Résultats : 14594 texte(s)
Détail
Liste
10001
p. 121-124
« PROJET D'UN ORDRE FRANÇOIS EN TACTIQUE, ou la phalange coupée & doublée [...] »
Début :
PROJET D'UN ORDRE FRANÇOIS EN TACTIQUE, ou la phalange coupée & doublée [...]
Mots clefs :
Ennemi, Force, Tactique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « PROJET D'UN ORDRE FRANÇOIS EN TACTIQUE, ou la phalange coupée & doublée [...] »
PROJET D'UN ORDRE FRANÇOIS EN
F
122 MERCURE DE FRANCE .
TACTIQUE , ou la phalange coupée & doublée
& foutenue par le mêlange des armes.
On la propofe comme fiftême général ,
on prouve fa fupériorité , comparant toujours
à la méthode aujourd'hui d'ufage ,
celle- ci qui n'eſt à la bien définir , que le
fiftême du chevalier de Folard plus étendu ,
& mieux développé. On y a joint les idées
des plus grands maîtres , particulierement
du maréchal de Saxe. L'auteur à ce sujet ,
a pris pour épigraphe.
Craint- on de s'égarer fur les traces d'Hercule.
Racine.
Ce livre dont nous avons annoncé l'édition
prochaine dans le Mercure de Mai , fe
vend actuellement à Paris , chez Boudet ,
chez Jombert , & chez la veuve Gandouin.
La préface de l'auteur eft un modele
pour la précifion . Comme elle ne contient
que cinq lignes , nous allons ici la tranfcrire
fans en rien retrancher.
« Cet ouvrage rare dans fon efpece eft
très-mauvais ou très- bon . Fort inutile ou
» de la plus grande importance.Pour fçavoir
» lequel des deux , il faut lelire ; pour ne
pas s'y méprendre, le lire fans prévention ;
» & comme c'eft un tout , le lire tout entier.
Cette raifon nous oblige à renvoyer le
lecteur au livre même , & nous difpenfe
d'en donner un extrait en forme. Nous
"
A O UST. 1755. 12.3
bornons à un précis très- court qui offrira
en racourci tous les avantages de la colonne
fur le bataillon . Nous l'avons tiré
du dernier chapitre de l'ouvrage. Voici
les termes de l'auteur , dans lefquels nous
nous renfermons. On pourra juger par eux
de fon ftyle. S'il n'eft pas toujours correct
& précis , il eft du moins vif , rapide &
plein d'une franchife militaire qui convient
au genre . Selon le Maréchal de Puyfegur
dit-il , toutes les parties qui peuvent contribuer
à la victoire , fe réduifent 1 ° , à profiter
de la fituation des lieux . 2º , A avoir
plus de troupes que fon ennemi , ou du
moins à en faire combattre davantage.
3 °, A infpirer plus de courage aux troupes.
4° , A employer plus d'art à combattre.
Quand toutes ces parties fe trouvent réunies
, dit le favant auteur , on peut être
affuré de la victoire . Elles fe trouvent raffemblées
dans mon fyftême. C'est par conféquent
fur la parole du maréchal , que je
lui promets autant de victoires que de
combats .
La raifon & l'expérience prouvent que
la profondeur fait la force de l'infanterie.
Rien n'eft donc fi fort que la pléfion ou la
colonne : rien n'eft fi foible que le bataillon
. Il ne pourra jamais la renverfer ou la
repouffer , ni même tenir un inftant contre
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
la violence de fon choc. La petiteffe de fon
front augmente cette force de beaucoup.
Car le bonheur naît de l'union & du bon
ordre. Un petit front est toujours plus uni &
mieux en ordre. De- là vient encore la légéreté.
Sans le flottement & la crainte du défordre
, une troupe iroit auffi vite qu'un
homme feul. La pléfion qui ne fe dérange
point , peut courir en bataille. Cette grande
légereté accroît encore confidérablement
fa force. C'eft la vîreffe jointe à la
maffe :elle previent d'ailleurs les mouvemens
de l'ennemi , épargne les hommes ,
ne tenant la troupe expofée à la moufqueterie
qu'un inftant , encourage le foldar ,
impofe au parti contraire. Auffi cette vivacité
a-t elle fouvent tenu lieu de l'ordre.
On a vu des bataillons charger en courant,
par conféquent , arriver à l'ennemi tout
en défordre , & cependant le renverfer ;
d'où l'on peut prévoir quel fera l'effet d'une
charge unie & ferrée , faite avec la même
violence.
F
122 MERCURE DE FRANCE .
TACTIQUE , ou la phalange coupée & doublée
& foutenue par le mêlange des armes.
On la propofe comme fiftême général ,
on prouve fa fupériorité , comparant toujours
à la méthode aujourd'hui d'ufage ,
celle- ci qui n'eſt à la bien définir , que le
fiftême du chevalier de Folard plus étendu ,
& mieux développé. On y a joint les idées
des plus grands maîtres , particulierement
du maréchal de Saxe. L'auteur à ce sujet ,
a pris pour épigraphe.
Craint- on de s'égarer fur les traces d'Hercule.
Racine.
Ce livre dont nous avons annoncé l'édition
prochaine dans le Mercure de Mai , fe
vend actuellement à Paris , chez Boudet ,
chez Jombert , & chez la veuve Gandouin.
La préface de l'auteur eft un modele
pour la précifion . Comme elle ne contient
que cinq lignes , nous allons ici la tranfcrire
fans en rien retrancher.
« Cet ouvrage rare dans fon efpece eft
très-mauvais ou très- bon . Fort inutile ou
» de la plus grande importance.Pour fçavoir
» lequel des deux , il faut lelire ; pour ne
pas s'y méprendre, le lire fans prévention ;
» & comme c'eft un tout , le lire tout entier.
Cette raifon nous oblige à renvoyer le
lecteur au livre même , & nous difpenfe
d'en donner un extrait en forme. Nous
"
A O UST. 1755. 12.3
bornons à un précis très- court qui offrira
en racourci tous les avantages de la colonne
fur le bataillon . Nous l'avons tiré
du dernier chapitre de l'ouvrage. Voici
les termes de l'auteur , dans lefquels nous
nous renfermons. On pourra juger par eux
de fon ftyle. S'il n'eft pas toujours correct
& précis , il eft du moins vif , rapide &
plein d'une franchife militaire qui convient
au genre . Selon le Maréchal de Puyfegur
dit-il , toutes les parties qui peuvent contribuer
à la victoire , fe réduifent 1 ° , à profiter
de la fituation des lieux . 2º , A avoir
plus de troupes que fon ennemi , ou du
moins à en faire combattre davantage.
3 °, A infpirer plus de courage aux troupes.
4° , A employer plus d'art à combattre.
Quand toutes ces parties fe trouvent réunies
, dit le favant auteur , on peut être
affuré de la victoire . Elles fe trouvent raffemblées
dans mon fyftême. C'est par conféquent
fur la parole du maréchal , que je
lui promets autant de victoires que de
combats .
La raifon & l'expérience prouvent que
la profondeur fait la force de l'infanterie.
Rien n'eft donc fi fort que la pléfion ou la
colonne : rien n'eft fi foible que le bataillon
. Il ne pourra jamais la renverfer ou la
repouffer , ni même tenir un inftant contre
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
la violence de fon choc. La petiteffe de fon
front augmente cette force de beaucoup.
Car le bonheur naît de l'union & du bon
ordre. Un petit front est toujours plus uni &
mieux en ordre. De- là vient encore la légéreté.
Sans le flottement & la crainte du défordre
, une troupe iroit auffi vite qu'un
homme feul. La pléfion qui ne fe dérange
point , peut courir en bataille. Cette grande
légereté accroît encore confidérablement
fa force. C'eft la vîreffe jointe à la
maffe :elle previent d'ailleurs les mouvemens
de l'ennemi , épargne les hommes ,
ne tenant la troupe expofée à la moufqueterie
qu'un inftant , encourage le foldar ,
impofe au parti contraire. Auffi cette vivacité
a-t elle fouvent tenu lieu de l'ordre.
On a vu des bataillons charger en courant,
par conféquent , arriver à l'ennemi tout
en défordre , & cependant le renverfer ;
d'où l'on peut prévoir quel fera l'effet d'une
charge unie & ferrée , faite avec la même
violence.
Fermer
Résumé : « PROJET D'UN ORDRE FRANÇOIS EN TACTIQUE, ou la phalange coupée & doublée [...] »
Le texte décrit un projet d'ordre français intitulé 'TACTIQUE, ou la phalange coupée & doublée & soutenue par le mélange des armes'. Cet ouvrage propose un système tactique général, amélioré par rapport à la méthode du chevalier de Folard et enrichi des idées de grands maîtres comme le maréchal de Saxe. L'auteur utilise l'épigraphe 'Craint-on de s'égarer sur les traces d'Hercule' de Racine. Le livre est disponible à Paris chez Boudet, Jombert et la veuve Gandouin. La préface de l'auteur, très concise, indique que l'ouvrage est soit très mauvais, soit très bon, et invite à le lire sans prévention pour en juger. Le texte se conclut par un exposé des avantages de la colonne sur le bataillon, soulignant que la profondeur et la légèreté de la colonne renforcent sa force et sa rapidité. Ces caractéristiques permettent de prévenir les mouvements de l'ennemi et d'encourager les soldats.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10002
p. 124-133
« LA MUSE LIMONADIERE, ou Recueil d'ouvrages en vers & en prose, [...] »
Début :
LA MUSE LIMONADIERE, ou Recueil d'ouvrages en vers & en prose, [...]
Mots clefs :
Recueil, Charlotte Reynier Bourette, Morceaux fugitifs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LA MUSE LIMONADIERE, ou Recueil d'ouvrages en vers & en prose, [...] »
LA MUSE LIMONADIERE
Recueil d'ouvrages en vers & en profe ,
par Madame Bourette , ci - devant Madame
Curé , avec les différentes pieces qui lui
ont été adreffées . Deux parties . A Paris ,
chez Jorry , quai des Auguſtins , aux Cigognes
, 175s .
AOUST. 1755. 125
Le talent de Madame Bourette eft fi célebre
dans cette capitale , qu'il fuffit de la
nommer pour exciter la curiofité du lecteur,
& pour l'engager à acheter fon livre. Ce
n'eft qu'en faveur de la province , où fon
mérite eft peat-être moins connu , que
je vais extraire ou plutôt tranfcrire quelques-
unes des pieces qui compofent fon
recueil.
Invitation circulaire envoyée à différens
Auteurs.
Comine on voit des hommes difcrets
Qui chez autrui ne vont jamais
Ou dîner ou fouper , fi l'on ne les invite.
De même l'on en pourroit voir
Qui ne préfument pas affez de leur mérite
Pour aller faire une viſite ,
S'ils ne font affurés qu'on veut la recevoir.
Un homme tel que vous peut rifquer l'un & l'autre,
Sur-tout avec ardeur on deſire la vôtre.
Reproche à M. le Bret , auteur de la double
extravagance , fur ce qu'il n'eft pas venu
dès ma premiere invitation.
Vous êtes un auteur fçavant ,
Mais vous n'êtes gueres galant :
A mon premier fouhait vous faites réſiſtance.
De votre part c'eſt cruauté`,
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
Pour la deuxieme fois vous êtes invité ,
N'eft- ce pas de ma part la double
extravagance,
Vers de M. Rouffeau de Toulouse , qui
1.
s'excufe de n'être pas venu me voir.
Vous , dont les graces naturelles.
Effacent l'art des enfans d'Apollon ,
O! vous , qui du facré vallon ,
Sçavez fi bien franchir les routes éternelles ,
Pour regner au milieu de cent mufes nouvelles
Et leur fervir d'exemple & de leçon .
Auffitôt que des mains tremblantes & cruelles ,
Souvent dans l'ignorance , & toujours criminelles ,
Auront mû les refforts de ma foible fanté ,
J'irai vous rendre hommage ; oui , mon coeur enchanté
Du Dieu de Cythérée empruntera les ailes
Mais en reviendra-t-il avec la liberté ?
Réponse à M. Rouffeau .
Sur votre liberté peut - on rien entreprendre ?
A quoi bon fur ce point vouloir diffimuler ?
Et puifque votre coeur a réfolu de prendre
Les aîles de l'amour , c'eft qu'il veut s'envoler.
» Vous voyez , Monfieur , que je vous
» regarde comme un homme de précau-
» tion , qui fe munit de tout ce qu'il faut
» pour fe tirer du danger , s'il y en avoit.
A O UST . 1755. 127
» La feule remarque que j'ai faite fur vos
» admirables vers , c'eſt que vous avez mis
» le Dieu de Cytherée fans faire attention
» que Cytherée eft Venus , fans doute que
» vous avez voulu dire le fils de Cytherée ,
» Pardon , Monfieur , fi je releve de pareil-
» les inadvertances , mais je n'aime pas à
» voir des taches dans le foleil .
Fers à M. l'Abbé de l'Autaignan .
Souvent la moindre chanfonnette
Qui part de votre goût exquis ,
Et dont mon coeur fent tout le prix
Y répand une joie , une douceur fecrette .
Chacun ne connoît pas celui d'une chanſon ;
Mais les vôtres fur- tout font dignes de louange ,
On y voit l'efprit de Coulange ,
Et les
Je crois
graces d'Anacréon.
que c'eft affez de ces morceaux
fugitifs , pour faire connoître le caractère ,
l'efprit & le talent de Madame Bourette à
ceux qui n'ont jamais eu le bonheur de la
voir & de la lire.
QUESTIONS fur le commerce des François
au Levant , brochure in- 12 de 153
pages on la trouve chez Guerin & Delatour
, rue S. Jacques , à S. Thomas d'Aquin.
L'auteur prétend que ce commerce
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
doit être libre. Il femble que fon fentiment
eft d'autant plus défintéreffé , qu'il eſt
négociant lui-même , & qu'il paroit préférer
le bien général de l'Etat à l'avantage
particulier du commerçant.
L'ARITHMETIQUE CHOISIE , OU
Pratique des Négocians , contenant les inftructions
néceffaires pour mettre en ufage
toutes les regles utiles aux négocians banquiers
& financiers , avec un Traité des
changes étrangers tant fimples que doubles ,
par le fieur S. B. Rouquette , teneur de
livres & arithméticien Juré de Bordeaux, &
A Bordeaux , chez P. Brun , Imprimeur-
Libraire , rue S. James , à l'Imitation de
Jefus.
Cet ouvrage paroît d'une grande utilité,
il feroit à fouhaiter que l'auteur en envoyât
des exemplaires aux Libraires de
Paris , pour en faciliter le débit.
Dans l'annonce que nous avons faite (a) de
la premiere partie des tablettes deThemys,
nous avons oublié d'indiquer la feconde
qui eft contenue dans le même volume.
Pour fuppléer à cette omiffion , nous l'inférons
ici. Cette partie comprend la fucceffion
chronologique des préfidens , che
(a) Deuxieme volume de Juin.
AOUST. 1755. 129
valiers d'honneur , avocats & procureurs
généraux des Parlemens & des Confeils
fupérieurs , & la lifte des lieutenans civils
au Châtelet de Paris . Ce qui donne du
prix à cet ouvrage , c'est qu'il renferme
des extraits fideles des regiftres des Cours
fouveraines . L'auteur y a ajoûté une table
alphabétique des noms de famille , pour les
rendre plus utiles aux lecteurs il défireroit
qu'il s'en trouvât quelques- uns qui
voluffent bien lui faire part des fautes &
des omiffions qu'ils pourront remarquer
dans fon livre , auffi bien que des changemens
qui pourront occafionner des additions
, il recevra avec reconnoiffance les
l'on voudra bien lui donner.
avis
que
IDÉE DE L'HOMME PHYSIQUE ET MORAL ,
pour fervit d'introduction à un Traité de
Médecine, st
Ne ……….. intellecta priufquam fint contempta
relinquas.
Lucret. Lib. I.
A Paris , chez Guérin & Delatour , rue
S. Jacques à S. Thomas d'Aquin , 1755.
L'auteur fe propofe de faire voir par la
fimple expofition du méchanifme qur fert
aux fonctions de l'economie animale , que
les principes établis dans ( a ) le plan qu'il a
(a) C'est un plan de médecine qui a paru en
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
fuivi s'accordent exactement avectoutes les
obfervations , qu'on peut faire fur le corps
vivant , foit dans l'état de fanté , foit dans
l'état de maladie .
Il eft glorieux pour lui d'avoir fait d'un
ouvrage de médecine , un excellent livre
de morale , en nous montrant combien les
moeurs influent fur la fanté , il nous porte
à vivre fagement par amour pour, nousmêmes.
Le meilleur moyen de perfuader
aux hommes une conduire réglée , eft de
leur prouver que non - feulement leur confervation
, mais encore leur bien être , leurs
vrais plaifirs & leur durée en dépendent .
C'eft de toutes les manieres de prêcher
la plus propre à faire des converfions .
Le Tome III de la collection de Jurif
prudence , par M J. B. Denifart , Procureur
au Châtelet de Paris , paroît , & fe
vend chez Savoye , rue S. Jacques , à l'Eſpérance,
& Leclerc , Grand'Salle du Palais,
au fecond pillier.
On peut regarder ce Livre comme une
efpece de dictionnaire qui contient les
principes les plus néceffaires , & le plus
fouvens agités fur les matieres de droit
civil & canonique , & fur la pratique tant
1751 fous le titre de Specimen novi medicina con-
Spectus , & que étendu.
l'auteur a beaucou
conA
O UST. 1755 . 131
civile que criminelle. Quoique le principal
objet de cet ouvrage foit d'inftruire les
commençans , il peut auffi être utile aux
jurifconfultes même les plus éclairés , en
ce qu'il contient un grand nombre de nouvelles
décifions très- importantes , & qui
n'ont pas encore été recueillies par aucun
jurifconfulte .
LA QUADRATURE DU CERCLE
démontrée à l'Académie royale des fciences
le 14 Mai 175-5 , par M. le chevalier
de Caufans , ci-devant colonel du Régiment
d'infanterie de Conty.
1
La folution de ce fameux problême ( c'eft
l'auteur qui parle ) feroit d'un très-grand
avantage par la connoiffance des rapports
des lignes courbes aux lignes droites . Il
prétend que fa méthode eft fimple , & fe
flate d'avoir rectifié le cercle au moyen
d'un parallelogramme , & d'avoir prouvé
que le rapport de 7 à 21 fept huitiemes du
diametre d'un cercle à fa circonférence
eſt le véritable , étant plus approché que
celui d'Archimede d'un cent foixante &
feizieme: M.le chevalier de Caufans ajou
te que les fçavans peuvent préfentement
vérifier cette propofition avec facilité .
MEMOIRE pour le fieur P. Eftève , de la
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Société Royale des Sciences de Montpellier
, contre Meflire J. E. V. de Mauléon
de Caufans , chevalier non profès de l'Ordre
de S. Jean de Jérufalem , ancien colonel
du régiment de Conti , infanterie ; &
contre le fieur J. Digard , ancien Ingénieur
du Roi , profeffeur de mathématique , au
fujet du prix propofé par M. de Caufans ,
au premier qui démontreroit un paralogifme
dans fa démonftration de la quadrature
du cercle , à Paris , chez Jombert , rue
Dauphine , & Duchesne , rue S. Jacques.
DICTIONNAIRE ABREGE DE LA BIBLE;
pour la connoiffance des tableaux hiftoriques ,
tiré de la Bible même, & de Flavius Jofephe
, petit vol. in 12 de 480 pages. A
Paris , chez Defaint & Saillant , rue S. Jean
de Beauvais. !
Il y a plus de vingt ans que cet ouvrage
eft ébauché fur le plan d'un autre de même
forme dont le public eft fatisfait
pour l'intelligence
des poëtes & la connoiffance des
tableaux du paganifme . Celui- ci , tout autrement
intéreffant , demandoit plus de
travail . Il falloit refferrer une matiere pro
pre à fournir plufieurs volumes. Um récit ,
quelqu'abrégé qu'il foit , un mot même ,
& quelques fois un moindre figne , fuffifent
pour tirer d'embarras dans une lecture
AOUST. 1755. 133
ou à la vûe d'une peinture , dont le fujet
ne fe préfente pas d'abord à la mémoire.
C'eft ce qu'on fe propofe dans cet effai .
L'ufage de l'iconologie facrée eft expliqué
dans le court avertiffement qui eft à la
tête du livre. Les jeunes gens de l'un & de
l'autre fexe s'en accommoderont vraifemblablement
avec fruit.
Recueil d'ouvrages en vers & en profe ,
par Madame Bourette , ci - devant Madame
Curé , avec les différentes pieces qui lui
ont été adreffées . Deux parties . A Paris ,
chez Jorry , quai des Auguſtins , aux Cigognes
, 175s .
AOUST. 1755. 125
Le talent de Madame Bourette eft fi célebre
dans cette capitale , qu'il fuffit de la
nommer pour exciter la curiofité du lecteur,
& pour l'engager à acheter fon livre. Ce
n'eft qu'en faveur de la province , où fon
mérite eft peat-être moins connu , que
je vais extraire ou plutôt tranfcrire quelques-
unes des pieces qui compofent fon
recueil.
Invitation circulaire envoyée à différens
Auteurs.
Comine on voit des hommes difcrets
Qui chez autrui ne vont jamais
Ou dîner ou fouper , fi l'on ne les invite.
De même l'on en pourroit voir
Qui ne préfument pas affez de leur mérite
Pour aller faire une viſite ,
S'ils ne font affurés qu'on veut la recevoir.
Un homme tel que vous peut rifquer l'un & l'autre,
Sur-tout avec ardeur on deſire la vôtre.
Reproche à M. le Bret , auteur de la double
extravagance , fur ce qu'il n'eft pas venu
dès ma premiere invitation.
Vous êtes un auteur fçavant ,
Mais vous n'êtes gueres galant :
A mon premier fouhait vous faites réſiſtance.
De votre part c'eſt cruauté`,
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
Pour la deuxieme fois vous êtes invité ,
N'eft- ce pas de ma part la double
extravagance,
Vers de M. Rouffeau de Toulouse , qui
1.
s'excufe de n'être pas venu me voir.
Vous , dont les graces naturelles.
Effacent l'art des enfans d'Apollon ,
O! vous , qui du facré vallon ,
Sçavez fi bien franchir les routes éternelles ,
Pour regner au milieu de cent mufes nouvelles
Et leur fervir d'exemple & de leçon .
Auffitôt que des mains tremblantes & cruelles ,
Souvent dans l'ignorance , & toujours criminelles ,
Auront mû les refforts de ma foible fanté ,
J'irai vous rendre hommage ; oui , mon coeur enchanté
Du Dieu de Cythérée empruntera les ailes
Mais en reviendra-t-il avec la liberté ?
Réponse à M. Rouffeau .
Sur votre liberté peut - on rien entreprendre ?
A quoi bon fur ce point vouloir diffimuler ?
Et puifque votre coeur a réfolu de prendre
Les aîles de l'amour , c'eft qu'il veut s'envoler.
» Vous voyez , Monfieur , que je vous
» regarde comme un homme de précau-
» tion , qui fe munit de tout ce qu'il faut
» pour fe tirer du danger , s'il y en avoit.
A O UST . 1755. 127
» La feule remarque que j'ai faite fur vos
» admirables vers , c'eſt que vous avez mis
» le Dieu de Cytherée fans faire attention
» que Cytherée eft Venus , fans doute que
» vous avez voulu dire le fils de Cytherée ,
» Pardon , Monfieur , fi je releve de pareil-
» les inadvertances , mais je n'aime pas à
» voir des taches dans le foleil .
Fers à M. l'Abbé de l'Autaignan .
Souvent la moindre chanfonnette
Qui part de votre goût exquis ,
Et dont mon coeur fent tout le prix
Y répand une joie , une douceur fecrette .
Chacun ne connoît pas celui d'une chanſon ;
Mais les vôtres fur- tout font dignes de louange ,
On y voit l'efprit de Coulange ,
Et les
Je crois
graces d'Anacréon.
que c'eft affez de ces morceaux
fugitifs , pour faire connoître le caractère ,
l'efprit & le talent de Madame Bourette à
ceux qui n'ont jamais eu le bonheur de la
voir & de la lire.
QUESTIONS fur le commerce des François
au Levant , brochure in- 12 de 153
pages on la trouve chez Guerin & Delatour
, rue S. Jacques , à S. Thomas d'Aquin.
L'auteur prétend que ce commerce
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
doit être libre. Il femble que fon fentiment
eft d'autant plus défintéreffé , qu'il eſt
négociant lui-même , & qu'il paroit préférer
le bien général de l'Etat à l'avantage
particulier du commerçant.
L'ARITHMETIQUE CHOISIE , OU
Pratique des Négocians , contenant les inftructions
néceffaires pour mettre en ufage
toutes les regles utiles aux négocians banquiers
& financiers , avec un Traité des
changes étrangers tant fimples que doubles ,
par le fieur S. B. Rouquette , teneur de
livres & arithméticien Juré de Bordeaux, &
A Bordeaux , chez P. Brun , Imprimeur-
Libraire , rue S. James , à l'Imitation de
Jefus.
Cet ouvrage paroît d'une grande utilité,
il feroit à fouhaiter que l'auteur en envoyât
des exemplaires aux Libraires de
Paris , pour en faciliter le débit.
Dans l'annonce que nous avons faite (a) de
la premiere partie des tablettes deThemys,
nous avons oublié d'indiquer la feconde
qui eft contenue dans le même volume.
Pour fuppléer à cette omiffion , nous l'inférons
ici. Cette partie comprend la fucceffion
chronologique des préfidens , che
(a) Deuxieme volume de Juin.
AOUST. 1755. 129
valiers d'honneur , avocats & procureurs
généraux des Parlemens & des Confeils
fupérieurs , & la lifte des lieutenans civils
au Châtelet de Paris . Ce qui donne du
prix à cet ouvrage , c'est qu'il renferme
des extraits fideles des regiftres des Cours
fouveraines . L'auteur y a ajoûté une table
alphabétique des noms de famille , pour les
rendre plus utiles aux lecteurs il défireroit
qu'il s'en trouvât quelques- uns qui
voluffent bien lui faire part des fautes &
des omiffions qu'ils pourront remarquer
dans fon livre , auffi bien que des changemens
qui pourront occafionner des additions
, il recevra avec reconnoiffance les
l'on voudra bien lui donner.
avis
que
IDÉE DE L'HOMME PHYSIQUE ET MORAL ,
pour fervit d'introduction à un Traité de
Médecine, st
Ne ……….. intellecta priufquam fint contempta
relinquas.
Lucret. Lib. I.
A Paris , chez Guérin & Delatour , rue
S. Jacques à S. Thomas d'Aquin , 1755.
L'auteur fe propofe de faire voir par la
fimple expofition du méchanifme qur fert
aux fonctions de l'economie animale , que
les principes établis dans ( a ) le plan qu'il a
(a) C'est un plan de médecine qui a paru en
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
fuivi s'accordent exactement avectoutes les
obfervations , qu'on peut faire fur le corps
vivant , foit dans l'état de fanté , foit dans
l'état de maladie .
Il eft glorieux pour lui d'avoir fait d'un
ouvrage de médecine , un excellent livre
de morale , en nous montrant combien les
moeurs influent fur la fanté , il nous porte
à vivre fagement par amour pour, nousmêmes.
Le meilleur moyen de perfuader
aux hommes une conduire réglée , eft de
leur prouver que non - feulement leur confervation
, mais encore leur bien être , leurs
vrais plaifirs & leur durée en dépendent .
C'eft de toutes les manieres de prêcher
la plus propre à faire des converfions .
Le Tome III de la collection de Jurif
prudence , par M J. B. Denifart , Procureur
au Châtelet de Paris , paroît , & fe
vend chez Savoye , rue S. Jacques , à l'Eſpérance,
& Leclerc , Grand'Salle du Palais,
au fecond pillier.
On peut regarder ce Livre comme une
efpece de dictionnaire qui contient les
principes les plus néceffaires , & le plus
fouvens agités fur les matieres de droit
civil & canonique , & fur la pratique tant
1751 fous le titre de Specimen novi medicina con-
Spectus , & que étendu.
l'auteur a beaucou
conA
O UST. 1755 . 131
civile que criminelle. Quoique le principal
objet de cet ouvrage foit d'inftruire les
commençans , il peut auffi être utile aux
jurifconfultes même les plus éclairés , en
ce qu'il contient un grand nombre de nouvelles
décifions très- importantes , & qui
n'ont pas encore été recueillies par aucun
jurifconfulte .
LA QUADRATURE DU CERCLE
démontrée à l'Académie royale des fciences
le 14 Mai 175-5 , par M. le chevalier
de Caufans , ci-devant colonel du Régiment
d'infanterie de Conty.
1
La folution de ce fameux problême ( c'eft
l'auteur qui parle ) feroit d'un très-grand
avantage par la connoiffance des rapports
des lignes courbes aux lignes droites . Il
prétend que fa méthode eft fimple , & fe
flate d'avoir rectifié le cercle au moyen
d'un parallelogramme , & d'avoir prouvé
que le rapport de 7 à 21 fept huitiemes du
diametre d'un cercle à fa circonférence
eſt le véritable , étant plus approché que
celui d'Archimede d'un cent foixante &
feizieme: M.le chevalier de Caufans ajou
te que les fçavans peuvent préfentement
vérifier cette propofition avec facilité .
MEMOIRE pour le fieur P. Eftève , de la
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Société Royale des Sciences de Montpellier
, contre Meflire J. E. V. de Mauléon
de Caufans , chevalier non profès de l'Ordre
de S. Jean de Jérufalem , ancien colonel
du régiment de Conti , infanterie ; &
contre le fieur J. Digard , ancien Ingénieur
du Roi , profeffeur de mathématique , au
fujet du prix propofé par M. de Caufans ,
au premier qui démontreroit un paralogifme
dans fa démonftration de la quadrature
du cercle , à Paris , chez Jombert , rue
Dauphine , & Duchesne , rue S. Jacques.
DICTIONNAIRE ABREGE DE LA BIBLE;
pour la connoiffance des tableaux hiftoriques ,
tiré de la Bible même, & de Flavius Jofephe
, petit vol. in 12 de 480 pages. A
Paris , chez Defaint & Saillant , rue S. Jean
de Beauvais. !
Il y a plus de vingt ans que cet ouvrage
eft ébauché fur le plan d'un autre de même
forme dont le public eft fatisfait
pour l'intelligence
des poëtes & la connoiffance des
tableaux du paganifme . Celui- ci , tout autrement
intéreffant , demandoit plus de
travail . Il falloit refferrer une matiere pro
pre à fournir plufieurs volumes. Um récit ,
quelqu'abrégé qu'il foit , un mot même ,
& quelques fois un moindre figne , fuffifent
pour tirer d'embarras dans une lecture
AOUST. 1755. 133
ou à la vûe d'une peinture , dont le fujet
ne fe préfente pas d'abord à la mémoire.
C'eft ce qu'on fe propofe dans cet effai .
L'ufage de l'iconologie facrée eft expliqué
dans le court avertiffement qui eft à la
tête du livre. Les jeunes gens de l'un & de
l'autre fexe s'en accommoderont vraifemblablement
avec fruit.
Fermer
Résumé : « LA MUSE LIMONADIERE, ou Recueil d'ouvrages en vers & en prose, [...] »
En août 1755, plusieurs ouvrages et publications ont été mis en lumière. Madame Bourette, anciennement Madame Curé, a publié un recueil de poèmes intitulé 'La Muse Limonadière'. Son œuvre est appréciée à Paris, et des extraits de ce recueil sont partagés avec les lecteurs provinciaux. Le document inclut également des échanges épistolaires entre Madame Bourette et d'autres auteurs, tels que M. le Bret et M. Rouffeau de Toulouse, qui s'excusent de ne pas avoir pu lui rendre visite. Parmi les autres publications notables, une brochure sur le commerce des Français au Levant défend la liberté du commerce. 'L'Arithmétique Choisie' de M. Rouquette est présentée comme un ouvrage utile pour les négociants. Les 'Tablettes de Themys' contiennent des informations chronologiques sur les présidents et autres dignitaires des Parlements et Conseils supérieurs. Un traité de médecine, 'Idée de l'Homme Physique et Moral', est décrit comme un ouvrage moralisant qui explore l'influence des mœurs sur la santé. Le Tome III de la collection de jurisprudence de M. Denifart est présenté comme un dictionnaire des principes de droit civil et canonique. Le document mentionne également la 'Quadrature du Cercle' démontrée par le chevalier de Caufans, ainsi qu'un mémoire critique à l'encontre de cette démonstration. Enfin, un 'Dictionnaire Abrégé de la Bible' est destiné à aider les jeunes lecteurs des deux sexes à comprendre les tableaux historiques tirés de la Bible et de Flavius Josèphe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10003
p. 133-138
« METHODE ou maniere d'enseigner à lire par le moyen des cartes imprimées. C'est une [...] »
Début :
METHODE ou maniere d'enseigner à lire par le moyen des cartes imprimées. C'est une [...]
Mots clefs :
Bureau, Lecture, Enseigner à lire, Cartes imprimées, Méthode, Enfants, Enfant, Vocabulaire latin-français, Études latines
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « METHODE ou maniere d'enseigner à lire par le moyen des cartes imprimées. C'est une [...] »
METHODE on maniere d'enſeigner à lire
par le moyen des cartes imprimées. C'est une
deuxieme édition quoique la brochure ne
le porte pas.
Ce que nous annonçons paroît mériter
l'attention des perfonnes qui s'intéreſſent
aux premiers élémens des enfans. La méthode
dont il s'agit , connue déja depuis
long- tems , & très - mal à propos combattue
par ceux qui ne l'entendent pas ou qui ne
l'examinent pas fincerement , produit des
effets furprenans dans les mains de ceux
qui l'entendent. En rendant juftice à feu
M. Dumas , auteur de cette méthode , on
a toujours fouhaité d'en voir diminuer
l'attirail fans s'écarter de ce qu'il a enfei
gné. Un des partifans de ce fyftême a heureufement
réduit avec netteté & précision
le bureau pour la lecture feulement , en
une boëte de la groffeur & de la forme d'un
volume infolio , où font renfermés , par
134 MERCURE DE FRANCE.
ordre alphabétique , tous les caracteres
imprimés fur des cartes . Par ce moyen , un
enfant exécute tout ce qu'on lui demande ,
auffitôt qu'il connoît & qu'il fçait la dénomination
des lettres & des fons ; de forte
qu'il apprend agréablement à lire fans
ennui & en très - peu de tems. Il n'y a rien
de plus aifé & de plus commode. Les peres
& meres , faute de maîtres qui s'y appliquent
, y réuffiffent à fouhait. On n'a rien
changé au fond de la doctrine de M. Dumas
que l'e muet qu'on met à la place de l'é
fermé , pour prononcer les confonnes ;
mais l'inventeur eft toujours refpecté , &
c'eft ainfi qu'on devroit s'appliquer à perfectionner
ce qui eft bon , & non à le détruire.
Il ne s'agit pas ici par conféquent
d'une méthode nouvelle . C'en est une excellente
très - connue qu'on rend plus pratiquable
, ,
que les méthodes nouvelles annoncées
dans le Mercure de Juillet ; fur
quoi l'on peut obferver que , quelques inconvéniens
qu'il y ait dans notre langue ,
( & l'auteur des méthodes nouvelles en a
remarqué judicieufement un très - grand
nombre dans fon livre. ) on peut , dis-je ,
remarquer que les étrangers ne fe rebutent
pas de l'apprendre telle qu'elle eft . Les
cédilles , les points capitaux , &c. que le
réformateur voudroit qu'on introduifit ,
A O UST. 1755 T39
霉
ne l'embelliroient pas aux yeux accoutu →
més à lire tant d'excellens ouvrages que
nous avons. Les moindres abus n'échappent
pas à M. le Curé de .... l'auteur des
nouvelles méthodes : mais s'il s'appuie de
quelques autorités refpectables , if cite des
écrivains plus propres à décréditer fes réformes
qu'à les établir. A force de regles
on multiplie les difficultés. Il faut avoir
bien du courage pour mettre en pratique
fes fyllabaires. C'eft aux connoiffeurs à
juger s'il enfeigne le chemin le plus court.
Les partifans de M. Dumas n'y font pas
tant de façon . Il est démontré dans l'expofition
de la méthode par les cartes imprimées
, que les principes de toute lecture
confiftent en une quarantaine de leçons
fur quarante cartes & non en deux cens
cinquante d'une part , cent fix d'une autre,
& cinquante encore d'une autre , comme
l'ont avancé des écrivains qui n'entendent
pas le fiftême de M. Dumas , approuvé juridiquement
depuis plus de trente ans
Lorfqu'on a voulu compofer un chapitre
de l'expofition de la méthode qui accompagne
le petit bureau , on auroit dû prendre
la nouvelle édition beaucoup plus mé
thodique que la premiere , & ne pas prêter
à l'un des inventions , qui appartiennent à
d'autres , comme la lame de cuivre gravée
136 MERCURE DE FRANCE.
à jour pour enfeigner à écrire. Au reste ;
toutes ces nouvelles méthodes qu'on public
chaque jour , font des démembremens ,
pour la plupart falfifiés , du ſyſtême de
M. Dumas. En approuvant cette admirable
invention , on fe fait plus d'honneur
qu'en la blâmant . Il faut avouer que
les
cartes imprimées du petit bureau , tiennent
lieu par leur mobilité de tous les fyllabaires
immobiles : & le premier jeu élémentaire
des quarante cartes qui le précede ,
renferme les principes de toute lecture poffible
fans embarras & à la portée de tout le
monde.
L'avantage de ce petit bureau , eft de
pouvoir le tranfporter fur une table , fur
un fauteuil , à la portée des enfans , felon
leur âge , & où l'on veut. Cette efpece
d'imprimerie , accompagnée de deux jeux
élémentaires avant que d'ouvrir le bureau ,
& la petite brochure qui donne lieu à cet
article pour guider ceux qui veulent en
faire ufage , fe vendent vingt - quatre livres,
avec privilege & approbation . Il faut s'adreffer
à M. Chompré fils , rue des Carmes ,
à Paris. On y en trouve de plus ornés les
uns que les autres felon la dépense qu'on
veut faire.
A O UST. 1755. 137
Petit cours d'études latines.
Nous ajoutons , comme une fuite de ce
que nous annonçons , que , lorfqu'un enfant
fait lire & écrire on peut le mener
très-loin avec l'Introduction à la langue latine
par la voie de la traduction , dont l'Avertiffement
mérite d'être lu , principalement
par les gens du métier , & avec la collection
des extraits des auteurs connus fous le
titre de felecta latini fermonis exemplaria ,
en fix petites parties latines , dont on a
déja fait plufieurs éditions chez Guérin &
Delatour , à Paris , rue S. Jacques , à S. Tho
mas d'Aquin. La traduction fe vend à part.
Il réſulte , de tout ce qui vient de la même
main , un plan formé avec difcernement
pour commencer agréablement les premieres
études des lettres humaines , fans
s'éloigner de ce qu'on pratique ordinairement
jufqu'aux humanités . On a dans ces
recueils des échantillons non- feulement des
auteurs d'ufage , mais encore des auteurs
prefque totalement abandonnés . On fçait
cependant que ceux- ci , quoique peu lus ,
contiennent la plus grande partie des tréfors
de la plus précieufe latinité , comme
un Plaute , un Columelle , un Vitruve , & c.
qu'on lit ici avec plaifir & fans rifque pour
les bonnes moeurs
138 MERCURE DE FRANCE.
/
Vocabulaire univerfel latin -françois , &C.
Le vocabulaire univerſel , latin - françóis,
achevé d'être imprimé l'année derniere , &
qu'on trouve chez les mêmes libraires ,
procure un fecours qu'on ne peut avoir
d'ailleurs qu'à grands frais.Les amateurs des
belles -lettres latines ont , dans cette espece
de Veni mecum , la fignification des mots
de l'ancienne & de la baffe latinité par le
moyen de la clef qu'en donne l'avertiffement.
Ce travail a du coûter des recherches
de longue difcuffion , & il faudroit être
de mauvaiſe humeur pour ne pas fçavoir
gré , de leurs travaux , aux hommes qui fe
confacrent ainfi à l'utilité publique.
ÉLÉMENS DE LA PHILOSOPHIE NEWTONIENNE
, par M. Pemberton , traduit de
l'anglois , 1 vol. in- 8° avec figures , 1755,
6 liv . relié . A Paris , chez Jombert , rue
Dauphine , à l'image Notre-Dame.
Le même Libraire vient de recevoir
quelques exemplaires de la magnifique
HISTOIRE MILITAIRE du Prince Eugene de
Savoye , du Duc de Malborough , & du
Prince d'Orange & de Naffau- Frife ; enrichie
des cartes & plans néceffaires , en trois
volumes , grand in-folio. Prix 150 livres
reliés.
par le moyen des cartes imprimées. C'est une
deuxieme édition quoique la brochure ne
le porte pas.
Ce que nous annonçons paroît mériter
l'attention des perfonnes qui s'intéreſſent
aux premiers élémens des enfans. La méthode
dont il s'agit , connue déja depuis
long- tems , & très - mal à propos combattue
par ceux qui ne l'entendent pas ou qui ne
l'examinent pas fincerement , produit des
effets furprenans dans les mains de ceux
qui l'entendent. En rendant juftice à feu
M. Dumas , auteur de cette méthode , on
a toujours fouhaité d'en voir diminuer
l'attirail fans s'écarter de ce qu'il a enfei
gné. Un des partifans de ce fyftême a heureufement
réduit avec netteté & précision
le bureau pour la lecture feulement , en
une boëte de la groffeur & de la forme d'un
volume infolio , où font renfermés , par
134 MERCURE DE FRANCE.
ordre alphabétique , tous les caracteres
imprimés fur des cartes . Par ce moyen , un
enfant exécute tout ce qu'on lui demande ,
auffitôt qu'il connoît & qu'il fçait la dénomination
des lettres & des fons ; de forte
qu'il apprend agréablement à lire fans
ennui & en très - peu de tems. Il n'y a rien
de plus aifé & de plus commode. Les peres
& meres , faute de maîtres qui s'y appliquent
, y réuffiffent à fouhait. On n'a rien
changé au fond de la doctrine de M. Dumas
que l'e muet qu'on met à la place de l'é
fermé , pour prononcer les confonnes ;
mais l'inventeur eft toujours refpecté , &
c'eft ainfi qu'on devroit s'appliquer à perfectionner
ce qui eft bon , & non à le détruire.
Il ne s'agit pas ici par conféquent
d'une méthode nouvelle . C'en est une excellente
très - connue qu'on rend plus pratiquable
, ,
que les méthodes nouvelles annoncées
dans le Mercure de Juillet ; fur
quoi l'on peut obferver que , quelques inconvéniens
qu'il y ait dans notre langue ,
( & l'auteur des méthodes nouvelles en a
remarqué judicieufement un très - grand
nombre dans fon livre. ) on peut , dis-je ,
remarquer que les étrangers ne fe rebutent
pas de l'apprendre telle qu'elle eft . Les
cédilles , les points capitaux , &c. que le
réformateur voudroit qu'on introduifit ,
A O UST. 1755 T39
霉
ne l'embelliroient pas aux yeux accoutu →
més à lire tant d'excellens ouvrages que
nous avons. Les moindres abus n'échappent
pas à M. le Curé de .... l'auteur des
nouvelles méthodes : mais s'il s'appuie de
quelques autorités refpectables , if cite des
écrivains plus propres à décréditer fes réformes
qu'à les établir. A force de regles
on multiplie les difficultés. Il faut avoir
bien du courage pour mettre en pratique
fes fyllabaires. C'eft aux connoiffeurs à
juger s'il enfeigne le chemin le plus court.
Les partifans de M. Dumas n'y font pas
tant de façon . Il est démontré dans l'expofition
de la méthode par les cartes imprimées
, que les principes de toute lecture
confiftent en une quarantaine de leçons
fur quarante cartes & non en deux cens
cinquante d'une part , cent fix d'une autre,
& cinquante encore d'une autre , comme
l'ont avancé des écrivains qui n'entendent
pas le fiftême de M. Dumas , approuvé juridiquement
depuis plus de trente ans
Lorfqu'on a voulu compofer un chapitre
de l'expofition de la méthode qui accompagne
le petit bureau , on auroit dû prendre
la nouvelle édition beaucoup plus mé
thodique que la premiere , & ne pas prêter
à l'un des inventions , qui appartiennent à
d'autres , comme la lame de cuivre gravée
136 MERCURE DE FRANCE.
à jour pour enfeigner à écrire. Au reste ;
toutes ces nouvelles méthodes qu'on public
chaque jour , font des démembremens ,
pour la plupart falfifiés , du ſyſtême de
M. Dumas. En approuvant cette admirable
invention , on fe fait plus d'honneur
qu'en la blâmant . Il faut avouer que
les
cartes imprimées du petit bureau , tiennent
lieu par leur mobilité de tous les fyllabaires
immobiles : & le premier jeu élémentaire
des quarante cartes qui le précede ,
renferme les principes de toute lecture poffible
fans embarras & à la portée de tout le
monde.
L'avantage de ce petit bureau , eft de
pouvoir le tranfporter fur une table , fur
un fauteuil , à la portée des enfans , felon
leur âge , & où l'on veut. Cette efpece
d'imprimerie , accompagnée de deux jeux
élémentaires avant que d'ouvrir le bureau ,
& la petite brochure qui donne lieu à cet
article pour guider ceux qui veulent en
faire ufage , fe vendent vingt - quatre livres,
avec privilege & approbation . Il faut s'adreffer
à M. Chompré fils , rue des Carmes ,
à Paris. On y en trouve de plus ornés les
uns que les autres felon la dépense qu'on
veut faire.
A O UST. 1755. 137
Petit cours d'études latines.
Nous ajoutons , comme une fuite de ce
que nous annonçons , que , lorfqu'un enfant
fait lire & écrire on peut le mener
très-loin avec l'Introduction à la langue latine
par la voie de la traduction , dont l'Avertiffement
mérite d'être lu , principalement
par les gens du métier , & avec la collection
des extraits des auteurs connus fous le
titre de felecta latini fermonis exemplaria ,
en fix petites parties latines , dont on a
déja fait plufieurs éditions chez Guérin &
Delatour , à Paris , rue S. Jacques , à S. Tho
mas d'Aquin. La traduction fe vend à part.
Il réſulte , de tout ce qui vient de la même
main , un plan formé avec difcernement
pour commencer agréablement les premieres
études des lettres humaines , fans
s'éloigner de ce qu'on pratique ordinairement
jufqu'aux humanités . On a dans ces
recueils des échantillons non- feulement des
auteurs d'ufage , mais encore des auteurs
prefque totalement abandonnés . On fçait
cependant que ceux- ci , quoique peu lus ,
contiennent la plus grande partie des tréfors
de la plus précieufe latinité , comme
un Plaute , un Columelle , un Vitruve , & c.
qu'on lit ici avec plaifir & fans rifque pour
les bonnes moeurs
138 MERCURE DE FRANCE.
/
Vocabulaire univerfel latin -françois , &C.
Le vocabulaire univerſel , latin - françóis,
achevé d'être imprimé l'année derniere , &
qu'on trouve chez les mêmes libraires ,
procure un fecours qu'on ne peut avoir
d'ailleurs qu'à grands frais.Les amateurs des
belles -lettres latines ont , dans cette espece
de Veni mecum , la fignification des mots
de l'ancienne & de la baffe latinité par le
moyen de la clef qu'en donne l'avertiffement.
Ce travail a du coûter des recherches
de longue difcuffion , & il faudroit être
de mauvaiſe humeur pour ne pas fçavoir
gré , de leurs travaux , aux hommes qui fe
confacrent ainfi à l'utilité publique.
ÉLÉMENS DE LA PHILOSOPHIE NEWTONIENNE
, par M. Pemberton , traduit de
l'anglois , 1 vol. in- 8° avec figures , 1755,
6 liv . relié . A Paris , chez Jombert , rue
Dauphine , à l'image Notre-Dame.
Le même Libraire vient de recevoir
quelques exemplaires de la magnifique
HISTOIRE MILITAIRE du Prince Eugene de
Savoye , du Duc de Malborough , & du
Prince d'Orange & de Naffau- Frife ; enrichie
des cartes & plans néceffaires , en trois
volumes , grand in-folio. Prix 150 livres
reliés.
Fermer
Résumé : « METHODE ou maniere d'enseigner à lire par le moyen des cartes imprimées. C'est une [...] »
Le texte décrit une méthode d'enseignement de la lecture utilisant des cartes imprimées, développée initialement par M. Dumas. Cette méthode, bien que critiquée, produit des résultats positifs lorsqu'elle est correctement appliquée. Un partisan de cette méthode a simplifié le matériel nécessaire en le réduisant à une boîte contenant des cartes alphabétiques, permettant aux enfants d'apprendre à lire rapidement et sans ennui. La méthode respecte les principes originaux de M. Dumas, avec une modification concernant la prononciation des consonnes. Le texte critique également les nouvelles méthodes de lecture, soulignant que les étrangers apprennent le français tel qu'il est, malgré ses inconvénients. Il met en garde contre les réformes qui compliqueraient l'apprentissage. La méthode par cartes imprimées est jugée supérieure aux syllabaires traditionnels et permet une grande mobilité et adaptabilité. En outre, le texte mentionne des ressources pour l'étude du latin, notamment une introduction à la langue latine par la traduction et une collection d'extraits d'auteurs latins. Il loue également un vocabulaire universel latin-français, fruit de longues recherches, et signale la disponibilité de traductions d'ouvrages scientifiques comme les 'Éléments de la philosophie newtonienne' et une 'Histoire militaire' enrichie de cartes et plans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10004
p. 139-146
SEANCE PUBLIQUE de l'Académie royal de Nismes.
Début :
L'Académie s'étant assemblée le 15 May 1755, M. de Massip, avocat du Roi au [...]
Mots clefs :
Académie royale de Nîmes, Lettres, Voyageurs, Romains, Grecs, Hospitalité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCE PUBLIQUE de l'Académie royal de Nismes.
SEANCE PUBLIQUE
de l'Académie royale de Nifmes .
L'Académie s'étant affemblée le 15 May
1755 , M. de Maffip , avocat du Roi an
préfidial de Nifmes , & directeur , ouvrit
la feance par un Difcoursfur les avantages
que procurent les Lettres à ceux qui les
cultivent.
A plupart des hommes , dit- il , cherchent
leur avantage dans des bien's
fragiles & périffables qui leur font étrangers
, & ne fçauroient jamais les faire par.
venir au folide bonheur & à la véritable
gloire. L'on eft affuré de trouver l'un &
l'autre en s'attachant à l'étude des belleslettres
, en faifant fervir les divers talens
que la Providence nous a départis à
la perfection des fciences & des beaux.
arts , c'eft la maniere la plus noble dont
nous puiffions payer cette obligation naturelle
, le fervice perfonnel que tout citoyen
doit à la patrie , c'eft la voye la plus
fure pour parvenir à la véritable gloire ,
gloire d'autant plus flatteufe qu'on ne la
partage avec perfonne comme celle qui
140 MERCURE DE FRANCE.
vient des faccès militaires , & qu'on la tire
toure entiere de fon propre fonds ; à ces
premiers avantages fe joignent ceux d'être
exempts de ces paffions cruelles & tumultueufes
auxquelles les hommes vulgaires
font livrés , qui tirannifent leur coeur fans
pouvoirjamais le fatisfaire , l'homme de lettres
au contraire trouve dans le commerce
des mufes & la douceur de fa folitude une
tranquillité inaltérable. Content de fes
études & de foi-même , il cherche à augmenter
fes connoiffances à perfectionner
fes talens. Il jouit dans l'une & l'autre fortune
d'une égalité d'ame qui eft autant le
fruit de fa vertu que de fes lumieres . Elle
regle tous les mouvemens de fon coeur , en
fixe tous les defirs , enforte qu'elle paroît
comme affranchie des liens du corps , &
habiter déja cette région fupérieure du ciel
dont les vents & les tempêtes ne troublent
jamais le calme & la férénité. C'eſt à la faveur
de ce fecours qu'il eft inébranlable &
comme impaffible dans ces fameux revers
aufquels l'humanité eft fujette & qu'il
fupporte avec un courage invincible les
difgraces , les perfécutions , l'exil , la mort
même , foutenu par l'efpérance qu'il ne
meurt pas tout entier , & que fa réputa
tion échappera aux ténebres de l'oubli tant
que l'empire des lettres fubfiftera .
AOUST. 1755. 141
Divers exemples des grands hommes de
Lantiquité.
Quelques travaux , quelques veilles qu'il
en coute , les grands exemples de ces ames
fupérieures , de ces génies fublimes qui
ent rendu la carriere fi brillante , font bien
propres à enflammer nos coeurs d'une géné
reufe émulation . Nous en avons contracté
une obligation plus étroite en prenant
féance dans cette compagnie recommandable
par les grands hommes qu'elle a donnés
à la république des lettres , & qui en for
merent le premier établiſſement , leurs talens
diftingués n'ont pas moins fait d'honneur
à l'académie qu'à la patrie ; quel engagement
pour conferver ce précieux héritage
, ce dépôt de gloire qu'ils nous ont laif
fé & le tranfmettre à nos fucceffeurs.
M. le Beau de Schofne , affocié , lut enfuite
un poëme en deux chants fur l'harmonie.
M. Meynier lut un mémoire fur l'hofpitalité
ancienne. Il ne doute pas que cette
pratique fondée fur le befoin mutuel des
hommes ne foit auffi ancienne que le monde.
Du moins les Patriarches qui vêcurent
d'abord après le déluge exercerent l'hofpitalité
, Abraham & Lot accueillirent les
142 MERCURE DE FRANCE .
anges qui alloient à Sodome & qu'ils prenoient
pour des voyageurs. Il diftingua
trois fortes d'hofpitalités. La premiere ,
celle que la piété faifoit exercer envers les
étrangers , voyageurs , inconnus , telle que
celle d'Abraham envers les anges , & celle
d'Alcinous envers Ulyffe. La feconde étoit
une fuite de la précédente ; ceux qui avoient
logé chez une perfonne étoient dès - lors
liés avec elle par les liens de l'hofpitalité,
ils étoient obligés de fe loger & de ſe ſecourir
mutuellement , & ce droit paffoit à
leur poftérité ; telle eft l'hofpitalité exercée
par Raguel envers le jeune Tobie , & celle
de Neftor & de Menelas enversTélémaque .
On contractoit la troisieme forte d'hofpitalité
fans avoir vu les hôtes , on envoyoit
un préfent à une perfonne & on lui demandoit
de fe lier par le droit d'hofpitalité,
fi elle renvoyoit un autre préfent , & qu'elle
acceptat les offres , dès -lors les droits
étoient également facrés , telle eft l'hofpi
talité que Cyniras , roi de Chypre , contracte
avec Agamemnon dans l'Illiade. On
pourroit encore conter une quatrieme
forte de droit également facré , c'eſt le
droit du fuppliant . Le même principe de
religion obligeoit les payens à refpecter
& regarder comme un dépôt inviolable
dont on devoit rendre compte à la divi
1
A O UST. 1755. 143
nité , un homme réduit par fes malheurs à
prendre leur maifon pour refuge , fut- il
d'ailleurs leur plus grand ennemi . Le malheureux
s'affeyoit fur la cendre du foyer ,
& imploroit les dieux protecteurs de l'hofpitalité
, tel parut Themiftocle chez Admere
, roi des Moloffes , & tel encore le
fier Coriolan fe confia à Tullus , général
des Volfques fon ennemi capital . La maniere
d'exercer l'hospitalité étoit peu différente
dans les fiecles héroïques entre les
Hébreux & les Grecs ; M. M*** cite deux
exemples de ces deux nations & en fait
voir les rapports , une coutume commune
entre les nations étoit de ne point demander
le nom de fes hôtes avant la fin du repas.
On trouve même un exemple plus
tard , c'eft celui de Bellérophon à la cour
de Proetus , à qui on ne le demande que le
dixieme jour après fon arrivée.
On lavoit les pieds des voyageurs , cette
coutume ne fe pratiquoit gueres que pour
ceux qui voyageoient à pied , une femme
de la maifon s'acquittoit de cet emploi ;
dans la Grèce les voyageurs plus diftingués
étoient mis dans le bain par les filles
de l'hôte , les filles du roi même s'acquittoient
de cet emploi ; la plus jeune des filles
de Neftor , la belle Polycafte , met Télémaque
aux bains & le parfume d'effences:
144 MERCURE DE FRANCE.
tel étoit l'ufage de ces bons temps héroïques
, & tout fe paffoit avec fagelle . L'on
a remarqué avec raifon que nos moeurs
gagnent du côté de la délicareffe ce qu'elles
perdent du côté de la pureté.
Les préfens d'hofpitalité venoient enfuite
, ils fervoient de témoignage perpétuel
du lien qui uniffoit les familles , la
générofité des fiecles héroïques finit avec
les fiecles mêmes ; au lieu de ces préfens
on fe contenta de rompre en deux une
piece de monnoye dont chacun des deux
hôtes gardoit une portion , ou plus communement
de ſcier en deux un bâton d'yvoire
qu'ou nommoit teffera hofpitalis , on
en trouve encore dans les cabinets des
curieux .
Des villes entieres accordoient l'hofpitalité
, les Romains agirent ainfi envers
Timafithée chef des corfaires de Lipari.
Le droit d'hofpitalité étoit imprefcriptible
, & à moins d'y avoir renoncé ea
bonne forme par un acte devant les Magiftrats
, rien ne pouvoit y porter atteinte ,
dans la guerre même , les combattans
étoient obligés de fe refpecter. Le brave
Diomede dans le fixieme chapitre de l'Illiade
, n'ofe point porter une main facrilege
fur Glaucus fon hôte , tandis qu'Hector
& Teucer unis par les liens de la plus
proche
AOUST. 1755. 145
proche parenté combattent avec chaleur.
Les Dieux de l'hofpitalité étoient Jupiter,
ir , Venus , Minerve , Caftor &
Pollux , un Apollon furnommé bécğeri☺ ,
& fur-tout les Dieux Lares , les fables les
plus anciennes & les plus facrées contribuoient
à faire reſpecter le caractere d'hôte
comme facré. Jupiter & Mercure voya
geant parmi les hommes , puniffent Lycaon
pour avoir violé ce droit , récompenfant
Philemon & Baucis . Les Grecs ont pu avoir
quelque connoiffance indirecte par les
Egyptiens du voyage des Anges fur la terre
, du moins Homere fait dire fouvent à
fes perfonnages , que peut- être la perfonne
de l'étranger cache un des Dieux immortels.
M. Meynier finit par examiner
pourquoi l'hofpitalité n'eſt plus pratiquée
parmi nous ? il en tire la raifon de l'excellent
ouvrage de ce Sage , dont nous
déplorons encore la perte , l'illuftre Montefquieu.
La perte de cette vértu vient
de l'efprit de commerce qui s'eft établi
parmi nous , il produit , dit- il , un certain
fentiment de juftice exacte , oppofé d'un
côté au brigandage , & de l'autre à ces
vertus morales qui font qu'on ne diſcute
pas toujours fes intérêts avec rigueur , &
qu'on les néglige pour ceux des autres.
Les Grecs & les Romains , dès que leuc
G
146 MERCURE DE FRANCE.
empire fut étendu , n'exercerent plus l'hof
pitalité de la maniere généreufe que nous
admirons dans les fiécles héroïques ; ils
n'oferent renoncer à une coutume confervée
par leur religion & par leurs ancêtres
; mais ils reftreignirent l'hofpitalité
au logement & à l'uftenfile. L'étranger
fourniffoit la nourriture de fes chevaux ,
& fouvent même achetoit la fienne. La
charité du Chriftianifme a fuppléé au befoin
que les pauvres pourroient en avoir.
Nos voyageurs ont peu à defirer des
moeurs anciennes fur l'hofpitalité.
On donnera la fuite de cette féance dans
le Mercure du mois prochain.
de l'Académie royale de Nifmes .
L'Académie s'étant affemblée le 15 May
1755 , M. de Maffip , avocat du Roi an
préfidial de Nifmes , & directeur , ouvrit
la feance par un Difcoursfur les avantages
que procurent les Lettres à ceux qui les
cultivent.
A plupart des hommes , dit- il , cherchent
leur avantage dans des bien's
fragiles & périffables qui leur font étrangers
, & ne fçauroient jamais les faire par.
venir au folide bonheur & à la véritable
gloire. L'on eft affuré de trouver l'un &
l'autre en s'attachant à l'étude des belleslettres
, en faifant fervir les divers talens
que la Providence nous a départis à
la perfection des fciences & des beaux.
arts , c'eft la maniere la plus noble dont
nous puiffions payer cette obligation naturelle
, le fervice perfonnel que tout citoyen
doit à la patrie , c'eft la voye la plus
fure pour parvenir à la véritable gloire ,
gloire d'autant plus flatteufe qu'on ne la
partage avec perfonne comme celle qui
140 MERCURE DE FRANCE.
vient des faccès militaires , & qu'on la tire
toure entiere de fon propre fonds ; à ces
premiers avantages fe joignent ceux d'être
exempts de ces paffions cruelles & tumultueufes
auxquelles les hommes vulgaires
font livrés , qui tirannifent leur coeur fans
pouvoirjamais le fatisfaire , l'homme de lettres
au contraire trouve dans le commerce
des mufes & la douceur de fa folitude une
tranquillité inaltérable. Content de fes
études & de foi-même , il cherche à augmenter
fes connoiffances à perfectionner
fes talens. Il jouit dans l'une & l'autre fortune
d'une égalité d'ame qui eft autant le
fruit de fa vertu que de fes lumieres . Elle
regle tous les mouvemens de fon coeur , en
fixe tous les defirs , enforte qu'elle paroît
comme affranchie des liens du corps , &
habiter déja cette région fupérieure du ciel
dont les vents & les tempêtes ne troublent
jamais le calme & la férénité. C'eſt à la faveur
de ce fecours qu'il eft inébranlable &
comme impaffible dans ces fameux revers
aufquels l'humanité eft fujette & qu'il
fupporte avec un courage invincible les
difgraces , les perfécutions , l'exil , la mort
même , foutenu par l'efpérance qu'il ne
meurt pas tout entier , & que fa réputa
tion échappera aux ténebres de l'oubli tant
que l'empire des lettres fubfiftera .
AOUST. 1755. 141
Divers exemples des grands hommes de
Lantiquité.
Quelques travaux , quelques veilles qu'il
en coute , les grands exemples de ces ames
fupérieures , de ces génies fublimes qui
ent rendu la carriere fi brillante , font bien
propres à enflammer nos coeurs d'une géné
reufe émulation . Nous en avons contracté
une obligation plus étroite en prenant
féance dans cette compagnie recommandable
par les grands hommes qu'elle a donnés
à la république des lettres , & qui en for
merent le premier établiſſement , leurs talens
diftingués n'ont pas moins fait d'honneur
à l'académie qu'à la patrie ; quel engagement
pour conferver ce précieux héritage
, ce dépôt de gloire qu'ils nous ont laif
fé & le tranfmettre à nos fucceffeurs.
M. le Beau de Schofne , affocié , lut enfuite
un poëme en deux chants fur l'harmonie.
M. Meynier lut un mémoire fur l'hofpitalité
ancienne. Il ne doute pas que cette
pratique fondée fur le befoin mutuel des
hommes ne foit auffi ancienne que le monde.
Du moins les Patriarches qui vêcurent
d'abord après le déluge exercerent l'hofpitalité
, Abraham & Lot accueillirent les
142 MERCURE DE FRANCE .
anges qui alloient à Sodome & qu'ils prenoient
pour des voyageurs. Il diftingua
trois fortes d'hofpitalités. La premiere ,
celle que la piété faifoit exercer envers les
étrangers , voyageurs , inconnus , telle que
celle d'Abraham envers les anges , & celle
d'Alcinous envers Ulyffe. La feconde étoit
une fuite de la précédente ; ceux qui avoient
logé chez une perfonne étoient dès - lors
liés avec elle par les liens de l'hofpitalité,
ils étoient obligés de fe loger & de ſe ſecourir
mutuellement , & ce droit paffoit à
leur poftérité ; telle eft l'hofpitalité exercée
par Raguel envers le jeune Tobie , & celle
de Neftor & de Menelas enversTélémaque .
