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1
p. 200-207
PIÉCES de Théâtre de M. PALISSOT DE MONTENOY, &c, contenues dans le Recueil de ses Œuvres, d'une partie desquelles nous avons rendu compte plus haut.
Début :
La première est Ninus second, Tragédie. Cette production qui est aussi la [...]
Mots clefs :
Auteur, Comédie, Pièce, Philosophes, Œuvres, Genres, Lecteurs
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texteReconnaissance textuelle : PIÉCES de Théâtre de M. PALISSOT DE MONTENOY, &c, contenues dans le Recueil de ses Œuvres, d'une partie desquelles nous avons rendu compte plus haut.
PIECES de Théâtre de M. PALISSOT
DE MONTENOY , & c , contenues
dans le Recueil de ses oeuvres
d'une partie desquelles nous avons
rendu compte plus haut.
,
La première eſt Ninus fecond , Tragédie
. Cette prodution qui eſt auſſi la
première de l'Auteur, âgé pour lors de 19
ans , fut repréſentée le3 Juin 1-51 ; mais
elle n'est point offerte aux Lecteurs telle
qu'elle étoit échappée à la jeuneſſe de M.
Paliſſot. Il avertit dans unAvant-propos,
qu'il a mis plus de temps à la corriger ,
qu'il n'en avoit employé à la compofer.
Quelques réfléxions judicieuſes ſur l'étendue
que doit avoir un Drame tragique,
meſurée fur la nature du Sujet ,méritent
d'être lues dans ce même Avantpropos.
Les idées de l'Auteur , ſelon ce qu'il
nous dit lui-même , ayant changé avee
l'âge , il n'a pas cru indifférent de choifir
ou non,un Sujet fondé dans l'Hiſtoire
; il a cru que le Prince qui régna à
JUIN. 1763 : 201
Ninive après la première révolution de
l'Empire d'Affyrie s'étant appellé Ninus
le jeune , il devoit lui conſerver ſon
nom ; quant à celui de Sardanapal , l'un
des principaux perſonnages de cette Piéce
, onlaiſſe à ceux qui en feroient bleffés
, le choix de pluſieurs autres noms
que l'Histoire donne à ce même Roi
d'Affyrie.
Sans faſte dans les expreſſions , fans
affectation de brillant dans les détails , la
verſification de cette Tragédie eſt noble&
convenable au genre ; elle ne manque
pas même de cette énergie qui ſouvent
caractériſe le ſtyle de l'Auteur dans
ſes autres ouvrages.
On trouve enfuite les Tuteurs , Comédie
en vers , repréſentée pour la première
fois le 5 Août 1754 , & remife
au Théâtre dans la même année. Cette
Piéce eut beaucoup de ſuccès ; ainſi les
Journaux de ce temps enayant donné
connoiffance , nous ne nous arrêterons
point à en faire l'extrait. Le Public parut
y reconnoître le véritable ton de la Comédie
; & l'Auteur parut appellé par
ces fuffrages avantageux à ſuivre la carrière
du comique. Les Lecteurs font
avertis,par un avis de l'Editeur,que cette
: Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
Piéce a été revue par l'Auteur avec tout
le foin poffible. Elle ſe trouve augmentée
d'un Acte que fourniſſoit le Sujet ,
&de nouvelles Scènes ajoutées aux deux
rôles qui firent le plus d'effet , ſçavoir
celui de Mlle Dangeville , à qui l'on eſt
redevable encore de la véritable idée
d'un genre dont on regrette que ſes rares
talens n'ayent pas plus longteinps
retardé la perte , & l'autre celui de Valet,
premier rôle nouveau dans lequel débuta
l'inimitable M. Préville.
Nous exhortons à lire un Diſcours
préliminaire , qui ſe trouve à la tête de
cette Piéce , adreſſé à Madame la Comteſſe
de la Marck. Ce Discours contient
d'excellentes obſervations ſur les différens
genres de Comédie.L'Auteur, après
avoir parcouru les divers abus introduits
fur la Scène comique , diftingue ce que
nous avons ajouté aux grands fonds des
anciens. Il fait un éloge très-délicat de
quelques Ouvrages, tels que l'Oracle ,
les Graces , & c , qui tiennent , dit-il
le même rang parmi les riches productions
du genre dramatique , que les tableaux
de l'Albane & du Guide , parmi
les chefs-d'oeuvres de la Peinture. Il ne
veut pas non plus , comme certainsDéclamateurs
, éxagérer les abus attrib ué
,
JUIN. 1763 . 203
,
à certains genres. Quiconque , ſelon lui ,
méconnoîtra les beautés du Glorieux ,
de la Métromanie , du Méchant , &c ,
n'eſt pas digne d'admirer Molière. Mais
avec tous ces avantages , il conclut par
convenir que le véritable genre paroît
menacé d'un décadence prochaine.
Après en avoir obſervé diverſes cauſes
après avoir donné une idée éxacte &
bien vue des genres de Comédie qui
méritent éminemment la préférence , il
remarque que nos meilleurs Poëtes ont
hazardé de donner de très-bons Ouvrages
qui n'ont point aujourd'hui ces
ſuccès brillans , qu'ufurpent quelques
Opéra bouffons , quelques Parades indécentes
, que ſouvent on joue fix mois
de ſuite. Jamais , ajoute M. Paliffot ,
Athalie , jamais le Misantrope ne ſe ſont
foutenus auffi longtemps ſur nos Theatres.
Nous ſommes obligés de convenir
que ce Difcours préliminaire , fans
paroître avoir la prétention d'inſtruire
fur un art auffi difficile que celui dont
il traite , eſt cependant plus folide &
plus inftructif que ces Verbeux Ecrits
dont la plupart n'apprennent au Lecteur
que la vanité de l'Ecrivain qui
a compilé des préceptes communs , &
I vj
04 MERCURE DE FRANCE .
ue ſouvent il obſcurcit par le faſte dé-
Placé d'un ſtyle trop ambitieux .
On trouve dans ce même Recueil
une Bagatelle intitulée leBarbier deBagdad
, Facétie en un Acte qui n'a point
été repréſentée ; l'Auteur s'eſt permis
de l'imprimer ſur la foi de l'amusement
qu'elle avoit procuré dans une Société
dont le goût étoit reſpectable. Le Sujet
eſt tiré d'une des meilleures Hiſtoires
des Mille & une nuit. Il a fait paſſer dans
cet eſſai de drame , les meilleures plaifanteries
du genre de celles qu'on lit
avec plaifir dans les contes d'où il l'a emprunté.
Autant on a lieu de s'élever
contre certains petits Ouvrages de Treteaux
qu'on aime & que l'on applaudit
de nos jours , quoiqu'ils n'ayent pour
ſel que l'indécence & pour guides que
le défordre d'une imagination vuide &
ſtérile , autant doit-on encourager des
plaifanteries qui prêtent à la vraie & faine
gaîté , peut-être trop abandonnée
fur la Scène. Telles font les réflexions
que nous croyons qu'inſpirera la lecture
de cette Facétie.
La dernière Piéce du 1 volume eſt les
Mépriſes ou le Rival par reſſemblance ,
Comédie en vers de Diffyllabes , revue
par l'Auteur..
JUI N. 1763 . 205
Un avis de l'Editeur nous apprend
que cette Comédie, la dernière que l'Auteur
ait donnée , n'eſt pas dans ſon rang ,
parce que le ſecond volume eſt employé
en entier à la Comédie des Philofophes ,
&à tout ce qui eſt relatif à cette Piéce.
و
du
Nous avons parlé des Mépriſes dans
le 1 volume de Juillet 1762. Nous en
avons tranfcrit deux Scènes ; elle a été
depuis imprimée ſéparément avec des
remarques ; l'Editeur de ſes OEuvres en
rapporte une fur le tumulte avec lequel
cette Comédie fut reçue à la première
repréſentation qui obligea l'Auteur de
laretirer. Après la journée des Philofophes
, dit l'Editeur dans l'Edition de
1762 , l'Auteur fentoit tout le danger
de reparoître dans la carrière
moins fi promptement. Nous n'appellerons
jamais des jugemens du Public
aſſemblé , quelque ſuſpectes que foient
même les circonstances qui les font prononcer.
C'eſt dans cet eſprit que nous
avons rendu compte de la Comédie des
Méprises. Nous nejugeons point le droit
qu'a pu avoir l'Auteur de reclamer contre
ce prétendu jugement; mais nous
ne pouvons refuſer à la vérité,de confirmer
ce qui eſt dit dans l'avis qui précéde
cetre Piece , fur ce tumalte affecté de la
206 MERCURE DE FRANCE.
repréſentation qui empêcha de l'entendre
, encore moins ſur le plaifir que
nous croyons qu'en doivent faire plufieurs
détails à la lecture .
,
Nous ſommes ſuffisamment difpenfés
de rendre compte de la Comédie
des Philofophes. Cette Piéce eſt auffi
connue par ſon ſuccès , que par des diffenfions,
trop fameuſes ( nous ofons le
dire ) pour l'honneur de la Littérature ,
& dont il feroit à defirer que l'on n'eût
jamais à charger ſes faſtes. L'Auteur apparemment
pénétré , comme on doit
l'être , de cette vérité , a cru convenable
de ſe juſtifier ſur les traits de ſa Piéce
regardés comme ſatyriques , &
dont il défavoue les applications injurieuſes
qu'on en avoit faites ; c'eſt ce
qui fait la matière de l'Examen qui ſuit
immédiatement cette célébre Comédie.
L'Auteur employe pour terminer fon
apologie , un Ouvrage de M. de la
Marche - Courmont , intitulé , Réponse
aux différens Ecrits pour & contre la
Comédie des Philofophes , & qui avoit
paru imprimé dans le temps que le Public
étoit accablé du nombre de ces
Ecrits.
