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Détail
Liste
1
p. 111-127
DE LA GENERATION.
Début :
Comme vous avez dans vostre Province quantité d'Amis Sçavans, je / C'est un principe tiré d'Aristote, qu'il n'y a point de genèration [...]
Mots clefs :
Corruption, Plantes, Graines, Feuilles, Nature, Coquille, Pourriture, Génération, Fève, Noix
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texteReconnaissance textuelle : DE LA GENERATION.
Comme vous avez dans
voſtre Province quantité
d'Amis Sçavans , je ne doute
112 MERCURE
point que vous ne ſoyez bienaiſe
de leur faire voir ce qu'un
Particulier a écrit contre une
Maxime affez genéralement
receuë en Philoſophie. Come
ce Traité eſt court , il peut
trouver place dás cetteLettre.
52-5252-5252 525252
DE LA GENERATION.
C'est un principe tiré d'Ariſtote
,qu'il nn''yy aappooint degeneration
fans corruption , &que
la corruption d'une choſe eſt la
generation d'une autre. Depuis
que ce Philoſophe a dit cela , per-
Sonne que je fçache ne s'est avisé
GALANT. 113
d'obferver ce quiſe paſſe dans les
generations. On ne s'abaiſſe point
à regarder comment une graine
germe dans laTerre ; cela esttrop
bas. Onsefait honneurde lire
Aristote of tous les Phyſiciens
qui l'ont ſuivy , mais on trouve
abjet de contempler les effets de
la Nature en elle mesme , & de
tâcher de découvrir les voyes qu'-
elle tientpour engendrerune Plante
d'une autre Plante..
Pour moy , fans aller chercher
autre chose que les graines par lefquelles
il est viſible que toutes cho
ſes s'engendrent , je vay faire
voir qu'une veritable genération
Avril 1685. K
114 MERCURE
priſe dans sa vraye fignification
ne vient pointde corruption , mais
qu'elle est une continuelle produ-
Etion.
Cette ſeule propoſition décou
vre tout dun coup ma pensée.
Pour luy donner encore plus de
jour, il nefautpasfimplement lire
Ariftote ; mais ilfautſemelire des
graines , les voir germer , lever,
&pouffer leurs tiges , épanoüir
leurs feüilles , éclorre leurs fleurs,
voir tomber les feilles de ces
fleurs, ſurles tiges demeurerdes
bourſes dans lesquellessont enfermées
les graines , qui dans leurs
temps ſe reſſemeront comme les
GALANT. 115
premieres , dont tout l'effet de ces
Plantes que je viens de décrire
s'estensivy.
Avant que d'expliquer commentse
fait la genération , il
faut que je demande à ceux qui
me pourront contredire fi lors que
l'on feme une Feve , & qu'elle
leve de terre , qu'elle estend ses
branches ,qu'elle produitfesfleurs,
enfin ſes gouffes , ſes Fefin
les
ves qui ſervirontà avoir depareilles
Plantes l'année d'aprés
( Spes altera gentis , ) il faut,,
dis je , que je leur demande s'ils
trouvent qu'il y ait de la corru..
ptiondans tout cela ou en quel د
Kij
116 MERCURE
qu'une de ces parties , or en quel
temps. Si Ariftote a trouvé làde
la corruption , qu'on me diſe , s'il
yanoyen , quelle corruption on
apperçoit quand une branche s'allonge
, quand elle groffit , quand
une feüille devient plus large&
plus grande. La même choſeſedoit
dire des fleurs (4) des graines furvenantes
aux flours. Que si on
n'y en apperçoit pas , comme visi
blement il n'y en a point, n'y
ayant rien de ſi incorrompu que
ce qui est actuellement vivant &
bien composé en toutes ses parties,
pourquoy dire que la genération
ſefait par lacorruption ? Onvoiمtد
GALANT. 117
bien de la genération , puis que
des fleurs s'engendrent , & fur
une Plante comme je le viens de
dépeindre , &fur un Arbre qui
fleurit auſſi bien que les Plantes,
& on ne voitpasseulement l'ombre
ou l'apparence de la moindre
corruption , au contraire tout se
perfectionne en ſe groffiſſant , en
s'agrandiſſant , en s'eftalant , t
en s'éparpillant.
Je croy qu'on ne pourra me
dire autre chose , finon que ce n'est
pas là le temps & l'endroit de
cette corruption qui est principe de
generation. Alor je demande en
quel temps &en quel endroit de
-
18 MERCURE
la Plante arrive cette corruption.
Si on me dit , comme on le dit or
dinairement , que c'est lors que
P'on met la graine en terre ,
qu'elle germe , pourveu que je
faſſe voirque mesme en ce tempslà,
& en cette partie de laPlan.
te ; ( car la graine est une partie
de la Plante , bien qu'elle en foit
alors détachée , ) elle estde mesme
nature que la Plante , & qu'il
n'arrive rien autre choseàlagraineſemée
en terre, que ce qui arrive
en toutes les parties de la
Plante quand elle est enfon entier,
je croy qu'on ne pourra pas
me contester que ce que j'ayavan
GALANT. 119
cê ne foit veritable. Puis que le
germe qui fort de la graine n'est
autre chose que labranche quifort
de fon tronc , la feüille qui fortde
la branche , &les fleurs des feüilles
, ou des boutons entre lesfeüil
les , il eſt plus clair que le jour
qu'il n'y a point de corruption à
tout cela; donc il n'y en a point
du tout non plus dans la genération
de la Plante , qui n'estqu'-
une continuation de production de
mesme nature que la croiffance
l'épanoüiffement de la Plante.
Pour en venir au détail , il
faut qu'on m'avoue qu'aprésqu'une
Féve a esté quelque temps
120 MERCURE
dans terre , l'on en voit fortir
deux demy Féves , car la Féve
qui estoit contenuë dans une pel.
licule, comme un oeufdans sa coquille
, la rompt , &l'abandonne
à la corruption & à la pourritu.
re. C'est là qu'il en faut reconnoiſtre
comme je fais . Elle est en
core plus ſenſible aux fruits qui
ont des noyaux , comme la Noix,
IAbricot , la Peſche. Il'est vist
ble que la coquillede la Noix se
pourrit quand la Noix germe;
ainſi du noyau de l' Abricot , ex
de la Peſche , & la coquille de
cetteNoix & les noyaux de cét
Abricot , & de cette Pefcbe fe
pourriffent
GALANT. 121
peurriffent &se corrompent effe-
Etivement. Auſſi ne s'en engendre.
il rien que de la terre noire,
qui peut - estre est fort propre
à la nourriture des Plantesfutures.
Ces deux moitiez de Féve,
bien loin de fe corrompre , reverdiffent
, &deviennent comme les
deux premieres feüilles de la
Plante qui doit naiſtre , c'est à
dire qui ſe va développer
agrandir à la faveurde l'humidi
té de la chaleur de la terre.
Cette petiteparrie appellée leger
,que l'on peut encore mieux
voir avec des Microscopes , est
Avril 1685.
me
L
122 MERCURE
déja une Plante , &fait en ellemesme
ce qu'elle auroit peut- eftre
pû faire fur la Plante d'où elle
a estétirée. Je puis montrer par
un exemple , que cela arrive à
quelques graines d' Arbres , qui
commencentàdevenirArbres c'est
àdire à avoir racine , tige
feüilles fur leur Arbre mesme,
car cela arrive à la grainedes Sicomores
, & d'autres Arbres en_
core.
Onm'a déja ,je croy , accordé
qu'il n'y a point de corruptionfur
une Plante quand fes feüilles deviennent
plus grandes , et qu'el
les s'estendent , &je fais comGALANT.
123
prendre parla ſimple veuë, qui'l
n'arrive rien à la graine que ce
qui arrive à ces feüilles ; doncon
ne peut pas dire qu'ily ait de la
corruption à la pouffée d'une tige
qui fort de la boette defa graine:
carqu'onyprenne bien garde,tou
tes les grainesfont enfermées dans
des boettes qui nefervent à rien
du tout qu'à les conferver juſques
au temps de leur plantage, &les
amandes que l'on caffe font bien
voir que leur noyau on coquille ne
fertde rien pour lesfairegermer.
Ce que j'ay dit de la corruption
de la pourriture de la
pelliculede la Féve , &de la co-
Lij
124 MERCURE
quille de la Noix , peut faire connoiſtre
tres- clairement ce que c'eff
veritablement que corruption
pourriture. La coquille de Noix
pourrit , &ilne s'enproduit rien.
Si le germe de la Noix pourriffoit
de mesme , il ne naiſtroit
point de Noyer. Quand on seme
des graines , quand on plante des
Noix , du Gland , des Chaftaignes
, il n'en leve quelquefois
pas la moitié. D'où vient cela?
C'est que la graine la Noix , le
Pepin eftant maleficié , corrompu,
pourry , il ne peut produire ce
qu'il auroit produit s'il euft esté
bien conditionné &dansson entier.
GALANT. 125
L'idée de la Corruption n'et
donc pas fi difficile à avoir, il n'y
a qu'à confiderer que dés qu'une
graine est brizée , que dés qu'elle
eft deffechée outre mesure , que dés
qu'elle eft exceſſivement remplie
ou engloutie d'humidité , elle ne
peut plus fairefis fonctions ,
pouſſerfelonſa vertu &ſa force
naturelle une nouvelle Plante:
Ainsi dans une Horloge , déran
gez le moins du monde plusieurs
ou une feule de ſes roües , vous
ruinez tout le mouvement
du moins vous le pervertiſfez,
l'Horloge au lieu de marquer
Septheures en marquera dix
د
Ou
ara
Lij
126 MERCURE
Lieu de fonnerquatre heures , elle
en fonnera douze. Voila un leger,
&tres-foible exemple de ce
qui arrive en la nature , la corru
ption n'est autre chose qu'un defordre
, qu'un dérangement , qu'une
diffipation. Que tout foit dans
l'ordre , que tout foit bien arrangé,
que tout soit bien ramaffé
afſſemblé , il ne manquerajamais
d'y avoir une bonne production,
c'est à dire une veritable genération.
On s'est donc bien trompé en
fuivant Aristote , & tant d'autres
qui l'en ont crufurSaparole,
quand on a dit que la corruption
1
GALANT. 127
estoit cause de genération ; car
je pense avoirfait voir, à n'en
pouvoirjamais douter, que la corruption
de pourriture est l'ennemie
capitale de toute generation,
& que nous ne verrions que perir
les choses dans le monde, fi elles
fe corrompoient.
voſtre Province quantité
d'Amis Sçavans , je ne doute
112 MERCURE
point que vous ne ſoyez bienaiſe
de leur faire voir ce qu'un
Particulier a écrit contre une
Maxime affez genéralement
receuë en Philoſophie. Come
ce Traité eſt court , il peut
trouver place dás cetteLettre.
52-5252-5252 525252
DE LA GENERATION.
C'est un principe tiré d'Ariſtote
,qu'il nn''yy aappooint degeneration
fans corruption , &que
la corruption d'une choſe eſt la
generation d'une autre. Depuis
que ce Philoſophe a dit cela , per-
Sonne que je fçache ne s'est avisé
GALANT. 113
d'obferver ce quiſe paſſe dans les
generations. On ne s'abaiſſe point
à regarder comment une graine
germe dans laTerre ; cela esttrop
bas. Onsefait honneurde lire
Aristote of tous les Phyſiciens
qui l'ont ſuivy , mais on trouve
abjet de contempler les effets de
la Nature en elle mesme , & de
tâcher de découvrir les voyes qu'-
elle tientpour engendrerune Plante
d'une autre Plante..
Pour moy , fans aller chercher
autre chose que les graines par lefquelles
il est viſible que toutes cho
ſes s'engendrent , je vay faire
voir qu'une veritable genération
Avril 1685. K
114 MERCURE
priſe dans sa vraye fignification
ne vient pointde corruption , mais
qu'elle est une continuelle produ-
Etion.
Cette ſeule propoſition décou
vre tout dun coup ma pensée.