On contractoit la troisieme forte d'hofpitalité
fans avoir vu les hôtes , on envoyoit
un préfent à une perfonne & on lui demandoit
de fe lier par le droit d'hofpitalité,
fi elle renvoyoit un autre préfent , & qu'elle
acceptat les offres , dès -lors les droits
étoient également facrés , telle eft l'hofpi
talité que Cyniras , roi de Chypre , contracte
avec Agamemnon dans l'Illiade. On
pourroit encore conter une quatrieme
forte de droit également facré , c'eſt le
droit du fuppliant . Le même principe de
religion obligeoit les payens à refpecter
& regarder comme un dépôt inviolable
dont on devoit rendre compte à la divi
1
A O UST. 1755. 143
nité , un homme réduit par fes malheurs à
prendre leur maifon pour refuge , fut- il
d'ailleurs leur plus grand ennemi . Le malheureux
s'affeyoit fur la cendre du foyer ,
& imploroit les dieux protecteurs de l'hofpitalité
, tel parut Themiftocle chez Admere
, roi des Moloffes , & tel encore le
fier Coriolan fe confia à Tullus , général
des Volfques fon ennemi capital . La maniere
d'exercer l'hospitalité étoit peu différente
dans les fiecles héroïques entre les
Hébreux & les Grecs ; M. M*** cite deux
exemples de ces deux nations & en fait
voir les rapports , une coutume commune
entre les nations étoit de ne point demander
le nom de fes hôtes avant la fin du repas.
On trouve même un exemple plus
tard , c'eft celui de Bellérophon à la cour
de Proetus , à qui on ne le demande que le
dixieme jour après fon arrivée.
On lavoit les pieds des voyageurs , cette
coutume ne fe pratiquoit gueres que pour
ceux qui voyageoient à pied , une femme
de la maifon s'acquittoit de cet emploi ;
dans la Grèce les voyageurs plus diftingués
étoient mis dans le bain par les filles
de l'hôte , les filles du roi même s'acquittoient
de cet emploi ; la plus jeune des filles
de Neftor , la belle Polycafte , met Télémaque
aux bains & le parfume d'effences:
144 MERCURE DE FRANCE.
tel étoit l'ufage de ces bons temps héroïques
, & tout fe paffoit avec fagelle . L'on
a remarqué avec raifon que nos moeurs
gagnent du côté de la délicareffe ce qu'elles
perdent du côté de la pureté.
Les préfens d'hofpitalité venoient enfuite
, ils fervoient de témoignage perpétuel
du lien qui uniffoit les familles , la
générofité des fiecles héroïques finit avec
les fiecles mêmes ; au lieu de ces préfens
on fe contenta de rompre en deux une
piece de monnoye dont chacun des deux
hôtes gardoit une portion , ou plus communement
de ſcier en deux un bâton d'yvoire
qu'ou nommoit teffera hofpitalis , on
en trouve encore dans les cabinets des
curieux .
Des villes entieres accordoient l'hofpitalité
, les Romains agirent ainfi envers
Timafithée chef des corfaires de Lipari.
Le droit d'hofpitalité étoit imprefcriptible
, & à moins d'y avoir renoncé ea
bonne forme par un acte devant les Magiftrats
, rien ne pouvoit y porter atteinte ,
dans la guerre même , les combattans
étoient obligés de fe refpecter. Le brave
Diomede dans le fixieme chapitre de l'Illiade
, n'ofe point porter une main facrilege
fur Glaucus fon hôte , tandis qu'Hector
& Teucer unis par les liens de la plus
proche
AOUST. 1755. 145
proche parenté combattent avec chaleur.
Les Dieux de l'hofpitalité étoient Jupiter,
ir , Venus , Minerve , Caftor &
Pollux , un Apollon furnommé bécğeri☺ ,
& fur-tout les Dieux Lares , les fables les
plus anciennes & les plus facrées contribuoient
à faire reſpecter le caractere d'hôte
comme facré. Jupiter & Mercure voya
geant parmi les hommes , puniffent Lycaon
pour avoir violé ce droit , récompenfant
Philemon & Baucis . Les Grecs ont pu avoir
quelque connoiffance indirecte par les
Egyptiens du voyage des Anges fur la terre
, du moins Homere fait dire fouvent à
fes perfonnages , que peut- être la perfonne
de l'étranger cache un des Dieux immortels.
M. Meynier finit par examiner
pourquoi l'hofpitalité n'eſt plus pratiquée
parmi nous ? il en tire la raifon de l'excellent
ouvrage de ce Sage , dont nous
déplorons encore la perte , l'illuftre Montefquieu.
La perte de cette vértu vient
de l'efprit de commerce qui s'eft établi
parmi nous , il produit , dit- il , un certain
fentiment de juftice exacte , oppofé d'un
côté au brigandage , & de l'autre à ces
vertus morales qui font qu'on ne diſcute
pas toujours fes intérêts avec rigueur , &
qu'on les néglige pour ceux des autres.
Les Grecs & les Romains , dès que leuc
G
146 MERCURE DE FRANCE.
empire fut étendu , n'exercerent plus l'hof
pitalité de la maniere généreufe que nous
admirons dans les fiécles héroïques ; ils
n'oferent renoncer à une coutume confervée
par leur religion & par leurs ancêtres
; mais ils reftreignirent l'hofpitalité
au logement & à l'uftenfile. L'étranger
fourniffoit la nourriture de fes chevaux ,
& fouvent même achetoit la fienne. La
charité du Chriftianifme a fuppléé au befoin
que les pauvres pourroient en avoir.
Nos voyageurs ont peu à defirer des
moeurs anciennes fur l'hofpitalité.
On donnera la fuite de cette féance dans
le Mercure du mois prochain.
Fermer
Résumé : SEANCE PUBLIQUE de l'Académie royal de Nismes.
Le 15 mai 1755, l'Académie royale de Nifmes organisa une séance publique. M. de Maffip, avocat du Roi et directeur, inaugura la séance par un discours sur les avantages des lettres. Il souligna que la plupart des hommes recherchent des biens éphémères, tandis que les lettres offrent un véritable bonheur et une gloire authentique. Cultiver les lettres permet de servir la patrie et d'atteindre une gloire personnelle inaliénable, exemptée des passions tumultueuses. L'homme de lettres trouve dans l'étude et la solitude une tranquillité inaltérable, une égalité d'âme et une résistance aux revers de la vie. M. de Maffip insista également sur l'importance des grands exemples de l'Antiquité pour enflammer l'émulation et rappela l'héritage des grands hommes ayant formé l'Académie, ainsi que l'obligation de conserver et transmettre ce précieux dépôt de gloire. Par la suite, M. le Beau de Schoffne lut un poème en deux chants sur l'harmonie. M. Meynier présenta un mémoire sur l'hospitalité ancienne, explorant les différentes formes pratiquées par les Patriarches, les Hébreux et les Grecs. Il souligna l'ancienneté et la sacralité de cette vertu, distinguant trois types d'hospitalité : celle envers les étrangers, celle entre personnes ayant déjà logé ensemble, et celle contractée par échange de présents. Il mentionna également le droit du suppliant, où un homme en détresse trouvait refuge et protection. M. Meynier conclut en attribuant la perte de cette vertu à l'esprit de commerce, qui privilégie la justice exacte au détriment des vertus morales. Il nota que les Grecs et les Romains avaient restreint l'hospitalité à mesure que leur empire s'étendait, et que la charité chrétienne avait suppléé aux besoins des pauvres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10005
p. 207-208
DANSE.
Début :
Comme le Mercure est fait pour être le héraut des arts, & que notre devoir [...]
Mots clefs :
Danse, Opéra, Ballet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DANSE.
ARTS AGRÉABLE S.
Co
DANS E.
Omme le Mercure eft fait pour être
le héraut des arts , & que notre devoir
eft furtout de marquer leurs progrès ,
à mesure qu'ils fe perfectionnent , nous
croirions y manquer , fi nous tardions plus
long tems à parler ici de la danfe. Elie eft
actuellement la premiere colonne de l'Opéra
. L'art acceffoire y eft devenu l'art principal.
Les balets de M. Lani contribuent à
lui mériter cette gloire. Qu'on juge de leur
pouvoir par leurs effets . Ils ont réchauffé
la froideur d'Ajax , & viennent d'égayer
la trifteffe du Carnaval. Il est vrai que les
talens de la foeur ont bien fecondé les travaux
du frere. Mlle Lani met dans fes pas
la précifion , l'aifance , la légereté , en un
mot le fini que Mlle Fel met dans le chant ,
c'est dire qu'elle vient de porter la haute
danfe à fon point de perfection . Mlle Camargo
avoit commencé le genre , Mlle Lani
208 MERCURE DE FRANCE
l'acheve. Mlle Puvigné de fon côté fou
tient avec fuccès la danfe terre à terre. Elle
a heureuſement remplacé Mlle Salé. Quel
éloge ! les graces nobles & détentes la diftinguent.
La gaieté vive & brillante caractérife
Mlle Lyonnois , & l'effor prompt &
facile d'un oifeau qui vole de branche en
branche peint l'agilité de Mlle Rey. On
peut dire pour le coup que la danfe eft
tombée en quenouille , les femmes en font
tout l'ornement , elles tiennent le premier
rang à l'Opéra , ainfi qu'à tous les autres
fpectacles. Rien ne manqueroit au tableau
varié qu'elles offrent aujourd'hui ſur la
fcene danfante , fi on y voyoit paroître
Mlle Veftris , cette aimable danſeuſe de la
volupté , dont l'expreffion paffionnée porte
le feu du plaifir dans les ames les plus froides.
Il feroit à fouhaiter pour l'honneur des
hommes , & pour le bien de ce théâtre ,
que M. Veftris fon frere y rentrât au plutôt
avec elle . Son abſence y fait un vuide ,
que rien ne peut remplir ; & qui laiffe la
danfe imparfaite.
Co
DANS E.
Omme le Mercure eft fait pour être
le héraut des arts , & que notre devoir
eft furtout de marquer leurs progrès ,
à mesure qu'ils fe perfectionnent , nous
croirions y manquer , fi nous tardions plus
long tems à parler ici de la danfe. Elie eft
actuellement la premiere colonne de l'Opéra
. L'art acceffoire y eft devenu l'art principal.
Les balets de M. Lani contribuent à
lui mériter cette gloire. Qu'on juge de leur
pouvoir par leurs effets . Ils ont réchauffé
la froideur d'Ajax , & viennent d'égayer
la trifteffe du Carnaval. Il est vrai que les
talens de la foeur ont bien fecondé les travaux
du frere. Mlle Lani met dans fes pas
la précifion , l'aifance , la légereté , en un
mot le fini que Mlle Fel met dans le chant ,
c'est dire qu'elle vient de porter la haute
danfe à fon point de perfection . Mlle Camargo
avoit commencé le genre , Mlle Lani
208 MERCURE DE FRANCE
l'acheve. Mlle Puvigné de fon côté fou
tient avec fuccès la danfe terre à terre. Elle
a heureuſement remplacé Mlle Salé. Quel
éloge ! les graces nobles & détentes la diftinguent.
La gaieté vive & brillante caractérife
Mlle Lyonnois , & l'effor prompt &
facile d'un oifeau qui vole de branche en
branche peint l'agilité de Mlle Rey. On
peut dire pour le coup que la danfe eft
tombée en quenouille , les femmes en font
tout l'ornement , elles tiennent le premier
rang à l'Opéra , ainfi qu'à tous les autres
fpectacles. Rien ne manqueroit au tableau
varié qu'elles offrent aujourd'hui ſur la
fcene danfante , fi on y voyoit paroître
Mlle Veftris , cette aimable danſeuſe de la
volupté , dont l'expreffion paffionnée porte
le feu du plaifir dans les ames les plus froides.
Il feroit à fouhaiter pour l'honneur des
hommes , & pour le bien de ce théâtre ,
que M. Veftris fon frere y rentrât au plutôt
avec elle . Son abſence y fait un vuide ,
que rien ne peut remplir ; & qui laiffe la
danfe imparfaite.
Fermer
Résumé : DANSE.
Le texte du Mercure de France souligne l'importance croissante de la danse à l'Opéra, où elle est devenue l'art principal. Les ballets de M. Lani ont contribué à cette reconnaissance, notamment avec les productions Ajax et le Carnaval. Mlle Lani, sœur de M. Lani, est particulièrement saluée pour sa précision, son aisance et sa légèreté, achevant ainsi la perfection de la haute danse initiée par Mlle Camargo. D'autres danseuses comme Mlle Puvigné, Mlle Lyonnois et Mlle Rey sont également mentionnées pour leurs qualités respectives : Mlle Puvigné pour sa grâce noble et détendue, Mlle Lyonnois pour sa gaieté vive et brillante, et Mlle Rey pour son agilité. Le texte met en avant la domination des femmes sur la scène de la danse, tenant le premier rang à l'Opéra et dans d'autres spectacles. L'absence de Mlle Vestris, connue pour son expression passionnée, est regrettée, ainsi que l'absence de son frère, M. Vestris, dont le retour est souhaité pour compléter l'excellence de la danse à l'Opéra.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10006
p. 209-210
MUSIQUE.
Début :
SECOND livre ou recueil d'airs en duo choisis & ajustés pour les flûtes, violons, [...]
Mots clefs :
Musique, Flûte, Musette, Violons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
SECOND ECOND livre ou recueil d'airs en duo,
choifis & ajuftés pour les flûtes , violons ,
& pardeffus de violes , dont la plûpart
peuvent le jouer fur la vielle & la mufette ,
tant naturellement , que par des clefs de
tranfpofition pofées au commencement
defdits airs , divifés en fept fuites , avec
un prélude fur chaque ton , par M. Bordet,
Maître de flûte traverfière , gravé par Labaffée.
Prix fix livres en blanc ; fe vend à
Paris , chez ledit fieur Bordet , rue du Ponceau
, près la Fontaine , la feconde porte
cochere à droite en entrant par la rue faint
Denis ; le fieur Bayard Marchand , rue S.
Honoré , à la Régle d'or ; le fieur Le Clerc
Marchand , rue du Roule , à la Croix d'or ;
Mlle Caftagnery Marchande , rue des Prou
vaires , à la Mufique royale ; & à Lyon ,
chez M. Bretonne Marchand , grande rue
Merciere .
L'on trouvera aux même adreffes le premier
livre , auffi à l'ufage de la flûte , du
violon , du pardeffus de viole , & de la
mufette , avec des obfervations fur la touche
defdits inftrumens , en tête duquel eft
un précis des principes de la Mufique , ou
210 MERCURE DE FRANCE.
vrage
fait pour la commodité des Maîtres
& l'utilité des Ecoliers. Ces deux livres
font encore fort utiles aux perfonnes qui
apprennent la Mufique vocale , parce que
la plus grande partie des airs qu'ils contiennent
, font des airs chantans & connus
, & qu'après avoir folfiés les premiers
deffus ils pourront auffi s'exercer fur les
feconds deffus , ce qui ne contribuera
peu à leur avancement & à les amufer.
pas
Le premier livre ayant été fini avec
beaucoup de précipitation , il s'y étoit
gliffé quelques fautes que l'on a corrigées
avant d'en tirer de nouveaux exemplaires.
L'on trouvera encore aux mêmes adreffes
à Paris deux grands concerto pour la
flûte , du même Auteur , en huit parties
féparées ; fçavoir , la flûte , quatre violons,
un alto viole , & deux baffes particulieres.
SECOND ECOND livre ou recueil d'airs en duo,
choifis & ajuftés pour les flûtes , violons ,
& pardeffus de violes , dont la plûpart
peuvent le jouer fur la vielle & la mufette ,
tant naturellement , que par des clefs de
tranfpofition pofées au commencement
defdits airs , divifés en fept fuites , avec
un prélude fur chaque ton , par M. Bordet,
Maître de flûte traverfière , gravé par Labaffée.
Prix fix livres en blanc ; fe vend à
Paris , chez ledit fieur Bordet , rue du Ponceau
, près la Fontaine , la feconde porte
cochere à droite en entrant par la rue faint
Denis ; le fieur Bayard Marchand , rue S.
Honoré , à la Régle d'or ; le fieur Le Clerc
Marchand , rue du Roule , à la Croix d'or ;
Mlle Caftagnery Marchande , rue des Prou
vaires , à la Mufique royale ; & à Lyon ,
chez M. Bretonne Marchand , grande rue
Merciere .
L'on trouvera aux même adreffes le premier
livre , auffi à l'ufage de la flûte , du
violon , du pardeffus de viole , & de la
mufette , avec des obfervations fur la touche
defdits inftrumens , en tête duquel eft
un précis des principes de la Mufique , ou
210 MERCURE DE FRANCE.
vrage
fait pour la commodité des Maîtres
& l'utilité des Ecoliers. Ces deux livres
font encore fort utiles aux perfonnes qui
apprennent la Mufique vocale , parce que
la plus grande partie des airs qu'ils contiennent
, font des airs chantans & connus
, & qu'après avoir folfiés les premiers
deffus ils pourront auffi s'exercer fur les
feconds deffus , ce qui ne contribuera
peu à leur avancement & à les amufer.
pas
Le premier livre ayant été fini avec
beaucoup de précipitation , il s'y étoit
gliffé quelques fautes que l'on a corrigées
avant d'en tirer de nouveaux exemplaires.
L'on trouvera encore aux mêmes adreffes
à Paris deux grands concerto pour la
flûte , du même Auteur , en huit parties
féparées ; fçavoir , la flûte , quatre violons,
un alto viole , & deux baffes particulieres.
Fermer
Résumé : MUSIQUE.
Le document présente le 'SECOND ECOND livre ou recueil d'airs en duo' composé par M. Bordet, Maître de flûte traversière. Ce recueil est destiné aux flûtes, violons et pardeffus de violes, et peut également être joué sur la vielle et la musette grâce à des clefs de transposition fournies. Il est structuré en sept suites, chacune précédée d'un prélude, et est gravé par Labaffée. Le prix est fixé à six livres. Le recueil est disponible à Paris chez plusieurs marchands, dont M. Bordet, rue du Ponceau, et à Lyon chez M. Bretonne. Le premier livre, également disponible, inclut des observations sur la touche des instruments et un précis des principes de la musique, utile pour les maîtres et les élèves. Les deux livres sont bénéfiques pour ceux qui apprennent la musique vocale, car ils contiennent des airs chantants et connus. Le premier livre a été corrigé pour éliminer les fautes présentes dans les premières éditions. De plus, deux grands concertos pour la flûte en huit parties séparées sont également disponibles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10007
p. 210-212
GRAVURE.
Début :
M. de Marcenay vient de faire paroître l'estampe qu'il a gravée d'après le tableau [...]
Mots clefs :
Estampes, Gravure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
M. de Marcenay vient de faire paroître
l'eftampe qu'il a gravée d'après le tableau
original du cabinet de M. le Marquis
de Voyer, que nous avons annoncé dans
le Mercure du mois d'Avril dernier , en
parlant du début de cet Artifte. Il eft de
AOUST. 1755 211
Rembrandt , & repréfente Tobie recouvrant
la vûe. La fcene fe paffe dans l'intérieur
d'une maifon où le Peintre a préféré
certain defordre pittorefque à une architecture
affervie au coftume. Il paroît s'y
être furpaffé dans les effets furprenans qu'il
y a introduits : fon grouppe principal compofé
de quatre figures, Tobie , fa femme ,
fon fils , & l'Ange qui lui avoit fervi de
guide , eft placé dans le centre de la viſion ,
recevant immédiatement le jour de la fenêtre
, d'autant plus éclatant , qu'il a éteint
les extrêmités du tableau , qui d'ailleurs ne
laiffe rien à defirer fur cette partie fi difficile
à traiter , je veux dire le clair- obfcur.
La fingularité qui fouvent a déterminé
Rembrandt dans fes penfées , l'a fait écar
ter ici du texte de l'Ecriture pour transformer
le jeune tobie en oculifte , qui ,
l'aiguille à la main , leve la cataracte à fon
pere. Il eft très attentif à cette opération
délicate , & le vieillard fort fenfible à la
douleur dont il eft affecté ; fa femme femble
l'exhorter à la patience , & prendre
part à fa peine par la façon affectueufe
dont elle lui ferre la main. Plufieurs figures
grouppées dans l'ombre témoignent
leur furpriſe d'une pareille cure .
Ce grand Maître a fçu tirer parti de
tous les accidens qui ont pu le favorifer
212 MERCURE DE FRANCE.
dans la conduite d'un ouvrage auffi extraordinaire.
Il a allumé du feu dans la cheminée
afin de détacher de ce fond enfumé
l'habillement du jeune homme d'un bleu
tirant fur le noir , dont avoit également
befoin une écharpe en or à qui l'ombre auroit
ôté l'effet fans ce ftratagême. C'eft en
core par une fuite de ce folide raiſonnement
qu'il s'eft fervi de ce même vêtement
comme du fond le plus avantageux à la
poignée de fon fabre , qui pour être d'argent
, & frappée du jour principal , paroît
fortir fort réellement du tableau
violence de la pofition.
par
la
Ce détail , quoique fuccinct , pourra
néanmoins donner une idée légere des
beautés répandues dans cette production
piquante , où la touche eft auffi vraie que
fpirituelle , & le clair- obfcur porté à un
dégré de fublimité , fi j'ofe le dire par la
maniere excellente dont il y eft traité.
M. de Marcenay n'a point méconnu les
difficultés d'une pareille entreprife ; mais
les bontés du public fur fon effai l'ont excité
à les mériter de nouveau par des tra
vaux plus confidérables .
L'Eftampe fe vend à Paris chez l'Auteur,
sue des vieux Auguftins , près l'Egoût.
M. de Marcenay vient de faire paroître
l'eftampe qu'il a gravée d'après le tableau
original du cabinet de M. le Marquis
de Voyer, que nous avons annoncé dans
le Mercure du mois d'Avril dernier , en
parlant du début de cet Artifte. Il eft de
AOUST. 1755 211
Rembrandt , & repréfente Tobie recouvrant
la vûe. La fcene fe paffe dans l'intérieur
d'une maifon où le Peintre a préféré
certain defordre pittorefque à une architecture
affervie au coftume. Il paroît s'y
être furpaffé dans les effets furprenans qu'il
y a introduits : fon grouppe principal compofé
de quatre figures, Tobie , fa femme ,
fon fils , & l'Ange qui lui avoit fervi de
guide , eft placé dans le centre de la viſion ,
recevant immédiatement le jour de la fenêtre
, d'autant plus éclatant , qu'il a éteint
les extrêmités du tableau , qui d'ailleurs ne
laiffe rien à defirer fur cette partie fi difficile
à traiter , je veux dire le clair- obfcur.
La fingularité qui fouvent a déterminé
Rembrandt dans fes penfées , l'a fait écar
ter ici du texte de l'Ecriture pour transformer
le jeune tobie en oculifte , qui ,
l'aiguille à la main , leve la cataracte à fon
pere. Il eft très attentif à cette opération
délicate , & le vieillard fort fenfible à la
douleur dont il eft affecté ; fa femme femble
l'exhorter à la patience , & prendre
part à fa peine par la façon affectueufe
dont elle lui ferre la main. Plufieurs figures
grouppées dans l'ombre témoignent
leur furpriſe d'une pareille cure .
Ce grand Maître a fçu tirer parti de
tous les accidens qui ont pu le favorifer
212 MERCURE DE FRANCE.
dans la conduite d'un ouvrage auffi extraordinaire.
Il a allumé du feu dans la cheminée
afin de détacher de ce fond enfumé
l'habillement du jeune homme d'un bleu
tirant fur le noir , dont avoit également
befoin une écharpe en or à qui l'ombre auroit
ôté l'effet fans ce ftratagême. C'eft en
core par une fuite de ce folide raiſonnement
qu'il s'eft fervi de ce même vêtement
comme du fond le plus avantageux à la
poignée de fon fabre , qui pour être d'argent
, & frappée du jour principal , paroît
fortir fort réellement du tableau
violence de la pofition.
par
la
Ce détail , quoique fuccinct , pourra
néanmoins donner une idée légere des
beautés répandues dans cette production
piquante , où la touche eft auffi vraie que
fpirituelle , & le clair- obfcur porté à un
dégré de fublimité , fi j'ofe le dire par la
maniere excellente dont il y eft traité.
M. de Marcenay n'a point méconnu les
difficultés d'une pareille entreprife ; mais
les bontés du public fur fon effai l'ont excité
à les mériter de nouveau par des tra
vaux plus confidérables .
L'Eftampe fe vend à Paris chez l'Auteur,
sue des vieux Auguftins , près l'Egoût.
Fermer
Résumé : GRAVURE.
Le texte annonce la publication d'une gravure réalisée par M. de Marcenay, inspirée d'un tableau original de Rembrandt appartenant au Marquis de Voyer. Cette œuvre, intitulée 'Tobie recouvrant la vue', avait été précédemment annoncée dans le Mercure d'avril 1755. La scène se déroule à l'intérieur d'une maison, où Rembrandt a privilégié un désordre pictural à une architecture conforme aux coutumes. Le groupe principal, composé de Tobie, sa femme, leur fils et un ange, est placé au centre de la composition, recevant la lumière directe d'une fenêtre, contrastant avec les extrémités plus sombres du tableau. Rembrandt a modifié le texte biblique en représentant le jeune Tobie comme un oculiste opérant son père. La femme de Tobie exhorte son mari à la patience, tandis que plusieurs figures dans l'ombre témoignent de leur surprise. Rembrandt utilise divers artifices, comme un feu dans la cheminée, pour mettre en valeur certains éléments du tableau. La gravure est disponible à la vente à Paris chez l'auteur, rue des Vieux Augustins, près l'Égout.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10008
p. 213
VERS pour être mis au bas de l'Estampe de feu M. Languet, Archevêque de Sens.
Début :
Digne de nos respects, digne de notre amour, [...]
Mots clefs :
Estampe, Jean-Joseph Languet de Gergy
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS pour être mis au bas de l'Estampe de feu M. Languet, Archevêque de Sens.
VERS
Pour être mis an bas de l'Eftampe defeu
M. Languet , Archevêque de Sens.
Digne de nos refpects , digne de notre amour ,
De la foi , défenſeur fidele .
Languet , du céleſte ſéjour ,
Protege le Clergé dont tu fus le modele .
Chevalier pinxit 1752. Gaillard fculpfit 1753 .
Hac Beneficiorum memor dicavit Mauroy, Cantor
regalis Ecclefia de Meloduno.
Les Villageois de l'Apennin. J. Ouvrier les
a gravés d'après le tableau original d'un
pied cinq pouces de hauteur fur un pied
dix pouces de largeur , peint par M. Pierre,
& les a dédiés à M. Cochin , dont je fupprime
ici les qualités , perfuadé que fon
nom eft fon plus beau titre, L'Auteur de
cette Eftampe a l'avantage d'être fon éleve.
On y reconnoit le goût d'un fi grand
Maître . C'eft l'éloge le plus flateur qu'on
en puiffe faire. On la trouve à Paris , chez
lui ( J. Ouvrier , ) rue des Noyers , chez
M. Bertrand, Chirurgien .
Les Pêcheurs à la ligne . Cette Eftampe
eft gravée par J. B. Derrey , d'après le tableau
de J. Afelein du cabinet de M. Aved,
& fe vend à Paris , chez Noëlle Mire, rue
S. Jacques , au Soleil d'or , vis - à - vis le
Pleffis .
Pour être mis an bas de l'Eftampe defeu
M. Languet , Archevêque de Sens.
Digne de nos refpects , digne de notre amour ,
De la foi , défenſeur fidele .
Languet , du céleſte ſéjour ,
Protege le Clergé dont tu fus le modele .
Chevalier pinxit 1752. Gaillard fculpfit 1753 .
Hac Beneficiorum memor dicavit Mauroy, Cantor
regalis Ecclefia de Meloduno.
Les Villageois de l'Apennin. J. Ouvrier les
a gravés d'après le tableau original d'un
pied cinq pouces de hauteur fur un pied
dix pouces de largeur , peint par M. Pierre,
& les a dédiés à M. Cochin , dont je fupprime
ici les qualités , perfuadé que fon
nom eft fon plus beau titre, L'Auteur de
cette Eftampe a l'avantage d'être fon éleve.
On y reconnoit le goût d'un fi grand
Maître . C'eft l'éloge le plus flateur qu'on
en puiffe faire. On la trouve à Paris , chez
lui ( J. Ouvrier , ) rue des Noyers , chez
M. Bertrand, Chirurgien .
Les Pêcheurs à la ligne . Cette Eftampe
eft gravée par J. B. Derrey , d'après le tableau
de J. Afelein du cabinet de M. Aved,
& fe vend à Paris , chez Noëlle Mire, rue
S. Jacques , au Soleil d'or , vis - à - vis le
Pleffis .
Fermer
Résumé : VERS pour être mis au bas de l'Estampe de feu M. Languet, Archevêque de Sens.
Le document décrit plusieurs estampes et leurs caractéristiques. La première estampes est dédiée à M. Languet, Archevêque de Sens, et a été peinte par Chevalier en 1752 et gravée par Gaillard en 1753. Elle a été dédiée par Mauroy, chantre de l'église royale de Melun. Une autre estampe, intitulée 'Les Villageois de l'Apennin', a été gravée par J. Ouvrier d'après un tableau original de M. Pierre. Elle mesure un pied cinq pouces de hauteur sur un pied dix pouces de largeur et est dédiée à M. Cochin, élève de l'auteur. Enfin, l'estampe 'Les Pêcheurs à la ligne' a été gravée par J. B. Derrey d'après un tableau de J. Afelein du cabinet de M. Aved. Cette estampe est disponible à Paris chez Noëlle Mire, rue Saint-Jacques, au Soleil d'or, en face des Pressoirs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10009
p. 221-222
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Le 28 Juin, les Comédiens françois donnerent la seconde représentation [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Théâtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
E 28 Juin , les Comédiens françois
donnerent la feconde repréfentation
de Zélide qui fut précédée de Mithridate.
Le fieur de Raucourt y débuta par le rôle
de Mithridate . Il a joué fucceffivement
Agamemnon , dans Iphigénie , & Burrhus
dans Britannicus. Le parterre l'a reçu avec
beaucoup de bonté. Cet acteur mérite
d'autant plus d'indulgence , qu'il n'a jamais
paru fur aucun théâtre.
On a continué Zelide jufqu'au 16 Juillet
qu'on l'a jouée pour la neuvieme fois.
L'auteur l'a retirée pour la redonner l'hiver
prochain . Je ne doute pas qu'on ne la
revoye avec le même plaifir. Mlle Gauffin
y eft charmante. Elle y paroît telle qu'on
la voit dans l'Oracle & dans Zéneïde , c'eftà
- dire , avec ces graces ingénues qu'on
tâche de copier & que perfonne n'imite.
Quoique le théâtre françois ne foit pas
celui de la danfe , ce talent peut quelque-
K iij
222 MERCURE DE FRANCE.
fois y paroître dans fon aurore . Le fieur
Dauberval en eft un exemple. Ce jeune
danfeur s'y eft annoncé d'une façon diſtinguée
, furtout dans les caracteres de la
danfe , il les a exécutés avec tant de
grace ,
de nobleffe & de variété , qu'il s'eft montré
un digne éleve du fieur Veftris , & qu'il
a mérité l'approbation du plus grand maître
de l'art (a) .
Le 14 , une actrice nouvelle joua pour
la premiere fois le rôle d'Azitre . Sa figure
prévient en fa faveur . Elle eft bien au theâtre
, & nous paroît mériter l'encouragement
du public. Le Samedi 19 , elle a repréfenté
Pauline dans Poliente. Comme
elle étoit plus raffurée , fon jeu a été plus
animé , il y a plufieurs détails qu'elle a
très- bien rendus. On l'a furtout applaudie
avec juftice au quatrieme acte , dans la
fcene , où elle demande à Severe la grace
de fon mari . Elle a mis dans fa priere toute
la décence & en même tems toute la
force qu'éxige la fituation.
E 28 Juin , les Comédiens françois
donnerent la feconde repréfentation
de Zélide qui fut précédée de Mithridate.
Le fieur de Raucourt y débuta par le rôle
de Mithridate . Il a joué fucceffivement
Agamemnon , dans Iphigénie , & Burrhus
dans Britannicus. Le parterre l'a reçu avec
beaucoup de bonté. Cet acteur mérite
d'autant plus d'indulgence , qu'il n'a jamais
paru fur aucun théâtre.
On a continué Zelide jufqu'au 16 Juillet
qu'on l'a jouée pour la neuvieme fois.
L'auteur l'a retirée pour la redonner l'hiver
prochain . Je ne doute pas qu'on ne la
revoye avec le même plaifir. Mlle Gauffin
y eft charmante. Elle y paroît telle qu'on
la voit dans l'Oracle & dans Zéneïde , c'eftà
- dire , avec ces graces ingénues qu'on
tâche de copier & que perfonne n'imite.
Quoique le théâtre françois ne foit pas
celui de la danfe , ce talent peut quelque-
K iij
222 MERCURE DE FRANCE.
fois y paroître dans fon aurore . Le fieur
Dauberval en eft un exemple. Ce jeune
danfeur s'y eft annoncé d'une façon diſtinguée
, furtout dans les caracteres de la
danfe , il les a exécutés avec tant de
grace ,
de nobleffe & de variété , qu'il s'eft montré
un digne éleve du fieur Veftris , & qu'il
a mérité l'approbation du plus grand maître
de l'art (a) .
Le 14 , une actrice nouvelle joua pour
la premiere fois le rôle d'Azitre . Sa figure
prévient en fa faveur . Elle eft bien au theâtre
, & nous paroît mériter l'encouragement
du public. Le Samedi 19 , elle a repréfenté
Pauline dans Poliente. Comme
elle étoit plus raffurée , fon jeu a été plus
animé , il y a plufieurs détails qu'elle a
très- bien rendus. On l'a furtout applaudie
avec juftice au quatrieme acte , dans la
fcene , où elle demande à Severe la grace
de fon mari . Elle a mis dans fa priere toute
la décence & en même tems toute la
force qu'éxige la fituation.
Fermer
Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
Du 28 juin au 16 juillet, les Comédiens françois ont présenté la pièce 'Zélide', précédée de 'Mithridate'. Le sieur de Raucourt a interprété Mithridate, Agamemnon dans 'Iphigénie' et Burrhus dans 'Britannicus', malgré son inexpérience, il a été bien accueilli par le public. 'Zélide' a été jouée neuf fois avant d'être retirée pour être reprise l'hiver suivant. Mlle Gauffin a été particulièrement remarquée pour ses performances charmantes et ses grâces ingénues. Le théâtre français a également vu émerger des talents en danse, notamment le sieur Dauberval, apprécié pour sa grâce et sa noblesse. Le 14 juillet, une nouvelle actrice a joué Azitre, impressionnant par sa présence scénique. Le 19 juillet, elle a interprété Pauline dans 'Poliente', démontrant une meilleure assurance et un jeu plus animé, notamment dans une scène où elle demande la grâce de son mari.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10010
p. 223-227
COMEDIE ITALIENNE.
Début :
Le 3 Juillet, les Comédiens Italiens ont donné la premiere représentation du [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Comédie-Italienne, Bouquet, Plaisir, Danser
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE ITALIENNE.
COMEDIE ITALIENNE.
E 3 Juillet, les Comédiens Italiens ont
donné la premiere repréſentation du
Prix de la beauté , ou du Jugement de Paris,
Comédie- Ballet , en un acte , en vers. Le
public l'a reçue favorablement. M. Mailhol
en eft l'auteur. Elle eft accompagnée de la
Soirée villageoife , divertiffement de la compofition
de M. Deheffe. Tout le ballet eft
amufant & bien deffiné , mais il y a furtout
un pas de trois extrêmement piquant,
& parfaitement exécuté par Mlle Catinon
en berger , par Mile Camille en payſanne,
& par le fieur Billioni en payfan. Ce dernier
qui furprend la payfanne qu'il aime
danfant avec le berger , fait éclater fa jaloufie
, ce qui occafionne entr'eux une difpure
qui finit par un raccommodement dont le
payfan eft la dupe .
>
Je faifis cette occafion pour parler d'un
très-joli divertiffement intitulé le Bouquet ,
que Mlle Catinon , Mlle Louifon fa foeur ,
& le jeune Vifentini ont donné à M. Deheffe
chez lui à Fontarabie (a) , la veille de
la S. Jean. On peut dire que la reconnoiſſan-
(a) Fontarabie eft à l'extrêmité du Fauxbourg
Antoine.
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
ce a imaginé cette fête , & que le zele l'a
exécutée . Elle eft compofée de trois fcenes
qui amenent le baller . Vifentini paroit ſeul
dans lapremiere avec une corbeille de fleurs,
faifant un bouquet. Catinon furvient ,
& veut lui ravir la corbeille , mais quand
elle apprend que les fleurs font deftinées à
former un bouquet pour M. Deheffe , elle
compofe avec Vifentini & lui propofe de
faire ce bouquet enfemble , il y confent ;
à peine l'ont- ils fim que Louifon qui les
épie , s'en faifit fur le tabouret où ils l'ont
laiffé ; nouveau fujet de difpute . Louifon
ne veut pas céder , & leur dit que puiſqu'ils
font obligés tous trois à la même reconnoiffance
, le bouquet doit être commun
entr'eux . Dans cet embarras , ils tirent au
doigt mouillé. Le fort favorife Catinon
qui récite la fable fuivante avant que de
préfenter le bouquet.
A peine éclofe , une jeune Fauvette
D'une aîle foible effay oit le reffort .....
Pour raifonner jeuneffe n'eft pas faite.
Quand elle réuffit c'eſt l'ouvrage du fort.
Notre Fauvette donc , pour éprouver les forces
S'éleve , prend fon vol , & s'admire dans l'air ,
Premiers fuccès font des amorces.
Bientôt elle s'élance , & part comme un éclair.
Un homme près de là logeoit... homme admirable,
A O UST. 1755. 225
Qui poffédoit tous les talens ,
Sçavoit les enfeigner d'une maniere aimable ,
Et répandre fur eux des regards bienfaifans .
Dans fa chambre par la fenêtre
La Fauvette entre & ſe poſe fur lui ;
Il la prend , il la flatte , enfin lui fait connoître
Qu'elle n'a rien à craindre , & qu'il eft fon appui.
Depuis ce moment là , fes foins , fa patience
Ont pris plaifir à la former.
A fa table avec complaifance
Il la place , il la fifle ... Ah ! qu'on fe fait aimer ,
Quand aux bienfaits on joint la douceur , la conftance
,
Auffi l'oifeau plein de reconnoiffance .....
Ah ! cher,coufin , eft- il befoin qu'ici
Je poufle plus avant cette fable imparfaite ?
Tout Paris connoît l'homme à qui j'écris ceci ,
Et l'on fçait bien que je fuis la Fauvette. (a )
Catinon préfente le bouquet . On danfe . Enfuite
on chante plufieurs couplets , dont je ne
mets que les deux fuivans par le peu de place
qui me reste.
( a ) Cette fable , toute ingénieufe qu'elle eft ,
perd la moitié de fa grace fur le papier. L'aimable
Catinon en la récitant devant fon coufin y mettoit
un fentiment fi naïf & fi vrai , elle étoit fi touchée,
qu'elle arrachoit des larmes de tous les fpectateurs,
& j'avouerai que j'étois du nombre.
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
Air. De la ronde de la fête d'amour ,
Sans le plaifir d'aimer , &c.
Catinon.
C'eſt lui qui m'a fait avancer
Dans l'art de bien danfer.
Auffi c'eft à me furpaffer
Qu'en ce jour je m'apprête
Sans le plaifir d'danfer
Eft- il de bonne fête.
Vifentini.
'Ah ! mon oncle , c'eſt bien penfer ,
Quel plaifir d'danfer.
De tous nos coeurs fans balancer ,
Vous faites la conquête.
Ah ! quel plaifir d'danfer ,
Quand c'eft pour votre fête.
On finit par la contredanfe .
Il eſt doux d'être ainfi célébré par de
jeunes talens , dont on eft le protecteur , &
qu'on a adoptés pour fa famille. Peut- on
être mieux payé de fes bienfaits ? La fête
dont le coeur fait les frais & les honneurs
eft toujours la plus intéreffante. Voilà pourquoi
je m'empreffe de la publier pour le
bon exemple,
1
A O UST. 1755. 227
LE NOUVEAU DOCTEUR , Continue fon début
dans différentes pieces italiennes. Les
connoiffeurs le voient toujours avec la
même fatisfaction. C'eft dommage qu'un
docteur italien foit un perfonnage peu intéreffant
pour un public françois.
Voici l'extrait du Maître de musique que
nous avions promis .
E 3 Juillet, les Comédiens Italiens ont
donné la premiere repréſentation du
Prix de la beauté , ou du Jugement de Paris,
Comédie- Ballet , en un acte , en vers. Le
public l'a reçue favorablement. M. Mailhol
en eft l'auteur. Elle eft accompagnée de la
Soirée villageoife , divertiffement de la compofition
de M. Deheffe. Tout le ballet eft
amufant & bien deffiné , mais il y a furtout
un pas de trois extrêmement piquant,
& parfaitement exécuté par Mlle Catinon
en berger , par Mile Camille en payſanne,
& par le fieur Billioni en payfan. Ce dernier
qui furprend la payfanne qu'il aime
danfant avec le berger , fait éclater fa jaloufie
, ce qui occafionne entr'eux une difpure
qui finit par un raccommodement dont le
payfan eft la dupe .
>
Je faifis cette occafion pour parler d'un
très-joli divertiffement intitulé le Bouquet ,
que Mlle Catinon , Mlle Louifon fa foeur ,
& le jeune Vifentini ont donné à M. Deheffe
chez lui à Fontarabie (a) , la veille de
la S. Jean. On peut dire que la reconnoiſſan-
(a) Fontarabie eft à l'extrêmité du Fauxbourg
Antoine.
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
ce a imaginé cette fête , & que le zele l'a
exécutée . Elle eft compofée de trois fcenes
qui amenent le baller . Vifentini paroit ſeul
dans lapremiere avec une corbeille de fleurs,
faifant un bouquet. Catinon furvient ,
& veut lui ravir la corbeille , mais quand
elle apprend que les fleurs font deftinées à
former un bouquet pour M. Deheffe , elle
compofe avec Vifentini & lui propofe de
faire ce bouquet enfemble , il y confent ;
à peine l'ont- ils fim que Louifon qui les
épie , s'en faifit fur le tabouret où ils l'ont
laiffé ; nouveau fujet de difpute . Louifon
ne veut pas céder , & leur dit que puiſqu'ils
font obligés tous trois à la même reconnoiffance
, le bouquet doit être commun
entr'eux . Dans cet embarras , ils tirent au
doigt mouillé. Le fort favorife Catinon
qui récite la fable fuivante avant que de
préfenter le bouquet.
A peine éclofe , une jeune Fauvette
D'une aîle foible effay oit le reffort .....
Pour raifonner jeuneffe n'eft pas faite.
Quand elle réuffit c'eſt l'ouvrage du fort.
Notre Fauvette donc , pour éprouver les forces
S'éleve , prend fon vol , & s'admire dans l'air ,
Premiers fuccès font des amorces.
Bientôt elle s'élance , & part comme un éclair.
Un homme près de là logeoit... homme admirable,
A O UST. 1755. 225
Qui poffédoit tous les talens ,
Sçavoit les enfeigner d'une maniere aimable ,
Et répandre fur eux des regards bienfaifans .
Dans fa chambre par la fenêtre
La Fauvette entre & ſe poſe fur lui ;
Il la prend , il la flatte , enfin lui fait connoître
Qu'elle n'a rien à craindre , & qu'il eft fon appui.
Depuis ce moment là , fes foins , fa patience
Ont pris plaifir à la former.
A fa table avec complaifance
Il la place , il la fifle ... Ah ! qu'on fe fait aimer ,
Quand aux bienfaits on joint la douceur , la conftance
,
Auffi l'oifeau plein de reconnoiffance .....
Ah ! cher,coufin , eft- il befoin qu'ici
Je poufle plus avant cette fable imparfaite ?
Tout Paris connoît l'homme à qui j'écris ceci ,
Et l'on fçait bien que je fuis la Fauvette. (a )
Catinon préfente le bouquet . On danfe . Enfuite
on chante plufieurs couplets , dont je ne
mets que les deux fuivans par le peu de place
qui me reste.
( a ) Cette fable , toute ingénieufe qu'elle eft ,
perd la moitié de fa grace fur le papier. L'aimable
Catinon en la récitant devant fon coufin y mettoit
un fentiment fi naïf & fi vrai , elle étoit fi touchée,
qu'elle arrachoit des larmes de tous les fpectateurs,
& j'avouerai que j'étois du nombre.
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
Air. De la ronde de la fête d'amour ,
Sans le plaifir d'aimer , &c.
Catinon.
C'eſt lui qui m'a fait avancer
Dans l'art de bien danfer.
Auffi c'eft à me furpaffer
Qu'en ce jour je m'apprête
Sans le plaifir d'danfer
Eft- il de bonne fête.
Vifentini.
'Ah ! mon oncle , c'eſt bien penfer ,
Quel plaifir d'danfer.
De tous nos coeurs fans balancer ,
Vous faites la conquête.
Ah ! quel plaifir d'danfer ,
Quand c'eft pour votre fête.
On finit par la contredanfe .
Il eſt doux d'être ainfi célébré par de
jeunes talens , dont on eft le protecteur , &
qu'on a adoptés pour fa famille. Peut- on
être mieux payé de fes bienfaits ? La fête
dont le coeur fait les frais & les honneurs
eft toujours la plus intéreffante. Voilà pourquoi
je m'empreffe de la publier pour le
bon exemple,
1
A O UST. 1755. 227
LE NOUVEAU DOCTEUR , Continue fon début
dans différentes pieces italiennes. Les
connoiffeurs le voient toujours avec la
même fatisfaction. C'eft dommage qu'un
docteur italien foit un perfonnage peu intéreffant
pour un public françois.
Voici l'extrait du Maître de musique que
nous avions promis .
Fermer
Résumé : COMEDIE ITALIENNE.
Le 3 juillet, les Comédiens Italiens ont présenté la première représentation de la comédie-ballet 'Le Prix de la beauté, ou du Jugement de Paris', écrite par M. Mailhol. Cette pièce, en un acte et en vers, a été bien accueillie par le public. Elle était accompagnée du divertissement 'Soirée villageoise', composé par M. Deheffe. Le ballet était amusant et bien structuré, avec un pas de trois particulièrement remarquable exécuté par Mlle Catinon, Mlle Camille et le sieur Billioni. Dans cette scène, Billioni, jaloux, surprend la paysanne qu'il aime en train de danser avec le berger, ce qui provoque une dispute se terminant par un raccommodement où le paysan est dupé. L'auteur mentionne également un autre divertissement intitulé 'Le Bouquet', donné par Mlle Catinon, Mlle Louison et le jeune Vincentini à M. Deheffe chez lui à Fontarabie, la veille de la Saint-Jean. Ce divertissement, composé de trois scènes menant au ballet, a été imaginé et exécuté avec zèle. Vincentini apparaît seul avec une corbeille de fleurs, formant un bouquet. Catinon survient et veut lui ravir la corbeille, mais ils décident de faire le bouquet ensemble. Louison, qui les épie, s'en empare, ce qui provoque une nouvelle dispute. Ils tirent au sort pour décider du destin du bouquet. Catinon récite une fable avant de présenter le bouquet, suivie de danses et de chants. La fête se termine par une contredanse, soulignant la douceur d'être célébré par de jeunes talents protégés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10011
p. 227-235
EXTRAIT du Maître de musique.
Début :
Les trois principaux acteurs de cette piece, sont Lambert, maître de Musique, [...]
Mots clefs :
Maître de musique, Actrice, Pudeur, Acte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Maître de musique.
EXTRAIT du Maître de mufique.
Les trois principaux acteurs de cette
piece , font Lambert , maître de Mufique ,
joué par M. Rochard , Laurette fon écoliere
, repréſentée par Madame Favart , &.
Tracolin entrepreneur d'Opéra , joué par
M. Chanville.
Lambert ouvre le premier acte avec Laurette
& débute en grondant , par cet air.
Ah ! quel martire !
Sans ceffe inftruire !
Cent fois redire ,
Sans rien produire ,
C'est toujours pire.
Eh , laiffe- moi ,
Va , tais-toi .
Laurette fe fâche à ſon tour , & fon
maître lui dit :
- Mademoiſelle joue au mieux l'impertinente
Et pour faire dans peu l'actrice d'importance
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
Il ne lui manque plus , ma foi , que du talent ,
Encor fouvent on s'en difpenfe ,
En mettant à la place un ton bien infolent.
Elle lui répond :
En ce cas là , Monfieur , je fuis en bonne école ,
Je puis très-bien l'apprendre ici de vous.
Lambert fe met ici au clavecin. Laurette
crie exprès méchamment au lieu de chanter
, il l'interrompt en difant :
Chanteur qui pour mieux nous féduire
Youlez être à la fois agréable & touchant
Que l'haleine du doux zéphire ,
Qui , de fa Flore , à l'oreille foupire ,
Soit l'image de votre chant.
Eh ! crois - moi , renvoyons aux halles
Tous ces chantres bruyans , qui fçavent feulement
De leurs grands cris remplir nos falles.
Excellente leçon pour tous nos théâtres !
Laurette chante de nouveau & chante bien,
Lambert témoigne qu'il eft content , & lui
promet , fi elle continue de la rendre dans
peu une actrice parfaite. On annonce Tracolin
comme un perfonnage ridicule. Il
entre , & après avoir embraffé Lambert , il
regarde Laurette , & s'informe quel eft ce
n
A OU ST . 1755- 229
charmant objet . Lambert lui répond que
c'eft un fujet qu'il éleve pour le théâtre .
Tracolin fe récrie : quelle mine ! quel jeu !
quelle voix ! Lambert lui demande s'il l'a
entendue . Non , réplique- t - il .
Nous autres gens de l'art ,
Nous n'avons pour cela befoin que d'un regard ,
Et nous jugeons d'une voix par la vûe.
D'ailleurs , ajoûte - t - il ,
Avec un tel minois ,
A-t-on jamais manqué de voix.
Il fe répand en fleurettes, qui donnent d'au
tant plus de jaloufie à Lambert , que Laurette
y répond par cet Air toujours applaudi .
Suis - je bien pour une actrice 2
Vrai , fuis- je bien ?
Dites moi fans artifice ,
Croyez - vous qu'on applaudiffe
Ce maintien ?
Suis- je bien
Je n'ofe me flatter de rien.
Croyez - vous qu'on applaudiffe ,
Qu'en public je réuffiffe ?
Mais hélas !
N'ai- je pas
L'air trop novice , eh ?
Pour une actrice , eh ?
Pour la couliffe ,
eh ?
Je n'ofe me flatter de rien.
236 MERCURE DE FRANCE .
Tracolin paroît fi tranfporté d'entendre
Laurette , qu'il l'embraffe , & la demande à
fon maître qui la lui refuſe. On vient chercher
Lambert de la part d'une Ducheffe. II
eft obligé de fortir malgré lui , & de laiffer
Tracolin feul avec fon écoliere . Tracolin
fait fa tendre déclaration , Laurette
joue l'Agnès en diſant ,
Air. La pudeur qui me guide,
Me rend timide.
Je n'ofe lever les yeux
Si quelque curieux
Auprès de moi fe place ,
Et me regarde en face ,
Je fuis toute honteufe de cela.
Ma langue s'embarraffe ,
En lui difant , de grace ,
Souffrez , Monfieur , que je paffe ,
Je ne puis refter là
Où me voilà.
La pudeur , & c.
Si quelque téméraire
Pourfuit trop loin l'affaire ,
Moi , qui fuis bonne , & ne me fâche guere ,
J'excite ma colere
Et lui dis d'un ton fevere ,
Mais finirez-vous donc , Monfieur ,
Sçachez qu'on eft fille d'honneur ,
Scachez qu'on a de la pudeur.
A O UST . 1755. 23-1
Tracolin lui offre fa fortune avec fa
main , & fe jette à fes genoux , Lambert
revient & le furprend avec Laurette . Il fait
éclater fa jaloufie , & commence le beau
trio qui finit le premier acte. Ce morceau
eft fi triomphant , & les paroles font fi
bien coupées , que nous croyons obliger
le lecteur de les inférer ici dans leur entier.
Il eft bon d'ailleurs de les donner pour
modele.
TRIO EN DIALOGUE.
Lambert.
Le feu me monte au viſage ,
Voilà donc tout l'avantage
D'avoir formé fon bas âge,
Pour le prix de tant de foins ,
Cette volage
Avec un autre s'engage .
Quel outrage !
Et mes yeux en font témoins.
Je bravois déja l'orage ,
Quand le vent qui devient fort ,
Et qui fait rage ,
Me repouffe du rivage.
Quel dommage !
J'allois entrer dans le port.
Laurette.
Je guettais dans un bocage
232 MERCURE DE FRANCE.
Un oifeau d'un beau plumage.
Un chaffeur fonnant du cor ,
Faifant tapage ,
L'effarouche & lui fait prendre l'effor.
Quel trifte fort !
Enfemble.
Soins perdus inutile effort !
Lambert.
J'avois formé fon bas âge.
Tracolin,
J'avois fait un bon voyage ,
Laurette.
Je le guettois au paffage.
Ensemble.
Laurette.
Un chaffeur fonnant du cor ;
Faifant tapage ,
Lui fait prendre fon effor.
Tracolin .
Je touchois prefqu'au rivage
Quel dommage !
J'allois entrer dans le port.
Lambert.
En voilà tout l'avantage.
Quel outrage !
Méritois-je un pareil fort.
A O UST.
233 ·1755.
Seul. Un autre
aujourd'hui l'engage ,
La volage.
Tracolin .
Je touchois prefqu'au rivage.
Quel dommage !
Laurette.
Moi, j'allois le mettre en cage.
Tracolin.
Quel dommage !
Lambert.
La volage !
Ensemble.
Laurette.
Un chaffeur fonnant du cot,
Faifant
tapage ,
Lui fait prendre
fon effor.
Tracolin .
Quel dommage !
J'allois entrer dans le port.
Lambert.
Quel outrage !
Meritois-je un pareil fort ?
Tracolin.
J'allois entrer dans le port.
Laurette.
Moi , j'allois le mettre en cage i
bisfeul.
234 MERCURE DE FRANCE .
Il prend l'effor.
Quel trifte fort !
Ce premier acte eft très- brillant & rempli
d'airs agréables .
Lambert , qui revient avec Laurette ,
commence le ſecond acte par cet Air qui
exprime fi bien fon dépit jaloux.
Non , je fuis trop en colere ,
Me diras-tu le contraire ?
Quand moi -même j'ai vu le téméraire ,
Qui te faifoit les yeux doux !
Pourquoi faire
Etoit-il à tes genoux ?
Vaine rufe !
Mauvaiſe excufe !
Me crois-tu donc affez bufe
Pour m'en laiffer amufer ?
Mais voilà comme on s'abuſe ,
Quand on penfe m'abufer.
Laurette perfifte à fe juftifier & l'amene
par degrés au point de l'obliger à demander
grace lui- même. Cette fcene eft parfaitement
bien traitée & filée avec beaucoup
d'art. Lambert eft furpris à fon tour
par Tracolin aux genoux de Laurette , qui
dit à ce dernier qu'il furvient à propos , &
qu'elle avoit befoin de fa préfence pour
faire connoître fes fentimens. Tracolin fe
A O UST . 1755. 235
fatte alors de fe voir choifi . Lambert tremble
au contraire de ne l'être point. Laurette
les défabuſe tous deux , en donnant
la main à fon maître . Tracolin fe retire
confus , & Lambert ravi , chante avec Laurette
un Duo qui termine la piece. Elle eſt
imprimée , & fe vend chez la veuve Delormel
, rue du Foin , & chez Prault , fils ,
quai de Conti ; le prix eft de 24 fols.
Les trois principaux acteurs de cette
piece , font Lambert , maître de Mufique ,
joué par M. Rochard , Laurette fon écoliere
, repréſentée par Madame Favart , &.
Tracolin entrepreneur d'Opéra , joué par
M. Chanville.
Lambert ouvre le premier acte avec Laurette
& débute en grondant , par cet air.
Ah ! quel martire !
Sans ceffe inftruire !
Cent fois redire ,
Sans rien produire ,
C'est toujours pire.
Eh , laiffe- moi ,
Va , tais-toi .
Laurette fe fâche à ſon tour , & fon
maître lui dit :
- Mademoiſelle joue au mieux l'impertinente
Et pour faire dans peu l'actrice d'importance
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
Il ne lui manque plus , ma foi , que du talent ,
Encor fouvent on s'en difpenfe ,
En mettant à la place un ton bien infolent.
Elle lui répond :
En ce cas là , Monfieur , je fuis en bonne école ,
Je puis très-bien l'apprendre ici de vous.
Lambert fe met ici au clavecin. Laurette
crie exprès méchamment au lieu de chanter
, il l'interrompt en difant :
Chanteur qui pour mieux nous féduire
Youlez être à la fois agréable & touchant
Que l'haleine du doux zéphire ,
Qui , de fa Flore , à l'oreille foupire ,
Soit l'image de votre chant.
Eh ! crois - moi , renvoyons aux halles
Tous ces chantres bruyans , qui fçavent feulement
De leurs grands cris remplir nos falles.
Excellente leçon pour tous nos théâtres !
Laurette chante de nouveau & chante bien,
Lambert témoigne qu'il eft content , & lui
promet , fi elle continue de la rendre dans
peu une actrice parfaite. On annonce Tracolin
comme un perfonnage ridicule. Il
entre , & après avoir embraffé Lambert , il
regarde Laurette , & s'informe quel eft ce
n
A OU ST . 1755- 229
charmant objet . Lambert lui répond que
c'eft un fujet qu'il éleve pour le théâtre .
Tracolin fe récrie : quelle mine ! quel jeu !
quelle voix ! Lambert lui demande s'il l'a
entendue . Non , réplique- t - il .
Nous autres gens de l'art ,
Nous n'avons pour cela befoin que d'un regard ,
Et nous jugeons d'une voix par la vûe.
D'ailleurs , ajoûte - t - il ,
Avec un tel minois ,
A-t-on jamais manqué de voix.
Il fe répand en fleurettes, qui donnent d'au
tant plus de jaloufie à Lambert , que Laurette
y répond par cet Air toujours applaudi .
Suis - je bien pour une actrice 2
Vrai , fuis- je bien ?
Dites moi fans artifice ,
Croyez - vous qu'on applaudiffe
Ce maintien ?
Suis- je bien
Je n'ofe me flatter de rien.
Croyez - vous qu'on applaudiffe ,
Qu'en public je réuffiffe ?
Mais hélas !
N'ai- je pas
L'air trop novice , eh ?
Pour une actrice , eh ?
Pour la couliffe ,
eh ?
Je n'ofe me flatter de rien.
236 MERCURE DE FRANCE .
Tracolin paroît fi tranfporté d'entendre
Laurette , qu'il l'embraffe , & la demande à
fon maître qui la lui refuſe. On vient chercher
Lambert de la part d'une Ducheffe. II
eft obligé de fortir malgré lui , & de laiffer
Tracolin feul avec fon écoliere . Tracolin
fait fa tendre déclaration , Laurette
joue l'Agnès en diſant ,
Air. La pudeur qui me guide,
Me rend timide.
Je n'ofe lever les yeux
Si quelque curieux
Auprès de moi fe place ,
Et me regarde en face ,
Je fuis toute honteufe de cela.
Ma langue s'embarraffe ,
En lui difant , de grace ,
Souffrez , Monfieur , que je paffe ,
Je ne puis refter là
Où me voilà.
La pudeur , & c.
Si quelque téméraire
Pourfuit trop loin l'affaire ,
Moi , qui fuis bonne , & ne me fâche guere ,
J'excite ma colere
Et lui dis d'un ton fevere ,
Mais finirez-vous donc , Monfieur ,
Sçachez qu'on eft fille d'honneur ,
Scachez qu'on a de la pudeur.
A O UST . 1755. 23-1
Tracolin lui offre fa fortune avec fa
main , & fe jette à fes genoux , Lambert
revient & le furprend avec Laurette . Il fait
éclater fa jaloufie , & commence le beau
trio qui finit le premier acte. Ce morceau
eft fi triomphant , & les paroles font fi
bien coupées , que nous croyons obliger
le lecteur de les inférer ici dans leur entier.
Il eft bon d'ailleurs de les donner pour
modele.
TRIO EN DIALOGUE.
Lambert.
Le feu me monte au viſage ,
Voilà donc tout l'avantage
D'avoir formé fon bas âge,
Pour le prix de tant de foins ,
Cette volage
Avec un autre s'engage .
Quel outrage !
Et mes yeux en font témoins.
Je bravois déja l'orage ,
Quand le vent qui devient fort ,
Et qui fait rage ,
Me repouffe du rivage.
Quel dommage !
J'allois entrer dans le port.
Laurette.
Je guettais dans un bocage
232 MERCURE DE FRANCE.
Un oifeau d'un beau plumage.
Un chaffeur fonnant du cor ,
Faifant tapage ,
L'effarouche & lui fait prendre l'effor.
Quel trifte fort !
Enfemble.
Soins perdus inutile effort !
Lambert.
J'avois formé fon bas âge.
Tracolin,
J'avois fait un bon voyage ,
Laurette.
Je le guettois au paffage.
Ensemble.
Laurette.
Un chaffeur fonnant du cor ;
Faifant tapage ,
Lui fait prendre fon effor.
Tracolin .
Je touchois prefqu'au rivage
Quel dommage !
J'allois entrer dans le port.
Lambert.
En voilà tout l'avantage.
Quel outrage !
Méritois-je un pareil fort.
A O UST.
233 ·1755.
Seul. Un autre
aujourd'hui l'engage ,
La volage.
Tracolin .
Je touchois prefqu'au rivage.
Quel dommage !
Laurette.
Moi, j'allois le mettre en cage.
Tracolin.
Quel dommage !
Lambert.
La volage !
Ensemble.
Laurette.
Un chaffeur fonnant du cot,
Faifant
tapage ,
Lui fait prendre
fon effor.
Tracolin .
Quel dommage !
J'allois entrer dans le port.
Lambert.
Quel outrage !
Meritois-je un pareil fort ?
Tracolin.
J'allois entrer dans le port.
Laurette.
Moi , j'allois le mettre en cage i
bisfeul.
234 MERCURE DE FRANCE .
Il prend l'effor.
Quel trifte fort !
Ce premier acte eft très- brillant & rempli
d'airs agréables .
Lambert , qui revient avec Laurette ,
commence le ſecond acte par cet Air qui
exprime fi bien fon dépit jaloux.
Non , je fuis trop en colere ,
Me diras-tu le contraire ?
Quand moi -même j'ai vu le téméraire ,
Qui te faifoit les yeux doux !
Pourquoi faire
Etoit-il à tes genoux ?
Vaine rufe !
Mauvaiſe excufe !
Me crois-tu donc affez bufe
Pour m'en laiffer amufer ?
Mais voilà comme on s'abuſe ,
Quand on penfe m'abufer.
Laurette perfifte à fe juftifier & l'amene
par degrés au point de l'obliger à demander
grace lui- même. Cette fcene eft parfaitement
bien traitée & filée avec beaucoup
d'art. Lambert eft furpris à fon tour
par Tracolin aux genoux de Laurette , qui
dit à ce dernier qu'il furvient à propos , &
qu'elle avoit befoin de fa préfence pour
faire connoître fes fentimens. Tracolin fe
A O UST . 1755. 235
fatte alors de fe voir choifi . Lambert tremble
au contraire de ne l'être point. Laurette
les défabuſe tous deux , en donnant
la main à fon maître . Tracolin fe retire
confus , & Lambert ravi , chante avec Laurette
un Duo qui termine la piece. Elle eſt
imprimée , & fe vend chez la veuve Delormel
, rue du Foin , & chez Prault , fils ,
quai de Conti ; le prix eft de 24 fols.
Fermer
Résumé : EXTRAIT du Maître de musique.