Nous avons donné plus haut,une notice
des autres morceaux qui rempliffent
JUIN. 1763 . 207
ce ſecond volume. Le reſte a rapport
à ce quia précédé & fuivi la Comédie
des Philofophes ; nous ne devons pas
douter que ces Ecrits n'intéreſſent la curiofité
; ce n'eſt point à nous , mais aux
Lecteurs judicieux & non- prévenus ,
qu'appartient le droit de juger des
moyens dont l'Auteur fait ufage pour fa
juſtification.
Il nous reſte à remarquer en général
ſur les Piéces de Théâtre de M. Paliffot ,
une grande connoiſſance des vrais principes
de l'art , l'uſage du ſtyle propre à
la bonne Comédie , & une variété de
genres , qui doit faire honneur à fon
génie. Pour ne rien laiſſer échaper de
ce qui peut fervir à l'émulation dans le
grand art du Théâtre , nous faiſons
part au Public de la Lettre écrite parM.
Paliffot aux Comédiens François en
leur envoyant le Recueil de fes OEuvres ,
& de leur réponſe à cet Auteur.
DE MONTENOY , & c , contenues
dans le Recueil de ses oeuvres
d'une partie desquelles nous avons
rendu compte plus haut.
,
La première eſt Ninus fecond , Tragédie
. Cette prodution qui eſt auſſi la
première de l'Auteur, âgé pour lors de 19
ans , fut repréſentée le3 Juin 1-51 ; mais
elle n'est point offerte aux Lecteurs telle
qu'elle étoit échappée à la jeuneſſe de M.
Paliſſot. Il avertit dans unAvant-propos,
qu'il a mis plus de temps à la corriger ,
qu'il n'en avoit employé à la compofer.
Quelques réfléxions judicieuſes ſur l'étendue
que doit avoir un Drame tragique,
meſurée fur la nature du Sujet ,méritent
d'être lues dans ce même Avantpropos.
Les idées de l'Auteur , ſelon ce qu'il
nous dit lui-même , ayant changé avee
l'âge , il n'a pas cru indifférent de choifir
ou non,un Sujet fondé dans l'Hiſtoire
; il a cru que le Prince qui régna à
JUIN. 1763 : 201
Ninive après la première révolution de
l'Empire d'Affyrie s'étant appellé Ninus
le jeune , il devoit lui conſerver ſon
nom ; quant à celui de Sardanapal , l'un
des principaux perſonnages de cette Piéce
, onlaiſſe à ceux qui en feroient bleffés
, le choix de pluſieurs autres noms
que l'Histoire donne à ce même Roi
d'Affyrie.
Sans faſte dans les expreſſions , fans
affectation de brillant dans les détails , la
verſification de cette Tragédie eſt noble&
convenable au genre ; elle ne manque
pas même de cette énergie qui ſouvent
caractériſe le ſtyle de l'Auteur dans
ſes autres ouvrages.
On trouve enfuite les Tuteurs , Comédie
en vers , repréſentée pour la première
fois le 5 Août 1754 , & remife
au Théâtre dans la même année. Cette
Piéce eut beaucoup de ſuccès ; ainſi les
Journaux de ce temps enayant donné
connoiffance , nous ne nous arrêterons
point à en faire l'extrait. Le Public parut
y reconnoître le véritable ton de la Comédie
; & l'Auteur parut appellé par
ces fuffrages avantageux à ſuivre la carrière
du comique. Les Lecteurs font
avertis,par un avis de l'Editeur,que cette
: Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
Piéce a été revue par l'Auteur avec tout
le foin poffible. Elle ſe trouve augmentée
d'un Acte que fourniſſoit le Sujet ,
&de nouvelles Scènes ajoutées aux deux
rôles qui firent le plus d'effet , ſçavoir
celui de Mlle Dangeville , à qui l'on eſt
redevable encore de la véritable idée
d'un genre dont on regrette que ſes rares
talens n'ayent pas plus longteinps
retardé la perte , & l'autre celui de Valet,
premier rôle nouveau dans lequel débuta
l'inimitable M. Préville.
Nous exhortons à lire un Diſcours
préliminaire , qui ſe trouve à la tête de
cette Piéce , adreſſé à Madame la Comteſſe
de la Marck. Ce Discours contient
d'excellentes obſervations ſur les différens
genres de Comédie.L'Auteur, après
avoir parcouru les divers abus introduits
fur la Scène comique , diftingue ce que
nous avons ajouté aux grands fonds des
anciens. Il fait un éloge très-délicat de
quelques Ouvrages, tels que l'Oracle ,
les Graces , & c , qui tiennent , dit-il
le même rang parmi les riches productions
du genre dramatique , que les tableaux
de l'Albane & du Guide , parmi
les chefs-d'oeuvres de la Peinture. Il ne
veut pas non plus , comme certainsDéclamateurs
, éxagérer les abus attrib ué
,
JUIN. 1763 . 203
,
à certains genres. Quiconque , ſelon lui ,
méconnoîtra les beautés du Glorieux ,
de la Métromanie , du Méchant , &c ,
n'eſt pas digne d'admirer Molière. Mais
avec tous ces avantages , il conclut par
convenir que le véritable genre paroît
menacé d'un décadence prochaine.
Après en avoir obſervé diverſes cauſes
après avoir donné une idée éxacte &
bien vue des genres de Comédie qui
méritent éminemment la préférence , il
remarque que nos meilleurs Poëtes ont
hazardé de donner de très-bons Ouvrages
qui n'ont point aujourd'hui ces
ſuccès brillans , qu'ufurpent quelques
Opéra bouffons , quelques Parades indécentes
, que ſouvent on joue fix mois
de ſuite. Jamais , ajoute M. Paliffot ,
Athalie , jamais le Misantrope ne ſe ſont
foutenus auffi longtemps ſur nos Theatres.
Nous ſommes obligés de convenir
que ce Difcours préliminaire , fans
paroître avoir la prétention d'inſtruire
fur un art auffi difficile que celui dont
il traite , eſt cependant plus folide &
plus inftructif que ces Verbeux Ecrits
dont la plupart n'apprennent au Lecteur
que la vanité de l'Ecrivain qui
a compilé des préceptes communs , &
I vj
04 MERCURE DE FRANCE .
ue ſouvent il obſcurcit par le faſte dé-
Placé d'un ſtyle trop ambitieux .
On trouve dans ce même Recueil
une Bagatelle intitulée leBarbier deBagdad
, Facétie en un Acte qui n'a point
été repréſentée ; l'Auteur s'eſt permis
de l'imprimer ſur la foi de l'amusement
qu'elle avoit procuré dans une Société
dont le goût étoit reſpectable. Le Sujet
eſt tiré d'une des meilleures Hiſtoires
des Mille & une nuit. Il a fait paſſer dans
cet eſſai de drame , les meilleures plaifanteries
du genre de celles qu'on lit
avec plaifir dans les contes d'où il l'a emprunté.
Autant on a lieu de s'élever
contre certains petits Ouvrages de Treteaux
qu'on aime & que l'on applaudit
de nos jours , quoiqu'ils n'ayent pour
ſel que l'indécence & pour guides que
le défordre d'une imagination vuide &
ſtérile , autant doit-on encourager des
plaifanteries qui prêtent à la vraie & faine
gaîté , peut-être trop abandonnée
fur la Scène. Telles font les réflexions
que nous croyons qu'inſpirera la lecture
de cette Facétie.
La dernière Piéce du 1 volume eſt les
Mépriſes ou le Rival par reſſemblance ,
Comédie en vers de Diffyllabes , revue
par l'Auteur..
JUI N. 1763 . 205
Un avis de l'Editeur nous apprend
que cette Comédie, la dernière que l'Auteur
ait donnée , n'eſt pas dans ſon rang ,
parce que le ſecond volume eſt employé
en entier à la Comédie des Philofophes ,
&à tout ce qui eſt relatif à cette Piéce.
و
du
Nous avons parlé des Mépriſes dans
le 1 volume de Juillet 1762. Nous en
avons tranfcrit deux Scènes ; elle a été
depuis imprimée ſéparément avec des
remarques ; l'Editeur de ſes OEuvres en
rapporte une fur le tumulte avec lequel
cette Comédie fut reçue à la première
repréſentation qui obligea l'Auteur de
laretirer. Après la journée des Philofophes
, dit l'Editeur dans l'Edition de
1762 , l'Auteur fentoit tout le danger
de reparoître dans la carrière
moins fi promptement. Nous n'appellerons
jamais des jugemens du Public
aſſemblé , quelque ſuſpectes que foient
même les circonstances qui les font prononcer.
C'eſt dans cet eſprit que nous
avons rendu compte de la Comédie des
Méprises. Nous nejugeons point le droit
qu'a pu avoir l'Auteur de reclamer contre
ce prétendu jugement; mais nous
ne pouvons refuſer à la vérité,de confirmer
ce qui eſt dit dans l'avis qui précéde
cetre Piece , fur ce tumalte affecté de la
206 MERCURE DE FRANCE.
repréſentation qui empêcha de l'entendre
, encore moins ſur le plaifir que
nous croyons qu'en doivent faire plufieurs
détails à la lecture .
,
Nous ſommes ſuffisamment difpenfés
de rendre compte de la Comédie
des Philofophes. Cette Piéce eſt auffi
connue par ſon ſuccès , que par des diffenfions,
trop fameuſes ( nous ofons le
dire ) pour l'honneur de la Littérature ,
& dont il feroit à defirer que l'on n'eût
jamais à charger ſes faſtes. L'Auteur apparemment
pénétré , comme on doit
l'être , de cette vérité , a cru convenable
de ſe juſtifier ſur les traits de ſa Piéce
regardés comme ſatyriques , &
dont il défavoue les applications injurieuſes
qu'on en avoit faites ; c'eſt ce
qui fait la matière de l'Examen qui ſuit
immédiatement cette célébre Comédie.
L'Auteur employe pour terminer fon
apologie , un Ouvrage de M. de la
Marche - Courmont , intitulé , Réponse
aux différens Ecrits pour & contre la
Comédie des Philofophes , & qui avoit
paru imprimé dans le temps que le Public
étoit accablé du nombre de ces
Ecrits.