Pour luy donner encore plus de
jour, il nefautpasfimplement lire
Ariftote ; mais ilfautſemelire des
graines , les voir germer , lever,
&pouffer leurs tiges , épanoüir
leurs feüilles , éclorre leurs fleurs,
voir tomber les feilles de ces
fleurs, ſurles tiges demeurerdes
bourſes dans lesquellessont enfermées
les graines , qui dans leurs
temps ſe reſſemeront comme les
GALANT. 115
premieres , dont tout l'effet de ces
Plantes que je viens de décrire
s'estensivy.
Avant que d'expliquer commentse
fait la genération , il
faut que je demande à ceux qui
me pourront contredire fi lors que
l'on feme une Feve , & qu'elle
leve de terre , qu'elle estend ses
branches ,qu'elle produitfesfleurs,
enfin ſes gouffes , ſes Fefin
les
ves qui ſervirontà avoir depareilles
Plantes l'année d'aprés
( Spes altera gentis , ) il faut,,
dis je , que je leur demande s'ils
trouvent qu'il y ait de la corru..
ptiondans tout cela ou en quel د
Kij
116 MERCURE
qu'une de ces parties , or en quel
temps. Si Ariftote a trouvé làde
la corruption , qu'on me diſe , s'il
yanoyen , quelle corruption on
apperçoit quand une branche s'allonge
, quand elle groffit , quand
une feüille devient plus large&
plus grande. La même choſeſedoit
dire des fleurs (4) des graines furvenantes
aux flours. Que si on
n'y en apperçoit pas , comme visi
blement il n'y en a point, n'y
ayant rien de ſi incorrompu que
ce qui est actuellement vivant &
bien composé en toutes ses parties,
pourquoy dire que la genération
ſefait par lacorruption ? Onvoiمtد
GALANT. 117
bien de la genération , puis que
des fleurs s'engendrent , & fur
une Plante comme je le viens de
dépeindre , &fur un Arbre qui
fleurit auſſi bien que les Plantes,
& on ne voitpasseulement l'ombre
ou l'apparence de la moindre
corruption , au contraire tout se
perfectionne en ſe groffiſſant , en
s'agrandiſſant , en s'eftalant , t
en s'éparpillant.
Je croy qu'on ne pourra me
dire autre chose , finon que ce n'est
pas là le temps & l'endroit de
cette corruption qui est principe de
generation. Alor je demande en
quel temps &en quel endroit de
-
18 MERCURE
la Plante arrive cette corruption.
Si on me dit , comme on le dit or
dinairement , que c'est lors que
P'on met la graine en terre ,
qu'elle germe , pourveu que je
faſſe voirque mesme en ce tempslà,
& en cette partie de laPlan.
te ; ( car la graine est une partie
de la Plante , bien qu'elle en foit
alors détachée , ) elle estde mesme
nature que la Plante , & qu'il
n'arrive rien autre choseàlagraineſemée
en terre, que ce qui arrive
en toutes les parties de la
Plante quand elle est enfon entier,
je croy qu'on ne pourra pas
me contester que ce que j'ayavan
GALANT. 119
cê ne foit veritable. Puis que le
germe qui fort de la graine n'est
autre chose que labranche quifort
de fon tronc , la feüille qui fortde
la branche , &les fleurs des feüilles
, ou des boutons entre lesfeüil
les , il eſt plus clair que le jour
qu'il n'y a point de corruption à
tout cela; donc il n'y en a point
du tout non plus dans la genération
de la Plante , qui n'estqu'-
une continuation de production de
mesme nature que la croiffance
l'épanoüiffement de la Plante.
Pour en venir au détail , il
faut qu'on m'avoue qu'aprésqu'une
Féve a esté quelque temps
120 MERCURE
dans terre , l'on en voit fortir
deux demy Féves , car la Féve
qui estoit contenuë dans une pel.
licule, comme un oeufdans sa coquille
, la rompt , &l'abandonne
à la corruption & à la pourritu.
re. C'est là qu'il en faut reconnoiſtre
comme je fais . Elle est en
core plus ſenſible aux fruits qui
ont des noyaux , comme la Noix,
IAbricot , la Peſche. Il'est vist
ble que la coquillede la Noix se
pourrit quand la Noix germe;
ainſi du noyau de l' Abricot , ex
de la Peſche , & la coquille de
cetteNoix & les noyaux de cét
Abricot , & de cette Pefcbe fe
pourriffent
GALANT. 121
peurriffent &se corrompent effe-
Etivement. Auſſi ne s'en engendre.
il rien que de la terre noire,
qui peut - estre est fort propre
à la nourriture des Plantesfutures.
Ces deux moitiez de Féve,
bien loin de fe corrompre , reverdiffent
, &deviennent comme les
deux premieres feüilles de la
Plante qui doit naiſtre , c'est à
dire qui ſe va développer
agrandir à la faveurde l'humidi
té de la chaleur de la terre.
Cette petiteparrie appellée leger
,que l'on peut encore mieux
voir avec des Microscopes , est
Avril 1685.
me
L
122 MERCURE
déja une Plante , &fait en ellemesme
ce qu'elle auroit peut- eftre
pû faire fur la Plante d'où elle
a estétirée. Je puis montrer par
un exemple , que cela arrive à
quelques graines d' Arbres , qui
commencentàdevenirArbres c'est
àdire à avoir racine , tige
feüilles fur leur Arbre mesme,
car cela arrive à la grainedes Sicomores
, & d'autres Arbres en_
core.
Onm'a déja ,je croy , accordé
qu'il n'y a point de corruptionfur
une Plante quand fes feüilles deviennent
plus grandes , et qu'el
les s'estendent , &je fais comGALANT.
123
prendre parla ſimple veuë, qui'l
n'arrive rien à la graine que ce
qui arrive à ces feüilles ; doncon
ne peut pas dire qu'ily ait de la
corruption à la pouffée d'une tige
qui fort de la boette defa graine:
carqu'onyprenne bien garde,tou
tes les grainesfont enfermées dans
des boettes qui nefervent à rien
du tout qu'à les conferver juſques
au temps de leur plantage, &les
amandes que l'on caffe font bien
voir que leur noyau on coquille ne
fertde rien pour lesfairegermer.
Ce que j'ay dit de la corruption
de la pourriture de la
pelliculede la Féve , &de la co-
Lij
124 MERCURE
quille de la Noix , peut faire connoiſtre
tres- clairement ce que c'eff
veritablement que corruption
pourriture. La coquille de Noix
pourrit , &ilne s'enproduit rien.
Si le germe de la Noix pourriffoit
de mesme , il ne naiſtroit
point de Noyer. Quand on seme
des graines , quand on plante des
Noix , du Gland , des Chaftaignes
, il n'en leve quelquefois
pas la moitié. D'où vient cela?
C'est que la graine la Noix , le
Pepin eftant maleficié , corrompu,
pourry , il ne peut produire ce
qu'il auroit produit s'il euft esté
bien conditionné &dansson entier.
GALANT. 125
L'idée de la Corruption n'et
donc pas fi difficile à avoir, il n'y
a qu'à confiderer que dés qu'une
graine est brizée , que dés qu'elle
eft deffechée outre mesure , que dés
qu'elle eft exceſſivement remplie
ou engloutie d'humidité , elle ne
peut plus fairefis fonctions ,
pouſſerfelonſa vertu &ſa force
naturelle une nouvelle Plante:
Ainsi dans une Horloge , déran
gez le moins du monde plusieurs
ou une feule de ſes roües , vous
ruinez tout le mouvement
du moins vous le pervertiſfez,
l'Horloge au lieu de marquer
Septheures en marquera dix
د
Ou
ara
Lij
126 MERCURE
Lieu de fonnerquatre heures , elle
en fonnera douze. Voila un leger,
&tres-foible exemple de ce
qui arrive en la nature , la corru
ption n'est autre chose qu'un defordre
, qu'un dérangement , qu'une
diffipation. Que tout foit dans
l'ordre , que tout foit bien arrangé,
que tout soit bien ramaffé
afſſemblé , il ne manquerajamais
d'y avoir une bonne production,
c'est à dire une veritable genération.
On s'est donc bien trompé en
fuivant Aristote , & tant d'autres
qui l'en ont crufurSaparole,
quand on a dit que la corruption
1
GALANT. 127
estoit cause de genération ; car
je pense avoirfait voir, à n'en
pouvoirjamais douter, que la corruption
de pourriture est l'ennemie
capitale de toute generation,
& que nous ne verrions que perir
les choses dans le monde, fi elles
fe corrompoient.
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Résumé : DE LA GENERATION.
La lettre traite de la génération des plantes et conteste une maxime philosophique d'Aristote selon laquelle toute génération implique une corruption. L'auteur critique les philosophes pour leur manque d'observation directe des processus naturels, préférant se référer à Aristote plutôt que d'étudier la germination des graines. Il affirme que la génération est une production continue et non une corruption. L'auteur décrit le processus de germination des graines, comme celles des fèves ou des noix, où la coquille se corrompt mais le germe se développe en une nouvelle plante. Il soutient que la corruption est en réalité un désordre ou un dérangement, contraire à la génération. La lettre vise à démontrer que la corruption n'est pas le principe de la génération, mais plutôt son ennemie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 671-681
DESCRIPTION des Curiositez Naturelles et autres, du Cabinet de M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, dans la Ville d'Eu en Normandie.
Début :
J'avois addressé à un de mes amis à Paris, un Détail de mon Cabinet pour [...]
Mots clefs :
Cabinet, Curiosités, Pierres, Pierre, Caillou, Cailloux, Suc pétrifiant, Coquille, Coquilles, Morceaux, Morceau, Empreinte, Cristallin, Poisson, Curieux, Roche, Étoiles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION des Curiositez Naturelles et autres, du Cabinet de M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, dans la Ville d'Eu en Normandie.
DESCRIPTION des Curiositez
Naturelles et autres , du Cabinet de
M. Capperon , ancien Doyen de S. Maxent
, dans la Ville d'Eu en Normandie.
'Avois addressé à un de mes amis à
Paris , un Détail de mon Cabinet pour
sa satisfaction particuliere , et j'étois fort
éloigné de croire que ce Détail méritât
d'être publié. Mon ami et plusieurs personnes
éclairées sur ces sortes de choses
en ont jugé autrement , et m'ont engagé
à le laisser imprimer.J'espere du moins
que cela pourra exciter d'autres Curieux
qui possedent des raretez considerables ,
à en donner connoissance au Public par
la même voye , ce qui fera plaisir , sans
doute , à beaucoup de personnes , et en
excitera d'autres à faire de semblables Recherches
, capables de faire admirer les
Pro-
1 C iij
672 MERCURE DE FRANCE
Productions singulieres de la Nature et
l'immensité de la sagesse de son Auteur..
MINERA U X.
Un morceau de Mine d'argent , de la
grosseur d'un oeuf, où sont quantité de
filets d'argent qui sortent de la Pierre ;
deux morceaux de Mine de Cuivre ; deux
autres où le Cuivre se trouve incorporé
dans de la pierre d'Ardoise ; deux morceaux
de Mine d'Etain de Cornouaille ;
plusieurs morceaux de Mine de Fer.
Pierres précieuses on curieuses.
Deux morceaux d'Emeraude brute, dont
P'un est gros comme un oeuf de Pigeon .
Plusieurs morceaux de Turquoise brute.
Un morceau d'Ametiste brute. Pierre
d'Hyacinthe brute. Plusieurs Grenats .
Autres Grenats de Bohême . Diverses Agathes
de differentes couleurs , dont quelques-
unes sont gravées. Pierre d'Azur.
Pierre de Jade. La Pierre Selenite , qui
se couppe par filets argentez , dont les
Turcs font des Aigrettes . Des Pierres ,
dites de la Croix . Plusieurs morceaux de
la Pierre Hematite. Des Pierres Crapau
dines. Plusieurs Pierres d'Hirondelles . Des.
Pierres Judaïques. Differentes Pierres Stel
laires. Trois Pierres nommées Cornes
d'Ammon;
手画
AVRIL. 1733 .
