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5351
p. 2226-2235
Les Eveillez de Poissi et les petits Comediens. Autres Pieces nouvelles. [titre d'après la table]
Début :
Le 27. Août, l'Opera Comique donna la premiere Représentation de deux petites [...]
Mots clefs :
Foire, Danse, Chevalier, Tragédie, Enfants comédiens, Danseurs pantomimes anglais
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texteReconnaissance textuelle : Les Eveillez de Poissi et les petits Comediens. Autres Pieces nouvelles. [titre d'après la table]
Le 27. Août , l'Opera Comique donna
la premiere Représentation de deux petites .
Piéces
SEPTEMBRE . 1731. 2227
Pièces nouvelles , d'un'Acte chacune, avec
des Divertissemens. La premiere a pour titre
les Eveillez de Poiffi, et l'autre, les petits
Comédiens, ou la Tante dupée. Les rôles
de cette derniere Piéce sont joüez par
des Enfans , dont le plus âgé n'a pas treize
ans ; ils sont très-applaudis par de nombreuses
Assemblées que cette singularité
attire à la Foire S. Laurent pour voir ce
spectacle , aussi singulier qu'agréable . Il y
a dans le Divertissement un Enfant âgé
de quatre ans seulement, qui danse et parodie
avec beaucoup de grace et de justesse:
la danse du Sabotier , executée aux Foires
précedentes par le sieur Nivelon , fameux
Danseur pour ces sortes de caracteres. Ce
Divertissement est terminé par un très -joli
Balet, quireprésente en Scenes muettes et
dansantes , le Jugement de Pâris , et qui est
executé par les excellens Danseurs Pantomimes
dont on a déja parlé. La D Groi
gnet , nouvelle Danseuse , s'y est aussi dis-´
tinguée par differentes danses , executées :
avec beaucoup de vivacité. Voici un Extrait
de la Piéce.
La Scene se passe dans une Maison de
Campagne auprès de Tours , où se trouve
le Chevalier , ami de la Dame du lieu ,.
appellée Jule , laquelle devant donner
une Fête , avoit mandé une Troupe de
H vj Comé
2228 MERCURE DE FRANCE
Comédiens de Campagne . Dans le tempsqu'ils
étoient dans une vive impatience de
voir paroître cette Troupe pour représenter
la Tragédie d'Iphigenie , qu'on
avoit demandée ; un Domestique vient
annoncer le désastre arrivé en chemin à
cette Troupe. La Rancune * qui en est le
Chef, arrive un moment après un bras en
écharpe et un emplatre à la joüe , et s'adressant
à Julie et au Chevalier , leur dit :
Jamais nous ne goutons de parfaite allegresse ;
Nos plus heureux succès sont mêlez de tristesse
Madame,je comptoís que ma Troupe aujourd'hui,
De ce charmant séjour viendroit chasser l'ennui,
Chacun s'étoit flatté de la douce esperance ,
D'étaler à vos yeux son Art et sa Science ,
Mais un malheur subit a trahi nos desirs ,
Renversé notre espoir et détruis vos plaisirs ;-
Nous avions presque fait les trois quarts
voyage ,
Et nous voyons déja le Clocher du Village ,
Quand un maudit Chasseur que le Ciel en couroux
,
Pour punir nos forfaits fit approcher de nous ,
Vit un Oiseau perché sur la branche d'un Hêtre ;
Sa main dans le moment met la mainau Salpêtre,
Il apprête , il ajuste , et d'un coup effrayant ,
Pait voler dans les airs le métal fondroyant.
Le Sr Drouin. qui joue très - bien ce Rôle
La
SEPTEMBRE. 1731. 2229
La terre s'en émeut , les Antres en gémissent ,
De nos Coursiers fringants tous les crins se he
rissent ;
La terreur les saisit , et de colere ardens ,
Soudain nous les voyons prendre le mords aux:
dents ;
Du Guide consterné la voix foible et tremblante;
Tâche en vain d'arrêter leur fougue violente
La voiture entraînée au gré de leur fureur ,
Va donner contre un Roc d'une énorme gros
seur ;
L'essieu crie et se rompt ::ô ! spectacle terrible !
Capable d'attendrir l'ame la moins sensible..
Dans un Marais bourbeux Ragotin renversé ,
Et dans ses brodequins lui- même embarrassé ,
Après avoir long-temps dans un confus mélange,
De Livres , de paquets , de poussiere et de fange ,
Lutté contre la mort , la fortune et les Dieux ,
Reste à la fin sans force et périt à nos yeux.
J'ai vû , Seigneur , j'ai vâles ronces degoutantes,
Porter de ce Heros les dépouilles sanglantes ;
Comme lui maint Acteur dans le sang est baigné,
Et c'est moi que le sort a le plus épargné.
Julie plaint beaucoup la situation de
ce Comédien et de sa Troupe , mais elle
veut l'obliger à jouer la Tragédie d'Iphigenie.
Le Chevalier y joint ses instances,
oni , dit- il , et chante sur l'Air de la Palisse
est mort .
2230 MERCURE DE FRANCE
Le Chevalier..
Vous là jouerez ......
Le Comédien..
Eh ! comment:
Satisfaire votre envie ?
Peut- être dans ce moment
On trépane Iphigenie.
Si vous voyez dans quel état est Aga
memnon ( continue le Comédien ) et
chante sur l'Air : Que dans l'amoureux
mystere.
Pouvons-nous sur le Théatre ,
Mettre un Roy tout fracassé
Achille porte un emplâtre ,..
Ulisse a le bras cassé ;
De notre Orquestre ,
Le Pupitre s'est brisé
Sur Clytemnestre ..
,,
Ce contre- temps engage la Rancune
à proposer de faire jouer une petite Trou
pe composée de sa Famille , qui s'est trouvée
heureusement dans une autre Voitu
re ; Julie et le Chevalier acceptent ceparti
. Le Comédien demande au Public
quelque indulgence pour cette Troupe
naissante.
SEPTEMBRE 1731. 2238
naissante , et chante sur l'Air : Ici je fonde
une Abbaye.
S'ils n'ont pas l'honneur de vous plaire ,,
Epargnez-les , c'est moi , Messieurs ,
Qui doit porter votre colere ;
J'ai fait la Piece et les Acteurs.
Les Enfans . Comédiens joüent ensuite
une petite Piece ingénieusement composée
et proportionnée à leur âge. Elle est
intitulée la Niece vengée , ou la Double
Surprise ; elle est de la composition de
M. Panard , la Musique est de M. Gillier :
voicy quelques Couplets du Vaudeville..
Fulie.
Par l'âge ni par la grandeur ;
Ne jugeons jamais d'un Acteur ;
Ceux-cy dont je suis satisfaite ,
Font voir que pour être amusants,
Les petits , tourelourirette ,
Valent bien les grands.
De la bravoure des Soldats ,
La taille ne décide pas ;
Bien souvent , lorsque la Trompette
Appelle au feu les Combattans ,
Les Petits, & c..
Les
2232 MERCURE DE FRANCE
Les Vers sublimes et pompeux ,
Deviennent souvent ennuyeux ;
Ceux d'une simple Chansonnette ,
Quelquefois sont vifs et picquants ;
Les Petits , & c..
La Foire dans ses plus beaux jours ,
Ne vit jamais un tel concours ;
L'aspect de la Salle complette ,
Me fait chanter , ô ! l'heureux temps !!
Les Petits , tourelourirette ,
Font venir les Grands.
Le Petit Sabottier.
Quoique je ne sois qu'un nabot ,
Je sçai remuer le sabot ;
Ma danse est encore imparfaite ,
Mais j'espere qu'en peu de temps ,.
Mes petons , tourelourirette ,
Vaudront bien les grands..
La Petite Tante.
Ha! que nous nous croirons heureux ,
Si l'on est content de nos Jeux ;
Et qu'avec moi chacun repete ,
Ces mots , pour nous si ravissans ;
Les Petits , tourelourirette ,
Valent bien les grands,
Un
SEPTEMBRE. 1731. 2233
Un petit Crispin.
Que mon destin seroit charmant ,
Si le Spectateur en sortant ,
Disoit d'une ame satisfaite ,
Crispin me plaît , il est brillant ;
Ce Petit , tourelourirette ,
En vaut bien un grand.
Le 18. Septembre , le même Opera Comique
fut mandé pour aller jouer à la
Cour. Il représenta devant la Reine ,
l'Acte de Strasbourg , Piece jouée au commencement
de la Foire S. Laurent , dans
lequel la Dite le Grand , habillée en homme
, fait beaucoup de plaisir ; ensuite la
Piece des Petits Comédiens , dont on vient
de parler , et la danse du Petit Sabotier
qui plut infiniment. Ce Divertissement
fut terminé par le premier Ballet executé
par les Danseurs Anglois Pantomimes
dont on a parlé . S. M. parut très - satisfaite
de ce Divertissement , par la singu→
larité de ces Petits Comédiens qui jouerent
avec beaucoup de hardiesse et d'intelligence.
Le 20. l'Opera Comique donna le premiere
Représentation d'une Piece nouvelle
en un Acte , qui a pour titre : le
Temple du Sommeil , suivie de celle des
Petits Comédiens , et du premier Ballet de
Danseurs Pantomimes Anglois .
la premiere Représentation de deux petites .
Piéces
SEPTEMBRE . 1731. 2227
Pièces nouvelles , d'un'Acte chacune, avec
des Divertissemens. La premiere a pour titre
les Eveillez de Poiffi, et l'autre, les petits
Comédiens, ou la Tante dupée. Les rôles
de cette derniere Piéce sont joüez par
des Enfans , dont le plus âgé n'a pas treize
ans ; ils sont très-applaudis par de nombreuses
Assemblées que cette singularité
attire à la Foire S. Laurent pour voir ce
spectacle , aussi singulier qu'agréable . Il y
a dans le Divertissement un Enfant âgé
de quatre ans seulement, qui danse et parodie
avec beaucoup de grace et de justesse:
la danse du Sabotier , executée aux Foires
précedentes par le sieur Nivelon , fameux
Danseur pour ces sortes de caracteres. Ce
Divertissement est terminé par un très -joli
Balet, quireprésente en Scenes muettes et
dansantes , le Jugement de Pâris , et qui est
executé par les excellens Danseurs Pantomimes
dont on a déja parlé. La D Groi
gnet , nouvelle Danseuse , s'y est aussi dis-´
tinguée par differentes danses , executées :
avec beaucoup de vivacité. Voici un Extrait
de la Piéce.
La Scene se passe dans une Maison de
Campagne auprès de Tours , où se trouve
le Chevalier , ami de la Dame du lieu ,.
appellée Jule , laquelle devant donner
une Fête , avoit mandé une Troupe de
H vj Comé
2228 MERCURE DE FRANCE
Comédiens de Campagne . Dans le tempsqu'ils
étoient dans une vive impatience de
voir paroître cette Troupe pour représenter
la Tragédie d'Iphigenie , qu'on
avoit demandée ; un Domestique vient
annoncer le désastre arrivé en chemin à
cette Troupe. La Rancune * qui en est le
Chef, arrive un moment après un bras en
écharpe et un emplatre à la joüe , et s'adressant
à Julie et au Chevalier , leur dit :
Jamais nous ne goutons de parfaite allegresse ;
Nos plus heureux succès sont mêlez de tristesse
Madame,je comptoís que ma Troupe aujourd'hui,
De ce charmant séjour viendroit chasser l'ennui,
Chacun s'étoit flatté de la douce esperance ,
D'étaler à vos yeux son Art et sa Science ,
Mais un malheur subit a trahi nos desirs ,
Renversé notre espoir et détruis vos plaisirs ;-
Nous avions presque fait les trois quarts
voyage ,
Et nous voyons déja le Clocher du Village ,
Quand un maudit Chasseur que le Ciel en couroux
,
Pour punir nos forfaits fit approcher de nous ,
Vit un Oiseau perché sur la branche d'un Hêtre ;
Sa main dans le moment met la mainau Salpêtre,
Il apprête , il ajuste , et d'un coup effrayant ,
Pait voler dans les airs le métal fondroyant.
Le Sr Drouin. qui joue très - bien ce Rôle
La
SEPTEMBRE. 1731. 2229
La terre s'en émeut , les Antres en gémissent ,
De nos Coursiers fringants tous les crins se he
rissent ;
La terreur les saisit , et de colere ardens ,
Soudain nous les voyons prendre le mords aux:
dents ;
Du Guide consterné la voix foible et tremblante;
Tâche en vain d'arrêter leur fougue violente
La voiture entraînée au gré de leur fureur ,
Va donner contre un Roc d'une énorme gros
seur ;
L'essieu crie et se rompt ::ô ! spectacle terrible !
Capable d'attendrir l'ame la moins sensible..
Dans un Marais bourbeux Ragotin renversé ,
Et dans ses brodequins lui- même embarrassé ,
Après avoir long-temps dans un confus mélange,
De Livres , de paquets , de poussiere et de fange ,
Lutté contre la mort , la fortune et les Dieux ,
Reste à la fin sans force et périt à nos yeux.
J'ai vû , Seigneur , j'ai vâles ronces degoutantes,
Porter de ce Heros les dépouilles sanglantes ;
Comme lui maint Acteur dans le sang est baigné,
Et c'est moi que le sort a le plus épargné.
Julie plaint beaucoup la situation de
ce Comédien et de sa Troupe , mais elle
veut l'obliger à jouer la Tragédie d'Iphigenie.
Le Chevalier y joint ses instances,
oni , dit- il , et chante sur l'Air de la Palisse
est mort .
2230 MERCURE DE FRANCE
Le Chevalier..
Vous là jouerez ......
Le Comédien..
Eh ! comment:
Satisfaire votre envie ?
Peut- être dans ce moment
On trépane Iphigenie.
Si vous voyez dans quel état est Aga
memnon ( continue le Comédien ) et
chante sur l'Air : Que dans l'amoureux
mystere.
Pouvons-nous sur le Théatre ,
Mettre un Roy tout fracassé
Achille porte un emplâtre ,..
Ulisse a le bras cassé ;
De notre Orquestre ,
Le Pupitre s'est brisé
Sur Clytemnestre ..
,,
Ce contre- temps engage la Rancune
à proposer de faire jouer une petite Trou
pe composée de sa Famille , qui s'est trouvée
heureusement dans une autre Voitu
re ; Julie et le Chevalier acceptent ceparti
. Le Comédien demande au Public
quelque indulgence pour cette Troupe
naissante.
SEPTEMBRE 1731. 2238
naissante , et chante sur l'Air : Ici je fonde
une Abbaye.
S'ils n'ont pas l'honneur de vous plaire ,,
Epargnez-les , c'est moi , Messieurs ,
Qui doit porter votre colere ;
J'ai fait la Piece et les Acteurs.
Les Enfans . Comédiens joüent ensuite
une petite Piece ingénieusement composée
et proportionnée à leur âge. Elle est
intitulée la Niece vengée , ou la Double
Surprise ; elle est de la composition de
M. Panard , la Musique est de M. Gillier :
voicy quelques Couplets du Vaudeville..
Fulie.
Par l'âge ni par la grandeur ;
Ne jugeons jamais d'un Acteur ;
Ceux-cy dont je suis satisfaite ,
Font voir que pour être amusants,
Les petits , tourelourirette ,
Valent bien les grands.
De la bravoure des Soldats ,
La taille ne décide pas ;
Bien souvent , lorsque la Trompette
Appelle au feu les Combattans ,
Les Petits, & c..
Les
2232 MERCURE DE FRANCE
Les Vers sublimes et pompeux ,
Deviennent souvent ennuyeux ;
Ceux d'une simple Chansonnette ,
Quelquefois sont vifs et picquants ;
Les Petits , & c..
La Foire dans ses plus beaux jours ,
Ne vit jamais un tel concours ;
L'aspect de la Salle complette ,
Me fait chanter , ô ! l'heureux temps !!
Les Petits , tourelourirette ,
Font venir les Grands.
Le Petit Sabottier.
Quoique je ne sois qu'un nabot ,
Je sçai remuer le sabot ;
Ma danse est encore imparfaite ,
Mais j'espere qu'en peu de temps ,.
Mes petons , tourelourirette ,
Vaudront bien les grands..
La Petite Tante.
Ha! que nous nous croirons heureux ,
Si l'on est content de nos Jeux ;
Et qu'avec moi chacun repete ,
Ces mots , pour nous si ravissans ;
Les Petits , tourelourirette ,
Valent bien les grands,
Un
SEPTEMBRE. 1731. 2233
Un petit Crispin.
Que mon destin seroit charmant ,
Si le Spectateur en sortant ,
Disoit d'une ame satisfaite ,
Crispin me plaît , il est brillant ;
Ce Petit , tourelourirette ,
En vaut bien un grand.
Le 18. Septembre , le même Opera Comique
fut mandé pour aller jouer à la
Cour. Il représenta devant la Reine ,
l'Acte de Strasbourg , Piece jouée au commencement
de la Foire S. Laurent , dans
lequel la Dite le Grand , habillée en homme
, fait beaucoup de plaisir ; ensuite la
Piece des Petits Comédiens , dont on vient
de parler , et la danse du Petit Sabotier
qui plut infiniment. Ce Divertissement
fut terminé par le premier Ballet executé
par les Danseurs Anglois Pantomimes
dont on a parlé . S. M. parut très - satisfaite
de ce Divertissement , par la singu→
larité de ces Petits Comédiens qui jouerent
avec beaucoup de hardiesse et d'intelligence.
Le 20. l'Opera Comique donna le premiere
Représentation d'une Piece nouvelle
en un Acte , qui a pour titre : le
Temple du Sommeil , suivie de celle des
Petits Comédiens , et du premier Ballet de
Danseurs Pantomimes Anglois .
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Résumé : Les Eveillez de Poissi et les petits Comediens. Autres Pieces nouvelles. [titre d'après la table]
Le 27 août 1731, l'Opéra Comique a présenté deux pièces en un acte, accompagnées de divertissements. Les pièces, intitulées 'Les Éveillez de Poiffi' et 'Les petits Comédiens, ou la Tante dupée', ont été interprétées par des enfants dont le plus âgé n'avait pas treize ans. Ces représentations ont attiré une foule nombreuse à la Foire Saint-Laurent, notamment grâce à la présence d'un enfant de quatre ans qui dansait et parodiait avec grâce. La pièce 'Les petits Comédiens' se déroule dans une maison de campagne près de Tours. Julie, la dame du lieu, et son ami le Chevalier attendent une troupe de comédiens pour représenter la tragédie d'Iphigénie. Cependant, un domestique annonce un accident ayant causé la mort de plusieurs comédiens. La Rancune, chef de la troupe, arrive blessé et raconte l'accident. Julie et le Chevalier insistent pour que la pièce soit jouée malgré tout. La Rancune propose alors une troupe composée de sa famille, qui joue une pièce intitulée 'La Nièce vengée, ou la Double Surprise'. Le 18 septembre, l'Opéra Comique a été invité à la cour pour représenter 'L'Acte de Strasbourg', 'Les petits Comédiens', et la danse du Petit Sabotier, suivie d'un ballet exécuté par des danseurs anglais. La reine a été très satisfaite de ces représentations. Le 20 septembre, l'Opéra Comique a présenté une nouvelle pièce en un acte, 'Le Temple du Sommeil', suivie de 'Les petits Comédiens' et d'un ballet de danseurs anglais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5352
p. 2234-2236
TURQUIE ET PERSE.
Début :
On a appris par des Lettres de Constantinople, que la nuit du 19 au 20. Juillet le feu [...]
Mots clefs :
Jésuites, Janissaires, Constantinople, Gouverneur, Lettres
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texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
TURQUIE ET PERSE.
Na appris par des Lettres de Constantino-
Ople, appe pauitdu 19 au go. Juillet le feu
avoit pris au Faubourg de Tophana , que le vent
étoit si violent , qu'on n'avoit pû arrêter les suites
de l'Incendie , malgré les secours qu'y
firent apporter le Grand Seigneur , le G. Viz, et
le Capitan Pacha , qui s'y étoient rendus à cheval;
que le 20. à dix heures du matin , les flammes
qui s'étoient communiquées au Fauxbourg de
Galata , avoient réduit en cendres quantité de
maisons , l'Eglise et le Convent des Capucins ,
celui des Récolets , &c..
Les Lettres arrivées depuls , marquent que
PIncendie avoit commencé par la grande Fonderie
des Canons , et que le vent l'ayant communiqué
aux Magazins , Maisons et Boutiques qui:
sont contigues, il y en avoit eu près de sooo . de
brûlées en moins de trois heures , avec tous les
Meubles , Marchandises et autres Effets ; que les
Négocians François y avoient beaucoup perdu ,
mais que les Palais des Ambassadeurs n'avoient
point été endommagez.
Ces Lettres ajoûtent que le G. S. étoit malade
d'une fievre lente dont on craignoit les suites.
Par ces mêmes Lettres , on apprend que le Roy
de Perse , dont l'armée depuis sa derniere deffaite
avoit été renforcée jusqu'à 140 mille hommes
avoit attaqué le secours de 5000. hommes que
le G.. S..envoyoit du côté d'Erivan , pour obliger
les
SEPTEMBRE . 1731. 2235
tes Persans à en lever le Siege ; qu'après un combat
très-opiniâtré , les Turcs qui étoient fatiguer
d'une longue marche , avoient été forcez de se
retirer en désordre ; qu'ils avoient eu 16000 .
hommes de tuez sur la place ; qu'ils avoient perdu
20. Pieces de Canon et tous leurs Bagages ;
qu'on leur avoit fait 2000 Prisonniers ; et qu'après
cette Victoire le Roy de Perse étoit retourné
devant Erivan avec son armée , et qu'il avoit fait
sommer le Gouverneur de lui rendre la Place
dans trois jours , à peine d'être passé au fil de
l'épée , lui et toute sa Garnison. On ajoûte que
cette nouvelle avoit jetté toute la Ville de Constantinople
dans une grande consternation , et ranimé
les. Janissaires qui avoient demandé avec
hauteur que le G. S. fit la Paix avec le Roy de
Perse.
Par une autre Lettre de Constantinople du 30
Juillet , on apprend que le 21. du même mois
entre deux et trois heures du matin , le feu prit
à Topana , l'air étant alors assez calme. On travailla
d'abord dans le Palais de France à retirer
dans le Magazin vouté , ce qu'il y avoit de plus
précieux. Sur les cinq heures un vent du Nord
s'étant levé , porta l'Incendie du côté de Galata ,
où il a consumé les deux tiers de ce Quartier , et
toutes les Maisons que les François y habitoient ,
il n'en est resté que cinq ou six d'entieres ; à la
verité ils ont eû le loisir de transporter dans des.
Magazins de pierre ce qu'ils avoient de plus cònsiderable.
Les Jesuites ont perdu la maison qu'ils.
occupoient et toutes celles de leur enclos , qui
leur appartenoient ; on ne sçavoit même si le feu
n'auroit pas penetré jusqués dans l'Eglise où ils
ont mis tout ce qu'ils avoient ; les Capucins ont :
auffi perdu leur Maison, et leur Eglise est dans
la
2236 MERCURE DE FRANCE
le même état que celle des Jesuites ; à l'égard des
Dominiquains , le dommage qu'ils ont souffert
est beaucoup moins considerable.
Na appris par des Lettres de Constantino-
Ople, appe pauitdu 19 au go. Juillet le feu
avoit pris au Faubourg de Tophana , que le vent
étoit si violent , qu'on n'avoit pû arrêter les suites
de l'Incendie , malgré les secours qu'y
firent apporter le Grand Seigneur , le G. Viz, et
le Capitan Pacha , qui s'y étoient rendus à cheval;
que le 20. à dix heures du matin , les flammes
qui s'étoient communiquées au Fauxbourg de
Galata , avoient réduit en cendres quantité de
maisons , l'Eglise et le Convent des Capucins ,
celui des Récolets , &c..
Les Lettres arrivées depuls , marquent que
PIncendie avoit commencé par la grande Fonderie
des Canons , et que le vent l'ayant communiqué
aux Magazins , Maisons et Boutiques qui:
sont contigues, il y en avoit eu près de sooo . de
brûlées en moins de trois heures , avec tous les
Meubles , Marchandises et autres Effets ; que les
Négocians François y avoient beaucoup perdu ,
mais que les Palais des Ambassadeurs n'avoient
point été endommagez.
Ces Lettres ajoûtent que le G. S. étoit malade
d'une fievre lente dont on craignoit les suites.
Par ces mêmes Lettres , on apprend que le Roy
de Perse , dont l'armée depuis sa derniere deffaite
avoit été renforcée jusqu'à 140 mille hommes
avoit attaqué le secours de 5000. hommes que
le G.. S..envoyoit du côté d'Erivan , pour obliger
les
SEPTEMBRE . 1731. 2235
tes Persans à en lever le Siege ; qu'après un combat
très-opiniâtré , les Turcs qui étoient fatiguer
d'une longue marche , avoient été forcez de se
retirer en désordre ; qu'ils avoient eu 16000 .
hommes de tuez sur la place ; qu'ils avoient perdu
20. Pieces de Canon et tous leurs Bagages ;
qu'on leur avoit fait 2000 Prisonniers ; et qu'après
cette Victoire le Roy de Perse étoit retourné
devant Erivan avec son armée , et qu'il avoit fait
sommer le Gouverneur de lui rendre la Place
dans trois jours , à peine d'être passé au fil de
l'épée , lui et toute sa Garnison. On ajoûte que
cette nouvelle avoit jetté toute la Ville de Constantinople
dans une grande consternation , et ranimé
les. Janissaires qui avoient demandé avec
hauteur que le G. S. fit la Paix avec le Roy de
Perse.
Par une autre Lettre de Constantinople du 30
Juillet , on apprend que le 21. du même mois
entre deux et trois heures du matin , le feu prit
à Topana , l'air étant alors assez calme. On travailla
d'abord dans le Palais de France à retirer
dans le Magazin vouté , ce qu'il y avoit de plus
précieux. Sur les cinq heures un vent du Nord
s'étant levé , porta l'Incendie du côté de Galata ,
où il a consumé les deux tiers de ce Quartier , et
toutes les Maisons que les François y habitoient ,
il n'en est resté que cinq ou six d'entieres ; à la
verité ils ont eû le loisir de transporter dans des.
Magazins de pierre ce qu'ils avoient de plus cònsiderable.
Les Jesuites ont perdu la maison qu'ils.
occupoient et toutes celles de leur enclos , qui
leur appartenoient ; on ne sçavoit même si le feu
n'auroit pas penetré jusqués dans l'Eglise où ils
ont mis tout ce qu'ils avoient ; les Capucins ont :
auffi perdu leur Maison, et leur Eglise est dans
la
2236 MERCURE DE FRANCE
le même état que celle des Jesuites ; à l'égard des
Dominiquains , le dommage qu'ils ont souffert
est beaucoup moins considerable.
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Résumé : TURQUIE ET PERSE.
En juillet 1731, un incendie dévastateur a frappé Constantinople, débutant au faubourg de Tophana et se propageant à Galata. L'incendie, parti d'une fonderie de canons, a détruit près de 3000 bâtiments en trois heures, incluant des maisons, églises et couvents des Capucins et des Récolets. Les négociants français ont subi des pertes importantes, mais les palais des ambassadeurs ont été épargnés. Parallèlement, une bataille a opposé les forces turques et perses près d'Erivan. Le roi de Perse, à la tête de 140 000 hommes, a vaincu un contingent turc de 5 000 hommes, causant 16 000 morts, la perte de 20 pièces d'artillerie et 2 000 prisonniers. Le roi de Perse a ensuite assiégé Erivan. Cette défaite a provoqué une grande consternation à Constantinople, ranimant les Janissaires qui ont exigé la paix avec le roi de Perse. Un nouvel incendie à Tophana a détruit deux tiers du quartier de Galata et plusieurs maisons françaises, affectant également les Jésuites, Capucins et Dominicains.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5353
p. 2236-2237
RUSSIE
Début :
L'Envoyé Extraordinaire de la Czarine à Constantinople , a écrit à cette Princesse que le [...]
Mots clefs :
Envoyé extraordinaire, Constantinople, Moscou
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texteReconnaissance textuelle : RUSSIE
RUSSIE.
'Envoyé Extraordinaire de la Czarine à Cons
tantinople , a écrit à cette Princesse que le
G. -Viz. l'avoit assuré que le G. S. se désisteroir
dans la forme la plus solemnelle , de ses prétentions
sur les Provinces de la Georgie,dont les Moscovites
se sont emparez depuis quelques années,
à condition que S- M. Cz. voulut s'engager de sa
part à ne donner aucun secours directement ni
indirectement au Roy de Perse , quoiqu'elle y
fût obligée par les anciens Fraitez faits entre ce
Prince et le feu Czar Pierre II.
Au commencement du mois dernier , un Courrier
dépêché de Derbent par le General Lewaschau
, apporta la nouvelle d'une victoire remportée
par le Roy de Perse sur les Turcs , il apprit
en même-temps à la Czarine de la part de
ce General que le Roy de Perse l'avoit fait assurer
qu'il étoit dans la résolution de maintenir inviolablement
les Traitez conclus avec le feu Czar
et de ne signer aucun Traité de Paix avec le
Grand- Seigneur , sans en avoir communiqué le
projet à S. M. Cz.
On publia le mois dernier à Moscou , une
Ordonnance contre plusieurs Particuliers qui
s'étant établis dans cette Ville sur le pied de Devins
, trompoient les gens crédules et tiroient
d'eux des sommes considerables pour leur découvrir
l'avenir , ou pour leur faire trouver des
trésors . Quelques- uns de ces Imposteurs qui ont
été arrêtez , ont été condamnez à travailler pendant
SEPTEMBRE. 1731. 2237
dant toute leur vie aux nouvelles Mines de Siberie
, où on envoye depuis deux ans tous les Criminels
qu'on ne juge pas dignes de mort.
Des Lettres de la Chine . venues depuis peu en
Moscovie , confirment les premieres nouvelles
qu'on avoit reçues du Tremblement de Terre
qu'on ressentit à Pekin le 30 de Septembre
de l'année derniere , et on ajoûte que les deux
tiers de cette Capitale ont été détruits ; que les
inondations ayant ôté toute esperance de récolte
dans les Provinces les plus abondantes de la Chine,
y étoit dans la crainte d'une famine presque
generale.
'Envoyé Extraordinaire de la Czarine à Cons
tantinople , a écrit à cette Princesse que le
G. -Viz. l'avoit assuré que le G. S. se désisteroir
dans la forme la plus solemnelle , de ses prétentions
sur les Provinces de la Georgie,dont les Moscovites
se sont emparez depuis quelques années,
à condition que S- M. Cz. voulut s'engager de sa
part à ne donner aucun secours directement ni
indirectement au Roy de Perse , quoiqu'elle y
fût obligée par les anciens Fraitez faits entre ce
Prince et le feu Czar Pierre II.
Au commencement du mois dernier , un Courrier
dépêché de Derbent par le General Lewaschau
, apporta la nouvelle d'une victoire remportée
par le Roy de Perse sur les Turcs , il apprit
en même-temps à la Czarine de la part de
ce General que le Roy de Perse l'avoit fait assurer
qu'il étoit dans la résolution de maintenir inviolablement
les Traitez conclus avec le feu Czar
et de ne signer aucun Traité de Paix avec le
Grand- Seigneur , sans en avoir communiqué le
projet à S. M. Cz.
On publia le mois dernier à Moscou , une
Ordonnance contre plusieurs Particuliers qui
s'étant établis dans cette Ville sur le pied de Devins
, trompoient les gens crédules et tiroient
d'eux des sommes considerables pour leur découvrir
l'avenir , ou pour leur faire trouver des
trésors . Quelques- uns de ces Imposteurs qui ont
été arrêtez , ont été condamnez à travailler pendant
SEPTEMBRE. 1731. 2237
dant toute leur vie aux nouvelles Mines de Siberie
, où on envoye depuis deux ans tous les Criminels
qu'on ne juge pas dignes de mort.
Des Lettres de la Chine . venues depuis peu en
Moscovie , confirment les premieres nouvelles
qu'on avoit reçues du Tremblement de Terre
qu'on ressentit à Pekin le 30 de Septembre
de l'année derniere , et on ajoûte que les deux
tiers de cette Capitale ont été détruits ; que les
inondations ayant ôté toute esperance de récolte
dans les Provinces les plus abondantes de la Chine,
y étoit dans la crainte d'une famine presque
generale.
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Résumé : RUSSIE
En septembre 1731, plusieurs événements marquants ont eu lieu en Russie et dans les régions voisines. Un envoyé extraordinaire de la czarine à Constantinople a rapporté que le grand vizir avait promis que le sultan ottoman renoncerait aux provinces de Géorgie, conquises par les Moscovites, à condition que la czarine ne soutienne pas le roi de Perse. Simultanément, le général Lewaschau a annoncé une victoire du roi de Perse sur les Turcs et son intention de respecter les traités avec le défunt czar Pierre II, ainsi que de ne pas signer de traité de paix avec le sultan sans en informer la czarine. À Moscou, une ordonnance a été publiée contre des devins trompeurs, certains étant condamnés aux travaux forcés en Sibérie. Par ailleurs, des lettres de Chine ont confirmé un tremblement de terre à Pékin en septembre 1730, détruisant deux tiers de la capitale, et des inondations menaçant une famine générale en raison de la perte des récoltes.
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5354
p. 2237
POLOGNE.
Début :
La Ville de Peterkow, celebre le Tribunal qui s'y assemble ordinairement pendant 6 mois [...]
Mots clefs :
Tribunal , Monastères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE.
A Ville de Peterkow , celebre le Tribunal
Lqui s'y assemble ordinairement pendant 6 mois
*
de l'année , fut réduite en cendres le premier jour
d'Août par un Incendie qui n'a épargné que trois
Eglises et deux Monasteres.
On mande de Copenhague , qu'il y étoit arrivé
un Vaisseau de Groenlande avec une partie des
Officiers qu'on y avoit envoyez pour diriger la
nouvelle Colonie qu'on y a établie depuis trois
ans ; ces Officiers rapportent que plus de 700.
des Naturels de ce Pays qui sont presque tous
Idolâtres , avoient embrassé le Christianisme e
s'étoient fait baptiser,
A Ville de Peterkow , celebre le Tribunal
Lqui s'y assemble ordinairement pendant 6 mois
*
de l'année , fut réduite en cendres le premier jour
d'Août par un Incendie qui n'a épargné que trois
Eglises et deux Monasteres.
On mande de Copenhague , qu'il y étoit arrivé
un Vaisseau de Groenlande avec une partie des
Officiers qu'on y avoit envoyez pour diriger la
nouvelle Colonie qu'on y a établie depuis trois
ans ; ces Officiers rapportent que plus de 700.
des Naturels de ce Pays qui sont presque tous
Idolâtres , avoient embrassé le Christianisme e
s'étoient fait baptiser,
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Résumé : POLOGNE.
En Pologne, à Peterkow, un incendie a détruit le tribunal le 1er août, épargnant trois églises et deux monastères. À Copenhague, un vaisseau de Groenlande est arrivé avec des officiers rapportant la conversion au christianisme de plus de 700 autochtones.
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5355
p. 2237-2241
ALLEMAGNE.
Début :
Le 28. Août, à l'occasion de l'Anniversaire de la Naissance de l'Imperatrice, qui est entrée [...]
Mots clefs :
Impératrice, Protestants, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE,
E 28. Août , à l'occasion de l'Anniversaire de
la Naissance de l'Imperatrice , qui est entrée
dans sa 40 année , on représenta sur un Théatre
élevé dans les Jardins du Palais de la Favorite un
nouvel
2238 MERCURE DE FRANCE
nouvel Opera intitulé , Enée dans les Champs
Elisées.
L'Empereur a accordé des Troupes à l'Evê
que de Saltzbourg pour prévenir les suites du
soulevement des Protestans de son Diocèse ; et on
reçoit avis de Saltzbourg , qu'on y avoit publié
un Mandement Imperial , datté du 26. d'Août ,
par lequel l'Empereur deffend aux Lutheriens de
ce Diocése qui se sont soulevez contre leur Archevêque
, d'employer les voyes de fait , et leur
ordonne de s'adresser à S. M. Imp . qui promet
de faire examiner leurs griefs et de leur donner
satisfaction , selon l'équité , et conformément
aux. Constitutions de l'Empire.
On a appris par un Courrier arrivé de Naples ,
que le Pinque qu'on avoit envoyé à Tunis pour
y porter un Present à la Regence , est revenu avec
ce Present que le Dey a refusé , prétendant qu'on
devoit lui donner de la Poudre et des Boulets.
L'Electeur de Mayence étant attendu à Vienne
le 25. de ce mois , tous les Chambellans de la
Clef d'or , les Conseillers d'Etat et les Ministres
de l'Empereur se rendirent au Palais de la Favo
rite avec leurs Carosses à six chevaux , afin d'augmenter
le Cortege de l'Empereur lorsqu'il iroit
au - devant de ce Prince. Vers les quatre heures
après midi S. M. Imp. partit de ce Palais dans un
Carosse à huit chevaux , précedé de 70. Carosses
des Seigneurs de sa Cour , et suivi des Trabans.
de sa Garde à cheval , avec leurs Trompettes et
Timbales. La Marche se fit par le Fauxbourg de
Leopoldstad et par l'Isle de Prater . L'Empereur
s'arrêta au premier Pont du Danube , hors des
lignes de cette Ville,dans un endroit qu'on nomme
le Tabor. L'Electeur de Mayence arriva dans
un autre Carosse de l'Empereur qu'on avoit envoyé
SEPTEMBRE. 1731. 2239
voyé au-devant de lui, étant à 60. pas de celui de
l'Empereur , l'Electeur mit pied à terre et marcha
vers S , M. Im. Lorsqu'il fut à 18. ou 20. pas du
Carosse de S. M. Imp . l'Empereur descendit et
alla au-devant de l'Electeur qui étoit découvert ;
S. M. Imp. se decouvrit aussi en l'embrassant , er
le complimenta en Italien ; l'Electeur lui ayant
répondu dans la même Langue , l'Empereur se
couvrit , le prit par le bras et le conduisit à son
Carosse, od S.M, Imp. monta la premiere, et y fit
monter l'Electeur , qui se mit sur le devant et se
couvrit, l'Empereur lui ayant fait signe de le faire.
Le Cortege s'étant mis en marche , on fit des
salves réitefées des Canons des Remparts jusqu'à
ce que le Carosse de l'Empereur fût entré dans la
premiere Cour du Palais. Toutes les ruës du passage
de S. M. Imp. et de l'Electeur , étoient remplies
d'une multitude prodigieuse de peuple ; et
pour prévenir le desordre , on avoit placé de distance
en distance des Détachemens du Regiment
de Dragons de Philippi. L'Electeur entra dans le
Cabinet de l'Empereur , avec lequel il s'entretint
quelque temps. Le soir il soupa avec L. M Imp.
et les Archiduchesses , dans l'Appartement de
P'Imperatrice.
Le 11. du mois dernier , le Roy de Suede partit
du Château d'Ameliendahl , et à quelque distance
S. M. trouva au sortir du Bois un Arc de
Triomphe que des Paysans et Paysanes de ces
Contrées y avoient dressé , et qui donnerent à
S. M. le divertissement d'un Concert , composé
de plusieurs Instrumens champêtres , pendant
lequel quantité de filles et de garçons formerent
diverses danses à leur maniere. Le Roy étant arrivé
au Village d'Obervilmar , y trouva un autre
Arc de Triomphe dressé par les Habitans de ce
lieu ,
2240 MERCURE DE FRANCE
lieu , qui n'oublierent rien pour témoigner la
joye que leur inspiroit la vue de leur Souverain.
Aú sortir de ce Village , S. M. fut complimentée
par M. Vasserhuhn , Grand Bailly du Village
de Cassel , et par le Receveur Eppé , qui
l'accompagnerent jusqu'à la portée du canon de
cette Ville , où le Roy fut reçû par le Lieutenant
General de Berlepsch , Commandant de Cassel ,
par le Lieutenant General Kutzleben , et par un
grand nombre des principaux Officiers , tous à
Cheval. S. M. sortit de son Carosse , & entra
avec le Prince Maximilien dans un Phaëton ;
conduit par le Comte de Hohenfeld , Vice - Grand
Ecuyer , un Ecuyer servant de Postillon.
Vers les 6. heures du soir le Roy fit son entrée
dans la Ville de Cassel au bruit de toute l'Artillerie
et aux acclamations d'un nombre infini de
Peuple . Les rues par où S. M. passa , étoient ornées
de quelques Arcs de Triomphe , et les trois
Regimens qui sont en garnison dans cette Ville,
étoient rangés en haye depuis la Porte de la Ville
jusqu'au Palais , où le Roy fut reçu par la Princesse
, Epouse du Prince Maximilien, par les Princes
ses Enfans , par les Ministres et par les Colleges
de Regence et de Justice , en Corps . S. M.
ayant été conduite dans son Appartement , y fut
complimentée par le Chancelier au nom des Colleges.
Pendant ce temps- là les trois Compagnies de
Grenadiers qui êtoient rangées en parade devant
le Palais , et le reste de la Garnison , firent une
triple décharge de la Mousqueterie . Le Roy soupa
à une table de 24. couverts. Aprés le repas , S. M.
accompagnée du Prince Guillaume et de toute la
Cour , alla en chaise ouverte faire le tour de la
Ville pour en voir les illuminations , dont on ne
peut assez admirer la diversité et la beauté , &c .
Les
SEPTEMBRE. 1731. 1341
Les Lettres qu'on a reçues depuis de Cassel , por
ent que la Cour du Roy de Suede y étoit fort
nombreuse ; que S. M. avoit donné le Gouver
nement et le Commandement general du Landgraviat
au Prince de Hesse- Cassel son Frere ; que
le Roy avoit confirmé dans l'exercice de leurs
Charges , tous ceux qui avoient des Provisions du
feu Landgrave son Pere; qu'il avoit promis d'accorder
des Pensions à ceux qui s'étoient distinguez
dans leurs differens Emplois , tant Civils que
Militaires , et qu'on croyoit que le Prince Guillaume
de Hesse- Cassel quitteroit le Service des
Etats Generaux , et leur remettroit son Gouver
nement de Maestricht.
E 28. Août , à l'occasion de l'Anniversaire de
la Naissance de l'Imperatrice , qui est entrée
dans sa 40 année , on représenta sur un Théatre
élevé dans les Jardins du Palais de la Favorite un
nouvel
2238 MERCURE DE FRANCE
nouvel Opera intitulé , Enée dans les Champs
Elisées.
L'Empereur a accordé des Troupes à l'Evê
que de Saltzbourg pour prévenir les suites du
soulevement des Protestans de son Diocèse ; et on
reçoit avis de Saltzbourg , qu'on y avoit publié
un Mandement Imperial , datté du 26. d'Août ,
par lequel l'Empereur deffend aux Lutheriens de
ce Diocése qui se sont soulevez contre leur Archevêque
, d'employer les voyes de fait , et leur
ordonne de s'adresser à S. M. Imp . qui promet
de faire examiner leurs griefs et de leur donner
satisfaction , selon l'équité , et conformément
aux. Constitutions de l'Empire.
On a appris par un Courrier arrivé de Naples ,
que le Pinque qu'on avoit envoyé à Tunis pour
y porter un Present à la Regence , est revenu avec
ce Present que le Dey a refusé , prétendant qu'on
devoit lui donner de la Poudre et des Boulets.
L'Electeur de Mayence étant attendu à Vienne
le 25. de ce mois , tous les Chambellans de la
Clef d'or , les Conseillers d'Etat et les Ministres
de l'Empereur se rendirent au Palais de la Favo
rite avec leurs Carosses à six chevaux , afin d'augmenter
le Cortege de l'Empereur lorsqu'il iroit
au - devant de ce Prince. Vers les quatre heures
après midi S. M. Imp. partit de ce Palais dans un
Carosse à huit chevaux , précedé de 70. Carosses
des Seigneurs de sa Cour , et suivi des Trabans.
de sa Garde à cheval , avec leurs Trompettes et
Timbales. La Marche se fit par le Fauxbourg de
Leopoldstad et par l'Isle de Prater . L'Empereur
s'arrêta au premier Pont du Danube , hors des
lignes de cette Ville,dans un endroit qu'on nomme
le Tabor. L'Electeur de Mayence arriva dans
un autre Carosse de l'Empereur qu'on avoit envoyé
SEPTEMBRE. 1731. 2239
voyé au-devant de lui, étant à 60. pas de celui de
l'Empereur , l'Electeur mit pied à terre et marcha
vers S , M. Im. Lorsqu'il fut à 18. ou 20. pas du
Carosse de S. M. Imp . l'Empereur descendit et
alla au-devant de l'Electeur qui étoit découvert ;
S. M. Imp. se decouvrit aussi en l'embrassant , er
le complimenta en Italien ; l'Electeur lui ayant
répondu dans la même Langue , l'Empereur se
couvrit , le prit par le bras et le conduisit à son
Carosse, od S.M, Imp. monta la premiere, et y fit
monter l'Electeur , qui se mit sur le devant et se
couvrit, l'Empereur lui ayant fait signe de le faire.
Le Cortege s'étant mis en marche , on fit des
salves réitefées des Canons des Remparts jusqu'à
ce que le Carosse de l'Empereur fût entré dans la
premiere Cour du Palais. Toutes les ruës du passage
de S. M. Imp. et de l'Electeur , étoient remplies
d'une multitude prodigieuse de peuple ; et
pour prévenir le desordre , on avoit placé de distance
en distance des Détachemens du Regiment
de Dragons de Philippi. L'Electeur entra dans le
Cabinet de l'Empereur , avec lequel il s'entretint
quelque temps. Le soir il soupa avec L. M Imp.
et les Archiduchesses , dans l'Appartement de
P'Imperatrice.
Le 11. du mois dernier , le Roy de Suede partit
du Château d'Ameliendahl , et à quelque distance
S. M. trouva au sortir du Bois un Arc de
Triomphe que des Paysans et Paysanes de ces
Contrées y avoient dressé , et qui donnerent à
S. M. le divertissement d'un Concert , composé
de plusieurs Instrumens champêtres , pendant
lequel quantité de filles et de garçons formerent
diverses danses à leur maniere. Le Roy étant arrivé
au Village d'Obervilmar , y trouva un autre
Arc de Triomphe dressé par les Habitans de ce
lieu ,
2240 MERCURE DE FRANCE
lieu , qui n'oublierent rien pour témoigner la
joye que leur inspiroit la vue de leur Souverain.
Aú sortir de ce Village , S. M. fut complimentée
par M. Vasserhuhn , Grand Bailly du Village
de Cassel , et par le Receveur Eppé , qui
l'accompagnerent jusqu'à la portée du canon de
cette Ville , où le Roy fut reçû par le Lieutenant
General de Berlepsch , Commandant de Cassel ,
par le Lieutenant General Kutzleben , et par un
grand nombre des principaux Officiers , tous à
Cheval. S. M. sortit de son Carosse , & entra
avec le Prince Maximilien dans un Phaëton ;
conduit par le Comte de Hohenfeld , Vice - Grand
Ecuyer , un Ecuyer servant de Postillon.
Vers les 6. heures du soir le Roy fit son entrée
dans la Ville de Cassel au bruit de toute l'Artillerie
et aux acclamations d'un nombre infini de
Peuple . Les rues par où S. M. passa , étoient ornées
de quelques Arcs de Triomphe , et les trois
Regimens qui sont en garnison dans cette Ville,
étoient rangés en haye depuis la Porte de la Ville
jusqu'au Palais , où le Roy fut reçu par la Princesse
, Epouse du Prince Maximilien, par les Princes
ses Enfans , par les Ministres et par les Colleges
de Regence et de Justice , en Corps . S. M.
ayant été conduite dans son Appartement , y fut
complimentée par le Chancelier au nom des Colleges.
Pendant ce temps- là les trois Compagnies de
Grenadiers qui êtoient rangées en parade devant
le Palais , et le reste de la Garnison , firent une
triple décharge de la Mousqueterie . Le Roy soupa
à une table de 24. couverts. Aprés le repas , S. M.
accompagnée du Prince Guillaume et de toute la
Cour , alla en chaise ouverte faire le tour de la
Ville pour en voir les illuminations , dont on ne
peut assez admirer la diversité et la beauté , &c .
Les
SEPTEMBRE. 1731. 1341
Les Lettres qu'on a reçues depuis de Cassel , por
ent que la Cour du Roy de Suede y étoit fort
nombreuse ; que S. M. avoit donné le Gouver
nement et le Commandement general du Landgraviat
au Prince de Hesse- Cassel son Frere ; que
le Roy avoit confirmé dans l'exercice de leurs
Charges , tous ceux qui avoient des Provisions du
feu Landgrave son Pere; qu'il avoit promis d'accorder
des Pensions à ceux qui s'étoient distinguez
dans leurs differens Emplois , tant Civils que
Militaires , et qu'on croyoit que le Prince Guillaume
de Hesse- Cassel quitteroit le Service des
Etats Generaux , et leur remettroit son Gouver
nement de Maestricht.
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Résumé : ALLEMAGNE.
Le 28 août, à l'occasion du quarantième anniversaire de la naissance de l'impératrice, un nouvel opéra intitulé 'Énée dans les Champs Élysées' a été représenté dans les jardins du Palais de la Favorite. L'empereur a envoyé des troupes à l'évêque de Salzbourg pour réprimer un soulèvement protestant et a publié un mandement interdisant aux protestants de recourir à la violence tout en promettant d'examiner leurs griefs. À Naples, un navire envoyé à Tunis avec un présent pour la régence est revenu avec le présent refusé, le Dey exigeant de la poudre et des boulets. L'électeur de Mayence, attendu à Vienne le 25 août, a été accueilli par l'empereur lors d'une cérémonie solennelle. L'empereur, accompagné d'une escorte de 70 carrosses et de gardes à cheval, a rencontré l'électeur au pont du Danube. Ils ont ensuite traversé Vienne sous les salves de canons et les acclamations du peuple. Le roi de Suède a quitté le château d'Amelienburg le 11 août et a été accueilli par des arcs de triomphe et des concerts de musique. À Cassel, il a été reçu par des officiers et des habitants, et acclamé par la population. Le roi a ensuite soupé et fait le tour de la ville pour admirer les illuminations. Les lettres reçues de Cassel indiquent que la cour du roi de Suède y était nombreuse et qu'il a confirmé plusieurs personnes dans leurs charges et promis des pensions.
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5356
p. 2241-2247
ITALIE.
Début :
L'Archevêque de Saltzbourg ayant écrit d'Allemagne que les Habitans de plusieurs Bourgs, [...]
Mots clefs :
Congrégation, Archevêque, Chanoine, Traité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
'Archevêque de Saltzbourg ayant écrit d'Al-
L'lemagne que les Habitans de plusieurs Bourgs,
Villages et Hameaux de son Diocese, qu'on croyoit
Catholiques , s'étoient déclarez Luthériens , et
qu'ils avoient demandé, les armes à la main, qu'on
feur accordât le libre exercice de leur Religion ;
Ja Congregation de Propaganda Fide s'est assemblée
plusieurs fois pour chercher les moyens
de prévenir ce mal , et le bruit court qu'il a été
résolu d'exhorter l'Archevêque de Saltzbourg à
rappeller quelques Religieux et Ecclesiastiques
Seculiers des endroits dont les Habitans se sont
soulevez , et d'y en envoyer d'autres qui seroient
peut-être plus agréables à ces Peuples . On a ordonné
de réciter une Collecte à la Messe dans
toutes les Eglises de Rome , pour demander à
Dieu qu'il daigne ramener ces heretiques dans le
sein de l'Eglise.
Par les Lettres de Bruxelles , on apprend que
I cet
2242 MERCURE DE FRANCE
cet Archevêque avoit accordé à ses Sujets révol
rez un terme de 15. jours pour se déclarer ou
vertement Catholiques ou Luthériens ; qu'il avoit
permis à ces derniers de vendre leurs Effets, et de
se retirer où ils voudroient que plusieurs de ces
Revoltez étoient rentrez dans leur devoir, et qu'ils
avoient demandé seulement quelque diminution
des Impositions qu'on leur fait payer ; que d'autres
s'étoient soumis sans aucune condition , er
que les plus obstinés prenoient le party de se re
tirer .
Le Chanoine Articone , dont la tête a été mise
à prix par la République de Genes , est arrivé à
Rome de l'Isle de Corse, chargé des pleins pou →
voirs des Mécontens de cette Isle , pour traiter
leur accommodement avec la République par la
médiation du Pape.
Dans le Consistoire secret que le Papė tint le
6. Août , le Cardinal Otthoboni proposa PAB
baye de S. Pierre de Poultiers , Diocèse de Langres
, pour l'Abbé de Cantin : il préconisa en
suite M. Etienne Blascowich , Prêtre de Spalatro,
pour l'Evêché de Macarseka ; l'Abbé de Sesmaisons
, pour l'Abbaye de N. Dame de Ham, Diocese
de Noyon'; B'Abbé Joly de Fleury , pour
cèlle de S. Pierre de Chezy , Diocèse de Soissons;
ét l'Abbé de Pins de Roquefort , pour celle de
N. D. de Senanques , Diocèse de Cavaillon.
M. Coscia , frere du Cardinal de ce nom , est
encore prisonnier au Château S. Ange ; son jugement
diffinitif n'est pas encore prononcé, mais
il a été suspendu de toutes les Fonctions Sacerdotales.
•
1
On a appris que le Duc Coscia étoit allé à
Naples avec son Epouse ; que le Cardinal Coscia
les avoit vus pabliquement ; que le Duc faisoit
travailler
SEPTEMBRE. 1731. 2243
travailler à une magnifique Livrée , et qu'il avoit
fait mettre ses Armes sur la Porte du Palais qu'il
a fait loüer ; et on mande de Naples , que sur la
fin du mois dernier , le Cardinal Coscia reçut la
plus grande partie de ce qui lui étoit dû par les
Fermiers de ses Benefices , quoique le Nonce du
Pape eut fait saisir ses revenus ; mais le Conseil
Collateral a déclaré nulle cette saisie , que le
Nonce avoit crû pouvoir faire sur des Benefices
situez dans le Royaume de Naples sans la permission
de ce Conseil.
On écrit de Rome , que le 22. Août on y af
ficha un Decret de la Congregation de Non Nullis
, par lequel le Cardinal Coscia est déclaré
incapable d'exercer aucune Jurisdiction dans l'étendue
de ses Benefices , avec défenses à lui d'y
contrevenir , sous peine d'excommunication ma
jeure , et même de plus grande peine que le Pape
se réserve de prononcer.
On a appris par les dernieres Lettres de Naples,
que le Fiscal , le Notaire et le Curseur de la Nonciature
avoient reçû ordre de la part de l'Empefeur
de sortir dans trois jours de la Ville , et
dans huit du Royaume de Naples , pour avoir ,
sans une permission expresse du Conseil Colla
teral , arrêté et visité les voitures qui y ont con
duit le Cardinal Coscia ; que les Vicaires Generaux
du Diocèse d'Aversa et de celui de Capote ,
Commissaires déleguez du Nonce du Pape
avoient reçu de pareils ordres.
>
On apprend de Florence , que le Pere Ascanio ,'
Dominicain , a dépêché un Courier à Seville pour
y porter la Copie du Traité particulier qu'il a signé
avec le Grand Duc , par lequel Traité on assure
que ce Prince recevra l'Infant . Don Carlos
en qualité de Prrince Heredtaire de Toscane ; que
I ij Ics
2244 MERCURE
DE FRANCE
les Magistrats , les Ministres , les Commandans .
des Places lui prêteront serment de fidelité en
cette qualité ; que l'Infant Don Carlos heritera
de tous les biens allodiaux appartenans au Grand
Duc , à l'exception de ceux de Ravenne et d'Urbin
, dont les revenus sont destinez à l'entretien
de l'Electrice Douairiere Palatine , à laquelle on
laissera la liberté de disposer de ses Effets mobi- ,
liaires comme elle le jugera à propos ; que l'In
fant Don Carlos demeurera chargé de toutes les
dettes contractées par le Grand Duc et par ses
Prédecesseurs , et payera toutes les Pensions et
Gratifications qu'il pourra faire en mourant à
ses Officiers ; qu'en cas que le Grand Duc vienne
à mourir , l'Electrice Doüairiere Palatine sera
Tutrice de Infant Don Carlos jusqu'à ce qu'il
ait atteint l'âge de 18. ans.
Le Juif Fonseca , fameux Banquier de Constantinople
, qui est arrivé le mois dernier à Florence
avec son fils , pour se faire baisser la cataracte
, eut le 21. Août une Audience du Grand
Duc qui lui a envoyé deux de ses Carosses pour
son usage pendant tout le temps qu'il restera dans
cette Ville.
On a fait à Parme tous les préparatifs neces
saires pour les Couches de la Duchesse Douairiere.
Tous les Ministres Etrangers qui doivent
assister aux Couches de cette Princesse , sont ar
rivez , et on leur a construit des chambres au
tour de la sienne , afin qu'ils soient plus à portée
de se trouver à la naissance du Prince ou de la
Princesse qu'elle mettra au monde.
On a appris en dernier lieu que le Marquis de
Monteleon , Ambassadeur du Roy d'Espagne à
Venise , lequel est actuellement à Parme , y a
protesté au nom de S. M. Catholique contre la
grossesse
SEPTEMBRE 2245
1731. •
grossesse de la Duchesse Douairiere de Parme ,
et en même temps il a sommé, avec les formalitez
ordinaires, le General Stampa de faire sortir
des Duchez de Parme et de Plaisance , les troupes
Imperiales qui y sont , conformément au
dernier Traité de Vienne ; sur quoi ce General a
dépêché un Courier pour avoir les derniers ordres
de S. M. Imperiale.
On à reçu avis de Turin , que le Roy Victor
Amedée y étoit arrivé le 20. d'Août , et qu'on
croyoit qu'il feroit dorênavant son séjour dans
les environs de cette Ville .
Le 6. Août , on fit partir de Genes , avec un
vent favorable , le Convoy qui a transporté les
Troupes Auxiliaires de l'Empereur dans l'Isle de
Corse. Le Comte de Daun , fils du Gouverneur
General du Milanez , est allé avec les Troupes
de cette expedition.
Le Convoy arriva le 9. à la Bastia, et le débarquement
des Troupes et de l'Artillerie se fit le
même jour. Le 10. le Colonel , Velas à la tête
de 800, Genois , soutenus d'un détachement de
Troupes Imperiales , commandé par le General
Wachtendonc , fit une sortie sur les Rebelles qui
assiegeoient la Ville , et qui ayant abandonné
Jeurs retranchemens , se retirerent dans les montagnes
aprés avoir perdu environ 400. hommes.
On prit leur Canon , leurs Munitions de guerre
et leurs Provisions. Le 11. on exécuta plusieurs
de ces Rebelles qui avoient été pris la veille. Le
14. le General Wachtendone, à la tête de 2 500.
hommes , attaqua un Corps de Rebelles de 4000 .
hommes retranchez à Foriano . La plupart pri
rent la fuite , et les autres furent passez au fil de
l'épée ; leurs Magazins furent pillez et ensuite
brûlez ; parce qu'on ne pouvoit ni les consom»
I iij mer
2246 MERCURE DE FRANCE
mer ,
à la Bastia.
ni les transporter
Les Rebelles de ce Poste ayant été poursuivis
le long de la Côte par deux Compagnies de Hussars
, furent obligez de se précipiter dans un Marais
où la plupart ont péri. Le 15. le General
Wachtendonc retourna à la Bastia , où on tint un
Conseil de Guerre pour déliberer si on attaqueroit
les Rebelles dans leurs montagnes , ou si on se
contenteroit de les avoir chassez de la plaine.
On écrit de Genes que la Republique avoit accordé
une Amnistie generale aux Rebelles de l'Isle
de Corse, qui dans le terme de six semaines quitteront
les armes, et rentreront dans leur devoir,
et qu'elle n'avoit excepté de cette grace que
quelques Chefs dont la tête a été mise à prix.
Les dernieres Lettres de Genes portent , que M.
Doria , Commissaire General de l'Isle de Corse,
partit le 20. d'Août pour la Bastia avec un grand
nombre de jeune Noblesse Genoise qui va servir
comme Volontaire dans les Troupes de la Ré
publique.
C
On écrit de la Bastia que l'Armée de la Répu
blique s'étant fort augmentée par la jonction des
Corses Rebelles qui se sont soumis , s'étoit emparée
du Port de S. Firenzo sans aucune résis
tance ; que les Rebelles qui gardoient ce Poste
avoient pris la fuite avec tant de précipitation ,
que les Hussars n'avoient pú les joindres qu'a
prés cette Expedition , l'Armée s'étoit mise en
marche pour le Quartier de Vescovado , où les
Rebelles étoient retranchez , et qu'on ne doutoir
pas qu'elle ne les chassât des postes qu'ils y occupoient.
On apprend par d'autres Lettres arrivées depuis
, qu'un detachement de l'Armée s'étoit saisi
de la famille du nommé Alexandrini , l'un des
sept
SEPTEMBRE . 1731. 2247
sept Chefs des Rebelles , qu'on l'avoit envoyée à
La Bastia , et que l'Armée étoit revenue dans les
environs de cette Ville , sans avoir pû rien entreprendre
sur le quartier de Vescovado.
Il se répand un bruit qu'on travaille aux Préliminaires
d'un Traité d'accommodement entre
sette Republique et les Rebelles , et que dans peu
ce Traité sera signé.
'Archevêque de Saltzbourg ayant écrit d'Al-
L'lemagne que les Habitans de plusieurs Bourgs,
Villages et Hameaux de son Diocese, qu'on croyoit
Catholiques , s'étoient déclarez Luthériens , et
qu'ils avoient demandé, les armes à la main, qu'on
feur accordât le libre exercice de leur Religion ;
Ja Congregation de Propaganda Fide s'est assemblée
plusieurs fois pour chercher les moyens
de prévenir ce mal , et le bruit court qu'il a été
résolu d'exhorter l'Archevêque de Saltzbourg à
rappeller quelques Religieux et Ecclesiastiques
Seculiers des endroits dont les Habitans se sont
soulevez , et d'y en envoyer d'autres qui seroient
peut-être plus agréables à ces Peuples . On a ordonné
de réciter une Collecte à la Messe dans
toutes les Eglises de Rome , pour demander à
Dieu qu'il daigne ramener ces heretiques dans le
sein de l'Eglise.
Par les Lettres de Bruxelles , on apprend que
I cet
2242 MERCURE DE FRANCE
cet Archevêque avoit accordé à ses Sujets révol
rez un terme de 15. jours pour se déclarer ou
vertement Catholiques ou Luthériens ; qu'il avoit
permis à ces derniers de vendre leurs Effets, et de
se retirer où ils voudroient que plusieurs de ces
Revoltez étoient rentrez dans leur devoir, et qu'ils
avoient demandé seulement quelque diminution
des Impositions qu'on leur fait payer ; que d'autres
s'étoient soumis sans aucune condition , er
que les plus obstinés prenoient le party de se re
tirer .
Le Chanoine Articone , dont la tête a été mise
à prix par la République de Genes , est arrivé à
Rome de l'Isle de Corse, chargé des pleins pou →
voirs des Mécontens de cette Isle , pour traiter
leur accommodement avec la République par la
médiation du Pape.
Dans le Consistoire secret que le Papė tint le
6. Août , le Cardinal Otthoboni proposa PAB
baye de S. Pierre de Poultiers , Diocèse de Langres
, pour l'Abbé de Cantin : il préconisa en
suite M. Etienne Blascowich , Prêtre de Spalatro,
pour l'Evêché de Macarseka ; l'Abbé de Sesmaisons
, pour l'Abbaye de N. Dame de Ham, Diocese
de Noyon'; B'Abbé Joly de Fleury , pour
cèlle de S. Pierre de Chezy , Diocèse de Soissons;
ét l'Abbé de Pins de Roquefort , pour celle de
N. D. de Senanques , Diocèse de Cavaillon.
M. Coscia , frere du Cardinal de ce nom , est
encore prisonnier au Château S. Ange ; son jugement
diffinitif n'est pas encore prononcé, mais
il a été suspendu de toutes les Fonctions Sacerdotales.
•
1
On a appris que le Duc Coscia étoit allé à
Naples avec son Epouse ; que le Cardinal Coscia
les avoit vus pabliquement ; que le Duc faisoit
travailler
SEPTEMBRE. 1731. 2243
travailler à une magnifique Livrée , et qu'il avoit
fait mettre ses Armes sur la Porte du Palais qu'il
a fait loüer ; et on mande de Naples , que sur la
fin du mois dernier , le Cardinal Coscia reçut la
plus grande partie de ce qui lui étoit dû par les
Fermiers de ses Benefices , quoique le Nonce du
Pape eut fait saisir ses revenus ; mais le Conseil
Collateral a déclaré nulle cette saisie , que le
Nonce avoit crû pouvoir faire sur des Benefices
situez dans le Royaume de Naples sans la permission
de ce Conseil.
On écrit de Rome , que le 22. Août on y af
ficha un Decret de la Congregation de Non Nullis
, par lequel le Cardinal Coscia est déclaré
incapable d'exercer aucune Jurisdiction dans l'étendue
de ses Benefices , avec défenses à lui d'y
contrevenir , sous peine d'excommunication ma
jeure , et même de plus grande peine que le Pape
se réserve de prononcer.
On a appris par les dernieres Lettres de Naples,
que le Fiscal , le Notaire et le Curseur de la Nonciature
avoient reçû ordre de la part de l'Empefeur
de sortir dans trois jours de la Ville , et
dans huit du Royaume de Naples , pour avoir ,
sans une permission expresse du Conseil Colla
teral , arrêté et visité les voitures qui y ont con
duit le Cardinal Coscia ; que les Vicaires Generaux
du Diocèse d'Aversa et de celui de Capote ,
Commissaires déleguez du Nonce du Pape
avoient reçu de pareils ordres.
>
On apprend de Florence , que le Pere Ascanio ,'
Dominicain , a dépêché un Courier à Seville pour
y porter la Copie du Traité particulier qu'il a signé
avec le Grand Duc , par lequel Traité on assure
que ce Prince recevra l'Infant . Don Carlos
en qualité de Prrince Heredtaire de Toscane ; que
I ij Ics
2244 MERCURE
DE FRANCE
les Magistrats , les Ministres , les Commandans .
des Places lui prêteront serment de fidelité en
cette qualité ; que l'Infant Don Carlos heritera
de tous les biens allodiaux appartenans au Grand
Duc , à l'exception de ceux de Ravenne et d'Urbin
, dont les revenus sont destinez à l'entretien
de l'Electrice Douairiere Palatine , à laquelle on
laissera la liberté de disposer de ses Effets mobi- ,
liaires comme elle le jugera à propos ; que l'In
fant Don Carlos demeurera chargé de toutes les
dettes contractées par le Grand Duc et par ses
Prédecesseurs , et payera toutes les Pensions et
Gratifications qu'il pourra faire en mourant à
ses Officiers ; qu'en cas que le Grand Duc vienne
à mourir , l'Electrice Doüairiere Palatine sera
Tutrice de Infant Don Carlos jusqu'à ce qu'il
ait atteint l'âge de 18. ans.
Le Juif Fonseca , fameux Banquier de Constantinople
, qui est arrivé le mois dernier à Florence
avec son fils , pour se faire baisser la cataracte
, eut le 21. Août une Audience du Grand
Duc qui lui a envoyé deux de ses Carosses pour
son usage pendant tout le temps qu'il restera dans
cette Ville.
On a fait à Parme tous les préparatifs neces
saires pour les Couches de la Duchesse Douairiere.
Tous les Ministres Etrangers qui doivent
assister aux Couches de cette Princesse , sont ar
rivez , et on leur a construit des chambres au
tour de la sienne , afin qu'ils soient plus à portée
de se trouver à la naissance du Prince ou de la
Princesse qu'elle mettra au monde.
On a appris en dernier lieu que le Marquis de
Monteleon , Ambassadeur du Roy d'Espagne à
Venise , lequel est actuellement à Parme , y a
protesté au nom de S. M. Catholique contre la
grossesse
SEPTEMBRE 2245
1731. •
grossesse de la Duchesse Douairiere de Parme ,
et en même temps il a sommé, avec les formalitez
ordinaires, le General Stampa de faire sortir
des Duchez de Parme et de Plaisance , les troupes
Imperiales qui y sont , conformément au
dernier Traité de Vienne ; sur quoi ce General a
dépêché un Courier pour avoir les derniers ordres
de S. M. Imperiale.
On à reçu avis de Turin , que le Roy Victor
Amedée y étoit arrivé le 20. d'Août , et qu'on
croyoit qu'il feroit dorênavant son séjour dans
les environs de cette Ville .
Le 6. Août , on fit partir de Genes , avec un
vent favorable , le Convoy qui a transporté les
Troupes Auxiliaires de l'Empereur dans l'Isle de
Corse. Le Comte de Daun , fils du Gouverneur
General du Milanez , est allé avec les Troupes
de cette expedition.
Le Convoy arriva le 9. à la Bastia, et le débarquement
des Troupes et de l'Artillerie se fit le
même jour. Le 10. le Colonel , Velas à la tête
de 800, Genois , soutenus d'un détachement de
Troupes Imperiales , commandé par le General
Wachtendonc , fit une sortie sur les Rebelles qui
assiegeoient la Ville , et qui ayant abandonné
Jeurs retranchemens , se retirerent dans les montagnes
aprés avoir perdu environ 400. hommes.
On prit leur Canon , leurs Munitions de guerre
et leurs Provisions. Le 11. on exécuta plusieurs
de ces Rebelles qui avoient été pris la veille. Le
14. le General Wachtendone, à la tête de 2 500.
hommes , attaqua un Corps de Rebelles de 4000 .
hommes retranchez à Foriano . La plupart pri
rent la fuite , et les autres furent passez au fil de
l'épée ; leurs Magazins furent pillez et ensuite
brûlez ; parce qu'on ne pouvoit ni les consom»
I iij mer
2246 MERCURE DE FRANCE
mer ,
à la Bastia.
ni les transporter
Les Rebelles de ce Poste ayant été poursuivis
le long de la Côte par deux Compagnies de Hussars
, furent obligez de se précipiter dans un Marais
où la plupart ont péri. Le 15. le General
Wachtendonc retourna à la Bastia , où on tint un
Conseil de Guerre pour déliberer si on attaqueroit
les Rebelles dans leurs montagnes , ou si on se
contenteroit de les avoir chassez de la plaine.
On écrit de Genes que la Republique avoit accordé
une Amnistie generale aux Rebelles de l'Isle
de Corse, qui dans le terme de six semaines quitteront
les armes, et rentreront dans leur devoir,
et qu'elle n'avoit excepté de cette grace que
quelques Chefs dont la tête a été mise à prix.
Les dernieres Lettres de Genes portent , que M.
Doria , Commissaire General de l'Isle de Corse,
partit le 20. d'Août pour la Bastia avec un grand
nombre de jeune Noblesse Genoise qui va servir
comme Volontaire dans les Troupes de la Ré
publique.
C
On écrit de la Bastia que l'Armée de la Répu
blique s'étant fort augmentée par la jonction des
Corses Rebelles qui se sont soumis , s'étoit emparée
du Port de S. Firenzo sans aucune résis
tance ; que les Rebelles qui gardoient ce Poste
avoient pris la fuite avec tant de précipitation ,
que les Hussars n'avoient pú les joindres qu'a
prés cette Expedition , l'Armée s'étoit mise en
marche pour le Quartier de Vescovado , où les
Rebelles étoient retranchez , et qu'on ne doutoir
pas qu'elle ne les chassât des postes qu'ils y occupoient.
On apprend par d'autres Lettres arrivées depuis
, qu'un detachement de l'Armée s'étoit saisi
de la famille du nommé Alexandrini , l'un des
sept
SEPTEMBRE . 1731. 2247
sept Chefs des Rebelles , qu'on l'avoit envoyée à
La Bastia , et que l'Armée étoit revenue dans les
environs de cette Ville , sans avoir pû rien entreprendre
sur le quartier de Vescovado.
Il se répand un bruit qu'on travaille aux Préliminaires
d'un Traité d'accommodement entre
sette Republique et les Rebelles , et que dans peu
ce Traité sera signé.
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Résumé : ITALIE.
En Italie, l'archevêque de Salzbourg a signalé que des habitants de plusieurs localités de son diocèse, initialement catholiques, se sont déclarés luthériens et ont exigé le libre exercice de leur religion par la force. La Congrégation de Propaganda Fide a réagi en exhortant l'archevêque à rappeler certains religieux et à en envoyer d'autres plus acceptables. Une collecte a été ordonnée dans les églises de Rome pour prier le retour des hérétiques. L'archevêque avait accordé un délai de 15 jours à ses sujets pour se déclarer catholiques ou luthériens, permettant aux luthériens de vendre leurs biens et de partir. Certains révoltés sont revenus dans le devoir, demandant une diminution des impôts, tandis que d'autres se sont soumis sans condition et que les plus obstinés ont choisi de partir. À Rome, le chanoine Articone, recherché par la République de Gênes, est arrivé de Corse avec des pouvoirs pour négocier un accord avec la République par l'intermédiaire du Pape. Plusieurs nominations ecclésiastiques ont été proposées lors d'un consistoire secret. Le frère du cardinal Coscia reste prisonnier au Château Saint-Ange, suspendu de toutes fonctions sacerdotales. À Naples, le duc Coscia et son épouse ont été vus publiquement, et le cardinal Coscia a récupéré une grande partie de ses revenus malgré une saisie ordonnée par le nonce du Pape. Un décret a déclaré le cardinal Coscia incapable d'exercer toute juridiction dans ses bénéfices, sous peine d'excommunication. Le fiscal, le notaire et le curseur de la nonciature ont été ordonnés de quitter Naples pour avoir arrêté et visité les voitures du cardinal sans permission. À Florence, le père Ascanio, dominicain, a envoyé un courrier à Séville avec un traité stipulant que l'Infant Don Carlos héritera de la Toscane et des biens allodiaux du Grand-Duc, à l'exception de Ravenne et d'Urbino. Le banquier juif Fonseca a été reçu en audience par le Grand-Duc de Florence. À Parme, des préparatifs ont été faits pour les couches de la duchesse douairière. L'ambassadeur d'Espagne a protesté contre sa grossesse et sommé le général Stampa de faire sortir les troupes impériales des duchés de Parme et de Plaisance. Le roi Victor-Amédée est arrivé à Turin et y résidera. À Gênes, des troupes auxiliaires de l'Empereur ont été transportées en Corse, où des combats ont eu lieu contre les rebelles. La République de Gênes a accordé une amnistie générale aux rebelles corses, à l'exception de quelques chefs, et des négociations pour un traité d'accommodement sont en cours.
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5357
p. 2247-2249
ESPAGNE.
Début :
Le Comte de Charni, Lieutenant General des Armées du Roy, qui doit commander les [...]
Mots clefs :
Comte, Escadre anglaise, Frégates
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE,
E Comte de Charni , Lieutenant General des
Larmos du Roy,qui doit commander les
6000. Espagnols qu'on transportera en Italie
est arrivé de son Gouvernement de Ceuta , et Sa
M. lui a fait remettre ses instructions.
L'Escadre Angloise, commandée par le Vice-
Amiral Wager , et qui est composée de 12. Vaisseaux
de guerre et de trois Fregates , est arrivée
dans la Baye de Cadix , avec quelques autres Vaisseaux
Anglois qui venoient de Gibraltar.
Quelques Vaisseaux Espagnols de l'Escadre du
Comte de Clavijo , ayant pris il y a quelque
temps le Vaisseau le S. Charles de Gibraltar , qui
avoit à bord des Maures allant d'Alger à Tetuan
avec des Marchandises ; le Roy a envoyé des ordres
pour faire rendre ce Vaisseau et tous les Passagers
qui étoient dessus.
S. M. Catholique a accordé en même temps à
la Compagnie de la Mer du Sud la restitution
d'une somme considerable qu'on lui avoit saisie
pendant les derniers troubles.
Les Regimens que le Roy a nommez pour
être transportez en Italie , sont ceux de Castille ,
de Lombardie , de Naples et de Bourgogne , de
deux Bataillons chacun , un Regiment Suisse ,
I iiij
aussi
2248 MERCURE DE FRANCE
aussi de deux Bataillons , et le Regiment de Ba
tavia Dragons ; de trois Escadrons , faisant ensemble
dix Bataillons et trois Escadrons. Le
Comte de Charny , Lieutenant General et Commandant
, aura sous lui en qualité de Marêchaux
de Camp , le Marquis de Pozzoblanco , le Marquis
de Châteaufort , le Duc de Castro Pinhano
et le Marquis de Torre Major,
Le Comte de Sant - Estevan , Chevalier des Ordres
du Roy Très- Chrétien , et Grand Ecuyer
du Prince des Asturies , a été nommé par le Roy
' Espagne pour accompagner l'Infant Don Carles
en Italie , où il demeurera auprès de ce Prince
pendant sa Minorité , en qualité de son Gouver
neur. Sa Charge de Grand Ecuyer du Prince des
Asturies lui est conservée, i
On écrit de Seville , que M. de Patino alla le
25. Août dîner avec l'Amiral Wager , il vit trois
Vaisseaux Anglois dont il fut trés- content ; le
-lendemain il mena ce General voir sa Garaca ; il
lui donna à dîner à bord de la Galice , Vaisseau
de 70. Canons , et il lui en fit voir trois d'Espagne
de 80. 70. et 64. que les Anglois trouverent
Trés-beaux .
*
La Flotte d'Espagne doit être composée de
25. Vaisseaux , sçavoir , 11. de Cadiz , 8. du
-Ferol , qu'on attend à chaque instant , et 6. qui
sont à Cartagene , grands et petits , et tout doit
être prêt pour le 15. Septembre , qu'on se rendra
à Barcelone , où se doit faire l'Embarquement
des 6000. Espagnols
Le Marquis Mary a les honneurs de Capitaine
General , pour être en grade égal avec l'Amiral
Anglois , et il a fait arborer Pavillon quarré au
grand mast du Vaissau la Sainte Isabelle de 80.
Canons. Il est décidé que les Anglois n'aurout
que
SEPTEMBRE. 1731. 2249
que douze Vaisseaux et trois Fregates. Ils sont
partis le 27. pour Gibraltar , où ils embarquent
deux Bataillons , n'ayant amené aucunes troupes
d'Angleterre .
E Comte de Charni , Lieutenant General des
Larmos du Roy,qui doit commander les
6000. Espagnols qu'on transportera en Italie
est arrivé de son Gouvernement de Ceuta , et Sa
M. lui a fait remettre ses instructions.
L'Escadre Angloise, commandée par le Vice-
Amiral Wager , et qui est composée de 12. Vaisseaux
de guerre et de trois Fregates , est arrivée
dans la Baye de Cadix , avec quelques autres Vaisseaux
Anglois qui venoient de Gibraltar.
Quelques Vaisseaux Espagnols de l'Escadre du
Comte de Clavijo , ayant pris il y a quelque
temps le Vaisseau le S. Charles de Gibraltar , qui
avoit à bord des Maures allant d'Alger à Tetuan
avec des Marchandises ; le Roy a envoyé des ordres
pour faire rendre ce Vaisseau et tous les Passagers
qui étoient dessus.
S. M. Catholique a accordé en même temps à
la Compagnie de la Mer du Sud la restitution
d'une somme considerable qu'on lui avoit saisie
pendant les derniers troubles.
