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4201
p. 155-161
MÉMOIRE sur une question Anatomique relative à la Jurisprudence ; dans lequel on établit les Principes pour distinguer à l'inspection d'un corps trouvé pendu, les signes du SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT. Par M. LOUIS, Professeur Royal de Chirurgie, Censeur Royal, Chirurgien-consultant des Armées du Roi, &c. À Paris chez Cavelier, rue Saint Jacques, au lys d'or.
Début :
LE titre de cette Dissertation en annonce suffisamment l'objet : le supplice [...]
Mots clefs :
Corps, Crime, Chirurgien, Assassinat, Étranglement , Examen, Mémoire
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texteReconnaissance textuelle : MÉMOIRE sur une question Anatomique relative à la Jurisprudence ; dans lequel on établit les Principes pour distinguer à l'inspection d'un corps trouvé pendu, les signes du SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT. Par M. LOUIS, Professeur Royal de Chirurgie, Censeur Royal, Chirurgien-consultant des Armées du Roi, &c. À Paris chez Cavelier, rue Saint Jacques, au lys d'or.
MÉMOIRE fur, une queſtion Anatomique
relative à la Jurisprudence ;
dans lequel on établit les Principes
pour diftinguer à l'inspection d'un
corps trouvé pendu , les fignes du
SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT.
Par M. LOUIS , Professeur
Royal de Chirurgie , Cenfeur Royal,
Chirurgien-confultant des Armées du
Roi , &c. A Paris chez Cavelier ,
rue Saint Jacques , au lys d'or.
LEE titre de cette Differtation en annonce
fuffisamment l'objet : le fupplice
d'un père , accuſé d'avoir étranglé fon
fils , en a été le motif; la fûreté des
citoyens , l'inſtruction des gens de l'art ,
la certitude des jugemens à prononcer
dans de pareilles affaires , en feront le
fruit ; & l'Auteur ne defire pour la récompenſe
de ſon travail , que de pouvoir
empêcher quelqu'un de commettre
le crime dans la crainte de la conviction ,
&un innocent d'en être accuſé.
La méchanceté des hommes les
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
rendus induſtrieux juſques dans le crime,
& pour ſe ſouſtraire aux peines capitales
que mérite un affaffinat, ils ont quelquefois
cherché à le faire méconnoître , en
pendant la perſonne qu'ils avoient fait
mourir par une autre voie. Il s'agit donc
de ſavoir fi un homme , trouvé pendu ,
l'a été vivant, ou après ſa mort. M. Louis
prouve par deux obſervations , qui ne
laiſſent aucun doute ſur cette queſtion ,
qu'un examen éclairé & judicieux peut
empêcher l'impunité des coupables , &
que la mémoire du mort ne foit tachée
d'infamie fur les apparences trompeuſes
du fuicide .
L'absence des ſignes qui caractériſent
la ſtrangulation , fuffit pour faire connoître
qu'une perſonne n'a pas été
étranglée mais il reſte un point plus
difficile à réfoudre ; c'eft de déterminer ,
lorſque l'étranglement aura réellement
cauſe la mort , ſi elle a été volontaire
ou l'effet d'une violence extérieure.
Pour approfondir cette feconde queftion
, fi triſte dans fon objet , & néanmoins
fi utile aux intérêts de la ſociété ,
P'Auteur n'a négligé aucun moyen d'inf
truction ; il a fait des recherches dans
pluſieurs Auteurs , dont la doctrine paroît
lui être très-familière , tels qu'AmJUIN.
1763 . 157
broise Paré , Fortunatus Fidelis , Zacchias
, Benedicti , Nymman , Alberti ,
Garmann , Riolan , Bohnius , Devaux,
&c. Il examine les différentes defcriptions
qu'ils ont données de l'état des
pendus , & des cauſes de leur mort.
Pour jugeravec connoiſſance de cauſe
des différentes opinions de ces Auteurs
célèbres , M. Louis a fait des expériences
fur les cadavres humains & fur des animaux
vivans ; il a établi des correfpondances
dans de grandes villes ; il a confulté
de vive voix l'Exécuteur de la Juftice
, afin de ſe procurer par toutes les
voies poffibles les lumières néceſſaires
fur le point effentiel de cette importante
difcuffion .
Nous ne rapporterons pas ici la diftinction
que l'Auteur établit entre les
fignes invariables de l'étranglement &
les divers effets qui en réſultent , fuivant
la variété de l'impreſſion des caufes qui
peuvent produire le même genre de
mort. Ce tableau , qui feroit hideux dans
notre Extrait , ſe voit ſans répugnance
dans le Mémoire de M. Louis , par l'intérêt
que les Lecteurs y prennent. Il eſt
prouvé que les gens qui ſe pendent euxmêmes
, meurent purement & fimplement
Apoplectiques , par la comprefion
1
158 MERCURE DE FRANCE.
quela corde fait ſur les veines jugulaires;
&que ceux qui ont été pendus violemment,
portent les impreſſions des violences
qu'ils ont fouffertes. Ces impreffions
font différentes , ſuivant la diverſité
des cas. Le Chirurgien obligé
de faire un rapport en Juſtice , ne doit
pas ſe contenter d'un examen fuperficiel,
& dreffer fon procès-verbal d'après le
fimple témoignage de ſes yeux. Pour
ſavoir réellement s'il n'y a pas eu affaffinat
, il faut difféquer exactement les
parties , afin de prononcer avec certitude
fur l'état des vertebres , des cartilages &
des muſcles. Il convient même de remettre
la corde dans le fillon qu'elle a
tracé , pour juger de la diminution plus
ou moins grande du diamètre du col ,
& ſavoir fi la direction de ce fillon prouve
que la ſuſpenſion a été cauſe de la mort,
ou poſtérieure à la perte de la vie. Pourquoi
, dit M. Louis , pourquoi négliger
en ce cas le principe reçu généralement,
& qu'on ſe garderoit d'omettre dans
d'autres circonstances moins difficiles
qui eſt de repréſenter l'inſtrument à la
playe , pour juger de l'une par l'autre ?
Il eſt principalement eſſentiel de bien
examiner s'il n'y a pas deux impreffions
au col , l'une circulaire & tout-a-fait
,
r JUIN. 1763 . 159
horizontale , faite par la torfion fur le
Sujet vivant; & l'autre fans meurtriffure,
dans une diſpoſition oblique vers le
noeud , laquelle auroit été l'effet de la
fufpenfion après la mort. Il ſeroit en
effet bien difficile , comme l'Auteur le
remarquejudicieuſement,qu'un homme
en fit mourir un autre en le pendant ;
cela demande trop d'appareil: il eſt plus
commun de commencer par l'étranglement
; on fufpend le corps après , pour
tâcher de faire méconnoître le genre de
crime ; c'eſt une action réfléchie qui
fuit le mouvement violent qui avoit
porté à l'affaffinat. Le crime laiſſe ordinairement
des traces qui le décélent ;
M. Louis en donne la preuve par deux
obſervations importantes , dont le récit
eſt curieux & néceſſaire , quoiqu'il faſſe
frémir l'humanité : dans l'une , un père
a étranglé fon fils; dans l'autre , un fils
a été l'aſſaffin de fon père, corps à corps,
avec des circonstances qui auroient pu
être équivoques , & favorifer l'impunité
des criminels à la charge des innocens.
Enfin il eſt certain que c'eſt le rapport
qui conſtate la nature du délit ; ce
premier jugement devient ſouvent la
règle unique de l'application des loix
160 MERCURE DE FRANCE.
vengereſſes des crimes : les Magiſtrats
les plus éclairés peuvent être induits à
commettre l'injuſtice la plus affreuſe
par un mauvais rapport. La Differtation
de M. Louis nous paroît capable de prévenir
des cas auſſi facheux , dont malheureuſement
il n'y a que trop d'exemples.
Il ſeroit à ſouhaiter que les principes
qu'il a donnés ne fuſſent ignorés
d'aucun Chirurgien , que tous les Juges.
en euffent connoiſſance , & que les
Officiers de Juſtice chargés de l'examen
des circonstances acceſſoires , tels que
font les lieux , la poſition du corps , les
moyens de deftruction , & tout ce qui
a pû concourir à leur effet , viſſent dans
l'ouvrage dont nous parlons , de quelle
importance eſt l'exactitude de leur procès
- verbal. La règle eſſentielle de ce
premier jugement , commune à toute
eſpèce de raifonnement , eſt de ne pas
conclurre affirmativement d'après les
choſes ſimplement poffibles , & de ne
pas établir fur des témoignages équivoques
, des points de fait dont l'impoffibilité
ſeroit démontrée à des hommes
plus éclairés ou plus attentifs . Les bornes
d'un Extrait ne nous permettent pas de
rapporter les vues philofophiques de
l'Auteur à l'égard de ceux qui attentent
JUIN. 1763 . 161
eux-mêmes à leur vie. Il indique les ſecours
qui leur conviennent , lorſqu'il en
eſt encore temps ; & ce qu'il avance
contre les préjugés reçus, ne paroît choquer
l'opinion de perſonne. On voit
ici l'empire de la Raifon, & l'on ſe joint
volontiers à l'Auteur dans l'hommage
qu'il rend à la Philofophie & aux Arts ,
dont les progrès nous font enviſager ,
au profit de l'humanité , pluſieurs objets
ſous des aſpects plus raisonnables que
nos pères ne les avoient apperçus .
relative à la Jurisprudence ;
dans lequel on établit les Principes
pour diftinguer à l'inspection d'un
corps trouvé pendu , les fignes du
SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT.
Par M. LOUIS , Professeur
Royal de Chirurgie , Cenfeur Royal,
Chirurgien-confultant des Armées du
Roi , &c. A Paris chez Cavelier ,
rue Saint Jacques , au lys d'or.
LEE titre de cette Differtation en annonce
fuffisamment l'objet : le fupplice
d'un père , accuſé d'avoir étranglé fon
fils , en a été le motif; la fûreté des
citoyens , l'inſtruction des gens de l'art ,
la certitude des jugemens à prononcer
dans de pareilles affaires , en feront le
fruit ; & l'Auteur ne defire pour la récompenſe
de ſon travail , que de pouvoir
empêcher quelqu'un de commettre
le crime dans la crainte de la conviction ,
&un innocent d'en être accuſé.
La méchanceté des hommes les
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
rendus induſtrieux juſques dans le crime,
& pour ſe ſouſtraire aux peines capitales
que mérite un affaffinat, ils ont quelquefois
cherché à le faire méconnoître , en
pendant la perſonne qu'ils avoient fait
mourir par une autre voie. Il s'agit donc
de ſavoir fi un homme , trouvé pendu ,
l'a été vivant, ou après ſa mort. M. Louis
prouve par deux obſervations , qui ne
laiſſent aucun doute ſur cette queſtion ,
qu'un examen éclairé & judicieux peut
empêcher l'impunité des coupables , &
que la mémoire du mort ne foit tachée
d'infamie fur les apparences trompeuſes
du fuicide .
L'absence des ſignes qui caractériſent
la ſtrangulation , fuffit pour faire connoître
qu'une perſonne n'a pas été
étranglée mais il reſte un point plus
difficile à réfoudre ; c'eft de déterminer ,
lorſque l'étranglement aura réellement
cauſe la mort , ſi elle a été volontaire
ou l'effet d'une violence extérieure.
Pour approfondir cette feconde queftion
, fi triſte dans fon objet , & néanmoins
fi utile aux intérêts de la ſociété ,
P'Auteur n'a négligé aucun moyen d'inf
truction ; il a fait des recherches dans
pluſieurs Auteurs , dont la doctrine paroît
lui être très-familière , tels qu'AmJUIN.
1763 . 157
broise Paré , Fortunatus Fidelis , Zacchias
, Benedicti , Nymman , Alberti ,
Garmann , Riolan , Bohnius , Devaux,
&c. Il examine les différentes defcriptions
qu'ils ont données de l'état des
pendus , & des cauſes de leur mort.
Pour jugeravec connoiſſance de cauſe
des différentes opinions de ces Auteurs
célèbres , M. Louis a fait des expériences
fur les cadavres humains & fur des animaux
vivans ; il a établi des correfpondances
dans de grandes villes ; il a confulté
de vive voix l'Exécuteur de la Juftice
, afin de ſe procurer par toutes les
voies poffibles les lumières néceſſaires
fur le point effentiel de cette importante
difcuffion .
Nous ne rapporterons pas ici la diftinction
que l'Auteur établit entre les
fignes invariables de l'étranglement &
les divers effets qui en réſultent , fuivant
la variété de l'impreſſion des caufes qui
peuvent produire le même genre de
mort. Ce tableau , qui feroit hideux dans
notre Extrait , ſe voit ſans répugnance
dans le Mémoire de M. Louis , par l'intérêt
que les Lecteurs y prennent. Il eſt
prouvé que les gens qui ſe pendent euxmêmes
, meurent purement & fimplement
Apoplectiques , par la comprefion
1
158 MERCURE DE FRANCE.
quela corde fait ſur les veines jugulaires;
&que ceux qui ont été pendus violemment,
portent les impreſſions des violences
qu'ils ont fouffertes. Ces impreffions
font différentes , ſuivant la diverſité
des cas. Le Chirurgien obligé
de faire un rapport en Juſtice , ne doit
pas ſe contenter d'un examen fuperficiel,
& dreffer fon procès-verbal d'après le
fimple témoignage de ſes yeux. Pour
ſavoir réellement s'il n'y a pas eu affaffinat
, il faut difféquer exactement les
parties , afin de prononcer avec certitude
fur l'état des vertebres , des cartilages &
des muſcles. Il convient même de remettre
la corde dans le fillon qu'elle a
tracé , pour juger de la diminution plus
ou moins grande du diamètre du col ,
& ſavoir fi la direction de ce fillon prouve
que la ſuſpenſion a été cauſe de la mort,
ou poſtérieure à la perte de la vie. Pourquoi
, dit M. Louis , pourquoi négliger
en ce cas le principe reçu généralement,
& qu'on ſe garderoit d'omettre dans
d'autres circonstances moins difficiles
qui eſt de repréſenter l'inſtrument à la
playe , pour juger de l'une par l'autre ?
Il eſt principalement eſſentiel de bien
examiner s'il n'y a pas deux impreffions
au col , l'une circulaire & tout-a-fait
,
r JUIN. 1763 . 159
horizontale , faite par la torfion fur le
Sujet vivant; & l'autre fans meurtriffure,
dans une diſpoſition oblique vers le
noeud , laquelle auroit été l'effet de la
fufpenfion après la mort. Il ſeroit en
effet bien difficile , comme l'Auteur le
remarquejudicieuſement,qu'un homme
en fit mourir un autre en le pendant ;
cela demande trop d'appareil: il eſt plus
commun de commencer par l'étranglement
; on fufpend le corps après , pour
tâcher de faire méconnoître le genre de
crime ; c'eſt une action réfléchie qui
fuit le mouvement violent qui avoit
porté à l'affaffinat. Le crime laiſſe ordinairement
des traces qui le décélent ;
M. Louis en donne la preuve par deux
obſervations importantes , dont le récit
eſt curieux & néceſſaire , quoiqu'il faſſe
frémir l'humanité : dans l'une , un père
a étranglé fon fils; dans l'autre , un fils
a été l'aſſaffin de fon père, corps à corps,
avec des circonstances qui auroient pu
être équivoques , & favorifer l'impunité
des criminels à la charge des innocens.
Enfin il eſt certain que c'eſt le rapport
qui conſtate la nature du délit ; ce
premier jugement devient ſouvent la
règle unique de l'application des loix
160 MERCURE DE FRANCE.
vengereſſes des crimes : les Magiſtrats
les plus éclairés peuvent être induits à
commettre l'injuſtice la plus affreuſe
par un mauvais rapport. La Differtation
de M. Louis nous paroît capable de prévenir
des cas auſſi facheux , dont malheureuſement
il n'y a que trop d'exemples.
Il ſeroit à ſouhaiter que les principes
qu'il a donnés ne fuſſent ignorés
d'aucun Chirurgien , que tous les Juges.
en euffent connoiſſance , & que les
Officiers de Juſtice chargés de l'examen
des circonstances acceſſoires , tels que
font les lieux , la poſition du corps , les
moyens de deftruction , & tout ce qui
a pû concourir à leur effet , viſſent dans
l'ouvrage dont nous parlons , de quelle
importance eſt l'exactitude de leur procès
- verbal. La règle eſſentielle de ce
premier jugement , commune à toute
eſpèce de raifonnement , eſt de ne pas
conclurre affirmativement d'après les
choſes ſimplement poffibles , & de ne
pas établir fur des témoignages équivoques
, des points de fait dont l'impoffibilité
ſeroit démontrée à des hommes
plus éclairés ou plus attentifs . Les bornes
d'un Extrait ne nous permettent pas de
rapporter les vues philofophiques de
l'Auteur à l'égard de ceux qui attentent
JUIN. 1763 . 161
eux-mêmes à leur vie. Il indique les ſecours
qui leur conviennent , lorſqu'il en
eſt encore temps ; & ce qu'il avance
contre les préjugés reçus, ne paroît choquer
l'opinion de perſonne. On voit
ici l'empire de la Raifon, & l'on ſe joint
volontiers à l'Auteur dans l'hommage
qu'il rend à la Philofophie & aux Arts ,
dont les progrès nous font enviſager ,
au profit de l'humanité , pluſieurs objets
ſous des aſpects plus raisonnables que
nos pères ne les avoient apperçus .
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Résumé : MÉMOIRE sur une question Anatomique relative à la Jurisprudence ; dans lequel on établit les Principes pour distinguer à l'inspection d'un corps trouvé pendu, les signes du SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT. Par M. LOUIS, Professeur Royal de Chirurgie, Censeur Royal, Chirurgien-consultant des Armées du Roi, &c. À Paris chez Cavelier, rue Saint Jacques, au lys d'or.
Le mémoire de M. Louis, professeur royal de chirurgie, se concentre sur la distinction entre suicide et assassinat dans les cas de corps trouvés pendus. Motivé par une affaire judiciaire, M. Louis vise à assurer la sécurité des citoyens, la formation des professionnels de santé et la justesse des jugements. Il explore les méthodes utilisées par les criminels pour dissimuler les meurtres en pendant leurs victimes après les avoir tuées par d'autres moyens. Pour ce faire, il examine les travaux d'auteurs renommés en anatomie et médecine légale, effectue des expériences sur des cadavres humains et des animaux vivants, et consulte des experts. Le mémoire détaille les signes distinctifs de l'étranglement et les différences entre suicides et assassinats par pendaison, soulignant l'importance d'un examen minutieux du cou pour déterminer la cause exacte de la mort et éviter les erreurs judiciaires. M. Louis illustre ses propos par des cas réels où des crimes ont été déguisés en suicides. Il insiste sur le rôle crucial du rapport médical pour guider l'application des lois et prévenir les injustices. Le texte met en avant la nécessité de précision et de rigueur dans les rapports médicaux et judiciaires. La 'Differtation' de M. Louis est présentée comme un ouvrage capable de prévenir les erreurs judiciaires, souvent causées par des rapports inexacts. L'auteur souhaite que chirurgiens, juges et officiers de justice connaissent et appliquent les principes exposés, y compris l'exactitude des procès-verbaux et l'importance de ne pas conclure sur des bases possibles ou des témoignages équivoques. Le texte aborde également les vues philosophiques de l'auteur sur le suicide et l'impact positif de la philosophie et des arts sur la perception humaine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4201
MÉMOIRE sur une question Anatomique relative à la Jurisprudence ; dans lequel on établit les Principes pour distinguer à l'inspection d'un corps trouvé pendu, les signes du SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT. Par M. LOUIS, Professeur Royal de Chirurgie, Censeur Royal, Chirurgien-consultant des Armées du Roi, &c. À Paris chez Cavelier, rue Saint Jacques, au lys d'or.
4202
p. 161-163
HOPITAL. DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
Début :
Trente-quatrième & trente-cinquième Traitements faits à l'Hôpital des Gardes Françoises [...]
Mots clefs :
Hôpital, Soldats, Gardes, Frictions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HOPITAL. DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
HOPITAL
DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
Trente - quatrième & trente - cinquième
Traitemens faits à l'Hôpital des Gardes
Françoifes depuis fon Etabliſſement.
Noms des Soldats .
BELAMOUR ,
Parifien ,
Tardu ,
CadetGoffelin ,
t
Compagnies.
1
Guergorlay.
Daldart.
La Sône.
Chevalier,
162 MERCURE DE FRANCE,
Voiſemont , Colonelle.
Toucé , Mathan.
Dumont , Pronleroy.
Cheneau ,.. Viennay.
Vannier , Nolivos.
Fleur d'épine , Chatulé.
Sérion , d'Obſonville .
S. Jofeph , Mithon .
Fabvre , Marfay.
Bigot , Dampierre.
La Cour , d'Anterroche.
Cadet le grand , Pronleroy.
Lecomte ,
Liffant ,
Lafage ,
Lafortune ,
Gauffreſt ,
Rafilly.
Colonelle.
Rafilly.
Pronleroy.
Villers.
Rafilly . Violet,
Doré ,
Bar ,
Hulmé ,
Viennay.
Dampierre.
Mithon.
Ces vingt- cinq Soldats ont été traités
& radicalement guéris ; plufieurs d'entr'eux
avoient déja inutilement été traités
par la méthode des frictions.
JUI N. 1763 . 163
Par les Regiſtres des Hôpitaux des
'Armées du Roi pendant les deux dernières
campagnes , & les états envoyés
à Mgr le Duc de Choiseuil , ceux de
l'Hôpital des Gardes Françoiſes , & tous
ceux de vingt- cinq Hôpitaux militaires,
&de la Marine où l'on traite par ordre
du Roi les maladies vénériennes ,
par la ſeule méthode du ſieur Keyfer ,
il appert qu'il s'y eſt traité & guéri
juſqu'à cette époque fix mille cent quarante-
deux Soldats , Cavaliers , Dragons
; qu'il ne leur eſt arrivé aucun
accident ; que beaucoup de maladies fort
graves & anciennes qui avoient réfifté
à la méthode des frictions , ont cédé
à l'uſage des Dragées; & il paroît en général
que MM. les Chirurgiens Majors
de tous ces Hôpitaux font très-fatisfaits
par les éloges qu'ils en ont faits àMgr
le Duc de Choifent , à qui ils en ont
adreffé leurs Certificats. On rendra fucceſſivement
publics leurs témoignages
par la voie du Mercure.
1
DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
Trente - quatrième & trente - cinquième
Traitemens faits à l'Hôpital des Gardes
Françoifes depuis fon Etabliſſement.
Noms des Soldats .
BELAMOUR ,
Parifien ,
Tardu ,
CadetGoffelin ,
t
Compagnies.
1
Guergorlay.
Daldart.
La Sône.
Chevalier,
162 MERCURE DE FRANCE,
Voiſemont , Colonelle.
Toucé , Mathan.
Dumont , Pronleroy.
Cheneau ,.. Viennay.
Vannier , Nolivos.
Fleur d'épine , Chatulé.
Sérion , d'Obſonville .
S. Jofeph , Mithon .
Fabvre , Marfay.
Bigot , Dampierre.
La Cour , d'Anterroche.
Cadet le grand , Pronleroy.
Lecomte ,
Liffant ,
Lafage ,
Lafortune ,
Gauffreſt ,
Rafilly.
Colonelle.
Rafilly.
Pronleroy.
Villers.
Rafilly . Violet,
Doré ,
Bar ,
Hulmé ,
Viennay.
Dampierre.
Mithon.
Ces vingt- cinq Soldats ont été traités
& radicalement guéris ; plufieurs d'entr'eux
avoient déja inutilement été traités
par la méthode des frictions.
JUI N. 1763 . 163
Par les Regiſtres des Hôpitaux des
'Armées du Roi pendant les deux dernières
campagnes , & les états envoyés
à Mgr le Duc de Choiseuil , ceux de
l'Hôpital des Gardes Françoiſes , & tous
ceux de vingt- cinq Hôpitaux militaires,
&de la Marine où l'on traite par ordre
du Roi les maladies vénériennes ,
par la ſeule méthode du ſieur Keyfer ,
il appert qu'il s'y eſt traité & guéri
juſqu'à cette époque fix mille cent quarante-
deux Soldats , Cavaliers , Dragons
; qu'il ne leur eſt arrivé aucun
accident ; que beaucoup de maladies fort
graves & anciennes qui avoient réfifté
à la méthode des frictions , ont cédé
à l'uſage des Dragées; & il paroît en général
que MM. les Chirurgiens Majors
de tous ces Hôpitaux font très-fatisfaits
par les éloges qu'ils en ont faits àMgr
le Duc de Choifent , à qui ils en ont
adreffé leurs Certificats. On rendra fucceſſivement
publics leurs témoignages
par la voie du Mercure.
1
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Résumé : HOPITAL. DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
Le document relate un rapport sur les traitements administrés à l'Hôpital des Gardes Françaises pour des soldats atteints de maladies vénériennes. Il cite 25 soldats, dont les noms et compagnies sont répertoriés, qui ont été soignés et guéris grâce à la méthode du sieur Keyfer. Certains de ces soldats avaient précédemment été traités sans succès par la méthode des frictions. Selon les registres des hôpitaux des armées du roi et des états envoyés au Duc de Choiseul, 6 142 soldats, cavaliers et dragons ont été traités et guéris par cette méthode sans complications. Les chirurgiens majors des hôpitaux militaires et de la marine ont exprimé leur satisfaction et ont transmis leurs certificats au Duc de Choiseul, lesquels seront publiés dans le Mercure de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4203
p. 164-165
COPIE de la Lettre de M. LERICHE, Chirurgien Major de l'Hôpital de STRASBOURG, à Mgr le Duc DE CHOISEUL, en date du 20 Janvier.
Début :
MONSIEUR, Je crois ne pouvoir me dispenser d'avoir l'honneur de rendre compte à votre [...]
Mots clefs :
Hôpital, Remède, Vénériens, Grandeur, Virus
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texteReconnaissance textuelle : COPIE de la Lettre de M. LERICHE, Chirurgien Major de l'Hôpital de STRASBOURG, à Mgr le Duc DE CHOISEUL, en date du 20 Janvier.
COPIE de la Lettre de M. LERICHE ,
Chirurgien Major de l'Hôpital de
STRASBOURG , à Mgr le Duc DE
CHOISEUL , en date du 20 Janvier.
1
1
ONSEIGNEUR ,
Je crois ne pouvoir me diſpenſer d'avoir
l'honneur de rendre compte à votre
Grandeur , que depuis le 22 de Novembre
que j'ai commencé de traiter les
Vénériens de cet Hôpital avec les dragées
de M. Keyfer , je ſuis très- fatisfait
des effets que ce reméde produit , en ce
qu'il s'ouvre promptement & fans aucun
effort, les iffues par leſquels le virus doit
fortir , & que ces effets diminuent d'abord
les ſymptômes de la maladie & les
font diſparoître enfuite dans uneſpacede
temps plus ou moins grand. C'eſt ceque
j'ai obſervé ſur pluſieurs qui ſont guéris
& fortis , comme fur d'autres qui fuivront
de près ces premiers , dans le nombre
deſquels il s'eſt trouvé des maladies
de toutes eſpéces & des mieux caractérifées.
Depuis plus de 30 ans , Monfei
JUIN. 1763 . 165
gneur , que j'exerce ma profeſſion dans
cet Hôpital , où l'on a toujours traité
beaucoup de Vénériens , je dois dire à
votre Grandeur , que je n'ai point trouvéde
remédes , dont les opérations fufſent
ſi bien ſuivies & fi bien réglées ,
& c'eſt là certainement un grand préjugé
pour la fureté &la folidité de ces
cures ; car on eft bien aiſe de voir
agir un reméde quelconque , toutes les
fois qu'il eſt queſtion de détruire un vice
connu , & nous ne ſommes jamais fi
inquiets ſur les événemens , que lorſque
les effets ne ſe montrent pas bien , ou
même lorſqu'ils font retardés. C'eſt ici
tout le contraire , & c'eſt cette raifon
qui m'a fait bien augurer de ce reméde
la première fois que je l'ai mis en ufage
à cet Hôpital , pour en faire l'épreuve .
Ceux qui font fortis de même que ceux
qui vont fortir inceſſamment , ont conſervé
leurs forces , & on ne diroit pas à
les voir qu'ils viennent de paſſer par les
remédes.
Je ſuis avec reſpect .
Signé LE RICHE .
Chirurgien Major de l'Hôpital de
STRASBOURG , à Mgr le Duc DE
CHOISEUL , en date du 20 Janvier.
1
1
ONSEIGNEUR ,
Je crois ne pouvoir me diſpenſer d'avoir
l'honneur de rendre compte à votre
Grandeur , que depuis le 22 de Novembre
que j'ai commencé de traiter les
Vénériens de cet Hôpital avec les dragées
de M. Keyfer , je ſuis très- fatisfait
des effets que ce reméde produit , en ce
qu'il s'ouvre promptement & fans aucun
effort, les iffues par leſquels le virus doit
fortir , & que ces effets diminuent d'abord
les ſymptômes de la maladie & les
font diſparoître enfuite dans uneſpacede
temps plus ou moins grand. C'eſt ceque
j'ai obſervé ſur pluſieurs qui ſont guéris
& fortis , comme fur d'autres qui fuivront
de près ces premiers , dans le nombre
deſquels il s'eſt trouvé des maladies
de toutes eſpéces & des mieux caractérifées.
Depuis plus de 30 ans , Monfei
JUIN. 1763 . 165
gneur , que j'exerce ma profeſſion dans
cet Hôpital , où l'on a toujours traité
beaucoup de Vénériens , je dois dire à
votre Grandeur , que je n'ai point trouvéde
remédes , dont les opérations fufſent
ſi bien ſuivies & fi bien réglées ,
& c'eſt là certainement un grand préjugé
pour la fureté &la folidité de ces
cures ; car on eft bien aiſe de voir
agir un reméde quelconque , toutes les
fois qu'il eſt queſtion de détruire un vice
connu , & nous ne ſommes jamais fi
inquiets ſur les événemens , que lorſque
les effets ne ſe montrent pas bien , ou
même lorſqu'ils font retardés. C'eſt ici
tout le contraire , & c'eſt cette raifon
qui m'a fait bien augurer de ce reméde
la première fois que je l'ai mis en ufage
à cet Hôpital , pour en faire l'épreuve .
Ceux qui font fortis de même que ceux
qui vont fortir inceſſamment , ont conſervé
leurs forces , & on ne diroit pas à
les voir qu'ils viennent de paſſer par les
remédes.
Je ſuis avec reſpect .
Signé LE RICHE .
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Résumé : COPIE de la Lettre de M. LERICHE, Chirurgien Major de l'Hôpital de STRASBOURG, à Mgr le Duc DE CHOISEUL, en date du 20 Janvier.
Le chirurgien major de l'Hôpital de Strasbourg, M. Leriche, écrit au Duc de Choiseul le 20 janvier pour partager son expérience favorable avec les dragées de M. Keyfer dans le traitement des maladies vénériennes. Depuis le 22 novembre, il constate que ce remède facilite rapidement et sans difficulté l'évacuation du virus, réduisant ainsi les symptômes et conduisant à la guérison. Cette observation est validée sur plusieurs patients, y compris ceux souffrant de différentes formes bien définies de la maladie. Avec plus de 30 ans d'expérience à l'hôpital, M. Leriche affirme que ce remède est le plus efficace et le plus fiable qu'il ait utilisé. Les patients traités ne montrent pas de signes de faiblesse après le traitement, conservant leurs forces. En raison de cette efficacité rapide et visible, M. Leriche recommande vivement ce remède.
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4204
p. 166-167
COPIE de la Lettre de M. BERNIER, Chirurgien Major des Hôpitaux Militaires de BESANÇON à Mgr le Duc DE CHOISEUL, en date du 24 Février 1763.
Début :
MONSEIGNEUR, Les avantages que je reçois journellement du reméde de M. Keyser dans [...]
Mots clefs :
Remède, Hôpital, Usage
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texteReconnaissance textuelle : COPIE de la Lettre de M. BERNIER, Chirurgien Major des Hôpitaux Militaires de BESANÇON à Mgr le Duc DE CHOISEUL, en date du 24 Février 1763.
COPIE de la Lettre de M. BERNIER ,
Chirurgien Major des Hópitaux Militaires
de BESANÇON à Mgr le Duc
DE CHOISEUL , en date du 24 Février
1763 .
MONSEIGNEUR ,
Les avantages que je reçois journellement
du reméde de M. Keyfer dans
l'Hôpital dont j'ai l'honneur d'être chargé
, ne me permettent pas de différer
plus longtemps à vous en inſtruire. Je
m'acquitte de ce devoir avec d'autant
plus d'empreſſement , qu'il ne peut que
contribuer au bien des Sujets de S. M.
& rendre plus grand & plus efficace un
reméde , dont vous vous êtes rendu le
Protecteur pour le bien de l'humanité.
Le reméde dont il s'agit , mérite d'autant
plus d'éloges , qu'il a non-feulement
la vertu de guérir , mais encore , parce
que les Sujets qui en font uſage , le
ſupportent avec plus de facilité , en reçoivent
moins de fatigue , & ne font
point énervés ni défigurés , comme on a
pu l'obſerver par l'uſage des frictions.
4
JUIN. 1763 . 167
Au contraire , ils ſe trouvent en bon
état & propres à faire leurs ſervices au
fortir de l'Hôpital.
Je ſuis avec reſpect.
Signé BERNIER.
Chirurgien Major des Hópitaux Militaires
de BESANÇON à Mgr le Duc
DE CHOISEUL , en date du 24 Février
1763 .
MONSEIGNEUR ,
Les avantages que je reçois journellement
du reméde de M. Keyfer dans
l'Hôpital dont j'ai l'honneur d'être chargé
, ne me permettent pas de différer
plus longtemps à vous en inſtruire. Je
m'acquitte de ce devoir avec d'autant
plus d'empreſſement , qu'il ne peut que
contribuer au bien des Sujets de S. M.
& rendre plus grand & plus efficace un
reméde , dont vous vous êtes rendu le
Protecteur pour le bien de l'humanité.
Le reméde dont il s'agit , mérite d'autant
plus d'éloges , qu'il a non-feulement
la vertu de guérir , mais encore , parce
que les Sujets qui en font uſage , le
ſupportent avec plus de facilité , en reçoivent
moins de fatigue , & ne font
point énervés ni défigurés , comme on a
pu l'obſerver par l'uſage des frictions.
4
JUIN. 1763 . 167
Au contraire , ils ſe trouvent en bon
état & propres à faire leurs ſervices au
fortir de l'Hôpital.
Je ſuis avec reſpect.
Signé BERNIER.
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Résumé : COPIE de la Lettre de M. BERNIER, Chirurgien Major des Hôpitaux Militaires de BESANÇON à Mgr le Duc DE CHOISEUL, en date du 24 Février 1763.
Le 24 février 1763, M. Bernier, Chirurgien Major des Hôpitaux Militaires de Besançon, écrit au Duc de Choiseul pour vanter les mérites d'un remède de M. Keyfer. Ce remède, utilisé dans son hôpital, se distingue par son efficacité et sa bonne tolérance par les patients. À la différence des frictions traditionnelles, il ne provoque ni fatigue, ni irritation, ni défiguration. Les soldats traités peuvent rapidement reprendre leurs fonctions militaires. Bernier exprime sa satisfaction de pouvoir informer le Duc de Choiseul, protecteur de ce remède, afin de contribuer au bien-être des sujets du roi et de promouvoir un traitement bénéfique pour l'humanité.
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4205
p. 167-171
LISTE de Messieurs les Médecins & Chirurgiens, Correspondans de M. KEYSER.
Début :
M. Imbert, Chancelier de la Faculté de Médecine, & Inspecteur des Hôpitaux [...]
Mots clefs :
Chirurgien, Médecin, Majors, Docteur, Correspondants
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texteReconnaissance textuelle : LISTE de Messieurs les Médecins & Chirurgiens, Correspondans de M. KEYSER.
LISTE de Meſſieurs les Médecins
& Chirurgiens , Correspondans de
M. KEYSER.
M. Imbert , Chancelier de la Faculté de
Médecine , & Inſpecteur des Hôpitaux
; M. Fournier, Médecin de l'Hôpital
du Roi ; M. Goulard , Chirurgien
major. àMontpellier.
M. le Cat , Ecuyer , & Secrétaire perpétuel
de l'Académie des Sciences.
àRouen.
Les RR. PP. de la Charité , & M. Marmion
, Médecin de l'Hôpital du Roi.
à Grenoble.
Les RR. PP. de la Charité , &M. Berthe,
ancien Chirurgien major.
àlaRochelle.
M. Razoux , Docteur en Médecine .
à Nîmes.
168 MERCURE DE FRANCE.
M. de Freſſiniat , Docteur en Médecine.
à Limoges.
M. Reliquet , Docteur en Médecine .
M. Piers , Docteur en Médecine .
M. Audirac , Docteur en Médecine.
M. Dourlen , Docteur en Médecine.
à Nantes.
à Troyes.
à Cambray.
à Saint Omer.
à Strasbourg .
à Landau.
à Breft.
M. le Riche , Chirurgien major.
M. Ravaton , Chirurgien major.
MM. Demontreux & Duval , Chirurgiens
majors.
M. Maret , Maître en Chirurgie .
à Dijon.
M. Rey, Maître en Chirurgie. à Lyon.
M. de la Plaine , Chirurgien ; M. de la
Fourcade , Chirurgien major.
à Bordeaux.
M. Baquié , & M. de la Marque , Maîtres
en Chirurgie. à Toulouse.
M. de la Peyre , Chirurgien major ; M. le
Page , Maître en Chirurgie. à Caen.
M. Guillon , Maître en Chirurgie.
àOrléans.
Μ.
JUIN. 1763. 169
M. Planque , Chirurgien major ; M. Warocquier
, Maître en Chirurgie.
àLille.
M. Buttet , Maître en Chirurgie .
à Estampes.
MM. Bongourd & Duval , Maîtres en
Chirurgie.
M. Dupont , Maître en Chirurgie .
à Saint-Malo.
à Rennes.
M. Chevreuil , Maître en Chirurgie.
àAngers.
MM. Toujean , freres , Chirurgiens &
Apothicaires. à l'Orient.
M. J. B. de la Marque , Maître en Chi
rurgie. à l'Isle de Rhé.
M. Bernier , Chirurgien major.
à Besançon.
MM. Beauregard & Michel , Chirurgiens
majors. à Perpignan.
M. Moffier , Chirurgien major.
àAvefne.
M. Majault , Chirurgien major.
àDouay.
M. Mirabel , Chirurgien major.
à Nancy,
MM. Paton & Deſvilliers , Maîtres en
Chirurgie. au Mans.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
M. Carpentier , Maître en Chirurgie."
M. Pontiers , Chirurgien.
à Dunkerque.
à Aix en Provence.
M. Daffieu , Docteur en Médecine.
à Tarbes.
M. Douffin , Maître en Chirurgie.
à Xaint
M. Beauregard , Maître en Chirurgie.
à Avignon.
M. de la Haye , Chirurgien major.
àRochefort.
M. Durand , ancien Chirurgien major.
àArras.
M. Texereau , Maître en Chirurgie.
à Poitiers.
M. Rochebrun , Maître en Chirurgie..
à Ammerlerault.
M. Roux , Maître en Chirurgie .
M. Bourgeois , Maître en Chirurgie.
àMarseille,
àAmiens.
à Calais,
à Saumur.
M. de la Grave , & MM. les Chirurgiens
majors.
M. Barjolle , Docteur en Medecine.
JUIN. 1763 . 171
Pays étrangers .
M. le Docteur Cooper , Médecin.
à Londres.
M. Godineau , Chirurgien major.
àMadrid.
M. Acrell , Chirurgien major.
àStockolm.
MM. Guyot & Fine , Maîtres en Chià
Genève .
rurgie.
.M. Goddecharles , Maître en Chirurgie.
à Bruxelles .
M.le Fat , Docteur en Médecine.
àGand.
M. Naudinat , Chirurgien . à Cadix.
M. Breydel.
M. le Quai , Chirurgien major.
M. Pujoll.
à Bruges.
àBareith.
à Constantinople.
M. Chaſſaing , Chirurgien major au Fort
royal de la Martinique .
à la Martinique.
& Chirurgiens , Correspondans de
M. KEYSER.
M. Imbert , Chancelier de la Faculté de
Médecine , & Inſpecteur des Hôpitaux
; M. Fournier, Médecin de l'Hôpital
du Roi ; M. Goulard , Chirurgien
major. àMontpellier.
M. le Cat , Ecuyer , & Secrétaire perpétuel
de l'Académie des Sciences.
àRouen.
Les RR. PP. de la Charité , & M. Marmion
, Médecin de l'Hôpital du Roi.
à Grenoble.
Les RR. PP. de la Charité , &M. Berthe,
ancien Chirurgien major.
àlaRochelle.
M. Razoux , Docteur en Médecine .
à Nîmes.
168 MERCURE DE FRANCE.
M. de Freſſiniat , Docteur en Médecine.
à Limoges.
M. Reliquet , Docteur en Médecine .
M. Piers , Docteur en Médecine .
M. Audirac , Docteur en Médecine.
M. Dourlen , Docteur en Médecine.
à Nantes.
à Troyes.
à Cambray.
à Saint Omer.
à Strasbourg .
à Landau.
à Breft.
M. le Riche , Chirurgien major.
M. Ravaton , Chirurgien major.
MM. Demontreux & Duval , Chirurgiens
majors.
M. Maret , Maître en Chirurgie .
à Dijon.
M. Rey, Maître en Chirurgie. à Lyon.
M. de la Plaine , Chirurgien ; M. de la
Fourcade , Chirurgien major.
à Bordeaux.
M. Baquié , & M. de la Marque , Maîtres
en Chirurgie. à Toulouse.
M. de la Peyre , Chirurgien major ; M. le
Page , Maître en Chirurgie. à Caen.
M. Guillon , Maître en Chirurgie.
àOrléans.
Μ.
JUIN. 1763. 169
M. Planque , Chirurgien major ; M. Warocquier
, Maître en Chirurgie.
àLille.
M. Buttet , Maître en Chirurgie .
à Estampes.
MM. Bongourd & Duval , Maîtres en
Chirurgie.
M. Dupont , Maître en Chirurgie .
à Saint-Malo.
à Rennes.
M. Chevreuil , Maître en Chirurgie.
àAngers.
MM. Toujean , freres , Chirurgiens &
Apothicaires. à l'Orient.
M. J. B. de la Marque , Maître en Chi
rurgie. à l'Isle de Rhé.
M. Bernier , Chirurgien major.
à Besançon.
MM. Beauregard & Michel , Chirurgiens
majors. à Perpignan.
M. Moffier , Chirurgien major.
àAvefne.
M. Majault , Chirurgien major.
àDouay.
M. Mirabel , Chirurgien major.
à Nancy,
MM. Paton & Deſvilliers , Maîtres en
Chirurgie. au Mans.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
M. Carpentier , Maître en Chirurgie."
M. Pontiers , Chirurgien.
à Dunkerque.
à Aix en Provence.
M. Daffieu , Docteur en Médecine.
à Tarbes.
M. Douffin , Maître en Chirurgie.
à Xaint
M. Beauregard , Maître en Chirurgie.
à Avignon.
M. de la Haye , Chirurgien major.
àRochefort.
M. Durand , ancien Chirurgien major.
àArras.
M. Texereau , Maître en Chirurgie.
à Poitiers.
M. Rochebrun , Maître en Chirurgie..
à Ammerlerault.
M. Roux , Maître en Chirurgie .
M. Bourgeois , Maître en Chirurgie.
àMarseille,
àAmiens.
à Calais,
à Saumur.
M. de la Grave , & MM. les Chirurgiens
majors.
M. Barjolle , Docteur en Medecine.
JUIN. 1763 . 171
Pays étrangers .
M. le Docteur Cooper , Médecin.
à Londres.
M. Godineau , Chirurgien major.
àMadrid.
M. Acrell , Chirurgien major.
àStockolm.
MM. Guyot & Fine , Maîtres en Chià
Genève .
rurgie.
.M. Goddecharles , Maître en Chirurgie.
à Bruxelles .
M.le Fat , Docteur en Médecine.
àGand.
M. Naudinat , Chirurgien . à Cadix.
M. Breydel.
M. le Quai , Chirurgien major.
M. Pujoll.
à Bruges.
àBareith.
à Constantinople.
M. Chaſſaing , Chirurgien major au Fort
royal de la Martinique .
à la Martinique.
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Résumé : LISTE de Messieurs les Médecins & Chirurgiens, Correspondans de M. KEYSER.
Le document énumère les correspondants médicaux de M. Keyser, répartis en France et à l'étranger. En France, les correspondants incluent M. Imbert, chancelier de la Faculté de Médecine et inspecteur des hôpitaux à Montpellier, ainsi que M. le Cat, secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences à Rouen. D'autres correspondants notables se trouvent à Grenoble, La Rochelle, Nantes, Dijon, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Caen, Orléans, Lille, et plusieurs autres villes françaises. À l'étranger, des correspondants sont mentionnés à Londres, Madrid, Stockholm, Genève, Bruxelles, Gand, Cadix, Bruges, Bareith, Constantinople, et la Martinique. Chaque entrée spécifie le titre et la ville de résidence de chaque correspondant.
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4206
p. 172-174
PEINTURE. LETTRE de M. de G. .... sur les Descendans de CHARLES LE BRUN, premier Peintre du Roi LOUIS XIV.
Début :
JE vous choisis entre tous mes amis, mon cher Monsieur, & je crois n'avoir [...]
Mots clefs :
Généalogie, Descendants, Art, Peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PEINTURE. LETTRE de M. de G. .... sur les Descendans de CHARLES LE BRUN, premier Peintre du Roi LOUIS XIV.
PEINTURE.
LETTRE de M. de G..... fur les Defcendans
de CHARLES LE BRUN ,
premier Peintre du Roi LOUIS XIV.
JE vous choiſis entre tous mes amis ,
mon cher Monfieur , & je crois n'avoir
pas tort , pour vous communiquer une
remarque que j'ai faite en lifant Moreri
à l'article Charles le Brun , premier Peintre
de Louis XIV; ille fait mourir fans
poſtérité. S'il y a eu un Arrêt du Conſeil
relativement au nom de Mansard, parce
qu'il n'y a plus de vrais ſucceſſeurs de
ce nom ; pourquoi n'en donneroit-on
pas un pour affurer que le célébre le
Brun a laiſſé une poſtérité affez nombreuſe
? Il doit être auſſi ſacré de conferver
un grand nom , que d'en empêcher
l'ufurpation. Nous avons ici une
généalogie de Charles le Brun , imprimée
en 1748 , en conféquence de la généalogie
enregiſtrée à la Chambre des
Comptes, procréée en loyal mariage, &
reconnue pour tel le ſuivant l'Arrêt du
JUIN. 1763. 173
12 Février 1745. Cette généalogie a été
revêtue de toutes les formalités qui en
affurent l'authenticité.
Il est vrai que Charles le Brun , dont
il s'agit , n'eut qu'un fils nommé André,
mais ce fils en eut un grand nombre ;
les diverſes Branches qu'ils formèrent
font toutes éteintes , excepté celle de
Damien le Brun , qui eſt ſoutenue par
quatre fils , tous mariés ,dont deux ſont
établis à Paris , & deux à Lyon .
S'il eſt ſingulier que le Dictionnaire
de Morery ait fait une faute fi groſſière ;
il l'eſt encore plus que les Defcendans
de ce grand homme ſe ſoient tous appliqués
au deſſein ou à la gravure. On diroit
qu'il leur a tranſmis une portion de
ſon talent , ou qu'ils n'ont pas voulu
eux-mêmes dégénérer en prenant une
autre profeffion que celle de leur ayeul.
Il devroit y avoir des récompenfes
pour ceux qui perpétuent une fi longue
filiation dans le même Art. Il faut apparemment
que M. le Marquis de Marigni
en ait été touché il l'eſt toujours de
tout ce qui est bon & beau : la penfion
qu'il a obtenue pour un des fils d'André
le Brun pour aider à fon éducation , en
eſt la preuve. Les belles actions en ce
genre ſe multiplient. La petite niéce du
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
grand Corneille a trouvé un père adop
tifdans la perſonne de M. de Voltaire ;
<il la dotée & mariée dans le Pays de
Gex, comme fſa propre fille. S. M. fait
ériger un monument à feu M. de Crébillon
; & quel hommage ne vient- on pas
de rendre à Bouchardon ? J'aime les talens
, mon cher ami , furtout les hommes
vertueux , & MM. le Brun qui les
cultivent. Intéreſſez-vous à ces dignes
rejettons d'un fi grand Peintre. Aureſte ,
cés mêmes MM. le Brum , mes amis
font modeſtes , timides , ne demandent
rien ; & j'ai cru leur devoir cette réclamation
contre le peu d'éxactitude des
Editeurs de Morery .
J'ai l'honneur d'être , &c.
ALyon, ce is Mai 1763 .
LETTRE de M. de G..... fur les Defcendans
de CHARLES LE BRUN ,
premier Peintre du Roi LOUIS XIV.
JE vous choiſis entre tous mes amis ,
mon cher Monfieur , & je crois n'avoir
pas tort , pour vous communiquer une
remarque que j'ai faite en lifant Moreri
à l'article Charles le Brun , premier Peintre
de Louis XIV; ille fait mourir fans
poſtérité. S'il y a eu un Arrêt du Conſeil
relativement au nom de Mansard, parce
qu'il n'y a plus de vrais ſucceſſeurs de
ce nom ; pourquoi n'en donneroit-on
pas un pour affurer que le célébre le
Brun a laiſſé une poſtérité affez nombreuſe
? Il doit être auſſi ſacré de conferver
un grand nom , que d'en empêcher
l'ufurpation. Nous avons ici une
généalogie de Charles le Brun , imprimée
en 1748 , en conféquence de la généalogie
enregiſtrée à la Chambre des
Comptes, procréée en loyal mariage, &
reconnue pour tel le ſuivant l'Arrêt du
JUIN. 1763. 173
12 Février 1745. Cette généalogie a été
revêtue de toutes les formalités qui en
affurent l'authenticité.
Il est vrai que Charles le Brun , dont
il s'agit , n'eut qu'un fils nommé André,
mais ce fils en eut un grand nombre ;
les diverſes Branches qu'ils formèrent
font toutes éteintes , excepté celle de
Damien le Brun , qui eſt ſoutenue par
quatre fils , tous mariés ,dont deux ſont
établis à Paris , & deux à Lyon .
S'il eſt ſingulier que le Dictionnaire
de Morery ait fait une faute fi groſſière ;
il l'eſt encore plus que les Defcendans
de ce grand homme ſe ſoient tous appliqués
au deſſein ou à la gravure. On diroit
qu'il leur a tranſmis une portion de
ſon talent , ou qu'ils n'ont pas voulu
eux-mêmes dégénérer en prenant une
autre profeffion que celle de leur ayeul.
Il devroit y avoir des récompenfes
pour ceux qui perpétuent une fi longue
filiation dans le même Art. Il faut apparemment
que M. le Marquis de Marigni
en ait été touché il l'eſt toujours de
tout ce qui est bon & beau : la penfion
qu'il a obtenue pour un des fils d'André
le Brun pour aider à fon éducation , en
eſt la preuve. Les belles actions en ce
genre ſe multiplient. La petite niéce du
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
grand Corneille a trouvé un père adop
tifdans la perſonne de M. de Voltaire ;
<il la dotée & mariée dans le Pays de
Gex, comme fſa propre fille. S. M. fait
ériger un monument à feu M. de Crébillon
; & quel hommage ne vient- on pas
de rendre à Bouchardon ? J'aime les talens
, mon cher ami , furtout les hommes
vertueux , & MM. le Brun qui les
cultivent. Intéreſſez-vous à ces dignes
rejettons d'un fi grand Peintre. Aureſte ,
cés mêmes MM. le Brum , mes amis
font modeſtes , timides , ne demandent
rien ; & j'ai cru leur devoir cette réclamation
contre le peu d'éxactitude des
Editeurs de Morery .
J'ai l'honneur d'être , &c.
ALyon, ce is Mai 1763 .
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Résumé : PEINTURE. LETTRE de M. de G. .... sur les Descendans de CHARLES LE BRUN, premier Peintre du Roi LOUIS XIV.
La lettre de M. de G..... rectifie une erreur du dictionnaire de Moreri concernant la descendance de Charles Le Brun, premier peintre du roi Louis XIV. Contrairement à ce qui y est mentionné, Charles Le Brun eut un fils nommé André, dont la lignée perdure à travers Damien Le Brun, soutenu par quatre fils mariés, deux à Paris et deux à Lyon. Les descendants de Charles Le Brun se sont distingués dans les arts du dessin et de la gravure, perpétuant ainsi le talent de leur ancêtre. L'auteur cite des exemples de soutien accordé à ces artistes, comme la pension obtenue pour un fils d'André Le Brun par le Marquis de Marigny, et les hommages rendus à d'autres artistes tels que Corneille, Crébillon et Bouchardon. L'auteur exprime son admiration pour les talents et la vertu des descendants de Le Brun et demande une réclamation contre l'inexactitude des éditeurs de Moreri, appelant à un soutien envers ces descendants modestes et discrets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4207
p. 174-180
MUSIQUE.
Début :
MUSIQUE. LE sieur de la Chevardière, rue du Roule à la Croix d'or, vient de mettre [...]
Mots clefs :
Mesure, Musique, Sonates, Recueil, Auteur, Opéra, Ponctuation, Chapitre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
E fieur de la Chevardière , rue du
Roule à la Croix d'or , vient de mettre
en vente les Ouvrages ſuivans.
" Troiſièine Recueil de Pièces Fran-
>>coiſes & Italiennes , Petits Airs , Ro-
>>>mances , Vaudevilles , choifies dans
,
:
JUIN. 1763 . 175
>> les Opéra- Comiques nouveaux , com-
>>> me le Bucheron , le Roi & le Fermier ,
» Sancho-Pança , le Guy de chêne , &
>>> autres , accommodés pour deux flûtes,
>> deux violons , ou deux pardeſſus -de-
» viole. Par M. Granier. Prix , 6 liv.
>> Ce Recueil forme la fuite de ceux qui
>> ont paru précédemment & qui contient
>>>les airs des Opéra un peu plus anciens.
>> 6 Symphonies à 4 parties obligées
>>> avec Hautbois & Cors-de-Chaffe ad
>>> libitum , compofées par M. Stamitz ,
>>>& mifes au jour par M. de la Chevar-
>> dière : ce font les dernières Sympho-
>>> nies qu'on a pu ramaffer de ce célé-
>>> bre Auteur : elles ont été éxécutées
>> au Concert ſpirituel la ſemaine ſainte ;
>>>on les vend 9 livres.
» 5 & 6 ° Livres de piéces de Clave-
>>cin compoſées par M. Ferdinando Pe-
» legrino , prix, 6 liv. chaque livre.
>> 7º Recueil de récréations chantantes
>>par M. Legat de Furcy , contenant des
>>airs détachés des Opéra - comiques
>> avec accompagnement de Violon ,
>>Flûtes ou pardeſſus-de-Viole , & ar-
>> rangés de façon qu'on peut les jouer
>> en Duo ſur tous les inftrumens ; prix ,
» 3 liv. Cet Ouvrage eſt périodique &
>>paroît tous les mois.
Hiv
1
T
176 MERCURE DE FRANCE.
4º Recueil des récréations de Polym
nie , ou choix d'ariettes & airs tendres
& légers , avecaccompagnement de
Violon , Flûte , Hautbois , Pardeſſusde-
Viole , &c . Ces airs feront auſſi trèsbien
à deux inſtrumens de deſſus au défaut
de la voix. Dédiés au beau ſexe ;
recueillis & mis en ordre par M. le
Loup , Maître de Flûte , Editeur de ces
Recueils . Il y adans celui-ci pluſieurs
ariettes & airs de la Sybille , Opéra-Comique
, Parodie des Fêtes d'Euterpe ,
par M. Gibert ; ainſi qu'un air de Soliman,
&c. Prix, 3 liv. chez l'Éditeur , rue
du Mouton , près la Grève , au Caffé
de la Paix , au coin de la rue de la Tixeranderie.
Ce nouveau recueil nous a paru d'un
bon choix , & s'il eſt poffible plus piquant
encore que les premiers. On y
trouve de plus une ariette nouvelle de
M. le Loup , miſe en Symphonie par
M. Ponteau , paroles de M. Pasquier ,
qui ſe vend ſi l'on veut ſéparément à la
même adreſſe.
Cleffacile & méthodique pour apprendre
en peu de temps à battre la meſure, à
diftinguer les modulations , à préluder
& à phrafer la muſique , par le moyen
JUIN. 1763. 177
de la Ponctuation grammaticale & typographique.
Ouvrage utile & intéreſſant
pourles commençans , ſuivi de 6 petites
Sonates méthodiques, fervant d'exemples
pour l'intelligence & la pratique de cette
méthode. Par M. Atys , Maître de Flûte.
OEuvre 5. A Paris , chez l'Auteur , dans
le paſſage de la rue Traverſière S. Honoréà
celle des Boucheries , & aux Adreſſes
ordinaires . Prix , 7 liv . 4 f.
On ne ſera peut-être pas fàché de voir
comment l'Auteur établit ſon ſyſtême ,
dans ſon Avant-propos .
La meſure dans la Muſique eſt l'effence
même de la mélodie & de l'harmonie
; les commençans doivent donc ,
fitôt les premières notions acquiſes , apprendre
à battre la meſure & à obſerver
exactement la valeur des notes , & ne
rien négliger poury parvenir. Sans cette
attention , il eſt impoſſible qu'ils faififfent
le caractère & le goût particulier
de la Piéce qu'ils chantent , ou qu'ils
éxécutent fur leur inſtrument & qu'ils
en ſentent toutes les beautés & les agrémens.
La Muſique a ſa proſodie ainſi
que le langage ; & fi l'on ne s'afſſujettit
àla meſure& à la valeur des notes , on
rend déſagréable le chant le plus flateur
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
& le plus mélodieux : il eſt donc trèsimportant
de battre la meſure avec toute
la juſteſſe requiſe .
On acquérera aisément cette juſteſſe
av ec un peu d'application , & à l'aide de
cepetit traité qui peut auffi fervir à ceux
qui ont déja avec les difpofitions naturelles
un commencement méthodique
, mais qui ne font pas à portée d'avoir
des Maîtres pour les continuer. Le
moyen d'en retirer l'utilité que j'en promets
, eſt de ſuivre ponctuellement les
exemples que j'ai poſés à côté de chaque
précepte & ceux que je donne d'une
manière plus étendue dans les fix
petites Sonates ci-après.
J'indique dans mon ſeptiéme Chapitre
un nouveau ſyſtême pour phrafer la
Muſique. Son utilité m'a frappé lorſque
l'obſervation la plus commune m'en fit
révenir l'idée. La ponctuation de l'Ecriture
meſure la marche & l'étendue du
difcours; ces fignes peuvent naturellement
produire le même effet dans la
Muſique , qui eſt faite pour parler à
l'oreille comme l'Ecriture parle aux
yeux. L'éffai que j'ai fait de ce projet
dans les petites Sonates qui terminent
cet ouvrage ſuffit pour faire concevoir
fans aucun travail toute l'étendue qu'on
JUIN. 1763 . 179
peut donner à cette idée ; car les inventions
les plus utiles & les plus fages
font prèſque toujours les plus intelligibles
& les plus fimples .
Outre cette ponctuation j'employe
encore dans les fix Sonates que je viens
d'annoncer , des marques ou des fignes
pour avertir d'augmenter ou de diminuer
le ſon lorſque le goût & la délicateſſe
l'exigent.
Enfin le huitiéme & dernier Chapitre
contient une expofition des vingt-quatre
Modes tels que la diviſion de la
Gamme ou Echelle diatonique ordinaire
les produit néceſſairement. La méthode
claire , préciſe & exacte avec laquelle
j'ai tâché de détailler cette expofition
apprendra à ceux qui me liront:
avec un peu d'attention, à diftinguer les
modulations , à connoître & à difcerner
en quel mode ou en quel ton ils
feront foit au commencement , foit dans.
le courant d'une Piece , ou même lorfqu'ils
s'éffſayeront à préluder , à décider
en un mot fi ce ton ou Mode eſt Majeur
ou Mineur.
Quant aux fix petites Sonates que je
viens d'annoncer & qui font à la fuite
de ce huitiéme Chapitre, j'avertis qu'on
doit les regarder comme une leçon gé
H vj
180 MERCURE DE FRANCE:
nérale où l'on appercevra aisément l'application
que je fais faire de ce que
j'enſeigne dans ce Traité.
SIX TRIO pour deux Violons & un
Violoncello,compoſés par le Signor Galeotti
de Gènes , dédiés à Madame la
Princeſſe de Monaco ; à Gènes , chez
l'Auteur ; & à Paris, aux adreſſes ordinaires
de Muſique. Prix , 9 liv. avec privilége.
Cet Ouvrage eſt digne de la ré
putation dont cet Auteur jouit en Italie
par ſes ouvrages & par ſon talent
connu pour le Violoncello .
E fieur de la Chevardière , rue du
Roule à la Croix d'or , vient de mettre
en vente les Ouvrages ſuivans.
" Troiſièine Recueil de Pièces Fran-
>>coiſes & Italiennes , Petits Airs , Ro-
>>>mances , Vaudevilles , choifies dans
,
:
JUIN. 1763 . 175
>> les Opéra- Comiques nouveaux , com-
>>> me le Bucheron , le Roi & le Fermier ,
» Sancho-Pança , le Guy de chêne , &
>>> autres , accommodés pour deux flûtes,
>> deux violons , ou deux pardeſſus -de-
» viole. Par M. Granier. Prix , 6 liv.
>> Ce Recueil forme la fuite de ceux qui
>> ont paru précédemment & qui contient
>>>les airs des Opéra un peu plus anciens.
>> 6 Symphonies à 4 parties obligées
>>> avec Hautbois & Cors-de-Chaffe ad
>>> libitum , compofées par M. Stamitz ,
>>>& mifes au jour par M. de la Chevar-
>> dière : ce font les dernières Sympho-
>>> nies qu'on a pu ramaffer de ce célé-
>>> bre Auteur : elles ont été éxécutées
>> au Concert ſpirituel la ſemaine ſainte ;
>>>on les vend 9 livres.
» 5 & 6 ° Livres de piéces de Clave-
>>cin compoſées par M. Ferdinando Pe-
» legrino , prix, 6 liv. chaque livre.
>> 7º Recueil de récréations chantantes
>>par M. Legat de Furcy , contenant des
>>airs détachés des Opéra - comiques
>> avec accompagnement de Violon ,
>>Flûtes ou pardeſſus-de-Viole , & ar-
>> rangés de façon qu'on peut les jouer
>> en Duo ſur tous les inftrumens ; prix ,
» 3 liv. Cet Ouvrage eſt périodique &
>>paroît tous les mois.
Hiv
1
T
176 MERCURE DE FRANCE.
4º Recueil des récréations de Polym
nie , ou choix d'ariettes & airs tendres
& légers , avecaccompagnement de
Violon , Flûte , Hautbois , Pardeſſusde-
Viole , &c . Ces airs feront auſſi trèsbien
à deux inſtrumens de deſſus au défaut
de la voix. Dédiés au beau ſexe ;
recueillis & mis en ordre par M. le
Loup , Maître de Flûte , Editeur de ces
Recueils . Il y adans celui-ci pluſieurs
ariettes & airs de la Sybille , Opéra-Comique
, Parodie des Fêtes d'Euterpe ,
par M. Gibert ; ainſi qu'un air de Soliman,
&c. Prix, 3 liv. chez l'Éditeur , rue
du Mouton , près la Grève , au Caffé
de la Paix , au coin de la rue de la Tixeranderie.
Ce nouveau recueil nous a paru d'un
bon choix , & s'il eſt poffible plus piquant
encore que les premiers. On y
trouve de plus une ariette nouvelle de
M. le Loup , miſe en Symphonie par
M. Ponteau , paroles de M. Pasquier ,
qui ſe vend ſi l'on veut ſéparément à la
même adreſſe.
Cleffacile & méthodique pour apprendre
en peu de temps à battre la meſure, à
diftinguer les modulations , à préluder
& à phrafer la muſique , par le moyen
JUIN. 1763. 177
de la Ponctuation grammaticale & typographique.
Ouvrage utile & intéreſſant
pourles commençans , ſuivi de 6 petites
Sonates méthodiques, fervant d'exemples
pour l'intelligence & la pratique de cette
méthode. Par M. Atys , Maître de Flûte.
OEuvre 5. A Paris , chez l'Auteur , dans
le paſſage de la rue Traverſière S. Honoréà
celle des Boucheries , & aux Adreſſes
ordinaires . Prix , 7 liv . 4 f.