873
Ammon , à l'une desquelles il se trouve
une Coquille fossile attachée; ce qui prouve
la verité de ce qui a été dit à l'Académie
des Sciences , que ces Pierres ne
sont formées que par le suc pétrifiant
qui s'est introduit dans le creux d'une
sorte de Coquille , où il s'est durci en
pierre, et moulé selon la figure interieure
de la Coquille. J'ai plusieurs Cailloux
qui prouvent la même chose , gardant la
figure des Coquilles dans lesquelles ils se
sont formez . Plusieurs Pierres nommées
Pyrites , toutes hérissées de pointes trèsaiguës,
en forme de pointes de Diamans.-
Deux de ces Pierres fort grosses , attachées
à de gros Cailloux , sur lesquels
elles se sont formées . Autres Pierres qu'on
peut nommer Cerebellites , parce qu'elles
ont la figure du Cerveau humain . Quatre
differentes sortes de Pierres d'Aigles ,
dont quelques- unes se nomment Geodes.
Plusieurs Pierres où paroissent diverses
figures peintes au naturel , qu'on nomme
Camayeux. La premiere représente
un Lyon entier. La 2. un Christ , dont
les lineamens du visage , du nez , des
yeux , de la bouche ; les cheveux sont
tracez par la Nature seule. La 3. un homme
avec un bonnet de couleur diferente,
ayant les mains croisées. La 4. une autre
C iiij formée
374 MERCURE DE FRANCE
formée en buste . La 5. une femme avec
sa coëffure très - bien faite. La 6. autre
figure d'homme avec un long bonnet. La
7. une tête de Loup très- naturelle . La
8. une tête de Cochon aussi très - naturelle.
La 9. une autre où la Nature seule
a peint d'un côté une Vipere , et de
l'autre côté un Brochet. La 10. une Pierre
dite de Florence , où est représentée
une Ville. La Pierre nommée Dendrite ,
où sont représentées naturellement des
herbes très -menuës. Enfin une Pierre
d'Aiman armée , dont la force est sensible
à deux pieds de distance.
Le Systême de la formation des Pierres
parfaitement démontré par les Pierres
mêmes , rangées pour cela sur une Tablette.
On voit premierement un Caillou ,
au centre duquel est la Coquille d'un
Oursin ou Hérisson de Mer totalement
devenue Caillou , par la raison que le suc
pétrifiant qui a formé le Caillou , l'ayant
enveloppée, il s'est insinué dans cette Coquille
par les deux trous qui y sont naturellement
, et l'ayant par ce moyen remplie
, il en a fait un Caillou parfait , qui
ne tenoit au Caillou qui l'enveloppoit
que par ces deux endroits , ayant par là
une même continuité ; ce qui démontre
qu'il
AVRIL. 1733. 675
qu'il y a dans la terre un suc pétrifiant
ou Cristalin , lequel étant d'abord liquide
se durcit et se congele ensuite , et
forme par ce moyen les Pierres et les Cailloux.
Une Pierre de Grez , où sont plusieurs
petits Cailloux de differentes couleurs
et séparez , laquelle Pierre s'est formée
par le suc pétrifiant , qui s'étant insinué
dans du sable où étoient ces petits
Cailloux , en a fait une seule masse de
pierre. Divers Cailloux où sont differentes
empreintes . Dans le premier est une
très- belle empreinte de six especes de
boutons , et quatre longues figures d'éguilles.
Un autre où est l'empreinte d'une
Coquille. Trois autres cù sont les empreintes
des Coquilles des Hérissons de
Mer ou Oursins . Autre où est une belle
empreinte d'une portion de Coquille singuliere.
Autre Pierre comme l'Ardoise
venant de l'Ifle d'Acadie , où est l'empreinte
d'une espece de Fougere d'un côté,
et de l'autre est l'empreinte de deux Plantes
de Capilaire. Toutes ces empreintes
justifient que les Pierres sont formées
d'un suc pétrifiant , lequel se congelant
contre certains corps , en prend la figure
et l'empreinte.
Un morceau de Cristal de Roche , gros
comme une balle de Jeu de Paume , for-
Cy mé
376 MERCURE DE FRANCE
mé en pointe et à six pans. Autre sorte
de Cristal de Roche formé par éguilles ;
ce qui n'est autre chose que le suc pétrifiant
et Cristalin congelé dans toute
sa pureté . Autre morceau de Cristal de
Roche , formé aussi à six pans , et coloré
de verd en partie ; ce qui démontre que
toutes les Pierres précieuses , sont formées
de suc cristalin très- pur , lequel se
colore diversement , suivant les Métaux
et autres corps sur lesquels il lesquels passe. Autre
Caillou , pierre à fusil , haut de trois
pouces et de pareille largeur , d'où le
suc pétrifiant , ayant abondamment exu-`
dé et comme vegeté , a formé plusieurs
branches rondes et grosses comme le petit
deigt. Autre semblable Caillou , où
ce suc a exudé en élevations rondes
comme la Gomme exude quelquefois des
Cerisiers. Plusieurs autres semblables Cailloux
, dans le creux desquels se voyent
une infinité de brillants ; ce qui vient
de ce que le suc cristalin ayant exudé
du Caillou , au centre duquel il se trouvoit
de l'eau , ce suc s'est cristalisé à facettes
, ce qui lui arrive toutes les fois
qu'il se cristalise , se formant toujours à
six pans dans sa cristalisation. Suivent
diverses congellations de ce suc , tant sur
des pierres , que sur des Coquilles . En-
,
fin
AVRIL. 1733
677
in paroissent differentes pétrifications ,
qui viennent de ce que le suc pétrifiant
s'étant rencontré dans la terre où étoient
certains corps , et les ayant penetrez comme
le sucre pénetre une Confiture seche ,
les a durcis et pétrifiez .
Pétrifications.
Un morceau de bois de Hêtre parfaitiement
pétrifié , jettant du feu comme
un autre Caillou . Autre morceau de bois
pourri pétrifié. Un Caillou qui paroît
avoir été une branche d'arbre pétrifiée.
Autre , qui paroît une Poire pétrifiée.
Une Figue parfaitement pétrifiée . Une
Huitre entiere parfaitement pétrifiée.
Quatre ou cinq autres moins parfaites.
Grand nombre d'autres Coquillages dans
tout leur entier , parfaitement pétrifiés ,
dont plusieurs sont encore attachez aux
Cailloux. Des Cupules de glands pétrifiez ,
Herbe espece de Coraline pétrifiée , dont
une est attachée au Caillou . Grand nombre
de têtes de l'herbe nommée Presle ,
et autres fragmens de la même Herbe
pétrifiée. Noyau de Prune séparé en deux
parties , pétrifié. Oeil et Dent de Serpent
pétrifiez. Plusieurs Glossopetres , qu'on
dit être des Langues de Serpents pétrifiées
; mais qui sont plutôt des Dents du
C vj Poisson
678 MERCURE DE FRANCE
Poisson nommé Requein , comme il m'est
aisé de le justifier. Trois Ossemens de
Morts , faisant partie du Tibia , pétrifiez ; -
sur l'un desquels sont attachez des fragmens
de Coquilles , également pétrifiez.
Une Plante Marine, espece d'Ortie de Mer
pétrifiée. Garnd nombre de très - petites
Etoiles qui se trouvent dans une Fontaine
proche d'Alençon et ailleurs , que je crois
être des Embrions des Etoiles de Mer
pétrifiées .
Plantes pierreuses de la Mer.
Une Plante de Corail. Deux Madre
ports de differentes façons . Autre Plante
pierreuse nommée Rétepore . Autre d'un
beau rouge , formée de differens petits
tuyaux , couchez les uns sur les autres ;
elle se nomme Tabularia. Autre plus
grosse , de couleur grise et dont les tubes
sont rangez par ordre comme les
tuyaux des Orgues , pourquoi on peut
la nommer Orgue de Mer. Autre blanche
, formée sur un petit Caillou , qui est
agréablement frisée. Autre , formée en
vrai Champignon , qu'on peut justement
nommer Champignon de Mer. Deux Ombilics
de Mer , venant de la Méditerranée.
Quantité d'une sorte de Rocaille, couleur
de gris - de-lin , qu'on peut dire être une
espece
AVRIL 1733 679
espece de Corail. Il y en a aussi de blancs.
Differentes pieces d'autres Rocailles formées
de Tubes , où se nichent certains
Vers dans la Mer.
Coquillages.
Plusieurs Coquillages qu'il seroit en
nuyeux de nommer les uns après les
autres ; il y a entr'autres un beau Burgos
de la plus belle Nacre. Un Nautile ,
travaillé , sur lequel on a laissé une espece
de filigramme et qu'on a couppe
de sorte qu'il s'y trouve un Casque parfait.
La grande et la petite Pinna , &c.
11 y a aussi quantité de Coquilles fossilles
differentes , que j'ai trouvées dans
le creux des Montagnes , qualquefois
20. et 30. toises de profondeur , dont
plusieurs sont encore attachées aux Cailloux
et aux moilons , qui ne sont pas
connues ici. J'ai fait quelques Dissertations
sur l'origine de ces Coquilles , qui
ont été inserées dans les Mercures.
Poissons
Un petit Requein entier. La mâchoire
d'un autre plus gros , avec le nombre
prodigieux de ses dents. Des Orbes à Bouclier
, en Latin Orbis Scutatus. Un Polipe
desseché. Une grande Aragnée de
Mer
680 MERCURE DE FRANCE
Mer. Une autre plus petite , sur le dos
de laquelle plusieurs Ecailles d'Huitres se
trouvent attachées et incorporées. Differentes
especes d'Etoiles belles et curieuses,
sorte de Poisson . Plusieurs grandes et petites
Coquilles de l'Oursin , nommé en
Latin Echinus Spatagus.Des Poissons nommez
Eguilles de Mer , dont le corps n'est
pas rond, mais à plusieurs pans. Il y a aussi
quelques Plantes curieuses de la Mer , et des
Plumes de Mer , qui se tirent du dos du
Poisson nommé pour cela Calamar ; parce
qu'il a en même-temps dans le corps de
l'Encre dont on peut écrire. L'Oyseau
nommé dans Jonstons Anser Magellanicus
, lequel , quoique beaucoup plus gros
qu'une Oye , a des aîles qui n'ont que 4 .
pouces de longueur ; il m'a été envoyé de
Dieppe depuis peu .
Animaux differens.
Un petit Crocodile long de trois pieds
bien conservé. Quelques Ecailles de Tortuës
, très belles. Ecaille du dos de l'Armadillo
, Animal des Indes. Deux Senembys
ou Iguana , Lézard du Bresil . Une
Salamandre . Un Crapau à queue. Une
figure d'Aspic , qui paroît naturel. Plusieurs
petits Chevaux Marins. Un petit
Canard à deux têtes , desseché. Le Sauelete
AVRIL. 1733. 681
lete d'une Grenoüille. Le Taureau volant
du Brezil , sorte de gros Insecte .
Plusieurs autres Insectes curieux. Un Papillon
dont les aîles étendües ont quatre
pouces de longueur , qui a sur le dos la
figure d'une tête de Mort , et qui étant
vivant , pousse un cri assez haut. Un Lezard
singulier qui se conserve dans de
l'esprit de vin,
Autres choses curieuses .
Une espece de Passement fait avec l'Amiante
ou Lin incombustible. Racine
singuliere , dont toutes les fibres sont séparées
et à jour. Deux Oeufs d'Autruche.
Un grand Verre ardent et un Miroir
ardent. Une Urne Sépulchrale , et
les Portraits des 12. Césars , en Email.
Plusieurs differens Microscopes avec lesquels
j'ai trouvé la méthode de voir quels
sont les Sels qui sont dans l'air ; et les
figures specifiques de tous les Sels . Plusieurs
figures de Fruits. Un Dévidoir et
une grosse tête de Pavot , dans deux Bouteilles
de verre , dont le goulot est fort
étroit , de ma façon , Un Portefeuille rempli
de belles Estampes et Desseins curieux.
Une petite Ecuelle faite d'Ecorce
d'arbre proprement travaillée à l'usage
des Sauvages.
Le reste pour le prochain Mercure.
Naturelles et autres , du Cabinet de
M. Capperon , ancien Doyen de S. Maxent
, dans la Ville d'Eu en Normandie.