Nous avons donné plus haut,une notice
des autres morceaux qui rempliffent
JUIN. 1763 . 207
ce ſecond volume. Le reſte a rapport
à ce quia précédé & fuivi la Comédie
des Philofophes ; nous ne devons pas
douter que ces Ecrits n'intéreſſent la curiofité
; ce n'eſt point à nous , mais aux
Lecteurs judicieux & non- prévenus ,
qu'appartient le droit de juger des
moyens dont l'Auteur fait ufage pour fa
juſtification.
Il nous reſte à remarquer en général
ſur les Piéces de Théâtre de M. Paliffot ,
une grande connoiſſance des vrais principes
de l'art , l'uſage du ſtyle propre à
la bonne Comédie , & une variété de
genres , qui doit faire honneur à fon
génie. Pour ne rien laiſſer échaper de
ce qui peut fervir à l'émulation dans le
grand art du Théâtre , nous faiſons
part au Public de la Lettre écrite parM.
Paliffot aux Comédiens François en
leur envoyant le Recueil de fes OEuvres ,
& de leur réponſe à cet Auteur.
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Résumé : PIÉCES de Théâtre de M. PALISSOT DE MONTENOY, &c, contenues dans le Recueil de ses Œuvres, d'une partie desquelles nous avons rendu compte plus haut.
Le texte présente un recueil des œuvres théâtrales de Charles Palissot. La première pièce mentionnée est 'Ninus fécond', une tragédie écrite à l'âge de 19 ans et représentée le 3 juin 1751, caractérisée par une versification noble et énergique. Le recueil comprend également 'Les Tuteurs', une comédie en vers représentée le 5 août 1754 et révisée la même année, ainsi que 'Le Barbier de Bagdad', une facétie inspirée des 'Mille et une nuits'. Une autre œuvre notable est 'Les Méprises ou le Rival par ressemblance', une comédie en vers. Le second volume est consacré à 'La Comédie des Philosophes', qui a connu un grand succès mais aussi des controverses. La pièce 'Les Méprises' a provoqué un tumulte lors de sa première représentation, entraînant son retrait. Palissot a reconnu les risques de revenir trop rapidement sur scène après ce succès. 'La Comédie des Philosophes' est célèbre pour ses traits satiriques, que l'auteur a défendus en utilisant un ouvrage de M. de la Marche-Courmont. Le recueil illustre la maîtrise de Palissot des principes de l'art théâtral et la diversité des genres abordés. Il inclut également une lettre de Palissot adressée aux Comédiens Français et leur réponse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 111-115
FAMILLES des Plantes, par M. ADANSON, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale de Londres, Censeur Royal. IIe Partie. A Paris in-8°. Chez Vincent, 1763.
Début :
LA première Partie n'a point paru ; elle n'est pas entiérement imprimée. [...]
Mots clefs :
Familles, Plantes, Genres, Auteur, Sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FAMILLES des Plantes, par M. ADANSON, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale de Londres, Censeur Royal. IIe Partie. A Paris in-8°. Chez Vincent, 1763.
FAMILLES des Plantes , par M.
ADANSON , de l'Académie des Sciences
de la Société Royale de Londres ,
Cenfeur Royal. II Partie. A Paris
in- 8 °. Chez Vincent , 1763.
LAA première Partie n'a point paru ;
elle n'eft pas entiérement imprimée.
Elle contiendra la théorie de la Science
de la Botanique , l'hiftoire de fes proLIZ
MERCURE DE FRANCE.
grès , fon état actuel , un plan fommaire
de toutes les méthodes , un Jugement'
fur les Ouvrages les plus néceffaires à.
connoître , enfin le plan raifonné de
celui qu'il donne au Public.
En publiant d'abord cette feconde.
Partie , M. Adanfon a cru devoir fe
prêter à l'empreffement qu'on lui a té-`
moigné d'avoir au moins , pendant le
cours de Botanique du Jardin du Roi,
ce qu'on peut appeller la partie pratique
de la Science , c'eft-à- dire l'ordre & les
caractères généraux de fes familles ,ainfi
que la fuite & le caractère de chacun
des genres qui les compofent.
Le Titre fimple de l'Ouvrage annonce
affez que l'Auteur n'a fuivi aucun
fyftême , & n'a point voulu en faire de
nouveau par le tableau qu'il donne
des 58 familles , on voit qu'il range les
plantes pár ordre d'affinités , en fuivant
la gradation que la Nature montre dans
Les productions végétales , gradation
qui paroît interrompue dans 58 endroits
plus marqués qu'il diftingue par
autant de familles. Les autres interrup
tions moins marquées , & au nombre
de 1615 indiquent les genres dans la
férie de 1800 efpéces de plantes con
nues.
AOUST. 1763. 113
Cette manière de confidérer les familles
ou claffes , les genres & les efpéces
, n'eft nullement fyftématique ;
elle eft priſe dans la nature même des
chofes & entièrement différente de ce
qui avoit été penfé & dit jufqu'à préfent.
C'est une nouvelle route qui femble
devoir mener à la méthode naturelle
que tant d'Auteurs ont cherché
en vain .
Sans entrer dans une plus grande
difcuffion fur le mérite de l'Ouvrage ,
dont on ne pourra bien juger que quand
il aura paru en entier , nous nous contenterons
de faire quelques réfléxions
générales fur ce qui eft actuellement
Tous nos yeux.
Nous avons remarqué de la précifion
, de l'ordre & de la liaifon dans
tout ce qui doit concourir pour faire
l'enſemble.
A la tête de chaque Famille on trou
ve le détail circonftancié de toutes les
parties qui font communes aux genres
qui doivent y entrer , telles
que la Figure,
la Racine, la Tige , les Bourgeons,
les Feuilles , le Feuillage les Stiles
Epines , Voiles ou Poils , les Fleurs , le
Calice , la Corolle , les Etamines , le
Piftis , le Fruit , les Graines : l'Auteur
>
114 MERCURE DE FRANCE.
ý a joint les qualités , les vertus & les
ufages.
L'avantage de voir d'un coup d'oeil
dans des colonnes féparées , les carac
tères des genres de la même famille ,
nous a frappés , par la facilité qui en
téfulte pour les comparer.
Il y a fans doute du mérite d'avoir
raffemblé dans un auffi petit efpace ,
une fi grande quantité de faits conftatés
ou d'après les plus fameux Botaniftes
, ou d'après les propres obfervations
de l'Auteur . C'eft en quelque forte
l'extrait de toutes les connoiffances Botaniques
jufqu'à ce jour ; & ce travail
qui confifte à négliger ce qui eft
acceffoire ou inutile pour ne préſenter
que l'effentiel , exige une connoiffance
profonde , & le véritable efprit de la
Science.
Cette table fi ample qui fuppofe tant
de lectures & de recherches , nous a
paru mériter attention & prévenir le
reproche qu'on auroit pû faire à l'Auteur
d'avoir changé des noms connus
& adoptés par rapport à de certaines
plantes. On verra que ces noms nouveaux
appartenoient déja à une plante
décrite par les Anciens ; il n'y a pas
même , juſqu'à la table raifonnée des
AOUST. 1763. 115
vertus des plantes dont il ne foit facile
de connoître l'utilité.
Nous fufpendrons nos réfléxions fur
l'ortographe que l'Auteur a adoptée :
dans l'avertiffement qui précéde fa table
il dit fimplement qu'il a fait des
changemens à cet égard , & qu'il en
donnera quelque jour les raifons. Il
eft jufte d'attendre qu'il les ait données
pour en rendre compte.
ADANSON , de l'Académie des Sciences
de la Société Royale de Londres ,
Cenfeur Royal. II Partie. A Paris
in- 8 °. Chez Vincent , 1763.
LAA première Partie n'a point paru ;
elle n'eft pas entiérement imprimée.
Elle contiendra la théorie de la Science
de la Botanique , l'hiftoire de fes proLIZ
MERCURE DE FRANCE.
grès , fon état actuel , un plan fommaire
de toutes les méthodes , un Jugement'
fur les Ouvrages les plus néceffaires à.
connoître , enfin le plan raifonné de
celui qu'il donne au Public.
En publiant d'abord cette feconde.
Partie , M. Adanfon a cru devoir fe
prêter à l'empreffement qu'on lui a té-`
moigné d'avoir au moins , pendant le
cours de Botanique du Jardin du Roi,
ce qu'on peut appeller la partie pratique
de la Science , c'eft-à- dire l'ordre & les
caractères généraux de fes familles ,ainfi
que la fuite & le caractère de chacun
des genres qui les compofent.
Le Titre fimple de l'Ouvrage annonce
affez que l'Auteur n'a fuivi aucun
fyftême , & n'a point voulu en faire de
nouveau par le tableau qu'il donne
des 58 familles , on voit qu'il range les
plantes pár ordre d'affinités , en fuivant
la gradation que la Nature montre dans
Les productions végétales , gradation
qui paroît interrompue dans 58 endroits
plus marqués qu'il diftingue par
autant de familles. Les autres interrup
tions moins marquées , & au nombre
de 1615 indiquent les genres dans la
férie de 1800 efpéces de plantes con
nues.
AOUST. 1763. 113
Cette manière de confidérer les familles
ou claffes , les genres & les efpéces
, n'eft nullement fyftématique ;
elle eft priſe dans la nature même des
chofes & entièrement différente de ce
qui avoit été penfé & dit jufqu'à préfent.
C'est une nouvelle route qui femble
devoir mener à la méthode naturelle
que tant d'Auteurs ont cherché
en vain .
Sans entrer dans une plus grande
difcuffion fur le mérite de l'Ouvrage ,
dont on ne pourra bien juger que quand
il aura paru en entier , nous nous contenterons
de faire quelques réfléxions
générales fur ce qui eft actuellement
Tous nos yeux.
Nous avons remarqué de la précifion
, de l'ordre & de la liaifon dans
tout ce qui doit concourir pour faire
l'enſemble.