On ne ſera peut-être pas fàché de voir
comment l'Auteur établit ſon ſyſtême ,
dans ſon Avant-propos .
La meſure dans la Muſique eſt l'effence
même de la mélodie & de l'harmonie
; les commençans doivent donc ,
fitôt les premières notions acquiſes , apprendre
à battre la meſure & à obſerver
exactement la valeur des notes , & ne
rien négliger poury parvenir. Sans cette
attention , il eſt impoſſible qu'ils faififfent
le caractère & le goût particulier
de la Piéce qu'ils chantent , ou qu'ils
éxécutent fur leur inſtrument & qu'ils
en ſentent toutes les beautés & les agrémens.
La Muſique a ſa proſodie ainſi
que le langage ; & fi l'on ne s'afſſujettit
àla meſure& à la valeur des notes , on
rend déſagréable le chant le plus flateur
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
& le plus mélodieux : il eſt donc trèsimportant
de battre la meſure avec toute
la juſteſſe requiſe .
On acquérera aisément cette juſteſſe
av ec un peu d'application , & à l'aide de
cepetit traité qui peut auffi fervir à ceux
qui ont déja avec les difpofitions naturelles
un commencement méthodique
, mais qui ne font pas à portée d'avoir
des Maîtres pour les continuer. Le
moyen d'en retirer l'utilité que j'en promets
, eſt de ſuivre ponctuellement les
exemples que j'ai poſés à côté de chaque
précepte & ceux que je donne d'une
manière plus étendue dans les fix
petites Sonates ci-après.
J'indique dans mon ſeptiéme Chapitre
un nouveau ſyſtême pour phrafer la
Muſique. Son utilité m'a frappé lorſque
l'obſervation la plus commune m'en fit
révenir l'idée. La ponctuation de l'Ecriture
meſure la marche & l'étendue du
difcours; ces fignes peuvent naturellement
produire le même effet dans la
Muſique , qui eſt faite pour parler à
l'oreille comme l'Ecriture parle aux
yeux. L'éffai que j'ai fait de ce projet
dans les petites Sonates qui terminent
cet ouvrage ſuffit pour faire concevoir
fans aucun travail toute l'étendue qu'on
JUIN. 1763 . 179
peut donner à cette idée ; car les inventions
les plus utiles & les plus fages
font prèſque toujours les plus intelligibles
& les plus fimples .
Outre cette ponctuation j'employe
encore dans les fix Sonates que je viens
d'annoncer , des marques ou des fignes
pour avertir d'augmenter ou de diminuer
le ſon lorſque le goût & la délicateſſe
l'exigent.
Enfin le huitiéme & dernier Chapitre
contient une expofition des vingt-quatre
Modes tels que la diviſion de la
Gamme ou Echelle diatonique ordinaire
les produit néceſſairement. La méthode
claire , préciſe & exacte avec laquelle
j'ai tâché de détailler cette expofition
apprendra à ceux qui me liront:
avec un peu d'attention, à diftinguer les
modulations , à connoître & à difcerner
en quel mode ou en quel ton ils
feront foit au commencement , foit dans.
le courant d'une Piece , ou même lorfqu'ils
s'éffſayeront à préluder , à décider
en un mot fi ce ton ou Mode eſt Majeur
ou Mineur.
Quant aux fix petites Sonates que je
viens d'annoncer & qui font à la fuite
de ce huitiéme Chapitre, j'avertis qu'on
doit les regarder comme une leçon gé
H vj
180 MERCURE DE FRANCE:
nérale où l'on appercevra aisément l'application
que je fais faire de ce que
j'enſeigne dans ce Traité.
SIX TRIO pour deux Violons & un
Violoncello,compoſés par le Signor Galeotti
de Gènes , dédiés à Madame la
Princeſſe de Monaco ; à Gènes , chez
l'Auteur ; & à Paris, aux adreſſes ordinaires
de Muſique. Prix , 9 liv. avec privilége.
Cet Ouvrage eſt digne de la ré
putation dont cet Auteur jouit en Italie
par ſes ouvrages & par ſon talent
connu pour le Violoncello .
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Résumé : MUSIQUE.
En juin 1763, divers ouvrages musicaux étaient disponibles à la vente. Parmi ceux-ci, on trouvait un troisième recueil de pièces françaises et italiennes, incluant des airs d'opéras-comiques récents tels que 'Le Bûcheron', 'Le Roi et le Fermier' et 'Sancho Pança', arrangés pour deux flûtes, deux violons ou deux altos par M. Granier. Six symphonies de M. Stamitz, exécutées au Concert spirituel pendant la semaine sainte, étaient également en vente. Deux livres de pièces pour clavecin par M. Ferdinando Pellegrino et un recueil mensuel de récréations chantantes par M. Legat de Furcy étaient proposés. Un autre recueil, 'Les Récréations de Polymnie', compilait des ariettes et airs tendres, dédié au beau sexe et édité par M. le Loup. Un ouvrage méthodique pour apprendre à battre la mesure et à moduler, accompagné de six sonates, était écrit par M. Atys. Ce traité incluait une méthode de ponctuation musicale inspirée de la ponctuation grammaticale et typographique. Le texte mentionnait aussi des sonates en mode majeur ou mineur, décrites comme une leçon générale illustrant les enseignements d'un traité. De plus, il annonçait la publication de six trios pour deux violons et un violoncelle, composés par le Signor Galeotti de Gênes. Ces trios étaient dédiés à Madame la Princesse de Monaco et étaient disponibles à Gênes chez l'auteur ainsi qu'à Paris, au prix de neuf livres avec un privilège. L'auteur était reconnu en Italie pour ses œuvres et son talent au violoncelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4208
p. 180-181
GRAVURE.
Début :
M. MOITTE, Graveur du ROI, à qui nous devons la belle Estampe de [...]
Mots clefs :
Estampe, Graveur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
M. MOITTE , Graveur du Roi , à
qui nous devons la belle Eſtampe de
Vénus fur les eaux , gravée d'après le
célébre M. Boucher , vient de donner
au Public un autre Ouvrage de fa façon
qui probablement ne ſera pas
moins bien accueilli des Connoiffeurs.
Cette nouvelle Eſtampe , intitulée le
Gefte Napolitain , eſt d'après l'un des
plu aimables &des plus dignes Peintres
de la Nature , c'est-à-dire M. Greu
fe, & faitpendant avec le Père de fa-
و
JUIN. 1763 . 181
mille que l'on revoit toujours avec tant
de plaifir. Elle est dédiée à M. le Marquis
de Marigny ; & ſe vend chez l'Auteur ,
rue S. Victor , la troifiéme Porte cochère
à gauche , en entrant par la Place
Maubert. Le Prix eſt de 6 liv.
M. MOITTE , Graveur du Roi , à
qui nous devons la belle Eſtampe de
Vénus fur les eaux , gravée d'après le
célébre M. Boucher , vient de donner
au Public un autre Ouvrage de fa façon
qui probablement ne ſera pas
moins bien accueilli des Connoiffeurs.
Cette nouvelle Eſtampe , intitulée le
Gefte Napolitain , eſt d'après l'un des
plu aimables &des plus dignes Peintres
de la Nature , c'est-à-dire M. Greu
fe, & faitpendant avec le Père de fa-
و
JUIN. 1763 . 181
mille que l'on revoit toujours avec tant
de plaifir. Elle est dédiée à M. le Marquis
de Marigny ; & ſe vend chez l'Auteur ,
rue S. Victor , la troifiéme Porte cochère
à gauche , en entrant par la Place
Maubert. Le Prix eſt de 6 liv.
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Résumé : GRAVURE.
Le graveur du Roi, M. Moitte, a créé une gravure intitulée 'Vénus sur les eaux' d'après François Boucher. Il a également publié 'Le Geste Napolitain', inspiré d'un tableau de Jean-Baptiste Greuze réalisé à Rome. Cette estampe est dédiée au Marquis de Marigny et se vend six livres chez l'auteur, rue Saint-Victor.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4209
p. 181
ÉCRITURE.
Début :
LE Sr ROCHON, Maître Écrivain à Versailles, donne avis au Public que [...]
Mots clefs :
Maître Écrivain, Planches, Principes d'écriture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉCRITURE.
ÉCRITURE.
LE ST ROCHON , Maître Écrivain
Verſailles , donne avis au Public que
les deux Planches de Principes d'Ecriture
qu'il vient de lui donner , ſe trouvent
chez lui & à Paris chez le ſieur de la
Bare , rue du Perche au Marais , chez
un Serrurier. Prix , 2 liv. chaque 'Piéce.
Il donne auffi avis qu'il prend des
Penſionnaires d'âge raisonnable , &
que l'on aura chez lui tous les Maîtres
que l'on defirera.
LE ST ROCHON , Maître Écrivain
Verſailles , donne avis au Public que
les deux Planches de Principes d'Ecriture
qu'il vient de lui donner , ſe trouvent
chez lui & à Paris chez le ſieur de la
Bare , rue du Perche au Marais , chez
un Serrurier. Prix , 2 liv. chaque 'Piéce.
Il donne auffi avis qu'il prend des
Penſionnaires d'âge raisonnable , &
que l'on aura chez lui tous les Maîtres
que l'on defirera.
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4210
p. 182
SPECTACLES DE LA COUR.
Début :
PENDANT le séjour de la Cour à Marli, il y a eu deux Concerts par la [...]
Mots clefs :
Musique, Cour, Ballet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE LA COUR.
SPECTACLES DE LA COUR .
PENDANT le féjour de la Cour à
Marli , il y a eu deux Concerts par la
Muſique du RO1 .
Le Mercredi 11 Mai , on y exécuta
le divertiſſement de l'Acte des Fleurs
& l'Acte des Sauvages , du Ballet des
Indes galantes , Muſique du ſieur RAMEAU.
Les Rôles furent chantés par
la Dlle LARRIVÉE ( ci-devant LEMIERRE
, ) les fieurs GELIN , LARRIVÉE
& BESCHE .
Le Samedi 14 , on exécuta Alcimadure
, Ballet Provençal : Muſique du
Sr MONDONVILLE . Les Rôles furent
chantés par la Dlle FEL & les fieurs.
BESCHE Frères .
PENDANT le féjour de la Cour à
Marli , il y a eu deux Concerts par la
Muſique du RO1 .
Le Mercredi 11 Mai , on y exécuta
le divertiſſement de l'Acte des Fleurs
& l'Acte des Sauvages , du Ballet des
Indes galantes , Muſique du ſieur RAMEAU.
Les Rôles furent chantés par
la Dlle LARRIVÉE ( ci-devant LEMIERRE
, ) les fieurs GELIN , LARRIVÉE
& BESCHE .
Le Samedi 14 , on exécuta Alcimadure
, Ballet Provençal : Muſique du
Sr MONDONVILLE . Les Rôles furent
chantés par la Dlle FEL & les fieurs.
BESCHE Frères .
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Résumé : SPECTACLES DE LA COUR.
À Marly, deux concerts ont eu lieu. Le 11 mai, des extraits des 'Indes galantes' de Rameau ont été joués par Mademoiselle Larrivée, Gelin, Larrivée et Besche. Le 14 mai, le ballet 'Alcimadure' de Mondonville a été présenté par Mademoiselle Fel et les frères Besche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4211
p. 183-189
SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
LES Concerts françois que cette Académie continue de donner les Vendredis [...]
Mots clefs :
Opéra, Concerts, Ballet, Morceaux, Public, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
SPECTACLES DE PARIS.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE .
LES ES Concerts françois que cette Académie
continue de donner les Vendredis
de chaque Semaine au Château des
Thuilleries , ont le ſuccès de ces chofes
où le Public ſe porte avec une eſpéce
de fureur. Le premier de ces Concerts ,
duquel nous avons parlé dans le précédent
Mercure avoit raſſemblé déja ,
par le motif de curiofité , un fort grand
nombre d'Auditeurs ; les ſuivans
ont été encore infiniment plus nombreux.
Juſqu'à préfent les Loges ou
Gradins ont été loués pluſieurs jours
en avance ; & les autres places remplies
avec la plus grande affluence.
C Cette époque peut être regardée
comme celle de la reſtauration du goût
de la Nation pour ſa Muſique ; goût
que l'on croyoit éteint ou corrompu ,
lorſqu'il n'étoit , s'il eſt permis de le:-
dire , que débauché par les circonftances.
Les morceaux que l'on éxécute.
dans ces Concerts font fi connus dut
184 MERCURE DE FRANCE.
Public , que quelques-uns même ſembloient
avoir épuisé ſon admiration :
mais le choix ingénieux de ces morceaux
& leur arrangement les renouvellent de
manière a faifir & à donner le plus grand
plaiſir.On doit ajouter encore aux caufes
d'un fi brillantfuccès , une éxécution qui
n'a point d'exemple dans l'Europe, de l'aveu
mêmedes gens del'art le plus attachés
au genre de Muſique étrangère. Cette
perfection a un double avantage dans
notre Orcheſtre françois : c'eſt 1. la précifion
muſicale ; 2°. la fineſſe du Tact,
dans les mouvemens qui n'a d'autre
regle que le goût , & d'autre guide
qu'un ſentiment délicat,
و
C'eſt aux foins des Directeurs ( MM
REBEL & FRANCEUR ) que l'on
doit l'arrangement de ces Concerts .
M. LE BERTON , Maître de Muſique
de l'Orchestre y bat la meſure ainſi qu'à
l'Opéra ; M. REBEL, l'un des Directeurs ,
furveille à l'exactitude totale de l'éxécution.
Ces Concerts ſont compoſés de
divers morceaux d'Opéra & divifés
en quatre parties. On indique ordinairement
par les affiches le premier &
le dernier de ces morceaux , parce qu'ils
こ
JUIN. 1763 . 185
font plus confidérables , ou contiennent
de plus grandes parties d'Actes d'Opéra .
Cela fert à ſpécifier chacun de ces Concerts.
Les autres morceaux tant en Muſique
vocale qu'inſtrumentale , qui rempliffent
le reſte du Concert , entraîneroient
dans trop de détails.
Le premier Concert ( le 28 Avril )
commençoit par le Prologue du Ballet
de la Paix & finiſſoit par le quatriéme
Acte de Zoroastre.
Le deuxiéme ( le fix Mai) commençoit
par l'ouverture de Pigmalion ,
ſuivie de partie du divertiſſement du
premier Acte d'Hippolite & Aricie.
Il finiſſoit par le divertiſſement des
Bacchantes du troiſiéme Acte d'En
& Lavinie.
Le Vendredi 13 Mai , on a repris le
même Concert du 28 Avril.
Le quatriéme ( le 20 Mai ) a commencé
par le Prologue de Tarfis &
Zélie , & a fini par la magie du deuxiéme
Acte de Dardanus.
Le cinquiéme ( le 27 Mai ) a commencé
par l'ouverture des Talens lyriques
ſuivie de fragmens terminés par
lechoeur de Pigmalion , l'Amour triomphe
&c. Il a fini par le divertiſſement
du premier Acte d'Iphigénie.
186 MERCURE DE FRANCE.
On a donné , ainſi que nous l'avions
annoncé , des Bals pour les Acteurs
dans la même Salle du Concert & dans
la Salle fuivante , les 1,8 & 15 Mai.
Ces Bals ont été fort agréables , tant
pár l'éxécution des Ballets (de la compoſition
de M. LANI ) qui ont été fort
applaudis & qui formoient en effet un
ſpectacle brillant & varié , que parce
que les mêmes Danfeurs & Danfeuſes
de l'Opéra qui les avoient éxécutés ,
reftoient dans le Bal en habits de caractères
où ils danſoient encore avec
les perſonnes du Public qui le defiroient
. Au dernier de ces Bals , les
principaux Sujets du Ballet éxécuterent
deux fois de fuite une Contredanſe de
la compofition de M. LANI , qui fut
trouvée admirable; elle étoit très-figurée,
fans fortir néammoins du genre des
Contredanſes ordinaires de Bal.
Le Mai & la Noce de Village , Sujet
d'un grand Ballet éxécuté dans ces
Bals , n'étoit point le même que les
Ballets figurés qui avoient éte danſés
fous ce titre aux Bals de la Cour pendant
le Carnaval. Le Mai & la Noce
étoient , à la Cour , deux Sujets différens
qui formoient chacun un Ballet.
JUIN. 1763 . 187-
,
Le Mai étoit dans le caractère Flamand
, & ici il étoit dans le caractère
François . Chacun de ces Ballets auroit
été trop court pour remplir l'objet qu'on
ſe propofoit ; dans les Bals de l'Opéra
les deux joints enſemble tels qu'ils
étoient , auroient été trop longs . On
les avoit combinés pour en faire un ſeul
Sujet , dont la fiction étoit affez naturelle..
Les Habitans d'un Village plantent
un Mai en préſence du Seigneur
& de la Dame , & leur donnent une
ferénade : une Nôce de ce même Village
vient leur rendre hommage & for-..
mer des Danſes autour de ce Mai nouvellement
planté. Tel étoit le Sujet de
ce Ballet diftribué en pluſieurs ſcènes
de Pantomimes & de Danſes. Miles
LYONNOIS , ALLARD PESLIN
DUMIREY, PETITOT, SARON , & toutes
les autres Danfeuſes ; MM. LAVAL ,
GARDEL , DAUBERVAL , HYACINTHE
, & tous les autres Danfeurs y
figuroient divers Perſonnages & étoient
employés dans ce Ballet.
,
La Salle que l'on conſtruit aux Thuilleries
pour les repréſentations de l'Opéra
, devant ſervir probablement plufieurs
années , on a jugé à propos de
188 MERCURE DE FRANCE.
la faire plus folide & en même temps
d'y donner toutes les commodités néceffaires
au ſervice de ce Spectacle ;
c'eſt pourquoi elle ne pourra être en
état auffitôt qu'on ſe l'étoit propoſé
d'abord & pour le temps que nous
l'avions annoncé ; mais on a lieu d'efpérer
que l'on en jouira dans les
derniers jours du mois d'Août ou au
plus tard dans le commencement de
Septembre. Cette Salle ſera très-commode
pour le Public , par les voies de
circulation & celles d'entrée & de fortie
que l'on y ménage. Le ſervice du
Théâtre y fera , de même , facile &
propre à de grands Spectacles ; dans
l'occafion elle pourra contenir un peu
plus de Spectateurs que l'ancienne Salle
d'Opéra . Celle que l'on doit reconftruire
au Palais Royal ne ſera point
placée dans le ſens que nous avions
indiqué le mois précédent,d'après les premiers
projets; mais dans le même ſens où
étoit l'ancienne , la partie du Théâtre
s'enfoncant beaucoup plus avant dans
le terrein du Palais même que M. le
Duc d'ORLÉANS abandonne àcet effet,
&s'étendant en largeur dans les ter
JUIN. 1763. 184
reins de la rue S. Honoré , deſquels le
Prince fait l'acquiſition pour cet ufage.
Cette Salle fera extérieurement la
décoration d'une des aîles de la première
cour du Palais Royal , qui doit être
entierement reconſtruite. Nous ne doutons
pas que M. MOREAU , Architecte
de la Ville , conféquemment chargé de
la conſtruction de la nouvelle Salle , &
honoré de la confiance de M. le Duc
d'ORLÉANS , ne ſe prête à nous mettre
en état de faire connoître au Public
ſes projets, auſſitôt qu'ils feront entière
ment fixés.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE .
LES ES Concerts françois que cette Académie
continue de donner les Vendredis
de chaque Semaine au Château des
Thuilleries , ont le ſuccès de ces chofes
où le Public ſe porte avec une eſpéce
de fureur. Le premier de ces Concerts ,
duquel nous avons parlé dans le précédent
Mercure avoit raſſemblé déja ,
par le motif de curiofité , un fort grand
nombre d'Auditeurs ; les ſuivans
ont été encore infiniment plus nombreux.
Juſqu'à préfent les Loges ou
Gradins ont été loués pluſieurs jours
en avance ; & les autres places remplies
avec la plus grande affluence.
C Cette époque peut être regardée
comme celle de la reſtauration du goût
de la Nation pour ſa Muſique ; goût
que l'on croyoit éteint ou corrompu ,
lorſqu'il n'étoit , s'il eſt permis de le:-
dire , que débauché par les circonftances.
Les morceaux que l'on éxécute.
dans ces Concerts font fi connus dut
184 MERCURE DE FRANCE.
Public , que quelques-uns même ſembloient
avoir épuisé ſon admiration :
mais le choix ingénieux de ces morceaux
& leur arrangement les renouvellent de
manière a faifir & à donner le plus grand
plaiſir.On doit ajouter encore aux caufes
d'un fi brillantfuccès , une éxécution qui
n'a point d'exemple dans l'Europe, de l'aveu
mêmedes gens del'art le plus attachés
au genre de Muſique étrangère. Cette
perfection a un double avantage dans
notre Orcheſtre françois : c'eſt 1. la précifion
muſicale ; 2°. la fineſſe du Tact,
dans les mouvemens qui n'a d'autre
regle que le goût , & d'autre guide
qu'un ſentiment délicat,
و
C'eſt aux foins des Directeurs ( MM
REBEL & FRANCEUR ) que l'on
doit l'arrangement de ces Concerts .
M. LE BERTON , Maître de Muſique
de l'Orchestre y bat la meſure ainſi qu'à
l'Opéra ; M. REBEL, l'un des Directeurs ,
furveille à l'exactitude totale de l'éxécution.
Ces Concerts ſont compoſés de
divers morceaux d'Opéra & divifés
en quatre parties. On indique ordinairement
par les affiches le premier &
le dernier de ces morceaux , parce qu'ils
こ
JUIN. 1763 . 185
font plus confidérables , ou contiennent
de plus grandes parties d'Actes d'Opéra .
Cela fert à ſpécifier chacun de ces Concerts.
Les autres morceaux tant en Muſique
vocale qu'inſtrumentale , qui rempliffent
le reſte du Concert , entraîneroient
dans trop de détails.
Le premier Concert ( le 28 Avril )
commençoit par le Prologue du Ballet
de la Paix & finiſſoit par le quatriéme
Acte de Zoroastre.
Le deuxiéme ( le fix Mai) commençoit
par l'ouverture de Pigmalion ,
ſuivie de partie du divertiſſement du
premier Acte d'Hippolite & Aricie.
Il finiſſoit par le divertiſſement des
Bacchantes du troiſiéme Acte d'En
& Lavinie.
Le Vendredi 13 Mai , on a repris le
même Concert du 28 Avril.
Le quatriéme ( le 20 Mai ) a commencé
par le Prologue de Tarfis &
Zélie , & a fini par la magie du deuxiéme
Acte de Dardanus.
Le cinquiéme ( le 27 Mai ) a commencé
par l'ouverture des Talens lyriques
ſuivie de fragmens terminés par
lechoeur de Pigmalion , l'Amour triomphe
&c. Il a fini par le divertiſſement
du premier Acte d'Iphigénie.
186 MERCURE DE FRANCE.
On a donné , ainſi que nous l'avions
annoncé , des Bals pour les Acteurs
dans la même Salle du Concert & dans
la Salle fuivante , les 1,8 & 15 Mai.
Ces Bals ont été fort agréables , tant
pár l'éxécution des Ballets (de la compoſition
de M. LANI ) qui ont été fort
applaudis & qui formoient en effet un
ſpectacle brillant & varié , que parce
que les mêmes Danfeurs & Danfeuſes
de l'Opéra qui les avoient éxécutés ,
reftoient dans le Bal en habits de caractères
où ils danſoient encore avec
les perſonnes du Public qui le defiroient
. Au dernier de ces Bals , les
principaux Sujets du Ballet éxécuterent
deux fois de fuite une Contredanſe de
la compofition de M. LANI , qui fut
trouvée admirable; elle étoit très-figurée,
fans fortir néammoins du genre des
Contredanſes ordinaires de Bal.
Le Mai & la Noce de Village , Sujet
d'un grand Ballet éxécuté dans ces
Bals , n'étoit point le même que les
Ballets figurés qui avoient éte danſés
fous ce titre aux Bals de la Cour pendant
le Carnaval. Le Mai & la Noce
étoient , à la Cour , deux Sujets différens
qui formoient chacun un Ballet.
JUIN. 1763 . 187-
,
Le Mai étoit dans le caractère Flamand
, & ici il étoit dans le caractère
François . Chacun de ces Ballets auroit
été trop court pour remplir l'objet qu'on
ſe propofoit ; dans les Bals de l'Opéra
les deux joints enſemble tels qu'ils
étoient , auroient été trop longs . On
les avoit combinés pour en faire un ſeul
Sujet , dont la fiction étoit affez naturelle..
Les Habitans d'un Village plantent
un Mai en préſence du Seigneur
& de la Dame , & leur donnent une
ferénade : une Nôce de ce même Village
vient leur rendre hommage & for-..
mer des Danſes autour de ce Mai nouvellement
planté. Tel étoit le Sujet de
ce Ballet diftribué en pluſieurs ſcènes
de Pantomimes & de Danſes. Miles
LYONNOIS , ALLARD PESLIN
DUMIREY, PETITOT, SARON , & toutes
les autres Danfeuſes ; MM. LAVAL ,
GARDEL , DAUBERVAL , HYACINTHE
, & tous les autres Danfeurs y
figuroient divers Perſonnages & étoient
employés dans ce Ballet.
,
La Salle que l'on conſtruit aux Thuilleries
pour les repréſentations de l'Opéra
, devant ſervir probablement plufieurs
années , on a jugé à propos de
188 MERCURE DE FRANCE.
la faire plus folide & en même temps
d'y donner toutes les commodités néceffaires
au ſervice de ce Spectacle ;
c'eſt pourquoi elle ne pourra être en
état auffitôt qu'on ſe l'étoit propoſé
d'abord & pour le temps que nous
l'avions annoncé ; mais on a lieu d'efpérer
que l'on en jouira dans les
derniers jours du mois d'Août ou au
plus tard dans le commencement de
Septembre. Cette Salle ſera très-commode
pour le Public , par les voies de
circulation & celles d'entrée & de fortie
que l'on y ménage. Le ſervice du
Théâtre y fera , de même , facile &
propre à de grands Spectacles ; dans
l'occafion elle pourra contenir un peu
plus de Spectateurs que l'ancienne Salle
d'Opéra . Celle que l'on doit reconftruire
au Palais Royal ne ſera point
placée dans le ſens que nous avions
indiqué le mois précédent,d'après les premiers
projets; mais dans le même ſens où
étoit l'ancienne , la partie du Théâtre
s'enfoncant beaucoup plus avant dans
le terrein du Palais même que M. le
Duc d'ORLÉANS abandonne àcet effet,
&s'étendant en largeur dans les ter
JUIN. 1763. 184
reins de la rue S. Honoré , deſquels le
Prince fait l'acquiſition pour cet ufage.
Cette Salle fera extérieurement la
décoration d'une des aîles de la première
cour du Palais Royal , qui doit être
entierement reconſtruite. Nous ne doutons
pas que M. MOREAU , Architecte
de la Ville , conféquemment chargé de
la conſtruction de la nouvelle Salle , &
honoré de la confiance de M. le Duc
d'ORLÉANS , ne ſe prête à nous mettre
en état de faire connoître au Public
ſes projets, auſſitôt qu'ils feront entière
ment fixés.
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Résumé : SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
L'Académie Royale de Musique organise des concerts hebdomadaires les vendredis au Château des Tuileries, attirant un large public. Ces événements visent à revitaliser l'appréciation de la musique française, souvent critiquée pour sa corruption ou son caractère débauché. Les morceaux joués, bien connus du public, sont sélectionnés avec soin et arrangés méticuleusement. La qualité de l'exécution musicale est reconnue comme étant la meilleure en Europe, combinant précision et finesse. Les concerts sont dirigés par MM. Rebel et Franceur, avec M. Le Berton responsable du rythme et M. Rebel supervisant l'exécution. Chaque concert inclut divers extraits d'opéras, répartis en quatre parties, tels que des morceaux de 'La Paix', 'Zoroastre', 'Pygmalion', 'Hippolyte et Aricie', 'Enée et Lavinie', 'Tarsis et Zélie', 'Dardanus' et 'Iphigénie'. Des bals pour les acteurs ont été organisés les 1er, 8 et 15 mai, avec des danses et des contredanses composées par M. Lani, très appréciées du public. La salle des Tuileries, dédiée aux représentations de l'Opéra, est en cours de reconstruction pour améliorer sa solidité et ses commodités, et devrait être terminée à la fin août ou au début septembre. En juin 1763, des plans sont en cours pour reconstruire une salle de théâtre au Palais Royal. Contrairement aux projets initiaux, la nouvelle salle sera orientée dans le même sens que l'ancienne et s'étendra davantage sur le terrain du palais, mis à disposition par le duc d'Orléans. Elle empiétera également sur des terrains acquis par le prince dans la rue Saint-Honoré. Cette salle décorera l'une des ailes de la première cour du Palais Royal, qui sera entièrement reconstruite. L'architecte de la ville, M. Moreau, est chargé de cette construction et bénéficie de la confiance du duc d'Orléans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4212
p. 189-195
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
LE Bienfait rendu ou le Négociant, Comédie en 5 Actes en vers, de laquelle [...]
Mots clefs :
Comédie, Actrice, Débutante, Représentation, Plaisir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE,
LE Bienfait rendu ou le Négociant
Comédie en 5 Actes en vers , de laquelle
nous avons donné l'Extrait dans
le précédent Volume , a eu neufRepréſentations
de ſuite , toutes avec d'aſſez
fortes recettes ; elle a été redemandée
& repréſentée encore dans le courant
du mois.
Cette Piéce , qui n'eſt point quittée
& qui doit refter au Théâtre , eft impri
mée& ſe trouve chez Prault le jeune ,
Libraire , quai de Conti,à la defcente du
igo MERCURE DE FRANCE.
Pont- neuf. La lecture en eſt agréable ;
•& l'on ne craint pas de reproches en
la recommandant.
Le 3 Mai , une Actrice nouvelle
( Mlle Doligny ) débuta par le rôle
d'Angélique dans la Gouvernante & par
celui de Zénéïde dans la Piéce qui porte
ce titre. Dès cette Repréſentation , le
fuccès de la Débutante fut ſi vivement
&fi unanimement établi , que tous ceux
qui fréquentent habituellement le Théâtre
, ſe font accordés à dire que de-
*puis les débuts des célébres Actrices dont
nous avons annoncé les retraites avec
* tant de regret , on n'en avoit point vu
d'auſſi brillant dans le comique & qui
promît des fuites auſſi avantageufes que
celui- ci. L'augure a été pleinement
juſtifié : les jours de début de la nouvelle
Actrice , font devenus les jours
fréquentés du Spectacle. Elle a continué
par Lucinde dans l'Oracle , ( tréſor précieux
pour notre Scène , que l'on craignoit
d'avoir perdu avec Mlle Gauffin ,
&dans lequel la nouvelle Actrice a paru
excellente)enfuite par Luciledans les Dehors
trompeurs & par Nanine dans la Comédie
de ce nom ; par le rôle de Marianne
dans l'Ecole des Mères , de JuJUIN.
1763 . 191
lie dans la Pupile , de Silvie dans l'Iſle
déferte , d'Agnès dans l'Ecole des Femmes
, &c.
Pendant le cours de ſon début , Mlle
Doligni a été reçue à l'éſſai , pour ne
point violer la régle ; mais en mêmetemps
pour rendre juftice à ſes talens ,
elle a été admiſe dès ce moment aux
grands appointemens de 2000 liv.
Cette Débutante eſt âgée de 15 ans
&& demi ; elle eft, quant à préſent , d'une
moyenne ſtature , d'une taille élégante
& bien prife , la figure fort agréable
au Théâtre , intéreſſante ſans langueur ,
un feu doux , mais vif& perçant dans la
*phyſionomie ; la bouche , qui s'embellit
à chacun de ſes mouvemens , prête à
fon viſage des grâces fort piquantes.
Une naïveté gracieuſe ſemble régler
tout ſon maintien ainſi que ſon jeu.
Ce ne font point de ces tours de têres
apprêtés , de ces eſpéces de Tic dans les
traits qui dénaturent les graces qu'on
pourroit avoir , par celles qu'on veut ſe
donner; ni de ces infléxions traînées ou
groffies qui altèrent le fon , & le rendent
plus ridicule que touchant. Cexe
jeune perſonne paroît ne jouer aucun
des ſentimens qu'elle exprime. Ses actions
& les tons de fa voix ſemblent
192 MERCURE DE FRANCE.
4
naître tous du moment & de la paf
fion qui y donne lieu. La fimplicité ,
qui fait le caractère dominant de fon
jeu , n'eſt jamais niaiſerie , ni ſtupidité ;
c'eſt la primeur, fi l'on peut dire , de la
Nature ornée de toutes les graces qu'elle
donne. Un des mérites que l'on remarque
en elle , eſt une perpétuelle application
à la Scène , mérite que perdent
ſouvent les plus grands Acteurs , en acquérant
plus de liberté ſur le Théâtre&
que l'on éxhorte cette jeune perſonne à
conferver. Elle joint à cette éxacte vérité
de la Nature , dont le plaifir a
fait ſouvent verſer des larmes , une
diſtribution intelligente des différens
mouvemens qu'éxige chaque partie de
ſes rôles. Enfin nous ne craignons pas
d'être démentis , en diſant qu'elle commence
, non pas comme les meilleures
Actrices finiſſent ( ainſi qu'on a tant appliqué
de fois cette phrafe commune )
mais comme il eſt àdefirer qu'elle continue
pour ne pas ceffer de faire le plus
grand plaifir.
Mlle Doligni avoit joué dans ſon enfance
fur le Théâtre François quelques
rôles de cet âge ſous le nom de Mai-
Conneuve: il s'en falloit bien alors qu'elle
donnât
JUIN. 1763. 193
donnât les eſpérances de ce qu'elle eſt
aujourd'hui. Elle eut occafion de prendre
des avis de Mlle GAUSSIN ; enfuite
elle avoit été jouer à Rouen pendant
quelques mois , où elle avoit eu du fucces.
A fon retour , lorſqu'elle ſe diſpofoit
à aller à Bruxelles , elle fut entendue
par des perfonnes de la Cour accoutumées
à connoître & à protéger
les talens , par une entr'autres à qui
tous les arts & tous les talens doivent
le plus de fecours & d'éclat. Le naturel
heureux qu'on trouva dans cette
jeune perſonne&les diſpoſitions qu'elle
montroit, déterminèrent à la fixer fur
le Théâtre de la Capitale. A cet effet
M. MOLÉ Acteur , dont nous avons fi
ſouvent occafion de parler avec éloges ,
fut chargé d'achever par ſes conſeils
ce que la Nature & le Sentiment paroiffoient
indiquer déja dans ce talent
naiſſant. C'eſt environ après fix ſemaines
ou deux mois au plus de leçons,que Mlle
DOLIGNI a paru & a réuni tant d'applaudiſſemens
& de fuffrages. La voix ,
encore un peu foible , dans cette Débutante
, ne laiffe pas eſpérer qu'elle puiffe
& même qu'elle doive tenter de jouer
dans le Tragique.
Le Lundi 9 Mai , on a donné la pre-
I
194 MERCURE DE FRANCE.
,
,
mière repréſentation de la Mort de Socrate
, Tragédie nouvelle en 3 Actes par
M. DE SAUVIGNI , qui fut applaudie
& bien reçue du Public. Elle a été continuée
juſqu'au 28 , jour de la geme &
dernière repréſentation. Il y a des beautés
dans cette Piéce la verfification
en eſt généralement approuvée ; mais
comme le fond du Sujet eſt plus triſte
qu'attendriſſant , en ce qu'il a en foi une
forte de féchereſſe pour notre Scène
&que d'ailleurs la catastrophe en eſttrop
connue , il n'y a pas eu un grand concours
de Spectateurs. Nous rendrons
un compte plus éxact de cette Tragédie ,
lorſqu'elle ſera imprimée , attendu que
l'on ne nous a pas mis en état de ſuppléer
à ce ſecours , & qu'il feroit peut-être
dangereux de s'en repoſer ſur la mémoire
pour l'Extrait d'une Piéce chargéé ,
comme celle - ci , de morale & de
métaphyfique , dont on ne ſaiſit pas le
trait indicatif , comme l'on peut faire
de l'ation , de la conduite , & de
l'intérêt , dans les Drames dont ces
moyens conſtituent le mérite.
Mlle Luzzi , jeune Sujet qui dès l'enfance
a fait beaucoup de plaifir fur un
autre Théâtre , que beaucoup de gens
regardoient comme inférieur à ſes dif
JUIN. 1763 . 195
poſitions , a débuté le Jeudi 26 Mai fur
celui de la Comédie Françoife , par
les rôles de Soubrettes dans le Tartuffe &
les Folies amoureuses . La figure & la
taille de cette Débutante ſont des plus
favorables & ne pouvoient que prévenir
très-avantageuſement pour elle . Ces
avantages ſont ſecondés d'un jeu , où
Pon reconnoît en pluſieurs endroits l'intelligence
du grand Maître qui a pris
ſoin de diriger ſes talens ( M. PRÉVILLE.
) Elle a été applaudie , & l'on a
lieu d'eſpérer de cette jeune Actrice
des progrès qui rempliront l'eſpoir
du Public à fon égard. Nous croirions
qu'il feroit imprudent d'avancer rien de
plus décidé fur ce premier début, n'ayant
pas eule temps ſuffifant pour recueillir
les ſentimens à ce ſujet & les Spectateurs
mêmes n'ayant pas encore eu celui
d'en juger définitivement. On parlera
dans le Volume du mois prochain de la
continuation de ce début.
LE Bienfait rendu ou le Négociant
Comédie en 5 Actes en vers , de laquelle
nous avons donné l'Extrait dans
le précédent Volume , a eu neufRepréſentations
de ſuite , toutes avec d'aſſez
fortes recettes ; elle a été redemandée
& repréſentée encore dans le courant
du mois.
Cette Piéce , qui n'eſt point quittée
& qui doit refter au Théâtre , eft impri
mée& ſe trouve chez Prault le jeune ,
Libraire , quai de Conti,à la defcente du
igo MERCURE DE FRANCE.
Pont- neuf. La lecture en eſt agréable ;
•& l'on ne craint pas de reproches en
la recommandant.
Le 3 Mai , une Actrice nouvelle
( Mlle Doligny ) débuta par le rôle
d'Angélique dans la Gouvernante & par
celui de Zénéïde dans la Piéce qui porte
ce titre. Dès cette Repréſentation , le
fuccès de la Débutante fut ſi vivement
&fi unanimement établi , que tous ceux
qui fréquentent habituellement le Théâtre
, ſe font accordés à dire que de-
*puis les débuts des célébres Actrices dont
nous avons annoncé les retraites avec
* tant de regret , on n'en avoit point vu
d'auſſi brillant dans le comique & qui
promît des fuites auſſi avantageufes que
celui- ci. L'augure a été pleinement
juſtifié : les jours de début de la nouvelle
Actrice , font devenus les jours
fréquentés du Spectacle. Elle a continué
par Lucinde dans l'Oracle , ( tréſor précieux
pour notre Scène , que l'on craignoit
d'avoir perdu avec Mlle Gauffin ,
&dans lequel la nouvelle Actrice a paru
excellente)enfuite par Luciledans les Dehors
trompeurs & par Nanine dans la Comédie
de ce nom ; par le rôle de Marianne
dans l'Ecole des Mères , de JuJUIN.
1763 . 191
lie dans la Pupile , de Silvie dans l'Iſle
déferte , d'Agnès dans l'Ecole des Femmes
, &c.
Pendant le cours de ſon début , Mlle
Doligni a été reçue à l'éſſai , pour ne
point violer la régle ; mais en mêmetemps
pour rendre juftice à ſes talens ,
elle a été admiſe dès ce moment aux
grands appointemens de 2000 liv.
Cette Débutante eſt âgée de 15 ans
&& demi ; elle eft, quant à préſent , d'une
moyenne ſtature , d'une taille élégante
& bien prife , la figure fort agréable
au Théâtre , intéreſſante ſans langueur ,
un feu doux , mais vif& perçant dans la
*phyſionomie ; la bouche , qui s'embellit
à chacun de ſes mouvemens , prête à
fon viſage des grâces fort piquantes.
Une naïveté gracieuſe ſemble régler
tout ſon maintien ainſi que ſon jeu.
Ce ne font point de ces tours de têres
apprêtés , de ces eſpéces de Tic dans les
traits qui dénaturent les graces qu'on
pourroit avoir , par celles qu'on veut ſe
donner; ni de ces infléxions traînées ou
groffies qui altèrent le fon , & le rendent
plus ridicule que touchant. Cexe
jeune perſonne paroît ne jouer aucun
des ſentimens qu'elle exprime. Ses actions
& les tons de fa voix ſemblent
192 MERCURE DE FRANCE.
4
naître tous du moment & de la paf
fion qui y donne lieu. La fimplicité ,
qui fait le caractère dominant de fon
jeu , n'eſt jamais niaiſerie , ni ſtupidité ;
c'eſt la primeur, fi l'on peut dire , de la
Nature ornée de toutes les graces qu'elle
donne. Un des mérites que l'on remarque
en elle , eſt une perpétuelle application
à la Scène , mérite que perdent
ſouvent les plus grands Acteurs , en acquérant
plus de liberté ſur le Théâtre&
que l'on éxhorte cette jeune perſonne à
conferver. Elle joint à cette éxacte vérité
de la Nature , dont le plaifir a
fait ſouvent verſer des larmes , une
diſtribution intelligente des différens
mouvemens qu'éxige chaque partie de
ſes rôles. Enfin nous ne craignons pas
d'être démentis , en diſant qu'elle commence
, non pas comme les meilleures
Actrices finiſſent ( ainſi qu'on a tant appliqué
de fois cette phrafe commune )
mais comme il eſt àdefirer qu'elle continue
pour ne pas ceffer de faire le plus
grand plaifir.
Mlle Doligni avoit joué dans ſon enfance
fur le Théâtre François quelques
rôles de cet âge ſous le nom de Mai-
Conneuve: il s'en falloit bien alors qu'elle
donnât
JUIN. 1763. 193
donnât les eſpérances de ce qu'elle eſt
aujourd'hui. Elle eut occafion de prendre
des avis de Mlle GAUSSIN ; enfuite
elle avoit été jouer à Rouen pendant
quelques mois , où elle avoit eu du fucces.
A fon retour , lorſqu'elle ſe diſpofoit
à aller à Bruxelles , elle fut entendue
par des perfonnes de la Cour accoutumées
à connoître & à protéger
les talens , par une entr'autres à qui
tous les arts & tous les talens doivent
le plus de fecours & d'éclat. Le naturel
heureux qu'on trouva dans cette
jeune perſonne&les diſpoſitions qu'elle
montroit, déterminèrent à la fixer fur
le Théâtre de la Capitale. A cet effet
M. MOLÉ Acteur , dont nous avons fi
ſouvent occafion de parler avec éloges ,
fut chargé d'achever par ſes conſeils
ce que la Nature & le Sentiment paroiffoient
indiquer déja dans ce talent
naiſſant. C'eſt environ après fix ſemaines
ou deux mois au plus de leçons,que Mlle
DOLIGNI a paru & a réuni tant d'applaudiſſemens
& de fuffrages. La voix ,
encore un peu foible , dans cette Débutante
, ne laiffe pas eſpérer qu'elle puiffe
& même qu'elle doive tenter de jouer
dans le Tragique.
Le Lundi 9 Mai , on a donné la pre-
I
194 MERCURE DE FRANCE.
,
,
mière repréſentation de la Mort de Socrate
, Tragédie nouvelle en 3 Actes par
M. DE SAUVIGNI , qui fut applaudie
& bien reçue du Public. Elle a été continuée
juſqu'au 28 , jour de la geme &
dernière repréſentation. Il y a des beautés
dans cette Piéce la verfification
en eſt généralement approuvée ; mais
comme le fond du Sujet eſt plus triſte
qu'attendriſſant , en ce qu'il a en foi une
forte de féchereſſe pour notre Scène
&que d'ailleurs la catastrophe en eſttrop
connue , il n'y a pas eu un grand concours
de Spectateurs. Nous rendrons
un compte plus éxact de cette Tragédie ,
lorſqu'elle ſera imprimée , attendu que
l'on ne nous a pas mis en état de ſuppléer
à ce ſecours , & qu'il feroit peut-être
dangereux de s'en repoſer ſur la mémoire
pour l'Extrait d'une Piéce chargéé ,
comme celle - ci , de morale & de
métaphyfique , dont on ne ſaiſit pas le
trait indicatif , comme l'on peut faire
de l'ation , de la conduite , & de
l'intérêt , dans les Drames dont ces
moyens conſtituent le mérite.
Mlle Luzzi , jeune Sujet qui dès l'enfance
a fait beaucoup de plaifir fur un
autre Théâtre , que beaucoup de gens
regardoient comme inférieur à ſes dif
JUIN. 1763 . 195
poſitions , a débuté le Jeudi 26 Mai fur
celui de la Comédie Françoife , par
les rôles de Soubrettes dans le Tartuffe &
les Folies amoureuses . La figure & la
taille de cette Débutante ſont des plus
favorables & ne pouvoient que prévenir
très-avantageuſement pour elle . Ces
avantages ſont ſecondés d'un jeu , où
Pon reconnoît en pluſieurs endroits l'intelligence
du grand Maître qui a pris
ſoin de diriger ſes talens ( M. PRÉVILLE.
) Elle a été applaudie , & l'on a
lieu d'eſpérer de cette jeune Actrice
des progrès qui rempliront l'eſpoir
du Public à fon égard. Nous croirions
qu'il feroit imprudent d'avancer rien de
plus décidé fur ce premier début, n'ayant
pas eule temps ſuffifant pour recueillir
les ſentimens à ce ſujet & les Spectateurs
mêmes n'ayant pas encore eu celui
d'en juger définitivement. On parlera
dans le Volume du mois prochain de la
continuation de ce début.
Fermer
Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
La pièce 'Le Bienfait rendu ou le Négociant', une comédie en cinq actes en vers, a connu un succès notable avec neuf représentations consécutives et est disponible chez Prault le jeune. Cette œuvre est appréciée pour sa qualité et son absence de défauts. Le 3 mai, Mlle Doligny a fait ses débuts dans 'La Gouvernante' et 'Zénéïde', obtenant un succès immédiat et unanime, comparable à celui des grandes actrices retirées. Elle a ensuite interprété plusieurs rôles, notamment Lucinde dans 'L'Oracle', Lucile dans 'Les Dehors trompeurs', Nanine dans 'Nanine', et Marianne dans 'L'École des Mères'. À 15 ans et demi, elle est décrite comme ayant une taille élégante, une figure agréable et une physionomie expressive. Son jeu est naturel et gracieux, et elle montre une application constante à la scène. Avant ses récents débuts, elle avait joué sous le nom de Mlle Maiconneuve et avait reçu des conseils de Mlle Gaussin. Elle avait également joué à Rouen avant de revenir à Paris, encouragée par des personnes influentes de la cour. Le texte souligne l'importance de consigner par écrit une pièce de théâtre pour éviter de se fier uniquement à la mémoire. Il mentionne également le début de carrière de Mlle Luzzi à la Comédie Française le 26 mai 1763, où elle a interprété des rôles de soubrettes dans 'Le Tartuffe' et 'Les Folies amoureuses'. Sous la direction de M. Préville, Mlle Luzzi a été applaudie par le public, qui espère voir ses progrès futurs. Cependant, il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives après ce premier début.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4213
p. 195-196
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
LE 17 Mai on a donné la première représentation de la Famille en discorde [...]
Mots clefs :
Comédie nouvelle, Famille, Discorde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LEE
17 Mai on a donné la première
repréſentation de la Famille en difcorde
, Piéce nouvelle Italienne de M. GOLDONI.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Le 21 , celle des Deux Coufines , Comédie
nouvelle en 1 Acte, mêlée d'ariettes
, & le 27 la première repréſentation
de l'Eventail , Comédie nouvelle en 3
Actes de M. GOLDONI , dans laquelle
il y a beaucoup de choſes amusantes ,
qui doivent faire eſpérer qu'elle fera
ſuivie. Nous donnerons plus de détails
fur ces Nouveautés dans le Mercure
prochain.
LEE
17 Mai on a donné la première
repréſentation de la Famille en difcorde
, Piéce nouvelle Italienne de M. GOLDONI.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Le 21 , celle des Deux Coufines , Comédie
nouvelle en 1 Acte, mêlée d'ariettes
, & le 27 la première repréſentation
de l'Eventail , Comédie nouvelle en 3
Actes de M. GOLDONI , dans laquelle
il y a beaucoup de choſes amusantes ,
qui doivent faire eſpérer qu'elle fera
ſuivie. Nous donnerons plus de détails
fur ces Nouveautés dans le Mercure
prochain.
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Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
Du 17 au 27 mai, trois œuvres de Carlo Goldoni ont été présentées : 'La Famille en discord', 'Les Deux Cousines' et 'L'Éventail'. Cette dernière, une comédie en trois actes, est jugée amusante et prometteuse. Des détails supplémentaires paraîtront dans le prochain numéro du Mercure de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4214
p. 196-197
CONCERTS SPIRITUELS du Jour de l'Ascension & du Dimanche de Pentecôte.
Début :
Dans le premier de ces Concerts, les deux grands Motets étoient le Dixit Dominue del Signor [...]
Mots clefs :
Concerts, Motets, Applaudissements, Pentecôte, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERTS SPIRITUELS du Jour de l'Ascension & du Dimanche de Pentecôte.
CONCERTS SPIRITUELS
du Jour de l'Afcenfion & du Dimanche
de Pentecôte.
Dans le premier de ces Concerts , les deux
grands Motets étoient le Dixit Dominue del Signor
LEO & Deus venerunt gentes de feu M.
FANTON , Motet du plus beau genre , qui eut
beaucoup d'applaudiſſemens , & auquel on ne
peut pas trop en donner.
Dans le ſecond , les Motets à grand choeur
étoient Magnificat de M. BELISSEN & Judica
Domine de M. l'Abbé GOULET , ancien Maître
de Muſique de l'Egliſe de Paris. Ces deux Motets
furent bien exécutés , & les Connoilleurs y trouverent
pluſieurs choſes à applaudir. M. MAYER
exécuta , dans le premier Concert , avec beaucoup
d'applaudiſſemens un Concerto de ſa compotition
ſur la harpe, &dans le dernier, M. BALBASTRE
n'eut pas moins de ſuccès ſur l'Orgue
JUIN. 1763 . 197
en exécutant auſſi un Concerto dontil eſt l'Auteur
. Dans l'un & l'autre Concert Mile HARDI
a chanté des Airs Italiens avec les mêmes applaudiſſemens
qu'elle eſt en poſſeſſion de mériter.
A ces deux Concerts M. GAVINIÉs a paru ſe
furpaffer ; & les Auditeurs , quelqu'accoutumés
qu'ils foient à la fupériorité de ſes talens , ont
éprouvé cette forte d'étonnement que produit
un nouveau Phénomène en ce genre.
On a exécuté à ces mêmes Concerts des
Trio de Stamitz. Cette admirable Muſique a fait
d'autant plus de plaiſir , que l'on a ſenſiblement
remarquédans les Symphoniſtes le feu de l'émulation
excité par l'admirable exécution des
Concerts François.
La célébre Mile FEL dont on pourroit dire
que la voix eſt encore dans ſa primeur & le talent
dans toute ſa force , a chanté dans le Concert
de la Pentecôte un Motet à voix ſeule pour
la Fête du Jour.
du Jour de l'Afcenfion & du Dimanche
de Pentecôte.
Dans le premier de ces Concerts , les deux
grands Motets étoient le Dixit Dominue del Signor
LEO & Deus venerunt gentes de feu M.
FANTON , Motet du plus beau genre , qui eut
beaucoup d'applaudiſſemens , & auquel on ne
peut pas trop en donner.
Dans le ſecond , les Motets à grand choeur
étoient Magnificat de M. BELISSEN & Judica
Domine de M. l'Abbé GOULET , ancien Maître
de Muſique de l'Egliſe de Paris. Ces deux Motets
furent bien exécutés , & les Connoilleurs y trouverent
pluſieurs choſes à applaudir. M. MAYER
exécuta , dans le premier Concert , avec beaucoup
d'applaudiſſemens un Concerto de ſa compotition
ſur la harpe, &dans le dernier, M. BALBASTRE
n'eut pas moins de ſuccès ſur l'Orgue
JUIN. 1763 . 197
en exécutant auſſi un Concerto dontil eſt l'Auteur
. Dans l'un & l'autre Concert Mile HARDI
a chanté des Airs Italiens avec les mêmes applaudiſſemens
qu'elle eſt en poſſeſſion de mériter.
A ces deux Concerts M. GAVINIÉs a paru ſe
furpaffer ; & les Auditeurs , quelqu'accoutumés
qu'ils foient à la fupériorité de ſes talens , ont
éprouvé cette forte d'étonnement que produit
un nouveau Phénomène en ce genre.
On a exécuté à ces mêmes Concerts des
Trio de Stamitz. Cette admirable Muſique a fait
d'autant plus de plaiſir , que l'on a ſenſiblement
remarquédans les Symphoniſtes le feu de l'émulation
excité par l'admirable exécution des
Concerts François.
La célébre Mile FEL dont on pourroit dire
que la voix eſt encore dans ſa primeur & le talent
dans toute ſa force , a chanté dans le Concert
de la Pentecôte un Motet à voix ſeule pour
la Fête du Jour.
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Résumé : CONCERTS SPIRITUELS du Jour de l'Ascension & du Dimanche de Pentecôte.
En juin 1763, deux concerts spirituels ont été organisés lors du jour de l'Ascension et du dimanche de Pentecôte. Le premier concert a présenté les motets 'Dixit Dominus' de Leo et 'Deus venerunt gentes' de Fanton, ce dernier ayant été particulièrement applaudi. Le second concert a inclus les motets 'Magnificat' de Belissen et 'Judica Domine' de l'abbé Goulet, tous deux bien exécutés et appréciés. M. Mayer a interprété avec succès un concerto pour harpe de sa composition, tandis que M. Balbastre a joué un concerto pour orgue acclamé. Mile Hardi a chanté des airs italiens avec succès lors des deux concerts. M. Gaviniès a impressionné les auditeurs par son talent. Des trios de Stamitz ont été exécutés, mettant en valeur l'émulation entre les symphonistes. Enfin, Mile Fel a interprété un motet solo pour la fête de la Pentecôte, sa voix et son talent étant encore en pleine maturité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4215
p. 197-199
LETTRE écrite de Rouen, à M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles.
Début :
MONSIEUR, Malgré les préjugés qui semblent favoriser partout la Musique nouvelle, le [...]
Mots clefs :
Musique, Acteurs, Entrepreneur, Danseurs de l'Académie royale, Ballets, Affluence, Spectateurs
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Rouen, à M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles.
LETTRE écrite de Rouen , à M. DELAGARDE
, Auteur du Mercure pour
l'Article des Spectacles.
N. B Nous n'avons pu rendre cette Lettre
publique dans le tempsde ſa dare , attendu les
matières abondantes dont nous étions chargés.
MONSIEUR,
Malgré les préjugés qui ſemblent fa-
۱۰
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
yorifer partout la Muſique nouvelle , le
fieurBERNAUT ,Entrepreneur des Spectacles
de cette Ville , vient de prouver
ici qu'elle ne peut faire aucun tort à la
Musique Françoiſe quand onſcait comme
lui faire un choix de morceaux piquans
& d'Acteurs doués de talens propres
à en rendre l'exécution agréable.
Comme il est d'usage que les Directeurs
de notre Spectacle attirent ici les premiers
Sujets des Théâtres de Paris pour
y repréſenter pendant la derniere femaine
de Carême , notre intelligent Entrepreneur
a cru réveiller le goût des Amateurs
de la Mufique Françoise , en nous
procurant le Sr LARRIVÉE & la Dlle
LEMIERE fon épouse. Ces deux Acteurs
fecondés de la Dile FONTENAY
& des Muficiens de la Troupe de cette
Ville ont repréſenté Iſméne , Eglé ,
Bacchus & Erigone , Alcibiade des Fétes
Grecques & Romaines,Titon & l'Aurore
, le Devin de Village & Alcimadure.
Pour donner des preuves de leur
facilité dans tous les genres , ils ont
chanté les Troqueurs & le Cadi dupé.
Le feul Opéra d'Alcimadure n'a pas
eu le fuccès que la Muſique devoit en
faire attendre ; le Public perdoit le
plaisir de cette Muſique charmante par
JUI N. 1763 . 199
la privation des paroles dont il n'entendoit
pas le Patois . Les premières Entrées
des Ballets ont été danſées par les
fieurs GARDEL & GROSSET, Danfeurs
de l'Académie Royale ; le premier a excellé
furtout dans la Chaconne nouvelle
d'Iphigénie . On a donné trois fois ce
divertiſſement ſous la direction du fieur
le BERTON , Auteur de la Muſique ;
l'Orchestre étoit augmenté desSrs FRANCOEUR
le jeune & SOBLE , Violons , du
fieurRAUT , Hautbois , & HARDIK ,
Violoncelle , tous de l'Académie Royale
de Musique.
Malgré l'affluence des Spectateurs on
auroit eu peine à croire que l'Entrepreneur
ait eu du bénéfice dans cette dernière
ſemaine , eu égard à la quantité de
Sujets Acteurs qu'il avoit amenés , fi
on n'avoit été inſtruit par lui- même que
les Acteurs chantans ont pris ſeuls des
honoraires, & que les autres avoient joint
aux preuves de leurs talens les procédés
les plus généreux & les plus déſintéreffés.
J'ai l'honneur d'être &c.
Rouen , ce 16 Avril 1763 .
, Auteur du Mercure pour
l'Article des Spectacles.
N. B Nous n'avons pu rendre cette Lettre
publique dans le tempsde ſa dare , attendu les
matières abondantes dont nous étions chargés.
MONSIEUR,
Malgré les préjugés qui ſemblent fa-
۱۰
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
yorifer partout la Muſique nouvelle , le
fieurBERNAUT ,Entrepreneur des Spectacles
de cette Ville , vient de prouver
ici qu'elle ne peut faire aucun tort à la
Musique Françoiſe quand onſcait comme
lui faire un choix de morceaux piquans
& d'Acteurs doués de talens propres
à en rendre l'exécution agréable.
Comme il est d'usage que les Directeurs
de notre Spectacle attirent ici les premiers
Sujets des Théâtres de Paris pour
y repréſenter pendant la derniere femaine
de Carême , notre intelligent Entrepreneur
a cru réveiller le goût des Amateurs
de la Mufique Françoise , en nous
procurant le Sr LARRIVÉE & la Dlle
LEMIERE fon épouse. Ces deux Acteurs
fecondés de la Dile FONTENAY
& des Muficiens de la Troupe de cette
Ville ont repréſenté Iſméne , Eglé ,
Bacchus & Erigone , Alcibiade des Fétes
Grecques & Romaines,Titon & l'Aurore
, le Devin de Village & Alcimadure.
Pour donner des preuves de leur
facilité dans tous les genres , ils ont
chanté les Troqueurs & le Cadi dupé.
Le feul Opéra d'Alcimadure n'a pas
eu le fuccès que la Muſique devoit en
faire attendre ; le Public perdoit le
plaisir de cette Muſique charmante par
JUI N. 1763 . 199
la privation des paroles dont il n'entendoit
pas le Patois . Les premières Entrées
des Ballets ont été danſées par les
fieurs GARDEL & GROSSET, Danfeurs
de l'Académie Royale ; le premier a excellé
furtout dans la Chaconne nouvelle
d'Iphigénie . On a donné trois fois ce
divertiſſement ſous la direction du fieur
le BERTON , Auteur de la Muſique ;
l'Orchestre étoit augmenté desSrs FRANCOEUR
le jeune & SOBLE , Violons , du
fieurRAUT , Hautbois , & HARDIK ,
Violoncelle , tous de l'Académie Royale
de Musique.
Malgré l'affluence des Spectateurs on
auroit eu peine à croire que l'Entrepreneur
ait eu du bénéfice dans cette dernière
ſemaine , eu égard à la quantité de
Sujets Acteurs qu'il avoit amenés , fi
on n'avoit été inſtruit par lui- même que
les Acteurs chantans ont pris ſeuls des
honoraires, & que les autres avoient joint
aux preuves de leurs talens les procédés
les plus généreux & les plus déſintéreffés.
J'ai l'honneur d'être &c.
Rouen , ce 16 Avril 1763 .
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Résumé : LETTRE écrite de Rouen, à M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles.
La lettre, envoyée depuis Rouen à M. Delagarde, auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles, décrit les succès des spectacles donnés durant la dernière semaine de Carême à Rouen. M. Bernaut, entrepreneur des spectacles, a prouvé que la musique française pouvait rivaliser avec les préjugés contre la musique nouvelle grâce à un choix judicieux de morceaux et d'acteurs talentueux. Pour attirer le public, il a invité des artistes parisiens renommés comme M. Larrivée et Mlle Lemière, ainsi que la troupe locale, incluant la demoiselle Fontenay. Plusieurs œuvres ont été interprétées, telles que 'Isméne', 'Églé', 'Bacchus et Érigone', 'Alcibiade', 'Titon et l'Aurore', 'Le Devin du village' et 'Alcimadure'. Ce dernier opéra n'a pas rencontré le succès attendu en raison de la langue utilisée. Les ballets ont été exécutés par les danseurs de l'Académie Royale, avec une mention spéciale pour la chaconne d''Iphigénie' dansée par M. Gardel. La direction musicale était assurée par M. Le Berton, avec des musiciens de l'Académie Royale. Malgré l'affluence, les bénéfices étaient minimes car seuls les acteurs chanteurs ont reçu des honoraires, les autres ayant agi de manière désintéressée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4216
p. 200-207
PIÉCES de Théâtre de M. PALISSOT DE MONTENOY, &c, contenues dans le Recueil de ses Œuvres, d'une partie desquelles nous avons rendu compte plus haut.
Début :
La première est Ninus second, Tragédie. Cette production qui est aussi la [...]
Mots clefs :
Auteur, Comédie, Pièce, Philosophes, Œuvres, Genres, Lecteurs
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texteReconnaissance textuelle : PIÉCES de Théâtre de M. PALISSOT DE MONTENOY, &c, contenues dans le Recueil de ses Œuvres, d'une partie desquelles nous avons rendu compte plus haut.
PIECES de Théâtre de M. PALISSOT
DE MONTENOY , & c , contenues
dans le Recueil de ses oeuvres
d'une partie desquelles nous avons
rendu compte plus haut.
,
La première eſt Ninus fecond , Tragédie
. Cette prodution qui eſt auſſi la
première de l'Auteur, âgé pour lors de 19
ans , fut repréſentée le3 Juin 1-51 ; mais
elle n'est point offerte aux Lecteurs telle
qu'elle étoit échappée à la jeuneſſe de M.
Paliſſot. Il avertit dans unAvant-propos,
qu'il a mis plus de temps à la corriger ,
qu'il n'en avoit employé à la compofer.
Quelques réfléxions judicieuſes ſur l'étendue
que doit avoir un Drame tragique,
meſurée fur la nature du Sujet ,méritent
d'être lues dans ce même Avantpropos.
Les idées de l'Auteur , ſelon ce qu'il
nous dit lui-même , ayant changé avee
l'âge , il n'a pas cru indifférent de choifir
ou non,un Sujet fondé dans l'Hiſtoire
; il a cru que le Prince qui régna à
JUIN. 1763 : 201
Ninive après la première révolution de
l'Empire d'Affyrie s'étant appellé Ninus
le jeune , il devoit lui conſerver ſon
nom ; quant à celui de Sardanapal , l'un
des principaux perſonnages de cette Piéce
, onlaiſſe à ceux qui en feroient bleffés
, le choix de pluſieurs autres noms
que l'Histoire donne à ce même Roi
d'Affyrie.
Sans faſte dans les expreſſions , fans
affectation de brillant dans les détails , la
verſification de cette Tragédie eſt noble&
convenable au genre ; elle ne manque
pas même de cette énergie qui ſouvent
caractériſe le ſtyle de l'Auteur dans
ſes autres ouvrages.
On trouve enfuite les Tuteurs , Comédie
en vers , repréſentée pour la première
fois le 5 Août 1754 , & remife
au Théâtre dans la même année. Cette
Piéce eut beaucoup de ſuccès ; ainſi les
Journaux de ce temps enayant donné
connoiffance , nous ne nous arrêterons
point à en faire l'extrait. Le Public parut
y reconnoître le véritable ton de la Comédie
; & l'Auteur parut appellé par
ces fuffrages avantageux à ſuivre la carrière
du comique. Les Lecteurs font
avertis,par un avis de l'Editeur,que cette
: Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
Piéce a été revue par l'Auteur avec tout
le foin poffible. Elle ſe trouve augmentée
d'un Acte que fourniſſoit le Sujet ,
&de nouvelles Scènes ajoutées aux deux
rôles qui firent le plus d'effet , ſçavoir
celui de Mlle Dangeville , à qui l'on eſt
redevable encore de la véritable idée
d'un genre dont on regrette que ſes rares
talens n'ayent pas plus longteinps
retardé la perte , & l'autre celui de Valet,
premier rôle nouveau dans lequel débuta
l'inimitable M. Préville.