'Avois addressé à un de mes amis à
Paris , un Détail de mon Cabinet pour
sa satisfaction particuliere , et j'étois fort
éloigné de croire que ce Détail méritât
d'être publié. Mon ami et plusieurs personnes
éclairées sur ces sortes de choses
en ont jugé autrement , et m'ont engagé
à le laisser imprimer.J'espere du moins
que cela pourra exciter d'autres Curieux
qui possedent des raretez considerables ,
à en donner connoissance au Public par
la même voye , ce qui fera plaisir , sans
doute , à beaucoup de personnes , et en
excitera d'autres à faire de semblables Recherches
, capables de faire admirer les
Pro-
1 C iij
672 MERCURE DE FRANCE
Productions singulieres de la Nature et
l'immensité de la sagesse de son Auteur..
MINERA U X.
Un morceau de Mine d'argent , de la
grosseur d'un oeuf, où sont quantité de
filets d'argent qui sortent de la Pierre ;
deux morceaux de Mine de Cuivre ; deux
autres où le Cuivre se trouve incorporé
dans de la pierre d'Ardoise ; deux morceaux
de Mine d'Etain de Cornouaille ;
plusieurs morceaux de Mine de Fer.
Pierres précieuses on curieuses.
Deux morceaux d'Emeraude brute, dont
P'un est gros comme un oeuf de Pigeon .
Plusieurs morceaux de Turquoise brute.
Un morceau d'Ametiste brute. Pierre
d'Hyacinthe brute. Plusieurs Grenats .
Autres Grenats de Bohême . Diverses Agathes
de differentes couleurs , dont quelques-
unes sont gravées. Pierre d'Azur.
Pierre de Jade. La Pierre Selenite , qui
se couppe par filets argentez , dont les
Turcs font des Aigrettes . Des Pierres ,
dites de la Croix . Plusieurs morceaux de
la Pierre Hematite. Des Pierres Crapau
dines. Plusieurs Pierres d'Hirondelles . Des.
Pierres Judaïques. Differentes Pierres Stel
laires. Trois Pierres nommées Cornes
d'Ammon;
手画
AVRIL. 1733 .
873
Ammon , à l'une desquelles il se trouve
une Coquille fossile attachée; ce qui prouve
la verité de ce qui a été dit à l'Académie
des Sciences , que ces Pierres ne
sont formées que par le suc pétrifiant
qui s'est introduit dans le creux d'une
sorte de Coquille , où il s'est durci en
pierre, et moulé selon la figure interieure
de la Coquille. J'ai plusieurs Cailloux
qui prouvent la même chose , gardant la
figure des Coquilles dans lesquelles ils se
sont formez . Plusieurs Pierres nommées
Pyrites , toutes hérissées de pointes trèsaiguës,
en forme de pointes de Diamans.-
Deux de ces Pierres fort grosses , attachées
à de gros Cailloux , sur lesquels
elles se sont formées . Autres Pierres qu'on
peut nommer Cerebellites , parce qu'elles
ont la figure du Cerveau humain . Quatre
differentes sortes de Pierres d'Aigles ,
dont quelques- unes se nomment Geodes.
Plusieurs Pierres où paroissent diverses
figures peintes au naturel , qu'on nomme
Camayeux. La premiere représente
un Lyon entier. La 2. un Christ , dont
les lineamens du visage , du nez , des
yeux , de la bouche ; les cheveux sont
tracez par la Nature seule. La 3. un homme
avec un bonnet de couleur diferente,
ayant les mains croisées. La 4. une autre
C iiij formée
374 MERCURE DE FRANCE
formée en buste . La 5. une femme avec
sa coëffure très - bien faite. La 6. autre
figure d'homme avec un long bonnet. La
7. une tête de Loup très- naturelle . La
8. une tête de Cochon aussi très - naturelle.
La 9. une autre où la Nature seule
a peint d'un côté une Vipere , et de
l'autre côté un Brochet. La 10. une Pierre
dite de Florence , où est représentée
une Ville. La Pierre nommée Dendrite ,
où sont représentées naturellement des
herbes très -menuës. Enfin une Pierre
d'Aiman armée , dont la force est sensible
à deux pieds de distance.
Le Systême de la formation des Pierres
parfaitement démontré par les Pierres
mêmes , rangées pour cela sur une Tablette.
On voit premierement un Caillou ,
au centre duquel est la Coquille d'un
Oursin ou Hérisson de Mer totalement
devenue Caillou , par la raison que le suc
pétrifiant qui a formé le Caillou , l'ayant
enveloppée, il s'est insinué dans cette Coquille
par les deux trous qui y sont naturellement
, et l'ayant par ce moyen remplie
, il en a fait un Caillou parfait , qui
ne tenoit au Caillou qui l'enveloppoit
que par ces deux endroits , ayant par là
une même continuité ; ce qui démontre
qu'il
AVRIL. 1733. 675
qu'il y a dans la terre un suc pétrifiant
ou Cristalin , lequel étant d'abord liquide
se durcit et se congele ensuite , et
forme par ce moyen les Pierres et les Cailloux.
Une Pierre de Grez , où sont plusieurs
petits Cailloux de differentes couleurs
et séparez , laquelle Pierre s'est formée
par le suc pétrifiant , qui s'étant insinué
dans du sable où étoient ces petits
Cailloux , en a fait une seule masse de
pierre. Divers Cailloux où sont differentes
empreintes . Dans le premier est une
très- belle empreinte de six especes de
boutons , et quatre longues figures d'éguilles.
Un autre où est l'empreinte d'une
Coquille. Trois autres cù sont les empreintes
des Coquilles des Hérissons de
Mer ou Oursins . Autre où est une belle
empreinte d'une portion de Coquille singuliere.
Autre Pierre comme l'Ardoise
venant de l'Ifle d'Acadie , où est l'empreinte
d'une espece de Fougere d'un côté,
et de l'autre est l'empreinte de deux Plantes
de Capilaire. Toutes ces empreintes
justifient que les Pierres sont formées
d'un suc pétrifiant , lequel se congelant
contre certains corps , en prend la figure
et l'empreinte.
Un morceau de Cristal de Roche , gros
comme une balle de Jeu de Paume , for-
Cy mé
376 MERCURE DE FRANCE
mé en pointe et à six pans. Autre sorte
de Cristal de Roche formé par éguilles ;
ce qui n'est autre chose que le suc pétrifiant
et Cristalin congelé dans toute
sa pureté . Autre morceau de Cristal de
Roche , formé aussi à six pans , et coloré
de verd en partie ; ce qui démontre que
toutes les Pierres précieuses , sont formées
de suc cristalin très- pur , lequel se
colore diversement , suivant les Métaux
et autres corps sur lesquels il lesquels passe. Autre
Caillou , pierre à fusil , haut de trois
pouces et de pareille largeur , d'où le
suc pétrifiant , ayant abondamment exu-`
dé et comme vegeté , a formé plusieurs
branches rondes et grosses comme le petit
deigt. Autre semblable Caillou , où
ce suc a exudé en élevations rondes
comme la Gomme exude quelquefois des
Cerisiers. Plusieurs autres semblables Cailloux
, dans le creux desquels se voyent
une infinité de brillants ; ce qui vient
de ce que le suc cristalin ayant exudé
du Caillou , au centre duquel il se trouvoit
de l'eau , ce suc s'est cristalisé à facettes
, ce qui lui arrive toutes les fois
qu'il se cristalise , se formant toujours à
six pans dans sa cristalisation. Suivent
diverses congellations de ce suc , tant sur
des pierres , que sur des Coquilles . En-
,
fin
AVRIL. 1733
677
in paroissent differentes pétrifications ,
qui viennent de ce que le suc pétrifiant
s'étant rencontré dans la terre où étoient
certains corps , et les ayant penetrez comme
le sucre pénetre une Confiture seche ,
les a durcis et pétrifiez .
Pétrifications.
Un morceau de bois de Hêtre parfaitiement
pétrifié , jettant du feu comme
un autre Caillou . Autre morceau de bois
pourri pétrifié. Un Caillou qui paroît
avoir été une branche d'arbre pétrifiée.
Autre , qui paroît une Poire pétrifiée.
Une Figue parfaitement pétrifiée . Une
Huitre entiere parfaitement pétrifiée.
Quatre ou cinq autres moins parfaites.
Grand nombre d'autres Coquillages dans
tout leur entier , parfaitement pétrifiés ,
dont plusieurs sont encore attachez aux
Cailloux. Des Cupules de glands pétrifiez ,
Herbe espece de Coraline pétrifiée , dont
une est attachée au Caillou . Grand nombre
de têtes de l'herbe nommée Presle ,
et autres fragmens de la même Herbe
pétrifiée. Noyau de Prune séparé en deux
parties , pétrifié. Oeil et Dent de Serpent
pétrifiez. Plusieurs Glossopetres , qu'on
dit être des Langues de Serpents pétrifiées
; mais qui sont plutôt des Dents du
C vj Poisson
678 MERCURE DE FRANCE
Poisson nommé Requein , comme il m'est
aisé de le justifier. Trois Ossemens de
Morts , faisant partie du Tibia , pétrifiez ; -
sur l'un desquels sont attachez des fragmens
de Coquilles , également pétrifiez.
Une Plante Marine, espece d'Ortie de Mer
pétrifiée. Garnd nombre de très - petites
Etoiles qui se trouvent dans une Fontaine
proche d'Alençon et ailleurs , que je crois
être des Embrions des Etoiles de Mer
pétrifiées .
Plantes pierreuses de la Mer.
Une Plante de Corail. Deux Madre
ports de differentes façons . Autre Plante
pierreuse nommée Rétepore . Autre d'un
beau rouge , formée de differens petits
tuyaux , couchez les uns sur les autres ;
elle se nomme Tabularia. Autre plus
grosse , de couleur grise et dont les tubes
sont rangez par ordre comme les
tuyaux des Orgues , pourquoi on peut
la nommer Orgue de Mer. Autre blanche
, formée sur un petit Caillou , qui est
agréablement frisée. Autre , formée en
vrai Champignon , qu'on peut justement
nommer Champignon de Mer. Deux Ombilics
de Mer , venant de la Méditerranée.
Quantité d'une sorte de Rocaille, couleur
de gris - de-lin , qu'on peut dire être une
espece
AVRIL 1733 679
espece de Corail. Il y en a aussi de blancs.
Differentes pieces d'autres Rocailles formées
de Tubes , où se nichent certains
Vers dans la Mer.
Coquillages.
Plusieurs Coquillages qu'il seroit en
nuyeux de nommer les uns après les
autres ; il y a entr'autres un beau Burgos
de la plus belle Nacre. Un Nautile ,
travaillé , sur lequel on a laissé une espece
de filigramme et qu'on a couppe
de sorte qu'il s'y trouve un Casque parfait.
La grande et la petite Pinna , &c.
11 y a aussi quantité de Coquilles fossilles
differentes , que j'ai trouvées dans
le creux des Montagnes , qualquefois
20. et 30. toises de profondeur , dont
plusieurs sont encore attachées aux Cailloux
et aux moilons , qui ne sont pas
connues ici. J'ai fait quelques Dissertations
sur l'origine de ces Coquilles , qui
ont été inserées dans les Mercures.
Poissons
Un petit Requein entier. La mâchoire
d'un autre plus gros , avec le nombre
prodigieux de ses dents. Des Orbes à Bouclier
, en Latin Orbis Scutatus. Un Polipe
desseché. Une grande Aragnée de
Mer
680 MERCURE DE FRANCE
Mer. Une autre plus petite , sur le dos
de laquelle plusieurs Ecailles d'Huitres se
trouvent attachées et incorporées. Differentes
especes d'Etoiles belles et curieuses,
sorte de Poisson . Plusieurs grandes et petites
Coquilles de l'Oursin , nommé en
Latin Echinus Spatagus.Des Poissons nommez
Eguilles de Mer , dont le corps n'est
pas rond, mais à plusieurs pans. Il y a aussi
quelques Plantes curieuses de la Mer , et des
Plumes de Mer , qui se tirent du dos du
Poisson nommé pour cela Calamar ; parce
qu'il a en même-temps dans le corps de
l'Encre dont on peut écrire. L'Oyseau
nommé dans Jonstons Anser Magellanicus
, lequel , quoique beaucoup plus gros
qu'une Oye , a des aîles qui n'ont que 4 .
pouces de longueur ; il m'a été envoyé de
Dieppe depuis peu .
Animaux differens.
