH. PP. euffent écouté les avertiffemens férieux
qui , felon la lettre du Vice- Amiral du 5 Octobre ,
ont été donnés par les Pilotes - côtiers ; favoir , que
les vaiffeaux ne pouvoient plus être conduits dehors
fans dangers , & que , la bonne faifon étant paffée',
il falloit bien plutôt leur faire quitter la rade & les
faire entrer au mouillage d hiver ; fi fuivant ce
confeil ( puifque le voyage de Breft avoit échoué )
elles euffent jugé à propos de prendre une réfolution
en conféquence , la fuite en auroit été , que les
ordres préalables de S. A. , qui avoient fi évidemment
anticipé fur les délibérations de LL. HH . PP. ,
auroient rendu l'exécution de la réfolution impoffible
& l'auroient anéantie dans le fait. Si nous faisons
donc réflexion fur toutes ces circonftances , & fi
nous confidérons en même-tems , comment S. A. S.
femble éviter , d'une façon inconcevable , de s'intéreſler
le moins du monde à tout ce qui concerne
une affaire , qui a caufé tant de furprife & d'éclat ,
tandis que LL. HH . PP. ont renvoyé tout ce qui
n'eſt pallé , quant aux rapports reçus , à délibération
ultérieure , fans rien de plus . Nous nous
perdons dans un abîme de perplexité . C'eft par ces
motifs , N. & P. S. , que d'une part le fentiment
douloureux des embarras dont nous nous voyons
environnés de tous côtés , & le defir de nous raffurer
au fujet des difficultés fus - mentionnées , ( qui ne font
qu'une partie de la conduite incompréhensible tenue
à tous égards ) puifque nous ne faurions nous procurer
aucunes lumières ni éclairciffemens ; d'autre
part , la perception affligeante de la fituation de
notre chère patrie , dont le danger s'accroît tous
les jours , nous excitent à nous adreffer de nou
-
( 144 )
veau à V. N. P. , à les exhorter & exciter par tout
ce qui nous cft, cher, & de, la manière la plus
folemnelle , à ne plus refter fanière
う
, mais a concourir
fans perte de tems , en mettant de côté
tous intérêts particuliers , pour faire de concert les
efforts les plus extrêmes , & pour nous réunir tous enfemble
avec franchife & un patriotifme ardent , dans
la vue d'effectuer un prompt redreffement dans les
affaires , de façon qu'on concerte avec une intention
Pure & avec promptitude les moyens les plus falutaires
& les plus efficaces pour cette fin , qui fait
aujourd'hui l'objet principal de nos devoirs.
La fuite à l'ordinaire prochain.
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11986
p. 144
PRÉCIS DES GAZETTES ANGL. du 11 Décembre.
Début :
Un bâtiment arrivé de New-Yorck à Kinsale en 27 jours, a rapporté que Lord Hood, sur la [...]
Mots clefs :
Samuel Hood, Prises, Anglais, Français, Terre-Neuve
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRÉCIS DES GAZETTES ANGL. du 11 Décembre.
¿ PRÉCIS DES GAZETTES ANGL . du 11 Décembre,
Un bâtiment arrivé de New-Yorck à Kinfale en
27 jours , a rapporté que le Lord Hood , ' fur la
demande des Royaliſtes de cette ville , a conſenti
à y refter avec une divifion , jufqu'à ce qu'on eur
pris quelques mefures pour les garantir de l'oppreſe
fion du Congrès.
7870
( 5
lory & 1oret net
PRISES fur les Anglois par les François. - Le
Dave de Terre-neuve , pour Briſtol , envoyé en
France ; le Chriftopher de Londres , pour Water
Ford , envoyé en France par les Hollandois.
La Marie-Anne de Nerva pour Hull , la Rofe de
Mont-Serrat pour Oftende ; prife & perdue fur les
côtes de Hollande , l'Amphitrite de Guernefay pour
Londres , envoyée à Cherbourg. Par les Américains,
La Polly de la Barbade , pour Hallifax ,
envoyée à Boston ; la Venus de Saint-Thomas
Terre- neuve , envoyée à Salein .
pour
207
PRISES par les Anglois fur les François
2 bâtimens de Saint-Domingue pour la France , envoyés
à Weymouth.
Un bâtiment arrivé de New-Yorck à Kinfale en
27 jours , a rapporté que le Lord Hood , ' fur la
demande des Royaliſtes de cette ville , a conſenti
à y refter avec une divifion , jufqu'à ce qu'on eur
pris quelques mefures pour les garantir de l'oppreſe
fion du Congrès.
7870
( 5
lory & 1oret net
PRISES fur les Anglois par les François. - Le
Dave de Terre-neuve , pour Briſtol , envoyé en
France ; le Chriftopher de Londres , pour Water
Ford , envoyé en France par les Hollandois.