A la tête de chaque Famille on trou
ve le détail circonftancié de toutes les
parties qui font communes aux genres
qui doivent y entrer , telles
que la Figure,
la Racine, la Tige , les Bourgeons,
les Feuilles , le Feuillage les Stiles
Epines , Voiles ou Poils , les Fleurs , le
Calice , la Corolle , les Etamines , le
Piftis , le Fruit , les Graines : l'Auteur
>
114 MERCURE DE FRANCE.
ý a joint les qualités , les vertus & les
ufages.
L'avantage de voir d'un coup d'oeil
dans des colonnes féparées , les carac
tères des genres de la même famille ,
nous a frappés , par la facilité qui en
téfulte pour les comparer.
Il y a fans doute du mérite d'avoir
raffemblé dans un auffi petit efpace ,
une fi grande quantité de faits conftatés
ou d'après les plus fameux Botaniftes
, ou d'après les propres obfervations
de l'Auteur . C'eft en quelque forte
l'extrait de toutes les connoiffances Botaniques
jufqu'à ce jour ; & ce travail
qui confifte à négliger ce qui eft
acceffoire ou inutile pour ne préſenter
que l'effentiel , exige une connoiffance
profonde , & le véritable efprit de la
Science.
Cette table fi ample qui fuppofe tant
de lectures & de recherches , nous a
paru mériter attention & prévenir le
reproche qu'on auroit pû faire à l'Auteur
d'avoir changé des noms connus
& adoptés par rapport à de certaines
plantes. On verra que ces noms nouveaux
appartenoient déja à une plante
décrite par les Anciens ; il n'y a pas
même , juſqu'à la table raifonnée des
AOUST. 1763. 115
vertus des plantes dont il ne foit facile
de connoître l'utilité.
Nous fufpendrons nos réfléxions fur
l'ortographe que l'Auteur a adoptée :
dans l'avertiffement qui précéde fa table
il dit fimplement qu'il a fait des
changemens à cet égard , & qu'il en
donnera quelque jour les raifons. Il
eft jufte d'attendre qu'il les ait données
pour en rendre compte.
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Résumé : FAMILLES des Plantes, par M. ADANSON, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale de Londres, Censeur Royal. IIe Partie. A Paris in-8°. Chez Vincent, 1763.
Le texte présente l'ouvrage 'Familles des Plantes' de Michel Adanson, membre de l'Académie des Sciences et de la Société Royale de Londres. Cet ouvrage est divisé en deux parties : la première, qui traite de la théorie de la botanique et des méthodes, n'est pas encore publiée. La deuxième partie, publiée en 1763, se concentre sur la pratique de la botanique, en particulier sur l'ordre et les caractères des familles de plantes ainsi que les genres qui les composent. Adanson ne s'est appuyé sur aucun système existant ni n'en a créé de nouveau. Il a classé les plantes selon leurs affinités naturelles, identifiant ainsi 58 familles et 1615 genres parmi environ 1800 espèces connues. Cette classification est décrite comme non systématique mais fondée sur l'observation directe de la nature. L'ouvrage est apprécié pour sa précision, son ordre et la manière dont il lie les informations. Chaque famille est détaillée avec des descriptions des parties communes aux genres, telles que la racine, la tige, les feuilles, les fleurs, les fruits et les graines, ainsi que leurs qualités, vertus et usages. Adanson a compilé une grande quantité de faits observés par des botanistes célèbres ou par ses propres observations, offrant ainsi un aperçu complet des connaissances botaniques jusqu'à cette époque. La table des matières est extensive et reflète de nombreuses lectures et recherches, justifiant les changements de noms de certaines plantes. De plus, Adanson a adopté une nouvelle orthographe, dont les raisons seront expliquées ultérieurement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 69-84
FAMILLES des Plantes, par M. ADANSON, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale de Londres, Censeur Royal. A Paris, chez Vincent, Imprimeur-Libraire de Mgr le COMTE DE PROVENCE, rue S. Séverin ; avec Approbation & Privilége du Roi ; 1763 ; 2 vol.in-8 o .
Début :
CET Ouvrage, en entier, donne une histoire générale de la Botanique. [...]
Mots clefs :
Plantes, Méthode, Ouvrage, Botanique, Science, Botanistes, Auteurs, Connaissances, Genres, Familles, Anciens, Trouver, Présenter, Résultats, Détail, Système
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texteReconnaissance textuelle : FAMILLES des Plantes, par M. ADANSON, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale de Londres, Censeur Royal. A Paris, chez Vincent, Imprimeur-Libraire de Mgr le COMTE DE PROVENCE, rue S. Séverin ; avec Approbation & Privilége du Roi ; 1763 ; 2 vol.in-8 o .
FAMILLES des Plantes, par M.
ADANSON, de l'Académie des
Sciences, de la Société Royale de
Londres, Censeur Royal. A Paris,
chez Vincent, Imprimeur-Libraire de
Mgr le COMTE DE PROVEVCE,
rue S. Séverin ; avec Approbation &
Privilége du Roi ; 1763 ; 2 vol.in-8o.
CET Ouvrage, en entier, donne
une histoire générale de la Botanique.
La prèmiere Partie contient la théorie de
cette Science , & la ſeconde eſt toute
pratique. Il y régne généralement beau
coup de méthode ; & nous ne croyons
pouvoir mieux faire, que d'en préſenter
l'extrait ſuivant ſa diſtribution.
· Dans la première Partie M. Adanſon ,
7o MERCURE DE FRANCE.
expoſe l'état ancien & actuel de la Bota
nique ; il y compare les anciens travaux
des Botaniſtes à ceux des modernes. Il
penſe que les défauts que nous croyons
trouver dans les deſcriptions des anciens
Naturaliſtes Ariſtote, Téophraſte Dioſco
rides & Pline, ne ſont qu'apparens,ces
Auteurs ne donnant que des réſultats de
conoiſſancesà la pertée de tout le monde
& dépouillées des épines de l'Art , que
ſouvent leursTraducteurs ont mal rendu
leurs penſées, faute d'entendre aſſez la
Botanique. Ce ſentiment ne paroît pas
deſtitué de preuves » quoiqueThéophraſ
» te & Dioſcorides, dit-il , qui s'eſt at
» taché particulierement aux plantes, &
» qui s'eſt fait le plus grand nom ſur
» cette matière, n'ayent parlé que d'en
» viron 3 à 6ooo plantes & les ayent
» décrit de manière , qu'il eſt ſouvent
» difficile & quelquefois impoſſible de
» les reconnoître; on voit néanmoins
» dans nombres d'endroits de leurs
» ouvrages, des traits de lumière & des
» connoiſſances ſi profondes,dont quel
» ques-unes même paroiſſent ignorées
» aujourd'hui, & pourroient être appel
» lées des découvertes renouvellées des
a » Grecs, qu'on ne peut s'empêcher de
- º » convenir que malgré le mépris que
A V R I L. 1764.
71
» quelques Botaniſtes modernes affec
» tant de répandre ſur eux, ces grands
» hommes, quoiqu'ils n'ayent pas fait
» de méthode ſyſtématique , qu'ils ne
» regardoient que comme des diction
» naires trop ſuperficiels,avoient comme
» nous des connoiſſances de détail dont
» les temps ne nous ont conſervé que
» les réſultats généraux. Il eſt certain,au
» tant qu'on en peut juger par ce qui
» nous reſte des ouvrages d'Ariſtote,
» de Théophraſte , & de Pline , qu'ils
» ignoroient entiérement des parties
» que nous connoiſſons , & que nous
» avons approfondies ; mais il eſt plus
» probable, que leurs réſultats généraux
» dépendoient de ces connoiſſances de
» détail dont ces divins Auteurs laiſ
» ſoient échaper par intervalles de lé
» gères traces. Ce ſont de ces faits dont
» ne peut guères douter, tout hom
» me qui a étudié aſſez à fond les Scien
» ce naturelles ; & au lieu de croire que
» les Anciens n'ont adopté telle ou telle
22 opinion,que pance qu'ils n'avoient pas
» été auſſi loin que nous, nous devrions .
» peut - être plutôt penſer que c'eſt
» parce qu'ils avoient été beaucoup plus
» loin , & que des expériences que nous
» n'avons pas encore faites leur avoient
•72 MERCURE DE FRANCE.
» fait ſentir l'inſuſſiſance des méthodes
» dont nous nous contentons.
.
M. Adanſon fait voir auſſi que ſou
vent tel ſyſtême qui prend faveur à
l'appui de la célébrité & de la nouveau
té, n'eſt pas toujours le meilleur, & à
cet égard, il rend juſtice à la mémoire
de Tournefort, en laiſſant encore au
jourd'hui à cet illuſtre François la pre
mière place parmi les Botaniſtes » La
» préférence , dit-il , qu'on a donnée
» aux méthodes dans le choix des Etu
» des, n'a pas toujours été en raiſon
» de leur bonté ; l'eſprit national y a
» ſouvemt plus de part que le deſir de
» trouver la vérité. C'eſt ainſi que la
» méthode de Rai a été ſuivie par des
» Anglois célébres, Sloane , Pétiver,
» Martin , & en partie par Dillen; le
» ſyſtême de Rivin a été embraſſé par
» les Allemands les plus diſtingués en
» Botanique, Cretien , Knal, Ruppias,
» M. Ludwig , Siegerbek , &c. Celui
» de M. Lianaus n'a guères eu pour
» Sectateurs que ſes diſciples. Mais ce
» qui parle en faveur de la méthode de
» Tournefort, c'eſt qu'indépendemment
» des François célébres Paumier, Ma
» chant, Dodart, Niſſote, MM. de Juſ
» ſieu, & Vaillant qui le ſuivirent, elle
» fut
A V R I L. 1764:
73
» fut adoptée par les Etrangers qui te
» noient le premier rang en Botanique ;
» en Italie par Pontedeva, M. Monti &
» Micheli ; en Allemagne, en Angle
» terre & en Saxe par pluſieurs Sça
» vans diſtingués ; & ce qui ajoute en
» core au mérite de cette méthode &
» qui fait en même temps l'éloge de
» nos Botaniſtes François , c'eſt que
» malgré l'accueil que la frivolité ſem
» ble faire à la nouveauté , le ſyſtême
» de M. Lianaus ne lui a rien fait per
» dre de ſon éclat, & que M. de Juſſieu
» dont les vaſtes connoiſſances en Bo
» tanique ne laiſſent pas ſentir à la
» France la perte du grand Tournefort,
» en a toujours conſervé les ſages prin
» cipes que nous nous faiſons gloire
» d'adopter. Enfin nous voyons avec
» ſatisfaction , que ces principes ſe ré
» pandent juſqu'en Eſpagne, comme
» le témoigne l'Ouvrage tout récent
» du célébre M. Quer qui a cru très-ju
» dicieuſement ne pouvoir rien faire
» de plus utile au renouvellement de
» la Botanique dans ſon pays , que de
» traduire en ſa langue la méthode de
» Tournefort pour l'inſtruction de ſes
» diſciples ; de ſorte qu'on peut dire
» qu'elle a été ſuivie par les Nations
II. Vol.
74 MERCURE DE FRANCE.
» les pius ſçavantes de l'Europe. ... . .