Un petit Crocodile long de trois pieds
bien conservé. Quelques Ecailles de Tortuës
, très belles. Ecaille du dos de l'Armadillo
, Animal des Indes. Deux Senembys
ou Iguana , Lézard du Bresil . Une
Salamandre . Un Crapau à queue. Une
figure d'Aspic , qui paroît naturel. Plusieurs
petits Chevaux Marins. Un petit
Canard à deux têtes , desseché. Le Sauelete
AVRIL. 1733. 681
lete d'une Grenoüille. Le Taureau volant
du Brezil , sorte de gros Insecte .
Plusieurs autres Insectes curieux. Un Papillon
dont les aîles étendües ont quatre
pouces de longueur , qui a sur le dos la
figure d'une tête de Mort , et qui étant
vivant , pousse un cri assez haut. Un Lezard
singulier qui se conserve dans de
l'esprit de vin,
Autres choses curieuses .
Une espece de Passement fait avec l'Amiante
ou Lin incombustible. Racine
singuliere , dont toutes les fibres sont séparées
et à jour. Deux Oeufs d'Autruche.
Un grand Verre ardent et un Miroir
ardent. Une Urne Sépulchrale , et
les Portraits des 12. Césars , en Email.
Plusieurs differens Microscopes avec lesquels
j'ai trouvé la méthode de voir quels
sont les Sels qui sont dans l'air ; et les
figures specifiques de tous les Sels . Plusieurs
figures de Fruits. Un Dévidoir et
une grosse tête de Pavot , dans deux Bouteilles
de verre , dont le goulot est fort
étroit , de ma façon , Un Portefeuille rempli
de belles Estampes et Desseins curieux.
Une petite Ecuelle faite d'Ecorce
d'arbre proprement travaillée à l'usage
des Sauvages.
Le reste pour le prochain Mercure.
Fermer
Résumé : DESCRIPTION des Curiositez Naturelles et autres, du Cabinet de M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, dans la Ville d'Eu en Normandie.
Le texte présente le cabinet de curiosités de M. Capperon, ancien doyen de Saint-Maxent, situé à Eu en Normandie. Initialement destiné à un ami parisien, la description du cabinet a été publiée à la demande de personnes éclairées, dans l'espoir d'inciter d'autres collectionneurs à partager leurs découvertes. Le cabinet de M. Capperon renferme une variété de minéraux, pierres précieuses et objets naturalistes. Parmi les minéraux, on trouve des échantillons de mines d'argent, de cuivre, d'étain et de fer. Les pierres précieuses incluent des émeraudes, turquoises, améthystes, grenats, agates, ainsi que des pierres comme la pierre d'hyacinthe, la pierre d'azur, la pierre de jade et la pierre sélénite. Des pierres spécifiques telles que les cornes d'Ammon, les pyrites, les cérébellites et les géodes sont également présentes. Le texte décrit des pierres avec des figures naturelles, représentant des animaux et des personnages, et explique leur formation par un suc pétrifiant qui se durcit et se congèle. Des cristaux de roche, des pierres à fusil et des pétrifications de bois et de coquillages sont également mentionnés. Le cabinet comprend aussi une collection de coquillages, de poissons et d'animaux divers, comme un petit crocodile, des écailles de tortue, des lézards et des insectes curieux. Parmi les autres curiosités, on trouve des œufs d'autruche, des microscopes, des estampes et des objets artisanaux. La description se termine par une mention de la suite des curiosités à paraître dans le prochain Mercure de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 939-941
LOGOGRYPHE.
Début :
Pour fixer tes regards, Oedipe curieux, [...]
Mots clefs :
Coquille
5
p. 111-127
SÉANCE publique de la Société Littéraire d'Arras, tenue le 26 Mars 1763.
Début :
MR l'Abbé de Lys, Directeur en Exercice, ouvrit cette Séance par une [...]
Mots clefs :
Coquille, Société, Romains, Nature, Bonheur, Contour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de la Société Littéraire d'Arras, tenue le 26 Mars 1763.
SÉANCE publique de la Société Littéraire
d'Arras , tenue le 26 Mars 1763 .
MRR l'Abbé de Lys , Directeur en
Exercice , ouvrit cette Séance par une
Differtation hiftorique fur l'époque de
la converfion des Atrébates , ou anciens
Habitans d'Arras au Chriftianifme.
Il traita d'abord de leur Religion
primitive , qui devoit être celle des autres
Gaulois , laquelle n'admettoit originairement
qu'un feul Dieu , qu'il falfoit
adorer par un refpectueux filence
plus que par la prière & les facrifices ;
mais les Gaulois , obligés de fe foumettre
aux loix des Romains , en adopterent
auffi peu-à-peules Divinités. M. l'A. D.L.
conjecture que ces innovations furent
plus tardives chez les Atrébates qu'en
plufieurs autres Contrées de la Gaule.
Quoi qu'il en foit , on ne fçauroit dou112
MERCURE DE FRANCE.
ter qu'ils n'aient tôt ou tard invoqué ,
non feulement Mercure , dont le culte
exiſtoit déja parmi eux du temps de
Céfar , mais encore Diane , Pollux &c ;
ce qui eft prouvé par les noms latins
de quelques villages voifins d'Arras ,
tels qu'on les voit dans les ancienstitres.
Beaucoup d'Hiftoriens croient que
l'Evangile n'avoit pas été annoncé aux
Atrébates avant la miffion de de S. Vaaft,
que S.Remi Archevêque de Rheims
confacra Evêque d'Arras & de Cambrai
; mais ils ne s'accordent point fur
le temps de cette miffion , que les uns
placent en 530 , & les autres vers l'an
500. M. l'A . D. L. préfére le fentiment
des derniers ; & il établit d'ailleurs que
la Religion chrétienne avoit été prêchée
avant S. Vaaft , dans le Pays des
Atrébates . De vieux Manufcrits portent
que cet Apôtre y trouva à fon arrivée
les débris d'une Eglife détruite par les
Vandales , & que S. Diogène , Grec de
nation , étoit Évêque d'Arras durant la
perfécution de ces Barbares , qui pénétrerent
dans les Gaules en 407 ou 4c8.
M. l'A . D. L. va plus loin , & remonte
jufqu'en 367 , temps où il tomba miraculeufement
fur le territoire d'Arras
JUILLET. 1763. 113
affligé de la plus grande féchereffe , une
laine mêlée de pluie , qui rendit aux
campagnes leur première fertilité , &
dont une portion fe conferve encore
aujourd'hui , fous le nom de Manne
parmi les Reliques de la Cathédrale .
Ce prodige , attefté par S. Jérôme &
par Paul Orofe , Auteurs Contemporains
, perfuade à M. l'A. D. L. que
le Chriftianifme étoit dès-lors connu au
Peuple d'Arras. » On oppofera peut- être,
» dit il , que le miracle de la Manne
» n'eft point incompatible avec l'état
» d'un Peuple idolâtre . Il eft vrai que
» Dieu peut faire des miracles en faveur
» des Infidèles ; mais ce n'eft que pour
>> les faire entrer dans le fein de l'Églife
» & pour approuver & confirmer la mif-
» fion de ceux qui travaillent à les con-
» vertir. On doit donc au moins con-
» clure que quelque Ouvrier Évangé-
» lique s'employoit à la converfion des
» Atrébates .
M. de Ruzé , Avocat - Général du
Confeil d'Artois , Chancelier de la Société
, lut un Difcours , dans lequel il
expofa combien l'Agriculture contribue
à la pureté des moeurs . Il y dépeignit
en ces termes la vie ordinaire du Laboureur.
» Quelle est encore la partie la plus
114 MERCURE DE FRANCE .
» faine de la Société ? C'eſt celle qui eſt
» déftinée aux travaux des champs. Elle
» feule fournit un refuge à l'innocence
» exilée des Villes. Le foleil paroît ne
» fe lever que pour elle . Le caprice &
» le hazard ne réglent point dans les
» campagnes les heures du repos nécef-
" faire à l'homme. On y refpecte le fi-
» lence de la Nature ; & l'on s'envelop-
" pe avec elle des ténébres de la nuit.
"
Lorfque l'Aftre du jour vient en diffi-
» per les ombres , on fe hâte de chaf-
» fer le fommeil , qui ne s'opiniâtre pas
» à retenir le cultivateur dans les bras de
» la moleffe . Il ouvre les yeux dans cet
» heureux moment où le foleil craint
» de les offenfer par une lumière trop
» vive. La fimplicité fait l'ornement de
» fon habitation ; la frugalité celui de
» fes repas. Il ne permet point à l'art
» d'altérer chez lui les productions de
» la nature , & c .
"
ود
""
Augmenter le nombre des Cultivateurs
, ajoute M. de Ruzé , c'eft refferrer
la fphere de la corruption . » Si l'Agriculture
étoit en honneur , les gens
» de la campagne ne quitteroient plus le
lieu de leur naiffance pour habiter
» les Villes , qui ne feroient déformais
» que l'afyle des Arts ou des Manufactures
JUILLET. 1763. 115
»
» néceffaires, que la demeure de ces Ci-
» toyens chargés de faire obferver la
police , de maintenir les loix , de ré-
» gler les intérêts des Particuliers , de
» veiller au bien général de la Société ,
» & de réprimer les abus qui pourroient
» s'y introduire. Les Artifans , réduits
» à un petit nombre , ne s'étudie : oient
" plus à multiplier les befoins de l'hom-
» me , pour multiplier les moyens de
» s'enrichir. Le luxe diminueroit par degrés
. Le Seigneur d'un riche domaine
n'iroit plus facrifier à la magnificence
» le tribut que fes Vaffaux lui payent.
» Occupé à faire rentrer dans leurs vei-
» nes le fang qu'il en tire , il ne confie-
» roit plus fes intérêts à ces hommes avi-
» des & mercénaires , qui regardent les
» habitans de la campagne comme des
» efclaves , ou comme des victimes . Les
»Loix deviendroient plus fimples , par-
» ce que les intérêts feroient moins compliqués.
La fincérité & la franchiſe
» feroient la Loi fuprême.... Les devoirs
» de chaque état feroient moins difficiles
à remplir. Les droits du fang &
» de la nature feroient plus refpeciés ,
» parce qu'il y auroit moins d'occaſions
» d'y donner atteinte . Les enfans ne fe-
» coueroient point le joug , pour s'en-
"
116 MERCURE DE FRANCE
» rôler fous l'étendard des plaifirs : ils .
» n'épuiferoient point leurs forces enco-
» re naiffantes à trainer le char de la.
» volupté.
A la fuite des deux Ouvrages dont on
vient de tracer une idée , M. Dubois de
Foffeux , Ecuyer de main du Roi , M.
le Mercier , ancien Capitaine au Régiment
de Champagne , Chevalier de
l'Ordre de S Louis , & M. l'Abbé Pauchet
, Profeffeurs de Tróifiéme au Collége
d'Arras , prononcerent , comme
nouveaux Affociés , leurs Difcours de
remercîmens , auxquels M. l'Abbé de
Lys répondit féparément en qualité de
Directeur.
M. de Foffeur , après avoir témoigné
fa reconnoiffance à la Compagnie , s'attacha
à faire voir de quel fecours eft la
Littérature contre l'ennui , foit dans la
folitude , foit dans la Société ; & il divifa
fon Difcours en deux parties relatives
à ces différens états. On fe bornera
à rapporter ici quelques morceaux de la
feconde.
» Les perfonnes qui ne voyent le
» monde que dans l'éloignement , s'en
» font une idée bien peu conforme à la vé-
» rité . Quelle différence de le connoître
» dans la fpéculation , ou dans la pratiJUILLET.
1763 . 117
:
» que ! Le fort de ceux que la naiffance
» & la fortune ont placés aux premiers
" rangs , paroît digne d'envie . Les fef-
» tins , les fpectacles , & mille autres fê-
» tes fe fuccédent pour eux prèfque
» fans intervalle leur vie n'est qu'un
» enchaînement de plaifirs..... Mais
» ceux d'entre eux qui voudront être
» de bonne foi conviendront que fou-
» vent dans les lieux qui leur promet-
» toient le plus d'amuſement , ils n'ont
» trouvé qu'un ennui infupportable.