La Marie-Anne de Nerva pour Hull , la Rofe de
Mont-Serrat pour Oftende ; prife & perdue fur les
côtes de Hollande , l'Amphitrite de Guernefay pour
Londres , envoyée à Cherbourg. Par les Américains,
La Polly de la Barbade , pour Hallifax ,
envoyée à Boston ; la Venus de Saint-Thomas
Terre- neuve , envoyée à Salein .
pour
207
PRISES par les Anglois fur les François
2 bâtimens de Saint-Domingue pour la France , envoyés
à Weymouth.
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11987
p. 168
ÉNIGME.
Début :
Eusses-tu plus d'esprit qu'homme de l'Univers, [...]
Mots clefs :
Quatrain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉNIGME.
ÉNIGM E.
EUSSES -TU
USSES -TU plus d'efprit qu'homme de l'Univers,
Une difficulté te pourroit feule abattre :
Afin de me conftruire il en faut joindre quatre :
Qui fuis-je ? Me voilà , grâce à ce dernier vers.
EUSSES -TU
USSES -TU plus d'efprit qu'homme de l'Univers,
Une difficulté te pourroit feule abattre :
Afin de me conftruire il en faut joindre quatre :
Qui fuis-je ? Me voilà , grâce à ce dernier vers.
Fermer
11988
p. 168-169
LOGOGRYPHE.
Début :
Nous sommes deux portant le même nom, [...]
Mots clefs :
Grenade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Nous fommes deux portant le même nom ,
Et néanmoins différens fort enſemble ;
Dès que ma foeur paroît on la fuit ; il me femble
Que ce n'eft pas tout- à- fait fans raiſon ;
Elle n'eft pas bonne Princeffe ;
Mais pour moi l'on peut hardiment
M'approcher , me faire careffe ,
On en aura toujours de l'agrément.
De ma bonté , Lecteur , veux - tu faire l'épreuve ?
Avec moi tu vas conver.ir
Que je t'en donne une affez grande preuve.
Eventre-moi fi c'eft ton bon plaifir ,
En vingt morceaux tu peux encor me mettre ;
Non-feulement je ne m'en plaindrai pas ,
Mais bien plus je veux te permettre
De me garder pour ton repas.
Combine-moi , tu trouveras
Ce que le Militaire avec ardeur ſouhaite ;
Ce
DE FRANCE.
169
Ce qui trop tôt s'écoule à notre gré ;
Un être par nous révéré ;
Un ton de mufique ; une bête ;
Ce qu'un Matelot doit favoir ;
Un lieu que le marin voit ſouvent en ſa vic ;
Ce qui toujours eft à la Comédie.
Adieu , Lecteur , jufqu'au revoir.
Nous fommes deux portant le même nom ,
Et néanmoins différens fort enſemble ;
Dès que ma foeur paroît on la fuit ; il me femble
Que ce n'eft pas tout- à- fait fans raiſon ;
Elle n'eft pas bonne Princeffe ;
Mais pour moi l'on peut hardiment
M'approcher , me faire careffe ,
On en aura toujours de l'agrément.
De ma bonté , Lecteur , veux - tu faire l'épreuve ?
Avec moi tu vas conver.ir
Que je t'en donne une affez grande preuve.
Eventre-moi fi c'eft ton bon plaifir ,
En vingt morceaux tu peux encor me mettre ;
Non-feulement je ne m'en plaindrai pas ,
Mais bien plus je veux te permettre
De me garder pour ton repas.
Combine-moi , tu trouveras
Ce que le Militaire avec ardeur ſouhaite ;
Ce
DE FRANCE.
169
Ce qui trop tôt s'écoule à notre gré ;
Un être par nous révéré ;
Un ton de mufique ; une bête ;
Ce qu'un Matelot doit favoir ;
Un lieu que le marin voit ſouvent en ſa vic ;
Ce qui toujours eft à la Comédie.
Adieu , Lecteur , jufqu'au revoir.
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11990
p. 13
ÉNIGME OU LOGOGRYPHE.
Début :
Ami Lecteur, ma tête est sous la tienne ; [...]
Mots clefs :
Couvent
11993
p. 166-167
LOGOGRYPHE.
Début :
D'un Juge & d'un Huissier j'ai l'habit & la mine, [...]
Mots clefs :
Bâtonnier
11995
p. 101-102
CHARADE à Mlle P..... DE LA CH......
Début :
Son premier t'offre un instrument [...]
Mots clefs :
Cordon
11997
p. 11
LOGOGRYPHE.
Début :
Tanpis pour toi, Lecteur, si tu connois ma mère [...]
Mots clefs :
Procès
11999
p. 100-101
LOGOGRYPHE.
Début :
L'un me veut bleu, l'autre blanc, un troisième [...]
Mots clefs :
Mouchoir
12000
p. 8-9
LOGOGRYPHE.
Début :
Je n'ai point, il est vrai, la brillante parure [...]
Mots clefs :
Fougère