Les Regimens que le Roy a nommez pour
être transportez en Italie , sont ceux de Castille ,
de Lombardie , de Naples et de Bourgogne , de
deux Bataillons chacun , un Regiment Suisse ,
I iiij
aussi
2248 MERCURE DE FRANCE
aussi de deux Bataillons , et le Regiment de Ba
tavia Dragons ; de trois Escadrons , faisant ensemble
dix Bataillons et trois Escadrons. Le
Comte de Charny , Lieutenant General et Commandant
, aura sous lui en qualité de Marêchaux
de Camp , le Marquis de Pozzoblanco , le Marquis
de Châteaufort , le Duc de Castro Pinhano
et le Marquis de Torre Major,
Le Comte de Sant - Estevan , Chevalier des Ordres
du Roy Très- Chrétien , et Grand Ecuyer
du Prince des Asturies , a été nommé par le Roy
' Espagne pour accompagner l'Infant Don Carles
en Italie , où il demeurera auprès de ce Prince
pendant sa Minorité , en qualité de son Gouver
neur. Sa Charge de Grand Ecuyer du Prince des
Asturies lui est conservée, i
On écrit de Seville , que M. de Patino alla le
25. Août dîner avec l'Amiral Wager , il vit trois
Vaisseaux Anglois dont il fut trés- content ; le
-lendemain il mena ce General voir sa Garaca ; il
lui donna à dîner à bord de la Galice , Vaisseau
de 70. Canons , et il lui en fit voir trois d'Espagne
de 80. 70. et 64. que les Anglois trouverent
Trés-beaux .
*
La Flotte d'Espagne doit être composée de
25. Vaisseaux , sçavoir , 11. de Cadiz , 8. du
-Ferol , qu'on attend à chaque instant , et 6. qui
sont à Cartagene , grands et petits , et tout doit
être prêt pour le 15. Septembre , qu'on se rendra
à Barcelone , où se doit faire l'Embarquement
des 6000. Espagnols
Le Marquis Mary a les honneurs de Capitaine
General , pour être en grade égal avec l'Amiral
Anglois , et il a fait arborer Pavillon quarré au
grand mast du Vaissau la Sainte Isabelle de 80.
Canons. Il est décidé que les Anglois n'aurout
que
SEPTEMBRE. 1731. 2249
que douze Vaisseaux et trois Fregates. Ils sont
partis le 27. pour Gibraltar , où ils embarquent
deux Bataillons , n'ayant amené aucunes troupes
d'Angleterre .
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Résumé : ESPAGNE.
En 1731, l'Espagne prépare une expédition militaire en Italie. Le Comte de Charny, Lieutenant Général, doit commander 6000 soldats espagnols, incluant les régiments de Castille, Lombardie, Naples, Bourgogne, un régiment suisse et les Batavia Dragons. L'escadre anglaise, dirigée par le Vice-Amiral Wager, composée de 12 vaisseaux de guerre et trois frégates, est arrivée à Cadix. Des vaisseaux espagnols ont capturé le 'S. Charles' à Gibraltar, transportant des Maures et des marchandises entre Alger et Tétouan. Le roi a ordonné la restitution du vaisseau et des passagers. Il a également autorisé la restitution d'une somme saisie par la Compagnie de la Mer du Sud. Le Comte de Charny sera assisté par plusieurs maréchaux de camp, dont le Marquis de Pozzoblanco et le Duc de Castro Pinhano. Le Comte de Sant-Estevan accompagnera l'Infant Don Carles en Italie et servira de gouverneur pendant sa minorité. À Séville, M. de Patino a rencontré l'Amiral Wager et lui a montré plusieurs vaisseaux espagnols. La flotte espagnole, composée de 25 vaisseaux, doit être prête pour le 15 septembre et se rendre à Barcelone pour l'embarquement des troupes. Le Marquis Mary a reçu les honneurs de Capitaine Général pour être en grade égal avec l'Amiral anglais. Les Anglais n'auront que douze vaisseaux et trois frégates, et ils ont embarqué deux bataillons à Gibraltar sans troupes supplémentaires d'Angleterre.
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5358
p. 2249-2253
EXTRAIT du Traité d'Alliance conclu à Vienne le 22. Juillet 1731. entre l'Empereur, le Roy d'Espagne & le Roy d'Angleterre.
Début :
D'autant que l'Introduction des Garnisons Espagnoles dans les Places fortes de la Toscane [...]
Mots clefs :
Déclarations, Engagements, Garnisons, Conséquence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Traité d'Alliance conclu à Vienne le 22. Juillet 1731. entre l'Empereur, le Roy d'Espagne & le Roy d'Angleterre.
EXTRAIT du Traité d'Alliance conclu
à Vienne le 22. Juillet 1731. entre
l'Empereur , le Roy d'Espagne & le Roy
•&Angleterre.
Autant que l'Introduction des Garnisons
D'Espagnoles dans les Places fortesde la Los
cane , de Parme et de Plaisance , au lieu des Troupes
neutres specifiées par le Traité de la Quatruple
Alliance, pouvoit rencontrer quelque obstacle
qui auroit pu avoir des suites capables de troubler
la tranquillité publique , L. M. Imperiale er
Britanique , pour prévenir ces maux , ont pris
des mesures par l'Article III. du Traité conclu
Vienne le 16. Mars de cette année , et par deux
Déclarations qui y ont rapport , dont voici le
contenu :
Ici font inferez l'Article 111. du Traité de
Vienne du 16. Mars dernier , la Déclaration
fur la Succeffion de Parme , celle fur l'Introduction
des Garniſons Eſpagnoles dans la Tof
cane, & une fpecification des Engagemens du
Traité de Seville , tirée des Articles IX. X. XI)
XII. et XHI
L'Article et les Déclarations susdits ayant été
communiquez au Roy Catholique, et S. M. aïant
trouvé qu'on y satisfaisoit pleinement , tant aư
desir qu'Elle avoit de mieux assurer à l'Infant
Don Carlos la Succession éventuelle de Toscane ,
Parme et Plaisance , qu'aux Conventions faites
entre Elle et S. M. Britannique, Elle a bien voulu
de
2250 MERCURE DE FRANCE
de son côté contribuer à tout ce qui peut servin
à mieux assurer la tranquillité publique. Pour cet
effet Leurs Majestez Imperiale , Catholique et
Britannique ont donné leurs pleins pouvoirs ;
sçavoir , S. M, Imperiale au Prince Eugene de
Savoye , au Comte de Zinzendorff , au Comte de
Staremberg , au Comte de Kinigsegg ; S. M. Catholique
au Duc de Liria ; er S. M. Britannique
à M. Robinsons ; lesquels après quelques Confe-..
rences , et l'échange de leurs pleins pouvoirs
sont convenus des Articles suivans.
ARTICLE I. S. M. Catholique après un mur
examen de l'Article III. du Traité du 16. Mars
dernier , et des deux Déclarations en consequence
dont la teneur est sur le point d'être executée, témoigne
qu'Elle ne desire rien de plus , et déclare.
que ce Traité de Quadruple Alliance et celui de
Vienne conclu le 7. Juin 172 5. sont ici renouvellez
et confirmez dans tous leurs Articles, clauses
et conditions , excepté seulement en ce qui
regarde le changement des Garnisons neutres en
Espagnoles ; dont on est convenu par le susdie
Article 111. et les Déclarations en consequence,
S. M. Catholique promet pour Elle et ses Heritiers
et Successeurs d'accomplir tout ce qui est
réglé dans lesdits Traitez.
1. L'Empereur et le Roy de la Grande Bre
tagne s'engagent envers le Roy, Catholique , ses
Heritiers et Successeurs , d'executer tout ce qui.
est, stipulé par l'Articles du Traité du 16.
Mars dernier , et les deux Déclarations en conse
quence, en faveur des Descendans mâles de la Reine
d'Espagne , appellez à la Succession de Toscane,
Parme et Plaisance. L'Empereur et le Roy de
la Grande- Bretagne , en acceptant le renouvelle→
ment de la Quadruple Alliance , et S. M. Im
sú v 1 periale
SEPTEMBRE. 1731. 2751
periale en acceptant de plus le renouvellement da
Traité de Vienne du 7. Juin 1725. s'obligent envers
le Roy d'Espagne à l'exécution de tous les
engagemens qu'ils renferment.
III. Tout ce qui a été arrêté jusqu'ici par le
consentement réciproque et irrevocable des Par
ties contractantes, servira de regle , soit qu'il s'a
gisse de l'introduction des Garnisons Espagnoles,
ou de mettre , en cas de Succession ouverte , l'Infant
Don Carlos en possession des Duchez de
Parme et de Plaisance , de sorte neanmoins que
le, dernier cas arrivant , ledit Infant soit pleinement
mis en possession desdits Duchez , sur le
pied reglé dans les Leures de l'Investiture éven
tuelle du 9. Décembre 1773.
IV . Comme tout ce qui a été stipulé en faveur
de l'Infant Don Carlos par le cinquiéme Article
de la Quadruple Alliance , par les Conventions:
faites à ce sujet entre Leurs Majestez Catholique et
Britannique , et par le troisiéme Article du Traite
du 16. Mars dernier , et les deux Déclarations en
consequence , a été communiqué aux Cours de
Toscane et de Parme , et qu'il ne reste rien plus
à desirer pour l'affermissement de la tranquillitépublique
, que de prévenir les obstacles qui pour--
roient retarder l'exécution des Engagemens dont
les Parties contractantes sont convenues entre
elles , Leurs Majestez Imperiale , Catholique et
Britannique s'obligent d'employer leurs bons of
fices auprès du Grand Duc, aussi- tôt que ce Traite
sera signé, afin de l'engager à consentir à l'introduction
des Garnisons Espagnoles , et à tout ce
qui est reglé par les Traitez , Conventions et Déclarations
ci - dessus nommées , en faveur de le
Posterité masculine de la Reine d'Espagne , à condition
neanmoins que le consentement du Grand.
I vi Dus
2252 MERCURE DE FRANCE
Duc avenant , tout ce qui vient d'être cité n'aura
lieu qu'après l'échange des Ratifications respectives
de ce Traité.
V. Les trois Parties contractantes déclarent ,
que n'ayant rien plus à coeur que de voir le Grand
Duc consentir à toutes les mesures prises par le
Traité ci - dessus mentionné , tant pour sa Dignité
et son repos , que pour celui de ses Sujets et la
sûreté de ses Etats , promettent et s'obligent entre
Elles et envers le Grand Duc , de remplir et
garentir toutes les susdites dispositions.
VI. Les Parties contractantes ont trouvé
necessaire pour le repos public d'inviter le Grand
Duc de la maniere la plus engageante à acceder
au present Traité , &c.
Article séparé et secret.
Quoique l'onn'ait rappellé au commencement
de ce Traité que les Engagemens pris
autrefois par les Rois d'Espagne et d'Angleterre
sur l'introduction des Garnisons Espagnoles , if
a été neanmoins convenu entre les Parties qui
ont fait ce present Traité , qu'à l'égard des autres
Engagemens représentez séparement à l'Empereur ,
et qui sont annexez au present Article ; la tencur
de PArticle III. du Traité du 16., Mars dernier
et des deux Déclarations en consequence aura
Tieu , comme si cette partie secrette d'Engagement
étoit inserée mot à mot au commencement
de ce Traité.
2
Cette Partie fecrette des Engagemens entre
LeursMajeftez Catholique & Britannique, coacerne
les Garnifons Espagnoles dans les Places
de Tefcane de Parme le ferment qu'elles
prêteronipour la sûreté , la conſervation & la
remife
SEPTEMBRE. 1731. 2253
remife defdites Places , afin de ne préjudicier
en rien anx Droits de l'Infant Don Carlos . Ony
eft convenu que danglesPlaces où elles feront réparties
, les Troupes des Poffeffeurs feront de deux
tiers moindres que celles de S. M. Catholique ;
que les Morts & déferteurs feront librement
remplacez , & que faute de pouvoir obtenir lefdits
arrangemens, les Parties contractantes les
feront exécuter par la force , S. M. Catholique
s'obligeant d'entretenir & de payer lesdites
Troupes
Dans un autre Article secret et separé , il est
dit, que si après les deux mois énoncez pour requerir
le consentement du Grand Duc à toutes
les dispositions ci - dessus , il paroissoit encore
douteux de l'obtenir ; S. M. Imperiale ne s'opposera
en aucune façon à l'effectuation pleine et
entiere de tous les Engagemens pris entre L. M.
Catholique et Britanique , rapportez ci - dessus.
dans l'Article secret et separé , et exhibez à l'Empereur
, et expliquez par la Déclaration entre
Espagne et l'Angleterre sur lesdites Garnisons
Espagnoles.
à Vienne le 22. Juillet 1731. entre
l'Empereur , le Roy d'Espagne & le Roy
•&Angleterre.
Autant que l'Introduction des Garnisons
D'Espagnoles dans les Places fortesde la Los
cane , de Parme et de Plaisance , au lieu des Troupes
neutres specifiées par le Traité de la Quatruple
Alliance, pouvoit rencontrer quelque obstacle
qui auroit pu avoir des suites capables de troubler
la tranquillité publique , L. M. Imperiale er
Britanique , pour prévenir ces maux , ont pris
des mesures par l'Article III. du Traité conclu
Vienne le 16. Mars de cette année , et par deux
Déclarations qui y ont rapport , dont voici le
contenu :
Ici font inferez l'Article 111. du Traité de
Vienne du 16. Mars dernier , la Déclaration
fur la Succeffion de Parme , celle fur l'Introduction
des Garniſons Eſpagnoles dans la Tof
cane, & une fpecification des Engagemens du
Traité de Seville , tirée des Articles IX. X. XI)
XII. et XHI
L'Article et les Déclarations susdits ayant été
communiquez au Roy Catholique, et S. M. aïant
trouvé qu'on y satisfaisoit pleinement , tant aư
desir qu'Elle avoit de mieux assurer à l'Infant
Don Carlos la Succession éventuelle de Toscane ,
Parme et Plaisance , qu'aux Conventions faites
entre Elle et S. M. Britannique, Elle a bien voulu
de
2250 MERCURE DE FRANCE
de son côté contribuer à tout ce qui peut servin
à mieux assurer la tranquillité publique. Pour cet
effet Leurs Majestez Imperiale , Catholique et
Britannique ont donné leurs pleins pouvoirs ;
sçavoir , S. M, Imperiale au Prince Eugene de
Savoye , au Comte de Zinzendorff , au Comte de
Staremberg , au Comte de Kinigsegg ; S. M. Catholique
au Duc de Liria ; er S. M. Britannique
à M. Robinsons ; lesquels après quelques Confe-..
rences , et l'échange de leurs pleins pouvoirs
sont convenus des Articles suivans.
ARTICLE I. S. M. Catholique après un mur
examen de l'Article III. du Traité du 16. Mars
dernier , et des deux Déclarations en consequence
dont la teneur est sur le point d'être executée, témoigne
qu'Elle ne desire rien de plus , et déclare.
que ce Traité de Quadruple Alliance et celui de
Vienne conclu le 7. Juin 172 5. sont ici renouvellez
et confirmez dans tous leurs Articles, clauses
et conditions , excepté seulement en ce qui
regarde le changement des Garnisons neutres en
Espagnoles ; dont on est convenu par le susdie
Article 111. et les Déclarations en consequence,
S. M. Catholique promet pour Elle et ses Heritiers
et Successeurs d'accomplir tout ce qui est
réglé dans lesdits Traitez.
1. L'Empereur et le Roy de la Grande Bre
tagne s'engagent envers le Roy, Catholique , ses
Heritiers et Successeurs , d'executer tout ce qui.
est, stipulé par l'Articles du Traité du 16.
Mars dernier , et les deux Déclarations en conse
quence, en faveur des Descendans mâles de la Reine
d'Espagne , appellez à la Succession de Toscane,
Parme et Plaisance. L'Empereur et le Roy de
la Grande- Bretagne , en acceptant le renouvelle→
ment de la Quadruple Alliance , et S. M. Im
sú v 1 periale
SEPTEMBRE. 1731. 2751
periale en acceptant de plus le renouvellement da
Traité de Vienne du 7. Juin 1725. s'obligent envers
le Roy d'Espagne à l'exécution de tous les
engagemens qu'ils renferment.
III. Tout ce qui a été arrêté jusqu'ici par le
consentement réciproque et irrevocable des Par
ties contractantes, servira de regle , soit qu'il s'a
gisse de l'introduction des Garnisons Espagnoles,
ou de mettre , en cas de Succession ouverte , l'Infant
Don Carlos en possession des Duchez de
Parme et de Plaisance , de sorte neanmoins que
le, dernier cas arrivant , ledit Infant soit pleinement
mis en possession desdits Duchez , sur le
pied reglé dans les Leures de l'Investiture éven
tuelle du 9. Décembre 1773.
IV . Comme tout ce qui a été stipulé en faveur
de l'Infant Don Carlos par le cinquiéme Article
de la Quadruple Alliance , par les Conventions:
faites à ce sujet entre Leurs Majestez Catholique et
Britannique , et par le troisiéme Article du Traite
du 16. Mars dernier , et les deux Déclarations en
consequence , a été communiqué aux Cours de
Toscane et de Parme , et qu'il ne reste rien plus
à desirer pour l'affermissement de la tranquillitépublique
, que de prévenir les obstacles qui pour--
roient retarder l'exécution des Engagemens dont
les Parties contractantes sont convenues entre
elles , Leurs Majestez Imperiale , Catholique et
Britannique s'obligent d'employer leurs bons of
fices auprès du Grand Duc, aussi- tôt que ce Traite
sera signé, afin de l'engager à consentir à l'introduction
des Garnisons Espagnoles , et à tout ce
qui est reglé par les Traitez , Conventions et Déclarations
ci - dessus nommées , en faveur de le
Posterité masculine de la Reine d'Espagne , à condition
neanmoins que le consentement du Grand.
I vi Dus
2252 MERCURE DE FRANCE
Duc avenant , tout ce qui vient d'être cité n'aura
lieu qu'après l'échange des Ratifications respectives
de ce Traité.
V. Les trois Parties contractantes déclarent ,
que n'ayant rien plus à coeur que de voir le Grand
Duc consentir à toutes les mesures prises par le
Traité ci - dessus mentionné , tant pour sa Dignité
et son repos , que pour celui de ses Sujets et la
sûreté de ses Etats , promettent et s'obligent entre
Elles et envers le Grand Duc , de remplir et
garentir toutes les susdites dispositions.
VI. Les Parties contractantes ont trouvé
necessaire pour le repos public d'inviter le Grand
Duc de la maniere la plus engageante à acceder
au present Traité , &c.
Article séparé et secret.
Quoique l'onn'ait rappellé au commencement
de ce Traité que les Engagemens pris
autrefois par les Rois d'Espagne et d'Angleterre
sur l'introduction des Garnisons Espagnoles , if
a été neanmoins convenu entre les Parties qui
ont fait ce present Traité , qu'à l'égard des autres
Engagemens représentez séparement à l'Empereur ,
et qui sont annexez au present Article ; la tencur
de PArticle III. du Traité du 16., Mars dernier
et des deux Déclarations en consequence aura
Tieu , comme si cette partie secrette d'Engagement
étoit inserée mot à mot au commencement
de ce Traité.
2
Cette Partie fecrette des Engagemens entre
LeursMajeftez Catholique & Britannique, coacerne
les Garnifons Espagnoles dans les Places
de Tefcane de Parme le ferment qu'elles
prêteronipour la sûreté , la conſervation & la
remife
SEPTEMBRE. 1731. 2253
remife defdites Places , afin de ne préjudicier
en rien anx Droits de l'Infant Don Carlos . Ony
eft convenu que danglesPlaces où elles feront réparties
, les Troupes des Poffeffeurs feront de deux
tiers moindres que celles de S. M. Catholique ;
que les Morts & déferteurs feront librement
remplacez , & que faute de pouvoir obtenir lefdits
arrangemens, les Parties contractantes les
feront exécuter par la force , S. M. Catholique
s'obligeant d'entretenir & de payer lesdites
Troupes
Dans un autre Article secret et separé , il est
dit, que si après les deux mois énoncez pour requerir
le consentement du Grand Duc à toutes
les dispositions ci - dessus , il paroissoit encore
douteux de l'obtenir ; S. M. Imperiale ne s'opposera
en aucune façon à l'effectuation pleine et
entiere de tous les Engagemens pris entre L. M.
Catholique et Britanique , rapportez ci - dessus.
dans l'Article secret et separé , et exhibez à l'Empereur
, et expliquez par la Déclaration entre
Espagne et l'Angleterre sur lesdites Garnisons
Espagnoles.
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Résumé : EXTRAIT du Traité d'Alliance conclu à Vienne le 22. Juillet 1731. entre l'Empereur, le Roy d'Espagne & le Roy d'Angleterre.
Le traité d'Alliance signé à Vienne le 22 juillet 1731 entre l'Empereur, le Roi d'Espagne et le Roi de Grande-Bretagne a pour objectif de prévenir les troubles publics liés à l'introduction de garnisons espagnoles dans les places fortes de Toscane, Parme et Plaisance. Les mesures prises par l'Article III du traité de Vienne du 16 mars 1731 et deux déclarations associées ont été communiquées au Roi Catholique, qui les a trouvées satisfaisantes. Ce traité renouvelle et confirme la Quadruple Alliance et le traité de Vienne du 7 juin 1725, à l'exception du changement des garnisons neutres en garnisons espagnoles. Les parties signataires s'engagent à exécuter les stipulations en faveur des descendants mâles de la Reine d'Espagne pour la succession de Toscane, Parme et Plaisance. Elles s'obligent également à employer leurs bons offices auprès du Grand Duc pour obtenir son consentement à l'introduction des garnisons espagnoles. Un article secret précise les engagements concernant les garnisons espagnoles et les mesures à prendre en cas de refus du Grand Duc. Les parties contractantes promettent de garantir toutes les dispositions prises pour assurer la tranquillité publique.
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5359
p. 2253-2254
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Les Directeurs de la Compagnie des Indes Orientales ont reçû avis que le fameux Pyrate [...]
Mots clefs :
Indes orientales, Négociants anglais, Ministres étrangers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE - BRETAGNE.
?
Es Directeurs de la Compagnie des Indes
Orientales ont reçû avis que le fameux Pytate
Angrie avoit pris le Guillaume , Vaisseau
Marchand appartenant aux Negocians Anglois
de Bombay , et qu'il en avoit massacré tout l'équipage
.
C
On mande de Londres , que le 31. Août les
Comédiens du nouveau Theatre du Marché au
Foin , ayant commencé la Représentation d'une
Comédie intitulée Hurlo Trambo, ou Nouvelle
2
de
2:54 MERCURE DE FRANCE
de la Terre Auftrale inconnue , les Connêtables
interrompirent & disperserent les Acteurs.
Le même jour au soir , on conduisit dans les
prisons de la Savoye deux Soldats qui étant en
faction à Windsor , y avoient chanté des chan
sons seditieuses contre la personne du Roy!
Le 6. de mois , le Chevalier Robert: Walpool
dit aux Ministres Etrangers qui dînoient chez lui
Hamptoncourt , que l'Infant Don Carlos : n'i-
Toit qu'an Printemps prochain en Italie , mais
qu'on y conduiroit cette année les 6000 Espa
gnols qui doivent être distribuez dans les Duchez
de Toscane , de Parme et de Plaisance.. >
Les Directeurs de la Compagnie des Indes
Orientales se préparent à envoyer 4. Vaisseaux à
la Chine , 3. à Bengale , 3 au Fort de Saint
George , a Sainte Helene et à Bencolen , z. of
Mocha , et 2. à Bombay.
Le 13. l'Anniversaire du grand Incendie de la
Ville de Londres arrivé en 1666. et qui consuma
13200. maisons fut celebré avec la solemnité
accoutumée. Le Lord Maire , les Aldermans et
les Sheriffs allerent à cette occasion à l'Eglise
Cathedrale de S. Paul entendre le Sermon du
Docteur Hawkins,
?
Es Directeurs de la Compagnie des Indes
Orientales ont reçû avis que le fameux Pytate
Angrie avoit pris le Guillaume , Vaisseau
Marchand appartenant aux Negocians Anglois
de Bombay , et qu'il en avoit massacré tout l'équipage
.
C
On mande de Londres , que le 31. Août les
Comédiens du nouveau Theatre du Marché au
Foin , ayant commencé la Représentation d'une
Comédie intitulée Hurlo Trambo, ou Nouvelle
2
de
2:54 MERCURE DE FRANCE
de la Terre Auftrale inconnue , les Connêtables
interrompirent & disperserent les Acteurs.
Le même jour au soir , on conduisit dans les
prisons de la Savoye deux Soldats qui étant en
faction à Windsor , y avoient chanté des chan
sons seditieuses contre la personne du Roy!
Le 6. de mois , le Chevalier Robert: Walpool
dit aux Ministres Etrangers qui dînoient chez lui
Hamptoncourt , que l'Infant Don Carlos : n'i-
Toit qu'an Printemps prochain en Italie , mais
qu'on y conduiroit cette année les 6000 Espa
gnols qui doivent être distribuez dans les Duchez
de Toscane , de Parme et de Plaisance.. >
Les Directeurs de la Compagnie des Indes
Orientales se préparent à envoyer 4. Vaisseaux à
la Chine , 3. à Bengale , 3 au Fort de Saint
George , a Sainte Helene et à Bencolen , z. of
Mocha , et 2. à Bombay.
Le 13. l'Anniversaire du grand Incendie de la
Ville de Londres arrivé en 1666. et qui consuma
13200. maisons fut celebré avec la solemnité
accoutumée. Le Lord Maire , les Aldermans et
les Sheriffs allerent à cette occasion à l'Eglise
Cathedrale de S. Paul entendre le Sermon du
Docteur Hawkins,
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
En Grande-Bretagne, plusieurs événements marquants ont eu lieu. Les Directeurs de la Compagnie des Indes Orientales ont appris que le pirate Angrie avait capturé le Guillaume, un vaisseau marchand anglais de Bombay, et massacré son équipage. À Londres, le 31 août, les comédiens du nouveau Théâtre du Marché au Foin ont été interrompus par les connétables lors de la représentation de la comédie 'Hurlo Trambo'. Le même jour, deux soldats ont été emprisonnés pour avoir chanté des chansons séditieuses contre le roi à Windsor. Le 6 septembre, le Chevalier Robert Walpole a informé des ministres étrangers que l'Infant Don Carlos ne se rendrait en Italie qu'au printemps suivant, mais que 6000 Espagnols seraient envoyés dans les duchés de Toscane, de Parme et de Plaisance cette année. La Compagnie des Indes Orientales prépare l'envoi de plusieurs vaisseaux vers divers destinations, dont la Chine, le Bengale, et Bombay. Le 13 septembre, l'anniversaire du grand incendie de Londres en 1666 a été célébré avec solennité, avec une cérémonie à l'Église Cathédrale de Saint-Paul.
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5360
p. 2254-2255
HOLLANDE ET PAYS-BAS.
Début :
Les Etats de Hollande et de Westfrise, ayant approuvé le Projet qui leur a été communiqué [...]
Mots clefs :
Traité de Vienne, Abbaye
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HOLLANDE ET PAYS-BAS.
HOLLANDE ET PAYS-BASI
YE 9
T
Es Etats de Hollande et de Westfrise, ayant
approuvé le Projet qui leur a été communi
qué touchant l'accession des Etats Generaux au
Traité de Vienne du 16. Mars dernier on a
envoyé ce Projet dans les autres Brovinces pour
avoir leur approbation over ub anch
Les Lettres de Bruxelles portent , que l'Archi
Duchesse: Gouvernante avoit donné l'Abbaye de
Sh
Tronchines
SEPTEMBRE. 1731.' 2255
Tronchines , Ordre de Premontré , prés de la
Ville de Gand , au P. Pierre de Caesmaecker, Religieux
de cette Abbaye , et que les Religieux de
l'Abbaye de Stavelo avoient élû le 16. le Pere
Massin , Religieux de cette Abbaye , qui est fils
d'un Marchand de la Ville de Verviers, Ces Re
ligieux étoient dans l'usage depuis 150. ans de
n'élire qu'un Seigneur étranger , parce que cette
Abbaye donne le rang de Prince de l'Empire.
"
On apprend par ces Lettres qu'on équipe actuellement
les deux Vaisseaux que la Compagnie
d'Ostende a permission d'envoyer pour la derniere
fois aux Indes Orientales , suivant le Traité
de Vienne du 16. Mars ; l'un est de soc. tonneaux
et l'autre de 600.
YE 9
T
Es Etats de Hollande et de Westfrise, ayant
approuvé le Projet qui leur a été communi
qué touchant l'accession des Etats Generaux au
Traité de Vienne du 16. Mars dernier on a
envoyé ce Projet dans les autres Brovinces pour
avoir leur approbation over ub anch
Les Lettres de Bruxelles portent , que l'Archi
Duchesse: Gouvernante avoit donné l'Abbaye de
Sh
Tronchines
SEPTEMBRE. 1731.' 2255
Tronchines , Ordre de Premontré , prés de la
Ville de Gand , au P. Pierre de Caesmaecker, Religieux
de cette Abbaye , et que les Religieux de
l'Abbaye de Stavelo avoient élû le 16. le Pere
Massin , Religieux de cette Abbaye , qui est fils
d'un Marchand de la Ville de Verviers, Ces Re
ligieux étoient dans l'usage depuis 150. ans de
n'élire qu'un Seigneur étranger , parce que cette
Abbaye donne le rang de Prince de l'Empire.
"
On apprend par ces Lettres qu'on équipe actuellement
les deux Vaisseaux que la Compagnie
d'Ostende a permission d'envoyer pour la derniere
fois aux Indes Orientales , suivant le Traité
de Vienne du 16. Mars ; l'un est de soc. tonneaux
et l'autre de 600.
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Résumé : HOLLANDE ET PAYS-BAS.
En septembre 1731, les États de Hollande et de Westfrise ont validé le projet d'adhésion des États Généraux au Traité de Vienne du 16 mars précédent, qui a ensuite été soumis aux autres provinces pour approbation. Parallèlement, l'archiduchesse gouvernante a attribué l'abbaye de Tronchines, près de Gand, au Père Pierre de Caesmaecker, religieux de cette abbaye. Les religieux de l'abbaye de Stavelo ont élu le Père Massin, fils d'un marchand de Verviers, marquant une rupture avec la tradition de 150 ans d'élire un seigneur étranger, car cette abbaye confère le rang de prince de l'Empire. Enfin, la Compagnie d'Ostende a équipé deux vaisseaux pour un dernier voyage aux Indes Orientales, conformément au Traité de Vienne. Ces vaisseaux avaient une capacité de 500 et 600 tonneaux respectivement.
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5361
p. 2255-2256
MORTS, NAISSANCES, des Pays Etrangers.
Début :
Le 18. du mois dernier Don Alderave Cyba, Duc de Massa et de Carrara, mourut âgé de [...]
Mots clefs :
Cardinal, Duché
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES, des Pays Etrangers.
MORTS, NAISSANCES
-des Pays Etrangers.
L
E 18. du mois dernier Don Alderave Cyba,
Duc de Massa et de Carrara , mourut âgé de
41. ans. On écrit de Florence qu'il avoit nommé
le Cardinal Cibo son frere , pour prendre soin de
són Duché jusqu'au 'mariage de sa fille unique 2
avec le fils du Duc de Bovina.
L
-Le 8. de ce mois le sieur Eaton mourut à Londres
âgé de 107 ans , ayant toûjours jouï d'uner
parfaite santé et conservé son bon sens et sa vi
gueur jusqu'aux deux dernieres années de sa vie,
qu'il étoit tombé en enfance.
Le 14. de ce mois, la Marquise de Gavre d'Ay
seau , accoucha à Bruxelles d'un fils . qui fut bap
tisé le soir dans la Chapelle du Palais , par l'Abbé
de2256
MERCURE DE FRANCE
de Caubergue , et tenu sur les Fonts par le Duc de
Lorraine et par l'Archiduchesse Gouvernante
qui le nommerent François Jofeph Rafe Leo
pold Croix.
-des Pays Etrangers.
L
E 18. du mois dernier Don Alderave Cyba,
Duc de Massa et de Carrara , mourut âgé de
41. ans. On écrit de Florence qu'il avoit nommé
le Cardinal Cibo son frere , pour prendre soin de
són Duché jusqu'au 'mariage de sa fille unique 2
avec le fils du Duc de Bovina.
L
-Le 8. de ce mois le sieur Eaton mourut à Londres
âgé de 107 ans , ayant toûjours jouï d'uner
parfaite santé et conservé son bon sens et sa vi
gueur jusqu'aux deux dernieres années de sa vie,
qu'il étoit tombé en enfance.
Le 14. de ce mois, la Marquise de Gavre d'Ay
seau , accoucha à Bruxelles d'un fils . qui fut bap
tisé le soir dans la Chapelle du Palais , par l'Abbé
de2256
MERCURE DE FRANCE
de Caubergue , et tenu sur les Fonts par le Duc de
Lorraine et par l'Archiduchesse Gouvernante
qui le nommerent François Jofeph Rafe Leo
pold Croix.
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Résumé : MORTS, NAISSANCES, des Pays Etrangers.
Le Duc de Massa et de Carrara, Don Alderave Cyba, est décédé à 41 ans. Son frère, le Cardinal Cibo, gérera son duché jusqu'au mariage de sa fille. À Londres, le sieur Eaton est mort à 107 ans. À Bruxelles, la Marquise de Gavre d'Ayseau a donné naissance à un fils, François Joseph Raphaël Léopold Croix, baptisé par l'Abbé de Caubergue.
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5362
p. 2256-2261
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le premier de ce mois, on célébra avec les cérémonies accoutumées, [...]
Mots clefs :
Abbaye royale de Saint-Denis, Chevalier, Duc, Rançon des Français, Royaume de Maroc, Marseille, Versailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
L
و oncélébraEpremierdecemois
avec les cérémonies accoutumées
dans l'Eglise de l'Abbaye Royale de S.
Denis , le Service solemnel qui s'y fair
tous les ans pour le repos de l'Ame du
feu Roi Louis XIV. L'Evêque de Lavaur
officia pontificalement : le Duc du Maine,
le Prince de Dombes , le Comte d'Eu et
le Comte de Toulouse y assisterent
ainsi que plusieurs Seigneurs de la Cour..
Le Roi a accordé au Duc de la Tremoille
, l'un des premiers Gentilhommes.
de la Chambre , l'agrément du Regiment
de Champagne , dont le Chevalier
de Tessé , qui en étoit Colonel , a donné
sa démission , et le Regiment d'Infanterie
qu'avoit le Duc de la Tremoille , a été
accordé au fils aîné du Comte de Tessé
premier Ecuyer de la Reine
Le
SEPTEMBRE. 1731. 2257
Le 27. du mois dernier , 34. Esclaves
François , rachetez à Constantinople par
les Peres Mathurins , de l'Ordre de la Ste.
Trinité , débarquerent à Marseille pour
se rendre à Paris , et de - là en leurs Pays,
Les autres députez du même Ordre
sont partis pour Cadix .. pour traiter
aussi de la rançon des François , détenus
au Royaume de Maroc.
>
On écrit de Marseille , qu'il y étoit arri
vé un accident bien triste . Il y avoit plus
dedeux ans que le Capitaine Grason en
étoit sorti avec son Vaisseau pour la côte
de Guinée et on étoit fort en peine sur
son sujet , lorsqu'on apprît enfin le 29.
Août qu'il venoit d'arriver aux Isles de
Marseille , fort content de son expédition
qui a eû tout le succès possible. C'est la
coûtume quand les Bâtimens entrent dans
la Baye , de saluer le Fort de Nôtre-
Dame de la Garde. En rendant ce salut
un des Canons creva , tua le Capitaine
avec deux hommes de son équipage , et
blessa le Capitaine en second. Une heure
après , le Vaisseau entra dans le Port.
Le 8 Sept. Fête de la Nat. de la Vierge,
il y eût Concert spirituel au Château des
Tuilleries. On y chanta le Motet Landa
Fe2258
MERCURE DE FRANCE
Jerusalem , de l'Abbé Gaveau , qui est un
excellent morceau de Musique. La Demoiselle
Petitpas chanta seule un petir
Motet nouveau du Sieur Le Maire , qui
fût très-goûté , de même qu'un autre à
deux voix chanté par les Demoiselles
Lenner , de la Musique du Roy , et Petitpas
et après plusieurs Pieces de simphonie
, éxecutées avec tout autant de
vivacité que de précision , le Concert fut
terminé par le Confitemini , Motet de M.
de Lalande.
Le Roy a accordé l'agrément de la
Charge de Président à Mortier , vacante
par la mort de Mr. de Maisons , à Mr.
Talon Avocat Général du Parlement ,
et Sa Majesté a donné la Charge d'Avo-
'cat General à Mr. Joly de Fleury , Fils
aîné du Procureur Général.
C
Le 16. le Duc de S. Aignan , Chevalier
des Ordres du Roy , et son Ambassadeur
à Rome , prit congé de Sa Majesté
pour s'y rendre. Il partira dans les
premiers jours d'Octobre par Marseille
où tes Galeres qui doivent le passer à
Civitavechia , sont prêtes..
-9
Le 19. après midy , le Roy fit auprès
de la grande avenue du Château de Versailles
:
SEPTEMBRE . 1731. 2259
sailles , la révûë du Regiment de Dragons
d'Orleans , à la tête duquel étoit le Duc
d'Orleans. Le Regiment défila et fit plusieurs
mouvemens devant Sa Majesté , qui
en parût très contente , et il vint ensuite
passer devant la Reine , qui étoit avec
Monseigneur le Dauphin sur le Balcon de
l'appartement des Princesses d'Orleans,
Le Roi Stanislas et la Reine son Epouse
, qui sont venus incognito passer quelques
jours à Versailles , avec la Reine
leur fille en partirent le 19. de ce mois
pour retourner à Chambord. Pendant
leur séjour à la Cour , le Roy les a vûs
plusieurs fois chez la Reine .
,
Le 25. la Lotterie de la Compagnie
des Indes , établie. pour le remboursé
ment des Actions fût tirée en la ma
niere accoûtumée à l'Hôtel de la Compagnie
. La liste des Numeros gagnans
des Actions et dixième d'Actions , qui
doivent être remboursées , faisant en tout
le nombre de 309. Actions et un dixième
d'Action. Il y a un Nota sur la liste de
ce mois , qui fait voir pourquoi on a été
obligé de tirer un dixième d'Action
de plus .
Au mois d'Août dernier , il y eût differents
2260 MERCURE DE FRANCE
ferents Concerts chez la Reine. M. de
Blamont , Sur- Intendant de la Músique
du Roy de Semestre , fit chanter à chaque
Concert un Acte seulement de l'Opera
de Bellerophon , à cause de la Promenade.
Les Demoiselles Courrasier , Barbier
et Roblin chanterent les principaux
Rôles , et les Sieurs Godonnerche , Dangerville
et Petillot , ceux du Roy , de
Bellerophon et d'Amisodar.
Le 3. Septembre , on chanta le Prolo
gue et le premier Acte d'Atys , le Sieur
d'Angerville fit le Rôle du Temps dans
le Prologue , et celui d'Idas dans la Piece.
Le Sr. Petillot chanta le Rôle d'Atyr
et la Dlle. Lenner celui de Sangaride.
Le 15 , on continua le même Opera
par le second et troisiéme Acte . La Dile
Antier chanta le Rôlle de Cybelle , et le
Sr. Chassé celui de Celenus et du Sommeil.
La Dlle. Antier ayant infiniment brillé
dans ce Rôle eût ensuite l'honneur
d'être présentée au Roy Stanislas , et à
la Reine son Epouse , qui la reçûrent
avec une bonté distinguée , et lui marquerent
leur satisfaction par les témoignages
les plus gracieux.
>
Le 25 , le Comte Maffey , Amdassadeur
Extr. du Roy de Sardaigne , eût
une
SEPTEMBRE 1731. 2261
,
une Audience particuliere du Roy , dans
laquelle il prit congé de S. M étant
conduit par le Chevalier de Sainctot
Introducteur des Ambassadeurs , qui le
conduisit ensuite à l'Audience de la Relne
et à celle de Monseigneur le Dauphin
, de Monseigneur le Duc d'Anjou
et de Mesdames de France. '
L
و oncélébraEpremierdecemois
avec les cérémonies accoutumées
dans l'Eglise de l'Abbaye Royale de S.
Denis , le Service solemnel qui s'y fair
tous les ans pour le repos de l'Ame du
feu Roi Louis XIV. L'Evêque de Lavaur
officia pontificalement : le Duc du Maine,
le Prince de Dombes , le Comte d'Eu et
le Comte de Toulouse y assisterent
ainsi que plusieurs Seigneurs de la Cour..
Le Roi a accordé au Duc de la Tremoille
, l'un des premiers Gentilhommes.
de la Chambre , l'agrément du Regiment
de Champagne , dont le Chevalier
de Tessé , qui en étoit Colonel , a donné
sa démission , et le Regiment d'Infanterie
qu'avoit le Duc de la Tremoille , a été
accordé au fils aîné du Comte de Tessé
premier Ecuyer de la Reine
Le
SEPTEMBRE. 1731. 2257
Le 27. du mois dernier , 34. Esclaves
François , rachetez à Constantinople par
les Peres Mathurins , de l'Ordre de la Ste.
Trinité , débarquerent à Marseille pour
se rendre à Paris , et de - là en leurs Pays,
Les autres députez du même Ordre
sont partis pour Cadix .. pour traiter
aussi de la rançon des François , détenus
au Royaume de Maroc.
>
On écrit de Marseille , qu'il y étoit arri
vé un accident bien triste . Il y avoit plus
dedeux ans que le Capitaine Grason en
étoit sorti avec son Vaisseau pour la côte
de Guinée et on étoit fort en peine sur
son sujet , lorsqu'on apprît enfin le 29.
Août qu'il venoit d'arriver aux Isles de
Marseille , fort content de son expédition
qui a eû tout le succès possible. C'est la
coûtume quand les Bâtimens entrent dans
la Baye , de saluer le Fort de Nôtre-
Dame de la Garde. En rendant ce salut
un des Canons creva , tua le Capitaine
avec deux hommes de son équipage , et
blessa le Capitaine en second. Une heure
après , le Vaisseau entra dans le Port.
Le 8 Sept. Fête de la Nat. de la Vierge,
il y eût Concert spirituel au Château des
Tuilleries. On y chanta le Motet Landa
Fe2258
MERCURE DE FRANCE
Jerusalem , de l'Abbé Gaveau , qui est un
excellent morceau de Musique. La Demoiselle
Petitpas chanta seule un petir
Motet nouveau du Sieur Le Maire , qui
fût très-goûté , de même qu'un autre à
deux voix chanté par les Demoiselles
Lenner , de la Musique du Roy , et Petitpas
et après plusieurs Pieces de simphonie
, éxecutées avec tout autant de
vivacité que de précision , le Concert fut
terminé par le Confitemini , Motet de M.
de Lalande.
Le Roy a accordé l'agrément de la
Charge de Président à Mortier , vacante
par la mort de Mr. de Maisons , à Mr.
Talon Avocat Général du Parlement ,
et Sa Majesté a donné la Charge d'Avo-
'cat General à Mr. Joly de Fleury , Fils
aîné du Procureur Général.
C
Le 16. le Duc de S. Aignan , Chevalier
des Ordres du Roy , et son Ambassadeur
à Rome , prit congé de Sa Majesté
pour s'y rendre. Il partira dans les
premiers jours d'Octobre par Marseille
où tes Galeres qui doivent le passer à
Civitavechia , sont prêtes..
-9
Le 19. après midy , le Roy fit auprès
de la grande avenue du Château de Versailles
:
SEPTEMBRE . 1731. 2259
sailles , la révûë du Regiment de Dragons
d'Orleans , à la tête duquel étoit le Duc
d'Orleans. Le Regiment défila et fit plusieurs
mouvemens devant Sa Majesté , qui
en parût très contente , et il vint ensuite
passer devant la Reine , qui étoit avec
Monseigneur le Dauphin sur le Balcon de
l'appartement des Princesses d'Orleans,
Le Roi Stanislas et la Reine son Epouse
, qui sont venus incognito passer quelques
jours à Versailles , avec la Reine
leur fille en partirent le 19. de ce mois
pour retourner à Chambord. Pendant
leur séjour à la Cour , le Roy les a vûs
plusieurs fois chez la Reine .
,
Le 25. la Lotterie de la Compagnie
des Indes , établie. pour le remboursé
ment des Actions fût tirée en la ma
niere accoûtumée à l'Hôtel de la Compagnie
. La liste des Numeros gagnans
des Actions et dixième d'Actions , qui
doivent être remboursées , faisant en tout
le nombre de 309. Actions et un dixième
d'Action. Il y a un Nota sur la liste de
ce mois , qui fait voir pourquoi on a été
obligé de tirer un dixième d'Action
de plus .
Au mois d'Août dernier , il y eût differents
2260 MERCURE DE FRANCE
ferents Concerts chez la Reine. M. de
Blamont , Sur- Intendant de la Músique
du Roy de Semestre , fit chanter à chaque
Concert un Acte seulement de l'Opera
de Bellerophon , à cause de la Promenade.
Les Demoiselles Courrasier , Barbier
et Roblin chanterent les principaux
Rôles , et les Sieurs Godonnerche , Dangerville
et Petillot , ceux du Roy , de
Bellerophon et d'Amisodar.
Le 3. Septembre , on chanta le Prolo
gue et le premier Acte d'Atys , le Sieur
d'Angerville fit le Rôle du Temps dans
le Prologue , et celui d'Idas dans la Piece.
Le Sr. Petillot chanta le Rôle d'Atyr
et la Dlle. Lenner celui de Sangaride.
Le 15 , on continua le même Opera
par le second et troisiéme Acte . La Dile
Antier chanta le Rôlle de Cybelle , et le
Sr. Chassé celui de Celenus et du Sommeil.
La Dlle. Antier ayant infiniment brillé
dans ce Rôle eût ensuite l'honneur
d'être présentée au Roy Stanislas , et à
la Reine son Epouse , qui la reçûrent
avec une bonté distinguée , et lui marquerent
leur satisfaction par les témoignages
les plus gracieux.
>
Le 25 , le Comte Maffey , Amdassadeur
Extr. du Roy de Sardaigne , eût
une
SEPTEMBRE 1731. 2261
,
une Audience particuliere du Roy , dans
laquelle il prit congé de S. M étant
conduit par le Chevalier de Sainctot
Introducteur des Ambassadeurs , qui le
conduisit ensuite à l'Audience de la Relne
et à celle de Monseigneur le Dauphin
, de Monseigneur le Duc d'Anjou
et de Mesdames de France. '
Fermer
Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
En septembre 1731, plusieurs événements marquants ont eu lieu à la cour de France. Le 1er septembre, un service solennel en mémoire du roi Louis XIV a été célébré à l'Abbaye Royale de Saint-Denis, officié par l'évêque de Lavaur et en présence de dignitaires. Le roi a accordé au Duc de la Tremoille le régiment de Champagne et au fils aîné du Comte de Tessé un régiment d'infanterie. Le 27 août, 34 esclaves français, rachetés à Constantinople par les Pères Mathurins, ont débarqué à Marseille pour retourner en France. D'autres membres de l'Ordre de la Sainte-Trinité se sont rendus à Cadix pour négocier la rançon de Français détenus au Maroc. À Marseille, un accident tragique a eu lieu le 29 août : le capitaine Grason et deux membres de son équipage ont été tués par l'explosion d'un canon lors de l'entrée de leur vaisseau dans la baie. Le 8 septembre, un concert spirituel a été organisé au Château des Tuileries, incluant des motets de l'Abbé Gaveau et du Sieur Le Maire. Le roi a nommé M. Talon Président à Mortier et M. Joly de Fleury Avocat Général. Le Duc de Saint-Aignan, ambassadeur à Rome, a pris congé du roi pour partir à Rome via Marseille. Le 19 septembre, le roi a passé en revue le régiment de dragons d'Orléans à Versailles. Le roi Stanislas et la reine son épouse, incognito à Versailles avec la reine leur fille, sont repartis pour Chambord. Le 25 septembre, la lotterie de la Compagnie des Indes a été tirée pour rembourser les actions. En août, plusieurs concerts ont eu lieu chez la reine, incluant des extraits de l'opéra Bellerophon. Le 3 septembre, des extraits d'Atys ont été chantés, avec la participation de plusieurs chanteurs renommés. La demoiselle Antier, ayant brillé dans son rôle, a été présentée au roi Stanislas et à la reine. Le 25 septembre, le Comte Maffey, ambassadeur du roi de Sardaigne, a pris congé du roi et de la famille royale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5363
p. 2261-2266
Nouvel Evêque de Dijon, et Mandement &c. [titre d'après la table]
Début :
M. Jean Bouhier, nouvel Evêque de Dijon, fût sacré le Dimanche 16. de ce [...]
Mots clefs :
Évêque, Dijon, Érection, Église collégiale de Saint-Étienne, Chantre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvel Evêque de Dijon, et Mandement &c. [titre d'après la table]
M. Jean Bouhier , nouvel Evêque de
Dijon , fût sacré le Dimanche 16. de ce
mois , par M. l'Archevêque de Paris dans
la Chapelle de l'Archevêché , assisté des
Ev. de S. Papoul et de Tarbes. Il prêta
serment le 23. enrre les mains de S. M.
Le Roi avoit demandé au Pape l'érection
de cet Evêché , dès l'année 1723
et y avoit nommé le même Abbé Bouhier
, qui étoit Doyen de la Sainte Chapelle
de Dijon . On a établi le Siege de
cet Evêché dans l'Eglise Collegiale de
S. Etienne de la même Ville ; et on lui a
donné pour revenu les Manses Abba◄
tiales de S. Etienne et de Bese. "
Il s'est fait presqu'en même temps un
autre établissement d'un autre genre dans
la même Province de Bourgogne ; c'est
l'érection d'un Chapitre dans l'Eglise
Prieurale Nôtre Dame de la Ville de
Semur, Capitale du Pays d'Auxois , Dio-
-
cèse
2262 MERCURE DE FRANCE
cèse d'Autun comme cette Eglise est
de Fondation Royale , et magnifiquement
bâtie , le Roy en fit solliciter à
Rome dès 1724. la sécularisation , et l'érection
en Collegiale. Le Pape accorda la
demande du Roy , au mois de Septembre
de l'année passée ; et il en a fait expédier
la Bulle le mois de Juin dernier.
Ce Chapitre doit être composé d'une
Dignité de Doyen , d'un Personnat de
Chantre , et de dix autres Prebendes Canoniales
simples. Le Roy par son Brevet
du 12. Octobre 1724. pour contribuer
à la Dotation de ce nouveau Chapitre
, a consenti à l'union du Prieuré de
Bar , qui étoit de sa nomination , dans
le même Diocèse d'Autun , à ladite Eglise
, en se reservant la disposition du Personnat
de Chantre avec sa Prébende
Canoniale , et de trois autres Prebendes .
Canoniales simples dont Sa Majesté
vient de disposer pour la premiere fois.
Le Prieur de cette Eglise , D. N. Maurel,
est fait par la Bulle , Doyen de ce nouveau
Chapitre.
>
Voici le Mandement du Vicaire Général
de Dijon , pour faire des Prieres &c.
A
.
NTOINE Bernard Gagne , Prêtre , Docteur
en Théologie , Doyen de l'Eglise Cathédrale
de S. Etienne de Dijon , Vicaire Général
SEPTEMBRE. 1731. 2263
ral et Official de Monseigneur l'Illustrissime et
Révérendissime Jean Bouhier , premier Evêque
de Dijon ; Au Clergé Séculier et Régulier , et à
tous les Fidéles de ce nouveau Diocèse : Salut en
J. C. Nôtre-Seigneur .
C'est Dieu , Mes très - chers Freres , qui donne
dans sa Miséricorde des Evêques selon son
coeur , pour dispenser le Pain de vie et la Science
du Salut ? C'est lui qui disposant des Thrones
et des Couronnes , place de sa main sur les premiers
Siéges de l'Eglise ceux qu'il destine à cons
duire et à juger les Tribus d'Israël ; c'est sur
eux que le Prince des Pasteurs se répose de la sû
reté de son Troupeau ; ils sont le sel de la Terre
qui n'éprouve point la corruption , mais qui
en garantit ; la lumiere du monde qui ne s'éteint
point , mais qui forme le beau jour de la Foi
au milieu des ténébres de ce siècle , des Anges
Tutelaires , des Esprits agissans , occupez de la
sollicitude des Eglises. Le don d'un bon Pasteur,
d'un Saint Evêque , est le plus riche present de
la magnificence du Seigneur , et la marque la
plus sensible de sa protection sur un Peuple qu'il
veut favoriser ; elle va vous éclairer , Mes Freres
, cette lumiere brillante , cette grace qui sera
la source des bienfaits les plus signalez . Eglise
naissante , vous êtes sur le point d'éprouver les
complaisances de vôtre céleste Epoux ; il vous
réservoit dans ses trésors un Evêque formé pour
vous , comme vous venez d'être formés pour
lui. Pontife pris d'entre vous il est établi
pour
vous auprès de Dieu , en tout ce qui regarde son
culte et la sanctification de vos ames il est le
premier qui se presente à vous avec le titre et là
tendresse d'un Pere ; puissiez - vous être reçûs
les premiers dans son sein avec l'amour et la do→
>
cilité
2264 MERCURE DE FRANCE
>
cilité des Enfans ! Oüy , Mes Freres , nous le
répetons avec une sainte joye , élevé qu'il est à
l'Episcopat,par le choix d'un Roy plein de sagesse
et de zele pour la Religion , qui s'est rendu sensible
à nos voeux empressez et à nos justes désirs ;
il est donné pour Peré à la Patrie dont il tient
la naissance il en a fait la gloire et l'honneur
dans les Dignitez qu'il a remplies ; il en va être
l'édification et la félicité dans les travaux de l'Apostolat
, qu'il entreprend pour elle ; mais pour
consacrer par l'esprit de J. C. des sentimens fondez
dans la Nature , et si justement meritez ; au
même jour que nôtre Prélat doit s'incliner sous
la main des Pontifes pour recevoir l'Onction sacrée
, et la plénitude du Sacerdoce , prosternonsnous
devant la Majesté toute- puissante , afin
qu'elle répande sur lui les abondantes effusions
de sa Grace. Que les cris du Troupeau soient
portez avec les voeux du Pasteur jusqu'au Trône
suprême ! Que la fumée de l'Encens et l'odeur
du Sacrifice s'élevent de l'Autel , et pénétrent les
Cieux , pour attirer les dons qui font les saints
Evêques , et les benedictions du Chef qui se répandent
sur le corps auquel il préside ! Enfin
mettons-nous en état par les dispositions de nos
coeurs , et par la ferveur de nos Prieres , de voir
renouveller parmi nous ce qui se passa lorsque
le Grand-Prêtre parût pour la premiere fois dans
le Tabernacle avec l'éclat et la splendeur du
Vêtement Sacré , tel ,dit l'Ecriture , qu'il n'y en
avoit jamais eû de semblable en Majesté : Sie
pulchra non fuerunt antè ipsum talia ad originem.
Tout Israël étoit dans la terreur et le
respect autour du Tabernacle , où Moyse luymême
n'osoit entrer : Nec poterat Moyses ingredi
tectum foederis ; tandis que l'Huile sainte
>
couloit
SEPTEMBRE . 1731. 2265
:
couloit de la main du Prophête sur la tête du
Pontife Fundens super caput Aaron unxit
eum et consecravit , et que du haut des Cieux ,
le Seigneur applaudissoit par des miracles à
l'onction de son Christ et à la Religion de son
Peuple Operuit nubes Tabernaculum testimonii
, et gloria Domini implevit illud.
A ces Causes , après en avoir conféré avec nos
Vénérables Freres les Chanoines et Chapitre de
l'Eglise Cathédrale ; Nous ordonnons que le
Dimanche seize Septembre , jour fixé pour la
cérémonie du Sacre de Monseigneur l'Illustrissime
et Réverendissime Jean Bouhier , premier
Evêque de Dijon , le Très- Saint Sacrement sera
exposé au son de toutes les cloches dans toutes
les Eglises de la Ville , exemptes ou non exemptes
, depuis sept heures du matin jusqu'à six
heures du soir , et dans celles de la Campagne ,
pendant la Grand'Messe et les Vêpres seule
ment ; qu'on chantera pour l'exposition, Sa
lutaris Hostia , &c. puis le Ps. 131. Memento ,
Domine David. le . Elegit eum Dominus &c.
et l'Oraison pro electo Episcopo ; qu'à l'heure
convenable il sera célébré une Messe solemnelle
comme elle est marquée dans le Missel Romain ,
In Anniversario Electionis seu Consecrationis
Episcopi , avec mémoire du Dimanche , ce qui
sera observé dans toutes les Messes basses ; que le
soir pour la Benediction , on chantera l'Hymne
Pange lingua , le y. et l'Oraison du Très - Saint
Sacrement , le R. Posui adjutorium super Potentem
, avec le Gloria Patri &c. le . et l'Oraison
comme cy- dessus , Pro electo Episcopo ;
le Ps . xix. Exaudiat te Dominus , avec la Collecte
pour le Roy aprés la Benediction on
chantera le Te Deum , suivi de deux Oraisons de
K
?
la
2266 MERCURE DE FRANCE
la Sainte Trinité , et d'Actions de Graces au son
de toutes les Cloches , qui annonceront la veille
à midi et à sept heures du soir cette sainte Cé¬
rémonie.
Nous invitons tous les Fidéles de s'unir aux
Ministres du Sanctuaire , dans les voeux et sacrifices
qu'ils offriront , en se disposant eux - mêmes
pour participer en ce jour à la Divine Eucharistie
, qui est le lien sacré et le centre de l'u
nion du Pasteur au Troupeau.
Conservons , mes très-chers Freres une réconnoissance
éternelle , et un respect sincere
pour cette Roche précieuse dont nous avons été
taillez , la sainte Eglise de Langres qui nous a
enfantez et nourris en J. C. Eglise si vénerable .
par son antiquité , par ses titres par tant de
saints Evêques qui l'ont gouvernée , et par l'illustre
Prélat qui occupe aujourd'hui le Siege
Et sera nôtre present Mandement publié le
Dimanche , précedent aux Prônes des Paroisses
et affiché aux Portes des Eglises . Donné à Dijon,
sous nôtre seing , celui du Secretaire de Monsei
gneur l'Evêque , et le contrescel de ses armes
ce 6. Septembre 1731. Gagne Vicaire General.
Mathieu , Secretaire.
Dijon , fût sacré le Dimanche 16. de ce
mois , par M. l'Archevêque de Paris dans
la Chapelle de l'Archevêché , assisté des
Ev. de S. Papoul et de Tarbes. Il prêta
serment le 23. enrre les mains de S. M.
Le Roi avoit demandé au Pape l'érection
de cet Evêché , dès l'année 1723
et y avoit nommé le même Abbé Bouhier
, qui étoit Doyen de la Sainte Chapelle
de Dijon . On a établi le Siege de
cet Evêché dans l'Eglise Collegiale de
S. Etienne de la même Ville ; et on lui a
donné pour revenu les Manses Abba◄
tiales de S. Etienne et de Bese. "
Il s'est fait presqu'en même temps un
autre établissement d'un autre genre dans
la même Province de Bourgogne ; c'est
l'érection d'un Chapitre dans l'Eglise
Prieurale Nôtre Dame de la Ville de
Semur, Capitale du Pays d'Auxois , Dio-
-
cèse
2262 MERCURE DE FRANCE
cèse d'Autun comme cette Eglise est
de Fondation Royale , et magnifiquement
bâtie , le Roy en fit solliciter à
Rome dès 1724. la sécularisation , et l'érection
en Collegiale. Le Pape accorda la
demande du Roy , au mois de Septembre
de l'année passée ; et il en a fait expédier
la Bulle le mois de Juin dernier.
Ce Chapitre doit être composé d'une
Dignité de Doyen , d'un Personnat de
Chantre , et de dix autres Prebendes Canoniales
simples. Le Roy par son Brevet
du 12. Octobre 1724. pour contribuer
à la Dotation de ce nouveau Chapitre
, a consenti à l'union du Prieuré de
Bar , qui étoit de sa nomination , dans
le même Diocèse d'Autun , à ladite Eglise
, en se reservant la disposition du Personnat
de Chantre avec sa Prébende
Canoniale , et de trois autres Prebendes .
Canoniales simples dont Sa Majesté
vient de disposer pour la premiere fois.
Le Prieur de cette Eglise , D. N. Maurel,
est fait par la Bulle , Doyen de ce nouveau
Chapitre.
>
Voici le Mandement du Vicaire Général
de Dijon , pour faire des Prieres &c.
A
.
NTOINE Bernard Gagne , Prêtre , Docteur
en Théologie , Doyen de l'Eglise Cathédrale
de S. Etienne de Dijon , Vicaire Général
SEPTEMBRE. 1731. 2263
ral et Official de Monseigneur l'Illustrissime et
Révérendissime Jean Bouhier , premier Evêque
de Dijon ; Au Clergé Séculier et Régulier , et à
tous les Fidéles de ce nouveau Diocèse : Salut en
J. C. Nôtre-Seigneur .
C'est Dieu , Mes très - chers Freres , qui donne
dans sa Miséricorde des Evêques selon son
coeur , pour dispenser le Pain de vie et la Science
du Salut ? C'est lui qui disposant des Thrones
et des Couronnes , place de sa main sur les premiers
Siéges de l'Eglise ceux qu'il destine à cons
duire et à juger les Tribus d'Israël ; c'est sur
eux que le Prince des Pasteurs se répose de la sû
reté de son Troupeau ; ils sont le sel de la Terre
qui n'éprouve point la corruption , mais qui
en garantit ; la lumiere du monde qui ne s'éteint
point , mais qui forme le beau jour de la Foi
au milieu des ténébres de ce siècle , des Anges
Tutelaires , des Esprits agissans , occupez de la
sollicitude des Eglises. Le don d'un bon Pasteur,
d'un Saint Evêque , est le plus riche present de
la magnificence du Seigneur , et la marque la
plus sensible de sa protection sur un Peuple qu'il
veut favoriser ; elle va vous éclairer , Mes Freres
, cette lumiere brillante , cette grace qui sera
la source des bienfaits les plus signalez . Eglise
naissante , vous êtes sur le point d'éprouver les
complaisances de vôtre céleste Epoux ; il vous
réservoit dans ses trésors un Evêque formé pour
vous , comme vous venez d'être formés pour
lui. Pontife pris d'entre vous il est établi
pour
vous auprès de Dieu , en tout ce qui regarde son
culte et la sanctification de vos ames il est le
premier qui se presente à vous avec le titre et là
tendresse d'un Pere ; puissiez - vous être reçûs
les premiers dans son sein avec l'amour et la do→
>
cilité
2264 MERCURE DE FRANCE
>
cilité des Enfans ! Oüy , Mes Freres , nous le
répetons avec une sainte joye , élevé qu'il est à
l'Episcopat,par le choix d'un Roy plein de sagesse
et de zele pour la Religion , qui s'est rendu sensible
à nos voeux empressez et à nos justes désirs ;
il est donné pour Peré à la Patrie dont il tient
la naissance il en a fait la gloire et l'honneur
dans les Dignitez qu'il a remplies ; il en va être
l'édification et la félicité dans les travaux de l'Apostolat
, qu'il entreprend pour elle ; mais pour
consacrer par l'esprit de J. C. des sentimens fondez
dans la Nature , et si justement meritez ; au
même jour que nôtre Prélat doit s'incliner sous
la main des Pontifes pour recevoir l'Onction sacrée
, et la plénitude du Sacerdoce , prosternonsnous
devant la Majesté toute- puissante , afin
qu'elle répande sur lui les abondantes effusions
de sa Grace. Que les cris du Troupeau soient
portez avec les voeux du Pasteur jusqu'au Trône
suprême ! Que la fumée de l'Encens et l'odeur
du Sacrifice s'élevent de l'Autel , et pénétrent les
Cieux , pour attirer les dons qui font les saints
Evêques , et les benedictions du Chef qui se répandent
sur le corps auquel il préside ! Enfin
mettons-nous en état par les dispositions de nos
coeurs , et par la ferveur de nos Prieres , de voir
renouveller parmi nous ce qui se passa lorsque
le Grand-Prêtre parût pour la premiere fois dans
le Tabernacle avec l'éclat et la splendeur du
Vêtement Sacré , tel ,dit l'Ecriture , qu'il n'y en
avoit jamais eû de semblable en Majesté : Sie
pulchra non fuerunt antè ipsum talia ad originem.
Tout Israël étoit dans la terreur et le
respect autour du Tabernacle , où Moyse luymême
n'osoit entrer : Nec poterat Moyses ingredi
tectum foederis ; tandis que l'Huile sainte
>
couloit
SEPTEMBRE . 1731. 2265
:
couloit de la main du Prophête sur la tête du
Pontife Fundens super caput Aaron unxit
eum et consecravit , et que du haut des Cieux ,
le Seigneur applaudissoit par des miracles à
l'onction de son Christ et à la Religion de son
Peuple Operuit nubes Tabernaculum testimonii
, et gloria Domini implevit illud.
A ces Causes , après en avoir conféré avec nos
Vénérables Freres les Chanoines et Chapitre de
l'Eglise Cathédrale ; Nous ordonnons que le
Dimanche seize Septembre , jour fixé pour la
cérémonie du Sacre de Monseigneur l'Illustrissime
et Réverendissime Jean Bouhier , premier
Evêque de Dijon , le Très- Saint Sacrement sera
exposé au son de toutes les cloches dans toutes
les Eglises de la Ville , exemptes ou non exemptes
, depuis sept heures du matin jusqu'à six
heures du soir , et dans celles de la Campagne ,
pendant la Grand'Messe et les Vêpres seule
ment ; qu'on chantera pour l'exposition, Sa
lutaris Hostia , &c. puis le Ps. 131. Memento ,
Domine David. le . Elegit eum Dominus &c.
et l'Oraison pro electo Episcopo ; qu'à l'heure
convenable il sera célébré une Messe solemnelle
comme elle est marquée dans le Missel Romain ,
In Anniversario Electionis seu Consecrationis
Episcopi , avec mémoire du Dimanche , ce qui
sera observé dans toutes les Messes basses ; que le
soir pour la Benediction , on chantera l'Hymne
Pange lingua , le y. et l'Oraison du Très - Saint
Sacrement , le R. Posui adjutorium super Potentem
, avec le Gloria Patri &c. le . et l'Oraison
comme cy- dessus , Pro electo Episcopo ;
le Ps . xix. Exaudiat te Dominus , avec la Collecte
pour le Roy aprés la Benediction on
chantera le Te Deum , suivi de deux Oraisons de
K
?
la
2266 MERCURE DE FRANCE
la Sainte Trinité , et d'Actions de Graces au son
de toutes les Cloches , qui annonceront la veille
à midi et à sept heures du soir cette sainte Cé¬
rémonie.
Nous invitons tous les Fidéles de s'unir aux
Ministres du Sanctuaire , dans les voeux et sacrifices
qu'ils offriront , en se disposant eux - mêmes
pour participer en ce jour à la Divine Eucharistie
, qui est le lien sacré et le centre de l'u
nion du Pasteur au Troupeau.
Conservons , mes très-chers Freres une réconnoissance
éternelle , et un respect sincere
pour cette Roche précieuse dont nous avons été
taillez , la sainte Eglise de Langres qui nous a
enfantez et nourris en J. C. Eglise si vénerable .
par son antiquité , par ses titres par tant de
saints Evêques qui l'ont gouvernée , et par l'illustre
Prélat qui occupe aujourd'hui le Siege
Et sera nôtre present Mandement publié le
Dimanche , précedent aux Prônes des Paroisses
et affiché aux Portes des Eglises . Donné à Dijon,
sous nôtre seing , celui du Secretaire de Monsei
gneur l'Evêque , et le contrescel de ses armes
ce 6. Septembre 1731. Gagne Vicaire General.
Mathieu , Secretaire.
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Résumé : Nouvel Evêque de Dijon, et Mandement &c. [titre d'après la table]
En 1731, deux événements significatifs ont marqué la province de Bourgogne. Le 16 septembre, Jean Bouhier a été sacré évêque de Dijon par l'archevêque de Paris, assisté des évêques de Saint-Papoul et de Tarbes. Cette nomination avait été demandée par le roi au pape dès 1723 pour l'érection de cet évêché. Le siège épiscopal a été établi dans l'église collégiale Saint-Étienne de Dijon, avec les revenus des manse abbatiales de Saint-Étienne et de Bese. Parallèlement, en 1724, le roi avait sollicité la sécularisation et l'érection en collégiale de l'église prieurale Notre-Dame de Semur, capitale du pays d'Auxois, diocèse d'Autun. Le pape a accordé cette demande en septembre 1730, et la bulle a été expédiée en juin 1731. Ce nouveau chapitre est composé d'une dignité de doyen, d'un personnat de chantre, et de dix autres prébendes canoniales simples. Le roi a contribué à la dotation de ce chapitre en unissant le prieuré de Bar à cette église, tout en se réservant la disposition de certaines prébendes. Le vicaire général de Dijon, Antoine Bernard Gagne, a publié un mandement appelant à des prières et des cérémonies pour célébrer le sacre de Jean Bouhier. Il a souligné l'importance de ce nouvel évêque pour le diocèse naissant et a invité tous les fidèles à participer aux offices religieux prévus pour le jour du sacre.
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5364
p. 2266-2270
MORTS, NAISSANCES & Mariages.
Début :
Le 18. Août , Philipes de Monchy, Ecuyer Conseiller-Secretaire du Roy et ancien Fermier [...]
Mots clefs :
Marquis, Commandeur des ordres du roi, Gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, Comte, Armées du roi
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texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES & Mariages.
MORTS, NAISSANCES
Mariages.
E 18. Août , Philipes de Monchy , Ecuyer
Conseiller Secretaire du Roy et ancien fer?
mier General , mourut à Paris âgé de 89. ans .
La nommée Claude Robert , veuve d'Antoine
Ferret,
SEPTEMBRE. 1731 2267
Ferret , mourut à Bordeaux le 24. du mois dernier
, âgée de 104. ans accomplis , étant née le
26. Juin 1627.
Le 26. Août, le sieur de Beaupré, Chevalier de
S. Louis , Sergent Major du Regiment des Gardes
Françoises , mourut à Paris âgé de 80. ans
ou environ .
Marie de Brancas , épouse de Louis -Antoine
de Brancas , Duc de Villars , Pair de France ,
mourut à Paris le 27. du mois dernier , âgée de
près de 80. ans : elle avoit été Dame d'Honneur
de feue Madame.
Dame Anne Diane Dauvet Desmaretz , Epouse
de M. Adolphe-Charles de Romilly , Marquis de
la Chesnelaye , Brigadier des Armées du Roy et
Gouverneur des Ville et Château de Fougeres ,
mourut le 31. du même mois , âgée d'environ
22, ans.
M. Jean Vittement , Sous-Précepteur du Roy,
- et ci -devant Lecteur des Enfans de France , inourut
le même jour à Dormans en Champagne dans
année de son âge.
la
77.
et
Demoiselle Anne Audibert , fille majeure de
Pierre Audibert , Ecuyer , Seigneur de Favas ,
de Dame Catherine Sire , décedée le 2. Septembre
âgée de 68. ans .
M. François - Jean- Baptiste Petit de Villeneuve,
Conseiller au Parlement , décedé le´s . Septembre
âgé de 22. ans.
Paul-Jules Mazarin de Ruzé , Duc de Mazarin
, de la Meilleraye et de Mayenne , Pair de
France , Prince de Château Portien , Marquis de
Chilly et de Lonjumeau , Comte de la Ferre
Marle , Ham , Ferret , Belfort , Thann , Altkirch
et Rozoy , Baron de Parthenay , Saint Mexent
et de Massy, Seigneur d'Yssenhem er de Delle ,
Kij Gouverneur
>
2268 MERCURE DE FRANCE
Gouverneur des Villes et Citadelles de Port-Louis,
Hennebon et Guymperlay en Bretagne , décedé
le 7. Septembre 1731. âgé de 66. ans. Son corps
fut transporté le 11. dans l'Eglise du College
Mazarin , où il fut inhumé dans le Tombeau de
ses Ancêtres.
Charles- Maurice le Pelletier , Prêtre , Docteur
de Sorbonne , Superieur General des Seminaires
de S. Sulpice , Abbé de S. Aubin d'Angers , mourut
le 7. à Issy âgé de 65. ans. Il étoit frere du
feu Premier President de ce nom , et fils du Ministre
d'Etat.
M. Joachim Jehannot, Chevalier , Marquis de
Bartillat , ancien Colonel de Cavalerie , Gouverneur,
Capitaine, Châtelain de la Ville et Château
de Montluçon en Bourbonnois , Seigneur de Lâge,
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis , déceda
le 8. Septembre àgé de 55. ans ou environ.
Dame Marie-Françoise Guerignon , épouse de
Jean Merlet , Ecuyer , Conseiller - Secretaire du
Roy , Maison Couronne de France et de ses Finances
, décedée le 12. Septembre 1731. âgée
"de 27. ans environ .
Jean -René de Longueil , Marquis de Maisons
er de Poissy , President à Mortier du Parlement ,
et Académicien Honoraire de l'Académie Royale
des Sciences , mourut à Paris le 13. de ce mois
dans la 33. année de son âge. Il étoit veuf de
N..... de Menars , et ne laisse qu'un fils âgé de
six mois de son second mariage avec N .
Bauyn d'Angervilliers. Il avoit un fort beau Cabinet
de Médailles et autres curiositez , et un
Jardin de Botanique très -bien entretenu à son
Château de Maisons , rempli de Plantes rares et
singulieres.
François de Brilhac , Marêchal des Camps et
Armées
SEPTEMBRE . 1731. 2269
Armées du Roy, Commandeur de l'Ordre Royal
et Militaire de S. Louis , et Gouverneur de Thionville
, mourut le 14.
Le 15. François Bouthillier de Chavigny , an
cien Evêque de Troyes , Abbé de Sellieres et de
Vauluysant , Ministre d'Etat au Conseil de la
Régence , mourut à Paris , et inhumé à S. Côme,
âgé de 89. ans accomplis.
Le même jour , D. Beatrix - Helene - Charlotte,
née Comtesse de Rottembourg , Dame Chanoinesse
de Rimeremont mourut âgée de 32. ans.
André Potier de Novion , Marquis de Grignon,
Commandeur des Ordres du Roy , dont il avoit
été Secretaire , mourut en son Château de Grignon
le 22. âgé d'environ 72. ans . Au mois de
Décembre 1723. le Roy l'avoit nommé Premier
Président du Parlement et il a exercé cette
Charge jusqu'au mois de Septembre de l'année
suivante qu'il demanda à S. M. la permission de
se retirer.
2.
D. Marie Peyrenc , Epouse d'Alexandre, Mar-
• quis de S. Quentin , Mestre de Camp de Cavalerie
, Sous-Lieutenant de la Compagnie des Chevaux
Legers d'Anjou , accoucha le 23. Août de
deux Filles , dont l'aînée fut nommée Louise-
Marie par N. Peyrenc de S. Cyr , Gentilhomme
Ordinaire de la Chambre du Roy , et par D.
Hurault de S. Denis , Prieur de S. Jean d'Angely
par procuration : et la seconde fut nommée
Suzanne-Jeanne par N. Peyrenc son Aycul , et
par la Dame de Combescure.
D. Marie Louis - Adelaïde de Durey , Epouse
d'Etienne Claude d'Aligre , Président du Parle
ment , accoucha le 27. Août d'une fille qui fut
nommée Marie - Magdelaine par N. de Durey
K iij
de
2270 MERCURE DE FRANCE
de Meniere , Président en la seconde Chambre
des Enquêtes , et par N. d'Aligre , Tante de
l'Enfant
D Marie- Renée de Gontault de Biron , Epouse
de Charles-Leonor Colbert, Comte de Seignelay,
Lieutenant General au Gouvernement de Berry
accoucha le 13. Septembre d'un fils , qui fut
nommé Louis - Jean Baptisté - Antonin par le
Prince de Pons , représenté par le Comte de
Marsan son Fils , et par la Duchesse de Biron,
D. Anne - Gabrielle le Veneur de Tillieres
Epouse d'Alexis- Magdelaine Rosalie , Comte de
Châtillon , Chevalier des Ordres du Roy , Marêchal
des Camps et Armées de S. M. Grand
Bailly d'Aguenau , Mestre de Camp General dé
la Cavalerie Legere , accoucha le 20. Septembre
d'une Fille , qui fut ondoyée le lendemain par
permission de M. l'Archevêque,
Louis de Brancas , Duc de Lauraguais , Pair
de France , Fils du Duc de Villars Brancas ;
épousa le 27. Août D. Adelaide Geneviève Felicité
d'O , Fille du Marquis d'O.
Jean Baptiste de Magontier , Seigneur de
Laubanie , Marquis Dasirac , Capitaine dans
le Regiment de Bourbonnois , épousa le 5. Septembre
D. Elizabeth - Magdelaine Jacquier.
Mariages.
E 18. Août , Philipes de Monchy , Ecuyer
Conseiller Secretaire du Roy et ancien fer?
mier General , mourut à Paris âgé de 89. ans .
La nommée Claude Robert , veuve d'Antoine
Ferret,
SEPTEMBRE. 1731 2267
Ferret , mourut à Bordeaux le 24. du mois dernier
, âgée de 104. ans accomplis , étant née le
26. Juin 1627.
Le 26. Août, le sieur de Beaupré, Chevalier de
S. Louis , Sergent Major du Regiment des Gardes
Françoises , mourut à Paris âgé de 80. ans
ou environ .
Marie de Brancas , épouse de Louis -Antoine
de Brancas , Duc de Villars , Pair de France ,
mourut à Paris le 27. du mois dernier , âgée de
près de 80. ans : elle avoit été Dame d'Honneur
de feue Madame.
Dame Anne Diane Dauvet Desmaretz , Epouse
de M. Adolphe-Charles de Romilly , Marquis de
la Chesnelaye , Brigadier des Armées du Roy et
Gouverneur des Ville et Château de Fougeres ,
mourut le 31. du même mois , âgée d'environ
22, ans.
M. Jean Vittement , Sous-Précepteur du Roy,
- et ci -devant Lecteur des Enfans de France , inourut
le même jour à Dormans en Champagne dans
année de son âge.
la
77.
et
Demoiselle Anne Audibert , fille majeure de
Pierre Audibert , Ecuyer , Seigneur de Favas ,
de Dame Catherine Sire , décedée le 2. Septembre
âgée de 68. ans .
M. François - Jean- Baptiste Petit de Villeneuve,
Conseiller au Parlement , décedé le´s . Septembre
âgé de 22. ans.
Paul-Jules Mazarin de Ruzé , Duc de Mazarin
, de la Meilleraye et de Mayenne , Pair de
France , Prince de Château Portien , Marquis de
Chilly et de Lonjumeau , Comte de la Ferre
Marle , Ham , Ferret , Belfort , Thann , Altkirch
et Rozoy , Baron de Parthenay , Saint Mexent
et de Massy, Seigneur d'Yssenhem er de Delle ,
Kij Gouverneur
>
2268 MERCURE DE FRANCE
Gouverneur des Villes et Citadelles de Port-Louis,
Hennebon et Guymperlay en Bretagne , décedé
le 7. Septembre 1731. âgé de 66. ans. Son corps
fut transporté le 11. dans l'Eglise du College
Mazarin , où il fut inhumé dans le Tombeau de
ses Ancêtres.
Charles- Maurice le Pelletier , Prêtre , Docteur
de Sorbonne , Superieur General des Seminaires
de S. Sulpice , Abbé de S. Aubin d'Angers , mourut
le 7. à Issy âgé de 65. ans. Il étoit frere du
feu Premier President de ce nom , et fils du Ministre
d'Etat.