Le texte présente la pièce de théâtre 'Le Maître de musique', qui met en scène trois personnages principaux : Lambert, maître de musique interprété par M. Rochard, Laurette, écolière jouée par Madame Favart, et Tracolin, entrepreneur d'opéra incarné par M. Chanville. La pièce commence par une altercation entre Lambert et Laurette, qui répond avec impertinence aux réprimandes de son maître. Lambert décide alors de lui donner une leçon de chant, et Laurette finit par bien chanter, ce qui satisfait Lambert. Tracolin fait ensuite son entrée et est immédiatement séduit par Laurette, ce qui suscite la jalousie de Lambert. Tracolin tente de séduire Laurette, mais Lambert les surprend et exprime sa jalousie dans un trio. Dans le second acte, Lambert, toujours jaloux, est apaisé par Laurette. Tracolin, qui surprend Lambert aux genoux de Laurette, est déçu, tandis que Lambert est ravi. Laurette clarifie la situation en donnant la main à Lambert, laissant Tracolin confus. La pièce se termine par un duo chanté entre Lambert et Laurette. La pièce est disponible à l'achat chez la veuve Delormel et Prault, fils, au prix de 24 sols.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10012
p. 235-236
OPERA COMIQUE.
Début :
L'Opéra comique ouvrit son théâtre le samedi 28 Juin, & donna le Lundi 30, la [...]
Mots clefs :
Opéra-Comique, Théâtre, Ballet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA COMIQUE.
OPERA COMIQUE.
?
L'Opéra comique ouvrit fon théâtre le
famedi 28 Juin , & donna le Lundi 30 , la
repréſentation de la Maifon à deux portes ,
piece en un acte , qui fut précédée de la
Rofe , & fuivie de Citbere affiegee . Le 14
Juillet , la Bohémienne , parodie de la Zingara,
intermede italien , a été jouée pour la
premiere fois avec le Cocq de village , & le
Ballet Chinois.
Les Comédiens Italiens doivent donner
inceffamment la parodie ou plutôt la traduction
du même intermede. Nous parlerons
de l'une & de l'autre dans le Mercure
du mois prochain. Nous dirons feulement
dans celui - ci que Mlle Rofaline
remplit très -bien le rôle de la Bohémienne.
Nous ajouterons que le ballet chinois
a toujours le mérité de la nouveauté ,
236 MERCURE DE FRANCE.
& qu'on le voit avec le même intérêt.
M. Ñover y a fait des changemens , qui
l'ont , pour ainfi dire , rajeuni.
On doit remettre bientôt la Fontaine de
Jouvence , en attendant un troifieme ballet
nouveau du même compofiteur.
La danfe eft aujourd'hui la premiere
reffource de tous les fpectacles de Paris.
Le théâtre françois doit feul en être excepté
, c'est un acceffoire , dont il pourroit
très -bien fe paffer. Nous croyons qu'il y
gagneroit , même en ne prenant que le
prix fimple.
?
L'Opéra comique ouvrit fon théâtre le
famedi 28 Juin , & donna le Lundi 30 , la
repréſentation de la Maifon à deux portes ,
piece en un acte , qui fut précédée de la
Rofe , & fuivie de Citbere affiegee . Le 14
Juillet , la Bohémienne , parodie de la Zingara,
intermede italien , a été jouée pour la
premiere fois avec le Cocq de village , & le
Ballet Chinois.
Les Comédiens Italiens doivent donner
inceffamment la parodie ou plutôt la traduction
du même intermede. Nous parlerons
de l'une & de l'autre dans le Mercure
du mois prochain. Nous dirons feulement
dans celui - ci que Mlle Rofaline
remplit très -bien le rôle de la Bohémienne.
Nous ajouterons que le ballet chinois
a toujours le mérité de la nouveauté ,
236 MERCURE DE FRANCE.
& qu'on le voit avec le même intérêt.
M. Ñover y a fait des changemens , qui
l'ont , pour ainfi dire , rajeuni.
On doit remettre bientôt la Fontaine de
Jouvence , en attendant un troifieme ballet
nouveau du même compofiteur.
La danfe eft aujourd'hui la premiere
reffource de tous les fpectacles de Paris.
Le théâtre françois doit feul en être excepté
, c'est un acceffoire , dont il pourroit
très -bien fe paffer. Nous croyons qu'il y
gagneroit , même en ne prenant que le
prix fimple.
Fermer
Résumé : OPERA COMIQUE.
L'Opéra Comique a inauguré son théâtre le 28 juin et a présenté 'La Maifon à deux portes' le 30 juin, précédée de 'La Rose' et suivie de 'Cithère assiégée'. Le 14 juillet, 'La Bohémienne', une parodie de 'La Zingara', a été jouée pour la première fois avec 'Le Cocq de village' et le 'Ballet Chinois'. Les Comédiens Italiens doivent également présenter une parodie ou traduction de cet intermède. Mlle Rosaline a interprété avec succès le rôle de la Bohémienne, et le 'Ballet Chinois' a été bien accueilli grâce à des modifications apportées par M. Nover. La 'Fontaine de Jouvence' doit être remise en scène prochainement, en attendant un troisième ballet nouveau du même compositeur. La danse est actuellement la principale attraction des spectacles parisiens, à l'exception du théâtre français.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10013
p. 237-238
DU LEVANT.
Début :
Ali Pacha Ekim Oglou ayant été appellé le 20 Mai au [...]
Mots clefs :
Constantinople, Grand vizir, Chypre, Incendies, Envoyé extraordinaire de Sa Majesté très-chrétienne, Exil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DU LEVANT.
DU LEVANT.
DE CONSTANTINOPLE , le 3 Juin.
A
LI Pacha Ekim Oglou ayant été appellé le
20 Mai au Serail , le Grand Seigneur lui
redemanda les fceaux de l'Empire , & lui ordonna
de fe retirer dans l'ifle de Chypre. Sa Hauteffe
a déclaré Grand Vifir Saïd Mehemet Pacha ,
Tefterdar. Le Kiaia du Miniftre diſgracié a été
dépofé & relegué en Morée. Il a Jegben Effendi
pour fucceffeur. La charge de Nitfcanchi Pacha
vient d'être donnée au Selictar Aga. Le 12 , le
feu prit à Ejus , fitué à quelques lieues de cette
Capitale. Deux mofquées , & plus de trois cens
maiſons ont été confumées par les flammes.
Le 19 , le feu prit fur les dix heures du foir
au quartier des Juifs dans le fauxbourg de Galata.
Près de quatre cens maiſons ont été réduites
en cendres .
: Le Chevalier de Vergennes , Envoyé extraordinaire
de Sa Majefté très-chrétienne , arriva ici
le 21. Il eut le 28 fa premiere audience du Grand
Vifir , & ce matin il doit être admis à celle de
Sa Hauteffe. Le Grand Vifir a reçu les complimeas
de tous les Miniftres étrangers ſur fa nou-
1
238 MERCURE DE FRANCE.
velle dignité. Quoiqu'il foit dans un âge avan
cé , il n'en montre pas moins d'activité dans
l'expédition des affaires . Sa charge de Tefterdar a
été donnée à Azem Oglou . Ali Pacha Ekım , le
jour qu'il fut dépofé , fut conduit à la Tour de
Leandre fur le Bofphore , d'où il partit le lende
main pour l'ifle de Chypre , lieu de fon exil
DE CONSTANTINOPLE , le 3 Juin.
A
LI Pacha Ekim Oglou ayant été appellé le
20 Mai au Serail , le Grand Seigneur lui
redemanda les fceaux de l'Empire , & lui ordonna
de fe retirer dans l'ifle de Chypre. Sa Hauteffe
a déclaré Grand Vifir Saïd Mehemet Pacha ,
Tefterdar. Le Kiaia du Miniftre diſgracié a été
dépofé & relegué en Morée. Il a Jegben Effendi
pour fucceffeur. La charge de Nitfcanchi Pacha
vient d'être donnée au Selictar Aga. Le 12 , le
feu prit à Ejus , fitué à quelques lieues de cette
Capitale. Deux mofquées , & plus de trois cens
maiſons ont été confumées par les flammes.
Le 19 , le feu prit fur les dix heures du foir
au quartier des Juifs dans le fauxbourg de Galata.
Près de quatre cens maiſons ont été réduites
en cendres .
: Le Chevalier de Vergennes , Envoyé extraordinaire
de Sa Majefté très-chrétienne , arriva ici
le 21. Il eut le 28 fa premiere audience du Grand
Vifir , & ce matin il doit être admis à celle de
Sa Hauteffe. Le Grand Vifir a reçu les complimeas
de tous les Miniftres étrangers ſur fa nou-
1
238 MERCURE DE FRANCE.
velle dignité. Quoiqu'il foit dans un âge avan
cé , il n'en montre pas moins d'activité dans
l'expédition des affaires . Sa charge de Tefterdar a
été donnée à Azem Oglou . Ali Pacha Ekım , le
jour qu'il fut dépofé , fut conduit à la Tour de
Leandre fur le Bofphore , d'où il partit le lende
main pour l'ifle de Chypre , lieu de fon exil
Fermer
Résumé : DU LEVANT.
Le 20 mai, Ali Pacha Ekim Oglou fut destitué de ses fonctions et exilé à Chypre. Saïd Mehemet Pacha lui succéda en tant que Grand Vizir. Le Kiaia du ministre déchu fut démis de ses fonctions et relégué en Morée, remplacé par Segben Effendi. La charge de Nişancı Pacha fut attribuée au Selictar Aga. Le 12 juin, un incendie à Ejus, près de Constantinople, détruisit deux mosquées et plus de trois cents maisons. Le 19 juin, un autre incendie ravagea le quartier des Juifs dans le faubourg de Galata, réduisant près de quatre cents maisons en cendres. Le Chevalier de Vergennes, envoyé extraordinaire du roi de France, arriva le 21 juin et eut sa première audience avec le Grand Vizir le 28 juin. Malgré son âge avancé, Saïd Mehemet Pacha reçut les félicitations des ministres étrangers pour son activité dans la gestion des affaires. La charge de Tefterdar fut confiée à Azem Oglou. Ali Pacha fut conduit à la Tour de Léandre sur le Bosphore avant son départ pour Chypre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10014
p. 238-241
DU NORD.
Début :
On équippe à Cronstadt quatre frégates, sur lesquelles on fera embarquer [...]
Mots clefs :
Saint-Petersbourg, Varsovie, Stockholm, Copenhague, Comte, Incendie, Ministre du grand seigneur, Comte de Frisenbourg, Alger, Paix, Inoculation de la petite vérole sur des enfants, Cosaques Haydamakis, Accident
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DU NORD.
DU NOR D.
DE PETERSBOURG , le 16 Juin.
On équippe à Cronstadt quatre frégates , fur
lefquelles on fera embarquer un certain nombre
de cadets de marine , pour les exercer dans Part
de la navigation. Il eft décidé que le commeree
demeurera libre entre Conftantinople & Temernikow
, jufqu'à ce qu'il fe forme une compagnie
marchande dans ce dernier port.
Sa Majefté Impériale a gratifié d'une penfion de
cinquante mille roubles le Comte Rafoumowski
, Hetman de l'Ukraine , pour l'indemnifer de
la perte de divers droits dont il jouiffoit , & qu'on
a fupprimés.
On n'a reçu que le 4 de ce mois les lettres qu'on
devoit recevoir de Stockholm le 29 du mois dernier.
La plupart étoient ouvertes . Il en manquoit
quelques-unes de celles qu'on attendoit. Le Maître
de la derniere pofte de Suede a mandé , que la
valife avoit été trouvée fur le grand chemin dans
l'état qu'il l'envoyoit , & que l'on ignoroit ce que
le courier étoit devenu .
Selon les nouvelles d'Efthonie , la ville de
Dorpt a été prefque totalement détruite par un
incendie. On doit au Régiment de Peterſbourg la
confervation du petit nombre de maifons qui ont
AOUST . 1755. 239
été préfervées de l'embrafement. Quatre foldats
de ce Régiment ont eu le malheur de périr dans
les flammes , & plus de cinquante ont été bleffés,
Sa Majesté Impériale tint le 12 de ce mois un
Confeil d'Etat , à l'occafion de quelques dépêches
de M. Obreskoy , fon Réfident à Conftantinople.
On vient de recevoir la trifte nouvelle d'un incendie
, qui a réduit deux mille cinq cens mai
fons en cendres dans la ville de Moſcou.
DE WARSOVIE , le 16 Juin.
Le Miniftre du Grand Seigneur , en revenant
de Frauſtadt , a repaffé à Radom , & il y a été
reçu avec beaucoup de magnificence par le Comte
Malachowski , Maréchal du tribunal des revenus
de la Couronne. Le Gouvernement a affigné
feize mille écus pour les frais du voyage du Comte
de Mnifzeck , qui doit aller complimenter , au
nom du Roi & de la République , le Grand Seigneur
fur fon avenement au trône . Un tiers de
cette fomme fera payé par le Grand Duché de
Lithuanie. Le Roi a envoyé au Miniftre de Sa
Hauteffe un fervice de porcelaine , de la plus grande
beauté. Les Cofaques Haydamakis ont recommencé
depuis peu leurs courfes. Une troupe de
ces brigands ayant pénétré dans la Staroftie de
Byalacerkiew , a pillé le village de Jenifzewska ,
& maffacré le Prêtre qui deffervoit l'églife grec
que.
DE STOCKHOLM , le 18 Juin.
Des lettres écrites d'Alger , le 2 du mois dera
nier , donnent lieu d'efperer que la paix continue
ra de ſubſiſter entre la Suede & les Algériens. -
240 MERCURE DE FRANCE.
1
Le 6 , le Comte de Solms , nouvel Envoyé ex→
traordinaire du Roi de Pruffe , arriva de Berlin , &
le 10 il eut fes premieres audiences du Roi & de
la Reine.
Il paroît une Ordonnance , portant que conformément
à ce qui a été réglé dans la derniere
Diéte , aucun repréfentant d'une famille noble
n'aura féance aux Etats , s'il ne produit des pouvoirs
fignés par la famille qu'il fera chargé de
repréſenter.
M. Aurivillius , Médecin à Upfal , y a effayé
l'inoculation de la petite vérole fur un petit garçon
de huit ans. Cette expérience a eu tout lefuccès
qu'on pouvoit defirer. M. Leche , Profeffeur
à Abo , vient de faire la même épreuve ſur ſa propre
fille , & il a également réuffi .
DE COPPENHAGUE , le 21 Juin.
Sa Majesté a nommé Chevalier de l'Ordre de
l'Elephant le Comte de Frifenbourg , Lieutenantgénéral
, & Confeiller privé .
Un navire Hollandois a conduit ici un rhinoceros
, âgé de treize ans . Cet animal chaque jour
mange trente livres de pain , & quatre-vingt livres
de foin. Il pefe foixante quintaux.
Le Roi pofa le 12 de ce mois la premiere pierre
de l'Eglife Allemande , que l'on conftruit à Chriftianshaven.
Les troupes qui étoient campées , fe féparerent
le 16. Dès le 14 , elles avoient ceffé de mancuvrer.
Ce dernier jour a été marqué par un fâcheux
accident. Dans le tems qu'un Canonier ouvroit
une caiffe remplie de cartouches , & pofée ſur un
charior , un étincelle d'une méche fut portée de
ce côté par le vent , & mit le feu à la poudre.
A O UST.
1755. 241
Le chariot ayant fauté en l'air , les éclats tuerent
trois hommes , & en blefferent plufieurs autres.
DE PETERSBOURG , le 16 Juin.
On équippe à Cronstadt quatre frégates , fur
lefquelles on fera embarquer un certain nombre
de cadets de marine , pour les exercer dans Part
de la navigation. Il eft décidé que le commeree
demeurera libre entre Conftantinople & Temernikow
, jufqu'à ce qu'il fe forme une compagnie
marchande dans ce dernier port.
Sa Majefté Impériale a gratifié d'une penfion de
cinquante mille roubles le Comte Rafoumowski
, Hetman de l'Ukraine , pour l'indemnifer de
la perte de divers droits dont il jouiffoit , & qu'on
a fupprimés.
On n'a reçu que le 4 de ce mois les lettres qu'on
devoit recevoir de Stockholm le 29 du mois dernier.
La plupart étoient ouvertes . Il en manquoit
quelques-unes de celles qu'on attendoit. Le Maître
de la derniere pofte de Suede a mandé , que la
valife avoit été trouvée fur le grand chemin dans
l'état qu'il l'envoyoit , & que l'on ignoroit ce que
le courier étoit devenu .
Selon les nouvelles d'Efthonie , la ville de
Dorpt a été prefque totalement détruite par un
incendie. On doit au Régiment de Peterſbourg la
confervation du petit nombre de maifons qui ont
AOUST . 1755. 239
été préfervées de l'embrafement. Quatre foldats
de ce Régiment ont eu le malheur de périr dans
les flammes , & plus de cinquante ont été bleffés,
Sa Majesté Impériale tint le 12 de ce mois un
Confeil d'Etat , à l'occafion de quelques dépêches
de M. Obreskoy , fon Réfident à Conftantinople.
On vient de recevoir la trifte nouvelle d'un incendie
, qui a réduit deux mille cinq cens mai
fons en cendres dans la ville de Moſcou.
DE WARSOVIE , le 16 Juin.
Le Miniftre du Grand Seigneur , en revenant
de Frauſtadt , a repaffé à Radom , & il y a été
reçu avec beaucoup de magnificence par le Comte
Malachowski , Maréchal du tribunal des revenus
de la Couronne. Le Gouvernement a affigné
feize mille écus pour les frais du voyage du Comte
de Mnifzeck , qui doit aller complimenter , au
nom du Roi & de la République , le Grand Seigneur
fur fon avenement au trône . Un tiers de
cette fomme fera payé par le Grand Duché de
Lithuanie. Le Roi a envoyé au Miniftre de Sa
Hauteffe un fervice de porcelaine , de la plus grande
beauté. Les Cofaques Haydamakis ont recommencé
depuis peu leurs courfes. Une troupe de
ces brigands ayant pénétré dans la Staroftie de
Byalacerkiew , a pillé le village de Jenifzewska ,
& maffacré le Prêtre qui deffervoit l'églife grec
que.
DE STOCKHOLM , le 18 Juin.
Des lettres écrites d'Alger , le 2 du mois dera
nier , donnent lieu d'efperer que la paix continue
ra de ſubſiſter entre la Suede & les Algériens. -
240 MERCURE DE FRANCE.
1
Le 6 , le Comte de Solms , nouvel Envoyé ex→
traordinaire du Roi de Pruffe , arriva de Berlin , &
le 10 il eut fes premieres audiences du Roi & de
la Reine.
Il paroît une Ordonnance , portant que conformément
à ce qui a été réglé dans la derniere
Diéte , aucun repréfentant d'une famille noble
n'aura féance aux Etats , s'il ne produit des pouvoirs
fignés par la famille qu'il fera chargé de
repréſenter.
M. Aurivillius , Médecin à Upfal , y a effayé
l'inoculation de la petite vérole fur un petit garçon
de huit ans. Cette expérience a eu tout lefuccès
qu'on pouvoit defirer. M. Leche , Profeffeur
à Abo , vient de faire la même épreuve ſur ſa propre
fille , & il a également réuffi .
DE COPPENHAGUE , le 21 Juin.
Sa Majesté a nommé Chevalier de l'Ordre de
l'Elephant le Comte de Frifenbourg , Lieutenantgénéral
, & Confeiller privé .
Un navire Hollandois a conduit ici un rhinoceros
, âgé de treize ans . Cet animal chaque jour
mange trente livres de pain , & quatre-vingt livres
de foin. Il pefe foixante quintaux.
Le Roi pofa le 12 de ce mois la premiere pierre
de l'Eglife Allemande , que l'on conftruit à Chriftianshaven.
Les troupes qui étoient campées , fe féparerent
le 16. Dès le 14 , elles avoient ceffé de mancuvrer.
Ce dernier jour a été marqué par un fâcheux
accident. Dans le tems qu'un Canonier ouvroit
une caiffe remplie de cartouches , & pofée ſur un
charior , un étincelle d'une méche fut portée de
ce côté par le vent , & mit le feu à la poudre.
A O UST.
1755. 241
Le chariot ayant fauté en l'air , les éclats tuerent
trois hommes , & en blefferent plufieurs autres.
Fermer
Résumé : DU NORD.
Le 16 juin, quatre frégates sont équipées à Cronstadt pour l'entraînement des cadets de marine. Il est décidé que le commerce restera libre entre Constantinople et Temernikow jusqu'à la création d'une compagnie marchande à Temernikow. Le Comte Rafoumowski, Hetman de l'Ukraine, reçoit une pension de cinquante mille roubles pour compenser la suppression de certains droits. Les lettres de Stockholm, attendues le 29 mai, sont reçues le 4 juin, certaines étant ouvertes ou manquantes. Un incendie a détruit la ville de Dorpt en Estonie, épargnant quelques maisons grâce à l'intervention du Régiment de Petersbourg, qui a perdu quatre soldats et en a blessé plus de cinquante. Un autre incendie à Moscou a réduit deux mille cinq cents maisons en cendres. Le 12 juin, la Russie tient un Conseil d'État concernant des dépêches de son résident à Constantinople. À Varsovie, le ministre du Grand Seigneur est reçu magnifiquement à Radom. Le gouvernement alloue seize mille écus pour le voyage du Comte de Mnifzeck auprès du Grand Seigneur. Les Cosaques Haydamakis reprennent leurs pillages, attaquant un village en Ukraine. À Stockholm, des lettres d'Alger laissent espérer la continuation de la paix entre la Suède et les Algériens. Le Comte de Solms, nouvel envoyé du Roi de Prusse, arrive à Stockholm. Une ordonnance stipule que les représentants nobles doivent produire des pouvoirs signés. Des expériences d'inoculation de la variole réussissent en Suède. À Copenhague, le Comte de Frisenbourg est nommé Chevalier de l'Ordre de l'Élephant. Un rhinocéros est amené par un navire hollandais. Le Roi pose la première pierre de l'Église Allemande à Christianshaven. Un accident impliquant un canonnier fait trois morts et plusieurs blessés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10015
p. 241-243
ALLEMAGNE.
Début :
Le vol du Heron a été à Laxembourg un des principaux amusements de [...]
Mots clefs :
Vienne, Berlin, Hanovre, Prince Ferdinand , Impératrice-Reine, Empereur, Sa Majesté, Général Harsch, Baron de Pollnitz, Comte de Schmettau, Princesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGN E.
DE VIENNE , le 28 Juin.
Le vol du Heron a été à Laxembourg un des
principaux amufemens de l'Empereur & de l'Impératrice
Reine. Il y a environ quinze jours qu'on
a pris un de ces oifeaux qui avoit à une de fes
pattes un anneau avec les armes de Portugal .
Le 10 , le Comte de Flemming , Ministre de Sa
Majefté Polonoiſe partit pour Drefde . Il doit
aller à Hanovre exécuter une commiffion du Roi
fon maître.
L'Impératrice Reine a chargé des Commiffaires
, d'examiner les dégats caufés à Lintz par le
dernier incendie .
Le départ de l'Envoyé du Grand Seigneur eft
fixé à la fin du mois d'Août . Ce Miniftre a fait
partir le 22 un Courier pour Conftantinople .
Le Général Harfch vient d'arriver de Gorz. It
fera inceffamment fon rapport à l'Impératrice ,
au fujet de ce qui a été réglé avec les Commif
faires de la République de Venite pour les limites
des Etats des deux Puiffances .
L'Impératrice Reine a fait préfent à l'Empereur
de la terre de Schloffoff , qu'elle a achetée
du Prince de Saxe - Hildbursghaufen , & qui appartenoit
autrefois au Prince Eugene de Savoye,
DE BERLIN , le 5 Juillet.
› Le 27 Juin , le Roi revint du Duché de Cleves;
Sa Majefté , en conférant au Prince Ferdinand de
L
242 MERCURE DE FRANCE.
1
Brunfwic le Gouvernement de Magdebourg , a
nommé le Lieutenant- général Comte de Borcke ,
pour y commander en l'abfence de ce Prince.
Sa Majefte vient d'établir à Stettin une Chambre
de Commerce , compofée d'un Préfident & de
fix Affeffeurs , qui ont été choifis parmi les plus
habiles Négocians.
Le Baron de Pollnitz , Gentilhomme de la
Chambre du Prince héréditaire de Heffe-Darmſtad
, arriva ici avant - hier pour informer la Cour ,
que la Princeffe , époufe de ce Prince , étoit accouchée
la veille d'une Princeffe à Prentzlau . II
eft allé porter la même nouvelle à la Cour de
Hefle Darmstadt.
Il y eut ici le 21 un orage , qui a cauſé beaucoup
de dégât. On a reçu avis que des incendiai
res avoient mis le feu à la petite ville de Friedland
, près de Neiff, & que vingt maiſons avoient
été brûlées .
Le Roi a donné au Comte de Schmettau , Lieutenant
général , le commandement des ville &
citadelle de Paitz , qu'avoit le Prince Ferdinand
de Brunſwic. Les troupes qui avoient formé un
camp dans la Pruffe , font retournées dans leurs
quartiers. En conféquence des ordres de Sa Majefté
, on a arrêté quelques- unes des perfonnes
employées à l'hôtel des monnoies de Cleves.
L'Académie royale des Sciences & Belles- Lettres
élut avant hier pour affociés érrangers M de
Montucla , de l'Académie de Lyon , & M. Runcalli
, Préfident du Collège de Médecine à Brefcia.
-
DE HANOV RE , le 27 Juin.
La Princeffe , époufe du Prince héréditaire de
Heffe-Caffel , & les trois Princes leurs fils , arri
A OUST. 1755. 24
verent le 21 de ce mois à Herrenhaufen. On y
célébra le lendemain avec éclat l'anniverſaire de
l'avénement du Roi au trêne de la Grande Breta- ·
gne. Le 23 , Sa Majefté donna un magnifique bal
aux jeunes Princes de Heffe.
DE VIENNE , le 28 Juin.
Le vol du Heron a été à Laxembourg un des
principaux amufemens de l'Empereur & de l'Impératrice
Reine. Il y a environ quinze jours qu'on
a pris un de ces oifeaux qui avoit à une de fes
pattes un anneau avec les armes de Portugal .
Le 10 , le Comte de Flemming , Ministre de Sa
Majefté Polonoiſe partit pour Drefde . Il doit
aller à Hanovre exécuter une commiffion du Roi
fon maître.
L'Impératrice Reine a chargé des Commiffaires
, d'examiner les dégats caufés à Lintz par le
dernier incendie .
Le départ de l'Envoyé du Grand Seigneur eft
fixé à la fin du mois d'Août . Ce Miniftre a fait
partir le 22 un Courier pour Conftantinople .
Le Général Harfch vient d'arriver de Gorz. It
fera inceffamment fon rapport à l'Impératrice ,
au fujet de ce qui a été réglé avec les Commif
faires de la République de Venite pour les limites
des Etats des deux Puiffances .
L'Impératrice Reine a fait préfent à l'Empereur
de la terre de Schloffoff , qu'elle a achetée
du Prince de Saxe - Hildbursghaufen , & qui appartenoit
autrefois au Prince Eugene de Savoye,
DE BERLIN , le 5 Juillet.
› Le 27 Juin , le Roi revint du Duché de Cleves;
Sa Majefté , en conférant au Prince Ferdinand de
L
242 MERCURE DE FRANCE.
1
Brunfwic le Gouvernement de Magdebourg , a
nommé le Lieutenant- général Comte de Borcke ,
pour y commander en l'abfence de ce Prince.
Sa Majefte vient d'établir à Stettin une Chambre
de Commerce , compofée d'un Préfident & de
fix Affeffeurs , qui ont été choifis parmi les plus
habiles Négocians.
Le Baron de Pollnitz , Gentilhomme de la
Chambre du Prince héréditaire de Heffe-Darmſtad
, arriva ici avant - hier pour informer la Cour ,
que la Princeffe , époufe de ce Prince , étoit accouchée
la veille d'une Princeffe à Prentzlau . II
eft allé porter la même nouvelle à la Cour de
Hefle Darmstadt.
Il y eut ici le 21 un orage , qui a cauſé beaucoup
de dégât. On a reçu avis que des incendiai
res avoient mis le feu à la petite ville de Friedland
, près de Neiff, & que vingt maiſons avoient
été brûlées .
Le Roi a donné au Comte de Schmettau , Lieutenant
général , le commandement des ville &
citadelle de Paitz , qu'avoit le Prince Ferdinand
de Brunſwic. Les troupes qui avoient formé un
camp dans la Pruffe , font retournées dans leurs
quartiers. En conféquence des ordres de Sa Majefté
, on a arrêté quelques- unes des perfonnes
employées à l'hôtel des monnoies de Cleves.
L'Académie royale des Sciences & Belles- Lettres
élut avant hier pour affociés érrangers M de
Montucla , de l'Académie de Lyon , & M. Runcalli
, Préfident du Collège de Médecine à Brefcia.
-
DE HANOV RE , le 27 Juin.
La Princeffe , époufe du Prince héréditaire de
Heffe-Caffel , & les trois Princes leurs fils , arri
A OUST. 1755. 24
verent le 21 de ce mois à Herrenhaufen. On y
célébra le lendemain avec éclat l'anniverſaire de
l'avénement du Roi au trêne de la Grande Breta- ·
gne. Le 23 , Sa Majefté donna un magnifique bal
aux jeunes Princes de Heffe.
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
En 1755, plusieurs événements politiques et sociaux marquants ont eu lieu en Allemagne et dans les régions voisines. À Vienne, l'Empereur et l'Impératrice Reine se sont divertis avec le vol du Heron. Un oiseau portant un anneau aux armes du Portugal a été capturé. Le Comte de Flemming, ministre du roi de Pologne, s'est rendu à Dresde et Hanovre pour une mission royale. L'Impératrice Reine a nommé des commissaires pour examiner les dégâts causés par un incendie à Lintz. Le départ de l'envoyé du Grand Seigneur est prévu pour la fin août, et un courrier a été envoyé à Constantinople. Le général Harfsch, de retour de Gorz, doit faire un rapport sur les limites entre l'Autriche et la République de Venise. L'Impératrice Reine a offert à l'Empereur la terre de Schloffoff, anciennement possédée par le Prince Eugène de Savoie. À Berlin, le roi est revenu du Duché de Cleves et a nommé le Prince Ferdinand de Brunswick au gouvernement de Magdebourg, avec le Comte de Borcke comme commandant par intérim. Une Chambre de Commerce a été établie à Stettin. Le Baron de Pollnitz a annoncé la naissance d'une princesse à Prentzlau. Un orage a causé des dégâts, et des incendiaires ont mis le feu à Friedland. Le Comte de Schmettau a reçu le commandement de Paitz, et des personnes employées à l'hôtel des monnoies de Cleves ont été arrêtées. L'Académie royale des Sciences et Belles-Lettres a élu M. de Montucla et M. Runcalli comme associés étrangers. À Hanovre, la princesse épouse du Prince héréditaire de Hesse-Cassel et leurs trois fils sont arrivés à Herrenhaufen. L'anniversaire de l'avènement du roi au trône de Grande-Bretagne a été célébré avec éclat, suivi d'un bal donné aux jeunes Princes de Hesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10016
p. 243-245
ESPAGNE.
Début :
Cette Cour se propose de faire peupler par des Portugais [...]
Mots clefs :
Lisbonne, Madrid, Marine, Vaisseaux, Nouveau monde, Don Manuel Diegue Escobedo, Reine Louise-Élisabeth d'Orléans, Roi Louis I, Sa Majesté, Comte de Baschi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAG N E.
DE LISBONNE , le 10 Juin.
Cette Cour le propofe de faire peupler par des
Portugais les pays fitués le long de la riviere de
Sena, autrement appellée la Riviere d'or. En conféquence
, elle a fait publier qu'elle accorderoit
plufieurs avantages aux familles qui voudroient
s'y établir. On y enverra tous les jeunes gens débauchés
de l'un & l'autre fexe , & les gens mariés
qui auront une mauvaiſe conduite. Plufieurs de
ces différentes fortes de perfonnes ont été déja
arrêtées , & l'on doit les embarquer fur le vaiffeau
le Glorieux , appartenant à la nouvelle Compagnie
de Commerce. Il les conduira juſqu'à Mofambique
, dont le Gouverneur eft chargé de leur
affigner des terres , & de leur fournir les maté
riaux néceffaires pour conftruire des habitations.
Deux vaiffeaux de guerre qui ont eſcorté la
Aotte deftinée pour Maranham , revinrent le premier
de ce mois à Cafcaës. Ils n'ont rencontré
aucun Corſaire. Un autre vaiſſeau du Roi fit voile
hier d'ici pour Saint Ubés , d'où il doit conduire
à Cafcaës plufieurs navires Hollandois. Ces navires
, & ceux de la même nation qui font actuel
lement dans ce dernier port , feront enfuite convoyés
par ce vaiffeau & par deux autres , jufqu'à
la hauteur du Cap de Finifterre . On équippe le
nouveau vaiſſeau de l'invention du Préfident de
la marine.
Lij
244 MERCURE DE FRANCE:
Avant-hier , le Comte de Bafchi , Ambaffadeur
de France , fe rendit avec tout fon cortège à Maravilla
, maiſon de plaifance des Patriarches de
Liſbonne. Il y eft traité aux dépens du Roi. Demain
, ce Miniftre fera fon entrée publique en
cette ville. Après qu'il fera de retour en fon hôtel
, le Marquis de Valenza ira le prendre dans
les caroffes du Roi , pour le conduire à l'audience
de Sa Majefté.
DE MADRID , le premier Juillet.
Les vaiffeaux de guerre l'Europe & la Caftille ;
le vaiffeau de regiftre le Dragon , & le paquebot
le Jupiter , font arrivés le 12 Juin à Cadix. Ces
bâtimens font partis le 6 Avril de la Havane avec
les vaiffeaux le Mercure , le Mars , l'Avis & le S.
Jacques , dont ils ont été féparés par un coup de
vent , en débouchant du canal. Don Manuel Diegue
Efcobedo , Intendant de la marine à Saint - Sebastien
, a donné avis à Sa Majeſté , que le 9 le
vaiffeau le Saint- Ignace , de la Compagnie des
Caraques , étoit entré dans le port du Paffage.
Le Roi a appris auffi par des lettres du Comte de
Perelada , for Ambaffadeur en Portugal , l'arrivée
de la frégate le Saint- Sebastien à Liſbonne. La
charge de ces deux derniers bâtimens confifte en
lingots d'argent , en cuirs , en tabac , en cacao ,
& en divers autres marchandiſes.
On célébra le 18 dans la Chapelle du Palais le
fervice annuel pour le repos de l'ame de la Reine
Louife - Elifabeth d'Orléans , épouſe du feu Roi
Louis I. L'Archevêque de Pharfale officia pontificalement
à la Meffe , qui fut chantée par la Mu
fique .
Les vaiffeaux le Mercure le Mars & le Saint
"
AQUST. 1755. 245
ra-
Jacques font auffi arrivés à Cadix. La charge de
ces bâtimens , foit en efpeces d'or & d'argent ,
foit en marchandifes , monte à cent quatre - vingtdix
huit mille quatre cens vingt - trois piaftres .
On a appris que le 10 & le 12 il étoit entré dans
la baye de Cartagene deux polaques , à bord defquelles
étoient trois cens vingt-cinq elclaves ,
chetés à Alger par les Religieux Déchauffes de
P'Ordre de la Trinité . Cent quatre - vingt- onze
de ces captifs ont été échangés contre des Turcs ,
que Sa Majefté a permis de tirer de fes galeres.
Dans le nombre des perfonnes qui doivent leur
liberté aux Peres Rédempteurs , font deux Reli
gieux Francifcains , neuf femmes & neuf enfans .
DE LISBONNE , le 10 Juin.
Cette Cour le propofe de faire peupler par des
Portugais les pays fitués le long de la riviere de
Sena, autrement appellée la Riviere d'or. En conféquence
, elle a fait publier qu'elle accorderoit
plufieurs avantages aux familles qui voudroient
s'y établir. On y enverra tous les jeunes gens débauchés
de l'un & l'autre fexe , & les gens mariés
qui auront une mauvaiſe conduite. Plufieurs de
ces différentes fortes de perfonnes ont été déja
arrêtées , & l'on doit les embarquer fur le vaiffeau
le Glorieux , appartenant à la nouvelle Compagnie
de Commerce. Il les conduira juſqu'à Mofambique
, dont le Gouverneur eft chargé de leur
affigner des terres , & de leur fournir les maté
riaux néceffaires pour conftruire des habitations.
Deux vaiffeaux de guerre qui ont eſcorté la
Aotte deftinée pour Maranham , revinrent le premier
de ce mois à Cafcaës. Ils n'ont rencontré
aucun Corſaire. Un autre vaiſſeau du Roi fit voile
hier d'ici pour Saint Ubés , d'où il doit conduire
à Cafcaës plufieurs navires Hollandois. Ces navires
, & ceux de la même nation qui font actuel
lement dans ce dernier port , feront enfuite convoyés
par ce vaiffeau & par deux autres , jufqu'à
la hauteur du Cap de Finifterre . On équippe le
nouveau vaiſſeau de l'invention du Préfident de
la marine.
Lij
244 MERCURE DE FRANCE:
Avant-hier , le Comte de Bafchi , Ambaffadeur
de France , fe rendit avec tout fon cortège à Maravilla
, maiſon de plaifance des Patriarches de
Liſbonne. Il y eft traité aux dépens du Roi. Demain
, ce Miniftre fera fon entrée publique en
cette ville. Après qu'il fera de retour en fon hôtel
, le Marquis de Valenza ira le prendre dans
les caroffes du Roi , pour le conduire à l'audience
de Sa Majefté.
DE MADRID , le premier Juillet.
Les vaiffeaux de guerre l'Europe & la Caftille ;
le vaiffeau de regiftre le Dragon , & le paquebot
le Jupiter , font arrivés le 12 Juin à Cadix. Ces
bâtimens font partis le 6 Avril de la Havane avec
les vaiffeaux le Mercure , le Mars , l'Avis & le S.
Jacques , dont ils ont été féparés par un coup de
vent , en débouchant du canal. Don Manuel Diegue
Efcobedo , Intendant de la marine à Saint - Sebastien
, a donné avis à Sa Majeſté , que le 9 le
vaiffeau le Saint- Ignace , de la Compagnie des
Caraques , étoit entré dans le port du Paffage.
Le Roi a appris auffi par des lettres du Comte de
Perelada , for Ambaffadeur en Portugal , l'arrivée
de la frégate le Saint- Sebastien à Liſbonne. La
charge de ces deux derniers bâtimens confifte en
lingots d'argent , en cuirs , en tabac , en cacao ,
& en divers autres marchandiſes.
On célébra le 18 dans la Chapelle du Palais le
fervice annuel pour le repos de l'ame de la Reine
Louife - Elifabeth d'Orléans , épouſe du feu Roi
Louis I. L'Archevêque de Pharfale officia pontificalement
à la Meffe , qui fut chantée par la Mu
fique .
Les vaiffeaux le Mercure le Mars & le Saint
"
AQUST. 1755. 245
ra-
Jacques font auffi arrivés à Cadix. La charge de
ces bâtimens , foit en efpeces d'or & d'argent ,
foit en marchandifes , monte à cent quatre - vingtdix
huit mille quatre cens vingt - trois piaftres .
On a appris que le 10 & le 12 il étoit entré dans
la baye de Cartagene deux polaques , à bord defquelles
étoient trois cens vingt-cinq elclaves ,
chetés à Alger par les Religieux Déchauffes de
P'Ordre de la Trinité . Cent quatre - vingt- onze
de ces captifs ont été échangés contre des Turcs ,
que Sa Majefté a permis de tirer de fes galeres.
Dans le nombre des perfonnes qui doivent leur
liberté aux Peres Rédempteurs , font deux Reli
gieux Francifcains , neuf femmes & neuf enfans .
Fermer
Résumé : ESPAGNE.
En 1755, plusieurs initiatives diplomatiques et maritimes ont été entreprises en Espagne et au Portugal. La Cour de Lisbonne prévoit de peupler les régions le long de la rivière Sénégal avec des Portugais volontaires, en leur offrant des avantages. Des individus malhonnêtes seront envoyés à Mozambique pour y établir des habitations. Deux vaisseaux de guerre revenus à Cascais ont escorté une flotte vers Maranhão sans incident. Un vaisseau royal se dirige vers Saint-Ubés pour escorter des navires hollandais jusqu'au Cap Finisterre. À Lisbonne, le Comte de Bashi, ambassadeur de France, a été reçu et fera son entrée publique. À Madrid, plusieurs vaisseaux de guerre et de commerce sont arrivés à Cadix après une tempête. Le Roi a été informé de l'arrivée de la frégate Saint-Sébastien à Lisbonne et du Saint-Ignace au port du Passage. Un service annuel a été célébré pour la reine Louise-Élisabeth d'Orléans. Les vaisseaux Mercure, Mars et Saint-Jacques sont arrivés à Cadix avec une cargaison évaluée à cent quatre-vingt-huit mille quatre cent vingt-trois piastres. Deux polaques transportant des esclaves libérés par les Religieux Déchauffes de l'Ordre de la Trinité sont entrés dans la baie de Carthagène, incluant deux religieux franciscains, neuf femmes et neuf enfants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10017
p. 245-248
ITALIE.
Début :
Un chabec Algérien, monté de dix-huit canons, & dont l'équipage [...]
Mots clefs :
Naples, Rome, Ronciglione, Venise, Milan, Gênes, Vaisseaux, Marquis Fogliani, Marquis Brancaccio, Roi, Père Antoine Bremond, Sénateurs, Roi de Sardaigne, Épidémies, Perse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE NAPLES , le 17 Juin.
Un chabec Algérien , monté de dix - huit ca
nons , & dont l'équipage étoit de quatre - vingt
hommes , ayant été furpris le 28 du mois dernier
par la tempête , eut la hardieffe de ſe réfugier
dans le port de Trapani . Quoique le Capitaine
eût eu la précaution d'arborer pavillon Tofcan
& de mettre la plus grande partie de fon monde
à couvert , on reconnut bientôt que le bâtiment
étoit Barbarefque. Deux galeres s'en emparerent,
& il a été conduit à Palerme. Le Roi a ordonné .
fes vaiffeaux de protéger la navigation des navires
Hollandois , de les convoyer toutes les fois
qu'il feroit néceffaire , & de leur prêter les autres
fecours dont ils auroient befoin. Treize prifonniers
qui étoient détenus à Peſcara , ſe font fauvés
, après avoir affaffiné un Sergent préposé pour
leur garde. Moyennant la diligence dont on a
Liij
246 MERCURE DE FRANCE.
ufé pour courir aprês ces malheureux ; on en a
arrêté quelques- uns .
La Marquis Fogliani ceffa le 10 de ce mois
d'exercer les fonctions de Premier Miniftre. Il
part ces jours- ci pour aller prendre poffeffion de
la Viceroyauté de Sicile . Le Roi vient de créer
une troifiéme charge de Secrétaire d'Etat en fa-
Yeur du Marquis Brancaccio . Ce nouveau Miniftre
aura dans fon département les affaires Ecclé-
Laftiques. En même tems il fera chargé de ce qui
.concerne l'approvifionnement de cette Capitale.
Sa Majesté a donné au Marquis Bracolini la direction
des fpectacles.
DE ROME , le 21 Juin.
1
On repréfenta le 9 à Mondragone dans le magnifique
château qu'y poffede la Maifon Borghefe
, la tragédie de Zaïre , de M. Voltaire ,
traduite en vers Italiens . Ce fpectacle fut fuivi
d'un fouper fplendide , fervi à une table de quatre-
vingt-cinq couverts. Le Margrave de Bareith
affifta à cette fète , ainfi que l'Ambaffadeur de
France , celui de la République de Venife , & les
époufes de ces deux Miniftres .
Le Pere Antoine Bremond , Général des Domi-
-nicains , mourut le 11 à la maiſon de campagne
du Saint Pafteur , àgé de foixante- trois ans. Il
étoit né à Marseille , & il rempliffoit le Généra
-lat de fon Ordre depuis le premier Juin 1748. Son
corps a été tranfporté à Rome, &le 14 il fut inhumé
dans l'églife de Sainte Marie fur la Minerve.
Joachim Befozzi , Cardinal-Prêtre , du titre de
Sainte Croix de Jérufalem , Grand Pénitencier ,
mourut à Tivoli le 18 , âgé de foixante- quinze
ans cinq mois & vingt-fix jours. Il étoit Milanois ,
A O UST. 1755. 247
& il avoit fait profeffion dans l'Ordre de Cîteaux .
Le Pape l'avoit élevé à la pourpre en 1743. Par
la mort de ce Cardinal il vaque un dixiéme chapeau
dans le facré Collège.
DE RONCIGLIONE , le 18 Juin.
Depuis quelques années , les Peres de la Doctrine
Chrétienne ont établi une Académie de Belles
Lettres dans le Collége qu'ils ont en cette
ville. Les Arcades viennent d'aggréger cette Académie
à leur Corps fous le nom de Colonie Cifminia
, & le Pere François Armorini a été déclaré
Président de cette nouvelle Société . Elle tint le
11 de ce mois fa premiere féance publique , &
les Académiciens réciterent plufieurs ouvrages
d'éloquence & de poëfie.
¿ DE VENISE , le premier Juillet.
Il regne ici une telle féchereffe , que les habitans
font réduits à la cruelle extrêmité de manquer
d'eau douce . On a commencé le 9 Juin des
prieres publiques , pout obtenir la ceffation de
ce fléau.
Selon les nouvelles de Smirne , on y a reçu
avis de Perfe , qu'un détachement des troupes
d'Azad Kan avoit défait dix mille hommes de
l'armée de Mehemet , Chefdes Aghuans. Ce dernier
, malgré cet échec , continue de marcher vers
la capitale de ce Royaume . Azad Kan l'attend
dans les plaines voifines de cette ville avec une
armée de foixante - dix mille hommes , & le fait
harceler fans relâche par plufieurs corps de cavalerie.
Liv
248 MERCURE DE FRANCE
DE MILAN , le 17 Juin.
Une maladie épidémique caufe beaucoup de
ravage parmi les beſtiaux dans le Milanez . Elle
fe manifefte par une veffie qui s'éleve fur la langue.
Si l'on ne fe hâte pas de percer cette efpece
de puftule , l'animal meurt en peu de jours.
L'Impératrice Reine & le Duc de Modéné ont
renouvellé pour cinq ans le cartel , par lequel
ils font convenus de fe rendre réciproquement
les criminels qu'ils réclameroient.
DE GENES , le 3 Juillet.
On procéda le 16 de ce mois au ſcrutin pour
l'élection des nouveaux Sénateurs , & le fort eft
tombé fur le Marquis Spinola , Jean - Jacques
Cattaneo , Baptifte Grimaldi , & fur MM. Nicolas
& Vincent Propello.
Il eft arrivé une galere du Roi de Sardaigne ,
avec trois bâtimens , fur lefquels eft la chiourne ,
deftinée pour la galere que ce Prince à fait conftruire
ici.
DE NAPLES , le 17 Juin.
Un chabec Algérien , monté de dix - huit ca
nons , & dont l'équipage étoit de quatre - vingt
hommes , ayant été furpris le 28 du mois dernier
par la tempête , eut la hardieffe de ſe réfugier
dans le port de Trapani . Quoique le Capitaine
eût eu la précaution d'arborer pavillon Tofcan
& de mettre la plus grande partie de fon monde
à couvert , on reconnut bientôt que le bâtiment
étoit Barbarefque. Deux galeres s'en emparerent,
& il a été conduit à Palerme. Le Roi a ordonné .
fes vaiffeaux de protéger la navigation des navires
Hollandois , de les convoyer toutes les fois
qu'il feroit néceffaire , & de leur prêter les autres
fecours dont ils auroient befoin. Treize prifonniers
qui étoient détenus à Peſcara , ſe font fauvés
, après avoir affaffiné un Sergent préposé pour
leur garde. Moyennant la diligence dont on a
Liij
246 MERCURE DE FRANCE.
ufé pour courir aprês ces malheureux ; on en a
arrêté quelques- uns .
La Marquis Fogliani ceffa le 10 de ce mois
d'exercer les fonctions de Premier Miniftre. Il
part ces jours- ci pour aller prendre poffeffion de
la Viceroyauté de Sicile . Le Roi vient de créer
une troifiéme charge de Secrétaire d'Etat en fa-
Yeur du Marquis Brancaccio . Ce nouveau Miniftre
aura dans fon département les affaires Ecclé-
Laftiques. En même tems il fera chargé de ce qui
.concerne l'approvifionnement de cette Capitale.
Sa Majesté a donné au Marquis Bracolini la direction
des fpectacles.
DE ROME , le 21 Juin.
1
On repréfenta le 9 à Mondragone dans le magnifique
château qu'y poffede la Maifon Borghefe
, la tragédie de Zaïre , de M. Voltaire ,
traduite en vers Italiens . Ce fpectacle fut fuivi
d'un fouper fplendide , fervi à une table de quatre-
vingt-cinq couverts. Le Margrave de Bareith
affifta à cette fète , ainfi que l'Ambaffadeur de
France , celui de la République de Venife , & les
époufes de ces deux Miniftres .
Le Pere Antoine Bremond , Général des Domi-
-nicains , mourut le 11 à la maiſon de campagne
du Saint Pafteur , àgé de foixante- trois ans. Il
étoit né à Marseille , & il rempliffoit le Généra
-lat de fon Ordre depuis le premier Juin 1748. Son
corps a été tranfporté à Rome, &le 14 il fut inhumé
dans l'églife de Sainte Marie fur la Minerve.
Joachim Befozzi , Cardinal-Prêtre , du titre de
Sainte Croix de Jérufalem , Grand Pénitencier ,
mourut à Tivoli le 18 , âgé de foixante- quinze
ans cinq mois & vingt-fix jours. Il étoit Milanois ,
A O UST. 1755. 247
& il avoit fait profeffion dans l'Ordre de Cîteaux .
Le Pape l'avoit élevé à la pourpre en 1743. Par
la mort de ce Cardinal il vaque un dixiéme chapeau
dans le facré Collège.
DE RONCIGLIONE , le 18 Juin.
Depuis quelques années , les Peres de la Doctrine
Chrétienne ont établi une Académie de Belles
Lettres dans le Collége qu'ils ont en cette
ville. Les Arcades viennent d'aggréger cette Académie
à leur Corps fous le nom de Colonie Cifminia
, & le Pere François Armorini a été déclaré
Président de cette nouvelle Société . Elle tint le
11 de ce mois fa premiere féance publique , &
les Académiciens réciterent plufieurs ouvrages
d'éloquence & de poëfie.
¿ DE VENISE , le premier Juillet.
Il regne ici une telle féchereffe , que les habitans
font réduits à la cruelle extrêmité de manquer
d'eau douce . On a commencé le 9 Juin des
prieres publiques , pout obtenir la ceffation de
ce fléau.
Selon les nouvelles de Smirne , on y a reçu
avis de Perfe , qu'un détachement des troupes
d'Azad Kan avoit défait dix mille hommes de
l'armée de Mehemet , Chefdes Aghuans. Ce dernier
, malgré cet échec , continue de marcher vers
la capitale de ce Royaume . Azad Kan l'attend
dans les plaines voifines de cette ville avec une
armée de foixante - dix mille hommes , & le fait
harceler fans relâche par plufieurs corps de cavalerie.
Liv
248 MERCURE DE FRANCE
DE MILAN , le 17 Juin.
Une maladie épidémique caufe beaucoup de
ravage parmi les beſtiaux dans le Milanez . Elle
fe manifefte par une veffie qui s'éleve fur la langue.
Si l'on ne fe hâte pas de percer cette efpece
de puftule , l'animal meurt en peu de jours.
L'Impératrice Reine & le Duc de Modéné ont
renouvellé pour cinq ans le cartel , par lequel
ils font convenus de fe rendre réciproquement
les criminels qu'ils réclameroient.
DE GENES , le 3 Juillet.
On procéda le 16 de ce mois au ſcrutin pour
l'élection des nouveaux Sénateurs , & le fort eft
tombé fur le Marquis Spinola , Jean - Jacques
Cattaneo , Baptifte Grimaldi , & fur MM. Nicolas
& Vincent Propello.
Il eft arrivé une galere du Roi de Sardaigne ,
avec trois bâtimens , fur lefquels eft la chiourne ,
deftinée pour la galere que ce Prince à fait conftruire
ici.
Fermer
Résumé : ITALIE.
Le 17 juin, un chébec algérien de dix-huit canons, avec un équipage de quatre-vingts hommes, a cherché refuge à Trapani en raison d'une tempête. Reconnu comme un navire barbare malgré les tentatives du capitaine de se faire passer pour un navire turc, il a été conduit à Palerme. Le roi a ordonné la protection et le convoyage des navires hollandais si nécessaire. Treize prisonniers se sont évadés de Pescara après avoir assassiné un sergent, mais certains ont été arrêtés. Le marquis Fogliani a quitté ses fonctions de Premier ministre le 10 juin pour devenir vice-roi de Sicile. Le roi a créé une troisième charge de Secrétaire d'État pour le marquis Brancaccio, chargé des affaires ecclésiastiques et de l'approvisionnement de la capitale. Le marquis Bracolini a été nommé à la direction des spectacles. À Rome, la tragédie 'Zaïre' de Voltaire a été représentée en italien au château de Mondragone le 9 juin, suivie d'un banquet somptueux. Le père Antoine Bremond, Général des Dominicains, est décédé à l'âge de soixante-trois ans et a été inhumé à Rome. Le cardinal Joachim Befozzi, Grand Pénitencier, est mort à Tivoli à l'âge de soixante-quinze ans. À Ronciglione, les Pères de la Doctrine Chrétienne ont fondé une Académie de Belles Lettres, agréée par les Arcades sous le nom de Colonie Cismontia, avec le père François Armorini comme président. L'académie a tenu sa première séance publique le 11 juin. À Venise, une sécheresse sévère a provoqué une pénurie d'eau douce, entraînant des prières publiques depuis le 9 juin. À Smirne, les troupes d'Azad Kan ont vaincu une partie de l'armée de Mehemet, mais ce dernier continue d'avancer vers la capitale. À Milan, une maladie épidémique affecte les bestiaux, causant des ravages. L'impératrice reine et le duc de Modène ont renouvelé un accord pour l'extradition des criminels. À Gênes, le 16 juillet, le marquis Spinola, Jean-Jacques Cattaneo, Baptiste Grimaldi, et MM. Nicolas et Vincent Propello ont été élus sénateurs. Une galère du roi de Sardaigne est arrivée avec des bâtiments destinés à la construction d'une nouvelle galère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10018
p. 248-250
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Les vaisseaux l'Essex, le Triton, l'Onslow, la Princesse Auguste & le Norfolk, [...]
Mots clefs :
Londres, Compagnie des Indes orientales, Trêve, Traité, Amiral, Gouverneur, Ducs, Vaisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE- BRETAGNE.
DE LONDRES , le 10 Juillet
Les vaiffeaux l'Effex , le Triton , l'Onflow , la
Princeffe Augufte & le Norfolk , appartenans à la
Compagnie des Indes orientales , font arrivés dans
la Tamife. Les quatre premiers de ces bâtimens
reviennent de la Chine. Le Norfolk vient de Madraff
. M. Saunderfon , Gouverneur de Madraff ,
eft revenu à bord de ce dernier vaiffeau , & a ing
C
A O UST. 1755: 249
formé les Directeurs de la Compagnie , qu'une
feconde treve de trois mois avoit été conclue entre
les François & les Anglois dans l'Inde. Il a en
même tems apporté un projet d'accommodement
que M. Godeheu , Gouverneur de Pondichery ,
concerté avec lui.
Selon ce traité , les troupes de ladite Compa
gnie , ni celles de la comapgnie Angloife , ne ſe
mêleront point de différends qui pourront furvenir
entre les naturels du pays. Suppofé que ces
derniers forment quelque entreprife contre les
établiſſemens de l'une ou l'autre compagnie , les
troupes refpectives fe joindront pour défendre
Pétabliffement attaqué. On fe fournira de part
& d'autre les provifions dont on aura befoin ; &
au défaut d'argent comptant, on prendra des marchandifes
en échange.
L'Amirauté mit encore le 25 en commiffion
dix vaiffeaux de guerre. Douze de ceux qui font
armés à Portsmouth , n'attendent que les derniers
ordres pour mettre à la voile .
Le camp que l'on s'étoit propofé de former en
Irlande , n'aura pas lieu cette année .
Le Duc de Cumberland , accompagné du Lord
Anfon , du Lord Duncannon , de l'Amiral Towns.
hend , & de M. Cléveland , Secrétaire de l'Amirauté
, partit le premier pour aller faire à Spithéad
la revue de la flotte . Le 2 , le Duc de Mire
poix , Ambaffadeur de France , ayant reçu
da Paris
un courier extraordinaire , fe rendit aufli - tôt
chez le Chevalier Robinfon , Secrétaire d'Etat
avec qui il eut une longue conférence .
On n'a point encore de nouvelles de l'arrivée
de l'Efcadre de l'Amiral Bofcawen fur la côte de
l'Amérique feptentrionale. On apprend de Gibraltar
que les Saletins ont rendu le navire An-
TheV
250 MERCURE DE FRANCE.
glois , dont un de leurs Corfaires s'étoit emparé
dernierement la hauteur d'Arzila . A l'arrivée
de ce bâtiment , le Gouverneur de Gibraltar a
donné ordre de remettre en liberté plufieurs
Maures qu'il avoit fait arrêter.
On travaille avec diligence à préparer pour la
mer quinze bâtimens , que le Gouvernement a
frétés depuis peu. Le vaiffeau le Stafford , appartenant
à la Compagnie des Indes orientales , eft
de retour de la Chine . Les navires qui ont été
employés cette année à la pêche de la baleine ,
rentrent fucceffivement dans leurs ports refpectifs.
Les Officiers des troupes fur l'établiſſement
de la Grande- Bretagne ont ordre de ne pas s'abfenter
de leurs corps.
DE LONDRES , le 10 Juillet
Les vaiffeaux l'Effex , le Triton , l'Onflow , la
Princeffe Augufte & le Norfolk , appartenans à la
Compagnie des Indes orientales , font arrivés dans
la Tamife. Les quatre premiers de ces bâtimens
reviennent de la Chine. Le Norfolk vient de Madraff
. M. Saunderfon , Gouverneur de Madraff ,
eft revenu à bord de ce dernier vaiffeau , & a ing
C
A O UST. 1755: 249
formé les Directeurs de la Compagnie , qu'une
feconde treve de trois mois avoit été conclue entre
les François & les Anglois dans l'Inde. Il a en
même tems apporté un projet d'accommodement
que M. Godeheu , Gouverneur de Pondichery ,
concerté avec lui.
Selon ce traité , les troupes de ladite Compa
gnie , ni celles de la comapgnie Angloife , ne ſe
mêleront point de différends qui pourront furvenir
entre les naturels du pays. Suppofé que ces
derniers forment quelque entreprife contre les
établiſſemens de l'une ou l'autre compagnie , les
troupes refpectives fe joindront pour défendre
Pétabliffement attaqué. On fe fournira de part
& d'autre les provifions dont on aura befoin ; &
au défaut d'argent comptant, on prendra des marchandifes
en échange.
L'Amirauté mit encore le 25 en commiffion
dix vaiffeaux de guerre. Douze de ceux qui font
armés à Portsmouth , n'attendent que les derniers
ordres pour mettre à la voile .
Le camp que l'on s'étoit propofé de former en
Irlande , n'aura pas lieu cette année .
Le Duc de Cumberland , accompagné du Lord
Anfon , du Lord Duncannon , de l'Amiral Towns.
hend , & de M. Cléveland , Secrétaire de l'Amirauté
, partit le premier pour aller faire à Spithéad
la revue de la flotte . Le 2 , le Duc de Mire
poix , Ambaffadeur de France , ayant reçu
da Paris
un courier extraordinaire , fe rendit aufli - tôt
chez le Chevalier Robinfon , Secrétaire d'Etat
avec qui il eut une longue conférence .
On n'a point encore de nouvelles de l'arrivée
de l'Efcadre de l'Amiral Bofcawen fur la côte de
l'Amérique feptentrionale. On apprend de Gibraltar
que les Saletins ont rendu le navire An-
TheV
250 MERCURE DE FRANCE.
glois , dont un de leurs Corfaires s'étoit emparé
dernierement la hauteur d'Arzila . A l'arrivée
de ce bâtiment , le Gouverneur de Gibraltar a
donné ordre de remettre en liberté plufieurs
Maures qu'il avoit fait arrêter.
On travaille avec diligence à préparer pour la
mer quinze bâtimens , que le Gouvernement a
frétés depuis peu. Le vaiffeau le Stafford , appartenant
à la Compagnie des Indes orientales , eft
de retour de la Chine . Les navires qui ont été
employés cette année à la pêche de la baleine ,
rentrent fucceffivement dans leurs ports refpectifs.
Les Officiers des troupes fur l'établiſſement
de la Grande- Bretagne ont ordre de ne pas s'abfenter
de leurs corps.
Fermer
Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
Le 10 juillet, plusieurs vaisseaux de la Compagnie des Indes orientales sont arrivés à Londres, dont l'Effex, le Triton, l'Onflow, le Princeffe Augufte et le Norfolk. Le Norfolk provenait de Madras et transportait M. Saunderfon, Gouverneur de Madras, qui a informé les Directeurs de la Compagnie d'une seconde trêve de trois mois entre les Français et les Anglais en Inde. Il a également apporté un projet d'accord élaboré par M. Godeheu, Gouverneur de Pondichéry, stipulant que les troupes des deux compagnies ne s'immisceront pas dans les différends locaux mais se joindront pour défendre les établissements attaqués. Les provisions nécessaires seront fournies et des marchandises pourront être échangées en l'absence d'argent comptant. L'Amirauté a mis en commission dix vaisseaux de guerre supplémentaires et douze autres à Portsmouth attendent les ordres pour partir. Le Duc de Cumberland a inspecté la flotte à Spithead. Le Duc de Mirepoix, Ambassadeur de France, a eu une longue conférence avec le Chevalier Robinfon, Secrétaire d'État, après avoir reçu un courrier extraordinaire de Paris. Les Saletins ont rendu un navire anglais capturé près d'Arzila. Le Gouverneur de Gibraltar a ordonné la libération de plusieurs Maures arrêtés. Quinze bâtiments frétés par le Gouvernement sont en cours de préparation. Le vaisseau Stafford de la Compagnie des Indes orientales est de retour de Chine. Les navires de pêche à la baleine rentrent progressivement dans leurs ports respectifs. Les officiers des troupes britanniques ont reçu l'ordre de ne pas s'absenter de leurs corps.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10019
p. 250-251
PAYS-BAS.
Début :
Ce Capitaine Joachim Oujes, Commandant le vaisseau le Keukenhof, a présenté [...]
Mots clefs :
La Haye, Amsterdam, Bruxelles, Loterie, Prince Stadhouder, Indes Hollandaises, Vaisseaux, Tremblements de terre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PAYS-BAS.
PAYS - BAS.
DE LA HAYE , le 11 Juillet.
Ce Capitaine Joachim Oujes , Commandant le
vaiffeau le Keukenhof , a préſenté au Prince Stadhouder
, de la part de M. Moffel , Gouverneur
général des Indes hollandoiſes ,un Maure nain , âgé
de dix-huit ans , qui n'a que deux pieds & demi
de haut.
On a expédié aux Commandans de chaque Régiment
une permiffion de détacher un Sergent
& quatre foldats par compagnie , pour aller faire
des récrues dans les pays étrangers. Les Etats Généraux
viennent de rendre une Ordonnance au
fujet de la pêche du hareng.
D'AMSTERDAM , le 8 Juillet.
Selon les nouvelles qu'on a reçues par les vaiſAOUST.
1755. 251
feaux revenus depuis peu des Indes orientales , il
y eut le 18 Août de l'année derniere un affreux
tremblement de terre dans l'ifle d'Amboina , voifine
des Molucques . La terre s'entr'ouvrit en plufieurs
endroits. Les deux églifes , le fort & le
comptoir furent renverfés de fond en comble.
Un grand nombre de perfonnes ont péri fous les
ruines de leurs habitations. Depuis le 18 Août
jufqu'au 22 Septembre , on a fenti quatre- vingtcinq
autres fecouffes.
Les vaiffeaux l'Amiral de Ruyter , l'Overfchie
& le Ruyteveld , appartenans à la Compagnie des
Indes orientales , arriverent le 29 du mois dernier
au Texel. Les deux premiers viennent de la Chine
, & le dernier de Batavia .
DE BRUXELLES , le 28 Juin.
On acheva le 25 de ce mois le tirage de la
trofiéme claffe de la lotterie de cette ville .