» L'exécution d'une pareille méthode ,
» dans un temps où la Botanique étoit
» encore dans l'enfance , ne pouvoit
» être que l'eſfort d'un génie vaſte &
» créateur; & il ne s'eſt encore trouvé
» perſonne qui ait refuſé ces deux
» grandes qualités à l'illuſtre Tourne
» fort qui s'eſt acquis aux plus juſtes
» titres le nom de père des Botaniſtes...
» Et ce qui doit nous inſpirer plus
» d'eſtime & de confiance , c'eſt de
» voir que depuis près d'un ſiécle, elle
» ait conſervé une ſupériorité ſinguliè
» re ſur toutes celles qui ont paru de
» puis, quoiqu'elle ne fût pas étayée de
» toutes les découvertes qui ont été
» faites 7o ans après lui : d'où il eſt aiſé
» de juger combien ce grand homme
» avoit devancé & laiſſé derrière lui les
» Botaniſtes de ſon temps.
Après avoir expoſé les progrès, &
l'état ancien & actuel de la Botanique ;
après avoir fait une comparaiſon, &éta
bli une balance entre les diverſes mé
thodes ; après avoir prouvé que toutes
celles qui ont été faites juſqu'ici, ſoit
pour en faciliter l'étude, ſoit dans le deſ
ſein de trouver la méthode naturelle, ne
pouvoient remplir cet objet, ni condui
A V R IL. 4764.
75
re cette Science au degré de perfection
dont elle eſt ſuſceptible, parce que leurs
principes ne portoient que ſur la conſi
dération d'un petit nombre de parties de
Plantes; M. Adanſon démontre par un
nombre ſuffiſant de faits, de preuves &
d'expériences, qu'une méthode ou ſyſ
tême naturel en Botanique, ou en toute
autre partie de l'Hiſtoire Naturelle, s'il
en éxiſte ou s'il en peut éxiſter un, ne
peut conſiſter que dans l'enſemble des
caractères tirés de toutes les parties des
Plantes : conſidération tout-à-fait neu
ve, qui diſtribue tous les genres connus
des Plantes en cinquante-huit Familles.
· C'eſt ſur cette diſtribution que M,
Adanſon a travaillé la deuxième Partie.
ou la Partie pratique de ſon Ouvrage,
dont nous donnerons ci-après une idée.
» Tout arrangement méthodique,
» dit-il , où l'on n'admet pas de ſyſtême,
» n'eſt-il pas l'arrangement de la Na
» ture , c'eſt-à-dire, la méthode natu
» relle ? On donnera le nom que l'on
» voudra à mes Familles ; mais il n'en
» ſera pas moins vrai, qu'elles ne peu
» vent être ſyſtêmatiques, puiſqu'elles
» n'ont pas d'autres fondemens de divi
» ſion , que les vuides ou interruptions
w que la Nature nous montre dans la ſé
D ij
|
76 MERCURE DE FRANCE.
, rie des Plantes, rapprochées par tous
» les rapports de
reſſemblance ; &
» que, ſi elles ne ſont pas ces claſſes
» naturelles que l'on cherche, elles en
» ont bien l'air, & y reſſemblent fort.
» Au reſte, je ne leur donnerai pas ce
» faſtueux nom de Familles naturelles ;
» chacun les qualifiera comme il jugera
» à propos. » Si c'eſt ſur un ſemblable
modèle que M. Adanſon a dirigé ſon
plan du travail général ſur l'Hiſtoire Naº
turelle & ſur la Phyſique, dont il parle à
la page 2oo , & qui prouve la liaiſon &
la clef de toutes les Sciences naturelles,
il n'eſt pas douteux, à en juger par l'éº
xécution de celui-ci, qu'on ne ſçauroit
deſirer trop tôt de voir la publication
d'un Ouvrage auſſi utile.
.
-
| Les principaux avantages de ces Fa
milles ſont de procurer à la Botanique
1°. toute la certitude & la ſtabilité ; 2°.
l'étendue & l'univerſalité;3°. la briéveté;
4°. la facilité dont cette Science eſt ſuſ
ceptible; 5°. enfin des vues d'utilité plus
générales ſur les qualités des Plantes pour
ies teintures, & ſur leurs vertus médici
nales. Le dernier objet mérite d'autant
plus d'attention, qu'on avoit ſoupçonné
avec aſſez de fondement, que toutes les
plantes rangées dans une même Famille
-
A V R I L. 1764.
77
ſur la ſimilitude & la convenance du plus
grand nombre de leurs parties intérieu
res, avoient des vertus ſemblables qui
ne différoient que du plus ou moins dans
leur intencité, & non dans leur qualité.
Idée qui s'eſt vérifiée depuis, & que
l'expérience confirme de jour en jour.
On ſçait combien l'analyſe chymique eſt
incertaine pour décider les vertus des
Plantes; c'eſt donc un grand pas de fait
à l'avantage de la Médecine, que d'a-
voir ſçu rapporter les genres à leurs Fa
milles Naturelles. Avec cette connoiſ
ſance, on peut aller à tâtons trouver en
France des Plantes capables de ſuppléer
à certaines qu'on tire à grands frais des
pays étrangers; & , par la même raiſon,
on peut trouver en Amérique, en Afri
que & en Aſie des Plantes analogues à
celles de l'Europe. Il en eſt de même
des teintures; différentes Plantes donnent
des couleurs ſemblables en divers pays.
Que de reſſources ne trouve-t-on pas
dans la Nature, lorſqu'elle eſt étudiée
& guidée par la méthode d'une analogie
bien raiſonnée ! Et il paroît que cette
partie eſt l'élément de notre Auteur. Si
c'eſt un mérite que d'être méthodique,
on peut dire que cet Ouvrage l'eſt juſ
ques dans les plus petites parties : les
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
éxemples s'en préſentent à chaque pas,
& ſur-tout dans les ſoixante-cinq Syſtê
mes ſimples qu'il a exécutés entre les an
nées 1741 & 1755, non-ſeulement pour
remplacer les cinquante-fix Syſtêmesan
ciens,trop compliqués & trop difficiles,
mais encore pour ſuppléer à ceux qui
n'avoient pas encore été faits ſur pluſieurs
parties des Plantes, & en même temps
pour échaffauder & étayer les cinquante
huit Familles qu'il publie aujourd'hui.
Les bornes d'un Extrait ne nous per
mettent pas de nous étendre ſur nombre
de faits de Phyſique tous nouveaux,que
M. Adanſon traite, & qu'il faut lire dans
l'Ouvrage même. Telles ſont les recher
ches pour s'aſſurer s'il éxiſte dans la Na
ture des claſſes, des genres & des eſpè
ces , dans le ſens dont l'entendent les
Naturaliſtes; & il ſemble qu'il a pris la
vraie route pour la décider, en en cher
chant l'explication , les preuves & la ſo
lution dans la nature même des Plantes
& des Animaux. La ſolution de cette
queſtion étoit néceſſaire dans cet Ouvra
ge, pour concilier les débats continuels
des Botaniſtes, & pour conſtater enfin
quelles ſont les parties des Plantes dont
on doit tirer les caractères les moins arbi
traires , pour les diſtinguer les unes des
A V R I L. 1764:
79
autres. On peut mettre encore dans le
rang des choſes tout-à-fait neuves ccs
obſervations ſur la températu e des Plan
tes ; la manière dont il conſidère la vé
gétation ; ce qui donne lieu à une théo
rie qui pourra être très-utile à l'Agricul
ture ; ſa façon de conſtruire les terres ,
applicables aux divers climats, & non
bre d'autres articles auſſi intéreſſans.
uoiqu'il y ait beaucoup de détails
, profonds ſur la Science, cet Ouvrage
n'eſt cependant pas par-tout hériſſé d'é-
- pines & de difficultés. Il y a des mor
· ceaux capables de piquer la curioſité,
amuſer même en infiruiſant, ſur-tout
' dans la partie où M. Adanſon expoſe les
- réſultats des découvertes les plus moder
nes. On eſt quelquefois bien-aiſe de ſça
voir tout ce qui a été obſervé de plus
· ſingulier, & qui ſemble même tenir du
merveilleux , ſur la prodigieuſe fécon
dité des Plantes, ſur la monſtrueuſe groſ
ſeur de certains arbres , dont le tronc a
ſouvent plus de vingt-cinq pieds de dia
- mètre, ſur ces Palmiers & ces Lianes
- de trois cens pieds de hauteur, qui entre
laſſent tous les arbres d'une forêt, &
ſur tant d'autres faits auſſi ſinguliers,
qu'il n'y avoit qu'un Botaniſte Voyageur
qui en pût apprécier la juſte valeur.
ID iy
8o MERCURE DE FRANCE.