M. Joachim Jehannot, Chevalier , Marquis de
Bartillat , ancien Colonel de Cavalerie , Gouverneur,
Capitaine, Châtelain de la Ville et Château
de Montluçon en Bourbonnois , Seigneur de Lâge,
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis , déceda
le 8. Septembre àgé de 55. ans ou environ.
Dame Marie-Françoise Guerignon , épouse de
Jean Merlet , Ecuyer , Conseiller - Secretaire du
Roy , Maison Couronne de France et de ses Finances
, décedée le 12. Septembre 1731. âgée
"de 27. ans environ .
Jean -René de Longueil , Marquis de Maisons
er de Poissy , President à Mortier du Parlement ,
et Académicien Honoraire de l'Académie Royale
des Sciences , mourut à Paris le 13. de ce mois
dans la 33. année de son âge. Il étoit veuf de
N..... de Menars , et ne laisse qu'un fils âgé de
six mois de son second mariage avec N .
Bauyn d'Angervilliers. Il avoit un fort beau Cabinet
de Médailles et autres curiositez , et un
Jardin de Botanique très -bien entretenu à son
Château de Maisons , rempli de Plantes rares et
singulieres.
François de Brilhac , Marêchal des Camps et
Armées
SEPTEMBRE . 1731. 2269
Armées du Roy, Commandeur de l'Ordre Royal
et Militaire de S. Louis , et Gouverneur de Thionville
, mourut le 14.
Le 15. François Bouthillier de Chavigny , an
cien Evêque de Troyes , Abbé de Sellieres et de
Vauluysant , Ministre d'Etat au Conseil de la
Régence , mourut à Paris , et inhumé à S. Côme,
âgé de 89. ans accomplis.
Le même jour , D. Beatrix - Helene - Charlotte,
née Comtesse de Rottembourg , Dame Chanoinesse
de Rimeremont mourut âgée de 32. ans.
André Potier de Novion , Marquis de Grignon,
Commandeur des Ordres du Roy , dont il avoit
été Secretaire , mourut en son Château de Grignon
le 22. âgé d'environ 72. ans . Au mois de
Décembre 1723. le Roy l'avoit nommé Premier
Président du Parlement et il a exercé cette
Charge jusqu'au mois de Septembre de l'année
suivante qu'il demanda à S. M. la permission de
se retirer.
2.
D. Marie Peyrenc , Epouse d'Alexandre, Mar-
• quis de S. Quentin , Mestre de Camp de Cavalerie
, Sous-Lieutenant de la Compagnie des Chevaux
Legers d'Anjou , accoucha le 23. Août de
deux Filles , dont l'aînée fut nommée Louise-
Marie par N. Peyrenc de S. Cyr , Gentilhomme
Ordinaire de la Chambre du Roy , et par D.
Hurault de S. Denis , Prieur de S. Jean d'Angely
par procuration : et la seconde fut nommée
Suzanne-Jeanne par N. Peyrenc son Aycul , et
par la Dame de Combescure.
D. Marie Louis - Adelaïde de Durey , Epouse
d'Etienne Claude d'Aligre , Président du Parle
ment , accoucha le 27. Août d'une fille qui fut
nommée Marie - Magdelaine par N. de Durey
K iij
de
2270 MERCURE DE FRANCE
de Meniere , Président en la seconde Chambre
des Enquêtes , et par N. d'Aligre , Tante de
l'Enfant
D Marie- Renée de Gontault de Biron , Epouse
de Charles-Leonor Colbert, Comte de Seignelay,
Lieutenant General au Gouvernement de Berry
accoucha le 13. Septembre d'un fils , qui fut
nommé Louis - Jean Baptisté - Antonin par le
Prince de Pons , représenté par le Comte de
Marsan son Fils , et par la Duchesse de Biron,
D. Anne - Gabrielle le Veneur de Tillieres
Epouse d'Alexis- Magdelaine Rosalie , Comte de
Châtillon , Chevalier des Ordres du Roy , Marêchal
des Camps et Armées de S. M. Grand
Bailly d'Aguenau , Mestre de Camp General dé
la Cavalerie Legere , accoucha le 20. Septembre
d'une Fille , qui fut ondoyée le lendemain par
permission de M. l'Archevêque,
Louis de Brancas , Duc de Lauraguais , Pair
de France , Fils du Duc de Villars Brancas ;
épousa le 27. Août D. Adelaide Geneviève Felicité
d'O , Fille du Marquis d'O.
Jean Baptiste de Magontier , Seigneur de
Laubanie , Marquis Dasirac , Capitaine dans
le Regiment de Bourbonnois , épousa le 5. Septembre
D. Elizabeth - Magdelaine Jacquier.
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Résumé : MORTS, NAISSANCES & Mariages.
En août et septembre 1731, plusieurs événements marquants ont été enregistrés, incluant des naissances, des décès et des mariages. Parmi les décès notables, Philipes de Monchy, conseiller secrétaire du roi, est décédé à Paris à l'âge de 89 ans. Claude Robert, veuve d'Antoine Ferret, est morte à Bordeaux à l'âge de 104 ans. Le sieur de Beaupré, sergent major des Gardes Françaises, a également trouvé la mort à Paris à environ 80 ans. Marie de Brancas, épouse du Duc de Villars, est décédée à Paris à près de 80 ans. D'autres personnalités, telles que Dame Anne Diane Dauvet Desmaretz, M. Jean Vittement, et Paul-Jules Mazarin de Ruzé, Duc de Mazarin, sont également mentionnées pour leur décès. Plusieurs naissances ont été signalées, notamment celles de Louise-Marie et Suzanne-Jeanne, filles de D. Marie Peyrenc, et de Marie-Magdelaine, fille de D. Marie Louis-Adélaïde de Durey. Des mariages ont également été rapportés, comme celui de Louis de Brancas, Duc de Lauraguais, avec D. Adelaide Geneviève Félicité d'O, et celui de Jean Baptiste de Magontier avec D. Elizabeth-Magdelaine Jacquier.
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5365
p. [2271]-[2272]
TABLE.
Début :
Preces Fugitives, Ode sacrée. Lettre sur la sécheresse et la maladie des Bestiaux . [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE .
reces Fugitives , Ode sacrée. 2051.
Lettre sur la sécheresse et la maladie des
Bestiaux .
Epigramme.
2053.
2057.
Explication d'une Médaille singuliere de Carausius.
Le Triomphe d'Amphitrite , Cantate.
2068.
2083.
Relation de la défaite des Natches , Sauvages de
•
la Louisiane.
Epitre à la Dlle Sallé.
Voyage dans les Etats de Bacchus &c.
મેં Vers à Me. C ***
Lettre sur la Musique.
Ode qui a remporté le prix du Palinod.
*
2086.
2104.
2106 .
2124
2126 .
146.
Réponse du P: Romuald à M. le Monnier. 2150.
Enigmes et Logogryphes, &c.
Nouvelles Litteraires &c.
Histoire de l'Eglise de Vaison, & c.
2155.
2157.
2162.
Continuation de l'Art, de Guillaume Homberd.
Sethos , Histoire on Vie,& c.
Oeuvres de M. Dufresni.
Portrait de Mlle d'Angeville.
Monumens de la Monarchie Françoise.
Vie de Guillaume Postel.
2163-
2170.
2179.
2191.
21932
2195.
2196.
Prix proposez par les Académies de Bordeaux et
de Marseille.
Difficulté Historique sur la Ville d'Evreux, 2198.
Lettre d'un Partisan du Systême Typographique.
Buste du Cardinal de Polignac.
Spectacles.
Mort du Sr. de la Thorilliere & c.
^
2199.
22100
2213
218.
22220
L'Amante difficile , Comedie nouvelle.
Le fe ne sçai quoy ? Comedie nouvelle . 2223.
Les Eveillez de Poissi et les petits Comediens.
Autres Pieces nouvelles.
Nouvelles Etrangeres de Turquie et de Perse.
2227.
D'Italie et d'Espagne.
2234.
De Russie , Pologne , Allemagne. 2236.
2241 .
Extrait du Traité d'Alliance entre l'Empereur ,
2249.
2253°
2255"
&c. >
le Roy d'Espagne , &c.
D'Angleterre , Hollande et Pays- Bas.
Morts , Naissances des Pays Etrangers.
France , Nouvelles de la Cour , de Paris
2256
Nouvel Evêque de Dijon , et Mandement &c.
Morts , Naissances , &c .
Errata d'Août.
2261
2266
reces Fugitives , Ode sacrée. 2051.
Lettre sur la sécheresse et la maladie des
Bestiaux .
Epigramme.
2053.
2057.
Explication d'une Médaille singuliere de Carausius.
Le Triomphe d'Amphitrite , Cantate.
2068.
2083.
Relation de la défaite des Natches , Sauvages de
•
la Louisiane.
Epitre à la Dlle Sallé.
Voyage dans les Etats de Bacchus &c.
મેં Vers à Me. C ***
Lettre sur la Musique.
Ode qui a remporté le prix du Palinod.
*
2086.
2104.
2106 .
2124
2126 .
146.
Réponse du P: Romuald à M. le Monnier. 2150.
Enigmes et Logogryphes, &c.
Nouvelles Litteraires &c.
Histoire de l'Eglise de Vaison, & c.
2155.
2157.
2162.
Continuation de l'Art, de Guillaume Homberd.
Sethos , Histoire on Vie,& c.
Oeuvres de M. Dufresni.
Portrait de Mlle d'Angeville.
Monumens de la Monarchie Françoise.
Vie de Guillaume Postel.
2163-
2170.
2179.
2191.
21932
2195.
2196.
Prix proposez par les Académies de Bordeaux et
de Marseille.
Difficulté Historique sur la Ville d'Evreux, 2198.
Lettre d'un Partisan du Systême Typographique.
Buste du Cardinal de Polignac.
Spectacles.
Mort du Sr. de la Thorilliere & c.
^
2199.
22100
2213
218.
22220
L'Amante difficile , Comedie nouvelle.
Le fe ne sçai quoy ? Comedie nouvelle . 2223.
Les Eveillez de Poissi et les petits Comediens.
Autres Pieces nouvelles.
Nouvelles Etrangeres de Turquie et de Perse.
2227.
D'Italie et d'Espagne.
2234.
De Russie , Pologne , Allemagne. 2236.
2241 .
Extrait du Traité d'Alliance entre l'Empereur ,
2249.
2253°
2255"
&c. >
le Roy d'Espagne , &c.
D'Angleterre , Hollande et Pays- Bas.
Morts , Naissances des Pays Etrangers.
France , Nouvelles de la Cour , de Paris
2256
Nouvel Evêque de Dijon , et Mandement &c.
Morts , Naissances , &c .
Errata d'Août.
2261
2266
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Résumé : TABLE.
Le document énumère diverses œuvres littéraires, historiques et artistiques, incluant des poèmes, des lettres, des épîtres, des odes, des cantates, des épigrammes, des histoires, des voyages, des réponses, des énigmes, des logogryphes, des portraits, des monuments, des biographies et des pièces de théâtre. Les thèmes abordés couvrent des sujets religieux, historiques et culturels, tels que l'histoire de l'Église de Vaison et la vie de Guillaume Postel. Des œuvres de M. Dufresni sont également mentionnées. Le texte fait référence à des événements politiques et diplomatiques, comme un traité d'alliance entre l'Empereur et le Roi d'Espagne. Des nouvelles étrangères concernent la Turquie, la Perse, l'Italie, l'Espagne, la Russie, la Pologne, l'Allemagne, l'Angleterre, la Hollande et les Pays-Bas. Le document inclut aussi des annonces sur des naissances, des décès et des événements à la cour de France, ainsi que des errata pour le mois d'août.
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5366
p. [2272]
Errata d'Août.
Début :
Page 1858. ligne derniere, aux pieds des, lisez aux pieds de tes. [...]
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texteReconnaissance textuelle : Errata d'Août.
Errata d'Août.
2261
2266
Age 1858. ligne derniere, aux pieds des , li
sex aux pieds de tes.
P. 2046. 1. 21. Coubeot , 1. Couber.
2261
2266
Age 1858. ligne derniere, aux pieds des , li
sex aux pieds de tes.
P. 2046. 1. 21. Coubeot , 1. Couber.
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5369
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE generale est à Monsieur MOREAU, commis au Mercure [...]
Mots clefs :
Avis, Adresse générale, Paris, Lettres, Poste, Libraires des Provinces et des Pays étrangers, Sols
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
A VIS.
i
L
J
' ADRESSE generale eft à ફી
Monfieur MOREAU
Commis an
Mercure vis - à - vis la Comedie Francoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
fein d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter fur
Pheure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
Lui indiquera,
PRIX XXX. SOLS.
i
L
J
' ADRESSE generale eft à ફી
Monfieur MOREAU
Commis an
Mercure vis - à - vis la Comedie Francoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
fein d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter fur
Pheure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
Lui indiquera,
PRIX XXX. SOLS.
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Résumé : AVIS.
L'annonce concerne la distribution du 'Mercure'. Les expéditeurs peuvent envoyer lettres ou paquets à Monsieur Moreau, commis au Mercure, situé vis-à-vis la Comédie Française à Paris. Pour éviter les rejets et la perte des œuvres, il est conseillé d'affranchir les envois postaux. Les libraires des provinces et des pays étrangers, ainsi que les particuliers, doivent fournir leurs adresses à Monsieur Moreau pour recevoir le Mercure de France rapidement. Monsieur Moreau préparera et expédiera les paquets sans délai, soit par la poste, soit par les messageries indiquées. Le prix de cette distribution est de trente sols.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5370
p. 2277-2295
LETTRE écrite par M. D. L. R. à M ...... de l'Abbaye S. Victor de Marseille au sujet de deux Medailles antiques.
Début :
MONSIEUR, La Médaille Romaine de grand Bronze que vous m'avez envoyée depuis peu, et [...]
Mots clefs :
Abbaye, Médailles, Impératrice Lucille, Argent, Tête de Jupiter, Prêtresse, Phocéens d'Ionie, Traducteurs latins, Marseille, Bronze
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite par M. D. L. R. à M ...... de l'Abbaye S. Victor de Marseille au sujet de deux Medailles antiques.
LETTRE écrite par M. D. L. R. à
M ...... de l'Abbaye S. Victor de Marseille
au sujet de deux Medailles an
tiques .
>
MONSIE ONSIEUR ,
La Médaille Romaine de grand Bronze
que vous m'avez envoyée depuis peu , et
qui a été deterrée dans nôtre Vignoble
de S. Just , a bien son mérite . Si vous ne
l'avez pas reconnue d'abord pour ce qu'elle
est , je ne m'en étonne pas ; il auroit fallu
là nettoyer et en rétablir » pour
ain si dire
, la verité
,
la verité
, obscurcie
par les injures
du temps
, et par la qualité
du lieu
où ce monument
est resté
depuis
tant de
siécles
. Quoi
qu'il
en soit , j'ai aisément connu
, après
quelque
soin
, que c'est
une
Medaille
de l'Imperatrice
Lucille
fille du sage Marc
- Aurelle
, et de Faustine la jeune
, qui porta
en dot à son Epoux
l'Empire
Romain
, avec
une mediocre vertu
. Lucille
épousa
Luce
Vere
, associé
à l'Empire
avec son Beau-Pere.
Mais avant que de m'étendre davan-"
tage sur cette Médaille , je dois vous dire
A v que
2278 MERCURE DE FRANCE
>
que peu de jours avant que je l'eusse
reçûë , M. Vergile de la Bastide , Gentilhomme
de Languedoc , Languedoc , le même qui a
fait depuis peu la découverte d'un beau
reste de chemins des Romains entre
Beaucaire et Nismes , dont vous entendrez
parler bien- tôt dans un Memoire
que je me dispose à publier , m'ayant apporté
plusieurs Médailles qui ont été
trouvées depuis peu en ce Pays- là , je fûs
charmé de rencontrer dans ce nombre
une fort belle Médaille Grecque d'Argent
, qui regarde la Ville de Marseille
differente de toutes celles de cette ancienne
Ville , qui sont venues à ma connoissance
l'estime que j'en fais ainsi
que de la Médaille Romaine,qu'il vous a
plû de m'envoyer presqu'en même temps,
m'a engagé de faire graver l'une et l'autre
,
>
>
pour les exposer à vos yeux sur une
même Planche , et d'en faire le sujet de
cette Lettre. Par droit d'ancienneté , jet
commencerai par la Médaille Grecque ,
qui doit d'ailleurs nous interesser plus
particulierement.
Elle est , comme je l'ai déja dit , d'Argent
, et presque de la grandeur de la
gravure. On y voit d'un côté une très-
* Ce Memoire a depuis été imprimé dans le
Mercure d'Août 1731. p. 1894.
belle
OCTOBRE. 1731 . 2279
belle Tête d'Homme ,
une espece de Sautoir
et sur le revers
› avec ces deux
lettres M A commencement
du nom de
Marseille , ou de son Fondateur , qui se
trouve quelquefois tout entier , quelquefois
en diminutif , comme MAZZA , et
MA dans les Médailles qui nous restent
de cette Ville .
J'ay dit dans une Lettre imprimée
dans le Mercure de Septembre 1722 .
tout ce qu'on peut observer au sujet des
Médailles de Marseille , en fixant au
nombre de 22. celles qui étoient venuës
à ma connoissance , ou que je passedois
alors. J'ay même fait graver l'une des
plus belles de ces dernieres , et cette gravure
se trouve dans le Mercure d'Avril
1723. page 689. Ainsi point de répetition
sur les Médailles de Marseille en
general , contentons nous d'expliquer ,
s'il est possible , celle dont il s'agit ici
et qui est pour moy toute nouvelle.
La Tête d'Homme , parfaitement belle
et bien conservée , qui paroît d'un côté ,
doit faire le principal objet de notre attention
. Ce n'est ni la Tête de Jupiter ,
ni celle d'Apollon , Divinitez adorées
dans Marseille Payenne ; nul symbole
nul attribut qui les désigne comme
elles sont désignées dans d'autres Mé
A vj dailles
,
2280 MERCURE DE FRANCE
>
et
dailles de la même Ville. Ce n'est pas
celle d'Aristarcha Prêtresse de Diane ,
qui vint d'Ephese sur les côtes de la
Gaule Narbonnoise avec les Chefs des
Phocéens , Fondateurs de Marseille
qui cût beaucoup de part à cette Fondation
. On voit , si on en croit Goltzius
la Tête de cette Prêtresse , qui exerça
à Marseille les mêmes fonctions qu'à
Ephese , sur l'une des Medailles Marseilloises
rapportées dans son Recueil , c'est
la IX ; cette Tête a un certain air mâle
qui n'est pas ordinaire aux Têtes de Femmes
, et qui seule peut faire douter de la
verité de l'application de Goltzius. La
Tête au contraire , qui paroît sur nôtre
Medaille n'a rien d'ambigu ; les moins
éclairez la prendront dabord pour celle
d'un homme ; elle est d'ailleurs toute
differente de celles que Goltzius a gravées
lui - même d'après les Originaux
qu'il dit avoir vûs au nombre de dix .
و
Pour moi , après avoir examiné la chose
avec quelque attention , je crois ne
rien risquer
en pensant que c'est ici la
Tête d'un des Fondateurs de Marseille ,
Justin en nomme deux , Furius et Peranus
, qui n'ont pas les mêmes noms
dans Athenée ; plusieurs bons Auteurs
tiennent d'ailleurs que les Phocéens d'Ionie
OCTOBRE. 1731. 2281
nie ont fait deux voyages sur les côtes
du Pays des Saliens , où ils bâtirent enfin
la Ville dont nous parlons.
Selon Plutarque , dans la vie de Solon
le Chef de la premiere expedition , ou
pour me servir de ses termes ,
bien entendus
, le premier Fondateur de Marseille
avoit nom Maasaλías qui donna sans doute
son nom à la nouvelle Ville , et en
ce cas , toutes les autres étymologies qu'on
a données jusqu'ici du nom de Marseille ,
tombent d'elles- mêmes , elles paroissent
aussi pour la plus part bien forcées.
le
Je repete , Monsieur , que Plutarque
bien entendu , fait Mawanias le premier
Fondateur de Marseille ; car je n'ignore
pas que quelques Traducteurs Latins
suivis par Amiot , et par M. Dacier, font
de ce même nom celui de la Ville fondée .
M. de Ruffi le Pere s'est déclaré pour
sentiment contraire , qu'il appuye d'une
judicieuse Critique sur le Passage de
Plutarque , rapporté en entier dans la
premiere édition ( 1642. ) de son Histoire
de Marseille . Xilander , bon critique et
bon Traducteur , avoit pensé la même
chose en traduisant l'endroit en question
ὡς καὶ Μασσαλίας πρῶτος parut Massi
lias Massilia Autor ; à quoi je puis
ajoûter l'autorité d'Isidore de Seville >
qui
2282 MERCURE DE FRANCE
qui reconnoît que Marseille a pris son
nom de celui du General des Phocéens.
Г
C'est donc à ce premier Fondateur que
j'attribuerois volontiers nôtre Medaille
et toutes les raisons de convenance me
paroissent favoriser cette opinion . Quant
à Furius et à Peranus , qui après le témoignage
de Justin &c . peuvent aussi passer
pour Fondateurs de Marseille on ne
sçauroit guere , au sentiment des meilleurs
Critiques , les admettre en cette
qualité , que posterieurement et plus
d'un demi- siécle après la premiere fondation
, faite , selon le témoignage d'un
Auteur respectable , tel que Plutarque
par Μαγαλίας. Ces seconds Chefs ne peuvent
en ce cas être considerez que comme
les Ampliateurs du premier établissement
des Phocéens , qu'ils ont , sans doute, perfectionné
et fini.
Il est donc à croire que dans le temps
de Marseille Grecque et florissante , les
descendans des Phocéens qui l'avoient
bâtie , en frapant des Medailles avec les
Têtes de Jupiter , d'Apollon , de Diane,
&c. pour marquer leur pieté et leur culte
particulier en vers ces Divinitez , n'oublicrent
pas d'en fraper aussi pour immortaliser
la mémoire du Fondateur , qui avoit
donné son nom et la premiete forme à
une
OCTOBRE.
1731. 2283
une Ville , devenue depuis également
puissante et celebre.
,
Les lettres M A qui paroissent sur le
revers de la Medaille en question , peuvent
fort bien être le commencement du
nom de ce premier Fondateur et faire
ici un surcroît de preuves : elles peuvent
Erre aussi le diminutif de ΜΑΣΣΑΛΙΗΤΩΝ
qu'on
qu'on trouve ordinairement sur les Medailles
Marseilloises , ce qui est presque
la même chose . A l'égard de l'espece de
sautoir qui est sur nôtre revers , c'est un
mistere d'antiquité que personne n'est ,
selon moi , en état d'éclaircir aujourd'hui
; Caprice ou Marque du Monetaire,
et tout ce qu'il plaira d'imaginer là - dessus
paroîtra toujours hazardé aux per- ›
sonnes sensées.
C'est un autre mistere non moins impénetrable
, et qui semble exiger plus d'attention
, que parmi les grandes découvertes
qu'on a faites , et celles qu'on fait
tous les jours , en fait de Monumens Antiques
, et sur- tout de Medailles , on n'en
ait point encore trouvé de frappées en
cette Ville au nom de quelque Empereur
, depuis qu'elle tomba sous la puissance
des Romains comme on en voit
de presque toutes les Villes Grecques d'origine
qui comme Marseille fûrent
sou2284
MERCURE DE FRANCE
soumises à l'Empire Romain. M. de
Ruffy, copié là - dessus par le P. Guesnay ,
dans ses Annales Latines de Marseille
a prétendu le contraire ; mais il ne rapporte
ni Monuments
sorte de preuve.
,
>
>
ni aucune autre
Je laisse à ceux de nos sçavans Compatriotes
, qui , comme je l'apprens , ont
entrepris de travailler à une nouvelle
Histoire de Marseille , le soin d'éclaircir
ce point d'Antiquité , et de rapporter le
plus qu'il leur sera possible , de Medailles
de cette Ville en n'oubliant pas de les
faire mieux graver que ne le sont celles
que Mrs. de Ruffy ont empruntées de
Goltzius ou d'ailleurs , et en donnant de
ces Medailles des explications plus exactes
et plus étendues et ce n'est pas la seule
chose en quoi ces Messieurs seront obligez
de reformer , d'éclaircir , d'ajoûter
dans la nouvelle Histoire .
Pour ne point sortir de mon sujet , et
pour ny rien ômettre , il est bon que je
donne ici un avis , qui épargnera une
erreur de fait à ceux qui traiteront dans
la suite le même sujet , en prenant pour
une découverte une veritable méprise ou
l'effet de la préoccupation d'un Sçavant de
réputation , sçavoir , M. Baudelot de
Dairval , qui dans un petit livre de 96.
pages
OCTOBRE. 1731 2285
=
pages , imprimé à Paris en 1698. chez
Aubouin et Clousier , intitulé , Reponse
à M. G......... où l'on examine plusieurs
questions d'Antiquité & c.. nous donne à la
tête de son Ecrit plusieurs Medailles gravées
, dont la derniere de son cabinet a
été , selon lui , frappée à Marseille
l'Empereur Posthume.
pour
Cette Medaille est de grand Bronze ;
voit d'un côté une Tête d'Empe-
, reur couronnée de Laurier avec une
Inscription au tour , luë parM. Baudelot.
»
ΑΥΤΚΛΑΤΙ . Π . ETYMOCCEBACTEYCEB
Au revers est une Sirenne ou Figure de
Femme , dont le bas se termine en Poisson
pour Legende MACCAAIHTON
selon le même Antiquaire , avec cette
époque L QIZ. Anno 817. qu'il assure
aussi s'y trouver,quoique dit- il , elle n'ait
pas été découverte d'abord. Je dis que
c'est M. Baudelot qui asseure tout cela :
mais je puis assurer à mon tour , que tout
cela est très -gratuitement avancé et uniquement
fondé sur une imagination , séduite
par l'attrait de posseder une Medaille
unique et encore inconnue à tous
les Antiquaires , une Medaille , dis-je ,
frappée à Marseille au visage d'un Empereur
Romain. Mes Garands là - dessus sont
des Antiquaires du premier ordre qui
ont
2286 MERCURE DE FRANCE
ont vu avant moy cette Medaille , à la
tête desquels je dois mettre M. Galland ,
à qui M. Baudelot adresse sa lettre . Ces
connoisseurs ont tous jugé qu'il étoit d'abord
très incertain que la Medaille fût
de Posthume ; M. Galland la croyoit
d'Antonin Pie , et qu'au surplus de quel
que Empereur qu'elle soit , à moins d'une
prévention extraordinaire , on n'y voyoit
pas plus de caracteres Grecs que de caracteres
Romains , tant la Medaille étoit
fruste et méconnoissable aux yeux les
plus clair-voyans .
,
,
Ainsi encore une fois , tout ce que M.
B. a étalé d'érudition , ou employé de sagacité
pour soutenir son idée tout ce
que le sçavant P. Pezron , Abbé de la
Charmoye , qui n'avoit pas vû la Piece
a ajouté du sien dans une Lettre écrite
à notre Académicien où ce Pere s'efforce
de faire quadrer l'Epoque prétendue
L. Qiz , ou l'Année 817. d'une seconde
Fondation de Marseille , avec l'an
265 de J. C. temps auquel Posthume regnoit
dans les Gaules &c. tout cela , disje
, en y joignant encore si l'on veut ,
l'habileté du Graveur Ettinger , dont le
talent à faire revivre les Medailles , est ici
›
* Cette Lettre est Imprimée dans le méme
livre , p.77.
expeOCTOBRE.
1731. 2287
>
expressement vanté par M. de Dairval
n'operera jamais rien de certain en faveur
de celle dont il est ici question , à l'égard
de Marseille ; et il sera toujours vrai de
dire que jusqu'à present , malgré tant d'heureuses découvertes
faites depuis
près d'un siècle que la recherche et l'étude
des Medailles sont en si grande vogue
il ne s'est point encore trouvé de
Medaille frappée à Marseille pour un Empereur
Romain : il ne sera pas moins vrai
que nous ne devons rien admettre d'incertain
et de douteux pour illustrer nôtre
Histoire . Marseille se passera bien d'un
tel ornement. Il faut donc convenir que
M. B. s'est trompé , il n'avoit pas alors
toutes les lumieres qu'il a acquises depuis.
C'étoit long - temps avant son entrée à
l'Académie dont il a été un sujet des ,
plus distinguez .
Je laisse , comme je l'ay déja dit , à mes
illustres Compatriotes , Membres de la
nouvelle Académie , chargez de travailler
à l'Histoire de notre Ville , le soin
d'approfondir la singularité dont je viens
de parler , et d'en découvrir , s'il est possible
, la veritable cause ; ce soin est digne
de leurs recherches. Je les avertis
encore , en finissant , de ne point se laisser
éblouir sur ce sujet par l'autorité du
,
R
2288 MERCURE DE FRANCE
R. P. Hardouin , reclamée reclamée ici et alle-
2.
guée, en vain par M. B. pag. 75. de son
livre. Ce Pere , quelque habileté qu'il
cût d'ailleurs , a trop donné dans des
idées extraordinaires et manifestement
chimeriques sur le fait de plusieurs Medailles
, pour être crû dans celui dont il
s'agit ici.
>
?
Qui pourra , par exemple , se persuader
sur sa garantie que ces quatre lettres
DMKV qu'on trouve sur le revers
d'une Medaille par lui rapportée de Maximien
Hercule , marquent que cette
Medaille fû frappée à Marseille Il est
vrai que ce Prince , poursuivi par Constantin
, s'y réfugia ; le Héros Chrétien
dont votre Abbaye porte le nom , lui
doit la gloire de son martyre. Mais cette
retraite ne prouve rien ; au contraire ,
comme elle fût faite dans le temps de
l'entiere décadence des affaires de Maximien
, il y a tout lieu de présumer , contre
la pensée de M. B. qu'il ne s'occupa
point à y faire battre de la Monnoye , et
que les Marseillois ne songerent pas non
plus à frapper des Medailles en l'honneur
d'un Prince infortuné , qui pensa enveloper
Marseille dans son malheur , et qui
gueres , après la prise de la Ville
par Constantin , a finir tragiquement ses
ne tarda
jours.
OCTOBRE 1731. 2289
jours. Mais en voilà assès sur le sujet de
notre Medaille Grecque.
Venons à la Medaille Romaine que .
vous venez de m'envoyer , elle ne nous
occupera pas si long - temps ; je vous ay
déja dit qu'elle est de l'Imperatrice Lucille
, Fille de Marc- Antonin , et de Faustine
la jeune , laquelle , après une disgrace
éclatante , et un évenement extraordinaire
dont le recit est ici inutile ,
épousa l'Empereur Luce - Vere. On voit
d'un côté sa Tête avec cette Legende
LUCILLE AU G. ANTONINI AUG. F.
et sur le revers une figure de Femme assise
tenant d'une main une Fleur et
sur l'autre bras un petit enfant emmailloté
avec cette Inscription , JUNONI LUCINE.
A l'Exergue S. C.
,
و
C'est ce revers qui fait , selon moi , la
singularité de votre Médaille , car en general
, les Médailles de cette Imperatrice
ne sont pas rares. M. Vaillant n'en marque
que trois d'une grande rareté parmi
celles de grand Bronze , j'ai tout lieu de
croire qu'on peut joindre la nôtre à ce
petit nombre , et que ce fameux Antiquaire
avoit vû un revers tout semblable;
c'est celle dont il parle * p . 94. art . 2 .
* Numismata Imperat. Romanorum &c. vol.
4. Paris 1692.
Mais
2290 MERCURE DE FRANCE
Mais il falloit que la Médaille qu'il a vûë
fût bien fruste et bien usée par le temps ,
ce qui ne permettoit pas , sans doute ,
d'en bien fire l'inscription ; car au lieu
de JUNONI LUCILLE , M. Vaillant a imprimé
JUNONI REGINE. Il n'a pas non
plus distingué ce que la figure de Femme
portoit sur son bras. Au surplus c'est à
peu près la même chose : la Femme est
assise et tient une Fleur d'une main comme
sur notre revers.
و
En supposant même que je me trompe
dans ma conjectare , et qu'il n'y ait
point cû de méprise ou d'omission du
côté de M. Vaillant notre Medaille ,
par rapport à son revers , aura toûjours
sa rareté et son mérite. Lucille y est representée
simboliquement sous la figure
et le nom de JUNON LUCINE : excès de
flatterie de la part des Romains , qui doubloient
, pour ainsi dire , la Divinité dans
une même Personne , de quoy il y a plus
d'un exemple , et cela pour égaler leur
Imperatrice à la premiere des Déesses
et pour la considerer en même temps
comme une autre Lucine , Déesse de la
Fecondité &c. ce qui joint au Simbole de
l'Enfant emmailloté présageoit , sans
doute , que Lucille donneroit bien - tôt
un successeur à l'Empire. Il se peut faire
و
>
aussi
OCTOBRE. 1731. 2291
aussi , et je le croirois plus volontiers ,
que cette Imperatrice fût déja Mere lorsque
notre Medaille a été frappée , et en ce
cas c'étoit pour marquer cet heureux évevement
, et pour celebrer la fécondité de
Lucille ; la Fleur qu'elle tient à la main
désigneroit l'attente du Peuple Romain .
qui avoit lieu d'esperer encore d'autres
fruits de cette fécondité.
و
Ce que je viens de vous dire de la Fé- ´
condité , arrivée ou attenduë de Lucille ,
se confirme non - seulement par un Medaillon
de çerte Imperatrice , décrit ainsi
par Vaillant , p. 210. du même livre
d'un côté sa Tête avec la même Legende
que sur la notre et au revers Lucille
assise , tenant dans ses bras un petit Enfant
, mais encore par une Medaille d'Argent
, de Lucille , rapportée dans le 2 .
vol. du même Auteur , pag. 187. au revers
de laquelle est encore une figure de
Femme assise tenant entre ses bras un
petit Enfant , un autre Enfant est debout
devant elle et pour Legende FOECUNDITAS
AUGUSTE: C'est ainsi que les
Auteurs du revers de la Medaille , presentée
au Roy , le premier jour de cette année
1731. en ont usé très - à - propos pour
désigner la continuation de l'heureuse
fecondité de la Reine par la naissance du
>
Duc
2292 MERCURE DE FRANCE
Duc d'Anjou. La France assise et caracterisée
par ses Symboles , tient sur un
bras le Prince nouveau né enveloppé de
Langes , et le Dauphin de l'autre main
debout entre ses genoux , ce qui marque
le bon goût et la capacité de ces Auteurs.
Cette Medaille est gravée dans le Mercure
de Mars p. 5 74.
Je voudrois bien , au reste , pour la
rareté du fait , que parmi les Medailles
que vous m'annoncez , et que vous avez
reçûes depuis peu pour moy de Syrie , il
se trouvât la Medaille Grecque de Lucille
dont je vais parler : cela n'est pas impossible.
M. Baudelot a marqué dans son
Catalogue des Medailles Imperiales , que
les Medailles Grecques de cette Imperatrice
sont communes : ce qui n'est pas
tout-à-fait exact , puisqu'il y en a quelques-
unes de singulieres et de fort rares
en ce genre là : telle est , par exemple ,
celle qui est gravée dans le Selecta Numismata
antiqua de P. Seguin , Doyen
* Ce Catalogue est dans le a. T. de l'Utilitê
des Voyages , p. 345. derniere Edit. 1727 ,
faite après la mort de M. Baudelot , qui auroit
rendu un si bon Livre parfait en corrigeant
quelques méprises en petit nombre , et
en suppleant à plusieurs ômissions . On n'y verroit
pas non plus les fautes qui viennent des
Editeurs denuez de la capacité de M. B.
de
OCTOBRE. 1731 2293
de S. Germain de l'Auxerrois , p. 158.
Cette Medaille est d'Argent , on y
voit d'un côté la Têre de Lucille coëffée
plus galamment qu'ailleurs " avec cette
Legende AOTKIÄÄA CEBACTH . et sur
le revers la même Princesse assise et representée
sous la figure de Cerés , tenant
d'une main desEpis , et de l'autre un flambeau
, avec cette Inscription B CIAEYC
MANNOC ΦΙΛΟΡΩΜΑΙΟΣ qui indique et
qui confirme un point d'Histoire considerable.
C'est Mannus , Roy des Arabes,
qui a fait frapper cette Medaille. Il étoit
Fils ou Neveu et Successeur du Roy de
même nom , dont il est parlé dans Dion,
L. 68. qui regnoit sur les Arabes , Habitans
du Pays situé au -delà de l'Euphra
re , entre la grande Armenie et l'Osrhoëne
, lequel devint suspect à Trajan , dans
son expédition contre les Parthes , par
une manoeuvre marquée dans cette His-
Foire.
C'est le successeur de ce Prince , qui
plus avisé et plus politique que lui , nonseulement
se ménagea beaucoup avec les
Romains , mais qui affecta de les aimer
jusqu'à prendre le titre de ΦΙΛΟΡΩΜΑΙΟΣ
qui est expressement marqué dans cette
Medaille Grecque de Lucille. Elle fût
frappée par les ordres de ce Roy , vray➡
B sem2294
MERCURE DE FRANCE
,
semblablement dans le temps que Luce
Vere son epoux et elle séjournoient
à Antioche , Ville peu éloignée des
Etats du Monarque Arabe , et que l'Ar
mée Romaine , sous le commandement
de A. Cassius , agi soit contre les Parthes.
Que ce Prince eût le même nom de
Mannus , que celui qui regnoit sous
Trajan , l'usage constant de tous les Rois
voisins de la Syrie , qui portoient tous
un même nom , le prouve ,
le prouve , la Medaille
dont je viers de parler le confirme.
M. Seguin , en parlant de cette Medaille
a marqué par ces paroles le cas
qu'il en faisoit , Rarior mihi videtur bie
Nummus , tum quia Gracus tum quia Regis
Barbari nomen minus notum profitetur.
Ajoûtant que Savot , qui a écrit sur la rareté
des Medailles antiques , a mis au
nombre des plus rares les Medailles Imperiales
Grecques d'Argent. Ce que Seguin
dit avoir souvent éprouvé , sur-tout à
Pégard des Medailles d'Imperatrices.
M. Vaillant , qui n'a dit que quelques
mots sur la Medaille en question , ajoute,
après avoir renvoyé au livre de M. Se
guin , Hic Nummus eximia raritatis et elegantia
habetur. Et ce n'est point trop dire
Il croit, au reste , que c'est l'Empereur
L. Vere lui -même , qui , à la priere de
Mannus
OCTOBRE. 1731. 2295
Mannus , lui accorda ce titre d'Ami des
Romains , et que ce fût pour en marquer
sa reconnoissance , et pour faire sa Cour
à l'Empereur , que ce Prince Arabe fit
frapper une Medaille où ce titre est ex--
pressement marqué. 1105 0
Quoiqu'il en soit, ne vous lassez point,
Monsieur , de m'envoyer de pareils Monumens,
on en trouve tous les jours de singuliers
, et qui ont échapé à la recherche
de ceux qui nous ont précedé dans cette
trude , je vous rendrai bon compte de
tout ce qui me viendra de curieux de
vôtre part. Je suis ,
AParis , le 15. Mars 1731.
M ...... de l'Abbaye S. Victor de Marseille
au sujet de deux Medailles an
tiques .
>
MONSIE ONSIEUR ,
La Médaille Romaine de grand Bronze
que vous m'avez envoyée depuis peu , et
qui a été deterrée dans nôtre Vignoble
de S. Just , a bien son mérite . Si vous ne
l'avez pas reconnue d'abord pour ce qu'elle
est , je ne m'en étonne pas ; il auroit fallu
là nettoyer et en rétablir » pour
ain si dire
, la verité
,
la verité
, obscurcie
par les injures
du temps
, et par la qualité
du lieu
où ce monument
est resté
depuis
tant de
siécles
. Quoi
qu'il
en soit , j'ai aisément connu
, après
quelque
soin
, que c'est
une
Medaille
de l'Imperatrice
Lucille
fille du sage Marc
- Aurelle
, et de Faustine la jeune
, qui porta
en dot à son Epoux
l'Empire
Romain
, avec
une mediocre vertu
. Lucille
épousa
Luce
Vere
, associé
à l'Empire
avec son Beau-Pere.
Mais avant que de m'étendre davan-"
tage sur cette Médaille , je dois vous dire
A v que
2278 MERCURE DE FRANCE
>
que peu de jours avant que je l'eusse
reçûë , M. Vergile de la Bastide , Gentilhomme
de Languedoc , Languedoc , le même qui a
fait depuis peu la découverte d'un beau
reste de chemins des Romains entre
Beaucaire et Nismes , dont vous entendrez
parler bien- tôt dans un Memoire
que je me dispose à publier , m'ayant apporté
plusieurs Médailles qui ont été
trouvées depuis peu en ce Pays- là , je fûs
charmé de rencontrer dans ce nombre
une fort belle Médaille Grecque d'Argent
, qui regarde la Ville de Marseille
differente de toutes celles de cette ancienne
Ville , qui sont venues à ma connoissance
l'estime que j'en fais ainsi
que de la Médaille Romaine,qu'il vous a
plû de m'envoyer presqu'en même temps,
m'a engagé de faire graver l'une et l'autre
,
>
>
pour les exposer à vos yeux sur une
même Planche , et d'en faire le sujet de
cette Lettre. Par droit d'ancienneté , jet
commencerai par la Médaille Grecque ,
qui doit d'ailleurs nous interesser plus
particulierement.
Elle est , comme je l'ai déja dit , d'Argent
, et presque de la grandeur de la
gravure. On y voit d'un côté une très-
* Ce Memoire a depuis été imprimé dans le
Mercure d'Août 1731. p. 1894.
belle
OCTOBRE. 1731 . 2279
belle Tête d'Homme ,
une espece de Sautoir
et sur le revers
› avec ces deux
lettres M A commencement
du nom de
Marseille , ou de son Fondateur , qui se
trouve quelquefois tout entier , quelquefois
en diminutif , comme MAZZA , et
MA dans les Médailles qui nous restent
de cette Ville .
J'ay dit dans une Lettre imprimée
dans le Mercure de Septembre 1722 .
tout ce qu'on peut observer au sujet des
Médailles de Marseille , en fixant au
nombre de 22. celles qui étoient venuës
à ma connoissance , ou que je passedois
alors. J'ay même fait graver l'une des
plus belles de ces dernieres , et cette gravure
se trouve dans le Mercure d'Avril
1723. page 689. Ainsi point de répetition
sur les Médailles de Marseille en
general , contentons nous d'expliquer ,
s'il est possible , celle dont il s'agit ici
et qui est pour moy toute nouvelle.
La Tête d'Homme , parfaitement belle
et bien conservée , qui paroît d'un côté ,
doit faire le principal objet de notre attention
. Ce n'est ni la Tête de Jupiter ,
ni celle d'Apollon , Divinitez adorées
dans Marseille Payenne ; nul symbole
nul attribut qui les désigne comme
elles sont désignées dans d'autres Mé
A vj dailles
,
2280 MERCURE DE FRANCE
>
et
dailles de la même Ville. Ce n'est pas
celle d'Aristarcha Prêtresse de Diane ,
qui vint d'Ephese sur les côtes de la
Gaule Narbonnoise avec les Chefs des
Phocéens , Fondateurs de Marseille
qui cût beaucoup de part à cette Fondation
. On voit , si on en croit Goltzius
la Tête de cette Prêtresse , qui exerça
à Marseille les mêmes fonctions qu'à
Ephese , sur l'une des Medailles Marseilloises
rapportées dans son Recueil , c'est
la IX ; cette Tête a un certain air mâle
qui n'est pas ordinaire aux Têtes de Femmes
, et qui seule peut faire douter de la
verité de l'application de Goltzius. La
Tête au contraire , qui paroît sur nôtre
Medaille n'a rien d'ambigu ; les moins
éclairez la prendront dabord pour celle
d'un homme ; elle est d'ailleurs toute
differente de celles que Goltzius a gravées
lui - même d'après les Originaux
qu'il dit avoir vûs au nombre de dix .
و
Pour moi , après avoir examiné la chose
avec quelque attention , je crois ne
rien risquer
en pensant que c'est ici la
Tête d'un des Fondateurs de Marseille ,
Justin en nomme deux , Furius et Peranus
, qui n'ont pas les mêmes noms
dans Athenée ; plusieurs bons Auteurs
tiennent d'ailleurs que les Phocéens d'Ionie
OCTOBRE. 1731. 2281
nie ont fait deux voyages sur les côtes
du Pays des Saliens , où ils bâtirent enfin
la Ville dont nous parlons.
Selon Plutarque , dans la vie de Solon
le Chef de la premiere expedition , ou
pour me servir de ses termes ,
bien entendus
, le premier Fondateur de Marseille
avoit nom Maasaλías qui donna sans doute
son nom à la nouvelle Ville , et en
ce cas , toutes les autres étymologies qu'on
a données jusqu'ici du nom de Marseille ,
tombent d'elles- mêmes , elles paroissent
aussi pour la plus part bien forcées.
le
Je repete , Monsieur , que Plutarque
bien entendu , fait Mawanias le premier
Fondateur de Marseille ; car je n'ignore
pas que quelques Traducteurs Latins
suivis par Amiot , et par M. Dacier, font
de ce même nom celui de la Ville fondée .
M. de Ruffi le Pere s'est déclaré pour
sentiment contraire , qu'il appuye d'une
judicieuse Critique sur le Passage de
Plutarque , rapporté en entier dans la
premiere édition ( 1642. ) de son Histoire
de Marseille . Xilander , bon critique et
bon Traducteur , avoit pensé la même
chose en traduisant l'endroit en question
ὡς καὶ Μασσαλίας πρῶτος parut Massi
lias Massilia Autor ; à quoi je puis
ajoûter l'autorité d'Isidore de Seville >
qui
2282 MERCURE DE FRANCE
qui reconnoît que Marseille a pris son
nom de celui du General des Phocéens.
Г
C'est donc à ce premier Fondateur que
j'attribuerois volontiers nôtre Medaille
et toutes les raisons de convenance me
paroissent favoriser cette opinion . Quant
à Furius et à Peranus , qui après le témoignage
de Justin &c . peuvent aussi passer
pour Fondateurs de Marseille on ne
sçauroit guere , au sentiment des meilleurs
Critiques , les admettre en cette
qualité , que posterieurement et plus
d'un demi- siécle après la premiere fondation
, faite , selon le témoignage d'un
Auteur respectable , tel que Plutarque
par Μαγαλίας. Ces seconds Chefs ne peuvent
en ce cas être considerez que comme
les Ampliateurs du premier établissement
des Phocéens , qu'ils ont , sans doute, perfectionné
et fini.
Il est donc à croire que dans le temps
de Marseille Grecque et florissante , les
descendans des Phocéens qui l'avoient
bâtie , en frapant des Medailles avec les
Têtes de Jupiter , d'Apollon , de Diane,
&c. pour marquer leur pieté et leur culte
particulier en vers ces Divinitez , n'oublicrent
pas d'en fraper aussi pour immortaliser
la mémoire du Fondateur , qui avoit
donné son nom et la premiete forme à
une
OCTOBRE.
1731. 2283
une Ville , devenue depuis également
puissante et celebre.
,
Les lettres M A qui paroissent sur le
revers de la Medaille en question , peuvent
fort bien être le commencement du
nom de ce premier Fondateur et faire
ici un surcroît de preuves : elles peuvent
Erre aussi le diminutif de ΜΑΣΣΑΛΙΗΤΩΝ
qu'on
qu'on trouve ordinairement sur les Medailles
Marseilloises , ce qui est presque
la même chose . A l'égard de l'espece de
sautoir qui est sur nôtre revers , c'est un
mistere d'antiquité que personne n'est ,
selon moi , en état d'éclaircir aujourd'hui
; Caprice ou Marque du Monetaire,
et tout ce qu'il plaira d'imaginer là - dessus
paroîtra toujours hazardé aux per- ›
sonnes sensées.
C'est un autre mistere non moins impénetrable
, et qui semble exiger plus d'attention
, que parmi les grandes découvertes
qu'on a faites , et celles qu'on fait
tous les jours , en fait de Monumens Antiques
, et sur- tout de Medailles , on n'en
ait point encore trouvé de frappées en
cette Ville au nom de quelque Empereur
, depuis qu'elle tomba sous la puissance
des Romains comme on en voit
de presque toutes les Villes Grecques d'origine
qui comme Marseille fûrent
sou2284
MERCURE DE FRANCE
soumises à l'Empire Romain. M. de
Ruffy, copié là - dessus par le P. Guesnay ,
dans ses Annales Latines de Marseille
a prétendu le contraire ; mais il ne rapporte
ni Monuments
sorte de preuve.
,
>
>
ni aucune autre
Je laisse à ceux de nos sçavans Compatriotes
, qui , comme je l'apprens , ont
entrepris de travailler à une nouvelle
Histoire de Marseille , le soin d'éclaircir
ce point d'Antiquité , et de rapporter le
plus qu'il leur sera possible , de Medailles
de cette Ville en n'oubliant pas de les
faire mieux graver que ne le sont celles
que Mrs. de Ruffy ont empruntées de
Goltzius ou d'ailleurs , et en donnant de
ces Medailles des explications plus exactes
et plus étendues et ce n'est pas la seule
chose en quoi ces Messieurs seront obligez
de reformer , d'éclaircir , d'ajoûter
dans la nouvelle Histoire .
Pour ne point sortir de mon sujet , et
pour ny rien ômettre , il est bon que je
donne ici un avis , qui épargnera une
erreur de fait à ceux qui traiteront dans
la suite le même sujet , en prenant pour
une découverte une veritable méprise ou
l'effet de la préoccupation d'un Sçavant de
réputation , sçavoir , M. Baudelot de
Dairval , qui dans un petit livre de 96.
pages
OCTOBRE. 1731 2285
=
pages , imprimé à Paris en 1698. chez
Aubouin et Clousier , intitulé , Reponse
à M. G......... où l'on examine plusieurs
questions d'Antiquité & c.. nous donne à la
tête de son Ecrit plusieurs Medailles gravées
, dont la derniere de son cabinet a
été , selon lui , frappée à Marseille
l'Empereur Posthume.
pour
Cette Medaille est de grand Bronze ;
voit d'un côté une Tête d'Empe-
, reur couronnée de Laurier avec une
Inscription au tour , luë parM. Baudelot.
»
ΑΥΤΚΛΑΤΙ . Π . ETYMOCCEBACTEYCEB
Au revers est une Sirenne ou Figure de
Femme , dont le bas se termine en Poisson
pour Legende MACCAAIHTON
selon le même Antiquaire , avec cette
époque L QIZ. Anno 817. qu'il assure
aussi s'y trouver,quoique dit- il , elle n'ait
pas été découverte d'abord. Je dis que
c'est M. Baudelot qui asseure tout cela :
mais je puis assurer à mon tour , que tout
cela est très -gratuitement avancé et uniquement
fondé sur une imagination , séduite
par l'attrait de posseder une Medaille
unique et encore inconnue à tous
les Antiquaires , une Medaille , dis-je ,
frappée à Marseille au visage d'un Empereur
Romain. Mes Garands là - dessus sont
des Antiquaires du premier ordre qui
ont
2286 MERCURE DE FRANCE
ont vu avant moy cette Medaille , à la
tête desquels je dois mettre M. Galland ,
à qui M. Baudelot adresse sa lettre . Ces
connoisseurs ont tous jugé qu'il étoit d'abord
très incertain que la Medaille fût
de Posthume ; M. Galland la croyoit
d'Antonin Pie , et qu'au surplus de quel
que Empereur qu'elle soit , à moins d'une
prévention extraordinaire , on n'y voyoit
pas plus de caracteres Grecs que de caracteres
Romains , tant la Medaille étoit
fruste et méconnoissable aux yeux les
plus clair-voyans .
,
,
Ainsi encore une fois , tout ce que M.
B. a étalé d'érudition , ou employé de sagacité
pour soutenir son idée tout ce
que le sçavant P. Pezron , Abbé de la
Charmoye , qui n'avoit pas vû la Piece
a ajouté du sien dans une Lettre écrite
à notre Académicien où ce Pere s'efforce
de faire quadrer l'Epoque prétendue
L. Qiz , ou l'Année 817. d'une seconde
Fondation de Marseille , avec l'an
265 de J. C. temps auquel Posthume regnoit
dans les Gaules &c. tout cela , disje
, en y joignant encore si l'on veut ,
l'habileté du Graveur Ettinger , dont le
talent à faire revivre les Medailles , est ici
›
* Cette Lettre est Imprimée dans le méme
livre , p.77.
expeOCTOBRE.
1731. 2287
>
expressement vanté par M. de Dairval
n'operera jamais rien de certain en faveur
de celle dont il est ici question , à l'égard
de Marseille ; et il sera toujours vrai de
dire que jusqu'à present , malgré tant d'heureuses découvertes
faites depuis
près d'un siècle que la recherche et l'étude
des Medailles sont en si grande vogue
il ne s'est point encore trouvé de
Medaille frappée à Marseille pour un Empereur
Romain : il ne sera pas moins vrai
que nous ne devons rien admettre d'incertain
et de douteux pour illustrer nôtre
Histoire . Marseille se passera bien d'un
tel ornement. Il faut donc convenir que
M. B. s'est trompé , il n'avoit pas alors
toutes les lumieres qu'il a acquises depuis.
C'étoit long - temps avant son entrée à
l'Académie dont il a été un sujet des ,
plus distinguez .
Je laisse , comme je l'ay déja dit , à mes
illustres Compatriotes , Membres de la
nouvelle Académie , chargez de travailler
à l'Histoire de notre Ville , le soin
d'approfondir la singularité dont je viens
de parler , et d'en découvrir , s'il est possible
, la veritable cause ; ce soin est digne
de leurs recherches. Je les avertis
encore , en finissant , de ne point se laisser
éblouir sur ce sujet par l'autorité du
,
R
2288 MERCURE DE FRANCE
R. P. Hardouin , reclamée reclamée ici et alle-
2.
guée, en vain par M. B. pag. 75. de son
livre. Ce Pere , quelque habileté qu'il
cût d'ailleurs , a trop donné dans des
idées extraordinaires et manifestement
chimeriques sur le fait de plusieurs Medailles
, pour être crû dans celui dont il
s'agit ici.
>
?
Qui pourra , par exemple , se persuader
sur sa garantie que ces quatre lettres
DMKV qu'on trouve sur le revers
d'une Medaille par lui rapportée de Maximien
Hercule , marquent que cette
Medaille fû frappée à Marseille Il est
vrai que ce Prince , poursuivi par Constantin
, s'y réfugia ; le Héros Chrétien
dont votre Abbaye porte le nom , lui
doit la gloire de son martyre. Mais cette
retraite ne prouve rien ; au contraire ,
comme elle fût faite dans le temps de
l'entiere décadence des affaires de Maximien
, il y a tout lieu de présumer , contre
la pensée de M. B. qu'il ne s'occupa
point à y faire battre de la Monnoye , et
que les Marseillois ne songerent pas non
plus à frapper des Medailles en l'honneur
d'un Prince infortuné , qui pensa enveloper
Marseille dans son malheur , et qui
gueres , après la prise de la Ville
par Constantin , a finir tragiquement ses
ne tarda
jours.
OCTOBRE 1731. 2289
jours. Mais en voilà assès sur le sujet de
notre Medaille Grecque.
Venons à la Medaille Romaine que .
vous venez de m'envoyer , elle ne nous
occupera pas si long - temps ; je vous ay
déja dit qu'elle est de l'Imperatrice Lucille
, Fille de Marc- Antonin , et de Faustine
la jeune , laquelle , après une disgrace
éclatante , et un évenement extraordinaire
dont le recit est ici inutile ,
épousa l'Empereur Luce - Vere. On voit
d'un côté sa Tête avec cette Legende
LUCILLE AU G. ANTONINI AUG. F.
et sur le revers une figure de Femme assise
tenant d'une main une Fleur et
sur l'autre bras un petit enfant emmailloté
avec cette Inscription , JUNONI LUCINE.
A l'Exergue S. C.
,
و
C'est ce revers qui fait , selon moi , la
singularité de votre Médaille , car en general
, les Médailles de cette Imperatrice
ne sont pas rares. M. Vaillant n'en marque
que trois d'une grande rareté parmi
celles de grand Bronze , j'ai tout lieu de
croire qu'on peut joindre la nôtre à ce
petit nombre , et que ce fameux Antiquaire
avoit vû un revers tout semblable;
c'est celle dont il parle * p . 94. art . 2 .
* Numismata Imperat. Romanorum &c. vol.
4. Paris 1692.
Mais
2290 MERCURE DE FRANCE
Mais il falloit que la Médaille qu'il a vûë
fût bien fruste et bien usée par le temps ,
ce qui ne permettoit pas , sans doute ,
d'en bien fire l'inscription ; car au lieu
de JUNONI LUCILLE , M. Vaillant a imprimé
JUNONI REGINE. Il n'a pas non
plus distingué ce que la figure de Femme
portoit sur son bras. Au surplus c'est à
peu près la même chose : la Femme est
assise et tient une Fleur d'une main comme
sur notre revers.
و
En supposant même que je me trompe
dans ma conjectare , et qu'il n'y ait
point cû de méprise ou d'omission du
côté de M. Vaillant notre Medaille ,
par rapport à son revers , aura toûjours
sa rareté et son mérite. Lucille y est representée
simboliquement sous la figure
et le nom de JUNON LUCINE : excès de
flatterie de la part des Romains , qui doubloient
, pour ainsi dire , la Divinité dans
une même Personne , de quoy il y a plus
d'un exemple , et cela pour égaler leur
Imperatrice à la premiere des Déesses
et pour la considerer en même temps
comme une autre Lucine , Déesse de la
Fecondité &c. ce qui joint au Simbole de
l'Enfant emmailloté présageoit , sans
doute , que Lucille donneroit bien - tôt
un successeur à l'Empire. Il se peut faire
و
>
aussi
OCTOBRE. 1731. 2291
aussi , et je le croirois plus volontiers ,
que cette Imperatrice fût déja Mere lorsque
notre Medaille a été frappée , et en ce
cas c'étoit pour marquer cet heureux évevement
, et pour celebrer la fécondité de
Lucille ; la Fleur qu'elle tient à la main
désigneroit l'attente du Peuple Romain .
qui avoit lieu d'esperer encore d'autres
fruits de cette fécondité.
و
Ce que je viens de vous dire de la Fé- ´
condité , arrivée ou attenduë de Lucille ,
se confirme non - seulement par un Medaillon
de çerte Imperatrice , décrit ainsi
par Vaillant , p. 210. du même livre
d'un côté sa Tête avec la même Legende
que sur la notre et au revers Lucille
assise , tenant dans ses bras un petit Enfant
, mais encore par une Medaille d'Argent
, de Lucille , rapportée dans le 2 .
vol. du même Auteur , pag. 187. au revers
de laquelle est encore une figure de
Femme assise tenant entre ses bras un
petit Enfant , un autre Enfant est debout
devant elle et pour Legende FOECUNDITAS
AUGUSTE: C'est ainsi que les
Auteurs du revers de la Medaille , presentée
au Roy , le premier jour de cette année
1731. en ont usé très - à - propos pour
désigner la continuation de l'heureuse
fecondité de la Reine par la naissance du
>
Duc
2292 MERCURE DE FRANCE
Duc d'Anjou. La France assise et caracterisée
par ses Symboles , tient sur un
bras le Prince nouveau né enveloppé de
Langes , et le Dauphin de l'autre main
debout entre ses genoux , ce qui marque
le bon goût et la capacité de ces Auteurs.
Cette Medaille est gravée dans le Mercure
de Mars p. 5 74.
Je voudrois bien , au reste , pour la
rareté du fait , que parmi les Medailles
que vous m'annoncez , et que vous avez
reçûes depuis peu pour moy de Syrie , il
se trouvât la Medaille Grecque de Lucille
dont je vais parler : cela n'est pas impossible.
M. Baudelot a marqué dans son
Catalogue des Medailles Imperiales , que
les Medailles Grecques de cette Imperatrice
sont communes : ce qui n'est pas
tout-à-fait exact , puisqu'il y en a quelques-
unes de singulieres et de fort rares
en ce genre là : telle est , par exemple ,
celle qui est gravée dans le Selecta Numismata
antiqua de P. Seguin , Doyen
* Ce Catalogue est dans le a. T. de l'Utilitê
des Voyages , p. 345. derniere Edit. 1727 ,
faite après la mort de M. Baudelot , qui auroit
rendu un si bon Livre parfait en corrigeant
quelques méprises en petit nombre , et
en suppleant à plusieurs ômissions . On n'y verroit
pas non plus les fautes qui viennent des
Editeurs denuez de la capacité de M. B.
de
OCTOBRE. 1731 2293
de S. Germain de l'Auxerrois , p. 158.
Cette Medaille est d'Argent , on y
voit d'un côté la Têre de Lucille coëffée
plus galamment qu'ailleurs " avec cette
Legende AOTKIÄÄA CEBACTH . et sur
le revers la même Princesse assise et representée
sous la figure de Cerés , tenant
d'une main desEpis , et de l'autre un flambeau
, avec cette Inscription B CIAEYC
MANNOC ΦΙΛΟΡΩΜΑΙΟΣ qui indique et
qui confirme un point d'Histoire considerable.
C'est Mannus , Roy des Arabes,
qui a fait frapper cette Medaille. Il étoit
Fils ou Neveu et Successeur du Roy de
même nom , dont il est parlé dans Dion,
L. 68. qui regnoit sur les Arabes , Habitans
du Pays situé au -delà de l'Euphra
re , entre la grande Armenie et l'Osrhoëne
, lequel devint suspect à Trajan , dans
son expédition contre les Parthes , par
une manoeuvre marquée dans cette His-
Foire.
C'est le successeur de ce Prince , qui
plus avisé et plus politique que lui , nonseulement
se ménagea beaucoup avec les
Romains , mais qui affecta de les aimer
jusqu'à prendre le titre de ΦΙΛΟΡΩΜΑΙΟΣ
qui est expressement marqué dans cette
Medaille Grecque de Lucille. Elle fût
frappée par les ordres de ce Roy , vray➡
B sem2294
MERCURE DE FRANCE
,
semblablement dans le temps que Luce
Vere son epoux et elle séjournoient
à Antioche , Ville peu éloignée des
Etats du Monarque Arabe , et que l'Ar
mée Romaine , sous le commandement
de A. Cassius , agi soit contre les Parthes.
Que ce Prince eût le même nom de
Mannus , que celui qui regnoit sous
Trajan , l'usage constant de tous les Rois
voisins de la Syrie , qui portoient tous
un même nom , le prouve ,
le prouve , la Medaille
dont je viers de parler le confirme.
M. Seguin , en parlant de cette Medaille
a marqué par ces paroles le cas
qu'il en faisoit , Rarior mihi videtur bie
Nummus , tum quia Gracus tum quia Regis
Barbari nomen minus notum profitetur.
Ajoûtant que Savot , qui a écrit sur la rareté
des Medailles antiques , a mis au
nombre des plus rares les Medailles Imperiales
Grecques d'Argent. Ce que Seguin
dit avoir souvent éprouvé , sur-tout à
Pégard des Medailles d'Imperatrices.
M. Vaillant , qui n'a dit que quelques
mots sur la Medaille en question , ajoute,
après avoir renvoyé au livre de M. Se
guin , Hic Nummus eximia raritatis et elegantia
habetur. Et ce n'est point trop dire
Il croit, au reste , que c'est l'Empereur
L. Vere lui -même , qui , à la priere de
Mannus
OCTOBRE. 1731. 2295
Mannus , lui accorda ce titre d'Ami des
Romains , et que ce fût pour en marquer
sa reconnoissance , et pour faire sa Cour
à l'Empereur , que ce Prince Arabe fit
frapper une Medaille où ce titre est ex--
pressement marqué. 1105 0
Quoiqu'il en soit, ne vous lassez point,
Monsieur , de m'envoyer de pareils Monumens,
on en trouve tous les jours de singuliers
, et qui ont échapé à la recherche
de ceux qui nous ont précedé dans cette
trude , je vous rendrai bon compte de
tout ce qui me viendra de curieux de
vôtre part. Je suis ,
AParis , le 15. Mars 1731.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite par M. D. L. R. à M ...... de l'Abbaye S. Victor de Marseille au sujet de deux Medailles antiques.
La lettre de M. D. L. R. à M...... de l'Abbaye Saint-Victor de Marseille discute de deux médailles antiques. La première est une médaille romaine en bronze découverte dans le vignoble de Saint-Just, attribuée à l'impératrice Lucille, fille de Marc-Aurèle et de Faustine la Jeune. Lucille avait épousé Lucius Verus, associé à l'Empire avec son beau-père. La seconde est une pièce grecque en argent trouvée dans le Languedoc par M. Vergile de la Bastide. Elle représente une tête d'homme et un sautoir, avec les lettres 'M A' au revers, probablement en référence à Marseille ou à son fondateur. L'auteur attribue cette médaille à Massalia, le premier fondateur de Marseille selon Plutarque, tout en mentionnant d'autres fondateurs potentiels comme Furius et Peranus, qu'il considère comme secondaires. Le texte aborde également une médaille attribuée à Maximien Hercule, portant les lettres DMKV sur son revers. Le Père Hardouin interprète ces lettres comme indiquant une frappe à Marseille, mais cette hypothèse est contestée car Maximien, poursuivi par Constantin, s'y réfugia durant une période de décadence, rendant improbable la frappe de monnaie en son honneur. La médaille romaine de Lucille présente sur son revers une figure féminine assise tenant une fleur et un enfant emmailloté, avec l'inscription JUNONI LUCINE. Cette représentation symbolise Lucille sous les traits de Junon Lucine, déesse de la fécondité, suggérant soit une fécondité future, soit une maternité déjà réalisée. Cette interprétation est confirmée par d'autres médailles et médaillons similaires décrits par Vaillant. Le texte mentionne aussi une médaille grecque de Lucille, frappée par le roi arabe Mannus, qui se présente comme ami des Romains. Cette médaille est rare et élégante, frappée durant le séjour de Lucius Verus et Lucille à Antioche. L'auteur encourage les savants de Marseille à approfondir ces découvertes et à publier des explications plus exactes et étendues dans la nouvelle histoire de la ville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5371
p. 2297-2309
LETTRE de Madame la Comtesse de.... à M.le Chevalier de ... sur la Tragedie d'Astrate.
Début :
Je vous avouë, Monsieur, que j'ai été terriblement en colere contre le Public [...]
Mots clefs :
Rire, Satire, Despréaux, Famille royale, Conspiration , Reine, Autorité, Reconnaissance, Défiance
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de Madame la Comtesse de.... à M.le Chevalier de ... sur la Tragedie d'Astrate.
LETTRE de Madame la Comtesse de....
à M.le Chevalier de ... sur la Tragedie
d'Astrate
J
E vous avoue , Monsieur , que j'ai été
terriblement en colere contre le Public
et même contre vous , à la lecture
de votre derniere Lettre ; vous m'annoncez
qu'on a ri à la représentation d'Astrate
, et loin de me l'annoncer comme
une injustice des plus criantes , vous ne
rougissez pas d'ajoûter que vous n'avez
pas pû vous empêcher d'y rire , comme
les autres , sur tout au second Acte , où il
s'agit de l'Anneau Royal , qu'il a plû à
l'Aristarque François de tourner en ridicule
par ce Vers : Sur tout l'Anneau Royal
me semble bien trouvé. Vous auriez été
B iij
LIFT
2298 MERCURE DE FRANCE
un peu plus en garde contre votre envie
de rire , si vous eussiez consideré que
Despreaux met ces Vers ironiques dans
la bouche d'un Campagnard , par un reste
de pudeur qui l'empêche d'adopter un
sentiment si peu sensé. Ce n'est pas que
je prétende ici justifier cet implacable
Auteur ; il a bien pû penser lui - même
ce qu'il fait dire à un autre , puisqu'il a
osé avancer dans une autre Satyre.
Et quand je veux citer un Auteur sans deffaut
La raison dit Virgile , et la rime Quinault.
En vain Despreaux a chanté la Palinodie
, quand il s'y est vû forcé par la gloire
que Quinault s'étoit acquise par tant d'au
tres Ouvrages ; le Public , je veux dire
un certain Public malin ; la Tourbe
pour mieux m'expliquer , a persisté à croire
qu'Astrate étoit une Tragédie très -risible,
et n'a pas voulu renoncer au droit de
rire à fes Représentations. Pour moi ;
Monsieur , qui ai un peu plus de vanitě
que vous , j'ai trop de soin de ma gloirė
pour me confondre dans la foule ; et j'ai
toûjours regardé Astrate comme une Piece
que nos plus grands Dramatiques ne
desavoüeroient pas. Despreaux à beaut
faire dire aux Interlocuteurs de son re
pas ridicule , que chaque Acte de cette
Tragédie
OCTOBRE. 1731. 2299
Tragedie est une Piece entiere , l'action y
est si peu chargée que j'entreprends de
vous la retracer en aussi peu de mots
qu'' on puisse réduire la plus simple : voici
de quoi il s'agit.
L'action theatrale se passe dans le Pa
Jais d'Elise , Reine de Tyr. Le Trône où
elle est assise a été usurpé par son Pere
sur Adraste , qui en étoit le veritable
possesseur. Ce funeste heritage l'a réduire
faire périr ce Roy détrôné et deux de
ses enfans ; un troisième est échappé au
fer meurtrier ; voilà ce qui s'est passé
avant l'Action théatrale , et qui , comme
vous le voyez , ne doit pas faire une protase
trop chargée. Passons au noeud de
la Piece. Elise aime Astrate , crû fils de
Sichée , ses Sujets souffrent impatiemment
qu'une femme regne sur eux ; elle
yeut leur donner un Roy , & croit ne
pouvoir mieux faire que de choisir un
Prince qui par sa valeur a soutenu le
Trône où l'usurpation l'a placée ; elle fait
part de son dessein à Sichée , qui tâche
de l'en détourner par des raisons de politique
; il ne peut lui découvrir la veritable
, la voici : Astrate qui passe pour
son fils , est celui des trois fils du veri-
→ table Roy échappé
au fer meurtrier
.
Elise ayant
annoncé
à Astrate
que. le
B iiij
choix
2300 MERCURE DE FRANCE
contre
choix qu'elle va faire d'un Epoux tombe
sur lui ; et leur amour étant réciproque ,
Sichée , qui est à la tête d'une conspira
tion prête à vanger la mort du veritable
Roy , et à rétablir sur le Trône usurpé
le reste précieux de la Famille Royale
fait entendre à son prétendu fils , qu'il
ne doit pas accepter une place qu'il ne
pourroit long- temps conserver
une révolte qui est sur le point d'éclatter .
Astrate croit le rassurer contre ce peri
en lui annonçant que la conspiration est
découverte , et en lui nommant trois des
conjurez ; Sichée plus allarmé qu'au pa
ravant , et voyant qu'Astrate veut aller
tout découvrir à la Keine , ne peut mieux
l'arrêter qu'en se faisant connoître à lui
pour Chef de la conspiration . Quelcom
bat entre l'Amour et la Nature ! Astrate
croit enfin les accorder tous deux , en
obrenant de la Reine une Amnistie ge
nerale ; il l'obtient en effet , Sichée n'a
rien à craindre pour ses jours , non - plus
que pour ceux de ses amis ; Elise demande
seulement qu'on lui livre ce
dernier fils du vrai Roy , en faveur du
quel on conspire ; c'est alors que Sichéa
ne pouvant plus differer de le faire con
noître , montre des Tablettes à Adraste
dans lesquelles ces Vers sont traceź
c'est
OCTOBR E. 1731. 2301
c'est le vrai Roy qui parle dans ces Tablettes.
Le plus jeune de mes trois fils
Echappe aux cruels Ennemis ,
Dont sur moi l'injustice éclatte ;
Et quand il sera temps de découvrir son sort ,
Ou pour rompre mes fers ou pour vanger ma
mort ;
Sichée en est crû pere , et son nom est Astrate.
Voilà , Monsieur , le noeud de la Piece ;
en voici le dénouement. La cospiration
éclatte malgré le nouveau Roy, à qui
Sichée n'a point laissé les Tablettes qui
peuvent seules le faire reconnoître ; il
combat lui - même contre ceux qui n'ont
pris les armes que pour lui ; on le desarme
, on lui donne des Gardes ; il a beau
dire à ses Sujets qu'il est leur Roy ; on
croit que l'Amour lui dicte ce langage ;
Elise craignant que cet amour ne coûte
enfin la vie à ce cher Prince , attente sur
ses propres jours ; elle vient mourir à ses
yeux , empoisonnée .
D
Vous ne manquerez pas , Monsieur
de m'accuser de supercherie , parce que
je retranche l'épisode d'Agenor , pour
vous faire paroître l'action plus simple
mais cet Episode n'a lieu dans la Piece
B. V
que
2302 MERCURE DE FRANCE
que pendant les deux premiers Actes , et
l'Auteur auroit bien pû s'en passer ; j'avoüe
même qu'il n'en auroit que mieux
fait ; nous n'aurions pas vû cet Anneau
Royal qui a excité des ris dans un sujet
uniquement destiné à faire verser des larmes
; je conviens avec vous que
deffaut , mais trouvez bon aussi que je
cherche à le justifier autant qu'il me sera
possible.
c'est un
Quand j'avoue que l'Anneau Royal est
un deffaut , je ne conviens pas qu'il le
foit jusqu'à être risible ; en effet si l'on y
rit , ce n'est que par le coup sur coup
qu'il produit. Ainsi Despreaux n'a pas
rencontré juste quand il a fait dire à son
Campagnard : Sur tout l'Anneau Royal ,
& c. Cet Auteur atrabilaire auroit dû se
souvenir qu'Alexandre le Grand , fit Perdiccas
dépositaire de son autorité par un
Anneau qu'il lui remit entre les mains ;
Quinault n'est donc ni risible ni blâmable
, d'employer le même signe d'autorité
dans sa Piece ; je dis bien plus , Elise ne
remet cette marque de toute - puissance à
A genor , que par des motifs très - senseż,
soit de reconnoissance , soit de défiance.
Agenor lui a parû très- soû mis quand elle
lui a fait entendre qu'elle vouloit faire
un Roy , indépendamment de la loi que
son
OCTOBRE 1731. 2303
son pere lui avoit imposée : voici com
me il s'explique dans le second Acte.
J'ai de subir vos loix un double engagement ;
C'est peu d'être Sujet, je suis encore Amant, &c
Je ne vous dis plus rien , Madame , et vais attendre
,
L'Arrêt que sur mon sort il vous plaira de ren- `
dre , &c.
Elise est si touchée d'une si parfaite
résignation, qu'elle dit à sa Confidente :
Par quelle injuste loy ,
Ne lui dois-je plus rien quand il fait tout pour
moi ?
Corisbe me croit- elle une ame si farouche ,
Et que
Qu'une belle action n'ait plus rien qui me touche?
l'excès d'amour d'un Prince si soumis ,
N'ait pas des droits plus forts que ceux qu'il m'a
remis ?
Voilà , Monsieur , le motif de reconnoissance
; passons au motif de défiance ;
c'est toûjours Elise qui parle :
J'ai peine toutefois , quoique je me figure ,
De croire dans le Prince une vertu si pure ,
Et de ne soupçonner d'aucun déguisement ,
L'excès étudié d'un si beau sentiment.
Que peut-elle faire de plus sensé , en
B vj parlant
2304 MERCURE DE FRANCE
parlant de ces deux principes , que da
récompenser Agenor , s'il est sincere , ou
de le punir , s'il ne l'est pas ? voici comment
elle en agit avec lui ; elle commence
par lui déclarer qu'elle aime Adraste
comme Agenor le dit lui- même , parlant
à son Rival dans le commencement
du troisiéme Acte; voici ses propres mots
Après m'avoir loüé d'avoir cedé mes droits ,
En mettant dans mes mains cet Anneau de nos
Rois ,
La Reine avec adresse a sçû me faire entendre ,
Que son coeur à vos feux s'étoit laissé surpren
dre , & c. ...
Mais qu'elle avoit voulu du moins pour reconnoître
,
La generosité que j'avois fait paroître ,
Et pour
rendre pour moi son refus moins hon
teux ,
Que ce fût de ma main que vous fussiez heureux;
Qu'elle ne doutoit point qu'après cette priere ,
Ma génerosité ne se montrât entiere.
Voilà donc le premier motif rempli ;
l'abus qu'Adraste fait du pouvoir remis
entre ses mains , justifie la punition que
la Reine en va faires à peine a- t'elle appris
qu'il veut faire arrêter Adraste , qu'el
le l'envoye arrêter lui-même . Qu'y a - t'il
de
OCTOBRE . 1731. 230,
de plus juste et de plus consequent ? La
soumission est récompensée , la dissimulation
est punie ; Agenor est précipité du
faîte de la grandeur , Astrate est élevé
aur comble du bonheur ; et c'est ce coup
sur- coup de peripetie qui fait rire les
Spectateurs , sans qu'ils s'apperçoivent
eux-mêmes de quoi ils rient.
Ne riez -vous pas vous-même , Monsieur
, de ce que je viens d'avancer ?
Non; ce n'est pas l'Anneau Royal qui
fait rite , n'en déplaise à Despreaux , c'est
ce passage subit du. Trône à. la prison ,
et du dernier malheur au bonheur suprême
; on est ravi de voir Agenor mortifié
; on ne l'est pas moins de voir Astrate
heureux ; les ris ne sont pas toûjours
des. marques de mocquerie , ou du moins
dans cette occafion les rieurs ne sont pas
pour Agenor.
En effet , Monsieur , vous n'avez qu'à
vous rappeller le personnage qu'il vient
de jouer dans la Scene précedente , pour
convenir qu'il a justement merité les mocqueries
du Parterre ; après avoir avoüé
à Astrate qu'il est aimé et que la Reine
ne lui a mis l'Anneau Royal entre les
mains que pour en user genereusement ;
il lui dit d'un ton de voix insultant :
Mon
2306 MERCURE DE FRANCE
Mon coeur ne peut former une plas noble envie
A cet illustre effort la gloire me convie ;
La generosité m'y fait voir mille appas ;
Mais l'Amour plus puissant ne me le permer .
pas , &c.
Que voulez- vous? chacun a sa façon d'aimer,& c.
Vous aimez en Heros ; pour moi , je le confeffe ,
Le Ciel m'a fait un coeur capable de foiblesse ;
Mais je n'en rougis point et jusqu'à ce jour ,
La foiblesse jamais n'a fait honte à l'Amour , &C.
Laissez -moi les douceurs qui me sont accordées ,
Et jouissez en paix de vos belles idées .
Tandis qu'un noeud sacré , propice à mes souhaits
,
Va mettre entre mes bras la Reine et ses attraits,
Que sans m'embarrasser d'un scrupule inutile ,
J'en vais être à vos yeux le possesseur franquille ,
Et vais enfin au gré de mes transports pressants ,
M'assurer d'être heureux sur la foi de mes sens.
Pour vous en consoler , songez qu'au fond de
l'ame
guere
La Reine, avec regret, s'arrache à votre flâme, &c,
J'y veux bien consentir ; un reste d'amitié
M'oblige à voir encor vos maux avec pitié ,
Et sûr d'un bien solide , il ne me coûte
De vous abandonner un bien imaginaire ;
Ainsi chacun de nous se tiendra satisfait ;
Vous , de vous croire heureux , moi , de l'être an
effet.
OCTOBRE. 1731. 2307
'Ajoûtez à cela , Monsieur , la lâcheté
avec laquelle Agenor refuse le défi que
lui fait Astrate; en faut- il davantage pour
exciter le Spectateur à rire de le voir
puni , comme il l'a merité ?