Les troupes qui doivent former un camp près
de Malines , s'y affembleront auffi - tôt après la
moiffon.
L'Impératrice Reine a envoyé le Général Baron
d'Anger , pour vifiter les fortifications des
places des Pays - Bas.
DE LA HAYE , le 11 Juillet.
Ce Capitaine Joachim Oujes , Commandant le
vaiffeau le Keukenhof , a préſenté au Prince Stadhouder
, de la part de M. Moffel , Gouverneur
général des Indes hollandoiſes ,un Maure nain , âgé
de dix-huit ans , qui n'a que deux pieds & demi
de haut.
On a expédié aux Commandans de chaque Régiment
une permiffion de détacher un Sergent
& quatre foldats par compagnie , pour aller faire
des récrues dans les pays étrangers. Les Etats Généraux
viennent de rendre une Ordonnance au
fujet de la pêche du hareng.
D'AMSTERDAM , le 8 Juillet.
Selon les nouvelles qu'on a reçues par les vaiſAOUST.
1755. 251
feaux revenus depuis peu des Indes orientales , il
y eut le 18 Août de l'année derniere un affreux
tremblement de terre dans l'ifle d'Amboina , voifine
des Molucques . La terre s'entr'ouvrit en plufieurs
endroits. Les deux églifes , le fort & le
comptoir furent renverfés de fond en comble.
Un grand nombre de perfonnes ont péri fous les
ruines de leurs habitations. Depuis le 18 Août
jufqu'au 22 Septembre , on a fenti quatre- vingtcinq
autres fecouffes.
Les vaiffeaux l'Amiral de Ruyter , l'Overfchie
& le Ruyteveld , appartenans à la Compagnie des
Indes orientales , arriverent le 29 du mois dernier
au Texel. Les deux premiers viennent de la Chine
, & le dernier de Batavia .
DE BRUXELLES , le 28 Juin.
On acheva le 25 de ce mois le tirage de la
trofiéme claffe de la lotterie de cette ville .
Les troupes qui doivent former un camp près
de Malines , s'y affembleront auffi - tôt après la
moiffon.
L'Impératrice Reine a envoyé le Général Baron
d'Anger , pour vifiter les fortifications des
places des Pays - Bas.
Fermer
Résumé : PAYS-BAS.
Le 11 juillet à La Haye, le capitaine Joachim Oujes a présenté au Prince Stadhouder un Maure nain de dix-huit ans, offert par M. Moffel, Gouverneur général des Indes hollandoises. Les États Généraux ont émis une ordonnance sur la pêche du hareng et autorisé les commandants de régiment à recruter à l'étranger. Le 8 juillet à Amsterdam, des nouvelles des Indes orientales ont rapporté un tremblement de terre à Amboina le 18 août précédent, causant la destruction des églises, du fort et du comptoir, ainsi que de nombreuses victimes. Quatre-vingt-cinq secousses supplémentaires ont été enregistrées jusqu'au 22 septembre. Les vaisseaux l'Amiral de Ruyter, l'Overfsiche et le Ruyteveld de la Compagnie des Indes orientales sont arrivés au Texel le 29 du mois précédent. Le 28 juin à Bruxelles, le tirage de la troisième classe de la lotterie de la ville a été achevé le 25 du mois. Les troupes pour former un camp près de Malines se rassembleront après la moisson. L'Impératrice Reine a envoyé le Général Baron d'Anger inspecter les fortifications des Pays-Bas.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10020
p. 252-254
« Le onzième tirage de la lotterie, pour le remboursement de partie [...] »
Début :
Le onzième tirage de la lotterie, pour le remboursement de partie [...]
Mots clefs :
Loterie, Rentes, Capitaux, Remboursement, Comtesse d'Egmont, Famille royale, Comtesse de Tessé, Reine, Roi, Vaisseaux, Attaque marine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le onzième tirage de la lotterie, pour le remboursement de partie [...] »
E onzième tirage de la lotterie , pour le rem
rentes
fur la caiffe générale des amortiffemens , fe fit
le 18 du mois de Juin à l'hôtel de Ville , en préfence
des Prévôt des Marchands & Echevins . Les
rembourfemens échus par le fort de la lotterie
montent à la fomme de quatorze cens cinq mille
quatre cens foixante livres . On acquittera les coupons
& les rembourſemens à la caiffe des amortiflemens
chez M. Blondel de Gagny , Tréſorier
de cette caiffe.
On fit le 20 les tirages des lotteries pour le
rembourfement de partie des capitaux des rentes
établies fur les poftes par les Edits des mois de
Novembre 1735 & Juin 1742. Selon le fort il
fera rembourlé trois cens foixante - fept mille
vingt livres fur les capitaux des rentes créées par
le premier de ces Edits , & quatre cens foixantetrois
mille deux cens foixante- cinq fur les capitaux
des rentes créées par le fecond. Les payemens
de ces rembourfemens , ainfi que des arrerages
defdites rentes , fe feront auffi à la caiffe des
amortiffemens.
La Comteffe d'Egmont , feconde douairiere ,
fille du Duc de Villars , prononça le 20 fes derniers
voeux dans le monaftere des Religieufes du
Calvaire , fauxbourg Saint Germain . Le Nonce du
Pape officia à cette cérémonie , & la Prédication
A OUST. 253
1755.4
fut faite par le P. Chapelain , de la Compagnie de
Jefus.
Le 27 Juin , le Roi nomma les femmes defti
nées au fervice du Prince ou de la Princeffe dont
Madame la Dauphine doit accoucher.
La Comteffe de Teffé fut préfentée le 29 à
leurs Majeftés & à la Famille royale. Elle a pris
le tabouret en qualité d'époufe d'un Grand d'Ef
pagne .
On fit le 30 du même mois le fixiéme tirage
de la lotterie pour le rembourſement des capitaux
des rentes , à trois pour cent , établies fur les po
ftes par Edit du mois de Mai 1751. Les payemens
pour ces rembourſemens fe font chez M. Paris de
Montmartel , Garde du Tréfor royal.
Le premier Juillet , le Roi arriva à Compiegne ,
accompagné de Mefdames de France. Sa Majesté ,
en venant de la Meute , fit l'honneur à M. de Ma
chault , Garde des Sceaux , de s'arrêter au château
d'Arnouville .
La Reine eſt arrivée le 2 au foir. Meſdames de
France , après avoir affifté au Salut dans l'Eglife
du Monaftere des Filles de Sainte - Marie , allerent
au- devant de la Reine jufqu'à deux lieues , &
elles revinrent dans le caroffe de Sa Majesté.
Le Roi a difpofé de l'Intendance de Rouen , va
cante par la démiffion de M. de la Bourdonnaye ,
Confeiller d'Etat , en faveur de M. Feydeau de
Brou , Maître des Requêtes , fils de M. Feydeau
de Brou , Confeiller d'Etat ordinaire , & au Confeil
royal.
Le 9 , Monfeigneur le Dauphin arriva de Ver
failles à Compiegne. Ce Prince n'y demeura que
jufqu'au 15.
Les Chanoines Réguliers de l'Abbaye de Sainte
Genevieve ont eu l'honneur de préfenter à leurs
254 MERCURE DE FRANCE.
Majeftés & à la Famille royale une Ode du Pere
Bernard , de leur Congrégation , fur la réconftruction
de leur égife .
On a appris par des lettres de Londres , que le
8 du mois dernier l'Amiral Boscawen a attaqué
avec fon Efcadre fur les bancs de Terre- neuve le
vaiffeau l'Alcide,qu'il a trouvé féparé de l'Eſcadre
Françoiſe , deſtinée pour le Canada , & qu'il s'en
eft emparé après une longue réfiftance de la part
de ce vaiffeau. Ces lettres ajoutent , que cet Amiral
a attaqué le même jour un vaiffeau chargé de
troupes , qui fe trouvoit auffi féparé de l'Eſcadre
du Roi , & fous l'eſcorte de l'Alcide. Auflitôt que
le Roi a été informé de cet événement , Sa Majefté
a envoyé ordre au Duc de Mirepoix , fon Ambaffadeur
à Londres , & à M. de Buffi , fon Miniftre
à Hanovre , de partir fur le champ , fans prende
congé , & de revenir en France.
rentes
fur la caiffe générale des amortiffemens , fe fit
le 18 du mois de Juin à l'hôtel de Ville , en préfence
des Prévôt des Marchands & Echevins . Les
rembourfemens échus par le fort de la lotterie
montent à la fomme de quatorze cens cinq mille
quatre cens foixante livres . On acquittera les coupons
& les rembourſemens à la caiffe des amortiflemens
chez M. Blondel de Gagny , Tréſorier
de cette caiffe.
On fit le 20 les tirages des lotteries pour le
rembourfement de partie des capitaux des rentes
établies fur les poftes par les Edits des mois de
Novembre 1735 & Juin 1742. Selon le fort il
fera rembourlé trois cens foixante - fept mille
vingt livres fur les capitaux des rentes créées par
le premier de ces Edits , & quatre cens foixantetrois
mille deux cens foixante- cinq fur les capitaux
des rentes créées par le fecond. Les payemens
de ces rembourfemens , ainfi que des arrerages
defdites rentes , fe feront auffi à la caiffe des
amortiffemens.
La Comteffe d'Egmont , feconde douairiere ,
fille du Duc de Villars , prononça le 20 fes derniers
voeux dans le monaftere des Religieufes du
Calvaire , fauxbourg Saint Germain . Le Nonce du
Pape officia à cette cérémonie , & la Prédication
A OUST. 253
1755.4
fut faite par le P. Chapelain , de la Compagnie de
Jefus.
Le 27 Juin , le Roi nomma les femmes defti
nées au fervice du Prince ou de la Princeffe dont
Madame la Dauphine doit accoucher.
La Comteffe de Teffé fut préfentée le 29 à
leurs Majeftés & à la Famille royale. Elle a pris
le tabouret en qualité d'époufe d'un Grand d'Ef
pagne .
On fit le 30 du même mois le fixiéme tirage
de la lotterie pour le rembourſement des capitaux
des rentes , à trois pour cent , établies fur les po
ftes par Edit du mois de Mai 1751. Les payemens
pour ces rembourſemens fe font chez M. Paris de
Montmartel , Garde du Tréfor royal.
Le premier Juillet , le Roi arriva à Compiegne ,
accompagné de Mefdames de France. Sa Majesté ,
en venant de la Meute , fit l'honneur à M. de Ma
chault , Garde des Sceaux , de s'arrêter au château
d'Arnouville .
La Reine eſt arrivée le 2 au foir. Meſdames de
France , après avoir affifté au Salut dans l'Eglife
du Monaftere des Filles de Sainte - Marie , allerent
au- devant de la Reine jufqu'à deux lieues , &
elles revinrent dans le caroffe de Sa Majesté.
Le Roi a difpofé de l'Intendance de Rouen , va
cante par la démiffion de M. de la Bourdonnaye ,
Confeiller d'Etat , en faveur de M. Feydeau de
Brou , Maître des Requêtes , fils de M. Feydeau
de Brou , Confeiller d'Etat ordinaire , & au Confeil
royal.
Le 9 , Monfeigneur le Dauphin arriva de Ver
failles à Compiegne. Ce Prince n'y demeura que
jufqu'au 15.
Les Chanoines Réguliers de l'Abbaye de Sainte
Genevieve ont eu l'honneur de préfenter à leurs
254 MERCURE DE FRANCE.
Majeftés & à la Famille royale une Ode du Pere
Bernard , de leur Congrégation , fur la réconftruction
de leur égife .
On a appris par des lettres de Londres , que le
8 du mois dernier l'Amiral Boscawen a attaqué
avec fon Efcadre fur les bancs de Terre- neuve le
vaiffeau l'Alcide,qu'il a trouvé féparé de l'Eſcadre
Françoiſe , deſtinée pour le Canada , & qu'il s'en
eft emparé après une longue réfiftance de la part
de ce vaiffeau. Ces lettres ajoutent , que cet Amiral
a attaqué le même jour un vaiffeau chargé de
troupes , qui fe trouvoit auffi féparé de l'Eſcadre
du Roi , & fous l'eſcorte de l'Alcide. Auflitôt que
le Roi a été informé de cet événement , Sa Majefté
a envoyé ordre au Duc de Mirepoix , fon Ambaffadeur
à Londres , & à M. de Buffi , fon Miniftre
à Hanovre , de partir fur le champ , fans prende
congé , & de revenir en France.
Fermer
Résumé : « Le onzième tirage de la lotterie, pour le remboursement de partie [...] »
Du 18 au 30 juin, plusieurs événements marquants ont eu lieu. Le 18 juin, le onzième tirage de la lotterie pour les rentes de la Caisse générale des amortissements a remboursé 1 405 460 livres, les paiements se faisant chez M. Blondel de Gagny. Le 20 juin, des tirages pour le remboursement partiel des capitaux des rentes établies par les édits de novembre 1735 et juin 1742 ont remboursé respectivement 367 020 et 453 265 livres. La Comtesse d'Egmont a prononcé ses derniers vœux au monastère des Religieuses du Calvaire. Le 27 juin, le Roi a nommé les femmes destinées au service du Prince ou de la Princesse attendu par Madame la Dauphine. Le 29 juin, la Comtesse de Tesse a été présentée à la cour. Le 30 juin, le sixième tirage de la lotterie pour le remboursement des capitaux des rentes à trois pour cent a eu lieu, les paiements se faisant chez M. Paris de Montmartel. Le 1er juillet, le Roi est arrivé à Compiègne avec Mesdames de France, suivi par la Reine le 2 juillet. Le Roi a nommé M. Feydeau de Brou à l'Intendance de Rouen. Le 9 juillet, Monseigneur le Dauphin est arrivé à Compiègne. Des nouvelles de Londres rapportent la capture de deux vaisseaux français par l'Amiral Boscawen. Le Roi a rappelé le Duc de Mirepoix et M. de Buffi en France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10021
p. 254
BENEFICES DONNÉS.
Début :
Le Roi a donné à l'Evêché de Dijon à l'Abbé [...]
Mots clefs :
Évêché, Dijon, Vicaire, Abbé, Diocèse, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BENEFICES DONNÉS.
BENEFICES DONNÉS.
ERoi a donné l'Evêché de Dijon à l'Abbé d'Apchon
, Vicaire Général du même Diocèſe ;
l'Evêché de Glandeve à l'Abbé de Treffemannes ,
Chanoine de l'égliſe métropolitaine d'Aix ; l'Abbaye
de Fontaine- Daniel , Ordre de Câteaux , Diocèfe
du Mans , à l'Abbé de Galiffet , Vicaire Général
de l'Archevêché d'Aix , & le Prieuré de Pontarlier
, Ordre de S. Auguftin , Diocèfe de Langres
, à l'Abbé Bureau de Saint - Pierre , Confeil
ler-Clerc au Parlement de Dijon.
ERoi a donné l'Evêché de Dijon à l'Abbé d'Apchon
, Vicaire Général du même Diocèſe ;
l'Evêché de Glandeve à l'Abbé de Treffemannes ,
Chanoine de l'égliſe métropolitaine d'Aix ; l'Abbaye
de Fontaine- Daniel , Ordre de Câteaux , Diocèfe
du Mans , à l'Abbé de Galiffet , Vicaire Général
de l'Archevêché d'Aix , & le Prieuré de Pontarlier
, Ordre de S. Auguftin , Diocèfe de Langres
, à l'Abbé Bureau de Saint - Pierre , Confeil
ler-Clerc au Parlement de Dijon.
Fermer
10022
p. 255-261
MARIAGES ET MORTS.
Début :
Louis-Gabriel de Conflans, Marquis de Conflans, Mestre de Camp - [...]
Mots clefs :
Mariages, Morts, Maison de Conflans, Maison de Courtarvel, Comte, Maréchal, Marquis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES ET MORTS.
MARIAGES ET MORTS.
Ouis- Gabriel de Conflans , Marquis de Conflans
, Meſtre de Camp - Lieutenant du Régiment
de Cavalerie d'Orléans , fut marié le 20 Mai
à Demoiſelle Antoinette-Magdeleine-Jeanne Portail
, fille de Meffire Jean- Louis Portail , Préfident
honoraire du Parlement ,& de Dame Marthe- Antoinette
Aubery de Vaſtan. La Bénédiction Nuptiale
leur fut donnée dans la chapelle particuliere
de l'hôtel de Rothelin , par l'Archevêque de Narbonne.
Leur contrat de mariage avoit été figné le
17 par leurs Majeſtés & par la Famille royale. Le
Marquis de Conflans eft fils de Louis de Conflans,
Marquis d'Armentieres , Chevalier des Ordres du
Roi & Lieutenant Général des Armées de Sa Majefté
; & de feue Dame Adélaïde -Jeanne-Françoiſe
Boutroue d'Aubigny.
La Maifon de CONFLANS eft fans contredit une
des plus illuftres du Royaume étant une branche
cadette de celle de BRIENNE , de laquelle , outre trois
Connétables de France , & des Ducs fouverains
d'Athènes , font fortis un Roi de Sicile dans la perfonne
de Gauthier III . du nom , & un Roi de Jérufalem
& Empereur de Conftantinople , dans celle
de Jean de Brienne , dont la fille Yoland , née de
fa premiere femme Marie de Montferrat , Reine
de Jérufalem , fut mariée l'an 1223 à l'Empereur
Fré deric II.
Engilbert de Brienne , troifieme fils de Gauthier I
du nom , Comte de Brienne , qui vivoit en 1068 ;
& d'Euftache , Comteffe de Bar fur- Seine , ayant
eu en partage la feigneurie de Conflans , en prit le
nom fuivant l'ufage du tems , & le tranſmit à ſa
256 MERCURE DE FRANCE.
à
poftérité , laquelle a toujours confervé les armes
de Brienne. Engilbert qui fit en 1138 plufieurs
dons avec fa femme , en préfence de fes fils ,
l'Abbaye de Molefmes pour l'ame du Comte Gauthier
fon pere , fut le cinquieme ayeul de Jean de
Conflans ,feigneur de Vezilly en Champagne , du
chef de N ... de Bazoches , fon ayeule maternelle.
Jean de Conflans eut de fa feconde femme Pé→
ronne de Jouvengues , Dame d'Armentieres , Jean
II . qui vivoit en 1415. pere par Magdeleine de
Hornes de Baucignies de Barthelemi de Conflans ,
feigneur de Vezilly, d'Armentieres , vicomte d'Ouchy
, &c. allié à Marie de Cramailles , Dame de
Saponnay , de laquelle nâquit Jean III . de Confans
, qui époufa Marguerite de Bournonville , &
mourut en 1507. Son troifieme fils Antoine de
Conflans , qui a continué la postérité eut les feigneuries
de Vezilly , d'Armentieres , & c. & épou
fa en Décembre 1525. Barbe de Rouy , mere
d'Euftache , d'Antoine & de Robert de Conflans
qui ont fait trois branches .
La poftérité d'Euftache , dont le fils de même nom
fut en 1597. Chevalier des Ordres du Roi & Lieutenant
Géneral de fes armées , s'eft éteinte en 1690
Antoine de Conflans II . du nom , feigneur de
S. Remi , &c. époufa en 1559. Françoiſe Boulart
, Dame d'Ennancourt- le - Sec. Leur fils aîné ,
Antoine de Conflans III du nom , feigneur de
S. Remi & d'Ennancourt , s'allia en 1597. à
Magdeleine de Ravenel , Damé de Fouilleufe , de
laquelle vint entr'autres , Michel de Conflans ,
Marquis de S. Remi , Gentilhomme ordinaire de
la chambre du Roi , Colonel d'un Régiment de
Cavalerie étrangere en 1635. Celui - ci eut de fon
fecond mariage avec Louiſe de Carvoifin , Michel
de Conflans II du nom , qui devint le chef de fa
A O UST. 1755% 257
maifon en 1690. & mourut le 22 Janvier 1712. Il
avoit époufé en 1667. Marguerite d'Agueffeau ,
qui fut mere de Michel de Conflans III. du nom
Marquis d'Armentieres , Vicomte d'Ouchy-le-
Châtel , feigneur de Breci , &c. premier Gentil
homme de la Chambre du Duc d'Orléans Régent,
mort le 5 Avril 1717. Il avoit épousé le 11 Janvier
1709. Diane- Gabrielle de Juffac , Dame du
Palais de la Ducheffe de Berry . De ce mariage il a
eu Louis de Conflans , Marquis d'Armentieres ,
pere de Louis- Gabriel qui donne lieu à cet article,
& de Louis-Charles , appellé le chevalier de Conflans
, qui eft né le 5 Décembre 1737.
Les armes de la Maiſon de Conflans , font d'azur
au lion d'or , l'écu femé de billettes de même.
Meffire Joachim Dreux , Marquis de Brézé ;
Maréchal des Camps & Armées du Roy , Grand-
Maître des cérémonies de France , Gouverneur des
Villes & château de Loudun , & du Loudunnois ,
époufa le 27 du même mois Dlle Louife Jeanne-
Marie de Courtarvel de Pézé ; elle eft fille de feu
Meffire Louis - René de Courtarvel , Marquis de
· Pézé , & de Dame Louiſe - Charlotte de Thibault
de la Rochetulon , & niece de Hubert de Courtarvel
dit le Marquis de Pezé , Colonel du Régiment
du Roi infanterie , Lieutenant Général des
Armées de Sa Majeſté , mort le 28 Novembre
1734. à Guaftalla , des bleffures qu'il avoit reçues
à la bataille de ce nom , ayant été nommé le 28
Octobre précédent , Chevalier des Ordres du Roy,
lequel n'a laiffé de fon mariage avec Lidie- Nicole
de Beringhen , qu'une fille unique Louife-Magdeleine
de Courtarvel de Pezé , mariée le 24 Mai
1743. à Armand-Mathurin , Marquis de Vaſſé ,
fon coufin-germain
La Maifon de COURTARVEL eft originaire du
258 MERCURE DE FRANCE.
Maine où elle eft connue dès le quatorzieme fiecle.
Foulque, feigneur de Courtarvel, époufa en 1390.
Anne , Dame de la Lucaziere , & fut bifayeul
d'Ambroise de Courtarvel , mariée en 1480 avec
Anne de Pézé , Dame du Boucher & de Pézé. Anne
de Pézé fut mere de Foulques de Courtarvel IV.
du nom , dont l'arriere petit- fils René II de Courtarvel
, fut créé Marquis de Pézé en 1658. Il fut
pere de Charles , Marquis de Pézé qui par fa femme
Marie-Magdeleine de Vaffan eft ayeul de
Louife-Jeanne- Marie de Courtarvel de laquelle
nous annonçons le mariage.
Le Marquis de BRÉZÉ eft fecond fils de Meffire
Thomas Dreux , Marquis de Brézé , Lieutenant
général des Armées de Sa Majefté , Grand- maître
des cérémonies de France , Gouverneur des villes
& château de Loudun & du Loudunois , ainsi que
des Iles de Sainte-Marguerite & de S. Honorat
de Lerins , & de Dame Catherine-Angélique Chamillart
de Cani , & avoit pour frere ainé Michel
Dreux , Marquis de Brézé , Baron de Beric , &c.
Lieutenant-général des Armées du Roy , Infpecteur-
général d'infanterie , Grand-maître des céré-
-monies de France , Prevôt & Maître des cérémo-
-nies des Ordres du Roi , Gouverneur de Loudun
& des Illes de Saint - Marguerite & de S. Honorat ,
mort le 17 Février 1754. fans enfans de fes deux
femmes Elifabeth-Claire- Eugénie Dreux de Nancré
, morte le 22 Avril 1748 , & Louiſe - Elifabeth
de la Châtre de Nançay.
Le Marquis de Brézé , appellé du vivant de fon
frere aîné , le Chevalier de Dreux a d'abord été
¿Colonel du régiment de Guyenne , infanterie , le
16 Avril 1738. Brigadier des Armées du Roi , le
premier Mai 1745. Colonel- lieutenant du Régiment
Royal de la Marine , le 26 du même mois,
A O UST. 1755. 259
Maréchal des Camps & Armées du Roy , le 10
May 1746. Grand- maître des cérémonies de France
& Gouverneur des ville & château de Loudun ,
au mois de Février 1754.
-
-
François-Martial de Montiers , Vicomte de Merinville
, Brigadier de cavalerie , & Capitaine-
Sous lieutenant de la compagnie des Gendarmes
de la Garde du Roy , époufa le 4 Juin ,
Charlotte Elifabeth Galluci de l'Hôpital , fille
de Paul Galluci , Marquis de l'Hôpital , Chevalier
des ordres de Sa Majefté & de celui de S. Janvier ,
Lieutenant - général des Armées du Roy , Inf
pecteur Général de la cavalerie & des dragons ,
& premier Ecuyer de Madame Adelaïde , cidevant
Ambaffadeur Extraordinaire de Sa Majefté
, auprès du Roi des deux Siciles ; & de Dame
Louife- Elifabeth de Boullongne . La Bénédiction.
Nuptiale leur a été donnée à la Thuillerie , par le
Nonce du Pape dans la chapelle du fieur de Boullongue
, Confeiller d'Etat , Intendant des Finances.
Le Vicomte de Merinville eft fils de Meffire
François - Louis -Martial de Montiers , Marquis de
Merinville , Maréchal des Camps & Armées du
Roy, & de Dame Marguerite-Françoile de Jaucen,
& petit-fils de François de Montiers , Comte de
Merinville , & de Rieux en Languedoc , créé Chevalier
des Ordres du Roi , le 31 Décembre 1661 ,
& de Marguerite de la Jugie , Comteffe de Rieux.
Meffire Louis-Gaſpart Řouillé d'Orfeuil , Maître
des Requêtes , fils de feu Meffire Jean- Louis
Rouillé auffi Maître des Requêtes , & petit fils de
Jean Rouillé , feigneur de Fontaine - Guerin , Intendant
de Limoges , neveu de Meffire Antoine-
Louis Rouillé , Comte de Jouy , Miniftre d'Etat
au département des Affaires étrangeres , a épousé
le 18 Juin à S. Roch , Demoiſelle Anne-Charlotte
260 MERCURE DE FRANCE.
+
"
Bernard de Montigny , fille de Meffire Charles
de Montigny , receveur général des finances de la
province de Picardie , & de Dame Claude - Anne-
Jeanne Brochet de Pontcharoft , fille de feu Meffire
Pierre Richard Brochet de Pontcharoft , tréforier
général des Ponts & Chauffées de France.
Elle eft coufine germaine de Meffire Simon - Charles-
Sébastien Bernard de Balinvilliers , Préfident
du Grand- Cónfeil .
On a oublié dans le Mercure précédent à l'ar
ticle de M. l'Evêque de Marfeille , en parlant de
ce qui refte de la branche de cet illuftre Prêlat ,
fes deux niéces , filles du feu Marquis de Caftel-
´moron , l'aînée , Cécile- Génevieve de Belſunce®
de Caftelmoron , Abbeffe de l'Abbaye royale de
Sainte Trinité de Caen par la nomination du Roy
du 18 Février 1754. & la cadette , Sufanne-
Gabrielle de Bellunçe de Caftelmoron , mariée
en May 1740. à N ..... Comte d'Arcuffia , d'une
des plus anciennes & des plus illuftres maiſons de
Provence.
Meffire Michel-André Hennequin d'Ecquevilly,
"Abbé de l'Abbaye de Notre- Dame de Maifieres ,
Ordre de Câteaux , Diocèfe de Chalons-fur-Saone,
´eft mort à Paris le 9 Juin âgé de 72 ans .
Meffire Jean - Alexandre Dutot , Marquis de
Varneville , Maréchal des Camps & Armées du
Roy , & Enfeigne des Gardes du Corps dans la
Compagnie de Villeroi , eft mort à Paris le 15 ,
âgé de 57 ans.
Meffire Céfar-Antoine de la Luzerne , Comte
de Beuzeville , Maréchal des Camps & Armées
du Roy , & ci -devant Meftre de Camp , Lieutenant
du Régiment des Carabiniers , mourut à
Paris le 17 , âge de 64 ans,
A O UST. • 261 1755
Dame Anne - Dorothée du Hautoy , Marquife
de Béon-Luxembourg , eft morte en fon château
de Tichémont en Lorraine le 17 Juin : elle étoit
veuve du Marquis de Béon dont le pere avoit époufé
l'aînée , héritiere de la maifon de Luxembourg,
& en avoit partagé les biens avec M. le Marquis
de Montmorency qui en avoit époufé la cadette.
M. le Marquis de Béon n'a point laiffé d'enfans ,
& la moitié de fa fucceffion revient à deux petites
niéces , filles du feu Marquis de Chemault dont la
mere étoit foeur du Marquis de Béon . L'aînée eft
Hyacinthe-Louife-Augufte de Béraut de Chemault
encore fille. La feconde eft Hyacinthe- Ifa- :
belle Bétaut de Chemault , mariée depuis trois ans
à Meffire Pierre- François de Courcy , Capitaine .
au Régiment de Cavalerie- Bourgogne , fecond fils
de Meffire François - Jean - Antoine de Courcy
Lieutenant pour le Roy & de Noffeigneurs les .
Maréchaux de France à Verneuil au Perche.
Meffire Maximilien Chaluet de Rochemonteix
Comte de la Roche-Vernaffal , Lieutenant- Genéral
des Armées du Roy , Gouverneur de Rocroy ,
& Commandeur de l'Ordre royal & militaire de
$. Louis , mourut le 18 dans fa 96 ° année,
Ouis- Gabriel de Conflans , Marquis de Conflans
, Meſtre de Camp - Lieutenant du Régiment
de Cavalerie d'Orléans , fut marié le 20 Mai
à Demoiſelle Antoinette-Magdeleine-Jeanne Portail
, fille de Meffire Jean- Louis Portail , Préfident
honoraire du Parlement ,& de Dame Marthe- Antoinette
Aubery de Vaſtan. La Bénédiction Nuptiale
leur fut donnée dans la chapelle particuliere
de l'hôtel de Rothelin , par l'Archevêque de Narbonne.
Leur contrat de mariage avoit été figné le
17 par leurs Majeſtés & par la Famille royale. Le
Marquis de Conflans eft fils de Louis de Conflans,
Marquis d'Armentieres , Chevalier des Ordres du
Roi & Lieutenant Général des Armées de Sa Majefté
; & de feue Dame Adélaïde -Jeanne-Françoiſe
Boutroue d'Aubigny.
La Maifon de CONFLANS eft fans contredit une
des plus illuftres du Royaume étant une branche
cadette de celle de BRIENNE , de laquelle , outre trois
Connétables de France , & des Ducs fouverains
d'Athènes , font fortis un Roi de Sicile dans la perfonne
de Gauthier III . du nom , & un Roi de Jérufalem
& Empereur de Conftantinople , dans celle
de Jean de Brienne , dont la fille Yoland , née de
fa premiere femme Marie de Montferrat , Reine
de Jérufalem , fut mariée l'an 1223 à l'Empereur
Fré deric II.
Engilbert de Brienne , troifieme fils de Gauthier I
du nom , Comte de Brienne , qui vivoit en 1068 ;
& d'Euftache , Comteffe de Bar fur- Seine , ayant
eu en partage la feigneurie de Conflans , en prit le
nom fuivant l'ufage du tems , & le tranſmit à ſa
256 MERCURE DE FRANCE.
à
poftérité , laquelle a toujours confervé les armes
de Brienne. Engilbert qui fit en 1138 plufieurs
dons avec fa femme , en préfence de fes fils ,
l'Abbaye de Molefmes pour l'ame du Comte Gauthier
fon pere , fut le cinquieme ayeul de Jean de
Conflans ,feigneur de Vezilly en Champagne , du
chef de N ... de Bazoches , fon ayeule maternelle.
Jean de Conflans eut de fa feconde femme Pé→
ronne de Jouvengues , Dame d'Armentieres , Jean
II . qui vivoit en 1415. pere par Magdeleine de
Hornes de Baucignies de Barthelemi de Conflans ,
feigneur de Vezilly, d'Armentieres , vicomte d'Ouchy
, &c. allié à Marie de Cramailles , Dame de
Saponnay , de laquelle nâquit Jean III . de Confans
, qui époufa Marguerite de Bournonville , &
mourut en 1507. Son troifieme fils Antoine de
Conflans , qui a continué la postérité eut les feigneuries
de Vezilly , d'Armentieres , & c. & épou
fa en Décembre 1525. Barbe de Rouy , mere
d'Euftache , d'Antoine & de Robert de Conflans
qui ont fait trois branches .
La poftérité d'Euftache , dont le fils de même nom
fut en 1597. Chevalier des Ordres du Roi & Lieutenant
Géneral de fes armées , s'eft éteinte en 1690
Antoine de Conflans II . du nom , feigneur de
S. Remi , &c. époufa en 1559. Françoiſe Boulart
, Dame d'Ennancourt- le - Sec. Leur fils aîné ,
Antoine de Conflans III du nom , feigneur de
S. Remi & d'Ennancourt , s'allia en 1597. à
Magdeleine de Ravenel , Damé de Fouilleufe , de
laquelle vint entr'autres , Michel de Conflans ,
Marquis de S. Remi , Gentilhomme ordinaire de
la chambre du Roi , Colonel d'un Régiment de
Cavalerie étrangere en 1635. Celui - ci eut de fon
fecond mariage avec Louiſe de Carvoifin , Michel
de Conflans II du nom , qui devint le chef de fa
A O UST. 1755% 257
maifon en 1690. & mourut le 22 Janvier 1712. Il
avoit époufé en 1667. Marguerite d'Agueffeau ,
qui fut mere de Michel de Conflans III. du nom
Marquis d'Armentieres , Vicomte d'Ouchy-le-
Châtel , feigneur de Breci , &c. premier Gentil
homme de la Chambre du Duc d'Orléans Régent,
mort le 5 Avril 1717. Il avoit épousé le 11 Janvier
1709. Diane- Gabrielle de Juffac , Dame du
Palais de la Ducheffe de Berry . De ce mariage il a
eu Louis de Conflans , Marquis d'Armentieres ,
pere de Louis- Gabriel qui donne lieu à cet article,
& de Louis-Charles , appellé le chevalier de Conflans
, qui eft né le 5 Décembre 1737.
Les armes de la Maiſon de Conflans , font d'azur
au lion d'or , l'écu femé de billettes de même.
Meffire Joachim Dreux , Marquis de Brézé ;
Maréchal des Camps & Armées du Roy , Grand-
Maître des cérémonies de France , Gouverneur des
Villes & château de Loudun , & du Loudunnois ,
époufa le 27 du même mois Dlle Louife Jeanne-
Marie de Courtarvel de Pézé ; elle eft fille de feu
Meffire Louis - René de Courtarvel , Marquis de
· Pézé , & de Dame Louiſe - Charlotte de Thibault
de la Rochetulon , & niece de Hubert de Courtarvel
dit le Marquis de Pezé , Colonel du Régiment
du Roi infanterie , Lieutenant Général des
Armées de Sa Majeſté , mort le 28 Novembre
1734. à Guaftalla , des bleffures qu'il avoit reçues
à la bataille de ce nom , ayant été nommé le 28
Octobre précédent , Chevalier des Ordres du Roy,
lequel n'a laiffé de fon mariage avec Lidie- Nicole
de Beringhen , qu'une fille unique Louife-Magdeleine
de Courtarvel de Pezé , mariée le 24 Mai
1743. à Armand-Mathurin , Marquis de Vaſſé ,
fon coufin-germain
La Maifon de COURTARVEL eft originaire du
258 MERCURE DE FRANCE.
Maine où elle eft connue dès le quatorzieme fiecle.
Foulque, feigneur de Courtarvel, époufa en 1390.
Anne , Dame de la Lucaziere , & fut bifayeul
d'Ambroise de Courtarvel , mariée en 1480 avec
Anne de Pézé , Dame du Boucher & de Pézé. Anne
de Pézé fut mere de Foulques de Courtarvel IV.
du nom , dont l'arriere petit- fils René II de Courtarvel
, fut créé Marquis de Pézé en 1658. Il fut
pere de Charles , Marquis de Pézé qui par fa femme
Marie-Magdeleine de Vaffan eft ayeul de
Louife-Jeanne- Marie de Courtarvel de laquelle
nous annonçons le mariage.
Le Marquis de BRÉZÉ eft fecond fils de Meffire
Thomas Dreux , Marquis de Brézé , Lieutenant
général des Armées de Sa Majefté , Grand- maître
des cérémonies de France , Gouverneur des villes
& château de Loudun & du Loudunois , ainsi que
des Iles de Sainte-Marguerite & de S. Honorat
de Lerins , & de Dame Catherine-Angélique Chamillart
de Cani , & avoit pour frere ainé Michel
Dreux , Marquis de Brézé , Baron de Beric , &c.
Lieutenant-général des Armées du Roy , Infpecteur-
général d'infanterie , Grand-maître des céré-
-monies de France , Prevôt & Maître des cérémo-
-nies des Ordres du Roi , Gouverneur de Loudun
& des Illes de Saint - Marguerite & de S. Honorat ,
mort le 17 Février 1754. fans enfans de fes deux
femmes Elifabeth-Claire- Eugénie Dreux de Nancré
, morte le 22 Avril 1748 , & Louiſe - Elifabeth
de la Châtre de Nançay.
Le Marquis de Brézé , appellé du vivant de fon
frere aîné , le Chevalier de Dreux a d'abord été
¿Colonel du régiment de Guyenne , infanterie , le
16 Avril 1738. Brigadier des Armées du Roi , le
premier Mai 1745. Colonel- lieutenant du Régiment
Royal de la Marine , le 26 du même mois,
A O UST. 1755. 259
Maréchal des Camps & Armées du Roy , le 10
May 1746. Grand- maître des cérémonies de France
& Gouverneur des ville & château de Loudun ,
au mois de Février 1754.
-
-
François-Martial de Montiers , Vicomte de Merinville
, Brigadier de cavalerie , & Capitaine-
Sous lieutenant de la compagnie des Gendarmes
de la Garde du Roy , époufa le 4 Juin ,
Charlotte Elifabeth Galluci de l'Hôpital , fille
de Paul Galluci , Marquis de l'Hôpital , Chevalier
des ordres de Sa Majefté & de celui de S. Janvier ,
Lieutenant - général des Armées du Roy , Inf
pecteur Général de la cavalerie & des dragons ,
& premier Ecuyer de Madame Adelaïde , cidevant
Ambaffadeur Extraordinaire de Sa Majefté
, auprès du Roi des deux Siciles ; & de Dame
Louife- Elifabeth de Boullongne . La Bénédiction.
Nuptiale leur a été donnée à la Thuillerie , par le
Nonce du Pape dans la chapelle du fieur de Boullongue
, Confeiller d'Etat , Intendant des Finances.
Le Vicomte de Merinville eft fils de Meffire
François - Louis -Martial de Montiers , Marquis de
Merinville , Maréchal des Camps & Armées du
Roy, & de Dame Marguerite-Françoile de Jaucen,
& petit-fils de François de Montiers , Comte de
Merinville , & de Rieux en Languedoc , créé Chevalier
des Ordres du Roi , le 31 Décembre 1661 ,
& de Marguerite de la Jugie , Comteffe de Rieux.
Meffire Louis-Gaſpart Řouillé d'Orfeuil , Maître
des Requêtes , fils de feu Meffire Jean- Louis
Rouillé auffi Maître des Requêtes , & petit fils de
Jean Rouillé , feigneur de Fontaine - Guerin , Intendant
de Limoges , neveu de Meffire Antoine-
Louis Rouillé , Comte de Jouy , Miniftre d'Etat
au département des Affaires étrangeres , a épousé
le 18 Juin à S. Roch , Demoiſelle Anne-Charlotte
260 MERCURE DE FRANCE.
+
"
Bernard de Montigny , fille de Meffire Charles
de Montigny , receveur général des finances de la
province de Picardie , & de Dame Claude - Anne-
Jeanne Brochet de Pontcharoft , fille de feu Meffire
Pierre Richard Brochet de Pontcharoft , tréforier
général des Ponts & Chauffées de France.
Elle eft coufine germaine de Meffire Simon - Charles-
Sébastien Bernard de Balinvilliers , Préfident
du Grand- Cónfeil .
On a oublié dans le Mercure précédent à l'ar
ticle de M. l'Evêque de Marfeille , en parlant de
ce qui refte de la branche de cet illuftre Prêlat ,
fes deux niéces , filles du feu Marquis de Caftel-
´moron , l'aînée , Cécile- Génevieve de Belſunce®
de Caftelmoron , Abbeffe de l'Abbaye royale de
Sainte Trinité de Caen par la nomination du Roy
du 18 Février 1754. & la cadette , Sufanne-
Gabrielle de Bellunçe de Caftelmoron , mariée
en May 1740. à N ..... Comte d'Arcuffia , d'une
des plus anciennes & des plus illuftres maiſons de
Provence.
Meffire Michel-André Hennequin d'Ecquevilly,
"Abbé de l'Abbaye de Notre- Dame de Maifieres ,
Ordre de Câteaux , Diocèfe de Chalons-fur-Saone,
´eft mort à Paris le 9 Juin âgé de 72 ans .
Meffire Jean - Alexandre Dutot , Marquis de
Varneville , Maréchal des Camps & Armées du
Roy , & Enfeigne des Gardes du Corps dans la
Compagnie de Villeroi , eft mort à Paris le 15 ,
âgé de 57 ans.
Meffire Céfar-Antoine de la Luzerne , Comte
de Beuzeville , Maréchal des Camps & Armées
du Roy , & ci -devant Meftre de Camp , Lieutenant
du Régiment des Carabiniers , mourut à
Paris le 17 , âge de 64 ans,
A O UST. • 261 1755
Dame Anne - Dorothée du Hautoy , Marquife
de Béon-Luxembourg , eft morte en fon château
de Tichémont en Lorraine le 17 Juin : elle étoit
veuve du Marquis de Béon dont le pere avoit époufé
l'aînée , héritiere de la maifon de Luxembourg,
& en avoit partagé les biens avec M. le Marquis
de Montmorency qui en avoit époufé la cadette.
M. le Marquis de Béon n'a point laiffé d'enfans ,
& la moitié de fa fucceffion revient à deux petites
niéces , filles du feu Marquis de Chemault dont la
mere étoit foeur du Marquis de Béon . L'aînée eft
Hyacinthe-Louife-Augufte de Béraut de Chemault
encore fille. La feconde eft Hyacinthe- Ifa- :
belle Bétaut de Chemault , mariée depuis trois ans
à Meffire Pierre- François de Courcy , Capitaine .
au Régiment de Cavalerie- Bourgogne , fecond fils
de Meffire François - Jean - Antoine de Courcy
Lieutenant pour le Roy & de Noffeigneurs les .
Maréchaux de France à Verneuil au Perche.
Meffire Maximilien Chaluet de Rochemonteix
Comte de la Roche-Vernaffal , Lieutenant- Genéral
des Armées du Roy , Gouverneur de Rocroy ,
& Commandeur de l'Ordre royal & militaire de
$. Louis , mourut le 18 dans fa 96 ° année,
Fermer
Résumé : MARIAGES ET MORTS.
Le texte relate plusieurs mariages et décès de personnalités nobles françaises. Le 20 mai, Ouis-Gabriel de Conflans, Marquis de Conflans et Mestre de Camp, épousa Demoiselle Antoinette-Magdeleine-Jeanne Portail. Leur bénédiction nuptiale fut donnée par l'Archevêque de Narbonne dans la chapelle de l'hôtel de Rothelin. Leur contrat de mariage avait été signé le 17 mai par leurs Majestés et la Famille royale. Le Marquis de Conflans est le fils de Louis de Conflans, Marquis d'Armentieres, et de Dame Adélaïde-Jeanne-Françoise Boutroue d'Aubigny. La Maison de Conflans est une branche cadette de la Maison de Brienne, qui compte parmi ses membres des Connétables de France, des Ducs souverains d'Athènes, un Roi de Sicile, et un Roi de Jérusalem et Empereur de Constantinople. Le Marquis Joachim Dreux de Brézé, Maréchal des Camps et Armées du Roi, épousa le 27 mai Demoiselle Louise-Jeanne-Marie de Courtarvel de Pézé. Elle est la fille de Louis-René de Courtarvel, Marquis de Pézé, et de Dame Louise-Charlotte de Thibault de la Rochetulon. La Maison de Courtarvel est originaire du Maine et connue depuis le quatorzième siècle. Le Vicomte de Merinville, François-Martial de Montiers, épousa le 4 juin Charlotte-Élisabeth Galluci de l'Hôpital. Leur bénédiction nuptiale fut donnée par le Nonce du Pape. Le Vicomte est le fils de François-Louis-Martial de Montiers, Marquis de Merinville, et de Dame Marguerite-Françoise de Jaucen. Louis-Gaspard Rouillé d'Orfeuil, Maître des Requêtes, épousa le 18 juin Demoiselle Anne-Charlotte Bernard de Montigny. Elle est la fille de Charles de Montigny, receveur général des finances de la province de Picardie, et de Dame Claude-Anne-Jeanne Brochet de Pontcharost. Le texte mentionne également plusieurs décès, notamment ceux de Michel-André Hennequin d'Ecquevilly, Abbé de l'Abbaye de Notre-Dame de Maizières, Jean-Alexandre Dutot, Marquis de Varneville, César-Antoine de La Luzerne, Comte de Beuzeville, Anne-Dorothée du Hautoy, Marquise de Béon-Luxembourg, et Maximilien Chaluet de Rochemonteix, Comte de la Roche-Vernassal. Le décès de Louis, survenu le 18 du 96e année, est également mentionné.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10023
p. 262
AVIS.
Début :
Le Sr Théodore Odiot, dont il a été mentionner dans le Mercure [...]
Mots clefs :
Théodore Odiot, Tapisserie, Equipage, Bâtiment, Toilette, Peinture en cire, Exposition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
Sr Théodore Odiot , dont il a été mention
L'dans le Mercure de Mai , avertit le Public
qu'il entreprend toutes fortes d'ouvrages , tant en
équipages , bâtimens , toilettes , qu'en tapifferies
, imitant l'étoffe de foie , avec dorure & fans
dorure , & qu'il tient manufacturede couleurs ,
tant en huile qu'en détrempe & en cire , foit à la
térébenthine , ou à l'eau , pattel , & généralement
tout ce qui concerne la peinture.
Le même artiſte avertit le Public , qu'il a peint
une falle chez lui de fa nouvelle compofition en
cire. Il n'en réſulte aucune mauvaiſe odeur , n'y
ayant point d'huile ni de térébenthine, quoiqu'elle
ait la même folidité , & que les couleurs ne foient
nullement changeantes. On pourra la voir depuis
neuf heures du matin jufqu'à midi ; & l'aprèsmidi
, depuis trois heures juſqu'à fix .
Il demeure rue baffe de laporte Saint Denis , la
troifiéme grandeporte après lecul de fac S. Laurens
Sr Théodore Odiot , dont il a été mention
L'dans le Mercure de Mai , avertit le Public
qu'il entreprend toutes fortes d'ouvrages , tant en
équipages , bâtimens , toilettes , qu'en tapifferies
, imitant l'étoffe de foie , avec dorure & fans
dorure , & qu'il tient manufacturede couleurs ,
tant en huile qu'en détrempe & en cire , foit à la
térébenthine , ou à l'eau , pattel , & généralement
tout ce qui concerne la peinture.
Le même artiſte avertit le Public , qu'il a peint
une falle chez lui de fa nouvelle compofition en
cire. Il n'en réſulte aucune mauvaiſe odeur , n'y
ayant point d'huile ni de térébenthine, quoiqu'elle
ait la même folidité , & que les couleurs ne foient
nullement changeantes. On pourra la voir depuis
neuf heures du matin jufqu'à midi ; & l'aprèsmidi
, depuis trois heures juſqu'à fix .
Il demeure rue baffe de laporte Saint Denis , la
troifiéme grandeporte après lecul de fac S. Laurens
Fermer
Résumé : AVIS.
Sr Théodore Odiot, mentionné dans le Mercure de Mai, propose des services en équipements, bâtiments, toilettes et tapisseries. Il fabrique des couleurs pour peinture et a créé une fresque avec une nouvelle composition en cire sans odeur. La fresque est visible rue basse de la porte Saint-Denis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10024
p. 262
ERRATA pour le Mercure de Juillet.
Début :
Page 19, ligne 14, après une longue période, lisez un long période. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ERRATA pour le Mercure de Juillet.
ERRATA pour le Mercure de Juillet.
Page 19 , ligne 24, après une longue période ,
lifez un long période .
Page 26 , lig. 1 , Eh ! qu'eſt- ce qui ne l'a pas ≥liſ.
Eh ! qui eft-ce qui ne l'a pas ?
Page 80 , lig. 17 , Elémens de Dorimaftique , lif.
Elémens de Docimaftique.
Page 19 , ligne 24, après une longue période ,
lifez un long période .
Page 26 , lig. 1 , Eh ! qu'eſt- ce qui ne l'a pas ≥liſ.
Eh ! qui eft-ce qui ne l'a pas ?
Page 80 , lig. 17 , Elémens de Dorimaftique , lif.
Elémens de Docimaftique.
Fermer
10025
p. 263-264
TABLE DES ARTICLES.
Début :
Article Premier. Pieces Fugitives en Vers et en Prose. Portraits de cinq [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE DES ARTICLES.
TABLE DES ARTICLES.
ARTICLE PREMIE R.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
Portraits de cinq fameux Peintres d'Italie , page
Rofalie , Hiftoire véritable
La variété , Cantatille ,
Epître à M. de Voltaire ,
Vers de M. Dubois , à Mme de Forgeville ,
La Promenade de Province . Nouvelle ,
Le malheur d'aimer. Poëme ,
S
45
46
47
48
65
De l'eftime de foi - même , par M. de Baftide , 75
Epître de M. V ** en arrivant dans fa terre , près
du Lac de Geneve ,
Mots de l'Enigme & du Logogryphe du Mercure
de Juillet ,
Enigmes & Logogryphes ,
Vaudeville de l'ordre de la fidélité ,
}
83
83
ibid.
93
ART. II. NOUVELLES LITTERAIRES.
Difcours que M. P ** a envoyé à la Société roya
le & Littéraire de Nancy, &c.
25
264
Obfervations fur le Dictionnaire des poftes , 103
Extraits , précis , ou indications des livres nouveaux.
Séance de la Société de Nifmes ,
ART. III. SCIENCES ET BELLES LETTRES.
181
139
148
Algébre. Lettre de M. G *** à M. Bezout , 147
Médecine. Extrait du rapport de M. Hofty , Médecin
, au fujet de l'inoculation ,
Chirurgie. Réflexions critiques adreffées à M ***
Médecin à Lyon , fur une Lettre annoncée fous
le nom du ficur Beranger , par M. Daviel fils ,
Danfe.
ART. IV. BEAUX ARTS.
182
Musique.
Gravure,
207
209
*
210
Architecture. Suite du Mercure du mois de Juin
de l'année 2355 , 214
ART. V. SPECTACLES.
Comédie Françoiſe , 221
Comédie Italienne ,. 223
Extrait du Maître de Mufique , 235
Opéra comique.
233
ARTICLE VI
Nouvelles étrangeres , 137
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 252
Mariages & Morts , 254
Avis. 269
ARTICLE PREMIE R.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
Portraits de cinq fameux Peintres d'Italie , page
Rofalie , Hiftoire véritable
La variété , Cantatille ,
Epître à M. de Voltaire ,
Vers de M. Dubois , à Mme de Forgeville ,
La Promenade de Province . Nouvelle ,
Le malheur d'aimer. Poëme ,
S
45
46
47
48
65
De l'eftime de foi - même , par M. de Baftide , 75
Epître de M. V ** en arrivant dans fa terre , près
du Lac de Geneve ,
Mots de l'Enigme & du Logogryphe du Mercure
de Juillet ,
Enigmes & Logogryphes ,
Vaudeville de l'ordre de la fidélité ,
}
83
83
ibid.
93
ART. II. NOUVELLES LITTERAIRES.
Difcours que M. P ** a envoyé à la Société roya
le & Littéraire de Nancy, &c.
25
264
Obfervations fur le Dictionnaire des poftes , 103
Extraits , précis , ou indications des livres nouveaux.
Séance de la Société de Nifmes ,
ART. III. SCIENCES ET BELLES LETTRES.
181
139
148
Algébre. Lettre de M. G *** à M. Bezout , 147
Médecine. Extrait du rapport de M. Hofty , Médecin
, au fujet de l'inoculation ,
Chirurgie. Réflexions critiques adreffées à M ***
Médecin à Lyon , fur une Lettre annoncée fous
le nom du ficur Beranger , par M. Daviel fils ,
Danfe.
ART. IV. BEAUX ARTS.
182
Musique.
Gravure,
207
209
*
210
Architecture. Suite du Mercure du mois de Juin
de l'année 2355 , 214
ART. V. SPECTACLES.
Comédie Françoiſe , 221
Comédie Italienne ,. 223
Extrait du Maître de Mufique , 235
Opéra comique.
233
ARTICLE VI
Nouvelles étrangeres , 137
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 252
Mariages & Morts , 254
Avis. 269
Fermer
Résumé : TABLE DES ARTICLES.
Le document présente une table des articles organisée en six sections principales. L'Article Premier regroupe des pièces fugitives en vers et en prose, incluant des portraits de peintres italiens, des poèmes, des épîtres, des nouvelles et des énigmes. Parmi les œuvres mentionnées figurent 'Rofalie, Hiftoire véritable', 'La variété', 'Epître à M. de Voltaire', 'Le malheur d'aimer' et diverses énigmes et logogryphes. L'Article II traite des nouvelles littéraires, avec un discours envoyé à la Société royale et littéraire de Nancy, des observations sur le Dictionnaire des poètes, et des extraits de livres nouveaux. L'Article III couvre les sciences et les belles-lettres, incluant des lettres sur l'algèbre, des extraits sur la médecine et la chirurgie, ainsi que des réflexions sur la danse. L'Article IV est dédié aux beaux-arts, avec des sections sur la musique, la gravure et l'architecture. L'Article V concerne les spectacles, incluant la comédie française, la comédie italienne, l'opéra comique et des extraits de pièces. Enfin, l'Article VI présente des nouvelles étrangères, des nouvelles de la Cour et de Paris, ainsi que des annonces de mariages et de décès.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10026
p. 264
« La Chanson notée doit regarder la page 94. [...] »
Début :
La Chanson notée doit regarder la page 94. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Chanson notée doit regarder la page 94. [...] »
La Chanson notée doit regarder la page 94.
Fermer
10027
p. 264
« De l'Imprimerie de Ch. A.Jombert. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Ch. A.Jombert. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de Ch. A.Jombert. [...] »
De l'Imprimerie de Ch . A. JOMBERT,
Fermer
10028
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
Le Bureau du Mercure est chez M. LUTTON, Avocat, & Greffier-Commis [...]
Mots clefs :
Bureau du Mercure, Auteur du Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , & Greffier-Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis an
recouvrement du Mercure , rue Sainte Anne ,
Butte Saint Roch , entre deux Selliers.
C'est à lui qu'on prie d'adreffer , francs
de port , les paquets & lettres , pour remettre ,
quant à la partie littéraire , à M. de Boiffy ,
Auteur du Mercure.
Le prix eft de 36 fols , mais l'on ne payera
d'avance , en s'abonnant , que 21 livres pour
l'année , à raison de quatorze volumes . Les
volumes d'extraordinaire feront également de
30fols pour les Abonnés , & fe payeront avec
l'année qui les fuivra.
Les perfonnes de province auxquelles on
Penverra par la pofte , payeront 31 livres
10 fols d'avance en s'abonnant , & elles le
recevront franc de port.
Celles qui auront des occafions pour le faire
venir , ou qui prendront les frais du port fur
leur compte , ne payeront qu'à raison de 30
fols par volume , c'est - à - dire 21 livres d'avance
, en s'abonnant pour l'année , fans les
extraordinaires.
Les Libraires des provinces on des pays
A ij
L
étrangers, qui voudront faire venir le Mer
cure , écriront à l'adreſſe ci - deſſus .
On Supplie les perfonnes des provinces d'envoyerpar
la poſte , en payant le droit , le prix
deleur abonnement , ou de donner leurs ordres,
afin que le payement en foit fait d'avance au
Bureau.
Les paquets qui ne feront pas affranchis ,
refteront au rebut.
L'on trouvera toujours quelqu'un en état
de répondre chez le fieur Lutton ; & il obfervera
de rester à fon Bureau les Mardi ,
Mercredi & Jeudi de chaque femaine , aprèsmidi.
On peut fe procurer par la voie du Merles
autres Journaux , ainfi que les Livres
, Eftampes & Mufique qu'ils annoncent.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , & Greffier-Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis an
recouvrement du Mercure , rue Sainte Anne ,
Butte Saint Roch , entre deux Selliers.
C'est à lui qu'on prie d'adreffer , francs
de port , les paquets & lettres , pour remettre ,
quant à la partie littéraire , à M. de Boiffy ,
Auteur du Mercure.
Le prix eft de 36 fols , mais l'on ne payera
d'avance , en s'abonnant , que 21 livres pour
l'année , à raison de quatorze volumes . Les
volumes d'extraordinaire feront également de
30fols pour les Abonnés , & fe payeront avec
l'année qui les fuivra.
Les perfonnes de province auxquelles on
Penverra par la pofte , payeront 31 livres
10 fols d'avance en s'abonnant , & elles le
recevront franc de port.
Celles qui auront des occafions pour le faire
venir , ou qui prendront les frais du port fur
leur compte , ne payeront qu'à raison de 30
fols par volume , c'est - à - dire 21 livres d'avance
, en s'abonnant pour l'année , fans les
extraordinaires.
Les Libraires des provinces on des pays
A ij
L
étrangers, qui voudront faire venir le Mer
cure , écriront à l'adreſſe ci - deſſus .
On Supplie les perfonnes des provinces d'envoyerpar
la poſte , en payant le droit , le prix
deleur abonnement , ou de donner leurs ordres,
afin que le payement en foit fait d'avance au
Bureau.
Les paquets qui ne feront pas affranchis ,
refteront au rebut.
L'on trouvera toujours quelqu'un en état
de répondre chez le fieur Lutton ; & il obfervera
de rester à fon Bureau les Mardi ,
Mercredi & Jeudi de chaque femaine , aprèsmidi.
On peut fe procurer par la voie du Merles
autres Journaux , ainfi que les Livres
, Eftampes & Mufique qu'ils annoncent.
Fermer
Résumé : AVERTISSEMENT.
Le document est un avertissement concernant la distribution du Mercure. Le Bureau du Mercure est situé chez M. Lutton, avocat et greffier-commis au Greffe Civil du Parlement, rue Sainte Anne, Butte Saint Roch. Les abonnés doivent envoyer leurs paquets et lettres à cette adresse, francs de port, pour la remise littéraire à M. de Boiffy, auteur du Mercure. Le prix annuel de l'abonnement est de 36 sols, mais en s'abonnant à l'avance, le coût est de 21 livres pour quatorze volumes. Les volumes extraordinaires coûtent 30 sols pour les abonnés et sont payés avec l'année suivante. Les personnes de province payent 31 livres 10 sols d'avance et reçoivent le Mercure franc de port. Ceux qui prennent en charge les frais de port paient 30 sols par volume, soit 21 livres d'avance pour l'année, sans les extraordinaires. Les libraires des provinces et des pays étrangers doivent écrire à l'adresse indiquée pour obtenir le Mercure. Les abonnés des provinces doivent envoyer le prix de leur abonnement par la poste ou donner des ordres pour le paiement à l'avance. Les paquets non affranchis seront rejetés. M. Lutton est disponible à son bureau les mardi, mercredi et jeudi après-midi. Le Mercure permet également de se procurer d'autres journaux, livres, estampes et musique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10029
p. 5-7
STANCES A Mademoiselle ***.
Début :
Les trois Graces, jeune Thémire, [...]
Mots clefs :
Plaisir, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES A Mademoiselle ***.
STANCES
A Mademoiselle **
Les trois Graces , jeune Thémire ,
Même la fuperbe Cipris ,
Sur les attraits qu'en vous j'admire
N'auroient point remporté le prix.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Vous feule , fans en rien rabattre ,
Vous feule avez , fans vous flater ,
Ce qu'elles avoient toutes quatre.
Qui vous connoît peut l'attefter.
Vous poffédez un art de plaire ,
Que peut-être elles n'avoient pas ;
Ce que je vous vois dire ou faire
A toujours de nouveaux appas.
On ne parle que de leurs charmes ,
Quant à l'efprit on n'en dit rien ,
Ce côté vous fournit des armes ,
Vous raviffez dans l'entretien.
串
Du plus ridicule des âges
Vous n'approuvez pas les erreurs
De loin vous fuivez fes uſages ,
Mais vous n'adoptez point les moeurs
Chez vous une aigrette nouvelle
S'arrange fans trop réfléchir ,
Le plaifir de paroître belle
N'eft point votre unique plaifir.
SEPTEMBRE. 1755. 7
Vous méritez qu'on vous adore ,
Et l'ignorez en même tems ,
Cette ignorance donne encore
Plus de prix à vos agrémens .
Toutes nos ftériles brochures
Ne fécheront point votre efprit ,
Dans des fources fécondes , pures ,
De ſon vrai fuc il ſe nourrit.
Vous avez la rare habitude
Suivant les gens de vous plier ,
De borner votre vafte étude ,
Ou , s'il le faut , de l'oublier.
Belle , fage , douce , difcrette ,
Sans humeur , fans fard , fans détour ....
Thémire , pour être parfaite ,
Prenez un peu de mon amour.
J. F. G. **
De Chartrait , près Melun.
A Mademoiselle **
Les trois Graces , jeune Thémire ,
Même la fuperbe Cipris ,
Sur les attraits qu'en vous j'admire
N'auroient point remporté le prix.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Vous feule , fans en rien rabattre ,
Vous feule avez , fans vous flater ,
Ce qu'elles avoient toutes quatre.
Qui vous connoît peut l'attefter.
Vous poffédez un art de plaire ,
Que peut-être elles n'avoient pas ;
Ce que je vous vois dire ou faire
A toujours de nouveaux appas.
On ne parle que de leurs charmes ,
Quant à l'efprit on n'en dit rien ,
Ce côté vous fournit des armes ,
Vous raviffez dans l'entretien.
串
Du plus ridicule des âges
Vous n'approuvez pas les erreurs
De loin vous fuivez fes uſages ,
Mais vous n'adoptez point les moeurs
Chez vous une aigrette nouvelle
S'arrange fans trop réfléchir ,
Le plaifir de paroître belle
N'eft point votre unique plaifir.
SEPTEMBRE. 1755. 7
Vous méritez qu'on vous adore ,
Et l'ignorez en même tems ,
Cette ignorance donne encore
Plus de prix à vos agrémens .
Toutes nos ftériles brochures
Ne fécheront point votre efprit ,
Dans des fources fécondes , pures ,
De ſon vrai fuc il ſe nourrit.
Vous avez la rare habitude
Suivant les gens de vous plier ,
De borner votre vafte étude ,
Ou , s'il le faut , de l'oublier.
Belle , fage , douce , difcrette ,
Sans humeur , fans fard , fans détour ....
Thémire , pour être parfaite ,
Prenez un peu de mon amour.
J. F. G. **
De Chartrait , près Melun.
Fermer
Résumé : STANCES A Mademoiselle ***.
Le texte est une série de stances dédiées à une jeune femme, Mademoiselle, surnommée Thémire. L'auteur exalte sa beauté et son esprit, affirmant qu'elle surpasserait même les Grâces et Vénus. Il souligne son art de plaire et son esprit vif, qui la distinguent des autres. Thémire ne suit pas les erreurs des modes ridicules et ne se contente pas de paraître belle. Elle mériterait d'être adorée sans en être consciente, ce qui ajoute à ses charmes. Son esprit se nourrit de sources pures et fécondes, loin des brochures stériles. Elle sait s'adapter aux personnes qu'elle rencontre et possède des qualités telles que la sagesse, la douceur, la discrétion et l'absence de fard. L'auteur conclut en exprimant son amour pour elle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10030
p. 24
VERS A Mlle C. Le jour de S. Louis sa fête, en lui envoyant un petit panier couvert, dans lequel il y avoit des pêches, & un bouquet à la queue duquel étoient enchaînés six serins, avec des faveurs.
Début :
Chargés de dons de Pomone & de Flore, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS A Mlle C. Le jour de S. Louis sa fête, en lui envoyant un petit panier couvert, dans lequel il y avoit des pêches, & un bouquet à la queue duquel étoient enchaînés six serins, avec des faveurs.