Nous exhortons à lire un Diſcours
préliminaire , qui ſe trouve à la tête de
cette Piéce , adreſſé à Madame la Comteſſe
de la Marck. Ce Discours contient
d'excellentes obſervations ſur les différens
genres de Comédie.L'Auteur, après
avoir parcouru les divers abus introduits
fur la Scène comique , diftingue ce que
nous avons ajouté aux grands fonds des
anciens. Il fait un éloge très-délicat de
quelques Ouvrages, tels que l'Oracle ,
les Graces , & c , qui tiennent , dit-il
le même rang parmi les riches productions
du genre dramatique , que les tableaux
de l'Albane & du Guide , parmi
les chefs-d'oeuvres de la Peinture. Il ne
veut pas non plus , comme certainsDéclamateurs
, éxagérer les abus attrib ué
,
JUIN. 1763 . 203
,
à certains genres. Quiconque , ſelon lui ,
méconnoîtra les beautés du Glorieux ,
de la Métromanie , du Méchant , &c ,
n'eſt pas digne d'admirer Molière. Mais
avec tous ces avantages , il conclut par
convenir que le véritable genre paroît
menacé d'un décadence prochaine.
Après en avoir obſervé diverſes cauſes
après avoir donné une idée éxacte &
bien vue des genres de Comédie qui
méritent éminemment la préférence , il
remarque que nos meilleurs Poëtes ont
hazardé de donner de très-bons Ouvrages
qui n'ont point aujourd'hui ces
ſuccès brillans , qu'ufurpent quelques
Opéra bouffons , quelques Parades indécentes
, que ſouvent on joue fix mois
de ſuite. Jamais , ajoute M. Paliffot ,
Athalie , jamais le Misantrope ne ſe ſont
foutenus auffi longtemps ſur nos Theatres.
Nous ſommes obligés de convenir
que ce Difcours préliminaire , fans
paroître avoir la prétention d'inſtruire
fur un art auffi difficile que celui dont
il traite , eſt cependant plus folide &
plus inftructif que ces Verbeux Ecrits
dont la plupart n'apprennent au Lecteur
que la vanité de l'Ecrivain qui
a compilé des préceptes communs , &
I vj
04 MERCURE DE FRANCE .
ue ſouvent il obſcurcit par le faſte dé-
Placé d'un ſtyle trop ambitieux .
On trouve dans ce même Recueil
une Bagatelle intitulée leBarbier deBagdad
, Facétie en un Acte qui n'a point
été repréſentée ; l'Auteur s'eſt permis
de l'imprimer ſur la foi de l'amusement
qu'elle avoit procuré dans une Société
dont le goût étoit reſpectable. Le Sujet
eſt tiré d'une des meilleures Hiſtoires
des Mille & une nuit. Il a fait paſſer dans
cet eſſai de drame , les meilleures plaifanteries
du genre de celles qu'on lit
avec plaifir dans les contes d'où il l'a emprunté.
Autant on a lieu de s'élever
contre certains petits Ouvrages de Treteaux
qu'on aime & que l'on applaudit
de nos jours , quoiqu'ils n'ayent pour
ſel que l'indécence & pour guides que
le défordre d'une imagination vuide &
ſtérile , autant doit-on encourager des
plaifanteries qui prêtent à la vraie & faine
gaîté , peut-être trop abandonnée
fur la Scène. Telles font les réflexions
que nous croyons qu'inſpirera la lecture
de cette Facétie.
La dernière Piéce du 1 volume eſt les
Mépriſes ou le Rival par reſſemblance ,
Comédie en vers de Diffyllabes , revue
par l'Auteur..
JUI N. 1763 . 205
Un avis de l'Editeur nous apprend
que cette Comédie, la dernière que l'Auteur
ait donnée , n'eſt pas dans ſon rang ,
parce que le ſecond volume eſt employé
en entier à la Comédie des Philofophes ,
&à tout ce qui eſt relatif à cette Piéce.
و
du
Nous avons parlé des Mépriſes dans
le 1 volume de Juillet 1762. Nous en
avons tranfcrit deux Scènes ; elle a été
depuis imprimée ſéparément avec des
remarques ; l'Editeur de ſes OEuvres en
rapporte une fur le tumulte avec lequel
cette Comédie fut reçue à la première
repréſentation qui obligea l'Auteur de
laretirer. Après la journée des Philofophes
, dit l'Editeur dans l'Edition de
1762 , l'Auteur fentoit tout le danger
de reparoître dans la carrière
moins fi promptement. Nous n'appellerons
jamais des jugemens du Public
aſſemblé , quelque ſuſpectes que foient
même les circonstances qui les font prononcer.
C'eſt dans cet eſprit que nous
avons rendu compte de la Comédie des
Méprises. Nous nejugeons point le droit
qu'a pu avoir l'Auteur de reclamer contre
ce prétendu jugement; mais nous
ne pouvons refuſer à la vérité,de confirmer
ce qui eſt dit dans l'avis qui précéde
cetre Piece , fur ce tumalte affecté de la
206 MERCURE DE FRANCE.
repréſentation qui empêcha de l'entendre
, encore moins ſur le plaifir que
nous croyons qu'en doivent faire plufieurs
détails à la lecture .
,
Nous ſommes ſuffisamment difpenfés
de rendre compte de la Comédie
des Philofophes. Cette Piéce eſt auffi
connue par ſon ſuccès , que par des diffenfions,
trop fameuſes ( nous ofons le
dire ) pour l'honneur de la Littérature ,
& dont il feroit à defirer que l'on n'eût
jamais à charger ſes faſtes. L'Auteur apparemment
pénétré , comme on doit
l'être , de cette vérité , a cru convenable
de ſe juſtifier ſur les traits de ſa Piéce
regardés comme ſatyriques , &
dont il défavoue les applications injurieuſes
qu'on en avoit faites ; c'eſt ce
qui fait la matière de l'Examen qui ſuit
immédiatement cette célébre Comédie.
L'Auteur employe pour terminer fon
apologie , un Ouvrage de M. de la
Marche - Courmont , intitulé , Réponse
aux différens Ecrits pour & contre la
Comédie des Philofophes , & qui avoit
paru imprimé dans le temps que le Public
étoit accablé du nombre de ces
Ecrits.
Nous avons donné plus haut,une notice
des autres morceaux qui rempliffent
JUIN. 1763 . 207
ce ſecond volume. Le reſte a rapport
à ce quia précédé & fuivi la Comédie
des Philofophes ; nous ne devons pas
douter que ces Ecrits n'intéreſſent la curiofité
; ce n'eſt point à nous , mais aux
Lecteurs judicieux & non- prévenus ,
qu'appartient le droit de juger des
moyens dont l'Auteur fait ufage pour fa
juſtification.
Il nous reſte à remarquer en général
ſur les Piéces de Théâtre de M. Paliffot ,
une grande connoiſſance des vrais principes
de l'art , l'uſage du ſtyle propre à
la bonne Comédie , & une variété de
genres , qui doit faire honneur à fon
génie. Pour ne rien laiſſer échaper de
ce qui peut fervir à l'émulation dans le
grand art du Théâtre , nous faiſons
part au Public de la Lettre écrite parM.
Paliffot aux Comédiens François en
leur envoyant le Recueil de fes OEuvres ,
& de leur réponſe à cet Auteur.
DE MONTENOY , & c , contenues
dans le Recueil de ses oeuvres
d'une partie desquelles nous avons
rendu compte plus haut.
,
La première eſt Ninus fecond , Tragédie
. Cette prodution qui eſt auſſi la
première de l'Auteur, âgé pour lors de 19
ans , fut repréſentée le3 Juin 1-51 ; mais
elle n'est point offerte aux Lecteurs telle
qu'elle étoit échappée à la jeuneſſe de M.
Paliſſot. Il avertit dans unAvant-propos,
qu'il a mis plus de temps à la corriger ,
qu'il n'en avoit employé à la compofer.
Quelques réfléxions judicieuſes ſur l'étendue
que doit avoir un Drame tragique,
meſurée fur la nature du Sujet ,méritent
d'être lues dans ce même Avantpropos.
Les idées de l'Auteur , ſelon ce qu'il
nous dit lui-même , ayant changé avee
l'âge , il n'a pas cru indifférent de choifir
ou non,un Sujet fondé dans l'Hiſtoire
; il a cru que le Prince qui régna à
JUIN. 1763 : 201
Ninive après la première révolution de
l'Empire d'Affyrie s'étant appellé Ninus
le jeune , il devoit lui conſerver ſon
nom ; quant à celui de Sardanapal , l'un
des principaux perſonnages de cette Piéce
, onlaiſſe à ceux qui en feroient bleffés
, le choix de pluſieurs autres noms
que l'Histoire donne à ce même Roi
d'Affyrie.
Sans faſte dans les expreſſions , fans
affectation de brillant dans les détails , la
verſification de cette Tragédie eſt noble&
convenable au genre ; elle ne manque
pas même de cette énergie qui ſouvent
caractériſe le ſtyle de l'Auteur dans
ſes autres ouvrages.
On trouve enfuite les Tuteurs , Comédie
en vers , repréſentée pour la première
fois le 5 Août 1754 , & remife
au Théâtre dans la même année. Cette
Piéce eut beaucoup de ſuccès ; ainſi les
Journaux de ce temps enayant donné
connoiffance , nous ne nous arrêterons
point à en faire l'extrait. Le Public parut
y reconnoître le véritable ton de la Comédie
; & l'Auteur parut appellé par
ces fuffrages avantageux à ſuivre la carrière
du comique. Les Lecteurs font
avertis,par un avis de l'Editeur,que cette
: Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
Piéce a été revue par l'Auteur avec tout
le foin poffible. Elle ſe trouve augmentée
d'un Acte que fourniſſoit le Sujet ,
&de nouvelles Scènes ajoutées aux deux
rôles qui firent le plus d'effet , ſçavoir
celui de Mlle Dangeville , à qui l'on eſt
redevable encore de la véritable idée
d'un genre dont on regrette que ſes rares
talens n'ayent pas plus longteinps
retardé la perte , & l'autre celui de Valet,
premier rôle nouveau dans lequel débuta
l'inimitable M. Préville.
Nous exhortons à lire un Diſcours
préliminaire , qui ſe trouve à la tête de
cette Piéce , adreſſé à Madame la Comteſſe
de la Marck. Ce Discours contient
d'excellentes obſervations ſur les différens
genres de Comédie.L'Auteur, après
avoir parcouru les divers abus introduits
fur la Scène comique , diftingue ce que
nous avons ajouté aux grands fonds des
anciens. Il fait un éloge très-délicat de
quelques Ouvrages, tels que l'Oracle ,
les Graces , & c , qui tiennent , dit-il
le même rang parmi les riches productions
du genre dramatique , que les tableaux
de l'Albane & du Guide , parmi
les chefs-d'oeuvres de la Peinture. Il ne
veut pas non plus , comme certainsDéclamateurs
, éxagérer les abus attrib ué
,
JUIN. 1763 . 203
,
à certains genres. Quiconque , ſelon lui ,
méconnoîtra les beautés du Glorieux ,
de la Métromanie , du Méchant , &c ,
n'eſt pas digne d'admirer Molière. Mais
avec tous ces avantages , il conclut par
convenir que le véritable genre paroît
menacé d'un décadence prochaine.
Après en avoir obſervé diverſes cauſes
après avoir donné une idée éxacte &
bien vue des genres de Comédie qui
méritent éminemment la préférence , il
remarque que nos meilleurs Poëtes ont
hazardé de donner de très-bons Ouvrages
qui n'ont point aujourd'hui ces
ſuccès brillans , qu'ufurpent quelques
Opéra bouffons , quelques Parades indécentes
, que ſouvent on joue fix mois
de ſuite. Jamais , ajoute M. Paliffot ,
Athalie , jamais le Misantrope ne ſe ſont
foutenus auffi longtemps ſur nos Theatres.
Nous ſommes obligés de convenir
que ce Difcours préliminaire , fans
paroître avoir la prétention d'inſtruire
fur un art auffi difficile que celui dont
il traite , eſt cependant plus folide &
plus inftructif que ces Verbeux Ecrits
dont la plupart n'apprennent au Lecteur
que la vanité de l'Ecrivain qui
a compilé des préceptes communs , &
I vj
04 MERCURE DE FRANCE .
ue ſouvent il obſcurcit par le faſte dé-
Placé d'un ſtyle trop ambitieux .
On trouve dans ce même Recueil
une Bagatelle intitulée leBarbier deBagdad
, Facétie en un Acte qui n'a point
été repréſentée ; l'Auteur s'eſt permis
de l'imprimer ſur la foi de l'amusement
qu'elle avoit procuré dans une Société
dont le goût étoit reſpectable. Le Sujet
eſt tiré d'une des meilleures Hiſtoires
des Mille & une nuit. Il a fait paſſer dans
cet eſſai de drame , les meilleures plaifanteries
du genre de celles qu'on lit
avec plaifir dans les contes d'où il l'a emprunté.
Autant on a lieu de s'élever
contre certains petits Ouvrages de Treteaux
qu'on aime & que l'on applaudit
de nos jours , quoiqu'ils n'ayent pour
ſel que l'indécence & pour guides que
le défordre d'une imagination vuide &
ſtérile , autant doit-on encourager des
plaifanteries qui prêtent à la vraie & faine
gaîté , peut-être trop abandonnée
fur la Scène. Telles font les réflexions
que nous croyons qu'inſpirera la lecture
de cette Facétie.
La dernière Piéce du 1 volume eſt les
Mépriſes ou le Rival par reſſemblance ,
Comédie en vers de Diffyllabes , revue
par l'Auteur..
JUI N. 1763 . 205
Un avis de l'Editeur nous apprend
que cette Comédie, la dernière que l'Auteur
ait donnée , n'eſt pas dans ſon rang ,
parce que le ſecond volume eſt employé
en entier à la Comédie des Philofophes ,
&à tout ce qui eſt relatif à cette Piéce.
و
du
Nous avons parlé des Mépriſes dans
le 1 volume de Juillet 1762. Nous en
avons tranfcrit deux Scènes ; elle a été
depuis imprimée ſéparément avec des
remarques ; l'Editeur de ſes OEuvres en
rapporte une fur le tumulte avec lequel
cette Comédie fut reçue à la première
repréſentation qui obligea l'Auteur de
laretirer. Après la journée des Philofophes
, dit l'Editeur dans l'Edition de
1762 , l'Auteur fentoit tout le danger
de reparoître dans la carrière
moins fi promptement. Nous n'appellerons
jamais des jugemens du Public
aſſemblé , quelque ſuſpectes que foient
même les circonstances qui les font prononcer.
C'eſt dans cet eſprit que nous
avons rendu compte de la Comédie des
Méprises. Nous nejugeons point le droit
qu'a pu avoir l'Auteur de reclamer contre
ce prétendu jugement; mais nous
ne pouvons refuſer à la vérité,de confirmer
ce qui eſt dit dans l'avis qui précéde
cetre Piece , fur ce tumalte affecté de la
206 MERCURE DE FRANCE.
repréſentation qui empêcha de l'entendre
, encore moins ſur le plaifir que
nous croyons qu'en doivent faire plufieurs
détails à la lecture .
,
Nous ſommes ſuffisamment difpenfés
de rendre compte de la Comédie
des Philofophes. Cette Piéce eſt auffi
connue par ſon ſuccès , que par des diffenfions,
trop fameuſes ( nous ofons le
dire ) pour l'honneur de la Littérature ,
& dont il feroit à defirer que l'on n'eût
jamais à charger ſes faſtes. L'Auteur apparemment
pénétré , comme on doit
l'être , de cette vérité , a cru convenable
de ſe juſtifier ſur les traits de ſa Piéce
regardés comme ſatyriques , &
dont il défavoue les applications injurieuſes
qu'on en avoit faites ; c'eſt ce
qui fait la matière de l'Examen qui ſuit
immédiatement cette célébre Comédie.
L'Auteur employe pour terminer fon
apologie , un Ouvrage de M. de la
Marche - Courmont , intitulé , Réponse
aux différens Ecrits pour & contre la
Comédie des Philofophes , & qui avoit
paru imprimé dans le temps que le Public
étoit accablé du nombre de ces
Ecrits.
Nous avons donné plus haut,une notice
des autres morceaux qui rempliffent
JUIN. 1763 . 207
ce ſecond volume. Le reſte a rapport
à ce quia précédé & fuivi la Comédie
des Philofophes ; nous ne devons pas
douter que ces Ecrits n'intéreſſent la curiofité
; ce n'eſt point à nous , mais aux
Lecteurs judicieux & non- prévenus ,
qu'appartient le droit de juger des
moyens dont l'Auteur fait ufage pour fa
juſtification.
Il nous reſte à remarquer en général
ſur les Piéces de Théâtre de M. Paliffot ,
une grande connoiſſance des vrais principes
de l'art , l'uſage du ſtyle propre à
la bonne Comédie , & une variété de
genres , qui doit faire honneur à fon
génie. Pour ne rien laiſſer échaper de
ce qui peut fervir à l'émulation dans le
grand art du Théâtre , nous faiſons
part au Public de la Lettre écrite parM.
Paliffot aux Comédiens François en
leur envoyant le Recueil de fes OEuvres ,
& de leur réponſe à cet Auteur.
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Résumé : PIÉCES de Théâtre de M. PALISSOT DE MONTENOY, &c, contenues dans le Recueil de ses Œuvres, d'une partie desquelles nous avons rendu compte plus haut.
Le texte présente un recueil des œuvres théâtrales de Charles Palissot. La première pièce mentionnée est 'Ninus fécond', une tragédie écrite à l'âge de 19 ans et représentée le 3 juin 1751, caractérisée par une versification noble et énergique. Le recueil comprend également 'Les Tuteurs', une comédie en vers représentée le 5 août 1754 et révisée la même année, ainsi que 'Le Barbier de Bagdad', une facétie inspirée des 'Mille et une nuits'. Une autre œuvre notable est 'Les Méprises ou le Rival par ressemblance', une comédie en vers. Le second volume est consacré à 'La Comédie des Philosophes', qui a connu un grand succès mais aussi des controverses. La pièce 'Les Méprises' a provoqué un tumulte lors de sa première représentation, entraînant son retrait. Palissot a reconnu les risques de revenir trop rapidement sur scène après ce succès. 'La Comédie des Philosophes' est célèbre pour ses traits satiriques, que l'auteur a défendus en utilisant un ouvrage de M. de la Marche-Courmont. Le recueil illustre la maîtrise de Palissot des principes de l'art théâtral et la diversité des genres abordés. Il inclut également une lettre de Palissot adressée aux Comédiens Français et leur réponse.
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4217
p. 207-208
LETTRE DE M. PALISSOT, à MM. les Comédiens François ordinaires du ROI.
Début :
Je vous présente, Messieurs, un Recueil de mes Ouvrages. Ceux que j'ai composés pour le Théâtre [...]
Mots clefs :
Honneur, Exemple, Contribuer, Projet, Théâtre, Bibliothèque, Recueil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE M. PALISSOT, à MM. les Comédiens François ordinaires du ROI.
LETTRE DE M. PALISSOT ,
J
à MM. les Comédiens François ordinaires
du Ro1.
B vous préſente , Meſſieurs, un Recueil de mes
•Ouvrages. Ceux que j'ai compoſés pour leThéâ208
MERCURE DE FRANCE .
>> tre vous appartiennent ; les autres ſont un
ود
gage de la reconnoillance que je dois à vostalens.
Je ne m'abuſe point furla valeur du préſent
>> que je vous fais; mais je ſuis bien-aiſe de donner
>> le premier un exemple qui peut contribuer à
>> réaliſer un projet quej'aidepuis long- temps pour
>> l'honneur de notre Théâtre.
>> Il me ſemble , Meſſieurs , qu'il vous manque
>>une Bibliothéque Dramatique , & que vous êtes
>>>d'autant plus intéreſles à vous en former une ,
>> qu'elle contiendroit en quelque forte , les archi-
>> ves de votre propre gloire. En effet le Théâtre
>> ne vous doit- il pasle divin Moliere & beaucoup
>> d'autres Auteurs juſtement célébres ? Je ne con-
>> nois aucune Société Littéraire qui puiſſe ſe pré-
> valoir d'avoir enrichi la Scène d'un auſſi grand
>> nombre de productions diſtinguées.
>>>Ce projet auroit auffi ſon utilité , même pour
2 les Gens de Lettres , qui pourroient puiſer dans
>> cette Bibliothèque des reſſourcesqui ne font pas
toujours à leur portée. Les frais n'en feroient pas
très-diſpendieux ; car enfin cette collection n'eſt
point immenſe ; & tous les Auteurs modernes ſe
> diſputeroient l'honneur de contribuer à cet éta-
>>>bliſſement par un tribut de leurs Ouvrages.
C'eſt l'exemple que j'ai voulu donner , & qui
• vous prouvera du moins combien je ſuis ſenſible
à la gloire des Arts , & particulièrement
à la vôtre.
J'ai l'honneur d'être , &c.
J
à MM. les Comédiens François ordinaires
du Ro1.
B vous préſente , Meſſieurs, un Recueil de mes
•Ouvrages. Ceux que j'ai compoſés pour leThéâ208
MERCURE DE FRANCE .
>> tre vous appartiennent ; les autres ſont un
ود
gage de la reconnoillance que je dois à vostalens.
Je ne m'abuſe point furla valeur du préſent
>> que je vous fais; mais je ſuis bien-aiſe de donner
>> le premier un exemple qui peut contribuer à
>> réaliſer un projet quej'aidepuis long- temps pour
>> l'honneur de notre Théâtre.
>> Il me ſemble , Meſſieurs , qu'il vous manque
>>une Bibliothéque Dramatique , & que vous êtes
>>>d'autant plus intéreſles à vous en former une ,
>> qu'elle contiendroit en quelque forte , les archi-
>> ves de votre propre gloire. En effet le Théâtre
>> ne vous doit- il pasle divin Moliere & beaucoup
>> d'autres Auteurs juſtement célébres ? Je ne con-
>> nois aucune Société Littéraire qui puiſſe ſe pré-
> valoir d'avoir enrichi la Scène d'un auſſi grand
>> nombre de productions diſtinguées.
>>>Ce projet auroit auffi ſon utilité , même pour
2 les Gens de Lettres , qui pourroient puiſer dans
>> cette Bibliothèque des reſſourcesqui ne font pas
toujours à leur portée. Les frais n'en feroient pas
très-diſpendieux ; car enfin cette collection n'eſt
point immenſe ; & tous les Auteurs modernes ſe
> diſputeroient l'honneur de contribuer à cet éta-
>>>bliſſement par un tribut de leurs Ouvrages.
C'eſt l'exemple que j'ai voulu donner , & qui
• vous prouvera du moins combien je ſuis ſenſible
à la gloire des Arts , & particulièrement
à la vôtre.
J'ai l'honneur d'être , &c.
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Résumé : LETTRE DE M. PALISSOT, à MM. les Comédiens François ordinaires du ROI.
Dans une lettre adressée aux comédiens français ordinaires du Roi, Monsieur Palissot présente un recueil de ses œuvres, précisant que certaines pièces appartiennent aux comédiens tandis que d'autres sont offertes en signe de reconnaissance. Il propose la création d'une bibliothèque dramatique pour le théâtre, visant à préserver les archives de la gloire théâtrale, notamment les œuvres de Molière et d'autres auteurs célèbres. Cette bibliothèque serait également bénéfique pour les gens de lettres, leur offrant des ressources souvent inaccessibles. Les coûts de ce projet seraient modérés, et les auteurs modernes seraient honorés de contribuer. Palissot exprime ainsi son attachement à la gloire des arts et du théâtre en particulier.
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4218
p. 209
RÉPONSE de MM. les COMÉDIENS FRANÇOIS, à M. PALISSOT.
Début :
MONSIEUR, Nous avons reçu avec plaisir le Recueil de vos ouvrages que vous nous avez envoyés Lundi [...]
Mots clefs :
Ouvrages dramatiques, Comédies, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de MM. les COMÉDIENS FRANÇOIS, à M. PALISSOT.
RÉPONSE de MM. les COMÉDIENS
FRANÇOIS , à M. PALISSOT .
MONSIEUR,
>> Nous avons reçu avec plaifir le Recueil de
>>>vos ouvrages que vous nous avez envoyés Lundi
>> dernier . C'eſt une attention dont nous vous
>> remercions tous . Vous avez raiſon de penſer
que la Comédie Françoiſe devroit avoir une Bi-
>> bliothéque. Il est vrai qu'il eſt bien extraordi-
>>>naire que les ouvrages dramatiques ſoient dans
>>les mains de tout le monde , & que nous n'en
>>ayons pas la collection la plus exacte.
,
>> Nous avions eu depuis longtemps la même
>>>idée , mais toujours ſans effet. Votre honnêteté,
>> à laquelle nous ſommes ſenſibles va preſſer
>> l'exécution d'un Projet avantageux & qui peut
>> faire honneur à notre Société. Nous vous re-
>>nouvellons encore nos remercimens , & nous
avons l'honneur d'être ,&c.
Le Lundi 16 Mai 1763 .
Nota. Cette Lettre eſt ſignée par les Acteurs &
Actrices de la Comédie .
FRANÇOIS , à M. PALISSOT .
MONSIEUR,
>> Nous avons reçu avec plaifir le Recueil de
>>>vos ouvrages que vous nous avez envoyés Lundi
>> dernier . C'eſt une attention dont nous vous
>> remercions tous . Vous avez raiſon de penſer
que la Comédie Françoiſe devroit avoir une Bi-
>> bliothéque. Il est vrai qu'il eſt bien extraordi-
>>>naire que les ouvrages dramatiques ſoient dans
>>les mains de tout le monde , & que nous n'en
>>ayons pas la collection la plus exacte.
,
>> Nous avions eu depuis longtemps la même
>>>idée , mais toujours ſans effet. Votre honnêteté,
>> à laquelle nous ſommes ſenſibles va preſſer
>> l'exécution d'un Projet avantageux & qui peut
>> faire honneur à notre Société. Nous vous re-
>>nouvellons encore nos remercimens , & nous
avons l'honneur d'être ,&c.
Le Lundi 16 Mai 1763 .
Nota. Cette Lettre eſt ſignée par les Acteurs &
Actrices de la Comédie .
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Résumé : RÉPONSE de MM. les COMÉDIENS FRANÇOIS, à M. PALISSOT.
Les comédiens de la Comédie Française ont accueilli favorablement le recueil d'ouvrages de M. Palissot. Ils soulignent l'absence d'une bibliothèque complète au sein de la troupe et apprécient l'initiative de M. Palissot. Ils expriment leur gratitude et leur honneur de correspondre avec lui. La lettre est signée le 16 mai 1763.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4219
p. 210
« Les fêtes pour l'inauguration de la Statue du Roi érigée dans la Place de [...] »
Début :
Les fêtes pour l'inauguration de la Statue du Roi érigée dans la Place de [...]
Mots clefs :
Fête, Statue du roi de France, Inauguration, Cérémonie, Illumination, Te Deum, Feu d'artifice
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texteReconnaissance textuelle : « Les fêtes pour l'inauguration de la Statue du Roi érigée dans la Place de [...] »
ARTICLE VI .
CÉRÉMONIES ET FESTES
PUBLIQUES.
Les fêtes pour l'inauguration de la
Statue du Roi érigée dans la Place de
Louis XV , & celles qui doivent avoir
lieu à l'occaſion de la paix , occuperont
trois jours , ſçavoir le 20 , 21 & 22 de
ce mois.
Le premier jour est destiné à célébrer
l'auguſte & pompeuſe Cérémonie
de l'inauguration de la Statue. On prépare
des illuminations dans tout le pourtour
de la nouvelle Place & dans l'étendue
des façades , tant conſtruites qu'â
contruire ,des grands bâtimens du côté
du fauxbourg S. Honoré.
Le ſecondjour , ſe fera la publication
de la paix ; & le ſoir de ce même jour
l'Hôtel-de-Ville ſera illuminé.
Le troifiéme jour , Te Deum à Notre
-Dame , Feu d'Artifice ſur l'eau ,&
Illumination générale.
CÉRÉMONIES ET FESTES
PUBLIQUES.
Les fêtes pour l'inauguration de la
Statue du Roi érigée dans la Place de
Louis XV , & celles qui doivent avoir
lieu à l'occaſion de la paix , occuperont
trois jours , ſçavoir le 20 , 21 & 22 de
ce mois.
Le premier jour est destiné à célébrer
l'auguſte & pompeuſe Cérémonie
de l'inauguration de la Statue. On prépare
des illuminations dans tout le pourtour
de la nouvelle Place & dans l'étendue
des façades , tant conſtruites qu'â
contruire ,des grands bâtimens du côté
du fauxbourg S. Honoré.
Le ſecondjour , ſe fera la publication
de la paix ; & le ſoir de ce même jour
l'Hôtel-de-Ville ſera illuminé.
Le troifiéme jour , Te Deum à Notre
-Dame , Feu d'Artifice ſur l'eau ,&
Illumination générale.
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Résumé : « Les fêtes pour l'inauguration de la Statue du Roi érigée dans la Place de [...] »
L'article VI décrit les cérémonies pour l'inauguration de la Statue du Roi et la célébration de la paix sur la Place de Louis XV. Les festivités durent trois jours. Le premier jour, inauguration avec illuminations. Le deuxième jour, proclamation de la paix et illumination de l'Hôtel-de-Ville. Le troisième jour, Te Deum à Notre-Dame, feu d'artifice et illuminations générales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4220
p. 230-231
GRAINS.
Début :
Le prix des Grains n'a prèsque point varié depuis notre précédent [...]
Mots clefs :
Prix, Grains, Variations
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texteReconnaissance textuelle : GRAINS.
GRAINS.
Le prix des Grains n'a prèſque point varié
JUI N. 1763. 231
depuis notre précédent Volume , ainſi ce même
article peut ſervir pour ce mois-ci.
Le prix des Grains n'a prèſque point varié
JUI N. 1763. 231
depuis notre précédent Volume , ainſi ce même
article peut ſervir pour ce mois-ci.
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4221
p. 231
Fourrages, à la fin de Mai.
Début :
Le Foin a été vendu à la Porte S. Michel de [...]
Mots clefs :
Fourrages, Foin, Prix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fourrages, à la fin de Mai.
Fourrages , à la fin de Mai.
Le Foin a été vendu à la Porte S. Michel de
30 à 38 liv. le cent.
La Paille 14 à 16 l. le cent.
Le Foin a été vendu à la Porte S. Michel de
30 à 38 liv. le cent.
La Paille 14 à 16 l. le cent.
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4222
p. 231
VOLAILLE & Gibier au Marché du premier du présent mois de Juin.
Début :
Gros Chapons (la piéce) 7 l. 10 L. Chapons paillés 2 l. [...]
Mots clefs :
Volaille, Gibier, Chapon, Poulet, Lapin, Prix, Cochon
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texteReconnaissance textuelle : VOLAILLE & Gibier au Marché du premier du présent mois de Juin.
VOLAILLE & Gibier au Marché du
premier du préſent mois de Juin.
Gros Chapons ( la piéce ) 7 1. 10 .
Chapons paillés 2 1.
Poularde graffe 7 1.
Poularde nouvelle 8 1,
Poulet gras 3 1.5 1.
Poulet commun 1 1. 15 6.
Poulet à la Reine 1 1. 15 f.
Pigeon de Voliere 18 f.
Pigeon commun , 14 f.
Perdrix 1 liv. 4 .
,
Lievre , 2 1. 10 f.
Levreau , depuis 2 1. 10 f. juſqu'à 6 1.
Lapreau , I 1. 10 1.
Canneton de Rouen , s 1. 10 f.
Cannard commun , I L. 10 f
Cochon de lait , sl.
Cailles , 18. f..
premier du préſent mois de Juin.
Gros Chapons ( la piéce ) 7 1. 10 .
Chapons paillés 2 1.
Poularde graffe 7 1.
Poularde nouvelle 8 1,
Poulet gras 3 1.5 1.
Poulet commun 1 1. 15 6.
Poulet à la Reine 1 1. 15 f.
Pigeon de Voliere 18 f.
Pigeon commun , 14 f.
Perdrix 1 liv. 4 .
,
Lievre , 2 1. 10 f.
Levreau , depuis 2 1. 10 f. juſqu'à 6 1.
Lapreau , I 1. 10 1.
Canneton de Rouen , s 1. 10 f.
Cannard commun , I L. 10 f
Cochon de lait , sl.
Cailles , 18. f..
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4223
p. 231-232
PRIX courant à Paris des Etoffes le plus en usage pour les habillemens d'Été.
Début :
En Soye. Taffetas d'Italie rayé & plein (l'aulne) 7 l. Taffetas d'Angleterre uni [...]
Mots clefs :
Prix, Étoffes, Soie, Couleurs, Taffetas, Laine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIX courant à Paris des Etoffes le plus en usage pour les habillemens d'Été.
PRIX courant à Paris des Etoffes le
plus en usage pour les habillemens
d'Eté.
EN SOΥ Ε.
Taffetas d'Italie rayé & plein ( l'aulne ) 7 1.
Taffetas d'Angleterre uni de 6. 1. sl. à 61. 10. f.
232 MERCURE DE FRANCE .
Les couleurs fines , comme cramoiſi , violet , có
rife , Lilas , &c. 1 1. par aulne de plus.
Taffetas d'Angleterre rayé , sl.s fàs 1. 10f.
Gros de Tours de Niſmes , 4 1 .
Les mêmes d'Avignon , 4 1. 10 f.
Taffetas de Florence double , 4 1. 106.
Le demi florence , 31.10.6.
LesTaffetas chinés nouveaux , 10 & 81.
Les Luſtrines 3 couleurs , 14 1.
Les mêmes deux couleurs , 13 1 .
Les Pruffiennes , 12 1.
1
Etoffes , autres que Soyerie.
Camelots ſoyette de laine , ( l'aulne ) 2 1.15 L
Camelots mi-foye , 41.5 1. & 5 1. 10 f.
LesCamelots de Bruxelles , 8 1.10 à 9 1.
Les mêmes en couleur fine , 9 1. το [.
Les Bouracans fins des 1. 10 à 6 1. 10 fo
Les Bouracans communs, 4 1.10 £.
plus en usage pour les habillemens
d'Eté.
EN SOΥ Ε.
Taffetas d'Italie rayé & plein ( l'aulne ) 7 1.
Taffetas d'Angleterre uni de 6. 1. sl. à 61. 10. f.
232 MERCURE DE FRANCE .
Les couleurs fines , comme cramoiſi , violet , có
rife , Lilas , &c. 1 1. par aulne de plus.
Taffetas d'Angleterre rayé , sl.s fàs 1. 10f.
Gros de Tours de Niſmes , 4 1 .
Les mêmes d'Avignon , 4 1. 10 f.
Taffetas de Florence double , 4 1. 106.
Le demi florence , 31.10.6.
LesTaffetas chinés nouveaux , 10 & 81.
Les Luſtrines 3 couleurs , 14 1.
Les mêmes deux couleurs , 13 1 .
Les Pruffiennes , 12 1.
1
Etoffes , autres que Soyerie.
Camelots ſoyette de laine , ( l'aulne ) 2 1.15 L
Camelots mi-foye , 41.5 1. & 5 1. 10 f.
LesCamelots de Bruxelles , 8 1.10 à 9 1.
Les mêmes en couleur fine , 9 1. το [.
Les Bouracans fins des 1. 10 à 6 1. 10 fo
Les Bouracans communs, 4 1.10 £.
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Résumé : PRIX courant à Paris des Etoffes le plus en usage pour les habillemens d'Été.
Le document liste les prix des étoffes d'été à Paris. Les soieries comme le taffetas d'Italie coûtent 7 livres l'aulne. Le taffetas d'Angleterre varie de 6 livres 1 sol à 10 sols, avec des suppléments pour les couleurs fines. Les camelots de laine et de Bruxelles coûtent entre 2 livres 15 sols et 9 livres. Les bouracans varient de 1 livre 10 sols à 6 livres 10 sols.
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4224
p. 5-10
L'HUMEUR, ODE.
Début :
SUR le haut ton monte ta lyre, [...]
Mots clefs :
Humeur, Muse, Vices, Humeur jalouse, Humeur grondeuse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'HUMEUR, ODE.
L'HUMEUR ,
ODE.
SUR le haut ton monte ta lyre ,
O Mufe , avec des traits divins
Je peindrai , fi Phoebus m'inſpire ,
Le défaut de tous les humains ,
L'humeur, fi féconde en caprices ,
Mère & fille de tant de vices ,
Lue dans l'Aemblée publique de l'Académie
de Soiffons , le 29 Décembre 1762.
I. Vol.
1
I
a
6 MERCURE DE FRANCE.
Qui ternit l'éclat des vertus ,
Brave la raifon impuiffante ,
Et dans les monftres qu'elle enfante ,
Fait un Tibère d'un Titus.
L'humeur , maîtreffe impérieufe ,
Brouille amis , citoyens , parens,
Les rend dans fa fougue odieufe
Les uns des autres les tyrans ;
Fléau d'une âme pacifique ,
Toujours ce démon domestique
Querelle , ou crie hors de faifon ;
Et , quand il obfède une prude ,
Le trifte époux en fervitude
Trouve l'enfer dans fa maiſon.
Des Sçavans T'humeur orgueilleufe
Eclipfe les plus grands talens ,
Dégrade une âme généreufe ,
Avilit les plus beaux préfens.
Pourquoi des maîtres & des pères
Les leçons d'ailleurs falutaires
Sont-elles fouvent fans fuccès ?
C'eſt qu'à la jeuneffe indocile ,
Une humeur qu'enflamme la bile
Les donne au gré de ſes accès.
Ici, c'eſt l'humeur pointilleuſe
Qui fait cent procès fur un rien ;
Là , domine l'humeur fâcheuſe
•
7.
JUILLET. 1763.
4
A fon gré jamais rien n'eft bien :
Ailleurs on rencontre humeur fombre ,
Humeur jaloufe de fon, ombre ,,
Humeur grondeufe fans raifon ,
Maligne humeur plus redoutable ;
A fes yeux rien n'eſt reſpectable ,
Tout fe reffent de fon poifon.
Parmi tous ceux qu'elle domine ;
Craignons furtout les faux dévots ,
De tout temps leur humeur chagrine
Du monde a troublé le repos.
Dans une âme de fiel pétrie ,
Le zéle devient phrénéfie ,
La charité n'eft plus qu'aigreur.
Nuit & jour ſa ſainte colère
Au péché déclare la guerre
HPour perfécuter le pécheur.
Lorfque l'humeur atrabilaire.
Fermente dans une Beauté ,
Partout , comme un Docteur en chaire ,
Elle prêche la chaſteté.
Elle a beau faire la févère ,
Dans fon coeur fouvent l'humeur fière
Plus que l'honneur a combattu ;
Telle , que pour un exemple on cite ,
Doit à ce lutin qui l'agite
Plus des trois quarts de fa vertu .
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Paffion , incompréhensible
Dans tes égaremens divers ,
Quelle eft donc la caufe invifible
De tant d'écarts & de travers ?
Foujours, inquiéte , inégale ,
Toujours ennemie ou rivale ,
A troubler l'ordre tu te plais
A toi , comme aux autres , contraire ,
Tu parles quand il faut fe taire ,
Quand il faut parler tu te tais.
D'un grand à fes pareils affable
Tu fais un Maître redouté ,
D'un Juge au Palais eſtimable
Un père chez lui détefté ;
Et d'une Belle acariâtre
Au bon mari qui l'idolâtre
Tu vends cherement les appas ;
Jouet de ton caprice extrême
L'homme infenfé fuit ce qu'il aime ,
Et pourfuit ce qu'il n'aime pas.
?
Répondez -moi , troupe cynique ,
Cenfeurs chagrins , malins Auteurs
Par des traits d'humeur fatyrique
Penfez-vous réformer les moeurs ?
Ah ce n'eft point ce qui vous touche ;
Et votre morale farouche
D'un beau motif fe mafque en vain ;
JUILLET. 1763 :
L'humeur qui produit la fatyre
De la Raiſon eft le délire ,
Et la honte du coeur humain .
Mortels aveugles , dans Cythère
Vous vous promettez d'heureux jours,
Mais tôt ou tard l'humeur altière
Empoifonnera vos amours :
En vain votre main généreuſe
Flatant une amante ombrageuſe
Sacrifiera tout à la paix ;
Malgré l'amour & l'hyménée ,
Contre vous l'ingrate obſtinée
Armera vos propres bienfaits.
Belles , à qui tout rend hommage ,
A qui l'amour prête les traits ,
Avez-vous l'humeur en partage ?
Je ne vous connois plus d'attraits :
Sans un aimable caractère
La beauté n'a nul droit de plaire ,
Elle perd tous les agrémens ;
Dès que l'humeur s'en rend maîtreffe ,
Plus elle inſpire de tendreſſe ,
Plus elle caufe de tourmens.
Mais finiffez , Mufe caufeufe ,
Continuant à caqueter
Vous deviendriez
ennuyeuſe ,
Bien loin de vous faire goûter.
AN
L
10 MERCURE DE FRANCE .
› Oui , vous détruiriez votre ouvrage
En invectivant davantage
Contre l'humeur & fes travers ;
Vous voulez en guérir les âmes ,
Et vous en donneriez aux Dames
Qui déja bâillent fur vos vers .
' Par M. L'A. D. R. S.
ODE.
SUR le haut ton monte ta lyre ,
O Mufe , avec des traits divins
Je peindrai , fi Phoebus m'inſpire ,
Le défaut de tous les humains ,
L'humeur, fi féconde en caprices ,
Mère & fille de tant de vices ,
Lue dans l'Aemblée publique de l'Académie
de Soiffons , le 29 Décembre 1762.
I. Vol.
1
I
a
6 MERCURE DE FRANCE.
Qui ternit l'éclat des vertus ,
Brave la raifon impuiffante ,
Et dans les monftres qu'elle enfante ,
Fait un Tibère d'un Titus.
L'humeur , maîtreffe impérieufe ,
Brouille amis , citoyens , parens,
Les rend dans fa fougue odieufe
Les uns des autres les tyrans ;
Fléau d'une âme pacifique ,
Toujours ce démon domestique
Querelle , ou crie hors de faifon ;
Et , quand il obfède une prude ,
Le trifte époux en fervitude
Trouve l'enfer dans fa maiſon.
Des Sçavans T'humeur orgueilleufe
Eclipfe les plus grands talens ,
Dégrade une âme généreufe ,
Avilit les plus beaux préfens.
Pourquoi des maîtres & des pères
Les leçons d'ailleurs falutaires
Sont-elles fouvent fans fuccès ?
C'eſt qu'à la jeuneffe indocile ,
Une humeur qu'enflamme la bile
Les donne au gré de ſes accès.
Ici, c'eſt l'humeur pointilleuſe
Qui fait cent procès fur un rien ;
Là , domine l'humeur fâcheuſe
•
7.
JUILLET. 1763.
4
A fon gré jamais rien n'eft bien :
Ailleurs on rencontre humeur fombre ,
Humeur jaloufe de fon, ombre ,,
Humeur grondeufe fans raifon ,
Maligne humeur plus redoutable ;
A fes yeux rien n'eſt reſpectable ,
Tout fe reffent de fon poifon.
Parmi tous ceux qu'elle domine ;
Craignons furtout les faux dévots ,
De tout temps leur humeur chagrine
Du monde a troublé le repos.
Dans une âme de fiel pétrie ,
Le zéle devient phrénéfie ,
La charité n'eft plus qu'aigreur.
Nuit & jour ſa ſainte colère
Au péché déclare la guerre
HPour perfécuter le pécheur.
Lorfque l'humeur atrabilaire.
Fermente dans une Beauté ,
Partout , comme un Docteur en chaire ,
Elle prêche la chaſteté.
Elle a beau faire la févère ,
Dans fon coeur fouvent l'humeur fière
Plus que l'honneur a combattu ;
Telle , que pour un exemple on cite ,
Doit à ce lutin qui l'agite
Plus des trois quarts de fa vertu .
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Paffion , incompréhensible
Dans tes égaremens divers ,
Quelle eft donc la caufe invifible
De tant d'écarts & de travers ?
Foujours, inquiéte , inégale ,
Toujours ennemie ou rivale ,
A troubler l'ordre tu te plais
A toi , comme aux autres , contraire ,
Tu parles quand il faut fe taire ,
Quand il faut parler tu te tais.
D'un grand à fes pareils affable
Tu fais un Maître redouté ,
D'un Juge au Palais eſtimable
Un père chez lui détefté ;
Et d'une Belle acariâtre
Au bon mari qui l'idolâtre
Tu vends cherement les appas ;
Jouet de ton caprice extrême
L'homme infenfé fuit ce qu'il aime ,
Et pourfuit ce qu'il n'aime pas.
?
Répondez -moi , troupe cynique ,
Cenfeurs chagrins , malins Auteurs
Par des traits d'humeur fatyrique
Penfez-vous réformer les moeurs ?
Ah ce n'eft point ce qui vous touche ;
Et votre morale farouche
D'un beau motif fe mafque en vain ;
JUILLET. 1763 :
L'humeur qui produit la fatyre
De la Raiſon eft le délire ,
Et la honte du coeur humain .
Mortels aveugles , dans Cythère
Vous vous promettez d'heureux jours,
Mais tôt ou tard l'humeur altière
Empoifonnera vos amours :
En vain votre main généreuſe
Flatant une amante ombrageuſe
Sacrifiera tout à la paix ;
Malgré l'amour & l'hyménée ,
Contre vous l'ingrate obſtinée
Armera vos propres bienfaits.
Belles , à qui tout rend hommage ,
A qui l'amour prête les traits ,
Avez-vous l'humeur en partage ?
Je ne vous connois plus d'attraits :
Sans un aimable caractère
La beauté n'a nul droit de plaire ,
Elle perd tous les agrémens ;
Dès que l'humeur s'en rend maîtreffe ,
Plus elle inſpire de tendreſſe ,
Plus elle caufe de tourmens.
Mais finiffez , Mufe caufeufe ,
Continuant à caqueter
Vous deviendriez
ennuyeuſe ,
Bien loin de vous faire goûter.
AN
L
10 MERCURE DE FRANCE .
› Oui , vous détruiriez votre ouvrage
En invectivant davantage
Contre l'humeur & fes travers ;
Vous voulez en guérir les âmes ,
Et vous en donneriez aux Dames
Qui déja bâillent fur vos vers .
' Par M. L'A. D. R. S.
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Résumé : L'HUMEUR, ODE.
L'ode 'L'Humeur', présentée à l'Assemblée publique de l'Académie de Soissons le 29 décembre 1762, explore l'humeur comme un défaut humain majeur. L'auteur la décrit comme une source de vices et de caprices, ternissant les vertus et défiant la raison. Elle engendre des comportements tyranniques et perturbe les relations entre amis, citoyens et parents. L'humeur affecte également les savants, éclipçant leurs talents et dégradant leurs âmes. Elle se manifeste sous diverses formes : pointilleuse, fâcheuse, sombre, jalouse, grondeuse ou maligne, rendant respectables des actions odieuses. L'humeur atrabilaire peut transformer le zèle en phrénésie et la charité en aigreur. Chez les faux dévots, elle trouble le repos du monde. Chez une beauté, elle prêche la chasteté mais cache souvent une fierté intérieure. L'humeur est décrite comme une passion incompréhensible, inégale et ennemie de l'ordre. Elle altère les relations humaines, rendant les grands affables redoutables et les juges estimés détestés chez eux. L'auteur critique les auteurs satiriques qui, par leurs traits d'humeur facétieuse, prétendent réformer les mœurs sans succès. Il met en garde contre l'humeur altière qui empoisonne les amours et les relations. Les belles, malgré leurs attraits, perdent leur charme si elles ont une mauvaise humeur. L'ode se conclut par une mise en garde contre les dangers de l'humeur, capable de détruire les œuvres et de causer des tourments.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4225
p. 10
INSCRIPTION, POUR mettre au bas de la Statue du ROI.
Début :
LUDOVICO,FRANCORUM TITO, [...]
Mots clefs :
Inscription, Statue du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTION, POUR mettre au bas de la Statue du ROI.
INSCRIPTION ,
POUR mettre au bas de la Statue
du Roi.
LUDOVICO ,FRANCORUM TITO,
PIETATIS PUBLICÆ DONUM :
POSTERITATI SERIUS VENTURÆ ,
DESIDERII SOLATIUM .
ANNO M. DCC. LXIII.
B.... à Chartres.
POUR mettre au bas de la Statue
du Roi.
LUDOVICO ,FRANCORUM TITO,
PIETATIS PUBLICÆ DONUM :
POSTERITATI SERIUS VENTURÆ ,
DESIDERII SOLATIUM .
ANNO M. DCC. LXIII.
B.... à Chartres.
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4226
p. 11
QUATRAIN. SUR la Statue équestre de LOUIS XV.
Début :
AUGUSTE Monument, qu'éléve à la grandeur [...]
Mots clefs :
Statue équestre, Monument, Grandeur, Art
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUATRAIN. SUR la Statue équestre de LOUIS XV.
QUATRAIN
.
SUR la Statue équestre de LOUIS XV.
AUGUSTE Monument , qu'éléve à la grandeur
Du meilleur de nos Rois , le plus fincère hom
mage ;
Tu n'offres rien auxyeux , qui ne fût en mon
coeur :
1
La Nature avant l'Art ,y grava fon image.
ParM. MAZERAT , fils . De NONTRON.
.
SUR la Statue équestre de LOUIS XV.
AUGUSTE Monument , qu'éléve à la grandeur
Du meilleur de nos Rois , le plus fincère hom
mage ;
Tu n'offres rien auxyeux , qui ne fût en mon
coeur :
1
La Nature avant l'Art ,y grava fon image.
ParM. MAZERAT , fils . De NONTRON.
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4227
p. 11-12
A MADAME DE ***
Début :
Vous voilà dans le plus bel âge, [...]
Mots clefs :
Agréments, Liberté, Prudes, Humeur, Aménité, Fou, Sage, Habit de la décence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME DE ***
A MADAME DE ***
Vous voilà dans le plus bel âge ,
Profitez de vos agrémens ;
Que lesjeux & le badinage
Rempliffent vos heureux momens.
*Croyez- moi , paffez votre vie
Dans les bras de la liberté ;
Des prudes fuyez la manie ,
Leur humeur & l'air apprêté
Que leur donne la vanité.
La vertu n'a point d'étalage ;
La douceur & l'aménité
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Furent toujours fon appanage ;
On blâme toute extrémité ,
On eft fou lorsqu'on eſt trop fage.
Que les ris foient votre partage,
Qu'ils embelliffent votre cour ;
On ne craint point la médifance
Lorfque l'on fçair couvrir l'amour
Avec l'habit de la décence.
Par Mde, de C***
Vous voilà dans le plus bel âge ,
Profitez de vos agrémens ;
Que lesjeux & le badinage
Rempliffent vos heureux momens.
*Croyez- moi , paffez votre vie
Dans les bras de la liberté ;
Des prudes fuyez la manie ,
Leur humeur & l'air apprêté
Que leur donne la vanité.
La vertu n'a point d'étalage ;
La douceur & l'aménité
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Furent toujours fon appanage ;
On blâme toute extrémité ,
On eft fou lorsqu'on eſt trop fage.
Que les ris foient votre partage,
Qu'ils embelliffent votre cour ;
On ne craint point la médifance
Lorfque l'on fçair couvrir l'amour
Avec l'habit de la décence.
Par Mde, de C***
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Résumé : A MADAME DE ***
L'auteur encourage Madame de *** à jouir de sa jeunesse avec légèreté et douceur, en évitant les personnes prudes et vaniteuses. Il prône une attitude modérée, savourant les plaisirs sans ostentation, pour échapper aux médisances.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4228
p. 12
ÉPIGRAMME.
Début :
L'AUTRE jour, certain bel-esprit, [...]
Mots clefs :
Bel esprit, Crédit, Gloire, Mémoire
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texteReconnaissance textuelle : ÉPIGRAMME.
É PIGRA M M E.
L'AUTRE
L'AUTRE jour , certain bel - eſprit ,
Nous récitoit pour ſe mettre en crédit ,
D'affez bons vers (graces à fa mémoire.)
Et dont il fe difoit l'Auteur .
Mais il arriva , par malheur ,
Ce qui ternit un peu fa gloire ,
Qu'on les fçavoit déja par coeur.
DeBordeaux... BETX .
L'AUTRE
L'AUTRE jour , certain bel - eſprit ,
Nous récitoit pour ſe mettre en crédit ,
D'affez bons vers (graces à fa mémoire.)
Et dont il fe difoit l'Auteur .
Mais il arriva , par malheur ,
Ce qui ternit un peu fa gloire ,
Qu'on les fçavoit déja par coeur.
DeBordeaux... BETX .
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4229
p. 13-20
DIALOGUE ENTRE PERICLÉS, un GREC moderne & un RUSSE.
Début :
PERICLÉS. J'AI quelque envie de questionner un Grec moderne [...]
Mots clefs :
Grec, Russe, Athènes, Temps, Barbares, Moderne
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texteReconnaissance textuelle : DIALOGUE ENTRE PERICLÉS, un GREC moderne & un RUSSE.
DIALOGUE
ENTRE PERICLÉS , un GREC moderne
& un RUSSE.
PERICLÉ S.
J'AI quélque envie de queftionner un
Grec moderne , & Minos m'a dit qu'un
de nous deux l'étoit .
LE GRE C.
Minos a dit vrai , je fus le très -humbie
Efclave de la fublime Port
PERICLÉ S.
Qu'entends-je ? Efclave ! Un Grec
peut - il jamais l'être?
LE GRE C.
Un Grec peut- il être libre?
LE RUSSE .
Il a raifon : Grec & Efclave fignifient
aujourd'hui la même chofe.
PERICLÉ S.
Ah ciel ! que je plains mes malheureux
Compatriotes .
LE GRE C.
'C'est à tort. Je fus affez content de
mon état : je cultivois le coin de terre
que le Bacha de Romélie avoit la
**4 MERCURE DE FRANCE.
générofité de me laiffer ; je payois le
tribut à fa Hauteffe....
3
PERICLÉS .
Le tribut ? Quel mot dans la bouche
d'un Grec ! Mais parle ; en quoi confiftoit
cette humiliante preuve de fervitude?
LE GREC.
A donner une partie du fruit de mon
travail , l'aîné de mes fils & toutes mes
filles , quand elles étoient jolies.
PERICLÉS.
Quoi lâche ? Tu livrois toi - même
tes enfans à l'efclavage ? Eft- ce ainfi
qu'en ufoient les Contemporains de
Miltiade , d'Ariftide , de Themifto-
*cle...
LE GRE C.
Voilà des noms que je n'ai jamais
entendu citer. Ces gens - là étoient- ils
Boftangis , Capigi - Bachis , Bachas à
trois queües , ou Chefs des Eunuques ?
PERICLES ( au Ruffe. )
De quels noms barbares & ridicu
les cet homme ofe - t - il affliger mes
oreilles ? Je parle , fans doute , à quelque
ftupide Béotien , ou à quelque
ignorant Spartiate . ( Au Grec. ) Sans
doute que le nom de Periclès ne vous
eft pas mieux connu ?
JUILLET. 1763.
t
LE GREC.
Pericles ? ... Non ... Il me femble ,
pourtant , qu'un de nos plus célébres
Caloyers s'appelloit ainfi .
PERICL É S.
Qu'est-ce qu'un Caloyer? C'eft apparamment
, parmi vous , la premiere
perfonne de l'Etat.
LE GRE C.
Un Caloyer n'eft rien pour l'Etat ,
comme l'Etat n'eft rien pour lui.
PERICLES.
Eh par quels moyens celui-là s'eft- il
rendu fi célébre ? A-t-il comme moi
combattu & vaincu pour fa Patrie ?
L'a-t-il ornée de monumens confacrés
aux Dieux , aux beaux Arts , à l'utilité
publique , & jufqu'aux amuſemens des
Citoyens ? A-t-il encouragé les talens ,
protégé , enrichi les Artiftes & les Auteurs
, apprécié des Chefs- d'oeuvres ? ...
LE GRE C.
no
'Non , le Caloyer dont je parle , ne
fçavoit même pas lire , n'habitoit qu'u
ne Cabane , cultivoit lui- même fon
champ , fe froiffoit journellement les
épaules , ne vivoit que de racines , &
offroit au Ciel fes flagellations , fes
travaux , fon abftinence & fon ignorance.
To MERCURE DE FRANCE.
PERICLÉS.
Et la renommée de cet homme l'emporte_
fur la mienne ?
LE GRE C.
Affurément. Tous nos Grecs le révérent
, & tous vous ignorent.
PERICLÉ S.
O deftinée ! ... Mais , du moins , fuisje
toujours en vénération dans Athènes
, dans cette Ville , où j'introduifis
la magnificence & le goût des belles
chofes,
LE GRE C.
Je n'en fçais rien . Pour moi , j'habite
Sétine , bourg affez chétif , qui
l'étoit , dit-on , moins autrefois , & qui
le fera beaucoup plus encore par la
fuite.
PERICLÉS.
Quoi l'illuftre , l'opulente ville d'Athènes
vous feroit auffi peu connue
que Themistocle & Pericles ? Il faut
que vous ayez vécu enterré dans quelque
coin de la Grece ?
LE RUSSE.
Point du tout , il vivoit dans 'Athènes
même.
PERICLES .
Dans Athènes ! & il m'ignore ? & il
ignore jufqu'au nom de cette Ville fameufe
?
JUILLET. 1763. 17
LE RUSS E.
Bien d'autres que lui pourroient s'y
méprendre . Athènes , autrefois fi fuperbe
, n'eft plus aujourd'hui que le
chétif bourg de Sétine.
PERICLÉ S.
Ah ! que m'apprenez-vous ?
LE RUSSE .
Tel eft le fruit des ravages du temps ,
& des inondations de Barbares . , plus
deftructives que le temps même.
PERICLÉ S.
J'ai bien fçu que les fucceffeurs d'Alexandre
fubjuguerent la Grece ; mais
Rome ne lui rendit- elle pas la liberté ?
La crainte d'apprendre qu'elle l'eût de
nouveau perdue , m'interdit depuis toute
recherche à cet égard.
LE RUSSE.
Vous l'euffiez vu changer bien des
fois de Maître. Elle parut , néanmoins ,
durant quelque temps , partager l'Empire
du monde avec les Romains ; Empire
que nulle des deux Puiffances -ne
feut conferver. Mais pour ne parler ici
que de la Grece , vous l'euffiez vu , disje
, fubir le joug tantôt des François ,
tantôt des Vénitiens , tantôt des Turcs .
PERICLÉS.
Je n'ai jamais connu ces trois Nations
barbares.
18 MERCURE DE FRANCE.
LE RUSSE .
Pour moi , je reconnoîs un ancien
Grec à ce langage. Tout Peuple étranger
étoit barbare à vos yeux . Vous
n'en exceptiez pas même les Égypdé
tiens , à qui vous deviez le germe
toutes vos connoiffances
. J'avoue que
les Turcs n'ont guères connu autrefois
que l'Art de conquérir , & ne connoiffent
guères maintenant que l'Art de
bien garder leurs conquêtes. Mais les
Vénitiens , mais fur - tout les François
>ont égalé vos Grecs dans plus d'un genre
, & les ont furpaffé dans quelques
autres.
PERICLES
.
Voilà un beau Portrait ; mais je le
foupçonne un peu flaté. N'êtes - vous
pas né François ?
LE RUSS E.
Il s'en faut de beaucoup ; je fuis
Ruffe.
PERICLÉS
.
Ruffe ... Il faut que tous les Peuples
de la terre ayent changé de nom
depuis que j'habite l'Elifée. Je vous avoue
que je n'ai jamais entendu nommer les
Ruffes. Vos connoiffances
me font
cependant juger votre nation très-ancienne.
Seroit-elle un rejetton des EgypJUILLET.
1763. 19
tiens , dont vous preniez tout à l'heure
la défenſe ?
LE RUSS E.
Non. Je n'ai connu ces Peuples que
par vos Hiftoriens. Quant à ma Nation
, elle defcend des Scythes & des
Sarmutes.
PERICLÉ S.
Seroit-il bien poffible qu'un héritier
des Sarmates & des Scythes connût
mieux qu'un Grec moderne l'ancien
état de la Grece?
LE RUSSE.
Il y a,au plus, quarante ans que nous
ne connoillions ni les Egyptiens , ni
les Grecs , ni même les Sarmates , de
qui nous defcendons . Mais un de nos
Souverains nâquit avec du génie. Il
entreprit de profcrire l'ignorance de fes
Etats ; & bien -tôt on y vit éclore les
Arts , les Sciences , les Académies , les
Spectacles : nous apprîmes l'Hiftoire de
tous les Peuples , & nous méritâmes
que d'autres Peuples appriffent la nôtre
.
PERICLE S.
Il eft vrai que pour opérer ces fortes
de métamorphofes , un Prince n'a qu'à
vouloir ; mais il eft encore plus vrai
que j'ai perdu bien du temps : j'efpé20
MERCURE DE FRANCE.
rois m'immortalifer , & on m'ignore
jufques dans ma Patrie !
LE RUS SE.
En revanche , on vous connoît dans
a mienne ; ce que vous n'efpériez peutêtre
pas.
PERICLÉS.
Je l'avoue. Cependant , je regrette ,
malgré moi , qu'Athènes ait mis en oubli
ce que j'ai fait pour elle . Je vais m'en
confoler avec Ofiris , avec Minos , avec
Lycurgue , avec Solon , avec une foule
de Fondateurs d'Empires , & de Légiflateurs
, dont on a oublié les actions &
les préceptes. Les connoiffances humaines
font un Aftre qui ne peut éclairer
qu'une partie du Globe à la fois ,
& qui les éclaire toutes fucceffivement :
le jour commence chez telle Nation ,
lorfqu'il eft prêt à finir chez telle autre
.
ENTRE PERICLÉS , un GREC moderne
& un RUSSE.
PERICLÉ S.
J'AI quélque envie de queftionner un
Grec moderne , & Minos m'a dit qu'un
de nous deux l'étoit .
LE GRE C.
Minos a dit vrai , je fus le très -humbie
Efclave de la fublime Port
PERICLÉ S.
Qu'entends-je ? Efclave ! Un Grec
peut - il jamais l'être?
LE GRE C.
Un Grec peut- il être libre?
LE RUSSE .
Il a raifon : Grec & Efclave fignifient
aujourd'hui la même chofe.
PERICLÉ S.
Ah ciel ! que je plains mes malheureux
Compatriotes .
LE GRE C.
'C'est à tort. Je fus affez content de
mon état : je cultivois le coin de terre
que le Bacha de Romélie avoit la
**4 MERCURE DE FRANCE.
générofité de me laiffer ; je payois le
tribut à fa Hauteffe....
3
PERICLÉS .
Le tribut ? Quel mot dans la bouche
d'un Grec ! Mais parle ; en quoi confiftoit
cette humiliante preuve de fervitude?
LE GREC.
A donner une partie du fruit de mon
travail , l'aîné de mes fils & toutes mes
filles , quand elles étoient jolies.
PERICLÉS.
Quoi lâche ? Tu livrois toi - même
tes enfans à l'efclavage ? Eft- ce ainfi
qu'en ufoient les Contemporains de
Miltiade , d'Ariftide , de Themifto-
*cle...
LE GRE C.
Voilà des noms que je n'ai jamais
entendu citer. Ces gens - là étoient- ils
Boftangis , Capigi - Bachis , Bachas à
trois queües , ou Chefs des Eunuques ?
PERICLES ( au Ruffe. )
De quels noms barbares & ridicu
les cet homme ofe - t - il affliger mes
oreilles ? Je parle , fans doute , à quelque
ftupide Béotien , ou à quelque
ignorant Spartiate . ( Au Grec. ) Sans
doute que le nom de Periclès ne vous
eft pas mieux connu ?
JUILLET. 1763.
t
LE GREC.
Pericles ? ... Non ... Il me femble ,
pourtant , qu'un de nos plus célébres
Caloyers s'appelloit ainfi .
PERICL É S.
Qu'est-ce qu'un Caloyer? C'eft apparamment
, parmi vous , la premiere
perfonne de l'Etat.
LE GRE C.
Un Caloyer n'eft rien pour l'Etat ,
comme l'Etat n'eft rien pour lui.
PERICLES.