Ce n'est pas que j'approuve le caractere
que Quinault lui donne ; il pouvoit
le rendre odieux , sans le rendre mauvais-
plaisant , et sans l'ériger en Marquis
ridicule de Comédie ; mais il a mis assez
de noblesse dans tout le reste de sa Tra◄
gédie , pour faire voir de quoi il est capable
quand il veut s'en donner la peine.
Il cst temps de passer à des choses plus
dignes de noire attention ; et qu'une Apologie
dont il n'a pas besoin , fasse place
à des éloges si bien méritez. En effet
Monsieur , quoi de plus délicat que la
Scene où la Reine enhardit Astrate à lui
parler de son amour , fondée sur cette
maxime :
Je sçais qu'à notre Sexe il sied bien d'ordinaire ,
De laisser aux Amans les premiers pas à faire ,
De tenir avec soin tout notre amour caché ,
D'attendre que l'aveu nous en soit arraché ,
De ne parler qu'après d'extrémes violences ;
Mais je regne, et le Trône a d'autres bienséances ;
Et quand jusqu'à ce rang notre Sexe est monté,
Ild oit tre au-dessus de la timidité :
Astrate
2308 MERCURE DE FRANCE
Astrate est mon Sujet , et la toute -puissance ,
L'engage aux mêmes loix dont elle me dispense ;
Quelqu'ardeur qui l'emporte , il doit se retenir
C'est à moi de descendre et de le prévenir ,
De l'aider à s'ouvrir ,de l'y servir de guide ;.
Jusques - là , c'est à lui d'aimer d'un feu timide
D'encocher tout l'éclat, et pour le mettre au jour
D'attendre qu'il m'ait plû d'enhardir son amour.
N'est-ce pas là aimer en Reine ? voici
comment Elise s'y prend pour enhardir
son sujet à lui parler de son amour.
Cessons de feindre , Astrate ; on veut me faire
croire ,
Qu'oubliant tout devoir , séduit par trop de gloire,
Vous avez jusqu'à moi secretement osé ;
Astrate voulant se justifier , elle lui
ferme la bouche par ces mots :
Il n'est besoin ici que de me bien entenåre ;
Avant que de répondre examinez - vous bien ,
Voyez si votre coeur ne s'accuse de rien ,
S'il ne se sent pour moi rien d'un peu témer aire
Rien qui passe l'ardeur d'un sujet ordinaire , & c.
La douceur avec laquelle la Reine invite
Astrate à faire cet examen , l'enhardit
à être sincere ; voici comme il
s'explique et s'excuse en même temps
D'un
OCTOBRE. 1731 2309
D'un crime si charmant mon coeur insatiable ,
En voudroit s'il pouvoit être encor plus coupable,
Et , si je l'ose dire , aime mieux consentir ,
A tout votre courroux qu'au moindre repentir ,
Lorsque par un transport dont on n'est plus le
maître,
On devient témeraire , on ne sçauroit trop l'êtres
Et dès qu'on a pû mettre un feu coupable au jour,
C'est l'excès qui peut seul justifier l'amour.
Le reste pour le prochain Mercurè.
à M.le Chevalier de ... sur la Tragedie
d'Astrate
J
E vous avoue , Monsieur , que j'ai été
terriblement en colere contre le Public
et même contre vous , à la lecture
de votre derniere Lettre ; vous m'annoncez
qu'on a ri à la représentation d'Astrate
, et loin de me l'annoncer comme
une injustice des plus criantes , vous ne
rougissez pas d'ajoûter que vous n'avez
pas pû vous empêcher d'y rire , comme
les autres , sur tout au second Acte , où il
s'agit de l'Anneau Royal , qu'il a plû à
l'Aristarque François de tourner en ridicule
par ce Vers : Sur tout l'Anneau Royal
me semble bien trouvé. Vous auriez été
B iij
LIFT
2298 MERCURE DE FRANCE
un peu plus en garde contre votre envie
de rire , si vous eussiez consideré que
Despreaux met ces Vers ironiques dans
la bouche d'un Campagnard , par un reste
de pudeur qui l'empêche d'adopter un
sentiment si peu sensé. Ce n'est pas que
je prétende ici justifier cet implacable
Auteur ; il a bien pû penser lui - même
ce qu'il fait dire à un autre , puisqu'il a
osé avancer dans une autre Satyre.
Et quand je veux citer un Auteur sans deffaut
La raison dit Virgile , et la rime Quinault.
En vain Despreaux a chanté la Palinodie
, quand il s'y est vû forcé par la gloire
que Quinault s'étoit acquise par tant d'au
tres Ouvrages ; le Public , je veux dire
un certain Public malin ; la Tourbe
pour mieux m'expliquer , a persisté à croire
qu'Astrate étoit une Tragédie très -risible,
et n'a pas voulu renoncer au droit de
rire à fes Représentations. Pour moi ;
Monsieur , qui ai un peu plus de vanitě
que vous , j'ai trop de soin de ma gloirė
pour me confondre dans la foule ; et j'ai
toûjours regardé Astrate comme une Piece
que nos plus grands Dramatiques ne
desavoüeroient pas. Despreaux à beaut
faire dire aux Interlocuteurs de son re
pas ridicule , que chaque Acte de cette
Tragédie
OCTOBRE. 1731. 2299
Tragedie est une Piece entiere , l'action y
est si peu chargée que j'entreprends de
vous la retracer en aussi peu de mots
qu'' on puisse réduire la plus simple : voici
de quoi il s'agit.
L'action theatrale se passe dans le Pa
Jais d'Elise , Reine de Tyr. Le Trône où
elle est assise a été usurpé par son Pere
sur Adraste , qui en étoit le veritable
possesseur. Ce funeste heritage l'a réduire
faire périr ce Roy détrôné et deux de
ses enfans ; un troisième est échappé au
fer meurtrier ; voilà ce qui s'est passé
avant l'Action théatrale , et qui , comme
vous le voyez , ne doit pas faire une protase
trop chargée. Passons au noeud de
la Piece. Elise aime Astrate , crû fils de
Sichée , ses Sujets souffrent impatiemment
qu'une femme regne sur eux ; elle
yeut leur donner un Roy , & croit ne
pouvoir mieux faire que de choisir un
Prince qui par sa valeur a soutenu le
Trône où l'usurpation l'a placée ; elle fait
part de son dessein à Sichée , qui tâche
de l'en détourner par des raisons de politique
; il ne peut lui découvrir la veritable
, la voici : Astrate qui passe pour
son fils , est celui des trois fils du veri-
→ table Roy échappé
au fer meurtrier
.
Elise ayant
annoncé
à Astrate
que. le
B iiij
choix
2300 MERCURE DE FRANCE
contre
choix qu'elle va faire d'un Epoux tombe
sur lui ; et leur amour étant réciproque ,
Sichée , qui est à la tête d'une conspira
tion prête à vanger la mort du veritable
Roy , et à rétablir sur le Trône usurpé
le reste précieux de la Famille Royale
fait entendre à son prétendu fils , qu'il
ne doit pas accepter une place qu'il ne
pourroit long- temps conserver
une révolte qui est sur le point d'éclatter .
Astrate croit le rassurer contre ce peri
en lui annonçant que la conspiration est
découverte , et en lui nommant trois des
conjurez ; Sichée plus allarmé qu'au pa
ravant , et voyant qu'Astrate veut aller
tout découvrir à la Keine , ne peut mieux
l'arrêter qu'en se faisant connoître à lui
pour Chef de la conspiration . Quelcom
bat entre l'Amour et la Nature ! Astrate
croit enfin les accorder tous deux , en
obrenant de la Reine une Amnistie ge
nerale ; il l'obtient en effet , Sichée n'a
rien à craindre pour ses jours , non - plus
que pour ceux de ses amis ; Elise demande
seulement qu'on lui livre ce
dernier fils du vrai Roy , en faveur du
quel on conspire ; c'est alors que Sichéa
ne pouvant plus differer de le faire con
noître , montre des Tablettes à Adraste
dans lesquelles ces Vers sont traceź
c'est
OCTOBR E. 1731. 2301
c'est le vrai Roy qui parle dans ces Tablettes.
Le plus jeune de mes trois fils
Echappe aux cruels Ennemis ,
Dont sur moi l'injustice éclatte ;
Et quand il sera temps de découvrir son sort ,
Ou pour rompre mes fers ou pour vanger ma
mort ;
Sichée en est crû pere , et son nom est Astrate.
Voilà , Monsieur , le noeud de la Piece ;
en voici le dénouement. La cospiration
éclatte malgré le nouveau Roy, à qui
Sichée n'a point laissé les Tablettes qui
peuvent seules le faire reconnoître ; il
combat lui - même contre ceux qui n'ont
pris les armes que pour lui ; on le desarme
, on lui donne des Gardes ; il a beau
dire à ses Sujets qu'il est leur Roy ; on
croit que l'Amour lui dicte ce langage ;
Elise craignant que cet amour ne coûte
enfin la vie à ce cher Prince , attente sur
ses propres jours ; elle vient mourir à ses
yeux , empoisonnée .
D
Vous ne manquerez pas , Monsieur
de m'accuser de supercherie , parce que
je retranche l'épisode d'Agenor , pour
vous faire paroître l'action plus simple
mais cet Episode n'a lieu dans la Piece
B. V
que
2302 MERCURE DE FRANCE
que pendant les deux premiers Actes , et
l'Auteur auroit bien pû s'en passer ; j'avoüe
même qu'il n'en auroit que mieux
fait ; nous n'aurions pas vû cet Anneau
Royal qui a excité des ris dans un sujet
uniquement destiné à faire verser des larmes
; je conviens avec vous que
deffaut , mais trouvez bon aussi que je
cherche à le justifier autant qu'il me sera
possible.
c'est un
Quand j'avoue que l'Anneau Royal est
un deffaut , je ne conviens pas qu'il le
foit jusqu'à être risible ; en effet si l'on y
rit , ce n'est que par le coup sur coup
qu'il produit. Ainsi Despreaux n'a pas
rencontré juste quand il a fait dire à son
Campagnard : Sur tout l'Anneau Royal ,
& c. Cet Auteur atrabilaire auroit dû se
souvenir qu'Alexandre le Grand , fit Perdiccas
dépositaire de son autorité par un
Anneau qu'il lui remit entre les mains ;
Quinault n'est donc ni risible ni blâmable
, d'employer le même signe d'autorité
dans sa Piece ; je dis bien plus , Elise ne
remet cette marque de toute - puissance à
A genor , que par des motifs très - senseż,
soit de reconnoissance , soit de défiance.
Agenor lui a parû très- soû mis quand elle
lui a fait entendre qu'elle vouloit faire
un Roy , indépendamment de la loi que
son
OCTOBRE 1731. 2303
son pere lui avoit imposée : voici com
me il s'explique dans le second Acte.
J'ai de subir vos loix un double engagement ;
C'est peu d'être Sujet, je suis encore Amant, &c
Je ne vous dis plus rien , Madame , et vais attendre
,
L'Arrêt que sur mon sort il vous plaira de ren- `
dre , &c.
Elise est si touchée d'une si parfaite
résignation, qu'elle dit à sa Confidente :
Par quelle injuste loy ,
Ne lui dois-je plus rien quand il fait tout pour
moi ?
Corisbe me croit- elle une ame si farouche ,
Et que
Qu'une belle action n'ait plus rien qui me touche?
l'excès d'amour d'un Prince si soumis ,
N'ait pas des droits plus forts que ceux qu'il m'a
remis ?
Voilà , Monsieur , le motif de reconnoissance
; passons au motif de défiance ;
c'est toûjours Elise qui parle :
J'ai peine toutefois , quoique je me figure ,
De croire dans le Prince une vertu si pure ,
Et de ne soupçonner d'aucun déguisement ,
L'excès étudié d'un si beau sentiment.
Que peut-elle faire de plus sensé , en
B vj parlant
2304 MERCURE DE FRANCE
parlant de ces deux principes , que da
récompenser Agenor , s'il est sincere , ou
de le punir , s'il ne l'est pas ? voici comment
elle en agit avec lui ; elle commence
par lui déclarer qu'elle aime Adraste
comme Agenor le dit lui- même , parlant
à son Rival dans le commencement
du troisiéme Acte; voici ses propres mots
Après m'avoir loüé d'avoir cedé mes droits ,
En mettant dans mes mains cet Anneau de nos
Rois ,
La Reine avec adresse a sçû me faire entendre ,
Que son coeur à vos feux s'étoit laissé surpren
dre , & c. ...
Mais qu'elle avoit voulu du moins pour reconnoître
,
La generosité que j'avois fait paroître ,
Et pour
rendre pour moi son refus moins hon
teux ,
Que ce fût de ma main que vous fussiez heureux;
Qu'elle ne doutoit point qu'après cette priere ,
Ma génerosité ne se montrât entiere.
Voilà donc le premier motif rempli ;
l'abus qu'Adraste fait du pouvoir remis
entre ses mains , justifie la punition que
la Reine en va faires à peine a- t'elle appris
qu'il veut faire arrêter Adraste , qu'el
le l'envoye arrêter lui-même . Qu'y a - t'il
de
OCTOBRE . 1731. 230,
de plus juste et de plus consequent ? La
soumission est récompensée , la dissimulation
est punie ; Agenor est précipité du
faîte de la grandeur , Astrate est élevé
aur comble du bonheur ; et c'est ce coup
sur- coup de peripetie qui fait rire les
Spectateurs , sans qu'ils s'apperçoivent
eux-mêmes de quoi ils rient.
Ne riez -vous pas vous-même , Monsieur
, de ce que je viens d'avancer ?
Non; ce n'est pas l'Anneau Royal qui
fait rite , n'en déplaise à Despreaux , c'est
ce passage subit du. Trône à. la prison ,
et du dernier malheur au bonheur suprême
; on est ravi de voir Agenor mortifié
; on ne l'est pas moins de voir Astrate
heureux ; les ris ne sont pas toûjours
des. marques de mocquerie , ou du moins
dans cette occafion les rieurs ne sont pas
pour Agenor.
En effet , Monsieur , vous n'avez qu'à
vous rappeller le personnage qu'il vient
de jouer dans la Scene précedente , pour
convenir qu'il a justement merité les mocqueries
du Parterre ; après avoir avoüé
à Astrate qu'il est aimé et que la Reine
ne lui a mis l'Anneau Royal entre les
mains que pour en user genereusement ;
il lui dit d'un ton de voix insultant :
Mon
2306 MERCURE DE FRANCE
Mon coeur ne peut former une plas noble envie
A cet illustre effort la gloire me convie ;
La generosité m'y fait voir mille appas ;
Mais l'Amour plus puissant ne me le permer .
pas , &c.
Que voulez- vous? chacun a sa façon d'aimer,& c.
Vous aimez en Heros ; pour moi , je le confeffe ,
Le Ciel m'a fait un coeur capable de foiblesse ;
Mais je n'en rougis point et jusqu'à ce jour ,
La foiblesse jamais n'a fait honte à l'Amour , &C.
Laissez -moi les douceurs qui me sont accordées ,
Et jouissez en paix de vos belles idées .
Tandis qu'un noeud sacré , propice à mes souhaits
,
Va mettre entre mes bras la Reine et ses attraits,
Que sans m'embarrasser d'un scrupule inutile ,
J'en vais être à vos yeux le possesseur franquille ,
Et vais enfin au gré de mes transports pressants ,
M'assurer d'être heureux sur la foi de mes sens.
Pour vous en consoler , songez qu'au fond de
l'ame
guere
La Reine, avec regret, s'arrache à votre flâme, &c,
J'y veux bien consentir ; un reste d'amitié
M'oblige à voir encor vos maux avec pitié ,
Et sûr d'un bien solide , il ne me coûte
De vous abandonner un bien imaginaire ;
Ainsi chacun de nous se tiendra satisfait ;
Vous , de vous croire heureux , moi , de l'être an
effet.
OCTOBRE. 1731. 2307
'Ajoûtez à cela , Monsieur , la lâcheté
avec laquelle Agenor refuse le défi que
lui fait Astrate; en faut- il davantage pour
exciter le Spectateur à rire de le voir
puni , comme il l'a merité ?
Ce n'est pas que j'approuve le caractere
que Quinault lui donne ; il pouvoit
le rendre odieux , sans le rendre mauvais-
plaisant , et sans l'ériger en Marquis
ridicule de Comédie ; mais il a mis assez
de noblesse dans tout le reste de sa Tra◄
gédie , pour faire voir de quoi il est capable
quand il veut s'en donner la peine.
Il cst temps de passer à des choses plus
dignes de noire attention ; et qu'une Apologie
dont il n'a pas besoin , fasse place
à des éloges si bien méritez. En effet
Monsieur , quoi de plus délicat que la
Scene où la Reine enhardit Astrate à lui
parler de son amour , fondée sur cette
maxime :
Je sçais qu'à notre Sexe il sied bien d'ordinaire ,
De laisser aux Amans les premiers pas à faire ,
De tenir avec soin tout notre amour caché ,
D'attendre que l'aveu nous en soit arraché ,
De ne parler qu'après d'extrémes violences ;
Mais je regne, et le Trône a d'autres bienséances ;
Et quand jusqu'à ce rang notre Sexe est monté,
Ild oit tre au-dessus de la timidité :
Astrate
2308 MERCURE DE FRANCE
Astrate est mon Sujet , et la toute -puissance ,
L'engage aux mêmes loix dont elle me dispense ;
Quelqu'ardeur qui l'emporte , il doit se retenir
C'est à moi de descendre et de le prévenir ,
De l'aider à s'ouvrir ,de l'y servir de guide ;.
Jusques - là , c'est à lui d'aimer d'un feu timide
D'encocher tout l'éclat, et pour le mettre au jour
D'attendre qu'il m'ait plû d'enhardir son amour.
N'est-ce pas là aimer en Reine ? voici
comment Elise s'y prend pour enhardir
son sujet à lui parler de son amour.
Cessons de feindre , Astrate ; on veut me faire
croire ,
Qu'oubliant tout devoir , séduit par trop de gloire,
Vous avez jusqu'à moi secretement osé ;
Astrate voulant se justifier , elle lui
ferme la bouche par ces mots :
Il n'est besoin ici que de me bien entenåre ;
Avant que de répondre examinez - vous bien ,
Voyez si votre coeur ne s'accuse de rien ,
S'il ne se sent pour moi rien d'un peu témer aire
Rien qui passe l'ardeur d'un sujet ordinaire , & c.
La douceur avec laquelle la Reine invite
Astrate à faire cet examen , l'enhardit
à être sincere ; voici comme il
s'explique et s'excuse en même temps
D'un
OCTOBRE. 1731 2309
D'un crime si charmant mon coeur insatiable ,
En voudroit s'il pouvoit être encor plus coupable,
Et , si je l'ose dire , aime mieux consentir ,
A tout votre courroux qu'au moindre repentir ,
Lorsque par un transport dont on n'est plus le
maître,
On devient témeraire , on ne sçauroit trop l'êtres
Et dès qu'on a pû mettre un feu coupable au jour,
C'est l'excès qui peut seul justifier l'amour.
Le reste pour le prochain Mercurè.
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Résumé : LETTRE de Madame la Comtesse de.... à M.le Chevalier de ... sur la Tragedie d'Astrate.
La Comtesse de... exprime sa colère envers le Chevalier de... après avoir appris que le public avait ri lors de la représentation de la tragédie 'Astrate' de Jean Racine. Elle critique particulièrement la réaction du Chevalier, qui a également ri, notamment lors du second acte où l'Anneau Royal est mentionné. La Comtesse défend Racine en expliquant que les vers ironiques sur l'Anneau Royal sont prononcés par un personnage campagnard par pudeur. Elle reconnaît cependant que Racine a pu avoir des sentiments similaires dans d'autres œuvres. La Comtesse résume ensuite l'intrigue d''Astrate'. L'action se déroule à Tyr, où la reine Elise a usurpé le trône d'Adraste. Elise aime Astrate, qu'elle croit être le fils de Sichée. Les sujets d'Elise souffrent de voir une femme régner et souhaitent un roi. Elise envisage de choisir Astrate comme époux, mais Sichée, qui est en réalité le père d'Astrate et le véritable roi, tente de l'en dissuader. Il révèle finalement à Astrate qu'il est le fils du roi détrôné et qu'une conspiration est prête à rétablir la famille royale. Astrate obtient une amnistie générale, mais la conspiration éclate malgré tout. Elise, craignant pour la vie d'Astrate, se suicide. La Comtesse critique l'épisode de l'Anneau Royal, qui a suscité des rires, et défend Quinault en expliquant que l'Anneau est un symbole d'autorité légitime. Elle conclut en soulignant que les rires du public sont dus au passage subit du trône à la prison et au bonheur suprême, et non à l'Anneau Royal. Elle critique également le personnage d'Agenor, qui est puni à juste titre pour sa lâcheté et son comportement odieux. Enfin, elle loue la délicatesse de la scène où Elise encourage Astrate à lui parler de son amour. Par ailleurs, le texte relate une conversation entre deux personnages, Astrea et une reine. Astrea est accusé de sentiments excessifs envers la reine. Pour se défendre, Astrea est invité à examiner son cœur et à vérifier s'il ne ressent pas pour la reine une ardeur dépassant celle d'un sujet ordinaire. Encouragé par la douceur de la reine, Astrea avoue son amour coupable et insatiable. Il exprime son désir de rester coupable plutôt que de regretter ses sentiments. Il justifie son audace par l'intensité de son amour, affirmant que seul l'excès peut expliquer un tel sentiment. La suite de la conversation est reportée au prochain Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5372
p. 2311-2317
ODE A M. Houdart de la Motte. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
Début :
Grand et fameux la Motte, Aigle rapide dont l'œil noblement audacieux [...]
Mots clefs :
Indomptable Hercule, Poésie, Rime, Liberté, Prose, Défense, Strophes
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texteReconnaissance textuelle : ODE A M. Houdart de la Motte. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
O DE
A M. Houdart de la Motte. Par Me de
Malcrais de la Vigne , du Croisic
en Bretagne.
GR
Grand et fameux la Motte , Aigle
Irapide dont l'oeil noblement audacieux
, va défier les regards mêmes du
brúlant Pere de la lumiere , soutien le
vol timide d'un foible Tiercelet , et vien
d'un coup de ton aîle secourable le pousser
avec toi jusqu'au dévorant séjour du
feu.
讚
Je pars , je quitte la Terre bourbeuse;
je traverse , je fends les immenses Campagnes
12 MERCURE DE FRANCE
pagnes de l'air la violence qui m'emporte
me fait perdre haleine : quel bras
puissant m'arrête audessus du double sommet
de la docte Montagne ? Un merveil
leux Spectacle s'y dévoile à mes yeux
enchantez. La majestueuse Melpomene ,
la vive et galante Polhymnie, la tête panchée
et flecissant devant toi un genou
respectueux , te rendent des hommages
qui te comblent d'honneur.
粥
Comme l'indomptable Hercule purgea
autrefois l'érable infecté du riche et superbe
Augias , ainsi tes travaux innombrables
ont purgé notre Poësie affreusesement
accablée sous le joug tirannique
de la Rime : tu l'as tirée de la prison obscure
et étroite dans laquelle , plongée depuis
si long - temps , elle poussoir des
plaintes aussi touchantes que steriles ; ta
main laborieuse a brisé ses entraves cruelles
, et dégagée du poids honteux de ses
chaînes , elle respire l'air tranquille et serain
de la liberté desirée depuis tant de
siecles.
Je te vois aujourd'hui , harmonieuse
Progeniture de l'aimable Souverain de
Helicon , je te voix , ô divine Poësie,
te
OCTOBRE. 1731. 2373
te promener çà et là librement avec les
Charites qui dansent et folatrent autour
de toi , en te faisant cent caresses naïves
Leurs blonds cheveux voltigent négligemment
épars sur leurs épaules blanches
à la fois et vermeilles , semblables à de l'ivoire
qu'une femme de Carie teint en
pourpre , ennemies de la gêne , elles ont
jetté loin d'elles leurs chaussures de drap
d'or , et sautent si legerement sur l'émail
de la riante Prairie, qu'à peine s'appercoits
on qu'elles ayent des pieds.
Toi- même , ô Poësie , toi - même toute
échevelée , tu t'es défaite de l'embarras
ajusté de ta coëffure précieuse . Tes doigts
delicats ne paroissent plus enchaînez dans
des cercles de diamans , et tu dédaignes
la pompeuse parure de tes brasselets tis
sus avec un art admirable.
La Prose qui s'avance a le port d'une
Reine ; elle te tend les bras , t'embrasse.
L'appelle sa soeur , et te jurant une amitié
éternelle , te serre avec tant de force
qu'il semble que vous ne fassiez plus que
2314 MERCURE DE FRANCE
le même corps. Les Coquillages dorez
attachez aux Rochers limoneux , la Vigne
flexible , mariée à l'Ormeau qui l'appuye
, ne sont pas liez par des noeuds plus
étroits que ceux qui vous unissent maintenant
enſemble.
Un ris modeste et gracieux s'échap
pant de tes levres entr'ouvertes , fair
éclatter sur ton visage les étincelles d'une
joye inalterable , l'éclair part des yeux
Jamboyants. Et tu réponds à la Prose
par tous les témoignages d'une fidelité
réciproque: Ciel ! que l'air aisé dont tu
marches , t'a rendue differente de ce que
tu étois autrefois ?
裝
Chante à jamais ta liberté recouvrée ;
chante la pénible défaite de la Rime or
gueilleuse qui t'a détenue dans les fers ;.
mais celebre sur tout par des productions
plus durables que le Marbre et le Bronze,
I'Invincible la Motte , et fais pleuvoir les
Lauriers et les Roses sur la tête de ton
valeureux Liberateur.
Lui seul s'est armé pour ta défense et
les
OCTOBR E. 1734. 1314
lestraits qu'ont lancez des bras de Géants,
se sont émoussez sur sa poitrine invul
nerable. Il paroît , il combat , il frappe ,
il foudroye. C'est Tancrede qui fait mordre
la poudre à Clorinde ; c'est Renaud
qui triomphe d'Armide et des vaillants
et nombreux Chevaliers qui devoient au
prix du sang de ce Heros , achepter à
l'envile coeur de cette Heroïne inhumaine.
#
Tes yeux ternis se chargent de pleurs ;
Rime malheureuse , la honte fait pâlir
tes joies amaigries , une sueur froide
coule de tous tes membres qui paroissent
pétrifiez , mais tout à coup la doul ur se
changeant en rage , t´s derniers soupirs
sont d'horribles blaphêmes.
Tes Strophes gravement Philosophi
ques , & prudent la Motte , ô Poëte sagement
sublime , nous avoient toûjours
présagé ton penchant insurmontable pour
ta chere Prose ; et qu'il viendroit un jour
où tu prendrois le Casque et la Cuirasse
pour lui conquerir l'Empire absolu de
notre Langue renommée de l'un à l'autre
Hemisphere.
Mais
1316 MERCURE DE FRANCE
Mais Ciel qu'apperçois -je encore !
quelle foule de ravissans objets frappe
à l'instant mes avides regards ! l'Ombre
glorieuse du sçavant Poëte à qui sept Villes
se disputerent l'honneur d'avoir donné
la naissance ; l'Ombre non moins celebre
de celui qui a porté jusqu'aux nuës
le nom de Mantouë ; l'Ombre rivale des
deux autres , cette Ombre dont le Godefroy
et l'Aminte ont illustré la moderne
Italie , toutes trois te donnent de pures
marques d'une amitié non suspecte
Je les entends qui par les expressions
les plus vives , te prient de briser la mesure
inutile de leurs Vers , d'écarter loin
de leur stile ces nombres ridiculement
reguliers , qui ne repetent que les mêmes
sons à l'oreille fatiguée ; et par le moyen
dont tu es l'Inventeur de prêter à leur
Poësie cette même beauté dont tu viens
d'enrichir la nôtre.
諾
Continuë , ô genereux Vainqueur de
la Rime , moissonne à plein poing les
précieuses Javelles des Lauriers immortels
, chemine à pas hardis au Temple
rayonnant de la gloire , en dépit de tes
Rivaux
OCTOBRE . 1731. 2317
Rivaux consternez . Cours y suspendre
lés dépouilles que tu leur a arrachées
encore soüillées d'une poussiere honorable
, et qu'eux-mêmes se trouvent enfin
forcez de couronner ton front triomphant
de leurs propres mains.
A M. Houdart de la Motte. Par Me de
Malcrais de la Vigne , du Croisic
en Bretagne.
GR
Grand et fameux la Motte , Aigle
Irapide dont l'oeil noblement audacieux
, va défier les regards mêmes du
brúlant Pere de la lumiere , soutien le
vol timide d'un foible Tiercelet , et vien
d'un coup de ton aîle secourable le pousser
avec toi jusqu'au dévorant séjour du
feu.
讚
Je pars , je quitte la Terre bourbeuse;
je traverse , je fends les immenses Campagnes
12 MERCURE DE FRANCE
pagnes de l'air la violence qui m'emporte
me fait perdre haleine : quel bras
puissant m'arrête audessus du double sommet
de la docte Montagne ? Un merveil
leux Spectacle s'y dévoile à mes yeux
enchantez. La majestueuse Melpomene ,
la vive et galante Polhymnie, la tête panchée
et flecissant devant toi un genou
respectueux , te rendent des hommages
qui te comblent d'honneur.
粥
Comme l'indomptable Hercule purgea
autrefois l'érable infecté du riche et superbe
Augias , ainsi tes travaux innombrables
ont purgé notre Poësie affreusesement
accablée sous le joug tirannique
de la Rime : tu l'as tirée de la prison obscure
et étroite dans laquelle , plongée depuis
si long - temps , elle poussoir des
plaintes aussi touchantes que steriles ; ta
main laborieuse a brisé ses entraves cruelles
, et dégagée du poids honteux de ses
chaînes , elle respire l'air tranquille et serain
de la liberté desirée depuis tant de
siecles.
Je te vois aujourd'hui , harmonieuse
Progeniture de l'aimable Souverain de
Helicon , je te voix , ô divine Poësie,
te
OCTOBRE. 1731. 2373
te promener çà et là librement avec les
Charites qui dansent et folatrent autour
de toi , en te faisant cent caresses naïves
Leurs blonds cheveux voltigent négligemment
épars sur leurs épaules blanches
à la fois et vermeilles , semblables à de l'ivoire
qu'une femme de Carie teint en
pourpre , ennemies de la gêne , elles ont
jetté loin d'elles leurs chaussures de drap
d'or , et sautent si legerement sur l'émail
de la riante Prairie, qu'à peine s'appercoits
on qu'elles ayent des pieds.
Toi- même , ô Poësie , toi - même toute
échevelée , tu t'es défaite de l'embarras
ajusté de ta coëffure précieuse . Tes doigts
delicats ne paroissent plus enchaînez dans
des cercles de diamans , et tu dédaignes
la pompeuse parure de tes brasselets tis
sus avec un art admirable.
La Prose qui s'avance a le port d'une
Reine ; elle te tend les bras , t'embrasse.
L'appelle sa soeur , et te jurant une amitié
éternelle , te serre avec tant de force
qu'il semble que vous ne fassiez plus que
2314 MERCURE DE FRANCE
le même corps. Les Coquillages dorez
attachez aux Rochers limoneux , la Vigne
flexible , mariée à l'Ormeau qui l'appuye
, ne sont pas liez par des noeuds plus
étroits que ceux qui vous unissent maintenant
enſemble.
Un ris modeste et gracieux s'échap
pant de tes levres entr'ouvertes , fair
éclatter sur ton visage les étincelles d'une
joye inalterable , l'éclair part des yeux
Jamboyants. Et tu réponds à la Prose
par tous les témoignages d'une fidelité
réciproque: Ciel ! que l'air aisé dont tu
marches , t'a rendue differente de ce que
tu étois autrefois ?
裝
Chante à jamais ta liberté recouvrée ;
chante la pénible défaite de la Rime or
gueilleuse qui t'a détenue dans les fers ;.
mais celebre sur tout par des productions
plus durables que le Marbre et le Bronze,
I'Invincible la Motte , et fais pleuvoir les
Lauriers et les Roses sur la tête de ton
valeureux Liberateur.
Lui seul s'est armé pour ta défense et
les
OCTOBR E. 1734. 1314
lestraits qu'ont lancez des bras de Géants,
se sont émoussez sur sa poitrine invul
nerable. Il paroît , il combat , il frappe ,
il foudroye. C'est Tancrede qui fait mordre
la poudre à Clorinde ; c'est Renaud
qui triomphe d'Armide et des vaillants
et nombreux Chevaliers qui devoient au
prix du sang de ce Heros , achepter à
l'envile coeur de cette Heroïne inhumaine.
#
Tes yeux ternis se chargent de pleurs ;
Rime malheureuse , la honte fait pâlir
tes joies amaigries , une sueur froide
coule de tous tes membres qui paroissent
pétrifiez , mais tout à coup la doul ur se
changeant en rage , t´s derniers soupirs
sont d'horribles blaphêmes.
Tes Strophes gravement Philosophi
ques , & prudent la Motte , ô Poëte sagement
sublime , nous avoient toûjours
présagé ton penchant insurmontable pour
ta chere Prose ; et qu'il viendroit un jour
où tu prendrois le Casque et la Cuirasse
pour lui conquerir l'Empire absolu de
notre Langue renommée de l'un à l'autre
Hemisphere.
Mais
1316 MERCURE DE FRANCE
Mais Ciel qu'apperçois -je encore !
quelle foule de ravissans objets frappe
à l'instant mes avides regards ! l'Ombre
glorieuse du sçavant Poëte à qui sept Villes
se disputerent l'honneur d'avoir donné
la naissance ; l'Ombre non moins celebre
de celui qui a porté jusqu'aux nuës
le nom de Mantouë ; l'Ombre rivale des
deux autres , cette Ombre dont le Godefroy
et l'Aminte ont illustré la moderne
Italie , toutes trois te donnent de pures
marques d'une amitié non suspecte
Je les entends qui par les expressions
les plus vives , te prient de briser la mesure
inutile de leurs Vers , d'écarter loin
de leur stile ces nombres ridiculement
reguliers , qui ne repetent que les mêmes
sons à l'oreille fatiguée ; et par le moyen
dont tu es l'Inventeur de prêter à leur
Poësie cette même beauté dont tu viens
d'enrichir la nôtre.
諾
Continuë , ô genereux Vainqueur de
la Rime , moissonne à plein poing les
précieuses Javelles des Lauriers immortels
, chemine à pas hardis au Temple
rayonnant de la gloire , en dépit de tes
Rivaux
OCTOBRE . 1731. 2317
Rivaux consternez . Cours y suspendre
lés dépouilles que tu leur a arrachées
encore soüillées d'une poussiere honorable
, et qu'eux-mêmes se trouvent enfin
forcez de couronner ton front triomphant
de leurs propres mains.
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Résumé : ODE A M. Houdart de la Motte. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
Le texte est une ode à Houdart de la Motte, poète et libérateur de la poésie française, écrite par Malcrais de la Vigne. L'auteur compare Houdart de la Motte à un aigle guidant un jeune rapace vers le feu, symbolisant son rôle de mentor. Il décrit une vision où il traverse les airs et découvre les muses Melpomène et Polymnie rendant hommage à Houdart de la Motte. L'auteur célèbre les travaux de Houdart de la Motte, qui ont libéré la poésie française du joug tyrannique de la rime, permettant ainsi à la poésie de se promener librement avec les Grâces. La prose, représentée comme une reine, embrasse la poésie, scellant une alliance éternelle entre les deux. Le texte loue la victoire de Houdart de la Motte sur la rime orgueilleuse, comparant sa lutte à celles de héros mythologiques comme Hercule, Tancrede et Renaud. Les ombres de grands poètes, tels qu'Homère, Virgile et Tasse, encouragent Houdart de la Motte à poursuivre son œuvre de libération de la poésie. Enfin, l'auteur invite Houdart de la Motte à continuer de moissonner les lauriers de la gloire, triomphant de ses rivaux et suspendant les dépouilles de ses victoires au temple de la gloire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5373
p. 2318-2326
REMARQUES de M. Gaullier, sur la Censure portée contre lui dans la vingt-huitiéme Lettre du Nouvelliste du Parnasse.
Début :
Le grand Critique qui enfante toutes les semaines une feüille d'impression [...]
Mots clefs :
Nouvelliste du Parnasse, Humanités, Grammairien , Abrégé de la grammaire française, Règles de poétique, Conjugaisons, Combinaisons des verbes, Syntaxe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES de M. Gaullier, sur la Censure portée contre lui dans la vingt-huitiéme Lettre du Nouvelliste du Parnasse.
REMARQUES de M. Gaullier , sur la
Censure portée contre lui dans la vingtbuitiéme
Lettre du Nouvelliste du Par
nasse.
E grand Critique qui enfante toutes
les semaines une feuille d'impression
in-douze , de caractere moyen , a jugé à
propos de parler ainsi de la methode de
M. Lefevre que j'ai fait réimprimer
avec des Notes : L'infatigable M. Gaullyer
, dit-il , Professeur au College du Plessis
apublié nne Methode pour l'étude des
humanitez. C'est un Grammairien fecond ;
qui , suivant toutes les apparences , regalera
encore ses Ecoliers d'un bon nombre de Volumes.
Je ne sçai si cette multiplication est
nécessaire. Il me semble que le grand nombre
de Regles accable plus l'Esprit qu'il ne le
soulage.
-
M. Gaullier n'est pas si infatigable
ny si fecond en Grammaires que le Nouvelliste
l'est en Nouvelles , ou plutôt er
Censure et en Satyre . Depuis 1716 , que
parut sa premiere Methode , il n'a fait im
primer que cinq petites parties des Regle ÷
pour la Langue Latine et la Françoise
avec un Abregé de la Grammaire Françoi
se
OCTOBRE.
1737.
2219
se , et des Regles de Poëtique , tirées
d'Aristote ,
d'Horace , de
Despreaux et
d'autres célebres Auteurs , tant anciens
que modernes. Les cinq autres Volumes
de M. Gaullier sont , non des Volumes
de Regles , mais des Auteurs Grecs et.
Latins notés à l'usage des Classes . Tous
douze ont été
approuvés par une , et six
par deux Conclusions de l'Université , en
1716. et en la presente Année 1731. honneur
qui n'avoit été fait à personne avant
lui , que je sçache , et qu'un ou deux seulement
ont reçû après lui .
> Quant aux sept Volumes de Regles
ce n'est qu'un abregé et un choix de ce
que nous avons de plus excellent en ce
genre , je veux dire , des Methodes de
Port -Royal , de la
Grammaire Françoise
de l'Abbé Regnier - Desmarais . Mais com
me M. Gaullier ne regale poine ses Ecoliers
de Regles de Poëtique qui sont audessus
de leur portée , ni de versification
françoise ni de plusieurs autres choses
qu'il leur fait passer dans ses livres , com.
meles
Declinaisons et les
Conjugaisons , les
Préfaces , les
Combinaisons des Verbes ; ces
7. Volumes se réduisent à six , qui tous ensemble
ne font pas plus de cinq cent pages.
Et même M. Gaullier
connoissant un peu
les differents goûts , pour ne pas dire les
Cij
divers
23 20 MERCURE DE FRANCE
divers Caprices des hommes , il a réduit
à une Feuille d'impression de 24. pages
de petit caractere , Le Rudiment et
la Syntaxe 2 Les Préterits et Supins
qui en tiennent plus de 300. in 80. dans
Despautere , et plus de 350. aussi in 8º.
dans Port- Royal 3º plus de 400. pages
de la Methode de Bretonneau ont aussi
été réduites à 26 : et 740 in 4° . de la
Grammaire de M. l'Abbé Regnier - Desmarais
ont été abregés par lui d'abord en
52 pages de Petit-Romain , et puis en 24
de Petit-Texte.
С
Comment le Nouvelliste peut- il donc
se plaindre de la multiplication de mes
Livres de Grammaite et des Regles , et
prophetiser que je regalerai encore mes
Ecoliers d'un grand nombre de Volumes ?
Quand on fait le Métier de Satirique
comme le fait le Nouvelliste , il faudroit
au moins être exempt des fautes qu'on
reprend dans les autres , et ne leur en reprocher
que de vrayes. C'est ici tout le
contraire ; et il me paroît évident que celui
qui de son autorité privée , s'est érigé
depuis six ou sept mois en Juge de tous
les Auteurs , manque lui-même ici de
Jugement.
L'infatigable M. Gaullyer , Professeur
au College du Plessis , a publié, dit- on , une
Methode pour les Humanitez.
La
OCTOBRE. 173. 232F
La Methode que M. Gaullier a publiée ,
n'est point de lui : elle est du celebre M. Le
Fevre de Saumur , Pere de Me Dacier.
Elle n'est que de trois feuilles de Gros
Romain , qui n'en valent pas une de Petit
Texte. Les Notes de M. Gaullier , ne
sont aussi que de trois Feuilles d'un caractere
presque aussi gros . Qui pourra donc
jamais penser qu'un homme qui est accoûtumé
à porter quatre heures et demie
tous les jours le pesant fardeau d'une
Classe , soit nommé infatigable à juste
titre , pour avoir donné au Public six
Feuilles de grosse Impression , dont il y
én a la moitié qui n'est pas de lui ? Mais
quelqu'un ne sera-t'il point tenté de croi
re , que le Nouvelliste , pour bien juger
des Auteurs et de leurs ouvrages , porte
l'exactitude jusqu'à ne pas lire en entier
les titres des Livres , et à passer ce qui y
est écrit en plus petit caractere : et que
c'est là la vraye raison qui paroît lui faire
attribuer à M. Gaullier , un ouvrage qui
est de M. Le Fevre ?
Que si c'est à bon droit qu'on donne le
nom d'Infatigable à M. Gaullier , pour
avoir publié en un an un Livre de six
feuilles , dont il n'y en a que trois de
lui; à combien plus forte raison doit- on le
donner au Nouvelliste , qui , sans se fa-
Ciij tiguer
2322 MERCURE DE FRANCE
"
tiguer , fatiguera tous les ans le Public
de 52. Feuilles d'impression , qui est au
dessous de celle de la Methode de M. Le
Fevre et des Notes de M. Gaullier.
C'est un Grammairién fecond , continuë
le Nouvelliste , qui , suivant toutes les ap
parences , regalera encore ses Ecoliers d'un
bon nombre de Volumes. Il me semble que
le Nouvelliste est à peu près du même
caractere que la Déesse qui préside aux
Nouvelles , je veux dire la Renommée
dont Virgile dit quelque part :
Tamficti pravique tenax quàm nuntia veri;
La difference qui me paroît être entre
elle et lui , c'est que cette Déesse publie
également la verité et la fausseté , et que
notre homme panche plus souvent du
côté de la fausseté et verifie en sa personne
d'une maniere qui lui est propre
ce qui est dit de l'homme en general ,
Omnis homo mendax,
Une autre difference qui ne me paroît
pas moins considerable , c'est que la Ré
nommée rne nous annonce que le passé ,
et que le Nouvelliste se mêle de nous
prédire l'avenir , et s'érige en Prophete
de malheur , ou en diseur de mauvaises
avantures ; car ne peut- on pas donner ce
nom au régal d'un bon nombre de Volu◄
›
mes
OCTOBRE. 1731. 2325
*
mes de Grammaire , qu'il pronostique à
mes Ecoliers ?
Mais encore sur quoi est fondée cette
nouvelle Prophetie ? Et comment peutelle
avoir aucune apparence de verité ?
Si on juge de l'avenir par le passé , comme
la raison le veut , quelle apparence que
moi , qui , depuis 1719. que la cinquiéme
partie des Regles a parue , n'ai regalé
mes Ecoliers que du petit Volume de la
Grammaire Françoise , je les regale dans
la suite d'un bon nombre de Volumes ?
Pour moi , si j'aimois à prophetiser , je
pourrois dire que le Nouvelliste est un
Critique fecond , qui , suivant toutes les
apparences , regalera encore le Public
d'un bon nombre de Lettres. Il l'a promis
; il tient parole ; depuis sept mois ,
il nous a déja servi 29. de ces Lettres :
c'est un gage presque sûr pour l'avenir ;
à moins que le Public ne persevere de plus
en plus à ne pas faire cas du régal qu'on
veut lui donner malgré lui .
Je ne sçai , c'est le Nouvelliste qui parle
, si cette multiplication est nécessaire . Il
me semble que le grand nombre de Regles
accable plus l'Esprit qu'il ne le soulage.
Pour moi je crois sçavoir que la multiplication
des Regles er des Volumes de
Grammaire , non seulement n'est pas
Ciiij néces-
-
2324 MERCURE DE FRANCE
gles ,
1
nécessaire , mais même est très- inutile
et très - préjudiciable. C'est pour cela que
j'ai tant abregé les gros Volumes de Resoit
pour le Latin soit pour le
François ; et que , comme je l'ai déja
prouvé plus haut par les faits , je les ai
réduit d'abord à 100. ou 200. pages, puis
à une feuille de 24. Pages. C'est pour la
même raison que j'ai donné au Public
une nouvelle Edition de la petite Methode
de M. Le Fevre , afin d'empêcher , s'il
est possible , la multiplication des nouveaux
systêmes pour le Latin , dont l'exposition
et les préliminaires sont souvent
beaucoup plus longs et plus ennuyeux que
toutes les Regles , et d'étouffer dans leur
naissance un bon nombre d'insectes de la
basse litterature , qui fourmillent et pul- .
lulent de tous côtés depuis quinze ou
vingt ans et qui achevent de ruiner et
de désoler le Pays de la Grammaire , qui
de sa Nature est si peu riante et si peu
fertille.
Voilà ce que je crois sçavoir , et à quoi
est bonne la nouvelle édition du petit
ouvrage de M. Le Fevre. Ce que je ne sçai
pas , c'est si cette multiplication de Nouvelles
Litteraires est bien nécessaire , et
si elle n'accable et n'assomme pas plutôt
le Public qu'elle ne le soulage . Nous
avons
OCTOBRE 1731. 2325
avons déja tant d'autres ouvrages de cette
espece , qui ont la vogue depuis tant d'années,
sans parler des autres.
Il s'en faut bien que le Nouvelliste du
Parnasse ait toutes les bonnes qualitez et
tous les avantages des autres ouvrages Periodiques
premierement le titre en est
trompeur. C'est un Nouvelliste qui n'apprend
point de Nouvelles ; il ne se borne
point au Parnasse mais il descend du
haut de cette Montagne , dans les Vallées
les plus basses , d'où ensuite il s'écarte à
droite et à gauche et s'égare dans le
pays de la Rethorique et de la Grammaire
, qu'il ne connoît que très- imparfaitement
, et des autres Arts liberaux. Le
titre de Nouvelliste du Parnasse ne lui
convient donc en aucune maniere , à
moins qu'on ne veüille faire entendre parlà
qu'il prétend jouir du Privilege du
Parnasse , c'est - à-dire , de feindre et de
mentir comme les Poëtes qui habitent
cette Montagne .
,
Mais au lieu des Nouvelles.du Parnasse
qu'il nous promet , comme il juge des
autres par lui- même , il croit que des
Censures et des Satyres , même fausses
leur feront plus de plaisir. Il monte donc
sur un Tribunal qu'il s'érige à lui-même ,
et de- là il prononce toûjours avec har-
Cv diesse
L
2326 MERCURE DE FRANCE
diessse , mais souvent sans modération et
sans équité , des Jugemens précipitez et
injustes contre tous ceux qui lui sont
bien superieurs en science et en autorité ;
contre les ROLLINS les GIBERTS
les VOLTAIRES . Il faut donc lui ôter
son nom de Nouvelliste du Parnasse , qui
est faux , comme nous venons de le prouver
, et qui de plus ne donne pas de lui
une bonne idée , puisque Nouvelliste ne
se prend gueres qu'en mauvaise part ; et
lui donner le nom de Censeur general de
la Republique des Lettres.
On peut aussi dire de lui , ce que l'E
criture dit d'Ismaël , Gen. 16. 12. Qu'il
leve la main contre tous , Manus ejus
contra omnes ; et ajoûter que tous leve-
'ront aussi la main contre lui ; Etmanus
omnium contra eum ; à moins que le peu
de cas qu'on paroît faire de lui , ne le
fasse rentrer dans le néant dont il est
sorti depuis quelques mois .
Voilà une partie de ce que j'avois à ré,
pondre , pour deffendre contre le Nouvelliste
Parnassien le peu de réputation
que je me suis acquise depuis 15. ou 20.
ans , qui m'est nécessaire pour continuer
ma Profession avec honneur , et que ce
Critique injuste veut , mais ne doit ni
ne pourra jamais m'ôter.
Censure portée contre lui dans la vingtbuitiéme
Lettre du Nouvelliste du Par
nasse.
E grand Critique qui enfante toutes
les semaines une feuille d'impression
in-douze , de caractere moyen , a jugé à
propos de parler ainsi de la methode de
M. Lefevre que j'ai fait réimprimer
avec des Notes : L'infatigable M. Gaullyer
, dit-il , Professeur au College du Plessis
apublié nne Methode pour l'étude des
humanitez. C'est un Grammairien fecond ;
qui , suivant toutes les apparences , regalera
encore ses Ecoliers d'un bon nombre de Volumes.
Je ne sçai si cette multiplication est
nécessaire. Il me semble que le grand nombre
de Regles accable plus l'Esprit qu'il ne le
soulage.
-
M. Gaullier n'est pas si infatigable
ny si fecond en Grammaires que le Nouvelliste
l'est en Nouvelles , ou plutôt er
Censure et en Satyre . Depuis 1716 , que
parut sa premiere Methode , il n'a fait im
primer que cinq petites parties des Regle ÷
pour la Langue Latine et la Françoise
avec un Abregé de la Grammaire Françoi
se
OCTOBRE.
1737.
2219
se , et des Regles de Poëtique , tirées
d'Aristote ,
d'Horace , de
Despreaux et
d'autres célebres Auteurs , tant anciens
que modernes. Les cinq autres Volumes
de M. Gaullier sont , non des Volumes
de Regles , mais des Auteurs Grecs et.
Latins notés à l'usage des Classes . Tous
douze ont été
approuvés par une , et six
par deux Conclusions de l'Université , en
1716. et en la presente Année 1731. honneur
qui n'avoit été fait à personne avant
lui , que je sçache , et qu'un ou deux seulement
ont reçû après lui .
> Quant aux sept Volumes de Regles
ce n'est qu'un abregé et un choix de ce
que nous avons de plus excellent en ce
genre , je veux dire , des Methodes de
Port -Royal , de la
Grammaire Françoise
de l'Abbé Regnier - Desmarais . Mais com
me M. Gaullier ne regale poine ses Ecoliers
de Regles de Poëtique qui sont audessus
de leur portée , ni de versification
françoise ni de plusieurs autres choses
qu'il leur fait passer dans ses livres , com.
meles
Declinaisons et les
Conjugaisons , les
Préfaces , les
Combinaisons des Verbes ; ces
7. Volumes se réduisent à six , qui tous ensemble
ne font pas plus de cinq cent pages.
Et même M. Gaullier
connoissant un peu
les differents goûts , pour ne pas dire les
Cij
divers
23 20 MERCURE DE FRANCE
divers Caprices des hommes , il a réduit
à une Feuille d'impression de 24. pages
de petit caractere , Le Rudiment et
la Syntaxe 2 Les Préterits et Supins
qui en tiennent plus de 300. in 80. dans
Despautere , et plus de 350. aussi in 8º.
dans Port- Royal 3º plus de 400. pages
de la Methode de Bretonneau ont aussi
été réduites à 26 : et 740 in 4° . de la
Grammaire de M. l'Abbé Regnier - Desmarais
ont été abregés par lui d'abord en
52 pages de Petit-Romain , et puis en 24
de Petit-Texte.
С
Comment le Nouvelliste peut- il donc
se plaindre de la multiplication de mes
Livres de Grammaite et des Regles , et
prophetiser que je regalerai encore mes
Ecoliers d'un grand nombre de Volumes ?
Quand on fait le Métier de Satirique
comme le fait le Nouvelliste , il faudroit
au moins être exempt des fautes qu'on
reprend dans les autres , et ne leur en reprocher
que de vrayes. C'est ici tout le
contraire ; et il me paroît évident que celui
qui de son autorité privée , s'est érigé
depuis six ou sept mois en Juge de tous
les Auteurs , manque lui-même ici de
Jugement.
L'infatigable M. Gaullyer , Professeur
au College du Plessis , a publié, dit- on , une
Methode pour les Humanitez.
La
OCTOBRE. 173. 232F
La Methode que M. Gaullier a publiée ,
n'est point de lui : elle est du celebre M. Le
Fevre de Saumur , Pere de Me Dacier.
Elle n'est que de trois feuilles de Gros
Romain , qui n'en valent pas une de Petit
Texte. Les Notes de M. Gaullier , ne
sont aussi que de trois Feuilles d'un caractere
presque aussi gros . Qui pourra donc
jamais penser qu'un homme qui est accoûtumé
à porter quatre heures et demie
tous les jours le pesant fardeau d'une
Classe , soit nommé infatigable à juste
titre , pour avoir donné au Public six
Feuilles de grosse Impression , dont il y
én a la moitié qui n'est pas de lui ? Mais
quelqu'un ne sera-t'il point tenté de croi
re , que le Nouvelliste , pour bien juger
des Auteurs et de leurs ouvrages , porte
l'exactitude jusqu'à ne pas lire en entier
les titres des Livres , et à passer ce qui y
est écrit en plus petit caractere : et que
c'est là la vraye raison qui paroît lui faire
attribuer à M. Gaullier , un ouvrage qui
est de M. Le Fevre ?
Que si c'est à bon droit qu'on donne le
nom d'Infatigable à M. Gaullier , pour
avoir publié en un an un Livre de six
feuilles , dont il n'y en a que trois de
lui; à combien plus forte raison doit- on le
donner au Nouvelliste , qui , sans se fa-
Ciij tiguer
2322 MERCURE DE FRANCE
"
tiguer , fatiguera tous les ans le Public
de 52. Feuilles d'impression , qui est au
dessous de celle de la Methode de M. Le
Fevre et des Notes de M. Gaullier.
C'est un Grammairién fecond , continuë
le Nouvelliste , qui , suivant toutes les ap
parences , regalera encore ses Ecoliers d'un
bon nombre de Volumes. Il me semble que
le Nouvelliste est à peu près du même
caractere que la Déesse qui préside aux
Nouvelles , je veux dire la Renommée
dont Virgile dit quelque part :
Tamficti pravique tenax quàm nuntia veri;
La difference qui me paroît être entre
elle et lui , c'est que cette Déesse publie
également la verité et la fausseté , et que
notre homme panche plus souvent du
côté de la fausseté et verifie en sa personne
d'une maniere qui lui est propre
ce qui est dit de l'homme en general ,
Omnis homo mendax,
Une autre difference qui ne me paroît
pas moins considerable , c'est que la Ré
nommée rne nous annonce que le passé ,
et que le Nouvelliste se mêle de nous
prédire l'avenir , et s'érige en Prophete
de malheur , ou en diseur de mauvaises
avantures ; car ne peut- on pas donner ce
nom au régal d'un bon nombre de Volu◄
›
mes
OCTOBRE. 1731. 2325
*
mes de Grammaire , qu'il pronostique à
mes Ecoliers ?
Mais encore sur quoi est fondée cette
nouvelle Prophetie ? Et comment peutelle
avoir aucune apparence de verité ?
Si on juge de l'avenir par le passé , comme
la raison le veut , quelle apparence que
moi , qui , depuis 1719. que la cinquiéme
partie des Regles a parue , n'ai regalé
mes Ecoliers que du petit Volume de la
Grammaire Françoise , je les regale dans
la suite d'un bon nombre de Volumes ?
Pour moi , si j'aimois à prophetiser , je
pourrois dire que le Nouvelliste est un
Critique fecond , qui , suivant toutes les
apparences , regalera encore le Public
d'un bon nombre de Lettres. Il l'a promis
; il tient parole ; depuis sept mois ,
il nous a déja servi 29. de ces Lettres :
c'est un gage presque sûr pour l'avenir ;
à moins que le Public ne persevere de plus
en plus à ne pas faire cas du régal qu'on
veut lui donner malgré lui .
Je ne sçai , c'est le Nouvelliste qui parle
, si cette multiplication est nécessaire . Il
me semble que le grand nombre de Regles
accable plus l'Esprit qu'il ne le soulage.
Pour moi je crois sçavoir que la multiplication
des Regles er des Volumes de
Grammaire , non seulement n'est pas
Ciiij néces-
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2324 MERCURE DE FRANCE
gles ,
1
nécessaire , mais même est très- inutile
et très - préjudiciable. C'est pour cela que
j'ai tant abregé les gros Volumes de Resoit
pour le Latin soit pour le
François ; et que , comme je l'ai déja
prouvé plus haut par les faits , je les ai
réduit d'abord à 100. ou 200. pages, puis
à une feuille de 24. Pages. C'est pour la
même raison que j'ai donné au Public
une nouvelle Edition de la petite Methode
de M. Le Fevre , afin d'empêcher , s'il
est possible , la multiplication des nouveaux
systêmes pour le Latin , dont l'exposition
et les préliminaires sont souvent
beaucoup plus longs et plus ennuyeux que
toutes les Regles , et d'étouffer dans leur
naissance un bon nombre d'insectes de la
basse litterature , qui fourmillent et pul- .
lulent de tous côtés depuis quinze ou
vingt ans et qui achevent de ruiner et
de désoler le Pays de la Grammaire , qui
de sa Nature est si peu riante et si peu
fertille.
Voilà ce que je crois sçavoir , et à quoi
est bonne la nouvelle édition du petit
ouvrage de M. Le Fevre. Ce que je ne sçai
pas , c'est si cette multiplication de Nouvelles
Litteraires est bien nécessaire , et
si elle n'accable et n'assomme pas plutôt
le Public qu'elle ne le soulage . Nous
avons
OCTOBRE 1731. 2325
avons déja tant d'autres ouvrages de cette
espece , qui ont la vogue depuis tant d'années,
sans parler des autres.
Il s'en faut bien que le Nouvelliste du
Parnasse ait toutes les bonnes qualitez et
tous les avantages des autres ouvrages Periodiques
premierement le titre en est
trompeur. C'est un Nouvelliste qui n'apprend
point de Nouvelles ; il ne se borne
point au Parnasse mais il descend du
haut de cette Montagne , dans les Vallées
les plus basses , d'où ensuite il s'écarte à
droite et à gauche et s'égare dans le
pays de la Rethorique et de la Grammaire
, qu'il ne connoît que très- imparfaitement
, et des autres Arts liberaux. Le
titre de Nouvelliste du Parnasse ne lui
convient donc en aucune maniere , à
moins qu'on ne veüille faire entendre parlà
qu'il prétend jouir du Privilege du
Parnasse , c'est - à-dire , de feindre et de
mentir comme les Poëtes qui habitent
cette Montagne .
,
Mais au lieu des Nouvelles.du Parnasse
qu'il nous promet , comme il juge des
autres par lui- même , il croit que des
Censures et des Satyres , même fausses
leur feront plus de plaisir. Il monte donc
sur un Tribunal qu'il s'érige à lui-même ,
et de- là il prononce toûjours avec har-
Cv diesse
L
2326 MERCURE DE FRANCE
diessse , mais souvent sans modération et
sans équité , des Jugemens précipitez et
injustes contre tous ceux qui lui sont
bien superieurs en science et en autorité ;
contre les ROLLINS les GIBERTS
les VOLTAIRES . Il faut donc lui ôter
son nom de Nouvelliste du Parnasse , qui
est faux , comme nous venons de le prouver
, et qui de plus ne donne pas de lui
une bonne idée , puisque Nouvelliste ne
se prend gueres qu'en mauvaise part ; et
lui donner le nom de Censeur general de
la Republique des Lettres.
On peut aussi dire de lui , ce que l'E
criture dit d'Ismaël , Gen. 16. 12. Qu'il
leve la main contre tous , Manus ejus
contra omnes ; et ajoûter que tous leve-
'ront aussi la main contre lui ; Etmanus
omnium contra eum ; à moins que le peu
de cas qu'on paroît faire de lui , ne le
fasse rentrer dans le néant dont il est
sorti depuis quelques mois .
Voilà une partie de ce que j'avois à ré,
pondre , pour deffendre contre le Nouvelliste
Parnassien le peu de réputation
que je me suis acquise depuis 15. ou 20.
ans , qui m'est nécessaire pour continuer
ma Profession avec honneur , et que ce
Critique injuste veut , mais ne doit ni
ne pourra jamais m'ôter.
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Résumé : REMARQUES de M. Gaullier, sur la Censure portée contre lui dans la vingt-huitiéme Lettre du Nouvelliste du Parnasse.
M. Gaullier, professeur au Collège du Plessis, réagit à une critique parue dans le Nouvelliste du Parnasse concernant sa méthode d'enseignement des humanités. Le critique, surnommé le 'grand Critique', reproche à M. Gaullier de publier trop de volumes de grammaire. M. Gaullier réfute cette accusation en détaillant ses publications depuis 1716. Il a publié cinq parties de règles pour le latin et le français, un abrégé de grammaire française et des règles de poétique. En outre, il a édité des auteurs grecs et latins annotés. Tous ses ouvrages ont été approuvés par l'Université. M. Gaullier précise que ses sept volumes de règles sont des abrégés des meilleures méthodes existantes, réduisant des œuvres volumineuses à des formats plus accessibles. Il critique le Nouvelliste pour ses erreurs et son manque de jugement, notant que ce dernier publie des nouvelles et des satires sans fondement. M. Gaullier défend son travail en expliquant que ses publications visent à simplifier et à rendre les règles grammaticales plus accessibles, contrairement aux affirmations du Nouvelliste. Il conclut en critiquant le titre trompeur et les jugements hâtifs du Nouvelliste, suggérant de le renommer 'Censeur général de la République des Lettres'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5374
p. 2329-2331
REMARQUES sur une Médaille de l'Empereur Posthume.
Début :
Dans l'Extrait d'une Lettre écrite d'Auxerre, imprimée dans le Mercure [...]
Mots clefs :
Médaille, Vaisseau, Galère, Yonne, Seine, Loire, Grande-Bretagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur une Médaille de l'Empereur Posthume.
REMARQUES sur une Médaille de
l'Empereur Posthume.
D
>
-
>
Ans l'Extrait d'une Lettre écrite
d'Auxerre , imprimée dans le Mercure
de Juin , premier Volume , page.
1207. concernant des Medailles Antiques
,
découvertes à une lieuë de cette
Ville , en 1730. au Territoire d'un Village
situé au bord de la Riviere d'Yonne
il s'en est trouvé des Empereurs
Adrien , Marc Aurele et autres : mais
sur-tout , beaucoup de Posthume en.
grand Bronze. Une , entr'autres , qui est
la plus conservée , represente au Revers
le Vaisseau Prétorien , Navis Prætoria ,
ou plutôt une Galere avec cette Legende
, Latitia Augusti , laquelle étoit commandée
par l'Empereur lui - même , ou
l'un de ses Generaux , pour une Expedition
Maritime , comme l'on voit parmi
nous la Reale commandée par le General
des Galeres . L'Auteur de la Lettre
demande si cette Medaille n'a point rapport
à quelque Navigation de la Riviere
d'Yonne , à quoi il n'y a aucune appapuisque
cette Riviere n'est d'aence
,
bord
2330 MERCURE DE FRANCE
.
>
bord navigable à Auxerre que pour de
petits Batteaux ou Batteaux Marchands
et ne pourroit supporter la Manoeuvre
d'une Galere. Mais parce que cette Medaille
, comme beaucoup d'autres , qui
avoient cours dans l'étendue de l'Empire
Romain , s'est trouvée sur les bords de
cette Riviere , peut-on présumer qu'elle.
y ait quelque rapport , non plus qu'elle
en auroit à la Seine ou à la Loire , si on
l'avoit découverte sur leurs bords aux en->
virons de Paris ou d'Orleans ? D'ailleurs
pareilles Medailles de Posthume , qui a regné
plusieurs années dans les Gaules , sont
très-communes et citées plusieurs fois avec
le même revers dans les Recueils des Antiquaires
, et sur - tout dans celui des Medailles
du P. Anselme Banduri . Cette
même Medaille a été auparavant rapportée
et expliquée dans Tristan , qui croit
avec raison que le revers , qui est le même
, désigne quelque notable Victoire
ou la Conquête , dit- il , de la Grande-
Bretagne , et la joye que Posthume en
reçût. Ce que Tristan confirme par une
autre Medaille de Posthume fils ; mais :
que l'on doit plutôt attribuer au Pere
suivant les sentimens de Patin et de Vaillant
, elle represente au revers le serment
de fidelité des Soldats de l'Armée , fait àz
l'EmOCTOBRE
. 1731 2331
l'Empereur , avec cette Legende , Exer
citus Iscanicus du nom de la Ville d'Isca
dans la Grande- Bretagne. D'ailleurs , cette
même Galere se trouve dans les Familles
Romaines de Patin , et sur les Legions
de Marc- Antoine , ainsi que sur les Medailles
des Empereurs Adrien de Verus ,
et autres citées par les Antiquaires..
M. D. M.
l'Empereur Posthume.
D
>
-
>
Ans l'Extrait d'une Lettre écrite
d'Auxerre , imprimée dans le Mercure
de Juin , premier Volume , page.
1207. concernant des Medailles Antiques
,
découvertes à une lieuë de cette
Ville , en 1730. au Territoire d'un Village
situé au bord de la Riviere d'Yonne
il s'en est trouvé des Empereurs
Adrien , Marc Aurele et autres : mais
sur-tout , beaucoup de Posthume en.
grand Bronze. Une , entr'autres , qui est
la plus conservée , represente au Revers
le Vaisseau Prétorien , Navis Prætoria ,
ou plutôt une Galere avec cette Legende
, Latitia Augusti , laquelle étoit commandée
par l'Empereur lui - même , ou
l'un de ses Generaux , pour une Expedition
Maritime , comme l'on voit parmi
nous la Reale commandée par le General
des Galeres . L'Auteur de la Lettre
demande si cette Medaille n'a point rapport
à quelque Navigation de la Riviere
d'Yonne , à quoi il n'y a aucune appapuisque
cette Riviere n'est d'aence
,
bord
2330 MERCURE DE FRANCE
.
>
bord navigable à Auxerre que pour de
petits Batteaux ou Batteaux Marchands
et ne pourroit supporter la Manoeuvre
d'une Galere. Mais parce que cette Medaille
, comme beaucoup d'autres , qui
avoient cours dans l'étendue de l'Empire
Romain , s'est trouvée sur les bords de
cette Riviere , peut-on présumer qu'elle.
y ait quelque rapport , non plus qu'elle
en auroit à la Seine ou à la Loire , si on
l'avoit découverte sur leurs bords aux en->
virons de Paris ou d'Orleans ? D'ailleurs
pareilles Medailles de Posthume , qui a regné
plusieurs années dans les Gaules , sont
très-communes et citées plusieurs fois avec
le même revers dans les Recueils des Antiquaires
, et sur - tout dans celui des Medailles
du P. Anselme Banduri . Cette
même Medaille a été auparavant rapportée
et expliquée dans Tristan , qui croit
avec raison que le revers , qui est le même
, désigne quelque notable Victoire
ou la Conquête , dit- il , de la Grande-
Bretagne , et la joye que Posthume en
reçût. Ce que Tristan confirme par une
autre Medaille de Posthume fils ; mais :
que l'on doit plutôt attribuer au Pere
suivant les sentimens de Patin et de Vaillant
, elle represente au revers le serment
de fidelité des Soldats de l'Armée , fait àz
l'EmOCTOBRE
. 1731 2331
l'Empereur , avec cette Legende , Exer
citus Iscanicus du nom de la Ville d'Isca
dans la Grande- Bretagne. D'ailleurs , cette
même Galere se trouve dans les Familles
Romaines de Patin , et sur les Legions
de Marc- Antoine , ainsi que sur les Medailles
des Empereurs Adrien de Verus ,
et autres citées par les Antiquaires..
M. D. M.
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Résumé : REMARQUES sur une Médaille de l'Empereur Posthume.
En 1730, près d'Auxerre, des médailles antiques, dont plusieurs de l'empereur Posthume en grand bronze, furent découvertes. Une médaille bien conservée montre au revers une galère, identifiée comme la Navis Prætoria, avec la légende 'Laetitia Augusti'. Cette galère était utilisée par l'empereur ou un de ses généraux pour une expédition maritime. L'auteur de la lettre se demande si cette médaille pourrait être liée à une navigation sur la rivière d'Yonne, mais cette hypothèse est improbable car la rivière n'est navigable qu'à petits bateaux à Auxerre. La médaille, comme beaucoup d'autres, circulait dans l'Empire romain, et sa découverte près de l'Yonne ne prouve pas un lien direct avec cette rivière. Des médailles similaires de Posthume, qui régna plusieurs années dans les Gaules, sont courantes. Tristan suggère que la médaille commémore une victoire notable ou la conquête de la Grande-Bretagne. Patin et Vaillant attribuent plutôt cette médaille au père de Posthume, indiquant un serment de fidélité des soldats de l'armée à l'empereur, avec la légende 'Exercitus Iscanicus', du nom de la ville d'Isca en Grande-Bretagne. Des représentations similaires de galères se trouvent également dans les familles romaines de Patin, sur les légions de Marc-Antoine, et sur les médailles des empereurs Adrien et Verus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5375
p. 2334-2352
RÉPONSE aux Remarques inserées dans le Mercure de Juillet dernier, sur l'Inscription trouvée à Auxerre, au mois de May, adressée à M. Bouhier, Président au Parlement de Dijon.
Début :
MONSIEUR, Je présume qu'ayant eu la bonté de me féliciter au sujet de l'Inscription [...]
Mots clefs :
Inscription, Antiquaires, Lettres initiales, Médailles, Historien, Anonyme d'Orléans, Langage, Voyelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE aux Remarques inserées dans le Mercure de Juillet dernier, sur l'Inscription trouvée à Auxerre, au mois de May, adressée à M. Bouhier, Président au Parlement de Dijon.
RE'PONSE aux Remarques inserées dans
le Mercure de Juillet dernier , sur l'Inscription
trouvée à Auxerre , au mois de
May , adressée à M. Bouhier , Président
au Parlement de Dijon.
MONSIEUR ,
Je présume qu'ayant eu la bonté de
me féliciter au sujet de l'Inscription découverte
nouvellement près d'Auxerre ;
et d'applaudir à l'explication que j'en ai
donnée dans le Mercure du Mois de May
dernier , vous me permettrez aussi de
Vous communiquer la réponse que je fais
aux Remarques que deux Antiquaires
ont fait imprimer sur le même sujet dans
le Mercure du mois de Juillet suivant.
Je me suis bien attendu que ce que j'ay
écrit dans le Mercure de May , sans beaucoup
de préparation , ne resteroit pas
non plus sans subir la Critique de quel
ques Personnes attentives aux conjectures
des autres. C'est même dans le dessein
de les y inviter , que j'écrivis dès le lendemain
de la découverte ce que vous avez
lû de moy.
Mais
OCTOBRE. 1731. 2335
,
Mais , Monsieur , la contradiction qui
se trouve entre ces deux Auteurs est
bien plus capable de me confirmer dans
ma premiere pensée , que de me la faire
abandonner ; il paroît d'abord que le second
auroit dû lire avec un peu plus d'attention
qu'il n'a fait , la vie de l'Empereur
Alexandre Severe. Le premier après
avoir dit fort gravement que cette Ins-
» cription , qui n'est qu'un Fragment , seroit
plus instructive , si elle étoit entiere , ajoûte
que
>
les titres de Dominus , Domini , Dominorum
en entier , ou en lettres initiales ,
n'ont été employez que pour les Empereurs
du bas Empire , et dans le siéale de
Constantin , tant sur les Medailles, que
dans les Inscriptions et autres Monu
mens : et le second me fournit trois feuil
lets aprés dans le même Mercure des
armes contre cette opinion . Il rapporte
en effet une Inscription qui se voit dans
Gruter , à la page 121. dans laquelle on
lit GENIO D. N. SEVERI ALEXANDRI
AUG. Voilà donc sûrement Domini au
moins en lettre initiale employé à l'occasion
d'Alexandre Severe , et la remarque
du premier Critique détruite par cer
exemple.
En second lieu , ce que Lampride écrit
au commencement de la vie de cet Em
pereur ,
2336 MERCURE DE FRANCE
•
"
pereur , qu'il deffendit qu'on l'appeltâr
Dominus › prouve que la coûtume étoit
de le faire dans l'usage commun ; autrement
, il n'auroit point fait cette défense.
Alexandre fût unEmpereur beaucoup plus
modeste que bien d'autres , et par cette
raison la qualité de Maître et de Seigneur
ne lui plaisoit point. On peut donc bien
croire qu'il declara souvent de vive voix
que cet epithete n'étoit pas de son goût ,
qu'on lui feroit plaisir de s'en abstenir
mais comme c'étoit par un esprit de modestie
qu'il parloit ainsi cela ne put
empêcher que ceux qui vouloient lui
marquer leur entiere dépendance , ne
l'employassent quelquefois. Il y a
jours eu des flatteurs qui ne craignent
point de blesser la modestie des Princes
les moins ambitieux. Cependant l'objection
seroit plus forte , si Alexandre en
avoit fait une Loi ou un Edit : mais j'attends
qu'on produise cet Acte , pour
commencer à douter de l'usage du terme
de Dominus à son égard. Et quand même
il en auroit fait un Edit , il arrive souvent
que quelques Particuliers passent audessus
des Loix , et un Edit promulgué
contre un usage , n'est pas toûjours une
preuve suffisante que cet usage n'ait
point été mis en pratique depuis. L'expétoûrience
OCTOBRE . 1731 2337
›
rience n'apprend que trop , que s'il y a
des Loix , il y a aussi des gens qui les
transgressent , etet que les infracteurs sont
trés-communs sur- tout lorsqu'il n'y a
point de punition à subir . Voilà , Monsieur
, ce que j'ai à remarquer au sujet
des deux premieres pages imprimées à
mon occasion dans le Mercure du mois
de Juillet.
page
Pour ce qui est des observations de
l'Orleannois , qui commencent à la
1688. du même livre , la premiere consiste
à faire regarder comme fabuleux ce
que Lampride rapporte de l'Association
d'Ovinius Camillus à l'Empire par Ale-.
xandre Severe ; et pour le prouver, il dit
que ce récit n'est appuyé que sur des dis-
Cours populaires , et que Lampride est le
seul Auteur qui rapporte ce fait. Les
deux Articles de cette réponse ne peuvent
être discutez soigneusement qu'en
representant içi en entier le Texte de
PHistorien.
Cum quidam Ovinius Camillus Senator.
antiqua familia delicatissimus rebellare vo◄ .
luisset tyrannidem affectans eique ( Alexandro
) nuntiatum esset ac statim probatum ,
ad Palatium eum rogavit eique gratias egit
quod curam rei publice que recusantibus bonis
imponeretur spontè reciperet deinde ad
Senatum
7338 MERCURE DE FRANCE
Senatum processit et timentem ac tante con
scientia tale confectum participem Imperii
appellavit , in Palatium recepit , convivio
adhibuit , ornamentis Imperialibus et melioribus
quam ipse utebatur , affecit. Et cum
expeditio barbanica esset nuntiata, vel ipsum
si vellet ire , vel ut secum proficiscetur , hortatus
est. Et cum ipse iter pedes faceret , illum
invitavit ad laborem , quam post quinque
millia cunctanten equo sedere jussit :
cumque post duas mansiones equo etiam
fatigatus esset carpento imposuit. Hoc quoque
seu timore seu verè respuentem , abdicantem
quin etiam imperium et meri paratum dimisit
, commendatumque militibus à quibus
Alexander unicè amabatur tutum ad villas
smas ire precepit , in quibus diù vixit , sed
post jussu Imperatoris occisus est , quòd ille
militaris esset et à militibus amatus. Scio ,
vulgum hanc rem quam contexui , Trajani
putare , sed neque in vita ejus id Marius
Maximus ita exposuit , neque Fabius
Marcellinus, neque Aurelius Vetus , neque
Statius Valens , qui omnem ejus vitam in
Litteras miserunt. Contra autem et Septimius
et Acholius et Encolpius vitæ Scriptores
caterique de hoc talia prædicarunt : qued
ideò addidi, ne quis vulgi magis famam sequeretur
quam Historiam , que rumore utique
vulgi verior reperitur.
L'Ano
OCTOBRE. 1737. 2335
>
L'Anonime d'Orleans fait valoir ces papoles
de Lampride Scio vulgum , hanc rem
quam contexui , Trajani putare , et il prétend
que cela signifie que Lampride étoit
d'avis que l'Association d'Ovinius à l'Empire
par Alexandre n'étoit fondée que
sur des bruits populaires. Il est clair au
contraire , que c'est l'Association de cet
Ovinius en tant que faite par Trajan, que
cet Ecrivain traitte de fabuleuse , et qu'il
établit par les termes les plus forts la verité
de cette Association faite par Alexandre
Severe , puisqu'après avoir attribué
le fait à ce dernier Empereur , il dit expressement
qu'il a appuyé sur cet Article
, afin d'empêcher les lecteurs d'ajoûter
foi aux Traditions populaires , qui
ne sont pas si bien fondées que l'est la ve
rité de l'Histoire.
Or, sur quoi est-elle établie , la verité
de cette Association d'Ovinius à Alexan-
Are Sur le témoignage positif de trois
Auteurs qui avoient écrit sa vie , qui lui
étoient contemporains , et qui étoient de
sa Cour ; sçavoir , Septimius Acolius , et
Encolpius , et d'autres encore qu'il ne
nomme pas. Ce sont les garants de Lampride.
Ce dernier étoit bien croyable sur
l'Article , puisque c'étoit l'un des grands
amis de cet Empereur. Lampride dit de
lui
2340 MERCURE DE FRANCE
fui en parlant d'un autre fait ; Referebat
Encolpius quo ille ( Imperator ) familiarissimo
usus est. Acolius étoit un Ecrivain si
attentif aux démarches d'Alexandre Severe
, qu'il fit un livre exprès de ses Voyages
, où , par conséquent , étoit contenuë
l'expedition dans laquelle ce Prince voulût
mener Ovinius contre les Barbares.
Il ne doit point paroître incroyable que
Lampride eût sous les yeux les ouvrages
de ces trois Ecrivains , puisqu'il ne vivoit
que cent ans après eux . Quoiqu'il eût
souvent les deux derniers , il n'estimoit
pas moins l'Histoire de Septimius , dont
fl a placé les Fragmens en la place qui
leur convenoit. Gerard Vossius a mis ces
trois Ecrivains originaux de la vie d'Alexandre
au rang des Ecrivains Latins uni- '
quement sur le témoignage de Lampride.'
Cet Historien voulant marquer sa sincerité
à l'Empereur Constantin , à qui il
adressa la vie d'Alexandre Severe , qu'il
avoit redigée sur les Memoires de Septimius
, d'Acolius et d'Encolpius , crût ne
devoir pas cacher à ce Prince , que le Peuple
attribuoit à Trajan l'Association d'Ovinius
, quoiqu'elle ne fût point d'une
date si reculée . En même temps il lui apporta
les preuves les plus convainquantes
pour assurer la véritable Epoque de ce
Fait.