VERS
A Mile C. Le jour de S. Louis fa fête , en
lui envoyant un petit panier couvert, dans
lequel il y avoit des pêches , & un bouquet
à la queue duquel étoient enchaînés fix
ferins , avec des faveurs.
CHargés des dons de Pomone & de Flore ,
Nous venons , députés de l'ifle de Paphos ,
Vous offrir , timides oiſeaux ,
Des fleurs , que les zéphirs pour vous ont fait
éclorre :
Ouvrez ! ne craignez point notre légereté ,
Nul de nous ne fera volage.
Peut-on ne pas chérir ſon eſclavage ,
Quand c'est pour vous qu'on perd la liberté ?
* Lefoleil en éclairant les plaiſirs de Mars & de
Venus , les fit furprendre par Vulcain.
A Mile C. Le jour de S. Louis fa fête , en
lui envoyant un petit panier couvert, dans
lequel il y avoit des pêches , & un bouquet
à la queue duquel étoient enchaînés fix
ferins , avec des faveurs.
CHargés des dons de Pomone & de Flore ,
Nous venons , députés de l'ifle de Paphos ,
Vous offrir , timides oiſeaux ,
Des fleurs , que les zéphirs pour vous ont fait
éclorre :
Ouvrez ! ne craignez point notre légereté ,
Nul de nous ne fera volage.
Peut-on ne pas chérir ſon eſclavage ,
Quand c'est pour vous qu'on perd la liberté ?
* Lefoleil en éclairant les plaiſirs de Mars & de
Venus , les fit furprendre par Vulcain.
Fermer
Résumé : VERS A Mlle C. Le jour de S. Louis sa fête, en lui envoyant un petit panier couvert, dans lequel il y avoit des pêches, & un bouquet à la queue duquel étoient enchaînés six serins, avec des faveurs.
Un événement festif honore Saint Louis. Un panier de pêches et un bouquet sont envoyés à Mile C. Des messagers, se disant députés de l'île de Paphos, offrent des fleurs aux 'timides oiseaux' et assurent leurs intentions pures. Le texte évoque une légende où le soleil révèle les plaisirs de Mars et Vénus à Vulcain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10031
p. 36
VERS A Madame P ...
Début :
Qui voit P ... voit la beauté : [...]
Mots clefs :
Dieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS A Madame P ...
VERS
A Madame P ...
Ui voit P ... voit la beauté :
C'eft à cette Divinité
Qu'il appartient de fixer fur fes traces
Les jeux , les ris , les amours & les graces :
Mais on ne peut l'apprécier
Qu'en lui rendant le plus fidele hommage
Elle feule des Dieux eft la parfaite image ;
Elle les repréfente , & les fait oublier. *
>
* Il y a dans les Danaïdes , Tragédie de Gombauld
, un vers qui paroît le modele de ce dernier.
Représente les Dieux , & les fait oublier.
A Madame P ...
Ui voit P ... voit la beauté :
C'eft à cette Divinité
Qu'il appartient de fixer fur fes traces
Les jeux , les ris , les amours & les graces :
Mais on ne peut l'apprécier
Qu'en lui rendant le plus fidele hommage
Elle feule des Dieux eft la parfaite image ;
Elle les repréfente , & les fait oublier. *
>
* Il y a dans les Danaïdes , Tragédie de Gombauld
, un vers qui paroît le modele de ce dernier.
Représente les Dieux , & les fait oublier.
Fermer
10032
p. 42
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Début :
MONSIEUR, j'entre dans le monde, & je me suis informé de ce qu'il [...]
Mots clefs :
Auteur du Mercure, Poète
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre à l'Auteur du Mercure.
Lettre à l'Auteur du Mercure.
ONSIEUR , j'entre dans le monde,
& je me fuis informé de ce qu'il
pour s'y avancer rapidement . Quatre
chofes , m'a-t-on répondu. Beaucoup de
talent pour voiler la vérité , prefque autant
de goût pour la galanterie , une pointe
de médifance , & par- deffus tout un petit
air de dévotion. Comme je fuis timide
, je n'ai pas ofé me produire fans effayer
à part moi fi je réuffirois . Mais comment
m'y prendre ? Je n'avois jamais fait de
vers ; j'ai imaginé d'en compofer fur les
quatre genres : Ainfi c'eſt la timidité qui
m'a créé poëte , & c'eft beaucoup ; car je
ne croyois jamais pouvoir faire quelque
chofe de cette timidité là. Ce font ces
effais que je vous envoie. Vous n'en prendrez
pour le Mercure que ce qu'il vous
lè
plaira Mais prenez- y garde , Monfieur ,
la chofe eft plus fériqufe que vous ne penfez.
C'eft du genre que vous choiſirez ,
que dépendra le caractere que j'apporterai
dans le monde.
J'ai l'honneur d'être , &c.
G ***
ONSIEUR , j'entre dans le monde,
& je me fuis informé de ce qu'il
pour s'y avancer rapidement . Quatre
chofes , m'a-t-on répondu. Beaucoup de
talent pour voiler la vérité , prefque autant
de goût pour la galanterie , une pointe
de médifance , & par- deffus tout un petit
air de dévotion. Comme je fuis timide
, je n'ai pas ofé me produire fans effayer
à part moi fi je réuffirois . Mais comment
m'y prendre ? Je n'avois jamais fait de
vers ; j'ai imaginé d'en compofer fur les
quatre genres : Ainfi c'eſt la timidité qui
m'a créé poëte , & c'eft beaucoup ; car je
ne croyois jamais pouvoir faire quelque
chofe de cette timidité là. Ce font ces
effais que je vous envoie. Vous n'en prendrez
pour le Mercure que ce qu'il vous
lè
plaira Mais prenez- y garde , Monfieur ,
la chofe eft plus fériqufe que vous ne penfez.
C'eft du genre que vous choiſirez ,
que dépendra le caractere que j'apporterai
dans le monde.
J'ai l'honneur d'être , &c.
G ***
Fermer
Résumé : Lettre à l'Auteur du Mercure.
L'auteur d'une lettre, timide, décrit les qualités nécessaires pour s'intégrer dans le monde : talent pour voiler la vérité, goût pour la galanterie, méfiance et dévotion. Il compose des vers sur quatre genres littéraires, devenant poète. Il envoie ses œuvres à l'auteur du Mercure, lui laissant le choix de publication, tout en précisant que le genre choisi déterminera son caractère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10033
p. 47-48
ODE Tirée du Pseaume 100.
Début :
Seigneur, de ta gloire immortelle [...]
Mots clefs :
Âme, Coeur, Psaume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Tirée du Pseaume 100.
O DE
Tirée du Pfeaume 100 .
Seigneur , de ta gloire
immortelle
Je veux fonder la profondeur ,
Je veux célébrer la grandeur
De ta clémence paternelle ;
Et ce palais augufte où je fuis adoré ,
Ne fera plus qu'un temple à ton nom confacre
J'éloignerai de ma préſence
L'homme fouillé d'impureté ,
Celui dont le fouffle empefté
Ne refpire que la licence ,
Et qui dans les difcours , infâme féducteur ;
Fait trembler l'innocence , & rougir la pudeur.
J'en bannis les langues traîtreffes.
Tous ces noirs enfans du démon ,
Qui couvrant leur fubtil poifon
De mille fleurs enchantereffes ,
Déchirent leur prochain par des traits acérés ,
Et d'autant plus mortels qu'ils font mieux pré
parés.
48 MERCURE DE FRANCE .
Je ne reconnois , ni n'avoue.
Ce courtifan fuperbe & vain ,
Dont le fafte & le front hautain
Ne cachent qu'une ame de boue ;
Qui n'ayant que fa pourpre à faire refpecter ,
Mépriſe des vertus qu'il ne peut imiter.
Je n'admettrai point à ma table
L'hypocrite ni le trompeur ,
Qui vend & fa langue & fon coeur
Par un commerce déteftable.
Celui dont l'intérêt formant l'unique loi
Sçait trahir fans remords fa parole & ſa foi.
Mais le coeur fervent , l'ame jufte ,
L'ami de l'ordre & de la paix ,
· Celui-là fera pour jamais
L'ornement de ma cour auguſte.
Eclaire-moi , grand Dieu , de ces rayons divins ,
Qui te font difcerner tous les coeurs des humains.
Tirée du Pfeaume 100 .
Seigneur , de ta gloire
immortelle
Je veux fonder la profondeur ,
Je veux célébrer la grandeur
De ta clémence paternelle ;
Et ce palais augufte où je fuis adoré ,
Ne fera plus qu'un temple à ton nom confacre
J'éloignerai de ma préſence
L'homme fouillé d'impureté ,
Celui dont le fouffle empefté
Ne refpire que la licence ,
Et qui dans les difcours , infâme féducteur ;
Fait trembler l'innocence , & rougir la pudeur.
J'en bannis les langues traîtreffes.
Tous ces noirs enfans du démon ,
Qui couvrant leur fubtil poifon
De mille fleurs enchantereffes ,
Déchirent leur prochain par des traits acérés ,
Et d'autant plus mortels qu'ils font mieux pré
parés.
48 MERCURE DE FRANCE .
Je ne reconnois , ni n'avoue.
Ce courtifan fuperbe & vain ,
Dont le fafte & le front hautain
Ne cachent qu'une ame de boue ;
Qui n'ayant que fa pourpre à faire refpecter ,
Mépriſe des vertus qu'il ne peut imiter.
Je n'admettrai point à ma table
L'hypocrite ni le trompeur ,
Qui vend & fa langue & fon coeur
Par un commerce déteftable.
Celui dont l'intérêt formant l'unique loi
Sçait trahir fans remords fa parole & ſa foi.
Mais le coeur fervent , l'ame jufte ,
L'ami de l'ordre & de la paix ,
· Celui-là fera pour jamais
L'ornement de ma cour auguſte.
Eclaire-moi , grand Dieu , de ces rayons divins ,
Qui te font difcerner tous les coeurs des humains.
Fermer
Résumé : ODE Tirée du Pseaume 100.
Le texte est une prière adressée à Dieu, exprimant le désir de célébrer la clémence divine. Le locuteur souhaite transformer son palais en un temple dédié à Dieu et éloigner les personnes impures et immorales. Il bannit ceux dont les discours corrompent l'innocence et la pudeur, ainsi que les traîtres et les enfants du démon utilisant des paroles enchanteresses pour nuire. Il rejette également les courtisans arrogants et hypocrites, ainsi que ceux qui vendent leur langue et leur cœur par intérêt. En revanche, il accueille favorablement les personnes au cœur fervent, à l'âme juste, et amies de l'ordre et de la paix, qui seront les ornements de sa cour. Le locuteur demande à Dieu de l'éclairer pour discerner les cœurs des humains.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10034
p. 49-51
LA NAISSANCE DE BACCHUS. FABLE.
Début :
Lorsque le maître du tonnerre [...]
Mots clefs :
Yeux, Coeur, Éclairs, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA NAISSANCE DE BACCHUS. FABLE.
LA NAISSANCE DE BACCHUS.
FABL E.
Lorfque le maître du tonnerre
Quitta le céle fte féjour ,
Et vint le livrer fur la terre
Dans les bras de Sémele aux douceurs de l'amour
Il n'étoit point tel qu'à fa cour
Augufte , puiffant & terrible ;
Rien d'humain en lui ne paroiffoit aux yeux ,
que
Et tout ce qu'il porta des cieux ,
Ce fut un coeur tendre & fenfible.
Cependant , quel plus grand honneur !
Que pour une fimple mortelle
Un Dieu faffe de fa grandeur
Un beau facrifice à la belle ,
Qu'il préfere l'étrange faut
Des hommages qu'il vient lui rendre.
A ceux que l'on lui rend là -haut ?
Que pouvoit-elle encore attendre ?
Fatale curiofité !
Elle veut voir la Majeſté
Qui fait que tout l'Olympe adore
Celui qui venoit l'adorer ,
Et fa fierté demande encore
Qu'il vienne à fes yeux s'en parer.
C
Jo MERCURE DE FRANCE.
Que me demandez - vous , cruelle ,
Lui difoit le Dieu confterné ?
Obéiffez , répond Sémele ,
Mon coeur à ce prix feul vous étoit deſtiné.
L'ame de chagrin pénétrée ,
Il quitte ce funefte lieu ,
Et vole au célefte empirée
Transformer le mortel en Dieu.
Un fuperbe éclat l'environne.
Les tonnerres , les feux , les foudres , les éclairs
Qu'il lance du haut de fon trône ,
L'efcortent au loin dans les airs .
Cependant la troupe légere
Des amours , des plaifirs , des jeux ,
Suit en folâtrant , & tempére
Le feu qui brille dans fes yeux,
Que l'ambitieuſe Sémele
Dût s'applaudir de tant d'amour!
Jupiter revient à fa cour
Plus majestueux , plus fidele.
Qu'elle lui paîra de retour !
Mais , grands Dieux ! que vois-je ? qu'en◄
tens-je ? ...
Quel trouble enchaîne tous fes fens !
A ces éclairs éblouiffans
Son beau front eft couvert d'une pâleur étrange ,
Et d'un mortel effroi fon coeur fe fent faifir
Au fein du plaifir.
-
Plus prompt qu'Atalante
SEPTEMBRE 1755 .
Il court retenir
Et
Sa vie expirante.
Sur fa froide amante
Il cueille un foupir
Qu'éteint du defir
La foif dévorante.
Dieux ! par combien d'ardens tranſports ,
par quels baifers tout de flamme
Il cherche à rappeller fon ame ,
Qui déja touche aux fombres bords !
Mais hélas ! une nuit cruelle
Couvre les yeux de cette belle.
De ce funefte Hymen , Bacchus nâquit enfin ,
Charmant , mais dangereux , funefte Dieu du vin ,
De fon pere il reçut l'influence mortelle ,
Des foudres , des éclairs , l'éclat vif & divin ,
C'est ce feu pétillant dont le jus étincelle ,
Qui porte jufqu'au coeur fa douce impreffion ,
Mais le trouble affreux de Sémele ,
C'est celui de notre raison .
FABL E.
Lorfque le maître du tonnerre
Quitta le céle fte féjour ,
Et vint le livrer fur la terre
Dans les bras de Sémele aux douceurs de l'amour
Il n'étoit point tel qu'à fa cour
Augufte , puiffant & terrible ;
Rien d'humain en lui ne paroiffoit aux yeux ,
que
Et tout ce qu'il porta des cieux ,
Ce fut un coeur tendre & fenfible.
Cependant , quel plus grand honneur !
Que pour une fimple mortelle
Un Dieu faffe de fa grandeur
Un beau facrifice à la belle ,
Qu'il préfere l'étrange faut
Des hommages qu'il vient lui rendre.
A ceux que l'on lui rend là -haut ?
Que pouvoit-elle encore attendre ?
Fatale curiofité !
Elle veut voir la Majeſté
Qui fait que tout l'Olympe adore
Celui qui venoit l'adorer ,
Et fa fierté demande encore
Qu'il vienne à fes yeux s'en parer.
C
Jo MERCURE DE FRANCE.
Que me demandez - vous , cruelle ,
Lui difoit le Dieu confterné ?
Obéiffez , répond Sémele ,
Mon coeur à ce prix feul vous étoit deſtiné.
L'ame de chagrin pénétrée ,
Il quitte ce funefte lieu ,
Et vole au célefte empirée
Transformer le mortel en Dieu.
Un fuperbe éclat l'environne.
Les tonnerres , les feux , les foudres , les éclairs
Qu'il lance du haut de fon trône ,
L'efcortent au loin dans les airs .
Cependant la troupe légere
Des amours , des plaifirs , des jeux ,
Suit en folâtrant , & tempére
Le feu qui brille dans fes yeux,
Que l'ambitieuſe Sémele
Dût s'applaudir de tant d'amour!
Jupiter revient à fa cour
Plus majestueux , plus fidele.
Qu'elle lui paîra de retour !
Mais , grands Dieux ! que vois-je ? qu'en◄
tens-je ? ...
Quel trouble enchaîne tous fes fens !
A ces éclairs éblouiffans
Son beau front eft couvert d'une pâleur étrange ,
Et d'un mortel effroi fon coeur fe fent faifir
Au fein du plaifir.
-
Plus prompt qu'Atalante
SEPTEMBRE 1755 .
Il court retenir
Et
Sa vie expirante.
Sur fa froide amante
Il cueille un foupir
Qu'éteint du defir
La foif dévorante.
Dieux ! par combien d'ardens tranſports ,
par quels baifers tout de flamme
Il cherche à rappeller fon ame ,
Qui déja touche aux fombres bords !
Mais hélas ! une nuit cruelle
Couvre les yeux de cette belle.
De ce funefte Hymen , Bacchus nâquit enfin ,
Charmant , mais dangereux , funefte Dieu du vin ,
De fon pere il reçut l'influence mortelle ,
Des foudres , des éclairs , l'éclat vif & divin ,
C'est ce feu pétillant dont le jus étincelle ,
Qui porte jufqu'au coeur fa douce impreffion ,
Mais le trouble affreux de Sémele ,
C'est celui de notre raison .
Fermer
Résumé : LA NAISSANCE DE BACCHUS. FABLE.
Le texte raconte la naissance de Bacchus, fils de Jupiter et de Sémele. Jupiter, sous une forme humaine, séduit Sémele. Curieuse, Sémele demande à voir Jupiter dans toute sa majesté divine. Malgré les avertissements, Jupiter accède à sa demande et se révèle dans sa splendeur, entouré de tonnerres, de feux et de foudres. Éblouie et terrifiée, Sémele ne survit pas à cette vision. Avant sa mort, Jupiter recueille un souffle de vie sur les lèvres de Sémele pour donner naissance à Bacchus. Ce dernier hérite des pouvoirs de son père, notamment les foudres et les éclairs, et devient le dieu du vin, à la fois charmant et dangereux. La mort de Sémele symbolise le trouble de la raison humaine face à la divinité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10035
p. 51-52
EPIGRAMME CONTRE HERMOGUNE.
Début :
Oon dit partout, sçavante brune, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPIGRAMME CONTRE HERMOGUNE.
EPIGRAMME
CONTRE HERMOGUNE.
On dit par tout , fçavante brune ,
Que vous parlez françois , hébreu , grec & latin.
Quatre langues, grands Dieux ! fans mentir, Hermogune
,
Il faut que contre le prochain
Votre haine foit peu commune :
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
N'étoit- ce donc pas affez d'une
Pour tuer tout le genre humain ?
Nous n'ofons décider le caractere de
l'Auteur fur ces différens morceaux. Les
Stances , l'Ode & la Fable peuvent concourir
à le former. A l'égard de l'épigrammé
, nous jugeons par fa lecture qu'heu
reufement pour lui , il n'eft pas appellé à
la médifance.
CONTRE HERMOGUNE.
On dit par tout , fçavante brune ,
Que vous parlez françois , hébreu , grec & latin.
Quatre langues, grands Dieux ! fans mentir, Hermogune
,
Il faut que contre le prochain
Votre haine foit peu commune :
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
N'étoit- ce donc pas affez d'une
Pour tuer tout le genre humain ?
Nous n'ofons décider le caractere de
l'Auteur fur ces différens morceaux. Les
Stances , l'Ode & la Fable peuvent concourir
à le former. A l'égard de l'épigrammé
, nous jugeons par fa lecture qu'heu
reufement pour lui , il n'eft pas appellé à
la médifance.
Fermer
Résumé : EPIGRAMME CONTRE HERMOGUNE.
L'épigramme 'Contre Hermogune' critique Hermogune, qui parle quatre langues, et suggère que cette polyglossie est liée à une haine intense. L'auteur implique que les compétences linguistiques d'Hermogune sont utilisées de manière malveillante. Le texte mentionne aussi que différentes formes poétiques définissent le caractère de l'auteur. L'épigramme n'incite pas à la médisance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10036
p. 72
Mots des Enigmes & des Logogryphes du Mercure d'Août, [titre d'après la table]
Début :
Le mot de la premiere Enigme du Mercure d'Août est la voyelle e ; celui du [...]
Mots clefs :
Voyelle E, Lamproie, Poulets, Livre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mots des Enigmes & des Logogryphes du Mercure d'Août, [titre d'après la table]
L'
E mot de la premiere Enigme du Mercure
d'Août eft la voyelle e ; celui du
premier Logogriphe eft Lamproie ; celui de
la feconde Enigme , Poulets ; & celui du
fecond Logogryphe Livre , dans lequel on
trouve rive , lire , vic , Levi , ivre , ré ,
ver , ire , vil , lie , île.
E mot de la premiere Enigme du Mercure
d'Août eft la voyelle e ; celui du
premier Logogriphe eft Lamproie ; celui de
la feconde Enigme , Poulets ; & celui du
fecond Logogryphe Livre , dans lequel on
trouve rive , lire , vic , Levi , ivre , ré ,
ver , ire , vil , lie , île.
Fermer
10037
p. 73-75
LOGOGRYPHE.
Début :
Ami Lecteur je vais t'apprendre [...]
Mots clefs :
Monosyllabe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
A Mi Lecteur je vais t'apprendre
Un fait qui n'eft guerres commun.
Portéfur onze pieds je n'en ai fouvent qu'un ,
Mais pour mieux te faire comprendre
Ce Logogryphe ingénieux ,
D
74 MERCURE DE FRANCE:
Je vais décompoſer tout ce qui me compoſe ,
Et par mainte métamorphofe
Montrer à tous les curieux
Un mot bien grec , ' d'aucun uſage en France ,
Un autre un peu latin , connu dans tout pays ,
Et que je dis cinq fois en difant qui je fuis ,
Quoiqu'une feule fois il foit dans mon effence .
Un arbriffeau tendre , charmant
Une couleur très - féduifante
Lorfqu'elle eft jointe avec l'argent ,
Sur une voiture roulante
Que l'on chérit tant à préſent.
Le contraire d'un continent.
Ce que dicte Thémis ; le fils du premier homme
De dix fois cent , ce qui forme la fomme ;
Une riviere , un fleuve très-fameux ;
Ce qui n'eft point une femelle ;
Un coffre ; un fuc délicieux ;
Un fynonime de querelle ;
Ce qu'on oppofe à la fureur des eaux
Pour mettre à couvert les vaiſſeaux .
Ce qui fert à former les habits des Lévites ;
Un mauvais livre , un fouffle tout divin ,
Dans le tonneau ce qui refte du vin.
Ces hommes qui jadis vivoient en bons hermites ;
Seulement occupés des affaires du Ciel .
Une fontaine en Ifraël ,
Une ifle où Jupiter fit fabriquer la foudre
Qui réduifit tous les Titans en poudre.
SEPTEMBRE. 1755 75
Le nom d'un Duc dont je fuis ferviteur ,
(Quand je dis moi , je veux dire l'auteur )
Celui d'un Maréchal de France ,
Et même le nom de fon fils.
Trois noms qui n'ont entr'eux aucune reffem◄
blance ;
Ce dont nous fommes tous paîtris.
L'air agité qui frappe nos oreilles.
Deux grands Législateurs , l'un fit de fages loix ,
L'autre opéra bien des merveilles
Pour réduire un tyran indocile à ſa voix.
L'aftre que le Perfe révere.
Une meſure , une ville , un oifeau
Dont le ramage n'eſt pas beau.
La Nymphe que Junon punit dans fa colere ,
Et fit errer dans l'univers.
L'étoffe qui nous vient d'Anvers.
Deux animaux marchant fur terre.
Une fête célebre en des climats divers.
Enfin tu me tiens dans ce vers.
Par Saint- Remi , domeſtique , chez M. le
Duc d'Ollonne.
A Mi Lecteur je vais t'apprendre
Un fait qui n'eft guerres commun.
Portéfur onze pieds je n'en ai fouvent qu'un ,
Mais pour mieux te faire comprendre
Ce Logogryphe ingénieux ,
D
74 MERCURE DE FRANCE:
Je vais décompoſer tout ce qui me compoſe ,
Et par mainte métamorphofe
Montrer à tous les curieux
Un mot bien grec , ' d'aucun uſage en France ,
Un autre un peu latin , connu dans tout pays ,
Et que je dis cinq fois en difant qui je fuis ,
Quoiqu'une feule fois il foit dans mon effence .
Un arbriffeau tendre , charmant
Une couleur très - féduifante
Lorfqu'elle eft jointe avec l'argent ,
Sur une voiture roulante
Que l'on chérit tant à préſent.
Le contraire d'un continent.
Ce que dicte Thémis ; le fils du premier homme
De dix fois cent , ce qui forme la fomme ;
Une riviere , un fleuve très-fameux ;
Ce qui n'eft point une femelle ;
Un coffre ; un fuc délicieux ;
Un fynonime de querelle ;
Ce qu'on oppofe à la fureur des eaux
Pour mettre à couvert les vaiſſeaux .
Ce qui fert à former les habits des Lévites ;
Un mauvais livre , un fouffle tout divin ,
Dans le tonneau ce qui refte du vin.
Ces hommes qui jadis vivoient en bons hermites ;
Seulement occupés des affaires du Ciel .
Une fontaine en Ifraël ,
Une ifle où Jupiter fit fabriquer la foudre
Qui réduifit tous les Titans en poudre.
SEPTEMBRE. 1755 75
Le nom d'un Duc dont je fuis ferviteur ,
(Quand je dis moi , je veux dire l'auteur )
Celui d'un Maréchal de France ,
Et même le nom de fon fils.
Trois noms qui n'ont entr'eux aucune reffem◄
blance ;
Ce dont nous fommes tous paîtris.
L'air agité qui frappe nos oreilles.
Deux grands Législateurs , l'un fit de fages loix ,
L'autre opéra bien des merveilles
Pour réduire un tyran indocile à ſa voix.
L'aftre que le Perfe révere.
Une meſure , une ville , un oifeau
Dont le ramage n'eſt pas beau.
La Nymphe que Junon punit dans fa colere ,
Et fit errer dans l'univers.
L'étoffe qui nous vient d'Anvers.
Deux animaux marchant fur terre.
Une fête célebre en des climats divers.
Enfin tu me tiens dans ce vers.
Par Saint- Remi , domeſtique , chez M. le
Duc d'Ollonne.
Fermer
10038
p. 75-76
ENIGME.
Début :
Pur ouvrage de la nature, [...]
Mots clefs :
Cornes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
PUR ouvrage de la nature ,
Ou je fuis je fers d'ornement :
Mais quand quelque trifte aventure
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
M'a produit , je fuis différent :
Le vulgaire ne m'enviſage ,
Qu'avec une espece d'horreur.
Je ne fuis rien aux yeux du fage :
Le Courtifan me fait fervir à fa grandeur ,
Et quoiqu'à mes fujets , outre un dur esclavage ,
J'imprime un trait qui femble les fétrir ;
Chaque jour cependant j'aggrandis mon empire.
Tu demandes mon nom ? je n'ofe te le dire.
Je crains , lecteur , de te faire rougir.
ET
Par T. P. de Paris.
PUR ouvrage de la nature ,
Ou je fuis je fers d'ornement :
Mais quand quelque trifte aventure
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
M'a produit , je fuis différent :
Le vulgaire ne m'enviſage ,
Qu'avec une espece d'horreur.
Je ne fuis rien aux yeux du fage :
Le Courtifan me fait fervir à fa grandeur ,
Et quoiqu'à mes fujets , outre un dur esclavage ,
J'imprime un trait qui femble les fétrir ;
Chaque jour cependant j'aggrandis mon empire.
Tu demandes mon nom ? je n'ofe te le dire.
Je crains , lecteur , de te faire rougir.
ET
Par T. P. de Paris.
Fermer
10039
p. 76-78
LOGOGRYPHE.
Début :
Et des biens & des maux je suis souvent l'auteur, [...]
Mots clefs :
Prévention
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
T des biens & des maux je fuis fouvent l'auteur
,
Du vulgaire ignorant je captive le coeur ,
Je forme quelquefois le plus fombre nuage ,
Et décide à mon gré du fuccès d'un ouvrage .
Je compofe dix pieds ; combine bien les mots ,
J'offre à tes yeux , lecteur , ce qui plaît aux troupeaux
,
Le plus cruel tyran qu'ait produit la nature ,
Au Rhétoricien une heureufe figure :
Ce que tous les mortels ne quittent qu'à regret ,
Qu'on aime par nature ; un précieux objet.
Ce qu'un Roi généreux , à donner trop facile ,
Voit ſouvent fe changer en un bien inutile.
SEPTEMBRE. 1755. 77.
Ce qui de nos efprits diffipe le chagrin ;
Un mot toujours préfent à notre eſprit malin.
Ce que les matelots affrontant les orages ,
Regrettent , mais en vain , au milieu des naufra
ges.
Un animal rampant ; un art Ingénieux.
De nos jardins fleuris l'ennemi dangereux.
Un Prince infortuné très-fçavant dans l'augure ;
Que Circé par dépit fit changer de nature.
Le propre nom qu'on donne à tous les fronts
voilés.
Ce qui déplaît toujours aux efprits aveuglés.
A tous les bâtimens choſe très-néceffaire
Un gouffre où s'engloutit l'aliment ordinaire.
Un oiſeau plus jaſeur qu'une None au parloir ,
Celui qui tient fur nous un fouverain pouvoir.
Expofé tous les jours fur la plaine liquide.
Je fers l'ambitieux , & fends l'onde rapide.
Adorable vertu chafte fille des cieux ,
On aime a m'ériger des autels en tous lieux.
Je fçûs forcer un jour à périr obſtinée ,
Du Prince Acrifius la fille infortunée.
Je renferme un pronom ; une trifte couleurs
Et le nom d'un Poëte , & celui d'un Rhéteur.
Fort commode aux humains , de nature fragile
J'oppofe aux Aquilons une barriere utile ;
J'offre un nom que defire un tas de vains eſprits,;
Critiques ennuyeux dans leurs fades écrits ;
Les lieux ou le foleil commence ſa carriere ;
Diij
78 MERCURE DE FRANCE
Aux ragoûts employée , une vive pouffiere.
Adverbes oppoſés : fans chercher vainement ;
Peut-être tu me fuis , Lecteur , en ce moment.
T des biens & des maux je fuis fouvent l'auteur
,
Du vulgaire ignorant je captive le coeur ,
Je forme quelquefois le plus fombre nuage ,
Et décide à mon gré du fuccès d'un ouvrage .
Je compofe dix pieds ; combine bien les mots ,
J'offre à tes yeux , lecteur , ce qui plaît aux troupeaux
,
Le plus cruel tyran qu'ait produit la nature ,
Au Rhétoricien une heureufe figure :
Ce que tous les mortels ne quittent qu'à regret ,
Qu'on aime par nature ; un précieux objet.
Ce qu'un Roi généreux , à donner trop facile ,
Voit ſouvent fe changer en un bien inutile.
SEPTEMBRE. 1755. 77.
Ce qui de nos efprits diffipe le chagrin ;
Un mot toujours préfent à notre eſprit malin.
Ce que les matelots affrontant les orages ,
Regrettent , mais en vain , au milieu des naufra
ges.
Un animal rampant ; un art Ingénieux.
De nos jardins fleuris l'ennemi dangereux.
Un Prince infortuné très-fçavant dans l'augure ;
Que Circé par dépit fit changer de nature.
Le propre nom qu'on donne à tous les fronts
voilés.
Ce qui déplaît toujours aux efprits aveuglés.
A tous les bâtimens choſe très-néceffaire
Un gouffre où s'engloutit l'aliment ordinaire.
Un oiſeau plus jaſeur qu'une None au parloir ,
Celui qui tient fur nous un fouverain pouvoir.
Expofé tous les jours fur la plaine liquide.
Je fers l'ambitieux , & fends l'onde rapide.
Adorable vertu chafte fille des cieux ,
On aime a m'ériger des autels en tous lieux.
Je fçûs forcer un jour à périr obſtinée ,
Du Prince Acrifius la fille infortunée.
Je renferme un pronom ; une trifte couleurs
Et le nom d'un Poëte , & celui d'un Rhéteur.
Fort commode aux humains , de nature fragile
J'oppofe aux Aquilons une barriere utile ;
J'offre un nom que defire un tas de vains eſprits,;
Critiques ennuyeux dans leurs fades écrits ;
Les lieux ou le foleil commence ſa carriere ;
Diij
78 MERCURE DE FRANCE
Aux ragoûts employée , une vive pouffiere.
Adverbes oppoſés : fans chercher vainement ;
Peut-être tu me fuis , Lecteur , en ce moment.
Fermer
10040
p. 78
MUSETTE.
Début :
Nos hameaux sont l'heureux séjour [...]
Mots clefs :
Bergers, Bergères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSETTE.
MUSETTE.
Nos hameaux font l'heureux Léjour
De l'innocence & de l'amour.
La tendreffe ,
La fageffe
Par des accords charmans
S'y trouvent réunies ;
Tout les Berges y font amans
Les Bergeres n'y font qu'amies
Nos hameaux font l'heureux Léjour
De l'innocence & de l'amour.
La tendreffe ,
La fageffe
Par des accords charmans
S'y trouvent réunies ;
Tout les Berges y font amans
Les Bergeres n'y font qu'amies
Fermer
10041
p. 79-88
SUITE De la séance publique de l'Académie royale de Nismes.
Début :
M. le Marquis de Rochemore, Secrétaire perpétuel, lut ensuite une piéce en [...]
Mots clefs :
Poète, Académie royale de Nîmes, Plaisirs, Dieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE De la séance publique de l'Académie royale de Nismes.
SUITE
De la feance publique de l'Académie royale
de Nifmes.
M. le Marquis de Rochemore , Secrétaire
perpétuel , lut enfuite une piéce en
vers libres , intitulée Epitre d'Hypermnestre
à Lyncée. Cet ouvrage eft imité d'une des
Héroïdes d'Ovide ; mais l'auteur ne s'eft
point attaché à copier fon modele ; il a
pris quelques penfées du Poëte latin , il y
a joint les fiennes : nous allons citer quelques
morceaux détachés qui pourront faire
juger de tout l'ouvrage .
C'eft ainfi qu'Hypermneftre raconte à
fon époux les crimes de fes foeurs , & fes
propres combats.
Un bruit foudain glaça ton époufe craintive ,
Un bruit fombre ... plaintif ... de lugubres accens
...
Je vis briller le fer ... les foupirs des mourans
Vinrent frapper mon oreille attentive :
Div
So MERCURE DE FRANCE.
Imitons , dis-je alors , l'exemple de mesfoeurs ,
De Danaus fuivons les loix feveres ,
Uniffons Lyncée à fes freres.
Un Dieu fans doute , un Dieu fufpendit mes fureurs.
Mon bras étoit levé , ta criminelle amante.
Mefuroit éperdue , interdite & tremblante ,
Le coup qui devoit t'immoler ,
Ton fang étoit prêt à couler ...
J'avois troisfois repris l'arme inhumaine
Qu'avoient ravi trois fois à ma main incertaine
L'horreur , l'amour & la pitié.
Dérobons à mon pere une ſeule victime.
Dois-je être l'inftrument de fon inimitié ,
Et la complice de fon crime ?
Moi ! je me fouillerois d'un fang fi précieux ,
J'obéirois à des ordres împies !
Et cet Hymen détesté par les Dieux
Auroit été formé par les Furies !
Ah plutôt dans mon fein le poignard odieux ......
C'eſt en vain qu'un pere parjure
Veut me faire trahir l'amour & la nature
Leurs droits font gravés dans nos coeurs
Et la voix d'un tyran guidé par les fureurs
Ne peut étouffer leur murmure.
-Les fanglots d'Hypermneftre , fes combats
, fes tranfports , arrachent enfin Lyncée
au fommeil : fuyez , lui-dit-elle ,
SEPTEMBRE. 1755. $1
La trahiſon , la mort regnent dans ce palais ,
Cette nuit féconde en forfaits
Dans le fombre féjour a réuni vos freres ,
Et les myrthes d'Hymen aux Cyprès funéraires.
» Mon amour feul vous a fauvé , &
» m'a fait trahir les ordres cruels de Da-
» naus. » Le jeune Prince s'échappe du pa
lais à la faveur de la nuit.
Du foleil cependant la jeune avantcouriere
Sur nos Lares fanglans répandoit ſa lumiero.
Danaus ( la fierté brilloit dans fes regards )
Comptoit de nos époux les cadavres épars ;
Un feul manquoit , Lyncée en cette nuit perfide
Evita feul les coups de la parque homicide.
Hypermneftre raconte à fon époux la
fureur de Danaus quand ce Monarque barbare
s'apperçut qu'une de fes victimes lui
étoit échappée ; il jure la mort de fa fille ,
& la fait indignement traîner dans un
cachot affreux .
» Viens , cher époux , lui dit- elle enfin,
Viens finir ma captivité :
Mais n'écoutes point ta vengeance ,
Contente-toi de fauver l'innocence
Sans punir l'inhumanité.
Songe qu'Hypermaneftre eft la fille
Du meurtrier qui perdit ta familles
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Tout barbare qu'il fût daigne épargner les jours:
D'un fang cher à mon coeur ne rougis point tes
armes :
Que ton retour enfin hâté par les amours
Ne foit point fouillé par mes larmes.
Cette fin eft abfolument différente de
celle d'Ovide ; l'Auteur n'a pas jugé à
propos non plus d'imiter dans fon épitre
le long épifode d'Io changée en vache.
Les connoiffeurs décideront s'il a bien ou
mal jugé.
M. Vincens lut enfuite une épitre à la
mort , dont voici l'extrait.
La mort peut infpirer l'effroi aux ames
vulgaires , mais elle préfente au Sage une
lumiere fûre qui écarte l'illufion des fens ,
& lui montre les objets précifément tels
qu'ils font ; c'eft une divinité favorable
qui enfeigne aux humains l'art de jouir
de tout fans abufer de rien , & qui diffipant
le preftige des paffions foutient leur
coeur dans l'heureux équilibre , qui feul
peut faire la vraie félicité. Tel eft le point
de vûe fous lequel M. V. envifage la mort.
Il peint en commençant l'épitre qu'il
adreffe à cette Divinité , la fituation où
fe trouve l'homme lorfqu'il entre fur la
fcene du monde.
SEPTEMBRE . 1755 . 83
Sur le bord d'une mer immenfe
L'homme au fortir de fon enfance ,
Par la nature eft expofé :
Là fon coeur ingénu fans guide , fans défenſe ;
Par la féduifante apparence
Eft à chaque inftant abufé :
Sur le mobile dos des ondes azurées ,
Les folâtres amours & les plaifirs légers
Déployant leurs aîles dorées ,
L'appellent par leurs jeux , & voilent les dan
gers ;
Les jours fereins de la jeuneffe ,
Le calme féducteur , les cris des Matelots ,
Tout le follicite & le preffe
De tenter la route des flots ;
Il part , fur les eaux il s'élance ,
L'impatient defir & la douce efpérance
Enflent la voile , & l'écartent du port ;
Mais à peine au loin de la plage
Voit-il difparoître le bord ,
Tout change , Pair frémit , tout annonce l'orage;
Tout découvre à fes yeux , trop tard deſabufés
Les périls où les jours demeurent exposés :
Des paffions tumultueuſes ,
Les rapides courans & les vents oppofés
Offrent à chaque inftant fur les mers orageufes ?
Les débris des vaiffeaux par les vagues brifés
A la fureur de la tempête ,
Lui-même tout-à-coup livré.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
L'orgueil , l'ambition , déchaînent fur fa tête ,
Leur fouffle impétueux contre lui conjuré ;
De la fougue des flots , malheureuſe victime ,
Quelquefois dans les cieux , quelquefois dans
l'abîme ,
Et loin de fa route égaré ;
Une mer inconnue & d'écueils hériffée ,
De toute part à fa nef fracaffée ,
Préfente un nauffrage affuré.
La mort eft la feule divinité qui puiffe
fauver l'homme de ce péril ; elle lui montre
la vanité des objets qui l'environnent ,
elle l'éclaire fur leur durée qui n'est que
d'un inftant. Inftruit par fes leçons le Poëte
n'envie point le fort des favoris de la
fortune : non , dit- il , leur état ne fçauroit
m'éblouir.
1
De troubles, de foupçons, leur ame environnée
Laiffe fuir le préfent , rédoute l'avenir ;
Et malgré leurs efforts leur vie eft moiffonnée
Avant qu'ils * ayent trouvé le moment de jouir.
L'ambition n'a pas plus de charmes pour
lui. En vain montre- t- elle fes favoris placés
fur le char de la gloire ou montés au
rang des Dieux ; l'ambitieux , dit M. V.
éblouit quelque tems l'univers :
* Ce mot , ayant , ne peut point s'élider , en con-
Sequence il ne doit jamais être employé qu'à la fim
d'un vers.
SEPTEMBRE. 1755. 8$
Aftre brillant il roule far nos têtes ,
Il excite , il appaife à fon gré les tempêtes ,
Il couvre l'Univers d'un feu qui l'éblouit :
Mais tandis qu'oubliant ſa foibleſſe premiere
Il répand à nos yeux fa plus vive lumiere ,
Par fa propre fplendeur féduit ,
Tu parles , & foudain du haut de fa carriere
L'aftre eft précipité dans l'éternelle nuit .
O mort ! continue le Poëte ,
O mort ! un ennemi cent fois plus rédoutable
Avoit fait chancéler mon coeur.
La volupté d'un charme inévitable
Verſoit déja fur lui le poiſon ſéducteur :
De fleurs fans ceffe couronnée ,
Autour de moi fa voix appelloit le plaifir ;
De délices environnée
Son regard dans mon ame allumoit le defir ;
C'en étoit fait , l'amour achevoit ma défaite ,
Ses liens pour jamais alloient me retenir;
Mais tu fouffles , & fur fa tête
J'ai vu les roſes fe flétrir.
Ces détails font terminés par cette réflexion.
Gloire , plaifir , pouvoir , richeffe ,
Atômes agités par l'aveugle Décffe ,
A la faveur d'un rayon lumineux ,
Vous voltigez quelque tems fous nos yeux :
Notre coeur ébloui s'empreffe
86 MERCURE DE FRANCE:
Pour arrêter votre cours incertain
Il vous pourfuit , il s'agite fans ceffe ,
Il croit vous pofféder enfin :
Mais le fouffle du tems vous emporte foudain,
Ce n'eft pas que M. V. ne trouve des
plaifirs dignes de fon coeur : l'amitié lui
offre des charmes aufquels il fe livre avec
tranfport , & qui le dédommagent de toutes
les traverſes de la vie humaine .
Telle une tendre fleur que le midi dévore ;
Sur fa tige panchée , & prête à fe flétrir ,
Renaît , s'épanouit , de nouveau ſe colore
Au fouffle amoureux du zéphir :
Telle au fein des foucis qu'à chaque inſtant fait
naître
Sur les
pas des humains
le deftin fans pitié
Mon ame prend un nouvel être
Aux doux accens de l'amitié.
Les Mufes viennent encore lui prodiguer
des plaifirs purs ; Erato , Uranie ,
Calliope , l'inftruifent & l'amufent tour à
tour : Cette derniere fur- tout égaie la folitude
du Poëte en formant devant lui
mille tableaux gracieux.
Tantôt elle lui peint le calme de la mer ,
Le ciel eft pur , l'air eft tranquille ,
Du foleil l'image mobile
SEPTEMBRE. 1755 .
$7
Luit & vacille au fond des eaux :
Zéphir & les Nymphes craintives
De mille rides fugitives
Sillonent mollement les flots.
Tantôt elle lui peint une agréable fête ;
Au pied d'un côteau fortuné
Venus de pampre orne fa tête ,
Bacchus de myrthe eft couronné ,
Guidés par l'aimable folie
Les amours barbouillés de lie
Folâtrent auprès des neuf foeurs :
Et les graces échevelées
Parmi les Bacchantes mêlées
Feignent d'éprouver leurs fureurs.
C'eft par de tels plaifirs , continue le
Poëte :
C'eſt par de tels plaifirs qu'égayant le voyage ,
Et variant l'emploi de mes paifibles jours ,
Du terreftre péle: inage
J'acheve doucement le cours ,
Prêt au moindre fignal de quitter fans allar
mes
Des biens dont ici -bas je jouis fans remords ....
Le fort qui nous attend après cette vie ,
ne cauſe aucun effroi à M. V. que les impies
, les injuftes & les autres criminels
foient faifis d'une jufte terreur au moment
$8 MERCURE DE FRANCE.
fatal qui les fait defcendre dans le tom
beau , pour lui il eft rempli d'une noble
confiance.
Mon coeur ( dit-il ) ne connoit point ces craintes
formidables.
Soumis envers les Dieux , jufte envers mes femblables
,
Vertueux , ou du moins zélé pour
la vertu
Sous le poids du courroux célefte
Je ne crains point d'être abattu ;
Et fi des paffions l'impreſſion funefte
Altere de mon coeur l'exacte pureté ,
Les Dieux qui l'ont formé , connoiffent qu'il
détefte
Sa fatale fragilité ;
Et fatisfaits de ma fincérité ,
Leur fouffle bienfaifant purifira le refte
De la débile humanité.
M. Perillier , Chancelier , a terminé la
féance par un Difcours fur la néceffité du
choix dans les lectures.
De la feance publique de l'Académie royale
de Nifmes.
M. le Marquis de Rochemore , Secrétaire
perpétuel , lut enfuite une piéce en
vers libres , intitulée Epitre d'Hypermnestre
à Lyncée. Cet ouvrage eft imité d'une des
Héroïdes d'Ovide ; mais l'auteur ne s'eft
point attaché à copier fon modele ; il a
pris quelques penfées du Poëte latin , il y
a joint les fiennes : nous allons citer quelques
morceaux détachés qui pourront faire
juger de tout l'ouvrage .
C'eft ainfi qu'Hypermneftre raconte à
fon époux les crimes de fes foeurs , & fes
propres combats.
Un bruit foudain glaça ton époufe craintive ,
Un bruit fombre ... plaintif ... de lugubres accens
...
Je vis briller le fer ... les foupirs des mourans
Vinrent frapper mon oreille attentive :
Div
So MERCURE DE FRANCE.
Imitons , dis-je alors , l'exemple de mesfoeurs ,
De Danaus fuivons les loix feveres ,
Uniffons Lyncée à fes freres.
Un Dieu fans doute , un Dieu fufpendit mes fureurs.
Mon bras étoit levé , ta criminelle amante.
Mefuroit éperdue , interdite & tremblante ,
Le coup qui devoit t'immoler ,
Ton fang étoit prêt à couler ...
J'avois troisfois repris l'arme inhumaine
Qu'avoient ravi trois fois à ma main incertaine
L'horreur , l'amour & la pitié.
Dérobons à mon pere une ſeule victime.
Dois-je être l'inftrument de fon inimitié ,
Et la complice de fon crime ?
Moi ! je me fouillerois d'un fang fi précieux ,
J'obéirois à des ordres împies !
Et cet Hymen détesté par les Dieux
Auroit été formé par les Furies !
Ah plutôt dans mon fein le poignard odieux ......
C'eſt en vain qu'un pere parjure
Veut me faire trahir l'amour & la nature
Leurs droits font gravés dans nos coeurs
Et la voix d'un tyran guidé par les fureurs
Ne peut étouffer leur murmure.
-Les fanglots d'Hypermneftre , fes combats
, fes tranfports , arrachent enfin Lyncée
au fommeil : fuyez , lui-dit-elle ,
SEPTEMBRE. 1755. $1
La trahiſon , la mort regnent dans ce palais ,
Cette nuit féconde en forfaits
Dans le fombre féjour a réuni vos freres ,
Et les myrthes d'Hymen aux Cyprès funéraires.
» Mon amour feul vous a fauvé , &
» m'a fait trahir les ordres cruels de Da-
» naus. » Le jeune Prince s'échappe du pa
lais à la faveur de la nuit.
Du foleil cependant la jeune avantcouriere
Sur nos Lares fanglans répandoit ſa lumiero.
Danaus ( la fierté brilloit dans fes regards )
Comptoit de nos époux les cadavres épars ;
Un feul manquoit , Lyncée en cette nuit perfide
Evita feul les coups de la parque homicide.
Hypermneftre raconte à fon époux la
fureur de Danaus quand ce Monarque barbare
s'apperçut qu'une de fes victimes lui
étoit échappée ; il jure la mort de fa fille ,
& la fait indignement traîner dans un
cachot affreux .
» Viens , cher époux , lui dit- elle enfin,
Viens finir ma captivité :
Mais n'écoutes point ta vengeance ,
Contente-toi de fauver l'innocence
Sans punir l'inhumanité.
Songe qu'Hypermaneftre eft la fille
Du meurtrier qui perdit ta familles
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Tout barbare qu'il fût daigne épargner les jours:
D'un fang cher à mon coeur ne rougis point tes
armes :
Que ton retour enfin hâté par les amours
Ne foit point fouillé par mes larmes.
Cette fin eft abfolument différente de
celle d'Ovide ; l'Auteur n'a pas jugé à
propos non plus d'imiter dans fon épitre
le long épifode d'Io changée en vache.
Les connoiffeurs décideront s'il a bien ou
mal jugé.
M. Vincens lut enfuite une épitre à la
mort , dont voici l'extrait.
La mort peut infpirer l'effroi aux ames
vulgaires , mais elle préfente au Sage une
lumiere fûre qui écarte l'illufion des fens ,
& lui montre les objets précifément tels
qu'ils font ; c'eft une divinité favorable
qui enfeigne aux humains l'art de jouir
de tout fans abufer de rien , & qui diffipant
le preftige des paffions foutient leur
coeur dans l'heureux équilibre , qui feul
peut faire la vraie félicité. Tel eft le point
de vûe fous lequel M. V. envifage la mort.
Il peint en commençant l'épitre qu'il
adreffe à cette Divinité , la fituation où
fe trouve l'homme lorfqu'il entre fur la
fcene du monde.
SEPTEMBRE . 1755 . 83
Sur le bord d'une mer immenfe
L'homme au fortir de fon enfance ,
Par la nature eft expofé :
Là fon coeur ingénu fans guide , fans défenſe ;
Par la féduifante apparence
Eft à chaque inftant abufé :
Sur le mobile dos des ondes azurées ,
Les folâtres amours & les plaifirs légers
Déployant leurs aîles dorées ,
L'appellent par leurs jeux , & voilent les dan
gers ;
Les jours fereins de la jeuneffe ,
Le calme féducteur , les cris des Matelots ,
Tout le follicite & le preffe
De tenter la route des flots ;
Il part , fur les eaux il s'élance ,
L'impatient defir & la douce efpérance
Enflent la voile , & l'écartent du port ;
Mais à peine au loin de la plage
Voit-il difparoître le bord ,
Tout change , Pair frémit , tout annonce l'orage;
Tout découvre à fes yeux , trop tard deſabufés
Les périls où les jours demeurent exposés :
Des paffions tumultueuſes ,
Les rapides courans & les vents oppofés
Offrent à chaque inftant fur les mers orageufes ?
Les débris des vaiffeaux par les vagues brifés
A la fureur de la tempête ,
Lui-même tout-à-coup livré.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
L'orgueil , l'ambition , déchaînent fur fa tête ,
Leur fouffle impétueux contre lui conjuré ;
De la fougue des flots , malheureuſe victime ,
Quelquefois dans les cieux , quelquefois dans
l'abîme ,
Et loin de fa route égaré ;
Une mer inconnue & d'écueils hériffée ,
De toute part à fa nef fracaffée ,
Préfente un nauffrage affuré.
La mort eft la feule divinité qui puiffe
fauver l'homme de ce péril ; elle lui montre
la vanité des objets qui l'environnent ,
elle l'éclaire fur leur durée qui n'est que
d'un inftant. Inftruit par fes leçons le Poëte
n'envie point le fort des favoris de la
fortune : non , dit- il , leur état ne fçauroit
m'éblouir.
1
De troubles, de foupçons, leur ame environnée
Laiffe fuir le préfent , rédoute l'avenir ;
Et malgré leurs efforts leur vie eft moiffonnée
Avant qu'ils * ayent trouvé le moment de jouir.
L'ambition n'a pas plus de charmes pour
lui. En vain montre- t- elle fes favoris placés
fur le char de la gloire ou montés au
rang des Dieux ; l'ambitieux , dit M. V.
éblouit quelque tems l'univers :
* Ce mot , ayant , ne peut point s'élider , en con-
Sequence il ne doit jamais être employé qu'à la fim
d'un vers.
SEPTEMBRE. 1755. 8$
Aftre brillant il roule far nos têtes ,
Il excite , il appaife à fon gré les tempêtes ,
Il couvre l'Univers d'un feu qui l'éblouit :
Mais tandis qu'oubliant ſa foibleſſe premiere
Il répand à nos yeux fa plus vive lumiere ,
Par fa propre fplendeur féduit ,
Tu parles , & foudain du haut de fa carriere
L'aftre eft précipité dans l'éternelle nuit .
O mort ! continue le Poëte ,
O mort ! un ennemi cent fois plus rédoutable
Avoit fait chancéler mon coeur.
La volupté d'un charme inévitable
Verſoit déja fur lui le poiſon ſéducteur :
De fleurs fans ceffe couronnée ,
Autour de moi fa voix appelloit le plaifir ;
De délices environnée
Son regard dans mon ame allumoit le defir ;
C'en étoit fait , l'amour achevoit ma défaite ,
Ses liens pour jamais alloient me retenir;
Mais tu fouffles , & fur fa tête
J'ai vu les roſes fe flétrir.
Ces détails font terminés par cette réflexion.
Gloire , plaifir , pouvoir , richeffe ,
Atômes agités par l'aveugle Décffe ,
A la faveur d'un rayon lumineux ,
Vous voltigez quelque tems fous nos yeux :
Notre coeur ébloui s'empreffe
86 MERCURE DE FRANCE:
Pour arrêter votre cours incertain
Il vous pourfuit , il s'agite fans ceffe ,
Il croit vous pofféder enfin :
Mais le fouffle du tems vous emporte foudain,
Ce n'eft pas que M. V. ne trouve des
plaifirs dignes de fon coeur : l'amitié lui
offre des charmes aufquels il fe livre avec
tranfport , & qui le dédommagent de toutes
les traverſes de la vie humaine .
Telle une tendre fleur que le midi dévore ;
Sur fa tige panchée , & prête à fe flétrir ,
Renaît , s'épanouit , de nouveau ſe colore
Au fouffle amoureux du zéphir :
Telle au fein des foucis qu'à chaque inſtant fait
naître
Sur les
pas des humains
le deftin fans pitié
Mon ame prend un nouvel être
Aux doux accens de l'amitié.
Les Mufes viennent encore lui prodiguer
des plaifirs purs ; Erato , Uranie ,
Calliope , l'inftruifent & l'amufent tour à
tour : Cette derniere fur- tout égaie la folitude
du Poëte en formant devant lui
mille tableaux gracieux.
Tantôt elle lui peint le calme de la mer ,
Le ciel eft pur , l'air eft tranquille ,
Du foleil l'image mobile
SEPTEMBRE. 1755 .
$7
Luit & vacille au fond des eaux :
Zéphir & les Nymphes craintives
De mille rides fugitives
Sillonent mollement les flots.
Tantôt elle lui peint une agréable fête ;
Au pied d'un côteau fortuné
Venus de pampre orne fa tête ,
Bacchus de myrthe eft couronné ,
Guidés par l'aimable folie
Les amours barbouillés de lie
Folâtrent auprès des neuf foeurs :
Et les graces échevelées
Parmi les Bacchantes mêlées
Feignent d'éprouver leurs fureurs.
C'eft par de tels plaifirs , continue le
Poëte :
C'eſt par de tels plaifirs qu'égayant le voyage ,
Et variant l'emploi de mes paifibles jours ,
Du terreftre péle: inage
J'acheve doucement le cours ,
Prêt au moindre fignal de quitter fans allar
mes
Des biens dont ici -bas je jouis fans remords ....
Le fort qui nous attend après cette vie ,
ne cauſe aucun effroi à M. V. que les impies
, les injuftes & les autres criminels
foient faifis d'une jufte terreur au moment
$8 MERCURE DE FRANCE.
fatal qui les fait defcendre dans le tom
beau , pour lui il eft rempli d'une noble
confiance.
Mon coeur ( dit-il ) ne connoit point ces craintes
formidables.
Soumis envers les Dieux , jufte envers mes femblables
,
Vertueux , ou du moins zélé pour
la vertu
Sous le poids du courroux célefte
Je ne crains point d'être abattu ;
Et fi des paffions l'impreſſion funefte
Altere de mon coeur l'exacte pureté ,
Les Dieux qui l'ont formé , connoiffent qu'il
détefte
Sa fatale fragilité ;
Et fatisfaits de ma fincérité ,
Leur fouffle bienfaifant purifira le refte
De la débile humanité.
M. Perillier , Chancelier , a terminé la
féance par un Difcours fur la néceffité du
choix dans les lectures.
Fermer
Résumé : SUITE De la séance publique de l'Académie royale de Nismes.
Lors d'une séance de l'Académie royale de Nîmes, plusieurs œuvres littéraires ont été présentées. Le Marquis de Rochemore a lu une pièce en vers libres intitulée 'Épître d'Hypermnestre à Lyncée', inspirée des Héroïdes d'Ovide. Cette œuvre explore les tourments intérieurs d'Hypermnestre, qui doit décider si elle doit tuer son époux Lyncée, contrairement à ses sœurs qui ont assassiné leurs maris. Hypermnestre décrit les crimes de ses sœurs et ses propres dilemmes moraux, choisissant finalement d'épargner Lyncée. Cette version diverge de l'original d'Ovide par sa conclusion et l'absence de certains épisodes. M. Vincens a ensuite présenté une épître sur la mort, qu'il dépeint comme une divinité bienveillante enseignant aux humains à savourer la vie sans excès. Il compare la vie à une traversée maritime périlleuse, où la mort est la seule à pouvoir sauver l'homme des dangers des passions et des illusions. Vincens exprime son mépris pour les troubles et les soucis des favoris de la fortune et des ambitieux, préférant les plaisirs simples de l'amitié et des Muses. Il conclut en affirmant sa confiance en sa vertu et en la miséricorde des dieux face à la mort. La séance s'est conclue par un discours de M. Perillier sur la nécessité du choix dans les lectures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10042
p. 89-93
MEMOIRE
Début :
POUR le sieur Pierre Estève, de la Société royale des Sciences de Montpellier [...]
Mots clefs :
Quadrature du cercle, Découverte, Cercle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE
MEMOIRE
OUR le fieur Pierre Eftève , de la Société
royale des Sciences de Montpellier
, contre Meffire Jofeph - Louis- Vincent
de Mauleon de Caufans , & c . & contre le
fieur Jean Digard , ancien Ingénieur du
Roi , au fujet du prix propofé par M. de
Caufans , au premier qui démontreroit un
Paralogifme dans fa démonftration de la
quadrature du cercle . A Paris , chez Ch.
Aut. Jombert, Imprimeur- Libraire du Roi,
rue Dauphine ; & chez Duchefne , Libraire
, rue S. Jacques , au Temple du Goût ,
36 pag. in-4°.
Il n'eft prefque perfonne qui ignore que
M. le Chevalier de Caufans croit avoir
trouvé la quadrature du cercle : il a du
moins annoncé plufieurs fois dans tous les
Journaux la nouvelle de cette découverte.
D'abord il avoit fixé fa récompenfe à quatre
millions qui devoient lui être donnés
en forme de foufcription ; mais lorsqu'il
y a eu feulement fix cens mille livres dépofées
, il a bien voulu publier ce qu'il
appelloit une découverte merveilleuſe.
Comme il ne pouvoit fe faire adjuger l'argent
qui étoit dépofé pour être fa récompenfe
fans fe faire juger fur fes démonſtra
go MERCURE DE FRANCE .
tions , il configna chez un Notaire la fomme
de dix mille livres qui devoit être remife
au premier qui démontreroit un paralogifme
dans fa découverte de la quadrature
du cercle. C'eft ce prix qui fait
l'objet du procès littéraire dont traite le
mémoire que nous venons d'annoncer. On
y trouvera d'abord un précis très-exact de
tout ce qu'il y a d'hiftorique dans cette affaire
, nous y renvoyons le lecteur pour ne
l'entretenir ici que de ce qui fait le fonds
du procès .
M. Eftève nous apprend qu'il eft le premier
qui ait convaincu M. le Chevalier
de Caufans d'erreur : En effet il n'y a perfonne
qui ait déposé avant lui une démonftration
du paralogifme en queftion. Il a
donc rempli tout ce qui étoit impofé par
l'affiche qui avoit annoncé le prix , & il
feroit en droit de fe faire adjuger pour
lui-même les dix mille livres ; cependant
voici quelles font fes conclufions.
» Etant le premier qui a démontré au
» Chevalier de Caufans un paralogifme
» dans fa quadrature du cercle , il deman-
» de qu'il plaife à la Cour que les dix miln
le livres lui foient remifes comme ju-
» ftement acquifes ; & pour fonder une
» chaire de Mathématiques qui fera à fa
» nomination & pour l'inftruction de ceux
SEPTEMBRE. 1755. 91
qui pourroient à l'avenir confier indifcretement
leur fortune à un paralogifine
fait fur la quadrature du cercle.
L'Auteur du mémoire paffe enfuite aux
moyens qui établiffent fon droit . Il plaide
fa cauſe comme s'il étoit devant la Grand'-
Chambre du Parlement , qui doit juger
cette affaire. Il prouve que M. de Caufans
a fait un véritable contrat avec le
public , qu'il ne fçauroit s'en faire relever
qu'en implorant la proteclion que les Magiftrats
ne refufent point aux mineurs. Il fait
obferver que ce prix a été proposé avec
les formalités les plus rigoureufes que
la juftice ait jamais prefcrites pour cimenter
irrévocablement les conventions ;
qu'on ne doit pas le regarder comme un
pari , mais plutôt comme la récompenſe
des talens & le payement d'un travail qui
n'a été entrepris que pour fatisfaire M. de
Caufans à qui il étoit utile.
Pour qu'on puiffe connoître le ton &
le ſtyle de l'ouvrage , nous allons en tranſcrire
un paragraphe.
" Mais doit on être forcé à payer chere-
» ment ceux qui par de folides raiſons nous
» prouvent no re erreur ? Oui , quand on
l'a promis il eft vrai que dans la plu
» part des hommes l'amour propre s'oppofe
à un pareil marché; mais cela n'em-
J
(92 MERCURE
DE
FRANCE
.
n
99
pêche pas que M. de Caufans ne fe foit
engagé à donner dix mille livres à qui
lui démontreroit qu'il a ignoré les véri-
»tables principes de la géométrie . Puifque
» la loi ne lui a pas interdit les moyens de
» faire ufage de ce qu'il poffede , fon en-
» gagement ne fçauroit être revoqué. Si
» M. de Caufans eût été un homme vain
» & avide d'éloges , il auroit pû propofer
» la même fomme à qui auroit prouvé
qu'il étoit un grand homme ; mais n'é-
»coutant que les fentimens philofophiques
» dont il fait profeffion , il a feulement
demandé la démonftration de fon erreur.
Il feroit à fouhaiter que cet exemple
admirable trouva des imitateurs
» en propofant des prix pour qui nous dé-
» montreroit nos erreurs , nos défauts , nos
» vices & nos ridicules , on apprendroit à
» fe connoître foi -même , & on devien-
» droit plus parfait. C'eft à M. de Caufans
" que nous fommes redevables de cette
» idée avantageufe au bien de la fociété ,
» & nous ne fçaurions nous diſpenſer de
» lui en faire ici honneur.
On trouve encore dans ce mémoire un
dérail des avantages que procureroit la
découverte de la quadrature du cercle.
Les bornes de cet extrait ne nous permertent
pas de fuivre M. Eftève dans le dé-
(
SEPTEMBRE. 1755. 93
-veloppement de tous fes moyens , nous
nous contenterons de dire qu'indépendamment
de l'intérêt qu'on doit prendre à une
caufe qui doit être plaidée folemnellement
en la Grand'Chambre du Parlement ,
ce mémoire mérite d'être lû comme ouvrage
d'efprit & de littérature.
Voici le trait qui termine ce mémoire.
M. Eftève , après avoir prouvé que M. de
Caufans doit être condamné aux dépens :
ajoute » que fi M. de Caufans en faifant
»fon dépôt & fes affiches , n'a eu d'autre
» deffein que de violer le droit des gens
» en plaifantant le public en ce cas il
doit être condamné à des dommages
" en forme de réparation , & expier par
» la perte de fon argent l'indécence de fa
» mauvaiſe plaifanterie.