» L'idée charmante que l'on fe fait par
» avance d'une partie de plaifirs , ne
» contribue que trop à la rendre infi-
» pide. La réalité eſt toujours au-deffous
» de ce que l'imagination faifoit eſpé-
» rer ; & le coeur préparé pour quelque
» chofe de plus piquant , dédaigne &
» méprife le peu qui lui eft offert . Mais
» quand on pourroit fuppofer que l'en-
» nui fût exclus des affemblées du grand
» monde , n'eſt-il point de momens vui-
» des pour ceux mêmes qui font empor-
" tés le tourbillon le plus vif? Si pour
» remplir ces inftans d'inaction , on ne
» trouve point de reffources. dans fon
» efprit , à quoi aura-t -on recours ?....
» D'ailleurs combien de circonftances
» où des ufages fondés , foit fur la Raipar
118 MERCURE DE FRANCE.
" fon , foit fur le préjugé , ordonnent
» de faire trêve avec le monde ! Le
» goût de la Littérature aideroit à fup-
»porter le poids de ces devoirs , en
» écartant l'ennui inféparable de l'oi-
» fiveté.... Il arrive fréquemment que
» le hazard , ou quelqu'autre occafion ,
» raffemble des gens qui fe connoiffent
» peu. Alors l'ignorance & l'ignorant
» fe caufent une gêne réciproque : leurs
» efprits , s'aidant peu l'un l'autre , re-
» tombent fans ceffe dans l'engourdiffe-
» ment. Le fçavant & l'ignorant peu-
» vent s'entretenir fans ennui : celui- ci ,
» quelque foibles que foient fes lumiè
» res , aime à jouir de la converſation
» du premier , qui fans affecter de fupériorité
, fe fait un plaifir de l'éclai-
≫rer. Le Savant & le Savant , lorfqu'ils
» ont le bonheur de fe rencontrer, jouif-
»fent d'un agrément au- deffus de toute
» expreffion.
"
M. l'Abbé Pauchet , dans fon difcours
de réception , entreprit de prouver
qu'on ne peut être heureux fans la
vertu , & qu'on ne peut être vraiment
vertueux fans la fcience.
Il récita de plus une Ode fur la Poëfie
, dont l'origine eft ainfi décrite dans
les trois premieres ftrophes.
JUILLET. 1763. 119
Après que le Dieu du Tonnerre
Eut des fombres flancs du Cahos
Fait fortir les Cieux & la Terre ,
Et la plaine immenfe des Eaux ,
Ces monumens de fa puiffance
Furent trop peu pour l'excellence
De fes magnifiques dell'eins :
Formant un plus fublime ouvrage ,
Il voulut voir la propre image
Dans le chef- d'oeuvre de fes mains .
L'homme eft créé ; fon ceil contemple
Des miracles de toutes parts :
Il voit , il admire ce Temple
D'un Etre qui fait les regards.
Brillante autant que libérale ,
Pour lui feul la Nature étale
Mille & mille tréfors divers :
Frappé de fon bonheur extrême ,
Il voit , il fent qu'après Dieu même
Il eft le Roi de l'Univers.
Dèja l'humble reconnoiffance
Au fond de fon coeur a parlé :
Déja jufques dans fon filence
Le fentiment s'eft dévoilé .
Bientôt fa voix innocente , par
D'un coeur que fon bonheur enchante
Eclatent les heureux tranfports.
Poësie , immortelle flâme ,
120 MERCURE DE FRANCE.
C'eſt à ces mouvemens de l'âme
Que tu dûs tes premiers accords.
M. Harduin , Secrétaire perpétuel
lut des obfervations fur l'Article de la
Langue Françoife , où il examina la
nature de cette partie d'Oraifon , & entra
dans plufieurs difcuffions touchant
les mots que d'habiles Grammairiens
ont voulu faire paffer pour Articles indéfinis
& partitifs.
On lut enfuite la feconde partie d'un
Mémoire fur les coquillages foffiles d'Artois
envoyé par M. Wartel, Chanoine
Régulier de l'Abbayé de Mont - Saint-
Eloy , Affocié honnoraire. Il y parle ,
entre autres chofes , des Echinites , que
les Naturaliſtes défignent fous les noms
de Boutons , d'Ourfins , de Hériffons ,
de Chataignes de mer & c ; & qui ſe
rencontrent fort communément en
Artois.
» On remarque , dit- il , dans nos
pierres quatre espéces d'Echinites. La
" premiere , qui eft la moins rare , eſt
» l'Echinite en coeur , nommée autre-
» ment pas de Poulain. Sa partie fupé-
» rieure eft empreinte d'une étoile à
» cinq rayons. Le refte de la coquille
» eft chagriné & chargé de petites
» boules
JUILLET . 1763 .
121
boules , dont le plus grand nombre
» eft ufé. Dans ces boules ou ma-
» melons , font emboitées , lorfque
» l'animal eft vivant , des pointes entie
» lefquelles il pouffe fes cornes , qui font
» rouler toute la coquille en différens
» feus. On voit de ces foffiles plus pe-
» tits qu'une noiſette , & d'autres auffi
" gros que le poing.
"
" La feconde efpéce eft l'Echinite en
bonnet. Celle- ci eft d'une forme tout-
" à- fait différente de l'autre . Sa coquille
» est bombée & prèfque ovale : fon étoi-
» le , qui a auffi cinq rayons , eft moins
» apparente , mais plus étendue que cel-
» le de la précédente : elle fuit tout le
» contour de la coquille jufqu'à fon
» deffous , qui eft applati. Cette Echini-
» te paroît compofée de petites mailles
» quarrées , qui forment des bandes con-
» tigues les unes aux autres. Les plus
» grands de ces coquillages ont deux
pouces de longueur fur un pouce de
» hauteur ; & les plus petites , que je
» n'ai trouvées que dans les marnes des
" monts de Rebreuve * , ne font pas plus
» groffes que la tête d'une épingle . Ces
» petits foffiles , qu'on y rencontre
Village fitué près le Bourg d'Houdain
cinq ou fix lieues d'Arras .
I. Vol. F
à
122 MERCURE DE FRANCE.
و ر
par
» abondamment , font très-entiers, bien
» chagrinés , & tout couverts de boules
; ce qui peut engager
à croire que
» fi l'on n'en voit point de pareilles
» fur les plus gros foffiles de cette efpéce
, c'eft qu'elles ont été ufées
quelque frottement. Les Echinites en
» bonnet & en coeurs ont également
» deux ouvertures , l'une dans le haut ,
l'autre prèfqu'au bout du deffous de
» la coquille ; & ces ouvertures feroient
» percées à jour , fi la coquille n'avoit
" pas un noyau de matière folide .
"
"
» La troifiéme efpéce , moins commune
que les foffiles précédens , eft
» l'Echinite en cône. Il y en a de deux
» fortes , dont la première porte une
» étoile à cinq rayons , qui partent du
» fommet , fuivent régulièrement le
» contour de la coquille , & vont
» aboutir à une feule ouverture , dans
» le milieu de la baſe ou partie inférieure
» de ce foffile . La feconde forte d'E-
», chinités en cône , infiniment plus rare
» que l'autre , eft l'Echinite à gros tu-
» bercules. On voit bien des fragmens
de ce coquillage dans les pierres blan-
» ches ; mais il eft fort difficile de le
» trouver entier , tel que M. de GranJUILLET.
1763. 123
» val , le pofféde dans fa collection.
» Ce morceau eft l'Ourfin foffile le plus
» curieux qu'on puiffe voir : il eft garni
» de gros mammelons en comparti-
» mens , qui vont toujours en dimi-
» nuant jufqu'au fommet. La coquille
"
marine qui lui eft analogue , eſt le
» plus bel Ourfin de la mer rouge , dont
» la figure eft gravée dans la Conchyliologie
de M. d'Argenville , planche
» 25 , lettre E. Ce font les carrières
» d'Arras qui ont produit ce foffile .
23
» Enfin la quatriéme efpéce eft celle
» de l'Echinite en bouton . Elle eft ron-
» de & plate , trouée de part en part
dans le milieu : elle porte fon étoile
» ornée de petits tubercules fur tout le
» contour de la coquille , depuis le cen-
» tre fupérieur jufqu'au centre inférieur.
» On en trouve en Artois de la première
» grandeur , qui n'excéde pas douze li-
» gnes de diamétre. J'en conferve trois ,
» qui ne font pas plus grandes qu'un
" pois applati , lefquelles ont un oper-
» cule qui couvre l'ouverture fupérieu-
» re. Au refte ce foffile eft moins rare
» dans les pierres blanches que l'Echini-
» te en cône de la première forte ; mais
E
Confeiller au Confeil d'Artois , Membre de
la Société Littéraire.
F ij
124 MERCURE DE FRANCE .
» il eft plus rare dans les pierres à fufil.
M. Harduin termina la Séance dont
nous rendons compte , par la lecture des
vers fuivans.
INSCRIPTIONS
Pour douze Empereurs Romains , traduites
du Père VANIERE. *
AUGUSTUS.
Romulea foret ut gentis fors optima , nunquam
Vivere , vel nunquam debuit ille mori .
Pour que d'un for heureur , Rome pût s'ap
plaudir ,
Il dut néjamais vivre , ou ne jamais mourir,
TIBERIUS .
Dum juvenem vitiis infignem Auguftus adoptat ;
Fit Pater ; ac Roma definit effe parens .
Augufte acquit un fils , en adoptant Tibère ;
Mais des Romains alors il ceffa d'être Père .
* Il eft fingulier que le P. Vanière, au lieu de
commencer , ainfi que Suétone , le nombre de
fes douze Cefars , par le célébre Jule , qui lui of
froit une fi riche matière , en ait retranché ce
grand homme , pour y faire entrer l'Empereur
Nerva, qui n'eft guères connu des perfonnes peu
verfées dans l'Hiftoire , & dont la vie ne pouvoit
prèfque rien fournir au Poëte.
R
JUILLET. 1763. 125
CALIGULA.
Cæde furens , Romæfibi vult altaria poni ;
Quodque hominem exuerit ,fe putat effe Deum .
Il veut , ce monftre infâme , être adoré dans
Rome ;
Et penfe qu'il eft Dieu , parce qu'il n'eft plus
homme.
CLAUDIUS.
Imperiumjam fraude tibi furata , veneno
Eripuit Conjux infidiofa diem. *
La fraude & le poifon , employés tour- à tour ,
Lui ravirent bientôt & l'Empire & le jour.
NERO.
Infua convertitferrun præcordio , poftquìm
Vix alium , tollat quemferus enfis habet.
*
Pen-
Agrippinafuafit Claudio at præterito Britan
nicofilio , Succefforem Imperii defignaret Neronem ,
quem illa ex altero maritofufceperat. Ne pænitendi
locus effet , Claudium boleto venenato mox fuftulit.
Agrippine , dernière femme de Claude ,
gagea 2. déshériter fon fils Britannicus , & à ſe
nommer pour fuccefleur Néron , qu'elle avoit eu
d'un autre mari . Pour ôter à l'Empereur le temps
du repentir , elle fe hâta de le faire mourir par le
moyen d'un champignon empoifonné.
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE .
Lui même il ſe frappa , lorfqu'il reftoit à peine
Quelque tête échappée à ſa rage inhumaine.
GALBA.
Imperium meruit Miles moderamine reram
Amifit Princeps quod decus arma dabant. ༣
Soldat il mérita le beau rang d'Empereur :
De fes exploits fon régne anéantit l'honneur.
ОТНО.
Maluit interitu pulchro decedere vita,
Quàmfceptrum populi clade tenerefui.
Il aima mieux périr , par un noble trépas ,
Que de devoir le fceptre au fang de fes Soldats
VITELLIUS.
Hunc epulo pifces uno bis mille , volucrumque
Appofuiffe fibi millia quinque ferunt .
Ne Calum foret alitibus , mare pifcibus orbum ,
Claufit inextinétam mors properatagulam.:
De deux mille poiffons & de cinq milles oiſeaux
On dit qu'en un repas il fit couvrir la table.
Pour qu'il ne dépeuplât & les airs & les eaux ,
La mort ferma foudain fa bouche infatiable. *
* Ce fut , felon Suétone , le frère de Vitellius
qui lui donna ce feftin ; & les oifeaux qu'on y
fervit étoient au nombre de fept mille ; mais le
Traducteur n'a pas cru devoir changer le fens
de fon Original.