Eh par quels moyens celui-là s'eft- il
rendu fi célébre ? A-t-il comme moi
combattu & vaincu pour fa Patrie ?
L'a-t-il ornée de monumens confacrés
aux Dieux , aux beaux Arts , à l'utilité
publique , & jufqu'aux amuſemens des
Citoyens ? A-t-il encouragé les talens ,
protégé , enrichi les Artiftes & les Auteurs
, apprécié des Chefs- d'oeuvres ? ...
LE GRE C.
no
'Non , le Caloyer dont je parle , ne
fçavoit même pas lire , n'habitoit qu'u
ne Cabane , cultivoit lui- même fon
champ , fe froiffoit journellement les
épaules , ne vivoit que de racines , &
offroit au Ciel fes flagellations , fes
travaux , fon abftinence & fon ignorance.
To MERCURE DE FRANCE.
PERICLÉS.
Et la renommée de cet homme l'emporte_
fur la mienne ?
LE GRE C.
Affurément. Tous nos Grecs le révérent
, & tous vous ignorent.
PERICLÉ S.
O deftinée ! ... Mais , du moins , fuisje
toujours en vénération dans Athènes
, dans cette Ville , où j'introduifis
la magnificence & le goût des belles
chofes,
LE GRE C.
Je n'en fçais rien . Pour moi , j'habite
Sétine , bourg affez chétif , qui
l'étoit , dit-on , moins autrefois , & qui
le fera beaucoup plus encore par la
fuite.
PERICLÉS.
Quoi l'illuftre , l'opulente ville d'Athènes
vous feroit auffi peu connue
que Themistocle & Pericles ? Il faut
que vous ayez vécu enterré dans quelque
coin de la Grece ?
LE RUSSE.
Point du tout , il vivoit dans 'Athènes
même.
PERICLES .
Dans Athènes ! & il m'ignore ? & il
ignore jufqu'au nom de cette Ville fameufe
?
JUILLET. 1763. 17
LE RUSS E.
Bien d'autres que lui pourroient s'y
méprendre . Athènes , autrefois fi fuperbe
, n'eft plus aujourd'hui que le
chétif bourg de Sétine.
PERICLÉ S.
Ah ! que m'apprenez-vous ?
LE RUSSE .
Tel eft le fruit des ravages du temps ,
& des inondations de Barbares . , plus
deftructives que le temps même.
PERICLÉ S.
J'ai bien fçu que les fucceffeurs d'Alexandre
fubjuguerent la Grece ; mais
Rome ne lui rendit- elle pas la liberté ?
La crainte d'apprendre qu'elle l'eût de
nouveau perdue , m'interdit depuis toute
recherche à cet égard.
LE RUSSE.
Vous l'euffiez vu changer bien des
fois de Maître. Elle parut , néanmoins ,
durant quelque temps , partager l'Empire
du monde avec les Romains ; Empire
que nulle des deux Puiffances -ne
feut conferver. Mais pour ne parler ici
que de la Grece , vous l'euffiez vu , disje
, fubir le joug tantôt des François ,
tantôt des Vénitiens , tantôt des Turcs .
PERICLÉS.
Je n'ai jamais connu ces trois Nations
barbares.
18 MERCURE DE FRANCE.
LE RUSSE .
Pour moi , je reconnoîs un ancien
Grec à ce langage. Tout Peuple étranger
étoit barbare à vos yeux . Vous
n'en exceptiez pas même les Égypdé
tiens , à qui vous deviez le germe
toutes vos connoiffances
. J'avoue que
les Turcs n'ont guères connu autrefois
que l'Art de conquérir , & ne connoiffent
guères maintenant que l'Art de
bien garder leurs conquêtes. Mais les
Vénitiens , mais fur - tout les François
>ont égalé vos Grecs dans plus d'un genre
, & les ont furpaffé dans quelques
autres.
PERICLES
.
Voilà un beau Portrait ; mais je le
foupçonne un peu flaté. N'êtes - vous
pas né François ?
LE RUSS E.
Il s'en faut de beaucoup ; je fuis
Ruffe.
PERICLÉS
.
Ruffe ... Il faut que tous les Peuples
de la terre ayent changé de nom
depuis que j'habite l'Elifée. Je vous avoue
que je n'ai jamais entendu nommer les
Ruffes. Vos connoiffances
me font
cependant juger votre nation très-ancienne.
Seroit-elle un rejetton des EgypJUILLET.
1763. 19
tiens , dont vous preniez tout à l'heure
la défenſe ?
LE RUSS E.
Non. Je n'ai connu ces Peuples que
par vos Hiftoriens. Quant à ma Nation
, elle defcend des Scythes & des
Sarmutes.
PERICLÉ S.
Seroit-il bien poffible qu'un héritier
des Sarmates & des Scythes connût
mieux qu'un Grec moderne l'ancien
état de la Grece?
LE RUSSE.
Il y a,au plus, quarante ans que nous
ne connoillions ni les Egyptiens , ni
les Grecs , ni même les Sarmates , de
qui nous defcendons . Mais un de nos
Souverains nâquit avec du génie. Il
entreprit de profcrire l'ignorance de fes
Etats ; & bien -tôt on y vit éclore les
Arts , les Sciences , les Académies , les
Spectacles : nous apprîmes l'Hiftoire de
tous les Peuples , & nous méritâmes
que d'autres Peuples appriffent la nôtre
.
PERICLE S.
Il eft vrai que pour opérer ces fortes
de métamorphofes , un Prince n'a qu'à
vouloir ; mais il eft encore plus vrai
que j'ai perdu bien du temps : j'efpé20
MERCURE DE FRANCE.
rois m'immortalifer , & on m'ignore
jufques dans ma Patrie !
LE RUS SE.
En revanche , on vous connoît dans
a mienne ; ce que vous n'efpériez peutêtre
pas.
PERICLÉS.
Je l'avoue. Cependant , je regrette ,
malgré moi , qu'Athènes ait mis en oubli
ce que j'ai fait pour elle . Je vais m'en
confoler avec Ofiris , avec Minos , avec
Lycurgue , avec Solon , avec une foule
de Fondateurs d'Empires , & de Légiflateurs
, dont on a oublié les actions &
les préceptes. Les connoiffances humaines
font un Aftre qui ne peut éclairer
qu'une partie du Globe à la fois ,
& qui les éclaire toutes fucceffivement :
le jour commence chez telle Nation ,
lorfqu'il eft prêt à finir chez telle autre
.
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Résumé : DIALOGUE ENTRE PERICLÉS, un GREC moderne & un RUSSE.
Le dialogue présente trois personnages : Périclès, un Grec antique, un Grec moderne et un Russe. Périclès est surpris d'apprendre que le Grec moderne a été esclave sous la domination turque, cultivant une terre accordée par le Bacha de Romélie et payant un tribut qui pouvait inclure ses enfants. Le Grec moderne ignore les figures historiques grecques célèbres mentionnées par Périclès et révère davantage un caloyer. La conversation révèle qu'Athènes, autrefois illustre, est réduite à un bourg nommé Sétine, dévasté par le temps et les invasions barbares. Le Russe explique que la Grèce a changé de maîtres, passant sous la domination des Romains, des Français, des Vénitiens et des Turcs. Il ajoute que la Russie a récemment progressé dans les arts et les sciences grâce à un souverain éclairé. Dans un autre dialogue, Périclès discute avec un Roi de la reconnaissance de leurs actions. Périclès regrette que ses contributions à Athènes soient oubliées malgré ses efforts pour promouvoir les arts, les sciences et l'histoire. Il mentionne avoir fondé des académies et introduit des spectacles pour faire connaître l'histoire de divers peuples. Le Roi lui assure qu'il est reconnu dans sa propre patrie, ce que Périclès n'espérait plus. Périclès se console en pensant à d'autres grands législateurs et fondateurs d'empires également oubliés, comparant les connaissances humaines à un astre éclairant successivement différentes parties du globe.
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4230
p. 21
A une Dame qui accusait l'Auteur de rêver à quelque Piéce nouvelle.
Début :
On ne sçauroit songer près de vous, qu'à vous-même. [...]
Mots clefs :
Songer, Aveu, Beauté, Cœur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A une Dame qui accusait l'Auteur de rêver à quelque Piéce nouvelle.
Aune Dame qui accuföit l'Auteur de
rêver à quelque Piéce nouvelle.
On ne fçauroit fonger près de vous , qu'à vousmême.
Or , d'après cet aveu bien plus vrai que flateur ,
O Beauté que tout le monde aime !
Ce n'eft pas mon efprit qui rêve , c'eft mon coeur.
Par M. GUICHARDS
rêver à quelque Piéce nouvelle.
On ne fçauroit fonger près de vous , qu'à vousmême.
Or , d'après cet aveu bien plus vrai que flateur ,
O Beauté que tout le monde aime !
Ce n'eft pas mon efprit qui rêve , c'eft mon coeur.
Par M. GUICHARDS
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4231
p. 21
MADRIGAL.
Début :
Si Cloris est charmante, Iris n'est pas moins belle ; [...]
Mots clefs :
Cœur, Fidèle , Inconstant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGAL.
St Cloris eft charmante, Iris n'eft pas moins
belle;
Entre ces deux objets mon coeur refte flottant:
Ne m'en offrez qu'un feul , je vais être fidéle ;
Offrez-les-moi tous deux , je vais être inconftanti
St Cloris eft charmante, Iris n'eft pas moins
belle;
Entre ces deux objets mon coeur refte flottant:
Ne m'en offrez qu'un feul , je vais être fidéle ;
Offrez-les-moi tous deux , je vais être inconftanti
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4232
p. 21-24
EPITRE A Mademoiselle D ...
Début :
Vous dont les traits chaque jour embellis [...]
Mots clefs :
Amour, Myrte, Aiglon, Couronne, Envie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Mademoiselle D ...
EPITRE
A Mademoiselle D ...
ous dont les traits chaque jour embellis
De mille Amans , vous attirent l'hommage ;
Lifez des Vers que l'Amour a polis ,
Souvent fon Temple eft dans le coeur d'un
Sage :
22. MERCURE DE FRANCE.
Long-temps ce Dieu fut celui de mes chants,
Et j'aime encore à parer fon image.
Vous me l'offrez : vous avez fon bel âge ,
Ses yeux fi doux , fes organes touchans:
Ainfi que lui vous ferez du ravage.
Il eſt orné des Rofes du Printemps ,
Il a pour lui la grace & la fineffe ;
Mais pardeſſus vous avez les talens :
Vous régnerez encor par la fageffe.
OD ....! Bientôt la Volupté
Viendra femer dés Rofes fur vos traces :
En les cueillant , fongez que la beauté
N'eft pas un titre à l'immortalité ;-
Les talens feuls éternifent les graces.
Laiffez le myrthe aux Enfans de l'Amour:
Des Arts brillans , méritez la Couronne ;
Et prenez- la des mains de P......
Elle la porte , & fa faveur la donne..
Déja Paris vous voit prendre l'eſſor ,
Et du Public foutenir l'oeil févère :
Tel un Aiglon élancé de fon aire ,
Pour éffayer fon vol timide encor
Fixe déja l'Aftre qui nous éclaire.
Dites- moi donc , par quel enchantement
Vous favez peindre avec tant d'énergie ,
De naturel , de force & de magie ,
Ce qu'à votre âge on a fi rarement ?
Ah ! que Nanine étoit touchante & belle !
JUILLET. 1763 . 23.
Pour pofféder & fon coeur & fa main ,
Da préjugé qui n'eût briſé le frein ?
Tout le Public étoit d'Olbans pour elle
J'ai vu Clairon , la Reine du Théâtre ,
De fa Couronne arracher quelques fleurs ,
Pour embellir de leurs vives couleurs-
Ce front riant que l'amour idolâtre.
De les beaux yeux j'ai vû couler des pleurs
Le vrai talent ne connoît point l'ènvie ;
La laideur feule outrage la beauté ;
Et par Tef.. , Br .... eft applaudie ::
Un Sot infulte aux hommes de génie :
Par Diderot , Voltaire eſt reſpecté.
Avez- vous vâ deux Courfiers d'Angleterre
Lever un front noble & majestueux ,
Et fiérement du pied frapper la Terre?™
Bouillans , légers , ardens , impétueux,
Ils font formés pour les jeux & la guerre :
Tous deux brillans , ils ne font point rivaux.-
Mais auprès d'eux peſant , lâche , indocile ,
L'âne fuivant la nature imbécile ,
Meurt du regret de les trouver fi beaux.
Ainfi , marchant parmi des routes fûres
Dans la carrière où s'illuftra Gauffin
Vous éclipfez vos rivales obfcures,
Telle l'on voit l'étoile du matin,
Ou du Soleil la blonde Avantcourière
24 MERCURE DE FRANCE.
Chaffer la nuit , ramener la lumière ,
Et rendre au monde un jour pur & ferem.
Par M. LEGIER.
A Mademoiselle D ...
ous dont les traits chaque jour embellis
De mille Amans , vous attirent l'hommage ;
Lifez des Vers que l'Amour a polis ,
Souvent fon Temple eft dans le coeur d'un
Sage :
22. MERCURE DE FRANCE.
Long-temps ce Dieu fut celui de mes chants,
Et j'aime encore à parer fon image.
Vous me l'offrez : vous avez fon bel âge ,
Ses yeux fi doux , fes organes touchans:
Ainfi que lui vous ferez du ravage.
Il eſt orné des Rofes du Printemps ,
Il a pour lui la grace & la fineffe ;
Mais pardeſſus vous avez les talens :
Vous régnerez encor par la fageffe.
OD ....! Bientôt la Volupté
Viendra femer dés Rofes fur vos traces :
En les cueillant , fongez que la beauté
N'eft pas un titre à l'immortalité ;-
Les talens feuls éternifent les graces.
Laiffez le myrthe aux Enfans de l'Amour:
Des Arts brillans , méritez la Couronne ;
Et prenez- la des mains de P......
Elle la porte , & fa faveur la donne..
Déja Paris vous voit prendre l'eſſor ,
Et du Public foutenir l'oeil févère :
Tel un Aiglon élancé de fon aire ,
Pour éffayer fon vol timide encor
Fixe déja l'Aftre qui nous éclaire.
Dites- moi donc , par quel enchantement
Vous favez peindre avec tant d'énergie ,
De naturel , de force & de magie ,
Ce qu'à votre âge on a fi rarement ?
Ah ! que Nanine étoit touchante & belle !
JUILLET. 1763 . 23.
Pour pofféder & fon coeur & fa main ,
Da préjugé qui n'eût briſé le frein ?
Tout le Public étoit d'Olbans pour elle
J'ai vu Clairon , la Reine du Théâtre ,
De fa Couronne arracher quelques fleurs ,
Pour embellir de leurs vives couleurs-
Ce front riant que l'amour idolâtre.
De les beaux yeux j'ai vû couler des pleurs
Le vrai talent ne connoît point l'ènvie ;
La laideur feule outrage la beauté ;
Et par Tef.. , Br .... eft applaudie ::
Un Sot infulte aux hommes de génie :
Par Diderot , Voltaire eſt reſpecté.
Avez- vous vâ deux Courfiers d'Angleterre
Lever un front noble & majestueux ,
Et fiérement du pied frapper la Terre?™
Bouillans , légers , ardens , impétueux,
Ils font formés pour les jeux & la guerre :
Tous deux brillans , ils ne font point rivaux.-
Mais auprès d'eux peſant , lâche , indocile ,
L'âne fuivant la nature imbécile ,
Meurt du regret de les trouver fi beaux.
Ainfi , marchant parmi des routes fûres
Dans la carrière où s'illuftra Gauffin
Vous éclipfez vos rivales obfcures,
Telle l'on voit l'étoile du matin,
Ou du Soleil la blonde Avantcourière
24 MERCURE DE FRANCE.
Chaffer la nuit , ramener la lumière ,
Et rendre au monde un jour pur & ferem.
Par M. LEGIER.
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Résumé : EPITRE A Mademoiselle D ...
L'épître est destinée à une jeune femme renommée pour sa beauté, qui attire de nombreux admirateurs. Le poète loue ses qualités, les comparant à celles du dieu Mercure, et souligne que ses talents dépassent sa seule beauté. Il l'encourage à se démarquer par ses compétences plutôt que par son apparence éphémère. Le texte cite des actrices célèbres comme Nanine et Clairon, admirées pour leur talent. Le poète admire aussi deux coursiers anglais, symboles de noblesse et de force, opposés à la faiblesse d'un âne. La jeune femme est comparée à une étoile brillante, éclipsant ses rivales. Le poème se termine par une référence à la carrière illustre de Gaudin, soulignant la supériorité de la destinataire sur ses concurrentes.
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4233
p. 24-26
STANCES IRRÉGULIÈRES, Adressées par Madame P .... agée de 70 ans, au Chevalier de M*** son ami qui en avoit 80.
Début :
IL est temps M*** de couronner tes feux ; [...]
Mots clefs :
Ans, Temps, Amour, Hymen, Époux
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texteReconnaissance textuelle : STANCES IRRÉGULIÈRES, Adressées par Madame P .... agée de 70 ans, au Chevalier de M*** son ami qui en avoit 80.
STANCES IRRÉGULIÈRES ,
Adreffées par Madame P .... agée de
70 ans , au Chevalier de M*** fon.
ami qui en avoit 80 ..
IL eft temps M*** de couronner res feux ; ::
Uniffons nos deftins , l'Amour nous y convie
Puiffe de fon flambeau la lumière cherie
Eclairer dans Paris un hymen vertueux,
Erde l'Automne de ma vie ,
Faire un Printemps délicieux !
D'un moment ou d'un jour , mon choix n'eft pas
l'ouvrage
ATAR
Je fuis dans l'heureufe faifon >
Où le coeur plus libre & plus fage ,
Ne fe livre que par raiſon ,
Erne craint point , lorsqu'il s'engage,
Ni changement , ni trahifon .
D
Sous la neige des cheveux blancs V
Il refte de l'amour encor quelqu'étincelle
A foixante & dix ans rarement on eit belle;
Mais
JUILLET. 1763. 24
Mais on peut aimer à cent ans.
Philemon adoroit dans une paix profonde
Les charmes furannés de la tendre Baucis ;
Et la mère des Dieux, plus vieille que le monde,
Soupiroit encor pour Atis.
Plus tendre que Baucis , moins vieille que Cibelej
Ancien & cher amant , je t'engage ma foi :
Tu feras le bonheur d'une époufe fidelle ;
Et fi le tien dépend de moi ,
Jamais l'époux d'une immortelle
Ne fera plus heureux que toi.
On ne me verra point inconftante ou perfide ,
De tes jeunes rivaux écouter les foupirs ;
La pâle jaloufie au regard homicide ,
Jamais ne troublera ma paix , ni tes plaifirs.
De ta fidélité ton épouſe aſſurée
Bannira les foupçons & les lâches foucis ,
Sans craindre de ta part les fureurs de Teric ,
Ni le trait malheureux de l'amant de Procis,
Ainfi filés d'or & de foie ,
Puiffent couler nos jours dans le fein du repos ;
Puiffions-nous de l'hymen ne goûter que la joie ,
Sans éprouver jamais les dégouts & fes maux.
Et dans cette heureuſe contrée ,
Puiffe notre union faire revivre encor
I. Vol B
7
26 MERCURE DE FRANCE .
Et les amans du temps d'Aftrée ,
Et les époux de l'âge d'or ?
Adreffées par Madame P .... agée de
70 ans , au Chevalier de M*** fon.
ami qui en avoit 80 ..
IL eft temps M*** de couronner res feux ; ::
Uniffons nos deftins , l'Amour nous y convie
Puiffe de fon flambeau la lumière cherie
Eclairer dans Paris un hymen vertueux,
Erde l'Automne de ma vie ,
Faire un Printemps délicieux !
D'un moment ou d'un jour , mon choix n'eft pas
l'ouvrage
ATAR
Je fuis dans l'heureufe faifon >
Où le coeur plus libre & plus fage ,
Ne fe livre que par raiſon ,
Erne craint point , lorsqu'il s'engage,
Ni changement , ni trahifon .
D
Sous la neige des cheveux blancs V
Il refte de l'amour encor quelqu'étincelle
A foixante & dix ans rarement on eit belle;
Mais
JUILLET. 1763. 24
Mais on peut aimer à cent ans.
Philemon adoroit dans une paix profonde
Les charmes furannés de la tendre Baucis ;
Et la mère des Dieux, plus vieille que le monde,
Soupiroit encor pour Atis.
Plus tendre que Baucis , moins vieille que Cibelej
Ancien & cher amant , je t'engage ma foi :
Tu feras le bonheur d'une époufe fidelle ;
Et fi le tien dépend de moi ,
Jamais l'époux d'une immortelle
Ne fera plus heureux que toi.
On ne me verra point inconftante ou perfide ,
De tes jeunes rivaux écouter les foupirs ;
La pâle jaloufie au regard homicide ,
Jamais ne troublera ma paix , ni tes plaifirs.
De ta fidélité ton épouſe aſſurée
Bannira les foupçons & les lâches foucis ,
Sans craindre de ta part les fureurs de Teric ,
Ni le trait malheureux de l'amant de Procis,
Ainfi filés d'or & de foie ,
Puiffent couler nos jours dans le fein du repos ;
Puiffions-nous de l'hymen ne goûter que la joie ,
Sans éprouver jamais les dégouts & fes maux.
Et dans cette heureuſe contrée ,
Puiffe notre union faire revivre encor
I. Vol B
7
26 MERCURE DE FRANCE .
Et les amans du temps d'Aftrée ,
Et les époux de l'âge d'or ?
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Résumé : STANCES IRRÉGULIÈRES, Adressées par Madame P .... agée de 70 ans, au Chevalier de M*** son ami qui en avoit 80.
Madame P., âgée de 70 ans, adresse des stances au Chevalier de M***, âgé de 80 ans, pour proposer une union amoureuse. Elle souhaite que leur relation illumine leur vie malgré leur âge avancé, comparant leur amour à un printemps délicieux en automne. Madame P. assure que sa décision est réfléchie et rationnelle, excluant toute crainte de trahison. Elle cite les exemples mythologiques de Philemon et Baucis, ainsi que Cybèle et Attis, pour illustrer que l'amour est possible à tout âge. Elle promet fidélité et absence de jalousie. Madame P. espère que leur union sera joyeuse et sereine, évoquant les amours du temps d'Astrée et les époux de l'âge d'or.
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4234
p. 26-28
EPITRE A Mademoiselle A ***.
Début :
JEUNE Lycoris, [...]
Mots clefs :
Désirs, Plaisirs, Charmes, Armes, Crainte
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Mademoiselle A ***.
EPITRE
A Mademoiselle A *** .
JEEUUNNEE Lycoris,
Pourquoi de Cypris
Méprifer fans ceffe
Les mythes fleuris ?
Un coeur fans tendreffe ,
Bornant fes defirs ,
Ignore l'ivreffe
Des parfaits plaifirs.
Quoi ! toujours rêveuſe ,
Trifte , férieuſe ,
Faudra-t-il vous voir
D'une humeur févère
Du fils de Cythère
Braver le pouvoir.
Il faut de fes charmes
Goûter la douceur ,
Ou craindre les armes
De ce Dieu vengeur.
Quand pour nous ſurprendre
11 fixe le jour ,
Aucun vain détour
JUILLET. 1763 . 27
Ne peut nous défendre :
Le devoir fe taît ,
La raifon s'égare ,
Et d'un feu fecret
Notre âme s'empare ;
Bientôt nos regards
Timides , épars ,
Pour cacher leur flâme
Dévoilent de l'âme
Les troubles naiffans
Qui flatent nos fens.
Tôt ou tard fenfible
Aux foins amoureux ,
Un coeur infléxible
Doit former des voeux.
Par force , ou par crainte ,
Si pendant le cours
De vos plus beaux jours ,
Sans efpoir ni crainte
Vousfuyez toujours
La légère atteinte
Du Dieu des Amours :
Sans inquiétude
Dans la folitude
De vos jeunes ans ,
L'ennuyeux Printemps-
Finira fa courfe.
Alors fans refſource
Bij
28 MERCURE DE FRANCE
1
༄
De pouvoir charmer ,
De la fleur de l'âge
Vous peignant l'image
Vous voudrez aimer .
Ah ! puifque vos charmes
Régnent en ces lieux ,
Et que vos beaux yeux
Font rendre les armes
A tous nos bergers ;
D'un retour funeſte
Craignez les dangers.
Oui ,je vous proteſte
Que fi votre coeur
D'une tendre ardeur
Suit la douce pente ,
Vous éprouverez ,
Et vous fentirez
Contre votre attente ,
Que fi les defirs
Que l'Amour infpire
Content des foupirs ,
Son charmant délire
Fait tous nos plaifirs
Par M. L. P. MOLINE
A Mademoiselle A *** .
JEEUUNNEE Lycoris,
Pourquoi de Cypris
Méprifer fans ceffe
Les mythes fleuris ?
Un coeur fans tendreffe ,
Bornant fes defirs ,
Ignore l'ivreffe
Des parfaits plaifirs.
Quoi ! toujours rêveuſe ,
Trifte , férieuſe ,
Faudra-t-il vous voir
D'une humeur févère
Du fils de Cythère
Braver le pouvoir.
Il faut de fes charmes
Goûter la douceur ,
Ou craindre les armes
De ce Dieu vengeur.
Quand pour nous ſurprendre
11 fixe le jour ,
Aucun vain détour
JUILLET. 1763 . 27
Ne peut nous défendre :
Le devoir fe taît ,
La raifon s'égare ,
Et d'un feu fecret
Notre âme s'empare ;
Bientôt nos regards
Timides , épars ,
Pour cacher leur flâme
Dévoilent de l'âme
Les troubles naiffans
Qui flatent nos fens.
Tôt ou tard fenfible
Aux foins amoureux ,
Un coeur infléxible
Doit former des voeux.
Par force , ou par crainte ,
Si pendant le cours
De vos plus beaux jours ,
Sans efpoir ni crainte
Vousfuyez toujours
La légère atteinte
Du Dieu des Amours :
Sans inquiétude
Dans la folitude
De vos jeunes ans ,
L'ennuyeux Printemps-
Finira fa courfe.
Alors fans refſource
Bij
28 MERCURE DE FRANCE
1
༄
De pouvoir charmer ,
De la fleur de l'âge
Vous peignant l'image
Vous voudrez aimer .
Ah ! puifque vos charmes
Régnent en ces lieux ,
Et que vos beaux yeux
Font rendre les armes
A tous nos bergers ;
D'un retour funeſte
Craignez les dangers.
Oui ,je vous proteſte
Que fi votre coeur
D'une tendre ardeur
Suit la douce pente ,
Vous éprouverez ,
Et vous fentirez
Contre votre attente ,
Que fi les defirs
Que l'Amour infpire
Content des foupirs ,
Son charmant délire
Fait tous nos plaifirs
Par M. L. P. MOLINE
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Résumé : EPITRE A Mademoiselle A ***.
L'épître est destinée à une jeune femme, Mademoiselle A***, et traite du thème de l'amour et de ses effets inévitables. L'auteur s'étonne de son indifférence envers les plaisirs amoureux et la met en garde contre l'ignorance des charmes de l'amour, soulignant que résister à Cupidon peut entraîner des conséquences. Lorsqu'il choisit son moment, l'amour est irrésistible : le devoir et la raison sont submergés par un feu intérieur. Les regards timides trahissent les troubles de l'âme. L'auteur affirme qu'un cœur inflexible finit toujours par céder à l'amour. Il prévient que refuser l'amour durant la jeunesse mènera à l'ennui et aux regrets. Il conclut en l'avertissant des dangers d'un retour funeste et en espérant qu'elle succombe à l'amour, car ses charmes et ses beaux yeux séduisent déjà tous les bergers.
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4235
p. 29
VERS de D.... à sa Maîtresse.
Début :
Tu crains que le destin, ô ma Divinité ! [...]
Mots clefs :
Destin, Divinité, Amant, Immortalité
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texteReconnaissance textuelle : VERS de D.... à sa Maîtresse.
VERS de D.... à fa Maîtreffe.
To crains que le deftin , ô ma Divinité ! Ꭲ
Ne t'enlève un amant que tu rendis fidéle ?
Et tu lui refuſes , cruelle ,
De jouir avec toi de l'immortalité !
To crains que le deftin , ô ma Divinité ! Ꭲ
Ne t'enlève un amant que tu rendis fidéle ?
Et tu lui refuſes , cruelle ,
De jouir avec toi de l'immortalité !
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4236
p. 29
BELGÆ ABEUNTIS LUTETIA HENDECASYLLABI.
Début :
DULCES Parisii, beata tempe, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BELGÆ ABEUNTIS LUTETIA HENDECASYLLABI.
BELGE ABEUNTIS LUTETIA
HENDECASYLLABĮ .
DULCES Parifii , beata tempe ,
Nunquam non hilari petita vultu ,
Nunquam non lachrymis relicta fufis,'
Et vos adfita rura , vos amoeni
Seceffus nemora , & domus Dianæ ;
Quæ nunc Clodiolam meam videtis ;
Servetis memorem mihi puellam ,
Servetis Dominam mihi benignam ,
Nefi quos gerat intimis medullis ,
Elabi fineret meos amores )
Quærens de fuperis , lacer dolore,
Vates ad tumuli feratur umbras.
Vivat fequanicis amicus aris ,
Et dulcis Domine Comes perennis ,
Canat decrepito folutus ævo :
Servaftis mihi qui meos amores
Dulces Parifi beata tempe.
HENDECASYLLABĮ .
DULCES Parifii , beata tempe ,
Nunquam non hilari petita vultu ,
Nunquam non lachrymis relicta fufis,'
Et vos adfita rura , vos amoeni
Seceffus nemora , & domus Dianæ ;
Quæ nunc Clodiolam meam videtis ;
Servetis memorem mihi puellam ,
Servetis Dominam mihi benignam ,
Nefi quos gerat intimis medullis ,
Elabi fineret meos amores )
Quærens de fuperis , lacer dolore,
Vates ad tumuli feratur umbras.
Vivat fequanicis amicus aris ,
Et dulcis Domine Comes perennis ,
Canat decrepito folutus ævo :
Servaftis mihi qui meos amores
Dulces Parifi beata tempe.
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Résumé : BELGÆ ABEUNTIS LUTETIA HENDECASYLLABI.
Le poème 'Belge abeuntis Lutetia' est un hendécasyllabe latin exprimant l'amour et la nostalgie du poète pour Paris et une femme nommée Clodiola. Il évoque les champs, les bois et la maison de Diane. Le poète souhaite que ces lieux gardent en mémoire sa bien-aimée et espère que son ami vive près des autels sacrés. Il répète son désir que les Parisiens et l'époque bénie se souviennent de ses amours.
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4237
p. 30-47
AZAKIA, ANECDOTE HURONNE.
Début :
LES anciens habitans du Canada furent tous Sauvages, & l'étoient dans [...]
Mots clefs :
Point, Sauvage, Iroquois, Peine, Époux, Songe, Ennemi, Femmes, Hurons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AZAKIA, ANECDOTE HURONNE.
LEES anciens habitans du Canada furent
tous Sauvages , & l'étoient dans
toute la rigueur du terme. Rien ne le
prouve mieux que la deftinée de certains
François , qui aborderent les premiers
dans cette partie du nouveau monde.
Ils furent mangés par ces hommes
qu'ils prétendoient humanifer & polir.
De nouvelles tentatives eurent un fuccès
plus heureux . On fepouffa les Sauvages
dans l'intérieur du continent : on
conclut avec eux des traités de paix, toujours
mal obfervés : on fit naître chez
eux des befoins qui leur rendirent notre
joug néceffaire. Notre eau -de - vie , notre
tabac firent fans peine , ce que nos
armes euffent opéré plus difficilement.
Bien-tôt la confiance devint réciproque
, & les forêts du Canada furent auffi
librement frequentées par leurs nouveaux
hôtes , que par ceux qu'elles avoient
vû naître .
Elles l'étoient fouvent auffi par des
femmes & des filles Sauvages à qui la
rencontre d'un François ne caufoit nulle
JUILLET. 1763. 31
frayeur. Prèfque toutes ces femmes font
belles , & certainement leur beauté ne
doit rien aux preftiges de l'art . Il n'influe
guères davantage fur leur conduite.
Leur caractère eft naturellement
doux , leur humeur gaie ; elles rient de
la maniere la plus agréable & la plus
attrayante. Elles ont un penchant décidé
pour l'amour , penchant qu'une fille
dans ces Contrées peut fuivre , & fuit
toujours fans fcrupule , fans craindre nul
reproche. Il n'en eft pas ainfi d'une femme
: elle fe doit toute entière à celui
qu'elle a époufé ; & ce qui n'eft . pas
moins digne de remarque , elle remplit
exactement ce devoir,
Une héroïne de cette claffe , & qui
étoit née parmi les Hurons , s'égara un
jour dans une forêt voifine des terres
qu'ils habitent. Elle fut furprife par un
-Soldat François , qui ne daigna point
s'informer fi elle étoit fille ou femme.
Il fe fentoit d'ailleurs , peu difpofé à refpecter
les droits d'un époux Huron . Les
cris que pouffoit la jeune Sauvage , en
fe défendant , attirerent vers cet endroit
le Baron de Saint- Caftins , Officier dans
les troupes du Canada . Il n'eut
pas de
peine à obliger le Soldat de s'éloigner.
Mais celle qu'il venoit de fecourir avoit
Biy
32 MERCURE DE FRANCE.
tant de charmes que cet homme lui parut
excufable . Il fut lui-même tenté d'exiger
le falaire de fa démarche . Il s'y prit
d'une maniere glus engageante que fon
devancier , & ne réuffit pas mieux. L'ami
qui eft devant mes yeux m'empêche de
te voir lui dit la Huronne. C'eft la
phrafe fauvage , pour s'exprimer qu'on
a un mari , & qu'on ne veut abfolument
point lui manquer. Cette phraſe
n'eft pas un vain formulaire ; elle renferme
un refus décifif, & eft commune à
toutes les femmes de ces Nations Barbares
, que notre voifinage & nos
exemples n'ont jamais pu civilifer.
Saint-Caftins , à qui la langue & les
ufages des Hurons étoient familiers , vit
d'abord qu'il n'avoit plus rien à prétendre
, & cette perfuafion rapella toute fa
générofité. Il fe borne donc à accompagner
la belle Sauvage , qui n'étoit venue
que par cas fortuit dans ce bois , &
qui craignoit de nouvelles rencontres .
Chemin faifantil en reçut toutes les marques
de reconnoiffance poffibles , fi on
en excepte celle qu'il avoit d'abord voulu
éxiger.
Au bout de quelque tems Saint- Caf
tins eft infulté par un de fes Confrères,
lui fait un appel , & le tue. L'Officier
JUILLET. 1763. 33
mort étoit neveu du Gouverneur Général
de la Colonie , & ce Gouverneur
étoit auffi abfolu que vindicatif. S .... .
C. ... n'eut d'autre parti à prendre que
la fuite. On préfuma qu'il s'étoit retiré
chez les Anglois de la nouvelle Yorck ,
chofe effectivement très - vraisemblable.
Cependant il n'en fit rien . Perfuadé qu'il
trouveroit un afyle également für parmi
les Hurons , ce fut à eux qu'il donna
la préférence.
Le defir de revoir. Azakia , ( c'eft le
nom de la Sauvage qu'il avoit fecourue ).
entra pour beaucoup dans ce choix . Elle
reconnut d'abord fon libérateur. Sa joie
fut extrême de le retrouver , & elle la lui
témoigna auffi naïvement qu'elle avoit
réfifté à fes attaques. Le Sauvage dont
elle étoit la femme , & qui fe nommoit
Ouabi , fit le même accueil à Saint-Caf
tins. Ce dernier l'inftruifit du motif de
fa fuite . Le Grand- Efprit foit loué , de
t'avoir conduit parmi nous , reprit le
Huron ! Ce corps , ajoûta-t-il , en portant
la main fur fon eftomach , ce corps
te fervira de barrière , & ce cafle - tête
écartera , ou térraffera tes ennemis . Ma'
cabannefera la tienne : tu verras journellement
le grand Aftre reparoître & nous
quitter , fans que rien te manque , ni
puiffe te nuire.
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
Saint- Caftins lui déclara qu'il vouloit
abfolument vivre comme eux
c'eft- à-dire partager leurs travaux ,
leurs
guerres , leurs ufages ; en un mot devenir
Huron : aveu qui redoubla la joie
d'Ouabi. Ce Sauvage tenoit le premier
rang parmi fes femblables ; il étoit leur
Grand Chef , dignité qu'il ne devoit
qu'à fon courage & à fes fervices. If
avcit d'autres Chefs fous lui & offrit
une de ces Places à Saint- Caftins qui
n'accepta que le rang. de fimple guerrier.
LesHurons étoient alors en guerre avec
les Iroquois. Il fut queftion de tenter
une entreprife contre ces derniers . Saint-
Caftins voulut être de cette expédition
& y combattit en Huron déclaré . Mais
il fut bleffé dangereufement. On le
porta , non fans peine , jufques dans la
maifon d'Ouabi fur une efpéce de brancard.
A cette vue Azakia parut accablée
de douleur. Mais elle ne ſe borna
point à le plaindre ; elle fongea à lui
prodiguer les foins & les fecours. Elle
avoit plufieurs Efclaves à fes ordres &
ne fe repofoit que fur elle - même de
ce qui pouvoit tendre au foulagement
de fon hôte. Son activité égaloit fes inquiétudes.
On eût dit que c'étoit une
Amante qui veilloit fur les jours de fon
rapJUILLET.
1763. 35
Amant. Un François ne pouvoit manquer
d'en tirer les conféquences les plus
flateufes , & c'eft ce que fit d'abord
Saint-Caftins. Ses defirs & fes efpérances
renaiffoient avec fes forces . Un feul
point dérangeoit un peu fes vues : c'étoient
les fervices & les attentions d'Ouabi.
Pouvoit-il le tromper fans joindre
l'ingratitude à la perfidie ? Mais, reprenoit
Saint- Caftins , le bon Ouabi n'eft qu'un
Sauvage feroit- il plus vétillard fur cet
article que beaucoup d'honnêtes gens de
notre Europe ? Cette raifon , qui n'en
étoit pas une , parut très-folide à l'amoureux
François. Il renouvella fes
tendres avances , & fut furpris d'éffuyer
de nouveaux refus. Arrête ! Celario
( c'eſt le nom fauvage qu'on avoit donné
à Saint- Caftins ) arrête , lui dit Azakia
: les tronçons de la baguette que
j'ai rompu avec Ouabi n'ont pas encore
été réduits en cendres. Une partie reſte
encore en fon pouvoir & l'autre au
mien. Tant qu'ils fubfifteront , je ſuis à
Jui & ne puis être à toi. Ce difcours prononcé
d'un ton ferme , déconcerta un
peu Saint- Caftins. Il n'ofoit prèſque
plus infifter & tomba dans une trifte
rêverie. Azakia en fut touchée. Que
faire? lui dit- elle ; je ne puis devenir ta
B
vj
36 MERCURE DE FRANCE.
compagne qu'en ceffant d'être celle
d'Ouabi ; & je ne puis quitter Ouabi
fans lui caufer la trifteffe que tu éprouves
toi- même . Réponds - moi , l'a-t-il mérité
? Non ! s'écria vivement Célario
non! il mérite fur moi toute préférence
; mais il faut que j'abandonne & fa
demeure & même cette habitation . Ce
n'eft qu'en ceffant de voir Azakia que
je puis ceffer d'être ingrat envers Ouabi.
Ces mots firent palir la jeune fauvage.
Ses larmes coulerent prèſque
auffi -tôt , & elle ne chercha point à
les cacher. Ah ! ingrat Célario , s'écriat-
elle , en fanglottant & lui preffant les
mains entre les fiennes , ingrat Célario !
eft-il bien vrai que tu veuilles quitter
ceux à qui tu es plus cher que la lumière
du grand Aftre ? Que t'avonsnous
fait pour nous abandonner ? Te
manque - t - il quelque chofe ? Ne me
vois-tu pas fans ceffe à tes côtés comme
l'Efclave qui n'attend que le fignal
pour obéir ? Pourquoi veux-tu qu'Azakia
meure de triftefle ? Tu ne peux
la quitter fans emporter fon âme elle
eft à toi , comme fon corps à Ouabi....
L'arrivée de ce dernier empêcha Saint-
Caftins de répondre . Pour Azakia , elle
" Continuoit à pleurer fans fe contrain-
"
JUILLET. 1763 . 37
dre , fans même en cacher un inftant
la caufe. Ami , dit-elle , au Huron , tu
vois encore Célario , tu le vois , tu peux
lui parler & l'entendre : mais bien-tôt
il va difparoître à nos yeux , il va chercher
d'autres amis.... D'autres amis !
s'écria le Sauvage , prèſque auffi allarmé
qu'Azakia même ; eh quoi ? mon
cher Célario , quelle raifon te porte à
t'arracher toi-même de nos bras ? Astu
reçu ici quelque injure , quelque
dommage ? Réponds- moi ; tu fçais que
j'ai de l'autorité dans ces lieux. Je te
jure , par le grand Efprit , que tu feras
fatisfait & vengé.
Cette queftion devenoit embarraffante
pour Saint- Caftins. Il n'avoit nul
fujet raisonnable de fe plaindre , & le
vrai motif de fa réfolution devoit être
abfolument ignoré d'Ouabi. Il lui fallut
fe rejetter fur quelques raifons bannales
, & que le bon Ouabi trouva
très - ridicules . Parlons d'autre chofe ,
ajouta-t-il ; demain je pars pour une expédition
contre les Iroquois ; & ce foir
je donne à nos Guerriers le repas d'ufage.
Prends part à cet amufement ,
mon cher Célario ; .... j'en veux prendre
également à vos périls & à vos travaux
, interrompit Saint - Caftins ; je
a
38 MERCURE DE FRANCE.
fuis de cette nouvelle expédition. Tes
forces trahiroient ton courage , repliqua
le Chef des Hurons : c'eft peu de
fçavoir affronter la mort ; il faut pouvoir
le donner à l'ennemi ; il faut
pouvoir le pourfuivre , s'il prend la fuite
, & même pouvoir l'éviter , s'il eft
trop fupérieur. Telles furent , dans tous
les temps , nos maximes guerrieres . Ne
fonge donc , pour le moment , qu'à te
guérir , & à veiller fur cette habitation
durant mon abfence . Je t'en confie le
foin & la charge. Il eût été fuperflu
que le François repliquât. Bientôt les
Guerriers s'affemblent & le feftin commence.
A peine eft - il fini , que la troupe
fe met en marche , & que Saint- Caf
tins refte plus que jamais expofé aux
charmes d'Azakia.
Il eft certain que cette jeune Sauvage
aimoit fon Hôte , & l'aimoit d'un
amour purement métaphyfique , fans ,
pourtant , fe douter de ce que c'étoit
qu'un pareil amor . Elle prit même une
réfolution que nos Métaphyficiennes ,
dans ce genre , ne prendroient certainement
pas ; ce fut de procurer à
Saint- Caftins , l'occafion d'obtenir d'u
ne autre , ce qu'elle-même s'obtinoit
à lui refufer. La rivale qu'elle fe donna
JUILLET . 1763. 39
lire
étoit des plus propres à opérer cette
éfpèce de diverfion . Elle n'avoit que
dit-huit ans , étoit très- belle , & ce qui
ne devenoit pas moins néceffaire , étoit
encore fille. J'ai déja dit que chez ces
Nations une fille jouit de la plus grande
liberté. Saint-Caftins , excité par Azakia
, eut divers entretiens avec Zifma ,
c'eſt le nom de cette jeune Huronne.
Au bout de quelques jours , il put
dans fes yeux qu'elle feroit moins févère
que fon amie. On ne dit point
s'il profita de la découverte du moins
ne lui fit-elle point oublier Azakia ,
qui de fon côté , fans doute , ne vouloit
point être oubliée. Saint Caftins
fe fentoit , malgré lui , ramené vers
elle. Un incident , qui par- tout ailleurs
eût contribué à les unir , fut prêt à les
Téparer pour jamais.
:
On apprit par quelques fuyards , plus
diligens que les autres , qu'Ouabi avoit
donné dans une embuscade d'Iroquois ,
qu'il avoit perdu une partie de fa troupe
, & étoit lui-même refté fur le champ
de bataille. Cette nouvelle caufa de
juftes regrets à Saint- Caftins . Sa générofité
lui fit mettre à l'écart toute
vue d'intérêt. Il oublioit qu'en perdang
un ami , il fe trouvoit défait d'un R
40 MERCURE DE FRANCE .
val. D'ailleurs , la mort de ce Rival
pouvoit entraîner celle d'Afakia même.
Ses jours , dès ce moment , dépendoient
du caprice d'un fonge. Ainfi
le vouloit un ufage fuperftitieux , confacré
de tous temps parmi ces Peuples.
Si dans l'espace de quarante jours , une
Veuve , qui vient de perdre fon époux
le voit & lui parle en fonge deux fois
de fuite , elle en infére qu'il a beſoin
d'elle dans le pays des âmes , & rien
ne peut la difpenfer de fe donner la
mort.
Azakia étoit d'avance réfolue d'obéir
à cet ufage , fi le double fonge
avoit lieu. Elle regrettoit fincérement
Quabi , & quoique Saint - Caftins lui
fournît matiere à d'autres regrets en
mourant , le préjugé l'emportoit fur
l'inclination. Il n'eft pas facile d'exprimer
les inquiétudes , les terreurs qui
tourmentoient l'Amant de cette belle
& crédule Huronne . Chaque nuit il fè
la figuroit en proie à ces vifions finiftres
; il ne l'abordoit chaque matin
qu'en frémiffant. Un jour , enfin , il la
trouva qui préparoit un breuvage mortel.
C'étoit le fuc d'une racine de Citronnier
, poifon , qui dans cette Contrée,
ne manque jamais fon coup. Tu
JUILLET. 1763 . 41
vois , mon cher Célario , lui dit Azakia,
tu vois les apprêts du long voyage
qu'Ouabi m'ordonne de faire.... Ciel !
interrompit Saint - Caftins , pouvez-vous
en croire un fonge qui vous abuſe ?
une illufion frivole & trompeufe ? Arrête
, Célario , reprit la Huronne , tu
t'abufes toi-même . Ouabi s'eft montré
à moi la nuit dernière ; il m'a pris la
main en m'ordonnant de le fuivre . La
pefanteur de mon corps s'y oppofoit.
Ouabi s'eft éloigné d'un air trifte. Je
l'appellois. Pour toute réponſe , il m'a
tendu les bras , & enfuite a difparu . Il
reviendra , fans doute , mon cher Célario
: il faudra lui obéir ; & après t'avoir
pleuré , j'avalerai ce breuvage qui doit
affoupir mon corps ; j'irai rejoindre
Quabi dans le féjour des âmes.
Ce difcours mit Saint- Caftins hors
de lui-même. Il y oppofa tout ce que
la raifon , la douleur & l'amour pûrent
lui fuggérer de plus convaincant ; rien
ne parut l'être à la jeune Sauvage . Elle
pleuroit , mais perfévéroit dans fon deffein.
Tout ce que le défolé François
put obtenir d'elle , fut qu'en fuppofant
même qu'Ouabi lui apparût une feconde
fois en fonge , elle attendroit pour
fe donner la mort , qu'elle fût un peu
42 MERCURE DE FRANCE .
mieux affurée de la fienne : chofe que
Saint-Caftins fe propofoit de vérifier
au plutôt.
Les Sauvages n'échangent ni ne tachetent
point leurs prifonniers. Ils fe bornent
à les arracher des mains de l'ennemi
quand ils le peuvent. Quelquefois
le Vainqueur deftine fes Captifs à l'efclavage
; le plus fouvent il les fait mou
rir. Telle eft furtout la maxime des
Iroquois . Il y avoit donc à préfumer
qu'Ouabi étoit mort de fes bleffures ,
ou avoit été brulé par cette Nation barbare.
Azakia le croyoit encore plus que
tout autre . Mais Saint - Caftins vouloit
qu'au moins elle en doutât. De fon
côté il ranime le courage des Hurons
& propofe une nouvelle entreprife contre
l'Ennemi. Elle eft approuvée . Il
s'agiffoit d'élire un Chef. Toutes les
voix fe réuniffent en faveur de Saint-
Caftins qui avoit déja donné des preuves
de fa valeur & de fa conduite . Il
part avec fa troupe ; mais il ne part
qu'après avoir de nouveau tiré parole
d'Azakia qu'en dépit de tous les fonges
qu'elle pourroit faire , elle différera
au moins jufqu'à fon retour , le triſte
Voyage qu'elle médite.
Celui des guerriers Hurons fut des
JUILLET. 1763 . 43
plus heureux. Les Iroquois les croyoient
trop affoiblis , ou trop découragés pour
ofer rien entreprendre Eux- mêmes s'étoient
mis en marche pour venir les attaquer
, & marchoient fans précaution.
Il n'en étoit pas ainfi de la troupe de
Saint- Caftins. Celui- ci avoit envoyé
quelques-uns de fes gens à la découverte.
Ils apperçurent l'Ennemi fans en être
vus , & revinrent en donner avis à leur
Chef. Le terrain fe trouvoit des plus
propres à dreffer une embufcade . Les
Hurons en profiterent fi bien , que les
Iroquois fe virent enfermés lorfqu'ils
croyoient n'avoir aucun rifque à courir.
On les chargea avec une furie qui ne
leur laiffa point le temps de fe reconnoître.
Le plus grand nombre eft tué
fur la place ; le furplus eft eftropié ou
garroté. On marche fur le champ au
plus prochain village . On y furprend
les Iroquois affemblés. Ils alloient jouir
du fpectacle de voir brûler un Huron .
Déja ce dernier chantoit fa chanfon de
mort. C'eft à quoi ne manque jamais
tout Sauvage que l'Ennemi eft prêt à
faire périr . De grands cris & une grêle
de coups de fufil eurent bientôt di perfé
la foule des curieux . On tue & les
fuyards , & ceux qui veulent réſiſter.
44 MERCURE DE FRANCE.
Toute la férocité fauvage fe déploie .
Vainement Saint - Caftins s'efforçoit
d'a rêter le carnage . Il ne fauva qu'avec
peine un petit nombre de femmes
& d'enfans. Il craignoit furtout qu'au
milieu de ce tumulte horrible , Ouabi
ne fût maffacré lui-même , fuppofé qu'il
vécût encore & fe trouvât dans cette
habitation . Occupé de cette idée , il
accouroit fans relâche d'un endroit à
un autre. Il apperçoit dans une place
où l'on combattoit encore un Prifonnier
attaché à un poteau , & ayant à
fes côtés les apprêts de fa mort ; c'eſtà-
dire de quoi le brûler à petit feu . Le
Chef des Hurons vole vers ce malheureux
captif, rompt fes liens , le reconnoît
, l'embraffe avec des tranfports de
joie. C'étoit Ouabi!
Ce brave Sauvage avoit préféré la
perte de fes jours à celle de fa liberté.
A peine guéri de fes bleffures , on lui
avoit offert la vie fous condition de
refter Efclave . Il avoit choisi la mort
déterminé à fe la donner lui - même fi
elle lui étoit refufée. Mais les Iroquois
étoient gens à lui épargner cette peine.
Un inftant plus tard fes compagnons
n'euffent plus été à temps de le fauver.
Après avoir difperfé ou fait efclave
JUILLET. 1763 . 45
te qui reftoit d'Iroquois dans ce canton
, l'Armée Huronne reprit le chemin
de fes terres . Saint - Caftins voulut remettre
le commandement à Ouabi qui
le refufa . Il l'inftruifit , chemin faifant ,
du deffein où étoit Azakia de mourir
perfuadée que lui-même ne vivoit plus,
& qu'il exigeoit qu'elle le fuivît ; du
poifon qu'elle avoit préparé à ce fujet ,
& du délai qu'il n'avoit obtenu d'elle
qu'avec peine. Il parloit avec une véhémence
& un attendriffement qui
frapperent le bon Ouabi. Il fe rappella
quelques traits qui l'avoient peu frappé
dans le temps. Mais dans ce dernier
inftant même il ne témoigna rien de ce
qu'il projettoit. On arrive. Azakia ,
qui avoit fait un fecond rêve , regardoit
ce retour comme le fignal de fon
trépas. Quelle eft fa furpriſe de voir
au nombre des vivans l'époux qu'elle
croyoit aller rejoindre au féjour des
efprits ! D'abord elle refta immobile &
muette ; mais bientôt fa joie alloit s'exprimer
par de vives careffes & de longs
difcours. Ouabi reçut les unes , & interrompit
les autres. Enfuite s'adreffant
à Saint- Caftins : Célario , lui dit - il , tu
m'as fauvé la vie , & ce qui m'eft plus
cher encore , tu m'as deux fois confervé.
46 MERCURE DE FRANCE.
Azakia. Elle t'appartient donc plus qu'à
moi. Je t'appartiens moi- même. Vois
fi elle fuffit pour nous acquitter tous les
deux. Je te la céde par reconnoiffance ,
& je ne l'euffe pas cédée pour me tirer
des feux allumés par les Iroquois.
Ce que ce difcours fit éprouver à
Saint- Caftins eft difficile à exprimer,
non qu'il lui parût auffi ridicule , auffi
bifarre qu'il pourra le fembler à certains
Lecteurs. Il fçavoit que le divorce
eft très-fréquent chez les Sauvages. Ils
fe féparent auffi facilement qu'ils s'uniffent.
Mais perfuadé qu'on ne pou
voit céder Azakia fans un effort furnaturel
, il fe croyoit obligé à un effort
équivalent. Il refufa ce qu'il defiroit le
plus , & le refufa en vain il lui fallut
céder à la perfévérance d'Ouabi. Pour
la fidelle Azakia qu'on a vu réſiſter à
toutes les attaques de Saint- Caftins ,
& refufer de furvivre à l'époux qu'elle.
croyoit mort , on s'attend peut - être
qu'elle difputera longtemps fur la féparation
que cet époux lui propofe . Point
du tout. Elle n'avoit jufqu'alors écouté
que le devoir : elle crut qu'il lui étoit
libre enfin d'écouter fon inclination
puifqu'Ouabi l'exigeo it . Les morceaux
de la baguette d'union furent apportés ,
JUILLET. 1763. 47°
réunis & brûlés : Ouabi & Azakia
s'embrafferent pour la dernière fois
& dès ce moment cette jeune & belle
Huronne rentra dans tous fes droits de
fille. On dit même qu'aidé de quelques
Miffionnaires , Saint - Caftins la mit en
état de devenir fa femme dans toutes les
régles . Ouabi , de fon côté , rompit la
baguette avec la jeune Zifma ; & ces.
deux mariages , fi différens par la forme
, furent au fonds également heureux.
Chaque époux , bien affuré de
n'avoir point de concurrens oublia
s'il avoit eu des prédéceffeurs .
tous Sauvages , & l'étoient dans
toute la rigueur du terme. Rien ne le
prouve mieux que la deftinée de certains
François , qui aborderent les premiers
dans cette partie du nouveau monde.
Ils furent mangés par ces hommes
qu'ils prétendoient humanifer & polir.
De nouvelles tentatives eurent un fuccès
plus heureux . On fepouffa les Sauvages
dans l'intérieur du continent : on
conclut avec eux des traités de paix, toujours
mal obfervés : on fit naître chez
eux des befoins qui leur rendirent notre
joug néceffaire. Notre eau -de - vie , notre
tabac firent fans peine , ce que nos
armes euffent opéré plus difficilement.
Bien-tôt la confiance devint réciproque
, & les forêts du Canada furent auffi
librement frequentées par leurs nouveaux
hôtes , que par ceux qu'elles avoient
vû naître .
Elles l'étoient fouvent auffi par des
femmes & des filles Sauvages à qui la
rencontre d'un François ne caufoit nulle
JUILLET. 1763. 31
frayeur. Prèfque toutes ces femmes font
belles , & certainement leur beauté ne
doit rien aux preftiges de l'art . Il n'influe
guères davantage fur leur conduite.
Leur caractère eft naturellement
doux , leur humeur gaie ; elles rient de
la maniere la plus agréable & la plus
attrayante. Elles ont un penchant décidé
pour l'amour , penchant qu'une fille
dans ces Contrées peut fuivre , & fuit
toujours fans fcrupule , fans craindre nul
reproche. Il n'en eft pas ainfi d'une femme
: elle fe doit toute entière à celui
qu'elle a époufé ; & ce qui n'eft . pas
moins digne de remarque , elle remplit
exactement ce devoir,
Une héroïne de cette claffe , & qui
étoit née parmi les Hurons , s'égara un
jour dans une forêt voifine des terres
qu'ils habitent. Elle fut furprife par un
-Soldat François , qui ne daigna point
s'informer fi elle étoit fille ou femme.
Il fe fentoit d'ailleurs , peu difpofé à refpecter
les droits d'un époux Huron . Les
cris que pouffoit la jeune Sauvage , en
fe défendant , attirerent vers cet endroit
le Baron de Saint- Caftins , Officier dans
les troupes du Canada . Il n'eut
pas de
peine à obliger le Soldat de s'éloigner.
Mais celle qu'il venoit de fecourir avoit
Biy
32 MERCURE DE FRANCE.
tant de charmes que cet homme lui parut
excufable . Il fut lui-même tenté d'exiger
le falaire de fa démarche . Il s'y prit
d'une maniere glus engageante que fon
devancier , & ne réuffit pas mieux. L'ami
qui eft devant mes yeux m'empêche de
te voir lui dit la Huronne. C'eft la
phrafe fauvage , pour s'exprimer qu'on
a un mari , & qu'on ne veut abfolument
point lui manquer. Cette phraſe
n'eft pas un vain formulaire ; elle renferme
un refus décifif, & eft commune à
toutes les femmes de ces Nations Barbares
, que notre voifinage & nos
exemples n'ont jamais pu civilifer.
Saint-Caftins , à qui la langue & les
ufages des Hurons étoient familiers , vit
d'abord qu'il n'avoit plus rien à prétendre
, & cette perfuafion rapella toute fa
générofité. Il fe borne donc à accompagner
la belle Sauvage , qui n'étoit venue
que par cas fortuit dans ce bois , &
qui craignoit de nouvelles rencontres .
Chemin faifantil en reçut toutes les marques
de reconnoiffance poffibles , fi on
en excepte celle qu'il avoit d'abord voulu
éxiger.
Au bout de quelque tems Saint- Caf
tins eft infulté par un de fes Confrères,
lui fait un appel , & le tue. L'Officier
JUILLET. 1763. 33
mort étoit neveu du Gouverneur Général
de la Colonie , & ce Gouverneur
étoit auffi abfolu que vindicatif. S .... .
C. ... n'eut d'autre parti à prendre que
la fuite. On préfuma qu'il s'étoit retiré
chez les Anglois de la nouvelle Yorck ,
chofe effectivement très - vraisemblable.
Cependant il n'en fit rien . Perfuadé qu'il
trouveroit un afyle également für parmi
les Hurons , ce fut à eux qu'il donna
la préférence.
Le defir de revoir. Azakia , ( c'eft le
nom de la Sauvage qu'il avoit fecourue ).
entra pour beaucoup dans ce choix . Elle
reconnut d'abord fon libérateur. Sa joie
fut extrême de le retrouver , & elle la lui
témoigna auffi naïvement qu'elle avoit
réfifté à fes attaques. Le Sauvage dont
elle étoit la femme , & qui fe nommoit
Ouabi , fit le même accueil à Saint-Caf
tins. Ce dernier l'inftruifit du motif de
fa fuite . Le Grand- Efprit foit loué , de
t'avoir conduit parmi nous , reprit le
Huron ! Ce corps , ajoûta-t-il , en portant
la main fur fon eftomach , ce corps
te fervira de barrière , & ce cafle - tête
écartera , ou térraffera tes ennemis . Ma'
cabannefera la tienne : tu verras journellement
le grand Aftre reparoître & nous
quitter , fans que rien te manque , ni
puiffe te nuire.
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
Saint- Caftins lui déclara qu'il vouloit
abfolument vivre comme eux
c'eft- à-dire partager leurs travaux ,
leurs
guerres , leurs ufages ; en un mot devenir
Huron : aveu qui redoubla la joie
d'Ouabi. Ce Sauvage tenoit le premier
rang parmi fes femblables ; il étoit leur
Grand Chef , dignité qu'il ne devoit
qu'à fon courage & à fes fervices. If
avcit d'autres Chefs fous lui & offrit
une de ces Places à Saint- Caftins qui
n'accepta que le rang. de fimple guerrier.
LesHurons étoient alors en guerre avec
les Iroquois. Il fut queftion de tenter
une entreprife contre ces derniers . Saint-
Caftins voulut être de cette expédition
& y combattit en Huron déclaré . Mais
il fut bleffé dangereufement. On le
porta , non fans peine , jufques dans la
maifon d'Ouabi fur une efpéce de brancard.
A cette vue Azakia parut accablée
de douleur. Mais elle ne ſe borna
point à le plaindre ; elle fongea à lui
prodiguer les foins & les fecours. Elle
avoit plufieurs Efclaves à fes ordres &
ne fe repofoit que fur elle - même de
ce qui pouvoit tendre au foulagement
de fon hôte. Son activité égaloit fes inquiétudes.
On eût dit que c'étoit une
Amante qui veilloit fur les jours de fon
rapJUILLET.
1763. 35
Amant. Un François ne pouvoit manquer
d'en tirer les conféquences les plus
flateufes , & c'eft ce que fit d'abord
Saint-Caftins. Ses defirs & fes efpérances
renaiffoient avec fes forces . Un feul
point dérangeoit un peu fes vues : c'étoient
les fervices & les attentions d'Ouabi.
Pouvoit-il le tromper fans joindre
l'ingratitude à la perfidie ? Mais, reprenoit
Saint- Caftins , le bon Ouabi n'eft qu'un
Sauvage feroit- il plus vétillard fur cet
article que beaucoup d'honnêtes gens de
notre Europe ? Cette raifon , qui n'en
étoit pas une , parut très-folide à l'amoureux
François. Il renouvella fes
tendres avances , & fut furpris d'éffuyer
de nouveaux refus. Arrête ! Celario
( c'eſt le nom fauvage qu'on avoit donné
à Saint- Caftins ) arrête , lui dit Azakia
: les tronçons de la baguette que
j'ai rompu avec Ouabi n'ont pas encore
été réduits en cendres. Une partie reſte
encore en fon pouvoir & l'autre au
mien. Tant qu'ils fubfifteront , je ſuis à
Jui & ne puis être à toi. Ce difcours prononcé
d'un ton ferme , déconcerta un
peu Saint- Caftins. Il n'ofoit prèſque
plus infifter & tomba dans une trifte
rêverie. Azakia en fut touchée. Que
faire? lui dit- elle ; je ne puis devenir ta
B
vj
36 MERCURE DE FRANCE.
compagne qu'en ceffant d'être celle
d'Ouabi ; & je ne puis quitter Ouabi
fans lui caufer la trifteffe que tu éprouves
toi- même . Réponds - moi , l'a-t-il mérité
? Non ! s'écria vivement Célario
non! il mérite fur moi toute préférence
; mais il faut que j'abandonne & fa
demeure & même cette habitation . Ce
n'eft qu'en ceffant de voir Azakia que
je puis ceffer d'être ingrat envers Ouabi.
Ces mots firent palir la jeune fauvage.
Ses larmes coulerent prèſque
auffi -tôt , & elle ne chercha point à
les cacher. Ah ! ingrat Célario , s'écriat-
elle , en fanglottant & lui preffant les
mains entre les fiennes , ingrat Célario !
eft-il bien vrai que tu veuilles quitter
ceux à qui tu es plus cher que la lumière
du grand Aftre ? Que t'avonsnous
fait pour nous abandonner ? Te
manque - t - il quelque chofe ? Ne me
vois-tu pas fans ceffe à tes côtés comme
l'Efclave qui n'attend que le fignal
pour obéir ? Pourquoi veux-tu qu'Azakia
meure de triftefle ? Tu ne peux
la quitter fans emporter fon âme elle
eft à toi , comme fon corps à Ouabi....
L'arrivée de ce dernier empêcha Saint-
Caftins de répondre . Pour Azakia , elle
" Continuoit à pleurer fans fe contrain-
"
JUILLET. 1763 . 37
dre , fans même en cacher un inftant
la caufe. Ami , dit-elle , au Huron , tu
vois encore Célario , tu le vois , tu peux
lui parler & l'entendre : mais bien-tôt
il va difparoître à nos yeux , il va chercher
d'autres amis.... D'autres amis !
s'écria le Sauvage , prèſque auffi allarmé
qu'Azakia même ; eh quoi ? mon
cher Célario , quelle raifon te porte à
t'arracher toi-même de nos bras ? Astu
reçu ici quelque injure , quelque
dommage ? Réponds- moi ; tu fçais que
j'ai de l'autorité dans ces lieux. Je te
jure , par le grand Efprit , que tu feras
fatisfait & vengé.