OUR le fieur Pierre Eftève , de la Société
royale des Sciences de Montpellier
, contre Meffire Jofeph - Louis- Vincent
de Mauleon de Caufans , & c . & contre le
fieur Jean Digard , ancien Ingénieur du
Roi , au fujet du prix propofé par M. de
Caufans , au premier qui démontreroit un
Paralogifme dans fa démonftration de la
quadrature du cercle . A Paris , chez Ch.
Aut. Jombert, Imprimeur- Libraire du Roi,
rue Dauphine ; & chez Duchefne , Libraire
, rue S. Jacques , au Temple du Goût ,
36 pag. in-4°.
Il n'eft prefque perfonne qui ignore que
M. le Chevalier de Caufans croit avoir
trouvé la quadrature du cercle : il a du
moins annoncé plufieurs fois dans tous les
Journaux la nouvelle de cette découverte.
D'abord il avoit fixé fa récompenfe à quatre
millions qui devoient lui être donnés
en forme de foufcription ; mais lorsqu'il
y a eu feulement fix cens mille livres dépofées
, il a bien voulu publier ce qu'il
appelloit une découverte merveilleuſe.
Comme il ne pouvoit fe faire adjuger l'argent
qui étoit dépofé pour être fa récompenfe
fans fe faire juger fur fes démonſtra
go MERCURE DE FRANCE .
tions , il configna chez un Notaire la fomme
de dix mille livres qui devoit être remife
au premier qui démontreroit un paralogifme
dans fa découverte de la quadrature
du cercle. C'eft ce prix qui fait
l'objet du procès littéraire dont traite le
mémoire que nous venons d'annoncer. On
y trouvera d'abord un précis très-exact de
tout ce qu'il y a d'hiftorique dans cette affaire
, nous y renvoyons le lecteur pour ne
l'entretenir ici que de ce qui fait le fonds
du procès .
M. Eftève nous apprend qu'il eft le premier
qui ait convaincu M. le Chevalier
de Caufans d'erreur : En effet il n'y a perfonne
qui ait déposé avant lui une démonftration
du paralogifme en queftion. Il a
donc rempli tout ce qui étoit impofé par
l'affiche qui avoit annoncé le prix , & il
feroit en droit de fe faire adjuger pour
lui-même les dix mille livres ; cependant
voici quelles font fes conclufions.
» Etant le premier qui a démontré au
» Chevalier de Caufans un paralogifme
» dans fa quadrature du cercle , il deman-
» de qu'il plaife à la Cour que les dix miln
le livres lui foient remifes comme ju-
» ftement acquifes ; & pour fonder une
» chaire de Mathématiques qui fera à fa
» nomination & pour l'inftruction de ceux
SEPTEMBRE. 1755. 91
qui pourroient à l'avenir confier indifcretement
leur fortune à un paralogifine
fait fur la quadrature du cercle.
L'Auteur du mémoire paffe enfuite aux
moyens qui établiffent fon droit . Il plaide
fa cauſe comme s'il étoit devant la Grand'-
Chambre du Parlement , qui doit juger
cette affaire. Il prouve que M. de Caufans
a fait un véritable contrat avec le
public , qu'il ne fçauroit s'en faire relever
qu'en implorant la proteclion que les Magiftrats
ne refufent point aux mineurs. Il fait
obferver que ce prix a été proposé avec
les formalités les plus rigoureufes que
la juftice ait jamais prefcrites pour cimenter
irrévocablement les conventions ;
qu'on ne doit pas le regarder comme un
pari , mais plutôt comme la récompenſe
des talens & le payement d'un travail qui
n'a été entrepris que pour fatisfaire M. de
Caufans à qui il étoit utile.
Pour qu'on puiffe connoître le ton &
le ſtyle de l'ouvrage , nous allons en tranſcrire
un paragraphe.
" Mais doit on être forcé à payer chere-
» ment ceux qui par de folides raiſons nous
» prouvent no re erreur ? Oui , quand on
l'a promis il eft vrai que dans la plu
» part des hommes l'amour propre s'oppofe
à un pareil marché; mais cela n'em-
J
(92 MERCURE
DE
FRANCE
.
n
99
pêche pas que M. de Caufans ne fe foit
engagé à donner dix mille livres à qui
lui démontreroit qu'il a ignoré les véri-
»tables principes de la géométrie . Puifque
» la loi ne lui a pas interdit les moyens de
» faire ufage de ce qu'il poffede , fon en-
» gagement ne fçauroit être revoqué. Si
» M. de Caufans eût été un homme vain
» & avide d'éloges , il auroit pû propofer
» la même fomme à qui auroit prouvé
qu'il étoit un grand homme ; mais n'é-
»coutant que les fentimens philofophiques
» dont il fait profeffion , il a feulement
demandé la démonftration de fon erreur.
Il feroit à fouhaiter que cet exemple
admirable trouva des imitateurs
» en propofant des prix pour qui nous dé-
» montreroit nos erreurs , nos défauts , nos
» vices & nos ridicules , on apprendroit à
» fe connoître foi -même , & on devien-
» droit plus parfait. C'eft à M. de Caufans
" que nous fommes redevables de cette
» idée avantageufe au bien de la fociété ,
» & nous ne fçaurions nous diſpenſer de
» lui en faire ici honneur.
On trouve encore dans ce mémoire un
dérail des avantages que procureroit la
découverte de la quadrature du cercle.
Les bornes de cet extrait ne nous permertent
pas de fuivre M. Eftève dans le dé-
(
SEPTEMBRE. 1755. 93
-veloppement de tous fes moyens , nous
nous contenterons de dire qu'indépendamment
de l'intérêt qu'on doit prendre à une
caufe qui doit être plaidée folemnellement
en la Grand'Chambre du Parlement ,
ce mémoire mérite d'être lû comme ouvrage
d'efprit & de littérature.
Voici le trait qui termine ce mémoire.
M. Eftève , après avoir prouvé que M. de
Caufans doit être condamné aux dépens :
ajoute » que fi M. de Caufans en faifant
»fon dépôt & fes affiches , n'a eu d'autre
» deffein que de violer le droit des gens
» en plaifantant le public en ce cas il
doit être condamné à des dommages
" en forme de réparation , & expier par
» la perte de fon argent l'indécence de fa
» mauvaiſe plaifanterie.
Fermer
Résumé : MEMOIRE
Le texte présente un mémoire rédigé par Pierre Estève, membre de la Société royale des Sciences de Montpellier, adressé contre Joseph-Louis-Vincent de Mauleon de Caussans et Jean Digard. Ce mémoire traite du prix proposé par Caussans pour quiconque démontrerait un paralogisme dans sa démonstration de la quadrature du cercle. Initialement, Caussans avait offert une récompense de quatre millions, puis réduit à six cent mille livres, et finalement déposé dix mille livres chez un notaire pour celui qui trouverait une erreur dans sa démonstration. Pierre Estève affirme avoir été le premier à démontrer un paralogisme dans la quadrature du cercle de Caussans, ce qui le rend éligible pour recevoir les dix mille livres. Il demande que cette somme lui soit remise afin de fonder une chaire de mathématiques et prévenir les erreurs futures dans ce domaine. Le mémoire détaille les arguments juridiques et éthiques soutenant la demande d'Estève, soulignant que Caussans s'était contractuellement engagé à récompenser quiconque prouverait son erreur. Le texte met également en avant les avantages potentiels de la découverte de la quadrature du cercle et loue l'initiative de Caussans, tout en critiquant son comportement si son intention était de tromper le public. Estève conclut en demandant que Caussans soit condamné aux dépens et à des dommages-intérêts si ses actions étaient malveillantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10043
p. 94-97
« C. JULII CAESARIS qua exstant opera. Cum A. Hirtii, sive Oppii commentariis de [...] »
Début :
C. JULII CAESARIS qua exstant opera. Cum A. Hirtii, sive Oppii commentariis de [...]
Mots clefs :
César, Auteurs latins, Historiens latins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « C. JULII CAESARIS qua exstant opera. Cum A. Hirtii, sive Oppii commentariis de [...] »
C. JULII CÆSARIS que exftant opera.
Cum A. Hirtii , five Oppii commentariis de
Bellis Gallic. Alexand. Afric. & Hifpanienfi.
Accefferunt ejufdem Cafaris fragmenta ,
nec non& nomina populorum , oppidorum ,
&fluviorum, qua apud Cafarem reperiuntur.
Parifiis , Typis Jofephi Barbou , viâ
Jacobaâ, fub Ciconiis , in- 12 . 2 tomi. C'eſtà-
dire , Euvres de Céfar , qui confiftent en
fes commentaires & en des fragmens de
SEPTEMBRE. 1755. 95
quelques-uns de fes autres écrits qui font
perdus. 2 vol. in- 12 . pag. 360 & 455.
Cette édition que Barbou , Libraire , rue
S. Jacques , vient de mettre au jour , a
tout ce qu'il faut pour lui mériter l'accueil
des perfonnes qui s'occupent de la lecture
des Auteurs Latins par état ou par goût.
La beauté du papier , la netteté des caracteres
, une planche dont elle eft ornée au
frontispice , concourent à la rendre trèsélégante
. Elle peut affurement aller de pair
avec les belles éditions de plufieurs Hiftoriens
Latins , qui ont paru depuis quelques
années dans le même format. On y
trouve des cartes particulieres de la Gaule,
de l'Italie , & de l'Eſpagne , où les lieux
qui font partie de ces trois différens pays ,
font marqués felon leur ancienne pofition .
Il y a auffi une notice alphabétique des
noms , des peuples , des villes , & des fleuves,
&c. dont il eft parlé dans Céfar. Mais
ce qui contribue fur- tout à en augmenter
le prix , eft une differtation latine , qui eft
inferée à la fuite des 8 livres de laguerre
des Gaules. Comme il n'y en a que fept qui
appartiennent véritablement à Céfar , on y
recherche quel eft précisément l'Auteur du
huitiéme , ainfi que des autres livres qui
traitent de la guerre d'Alexandrie , d'Afrique
& d'Espagne. Il fuffit de dire qu'elle
96 MERCURE DE FRANCE.
eft du célebre Henri Dodwel , pour faire
fon éloge . Il eſt aifé de le reconnoître à cẹ
grand fond d'érudition , & cette exactitude
de critique qui caractériſent prefque
toutes les productions , dont ce fçavant Anglois
a enrichi la République des Lettres.
C'eſt une raifon de plus qui la fera rechercher
des Sçavans. Nous ajouterons encore
que le même Libraire promet de donner
dans un pareil format les Auteurs fuivans ,
qui font indiqués à la fin du premier volume
, Quinte- Curce , Ovide , Pline ( du
P. Hardouin ) & Juftin. S'il apporte les
mêmes foins pour les éditions qu'il prépacelle
que nous annonçons
actuellement, il peut être perfuadé qu'elles
feront également bien reçues du public .
re , que pour
CATALOGUE des livres de feu M. R.....
dont la vente fera indiquée par affiches. Il
fe trouve chez G. Martin Libraire
S. Jacques. 1755 .
> rue
EXPÉRIENCES & RÉFLEXIONS
fur la ftructure & l'ufage des vifceres , fuivies
d'une explication Phyfico - méchanique
de la plupart des maladies ; par M.
Raimond Vieuffens , Confeiller , & Médecin
ordinaire du Roi , de l'Académie
des Sciences de Paris , & de la Société
royale
SEPTEMBRE. 1755. 97
royale de Londres. A Paris , chez Jean-
Thomas Hériffant , rue S. Jacques , à faint
Paul , & à S. Hilaire.
Cum A. Hirtii , five Oppii commentariis de
Bellis Gallic. Alexand. Afric. & Hifpanienfi.
Accefferunt ejufdem Cafaris fragmenta ,
nec non& nomina populorum , oppidorum ,
&fluviorum, qua apud Cafarem reperiuntur.
Parifiis , Typis Jofephi Barbou , viâ
Jacobaâ, fub Ciconiis , in- 12 . 2 tomi. C'eſtà-
dire , Euvres de Céfar , qui confiftent en
fes commentaires & en des fragmens de
SEPTEMBRE. 1755. 95
quelques-uns de fes autres écrits qui font
perdus. 2 vol. in- 12 . pag. 360 & 455.
Cette édition que Barbou , Libraire , rue
S. Jacques , vient de mettre au jour , a
tout ce qu'il faut pour lui mériter l'accueil
des perfonnes qui s'occupent de la lecture
des Auteurs Latins par état ou par goût.
La beauté du papier , la netteté des caracteres
, une planche dont elle eft ornée au
frontispice , concourent à la rendre trèsélégante
. Elle peut affurement aller de pair
avec les belles éditions de plufieurs Hiftoriens
Latins , qui ont paru depuis quelques
années dans le même format. On y
trouve des cartes particulieres de la Gaule,
de l'Italie , & de l'Eſpagne , où les lieux
qui font partie de ces trois différens pays ,
font marqués felon leur ancienne pofition .
Il y a auffi une notice alphabétique des
noms , des peuples , des villes , & des fleuves,
&c. dont il eft parlé dans Céfar. Mais
ce qui contribue fur- tout à en augmenter
le prix , eft une differtation latine , qui eft
inferée à la fuite des 8 livres de laguerre
des Gaules. Comme il n'y en a que fept qui
appartiennent véritablement à Céfar , on y
recherche quel eft précisément l'Auteur du
huitiéme , ainfi que des autres livres qui
traitent de la guerre d'Alexandrie , d'Afrique
& d'Espagne. Il fuffit de dire qu'elle
96 MERCURE DE FRANCE.
eft du célebre Henri Dodwel , pour faire
fon éloge . Il eſt aifé de le reconnoître à cẹ
grand fond d'érudition , & cette exactitude
de critique qui caractériſent prefque
toutes les productions , dont ce fçavant Anglois
a enrichi la République des Lettres.
C'eſt une raifon de plus qui la fera rechercher
des Sçavans. Nous ajouterons encore
que le même Libraire promet de donner
dans un pareil format les Auteurs fuivans ,
qui font indiqués à la fin du premier volume
, Quinte- Curce , Ovide , Pline ( du
P. Hardouin ) & Juftin. S'il apporte les
mêmes foins pour les éditions qu'il prépacelle
que nous annonçons
actuellement, il peut être perfuadé qu'elles
feront également bien reçues du public .
re , que pour
CATALOGUE des livres de feu M. R.....
dont la vente fera indiquée par affiches. Il
fe trouve chez G. Martin Libraire
S. Jacques. 1755 .
> rue
EXPÉRIENCES & RÉFLEXIONS
fur la ftructure & l'ufage des vifceres , fuivies
d'une explication Phyfico - méchanique
de la plupart des maladies ; par M.
Raimond Vieuffens , Confeiller , & Médecin
ordinaire du Roi , de l'Académie
des Sciences de Paris , & de la Société
royale
SEPTEMBRE. 1755. 97
royale de Londres. A Paris , chez Jean-
Thomas Hériffant , rue S. Jacques , à faint
Paul , & à S. Hilaire.
Fermer
Résumé : « C. JULII CAESARIS qua exstant opera. Cum A. Hirtii, sive Oppii commentariis de [...] »
Le texte présente une édition des œuvres de Jules César, réalisée par Joseph Barbou. Cette édition inclut les commentaires de César sur les guerres des Gaules, d'Alexandrie, d'Afrique et d'Espagne, ainsi que des fragments de ses autres écrits perdus. Elle se compose de deux volumes in-12, totalisant 360 et 455 pages. L'édition se distingue par la qualité du papier, la netteté des caractères et une planche ornant le frontispice. Elle comprend également des cartes de la Gaule, de l'Italie et de l'Espagne, marquant les lieux selon leurs anciennes positions, ainsi qu'une notice alphabétique des noms des peuples, villes et fleuves mentionnés par César. Une dissertation latine, attribuée à Henri Dodwell, examine l'auteur du huitième livre de la guerre des Gaules et des autres livres traitant des guerres d'Alexandrie, d'Afrique et d'Espagne. Dodwell est reconnu pour son érudition et son exactitude critique. Le libraire Barbou prévoit de publier d'autres auteurs, tels que Quinte-Curce, Ovide, Pline et Justin, dans le même format. Le texte mentionne également la vente des livres de feu M. R., annoncée par affiches chez G. Martin, libraire rue Saint-Jacques. Enfin, il est fait référence à un ouvrage de M. Raimond Vieussens sur la structure et l'usage des viscères, publié chez Jean-Thomas Hérissant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10044
p. 97-123
« LEÇONS de Physique expérimentale, par M. l'Abbé Nollet, de l'Académie royale [...] »
Début :
LEÇONS de Physique expérimentale, par M. l'Abbé Nollet, de l'Académie royale [...]
Mots clefs :
Lumières, Expérience, Expériences, Rayons, Yeux, Physique expérimentale, Physique, Couleurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LEÇONS de Physique expérimentale, par M. l'Abbé Nollet, de l'Académie royale [...] »
LEÇONS de Phyfique expérimentale ,
par M.l'Abbé Nollet , de l'Académie roya
le des Sciences , Profeffeur de Phyfique
expérimentale au College de Navarre , &c.
tome v. A Paris , chez Guerrin & De Latour
, rue S. Jacques , à S. Thomas d'Acquin
.
Ce volume , que le public attendoit depuis
long-tems , traite de la lumiere & des
couleurs , matiere intéreſſante , & qui
s'affujettit mieux qu'aucune autre partie
de la phyfique aux régles de la Géométrie
& au calcul , mais que l'auteur , obligé de
fuivre la méthode qu'il a embraffée pour
tout l'ouvrage , s'eft appliqué à rendre
fenfible par la voie de l'expérience. Cela
nous met à portée de voir jufqu'à quel
point les faits quadrent avec la théorie ;
& nous voyons que les perfonnes qui commencent
à s'appliquer à cette fcience
prendront facilement par la lecture de
ces leçons des idées claires & méthodiques
qu'elles auroient peine à acquerir autrement.
Nous en avions conçu cette opinion en
confidérant que les principes y font expo
E
98 MERCURE DE FRANCE.
fés avec clarté , que les expériences qui
leur fervent de preuves , font curieuſes
décifives , & très bien repréfentées par les
figures ; mais nous en fommes encore plus
perfuadés , en apprenant par la voie du
public , avec quel intérêt & quelle affiduité
des perfonnes de tout âge & de toute
condition , fe font affemblées pendant les
mois de Juin & de Juillet derniers au
Collége de Navarre , pour continuer d'entendre
M. l'Abbé Nollet , & lui voir exécuter
les expériences qui concernent cette
matiere ; c'est peut- être la premiere fois
qu'on ait entrepris avec fuccès de les faire
voir à soo , à 600 perfonnes en même
terns.
Le volume dont nous parlons , contient
trois leçons ; fçavoir , la quinziéme , la
feizième , & la dix-feptiéme, & voici l'ordre
dans lequel les matieres fe préfentént.
L'auteur expofe d'abord l'état de la que
ftion qu'il fe propofe de traiter , il en fait
l'hiftoire ; & après avoir annoncé des propofitions
, il les établit par des raifons ou
par des expériences dont il a foin de bien
expliquer le méchanifme : après quoi il
fait venir par forme de remarques ou d'applications
les effets naturels qui peuvent
dériver du principe établi , ou avoir quelSEPTEMBRE.
1755. 99
j
que rapport avec les expériences qui ont
fervi de preuves.
Dans la quinziéme leçon , par exemple,
où il s'agit d'abord de la nature & de la
propagation de la lumiere , M. L. N. expofe
au Lecteur les deux principales opinions
qui partagent aujourd'hui les Phyficiens
, celle de Defcartes & celle de
Newton ; il embraffe la premiere avec
quelques modifications , il rend raifon du
parti qu'il prend , il prévient les objections
qu'on pourroit lui faire ; & enfin il
en vient à des expériences par lefquelles
il prétend prouver que la lumiere eft une
matiere fubtile univerfellement répandue
au- dehors , comme au- dedans des corps ,
& toujours prête à devenir fenfible par le
mouvement qu'elle peut recevoir des corps
enflammés , ou par la clarté du jour auquel
elle fe trouve expofée . Ces expériences
donnent lieu à une hiftoire trèscurieufe
des phofphores , où l'on trouve
des nouvelles découvertes .
L'auteur examine enfuite les directions
que la lumiere fuit dans fes mouvemens ,
foit qu'elle vienne directement du corps
lumineux vers nos yeux , foit qu'elle rencontre
en fon chemin un obftacle qui l'oblige
à fe refléchir , foit enfin qu'elle paffe
d'un milieu dans un autre de différente
denfité. E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
Il s'arrête d'abord au mouvement direct
, & après quelques définitions néceffaires
pour l'intelligence de la queſtion ,
il énonce le principe de l'Optique , proprement
dite , en quatre propofitions , dont
voici les deux premieres. 1 ° . En quelque
endroit qu'on préfente un plan vis- à - vis
d'un point radieux , ce plan devient comme
la bafe d'une pyramide de lumiere.
2º. Ce plan eſt moins éclairé à meſure
qu'il s'éloigne du point radieux.
Deux expériences mettent ces faits fous
les yeux , & apprennent en même tems
dans quel rapport fe fait le décroiffement
de la lumiere , & l'accroiffement de l'ombre.
En comparant avec ces deux épreuves
ce qui fe paffe à l'égard de l'oeil qui ſe
préfente vis- à- vis d'un objet éclairé , on
conçoit d'abord & très facilement , comment
plufieurs perfonnes placées en différens
endroits apperçoivent enfemble le
même corps , fi petit qu'il foit ; pourquoi
nous ne pouvons voir qu'en ligne droite ;
par quels moyens nous jugeons de la diftance
quand elle eft petite ; quelle eſt la
caufe des ombres , ce qui régle leur grandeur
& leurs figures ; par quels moyens
la lumiere peut augmenter ou diminuer
pour le même oeil , & c.
SEPTEMBRE . 1755. 101
Les deux autres propofitions font énoncées
ainfi . 3 ° .Si le corps lumineux eft d'une
grandeur & d'une figure fenfibles , le plan
qu'on lui préfente , devient la bafe commune
d'autant de pyramides de lumiere ,
qu'il y a de points radieux tournés vers
lui. 4 ° . Si au lieu d'un plan qui arrête la
lumiere , on fait un trou dans une planche
mince , les pyramides lumineufes qui
viennent des différens points de l'objet
s'y croifent , paffant de droite à gauche
de haut en bas , &c . Deux expériences qui
mettent ces faits fous les yeux , font naître
naturellement les applications fuivan
tes.
,
>
Comment fe forment les images des
objets au fond de l'oeil ? pourquoi nous
voyons ces objets droits , quoique leurs
images foient renversées fur l'organe ;
par quels moyens nous jugeons des grandeurs
& des diftances des corps que nous
appercevons ; d'où vient que deux files de
foldats ou deux murailles paralleles feniblent
fe rapprocher l'une de l'autre , à mefure
qu'elle s'éloignent de nous ; pour
quelle raifon la furface d'un canal femble
s'élever dans l'éloignement ; pourquoi la
figure d'un grand corps apperçu de loin ,
change fuivant la direction de nos regards ?
Şur quelles régles eft fondée la perfpe-
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
&tive ? Comment les mouvemens apparens
des corps qu'on regarde dans le lointain ,
différent des mouvemens réels , tant pour
la direction que pour la vîteffe Dans
quels cas leur viteffe paroit nulle , ou devient
infenfible ? Comment l'habitude , le
préjugé , les connoiffances précédemment
acquifes , nous font juger des grandeurs
& des diftances ? d'où vient que nous
voyons la voûte du ciel comme furbaiffée ,
le foleil & la lune plus grands à leur lever
qu'au zénith , & c.
La feizième leçon comprend la catoptrique
& la dioptrique , c'est - à - dire les
mouvemens de la lumiere refléchie , &
ceux de la lumiere refractée .
L'Auteur commence par une differtation
qui nous a paru curieufe , & dans laquelle
il entreprend de prouver contre
l'opinion commune que la lumiere ne ſe
refléchit point de deffus les parties propres
des corps polis , des miroirs par exemple
, mais de deffus les particules de lumiere
qui font logées & comme enchaffées
dans les pores de ces furfaces. M. L. N.
s'attend bien que cette opinion aura de
la peine à prendre dans l'efprit de fes lecteurs.
J'avoue , dit - il , qu'en embraf-
» fant cette opinion , on fe met dans la
» néceffité de renoncer aux idées les plus
SEPTEMBRE. 1755. 103
33
communes , & de fe roidir contre des
préjugés bien accrédités & bien difficiles
à vaincre. Se perfuadera - t - on , par
exemple , que les corps ne foient pas
vifibles par eux-mêmes , mais feulement
par les points de lumiere , dont les fur-
» faces font parfemées ? qu'à proprement
» parler , nous n'avons jamais rien vû de
" tout ce que nous avons touché : cepen-
» dant , quel moyen de penfer autrement ,
» fi nous ne pouvons rien voir que ce qui
» nous renvoie de la lumiere , & fi les
» rayons qui nous tracent les images des
objets ne peuvent être renvoyés vers nos
»yeux que par les globules de cette ma-
» tiere impalpable qui fe trouve dans la
» même fuperficie , avec les parties pro-
»pres des corps .
Voici une comparaifon qui vient à
l'aide .
d'a
Quand vous jettez la vûe fur un mor-
» ceau de drap teint en écarlatte , continue
" M. L. N. votre premiere penſée n'eft-
"elle pas que vous voyez un tiffu de lai-
» ne , & ne vous revolterez - vous pas
» bord contre quiconque vous foutien-
» droit que vous voyez toute autre chofe
" que cela ? cependant , fi vous y faites
» attention , vous ferez obligé de convenir
que vous n'appercevrez qu'un enduit
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
ور
de cochenille adhérent à la matiere
»propre de l'étoffe , des particules colo-
» rantes incruftées dans les pores de la
» laine ; en un mot , une fubftance étran-
» gere à l'objet que vous avez en penſée ,
» & qui ne vous laiffe voir de lui que fa
"grandeur , fa fituation , fa figure , & nul-
» lement fa matiere propre ... Voilà donc
» des cas avoués de tout le monde , où les
" corps ne font pas vifibles
leur
par
pro-
" pre matiere
, mais par une ſubſtance
» étrangere
qui s'eft logée dans leurs pores.
Il faut voir dans l'ouvrage même
les autres raifons que l'Auteur fait valoir
en faveur de cette hypothèfe , & de quelle
maniere il prévient les difficultés qu'on
pourroit alléguer contre.
On trouve enfuite la defcription d'un
inftrument nouveau & commode pour me
furer l'angle de réflection de la lumiere
dans toutes fortes de cas , & l'on voit par
une premiere expérience qui fert comme
de bafe à toutes les autres du même genre ,
qu'un rayon fimple étant refléchi par un
miroir , fait fon angle de réflection égal
à celui de fon incidence.
Les principales conféquences de ce premier
principe fe rendent fenfibles par des
expériences où l'on emploie fucceffivement
des rayons paralleles , convergens &
SEPTEMBRE. 1755. 105
divergens , d'abord avec un miroir plan ,
enfuite avec un miroir convexe , & enfin
avec un miroir concave ; cela fait neuf
combinaiſons , dont les trois premieres
font connoître , que le miroir plan en renvoyoiant
la lumiere, ne change rien à la fituation
refpective des rayons incidens , &
l'on en tire les raifons des effets fuivans .
On apprend pourquoi un feul miroir
plan ne peut fervir à raffembler les rayons
folaires dans un foyer. D'où vient que
dans un tel miroir l'image fe voit derriere
, & auffi loin que l'objet en eft éloigné
par-devant. Par quelle raifon la grandeur
& la figure apparentes font conformes à
celles de l'objet que l'on regarderoit direêtement
de la même diftance. De quelle
grandeur doit être le miroir plan , pour
qu'on puiffe s'y voir tout entier? Comment
la fituation de l'image fe régle relativement
à celle de l'objet qui eft placé devant
une glace ? Pourquoi & comment les images
fe multiplient entre deux miroirs ? De
quelle maniere on doit expliquer les effets
des miroirs prifmatiques & pyramidaux ,
& c .
Les trois combinaiſons fuivantes fè font
avec un miroir convexe , & font voir : 1º .
que tous les miroirs de cette efpece , petits
ou grands , diminuent pour le moins
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
la convergence des rayons qui tendroient
à fe réunir. 2 ° . Qu'ils rendent divergens
ceux qui ne font que paralleles . 3". Qu'ils
augmentent la divergence de ceux qui en
avoient déja avant que de refléchir. Ce
qui fert à expliquer
Pourquoi de tels miroirs rarefient la
lumiere , & par quelle raifon celle qui
nous vient de la lune & des autres planetes
eft fi foible ? Pourquoi l'image dans
ces fortes de miroirs paroît plus petite que
fon objet , plus près que lui du miroir ,
& fouvent défigurée ?
le
Enfin les trois dernieres combinaiſons.
fe font avec le miroir concave , & montrent
, 1 °. que les rayons paralleles deviennent
convergens. 2 ° . Que ceux qui
font convergens dans leur incidence
font davantage après la réflection . 3 °. Que
ceux qui font divergens , le deviennent
moins , ce qui peut aller jufqu'à les rendre
paralleles , ou même convergens .
›
Ces faits fourniffent des raifons pour
expliquer , pourquoi un charbon ardent
placé au foyer d'un miroir concave , &
excité par le vent d'un foufflet , allume de
l'amadoue au foyer d'un femblable miroir
, élevé parallelement en face du premier
, à la diſtance de trente ou quarante
pieds. Combien les rayons folaires renSEPTEMBRE.
1755. 107
voyés par ces fortes de miroirs , deviennent
capables d'embrafer ou de fondre les
corps les plus durs & les plus compactes :
d'où vient que dans certains cas les images
fe voyent entre la furface réfléchiffante
& l'oeil du fpectateur. Par quelle raifon
l'image y paroît plus grande que l'objet
& renversée , &c .
M. L. N. enfeigne ici par occafion , de
quelle maniere on fait des miroirs concaves
de verre , foit de plufieurs pieces , ſoit
d'une feule glace pliée au feu , & comment
ces derniers fe mettent au tain . Après
quoi il traite des miroirs mixtes , & explique
les effets de ceux qui font cylindriques
& côniques .
Il s'agit après cela des principes de dioptrique
, ou de la lumiere réfractée. L'auteur
déduit les loix de la réfraction , d'une
expérience dans laquelle il employe
une machine très- commode , & qu'il décrit
avec beaucoup d'exactitude : il rap-
-porte les différens fentimens des Phyficiens
fur les caufes de la réfraction , il embraffe
celui des Carthéfiens en expofant
les raifons qui le déterminent , & paffe à
l'explication de certains effets qui ont rapport
à fa premiere expérience.
Il enfeigne pourquoi un bâton en partie
plongé obliquement dans l'eau paroît
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
comme rompu ; par quelle raifon une piece
de monnoye placée au fond d'une cuvette
remplie d'eau , fe fait voir à ceux qui
ne l'appercevoient pas quand le vafe ne
contenoit que de l'air. M. L. N. remarque
comme une conféquence naturelle de
ces effets , que le poiffon qui eft dans un
étang voit au- delà des bords , des objets
qu'il ne pourroit appercevoir en droite
ligne : que nous voyons de même le foleil,
la lune , les étoiles , & c. avant que ces
aftres foient réellement fur l'horton , à
caufe des réfractions de la lumiere dans
l'atmosphere terreftre ; il fait fentir pourquoi
ce dernier effet diminue à meſure que
l'aftre s'éleve ; comment il peut arriver que
le foleil ou la pleine lune paroiffe ovale ,
dans quel cas l'on peut voir la lune éclipfée
, le foleil n'étant pas encore couché :
pourquoi la lune éclipfée paroît à nos yeux
d'un rouge obfcur. &c.
M. L. N. confidérant que les milieux
réfringens ne peuvent être terminés que
par des furfaces planes , concaves ou convexes
, examine dans ces différens cas quels
changemens il doit arriver ; 1 ° à des
rayons paralleles , enfuite à des rayons divergens
, & enfin à des rayons convergens;
ce qui fait encore neuf combinaifons que
l'auteur met en expériences.
SEPTEMBRE. 1755 . 109
Des trois premieres dans lefquelles on
employe un milieu réfringent terminé
par deux furfaces planes & paralleles entr'elles
, il réfulte 1 ° que des rayons qui
font paralleles entr'eux dans leur incidence
, reftent paralleles après la réfraction ,
foit en paffant du milieu le plus rare dans
le plus denfe , foit en paffant de celui- ci
dans l'autre , au moins dans le cas ou le
milieu réfringent n'a qu'une médiocre
épaiffeur : 2 ° que dans le premier de ces
deux cas les rayons convergens le deviennent
moins , & que dans le fecond ils reprennent
le degré de convergence qu'ils
avoient perdu : 3 ° que des rayons divergens
mis à pareille épreuve , perdent d'abord
une partie de leur divergence & la
reprennent enfuite.
On apprend dans deux corollaires qui
fuivent ces expériences , ce qu'on doit attendre
d'un milieu réfringent qui feroit
terminé par deux furfaces courbes , mais
concentriques , ou de celui dont les furfaces
oppofées feroient planes , mais inclinées
l'une vers l'autre .
Par des applications naturelles de ces
faits , on voit pourquoi tout ce que nous
appercevons en regardant dans l'eau , nous
paroît élevé vers la furface ; par quelle raifon
les baffins remplis d'eau nous paroifITO
MERCURE DE FRANCE.
fent moins profonds qu'ils ne le font en
effet , d'où vient que le fond de l'eau , s'il
eft d'une grande étendue nous ſemble courbe
quoiqu'il foit droit ; pourquoi les verres
taillés en prifmes nous changent le lieu de
l'objet , & par quelle raifon ceux qui font
à facettes , nous en multiplient l'image,
& c.
par
Les quatrieme , cinquieme & fixieme
combinaiſons ſe font avec un milieu plus
denfe que l'air , l'air , terminé des furfaces
convexes , & apprennent 1 ° que des rayons
paralleles en entrant dans un tel milieu
deviennent convergents. 2° que fi dans
leur incidence , ils convergeoient au centre
de la ſphéricité du milieu réfringent
il ne leur arrive aucun changement . 3 ° que
leur convergence diminue s'ils tendoient
à fe réunir plus près que le centre , & qu'ellé
augmente au contraire dans le cas oppofé
: 4° que les rayons divergens y perdent
au moins une partie de leur divergence ,
ce qui peut aller jufqu'à les rendre paralleles
, & même convergens.
De cette théorie rendue fenfible par l'expérience
, on tire naturellement l'explication
des faits que voici.
Pourquoi l'ufage des bocaux de verre
remplis d'eau , eft- il fi utile aux artiſtes qui
ont be foin d'une lumiere vive. D'où vient
1
SEPTEMBRE. 1755. III
que les corps plongés dans des vafes de
verre , ordinairement cylindriques , ou à
peu près , nous paroiffent difformes quand
ces vafes font pleins d'eau . Pourquoi les
corps tranfparens & fphériques , raffemblent
les rayons du foleil dans un foyer ; à
quelle diſtance on doit attendre le foyer ;
pourquoi en cherchant à former des foyers,
on a fubftitué les lentilles aux globes , fur
quelles confidérations on a réglé la largeur
des lentilles tranfparentes. Comment les
verres lenticulaires amplifient les images
des objets ; comment dans certains cas
elles nous font voir entr'elles & nous : d'où
vient qu'elles defforment quelques fois ces
images , & c .
>
Par les trois dernieres combinaifons qui
fe font avec un milieu réfringent terminé
par des furfaces concaves , on apprend
1º que par de tels milieux , les rayons paralleles
font rendus divergens ; 2° que
ceux qui font convergens y perdent une
partie de leur convergence , ce qui peut
aller jufqu'à les rendre paralleles ou même
divergens ; 3 ° que des rayons divergens
qui ont leur point de difperfion au centre
même de la concavité du milieu réfringent
, ne fouffrent aucun changement ;
mais que ceux qui viennent de plus loin
que ce centre , augmentent en divergence ,
112 MERCURE DE FRANCE.
<
& qu'il arrive tout le contraire à ceux qui
viennent de plus près.
On voit par là pourquoi les verres concaves
dont fe fervent les perfonnes qui ont
la vûe courte ; font voir les objets plus
petits qu'on ne les voit à la vûe fimple ;
pourquoi l'image eft plus près du verre par
derriere , que l'objet ne l'eſt par-devant ;
d'où vient que ces fortes de verres , diminuent
la clarté de la vifion , & c. 1
Dans la dix- feptieme leçon M. L. N.
commence par traiter des couleurs : « Nous
diftinguons , dit- il , les objets vifibles ,
» non-feulement par leur grandeur , leur
» figure, leur fituation , leur diftance , leurs
dégrés de clarté , & c. mais encore par
» une forte d'illumination qui fait que
» chacun d'eux brille à nos yeux d'une
>>
و ر
façon particuliere , & qui ne dépend
»pas de la quantité de lumiere qui l'éclaire
, c'eft ce dernier moyen de vifibilité
que la nature varie avec une magni-
» ficence fans égale , & dont elle embellit
» toutes fes productions ; c'eft , dis- je ,
» cette apparence particuliere des furfaces
» que nous nommons couleur en général ,
» & dont nous exprimons les efpeces par
les noms de blanc , de rouge , de jaune ,
» de bleu , & c.
Les couleurs peuvent être confidérées
SEPTEMBRE. 1755. 113
1° dans la lumiere à qui elles appartiennent
effentiellement ; 2 ° . dans les corps
en tant que colorés . 3 ° . & dans celui de
nos fens qu'elles affectent particulierement
, & par lequel nous les diftinguons ;
c'eft aufli l'ordre dans lequel l'auteur traite
cette partie ; il préfere le fentiment de
Newton à celui de Defcartes , ou plutôt
il les adopte tous deux , en faifant remarquer
qu'ils ne font pas incompatibles ; &
après avoir rapporté hiftoriquement ce qui
donna occafion aux découvertes du philofophe
Anglois , il remet fous les yeux l'expérience
fondamentale , qui lui fir foupçonner
les deux points capitaux de tout
fon fyftême , fçavoir 1 ° que la lumiere
naturelle eft compofée de fept efpeces de
rayons plus réfrangibles , & plus réflectibles
les uns que les autres ; 2 ° que chacun
de ces rayons a le pouvoir d'exciter conftamment
en nous l'idée d'une couleur particuliere,
D'où il fuit que le défaut de couleur
dans la lumiere naturelle , vient de
l'affemblage complet de tous les rayons
colorés , & que le noir n'eft qu'une privation
de lumiere , plus ou moins parfaite.
M. L. N. rapporte , non pas toutes les
expériences que Newton a faites pour établir
cette doctrine , mais les plus décifives
& les moins difficiles à exécuter , afin , dit114
MERCURE DE FRANCE.
il , que chacun de fes lecteurs puiffe entreprendre
de les répéter , fans craindre de les
manquer. C'eft dans cette vue fans doute ,
qu'il avertit dans des notes , des précautions
qu'il faut prendre en certains cas , du
choix qu'il faut faire des inftrumens & des
manipulations les plus propres à procurer
un heureux fuccès.
A l'occafion de ces expériences , l'auteur
fuivant toujours fa méthode , ne manque
pas de rendre raifon des effets naturels qui
peuvent s'y rapporter. Il apprend par exemple,
pourquoi les objets paroiffent teints
de diverfes couleurs quand on les regarde
au travers d'un prifme de verre , pourquoi
ces couleurs font fituées différemment
quand l'objet eft brun fur un fond clair ,
que quand il eft blanc fur un fond obfcur :
d'où vient qu'une riviere ou un canal vû à
travers un prifme , prend la forme d'un arc
de diverfes couleurs dont la convexité eft
tournée vers la terre : par quelle raiſon un
verre plein d'eau fait paroître dans certaines
occafions avec diverfes couleurs , les
rayons folaires qui le traverfent ; pourquoi
les diamans & les pierres fauffes qui font
brillantées , repréfentent les mêmes couleurs
que le prifme ; enfin comment ſe
forme l'arc-en-ciel , & quelles font les caufes
de fes diverfes apparences.
Après avoir confidéré les couleurs dans
SEPTEMBRE . 1755. 115
la lumiere , M. L. N. examine comment il
peut fe faire que parmi différens corps expofés
à la lumiere naturelle du jour , les
uns fe teignent conftamment des rayons
d'une certaine espece , tandis que d'autres
fe colorent autrement : il penfe que cela
dépend de leurs différentes porofités &
primitivement de la grandeur & de la figure
de leurs parties infenfibles ; car fi les
pores d'une furface font propres à loger
une certaine efpece de lumiere , on conçoit
que les rayons de même nature qui
tomberont deffus , feront réfléchis plus
complettement & en plus grande abondance
que les autres ; & fi c'eft un corps
tranfparent qui foit imbu de cette efpece
particuliere de lumiere , les rayons incidens
de la même efpece , pourront mieux
que d'autres tranfmettre leur action à ceux
qui font au-delà : ainfi , fuivant cette opinion
, tous les corps font pleins de lumiere ;
ceux qui la contiennent avec toutes fes
efpeces , font propres à réfléchir ou à tranf
mettre toutes celles qui fe préfentent à leur
furface , s'ils font opaques ils nous paroiffent
blancs ou brillans , s'ils font tranfparens
, nous les voyons clairs & limpides
comme le verre ou l'eau . Ceux qui n'ont
admis dans leurs pores qu'une forte de
lumiere , ne renvoyent ou ne tranfmettent
116 MERCURE DE FRANCE.
que celle- là , & nous paroiffent rouges ;
verts, bleux , jaunes , & c. Ceux enfin qui
par une contention particuliere de leurs
parties propres ou par le mauvais alignement
de leurs pores , ne peuvent ni renvoyer
ni tranfmettre l'action d'aucune
efpece de lumiere , nous leur avons donné
le nom de noirs ou d'obscurs.
Cette hippothefe eft appuyée par une
fuite d'expériences curieufes , dans lef
quelles on voit 1 ° que deux liqueurs claires
comme de l'eau , étant mêlées enfemble
, fe montrent fous une couleur qu'elles
n'avoient ni l'une ni l'autre. 2 ° . Qu'ane
liqueur fans couleur , fait paffer du
bleu au rouge , ou du verd au violet une
autre liqueur avec laquelle on la mêle .
3 °. Qu'une couleur très- limpide rend
opaque une autre liqueur qui ne l'étoit
pas plus qu'elle ; 4° . enfin , qu'une goute
ou deux d'une certaine liqueur , rend la
limpidité à un mélange qui étoit opaque
& coloré.
A l'appui de ces expériences , arrivent
les obfervations fuivantes , qui s'expliquent
comme elles d'une maniere affez
plaufible , en fuppofant qu'un changement
de porofité fuperficielle ou intime
dans les corps , eft la principale caufe de
leurs changemens de couleur.
2
SEPTEMBRE. 1755 117
On obferve que le papier bleu ou violet,
devient rouge , quand il eft touché par un
acide , que les étoffes fe tachent , par l'attouchement
des matieres qui peuvent en
altérer la texture : que l'action du feu ,
celle du foleil rougit les écreviffes , les
crabes & les autres poiffons cruftalés , que
l'impreffion continuelle de l'air fait prêndre
la couleur verte aux plantes , & qu'en
les en privant on les fait blanchir ; que
plufieurs teintures ou fucs naturels , paffent
d'une couleur à l'autre par la même caufe ;
qu'une legere fomentation fuffit fouvent
pour produire des effets ſemblables , &c .
L'auteur cherche enfuite qu'elle eft la
caufe de la tranſparence des corps : après
avoir remarqué , qu'il n'y a aucun corps .
ni abfolument tranfparent , ni abfolument
opaque , il prouve par plufieurs expériences
& obfervations , qu'un corps , toutes
chofes égales d'ailleurs , trafmet d'autant
mieux la lumiere , que fes parties font plus.
homogenes , ou d'une denfité plus uniforme.
Ces expériences apprennent à ſe défier
de la mauvaiſe foi de certaines gens qui
alterent & changent les écritures , elles
expliquent auffi pourquoi dans certains
tems , le foleil paroît d'un rouge de fang,
= & fe laiffe voir fans bleffer la vûe : par
118 MERCURE DE FRANCE.
quelle raifon la teinture noire eft plus belle
& plus durable quand cette étoffe a été
mife au bleu auparavant.
Le refte de la dix- feptieme leçon roule
fur la vifion , tant naturelle qu'artificielle ;
M. L. N. diftingue ainfi celle qui fe fait à
la vûe fimple de celle qui eft aidée par
quelque inftrument de dioptrique ou de
catoptrique .
par
*
Cette partie commence par une defcription
de l'oeil qui expoſe en détail les parties
de cet organe, leurs différentes fonctions
que l'on imite des expériences
fort curieufes , fort inftructives , & qui
donnent lieu aux explications fuivantes.
Pourquoi la prunelle de l'oeil fe retire
au grand jour , & fe dilate dans l'obfcurité
: comment varient les limites de la
vifion diſtincte ; en quoi confifte le défaut
de la vûe courte , & celui de la vûe longue
: d'où vient que les Myopes , regar- 2
dent de fort près , & les Prefbites de fort
loin : par quelles raiſons l'on croit
que la
vifion s'accomplit fur la choroïde , & non
pas fur la retine : quels moyens contribuent
à la clarté des images , qui fe peignent
au fond de l'oeil. Pourquoi les objets
vifibles qui fe meuvent rapidement ,
produifent des images qui ne leur reflemblent
pas d'ou vient qu'avec les deux
SEPTEMBRE. 1755. 119
yeux nous ne voyons ordinairement qu'une
fois le même objet , quoiqu'il fe peigne
également dans les deux. Comment l'uſage
fimultané des deux yeux nous aide à juger
des petites diſtances. Quelle eft la caufe
duftrabisme ou vûe louche. En quoi confifte
cette maladie de l'oeil appellée cararacle
, comment on y remédie ; pourquoi
dans certaines circonftances on voit tous
les objets teints de la même couleur.
A la fuite de ces obfervations , M. L. N.
explique d'où peuvent naître ces éclats de
lumiere qu'on appeçoit la nuit en ſe frottant
les yeux , ou lorfqu'on fe donne quelque
coup à la tête ; il parle auffi de ces couleurs
que l'on continue de voir , lorsqu'on
ferme les yeux après avoir regardé lé foleik
couchant , ou bien lorfqu'on applique la
vûe pendant quelque tems fur un même
corps de quelque couleur éclatante .
M. L. N. finit , par expliquer les effets
des principaux inftrumens qui fervent à
aider la vûe : « La vifion naturelle , dit-il,
lorfqu'elle eft dans fa plus grande force ,
» dans fon état le plus parfait , eft afſujet-
» tie à des conditions & renfermée dans
» des limites ; fi l'objet n'eft pas découvert
» au point que de lui à nous on puiffe tirer
une ligne droite fans obftacle , nous ne
l'appercevons pas fût-il même conve
120 MERCURE DE FRANCE.
» nablement exposé à nos regards , s'il eft
» trop loin ou trop petit , il nous échappe :
» & c'est encore pis fi l'oeil eft affoibli ou
» mal conformé ; la petiteffe & la diſtance
» le gênent encore davantage.
33
33
33
» Ces inconvéniens ont fubfifté longtems
fans remede ; mais enfin le hazard
» d'un côté , l'induſtrie de l'autre éclairée
& foutenue par l'étude , nous en ont
» affranchis en quelque façon ; par le fecours
des miroirs & des verres taillés
d'une certaine maniere , nous pouvons
» appercevoir ce qui eft caché à nos regards
» directs ; nous découvrons dans le fein de
la nature des êtres qui fembloient devoir
être à jamais imperceptibles pour nous :
» les objets trop éloignés fe rapprochent ,
»pour ainfi dire , & fe laiffent voir dif-
» tinctement : la vûe des vieillards à moitié
» éteinte ſe ranime ; celle qui eft trop
courte devient plus étendue. Enfin ,
quand nos befoins font fatisfaits , les
» mêmes moyens fourniffent encore des
amufemens très-dignes de notre curiofité
n
"
Il eft donc queftion dans cette derniere
partie des lunettes à lire , tant à deux qu'à
un feul verre ; des chambres obfcures , tant
fixes que portatives ; des polemofcopes
grands & petits ; des boëtes optiques ou perf
pectives
1
1
SEPTEMBRE 1755 12r
"
pectives avec des verres convexes , & avec
des miroirs ; des lunettes d'approche à deux
& à quatre verres ; des télescopes de réflection
; des microscopes fimples & compofés ;
du mycrofcope folaire & de la lanterne
magique , « inftrument , dit M. L. N. qu'une
trop grande célébrité a prefque ren-
» du ridicule aux yeux de bien des gens :
on la promene dans les rues , on en
divertit les enfans & le peuple ; cela
» prouve avec le nom qu'elle porte , que
» les effets font curieux & furprenans : &
» parce que les trois quarts de ceux qui les
» voyent , ne font pas en état d'en com-
» prendre les caufes , eft ce une raiſon
» pour ſe diſpenſer d'en inftruire les perfonnes
qui peuvent les entendre ? &c.
En parlant de ces inftrumens , il remon
te aux tems de leur invention , il en défigne
les auteurs , il fait connoître ceux qui
Les ont perfectionnés , & il marque par
des figures bien correctes , la marche des
rayons de la lumiere dans chacun d'eux .
Voilà à peu près les matieres contenues
dans ce cinquieme tome des leçons de phy-
Lique ; leur grande abondance pouvoit faire
craindre qu'elles ne s'y préfentaffent avec
confufion , mais l'auteur en y faiſant régner
beaucoup d'ordre & de précifion , a
fçu éviter cet inconvénient ; & nous
F
#21 MERCURE DE FRANCE.
croyons que le public recevra ce volume
aufi favorablement qu'il a reçu ceux qui
l'ont précédé.
aux
OEUVRES de M. Clermont , Commiffaire
d'Artillerie , en un volume in-4°.
contenant la Géométrie - pratique de l'Ingénieur
, ou l'art de mefurer, ouvrage éga
lement néceffaire aux Ingénieurs
Toifeurs & aux Arpenteurs , avec figures ;
& l'arithmétique militaire , ou l'Arithmétique
pratique de l'Ingénieur & de l'Officier
, divifée en trois parties. Ouvrage
également utile aux Officiers , aux ingênieurs
& aux Commerçans. Nouvelle édition
, corrigée , & de beaucoup augmentée
A Paris , chez Briaffon , rue S. Jacques
,
à la Science. 1755 .
ARCHITECTURE - PRATIQUE , qui comprend
la conftruction générale & particuliere
des bâtimens ; le détail , toiſé & dévis
de chaque partie ; fçavoir , maçonnerie
, charpenterie , couverture , ménuiferie
, ferrurerie , vitrerie , plomberie, peinture
d'impreffion , dorure , fculpture , mar
brerie , miroiterie , &c. avec une explication
des trente- fix articles de la coutume
de Paris fur le titre des fervitudes & rapports
qui concernent les bâtimens , & də
SEPTEMBRE. 1755. 123-
l'ordonnance de 1673 ; par M. Bullet
Architecte du Roi , & de l'Académie roya
le d'Architecture.
: Nouvelle édition , revûe , corrigée , &
confidérablement augmentée , fur- tout des
détails effentiels à l'ufage actuel du toiſé
des bâtimens , aux us & coutumes de Paris
, & aux réglemens des Mémoires , par
M *** Architecte , ancien Infpecteurtoifeur
de bâtiment . Ouvrage très - utile
aux Architectes & Entrepreneurs , à tous
propriétaires de maifons , & à ceux qui
veulent bâtir . A Paris , chez Hériffant &
Savoye , rue S. Jacques ; chez Didot , Nyon
& Damonneville , quai des Auguft. 1755.
Le quatriéme & le cinquiéme tomes des
traités des collations & provifions des Bénéfices
, par M. Piales , Avocat au Parlement
, paroiffent ; & fe vendent à Paris ,
chez Briaffon , rue S. Jacques , à la Science
; & à Chartres , chez Le Tellier , Imprimeur
, au bon Paſteur.
Le quatriéme volume contient les permutations
& réfignations pures & fimples ,
ou démiffions.
Le cinquième comprend les collations
& provifions fur réfignations , avec réſerve
de penfion.
par M.l'Abbé Nollet , de l'Académie roya
le des Sciences , Profeffeur de Phyfique
expérimentale au College de Navarre , &c.
tome v. A Paris , chez Guerrin & De Latour
, rue S. Jacques , à S. Thomas d'Acquin
.
Ce volume , que le public attendoit depuis
long-tems , traite de la lumiere & des
couleurs , matiere intéreſſante , & qui
s'affujettit mieux qu'aucune autre partie
de la phyfique aux régles de la Géométrie
& au calcul , mais que l'auteur , obligé de
fuivre la méthode qu'il a embraffée pour
tout l'ouvrage , s'eft appliqué à rendre
fenfible par la voie de l'expérience. Cela
nous met à portée de voir jufqu'à quel
point les faits quadrent avec la théorie ;
& nous voyons que les perfonnes qui commencent
à s'appliquer à cette fcience
prendront facilement par la lecture de
ces leçons des idées claires & méthodiques
qu'elles auroient peine à acquerir autrement.
Nous en avions conçu cette opinion en
confidérant que les principes y font expo
E
98 MERCURE DE FRANCE.
fés avec clarté , que les expériences qui
leur fervent de preuves , font curieuſes
décifives , & très bien repréfentées par les
figures ; mais nous en fommes encore plus
perfuadés , en apprenant par la voie du
public , avec quel intérêt & quelle affiduité
des perfonnes de tout âge & de toute
condition , fe font affemblées pendant les
mois de Juin & de Juillet derniers au
Collége de Navarre , pour continuer d'entendre
M. l'Abbé Nollet , & lui voir exécuter
les expériences qui concernent cette
matiere ; c'est peut- être la premiere fois
qu'on ait entrepris avec fuccès de les faire
voir à soo , à 600 perfonnes en même
terns.
Le volume dont nous parlons , contient
trois leçons ; fçavoir , la quinziéme , la
feizième , & la dix-feptiéme, & voici l'ordre
dans lequel les matieres fe préfentént.
L'auteur expofe d'abord l'état de la que
ftion qu'il fe propofe de traiter , il en fait
l'hiftoire ; & après avoir annoncé des propofitions
, il les établit par des raifons ou
par des expériences dont il a foin de bien
expliquer le méchanifme : après quoi il
fait venir par forme de remarques ou d'applications
les effets naturels qui peuvent
dériver du principe établi , ou avoir quelSEPTEMBRE.
1755. 99
j
que rapport avec les expériences qui ont
fervi de preuves.
Dans la quinziéme leçon , par exemple,
où il s'agit d'abord de la nature & de la
propagation de la lumiere , M. L. N. expofe
au Lecteur les deux principales opinions
qui partagent aujourd'hui les Phyficiens
, celle de Defcartes & celle de
Newton ; il embraffe la premiere avec
quelques modifications , il rend raifon du
parti qu'il prend , il prévient les objections
qu'on pourroit lui faire ; & enfin il
en vient à des expériences par lefquelles
il prétend prouver que la lumiere eft une
matiere fubtile univerfellement répandue
au- dehors , comme au- dedans des corps ,
& toujours prête à devenir fenfible par le
mouvement qu'elle peut recevoir des corps
enflammés , ou par la clarté du jour auquel
elle fe trouve expofée . Ces expériences
donnent lieu à une hiftoire trèscurieufe
des phofphores , où l'on trouve
des nouvelles découvertes .
L'auteur examine enfuite les directions
que la lumiere fuit dans fes mouvemens ,
foit qu'elle vienne directement du corps
lumineux vers nos yeux , foit qu'elle rencontre
en fon chemin un obftacle qui l'oblige
à fe refléchir , foit enfin qu'elle paffe
d'un milieu dans un autre de différente
denfité. E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
Il s'arrête d'abord au mouvement direct
, & après quelques définitions néceffaires
pour l'intelligence de la queſtion ,
il énonce le principe de l'Optique , proprement
dite , en quatre propofitions , dont
voici les deux premieres. 1 ° . En quelque
endroit qu'on préfente un plan vis- à - vis
d'un point radieux , ce plan devient comme
la bafe d'une pyramide de lumiere.
2º. Ce plan eſt moins éclairé à meſure
qu'il s'éloigne du point radieux.
Deux expériences mettent ces faits fous
les yeux , & apprennent en même tems
dans quel rapport fe fait le décroiffement
de la lumiere , & l'accroiffement de l'ombre.
En comparant avec ces deux épreuves
ce qui fe paffe à l'égard de l'oeil qui ſe
préfente vis- à- vis d'un objet éclairé , on
conçoit d'abord & très facilement , comment
plufieurs perfonnes placées en différens
endroits apperçoivent enfemble le
même corps , fi petit qu'il foit ; pourquoi
nous ne pouvons voir qu'en ligne droite ;
par quels moyens nous jugeons de la diftance
quand elle eft petite ; quelle eſt la
caufe des ombres , ce qui régle leur grandeur
& leurs figures ; par quels moyens
la lumiere peut augmenter ou diminuer
pour le même oeil , & c.
SEPTEMBRE . 1755. 101
Les deux autres propofitions font énoncées
ainfi . 3 ° .Si le corps lumineux eft d'une
grandeur & d'une figure fenfibles , le plan
qu'on lui préfente , devient la bafe commune
d'autant de pyramides de lumiere ,
qu'il y a de points radieux tournés vers
lui. 4 ° . Si au lieu d'un plan qui arrête la
lumiere , on fait un trou dans une planche
mince , les pyramides lumineufes qui
viennent des différens points de l'objet
s'y croifent , paffant de droite à gauche
de haut en bas , &c . Deux expériences qui
mettent ces faits fous les yeux , font naître
naturellement les applications fuivan
tes.
,
>
Comment fe forment les images des
objets au fond de l'oeil ? pourquoi nous
voyons ces objets droits , quoique leurs
images foient renversées fur l'organe ;
par quels moyens nous jugeons des grandeurs
& des diftances des corps que nous
appercevons ; d'où vient que deux files de
foldats ou deux murailles paralleles feniblent
fe rapprocher l'une de l'autre , à mefure
qu'elle s'éloignent de nous ; pour
quelle raifon la furface d'un canal femble
s'élever dans l'éloignement ; pourquoi la
figure d'un grand corps apperçu de loin ,
change fuivant la direction de nos regards ?
Şur quelles régles eft fondée la perfpe-
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
&tive ? Comment les mouvemens apparens
des corps qu'on regarde dans le lointain ,
différent des mouvemens réels , tant pour
la direction que pour la vîteffe Dans
quels cas leur viteffe paroit nulle , ou devient
infenfible ? Comment l'habitude , le
préjugé , les connoiffances précédemment
acquifes , nous font juger des grandeurs
& des diftances ? d'où vient que nous
voyons la voûte du ciel comme furbaiffée ,
le foleil & la lune plus grands à leur lever
qu'au zénith , & c.
La feizième leçon comprend la catoptrique
& la dioptrique , c'est - à - dire les
mouvemens de la lumiere refléchie , &
ceux de la lumiere refractée .
L'Auteur commence par une differtation
qui nous a paru curieufe , & dans laquelle
il entreprend de prouver contre
l'opinion commune que la lumiere ne ſe
refléchit point de deffus les parties propres
des corps polis , des miroirs par exemple
, mais de deffus les particules de lumiere
qui font logées & comme enchaffées
dans les pores de ces furfaces. M. L. N.
s'attend bien que cette opinion aura de
la peine à prendre dans l'efprit de fes lecteurs.
J'avoue , dit - il , qu'en embraf-
» fant cette opinion , on fe met dans la
» néceffité de renoncer aux idées les plus
SEPTEMBRE. 1755. 103
33
communes , & de fe roidir contre des
préjugés bien accrédités & bien difficiles
à vaincre. Se perfuadera - t - on , par
exemple , que les corps ne foient pas
vifibles par eux-mêmes , mais feulement
par les points de lumiere , dont les fur-
» faces font parfemées ? qu'à proprement
» parler , nous n'avons jamais rien vû de
" tout ce que nous avons touché : cepen-
» dant , quel moyen de penfer autrement ,
» fi nous ne pouvons rien voir que ce qui
» nous renvoie de la lumiere , & fi les
» rayons qui nous tracent les images des
objets ne peuvent être renvoyés vers nos
»yeux que par les globules de cette ma-
» tiere impalpable qui fe trouve dans la
» même fuperficie , avec les parties pro-
»pres des corps .
Voici une comparaifon qui vient à
l'aide .
d'a
Quand vous jettez la vûe fur un mor-
» ceau de drap teint en écarlatte , continue
" M. L. N. votre premiere penſée n'eft-
"elle pas que vous voyez un tiffu de lai-
» ne , & ne vous revolterez - vous pas
» bord contre quiconque vous foutien-
» droit que vous voyez toute autre chofe
" que cela ? cependant , fi vous y faites
» attention , vous ferez obligé de convenir
que vous n'appercevrez qu'un enduit
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
ور
de cochenille adhérent à la matiere
»propre de l'étoffe , des particules colo-
» rantes incruftées dans les pores de la
» laine ; en un mot , une fubftance étran-
» gere à l'objet que vous avez en penſée ,
» & qui ne vous laiffe voir de lui que fa
"grandeur , fa fituation , fa figure , & nul-
» lement fa matiere propre ... Voilà donc
» des cas avoués de tout le monde , où les
" corps ne font pas vifibles
leur
par
pro-
" pre matiere
, mais par une ſubſtance
» étrangere
qui s'eft logée dans leurs pores.
Il faut voir dans l'ouvrage même
les autres raifons que l'Auteur fait valoir
en faveur de cette hypothèfe , & de quelle
maniere il prévient les difficultés qu'on
pourroit alléguer contre.
On trouve enfuite la defcription d'un
inftrument nouveau & commode pour me
furer l'angle de réflection de la lumiere
dans toutes fortes de cas , & l'on voit par
une premiere expérience qui fert comme
de bafe à toutes les autres du même genre ,
qu'un rayon fimple étant refléchi par un
miroir , fait fon angle de réflection égal
à celui de fon incidence.
Les principales conféquences de ce premier
principe fe rendent fenfibles par des
expériences où l'on emploie fucceffivement
des rayons paralleles , convergens &
SEPTEMBRE. 1755. 105
divergens , d'abord avec un miroir plan ,
enfuite avec un miroir convexe , & enfin
avec un miroir concave ; cela fait neuf
combinaiſons , dont les trois premieres
font connoître , que le miroir plan en renvoyoiant
la lumiere, ne change rien à la fituation
refpective des rayons incidens , &
l'on en tire les raifons des effets fuivans .
On apprend pourquoi un feul miroir
plan ne peut fervir à raffembler les rayons
folaires dans un foyer. D'où vient que
dans un tel miroir l'image fe voit derriere
, & auffi loin que l'objet en eft éloigné
par-devant. Par quelle raifon la grandeur
& la figure apparentes font conformes à
celles de l'objet que l'on regarderoit direêtement
de la même diftance. De quelle
grandeur doit être le miroir plan , pour
qu'on puiffe s'y voir tout entier? Comment
la fituation de l'image fe régle relativement
à celle de l'objet qui eft placé devant
une glace ? Pourquoi & comment les images
fe multiplient entre deux miroirs ? De
quelle maniere on doit expliquer les effets
des miroirs prifmatiques & pyramidaux ,
& c .
Les trois combinaiſons fuivantes fè font
avec un miroir convexe , & font voir : 1º .
que tous les miroirs de cette efpece , petits
ou grands , diminuent pour le moins
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
la convergence des rayons qui tendroient
à fe réunir. 2 ° . Qu'ils rendent divergens
ceux qui ne font que paralleles . 3". Qu'ils
augmentent la divergence de ceux qui en
avoient déja avant que de refléchir. Ce
qui fert à expliquer
Pourquoi de tels miroirs rarefient la
lumiere , & par quelle raifon celle qui
nous vient de la lune & des autres planetes
eft fi foible ? Pourquoi l'image dans
ces fortes de miroirs paroît plus petite que
fon objet , plus près que lui du miroir ,
& fouvent défigurée ?
le
Enfin les trois dernieres combinaiſons.
fe font avec le miroir concave , & montrent
, 1 °. que les rayons paralleles deviennent
convergens. 2 ° . Que ceux qui
font convergens dans leur incidence
font davantage après la réflection . 3 °. Que
ceux qui font divergens , le deviennent
moins , ce qui peut aller jufqu'à les rendre
paralleles , ou même convergens .