JUILLET. 1763. 127
VESPASIANUS
.
Indignata truces jam dudum Roma Tyrannos
Hoc duce Cafareum denique nomen amat .
"
L'Empire des Céfars aux Romains odieux ,
Sous ce bon Maître enfin leur devint précieux.
TITUS.
Orbis amor Princeps , fi quâfortè nil dediſſet ,
Hancfibi dicebat deperiiffe diem.
Il croyoit perdre un jour , ce Prince généreux ,
Quand un jour s'écouloit, fans qu'il fit des heureux
DOMITIANUS
.
Ambierat frater donis fibi eondere faftos :
Ille fuos voluit cæde notare dies .
Du regne de Titus les dons traçoient le cours :
Son frère en traits de fang voulut marquer les
jours.
NERVA.
Dignior imperio fuit & ftudiofior Urbis ,
Cùmfua Trajano fceptra regenda dedit.
Il fe rendit plus cher , lorfque fes foibles mains
S'aiderent de Trajan , pour régir les Romains .
d'Arras , tenue le 26 Mars 1763 .
MRR l'Abbé de Lys , Directeur en
Exercice , ouvrit cette Séance par une
Differtation hiftorique fur l'époque de
la converfion des Atrébates , ou anciens
Habitans d'Arras au Chriftianifme.
Il traita d'abord de leur Religion
primitive , qui devoit être celle des autres
Gaulois , laquelle n'admettoit originairement
qu'un feul Dieu , qu'il falfoit
adorer par un refpectueux filence
plus que par la prière & les facrifices ;
mais les Gaulois , obligés de fe foumettre
aux loix des Romains , en adopterent
auffi peu-à-peules Divinités. M. l'A. D.L.
conjecture que ces innovations furent
plus tardives chez les Atrébates qu'en
plufieurs autres Contrées de la Gaule.
Quoi qu'il en foit , on ne fçauroit dou112
MERCURE DE FRANCE.
ter qu'ils n'aient tôt ou tard invoqué ,
non feulement Mercure , dont le culte
exiſtoit déja parmi eux du temps de
Céfar , mais encore Diane , Pollux &c ;
ce qui eft prouvé par les noms latins
de quelques villages voifins d'Arras ,
tels qu'on les voit dans les ancienstitres.
Beaucoup d'Hiftoriens croient que
l'Evangile n'avoit pas été annoncé aux
Atrébates avant la miffion de de S. Vaaft,
que S.Remi Archevêque de Rheims
confacra Evêque d'Arras & de Cambrai
; mais ils ne s'accordent point fur
le temps de cette miffion , que les uns
placent en 530 , & les autres vers l'an
500. M. l'A . D. L. préfére le fentiment
des derniers ; & il établit d'ailleurs que
la Religion chrétienne avoit été prêchée
avant S. Vaaft , dans le Pays des
Atrébates . De vieux Manufcrits portent
que cet Apôtre y trouva à fon arrivée
les débris d'une Eglife détruite par les
Vandales , & que S. Diogène , Grec de
nation , étoit Évêque d'Arras durant la
perfécution de ces Barbares , qui pénétrerent
dans les Gaules en 407 ou 4c8.
M. l'A . D. L. va plus loin , & remonte
jufqu'en 367 , temps où il tomba miraculeufement
fur le territoire d'Arras
JUILLET. 1763. 113
affligé de la plus grande féchereffe , une
laine mêlée de pluie , qui rendit aux
campagnes leur première fertilité , &
dont une portion fe conferve encore
aujourd'hui , fous le nom de Manne
parmi les Reliques de la Cathédrale .
Ce prodige , attefté par S. Jérôme &
par Paul Orofe , Auteurs Contemporains
, perfuade à M. l'A. D. L. que
le Chriftianifme étoit dès-lors connu au
Peuple d'Arras. » On oppofera peut- être,
» dit il , que le miracle de la Manne
» n'eft point incompatible avec l'état
» d'un Peuple idolâtre . Il eft vrai que
» Dieu peut faire des miracles en faveur
» des Infidèles ; mais ce n'eft que pour
>> les faire entrer dans le fein de l'Églife
» & pour approuver & confirmer la mif-
» fion de ceux qui travaillent à les con-
» vertir. On doit donc au moins con-
» clure que quelque Ouvrier Évangé-
» lique s'employoit à la converfion des
» Atrébates .
M. de Ruzé , Avocat - Général du
Confeil d'Artois , Chancelier de la Société
, lut un Difcours , dans lequel il
expofa combien l'Agriculture contribue
à la pureté des moeurs . Il y dépeignit
en ces termes la vie ordinaire du Laboureur.
» Quelle est encore la partie la plus
114 MERCURE DE FRANCE .
» faine de la Société ? C'eſt celle qui eſt
» déftinée aux travaux des champs. Elle
» feule fournit un refuge à l'innocence
» exilée des Villes. Le foleil paroît ne
» fe lever que pour elle . Le caprice &
» le hazard ne réglent point dans les
» campagnes les heures du repos nécef-
" faire à l'homme. On y refpecte le fi-
» lence de la Nature ; & l'on s'envelop-
" pe avec elle des ténébres de la nuit.
"
Lorfque l'Aftre du jour vient en diffi-
» per les ombres , on fe hâte de chaf-
» fer le fommeil , qui ne s'opiniâtre pas
» à retenir le cultivateur dans les bras de
» la moleffe . Il ouvre les yeux dans cet
» heureux moment où le foleil craint
» de les offenfer par une lumière trop
» vive. La fimplicité fait l'ornement de
» fon habitation ; la frugalité celui de
» fes repas. Il ne permet point à l'art
» d'altérer chez lui les productions de
» la nature , & c .
"
ود
""
Augmenter le nombre des Cultivateurs
, ajoute M. de Ruzé , c'eft refferrer
la fphere de la corruption . » Si l'Agriculture
étoit en honneur , les gens
» de la campagne ne quitteroient plus le
lieu de leur naiffance pour habiter
» les Villes , qui ne feroient déformais
» que l'afyle des Arts ou des Manufactures
JUILLET. 1763. 115
»
» néceffaires, que la demeure de ces Ci-
» toyens chargés de faire obferver la
police , de maintenir les loix , de ré-
» gler les intérêts des Particuliers , de
» veiller au bien général de la Société ,
» & de réprimer les abus qui pourroient
» s'y introduire. Les Artifans , réduits
» à un petit nombre , ne s'étudie : oient
" plus à multiplier les befoins de l'hom-
» me , pour multiplier les moyens de
» s'enrichir. Le luxe diminueroit par degrés
. Le Seigneur d'un riche domaine
n'iroit plus facrifier à la magnificence
» le tribut que fes Vaffaux lui payent.
» Occupé à faire rentrer dans leurs vei-
» nes le fang qu'il en tire , il ne confie-
» roit plus fes intérêts à ces hommes avi-
» des & mercénaires , qui regardent les
» habitans de la campagne comme des
» efclaves , ou comme des victimes . Les
»Loix deviendroient plus fimples , par-
» ce que les intérêts feroient moins compliqués.
La fincérité & la franchiſe
» feroient la Loi fuprême.... Les devoirs
» de chaque état feroient moins difficiles
à remplir. Les droits du fang &
» de la nature feroient plus refpeciés ,
» parce qu'il y auroit moins d'occaſions
» d'y donner atteinte . Les enfans ne fe-
» coueroient point le joug , pour s'en-
"
116 MERCURE DE FRANCE
» rôler fous l'étendard des plaifirs : ils .
» n'épuiferoient point leurs forces enco-
» re naiffantes à trainer le char de la.
» volupté.
A la fuite des deux Ouvrages dont on
vient de tracer une idée , M. Dubois de
Foffeux , Ecuyer de main du Roi , M.
le Mercier , ancien Capitaine au Régiment
de Champagne , Chevalier de
l'Ordre de S Louis , & M. l'Abbé Pauchet
, Profeffeurs de Tróifiéme au Collége
d'Arras , prononcerent , comme
nouveaux Affociés , leurs Difcours de
remercîmens , auxquels M. l'Abbé de
Lys répondit féparément en qualité de
Directeur.
M. de Foffeur , après avoir témoigné
fa reconnoiffance à la Compagnie , s'attacha
à faire voir de quel fecours eft la
Littérature contre l'ennui , foit dans la
folitude , foit dans la Société ; & il divifa
fon Difcours en deux parties relatives
à ces différens états. On fe bornera
à rapporter ici quelques morceaux de la
feconde.
» Les perfonnes qui ne voyent le
» monde que dans l'éloignement , s'en
» font une idée bien peu conforme à la vé-
» rité . Quelle différence de le connoître
» dans la fpéculation , ou dans la pratiJUILLET.
1763 . 117
:
» que ! Le fort de ceux que la naiffance
» & la fortune ont placés aux premiers
" rangs , paroît digne d'envie . Les fef-
» tins , les fpectacles , & mille autres fê-
» tes fe fuccédent pour eux prèfque
» fans intervalle leur vie n'est qu'un
» enchaînement de plaifirs..... Mais
» ceux d'entre eux qui voudront être
» de bonne foi conviendront que fou-
» vent dans les lieux qui leur promet-
» toient le plus d'amuſement , ils n'ont
» trouvé qu'un ennui infupportable.
» L'idée charmante que l'on fe fait par
» avance d'une partie de plaifirs , ne
» contribue que trop à la rendre infi-
» pide. La réalité eſt toujours au-deffous
» de ce que l'imagination faifoit eſpé-
» rer ; & le coeur préparé pour quelque
» chofe de plus piquant , dédaigne &
» méprife le peu qui lui eft offert . Mais
» quand on pourroit fuppofer que l'en-
» nui fût exclus des affemblées du grand
» monde , n'eſt-il point de momens vui-
» des pour ceux mêmes qui font empor-
" tés le tourbillon le plus vif? Si pour
» remplir ces inftans d'inaction , on ne
» trouve point de reffources. dans fon
» efprit , à quoi aura-t -on recours ?....
» D'ailleurs combien de circonftances
» où des ufages fondés , foit fur la Raipar
118 MERCURE DE FRANCE.
" fon , foit fur le préjugé , ordonnent
» de faire trêve avec le monde ! Le
» goût de la Littérature aideroit à fup-
»porter le poids de ces devoirs , en
» écartant l'ennui inféparable de l'oi-
» fiveté.... Il arrive fréquemment que
» le hazard , ou quelqu'autre occafion ,
» raffemble des gens qui fe connoiffent
» peu. Alors l'ignorance & l'ignorant
» fe caufent une gêne réciproque : leurs
» efprits , s'aidant peu l'un l'autre , re-
» tombent fans ceffe dans l'engourdiffe-
» ment. Le fçavant & l'ignorant peu-
» vent s'entretenir fans ennui : celui- ci ,
» quelque foibles que foient fes lumiè
» res , aime à jouir de la converſation
» du premier , qui fans affecter de fupériorité
, fe fait un plaifir de l'éclai-
≫rer. Le Savant & le Savant , lorfqu'ils
» ont le bonheur de fe rencontrer, jouif-
»fent d'un agrément au- deffus de toute
» expreffion.
"
M. l'Abbé Pauchet , dans fon difcours
de réception , entreprit de prouver
qu'on ne peut être heureux fans la
vertu , & qu'on ne peut être vraiment
vertueux fans la fcience.
Il récita de plus une Ode fur la Poëfie
, dont l'origine eft ainfi décrite dans
les trois premieres ftrophes.
JUILLET. 1763. 119
Après que le Dieu du Tonnerre
Eut des fombres flancs du Cahos
Fait fortir les Cieux & la Terre ,
Et la plaine immenfe des Eaux ,
Ces monumens de fa puiffance
Furent trop peu pour l'excellence
De fes magnifiques dell'eins :
Formant un plus fublime ouvrage ,
Il voulut voir la propre image
Dans le chef- d'oeuvre de fes mains .
L'homme eft créé ; fon ceil contemple
Des miracles de toutes parts :
Il voit , il admire ce Temple
D'un Etre qui fait les regards.