Pour
OCTOBRE. 1731. 2341
›
Pour que cette Association
d'Ovinius
pût être reputée avoir été faite par l'Empereur
Trajan , il auroit fallu , dit-il ,
que les Historiens de ce même Trajan en
eussent fait mention : Or de
quatre
Historiens , qui avoient écrit toute la vie
de Trajan , aucun ne rapporte cette action
prétenduë ; au contraire , les trois
Auteurs de la vie d'Alexandre Severe l'attribuent
à ce dernier
Empereur : Il est
donc nécessaire d'en conclure , comme
fait Lampride , que c'est le Peuple qui
étoit dans l'erreur , prenant un
Empereur
pour un autre. Le Peuple pouvoit s'y
méprendre
d'autant plus aisément
qu'Alexandre
Severe avoit la réputation
d'être un Prince orné des mêmes qualitez
que Trajan. On racontoit le fait parmi la
populace avec les mèmes
circonstances
qu'on les lisoit dans les Ecrivains de la
vie
d'Alexandre Severe ; mais on se trompoit
sur le nom de l'Empereur . C'est ce
qui arrive assez souvent dans les opinions
populaires. Le Vulgaire peu instruit
dans la Chronologie , est sujet à faire des
Anachronismes , et à atrribuer à un Prince
ce qui a été fait par un autre sur-tout
lorsque ces deux Princes ont passé pour
être également
favorables aux Peuples.
Je pourrois en produire icy un exem-
D ple
,
,
2342 MERCURE DE FRANCE
1
ple familier , si je n'apprehendois d'interompre
mon discours. Je laisse à l'Ecrivain
d'Orleans à se rappeller le souvenir
de certains cas semblables . Il n'y a pas
jusqu'aux Historiens de notre France qui
n'ayent long- temps attribué à Charlemagne
ce qui ne convenoit certainement qu'à
Charles le Chauve , méprise assez semblable
à celle du Peuple Romain , qui
donnoit à l'Evenement en question une
antiquité qu'il n'avoit pas . Les faits sont
veritables dans le fond ; il n'y a que l'attribution
à tel ou tel Prince dans laquelle
on se trompe. Il n'est donc pas si véritable
que l'Anonime d'Orleans l'avance >
qu'on ne puisse tabler sur le recit de Lampride.
Ce recit est tourné avec toutes les
précautions que doit prendre un Historien
qui veut empêcher qu'on ne revoque
en doute un fait extraordinaire , et je ne
vois pas comment on peut éluder l'autorité
d'un Auteur , qui écrit seulement
cent ans aprés Alexandre , sur les memoires
de trois Courtisans de cèt Empereur ,
à moins qu'on ne prétende que Septimus ,
Acolius et Encolpius sont des Ecrivains
chimeriques , et que Lampride est luimême
un Historien supposé , aussi - bien
que tous les Ecrivains de l'Histoire d'Auguste
, ce que Vossius et Monsieur de
TilOCTOBRE
.
1731.
2343
و etcequiestTillemontn'ontpascrû
une
opinion
ensevelie
depuis peu avec
son
Autheur
qu'il n'est pas besoin de
nommer aux Lecteurs
intelligens . Il n'est
pas
étonnant que des
opuscules en for
me de
Memoires , que ces trois
Courtisans
avoient
redigez , ayent été perdus ,
et ne soient point
parvenus
jusqu'à nous ;
mais l'on ne peut , ce semble ,
s'inscrire
en faux
contre un
témoiguage
aussi authentique
que celui de
Lampride , qui
nous a
conservé la
substance de ces trois
Memoires , et qui les a mis dans l'ordre
que nous voyons , pour en faire une Histoire
suivie. Il
paroîtroit
extraordinaire
que l'on doutât de la
sincerité des Fragmens
des
anciens
Auteurs ,
qu'Eusebe a
inserez dans son
Histoire
et Photius
dans sa
Bibliotheque : il doit être également
surprenant
qu'on
revoque en doute
le
témoignage
d'un Auteur , qui déclare
que ce qu'il écrit , est tiré des
Memoires
qu'avoient
laissé ceux qui étoient
témoins
des faits.
>
Quant à ce qu'ajoûte l'Ecrivain d'Orleans
, que les autres
Historiens depuis
Lampride ne parlent point de cette Association
d'Ovinius , il est aisé de voir que
c'est parce qu'ils ne sont que des Abbreviateurs
, et des
Ecrivains déja
éloignez
Dij
du
2344 MERCURE
DE FRANCE
du siécle d'Alexandre
; ces Abbreviateurs
ont même
obmis plusieurs
autres
choses
que Lampride
n'avoit
pas crûes indignes
. de passer
à la posterité
. Nous voyons quelquefois
dans nos Abregés
de l'Histoi re de France
des faits aussi mémorables
obmis
et passez sous silence. Tout ce que je puis accorder
, en finissant
cet Article
, est que l'Association
d'Ovinius
à l'Empire
, quoiqu'en
apparence
très- réelle , a pû
n'être
au fond du côté d'Alexandre
qu'une
Association
simulée
, et seulement
pour empêcher
une revolte
que ce Sena- teur auroit
pû former
. Mais ce fut un Mystere
dont les Peuples
ne pûrent
être informez
si - tôt ; et dans le temps
qu'on .
croyoit
cette Association
sincere
et veritable
, le bruit dût s'en répandre
dans tout l'Empire
Romain
; ce qui donna occasion
aux Monumens
qui y font allu sion , et entr'autres
à celui qui a été découvert
à Auxerre
.
Le Critique
d'Orleans
continue
, et dit, que quand même l'Association
d'Ovinius
Camillus
à l'Empire
par Alexandre
, seroit
veritable
, je me serois roûjours
trom- pé , en disant que ce fut dans la Guerre
d'Allemagne
qu'Ovinius
fût associé de
cette maniere. Je remarquerai
ici que
pour avoir sujet de me combattre
, il me
fait
OCTOBRE 1731. 2345
fait dire ce que je n'ay pas dit. J'ai veritablement
écrit qu'Alexandre s'associa
Ovinius , mais je n'ay pas ajoûté que ce
fût dans la guerre d'Allemagne . Je me
suis attaché étroitement au texte de Lampride
, qui rapporte le fait de l'Association
, independamment de la Guerre des
Barbares mais qui dit ensuite que peu
de temps après qu'elle fût faite , on vint
annoncer à l'Empereur que les Barbares
s'avançoient l'Association préceda done
la guerre contre les Barbares. J'ai marqué
que par ces Barbares, qui firent irruption
en 228. on ne doit entendre que les Allemans
, et je l'ay dit fondé sur les Medailles
qui attestent le fait. On en trouve de
l'an 229. et même de l'an 228. qui font
foi d'une Victoire remportée sur eux : et
comme l'Illyrie se trouve en partie entre
le Pays des Allemans et l'Italie , il paroît
que l'on doit entendre de cette Victoire
sur les Allemans , ce que Lampride marque
des succès qu'eurent dans l'Illyrie les
armes de Varius Macrinus. Je suis de ce
sentiment après M. de Tillemont . ( a )
L'Anonime d'Orleans anticipe done
extrêmement les choses , et il dérange à
plaisir la Chronologie en faveur de ses
( a) Hist. des Empereurs , T. 111.
Diij idées
2346 MERCURE DE FRANCE-
و
idées , lorsqu'il me fait dire que ce fut
dans cette expédition d'Allemagne , où
Alexandre fût tué qu'Ovinius avoit
commencé à suivre cet Empereur , et à
paroître en qualité d'Associé à l'Empire.
En effet , il s'agit en cet endroit d'une expédition
toute differente , et qui préceda
de sept à huit ans. Celle dont Lampride
parle en general sous le nom de guerre
contre les Barbares , est de l'an 228. et ce
sont les Medailles qui en fixent l'époque :
l'autre contre les . Germains , est de l'an
235. Mais quand même ce seroit dans la
guerre du côté du Rhin , qui est de cette
derniere Année , qu'Alexandre , auroit
voulu mener avec lui Ovinius , le raisonnement
du Critique porteroit toûjours à
faux , parce que rien n'engage à croire
nécessairement que ce fut Alexandre Severe
qui fit mourir cet ancien Associé ,
retiré depuis à la Campagne. Il paroît
qu'on doit plutôt s'attacher au sentiment
de M. Tillemont , ( qui est, selon lui , l'opinion
commune , ) et dire qu'il fut tué
par ordre de l'Empereur qui regnoit alors,
c'est- à-dire , d'un des successeurs d'Alexandre.
Il y auroit eû une difficulté à m'opposer
contre la Campagne d'Alexandre de
l'an 228. s'il étoit certain par la datte des
Loix
OCTOBRE . 1731. 2347
1
Loix que cet Empereur eût passé toute
cette année- là à Rome. Mais comme on
ne peut produire de Loix de cet Empereur
, sous le Consulat de Modeste et de
Probus , que des six jours qui suivent ,
sçavoir , des Calendes de Fevrier , du 10.
Mars , du 9. Juin , des 1. et 19. Août ,
et du 10. Octobre , on a la liberté toute
entiere , de croire qu'il a pû être ailleurs.
qu'à Rome dans l'intervalle de ces dattes,
sur-tout depuis le 10. Mars , jusqu'au 9.
Juins ce qui fait une espace de trois mois.
C'est le Code de Justinien qui fournit
ces dattes.
Quoique jusqu'ici j'aye produit tout
ce qui peut servir à soutenir la premiere
pensée que j'eûs touchant l'Inscription de
Saint - Amate lez - Auxerre , dès le jour
même qu'elle y fût découverte , je ne
m'obstine point cependant à prétendre
que mon explication soit inataquable ; il
n'y a qu'à relire ma Lettre pour voir que
je ne l'ai pas prétendu . Je ne la crois pas
de la derniere certitude , parce que cette
Inscription est mutilée et que le commencement
y manque ; mais en avoüant
que mon explication , quoique fondée
nommément sur l'Histoire de l'an 228.
n'est que vrai-semblable , je ne prétends
pas pour cela autoriser davantage les deux
,
Dv ου
2348 MERCURE DE FRANCE
ou trois autres explications qui viennent
d'être proposées dans le Mercure , et je
les mets toutes indifferemment dans la
même Classe , n'ayant écrit cecy précisement
que pour montrer que par Dominorum,
il est au moins aussi permis d'entendre
Alexandre et Ovinius , qu'Alexandre
et son Epouse , ou bien sa Mere avec lui ,
ou enfin des Magistrats . Si quelque jour
nous découvrons ailleurs le commencement
de cette Inscription , elle pourra
nous rendre plus sçavants , et servir à
décider qui sont ceux qui ont le mieux
deviné. Je souhaitte que cela arrive. Mais
je ne souhaitterois pas moins de voir de
nos jours quelque découverte d'Inscription
à Orleans , qui fût du premier ou du
second siécle , et qui nous persuadât que
ceux-là sont bien fondez qui croyent que
c'étoit là qu'étoit le Genabum de Cesar ;
car je compte pour rien le sentiment
d'Aimoin de Fleury , et j'ai des raisons
très - fortes pour m'en défier .
En fait de dévination , l'Anonime d'Orleans
a mieux rencontré , lorsqu'il s'est
douté que ce n'est point dans le plus grand
sérieux du monde que je demandois l'explication
des quatre Lettres initiales . En
effet , Gruter nous a appris il y a longtemps
les quatre mots qui sont significz
01-
OCTOBRE. 1731. 2349
ordinairement par ces quatre Lettres :
mais aussi il faut avouer que la coûtume
est de les voir terminer les Inscriptions
où elles se trouvent ; ce qui ne se rencontre
point dans la notre où la dédicace du
Monument est marquée ensuite , aussibien
que la date des Consuls . J'étois bienaise
outre cela , que mon doute apparent
m'attirât quelques réponses , et c'est ce
qui n'a pas manqué d'arriver , puisqu'ou
tre les deux réponses du Mercure , j'en
ai trois ou quatre autres manuscrites ,
dans lesquelles on s'accorde à expliquer
ainsi ces quatre Lettres Votum solvit libens
merito , ou libenter merito ou bien Voto
suscepto libens merito. Je préfererois au
reste cette derniere , à cause du Verbe
dedicavit , qui suit immediatement après.
,
Quelques autres Personnes s'autorisant
des explications dans lesquelles excelloit
ces années dernieres un Personnage trèscelebre
dans l'art de deviner , croyoient
que l'inscription telle qu'elle est , manquant
de Nominatif ; ce Nominatif
pou
voit être compris dans ces Lettres initiales
, et que V. S. pouvoit signifier Urbs
Senonum , qu'ensuite les deux autres lettres
pouvoient signifier l'action du sacrifice
d'un Taureau ou d'un Bellier, ou bien
d'une Chevre , comme lata mactavit , ou
DY. tel:
2350 MERCURE DE FRANCE
tel autre langage approchant qu'on voudra
imaginer ; mais il faut avouer que
ç'auroit été un style inoüi , que celui de
désigner par des lettres initiales les noms
propres et specifiques à une Inscription ,
et que ç'eût été le veritable secret de rendre
tout obscur , incertain et problématique,
Outre cela , comme on voit clairement
par la taille de la Pierre , que l'inscription
a été mutilée dans son commencement
, il ne faut point esperer de trouver
ce Nominatif ailleurs que dans ce qui
manque aujourd'ui à la Pierre en question
, si ce Fragment réparoît jamais au
jour.
Je suis surpris M. que ceux qui m'ont envoyé
directement ou par la voye du Mercure
, des remarques sur mon interprétation
, n'ayent pas insinué que l'Inscrip
tion leur paroissoit fausse , si en elle- même
elle est telle qu'on la trouve imprimée
avec des U voyelles , puisque ces U sont
d'un usage très-moderne. Comment l'un
d'eux n'a t'il point dit qu'il falloit la mettre
au rang de semblables Antiquitez prétendues
qu'Annius de Viterbe fabriqua
autrefois Ils ont mieux aimé supposer
les deux U qui s'y trouvent , que sont des
fautes d'Imprimeur , comme en effet c'est
la verité. Trouvez donc bon que je vous
cerOCTOBRE.
1731.
2351
certifie ici en passant que Salute Dominorum
est écrit ainsi sur la Pierre , SALVTE
DOMINORVM , que dans les deux lignes
de l'Inscription toutes les lettres sont
d'une hauteur égale , et que les quatre
initiales ne sont point plus hautes que les
autres.
Tout ce que vous me faites la grace de
m'envoyer , Monsieur , m'étant très - précieux
, je n'ai garde de ne pas conserver
soigneusementl'explication que vous donnez
au Fragment d'une autre Inscription
trouvée dans le même Jardin , sur lequel
il reste :
PATER ....
LUPERC ....
ET CARA ....
LA COI ....
·
J'approuve très fort vos conjectures
sur ce qui manque à chacune de ces quatre
lignes , et je crois , comme vous , qu'il
faut suppléer à cette Inscription par les
mots que vous favorisez PATER SACR.
C'est-à- dire , Sacrorum, ou bien Pater An
gustalis Lupercus et Carantilla conjux , ensorte
qu'il y auroit eû sur la Pierre lorsqu'elle
étoit entiere !
D vj PA2352
MERCURE DE FRANCE
PATER AVG.
LVPERCVS
ET CARANTIL
LA CONJVX.
Vous me faites remarquer que ce ne se
roit pas la premiere Inscription où on liroit
Pater Sacrorum pour désigner un Prêtre
des Faux - Dieux , qui présidoit aux
Sacrifices , ou bien Pater Augustalis pour
marquer l'ancien ou le premier des Augustaux.
A l'égard du nom propre de la
troisiéme ligne , qui est celui d'une Famille
, comme il se trouve trois fois dans
les Inscriptions de Dijon il ne seroit
pas étonnant qu'ils se rencontrassent aussi
à Auxerre . Ainsi , je souscris à toutes vos
remarques ; et j'ay l'honneur d'être & c.
le Mercure de Juillet dernier , sur l'Inscription
trouvée à Auxerre , au mois de
May , adressée à M. Bouhier , Président
au Parlement de Dijon.
MONSIEUR ,
Je présume qu'ayant eu la bonté de
me féliciter au sujet de l'Inscription découverte
nouvellement près d'Auxerre ;
et d'applaudir à l'explication que j'en ai
donnée dans le Mercure du Mois de May
dernier , vous me permettrez aussi de
Vous communiquer la réponse que je fais
aux Remarques que deux Antiquaires
ont fait imprimer sur le même sujet dans
le Mercure du mois de Juillet suivant.
Je me suis bien attendu que ce que j'ay
écrit dans le Mercure de May , sans beaucoup
de préparation , ne resteroit pas
non plus sans subir la Critique de quel
ques Personnes attentives aux conjectures
des autres. C'est même dans le dessein
de les y inviter , que j'écrivis dès le lendemain
de la découverte ce que vous avez
lû de moy.
Mais
OCTOBRE. 1731. 2335
,
Mais , Monsieur , la contradiction qui
se trouve entre ces deux Auteurs est
bien plus capable de me confirmer dans
ma premiere pensée , que de me la faire
abandonner ; il paroît d'abord que le second
auroit dû lire avec un peu plus d'attention
qu'il n'a fait , la vie de l'Empereur
Alexandre Severe. Le premier après
avoir dit fort gravement que cette Ins-
» cription , qui n'est qu'un Fragment , seroit
plus instructive , si elle étoit entiere , ajoûte
que
>
les titres de Dominus , Domini , Dominorum
en entier , ou en lettres initiales ,
n'ont été employez que pour les Empereurs
du bas Empire , et dans le siéale de
Constantin , tant sur les Medailles, que
dans les Inscriptions et autres Monu
mens : et le second me fournit trois feuil
lets aprés dans le même Mercure des
armes contre cette opinion . Il rapporte
en effet une Inscription qui se voit dans
Gruter , à la page 121. dans laquelle on
lit GENIO D. N. SEVERI ALEXANDRI
AUG. Voilà donc sûrement Domini au
moins en lettre initiale employé à l'occasion
d'Alexandre Severe , et la remarque
du premier Critique détruite par cer
exemple.
En second lieu , ce que Lampride écrit
au commencement de la vie de cet Em
pereur ,
2336 MERCURE DE FRANCE
•
"
pereur , qu'il deffendit qu'on l'appeltâr
Dominus › prouve que la coûtume étoit
de le faire dans l'usage commun ; autrement
, il n'auroit point fait cette défense.
Alexandre fût unEmpereur beaucoup plus
modeste que bien d'autres , et par cette
raison la qualité de Maître et de Seigneur
ne lui plaisoit point. On peut donc bien
croire qu'il declara souvent de vive voix
que cet epithete n'étoit pas de son goût ,
qu'on lui feroit plaisir de s'en abstenir
mais comme c'étoit par un esprit de modestie
qu'il parloit ainsi cela ne put
empêcher que ceux qui vouloient lui
marquer leur entiere dépendance , ne
l'employassent quelquefois. Il y a
jours eu des flatteurs qui ne craignent
point de blesser la modestie des Princes
les moins ambitieux. Cependant l'objection
seroit plus forte , si Alexandre en
avoit fait une Loi ou un Edit : mais j'attends
qu'on produise cet Acte , pour
commencer à douter de l'usage du terme
de Dominus à son égard. Et quand même
il en auroit fait un Edit , il arrive souvent
que quelques Particuliers passent audessus
des Loix , et un Edit promulgué
contre un usage , n'est pas toûjours une
preuve suffisante que cet usage n'ait
point été mis en pratique depuis. L'expétoûrience
OCTOBRE . 1731 2337
›
rience n'apprend que trop , que s'il y a
des Loix , il y a aussi des gens qui les
transgressent , etet que les infracteurs sont
trés-communs sur- tout lorsqu'il n'y a
point de punition à subir . Voilà , Monsieur
, ce que j'ai à remarquer au sujet
des deux premieres pages imprimées à
mon occasion dans le Mercure du mois
de Juillet.
page
Pour ce qui est des observations de
l'Orleannois , qui commencent à la
1688. du même livre , la premiere consiste
à faire regarder comme fabuleux ce
que Lampride rapporte de l'Association
d'Ovinius Camillus à l'Empire par Ale-.
xandre Severe ; et pour le prouver, il dit
que ce récit n'est appuyé que sur des dis-
Cours populaires , et que Lampride est le
seul Auteur qui rapporte ce fait. Les
deux Articles de cette réponse ne peuvent
être discutez soigneusement qu'en
representant içi en entier le Texte de
PHistorien.
Cum quidam Ovinius Camillus Senator.
antiqua familia delicatissimus rebellare vo◄ .
luisset tyrannidem affectans eique ( Alexandro
) nuntiatum esset ac statim probatum ,
ad Palatium eum rogavit eique gratias egit
quod curam rei publice que recusantibus bonis
imponeretur spontè reciperet deinde ad
Senatum
7338 MERCURE DE FRANCE
Senatum processit et timentem ac tante con
scientia tale confectum participem Imperii
appellavit , in Palatium recepit , convivio
adhibuit , ornamentis Imperialibus et melioribus
quam ipse utebatur , affecit. Et cum
expeditio barbanica esset nuntiata, vel ipsum
si vellet ire , vel ut secum proficiscetur , hortatus
est. Et cum ipse iter pedes faceret , illum
invitavit ad laborem , quam post quinque
millia cunctanten equo sedere jussit :
cumque post duas mansiones equo etiam
fatigatus esset carpento imposuit. Hoc quoque
seu timore seu verè respuentem , abdicantem
quin etiam imperium et meri paratum dimisit
, commendatumque militibus à quibus
Alexander unicè amabatur tutum ad villas
smas ire precepit , in quibus diù vixit , sed
post jussu Imperatoris occisus est , quòd ille
militaris esset et à militibus amatus. Scio ,
vulgum hanc rem quam contexui , Trajani
putare , sed neque in vita ejus id Marius
Maximus ita exposuit , neque Fabius
Marcellinus, neque Aurelius Vetus , neque
Statius Valens , qui omnem ejus vitam in
Litteras miserunt. Contra autem et Septimius
et Acholius et Encolpius vitæ Scriptores
caterique de hoc talia prædicarunt : qued
ideò addidi, ne quis vulgi magis famam sequeretur
quam Historiam , que rumore utique
vulgi verior reperitur.
L'Ano
OCTOBRE. 1737. 2335
>
L'Anonime d'Orleans fait valoir ces papoles
de Lampride Scio vulgum , hanc rem
quam contexui , Trajani putare , et il prétend
que cela signifie que Lampride étoit
d'avis que l'Association d'Ovinius à l'Empire
par Alexandre n'étoit fondée que
sur des bruits populaires. Il est clair au
contraire , que c'est l'Association de cet
Ovinius en tant que faite par Trajan, que
cet Ecrivain traitte de fabuleuse , et qu'il
établit par les termes les plus forts la verité
de cette Association faite par Alexandre
Severe , puisqu'après avoir attribué
le fait à ce dernier Empereur , il dit expressement
qu'il a appuyé sur cet Article
, afin d'empêcher les lecteurs d'ajoûter
foi aux Traditions populaires , qui
ne sont pas si bien fondées que l'est la ve
rité de l'Histoire.
Or, sur quoi est-elle établie , la verité
de cette Association d'Ovinius à Alexan-
Are Sur le témoignage positif de trois
Auteurs qui avoient écrit sa vie , qui lui
étoient contemporains , et qui étoient de
sa Cour ; sçavoir , Septimius Acolius , et
Encolpius , et d'autres encore qu'il ne
nomme pas. Ce sont les garants de Lampride.
Ce dernier étoit bien croyable sur
l'Article , puisque c'étoit l'un des grands
amis de cet Empereur. Lampride dit de
lui
2340 MERCURE DE FRANCE
fui en parlant d'un autre fait ; Referebat
Encolpius quo ille ( Imperator ) familiarissimo
usus est. Acolius étoit un Ecrivain si
attentif aux démarches d'Alexandre Severe
, qu'il fit un livre exprès de ses Voyages
, où , par conséquent , étoit contenuë
l'expedition dans laquelle ce Prince voulût
mener Ovinius contre les Barbares.
Il ne doit point paroître incroyable que
Lampride eût sous les yeux les ouvrages
de ces trois Ecrivains , puisqu'il ne vivoit
que cent ans après eux . Quoiqu'il eût
souvent les deux derniers , il n'estimoit
pas moins l'Histoire de Septimius , dont
fl a placé les Fragmens en la place qui
leur convenoit. Gerard Vossius a mis ces
trois Ecrivains originaux de la vie d'Alexandre
au rang des Ecrivains Latins uni- '
quement sur le témoignage de Lampride.'
Cet Historien voulant marquer sa sincerité
à l'Empereur Constantin , à qui il
adressa la vie d'Alexandre Severe , qu'il
avoit redigée sur les Memoires de Septimius
, d'Acolius et d'Encolpius , crût ne
devoir pas cacher à ce Prince , que le Peuple
attribuoit à Trajan l'Association d'Ovinius
, quoiqu'elle ne fût point d'une
date si reculée . En même temps il lui apporta
les preuves les plus convainquantes
pour assurer la véritable Epoque de ce
Fait.
Pour
OCTOBRE. 1731. 2341
›
Pour que cette Association
d'Ovinius
pût être reputée avoir été faite par l'Empereur
Trajan , il auroit fallu , dit-il ,
que les Historiens de ce même Trajan en
eussent fait mention : Or de
quatre
Historiens , qui avoient écrit toute la vie
de Trajan , aucun ne rapporte cette action
prétenduë ; au contraire , les trois
Auteurs de la vie d'Alexandre Severe l'attribuent
à ce dernier
Empereur : Il est
donc nécessaire d'en conclure , comme
fait Lampride , que c'est le Peuple qui
étoit dans l'erreur , prenant un
Empereur
pour un autre. Le Peuple pouvoit s'y
méprendre
d'autant plus aisément
qu'Alexandre
Severe avoit la réputation
d'être un Prince orné des mêmes qualitez
que Trajan. On racontoit le fait parmi la
populace avec les mèmes
circonstances
qu'on les lisoit dans les Ecrivains de la
vie
d'Alexandre Severe ; mais on se trompoit
sur le nom de l'Empereur . C'est ce
qui arrive assez souvent dans les opinions
populaires. Le Vulgaire peu instruit
dans la Chronologie , est sujet à faire des
Anachronismes , et à atrribuer à un Prince
ce qui a été fait par un autre sur-tout
lorsque ces deux Princes ont passé pour
être également
favorables aux Peuples.
Je pourrois en produire icy un exem-
D ple
,
,
2342 MERCURE DE FRANCE
1
ple familier , si je n'apprehendois d'interompre
mon discours. Je laisse à l'Ecrivain
d'Orleans à se rappeller le souvenir
de certains cas semblables . Il n'y a pas
jusqu'aux Historiens de notre France qui
n'ayent long- temps attribué à Charlemagne
ce qui ne convenoit certainement qu'à
Charles le Chauve , méprise assez semblable
à celle du Peuple Romain , qui
donnoit à l'Evenement en question une
antiquité qu'il n'avoit pas . Les faits sont
veritables dans le fond ; il n'y a que l'attribution
à tel ou tel Prince dans laquelle
on se trompe. Il n'est donc pas si véritable
que l'Anonime d'Orleans l'avance >
qu'on ne puisse tabler sur le recit de Lampride.
Ce recit est tourné avec toutes les
précautions que doit prendre un Historien
qui veut empêcher qu'on ne revoque
en doute un fait extraordinaire , et je ne
vois pas comment on peut éluder l'autorité
d'un Auteur , qui écrit seulement
cent ans aprés Alexandre , sur les memoires
de trois Courtisans de cèt Empereur ,
à moins qu'on ne prétende que Septimus ,
Acolius et Encolpius sont des Ecrivains
chimeriques , et que Lampride est luimême
un Historien supposé , aussi - bien
que tous les Ecrivains de l'Histoire d'Auguste
, ce que Vossius et Monsieur de
TilOCTOBRE
.
1731.
2343
و etcequiestTillemontn'ontpascrû
une
opinion
ensevelie
depuis peu avec
son
Autheur
qu'il n'est pas besoin de
nommer aux Lecteurs
intelligens . Il n'est
pas
étonnant que des
opuscules en for
me de
Memoires , que ces trois
Courtisans
avoient
redigez , ayent été perdus ,
et ne soient point
parvenus
jusqu'à nous ;
mais l'on ne peut , ce semble ,
s'inscrire
en faux
contre un
témoiguage
aussi authentique
que celui de
Lampride , qui
nous a
conservé la
substance de ces trois
Memoires , et qui les a mis dans l'ordre
que nous voyons , pour en faire une Histoire
suivie. Il
paroîtroit
extraordinaire
que l'on doutât de la
sincerité des Fragmens
des
anciens
Auteurs ,
qu'Eusebe a
inserez dans son
Histoire
et Photius
dans sa
Bibliotheque : il doit être également
surprenant
qu'on
revoque en doute
le
témoignage
d'un Auteur , qui déclare
que ce qu'il écrit , est tiré des
Memoires
qu'avoient
laissé ceux qui étoient
témoins
des faits.
>
Quant à ce qu'ajoûte l'Ecrivain d'Orleans
, que les autres
Historiens depuis
Lampride ne parlent point de cette Association
d'Ovinius , il est aisé de voir que
c'est parce qu'ils ne sont que des Abbreviateurs
, et des
Ecrivains déja
éloignez
Dij
du
2344 MERCURE
DE FRANCE
du siécle d'Alexandre
; ces Abbreviateurs
ont même
obmis plusieurs
autres
choses
que Lampride
n'avoit
pas crûes indignes
. de passer
à la posterité
. Nous voyons quelquefois
dans nos Abregés
de l'Histoi re de France
des faits aussi mémorables
obmis
et passez sous silence. Tout ce que je puis accorder
, en finissant
cet Article
, est que l'Association
d'Ovinius
à l'Empire
, quoiqu'en
apparence
très- réelle , a pû
n'être
au fond du côté d'Alexandre
qu'une
Association
simulée
, et seulement
pour empêcher
une revolte
que ce Sena- teur auroit
pû former
. Mais ce fut un Mystere
dont les Peuples
ne pûrent
être informez
si - tôt ; et dans le temps
qu'on .
croyoit
cette Association
sincere
et veritable
, le bruit dût s'en répandre
dans tout l'Empire
Romain
; ce qui donna occasion
aux Monumens
qui y font allu sion , et entr'autres
à celui qui a été découvert
à Auxerre
.
Le Critique
d'Orleans
continue
, et dit, que quand même l'Association
d'Ovinius
Camillus
à l'Empire
par Alexandre
, seroit
veritable
, je me serois roûjours
trom- pé , en disant que ce fut dans la Guerre
d'Allemagne
qu'Ovinius
fût associé de
cette maniere. Je remarquerai
ici que
pour avoir sujet de me combattre
, il me
fait
OCTOBRE 1731. 2345
fait dire ce que je n'ay pas dit. J'ai veritablement
écrit qu'Alexandre s'associa
Ovinius , mais je n'ay pas ajoûté que ce
fût dans la guerre d'Allemagne . Je me
suis attaché étroitement au texte de Lampride
, qui rapporte le fait de l'Association
, independamment de la Guerre des
Barbares mais qui dit ensuite que peu
de temps après qu'elle fût faite , on vint
annoncer à l'Empereur que les Barbares
s'avançoient l'Association préceda done
la guerre contre les Barbares. J'ai marqué
que par ces Barbares, qui firent irruption
en 228. on ne doit entendre que les Allemans
, et je l'ay dit fondé sur les Medailles
qui attestent le fait. On en trouve de
l'an 229. et même de l'an 228. qui font
foi d'une Victoire remportée sur eux : et
comme l'Illyrie se trouve en partie entre
le Pays des Allemans et l'Italie , il paroît
que l'on doit entendre de cette Victoire
sur les Allemans , ce que Lampride marque
des succès qu'eurent dans l'Illyrie les
armes de Varius Macrinus. Je suis de ce
sentiment après M. de Tillemont . ( a )
L'Anonime d'Orleans anticipe done
extrêmement les choses , et il dérange à
plaisir la Chronologie en faveur de ses
( a) Hist. des Empereurs , T. 111.
Diij idées
2346 MERCURE DE FRANCE-
و
idées , lorsqu'il me fait dire que ce fut
dans cette expédition d'Allemagne , où
Alexandre fût tué qu'Ovinius avoit
commencé à suivre cet Empereur , et à
paroître en qualité d'Associé à l'Empire.
En effet , il s'agit en cet endroit d'une expédition
toute differente , et qui préceda
de sept à huit ans. Celle dont Lampride
parle en general sous le nom de guerre
contre les Barbares , est de l'an 228. et ce
sont les Medailles qui en fixent l'époque :
l'autre contre les . Germains , est de l'an
235. Mais quand même ce seroit dans la
guerre du côté du Rhin , qui est de cette
derniere Année , qu'Alexandre , auroit
voulu mener avec lui Ovinius , le raisonnement
du Critique porteroit toûjours à
faux , parce que rien n'engage à croire
nécessairement que ce fut Alexandre Severe
qui fit mourir cet ancien Associé ,
retiré depuis à la Campagne. Il paroît
qu'on doit plutôt s'attacher au sentiment
de M. Tillemont , ( qui est, selon lui , l'opinion
commune , ) et dire qu'il fut tué
par ordre de l'Empereur qui regnoit alors,
c'est- à-dire , d'un des successeurs d'Alexandre.
Il y auroit eû une difficulté à m'opposer
contre la Campagne d'Alexandre de
l'an 228. s'il étoit certain par la datte des
Loix
OCTOBRE . 1731. 2347
1
Loix que cet Empereur eût passé toute
cette année- là à Rome. Mais comme on
ne peut produire de Loix de cet Empereur
, sous le Consulat de Modeste et de
Probus , que des six jours qui suivent ,
sçavoir , des Calendes de Fevrier , du 10.
Mars , du 9. Juin , des 1. et 19. Août ,
et du 10. Octobre , on a la liberté toute
entiere , de croire qu'il a pû être ailleurs.
qu'à Rome dans l'intervalle de ces dattes,
sur-tout depuis le 10. Mars , jusqu'au 9.
Juins ce qui fait une espace de trois mois.
C'est le Code de Justinien qui fournit
ces dattes.
Quoique jusqu'ici j'aye produit tout
ce qui peut servir à soutenir la premiere
pensée que j'eûs touchant l'Inscription de
Saint - Amate lez - Auxerre , dès le jour
même qu'elle y fût découverte , je ne
m'obstine point cependant à prétendre
que mon explication soit inataquable ; il
n'y a qu'à relire ma Lettre pour voir que
je ne l'ai pas prétendu . Je ne la crois pas
de la derniere certitude , parce que cette
Inscription est mutilée et que le commencement
y manque ; mais en avoüant
que mon explication , quoique fondée
nommément sur l'Histoire de l'an 228.
n'est que vrai-semblable , je ne prétends
pas pour cela autoriser davantage les deux
,
Dv ου
2348 MERCURE DE FRANCE
ou trois autres explications qui viennent
d'être proposées dans le Mercure , et je
les mets toutes indifferemment dans la
même Classe , n'ayant écrit cecy précisement
que pour montrer que par Dominorum,
il est au moins aussi permis d'entendre
Alexandre et Ovinius , qu'Alexandre
et son Epouse , ou bien sa Mere avec lui ,
ou enfin des Magistrats . Si quelque jour
nous découvrons ailleurs le commencement
de cette Inscription , elle pourra
nous rendre plus sçavants , et servir à
décider qui sont ceux qui ont le mieux
deviné. Je souhaitte que cela arrive. Mais
je ne souhaitterois pas moins de voir de
nos jours quelque découverte d'Inscription
à Orleans , qui fût du premier ou du
second siécle , et qui nous persuadât que
ceux-là sont bien fondez qui croyent que
c'étoit là qu'étoit le Genabum de Cesar ;
car je compte pour rien le sentiment
d'Aimoin de Fleury , et j'ai des raisons
très - fortes pour m'en défier .
En fait de dévination , l'Anonime d'Orleans
a mieux rencontré , lorsqu'il s'est
douté que ce n'est point dans le plus grand
sérieux du monde que je demandois l'explication
des quatre Lettres initiales . En
effet , Gruter nous a appris il y a longtemps
les quatre mots qui sont significz
01-
OCTOBRE. 1731. 2349
ordinairement par ces quatre Lettres :
mais aussi il faut avouer que la coûtume
est de les voir terminer les Inscriptions
où elles se trouvent ; ce qui ne se rencontre
point dans la notre où la dédicace du
Monument est marquée ensuite , aussibien
que la date des Consuls . J'étois bienaise
outre cela , que mon doute apparent
m'attirât quelques réponses , et c'est ce
qui n'a pas manqué d'arriver , puisqu'ou
tre les deux réponses du Mercure , j'en
ai trois ou quatre autres manuscrites ,
dans lesquelles on s'accorde à expliquer
ainsi ces quatre Lettres Votum solvit libens
merito , ou libenter merito ou bien Voto
suscepto libens merito. Je préfererois au
reste cette derniere , à cause du Verbe
dedicavit , qui suit immediatement après.
,
Quelques autres Personnes s'autorisant
des explications dans lesquelles excelloit
ces années dernieres un Personnage trèscelebre
dans l'art de deviner , croyoient
que l'inscription telle qu'elle est , manquant
de Nominatif ; ce Nominatif
pou
voit être compris dans ces Lettres initiales
, et que V. S. pouvoit signifier Urbs
Senonum , qu'ensuite les deux autres lettres
pouvoient signifier l'action du sacrifice
d'un Taureau ou d'un Bellier, ou bien
d'une Chevre , comme lata mactavit , ou
DY. tel:
2350 MERCURE DE FRANCE
tel autre langage approchant qu'on voudra
imaginer ; mais il faut avouer que
ç'auroit été un style inoüi , que celui de
désigner par des lettres initiales les noms
propres et specifiques à une Inscription ,
et que ç'eût été le veritable secret de rendre
tout obscur , incertain et problématique,
Outre cela , comme on voit clairement
par la taille de la Pierre , que l'inscription
a été mutilée dans son commencement
, il ne faut point esperer de trouver
ce Nominatif ailleurs que dans ce qui
manque aujourd'ui à la Pierre en question
, si ce Fragment réparoît jamais au
jour.
Je suis surpris M. que ceux qui m'ont envoyé
directement ou par la voye du Mercure
, des remarques sur mon interprétation
, n'ayent pas insinué que l'Inscrip
tion leur paroissoit fausse , si en elle- même
elle est telle qu'on la trouve imprimée
avec des U voyelles , puisque ces U sont
d'un usage très-moderne. Comment l'un
d'eux n'a t'il point dit qu'il falloit la mettre
au rang de semblables Antiquitez prétendues
qu'Annius de Viterbe fabriqua
autrefois Ils ont mieux aimé supposer
les deux U qui s'y trouvent , que sont des
fautes d'Imprimeur , comme en effet c'est
la verité. Trouvez donc bon que je vous
cerOCTOBRE.
1731.
2351
certifie ici en passant que Salute Dominorum
est écrit ainsi sur la Pierre , SALVTE
DOMINORVM , que dans les deux lignes
de l'Inscription toutes les lettres sont
d'une hauteur égale , et que les quatre
initiales ne sont point plus hautes que les
autres.
Tout ce que vous me faites la grace de
m'envoyer , Monsieur , m'étant très - précieux
, je n'ai garde de ne pas conserver
soigneusementl'explication que vous donnez
au Fragment d'une autre Inscription
trouvée dans le même Jardin , sur lequel
il reste :
PATER ....
LUPERC ....
ET CARA ....
LA COI ....
·
J'approuve très fort vos conjectures
sur ce qui manque à chacune de ces quatre
lignes , et je crois , comme vous , qu'il
faut suppléer à cette Inscription par les
mots que vous favorisez PATER SACR.
C'est-à- dire , Sacrorum, ou bien Pater An
gustalis Lupercus et Carantilla conjux , ensorte
qu'il y auroit eû sur la Pierre lorsqu'elle
étoit entiere !
D vj PA2352
MERCURE DE FRANCE
PATER AVG.
LVPERCVS
ET CARANTIL
LA CONJVX.
Vous me faites remarquer que ce ne se
roit pas la premiere Inscription où on liroit
Pater Sacrorum pour désigner un Prêtre
des Faux - Dieux , qui présidoit aux
Sacrifices , ou bien Pater Augustalis pour
marquer l'ancien ou le premier des Augustaux.
A l'égard du nom propre de la
troisiéme ligne , qui est celui d'une Famille
, comme il se trouve trois fois dans
les Inscriptions de Dijon il ne seroit
pas étonnant qu'ils se rencontrassent aussi
à Auxerre . Ainsi , je souscris à toutes vos
remarques ; et j'ay l'honneur d'être & c.
Fermer
Résumé : RÉPONSE aux Remarques inserées dans le Mercure de Juillet dernier, sur l'Inscription trouvée à Auxerre, au mois de May, adressée à M. Bouhier, Président au Parlement de Dijon.
Le texte est une réponse adressée à M. Bouhier, Président au Parlement de Dijon, concernant une inscription découverte près d'Auxerre. L'auteur exprime sa gratitude pour les félicitations et les critiques reçues dans le Mercure de Juillet. Il souligne la contradiction entre les deux critiques et défend son interprétation initiale de l'inscription. L'auteur mentionne que le terme 'Dominus' était utilisé pour les empereurs du Bas-Empire, y compris Alexandre Sévère, malgré les objections des critiques. L'auteur discute de l'association d'Ovinius Camillus avec l'Empire par Alexandre Sévère, réfutant les doutes exprimés par l'antiquaire d'Orléans. Il soutient que Lampride, l'historien, a basé son récit sur des mémoires contemporains et fiables. Il cite des exemples historiques et des sources pour appuyer son argumentation, notamment des médailles attestant une victoire sur les Allemans en 228 et l'importance stratégique de l'Illyrie. L'auteur critique l'Anonyme d'Orléans pour avoir perturbé la chronologie en faveur de ses idées. Il explique que l'association d'Ovinius précède la guerre contre les Barbares et que les succès en Illyrie sont attribués à Varius Macrinus. Il se range à l'opinion de M. de Tillemont, selon laquelle Ovinius aurait été tué par un successeur d'Alexandre Sévère. Le texte aborde également l'inscription découverte à Auxerre, reconnaissant que son explication est vraisemblable mais non certaine en raison de l'état mutilé de l'inscription. Il mentionne d'autres explications proposées et souhaite des découvertes futures pour éclaircir le sujet. L'auteur exprime également son désir de trouver des inscriptions à Orléans pour confirmer l'emplacement du Genabum de César, rejetant l'opinion d'Aimoin de Fleury. Enfin, l'auteur discute des lettres initiales de l'inscription et des diverses interprétations proposées, préférant l'explication 'Voto suscepto libens merito' en raison du verbe 'dedicavit' qui suit. Il critique ceux qui n'ont pas remis en question l'authenticité de l'inscription en raison des voyelles 'U', qu'il considère comme des fautes d'imprimeur. Il approuve les conjectures d'un correspondant sur un autre fragment d'inscription trouvé dans le même jardin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5376
p. 2354-2358
REPONSE à une Lettre de M. de Fontenelle.
Début :
Plusieurs Personnes d'esprit de l'un et de l'autre Sexe, rassemblés cet [...]
Mots clefs :
Ouvrages de goût, Critique, Merveilles, Esprit, Éloge, Peintre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE à une Lettre de M. de Fontenelle.
Pet de l'autre sexe , rassemblés cet
Eté à la Campagne , employoient d'ordinaire
deux ou trois heures par jour à lire
en commun quelques ouvrages de goût et
d'agrément. Cette occupation si agréable
d'elle- même , le devenoit de plus en plus
par l'utilité que chacun en retiroit . Les
lectures étoient suivies de l'examen de ce
qu'on avoit lû. On tâchoit de rendre raison
de son dégoût et de son plaisir , d'éclairer
le sentiment. La Critique étoit
toûjours accompagnée de cette modetation
, qui n'est pas moins l'effet de la superiorité
de l'esprit , que de la douceur
du caractere .
*
En lisant dans les oeuvres de M. de Fontenelle
la Lettre à une Demoiselle de Suede
de .... quelqu'un de la Compagnie
proposa d'y faire une réponse au nom de
la Demoiselle. Les plus habiles
c'est l'ordinaire , fûrent les plus modes→
›
comme
(* ) Cette Lettrt se tronve parmi les Poësies
diverses de M. de Fontenelle ; et a pour titre
Lettre à une Demoiselle de Suede , dont j'avois
vu un très - agreable Portrait chez M. l'Envoyé
de Suede , qui de plus m'en avoit dit des mer
veilless
- tes ,
OCTOBRE 1731. 2355
re ,
tes , et réfuserent absolument . Moins capable
que tous les autres , et aussi modessi
on peut appeller modestie la connoissance
ou son incapacité , je travaillay
par obéïssance , et fis la réponse qu'on va
fire. Je n'avertiray point les lecteurs , qu'il
seroit peut- être à propos , pour le mieux
entendre , de lire auparavant la Lettre
de M. de Fontenelle , je ne veux point
être lûaprès lui.
REPONSE à une Lettre de
M. de Fontenelle .
O
N vous a trompé , Monsieur. Je ne
suis point , et je me crois obligée
de vous en avertir au plutôt , de peur
que tendre comme vous êtes , vous n'alliez
vous enflammer pour une idée sans
réalité. Cet amour ne pourroit manquer
de vous faire beaucoup de peine ; car je
ne vous crois pas accoutumé à aimer sans
retour ; et il n'auroit rien de flatteur pour
moy , puisque ce ne seroit pas moy que
vous aimeriez . Mon Portrait , dites vous,
represente le plus charmant visage du
monde ; on vous a dit des merveilles de
mon esprit. Ne vous y fiez pas , Monsicur
; Portrait , Eloge , tout est infidele ;
rien ne ressemble , rien n'est dans le vrai.
Mais c'est de M. l'Envoyé de Suede que
Vous
2356 MERCURE DE FRANCE
>
vous et moi devons nous plaindre davantage
; le Panegyriste a de beaucoup encheri
sur le Peintre . Dans le dessein malicieux
de vous donner de l'amour , il'a
bien vû qu'ayant affaire au plus ingénieux
Auteur de la plus ingénieuse Nation , il
falloit me relever, sur tout , du côté de l'esprit
. Mais pourquoi donc vous montroitit
de mes Vers ? Car il est vrai que j'en
ai fait quelques-uns en vôtre Langue.
N'étoit- ce pas le moyen de détruire en
un moment tout ce qu'il vous auroit dit
en ma faveur et de passer auprès de
vous pour mauvais connoisseur en Poësie ,
pendant qu'il y réussit fort bien lui- même
? Non ,Monsieur , vous n'avez point
vû de mes Vers ; je devine que pour pousser
la tromperie jusqu'au bout , M. T'Envoyé
de Suede m'aura fait honneur des
siens ; et c'étoit en effet le meilleur moyen
de vous tromper : Revenez de vôtre er--
reur je vous en conjure ; j'y perdrois
trop lorsque vous me verriez , car je vous
apprends que je vais incessamment à Paris ,
et que je veux vous y voir ; je sacrifie
volontiers les interêts de ma vanité , au
plaisir de connoître et d'entretenir un
homme dont les ouvrages m'ont donné
une si haute idée. J'y ai trouvé le Philosophe
, le bel Esprit , et l'Homme sensi-
,
ble.
OCTOBRE . 1731. 2317
ble. Quel mérite que celui qui résulte de
ces trois qualitez réunies ? Un Auteur n'at-
il pas rempli tous nos besoins , lorsqu'il
a sçû nous instruire , nous amuser , nous
toucher ? Mais ce que j'admire le plus en
vous , Monsieur , et ce qu'il me convient
plus aussi d'y admirer ; c'est la finesse et
la verité des sentimens répandus dans vos
aimables Poësies . On voit bien qu'elles
'sont l'ouvrage d'un Philosophe qui a aimé
et qui a reflechi sur son coeur , qui sent
ce qu'il exprime , et qui connoît ce qu'il
sent. Sur tout cela , Monsieur , vous êtes
pour moi l'Auteur François par excellence.
Vous possedez dans le degré le plus
éminent , ce qui caractérise votre Nation ,
et la distingue de toutes les autres . Plusieurs
de vos meilleurs Ecrivains me semblent
, si j'ose le dire , tros Grecs et trop
Romains ; ils ne sont pas assez de leur
temps et de leur Pays. Cette conformité
avec les anciens a jusqu'à present beaucoup
aidé à leur réputation ; mais je ne
sçai si elle n'y nuira point dans la suite.
Pour vous , Monsieur , je le repete , vous
êtes l'Ecrivain de la Nation Françoise ;
c'estvous qu'elle doit presenter aux Etrangers,
curieux d'étudier le Genie François
ils le trouveront dans vos ouvrages dans
toute sa perfection .
Mais
2358 MERCURE DE FRANCE
3
Mais je ne m'apperçois pas qu'il y a
bien de la présomption à m'étendre ainsi
sur vos louanges. Je suis Femme , je suis
Suedoise , et je fais ici la Sçavante et le '
bel esprit. Vos Dames Françoises , si exactes
à observer les bien -séances , ne trouveroient
- elles point que j'y ai manqué ?
Ne les en faites pas juger , je vous en prie ;
gardez moi exactement le secret que vous
m'avez promis. J'ai même envie , pour
vous y engager plus sûrement , d'y inte
resser votre délicatesse , en vous assurant
que je ne prends point votre Lettre pour
une simple galanterie , que je suis persuadée
que vous m'aimez veritablement ,
que j'en ressens un plaisir ou la vanité n'a
aucune part.
et
Cette petite Piece est de l'Auteur des Refle
xions sur la Politesse , inserées dans le second
Volume du Mercure de Juin.
Eté à la Campagne , employoient d'ordinaire
deux ou trois heures par jour à lire
en commun quelques ouvrages de goût et
d'agrément. Cette occupation si agréable
d'elle- même , le devenoit de plus en plus
par l'utilité que chacun en retiroit . Les
lectures étoient suivies de l'examen de ce
qu'on avoit lû. On tâchoit de rendre raison
de son dégoût et de son plaisir , d'éclairer
le sentiment. La Critique étoit
toûjours accompagnée de cette modetation
, qui n'est pas moins l'effet de la superiorité
de l'esprit , que de la douceur
du caractere .
*
En lisant dans les oeuvres de M. de Fontenelle
la Lettre à une Demoiselle de Suede
de .... quelqu'un de la Compagnie
proposa d'y faire une réponse au nom de
la Demoiselle. Les plus habiles
c'est l'ordinaire , fûrent les plus modes→
›
comme
(* ) Cette Lettrt se tronve parmi les Poësies
diverses de M. de Fontenelle ; et a pour titre
Lettre à une Demoiselle de Suede , dont j'avois
vu un très - agreable Portrait chez M. l'Envoyé
de Suede , qui de plus m'en avoit dit des mer
veilless
- tes ,
OCTOBRE 1731. 2355
re ,
tes , et réfuserent absolument . Moins capable
que tous les autres , et aussi modessi
on peut appeller modestie la connoissance
ou son incapacité , je travaillay
par obéïssance , et fis la réponse qu'on va
fire. Je n'avertiray point les lecteurs , qu'il
seroit peut- être à propos , pour le mieux
entendre , de lire auparavant la Lettre
de M. de Fontenelle , je ne veux point
être lûaprès lui.
REPONSE à une Lettre de
M. de Fontenelle .
O
N vous a trompé , Monsieur. Je ne
suis point , et je me crois obligée
de vous en avertir au plutôt , de peur
que tendre comme vous êtes , vous n'alliez
vous enflammer pour une idée sans
réalité. Cet amour ne pourroit manquer
de vous faire beaucoup de peine ; car je
ne vous crois pas accoutumé à aimer sans
retour ; et il n'auroit rien de flatteur pour
moy , puisque ce ne seroit pas moy que
vous aimeriez . Mon Portrait , dites vous,
represente le plus charmant visage du
monde ; on vous a dit des merveilles de
mon esprit. Ne vous y fiez pas , Monsicur
; Portrait , Eloge , tout est infidele ;
rien ne ressemble , rien n'est dans le vrai.
Mais c'est de M. l'Envoyé de Suede que
Vous
2356 MERCURE DE FRANCE
>
vous et moi devons nous plaindre davantage
; le Panegyriste a de beaucoup encheri
sur le Peintre . Dans le dessein malicieux
de vous donner de l'amour , il'a
bien vû qu'ayant affaire au plus ingénieux
Auteur de la plus ingénieuse Nation , il
falloit me relever, sur tout , du côté de l'esprit
. Mais pourquoi donc vous montroitit
de mes Vers ? Car il est vrai que j'en
ai fait quelques-uns en vôtre Langue.
N'étoit- ce pas le moyen de détruire en
un moment tout ce qu'il vous auroit dit
en ma faveur et de passer auprès de
vous pour mauvais connoisseur en Poësie ,
pendant qu'il y réussit fort bien lui- même
? Non ,Monsieur , vous n'avez point
vû de mes Vers ; je devine que pour pousser
la tromperie jusqu'au bout , M. T'Envoyé
de Suede m'aura fait honneur des
siens ; et c'étoit en effet le meilleur moyen
de vous tromper : Revenez de vôtre er--
reur je vous en conjure ; j'y perdrois
trop lorsque vous me verriez , car je vous
apprends que je vais incessamment à Paris ,
et que je veux vous y voir ; je sacrifie
volontiers les interêts de ma vanité , au
plaisir de connoître et d'entretenir un
homme dont les ouvrages m'ont donné
une si haute idée. J'y ai trouvé le Philosophe
, le bel Esprit , et l'Homme sensi-
,
ble.
OCTOBRE . 1731. 2317
ble. Quel mérite que celui qui résulte de
ces trois qualitez réunies ? Un Auteur n'at-
il pas rempli tous nos besoins , lorsqu'il
a sçû nous instruire , nous amuser , nous
toucher ? Mais ce que j'admire le plus en
vous , Monsieur , et ce qu'il me convient
plus aussi d'y admirer ; c'est la finesse et
la verité des sentimens répandus dans vos
aimables Poësies . On voit bien qu'elles
'sont l'ouvrage d'un Philosophe qui a aimé
et qui a reflechi sur son coeur , qui sent
ce qu'il exprime , et qui connoît ce qu'il
sent. Sur tout cela , Monsieur , vous êtes
pour moi l'Auteur François par excellence.
Vous possedez dans le degré le plus
éminent , ce qui caractérise votre Nation ,
et la distingue de toutes les autres . Plusieurs
de vos meilleurs Ecrivains me semblent
, si j'ose le dire , tros Grecs et trop
Romains ; ils ne sont pas assez de leur
temps et de leur Pays. Cette conformité
avec les anciens a jusqu'à present beaucoup
aidé à leur réputation ; mais je ne
sçai si elle n'y nuira point dans la suite.
Pour vous , Monsieur , je le repete , vous
êtes l'Ecrivain de la Nation Françoise ;
c'estvous qu'elle doit presenter aux Etrangers,
curieux d'étudier le Genie François
ils le trouveront dans vos ouvrages dans
toute sa perfection .
Mais
2358 MERCURE DE FRANCE
3
Mais je ne m'apperçois pas qu'il y a
bien de la présomption à m'étendre ainsi
sur vos louanges. Je suis Femme , je suis
Suedoise , et je fais ici la Sçavante et le '
bel esprit. Vos Dames Françoises , si exactes
à observer les bien -séances , ne trouveroient
- elles point que j'y ai manqué ?
Ne les en faites pas juger , je vous en prie ;
gardez moi exactement le secret que vous
m'avez promis. J'ai même envie , pour
vous y engager plus sûrement , d'y inte
resser votre délicatesse , en vous assurant
que je ne prends point votre Lettre pour
une simple galanterie , que je suis persuadée
que vous m'aimez veritablement ,
que j'en ressens un plaisir ou la vanité n'a
aucune part.
et
Cette petite Piece est de l'Auteur des Refle
xions sur la Politesse , inserées dans le second
Volume du Mercure de Juin.
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Résumé : REPONSE à une Lettre de M. de Fontenelle.
Un groupe de jeunes gens, réunis à la campagne, passait quotidiennement quelques heures à lire collectivement des ouvrages de goût et d'agrément. Ces séances de lecture étaient suivies de discussions où chacun partageait ses impressions et critiques avec modération. Lors de la lecture de la 'Lettre à une Demoiselle de Suède' de Fontenelle, un participant proposa de rédiger une réponse au nom de la demoiselle. Malgré les refus des plus habiles, l'auteur, se considérant le moins capable, accepta par obéissance et écrivit la réponse. Dans cette réponse, l'auteur informe Fontenelle qu'elle n'est pas la personne décrite dans le portrait et les éloges. Elle accuse l'envoyé de Suède d'avoir exagéré ses qualités, notamment en matière d'esprit et de poésie. Elle exprime son désir de rencontrer Fontenelle à Paris pour le connaître davantage, admirant ses œuvres pour leur philosophie, leur esprit et leur sensibilité. Elle le considère comme l'écrivain français par excellence, incarnant parfaitement le génie de la nation française. L'auteur conclut en avouant sa présomption à s'étendre ainsi sur les louanges de Fontenelle et demande à garder le secret sur cette lettre, assurant qu'elle prend sa lettre au sérieux et non comme une simple galanterie.
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5377
p. 2362-2364
REFLEXIONS de M. Capperon, sur une Lettre de M. le Beuf, sur les anciens Tombeaux, inserée dans le Mercure de May 1731. page 1045.
Début :
Notre sçavant Chanoine d'Auxerre, M. le Beuf, a pris, comme vous [...]
Mots clefs :
Urne, Médailles, Crâne humain, Chanoine
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texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS de M. Capperon, sur une Lettre de M. le Beuf, sur les anciens Tombeaux, inserée dans le Mercure de May 1731. page 1045.
REFLEXIONS de M. Capperon ,
sur une Lettre de M. le Beuf, sur les
anciens Tombeaux , inserée dans le Mercure
de May 1731. page 1045.
N
Otre sçavant Chanoine d'Auxerre ;
M. le Beuf , a pris , comme vous
sçavez , Monfieur , occasion de l'Urne et
des Médailles trouvées proche d'Auxerre
sa Patrie , pour relever ce que j'ai avancé
en 1722. au sujet de quelques Tom .
beaux qui furent découverts ici ; sçavoir,
que selon le témoignage d'Alexandre ab
Alex. et de Gronovius , l'usage de bruler
les corps n'avoit pas passé le temps des
Antonins , et qu'on enterroit generale
ment tous les corps , du temps de Commode.
C'est ce que j'ai dit alors en effet ,
appuyé comme j'étois de l'autorité de ces
deux Sçavans.
Il est vrai que M. l'Abbé des Thuille
ries, contraria mon sentiment , sappuyant
de sa part sur l'autorité de Kircmanus,
Comme nous avions tous deux nos garants
, la question demeura indécise
n'ayant l'un et l'autre que les sentimens
des Auteurs à produire.
Enfin
OCTOBRE. 1731. 2363
Enfin , je l'avoue , la voilà decidée cette
question , par la découverte rapportée par
M. le Beuf; puisqu'ayant trouvé divers
fragmens d'une Urne , et des morceaux
de Crâne humain , dont l'un paroît avoir
souffert la violence du feu , le tout accompagné
de quelques Médailles de Posthume
, c'est une preuve qu'on bruloit
encore les Morts au temps de cet Empereur
bien posterieur à Commode , sous
lequel j'ai dit que l'usage de bruler les
corps avoit cessé : on ne peut qu'on ne
se rende à une preuve de fait , telle qu'est
celle - là .
Il n'en est pas de même de ce que le
sçavant Chanoine veut insinuer ; sçavoir ,
que M. Huet et M. l'Abbé des Thuilleries
ont eu raison de croire que le nom
de la Ville d'Eu vient des mots Allemans
ou , auu , auue , ou aug , lesquels en
Langue Teutonique signifient un Pré
et cela parce que proche d'Auxerre il y
a un Village qui se nomme Augy , lequel
est situé sur le bord de la Riviere , sur
quoi il cite encore M. Ducange , qui parlant
dans son Glossaire , d'un lieu nommé
Augia , proche le Danube , conclud
que par le mot d'Augia , il faut entendre
une Prairie située sur le bord d'une Riviere
, ou entourée d'un Fleuve ; d'où
notre
2364 MERCURE DE FRANCE
notre Chanoine prétend , comme avoit
fait M. des Thuilleries , que le nom de
la Ville d'Eu , qu'on dit en latín Augum
lui vient de même du mot de Prairie.
Je suis surpris que M. le Beuf donne
encore dans ce sentiment , après avoir vû
sans doute , la Réponse que je fis aux objections
de M. l'Abbé des Thuilleries
où je faisois voir qu'il faudroit que ceux
qui auroient donné le nom de Pré & de
Prairie , soit à la Ville d'Eu ou au Comté
d'Eu , eussent été absolument dépourvus
du bon sens , puisque la Ville , loin d'être
dans une Prairie , est située sur un
Côteau , et que le Comté est un Païs de
Forêt et de belles et vastes Campagnes.
Il me paroît que cela seul suffit pour dé
truire sans réplique , toutes les conjectures
de ces Sçavans. Je suis , &c.
A Eu , ce 9. Juillet 1731 .
sur une Lettre de M. le Beuf, sur les
anciens Tombeaux , inserée dans le Mercure
de May 1731. page 1045.
N
Otre sçavant Chanoine d'Auxerre ;
M. le Beuf , a pris , comme vous
sçavez , Monfieur , occasion de l'Urne et
des Médailles trouvées proche d'Auxerre
sa Patrie , pour relever ce que j'ai avancé
en 1722. au sujet de quelques Tom .
beaux qui furent découverts ici ; sçavoir,
que selon le témoignage d'Alexandre ab
Alex. et de Gronovius , l'usage de bruler
les corps n'avoit pas passé le temps des
Antonins , et qu'on enterroit generale
ment tous les corps , du temps de Commode.
C'est ce que j'ai dit alors en effet ,
appuyé comme j'étois de l'autorité de ces
deux Sçavans.
Il est vrai que M. l'Abbé des Thuille
ries, contraria mon sentiment , sappuyant
de sa part sur l'autorité de Kircmanus,
Comme nous avions tous deux nos garants
, la question demeura indécise
n'ayant l'un et l'autre que les sentimens
des Auteurs à produire.
Enfin
OCTOBRE. 1731. 2363
Enfin , je l'avoue , la voilà decidée cette
question , par la découverte rapportée par
M. le Beuf; puisqu'ayant trouvé divers
fragmens d'une Urne , et des morceaux
de Crâne humain , dont l'un paroît avoir
souffert la violence du feu , le tout accompagné
de quelques Médailles de Posthume
, c'est une preuve qu'on bruloit
encore les Morts au temps de cet Empereur
bien posterieur à Commode , sous
lequel j'ai dit que l'usage de bruler les
corps avoit cessé : on ne peut qu'on ne
se rende à une preuve de fait , telle qu'est
celle - là .
Il n'en est pas de même de ce que le
sçavant Chanoine veut insinuer ; sçavoir ,
que M. Huet et M. l'Abbé des Thuilleries
ont eu raison de croire que le nom
de la Ville d'Eu vient des mots Allemans
ou , auu , auue , ou aug , lesquels en
Langue Teutonique signifient un Pré
et cela parce que proche d'Auxerre il y
a un Village qui se nomme Augy , lequel
est situé sur le bord de la Riviere , sur
quoi il cite encore M. Ducange , qui parlant
dans son Glossaire , d'un lieu nommé
Augia , proche le Danube , conclud
que par le mot d'Augia , il faut entendre
une Prairie située sur le bord d'une Riviere
, ou entourée d'un Fleuve ; d'où
notre
2364 MERCURE DE FRANCE
notre Chanoine prétend , comme avoit
fait M. des Thuilleries , que le nom de
la Ville d'Eu , qu'on dit en latín Augum
lui vient de même du mot de Prairie.
Je suis surpris que M. le Beuf donne
encore dans ce sentiment , après avoir vû
sans doute , la Réponse que je fis aux objections
de M. l'Abbé des Thuilleries
où je faisois voir qu'il faudroit que ceux
qui auroient donné le nom de Pré & de
Prairie , soit à la Ville d'Eu ou au Comté
d'Eu , eussent été absolument dépourvus
du bon sens , puisque la Ville , loin d'être
dans une Prairie , est située sur un
Côteau , et que le Comté est un Païs de
Forêt et de belles et vastes Campagnes.
Il me paroît que cela seul suffit pour dé
truire sans réplique , toutes les conjectures
de ces Sçavans. Je suis , &c.
A Eu , ce 9. Juillet 1731 .
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Résumé : REFLEXIONS de M. Capperon, sur une Lettre de M. le Beuf, sur les anciens Tombeaux, inserée dans le Mercure de May 1731. page 1045.
M. Capperon réagit à une lettre de M. le Beuf publiée dans le Mercure de mai 1731. Cette lettre conteste l'affirmation de M. Capperon selon laquelle l'usage de brûler les corps avait cessé au temps de Commode. La découverte d'une urne et de médailles près d'Auxerre, ainsi que des fragments d'urne et de crânes humains montrant des traces de feu, prouve que la crémation était encore pratiquée sous un empereur postérieur à Commode. Cette découverte résout la controverse entre Capperon, qui s'appuyait sur Alexandre ab Alexandre et Gronovius, et l'abbé des Thuilleries, qui citait Kirckmanus. Par ailleurs, M. le Beuf et l'abbé des Thuilleries suggèrent que le nom de la ville d'Eu pourrait provenir des mots teutoniques signifiant 'pré', en se référant à des lieux similaires. Capperon réfute cette hypothèse, soulignant que la ville d'Eu est située sur un coteau et que le comté est boisé et agricole, ce qui contredit l'idée d'une origine liée à un pré. Capperon conclut que cette observation suffit à invalider les conjectures des savants.
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5378
p. 2368-2370
« HISTOIRE DU THEATRE ITALIEN depuis la décadence de la Comédie [...] »
Début :
HISTOIRE DU THEATRE ITALIEN depuis la décadence de la Comédie [...]
Mots clefs :
Théâtre italien, Comédie latine, Almanach chronologique, Histoire universelle, Privilèges des Suisses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE DU THEATRE ITALIEN depuis la décadence de la Comédie [...] »
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
ISTOIRE DU THEATRE ITALIEN
Hdepuis la décadence de - la-Comédie
Latine , avec des Extraits et Examens
critiques de plusieurs Tragédies et Comédies
Italiennes , ausquels on a joint une
Explication des figures , avec une Lettre
de M. Rousseau , et la Réponse de l'Auteur.
Par Louis Riccoboni , dit Lelio ,
Tome II . Chez And. Cailleau , Place du
Pont S. Michel , 1731. grand in 8.
CALENDRIER UNIVERSEL , ou Almanach
Chronologique et perpetuel , necessaire
à la Chronologie , à l'Histoire ,
à la Critique , à la verification des dattes,
&c. Par le P. de Rebeque , D. L. C. D. J.
Seconde Edition , revûë et augmentée .
A Paris , chez Rollin , fils , Quay des Angustins
, 1731. in 4. pp . 38 .
ABREGE' DE L'HISTOIRE UNIVERSELLE ,
par feu M. Claude de l'Ifle , Historiographe
et Censeur Royal. A Paris , Quay
des
OCTOBR E. 1731. 2369
des Augustins , chez Jacq. Guerin , et Fr.
Didot , 1731. 7. vol. in 12. avec figures
COUTUMES des Bailliages de Sens et
de Langres , commentées et conférées
avec les Coûtumes voisines , et specialement
de Chaumont en Bassigny. Par
MeFuste de Laistre, Avocat au Parlement.
A Paris , Quay des Augustins , chez les
Freres Osmont , 1731. in 4. de $ 60 . pages,
sans la . Table.
LES PRIVILEGES DES SUISSES , ensemble
ceux accordez aux Villes Imperiales et
Anseatiques , et aux Habitans de Geneve,
Résidens en France. Avec un Traité historique
et politique des Alliances entre
la France et les Treize Cantons , depuis
Charles VII . jusqu'à present. Et des Observations
sur la Justice des Suisses ; fondées
sur les principes du Droit Public.
Par M. Vagel , Grand- Juge des Gardes
Suisses . A Paris, chez Saugrain et P.Prault,
Quay de Gesures , in 4.
OBSERVATIONS sur le Plomb Laminé ,
nouvellement revûës et augmentées d'un
rapport de Mrs les Commissaires de l'Académie
d'Architecture , qui prouve que
ce Plomb a les défauts citez dans les Ob.
E iij ser1370
MERCURE DE FRANCE
servations , avec quelques Reflexions sur
le Memoire de M. de Remond. Par M. B.
A Paris , de l'Imprimerie de Jacq . Guerin
Quay des Augustins , 1731. brochure in 8.
de 42. pages.
>
VOYAGE DU MONDE DE LA LUNE ;
découvert par Dominique Gonzales, Avanturier
Espagnol , surnommé le Courier
volant , traduit nouvellement de l'Espagnol
. A Paris , chez Ant . de Henqueville,
an coin de la rue Gist- le -coeur. 1731. brochure
in 12, de 68. pages.
On débite chez François le Breton , Libraire
, à l'Aigle d'or , à la descente du
Pont Neuf , chez Didot , ruë du Hurpoix
, du côté du Pont S. Michel , à la
Bible d'or , et chez Josse , rue S. Jacques,
à la Fleur de Lys d'or , quatre Tragédies
sur les sujets d'Oedipe , par M. de la
Tournelle , Commissaire des Guerres.
La varieté singuliere qui regne dans
ces quatre Ouvrages , se soutiendra , diton
, dans huit autres Tragédies sur le
même sujet d'Oedipe , et par le même
Auteur ; elles sont actuellement sous
presse.
DES BEAUX ARTS , &c.
ISTOIRE DU THEATRE ITALIEN
Hdepuis la décadence de - la-Comédie
Latine , avec des Extraits et Examens
critiques de plusieurs Tragédies et Comédies
Italiennes , ausquels on a joint une
Explication des figures , avec une Lettre
de M. Rousseau , et la Réponse de l'Auteur.
Par Louis Riccoboni , dit Lelio ,
Tome II . Chez And. Cailleau , Place du
Pont S. Michel , 1731. grand in 8.
CALENDRIER UNIVERSEL , ou Almanach
Chronologique et perpetuel , necessaire
à la Chronologie , à l'Histoire ,
à la Critique , à la verification des dattes,
&c. Par le P. de Rebeque , D. L. C. D. J.
Seconde Edition , revûë et augmentée .
A Paris , chez Rollin , fils , Quay des Angustins
, 1731. in 4. pp . 38 .
ABREGE' DE L'HISTOIRE UNIVERSELLE ,
par feu M. Claude de l'Ifle , Historiographe
et Censeur Royal. A Paris , Quay
des
OCTOBR E. 1731. 2369
des Augustins , chez Jacq. Guerin , et Fr.
Didot , 1731. 7. vol. in 12. avec figures
COUTUMES des Bailliages de Sens et
de Langres , commentées et conférées
avec les Coûtumes voisines , et specialement
de Chaumont en Bassigny. Par
MeFuste de Laistre, Avocat au Parlement.
A Paris , Quay des Augustins , chez les
Freres Osmont , 1731. in 4. de $ 60 . pages,
sans la . Table.
LES PRIVILEGES DES SUISSES , ensemble
ceux accordez aux Villes Imperiales et
Anseatiques , et aux Habitans de Geneve,
Résidens en France. Avec un Traité historique
et politique des Alliances entre
la France et les Treize Cantons , depuis
Charles VII . jusqu'à present. Et des Observations
sur la Justice des Suisses ; fondées
sur les principes du Droit Public.
Par M. Vagel , Grand- Juge des Gardes
Suisses . A Paris, chez Saugrain et P.Prault,
Quay de Gesures , in 4.
OBSERVATIONS sur le Plomb Laminé ,
nouvellement revûës et augmentées d'un
rapport de Mrs les Commissaires de l'Académie
d'Architecture , qui prouve que
ce Plomb a les défauts citez dans les Ob.
E iij ser1370
MERCURE DE FRANCE
servations , avec quelques Reflexions sur
le Memoire de M. de Remond. Par M. B.
A Paris , de l'Imprimerie de Jacq . Guerin
Quay des Augustins , 1731. brochure in 8.
de 42. pages.
>
VOYAGE DU MONDE DE LA LUNE ;
découvert par Dominique Gonzales, Avanturier
Espagnol , surnommé le Courier
volant , traduit nouvellement de l'Espagnol
. A Paris , chez Ant . de Henqueville,
an coin de la rue Gist- le -coeur. 1731. brochure
in 12, de 68. pages.
On débite chez François le Breton , Libraire
, à l'Aigle d'or , à la descente du
Pont Neuf , chez Didot , ruë du Hurpoix
, du côté du Pont S. Michel , à la
Bible d'or , et chez Josse , rue S. Jacques,
à la Fleur de Lys d'or , quatre Tragédies
sur les sujets d'Oedipe , par M. de la
Tournelle , Commissaire des Guerres.
La varieté singuliere qui regne dans
ces quatre Ouvrages , se soutiendra , diton
, dans huit autres Tragédies sur le
même sujet d'Oedipe , et par le même
Auteur ; elles sont actuellement sous
presse.
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Résumé : « HISTOIRE DU THEATRE ITALIEN depuis la décadence de la Comédie [...] »
Le document recense des publications littéraires et historiques de l'année 1731. Parmi elles, 'Histoire du Théâtre Italien' de Louis Riccoboni contient des extraits critiques de tragédies et comédies italiennes, ainsi qu'une lettre de Jean-Jacques Rousseau et la réponse de l'auteur. Le 'Calendrier Universel' du Père de Rebeque est une édition révisée et augmentée, utile pour la chronologie et la vérification des dates. L''Abrégé de l'Histoire Universelle' de Claude de l'Ifle, historiographe royal, est publié en sept volumes. Les 'Coutumes des Bailliages de Sens et de Langres' sont commentées par Me Fuste de Laistre, avocat au Parlement. 'Les Privilèges des Suisses' de M. Vagel traite des alliances entre la France et les Treize Cantons, ainsi que des observations sur la justice des Suisses. Les 'Observations sur le Plomb Laminé' de M. B. incluent un rapport de l'Académie d'Architecture. Le 'Voyage du Monde de la Lune' est une traduction d'un ouvrage espagnol de Dominique Gonzales. Enfin, quatre tragédies sur le sujet d'Œdipe par M. de la Tournelle sont disponibles, avec huit autres en préparation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5379
p. 2370-2373
Douze Tragédies sur le même sujet d'Œdipe, [titre d'après la table]
Début :
L'une de ces quatre Tragédies, qui a pour titre : Oedipe et toute sa Famille, est [...]
Mots clefs :
Préface, Tragédie, Psaumes de David, Cantique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Douze Tragédies sur le même sujet d'Œdipe, [titre d'après la table]
L'une de ces quatre Tragédies , qui a
pour titre : Oedipe et toute sa Famille , est
précedée
OCTOBRE . 1731. 2371
précedée d'une Préface et suivie d'un Dialogue
entre l'Auteur et feu M. Boivin .
Le commencement de la Préface regarde
la Tragédie des trois fils de Jocaste
, qui avoit été imprimée sans Préface
; tout le reste est une explication des
moyens dont il s'est servi pour concilier
diverses opinions de M" Corneille , Despreaux
et Boivin , sur le cinquiéme Acte
de l'Oedipe de Sophocle , et pour accommoder
au Théatre les lamentations
de l'Oedipe Grec. Voici un Trait tiré du
Dialogue.
Ce n'est pas que cette nouvelle Tragédie ,
dont vous parlez , doive sa naissance à nos
procès ; elle la doit , Monsieur , à la Preface
qui précede votre Traduction de l'Oedipe
de Sophocle. Lorsque je la lûs , je m'étonnai
d'abord de ce qu'en faisant tant de
Tragédies d'Oedipe , il ne m'étoit pas seulement
une fois venu dans l'idée d'employer
·les Lamentations du cinquième Acte . Con
meille les avoit rejettées. Votre Préface m'apprit
qu'elles étoient d'un grand prix. J'ai
connu votre habileté , l'excellence de votre
gout, & la solidité de votre esprit. Votre seniment
sur ces plaintes d'Oedipe , me fit chercher
avec grand soin pendant deux jours un
nouveau sujet sur les malheurs de ce Prince,
et un moyen de faire préceder sa mort par ses
E iiij plaintes
2372 MERCURE DE FRANCE
plaintes , telles que Sophocle les a mises. Fe
crois être venu à bout de mon dessein ; je
venx dire que mon cinquième Acte doit être
bien reçû. Les Modernes avoient emprunté
déja de Sophocle , presque toutes les autres
beautez qui sont très -fréquentes dans sa Tragédie
d'Oedipe , et avoient réussi. J'ai le
premier usé de ces Lamentations , et ne leur
ai rien ôté de leur mérite. Cela ne m'a pas
été bien difficile. J'ai mis en Vers votre noble
et magnifique Traduction , et tout ce que
j'y ai ajoûé du mien n'est qu'un tour assez
ingenieux et très- heureux en même -temps
pour sauver l'horreur que le visage sanglant
d'Oedipe auroit causée aux Spectateurs sj'ai
trouvé le secret de placer de si belles plaintes
avant que ce Prince puisse porter ses
mains sur lui , et quoiqu'un peu longues ex
un temps out ce Prince qui est sans armes
ne cherche que la mort, elles ne courent poin
le risque d'ennuyer.
9
PARAPHRASE DES PSEAUMES DE DAVID
et dés Cantiques de l'Eglise , avec une
application suivie de chaque Pseaume et
de chaque Cantique à un sujet particulier
, propre à servir d'entretien avec
Dieu. Par le R. P. Th . Bern . Fellon , de
la Compagnie de Jesus. 4. vol . in 12. A
Lion , chez Claude Fournet , 1731 .
PHILO
OCTOBRE . 1731. 2373
LE PHILOSOPHE ANGLOIS, Ou Histoire de
M. Cleveland , fils naturel de Cromwel ,
écrite par lui - même , et traduite de l'Anglois
par l'Auteur des Memoires d'un Hom
me de qualité. AUtrecht, chez E. Neaulme,
4. volumes in 12.
SUPPLEMENT à l'Histoire des Guerres
Civiles de Flandres sous Philippe II . Roy
d'Espagne , du Pere Famien Strada , et
d'autres Auteurs , contenant les Procès
criminels de Lamoral , Comte d'Egmont,
et de Philippe de Montmorency , Comte
de Hornes , ausquels le Duc d'Albe a
fait trancher la Tête à Bruxelles. A Amsterdam
, chez Pierre Michield , et se trouvé
Paris , chez Briasson ruë S. Jacques ,
›
2. vol. in 12. 1729.
OEUVRES DE CLEMENT MAROT , Valet
de Chambre de François I. Roi de France
, revûës sur plusieurs Manuscrits , et
sur plus de 40. Editions ; et augmentées
tant de diverses Poësies veritables , que de
celles qu'on lui a faussement attribuées :
avec les ouvrages de Jean Marot , son
Pere , ceux de Michel Marot , son fils ,
et les Picces du differend de Clement avec
François Sagon . Accompagnées d'une
Préface Historique , et d'Observations
critiques. A la Haye , chez P. Gosse et
f. Neaulme , 1731. 6. vol. in 12 .
pour titre : Oedipe et toute sa Famille , est
précedée
OCTOBRE . 1731. 2371
précedée d'une Préface et suivie d'un Dialogue
entre l'Auteur et feu M. Boivin .
Le commencement de la Préface regarde
la Tragédie des trois fils de Jocaste
, qui avoit été imprimée sans Préface
; tout le reste est une explication des
moyens dont il s'est servi pour concilier
diverses opinions de M" Corneille , Despreaux
et Boivin , sur le cinquiéme Acte
de l'Oedipe de Sophocle , et pour accommoder
au Théatre les lamentations
de l'Oedipe Grec. Voici un Trait tiré du
Dialogue.