Cette queftion devenoit embarraffante
pour Saint- Caftins. Il n'avoit nul
fujet raisonnable de fe plaindre , & le
vrai motif de fa réfolution devoit être
abfolument ignoré d'Ouabi. Il lui fallut
fe rejetter fur quelques raifons bannales
, & que le bon Ouabi trouva
très - ridicules . Parlons d'autre chofe ,
ajouta-t-il ; demain je pars pour une expédition
contre les Iroquois ; & ce foir
je donne à nos Guerriers le repas d'ufage.
Prends part à cet amufement ,
mon cher Célario ; .... j'en veux prendre
également à vos périls & à vos travaux
, interrompit Saint - Caftins ; je
a
38 MERCURE DE FRANCE.
fuis de cette nouvelle expédition. Tes
forces trahiroient ton courage , repliqua
le Chef des Hurons : c'eft peu de
fçavoir affronter la mort ; il faut pouvoir
le donner à l'ennemi ; il faut
pouvoir le pourfuivre , s'il prend la fuite
, & même pouvoir l'éviter , s'il eft
trop fupérieur. Telles furent , dans tous
les temps , nos maximes guerrieres . Ne
fonge donc , pour le moment , qu'à te
guérir , & à veiller fur cette habitation
durant mon abfence . Je t'en confie le
foin & la charge. Il eût été fuperflu
que le François repliquât. Bientôt les
Guerriers s'affemblent & le feftin commence.
A peine eft - il fini , que la troupe
fe met en marche , & que Saint- Caf
tins refte plus que jamais expofé aux
charmes d'Azakia.
Il eft certain que cette jeune Sauvage
aimoit fon Hôte , & l'aimoit d'un
amour purement métaphyfique , fans ,
pourtant , fe douter de ce que c'étoit
qu'un pareil amor . Elle prit même une
réfolution que nos Métaphyficiennes ,
dans ce genre , ne prendroient certainement
pas ; ce fut de procurer à
Saint- Caftins , l'occafion d'obtenir d'u
ne autre , ce qu'elle-même s'obtinoit
à lui refufer. La rivale qu'elle fe donna
JUILLET . 1763. 39
lire
étoit des plus propres à opérer cette
éfpèce de diverfion . Elle n'avoit que
dit-huit ans , étoit très- belle , & ce qui
ne devenoit pas moins néceffaire , étoit
encore fille. J'ai déja dit que chez ces
Nations une fille jouit de la plus grande
liberté. Saint-Caftins , excité par Azakia
, eut divers entretiens avec Zifma ,
c'eſt le nom de cette jeune Huronne.
Au bout de quelques jours , il put
dans fes yeux qu'elle feroit moins févère
que fon amie. On ne dit point
s'il profita de la découverte du moins
ne lui fit-elle point oublier Azakia ,
qui de fon côté , fans doute , ne vouloit
point être oubliée. Saint Caftins
fe fentoit , malgré lui , ramené vers
elle. Un incident , qui par- tout ailleurs
eût contribué à les unir , fut prêt à les
Téparer pour jamais.
:
On apprit par quelques fuyards , plus
diligens que les autres , qu'Ouabi avoit
donné dans une embuscade d'Iroquois ,
qu'il avoit perdu une partie de fa troupe
, & étoit lui-même refté fur le champ
de bataille. Cette nouvelle caufa de
juftes regrets à Saint- Caftins . Sa générofité
lui fit mettre à l'écart toute
vue d'intérêt. Il oublioit qu'en perdang
un ami , il fe trouvoit défait d'un R
40 MERCURE DE FRANCE .
val. D'ailleurs , la mort de ce Rival
pouvoit entraîner celle d'Afakia même.
Ses jours , dès ce moment , dépendoient
du caprice d'un fonge. Ainfi
le vouloit un ufage fuperftitieux , confacré
de tous temps parmi ces Peuples.
Si dans l'espace de quarante jours , une
Veuve , qui vient de perdre fon époux
le voit & lui parle en fonge deux fois
de fuite , elle en infére qu'il a beſoin
d'elle dans le pays des âmes , & rien
ne peut la difpenfer de fe donner la
mort.
Azakia étoit d'avance réfolue d'obéir
à cet ufage , fi le double fonge
avoit lieu. Elle regrettoit fincérement
Quabi , & quoique Saint - Caftins lui
fournît matiere à d'autres regrets en
mourant , le préjugé l'emportoit fur
l'inclination. Il n'eft pas facile d'exprimer
les inquiétudes , les terreurs qui
tourmentoient l'Amant de cette belle
& crédule Huronne . Chaque nuit il fè
la figuroit en proie à ces vifions finiftres
; il ne l'abordoit chaque matin
qu'en frémiffant. Un jour , enfin , il la
trouva qui préparoit un breuvage mortel.
C'étoit le fuc d'une racine de Citronnier
, poifon , qui dans cette Contrée,
ne manque jamais fon coup. Tu
JUILLET. 1763 . 41
vois , mon cher Célario , lui dit Azakia,
tu vois les apprêts du long voyage
qu'Ouabi m'ordonne de faire.... Ciel !
interrompit Saint - Caftins , pouvez-vous
en croire un fonge qui vous abuſe ?
une illufion frivole & trompeufe ? Arrête
, Célario , reprit la Huronne , tu
t'abufes toi-même . Ouabi s'eft montré
à moi la nuit dernière ; il m'a pris la
main en m'ordonnant de le fuivre . La
pefanteur de mon corps s'y oppofoit.
Ouabi s'eft éloigné d'un air trifte. Je
l'appellois. Pour toute réponſe , il m'a
tendu les bras , & enfuite a difparu . Il
reviendra , fans doute , mon cher Célario
: il faudra lui obéir ; & après t'avoir
pleuré , j'avalerai ce breuvage qui doit
affoupir mon corps ; j'irai rejoindre
Quabi dans le féjour des âmes.
Ce difcours mit Saint- Caftins hors
de lui-même. Il y oppofa tout ce que
la raifon , la douleur & l'amour pûrent
lui fuggérer de plus convaincant ; rien
ne parut l'être à la jeune Sauvage . Elle
pleuroit , mais perfévéroit dans fon deffein.
Tout ce que le défolé François
put obtenir d'elle , fut qu'en fuppofant
même qu'Ouabi lui apparût une feconde
fois en fonge , elle attendroit pour
fe donner la mort , qu'elle fût un peu
42 MERCURE DE FRANCE .
mieux affurée de la fienne : chofe que
Saint-Caftins fe propofoit de vérifier
au plutôt.
Les Sauvages n'échangent ni ne tachetent
point leurs prifonniers. Ils fe bornent
à les arracher des mains de l'ennemi
quand ils le peuvent. Quelquefois
le Vainqueur deftine fes Captifs à l'efclavage
; le plus fouvent il les fait mou
rir. Telle eft furtout la maxime des
Iroquois . Il y avoit donc à préfumer
qu'Ouabi étoit mort de fes bleffures ,
ou avoit été brulé par cette Nation barbare.
Azakia le croyoit encore plus que
tout autre . Mais Saint - Caftins vouloit
qu'au moins elle en doutât. De fon
côté il ranime le courage des Hurons
& propofe une nouvelle entreprife contre
l'Ennemi. Elle eft approuvée . Il
s'agiffoit d'élire un Chef. Toutes les
voix fe réuniffent en faveur de Saint-
Caftins qui avoit déja donné des preuves
de fa valeur & de fa conduite . Il
part avec fa troupe ; mais il ne part
qu'après avoir de nouveau tiré parole
d'Azakia qu'en dépit de tous les fonges
qu'elle pourroit faire , elle différera
au moins jufqu'à fon retour , le triſte
Voyage qu'elle médite.
Celui des guerriers Hurons fut des
JUILLET. 1763 . 43
plus heureux. Les Iroquois les croyoient
trop affoiblis , ou trop découragés pour
ofer rien entreprendre Eux- mêmes s'étoient
mis en marche pour venir les attaquer
, & marchoient fans précaution.
Il n'en étoit pas ainfi de la troupe de
Saint- Caftins. Celui- ci avoit envoyé
quelques-uns de fes gens à la découverte.
Ils apperçurent l'Ennemi fans en être
vus , & revinrent en donner avis à leur
Chef. Le terrain fe trouvoit des plus
propres à dreffer une embufcade . Les
Hurons en profiterent fi bien , que les
Iroquois fe virent enfermés lorfqu'ils
croyoient n'avoir aucun rifque à courir.
On les chargea avec une furie qui ne
leur laiffa point le temps de fe reconnoître.
Le plus grand nombre eft tué
fur la place ; le furplus eft eftropié ou
garroté. On marche fur le champ au
plus prochain village . On y furprend
les Iroquois affemblés. Ils alloient jouir
du fpectacle de voir brûler un Huron .
Déja ce dernier chantoit fa chanfon de
mort. C'eft à quoi ne manque jamais
tout Sauvage que l'Ennemi eft prêt à
faire périr . De grands cris & une grêle
de coups de fufil eurent bientôt di perfé
la foule des curieux . On tue & les
fuyards , & ceux qui veulent réſiſter.
44 MERCURE DE FRANCE.
Toute la férocité fauvage fe déploie .
Vainement Saint - Caftins s'efforçoit
d'a rêter le carnage . Il ne fauva qu'avec
peine un petit nombre de femmes
& d'enfans. Il craignoit furtout qu'au
milieu de ce tumulte horrible , Ouabi
ne fût maffacré lui-même , fuppofé qu'il
vécût encore & fe trouvât dans cette
habitation . Occupé de cette idée , il
accouroit fans relâche d'un endroit à
un autre. Il apperçoit dans une place
où l'on combattoit encore un Prifonnier
attaché à un poteau , & ayant à
fes côtés les apprêts de fa mort ; c'eſtà-
dire de quoi le brûler à petit feu . Le
Chef des Hurons vole vers ce malheureux
captif, rompt fes liens , le reconnoît
, l'embraffe avec des tranfports de
joie. C'étoit Ouabi!
Ce brave Sauvage avoit préféré la
perte de fes jours à celle de fa liberté.
A peine guéri de fes bleffures , on lui
avoit offert la vie fous condition de
refter Efclave . Il avoit choisi la mort
déterminé à fe la donner lui - même fi
elle lui étoit refufée. Mais les Iroquois
étoient gens à lui épargner cette peine.
Un inftant plus tard fes compagnons
n'euffent plus été à temps de le fauver.
Après avoir difperfé ou fait efclave
JUILLET. 1763 . 45
te qui reftoit d'Iroquois dans ce canton
, l'Armée Huronne reprit le chemin
de fes terres . Saint - Caftins voulut remettre
le commandement à Ouabi qui
le refufa . Il l'inftruifit , chemin faifant ,
du deffein où étoit Azakia de mourir
perfuadée que lui-même ne vivoit plus,
& qu'il exigeoit qu'elle le fuivît ; du
poifon qu'elle avoit préparé à ce fujet ,
& du délai qu'il n'avoit obtenu d'elle
qu'avec peine. Il parloit avec une véhémence
& un attendriffement qui
frapperent le bon Ouabi. Il fe rappella
quelques traits qui l'avoient peu frappé
dans le temps. Mais dans ce dernier
inftant même il ne témoigna rien de ce
qu'il projettoit. On arrive. Azakia ,
qui avoit fait un fecond rêve , regardoit
ce retour comme le fignal de fon
trépas. Quelle eft fa furpriſe de voir
au nombre des vivans l'époux qu'elle
croyoit aller rejoindre au féjour des
efprits ! D'abord elle refta immobile &
muette ; mais bientôt fa joie alloit s'exprimer
par de vives careffes & de longs
difcours. Ouabi reçut les unes , & interrompit
les autres. Enfuite s'adreffant
à Saint- Caftins : Célario , lui dit - il , tu
m'as fauvé la vie , & ce qui m'eft plus
cher encore , tu m'as deux fois confervé.
46 MERCURE DE FRANCE.
Azakia. Elle t'appartient donc plus qu'à
moi. Je t'appartiens moi- même. Vois
fi elle fuffit pour nous acquitter tous les
deux. Je te la céde par reconnoiffance ,
& je ne l'euffe pas cédée pour me tirer
des feux allumés par les Iroquois.
Ce que ce difcours fit éprouver à
Saint- Caftins eft difficile à exprimer,
non qu'il lui parût auffi ridicule , auffi
bifarre qu'il pourra le fembler à certains
Lecteurs. Il fçavoit que le divorce
eft très-fréquent chez les Sauvages. Ils
fe féparent auffi facilement qu'ils s'uniffent.
Mais perfuadé qu'on ne pou
voit céder Azakia fans un effort furnaturel
, il fe croyoit obligé à un effort
équivalent. Il refufa ce qu'il defiroit le
plus , & le refufa en vain il lui fallut
céder à la perfévérance d'Ouabi. Pour
la fidelle Azakia qu'on a vu réſiſter à
toutes les attaques de Saint- Caftins ,
& refufer de furvivre à l'époux qu'elle.
croyoit mort , on s'attend peut - être
qu'elle difputera longtemps fur la féparation
que cet époux lui propofe . Point
du tout. Elle n'avoit jufqu'alors écouté
que le devoir : elle crut qu'il lui étoit
libre enfin d'écouter fon inclination
puifqu'Ouabi l'exigeo it . Les morceaux
de la baguette d'union furent apportés ,
JUILLET. 1763. 47°
réunis & brûlés : Ouabi & Azakia
s'embrafferent pour la dernière fois
& dès ce moment cette jeune & belle
Huronne rentra dans tous fes droits de
fille. On dit même qu'aidé de quelques
Miffionnaires , Saint - Caftins la mit en
état de devenir fa femme dans toutes les
régles . Ouabi , de fon côté , rompit la
baguette avec la jeune Zifma ; & ces.
deux mariages , fi différens par la forme
, furent au fonds également heureux.
Chaque époux , bien affuré de
n'avoir point de concurrens oublia
s'il avoit eu des prédéceffeurs .
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Résumé : AZAKIA, ANECDOTE HURONNE.
Au XVIIIe siècle, les relations entre colons français et peuples autochtones au Canada ont commencé par des violences avant de s'apaiser grâce à l'échange de biens comme l'alcool et le tabac, permettant aux Français de circuler librement dans les forêts canadiennes. Les femmes autochtones étaient souvent décrites comme belles et fidèles après le mariage. Une histoire notable met en scène le baron de Saint-Castins, Azakia, une femme huronne, et Ouabi, le chef huron. Saint-Castins, recherché pour meurtre, trouve refuge chez les Hurons où il est accueilli par Azakia et Ouabi. Il participe à une expédition contre les Iroquois et est soigné par Azakia, démontrant sa loyauté. Saint-Castins, amoureux d'Azakia, hésite à trahir Ouabi mais finit par déclarer ses sentiments. Azakia refuse, restant fidèle à Ouabi. Saint-Castins décide alors de partir pour éviter l'ingratitude. Lors d'une embuscade iroquoise, Ouabi est tué. Azakia, suivant une coutume, prépare un poison pour se donner la mort. Saint-Castins la dissuade temporairement. Il mène ensuite une expédition contre les Iroquois et sauve Ouabi, capturé et condamné au bûcher. En juillet 1763, Ouabi, reconnaissant, cède Azakia à Saint-Castins. Libérée de son devoir de veuve, Azakia accepte de suivre son inclination. Les deux couples trouvent finalement le bonheur.
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4238
p. 47-48
VERS sur la convalescence de Madame la Comtesse de BRIONNE.
Début :
L'AMOUR se plaignoit l'autre jour, [...]
Mots clefs :
Convalescence, Amour, Princesse, Peuple
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS sur la convalescence de Madame la Comtesse de BRIONNE.
VERS fur la convalefcence de Madame
la Comteffe de BRIONNE.
L'AMOUR fe plaignoit l'autre jour ,
Il trembloit , dit -on , pour ſa mère.
Les ris , les graces à leur tour
Avoient déja drapé Cythère :
Le deuil régnoit en ce féjour.
La crainte qui les déſeſpére ,
Ne partoit que du Sentiment ;
Et la douleur la plus amére
Annonçoit leur difcernement.
Une illuftre & jeune Princeffe ,
MERCURE DE FRANCE.
Objet de leurs juftes regrets ,
Par les vertus , par fes bienfaits ,
De tous les coeurs captivoit la tendreſſe.
Déja l'infléxible Atropos
Sur elle ofoit lever fes criminels ciſeaux....
Arrête , cruelle ! s'écrie
Un Dieu qui commande à la mort :
Garde-toi de trancher une fi belle vie ;
C'eſt au Ciel à régler ſon ſort,
De fon fiécle qu'elle décore
Refpecte l'amour & l'honneur ;
Qu'elle le foit longtemps encore.
Rentre aux Enfers , & calme la terreur
D'un Peuple entier qui pour elle m'implore
#
Par M. M. ci-devant Officier au Régiment
Etranger de Dunkerque .
la Comteffe de BRIONNE.
L'AMOUR fe plaignoit l'autre jour ,
Il trembloit , dit -on , pour ſa mère.
Les ris , les graces à leur tour
Avoient déja drapé Cythère :
Le deuil régnoit en ce féjour.
La crainte qui les déſeſpére ,
Ne partoit que du Sentiment ;
Et la douleur la plus amére
Annonçoit leur difcernement.
Une illuftre & jeune Princeffe ,
MERCURE DE FRANCE.
Objet de leurs juftes regrets ,
Par les vertus , par fes bienfaits ,
De tous les coeurs captivoit la tendreſſe.
Déja l'infléxible Atropos
Sur elle ofoit lever fes criminels ciſeaux....
Arrête , cruelle ! s'écrie
Un Dieu qui commande à la mort :
Garde-toi de trancher une fi belle vie ;
C'eſt au Ciel à régler ſon ſort,
De fon fiécle qu'elle décore
Refpecte l'amour & l'honneur ;
Qu'elle le foit longtemps encore.
Rentre aux Enfers , & calme la terreur
D'un Peuple entier qui pour elle m'implore
#
Par M. M. ci-devant Officier au Régiment
Etranger de Dunkerque .
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Résumé : VERS sur la convalescence de Madame la Comtesse de BRIONNE.
Le poème célèbre la convalescence de la comtesse de Brionne, dont la santé suscite l'inquiétude de ses proches. Une jeune princesse, admirée pour ses vertus, voit sa vie menacée par la mort personnifiée par Atropos. Un dieu intervient pour sauver la princesse, apaisant ainsi la terreur du peuple. L'auteur est un ancien officier du Régiment Étranger de Dunkerque.
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4239
p. 48-55
LE JUGEMENT DE PÂRIS, PAR Mlle A.... âgée de 17 ans.
Début :
TOI, dont le pouvoir agréable [...]
Mots clefs :
Pâris, Beauté, Cœur, Plaisir, Gloire, Berger, Charmes, Partage
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texteReconnaissance textuelle : LE JUGEMENT DE PÂRIS, PAR Mlle A.... âgée de 17 ans.
LE JUGEMENT DE PARIS ,
PAR Mlle A....âgée de 17 ans .
Tor ,dont le pouvoir agréable
Enchante le coeur & les yeux ;
Toi , que l'on adore en tous lieux ,
Auffi dangereufe qu'aimable ;
Partage frivole & charmant ,
Beauté , que notre aveuglement
Partout a rendu Souveraine !
Faur-il
JUILLET. 1763 . 49
Faut-il que pour de vains defirs ,
L'on ait vu du fein des plaifirs ,
Naître la difcorde & la haine ?
L'éclat de tes appas trompeurs ,
Produifit ce défordre extrême ;
Et dans l'Olympe , les Dieux même
Se difputerent tes faveurs.
Ce jour , où l'amoureux Pelée ;
Vit l'hymen couronnerles voeux ,
Où la fierté fut immolée ,
Aux plaifir de l'Amour heureux ;
Des Dieux l'immortelle affemblée ,
Célébroit de fi tendres noeuds .
Dans leurs jeux , la ſagelle auſtère ,
Dépofoit fa févérité ;
Tout y cédoit au foin de plaire .
La troupe aimable de Cythère ,
Y conduifoit la Volupté ;
Jupiter , ce Dieu redoutable ,
Jupiter même alors aimable ,
Ne refpiroit que la gaîté.
Tu vins troubler , Beauté fatale ;
Ces inftans remplis de douceurs !
Par toi , la Déeſſe infernale ,
Fit régner de noires fureurs.
A peine la troupe céleſte ,
Eut vu cette pomme funefte ,
Prix des plus aimables attraits ;
I. Vol C
50 MERCURE DE FRANCE.
Qu'une jalousie implacable ,
Vint par la fureur redoutable ,
Bannir les amours & la paix .
L'intérêt le plus cher aux Belles ,
Et l'intérêt de leurs appas :
L'on vit parmi les Immortelles,
Naître mille & mille combats.
Minerve , malgré fa fageffe ,
Et Juhon , malgré la fierté ,
De la mère de la tendreffe ,
Veulent éffacer la beauté.
En vain , l'une a pour fon
partage ,
Et la prudence & le courage ;
En vain , l'autre commande aux Dieux ';
Le pouvoir , la gloire , les armes ,
Flatent moins leurs coeurs envieux ,
Que le prix qu'on offre à leurs charmes.
Mais , comment calmer leur courroux ?
Quel Juge équitable & fincère ,
Prononcera l'arrêt févère ,
Où rendent leurs voeux les plus doux ?
En vain de la voûte brillante ,
Leur voix irritée & preffante ,
Implore tous les habitans :
Inutiles empreffemens !
Aucun n'accepte le partage
D'un auffi dangereux emploi ;
Heureux mortel , ce n'est qu'à toi ,
JUILLET. 1763 .
51
Qu'en eſt réſervé l'avantage !
O toi , que par de fages Loix ,
Le fort retient au fonds des bois ,
Berger & Prince tout enſemble ,
C'eſt pourle plaifir de tes yeux ,
Qu'aujourd'hui la Beauté raſſemble
Ses tréfors les plus précieux.
Sur les bords fleuris que le Xanthe ,
Arrofe dans fon heureux cours ,
Páris voyoit couler fes jours.
Le coeur libre , l'âme contente ,>
Il goûtoit un charmant repos ;
Il n'avoit dans cette retraite ,
D'autre fceptre que fa houlette ,
D'autres Sujets que les troupeaux.
O Berger , quelle gloire extrême ,
Se joint à ta félicité !
De Jupiter l'arrêt ſuprême ,
Te rend Juge de la Beauté !
Mais calme un tranfporte qui t'enchante ;
Souvent le plus triſte revers ,
Suit une fortune brillante;
Et le chemin qu'elle préfente ,
Cache mille perils divers.
L'on cherche en vain à le connoître ;
Il est trop aifé d'y gliffer :
Ton bonheur finira peut- être ,
Où ta gloire va commencer,
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
Le moment funeſte s'avance ;
Et les trois célestes objets ,
Viennent chercher la récompenſe ;
Que l'on deftine à leurs attraits :
Paris , que de juftes allarmes ,
Vont en foule agiter ton coeur !
Comment , en voyant tant de charmes ,
Pourras -tu choisir un vainqueur ?
Vois de l'illuftre Souveraine ,
La nobleffe & la majesté ;
Ce front où régne la fierté ,
Et fixe ton ame incertaine,
Mille tréfors te font ouverts ;
Les biens , la fuprême puiffance ;
Les richelles de l'Univers ,
Seront ta jufte récompenfe.
Que pour un deftin fi brillant ,
Le fils de Priam fe décide.....
Mais non ; un objet plus puiffant
Va frapper fon efprit timide.
Viens , augufte Divinité ,
Minerve , à ton Juge enchanté ,
Viens montrer ton air intrépide ,
Ta candeur , ta fimplicité .
Toi feule , aux amans de la gloire ,
1
JUILLET. 1763 .
52
Tu difpenfes du haut des Cieux ,
Et les lauriers , & la victoire ;
La vertu brille dans tes yeux.
Non , ta beauté n'a point d'égales ,
Et Pallas , fans le moindre effort ,
Doit l'emporter für fes rivales ,
Dans l'âme du frère d'Hector.
Mais , quel attrait inévitable
De Paris vient charmer le coeur ?
Vénus , cette Déeffe aimable ,
S'avance d'un air air enchanteur ,
Le fouris tendre & féducteur,
Anime fa bouche agréable ;
D'un air innocent & badin ,
L'Amour qui vole devant elle ,
Aux vives couleurs de fon tein ,
Ajoute une fraîcheur nouvelle .
Quoi ! dit- elle au Berger furpris ,
Devrois-tu balancer encore ?
Se peut-il que Pâris ignore ,
Qui de nous mérite le prix ?
De ces deux fuperbe : Die Tes ,
Lep ouvoir éblouit tes yeux :
Je vois que leurs vaines promeffes ,
Flatent ton coeur ambitieux ;
Mais que tu connois peu les charmes
C iij
54 MERCURE DE FRANCE .
Dont elles t'offrent les douceurs !
Par trop de fang , par trop d'allarmes ,
Elles font payer leurs faveurs.
Fuis des épines fi cruelles ;
Le plaifir t'attend en ce jour :
Viens dans l'Empire de l'Amour ,
Cueillir des fleurs toujours nouvelles.
Par tous les attraits de ma Cour ,
Tu verras ta flamme fervie.
Aime jouis d'un doux retour,
Voilà le plaifir de la vie.
D'un difcours auffi féduisant ,
Pâris ne fçauroit ſe défendre.
Un pouvoir funefte & charmant ,
Malgré lui le force à fe rendre.
Ecoute un peu moins tes defirs ;
Lâche Berger , que vas-tu faire?
Souffre que la Raifon t'éclaire ,
Sur de fi frivoles plaiſirs .
D'un aveugle & fatal caprice ,
Crains plutôt les douces erreurs ;
Vénus lous d'agréables fleurs ,
Cache un funefte précipice ..
Vains éfforts , difcoursfuperflus !
Les honneurs , la brillante gloire ,
Cédent une injufte victoire ,
Aux charmes trompeurs de Vénus .
JUILLET. 1763 .
55
Quel deſtin cet arrêt t'apprête !
Qu'as- tu fait , malheureux Berger ? ]
Hélas , qu'un plaifir paffager
Raffemble de maux fur ta tête !
Ah ! que tes appas font cruels ,
Vénus , inhumaine Déeſſe ! ....
Des pleurs , des regrets éternels ,
Voilà ce que ta main nous laiſſe.
Cependant , que de coeurs furpris ,
T'encenfent au fiécle où nous fommes ;
Et combien de nouveaux Pâris ,
Se trouveroient parmi les hommes !
PAR Mlle A....âgée de 17 ans .
Tor ,dont le pouvoir agréable
Enchante le coeur & les yeux ;
Toi , que l'on adore en tous lieux ,
Auffi dangereufe qu'aimable ;
Partage frivole & charmant ,
Beauté , que notre aveuglement
Partout a rendu Souveraine !
Faur-il
JUILLET. 1763 . 49
Faut-il que pour de vains defirs ,
L'on ait vu du fein des plaifirs ,
Naître la difcorde & la haine ?
L'éclat de tes appas trompeurs ,
Produifit ce défordre extrême ;
Et dans l'Olympe , les Dieux même
Se difputerent tes faveurs.
Ce jour , où l'amoureux Pelée ;
Vit l'hymen couronnerles voeux ,
Où la fierté fut immolée ,
Aux plaifir de l'Amour heureux ;
Des Dieux l'immortelle affemblée ,
Célébroit de fi tendres noeuds .
Dans leurs jeux , la ſagelle auſtère ,
Dépofoit fa févérité ;
Tout y cédoit au foin de plaire .
La troupe aimable de Cythère ,
Y conduifoit la Volupté ;
Jupiter , ce Dieu redoutable ,
Jupiter même alors aimable ,
Ne refpiroit que la gaîté.
Tu vins troubler , Beauté fatale ;
Ces inftans remplis de douceurs !
Par toi , la Déeſſe infernale ,
Fit régner de noires fureurs.
A peine la troupe céleſte ,
Eut vu cette pomme funefte ,
Prix des plus aimables attraits ;
I. Vol C
50 MERCURE DE FRANCE.
Qu'une jalousie implacable ,
Vint par la fureur redoutable ,
Bannir les amours & la paix .
L'intérêt le plus cher aux Belles ,
Et l'intérêt de leurs appas :
L'on vit parmi les Immortelles,
Naître mille & mille combats.
Minerve , malgré fa fageffe ,
Et Juhon , malgré la fierté ,
De la mère de la tendreffe ,
Veulent éffacer la beauté.
En vain , l'une a pour fon
partage ,
Et la prudence & le courage ;
En vain , l'autre commande aux Dieux ';
Le pouvoir , la gloire , les armes ,
Flatent moins leurs coeurs envieux ,
Que le prix qu'on offre à leurs charmes.
Mais , comment calmer leur courroux ?
Quel Juge équitable & fincère ,
Prononcera l'arrêt févère ,
Où rendent leurs voeux les plus doux ?
En vain de la voûte brillante ,
Leur voix irritée & preffante ,
Implore tous les habitans :
Inutiles empreffemens !
Aucun n'accepte le partage
D'un auffi dangereux emploi ;
Heureux mortel , ce n'est qu'à toi ,
JUILLET. 1763 .
51
Qu'en eſt réſervé l'avantage !
O toi , que par de fages Loix ,
Le fort retient au fonds des bois ,
Berger & Prince tout enſemble ,
C'eſt pourle plaifir de tes yeux ,
Qu'aujourd'hui la Beauté raſſemble
Ses tréfors les plus précieux.
Sur les bords fleuris que le Xanthe ,
Arrofe dans fon heureux cours ,
Páris voyoit couler fes jours.
Le coeur libre , l'âme contente ,>
Il goûtoit un charmant repos ;
Il n'avoit dans cette retraite ,
D'autre fceptre que fa houlette ,
D'autres Sujets que les troupeaux.
O Berger , quelle gloire extrême ,
Se joint à ta félicité !
De Jupiter l'arrêt ſuprême ,
Te rend Juge de la Beauté !
Mais calme un tranfporte qui t'enchante ;
Souvent le plus triſte revers ,
Suit une fortune brillante;
Et le chemin qu'elle préfente ,
Cache mille perils divers.
L'on cherche en vain à le connoître ;
Il est trop aifé d'y gliffer :
Ton bonheur finira peut- être ,
Où ta gloire va commencer,
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
Le moment funeſte s'avance ;
Et les trois célestes objets ,
Viennent chercher la récompenſe ;
Que l'on deftine à leurs attraits :
Paris , que de juftes allarmes ,
Vont en foule agiter ton coeur !
Comment , en voyant tant de charmes ,
Pourras -tu choisir un vainqueur ?
Vois de l'illuftre Souveraine ,
La nobleffe & la majesté ;
Ce front où régne la fierté ,
Et fixe ton ame incertaine,
Mille tréfors te font ouverts ;
Les biens , la fuprême puiffance ;
Les richelles de l'Univers ,
Seront ta jufte récompenfe.
Que pour un deftin fi brillant ,
Le fils de Priam fe décide.....
Mais non ; un objet plus puiffant
Va frapper fon efprit timide.
Viens , augufte Divinité ,
Minerve , à ton Juge enchanté ,
Viens montrer ton air intrépide ,
Ta candeur , ta fimplicité .
Toi feule , aux amans de la gloire ,
1
JUILLET. 1763 .
52
Tu difpenfes du haut des Cieux ,
Et les lauriers , & la victoire ;
La vertu brille dans tes yeux.
Non , ta beauté n'a point d'égales ,
Et Pallas , fans le moindre effort ,
Doit l'emporter für fes rivales ,
Dans l'âme du frère d'Hector.
Mais , quel attrait inévitable
De Paris vient charmer le coeur ?
Vénus , cette Déeffe aimable ,
S'avance d'un air air enchanteur ,
Le fouris tendre & féducteur,
Anime fa bouche agréable ;
D'un air innocent & badin ,
L'Amour qui vole devant elle ,
Aux vives couleurs de fon tein ,
Ajoute une fraîcheur nouvelle .
Quoi ! dit- elle au Berger furpris ,
Devrois-tu balancer encore ?
Se peut-il que Pâris ignore ,
Qui de nous mérite le prix ?
De ces deux fuperbe : Die Tes ,
Lep ouvoir éblouit tes yeux :
Je vois que leurs vaines promeffes ,
Flatent ton coeur ambitieux ;
Mais que tu connois peu les charmes
C iij
54 MERCURE DE FRANCE .
Dont elles t'offrent les douceurs !
Par trop de fang , par trop d'allarmes ,
Elles font payer leurs faveurs.
Fuis des épines fi cruelles ;
Le plaifir t'attend en ce jour :
Viens dans l'Empire de l'Amour ,
Cueillir des fleurs toujours nouvelles.
Par tous les attraits de ma Cour ,
Tu verras ta flamme fervie.
Aime jouis d'un doux retour,
Voilà le plaifir de la vie.
D'un difcours auffi féduisant ,
Pâris ne fçauroit ſe défendre.
Un pouvoir funefte & charmant ,
Malgré lui le force à fe rendre.
Ecoute un peu moins tes defirs ;
Lâche Berger , que vas-tu faire?
Souffre que la Raifon t'éclaire ,
Sur de fi frivoles plaiſirs .
D'un aveugle & fatal caprice ,
Crains plutôt les douces erreurs ;
Vénus lous d'agréables fleurs ,
Cache un funefte précipice ..
Vains éfforts , difcoursfuperflus !
Les honneurs , la brillante gloire ,
Cédent une injufte victoire ,
Aux charmes trompeurs de Vénus .
JUILLET. 1763 .
55
Quel deſtin cet arrêt t'apprête !
Qu'as- tu fait , malheureux Berger ? ]
Hélas , qu'un plaifir paffager
Raffemble de maux fur ta tête !
Ah ! que tes appas font cruels ,
Vénus , inhumaine Déeſſe ! ....
Des pleurs , des regrets éternels ,
Voilà ce que ta main nous laiſſe.
Cependant , que de coeurs furpris ,
T'encenfent au fiécle où nous fommes ;
Et combien de nouveaux Pâris ,
Se trouveroient parmi les hommes !
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Résumé : LE JUGEMENT DE PÂRIS, PAR Mlle A.... âgée de 17 ans.
Le poème 'Le Jugement de Paris', rédigé par une jeune fille de 17 ans en juillet 1763, narre l'histoire mythologique du jugement de Paris. Lors d'une fête sur l'Olympe, une pomme d'or destinée à la plus belle des déesses provoque des disputes entre Junon, Minerve et Vénus. Aucune divinité ne souhaitant arbitrer, Paris, un berger vivant près du fleuve Xanthe, est désigné comme juge. Les trois déesses tentent de le séduire avec des offres distinctes : Junon propose puissance et richesse, Minerve offre sagesse et victoire, tandis que Vénus promet amour et plaisir. Paris, séduit par Vénus, la choisit, ce qui scelle son destin tragique. Le poème se termine sur une note mélancolique, soulignant les conséquences désastreuses de ce choix. Il se présente également comme une plainte adressée à Vénus, dénonçant la douleur et la cruauté de ses charmes, qui engendrent larmes et regrets éternels. Malgré cette souffrance, nombreux sont ceux qui continuent de vénérer la déesse. Le texte suggère que beaucoup d'hommes seraient prêts à imiter Paris, connu pour son rôle dans la guerre de Troie en raison de son amour pour Hélène.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4240
p. 55-66
EXTRAIT de quelques Lettres de Madame la Comtesse de GRIGNAN, du Chevalier de GRIGNAN, du Marquis de SEVIGNÉ, & de M. de BUSSY-RABUTIN, Evêque de Luçon.
Début :
De Madame de GRIGNAN à son mari. SI ce Major s'en retourne, je le [...]
Mots clefs :
Chevalier, Poètes, Lettre, Grignan, Simiane, Télémaque, Poètes, Sévigné, Monde, Maladie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de quelques Lettres de Madame la Comtesse de GRIGNAN, du Chevalier de GRIGNAN, du Marquis de SEVIGNÉ, & de M. de BUSSY-RABUTIN, Evêque de Luçon.
EXTRAIT de quelques Lettres de
Madame la Comteſſe de GRIGNAN ,
du Chevalier de GRIGN AN , du Marquis
de SEVIGNÉ , & de M. de Bus-
SY-RABUTIN , Evêque de Luçon .
De Madame de GRIGNAN à fon mari.
*
SII ce Major s'en retourne , je le
chargerai d'une petite lettre de douceur;
* Nous tenons ces Extraits de M l'Abbé Tr2-
blet , de l'Académie Françoife , & il les tenoit de
feu M. le Chevalier de Perrin , Editeur des Lettres
de Mde de Sévigné. Il a bien voulu y joindre
quelques notes.
Civ
36 MERCURE DE FRANCE:
j'y joindrai les nouvelles que je pourrai
attraper ; elles font rares & les plus
confidérables font légères , quand on en
retranche les médifances qui égayent
la converfation.
Mde de Monaco fe meurt : M. Brayer
( fon Médecin , ) lui annonça il y a
deux jours que le temps de la vie étoit
court ; qu'il étoit obligé de l'en avertir ,
afin d'en difpofer pour l'éternité , & c.
Elle envoya querir le P. Céfar , & fe
confeffa fort longtemps ; elle reçut N. S.
fit fon teftament , & avec une fermeté
admirable ; ne parla plus de la mort ,
&c. Elle eft encore au même état , &
fe verra mourir toute en vie , fans perdre
un moment la connoiffance. Il
faut bien de la conftance pour foutenir
longtemps une fi pénible vue ; les feuls
Pères de la Trappe me paroiffent la pouvoir
regarder de fang froid.
A Madame de SIMIANE , fa fille.
Je ne fais d'attrait nouveau à Marfeille
, que la préfence de M. de Ventadour
, qui a choifi ce domicile pour cet
hyver ; cette compagnie me gâte fort
le foleil de Provence. M. de Ventadour
me paroît une violente éclipfe.
JUILLET. 1763. 57
Je m'afflige de l'anéantiffement des
grandes Maifons , c'eſt une parure de
moins au monde.
Sa jeuneffe furannée ( de la bellemère
de Madame de Simiane ) me fait
aimer votre jeuneffe prématurée.
J'ai fort regretté notre Soeur du Janet;
mais pourquoi ? C'eft une Sainte
& elle étoit martyre.
Quoique nous n'ayons pas gran1.
chofe à nous dire , cela ne vous difpenfe
pas de m'inftruire de ce qui vous regarde
, puifque votre filence ne me
difpenfe pas de fentir pour vous bien
de l'amitié ,
Les circonftances de la mort fubite
de Monfieur , ( le 9 Juin 1701. ) font
dignes de grandes réflexions , mais d'ordinaire
les réflexions n'agiffent que
fur les perfonnes qui en ont le moins
de befoin , & qui font déja bien diſpofées.
A la même fur la couche d'une fille.
Je fais peu d'attention à l'efpéce ; il
n'y en a que de deux façons ; ce qui
ne fe fait pas une fois fe répare l'autre.
Cv
58
MERCURE
DE
FRANCE
. Vous avez trouvé le fecret de me
rendre attentive en me parlant de votre
coeur & de votre amitié ; j'ai peſé
vos expreffions ; j'y aurois cru de l'éxagération
, fi je ne vous croyois affez
exacte fur la vérité , pour ne pas dire
une parole qui ne ferve à l'exprimer.
Je fuis très - touchée de vos fentimens
& de pouvoir faire votre joie ou votre
peine , par la manière dont je vivrai
avec vous ; je n'en fçaurois changer ,
quand votre coeur fera fon devoir ; c'eſt
lui qui eft ma régle & qui détermine
mes démonftrations. Vous êtes devenue
fi raiſonnable , fi dégagée des fentimens
qui font les conduites bifarres & capricieufes
, que je puis vous répondre
de moi , parce que je me réponds de
vous. J'ai fort envie que nous éprouvions
l'une & l'autre l'égalité & la
douceur d'un commerce aimable &
tendre. J'ai fort envie de vous avoir
auprès de moi , mais je me pique d'amour
pur & défintéreffé ; vous fçavez
que je connois la richeffe des privations
; le bonheur de s'y accoutumer
eft le plus réel de la vie.
Le Roi d'Espagne ( Philippe V. )
a rempli toutes les lettres comme il remJUILLET
. 1763 . 59
pliffoit tous les efprits & toutes les converfations.
Ne feriez - vous point curieufe
de voir en ce pays Mrs les Princes ?
C'est une belle occafion de leur en
faire les honneurs. Mais il ne faut point
tenter le jeune Télémaque de s'arrêter
dans le cours de fes voyages , ni lui préfenter
quelqu'un de plus aimable qu'Eu
charis & qu'il auroit peut-être plus de
peine à quitter. Cette raifon vous retiendra.
Je fuis peu furpriſe de vos profpérités
chez M. & Mde de Chamillard. Ce
n'eft pas à leur bonté & à leur égalité
que vous devez leur conftance , c'eft
à vous & à leur bon goût. Je ne vous
parle point de mon retour , parce que
ce difcours eft inutile , à vous qui favez
mes fentimens , & au monde qui ne
s'en foucie point.
Le fimple récit de l'accident du Chevalier
de Grignan fuffit pour vous faire
faire toutes les réfléxions au grand mépris
de la prévoyance de la prudence
humaine ; il vient ici pour éviter les
douleurs , & il y trouve des accidens
qui lui font fouffrir des douleurs infupportables.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
On ne peut mander une maladie
d'une manière plus propre à raffurer
que vous me mandez celle de mon frère
( le Marquis de Sévigné) ; cela s'appelle
une maladie digne d'envie : c'eft la
peur d'avoir la migraine qui le retient
dans ſa chambre , qui raffemble le monde
chez lui , qui vous amufe tous .
En vérité je le plaindrai quand il jugera
à propos de fe guérir.
J'ai fçu votre voyage de Champlatreux;
je me fuis repréfenté vos plaifirs ; ils
auroient été plus parfaits,fi le malheur au
jeu ne les avoit troublés. Je fuis dans
l'épreuve de cette forte de tribulation ;
la Cométe déconcerte ma tranquillité ,
comme les As rouges démontent M.
de Grignan. Mde de Rochebonne fait
avec moi la récolte de ce qui manque à
la médiocrité de fes revenus , & je fuis
fa dupe , fans pouvoir me corriger de
mal jouer ni de jouer.
Il faut faire un éffort pour tirer M.
de Simiane d'une charge de fubalterne ;
bonne pour y paffer , & humiliante
quand on y féjourne trop long-temps .
J'ai eu ici Mde de Simiane , elle eft
JUILLET. 1763.
61
cent fois plus jeune que vous ; mais
toujours utile à fa famille par fon attention
habile. Elle eft inquiéte de ces
mouvemens de Troupes qui préfagent
la guerre. Je ne fçais fi elle fera auffi
effective qu'elle eft apparente ; mais il y
a bien affez de l'apparence pour éffrayer.
On m'a dit que le P. le Rat * avoit
fuccédé au P. Malinco ; cela fera des
Rates , ou des Eratées , ou bien des
Ratières ; la terminaiſon n'empêche pas
que la conduite ne foit folide .
On n'obtiendra jamais ma compaffion
par quelque chofe d'auffi defirable
à mes yeux que la fécondité.
Du Chevalier de Grignan , à Mde de
Grignan , fa belle-foeur.
Tous vos parens vous embraffent .
Moi qui fuis parent , je vous embraffe
auffi ma chère Soeur. Nous fommes
ici dans la lecture des Ouvrages de ma
Soeur qui ont pour titre : Abrégé des
vertus de notre Soeur une telle ; elle y
rapporte qu'une béate avoit tant de
faim après une maladie, qu'elle mangeoit
De l'Oratoire , Confeffeur de Mlle de Grie
gnan & de Mde de Sévigné la Bru,
62 MERCURE DE FRANCE.
du bois ; enfin le Diable la tenta , elle
mangea du pain bis ; le Confeffeur
fçachant que c'étoit par une faim qui
fuivoit une maladie , au lieu de lui ordonner
une pénitence , lui dit d'en manger
tous les matins autant.
De Mde de Grignan à Mde de
Simiane.
*
J'ai été incommodée & me fuis guérie
fans reméde ; je fuis perfuadée de
votre inquiétude , & que vous voulez
que je dure autant que l'Univers . Ne
manquez pas à m'envoyer l'Opéra de
Télémaque ; je le lirai avec grand plaifir
, en attendant celui que j'aurai de le
voir ; car je furmonterai l'ennui qui
m'empêche d'aller aux autres Opéra ,
pour voir celui-là . Je crois que M. de
Cambrai fera obligé d'en faire les vers
s'il faut que ce foit un bel - efprit &
un grand Archevêque qui les faffe ;
mais ce n'eft point un Archevêque qui
a fait l'Ile de Calipfo ni Télémaque ;
c'eft le Précepteur d'un grand Prince.
>
* C'eft celui que Danchet & Campra mirent au
Théâtre en 1704.& qu'ils avoient compofé de divers
Fragmens d'autres Opéra . Mde de Grignan
croyoit que cette Tragédie étoit entiérement
nouvelle.
JUILLET. 1763. 63
qui devoit à fon difciple l'inftruction
néceffaire pour éviter tous les écueils
de la vie humaine , dont le plus grand
eft celui des paffions. Il vouloit lui donner
de fortes impreffions des défordres
que caufe ce qui paroît le plus agréable
, & lui apprendre que le grand reméde
eft la fuite du péril. Voilà de
grandes & d'utiles inftructions , fans
compter toutes celles qui fe trouvent
dans ce livre , capable de former un
honnête homme & un grand Prince . Si
dans cet Opéra qu'on fait , on conſerve
cet efprit & ce caractère , il fera plus
de fruit que les Sermons du P. Maffillon.
Vous n'avez pas pris chez lui &
chez fes Confrères le ridicule que vous
voulez donner à Télémaque ; les Pères
de l'Oratoire fçavent trop que l'ufage
eft de faire lire les Poëtes aux jeunes
gens. Les Poëtes font pleins d'une peinture
terrible des paffions , il n'y en a
aucune de cette nature dans Télémaque ;
tout y eft délicat , pur , modefte , & le;
reméde eft toujours prêt & toujours
prompt. Les Poëtes anciens n'ont pas eu
ces précautions , & font pourtant admis
dans les Colléges par les Docteurs les plus
févères ; le Port-Royal a traduit Terence
, Plaute , Petrone. M. d'Andilly
64 MERCURE DE FRANCE.
( Arnauld ) a traduit le 4 & le 6º L. de
l'Eneide ; perfonne ne l'obligeoit à mettre
en langue vulgaire & dans les mains
de tout le monde la peinture de la paffion
la plus forte & la plus funefte qui
ait jamais été ; il le faifoit pour aider
quelque Précepteur de fes amis a inftruire
quelque Difciple de Port-Roval.
Vous voyez donc que ces Meffieurs ne
vous avoueroient pas , s'ils fçavoient
que vous tournez en ridicule un Précepteur
qui apprend les Poëtes à fon
Difciple d'une manière pure , délicate ,
& capable de rectifier les autres Poëtes.
qu'il ne peut éviter de lire dans le
cours de fes humanités . Je vous réponds
bien férieufement , ma fille , j'en fuis
honteufe ; car tant que tu parleras en
enfant , je ne dois pas prodiguer la Raifon
& le Raifonnement .
Adieu , ma fille : le Soleil dore nos
montagnes ; les troupeaux bondiffent
dans nos champs ; la joie & la vigilance
animent tous les Acteurs.
La jeuneffe a fes peines comme les
autres âges , & plus rudes à proportion
de fes plaifirs ; c'eft une compenfation
que la Juftice Divine obferve pour la
confolation & humiliation de tous les
JUILLET. 1763.6 65
Mortels , afin qu'ils foient tous égaux
& n'ayent rien à fe reprocher.
Je trouve mon fils ( le Marquis de
Grignan ) d'un efprit fi ferme , fi raifonnable
& fi augmenté en mérite , que je
fuis ravie d'avoir le loifir de le connoître
à fond ; car à Paris ce ne font que
des momens , on ne fait ce qu'on voit.
L'efprit de Madame de Fortia eft vif,
& la charité n'a point encore diminué
l'agrément de fa converſation .
Le mot d'Adieu eft bon à retrancher
à deux coeurs fenfibles & à deux fantés
délicates ; je me fuis donc dérobée & à
vous ce cruel moment.
L'Abbé de Buffy * m'a fait confidence
qu'il n'a point vu de Dévote qu'on
ait tant d'envie de revoir que vous.
* L'Abbé de Buffy étoit le fils du Comte de
Buffy Rabutin ; il fut depuis Evêque de Luçon.
Il fut auffi de l'Académie Françoiſe , & y fuccéda
à M. de la Motte , au commencement de 1732.
M. de Fontenelle répondit fon Difcours de réception
. On peut voir l'éloge de ce Prélat dans le
Temple du Goût par M. de Voltaire , T 2. de fes
Euvres , p. 327 Edition de 1756. Il y parle
comme Mde de Grignan , de l'agrément de fa
converfation .
1
66 MERCURE DE FRANCE .
difficilement trouverez - vous meilleure
compagnie & plus au goût que je vous
ai vu d'un badinage aifé & gai . Je vous
devois l'un à l'autre .
Madame la Comteſſe de GRIGNAN ,
du Chevalier de GRIGN AN , du Marquis
de SEVIGNÉ , & de M. de Bus-
SY-RABUTIN , Evêque de Luçon .
De Madame de GRIGNAN à fon mari.
*
SII ce Major s'en retourne , je le
chargerai d'une petite lettre de douceur;
* Nous tenons ces Extraits de M l'Abbé Tr2-
blet , de l'Académie Françoife , & il les tenoit de
feu M. le Chevalier de Perrin , Editeur des Lettres
de Mde de Sévigné. Il a bien voulu y joindre
quelques notes.
Civ
36 MERCURE DE FRANCE:
j'y joindrai les nouvelles que je pourrai
attraper ; elles font rares & les plus
confidérables font légères , quand on en
retranche les médifances qui égayent
la converfation.
Mde de Monaco fe meurt : M. Brayer
( fon Médecin , ) lui annonça il y a
deux jours que le temps de la vie étoit
court ; qu'il étoit obligé de l'en avertir ,
afin d'en difpofer pour l'éternité , & c.
Elle envoya querir le P. Céfar , & fe
confeffa fort longtemps ; elle reçut N. S.
fit fon teftament , & avec une fermeté
admirable ; ne parla plus de la mort ,
&c. Elle eft encore au même état , &
fe verra mourir toute en vie , fans perdre
un moment la connoiffance. Il
faut bien de la conftance pour foutenir
longtemps une fi pénible vue ; les feuls
Pères de la Trappe me paroiffent la pouvoir
regarder de fang froid.
A Madame de SIMIANE , fa fille.
Je ne fais d'attrait nouveau à Marfeille
, que la préfence de M. de Ventadour
, qui a choifi ce domicile pour cet
hyver ; cette compagnie me gâte fort
le foleil de Provence. M. de Ventadour
me paroît une violente éclipfe.
JUILLET. 1763. 57
Je m'afflige de l'anéantiffement des
grandes Maifons , c'eſt une parure de
moins au monde.
Sa jeuneffe furannée ( de la bellemère
de Madame de Simiane ) me fait
aimer votre jeuneffe prématurée.
J'ai fort regretté notre Soeur du Janet;
mais pourquoi ? C'eft une Sainte
& elle étoit martyre.
Quoique nous n'ayons pas gran1.
chofe à nous dire , cela ne vous difpenfe
pas de m'inftruire de ce qui vous regarde
, puifque votre filence ne me
difpenfe pas de fentir pour vous bien
de l'amitié ,
Les circonftances de la mort fubite
de Monfieur , ( le 9 Juin 1701. ) font
dignes de grandes réflexions , mais d'ordinaire
les réflexions n'agiffent que
fur les perfonnes qui en ont le moins
de befoin , & qui font déja bien diſpofées.
A la même fur la couche d'une fille.
Je fais peu d'attention à l'efpéce ; il
n'y en a que de deux façons ; ce qui
ne fe fait pas une fois fe répare l'autre.
Cv
58
MERCURE
DE
FRANCE
. Vous avez trouvé le fecret de me
rendre attentive en me parlant de votre
coeur & de votre amitié ; j'ai peſé
vos expreffions ; j'y aurois cru de l'éxagération
, fi je ne vous croyois affez
exacte fur la vérité , pour ne pas dire
une parole qui ne ferve à l'exprimer.
Je fuis très - touchée de vos fentimens
& de pouvoir faire votre joie ou votre
peine , par la manière dont je vivrai
avec vous ; je n'en fçaurois changer ,
quand votre coeur fera fon devoir ; c'eſt
lui qui eft ma régle & qui détermine
mes démonftrations. Vous êtes devenue
fi raiſonnable , fi dégagée des fentimens
qui font les conduites bifarres & capricieufes
, que je puis vous répondre
de moi , parce que je me réponds de
vous. J'ai fort envie que nous éprouvions
l'une & l'autre l'égalité & la
douceur d'un commerce aimable &
tendre. J'ai fort envie de vous avoir
auprès de moi , mais je me pique d'amour
pur & défintéreffé ; vous fçavez
que je connois la richeffe des privations
; le bonheur de s'y accoutumer
eft le plus réel de la vie.
Le Roi d'Espagne ( Philippe V. )
a rempli toutes les lettres comme il remJUILLET
. 1763 . 59
pliffoit tous les efprits & toutes les converfations.
Ne feriez - vous point curieufe
de voir en ce pays Mrs les Princes ?
C'est une belle occafion de leur en
faire les honneurs. Mais il ne faut point
tenter le jeune Télémaque de s'arrêter
dans le cours de fes voyages , ni lui préfenter
quelqu'un de plus aimable qu'Eu
charis & qu'il auroit peut-être plus de
peine à quitter. Cette raifon vous retiendra.
Je fuis peu furpriſe de vos profpérités
chez M. & Mde de Chamillard. Ce
n'eft pas à leur bonté & à leur égalité
que vous devez leur conftance , c'eft
à vous & à leur bon goût. Je ne vous
parle point de mon retour , parce que
ce difcours eft inutile , à vous qui favez
mes fentimens , & au monde qui ne
s'en foucie point.
Le fimple récit de l'accident du Chevalier
de Grignan fuffit pour vous faire
faire toutes les réfléxions au grand mépris
de la prévoyance de la prudence
humaine ; il vient ici pour éviter les
douleurs , & il y trouve des accidens
qui lui font fouffrir des douleurs infupportables.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
On ne peut mander une maladie
d'une manière plus propre à raffurer
que vous me mandez celle de mon frère
( le Marquis de Sévigné) ; cela s'appelle
une maladie digne d'envie : c'eft la
peur d'avoir la migraine qui le retient
dans ſa chambre , qui raffemble le monde
chez lui , qui vous amufe tous .
En vérité je le plaindrai quand il jugera
à propos de fe guérir.
J'ai fçu votre voyage de Champlatreux;
je me fuis repréfenté vos plaifirs ; ils
auroient été plus parfaits,fi le malheur au
jeu ne les avoit troublés. Je fuis dans
l'épreuve de cette forte de tribulation ;
la Cométe déconcerte ma tranquillité ,
comme les As rouges démontent M.
de Grignan. Mde de Rochebonne fait
avec moi la récolte de ce qui manque à
la médiocrité de fes revenus , & je fuis
fa dupe , fans pouvoir me corriger de
mal jouer ni de jouer.
Il faut faire un éffort pour tirer M.
de Simiane d'une charge de fubalterne ;
bonne pour y paffer , & humiliante
quand on y féjourne trop long-temps .
J'ai eu ici Mde de Simiane , elle eft
JUILLET. 1763.
61
cent fois plus jeune que vous ; mais
toujours utile à fa famille par fon attention
habile. Elle eft inquiéte de ces
mouvemens de Troupes qui préfagent
la guerre. Je ne fçais fi elle fera auffi
effective qu'elle eft apparente ; mais il y
a bien affez de l'apparence pour éffrayer.
On m'a dit que le P. le Rat * avoit
fuccédé au P. Malinco ; cela fera des
Rates , ou des Eratées , ou bien des
Ratières ; la terminaiſon n'empêche pas
que la conduite ne foit folide .
On n'obtiendra jamais ma compaffion
par quelque chofe d'auffi defirable
à mes yeux que la fécondité.
Du Chevalier de Grignan , à Mde de
Grignan , fa belle-foeur.
Tous vos parens vous embraffent .
Moi qui fuis parent , je vous embraffe
auffi ma chère Soeur. Nous fommes
ici dans la lecture des Ouvrages de ma
Soeur qui ont pour titre : Abrégé des
vertus de notre Soeur une telle ; elle y
rapporte qu'une béate avoit tant de
faim après une maladie, qu'elle mangeoit
De l'Oratoire , Confeffeur de Mlle de Grie
gnan & de Mde de Sévigné la Bru,
62 MERCURE DE FRANCE.
du bois ; enfin le Diable la tenta , elle
mangea du pain bis ; le Confeffeur
fçachant que c'étoit par une faim qui
fuivoit une maladie , au lieu de lui ordonner
une pénitence , lui dit d'en manger
tous les matins autant.
De Mde de Grignan à Mde de
Simiane.
*
J'ai été incommodée & me fuis guérie
fans reméde ; je fuis perfuadée de
votre inquiétude , & que vous voulez
que je dure autant que l'Univers . Ne
manquez pas à m'envoyer l'Opéra de
Télémaque ; je le lirai avec grand plaifir
, en attendant celui que j'aurai de le
voir ; car je furmonterai l'ennui qui
m'empêche d'aller aux autres Opéra ,
pour voir celui-là . Je crois que M. de
Cambrai fera obligé d'en faire les vers
s'il faut que ce foit un bel - efprit &
un grand Archevêque qui les faffe ;
mais ce n'eft point un Archevêque qui
a fait l'Ile de Calipfo ni Télémaque ;
c'eft le Précepteur d'un grand Prince.
>
* C'eft celui que Danchet & Campra mirent au
Théâtre en 1704.& qu'ils avoient compofé de divers
Fragmens d'autres Opéra . Mde de Grignan
croyoit que cette Tragédie étoit entiérement
nouvelle.
JUILLET. 1763. 63
qui devoit à fon difciple l'inftruction
néceffaire pour éviter tous les écueils
de la vie humaine , dont le plus grand
eft celui des paffions. Il vouloit lui donner
de fortes impreffions des défordres
que caufe ce qui paroît le plus agréable
, & lui apprendre que le grand reméde
eft la fuite du péril. Voilà de
grandes & d'utiles inftructions , fans
compter toutes celles qui fe trouvent
dans ce livre , capable de former un
honnête homme & un grand Prince . Si
dans cet Opéra qu'on fait , on conſerve
cet efprit & ce caractère , il fera plus
de fruit que les Sermons du P. Maffillon.
Vous n'avez pas pris chez lui &
chez fes Confrères le ridicule que vous
voulez donner à Télémaque ; les Pères
de l'Oratoire fçavent trop que l'ufage
eft de faire lire les Poëtes aux jeunes
gens. Les Poëtes font pleins d'une peinture
terrible des paffions , il n'y en a
aucune de cette nature dans Télémaque ;
tout y eft délicat , pur , modefte , & le;
reméde eft toujours prêt & toujours
prompt. Les Poëtes anciens n'ont pas eu
ces précautions , & font pourtant admis
dans les Colléges par les Docteurs les plus
févères ; le Port-Royal a traduit Terence
, Plaute , Petrone. M. d'Andilly
64 MERCURE DE FRANCE.
( Arnauld ) a traduit le 4 & le 6º L. de
l'Eneide ; perfonne ne l'obligeoit à mettre
en langue vulgaire & dans les mains
de tout le monde la peinture de la paffion
la plus forte & la plus funefte qui
ait jamais été ; il le faifoit pour aider
quelque Précepteur de fes amis a inftruire
quelque Difciple de Port-Roval.
Vous voyez donc que ces Meffieurs ne
vous avoueroient pas , s'ils fçavoient
que vous tournez en ridicule un Précepteur
qui apprend les Poëtes à fon
Difciple d'une manière pure , délicate ,
& capable de rectifier les autres Poëtes.
qu'il ne peut éviter de lire dans le
cours de fes humanités . Je vous réponds
bien férieufement , ma fille , j'en fuis
honteufe ; car tant que tu parleras en
enfant , je ne dois pas prodiguer la Raifon
& le Raifonnement .
Adieu , ma fille : le Soleil dore nos
montagnes ; les troupeaux bondiffent
dans nos champs ; la joie & la vigilance
animent tous les Acteurs.
La jeuneffe a fes peines comme les
autres âges , & plus rudes à proportion
de fes plaifirs ; c'eft une compenfation
que la Juftice Divine obferve pour la
confolation & humiliation de tous les
JUILLET. 1763.6 65
Mortels , afin qu'ils foient tous égaux
& n'ayent rien à fe reprocher.
Je trouve mon fils ( le Marquis de
Grignan ) d'un efprit fi ferme , fi raifonnable
& fi augmenté en mérite , que je
fuis ravie d'avoir le loifir de le connoître
à fond ; car à Paris ce ne font que
des momens , on ne fait ce qu'on voit.
L'efprit de Madame de Fortia eft vif,
& la charité n'a point encore diminué
l'agrément de fa converſation .
Le mot d'Adieu eft bon à retrancher
à deux coeurs fenfibles & à deux fantés
délicates ; je me fuis donc dérobée & à
vous ce cruel moment.
L'Abbé de Buffy * m'a fait confidence
qu'il n'a point vu de Dévote qu'on
ait tant d'envie de revoir que vous.
* L'Abbé de Buffy étoit le fils du Comte de
Buffy Rabutin ; il fut depuis Evêque de Luçon.
Il fut auffi de l'Académie Françoiſe , & y fuccéda
à M. de la Motte , au commencement de 1732.
M. de Fontenelle répondit fon Difcours de réception
. On peut voir l'éloge de ce Prélat dans le
Temple du Goût par M. de Voltaire , T 2. de fes
Euvres , p. 327 Edition de 1756. Il y parle
comme Mde de Grignan , de l'agrément de fa
converfation .
1
66 MERCURE DE FRANCE .
difficilement trouverez - vous meilleure
compagnie & plus au goût que je vous
ai vu d'un badinage aifé & gai . Je vous
devois l'un à l'autre .
Fermer
Résumé : EXTRAIT de quelques Lettres de Madame la Comtesse de GRIGNAN, du Chevalier de GRIGNAN, du Marquis de SEVIGNÉ, & de M. de BUSSY-RABUTIN, Evêque de Luçon.
Madame de Grignan échange des lettres avec son mari, le Chevalier de Grignan, sa fille Madame de Simiane, le Marquis de Sévigné et M. de Bussy-Rabutin. Elle exprime sa tristesse face à la mort imminente de Madame de Monaco et à la disparition des grandes maisons nobles, ainsi qu'à la perte de sa sœur, qu'elle qualifie de sainte et martyre. Elle mentionne la présence de M. de Ventadour à Marseille et la mort subite de Monsieur. Madame de Grignan parle des succès de sa fille chez M. et Mme de Chamillard, attribués au bon goût et à la confiance mutuelle. Elle relate l'accident du Chevalier de Grignan et la maladie simulée de son frère, le Marquis de Sévigné. Elle partage des anecdotes sur les jeux, les difficultés financières de Mme de Rochebonne et les mouvements de troupes présageant la guerre. Madame de Grignan exprime son inquiétude face à ces mouvements et mentionne un changement de confesseur. Elle souhaite recevoir l'opéra de Télémaque et admire l'Archevêque de Cambrai. Elle décrit la beauté de la nature autour d'elle et exprime sa fierté pour son fils, le Marquis de Grignan, ainsi que son admiration pour l'esprit vif de Madame de Fortia.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4241
p. 66-72
LETTRE du Marquis de SÉVIGNÉ à sa Mère, 1684.
Début :
J'ARRIVE tout présentement de mon dernier voyage, ma très chère Madame [...]
Mots clefs :
Madame, Cœur, Denier, Temps, Vérité, Proposition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE du Marquis de SÉVIGNÉ à sa Mère, 1684.
LETTRE du Marquis de SÉVIGNÉ
à fa Mère , 1684.
J'ARRIVE RRIVE tout préfentement de mon
dernier voyage , ma très- chère Madame
; il a été fort heureux , & toutes les
efpérances que l'on pouvoit avoir , ou
pour mieux dire que M. le Comte de
Mauron pouvoit avoir en lui - même
que je me romprois le cou , font diff
pées ; il faut enfin qu'il fe réfolve à me
onner fa fille. Le même Dieu qui m'a
confervé dans quelques occafions affez
chaudes , m'a confervé auffi dans celle
que je viens d'effuyer , qui étoit en vérité
toute des plus froides. J'ai reçu
vos deux lettres ; vous voulez donc caufer
encore à coeur ouvert ? Eh bien
caufons , ma très- chère Madame ; il y a
encore quelque chofe à fortir ; allons ,
foulageons-nous. Premierement , vous
vous trompez toujours quand vous pre-
*
* Il avoit fait un voyage en Baffe - Bretagne ,
pendant un hyver très- rigoureux .