Son Voyage aux Iſles Canaries, au
Senégal & aux Iſles Açores, lui a pro
curé un grand avantage pour réformer
la partie des Plantes étrangères, qui
etoient en général peu connues, & dont
le nombre ſurpaſſe infiniment celui de
nos Plantes Européennes, & qui lui a
donné lieu d'ajouter près de cinq cens
genres aux onze cens qui avoient été
établis avant lui ; de ſorte qu'il donne
dans ſes Familles la deſcription de ſeize
cens genres environ, malgré la ſuppreſ
ſion d'un grand nombre que l'inexacti
tude des obſervations avoit fait mal-à-
propos partager en pluſieurs.
*
Nous ne ſuivrons pas plus loin M.
Adanſon dans ſes détails ſur la meil
leure manière de nommer & d'enſeigner
les Plantes; dans ſes idées ſur un plan
nouveau de réforme qu'iljuge néceſſaire
à l'Ortographe Françoiſe; dans ſa Table
raiſonnée ſur les vertus des Plantes ;
dans celle des ſynonymes anciens qu'il a
établis à leur place ; enfin dans la Table
chronologique des Auteurs dont la con
noiſſance eſt la plus néceſſaire aux Bota
niſtes. Chacun ſent l'utilité de tous ces
morceaux, pour former une convexion
en enſemble raiſonnée dans toutes les
parties d'un Ouvrage univerſel de Bota
A V R I L. 1764.
8 I
nique : nous ne finirions pas ſi nous en
treprenions de faire ſimplement l'énumé
ration des articles les plus eſſentiels trai
tés par M. Adanſon, ſur cette Science ,
qui eſt ſans contredit la plus vaſte de
l'Hiſtoire Naturelle, par la multiplicité
des objets. On peut en donner une lé
gère idée, en diſant qu'il a trouvé dans
les Auteurs plus de dix-huit mille eſpè
ces ou variétés, décrites ou figurées tant
bien que mal, & qu'on peut juger par
celles que nous poſſédons ſéches dans
des herbiers, & par l'immenſe étendue
des pays qui n'ont pas encore été déſi
chés par des Botaniſtes ſuffiſamment
inſtruits que nos richeſſes en ce genre de
collection peuvent être augmentées au
moins du double. Cette remarque lui
donne occaſion d'ajouter le ſujet d'un
grand Voyage qui ſervit d'une utilité gé
nérale pour les Sciences Naturelles, &
peut-être pour le Commerce de l'Europe.
Nous n'entrerons pareillement dans au
cun détail ſur l'exécution de la ſeconde
partie de cet Ouvrage, à laquelle nous
renvoyons le Lecteur Botaniſte ;
il y
trouvera à la tête de chaque Famille, &
à chaque genre de Plantes, toutes les
connoiſſances pratiques anciennes&mo
dernes, raſſemblées dans autant d'arti
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
cles & de colonnes qu'il y a de partiès
dans les Plantes. Ouvrage d'un détail
immenſe , & d'autant plus pénible pour
l'Auteur, qu'il a ſçu préſenter , avec un
ordre & une méthode ſingulière, &
dans l'eſpace de quelques lignes, tout
l'eſſentiel des caractères génériques ; de
ſorte que, d'un ſeul coup-d'œil, il peut
voir les reſſemblances & les différences
principales de tous les genres d'une même
Famille, enfin ſaiſir leur enſemble , ſans
être obligé de lire un très-grand nombre
de pages de deſcriptions des Auteurs, où
elles ſont comme noyées. Cette manière
auſſi neuve qu'utile de préſenter en abré
gé le tableau des connoiſſances actuelles
ſur une Science vaſte & très-compli
quée, facilite ſingulièrement la compa
raiſon de ces divers objets. Elle en faci
lite pareillement l'étude au point qu'on
pourra déſormais , ſans connoître toutes
les Plantes, ſçavoir néanmoins toute la
Botanique :
il ſuffira pour cela de con
noître deux ou trois genres les plus dif
férens de chaque Famille. Enfin, M.
Adanſon conclut avec raiſon que la Bo
tanique, ainſi traitée, n'eſt plus une
Science de nom , comme on la qualifie
tous les jours ; mais qu'elle eſt une
Science de fait, & par conſéquent ſuſ
» A
A V R I L. 1764.
83
· ceptible de combinaiſons & de problê
· mes. Il en propoſe même quelques-uns
capables d'indiquer la route qu'il faut
ſuivre, pour éxercer les Etudians en Bo
- tanique, pour fortifier les plus avancés ,
· & pour nourrir & entretenir les plus pro
· fonds Botaniſtes dans les connoiſſances
qu'ils ont acquiſes.
La vérité eſt ſimple, & ſa recherche
a conduit M. Adanſon à préférer l'ordre,
la préciſion de la méthode & la netteté
· du ſtyle aux fleurs du langage qui ne
· conviennent nullement à un Livre de
· Science traité auſſi à fond, Le même
principe de vérité l'a porté à indiquer ce
qui reſte encore à ajouter aux travaux
des Anciens & des Modernes , & aux
ſiens mêmes , pour procurer à la Botani
que toute la perfection dont cette Scien
· ce eſt ſuſceptible, Il n'eſt pas douteux
· que ſi tous les Auteurs ſe faiſoient une
•
loi de préſenter ainſi dans leurs Ouvrages
un tableau de tout ce qui a été fait avant
eux, on verroit éclorre beaucoup moins
· de volumes, & plus de choſes neuves.
D'où réſulteroit un avantage pour la
ſociété, & un luſtre de plus pour le
' ſiécle.
-
-
D vj
-
Il paroît en général que M. Adanſon a
84 MERCURE DE FRANCE.
raſſemblé dans ſes deux Volumes tout
l'hiſtorique, théorique & pratique de la
Botanique , depuis les Grecs juſqu'à
nous; qu'il y a beaucoup plus de choſes
neuves dans cet Ouvrage,qu'on ne pour
roit le dire ſans paroître chercher à le
flatter & que cet Académicien a ſuppri
mé ce qu'il y a de plus comnu, pour faire
place à des choſes plus eſſentielles ou qui
avoient été traitées avec moins d'exacti
tude & de méthode par ſes prédéceſſeurs.
C'eſt dans cette vue qu'il n'a donné
d'autres figures que celle d'une nouvelle
conſtruction, pour ne pas trop groſſir
ſon Ouvrage , renvoyant aux figures
des meilleurs Auteurs qu'il cite par-tout
où il eſt néceſſaire. *Cet Extrait, que nous avons trouvé bien fait nous a été communiqué.
ADANSON, de l'Académie des
Sciences, de la Société Royale de
Londres, Censeur Royal. A Paris,
chez Vincent, Imprimeur-Libraire de
Mgr le COMTE DE PROVEVCE,
rue S. Séverin ; avec Approbation &
Privilége du Roi ; 1763 ; 2 vol.in-8o.
CET Ouvrage, en entier, donne
une histoire générale de la Botanique.
La prèmiere Partie contient la théorie de
cette Science , & la ſeconde eſt toute
pratique. Il y régne généralement beau
coup de méthode ; & nous ne croyons
pouvoir mieux faire, que d'en préſenter
l'extrait ſuivant ſa diſtribution.
· Dans la première Partie M. Adanſon ,
7o MERCURE DE FRANCE.
expoſe l'état ancien & actuel de la Bota
nique ; il y compare les anciens travaux
des Botaniſtes à ceux des modernes. Il
penſe que les défauts que nous croyons
trouver dans les deſcriptions des anciens
Naturaliſtes Ariſtote, Téophraſte Dioſco
rides & Pline, ne ſont qu'apparens,ces
Auteurs ne donnant que des réſultats de
conoiſſancesà la pertée de tout le monde
& dépouillées des épines de l'Art , que
ſouvent leursTraducteurs ont mal rendu
leurs penſées, faute d'entendre aſſez la
Botanique. Ce ſentiment ne paroît pas
deſtitué de preuves » quoiqueThéophraſ
» te & Dioſcorides, dit-il , qui s'eſt at
» taché particulierement aux plantes, &
» qui s'eſt fait le plus grand nom ſur
» cette matière, n'ayent parlé que d'en
» viron 3 à 6ooo plantes & les ayent
» décrit de manière , qu'il eſt ſouvent
» difficile & quelquefois impoſſible de
» les reconnoître; on voit néanmoins
» dans nombres d'endroits de leurs
» ouvrages, des traits de lumière & des
» connoiſſances ſi profondes,dont quel
» ques-unes même paroiſſent ignorées
» aujourd'hui, & pourroient être appel
» lées des découvertes renouvellées des
a » Grecs, qu'on ne peut s'empêcher de
- º » convenir que malgré le mépris que
A V R I L. 1764.
71
» quelques Botaniſtes modernes affec
» tant de répandre ſur eux, ces grands
» hommes, quoiqu'ils n'ayent pas fait
» de méthode ſyſtématique , qu'ils ne
» regardoient que comme des diction
» naires trop ſuperficiels,avoient comme
» nous des connoiſſances de détail dont
» les temps ne nous ont conſervé que
» les réſultats généraux. Il eſt certain,au
» tant qu'on en peut juger par ce qui
» nous reſte des ouvrages d'Ariſtote,
» de Théophraſte , & de Pline , qu'ils
» ignoroient entiérement des parties
» que nous connoiſſons , & que nous
» avons approfondies ; mais il eſt plus
» probable, que leurs réſultats généraux
» dépendoient de ces connoiſſances de
» détail dont ces divins Auteurs laiſ
» ſoient échaper par intervalles de lé
» gères traces. Ce ſont de ces faits dont
» ne peut guères douter, tout hom
» me qui a étudié aſſez à fond les Scien
» ce naturelles ; & au lieu de croire que
» les Anciens n'ont adopté telle ou telle
22 opinion,que pance qu'ils n'avoient pas
» été auſſi loin que nous, nous devrions .
» peut - être plutôt penſer que c'eſt
» parce qu'ils avoient été beaucoup plus
» loin , & que des expériences que nous
» n'avons pas encore faites leur avoient
•72 MERCURE DE FRANCE.