Ce n'est pas que cette nouvelle Tragédie ,
dont vous parlez , doive sa naissance à nos
procès ; elle la doit , Monsieur , à la Preface
qui précede votre Traduction de l'Oedipe
de Sophocle. Lorsque je la lûs , je m'étonnai
d'abord de ce qu'en faisant tant de
Tragédies d'Oedipe , il ne m'étoit pas seulement
une fois venu dans l'idée d'employer
·les Lamentations du cinquième Acte . Con
meille les avoit rejettées. Votre Préface m'apprit
qu'elles étoient d'un grand prix. J'ai
connu votre habileté , l'excellence de votre
gout, & la solidité de votre esprit. Votre seniment
sur ces plaintes d'Oedipe , me fit chercher
avec grand soin pendant deux jours un
nouveau sujet sur les malheurs de ce Prince,
et un moyen de faire préceder sa mort par ses
E iiij plaintes
2372 MERCURE DE FRANCE
plaintes , telles que Sophocle les a mises. Fe
crois être venu à bout de mon dessein ; je
venx dire que mon cinquième Acte doit être
bien reçû. Les Modernes avoient emprunté
déja de Sophocle , presque toutes les autres
beautez qui sont très -fréquentes dans sa Tragédie
d'Oedipe , et avoient réussi. J'ai le
premier usé de ces Lamentations , et ne leur
ai rien ôté de leur mérite. Cela ne m'a pas
été bien difficile. J'ai mis en Vers votre noble
et magnifique Traduction , et tout ce que
j'y ai ajoûé du mien n'est qu'un tour assez
ingenieux et très- heureux en même -temps
pour sauver l'horreur que le visage sanglant
d'Oedipe auroit causée aux Spectateurs sj'ai
trouvé le secret de placer de si belles plaintes
avant que ce Prince puisse porter ses
mains sur lui , et quoiqu'un peu longues ex
un temps out ce Prince qui est sans armes
ne cherche que la mort, elles ne courent poin
le risque d'ennuyer.
9
PARAPHRASE DES PSEAUMES DE DAVID
et dés Cantiques de l'Eglise , avec une
application suivie de chaque Pseaume et
de chaque Cantique à un sujet particulier
, propre à servir d'entretien avec
Dieu. Par le R. P. Th . Bern . Fellon , de
la Compagnie de Jesus. 4. vol . in 12. A
Lion , chez Claude Fournet , 1731 .
PHILO
OCTOBRE . 1731. 2373
LE PHILOSOPHE ANGLOIS, Ou Histoire de
M. Cleveland , fils naturel de Cromwel ,
écrite par lui - même , et traduite de l'Anglois
par l'Auteur des Memoires d'un Hom
me de qualité. AUtrecht, chez E. Neaulme,
4. volumes in 12.
SUPPLEMENT à l'Histoire des Guerres
Civiles de Flandres sous Philippe II . Roy
d'Espagne , du Pere Famien Strada , et
d'autres Auteurs , contenant les Procès
criminels de Lamoral , Comte d'Egmont,
et de Philippe de Montmorency , Comte
de Hornes , ausquels le Duc d'Albe a
fait trancher la Tête à Bruxelles. A Amsterdam
, chez Pierre Michield , et se trouvé
Paris , chez Briasson ruë S. Jacques ,
›
2. vol. in 12. 1729.
OEUVRES DE CLEMENT MAROT , Valet
de Chambre de François I. Roi de France
, revûës sur plusieurs Manuscrits , et
sur plus de 40. Editions ; et augmentées
tant de diverses Poësies veritables , que de
celles qu'on lui a faussement attribuées :
avec les ouvrages de Jean Marot , son
Pere , ceux de Michel Marot , son fils ,
et les Picces du differend de Clement avec
François Sagon . Accompagnées d'une
Préface Historique , et d'Observations
critiques. A la Haye , chez P. Gosse et
f. Neaulme , 1731. 6. vol. in 12 .
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Résumé : Douze Tragédies sur le même sujet d'Œdipe, [titre d'après la table]
Le texte présente une tragédie intitulée 'Oedipe et toute sa Famille', précédée d'une préface et suivie d'un dialogue entre l'auteur et M. Boivin. La préface explique comment l'auteur a concilié diverses opinions sur le cinquième acte de l''Oedipe' de Sophocle et adapté les lamentations d'Oedipe pour le théâtre. Le dialogue révèle que l'auteur a été inspiré par la préface d'une traduction de l''Oedipe' de Sophocle pour créer une nouvelle tragédie intégrant les lamentations du cinquième acte. L'auteur affirme avoir réussi à placer ces plaintes de manière à éviter l'horreur du visage sanglant d'Oedipe et à maintenir l'intérêt des spectateurs. Le texte mentionne également d'autres publications, telles qu'une paraphrase des Psaumes de David, une histoire intitulée 'Le Philosophe Anglois', un supplément à l'histoire des guerres civiles de Flandres, et les œuvres de Clément Marot.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5380
p. 2374-2375
Essai sur la Poësie et sur la Peinture, [titre d'après la table]
Début :
ESSAI SUR LA POESIE ET SUR la PEITURE, par rapport à l'Histoire Sacrée et [...]
Mots clefs :
Traité, Recueil de discours, Érudition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essai sur la Poësie et sur la Peinture, [titre d'après la table]
ESSAI SUR LA POESIE ET SUR la Pɛin-
TURE , par rapport à l'Histoire Sacrée et
Prophane. Par M. Charles de la Motte
Membre de l'Académie Royale , et de la
Societé des Antiquaires , &c. A Londres ,
chez Desnoyers , 1731. in 8.
Ce livre qui contient une vaste érudition
sur ces deux Arts est en Anglois . Il
est terminé par un Discours sur l'obscon
Tité chez les Ecrivains et chez les Peintres,
qui fait voir combien il est dangereux de
donner dans ce défaut , lors même qu'on
le censure.
RECUEIL DE DISCOURS sur diverses ma
sieres importantes , traduits ou composez
par Jean Barbeyrac , Professeur en Drott
dans l'Université de Groningue , qui y a
joint un Eloge Historique de feu M.
Noodt , 2. vol. in 12. A Amsterdam, chez
P. Humbert , 1731.
TRAITE' DE L'HOMME , ou du Corps
Humain vivant , par rapport à la santé
ou à la maladie , partagé en trois livres ,
où l'on expose par une nouvelle Methode
claire et abregée , la Theorie et la Pratique
de Medecine selon l'idée des Anciens
et des Modernes. Par M. Alexandre
>
Pascoli de Perouse , premier Professeur
de
OCTOBRE. 1731 2375
de Medecine à Rome , et premier Mede
cin de l'Etat Ecclesiastique. A Rome ,
chez Jerôme Maynard , 1728, in 4. pp.
850. Tout l'ouvrage est en latin.
TURE , par rapport à l'Histoire Sacrée et
Prophane. Par M. Charles de la Motte
Membre de l'Académie Royale , et de la
Societé des Antiquaires , &c. A Londres ,
chez Desnoyers , 1731. in 8.
Ce livre qui contient une vaste érudition
sur ces deux Arts est en Anglois . Il
est terminé par un Discours sur l'obscon
Tité chez les Ecrivains et chez les Peintres,
qui fait voir combien il est dangereux de
donner dans ce défaut , lors même qu'on
le censure.
RECUEIL DE DISCOURS sur diverses ma
sieres importantes , traduits ou composez
par Jean Barbeyrac , Professeur en Drott
dans l'Université de Groningue , qui y a
joint un Eloge Historique de feu M.
Noodt , 2. vol. in 12. A Amsterdam, chez
P. Humbert , 1731.
TRAITE' DE L'HOMME , ou du Corps
Humain vivant , par rapport à la santé
ou à la maladie , partagé en trois livres ,
où l'on expose par une nouvelle Methode
claire et abregée , la Theorie et la Pratique
de Medecine selon l'idée des Anciens
et des Modernes. Par M. Alexandre
>
Pascoli de Perouse , premier Professeur
de
OCTOBRE. 1731 2375
de Medecine à Rome , et premier Mede
cin de l'Etat Ecclesiastique. A Rome ,
chez Jerôme Maynard , 1728, in 4. pp.
850. Tout l'ouvrage est en latin.
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Résumé : Essai sur la Poësie et sur la Peinture, [titre d'après la table]
En 1731, trois ouvrages notables ont été publiés. Le premier, 'Essai sur la poésie et sur la peinture, par rapport à l'Histoire Sacrée et Prophane', est écrit par Charles de la Motte, membre de l'Académie Royale et de la Société des Antiquaires. Ce livre, en anglais, examine les arts de la poésie et de la peinture à travers une vaste érudition et se conclut par un discours sur l'obscénité chez les écrivains et les peintres, mettant en garde contre ses dangers même lorsqu'elle est critiquée. Le deuxième ouvrage est le 'Recueil de discours sur diverses matières importantes', traduit ou composé par Jean Barbeyrac, professeur de droit à l'Université de Groningue. Ce recueil, en deux volumes, inclut un éloge historique de feu M. Noodt. Le troisième ouvrage, 'Traité de l'Homme, ou du Corps Humain vivant', est écrit par Alexandre Pascoli de Perouse, premier professeur de médecine à Rome et premier médecin de l'État Ecclésiastique. Ce traité, en latin, a été publié à Rome en 1728 et comprend trois livres qui exposent la théorie et la pratique de la médecine selon les idées des Anciens et des Modernes, en utilisant une méthode claire et abrégée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5381
p. 2375-2380
Bibliotheque raisonnée, &c. [titre d'après la table]
Début :
BIBLIOTHEQUE RAISONNÉE des Ouvrages des Sçavans de l'Europe, T. 2. premiere [...]
Mots clefs :
Bibliothèque raisonnée, Érudition, Manuscrit, Nouveau Testament, Traduction
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bibliotheque raisonnée, &c. [titre d'après la table]
BIBLIOTHEQUE RAISONNE'E des Ouvrages
des Sçavans de l'Europe , T. 2. premiere
et seconde Partie in 12. de 456.
pages. A Amsterdam , chez les Westeiens
et Smitti. 1729.
La premiere Partie , qui contient les
mois de Janvier , Fevrier et Mars , ne
nous fournit presque rien qui n'ait déja
été annoncé en 1729. dans les autres.
Journaux. Nous observerons seulement
que le style de celui-ci est peu châtié ; et
que les expressions triviales , et quelquefois
basses y sont souvent employées ;
ce qui soit dit sans préjudice de la réputation
que l'Auteur peut s'acquérir
d'ailleurs par son érudition. Voici ce que
nous apprennent les Nouvelles Litteraires
de la premiere Partie.
D'OXFORD. M. Hearne , qui continue
de nous donner des Pieces rares , vient
de publier deux Volumes in 8. sous ce titre.
Liber Scaccarii. E Codice , calamo exa
rato , sibique ipsi à Richardo Gravesio Mike
tetoniensi donato , descripsit , et nunc primum
edidit Thobearnius . Qui et cum dus,
Evj
bus
2376 MERCURE DE FRANCE
bus aliis Codicibus M. contulit , Wilhel
mique etiam Worcestrei Annales rerum Anglicarum
, ante hâc itidem in editos subjecit.
On conserve précieusement l'Original de
ce Livre noir. Le Manuscrit dont s'est
servi M. Hearne , explique dans le titre
ce que c'est que ce Livre. Exemplar ve-_
tusti Codias Ms. ( nigro velamine cooperti)
in scacario penès Rememoratorem Regis conservati.
Certificationes Feodorum Militum
quæ per majores.hujus Regni Barones , aliosde
Rege in capite tenentur , de quibus
auxilium ad Matildam , Regis Henrici secundi
filium , Henrico Romanorum Imperatori
maritandam levatum erat precipuè continens.
M. Hearne a ajoûté par maniere
de Supplément un Ecrit tiré de la Bibliotheque
Colonienne , iutitulé , Catalogus
tenentium Terras per singulas hundredas ,
sive Centurias in comitatu Lincolii tempore
R. Henrici II.
que
LONDRES. Le Nouveau Testament en
Grec et en Anglois , contenant le Texte Grec
corrigé sur l'autorité des Manuscrits les plus
authentiques , et une nouvelle Traduction
conforme aux Observations des plus sçavans
Commentateurs et des plus habiles Critiques:
avec des Remarques et les Variantes , et une
Table fort ample . in 8. 2. vol. L'Auteur
de cette Traduction n'a mis ni dans le
Texte,
OCTOBRE. 17312 2377
Texte , ni dans la Traduction le fameux
Passage des trois Témoins de la premiere
Epître de S. Jean , c. 5. v. 7. Il tâche de
justifier cette omission par les Peres et
par les Critiques modernes. Les Remarques
sont purement critiques : elles sont
placées à la fin de chaque livre , et sont
fort courtes.
On vient de faire une nouvelle Edition
des Oeuvres du feu Duc de Buckingham .
en 2. vol. in 8 .
y "' M. Wilson Chanoine de Lincoln
travaille à une Version Angloise de l'Histoire
de M. de Thou , faite sur l'Edition
de Geneve en 1620. Il en est déja ( au
mois de Mars 1729. ) à la onzième Brochure
car il l'a publiée par Brochures
qui paroissent de temps en temps.
,
On a traduit en Anglois l'Histoire de
la derniere Révolution de Perse , du Pere
Du Cerceau , 2. vol. in 8 .
M. Bundy vient de donner le second
Tome de - sa Traduction Angloise de
P'Histoire Romaine des PP. Catrou et
Rouillé , in fol . Il y en a une autre Traduction
qui s'imprime par Brochures
in 8 .
Voici le titre d'un ouvrage curieux.
The present state & c. c'est-à- dire , l'Etat
présent et les Reglemens de l'Eglise de Russie
,
2378 MERCURE DE FRANCE
sie , conformément à l'Edit du feu Czar.
Avec un second Volume , qui contient plusieurs
Pieces qui regardent les flottes de ce
Prince , son expedition à Derbent ,
&c.
traduite des Originaux écrits en Langue Esclavonne
et Russiennes et une Carie très-·
exacte de la Mer Caspienne . A quoy l'on a
ajouté une Préface Generale où l'on trouve
une Relation exacte et fidele de l'élevation ·
et de la chûte du Prince Menshicoff. Par
Tho. Codsel. M. A. ci - devant Chapelain
du Comptoir Anglois en Russie , et
Membre de la Societé Royale des Sciences
à Berlin . in 8 .
-M. Durand a publié une Brochure , intitulée
, C. Plinii senioris Historiæ natu
ralis ad Titum Imp. Præfatio. Ex Ms. Regia
Societatis et veteri Editione recensuit et
illustravit David Durandus , in 12. Il a
dedié cette Brochure par une Inscription
très-élegante à la Societé Royale , qui l'a
aggregé à son Corps.
La z . Partie de ce II . Tome contient les
mois d'Avril , May et Juin 17 :9. Voici
les Titres des 5 , 7, 11 , 12 et 13 Articles
de cette Partie.
Dissertation sur les Sens et sur l'Imagina
tion , et un Essai sur la Connoissance de soymême.
En Anglois. A Londres , chez J.
Jonson , dans le Strand , 1728. in 8 pp .
231.
OCTOBRE . 1731 2372
231. L'Auteur traite ces matieres en Metaphysicien
, c'est-à- dire , d'une maniere
très- abstraite , mais peu méthodique ;
y donnant quelquefois deux et trois définitions
d'une même chose. Cet ouvrage
est semblable à tous ceux qui paroissent
en ce genre ; c'est un Ecrivain qui donne
ses imaginations et ses idées particulieres ,
en laissant à chacun la liberté de penser ,
après la lecture de ses ouvrages , comme
il pensoit auparavant.
>
Dissertatio Epistolica & c. c'est - à - dire ,
Dissertation en forme de Lettre de Mr.
Buddeus , Professeur en Theologie à Fene ,
pour servir de défense modeste contre les objections
de M. Turrettin , Professeur en Theo
logie à Geneve au sujet de la Pythonisse
dEndor. Brochure in 4. de 24. pages. A
Jene
,
chez J. Frederic Ritter , 1727.
Des trois opinions qui partagent les Sçavans
sur l'Histoire de la Pythonisse d'Endor
, M. Turrettin ayant rejetté dans une
Dissertation , celle qui suppose que ce fût
l'ombre de Samuel qui apparût veritablement
à Saül , aussi - bien que celle qui at
tribuë aù Demon d'avoir pris la figure
qui parut dans ce moment , il avoit avan
cé qu'il y a toute apparence que tout cela
ne fût qu'un jeu et un artifice de cette
femme prétendue Necromancienne. Mr.
Bud1380
MERCURE DE FRANCE
Buddeus qui a embrassé la seconde opinion
, tâche de la justifier et de l'appuyer
par cette Dissertation . Le Journaliste se
déclare en faveur de M. Turrettin , et fait
quelques remarques sur cette Dissertation
, toutes favorables au Professeur de
Geneve ; il en donne ensuite une Lettre
adressée à M. Graf , posterieure à cette
Dissertation , dans laquelle M. Turrettin
combat le Professeur d'Iena , parcequ'il
faudroit dans son sentiment supposer que
le Diable pût faire de vrais Miracles
ce qui ne se peut admettre de leur com
mun aveu. Le Journaliste renvoye au
Traitté sur les Miracles , composé par J.
Sercés , contre le Docteur Clarke , pour
y voir les raisons alléguées de part et d'autre.
Quoiqu'il en soit , on remarque dans
la dispute de ces deux Professeurs une
grande modération jointe à toute la Politesse
imaginable ; c'est un exemple dont
tous les Sçavans devroient profiter dans
leurs combats Litteraires.-
des Sçavans de l'Europe , T. 2. premiere
et seconde Partie in 12. de 456.
pages. A Amsterdam , chez les Westeiens
et Smitti. 1729.
La premiere Partie , qui contient les
mois de Janvier , Fevrier et Mars , ne
nous fournit presque rien qui n'ait déja
été annoncé en 1729. dans les autres.
Journaux. Nous observerons seulement
que le style de celui-ci est peu châtié ; et
que les expressions triviales , et quelquefois
basses y sont souvent employées ;
ce qui soit dit sans préjudice de la réputation
que l'Auteur peut s'acquérir
d'ailleurs par son érudition. Voici ce que
nous apprennent les Nouvelles Litteraires
de la premiere Partie.
D'OXFORD. M. Hearne , qui continue
de nous donner des Pieces rares , vient
de publier deux Volumes in 8. sous ce titre.
Liber Scaccarii. E Codice , calamo exa
rato , sibique ipsi à Richardo Gravesio Mike
tetoniensi donato , descripsit , et nunc primum
edidit Thobearnius . Qui et cum dus,
Evj
bus
2376 MERCURE DE FRANCE
bus aliis Codicibus M. contulit , Wilhel
mique etiam Worcestrei Annales rerum Anglicarum
, ante hâc itidem in editos subjecit.
On conserve précieusement l'Original de
ce Livre noir. Le Manuscrit dont s'est
servi M. Hearne , explique dans le titre
ce que c'est que ce Livre. Exemplar ve-_
tusti Codias Ms. ( nigro velamine cooperti)
in scacario penès Rememoratorem Regis conservati.
Certificationes Feodorum Militum
quæ per majores.hujus Regni Barones , aliosde
Rege in capite tenentur , de quibus
auxilium ad Matildam , Regis Henrici secundi
filium , Henrico Romanorum Imperatori
maritandam levatum erat precipuè continens.
M. Hearne a ajoûté par maniere
de Supplément un Ecrit tiré de la Bibliotheque
Colonienne , iutitulé , Catalogus
tenentium Terras per singulas hundredas ,
sive Centurias in comitatu Lincolii tempore
R. Henrici II.
que
LONDRES. Le Nouveau Testament en
Grec et en Anglois , contenant le Texte Grec
corrigé sur l'autorité des Manuscrits les plus
authentiques , et une nouvelle Traduction
conforme aux Observations des plus sçavans
Commentateurs et des plus habiles Critiques:
avec des Remarques et les Variantes , et une
Table fort ample . in 8. 2. vol. L'Auteur
de cette Traduction n'a mis ni dans le
Texte,
OCTOBRE. 17312 2377
Texte , ni dans la Traduction le fameux
Passage des trois Témoins de la premiere
Epître de S. Jean , c. 5. v. 7. Il tâche de
justifier cette omission par les Peres et
par les Critiques modernes. Les Remarques
sont purement critiques : elles sont
placées à la fin de chaque livre , et sont
fort courtes.
On vient de faire une nouvelle Edition
des Oeuvres du feu Duc de Buckingham .
en 2. vol. in 8 .
y "' M. Wilson Chanoine de Lincoln
travaille à une Version Angloise de l'Histoire
de M. de Thou , faite sur l'Edition
de Geneve en 1620. Il en est déja ( au
mois de Mars 1729. ) à la onzième Brochure
car il l'a publiée par Brochures
qui paroissent de temps en temps.
,
On a traduit en Anglois l'Histoire de
la derniere Révolution de Perse , du Pere
Du Cerceau , 2. vol. in 8 .
M. Bundy vient de donner le second
Tome de - sa Traduction Angloise de
P'Histoire Romaine des PP. Catrou et
Rouillé , in fol . Il y en a une autre Traduction
qui s'imprime par Brochures
in 8 .
Voici le titre d'un ouvrage curieux.
The present state & c. c'est-à- dire , l'Etat
présent et les Reglemens de l'Eglise de Russie
,
2378 MERCURE DE FRANCE
sie , conformément à l'Edit du feu Czar.
Avec un second Volume , qui contient plusieurs
Pieces qui regardent les flottes de ce
Prince , son expedition à Derbent ,
&c.
traduite des Originaux écrits en Langue Esclavonne
et Russiennes et une Carie très-·
exacte de la Mer Caspienne . A quoy l'on a
ajouté une Préface Generale où l'on trouve
une Relation exacte et fidele de l'élevation ·
et de la chûte du Prince Menshicoff. Par
Tho. Codsel. M. A. ci - devant Chapelain
du Comptoir Anglois en Russie , et
Membre de la Societé Royale des Sciences
à Berlin . in 8 .
-M. Durand a publié une Brochure , intitulée
, C. Plinii senioris Historiæ natu
ralis ad Titum Imp. Præfatio. Ex Ms. Regia
Societatis et veteri Editione recensuit et
illustravit David Durandus , in 12. Il a
dedié cette Brochure par une Inscription
très-élegante à la Societé Royale , qui l'a
aggregé à son Corps.
La z . Partie de ce II . Tome contient les
mois d'Avril , May et Juin 17 :9. Voici
les Titres des 5 , 7, 11 , 12 et 13 Articles
de cette Partie.
Dissertation sur les Sens et sur l'Imagina
tion , et un Essai sur la Connoissance de soymême.
En Anglois. A Londres , chez J.
Jonson , dans le Strand , 1728. in 8 pp .
231.
OCTOBRE . 1731 2372
231. L'Auteur traite ces matieres en Metaphysicien
, c'est-à- dire , d'une maniere
très- abstraite , mais peu méthodique ;
y donnant quelquefois deux et trois définitions
d'une même chose. Cet ouvrage
est semblable à tous ceux qui paroissent
en ce genre ; c'est un Ecrivain qui donne
ses imaginations et ses idées particulieres ,
en laissant à chacun la liberté de penser ,
après la lecture de ses ouvrages , comme
il pensoit auparavant.
>
Dissertatio Epistolica & c. c'est - à - dire ,
Dissertation en forme de Lettre de Mr.
Buddeus , Professeur en Theologie à Fene ,
pour servir de défense modeste contre les objections
de M. Turrettin , Professeur en Theo
logie à Geneve au sujet de la Pythonisse
dEndor. Brochure in 4. de 24. pages. A
Jene
,
chez J. Frederic Ritter , 1727.
Des trois opinions qui partagent les Sçavans
sur l'Histoire de la Pythonisse d'Endor
, M. Turrettin ayant rejetté dans une
Dissertation , celle qui suppose que ce fût
l'ombre de Samuel qui apparût veritablement
à Saül , aussi - bien que celle qui at
tribuë aù Demon d'avoir pris la figure
qui parut dans ce moment , il avoit avan
cé qu'il y a toute apparence que tout cela
ne fût qu'un jeu et un artifice de cette
femme prétendue Necromancienne. Mr.
Bud1380
MERCURE DE FRANCE
Buddeus qui a embrassé la seconde opinion
, tâche de la justifier et de l'appuyer
par cette Dissertation . Le Journaliste se
déclare en faveur de M. Turrettin , et fait
quelques remarques sur cette Dissertation
, toutes favorables au Professeur de
Geneve ; il en donne ensuite une Lettre
adressée à M. Graf , posterieure à cette
Dissertation , dans laquelle M. Turrettin
combat le Professeur d'Iena , parcequ'il
faudroit dans son sentiment supposer que
le Diable pût faire de vrais Miracles
ce qui ne se peut admettre de leur com
mun aveu. Le Journaliste renvoye au
Traitté sur les Miracles , composé par J.
Sercés , contre le Docteur Clarke , pour
y voir les raisons alléguées de part et d'autre.
Quoiqu'il en soit , on remarque dans
la dispute de ces deux Professeurs une
grande modération jointe à toute la Politesse
imaginable ; c'est un exemple dont
tous les Sçavans devroient profiter dans
leurs combats Litteraires.-
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Résumé : Bibliotheque raisonnée, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente un résumé de la 'BIBLIOTHEQUE RAISONNEE des Ouvrages des Sçavans de l'Europe', volume 2, publié en 1729 à Amsterdam. La première partie, couvrant les mois de janvier, février et mars, ne contient que peu d'informations nouvelles par rapport à d'autres journaux de l'époque. Le style est jugé peu châtié, avec des expressions triviales et parfois basses. Les 'Nouvelles Littéraires' mentionnent plusieurs publications notables. À Oxford, M. Hearne a publié deux volumes intitulés 'Liber Scaccarii', basés sur un manuscrit rare. Il a également ajouté un supplément tiré de la Bibliothèque Colonienne. À Londres, une nouvelle édition du Nouveau Testament en grec et en anglais a été publiée, omettant le passage des trois témoins dans la première Épître de Saint Jean. Une nouvelle édition des œuvres du Duc de Buckingham et une traduction en anglais de l'Histoire de M. de Thou sont également signalées. Une traduction de l'Histoire de la dernière Révolution de Perse du Père Du Cerceau et le second tome de la traduction anglaise de l'Histoire Romaine des Pères Catrou et Rouillé sont également mentionnés. Le second volume couvre les mois d'avril, mai et juin 1729. Parmi les articles notables, on trouve une 'Dissertation sur les Sens et sur l'Imagination' en anglais, jugée abstraite et peu méthodique, et une 'Dissertatio Epistolica' de M. Buddeus défendant une opinion sur la Pythonisse d'Endor contre les objections de M. Turrettin. La dispute entre les deux professeurs est marquée par une grande modération et politesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5382
p. 2380-2384
Oeuvres de M de S. Evremont, [titre d'après la table]
Début :
OEUVRES de M. de S. Evremond, publiées sur les Manuscrits, avec la vie de [...]
Mots clefs :
Manuscrits, Figures gravées, Anecdotes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Oeuvres de M de S. Evremont, [titre d'après la table]
OEUVRES de M. de S. Evremond , publiées
sur les Manuscrits , avec la vie de
Auteur , par M. Des Maizeaux , Membre
de la Societé Royale . Quatrième Edition ;
revue , corrigée et augmentée. Enrichie de figures
gravées par B. Picart le Romain. A
Amsterdam chez Covens et Mortier.
17.6. 5. vol. in 12:
,
On
OCTOBRE. - 1731. 2385
On trouve dans cet Article une énumeration
de toutes les differentes Editions
, bonnes ou falcifiées , qui se sont
faites de cet Ouvrage en differens endroits.
On y trouve aussi les avantages
que cette Edition peut avoir sur les autres.
M. Des Maizeaux a mis la vie de M.
de S. Evremond à la tête. Il y a beaucoup
d'Anecdotes qu'il dit tenir de M. de S.
Evremond même. L'Editeur a fait entres
dans cette vie l'Histoire ou le Catalogue
raisonné des Ouvrages de cet Auteur. Il
a ajoûté dans cette Edition plusieurs Pieces
qui ne se trouvent point dans les
autres.
A la suite de ce . Article , le Journaliste
en a placé un autre qui regarde
aussi quelques Ouvrages de M. de S. Evremond
, donnez au Public par le même
Editeur. En voici leTitre seulement . Mé-
Lange curieux des meilleures Pieces attribuées
à M. de S. Evremond , et de quelques au
tres Ouvrages rares ou nouveaux . Troisiéme
Edition , où l'on a retranché plusieurs Pieces
pour en ajoûter de plus interessantes , enrichie
de figures gravées par B. Picart le Romain.
A Amsterdam chez Covens et
Mortier , 1726. 2. vol . 12.
و
. Lettres à M. Mead , Docteur en Medecine
, touchant une nouvelle Edition de l'Histoire
2382 MERCURE DE FRANCE
toire de M. de Thon , traduites de l'Anglois.
A Londres , 1729. in 12. de 44 :
pages pour la premiere Lettre , et de 61 .
pour
la seconde.
M. Buckley est l'Auteur de ces Lettres
qui parurent en Anglois en 1728. C'est
lui- même qui a entrepris cette Edition .
Voici le Plan sur lequel il travaille . It
donnera pour Texte l'Edition toute entiere
de Lingelsheim , à qui M. de Thou
avoit envoyé peu de temps avant sa mort
une copie de son ouvrage , que Lingelsheim
fit imprimer à Geneve en 1620.
L'Editeur mettra au bas des pages les diverses
Leçons des Editions qui se firent à
Paris pendant la vie dè l'Auteur , et dont
celles de Francfort ne furent durant ca
temps - là que d'infideles copies . Il distinguera
,
à
de même les corrections et les Additions
que MM. Dupuy et Rigault
qui M. de Thou avoit confié par son Testament
, le soin de publier son Histoire ,
ont eu soin de faire dans i'Edition de Geneve
, dans laquelle il s'étoit glissé quantité
de fautes . Ces additions et ces corrections
faites par les Executeurs du Testament
de M. de Thou sur les papiers
qu'il leur avoit laissés , paroîtront à la
marge , à moins qu'elles ne regardent
seulement que des fautes de Copiste ou
,
d'I'm
OCTOBRE . 1731 2383
d'Imprimeur , ce qui dès là ne sera point
distingué du Texte ; il accompagnera
tout cela d'un Recücil , suivant l'ordre
des temps
, de Lettres imprimées et manuscrites
, qui contiennent des particula
ritez au sujet des changemens , corrections
, censures &c. de l'Histoire de Mr.
de Thou , pendant que l'Auteur fût en
vie mais ce qui n'est pas de moindre
importance , c'est une Interprétation authentique
écrite de la propre main de M.
Pierre Dupuy , des noms propres que M..
de Thou à déguisés à dessein , dont M.
Buckley enrichit son Edition.
On apprend dans les Nouvelles Litte
raires , que M. G. Merville et Dander
Kloot ont imprimé sur la copie de Paris ,
les oeuvres diverses de M. de la Fontaine,
en 4. petits Volumes. On trouve dans
cette Edition ses Oeuvres posthumes ,
plusieurs Pieces tirées de divers Recüeils,
et d'autres qui n'ont jamais paru , et que
l'on a eues des amis de M. de la Fontaine,
et de la Veuve de son Fils .
On a imprimé à Geneve une Réfutation
d'un Officier , mort au service des
Hollandois , de l'Hypothese de M. Ru→
chat , Professeur en Droit et en Histoire ,
de l'Académie de Lausanne , sur la
ques
tion
2384 MERCURE DE FRANCE
, tion si un particulier peut s'engager au
service d'un Prince Etranger sans s'informer
de la justice ou de l'injustice de la Guerre
qu'il a sur les bras ; et si un Souverain peut
fournir des Troupes aux deux Paris opposez.
On apprend de Valence en Espagne ;
que MM. de Mayans et Bordafar ons
traduit de l'Italien en Espagnol , le Monde
trompé par les Medecins de Joseph
Gafola.
sur les Manuscrits , avec la vie de
Auteur , par M. Des Maizeaux , Membre
de la Societé Royale . Quatrième Edition ;
revue , corrigée et augmentée. Enrichie de figures
gravées par B. Picart le Romain. A
Amsterdam chez Covens et Mortier.
17.6. 5. vol. in 12:
,
On
OCTOBRE. - 1731. 2385
On trouve dans cet Article une énumeration
de toutes les differentes Editions
, bonnes ou falcifiées , qui se sont
faites de cet Ouvrage en differens endroits.
On y trouve aussi les avantages
que cette Edition peut avoir sur les autres.
M. Des Maizeaux a mis la vie de M.
de S. Evremond à la tête. Il y a beaucoup
d'Anecdotes qu'il dit tenir de M. de S.
Evremond même. L'Editeur a fait entres
dans cette vie l'Histoire ou le Catalogue
raisonné des Ouvrages de cet Auteur. Il
a ajoûté dans cette Edition plusieurs Pieces
qui ne se trouvent point dans les
autres.
A la suite de ce . Article , le Journaliste
en a placé un autre qui regarde
aussi quelques Ouvrages de M. de S. Evremond
, donnez au Public par le même
Editeur. En voici leTitre seulement . Mé-
Lange curieux des meilleures Pieces attribuées
à M. de S. Evremond , et de quelques au
tres Ouvrages rares ou nouveaux . Troisiéme
Edition , où l'on a retranché plusieurs Pieces
pour en ajoûter de plus interessantes , enrichie
de figures gravées par B. Picart le Romain.
A Amsterdam chez Covens et
Mortier , 1726. 2. vol . 12.
و
. Lettres à M. Mead , Docteur en Medecine
, touchant une nouvelle Edition de l'Histoire
2382 MERCURE DE FRANCE
toire de M. de Thon , traduites de l'Anglois.
A Londres , 1729. in 12. de 44 :
pages pour la premiere Lettre , et de 61 .
pour
la seconde.
M. Buckley est l'Auteur de ces Lettres
qui parurent en Anglois en 1728. C'est
lui- même qui a entrepris cette Edition .
Voici le Plan sur lequel il travaille . It
donnera pour Texte l'Edition toute entiere
de Lingelsheim , à qui M. de Thou
avoit envoyé peu de temps avant sa mort
une copie de son ouvrage , que Lingelsheim
fit imprimer à Geneve en 1620.
L'Editeur mettra au bas des pages les diverses
Leçons des Editions qui se firent à
Paris pendant la vie dè l'Auteur , et dont
celles de Francfort ne furent durant ca
temps - là que d'infideles copies . Il distinguera
,
à
de même les corrections et les Additions
que MM. Dupuy et Rigault
qui M. de Thou avoit confié par son Testament
, le soin de publier son Histoire ,
ont eu soin de faire dans i'Edition de Geneve
, dans laquelle il s'étoit glissé quantité
de fautes . Ces additions et ces corrections
faites par les Executeurs du Testament
de M. de Thou sur les papiers
qu'il leur avoit laissés , paroîtront à la
marge , à moins qu'elles ne regardent
seulement que des fautes de Copiste ou
,
d'I'm
OCTOBRE . 1731 2383
d'Imprimeur , ce qui dès là ne sera point
distingué du Texte ; il accompagnera
tout cela d'un Recücil , suivant l'ordre
des temps
, de Lettres imprimées et manuscrites
, qui contiennent des particula
ritez au sujet des changemens , corrections
, censures &c. de l'Histoire de Mr.
de Thou , pendant que l'Auteur fût en
vie mais ce qui n'est pas de moindre
importance , c'est une Interprétation authentique
écrite de la propre main de M.
Pierre Dupuy , des noms propres que M..
de Thou à déguisés à dessein , dont M.
Buckley enrichit son Edition.
On apprend dans les Nouvelles Litte
raires , que M. G. Merville et Dander
Kloot ont imprimé sur la copie de Paris ,
les oeuvres diverses de M. de la Fontaine,
en 4. petits Volumes. On trouve dans
cette Edition ses Oeuvres posthumes ,
plusieurs Pieces tirées de divers Recüeils,
et d'autres qui n'ont jamais paru , et que
l'on a eues des amis de M. de la Fontaine,
et de la Veuve de son Fils .
On a imprimé à Geneve une Réfutation
d'un Officier , mort au service des
Hollandois , de l'Hypothese de M. Ru→
chat , Professeur en Droit et en Histoire ,
de l'Académie de Lausanne , sur la
ques
tion
2384 MERCURE DE FRANCE
, tion si un particulier peut s'engager au
service d'un Prince Etranger sans s'informer
de la justice ou de l'injustice de la Guerre
qu'il a sur les bras ; et si un Souverain peut
fournir des Troupes aux deux Paris opposez.
On apprend de Valence en Espagne ;
que MM. de Mayans et Bordafar ons
traduit de l'Italien en Espagnol , le Monde
trompé par les Medecins de Joseph
Gafola.
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Résumé : Oeuvres de M de S. Evremont, [titre d'après la table]
Le document traite de diverses publications et éditions d'œuvres littéraires et historiques. Il commence par mentionner les œuvres de M. de Saint-Évremond, publiées par M. Des Maizeaux. Cette édition inclut une biographie de l'auteur et des pièces inédites, enrichies de figures gravées par B. Picart. Elle est publiée à Amsterdam chez Covens et Mortier. Le texte énumère également les différentes éditions de ces œuvres, en soulignant les avantages de cette édition par rapport aux autres. Un autre article du document aborde une édition intitulée 'Mélange curieux des meilleures pièces attribuées à M. de Saint-Évremond', également publiée par M. Des Maizeaux à Amsterdam chez Covens et Mortier en 1726. Cette édition est enrichie de nouvelles pièces et de figures gravées par B. Picart. Le document mentionne aussi des lettres de M. Buckley à M. Mead concernant une nouvelle édition de l'histoire de M. de Thou. Cette édition utilise le texte de Lingelsheim, imprimé à Genève en 1620, et inclut des corrections et des additions faites par MM. Dupuy et Rigault, exécuteurs testamentaires de M. de Thou. L'éditeur prévoit également d'inclure un recueil de lettres et une interprétation authentique des noms propres déguisés par M. de Thou. Enfin, le texte note la publication des œuvres diverses de M. de La Fontaine à Paris, incluant des œuvres posthumes et des pièces inédites. Il mentionne également une réfutation de l'hypothèse de M. Ruchat sur des questions de droit et d'histoire, publiée à Genève, ainsi qu'une traduction en espagnol du 'Monde trompé par les médecins' de Joseph Gafola, réalisée par MM. de Mayans et Bordafar en Espagne.
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5383
p. 2391-2394
DESCRIPTION d'un Globe celeste mouvant, qui represente le mouvement du Soleil, de la Lune et des Etoiles fixes, inventé par M. Outhier, Prêtre du Diocèse de Besançon, et presenté par l'Autheur à l'Academie Royale des Sciences, le 26 Juillet 1727.
Début :
On voit d'abord un Globe celeste, porté par l'Axe du monde dans un Cercle méridien, [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Étoiles fixes, Machine, Lune, Sonnerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION d'un Globe celeste mouvant, qui represente le mouvement du Soleil, de la Lune et des Etoiles fixes, inventé par M. Outhier, Prêtre du Diocèse de Besançon, et presenté par l'Autheur à l'Academie Royale des Sciences, le 26 Juillet 1727.
OF
N voit d'abord un Globe celeste, porté par
l'Axe du monde dans un Cercle méridien ,
qui est engagé dans l'horizon à l'élevation du Polet
aux Spheres ordinaires. Sur ce Globe sont représentées
toutes les constellations et les Etoiles fixes,
et au dedans est enfermé le mouvement d'une
Pendule qui le fait mouvoir,et lui fait achever sa
révolution d'Orient en Occident , heures ,
16 minutes et quelques secondes, sur les Poles du
monde.
en 23
Pendant que le Globe tourne ainsi , une Aiguille
marque les heures du temps moyen , sur un petit
Cadran , qui est attaché fur le Méridien , au Pole
Arctique ; et en même temps un second mou-
Fij vement
2392 MERCURE
DE FRANCE
vement , qui est conduit par le premier , donne
sur les Poles de l'Eccliptique les mouvemens
propres du Soleil , de la Lune et des Nuës , par
le moyen d'une piece excentrique & de trois branches
,dont l'une porte le Soleil , qui demeure par
la construction de la Machine, huit jours de plus
dans les signes Septentrionaux, que dans les Méridionaux.
La seconde branche conduit la Lune
qui est portée sur la troisiéme ; & cette troisiéme
est dirigée par l'Excentrique , pour faire prendre
à la Lune ses latitudes Septentrionale & Méridionale
. L'Excentrique a aussi son mouvement
particulier , pour donner le mouvement des
noeuds. La Lune outre cela , ou plutôt le petit
Globe d'yvoire qui le représente, tourne sur son
centre et prefente toujours la moitié qui est blanche
vers le Soleil.
Par tous ces mouvemens on connoît le lever ,
le paffage au Meridien , le coucher , les amp itudes
ortives & occases , les differentes élevations
fous le Meridien du Soleil, de la Lune et des Etoiles
fixes ; les conjonctions du Soleil et de la Lune,
celles qui font Ecliptiques & celles qui ne le font
pas , et toutes les Phases de la Lune. Le Soleil
ayant ses differences d'ascension droite fait connoître
le temps vrai , & sa difference au temps
moyen que l'on connoît sur le petit Çadran , qui
eft au Pole Arétique.
Toute la machine eft d'une telle construction,
qu'elle n'eft pas pius sujette à s'arrêter que les
Pendules ordinaires , les differens mouvemens
qu'on vient de rapporter ne chatgeant prefque en
rien l'ouvrage .
Messieurs de l'Académic Royale des Sciences
qui eurent la bonté de donner une approbation
generale à cet Ouvrage , ont bien voulu après le
rap
OCTOBRE 1731. \ 2293
faport de Messieurs Cassini et du Fay, qui avoient
été nommez pour l'examiner , le faire inserer
dans l'histoire de l'Académie de 1727. au nom→
bre des Machines et des inventions qu'ils ont approuvécs.
EXTRAITde l'Histoire de l'Académie
Royale des Sciences , de l'année 17270
page 143.
ور
ם כ
အ
כ כ
ן כ
UN Globe celeste mouvant, de M. Guthier,
Prêtre du Diocèse de Besançon , qui représente
le mouvement diurne & le mouvement
annuel du Soleil , leur difference ou celle
" du temps vrai et du moyen , tous les mouvemens
de la Lune , ses Phases , les Eclipses , le
bɔ passage des Etoiles fixes
par le Méridien , leur
mouvement particulier , &c . tout cela par la
construction interieure du Globe, qui contient
deux mouvemens séparez, dont l'un se fait sur
l'axe de l'Equateur , & l'autre sur celui de l'Ecliptique.
Il contient aussi une Horloge sonante.
Quoiqu'il y ait déja plusieurs Ouvrages dans
ce gout - là , on a trouvé que celui - cy
étoit tres ingénieusement imaginé , que quel-
» ques dispositions nouvelles ; celles par exemple
, qui regardent les Phases de la Lune et ses
Latitudes , le rendoient simple , et donnoient
une idée avantageuse de l'intelligence et de
» l'habileté de l'inventeur.
>>
∞
ל כ
Da
que
Comme Messieurs de l'Académie trouverent
la Machine seroit encore plus simple et plus
parfaite , de n'avoir point de sonnerie , mais d'avoir
une Aiguille de minutes. L'Auteur dans d'autres
semblables Ouvrages qu'il a fait exécuter ,
en a` retranché la sonnerie , qui les auroit rendus
Fiij trop
2394 MERCURE
DE FRANCE
trop composez, y a ajouté l'Aiguille des minutes,
les a fait marcher huit jours sans les remonter ,y
a donné un moyen d'allonger ou accourcir la
Pendule tres facilement , pour en regler les mouvemens
, sans être obligé d'ouvrir le Globe. Un
de ces Ouvrages a paru à l'Assemblée de l'Acadé
mie , le 1 Septembre 1731 et a été envoïé au
Roy de Portugal , et P'Auteur a eu l'honneur de
lire à l'Assemblée du s du même mois , un Memoire
au sujet de ces perfections qu'il a donné à
son Ouvrage, qu'il a fait exécuter par le sieur
Jean - Baptiste Cattin , Horloger de Franche-
Comté , qui y a parfaitement bien réussi .
I
Les Curieux qui voudront avoir de pareilles
Machines , du même Auteur, en trouveront chez
le sieur C. Langlois , Ingénieur du Roy pour les
Instrumens de Mathématique .
Il demeure sur le Quai de l'Horloge du Palais
, à l'Enseigne du Niveau , et c'est lui qui a
P'honneur de travailler pour l'Observatoire,pour
PAcademie Royale des Sciences , et pour les autres
differentes Académies du Royaume.
N voit d'abord un Globe celeste, porté par
l'Axe du monde dans un Cercle méridien ,
qui est engagé dans l'horizon à l'élevation du Polet
aux Spheres ordinaires. Sur ce Globe sont représentées
toutes les constellations et les Etoiles fixes,
et au dedans est enfermé le mouvement d'une
Pendule qui le fait mouvoir,et lui fait achever sa
révolution d'Orient en Occident , heures ,
16 minutes et quelques secondes, sur les Poles du
monde.
en 23
Pendant que le Globe tourne ainsi , une Aiguille
marque les heures du temps moyen , sur un petit
Cadran , qui est attaché fur le Méridien , au Pole
Arctique ; et en même temps un second mou-
Fij vement
2392 MERCURE
DE FRANCE
vement , qui est conduit par le premier , donne
sur les Poles de l'Eccliptique les mouvemens
propres du Soleil , de la Lune et des Nuës , par
le moyen d'une piece excentrique & de trois branches
,dont l'une porte le Soleil , qui demeure par
la construction de la Machine, huit jours de plus
dans les signes Septentrionaux, que dans les Méridionaux.
La seconde branche conduit la Lune
qui est portée sur la troisiéme ; & cette troisiéme
est dirigée par l'Excentrique , pour faire prendre
à la Lune ses latitudes Septentrionale & Méridionale
. L'Excentrique a aussi son mouvement
particulier , pour donner le mouvement des
noeuds. La Lune outre cela , ou plutôt le petit
Globe d'yvoire qui le représente, tourne sur son
centre et prefente toujours la moitié qui est blanche
vers le Soleil.
Par tous ces mouvemens on connoît le lever ,
le paffage au Meridien , le coucher , les amp itudes
ortives & occases , les differentes élevations
fous le Meridien du Soleil, de la Lune et des Etoiles
fixes ; les conjonctions du Soleil et de la Lune,
celles qui font Ecliptiques & celles qui ne le font
pas , et toutes les Phases de la Lune. Le Soleil
ayant ses differences d'ascension droite fait connoître
le temps vrai , & sa difference au temps
moyen que l'on connoît sur le petit Çadran , qui
eft au Pole Arétique.
Toute la machine eft d'une telle construction,
qu'elle n'eft pas pius sujette à s'arrêter que les
Pendules ordinaires , les differens mouvemens
qu'on vient de rapporter ne chatgeant prefque en
rien l'ouvrage .
Messieurs de l'Académic Royale des Sciences
qui eurent la bonté de donner une approbation
generale à cet Ouvrage , ont bien voulu après le
rap
OCTOBRE 1731. \ 2293
faport de Messieurs Cassini et du Fay, qui avoient
été nommez pour l'examiner , le faire inserer
dans l'histoire de l'Académie de 1727. au nom→
bre des Machines et des inventions qu'ils ont approuvécs.
EXTRAITde l'Histoire de l'Académie
Royale des Sciences , de l'année 17270
page 143.
ور
ם כ
အ
כ כ
ן כ
UN Globe celeste mouvant, de M. Guthier,
Prêtre du Diocèse de Besançon , qui représente
le mouvement diurne & le mouvement
annuel du Soleil , leur difference ou celle
" du temps vrai et du moyen , tous les mouvemens
de la Lune , ses Phases , les Eclipses , le
bɔ passage des Etoiles fixes
par le Méridien , leur
mouvement particulier , &c . tout cela par la
construction interieure du Globe, qui contient
deux mouvemens séparez, dont l'un se fait sur
l'axe de l'Equateur , & l'autre sur celui de l'Ecliptique.
Il contient aussi une Horloge sonante.
Quoiqu'il y ait déja plusieurs Ouvrages dans
ce gout - là , on a trouvé que celui - cy
étoit tres ingénieusement imaginé , que quel-
» ques dispositions nouvelles ; celles par exemple
, qui regardent les Phases de la Lune et ses
Latitudes , le rendoient simple , et donnoient
une idée avantageuse de l'intelligence et de
» l'habileté de l'inventeur.
>>
∞
ל כ
Da
que
Comme Messieurs de l'Académie trouverent
la Machine seroit encore plus simple et plus
parfaite , de n'avoir point de sonnerie , mais d'avoir
une Aiguille de minutes. L'Auteur dans d'autres
semblables Ouvrages qu'il a fait exécuter ,
en a` retranché la sonnerie , qui les auroit rendus
Fiij trop
2394 MERCURE
DE FRANCE
trop composez, y a ajouté l'Aiguille des minutes,
les a fait marcher huit jours sans les remonter ,y
a donné un moyen d'allonger ou accourcir la
Pendule tres facilement , pour en regler les mouvemens
, sans être obligé d'ouvrir le Globe. Un
de ces Ouvrages a paru à l'Assemblée de l'Acadé
mie , le 1 Septembre 1731 et a été envoïé au
Roy de Portugal , et P'Auteur a eu l'honneur de
lire à l'Assemblée du s du même mois , un Memoire
au sujet de ces perfections qu'il a donné à
son Ouvrage, qu'il a fait exécuter par le sieur
Jean - Baptiste Cattin , Horloger de Franche-
Comté , qui y a parfaitement bien réussi .
I
Les Curieux qui voudront avoir de pareilles
Machines , du même Auteur, en trouveront chez
le sieur C. Langlois , Ingénieur du Roy pour les
Instrumens de Mathématique .
Il demeure sur le Quai de l'Horloge du Palais
, à l'Enseigne du Niveau , et c'est lui qui a
P'honneur de travailler pour l'Observatoire,pour
PAcademie Royale des Sciences , et pour les autres
differentes Académies du Royaume.
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Résumé : DESCRIPTION d'un Globe celeste mouvant, qui represente le mouvement du Soleil, de la Lune et des Etoiles fixes, inventé par M. Outhier, Prêtre du Diocèse de Besançon, et presenté par l'Autheur à l'Academie Royale des Sciences, le 26 Juillet 1727.
Le texte présente un Globe céleste conçu par M. Guthier, prêtre du diocèse de Besançon. Cet instrument illustre les mouvements diurnes et annuels du Soleil, ainsi que ceux de la Lune, y compris ses phases et les éclipses. Il montre également le passage des étoiles fixes par le méridien et leurs mouvements particuliers. Le Globe est doté de deux mouvements séparés : l'un sur l'axe de l'équateur et l'autre sur celui de l'écliptique. Il comprend une horloge sonnante et des dispositifs innovants pour les phases de la Lune et ses latitudes, ce qui le rend simple et ingénieux. L'Académie Royale des Sciences a approuvé cet ouvrage et l'a inclus dans l'histoire de l'Académie de 1727. Les membres de l'Académie ont recommandé de supprimer la sonnerie et d'ajouter une aiguille de minutes pour simplifier et améliorer la machine. M. Guthier a ensuite créé d'autres instruments similaires sans sonnerie, avec une aiguille de minutes, et capables de fonctionner huit jours sans remontage. Un de ces ouvrages a été présenté à l'Assemblée de l'Académie le 1er septembre 1731 et envoyé au roi de Portugal. Les personnes intéressées peuvent acquérir des machines similaires auprès de M. C. Langlois, ingénieur du roi pour les instruments de mathématiques, résidant sur le Quai de l'Horloge du Palais, à l'Enseigne du Niveau. M. Langlois travaille pour l'Observatoire, l'Académie Royale des Sciences et d'autres académies du royaume.
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5384
p. 2394-2396
LETTRE écrite de Nîmes, le 20 Aoust 1731. au sujet d'un Remede qui dissout la Pierre.
Début :
On a vû, Monfieur, avec plaisir dans votre Mercure de Juillet dernier, une Lettre qui [...]
Mots clefs :
Remède, Pierre, Libérateur, Charité, Sauveur, Générosité chrétienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Nîmes, le 20 Aoust 1731. au sujet d'un Remede qui dissout la Pierre.
N-a vu , Monfieur , avec plaifir dans votre
Mercure deJuillet dernier , une Lettre qui
confirme la verité du remede qui sert à dissoudre
la Pierre dans les Reins . Cette confirmation eft
tres -agréable au public et aux personnes interessées;
mais elle le seroit bien davantage,si on avoit
bien voulu manifester la composition de ce remede;
car que sert-il d'être assuré qu'il y en a un,
si l'on ne sçait point en quoi il consiste : Il paroît
OCTOBRE. 173. 2395
ne
roit que celui qui en possede le secret , ne veut
point le découvrir , et qu'il ne le distribuë qu'à
ceux qui ont le bonheur d'être de ses amis ou
qui peuvent le récompenser dignement ; quoiqu'il
en soit des motifs qu'il peut avoir ,
seroit - il pas plus honorable pour lui , de
livrer au public un remede qui lui procureroit
la gloire d'être comme le Liberateur du genre
humain, en affranchissant une infinité de malheureux
des douleurs piquantes et insupportables
qu'ils ressentens ? Quelle consolation pour lui ,
d'imiter la charité et la compassion du Sauveur
même , qui n'avoit point de plus grand plaisir que
de soulager et de guérir des malades . Toutes les
personnes affligées de ce mal ; lui donneroient
mille louanges et mille benedictions. Pour moi
je vous l'avouë , si j'étois à sa place , je serois incapable
de refuser au public un remede si salutaire
, et je renoncerois de bon coeur pour cela
à toutes les esperances de la fortune . Quel plus
grand mérite ponr un honnête homnie , et sur
tout pour un Chrétien , que de rendre la santé à
ses semblables ? Mérite également loüable et devant
Dieu et devant les hommes.
Il est vrai que la communication de ce remede
auroit des suites , et que plusieurs Opérateurs
tres - habiles perdroient par ce moyen toute leur
pratique ; mais faudroit- il que cette pratique se
soutint aux dépens de tant de malheureux , exposez
à leurs cruelles opérations ; et la générosi
té chrétienne ne devroit - elle pas inspirer à celui
qui est le dépositaire de ce remede , de finir tous
les tourmens , toutes les inquiétudes , tous les perils
, dont ces infortunez malades sont menacez ?
Voilà , Monsieur , les sentimens que la lettre de
votre dernier Mercure m'a inſpirez . J'ai crû , ent
Fiiij lisan
219K MERCURE DE FRANCE
.
lifant le titre de cette Lettre, que j'y trouverois ce
remede si désiré mais on nous a laissé sur la
bonne bouché , et tout le monde a le déplaisir de
se voir frustré de son attente. Car on voit bien
qu'il est impossible aux personnes interessées de
trouver par elles -mêmes la composition de ce
remede. Si vous voulez inserer cette Lettre dans
votre Mercure, peut - être serviroit - elle à toucher
de compassion et de charité le Possesseur de ce
remede. C'est ce que j'ose me promettre , et de
votre politesse et du soin que vous avez de procurer
en toutes occasions le bien public . Je suis ,
&c.
Mercure deJuillet dernier , une Lettre qui
confirme la verité du remede qui sert à dissoudre
la Pierre dans les Reins . Cette confirmation eft
tres -agréable au public et aux personnes interessées;
mais elle le seroit bien davantage,si on avoit
bien voulu manifester la composition de ce remede;
car que sert-il d'être assuré qu'il y en a un,
si l'on ne sçait point en quoi il consiste : Il paroît
OCTOBRE. 173. 2395
ne
roit que celui qui en possede le secret , ne veut
point le découvrir , et qu'il ne le distribuë qu'à
ceux qui ont le bonheur d'être de ses amis ou
qui peuvent le récompenser dignement ; quoiqu'il
en soit des motifs qu'il peut avoir ,
seroit - il pas plus honorable pour lui , de
livrer au public un remede qui lui procureroit
la gloire d'être comme le Liberateur du genre
humain, en affranchissant une infinité de malheureux
des douleurs piquantes et insupportables
qu'ils ressentens ? Quelle consolation pour lui ,
d'imiter la charité et la compassion du Sauveur
même , qui n'avoit point de plus grand plaisir que
de soulager et de guérir des malades . Toutes les
personnes affligées de ce mal ; lui donneroient
mille louanges et mille benedictions. Pour moi
je vous l'avouë , si j'étois à sa place , je serois incapable
de refuser au public un remede si salutaire
, et je renoncerois de bon coeur pour cela
à toutes les esperances de la fortune . Quel plus
grand mérite ponr un honnête homnie , et sur
tout pour un Chrétien , que de rendre la santé à
ses semblables ? Mérite également loüable et devant
Dieu et devant les hommes.
Il est vrai que la communication de ce remede
auroit des suites , et que plusieurs Opérateurs
tres - habiles perdroient par ce moyen toute leur
pratique ; mais faudroit- il que cette pratique se
soutint aux dépens de tant de malheureux , exposez
à leurs cruelles opérations ; et la générosi
té chrétienne ne devroit - elle pas inspirer à celui
qui est le dépositaire de ce remede , de finir tous
les tourmens , toutes les inquiétudes , tous les perils
, dont ces infortunez malades sont menacez ?
Voilà , Monsieur , les sentimens que la lettre de
votre dernier Mercure m'a inſpirez . J'ai crû , ent
Fiiij lisan
219K MERCURE DE FRANCE
.
lifant le titre de cette Lettre, que j'y trouverois ce
remede si désiré mais on nous a laissé sur la
bonne bouché , et tout le monde a le déplaisir de
se voir frustré de son attente. Car on voit bien
qu'il est impossible aux personnes interessées de
trouver par elles -mêmes la composition de ce
remede. Si vous voulez inserer cette Lettre dans
votre Mercure, peut - être serviroit - elle à toucher
de compassion et de charité le Possesseur de ce
remede. C'est ce que j'ose me promettre , et de
votre politesse et du soin que vous avez de procurer
en toutes occasions le bien public . Je suis ,
&c.
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Résumé : LETTRE écrite de Nîmes, le 20 Aoust 1731. au sujet d'un Remede qui dissout la Pierre.
L'auteur d'une lettre adressée à un éditeur exprime sa satisfaction de voir confirmée l'efficacité d'un remède contre la pierre dans les reins dans le Mercure de Juillet. Il regrette cependant que la composition de ce remède ne soit pas révélée. L'auteur suggère que le détenteur du secret pourrait gagner en gloire et en bénédictions en partageant ce remède, soulageant ainsi de nombreuses personnes souffrant de douleurs insupportables. Il compare cette action à la charité et la compassion du Sauveur, soulignant le mérite d'un chrétien qui rend la santé à ses semblables. L'auteur reconnaît que la divulgation du remède pourrait nuire à certains opérateurs, mais insiste sur l'importance de la générosité chrétienne pour mettre fin aux souffrances des malades. La lettre se termine par l'espoir que cette missive touchera le détenteur du remède et l'incitera à le partager, exprimant la confiance en la politesse et le souci du bien public de l'éditeur.
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5385
p. 2396-2399
OBSERVATIONS sur une maladie, qui attaque les Bêtes à corne et les Chevaux, dans la Généralité d'Auvergne ; & qui s'est introduite sur la fin du mois d'Avril dernier, dans l'Election de Gannac, Généralité de Moulins.
Début :
Cette maladie se découvre par une Vessie qui qui paroît dessus, dessous, ou aux côtez de la [...]
Mots clefs :
Bêtes à corne, Chevaux, Maladie, Vessie, Ulcère, Langue
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texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS sur une maladie, qui attaque les Bêtes à corne et les Chevaux, dans la Généralité d'Auvergne ; & qui s'est introduite sur la fin du mois d'Avril dernier, dans l'Election de Gannac, Généralité de Moulins.
OBSERVATIONS sur une maladie, qui
attaque les Bêtes à corne et les Chevaux ,
dans la Généralité d'Auvergne ; & qui
s'est introduite sur la fin du mois d'Avril
dernier , dans l'Election de Gannac, Généralité
de Moulins.
Ette maladie se découvre par une Vessie qui
Caromdadu ,découv ,par une
langue de la bête malade. Cette vessie est blanche
dans sa naissance , rougit ensuite , et devient
enfin presque noire. Elle créve , et laisse après elle
un ulcere chancreux , qui creuse dans l'épaisseur
de la langue , en avançant du côté de sa racine ,
la coupe en entier , et fait peu de temps après perir
Panimal. On voit dans vingt- quatre heures,
le commencement , le progrès et la fin de cette
maladie.
Elle est d'autant plus dangereuse, qu'elle ne se
manifeste par aucun symptôme exterieur , et
que la Bête malade boit, mange et travaille à son
ordi
OCTOBRE 1731. 2397
ordinaire , jusqu'à ce que la langue soit tombée.
Il est donc question , pour prévenir les suites
fâcheuses de cette maladie , d'avoir une attentioninfinie
à faire visiter deux ou trois fois par jour
la langue de toutes les Bêtes à corne , pour être
en état de prendre le mal dans sa naissance , et
sur tout l'on ne doit point se tranquilliser sur
l'éloignement de la maladie.
L'Experience vient d'apprendre que quoiqu'elle
fut à une distance raisonnable de là Ville de
Gannac , toutes les Paroisses des environs de cette
Ville et à une lieuë et demie à la ronde , en ont
été infectées dans le même jour, sans qu'il y ait eu
aucune communication d'une Paroisse à l'autre..
Voicy les remedes dont on s'est servi en Auvergne
, et dont on use encore dans la partie de
l'Election de Gannac , qui est affligée de cette
maladie.
L'on propose d'abord un remede préservatif
pour les Bestiaux qui ne sont point encore attaquez
, et on le compose des Drogues suivantes ;
pour chaque Bête.
Theriaque ou Orvietan ; 3 dragmes.
Gingembre , Gerofle et Canelle , une dragie
Genievre en grain et Poivre concassé, 2 dragmés
de chaque.
Et une Muscade , d'une moyenne grosseur
qu'il faut concasser..
L'on fait infuser le tout dans un Pot couvert ,
pendants à 6 heures au moins, dans une pinte de
Bon vin rouge ; et avant de donner le remede , on
asoinde bien remuer le tout , de maniere que le
mare suive l'infusion. L'en observe encore de he
Ev le
2398 MERCURE DE FRANCE
le donner qu'après que la Bête a étés à 6 heu
res sans manger.
Ce breuvage ne peut que faire du bien au Bes
tiaux qui le prennent ; mais il n'est pas toujours
infaillible pour empêcher la maladie , qui se guérit
de la maniere suivante.
Si en visitant les Bestiaux l'on apperçoit une
on plusieurs Vessies adhérantes à la langue, il faut
sur le champ avec une cueilliere d'argent ou une
piece d'argent , créver la Vessie , en enlever la
peau,et racler la playe jusqu'au sang ; 'ensuite l'étuver
et laver avec de l'eau de fontaine , et mieux
encore avec du fort vinaigre, dans lequel on aura
mis auparavant du Sel pilé , du Poivre , de l'Ait
concassé et des Herbes fortes , si l'on en a. Cela
fait , l'on couvre la playe de Sel bien fin , après
l'avoir bien frottée avec une Pierre de Vitriol de
Chypre.
Si en visitant les Bestiaux , l'on trouve l'ulcere
formé , il faut user du même remede et le réiterer
dans l'un et dans l'autre cas, deux et trois fois
par jour , jusqu'à la guérison.
L'on prétend que lorsque la Vessie se trouve
sur la langue , l'on doit faire saigner la Beste au
Gol.
L'on se sert actuellement et avec succès de ce
remede , qui fut mis en usage il y a environ dixhuit
ans contre une pareille maladiet qui depuis
quelque temps regne à Paris et aux environs sur
les Chevaux , ainsi que sur les Bêtes à corne. On
attribuë cette maladie à la grande sécheresse , et à
la prodigieuse quantité de Chenilles qu'il y a eu
cette année. Au reste on peut en toute seureté se
servir de ce remede, que nous tenons d'une bonne
main , et que nous avons encore fait examiner
par des personnes intelligentes , qui , sur l'experience
OCTOBRE. 1731. 2399
rience , ne doutent pas de l'utilité que le public
en doit rétirer .
attaque les Bêtes à corne et les Chevaux ,
dans la Généralité d'Auvergne ; & qui
s'est introduite sur la fin du mois d'Avril
dernier , dans l'Election de Gannac, Généralité
de Moulins.
Ette maladie se découvre par une Vessie qui
Caromdadu ,découv ,par une
langue de la bête malade. Cette vessie est blanche
dans sa naissance , rougit ensuite , et devient
enfin presque noire. Elle créve , et laisse après elle
un ulcere chancreux , qui creuse dans l'épaisseur
de la langue , en avançant du côté de sa racine ,
la coupe en entier , et fait peu de temps après perir
Panimal. On voit dans vingt- quatre heures,
le commencement , le progrès et la fin de cette
maladie.
Elle est d'autant plus dangereuse, qu'elle ne se
manifeste par aucun symptôme exterieur , et
que la Bête malade boit, mange et travaille à son
ordi
OCTOBRE 1731. 2397
ordinaire , jusqu'à ce que la langue soit tombée.
Il est donc question , pour prévenir les suites
fâcheuses de cette maladie , d'avoir une attentioninfinie
à faire visiter deux ou trois fois par jour
la langue de toutes les Bêtes à corne , pour être
en état de prendre le mal dans sa naissance , et
sur tout l'on ne doit point se tranquilliser sur
l'éloignement de la maladie.
L'Experience vient d'apprendre que quoiqu'elle
fut à une distance raisonnable de là Ville de
Gannac , toutes les Paroisses des environs de cette
Ville et à une lieuë et demie à la ronde , en ont
été infectées dans le même jour, sans qu'il y ait eu
aucune communication d'une Paroisse à l'autre..
Voicy les remedes dont on s'est servi en Auvergne
, et dont on use encore dans la partie de
l'Election de Gannac , qui est affligée de cette
maladie.
L'on propose d'abord un remede préservatif
pour les Bestiaux qui ne sont point encore attaquez
, et on le compose des Drogues suivantes ;
pour chaque Bête.
Theriaque ou Orvietan ; 3 dragmes.
Gingembre , Gerofle et Canelle , une dragie
Genievre en grain et Poivre concassé, 2 dragmés
de chaque.
Et une Muscade , d'une moyenne grosseur
qu'il faut concasser..
L'on fait infuser le tout dans un Pot couvert ,
pendants à 6 heures au moins, dans une pinte de
Bon vin rouge ; et avant de donner le remede , on
asoinde bien remuer le tout , de maniere que le
mare suive l'infusion. L'en observe encore de he
Ev le
2398 MERCURE DE FRANCE
le donner qu'après que la Bête a étés à 6 heu
res sans manger.
Ce breuvage ne peut que faire du bien au Bes
tiaux qui le prennent ; mais il n'est pas toujours
infaillible pour empêcher la maladie , qui se guérit
de la maniere suivante.
Si en visitant les Bestiaux l'on apperçoit une
on plusieurs Vessies adhérantes à la langue, il faut
sur le champ avec une cueilliere d'argent ou une
piece d'argent , créver la Vessie , en enlever la
peau,et racler la playe jusqu'au sang ; 'ensuite l'étuver
et laver avec de l'eau de fontaine , et mieux
encore avec du fort vinaigre, dans lequel on aura
mis auparavant du Sel pilé , du Poivre , de l'Ait
concassé et des Herbes fortes , si l'on en a. Cela
fait , l'on couvre la playe de Sel bien fin , après
l'avoir bien frottée avec une Pierre de Vitriol de
Chypre.
Si en visitant les Bestiaux , l'on trouve l'ulcere
formé , il faut user du même remede et le réiterer
dans l'un et dans l'autre cas, deux et trois fois
par jour , jusqu'à la guérison.
L'on prétend que lorsque la Vessie se trouve
sur la langue , l'on doit faire saigner la Beste au
Gol.
L'on se sert actuellement et avec succès de ce
remede , qui fut mis en usage il y a environ dixhuit
ans contre une pareille maladiet qui depuis
quelque temps regne à Paris et aux environs sur
les Chevaux , ainsi que sur les Bêtes à corne. On
attribuë cette maladie à la grande sécheresse , et à
la prodigieuse quantité de Chenilles qu'il y a eu
cette année. Au reste on peut en toute seureté se
servir de ce remede, que nous tenons d'une bonne
main , et que nous avons encore fait examiner
par des personnes intelligentes , qui , sur l'experience
OCTOBRE. 1731. 2399
rience , ne doutent pas de l'utilité que le public
en doit rétirer .
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Résumé : OBSERVATIONS sur une maladie, qui attaque les Bêtes à corne et les Chevaux, dans la Généralité d'Auvergne ; & qui s'est introduite sur la fin du mois d'Avril dernier, dans l'Election de Gannac, Généralité de Moulins.
À la fin du mois d'avril, une maladie affectant les bovins et les chevaux a été observée dans la Généralité d'Auvergne et l'Élection de Gannac. Cette maladie se caractérise par l'apparition d'une vessie sur la langue de l'animal, qui passe du blanc au noir avant d'éclater, laissant un ulcère mortel. Les animaux ne montrent pas de symptômes extérieurs et continuent de boire, manger et travailler normalement jusqu'à la chute de la langue. Pour prévenir cette maladie, il est conseillé de surveiller régulièrement la langue des animaux. La maladie s'est rapidement propagée dans les paroisses environnantes de Gannac, sans communication directe entre elles. Les remèdes proposés incluent un traitement préventif à base de thériaque, gingembre, girofle, cannelle, genièvre, poivre et muscade, infusés dans du vin rouge. Pour les animaux déjà atteints, il est recommandé de crever les vessies, de nettoyer la plaie avec du vinaigre et du sel, et d'appliquer du sel fin et du vitriol de Chypre. Un saignement au garrot est également suggéré. Ces traitements ont été utilisés avec succès contre une maladie similaire à Paris et sont attribués à la sécheresse et à la prolifération de chenilles.
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5386
p. 2399-2400
EXTRAIT d'une Lettre d'Orleans, écrite le 20 Septembre 1731. sur une production singuliere.
Début :
Un Orleanois, en temps de vendange, peut parler Raisin : Navita de Ventis, &. On [...]
Mots clefs :
Orléans, Vendange, Bourguignon, Vigne
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre d'Orleans, écrite le 20 Septembre 1731. sur une production singuliere.
EXTRAIT d'une Lettre d'Orleans , écrite
le 20 Septembre 1731. fur une
production finguliere .
N Orleanois , en temps de vendange , peut
>
s'empresseroit,sans doute davantage, à écouter un
Champenois ou un Bourguignon. On se flateroit
de quelque nouvelle découverte ; mais un Or-
Jéanois , dira-t - on , avec son vin bier inferieur
que va-t- il nous conter quelque chose qui va
Nous surprendre , et que vous croirez peut - être
digne de faire un article du Mercure.
Voicy dequoi il est question.
>
Etant allé me promener il y a deux jours ,
chez un ami qui faisoit sa vendange , il me régala
d'une Branche de Vigne , de laquelle pendoient
deux Raisins , l'un noir , l'autre blanc ,
tous deux en parfaite maturité ; de sorte qu'on ne
pouvoit pas dire que le blanc n'étoit qu'un verjus
qui n'avoit pas encore pris couleur ; d'ailleurs
nulle supercherie pour faire donner quelqu'un
dans le panneau , cela auroit été grossier . J'examinai
la branche long- temps et de fort pres. C'étoit
réellement les deux differentes especes de blanc
et de noir , sorties du même endroit , sur la longueur
de deux pouces.
>
Aprés la branche , il me presenta une Grappe ,
moitié de grains noirs , moitié de grains blancs ,
et le tout encore de parfaite maturité , autre espece
de prodige. Je prends cette Grappe , je la
considere ; je l'examine , je tire des grains de
l'une et l'autre espece ; je les goute , je les trouve
F vj tous
2400 MERCURE DE FRANCE
tous deux bons et mûrs. Ce n'est point encore là
une Grappe qu'on auroit pû dire moitié raisin et
moitié verjus ; la parfaite maturité des grains
les deux differentes especes réünies. er ,
comme confonduës.
prouve
Sur mes questions réïterées , le maître de la
maison me répondit que les deux Seps qui produisent
ces sortes de Raisins sont dans sa Vigne,
en plein champ , qu'il me les fera voir, si je veux.
Ôn scait qu'il n'y a sur la vigne ni greffe ni
écusson , pour marier différentes especes , comme
cela se fait sur les Arbres fruitiers. Pour mertre
en quelque façon le comble à la varieté dans
ce genre , deux personnes me dirent qu'elles
connoissoient une Treille , qui produisoit une
année des raisins blancs , et l'autre année des
raisins noirs ; elles nommerent même la maison
dans cette Ville où est cette Treille singuliere.
Aprés cela , n'avouerez- vous pas que si nos
Vignes ne produisent rien d'exquis, du moins elles
font voir quelque chose d'assez rare . Que les Scavans
nous expliquent , s'il est possible , les causes
Phisiques de ces productions bizarres , où tout est
de la nature , et rien absolument de l'art. Pour
moi je ne sçai dire autre chose , si- non : J'ai vû,
et que s'il y avoit sur ce sujet des incrédules , il
esr encore temps de leur faire voir la même
chose.
le 20 Septembre 1731. fur une
production finguliere .
N Orleanois , en temps de vendange , peut
>
s'empresseroit,sans doute davantage, à écouter un
Champenois ou un Bourguignon. On se flateroit
de quelque nouvelle découverte ; mais un Or-
Jéanois , dira-t - on , avec son vin bier inferieur
que va-t- il nous conter quelque chose qui va
Nous surprendre , et que vous croirez peut - être
digne de faire un article du Mercure.
Voicy dequoi il est question.
>
Etant allé me promener il y a deux jours ,
chez un ami qui faisoit sa vendange , il me régala
d'une Branche de Vigne , de laquelle pendoient
deux Raisins , l'un noir , l'autre blanc ,
tous deux en parfaite maturité ; de sorte qu'on ne
pouvoit pas dire que le blanc n'étoit qu'un verjus
qui n'avoit pas encore pris couleur ; d'ailleurs
nulle supercherie pour faire donner quelqu'un
dans le panneau , cela auroit été grossier . J'examinai
la branche long- temps et de fort pres. C'étoit
réellement les deux differentes especes de blanc
et de noir , sorties du même endroit , sur la longueur
de deux pouces.
>
Aprés la branche , il me presenta une Grappe ,
moitié de grains noirs , moitié de grains blancs ,
et le tout encore de parfaite maturité , autre espece
de prodige. Je prends cette Grappe , je la
considere ; je l'examine , je tire des grains de
l'une et l'autre espece ; je les goute , je les trouve
F vj tous
2400 MERCURE DE FRANCE
tous deux bons et mûrs. Ce n'est point encore là
une Grappe qu'on auroit pû dire moitié raisin et
moitié verjus ; la parfaite maturité des grains
les deux differentes especes réünies. er ,
comme confonduës.
prouve
Sur mes questions réïterées , le maître de la
maison me répondit que les deux Seps qui produisent
ces sortes de Raisins sont dans sa Vigne,
en plein champ , qu'il me les fera voir, si je veux.
Ôn scait qu'il n'y a sur la vigne ni greffe ni
écusson , pour marier différentes especes , comme
cela se fait sur les Arbres fruitiers. Pour mertre
en quelque façon le comble à la varieté dans
ce genre , deux personnes me dirent qu'elles
connoissoient une Treille , qui produisoit une
année des raisins blancs , et l'autre année des
raisins noirs ; elles nommerent même la maison
dans cette Ville où est cette Treille singuliere.
Aprés cela , n'avouerez- vous pas que si nos
Vignes ne produisent rien d'exquis, du moins elles
font voir quelque chose d'assez rare . Que les Scavans
nous expliquent , s'il est possible , les causes
Phisiques de ces productions bizarres , où tout est
de la nature , et rien absolument de l'art. Pour
moi je ne sçai dire autre chose , si- non : J'ai vû,
et que s'il y avoit sur ce sujet des incrédules , il
esr encore temps de leur faire voir la même
chose.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre d'Orleans, écrite le 20 Septembre 1731. sur une production singuliere.
Dans une lettre du 20 septembre 1731, un Orléanais relate une observation inhabituelle faite lors des vendanges chez un ami. Il décrit une branche de vigne portant deux grappes de raisins, l'une noire et l'autre blanche, toutes deux parfaitement mûres. Il observe également une grappe composée de grains noirs et blancs mélangés, tous également mûrs. Le propriétaire de la vigne confirme que ces phénomènes se produisent naturellement, sans greffe ni écusson. Deux autres personnes mentionnent connaître une treille produisant alternativement des raisins blancs et noirs chaque année. L'auteur invite les savants à expliquer ces curiosités naturelles et assure avoir vu ces phénomènes de ses propres yeux.
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5387
p. 2400-2402
LETTRE écrite de Paris, le 30 Aoust 1731. sur la petite Verole.
Début :
Vous feriez plaisir, Monsieur, à plusieurs personnes, d'inserer dans le Mercure de [...]
Mots clefs :
Petite vérole, Maladie contagieuse, Médecins physiciens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Paris, le 30 Aoust 1731. sur la petite Verole.
LETTRE écrite de Paris; le 30 Aouſt 17 3:10
sur la petite Verole.
V à
Ous feriez plaisir , Monsieur , plusieurs
personnes , d'inserer dans le Mercure de
France , la question suivante.
Il y a quelques jours que dans une compagaie-
Qui
OCTOBRE . 1731. 240
bù il se trouva deux Médecins : il s'éleva une
dispute touchant la petite Vérole , sçavoir :
Si c'est une maladie contagieuse.
Hippocrate dit . oui , et Galien dit non. Quoi
que la question ne soit pas nouvelle , il est certain
qu'elle n'a pas encore été traitée comme elle
pourroit l'être. On ne sçait encore qu'en croire ,
et cependant l'affirmative cause bien des desor
dres. La frayeur que cette maladie inspire , fait
en quelque sorte renoncer aux devoirs les plus
sacrez de la nature ; une mere tendre se refuse
l'enfant le plus cheri, et le laisse à la discretion
d'une main étrangere ; le fils évite son pere , les .
umis se fuyent ; enfin les personnes les mieux
unies se séparent et se privent de toute consolation
, tant que cette maladie dure. On raisonna
beaucoup sur l'Expedient des Anglois , avec
leur Infertion, et quelqu'un de la Compagnie les
compara à de braves soldats qui s'essayent à tirer
les uns sur les autres , avec des Fusils chargez à
balles , dont tous les coups ne portent pas.
D'un autre côté , la négative fait faire bien des
imprudences. On blâme ceux qui sont attaquez.
de la petite Vérole pour avoir été dans des en
droits où elle étoit , et l'on ne manque pas d'en
attribuer la cause à leurs démarches, s'ils en échapent
sans l'avoir , on est dans l'admiration ; ne
seroit-ce pas une erreur de part et d'autre ? De
quelque façon que la chose soit décidée , pourvû
qu'elle le soit , le public. sçauroit du moins
à quoi s'en tenir.
On voit quelquefois s'élever dans la litterature
entre de grands adversaires des disputes sur des
choses moins importantes , et après replique sur
repli
2402 MERCURE DE FRANCE
replique tous les suffrages se réunir.La question
proposée n'est assurément pas indifferente ; er
quelques habiles Médecins Physiciens , qu'on
verroit aux prises là - dessus ,ne manqueroient pas
d'attirer l'attention du public . Quoiqu'on en dise,
il est constant que ces Messieurs sont recherchez,
et qu'on ne sent que trop souvent le besoin qu'on
a d'eux . Nous en passons communément par tout
ce qu'ils veulent , et nous mettons tous les jours ,
avec confiance , notre vie entre leurs mains.