JUILLET. 1763 . 67
nez ce que dit M. de Mauron , comme
fi je le diſois moi-même . Je vous mande
que M. de Mauron dit que ma four le
méprife, & qu'il femble que cette alliance
lui faffe tort ; moi , je vous le mande
pour vous faire voir qu'il faut que ma
foeur (Mde , de Grignan ) écrive ; vous
me répondez pour me montrer que c'eft
le procédé de M. de Mauron qui eft
plein d'incivilité pour vous. Eh ! vraiment
je le fçais bien ; je le trouve
tout comme vous ; ce n'eft pas moi qu'il
faut perfuader ; mais ce n'eft pas moi
auffi qu'il en faut punir ; & c'est ce que
faifoit ma four avant qu'elle eût écrit.
Elle eft mal contente de M. de Mauron
; elle ne fçait pas bonnement pourquoi
; & là -deffus elle ne veut poi ..
écrire deux lettres qui me font trèsnéceffaires
& qui me caufent des dèfagrémens
infinis dans une famille où
je fuis trop heureux d'entrer. Je trouve
ce raifonnement un peu gauche ,
n'en déplaiſe à la Logique de M. Def
cartes. Remettez-vous done dans l'efprit
, ma très-chere Madame , que je ne
vous ai jamais parlé de moi- même, quand
je vous ai parlé des mépris dont M. de
Mauron fe plaignoit. Je fens fon procédé
pour vous & pour moi comme il le faut
63 MERCURE DE FRANCE.
fentir ; mais enfin , comme vous le difiez
vous-même , le beau de ce jeu-là eft
d'époufer. Il faut donc époufer; ceux qui
prennent intérêt à moi , le doivent faciliter
& vous imiter vous , ma trèschère
Madame, qui m'avez regardé uniquement
dans tout ceci , qui avez écrit
quand je vous l'ai mandé , qui n'avez
point pris à gauche un mauvais point
d'honneur , qui ne me puniffez point
des travers de M. de Mauron , & qui
regardez comme une chofe indifférente
ce que fait M. de Mauron , pourvu qu'il
me donne deux cent mille francs & fa
fille.
Vous dites encore que M. de Mauron
a outragé ma foeur ; c'eft fur cela , ma
très-chère Madame , que je fuis trèsperfuadé
que c'est pour rire que vous
parlez ainfi. Pour vous le faire comprendre
, reprenons un peu vos paroles.
Ma foeur eft outragée. Que lui a-t-on
fait ? On lui a propofé de prendre pour
cent mille francs une Terre qui eft eftimée
par vous-même quarante mille
écus ; voilà un furieux outrage . Quoi !
dans le temps que tout mon bien eft.
eftimé le denier trente , que nous faifons
nos partages fur ce pied-là , que
je n'ai pas un fou marqué de bien que
JUILLET. 1763. 69
fur ce pied -là , ma foeur eft outragée
de ce qu'on lui propofe de prendre une
Terre qui ne fait que le tiers de fon
bien , au denier vingt - cinq ? Trouvezvous
en votre confcience que M. de
Mauron eût grand tort , quand il mandoit
à Mde de Tifé , deux jours avant
que je partiffe pour aller à Vannes , afin
de la difpofer à cette rupture qu'il méditoit
, fi la procuration eût encore tardé
; qu'il étoit tout- à- fait furpris de la
difficulté qu'on faifoit fur l'Article de
Bourbilly ; qu'en faveur de la naiffance
& du mérite de M. de Sévigné ( ce
font fes propres termes ) il vouloit bien
eftimer fes terres le denier trente , comme
il étoit porté par le grand du bien ;
& que cependant , quand on venoit au
fait & au prendre , on n'eftimoit ce qui
devoit revenir à ma foeur, que le denier
quinze. Mde de Coiflin lui avoit demandé
dix mille écus de retour , &
voilà fur quoi étoient fondés ces difcours
de prédilection , dont vous avez
été choquée avec raifon , mais qui n'étoient
point hors de propos dans la
bouche d'un Etranger qui ne fçait pas
le détail de votre conduite , qui n'a nul
égard à la différence de l'année 69 à
l'année 83 , & qui regarde fimplement
70 MERCURE DE FRANCE.
les chofes comme elles font dans le
temps préfent. Faites Juges qui il vous
plaira de ce raifonnement ; & s'il fe
trouve quelqu'un qui vous dife que ma
four y foit outragée , je veux qu'on me
coupe les deux oreilles. Ne parlons
donc plus d'outrages , & confidérez ,
s'il vous plaît que moi , par un trèsprofond
refpe&t que j'ai & que je dois
avoir pour vos volontés , qui connois
la droiture de vos fentimens , la bonté
de votre coeur , la jufteffe de vos raiſonnemens
, quand vous mariâtes ma foeur ;
qui fuis d'ailleurs pénétré de reconnoiffance
de ce que vous faites pour moi
dans cette occafion , qui eft beaucoup
plus que ce que vous avez fait pour ma
foeur , vû la différence des temps & les
angoiffes cù vous êtes , j'ai toujours ôté
à ma foeur tout ce qu'il pouvoit y avoir
d'amer dans la propofition toute jufte &
toute raisonnable que lui faifoit M. de
Mauron. Vous m'allez dire qu'elle n'eft
ni jufte ni raifonnable ; mais mettezvous
à la place de M. de Mauron ; donnez
deux cent mille francs à votre fille ;
voyez venir M. de Sévigné à vous avec
tous fes papiers bien trouffés , & voyez
fi vous ne voudriez pas au moins lui
voir treize mille livres de rente ; &
JUILLET. 1763. 71
puis vous me direz s'il a grand tort. Au
furplus , je finis en vous difant encore
que puifque j'ai toujours ôté à ma Soeur
ce qui pouvoit lui déplaire dans la propofition
de M. de Mauron , il n'étoit
pas jufte qu'elle m'en punît , & qu'elle
me fit fouffrir des défagrémens qu'elle
pouvoit m'ôter à bien meilleur marché ,
que je ne lui ôte ceux de la propofition
de M. de Mauron. Enfin elle a écrit ;
je lui en ai promis de la reconnoiſſance ;
je la lui témoignerai le prochain Ordinaire
, & écrirai à M. l'Archevêque
d'Arles , & à M. de la Garde ; je n'ai
pas le temps , la pofte va partir.
J'ai le coeur fort ferré de ce que vous
appellez votre chambre des Rochers ,
votre défunte chambre. Y avez -vous
donc renoncé , ma très- chère Madame ?
Voulez-vous donc rompre tout commerce
avec votre fils , après avoir tant
fait pour lui ? Voulez - vous vous ôter
à lui , & le punir comme s'il avoit manqué
à tout ce qu'il vous doit ? Mon
mariage ne répareroit pas un tel malheur
, & je vous aime mille fois mieux
que tout ce qu'il y a dans le monde .
Mandez -moi , je vous fupplie , quelque
chofe là- deffus ; car j'ai , en vérité , le
72 MERCURE DE FRANCE.
coeur fi gros , que s'il n'y avoit du monde
dans ma chambre
à l'heure qu'il eſt ,
je ne pourrois
m'empêcher
de pleurer. Adieu , ma très- chère Madame
; ne renoncez
point à votre fils ; il vous adore , & vous fouhaite
toute forte de bonheur
avec autant de vérité & d'ardeur
qu'il fouhaite
fon propre
falut.
Apoftille pour M. **.
Toutes vos hardes font enchantées ;
mais vous m'avez oublié des bas de
foie. Envoyez- m'en par la Pofte au plutôt
, de la même couleur que l'habit.
N'oubliez pas , s'il vous plaît , des
bas de foye verts & des garnitures de
rubans pour la Future.
Adieu , mon très- cher ; me renoncezvous
auffi ? ma foi je ne payerai point
M. d'Harouis * fi vous voulez tous
m'abandonner.
* Tréforier- Général des Etats de Bretagne ,
à fa Mère , 1684.
J'ARRIVE RRIVE tout préfentement de mon
dernier voyage , ma très- chère Madame
; il a été fort heureux , & toutes les
efpérances que l'on pouvoit avoir , ou
pour mieux dire que M. le Comte de
Mauron pouvoit avoir en lui - même
que je me romprois le cou , font diff
pées ; il faut enfin qu'il fe réfolve à me
onner fa fille. Le même Dieu qui m'a
confervé dans quelques occafions affez
chaudes , m'a confervé auffi dans celle
que je viens d'effuyer , qui étoit en vérité
toute des plus froides. J'ai reçu
vos deux lettres ; vous voulez donc caufer
encore à coeur ouvert ? Eh bien
caufons , ma très- chère Madame ; il y a
encore quelque chofe à fortir ; allons ,
foulageons-nous. Premierement , vous
vous trompez toujours quand vous pre-
*
* Il avoit fait un voyage en Baffe - Bretagne ,
pendant un hyver très- rigoureux .
JUILLET. 1763 . 67
nez ce que dit M. de Mauron , comme
fi je le diſois moi-même . Je vous mande
que M. de Mauron dit que ma four le
méprife, & qu'il femble que cette alliance
lui faffe tort ; moi , je vous le mande
pour vous faire voir qu'il faut que ma
foeur (Mde , de Grignan ) écrive ; vous
me répondez pour me montrer que c'eft
le procédé de M. de Mauron qui eft
plein d'incivilité pour vous. Eh ! vraiment
je le fçais bien ; je le trouve
tout comme vous ; ce n'eft pas moi qu'il
faut perfuader ; mais ce n'eft pas moi
auffi qu'il en faut punir ; & c'est ce que
faifoit ma four avant qu'elle eût écrit.
Elle eft mal contente de M. de Mauron
; elle ne fçait pas bonnement pourquoi
; & là -deffus elle ne veut poi ..
écrire deux lettres qui me font trèsnéceffaires
& qui me caufent des dèfagrémens
infinis dans une famille où
je fuis trop heureux d'entrer. Je trouve
ce raifonnement un peu gauche ,
n'en déplaiſe à la Logique de M. Def
cartes. Remettez-vous done dans l'efprit
, ma très-chere Madame , que je ne
vous ai jamais parlé de moi- même, quand
je vous ai parlé des mépris dont M. de
Mauron fe plaignoit. Je fens fon procédé
pour vous & pour moi comme il le faut
63 MERCURE DE FRANCE.
fentir ; mais enfin , comme vous le difiez
vous-même , le beau de ce jeu-là eft
d'époufer. Il faut donc époufer; ceux qui
prennent intérêt à moi , le doivent faciliter
& vous imiter vous , ma trèschère
Madame, qui m'avez regardé uniquement
dans tout ceci , qui avez écrit
quand je vous l'ai mandé , qui n'avez
point pris à gauche un mauvais point
d'honneur , qui ne me puniffez point
des travers de M. de Mauron , & qui
regardez comme une chofe indifférente
ce que fait M. de Mauron , pourvu qu'il
me donne deux cent mille francs & fa
fille.
Vous dites encore que M. de Mauron
a outragé ma foeur ; c'eft fur cela , ma
très-chère Madame , que je fuis trèsperfuadé
que c'est pour rire que vous
parlez ainfi. Pour vous le faire comprendre
, reprenons un peu vos paroles.
Ma foeur eft outragée. Que lui a-t-on
fait ? On lui a propofé de prendre pour
cent mille francs une Terre qui eft eftimée
par vous-même quarante mille
écus ; voilà un furieux outrage . Quoi !
dans le temps que tout mon bien eft.
eftimé le denier trente , que nous faifons
nos partages fur ce pied-là , que
je n'ai pas un fou marqué de bien que
JUILLET. 1763. 69
fur ce pied -là , ma foeur eft outragée
de ce qu'on lui propofe de prendre une
Terre qui ne fait que le tiers de fon
bien , au denier vingt - cinq ? Trouvezvous
en votre confcience que M. de
Mauron eût grand tort , quand il mandoit
à Mde de Tifé , deux jours avant
que je partiffe pour aller à Vannes , afin
de la difpofer à cette rupture qu'il méditoit
, fi la procuration eût encore tardé
; qu'il étoit tout- à- fait furpris de la
difficulté qu'on faifoit fur l'Article de
Bourbilly ; qu'en faveur de la naiffance
& du mérite de M. de Sévigné ( ce
font fes propres termes ) il vouloit bien
eftimer fes terres le denier trente , comme
il étoit porté par le grand du bien ;
& que cependant , quand on venoit au
fait & au prendre , on n'eftimoit ce qui
devoit revenir à ma foeur, que le denier
quinze. Mde de Coiflin lui avoit demandé
dix mille écus de retour , &
voilà fur quoi étoient fondés ces difcours
de prédilection , dont vous avez
été choquée avec raifon , mais qui n'étoient
point hors de propos dans la
bouche d'un Etranger qui ne fçait pas
le détail de votre conduite , qui n'a nul
égard à la différence de l'année 69 à
l'année 83 , & qui regarde fimplement
70 MERCURE DE FRANCE.
les chofes comme elles font dans le
temps préfent. Faites Juges qui il vous
plaira de ce raifonnement ; & s'il fe
trouve quelqu'un qui vous dife que ma
four y foit outragée , je veux qu'on me
coupe les deux oreilles. Ne parlons
donc plus d'outrages , & confidérez ,
s'il vous plaît que moi , par un trèsprofond
refpe&t que j'ai & que je dois
avoir pour vos volontés , qui connois
la droiture de vos fentimens , la bonté
de votre coeur , la jufteffe de vos raiſonnemens
, quand vous mariâtes ma foeur ;
qui fuis d'ailleurs pénétré de reconnoiffance
de ce que vous faites pour moi
dans cette occafion , qui eft beaucoup
plus que ce que vous avez fait pour ma
foeur , vû la différence des temps & les
angoiffes cù vous êtes , j'ai toujours ôté
à ma foeur tout ce qu'il pouvoit y avoir
d'amer dans la propofition toute jufte &
toute raisonnable que lui faifoit M. de
Mauron. Vous m'allez dire qu'elle n'eft
ni jufte ni raifonnable ; mais mettezvous
à la place de M. de Mauron ; donnez
deux cent mille francs à votre fille ;
voyez venir M. de Sévigné à vous avec
tous fes papiers bien trouffés , & voyez
fi vous ne voudriez pas au moins lui
voir treize mille livres de rente ; &
JUILLET. 1763. 71
puis vous me direz s'il a grand tort. Au
furplus , je finis en vous difant encore
que puifque j'ai toujours ôté à ma Soeur
ce qui pouvoit lui déplaire dans la propofition
de M. de Mauron , il n'étoit
pas jufte qu'elle m'en punît , & qu'elle
me fit fouffrir des défagrémens qu'elle
pouvoit m'ôter à bien meilleur marché ,
que je ne lui ôte ceux de la propofition
de M. de Mauron. Enfin elle a écrit ;
je lui en ai promis de la reconnoiſſance ;
je la lui témoignerai le prochain Ordinaire
, & écrirai à M. l'Archevêque
d'Arles , & à M. de la Garde ; je n'ai
pas le temps , la pofte va partir.
J'ai le coeur fort ferré de ce que vous
appellez votre chambre des Rochers ,
votre défunte chambre. Y avez -vous
donc renoncé , ma très- chère Madame ?
Voulez-vous donc rompre tout commerce
avec votre fils , après avoir tant
fait pour lui ? Voulez - vous vous ôter
à lui , & le punir comme s'il avoit manqué
à tout ce qu'il vous doit ? Mon
mariage ne répareroit pas un tel malheur
, & je vous aime mille fois mieux
que tout ce qu'il y a dans le monde .
Mandez -moi , je vous fupplie , quelque
chofe là- deffus ; car j'ai , en vérité , le
72 MERCURE DE FRANCE.
coeur fi gros , que s'il n'y avoit du monde
dans ma chambre
à l'heure qu'il eſt ,
je ne pourrois
m'empêcher
de pleurer. Adieu , ma très- chère Madame
; ne renoncez
point à votre fils ; il vous adore , & vous fouhaite
toute forte de bonheur
avec autant de vérité & d'ardeur
qu'il fouhaite
fon propre
falut.
Apoftille pour M. **.
Toutes vos hardes font enchantées ;
mais vous m'avez oublié des bas de
foie. Envoyez- m'en par la Pofte au plutôt
, de la même couleur que l'habit.
N'oubliez pas , s'il vous plaît , des
bas de foye verts & des garnitures de
rubans pour la Future.
Adieu , mon très- cher ; me renoncezvous
auffi ? ma foi je ne payerai point
M. d'Harouis * fi vous voulez tous
m'abandonner.
* Tréforier- Général des Etats de Bretagne ,
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Résumé : LETTRE du Marquis de SÉVIGNÉ à sa Mère, 1684.
Dans une lettre datée de 1684, le Marquis de Sévigné informe sa mère de son retour sans encombre et de l'évolution d'une alliance avec le Comte de Mauron, malgré les réticences initiales de ce dernier. Il demande à sa mère de fournir deux lettres cruciales pour éviter des complications familiales, critiquant sa sœur, Mme de Grignan, qui refuse de les rédiger. Il approuve la proposition de M. de Mauron concernant une terre évaluée à cent mille francs, préférée à une autre estimée à quarante mille écus, justifiant ce choix par les circonstances actuelles. Il loue la droiture et la bonté de sa mère et assure avoir adouci les termes de la proposition pour sa sœur. Il conclut en affirmant que sa sœur ne devrait pas le blâmer pour les termes proposés par M. de Mauron. Dans une autre lettre, le Marquis exprime sa tristesse face à une décision maternelle concernant la propriété appelée 'chambre des Rochers'. Il supplie sa mère de ne pas y renoncer et de ne pas rompre le contact avec lui, soulignant son amour et sa gratitude. Il insiste sur le fait qu'aucun mariage ne pourrait remplacer leur relation et termine en exprimant son chagrin, implorant sa mère de ne pas l'abandonner. Une note marginale demande à une autre personne d'envoyer des bas de soie et des garnitures de rubans pour une future occasion, tout en partageant une inquiétude similaire concernant l'abandon.
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4242
p. 73-76
EXTRAITS de Lettres de M. l'Evêque de LUÇON, (Bussy Rabutin) à Madame de GRIGNAN. 1701 & suivant.
Début :
JE voudrois être avec vous dans ce bois de S. Andiol, à vous dire au pied [...]
Mots clefs :
Madame, Parler, Homme, Mort
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAITS de Lettres de M. l'Evêque de LUÇON, (Bussy Rabutin) à Madame de GRIGNAN. 1701 & suivant.
EXTRAITS de Lettres de M. l'Evêque
de LU ÇON , ( Buffy Rabutin ) à Madame
de GRIGNAN. 1701 & fuivant.
JE
E voudrois être avec vous dans ce
bois de S. Andiol , à vous dire au pied
d'un ormeau , ce qui ne s'y eft jamais
dit , qu'on ne peut être avec plus de
refpect , & c .
Je le crois , Madame ; la régle eſt
d'un grand prix pour le bon goût ; mais
la régle naturelle , quand on l'a , n'a
pas befoin de l'art , & ne peut être que
dangereufe avec lui ; elle rend trop
fcrupuleux ; elle éteint le feu de l'imagination
; on eft toujours le compas à
la main ; rien n'échappe & on ne laiſſe
plus rien échapper. Que deviendront
tous ces endroits vifs des Italiens devant
votre critique ?
Je crois que c'eft un des plus grands
charmes de l'Amour , de paffer pour cequ'on
vaut auprès de ce qu'on aime. La
vanité cherche fon compte dans cette
paffion prèfqu'autant que la volupté.
L'amitié qui eft plus raifonnable , &
I. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
par conféquent plus clair-voyante ,
manque de ce charme.
La fantaifie de faire mon devoir m'a
pris comme une autre .
Pour être cru de vous , Madame , vous
me faites toujours retrancher de la vérité.
Je m'apperçois toujours , Madame, que
votre vue porte mille fois plus loin que
la mienne ; vous voyez diftin &tement
des objets que je ne me doute pas qui
foient au monde , & peut-être cela vous
fait- il négliger ceux qui font groffiers
& palpables , & qui , pour parler vulgairement
, crévent les yeux.
J'en fuis avec la fortune à vouloir feulement
me prouver que j'ai fait toutes
mes diligences envers elle ; & , comme
ceux qui bâtiffent , je m'occupe
moins de voir ma maiſon faite , que
de la faire .
Le fiécle s'eft tourné à ne recevoir
de fainteté que dans une vie privée &
tout-à- fait fimple , c'eft - à - dire dans
des gens fi obfcurs qu'on ne les ait point
vus.
Madame votre fille aime auffi peu de
JUILLET. 1763. 75
gens que fi elle étoit dans le plus grand
monde ; mais elle les aime autant
qu'une Religieufe fçait aimer.
Le Miniftre d'aujourd'hui * ne gagne
pas moins qu'un autre à la mort du
Prince d'Orange ; quelle épine hors du
pied de tout le monde ! car je trouve
que les ennemis gagnent autant que
nous à la mort d'un perturbateur du
repos public. J'admire fa vie ; mais je
fuis bien-aife qu'elle foit finie , nonfeulement
comme François
comme homme.
mais
Il est plus ordinaire & plus facile à
l'homme d'avoir de fauffes vertus , que
de produire des actions contre nature ;
ainfi permettez- nous de douter de la
fincérité des regrets de M. de Cambrai,
( fur la mort de M. de Meaux. )
Il n'eft pas en moi , Madame , de refufer
une occafion de vous écrire ; je
crois toujours avoir mille chofes à vous
dire ; & à bien démêler ce fentiment -là ,
fens qu'il me vient du plaifir que j'aurois
de vous parler fur la plupart des
chofes qui fe préfentent à mon efprit.
* M. de Chamillard qui fuccéda à M. de Barbezieux.
Dij
6 MERCURE DE FRANCE.
Je prends même fouvent la liberté de
vous parler , ou de parler de vous tout
feul ; à la vérité , cela n'a pas l'air d'un
homme trop fage ; mais en lifant furtout
, je penfe : Voilà qui lui plairoit ,
voilà ce qu'elle croit , voilà ce qu'elle ne
croit pas, & ainfi du refte. Pardonnezmoi
, Madame , de vous placer ainfi
par toutes mes penfées ; mais je tâche
à ne vous y placer pas indignement ,
& je vous affure que je fuis bien éloigné
des fentimens que le Roi foupçonnoit
dans Madame de Longueville , il y a
aveu & àveu , comme fagots & fagots.
il ne faut pas ôter aux pénitens la douceur
d'avouer & d'exagérer leurs fautes ,
& à Dieu la gloire qu'il en tire ; je n'oferois
plus , fans frifer l'impiété , venir
à l'application .
de LU ÇON , ( Buffy Rabutin ) à Madame
de GRIGNAN. 1701 & fuivant.
JE
E voudrois être avec vous dans ce
bois de S. Andiol , à vous dire au pied
d'un ormeau , ce qui ne s'y eft jamais
dit , qu'on ne peut être avec plus de
refpect , & c .
Je le crois , Madame ; la régle eſt
d'un grand prix pour le bon goût ; mais
la régle naturelle , quand on l'a , n'a
pas befoin de l'art , & ne peut être que
dangereufe avec lui ; elle rend trop
fcrupuleux ; elle éteint le feu de l'imagination
; on eft toujours le compas à
la main ; rien n'échappe & on ne laiſſe
plus rien échapper. Que deviendront
tous ces endroits vifs des Italiens devant
votre critique ?
Je crois que c'eft un des plus grands
charmes de l'Amour , de paffer pour cequ'on
vaut auprès de ce qu'on aime. La
vanité cherche fon compte dans cette
paffion prèfqu'autant que la volupté.
L'amitié qui eft plus raifonnable , &
I. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
par conféquent plus clair-voyante ,
manque de ce charme.
La fantaifie de faire mon devoir m'a
pris comme une autre .
Pour être cru de vous , Madame , vous
me faites toujours retrancher de la vérité.
Je m'apperçois toujours , Madame, que
votre vue porte mille fois plus loin que
la mienne ; vous voyez diftin &tement
des objets que je ne me doute pas qui
foient au monde , & peut-être cela vous
fait- il négliger ceux qui font groffiers
& palpables , & qui , pour parler vulgairement
, crévent les yeux.
J'en fuis avec la fortune à vouloir feulement
me prouver que j'ai fait toutes
mes diligences envers elle ; & , comme
ceux qui bâtiffent , je m'occupe
moins de voir ma maiſon faite , que
de la faire .
Le fiécle s'eft tourné à ne recevoir
de fainteté que dans une vie privée &
tout-à- fait fimple , c'eft - à - dire dans
des gens fi obfcurs qu'on ne les ait point
vus.
Madame votre fille aime auffi peu de
JUILLET. 1763. 75
gens que fi elle étoit dans le plus grand
monde ; mais elle les aime autant
qu'une Religieufe fçait aimer.
Le Miniftre d'aujourd'hui * ne gagne
pas moins qu'un autre à la mort du
Prince d'Orange ; quelle épine hors du
pied de tout le monde ! car je trouve
que les ennemis gagnent autant que
nous à la mort d'un perturbateur du
repos public. J'admire fa vie ; mais je
fuis bien-aife qu'elle foit finie , nonfeulement
comme François
comme homme.
mais
Il est plus ordinaire & plus facile à
l'homme d'avoir de fauffes vertus , que
de produire des actions contre nature ;
ainfi permettez- nous de douter de la
fincérité des regrets de M. de Cambrai,
( fur la mort de M. de Meaux. )
Il n'eft pas en moi , Madame , de refufer
une occafion de vous écrire ; je
crois toujours avoir mille chofes à vous
dire ; & à bien démêler ce fentiment -là ,
fens qu'il me vient du plaifir que j'aurois
de vous parler fur la plupart des
chofes qui fe préfentent à mon efprit.
* M. de Chamillard qui fuccéda à M. de Barbezieux.
Dij
6 MERCURE DE FRANCE.
Je prends même fouvent la liberté de
vous parler , ou de parler de vous tout
feul ; à la vérité , cela n'a pas l'air d'un
homme trop fage ; mais en lifant furtout
, je penfe : Voilà qui lui plairoit ,
voilà ce qu'elle croit , voilà ce qu'elle ne
croit pas, & ainfi du refte. Pardonnezmoi
, Madame , de vous placer ainfi
par toutes mes penfées ; mais je tâche
à ne vous y placer pas indignement ,
& je vous affure que je fuis bien éloigné
des fentimens que le Roi foupçonnoit
dans Madame de Longueville , il y a
aveu & àveu , comme fagots & fagots.
il ne faut pas ôter aux pénitens la douceur
d'avouer & d'exagérer leurs fautes ,
& à Dieu la gloire qu'il en tire ; je n'oferois
plus , fans frifer l'impiété , venir
à l'application .
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Résumé : EXTRAITS de Lettres de M. l'Evêque de LUÇON, (Bussy Rabutin) à Madame de GRIGNAN. 1701 & suivant.
Dans ses lettres à Madame de Grignan entre 1701 et les années suivantes, l'évêque de Luçon, François de Salignac de La Mothe-Fénelon, partage des réflexions profondes. Il insiste sur l'importance de la règle naturelle dans le goût et critique les excès de scrupules ainsi que l'étouffement de l'imagination causé par l'art. Fénelon admire le charme de l'amour, qui pousse à se surpasser pour l'être aimé, et le distingue de l'amitié, plus raisonnable mais moins passionnée. Il reconnaît la perspicacité de Madame de Grignan, capable de percevoir des détails subtils qu'il néglige parfois. L'évêque aborde également la situation politique, mentionnant la mort du Prince d'Orange et les avantages politiques qui en résultent. Enfin, il exprime son plaisir d'écrire à Madame de Grignan, même lorsqu'il est seul, imaginant ses réactions et pensées.
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4243
p. 76-77
« LE mot de la premiere Enigme du mois de Juin est les Lettres de l'Alphabet [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du mois de Juin est les Lettres de l'Alphabet [...]
Mots clefs :
Lettres, Alphabet, Perruque, Croc, Roc, Cor, Bœuf, Œuf, Peau, Eau
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texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du mois de Juin est les Lettres de l'Alphabet [...] »
LEE mot de la premiere Enigme du
mois de Juin eft les Lettres de l'Alphabet
, par l'énumération
defquelles dans
un on trouve deux lettres , dans deux ,
quatre , dans dix trois & dans vingt
cinq. Celui de la feconde eft la Perruque.
Celui du premier Logogryphe eft
Croc , où en ôtant la premiere lettre ,
on trouve roc , qui renverfé fait cor ,
JUILLET. 1763 . 77
& en retranchant le C de ce dernier , il
refte or . Celui du fecond eft Boeuf, où
l'on trouve feu , & en ôtant le B , il
reſte oeuf. Celui du troiſième eſt Peau,
où en fupprimant la première lettre
on a Eau , ce qui eft encore exprimé
par ces deux vers latins :
deux
Quem natura dedit tibi præbet corpus amiétum :
At capite ablato , lector habebis aquam.
mois de Juin eft les Lettres de l'Alphabet
, par l'énumération
defquelles dans
un on trouve deux lettres , dans deux ,
quatre , dans dix trois & dans vingt
cinq. Celui de la feconde eft la Perruque.
Celui du premier Logogryphe eft
Croc , où en ôtant la premiere lettre ,
on trouve roc , qui renverfé fait cor ,
JUILLET. 1763 . 77
& en retranchant le C de ce dernier , il
refte or . Celui du fecond eft Boeuf, où
l'on trouve feu , & en ôtant le B , il
reſte oeuf. Celui du troiſième eſt Peau,
où en fupprimant la première lettre
on a Eau , ce qui eft encore exprimé
par ces deux vers latins :
deux
Quem natura dedit tibi præbet corpus amiétum :
At capite ablato , lector habebis aquam.
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Résumé : « LE mot de la premiere Enigme du mois de Juin est les Lettres de l'Alphabet [...] »
En juin 1763, une énigme sur les lettres des nombres et une autre intitulée 'La Perruque' sont présentées. En juillet 1763, trois logogriphes sont proposés : 'Croc' devient 'roc', puis 'cor' et 'or', 'Boeuf' se transforme en 'feu' puis 'œuf', et 'Peau' devient 'Eau', illustré par des vers latins.
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4244
p. 79
CHANSON.
Début :
MON tendre cœur vient d'éclorre à ta flâme, [...]
Mots clefs :
Flamme, Charmer, Plaisir, Aimer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
MON tendre coeur vient d'éclorre à ta flâme ,
Je regne aux Cieux , fi je puis te charmer.
Ah ! je connois tout le prix de mon âme,
Par le plaifir que je fens à t'aimer.
Par M. Fa ...
MON tendre coeur vient d'éclorre à ta flâme ,
Je regne aux Cieux , fi je puis te charmer.
Ah ! je connois tout le prix de mon âme,
Par le plaifir que je fens à t'aimer.
Par M. Fa ...
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4245
p. 80-103
LETTRE de M. MARMONTEL à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure.
Début :
TOUTES les fois, Monsieur, que je parle de Lucain avec un peu de vivacité [...]
Mots clefs :
Guerre, Dieux, Tête, Sang, Monde, Peuple, Malheurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. MARMONTEL à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure.
LETTRE de M. MARMONTEL
à M. DE LA PLACE , Auteur du
Mercure.
TOUTES OUTES les fois , Monfieur , que je
parle de Lucain avec un peu de vivacité
, j'entens dire , c'eft fa folie : il adore
Corneille ; Corneille aimoit Lucain ; &
fa vénération pour l'un , fait qu'il s'eft
pris d'amour pour l'autre. Je m'examine
encore , & pour me confulter , je relis
quelque chant de la Pharfale. Qu'arrivet-
il ? J'y trouve les mêmes beautés , je
m'afflige qu'elles ne foient pas connues ,
& d'impatience , je prens la plume , pour
tâcher de les rendre comme je les fens.
C'eft ainfi Monfieur , que j'ai traduit
une bonne partie de ce Poëme. Vous
avez bien voulu inférer un chant de ma
Traduction , dansle Merc . d'Avril 1761 .
II vol . & il m'a femblé , qu'on étoit furpris
d'y trouver parmi tant de belles chofes
, fi peu de cette enflure & de cette déJUILLET.
1763 .
81
clamation , que l'on reproche à Lucain :"
il m'a femblé qu'on me favoit gré , d'avoir
rendu fimplement des beautés frappantes
par elles -mêmes ; & fi j'en croyois
ce qu'on a bien voulu me dire de cette
premiere tentative , je n'aurois pas befoin
pour achever , d'un nouvel encouragement.
Mais comme je ne me diffimule
, ni ce que mon Auteur a de
défectueux , ni l'impoffibilité ou je fuis
de l'égaler dans ce qu'il a de grand &
de fublime , je ne veux me hafarder
que pas à pas , & d'effai en effai. J'ai
eu l'honneur de vous propofer un fecond
chant , vous l'avez accepté avec
une politeffe à laquelle je fuis très - ſenfible
; le voici . Je vous ferai bien obligé ,
fi vous voulez mettre à la tête , ce précis
du premier chant , pour le rappeller aux
Lecteurs.
J'ai l'honneur d'être , & c.
PRECIS du premier Chant
de la PHARSALE .
Caufes de la guèrre civile : l'exceffive
grandeur de Rome , la jaloufie &
la rivalité de Pompée & de Céfar , la
corruption des moeurs & le mépris des
Loix . Cefarde retour des Gaules , contre
Jes défenfes du Sénat , paffe le Rubicon
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
à la tête de fon armée. Il marche à
Rome. Il s'empare d'Ariminum. Les
Tribuns chaffés de Rome par le Sénat ,
fe réfugient fous les drapeaux de Céfar;
Curion les accompagne. Il annonce à
Céfar, qu'on eft réfolu à lui refufer le
Triomphe , & que l'on arme contre
lui. Harangue de Céfar à fes troupes ,
pour les engager à la révolte. Les
troupes balancent à fe déclarer ; le Centurion
Lélius prend la parole , & les
détermine . César raffemble autour de
lui les cohortes qu'il a laiffées dans la
Gaule. A fon approche , la terreur fe
répand dans Rome . Pompée & le Sénat
prennent la fuite ; le Peuple épouvanté
les fuit. Des prodiges effrayans redoublent
encore l'allarme publique . Les
Devins d'Hétrurie font confultés . Arons
le plus vieux de ces Devins , ordonne
des facrifices , des expiations , & prédit
vaguement des malheurs fans nombre.
Figulus, homme verfé dans l'Aftrologie
, confirme les préfages du Devin ,
& annonce la guèrre Civile .
LIVRE SECOND .
Déja la colère des Dieux s'eft manifeftée
la nature a donné le fignal de la
difcorde ; elle a interrompu fon cours ;
JUILLET. 1763. 83
& par un preffentiment de l'avenir , elle
s'eft plongée elle- même dans ce tumulte
qui engendre les monftres. C'eſt le préfage
de nos forfaits. Pourquoi donc
ô Souverain des Dieux , avoir ajoûté
aux malheurs des hommes , cette prévoyance
accablante ? Soit que dans le
développement du Cahos , ta main féconde
ait lié les caufes par des noeuds
indiffolubles , que tu te fois impofé à
toi-même une première loi , & que
tout foit foumis à cet ordre immuable ;
foit qu'il n'y ait rien de prefcrit , &
qu'un hafard aveugle & vagabond
opére feul dans la nature , ce flux &
ce reflux d'événemens , qui changent
la face du monde ; fais que nos maux
arrivent foudain ; que l'avenir foit
inconnu à l'homme ; qu'il puiffe du
moins , eſpérer en tremblant.
9
Dès qu'on fut averti par ces prodiges
, des malheurs dont Rome étoit
menacée , le ministère de la Juſtice fut
fufpendu ; les Loix gardérent un lugubre
filence ; les dignités fe cachérent fous
le plus humble vêtement ; on ne vit
plus la pourpre entourée de faiſceaux ;
les citoyens étoufférent leurs plaintes ;
la douleur morne & fans voix , erra
dans cette Ville immenfe.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
Ainfi dans le moment qu'un jeune
homme , l'efpoir d'une famille , expire ;
avant que les premiers accens de la défolation
ayent éclaté ; avant qu'une Mère
les cheveux épars , jette de lamentables
cris , dans les bras de ce fils que la chaleur
de la vie abandonne ; tandis qu'elle
baife cette face livide , & ces yeux plongés
dans le fommeil de la mort ; ce n'eft
pas encore de la douleur , c'eft de l'effroi :
attachée à ce corps expirant , interdite
& comme infenfible , elle contemple ,
dans un étonnement ftupide , toute
l'étendue de fon malheur.
Telle eft dans les premiers inftans ,
la confternation répandue dans Rome..
Les femmes ont dépouillé leur parure ;
leur foule éplorée affiége les Temples
ce n'eft plus par des voeux timides , c'eft
par des longs heurlemens qu'elles invoquent
le Ciel. Le Temple de Jupiter
n'eft pas le feul qu'elles rempliffent ; elles
fe partagent les Dieux.
C'eſt à préfent ( s'écria l'une d'entre
elles , en fe déchirant le vifage baigné
de pleurs ) c'eſt à préfent , ô miférables
Mères ! qu'il eft permis de fe frapper le
fein & de s'arracher les cheveux n'attendez
pas pour vous défoler , que nos
malheurs foient à leur comble ; pleurez
:
JUILLET. 1763. 85
tandis que la fortune eft encore incertaine
entre nos deux Tyrans. Dès que
l'un d'eux fera vainqueur , il faudra
marquer de la joie.
,
Les hommes eux-mêmes , en allant fe
ranger fous les Drapeaux des deux partis
, accufoient les Dieux de les forcer
au crime. Malheureux ( difoient- ils )
que n'avons- nous plûtôt vécu dans les
tems de Cannes & de Trébie ! Dieux ,
ce n'eſt point la Paix que nous vous
demandons ; foulevez contre nous les
Nations barbares ; que le monde conjuré
fe réuniffe ; que les peuples de
l'Orient & du Nord , les Médes , les
Scythes , les Germains fondent fur nous;
que Rome n'ait pas un feul bras qui ne
combatte : rendez - nous , grands Dieux,
tous nos ennemis à la fois , & fauveznous
de la guerre civile . Ou fi vous
avez réfolu d'anéantir le nom Romain ,
faites tomber en pluye de feu , les airs
embrafés par la foudré ; frappez en même
temps & les deux Chefs & les deux
Partis ; n'attendez pas qu'ils méritent
vos coups. Eft-ce pour décider lequel
des deux nous opprimera , qu'il en doit
coûter tant de crimes ? A peine hélas !
eût-il fallu s'y réfoudre pour nous affranchir
de tous les deux. C'eft ainfi
86 MERCURE DE FRANCE.
que leur piété fe répandoit en inutiles
plaintes. Les Vieillards accablés de douleur
fe plaignoient d'avoir trop vécu.
L'un d'eux pour donner un exemple
récent des maux que l'on avoit à craindre.
O mes Amis ( dit-il à fes compagnons
) l'orage qui nous menace , eft
le même qui s'éleva fur Rome , lorfque
Marius , Vainqueur des Teutons & des
Numides , fe réfugia dans des Marais ,
que
les rofeaux de Minturne couvrirent
fa tête triomphante , cette tête , dont
la fortune leur confioit le dépôt fatal.
Découvert & chargé de chaînes , il
gémit longtems enfeveli dans les horreurs
d'un noir cachot . Deſtiné à mou--
rir Conful , à mourir tranquille au milieu
des ruines de fa Patrie , il porto t
d'avance la peine de fes crimes ; mais la
mort fembloit l'éviter. En vain fes ennemis
tiennent fa vie en leur pouvoir ;
le premier qui veut le frapper , recule
faifi de frayeur. Sa main tremblante
laiffe tomber le glaive . Il a vu à travers
les ténébres de la Prifon , une lumière
refplendiffante: il a vu les Dieux vengeurs
le menacer ; il a vu Marius dans tout
l'éclat de fa grandeur future ; il l'a entendu
, & il a tremblé . Retire - toi , lâche
ennemi : ce n'eft pas à toi de frapper
JUILLET. 1763. 87.
cette tête le cruel doit au deftin , des
morts fans nombre avant la fienne. Cimbres,
confervez avec foin les jours de ce
Vieillard, fi vous voulez être vengés . Ce
n'eft point la faveur des Dieux , c'eft
leur colère qui veille fur lui. Marius
fuffit au deffein qu'ils ont formé de per-,
dre Rome. En vain l'océan furieux le
jette fur une plage ennemie ; errant
fut les bords inhabités de ces Numides
qu'il a vaincus , des cabanes défertes lui
fervent d'afyle. Carthage & Marius , fe
confolent mutuellement à la vue de
leur ruine , & couchés fur le même
fable , tous les deux pardonnent aux
Dieux. Mais au premier retour de la
fortune , il rallume la haine des Afriquains
; il affemble des armées d'efcla
ves , & brife les fers dont ils font chargés
aucun n'eft admis fous fes Drapeaux
qui n'ait fait l'apprentiffage du
crime , & qui n'apporte dans fon Camp
l'exemple de quelques forfaits.
O Deftin ! quel jour , quel horrible
jour , que celui où Marius entra victorieux
dans Rome ! avec quelle rapidité
la mort étendit fon ravage ! la nobleffe
tombe confondue axec le peuple ; le
glaive deftructeur vole au hazard , &
frappe fans choix : le fang ruiffelle dans
88 MERCURE DE FRANCE.
les Temples , les pavés des voies pu
bliques en font inondés & gliffans. Nulle
pitié , nul égard pour l'âge : on n'a
pas honte de hater la mort des vieillards
courbés fous le poids des ans , ni de
trancher la vie des enfans qui viennent
d'ouvrir les yeux à la lumière . Hélas !
& par quel crime ont - ils mérité de
mourir ? ils font mortels ; c'en eft affez :
l'impétueufe fureur les rencontre & les
moiffonne fur fon paffage . Sans perdre
le tems à chercher les criminels , on
égorge en foule tout ce qui fe préfente.
La main du meurtrier , plutôt que de
refter oifive , fait tomber des têtes ,
dont les traits mêmes lui font inconnus,
Il n'eft qu'un espoir de falut : c'eſt d'attacher
fes lévres tremblantes , à cette
main prête à frapper. Ah ! Peuple indigne
de tes Ancêtres , devrois - tu , même
à l'aspect de ces mille glaives qui s'avancent
fous les étendarts de la mort ,
devrois -tu confentir à racheter des fiécles
de vie à ce prix ? & tu fubis cette
indigne loi , pour traîner dans l'opprobre
le peu de jours que Marius te laiffe
, & que Svlla vient t'arracher !
Dans le maffacre d'un Peuple innombrable
, comment donner des larmes à
chaques Citoyens ? reçois mes regrets
JUILLET. 1763 . 89
Bébius ! ô toi,dont une foule d'affaffins
déchirent les entrailles , & fe difputent
les membres fumans : & toi , l'augure
éloquent de nos malheurs , Antoine
dont la tête ruiffelante encore , & couverte
de cheveux blancs , eft apportée
dans un feftin , fur la table de Marius.
Les deux Craffus font égorgés ; Licinius
périt dans la tribune ; le Vieillard Scévola
, que le facerdoce auroit dû rendre
inviolable , tombe au pied des Autels
de Vefta : fon fang rejaillit fur le
feu facré ; mais, fes veines épuifées par
l'âge n'en rendent pas affez pour l'éteirdre.
A tant d'horreurs , fuccéda le feptiéme
confulat de Marius, & par là finit
cet homme , accablé de toutes les rigueurs
de la mauvaiſe fortune , comblé
de toutes les faveurs de la bonne , &
qui avoit mefuré dans l'une & dans
l'autre , jufqu'où peut aller le fort d'un
Mortel.
Sylla qui voulut nous vanger , mit
le comble à nos pertes immenfes : il
épuifa le peu de fang qui reftoit à la
patrie en coupant des membres corrompus
, il fuivit trop loin les progrès
du mal il ne périt que des coupables
, mais dans un tems où il n'y avoit
plus que des coupables à fauver.
90 MERCURE DE FRANCE
Sous lui les haines font déchaînées ; la
colère fe livre à fes emportemens , dégagée
du frein des loix . On ne facrifioit pas
tout à Sylla : chacun s'immoloit fes
victimes. Un mot du vainqueur , avoit
ouvert la barrière à tous les forfaits ; on
vit l'efclave affaffiner le Maître , le frère
vendre le fang du frère , les fils degoutans
du meurtre de leur Père , fe difputer
fa tête qu'ils venoient de trancher.
Les tombeaux font remplis de fugitifs ;
les vivans y font confondus avec les
morts les repaires des bêtes féroces
ne peuvent contenir la foule des tranffuges
; les uns , pour dérober leur mort
au vainqueur , ont recours au lien fatal ;
les autres fe précipitent du haut d'un
rocher ; celui-ci éléve fon bucher luimême
, il fe donne le coup mortel , &
fe jette dans les flames , avant que la
force l'ait abandonné. Rome confternée
& tremblante , reconnoît les têtes
de fes plus illuftres Citoyens , portées
au bout des lances , & entaffées dans
la Place publique : là fe révélent tous
les crimes cachés .
Les Pères vont dérober d'une main
tremblante , les corps livides & fanglans
de leurs fils , que leurs yeux feuls reconnoiffent
encore . Moi-même il me
JUILLET. 1763. 91
fouvient , qu'impatient de rendre aux
mânes de mon frère , les devoirs de la
fépulture dont le Tyran nous faifoit un
crime , il me fouvient , qu'avant de porter
fa tête fur le bucher , je parcourus
ce champ de carnage , digne monument
de la paix de Sylla , pour tâcher de découvrir
parmi tant de corps mutilés
celui auquel s'adapteroit cette tête défigurée.
O Dieux par quelles cruautés
la mort de Catulus fut vengée fur le
frère de Marius ; & quels maux fouffrit
avant d'expirer , cette malheureufe victime
? Mânes qu'on voulut appaifer ,
vous en futes effrayés vous-mêmes. Nous
l'avons vu , ce corps déchiré , dont chaque
membre étoit une playe : percé de
coups, dépouillé par lambeaux, il n'avoit
pas encore reçu le coup mortel , & par
un excès inoui de cruauté , l'on prenoit
foin de ménager fa vie. Ses mains tombant
fous le tranchantdu glaive,fa langue
arrâchée , palpite encore , il ne refpire ,
il n'entend plus que par des organes inutiles
.Un ongle meurtrier extirpe fes yeux
qui ont vu difperfer tous fes membres.
On ne croira jamais , qu'une feule tête
ait pu fuffire à tant de tourmens. Les
débris de ce cadavre ne forment plus
qu'un horrible monceau de chair &
92 MERCURE DE FRANCE.
d'offemens écrafés fous leur chûte : les
corps des malheureux qui ont péri dans
un naufrage , & que la vague a brifés
contre les écueils , arrivent moins défigurés
fur le fable. Et quel foin prenezvous
, cruels , de rendre Marius méconnoiffable
aux yeux de Sylla ? pour fe
repaître de Yon fupplice , il eût fallu ,
qu'il reconnût fes traits . Prénefte voit
tous fes habitans moiffonnés par le glaive
, tout un peuple tombe comme d'un
feul coup . Alors , la fleur de l'Italie , la
feule jeuneffe qui lui reftoit , fut maffacrée
dans le champ de Mars , au fein
de cette malheureufe Rome , qu'elle
inonda de fon fang. Que tant de victimes
périffent à la fois par la famine ,
par un naufrage , fous les ruines d'une
Ville fubitement écrafée , dans les horreurs
de la pefte ou de la guèrre , il y
en eut des exemples ; mais d'une exécution
auffi fanglante , il n'en fut jamais. A
peine àtravers les flotsde ce peuple qu'on
égorge , les mains parricides peuvent fe
mouvoir; à peine ceux qui reçoivent le
coup mortel peuvent tomber leurs
corps preffés fe foutiennent l'un l'autre ,
& dans leur chûte , ils deviennent euxmêmes
les inftrumens du carnage : les
morts étouffent les vivans.
JUILLET. 1763 . 93
Sylla du haut du Capitole , tranquille
fpectateur de cette fanglante fcène
n'a pas même le remors d'avoir profcrit
tant de milliers de Citoyens. Cependant
le lit du Tybre ne peut contenir
les cadavres qu'on y entaffe . Les
premiers tombent dans le fleuve , les
derniers s'élevent au- deffus des eaux :
les barques rapides s'y arrêtent ; le fleuve
coupé par cette digue fanglante ,
d'un côté s'écoule dans la mer , de l'autre
il s'enfle & refte fufpendu. Les flots
de fang que l'on verfe de toutes parts ,
fe font un paffage à travers la campagne
, & viennent en Iongs ruiffeaux
groffir les ondes amoncelées. Déja
le fleuve furmonte fes bords & y
rejette les cadavres . Enfin fe précipitant
avec violence dans la mer de Tirrhêne
, il fend les eaux par un torrent
de fang .
C'est ainsi que Sylla a merité d'être
appellé le falut de la patrie , l'heureux
Sylla ; c'eft ainfi qu'il s'eft fait élever
un tombeau dans Rome. Voilà , mes
amis , ce qui nous refte à éprouver une
feconde fois : tel fera le cours de cette
guerre & tel en fera le fuccès. Que disje
? & plût aux Dieux n'avoir que de
tels maux à craindre. Hélas ! il y va de
94 MERCURE DE FRANCE .
bien plus & pour Rome & pour l'Univers,
Marius & les fiens éxilés de leur
patrie ne demandoient que leur retour.
Svlla ne vouloit qu'anéantir les factions.
Céfar & Pompée ont d'autres deffeins.
Non contens d'un pouvoir partagé , ils
combattent pour le rang fuprême ; aucun
d'eux ne daigneroit fufciter la guerre
civile , pour être ce qu'a été Sylla.
Ainfi la vieilleffe confternée pleuroit
fur le paffé & trembloit pour l'avenir .
Mais cette frayeur n'eut point d'accès
dans la grande âme de Brutus , Bru
tus au milieu de la défolation publique
ne mêla point fes larmes aux larmes du
Peuple. Dans le filence de la nuit , il va
frapper au feuil de l'humble demeure
de Caton ; il le trouve veillant & l'âme
agitée des dangers de Rome & du fort
du monde . Brutus l'aborde & lui dit :
» vous l'unique refuge de la vertu
» dès longtemps banic de la terre , vous
» fon ami , vous que le tourbillon de la
» fortune ne peut détacher de fon parti ,
" fage Caton , foyez mon guide , affer-
» miffez mon efprit chancelant ; donnez
» votre force à mon âme. Que d'autres
» fervent Pompée ou Céfar ; Caton eft
» le Chef que Brutus veut fuivre . Ref-
» terez-vous au ſein de la paix , feul im-
1
JUILLET. 1763. 95
29
» mobile au milieu des fecouffes qui
» ébranlent le monde ? ou voulez- vous
» abfoudre la guerre en vous affociant
» aux forfaits & aux malheurs qu'elle
» produira Chacun dans cette guerre
» fatale ne prend les armes que pourfoi ;
» l'un pour éviter la peine due à fes
» crimes , & fe fouftraire aux loix re-
» doutables pendant la paix ; l'autre
» pour écarter le fer à la main , l'indi-
» gence qui le preffe , & s'enrichir
» des dépouilles du monde lorfque tout
» fera confondu . Vous feul aimerez -vous
la guerre pour elle - même ? & que
» vous fervira d'avoir été fi longtemps
» incorruptible au milieu d'un monde
» corrompu ? Est - ce là le prix de tant
» de conftance ? Dans l'un & l'autre
» camp tout ce Peuple arrivera coupa-
" ble ; Caton lui feul va le devenir.
» Dieux,ne permettez pas que des armes
» parricides fouillent ces mains pures ,
» & qu'une fi haute vertu jafques-là fe
» dégrade & fe déshonore . Sur vous ,
» ſeul ami , n'en doutez pas , retom-
» beroient la honte & le crime de cette
» guerre & qui ne fe vanteroit de
» mourir de la main de Caton , quoi-
» que frappé d'une autre main ? qui ne
» fe croiroit pas vengé en vous laiſſant
"
96 MERCURE DE FRANCE.
»le reproche de fa mort ? Non , le calme
" eft votre partage comme il eft le par-
» tage des Aftres : inébranlables dans
» leurs cours ils rempliffent leur vafte
» carrière , tandis que les régions de
» l'air font embrafés par la foudre. La
» terre eft en bute au choc des tempê-
» tes , l'Olympe repofe au-deffus des
» nuages. Te!
"
» régne au plus bas
degré ; mais la paix occupe la cime.
» Quelle joie pour Céfar d'apprendre
» qu'un Citoyen tel que vous auroit
» pris les armes ? rangez-vous du parti
» de fon rival ; peu lui importe. Caton
» fe déclare affez pour lui s'il fe déclare
»pour la guerre civile. Déja une partie
» du Sénat , les Patriciens , les Confuls
» eux-mêmes demandent à fervir fous
Pompée. Qu'on voye Caton fubir le
» même joug , il n'y a plus au monde
que Céfar qui foit libre. Ah ! fi c'eft
" pour les loix, pour la patrie que vous
» voulez combattre , difpofez de moi ;
» mais il n'eft pas temps. Vous voyez
» dans Brutus , non l'ennemi de Céfar,
» non l'ennemi de Pompée ; mais après
» la guerre , l'ennemi déclaré de celui
» des deux qui fera vainqueur. Il dit ,
» & du fein de Caton comme du fond
chofes : le tro.. ordre
immuable des
"
"
"
» d'un
JUILLET. 1763. 97
d'un Sanctuaire fe firent entendre ces
paroles facrées.
"
» Oui , Brutus , la guerre civile eſt
» le plus grand des maux ; mais ma ver-
» tu fuit d'un pas afſuré la fatalité qui
» m'entraîne . Si les Dieux me rendent
» coupable ce fera le crime des Dieux.
» Et qui peut voir , exempt de péril , la
» ruine de fa patrie ? Quoi des Nations
» inconnues s'engagent dans nos querel-
» les ; des Rois , nés fous d'autres étoi-
» les , féparés de nous par de vaftes mers
» fuivent l'aigle romaine aux combats ;
& moi Romain , je refterois feul
plongé dans un honteux repos ! Loin
» de moi,grands Dieux, cette cruelle in-
» différence : ne fouffrez pas que Ro-
» me , dont la chute ébranlera le Dace
» & le Gête , que Rome tombe fans
» m'écrafer. Un père , à qui la mort
» vient d'enlever fes enfans , les accom-
» pagne jufqu'à la fépulture. Sa dou-
» leur même fe plaît à fe nourrir du
long appareil de leur pompe funébre ;
» fes mains portent les noirs flambeaux
» qui vont embrafer leur bucher , &
» l'on voit fes bras paternels s'étendre
» encore à travers les flammes. Non
» Rome je ne me détacherai de toi
» qu'après t'avoir embraffée mourante ,
I. Vol.
"
,
E
98 MERCURE
DE FRANCE .
» & avoir reçu ton dernier foupir : li-
» berté , je fuivrai ton nom , quand
» tu ne feras plus qu'un ombre. Sou-
» mettons- nous : les Dieux inexorables
» demandent Rome entière en facrifice ;
» qu'ils foient contens : ne leur dérobons
" pas une feule de leurs victimes. Ah !
» que ne puis-je offrir au Ciel & aux
» Enfers cette tête chargée de tous les
» crimes de ma patrie , & condamnée à
» les expier ! Décius fe dévoua & périt
» au milieu d'une armée ennemie ; que
» ces deux armées de Romains me per-
» cent de même ; qu'elles épuifent fur
» moi leurs traits. J'irai le fein décou-
» vert , au devant de toutes les lances
» & au milieu du champ de bataille
» je recevrai feul tous les coups de la
» guerre ; heureux fi mon fang eft la
» rançon du monde & fi mon trépas appaife
les Dieux ! Eh pourquoi feroit-on
périr des Peuples dociles au joug &
» difpofés à fléchir fous un Maître ?
» C'est moi qu'il faut perdre , moi qui
» m'obftine feul à défendre inutilement
" nos Loix & notre liberté. Mon fang
» verfé rendra la paix & le repos à l'Ita-
» lie. Après moi, qui voudra régner n'au-
" ra pas befoin de recourir aux armes .
» Mais je fais là d'inutiles voeux al-
»
»
·
JUILLET. 1763. 99
» lons , Brutus , rangeons - nous du-
» moins du parti que Rome autorife .
» Si la fortune feconde Pompée , il n'eft
» pas sûr qu'il en abuſe pour ufurper
» l'Empire du monde. Combattons fous
» lui , de peur qu'il n'ofe croire que c'eft
» pour lui que l'on va combattre . Caton,
» foldat dans fon armée lui apprendra
» s'il eft vainqueur , que c'est pour
» Rome qu'il aura vaincu .
33
Telle fut la réponſe de Caton , &
l'âme du jeune Brutus embrâfée d'un
feu nouveau , ne refpira plus que la
guerre civile,
Alors , comme le foleil chaffoit les ténébres
, on entendit frapper à la porte :
c'étoit la pieufe Marcie qui venoit de
rendre à Hortentius fon époux les devoirs
de la fépulture . Dans la fleur de
l'âge & de la beauté un lien plus cher
l'avoit unie au vertueux Caton ; &
Caton après avoir eu d'elle trois gages
d'un faint hyménée , l'avoit cédée à fon
ami , afin qu'elle ornât une maiſon nouvelle
des fruits de fa fécondité , & que
fon fang maternel fût le lien des deux
familles. Mais à peine a-t-elle recueilli
les cendres d'Hortentius , qu'elle revient,
la pâleur fur le vifage , les cheveux épars
& fouillés de fang , le fein meurtri
E ij
336320
100 MERCURE DE FRANCE.
la tête couverte de la pouffière du tombeau
. Elle eût vainement employé d'autres
charmes pour plaire aux yeux du
févère Caton ; elle fe préfente & dans
fa douleur elle lui parle en ces mots .
"
» Tant que mon âge & mes forces
» m'ont fait un devoit d'être mè
» re , ô Caton , j'ai fait ce que vous avez
» voulu ; j'ai fubi la Loi d'un fecond
» hyménée. A préfent que mes en-
» trailles font épuifées , que la nature &
la patrie n'ont plus rien à exiger de
» moi , je reviens à vous dans l'eſpoir
» de n'être plus livrée à perfonne. Ren-
» dez-moi les chaftes noeuds de mon
» premier hymen ; rendez- moi le nom ,
» le feul nom de votre époufe : qu'on
puiffe écrire fur mon tombeau Marcie
femme de Caton , & que l'avenir n'ait
» pas lieu de douter fi vous m'aviez cé-
» dée ou bannie. Ce n'eft point à vos
» profpérités que je viens m'affocier ;
» c'eft de vos peines , de vos travaux
» que je veux être la compagne . Laiffez-
» moi vous fuivre dans les camps , par-
» tager , adoucir vos fatigues. Eh pour-
» quoi refterois -je en fûreté au fein de
la paix ? Pourquoi Cornélie verroit-
» elle de plus près que moi les dangers
» de la guerre civile ?
>>
JUILLET. 1763. ΙΟΙ
Ces paroles fléchirent Caton ; &
quoique le moment de courir aux
armes fût peu favorable aux voeux de
fon époufe, il confentit à renouveller
avec elle la fainteté de leurs premiers:
fermens , mais feulement à la face du
Ciel , & fans l'appareil d'une pompe
vaine.
Le veftibule de fa maifon n'eft point
couronné de guirlandes , ni éclairé des
flambeaux de l'Hymen : le lit nuptial
n'eft point élevé fur des marches d'y
voire ; une trame d'or ne brille pas dans
les tapis dont il eft couvert : on ne voit
point Marcie dans la parure d'une nouvelle
époufe , relever par le feu des
diamans les riches couleurs d'une robe
éclatante , & foutenue par fes compagnes
, franchir , fans y toucher , le
feuil de la porte confacré à Vefta : la
tête n'eft point ornée de ce tiffu de
pourpre qui tombe fur les yeux timides
d'une jeune vierge dévouée à l'hymen
& qui fert de voile à la tendre pudeur.
Mais telle qu'elle eft , & fans dépofer
le deuil lugubre qui la couvre , elle embraffe
fon époux , comme elle embrafferoit
les enfans . Les jeux profanes , la
folle ivreffe ne font point appellés à ce
grave hyménée : Marcie & Caton
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
.
fe réuniffent dans le filence & fous l'aufpice
de Brutus.
Caton , dès le premier fignal de la
guerre avoit laiffé croître fa barbe touffue,
& fes cheveux blancs ombrageoient
fon front. Ce front févère n'admit point
la joie Caton ne daigna pas même écarter
fes longs cheveux de fon vifage auftère
& vénérable. Egalement infenfible
à l'amour & à la haine , tout occupé à
gémir fur les malheurs de l'humanité, il
s'interdit le lit nuptial & la févérité de fa
vertu réfifta même aux plaifirs légitimes.
Telles furent les moeurs de Caton,telle
fut fa Secte rigide : fuivre les loix de la
nature ; vivre & mourir pour fon
pays ;
fe croire fait , non pour foi-même , mais
pour le bien du monde entier ; n'avoir ,
au lieu de feftins, que l'aliment néceffaire
à la vie , au lieu de palais , qu'un abri
contre les hyvers , au lieu de riches vêtemens
que l'étoffe groffiere dont fe couvroit
le Peuple borner l'ufage de l'amour
aufoin de perpétuer fon efpéce ; être à la
fois le père & l'époux de fa patrie ; fe faire
un culte de la juftice , de l'honnêteté
une infléxible loi , du bien général un intérêt
unique ; tel fut , dis- je , cet homme
auftère ; & dans tout le cours de fa vie
jamais la volupté , cette idole d'elleJUILLET.
1763.
103
même , ne furprit un feul mouvement
de fon âme , n'eur part dans aucune de
fes actions.
Le refté au Mercure prochain.
à M. DE LA PLACE , Auteur du
Mercure.
TOUTES OUTES les fois , Monfieur , que je
parle de Lucain avec un peu de vivacité
, j'entens dire , c'eft fa folie : il adore
Corneille ; Corneille aimoit Lucain ; &
fa vénération pour l'un , fait qu'il s'eft
pris d'amour pour l'autre. Je m'examine
encore , & pour me confulter , je relis
quelque chant de la Pharfale. Qu'arrivet-
il ? J'y trouve les mêmes beautés , je
m'afflige qu'elles ne foient pas connues ,
& d'impatience , je prens la plume , pour
tâcher de les rendre comme je les fens.
C'eft ainfi Monfieur , que j'ai traduit
une bonne partie de ce Poëme. Vous
avez bien voulu inférer un chant de ma
Traduction , dansle Merc . d'Avril 1761 .
II vol . & il m'a femblé , qu'on étoit furpris
d'y trouver parmi tant de belles chofes
, fi peu de cette enflure & de cette déJUILLET.
1763 .
81
clamation , que l'on reproche à Lucain :"
il m'a femblé qu'on me favoit gré , d'avoir
rendu fimplement des beautés frappantes
par elles -mêmes ; & fi j'en croyois
ce qu'on a bien voulu me dire de cette
premiere tentative , je n'aurois pas befoin
pour achever , d'un nouvel encouragement.
Mais comme je ne me diffimule
, ni ce que mon Auteur a de
défectueux , ni l'impoffibilité ou je fuis
de l'égaler dans ce qu'il a de grand &
de fublime , je ne veux me hafarder
que pas à pas , & d'effai en effai. J'ai
eu l'honneur de vous propofer un fecond
chant , vous l'avez accepté avec
une politeffe à laquelle je fuis très - ſenfible
; le voici . Je vous ferai bien obligé ,
fi vous voulez mettre à la tête , ce précis
du premier chant , pour le rappeller aux
Lecteurs.
J'ai l'honneur d'être , & c.
PRECIS du premier Chant
de la PHARSALE .
Caufes de la guèrre civile : l'exceffive
grandeur de Rome , la jaloufie &
la rivalité de Pompée & de Céfar , la
corruption des moeurs & le mépris des
Loix . Cefarde retour des Gaules , contre
Jes défenfes du Sénat , paffe le Rubicon
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
à la tête de fon armée. Il marche à
Rome. Il s'empare d'Ariminum. Les
Tribuns chaffés de Rome par le Sénat ,
fe réfugient fous les drapeaux de Céfar;
Curion les accompagne. Il annonce à
Céfar, qu'on eft réfolu à lui refufer le
Triomphe , & que l'on arme contre
lui. Harangue de Céfar à fes troupes ,
pour les engager à la révolte. Les
troupes balancent à fe déclarer ; le Centurion
Lélius prend la parole , & les
détermine . César raffemble autour de
lui les cohortes qu'il a laiffées dans la
Gaule. A fon approche , la terreur fe
répand dans Rome . Pompée & le Sénat
prennent la fuite ; le Peuple épouvanté
les fuit. Des prodiges effrayans redoublent
encore l'allarme publique . Les
Devins d'Hétrurie font confultés . Arons
le plus vieux de ces Devins , ordonne
des facrifices , des expiations , & prédit
vaguement des malheurs fans nombre.