» fait ſentir l'inſuſſiſance des méthodes
» dont nous nous contentons.
.
M. Adanſon fait voir auſſi que ſou
vent tel ſyſtême qui prend faveur à
l'appui de la célébrité & de la nouveau
té, n'eſt pas toujours le meilleur, & à
cet égard, il rend juſtice à la mémoire
de Tournefort, en laiſſant encore au
jourd'hui à cet illuſtre François la pre
mière place parmi les Botaniſtes » La
» préférence , dit-il , qu'on a donnée
» aux méthodes dans le choix des Etu
» des, n'a pas toujours été en raiſon
» de leur bonté ; l'eſprit national y a
» ſouvemt plus de part que le deſir de
» trouver la vérité. C'eſt ainſi que la
» méthode de Rai a été ſuivie par des
» Anglois célébres, Sloane , Pétiver,
» Martin , & en partie par Dillen; le
» ſyſtême de Rivin a été embraſſé par
» les Allemands les plus diſtingués en
» Botanique, Cretien , Knal, Ruppias,
» M. Ludwig , Siegerbek , &c. Celui
» de M. Lianaus n'a guères eu pour
» Sectateurs que ſes diſciples. Mais ce
» qui parle en faveur de la méthode de
» Tournefort, c'eſt qu'indépendemment
» des François célébres Paumier, Ma
» chant, Dodart, Niſſote, MM. de Juſ
» ſieu, & Vaillant qui le ſuivirent, elle
» fut
A V R I L. 1764:
73
» fut adoptée par les Etrangers qui te
» noient le premier rang en Botanique ;
» en Italie par Pontedeva, M. Monti &
» Micheli ; en Allemagne, en Angle
» terre & en Saxe par pluſieurs Sça
» vans diſtingués ; & ce qui ajoute en
» core au mérite de cette méthode &
» qui fait en même temps l'éloge de
» nos Botaniſtes François , c'eſt que
» malgré l'accueil que la frivolité ſem
» ble faire à la nouveauté , le ſyſtême
» de M. Lianaus ne lui a rien fait per
» dre de ſon éclat, & que M. de Juſſieu
» dont les vaſtes connoiſſances en Bo
» tanique ne laiſſent pas ſentir à la
» France la perte du grand Tournefort,
» en a toujours conſervé les ſages prin
» cipes que nous nous faiſons gloire
» d'adopter. Enfin nous voyons avec
» ſatisfaction , que ces principes ſe ré
» pandent juſqu'en Eſpagne, comme
» le témoigne l'Ouvrage tout récent
» du célébre M. Quer qui a cru très-ju
» dicieuſement ne pouvoir rien faire
» de plus utile au renouvellement de
» la Botanique dans ſon pays , que de
» traduire en ſa langue la méthode de
» Tournefort pour l'inſtruction de ſes
» diſciples ; de ſorte qu'on peut dire
» qu'elle a été ſuivie par les Nations
II. Vol.
74 MERCURE DE FRANCE.
» les pius ſçavantes de l'Europe. ... . .
» L'exécution d'une pareille méthode ,
» dans un temps où la Botanique étoit
» encore dans l'enfance , ne pouvoit
» être que l'eſfort d'un génie vaſte &
» créateur; & il ne s'eſt encore trouvé
» perſonne qui ait refuſé ces deux
» grandes qualités à l'illuſtre Tourne
» fort qui s'eſt acquis aux plus juſtes
» titres le nom de père des Botaniſtes...
» Et ce qui doit nous inſpirer plus
» d'eſtime & de confiance , c'eſt de
» voir que depuis près d'un ſiécle, elle
» ait conſervé une ſupériorité ſinguliè
» re ſur toutes celles qui ont paru de
» puis, quoiqu'elle ne fût pas étayée de
» toutes les découvertes qui ont été
» faites 7o ans après lui : d'où il eſt aiſé
» de juger combien ce grand homme
» avoit devancé & laiſſé derrière lui les
» Botaniſtes de ſon temps.
Après avoir expoſé les progrès, &
l'état ancien & actuel de la Botanique ;
après avoir fait une comparaiſon, &éta
bli une balance entre les diverſes mé
thodes ; après avoir prouvé que toutes
celles qui ont été faites juſqu'ici, ſoit
pour en faciliter l'étude, ſoit dans le deſ
ſein de trouver la méthode naturelle, ne
pouvoient remplir cet objet, ni condui
A V R IL. 4764.
75
re cette Science au degré de perfection
dont elle eſt ſuſceptible, parce que leurs
principes ne portoient que ſur la conſi
dération d'un petit nombre de parties de
Plantes; M. Adanſon démontre par un
nombre ſuffiſant de faits, de preuves &
d'expériences, qu'une méthode ou ſyſ
tême naturel en Botanique, ou en toute
autre partie de l'Hiſtoire Naturelle, s'il
en éxiſte ou s'il en peut éxiſter un, ne
peut conſiſter que dans l'enſemble des
caractères tirés de toutes les parties des
Plantes : conſidération tout-à-fait neu
ve, qui diſtribue tous les genres connus
des Plantes en cinquante-huit Familles.
· C'eſt ſur cette diſtribution que M,
Adanſon a travaillé la deuxième Partie.
ou la Partie pratique de ſon Ouvrage,
dont nous donnerons ci-après une idée.
» Tout arrangement méthodique,
» dit-il , où l'on n'admet pas de ſyſtême,
» n'eſt-il pas l'arrangement de la Na
» ture , c'eſt-à-dire, la méthode natu
» relle ? On donnera le nom que l'on
» voudra à mes Familles ; mais il n'en
» ſera pas moins vrai, qu'elles ne peu
» vent être ſyſtêmatiques, puiſqu'elles
» n'ont pas d'autres fondemens de divi
» ſion , que les vuides ou interruptions
w que la Nature nous montre dans la ſé
D ij
|
76 MERCURE DE FRANCE.
, rie des Plantes, rapprochées par tous
» les rapports de
reſſemblance ; &
» que, ſi elles ne ſont pas ces claſſes
» naturelles que l'on cherche, elles en
» ont bien l'air, & y reſſemblent fort.
» Au reſte, je ne leur donnerai pas ce
» faſtueux nom de Familles naturelles ;
» chacun les qualifiera comme il jugera
» à propos. » Si c'eſt ſur un ſemblable
modèle que M. Adanſon a dirigé ſon
plan du travail général ſur l'Hiſtoire Naº
turelle & ſur la Phyſique, dont il parle à
la page 2oo , & qui prouve la liaiſon &
la clef de toutes les Sciences naturelles,
il n'eſt pas douteux, à en juger par l'éº
xécution de celui-ci, qu'on ne ſçauroit
deſirer trop tôt de voir la publication
d'un Ouvrage auſſi utile.
.
-
| Les principaux avantages de ces Fa
milles ſont de procurer à la Botanique
1°. toute la certitude & la ſtabilité ; 2°.
l'étendue & l'univerſalité;3°. la briéveté;
4°. la facilité dont cette Science eſt ſuſ
ceptible; 5°. enfin des vues d'utilité plus
générales ſur les qualités des Plantes pour
ies teintures, & ſur leurs vertus médici
nales. Le dernier objet mérite d'autant
plus d'attention, qu'on avoit ſoupçonné
avec aſſez de fondement, que toutes les
plantes rangées dans une même Famille
-
A V R I L. 1764.
77
ſur la ſimilitude & la convenance du plus
grand nombre de leurs parties intérieu
res, avoient des vertus ſemblables qui
ne différoient que du plus ou moins dans
leur intencité, & non dans leur qualité.
Idée qui s'eſt vérifiée depuis, & que
l'expérience confirme de jour en jour.
On ſçait combien l'analyſe chymique eſt
incertaine pour décider les vertus des
Plantes; c'eſt donc un grand pas de fait
à l'avantage de la Médecine, que d'a-
voir ſçu rapporter les genres à leurs Fa
milles Naturelles. Avec cette connoiſ
ſance, on peut aller à tâtons trouver en
France des Plantes capables de ſuppléer
à certaines qu'on tire à grands frais des
pays étrangers; & , par la même raiſon,
on peut trouver en Amérique, en Afri
que & en Aſie des Plantes analogues à
celles de l'Europe. Il en eſt de même
des teintures; différentes Plantes donnent
des couleurs ſemblables en divers pays.
Que de reſſources ne trouve-t-on pas
dans la Nature, lorſqu'elle eſt étudiée
& guidée par la méthode d'une analogie
bien raiſonnée ! Et il paroît que cette
partie eſt l'élément de notre Auteur. Si
c'eſt un mérite que d'être méthodique,
on peut dire que cet Ouvrage l'eſt juſ
ques dans les plus petites parties : les
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
éxemples s'en préſentent à chaque pas,
& ſur-tout dans les ſoixante-cinq Syſtê
mes ſimples qu'il a exécutés entre les an
nées 1741 & 1755, non-ſeulement pour
remplacer les cinquante-fix Syſtêmesan
ciens,trop compliqués & trop difficiles,
mais encore pour ſuppléer à ceux qui
n'avoient pas encore été faits ſur pluſieurs
parties des Plantes, & en même temps
pour échaffauder & étayer les cinquante
huit Familles qu'il publie aujourd'hui.