Le public , sans être Medecin de profession ;
n'en est pas pour cela moins capable de juger
cette affaire , comme il en a jugé d'autres qui
sembloient n'être pas de sa competence ; et le
vaincu dans cette espece de combat, auroit constamment
autant de gloire que le vainqueur.
Vous n'ignorez pas , Monsieur , combien les
sentimens sont partagez là - dessus. Si en proposant
cette question il se trouvoit quelqu'un qui
découvrit nettement la vérité , vous obligeriez,
Monsieur , votre , &c.
sur la petite Verole.
V à
Ous feriez plaisir , Monsieur , plusieurs
personnes , d'inserer dans le Mercure de
France , la question suivante.
Il y a quelques jours que dans une compagaie-
Qui
OCTOBRE . 1731. 240
bù il se trouva deux Médecins : il s'éleva une
dispute touchant la petite Vérole , sçavoir :
Si c'est une maladie contagieuse.
Hippocrate dit . oui , et Galien dit non. Quoi
que la question ne soit pas nouvelle , il est certain
qu'elle n'a pas encore été traitée comme elle
pourroit l'être. On ne sçait encore qu'en croire ,
et cependant l'affirmative cause bien des desor
dres. La frayeur que cette maladie inspire , fait
en quelque sorte renoncer aux devoirs les plus
sacrez de la nature ; une mere tendre se refuse
l'enfant le plus cheri, et le laisse à la discretion
d'une main étrangere ; le fils évite son pere , les .
umis se fuyent ; enfin les personnes les mieux
unies se séparent et se privent de toute consolation
, tant que cette maladie dure. On raisonna
beaucoup sur l'Expedient des Anglois , avec
leur Infertion, et quelqu'un de la Compagnie les
compara à de braves soldats qui s'essayent à tirer
les uns sur les autres , avec des Fusils chargez à
balles , dont tous les coups ne portent pas.
D'un autre côté , la négative fait faire bien des
imprudences. On blâme ceux qui sont attaquez.
de la petite Vérole pour avoir été dans des en
droits où elle étoit , et l'on ne manque pas d'en
attribuer la cause à leurs démarches, s'ils en échapent
sans l'avoir , on est dans l'admiration ; ne
seroit-ce pas une erreur de part et d'autre ? De
quelque façon que la chose soit décidée , pourvû
qu'elle le soit , le public. sçauroit du moins
à quoi s'en tenir.
On voit quelquefois s'élever dans la litterature
entre de grands adversaires des disputes sur des
choses moins importantes , et après replique sur
repli
2402 MERCURE DE FRANCE
replique tous les suffrages se réunir.La question
proposée n'est assurément pas indifferente ; er
quelques habiles Médecins Physiciens , qu'on
verroit aux prises là - dessus ,ne manqueroient pas
d'attirer l'attention du public . Quoiqu'on en dise,
il est constant que ces Messieurs sont recherchez,
et qu'on ne sent que trop souvent le besoin qu'on
a d'eux . Nous en passons communément par tout
ce qu'ils veulent , et nous mettons tous les jours ,
avec confiance , notre vie entre leurs mains.
Le public , sans être Medecin de profession ;
n'en est pas pour cela moins capable de juger
cette affaire , comme il en a jugé d'autres qui
sembloient n'être pas de sa competence ; et le
vaincu dans cette espece de combat, auroit constamment
autant de gloire que le vainqueur.
Vous n'ignorez pas , Monsieur , combien les
sentimens sont partagez là - dessus. Si en proposant
cette question il se trouvoit quelqu'un qui
découvrit nettement la vérité , vous obligeriez,
Monsieur , votre , &c.
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Résumé : LETTRE écrite de Paris, le 30 Aoust 1731. sur la petite Verole.
Dans une lettre datée du 30 août 1731, deux médecins débattent de la nature contagieuse de la petite vérole. L'un soutient la contagiosité, suivant Hippocrate, tandis que l'autre la nie, suivant Galien. Cette controverse, bien que non nouvelle, reste non résolue et cause des désordres sociaux. La peur de la maladie pousse les gens à éviter leurs proches. La lettre mentionne la méthode anglaise de l'inoculation, comparée à des soldats tirant avec des fusils. La négation de la contagiosité mène à des imprudences, tandis que l'affirmation cause des séparations. La lettre suggère que la question doit être traitée par des médecins compétents et que le public est capable de juger cette affaire. Elle appelle à une résolution claire pour éviter les erreurs et les souffrances inutiles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5388
p. 2402-2403
Composition de l'Orvietan et du Mitridate, [titre d'après la table]
Début :
Mercredi, 24 de ce mois, les Marchands Apoticaires de Paris, exposerent en public, dans [...]
Mots clefs :
Marchands apothicaires, Drogues, Mithridate, Orviétan
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texteReconnaissance textuelle : Composition de l'Orvietan et du Mitridate, [titre d'après la table]
Mercredi , 24 de ce mois , les Marchands Apoticaires
de Paris , exposerent en public , dans
leur Maison , ruë de l'Arbalête , toutes les Drogues
qui entrent dans la composition du Mitridate
et de l'Orvietan. Les Magistrats et la Faculté
de Medecine leur firent l'honneur d'y assister et
parurent très- satisfaits du choix et de l'arrangement.
M. Baron , Doyen de la Faculté de Medecine
de Paris , et M. Afforty , Professeur en Pharmacie,
prononcerent chacun un Discours histo rique
de ces deux Antidotes , et M. Habert, Garde
en Charge du Corps des Apoticaires , en fit un
autre sur le méme sujet . Il fit ensuite connoître
chaque Drogue en particulier aux Magistrats qui
avoient
OCTOBRE 1731. 240
avoient honoré cette assemblée de leur présence.
On proceda tout de suite à l'ouverture du vaisseau
qui renferme la Thériaque qu'ils composerent
l'année derniere. La visite en ayant été faite par
les Magistrats, et la Faculté de Medecine , ilfut
décidé qu'elle étoit dans sa perfection pour la
consistence , le goût , la couleur et l'odeur. Messieurs
les Apoticaires de Paris la distribueront
ainsi qu'ils l'ont annoncé au public par leurs af
fiches.
de Paris , exposerent en public , dans
leur Maison , ruë de l'Arbalête , toutes les Drogues
qui entrent dans la composition du Mitridate
et de l'Orvietan. Les Magistrats et la Faculté
de Medecine leur firent l'honneur d'y assister et
parurent très- satisfaits du choix et de l'arrangement.
M. Baron , Doyen de la Faculté de Medecine
de Paris , et M. Afforty , Professeur en Pharmacie,
prononcerent chacun un Discours histo rique
de ces deux Antidotes , et M. Habert, Garde
en Charge du Corps des Apoticaires , en fit un
autre sur le méme sujet . Il fit ensuite connoître
chaque Drogue en particulier aux Magistrats qui
avoient
OCTOBRE 1731. 240
avoient honoré cette assemblée de leur présence.
On proceda tout de suite à l'ouverture du vaisseau
qui renferme la Thériaque qu'ils composerent
l'année derniere. La visite en ayant été faite par
les Magistrats, et la Faculté de Medecine , ilfut
décidé qu'elle étoit dans sa perfection pour la
consistence , le goût , la couleur et l'odeur. Messieurs
les Apoticaires de Paris la distribueront
ainsi qu'ils l'ont annoncé au public par leurs af
fiches.
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Résumé : Composition de l'Orvietan et du Mitridate, [titre d'après la table]
Le 24 octobre 1731, les Marchands Apoticaires de Paris ont exposé publiquement les drogues composant le Mitridate et l'Orvietan dans leur Maison rue de l'Arbalête. Cette exposition a été marquée par la présence des Magistrats et de la Faculté de Médecine, qui ont approuvé le choix et l'arrangement des drogues. M. Baron, Doyen de la Faculté de Médecine, M. Afforty, Professeur en Pharmacie, et M. Habert, Garde en Charge du Corps des Apoticaires, ont prononcé des discours historiques sur ces antidotes. M. Habert a ensuite présenté chaque drogue aux Magistrats. La Thériaque composée l'année précédente a été inspectée et jugée parfaite en termes de consistance, goût, couleur et odeur. Les Apoticaires de Paris ont annoncé qu'ils distribueraient cette Thériaque au public.
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5389
p. 2405-2406
RÉPONSE à la Lettre d'une Dame, qui depuis peu fait usage du Bureau Tipographique.
Début :
Je n'ai jamais douté, Madame, que l'experience ne confirmât ce que j'avois déja eu [...]
Mots clefs :
Ignorance, Prévention, Présomptueux, Critique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à la Lettre d'une Dame, qui depuis peu fait usage du Bureau Tipographique.
LETTRE de l'Auteur Typographe à M.
Riombal , au sujet de sa Lettre inserée
dans le Mercure du mois de Septembre
dernier.
J
'Ai appris , Monsieur , qu'on se plaignoit
de ce que vous aviez employé dans vôtre
Lettre ces termes subsantifs d'ignorance , de prévention
, d'envie et de mauvaise foi , contre
des Critiques habiles , qui supposent avoir droit
d'employer contre leurs adversaires de la Cour
et de la Ville , les termes adjectifs de présomptueux
, de fou , de sot , de dupe , de charlatan
et d'avanturier. On dit que vous avez mal -fait
de suivre leur exemple en cela. Le Public scandalisé
du fait , jugera la dispute : Si le bureau
a eu le malheur de n'être pas du goût de quelques
Regens du Plessis , il ne s'ensuit pas qu'ils
soient bien au fait du Sistême Typographique ;
ces Messieurs sçavent bien qu'on peut être habile
sur une chose et être dans l'ignorance sur
l'autre.
>
Quoiqu'ils sçachent bien le Latin et le Grec
qu'ils sont obligez d'enseigner , ils peuvent ignorer
le sistême dont ils croyent n'avoir pas besoin
2406 MERCURE DE FRANCE
soin ; et ce n'est que sur cet Article que doivent
tomber les expressions qui vous ont échappé à
Poccasion des leurs. Nous aurions tort d'ailleurs
de nous plaindre d'un College célebre , dont le
digne Principal a bien voulu permettre l'usage du
Bureau, sans sçavoir que dans la suite on s'en serviroit
pour MONSEIGNEUR LE DAUPHINCT
pour MESDAMES DE FRANCE ; Vous n'ignorez pas
non plus que les deux Sous - Principaux de ce
fameux College ont reconnu l'utilité de ce sistême
il y auroit donc de l'injustice , et même
de l'ingratitude à confondre sous le terme de
College , les Critiques et les Approbateurs du
Bureau Typographique , J'ai l'honneur d'être
&c.
Riombal , au sujet de sa Lettre inserée
dans le Mercure du mois de Septembre
dernier.
J
'Ai appris , Monsieur , qu'on se plaignoit
de ce que vous aviez employé dans vôtre
Lettre ces termes subsantifs d'ignorance , de prévention
, d'envie et de mauvaise foi , contre
des Critiques habiles , qui supposent avoir droit
d'employer contre leurs adversaires de la Cour
et de la Ville , les termes adjectifs de présomptueux
, de fou , de sot , de dupe , de charlatan
et d'avanturier. On dit que vous avez mal -fait
de suivre leur exemple en cela. Le Public scandalisé
du fait , jugera la dispute : Si le bureau
a eu le malheur de n'être pas du goût de quelques
Regens du Plessis , il ne s'ensuit pas qu'ils
soient bien au fait du Sistême Typographique ;
ces Messieurs sçavent bien qu'on peut être habile
sur une chose et être dans l'ignorance sur
l'autre.
>
Quoiqu'ils sçachent bien le Latin et le Grec
qu'ils sont obligez d'enseigner , ils peuvent ignorer
le sistême dont ils croyent n'avoir pas besoin
2406 MERCURE DE FRANCE
soin ; et ce n'est que sur cet Article que doivent
tomber les expressions qui vous ont échappé à
Poccasion des leurs. Nous aurions tort d'ailleurs
de nous plaindre d'un College célebre , dont le
digne Principal a bien voulu permettre l'usage du
Bureau, sans sçavoir que dans la suite on s'en serviroit
pour MONSEIGNEUR LE DAUPHINCT
pour MESDAMES DE FRANCE ; Vous n'ignorez pas
non plus que les deux Sous - Principaux de ce
fameux College ont reconnu l'utilité de ce sistême
il y auroit donc de l'injustice , et même
de l'ingratitude à confondre sous le terme de
College , les Critiques et les Approbateurs du
Bureau Typographique , J'ai l'honneur d'être
&c.
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Résumé : RÉPONSE à la Lettre d'une Dame, qui depuis peu fait usage du Bureau Tipographique.
L'auteur typographe écrit à M. Riombal pour répondre à une lettre publiée dans le Mercure de septembre précédent. L'auteur note que M. Riombal a utilisé des termes tels qu'ignorance, prévention, envie et mauvaise foi contre des critiques, tandis que ces critiques employaient des adjectifs péjoratifs comme présomptueux, fou, sot, dupe, charlatan et aventurier. L'auteur souligne que le public jugera cette dispute. Il précise que le fait que le bureau typographique n'ait pas plu à certains régents du Plessis ne signifie pas qu'ils maîtrisent le système typographique. Ces régents, bien qu'experts en latin et en grec, peuvent ignorer ce système qu'ils jugent inutile. L'auteur défend l'usage du bureau typographique, approuvé par le principal d'un collège célèbre et reconnu utile par deux sous-principaux. Il conclut en soulignant l'injustice de confondre les critiques et les approbateurs du système typographique.
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5390
p. 2406-2407
CLARISSIMIS VIRIS
Début :
Petro Chirac, Regi à sanctioribus Consiliis ; antiquo Universitatis Medicine Monspelliensis [...]
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texteReconnaissance textuelle : CLARISSIMIS VIRIS
CLARISSIMIS VIRIS
Petro Chirac , Regi à sanctioribus Consiliis ;
antiquo Universitatis Medicine Monspelliensis
Professori , Regiæ Scientiarum Academiæ Pari--
siensis Socio honorario , Horti Regii Præfecto
et Archiatrorum Comiti..
Et Francisco Chicoyneau in suprema Mons
pel . Computorum , subsidiorum , Fiscique juria
Curia Senatori integerrimo , Professori Regio
Anatomico , et Botanico Universitatis Medicina
ejusdem urbis Cancellario amplissimo , et Ju
dici æquissimo. Nunc Regiæ Prolis Archiatro
1
Carmen.
Gallia festivo repetat nova gaudia plausu ;
Regia perpetuo jam vivent lilia Flore :
Augusti Regis Chirac , prolisque sacratæ
Franciscus , pretiosa tuentur corpora et ævum.
Imperio istorum segnes Clothus , lachesisque
Nectere
OCTOBRE . 1737. 2407
Nectere continuo cogentur fila labore ;
Forcipe et abrupto , manibusq ad terga ligatio
Atropos immitis nitetur scindere frustra :
Regia perpetuo sic vivent lilia flore.
Laurus Reiazari Italus vovet.
Petro Chirac , Regi à sanctioribus Consiliis ;
antiquo Universitatis Medicine Monspelliensis
Professori , Regiæ Scientiarum Academiæ Pari--
siensis Socio honorario , Horti Regii Præfecto
et Archiatrorum Comiti..
Et Francisco Chicoyneau in suprema Mons
pel . Computorum , subsidiorum , Fiscique juria
Curia Senatori integerrimo , Professori Regio
Anatomico , et Botanico Universitatis Medicina
ejusdem urbis Cancellario amplissimo , et Ju
dici æquissimo. Nunc Regiæ Prolis Archiatro
1
Carmen.
Gallia festivo repetat nova gaudia plausu ;
Regia perpetuo jam vivent lilia Flore :
Augusti Regis Chirac , prolisque sacratæ
Franciscus , pretiosa tuentur corpora et ævum.
Imperio istorum segnes Clothus , lachesisque
Nectere
OCTOBRE . 1737. 2407
Nectere continuo cogentur fila labore ;
Forcipe et abrupto , manibusq ad terga ligatio
Atropos immitis nitetur scindere frustra :
Regia perpetuo sic vivent lilia flore.
Laurus Reiazari Italus vovet.
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Résumé : CLARISSIMIS VIRIS
Le poème célèbre Pierre Chirac et François Chicoyneau, éminents médecins français. Chirac, membre des conseils royaux et directeur du Jardin Royal, et Chicoyneau, sénateur et professeur, protègent le roi Auguste et son fils François des destins funestes. Laurus Reiazari Italus offre un laurier en octobre 1737.
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5391
p. 2407-2411
« On mande de Barcelonne, que la petite Verole est devenuë epidemique cette année dans [...] »
Début :
On mande de Barcelonne, que la petite Verole est devenuë epidemique cette année dans [...]
Mots clefs :
Petite vérole, Catalogne, Bonnet de Docteur en Théologie, Tremblement de terre, Estampe, Violon
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texteReconnaissance textuelle : « On mande de Barcelonne, que la petite Verole est devenuë epidemique cette année dans [...] »
On mande de Barcelonne , que la petite Ve
role est devenue epidemique cette année dans
toute la Catalogne , qu'elle attaque toutes sortes
de Personnes et à tout âge mais qu'elle n'est
pas mortelle. On mande au contraire de Milan
que la même maladie y fait de grands ravages ,
et qu'il y est mort depuis quelque temps plus de
3000. Enfans,
-
On apprend de Lisbonne , que le 31. Aoust ,
le P. Pierre de la Conception , Religieux du
Tiers Ordre de S. François , reçût le Bonnet
de Docteur en Theologie dans l'Université de
Coimbre. C'est le premier Religieux de l'Ordre
de S. François qui ait été reçû Docteur
› non.
seulement dans cette Université , mais dans toutes
les autres du Royaume de Portugal : il eût
pour Parrain le P. Manuel de S. Jerome , Provincial
du Tiers-Ordre de S. François en Por
tugal.
Les Académies Litteraires se multiplient ent
Portugal ; outre celle de l'Histoire établie à Lisbonne
et celle de Guimaraens , qui a publić :
depuis peu diverses Pieces de Poësie , qui sont
fort applaudies , il vient de s'en établir une nou◄
velle dans la Ville de Braga.
2408 MERCURE DE FRANCE
On apprend en même temps de la Ville de
Chaves en Portugal , que le 8. Août on y avoit
essuyé une Tempête affreuse , qui s'étoit formée
autour d'une Montagne voisine de cette Ville ,
qu'en très-peu de temps la Riviere d'Avelans
s'étoit tellement enflée par la Pluye , que dans
l'espace de trois heures elle avoit entrainé toutes
les Maisons voisines , déraciné tous les Arbres
et fait perir une partie des Habitans.
?
Le Comte d'Orrery , sçavant Anglois , mort
depuis peu , a laissé à l'Université d'Oxford ,
sa belle Bibliotheque qu'on estime 6000. livres
sterlings.
On apprend de la Haye , que le Docteur Desaguliers
y donne depuis le mois dernier , un
cours de Philosophie experimentale , auquel assistent
un grand nombre de Personnes de distinction
le Duc de Lorraine , aussi curieux que
versé dans ce genre de Science , l'a honoré plusieurs
fois de sa presence.
::
On a appris en dernier lieu de la Chine ,
que le Tremblement de Terre dont nous avons
déja parlé , arrivé à Pekim et aux environs , le
30. Septembre 1730. à dix heures trois quarts
fût si violent et si subit , qu'il ne
de se mettre en su-
>
le
temps
›
du matin
donna à personne
reté. Au moment qu'on l'apperçût on vît les
Maisons tomber : l'effort se faisoit par- dessous ,
et les Murailles s'élevoient comme si ç'eût été
l'effet d'une Mine. La premiere sécoussé qui fût
P'unique violente ne dura qu'une minute , et
dans ce peu de temps elle renversa la moitié de
la Ville de Pekin. On compte déja plus de cent
mille personnes qui ont péri
OCTOBRE. 1731. 2409
A quatre lieues au Nord de Pekin , la Terre
s'est ouverte ; il en est sorti une fumée ou un
Brouillard épais ; la Terre s'est trouvée ensuite
couverte d'une eau noire en un endroit , jaúnatre
dans un autre , noire et rougeatre
ailleurs e
un gros Village appellé Tcha - ho a été entie
rement abîmé.
>
"
2
On n'est pas encore sans crainte le Tremblement
n'êtant pas fini. Le jour qu'il commença
, il y eût huit ou neuf secousses mais legeres
; depuis le 30. Septembre jusqu'au 12. d'Öctobre
, il y en cût 23. Lorsque a premiere secousse
se fit sentir P'Empereur étoit dans une
Barque sur un Canal de ses Jardins ; il se prosterna
aussi tôt , acora l'Esprit du Ciel , et l'invoqua
, en s'accusant et attribuant ce fleau du
Ciel à sa négligence dans le Gouvernement. .
>
On écrit de Florence , que le Riposodi Rafaele
paroît imprimé avec de nouvelles figures. C'est
un Dialogue sur la Feinture et la Sculpture ,
très bien écrit et très estimé où l'on traitte
de l'invention , de la disposition , du choix des
attitudes , du dessein et du coloris.
>
Il paroît une nouvelle Estampe dont le
sujet est la Ceremonie du Mariage de Louis
XIV avec Marie Therese d'Autriche. Elle est
de parei le grandeur des six qui ont déja paru ,
dont cinq sont gravées par le celebre SEBASTIEN
LE CLERC , la sixiéme representant l'Entrevuë
des deux Rois Louis XIV. et Philippe IV. Roi
d'Espagne , et celle qui donne lieu à cet article
sont du Sieur Jeorat , d'après aes Tableaux de
Ja composition de M. Le Brun ces deux dernieres
Estampes se vendent chez ledit Jcorat ,
•
Graveur
AIO MERCURE DE FRANCE
>
Graveur , ruë S. Jacques , vis - à- vis les Mathu
rins au Livre d'Or. On trouve aussi chez lui
beaucoup d'Estampes du même Sebastien Le
Clerc , son Beau Pere ; cet avis est d'autant plus
necessaire , que l'on expose en Public quantité
de copies des ouvrages de cet excellent Maître ;
et qu'à deux entr'autres ( l'Académie des Sciences
et des beaux Arts , et l'Entrée d'Alexandre
dans Babilone ) pour les rendre plus conformes
aux Originales , on en a imité jusqu'aux dedicaces
avec le nom de l'Auteur , exactitude , à la
verité , dont le motif est aussi visible que condamnable
par les honnêtes gens et par les cu
rieux intelligens.
Le Sieur le Blanc , Fondeur du Roy , extrê
mement connu par les beaux Ouvrages qu'il fair
d'un Métal de sa composition , couleur d'Or ,
qu'on a bien de la peine à distinguer du vrai or ,
nous prie d'avertir le Public , qu'il est trompé
tous les jours par de méchants Ouvriers , qui
veulent imiter sa composition et son travail , se
Bervant même de son nom pour vendre de mauvaises
Marchandises. Le Sr. le Blanc fait depuis
dix ans un grand débit de ses ouvrages , qu'on
peut voir chez le Roy , chez les Princes et chez
quantité de Seigneurs de la Ville et de la Cour,
Il demeure dans le Cloître S. Germain l'Au
xerrois.
Les Curieux trouveront chez lui quantité d'ouvrages
de goût , utiles et agréables , comme ornemens
de toute espece , Boucles , Pommes de
Cannes , Gardes d'Epées , Tabatieres , Garnitures
de Boutons , Flambeaux , Toilettes , Bras
Lustres , sur-tout de Table , Grilles à feu , & c.
Le
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
O IL
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
.
Le
OCTOBRE. 1731. 2411
Le Sieur Aubert , Intendant de la Musique
de S. A. S. M. le Duc , vient de donner au Public
un quatriéme Livre de Sonnates ; les Ouvra➡
,
de cet Auteur sont très recherchez. Il suffira
de dire qu'il a sçû joindre dans ce dernier , le
beau chant et les au neuf. On le peut
graces
executer sur la Flute comme sur le Violon ; il
donnera aussi dans le cours de l'Hyver prochain
sa quatriéme suite de Concert de Simphonie ;
on trouvera tous ses ouvrages chez le Sr. Boivin,
rue S. Honoré , à laregle d'or , le Sr. le Clerc ,
rue du Roule , à la Croix d'or , et chez l'Auteur
ruë S. Honoré , vis - à- vis la ruë de Gre➡
nelle , aux Dames de France. Il fera les envois
en Province tels qu'on les souhaittera , en lui
écrivant et lui marquant une adresse exacte.
Le prix de ce Livre de Sonnates est de 8. liv.
et celui de ses Concerts de Symphonie est de
3. liv. 12. fols.
› Papillon , Graveur en bois ruë S. Louis ,
près le Palais , à Paris , donne avis que le petit
Almanach de Paris , pour l'Année 1732. sera
augmenté et embelli de plusieurs choses curieuses.
Avec deux nouvelles planches des mois
qui feront la moitié de l'Année complette .
role est devenue epidemique cette année dans
toute la Catalogne , qu'elle attaque toutes sortes
de Personnes et à tout âge mais qu'elle n'est
pas mortelle. On mande au contraire de Milan
que la même maladie y fait de grands ravages ,
et qu'il y est mort depuis quelque temps plus de
3000. Enfans,
-
On apprend de Lisbonne , que le 31. Aoust ,
le P. Pierre de la Conception , Religieux du
Tiers Ordre de S. François , reçût le Bonnet
de Docteur en Theologie dans l'Université de
Coimbre. C'est le premier Religieux de l'Ordre
de S. François qui ait été reçû Docteur
› non.
seulement dans cette Université , mais dans toutes
les autres du Royaume de Portugal : il eût
pour Parrain le P. Manuel de S. Jerome , Provincial
du Tiers-Ordre de S. François en Por
tugal.
Les Académies Litteraires se multiplient ent
Portugal ; outre celle de l'Histoire établie à Lisbonne
et celle de Guimaraens , qui a publić :
depuis peu diverses Pieces de Poësie , qui sont
fort applaudies , il vient de s'en établir une nou◄
velle dans la Ville de Braga.
2408 MERCURE DE FRANCE
On apprend en même temps de la Ville de
Chaves en Portugal , que le 8. Août on y avoit
essuyé une Tempête affreuse , qui s'étoit formée
autour d'une Montagne voisine de cette Ville ,
qu'en très-peu de temps la Riviere d'Avelans
s'étoit tellement enflée par la Pluye , que dans
l'espace de trois heures elle avoit entrainé toutes
les Maisons voisines , déraciné tous les Arbres
et fait perir une partie des Habitans.
?
Le Comte d'Orrery , sçavant Anglois , mort
depuis peu , a laissé à l'Université d'Oxford ,
sa belle Bibliotheque qu'on estime 6000. livres
sterlings.
On apprend de la Haye , que le Docteur Desaguliers
y donne depuis le mois dernier , un
cours de Philosophie experimentale , auquel assistent
un grand nombre de Personnes de distinction
le Duc de Lorraine , aussi curieux que
versé dans ce genre de Science , l'a honoré plusieurs
fois de sa presence.
::
On a appris en dernier lieu de la Chine ,
que le Tremblement de Terre dont nous avons
déja parlé , arrivé à Pekim et aux environs , le
30. Septembre 1730. à dix heures trois quarts
fût si violent et si subit , qu'il ne
de se mettre en su-
>
le
temps
›
du matin
donna à personne
reté. Au moment qu'on l'apperçût on vît les
Maisons tomber : l'effort se faisoit par- dessous ,
et les Murailles s'élevoient comme si ç'eût été
l'effet d'une Mine. La premiere sécoussé qui fût
P'unique violente ne dura qu'une minute , et
dans ce peu de temps elle renversa la moitié de
la Ville de Pekin. On compte déja plus de cent
mille personnes qui ont péri
OCTOBRE. 1731. 2409
A quatre lieues au Nord de Pekin , la Terre
s'est ouverte ; il en est sorti une fumée ou un
Brouillard épais ; la Terre s'est trouvée ensuite
couverte d'une eau noire en un endroit , jaúnatre
dans un autre , noire et rougeatre
ailleurs e
un gros Village appellé Tcha - ho a été entie
rement abîmé.
>
"
2
On n'est pas encore sans crainte le Tremblement
n'êtant pas fini. Le jour qu'il commença
, il y eût huit ou neuf secousses mais legeres
; depuis le 30. Septembre jusqu'au 12. d'Öctobre
, il y en cût 23. Lorsque a premiere secousse
se fit sentir P'Empereur étoit dans une
Barque sur un Canal de ses Jardins ; il se prosterna
aussi tôt , acora l'Esprit du Ciel , et l'invoqua
, en s'accusant et attribuant ce fleau du
Ciel à sa négligence dans le Gouvernement. .
>
On écrit de Florence , que le Riposodi Rafaele
paroît imprimé avec de nouvelles figures. C'est
un Dialogue sur la Feinture et la Sculpture ,
très bien écrit et très estimé où l'on traitte
de l'invention , de la disposition , du choix des
attitudes , du dessein et du coloris.
>
Il paroît une nouvelle Estampe dont le
sujet est la Ceremonie du Mariage de Louis
XIV avec Marie Therese d'Autriche. Elle est
de parei le grandeur des six qui ont déja paru ,
dont cinq sont gravées par le celebre SEBASTIEN
LE CLERC , la sixiéme representant l'Entrevuë
des deux Rois Louis XIV. et Philippe IV. Roi
d'Espagne , et celle qui donne lieu à cet article
sont du Sieur Jeorat , d'après aes Tableaux de
Ja composition de M. Le Brun ces deux dernieres
Estampes se vendent chez ledit Jcorat ,
•
Graveur
AIO MERCURE DE FRANCE
>
Graveur , ruë S. Jacques , vis - à- vis les Mathu
rins au Livre d'Or. On trouve aussi chez lui
beaucoup d'Estampes du même Sebastien Le
Clerc , son Beau Pere ; cet avis est d'autant plus
necessaire , que l'on expose en Public quantité
de copies des ouvrages de cet excellent Maître ;
et qu'à deux entr'autres ( l'Académie des Sciences
et des beaux Arts , et l'Entrée d'Alexandre
dans Babilone ) pour les rendre plus conformes
aux Originales , on en a imité jusqu'aux dedicaces
avec le nom de l'Auteur , exactitude , à la
verité , dont le motif est aussi visible que condamnable
par les honnêtes gens et par les cu
rieux intelligens.
Le Sieur le Blanc , Fondeur du Roy , extrê
mement connu par les beaux Ouvrages qu'il fair
d'un Métal de sa composition , couleur d'Or ,
qu'on a bien de la peine à distinguer du vrai or ,
nous prie d'avertir le Public , qu'il est trompé
tous les jours par de méchants Ouvriers , qui
veulent imiter sa composition et son travail , se
Bervant même de son nom pour vendre de mauvaises
Marchandises. Le Sr. le Blanc fait depuis
dix ans un grand débit de ses ouvrages , qu'on
peut voir chez le Roy , chez les Princes et chez
quantité de Seigneurs de la Ville et de la Cour,
Il demeure dans le Cloître S. Germain l'Au
xerrois.
Les Curieux trouveront chez lui quantité d'ouvrages
de goût , utiles et agréables , comme ornemens
de toute espece , Boucles , Pommes de
Cannes , Gardes d'Epées , Tabatieres , Garnitures
de Boutons , Flambeaux , Toilettes , Bras
Lustres , sur-tout de Table , Grilles à feu , & c.
Le
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
O IL
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
.
Le
OCTOBRE. 1731. 2411
Le Sieur Aubert , Intendant de la Musique
de S. A. S. M. le Duc , vient de donner au Public
un quatriéme Livre de Sonnates ; les Ouvra➡
,
de cet Auteur sont très recherchez. Il suffira
de dire qu'il a sçû joindre dans ce dernier , le
beau chant et les au neuf. On le peut
graces
executer sur la Flute comme sur le Violon ; il
donnera aussi dans le cours de l'Hyver prochain
sa quatriéme suite de Concert de Simphonie ;
on trouvera tous ses ouvrages chez le Sr. Boivin,
rue S. Honoré , à laregle d'or , le Sr. le Clerc ,
rue du Roule , à la Croix d'or , et chez l'Auteur
ruë S. Honoré , vis - à- vis la ruë de Gre➡
nelle , aux Dames de France. Il fera les envois
en Province tels qu'on les souhaittera , en lui
écrivant et lui marquant une adresse exacte.
Le prix de ce Livre de Sonnates est de 8. liv.
et celui de ses Concerts de Symphonie est de
3. liv. 12. fols.
› Papillon , Graveur en bois ruë S. Louis ,
près le Palais , à Paris , donne avis que le petit
Almanach de Paris , pour l'Année 1732. sera
augmenté et embelli de plusieurs choses curieuses.
Avec deux nouvelles planches des mois
qui feront la moitié de l'Année complette .
Fermer
Résumé : « On mande de Barcelonne, que la petite Verole est devenuë epidemique cette année dans [...] »
En 1731, plusieurs événements historiques et culturels marquants ont eu lieu. En Catalogne, une épidémie de variole est devenue endémique, affectant toutes les classes d'âge sans être mortelle. À Milan, la variole a causé la mort de plus de 3000 enfants. Au Portugal, le Père Pierre de la Conception a obtenu le bonnet de docteur en théologie à l'Université de Coimbre, devenant le premier religieux de l'Ordre de Saint-François à recevoir ce titre dans le pays. Les académies littéraires se sont multipliées avec de nouvelles créations à Braga et Guimaraens. À Chaves, une tempête a causé des ravages et entraîné la mort de nombreux habitants. Le Comte d'Orrery a légué sa bibliothèque à l'Université d'Oxford. À La Haye, le Docteur Desaguliers a donné des cours de philosophie expérimentale, fréquentés par des personnalités distinguées. En Chine, un violent tremblement de terre a frappé Pékin, causant la mort de plus de cent mille personnes et des destructions massives. À Florence, un dialogue sur la peinture et la sculpture a été publié. Une nouvelle estampe représentant le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d'Autriche a été mise en vente. Le fondeur Le Blanc a averti contre les contrefaçons de ses œuvres. Le musicien Aubert a publié un quatrième livre de sonates et annoncé une suite de concerts pour l'hiver prochain. Enfin, le graveur Papillon a annoncé l'augmentation et l'embellissement de l'Almanach de Paris pour l'année 1732.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5392
p. 2412-2424
Amadis, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 4. de ce mois, l'Académie Royale de Musique remit au Theatre Amadis [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Prologue, Déclamation, Magicienne, Chœurs, Critique, Infidèle, Monologue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Amadis, &c. [titre d'après la table]
L
E
1
a-
4. de ce mois , l'Académie Rovaie
de Musique remit au Theatre
dis , Tragedie de Mrs Quinault et L
Il y a 13. ans qu'elle n'avoit été re résensée.
Les deux Rôles du Prologu
l'Enchanteur Alquif , et de l'Encha
resse Urgande , sont joüez par le S
Chassé et par la Dlle Erremens . Les
Tribon , Dun , Chassé , et les Illes
Maure , Petitpas , et Antier , remp
sent les principaux Rôles de la Piece
ne laissent rien à desirer pour le ch
et la déclamation. Au reste , cet Op
esr fort bien remis ; il y a du specta
et du surprenant pour les yeux ; entr'. v
tres , un Combat en l'air d'une vingtai
de Demons , le Char d'Arcabonne , fig
ré en Dragon aîlé , &c. Le Baler est tr.
bien caracterisé , et la Dlle Sallé y dar
avec des graces et une finesse au- dessu
de nos expressions.
ProOCTOBRE.
1731. 2413
Prologue.
"
Urgande , Magicienne bien -faisante ;
et Alquif , Enchanteur , paroissent sous
un riche Pavillon ; ils ont choisi ces lieux
pour y demeurer enchantez avec leur
-suite jusqu'au temps fortuné que le
destin du monde dépendroit d'un Héros
plus grand qu'Amadis Fils de Perion ,
Roy des Gaules ; un éclair et un coup
de Tonnere commencent à les tirer de
leur profond assoupissement ; leur suite
est éveillée par de nouveaux coups de
Tonnere ; ce qui donne lieu à un des
plus beaux Choeurs que Lully ait faits .
Ils témoignent la joye qu'ils ont de n'être
plus enchantez : ils se proposent de
faire revivre Amadis , et de le transporter
dans les lieux où son sang regnoit
autrefois , ce qui annonce la Tragedie.
Ce Prologue a paru très - brillant ; cependant
quelques Critiques ont trouvé
étrange qu'Urgande et Alquif , qui ne
font que de sortir du profond assoupissement
où ils ont été plongez jusqu'alors ,
soient si bien instruits des Victoires du
Heros de la France , dont ils n'ont pû ni
avoir été témoins , ni avoir été informez
par la Renommée. Le Lecteur jugera si
La Critique est fondée.
G Au
2414 MERCURE DE FRANCE
son
Au premier Acte de la Tragedie , Amadis
ouvre la Scene avec Florestan
Frere naturel . Le premier est accablé
d'une douleur mortelle , dont l'autre
tâche de le distraire ; Oriane , Fille de
Lisuart , Roy de la Grande - Bretagne , le
croyant infidele lui a deffendu de la
>
jamais voir et comme elle va épouser
l'Empereur des Romains , il ne doute
point qu'elle ne soit inconstante ellemême.
Florestan ne pouvant soulager sa
douleur , le laisse sortir pour aller chercher
la solitude.
Florestan revoit Corisande après une
longue absence ; ils témoignent une joye
réciproque. Oriane vient se plaindre à
eux de la prétendue infidelité d'Amadis.
Ils ont beau la vouloir tirer d'erreur ;
elle persiste dans ses injustes soupçons
quelque forte induction qu'on lui fasse
du contraire ; cette obstination à croire
Amadis infidele , n'est fondée que sur ces
Vers :
Le confident de sa nouvelle ardeur
N'a que trop bien sçû m'en instruire ;
Il n'est plus permis à mon coeur
De se laisser séduire.
L'injustice de ses soupçons ne laisse pas
do
OCTOBRE 1731. 2415
tels
que
de produire de beaux sentimens ,
cette tendre plainte :
L'ingrat , un peu plus tard , auroit changé sans
crime ;
Je vais devenir la victime
Du devoir qui regle mon sort.
L'inconstant n'a - t'il pû se faire un peu d'effort
De lui-même bien- tôt son coeur alloit dépendre ;
Ah ! que n'attendoit - il mon hymen ou ma mort
Il ne devoit plus guere attendre .
La Fête de ce premier Acte consiste
en un combat ou un tournois qui se ,
fait en son honneur.
›
,
Arcabonne , Magicienne , commence le
second Acte par un Monologue
dans
lequel elle fait connoître que l'Amour
est entré malgré elle dans un coeur qui
n'étoit destiné qu'à la haine. Arcalaus ,
son Frere , est étonné de la trouver triste
et solitaire ; elle lui déclare l'Amour
-qu'elle a pour un inconnu qui lui a sauvé
la vie ; les Spectateurs ne manquent pas
de pressentir que cet inconnu est Amadiss
c'est là que le grand interêt de la- Piece
commence. Amadis a tué Ardan son
Frere à peine Arcalais lui parle de la
vengeance , qu'elle doit à cette ombre
G ij si
,
2416 MERCURE DE FRANCE
si cherie , qu'on voit sa fureurrenaître :
elle l'exprime par ces Vers :
Que le nom d'Amadis m'inspiré de colere !
Quand pourrai-je gouter le plaisir de sa
mort !
Cela donne lieu à ce beau Duo :
Irritons notre barbarie.
Ecoutons nôtre sang qui crie ;
Perisse l'Ennemi , qui nous ose outrager ;
Ah ! qu'il est doux de se vanger !
>
Arcalaüs engage Amadis dans un Enchantement
; Corisande vient se plaindre
du malheur de Florestan , qu'une inconnuë
a entrainé dans un piége fatal ; elle
prie Amadis de secourir son Amant.
Amadis vole au secours de son Frere .
Arcalaus l'arrête , et fait enlever Corisande
, pour la faire perir avec Florestan.
Amadis combat Arcalaüs ; ce dernier appelle
les Demons à son secours. Ces Demons
paroissent sous des formes agréables
Amadis se laisse séduire à celui qui
a pris la forme d'Oriane ; il met ses armes
à ses pieds et la suit. Ces Demons transformez
font la Fête de ce second Acte ;
cette Fête est , sans contredit , la plus
touchante qui soit dans toute la Tragedie.
La Dlle Sallé y brille beaucoup.
Ац
OCTOBRE. 1731. 2417
2
Au troisiéme Acte , Florestan & Corisande
sont prêts d'être immolez sur le
tombeau d'Ardan Canille , frere d'Arcalaüs
et d'Arcabone mort de la main
d'Amadis. Arcabone doit répandre sur le
même tombeau le sang d'Amadis , et celui
de tout ce qu'il a de plus cher; l'Ombre
d'Ardan sort de son tombeau et
témoigne sa colere à Arcabone par ces
Vers :
Ah ! tu me trahis , malheureuse !
Ah ! tu vas trahir tes serments.
,
L'ombre lui annonce la mort par ces
autres Vers :
Je retombe , le jour me blesse ;
Tu me suivras dans peu de temps :
Pour te reprocher ta foiblesse ,
C'est aux Enfers que je t'attends.
L'ombre rentre dans son Tombeau ;
sa Prédiction commence à se remplir ;
on amene Amadis à Arcabone , pour
être immolé le premier ; Arcabone prête
à lui plonger un Poignard dans le sein
reconnoît en lui le même inconnu qui
lui a sauvé la vie . Le Poignard lui tombe
des mains ; elle fait grace , en sa faveur
>
و
G iij
2418 MERCURE DE FRANCE
}
à tous ceux qui lui étoient destinez pour
victimes ; la liberté qu'elle leur rend ,
fait le sujet de la Fête , par où l'Acte
finit.
Arcalais et Arcabone commencent le
quatrième Acte ; Arcalaus presse sa soeur
d'exposer aux yeux d'Oriane , la victime
qu'elle vient d'immoler ; Arcabone soupire
, et fait connoître à son frere qu'elle
a reconnu dans Amadis
l'inconnu qui
lui a sauvé la vie , et qu'elle aime ; elle
s'exprime ainsi :
2
Que vous êtes heureux ! de n'avoir à songer
Qu'à hair et qu'à vous venger !
Helas ! dans nôtre ennemi même
J'ai trouvé l'inconnu que j'aime.
et
Arcalais lui reproche son parjure
la ménace de sa vengeance ; elle lui répond
:
Je l'aime malgré moi cet ennemi charmant ;
Je n'en puis être aimée ; une autre a sçû lui
plaire ';
Je vous défie avec vôtre colere
D'inventer pour mon châtiment
Un plus cruel tourment.
Arcalaus lui dit que pour la mieux
punir ,
OCTOBRE. 1731. 2419
4
punir , il veut qu'Amadis épouse sa rivale
avant qu'il les immole tous deux ;
Voici la fin de ce Dialogue.
Ah ! que plutôt cent fois ils périssent tous deux ?
Entre l'Amour et la haine cruelle ,
J'ai cru pouvoir me partager ;
Mais dans mon coeur l'Amour est étranger,
Et la haine m'est naturelle.
Ma Rivale gémit , que ses maux me sont doux !
Pour punir ces Amans , j'imagine une peine
Digne de ma fureur et de vôtre courroux.
C'est peu d'une mort inhumaine ;
Arcalans.
Puis-je encore me fier à vous ?
Fiez-
Arcabone.
vous à l'Amour jaloux ;
Al est plus cruel que la haine.
Ils sortent pour aller executer ce nouveau
Projet de vengeance. Oriane vient
et se plaint du triste sort où Amadis l'abbandonne
; elle le croit toûjours infidele.
Arcalaüs lui vient annoncer qu'il l'a vengée
, et qu'il a vaincu Amadis ; comme
elle ne veut pas le croire , il le fait paroître
à ses yeux , étendu sur ses Armies ensanglantées.
Elle déplore sa mort par un
G iiij
Mono2420
MERCURE DE FRANCE
2
Monologue , où la Dlle le More , avec le
son ravissant de sa voix met toute l'expression
possible , et se fait generalement
applaudir ; Oriane tombe évanouie sur
un lit de gazon. Arcalaüs et Arcabonė
rentrent , le projet de leur vengeance
est de faire mourir et revivre tour à tour
ces deux Amants , pour éterniser leur
şupplice par un spectacle si douloureux.
Urgande vient au secours d'Amadis
et d'Oriane. C'est cette même Magicienne
bien- faisante , dont nous avons parlé
dans le Prologue . D'un coup de baguette
elle rend Arcalaüs et Arcabone immobiles
; elle dissipe l'enchantement dont
Amadis et Oriane sont saisis ; ces Suivantes
celebrent ce jour heureux . Amadis et
Oriane sont transportez dans le Vaisseau
d'Urgande ; elle ne part qu'après avoir
rendu à Arcalais et à sa soeur l'usage de
leurs sens , pour mieux sentir leur malheur
; Ils évoquent des Demons infernaux
, qui sont défaits par des Demons
Aëriens ; le Frere et la Soeur s'abbandonnent
à leur désespoir et se tuent .
Ce qui nous reste à dire du cinquiéme
Acte , est si inferieur à l'Acte précédent ,
que nous ne nous y arrêterons guere. Ur
gande a transporté Amadis Oriane
Florestan et Corisande au Palais enchanté
›
d'AOCTOBRE.
1731. 2421
.
-
Apollidon c'est là qu'ils se retrouvent
tous , et qu'ils deviennent heureux.
Voici ce que les Connoisseurs pensent
de cette Tragedie. Le Prologue est generalement
approuvé. Il s'en faut bien qu'il
en soit de même de la Tragedie ; l'Episode
de Florestan et de Corisande tient
si peu à la Piece , qu'on souhaitteroit
qu'il n'y fut point du tout. Le noeud du
Poëne ne tient qu'à une présomption qui
n'est fondée sur rien. M. Quinault s'est
bien gardé de faire intervenir une seule
Scene entre Amadis et Oriane dans les
4. premiers Actes ; les soupçons d'Oriane
auroient été dissipez par un seul mot
d'Amadis , et la Piece auroit presque aussi-
tôt fini que commencé : il y a suppléé
par l'Episode d'Arcalaüs et d'Arcabone.
Veritablement le premier n'est interessé
que par la haine dans l'action episodique
; mais Arcabone s'y trouve attachée
tout à la fois par la reconnoissance , l'amour
et la haine , et c'est ce qui fait que
le troisiéme Acte et le quatriéme sont
les plus , interessans . Toute la Piece est
bien verifiée , mais elle n'est pas conduite
avec cet Art si ordinaire à son ingenieux
Auteur . L'unité de lieu y est si
mal observée , qu'on ne sçait le plus sou
vent où se passe l'action ; au reste , la
Gv Piece
2422 MERCURE DE FRANCE
Piece paroît absolument finie au quatriéme
Acte ; la mort d'Arcalais et d'Arcabone
ne laissent plus rien à craindre pour
les quatre Amans qui ont dû interesser
les Spectateurs . Pour ce qui regarde
la Musique , on y reconnoît toûjours le
grand Lully ; et si le genre en est un
peu trop triste , c'est plutôt la faute du
Poëte , que celle du Musicien .
Nous lisons dans des Memoires de ce
temps- là , que quand cet Opera parut ,
Quinault n'avoit pas été si embarrassé de
traitter le sujet d'Amadis comme le bruit
en avoit couru. Il fut representé à Paris
le 15. Janvier 1684. On ne le joua point
à Versailles , à cause de la mort de la
Reine.
3
Ce fut à l'occasion de cet Opera , dont
le Roy avoit donné le sujet , et qui , disoit-
on , embarassoit fort Quinault , que
ce Poëte fit ce Madrigal , qu'il intitula
l'Opera difficile.
Ce n'est pas l'Opera que je fais pour le Roy ;
Qui m'empêche d'être tranquile ,.
• Tout ce qu'on fait pour lui , paroit toûjours.fa
cile.
La grande peine où je me voy ;
C'est d'avoir cinq filles chez moi ,
Dont
OCTOBRE.
2323
1731.
Dont la moins âgée est nubile .
Je dois les établir , et voudrois le pouvoir ;
Mais à suivre Apollon , on ne s'enrichit guerre.
C'est avec peu de bien un terrible devoir ,
De se sentir pressé d'être cinq fois Beau- Pere.
Quoi, cinq Actes devant Notaire !
Pour cinq filles qu'il faut pourvoir !
O Ciel ! peut-on jamais avoir
Opera plus fâcheux à faire ?
On trouva les derniers Actes languis-
Sants en comparaison des trois premiers ;
mais Lully distingua cet Opera entre les
meilleurs qu'il avoit faits , et il distingua
parmi ses meilleurs Airs , celui de Bois
épais redouble & c. comme excellent.
En general , on trouve qu'il y a plus
de Prologues de Lully , excellemment
beaux , que d'Opera ; mais le Prologue
de celui-ci est encore préferé par les Connoisseurs
et mis au dessus de tous les
autres. Il est relatif à la Piece , et travaillé
de la part du Poëte et du Musicien
avec un art infini .
›
-
On écrit de Paris , dit M. Bayle , ( dans
ses nouv. de la Rep. des Lettres , ( Avril
1684. ) que la Troupe Italienne représente
une Comédie très divertissante ,
G vj
et
2414 MERCURE DE FRANCE
et qui attire une foule extraordinaire.
Elle s'intitule Arlequin Empereur dans le
monde de la Lune . C'est , dit - on , une
Satyre de l'Opera d'Amadis , et on ajoute
qu'on doit representer incessamment sur
le même Theatre de l'Hôtel de Bourgogne
, Amadis Cuisinier , parce que celui
qui fait le personnage d'Amadis dans
cet Opera , a éré Cuisinier . Ces nouvelles
, continue M. Bayle , ne sont pas.
trop apparentes ; car , comme on sçait
que le Roy lui-même a donné le sujet de
'Opera d'Amadis , qui oseroit en faire
des railleries si publiques ? Ce Monarque
n'a point voulu que cet Opera fut representé
à la Cour , à cause du deuil de la
Reine . On en loüe fort les paroles , les
machines et les Airs. On voit au commen .
cement du Poëme quelques Vers de M.
de la Fontaine à la loüange du Roy .
E
1
a-
4. de ce mois , l'Académie Rovaie
de Musique remit au Theatre
dis , Tragedie de Mrs Quinault et L
Il y a 13. ans qu'elle n'avoit été re résensée.
Les deux Rôles du Prologu
l'Enchanteur Alquif , et de l'Encha
resse Urgande , sont joüez par le S
Chassé et par la Dlle Erremens . Les
Tribon , Dun , Chassé , et les Illes
Maure , Petitpas , et Antier , remp
sent les principaux Rôles de la Piece
ne laissent rien à desirer pour le ch
et la déclamation. Au reste , cet Op
esr fort bien remis ; il y a du specta
et du surprenant pour les yeux ; entr'. v
tres , un Combat en l'air d'une vingtai
de Demons , le Char d'Arcabonne , fig
ré en Dragon aîlé , &c. Le Baler est tr.
bien caracterisé , et la Dlle Sallé y dar
avec des graces et une finesse au- dessu
de nos expressions.
ProOCTOBRE.
1731. 2413
Prologue.
"
Urgande , Magicienne bien -faisante ;
et Alquif , Enchanteur , paroissent sous
un riche Pavillon ; ils ont choisi ces lieux
pour y demeurer enchantez avec leur
-suite jusqu'au temps fortuné que le
destin du monde dépendroit d'un Héros
plus grand qu'Amadis Fils de Perion ,
Roy des Gaules ; un éclair et un coup
de Tonnere commencent à les tirer de
leur profond assoupissement ; leur suite
est éveillée par de nouveaux coups de
Tonnere ; ce qui donne lieu à un des
plus beaux Choeurs que Lully ait faits .
Ils témoignent la joye qu'ils ont de n'être
plus enchantez : ils se proposent de
faire revivre Amadis , et de le transporter
dans les lieux où son sang regnoit
autrefois , ce qui annonce la Tragedie.
Ce Prologue a paru très - brillant ; cependant
quelques Critiques ont trouvé
étrange qu'Urgande et Alquif , qui ne
font que de sortir du profond assoupissement
où ils ont été plongez jusqu'alors ,
soient si bien instruits des Victoires du
Heros de la France , dont ils n'ont pû ni
avoir été témoins , ni avoir été informez
par la Renommée. Le Lecteur jugera si
La Critique est fondée.
G Au
2414 MERCURE DE FRANCE
son
Au premier Acte de la Tragedie , Amadis
ouvre la Scene avec Florestan
Frere naturel . Le premier est accablé
d'une douleur mortelle , dont l'autre
tâche de le distraire ; Oriane , Fille de
Lisuart , Roy de la Grande - Bretagne , le
croyant infidele lui a deffendu de la
>
jamais voir et comme elle va épouser
l'Empereur des Romains , il ne doute
point qu'elle ne soit inconstante ellemême.
Florestan ne pouvant soulager sa
douleur , le laisse sortir pour aller chercher
la solitude.
Florestan revoit Corisande après une
longue absence ; ils témoignent une joye
réciproque. Oriane vient se plaindre à
eux de la prétendue infidelité d'Amadis.
Ils ont beau la vouloir tirer d'erreur ;
elle persiste dans ses injustes soupçons
quelque forte induction qu'on lui fasse
du contraire ; cette obstination à croire
Amadis infidele , n'est fondée que sur ces
Vers :
Le confident de sa nouvelle ardeur
N'a que trop bien sçû m'en instruire ;
Il n'est plus permis à mon coeur
De se laisser séduire.
L'injustice de ses soupçons ne laisse pas
do
OCTOBRE 1731. 2415
tels
que
de produire de beaux sentimens ,
cette tendre plainte :
L'ingrat , un peu plus tard , auroit changé sans
crime ;
Je vais devenir la victime
Du devoir qui regle mon sort.
L'inconstant n'a - t'il pû se faire un peu d'effort
De lui-même bien- tôt son coeur alloit dépendre ;
Ah ! que n'attendoit - il mon hymen ou ma mort
Il ne devoit plus guere attendre .
La Fête de ce premier Acte consiste
en un combat ou un tournois qui se ,
fait en son honneur.
›
,
Arcabonne , Magicienne , commence le
second Acte par un Monologue
dans
lequel elle fait connoître que l'Amour
est entré malgré elle dans un coeur qui
n'étoit destiné qu'à la haine. Arcalaus ,
son Frere , est étonné de la trouver triste
et solitaire ; elle lui déclare l'Amour
-qu'elle a pour un inconnu qui lui a sauvé
la vie ; les Spectateurs ne manquent pas
de pressentir que cet inconnu est Amadiss
c'est là que le grand interêt de la- Piece
commence. Amadis a tué Ardan son
Frere à peine Arcalais lui parle de la
vengeance , qu'elle doit à cette ombre
G ij si
,
2416 MERCURE DE FRANCE
si cherie , qu'on voit sa fureurrenaître :
elle l'exprime par ces Vers :
Que le nom d'Amadis m'inspiré de colere !
Quand pourrai-je gouter le plaisir de sa
mort !
Cela donne lieu à ce beau Duo :
Irritons notre barbarie.
Ecoutons nôtre sang qui crie ;
Perisse l'Ennemi , qui nous ose outrager ;
Ah ! qu'il est doux de se vanger !
>
Arcalaüs engage Amadis dans un Enchantement
; Corisande vient se plaindre
du malheur de Florestan , qu'une inconnuë
a entrainé dans un piége fatal ; elle
prie Amadis de secourir son Amant.
Amadis vole au secours de son Frere .
Arcalaus l'arrête , et fait enlever Corisande
, pour la faire perir avec Florestan.
Amadis combat Arcalaüs ; ce dernier appelle
les Demons à son secours. Ces Demons
paroissent sous des formes agréables
Amadis se laisse séduire à celui qui
a pris la forme d'Oriane ; il met ses armes
à ses pieds et la suit. Ces Demons transformez
font la Fête de ce second Acte ;
cette Fête est , sans contredit , la plus
touchante qui soit dans toute la Tragedie.
La Dlle Sallé y brille beaucoup.
Ац
OCTOBRE. 1731. 2417
2
Au troisiéme Acte , Florestan & Corisande
sont prêts d'être immolez sur le
tombeau d'Ardan Canille , frere d'Arcalaüs
et d'Arcabone mort de la main
d'Amadis. Arcabone doit répandre sur le
même tombeau le sang d'Amadis , et celui
de tout ce qu'il a de plus cher; l'Ombre
d'Ardan sort de son tombeau et
témoigne sa colere à Arcabone par ces
Vers :
Ah ! tu me trahis , malheureuse !
Ah ! tu vas trahir tes serments.
,
L'ombre lui annonce la mort par ces
autres Vers :
Je retombe , le jour me blesse ;
Tu me suivras dans peu de temps :
Pour te reprocher ta foiblesse ,
C'est aux Enfers que je t'attends.
L'ombre rentre dans son Tombeau ;
sa Prédiction commence à se remplir ;
on amene Amadis à Arcabone , pour
être immolé le premier ; Arcabone prête
à lui plonger un Poignard dans le sein
reconnoît en lui le même inconnu qui
lui a sauvé la vie . Le Poignard lui tombe
des mains ; elle fait grace , en sa faveur
>
و
G iij
2418 MERCURE DE FRANCE
}
à tous ceux qui lui étoient destinez pour
victimes ; la liberté qu'elle leur rend ,
fait le sujet de la Fête , par où l'Acte
finit.
Arcalais et Arcabone commencent le
quatrième Acte ; Arcalaus presse sa soeur
d'exposer aux yeux d'Oriane , la victime
qu'elle vient d'immoler ; Arcabone soupire
, et fait connoître à son frere qu'elle
a reconnu dans Amadis
l'inconnu qui
lui a sauvé la vie , et qu'elle aime ; elle
s'exprime ainsi :
2
Que vous êtes heureux ! de n'avoir à songer
Qu'à hair et qu'à vous venger !
Helas ! dans nôtre ennemi même
J'ai trouvé l'inconnu que j'aime.
et
Arcalais lui reproche son parjure
la ménace de sa vengeance ; elle lui répond
:
Je l'aime malgré moi cet ennemi charmant ;
Je n'en puis être aimée ; une autre a sçû lui
plaire ';
Je vous défie avec vôtre colere
D'inventer pour mon châtiment
Un plus cruel tourment.
Arcalaus lui dit que pour la mieux
punir ,
OCTOBRE. 1731. 2419
4
punir , il veut qu'Amadis épouse sa rivale
avant qu'il les immole tous deux ;
Voici la fin de ce Dialogue.
Ah ! que plutôt cent fois ils périssent tous deux ?
Entre l'Amour et la haine cruelle ,
J'ai cru pouvoir me partager ;
Mais dans mon coeur l'Amour est étranger,
Et la haine m'est naturelle.
Ma Rivale gémit , que ses maux me sont doux !
Pour punir ces Amans , j'imagine une peine
Digne de ma fureur et de vôtre courroux.
C'est peu d'une mort inhumaine ;
Arcalans.
Puis-je encore me fier à vous ?
Fiez-
Arcabone.
vous à l'Amour jaloux ;
Al est plus cruel que la haine.
Ils sortent pour aller executer ce nouveau
Projet de vengeance. Oriane vient
et se plaint du triste sort où Amadis l'abbandonne
; elle le croit toûjours infidele.
Arcalaüs lui vient annoncer qu'il l'a vengée
, et qu'il a vaincu Amadis ; comme
elle ne veut pas le croire , il le fait paroître
à ses yeux , étendu sur ses Armies ensanglantées.
Elle déplore sa mort par un
G iiij
Mono2420
MERCURE DE FRANCE
2
Monologue , où la Dlle le More , avec le
son ravissant de sa voix met toute l'expression
possible , et se fait generalement
applaudir ; Oriane tombe évanouie sur
un lit de gazon. Arcalaüs et Arcabonė
rentrent , le projet de leur vengeance
est de faire mourir et revivre tour à tour
ces deux Amants , pour éterniser leur
şupplice par un spectacle si douloureux.
Urgande vient au secours d'Amadis
et d'Oriane. C'est cette même Magicienne
bien- faisante , dont nous avons parlé
dans le Prologue . D'un coup de baguette
elle rend Arcalaüs et Arcabone immobiles
; elle dissipe l'enchantement dont
Amadis et Oriane sont saisis ; ces Suivantes
celebrent ce jour heureux . Amadis et
Oriane sont transportez dans le Vaisseau
d'Urgande ; elle ne part qu'après avoir
rendu à Arcalais et à sa soeur l'usage de
leurs sens , pour mieux sentir leur malheur
; Ils évoquent des Demons infernaux
, qui sont défaits par des Demons
Aëriens ; le Frere et la Soeur s'abbandonnent
à leur désespoir et se tuent .
Ce qui nous reste à dire du cinquiéme
Acte , est si inferieur à l'Acte précédent ,
que nous ne nous y arrêterons guere. Ur
gande a transporté Amadis Oriane
Florestan et Corisande au Palais enchanté
›
d'AOCTOBRE.
1731. 2421
.
-
Apollidon c'est là qu'ils se retrouvent
tous , et qu'ils deviennent heureux.
Voici ce que les Connoisseurs pensent
de cette Tragedie. Le Prologue est generalement
approuvé. Il s'en faut bien qu'il
en soit de même de la Tragedie ; l'Episode
de Florestan et de Corisande tient
si peu à la Piece , qu'on souhaitteroit
qu'il n'y fut point du tout. Le noeud du
Poëne ne tient qu'à une présomption qui
n'est fondée sur rien. M. Quinault s'est
bien gardé de faire intervenir une seule
Scene entre Amadis et Oriane dans les
4. premiers Actes ; les soupçons d'Oriane
auroient été dissipez par un seul mot
d'Amadis , et la Piece auroit presque aussi-
tôt fini que commencé : il y a suppléé
par l'Episode d'Arcalaüs et d'Arcabone.
Veritablement le premier n'est interessé
que par la haine dans l'action episodique
; mais Arcabone s'y trouve attachée
tout à la fois par la reconnoissance , l'amour
et la haine , et c'est ce qui fait que
le troisiéme Acte et le quatriéme sont
les plus , interessans . Toute la Piece est
bien verifiée , mais elle n'est pas conduite
avec cet Art si ordinaire à son ingenieux
Auteur . L'unité de lieu y est si
mal observée , qu'on ne sçait le plus sou
vent où se passe l'action ; au reste , la
Gv Piece
2422 MERCURE DE FRANCE
Piece paroît absolument finie au quatriéme
Acte ; la mort d'Arcalais et d'Arcabone
ne laissent plus rien à craindre pour
les quatre Amans qui ont dû interesser
les Spectateurs . Pour ce qui regarde
la Musique , on y reconnoît toûjours le
grand Lully ; et si le genre en est un
peu trop triste , c'est plutôt la faute du
Poëte , que celle du Musicien .
Nous lisons dans des Memoires de ce
temps- là , que quand cet Opera parut ,
Quinault n'avoit pas été si embarrassé de
traitter le sujet d'Amadis comme le bruit
en avoit couru. Il fut representé à Paris
le 15. Janvier 1684. On ne le joua point
à Versailles , à cause de la mort de la
Reine.
3
Ce fut à l'occasion de cet Opera , dont
le Roy avoit donné le sujet , et qui , disoit-
on , embarassoit fort Quinault , que
ce Poëte fit ce Madrigal , qu'il intitula
l'Opera difficile.
Ce n'est pas l'Opera que je fais pour le Roy ;
Qui m'empêche d'être tranquile ,.
• Tout ce qu'on fait pour lui , paroit toûjours.fa
cile.
La grande peine où je me voy ;
C'est d'avoir cinq filles chez moi ,
Dont
OCTOBRE.
2323
1731.
Dont la moins âgée est nubile .
Je dois les établir , et voudrois le pouvoir ;
Mais à suivre Apollon , on ne s'enrichit guerre.
C'est avec peu de bien un terrible devoir ,
De se sentir pressé d'être cinq fois Beau- Pere.
Quoi, cinq Actes devant Notaire !
Pour cinq filles qu'il faut pourvoir !
O Ciel ! peut-on jamais avoir
Opera plus fâcheux à faire ?
On trouva les derniers Actes languis-
Sants en comparaison des trois premiers ;
mais Lully distingua cet Opera entre les
meilleurs qu'il avoit faits , et il distingua
parmi ses meilleurs Airs , celui de Bois
épais redouble & c. comme excellent.
En general , on trouve qu'il y a plus
de Prologues de Lully , excellemment
beaux , que d'Opera ; mais le Prologue
de celui-ci est encore préferé par les Connoisseurs
et mis au dessus de tous les
autres. Il est relatif à la Piece , et travaillé
de la part du Poëte et du Musicien
avec un art infini .
›
-
On écrit de Paris , dit M. Bayle , ( dans
ses nouv. de la Rep. des Lettres , ( Avril
1684. ) que la Troupe Italienne représente
une Comédie très divertissante ,
G vj
et
2414 MERCURE DE FRANCE
et qui attire une foule extraordinaire.
Elle s'intitule Arlequin Empereur dans le
monde de la Lune . C'est , dit - on , une
Satyre de l'Opera d'Amadis , et on ajoute
qu'on doit representer incessamment sur
le même Theatre de l'Hôtel de Bourgogne
, Amadis Cuisinier , parce que celui
qui fait le personnage d'Amadis dans
cet Opera , a éré Cuisinier . Ces nouvelles
, continue M. Bayle , ne sont pas.
trop apparentes ; car , comme on sçait
que le Roy lui-même a donné le sujet de
'Opera d'Amadis , qui oseroit en faire
des railleries si publiques ? Ce Monarque
n'a point voulu que cet Opera fut representé
à la Cour , à cause du deuil de la
Reine . On en loüe fort les paroles , les
machines et les Airs. On voit au commen .
cement du Poëme quelques Vers de M.
de la Fontaine à la loüange du Roy .
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Résumé : Amadis, &c. [titre d'après la table]
En octobre 1731, l'Académie Royale de Musique a représenté la tragédie 'Amadis' de Quinault et Lully, après une absence de treize ans. Les rôles principaux, tels que l'Enchanteur Alquif et l'Enchanteresse Urgande, ont été interprétés par Chassé et la Dlle Erremens. Les acteurs Tribon, Dun, Chassé, Maure, Petitpas et Antier ont également excellé dans leurs rôles. La mise en scène était spectaculaire, avec des effets surprenants comme un combat aérien de démons et un char transformé en dragon ailé. La Dlle Sallé a particulièrement brillé dans le ballet. Le prologue montre Urgande et Alquif, réveillés par un éclair et un coup de tonnerre, se proposant de faire revivre Amadis. La tragédie commence avec Amadis et son frère Florestan, ce dernier tentant de consoler Amadis de la douleur causée par les soupçons d'infidélité d'Oriane. Oriane, croyant Amadis infidèle, refuse de le voir et doit épouser l'Empereur des Romains. Florestan et Corisande se retrouvent après une longue absence, mais Oriane persiste dans ses soupçons malgré leurs efforts pour la détromper. Dans le second acte, Arcabonne, une magicienne, révèle son amour pour un inconnu, pressentiment que cet inconnu est Amadis. Amadis tue Ardan, le frère d'Arcabonne, et cette dernière jure de se venger. Arcalaüs, le frère d'Arcabonne, engage Amadis dans un enchantement et fait enlever Corisande. Amadis combat Arcalaüs et est séduit par un démon prenant la forme d'Oriane. Le troisième acte voit Florestan et Corisande prêts à être sacrifiés. Arcabonne reconnaît Amadis comme l'inconnu qui lui a sauvé la vie et lui fait grâce. La fête de cet acte célèbre la liberté retrouvée. Dans le quatrième acte, Arcalaüs et Arcabonne complotent pour venger Oriane en faisant souffrir Amadis et Oriane. Urgande intervient pour sauver Amadis et Oriane, les transportant dans son vaisseau enchanté. Arcalaüs et Arcabonne, vaincus, se donnent la mort. Le cinquième acte se conclut par le bonheur retrouvé des personnages principaux au palais enchanté d'Apollidon. Les critiques notent que le prologue est apprécié, mais la tragédie souffre d'un épisode secondaire peu pertinent et d'une unité de lieu mal observée. La musique de Lully est reconnue pour sa qualité, malgré un sujet tragique. L'opéra a été représenté à Paris en janvier 1684 et a suscité des satires comme 'Arlequin Empereur dans le monde de la Lune'. Le roi a inspiré cette œuvre, rendant toute critique publique imprudente. L'œuvre est louée pour ses paroles, ses machines et ses airs. Le poème commence par des vers de M. de la Fontaine en l'honneur du roi.
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5393
p. 2424-2425
La Réconciliation Normande, Comédie, [titre d'après la table]
Début :
Le 14 Octobre, les Comédiens François représenterent la Comédie de la Réconciliation [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Plaisanterie, Amour, Haine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Réconciliation Normande, Comédie, [titre d'après la table]
Le 14 Octobre, les Comédiens François
représenterent la Comédie de la Réconci- ·
liation Normande , en vers et en cinq
Actes , par M. Dufreny , donnée dans sa
nouveauté au mois de Mars 1719. et fors
applaudie. On y voit avec plaisir une infimité
de traits charmans , des caracteres et
des Scenes fort plaisantes et toutes neuves
; en un mot , c'est une Piece pleine
d'esprit
OCTOBRE . 1731 2425
d'esprit et de bonne plaisanterie , et qui
pourroit passer pour le chef- d'oeuvre du
Théatre , si la Fable en étoit plus régulicliere
.
On n'est pas content du titre de la
Piece. Celui de Procès de famille , que l'auteur
avoit d'abord donné à sa Piece auroit
mieux convenu . La Haine fraternelle
y convenoit encore fort bien ; car on ne
parle pendant le cours de la Piece que de
haîne et de procès ; et à propos de la haine
, on trouve dans le second Acte une
espece de parallele de l'Amour et de la
Haine , où l'on fait l'éloge de cette derniere
passion qu'on regarde comme un
chef-d'oeuvre. Il y a aussi dans le quatriéme
Acte une Scene feinte de tendresse
pour tromper une vieille Tante , qui est
un morceau original et d'un prix infini .
Au reste cette Piece est tres- bien remise,
les Rôles y sont remplis tres-avantageusement
et jouez en perfection.
représenterent la Comédie de la Réconci- ·
liation Normande , en vers et en cinq
Actes , par M. Dufreny , donnée dans sa
nouveauté au mois de Mars 1719. et fors
applaudie. On y voit avec plaisir une infimité
de traits charmans , des caracteres et
des Scenes fort plaisantes et toutes neuves
; en un mot , c'est une Piece pleine
d'esprit
OCTOBRE . 1731 2425
d'esprit et de bonne plaisanterie , et qui
pourroit passer pour le chef- d'oeuvre du
Théatre , si la Fable en étoit plus régulicliere
.
On n'est pas content du titre de la
Piece. Celui de Procès de famille , que l'auteur
avoit d'abord donné à sa Piece auroit
mieux convenu . La Haine fraternelle
y convenoit encore fort bien ; car on ne
parle pendant le cours de la Piece que de
haîne et de procès ; et à propos de la haine
, on trouve dans le second Acte une
espece de parallele de l'Amour et de la
Haine , où l'on fait l'éloge de cette derniere
passion qu'on regarde comme un
chef-d'oeuvre. Il y a aussi dans le quatriéme
Acte une Scene feinte de tendresse
pour tromper une vieille Tante , qui est
un morceau original et d'un prix infini .
Au reste cette Piece est tres- bien remise,
les Rôles y sont remplis tres-avantageusement
et jouez en perfection.
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Résumé : La Réconciliation Normande, Comédie, [titre d'après la table]
Le 14 octobre, les Comédiens Français ont interprété 'La Réconciliation Normande', une comédie en vers et en cinq actes écrite par M. Dufreny. Créée en mars 1719, cette pièce a été acclamée pour ses traits charmants, ses personnages et ses scènes plaisantes et originales. Elle est décrite comme pleine d'esprit et de bonne plaisanterie, bien que sa fable soit jugée irrégulière. Le titre initial, 'Procès de famille', aurait mieux convenu. La pièce explore principalement la haine et les procès, avec un parallèle entre l'amour et la haine dans le second acte. Le quatrième acte inclut une scène feinte de tendresse pour tromper une vieille tante, considérée comme un morceau original et précieux. La mise en scène est bien réalisée, avec des rôles interprétés à la perfection.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5394
p. 2425-2429
Le Chevalier Bayard, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 17, les mêmes Comédiens reçurent avec beaucoup d'éloges, une Comédie [...]
Mots clefs :
Couplet, Foire, Air, Opéra-Comique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Chevalier Bayard, &c. [titre d'après la table]
Le 17 , les mêmes Comédiens reçurent
avec beaucoup d'éloges , une Comédie
héroïque,sous le titre du Chevalier Bayard,
en cinq Actes , en vers libres. On assure
que les caracteres des Personnages en sont
fort beaux et fort nobles , et que la Piece
est bien écrite et interessante. Elle est de
M. Autreau , qui donna l'année passée ,
sur
2426 MER CURE DE FRANCE
sur le Théatre de l'Hôtel de Bourgogne ,
Démocrite , prétendu fou , avec tant de
succès.
Les mêmes Comédiens sont prêts à
jouer une petite Comédie d'un Acte , sousle
titre la Réunion des Amours , dont nous
parlerons quand elle aura paru .
Les Comédiens Italiens promettent une
petite Piéce nouvelle , d'un Acte , qui a
pour titre , le Phoenix ou la Fidelité mife
à l'épreuve , dont on parlera plus au long.
Le 25 , le Signeur Giacomo Rauzini ,
originaire de Naples , l'un des Comédiens
Italiens ordinaires du Roy, connu sous le
nom de Capitan Scaramouche , mourut âgé
d'environ 60 ans , après une très courte
maladie,causée par une attaque d'apopléxie;
cet Acteur ne joiioit ordinairement que
dans les Piéces Italiennes , ayant eu beaucoup
de peine à se familiariser avec la
Langue Françoise . Il a été inhumé le lendemain
à S. Eustache sa Paroisse , après
avoir receu ses Sacremens.
Le 30 Septembre , l'Opera Comique fit
la cloture de son Théatre par la Piéce des
Petits Comédiens, et du Ballet des Danseurs
Pantomimes Anglois , dont on a parlé le
mois passé. La De Cheret qui y represcntoit
OCTOBRE 1731. 2427
sentoit le Rôle de la petite Tante , et que
le Public a si fort applaudie , fut chargée
du compliment en Vaudeville , qu'elle
chanta avec autant de graces et de naïveté
que d'intelligence , sur l'air , un Berger de
notre Village.
Dans cette fatale journée ;
Qui doit mettre fin à nos jeux ;
C'est moi que l'on a destinée
Pour faire nos tristes adieux :
Je ne sçais ce que je vais dire :
Mais je sens mon coeur qui soupire.
Elle continue , sur l'air des Triolets.
Les momens où je puis vous voir ,
Sont les plus heureux de ma vie.
Il n'est rien qui puisse valoir :
Les momens que je puis vous voir ,
Mais hélas ! de quel desespoir)
Mon ame est aujourd'hui saisie
Je perds en vous quittant ce soir
Les plus doux momens de ma vie ,
Sur l'air , pour la Baronne.
Ah ! quel dommage !
Lorsque notre Théatre est pléin ;
Pourquoi faut- il plier bagage ?
s'arrêter
2418 MERCURE DE FRANCE
S'arréter en si beau chemin ,
Ah ! quel dommage !
Tous ces regrets sont inutiles , il faut se së
parer, continue- t-elle , et chante sur l'Airs
Que j'estime mon cher voisin.
Du moins pendant les quatre mois
Que je dois être absente ,
Qu'il vous souvienne quelquefois-
De la petite . Tante .
Nous allons employer , Messieurs , cet invervale
à nous mettre en état de meriter vos
suffrages pendant la Foire prochaine 3 su
PAir ,la jeune Isabelle.
Que votre présence
Qui nous charme tant
Soit la récompense
D'un zéle constant ;
L'Opéra lui - même ,
Vous dit clairement
Aimez qui vous aime ,
Rien n'est si charmant.
Elle finit par ce dernier Couplet, qu'elle
shante sur l'Air : Tout cela m'est indifferent.
Si notre Opera quelques jours ,
Vous amusa dans les Fauxbourgs ,
Que
OCTOBRE 1731. 2439
*
Que cela nous devienne utile ;
J'ose aujourd'hui vous en prier ;
Venez tous nous voir à la Ville
Le Troisiéme de Février. *
*Jour de l'ouverture de la Foire S. Germain .
avec beaucoup d'éloges , une Comédie
héroïque,sous le titre du Chevalier Bayard,
en cinq Actes , en vers libres. On assure
que les caracteres des Personnages en sont
fort beaux et fort nobles , et que la Piece
est bien écrite et interessante. Elle est de
M. Autreau , qui donna l'année passée ,
sur
2426 MER CURE DE FRANCE
sur le Théatre de l'Hôtel de Bourgogne ,
Démocrite , prétendu fou , avec tant de
succès.
Les mêmes Comédiens sont prêts à
jouer une petite Comédie d'un Acte , sousle
titre la Réunion des Amours , dont nous
parlerons quand elle aura paru .
Les Comédiens Italiens promettent une
petite Piéce nouvelle , d'un Acte , qui a
pour titre , le Phoenix ou la Fidelité mife
à l'épreuve , dont on parlera plus au long.
Le 25 , le Signeur Giacomo Rauzini ,
originaire de Naples , l'un des Comédiens
Italiens ordinaires du Roy, connu sous le
nom de Capitan Scaramouche , mourut âgé
d'environ 60 ans , après une très courte
maladie,causée par une attaque d'apopléxie;
cet Acteur ne joiioit ordinairement que
dans les Piéces Italiennes , ayant eu beaucoup
de peine à se familiariser avec la
Langue Françoise . Il a été inhumé le lendemain
à S. Eustache sa Paroisse , après
avoir receu ses Sacremens.
Le 30 Septembre , l'Opera Comique fit
la cloture de son Théatre par la Piéce des
Petits Comédiens, et du Ballet des Danseurs
Pantomimes Anglois , dont on a parlé le
mois passé. La De Cheret qui y represcntoit
OCTOBRE 1731. 2427
sentoit le Rôle de la petite Tante , et que
le Public a si fort applaudie , fut chargée
du compliment en Vaudeville , qu'elle
chanta avec autant de graces et de naïveté
que d'intelligence , sur l'air , un Berger de
notre Village.
Dans cette fatale journée ;
Qui doit mettre fin à nos jeux ;
C'est moi que l'on a destinée
Pour faire nos tristes adieux :
Je ne sçais ce que je vais dire :
Mais je sens mon coeur qui soupire.
Elle continue , sur l'air des Triolets.
Les momens où je puis vous voir ,
Sont les plus heureux de ma vie.
Il n'est rien qui puisse valoir :
Les momens que je puis vous voir ,
Mais hélas ! de quel desespoir)
Mon ame est aujourd'hui saisie
Je perds en vous quittant ce soir
Les plus doux momens de ma vie ,
Sur l'air , pour la Baronne.
Ah ! quel dommage !
Lorsque notre Théatre est pléin ;
Pourquoi faut- il plier bagage ?
s'arrêter
2418 MERCURE DE FRANCE
S'arréter en si beau chemin ,
Ah ! quel dommage !
Tous ces regrets sont inutiles , il faut se së
parer, continue- t-elle , et chante sur l'Airs
Que j'estime mon cher voisin.
Du moins pendant les quatre mois
Que je dois être absente ,
Qu'il vous souvienne quelquefois-
De la petite . Tante .
Nous allons employer , Messieurs , cet invervale
à nous mettre en état de meriter vos
suffrages pendant la Foire prochaine 3 su
PAir ,la jeune Isabelle.