Figulus, homme verfé dans l'Aftrologie
, confirme les préfages du Devin ,
& annonce la guèrre Civile .
LIVRE SECOND .
Déja la colère des Dieux s'eft manifeftée
la nature a donné le fignal de la
difcorde ; elle a interrompu fon cours ;
JUILLET. 1763. 83
& par un preffentiment de l'avenir , elle
s'eft plongée elle- même dans ce tumulte
qui engendre les monftres. C'eſt le préfage
de nos forfaits. Pourquoi donc
ô Souverain des Dieux , avoir ajoûté
aux malheurs des hommes , cette prévoyance
accablante ? Soit que dans le
développement du Cahos , ta main féconde
ait lié les caufes par des noeuds
indiffolubles , que tu te fois impofé à
toi-même une première loi , & que
tout foit foumis à cet ordre immuable ;
foit qu'il n'y ait rien de prefcrit , &
qu'un hafard aveugle & vagabond
opére feul dans la nature , ce flux &
ce reflux d'événemens , qui changent
la face du monde ; fais que nos maux
arrivent foudain ; que l'avenir foit
inconnu à l'homme ; qu'il puiffe du
moins , eſpérer en tremblant.
9
Dès qu'on fut averti par ces prodiges
, des malheurs dont Rome étoit
menacée , le ministère de la Juſtice fut
fufpendu ; les Loix gardérent un lugubre
filence ; les dignités fe cachérent fous
le plus humble vêtement ; on ne vit
plus la pourpre entourée de faiſceaux ;
les citoyens étoufférent leurs plaintes ;
la douleur morne & fans voix , erra
dans cette Ville immenfe.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
Ainfi dans le moment qu'un jeune
homme , l'efpoir d'une famille , expire ;
avant que les premiers accens de la défolation
ayent éclaté ; avant qu'une Mère
les cheveux épars , jette de lamentables
cris , dans les bras de ce fils que la chaleur
de la vie abandonne ; tandis qu'elle
baife cette face livide , & ces yeux plongés
dans le fommeil de la mort ; ce n'eft
pas encore de la douleur , c'eft de l'effroi :
attachée à ce corps expirant , interdite
& comme infenfible , elle contemple ,
dans un étonnement ftupide , toute
l'étendue de fon malheur.
Telle eft dans les premiers inftans ,
la confternation répandue dans Rome..
Les femmes ont dépouillé leur parure ;
leur foule éplorée affiége les Temples
ce n'eft plus par des voeux timides , c'eft
par des longs heurlemens qu'elles invoquent
le Ciel. Le Temple de Jupiter
n'eft pas le feul qu'elles rempliffent ; elles
fe partagent les Dieux.
C'eſt à préfent ( s'écria l'une d'entre
elles , en fe déchirant le vifage baigné
de pleurs ) c'eſt à préfent , ô miférables
Mères ! qu'il eft permis de fe frapper le
fein & de s'arracher les cheveux n'attendez
pas pour vous défoler , que nos
malheurs foient à leur comble ; pleurez
:
JUILLET. 1763. 85
tandis que la fortune eft encore incertaine
entre nos deux Tyrans. Dès que
l'un d'eux fera vainqueur , il faudra
marquer de la joie.
,
Les hommes eux-mêmes , en allant fe
ranger fous les Drapeaux des deux partis
, accufoient les Dieux de les forcer
au crime. Malheureux ( difoient- ils )
que n'avons- nous plûtôt vécu dans les
tems de Cannes & de Trébie ! Dieux ,
ce n'eſt point la Paix que nous vous
demandons ; foulevez contre nous les
Nations barbares ; que le monde conjuré
fe réuniffe ; que les peuples de
l'Orient & du Nord , les Médes , les
Scythes , les Germains fondent fur nous;
que Rome n'ait pas un feul bras qui ne
combatte : rendez - nous , grands Dieux,
tous nos ennemis à la fois , & fauveznous
de la guerre civile . Ou fi vous
avez réfolu d'anéantir le nom Romain ,
faites tomber en pluye de feu , les airs
embrafés par la foudré ; frappez en même
temps & les deux Chefs & les deux
Partis ; n'attendez pas qu'ils méritent
vos coups. Eft-ce pour décider lequel
des deux nous opprimera , qu'il en doit
coûter tant de crimes ? A peine hélas !
eût-il fallu s'y réfoudre pour nous affranchir
de tous les deux. C'eft ainfi
86 MERCURE DE FRANCE.
que leur piété fe répandoit en inutiles
plaintes. Les Vieillards accablés de douleur
fe plaignoient d'avoir trop vécu.
L'un d'eux pour donner un exemple
récent des maux que l'on avoit à craindre.
O mes Amis ( dit-il à fes compagnons
) l'orage qui nous menace , eft
le même qui s'éleva fur Rome , lorfque
Marius , Vainqueur des Teutons & des
Numides , fe réfugia dans des Marais ,
que
les rofeaux de Minturne couvrirent
fa tête triomphante , cette tête , dont
la fortune leur confioit le dépôt fatal.
Découvert & chargé de chaînes , il
gémit longtems enfeveli dans les horreurs
d'un noir cachot . Deſtiné à mou--
rir Conful , à mourir tranquille au milieu
des ruines de fa Patrie , il porto t
d'avance la peine de fes crimes ; mais la
mort fembloit l'éviter. En vain fes ennemis
tiennent fa vie en leur pouvoir ;
le premier qui veut le frapper , recule
faifi de frayeur. Sa main tremblante
laiffe tomber le glaive . Il a vu à travers
les ténébres de la Prifon , une lumière
refplendiffante: il a vu les Dieux vengeurs
le menacer ; il a vu Marius dans tout
l'éclat de fa grandeur future ; il l'a entendu
, & il a tremblé . Retire - toi , lâche
ennemi : ce n'eft pas à toi de frapper
JUILLET. 1763. 87.
cette tête le cruel doit au deftin , des
morts fans nombre avant la fienne. Cimbres,
confervez avec foin les jours de ce
Vieillard, fi vous voulez être vengés . Ce
n'eft point la faveur des Dieux , c'eft
leur colère qui veille fur lui. Marius
fuffit au deffein qu'ils ont formé de per-,
dre Rome. En vain l'océan furieux le
jette fur une plage ennemie ; errant
fut les bords inhabités de ces Numides
qu'il a vaincus , des cabanes défertes lui
fervent d'afyle. Carthage & Marius , fe
confolent mutuellement à la vue de
leur ruine , & couchés fur le même
fable , tous les deux pardonnent aux
Dieux. Mais au premier retour de la
fortune , il rallume la haine des Afriquains
; il affemble des armées d'efcla
ves , & brife les fers dont ils font chargés
aucun n'eft admis fous fes Drapeaux
qui n'ait fait l'apprentiffage du
crime , & qui n'apporte dans fon Camp
l'exemple de quelques forfaits.
O Deftin ! quel jour , quel horrible
jour , que celui où Marius entra victorieux
dans Rome ! avec quelle rapidité
la mort étendit fon ravage ! la nobleffe
tombe confondue axec le peuple ; le
glaive deftructeur vole au hazard , &
frappe fans choix : le fang ruiffelle dans
88 MERCURE DE FRANCE.
les Temples , les pavés des voies pu
bliques en font inondés & gliffans. Nulle
pitié , nul égard pour l'âge : on n'a
pas honte de hater la mort des vieillards
courbés fous le poids des ans , ni de
trancher la vie des enfans qui viennent
d'ouvrir les yeux à la lumière . Hélas !
& par quel crime ont - ils mérité de
mourir ? ils font mortels ; c'en eft affez :
l'impétueufe fureur les rencontre & les
moiffonne fur fon paffage . Sans perdre
le tems à chercher les criminels , on
égorge en foule tout ce qui fe préfente.
La main du meurtrier , plutôt que de
refter oifive , fait tomber des têtes ,
dont les traits mêmes lui font inconnus,
Il n'eft qu'un espoir de falut : c'eſt d'attacher
fes lévres tremblantes , à cette
main prête à frapper. Ah ! Peuple indigne
de tes Ancêtres , devrois - tu , même
à l'aspect de ces mille glaives qui s'avancent
fous les étendarts de la mort ,
devrois -tu confentir à racheter des fiécles
de vie à ce prix ? & tu fubis cette
indigne loi , pour traîner dans l'opprobre
le peu de jours que Marius te laiffe
, & que Svlla vient t'arracher !
Dans le maffacre d'un Peuple innombrable
, comment donner des larmes à
chaques Citoyens ? reçois mes regrets
JUILLET. 1763 . 89
Bébius ! ô toi,dont une foule d'affaffins
déchirent les entrailles , & fe difputent
les membres fumans : & toi , l'augure
éloquent de nos malheurs , Antoine
dont la tête ruiffelante encore , & couverte
de cheveux blancs , eft apportée
dans un feftin , fur la table de Marius.
Les deux Craffus font égorgés ; Licinius
périt dans la tribune ; le Vieillard Scévola
, que le facerdoce auroit dû rendre
inviolable , tombe au pied des Autels
de Vefta : fon fang rejaillit fur le
feu facré ; mais, fes veines épuifées par
l'âge n'en rendent pas affez pour l'éteirdre.
A tant d'horreurs , fuccéda le feptiéme
confulat de Marius, & par là finit
cet homme , accablé de toutes les rigueurs
de la mauvaiſe fortune , comblé
de toutes les faveurs de la bonne , &
qui avoit mefuré dans l'une & dans
l'autre , jufqu'où peut aller le fort d'un
Mortel.
Sylla qui voulut nous vanger , mit
le comble à nos pertes immenfes : il
épuifa le peu de fang qui reftoit à la
patrie en coupant des membres corrompus
, il fuivit trop loin les progrès
du mal il ne périt que des coupables
, mais dans un tems où il n'y avoit
plus que des coupables à fauver.
90 MERCURE DE FRANCE
Sous lui les haines font déchaînées ; la
colère fe livre à fes emportemens , dégagée
du frein des loix . On ne facrifioit pas
tout à Sylla : chacun s'immoloit fes
victimes. Un mot du vainqueur , avoit
ouvert la barrière à tous les forfaits ; on
vit l'efclave affaffiner le Maître , le frère
vendre le fang du frère , les fils degoutans
du meurtre de leur Père , fe difputer
fa tête qu'ils venoient de trancher.
Les tombeaux font remplis de fugitifs ;
les vivans y font confondus avec les
morts les repaires des bêtes féroces
ne peuvent contenir la foule des tranffuges
; les uns , pour dérober leur mort
au vainqueur , ont recours au lien fatal ;
les autres fe précipitent du haut d'un
rocher ; celui-ci éléve fon bucher luimême
, il fe donne le coup mortel , &
fe jette dans les flames , avant que la
force l'ait abandonné. Rome confternée
& tremblante , reconnoît les têtes
de fes plus illuftres Citoyens , portées
au bout des lances , & entaffées dans
la Place publique : là fe révélent tous
les crimes cachés .
Les Pères vont dérober d'une main
tremblante , les corps livides & fanglans
de leurs fils , que leurs yeux feuls reconnoiffent
encore . Moi-même il me
JUILLET. 1763. 91
fouvient , qu'impatient de rendre aux
mânes de mon frère , les devoirs de la
fépulture dont le Tyran nous faifoit un
crime , il me fouvient , qu'avant de porter
fa tête fur le bucher , je parcourus
ce champ de carnage , digne monument
de la paix de Sylla , pour tâcher de découvrir
parmi tant de corps mutilés
celui auquel s'adapteroit cette tête défigurée.
O Dieux par quelles cruautés
la mort de Catulus fut vengée fur le
frère de Marius ; & quels maux fouffrit
avant d'expirer , cette malheureufe victime
? Mânes qu'on voulut appaifer ,
vous en futes effrayés vous-mêmes. Nous
l'avons vu , ce corps déchiré , dont chaque
membre étoit une playe : percé de
coups, dépouillé par lambeaux, il n'avoit
pas encore reçu le coup mortel , & par
un excès inoui de cruauté , l'on prenoit
foin de ménager fa vie. Ses mains tombant
fous le tranchantdu glaive,fa langue
arrâchée , palpite encore , il ne refpire ,
il n'entend plus que par des organes inutiles
.Un ongle meurtrier extirpe fes yeux
qui ont vu difperfer tous fes membres.
On ne croira jamais , qu'une feule tête
ait pu fuffire à tant de tourmens. Les
débris de ce cadavre ne forment plus
qu'un horrible monceau de chair &
92 MERCURE DE FRANCE.
d'offemens écrafés fous leur chûte : les
corps des malheureux qui ont péri dans
un naufrage , & que la vague a brifés
contre les écueils , arrivent moins défigurés
fur le fable. Et quel foin prenezvous
, cruels , de rendre Marius méconnoiffable
aux yeux de Sylla ? pour fe
repaître de Yon fupplice , il eût fallu ,
qu'il reconnût fes traits . Prénefte voit
tous fes habitans moiffonnés par le glaive
, tout un peuple tombe comme d'un
feul coup . Alors , la fleur de l'Italie , la
feule jeuneffe qui lui reftoit , fut maffacrée
dans le champ de Mars , au fein
de cette malheureufe Rome , qu'elle
inonda de fon fang. Que tant de victimes
périffent à la fois par la famine ,
par un naufrage , fous les ruines d'une
Ville fubitement écrafée , dans les horreurs
de la pefte ou de la guèrre , il y
en eut des exemples ; mais d'une exécution
auffi fanglante , il n'en fut jamais. A
peine àtravers les flotsde ce peuple qu'on
égorge , les mains parricides peuvent fe
mouvoir; à peine ceux qui reçoivent le
coup mortel peuvent tomber leurs
corps preffés fe foutiennent l'un l'autre ,
& dans leur chûte , ils deviennent euxmêmes
les inftrumens du carnage : les
morts étouffent les vivans.
JUILLET. 1763 . 93
Sylla du haut du Capitole , tranquille
fpectateur de cette fanglante fcène
n'a pas même le remors d'avoir profcrit
tant de milliers de Citoyens. Cependant
le lit du Tybre ne peut contenir
les cadavres qu'on y entaffe . Les
premiers tombent dans le fleuve , les
derniers s'élevent au- deffus des eaux :
les barques rapides s'y arrêtent ; le fleuve
coupé par cette digue fanglante ,
d'un côté s'écoule dans la mer , de l'autre
il s'enfle & refte fufpendu. Les flots
de fang que l'on verfe de toutes parts ,
fe font un paffage à travers la campagne
, & viennent en Iongs ruiffeaux
groffir les ondes amoncelées. Déja
le fleuve furmonte fes bords & y
rejette les cadavres . Enfin fe précipitant
avec violence dans la mer de Tirrhêne
, il fend les eaux par un torrent
de fang .
C'est ainsi que Sylla a merité d'être
appellé le falut de la patrie , l'heureux
Sylla ; c'eft ainfi qu'il s'eft fait élever
un tombeau dans Rome. Voilà , mes
amis , ce qui nous refte à éprouver une
feconde fois : tel fera le cours de cette
guerre & tel en fera le fuccès. Que disje
? & plût aux Dieux n'avoir que de
tels maux à craindre. Hélas ! il y va de
94 MERCURE DE FRANCE .
bien plus & pour Rome & pour l'Univers,
Marius & les fiens éxilés de leur
patrie ne demandoient que leur retour.
Svlla ne vouloit qu'anéantir les factions.
Céfar & Pompée ont d'autres deffeins.
Non contens d'un pouvoir partagé , ils
combattent pour le rang fuprême ; aucun
d'eux ne daigneroit fufciter la guerre
civile , pour être ce qu'a été Sylla.
Ainfi la vieilleffe confternée pleuroit
fur le paffé & trembloit pour l'avenir .
Mais cette frayeur n'eut point d'accès
dans la grande âme de Brutus , Bru
tus au milieu de la défolation publique
ne mêla point fes larmes aux larmes du
Peuple. Dans le filence de la nuit , il va
frapper au feuil de l'humble demeure
de Caton ; il le trouve veillant & l'âme
agitée des dangers de Rome & du fort
du monde . Brutus l'aborde & lui dit :
» vous l'unique refuge de la vertu
» dès longtemps banic de la terre , vous
» fon ami , vous que le tourbillon de la
» fortune ne peut détacher de fon parti ,
" fage Caton , foyez mon guide , affer-
» miffez mon efprit chancelant ; donnez
» votre force à mon âme. Que d'autres
» fervent Pompée ou Céfar ; Caton eft
» le Chef que Brutus veut fuivre . Ref-
» terez-vous au ſein de la paix , feul im-
1
JUILLET. 1763. 95
29
» mobile au milieu des fecouffes qui
» ébranlent le monde ? ou voulez- vous
» abfoudre la guerre en vous affociant
» aux forfaits & aux malheurs qu'elle
» produira Chacun dans cette guerre
» fatale ne prend les armes que pourfoi ;
» l'un pour éviter la peine due à fes
» crimes , & fe fouftraire aux loix re-
» doutables pendant la paix ; l'autre
» pour écarter le fer à la main , l'indi-
» gence qui le preffe , & s'enrichir
» des dépouilles du monde lorfque tout
» fera confondu . Vous feul aimerez -vous
la guerre pour elle - même ? & que
» vous fervira d'avoir été fi longtemps
» incorruptible au milieu d'un monde
» corrompu ? Est - ce là le prix de tant
» de conftance ? Dans l'un & l'autre
» camp tout ce Peuple arrivera coupa-
" ble ; Caton lui feul va le devenir.
» Dieux,ne permettez pas que des armes
» parricides fouillent ces mains pures ,
» & qu'une fi haute vertu jafques-là fe
» dégrade & fe déshonore . Sur vous ,
» ſeul ami , n'en doutez pas , retom-
» beroient la honte & le crime de cette
» guerre & qui ne fe vanteroit de
» mourir de la main de Caton , quoi-
» que frappé d'une autre main ? qui ne
» fe croiroit pas vengé en vous laiſſant
"
96 MERCURE DE FRANCE.
»le reproche de fa mort ? Non , le calme
" eft votre partage comme il eft le par-
» tage des Aftres : inébranlables dans
» leurs cours ils rempliffent leur vafte
» carrière , tandis que les régions de
» l'air font embrafés par la foudre. La
» terre eft en bute au choc des tempê-
» tes , l'Olympe repofe au-deffus des
» nuages. Te!
"
» régne au plus bas
degré ; mais la paix occupe la cime.
» Quelle joie pour Céfar d'apprendre
» qu'un Citoyen tel que vous auroit
» pris les armes ? rangez-vous du parti
» de fon rival ; peu lui importe. Caton
» fe déclare affez pour lui s'il fe déclare
»pour la guerre civile. Déja une partie
» du Sénat , les Patriciens , les Confuls
» eux-mêmes demandent à fervir fous
Pompée. Qu'on voye Caton fubir le
» même joug , il n'y a plus au monde
que Céfar qui foit libre. Ah ! fi c'eft
" pour les loix, pour la patrie que vous
» voulez combattre , difpofez de moi ;
» mais il n'eft pas temps. Vous voyez
» dans Brutus , non l'ennemi de Céfar,
» non l'ennemi de Pompée ; mais après
» la guerre , l'ennemi déclaré de celui
» des deux qui fera vainqueur. Il dit ,
» & du fein de Caton comme du fond
chofes : le tro.. ordre
immuable des
"
"
"
» d'un
JUILLET. 1763. 97
d'un Sanctuaire fe firent entendre ces
paroles facrées.
"
» Oui , Brutus , la guerre civile eſt
» le plus grand des maux ; mais ma ver-
» tu fuit d'un pas afſuré la fatalité qui
» m'entraîne . Si les Dieux me rendent
» coupable ce fera le crime des Dieux.
» Et qui peut voir , exempt de péril , la
» ruine de fa patrie ? Quoi des Nations
» inconnues s'engagent dans nos querel-
» les ; des Rois , nés fous d'autres étoi-
» les , féparés de nous par de vaftes mers
» fuivent l'aigle romaine aux combats ;
& moi Romain , je refterois feul
plongé dans un honteux repos ! Loin
» de moi,grands Dieux, cette cruelle in-
» différence : ne fouffrez pas que Ro-
» me , dont la chute ébranlera le Dace
» & le Gête , que Rome tombe fans
» m'écrafer. Un père , à qui la mort
» vient d'enlever fes enfans , les accom-
» pagne jufqu'à la fépulture. Sa dou-
» leur même fe plaît à fe nourrir du
long appareil de leur pompe funébre ;
» fes mains portent les noirs flambeaux
» qui vont embrafer leur bucher , &
» l'on voit fes bras paternels s'étendre
» encore à travers les flammes. Non
» Rome je ne me détacherai de toi
» qu'après t'avoir embraffée mourante ,
I. Vol.
"
,
E
98 MERCURE
DE FRANCE .
» & avoir reçu ton dernier foupir : li-
» berté , je fuivrai ton nom , quand
» tu ne feras plus qu'un ombre. Sou-
» mettons- nous : les Dieux inexorables
» demandent Rome entière en facrifice ;
» qu'ils foient contens : ne leur dérobons
" pas une feule de leurs victimes. Ah !
» que ne puis-je offrir au Ciel & aux
» Enfers cette tête chargée de tous les
» crimes de ma patrie , & condamnée à
» les expier ! Décius fe dévoua & périt
» au milieu d'une armée ennemie ; que
» ces deux armées de Romains me per-
» cent de même ; qu'elles épuifent fur
» moi leurs traits. J'irai le fein décou-
» vert , au devant de toutes les lances
» & au milieu du champ de bataille
» je recevrai feul tous les coups de la
» guerre ; heureux fi mon fang eft la
» rançon du monde & fi mon trépas appaife
les Dieux ! Eh pourquoi feroit-on
périr des Peuples dociles au joug &
» difpofés à fléchir fous un Maître ?
» C'est moi qu'il faut perdre , moi qui
» m'obftine feul à défendre inutilement
" nos Loix & notre liberté. Mon fang
» verfé rendra la paix & le repos à l'Ita-
» lie. Après moi, qui voudra régner n'au-
" ra pas befoin de recourir aux armes .
» Mais je fais là d'inutiles voeux al-
»
»
·
JUILLET. 1763. 99
» lons , Brutus , rangeons - nous du-
» moins du parti que Rome autorife .
» Si la fortune feconde Pompée , il n'eft
» pas sûr qu'il en abuſe pour ufurper
» l'Empire du monde. Combattons fous
» lui , de peur qu'il n'ofe croire que c'eft
» pour lui que l'on va combattre . Caton,
» foldat dans fon armée lui apprendra
» s'il eft vainqueur , que c'est pour
» Rome qu'il aura vaincu .
33
Telle fut la réponſe de Caton , &
l'âme du jeune Brutus embrâfée d'un
feu nouveau , ne refpira plus que la
guerre civile,
Alors , comme le foleil chaffoit les ténébres
, on entendit frapper à la porte :
c'étoit la pieufe Marcie qui venoit de
rendre à Hortentius fon époux les devoirs
de la fépulture . Dans la fleur de
l'âge & de la beauté un lien plus cher
l'avoit unie au vertueux Caton ; &
Caton après avoir eu d'elle trois gages
d'un faint hyménée , l'avoit cédée à fon
ami , afin qu'elle ornât une maiſon nouvelle
des fruits de fa fécondité , & que
fon fang maternel fût le lien des deux
familles. Mais à peine a-t-elle recueilli
les cendres d'Hortentius , qu'elle revient,
la pâleur fur le vifage , les cheveux épars
& fouillés de fang , le fein meurtri
E ij
336320
100 MERCURE DE FRANCE.
la tête couverte de la pouffière du tombeau
. Elle eût vainement employé d'autres
charmes pour plaire aux yeux du
févère Caton ; elle fe préfente & dans
fa douleur elle lui parle en ces mots .
"
» Tant que mon âge & mes forces
» m'ont fait un devoit d'être mè
» re , ô Caton , j'ai fait ce que vous avez
» voulu ; j'ai fubi la Loi d'un fecond
» hyménée. A préfent que mes en-
» trailles font épuifées , que la nature &
la patrie n'ont plus rien à exiger de
» moi , je reviens à vous dans l'eſpoir
» de n'être plus livrée à perfonne. Ren-
» dez-moi les chaftes noeuds de mon
» premier hymen ; rendez- moi le nom ,
» le feul nom de votre époufe : qu'on
puiffe écrire fur mon tombeau Marcie
femme de Caton , & que l'avenir n'ait
» pas lieu de douter fi vous m'aviez cé-
» dée ou bannie. Ce n'eft point à vos
» profpérités que je viens m'affocier ;
» c'eft de vos peines , de vos travaux
» que je veux être la compagne . Laiffez-
» moi vous fuivre dans les camps , par-
» tager , adoucir vos fatigues. Eh pour-
» quoi refterois -je en fûreté au fein de
la paix ? Pourquoi Cornélie verroit-
» elle de plus près que moi les dangers
» de la guerre civile ?
>>
JUILLET. 1763. ΙΟΙ
Ces paroles fléchirent Caton ; &
quoique le moment de courir aux
armes fût peu favorable aux voeux de
fon époufe, il confentit à renouveller
avec elle la fainteté de leurs premiers:
fermens , mais feulement à la face du
Ciel , & fans l'appareil d'une pompe
vaine.
Le veftibule de fa maifon n'eft point
couronné de guirlandes , ni éclairé des
flambeaux de l'Hymen : le lit nuptial
n'eft point élevé fur des marches d'y
voire ; une trame d'or ne brille pas dans
les tapis dont il eft couvert : on ne voit
point Marcie dans la parure d'une nouvelle
époufe , relever par le feu des
diamans les riches couleurs d'une robe
éclatante , & foutenue par fes compagnes
, franchir , fans y toucher , le
feuil de la porte confacré à Vefta : la
tête n'eft point ornée de ce tiffu de
pourpre qui tombe fur les yeux timides
d'une jeune vierge dévouée à l'hymen
& qui fert de voile à la tendre pudeur.
Mais telle qu'elle eft , & fans dépofer
le deuil lugubre qui la couvre , elle embraffe
fon époux , comme elle embrafferoit
les enfans . Les jeux profanes , la
folle ivreffe ne font point appellés à ce
grave hyménée : Marcie & Caton
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
.
fe réuniffent dans le filence & fous l'aufpice
de Brutus.
Caton , dès le premier fignal de la
guerre avoit laiffé croître fa barbe touffue,
& fes cheveux blancs ombrageoient
fon front. Ce front févère n'admit point
la joie Caton ne daigna pas même écarter
fes longs cheveux de fon vifage auftère
& vénérable. Egalement infenfible
à l'amour & à la haine , tout occupé à
gémir fur les malheurs de l'humanité, il
s'interdit le lit nuptial & la févérité de fa
vertu réfifta même aux plaifirs légitimes.
Telles furent les moeurs de Caton,telle
fut fa Secte rigide : fuivre les loix de la
nature ; vivre & mourir pour fon
pays ;
fe croire fait , non pour foi-même , mais
pour le bien du monde entier ; n'avoir ,
au lieu de feftins, que l'aliment néceffaire
à la vie , au lieu de palais , qu'un abri
contre les hyvers , au lieu de riches vêtemens
que l'étoffe groffiere dont fe couvroit
le Peuple borner l'ufage de l'amour
aufoin de perpétuer fon efpéce ; être à la
fois le père & l'époux de fa patrie ; fe faire
un culte de la juftice , de l'honnêteté
une infléxible loi , du bien général un intérêt
unique ; tel fut , dis- je , cet homme
auftère ; & dans tout le cours de fa vie
jamais la volupté , cette idole d'elleJUILLET.
1763.
103
même , ne furprit un feul mouvement
de fon âme , n'eur part dans aucune de
fes actions.
Le refté au Mercure prochain.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. MARMONTEL à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure.
Dans sa lettre à M. de La Place, Marmontel exprime son admiration pour Lucain et sa traduction de la 'Pharsale', tout en reconnaissant les qualités et les défauts de l'œuvre. Le résumé du premier chant de la 'Pharsale' expose les causes de la guerre civile à Rome : la grandeur excessive de Rome, la rivalité entre Pompée et César, la corruption des mœurs et le mépris des lois. César traverse le Rubicon, s'empare d'Ariminum et rallie les troupes, tandis que Pompée et le Sénat fuient. Des prodiges annoncent des malheurs. Le second livre décrit des signes divins annonçant la discorde et la terreur à Rome. Les lois sont suspendues, et la ville est plongée dans la consternation. Les femmes pleurent et invoquent les dieux, tandis que les hommes se préparent à la guerre. Le narrateur compare la situation tragique de Rome à celle après les victoires de Marius. Marius, malgré ses crimes, semble protégé par une force divine. Le texte décrit les horreurs commises par Marius lors de son retour à Rome, où la mort frappe sans discernement. Sylla, cherchant à venger Rome, aggrave les pertes, laissant libre cours aux haines et aux crimes. Les scènes de violence sont intenses : des esclaves tuent leurs maîtres, des frères se disputent la tête de leur père décapité, et les fugitifs se cachent ou se suicident. Rome est remplie de cadavres, y compris ceux des citoyens illustres. Les massacres sont si violents que les cadavres obstruent le Tibre. Sylla observe la scène sans remords. Le texte compare les ambitions de César et Pompée à celles de Sylla, soulignant que ces nouveaux conflits pourraient être encore plus dévastateurs. Brutus cherche le soutien de Caton pour résister aux factions en guerre. Un dialogue entre Brutus et Caton révèle les préoccupations de Brutus concernant les motivations des combattants. Caton affirme son dévouement à Rome et son désir de mourir pour rétablir la paix. La réponse de Caton enflamme Brutus, qui aspire désormais à la guerre civile. Après la mort d'Hortensius, Marcie demande à Caton de renouer leur premier mariage pour éviter d'être livrée à un autre. Ému, Caton accepte de renouveler leurs vœux de manière simple et discrète, sans cérémonie. Caton, préoccupé par les malheurs de l'humanité, refuse les plaisirs légitimes et maintient une rigueur morale inflexible.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4246
p. 103-104
DICTIONNAIRE portatif historique & Littéraire des Théâtres ; contenant l'origine des différens Théâtres de Paris ; leur état actuel ; le nom de toutes les Piéces qui y ont été représentées depuis leur établissement, & celui des Piéces jouées en Province, ou qui ont simplement paru par la voie de l'impression depuis plus de trois siécles ; avec des anecdotes & des remarques sur la plupart : le nom & les particularités intéressantes de la vie des Auteurs, Musiciens & Acteurs ; avec le catalogue de leurs ouvrages & l'exposé de leurs talens ; une chronologie des Auteurs & des Musiciens ; avec une Table chronologique de tous les Opéra & des Piéces qui ont paru depuis trente-trois ans ; par M. de Léris. Seconde édition revue, corrigée & considérablement augmentée. A Paris, chez C. A. Jombert, rue Dauphine, & chez Bauche, quai & auprès des Augustins ; 1763. Avec Approbation & Privilége du Roi. Un vol. in-8°.Prix, 5 liv. 20 s. broché.
Début :
NOUS nous contenterons aujourd'hui de donner le titre de cet Ouvrage utile, [...]
Mots clefs :
Pièces, Ouvrages, Chronologie, Dictionnaire portatif
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texteReconnaissance textuelle : DICTIONNAIRE portatif historique & Littéraire des Théâtres ; contenant l'origine des différens Théâtres de Paris ; leur état actuel ; le nom de toutes les Piéces qui y ont été représentées depuis leur établissement, & celui des Piéces jouées en Province, ou qui ont simplement paru par la voie de l'impression depuis plus de trois siécles ; avec des anecdotes & des remarques sur la plupart : le nom & les particularités intéressantes de la vie des Auteurs, Musiciens & Acteurs ; avec le catalogue de leurs ouvrages & l'exposé de leurs talens ; une chronologie des Auteurs & des Musiciens ; avec une Table chronologique de tous les Opéra & des Piéces qui ont paru depuis trente-trois ans ; par M. de Léris. Seconde édition revue, corrigée & considérablement augmentée. A Paris, chez C. A. Jombert, rue Dauphine, & chez Bauche, quai & auprès des Augustins ; 1763. Avec Approbation & Privilége du Roi. Un vol. in-8°.Prix, 5 liv. 20 s. broché.
DICTIONNAIRE portatif hiftorique
& Littéraire des Théâtres ; contenant
l'origine des différens Théâtres de Paris
; leur état actuel ; le nom de toutes
les Piéces qui y ont été repréſentées
depuis leur établiſſement , & celui des
Piéces jouées en Province , ou qui ont
fimplement paru par la voie de l'impreffion
depuis plus de trois fiécles ;
avec des anecdotes & des remarques
fur la plupart : le nom & les particularités
intéreffantes de la vie des Auteurs
, Muficiens & Acteurs ; avec le
catalogue de leurs ouvrages & l'expofé
de leurs talens ; une chronologie des
Auteurs & des Muficiens ; avec une
Table chronologique de tous les Opéra
& des Piéces qui ont paru depuis
trente - trois ans ; par M. de Léris .
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Seconde édition revue, corrigée & confidérablement
augmentée . A Paris, chez
C. A. Jombert , rue Dauphine , &
chez Bauche , quai & auprès des Auguftins
; 1763. Avec Approbation &
Privilége du Roi. Un vol. in-8 ° .Prix,
5 liv. 10 f. broché.
NOUouSs nous contenterons aujourd'hui
de donner le titre de cet Ouvrage utile ,
curieux & agréable. Nous le ferons
mieux connoître dans le volume du 15
de ce mois , où nous marquerons d'une
manière détaillée le plan , l'ordre , &
l'objet de cette nouvelle édition , avec
les augmentations & les corrections qui
la rendent fupérieure à tous les ouvrages
que nous avons en ce genre. Nous dirons
feulement aujourd'hui , que le titre
ne promet rien qui ne foit parfaitement
exécuté dans le corps du Livre .
& Littéraire des Théâtres ; contenant
l'origine des différens Théâtres de Paris
; leur état actuel ; le nom de toutes
les Piéces qui y ont été repréſentées
depuis leur établiſſement , & celui des
Piéces jouées en Province , ou qui ont
fimplement paru par la voie de l'impreffion
depuis plus de trois fiécles ;
avec des anecdotes & des remarques
fur la plupart : le nom & les particularités
intéreffantes de la vie des Auteurs
, Muficiens & Acteurs ; avec le
catalogue de leurs ouvrages & l'expofé
de leurs talens ; une chronologie des
Auteurs & des Muficiens ; avec une
Table chronologique de tous les Opéra
& des Piéces qui ont paru depuis
trente - trois ans ; par M. de Léris .
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Seconde édition revue, corrigée & confidérablement
augmentée . A Paris, chez
C. A. Jombert , rue Dauphine , &
chez Bauche , quai & auprès des Auguftins
; 1763. Avec Approbation &
Privilége du Roi. Un vol. in-8 ° .Prix,
5 liv. 10 f. broché.
NOUouSs nous contenterons aujourd'hui
de donner le titre de cet Ouvrage utile ,
curieux & agréable. Nous le ferons
mieux connoître dans le volume du 15
de ce mois , où nous marquerons d'une
manière détaillée le plan , l'ordre , &
l'objet de cette nouvelle édition , avec
les augmentations & les corrections qui
la rendent fupérieure à tous les ouvrages
que nous avons en ce genre. Nous dirons
feulement aujourd'hui , que le titre
ne promet rien qui ne foit parfaitement
exécuté dans le corps du Livre .
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Résumé : DICTIONNAIRE portatif historique & Littéraire des Théâtres ; contenant l'origine des différens Théâtres de Paris ; leur état actuel ; le nom de toutes les Piéces qui y ont été représentées depuis leur établissement, & celui des Piéces jouées en Province, ou qui ont simplement paru par la voie de l'impression depuis plus de trois siécles ; avec des anecdotes & des remarques sur la plupart : le nom & les particularités intéressantes de la vie des Auteurs, Musiciens & Acteurs ; avec le catalogue de leurs ouvrages & l'exposé de leurs talens ; une chronologie des Auteurs & des Musiciens ; avec une Table chronologique de tous les Opéra & des Piéces qui ont paru depuis trente-trois ans ; par M. de Léris. Seconde édition revue, corrigée & considérablement augmentée. A Paris, chez C. A. Jombert, rue Dauphine, & chez Bauche, quai & auprès des Augustins ; 1763. Avec Approbation & Privilége du Roi. Un vol. in-8°.Prix, 5 liv. 20 s. broché.
Le 'Dictionnaire portatif historique et littéraire des Théâtres' est une œuvre de M. de Léris, publiée en 1763 à Paris. Cet ouvrage traite de l'origine et de l'état actuel des différents théâtres parisiens, ainsi que des pièces représentées depuis leur création. Il inclut également les pièces jouées en province ou publiées au cours des trois derniers siècles. Le dictionnaire contient des anecdotes et des remarques sur la plupart des pièces, ainsi que des informations sur la vie des auteurs, musiciens et acteurs, avec un catalogue de leurs œuvres et une exposition de leurs talents. Une chronologie des auteurs et des musiciens est présente, accompagnée d'une table chronologique des opéras et des pièces parus au cours des trente-trois dernières années. La seconde édition, revue, corrigée et augmentée, est disponible chez C. A. Jombert et Bauche au prix de cinq livres dix sols broché. Le Mercure de France annoncera le détail du plan et de l'objet de cette nouvelle édition dans son volume du 15 du mois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4246
DICTIONNAIRE portatif historique & Littéraire des Théâtres ; contenant l'origine des différens Théâtres de Paris ; leur état actuel ; le nom de toutes les Piéces qui y ont été représentées depuis leur établissement, & celui des Piéces jouées en Province, ou qui ont simplement paru par la voie de l'impression depuis plus de trois siécles ; avec des anecdotes & des remarques sur la plupart : le nom & les particularités intéressantes de la vie des Auteurs, Musiciens & Acteurs ; avec le catalogue de leurs ouvrages & l'exposé de leurs talens ; une chronologie des Auteurs & des Musiciens ; avec une Table chronologique de tous les Opéra & des Piéces qui ont paru depuis trente-trois ans ; par M. de Léris. Seconde édition revue, corrigée & considérablement augmentée. A Paris, chez C. A. Jombert, rue Dauphine, & chez Bauche, quai & auprès des Augustins ; 1763. Avec Approbation & Privilége du Roi. Un vol. in-8°.Prix, 5 liv. 20 s. broché.
4247
p. 104-110
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
BIBLIOGRAPHIE instructive ; ou Traité de la connoissance des Livres rares [...]
Mots clefs :
Paris, Libraire, Comédie, Édition, Imprimeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
BIBLIOGRAPHIE inftructive ; ou
Traité de la connoiffance des Livres rares
& finguliers , contenant un Catalogue
raiſonné de la plus grande partie de
JUILLET. 1763. 109
ces Livres précieux qui ont paru fucceffivement
dans la République des Lettres
depuis l'invention de l'Imprimerie ,
jufques à nos jours ; avec des notes fur
la différence & la rareté de leurs éditions
& des remarques fur l'origine de
cette rareté actuelle , & fon degré plus
ou moins confidérable : la manière de
diftinguer les Editions originales , d'avec
les contrefaites , avec une defcription
typographique particulière du compofé
de ces rares volumes , au moyen
de laquelle il fera aifé de reconnoître
facilement les exemplaires , ou mutilés
en partie , ou abfolument imparfaits ,
qui fe rencontrent journellement dans
le Commerce , & de les diftinguer für
rement de ceux qui feront exactement
complets dans toutes leurs parties. Dif
pofé par ordre de matières & de facul
tés , fuivant le fyftême bibliographique
généralement adopté ; avec une Table
générale des Auteurs , & un fyftême
complet de Bibliographie choifie. Par
Guillaume- François Debure le jeune ,
Libraire de Paris. Volume de Théologie.
In-8°. Paris , 1763. Chez l'Auteur ,
quai des Auguftins. Prix , cinq liv. en
feuilles , & 6 liv . relié.
I
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
1
2
FRINCIPES généraux & raifonnés
de la Grammaire Françoife , avec des
obfervations fur l'Ortographe , les accens
, la ponctuation , & la prononciation
; & un Abrégé des régles de la Verfification
Françoife , dédiés à Mgr le
Duc d'Orléans , premier Prince du Sang.
Par M. Reftaut , Avocat au Parlement ,
& aux Confeils du Roi. Neuviéme Edition
,
revue & corrigée par l'Auteur.
In-8°. Paris , 1763. Chez Defaint &
Saillant, Libraires , rue S. Jean de Beauvais
, & Butard , rue S. Jacques , à la
Vérité.
N. B. En annonçant de nouveau cet
Ouvrage auffi utile que connu , nous
nous contenterons d'obferver qu'il y a
eu plufieurs Editions contrefaites , mal
exécutées & pleines de fautes ; & que
pour diftinguer celle de Paris d'avec les
autres , on y a mis un paraphe derrière
le feuillet du frontifpice . Cette Edition
fe trouve non feulement chez les Libraires
de Paris , mais encoré chez J. Félix
Faucon , Imprimeur du Clergé à
Poitiers.
ABREGE de la Grammaire Françoi
fe. Par M. de Wailly. Nouvelle Edition
in- 12 . Prix , 1 liv. 4 f. On trouve chez
JUILLET. 1763. 107
les mêmes Libraires la Grammaire Françoiſe
, in- 12 du même Auteur , dont le
Prix eft de 2 liv. 10 f. Paris , 1763.
Chez J. Barbou , Libraire- Imprimeur ,
rue S. Jacques , aux Cigognes. Cet Ouvrage
, ainfi que le précédent , eft eftimé
des Grammairiens connus.
par
L'ESPRIT de la Mothe le Vayer , par
M. de M. C. D. S. P. D. L. in - 8°.
1763. On en trouve des Exemplaires
chez Pankouke , rue & à côté de la
Comédie Françoife.
HISTOIRE des Drufes , Peuples du
Liban , formé par une Colonie de François
, avec des Notes Politiques & Géographiques
. Par M. Puget de S. Pierre,
avec figures. In- 12. Paris , 1763. Chez
Cailleau , Libraire , rue S. Jacques, près
les Mathurins , à S. André.
Nous nous propofons de rendre com
pte de cet Ouvrage .
ÉSSAI de Poëfies diverfes
M. V ***
, par
Carmina quæ vultis , cognofcite : carmina vobis
Huic aliud mercedis erit. ·
Virgil. Egl . VI.
1
In-8°. Genêve , 1763. Et fe vend à Pa-
E vj
108 MERCURE DE FRANCE .
ris , chez Charpentier , Libraire , quai
des Auguftins , à l'entrée de la rue du
Hurpoix , à S. Chryfoftôme.
DISCOURS prononcé dans l'Académie
Royale des Sciences & Belles-Lettres
de Nancy , Par M. l'Abbé Coyer ,
à fa réception , le Dimanche 8 Mai
1763. A Ñancy , chez Barbin , Imprimeur-
Libraire . Et fe trouve à Paris ,
chez Duchefne , Libraire , rue S. Jacques
, au Temple du Goût.
Ce difcours ne fait qu'ajouter à la réputation
juftement acquife de fonAuteur.
> LA NOUVELLE SUIVANTE Comédie
en deux Actes & en Vers. Par
M. Beliard. La Haye , 1763. Et fe
trouve à Paris , chez Mérigot , Père ,
quai des Auguftins , près la rue Gît - lecoeur.
La Manie dES ARTS , ou la Matinée
à la mode , Comédie en un Acte
& en Profe ; par M. Rochon de Chabannes.
Paris , 1763. Chez Sébastien
Jorry , rue & vis - à - vis la Comédie
Françoife , au Grand Monarque & aux
Cigognes.
Nous donnerons dans l'Aricle des
JUILLET. 1763. 109
Spectacles , l'Extrait de cette Piéce , digne
du fuccès qu'elle a eu au Théâtre
François.
› THÉATRE de M. Favart ou Recueil
des Comédies , Parodies , & Opéra-
comiques qu'il a données jufqu'à ce
jour , 8 volumes in- 8°. Paris 1763 .
Chez Duchefne , Libraire rue S. Jacques
, au Temple du Goût.
>
L'abondance des matières nous force
à regret de remettre à parler plus au
long de cette Edition foigneufement
exécutée , ornée des portraits de M. & de
Mde Favart, avec des frontifpices & des
vignettes très-bien gravés.
,
N. B. Nous avons annoncé dans le
Mercure de Mai , un Ouvrage intitulé
le Jardinier d'Artois ou Elémens de
la culture des Jardins potagers & fruitiers.
Nombre de perfonnes fe font
adreffées au fieur le Clerc , Libraire
quai des Auguftins , pour s'en procurer
des Exemplaires , qui ne lui étoient
point encore parvenus. Il nous prie
d'informer le Public qu'il vient d'en recevoir
une caiffe qu'il débitera au prix
ci-devant indiqué.
M. DOUCHET , Avocat en Parlement
110 MERCURE DE FRANCE
,
& ancien Profeffeur Royal en Langue
Latine , a propofé par foufcription des
Conférences fur la Langue & fur la
Littérature Françoife . Ces Conférences
fe tiendront les Mardi , Jeudi & Samedi
de chaque femaine , depuis trois
heures & demie de l'après- midijufqu'à
cinq heures du foir , rue de Condé,dans
le paffage du riche Laboureur. chez
M. l'Abbé de la Pouyade fon Collégue.
Le cours entier fera de fix mois.
Il a dû ouvrir le 31 Mai , & continuera
jufqu'au premier Septembre. La feconde
partie du cours commencera le premier
Décembre , & s'étendra jufqu'au
premier Mars de l'année prochaine. La
foufcription fera de 36 liv. pour chaque
demi-cours , à raifon de 12 liv . par
mois. Ceux qui ne voudront pas foufcrire
, payeront 18 liv. au commencement
de chaque mois.
,
ZELIS au bain Poëme en quatre
Chants. Geneve , 1763. Et fe trouve à
Paris , chez Jorry , rue & vis- à -vis la
Comédie Françoife .
Nous rendrons compte avec plaifir
de cet agréable Ouvrage.
BIBLIOGRAPHIE inftructive ; ou
Traité de la connoiffance des Livres rares
& finguliers , contenant un Catalogue
raiſonné de la plus grande partie de
JUILLET. 1763. 109
ces Livres précieux qui ont paru fucceffivement
dans la République des Lettres
depuis l'invention de l'Imprimerie ,
jufques à nos jours ; avec des notes fur
la différence & la rareté de leurs éditions
& des remarques fur l'origine de
cette rareté actuelle , & fon degré plus
ou moins confidérable : la manière de
diftinguer les Editions originales , d'avec
les contrefaites , avec une defcription
typographique particulière du compofé
de ces rares volumes , au moyen
de laquelle il fera aifé de reconnoître
facilement les exemplaires , ou mutilés
en partie , ou abfolument imparfaits ,
qui fe rencontrent journellement dans
le Commerce , & de les diftinguer für
rement de ceux qui feront exactement
complets dans toutes leurs parties. Dif
pofé par ordre de matières & de facul
tés , fuivant le fyftême bibliographique
généralement adopté ; avec une Table
générale des Auteurs , & un fyftême
complet de Bibliographie choifie. Par
Guillaume- François Debure le jeune ,
Libraire de Paris. Volume de Théologie.
In-8°. Paris , 1763. Chez l'Auteur ,
quai des Auguftins. Prix , cinq liv. en
feuilles , & 6 liv . relié.
I
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
1
2
FRINCIPES généraux & raifonnés
de la Grammaire Françoife , avec des
obfervations fur l'Ortographe , les accens
, la ponctuation , & la prononciation
; & un Abrégé des régles de la Verfification
Françoife , dédiés à Mgr le
Duc d'Orléans , premier Prince du Sang.
Par M. Reftaut , Avocat au Parlement ,
& aux Confeils du Roi. Neuviéme Edition
,
revue & corrigée par l'Auteur.
In-8°. Paris , 1763. Chez Defaint &
Saillant, Libraires , rue S. Jean de Beauvais
, & Butard , rue S. Jacques , à la
Vérité.
N. B. En annonçant de nouveau cet
Ouvrage auffi utile que connu , nous
nous contenterons d'obferver qu'il y a
eu plufieurs Editions contrefaites , mal
exécutées & pleines de fautes ; & que
pour diftinguer celle de Paris d'avec les
autres , on y a mis un paraphe derrière
le feuillet du frontifpice . Cette Edition
fe trouve non feulement chez les Libraires
de Paris , mais encoré chez J. Félix
Faucon , Imprimeur du Clergé à
Poitiers.
ABREGE de la Grammaire Françoi
fe. Par M. de Wailly. Nouvelle Edition
in- 12 . Prix , 1 liv. 4 f. On trouve chez
JUILLET. 1763. 107
les mêmes Libraires la Grammaire Françoiſe
, in- 12 du même Auteur , dont le
Prix eft de 2 liv. 10 f. Paris , 1763.
Chez J. Barbou , Libraire- Imprimeur ,
rue S. Jacques , aux Cigognes. Cet Ouvrage
, ainfi que le précédent , eft eftimé
des Grammairiens connus.
par
L'ESPRIT de la Mothe le Vayer , par
M. de M. C. D. S. P. D. L. in - 8°.
1763. On en trouve des Exemplaires
chez Pankouke , rue & à côté de la
Comédie Françoife.
HISTOIRE des Drufes , Peuples du
Liban , formé par une Colonie de François
, avec des Notes Politiques & Géographiques
. Par M. Puget de S. Pierre,
avec figures. In- 12. Paris , 1763. Chez
Cailleau , Libraire , rue S. Jacques, près
les Mathurins , à S. André.
Nous nous propofons de rendre com
pte de cet Ouvrage .
ÉSSAI de Poëfies diverfes
M. V ***
, par
Carmina quæ vultis , cognofcite : carmina vobis
Huic aliud mercedis erit. ·
Virgil. Egl . VI.
1
In-8°. Genêve , 1763. Et fe vend à Pa-
E vj
108 MERCURE DE FRANCE .
ris , chez Charpentier , Libraire , quai
des Auguftins , à l'entrée de la rue du
Hurpoix , à S. Chryfoftôme.
DISCOURS prononcé dans l'Académie
Royale des Sciences & Belles-Lettres
de Nancy , Par M. l'Abbé Coyer ,
à fa réception , le Dimanche 8 Mai
1763. A Ñancy , chez Barbin , Imprimeur-
Libraire . Et fe trouve à Paris ,
chez Duchefne , Libraire , rue S. Jacques
, au Temple du Goût.
Ce difcours ne fait qu'ajouter à la réputation
juftement acquife de fonAuteur.
> LA NOUVELLE SUIVANTE Comédie
en deux Actes & en Vers. Par
M. Beliard. La Haye , 1763. Et fe
trouve à Paris , chez Mérigot , Père ,
quai des Auguftins , près la rue Gît - lecoeur.
La Manie dES ARTS , ou la Matinée
à la mode , Comédie en un Acte
& en Profe ; par M. Rochon de Chabannes.
Paris , 1763. Chez Sébastien
Jorry , rue & vis - à - vis la Comédie
Françoife , au Grand Monarque & aux
Cigognes.
Nous donnerons dans l'Aricle des
JUILLET. 1763. 109
Spectacles , l'Extrait de cette Piéce , digne
du fuccès qu'elle a eu au Théâtre
François.
› THÉATRE de M. Favart ou Recueil
des Comédies , Parodies , & Opéra-
comiques qu'il a données jufqu'à ce
jour , 8 volumes in- 8°. Paris 1763 .
Chez Duchefne , Libraire rue S. Jacques
, au Temple du Goût.
>
L'abondance des matières nous force
à regret de remettre à parler plus au
long de cette Edition foigneufement
exécutée , ornée des portraits de M. & de
Mde Favart, avec des frontifpices & des
vignettes très-bien gravés.
,
N. B. Nous avons annoncé dans le
Mercure de Mai , un Ouvrage intitulé
le Jardinier d'Artois ou Elémens de
la culture des Jardins potagers & fruitiers.
Nombre de perfonnes fe font
adreffées au fieur le Clerc , Libraire
quai des Auguftins , pour s'en procurer
des Exemplaires , qui ne lui étoient
point encore parvenus. Il nous prie
d'informer le Public qu'il vient d'en recevoir
une caiffe qu'il débitera au prix
ci-devant indiqué.
M. DOUCHET , Avocat en Parlement
110 MERCURE DE FRANCE
,
& ancien Profeffeur Royal en Langue
Latine , a propofé par foufcription des
Conférences fur la Langue & fur la
Littérature Françoife . Ces Conférences
fe tiendront les Mardi , Jeudi & Samedi
de chaque femaine , depuis trois
heures & demie de l'après- midijufqu'à
cinq heures du foir , rue de Condé,dans
le paffage du riche Laboureur. chez
M. l'Abbé de la Pouyade fon Collégue.
Le cours entier fera de fix mois.
Il a dû ouvrir le 31 Mai , & continuera
jufqu'au premier Septembre. La feconde
partie du cours commencera le premier
Décembre , & s'étendra jufqu'au
premier Mars de l'année prochaine. La
foufcription fera de 36 liv. pour chaque
demi-cours , à raifon de 12 liv . par
mois. Ceux qui ne voudront pas foufcrire
, payeront 18 liv. au commencement
de chaque mois.
,
ZELIS au bain Poëme en quatre
Chants. Geneve , 1763. Et fe trouve à
Paris , chez Jorry , rue & vis- à -vis la
Comédie Françoife .
Nous rendrons compte avec plaifir
de cet agréable Ouvrage.
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
En juillet 1763, plusieurs ouvrages ont été publiés, notamment 'Bibliographie instructive' de Guillaume-François Debure, qui traite des livres rares et précieux. Parmi les autres publications, on trouve des ouvrages grammaticaux tels que les 'Principes généraux & raisonnés de la Grammaire Française' de M. Restaut et un abrégé de grammaire de M. de Wailly. Le document mentionne également 'L'Esprit de la Mothe le Vayer', 'Histoire des Drufes' de M. Puget de Saint-Pierre, ainsi que divers essais poétiques et discours académiques. Des pièces de théâtre comme 'La Nouvelle Suivante' de M. Beliard et 'La Manie des Arts' de M. Rochon de Chabannes ont été annoncées, ainsi qu'un recueil de comédies et opéras-comiques intitulé 'Théâtre de M. Favart'. Le texte informe également des conférences de M. Douchet sur la langue et la littérature française et de la disponibilité du livre 'Le Jardinier d'Artois'. Une deuxième partie de cours débutera le 1er décembre et se prolongera jusqu'au 1er mars suivant. La souscription pour chaque demi-cours est fixée à 36 livres, soit 12 livres par mois, tandis que le paiement mensuel sans souscription est de 18 livres. Enfin, le poème 'Zélis au bain' en quatre chants, édité à Genève en 1763, est disponible à Paris chez Jorry, près de la Comédie Française.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4248
p. 111-127
SÉANCE publique de la Société Littéraire d'Arras, tenue le 26 Mars 1763.
Début :
MR l'Abbé de Lys, Directeur en Exercice, ouvrit cette Séance par une [...]
Mots clefs :
Coquille, Société, Romains, Nature, Bonheur, Contour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de la Société Littéraire d'Arras, tenue le 26 Mars 1763.
SÉANCE publique de la Société Littéraire
d'Arras , tenue le 26 Mars 1763 .
MRR l'Abbé de Lys , Directeur en
Exercice , ouvrit cette Séance par une
Differtation hiftorique fur l'époque de
la converfion des Atrébates , ou anciens
Habitans d'Arras au Chriftianifme.
Il traita d'abord de leur Religion
primitive , qui devoit être celle des autres
Gaulois , laquelle n'admettoit originairement
qu'un feul Dieu , qu'il falfoit
adorer par un refpectueux filence
plus que par la prière & les facrifices ;
mais les Gaulois , obligés de fe foumettre
aux loix des Romains , en adopterent
auffi peu-à-peules Divinités. M. l'A. D.L.
conjecture que ces innovations furent
plus tardives chez les Atrébates qu'en
plufieurs autres Contrées de la Gaule.
Quoi qu'il en foit , on ne fçauroit dou112
MERCURE DE FRANCE.
ter qu'ils n'aient tôt ou tard invoqué ,
non feulement Mercure , dont le culte
exiſtoit déja parmi eux du temps de
Céfar , mais encore Diane , Pollux &c ;
ce qui eft prouvé par les noms latins
de quelques villages voifins d'Arras ,
tels qu'on les voit dans les ancienstitres.
Beaucoup d'Hiftoriens croient que
l'Evangile n'avoit pas été annoncé aux
Atrébates avant la miffion de de S. Vaaft,
que S.Remi Archevêque de Rheims
confacra Evêque d'Arras & de Cambrai
; mais ils ne s'accordent point fur
le temps de cette miffion , que les uns
placent en 530 , & les autres vers l'an
500. M. l'A . D. L. préfére le fentiment
des derniers ; & il établit d'ailleurs que
la Religion chrétienne avoit été prêchée
avant S. Vaaft , dans le Pays des
Atrébates . De vieux Manufcrits portent
que cet Apôtre y trouva à fon arrivée
les débris d'une Eglife détruite par les
Vandales , & que S. Diogène , Grec de
nation , étoit Évêque d'Arras durant la
perfécution de ces Barbares , qui pénétrerent
dans les Gaules en 407 ou 4c8.
M. l'A . D. L. va plus loin , & remonte
jufqu'en 367 , temps où il tomba miraculeufement
fur le territoire d'Arras
JUILLET. 1763. 113
affligé de la plus grande féchereffe , une
laine mêlée de pluie , qui rendit aux
campagnes leur première fertilité , &
dont une portion fe conferve encore
aujourd'hui , fous le nom de Manne
parmi les Reliques de la Cathédrale .
Ce prodige , attefté par S. Jérôme &
par Paul Orofe , Auteurs Contemporains
, perfuade à M. l'A. D. L. que
le Chriftianifme étoit dès-lors connu au
Peuple d'Arras. » On oppofera peut- être,
» dit il , que le miracle de la Manne
» n'eft point incompatible avec l'état
» d'un Peuple idolâtre . Il eft vrai que
» Dieu peut faire des miracles en faveur
» des Infidèles ; mais ce n'eft que pour
>> les faire entrer dans le fein de l'Églife
» & pour approuver & confirmer la mif-
» fion de ceux qui travaillent à les con-
» vertir. On doit donc au moins con-
» clure que quelque Ouvrier Évangé-
» lique s'employoit à la converfion des
» Atrébates .
M. de Ruzé , Avocat - Général du
Confeil d'Artois , Chancelier de la Société
, lut un Difcours , dans lequel il
expofa combien l'Agriculture contribue
à la pureté des moeurs . Il y dépeignit
en ces termes la vie ordinaire du Laboureur.
» Quelle est encore la partie la plus
114 MERCURE DE FRANCE .
» faine de la Société ? C'eſt celle qui eſt
» déftinée aux travaux des champs. Elle
» feule fournit un refuge à l'innocence
» exilée des Villes. Le foleil paroît ne
» fe lever que pour elle . Le caprice &
» le hazard ne réglent point dans les
» campagnes les heures du repos nécef-
" faire à l'homme. On y refpecte le fi-
» lence de la Nature ; & l'on s'envelop-
" pe avec elle des ténébres de la nuit.
"
Lorfque l'Aftre du jour vient en diffi-
» per les ombres , on fe hâte de chaf-
» fer le fommeil , qui ne s'opiniâtre pas
» à retenir le cultivateur dans les bras de
» la moleffe . Il ouvre les yeux dans cet
» heureux moment où le foleil craint
» de les offenfer par une lumière trop
» vive. La fimplicité fait l'ornement de
» fon habitation ; la frugalité celui de
» fes repas. Il ne permet point à l'art
» d'altérer chez lui les productions de
» la nature , & c .
"
ود
""
Augmenter le nombre des Cultivateurs
, ajoute M. de Ruzé , c'eft refferrer
la fphere de la corruption . » Si l'Agriculture
étoit en honneur , les gens
» de la campagne ne quitteroient plus le
lieu de leur naiffance pour habiter
» les Villes , qui ne feroient déformais
» que l'afyle des Arts ou des Manufactures
JUILLET. 1763. 115
»
» néceffaires, que la demeure de ces Ci-
» toyens chargés de faire obferver la
police , de maintenir les loix , de ré-
» gler les intérêts des Particuliers , de
» veiller au bien général de la Société ,
» & de réprimer les abus qui pourroient
» s'y introduire. Les Artifans , réduits
» à un petit nombre , ne s'étudie : oient
" plus à multiplier les befoins de l'hom-
» me , pour multiplier les moyens de
» s'enrichir. Le luxe diminueroit par degrés
. Le Seigneur d'un riche domaine
n'iroit plus facrifier à la magnificence
» le tribut que fes Vaffaux lui payent.
» Occupé à faire rentrer dans leurs vei-
» nes le fang qu'il en tire , il ne confie-
» roit plus fes intérêts à ces hommes avi-
» des & mercénaires , qui regardent les
» habitans de la campagne comme des
» efclaves , ou comme des victimes . Les
»Loix deviendroient plus fimples , par-
» ce que les intérêts feroient moins compliqués.
La fincérité & la franchiſe
» feroient la Loi fuprême.... Les devoirs
» de chaque état feroient moins difficiles
à remplir. Les droits du fang &
» de la nature feroient plus refpeciés ,
» parce qu'il y auroit moins d'occaſions
» d'y donner atteinte . Les enfans ne fe-
» coueroient point le joug , pour s'en-
"
116 MERCURE DE FRANCE
» rôler fous l'étendard des plaifirs : ils .
» n'épuiferoient point leurs forces enco-
» re naiffantes à trainer le char de la.
» volupté.
A la fuite des deux Ouvrages dont on
vient de tracer une idée , M. Dubois de
Foffeux , Ecuyer de main du Roi , M.
le Mercier , ancien Capitaine au Régiment
de Champagne , Chevalier de
l'Ordre de S Louis , & M. l'Abbé Pauchet
, Profeffeurs de Tróifiéme au Collége
d'Arras , prononcerent , comme
nouveaux Affociés , leurs Difcours de
remercîmens , auxquels M. l'Abbé de
Lys répondit féparément en qualité de
Directeur.
M. de Foffeur , après avoir témoigné
fa reconnoiffance à la Compagnie , s'attacha
à faire voir de quel fecours eft la
Littérature contre l'ennui , foit dans la
folitude , foit dans la Société ; & il divifa
fon Difcours en deux parties relatives
à ces différens états. On fe bornera
à rapporter ici quelques morceaux de la
feconde.
» Les perfonnes qui ne voyent le
» monde que dans l'éloignement , s'en
» font une idée bien peu conforme à la vé-
» rité . Quelle différence de le connoître
» dans la fpéculation , ou dans la pratiJUILLET.
1763 . 117
:
» que ! Le fort de ceux que la naiffance
» & la fortune ont placés aux premiers
" rangs , paroît digne d'envie . Les fef-
» tins , les fpectacles , & mille autres fê-
» tes fe fuccédent pour eux prèfque
» fans intervalle leur vie n'est qu'un
» enchaînement de plaifirs..... Mais
» ceux d'entre eux qui voudront être
» de bonne foi conviendront que fou-
» vent dans les lieux qui leur promet-
» toient le plus d'amuſement , ils n'ont
» trouvé qu'un ennui infupportable.
» L'idée charmante que l'on fe fait par
» avance d'une partie de plaifirs , ne
» contribue que trop à la rendre infi-
» pide. La réalité eſt toujours au-deffous
» de ce que l'imagination faifoit eſpé-
» rer ; & le coeur préparé pour quelque
» chofe de plus piquant , dédaigne &
» méprife le peu qui lui eft offert . Mais
» quand on pourroit fuppofer que l'en-
» nui fût exclus des affemblées du grand
» monde , n'eſt-il point de momens vui-
» des pour ceux mêmes qui font empor-
" tés le tourbillon le plus vif? Si pour
» remplir ces inftans d'inaction , on ne
» trouve point de reffources. dans fon
» efprit , à quoi aura-t -on recours ?....