Brillante autant que libérale ,
Pour lui feul la Nature étale
Mille & mille tréfors divers :
Frappé de fon bonheur extrême ,
Il voit , il fent qu'après Dieu même
Il eft le Roi de l'Univers.
Dèja l'humble reconnoiffance
Au fond de fon coeur a parlé :
Déja jufques dans fon filence
Le fentiment s'eft dévoilé .
Bientôt fa voix innocente , par
D'un coeur que fon bonheur enchante
Eclatent les heureux tranfports.
Poësie , immortelle flâme ,
120 MERCURE DE FRANCE.
C'eſt à ces mouvemens de l'âme
Que tu dûs tes premiers accords.
M. Harduin , Secrétaire perpétuel
lut des obfervations fur l'Article de la
Langue Françoife , où il examina la
nature de cette partie d'Oraifon , & entra
dans plufieurs difcuffions touchant
les mots que d'habiles Grammairiens
ont voulu faire paffer pour Articles indéfinis
& partitifs.
On lut enfuite la feconde partie d'un
Mémoire fur les coquillages foffiles d'Artois
envoyé par M. Wartel, Chanoine
Régulier de l'Abbayé de Mont - Saint-
Eloy , Affocié honnoraire. Il y parle ,
entre autres chofes , des Echinites , que
les Naturaliſtes défignent fous les noms
de Boutons , d'Ourfins , de Hériffons ,
de Chataignes de mer & c ; & qui ſe
rencontrent fort communément en
Artois.
» On remarque , dit- il , dans nos
pierres quatre espéces d'Echinites. La
" premiere , qui eft la moins rare , eſt
» l'Echinite en coeur , nommée autre-
» ment pas de Poulain. Sa partie fupé-
» rieure eft empreinte d'une étoile à
» cinq rayons. Le refte de la coquille
» eft chagriné & chargé de petites
» boules
JUILLET . 1763 .
121
boules , dont le plus grand nombre
» eft ufé. Dans ces boules ou ma-
» melons , font emboitées , lorfque
» l'animal eft vivant , des pointes entie
» lefquelles il pouffe fes cornes , qui font
» rouler toute la coquille en différens
» feus. On voit de ces foffiles plus pe-
» tits qu'une noiſette , & d'autres auffi
" gros que le poing.
"
" La feconde efpéce eft l'Echinite en
bonnet. Celle- ci eft d'une forme tout-
" à- fait différente de l'autre . Sa coquille
» est bombée & prèfque ovale : fon étoi-
» le , qui a auffi cinq rayons , eft moins
» apparente , mais plus étendue que cel-
» le de la précédente : elle fuit tout le
» contour de la coquille jufqu'à fon
» deffous , qui eft applati. Cette Echini-
» te paroît compofée de petites mailles
» quarrées , qui forment des bandes con-
» tigues les unes aux autres. Les plus
» grands de ces coquillages ont deux
pouces de longueur fur un pouce de
» hauteur ; & les plus petites , que je
» n'ai trouvées que dans les marnes des
" monts de Rebreuve * , ne font pas plus
» groffes que la tête d'une épingle . Ces
» petits foffiles , qu'on y rencontre
Village fitué près le Bourg d'Houdain
cinq ou fix lieues d'Arras .
I. Vol. F
à
122 MERCURE DE FRANCE.
و ر
par
» abondamment , font très-entiers, bien
» chagrinés , & tout couverts de boules
; ce qui peut engager
à croire que
» fi l'on n'en voit point de pareilles
» fur les plus gros foffiles de cette efpéce
, c'eft qu'elles ont été ufées
quelque frottement. Les Echinites en
» bonnet & en coeurs ont également
» deux ouvertures , l'une dans le haut ,
l'autre prèfqu'au bout du deffous de
» la coquille ; & ces ouvertures feroient
» percées à jour , fi la coquille n'avoit
" pas un noyau de matière folide .
"
"
» La troifiéme efpéce , moins commune
que les foffiles précédens , eft
» l'Echinite en cône. Il y en a de deux
» fortes , dont la première porte une
» étoile à cinq rayons , qui partent du
» fommet , fuivent régulièrement le
» contour de la coquille , & vont
» aboutir à une feule ouverture , dans
» le milieu de la baſe ou partie inférieure
» de ce foffile . La feconde forte d'E-
», chinités en cône , infiniment plus rare
» que l'autre , eft l'Echinite à gros tu-
» bercules. On voit bien des fragmens
de ce coquillage dans les pierres blan-
» ches ; mais il eft fort difficile de le
» trouver entier , tel que M. de GranJUILLET.
1763. 123
» val , le pofféde dans fa collection.
» Ce morceau eft l'Ourfin foffile le plus
» curieux qu'on puiffe voir : il eft garni
» de gros mammelons en comparti-
» mens , qui vont toujours en dimi-
» nuant jufqu'au fommet. La coquille
"
marine qui lui eft analogue , eſt le
» plus bel Ourfin de la mer rouge , dont
» la figure eft gravée dans la Conchyliologie
de M. d'Argenville , planche
» 25 , lettre E. Ce font les carrières
» d'Arras qui ont produit ce foffile .
23
» Enfin la quatriéme efpéce eft celle
» de l'Echinite en bouton . Elle eft ron-
» de & plate , trouée de part en part
dans le milieu : elle porte fon étoile
» ornée de petits tubercules fur tout le
» contour de la coquille , depuis le cen-
» tre fupérieur jufqu'au centre inférieur.
» On en trouve en Artois de la première
» grandeur , qui n'excéde pas douze li-
» gnes de diamétre. J'en conferve trois ,
» qui ne font pas plus grandes qu'un
" pois applati , lefquelles ont un oper-
» cule qui couvre l'ouverture fupérieu-
» re. Au refte ce foffile eft moins rare
» dans les pierres blanches que l'Echini-
» te en cône de la première forte ; mais
E
Confeiller au Confeil d'Artois , Membre de
la Société Littéraire.
F ij
124 MERCURE DE FRANCE .
» il eft plus rare dans les pierres à fufil.
M. Harduin termina la Séance dont
nous rendons compte , par la lecture des
vers fuivans.
INSCRIPTIONS
Pour douze Empereurs Romains , traduites
du Père VANIERE. *
AUGUSTUS.
Romulea foret ut gentis fors optima , nunquam
Vivere , vel nunquam debuit ille mori .
Pour que d'un for heureur , Rome pût s'ap
plaudir ,
Il dut néjamais vivre , ou ne jamais mourir,
TIBERIUS .
Dum juvenem vitiis infignem Auguftus adoptat ;
Fit Pater ; ac Roma definit effe parens .
Augufte acquit un fils , en adoptant Tibère ;
Mais des Romains alors il ceffa d'être Père .
* Il eft fingulier que le P. Vanière, au lieu de
commencer , ainfi que Suétone , le nombre de
fes douze Cefars , par le célébre Jule , qui lui of
froit une fi riche matière , en ait retranché ce
grand homme , pour y faire entrer l'Empereur
Nerva, qui n'eft guères connu des perfonnes peu
verfées dans l'Hiftoire , & dont la vie ne pouvoit
prèfque rien fournir au Poëte.
R
JUILLET. 1763. 125
CALIGULA.
Cæde furens , Romæfibi vult altaria poni ;
Quodque hominem exuerit ,fe putat effe Deum .
Il veut , ce monftre infâme , être adoré dans
Rome ;
Et penfe qu'il eft Dieu , parce qu'il n'eft plus
homme.
CLAUDIUS.
Imperiumjam fraude tibi furata , veneno
Eripuit Conjux infidiofa diem. *
La fraude & le poifon , employés tour- à tour ,
Lui ravirent bientôt & l'Empire & le jour.
NERO.
Infua convertitferrun præcordio , poftquìm
Vix alium , tollat quemferus enfis habet.
*
Pen-
Agrippinafuafit Claudio at præterito Britan
nicofilio , Succefforem Imperii defignaret Neronem ,
quem illa ex altero maritofufceperat. Ne pænitendi
locus effet , Claudium boleto venenato mox fuftulit.
Agrippine , dernière femme de Claude ,
gagea 2. déshériter fon fils Britannicus , & à ſe
nommer pour fuccefleur Néron , qu'elle avoit eu
d'un autre mari . Pour ôter à l'Empereur le temps
du repentir , elle fe hâta de le faire mourir par le
moyen d'un champignon empoifonné.
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE .
Lui même il ſe frappa , lorfqu'il reftoit à peine
Quelque tête échappée à ſa rage inhumaine.
GALBA.
Imperium meruit Miles moderamine reram
Amifit Princeps quod decus arma dabant. ༣
Soldat il mérita le beau rang d'Empereur :
De fes exploits fon régne anéantit l'honneur.
ОТНО.
Maluit interitu pulchro decedere vita,
Quàmfceptrum populi clade tenerefui.
Il aima mieux périr , par un noble trépas ,
Que de devoir le fceptre au fang de fes Soldats
VITELLIUS.
Hunc epulo pifces uno bis mille , volucrumque
Appofuiffe fibi millia quinque ferunt .
Ne Calum foret alitibus , mare pifcibus orbum ,
Claufit inextinétam mors properatagulam.:
De deux mille poiffons & de cinq milles oiſeaux
On dit qu'en un repas il fit couvrir la table.
Pour qu'il ne dépeuplât & les airs & les eaux ,
La mort ferma foudain fa bouche infatiable. *
* Ce fut , felon Suétone , le frère de Vitellius
qui lui donna ce feftin ; & les oifeaux qu'on y
fervit étoient au nombre de fept mille ; mais le
Traducteur n'a pas cru devoir changer le fens
de fon Original.
JUILLET. 1763. 127
VESPASIANUS
.
Indignata truces jam dudum Roma Tyrannos
Hoc duce Cafareum denique nomen amat .
"
L'Empire des Céfars aux Romains odieux ,
Sous ce bon Maître enfin leur devint précieux.
TITUS.
Orbis amor Princeps , fi quâfortè nil dediſſet ,
Hancfibi dicebat deperiiffe diem.
Il croyoit perdre un jour , ce Prince généreux ,
Quand un jour s'écouloit, fans qu'il fit des heureux
DOMITIANUS
.
Ambierat frater donis fibi eondere faftos :
Ille fuos voluit cæde notare dies .
Du regne de Titus les dons traçoient le cours :
Son frère en traits de fang voulut marquer les
jours.
NERVA.
Dignior imperio fuit & ftudiofior Urbis ,
Cùmfua Trajano fceptra regenda dedit.
Il fe rendit plus cher , lorfque fes foibles mains
S'aiderent de Trajan , pour régir les Romains .
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Résumé : SÉANCE publique de la Société Littéraire d'Arras, tenue le 26 Mars 1763.
Lors d'une séance de la Société Littéraire d'Arras le 26 mars 1763, l'abbé de Lys présenta une dissertation sur la conversion des Atrébates au christianisme. Il décrivit leur religion primitive, qui vénérait un dieu unique par le silence plutôt que par la prière et les sacrifices. Après leur soumission aux lois romaines, les Atrébates adoptèrent progressivement les divinités romaines, bien que plus tardivement que d'autres Gaulois. Des preuves archéologiques, comme les noms latins de villages voisins, attestent de l'adoration de divinités telles que Mercure et Diane. La conversion des Atrébates au christianisme est débattue. Certains historiens situent cette conversion avec la mission de saint Vaast vers 530-500, mais l'abbé de Lys privilégie la date de 500 et affirme que le christianisme était déjà présent avant saint Vaast. Des manuscrits anciens mentionnent saint Diogène, évêque d'Arras en 407-408, et un miracle en 367, suggérant une présence chrétienne antérieure. La séance vit également l'accueil de trois nouveaux membres : M. Dubois de Foffeux, M. le Mercier et M. l'Abbé Pauchet. M. Dubois de Foffeux parla de l'utilité de la littérature contre l'ennui, tandis que M. l'Abbé Pauchet lia le bonheur à la vertu et à la science. M. Harduin et M. Wartel présentèrent respectivement des observations linguistiques et un mémoire sur les coquillages fossiles d'Artois, détaillant diverses espèces d'échinites. Le texte mentionne également des anecdotes sur des empereurs romains, comme Néron, Vespasien, Titus, Domitien et Nerva, soulignant leurs caractéristiques et actions marquantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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