Que votre présence
Qui nous charme tant
Soit la récompense
D'un zéle constant ;
L'Opéra lui - même ,
Vous dit clairement
Aimez qui vous aime ,
Rien n'est si charmant.
Elle finit par ce dernier Couplet, qu'elle
shante sur l'Air : Tout cela m'est indifferent.
Si notre Opera quelques jours ,
Vous amusa dans les Fauxbourgs ,
Que
OCTOBRE 1731. 2439
*
Que cela nous devienne utile ;
J'ose aujourd'hui vous en prier ;
Venez tous nous voir à la Ville
Le Troisiéme de Février. *
*Jour de l'ouverture de la Foire S. Germain .
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Résumé : Le Chevalier Bayard, &c. [titre d'après la table]
Le 17 octobre, les comédiens furent félicités pour la comédie héroïque 'Le Chevalier Bayard', écrite par M. Autreau, qui se distingue par ses personnages bien définis et son intérêt. L'auteur avait déjà réussi avec 'Démocrite, prétendu fou' l'année précédente. Les comédiens se préparaient également à jouer 'La Réunion des Amours', une petite comédie d'un acte, tandis que les comédiens italiens annonçaient 'Le Phoenix ou la Fidelité mise à l'épreuve'. Le 25 octobre, Giacomo Rauzini, connu sous le nom de Capitan Scaramouche, décéda à environ 60 ans après une brève maladie due à une attaque d'apoplexie. Cet acteur italien, ordinaire du roi, fut inhumé le lendemain à l'église Saint-Eustache. Le 30 septembre, l'Opéra Comique termina sa saison avec 'Les Petits Comédiens' et un ballet des danseurs pantomimes anglais. La comédienne De Cheret, interprétant le rôle de la petite Tante, prononça un compliment en vaudeville avec grâce et intelligence, exprimant ses regrets de la fermeture du théâtre et promettant de revenir pour la prochaine foire.
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5395
p. 2429-2436
TURQUIE ET PERSE.
Début :
On a eu avis que le Pacha qui commande dans Erivan, avoit donné parole au Roy de Perse [...]
Mots clefs :
Pacha , Roi de Perse, Garnison, Shah, Siège
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
TURQUIE ET PERSE .
Orivan , avoit donné parole au Roy de Perse
Na eu avis que le Pacha qui commande dans
de se rendre prisonnier de Guerre avec toute sa
Garnison , qui est encore de 15000 hommes , si
dans dix jours il ne recevoit pas le secours qu'il
attendoit ; et on ajoûte que le Roy de Perse
avoit détaché de son armée , qui est devant Erivan
, 30000 hommes de Cavalerie , et qu'il les
avoit envoyez du côté de Bagdad , pour occuper
les passages par lesquels il pourroit arriver du
secours au Gouverneur de cette Place.
On a appris presque en même tems que ce détachement
de l'armée de Perse avoit taillé en
pieces le secours que le Pacha du Grand Caireenvoyoit
pour renforcer la Garnison de Bagdad..
Une autre Lettre de Constantinople , du 31
Juillet , porte que la Sultane Validé , qui protege
Djanum Codgea , a obtenu sa grace du Sultan
, qui lui a donné le Pachalik , ou Gouverne
ment en Chef de Rétimo, où sa Hautesse l'avoit
d'abord relegué. Le Kiaya ou Lieutenant et les
neveux de ce Pacha , qui avoient été arrêtez er
COL
2430 MERCURE DE FRANCE
Consignez sur une Galere , le même jour qu'on
lui ôta la Charge de Capitan Pacha , ont depuis
recouvré leur liberté , mais la confiscation qui
avoit été faite de tous ses biens , a subsisté au
profit du Trésor Imperial.
LETTRE écrite de Constantinople ,
le 26 Juin 1731 .
·
E vous ai écrit , Monsieur , le 17 Avril dérnier
, que les Ministres de la Porte avoient eu
Le bonheur de dissiper la seconde sédition arrivée
à Constantinople le jour de Pâques dernier ,
& qu'on étoit redevable de cette action de vigueur
à Djanum Codgea , qui avoit conduit toute
cette grande affaire , et qui par là affermissoit sur
le Trône le Sultan Mahmout son Maître , lequel
en reconnoissance d'un si grand service lui avoit
fait l'honneur de l'aller visiter à l'Arsenal ; honneur
que Codgea , qui n'étoit pas riche , avoit
( payé fort cher puisqu'il lui en coûta cent
bourses..
>
On auroit eru , sans doute , qu'après des services
si signalez , Djanum Codgea auroit joui
tranquillement du fruit de ses travaux : point
du tout. Ce nouveau Capitan Pacha , dans le
tems qu'il s'y attendoit le moins , fut enlevé de
P'Arcenal le 17 de May
, et conduit à la pointe du
Sérail pour y être etranglé à la vvuûeë du Sultan
son Maître , qui , pour être à portée de voir ce
tragique spectacle , étoit allé dans un Kiosque
qui est situé au bord de la Marine , avec la Ŝultane
Validé ( ou Reine Mere. )
Djanum Codgea y fut à peine arrivé que le-
Bostangi Bachi , chargé de l'exécution , lui ôta
sa Pelisse ou Robbe fourrée , lui disant de ne faire
aucun mouvement , parce que le G. S. qui étoit
present
OCTOBRE. 1737. 2431
present examinoit ses actions. Le Capitan Pacha
sans être intimidé par ce discours , se mit à crier
de toute sa force , suppliant son Maître de ne le
point faire mourir sans au moins l'entendre, ajoûtant
que cinquante ans de services , rendus à cer
Empire , et ceux qu'il venoit de rendre personnellement
à S.H. et son grand âge parloit en sa faveur;
que si nonobstant toutes ses considerations
il persistoit à vouloir le faire étrangler
il en étoit le maître ; mais qu'il réfléchît auparavant
qu'il alloit se baigner dans le d'un
sang
innocent , duquel il seroit obligé de rendre com-
-pte à Dieu , et que par cette action inhumaine il
flétriroit au commencement de son regne sa ré
putation , qu'il consideroit bien plus que sa vie.
Soit que ces discours eussent touché le Sultan ,
soit que la Validé s'interessât pour lui , le G. S.
ouvrit une des Fenêtres de son Kiosque , et fit signe
de la main qu'on ne lui ôta pas la vie , mais
qu'il fut conduit à la pointe de Calcedoine os
l'on attendroit ses ordres.
Alors le Bostangi Bachi lui remit sa Pelisse et
le fit embarquer dans son grand Canot, sans vouloir
souffrir qu'aucun de ses gens qui l'avoient.
suivi , l'accompagnât.
D
Cette Scene se passa sur les deux heures après
midi , et cinq heures après on vit passer une
Galere qui alla mouiller à la pointe de Calcedoine
; un Capigi Bachi alla prendre Djanum
Codgea et le fit embarquer sur la Galere , l'assurant
qu'il avoit ordre de le conduire à Retimo
lieu de son exil , et de mener à Constantinople
Abdicapadań, Pacha de Retimo, que le G.S.avoit
nommé Capitan Pacha à sa place. La Galere mit
à la voile à onze heures du soir , sans qu'on put
sçavoir si ce malheureux Codgea devoit être
étranglé , ou si effectivement on se contentoit de
l'exiler. Le
2432 MERCURE DE FRANCE
Le lendemain 18 May , on nomma le plus anclen
des Officiers de l'Arcenal par interim , pour
administrer les affaires de la Marine , et le Grand
Vizir envoya un de ses principaux Officiers au
Divan Kané , pour faire l'inventaire des effets de
Codgea , son Kiaya , de même que ses domestiques
les plus affidez , ils furent conduits prisonniers
sur differentes Galeres , où on leur a donné
plusieurs fois la question pour leur faire déclarer
où étoient les biens de leur Maître, mais quelque
recherche qu'on ait pu faire jusques à present,
il ne s'est trouvé que cinquante - huit bourses et
quelques Montres d'or, et d'autres bijoux de moindre
valeur.
Cinq ou six jours après on apprit que la Galere
avoit mouillé à Héraclée, et que dans le tems
que le Capigi Pachi se disposoit à faire mourir
Djanum Codgea , qui avoit même la corde au
col , il arriva encore un ordre du G. S. de ne le
pas faire , et que la Galere remit à la voile pour
aller à Candie , ou l'ordre portoit qu'il seroit
relégué dans la forteresse. On a depuis vû une
Lettre de D. Codgea , écrite de Venedos à son
neveu , par laquelle il lui marque à peu près les
mêmes choses , et le prie de dire à ses domestiques
, que s'il y en a quelqu'un qui veuille l'aller
joindre à Candie , il peut le faire en toute sureté.
Voici , au reste , les motifs dont on s'est servi
pour le perdre auprès du G. S. On a fait entendre
à S. H. que le grand armement que D. Codgea
venoit de faire, n'avoit pour
but que des vues
particulieres , et non pas la gloire de l'Empire ,
que le Capitan Pacha ne desiroit si ardemment de
sortir dans la Mer blanche que pour s'enfuir avec
la Flotte du G. S. et pour s'aller rendre maître
de quelques unes des Républiques de Barbarie,et s'y
établin
OCTOBRE. 1731. 2433
établir en toute souveraineté , comme il en avoit
déja fait l'entreprise en 1723. que les discours
qu'on lui avoit entendu tenir , qu'il ne se soucioit
plus des Ordres du G. S. lorsqu'il auroit
passé la pointe du Serail , marquoient assez qu'il
n'étoit pas un Sujet moins dangereux que les Rebelles
qu'on avoit exterminez ; qu'il avoit fait
bâtir des Cazernes et des Caffez du côté de l'Arcenal
, où il tenoit un nombre infini de Levantis
Qu Soldats de Marine armez , malgré les deffenses
du Sultan ; enfin que tant qu'il vivroit le
Corps des Janissaires qui étoit rentré de bonne
foy dans son devoir , seroit sensible à la méfiance
que le G. S. auroit euë par ses insinuations ,
& c.
Cette derniere raison , ou pour mieux dire la
satisfaction qu'on a voulu donner aux Janissaires
a le plus contribué à la disgrace de Djanum
Codgea , et rien ne le prouve plus que l'ordre du
Sultan donné le jour même qu'on enleva D.Codgea
, de raser toutes les Cazernes , ce qui fut
executé avec une espece de fureur. Il est bien
vrai que le Capitan Pacha , sur tout depuis la
dernière révolution , ne gardoit presque aucune
mesure dans ses discours. Il étoit , à l'entendre ,
le seul brave , le seul restaurateur de l'Empire ;
son Maître étoit un imbecile , et le Vizir peu
propre pour l'emploi qu'il faisoit , & c. ses amis
Lui representoient quelquefois les consequences de
ces discours ; mais au lieu d'en profiter il s'emportoit
contr'eux et faisoit encore pis : aussi
peut on dire que c'est l'intemperance de sa langue
qui l'a perdu.
Le Vizir étoit devenu par là son mortel ennemi,
quoiqu'ils se fussent juré une amitié de frere
étant ensemble à Lamecque. Le P. Ministre a
tou2434
MERCURE DE FRANCE
toujours dissimulé , et sous des caresses feintes
il cachoit le plus cruel poison. Par surcroît de
mal il se trouvoit auprès de Djánum Codgea
une infinité de flateurs qui le confirmoient dans la
folle opinion que jamais cet Empire n'avoit eu le
bonheur d'avoir une personne de son courage er
de sa réputation , et que le Vizir auprès de lui
n'étoit absolument rien ; le jour même de sa disgrace
il alla à la Porte pour recevoir des mains
du Vizir la Pélisse , dont on a coutume de revêtir
les Capitans Pachas , lorsqu'ils sortent à la
Mer. Le Vizir lui fit mille caresses , et lui dit entre
autres choses que comme il avoit rendu des
services signalez, les marques d'honneur devoient
être proportionnées , que le Sultan Mahmout ne
le consideroit pas comme un Bacha ordinaire ; et
que S. H. se proposoit de le revêtir elle - même
de la Pélisse. Djanum Codgea la reçut cependant
à l'Arcenal . Un instant aprés on l'envoya
chercher du Sérail , et au lieu de le revêtir de la
Robe d'honneur , le G. S. le disgracie , comme je
Pai dit.
Abdicapadan est attendu incessamment ici
On croit qu'on sera content de lui , il est for
doux et fort poli.
On a sçu que les Turcs avoient reçû Pagréable
nouvelle de la défaite de Parmée de Thamas
Schah , qui faisoit le Siége d'Erivan , et que plusieurs
Kams ou Seigneurs Persans , des plus distinguez
, avoient été fait prisonniers, et qu'on les
conduisoit à Constantinople pour les faire servir
à quelque grand Triomphe ; mais.ce grand nombre
de Prisonniers de marque , s'est enfin réduit à
un seul , qui arriva icy le 22 du mois passé ; il
fur dabord conduit a la Porte chez le Grand Vizir
qui le reçût asséz , bien et lui fit rendre quelques
OCTOBRE. 1731. 2135
Enes honneurs par son Kiaya. Ce Kam , nom.
mé Velikoulikam , étoit un des plus considerables
Seigneurs de Perse ; il avoit été fait
Kam du temps de Schah - Suleiman , pere de
Schah - Hussein , et sous le regne de ce dernier
Roy il avoit exercé la Charge d'Eatemad Doulet,
ou de G. V. Il commandoit en dernier lien
l'armée de Schah- Thamas, et par son courage er
par son attachement pour ce Prince ; il avoit un
peu rétabli ses affaires . C'étoit le plus cruel ennemi
que
les Turcs pussent jamais avoir ; aussi
le Sultan Mahmout lui fit trancher la tête , le 24
du mois passé dans la grande Place du Sérail .
Les Turcs sont , dit on , résolus de continuer
cette Guerre , et font des efforts extraordinaires.
On ajoute qu'il vient d'être donné un Fetfa ou
Ordre suprême de faire mourir tous les Persans
qui seront pris en guerre.
Schah Thamas a couru grand risque. Ce Prince
étoit en personne devant Erivan , mais le Kam
qui vient d'avoir la tête tranchée, se méfiant du
courage de ses Troupes , conseilla à son Maître
de se retirer dans un lieu nommé les trois Eglises
, ce qu'il fit , avec quelques -uns des siens , et
la veille de sa défaite il passa la Riviere , qui
n'est étoignée que de huit lieuës , ce qui fut sa
seureté.
Depuis ces avantages remportez par les Turcs ,
on dit que Schah Thamas a écrit à Achmet ,
Pacha de Babilonne, pour demander la paix ;mais
que la Porte a refusé toute ouverture d'accomtmodement,
et même qu'elle a fait arrêter les Ambassadeurs
Persans qui étoient partis d'icy il y a
trois mois. On ajoute qu'un nouvel Ambassadeur
, qui devoit se rendre à Constantinople , a
été arrêté à Icoram , et qu'après s'être saisi de
seo
2436 MERCURE DE FRANCE
ses dépêches, on la conduit en exil dans une dos
Isles de l'Archipel. Je suis , &c.
Orivan , avoit donné parole au Roy de Perse
Na eu avis que le Pacha qui commande dans
de se rendre prisonnier de Guerre avec toute sa
Garnison , qui est encore de 15000 hommes , si
dans dix jours il ne recevoit pas le secours qu'il
attendoit ; et on ajoûte que le Roy de Perse
avoit détaché de son armée , qui est devant Erivan
, 30000 hommes de Cavalerie , et qu'il les
avoit envoyez du côté de Bagdad , pour occuper
les passages par lesquels il pourroit arriver du
secours au Gouverneur de cette Place.
On a appris presque en même tems que ce détachement
de l'armée de Perse avoit taillé en
pieces le secours que le Pacha du Grand Caireenvoyoit
pour renforcer la Garnison de Bagdad..
Une autre Lettre de Constantinople , du 31
Juillet , porte que la Sultane Validé , qui protege
Djanum Codgea , a obtenu sa grace du Sultan
, qui lui a donné le Pachalik , ou Gouverne
ment en Chef de Rétimo, où sa Hautesse l'avoit
d'abord relegué. Le Kiaya ou Lieutenant et les
neveux de ce Pacha , qui avoient été arrêtez er
COL
2430 MERCURE DE FRANCE
Consignez sur une Galere , le même jour qu'on
lui ôta la Charge de Capitan Pacha , ont depuis
recouvré leur liberté , mais la confiscation qui
avoit été faite de tous ses biens , a subsisté au
profit du Trésor Imperial.
LETTRE écrite de Constantinople ,
le 26 Juin 1731 .
·
E vous ai écrit , Monsieur , le 17 Avril dérnier
, que les Ministres de la Porte avoient eu
Le bonheur de dissiper la seconde sédition arrivée
à Constantinople le jour de Pâques dernier ,
& qu'on étoit redevable de cette action de vigueur
à Djanum Codgea , qui avoit conduit toute
cette grande affaire , et qui par là affermissoit sur
le Trône le Sultan Mahmout son Maître , lequel
en reconnoissance d'un si grand service lui avoit
fait l'honneur de l'aller visiter à l'Arsenal ; honneur
que Codgea , qui n'étoit pas riche , avoit
( payé fort cher puisqu'il lui en coûta cent
bourses..
>
On auroit eru , sans doute , qu'après des services
si signalez , Djanum Codgea auroit joui
tranquillement du fruit de ses travaux : point
du tout. Ce nouveau Capitan Pacha , dans le
tems qu'il s'y attendoit le moins , fut enlevé de
P'Arcenal le 17 de May
, et conduit à la pointe du
Sérail pour y être etranglé à la vvuûeë du Sultan
son Maître , qui , pour être à portée de voir ce
tragique spectacle , étoit allé dans un Kiosque
qui est situé au bord de la Marine , avec la Ŝultane
Validé ( ou Reine Mere. )
Djanum Codgea y fut à peine arrivé que le-
Bostangi Bachi , chargé de l'exécution , lui ôta
sa Pelisse ou Robbe fourrée , lui disant de ne faire
aucun mouvement , parce que le G. S. qui étoit
present
OCTOBRE. 1737. 2431
present examinoit ses actions. Le Capitan Pacha
sans être intimidé par ce discours , se mit à crier
de toute sa force , suppliant son Maître de ne le
point faire mourir sans au moins l'entendre, ajoûtant
que cinquante ans de services , rendus à cer
Empire , et ceux qu'il venoit de rendre personnellement
à S.H. et son grand âge parloit en sa faveur;
que si nonobstant toutes ses considerations
il persistoit à vouloir le faire étrangler
il en étoit le maître ; mais qu'il réfléchît auparavant
qu'il alloit se baigner dans le d'un
sang
innocent , duquel il seroit obligé de rendre com-
-pte à Dieu , et que par cette action inhumaine il
flétriroit au commencement de son regne sa ré
putation , qu'il consideroit bien plus que sa vie.
Soit que ces discours eussent touché le Sultan ,
soit que la Validé s'interessât pour lui , le G. S.
ouvrit une des Fenêtres de son Kiosque , et fit signe
de la main qu'on ne lui ôta pas la vie , mais
qu'il fut conduit à la pointe de Calcedoine os
l'on attendroit ses ordres.
Alors le Bostangi Bachi lui remit sa Pelisse et
le fit embarquer dans son grand Canot, sans vouloir
souffrir qu'aucun de ses gens qui l'avoient.
suivi , l'accompagnât.
D
Cette Scene se passa sur les deux heures après
midi , et cinq heures après on vit passer une
Galere qui alla mouiller à la pointe de Calcedoine
; un Capigi Bachi alla prendre Djanum
Codgea et le fit embarquer sur la Galere , l'assurant
qu'il avoit ordre de le conduire à Retimo
lieu de son exil , et de mener à Constantinople
Abdicapadań, Pacha de Retimo, que le G.S.avoit
nommé Capitan Pacha à sa place. La Galere mit
à la voile à onze heures du soir , sans qu'on put
sçavoir si ce malheureux Codgea devoit être
étranglé , ou si effectivement on se contentoit de
l'exiler. Le
2432 MERCURE DE FRANCE
Le lendemain 18 May , on nomma le plus anclen
des Officiers de l'Arcenal par interim , pour
administrer les affaires de la Marine , et le Grand
Vizir envoya un de ses principaux Officiers au
Divan Kané , pour faire l'inventaire des effets de
Codgea , son Kiaya , de même que ses domestiques
les plus affidez , ils furent conduits prisonniers
sur differentes Galeres , où on leur a donné
plusieurs fois la question pour leur faire déclarer
où étoient les biens de leur Maître, mais quelque
recherche qu'on ait pu faire jusques à present,
il ne s'est trouvé que cinquante - huit bourses et
quelques Montres d'or, et d'autres bijoux de moindre
valeur.
Cinq ou six jours après on apprit que la Galere
avoit mouillé à Héraclée, et que dans le tems
que le Capigi Pachi se disposoit à faire mourir
Djanum Codgea , qui avoit même la corde au
col , il arriva encore un ordre du G. S. de ne le
pas faire , et que la Galere remit à la voile pour
aller à Candie , ou l'ordre portoit qu'il seroit
relégué dans la forteresse. On a depuis vû une
Lettre de D. Codgea , écrite de Venedos à son
neveu , par laquelle il lui marque à peu près les
mêmes choses , et le prie de dire à ses domestiques
, que s'il y en a quelqu'un qui veuille l'aller
joindre à Candie , il peut le faire en toute sureté.
Voici , au reste , les motifs dont on s'est servi
pour le perdre auprès du G. S. On a fait entendre
à S. H. que le grand armement que D. Codgea
venoit de faire, n'avoit pour
but que des vues
particulieres , et non pas la gloire de l'Empire ,
que le Capitan Pacha ne desiroit si ardemment de
sortir dans la Mer blanche que pour s'enfuir avec
la Flotte du G. S. et pour s'aller rendre maître
de quelques unes des Républiques de Barbarie,et s'y
établin
OCTOBRE. 1731. 2433
établir en toute souveraineté , comme il en avoit
déja fait l'entreprise en 1723. que les discours
qu'on lui avoit entendu tenir , qu'il ne se soucioit
plus des Ordres du G. S. lorsqu'il auroit
passé la pointe du Serail , marquoient assez qu'il
n'étoit pas un Sujet moins dangereux que les Rebelles
qu'on avoit exterminez ; qu'il avoit fait
bâtir des Cazernes et des Caffez du côté de l'Arcenal
, où il tenoit un nombre infini de Levantis
Qu Soldats de Marine armez , malgré les deffenses
du Sultan ; enfin que tant qu'il vivroit le
Corps des Janissaires qui étoit rentré de bonne
foy dans son devoir , seroit sensible à la méfiance
que le G. S. auroit euë par ses insinuations ,
& c.
Cette derniere raison , ou pour mieux dire la
satisfaction qu'on a voulu donner aux Janissaires
a le plus contribué à la disgrace de Djanum
Codgea , et rien ne le prouve plus que l'ordre du
Sultan donné le jour même qu'on enleva D.Codgea
, de raser toutes les Cazernes , ce qui fut
executé avec une espece de fureur. Il est bien
vrai que le Capitan Pacha , sur tout depuis la
dernière révolution , ne gardoit presque aucune
mesure dans ses discours. Il étoit , à l'entendre ,
le seul brave , le seul restaurateur de l'Empire ;
son Maître étoit un imbecile , et le Vizir peu
propre pour l'emploi qu'il faisoit , & c. ses amis
Lui representoient quelquefois les consequences de
ces discours ; mais au lieu d'en profiter il s'emportoit
contr'eux et faisoit encore pis : aussi
peut on dire que c'est l'intemperance de sa langue
qui l'a perdu.
Le Vizir étoit devenu par là son mortel ennemi,
quoiqu'ils se fussent juré une amitié de frere
étant ensemble à Lamecque. Le P. Ministre a
tou2434
MERCURE DE FRANCE
toujours dissimulé , et sous des caresses feintes
il cachoit le plus cruel poison. Par surcroît de
mal il se trouvoit auprès de Djánum Codgea
une infinité de flateurs qui le confirmoient dans la
folle opinion que jamais cet Empire n'avoit eu le
bonheur d'avoir une personne de son courage er
de sa réputation , et que le Vizir auprès de lui
n'étoit absolument rien ; le jour même de sa disgrace
il alla à la Porte pour recevoir des mains
du Vizir la Pélisse , dont on a coutume de revêtir
les Capitans Pachas , lorsqu'ils sortent à la
Mer. Le Vizir lui fit mille caresses , et lui dit entre
autres choses que comme il avoit rendu des
services signalez, les marques d'honneur devoient
être proportionnées , que le Sultan Mahmout ne
le consideroit pas comme un Bacha ordinaire ; et
que S. H. se proposoit de le revêtir elle - même
de la Pélisse. Djanum Codgea la reçut cependant
à l'Arcenal . Un instant aprés on l'envoya
chercher du Sérail , et au lieu de le revêtir de la
Robe d'honneur , le G. S. le disgracie , comme je
Pai dit.
Abdicapadan est attendu incessamment ici
On croit qu'on sera content de lui , il est for
doux et fort poli.
On a sçu que les Turcs avoient reçû Pagréable
nouvelle de la défaite de Parmée de Thamas
Schah , qui faisoit le Siége d'Erivan , et que plusieurs
Kams ou Seigneurs Persans , des plus distinguez
, avoient été fait prisonniers, et qu'on les
conduisoit à Constantinople pour les faire servir
à quelque grand Triomphe ; mais.ce grand nombre
de Prisonniers de marque , s'est enfin réduit à
un seul , qui arriva icy le 22 du mois passé ; il
fur dabord conduit a la Porte chez le Grand Vizir
qui le reçût asséz , bien et lui fit rendre quelques
OCTOBRE. 1731. 2135
Enes honneurs par son Kiaya. Ce Kam , nom.
mé Velikoulikam , étoit un des plus considerables
Seigneurs de Perse ; il avoit été fait
Kam du temps de Schah - Suleiman , pere de
Schah - Hussein , et sous le regne de ce dernier
Roy il avoit exercé la Charge d'Eatemad Doulet,
ou de G. V. Il commandoit en dernier lien
l'armée de Schah- Thamas, et par son courage er
par son attachement pour ce Prince ; il avoit un
peu rétabli ses affaires . C'étoit le plus cruel ennemi
que
les Turcs pussent jamais avoir ; aussi
le Sultan Mahmout lui fit trancher la tête , le 24
du mois passé dans la grande Place du Sérail .
Les Turcs sont , dit on , résolus de continuer
cette Guerre , et font des efforts extraordinaires.
On ajoute qu'il vient d'être donné un Fetfa ou
Ordre suprême de faire mourir tous les Persans
qui seront pris en guerre.
Schah Thamas a couru grand risque. Ce Prince
étoit en personne devant Erivan , mais le Kam
qui vient d'avoir la tête tranchée, se méfiant du
courage de ses Troupes , conseilla à son Maître
de se retirer dans un lieu nommé les trois Eglises
, ce qu'il fit , avec quelques -uns des siens , et
la veille de sa défaite il passa la Riviere , qui
n'est étoignée que de huit lieuës , ce qui fut sa
seureté.
Depuis ces avantages remportez par les Turcs ,
on dit que Schah Thamas a écrit à Achmet ,
Pacha de Babilonne, pour demander la paix ;mais
que la Porte a refusé toute ouverture d'accomtmodement,
et même qu'elle a fait arrêter les Ambassadeurs
Persans qui étoient partis d'icy il y a
trois mois. On ajoute qu'un nouvel Ambassadeur
, qui devoit se rendre à Constantinople , a
été arrêté à Icoram , et qu'après s'être saisi de
seo
2436 MERCURE DE FRANCE
ses dépêches, on la conduit en exil dans une dos
Isles de l'Archipel. Je suis , &c.
Fermer
Résumé : TURQUIE ET PERSE.
Le texte décrit des événements militaires et politiques impliquant la Turquie et la Perse. En Turquie, Djanum Codgea, après avoir réprimé une sédition à Constantinople, est arrêté et condamné à mort par le Sultan Mahmout. Grâce à l'intervention de la Sultane Validé, sa peine est commuée en exil à Rétimo. Ses biens sont confisqués, mais ses proches sont libérés. En Perse, le gouverneur d'Erivan menace de se rendre si aucun secours n'arrive. Le roi de Perse envoie 30 000 cavaliers vers Bagdad pour bloquer les renforts turcs. Ces cavaliers attaquent et détruisent les secours envoyés par le Pacha du Grand Caire à Bagdad. À Constantinople, Abdicapadan est nommé nouveau Capitan Pacha. Les Turcs célèbrent la défaite de l'armée perse devant Erivan et exécutent un seigneur perse notable, Velikoulikam. La Turquie refuse les offres de paix du roi perse Schah Thamas et arrête les ambassadeurs perses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5396
p. 2436-2438
EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople, sur l'incendie &c.
Début :
Le 21. du mois de Juillet dernier, à deux heures du matin, le feu prit à Topana dans [...]
Mots clefs :
Feu, Roi de Perse, Cavalerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople, sur l'incendie &c.
EXTRAIT d'une Lettre de Constanti
nople , sur l'incendie &c.
L
E 21. du mois de Juillet dernier , à deux
heures du matin , le feu prit à Topana dans
la partie de ce Fauxbourg , qui est congue à
ceux de Pera et de Galata ; le temps étoit assez
calme et on peut assurer que cet Incendie
n'auroit causé la perte que de quelques Maisons .
si l'on y cut apporré du remede dès qu'on s'en
apperçût.
Jusqu'à quatre heures du matin , le feu n'avoit
encore fait que peu de progrès , on étoit
beaucoup plus allarmé à Pera , qui est confondu
avec Topana , qu'on ne l'étoit à Galata , parceque
ce dernier Fauxbourg étant entouré de Murailles
fort élevées et plus éloigné du Feu , on
avoit lieu de se flatter qu'il seroit éteint avant
que d'y avoir pû pénetrer ; mais un Vent du
Nord , qui s'éleva tout à coup avec violence ,
décida du sort de ces deux Fauxbourgs , en por
tant du côté de Galata de longs tourbillons de
flammes qui embraserent d'abord les Maisons
adossées exterieurement aux Murs , et qui se
communiquerent bien-tôt à celles qui y étoient
appuyées en-dedans. Alors, les Marchands François
et les autres Habitans du même quartier ,
connoissant le danger ausquels ils étoient exposez
, chacun s'empressa de transporter à la hâte
ses effets en des lieux de sûreté ,
bien des gens
ne pûrent y parvenir , soit par la difficulté qu'il
avoit de passer dans les rues qui sont fort
étroites
OCTOBRE 17 ཏཱ 1 , 2437
Etroites , et qui étoient remplies d'une Populace
que nulle autorité ne réprimoit , soit par la
rareté des Portefaix , qui , se prévalant du besoin
qu'on avoit d'eux , exigeoient un salaire
exhorbitant.
Par un Reglement de la Police de ce Payscy
, les Jannissaires sont particulierement préposez
pour éteindre les Incendies ; mais on a
reconnu par une expérience réïterée , qu'ils font
pl . de mal que de bien dans ces occasions ;
heureusement le feu , après avoir duré 11. ou
12. heures , s'éteignit comme de lui - même.
On compte qu'il peut y avoir eu 4 à 500 Maisons
de brûlées >
plusieurs Bains , Moulins et
Fruits , trois Eglises Grecques , deux Armenienes
, quelques Synagogues de Juifs , et deux.
petites Mosquées .
Les François ont eu le bonheur de sauver .
dans des Magazins à l'épreuve du Feu , toutes
lears Marchandises er la plus grande partie de
leurs Meubles , de sorte qu'à deux ou trois maisons
près qui appartenoient à quelques - uns
d'eux , les autres Nationaux en seront quittes
pour peu de chose. La perte la plus considerable
de notre Nation , tombe sur les Religieux. Les
Jesuites ont non - seulement perdu la Maison
qu'ils habitent , mais encore 9 ou 10 autres
Maisons dont le loüage faisoit tout leur revenu
feur Eglise qui est toute de pierre , et ce qu'ils'
y voient renfermé , ont été garantis des flam
mes , de même qu'une petite maison qui leur
servoit d'Infirmerie ; les Capucins ont aussi
sauvé leur Eglise et perdu , leur Couvent. Pour
les Dominicains , quoique le feu les ait épargnez
ils n'en ont pas moins souffert dans le
tumulte ; tout Pinterieur de leur Couvent et de
leur Eglise a été détruit,
·
H O₂
2438 MERCURE DE FRANCE
On ne dit pas s'il a péri beaucoup de monde
dans cet Incendie ; on sçait seulement que beaucoup
de Jannissaires échauffez par le vin , ont
été écrasez sous les ruines des maisons , et que
d'autres tout-à - fait yvres ont été consumez par
los flammes. On assure qu'il y en a entr'autres
une Troupe de 29 , qui s'étant acharnez à briser
los Tonneaux d'une Taverne , furent tous ense
velis sous les ruines de ce Cabaret.
Selon des Lettres reçues depuis cet Incendie
a été plus considerable qu'on ne croyoit , ayant
consumé près de 11000. Maisons.
On a appris par des Lettres d'Allemagne ,
que le Grand Visir, avoit été déposé ; que le
Pacha de Nizza avoit été nommé G. V. à sa
place , et que le Commandant du Bannat Turc
de Temeswar exerçoit cette Charge par
interim.
>
On apprend aussi que le grand Mogol avoit
envoyé au Roy de Perse rooo . hommes de sai
meilleure Cavalerie et un Million en or pous
Faider à chasser les Turcs de ses Etats.
nople , sur l'incendie &c.
L
E 21. du mois de Juillet dernier , à deux
heures du matin , le feu prit à Topana dans
la partie de ce Fauxbourg , qui est congue à
ceux de Pera et de Galata ; le temps étoit assez
calme et on peut assurer que cet Incendie
n'auroit causé la perte que de quelques Maisons .
si l'on y cut apporré du remede dès qu'on s'en
apperçût.
Jusqu'à quatre heures du matin , le feu n'avoit
encore fait que peu de progrès , on étoit
beaucoup plus allarmé à Pera , qui est confondu
avec Topana , qu'on ne l'étoit à Galata , parceque
ce dernier Fauxbourg étant entouré de Murailles
fort élevées et plus éloigné du Feu , on
avoit lieu de se flatter qu'il seroit éteint avant
que d'y avoir pû pénetrer ; mais un Vent du
Nord , qui s'éleva tout à coup avec violence ,
décida du sort de ces deux Fauxbourgs , en por
tant du côté de Galata de longs tourbillons de
flammes qui embraserent d'abord les Maisons
adossées exterieurement aux Murs , et qui se
communiquerent bien-tôt à celles qui y étoient
appuyées en-dedans. Alors, les Marchands François
et les autres Habitans du même quartier ,
connoissant le danger ausquels ils étoient exposez
, chacun s'empressa de transporter à la hâte
ses effets en des lieux de sûreté ,
bien des gens
ne pûrent y parvenir , soit par la difficulté qu'il
avoit de passer dans les rues qui sont fort
étroites
OCTOBRE 17 ཏཱ 1 , 2437
Etroites , et qui étoient remplies d'une Populace
que nulle autorité ne réprimoit , soit par la
rareté des Portefaix , qui , se prévalant du besoin
qu'on avoit d'eux , exigeoient un salaire
exhorbitant.
Par un Reglement de la Police de ce Payscy
, les Jannissaires sont particulierement préposez
pour éteindre les Incendies ; mais on a
reconnu par une expérience réïterée , qu'ils font
pl . de mal que de bien dans ces occasions ;
heureusement le feu , après avoir duré 11. ou
12. heures , s'éteignit comme de lui - même.
On compte qu'il peut y avoir eu 4 à 500 Maisons
de brûlées >
plusieurs Bains , Moulins et
Fruits , trois Eglises Grecques , deux Armenienes
, quelques Synagogues de Juifs , et deux.
petites Mosquées .
Les François ont eu le bonheur de sauver .
dans des Magazins à l'épreuve du Feu , toutes
lears Marchandises er la plus grande partie de
leurs Meubles , de sorte qu'à deux ou trois maisons
près qui appartenoient à quelques - uns
d'eux , les autres Nationaux en seront quittes
pour peu de chose. La perte la plus considerable
de notre Nation , tombe sur les Religieux. Les
Jesuites ont non - seulement perdu la Maison
qu'ils habitent , mais encore 9 ou 10 autres
Maisons dont le loüage faisoit tout leur revenu
feur Eglise qui est toute de pierre , et ce qu'ils'
y voient renfermé , ont été garantis des flam
mes , de même qu'une petite maison qui leur
servoit d'Infirmerie ; les Capucins ont aussi
sauvé leur Eglise et perdu , leur Couvent. Pour
les Dominicains , quoique le feu les ait épargnez
ils n'en ont pas moins souffert dans le
tumulte ; tout Pinterieur de leur Couvent et de
leur Eglise a été détruit,
·
H O₂
2438 MERCURE DE FRANCE
On ne dit pas s'il a péri beaucoup de monde
dans cet Incendie ; on sçait seulement que beaucoup
de Jannissaires échauffez par le vin , ont
été écrasez sous les ruines des maisons , et que
d'autres tout-à - fait yvres ont été consumez par
los flammes. On assure qu'il y en a entr'autres
une Troupe de 29 , qui s'étant acharnez à briser
los Tonneaux d'une Taverne , furent tous ense
velis sous les ruines de ce Cabaret.
Selon des Lettres reçues depuis cet Incendie
a été plus considerable qu'on ne croyoit , ayant
consumé près de 11000. Maisons.
On a appris par des Lettres d'Allemagne ,
que le Grand Visir, avoit été déposé ; que le
Pacha de Nizza avoit été nommé G. V. à sa
place , et que le Commandant du Bannat Turc
de Temeswar exerçoit cette Charge par
interim.
>
On apprend aussi que le grand Mogol avoit
envoyé au Roy de Perse rooo . hommes de sai
meilleure Cavalerie et un Million en or pous
Faider à chasser les Turcs de ses Etats.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople, sur l'incendie &c.
Le 21 juillet, un incendie s'est déclaré à Topana, dans le faubourg proche de Pera et Galata. Initialement contrôlable, le feu s'est propagé rapidement en raison d'un vent violent du nord, embrasant les maisons adjacentes aux murs. Les habitants, notamment les marchands français, ont tenté de sauver leurs biens, mais ont rencontré des obstacles dus aux rues étroites et à la raréfaction des portefaix. Les Jannissaires, chargés d'éteindre les incendies, ont aggravé la situation en causant des dommages supplémentaires. L'incendie a duré environ 12 heures, détruisant environ 4 à 500 maisons, plusieurs bains, moulins, fruits, églises, synagogues et mosquées. Les Français ont réussi à sauver la plupart de leurs marchandises. Les Jésuites ont perdu plusieurs maisons et leur couvent, tandis que les Capucins ont sauvé leur église mais perdu leur couvent. Les Dominicains ont vu leur intérieur détruit. Plusieurs Jannissaires ivres ont péri sous les ruines ou dans les flammes. Des lettres ultérieures ont révélé que l'incendie avait détruit près de 11 000 maisons. Par ailleurs, des nouvelles politiques indiquaient la déposition du Grand Visir et l'envoi de renforts par le Grand Mogol au roi de Perse.
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5397
p. 2438-2439
POLOGNE.
Début :
On mande de l'Ukraine, que le Comte Kalzinski, Regimentaire, avoit fait rendre [...]
Mots clefs :
Ukraine, Cosaques, Crimée, Princesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE.
ر
N mande de l'Ukraine , que le Comte
Kalzinski , Regimentaire , avoit fait rendre
les Chevaux et les Bestiaux que les Cosaques
avoient enlevés sur les frontieres ; que ces
Brigands étoient environnez par l'Armée du
Kan des Tartares de Crimée , qui avoit résolu
de les réduire à la derniere extrêmité , pour se
vanger de plusieurs insultes qu'ils ont faites à
ses sujets , et de l'Assassinat d'un de ses principaux
Officiers ; qu'à l'arrivée du Kan dans l'U
Krainė
OCTOBRE. 1731 .
1731. 2439
>
kraine , le General des Cosaques , nomané Maloczivicez
, étoit allé se jetter à ses pieds pour
lui demander pardon au nom de toute sa Nation
et lui offrir une satisfaction convenable ,
avec 11. Cosaques pour être ses Esclaves ; mais
que toutes ses offres ayant été rejettées , ce General
avoit envoyé des Députez à la Czarine
pour lui offrir de mettre toute la Nation des
Cosaques sous sa protection , et de lui payer
un tribut
et qu'en attendant la réponse de
cette Princesse les principales Familles des
Cosaques s'étoient retirées dans des Bois de la
Pologne , mais qu'on y avoit envoyé quelques
Compagnies franches pour les en chasser .
ر
N mande de l'Ukraine , que le Comte
Kalzinski , Regimentaire , avoit fait rendre
les Chevaux et les Bestiaux que les Cosaques
avoient enlevés sur les frontieres ; que ces
Brigands étoient environnez par l'Armée du
Kan des Tartares de Crimée , qui avoit résolu
de les réduire à la derniere extrêmité , pour se
vanger de plusieurs insultes qu'ils ont faites à
ses sujets , et de l'Assassinat d'un de ses principaux
Officiers ; qu'à l'arrivée du Kan dans l'U
Krainė
OCTOBRE. 1731 .
1731. 2439
>
kraine , le General des Cosaques , nomané Maloczivicez
, étoit allé se jetter à ses pieds pour
lui demander pardon au nom de toute sa Nation
et lui offrir une satisfaction convenable ,
avec 11. Cosaques pour être ses Esclaves ; mais
que toutes ses offres ayant été rejettées , ce General
avoit envoyé des Députez à la Czarine
pour lui offrir de mettre toute la Nation des
Cosaques sous sa protection , et de lui payer
un tribut
et qu'en attendant la réponse de
cette Princesse les principales Familles des
Cosaques s'étoient retirées dans des Bois de la
Pologne , mais qu'on y avoit envoyé quelques
Compagnies franches pour les en chasser .
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Résumé : POLOGNE.
En 1731, en Pologne, le Comte Kalzinski a récupéré des chevaux et du bétail volés par les Cosaques aux frontières de l'Ukraine. Les Cosaques étaient encerclés par l'armée du Kan des Tartares de Crimée, qui cherchait à les punir pour des insultes et l'assassinat d'un de ses officiers. À l'arrivée du Kan en Ukraine, le général des Cosaques, Maloczivicez, s'est jeté à ses pieds pour demander pardon et a offert une satisfaction ainsi que 11 Cosaques comme esclaves. Ces offres ayant été rejetées, Maloczivicez a envoyé des députés à la Czarine pour proposer de placer les Cosaques sous sa protection et de lui payer un tribut. En attendant la réponse, les principales familles cosaques se sont réfugiées dans des bois en Pologne, mais des compagnies franches y ont été envoyées pour les en chasser.
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5398
p. 2439-2440
ALLEMAGNE.
Début :
On apprend de Vienne, que le 14. Septembre, il y eût Fête au Palais de la [...]
Mots clefs :
Vienne, Palais de la Favorite, Électeur de Cologne, Électeur de Mayence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
N apprend de Vienne , que le 14. Septembre
, il y eût Fête au Palais de la
Favorite , pour l'Anniversaire de la Naissance
de l'Archiduchesse Marie Anne , qui entroit
dans la quatorziéme année de son âge , et selon
l'usage , cette Princesse regala 14 pauvres
Filles de son âge , les servit à table , et leur fir
des aumônes.
On a reçu avis que l'Electeur de Cologne
étoit tombé de Cheval à la Chasse , qu'il s'etoit
rompu deux côtes et fait une blessure conside
rable à la tête , et qu'on craignoit les suites de
ses blessures .
On apprend de Scheverin , que le Duc Char .
les - Leopold de Meckelbourg avoit reçu une remise
de 30000. Ecus à compte des Subsides que
la Czarine sa Belle. Soeur lui a promis , et que
le bruit couroit que les differends de ce Prince
Hij
атес
2440 MERCURE DE FRANCE
avec le Duc Chrétien Louis son Frere , ser
roient incessamment terminez par l'entremise
de l'Empereur et du Roy de Suede.
L'Electeur de Mayence est parti de Vienne
pour retourner à Neus en Silesie. L. M. I. Pons
accompagné jusqu'à Stammerstoff
N apprend de Vienne , que le 14. Septembre
, il y eût Fête au Palais de la
Favorite , pour l'Anniversaire de la Naissance
de l'Archiduchesse Marie Anne , qui entroit
dans la quatorziéme année de son âge , et selon
l'usage , cette Princesse regala 14 pauvres
Filles de son âge , les servit à table , et leur fir
des aumônes.
On a reçu avis que l'Electeur de Cologne
étoit tombé de Cheval à la Chasse , qu'il s'etoit
rompu deux côtes et fait une blessure conside
rable à la tête , et qu'on craignoit les suites de
ses blessures .
On apprend de Scheverin , que le Duc Char .
les - Leopold de Meckelbourg avoit reçu une remise
de 30000. Ecus à compte des Subsides que
la Czarine sa Belle. Soeur lui a promis , et que
le bruit couroit que les differends de ce Prince
Hij
атес
2440 MERCURE DE FRANCE
avec le Duc Chrétien Louis son Frere , ser
roient incessamment terminez par l'entremise
de l'Empereur et du Roy de Suede.
L'Electeur de Mayence est parti de Vienne
pour retourner à Neus en Silesie. L. M. I. Pons
accompagné jusqu'à Stammerstoff
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Résumé : ALLEMAGNE.
Le 14 septembre, une fête a été organisée au Palais de la Favorite à Vienne pour célébrer le quatorzième anniversaire de l'archiduchesse Marie Anne. À cette occasion, la princesse a offert un repas et des aumônes à quatorze jeunes filles de son âge. Par ailleurs, l'Électeur de Cologne a été victime d'un accident de chasse, tombant de cheval et se blessant gravement avec deux côtes fracturées et une blessure à la tête. Le duc Charles-Leopold de Mecklembourg a reçu une remise de 30 000 écus de la part de la tsarine, sa belle-sœur, en guise d'avance sur les subsides promis. Des rumeurs évoquent une possible résolution des différends entre ce duc et son frère, le duc Chrétien Louis, grâce à la médiation de l'empereur et du roi de Suède. Enfin, l'Électeur de Mayence a quitté Vienne pour retourner à Neus en Silésie, accompagné par M. Pons jusqu'à Stammerstoff.
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5399
p. 2440-2446
ITALIE.
Début :
Dans le Consistoire du 3. Septembre, le cardinal Ottoboni proposa l'Abbaye de [...]
Mots clefs :
Consistoire, Lyon, Diocèse, Infant d'Espagne, Cardinal, Troupe, Conseil collatéral de Naples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
Ans le Consistoire du 3. Septembre , le
Dcardinal Ottoboni proposa l'Abbaye de
Nôtre-Dame de Ham Diocèse de Noyon
pour l'Abbé de Sesmaisons ; il préconisa ensuite
I'Evêque de Noyon pour l'Archevêché de Lyon
P'Abbé de S. Simon pour l'Evêché de Noyon
et l'Abbé de Laubrieres pour l'Evêché de
Soissons.
› A la fin du Consistoire le Pape par une
grace particuliere ' , accorda le Pallium à l'Evêque
de Marseille.
Dans le Consistoire tenu au Quirinal le 240.
Septembre , le Cardinal Orthoboni , Protecteur
des affaires de France › proposa l'Evêché de
Mackarska pour M. Etienne Blascowich , Prêtre
du Diocèse de Spalatro ; l'Abbaye de N. D. de
Canderly , Ordre de Citeaux , Diocèse d'Alby ,
pour l'Abbé de Foucaud ; celle de Dalone
même Ordre , Diocèse de Limoges , pour l'Abbé
de Vignau , et celle de Senanques , même Ordre
, Diocêse de Cavaillon' › pour l'Abbé de
Pins de Roquefort. Il préconisa ensuite l'Abbé
de Tilly pour l'Evêché d'Orange , et l'Archevêque
de Narbonne pour l'Abbaye de Bonneval
, Ordre de Citeaux , Diocèse de Rodez
Le 27. du même mois , le Pape tint un autre
ConOCTOBRE.
1731 : 2441
Consistoire public , dans lequel S. S. donna le
Chapeau de Cardinal à Joseph Firrao , Napolitain
, Evêque d'Aversa et à Antoine - Xavier
Gentile , Romain , Archevêque de Petra.
>
L'Abbé Segardi a été nommé pour porter
le Bonnet au Cardinal Vincent Bichi de Sienne,
Archevêque de Laodicée , cy-devant Nonce en
Portugal ; l'Abbé Pasch au Cardinal Sinibald
Doria , Genois , Archevêque de Benevent , et
M. Altoviti au Cardinal Antoine Guadagni ,
Carme Déchaussé de Elorence Neveu de S. St
et à present Evêque d'Arezzo .
Le 18. Septembre , on reçût avis à Rome que
la Duchesse Douairiere de Parme n'êtant point
grosse , M. Oddi , Commissaire du Pape , avoit
fait afficher des Actes de prise de Possession an
nom de S. S. par lesquels il étoit declaré que
les Duchés de Parme et de Plaisance étant Fiefs
relevant du S. Siege , il étoit deffendu aux Peuples
de ces Duchés de reconnoître d'autre Souverain
que le Pape ; mais que le General Stampa,
Commissaire de l'Empereur
"
et son Ministre
Plénipotentiaire , avoit pris possession de ce
même Duché au nom de l'Infant Don Carlos ,
et fait ôter les Actes affichés par les soins de
' M. Oddi.
3
On écrit de Venise , que la Duchesse Douairiere
de Parme étoit retournée auprès du Duc
de Modene son Pere et que le General Stampa
avoit donné des Ordres pour la reception de
F'Infant Don Carlos .
,
>
Par d'autres avis " on a appris que la même
Duchesse Douairiere de Parme avoit declaré
le 13. Septembre qu'elle n'étoit point grosse ,
que le lendemain le General Stampa avoit pris
possession des Duchés de Parme et de Plaisance
Hiij au
2442 MERCURE DE FRANCE
au nom de l'Infant d'Espagne Don Carlos ; qu'
Notaire Imperial , accompagné d'autres Officiers -
de Justice , avoit la l'Edit publié à cet effet daz
Balcon de la maison du Gouverneur de Parme ,
qui est situé sur la grande Place de cette Ville
od il y avoit an grand concours de Peuple , er
que le même jour ce General avoit écrit à tous
Jes Magistrats des Tribunaux de ces Duchés
de continuer les fonctions de leurs Charges
jusqu'à nouvel ordre.
La citation faite au Cardinal Coscia , de comparoître
devant la Congregation de Non Nullis
étant prête à expirer , ce Cardinal a envoyé á
Rome des Certificats de ses Medecins à Naples ,
qui déclarent qu'il est au lit par la Goûte , et
qu'il n'est pas en état de faire le Voyage.
Le 1. Octobre > on publia un Decret de la
Congregation de Non Nullis ; par lequel tous
les Benefices du Cardinal Coscia sont déclarez
vacants , et à la nomination de S. S.
La Donation que le feu Pape Benoît XIII.
avoit faite au Seminaire de Montalto , de quelques
revenus affectés au soulagement des Pauvres
de la même Ville a été annullée le
par
Pape
>
}
On ajoûte que le Commandant d'Ajaccio
avoit défait un Corps de Rebelles , qui s'étoient
assemblés à Mazzanaz , que depuis la Garnison
de la même Ville avoit fait une sortie dans
Laquelle elle avoit tué plusieurs Rebelles , et
leur avoit pris quantité de Chevaux et d'autres
Bestiaux.
Le bruit court que l'Empereur a resolu de
terminer par un Ttaité , les differends de cette
Republique avec les Rebelles de Corse , et qu'on
avoit dépêché de Vienne un Courier chargé
d'InsOCTOBRE.
1731 2443
d'Instructions pout le General Wachtendoncs ,
qui commande les Troupes de S. M. 1. dans
cette Isle.
3.
, pour
Le Courier depêché par le Cardinal Alexandre
Albani , à Turin informer le Roy de
·Sardaigne de ce qui s'étoit passé dans le Consistoire
ou le Pape supprima les Privileges accordés
à de Prince sous le précedept Pontificat , remint
le 3 à Rome , et le bruit s'est répandu adepuis ,
que le Roy de Sardaigne avoit declaré qu'il
étoit inutile de penser à aucun accommode-
• ment ; qu'il croyoit que le Pape n'avoit pas
Te pouvoir de supprimer une Bulle de son Prédecesseur
et qu'il étoit resolu de se servir de
cette Bulle pour demeurer en possession de tout
ce que le feu Pape lui avoit accordé.
>
la Le Duc Cesarini a obtenu du Pape per-
`mission d'emprunter 22000. Ecus dans les
Monts de Piété , pour achever la construction
-de son Nouveau Theatre.
Le bruit court à Rome , que le Cardinal
d'Althan , qui y doit atriver dans peu , et loger
dans le Palais du Cardinal Belluga , s'est attiré
la disgrace de l'Empereur , pour avoir deffendu
aux Protestans de son Diocèse d'épouser des
filles de leur Secte , et pour avoir voulu des
obliger de faire baptiser leurs Enfans par des
Ecclesiastiques Catholiques , quoique par les Constitutions de l'Empire ils eussent des Privileges
contraires ; pour éviter que ces Innovations
n'excitâssent quelques désordres dans ce
Diocèse , S. M. I supprime par un Edit toutes
Jes Ordonnances de ce Cardinal.
Le Cardinal Bentivoglio ayant reçu de Seville
les pleins pouvoirs du Roy d'Espagne , pour
prendre possession au nom de l'Infant Don
Hiiij Carlos
2444 MERCURE DE FRANCE
Carlos , des Biens Allodiaux dépendans du Do
ché de Parme , qui sont situez a Rome et dans
P'Etat Ecclesiastique , ce Cardinal fit faire le
22. Septembre cette prise de Possession par
PAvocat Ferruci , assisté d'un Notaire et d'au
tres Officiers de Justice ; et le 29. cette Emimence
alla en grand Cortege prendre possession
du Palais Farnese au nom de l'Infant Don
Carlos.
>
>
Le Tribunal de la Rote se rassembla le premier
d'Octobre , selon la coûtume , et l'Abbé de
Gamaches , Auditeur de Rote pour la France ,
en fit l'ouverture par un Discours trés- éloquent.
M. Charles Fornary , arriva à Genes le 13 .
du mois dernier , rapporta au grand Conseil ,
que pendant les pluyes continuelles qui tomboient
depuis plusieurs jours dans l'Isle de Corse,
il avoit été impossible de poursuivre les Re
belles dans le quartier de Vescovado mais
qu'un Détachement des Troupes de la Republique
leur avoit enlevé beaucoup de Bestiaux ,
et fait un grand nombre de Prisonniers ; que
la Garnison d'Ajaccio avoit fait aussi plusieurs
sorties contre les Rebelles , et qu'elle avoit toujours
emporté sur eux quelque avantage ; que
la Republique de Genes avoit envoyé dans cette
Isle une Compagnie de Grisons de 200. hommes
, et qu'elle frettoit des Bâtiments pour le
transport de plusieurs autres Compagnies qu'on
leve actuellement chez les Grisons , dont on
devoit former un Regiment. Elle a obtenu de
l'Empereur le second Corps de Troupes qu'elle
lui a fait demander , composé d'un Bataillon
du Regiment d'Oneille , d'un autre du Regiment
de Walsegg , de deux Compagnies des
Grenadiers de ces Regimens , d'une Compagnie
détachée
OCTOBRE 1731. 2445
" détachée de 6o . Hommes et de 150. Hussars.
Ces Troupes partirent de Genes le 24. Septembre
, embarquées sur un Convoy de transport ,
qui doit être arrivé à la Bastia.
Les dernieres Nouvelles de Genes portent
les 2000. hommes de Troupes Imperiales
dont on a parlé , ont débarqué à la Bastia ,
d'où ils ont marché depuis pour aller joindre
le premier Corps de Troupes que l'Empereur
avoit accordé à cette Republique . !
Le Don gratuit de 300000. Ducats , offerts
à l'Empereur par les differentes Communautez
de la Ville de Naples n'a pas été accepté ,
et S. M. I. a déclaré qu'elle avoit besoin cette
aunée d'une Somme de 485 mille florins pour
l'entretien de ses Troupes.
On apprend de Naples , qu'on y avoit publié
un Ordre de l'Empereur , qui deffend aux Offi
ciers de la Nonciature de passer
à pied ,
cheval , ou en voiture devant le Palais du Conseil
Collateral , sous peine d'encourir son indignation
; que ce Conseil avoit fait publier des
Lettres inhibitoires , par lesquelles il ordonne
à tous les Amodiateurs , Receveurs , Agens , ou
Administrateurs des Biens Ecclesiastiques et Seculiers
du Cardinal Coscia , de lui remettre incessamment
les revenus qu'ils ont reçûs depuis:
la saisie qui a été faite par le Nonce du Pape ,
sans qu'il leur soit permis de retarder leurs .
Payemens , sous pretexte de la peine d'excommunication
dont ils ont été menacez.
On meuble actuellement à Rome le Palais
Bonelli pour le Duc de S. Aignan , Ambassa→
deur du Roi T. Ch ,
Le 9. Septembre , il y eut à Rome une
Congrégation extraordinaire , composée des
H Car2446
MERCURE DE FRANCE
Cardinaux Imperiali , Davia , Corsini , Gri
maldi , et Aldobrandini , au sujet des Officiers
de la Nonciature de Naples , que l'Empereur
a exilés.
Le Conseil Collateral de Naples prétend
que le Nonce du Pape lui remette les procedures
qu'il a faites contre le Cardinal Coscia , qui
ont été déclarées nulles , ayant été commencées
à l'insçu de ce Tribunal er sans avoir demandé
le consentement de l'Empereur.
>
Il est aussi survenu de grands differends
entre ce Conseil et le nouvel Archevêque de
Benevent , au sujet de la convocation d'un Synode
que ce Prélat a indiqué sans la permission
de ce Conseil , et il a été deffendu aux Curés
et aux autres Beneficiers de la partie du Diocèse
de Benevent qui est située dans le Royaume
de Naples , d'y assister , sous peine de la saisie
de leur Temporel.
Ans le Consistoire du 3. Septembre , le
Dcardinal Ottoboni proposa l'Abbaye de
Nôtre-Dame de Ham Diocèse de Noyon
pour l'Abbé de Sesmaisons ; il préconisa ensuite
I'Evêque de Noyon pour l'Archevêché de Lyon
P'Abbé de S. Simon pour l'Evêché de Noyon
et l'Abbé de Laubrieres pour l'Evêché de
Soissons.
› A la fin du Consistoire le Pape par une
grace particuliere ' , accorda le Pallium à l'Evêque
de Marseille.
Dans le Consistoire tenu au Quirinal le 240.
Septembre , le Cardinal Orthoboni , Protecteur
des affaires de France › proposa l'Evêché de
Mackarska pour M. Etienne Blascowich , Prêtre
du Diocèse de Spalatro ; l'Abbaye de N. D. de
Canderly , Ordre de Citeaux , Diocèse d'Alby ,
pour l'Abbé de Foucaud ; celle de Dalone
même Ordre , Diocèse de Limoges , pour l'Abbé
de Vignau , et celle de Senanques , même Ordre
, Diocêse de Cavaillon' › pour l'Abbé de
Pins de Roquefort. Il préconisa ensuite l'Abbé
de Tilly pour l'Evêché d'Orange , et l'Archevêque
de Narbonne pour l'Abbaye de Bonneval
, Ordre de Citeaux , Diocèse de Rodez
Le 27. du même mois , le Pape tint un autre
ConOCTOBRE.
1731 : 2441
Consistoire public , dans lequel S. S. donna le
Chapeau de Cardinal à Joseph Firrao , Napolitain
, Evêque d'Aversa et à Antoine - Xavier
Gentile , Romain , Archevêque de Petra.
>
L'Abbé Segardi a été nommé pour porter
le Bonnet au Cardinal Vincent Bichi de Sienne,
Archevêque de Laodicée , cy-devant Nonce en
Portugal ; l'Abbé Pasch au Cardinal Sinibald
Doria , Genois , Archevêque de Benevent , et
M. Altoviti au Cardinal Antoine Guadagni ,
Carme Déchaussé de Elorence Neveu de S. St
et à present Evêque d'Arezzo .
Le 18. Septembre , on reçût avis à Rome que
la Duchesse Douairiere de Parme n'êtant point
grosse , M. Oddi , Commissaire du Pape , avoit
fait afficher des Actes de prise de Possession an
nom de S. S. par lesquels il étoit declaré que
les Duchés de Parme et de Plaisance étant Fiefs
relevant du S. Siege , il étoit deffendu aux Peuples
de ces Duchés de reconnoître d'autre Souverain
que le Pape ; mais que le General Stampa,
Commissaire de l'Empereur
"
et son Ministre
Plénipotentiaire , avoit pris possession de ce
même Duché au nom de l'Infant Don Carlos ,
et fait ôter les Actes affichés par les soins de
' M. Oddi.
3
On écrit de Venise , que la Duchesse Douairiere
de Parme étoit retournée auprès du Duc
de Modene son Pere et que le General Stampa
avoit donné des Ordres pour la reception de
F'Infant Don Carlos .
,
>
Par d'autres avis " on a appris que la même
Duchesse Douairiere de Parme avoit declaré
le 13. Septembre qu'elle n'étoit point grosse ,
que le lendemain le General Stampa avoit pris
possession des Duchés de Parme et de Plaisance
Hiij au
2442 MERCURE DE FRANCE
au nom de l'Infant d'Espagne Don Carlos ; qu'
Notaire Imperial , accompagné d'autres Officiers -
de Justice , avoit la l'Edit publié à cet effet daz
Balcon de la maison du Gouverneur de Parme ,
qui est situé sur la grande Place de cette Ville
od il y avoit an grand concours de Peuple , er
que le même jour ce General avoit écrit à tous
Jes Magistrats des Tribunaux de ces Duchés
de continuer les fonctions de leurs Charges
jusqu'à nouvel ordre.
La citation faite au Cardinal Coscia , de comparoître
devant la Congregation de Non Nullis
étant prête à expirer , ce Cardinal a envoyé á
Rome des Certificats de ses Medecins à Naples ,
qui déclarent qu'il est au lit par la Goûte , et
qu'il n'est pas en état de faire le Voyage.
Le 1. Octobre > on publia un Decret de la
Congregation de Non Nullis ; par lequel tous
les Benefices du Cardinal Coscia sont déclarez
vacants , et à la nomination de S. S.
La Donation que le feu Pape Benoît XIII.
avoit faite au Seminaire de Montalto , de quelques
revenus affectés au soulagement des Pauvres
de la même Ville a été annullée le
par
Pape
>
}
On ajoûte que le Commandant d'Ajaccio
avoit défait un Corps de Rebelles , qui s'étoient
assemblés à Mazzanaz , que depuis la Garnison
de la même Ville avoit fait une sortie dans
Laquelle elle avoit tué plusieurs Rebelles , et
leur avoit pris quantité de Chevaux et d'autres
Bestiaux.
Le bruit court que l'Empereur a resolu de
terminer par un Ttaité , les differends de cette
Republique avec les Rebelles de Corse , et qu'on
avoit dépêché de Vienne un Courier chargé
d'InsOCTOBRE.
1731 2443
d'Instructions pout le General Wachtendoncs ,
qui commande les Troupes de S. M. 1. dans
cette Isle.
3.
, pour
Le Courier depêché par le Cardinal Alexandre
Albani , à Turin informer le Roy de
·Sardaigne de ce qui s'étoit passé dans le Consistoire
ou le Pape supprima les Privileges accordés
à de Prince sous le précedept Pontificat , remint
le 3 à Rome , et le bruit s'est répandu adepuis ,
que le Roy de Sardaigne avoit declaré qu'il
étoit inutile de penser à aucun accommode-
• ment ; qu'il croyoit que le Pape n'avoit pas
Te pouvoir de supprimer une Bulle de son Prédecesseur
et qu'il étoit resolu de se servir de
cette Bulle pour demeurer en possession de tout
ce que le feu Pape lui avoit accordé.
>
la Le Duc Cesarini a obtenu du Pape per-
`mission d'emprunter 22000. Ecus dans les
Monts de Piété , pour achever la construction
-de son Nouveau Theatre.
Le bruit court à Rome , que le Cardinal
d'Althan , qui y doit atriver dans peu , et loger
dans le Palais du Cardinal Belluga , s'est attiré
la disgrace de l'Empereur , pour avoir deffendu
aux Protestans de son Diocèse d'épouser des
filles de leur Secte , et pour avoir voulu des
obliger de faire baptiser leurs Enfans par des
Ecclesiastiques Catholiques , quoique par les Constitutions de l'Empire ils eussent des Privileges
contraires ; pour éviter que ces Innovations
n'excitâssent quelques désordres dans ce
Diocèse , S. M. I supprime par un Edit toutes
Jes Ordonnances de ce Cardinal.
Le Cardinal Bentivoglio ayant reçu de Seville
les pleins pouvoirs du Roy d'Espagne , pour
prendre possession au nom de l'Infant Don
Hiiij Carlos
2444 MERCURE DE FRANCE
Carlos , des Biens Allodiaux dépendans du Do
ché de Parme , qui sont situez a Rome et dans
P'Etat Ecclesiastique , ce Cardinal fit faire le
22. Septembre cette prise de Possession par
PAvocat Ferruci , assisté d'un Notaire et d'au
tres Officiers de Justice ; et le 29. cette Emimence
alla en grand Cortege prendre possession
du Palais Farnese au nom de l'Infant Don
Carlos.
>
>
Le Tribunal de la Rote se rassembla le premier
d'Octobre , selon la coûtume , et l'Abbé de
Gamaches , Auditeur de Rote pour la France ,
en fit l'ouverture par un Discours trés- éloquent.
M. Charles Fornary , arriva à Genes le 13 .
du mois dernier , rapporta au grand Conseil ,
que pendant les pluyes continuelles qui tomboient
depuis plusieurs jours dans l'Isle de Corse,
il avoit été impossible de poursuivre les Re
belles dans le quartier de Vescovado mais
qu'un Détachement des Troupes de la Republique
leur avoit enlevé beaucoup de Bestiaux ,
et fait un grand nombre de Prisonniers ; que
la Garnison d'Ajaccio avoit fait aussi plusieurs
sorties contre les Rebelles , et qu'elle avoit toujours
emporté sur eux quelque avantage ; que
la Republique de Genes avoit envoyé dans cette
Isle une Compagnie de Grisons de 200. hommes
, et qu'elle frettoit des Bâtiments pour le
transport de plusieurs autres Compagnies qu'on
leve actuellement chez les Grisons , dont on
devoit former un Regiment. Elle a obtenu de
l'Empereur le second Corps de Troupes qu'elle
lui a fait demander , composé d'un Bataillon
du Regiment d'Oneille , d'un autre du Regiment
de Walsegg , de deux Compagnies des
Grenadiers de ces Regimens , d'une Compagnie
détachée
OCTOBRE 1731. 2445
" détachée de 6o . Hommes et de 150. Hussars.
Ces Troupes partirent de Genes le 24. Septembre
, embarquées sur un Convoy de transport ,
qui doit être arrivé à la Bastia.
Les dernieres Nouvelles de Genes portent
les 2000. hommes de Troupes Imperiales
dont on a parlé , ont débarqué à la Bastia ,
d'où ils ont marché depuis pour aller joindre
le premier Corps de Troupes que l'Empereur
avoit accordé à cette Republique . !
Le Don gratuit de 300000. Ducats , offerts
à l'Empereur par les differentes Communautez
de la Ville de Naples n'a pas été accepté ,
et S. M. I. a déclaré qu'elle avoit besoin cette
aunée d'une Somme de 485 mille florins pour
l'entretien de ses Troupes.
On apprend de Naples , qu'on y avoit publié
un Ordre de l'Empereur , qui deffend aux Offi
ciers de la Nonciature de passer
à pied ,
cheval , ou en voiture devant le Palais du Conseil
Collateral , sous peine d'encourir son indignation
; que ce Conseil avoit fait publier des
Lettres inhibitoires , par lesquelles il ordonne
à tous les Amodiateurs , Receveurs , Agens , ou
Administrateurs des Biens Ecclesiastiques et Seculiers
du Cardinal Coscia , de lui remettre incessamment
les revenus qu'ils ont reçûs depuis:
la saisie qui a été faite par le Nonce du Pape ,
sans qu'il leur soit permis de retarder leurs .
Payemens , sous pretexte de la peine d'excommunication
dont ils ont été menacez.
On meuble actuellement à Rome le Palais
Bonelli pour le Duc de S. Aignan , Ambassa→
deur du Roi T. Ch ,
Le 9. Septembre , il y eut à Rome une
Congrégation extraordinaire , composée des
H Car2446
MERCURE DE FRANCE
Cardinaux Imperiali , Davia , Corsini , Gri
maldi , et Aldobrandini , au sujet des Officiers
de la Nonciature de Naples , que l'Empereur
a exilés.
Le Conseil Collateral de Naples prétend
que le Nonce du Pape lui remette les procedures
qu'il a faites contre le Cardinal Coscia , qui
ont été déclarées nulles , ayant été commencées
à l'insçu de ce Tribunal er sans avoir demandé
le consentement de l'Empereur.
>
Il est aussi survenu de grands differends
entre ce Conseil et le nouvel Archevêque de
Benevent , au sujet de la convocation d'un Synode
que ce Prélat a indiqué sans la permission
de ce Conseil , et il a été deffendu aux Curés
et aux autres Beneficiers de la partie du Diocèse
de Benevent qui est située dans le Royaume
de Naples , d'y assister , sous peine de la saisie
de leur Temporel.
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Résumé : ITALIE.
En septembre et octobre 1731, plusieurs événements ecclésiastiques et politiques marquants se sont produits. Le 3 septembre, lors d'un consistoire, le cardinal Ottoboni proposa diverses nominations, notamment l'Abbaye de Notre-Dame de Ham pour l'Abbé de Sesmaisons, l'Évêque de Noyon pour l'Archevêché de Lyon, l'Abbé de Saint-Simon pour l'Évêché de Noyon, et l'Abbé de Laubrières pour l'Évêché de Soissons. Le Pape accorda également le Pallium à l'Évêque de Marseille. Le 24 septembre, lors d'un autre consistoire, le cardinal Ottoboni proposa plusieurs autres nominations, dont l'Évêché de Mackarska pour Étienne Blascowich, l'Abbaye de Notre-Dame de Canderly pour l'Abbé de Foucaud, l'Abbaye de Dalone pour l'Abbé de Vignau, et l'Abbaye de Sénanques pour l'Abbé de Pins de Roquefort. Il préconisa également l'Abbé de Tilly pour l'Évêché d'Orange et l'Archevêque de Narbonne pour l'Abbaye de Bonneval. Le 27 septembre, le Pape attribua le chapeau de cardinal à Joseph Firrao et Antoine-Xavier Gentile. Des tensions politiques émergèrent concernant les Duchés de Parme et de Plaisance. La Duchesse Douairière de Parme déclara ne pas être enceinte, permettant au Général Stampa de prendre possession des duchés au nom de l'Infant Don Carlos, malgré les actes de prise de possession affichés par le Commissaire du Pape, M. Oddi. En Corse, des opérations militaires furent menées contre des rebelles, et des troupes impériales furent envoyées pour renforcer la garnison d'Ajaccio. Il fut également rapporté que l'Empereur envisageait un traité pour résoudre les différends avec les rebelles corses. À Rome, le Duc Césarini obtint la permission d'emprunter des fonds pour achever la construction de son théâtre. Le Cardinal d'Althan, en disgrâce auprès de l'Empereur, vit ses ordonnances supprimées. Le Cardinal Bentivoglio prit possession de biens allodiaux au nom de l'Infant Don Carlos. Le Tribunal de la Rote se rassembla le 1er octobre, et des nouvelles militaires concernant la Corse furent rapportées. À Naples, des ordres de l'Empereur et des lettres inhibitoires furent publiés, et des différends surgirent entre le Conseil Collateral et le nouvel Archevêque de Benevent.
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5400
p. 2446-2448
ESPAGNE.
Début :
Il a été résolu dans le Conseil du Roy, que Infant Dom Carlos partiroit pour l'Italie le [...]
Mots clefs :
Escadre, Rade, Or, Conseil du roi
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texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
L a été résolu dans le Conseil du Roy , que
Infant Dom Carlos partiroit pour l'Italie le
20 ou le 21. de ce mois , et que ce Prince passeroit
par les Provinces Méridionales de France
pour aller s'embarquer à Antibes.Le détachement
des Gardes du Corps qui ont été choisis pour sa
Garde ordinaire , est déja parti avec ses équipages
pour se rendre à Barcelone par deux differentes
routes.
On mande de Malaga que le 3 au soir il y
étoit arrivé un Courier de la Haye,avec un ordre
des Etats Generaux au Contre- Amiral Schryver ,
Commandant des trois Vaissaux de Guerre Hollandois
qui étoient dans ce Port, de joindre l'Es
cadre
OCTOBRE. 1731. 2447
Cadre Angloise qui est dans la Méditerrannée ;
que le 4 au matin cette Escadre avoit passé à la
vue de Malaga , au nombre de quatorze Vaisseaux
de Guerre , qu'elle avoit à bord mille hommes
qu'on avoit embarquez à Gibraltar, et qu'elle
faisoit route vers Barcelone ; que le même jour le
Contre- Amiral Hollandois avoit fait appareiller
ses Vaisseaux pour suivre cette Escadre.
Tous les Officiers qui doivent servir sur l'Escadre
du Roy, sont partis pour se rendre à Barcelone
, où l'on croit qu'elle est arrivée . Cette Escadre
est composée de vingt - deux Vaisseaux de
Guerre et de Bâtimens légers. Le Marquis de
Mari qui la commande , doit monter le Vaisseau
Pisabelle.
3
S. M. Cath. ayant donné les Ordres necessaires
pour faire délivrer l'or , l'argent et autres effets
de la Flotte , et de ceux du dernier retour des
Vaisseaux des Assogues ; on a commencé à délivrer
ces effets sur lesquels on retient , tant pour le
droit d'Indult que pour un don gratuit accordé
au Roy par la Chambre du Commerce , environ
quinre pour cent.
Le is Septembre , l'Escadre du Roy d'Angletérte
, commandée par le Chevalier Charles Wager
, entra dans le Port de Barcelonne , où on lui
rendit le salut qu'elle avoit fait en jettant l'Ancre
dans la Rade . Le Gouverneur et le Conseil suprêine
de la Province allerent le même jour compli
menter le Commandant de cette Escadre et lui
offrir tous les rafraichissemens dont il avoit besoin.
Le soir , le Gouverneur envoya , suivant les
ordres qu'il en avoit reçûs du Roy Cath . à tous
les Vaisseaux Anglois des Vins pour les Officiers,
et des Moutons pour les Equipages.
Le 16 , le Vice- Amiral Wager , accompagné
H vj de
2448 MERCURE DE FRANCE
de plusieurs Officiers , alla rendre visite au Gou
verneur , qui lui donna un Repas magnifique.
Le 17 , l'Escadre de S. M. Cath. commandée
par le Marquis de Mari , et composée de seize
Vaisseaux de Guerre , arriva de Cadix dans le
Port de Barcelone.
Les dernieres Lettres de Barcelone portent que
le Marquis de Mari y étoit arrivé avec son Escadre
; et que le IS de ce mois on devoit commencer
l'embarquement des Troupes.
L a été résolu dans le Conseil du Roy , que
Infant Dom Carlos partiroit pour l'Italie le
20 ou le 21. de ce mois , et que ce Prince passeroit
par les Provinces Méridionales de France
pour aller s'embarquer à Antibes.Le détachement
des Gardes du Corps qui ont été choisis pour sa
Garde ordinaire , est déja parti avec ses équipages
pour se rendre à Barcelone par deux differentes
routes.
On mande de Malaga que le 3 au soir il y
étoit arrivé un Courier de la Haye,avec un ordre
des Etats Generaux au Contre- Amiral Schryver ,
Commandant des trois Vaissaux de Guerre Hollandois
qui étoient dans ce Port, de joindre l'Es
cadre
OCTOBRE. 1731. 2447
Cadre Angloise qui est dans la Méditerrannée ;
que le 4 au matin cette Escadre avoit passé à la
vue de Malaga , au nombre de quatorze Vaisseaux
de Guerre , qu'elle avoit à bord mille hommes
qu'on avoit embarquez à Gibraltar, et qu'elle
faisoit route vers Barcelone ; que le même jour le
Contre- Amiral Hollandois avoit fait appareiller
ses Vaisseaux pour suivre cette Escadre.
Tous les Officiers qui doivent servir sur l'Escadre
du Roy, sont partis pour se rendre à Barcelone
, où l'on croit qu'elle est arrivée . Cette Escadre
est composée de vingt - deux Vaisseaux de
Guerre et de Bâtimens légers. Le Marquis de
Mari qui la commande , doit monter le Vaisseau
Pisabelle.
3
S. M. Cath. ayant donné les Ordres necessaires
pour faire délivrer l'or , l'argent et autres effets
de la Flotte , et de ceux du dernier retour des
Vaisseaux des Assogues ; on a commencé à délivrer
ces effets sur lesquels on retient , tant pour le
droit d'Indult que pour un don gratuit accordé
au Roy par la Chambre du Commerce , environ
quinre pour cent.
Le is Septembre , l'Escadre du Roy d'Angletérte
, commandée par le Chevalier Charles Wager
, entra dans le Port de Barcelonne , où on lui
rendit le salut qu'elle avoit fait en jettant l'Ancre
dans la Rade . Le Gouverneur et le Conseil suprêine
de la Province allerent le même jour compli
menter le Commandant de cette Escadre et lui
offrir tous les rafraichissemens dont il avoit besoin.
Le soir , le Gouverneur envoya , suivant les
ordres qu'il en avoit reçûs du Roy Cath . à tous
les Vaisseaux Anglois des Vins pour les Officiers,
et des Moutons pour les Equipages.
Le 16 , le Vice- Amiral Wager , accompagné
H vj de
2448 MERCURE DE FRANCE
de plusieurs Officiers , alla rendre visite au Gou
verneur , qui lui donna un Repas magnifique.
Le 17 , l'Escadre de S. M. Cath. commandée
par le Marquis de Mari , et composée de seize
Vaisseaux de Guerre , arriva de Cadix dans le
Port de Barcelone.
Les dernieres Lettres de Barcelone portent que
le Marquis de Mari y étoit arrivé avec son Escadre
; et que le IS de ce mois on devoit commencer
l'embarquement des Troupes.
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Résumé : ESPAGNE.
En octobre 1731, il a été décidé que l'Infant Dom Carlos se rendrait en Italie via les provinces méridionales de France, avec des Gardes du Corps déjà en route vers Barcelone. À Malaga, un courrier a ordonné au Contre-Amiral Schryver de rejoindre une escadre angloise dans la Méditerranée, composée de quatorze vaisseaux de guerre et suivie par des vaisseaux hollandais. Tous les officiers destinés à servir sur l'escadre royale se sont rendus à Barcelone, où cette escadre, composée de vingt-deux vaisseaux, était attendue sous le commandement du Marquis de Mari. Le roi catholique avait ordonné la délivrance de l'or, de l'argent et autres effets de la flotte, avec une retenue d'environ cinquante pour cent pour le droit d'indult. Le 1er septembre, l'escadre du roi d'Angleterre, commandée par le Chevalier Charles Wager, est entrée dans le port de Barcelone. Le 17 septembre, l'escadre royale, commandée par le Marquis de Mari et composée de seize vaisseaux de guerre, est arrivée de Cadix à Barcelone. Les dernières lettres confirmaient l'arrivée du Marquis de Mari et l'imminence de l'embarquement des troupes.
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