» D'ailleurs combien de circonftances
» où des ufages fondés , foit fur la Raipar
118 MERCURE DE FRANCE.
" fon , foit fur le préjugé , ordonnent
» de faire trêve avec le monde ! Le
» goût de la Littérature aideroit à fup-
»porter le poids de ces devoirs , en
» écartant l'ennui inféparable de l'oi-
» fiveté.... Il arrive fréquemment que
» le hazard , ou quelqu'autre occafion ,
» raffemble des gens qui fe connoiffent
» peu. Alors l'ignorance & l'ignorant
» fe caufent une gêne réciproque : leurs
» efprits , s'aidant peu l'un l'autre , re-
» tombent fans ceffe dans l'engourdiffe-
» ment. Le fçavant & l'ignorant peu-
» vent s'entretenir fans ennui : celui- ci ,
» quelque foibles que foient fes lumiè
» res , aime à jouir de la converſation
» du premier , qui fans affecter de fupériorité
, fe fait un plaifir de l'éclai-
≫rer. Le Savant & le Savant , lorfqu'ils
» ont le bonheur de fe rencontrer, jouif-
»fent d'un agrément au- deffus de toute
» expreffion.
"
M. l'Abbé Pauchet , dans fon difcours
de réception , entreprit de prouver
qu'on ne peut être heureux fans la
vertu , & qu'on ne peut être vraiment
vertueux fans la fcience.
Il récita de plus une Ode fur la Poëfie
, dont l'origine eft ainfi décrite dans
les trois premieres ftrophes.
JUILLET. 1763. 119
Après que le Dieu du Tonnerre
Eut des fombres flancs du Cahos
Fait fortir les Cieux & la Terre ,
Et la plaine immenfe des Eaux ,
Ces monumens de fa puiffance
Furent trop peu pour l'excellence
De fes magnifiques dell'eins :
Formant un plus fublime ouvrage ,
Il voulut voir la propre image
Dans le chef- d'oeuvre de fes mains .
L'homme eft créé ; fon ceil contemple
Des miracles de toutes parts :
Il voit , il admire ce Temple
D'un Etre qui fait les regards.
Brillante autant que libérale ,
Pour lui feul la Nature étale
Mille & mille tréfors divers :
Frappé de fon bonheur extrême ,
Il voit , il fent qu'après Dieu même
Il eft le Roi de l'Univers.
Dèja l'humble reconnoiffance
Au fond de fon coeur a parlé :
Déja jufques dans fon filence
Le fentiment s'eft dévoilé .
Bientôt fa voix innocente , par
D'un coeur que fon bonheur enchante
Eclatent les heureux tranfports.
Poësie , immortelle flâme ,
120 MERCURE DE FRANCE.
C'eſt à ces mouvemens de l'âme
Que tu dûs tes premiers accords.
M. Harduin , Secrétaire perpétuel
lut des obfervations fur l'Article de la
Langue Françoife , où il examina la
nature de cette partie d'Oraifon , & entra
dans plufieurs difcuffions touchant
les mots que d'habiles Grammairiens
ont voulu faire paffer pour Articles indéfinis
& partitifs.
On lut enfuite la feconde partie d'un
Mémoire fur les coquillages foffiles d'Artois
envoyé par M. Wartel, Chanoine
Régulier de l'Abbayé de Mont - Saint-
Eloy , Affocié honnoraire. Il y parle ,
entre autres chofes , des Echinites , que
les Naturaliſtes défignent fous les noms
de Boutons , d'Ourfins , de Hériffons ,
de Chataignes de mer & c ; & qui ſe
rencontrent fort communément en
Artois.
» On remarque , dit- il , dans nos
pierres quatre espéces d'Echinites. La
" premiere , qui eft la moins rare , eſt
» l'Echinite en coeur , nommée autre-
» ment pas de Poulain. Sa partie fupé-
» rieure eft empreinte d'une étoile à
» cinq rayons. Le refte de la coquille
» eft chagriné & chargé de petites
» boules
JUILLET . 1763 .
121
boules , dont le plus grand nombre
» eft ufé. Dans ces boules ou ma-
» melons , font emboitées , lorfque
» l'animal eft vivant , des pointes entie
» lefquelles il pouffe fes cornes , qui font
» rouler toute la coquille en différens
» feus. On voit de ces foffiles plus pe-
» tits qu'une noiſette , & d'autres auffi
" gros que le poing.
"
" La feconde efpéce eft l'Echinite en
bonnet. Celle- ci eft d'une forme tout-
" à- fait différente de l'autre . Sa coquille
» est bombée & prèfque ovale : fon étoi-
» le , qui a auffi cinq rayons , eft moins
» apparente , mais plus étendue que cel-
» le de la précédente : elle fuit tout le
» contour de la coquille jufqu'à fon
» deffous , qui eft applati. Cette Echini-
» te paroît compofée de petites mailles
» quarrées , qui forment des bandes con-
» tigues les unes aux autres. Les plus
» grands de ces coquillages ont deux
pouces de longueur fur un pouce de
» hauteur ; & les plus petites , que je
» n'ai trouvées que dans les marnes des
" monts de Rebreuve * , ne font pas plus
» groffes que la tête d'une épingle . Ces
» petits foffiles , qu'on y rencontre
Village fitué près le Bourg d'Houdain
cinq ou fix lieues d'Arras .
I. Vol. F
à
122 MERCURE DE FRANCE.
و ر
par
» abondamment , font très-entiers, bien
» chagrinés , & tout couverts de boules
; ce qui peut engager
à croire que
» fi l'on n'en voit point de pareilles
» fur les plus gros foffiles de cette efpéce
, c'eft qu'elles ont été ufées
quelque frottement. Les Echinites en
» bonnet & en coeurs ont également
» deux ouvertures , l'une dans le haut ,
l'autre prèfqu'au bout du deffous de
» la coquille ; & ces ouvertures feroient
» percées à jour , fi la coquille n'avoit
" pas un noyau de matière folide .
"
"
» La troifiéme efpéce , moins commune
que les foffiles précédens , eft
» l'Echinite en cône. Il y en a de deux
» fortes , dont la première porte une
» étoile à cinq rayons , qui partent du
» fommet , fuivent régulièrement le
» contour de la coquille , & vont
» aboutir à une feule ouverture , dans
» le milieu de la baſe ou partie inférieure
» de ce foffile . La feconde forte d'E-
», chinités en cône , infiniment plus rare
» que l'autre , eft l'Echinite à gros tu-
» bercules. On voit bien des fragmens
de ce coquillage dans les pierres blan-
» ches ; mais il eft fort difficile de le
» trouver entier , tel que M. de GranJUILLET.
1763. 123
» val , le pofféde dans fa collection.
» Ce morceau eft l'Ourfin foffile le plus
» curieux qu'on puiffe voir : il eft garni
» de gros mammelons en comparti-
» mens , qui vont toujours en dimi-
» nuant jufqu'au fommet. La coquille
"
marine qui lui eft analogue , eſt le
» plus bel Ourfin de la mer rouge , dont
» la figure eft gravée dans la Conchyliologie
de M. d'Argenville , planche
» 25 , lettre E. Ce font les carrières
» d'Arras qui ont produit ce foffile .
23
» Enfin la quatriéme efpéce eft celle
» de l'Echinite en bouton . Elle eft ron-
» de & plate , trouée de part en part
dans le milieu : elle porte fon étoile
» ornée de petits tubercules fur tout le
» contour de la coquille , depuis le cen-
» tre fupérieur jufqu'au centre inférieur.
» On en trouve en Artois de la première
» grandeur , qui n'excéde pas douze li-
» gnes de diamétre. J'en conferve trois ,
» qui ne font pas plus grandes qu'un
" pois applati , lefquelles ont un oper-
» cule qui couvre l'ouverture fupérieu-
» re. Au refte ce foffile eft moins rare
» dans les pierres blanches que l'Echini-
» te en cône de la première forte ; mais
E
Confeiller au Confeil d'Artois , Membre de
la Société Littéraire.
F ij
124 MERCURE DE FRANCE .
» il eft plus rare dans les pierres à fufil.
M. Harduin termina la Séance dont
nous rendons compte , par la lecture des
vers fuivans.
INSCRIPTIONS
Pour douze Empereurs Romains , traduites
du Père VANIERE. *
AUGUSTUS.
Romulea foret ut gentis fors optima , nunquam
Vivere , vel nunquam debuit ille mori .
Pour que d'un for heureur , Rome pût s'ap
plaudir ,
Il dut néjamais vivre , ou ne jamais mourir,
TIBERIUS .
Dum juvenem vitiis infignem Auguftus adoptat ;
Fit Pater ; ac Roma definit effe parens .
Augufte acquit un fils , en adoptant Tibère ;
Mais des Romains alors il ceffa d'être Père .
* Il eft fingulier que le P. Vanière, au lieu de
commencer , ainfi que Suétone , le nombre de
fes douze Cefars , par le célébre Jule , qui lui of
froit une fi riche matière , en ait retranché ce
grand homme , pour y faire entrer l'Empereur
Nerva, qui n'eft guères connu des perfonnes peu
verfées dans l'Hiftoire , & dont la vie ne pouvoit
prèfque rien fournir au Poëte.
R
JUILLET. 1763. 125
CALIGULA.
Cæde furens , Romæfibi vult altaria poni ;
Quodque hominem exuerit ,fe putat effe Deum .
Il veut , ce monftre infâme , être adoré dans
Rome ;
Et penfe qu'il eft Dieu , parce qu'il n'eft plus
homme.
CLAUDIUS.
Imperiumjam fraude tibi furata , veneno
Eripuit Conjux infidiofa diem. *
La fraude & le poifon , employés tour- à tour ,
Lui ravirent bientôt & l'Empire & le jour.
NERO.
Infua convertitferrun præcordio , poftquìm
Vix alium , tollat quemferus enfis habet.
*
Pen-
Agrippinafuafit Claudio at præterito Britan
nicofilio , Succefforem Imperii defignaret Neronem ,
quem illa ex altero maritofufceperat. Ne pænitendi
locus effet , Claudium boleto venenato mox fuftulit.
Agrippine , dernière femme de Claude ,
gagea 2. déshériter fon fils Britannicus , & à ſe
nommer pour fuccefleur Néron , qu'elle avoit eu
d'un autre mari . Pour ôter à l'Empereur le temps
du repentir , elle fe hâta de le faire mourir par le
moyen d'un champignon empoifonné.
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE .
Lui même il ſe frappa , lorfqu'il reftoit à peine
Quelque tête échappée à ſa rage inhumaine.
GALBA.
Imperium meruit Miles moderamine reram
Amifit Princeps quod decus arma dabant. ༣
Soldat il mérita le beau rang d'Empereur :
De fes exploits fon régne anéantit l'honneur.
ОТНО.
Maluit interitu pulchro decedere vita,
Quàmfceptrum populi clade tenerefui.
Il aima mieux périr , par un noble trépas ,
Que de devoir le fceptre au fang de fes Soldats
VITELLIUS.
Hunc epulo pifces uno bis mille , volucrumque
Appofuiffe fibi millia quinque ferunt .
Ne Calum foret alitibus , mare pifcibus orbum ,
Claufit inextinétam mors properatagulam.:
De deux mille poiffons & de cinq milles oiſeaux
On dit qu'en un repas il fit couvrir la table.
Pour qu'il ne dépeuplât & les airs & les eaux ,
La mort ferma foudain fa bouche infatiable. *
* Ce fut , felon Suétone , le frère de Vitellius
qui lui donna ce feftin ; & les oifeaux qu'on y
fervit étoient au nombre de fept mille ; mais le
Traducteur n'a pas cru devoir changer le fens
de fon Original.
JUILLET. 1763. 127
VESPASIANUS
.
Indignata truces jam dudum Roma Tyrannos
Hoc duce Cafareum denique nomen amat .
"
L'Empire des Céfars aux Romains odieux ,
Sous ce bon Maître enfin leur devint précieux.
TITUS.
Orbis amor Princeps , fi quâfortè nil dediſſet ,
Hancfibi dicebat deperiiffe diem.
Il croyoit perdre un jour , ce Prince généreux ,
Quand un jour s'écouloit, fans qu'il fit des heureux
DOMITIANUS
.
Ambierat frater donis fibi eondere faftos :
Ille fuos voluit cæde notare dies .
Du regne de Titus les dons traçoient le cours :
Son frère en traits de fang voulut marquer les
jours.
NERVA.
Dignior imperio fuit & ftudiofior Urbis ,
Cùmfua Trajano fceptra regenda dedit.
Il fe rendit plus cher , lorfque fes foibles mains
S'aiderent de Trajan , pour régir les Romains .
d'Arras , tenue le 26 Mars 1763 .
MRR l'Abbé de Lys , Directeur en
Exercice , ouvrit cette Séance par une
Differtation hiftorique fur l'époque de
la converfion des Atrébates , ou anciens
Habitans d'Arras au Chriftianifme.
Il traita d'abord de leur Religion
primitive , qui devoit être celle des autres
Gaulois , laquelle n'admettoit originairement
qu'un feul Dieu , qu'il falfoit
adorer par un refpectueux filence
plus que par la prière & les facrifices ;
mais les Gaulois , obligés de fe foumettre
aux loix des Romains , en adopterent
auffi peu-à-peules Divinités. M. l'A. D.L.
conjecture que ces innovations furent
plus tardives chez les Atrébates qu'en
plufieurs autres Contrées de la Gaule.
Quoi qu'il en foit , on ne fçauroit dou112
MERCURE DE FRANCE.
ter qu'ils n'aient tôt ou tard invoqué ,
non feulement Mercure , dont le culte
exiſtoit déja parmi eux du temps de
Céfar , mais encore Diane , Pollux &c ;
ce qui eft prouvé par les noms latins
de quelques villages voifins d'Arras ,
tels qu'on les voit dans les ancienstitres.
Beaucoup d'Hiftoriens croient que
l'Evangile n'avoit pas été annoncé aux
Atrébates avant la miffion de de S. Vaaft,
que S.Remi Archevêque de Rheims
confacra Evêque d'Arras & de Cambrai
; mais ils ne s'accordent point fur
le temps de cette miffion , que les uns
placent en 530 , & les autres vers l'an
500. M. l'A . D. L. préfére le fentiment
des derniers ; & il établit d'ailleurs que
la Religion chrétienne avoit été prêchée
avant S. Vaaft , dans le Pays des
Atrébates . De vieux Manufcrits portent
que cet Apôtre y trouva à fon arrivée
les débris d'une Eglife détruite par les
Vandales , & que S. Diogène , Grec de
nation , étoit Évêque d'Arras durant la
perfécution de ces Barbares , qui pénétrerent
dans les Gaules en 407 ou 4c8.
M. l'A . D. L. va plus loin , & remonte
jufqu'en 367 , temps où il tomba miraculeufement
fur le territoire d'Arras
JUILLET. 1763. 113
affligé de la plus grande féchereffe , une
laine mêlée de pluie , qui rendit aux
campagnes leur première fertilité , &
dont une portion fe conferve encore
aujourd'hui , fous le nom de Manne
parmi les Reliques de la Cathédrale .
Ce prodige , attefté par S. Jérôme &
par Paul Orofe , Auteurs Contemporains
, perfuade à M. l'A. D. L. que
le Chriftianifme étoit dès-lors connu au
Peuple d'Arras. » On oppofera peut- être,
» dit il , que le miracle de la Manne
» n'eft point incompatible avec l'état
» d'un Peuple idolâtre . Il eft vrai que
» Dieu peut faire des miracles en faveur
» des Infidèles ; mais ce n'eft que pour
>> les faire entrer dans le fein de l'Églife
» & pour approuver & confirmer la mif-
» fion de ceux qui travaillent à les con-
» vertir. On doit donc au moins con-
» clure que quelque Ouvrier Évangé-
» lique s'employoit à la converfion des
» Atrébates .
M. de Ruzé , Avocat - Général du
Confeil d'Artois , Chancelier de la Société
, lut un Difcours , dans lequel il
expofa combien l'Agriculture contribue
à la pureté des moeurs . Il y dépeignit
en ces termes la vie ordinaire du Laboureur.
» Quelle est encore la partie la plus
114 MERCURE DE FRANCE .
» faine de la Société ? C'eſt celle qui eſt
» déftinée aux travaux des champs. Elle
» feule fournit un refuge à l'innocence
» exilée des Villes. Le foleil paroît ne
» fe lever que pour elle . Le caprice &
» le hazard ne réglent point dans les
» campagnes les heures du repos nécef-
" faire à l'homme. On y refpecte le fi-
» lence de la Nature ; & l'on s'envelop-
" pe avec elle des ténébres de la nuit.
"
Lorfque l'Aftre du jour vient en diffi-
» per les ombres , on fe hâte de chaf-
» fer le fommeil , qui ne s'opiniâtre pas
» à retenir le cultivateur dans les bras de
» la moleffe . Il ouvre les yeux dans cet
» heureux moment où le foleil craint
» de les offenfer par une lumière trop
» vive. La fimplicité fait l'ornement de
» fon habitation ; la frugalité celui de
» fes repas. Il ne permet point à l'art
» d'altérer chez lui les productions de
» la nature , & c .
"
ود
""
Augmenter le nombre des Cultivateurs
, ajoute M. de Ruzé , c'eft refferrer
la fphere de la corruption . » Si l'Agriculture
étoit en honneur , les gens
» de la campagne ne quitteroient plus le
lieu de leur naiffance pour habiter
» les Villes , qui ne feroient déformais
» que l'afyle des Arts ou des Manufactures
JUILLET. 1763. 115
»
» néceffaires, que la demeure de ces Ci-
» toyens chargés de faire obferver la
police , de maintenir les loix , de ré-
» gler les intérêts des Particuliers , de
» veiller au bien général de la Société ,
» & de réprimer les abus qui pourroient
» s'y introduire. Les Artifans , réduits
» à un petit nombre , ne s'étudie : oient
" plus à multiplier les befoins de l'hom-
» me , pour multiplier les moyens de
» s'enrichir. Le luxe diminueroit par degrés
. Le Seigneur d'un riche domaine
n'iroit plus facrifier à la magnificence
» le tribut que fes Vaffaux lui payent.
» Occupé à faire rentrer dans leurs vei-
» nes le fang qu'il en tire , il ne confie-
» roit plus fes intérêts à ces hommes avi-
» des & mercénaires , qui regardent les
» habitans de la campagne comme des
» efclaves , ou comme des victimes . Les
»Loix deviendroient plus fimples , par-
» ce que les intérêts feroient moins compliqués.
La fincérité & la franchiſe
» feroient la Loi fuprême.... Les devoirs
» de chaque état feroient moins difficiles
à remplir. Les droits du fang &
» de la nature feroient plus refpeciés ,
» parce qu'il y auroit moins d'occaſions
» d'y donner atteinte . Les enfans ne fe-
» coueroient point le joug , pour s'en-
"
116 MERCURE DE FRANCE
» rôler fous l'étendard des plaifirs : ils .
» n'épuiferoient point leurs forces enco-
» re naiffantes à trainer le char de la.
» volupté.
A la fuite des deux Ouvrages dont on
vient de tracer une idée , M. Dubois de
Foffeux , Ecuyer de main du Roi , M.
le Mercier , ancien Capitaine au Régiment
de Champagne , Chevalier de
l'Ordre de S Louis , & M. l'Abbé Pauchet
, Profeffeurs de Tróifiéme au Collége
d'Arras , prononcerent , comme
nouveaux Affociés , leurs Difcours de
remercîmens , auxquels M. l'Abbé de
Lys répondit féparément en qualité de
Directeur.
M. de Foffeur , après avoir témoigné
fa reconnoiffance à la Compagnie , s'attacha
à faire voir de quel fecours eft la
Littérature contre l'ennui , foit dans la
folitude , foit dans la Société ; & il divifa
fon Difcours en deux parties relatives
à ces différens états. On fe bornera
à rapporter ici quelques morceaux de la
feconde.
» Les perfonnes qui ne voyent le
» monde que dans l'éloignement , s'en
» font une idée bien peu conforme à la vé-
» rité . Quelle différence de le connoître
» dans la fpéculation , ou dans la pratiJUILLET.
1763 . 117
:
» que ! Le fort de ceux que la naiffance
» & la fortune ont placés aux premiers
" rangs , paroît digne d'envie . Les fef-
» tins , les fpectacles , & mille autres fê-
» tes fe fuccédent pour eux prèfque
» fans intervalle leur vie n'est qu'un
» enchaînement de plaifirs..... Mais
» ceux d'entre eux qui voudront être
» de bonne foi conviendront que fou-
» vent dans les lieux qui leur promet-
» toient le plus d'amuſement , ils n'ont
» trouvé qu'un ennui infupportable.
» L'idée charmante que l'on fe fait par
» avance d'une partie de plaifirs , ne
» contribue que trop à la rendre infi-
» pide. La réalité eſt toujours au-deffous
» de ce que l'imagination faifoit eſpé-
» rer ; & le coeur préparé pour quelque
» chofe de plus piquant , dédaigne &
» méprife le peu qui lui eft offert . Mais
» quand on pourroit fuppofer que l'en-
» nui fût exclus des affemblées du grand
» monde , n'eſt-il point de momens vui-
» des pour ceux mêmes qui font empor-
" tés le tourbillon le plus vif? Si pour
» remplir ces inftans d'inaction , on ne
» trouve point de reffources. dans fon
» efprit , à quoi aura-t -on recours ?....
» D'ailleurs combien de circonftances
» où des ufages fondés , foit fur la Raipar
118 MERCURE DE FRANCE.
" fon , foit fur le préjugé , ordonnent
» de faire trêve avec le monde ! Le
» goût de la Littérature aideroit à fup-
»porter le poids de ces devoirs , en
» écartant l'ennui inféparable de l'oi-
» fiveté.... Il arrive fréquemment que
» le hazard , ou quelqu'autre occafion ,
» raffemble des gens qui fe connoiffent
» peu. Alors l'ignorance & l'ignorant
» fe caufent une gêne réciproque : leurs
» efprits , s'aidant peu l'un l'autre , re-
» tombent fans ceffe dans l'engourdiffe-
» ment. Le fçavant & l'ignorant peu-
» vent s'entretenir fans ennui : celui- ci ,
» quelque foibles que foient fes lumiè
» res , aime à jouir de la converſation
» du premier , qui fans affecter de fupériorité
, fe fait un plaifir de l'éclai-
≫rer. Le Savant & le Savant , lorfqu'ils
» ont le bonheur de fe rencontrer, jouif-
»fent d'un agrément au- deffus de toute
» expreffion.
"
M. l'Abbé Pauchet , dans fon difcours
de réception , entreprit de prouver
qu'on ne peut être heureux fans la
vertu , & qu'on ne peut être vraiment
vertueux fans la fcience.
Il récita de plus une Ode fur la Poëfie
, dont l'origine eft ainfi décrite dans
les trois premieres ftrophes.
JUILLET. 1763. 119
Après que le Dieu du Tonnerre
Eut des fombres flancs du Cahos
Fait fortir les Cieux & la Terre ,
Et la plaine immenfe des Eaux ,
Ces monumens de fa puiffance
Furent trop peu pour l'excellence
De fes magnifiques dell'eins :
Formant un plus fublime ouvrage ,
Il voulut voir la propre image
Dans le chef- d'oeuvre de fes mains .
L'homme eft créé ; fon ceil contemple
Des miracles de toutes parts :
Il voit , il admire ce Temple
D'un Etre qui fait les regards.
Brillante autant que libérale ,
Pour lui feul la Nature étale
Mille & mille tréfors divers :
Frappé de fon bonheur extrême ,
Il voit , il fent qu'après Dieu même
Il eft le Roi de l'Univers.
Dèja l'humble reconnoiffance
Au fond de fon coeur a parlé :
Déja jufques dans fon filence
Le fentiment s'eft dévoilé .
Bientôt fa voix innocente , par
D'un coeur que fon bonheur enchante
Eclatent les heureux tranfports.
Poësie , immortelle flâme ,
120 MERCURE DE FRANCE.
C'eſt à ces mouvemens de l'âme
Que tu dûs tes premiers accords.
M. Harduin , Secrétaire perpétuel
lut des obfervations fur l'Article de la
Langue Françoife , où il examina la
nature de cette partie d'Oraifon , & entra
dans plufieurs difcuffions touchant
les mots que d'habiles Grammairiens
ont voulu faire paffer pour Articles indéfinis
& partitifs.
On lut enfuite la feconde partie d'un
Mémoire fur les coquillages foffiles d'Artois
envoyé par M. Wartel, Chanoine
Régulier de l'Abbayé de Mont - Saint-
Eloy , Affocié honnoraire. Il y parle ,
entre autres chofes , des Echinites , que
les Naturaliſtes défignent fous les noms
de Boutons , d'Ourfins , de Hériffons ,
de Chataignes de mer & c ; & qui ſe
rencontrent fort communément en
Artois.
» On remarque , dit- il , dans nos
pierres quatre espéces d'Echinites. La
" premiere , qui eft la moins rare , eſt
» l'Echinite en coeur , nommée autre-
» ment pas de Poulain. Sa partie fupé-
» rieure eft empreinte d'une étoile à
» cinq rayons. Le refte de la coquille
» eft chagriné & chargé de petites
» boules
JUILLET . 1763 .
121
boules , dont le plus grand nombre
» eft ufé. Dans ces boules ou ma-
» melons , font emboitées , lorfque
» l'animal eft vivant , des pointes entie
» lefquelles il pouffe fes cornes , qui font
» rouler toute la coquille en différens
» feus. On voit de ces foffiles plus pe-
» tits qu'une noiſette , & d'autres auffi
" gros que le poing.
"
" La feconde efpéce eft l'Echinite en
bonnet. Celle- ci eft d'une forme tout-
" à- fait différente de l'autre . Sa coquille
» est bombée & prèfque ovale : fon étoi-
» le , qui a auffi cinq rayons , eft moins
» apparente , mais plus étendue que cel-
» le de la précédente : elle fuit tout le
» contour de la coquille jufqu'à fon
» deffous , qui eft applati. Cette Echini-
» te paroît compofée de petites mailles
» quarrées , qui forment des bandes con-
» tigues les unes aux autres. Les plus
» grands de ces coquillages ont deux
pouces de longueur fur un pouce de
» hauteur ; & les plus petites , que je
» n'ai trouvées que dans les marnes des
" monts de Rebreuve * , ne font pas plus
» groffes que la tête d'une épingle . Ces
» petits foffiles , qu'on y rencontre
Village fitué près le Bourg d'Houdain
cinq ou fix lieues d'Arras .
I. Vol. F
à
122 MERCURE DE FRANCE.
و ر
par
» abondamment , font très-entiers, bien
» chagrinés , & tout couverts de boules
; ce qui peut engager
à croire que
» fi l'on n'en voit point de pareilles
» fur les plus gros foffiles de cette efpéce
, c'eft qu'elles ont été ufées
quelque frottement. Les Echinites en
» bonnet & en coeurs ont également
» deux ouvertures , l'une dans le haut ,
l'autre prèfqu'au bout du deffous de
» la coquille ; & ces ouvertures feroient
» percées à jour , fi la coquille n'avoit
" pas un noyau de matière folide .
"
"
» La troifiéme efpéce , moins commune
que les foffiles précédens , eft
» l'Echinite en cône. Il y en a de deux
» fortes , dont la première porte une
» étoile à cinq rayons , qui partent du
» fommet , fuivent régulièrement le
» contour de la coquille , & vont
» aboutir à une feule ouverture , dans
» le milieu de la baſe ou partie inférieure
» de ce foffile . La feconde forte d'E-
», chinités en cône , infiniment plus rare
» que l'autre , eft l'Echinite à gros tu-
» bercules. On voit bien des fragmens
de ce coquillage dans les pierres blan-
» ches ; mais il eft fort difficile de le
» trouver entier , tel que M. de GranJUILLET.
1763. 123
» val , le pofféde dans fa collection.
» Ce morceau eft l'Ourfin foffile le plus
» curieux qu'on puiffe voir : il eft garni
» de gros mammelons en comparti-
» mens , qui vont toujours en dimi-
» nuant jufqu'au fommet. La coquille
"
marine qui lui eft analogue , eſt le
» plus bel Ourfin de la mer rouge , dont
» la figure eft gravée dans la Conchyliologie
de M. d'Argenville , planche
» 25 , lettre E. Ce font les carrières
» d'Arras qui ont produit ce foffile .
23
» Enfin la quatriéme efpéce eft celle
» de l'Echinite en bouton . Elle eft ron-
» de & plate , trouée de part en part
dans le milieu : elle porte fon étoile
» ornée de petits tubercules fur tout le
» contour de la coquille , depuis le cen-
» tre fupérieur jufqu'au centre inférieur.
» On en trouve en Artois de la première
» grandeur , qui n'excéde pas douze li-
» gnes de diamétre. J'en conferve trois ,
» qui ne font pas plus grandes qu'un
" pois applati , lefquelles ont un oper-
» cule qui couvre l'ouverture fupérieu-
» re. Au refte ce foffile eft moins rare
» dans les pierres blanches que l'Echini-
» te en cône de la première forte ; mais
E
Confeiller au Confeil d'Artois , Membre de
la Société Littéraire.
F ij
124 MERCURE DE FRANCE .
» il eft plus rare dans les pierres à fufil.
M. Harduin termina la Séance dont
nous rendons compte , par la lecture des
vers fuivans.
INSCRIPTIONS
Pour douze Empereurs Romains , traduites
du Père VANIERE. *
AUGUSTUS.
Romulea foret ut gentis fors optima , nunquam
Vivere , vel nunquam debuit ille mori .
Pour que d'un for heureur , Rome pût s'ap
plaudir ,
Il dut néjamais vivre , ou ne jamais mourir,
TIBERIUS .
Dum juvenem vitiis infignem Auguftus adoptat ;
Fit Pater ; ac Roma definit effe parens .
Augufte acquit un fils , en adoptant Tibère ;
Mais des Romains alors il ceffa d'être Père .
* Il eft fingulier que le P. Vanière, au lieu de
commencer , ainfi que Suétone , le nombre de
fes douze Cefars , par le célébre Jule , qui lui of
froit une fi riche matière , en ait retranché ce
grand homme , pour y faire entrer l'Empereur
Nerva, qui n'eft guères connu des perfonnes peu
verfées dans l'Hiftoire , & dont la vie ne pouvoit
prèfque rien fournir au Poëte.
R
JUILLET. 1763. 125
CALIGULA.
Cæde furens , Romæfibi vult altaria poni ;
Quodque hominem exuerit ,fe putat effe Deum .
Il veut , ce monftre infâme , être adoré dans
Rome ;
Et penfe qu'il eft Dieu , parce qu'il n'eft plus
homme.
CLAUDIUS.
Imperiumjam fraude tibi furata , veneno
Eripuit Conjux infidiofa diem. *
La fraude & le poifon , employés tour- à tour ,
Lui ravirent bientôt & l'Empire & le jour.
NERO.
Infua convertitferrun præcordio , poftquìm
Vix alium , tollat quemferus enfis habet.
*
Pen-
Agrippinafuafit Claudio at præterito Britan
nicofilio , Succefforem Imperii defignaret Neronem ,
quem illa ex altero maritofufceperat. Ne pænitendi
locus effet , Claudium boleto venenato mox fuftulit.
Agrippine , dernière femme de Claude ,
gagea 2. déshériter fon fils Britannicus , & à ſe
nommer pour fuccefleur Néron , qu'elle avoit eu
d'un autre mari . Pour ôter à l'Empereur le temps
du repentir , elle fe hâta de le faire mourir par le
moyen d'un champignon empoifonné.
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE .
Lui même il ſe frappa , lorfqu'il reftoit à peine
Quelque tête échappée à ſa rage inhumaine.
GALBA.
Imperium meruit Miles moderamine reram
Amifit Princeps quod decus arma dabant. ༣
Soldat il mérita le beau rang d'Empereur :
De fes exploits fon régne anéantit l'honneur.
ОТНО.
Maluit interitu pulchro decedere vita,
Quàmfceptrum populi clade tenerefui.
Il aima mieux périr , par un noble trépas ,
Que de devoir le fceptre au fang de fes Soldats
VITELLIUS.
Hunc epulo pifces uno bis mille , volucrumque
Appofuiffe fibi millia quinque ferunt .
Ne Calum foret alitibus , mare pifcibus orbum ,
Claufit inextinétam mors properatagulam.:
De deux mille poiffons & de cinq milles oiſeaux
On dit qu'en un repas il fit couvrir la table.
Pour qu'il ne dépeuplât & les airs & les eaux ,
La mort ferma foudain fa bouche infatiable. *
* Ce fut , felon Suétone , le frère de Vitellius
qui lui donna ce feftin ; & les oifeaux qu'on y
fervit étoient au nombre de fept mille ; mais le
Traducteur n'a pas cru devoir changer le fens
de fon Original.
JUILLET. 1763. 127
VESPASIANUS
.
Indignata truces jam dudum Roma Tyrannos
Hoc duce Cafareum denique nomen amat .
"
L'Empire des Céfars aux Romains odieux ,
Sous ce bon Maître enfin leur devint précieux.
TITUS.
Orbis amor Princeps , fi quâfortè nil dediſſet ,
Hancfibi dicebat deperiiffe diem.
Il croyoit perdre un jour , ce Prince généreux ,
Quand un jour s'écouloit, fans qu'il fit des heureux
DOMITIANUS
.
Ambierat frater donis fibi eondere faftos :
Ille fuos voluit cæde notare dies .
Du regne de Titus les dons traçoient le cours :
Son frère en traits de fang voulut marquer les
jours.
NERVA.
Dignior imperio fuit & ftudiofior Urbis ,
Cùmfua Trajano fceptra regenda dedit.
Il fe rendit plus cher , lorfque fes foibles mains
S'aiderent de Trajan , pour régir les Romains .
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Résumé : SÉANCE publique de la Société Littéraire d'Arras, tenue le 26 Mars 1763.
Lors d'une séance de la Société Littéraire d'Arras le 26 mars 1763, l'abbé de Lys présenta une dissertation sur la conversion des Atrébates au christianisme. Il décrivit leur religion primitive, qui vénérait un dieu unique par le silence plutôt que par la prière et les sacrifices. Après leur soumission aux lois romaines, les Atrébates adoptèrent progressivement les divinités romaines, bien que plus tardivement que d'autres Gaulois. Des preuves archéologiques, comme les noms latins de villages voisins, attestent de l'adoration de divinités telles que Mercure et Diane. La conversion des Atrébates au christianisme est débattue. Certains historiens situent cette conversion avec la mission de saint Vaast vers 530-500, mais l'abbé de Lys privilégie la date de 500 et affirme que le christianisme était déjà présent avant saint Vaast. Des manuscrits anciens mentionnent saint Diogène, évêque d'Arras en 407-408, et un miracle en 367, suggérant une présence chrétienne antérieure. La séance vit également l'accueil de trois nouveaux membres : M. Dubois de Foffeux, M. le Mercier et M. l'Abbé Pauchet. M. Dubois de Foffeux parla de l'utilité de la littérature contre l'ennui, tandis que M. l'Abbé Pauchet lia le bonheur à la vertu et à la science. M. Harduin et M. Wartel présentèrent respectivement des observations linguistiques et un mémoire sur les coquillages fossiles d'Artois, détaillant diverses espèces d'échinites. Le texte mentionne également des anecdotes sur des empereurs romains, comme Néron, Vespasien, Titus, Domitien et Nerva, soulignant leurs caractéristiques et actions marquantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4249
p. 128-129
SUJETS proposés par l'Acad. Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à PAU, pour deux Prix, qui seront distribués le premier Jeudi du mois de Février 1764.
Début :
L'ACADÉMIE a réservé un des deux Prix qu'elle avoit à distribuer cette année [...]
Mots clefs :
Académie, Ouvrage, Poésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUJETS proposés par l'Acad. Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à PAU, pour deux Prix, qui seront distribués le premier Jeudi du mois de Février 1764.
SUJETS propofés par l'Acad. Royale
des Sciences & Beaux - Arts , établie
à PAU , pour deux Prix , qui feront
diftribués le premier Jeudi du mois de
Février 1764.
L'ACADÉMIE a réservé un des deux
Prix qu'elle avoit à diftribuer cette année
; celui de la Poëfie a été remporté
par M. Lemefle de l'Académie des Scien
Belles-Lettres & Arts de Rouen :
Elle en donnera deux en 1764. Le premier
à un Ouvrage de Profe , qui aura
pour Sujet ,
ces ,
L'Éloge de feu M. le Maréchal de
GASSION.
Le fecond à un Ouvrage de Poeſie ,
qui aura pour Sujet ,
Les Avantages de la Navigation..
Les Ouvrages de Poëfie feront au plus
de cent Vers , & ceux de Profe d'une
demi heure de lecture , il en fera adreffé
deux exemplaires à M. de Faget de
Poms , Secrétaire de l'Académie on
n'en recevra aucun après le mois de Novembre
, & s'ils ne font affranchis.
JUILLET. 1763. 129
Chaque Auteur mettra à la fin de fon
Ouvrage une Sentence , & la répétera
au-deffus du Billet cacheté , où il écrira
fon nom .
des Sciences & Beaux - Arts , établie
à PAU , pour deux Prix , qui feront
diftribués le premier Jeudi du mois de
Février 1764.
L'ACADÉMIE a réservé un des deux
Prix qu'elle avoit à diftribuer cette année
; celui de la Poëfie a été remporté
par M. Lemefle de l'Académie des Scien
Belles-Lettres & Arts de Rouen :
Elle en donnera deux en 1764. Le premier
à un Ouvrage de Profe , qui aura
pour Sujet ,
ces ,
L'Éloge de feu M. le Maréchal de
GASSION.
Le fecond à un Ouvrage de Poeſie ,
qui aura pour Sujet ,
Les Avantages de la Navigation..
Les Ouvrages de Poëfie feront au plus
de cent Vers , & ceux de Profe d'une
demi heure de lecture , il en fera adreffé
deux exemplaires à M. de Faget de
Poms , Secrétaire de l'Académie on
n'en recevra aucun après le mois de Novembre
, & s'ils ne font affranchis.
JUILLET. 1763. 129
Chaque Auteur mettra à la fin de fon
Ouvrage une Sentence , & la répétera
au-deffus du Billet cacheté , où il écrira
fon nom .
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Résumé : SUJETS proposés par l'Acad. Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à PAU, pour deux Prix, qui seront distribués le premier Jeudi du mois de Février 1764.
En juillet 1763, l'Académie Royale des Sciences et Beaux-Arts de Pau a annoncé deux prix pour février 1764. Un prix de 1763 était réservé, celui de poésie attribué à M. Lemesle. Pour 1764, deux prix sont prévus : un éloge du Maréchal de Gassion en prose et un poème sur les avantages de la navigation. Les candidatures, avec deux exemplaires et une sentence, doivent être envoyées à M. de Faget de Poms avant novembre 1763.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4250
p. 129-139
SÉANCE publique de la Société Littéraire de CHAALONS-SUR-MARNE.
Début :
M. DE VELYE y a fait lecture d'un Mémoire au sujet des Grands [...]
Mots clefs :
Navets, Terres, Raves, Racines, Vertus, Brochures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de la Société Littéraire de CHAALONS-SUR-MARNE.
SÉANCE publique de la Société
Litteraire de CHAALONSSUR-
MARNE.
Cette Séance s'eſt tenue le 23 Février 1763 .
M DE VELYE y a fait lecture
d'un Mémoire au fujet des Grands-
Hommes de la Ville & du Païs de Vertus.
Ils font en petit nombre ; mais la
gloire qu'ils ont acquife , eft d'autant
mieux mérit qu'ils n'ont point trouvé
dans leur Patrie ces Maîtres habiles , ces
Ecoles célèbres , & cesexemples fi conmuns
dans les grandes Villes, & fi capables
d'exciter l'émulation.
Nicolas furnommé de Clamange du
lieu de fa naiffance , fe préfente le premier
dans l'ordre chronologique c'eft
auffi le plus diftingué des Sçavans du
Pais de Vertus ; il étoit regardé comme
le Cicéron de fon fiécle. L'illuftre Maifon
de Conflans tire fon origine du mê-
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
* me Pays. Vertus compte au nombre de
fes Baillifs , François Lalouette , auquel
on donne auffile titre de Préfident de
Sédan , & qui a été Maître des Requêtes
de l'Hôtel du Roi ; on trouve dans
la Croix du Maine une énumération de
fes écrits , dont plufieurs ont été imprimés.
Comme M. de Velye ne donne
qu'une notice des Grands-Hommes
qui font l'objet de fon Mémoire , il n'eſt
pas poffiblé d'en faire une analyſe fuivie
.
>
Il a étélu enfuite pour M. Defmareft
Affocié externe & abfent , un Mémoire
fur la culture des Raves & des Navets
dans la Guyenne . Il y a cinq variétés
différentes de chaque genre , dont
la diſtinction ne paroît pas fondée fur
des caractères de Botanique aifés à faifir
. On féme les raves & les navets en
deux faifons , la premiere en Avril &
Mai , la feconde depuis le 29 Juillet
jufqu'au 20 Août après la moiffon des
fromens , & dans les terres où la récolte
aura été faite. On commence par donner
deux labours à ces terrés ; on leur
en donne un troifiéme après la femence
, & on paffe le rateau qui tient lieu
de herfe ; on les farcle quand ils font levés
pour, détruire les plantes parafites ,
JUILLET. 1763. 131
arracher les raves ou navets fuperflus ,
& laiffer un intervalle de quatre ou fix
poulces entre chaque pied . Le navet oblong
à racines blanches , & le navet à
racines vertes , ainfi que la rave ronde à
racines blanches , & la rave ronde à racines
rouges , femés dans des terres légéres
, fablonneufes & un peu fubftantieufes
, produifent quelquefois des raves
& des navets du poids de feize &
même de dix-huit livres ; mais ils font
infipides & peu remplis. Ils viennent
d'une faveur fucculente , & d'un volume
raifonnable dans les terres profondes
, légères & meubles dont le fable
fait la bafe , ou dans des terres calcaires
bien divifées , & qui font en proportion
dominante, avec l'argile ; ils réuffiffent
mal dans les terres purement argileufes.
& compactes.
Quoique l'on arrache les navets à
mefure du befoin qu'on en a , la grande
récolte fe fait en nombre ; on les
met alors dans les caves où on les encaiffe
dans du fable ; ils s'y confervent
longtems . Ils fe confervent encore plus
longtems fans altération , fi on les laifſe
en pleine terre , pourvû qu'on ait attention
à en éloigner les Beftiaux , &
que les pluies de l'hyver n'y faffent pas
un trop long séjour. F vj
132 MERCURE DE FRANCE .
Les navets & les raves font d'une
grande reffource pour les gens de la
Campagne , ils leur fervent d'aliment
pendant une partie de l'année . C'est même
un reméde contre les fiévres lentes
accompagnées de bouffiffures, dont font
attaqués dans certains tems les Habitans
de quelques Cantons marécageux . Auffitôt
qu'ils ont commencé à faire ufage.
des navets , la fiévre difparoît, & ceux
qui en mangent de bonne heure , font
préfervés de la fiévre. Les navets & les
raves fervent auffi à engraiffer les Moutons
, les Boeufs & les Cochons ; cette:
nourriture rétablit les boeufs épuifés par
le travail de l'Eté ; elle leur procure une
tranfpiration abondante , qui leur rend.
le poil uni & libre , & leur chair eft plus
tendre & plus fucculente .
Quoique ce Mémoire paroiffe ne concerner
que la Guyenne , l'intention de
M. Defmareft eft d'engager à étendre la
culture des raves & des navets dans toutes
les parties du Royaume où elle peut
réuffir ; on les cultive déja avec fuccès
dans quelques Paroiffes de l'Election de
Langres , on peut également les culti-.
ver dans les terres de la Province de
Champagne voifines des rivieres , & M.
Defmareft invite les Cultivateurs ChamJUILLET.
1763. 133
penois à ne pas négliger cette branche
d'agriculture.
M. de Chalette ayant envoyé la Préface
d'un Ouvrage qu'il fe propofe de
faire imprimer , intitulé : la Médecine
des Chevaux à l'ufage des Laboureurs
tirée des meilleurs Auteurs , & confirmée
par l'expérience : la Société a eftimé
qu'il convenoit d'en faire patt d'avanee
au Public.
De tous les animaux domeftiques , le
Cheval eft fans contredit celui dont l'utilité
eft la plus étendue. En Angleterre
les plus fameux Médecins , & les plus
habiles Chirurgiens ne dédaignent point
d'en faire l'objet de leurs foins , & de
leur étude. Il eft furprenant qu'en France
la confervation de cet animal précieux
foit abandonnée à des perfonnes
qui pour la plupart , n'ont pas la moindre
connoiffance des maladies qui l'at
taquent , ni des remédes qui leur con
viennent. Les Maréchaux de Village
étant d'une ignorance profonde, ou remplis
de préjugés , M. de Chalette croit
rendre fervice à ceux qui font forcés
d'y avoir recours en les mettant en
état de s'en paffer , ou du moins de les
diriger. Son Ouvrage préfente done
deux avantages , l'un de décrier une foule
134 MERCURE DE FRANCE .
de remédes & de recettes prèfque toujours
inutiles , très - fouvent dangereufes
, & quelquefois pernicieuſes ; l'autre,
en rendant le Laboureur capable de traiter
par lui-même les maladies de fes chevaux,
de lui épargner la dépenfe des foins
d'un Maréchal , & du prix exhorbitant
des drogues que celui- ci lui furvend.
Cette lecture a été fuivie de celle
d'une Differtation fur le préjugé littéraire.
M. Rouffel, qui en eft Auteur , donne
d'abord un précis de tous les objets
qui peuvent occuper l'efprit humain ;
il fait voir qu'il n'a à redouter que
le préjugé peu raifonnable , qui rend
fouvent fes recherches inutiles, le raiſonnement
faux , le littérateur eſclave , ou
capable de franchir les bornes de la
vraie fageffe. Il trace enfuite le tableau
des différentes efpéces de préjugés , &
il combat ceux qui font contraires à la
faine Raifon avec autant d'éloquence
que de force , & en même-temps avec
cette aménité & cette politeffe qui conftituent
le caractère de fes Ouvrages.
L'Affemblée en a paru très-fatisfaite.
On a lu auffi un Effai fur la critique
par M. Formey
Affocié externe &
Secrétaire de l'Académie de Berlin . M.
Formey après avoir défini la critique ,
JUILLET. 1763. 135
>
l'art d'analyfer les Ouvrages pour en
faire connoîrre les beautés & les défauts
conformement aux régles qui ont
été fuivies , ou qui auroient dû l'être
ajoute qu'il ne fe propofe d'en parler
qu'autant qu'elle eft fpécialement deftinée
à montrer les taches qui peuvent
défigurer un Ouvrage. Il paffe enfuite
en revue les différentes efpéces de critiques
qui fe répandent aujourd'hui
- dans la République des Lettres , ce
font les brochures & les journaux , &
il éxamine s'ils rempliffent bien leur
objet .
Les brochures font fouvent le fruit
d'un demi fçavoir , du défoeuvrement ,
du prurit d'écrire , de la jaloufie , ou
de la haine. On y prend le ton des perfonnalités
& de la querelle , & il eft
rare d'en trouver qui foient marquées
au bon coin.
M. Formey n'admet guères dans cette
claffe que les Obfervations de l'Académie
fur le Cid , & les fentimens de Cléante
fur les entretiens d'Arifte & d'Eugène.
Le Public ne peut tirer aucun avantage
de ces brochures , & les Auteurs ne
les regardent fouvent que comme un
motif de triomphe. Les Journaux ne
produisent pas un meilleur effet ; ils ne
136 MERCURE DE FRANCE.
peuvent réuffir qu'entre les mains d'une
Compagnie bien choisie & bien aflortie:
c'ell cette prérogative qui maintient
le Journal des Sçavans dans ce degré
de primauté qu'il s'eft acquis. Les affections
& les paffions font fouvent fi
évidentes dans beaucoup d'autres , qu'il
feroit à fouhaiter qu'ils fuflent moins
multipliés , & la plupart font incapables
d'empêcher les abus que les Auteurs font
de leurs talens .
Le Gouvernement & les Magiftrats
veillent bien à la confervation des fondemens
de la fociété , qui font le refpect
dû à l'Etre fuprême , les droits des Souverains
& les bonnes moeurs : ils flétrif
fent les productions qui attaquent ces
principes ; mais ces flétriffures ne fervent
ordinairement qu'à donner du crédit aux
ouvrages , & à piquer la curiofité.
M. Formey demande enfuite fi on ne
pourroit pas établir un autre genre de
police qui influât plus immédiatement
fur le bon ordre : il y a bien des Cenfeurs
établis par le Gouvernement ; mais
ils s'acquittent fouvent mal des fonctions
qui leur font confiées ; d'ailleurs on impime
beaucoup de Livres qui n'ont pas
été foumis à la cenfure ,.
De-là M. Formey paffe à fon projet
JUILLET. 1763. 137
de police , aux rifques d'effuyer quelque
raillerie ; le voici Il voudroit que le
Souverain confidérant la Littérature de
fes Etats comme un objet qui peur influer
fur le bonheur de fes peuples ,
établît un Corps de gens de Lettres de
différentes facultés & profeffions , au
nombre de douze , tous d'un âge mûr
& non décrépit , fages, ayant des moeurs,
auxquels il feroit affigné des penfionspour
les mettre en état d'être plus actifs & plus
attentifs. Tous les ouvrages fercient remis
à leur Secrétaire , & diftribués à chacun
fuivant fes talens , pour être examinés
& en être fait rapport dans les féances réglées
qui fe tiendroient une ou plufieurs
fois chaque femaine , afin d'accorder où
refufer la permiffion d'imprimer.
Tout ce qui fe trouveroit contraire à
la Réligion , à la conftitution politique
& à la vertu , feroit rejetté , fous quelque
forme qu'il fût préfenté. A l'égard
de ce qui n'eft mauvais que par un défut
de génie , de connoiffances , de
ſtyle , &c, on ufercit d'un ménagement
judicieux ; le Commiſfaire examinateur
donneroit des avis aux Auteurs ; & quand
ceux-ci ne s'y rendroient pas , on les
laifferoit aller avec leur imprimatur.
Il feroit à propos de mettre les Li138
MERCURE DE FRANCE.
braires fous la dépendance abfolue du
Tribunal , fans cela il feroit inutile de
faire des difficultés à un Auteur , qui ,
pour les lever , n'auroit qu'à aller trouver
un Libraire avec lequel il feroit un
marché d'autant plus avantageux que
le Livre feroit digne d'être fupprimé.
Il faudroit auffi que les Examinateurs
exerçaffent une févérité particulière fur
les écrits polémiques , qu'ils en rettanchaffent
tous les termes marqués au coin
de la paffion , & capables d'aliéner les
efprits qu'on fe propofe de convaincre.
Il feroit même convenable de ne pas
fouffrir ces airs de fupériorité & de hauteur
que les critiques prennent fi volontiers
, & fur - tout ces ironies dont la
plaie eft encore plus cuifante que celle
des injures.
Telles font les réfléxions qu'une affez
longue expérience dans ce genre a fuggérées
à M. Formey; & quand il n'auroit
pas indiqué des règles affez certaines
pour remplir fon objet , il feroit toujours
louable de les avoir propofées.
La féance a été terminée par la lecture
de quelques Stances fur l'homme , par
M. France; & de Réfléxions en vers fur
la cérémonie du jour des Cendres , par
M. l'Abbé de Saulx, Chanoine de l'Eglife
JUILLET. 1763. 139.
de Rheims , & Chancelier de l'Univerfité
de la même Ville.
Litteraire de CHAALONSSUR-
MARNE.
Cette Séance s'eſt tenue le 23 Février 1763 .
M DE VELYE y a fait lecture
d'un Mémoire au fujet des Grands-
Hommes de la Ville & du Païs de Vertus.
Ils font en petit nombre ; mais la
gloire qu'ils ont acquife , eft d'autant
mieux mérit qu'ils n'ont point trouvé
dans leur Patrie ces Maîtres habiles , ces
Ecoles célèbres , & cesexemples fi conmuns
dans les grandes Villes, & fi capables
d'exciter l'émulation.
Nicolas furnommé de Clamange du
lieu de fa naiffance , fe préfente le premier
dans l'ordre chronologique c'eft
auffi le plus diftingué des Sçavans du
Pais de Vertus ; il étoit regardé comme
le Cicéron de fon fiécle. L'illuftre Maifon
de Conflans tire fon origine du mê-
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
* me Pays. Vertus compte au nombre de
fes Baillifs , François Lalouette , auquel
on donne auffile titre de Préfident de
Sédan , & qui a été Maître des Requêtes
de l'Hôtel du Roi ; on trouve dans
la Croix du Maine une énumération de
fes écrits , dont plufieurs ont été imprimés.
Comme M. de Velye ne donne
qu'une notice des Grands-Hommes
qui font l'objet de fon Mémoire , il n'eſt
pas poffiblé d'en faire une analyſe fuivie
.
>
Il a étélu enfuite pour M. Defmareft
Affocié externe & abfent , un Mémoire
fur la culture des Raves & des Navets
dans la Guyenne . Il y a cinq variétés
différentes de chaque genre , dont
la diſtinction ne paroît pas fondée fur
des caractères de Botanique aifés à faifir
. On féme les raves & les navets en
deux faifons , la premiere en Avril &
Mai , la feconde depuis le 29 Juillet
jufqu'au 20 Août après la moiffon des
fromens , & dans les terres où la récolte
aura été faite. On commence par donner
deux labours à ces terrés ; on leur
en donne un troifiéme après la femence
, & on paffe le rateau qui tient lieu
de herfe ; on les farcle quand ils font levés
pour, détruire les plantes parafites ,
JUILLET. 1763. 131
arracher les raves ou navets fuperflus ,
& laiffer un intervalle de quatre ou fix
poulces entre chaque pied . Le navet oblong
à racines blanches , & le navet à
racines vertes , ainfi que la rave ronde à
racines blanches , & la rave ronde à racines
rouges , femés dans des terres légéres
, fablonneufes & un peu fubftantieufes
, produifent quelquefois des raves
& des navets du poids de feize &
même de dix-huit livres ; mais ils font
infipides & peu remplis. Ils viennent
d'une faveur fucculente , & d'un volume
raifonnable dans les terres profondes
, légères & meubles dont le fable
fait la bafe , ou dans des terres calcaires
bien divifées , & qui font en proportion
dominante, avec l'argile ; ils réuffiffent
mal dans les terres purement argileufes.
& compactes.
Quoique l'on arrache les navets à
mefure du befoin qu'on en a , la grande
récolte fe fait en nombre ; on les
met alors dans les caves où on les encaiffe
dans du fable ; ils s'y confervent
longtems . Ils fe confervent encore plus
longtems fans altération , fi on les laifſe
en pleine terre , pourvû qu'on ait attention
à en éloigner les Beftiaux , &
que les pluies de l'hyver n'y faffent pas
un trop long séjour. F vj
132 MERCURE DE FRANCE .
Les navets & les raves font d'une
grande reffource pour les gens de la
Campagne , ils leur fervent d'aliment
pendant une partie de l'année . C'est même
un reméde contre les fiévres lentes
accompagnées de bouffiffures, dont font
attaqués dans certains tems les Habitans
de quelques Cantons marécageux . Auffitôt
qu'ils ont commencé à faire ufage.
des navets , la fiévre difparoît, & ceux
qui en mangent de bonne heure , font
préfervés de la fiévre. Les navets & les
raves fervent auffi à engraiffer les Moutons
, les Boeufs & les Cochons ; cette:
nourriture rétablit les boeufs épuifés par
le travail de l'Eté ; elle leur procure une
tranfpiration abondante , qui leur rend.
le poil uni & libre , & leur chair eft plus
tendre & plus fucculente .
Quoique ce Mémoire paroiffe ne concerner
que la Guyenne , l'intention de
M. Defmareft eft d'engager à étendre la
culture des raves & des navets dans toutes
les parties du Royaume où elle peut
réuffir ; on les cultive déja avec fuccès
dans quelques Paroiffes de l'Election de
Langres , on peut également les culti-.
ver dans les terres de la Province de
Champagne voifines des rivieres , & M.
Defmareft invite les Cultivateurs ChamJUILLET.
1763. 133
penois à ne pas négliger cette branche
d'agriculture.
M. de Chalette ayant envoyé la Préface
d'un Ouvrage qu'il fe propofe de
faire imprimer , intitulé : la Médecine
des Chevaux à l'ufage des Laboureurs
tirée des meilleurs Auteurs , & confirmée
par l'expérience : la Société a eftimé
qu'il convenoit d'en faire patt d'avanee
au Public.
De tous les animaux domeftiques , le
Cheval eft fans contredit celui dont l'utilité
eft la plus étendue. En Angleterre
les plus fameux Médecins , & les plus
habiles Chirurgiens ne dédaignent point
d'en faire l'objet de leurs foins , & de
leur étude. Il eft furprenant qu'en France
la confervation de cet animal précieux
foit abandonnée à des perfonnes
qui pour la plupart , n'ont pas la moindre
connoiffance des maladies qui l'at
taquent , ni des remédes qui leur con
viennent. Les Maréchaux de Village
étant d'une ignorance profonde, ou remplis
de préjugés , M. de Chalette croit
rendre fervice à ceux qui font forcés
d'y avoir recours en les mettant en
état de s'en paffer , ou du moins de les
diriger. Son Ouvrage préfente done
deux avantages , l'un de décrier une foule
134 MERCURE DE FRANCE .
de remédes & de recettes prèfque toujours
inutiles , très - fouvent dangereufes
, & quelquefois pernicieuſes ; l'autre,
en rendant le Laboureur capable de traiter
par lui-même les maladies de fes chevaux,
de lui épargner la dépenfe des foins
d'un Maréchal , & du prix exhorbitant
des drogues que celui- ci lui furvend.
Cette lecture a été fuivie de celle
d'une Differtation fur le préjugé littéraire.
M. Rouffel, qui en eft Auteur , donne
d'abord un précis de tous les objets
qui peuvent occuper l'efprit humain ;
il fait voir qu'il n'a à redouter que
le préjugé peu raifonnable , qui rend
fouvent fes recherches inutiles, le raiſonnement
faux , le littérateur eſclave , ou
capable de franchir les bornes de la
vraie fageffe. Il trace enfuite le tableau
des différentes efpéces de préjugés , &
il combat ceux qui font contraires à la
faine Raifon avec autant d'éloquence
que de force , & en même-temps avec
cette aménité & cette politeffe qui conftituent
le caractère de fes Ouvrages.
L'Affemblée en a paru très-fatisfaite.
On a lu auffi un Effai fur la critique
par M. Formey
Affocié externe &
Secrétaire de l'Académie de Berlin . M.
Formey après avoir défini la critique ,
JUILLET. 1763. 135
>
l'art d'analyfer les Ouvrages pour en
faire connoîrre les beautés & les défauts
conformement aux régles qui ont
été fuivies , ou qui auroient dû l'être
ajoute qu'il ne fe propofe d'en parler
qu'autant qu'elle eft fpécialement deftinée
à montrer les taches qui peuvent
défigurer un Ouvrage. Il paffe enfuite
en revue les différentes efpéces de critiques
qui fe répandent aujourd'hui
- dans la République des Lettres , ce
font les brochures & les journaux , &
il éxamine s'ils rempliffent bien leur
objet .
Les brochures font fouvent le fruit
d'un demi fçavoir , du défoeuvrement ,
du prurit d'écrire , de la jaloufie , ou
de la haine. On y prend le ton des perfonnalités
& de la querelle , & il eft
rare d'en trouver qui foient marquées
au bon coin.
M. Formey n'admet guères dans cette
claffe que les Obfervations de l'Académie
fur le Cid , & les fentimens de Cléante
fur les entretiens d'Arifte & d'Eugène.
Le Public ne peut tirer aucun avantage
de ces brochures , & les Auteurs ne
les regardent fouvent que comme un
motif de triomphe. Les Journaux ne
produisent pas un meilleur effet ; ils ne
136 MERCURE DE FRANCE.
peuvent réuffir qu'entre les mains d'une
Compagnie bien choisie & bien aflortie:
c'ell cette prérogative qui maintient
le Journal des Sçavans dans ce degré
de primauté qu'il s'eft acquis. Les affections
& les paffions font fouvent fi
évidentes dans beaucoup d'autres , qu'il
feroit à fouhaiter qu'ils fuflent moins
multipliés , & la plupart font incapables
d'empêcher les abus que les Auteurs font
de leurs talens .
Le Gouvernement & les Magiftrats
veillent bien à la confervation des fondemens
de la fociété , qui font le refpect
dû à l'Etre fuprême , les droits des Souverains
& les bonnes moeurs : ils flétrif
fent les productions qui attaquent ces
principes ; mais ces flétriffures ne fervent
ordinairement qu'à donner du crédit aux
ouvrages , & à piquer la curiofité.
M. Formey demande enfuite fi on ne
pourroit pas établir un autre genre de
police qui influât plus immédiatement
fur le bon ordre : il y a bien des Cenfeurs
établis par le Gouvernement ; mais
ils s'acquittent fouvent mal des fonctions
qui leur font confiées ; d'ailleurs on impime
beaucoup de Livres qui n'ont pas
été foumis à la cenfure ,.
De-là M. Formey paffe à fon projet
JUILLET. 1763. 137
de police , aux rifques d'effuyer quelque
raillerie ; le voici Il voudroit que le
Souverain confidérant la Littérature de
fes Etats comme un objet qui peur influer
fur le bonheur de fes peuples ,
établît un Corps de gens de Lettres de
différentes facultés & profeffions , au
nombre de douze , tous d'un âge mûr
& non décrépit , fages, ayant des moeurs,
auxquels il feroit affigné des penfionspour
les mettre en état d'être plus actifs & plus
attentifs. Tous les ouvrages fercient remis
à leur Secrétaire , & diftribués à chacun
fuivant fes talens , pour être examinés
& en être fait rapport dans les féances réglées
qui fe tiendroient une ou plufieurs
fois chaque femaine , afin d'accorder où
refufer la permiffion d'imprimer.
Tout ce qui fe trouveroit contraire à
la Réligion , à la conftitution politique
& à la vertu , feroit rejetté , fous quelque
forme qu'il fût préfenté. A l'égard
de ce qui n'eft mauvais que par un défut
de génie , de connoiffances , de
ſtyle , &c, on ufercit d'un ménagement
judicieux ; le Commiſfaire examinateur
donneroit des avis aux Auteurs ; & quand
ceux-ci ne s'y rendroient pas , on les
laifferoit aller avec leur imprimatur.
Il feroit à propos de mettre les Li138
MERCURE DE FRANCE.
braires fous la dépendance abfolue du
Tribunal , fans cela il feroit inutile de
faire des difficultés à un Auteur , qui ,
pour les lever , n'auroit qu'à aller trouver
un Libraire avec lequel il feroit un
marché d'autant plus avantageux que
le Livre feroit digne d'être fupprimé.
Il faudroit auffi que les Examinateurs
exerçaffent une févérité particulière fur
les écrits polémiques , qu'ils en rettanchaffent
tous les termes marqués au coin
de la paffion , & capables d'aliéner les
efprits qu'on fe propofe de convaincre.
Il feroit même convenable de ne pas
fouffrir ces airs de fupériorité & de hauteur
que les critiques prennent fi volontiers
, & fur - tout ces ironies dont la
plaie eft encore plus cuifante que celle
des injures.
Telles font les réfléxions qu'une affez
longue expérience dans ce genre a fuggérées
à M. Formey; & quand il n'auroit
pas indiqué des règles affez certaines
pour remplir fon objet , il feroit toujours
louable de les avoir propofées.
La féance a été terminée par la lecture
de quelques Stances fur l'homme , par
M. France; & de Réfléxions en vers fur
la cérémonie du jour des Cendres , par
M. l'Abbé de Saulx, Chanoine de l'Eglife
JUILLET. 1763. 139.
de Rheims , & Chancelier de l'Univerfité
de la même Ville.
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Résumé : SÉANCE publique de la Société Littéraire de CHAALONS-SUR-MARNE.
Lors d'une séance publique de la Société Littéraire de Châlons-sur-Marne le 23 février 1763, plusieurs mémoires et dissertations furent présentés. M. de Velye exposa un mémoire sur les grands hommes de Vertus, mettant en lumière leur mérite malgré l'absence d'institutions éducatives. Il mentionna notamment Nicolas de Clamange, décrit comme un savant distingué comparable à Cicéron, ainsi que la famille de Conflans et François Lalouette, Maître des Requêtes. M. Desmarets présenta un mémoire sur la culture des raves et des navets en Guyenne, détaillant cinq variétés et leurs méthodes de culture, et suggéra d'étendre cette pratique en Champagne. M. de Chalette envoya la préface d'un ouvrage sur la médecine des chevaux, critiquant les pratiques des maréchaux de village et proposant des remèdes efficaces. La séance inclut également la lecture d'une dissertation de M. Rouffel sur le préjugé littéraire, qui examina les divers objets pouvant occuper l'esprit humain et mit en garde contre les préjugés. Un essai sur la critique par M. Formey, associé de l'Académie de Berlin, fut présenté, définissant la critique et proposant un projet de police littéraire pour examiner les ouvrages avant impression. La séance se conclut par la lecture de poèmes de M. France et de l'abbé de Saulx.
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