Les bornes d'un Extrait ne nous per
mettent pas de nous étendre ſur nombre
de faits de Phyſique tous nouveaux,que
M. Adanſon traite, & qu'il faut lire dans
l'Ouvrage même. Telles ſont les recher
ches pour s'aſſurer s'il éxiſte dans la Na
ture des claſſes, des genres & des eſpè
ces , dans le ſens dont l'entendent les
Naturaliſtes; & il ſemble qu'il a pris la
vraie route pour la décider, en en cher
chant l'explication , les preuves & la ſo
lution dans la nature même des Plantes
& des Animaux. La ſolution de cette
queſtion étoit néceſſaire dans cet Ouvra
ge, pour concilier les débats continuels
des Botaniſtes, & pour conſtater enfin
quelles ſont les parties des Plantes dont
on doit tirer les caractères les moins arbi
traires , pour les diſtinguer les unes des
A V R I L. 1764:
79
autres. On peut mettre encore dans le
rang des choſes tout-à-fait neuves ccs
obſervations ſur la températu e des Plan
tes ; la manière dont il conſidère la vé
gétation ; ce qui donne lieu à une théo
rie qui pourra être très-utile à l'Agricul
ture ; ſa façon de conſtruire les terres ,
applicables aux divers climats, & non
bre d'autres articles auſſi intéreſſans.
uoiqu'il y ait beaucoup de détails
, profonds ſur la Science, cet Ouvrage
n'eſt cependant pas par-tout hériſſé d'é-
- pines & de difficultés. Il y a des mor
· ceaux capables de piquer la curioſité,
amuſer même en infiruiſant, ſur-tout
' dans la partie où M. Adanſon expoſe les
- réſultats des découvertes les plus moder
nes. On eſt quelquefois bien-aiſe de ſça
voir tout ce qui a été obſervé de plus
· ſingulier, & qui ſemble même tenir du
merveilleux , ſur la prodigieuſe fécon
dité des Plantes, ſur la monſtrueuſe groſ
ſeur de certains arbres , dont le tronc a
ſouvent plus de vingt-cinq pieds de dia
- mètre, ſur ces Palmiers & ces Lianes
- de trois cens pieds de hauteur, qui entre
laſſent tous les arbres d'une forêt, &
ſur tant d'autres faits auſſi ſinguliers,
qu'il n'y avoit qu'un Botaniſte Voyageur
qui en pût apprécier la juſte valeur.
ID iy
8o MERCURE DE FRANCE.
Son Voyage aux Iſles Canaries, au
Senégal & aux Iſles Açores, lui a pro
curé un grand avantage pour réformer
la partie des Plantes étrangères, qui
etoient en général peu connues, & dont
le nombre ſurpaſſe infiniment celui de
nos Plantes Européennes, & qui lui a
donné lieu d'ajouter près de cinq cens
genres aux onze cens qui avoient été
établis avant lui ; de ſorte qu'il donne
dans ſes Familles la deſcription de ſeize
cens genres environ, malgré la ſuppreſ
ſion d'un grand nombre que l'inexacti
tude des obſervations avoit fait mal-à-
propos partager en pluſieurs.
*
Nous ne ſuivrons pas plus loin M.
Adanſon dans ſes détails ſur la meil
leure manière de nommer & d'enſeigner
les Plantes; dans ſes idées ſur un plan
nouveau de réforme qu'iljuge néceſſaire
à l'Ortographe Françoiſe; dans ſa Table
raiſonnée ſur les vertus des Plantes ;
dans celle des ſynonymes anciens qu'il a
établis à leur place ; enfin dans la Table
chronologique des Auteurs dont la con
noiſſance eſt la plus néceſſaire aux Bota
niſtes. Chacun ſent l'utilité de tous ces
morceaux, pour former une convexion
en enſemble raiſonnée dans toutes les
parties d'un Ouvrage univerſel de Bota
A V R I L. 1764.
8 I
nique : nous ne finirions pas ſi nous en
treprenions de faire ſimplement l'énumé
ration des articles les plus eſſentiels trai
tés par M. Adanſon, ſur cette Science ,
qui eſt ſans contredit la plus vaſte de
l'Hiſtoire Naturelle, par la multiplicité
des objets. On peut en donner une lé
gère idée, en diſant qu'il a trouvé dans
les Auteurs plus de dix-huit mille eſpè
ces ou variétés, décrites ou figurées tant
bien que mal, & qu'on peut juger par
celles que nous poſſédons ſéches dans
des herbiers, & par l'immenſe étendue
des pays qui n'ont pas encore été déſi
chés par des Botaniſtes ſuffiſamment
inſtruits que nos richeſſes en ce genre de
collection peuvent être augmentées au
moins du double. Cette remarque lui
donne occaſion d'ajouter le ſujet d'un
grand Voyage qui ſervit d'une utilité gé
nérale pour les Sciences Naturelles, &
peut-être pour le Commerce de l'Europe.
Nous n'entrerons pareillement dans au
cun détail ſur l'exécution de la ſeconde
partie de cet Ouvrage, à laquelle nous
renvoyons le Lecteur Botaniſte ;
il y
trouvera à la tête de chaque Famille, &
à chaque genre de Plantes, toutes les
connoiſſances pratiques anciennes&mo
dernes, raſſemblées dans autant d'arti
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
cles & de colonnes qu'il y a de partiès
dans les Plantes. Ouvrage d'un détail
immenſe , & d'autant plus pénible pour
l'Auteur, qu'il a ſçu préſenter , avec un
ordre & une méthode ſingulière, &
dans l'eſpace de quelques lignes, tout
l'eſſentiel des caractères génériques ; de
ſorte que, d'un ſeul coup-d'œil, il peut
voir les reſſemblances & les différences
principales de tous les genres d'une même
Famille, enfin ſaiſir leur enſemble , ſans
être obligé de lire un très-grand nombre
de pages de deſcriptions des Auteurs, où
elles ſont comme noyées. Cette manière
auſſi neuve qu'utile de préſenter en abré
gé le tableau des connoiſſances actuelles
ſur une Science vaſte & très-compli
quée, facilite ſingulièrement la compa
raiſon de ces divers objets. Elle en faci
lite pareillement l'étude au point qu'on
pourra déſormais , ſans connoître toutes
les Plantes, ſçavoir néanmoins toute la
Botanique :
il ſuffira pour cela de con
noître deux ou trois genres les plus dif
férens de chaque Famille. Enfin, M.
Adanſon conclut avec raiſon que la Bo
tanique, ainſi traitée, n'eſt plus une
Science de nom , comme on la qualifie
tous les jours ; mais qu'elle eſt une
Science de fait, & par conſéquent ſuſ
» A
A V R I L. 1764.
83
· ceptible de combinaiſons & de problê
· mes. Il en propoſe même quelques-uns
capables d'indiquer la route qu'il faut
ſuivre, pour éxercer les Etudians en Bo
- tanique, pour fortifier les plus avancés ,
· & pour nourrir & entretenir les plus pro
· fonds Botaniſtes dans les connoiſſances
qu'ils ont acquiſes.
La vérité eſt ſimple, & ſa recherche
a conduit M. Adanſon à préférer l'ordre,
la préciſion de la méthode & la netteté
· du ſtyle aux fleurs du langage qui ne
· conviennent nullement à un Livre de
· Science traité auſſi à fond, Le même
principe de vérité l'a porté à indiquer ce
qui reſte encore à ajouter aux travaux
des Anciens & des Modernes , & aux
ſiens mêmes , pour procurer à la Botani
que toute la perfection dont cette Scien
· ce eſt ſuſceptible, Il n'eſt pas douteux
· que ſi tous les Auteurs ſe faiſoient une
•
loi de préſenter ainſi dans leurs Ouvrages
un tableau de tout ce qui a été fait avant
eux, on verroit éclorre beaucoup moins
· de volumes, & plus de choſes neuves.
D'où réſulteroit un avantage pour la
ſociété, & un luſtre de plus pour le
' ſiécle.
-
-
D vj
-
Il paroît en général que M. Adanſon a
84 MERCURE DE FRANCE.
raſſemblé dans ſes deux Volumes tout
l'hiſtorique, théorique & pratique de la
Botanique , depuis les Grecs juſqu'à
nous; qu'il y a beaucoup plus de choſes
neuves dans cet Ouvrage,qu'on ne pour
roit le dire ſans paroître chercher à le
flatter & que cet Académicien a ſuppri
mé ce qu'il y a de plus comnu, pour faire
place à des choſes plus eſſentielles ou qui
avoient été traitées avec moins d'exacti
tude & de méthode par ſes prédéceſſeurs.
C'eſt dans cette vue qu'il n'a donné
d'autres figures que celle d'une nouvelle
conſtruction, pour ne pas trop groſſir
ſon Ouvrage , renvoyant aux figures
des meilleurs Auteurs qu'il cite par-tout
où il eſt néceſſaire. *Cet Extrait, que nous avons trouvé bien fait nous a été communiqué.
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Résumé : FAMILLES des Plantes, par M. ADANSON, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale de Londres, Censeur Royal. A Paris, chez Vincent, Imprimeur-Libraire de Mgr le COMTE DE PROVENCE, rue S. Séverin ; avec Approbation & Privilége du Roi ; 1763 ; 2 vol.in-8 o .
En 1763, Michel Adanson publie 'Familles des Plantes', une œuvre majeure en botanique divisée en deux parties : théorique et pratique. Dans cet ouvrage, Adanson compare les travaux des botanistes anciens, tels qu'Aristote et Théophraste, avec ceux des modernes, défendant les premiers pour leurs descriptions précises. Il critique les systèmes modernes, soulignant que leur popularité ne garantit pas leur supériorité. Adanson rend hommage à Tournefort, dont la méthode est encore respectée et utilisée, notamment en Espagne grâce à la traduction de Quer. Reconnu comme le 'père des Botanistes', Adanson critique les méthodes botaniques existantes, basées sur des parties limitées des plantes, et propose une nouvelle approche intégrant tous les caractères des plantes. Il classe les genres en cinquante-huit familles, offrant une méthode naturelle et systématique. Son ouvrage explore également les qualités des plantes pour les teintures et leurs vertus médicinales, permettant de trouver des substituts locaux à des plantes importées. Adanson illustre sa méthodologie rigoureuse par ses soixante-cinq systèmes réalisés entre 1741 et 1755. Publié en avril 1764, son travail inclut des observations sur la température des plantes et leur végétation, utiles à l'agriculture. Ses voyages aux Îles Canaries, au Sénégal et aux Îles Açores enrichissent la connaissance des plantes étrangères, ajoutant près de cinq cents genres aux onze cents existants. Il propose des réformes orthographiques et des tables sur les vertus des plantes et les synonymes anciens, visant à structurer la botanique de manière rationnelle et accessible.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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