›
Ces faits fourniffent des raifons pour
expliquer , pourquoi un charbon ardent
placé au foyer d'un miroir concave , &
excité par le vent d'un foufflet , allume de
l'amadoue au foyer d'un femblable miroir
, élevé parallelement en face du premier
, à la diſtance de trente ou quarante
pieds. Combien les rayons folaires renSEPTEMBRE.
1755. 107
voyés par ces fortes de miroirs , deviennent
capables d'embrafer ou de fondre les
corps les plus durs & les plus compactes :
d'où vient que dans certains cas les images
fe voyent entre la furface réfléchiffante
& l'oeil du fpectateur. Par quelle raifon
l'image y paroît plus grande que l'objet
& renversée , &c .
M. L. N. enfeigne ici par occafion , de
quelle maniere on fait des miroirs concaves
de verre , foit de plufieurs pieces , ſoit
d'une feule glace pliée au feu , & comment
ces derniers fe mettent au tain . Après
quoi il traite des miroirs mixtes , & explique
les effets de ceux qui font cylindriques
& côniques .
Il s'agit après cela des principes de dioptrique
, ou de la lumiere réfractée. L'auteur
déduit les loix de la réfraction , d'une
expérience dans laquelle il employe
une machine très- commode , & qu'il décrit
avec beaucoup d'exactitude : il rap-
-porte les différens fentimens des Phyficiens
fur les caufes de la réfraction , il embraffe
celui des Carthéfiens en expofant
les raifons qui le déterminent , & paffe à
l'explication de certains effets qui ont rapport
à fa premiere expérience.
Il enfeigne pourquoi un bâton en partie
plongé obliquement dans l'eau paroît
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
comme rompu ; par quelle raifon une piece
de monnoye placée au fond d'une cuvette
remplie d'eau , fe fait voir à ceux qui
ne l'appercevoient pas quand le vafe ne
contenoit que de l'air. M. L. N. remarque
comme une conféquence naturelle de
ces effets , que le poiffon qui eft dans un
étang voit au- delà des bords , des objets
qu'il ne pourroit appercevoir en droite
ligne : que nous voyons de même le foleil,
la lune , les étoiles , & c. avant que ces
aftres foient réellement fur l'horton , à
caufe des réfractions de la lumiere dans
l'atmosphere terreftre ; il fait fentir pourquoi
ce dernier effet diminue à meſure que
l'aftre s'éleve ; comment il peut arriver que
le foleil ou la pleine lune paroiffe ovale ,
dans quel cas l'on peut voir la lune éclipfée
, le foleil n'étant pas encore couché :
pourquoi la lune éclipfée paroît à nos yeux
d'un rouge obfcur. &c.
M. L. N. confidérant que les milieux
réfringens ne peuvent être terminés que
par des furfaces planes , concaves ou convexes
, examine dans ces différens cas quels
changemens il doit arriver ; 1 ° à des
rayons paralleles , enfuite à des rayons divergens
, & enfin à des rayons convergens;
ce qui fait encore neuf combinaifons que
l'auteur met en expériences.
SEPTEMBRE. 1755 . 109
Des trois premieres dans lefquelles on
employe un milieu réfringent terminé
par deux furfaces planes & paralleles entr'elles
, il réfulte 1 ° que des rayons qui
font paralleles entr'eux dans leur incidence
, reftent paralleles après la réfraction ,
foit en paffant du milieu le plus rare dans
le plus denfe , foit en paffant de celui- ci
dans l'autre , au moins dans le cas ou le
milieu réfringent n'a qu'une médiocre
épaiffeur : 2 ° que dans le premier de ces
deux cas les rayons convergens le deviennent
moins , & que dans le fecond ils reprennent
le degré de convergence qu'ils
avoient perdu : 3 ° que des rayons divergens
mis à pareille épreuve , perdent d'abord
une partie de leur divergence & la
reprennent enfuite.
On apprend dans deux corollaires qui
fuivent ces expériences , ce qu'on doit attendre
d'un milieu réfringent qui feroit
terminé par deux furfaces courbes , mais
concentriques , ou de celui dont les furfaces
oppofées feroient planes , mais inclinées
l'une vers l'autre .
Par des applications naturelles de ces
faits , on voit pourquoi tout ce que nous
appercevons en regardant dans l'eau , nous
paroît élevé vers la furface ; par quelle raifon
les baffins remplis d'eau nous paroifITO
MERCURE DE FRANCE.
fent moins profonds qu'ils ne le font en
effet , d'où vient que le fond de l'eau , s'il
eft d'une grande étendue nous ſemble courbe
quoiqu'il foit droit ; pourquoi les verres
taillés en prifmes nous changent le lieu de
l'objet , & par quelle raifon ceux qui font
à facettes , nous en multiplient l'image,
& c.
par
Les quatrieme , cinquieme & fixieme
combinaiſons ſe font avec un milieu plus
denfe que l'air , l'air , terminé des furfaces
convexes , & apprennent 1 ° que des rayons
paralleles en entrant dans un tel milieu
deviennent convergents. 2° que fi dans
leur incidence , ils convergeoient au centre
de la ſphéricité du milieu réfringent
il ne leur arrive aucun changement . 3 ° que
leur convergence diminue s'ils tendoient
à fe réunir plus près que le centre , & qu'ellé
augmente au contraire dans le cas oppofé
: 4° que les rayons divergens y perdent
au moins une partie de leur divergence ,
ce qui peut aller jufqu'à les rendre paralleles
, & même convergens.
De cette théorie rendue fenfible par l'expérience
, on tire naturellement l'explication
des faits que voici.
Pourquoi l'ufage des bocaux de verre
remplis d'eau , eft- il fi utile aux artiſtes qui
ont be foin d'une lumiere vive. D'où vient
1
SEPTEMBRE. 1755. III
que les corps plongés dans des vafes de
verre , ordinairement cylindriques , ou à
peu près , nous paroiffent difformes quand
ces vafes font pleins d'eau . Pourquoi les
corps tranfparens & fphériques , raffemblent
les rayons du foleil dans un foyer ; à
quelle diſtance on doit attendre le foyer ;
pourquoi en cherchant à former des foyers,
on a fubftitué les lentilles aux globes , fur
quelles confidérations on a réglé la largeur
des lentilles tranfparentes. Comment les
verres lenticulaires amplifient les images
des objets ; comment dans certains cas
elles nous font voir entr'elles & nous : d'où
vient qu'elles defforment quelques fois ces
images , & c .
>
Par les trois dernieres combinaifons qui
fe font avec un milieu réfringent terminé
par des furfaces concaves , on apprend
1º que par de tels milieux , les rayons paralleles
font rendus divergens ; 2° que
ceux qui font convergens y perdent une
partie de leur convergence , ce qui peut
aller jufqu'à les rendre paralleles ou même
divergens ; 3 ° que des rayons divergens
qui ont leur point de difperfion au centre
même de la concavité du milieu réfringent
, ne fouffrent aucun changement ;
mais que ceux qui viennent de plus loin
que ce centre , augmentent en divergence ,
112 MERCURE DE FRANCE.
<
& qu'il arrive tout le contraire à ceux qui
viennent de plus près.
On voit par là pourquoi les verres concaves
dont fe fervent les perfonnes qui ont
la vûe courte ; font voir les objets plus
petits qu'on ne les voit à la vûe fimple ;
pourquoi l'image eft plus près du verre par
derriere , que l'objet ne l'eſt par-devant ;
d'où vient que ces fortes de verres , diminuent
la clarté de la vifion , & c. 1
Dans la dix- feptieme leçon M. L. N.
commence par traiter des couleurs : « Nous
diftinguons , dit- il , les objets vifibles ,
» non-feulement par leur grandeur , leur
» figure, leur fituation , leur diftance , leurs
dégrés de clarté , & c. mais encore par
» une forte d'illumination qui fait que
» chacun d'eux brille à nos yeux d'une
>>
و ر
façon particuliere , & qui ne dépend
»pas de la quantité de lumiere qui l'éclaire
, c'eft ce dernier moyen de vifibilité
que la nature varie avec une magni-
» ficence fans égale , & dont elle embellit
» toutes fes productions ; c'eft , dis- je ,
» cette apparence particuliere des furfaces
» que nous nommons couleur en général ,
» & dont nous exprimons les efpeces par
les noms de blanc , de rouge , de jaune ,
» de bleu , & c.
Les couleurs peuvent être confidérées
SEPTEMBRE. 1755. 113
1° dans la lumiere à qui elles appartiennent
effentiellement ; 2 ° . dans les corps
en tant que colorés . 3 ° . & dans celui de
nos fens qu'elles affectent particulierement
, & par lequel nous les diftinguons ;
c'eft aufli l'ordre dans lequel l'auteur traite
cette partie ; il préfere le fentiment de
Newton à celui de Defcartes , ou plutôt
il les adopte tous deux , en faifant remarquer
qu'ils ne font pas incompatibles ; &
après avoir rapporté hiftoriquement ce qui
donna occafion aux découvertes du philofophe
Anglois , il remet fous les yeux l'expérience
fondamentale , qui lui fir foupçonner
les deux points capitaux de tout
fon fyftême , fçavoir 1 ° que la lumiere
naturelle eft compofée de fept efpeces de
rayons plus réfrangibles , & plus réflectibles
les uns que les autres ; 2 ° que chacun
de ces rayons a le pouvoir d'exciter conftamment
en nous l'idée d'une couleur particuliere,
D'où il fuit que le défaut de couleur
dans la lumiere naturelle , vient de
l'affemblage complet de tous les rayons
colorés , & que le noir n'eft qu'une privation
de lumiere , plus ou moins parfaite.
M. L. N. rapporte , non pas toutes les
expériences que Newton a faites pour établir
cette doctrine , mais les plus décifives
& les moins difficiles à exécuter , afin , dit114
MERCURE DE FRANCE.
il , que chacun de fes lecteurs puiffe entreprendre
de les répéter , fans craindre de les
manquer. C'eft dans cette vue fans doute ,
qu'il avertit dans des notes , des précautions
qu'il faut prendre en certains cas , du
choix qu'il faut faire des inftrumens & des
manipulations les plus propres à procurer
un heureux fuccès.
A l'occafion de ces expériences , l'auteur
fuivant toujours fa méthode , ne manque
pas de rendre raifon des effets naturels qui
peuvent s'y rapporter. Il apprend par exemple,
pourquoi les objets paroiffent teints
de diverfes couleurs quand on les regarde
au travers d'un prifme de verre , pourquoi
ces couleurs font fituées différemment
quand l'objet eft brun fur un fond clair ,
que quand il eft blanc fur un fond obfcur :
d'où vient qu'une riviere ou un canal vû à
travers un prifme , prend la forme d'un arc
de diverfes couleurs dont la convexité eft
tournée vers la terre : par quelle raiſon un
verre plein d'eau fait paroître dans certaines
occafions avec diverfes couleurs , les
rayons folaires qui le traverfent ; pourquoi
les diamans & les pierres fauffes qui font
brillantées , repréfentent les mêmes couleurs
que le prifme ; enfin comment ſe
forme l'arc-en-ciel , & quelles font les caufes
de fes diverfes apparences.
Après avoir confidéré les couleurs dans
SEPTEMBRE . 1755. 115
la lumiere , M. L. N. examine comment il
peut fe faire que parmi différens corps expofés
à la lumiere naturelle du jour , les
uns fe teignent conftamment des rayons
d'une certaine espece , tandis que d'autres
fe colorent autrement : il penfe que cela
dépend de leurs différentes porofités &
primitivement de la grandeur & de la figure
de leurs parties infenfibles ; car fi les
pores d'une furface font propres à loger
une certaine efpece de lumiere , on conçoit
que les rayons de même nature qui
tomberont deffus , feront réfléchis plus
complettement & en plus grande abondance
que les autres ; & fi c'eft un corps
tranfparent qui foit imbu de cette efpece
particuliere de lumiere , les rayons incidens
de la même efpece , pourront mieux
que d'autres tranfmettre leur action à ceux
qui font au-delà : ainfi , fuivant cette opinion
, tous les corps font pleins de lumiere ;
ceux qui la contiennent avec toutes fes
efpeces , font propres à réfléchir ou à tranf
mettre toutes celles qui fe préfentent à leur
furface , s'ils font opaques ils nous paroiffent
blancs ou brillans , s'ils font tranfparens
, nous les voyons clairs & limpides
comme le verre ou l'eau . Ceux qui n'ont
admis dans leurs pores qu'une forte de
lumiere , ne renvoyent ou ne tranfmettent
116 MERCURE DE FRANCE.
que celle- là , & nous paroiffent rouges ;
verts, bleux , jaunes , & c. Ceux enfin qui
par une contention particuliere de leurs
parties propres ou par le mauvais alignement
de leurs pores , ne peuvent ni renvoyer
ni tranfmettre l'action d'aucune
efpece de lumiere , nous leur avons donné
le nom de noirs ou d'obscurs.
Cette hippothefe eft appuyée par une
fuite d'expériences curieufes , dans lef
quelles on voit 1 ° que deux liqueurs claires
comme de l'eau , étant mêlées enfemble
, fe montrent fous une couleur qu'elles
n'avoient ni l'une ni l'autre. 2 ° . Qu'ane
liqueur fans couleur , fait paffer du
bleu au rouge , ou du verd au violet une
autre liqueur avec laquelle on la mêle .
3 °. Qu'une couleur très- limpide rend
opaque une autre liqueur qui ne l'étoit
pas plus qu'elle ; 4° . enfin , qu'une goute
ou deux d'une certaine liqueur , rend la
limpidité à un mélange qui étoit opaque
& coloré.
A l'appui de ces expériences , arrivent
les obfervations fuivantes , qui s'expliquent
comme elles d'une maniere affez
plaufible , en fuppofant qu'un changement
de porofité fuperficielle ou intime
dans les corps , eft la principale caufe de
leurs changemens de couleur.
2
SEPTEMBRE. 1755 117
On obferve que le papier bleu ou violet,
devient rouge , quand il eft touché par un
acide , que les étoffes fe tachent , par l'attouchement
des matieres qui peuvent en
altérer la texture : que l'action du feu ,
celle du foleil rougit les écreviffes , les
crabes & les autres poiffons cruftalés , que
l'impreffion continuelle de l'air fait prêndre
la couleur verte aux plantes , & qu'en
les en privant on les fait blanchir ; que
plufieurs teintures ou fucs naturels , paffent
d'une couleur à l'autre par la même caufe ;
qu'une legere fomentation fuffit fouvent
pour produire des effets ſemblables , &c .
L'auteur cherche enfuite qu'elle eft la
caufe de la tranſparence des corps : après
avoir remarqué , qu'il n'y a aucun corps .
ni abfolument tranfparent , ni abfolument
opaque , il prouve par plufieurs expériences
& obfervations , qu'un corps , toutes
chofes égales d'ailleurs , trafmet d'autant
mieux la lumiere , que fes parties font plus.
homogenes , ou d'une denfité plus uniforme.
Ces expériences apprennent à ſe défier
de la mauvaiſe foi de certaines gens qui
alterent & changent les écritures , elles
expliquent auffi pourquoi dans certains
tems , le foleil paroît d'un rouge de fang,
= & fe laiffe voir fans bleffer la vûe : par
118 MERCURE DE FRANCE.
quelle raifon la teinture noire eft plus belle
& plus durable quand cette étoffe a été
mife au bleu auparavant.
Le refte de la dix- feptieme leçon roule
fur la vifion , tant naturelle qu'artificielle ;
M. L. N. diftingue ainfi celle qui fe fait à
la vûe fimple de celle qui eft aidée par
quelque inftrument de dioptrique ou de
catoptrique .
par
*
Cette partie commence par une defcription
de l'oeil qui expoſe en détail les parties
de cet organe, leurs différentes fonctions
que l'on imite des expériences
fort curieufes , fort inftructives , & qui
donnent lieu aux explications fuivantes.
Pourquoi la prunelle de l'oeil fe retire
au grand jour , & fe dilate dans l'obfcurité
: comment varient les limites de la
vifion diſtincte ; en quoi confifte le défaut
de la vûe courte , & celui de la vûe longue
: d'où vient que les Myopes , regar- 2
dent de fort près , & les Prefbites de fort
loin : par quelles raiſons l'on croit
que la
vifion s'accomplit fur la choroïde , & non
pas fur la retine : quels moyens contribuent
à la clarté des images , qui fe peignent
au fond de l'oeil. Pourquoi les objets
vifibles qui fe meuvent rapidement ,
produifent des images qui ne leur reflemblent
pas d'ou vient qu'avec les deux
SEPTEMBRE. 1755. 119
yeux nous ne voyons ordinairement qu'une
fois le même objet , quoiqu'il fe peigne
également dans les deux. Comment l'uſage
fimultané des deux yeux nous aide à juger
des petites diſtances. Quelle eft la caufe
duftrabisme ou vûe louche. En quoi confifte
cette maladie de l'oeil appellée cararacle
, comment on y remédie ; pourquoi
dans certaines circonftances on voit tous
les objets teints de la même couleur.
A la fuite de ces obfervations , M. L. N.
explique d'où peuvent naître ces éclats de
lumiere qu'on appeçoit la nuit en ſe frottant
les yeux , ou lorfqu'on fe donne quelque
coup à la tête ; il parle auffi de ces couleurs
que l'on continue de voir , lorsqu'on
ferme les yeux après avoir regardé lé foleik
couchant , ou bien lorfqu'on applique la
vûe pendant quelque tems fur un même
corps de quelque couleur éclatante .
M. L. N. finit , par expliquer les effets
des principaux inftrumens qui fervent à
aider la vûe : « La vifion naturelle , dit-il,
lorfqu'elle eft dans fa plus grande force ,
» dans fon état le plus parfait , eft afſujet-
» tie à des conditions & renfermée dans
» des limites ; fi l'objet n'eft pas découvert
» au point que de lui à nous on puiffe tirer
une ligne droite fans obftacle , nous ne
l'appercevons pas fût-il même conve
120 MERCURE DE FRANCE.
» nablement exposé à nos regards , s'il eft
» trop loin ou trop petit , il nous échappe :
» & c'est encore pis fi l'oeil eft affoibli ou
» mal conformé ; la petiteffe & la diſtance
» le gênent encore davantage.
33
33
33
» Ces inconvéniens ont fubfifté longtems
fans remede ; mais enfin le hazard
» d'un côté , l'induſtrie de l'autre éclairée
& foutenue par l'étude , nous en ont
» affranchis en quelque façon ; par le fecours
des miroirs & des verres taillés
d'une certaine maniere , nous pouvons
» appercevoir ce qui eft caché à nos regards
» directs ; nous découvrons dans le fein de
la nature des êtres qui fembloient devoir
être à jamais imperceptibles pour nous :
» les objets trop éloignés fe rapprochent ,
»pour ainfi dire , & fe laiffent voir dif-
» tinctement : la vûe des vieillards à moitié
» éteinte ſe ranime ; celle qui eft trop
courte devient plus étendue. Enfin ,
quand nos befoins font fatisfaits , les
» mêmes moyens fourniffent encore des
amufemens très-dignes de notre curiofité
n
"
Il eft donc queftion dans cette derniere
partie des lunettes à lire , tant à deux qu'à
un feul verre ; des chambres obfcures , tant
fixes que portatives ; des polemofcopes
grands & petits ; des boëtes optiques ou perf
pectives
1
1
SEPTEMBRE 1755 12r
"
pectives avec des verres convexes , & avec
des miroirs ; des lunettes d'approche à deux
& à quatre verres ; des télescopes de réflection
; des microscopes fimples & compofés ;
du mycrofcope folaire & de la lanterne
magique , « inftrument , dit M. L. N. qu'une
trop grande célébrité a prefque ren-
» du ridicule aux yeux de bien des gens :
on la promene dans les rues , on en
divertit les enfans & le peuple ; cela
» prouve avec le nom qu'elle porte , que
» les effets font curieux & furprenans : &
» parce que les trois quarts de ceux qui les
» voyent , ne font pas en état d'en com-
» prendre les caufes , eft ce une raiſon
» pour ſe diſpenſer d'en inftruire les perfonnes
qui peuvent les entendre ? &c.
En parlant de ces inftrumens , il remon
te aux tems de leur invention , il en défigne
les auteurs , il fait connoître ceux qui
Les ont perfectionnés , & il marque par
des figures bien correctes , la marche des
rayons de la lumiere dans chacun d'eux .
Voilà à peu près les matieres contenues
dans ce cinquieme tome des leçons de phy-
Lique ; leur grande abondance pouvoit faire
craindre qu'elles ne s'y préfentaffent avec
confufion , mais l'auteur en y faiſant régner
beaucoup d'ordre & de précifion , a
fçu éviter cet inconvénient ; & nous
F
#21 MERCURE DE FRANCE.
croyons que le public recevra ce volume
aufi favorablement qu'il a reçu ceux qui
l'ont précédé.
aux
OEUVRES de M. Clermont , Commiffaire
d'Artillerie , en un volume in-4°.
contenant la Géométrie - pratique de l'Ingénieur
, ou l'art de mefurer, ouvrage éga
lement néceffaire aux Ingénieurs
Toifeurs & aux Arpenteurs , avec figures ;
& l'arithmétique militaire , ou l'Arithmétique
pratique de l'Ingénieur & de l'Officier
, divifée en trois parties. Ouvrage
également utile aux Officiers , aux ingênieurs
& aux Commerçans. Nouvelle édition
, corrigée , & de beaucoup augmentée
A Paris , chez Briaffon , rue S. Jacques
,
à la Science. 1755 .
ARCHITECTURE - PRATIQUE , qui comprend
la conftruction générale & particuliere
des bâtimens ; le détail , toiſé & dévis
de chaque partie ; fçavoir , maçonnerie
, charpenterie , couverture , ménuiferie
, ferrurerie , vitrerie , plomberie, peinture
d'impreffion , dorure , fculpture , mar
brerie , miroiterie , &c. avec une explication
des trente- fix articles de la coutume
de Paris fur le titre des fervitudes & rapports
qui concernent les bâtimens , & də
SEPTEMBRE. 1755. 123-
l'ordonnance de 1673 ; par M. Bullet
Architecte du Roi , & de l'Académie roya
le d'Architecture.
: Nouvelle édition , revûe , corrigée , &
confidérablement augmentée , fur- tout des
détails effentiels à l'ufage actuel du toiſé
des bâtimens , aux us & coutumes de Paris
, & aux réglemens des Mémoires , par
M *** Architecte , ancien Infpecteurtoifeur
de bâtiment . Ouvrage très - utile
aux Architectes & Entrepreneurs , à tous
propriétaires de maifons , & à ceux qui
veulent bâtir . A Paris , chez Hériffant &
Savoye , rue S. Jacques ; chez Didot , Nyon
& Damonneville , quai des Auguft. 1755.
Le quatriéme & le cinquiéme tomes des
traités des collations & provifions des Bénéfices
, par M. Piales , Avocat au Parlement
, paroiffent ; & fe vendent à Paris ,
chez Briaffon , rue S. Jacques , à la Science
; & à Chartres , chez Le Tellier , Imprimeur
, au bon Paſteur.
Le quatriéme volume contient les permutations
& réfignations pures & fimples ,
ou démiffions.
Le cinquième comprend les collations
& provifions fur réfignations , avec réſerve
de penfion.
Fermer
Résumé : « LEÇONS de Physique expérimentale, par M. l'Abbé Nollet, de l'Académie royale [...] »
Le texte présente l'ouvrage 'Leçons de Physique expérimentale' de l'Abbé Nollet, professeur au Collège de Navarre, qui traite de la lumière et des couleurs. Ce volume, structuré en trois leçons, rend accessible un sujet complexe grâce à des expériences pratiques. Dans la quinzième leçon, Nollet expose les principales théories sur la nature et la propagation de la lumière, adoptant celle de Descartes avec des modifications. Il utilise des expériences pour prouver que la lumière est une matière subtile répandue dans et autour des corps. Il explore également les directions de la lumière, son mouvement direct, et les principes de l'optique, illustrés par des expériences et des figures. La seizième leçon aborde la catoptrique et la dioptrique, c'est-à-dire les mouvements de la lumière réfléchie et réfractée. Nollet propose une théorie selon laquelle la lumière se réfléchit non pas sur les surfaces des corps polis, mais sur les particules de lumière logées dans les pores de ces surfaces. Il décrit un instrument pour mesurer l'angle de réflexion et présente des expériences avec des miroirs plans, convexes et concaves. Enfin, la dix-septième leçon traite des principes de la dioptrique, expliquant les lois de la réfraction à travers des expériences et des descriptions d'instruments. Nollet rapporte également les différents avis des physiciens sur les causes de la réfraction et adopte la théorie des Cartésiens. Le texte explore ensuite divers phénomènes optiques liés à la réfraction de la lumière, comme l'apparence rompue d'un bâton plongé obliquement dans l'eau ou la visibilité d'une pièce de monnaie au fond d'une cuvette remplie d'eau. Il mentionne également la perception des poissons dans un étang et la vision du soleil, de la lune et des étoiles avant qu'ils ne soient à l'horizon. Il détaille neuf combinaisons d'expériences avec différents types de milieux réfringents et leurs effets sur les rayons lumineux. Le texte aborde également les applications pratiques de ces principes, comme l'utilisation des bocaux de verre remplis d'eau pour obtenir une lumière vive et l'explication de la formation des foyers par les corps transparents sphériques. Il traite des verres concaves utilisés par les personnes ayant une vue courte et de leur effet sur la vision. Enfin, le texte introduit la question des couleurs, distinguant les objets visibles par leur grandeur, figure, situation, distance, degrés de clarté et illumination particulière. Il explique que les couleurs peuvent être considérées dans la lumière, dans les corps colorés, et dans la perception par nos sens. Le texte suit les découvertes de Newton sur la composition de la lumière naturelle et les expériences fondamentales qui les soutiennent. Il explore également les raisons pour lesquelles les objets apparaissent teints de diverses couleurs lorsqu'ils sont regardés à travers un prisme et comment se forme l'arc-en-ciel. Le texte traite également de l'anatomie et des fonctions de l'œil, ainsi que des instruments optiques utilisés pour améliorer la vision. Il commence par une description détaillée des parties de l'œil et de leurs fonctions, illustrée par des expériences instructives. Les sujets abordés incluent la réaction de la prunelle à la lumière, les variations de la vision distincte, les défauts de la vue courte et longue, et les raisons pour lesquelles les myopes et les presbytes voient différemment. Le texte explore également des phénomènes optiques comme la perception des images en mouvement et l'utilisation des deux yeux pour juger des distances. Il mentionne des maladies oculaires telles que le strabisme et le cararacle, ainsi que des phénomènes visuels comme les éclats de lumière perçus la nuit ou après avoir regardé des objets lumineux. Le texte se penche ensuite sur les instruments optiques qui aident la vision, tels que les lunettes, les chambres obscures, les poléométroscopes, les boîtes optiques, les télescopes, les microscopes et la lanterne magique. Il explique comment ces instruments permettent de voir des objets éloignés ou petits, et comment ils ont été perfectionnés au fil du temps. Le texte conclut en soulignant l'importance de ces instruments pour satisfaire les besoins visuels et offrir des amusements curieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10045
p. 123-130
« LETTRE de M. Jourdan de Pelerin, Médecin, Chymiste, privilegié du Roi, [...] »
Début :
LETTRE de M. Jourdan de Pelerin, Médecin, Chymiste, privilegié du Roi, [...]
Mots clefs :
Eau de la mer, Observation, Méthode, Sel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRE de M. Jourdan de Pelerin, Médecin, Chymiste, privilegié du Roi, [...] »
LETTRE de M. Jourdan de Pelerin ,
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Médecin , Chymifte , privilegié du Roi ,
à l'occafion d'une critique inferée dans le
Journal économique contre fa méthode
de conferver l'eau douce qu'on embarque
fur les vaiffeaux , & de la préferver de
toute corruption , à M. H ...
Cette lettre , qui contient foixante pages
, fe trouve chez Jorry , quai des Âuguftins
, près le pont Saint Michel , aux
Cycognes. 1755. L'auteur y obferve , 1 ° .
qu'on cherche dans le Journal économique
à critiquer les termes dont il s'eft fervi
, plutôt qu'à détruire le fond de fes découvertes.
2 °. Qu'on y préfere la métho
de de M. Appleby fur la maniere de deffaler
l'eau de la mer , méthode fans ſuccès ,
& même impraticable. 3 ° . Que le Jour
naliſte ne connoît ni les effets du mercure
ni la chymie.
Dans fa premiere obfervation , M. Jour
dan fe borne à dire qu'il a toujours eu pour
maxime , que quand il s'agit de fcience ,
l'expreffion recherchée doit le céder à la chofe
, & quoiqu'il foit en état de prouver
qu'il s'eft fervi de termes les plus propres &
les plus ufués , ce point lui paroît trop frivole
pour y répliquer.
La feconde obfervation eft celle , que
l'Auteur approfondit le plus , & celle
auffi fur laquelle nous nous étendrons
SEPTEMBR E. 1755. 129
davantage. M. Appleby dit dans fa métho
de , que pour deffaler l'eau de la mer , il
faut prendre fix onces de pierre à cautere
, & fix onces d'os calcinés , les jetter
fur vingt galons d'eau de la mer , & mettre
le tout enſemble dans un alambic pour
le faire diftiller . Pour nous faire mieux
fentir le danger de cette boiffon , M. Jourdan
nous apprend ce qui compofe la pierre
à cautere : Mettez , dit- il , dans une terrine
une partie de chaux vive , & deux
parties de cendre gravelée , verfez deffus
beaucoup d'eau chaude , laiffez infufer le
tout pendant cinq ou fix heures , faites- le
bouillir un peu , & enfuite filtrer avec du
papier gris , vous ferez évaporer l'eau ,
& il vous reftera un fel ; vous mettrez ce
fel dans un creufet , & vous le ferez fondre.
Lorfqu'il fera en huile , & que l'humidité
en fera évaporée , vous le verferez
dans un plat , vous le couperez pendant
qu'il eft chaud , & vous le mettrez
promptement dans une bouteille de
verre , que vous boucherez avec de la
cire & de la veffie , parce que ce fel ſe réfoud
facilement à l'air , & fe change en
liqueur ; tenez-le dans un lieu fec pour le
conferver , & foyez fûr d'avoir le plus
violent cauftique. Il produit les mêmes.
effets que ceux de la pierre infernale. La
Fuj
126 MERCURE DE FRANCE;
preuve , c'eft qu'on ne fçauroit faire filtrer
l'eau que l'on employe à fa compofition ,
fans qu'elle ne brûle le papier gris dont
on fe fert. Cette pierre corrofive fe joint
encore à une eau , qui de fa nature est fort
pefante , & chargée de beaucoup de fels ,
de foufres & de bitumes. Quelle étrange
boiffon pour ſe rafraîchir ! Avaler un cau
ftique dévorant , que les Médecins n'ofent
appliquer extérieurement qu'avec une circonfpection
fans égale ? Voilà pourtant ,
ajoute l'Auteur , la méthode qu'on a la
bonté de préférer à celle que je donne pour
préferver de toute corruption l'eau douce
qu'on embarque.
Comme fa troifiéme obfervation atta
que le Journaliſte, & devient perfonnelle ,
le filence fur cet article eft le feul parti
qui nous convient , & nous nous y renfermons.
'de
-
LETTRES au Prince Royal de Sue-
, par M. le Comte de Teffin , Miniſtre
d'Etat , & Gouverneur de ce jeune Prince ,
traduites du Suedois. Deux parties in- 12 .
A Paris , chez Jombert , rue Dauphine .
Prix s liv. relié .
Trois traductions françoifes qui viennent
de paroître en même tems de ces lettres ,
font une preuve de leur excellence ; maiş 1
SEPTEMBRE. 1755. 127
-
il s'en faut bien que ces traductions ayent
un égal mérite . Celle de Londres , en un
volume in-8° . eft très imparfaite. Celle
qu'on vient d'achever en Hollande , &
dont on trouve auffi quelques exemplaires
à Paris , eft une copie prefque fervile
de la premiere , à laquelle l'on n'a
fait qu'ajouter quelques fautes. La tradution
que nous annonçons , eft beaucoup
plus exacte , & mieux écrite.
Qu'on ne croie pas qu'un préjugé national
nous faffe donner la préférence à
ce qui s'eft fait chez nous , pour décrier
injuftement ce que les autres ont donné.
Il eft facile à tout lecteur de comparer ces
trois traductions , & de voir enfuite s'il y
a de la partialité dans le compte que nous
en rendon
Pour dire un mot fur le fond de cet
ouvrage , nous ne craignons pas d'avancer
qu'il eft un des plus utiles & des
mieux faits qui ayent paru fur cette ma
tiere. Les maximes les plus faines , les fentimens
les plus nobles , enfin le germe de
toutes les vertus s'y trouvent réunis . Heureux
le Prince qui les pofféderoit toutes
& plus heureux encore fes fujets ! leur félicité
feroit parfaite.
Les Souverains ne font cependant pas
les feuls qui puiffent profiter des lectures
Fiv
728 MERCURE DE FRANCE.
fréquentes & refléchies de cet ouvrage
il n'eft point de particulier qui ne puiffe
en retirer beaucoup de fruit pour l'éducation
de fes enfans. Les préceptes & l'inftruction
qu'il offre font à la portée de tout
le monde , & utiles à tous les états , à
quelques modifications près.
ON avertit le public que le petit livre ,
intitulé Abrégé de l'Histoire universelle pour
en faciliter l'intelligence & la mémoire aux
enfans , & qui fe vend à vil prix & en cachette
, n'eft qu'une copie , mot pour mot,
des Tables chronologiques d'époques élémentaires
principales d'Hiftoire univerfelle
, par M. Mahaux , Maître , affocié
du fieur Viard , demeurant rue de Seine ,
fauxbourg S. Victor , à l'Académie des
Enfans. Ouvrage annoncé d'une maniere
convenable à la bonne méthode qu'il offre
pour la premiere étude de l'hiftoire ,
pour en faire rappeller les dates à ceux
qui l'ont déja faite , au moyen de la difpofition
fimple & naturelle , qui comme
un plan doivent laiffer à la vue le tout
& les parties , pour qu'il foit poffible d'en
appercevoir les différences & les rapports ,
les diftances plus ou moins grandes , fans
être obligé de courir , ainfi que dans un
livre , d'une page à l'autre , & de fe fati-
&
1
1
SEPTEMBRE. 1755. 129:
guer la vûe , les mains , & la mémoire ;
ainfi c'eft cette difpofition plutôt que le
fond de l'ouvrage qui en fait tout le mérite
; & fi on la lui enleve pour n'offrir
fucceffivement qu'une compilation d'époques
, il n'y aura pas plus de méthode ni ,
de facilité de s'inftruire que dans des milliers
d'autres. C'eſt ce que n'a pas fenti le
téméraire . Editeur de cet abrégé.
Il a eu l'ignorance de tranfmettre dans
fa copie furtive jufqu'aux fautes d'impreffion
de fon original . On a déja annoncé
qu'il fe vend chez l'auteur, & chez Piſſot ,
quai de Conti ; & Lambert , rue & proche
la Comédie .
LETTRE au fujet de la place deſtinée à la
ftatue du Roi , & des agrandiffemens de
Paris.
On avertit par une note modefte que
cette Lettre eft moins l'écrit d'un Artifte
qui propoſe un plan pour modele , que
l'ouvrage & le voeu d'un citoyen dont le
zéle a donné l'effor à fon imagination .
Nous croyons pouvoir ajouter qu'elle eft
en même tems la production d'un homme,
d'efprit qui penfe fortement , & qui s'exprime
de même. On la trouve chez Hérif
fant , rue S. Jacques , à S. Paul , & à Saint
Hilaire.
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
COLLECTION ACADÉMIQUE , compofée
des mémoires , actes ou journaux des plus
célébres Académies & Sociétés littéraires
étrangeres , des extraits des meilleurs ouvrages
périodiques , des traités particuliers,
& des piéces fugitives les plus rares concernant
l'hiftoire naturelle , & la botanique
, la phyfique expérimentale & la chy
mie , la médecine & l'anatomie traduits
en françois , & mis en ordre par une Société
de gens de Lettres . 3. vol. in - 4° . A
Dijon , chez F. Defventes , à l'image de la
Vierge , rue de Condé ; à Auxerre , chez
Fournier , Imprimeur-Libraire de la ville .
›
Cette collection intéreffante eft dédiée
AS. A. S. Mgr le Prince de Condé , & fe
vend à Paris , chez Villette , rue du Plâtre ;
Ganneau , rue Saint Severin ; & Guyllin , à
l'entrée du quai des Auguftins. Nous en
donnerons inceffamment un précis.
On trouve chez les mêmes Libraires les
deux volumes de Recueils des mémoires ,
ou collection françoife , extraits des mémoires
de l'Académie des Sciences de Paris
, qui ont été annoncés & mis en vente
en 1754.
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Médecin , Chymifte , privilegié du Roi ,
à l'occafion d'une critique inferée dans le
Journal économique contre fa méthode
de conferver l'eau douce qu'on embarque
fur les vaiffeaux , & de la préferver de
toute corruption , à M. H ...
Cette lettre , qui contient foixante pages
, fe trouve chez Jorry , quai des Âuguftins
, près le pont Saint Michel , aux
Cycognes. 1755. L'auteur y obferve , 1 ° .
qu'on cherche dans le Journal économique
à critiquer les termes dont il s'eft fervi
, plutôt qu'à détruire le fond de fes découvertes.
2 °. Qu'on y préfere la métho
de de M. Appleby fur la maniere de deffaler
l'eau de la mer , méthode fans ſuccès ,
& même impraticable. 3 ° . Que le Jour
naliſte ne connoît ni les effets du mercure
ni la chymie.
Dans fa premiere obfervation , M. Jour
dan fe borne à dire qu'il a toujours eu pour
maxime , que quand il s'agit de fcience ,
l'expreffion recherchée doit le céder à la chofe
, & quoiqu'il foit en état de prouver
qu'il s'eft fervi de termes les plus propres &
les plus ufués , ce point lui paroît trop frivole
pour y répliquer.
La feconde obfervation eft celle , que
l'Auteur approfondit le plus , & celle
auffi fur laquelle nous nous étendrons
SEPTEMBR E. 1755. 129
davantage. M. Appleby dit dans fa métho
de , que pour deffaler l'eau de la mer , il
faut prendre fix onces de pierre à cautere
, & fix onces d'os calcinés , les jetter
fur vingt galons d'eau de la mer , & mettre
le tout enſemble dans un alambic pour
le faire diftiller . Pour nous faire mieux
fentir le danger de cette boiffon , M. Jourdan
nous apprend ce qui compofe la pierre
à cautere : Mettez , dit- il , dans une terrine
une partie de chaux vive , & deux
parties de cendre gravelée , verfez deffus
beaucoup d'eau chaude , laiffez infufer le
tout pendant cinq ou fix heures , faites- le
bouillir un peu , & enfuite filtrer avec du
papier gris , vous ferez évaporer l'eau ,
& il vous reftera un fel ; vous mettrez ce
fel dans un creufet , & vous le ferez fondre.
Lorfqu'il fera en huile , & que l'humidité
en fera évaporée , vous le verferez
dans un plat , vous le couperez pendant
qu'il eft chaud , & vous le mettrez
promptement dans une bouteille de
verre , que vous boucherez avec de la
cire & de la veffie , parce que ce fel ſe réfoud
facilement à l'air , & fe change en
liqueur ; tenez-le dans un lieu fec pour le
conferver , & foyez fûr d'avoir le plus
violent cauftique. Il produit les mêmes.
effets que ceux de la pierre infernale. La
Fuj
126 MERCURE DE FRANCE;
preuve , c'eft qu'on ne fçauroit faire filtrer
l'eau que l'on employe à fa compofition ,
fans qu'elle ne brûle le papier gris dont
on fe fert. Cette pierre corrofive fe joint
encore à une eau , qui de fa nature est fort
pefante , & chargée de beaucoup de fels ,
de foufres & de bitumes. Quelle étrange
boiffon pour ſe rafraîchir ! Avaler un cau
ftique dévorant , que les Médecins n'ofent
appliquer extérieurement qu'avec une circonfpection
fans égale ? Voilà pourtant ,
ajoute l'Auteur , la méthode qu'on a la
bonté de préférer à celle que je donne pour
préferver de toute corruption l'eau douce
qu'on embarque.
Comme fa troifiéme obfervation atta
que le Journaliſte, & devient perfonnelle ,
le filence fur cet article eft le feul parti
qui nous convient , & nous nous y renfermons.
'de
-
LETTRES au Prince Royal de Sue-
, par M. le Comte de Teffin , Miniſtre
d'Etat , & Gouverneur de ce jeune Prince ,
traduites du Suedois. Deux parties in- 12 .
A Paris , chez Jombert , rue Dauphine .
Prix s liv. relié .
Trois traductions françoifes qui viennent
de paroître en même tems de ces lettres ,
font une preuve de leur excellence ; maiş 1
SEPTEMBRE. 1755. 127
-
il s'en faut bien que ces traductions ayent
un égal mérite . Celle de Londres , en un
volume in-8° . eft très imparfaite. Celle
qu'on vient d'achever en Hollande , &
dont on trouve auffi quelques exemplaires
à Paris , eft une copie prefque fervile
de la premiere , à laquelle l'on n'a
fait qu'ajouter quelques fautes. La tradution
que nous annonçons , eft beaucoup
plus exacte , & mieux écrite.
Qu'on ne croie pas qu'un préjugé national
nous faffe donner la préférence à
ce qui s'eft fait chez nous , pour décrier
injuftement ce que les autres ont donné.
Il eft facile à tout lecteur de comparer ces
trois traductions , & de voir enfuite s'il y
a de la partialité dans le compte que nous
en rendon
Pour dire un mot fur le fond de cet
ouvrage , nous ne craignons pas d'avancer
qu'il eft un des plus utiles & des
mieux faits qui ayent paru fur cette ma
tiere. Les maximes les plus faines , les fentimens
les plus nobles , enfin le germe de
toutes les vertus s'y trouvent réunis . Heureux
le Prince qui les pofféderoit toutes
& plus heureux encore fes fujets ! leur félicité
feroit parfaite.
Les Souverains ne font cependant pas
les feuls qui puiffent profiter des lectures
Fiv
728 MERCURE DE FRANCE.
fréquentes & refléchies de cet ouvrage
il n'eft point de particulier qui ne puiffe
en retirer beaucoup de fruit pour l'éducation
de fes enfans. Les préceptes & l'inftruction
qu'il offre font à la portée de tout
le monde , & utiles à tous les états , à
quelques modifications près.
ON avertit le public que le petit livre ,
intitulé Abrégé de l'Histoire universelle pour
en faciliter l'intelligence & la mémoire aux
enfans , & qui fe vend à vil prix & en cachette
, n'eft qu'une copie , mot pour mot,
des Tables chronologiques d'époques élémentaires
principales d'Hiftoire univerfelle
, par M. Mahaux , Maître , affocié
du fieur Viard , demeurant rue de Seine ,
fauxbourg S. Victor , à l'Académie des
Enfans. Ouvrage annoncé d'une maniere
convenable à la bonne méthode qu'il offre
pour la premiere étude de l'hiftoire ,
pour en faire rappeller les dates à ceux
qui l'ont déja faite , au moyen de la difpofition
fimple & naturelle , qui comme
un plan doivent laiffer à la vue le tout
& les parties , pour qu'il foit poffible d'en
appercevoir les différences & les rapports ,
les diftances plus ou moins grandes , fans
être obligé de courir , ainfi que dans un
livre , d'une page à l'autre , & de fe fati-
&
1
1
SEPTEMBRE. 1755. 129:
guer la vûe , les mains , & la mémoire ;
ainfi c'eft cette difpofition plutôt que le
fond de l'ouvrage qui en fait tout le mérite
; & fi on la lui enleve pour n'offrir
fucceffivement qu'une compilation d'époques
, il n'y aura pas plus de méthode ni ,
de facilité de s'inftruire que dans des milliers
d'autres. C'eſt ce que n'a pas fenti le
téméraire . Editeur de cet abrégé.
Il a eu l'ignorance de tranfmettre dans
fa copie furtive jufqu'aux fautes d'impreffion
de fon original . On a déja annoncé
qu'il fe vend chez l'auteur, & chez Piſſot ,
quai de Conti ; & Lambert , rue & proche
la Comédie .
LETTRE au fujet de la place deſtinée à la
ftatue du Roi , & des agrandiffemens de
Paris.
On avertit par une note modefte que
cette Lettre eft moins l'écrit d'un Artifte
qui propoſe un plan pour modele , que
l'ouvrage & le voeu d'un citoyen dont le
zéle a donné l'effor à fon imagination .
Nous croyons pouvoir ajouter qu'elle eft
en même tems la production d'un homme,
d'efprit qui penfe fortement , & qui s'exprime
de même. On la trouve chez Hérif
fant , rue S. Jacques , à S. Paul , & à Saint
Hilaire.
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
COLLECTION ACADÉMIQUE , compofée
des mémoires , actes ou journaux des plus
célébres Académies & Sociétés littéraires
étrangeres , des extraits des meilleurs ouvrages
périodiques , des traités particuliers,
& des piéces fugitives les plus rares concernant
l'hiftoire naturelle , & la botanique
, la phyfique expérimentale & la chy
mie , la médecine & l'anatomie traduits
en françois , & mis en ordre par une Société
de gens de Lettres . 3. vol. in - 4° . A
Dijon , chez F. Defventes , à l'image de la
Vierge , rue de Condé ; à Auxerre , chez
Fournier , Imprimeur-Libraire de la ville .
›
Cette collection intéreffante eft dédiée
AS. A. S. Mgr le Prince de Condé , & fe
vend à Paris , chez Villette , rue du Plâtre ;
Ganneau , rue Saint Severin ; & Guyllin , à
l'entrée du quai des Auguftins. Nous en
donnerons inceffamment un précis.
On trouve chez les mêmes Libraires les
deux volumes de Recueils des mémoires ,
ou collection françoife , extraits des mémoires
de l'Académie des Sciences de Paris
, qui ont été annoncés & mis en vente
en 1754.
Fermer
Résumé : « LETTRE de M. Jourdan de Pelerin, Médecin, Chymiste, privilegié du Roi, [...] »
M. Jourdan de Pelerin, médecin et chimiste privilégié du Roi, répond à une critique publiée dans le Journal économique concernant sa méthode de conservation de l'eau douce à bord des vaisseaux. Sa lettre, disponible chez Jorry, quai des Augustins, compte soixante pages et aborde plusieurs points critiques. M. Jourdan souligne que la critique se concentre sur les termes utilisés plutôt que sur le fond de ses découvertes. Il affirme que la clarté scientifique prime sur l'expression recherchée et se dit prêt à prouver l'exactitude de ses termes, bien qu'il considère ce point comme frivole. Il critique également la méthode de M. Appleby pour dessaler l'eau de mer, la jugeant inefficace et impraticable. Il décrit en détail la composition de la pierre à cautère utilisée par M. Appleby, soulignant son caractère corrosif et dangereux. Il compare cette méthode à l'ingestion d'un caustique dévorant, soulignant son impraticabilité pour la conservation de l'eau douce. M. Jourdan accuse le journaliste de ne pas connaître les effets du mercure ni la chimie, mais choisit de ne pas approfondir cette critique personnelle. Le texte mentionne également plusieurs publications, dont les lettres au Prince Royal de Suède traduites par le Comte de Teffin, disponibles chez Jombert, rue Dauphine. Trois traductions françaises de ces lettres existent, mais celle annoncée est jugée la plus exacte et bien écrite. Le texte loue l'utilité et la qualité de cet ouvrage, adapté tant aux souverains qu'aux particuliers pour l'éducation des enfants. Enfin, le texte avertit le public contre un abrégé de l'histoire universelle, vendu à bas prix et en cachette, qui est une copie des Tables chronologiques de M. Mahaux. Il critique cet abrégé pour son manque de méthode et de facilité d'instruction.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10046
p. 172-184
Réflexions sur la maniere d'enseigner & d'étudier le Droit.
Début :
Jamais le siécle n'a été plus éclairé que celui dans lequel nous vivons. L'esprit géométrique [...]
Mots clefs :
Enseigner le droit, Étudier le droit, Réflexions, Étude, Droit, Science
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réflexions sur la maniere d'enseigner & d'étudier le Droit.
Réflexions fur la maniere d'enfeigner &
d'étudier le Droit.
J
de
Amais fiécle n'a été plus éclairé que celui
dans lequel nous vivons. L'efprit géométrique
qui y regne , a porté la lumiere
dans les fciences & dans les arts. On ne fe
contente plus de connoiffances légeres &
fuperficielles , la Philofophie dans fes commencemens
, enveloppée des plus épaifes
ténébres , dans la fuite éclairée par
fauffes lueurs , eft aujourd'hui une ſcience
où l'on n'admet que ce qu'on comprend ,
& où l'on ne fe conduit que par des principes
connus. La Médecine long- tems fondée
fur les préjugés & fur l'expérience , eft
en état de rendre raifon de toutes fes opérations.
Les arts qui dépendent du goût &
de l'intelligence ne s'apprennent plus par
la feule pratique , mais encore par la méthode.
En tout on fe conduit d'une maniere
également prompte & fûre : on rend
raifon de tout , on démontre tout juſqu'aux
beautés de ftyle , jufqu'aux beautés de
fentiment .
Une ſcience feule femble n'avoir aucuSEPTEMBRE
1755. 173
ne part à ces progrès & à ces avantages ;
c'eft la fcience du droit , la plus belle néanmoins
par l'origine de fes maximes , la
plus intéreffante pour le bien de la fociété
, la plus fatisfaifante peut-être fi elle
étoit connue & pratiquée par des efprits
dignes de s'y appliquer. Nous avons vû
paroître de nos jours quelque compilation,
quelques éditions nouvelles augmentées
de notes , quelques abrégés d'ordinaire
fecs & décharnés , mais du refte aucun
ouvrage de génie en cette matiere ,
aucun ouvrage.
d'un caractere nouveau .
Plufieurs cauſes , il eft vrai , peuvent
produire cet inconvénient. Défauts dans
les difpofitions de ceux qui étudient cette
fcience ; défauts dans les livres qui la
renferment ; défaut dans la méthode de
l'enfeigner dans les Univerfités ; difcrédit
où elle eft dans l'efprit du public.
Les perfonnes qui étudient cette fcience
, font quelquefois celles qui l'envifagent
le moins dans fon objet & dans fes
principes. Les uns la regardent fimplement
comme l'inftrument de leur fortune , les
autres comme une occupation attachée à
leur état , & ce n'eft ni le befoin ni l'état
qui déterminent les qualités de l'efprit.
Les livres qui la renferment , font des
livres très-imparfaits. Le recueil des loix
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
compofé par Tribonien , eft un véritable
chaos plein d'obfcurités & de contradictions
vraies ou apparentes , où les vrais
principes font noyés dans la décifion des
cas particuliers répandus en des endroits
tout- à - fait différens , où ce qui eft préfenté
comme principe , n'eft fouvent
qu'une décifion d'un cas particulier , &
où le moindre défaut , quoique par luimême
très-conſidérable , eft le défaut de
méthode .
Malgré l'étendue de ce recueil , il s'en
faut bien qu'il contienne la décifion d'une
infinité de cas , c'eſt ce qui a donné lieu
à plufieurs Auteurs en différens tems de
ramaffer les décifions de ceux qui fe font
préfentés. Ces décifions n'ont pas toujours
été les mêmes fur les mêmes cas , le tems
donne des vûes & diffipe bien des erreurs.
Des réglemens d'ailleurs bons dans de cer
taines circonftances demandent d'être
changés ou modifiés dans d'autres ; mais
fi l'on continue ces fortes d'ouvrages ,
comment n'en fera-t-on pas accablé dans
les fuites ?
›
On trouve bien peu de reffources pour
réfoudre les difficultés dans certains auteurs
qui ont travaillé fur le droit , aucun
d'eux n'a guere connu la vraie méthode .
La plupart de ces interprêtes nés fans goût
SEPTEMBR E. 1755. 175
naturel , & écrivant dans un tems d'ignorance
& de ténébres ont rempli leurs écrits
des plus grandes inepties & des plus grandes
fadaifes. Ceux qui ont travaillé le plus
fenfément , ne ſe font point mis en peine
d'aider les commençans.
Il y en a qui ont travaillé d'une maniere
folide & profonde , on en convient
mais comme ils ne font point législateurs
eux-mêmes , & qu'ils n'ont fouvent que
leur opinion , quoique refpectable . Pour
les bien comprendre , & pour faire un
ufage affuré de leurs découvertes il fau
droit avoir étudié prefque autant qu'eux ,
& bien peu de perfonnes font dans le goût
& la fituation néceffaires pour cela . Au
furplus , ce peu de perfonnes ne feroient
pas , du moins de leur vivant , fort utiles
à la fociété.
Les Profeffeurs de cette fcience , foit
qu'ils n'ayent à faire qu'à une jeuneffe indocile
& ignorante , foit que leur ambition
fe trouve bornée par la place qu'ils
occupent , font fujets à enfeigner le Droit
d'une maniere peu noble & affez infructueufe.
Les fubtilités du Droit romain , &
plufieurs autres inutilités rempliffent leurs
cayers , ils acquierent par là plus de gloire,
& il y en a parmi eux qui ne font que trop
fouvent regardés que comme de vains dif-
Hiiij coureurs.
176 MERCURE DE FRANCE .
On fe contente aujourd'hui , comme on
s'eft prefque toujours contenté dans les
Univerfités , de dicter la premiere année
des études du droit des commentaires fur
les inftitutes de Juftinien , que chacun
compofe à fa fantaisie ; on y fuit communément
le même ordre qui s'y trouve , &
cet ordre n'eft point du tout méthodique.
Il n'y a point de page qui , pour être bien
comprife , n'ait beſoin de la page fuivante.
On eft réduit à expliquer ce qu'il y a
d'obfcur par des citations accablantes des
loix du Digefte , que la jeuneffe comprend
encore moins. C'eft porter un flambeau
éteint dans l'obfcurité de la nuit. On eft
fujet à y mêler une infinité de chofes inutiles
& hors d'ufage , qui font perdre de
vûe ce qu'il feroit utile de retenir.
Les autres années on explique quelques
titres du Digeſte , où il n'y a pas plus d'ordre
; on fe fatigue à concilier les contradictions
des loix par le fentiment des Interprêtes
, qui ne font pas toujours d'accord
entr'eux . On confond l'étude du
Droit romain avec l'étude du droit de fon
pays ; & comme chacun a des principes
différens , au lieu d'employer utilement
fon tems on le perd réellement , & on
n'apprend ni l'un ni l'autre .
Dans ces circonftances , l'expérience fait
1
SEPTEMRE. 1755. 177
voir , qu'il eft difficile a prendre le goût
de cette fcience ; & faute de l'avoir pris ,
le premier ufage qu'on fait de fa liberté ,
après ces études, eft d'oublier tout ce qu'on
a appris , & de fe féliciter de l'avoir oublié.
Il faut pourtant convenir , que malgré
ces difficultés , il fe trouve des perfonnes
qui s'appliquent à l'étude du droit , & qui
font en état de donner leur décifion fur
tous les différens qui fe rencontrent. Il s'en
trouve fans doute , & il s'en trouvera toujours.
Mais à la réferve d'un bien petit nombre
que l'amour de la gloire peut faire agir,
fi l'on confulte les autres , ou qu'on examine
de près leur conduite , on verra que
ce n'eft qu'un intérêt vil & méprifable en
pareil cas qui les conduit. La néceffité leur
fait furmonter les dégoûts inféparables du
commencement de cette étude , & dès
qu'ils en fçavent aſſez
décider ce qui
fe préfente , ils ne vont pas plus loin , &
n'approfondiffent pas.
pour
Il est aisé de voir combien le peu d'élévation
dans les fentimens chez des perfonnes
qui fe deſtinent à cette étude entraîne
d'inconvéniens , leurs lumieres en
deviennent fufpectes , les Juges en deviennent
incertains & irréfolus , les plaideurs
en deviennent capricieux & obſtinés.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE
Toutes ces miferes font tomber cette
fcience dans le difcrédit , les perfonnes
éclairées , les amateurs des autres fciences
qui n'en jugent que dans ceux qui la pratiquent
, en prennent de fauffes idées . Ils
voyent que certains ne la cultivent que
par un intérêt fordide , & s'ils penfent noblement
ne la regardent que comme un
métier. Ils la voyent pratiquée par des efprits
médiocres , fans goût & fans talens ,
& la regardent par- là comme une fcience
peu fatisfaifante , peu digne des recherches
d'un homme curieux & pénétrant. Ils
font confufément inftruits des longueurs
& des fombres détours de la chicane , de
la fauffe interprétation qu'on peut faire
des loix , & regardent comme effentiel à
cette fcience un abus qui lui eft entierement
étranger. C'eft ainfi que penfent des
connoiffeurs fenfés & judicieux en toute
autre rencontre. D'autre côté , une infinité
de gens oififs qui cherchent néanmoins
à orner leur efprit & à bien conduire leurs
affaires , regardent la plus légere étude du
droit comme quelque chofe entierement
au- deffus de leur portée , héfitent dans les
moindres chofes qui y ont rapport , & ont
toujours befoin des lumieres d'autrui
dans des chofes qu'ils auroient pû , fans
beaucoup de peine , voir diftinctement
par leurs propres yeux.
SEPTEMBRE. 1755. 179
Ainfi cette, fcience ne trouve prefque
plus perfonne qui l'étudie pour elle- même
tandis que plufieurs autres fciences
moins utiles trouvent des amateurs fideles
qui s'y attachent , qui y entrent , qui les
approfondiffent. Auffi eft elle fuivie de
bien peu d'honneur & de bien peu de gloi
re , fi l'on examine celle à laquelle elle
pourroit prétendre , & qui lui a été autrefois
accordée .
Quelle gloire en effet de faire fon occupation
de ce qui fait la vraie utilité
pu
blique , fi on la fait avec les talens , les
motifs , la dignité convénables ? Quelle
gloire n'ont pas eu parmi les Grecs ceux
qui les premiers ont travaillé à écrire & à
faire pratiquer des loix ? Quelle gloire
n'acqueroient pas les Jurifconfultes parmi
les Romains ? La fcience du Droit élevoit
anx emplois les plus brillans , aux poftes
les plus diftingués , & affuroit à ceux qui
la pratiquoient une vénération publique .
Seroit- il avantageux de remédier à l'inconvénient
dont on vient de parler : &
feroit-il impoffible d'y réuffir
Il femble qu'on ne peut méconnoître
les avantages qu'il y auroit de rendre l'étude
du Droit en même tems plus fami
liere & plus recommandable. Sans parler
de l'excellence du droit naturel , qu'on ne
1
>
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
peut méconnoître , qu'en n'étant homme
qu'à demi , fans rapporter les pompeux
éloges qui en font faits , fans parler du
droit public dont , quiconque prend intérêt
au bien de fa patrie , devroit defirer
d'être inftruit , l'étude elle - même du droit
civil n'eft pas fans utilité , ne fut - ce que
pour conduire fes propres affaires , pour
abandonner à propos des prétentions injuftes
, ou incertaines . Pour y parvenir , il
ne feroit pas néceffaire d'être Jurifconfulte
par état , ou Avocat confultant ; il fuffiroit
d'apprendre quelques principes & quelques
régles , dont le détail pourroit être
rendu intéreffant , & qui n'eft pas infini ,
d'y apporter une difpofition & une attention
qu'on emploie pour plufieurs chofes
qui entrent dans une éducation au- deffus
de la commune.
Il feroit donc à fouhaiter qu'on enſeignât
le droit avec la dignité & la méthode
convénables pour en faire naître le
goût de plus en plus , & pour en affurer
le progrès. Pour cet effet il conviendroit
peur- être que ceux qui font prépofés à cet
exercice , fuffent parfaitement inftruits
du droit de la nature & des gens , & qu'ils
viffent clairement dans ce droit le fondement
de tous les autres. On fçait qu'il y
a dans des états voifins , des Univerfités
SEPTEMBRE . 1755. 181
où il y a une chaire particuliere pour le
Droit de la nature & des gens. Il feroit à
fouhaiter qu'on fe départît de l'ancienne
forme d'enſeigner le droit , & qu'on s'appliquât
à donner les vrais élémens de cette
fcience , autant qu'elle en eft fufceptible .
Qu'on divifât les matieres , qu'on fît bien
fentir en chacune ce qui eft d'un droit immuable
d'avec ce qui n'eft que d'un droit
pofitif , qu'un avantage public a néanmoins
fait introduire ; qu'on fçût faire
comprendre ce que c'eft que la rigueur du
droit , & dans quel cas il eft permis d'y
apporter du tempérament. Il feroit fans
doute infiniment plus avantageux d'inftruire
la jeuneffe de ces principes , que de
leur apprendre le détail des régles , ils les
apprendroient affez enfuite d'eux-mêmes.
Les anciens Jurifconfultes qui ont compofé
des inftitutes du Droit romain , fembloient
avoir reconnu la néceffité de fe
fervir de principes dans l'étude de cette
fcience. Ils en avoient pofé au commencement
de leur ouvrage , mais principes fi
primitifs , fi généraux , que l'application
n'en peut pas beaucoup fervir dans le
détail , & d'ailleurs on n'en voit point
dans la fuite de cet ouvrage.
Suivant cette méthode , on pourroit enfeigner
la premiere année ce qui regarde
182 MERCURE DE FRANCE.
les conventions , & les autres engagemens
qui en font les fuites . Dans la feconde , ce
qui regarde les fucceffions & les matieres
teftamentaires. Dans la troifiéme , quelques
matieres qui ont une origine particuliere
, comme les matieres des fiefs , ou
quelques matieres du droit public.
Il eft à préfumer qu'en fuivant ce plan
avec foin , peu à peu le goût de cette fcience
prendroit ; on verroit les perfonnes même
qui ne fe deftinent pas à s'y appliquer
toute leur vie aimer à fe remplir de principes
qui feroient d'ufage dans la conduite
de leurs affaires ; on verroit des perfonnes
qui fe deſtinent à l'état eccléfiaftique
fe rendre capables par ce moyen d'être
dans la fociété d'une utilité infinie.
Un des foins principaux des Profeffeurs
devroit être de difcerner parmi ceux qui
étudient fous eux , ceux qui fe trouvent
avoir le génie de la fcience qu'on leur enfeigne.
On fçait qu'on entend par génie
l'aptitude naturelle que des perfonnes ont
de faire bien au prix d'une légere étude
ce que d'autres avec une étude pénible ne
parviennent à faire qu'imparfaitement . On
ne doit pas douter qu'il ne faille un génie
particulier pour l'étude des loix , un caractere
d'efprit fingulier une heurenfe pofition
de coeur. L'inſtruction ſeule & l'apSEPTEMBRE
. 1755. 183
plication ne fuffifent pas , l'expérience ie
démontre . Où font les compagnies un peu
nombreuſes où l'on ne voie bien fouvent
des Magiftrats qui , fans étude , mais par
une droiture d'efprit qui leur eft naturelle ,
vont au but & à la vraie décifion , tandis
qu'on en voit , qui ayant forcé leurs talens
, & s'étant remplis de connoiffances
femblent ne s'en fervir que pour donner à
gauche avec plus d'obftination .
Ce difcernement mériteroit d'autant
plus d'attention , que parmi ceux qui s'appliquent
à l'étude du droit , c'eft prefque
un hazard s'il en eft quelqu'un qui ait .
pour cette étude les difpofitions naturelles
. Sur cent écoliers qui prendront une
année des dégrés dans une Univerſité de
Droit , c'eft beaucoup s'il y en a trois qui
en faffent dans la fuite leur objet. Les autres
Gradués le négligent entierement. Ce
petit nombre dont on parle , ne fe détermine
que par des circonftances particulie
res où il fe trouve , comme la néceffité
de remplir quelque érat , ou de pourvoir
aux befoins de la vie. Difpofitions infuffifantes
, & avec lefquelles on ne va pas
loin.
Ce difcernement ainfi fait , ce feroit à
des Profeffeurs habiles & zélés pour la
gloire de leur art d'encourager les jeunes
་།
184 MERCURE DE FRANCE.
éleves en qui ils verroient luire les étincelles
de ce génie. Il ne le pourroient gueres
que par leurs exhortations , & par leurs
exemples : mais quand il y auroit dans
l'état quelque diftinction & quelque récompenfe
pour les génies peu communs ,
cela ne paroît pas devoir tirer à une grande
conféquence.
De Ville-Franche , de Rouergue ,
ce 15 Juillet 1755 .
d'étudier le Droit.
J
de
Amais fiécle n'a été plus éclairé que celui
dans lequel nous vivons. L'efprit géométrique
qui y regne , a porté la lumiere
dans les fciences & dans les arts. On ne fe
contente plus de connoiffances légeres &
fuperficielles , la Philofophie dans fes commencemens
, enveloppée des plus épaifes
ténébres , dans la fuite éclairée par
fauffes lueurs , eft aujourd'hui une ſcience
où l'on n'admet que ce qu'on comprend ,
& où l'on ne fe conduit que par des principes
connus. La Médecine long- tems fondée
fur les préjugés & fur l'expérience , eft
en état de rendre raifon de toutes fes opérations.
Les arts qui dépendent du goût &
de l'intelligence ne s'apprennent plus par
la feule pratique , mais encore par la méthode.
En tout on fe conduit d'une maniere
également prompte & fûre : on rend
raifon de tout , on démontre tout juſqu'aux
beautés de ftyle , jufqu'aux beautés de
fentiment .
Une ſcience feule femble n'avoir aucuSEPTEMBRE
1755. 173
ne part à ces progrès & à ces avantages ;
c'eft la fcience du droit , la plus belle néanmoins
par l'origine de fes maximes , la
plus intéreffante pour le bien de la fociété
, la plus fatisfaifante peut-être fi elle
étoit connue & pratiquée par des efprits
dignes de s'y appliquer. Nous avons vû
paroître de nos jours quelque compilation,
quelques éditions nouvelles augmentées
de notes , quelques abrégés d'ordinaire
fecs & décharnés , mais du refte aucun
ouvrage de génie en cette matiere ,
aucun ouvrage.
d'un caractere nouveau .
Plufieurs cauſes , il eft vrai , peuvent
produire cet inconvénient. Défauts dans
les difpofitions de ceux qui étudient cette
fcience ; défauts dans les livres qui la
renferment ; défaut dans la méthode de
l'enfeigner dans les Univerfités ; difcrédit
où elle eft dans l'efprit du public.
Les perfonnes qui étudient cette fcience
, font quelquefois celles qui l'envifagent
le moins dans fon objet & dans fes
principes. Les uns la regardent fimplement
comme l'inftrument de leur fortune , les
autres comme une occupation attachée à
leur état , & ce n'eft ni le befoin ni l'état
qui déterminent les qualités de l'efprit.
Les livres qui la renferment , font des
livres très-imparfaits. Le recueil des loix
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
compofé par Tribonien , eft un véritable
chaos plein d'obfcurités & de contradictions
vraies ou apparentes , où les vrais
principes font noyés dans la décifion des
cas particuliers répandus en des endroits
tout- à - fait différens , où ce qui eft préfenté
comme principe , n'eft fouvent
qu'une décifion d'un cas particulier , &
où le moindre défaut , quoique par luimême
très-conſidérable , eft le défaut de
méthode .
Malgré l'étendue de ce recueil , il s'en
faut bien qu'il contienne la décifion d'une
infinité de cas , c'eſt ce qui a donné lieu
à plufieurs Auteurs en différens tems de
ramaffer les décifions de ceux qui fe font
préfentés. Ces décifions n'ont pas toujours
été les mêmes fur les mêmes cas , le tems
donne des vûes & diffipe bien des erreurs.
Des réglemens d'ailleurs bons dans de cer
taines circonftances demandent d'être
changés ou modifiés dans d'autres ; mais
fi l'on continue ces fortes d'ouvrages ,
comment n'en fera-t-on pas accablé dans
les fuites ?
›
On trouve bien peu de reffources pour
réfoudre les difficultés dans certains auteurs
qui ont travaillé fur le droit , aucun
d'eux n'a guere connu la vraie méthode .
La plupart de ces interprêtes nés fans goût
SEPTEMBR E. 1755. 175
naturel , & écrivant dans un tems d'ignorance
& de ténébres ont rempli leurs écrits
des plus grandes inepties & des plus grandes
fadaifes. Ceux qui ont travaillé le plus
fenfément , ne ſe font point mis en peine
d'aider les commençans.
Il y en a qui ont travaillé d'une maniere
folide & profonde , on en convient
mais comme ils ne font point législateurs
eux-mêmes , & qu'ils n'ont fouvent que
leur opinion , quoique refpectable . Pour
les bien comprendre , & pour faire un
ufage affuré de leurs découvertes il fau
droit avoir étudié prefque autant qu'eux ,
& bien peu de perfonnes font dans le goût
& la fituation néceffaires pour cela . Au
furplus , ce peu de perfonnes ne feroient
pas , du moins de leur vivant , fort utiles
à la fociété.
Les Profeffeurs de cette fcience , foit
qu'ils n'ayent à faire qu'à une jeuneffe indocile
& ignorante , foit que leur ambition
fe trouve bornée par la place qu'ils
occupent , font fujets à enfeigner le Droit
d'une maniere peu noble & affez infructueufe.
Les fubtilités du Droit romain , &
plufieurs autres inutilités rempliffent leurs
cayers , ils acquierent par là plus de gloire,
& il y en a parmi eux qui ne font que trop
fouvent regardés que comme de vains dif-
Hiiij coureurs.
176 MERCURE DE FRANCE .
On fe contente aujourd'hui , comme on
s'eft prefque toujours contenté dans les
Univerfités , de dicter la premiere année
des études du droit des commentaires fur
les inftitutes de Juftinien , que chacun
compofe à fa fantaisie ; on y fuit communément
le même ordre qui s'y trouve , &
cet ordre n'eft point du tout méthodique.
Il n'y a point de page qui , pour être bien
comprife , n'ait beſoin de la page fuivante.
On eft réduit à expliquer ce qu'il y a
d'obfcur par des citations accablantes des
loix du Digefte , que la jeuneffe comprend
encore moins. C'eft porter un flambeau
éteint dans l'obfcurité de la nuit. On eft
fujet à y mêler une infinité de chofes inutiles
& hors d'ufage , qui font perdre de
vûe ce qu'il feroit utile de retenir.
Les autres années on explique quelques
titres du Digeſte , où il n'y a pas plus d'ordre
; on fe fatigue à concilier les contradictions
des loix par le fentiment des Interprêtes
, qui ne font pas toujours d'accord
entr'eux . On confond l'étude du
Droit romain avec l'étude du droit de fon
pays ; & comme chacun a des principes
différens , au lieu d'employer utilement
fon tems on le perd réellement , & on
n'apprend ni l'un ni l'autre .
Dans ces circonftances , l'expérience fait
1
SEPTEMRE. 1755. 177
voir , qu'il eft difficile a prendre le goût
de cette fcience ; & faute de l'avoir pris ,
le premier ufage qu'on fait de fa liberté ,
après ces études, eft d'oublier tout ce qu'on
a appris , & de fe féliciter de l'avoir oublié.
Il faut pourtant convenir , que malgré
ces difficultés , il fe trouve des perfonnes
qui s'appliquent à l'étude du droit , & qui
font en état de donner leur décifion fur
tous les différens qui fe rencontrent. Il s'en
trouve fans doute , & il s'en trouvera toujours.
Mais à la réferve d'un bien petit nombre
que l'amour de la gloire peut faire agir,
fi l'on confulte les autres , ou qu'on examine
de près leur conduite , on verra que
ce n'eft qu'un intérêt vil & méprifable en
pareil cas qui les conduit. La néceffité leur
fait furmonter les dégoûts inféparables du
commencement de cette étude , & dès
qu'ils en fçavent aſſez
décider ce qui
fe préfente , ils ne vont pas plus loin , &
n'approfondiffent pas.
pour
Il est aisé de voir combien le peu d'élévation
dans les fentimens chez des perfonnes
qui fe deſtinent à cette étude entraîne
d'inconvéniens , leurs lumieres en
deviennent fufpectes , les Juges en deviennent
incertains & irréfolus , les plaideurs
en deviennent capricieux & obſtinés.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE
Toutes ces miferes font tomber cette
fcience dans le difcrédit , les perfonnes
éclairées , les amateurs des autres fciences
qui n'en jugent que dans ceux qui la pratiquent
, en prennent de fauffes idées . Ils
voyent que certains ne la cultivent que
par un intérêt fordide , & s'ils penfent noblement
ne la regardent que comme un
métier. Ils la voyent pratiquée par des efprits
médiocres , fans goût & fans talens ,
& la regardent par- là comme une fcience
peu fatisfaifante , peu digne des recherches
d'un homme curieux & pénétrant. Ils
font confufément inftruits des longueurs
& des fombres détours de la chicane , de
la fauffe interprétation qu'on peut faire
des loix , & regardent comme effentiel à
cette fcience un abus qui lui eft entierement
étranger. C'eft ainfi que penfent des
connoiffeurs fenfés & judicieux en toute
autre rencontre. D'autre côté , une infinité
de gens oififs qui cherchent néanmoins
à orner leur efprit & à bien conduire leurs
affaires , regardent la plus légere étude du
droit comme quelque chofe entierement
au- deffus de leur portée , héfitent dans les
moindres chofes qui y ont rapport , & ont
toujours befoin des lumieres d'autrui
dans des chofes qu'ils auroient pû , fans
beaucoup de peine , voir diftinctement
par leurs propres yeux.
SEPTEMBRE. 1755. 179
Ainfi cette, fcience ne trouve prefque
plus perfonne qui l'étudie pour elle- même
tandis que plufieurs autres fciences
moins utiles trouvent des amateurs fideles
qui s'y attachent , qui y entrent , qui les
approfondiffent. Auffi eft elle fuivie de
bien peu d'honneur & de bien peu de gloi
re , fi l'on examine celle à laquelle elle
pourroit prétendre , & qui lui a été autrefois
accordée .
Quelle gloire en effet de faire fon occupation
de ce qui fait la vraie utilité
pu
blique , fi on la fait avec les talens , les
motifs , la dignité convénables ? Quelle
gloire n'ont pas eu parmi les Grecs ceux
qui les premiers ont travaillé à écrire & à
faire pratiquer des loix ? Quelle gloire
n'acqueroient pas les Jurifconfultes parmi
les Romains ? La fcience du Droit élevoit
anx emplois les plus brillans , aux poftes
les plus diftingués , & affuroit à ceux qui
la pratiquoient une vénération publique .
Seroit- il avantageux de remédier à l'inconvénient
dont on vient de parler : &
feroit-il impoffible d'y réuffir
Il femble qu'on ne peut méconnoître
les avantages qu'il y auroit de rendre l'étude
du Droit en même tems plus fami
liere & plus recommandable. Sans parler
de l'excellence du droit naturel , qu'on ne
1
>
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
peut méconnoître , qu'en n'étant homme
qu'à demi , fans rapporter les pompeux
éloges qui en font faits , fans parler du
droit public dont , quiconque prend intérêt
au bien de fa patrie , devroit defirer
d'être inftruit , l'étude elle - même du droit
civil n'eft pas fans utilité , ne fut - ce que
pour conduire fes propres affaires , pour
abandonner à propos des prétentions injuftes
, ou incertaines . Pour y parvenir , il
ne feroit pas néceffaire d'être Jurifconfulte
par état , ou Avocat confultant ; il fuffiroit
d'apprendre quelques principes & quelques
régles , dont le détail pourroit être
rendu intéreffant , & qui n'eft pas infini ,
d'y apporter une difpofition & une attention
qu'on emploie pour plufieurs chofes
qui entrent dans une éducation au- deffus
de la commune.
Il feroit donc à fouhaiter qu'on enſeignât
le droit avec la dignité & la méthode
convénables pour en faire naître le
goût de plus en plus , & pour en affurer
le progrès. Pour cet effet il conviendroit
peur- être que ceux qui font prépofés à cet
exercice , fuffent parfaitement inftruits
du droit de la nature & des gens , & qu'ils
viffent clairement dans ce droit le fondement
de tous les autres. On fçait qu'il y
a dans des états voifins , des Univerfités
SEPTEMBRE . 1755. 181
où il y a une chaire particuliere pour le
Droit de la nature & des gens. Il feroit à
fouhaiter qu'on fe départît de l'ancienne
forme d'enſeigner le droit , & qu'on s'appliquât
à donner les vrais élémens de cette
fcience , autant qu'elle en eft fufceptible .
Qu'on divifât les matieres , qu'on fît bien
fentir en chacune ce qui eft d'un droit immuable
d'avec ce qui n'eft que d'un droit
pofitif , qu'un avantage public a néanmoins
fait introduire ; qu'on fçût faire
comprendre ce que c'eft que la rigueur du
droit , & dans quel cas il eft permis d'y
apporter du tempérament. Il feroit fans
doute infiniment plus avantageux d'inftruire
la jeuneffe de ces principes , que de
leur apprendre le détail des régles , ils les
apprendroient affez enfuite d'eux-mêmes.
Les anciens Jurifconfultes qui ont compofé
des inftitutes du Droit romain , fembloient
avoir reconnu la néceffité de fe
fervir de principes dans l'étude de cette
fcience. Ils en avoient pofé au commencement
de leur ouvrage , mais principes fi
primitifs , fi généraux , que l'application
n'en peut pas beaucoup fervir dans le
détail , & d'ailleurs on n'en voit point
dans la fuite de cet ouvrage.
Suivant cette méthode , on pourroit enfeigner
la premiere année ce qui regarde
182 MERCURE DE FRANCE.
les conventions , & les autres engagemens
qui en font les fuites . Dans la feconde , ce
qui regarde les fucceffions & les matieres
teftamentaires. Dans la troifiéme , quelques
matieres qui ont une origine particuliere
, comme les matieres des fiefs , ou
quelques matieres du droit public.
Il eft à préfumer qu'en fuivant ce plan
avec foin , peu à peu le goût de cette fcience
prendroit ; on verroit les perfonnes même
qui ne fe deftinent pas à s'y appliquer
toute leur vie aimer à fe remplir de principes
qui feroient d'ufage dans la conduite
de leurs affaires ; on verroit des perfonnes
qui fe deſtinent à l'état eccléfiaftique
fe rendre capables par ce moyen d'être
dans la fociété d'une utilité infinie.
Un des foins principaux des Profeffeurs
devroit être de difcerner parmi ceux qui
étudient fous eux , ceux qui fe trouvent
avoir le génie de la fcience qu'on leur enfeigne.
On fçait qu'on entend par génie
l'aptitude naturelle que des perfonnes ont
de faire bien au prix d'une légere étude
ce que d'autres avec une étude pénible ne
parviennent à faire qu'imparfaitement . On
ne doit pas douter qu'il ne faille un génie
particulier pour l'étude des loix , un caractere
d'efprit fingulier une heurenfe pofition
de coeur. L'inſtruction ſeule & l'apSEPTEMBRE
. 1755. 183
plication ne fuffifent pas , l'expérience ie
démontre . Où font les compagnies un peu
nombreuſes où l'on ne voie bien fouvent
des Magiftrats qui , fans étude , mais par
une droiture d'efprit qui leur eft naturelle ,
vont au but & à la vraie décifion , tandis
qu'on en voit , qui ayant forcé leurs talens
, & s'étant remplis de connoiffances
femblent ne s'en fervir que pour donner à
gauche avec plus d'obftination .
Ce difcernement mériteroit d'autant
plus d'attention , que parmi ceux qui s'appliquent
à l'étude du droit , c'eft prefque
un hazard s'il en eft quelqu'un qui ait .
pour cette étude les difpofitions naturelles
. Sur cent écoliers qui prendront une
année des dégrés dans une Univerſité de
Droit , c'eft beaucoup s'il y en a trois qui
en faffent dans la fuite leur objet. Les autres
Gradués le négligent entierement. Ce
petit nombre dont on parle , ne fe détermine
que par des circonftances particulie
res où il fe trouve , comme la néceffité
de remplir quelque érat , ou de pourvoir
aux befoins de la vie. Difpofitions infuffifantes
, & avec lefquelles on ne va pas
loin.
Ce difcernement ainfi fait , ce feroit à
des Profeffeurs habiles & zélés pour la
gloire de leur art d'encourager les jeunes
་།
184 MERCURE DE FRANCE.
éleves en qui ils verroient luire les étincelles
de ce génie. Il ne le pourroient gueres
que par leurs exhortations , & par leurs
exemples : mais quand il y auroit dans
l'état quelque diftinction & quelque récompenfe
pour les génies peu communs ,
cela ne paroît pas devoir tirer à une grande
conféquence.
De Ville-Franche , de Rouergue ,
ce 15 Juillet 1755 .
Fermer
Résumé : Réflexions sur la maniere d'enseigner & d'étudier le Droit.
Le texte 'Réflexions sur la manière d'enseigner et d'étudier le Droit' met en lumière le retard de la science juridique par rapport aux autres disciplines, telles que la philosophie et la médecine, qui ont progressé grâce à des méthodes rigoureuses et à la raison. Plusieurs facteurs expliquent ce retard, notamment les défauts des étudiants, les imperfections des livres de droit et les méthodes d'enseignement inefficaces dans les universités. Les étudiants voient souvent le droit comme un moyen de fortune ou une obligation professionnelle, plutôt que comme une science à étudier pour elle-même. Les livres de droit, comme le recueil des lois compilé par Tribonien, sont décrits comme chaotiques et pleins de contradictions. Les auteurs de ces ouvrages sont critiqués pour leur manque de méthode et de clarté. Les professeurs, quant à eux, enseignent de manière peu noble et infructueuse, se concentrant sur des subtilités inutiles et des inutilités. L'enseignement du droit dans les universités est critiqué pour son manque de méthode et d'ordre. Les étudiants sont souvent submergés par des citations et des explications obscures, ce qui rend l'apprentissage difficile et inefficace. En conséquence, beaucoup d'étudiants perdent rapidement l'intérêt pour cette science après leurs études. Le texte suggère que l'étude du droit pourrait être rendue plus attrayante et utile en adoptant une méthode d'enseignement plus structurée et en se concentrant sur les principes fondamentaux. Il propose de diviser les matières en sections distinctes, comme les conventions, les successions et les matières testamentaires, et d'enseigner les principes immuables du droit naturel et des gens. Cela permettrait aux étudiants de mieux comprendre et d'appliquer les règles juridiques dans leur vie quotidienne et professionnelle. Le texte insiste également sur l'importance pour les professeurs de distinguer les étudiants dotés d'un génie particulier pour la science qu'ils enseignent. Le génie est défini comme une aptitude naturelle permettant de réussir avec peu d'efforts, contrairement à ceux qui nécessitent des études pénibles pour obtenir des résultats imparfaits. Cette aptitude est particulièrement cruciale dans l'étude des lois, où l'instruction et l'application seules ne suffisent pas. Le texte observe que dans certaines compagnies, des magistrats sans étude approfondie mais avec une droiture d'esprit naturelle parviennent à des décisions justes, tandis que d'autres, malgré leurs connaissances, les utilisent de manière inefficace. Le texte souligne que parmi les étudiants en droit, il est rare de trouver ceux ayant des dispositions naturelles pour cette étude. Sur cent écoliers obtenant un diplôme en droit, seulement trois environ poursuivront cette carrière par la suite. Les autres négligent cette voie, souvent poussés par des circonstances spécifiques comme la nécessité de subvenir à leurs besoins. Après avoir identifié ces étudiants talentueux, les professeurs devraient les encourager par leurs exhortations et leurs exemples. Cependant, l'instauration de distinctions ou de récompenses pour ces génies dans l'état semble avoir une portée limitée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10047
p. 191-198
SÉANCE. de l'Académie Royale de Chirurgie.
Début :
L'Académie Royale de Chirurgie tint sa séance publique le 10 Avril, à laquelle [...]
Mots clefs :
Académie royale de chirurgie, Chirurgie, Hernies, Maladies, Remède, Progrès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE. de l'Académie Royale de Chirurgie.
SEAN CE.
de l'Académie Royale de Chirurgie.
L'Académie Royale de Chirurgie tint fa
feance publique le 10 Avril , à laquelle
M. dela Faye préfida comme Directeur.
M. Morand, Secrétaire perpétuel , ouvrit
lafeance par le Difcours fuivant.
L
E feu eft un moyen que les Grecs , les
Romains , les Arabes , employoient
avec une égale confiance pour guérir les
maladies chirurgicales ; & la lecture des
Anciens nous apprend qu'ils n'ont fait que
fe copier fur cela . Les grandes découvertes
font en général dues au hazard ; le raifonnement
n'eft venu qu'après. A remonter
à l'origine des chofes , il eft vraifemblable
que l'ufage du feu appliqué aux opé
192 MERCURE DE FRANCE.
rations de Chirurgie , a été imaginé d'après
l'effet de la brûlure faite par accident.
L'inftant en eft fort vif pour la douleur ;
les Anciens ont pû conclure que le feu devoit
être un remede dans les cas de ftupeur
où il eft néceffaire d'exciter de la fenfibilité.
Le moment douloureux de la brûlure
étant paffé , il en résulte une eſcarre au
moyen de quoi une partie plus ou moins
profondément affectée , doit être féparée
de celles avec lesquelles il y avoit commerce
de fucs nourriciers ; les Anciens en
ont pu conclure que le feu étoit un moyen
de féqueftrer le mort d'avec le vif. L'ef
carre d'une brûlure étant formée , il ſe fait
une fuppuration plus ou moins abondante,
à l'aide de laquelle les parties qui étoient
gonflées , fe détendent & fe débarraffent
d'une quantité d'humeurs proportionnée
a la grandeur de l'efcarre ; les Anciens en
ont pu conclure que le feu étoit un remede
capable d'exciter des fontes falutaires. Enfin
l'efcarre étant tombée , l'on découvre
une déperdition de fubftance , fuite de la
piece emportée , qui laiffe une breche plus
ou moins large à la partie faine ; les Anciens
en ont pu conclure que le feu étoit
un moyen de faire ouverture , en fuppléant
à l'incifion . Cette fpéculation toute nue
des effets de la brûlure , pourroit être regardée
SEPTEMBRE . 1755. 193
gardée comme la bafe de la doctrine des
Anciens fur cette matiere , & dès-lors ils
ont du employer le feu dans beaucoup de
maladies ; mais ils en ont abufé , & l'on
ne peut s'empêcher d'être furpris , quand
on voit cet abus porté au point de convertir
la Chirurgie opérante en pyrotechnie.
L'acquifition des connoiffances qu'introduit
naturellement la fucceffion des
tems , donneroit lieu de croire qu'à mefure
qu'on s'éloigne du fiecle d'Hippocrate , on
a fubftitué des moyens de guérir moins
cruels. Cependant le fameux traité de
Marc-Aurele Severin , Profeffeur à Naples,
eft de 1646. Cet Auteur met tout en feu
pour guérir les maladies du corps humain ,
il annonce fon traité dans les termes les
plus pompeux , il l'intitule la Chirurgie efficace.
Nouvel Hercule , c'eft avec le feu
qu'il combat l'hydre morbifique . Il ne tarit
point fur les éloges qu'il donne à ce remede.
Il eft vrai que l'anatomie & la chymie
ont fait depuis ce tems- là des progrès bien
plus rapides , & de-là font venues les opérations
méthodiques qui font tant d'honneur
à la Chirurgie moderne.
Les notions anatomiques ont infpiré le
courage d'ouvrir avec le fer , la poitrine
inondée de liqueurs devenues étrangeres
le foye rempli de pus , les dépôts foup-
I
194 MERCURE DE FRANCE.
çonnés dans les parties les plus effentielles
å la vie , de fendre l'anneau inguinal ou
l'ombilical , pour lever l'étranglement de
celles qui font engagées dans les hernies ,
de lier les arteres pour arrêter les grandes
hémorragies.
La Chymie perfectionnée a fourni des
topiques dont l'application moins effrayante
que celle d'un fer rougi au feu , détruit
des parties dénaturées , & certaines tumeurs
qui , en termes de Botanique , feroient
bien appellées parafites. enfin la Chirurgie
plus éclairée a reconnu l'erreur des
Anciens à l'égard du feu tombé depuis le
dix-huitieme fiecle dans le plus grand difcrédit
; & en effet , il paroît déraisonnable
de l'employer pour la phthifie , l'empyeme,
l'abcès du foye , le gonflement de la rate ,
l'hydropifie , l'extirpation des amygdales ,
les luxations , les hernies ; auffi l'ufage en
eft-il profcrit dans les cas dont il eft queftion
, quoiqu'on le voye encore foutenu
pour les luxations & les hernies par les auteurs
de quelques differtations , même trèsrécentes
, puifqu'il y en aune de 1752. A la
vérité ces Auteurs ne font pas Chirurgiens ,
& c'eft la feule réfutation qu'ils méritent .
Les arts font fujets à certaines révolutions
dont les époques femblent conftater
dans les mêmes tems les progrès de l'efprit
fur certains points , & fa décadence en
SEPTEMBRE. 1755 . 195
d'autres , l'ufage du feu comme remede de
Chirurgie , n'avoit qu'à perdre à mefure
que l'on augmentoit en connoiffances , &
la délicateffe des hommes augmentée auffi
à mesure qu'ils s'éloignoient de la fimplicité
des premiers tems , y trouvoit fon
compte. Infenfiblement l'on a oublié ce
point de l'aphorifme d'Hippocrate , qui eft
cependant très- vrai dans beaucoup de cas :
ce que le fer ne guérit point , le feu peut le
guérir. Les modernes ne l'ont confervé que
pour l'appliquer fur les os qui dénués de
leur périofte font infenfibles , & pour tout
le refte l'ayant abandonné à la Médecine
vétérinaire , iillss oonntt ffeerrmméé lleess yeux fur les
merveilles que celle - ci opere.
En même tems que les Méthodiques ont
rejetté le feu , les Empyriques ont mis les
médicamens cauftiques à tout , & c'eſt
avec peine que l'on voit cette contagion
gagner quelques Chirurgiens d'ailleurs
très - habiles. Ils n'ignorent cependant pas
le danger de l'arfenic , des différentes préparations
de fublimé , du précipité rouge ,
quoique fimplement appliqués fur des
chairs ; ou bien il faudroit ( ce que l'on ne
peut fuppofer ) qu'ils ignoraffent que les
veines , mêmes les
réforbans , peuvent
fuccer les parties corrofives de ces
remedes , les porter dans la maffe des
4
pores
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
liqueurs , & les empoifonner.
L'ACADÉMIE avoit déja propofé les cauftiques
pour fujet du prix de 1748. confidérant
en particulier le feu ou caufere actuel
, & fans ceffe occupée de la perfection
de l'art , elle a trouvé la doctrine des anciens
& celle des modernes également répréhenfibles
; les uns ayant abufé du feu ,
les autres l'ayant abfolument négligé . Elle
en a fait le fujet d'une queſtion intéreffante
qui conduifoit naturellement à cette
feconde queftion très- utile : en quels cas le
feu doit- il être préféré aux autres moyens pour
la cure des maladies chirurgicales , & quelles
font les raifons de préférence. Cette matiere
déja préfentée pour le prix de 1753 ,
n'ayant pas été affez approfondie , a été
propofée de nouveau pour cette année
1755 , avec promeffe d'un prix double ;
c'eft à- dire , que celui qui au jugement de
l'Académie , auroit fait le meilleur mémoire
auroit deux médailles d'or de la valeur
de 500 livres , ou une médaille d'or ,
& la valeur de l'autre au choix de l'Auteur.
Les efpérances de l'Académie n'ont pas
éré vaines ; elle a reçu vingt-un mémoires ,
dont trois font restés au concours . Elle adjuge
le prix double au numéro 20 , qui
porte à la premiere page une emblême de la
Salamandre avec la devife : Nimium extinguit
, defideratum renovat ; & à la derniere
SEPTEMBRE . 1755. 197
page l'emblême d'un phoenix , avec la devife
Crematus ipfe refurgit. M. de la Boffiere
, Chirurgien Major des dragons de la
Reine a fait les preuves néceffaires pour
retirer le prix . L'Académie a jugé dignes
de l'impreffion , le mémoire numéro 14
ayant pour devife : Labor eft non levis effe
brevem , & le mémoire latin , numéro 5 ;
avec cette devife : aut Davus aut Edipus.
Après ce difcours , M. Morand lut l'avis
fuivant.
Il eft dit dans le teftamment de M. de la
Peyronnie que les revenus des fonds qu'il
a laiffé à la Communauté des Maîtres en
Chirurgie de Paris , étant appliqués à l'ufage
particulier qu'il ordonne lui-même en
être fait en trois articles , le furplus fera
employé en dépenfes pour l'utilité & les
progrès de la Chirurgie & de l'Académie
royale de Chirurgie.
Il vient d'être réglé qu'outre la médaille
de cinq cens livres pour le prix dont l'Académie
donne le fujet , il y aura dorénavant
une autre médaille d'or de deux cens
livres donnée chaque année à celui des
Chirurgiens étrangers ou regnicoles , qui
l'aura mérité par un ouvrage fur quelque
matiere de Chirurgie que ce foit , au choix
de l'Auteur ; ce fecond prix fera nommé
prix d'émulation .
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Plus , cinq médailles d'or de cent livres
chacune pour cinq des Académiciens de la
claffe des libres & des Chirurgiens regnicoles
qui auront fourni pendant le cours de
l'année un mémoire ou trois obfervations
intéreffantes.
Le prix d'émulation fera adjugé publiquement
l'année prochaine avec le prix
ordinaire. Par ce nouvel établiſſement ,
l'Europe partagera avec nous les bienfaits
de M. de la Peyronie , tandis que nous
rendrons fidelement à l'Europe les fruits
de ceux dont nous lui fommes redevables
en particulier.
de l'Académie Royale de Chirurgie.
L'Académie Royale de Chirurgie tint fa
feance publique le 10 Avril , à laquelle
M. dela Faye préfida comme Directeur.
M. Morand, Secrétaire perpétuel , ouvrit
lafeance par le Difcours fuivant.
L
E feu eft un moyen que les Grecs , les
Romains , les Arabes , employoient
avec une égale confiance pour guérir les
maladies chirurgicales ; & la lecture des
Anciens nous apprend qu'ils n'ont fait que
fe copier fur cela . Les grandes découvertes
font en général dues au hazard ; le raifonnement
n'eft venu qu'après. A remonter
à l'origine des chofes , il eft vraifemblable
que l'ufage du feu appliqué aux opé
192 MERCURE DE FRANCE.
rations de Chirurgie , a été imaginé d'après
l'effet de la brûlure faite par accident.
L'inftant en eft fort vif pour la douleur ;
les Anciens ont pû conclure que le feu devoit
être un remede dans les cas de ftupeur
où il eft néceffaire d'exciter de la fenfibilité.
Le moment douloureux de la brûlure
étant paffé , il en résulte une eſcarre au
moyen de quoi une partie plus ou moins
profondément affectée , doit être féparée
de celles avec lesquelles il y avoit commerce
de fucs nourriciers ; les Anciens en
ont pu conclure que le feu étoit un moyen
de féqueftrer le mort d'avec le vif. L'ef
carre d'une brûlure étant formée , il ſe fait
une fuppuration plus ou moins abondante,
à l'aide de laquelle les parties qui étoient
gonflées , fe détendent & fe débarraffent
d'une quantité d'humeurs proportionnée
a la grandeur de l'efcarre ; les Anciens en
ont pu conclure que le feu étoit un remede
capable d'exciter des fontes falutaires. Enfin
l'efcarre étant tombée , l'on découvre
une déperdition de fubftance , fuite de la
piece emportée , qui laiffe une breche plus
ou moins large à la partie faine ; les Anciens
en ont pu conclure que le feu étoit
un moyen de faire ouverture , en fuppléant
à l'incifion . Cette fpéculation toute nue
des effets de la brûlure , pourroit être regardée
SEPTEMBRE . 1755. 193
gardée comme la bafe de la doctrine des
Anciens fur cette matiere , & dès-lors ils
ont du employer le feu dans beaucoup de
maladies ; mais ils en ont abufé , & l'on
ne peut s'empêcher d'être furpris , quand
on voit cet abus porté au point de convertir
la Chirurgie opérante en pyrotechnie.
L'acquifition des connoiffances qu'introduit
naturellement la fucceffion des
tems , donneroit lieu de croire qu'à mefure
qu'on s'éloigne du fiecle d'Hippocrate , on
a fubftitué des moyens de guérir moins
cruels. Cependant le fameux traité de
Marc-Aurele Severin , Profeffeur à Naples,
eft de 1646. Cet Auteur met tout en feu
pour guérir les maladies du corps humain ,
il annonce fon traité dans les termes les
plus pompeux , il l'intitule la Chirurgie efficace.
Nouvel Hercule , c'eft avec le feu
qu'il combat l'hydre morbifique . Il ne tarit
point fur les éloges qu'il donne à ce remede.
Il eft vrai que l'anatomie & la chymie
ont fait depuis ce tems- là des progrès bien
plus rapides , & de-là font venues les opérations
méthodiques qui font tant d'honneur
à la Chirurgie moderne.
Les notions anatomiques ont infpiré le
courage d'ouvrir avec le fer , la poitrine
inondée de liqueurs devenues étrangeres
le foye rempli de pus , les dépôts foup-
I
194 MERCURE DE FRANCE.
çonnés dans les parties les plus effentielles
å la vie , de fendre l'anneau inguinal ou
l'ombilical , pour lever l'étranglement de
celles qui font engagées dans les hernies ,
de lier les arteres pour arrêter les grandes
hémorragies.
La Chymie perfectionnée a fourni des
topiques dont l'application moins effrayante
que celle d'un fer rougi au feu , détruit
des parties dénaturées , & certaines tumeurs
qui , en termes de Botanique , feroient
bien appellées parafites. enfin la Chirurgie
plus éclairée a reconnu l'erreur des
Anciens à l'égard du feu tombé depuis le
dix-huitieme fiecle dans le plus grand difcrédit
; & en effet , il paroît déraisonnable
de l'employer pour la phthifie , l'empyeme,
l'abcès du foye , le gonflement de la rate ,
l'hydropifie , l'extirpation des amygdales ,
les luxations , les hernies ; auffi l'ufage en
eft-il profcrit dans les cas dont il eft queftion
, quoiqu'on le voye encore foutenu
pour les luxations & les hernies par les auteurs
de quelques differtations , même trèsrécentes
, puifqu'il y en aune de 1752. A la
vérité ces Auteurs ne font pas Chirurgiens ,
& c'eft la feule réfutation qu'ils méritent .
Les arts font fujets à certaines révolutions
dont les époques femblent conftater
dans les mêmes tems les progrès de l'efprit
fur certains points , & fa décadence en
SEPTEMBRE. 1755 . 195
d'autres , l'ufage du feu comme remede de
Chirurgie , n'avoit qu'à perdre à mefure
que l'on augmentoit en connoiffances , &
la délicateffe des hommes augmentée auffi
à mesure qu'ils s'éloignoient de la fimplicité
des premiers tems , y trouvoit fon
compte. Infenfiblement l'on a oublié ce
point de l'aphorifme d'Hippocrate , qui eft
cependant très- vrai dans beaucoup de cas :
ce que le fer ne guérit point , le feu peut le
guérir. Les modernes ne l'ont confervé que
pour l'appliquer fur les os qui dénués de
leur périofte font infenfibles , & pour tout
le refte l'ayant abandonné à la Médecine
vétérinaire , iillss oonntt ffeerrmméé lleess yeux fur les
merveilles que celle - ci opere.
En même tems que les Méthodiques ont
rejetté le feu , les Empyriques ont mis les
médicamens cauftiques à tout , & c'eſt
avec peine que l'on voit cette contagion
gagner quelques Chirurgiens d'ailleurs
très - habiles. Ils n'ignorent cependant pas
le danger de l'arfenic , des différentes préparations
de fublimé , du précipité rouge ,
quoique fimplement appliqués fur des
chairs ; ou bien il faudroit ( ce que l'on ne
peut fuppofer ) qu'ils ignoraffent que les
veines , mêmes les
réforbans , peuvent
fuccer les parties corrofives de ces
remedes , les porter dans la maffe des
4
pores
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
liqueurs , & les empoifonner.
L'ACADÉMIE avoit déja propofé les cauftiques
pour fujet du prix de 1748. confidérant
en particulier le feu ou caufere actuel
, & fans ceffe occupée de la perfection
de l'art , elle a trouvé la doctrine des anciens
& celle des modernes également répréhenfibles
; les uns ayant abufé du feu ,
les autres l'ayant abfolument négligé . Elle
en a fait le fujet d'une queſtion intéreffante
qui conduifoit naturellement à cette
feconde queftion très- utile : en quels cas le
feu doit- il être préféré aux autres moyens pour
la cure des maladies chirurgicales , & quelles
font les raifons de préférence. Cette matiere
déja préfentée pour le prix de 1753 ,
n'ayant pas été affez approfondie , a été
propofée de nouveau pour cette année
1755 , avec promeffe d'un prix double ;
c'eft à- dire , que celui qui au jugement de
l'Académie , auroit fait le meilleur mémoire
auroit deux médailles d'or de la valeur
de 500 livres , ou une médaille d'or ,
& la valeur de l'autre au choix de l'Auteur.
Les efpérances de l'Académie n'ont pas
éré vaines ; elle a reçu vingt-un mémoires ,
dont trois font restés au concours . Elle adjuge
le prix double au numéro 20 , qui
porte à la premiere page une emblême de la
Salamandre avec la devife : Nimium extinguit
, defideratum renovat ; & à la derniere
SEPTEMBRE . 1755. 197
page l'emblême d'un phoenix , avec la devife
Crematus ipfe refurgit. M. de la Boffiere
, Chirurgien Major des dragons de la
Reine a fait les preuves néceffaires pour
retirer le prix . L'Académie a jugé dignes
de l'impreffion , le mémoire numéro 14
ayant pour devife : Labor eft non levis effe
brevem , & le mémoire latin , numéro 5 ;
avec cette devife : aut Davus aut Edipus.
Après ce difcours , M. Morand lut l'avis
fuivant.
Il eft dit dans le teftamment de M. de la
Peyronnie que les revenus des fonds qu'il
a laiffé à la Communauté des Maîtres en
Chirurgie de Paris , étant appliqués à l'ufage
particulier qu'il ordonne lui-même en
être fait en trois articles , le furplus fera
employé en dépenfes pour l'utilité & les
progrès de la Chirurgie & de l'Académie
royale de Chirurgie.
Il vient d'être réglé qu'outre la médaille
de cinq cens livres pour le prix dont l'Académie
donne le fujet , il y aura dorénavant
une autre médaille d'or de deux cens
livres donnée chaque année à celui des
Chirurgiens étrangers ou regnicoles , qui
l'aura mérité par un ouvrage fur quelque
matiere de Chirurgie que ce foit , au choix
de l'Auteur ; ce fecond prix fera nommé
prix d'émulation .
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Plus , cinq médailles d'or de cent livres
chacune pour cinq des Académiciens de la
claffe des libres & des Chirurgiens regnicoles
qui auront fourni pendant le cours de
l'année un mémoire ou trois obfervations
intéreffantes.
Le prix d'émulation fera adjugé publiquement
l'année prochaine avec le prix
ordinaire. Par ce nouvel établiſſement ,
l'Europe partagera avec nous les bienfaits
de M. de la Peyronie , tandis que nous
rendrons fidelement à l'Europe les fruits
de ceux dont nous lui fommes redevables
en particulier.
Fermer
Résumé : SÉANCE. de l'Académie Royale de Chirurgie.
Le 10 avril, l'Académie Royale de Chirurgie a organisé une séance publique dirigée par M. dela Faye et ouverte par M. Morand, Secrétaire perpétuel. M. Morand a prononcé un discours sur l'usage du feu en chirurgie, une pratique utilisée par les Grecs, les Romains et les Arabes pour traiter les maladies chirurgicales. Les Anciens ont observé les effets des brûlures accidentelles et en ont déduit les propriétés thérapeutiques du feu, notamment pour exciter la sensibilité, séparer les tissus morts des vivants, provoquer des suppurations salutaires et créer des ouvertures chirurgicales. Cependant, les Anciens ont abusé de cette méthode, transformant la chirurgie en pyrotechnie. Avec les progrès de l'anatomie et de la chimie, la chirurgie moderne a développé des techniques plus méthodiques et moins cruelles. Les notions anatomiques ont permis des interventions précises, comme l'ouverture de la poitrine ou l'arrêt des hémorragies. La chimie a fourni des topiques moins effrayants que le feu pour traiter les tumeurs. L'Académie a rejeté l'usage du feu pour des maladies comme la phtisie, l'empyème ou les luxations, bien que certains auteurs récents le recommandent encore. Les arts évoluent, et l'usage du feu en chirurgie a perdu de son crédit au profit de méthodes plus éclairées. Les modernes ont conservé l'usage du feu uniquement pour les os dénudés de leur périoste, laissant cette pratique à la médecine vétérinaire. L'Académie a proposé une question sur l'usage du feu en chirurgie pour le prix de 1755, offrant deux médailles d'or. Vingt-et-un mémoires ont été soumis, et le prix a été attribué au numéro 20. L'Académie a également annoncé un prix d'émulation pour les chirurgiens étrangers ou nationaux, ainsi que des médailles pour les académiciens ayant fourni des mémoires ou des observations intéressantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10048
p. 199-201
PEINTURE. Explication d'un tableau peint à l'encre de la Chine, représentant l'Union de Psiché avec l'Amour, dédié à Madame la Comtesse de Gisors ; par M. Gosmond de Vernon, Dessinateur & Pensionnaire du Roi.
Début :
Ce tableau, qui a pour objet le mariage de M. le Comte de Gisors, avec Mlle [...]
Mots clefs :
Tableau, Psyché, Amour, Comte de Gisors, Augustin Gosmond de Vernon, Dessinateur du Roi, Pensionnaire du Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PEINTURE. Explication d'un tableau peint à l'encre de la Chine, représentant l'Union de Psiché avec l'Amour, dédié à Madame la Comtesse de Gisors ; par M. Gosmond de Vernon, Dessinateur & Pensionnaire du Roi.
PEINTURE.
Explication d'un tableau peint à l'encre de la
Chine, repréfentant l'Union de Pfiché avec .
l'Amour , dédié à Madame la Comteffe
de Gifors ; par M. Gofmond de Vernon ,
Deffinateur & Penfionnaire du Roi.
E tableau, qui a pour objet le mariage
de M. le Comte de Gifors, avec Mlle
de Nivernois , eft compofé de plufieurs
grouppes de figures.
Le grouppe fupérieur repréſente Jupiter
dans la gloire , accompagné de Junon . Le
Souverain des Dieux paroît donner fon
applaudiffement à l'Union de Pfiché avec
l'Amour , qui fait le principal fujet du tableau.
Junon appuyée fur une corne d'abondance,
répand des fleurs fur les époux :
heureux préfage des douceurs & des fruits
précieux que doit produire cet Hymenée !
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Ces Divinités qui , chez les anciens , préfidoient
aux mariages illuftres , ont pour
but de défigner l'augufte approbation que
le Roi & la Reine ont fait l'honneur d'accorder
à celui- ci .
On voit au -deffous , l'autel de l'Hymen :
Pfiché eft à côté , couronnée de roſes, qui
donne modeftement fa main à l'Amour.
Ce Dieu vole à elle , & marque par fon
air empreffé , combien il eft fenfible au
bonheur , dont il va jouir. L'Union de ce
Dieu & de cette Déeffe , préfente d'une
maniere allégorique M. le Comte de Gifors
, fous la forme de l'Amour ; & fous
celle de Pfiché , les perfections de Madame
la Comteffe fon épouse .
Au bas de l'autel eft l'Hymen , qui
tient un cartouche , où les armes des époux
font réunies . Il exprime par fon foûrire ,
la joie qu'il reffent d'unir le plus aimable
& le plus chéri des Dieux à la Beauté , qui
feule a eu droit de le charmer. Le flambeau
& l'arc de l'Amour dépofés , près de lui ,
auffi bien que les palmes jointes à l'écuffon
, font des types affez clairs de la tendreffe
& de la gloire qui doivent réfulter
d'une femblable alliance .
Les grouppes qu'on obferve fur les côtés
, font allufion aux maifons refpectables
qui s'uniffent enſemble par ce mariage.
SEPTEMBRE . 1755. 201
Celui qui eft auprès de l'Amour , défigne
allégoriquement Mr le Maréchal Duc
de Belle- Ifle , fous les figures de Minerve
& d'Hercule , images de la fageffe , du
goût , de la fublimité des talens & de là
force du courage du héros qu'on a voulu
caractériſer. Hercule appuyé fur fa maffue
& fon bouclier , regarde avec fatisfaction
un Hymenée qui met le comble à tous fes
voeux , & Minerve offre une branche d'olivier
, fymbole du bonheur qui doit naître
d'une union que fa prudence a fçu ménager.
Le grouppe proche de Pfiché , eft compofé
d'Apollon & des Graces , Divinités
qui caractérisent M. le Duc & Madame la
Ducheffe de Nivernois. Les graces couronnées
de myrthes , préfentent une pareille
couronne fur la tête de Pfiché , &
paroiffent répandre fur elle par leur regards
affectionnées tous les dons aimables
dont elles peuvent gratifier les mortels .
Apollon , que la deftinée unit à ces filles
du ciel , confidere avec tranfport une liarfon
qui lui eft fi chere , puifqu'il y voit
réuni tout le prix de fes heureux talens &
de fes lumieres .
Explication d'un tableau peint à l'encre de la
Chine, repréfentant l'Union de Pfiché avec .
l'Amour , dédié à Madame la Comteffe
de Gifors ; par M. Gofmond de Vernon ,
Deffinateur & Penfionnaire du Roi.
E tableau, qui a pour objet le mariage
de M. le Comte de Gifors, avec Mlle
de Nivernois , eft compofé de plufieurs
grouppes de figures.
Le grouppe fupérieur repréſente Jupiter
dans la gloire , accompagné de Junon . Le
Souverain des Dieux paroît donner fon
applaudiffement à l'Union de Pfiché avec
l'Amour , qui fait le principal fujet du tableau.
Junon appuyée fur une corne d'abondance,
répand des fleurs fur les époux :
heureux préfage des douceurs & des fruits
précieux que doit produire cet Hymenée !
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Ces Divinités qui , chez les anciens , préfidoient
aux mariages illuftres , ont pour
but de défigner l'augufte approbation que
le Roi & la Reine ont fait l'honneur d'accorder
à celui- ci .
On voit au -deffous , l'autel de l'Hymen :
Pfiché eft à côté , couronnée de roſes, qui
donne modeftement fa main à l'Amour.
Ce Dieu vole à elle , & marque par fon
air empreffé , combien il eft fenfible au
bonheur , dont il va jouir. L'Union de ce
Dieu & de cette Déeffe , préfente d'une
maniere allégorique M. le Comte de Gifors
, fous la forme de l'Amour ; & fous
celle de Pfiché , les perfections de Madame
la Comteffe fon épouse .
Au bas de l'autel eft l'Hymen , qui
tient un cartouche , où les armes des époux
font réunies . Il exprime par fon foûrire ,
la joie qu'il reffent d'unir le plus aimable
& le plus chéri des Dieux à la Beauté , qui
feule a eu droit de le charmer. Le flambeau
& l'arc de l'Amour dépofés , près de lui ,
auffi bien que les palmes jointes à l'écuffon
, font des types affez clairs de la tendreffe
& de la gloire qui doivent réfulter
d'une femblable alliance .
Les grouppes qu'on obferve fur les côtés
, font allufion aux maifons refpectables
qui s'uniffent enſemble par ce mariage.
SEPTEMBRE . 1755. 201
Celui qui eft auprès de l'Amour , défigne
allégoriquement Mr le Maréchal Duc
de Belle- Ifle , fous les figures de Minerve
& d'Hercule , images de la fageffe , du
goût , de la fublimité des talens & de là
force du courage du héros qu'on a voulu
caractériſer. Hercule appuyé fur fa maffue
& fon bouclier , regarde avec fatisfaction
un Hymenée qui met le comble à tous fes
voeux , & Minerve offre une branche d'olivier
, fymbole du bonheur qui doit naître
d'une union que fa prudence a fçu ménager.
Le grouppe proche de Pfiché , eft compofé
d'Apollon & des Graces , Divinités
qui caractérisent M. le Duc & Madame la
Ducheffe de Nivernois. Les graces couronnées
de myrthes , préfentent une pareille
couronne fur la tête de Pfiché , &
paroiffent répandre fur elle par leur regards
affectionnées tous les dons aimables
dont elles peuvent gratifier les mortels .
Apollon , que la deftinée unit à ces filles
du ciel , confidere avec tranfport une liarfon
qui lui eft fi chere , puifqu'il y voit
réuni tout le prix de fes heureux talens &
de fes lumieres .
Fermer
Résumé : PEINTURE. Explication d'un tableau peint à l'encre de la Chine, représentant l'Union de Psiché avec l'Amour, dédié à Madame la Comtesse de Gisors ; par M. Gosmond de Vernon, Dessinateur & Pensionnaire du Roi.
Le texte décrit un tableau à l'encre de Chine représentant l'union de Psyché et de l'Amour, dédié à Madame la Comtesse de Gifors. Réalisé par M. Gofmond de Vernon, il célèbre le mariage de M. le Comte de Gifors et de Mlle de Nivernois. Le tableau est structuré en plusieurs groupes de figures. Le groupe supérieur montre Jupiter et Junon approuvant l'union, symbolisant l'approbation royale. Junon, appuyée sur une corne d'abondance, répand des fleurs sur les époux, représentant les douceurs et les fruits précieux de cette union. En dessous, l'autel de l'Hymen est présent, avec Psyché couronnée de roses donnant sa main à l'Amour. Cette scène allégorique représente M. le Comte de Gifors sous la forme de l'Amour et Madame la Comtesse sous celle de Psyché. L'Hymen, au bas de l'autel, tient un cartouche avec les armes des époux et exprime sa joie de les unir. Les symboles autour de lui, comme le flambeau et l'arc de l'Amour, évoquent la tendresse et la gloire de cette alliance. Les groupes sur les côtés font référence aux maisons respectables unies par ce mariage. Près de l'Amour, le Maréchal Duc de Belle-Isle est représenté par Minerve et Hercule, symbolisant la sagesse et la force. Près de Psyché, Apollon et les Grâces représentent M. le Duc et Madame la Duchesse de Nivernois, offrant une couronne de myrtes à Psyché et représentant les talents et les lumières d'Apollon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10049
p. 202-203
GRAVURE.
Début :
Nous annonçons une estampe représentant une vûe de marine peinte par [...]
Mots clefs :
Gravure, Claude Joseph Vernet, Estampe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
Nfentant une vue de marine peinte par
OUS annonçons une eftampe repréqu'e
le célébre M. Vernet , dédiée à M. le Marquis
de Marigny. L'accueil & les éloges
'elle a reçus , prouvent affez le mérite
de cette gravûre. Nous ne pouvons mieux
la louer que de tranfcrire ici les propres
expreffions de M. Vernet fur cet ouvrage
, tirées de la lettre qu'il a écrite à M.
Balechou , & préfentée à M. de Marigny
en même tems que l'eftampe gravée
Avignon.
·
Lettre de M. Vernet.
Monfieur , je fuis extrêmement fatisfait
de l'eftampe que vous avez gravée d'après
un de mes tableaux ; elle eft bien entendue,
& a toute la force & l'harmonie qu'on
peut defirer dans une gravûre. J'approuve
très-fort l'intention où vous êtes de la dédier
à M. le Marquis de Marigny , il y va
de ma gloire & de mon intérêt , puifque
cela pourra augmenter la bonne opinion
qu'il a de mes talens , lorfqu'il verra que
vous employez le vôtre à tranſmettre à la
SEPTEMBRE . 1755. 203
postérité mes ouvrages . M. de Marigny a
trop de goût & de difcernement pour ne
pas faire un bon accueil à votre eftampe
& vous rendre toute la juftice que vous
méritez.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Toulon , le 3 Mai 1755 .
Vernet.
LE ST LE ROUGE , Ingénieur , Géographe
du Roi , rue des Auguftins , près
la rue S André , vient de publier une nouvelle
carte du Canada & de la Louifiane
pour l'intelligence des affaires actuelles en
Amérique.
Un effai du cours de l'Oyo ; l'élévation
perfpective de l'école royale militaire ; le
plan de la place de Louis XV. On trouve
chez le même l'Amérique feptentrionale ,
en huit feuilles , publiée a Londres par le
Docteur Mitchel . Prix 36 liv . Plus , un
affortiment des meilleures cartes & eftampes
Angloifes ; & un catalogue général des
meilleurs livres qui ont paru depuis cinquante
ans , en diverfes capitales de l'Allemagne
, & qu'il fournira à jufte prix .
Nfentant une vue de marine peinte par
OUS annonçons une eftampe repréqu'e
le célébre M. Vernet , dédiée à M. le Marquis
de Marigny. L'accueil & les éloges
'elle a reçus , prouvent affez le mérite
de cette gravûre. Nous ne pouvons mieux
la louer que de tranfcrire ici les propres
expreffions de M. Vernet fur cet ouvrage
, tirées de la lettre qu'il a écrite à M.
Balechou , & préfentée à M. de Marigny
en même tems que l'eftampe gravée
Avignon.
·
Lettre de M. Vernet.
Monfieur , je fuis extrêmement fatisfait
de l'eftampe que vous avez gravée d'après
un de mes tableaux ; elle eft bien entendue,
& a toute la force & l'harmonie qu'on
peut defirer dans une gravûre. J'approuve
très-fort l'intention où vous êtes de la dédier
à M. le Marquis de Marigny , il y va
de ma gloire & de mon intérêt , puifque
cela pourra augmenter la bonne opinion
qu'il a de mes talens , lorfqu'il verra que
vous employez le vôtre à tranſmettre à la
SEPTEMBRE . 1755. 203
postérité mes ouvrages . M. de Marigny a
trop de goût & de difcernement pour ne
pas faire un bon accueil à votre eftampe
& vous rendre toute la juftice que vous
méritez.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Toulon , le 3 Mai 1755 .
Vernet.
LE ST LE ROUGE , Ingénieur , Géographe
du Roi , rue des Auguftins , près
la rue S André , vient de publier une nouvelle
carte du Canada & de la Louifiane
pour l'intelligence des affaires actuelles en
Amérique.
Un effai du cours de l'Oyo ; l'élévation
perfpective de l'école royale militaire ; le
plan de la place de Louis XV. On trouve
chez le même l'Amérique feptentrionale ,
en huit feuilles , publiée a Londres par le
Docteur Mitchel . Prix 36 liv . Plus , un
affortiment des meilleures cartes & eftampes
Angloifes ; & un catalogue général des
meilleurs livres qui ont paru depuis cinquante
ans , en diverfes capitales de l'Allemagne
, & qu'il fournira à jufte prix .
Fermer
Résumé : GRAVURE.
Le document annonce la publication d'une gravure représentant une vue de marine, réalisée par M. Vernet et dédiée à M. le Marquis de Marigny. Cette œuvre a été bien accueillie et a reçu des éloges, confirmant sa qualité. M. Vernet, dans une lettre datée du 3 mai 1755 et signée à Toulon, exprime sa satisfaction à M. Balechou concernant la gravure et son harmonie. Il approuve la dédicace à M. de Marigny, espérant que cela renforcera la bonne opinion de ce dernier sur ses talents. Par ailleurs, le document mentionne la publication par M. Le St Le Rouge, ingénieur et géographe du Roi, d'une nouvelle carte du Canada et de la Louisiane pour mieux comprendre les affaires actuelles en Amérique. Il propose également divers autres ouvrages cartographiques et un catalogue de livres récents parus en Allemagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10050
p. 223-225
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Le 23 Juillet, les Comédiens François remirent pour la premiere fois Marius [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Comédiens-Français, Tragédie, Rôle, Actrice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
E 23 Juillet , les Comédiens François
remirent pour la premiere fois Marius
, Tragédie de M. de Caux. Cette piece
n'avoit point été jouée depuis fa nouveauté
en 1716. Elle a de grandes beautés.
J'oferois prefque dire que le rôle du vieux
Marius eft frappé au coin du grand Corneille
. Celui d'Arisbe a été rendu fupérieurement
par Mlle Clairon , qui embellit
tout ce quelle joue.
Le Dimanche 27 du même mois , la
nouvelle Actrice , Mlle Mezieres , a repréfenté
Camille dans les Horaces , avec
l'approbation générale , qui dit plus aujourd'hui
que l'applaudiffement du Parterre.
L'applaudiffement eft fouvent acheté
, au lieu que l'approbation est toujours
libre , & ne s'accorde qu'au talent par le
public connoiffeur , qui feul l'apprécie.
Ses arrêts font moins bruians, mais ils font
les feuls qui décident . Le fuccès & le mé-
Kiiij
224 MERCURE DE FRANCE.
rite théatral de Mlle Mezieres ne font donc
plus douteux. Ce troifiéme rôle a convaincu
les plus incrédules. Elle l'a joué
avec autant d'ame que d'intelligence , &
s'eft furpaffée dans l'imprécation du quatriéme
acte. C'eft dans les grands morceaux
qu'un Acteur fe développe. Quoiqu'on
en dife , ils ne fervent que le vrai
talent , ils font toujours l'écueil de la médiocrité.
L'Actrice nouvelle n'eſt point
bornée au férieux , elle n'a pas moins réuffi
dans le comique. Elle le rend avec d'autant
plus d'efprit , qu'elle ne copie perfonne
, & qu'elle exprime également bien
les caracteres oppofés. Elle a joué l'Amoureuse
dans le Florentin , avec une fineffe
qui eft à elle ; & Lucinde dans l'Oracle
, avec une naïveté fpirituelle , qui
n'eft pas montrée ; il ne lui manque que
l'ufage & le ton du théatre de Paris.
Le fieur Raucourt qui a été reçu pour
un an à l'effai , a repréſenté le vieil Horace
d'une maniere à mériter de plus en
plus l'encouragement du public.
Le 20 Août, les mêmes Comédiens ont
donné la premiere repréſentation de l'Orphelin
de la Chine , Tragédie nouvelle de
M. de Voltaire .
Toute la France y étoit , & le plus grand
nombre l'a applaudie. Ceux qui la jugent
SEPTEMBRE . 1755. 225
avec le plus de rigueur , font forcés de convenir
que les détails en font admirables.
Si la gloire de ce Poëte célébre pouvoit
croître , elle feroit comblée par ce nouveau
triomphe. Il eft vrai que Mlle Clairon doit
le partager ; on peut dire que le talent de
l'Actrice difpute de force avec le génie dé
l'Auteur. M. de Voltaire eft né ponr faire
de beaux vers , & Mlle Clairon eft faite
pour les dire. Heureufement pour la piéce
elle y joue le meilleur rôle. Je ne crois pas
que l'onpuiffe mettre au théatre un caractere
plus intéreffant que celui d'Idamé qu'elle
repréfente. Son héroïfime eft dans la nature,
Celui de fon mari fort de l'humanité.
Il eſt le modele des fujets , mais il en remplit
les devoirs aux dépens de ceux de pere
& d'époux . Il veut facrifier fon fils dans
le berceau , malgré les cris du fang , & il
exhorte fa femme à vivre pour regner avec
le tyran dont elle eft aimée. Idamé au contraire,
mere auffi tendre qu'époufe parfaite,
défend les jours de fon fils au péril des fiens ,
& propofe à fon mari un parti plus noble
& plus convénable , c'eft de mourir tous
deux d'une mort libre par le fecours d'un
poignard qu'elle lui préfente. Nous aurons
le tems de parler plus au long de cette Tragédie
, dont vraisemblablement la réuffite
ne fera point paffagere.
E 23 Juillet , les Comédiens François
remirent pour la premiere fois Marius
, Tragédie de M. de Caux. Cette piece
n'avoit point été jouée depuis fa nouveauté
en 1716. Elle a de grandes beautés.
J'oferois prefque dire que le rôle du vieux
Marius eft frappé au coin du grand Corneille
. Celui d'Arisbe a été rendu fupérieurement
par Mlle Clairon , qui embellit
tout ce quelle joue.
Le Dimanche 27 du même mois , la
nouvelle Actrice , Mlle Mezieres , a repréfenté
Camille dans les Horaces , avec
l'approbation générale , qui dit plus aujourd'hui
que l'applaudiffement du Parterre.
L'applaudiffement eft fouvent acheté
, au lieu que l'approbation est toujours
libre , & ne s'accorde qu'au talent par le
public connoiffeur , qui feul l'apprécie.
Ses arrêts font moins bruians, mais ils font
les feuls qui décident . Le fuccès & le mé-
Kiiij
224 MERCURE DE FRANCE.
rite théatral de Mlle Mezieres ne font donc
plus douteux. Ce troifiéme rôle a convaincu
les plus incrédules. Elle l'a joué
avec autant d'ame que d'intelligence , &
s'eft furpaffée dans l'imprécation du quatriéme
acte. C'eft dans les grands morceaux
qu'un Acteur fe développe. Quoiqu'on
en dife , ils ne fervent que le vrai
talent , ils font toujours l'écueil de la médiocrité.
L'Actrice nouvelle n'eſt point
bornée au férieux , elle n'a pas moins réuffi
dans le comique. Elle le rend avec d'autant
plus d'efprit , qu'elle ne copie perfonne
, & qu'elle exprime également bien
les caracteres oppofés. Elle a joué l'Amoureuse
dans le Florentin , avec une fineffe
qui eft à elle ; & Lucinde dans l'Oracle
, avec une naïveté fpirituelle , qui
n'eft pas montrée ; il ne lui manque que
l'ufage & le ton du théatre de Paris.
Le fieur Raucourt qui a été reçu pour
un an à l'effai , a repréſenté le vieil Horace
d'une maniere à mériter de plus en
plus l'encouragement du public.
Le 20 Août, les mêmes Comédiens ont
donné la premiere repréſentation de l'Orphelin
de la Chine , Tragédie nouvelle de
M. de Voltaire .
Toute la France y étoit , & le plus grand
nombre l'a applaudie. Ceux qui la jugent
SEPTEMBRE . 1755. 225
avec le plus de rigueur , font forcés de convenir
que les détails en font admirables.
Si la gloire de ce Poëte célébre pouvoit
croître , elle feroit comblée par ce nouveau
triomphe. Il eft vrai que Mlle Clairon doit
le partager ; on peut dire que le talent de
l'Actrice difpute de force avec le génie dé
l'Auteur. M. de Voltaire eft né ponr faire
de beaux vers , & Mlle Clairon eft faite
pour les dire. Heureufement pour la piéce
elle y joue le meilleur rôle. Je ne crois pas
que l'onpuiffe mettre au théatre un caractere
plus intéreffant que celui d'Idamé qu'elle
repréfente. Son héroïfime eft dans la nature,
Celui de fon mari fort de l'humanité.
Il eſt le modele des fujets , mais il en remplit
les devoirs aux dépens de ceux de pere
& d'époux . Il veut facrifier fon fils dans
le berceau , malgré les cris du fang , & il
exhorte fa femme à vivre pour regner avec
le tyran dont elle eft aimée. Idamé au contraire,
mere auffi tendre qu'époufe parfaite,
défend les jours de fon fils au péril des fiens ,
& propofe à fon mari un parti plus noble
& plus convénable , c'eft de mourir tous
deux d'une mort libre par le fecours d'un
poignard qu'elle lui préfente. Nous aurons
le tems de parler plus au long de cette Tragédie
, dont vraisemblablement la réuffite
ne fera point paffagere.
Fermer
Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
En juillet 1755, les Comédiens Français reprirent la tragédie 'Marius' de M. de Caux, absente des scènes depuis 1716. Le rôle du vieux Marius fut comparé aux œuvres de Corneille. Mlle Clairon interpréta Arisbe avec maestria. Le 27 juillet, Mlle Mézières joua Camille dans 'Les Horaces' et reçut une approbation générale, démontrant ainsi son talent, tant dans les rôles tragiques que comiques, comme l'Amoureuse dans 'Le Florentin' et Lucinde dans 'L'Oracle'. Le sieur Raucourt, nouvellement engagé, interpréta le vieil Horace avec succès. Le 20 août, les Comédiens Français présentèrent 'L'Orphelin de la Chine' de Voltaire, acclamée par le public et les critiques. Mlle Clairon incarna Idamé, un personnage héroïque et touchant, et la tragédie fut saluée pour ses détails admirables et le talent de ses interprètes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer