Résultats : 15 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 122-123
Turquie.
Début :
L'Envoyé du Roy de Perse à Constantinople, eut audience du Grand [...]
Mots clefs :
Perse, Grand vizir, Troupes, Roi de Perse, Géorgie, Constantinople
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Turquie.
Turquie.
L'Envoyé du Roy de Perse à ConfV
tantinople , eut audience du Grand'
Visir au commencement de l'autre mois*
Il se plaignit de Pentrée des Troupes du
G. S. dans la Georgie , & dans d^iutres.
Provinces de la Perse. Ce Premier Mi
nistre lui répondit que S. H. s'étoit çrûe
obligée de s'aíTurer de ces Provinces pour
. arrêter le progrès des Troupes du Czar*.
dont la grande puissance causoit de l'om
brage à la Porte. Le G. V. a asíuré cet
Envoyé que S. H. ne feroit retirer ses
troupes , que lorsque le Roy de Perse së
íèroit mis à sa discretion , & qu'il n'anïoit
plus de liaison particuliere avec S»'
Majesté Czarienne.
On aslure que l'armée Othomane , qui
est commandée par Hassan , Eacha de'
Bag ht , s'est emparée de Schirmanshacn.
&í de Hamedan , Villes coníiderables fur
la route d'Ispahan ; que l'autre armée du
Grand
S ÁNVI £R 1724. 123
Grand Seigneur , de 40000 hommes ,
commandée par le Bacha de Baslòra t
fils du Bacha Haslàn , est entrée dans la
Province dé Schiwan , & qu'elle íe dis
pose à faire le siege d'Erivan , après s'ê
tre emparée de la Ville de Gangia.
La troisième armée du G. S. comman
dée par Achmet ,. Bacha , est en Georgie
où elle a fait de très.grands progrès , &
. on croit qu'elle va marcher vers la Ca
pitale de la Perse. L'armée de l'Usurpa
teur Miry.Mamouth , n'est, dit-on , com
posée que de 30000. hommes.
Quelques lettres portent qu'une partie
des troupes du Grand Seigneur qui avoient
penetré dans la Georgie , avoient été atta
quées par celles du Roy de Perse ; que
ces dernieres avoient eu l'avantage, &
que les Turcs avoient été contraints de.
& retirer du côté de Tiflis.
On mande de Constantinople que il
le Divan prend la réíolution de declarer
la guerre à la Russie,on arborera la gran
de queue de cheval dès que le Grand Viíìr
sera prêt à partir peur aller se mettre
à la tète de l'armée qui sera, dit.on , com
posée de izocoo; hommes, outre 4 5 000.
Tartares.
On ajoute que Gianum Coggia, estr
en gr nde faveur à la Porte, qu'il a 1*
direction des aífaires de la Marine, &
qx'ii est admis au Divan.
L'Envoyé du Roy de Perse à ConfV
tantinople , eut audience du Grand'
Visir au commencement de l'autre mois*
Il se plaignit de Pentrée des Troupes du
G. S. dans la Georgie , & dans d^iutres.
Provinces de la Perse. Ce Premier Mi
nistre lui répondit que S. H. s'étoit çrûe
obligée de s'aíTurer de ces Provinces pour
. arrêter le progrès des Troupes du Czar*.
dont la grande puissance causoit de l'om
brage à la Porte. Le G. V. a asíuré cet
Envoyé que S. H. ne feroit retirer ses
troupes , que lorsque le Roy de Perse së
íèroit mis à sa discretion , & qu'il n'anïoit
plus de liaison particuliere avec S»'
Majesté Czarienne.
On aslure que l'armée Othomane , qui
est commandée par Hassan , Eacha de'
Bag ht , s'est emparée de Schirmanshacn.
&í de Hamedan , Villes coníiderables fur
la route d'Ispahan ; que l'autre armée du
Grand
S ÁNVI £R 1724. 123
Grand Seigneur , de 40000 hommes ,
commandée par le Bacha de Baslòra t
fils du Bacha Haslàn , est entrée dans la
Province dé Schiwan , & qu'elle íe dis
pose à faire le siege d'Erivan , après s'ê
tre emparée de la Ville de Gangia.
La troisième armée du G. S. comman
dée par Achmet ,. Bacha , est en Georgie
où elle a fait de très.grands progrès , &
. on croit qu'elle va marcher vers la Ca
pitale de la Perse. L'armée de l'Usurpa
teur Miry.Mamouth , n'est, dit-on , com
posée que de 30000. hommes.
Quelques lettres portent qu'une partie
des troupes du Grand Seigneur qui avoient
penetré dans la Georgie , avoient été atta
quées par celles du Roy de Perse ; que
ces dernieres avoient eu l'avantage, &
que les Turcs avoient été contraints de.
& retirer du côté de Tiflis.
On mande de Constantinople que il
le Divan prend la réíolution de declarer
la guerre à la Russie,on arborera la gran
de queue de cheval dès que le Grand Viíìr
sera prêt à partir peur aller se mettre
à la tète de l'armée qui sera, dit.on , com
posée de izocoo; hommes, outre 4 5 000.
Tartares.
On ajoute que Gianum Coggia, estr
en gr nde faveur à la Porte, qu'il a 1*
direction des aífaires de la Marine, &
qx'ii est admis au Divan.
Fermer
Résumé : Turquie.
En Turquie, l'envoyé du roi de Perse a rencontré le Grand Visir à Constantinople pour protester contre l'entrée des troupes ottomanes en Géorgie et dans d'autres provinces persanes. Le Grand Visir a justifié cette occupation par la nécessité de contrer l'avancée des troupes russes. Il a assuré que les troupes ottomanes ne se retireraient que lorsque le roi de Perse serait sous la discrétion du sultan et n'aurait plus de liens avec la Russie. L'armée ottomane, dirigée par Hassan, Eacha de Bagdad, a pris les villes de Schirmanshah et Hamedan sur la route d'Ispahan. Une autre armée de 40 000 hommes, commandée par le Bacha de Basra, a pénétré en province de Schiwan et se prépare à assiéger Erivan après avoir pris Gangia. Une troisième armée, dirigée par Achmet Bacha, opère en Géorgie et avance vers la capitale perse. L'armée de l'usurpateur Miry Mamouth est estimée à 30 000 hommes. Des rapports indiquent que des troupes ottomanes en Géorgie ont été attaquées par les forces persanes, qui ont pris l'avantage et repoussé les Turcs vers Tiflis. À Constantinople, le Divan a décidé de déclarer la guerre à la Russie. Une armée de 120 000 hommes, renforcée par 45 000 Tartares, se prépare sous le commandement du Grand Visir. Gianum Coggia, en grande faveur à la Porte, dirige les affaires de la marine et est admis au Divan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 1869-1870
D'AFRIQUE, TURQUIE ET PERSE.
Début :
La nouvelle de la mort de Muley Abdallah, Roi de Maroc, ne s'est pas confirmée, & les [...]
Mots clefs :
Roi du Maroc, Roi de Perse, Perse, Afrique, Turquie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : D'AFRIQUE, TURQUIE ET PERSE.
D'AFRIQUE , TURQUIE ET PERSE.
A nouvelle de la mort de Muley Abdallah ;
LRoi de Maroc , ne s'eft pas confirmée , or les
Lettres de Tetuan , du 15. Juin dernier , portent
que ce Prince marchoit contre les Rebelles , à la
tête d'une puiffante armée , & que Lotabi , l'un
des Chefs du Parti contraire , qui commandoit
un Corps d'armée de 12 à 15000. hommes , s'étoit
foumis avec toutes fes Troupes .
Les Lettres de Ceuta du 20. Juin , portent que
le Pacha- Hamet , Gouverneur de Tétouan , avoit
été difgracié , que fon Agent auprès du Roi de
Maroc avoit été condamné à mort ; qu'en atten-,
dant l'execution , il étoit aux chaînes , & qu'on
le mettoit tous les jours à differentes tortures ,
pour lui faire avouer en quel lieu fon Maître &
lui avoient caché les fommes exorbitantes qu'on
les accufe d'avoir détournées ; que l'Alcade noir
qui commandoit les Troupes de ce Pacha ,
avoit
été mandé en Cour pour rendre compte de fa
conduite.
On mande de Conftantinople , qu'on avoit ap
porté au Divan affemblé , les têtes des cinq plus
fameux Rebelles d'Egypte, qui avoient été miſes
à prix , entr'autres celles des Chefs Zulficar &
Cherchis , dont l'armée avoit été battuë en trois
occafions differentes par le Pacha Kupruli .
On a appris d'Ifpaham , que le Roi de Perfe
étoit prefentement maître de toute la Province de
Candahar , & de la Ville capitale de cette Proyince,
où le Gouverneur avoitintroduit les Troupes
1870 MERCURE DE FRANCE
pes de ce Prince , lequel tint prifonnier à
A nouvelle de la mort de Muley Abdallah ;
LRoi de Maroc , ne s'eft pas confirmée , or les
Lettres de Tetuan , du 15. Juin dernier , portent
que ce Prince marchoit contre les Rebelles , à la
tête d'une puiffante armée , & que Lotabi , l'un
des Chefs du Parti contraire , qui commandoit
un Corps d'armée de 12 à 15000. hommes , s'étoit
foumis avec toutes fes Troupes .
Les Lettres de Ceuta du 20. Juin , portent que
le Pacha- Hamet , Gouverneur de Tétouan , avoit
été difgracié , que fon Agent auprès du Roi de
Maroc avoit été condamné à mort ; qu'en atten-,
dant l'execution , il étoit aux chaînes , & qu'on
le mettoit tous les jours à differentes tortures ,
pour lui faire avouer en quel lieu fon Maître &
lui avoient caché les fommes exorbitantes qu'on
les accufe d'avoir détournées ; que l'Alcade noir
qui commandoit les Troupes de ce Pacha ,
avoit
été mandé en Cour pour rendre compte de fa
conduite.
On mande de Conftantinople , qu'on avoit ap
porté au Divan affemblé , les têtes des cinq plus
fameux Rebelles d'Egypte, qui avoient été miſes
à prix , entr'autres celles des Chefs Zulficar &
Cherchis , dont l'armée avoit été battuë en trois
occafions differentes par le Pacha Kupruli .
On a appris d'Ifpaham , que le Roi de Perfe
étoit prefentement maître de toute la Province de
Candahar , & de la Ville capitale de cette Proyince,
où le Gouverneur avoitintroduit les Troupes
1870 MERCURE DE FRANCE
pes de ce Prince , lequel tint prifonnier à
Fermer
Résumé : D'AFRIQUE, TURQUIE ET PERSE.
Le texte relate divers événements politiques et militaires en Afrique, en Turquie et en Perse. Au Maroc, la mort du roi Muley Abdallah n'est pas confirmée. Des lettres de Tétouan du 15 juin indiquent que le roi menait une armée contre les rebelles, dont Lotabi, chef rebelle avec 12 000 à 15 000 hommes, qui s'est soumis. À Ceuta, le 20 juin, le pacha Hamet de Tétouan a été disgracié et son agent condamné à mort pour détournement de fonds. L'alcade noir commandant les troupes du pacha a été convoqué à la cour. À Constantinople, les têtes de cinq rebelles égyptiens, dont Zulficar et Cherchis, ont été présentées au Divan après avoir été vaincus par le pacha Kupruli. En Perse, le roi contrôle la province de Candahar et sa capitale, où le gouverneur a introduit les troupes du prince, qui détient un prisonnier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 2054
TURQUIE ET PERSE.
Début :
On mande de Constantinople que les Ambassadeurs du Roi de Perse qui y étoient venus [...]
Mots clefs :
Roi de Perse, Constantinople
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
TURQUIE ET PERSE.
N mande de Conftantinople que les Ambaffadeurs
du Roi de Perfe qui y étoient venus
pour demander au Grand - Seigneur la reftitution
de quelques-unes des Places qu'il a con
quifes en Perfe pendant la précedente révolu→
tion , étoient partis pour s'en retourner : que
nonobftant ce qui avoit été conclu avec eux on
avoit affemblé le Divan , qu'il y avoit été reſolu
de faire marcher un Corps de Troupes de 40000 .
hommes vers la Georgie , & que le commandement
en avoit été donné au Pacha Cupruli , auquel
S. H. avoit confié la défenſe de ſes conquétes.
Les Lettres de Conftantinople portent qu'on y
avoit appris d'I paham que le Roi de Perfe marchoit
vers Tauris avec une Armée fort nombreufe.
N mande de Conftantinople que les Ambaffadeurs
du Roi de Perfe qui y étoient venus
pour demander au Grand - Seigneur la reftitution
de quelques-unes des Places qu'il a con
quifes en Perfe pendant la précedente révolu→
tion , étoient partis pour s'en retourner : que
nonobftant ce qui avoit été conclu avec eux on
avoit affemblé le Divan , qu'il y avoit été reſolu
de faire marcher un Corps de Troupes de 40000 .
hommes vers la Georgie , & que le commandement
en avoit été donné au Pacha Cupruli , auquel
S. H. avoit confié la défenſe de ſes conquétes.
Les Lettres de Conftantinople portent qu'on y
avoit appris d'I paham que le Roi de Perfe marchoit
vers Tauris avec une Armée fort nombreufe.
Fermer
Résumé : TURQUIE ET PERSE.
Des ambassadeurs perses à Constantinople ont demandé la restitution de places conquises par la Turquie. Malgré les accords, le Divan turc a envoyé 40 000 hommes en Géorgie sous le commandement du Pacha Cupruli. Le roi de Perse avance vers Tauris avec une armée nombreuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 2054-2055
RUSSIE.
Début :
On a envoyé un Détachement de Cavalerie audevant des Ambassadeurs de l'Empereur [...]
Mots clefs :
Tsarine, Russie, Roi de Perse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
Na envoyé un Détachement de Cavalerie
devant des Ambaffadeurs de l'Empereur
de la Chine qui font arrivés fur les Frontieres
& on a donné les ordres neceffaires pour les faire
défrayer pendant leur route.
La Czarine a confirmé par un Decret l'établiffement
de l'Académie des Sciences & .des Arts
de Petersbourg , qui continuera de s'y aſſembler
dans le Palais que le Czar Pierre I. lui a fait bâ
tir
SEPTEMBRE. 1730. 2055
tir ; mais S. M. a ordonné qu'il y eut toujours
un certain nombre d'Académiciens à la fuite de
la Cour.
La Czarine a fait dire aux Négocians Etrangers
établis à Petersbourg & à Archangel qu'elle
feur accorderoit les mêmes privileges qu'aux
Négocians, Mofcovites ,s'ils vouloient prendre interêt
dans le nouveau Commerce de la Perfe &
de la Chine , que S. M. Cz. a réfolu d'établir.
Par les Lettres qu'on a reçûes d'Ifpaham , on
apprend que le Roi de Perfe a refolu de vivre en
bonne intelligence avec la Czarine , & que
Ambaffadeurs qui doivent venir de fa part à Mofcou
font chargés de l'en affurer & de renouveller
les Traités conclus avec la feuë Czarine Catherine.
les
L'Infant Don Emanuel , frere du Roi de Por
tugal , arriva à Mofcou le 14. du mois dernier ,
accompagné de Don Alexandre Deyera & Uzera,
Commandeur de Malte , & fuivi de quelques
Domestiques. Le furlendemain ce Prince alla à
Ifmalow où il fut reçû de la Czarine avec de
grandes marques de diftinction. Le 17.il alla à la
Chaffe avec S. M. Cz. avec laquelle il foupa le
foir. Cette Princeffe a donné ordre à un de fes
Chambellans & à deux de fes Gentilshommes
d'accompagner ce Prince , & de le défrayer pendant
le féjour qu'il fera à la Cour. Il eft logé dans
le Palais du Prince Menzikof , devant lequel il y
a une Garde de 50. hommes.
Na envoyé un Détachement de Cavalerie
devant des Ambaffadeurs de l'Empereur
de la Chine qui font arrivés fur les Frontieres
& on a donné les ordres neceffaires pour les faire
défrayer pendant leur route.
La Czarine a confirmé par un Decret l'établiffement
de l'Académie des Sciences & .des Arts
de Petersbourg , qui continuera de s'y aſſembler
dans le Palais que le Czar Pierre I. lui a fait bâ
tir
SEPTEMBRE. 1730. 2055
tir ; mais S. M. a ordonné qu'il y eut toujours
un certain nombre d'Académiciens à la fuite de
la Cour.
La Czarine a fait dire aux Négocians Etrangers
établis à Petersbourg & à Archangel qu'elle
feur accorderoit les mêmes privileges qu'aux
Négocians, Mofcovites ,s'ils vouloient prendre interêt
dans le nouveau Commerce de la Perfe &
de la Chine , que S. M. Cz. a réfolu d'établir.
Par les Lettres qu'on a reçûes d'Ifpaham , on
apprend que le Roi de Perfe a refolu de vivre en
bonne intelligence avec la Czarine , & que
Ambaffadeurs qui doivent venir de fa part à Mofcou
font chargés de l'en affurer & de renouveller
les Traités conclus avec la feuë Czarine Catherine.
les
L'Infant Don Emanuel , frere du Roi de Por
tugal , arriva à Mofcou le 14. du mois dernier ,
accompagné de Don Alexandre Deyera & Uzera,
Commandeur de Malte , & fuivi de quelques
Domestiques. Le furlendemain ce Prince alla à
Ifmalow où il fut reçû de la Czarine avec de
grandes marques de diftinction. Le 17.il alla à la
Chaffe avec S. M. Cz. avec laquelle il foupa le
foir. Cette Princeffe a donné ordre à un de fes
Chambellans & à deux de fes Gentilshommes
d'accompagner ce Prince , & de le défrayer pendant
le féjour qu'il fera à la Cour. Il eft logé dans
le Palais du Prince Menzikof , devant lequel il y
a une Garde de 50. hommes.
Fermer
Résumé : RUSSIE.
En septembre 1730, la Russie a envoyé un détachement de cavalerie pour escorter des ambassadeurs chinois arrivés aux frontières et a pris en charge leurs frais de trajet. La czarine a confirmé par décret la création de l'Académie des Sciences et des Arts de Petersbourg, qui se réunira dans le palais de Pierre I, tout en ordonnant que certains académiciens résident à la cour. Elle a également annoncé aux négociants étrangers de Petersbourg et d'Archangel qu'ils bénéficieraient des mêmes privilèges que les négociants moscovites s'ils s'intéressaient au commerce avec la Perse et la Chine. Des lettres d'Ispahan indiquent que le roi de Perse souhaite vivre en bonne intelligence avec la czarine, et des ambassadeurs perses sont envoyés à Moscou pour renouveler les traités conclus avec la défunte czarine Catherine. L'infant Don Emanuel, frère du roi de Portugal, est arrivé à Moscou le 14 du mois précédent, accompagné de Don Alexandre Deyera et Uzera, commandeur de Malte. Il a été reçu par la czarine à Ismalow avec distinction et a chassé avec elle le 17. La czarine a ordonné à un chambellan et deux gentilshommes d'accompagner et de défrayer l'infant, logé dans le palais du prince Menzikof sous la garde de 50 hommes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 2496-2506
LETTRE écrite de Constantinople le 15. Septembre 1730. sur l'état present des affaires de Perse.
Début :
Schah Thamas, Roi de Perse, fils & successeur de Schah Hussein, ayant rassemblé une armée [...]
Mots clefs :
Roi de Perse, Ambassadeur, Constantinople, Armée, Troupes, Prince, Ministre, Schah
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Constantinople le 15. Septembre 1730. sur l'état present des affaires de Perse.
LETTRE écrite de Conftantinople le 15 .
Septembre 1730. fur l'état prefent
des affaires de Perfe
Chah Thamas , Roi de Perfe , fils & fucceffeur
de Schah Huffein , ayant raffemblé une armée
de 40. mille hommes & livré plufieurs combats
à l'Ufurpateur Acheraf , toujours avec quelque
avantage , s'avança enfin vers Iſpaham , ou
Acheraf fe trouvant extrêmement refferré & hors
d'état de fe deffendre , manquant de vivres & de
troupes,fans efpoir d'aucun fecours, fe fauva enfin
dans une Fortereffe auprès de la Ville de Schiras.
Schab
NOVEMBRE . 1730. 2497
Schah Thamas entra en triomphe dans Iſpaham
avec une partie de fon armée , & l'autre
partie pourfuivit Acheraf , qui fut affiegé dans
la Fortereffe où il s'étoit réfugié, & obligé de fe
rendre & ſe livrer entre les mains du Vainqueur :
de- là les Troupes Perfanes allerent affieger Schi
ras, & expoferent Acheraf chargé de chaînes à la
vue des habitans. Quoique les Affiegez fuflent
épouventez de cet objet , ils ne voulurent cependant
écouter aucunes propofitions , & ils aimerent
mieux s'expoſer à la mort que de capituler , enforte
que les Affiegeans furent obligez d'emporter
cette Place de force ; ils s'en rendirent les maîtres
en peu de jours , & ce fut dans cette Ville
que le Rebelle Acheraf reçut le châtiment de fa
révolte & de fon ufurpation. Il fut conduit dans
la Place publique , nud , chargé de chaînes , & fut
expofé à la vue du Peuple fur un échaffaut. Là on
fit la lecture du Procés qui lui avoit été fait ,
du jugement que le Roi avoit prononcé contre
lui , par lequel il étoit condamné à être écorché
vif avec des Etrilles de cheval . L'éxecution de cer
Arrêt fut terrible , les Bourreaux lui déchirerent
la peau & la chair jufqu'à ce qu'il eut rendu le dernier
foupir. Après la mort on lui coupa la tête
qui fut portée à Ifpaham à Schah Thamas. Son
corps fut dépecé, jetté dans la campagne & aban ,
donné aux bêtes féroces.
fie
&
Après cette expedition l'Armée de Perfe, grofpar
de nouvelles troupes , pourfuivit le cours
de fes victoires , & reprit fans obſtacle toute la
Province de Chirvan , & les Villes de Couchon ,
Caffan , Sava , Cafbin , Ternan & Bender , avec
tous les Pays & toutes les Places ufurpées par
Acheraf , & plufieurs autres qui appartenoient à
ce Rebelle , comme Schiras , le Fort de Cafchan,
Kalafy , & plufieurs autres Places . Les autres
H Pays
2498 MERCURE DE FRANCE
Pays & Villes de la Perfe , comme la Georgie
qui en étoit tributaire , occupez par le Grand Seigneur
, font demeurez jufques à preſent ſous l'obéiffance
de Sa Hauteffe.
Chah Sefy , frere du Roi de Perſe , fut fait
prifonnier dans le temps que le Roi fon pere vivoit
encore ; ce fut Schah Thamas, fon frère , qui
regne aujourd'hui , qui le fit empriſonner par jaloufie
, Chah Sefy trouva moyen de fe fauver &
de fe réfugier dans la maifon d'un Armenien en
qui il avoit une entiere confiance ; il y demeura
caché pendant quelque tems ; mais dans la fuite
cet Armenien craignant qu'on ne le découvrît ,
& voulant mettre Chah Sefy en fureté , s'adrefla
à un autre Arménien fon ami , qui demeuroit
dans la Province de l'Arabiſtan ; il lui confia fon
fecret , lui fit connoître le Prince qu'il tenoit caché
chez lui , le defir qu'il avoit de le fouftraire
aux recherches qu'on en faifoit & pria en même
temps cet ami de le recevoir chez lui. L'Armé--
nien d'Arabistan confentit à la propofition & celui
d'Ifpaham ayant fait traveftir Chah Sefy en
Muletier , il le fit fortir fecretement de la Ville
accompagné d'un Valet affidé qui fe mit à la fuite
des Mulets qu'il avoit coûtume d'envoyer dans
les Villages circonvoifins pour fes proviſions de
bois & de paille. Ce Prince étant paffé par ce
moyen dans l'Arabiſtan, y fut reçu, comme on le
lui avoit fait efperer , par celui à qui il avoit été
recommandé , & fon arrivée ayant été fçûë des
principaux habitans de cette Province , ' ils lui
rendirent les honneurs dûs à fon le
rang > reçurent
comme fils de Roi , & le mirent à la tête de
12 mille hommes pour deffendre leur Province
de l'invafion dont elle étoit menacée de la part
d'Acheraf. La confiance que ces Peuples témoi
gnerent d'abord à Chah Sefy ne fut pas de lon-
*
gue
>
NOVEMBRE. 1730. 2499
gue durée , ils le foupçonnerent bien - tôt de vouloir
fe rendre maître de leur Pays , à la faveur
des troupes qu'ils lui avoient données , au lieu
de fonger à le deffendre contre Acheraf , & dans
cette penfée ils réfolurent de l'affaffiner; ce Prince
fut averti de leur deffein ; & pour garantir la vie
du danger dont elle étoit menacée , il réfolut de
prendre la fuite , déguifé fous les habits d'un de
fes domeftiques , à qui il dit qu'il avoit des affaires
très importantes à ménager à la faveur de ce
déguiſement , lui ordonnant de refter dans fon
Appartement fans fe montrer , & lui promettant
qu'il feroit de retour le foir même. Le Prince fe
fauva ainfi fans être reconnu , & peu de temps
après ceux qui vinrent dans fon Appartement
pour le tuer,affaffinerent cruellement fon Domef
tique, craignant qu'il ne les découvrît.
Chah Sefy étant ainfi forti de la Province de
l'Arabiſtan , & n'ofant pas fe confier à ſon frere
qui étoit déja monté fur le Trône , forma le deffein
de recourir à la protection du G. S. il alla
à Bagdat ou Babilone , & s'étant fait connoître
au l'acha, il en fut reçû très-honorablement, avec
promeffe qu'il lui donneroit une entiere affiftance,
& qu'il ménageroit fes interêts auprès de Sa Hau
teffe. Cependant il lui fournit de l'argent & tout
• ce qui lui étoit néceffaire fuivant fon rang;en même
tems ce Pacha en'donna' avis à la Porte , &
demanda des ordres pour faire transferer ce Prince
à Conftantinople.
Le G. S. fit une réponſe favorable, & en confequence
Chah Sefy fut conduit à Conftantinople.
où il eft actuellement très - honoré , & où il reçoit
des fecours confiderables pour fon entretien
& pour celui de 60. perfonnes qui font à ſa ſuite.
Il à un Tain , * pour 100. perfonnes par jour ,
* Tain, certaine ſomme aſſignée par jour.
Hi
ds
2500 MERCURE DE FRANCE
outre tous les vivres neceffaires pour l'entretien
de fa Table & de fa Maifon , pour fon Ecurie &
pour fix Caiques ou Felouques , fon logement
lui fut affigné à Calcedoine , où il est toujours
avec une Garde de 20. Janniffaires , commandez
par un Officier. Il eut dernierement une Audiance
du G.V.qui lui donna des Veſtes & des Peliffes magnifiques
, & plufieurs autres prefens , entre auties
un très- beau Cheval de l'Ecurie du G. S. avec de
riches harnois de la valeur d'environ 30. Bourfes.
L'Ambaffadeur de Schah Thamas, Roi de Perfe,
étant arrivé à Scutari , la Porte lui envoya le 18.
Juin 2. Galeres fur lesquelles s'étant embarqué
avec toute fa fuite , elles entrerent dans le Port
au bruit d'une quantité prodigieufe de Canon, &
allerent débarquer l'Ambaffadeur à l'Echelle de
la Doüanne , où s'étant repofé pendant quelque
tenips , le Chaoux Bachy y arriva pour le conduire
au logement qui lui étoit préparé , & pour
regler la Marche de fon Entrée qui fut faite dans
l'ordre fuivant :
On voyoit d'abord un grand nombre de Janniflaires
marchant fur deux lignes avec leurs Bonnets
de ceremonie ; ils étoient fuivis d'un grand
nombre de perfonnes de la Maiſon du G. V.
toutes vétues fort proprement : 120. Chaoux
à cheval venoient enfuite avec plufieurs Agas ; 12.
Perfans à pied avec des Cottes d'émail , portant
de longues Lances qu'ils manioient avec beaucoup
d'agilité , fervoient comme d'avant-garde à
l'Ambaffadeur qui marchoit d'abord aprés eux à
la gauche du Chaoux Bachy. Il avoit une Robbe
de drap d'or doublée de Marthe zibeline, unTurban
à la mode de Perfe , d'une Etoffe d'or à fleurs
de diverfes couleurs , parmi lesquelles le blanc
dominoit. C'eſt un homme d'environ 40. ans ,
ayant une barbe noire & un afpect affez gravé ,
30.
NOVEMBRE. 1730. 2501.
30. Perfans à cheval , tous jeunes & bien vêtus ,
marchoient après lui , & la Marche étoit fermé
par plus de 300. perfonnes de fa fuite ; les uns
armez d'armes à feu & les autres de Sabres &
d'Arcs , de Fleches & de Lances , & au milieu de
cette foule marchoient 10. Chevaux chargez de
Caiffes fort belles en dehors , dans lesquelles on
prétend qu'étoient contenus les Prefens deſtinez
pour le G. S. le G. V. & les autres Miniftres de
la Porte.
Le 3. Juillet il alla rendre au G. V. une vifite
privée , c'eſt-à - dire , avec très -peu de fuite , mais
la Chambre d'Audiance dans laquelle il fut reçû ,
étoit beaucoup plus parée qu'à l'ordinaire ; on y
voyoit fur les Couffins & fur les Sophas beaucoup
de Montres d'or , des Sabres & des Poignards de
grande valeur , prefque tous couverts de Pierreries
, outre 14. Pendules magnifiques par la beauté
de l'Ouvrage & la richeffe des ornemens,
Après le Compliment ordinaire , il rendit au
Vifir une Lettre de fon Maître , & lui expofa le
fujet de fa Miffion ; il lui dit que le Roi de Perfe
fouhaitoit d'avoir avec la Porte une Paix ferme
& durable , mais qu'il falloit que l'on commençât
par lui rendre toutes les Places dont le G. S.
s'étoit emparé en Perfe , & tous les Perfans qui
avoient été faits Efclaves dans la derniere guerre ;
cette vifite fe termina par des réponſes vagues &
generales.
Quelques jours après la Porte ayant reçû avis
que les Perfans avoient commencé des Actes
d'hoftilité & qu'ils s'étoient rendus maîtres d'Amadan,
Le G.V.qui avoit déja tenu deux Confeils
avec les principaux Miniftres dans le Serrail du
Capitan Pacha, en fit convoquer un autre à Fondukly
( lieu fitué en Europe , à l'entrée du Canal
de la Mer noire) il y fit appeller l'Ambaffadeur de
Hij Perfe
2502 MERCURE DE FRANCE
Perfe , auquel il dit , que puifque Schah Thamás
avoit commencé les hoftilitez dans le tems même
qu'il avoit envoyé un Ambaffadeur pour négocier
la Faix , il ne pouvoit plus écouter aucune
propofition , & qu'il falloit au contraire fe préparer
à la guerre , puifqu'il n'avoit point les pouvoirs
néceffaires pour traiter & conclure un accommodement
fur les propofitions qu'il avoit faites
à fon arrivée.L'Ambaffadeur répondit qu'il ne
pouvoit pas fe perfuader que ces nouvelles fuffent
veritables; mais qu'en fuppofant même qu'elles le
fuffent , il étoit certain que les hoftilitez n'avoient
point été commencées par l'ordre de fon Maître;
mais que c'étoit peut- être un foulevement imprévu
du Peuple irrité par le fouvenir des tyrannies
& des cruautez qui avoient été exercées dans
la derniere guerre ; que pour lui il n'avoit d'autre
pouvoir & d'autre commiffion que ce qu'il avoit
expofé dans fa premiere vifite , & dont il ne pouvoit
pas s'éloigner ; que tout ce qu'il pouvoit
fuggerer à la Porte , c'étoit d'expedier fur le
champ quelque perfonne de confiance avec des
pouvoirs de traiter avec le Roi de Perfe ; qu'il
s'offroit lui-même d'envoyer une perfonne de fa
part avec des Lettres pour tâcher de parvenir à la
Paix , efperant que dans 60. jours on pourroit
recevoir les Réponſes , ce qui fut ainfi réſolu.
L'Ambaffadeur étant retourné chez lui , il fut
mis d'abord fous la garde de 4. Compagnies de
Janniffaires , fans avoir la liberté de fortir , nonplus
que les perfonnes de fa fuite , excepté quelques-
uns de fes plus bas Officiers. Quelques jours
après la guerre fut publiée , & on déclara publiquement
les prétentions du Roi de Perfe ; on ajouta
que le G. V. iroit hyverner à Alep , le Janniffaire
Aga , à Erzeron , & le Topigi Bachy , ou
Grand - Maître d'Artillerie à Ardebil ; on expeNOVEMBRE
. 1730. 2503
pedia en même-temps un grand nombre d'Ouvriers
à Coigny pour réparer le Serrail de cette
Ville , éloigné de feize journées de Conftan
tinople , où le G. S. iroit paffer l'hyver : le
Capitan Pacha fut nommé Caimacan de Conftantinople
, & les Pavillons des principaux Commandans
furent expofez à la Place de l'Hyppodrome
& aux autres endroits accoûtumez . Le Reys
Effendi fit fçavoir aux Ambaffadeurs de France ,
d'Angleterre & de Hollande , que fuivant l'ufage
ordinaire ils pourroient faire préparer chacun un
de leurs Drogmans pour fuivre le G. V. on fit
faire la même déclaration aux Réfidens de Mofcovie
, aufquels le Reys Effendy déclara de plus
qu'ils devoient fuivre perfonnellement le G. S.
On tira des Magazins de Top- hana 150. Canons
de campagne & 80. Canons de batterie , &
on en fit l'épreuve les 20. 21. & 22. Juin . On
voyoit dans toutes les rues de Conftantinople
vendre en grande quantité des Armes à feu &
de toutes autres fortes d'Armes , on y travailla à
des Pavillons neufs , & on y prépara, en un mot ,
tout ce qui eft neceffaire pour une armée . On a
depuis publié des ordres pour faire lever fur les
Arts & Métiers la taxe qu'ils ont accoûtumé de
payer en tems de guerre.
On prépare en toute diligence deux Vaiffeaux
de guerre pour les envoyer à Alexandrette,
chargez de Poudre , de Balles , de Canons , de
Boulets & de toutes fortes de munitions de guerre,
pour être tranſportez dans tous les endroits où
on en aura befoin , & on prépare auffi pour le
même fujet plufieurs Saiques pour aller faire le
même tranſport dans la Mer Noire à Trébiſonde.
On dit ici publiquement, que la vafte Province
de Candahar , Pays des Aghuans , d'où Acheraf
tiroit fon origine , s'eft volontairement foumis
H iiij કે
2504 MERCURE DE FRANCE
à Schah Thamas après la défaite d'Aſcheraf.
>
L'Ambaffadeur de Perfe eut le 25. une Audiance
du G. S. qui outre le Caftan ordinaire ,
lui fit prefent d'une Vefte fourrée de Marthe
Zibeline . On diftribua 16 Caftans aux principales
perfonnes de fa fuite ; & l'Ambaſſadeur préfenta
de la part de Schah Thamas , au G. S. un
Bouclier , & un Candgiar ou Poignard de grande
valeur , une Bourfe de drap d'or cachetée , dont
on ne fçait pas le contenu & plufieurs piéces
d'Etoffe d'or , d'argent & de foye , d'un travail
recherché & curieux.
x
Le matin du 27. les Queues de Cheval furent
expofées dans les lieux ordinaires , comme au dehors
de la porte du Serrail du G.S. & de celui du
G. V. & des autres Pachas , deftinez pour aller à
cette guerre ; ces Queues qui font les Etendarts
des Turcs , confiftent en une longue Perche
plantée en terre , au haut de laquelle eft un
Pommeau doré,duquel pend une queue de Cheval.
Le 31 Juillet , les Queues de Cheval furent
portées publiquement & avec ceremonie , du Serrail
à l'Echelle de Baktche Kapouci, fur une Galere
que remorquoient plufieurs Mahones. La
marche fut réglée dans l'ordre fuivant. 40. Spahis
ou Cavaliers marchoient à la tête avec des Plumets,
portant des Armes à feu & des Sabres . 50. Tartares
venoient enfuite à Cheval , armez d'Arcs & de
Fléches ; 200 jeunes gens à Cheval marchoient
enfuite , portant des Piques , au haut defquelles
étoient des Banderolles un Officier des Janiffaires
, à pied , venoit après , portant une Queuë
de Cheval. Il étoit fuivi de 19 autres à Cheval
portant chacun une Queue , mais plus petites
que celle qui étoit portée par l'Officier à pied .
80. hommes marchoient enfuite , armez differemment
; ils compofoient la garde du G.V. qui
;
>
eft
NOVEMBRE . 1730. 2509.
eft Pacha à 3.Queues. On voyoit après 10.Chevaux
de main , tres -richement harnachez.
Le Kiaya ou Lieutenant duVifir , faivoit à Cheval
, entouré de plus de 40 Tchohadas ; il étoit
fuivi de 100 Itch Alagars , richement habillez ,
venoient enfuite 36 perfonnes à Cheval, fonnant
de la Trompette , & joüant du Timpanon , du
Tambour & d'autres Inftrumens Turcs . La Marche
étoit terminée par 40 Chameaux , chargez
des Pavillons des principaux Commandans . ,
Quand ils furent arrivez à l'Echelle de Baktche
Kapouci , le Kiaya s'étant embarqué fur la Galere
avec la garde du Vifir , les Queues de Cheval
, les Joueurs d'Inftrumens qui ne difcontinuoient
pas leur fanfarre , & les Tchohadais , il
paffa à Scurary , & fut falué à fon pailage de
plufieurs coups de Canons ; tout le refte de fa
fuite s'embarqua fur les Mahones.
Dans les journées précédentes on avoit ap
plani quelques Campagnes & brûlé quelques Vi
gnes entre Scutary & Calcedoine , pour y faire
camper l'armée. Le 2 du mois d'Aouft , on vit
pendant toute la journée un grand nombre de
Mahones,de Barqués & d'autres Bâtimens ,tranf
porter de Conftantinople au Camp de Scutari utk
grand nombre de Troupes , & le Camp fe forma
au delà du Serrail du G. S. à Calcedoine ,
heure de chemin de Scutary .
à une
Le G. S. étant arrivé au Camp le 3. du mois
d'Aouft , defcendit de Cheval à fon Pavillon Impérial
& pafla fur le foir dans fon Serrail , o
il avait été précédé de fon Harem ou Maifons
des Daines , qui y avoit été porté par 11.
Caïques , couverts de drap touge. On permit à
Ambaffadeur de Perfe d'aller voir cette marche
Scutary , d'où il retourna fur le champ dans
l'endroit où il eſt logé , toujours avec la même
Hy garde
2 506 MERCURE DE FRANCE
garde de Janiffaires ; quelques- uns des Miniftres
Etrangers allerent à Scutary , dans des maifons
particulieres pour voir paffer le G.S. & fon Cortege.
La Cour du G. S. fe tient dans le Camp
où font tous les Miniftres.
Le Caïmacam a déja commencé d'exercer fon
autorité à Conftantinople , & le Capitan Pacha
a fubftitué le Terfana Eminy pour exercer fon
autorité dans l'Arfenal. Les Miniftres des Princes
Etrangers ont fait faire compliment au G.V.
au Kiaya, au Reys Effendi, & ont fait auffi complimenter
le Capitan Pacha fur fa Charge de
Caimacan .
Le 8 d'Aouft , les Ambaffadeurs de Ragufe
avec une fuite de 8 perfonnes , allerent au Camp
baifer la Vefte au G. V. comme Rayas ou Tributaires
de la Porte , & en rapporterent trois
Caftans.
Le 12 , un des deux Vaiffeaux dont on a parlé,
destiné pour Alexandrette , partit de ce Port ,
chargé de munitions de guerre. L'Armée groffit
tous les jours , & il y arrive journellement une
grande quantité de Chameaux , de Chevaux & de
Mulets.
Nous fommes aujourd'hui au 15 du mois de
Sept. fans que l'on fçache encore fi l'Armée partira.
Le G.S. continue fon féjour dans le Serrail
du Scutary , & toute la Cour demeure au Camp.
Septembre 1730. fur l'état prefent
des affaires de Perfe
Chah Thamas , Roi de Perfe , fils & fucceffeur
de Schah Huffein , ayant raffemblé une armée
de 40. mille hommes & livré plufieurs combats
à l'Ufurpateur Acheraf , toujours avec quelque
avantage , s'avança enfin vers Iſpaham , ou
Acheraf fe trouvant extrêmement refferré & hors
d'état de fe deffendre , manquant de vivres & de
troupes,fans efpoir d'aucun fecours, fe fauva enfin
dans une Fortereffe auprès de la Ville de Schiras.
Schab
NOVEMBRE . 1730. 2497
Schah Thamas entra en triomphe dans Iſpaham
avec une partie de fon armée , & l'autre
partie pourfuivit Acheraf , qui fut affiegé dans
la Fortereffe où il s'étoit réfugié, & obligé de fe
rendre & ſe livrer entre les mains du Vainqueur :
de- là les Troupes Perfanes allerent affieger Schi
ras, & expoferent Acheraf chargé de chaînes à la
vue des habitans. Quoique les Affiegez fuflent
épouventez de cet objet , ils ne voulurent cependant
écouter aucunes propofitions , & ils aimerent
mieux s'expoſer à la mort que de capituler , enforte
que les Affiegeans furent obligez d'emporter
cette Place de force ; ils s'en rendirent les maîtres
en peu de jours , & ce fut dans cette Ville
que le Rebelle Acheraf reçut le châtiment de fa
révolte & de fon ufurpation. Il fut conduit dans
la Place publique , nud , chargé de chaînes , & fut
expofé à la vue du Peuple fur un échaffaut. Là on
fit la lecture du Procés qui lui avoit été fait ,
du jugement que le Roi avoit prononcé contre
lui , par lequel il étoit condamné à être écorché
vif avec des Etrilles de cheval . L'éxecution de cer
Arrêt fut terrible , les Bourreaux lui déchirerent
la peau & la chair jufqu'à ce qu'il eut rendu le dernier
foupir. Après la mort on lui coupa la tête
qui fut portée à Ifpaham à Schah Thamas. Son
corps fut dépecé, jetté dans la campagne & aban ,
donné aux bêtes féroces.
fie
&
Après cette expedition l'Armée de Perfe, grofpar
de nouvelles troupes , pourfuivit le cours
de fes victoires , & reprit fans obſtacle toute la
Province de Chirvan , & les Villes de Couchon ,
Caffan , Sava , Cafbin , Ternan & Bender , avec
tous les Pays & toutes les Places ufurpées par
Acheraf , & plufieurs autres qui appartenoient à
ce Rebelle , comme Schiras , le Fort de Cafchan,
Kalafy , & plufieurs autres Places . Les autres
H Pays
2498 MERCURE DE FRANCE
Pays & Villes de la Perfe , comme la Georgie
qui en étoit tributaire , occupez par le Grand Seigneur
, font demeurez jufques à preſent ſous l'obéiffance
de Sa Hauteffe.
Chah Sefy , frere du Roi de Perſe , fut fait
prifonnier dans le temps que le Roi fon pere vivoit
encore ; ce fut Schah Thamas, fon frère , qui
regne aujourd'hui , qui le fit empriſonner par jaloufie
, Chah Sefy trouva moyen de fe fauver &
de fe réfugier dans la maifon d'un Armenien en
qui il avoit une entiere confiance ; il y demeura
caché pendant quelque tems ; mais dans la fuite
cet Armenien craignant qu'on ne le découvrît ,
& voulant mettre Chah Sefy en fureté , s'adrefla
à un autre Arménien fon ami , qui demeuroit
dans la Province de l'Arabiſtan ; il lui confia fon
fecret , lui fit connoître le Prince qu'il tenoit caché
chez lui , le defir qu'il avoit de le fouftraire
aux recherches qu'on en faifoit & pria en même
temps cet ami de le recevoir chez lui. L'Armé--
nien d'Arabistan confentit à la propofition & celui
d'Ifpaham ayant fait traveftir Chah Sefy en
Muletier , il le fit fortir fecretement de la Ville
accompagné d'un Valet affidé qui fe mit à la fuite
des Mulets qu'il avoit coûtume d'envoyer dans
les Villages circonvoifins pour fes proviſions de
bois & de paille. Ce Prince étant paffé par ce
moyen dans l'Arabiſtan, y fut reçu, comme on le
lui avoit fait efperer , par celui à qui il avoit été
recommandé , & fon arrivée ayant été fçûë des
principaux habitans de cette Province , ' ils lui
rendirent les honneurs dûs à fon le
rang > reçurent
comme fils de Roi , & le mirent à la tête de
12 mille hommes pour deffendre leur Province
de l'invafion dont elle étoit menacée de la part
d'Acheraf. La confiance que ces Peuples témoi
gnerent d'abord à Chah Sefy ne fut pas de lon-
*
gue
>
NOVEMBRE. 1730. 2499
gue durée , ils le foupçonnerent bien - tôt de vouloir
fe rendre maître de leur Pays , à la faveur
des troupes qu'ils lui avoient données , au lieu
de fonger à le deffendre contre Acheraf , & dans
cette penfée ils réfolurent de l'affaffiner; ce Prince
fut averti de leur deffein ; & pour garantir la vie
du danger dont elle étoit menacée , il réfolut de
prendre la fuite , déguifé fous les habits d'un de
fes domeftiques , à qui il dit qu'il avoit des affaires
très importantes à ménager à la faveur de ce
déguiſement , lui ordonnant de refter dans fon
Appartement fans fe montrer , & lui promettant
qu'il feroit de retour le foir même. Le Prince fe
fauva ainfi fans être reconnu , & peu de temps
après ceux qui vinrent dans fon Appartement
pour le tuer,affaffinerent cruellement fon Domef
tique, craignant qu'il ne les découvrît.
Chah Sefy étant ainfi forti de la Province de
l'Arabiſtan , & n'ofant pas fe confier à ſon frere
qui étoit déja monté fur le Trône , forma le deffein
de recourir à la protection du G. S. il alla
à Bagdat ou Babilone , & s'étant fait connoître
au l'acha, il en fut reçû très-honorablement, avec
promeffe qu'il lui donneroit une entiere affiftance,
& qu'il ménageroit fes interêts auprès de Sa Hau
teffe. Cependant il lui fournit de l'argent & tout
• ce qui lui étoit néceffaire fuivant fon rang;en même
tems ce Pacha en'donna' avis à la Porte , &
demanda des ordres pour faire transferer ce Prince
à Conftantinople.
Le G. S. fit une réponſe favorable, & en confequence
Chah Sefy fut conduit à Conftantinople.
où il eft actuellement très - honoré , & où il reçoit
des fecours confiderables pour fon entretien
& pour celui de 60. perfonnes qui font à ſa ſuite.
Il à un Tain , * pour 100. perfonnes par jour ,
* Tain, certaine ſomme aſſignée par jour.
Hi
ds
2500 MERCURE DE FRANCE
outre tous les vivres neceffaires pour l'entretien
de fa Table & de fa Maifon , pour fon Ecurie &
pour fix Caiques ou Felouques , fon logement
lui fut affigné à Calcedoine , où il est toujours
avec une Garde de 20. Janniffaires , commandez
par un Officier. Il eut dernierement une Audiance
du G.V.qui lui donna des Veſtes & des Peliffes magnifiques
, & plufieurs autres prefens , entre auties
un très- beau Cheval de l'Ecurie du G. S. avec de
riches harnois de la valeur d'environ 30. Bourfes.
L'Ambaffadeur de Schah Thamas, Roi de Perfe,
étant arrivé à Scutari , la Porte lui envoya le 18.
Juin 2. Galeres fur lesquelles s'étant embarqué
avec toute fa fuite , elles entrerent dans le Port
au bruit d'une quantité prodigieufe de Canon, &
allerent débarquer l'Ambaffadeur à l'Echelle de
la Doüanne , où s'étant repofé pendant quelque
tenips , le Chaoux Bachy y arriva pour le conduire
au logement qui lui étoit préparé , & pour
regler la Marche de fon Entrée qui fut faite dans
l'ordre fuivant :
On voyoit d'abord un grand nombre de Janniflaires
marchant fur deux lignes avec leurs Bonnets
de ceremonie ; ils étoient fuivis d'un grand
nombre de perfonnes de la Maiſon du G. V.
toutes vétues fort proprement : 120. Chaoux
à cheval venoient enfuite avec plufieurs Agas ; 12.
Perfans à pied avec des Cottes d'émail , portant
de longues Lances qu'ils manioient avec beaucoup
d'agilité , fervoient comme d'avant-garde à
l'Ambaffadeur qui marchoit d'abord aprés eux à
la gauche du Chaoux Bachy. Il avoit une Robbe
de drap d'or doublée de Marthe zibeline, unTurban
à la mode de Perfe , d'une Etoffe d'or à fleurs
de diverfes couleurs , parmi lesquelles le blanc
dominoit. C'eſt un homme d'environ 40. ans ,
ayant une barbe noire & un afpect affez gravé ,
30.
NOVEMBRE. 1730. 2501.
30. Perfans à cheval , tous jeunes & bien vêtus ,
marchoient après lui , & la Marche étoit fermé
par plus de 300. perfonnes de fa fuite ; les uns
armez d'armes à feu & les autres de Sabres &
d'Arcs , de Fleches & de Lances , & au milieu de
cette foule marchoient 10. Chevaux chargez de
Caiffes fort belles en dehors , dans lesquelles on
prétend qu'étoient contenus les Prefens deſtinez
pour le G. S. le G. V. & les autres Miniftres de
la Porte.
Le 3. Juillet il alla rendre au G. V. une vifite
privée , c'eſt-à - dire , avec très -peu de fuite , mais
la Chambre d'Audiance dans laquelle il fut reçû ,
étoit beaucoup plus parée qu'à l'ordinaire ; on y
voyoit fur les Couffins & fur les Sophas beaucoup
de Montres d'or , des Sabres & des Poignards de
grande valeur , prefque tous couverts de Pierreries
, outre 14. Pendules magnifiques par la beauté
de l'Ouvrage & la richeffe des ornemens,
Après le Compliment ordinaire , il rendit au
Vifir une Lettre de fon Maître , & lui expofa le
fujet de fa Miffion ; il lui dit que le Roi de Perfe
fouhaitoit d'avoir avec la Porte une Paix ferme
& durable , mais qu'il falloit que l'on commençât
par lui rendre toutes les Places dont le G. S.
s'étoit emparé en Perfe , & tous les Perfans qui
avoient été faits Efclaves dans la derniere guerre ;
cette vifite fe termina par des réponſes vagues &
generales.
Quelques jours après la Porte ayant reçû avis
que les Perfans avoient commencé des Actes
d'hoftilité & qu'ils s'étoient rendus maîtres d'Amadan,
Le G.V.qui avoit déja tenu deux Confeils
avec les principaux Miniftres dans le Serrail du
Capitan Pacha, en fit convoquer un autre à Fondukly
( lieu fitué en Europe , à l'entrée du Canal
de la Mer noire) il y fit appeller l'Ambaffadeur de
Hij Perfe
2502 MERCURE DE FRANCE
Perfe , auquel il dit , que puifque Schah Thamás
avoit commencé les hoftilitez dans le tems même
qu'il avoit envoyé un Ambaffadeur pour négocier
la Faix , il ne pouvoit plus écouter aucune
propofition , & qu'il falloit au contraire fe préparer
à la guerre , puifqu'il n'avoit point les pouvoirs
néceffaires pour traiter & conclure un accommodement
fur les propofitions qu'il avoit faites
à fon arrivée.L'Ambaffadeur répondit qu'il ne
pouvoit pas fe perfuader que ces nouvelles fuffent
veritables; mais qu'en fuppofant même qu'elles le
fuffent , il étoit certain que les hoftilitez n'avoient
point été commencées par l'ordre de fon Maître;
mais que c'étoit peut- être un foulevement imprévu
du Peuple irrité par le fouvenir des tyrannies
& des cruautez qui avoient été exercées dans
la derniere guerre ; que pour lui il n'avoit d'autre
pouvoir & d'autre commiffion que ce qu'il avoit
expofé dans fa premiere vifite , & dont il ne pouvoit
pas s'éloigner ; que tout ce qu'il pouvoit
fuggerer à la Porte , c'étoit d'expedier fur le
champ quelque perfonne de confiance avec des
pouvoirs de traiter avec le Roi de Perfe ; qu'il
s'offroit lui-même d'envoyer une perfonne de fa
part avec des Lettres pour tâcher de parvenir à la
Paix , efperant que dans 60. jours on pourroit
recevoir les Réponſes , ce qui fut ainfi réſolu.
L'Ambaffadeur étant retourné chez lui , il fut
mis d'abord fous la garde de 4. Compagnies de
Janniffaires , fans avoir la liberté de fortir , nonplus
que les perfonnes de fa fuite , excepté quelques-
uns de fes plus bas Officiers. Quelques jours
après la guerre fut publiée , & on déclara publiquement
les prétentions du Roi de Perfe ; on ajouta
que le G. V. iroit hyverner à Alep , le Janniffaire
Aga , à Erzeron , & le Topigi Bachy , ou
Grand - Maître d'Artillerie à Ardebil ; on expeNOVEMBRE
. 1730. 2503
pedia en même-temps un grand nombre d'Ouvriers
à Coigny pour réparer le Serrail de cette
Ville , éloigné de feize journées de Conftan
tinople , où le G. S. iroit paffer l'hyver : le
Capitan Pacha fut nommé Caimacan de Conftantinople
, & les Pavillons des principaux Commandans
furent expofez à la Place de l'Hyppodrome
& aux autres endroits accoûtumez . Le Reys
Effendi fit fçavoir aux Ambaffadeurs de France ,
d'Angleterre & de Hollande , que fuivant l'ufage
ordinaire ils pourroient faire préparer chacun un
de leurs Drogmans pour fuivre le G. V. on fit
faire la même déclaration aux Réfidens de Mofcovie
, aufquels le Reys Effendy déclara de plus
qu'ils devoient fuivre perfonnellement le G. S.
On tira des Magazins de Top- hana 150. Canons
de campagne & 80. Canons de batterie , &
on en fit l'épreuve les 20. 21. & 22. Juin . On
voyoit dans toutes les rues de Conftantinople
vendre en grande quantité des Armes à feu &
de toutes autres fortes d'Armes , on y travailla à
des Pavillons neufs , & on y prépara, en un mot ,
tout ce qui eft neceffaire pour une armée . On a
depuis publié des ordres pour faire lever fur les
Arts & Métiers la taxe qu'ils ont accoûtumé de
payer en tems de guerre.
On prépare en toute diligence deux Vaiffeaux
de guerre pour les envoyer à Alexandrette,
chargez de Poudre , de Balles , de Canons , de
Boulets & de toutes fortes de munitions de guerre,
pour être tranſportez dans tous les endroits où
on en aura befoin , & on prépare auffi pour le
même fujet plufieurs Saiques pour aller faire le
même tranſport dans la Mer Noire à Trébiſonde.
On dit ici publiquement, que la vafte Province
de Candahar , Pays des Aghuans , d'où Acheraf
tiroit fon origine , s'eft volontairement foumis
H iiij કે
2504 MERCURE DE FRANCE
à Schah Thamas après la défaite d'Aſcheraf.
>
L'Ambaffadeur de Perfe eut le 25. une Audiance
du G. S. qui outre le Caftan ordinaire ,
lui fit prefent d'une Vefte fourrée de Marthe
Zibeline . On diftribua 16 Caftans aux principales
perfonnes de fa fuite ; & l'Ambaſſadeur préfenta
de la part de Schah Thamas , au G. S. un
Bouclier , & un Candgiar ou Poignard de grande
valeur , une Bourfe de drap d'or cachetée , dont
on ne fçait pas le contenu & plufieurs piéces
d'Etoffe d'or , d'argent & de foye , d'un travail
recherché & curieux.
x
Le matin du 27. les Queues de Cheval furent
expofées dans les lieux ordinaires , comme au dehors
de la porte du Serrail du G.S. & de celui du
G. V. & des autres Pachas , deftinez pour aller à
cette guerre ; ces Queues qui font les Etendarts
des Turcs , confiftent en une longue Perche
plantée en terre , au haut de laquelle eft un
Pommeau doré,duquel pend une queue de Cheval.
Le 31 Juillet , les Queues de Cheval furent
portées publiquement & avec ceremonie , du Serrail
à l'Echelle de Baktche Kapouci, fur une Galere
que remorquoient plufieurs Mahones. La
marche fut réglée dans l'ordre fuivant. 40. Spahis
ou Cavaliers marchoient à la tête avec des Plumets,
portant des Armes à feu & des Sabres . 50. Tartares
venoient enfuite à Cheval , armez d'Arcs & de
Fléches ; 200 jeunes gens à Cheval marchoient
enfuite , portant des Piques , au haut defquelles
étoient des Banderolles un Officier des Janiffaires
, à pied , venoit après , portant une Queuë
de Cheval. Il étoit fuivi de 19 autres à Cheval
portant chacun une Queue , mais plus petites
que celle qui étoit portée par l'Officier à pied .
80. hommes marchoient enfuite , armez differemment
; ils compofoient la garde du G.V. qui
;
>
eft
NOVEMBRE . 1730. 2509.
eft Pacha à 3.Queues. On voyoit après 10.Chevaux
de main , tres -richement harnachez.
Le Kiaya ou Lieutenant duVifir , faivoit à Cheval
, entouré de plus de 40 Tchohadas ; il étoit
fuivi de 100 Itch Alagars , richement habillez ,
venoient enfuite 36 perfonnes à Cheval, fonnant
de la Trompette , & joüant du Timpanon , du
Tambour & d'autres Inftrumens Turcs . La Marche
étoit terminée par 40 Chameaux , chargez
des Pavillons des principaux Commandans . ,
Quand ils furent arrivez à l'Echelle de Baktche
Kapouci , le Kiaya s'étant embarqué fur la Galere
avec la garde du Vifir , les Queues de Cheval
, les Joueurs d'Inftrumens qui ne difcontinuoient
pas leur fanfarre , & les Tchohadais , il
paffa à Scurary , & fut falué à fon pailage de
plufieurs coups de Canons ; tout le refte de fa
fuite s'embarqua fur les Mahones.
Dans les journées précédentes on avoit ap
plani quelques Campagnes & brûlé quelques Vi
gnes entre Scutary & Calcedoine , pour y faire
camper l'armée. Le 2 du mois d'Aouft , on vit
pendant toute la journée un grand nombre de
Mahones,de Barqués & d'autres Bâtimens ,tranf
porter de Conftantinople au Camp de Scutari utk
grand nombre de Troupes , & le Camp fe forma
au delà du Serrail du G. S. à Calcedoine ,
heure de chemin de Scutary .
à une
Le G. S. étant arrivé au Camp le 3. du mois
d'Aouft , defcendit de Cheval à fon Pavillon Impérial
& pafla fur le foir dans fon Serrail , o
il avait été précédé de fon Harem ou Maifons
des Daines , qui y avoit été porté par 11.
Caïques , couverts de drap touge. On permit à
Ambaffadeur de Perfe d'aller voir cette marche
Scutary , d'où il retourna fur le champ dans
l'endroit où il eſt logé , toujours avec la même
Hy garde
2 506 MERCURE DE FRANCE
garde de Janiffaires ; quelques- uns des Miniftres
Etrangers allerent à Scutary , dans des maifons
particulieres pour voir paffer le G.S. & fon Cortege.
La Cour du G. S. fe tient dans le Camp
où font tous les Miniftres.
Le Caïmacam a déja commencé d'exercer fon
autorité à Conftantinople , & le Capitan Pacha
a fubftitué le Terfana Eminy pour exercer fon
autorité dans l'Arfenal. Les Miniftres des Princes
Etrangers ont fait faire compliment au G.V.
au Kiaya, au Reys Effendi, & ont fait auffi complimenter
le Capitan Pacha fur fa Charge de
Caimacan .
Le 8 d'Aouft , les Ambaffadeurs de Ragufe
avec une fuite de 8 perfonnes , allerent au Camp
baifer la Vefte au G. V. comme Rayas ou Tributaires
de la Porte , & en rapporterent trois
Caftans.
Le 12 , un des deux Vaiffeaux dont on a parlé,
destiné pour Alexandrette , partit de ce Port ,
chargé de munitions de guerre. L'Armée groffit
tous les jours , & il y arrive journellement une
grande quantité de Chameaux , de Chevaux & de
Mulets.
Nous fommes aujourd'hui au 15 du mois de
Sept. fans que l'on fçache encore fi l'Armée partira.
Le G.S. continue fon féjour dans le Serrail
du Scutary , & toute la Cour demeure au Camp.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite de Constantinople le 15. Septembre 1730. sur l'état present des affaires de Perse.
En septembre 1730, Chah Thamas, roi de Perse et fils de Schah Huffein, rassembla une armée de 40 000 hommes pour affronter l'usurpateur Acheraf. Après plusieurs victoires, Acheraf, manquant de vivres et de troupes, se réfugia dans une forteresse près de Schiras. Chah Thamas entra triomphalement à Ispahan et captura Acheraf, qui fut exécuté à Schiras. L'armée perse reprit ensuite plusieurs provinces et villes, dont Chirvan, Couchon, Cassan, Sava, Cafbin, Ternan et Bender. Chah Sefy, frère de Chah Thamas, s'était évadé de prison et avait trouvé refuge chez un Arménien. Déguisé en muletier, il se rendit en Arabistan où il reçut le soutien des habitants pour défendre la province contre Acheraf. Soupçonné de vouloir s'emparer du pouvoir, Chah Sefy dut fuir et se réfugia à Bagdad, puis à Constantinople, où il reçut une pension et une garde. L'ambassadeur de Chah Thamas arriva à Scutari et fut conduit à Constantinople avec une escorte solennelle. Il rencontra le Grand Vizir et demanda la restitution des places et des esclaves perses. La Porte ottomane, informée des hostilités perses, se prépara à la guerre. L'ambassadeur fut placé sous garde et des préparatifs militaires furent entrepris à Constantinople, incluant la préparation de canons, de munitions et de navires de guerre. Le 25, l'ambassadeur de Perse fut reçu en audience par le Grand Seigneur (G.S.), qui lui offrit une veste fourrée de martre zibeline et distribua 16 caftans à des personnalités importantes. L'ambassadeur présenta au G.S. divers objets précieux. Le 27 et le 31 juillet, des cérémonies militaires eurent lieu à Constantinople, incluant des processions et des expositions d'étendards turcs. Des campagnes furent planifiées et des troupes furent transportées à Scutari. Le G.S. arriva au camp de Scutari le 3 août, précédé par son harem. L'ambassadeur de Perse observa la marche et retourna à son logement sous escorte. Des visites diplomatiques et des préparatifs militaires continuèrent, avec l'arrivée de nouveaux soldats et de munitions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 2510-2513
SUITE des nouvelles de Perse, Turquie & Afrique.
Début :
Quelques avis des Frontieres de Perse portent que les Géorgiens & quelques Kams de [...]
Mots clefs :
Roi de Perse, Perse, Constantinople, Hommes, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des nouvelles de Perse, Turquie & Afrique.
SUITE des nouvelles de Perfe, Turquie
& Afrique.
Quelques avis
Uelques avis des Frontieres de Perfe portent
que les Géorgiens & quelques Kams de
Tartares , avoient formé en fe réuniffant , un
Corps de dix à 12000 hommes , qui étoit venu
joindre l'armée du Roy de Perfe , auquel on
prétend que le Grand Mogol a fait offrir encore
depuis peu des fecours confidérables de Troupes
& d'argent.
On a reçû la confirmation des premiers avis
qu'on avoit eus de la défaite d'un Corps de
Troupes Ottomanes , près de Tauris ; de l'arrivée
du Roy de Perfe devant cette Place , & de la
retraite du Seraskier , qui commande l'armée du
G. S. dans un pofte avantageux , d'où il pouv i
G.
NOVEMBRE. 1730. 2511
inquiéter l'armée du Roy de Perfe , en attendant
qu'il eut reçû de Conftantinople les fecours confiderables
qu'il en attendoit.
Les dernieres Lettres portent que Schah Thamas
, après avoir pris la Ville de Tauris & prefque
toutes les autres Places conquifes par les
Turcs , pendant la derniere révolution de Perfe
avoit marché vers Bagdad , à la tête de fon armée
, pour y livrer Bataille à celle du G. S. qui
s'étoit retranchée fous les Fortifications de cette
Place; mais que n'ayant pû l'engager au combat,
il s'étoit retiré , en ravageant & brûlant tout le
païs des environs , afin qu'elle ne pût pas trouver
de quoi fubfifter.
Les premieres Lettres qu'on a reçûës de Conftantinople
, par Vienne , fur la dépofition du
G.S.fouverain Chef de l'Empire & de la Religion
Mufulmane , portent que le 28 du mois de Septembre
dernier , un homme de la lie du peuple
déploya dans la Place , dite des Graces , un Enfeigne
déchiré , en invitant tout Muſulman à le
fuivre. En un inftant le peuple fut en confuſion ,
les Boutiques furent fermées ; & cet homme s'étant
rendu dans la Place ", dite l'Atmeidan , ordinairement
la Scene des Révoltes . Il s'y trouva
vers le foir près de 600 hommes.
On porta la nouvelle de cet évenement au Gr.
Seig. & au G. V. qui étoient au Camp de Scutari.
Ils pafferent fur le champ le Canal & revinrent
au Serrail . Ils y furent long - temps à déliberer
fur le parti qu'ils avoient à prendre, & ils
perdirent le moment d'appaifer le premier feu
de cette Rebellion , en faisant marcher des Troupes
contre les Soulevez , qui le 29 au foir ne
montoient pas à plus de 2000 hommes. Les Janiflaires
voyant que leur Souverain demeuroit
dans l'inaction , fe rangerent du côté des Rebellc
2312 MERCURE DE FRANCE
les ; & toute la Ville ayant fuivi leur exemple ,
les Soulevez demanderent au Gr. Seigneur la
tête de plufieurs Miniftres. Sa Hauteffe croyant
devoir les contenter , fit étrangler le 1 Octobre ,
le G. V. le Kiaya , & le Capitan Pacha , dont les
corps furent portez dans un Chariot , au Camp
des Révoltez , qui bien loin de quitter les armes,
déclarerent qu'ils vouloient mettre fur le Trône le
Sultan Mamouth , neveu du G. S. Cela fut executé
le 2. Les Révoltez ayant tiré ce Prince de
la Priſon où il étoit , & y ayant conduit à fa
place Achmet III.. Le nouveau Sultan a nommé
pour G. V. Achmet Pacha , jeune homme élevé
dans le Serrail, & Gendre du Sultan dépofé ; pour
Reys Effendi , ou Grand Tréforier , un ancien
Kadileskier, qui a la réputation d'avoir des connoiffances
& de la prudence ; pour Capitan Pacha,
ou Grand Amiral, Abdikap , jeune homme ,
âgé de 26 ans, & aufli Gendre du Sultan dépofé.
D'autres Lettres reçûës , ajoutent que le nombre
des Révoltez étoit augmenté jufqu'à près de
cent mille hommes , qui obfervoient une exacte
difcipline ; qu'ils ne faifoient aucun tort à qui
que ce foit ; qu'ils avoient fait déchirer en piéces
& jetter aux chiens les Corps du Kiaya & du
Capitan Pacha ; que celui du G. V. avoit été racheté
par fa Famille ; que les Révoltez s'étoient
faifis du Mufti , & l'avoient jetté à la Mer ; que
le nouveau Sultan avoit fait partir des gens affidez
pour arrêter le fils du Sultan dépofé qui eft à
la tête de l'armée , affemblée depuis peu à l'entrée
de l'Afie ; & que Sa Hauteffe avoit été obligée
de promettre aux Janiffaires de les rêtablir
fur le pied de 80000 hommes , comme ils l'étoient
aurrefois.
Les mêmes Lettres portent que le 11 Octobre;
le feu avoit confumé près de 2000 maiſons , ац-
près
NOVEMBRE . 1730. 251 3
près de Topana , & que M.Ange Emo , nouveau
Bayle de la République de Venife , qui étoit arrivé
à Conftantinople la veille de la dépofition
d'Achmet III . avoit eu la liberté de fe rendre à
fon Palais du Faubourg de Péra , fans être infulté
par qui que ce foit.
Les nouvelles d'Afrique portent que le Roy de
Maroc , Mulley Abdalah , avoit détruit depuis
peu le parti des Rebelles qui s'étoient retirez
dans les Montagnes ; que la Ville de Fez dont il
s'étoit rendu Maître , avoit été condamnée pour
fa rebellion , à lui payer 200000 ducats , & celle
de Salé , à lui fournir 200 quintaux de poudre.
On a auffi appris par les Lettres de Ceuta ,
que vers la fin du mois de Septembre dernier , le
Roy de Maroc avoit attaqué dans une Plaine ,
l'armée des Rebelles , dont plus de 7000. étoient
demeurez fur la place , & le reste avoit pris la
fuite ; que les Noirs les pourfuivoient dans les
Montagnes ; que toute leur Artillerie, leur argent
& leurs Beftiaux avoient été pris , & que Je Roy
avoit eu pour fa part du butin 4000 Vaches &
200 Chameaux .
& Afrique.
Quelques avis
Uelques avis des Frontieres de Perfe portent
que les Géorgiens & quelques Kams de
Tartares , avoient formé en fe réuniffant , un
Corps de dix à 12000 hommes , qui étoit venu
joindre l'armée du Roy de Perfe , auquel on
prétend que le Grand Mogol a fait offrir encore
depuis peu des fecours confidérables de Troupes
& d'argent.
On a reçû la confirmation des premiers avis
qu'on avoit eus de la défaite d'un Corps de
Troupes Ottomanes , près de Tauris ; de l'arrivée
du Roy de Perfe devant cette Place , & de la
retraite du Seraskier , qui commande l'armée du
G. S. dans un pofte avantageux , d'où il pouv i
G.
NOVEMBRE. 1730. 2511
inquiéter l'armée du Roy de Perfe , en attendant
qu'il eut reçû de Conftantinople les fecours confiderables
qu'il en attendoit.
Les dernieres Lettres portent que Schah Thamas
, après avoir pris la Ville de Tauris & prefque
toutes les autres Places conquifes par les
Turcs , pendant la derniere révolution de Perfe
avoit marché vers Bagdad , à la tête de fon armée
, pour y livrer Bataille à celle du G. S. qui
s'étoit retranchée fous les Fortifications de cette
Place; mais que n'ayant pû l'engager au combat,
il s'étoit retiré , en ravageant & brûlant tout le
païs des environs , afin qu'elle ne pût pas trouver
de quoi fubfifter.
Les premieres Lettres qu'on a reçûës de Conftantinople
, par Vienne , fur la dépofition du
G.S.fouverain Chef de l'Empire & de la Religion
Mufulmane , portent que le 28 du mois de Septembre
dernier , un homme de la lie du peuple
déploya dans la Place , dite des Graces , un Enfeigne
déchiré , en invitant tout Muſulman à le
fuivre. En un inftant le peuple fut en confuſion ,
les Boutiques furent fermées ; & cet homme s'étant
rendu dans la Place ", dite l'Atmeidan , ordinairement
la Scene des Révoltes . Il s'y trouva
vers le foir près de 600 hommes.
On porta la nouvelle de cet évenement au Gr.
Seig. & au G. V. qui étoient au Camp de Scutari.
Ils pafferent fur le champ le Canal & revinrent
au Serrail . Ils y furent long - temps à déliberer
fur le parti qu'ils avoient à prendre, & ils
perdirent le moment d'appaifer le premier feu
de cette Rebellion , en faisant marcher des Troupes
contre les Soulevez , qui le 29 au foir ne
montoient pas à plus de 2000 hommes. Les Janiflaires
voyant que leur Souverain demeuroit
dans l'inaction , fe rangerent du côté des Rebellc
2312 MERCURE DE FRANCE
les ; & toute la Ville ayant fuivi leur exemple ,
les Soulevez demanderent au Gr. Seigneur la
tête de plufieurs Miniftres. Sa Hauteffe croyant
devoir les contenter , fit étrangler le 1 Octobre ,
le G. V. le Kiaya , & le Capitan Pacha , dont les
corps furent portez dans un Chariot , au Camp
des Révoltez , qui bien loin de quitter les armes,
déclarerent qu'ils vouloient mettre fur le Trône le
Sultan Mamouth , neveu du G. S. Cela fut executé
le 2. Les Révoltez ayant tiré ce Prince de
la Priſon où il étoit , & y ayant conduit à fa
place Achmet III.. Le nouveau Sultan a nommé
pour G. V. Achmet Pacha , jeune homme élevé
dans le Serrail, & Gendre du Sultan dépofé ; pour
Reys Effendi , ou Grand Tréforier , un ancien
Kadileskier, qui a la réputation d'avoir des connoiffances
& de la prudence ; pour Capitan Pacha,
ou Grand Amiral, Abdikap , jeune homme ,
âgé de 26 ans, & aufli Gendre du Sultan dépofé.
D'autres Lettres reçûës , ajoutent que le nombre
des Révoltez étoit augmenté jufqu'à près de
cent mille hommes , qui obfervoient une exacte
difcipline ; qu'ils ne faifoient aucun tort à qui
que ce foit ; qu'ils avoient fait déchirer en piéces
& jetter aux chiens les Corps du Kiaya & du
Capitan Pacha ; que celui du G. V. avoit été racheté
par fa Famille ; que les Révoltez s'étoient
faifis du Mufti , & l'avoient jetté à la Mer ; que
le nouveau Sultan avoit fait partir des gens affidez
pour arrêter le fils du Sultan dépofé qui eft à
la tête de l'armée , affemblée depuis peu à l'entrée
de l'Afie ; & que Sa Hauteffe avoit été obligée
de promettre aux Janiffaires de les rêtablir
fur le pied de 80000 hommes , comme ils l'étoient
aurrefois.
Les mêmes Lettres portent que le 11 Octobre;
le feu avoit confumé près de 2000 maiſons , ац-
près
NOVEMBRE . 1730. 251 3
près de Topana , & que M.Ange Emo , nouveau
Bayle de la République de Venife , qui étoit arrivé
à Conftantinople la veille de la dépofition
d'Achmet III . avoit eu la liberté de fe rendre à
fon Palais du Faubourg de Péra , fans être infulté
par qui que ce foit.
Les nouvelles d'Afrique portent que le Roy de
Maroc , Mulley Abdalah , avoit détruit depuis
peu le parti des Rebelles qui s'étoient retirez
dans les Montagnes ; que la Ville de Fez dont il
s'étoit rendu Maître , avoit été condamnée pour
fa rebellion , à lui payer 200000 ducats , & celle
de Salé , à lui fournir 200 quintaux de poudre.
On a auffi appris par les Lettres de Ceuta ,
que vers la fin du mois de Septembre dernier , le
Roy de Maroc avoit attaqué dans une Plaine ,
l'armée des Rebelles , dont plus de 7000. étoient
demeurez fur la place , & le reste avoit pris la
fuite ; que les Noirs les pourfuivoient dans les
Montagnes ; que toute leur Artillerie, leur argent
& leurs Beftiaux avoient été pris , & que Je Roy
avoit eu pour fa part du butin 4000 Vaches &
200 Chameaux .
Fermer
Résumé : SUITE des nouvelles de Perse, Turquie & Afrique.
En novembre 1730, des informations provenant des frontières de Perse signalent la formation d'une armée de 10 à 12 000 hommes, composée de Géorgiens et de certains clans tartares, qui se sont alliés aux forces du roi de Perse. Le Grand Mogol a également proposé des renforts en troupes et en argent. Les Ottomans ont subi une défaite près de Tauris, où le roi de Perse a pris la ville et d'autres places conquises par les Turcs. Le Seraskier, commandant de l'armée ottomane, a dû se retirer en attendant des renforts de Constantinople. Le chah Thamas a ensuite marché vers Bagdad pour affronter l'armée ottomane, mais n'a pas pu l'engager au combat. Il s'est retiré en ravageant les environs pour empêcher l'ennemi de se ravitailler. À Constantinople, le 28 septembre, une rébellion a été déclenchée par un homme du peuple brandissant un étendard déchiré. Le soulèvement a rapidement gagné en ampleur avec le soutien des janissaires. Le sultan a dû exécuter plusieurs ministres pour apaiser les rebelles, qui ont proclamé le sultan Mamouth comme nouveau souverain. Achmet III a été remplacé, et de nouveaux dignitaires ont été nommés. Les rebelles, disciplinés et nombreux, ont continué à exercer leur pression sur le nouveau sultan. En Afrique, le roi du Maroc, Mulley Abdalah, a réprimé une rébellion dans les montagnes et imposé des amendes aux villes de Fez et de Salé. Il a également vaincu une armée rebelle, capturant une grande quantité de butin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 787-790
ADDITION.
Début :
On apprend de Moscou, que le 15. Mars, les Ambassadeurs [...]
Mots clefs :
Empereur de la Chine, Tsarine, Roi de France, Roi de Perse, Cadix, Indes occidentales, Cardinal, Naples, Noblesse, Tremblements de terre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ADDITION.
ADAVRIL.
1731. 787
ADDITION.
ON apprend de Moscou , que le rs. Mars , les
Ambassadeurs de l'Empereur de la Chine eu→
rent leur Audiance de congé de laCzarine, qui leur
fait préparer des présens magnifiques ; le bruit
court qu'ils ont signé unTraite de Commerce qui
sera très-ayantageux aux deux Nations.
De Coppenhague , que le 2. Avril , le Marquis
de Plelo , Ambassadeur du Roi de France , eut
une Audience particuliere du Roi , dans laquelle
il lui donna part que pour l'avantage du Coinmerce
des deux Nations , S. M. T. Ch. avoit déchargé
de tous les droits d'Entrée dans les Ports
lés Bâtimens Danois ou Norwegiens qui y apporteroient
dorénavant des Bois propres à construire
des Vaisseaux .
De Constantinople , que le Grand-Seigneur
continuoit de faire punir les Auteurs de la derniere
Rebellion ; que le Capitan - Pacha devoit
partir dans peu avec huit Sultanes et quatre au¬´¸
tres Bâtimens , pour aller recueillir les Tributs
de la Morée et des Isles de l'Archipel , et que le
Gr. Vizir s'étoit plaint au Ministre de la Czarine
de ce que des Officiers Moscovites avoient pris
de l'emploi dans les Troupes du Roi de Perse ,
malgré les conventions faites il y a quelques an
nées entre le G. S. déposé et le feu Czar Pierre I.
De Cadix , qu'à la fin de ce mois , on y délivrera
les effets de la Flotille, et que le Roi ayant été
obligé de se servir d'une partie de l'argent , S. M.
remboursera les interessez sur le produit du retour
88 MERCURE DE FRANCÉ
tour des Gallions qui sont actuellement aux Indes
Occidentales , avec l'interêt à six pour cent.
De Rome que l'accommodement des differents
du S. Siege avec le Roi de Portugal , est prêt d'ê
tre conclu ; que M. Bichi , cy devant Noncé à
Lisbonne , qui doit être arrivé à Sienne , y restera
jusqu'à-ce que cet accommodement soit signé ,
et qu'ensuite il ira à Rome pour y recevoir le
Chapeau de Cardinal.
La nuit du 31. du mois dernier , au premier
de ce nois , le Cardinal Coscia sortit de Rome
incognito , avec une suite de quatre personnes , et
il prit la route de Naples Le neveu de M. Firrao
le rencontra le lendemain , traversant la Ville de
Terracine , et on a sçû depuis qu'il étoit allé à
Naples sous le nom de l'Abbé Cibo . Depuis sa
fuite , l'Evêque de Targa , son frere , a eu ordre
de se rendre au Convent de S. Praxede , qu'on
lui a donné pour prison.
Le 24. M. Fioreli alla par ordre de la Congré
gation de Non Nullis au Palais du Cardinal Cos
cia , faire une sommation pour l'obliger à se représenter
dans un terme limité.
Le Cardinal Banchieri , Secretaire d'Etat , a
dépêché un Courrier à M. Guillelmi , qui étoit
parti pour Turin , avec deffense d'entrer dans les
Etats du Roi de Sardaigne , parce qu'on a
craint qu'il n'y fût pas bien reçû , et que son caractere
n'y fût pas respecté.
De Naples , que la derniere secousse de Tremblement
de Terre de la nuit du 16. au 17. du
mois dernier , avoit causé tant d'effroi , qu'une
grande partie des Habitans de cette Ville alla le
Lendemain coucher à la campagne. La Noblesse
envoya le même jour ses plus précieux Meubles
et
AVRIL. 1731. 789
et ses Carosses sur l'Esplanade du Château neuf,
et sur celle de la Porte du S. Esprit pour les mettre
en sureté ; cependant il n'y eut point de
Tremblement de Terre le 18. le 19. ni le 20.
mais le 21. vers les 9. heures du matin , on en
ressentit une legere secousse qui ne caușa aucup
dommage.
Le même jour on reçut avis que le 20. au matin
les deux tiers de la Ville de Foggia avoient été
renversez par le même Tremblement qui s'est fait
sentir avec violence dans les autres Villes de la
Pouille , dans la terre de Labour, dans la Basilicate
et dans une partie de la Calabre citerieure. Le
Viceroi a écrit aux Présidens ou Intendans des
Provinces voisines de la Poüille, d'envoyer des secours
aux Habitans qui se sont sauvez de Foggia,
où ily a eu plus de 2000. personnes d'écrasées , de
ly
faire enlever les décombres et de faire conserver
les Effets des Particuliers qu'on retrouvera en
fouillant.
une
La nuit du 22. au 23. on ressentit encore
legere secousse de Tremblement de terre , de même
que les deux nuits du 28. et du 29. de sorte
que l'on est à Naples dans de continuelles alfarmes.
D'autres Lettres de Naples portent que les
Tremblemens de terre devenoient très frequens
dans la plupart des Provinces du Royaume ; que
les Villes de Lucera , de Troje et d'Aquila étoient
presque renversées ; qu'il y avoit des maladies
Epidemiques qui faisoient périr beaucoup de monde
à la Cainpagne , et que les Troupes de l'Empereur
commençoient d'en être attaquées.
De Genes , que Mrs Jean- Baptiste Grimaldi et
Charles de Fornari , sont partis pour l'Isle de
Corse avec des pleins pouvoirs de la République
ct
790 MERCURE DE FRANCE
et les instructions necessaires pour terminer l'affaire
de la révolte des Habitans de cette Isle qu
paroissent disposez à quitter les armes,
De Bruxelles , que l'Archiduchesse Gouvernante
, ayant eû avis que le Duc de Lorraine de
voit venir passer quelques jours avec le Prince
Charles son frere , pour se rendre ensuite en
Hollande , et à ce qu'on croit , en Angleterre ,
cette Princesse a donné ses ordres pour lui faire
meubler un Hôtel. Ce Prince gardera l'incognito
sous le nom de Comte de Blamont,
1731. 787
ADDITION.
ON apprend de Moscou , que le rs. Mars , les
Ambassadeurs de l'Empereur de la Chine eu→
rent leur Audiance de congé de laCzarine, qui leur
fait préparer des présens magnifiques ; le bruit
court qu'ils ont signé unTraite de Commerce qui
sera très-ayantageux aux deux Nations.
De Coppenhague , que le 2. Avril , le Marquis
de Plelo , Ambassadeur du Roi de France , eut
une Audience particuliere du Roi , dans laquelle
il lui donna part que pour l'avantage du Coinmerce
des deux Nations , S. M. T. Ch. avoit déchargé
de tous les droits d'Entrée dans les Ports
lés Bâtimens Danois ou Norwegiens qui y apporteroient
dorénavant des Bois propres à construire
des Vaisseaux .
De Constantinople , que le Grand-Seigneur
continuoit de faire punir les Auteurs de la derniere
Rebellion ; que le Capitan - Pacha devoit
partir dans peu avec huit Sultanes et quatre au¬´¸
tres Bâtimens , pour aller recueillir les Tributs
de la Morée et des Isles de l'Archipel , et que le
Gr. Vizir s'étoit plaint au Ministre de la Czarine
de ce que des Officiers Moscovites avoient pris
de l'emploi dans les Troupes du Roi de Perse ,
malgré les conventions faites il y a quelques an
nées entre le G. S. déposé et le feu Czar Pierre I.
De Cadix , qu'à la fin de ce mois , on y délivrera
les effets de la Flotille, et que le Roi ayant été
obligé de se servir d'une partie de l'argent , S. M.
remboursera les interessez sur le produit du retour
88 MERCURE DE FRANCÉ
tour des Gallions qui sont actuellement aux Indes
Occidentales , avec l'interêt à six pour cent.
De Rome que l'accommodement des differents
du S. Siege avec le Roi de Portugal , est prêt d'ê
tre conclu ; que M. Bichi , cy devant Noncé à
Lisbonne , qui doit être arrivé à Sienne , y restera
jusqu'à-ce que cet accommodement soit signé ,
et qu'ensuite il ira à Rome pour y recevoir le
Chapeau de Cardinal.
La nuit du 31. du mois dernier , au premier
de ce nois , le Cardinal Coscia sortit de Rome
incognito , avec une suite de quatre personnes , et
il prit la route de Naples Le neveu de M. Firrao
le rencontra le lendemain , traversant la Ville de
Terracine , et on a sçû depuis qu'il étoit allé à
Naples sous le nom de l'Abbé Cibo . Depuis sa
fuite , l'Evêque de Targa , son frere , a eu ordre
de se rendre au Convent de S. Praxede , qu'on
lui a donné pour prison.
Le 24. M. Fioreli alla par ordre de la Congré
gation de Non Nullis au Palais du Cardinal Cos
cia , faire une sommation pour l'obliger à se représenter
dans un terme limité.
Le Cardinal Banchieri , Secretaire d'Etat , a
dépêché un Courrier à M. Guillelmi , qui étoit
parti pour Turin , avec deffense d'entrer dans les
Etats du Roi de Sardaigne , parce qu'on a
craint qu'il n'y fût pas bien reçû , et que son caractere
n'y fût pas respecté.
De Naples , que la derniere secousse de Tremblement
de Terre de la nuit du 16. au 17. du
mois dernier , avoit causé tant d'effroi , qu'une
grande partie des Habitans de cette Ville alla le
Lendemain coucher à la campagne. La Noblesse
envoya le même jour ses plus précieux Meubles
et
AVRIL. 1731. 789
et ses Carosses sur l'Esplanade du Château neuf,
et sur celle de la Porte du S. Esprit pour les mettre
en sureté ; cependant il n'y eut point de
Tremblement de Terre le 18. le 19. ni le 20.
mais le 21. vers les 9. heures du matin , on en
ressentit une legere secousse qui ne caușa aucup
dommage.
Le même jour on reçut avis que le 20. au matin
les deux tiers de la Ville de Foggia avoient été
renversez par le même Tremblement qui s'est fait
sentir avec violence dans les autres Villes de la
Pouille , dans la terre de Labour, dans la Basilicate
et dans une partie de la Calabre citerieure. Le
Viceroi a écrit aux Présidens ou Intendans des
Provinces voisines de la Poüille, d'envoyer des secours
aux Habitans qui se sont sauvez de Foggia,
où ily a eu plus de 2000. personnes d'écrasées , de
ly
faire enlever les décombres et de faire conserver
les Effets des Particuliers qu'on retrouvera en
fouillant.
une
La nuit du 22. au 23. on ressentit encore
legere secousse de Tremblement de terre , de même
que les deux nuits du 28. et du 29. de sorte
que l'on est à Naples dans de continuelles alfarmes.
D'autres Lettres de Naples portent que les
Tremblemens de terre devenoient très frequens
dans la plupart des Provinces du Royaume ; que
les Villes de Lucera , de Troje et d'Aquila étoient
presque renversées ; qu'il y avoit des maladies
Epidemiques qui faisoient périr beaucoup de monde
à la Cainpagne , et que les Troupes de l'Empereur
commençoient d'en être attaquées.
De Genes , que Mrs Jean- Baptiste Grimaldi et
Charles de Fornari , sont partis pour l'Isle de
Corse avec des pleins pouvoirs de la République
ct
790 MERCURE DE FRANCE
et les instructions necessaires pour terminer l'affaire
de la révolte des Habitans de cette Isle qu
paroissent disposez à quitter les armes,
De Bruxelles , que l'Archiduchesse Gouvernante
, ayant eû avis que le Duc de Lorraine de
voit venir passer quelques jours avec le Prince
Charles son frere , pour se rendre ensuite en
Hollande , et à ce qu'on croit , en Angleterre ,
cette Princesse a donné ses ordres pour lui faire
meubler un Hôtel. Ce Prince gardera l'incognito
sous le nom de Comte de Blamont,
Fermer
Résumé : ADDITION.
En avril 1731, plusieurs événements diplomatiques et naturels significatifs ont été rapportés. À Moscou, les ambassadeurs de l'Empereur de Chine ont été reçus en audience de congé par la czarine, qui leur a offert des présents somptueux. Un traité de commerce bénéfique pour les deux nations a été signé. À Copenhague, le Marquis de Plelo, ambassadeur du Roi de France, a informé le Roi du Danemark que les navires danois ou norvégiens transportant du bois pour la construction navale seraient exemptés des droits d'entrée. À Constantinople, le Grand-Seigneur continuait de réprimer les auteurs de la dernière rébellion. Le Capitan-Pacha devait partir avec plusieurs bâtiments pour collecter les tributs de la Morée et des îles de l'Archipel. Le Grand Vizir a exprimé sa préoccupation au ministre de la czarine concernant la présence d'officiers moscovites dans les troupes du Roi de Perse, en violation des conventions antérieures. À Cadix, les effets de la flotille devaient être délivrés à la fin du mois, et le Roi rembourserait les intérêts sur le produit du retour des galions des Indes Occidentales. À Rome, un accord entre le Saint-Siège et le Roi de Portugal était imminent. Le Cardinal Coscia a fui Rome incognito pour Naples, et son frère a été emprisonné. Des tremblements de terre ont causé des dégâts et de l'effroi à Naples et dans d'autres villes italiennes, entraînant des mesures de secours. À Gênes, des émissaires ont été envoyés en Corse pour négocier la fin de la révolte. À Bruxelles, l'Archiduchesse Gouvernante a préparé un hôtel pour le Duc de Lorraine, qui devait passer quelques jours incognito.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
8
p. 938-945
LETTRE écrite de Paris le 30 Avril 1731. au sujet de la Révolution de Constantinople, contenant quelques faits Anecdotes, et qui peut servir de récapitulation à laRelation de cet événement.
Début :
C'est avec quelque sorte de peine, Monsieur, que je me suis déterminé [...]
Mots clefs :
Révolution, Sédition, Sultan, Porte, Roi de Perse, Peuple, Sérail, Divans, Janissaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Paris le 30 Avril 1731. au sujet de la Révolution de Constantinople, contenant quelques faits Anecdotes, et qui peut servir de récapitulation à laRelation de cet événement.
LETTRE écrite de Paris le 30 Avril 1731..
au sujet de la Révolution de Constantinople
, contenant quelquesfaits Anecdotes
et qui peut servir de récapitulation à la
Relation de cet événement
C
و
" Est avec quelque sorte de peine ,
Monsieur , que je me suis déterminé
à rendre publique une Lettre que je reçois
de Constantinople. Les récits qu'on lit.
dans vos Mercures de la Révolution arrivée
en Turquie , semblent ne laisser rien
AVRIL. 17312 939
désirer pour constater un évenement
aussi extraordinaire ; cependant en les
comparant avec le détail que l'on m'en fait
dans cette Lettre ; j'y ai appris deux cir
constances essentielles , dont on n'a point
encore parlé. On y verra le motif de la sédition
, et les progrès insensibles d'un dessein
d'abord témeraire , mais apuyé sous
main par le Capitan- Bacha , et porté à un
succès inesperé , par l'inaction du Grand
Vizir et du Sultan. Ces nouvelles au
reste , ne sçauroient être révoquées en
doute ; celui dont je les tiens fait depuis
plusieurs années un séjour actuel à Constantinople
, y est connu et consideré des
plus grands Pachas de la Porte , et a lié
une amitié étroite avec un des premiers
Officiers du nouveau Sultan..
31
Le Prince Thamas s'étoit à peine affermi
sur le Thrône de ses Ancêtres , qu'il
s'êtoit pressé d'envoyer une Ambassade
célebre à la Porte , pour redemander la
restitution des Provinces et Places dont
les Turcs s'étoient emparez pendant la
Révolution.
Il avoit soutenu cette Ambassade d'une
grosse Armée , dont les progrès continuels
rendirent les Turcs plus traitables , et les
forcerent à écouter une proposition ,
qu'ils auroient rejettée avec hauteur dans
un autre tems. Il fut résolu dans un grand
Divan
740 MERCURE DE FRANCE.
Divan que l'on remettroit ces Provinces
au Roi de Perse.
Le Roi de Perse n'avoit pas oublié les
cruautez exercées par les Turcs durant la
Conquête de ces Provinces . Cette plaïe recente
saignoit encore , et les dégats que
son Armée avoit causés sur les Terres des
Turcs , ne l'en avoient pas assez pleinement
dédomagé ; aussi saisit- il l'occasion
d'assouvir la vengeance qu'il méditoit
et quelques Soldats restez à la garde des
Places , furent les malheureuses victimes
de sa colere.
+
Ils furent arrêtez , on leur coupa le nez
et les oreilles , et on les embarqua sur un
Bâtiment du païs au nombre de 300-
Le Grand Vizir en fut informé à propos
; il avoit été l'Auteur de la guerre
pendant la Révolution de Perse , il venoit
de conclure la paix malgré les oppositions
de tout le Divan : il craignit avec raison
qu'une execution de cette nature
n'eut des suites fâcheuses ; il dépêcha
des Courriers et des ordres précis aux
Gouverneurs des Places situées à l'embouchure
de la Mer Noire , de couler à
fond le premier Vaisseau qu'ils appercevroient.
le
Le succès répondit à son attente ,
Vaisseau fut englouti , et cette affaire n'auroit
point éclaté , si un nommé Patrona ,
1
qui
AVRIL. 1731. 941
qui avoit été témoin de l'éxecution en
Perse et qui (à ce que prétendent quelquesuns
you comme d'autres le veulent ) avoit
échappé au naufrage , n'eut découvert ce
qu'il importoit au Grand Vizir de tenir
caché.
Ce Patrona arrive à Constantinople ;
marche vers la grande Place , attache un
Drapeau au bout d'un bâton , dont il
étoit armé , ordonne à tous les vrais fideles
de se ranger autour de lui .
Le Peuple ne parut pas d'abord bien
disposé à la révolte ; on ne répondit à
Patrona que par un grand silence , et depuis
le matin jusqu'à midi , il n'avoit rassemblé
que 10 à 12 personnes. Il eut été
facile de dissiper ce petit nombre de factieuxs
mais la lenteur du Capitan Bacha
que l'on soupçonna depuis d'être d'intelligence
avec Patrona d'ailleurs ennemi-
déclaré du G. V. et les peintures vives
et affreuses que Patrona présentoit au peuple
des indignitez commises sur le petit
nombre des Soldats Turcs , entraîna enfin
le peuple. On ferme les Boutiques , on
s'atroupe , on court au quartier des Jánissaires
, et on tourne droit au Serrail
en criant justice et vengeance .
3
>
Le Sultan Achmet étoit enfermé avec le
Grand Vizir et le Capitan-Bacha , et ne
décidoit rien lorsque les cris de la popu-
Lace
942 MERCURE DE FRANCE
lace épouvanterent le Grand Vizir ; qui ,
désesperant de remedier à un mal si pressant
, accusa le Capitan - Bacha. C'est ce
chien , dit- il , au Grand Seigneur , qui est
cause de tout ce désordre . Le Grand Amiral
picqué , rendit compte à l'Empereur
des motifs secrets , qui avoient occasionné
la paix et la guerre avec la Perse.
Le Sultan pressé par le peuple qui lui
demandoit justice , et indigné de se voir
trompé par ses deux Ministres , les fit
étrangler sur le champ et livra leurs corps
à la Populace qui les mit en pieces. Cer
Acte de Justice auroit dû naturellement
appaiser les Mécontens . Mais l'avarice ,
Foisiveté et la molesse du G. S. avoient
fort indisposé les Peuples contre lui ; aussi
Pattaquerent-ils ensuite , le détrônerent
et éleverent sur le Trêne Sultan Mah .
moud , son neveu , confié depuis longtemps
à la Garde des Janissairés .
Patrona devint bien- tôt le maître ; rien
me se décidoit que par ses ordres ; ik assistoit
à tous les Divans ; son avis y étoit
le seul suivi , il alla même jusqu'à nommer
un Janissaire-Aga . Le Sultan nouvellement
élû supportoit impatiamment une
autorité égale à la sienne ; il chercha à
abbatre un Sujet si craint et si redouté.
Il y réussit par une voye qui sembloit
assurer à Patrona le pouvoir qu'il venoit
d'usurper.
AVRIL. 1731. 943
Le Selicktar , ou Porte- Enseigne du Sultan
déposé , avoit obtenu du Sultan Mahmoud
, la place de G. Visir , loind'être lié
d'interêt avec Patrona , il servoit d'obstacle
à ses desseins. Sa perte fut résoluë ;
il n'osa s'y prendre ouvertement et crut
qu'il en viendroit mieux à bout en cachant
son projet.
Il insinua donc au Sultan de rappeller
auprès de sa Personne un certain Dgianum
-Codgia , honoré déja de la place de
Capitan - Bacha , et exilé depuis long-temps
comme ennemi déclaré du G. V. massacré ;
homme de tête et propre pour un coup
d'état. Le G. S. y consentit ; il le décora
une seconde fois de la place de Grand-
Amiral. Il indiqua un Divan où les Bachas
de la Porte et les principaux Chefs
des Rebelles devoient assister , sous prétexte
qu'il étoit à propos de prendre des
mesures promptes et sures dans la guerre
que l'on alloit déclarer aux Moscovites .
C'est une ceremonie pratiquée journellement
chez les Turcs , de revétir avant
la tenne du Divan , le nouveau Grand-
* Amiral d'un Caftan , en presence du G. S.
le Ceremonial prescrit aussi qu'il en soit
revétu par le Janissaire - Aga.
I On avoit déterminé à ce moment la
punition des factieux , et le Janissaire-Aga'
devoit être la première victime. Tout
étant
944 MERCURE DE FRANCE
étant préparé, le Janissaire Aga s'approche
du Grand- Amiral , lui présenta la Veste.
Celui-cy lui porte un coup de Sabre qu'il
avoit caché sous sa Robbe , l'étend sur le
carreau ; on prétend qu'il tomba mort ,
d'autres veulent que blessé mortellement,
il se releva , tira son poignard , dont il atteignit
Dgianum- Codgia , qui muni d'u
ne armure , ne fut point blessé.
Au signal on se jette sur les factieux;
surpris et desesperez , ils se deffendent
vaillamment , mais ils succombent enfin
au nombre de 30. tandis que l'on massacre
ceux qui étoient restez au- dedans
du Serrail et dans les cours.
Le Peuple ne marqua par aucun
mouvement qu'il y prît part. On ne
s'en est point tenu à cette simple execution
; on poursuit vivement les séditieux,
leurs têtes sont mises à prix et on renouvelle
ces fameux tems des anciennes Proscriptions.
On prétend , au reste , que bien en å
pris au nouveau Sultan , d'avoir fait cet
exemple, et que le dessein de Patrona étoit
de remettre deux jours plus tard l'ancien
Sultan sur le Trône. On ignore quel en
pouvoit être le motif.
Les Révoltes sont assez ordinaires en
Turquie. La Canée n'en a pas été exempte;
un Impôt mis sur l'huile en a été
le
AVRIL. 1731 945
+
le prétexte. 300. hommes étoient déja
assemblez dans une Mosquée , et méditoient
de massacrer le Receveur ; mais
les soins du Bacha et du Janissaire Aga ,
ont arrêté ces premiers mouvemens , et
sous prétexte de presenter une Requête à
la Porte, ils les ont congédiez et renvoyez
chez eux .
Il seroit peu necessaire , Monsieur , de
faire remarquer ce qui differencie cette
Relation des autres données au Public ;
lui seul en doit juger. Je me flatte que
vous voudrez bien lui donner promptement
une place dans votre Mercure; dans
cette attente je suis , &c.
au sujet de la Révolution de Constantinople
, contenant quelquesfaits Anecdotes
et qui peut servir de récapitulation à la
Relation de cet événement
C
و
" Est avec quelque sorte de peine ,
Monsieur , que je me suis déterminé
à rendre publique une Lettre que je reçois
de Constantinople. Les récits qu'on lit.
dans vos Mercures de la Révolution arrivée
en Turquie , semblent ne laisser rien
AVRIL. 17312 939
désirer pour constater un évenement
aussi extraordinaire ; cependant en les
comparant avec le détail que l'on m'en fait
dans cette Lettre ; j'y ai appris deux cir
constances essentielles , dont on n'a point
encore parlé. On y verra le motif de la sédition
, et les progrès insensibles d'un dessein
d'abord témeraire , mais apuyé sous
main par le Capitan- Bacha , et porté à un
succès inesperé , par l'inaction du Grand
Vizir et du Sultan. Ces nouvelles au
reste , ne sçauroient être révoquées en
doute ; celui dont je les tiens fait depuis
plusieurs années un séjour actuel à Constantinople
, y est connu et consideré des
plus grands Pachas de la Porte , et a lié
une amitié étroite avec un des premiers
Officiers du nouveau Sultan..
31
Le Prince Thamas s'étoit à peine affermi
sur le Thrône de ses Ancêtres , qu'il
s'êtoit pressé d'envoyer une Ambassade
célebre à la Porte , pour redemander la
restitution des Provinces et Places dont
les Turcs s'étoient emparez pendant la
Révolution.
Il avoit soutenu cette Ambassade d'une
grosse Armée , dont les progrès continuels
rendirent les Turcs plus traitables , et les
forcerent à écouter une proposition ,
qu'ils auroient rejettée avec hauteur dans
un autre tems. Il fut résolu dans un grand
Divan
740 MERCURE DE FRANCE.
Divan que l'on remettroit ces Provinces
au Roi de Perse.
Le Roi de Perse n'avoit pas oublié les
cruautez exercées par les Turcs durant la
Conquête de ces Provinces . Cette plaïe recente
saignoit encore , et les dégats que
son Armée avoit causés sur les Terres des
Turcs , ne l'en avoient pas assez pleinement
dédomagé ; aussi saisit- il l'occasion
d'assouvir la vengeance qu'il méditoit
et quelques Soldats restez à la garde des
Places , furent les malheureuses victimes
de sa colere.
+
Ils furent arrêtez , on leur coupa le nez
et les oreilles , et on les embarqua sur un
Bâtiment du païs au nombre de 300-
Le Grand Vizir en fut informé à propos
; il avoit été l'Auteur de la guerre
pendant la Révolution de Perse , il venoit
de conclure la paix malgré les oppositions
de tout le Divan : il craignit avec raison
qu'une execution de cette nature
n'eut des suites fâcheuses ; il dépêcha
des Courriers et des ordres précis aux
Gouverneurs des Places situées à l'embouchure
de la Mer Noire , de couler à
fond le premier Vaisseau qu'ils appercevroient.
le
Le succès répondit à son attente ,
Vaisseau fut englouti , et cette affaire n'auroit
point éclaté , si un nommé Patrona ,
1
qui
AVRIL. 1731. 941
qui avoit été témoin de l'éxecution en
Perse et qui (à ce que prétendent quelquesuns
you comme d'autres le veulent ) avoit
échappé au naufrage , n'eut découvert ce
qu'il importoit au Grand Vizir de tenir
caché.
Ce Patrona arrive à Constantinople ;
marche vers la grande Place , attache un
Drapeau au bout d'un bâton , dont il
étoit armé , ordonne à tous les vrais fideles
de se ranger autour de lui .
Le Peuple ne parut pas d'abord bien
disposé à la révolte ; on ne répondit à
Patrona que par un grand silence , et depuis
le matin jusqu'à midi , il n'avoit rassemblé
que 10 à 12 personnes. Il eut été
facile de dissiper ce petit nombre de factieuxs
mais la lenteur du Capitan Bacha
que l'on soupçonna depuis d'être d'intelligence
avec Patrona d'ailleurs ennemi-
déclaré du G. V. et les peintures vives
et affreuses que Patrona présentoit au peuple
des indignitez commises sur le petit
nombre des Soldats Turcs , entraîna enfin
le peuple. On ferme les Boutiques , on
s'atroupe , on court au quartier des Jánissaires
, et on tourne droit au Serrail
en criant justice et vengeance .
3
>
Le Sultan Achmet étoit enfermé avec le
Grand Vizir et le Capitan-Bacha , et ne
décidoit rien lorsque les cris de la popu-
Lace
942 MERCURE DE FRANCE
lace épouvanterent le Grand Vizir ; qui ,
désesperant de remedier à un mal si pressant
, accusa le Capitan - Bacha. C'est ce
chien , dit- il , au Grand Seigneur , qui est
cause de tout ce désordre . Le Grand Amiral
picqué , rendit compte à l'Empereur
des motifs secrets , qui avoient occasionné
la paix et la guerre avec la Perse.
Le Sultan pressé par le peuple qui lui
demandoit justice , et indigné de se voir
trompé par ses deux Ministres , les fit
étrangler sur le champ et livra leurs corps
à la Populace qui les mit en pieces. Cer
Acte de Justice auroit dû naturellement
appaiser les Mécontens . Mais l'avarice ,
Foisiveté et la molesse du G. S. avoient
fort indisposé les Peuples contre lui ; aussi
Pattaquerent-ils ensuite , le détrônerent
et éleverent sur le Trêne Sultan Mah .
moud , son neveu , confié depuis longtemps
à la Garde des Janissairés .
Patrona devint bien- tôt le maître ; rien
me se décidoit que par ses ordres ; ik assistoit
à tous les Divans ; son avis y étoit
le seul suivi , il alla même jusqu'à nommer
un Janissaire-Aga . Le Sultan nouvellement
élû supportoit impatiamment une
autorité égale à la sienne ; il chercha à
abbatre un Sujet si craint et si redouté.
Il y réussit par une voye qui sembloit
assurer à Patrona le pouvoir qu'il venoit
d'usurper.
AVRIL. 1731. 943
Le Selicktar , ou Porte- Enseigne du Sultan
déposé , avoit obtenu du Sultan Mahmoud
, la place de G. Visir , loind'être lié
d'interêt avec Patrona , il servoit d'obstacle
à ses desseins. Sa perte fut résoluë ;
il n'osa s'y prendre ouvertement et crut
qu'il en viendroit mieux à bout en cachant
son projet.
Il insinua donc au Sultan de rappeller
auprès de sa Personne un certain Dgianum
-Codgia , honoré déja de la place de
Capitan - Bacha , et exilé depuis long-temps
comme ennemi déclaré du G. V. massacré ;
homme de tête et propre pour un coup
d'état. Le G. S. y consentit ; il le décora
une seconde fois de la place de Grand-
Amiral. Il indiqua un Divan où les Bachas
de la Porte et les principaux Chefs
des Rebelles devoient assister , sous prétexte
qu'il étoit à propos de prendre des
mesures promptes et sures dans la guerre
que l'on alloit déclarer aux Moscovites .
C'est une ceremonie pratiquée journellement
chez les Turcs , de revétir avant
la tenne du Divan , le nouveau Grand-
* Amiral d'un Caftan , en presence du G. S.
le Ceremonial prescrit aussi qu'il en soit
revétu par le Janissaire - Aga.
I On avoit déterminé à ce moment la
punition des factieux , et le Janissaire-Aga'
devoit être la première victime. Tout
étant
944 MERCURE DE FRANCE
étant préparé, le Janissaire Aga s'approche
du Grand- Amiral , lui présenta la Veste.
Celui-cy lui porte un coup de Sabre qu'il
avoit caché sous sa Robbe , l'étend sur le
carreau ; on prétend qu'il tomba mort ,
d'autres veulent que blessé mortellement,
il se releva , tira son poignard , dont il atteignit
Dgianum- Codgia , qui muni d'u
ne armure , ne fut point blessé.
Au signal on se jette sur les factieux;
surpris et desesperez , ils se deffendent
vaillamment , mais ils succombent enfin
au nombre de 30. tandis que l'on massacre
ceux qui étoient restez au- dedans
du Serrail et dans les cours.
Le Peuple ne marqua par aucun
mouvement qu'il y prît part. On ne
s'en est point tenu à cette simple execution
; on poursuit vivement les séditieux,
leurs têtes sont mises à prix et on renouvelle
ces fameux tems des anciennes Proscriptions.
On prétend , au reste , que bien en å
pris au nouveau Sultan , d'avoir fait cet
exemple, et que le dessein de Patrona étoit
de remettre deux jours plus tard l'ancien
Sultan sur le Trône. On ignore quel en
pouvoit être le motif.
Les Révoltes sont assez ordinaires en
Turquie. La Canée n'en a pas été exempte;
un Impôt mis sur l'huile en a été
le
AVRIL. 1731 945
+
le prétexte. 300. hommes étoient déja
assemblez dans une Mosquée , et méditoient
de massacrer le Receveur ; mais
les soins du Bacha et du Janissaire Aga ,
ont arrêté ces premiers mouvemens , et
sous prétexte de presenter une Requête à
la Porte, ils les ont congédiez et renvoyez
chez eux .
Il seroit peu necessaire , Monsieur , de
faire remarquer ce qui differencie cette
Relation des autres données au Public ;
lui seul en doit juger. Je me flatte que
vous voudrez bien lui donner promptement
une place dans votre Mercure; dans
cette attente je suis , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite de Paris le 30 Avril 1731. au sujet de la Révolution de Constantinople, contenant quelques faits Anecdotes, et qui peut servir de récapitulation à laRelation de cet événement.
La lettre du 30 avril 1731 relate la révolution à Constantinople, révélant des détails absents des journaux. Elle met en lumière deux éléments cruciaux : le motif de la sédition et l'évolution d'un plan audacieux soutenu par le Capitan-Bacha, favorisé par l'inaction du Grand Vizir et du Sultan. Le Prince Thamas, nouvellement installé sur le trône de Perse, avait envoyé une ambassade pour réclamer la restitution des provinces conquises par les Turcs. Soutenu par une armée puissante, il força les Turcs à accepter cette demande. En réponse aux cruautés turques, le roi de Perse ordonna des exécutions barbares sur les soldats turcs restés en Perse. Informé, le Grand Vizir ordonna de couler le vaisseau transportant ces soldats, mais un nommé Patrona, témoin des exécutions, révéla l'affaire à Constantinople. Patrona rallia le peuple en dénonçant les indignités commises, déclenchant une révolte. Acculé, le Grand Vizir accusa le Capitan-Bacha. Le Sultan, pressé par le peuple, fit étrangler les deux ministres et livra leurs corps à la populace. Cependant, l'avarice et la mollesse du Sultan indisposèrent les peuples, qui le détrônèrent et élevèrent son neveu, Sultan Mahmoud, au trône. Patrona devint le maître, mais le Sultan, avec l'aide du Selicktar, organisa un coup d'État. Lors d'un Divan, le nouveau Grand-Amiral tua le Janissaire-Aga, déclenchant une répression sanglante contre les séditieux. Le peuple resta passif, et les proscriptions se poursuivirent. Les motifs exacts de Patrona pour vouloir rétablir l'ancien Sultan restent inconnus. Des révoltes similaires survinrent ailleurs, comme à La Canée, où un impôt sur l'huile déclencha des mouvements séditieux rapidement réprimés. L'auteur espère que cette relation sera publiée promptement dans le Mercure de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9
p. [2002]-2006
TURQUIE ET PERSE.
Début :
Le 10. du mois de Fevrier dernier, le Roi de Perse qui avoit formé la resolution de reprendre [...]
Mots clefs :
Roi de Perse, Armée, Montagnes de la Province d'Iran, Janissaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
TURQUIE ET PERSE.
L
›
>
E 10. du mois de Fevrier dernier , le Roi de
Perse qui avoit formé la resolution de reprendre
la Ville de Tauris , se mit en marche
pour aller l'assieger à la tête d'une armée de 100.
mille hommes. Son dessein étoit de la reprendre
d'assaut ; mais ayant été repoussé plusieurs fois
avec perte de ses meilleurs Officiers il s'étoit
determiné à en former le Siege et à ouvrir la
tranchée , lors qu'il fut informé qu'il y avoit une
division à Erivan entre la Garnison et le Seraskier
Ali Pacha , auquel les Jannissaires refusoient
d'obeïr , parce qu'il leur étoit dû plusieurs
mois de leur Solde et qu'on ne leur avoit
pas encore distribué le present que les Sultans
sont dans l'usage de leur faire à leur avenement
au Trône. Sur cet avis le Roy de Perse
partagea son Armée , dont il laissa la moitié devant
Tauris et marcha avec le reste du côté
d'Erivan. La saison qui étoit rigoureuse , rendit
sa marche plus longue qu'il ne croyoit ; il eut
d'ailleurs beaucoup de peine à traverser les Montagnes
de la Province d'Iran . Aly - Pacha qui
avoit été informé du projet , calma les Janissaires
mécontens , en leur payant de ses propres
deniers une partie de ce qui leur étoit dû , et
s'enferma dans Erivan avec un renfort de 12000.
hommes.
>
›
Le Roi de Perse étant arrivé prés de cette Ville
, fit tout ce qu'il pût pour attirer le Seraskier
38
A OUS T. 1731. , 2003
>
au combat . Plusieurs jours se passerent à escarmoucher
avec un pareil avantage ,parce que le commandant
Turc ne vouloit pas risquer un combar
general avant que d'avoir reçu un secours considerable
de Troupes qu'il attendoit ; mais ce
secours étant trop long - temps à arriver , il fit
faire une sortie de 6coo . hommes qui eurent
ordre de fuir à la premiere décharge , et d'attirer
le Roi de Perse sous une batterie de 40. pieces
de canon Cet ordre fut exécuté si à propos .
que les Persans poursuivant les Fuyards , donnerent
dans le piege ; ils essuyerent tout le feu
de la batterie , qui leur tua beaucoup de monde
et le Gouverneur de la place sortit contre eux
la tête de 9000. hommes , ausquels se joignirent
encore 14000. hommes , qui étoient campés derriere
une colline , et qui parurent à un certain
signal. Le combat devint general ; les Persans y
firent paroître beaucoup de valeur ; mais étant
trés - mal armés , ils furent obligés de se retirer
vers la riviere d'Aras où ils se retrancherent :9
Si le Seraskier les eût poursuivis dans leur retraite
, on croit qu'il les auroit taillés en pieces ,
mais il se contenta de ce premier avantage.
Vers le 15 de Mars suivant , les Janissaires
demandant avec instance d'aller une seconde fois
au combat , il se détermina à aller attaquer les
Persans dans leurs retranchemens . Il fut d'abord
repoussé avec perte , ce qui l'obligea à se retirer
dans son camp ; mais le nouveau secours qu'il
attendoit , étant arrivé , il commença le 16. à la
pointe du jour à canonner lcs Persans d'une hauteur
, dont il s'étoit emparé. Ces derniers qui
n'avoient que trés - peu d'artillerie sortirent en
désordre de leurs retranchemens , les Turcs les
poursuivirent ; et comme Ils ne s'étoient point
mé
2/2004 MERCURE DE FRANCE
menagé de retraite , le Seraskier les poussa du
côté de l'Aras , ou la plupart se précipiterent. La
perte du côté des Persans peut monter à 18. ou
20000. hommes , tant tués que noyés. Le Roi
de Perse s'est retiré vers Tauris pour y rejoindre
le reste de son armée , et on croit que malgré la
perte de cette bataille il continuera le Siege de
Cette place.
>
Les mêmes lettres ajoûtent qu'on avoit fait des
rejouissances publiques pendant trois jours à
Constantinople , à l'occasion de cette victoire ,
que le G. S. avoit fait distribuer de l'argent aux
Janissaires et au Peuple , et qu'il avoit été resolu
dans le dernier Divan , d'envoyer un secours de
20000. Janissaires au Seraskier Aly- Pacha.
Parmi les prisonniers de consideration qui ont
été faits à la bataille d'Erivan , il y avoit un
Prince , qui commandoit en chef l'armée du Roi
de Perse ; cet officier general ayant été amené à
Constantinople , fut presenté au G. S. qui lui fit
beaucoup d'accueil. S. H. lui ayant demandé
' il ne pouvoit pas esperer de conclure la paix
avec le Roi de Perse, en lui abandonnant les conquêtes
qu'il avoit faites jusqu'à present ; le General
Persan lui répondit qu'il ne le croyoit pas ,
et ajoûta qu'il esperoit voir dans peu le Roi
son Maître à la tête d'une armée devant Constantinople.
Cette réponse fiere et imprudente
irrita si fort le G. S. qu'il lui fit sur le champ
couper la tête devant les fenêtres de son appartement.
S. H. a envoyé depuis des Ordres pour faire
arrêter sur la frontiere l'Ambassadeur du Roi de
Perse , qui vient pour la complimenter sur son
avenement au Trône sous prétexte qu'il n'a
pas les Passeports necessaires pour entrer sur les
>
terres
A O UST. 1731. 2005
Terres de l'Empire Ottoman
et on doit le >
conduire dans l'Île de Tenedos , aprés lui avoir
pris ses Lettres de Créance
les presens qu'il apporte.
ses instructions et
D'autres avis de Constantinople , portent que.
le 14. du mois de May dernier , le Mufti avoit
été deposé et relegué à Busta ; que Pasmuada
avoit été nommé en sa place ; que le 18. Gianum
Coggia étant revenu du Port , avoit trouvé
chés lui un Officier du G. S. qui l'avoit conduit
au Serrail , où Sa Hautesse lui avoit declaré
qu'il n'étoit plus Capitan Pacha ; qu'une heure
aprés on l'avoit obligé de s'embarquer sur une
>
Galere accompagné d'un Chiaoux , de quelques
autres Officiers , et de quatre ou cinq de ses
Domestiques ; que cette Galere ayant pris la
route de Candie on avoit cru d'abord qu'il
avoit été relegué à Retimo ; mais que l'opinion
la plus commune , étoit qu'il avoit été étranglé
parce que dans la route la Galere avoit debarqué
les domestiques du Capitan Pacha disgracié , et
qu'il étoit resté seul avec le Chiaoux et les autres
Officiers chargés des ordres secrets de S H.
Ces lettres ajoûtent qu'il a été la victime des
premiers Ministres et des Jannissaires , qui ne
pouvoient souffrir qu'il fut en si grand credit
auprès du G. S. qu'il avoit détourné de faire la
Guerre aux Princes Chrétiens .
Il est remplacé dans la charge de Capitan Pacha
par Abdi , qui fut disgracié il y a quelques
'années , et qu'on attendincessamment de son exil.
Marabata , Amiral ordinaire , ou Commandant
du Port , qui exerce la charge de Capitan Pacha
par Interim , fait actuellement équiper 16. Sultanes
, et achever les 23. autres qui étoient sur
les chantiers depuis plusieurs mois.
H
2003 MERCURE DE FRANCE
On continuë de faire des recherches contre les
mécontens , qui ont eu part à la premiere et à
la seconde revolte ; et aussi - tôt qu'on en décou
vre quelques-uns , le G. S. les fait étrangler-en
secret.
L
›
>
E 10. du mois de Fevrier dernier , le Roi de
Perse qui avoit formé la resolution de reprendre
la Ville de Tauris , se mit en marche
pour aller l'assieger à la tête d'une armée de 100.
mille hommes. Son dessein étoit de la reprendre
d'assaut ; mais ayant été repoussé plusieurs fois
avec perte de ses meilleurs Officiers il s'étoit
determiné à en former le Siege et à ouvrir la
tranchée , lors qu'il fut informé qu'il y avoit une
division à Erivan entre la Garnison et le Seraskier
Ali Pacha , auquel les Jannissaires refusoient
d'obeïr , parce qu'il leur étoit dû plusieurs
mois de leur Solde et qu'on ne leur avoit
pas encore distribué le present que les Sultans
sont dans l'usage de leur faire à leur avenement
au Trône. Sur cet avis le Roy de Perse
partagea son Armée , dont il laissa la moitié devant
Tauris et marcha avec le reste du côté
d'Erivan. La saison qui étoit rigoureuse , rendit
sa marche plus longue qu'il ne croyoit ; il eut
d'ailleurs beaucoup de peine à traverser les Montagnes
de la Province d'Iran . Aly - Pacha qui
avoit été informé du projet , calma les Janissaires
mécontens , en leur payant de ses propres
deniers une partie de ce qui leur étoit dû , et
s'enferma dans Erivan avec un renfort de 12000.
hommes.
>
›
Le Roi de Perse étant arrivé prés de cette Ville
, fit tout ce qu'il pût pour attirer le Seraskier
38
A OUS T. 1731. , 2003
>
au combat . Plusieurs jours se passerent à escarmoucher
avec un pareil avantage ,parce que le commandant
Turc ne vouloit pas risquer un combar
general avant que d'avoir reçu un secours considerable
de Troupes qu'il attendoit ; mais ce
secours étant trop long - temps à arriver , il fit
faire une sortie de 6coo . hommes qui eurent
ordre de fuir à la premiere décharge , et d'attirer
le Roi de Perse sous une batterie de 40. pieces
de canon Cet ordre fut exécuté si à propos .
que les Persans poursuivant les Fuyards , donnerent
dans le piege ; ils essuyerent tout le feu
de la batterie , qui leur tua beaucoup de monde
et le Gouverneur de la place sortit contre eux
la tête de 9000. hommes , ausquels se joignirent
encore 14000. hommes , qui étoient campés derriere
une colline , et qui parurent à un certain
signal. Le combat devint general ; les Persans y
firent paroître beaucoup de valeur ; mais étant
trés - mal armés , ils furent obligés de se retirer
vers la riviere d'Aras où ils se retrancherent :9
Si le Seraskier les eût poursuivis dans leur retraite
, on croit qu'il les auroit taillés en pieces ,
mais il se contenta de ce premier avantage.
Vers le 15 de Mars suivant , les Janissaires
demandant avec instance d'aller une seconde fois
au combat , il se détermina à aller attaquer les
Persans dans leurs retranchemens . Il fut d'abord
repoussé avec perte , ce qui l'obligea à se retirer
dans son camp ; mais le nouveau secours qu'il
attendoit , étant arrivé , il commença le 16. à la
pointe du jour à canonner lcs Persans d'une hauteur
, dont il s'étoit emparé. Ces derniers qui
n'avoient que trés - peu d'artillerie sortirent en
désordre de leurs retranchemens , les Turcs les
poursuivirent ; et comme Ils ne s'étoient point
mé
2/2004 MERCURE DE FRANCE
menagé de retraite , le Seraskier les poussa du
côté de l'Aras , ou la plupart se précipiterent. La
perte du côté des Persans peut monter à 18. ou
20000. hommes , tant tués que noyés. Le Roi
de Perse s'est retiré vers Tauris pour y rejoindre
le reste de son armée , et on croit que malgré la
perte de cette bataille il continuera le Siege de
Cette place.
>
Les mêmes lettres ajoûtent qu'on avoit fait des
rejouissances publiques pendant trois jours à
Constantinople , à l'occasion de cette victoire ,
que le G. S. avoit fait distribuer de l'argent aux
Janissaires et au Peuple , et qu'il avoit été resolu
dans le dernier Divan , d'envoyer un secours de
20000. Janissaires au Seraskier Aly- Pacha.
Parmi les prisonniers de consideration qui ont
été faits à la bataille d'Erivan , il y avoit un
Prince , qui commandoit en chef l'armée du Roi
de Perse ; cet officier general ayant été amené à
Constantinople , fut presenté au G. S. qui lui fit
beaucoup d'accueil. S. H. lui ayant demandé
' il ne pouvoit pas esperer de conclure la paix
avec le Roi de Perse, en lui abandonnant les conquêtes
qu'il avoit faites jusqu'à present ; le General
Persan lui répondit qu'il ne le croyoit pas ,
et ajoûta qu'il esperoit voir dans peu le Roi
son Maître à la tête d'une armée devant Constantinople.
Cette réponse fiere et imprudente
irrita si fort le G. S. qu'il lui fit sur le champ
couper la tête devant les fenêtres de son appartement.
S. H. a envoyé depuis des Ordres pour faire
arrêter sur la frontiere l'Ambassadeur du Roi de
Perse , qui vient pour la complimenter sur son
avenement au Trône sous prétexte qu'il n'a
pas les Passeports necessaires pour entrer sur les
>
terres
A O UST. 1731. 2005
Terres de l'Empire Ottoman
et on doit le >
conduire dans l'Île de Tenedos , aprés lui avoir
pris ses Lettres de Créance
les presens qu'il apporte.
ses instructions et
D'autres avis de Constantinople , portent que.
le 14. du mois de May dernier , le Mufti avoit
été deposé et relegué à Busta ; que Pasmuada
avoit été nommé en sa place ; que le 18. Gianum
Coggia étant revenu du Port , avoit trouvé
chés lui un Officier du G. S. qui l'avoit conduit
au Serrail , où Sa Hautesse lui avoit declaré
qu'il n'étoit plus Capitan Pacha ; qu'une heure
aprés on l'avoit obligé de s'embarquer sur une
>
Galere accompagné d'un Chiaoux , de quelques
autres Officiers , et de quatre ou cinq de ses
Domestiques ; que cette Galere ayant pris la
route de Candie on avoit cru d'abord qu'il
avoit été relegué à Retimo ; mais que l'opinion
la plus commune , étoit qu'il avoit été étranglé
parce que dans la route la Galere avoit debarqué
les domestiques du Capitan Pacha disgracié , et
qu'il étoit resté seul avec le Chiaoux et les autres
Officiers chargés des ordres secrets de S H.
Ces lettres ajoûtent qu'il a été la victime des
premiers Ministres et des Jannissaires , qui ne
pouvoient souffrir qu'il fut en si grand credit
auprès du G. S. qu'il avoit détourné de faire la
Guerre aux Princes Chrétiens .
Il est remplacé dans la charge de Capitan Pacha
par Abdi , qui fut disgracié il y a quelques
'années , et qu'on attendincessamment de son exil.
Marabata , Amiral ordinaire , ou Commandant
du Port , qui exerce la charge de Capitan Pacha
par Interim , fait actuellement équiper 16. Sultanes
, et achever les 23. autres qui étoient sur
les chantiers depuis plusieurs mois.
H
2003 MERCURE DE FRANCE
On continuë de faire des recherches contre les
mécontens , qui ont eu part à la premiere et à
la seconde revolte ; et aussi - tôt qu'on en décou
vre quelques-uns , le G. S. les fait étrangler-en
secret.
Fermer
Résumé : TURQUIE ET PERSE.
En février 1731, le roi de Perse entreprit de reprendre la ville de Tauris avec une armée de 100 000 hommes. Après plusieurs assauts infructueux, il décida de mettre la ville en siège. Informé d'une division entre la garnison et le seraskier Ali Pacha à Erivan, il divisa ses forces et marcha vers Erivan. La rigueur de la saison et les montagnes de la province d'Iran ralentirent sa progression. Ali Pacha, ayant apaisé les Janissaires mécontents, se retrancha à Erivan avec 12 000 hommes. Le roi de Perse tenta d'attirer Ali Pacha au combat, mais ce dernier attendit des renforts. Une sortie turque piégea les Persans sous une batterie de canons, déclenchant un combat général. Malgré leur valeur, les Persans, mal armés, se retirèrent vers la rivière d'Aras. Ali Pacha, n'ayant pas poursuivi les Persans, ces derniers se retranchèrent. Le 15 mars, les Janissaires demandèrent à combattre à nouveau. Ali Pacha attaqua les Persans dans leurs retranchements mais fut repoussé. Avec l'arrivée de renforts, il canonna les Persans le 16 mars, les forçant à se retirer vers l'Aras où beaucoup se noyèrent. Les pertes persanes furent estimées à 18 000 ou 20 000 hommes. Le roi de Perse se retira vers Tauris. À Constantinople, des réjouissances publiques furent organisées pour célébrer cette victoire. Le sultan fit distribuer de l'argent et décida d'envoyer 20 000 Janissaires en renfort à Ali Pacha. Un prince persan, commandant en chef de l'armée perse, fut capturé et exécuté après une réponse imprudente au sultan. L'ambassadeur perse fut arrêté à la frontière. Des changements politiques eurent lieu à Constantinople : le mufti fut déposé, et Gianum Coggia fut démis de ses fonctions de Capitan Pacha, probablement exécuté. Il fut remplacé par Abdi. Marabata, commandant du port, équipait 16 sultanes et achevait 23 autres navires. Des recherches contre les mécontents des révoltes précédentes continuaient, avec des exécutions secrètes ordonnées par le sultan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
p. 2429-2436
TURQUIE ET PERSE.
Début :
On a eu avis que le Pacha qui commande dans Erivan, avoit donné parole au Roy de Perse [...]
Mots clefs :
Pacha , Roi de Perse, Garnison, Shah, Siège
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
TURQUIE ET PERSE .
Orivan , avoit donné parole au Roy de Perse
Na eu avis que le Pacha qui commande dans
de se rendre prisonnier de Guerre avec toute sa
Garnison , qui est encore de 15000 hommes , si
dans dix jours il ne recevoit pas le secours qu'il
attendoit ; et on ajoûte que le Roy de Perse
avoit détaché de son armée , qui est devant Erivan
, 30000 hommes de Cavalerie , et qu'il les
avoit envoyez du côté de Bagdad , pour occuper
les passages par lesquels il pourroit arriver du
secours au Gouverneur de cette Place.
On a appris presque en même tems que ce détachement
de l'armée de Perse avoit taillé en
pieces le secours que le Pacha du Grand Caireenvoyoit
pour renforcer la Garnison de Bagdad..
Une autre Lettre de Constantinople , du 31
Juillet , porte que la Sultane Validé , qui protege
Djanum Codgea , a obtenu sa grace du Sultan
, qui lui a donné le Pachalik , ou Gouverne
ment en Chef de Rétimo, où sa Hautesse l'avoit
d'abord relegué. Le Kiaya ou Lieutenant et les
neveux de ce Pacha , qui avoient été arrêtez er
COL
2430 MERCURE DE FRANCE
Consignez sur une Galere , le même jour qu'on
lui ôta la Charge de Capitan Pacha , ont depuis
recouvré leur liberté , mais la confiscation qui
avoit été faite de tous ses biens , a subsisté au
profit du Trésor Imperial.
LETTRE écrite de Constantinople ,
le 26 Juin 1731 .
·
E vous ai écrit , Monsieur , le 17 Avril dérnier
, que les Ministres de la Porte avoient eu
Le bonheur de dissiper la seconde sédition arrivée
à Constantinople le jour de Pâques dernier ,
& qu'on étoit redevable de cette action de vigueur
à Djanum Codgea , qui avoit conduit toute
cette grande affaire , et qui par là affermissoit sur
le Trône le Sultan Mahmout son Maître , lequel
en reconnoissance d'un si grand service lui avoit
fait l'honneur de l'aller visiter à l'Arsenal ; honneur
que Codgea , qui n'étoit pas riche , avoit
( payé fort cher puisqu'il lui en coûta cent
bourses..
>
On auroit eru , sans doute , qu'après des services
si signalez , Djanum Codgea auroit joui
tranquillement du fruit de ses travaux : point
du tout. Ce nouveau Capitan Pacha , dans le
tems qu'il s'y attendoit le moins , fut enlevé de
P'Arcenal le 17 de May
, et conduit à la pointe du
Sérail pour y être etranglé à la vvuûeë du Sultan
son Maître , qui , pour être à portée de voir ce
tragique spectacle , étoit allé dans un Kiosque
qui est situé au bord de la Marine , avec la Ŝultane
Validé ( ou Reine Mere. )
Djanum Codgea y fut à peine arrivé que le-
Bostangi Bachi , chargé de l'exécution , lui ôta
sa Pelisse ou Robbe fourrée , lui disant de ne faire
aucun mouvement , parce que le G. S. qui étoit
present
OCTOBRE. 1737. 2431
present examinoit ses actions. Le Capitan Pacha
sans être intimidé par ce discours , se mit à crier
de toute sa force , suppliant son Maître de ne le
point faire mourir sans au moins l'entendre, ajoûtant
que cinquante ans de services , rendus à cer
Empire , et ceux qu'il venoit de rendre personnellement
à S.H. et son grand âge parloit en sa faveur;
que si nonobstant toutes ses considerations
il persistoit à vouloir le faire étrangler
il en étoit le maître ; mais qu'il réfléchît auparavant
qu'il alloit se baigner dans le d'un
sang
innocent , duquel il seroit obligé de rendre com-
-pte à Dieu , et que par cette action inhumaine il
flétriroit au commencement de son regne sa ré
putation , qu'il consideroit bien plus que sa vie.
Soit que ces discours eussent touché le Sultan ,
soit que la Validé s'interessât pour lui , le G. S.
ouvrit une des Fenêtres de son Kiosque , et fit signe
de la main qu'on ne lui ôta pas la vie , mais
qu'il fut conduit à la pointe de Calcedoine os
l'on attendroit ses ordres.
Alors le Bostangi Bachi lui remit sa Pelisse et
le fit embarquer dans son grand Canot, sans vouloir
souffrir qu'aucun de ses gens qui l'avoient.
suivi , l'accompagnât.
D
Cette Scene se passa sur les deux heures après
midi , et cinq heures après on vit passer une
Galere qui alla mouiller à la pointe de Calcedoine
; un Capigi Bachi alla prendre Djanum
Codgea et le fit embarquer sur la Galere , l'assurant
qu'il avoit ordre de le conduire à Retimo
lieu de son exil , et de mener à Constantinople
Abdicapadań, Pacha de Retimo, que le G.S.avoit
nommé Capitan Pacha à sa place. La Galere mit
à la voile à onze heures du soir , sans qu'on put
sçavoir si ce malheureux Codgea devoit être
étranglé , ou si effectivement on se contentoit de
l'exiler. Le
2432 MERCURE DE FRANCE
Le lendemain 18 May , on nomma le plus anclen
des Officiers de l'Arcenal par interim , pour
administrer les affaires de la Marine , et le Grand
Vizir envoya un de ses principaux Officiers au
Divan Kané , pour faire l'inventaire des effets de
Codgea , son Kiaya , de même que ses domestiques
les plus affidez , ils furent conduits prisonniers
sur differentes Galeres , où on leur a donné
plusieurs fois la question pour leur faire déclarer
où étoient les biens de leur Maître, mais quelque
recherche qu'on ait pu faire jusques à present,
il ne s'est trouvé que cinquante - huit bourses et
quelques Montres d'or, et d'autres bijoux de moindre
valeur.
Cinq ou six jours après on apprit que la Galere
avoit mouillé à Héraclée, et que dans le tems
que le Capigi Pachi se disposoit à faire mourir
Djanum Codgea , qui avoit même la corde au
col , il arriva encore un ordre du G. S. de ne le
pas faire , et que la Galere remit à la voile pour
aller à Candie , ou l'ordre portoit qu'il seroit
relégué dans la forteresse. On a depuis vû une
Lettre de D. Codgea , écrite de Venedos à son
neveu , par laquelle il lui marque à peu près les
mêmes choses , et le prie de dire à ses domestiques
, que s'il y en a quelqu'un qui veuille l'aller
joindre à Candie , il peut le faire en toute sureté.
Voici , au reste , les motifs dont on s'est servi
pour le perdre auprès du G. S. On a fait entendre
à S. H. que le grand armement que D. Codgea
venoit de faire, n'avoit pour
but que des vues
particulieres , et non pas la gloire de l'Empire ,
que le Capitan Pacha ne desiroit si ardemment de
sortir dans la Mer blanche que pour s'enfuir avec
la Flotte du G. S. et pour s'aller rendre maître
de quelques unes des Républiques de Barbarie,et s'y
établin
OCTOBRE. 1731. 2433
établir en toute souveraineté , comme il en avoit
déja fait l'entreprise en 1723. que les discours
qu'on lui avoit entendu tenir , qu'il ne se soucioit
plus des Ordres du G. S. lorsqu'il auroit
passé la pointe du Serail , marquoient assez qu'il
n'étoit pas un Sujet moins dangereux que les Rebelles
qu'on avoit exterminez ; qu'il avoit fait
bâtir des Cazernes et des Caffez du côté de l'Arcenal
, où il tenoit un nombre infini de Levantis
Qu Soldats de Marine armez , malgré les deffenses
du Sultan ; enfin que tant qu'il vivroit le
Corps des Janissaires qui étoit rentré de bonne
foy dans son devoir , seroit sensible à la méfiance
que le G. S. auroit euë par ses insinuations ,
& c.
Cette derniere raison , ou pour mieux dire la
satisfaction qu'on a voulu donner aux Janissaires
a le plus contribué à la disgrace de Djanum
Codgea , et rien ne le prouve plus que l'ordre du
Sultan donné le jour même qu'on enleva D.Codgea
, de raser toutes les Cazernes , ce qui fut
executé avec une espece de fureur. Il est bien
vrai que le Capitan Pacha , sur tout depuis la
dernière révolution , ne gardoit presque aucune
mesure dans ses discours. Il étoit , à l'entendre ,
le seul brave , le seul restaurateur de l'Empire ;
son Maître étoit un imbecile , et le Vizir peu
propre pour l'emploi qu'il faisoit , & c. ses amis
Lui representoient quelquefois les consequences de
ces discours ; mais au lieu d'en profiter il s'emportoit
contr'eux et faisoit encore pis : aussi
peut on dire que c'est l'intemperance de sa langue
qui l'a perdu.
Le Vizir étoit devenu par là son mortel ennemi,
quoiqu'ils se fussent juré une amitié de frere
étant ensemble à Lamecque. Le P. Ministre a
tou2434
MERCURE DE FRANCE
toujours dissimulé , et sous des caresses feintes
il cachoit le plus cruel poison. Par surcroît de
mal il se trouvoit auprès de Djánum Codgea
une infinité de flateurs qui le confirmoient dans la
folle opinion que jamais cet Empire n'avoit eu le
bonheur d'avoir une personne de son courage er
de sa réputation , et que le Vizir auprès de lui
n'étoit absolument rien ; le jour même de sa disgrace
il alla à la Porte pour recevoir des mains
du Vizir la Pélisse , dont on a coutume de revêtir
les Capitans Pachas , lorsqu'ils sortent à la
Mer. Le Vizir lui fit mille caresses , et lui dit entre
autres choses que comme il avoit rendu des
services signalez, les marques d'honneur devoient
être proportionnées , que le Sultan Mahmout ne
le consideroit pas comme un Bacha ordinaire ; et
que S. H. se proposoit de le revêtir elle - même
de la Pélisse. Djanum Codgea la reçut cependant
à l'Arcenal . Un instant aprés on l'envoya
chercher du Sérail , et au lieu de le revêtir de la
Robe d'honneur , le G. S. le disgracie , comme je
Pai dit.
Abdicapadan est attendu incessamment ici
On croit qu'on sera content de lui , il est for
doux et fort poli.
On a sçu que les Turcs avoient reçû Pagréable
nouvelle de la défaite de Parmée de Thamas
Schah , qui faisoit le Siége d'Erivan , et que plusieurs
Kams ou Seigneurs Persans , des plus distinguez
, avoient été fait prisonniers, et qu'on les
conduisoit à Constantinople pour les faire servir
à quelque grand Triomphe ; mais.ce grand nombre
de Prisonniers de marque , s'est enfin réduit à
un seul , qui arriva icy le 22 du mois passé ; il
fur dabord conduit a la Porte chez le Grand Vizir
qui le reçût asséz , bien et lui fit rendre quelques
OCTOBRE. 1731. 2135
Enes honneurs par son Kiaya. Ce Kam , nom.
mé Velikoulikam , étoit un des plus considerables
Seigneurs de Perse ; il avoit été fait
Kam du temps de Schah - Suleiman , pere de
Schah - Hussein , et sous le regne de ce dernier
Roy il avoit exercé la Charge d'Eatemad Doulet,
ou de G. V. Il commandoit en dernier lien
l'armée de Schah- Thamas, et par son courage er
par son attachement pour ce Prince ; il avoit un
peu rétabli ses affaires . C'étoit le plus cruel ennemi
que
les Turcs pussent jamais avoir ; aussi
le Sultan Mahmout lui fit trancher la tête , le 24
du mois passé dans la grande Place du Sérail .
Les Turcs sont , dit on , résolus de continuer
cette Guerre , et font des efforts extraordinaires.
On ajoute qu'il vient d'être donné un Fetfa ou
Ordre suprême de faire mourir tous les Persans
qui seront pris en guerre.
Schah Thamas a couru grand risque. Ce Prince
étoit en personne devant Erivan , mais le Kam
qui vient d'avoir la tête tranchée, se méfiant du
courage de ses Troupes , conseilla à son Maître
de se retirer dans un lieu nommé les trois Eglises
, ce qu'il fit , avec quelques -uns des siens , et
la veille de sa défaite il passa la Riviere , qui
n'est étoignée que de huit lieuës , ce qui fut sa
seureté.
Depuis ces avantages remportez par les Turcs ,
on dit que Schah Thamas a écrit à Achmet ,
Pacha de Babilonne, pour demander la paix ;mais
que la Porte a refusé toute ouverture d'accomtmodement,
et même qu'elle a fait arrêter les Ambassadeurs
Persans qui étoient partis d'icy il y a
trois mois. On ajoute qu'un nouvel Ambassadeur
, qui devoit se rendre à Constantinople , a
été arrêté à Icoram , et qu'après s'être saisi de
seo
2436 MERCURE DE FRANCE
ses dépêches, on la conduit en exil dans une dos
Isles de l'Archipel. Je suis , &c.
Orivan , avoit donné parole au Roy de Perse
Na eu avis que le Pacha qui commande dans
de se rendre prisonnier de Guerre avec toute sa
Garnison , qui est encore de 15000 hommes , si
dans dix jours il ne recevoit pas le secours qu'il
attendoit ; et on ajoûte que le Roy de Perse
avoit détaché de son armée , qui est devant Erivan
, 30000 hommes de Cavalerie , et qu'il les
avoit envoyez du côté de Bagdad , pour occuper
les passages par lesquels il pourroit arriver du
secours au Gouverneur de cette Place.
On a appris presque en même tems que ce détachement
de l'armée de Perse avoit taillé en
pieces le secours que le Pacha du Grand Caireenvoyoit
pour renforcer la Garnison de Bagdad..
Une autre Lettre de Constantinople , du 31
Juillet , porte que la Sultane Validé , qui protege
Djanum Codgea , a obtenu sa grace du Sultan
, qui lui a donné le Pachalik , ou Gouverne
ment en Chef de Rétimo, où sa Hautesse l'avoit
d'abord relegué. Le Kiaya ou Lieutenant et les
neveux de ce Pacha , qui avoient été arrêtez er
COL
2430 MERCURE DE FRANCE
Consignez sur une Galere , le même jour qu'on
lui ôta la Charge de Capitan Pacha , ont depuis
recouvré leur liberté , mais la confiscation qui
avoit été faite de tous ses biens , a subsisté au
profit du Trésor Imperial.
LETTRE écrite de Constantinople ,
le 26 Juin 1731 .
·
E vous ai écrit , Monsieur , le 17 Avril dérnier
, que les Ministres de la Porte avoient eu
Le bonheur de dissiper la seconde sédition arrivée
à Constantinople le jour de Pâques dernier ,
& qu'on étoit redevable de cette action de vigueur
à Djanum Codgea , qui avoit conduit toute
cette grande affaire , et qui par là affermissoit sur
le Trône le Sultan Mahmout son Maître , lequel
en reconnoissance d'un si grand service lui avoit
fait l'honneur de l'aller visiter à l'Arsenal ; honneur
que Codgea , qui n'étoit pas riche , avoit
( payé fort cher puisqu'il lui en coûta cent
bourses..
>
On auroit eru , sans doute , qu'après des services
si signalez , Djanum Codgea auroit joui
tranquillement du fruit de ses travaux : point
du tout. Ce nouveau Capitan Pacha , dans le
tems qu'il s'y attendoit le moins , fut enlevé de
P'Arcenal le 17 de May
, et conduit à la pointe du
Sérail pour y être etranglé à la vvuûeë du Sultan
son Maître , qui , pour être à portée de voir ce
tragique spectacle , étoit allé dans un Kiosque
qui est situé au bord de la Marine , avec la Ŝultane
Validé ( ou Reine Mere. )
Djanum Codgea y fut à peine arrivé que le-
Bostangi Bachi , chargé de l'exécution , lui ôta
sa Pelisse ou Robbe fourrée , lui disant de ne faire
aucun mouvement , parce que le G. S. qui étoit
present
OCTOBRE. 1737. 2431
present examinoit ses actions. Le Capitan Pacha
sans être intimidé par ce discours , se mit à crier
de toute sa force , suppliant son Maître de ne le
point faire mourir sans au moins l'entendre, ajoûtant
que cinquante ans de services , rendus à cer
Empire , et ceux qu'il venoit de rendre personnellement
à S.H. et son grand âge parloit en sa faveur;
que si nonobstant toutes ses considerations
il persistoit à vouloir le faire étrangler
il en étoit le maître ; mais qu'il réfléchît auparavant
qu'il alloit se baigner dans le d'un
sang
innocent , duquel il seroit obligé de rendre com-
-pte à Dieu , et que par cette action inhumaine il
flétriroit au commencement de son regne sa ré
putation , qu'il consideroit bien plus que sa vie.
Soit que ces discours eussent touché le Sultan ,
soit que la Validé s'interessât pour lui , le G. S.
ouvrit une des Fenêtres de son Kiosque , et fit signe
de la main qu'on ne lui ôta pas la vie , mais
qu'il fut conduit à la pointe de Calcedoine os
l'on attendroit ses ordres.
Alors le Bostangi Bachi lui remit sa Pelisse et
le fit embarquer dans son grand Canot, sans vouloir
souffrir qu'aucun de ses gens qui l'avoient.
suivi , l'accompagnât.
D
Cette Scene se passa sur les deux heures après
midi , et cinq heures après on vit passer une
Galere qui alla mouiller à la pointe de Calcedoine
; un Capigi Bachi alla prendre Djanum
Codgea et le fit embarquer sur la Galere , l'assurant
qu'il avoit ordre de le conduire à Retimo
lieu de son exil , et de mener à Constantinople
Abdicapadań, Pacha de Retimo, que le G.S.avoit
nommé Capitan Pacha à sa place. La Galere mit
à la voile à onze heures du soir , sans qu'on put
sçavoir si ce malheureux Codgea devoit être
étranglé , ou si effectivement on se contentoit de
l'exiler. Le
2432 MERCURE DE FRANCE
Le lendemain 18 May , on nomma le plus anclen
des Officiers de l'Arcenal par interim , pour
administrer les affaires de la Marine , et le Grand
Vizir envoya un de ses principaux Officiers au
Divan Kané , pour faire l'inventaire des effets de
Codgea , son Kiaya , de même que ses domestiques
les plus affidez , ils furent conduits prisonniers
sur differentes Galeres , où on leur a donné
plusieurs fois la question pour leur faire déclarer
où étoient les biens de leur Maître, mais quelque
recherche qu'on ait pu faire jusques à present,
il ne s'est trouvé que cinquante - huit bourses et
quelques Montres d'or, et d'autres bijoux de moindre
valeur.
Cinq ou six jours après on apprit que la Galere
avoit mouillé à Héraclée, et que dans le tems
que le Capigi Pachi se disposoit à faire mourir
Djanum Codgea , qui avoit même la corde au
col , il arriva encore un ordre du G. S. de ne le
pas faire , et que la Galere remit à la voile pour
aller à Candie , ou l'ordre portoit qu'il seroit
relégué dans la forteresse. On a depuis vû une
Lettre de D. Codgea , écrite de Venedos à son
neveu , par laquelle il lui marque à peu près les
mêmes choses , et le prie de dire à ses domestiques
, que s'il y en a quelqu'un qui veuille l'aller
joindre à Candie , il peut le faire en toute sureté.
Voici , au reste , les motifs dont on s'est servi
pour le perdre auprès du G. S. On a fait entendre
à S. H. que le grand armement que D. Codgea
venoit de faire, n'avoit pour
but que des vues
particulieres , et non pas la gloire de l'Empire ,
que le Capitan Pacha ne desiroit si ardemment de
sortir dans la Mer blanche que pour s'enfuir avec
la Flotte du G. S. et pour s'aller rendre maître
de quelques unes des Républiques de Barbarie,et s'y
établin
OCTOBRE. 1731. 2433
établir en toute souveraineté , comme il en avoit
déja fait l'entreprise en 1723. que les discours
qu'on lui avoit entendu tenir , qu'il ne se soucioit
plus des Ordres du G. S. lorsqu'il auroit
passé la pointe du Serail , marquoient assez qu'il
n'étoit pas un Sujet moins dangereux que les Rebelles
qu'on avoit exterminez ; qu'il avoit fait
bâtir des Cazernes et des Caffez du côté de l'Arcenal
, où il tenoit un nombre infini de Levantis
Qu Soldats de Marine armez , malgré les deffenses
du Sultan ; enfin que tant qu'il vivroit le
Corps des Janissaires qui étoit rentré de bonne
foy dans son devoir , seroit sensible à la méfiance
que le G. S. auroit euë par ses insinuations ,
& c.
Cette derniere raison , ou pour mieux dire la
satisfaction qu'on a voulu donner aux Janissaires
a le plus contribué à la disgrace de Djanum
Codgea , et rien ne le prouve plus que l'ordre du
Sultan donné le jour même qu'on enleva D.Codgea
, de raser toutes les Cazernes , ce qui fut
executé avec une espece de fureur. Il est bien
vrai que le Capitan Pacha , sur tout depuis la
dernière révolution , ne gardoit presque aucune
mesure dans ses discours. Il étoit , à l'entendre ,
le seul brave , le seul restaurateur de l'Empire ;
son Maître étoit un imbecile , et le Vizir peu
propre pour l'emploi qu'il faisoit , & c. ses amis
Lui representoient quelquefois les consequences de
ces discours ; mais au lieu d'en profiter il s'emportoit
contr'eux et faisoit encore pis : aussi
peut on dire que c'est l'intemperance de sa langue
qui l'a perdu.
Le Vizir étoit devenu par là son mortel ennemi,
quoiqu'ils se fussent juré une amitié de frere
étant ensemble à Lamecque. Le P. Ministre a
tou2434
MERCURE DE FRANCE
toujours dissimulé , et sous des caresses feintes
il cachoit le plus cruel poison. Par surcroît de
mal il se trouvoit auprès de Djánum Codgea
une infinité de flateurs qui le confirmoient dans la
folle opinion que jamais cet Empire n'avoit eu le
bonheur d'avoir une personne de son courage er
de sa réputation , et que le Vizir auprès de lui
n'étoit absolument rien ; le jour même de sa disgrace
il alla à la Porte pour recevoir des mains
du Vizir la Pélisse , dont on a coutume de revêtir
les Capitans Pachas , lorsqu'ils sortent à la
Mer. Le Vizir lui fit mille caresses , et lui dit entre
autres choses que comme il avoit rendu des
services signalez, les marques d'honneur devoient
être proportionnées , que le Sultan Mahmout ne
le consideroit pas comme un Bacha ordinaire ; et
que S. H. se proposoit de le revêtir elle - même
de la Pélisse. Djanum Codgea la reçut cependant
à l'Arcenal . Un instant aprés on l'envoya
chercher du Sérail , et au lieu de le revêtir de la
Robe d'honneur , le G. S. le disgracie , comme je
Pai dit.
Abdicapadan est attendu incessamment ici
On croit qu'on sera content de lui , il est for
doux et fort poli.
On a sçu que les Turcs avoient reçû Pagréable
nouvelle de la défaite de Parmée de Thamas
Schah , qui faisoit le Siége d'Erivan , et que plusieurs
Kams ou Seigneurs Persans , des plus distinguez
, avoient été fait prisonniers, et qu'on les
conduisoit à Constantinople pour les faire servir
à quelque grand Triomphe ; mais.ce grand nombre
de Prisonniers de marque , s'est enfin réduit à
un seul , qui arriva icy le 22 du mois passé ; il
fur dabord conduit a la Porte chez le Grand Vizir
qui le reçût asséz , bien et lui fit rendre quelques
OCTOBRE. 1731. 2135
Enes honneurs par son Kiaya. Ce Kam , nom.
mé Velikoulikam , étoit un des plus considerables
Seigneurs de Perse ; il avoit été fait
Kam du temps de Schah - Suleiman , pere de
Schah - Hussein , et sous le regne de ce dernier
Roy il avoit exercé la Charge d'Eatemad Doulet,
ou de G. V. Il commandoit en dernier lien
l'armée de Schah- Thamas, et par son courage er
par son attachement pour ce Prince ; il avoit un
peu rétabli ses affaires . C'étoit le plus cruel ennemi
que
les Turcs pussent jamais avoir ; aussi
le Sultan Mahmout lui fit trancher la tête , le 24
du mois passé dans la grande Place du Sérail .
Les Turcs sont , dit on , résolus de continuer
cette Guerre , et font des efforts extraordinaires.
On ajoute qu'il vient d'être donné un Fetfa ou
Ordre suprême de faire mourir tous les Persans
qui seront pris en guerre.
Schah Thamas a couru grand risque. Ce Prince
étoit en personne devant Erivan , mais le Kam
qui vient d'avoir la tête tranchée, se méfiant du
courage de ses Troupes , conseilla à son Maître
de se retirer dans un lieu nommé les trois Eglises
, ce qu'il fit , avec quelques -uns des siens , et
la veille de sa défaite il passa la Riviere , qui
n'est étoignée que de huit lieuës , ce qui fut sa
seureté.
Depuis ces avantages remportez par les Turcs ,
on dit que Schah Thamas a écrit à Achmet ,
Pacha de Babilonne, pour demander la paix ;mais
que la Porte a refusé toute ouverture d'accomtmodement,
et même qu'elle a fait arrêter les Ambassadeurs
Persans qui étoient partis d'icy il y a
trois mois. On ajoute qu'un nouvel Ambassadeur
, qui devoit se rendre à Constantinople , a
été arrêté à Icoram , et qu'après s'être saisi de
seo
2436 MERCURE DE FRANCE
ses dépêches, on la conduit en exil dans une dos
Isles de l'Archipel. Je suis , &c.
Fermer
Résumé : TURQUIE ET PERSE.
Le texte décrit des événements militaires et politiques impliquant la Turquie et la Perse. En Turquie, Djanum Codgea, après avoir réprimé une sédition à Constantinople, est arrêté et condamné à mort par le Sultan Mahmout. Grâce à l'intervention de la Sultane Validé, sa peine est commuée en exil à Rétimo. Ses biens sont confisqués, mais ses proches sont libérés. En Perse, le gouverneur d'Erivan menace de se rendre si aucun secours n'arrive. Le roi de Perse envoie 30 000 cavaliers vers Bagdad pour bloquer les renforts turcs. Ces cavaliers attaquent et détruisent les secours envoyés par le Pacha du Grand Caire à Bagdad. À Constantinople, Abdicapadan est nommé nouveau Capitan Pacha. Les Turcs célèbrent la défaite de l'armée perse devant Erivan et exécutent un seigneur perse notable, Velikoulikam. La Turquie refuse les offres de paix du roi perse Schah Thamas et arrête les ambassadeurs perses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11
p. 2436-2438
EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople, sur l'incendie &c.
Début :
Le 21. du mois de Juillet dernier, à deux heures du matin, le feu prit à Topana dans [...]
Mots clefs :
Feu, Roi de Perse, Cavalerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople, sur l'incendie &c.
EXTRAIT d'une Lettre de Constanti
nople , sur l'incendie &c.
L
E 21. du mois de Juillet dernier , à deux
heures du matin , le feu prit à Topana dans
la partie de ce Fauxbourg , qui est congue à
ceux de Pera et de Galata ; le temps étoit assez
calme et on peut assurer que cet Incendie
n'auroit causé la perte que de quelques Maisons .
si l'on y cut apporré du remede dès qu'on s'en
apperçût.
Jusqu'à quatre heures du matin , le feu n'avoit
encore fait que peu de progrès , on étoit
beaucoup plus allarmé à Pera , qui est confondu
avec Topana , qu'on ne l'étoit à Galata , parceque
ce dernier Fauxbourg étant entouré de Murailles
fort élevées et plus éloigné du Feu , on
avoit lieu de se flatter qu'il seroit éteint avant
que d'y avoir pû pénetrer ; mais un Vent du
Nord , qui s'éleva tout à coup avec violence ,
décida du sort de ces deux Fauxbourgs , en por
tant du côté de Galata de longs tourbillons de
flammes qui embraserent d'abord les Maisons
adossées exterieurement aux Murs , et qui se
communiquerent bien-tôt à celles qui y étoient
appuyées en-dedans. Alors, les Marchands François
et les autres Habitans du même quartier ,
connoissant le danger ausquels ils étoient exposez
, chacun s'empressa de transporter à la hâte
ses effets en des lieux de sûreté ,
bien des gens
ne pûrent y parvenir , soit par la difficulté qu'il
avoit de passer dans les rues qui sont fort
étroites
OCTOBRE 17 ཏཱ 1 , 2437
Etroites , et qui étoient remplies d'une Populace
que nulle autorité ne réprimoit , soit par la
rareté des Portefaix , qui , se prévalant du besoin
qu'on avoit d'eux , exigeoient un salaire
exhorbitant.
Par un Reglement de la Police de ce Payscy
, les Jannissaires sont particulierement préposez
pour éteindre les Incendies ; mais on a
reconnu par une expérience réïterée , qu'ils font
pl . de mal que de bien dans ces occasions ;
heureusement le feu , après avoir duré 11. ou
12. heures , s'éteignit comme de lui - même.
On compte qu'il peut y avoir eu 4 à 500 Maisons
de brûlées >
plusieurs Bains , Moulins et
Fruits , trois Eglises Grecques , deux Armenienes
, quelques Synagogues de Juifs , et deux.
petites Mosquées .
Les François ont eu le bonheur de sauver .
dans des Magazins à l'épreuve du Feu , toutes
lears Marchandises er la plus grande partie de
leurs Meubles , de sorte qu'à deux ou trois maisons
près qui appartenoient à quelques - uns
d'eux , les autres Nationaux en seront quittes
pour peu de chose. La perte la plus considerable
de notre Nation , tombe sur les Religieux. Les
Jesuites ont non - seulement perdu la Maison
qu'ils habitent , mais encore 9 ou 10 autres
Maisons dont le loüage faisoit tout leur revenu
feur Eglise qui est toute de pierre , et ce qu'ils'
y voient renfermé , ont été garantis des flam
mes , de même qu'une petite maison qui leur
servoit d'Infirmerie ; les Capucins ont aussi
sauvé leur Eglise et perdu , leur Couvent. Pour
les Dominicains , quoique le feu les ait épargnez
ils n'en ont pas moins souffert dans le
tumulte ; tout Pinterieur de leur Couvent et de
leur Eglise a été détruit,
·
H O₂
2438 MERCURE DE FRANCE
On ne dit pas s'il a péri beaucoup de monde
dans cet Incendie ; on sçait seulement que beaucoup
de Jannissaires échauffez par le vin , ont
été écrasez sous les ruines des maisons , et que
d'autres tout-à - fait yvres ont été consumez par
los flammes. On assure qu'il y en a entr'autres
une Troupe de 29 , qui s'étant acharnez à briser
los Tonneaux d'une Taverne , furent tous ense
velis sous les ruines de ce Cabaret.
Selon des Lettres reçues depuis cet Incendie
a été plus considerable qu'on ne croyoit , ayant
consumé près de 11000. Maisons.
On a appris par des Lettres d'Allemagne ,
que le Grand Visir, avoit été déposé ; que le
Pacha de Nizza avoit été nommé G. V. à sa
place , et que le Commandant du Bannat Turc
de Temeswar exerçoit cette Charge par
interim.
>
On apprend aussi que le grand Mogol avoit
envoyé au Roy de Perse rooo . hommes de sai
meilleure Cavalerie et un Million en or pous
Faider à chasser les Turcs de ses Etats.
nople , sur l'incendie &c.
L
E 21. du mois de Juillet dernier , à deux
heures du matin , le feu prit à Topana dans
la partie de ce Fauxbourg , qui est congue à
ceux de Pera et de Galata ; le temps étoit assez
calme et on peut assurer que cet Incendie
n'auroit causé la perte que de quelques Maisons .
si l'on y cut apporré du remede dès qu'on s'en
apperçût.
Jusqu'à quatre heures du matin , le feu n'avoit
encore fait que peu de progrès , on étoit
beaucoup plus allarmé à Pera , qui est confondu
avec Topana , qu'on ne l'étoit à Galata , parceque
ce dernier Fauxbourg étant entouré de Murailles
fort élevées et plus éloigné du Feu , on
avoit lieu de se flatter qu'il seroit éteint avant
que d'y avoir pû pénetrer ; mais un Vent du
Nord , qui s'éleva tout à coup avec violence ,
décida du sort de ces deux Fauxbourgs , en por
tant du côté de Galata de longs tourbillons de
flammes qui embraserent d'abord les Maisons
adossées exterieurement aux Murs , et qui se
communiquerent bien-tôt à celles qui y étoient
appuyées en-dedans. Alors, les Marchands François
et les autres Habitans du même quartier ,
connoissant le danger ausquels ils étoient exposez
, chacun s'empressa de transporter à la hâte
ses effets en des lieux de sûreté ,
bien des gens
ne pûrent y parvenir , soit par la difficulté qu'il
avoit de passer dans les rues qui sont fort
étroites
OCTOBRE 17 ཏཱ 1 , 2437
Etroites , et qui étoient remplies d'une Populace
que nulle autorité ne réprimoit , soit par la
rareté des Portefaix , qui , se prévalant du besoin
qu'on avoit d'eux , exigeoient un salaire
exhorbitant.
Par un Reglement de la Police de ce Payscy
, les Jannissaires sont particulierement préposez
pour éteindre les Incendies ; mais on a
reconnu par une expérience réïterée , qu'ils font
pl . de mal que de bien dans ces occasions ;
heureusement le feu , après avoir duré 11. ou
12. heures , s'éteignit comme de lui - même.
On compte qu'il peut y avoir eu 4 à 500 Maisons
de brûlées >
plusieurs Bains , Moulins et
Fruits , trois Eglises Grecques , deux Armenienes
, quelques Synagogues de Juifs , et deux.
petites Mosquées .
Les François ont eu le bonheur de sauver .
dans des Magazins à l'épreuve du Feu , toutes
lears Marchandises er la plus grande partie de
leurs Meubles , de sorte qu'à deux ou trois maisons
près qui appartenoient à quelques - uns
d'eux , les autres Nationaux en seront quittes
pour peu de chose. La perte la plus considerable
de notre Nation , tombe sur les Religieux. Les
Jesuites ont non - seulement perdu la Maison
qu'ils habitent , mais encore 9 ou 10 autres
Maisons dont le loüage faisoit tout leur revenu
feur Eglise qui est toute de pierre , et ce qu'ils'
y voient renfermé , ont été garantis des flam
mes , de même qu'une petite maison qui leur
servoit d'Infirmerie ; les Capucins ont aussi
sauvé leur Eglise et perdu , leur Couvent. Pour
les Dominicains , quoique le feu les ait épargnez
ils n'en ont pas moins souffert dans le
tumulte ; tout Pinterieur de leur Couvent et de
leur Eglise a été détruit,
·
H O₂
2438 MERCURE DE FRANCE
On ne dit pas s'il a péri beaucoup de monde
dans cet Incendie ; on sçait seulement que beaucoup
de Jannissaires échauffez par le vin , ont
été écrasez sous les ruines des maisons , et que
d'autres tout-à - fait yvres ont été consumez par
los flammes. On assure qu'il y en a entr'autres
une Troupe de 29 , qui s'étant acharnez à briser
los Tonneaux d'une Taverne , furent tous ense
velis sous les ruines de ce Cabaret.
Selon des Lettres reçues depuis cet Incendie
a été plus considerable qu'on ne croyoit , ayant
consumé près de 11000. Maisons.
On a appris par des Lettres d'Allemagne ,
que le Grand Visir, avoit été déposé ; que le
Pacha de Nizza avoit été nommé G. V. à sa
place , et que le Commandant du Bannat Turc
de Temeswar exerçoit cette Charge par
interim.
>
On apprend aussi que le grand Mogol avoit
envoyé au Roy de Perse rooo . hommes de sai
meilleure Cavalerie et un Million en or pous
Faider à chasser les Turcs de ses Etats.
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople, sur l'incendie &c.
Le 21 juillet, un incendie s'est déclaré à Topana, dans le faubourg proche de Pera et Galata. Initialement contrôlable, le feu s'est propagé rapidement en raison d'un vent violent du nord, embrasant les maisons adjacentes aux murs. Les habitants, notamment les marchands français, ont tenté de sauver leurs biens, mais ont rencontré des obstacles dus aux rues étroites et à la raréfaction des portefaix. Les Jannissaires, chargés d'éteindre les incendies, ont aggravé la situation en causant des dommages supplémentaires. L'incendie a duré environ 12 heures, détruisant environ 4 à 500 maisons, plusieurs bains, moulins, fruits, églises, synagogues et mosquées. Les Français ont réussi à sauver la plupart de leurs marchandises. Les Jésuites ont perdu plusieurs maisons et leur couvent, tandis que les Capucins ont sauvé leur église mais perdu leur couvent. Les Dominicains ont vu leur intérieur détruit. Plusieurs Jannissaires ivres ont péri sous les ruines ou dans les flammes. Des lettres ultérieures ont révélé que l'incendie avait détruit près de 11 000 maisons. Par ailleurs, des nouvelles politiques indiquaient la déposition du Grand Visir et l'envoi de renforts par le Grand Mogol au roi de Perse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
12
p. 2036-2037
DE TURQUIE ET DE PERSE.
Début :
On a appris que toutes les Provinces de la Perse avoient envoyé des Députés à Ispahan [...]
Mots clefs :
Turquie, Perse, Roi de Perse, Ispahan, Mer Caspienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE TURQUIE ET DE PERSE.
NOUVELLES ETRANGERES
DE TURQUIE ET DE PERSE.
O
Na appris que toutes les Provinces de la
Perse avoient envoyé des Députés à Ispa- han pour feliciter le Roi de Perse sur la résolution qu'il a prise de ne point éxécuter le dernier
Traité conclu avec le Grand Seigneur , et pour
l'assurer qu'elles lui fourniront tous les secours
nécessaires pour reprendre les Villes que la situa tion de ses affaires l'avoit obligé de ceder ; que
chaque Province lui avoit envoyé un état des
Troupes qu'elle pouvoit lui fournir , avec offre
de les payer et entretenir pendant deux ans ; que le Roi de Perse avoit actuellement une Armée de
soooo, hommes en Georgie ; une autre de
60000. hommes qui s'étoit emparée des passages
par lesquelles les Turcs sont entrés dans le Pays
pendant la guerre précédente ; et une troisiéme
avec laquelle le Roi de Perse faisoit le Siege d'Erivan. Cette Place n'est point prise comme le
bruit en a couru , mais on ne doute pas qu'elle
ne le soit bien- tôt , les vivres et les munitions de
guerre y manquant.
Les Lettres reçues depuis portent , que les
Troupes Persanes qui avoient leurs quartiers le
long de la Mer Caspienne , en étoient parties
pour se rendre en Armenie , que le Roi de Perse
avoit déja repris plusieurs petites Places de la
Georgie
SEPTEM BR E. 1732. 2037
Georgie qui avoient été cedées au 6. S. par le dernier Traité qu'une autre armée étoit en
marche vers Tauris , que la Ville de Bagdat
étoit bloquée , et qu'on attendoit un renfort de Isoon. hommes pour ouvrir la tranchée.
Les dernieres Lettres de Constantinople portent , que la maladie contagieuse continuoit de
faire de grands ravages , tant dans la Ville que
dans les environs ; qu'on recevoit très-souvent
de mauvaises nouvelles de Perse ; que le peuple
paroissoit toujours disposé à se soulever ; que le
Divan étoit divisé et ne prenoit aucune résolution
pour prévenir les maux dont l'Empire Ottoman
est menacé , que le Gr. Viz. ayant eu quelque
differend avec l'Aga des Janissaires , avoit obtenu
du G. S. sa déposition , dont les Troupes paroissoient mécontentes ; qu'on avoit eu des preuves
que le feu avoit été mis par des mal-intentionnés
aux maisons qui furent brûlées il y a quelque
tems près de l'Arsenal , et que le G. V. avoit fait
arrêter huit de ces Incendiaires , qui avec plusieurs autres séditieux avoient formé le dessein
de mettre le feu à dix ou douze endroits de la
Ville.
LET
DE TURQUIE ET DE PERSE.
O
Na appris que toutes les Provinces de la
Perse avoient envoyé des Députés à Ispa- han pour feliciter le Roi de Perse sur la résolution qu'il a prise de ne point éxécuter le dernier
Traité conclu avec le Grand Seigneur , et pour
l'assurer qu'elles lui fourniront tous les secours
nécessaires pour reprendre les Villes que la situa tion de ses affaires l'avoit obligé de ceder ; que
chaque Province lui avoit envoyé un état des
Troupes qu'elle pouvoit lui fournir , avec offre
de les payer et entretenir pendant deux ans ; que le Roi de Perse avoit actuellement une Armée de
soooo, hommes en Georgie ; une autre de
60000. hommes qui s'étoit emparée des passages
par lesquelles les Turcs sont entrés dans le Pays
pendant la guerre précédente ; et une troisiéme
avec laquelle le Roi de Perse faisoit le Siege d'Erivan. Cette Place n'est point prise comme le
bruit en a couru , mais on ne doute pas qu'elle
ne le soit bien- tôt , les vivres et les munitions de
guerre y manquant.
Les Lettres reçues depuis portent , que les
Troupes Persanes qui avoient leurs quartiers le
long de la Mer Caspienne , en étoient parties
pour se rendre en Armenie , que le Roi de Perse
avoit déja repris plusieurs petites Places de la
Georgie
SEPTEM BR E. 1732. 2037
Georgie qui avoient été cedées au 6. S. par le dernier Traité qu'une autre armée étoit en
marche vers Tauris , que la Ville de Bagdat
étoit bloquée , et qu'on attendoit un renfort de Isoon. hommes pour ouvrir la tranchée.
Les dernieres Lettres de Constantinople portent , que la maladie contagieuse continuoit de
faire de grands ravages , tant dans la Ville que
dans les environs ; qu'on recevoit très-souvent
de mauvaises nouvelles de Perse ; que le peuple
paroissoit toujours disposé à se soulever ; que le
Divan étoit divisé et ne prenoit aucune résolution
pour prévenir les maux dont l'Empire Ottoman
est menacé , que le Gr. Viz. ayant eu quelque
differend avec l'Aga des Janissaires , avoit obtenu
du G. S. sa déposition , dont les Troupes paroissoient mécontentes ; qu'on avoit eu des preuves
que le feu avoit été mis par des mal-intentionnés
aux maisons qui furent brûlées il y a quelque
tems près de l'Arsenal , et que le G. V. avoit fait
arrêter huit de ces Incendiaires , qui avec plusieurs autres séditieux avoient formé le dessein
de mettre le feu à dix ou douze endroits de la
Ville.
LET
Fermer
Résumé : DE TURQUIE ET DE PERSE.
En Turquie et en Perse, des délégués des provinces persanes se sont rendus à Ispahan pour féliciter le roi de Perse de sa décision de ne pas exécuter le dernier traité avec le sultan ottoman. Ils ont proposé de fournir des troupes et des ressources pour reprendre les villes cédées. Le roi de Perse dispose de trois armées : une de 50 000 hommes en Géorgie, une autre de 60 000 hommes contrôlant les passages utilisés par les Turcs, et une troisième assiégeant Erivan. Les troupes persanes avancent en Arménie et reprennent des places en Géorgie. Une autre armée marche vers Tauris, et Bagdad est bloquée en attendant des renforts. À Constantinople, une maladie contagieuse continue de faire des ravages, et le peuple est prêt à se soulever. Le Divan est divisé et ne prend aucune mesure pour prévenir les menaces pesant sur l'Empire ottoman. Le grand vizir a déposé l'Aga des Janissaires après un différend, mécontentant ainsi les troupes. Des incendiaires ont été arrêtés après avoir mis le feu à plusieurs maisons près de l'arsenal.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
13
p. 2254-2258
EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople du mois de Juin 1732.
Début :
Voici ce que des gens qui passent pour bien instruits assûrent quant à la cause principale [...]
Mots clefs :
Roi de Perse, Sultan, Ali Pacha, Sérasker, Armée, Traité, Grand vizir, Topal Osman Pacha
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople du mois de Juin 1732.
EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople
du mois de Juin 1732.
Oici ce que des
Vinstruits assûlent quant à la causeprincipale
gens qui passent pour bien
de la déposition du G. Viz. Topal Osman Pa- cha , mettant à les
mauvais
offices le part
que
Kislar
-Aga
a pú lui
rendre
d'ailleurs
auprès
du
Sultan.
Topal- Osman , disent-ils , ne fut pas plutôt
appellé au Visiriat , qu'après avoir appaisé les
plaintes du peuple , et s'être acquis son affection
par le bon ordre qu'il rétablit dans la police , il
tourna tous ses soins et toute son application
trouver les moyens de terminer bientôt la
Guerre de Perse ; mais comme la distance des
lieux ne lui permettoit pas de pouvoir pro- fiter par lui-même des conjonctures favora
bles qui pourroient se présenter , s'il prenoit en
vie à Chah- Thamas , Roi de Perse , de demander la paix , il s'unit avec le Mufti Pasmadgiszade , pour insinuer de concert au G. S. qu'outre que cette Guerre étant tout- à- fait ruineuse à
PEmpire Sa Hautesse ne seroit jamais bien affermie sur le Trône qu'elle n'y mit fin .
Surquoi le Sultan leur ayant demandé quels
expédiens ils avoient à lui proposer pour y par venir. Le G. V. s'excusa d'abord de lui en indiquer aucun , dans la crainte , disoit- il , qu'il au
roit de se tromper , parce qu'ayant toujours ser- vi en Europe , il ne connoissoit point du tout la
Perse ; qu'il sçavoit seulement que les prédécesseurs de Sa Hautesse n'avoient jamais pû se conserver que très-peu des conquêtes qu'ils y avoient faites
OCTOBRE. 1732. 2255
faites , et qu'ayant reconnu par leur propre expérience , que ces contrées étoient le Cimetiere
des Turcs , ils avoient donné leur malediction
au pays et à ceux de leurs successeurs qui y por teroient la Guerre.
Après que Topal-Osman eut ainsi préparé l'esprit du G. S. le Mufti prenant la parole , dit
qu'Achmet , Pacha de Babilone , avoit toujours
montré beaucoup de capacité et d'attachement
l'Empire , et qu'ayant été élevé sous les yeux
d'Osman- Pacha , son pere , dont le zele s'étoit
pareillement signalé pendant 32 ans qu'il avoit
été Beglierbey de cette grande Province , il n'y
avoit personne qui connut mieux qu'Achmet , et
la Perse , et l'état où s'y trouvoient les affaires :
qu'ainsi il lui paroissoit ( ce qu'appuya le G. V.)
que S. H. n'avoit pas de meilleur parti à prendre
que celui de remettre entierement les interêts de
la Porte entre ses mains , en l'autorisant par des
pleins pouvoirs à traiter avec Schah Thamas ;
comme il le jugeroit le plus convenable , sans
s'amuser à contester sur le plus ou le moins de
pays à garder de ceux qu'on avoit conquis sur
Schah Thamas.
Le G. S. ayant goûté cet avis , fit expédier des
Plein-pouvoirs , effectivement si amples , que
S. H. s'y engageoit sans restriction à approuver
tout ce qu'Achmet régleroit. Il est à remarquer
qu'alors Tauris n'étoit pas encore pris , et que
Fayant été peu de tems après que ce Pacha eut
reçû ses Plein-pouvoirs , il se hâta de conclure
la paix avec les Persans , avant que la nouvelle
de cette derniere conquête eut pû arriver jusqu'à
la Porte , ou du moins qu'il eut pu en recevoir
de nouveaux ordres , dans la crainte qu'éblouie
par ce surcroît de victoires , elle n'en voulut tires
2256 MERCURE DE FRANCE
titer avantage , et n'étendit ses prétentions d'une
maniere à faire échouer le Traité qu'il médi
toit , et qu'il vouloit consommer promptement,
soit qu'il fut persuadé que l'Empire y trouveroit
son compte , soit qu'il eut des ordres secrets du
G. V. definir sans délai la Guerre à quelque prix
que ce fut.
,
Mais Ali Pacha , Seraskier de l'autre Armée
Turque , qui sur les informations que lui avoit
demandées Achmet, comme s'il n'eut voulu rien
conclure sans le consulter , et sans agir de concert
avec lui , avoit détaillé à son Collegue l'extrêmi
té où il venoit de réduire Schah Thamas par la
prise de Tauris , &c. apprenant tout d'un coupe
qu'au mépris de ses avis , ce Pacha avoit fait la
paix , en fut piqué au dernier point, Mortifié de
ce qu'on ne l'avoit pas employé dans cette négo¬
ciation , où il lui paroissoit si naturel qu'il fut
appellé; jaloux de ce qu'Achmet en recueilloit.
tout l'honneur , et ne pouvant se résoudre à
joiiir si peu des derniers succès de ses armes il.
écrivit à la Porte à l'occasion de ce Traité , que
lui et tous les Officiers de son Armée se confor→
meroient avec soumission aux volontez du G. S.….
mais qu'ils ne répondoient pas de trouver la mê
me obéissance dans les Soldats , qui bien loin
delà , commençoient déja à murmurer hautement sur la connoissance qu'ils avoient d'un
Traité , par lequel on restituoit Tauris et tous
les pays en- deçà de l'Araxe , dont ils ne s'é- toient rendus maîtres qu'au prix de leur sang
et qu'avec des travaux infinis ; que d'ailleurs on
ne pouvoit comprendre parmi ces Troupes pourquoi on avoit fait une paix si désavantageuse et
si peu honorable à l'Empire , dans le tems que
Schah Thamas étoit aux abois , et qu'il ne fai lois
OCTOBR E. 1732. 2257
Loit plus qu'une campagne pour envahir le reste de ses Etats.
Ce que mandoit Ali-Pacha étant venu à la connoissance du G. S. à l'insçû du G.V.les nouvelles.
dePerse arrivées le 2 Avril,portant d'ailleurs que la
Garnison et les habitans Turcs de Tauris s'étoient
révoltés, quand on avoit voulu évacuer cette place,,
S. H. craignit d'un côté d'indisposer les gens de
guerre contre Elle , et que leur rébellion ne devint contagieuse à tous ses Sujets , si elle paroissoit approuverla restitution de Tauris , et de l'au
tre elle appréhenda , comme on le lui representa.
fortement , de se deshonorer dans le monde , si
elle refusoit de ratifier ce qu'Achmet-Pacha n'avoit fait qu'en conséquence de l'autorité illimitée..
dont elle l'avoit revêtu.
Ces deux points si difficiles à concilier , furent
la matiere épineuse qui fut tant débattue dans ces.
Assemblées générales , convoquées au Serrail , et
dont les nouvelles publiques ont beaucoup parlé.. Tellement que le G. Sne trouva enfin d'autre.
moyen pour se tirer d'un pas si délicat , que de
déclarer en plein Conseil qu'on l'avoit séduit , en
le sollicitant d'envoyer des pouvoirs sans bornes à
Achmet , lesquels il n'auroit jamais signés , s'il
avoit pû prévoir que ce Pacha en eut fait un si mauvais usage ; mais que ce mal étoit sans re- mede , et que ne pouvant se rétracter sans blesser
Phonneur de la Majesté Imperiale , il étoit forcé
de confirmer ce que ses Plénipotentiaires avoient .
arrêté aux Conférences d'Hamadan.
Après bien des contestations , le plus grand nombre des avis s'étant enfin réüni à celui du
G. S. S. H. fit deux choses qui lui réussirent également. Premierement pour se disculper dans l'es
prit des Troupes et des Gens de Loi , qui n'étoient
2258 MERCURE DE FRANCE
J
J
toient pas moins opposés que la Soldatesque à
la ratification du Traité d'Achmet , elle déposa
d'abord le Mufti , et quelque tems après , Topal
Osman , comme une preuve qu'elle rejettoit sur
ces deux Ministres , la faute toute entiere que sa déference à leurs avis lui avoit fait commettre
et voulant donner par cette disgrace qui fut pourtant plus apparente que réelle , une espece de satisfaction aux mécontens de la paix ; en second
lieu , craignant que si le Seraskier Ali Pacha
restoit en Perse , il ne fomentat lui-même sous
main la disposition que les Soldats avoient à se
soulever , pour éluder l'éxécution du Traité fait
par Achmet , elle l'attira à Constantinople en le nommant G. V. et en lui ordonnant d'évacuer
Tauris , avant que de venir prendre les renes de
l'Empire , de sorte que cette évacuation se fit
sans autre obstacle ni inconvenient que celui de
la mutinerie de quelques séditieux , à sept ouhuit
des principaux , desquels Ali-Pacha ayant fait
couper la tête , le reste intimidé rentra dans le devoir.
du mois de Juin 1732.
Oici ce que des
Vinstruits assûlent quant à la causeprincipale
gens qui passent pour bien
de la déposition du G. Viz. Topal Osman Pa- cha , mettant à les
mauvais
offices le part
que
Kislar
-Aga
a pú lui
rendre
d'ailleurs
auprès
du
Sultan.
Topal- Osman , disent-ils , ne fut pas plutôt
appellé au Visiriat , qu'après avoir appaisé les
plaintes du peuple , et s'être acquis son affection
par le bon ordre qu'il rétablit dans la police , il
tourna tous ses soins et toute son application
trouver les moyens de terminer bientôt la
Guerre de Perse ; mais comme la distance des
lieux ne lui permettoit pas de pouvoir pro- fiter par lui-même des conjonctures favora
bles qui pourroient se présenter , s'il prenoit en
vie à Chah- Thamas , Roi de Perse , de demander la paix , il s'unit avec le Mufti Pasmadgiszade , pour insinuer de concert au G. S. qu'outre que cette Guerre étant tout- à- fait ruineuse à
PEmpire Sa Hautesse ne seroit jamais bien affermie sur le Trône qu'elle n'y mit fin .
Surquoi le Sultan leur ayant demandé quels
expédiens ils avoient à lui proposer pour y par venir. Le G. V. s'excusa d'abord de lui en indiquer aucun , dans la crainte , disoit- il , qu'il au
roit de se tromper , parce qu'ayant toujours ser- vi en Europe , il ne connoissoit point du tout la
Perse ; qu'il sçavoit seulement que les prédécesseurs de Sa Hautesse n'avoient jamais pû se conserver que très-peu des conquêtes qu'ils y avoient faites
OCTOBRE. 1732. 2255
faites , et qu'ayant reconnu par leur propre expérience , que ces contrées étoient le Cimetiere
des Turcs , ils avoient donné leur malediction
au pays et à ceux de leurs successeurs qui y por teroient la Guerre.
Après que Topal-Osman eut ainsi préparé l'esprit du G. S. le Mufti prenant la parole , dit
qu'Achmet , Pacha de Babilone , avoit toujours
montré beaucoup de capacité et d'attachement
l'Empire , et qu'ayant été élevé sous les yeux
d'Osman- Pacha , son pere , dont le zele s'étoit
pareillement signalé pendant 32 ans qu'il avoit
été Beglierbey de cette grande Province , il n'y
avoit personne qui connut mieux qu'Achmet , et
la Perse , et l'état où s'y trouvoient les affaires :
qu'ainsi il lui paroissoit ( ce qu'appuya le G. V.)
que S. H. n'avoit pas de meilleur parti à prendre
que celui de remettre entierement les interêts de
la Porte entre ses mains , en l'autorisant par des
pleins pouvoirs à traiter avec Schah Thamas ;
comme il le jugeroit le plus convenable , sans
s'amuser à contester sur le plus ou le moins de
pays à garder de ceux qu'on avoit conquis sur
Schah Thamas.
Le G. S. ayant goûté cet avis , fit expédier des
Plein-pouvoirs , effectivement si amples , que
S. H. s'y engageoit sans restriction à approuver
tout ce qu'Achmet régleroit. Il est à remarquer
qu'alors Tauris n'étoit pas encore pris , et que
Fayant été peu de tems après que ce Pacha eut
reçû ses Plein-pouvoirs , il se hâta de conclure
la paix avec les Persans , avant que la nouvelle
de cette derniere conquête eut pû arriver jusqu'à
la Porte , ou du moins qu'il eut pu en recevoir
de nouveaux ordres , dans la crainte qu'éblouie
par ce surcroît de victoires , elle n'en voulut tires
2256 MERCURE DE FRANCE
titer avantage , et n'étendit ses prétentions d'une
maniere à faire échouer le Traité qu'il médi
toit , et qu'il vouloit consommer promptement,
soit qu'il fut persuadé que l'Empire y trouveroit
son compte , soit qu'il eut des ordres secrets du
G. V. definir sans délai la Guerre à quelque prix
que ce fut.
,
Mais Ali Pacha , Seraskier de l'autre Armée
Turque , qui sur les informations que lui avoit
demandées Achmet, comme s'il n'eut voulu rien
conclure sans le consulter , et sans agir de concert
avec lui , avoit détaillé à son Collegue l'extrêmi
té où il venoit de réduire Schah Thamas par la
prise de Tauris , &c. apprenant tout d'un coupe
qu'au mépris de ses avis , ce Pacha avoit fait la
paix , en fut piqué au dernier point, Mortifié de
ce qu'on ne l'avoit pas employé dans cette négo¬
ciation , où il lui paroissoit si naturel qu'il fut
appellé; jaloux de ce qu'Achmet en recueilloit.
tout l'honneur , et ne pouvant se résoudre à
joiiir si peu des derniers succès de ses armes il.
écrivit à la Porte à l'occasion de ce Traité , que
lui et tous les Officiers de son Armée se confor→
meroient avec soumission aux volontez du G. S.….
mais qu'ils ne répondoient pas de trouver la mê
me obéissance dans les Soldats , qui bien loin
delà , commençoient déja à murmurer hautement sur la connoissance qu'ils avoient d'un
Traité , par lequel on restituoit Tauris et tous
les pays en- deçà de l'Araxe , dont ils ne s'é- toient rendus maîtres qu'au prix de leur sang
et qu'avec des travaux infinis ; que d'ailleurs on
ne pouvoit comprendre parmi ces Troupes pourquoi on avoit fait une paix si désavantageuse et
si peu honorable à l'Empire , dans le tems que
Schah Thamas étoit aux abois , et qu'il ne fai lois
OCTOBR E. 1732. 2257
Loit plus qu'une campagne pour envahir le reste de ses Etats.
Ce que mandoit Ali-Pacha étant venu à la connoissance du G. S. à l'insçû du G.V.les nouvelles.
dePerse arrivées le 2 Avril,portant d'ailleurs que la
Garnison et les habitans Turcs de Tauris s'étoient
révoltés, quand on avoit voulu évacuer cette place,,
S. H. craignit d'un côté d'indisposer les gens de
guerre contre Elle , et que leur rébellion ne devint contagieuse à tous ses Sujets , si elle paroissoit approuverla restitution de Tauris , et de l'au
tre elle appréhenda , comme on le lui representa.
fortement , de se deshonorer dans le monde , si
elle refusoit de ratifier ce qu'Achmet-Pacha n'avoit fait qu'en conséquence de l'autorité illimitée..
dont elle l'avoit revêtu.
Ces deux points si difficiles à concilier , furent
la matiere épineuse qui fut tant débattue dans ces.
Assemblées générales , convoquées au Serrail , et
dont les nouvelles publiques ont beaucoup parlé.. Tellement que le G. Sne trouva enfin d'autre.
moyen pour se tirer d'un pas si délicat , que de
déclarer en plein Conseil qu'on l'avoit séduit , en
le sollicitant d'envoyer des pouvoirs sans bornes à
Achmet , lesquels il n'auroit jamais signés , s'il
avoit pû prévoir que ce Pacha en eut fait un si mauvais usage ; mais que ce mal étoit sans re- mede , et que ne pouvant se rétracter sans blesser
Phonneur de la Majesté Imperiale , il étoit forcé
de confirmer ce que ses Plénipotentiaires avoient .
arrêté aux Conférences d'Hamadan.
Après bien des contestations , le plus grand nombre des avis s'étant enfin réüni à celui du
G. S. S. H. fit deux choses qui lui réussirent également. Premierement pour se disculper dans l'es
prit des Troupes et des Gens de Loi , qui n'étoient
2258 MERCURE DE FRANCE
J
J
toient pas moins opposés que la Soldatesque à
la ratification du Traité d'Achmet , elle déposa
d'abord le Mufti , et quelque tems après , Topal
Osman , comme une preuve qu'elle rejettoit sur
ces deux Ministres , la faute toute entiere que sa déference à leurs avis lui avoit fait commettre
et voulant donner par cette disgrace qui fut pourtant plus apparente que réelle , une espece de satisfaction aux mécontens de la paix ; en second
lieu , craignant que si le Seraskier Ali Pacha
restoit en Perse , il ne fomentat lui-même sous
main la disposition que les Soldats avoient à se
soulever , pour éluder l'éxécution du Traité fait
par Achmet , elle l'attira à Constantinople en le nommant G. V. et en lui ordonnant d'évacuer
Tauris , avant que de venir prendre les renes de
l'Empire , de sorte que cette évacuation se fit
sans autre obstacle ni inconvenient que celui de
la mutinerie de quelques séditieux , à sept ouhuit
des principaux , desquels Ali-Pacha ayant fait
couper la tête , le reste intimidé rentra dans le devoir.
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople du mois de Juin 1732.
En juin 1732, la déposition du Grand Vizir Topal Osman Pacha est attribuée à l'influence du Kislar Aga auprès du Sultan. Topal Osman avait récemment apaisé les plaintes du peuple et rétabli l'ordre, puis s'était concentré sur la fin de la guerre de Perse. Il s'était allié avec le Mufti Pasmadgiszade pour convaincre le Sultan de mettre fin à cette guerre coûteuse. Conscient de son manque de connaissance de la Perse, Topal Osman suggéra de confier les négociations à Achmet Pacha de Babilone, reconnu pour ses compétences et sa loyauté envers l'Empire. Le Sultan accorda à Achmet les pleins pouvoirs pour négocier avec le Shah Thamas. Achmet parvint à conclure rapidement la paix avec les Persans, avant même que la nouvelle de la prise de Tauris n'arrive à Constantinople. Il craignait que de nouvelles victoires n'entravent les négociations. Cependant, Ali Pacha, Seraskier de l'autre armée turque, s'opposa à cette paix, la jugeant désavantageuse et peu honorable. Il exprima ses réserves au Sultan, qui redoutait une rébellion des troupes et une déshonoration internationale. Après des débats, le Sultan décida de confirmer le traité, blâmant Topal Osman et le Mufti pour leur conseil. Il les déposa pour apaiser les mécontents et rappela Ali Pacha à Constantinople afin d'éviter toute mutinerie. Ali Pacha évacua Tauris sans rencontrer de résistance majeure, réprimant quelques séditieux pour rétablir l'ordre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
14
p. 185-190
LETTRE écrite de Constantinople le 22. Novembre 1732. au sujet de la derniere contagion, et de la nouvelle Révolution de Perse.
Début :
Depuis le 12 de Juillet, Monsieur, que je ne vous ai donné des nouvelles [...]
Mots clefs :
Thamas Kouli-Kan, Roi de Perse, Ministre, Turcs, Constantinople, Révolution, Paix, Ispahan, Chah, Contagion, Peste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Constantinople le 22. Novembre 1732. au sujet de la derniere contagion, et de la nouvelle Révolution de Perse.
LETTRE écrite de Constantinople le 22.
Novembre 1732. au sujet de la derniere
contagion , et de la nouvelle Révolution
de Perse.
D
Epuis le 12 de Juillet , Monsieur ,
que je ne vous ai donné des nouvelles
de ce pays- ci , il n'y a presque été
question que de la Peste . Voilà près de
cinq mois qu'on ne parle d'autre chose
que de ses ravages à Constantinople , et
quoique les Turcs ayent coûtume de se
mocquer de ceux qui la craignent , on a
I v remar
186 MERCURE DE FRANCE
remarqué cette année , au grand deshonneur
de la prédestination absoluë, qui est ,
comme vous sçavez , le Dogme favori des
Mahometans , qu'en general , ce ter ible
fleau leur a causé autant d'effroi qu'au :
autres ; mais comme par respect pour
leurs préjugez , la plupart n'en ont pas
pris plus de précautions qu'à l'ordinaire
on assûre qu'il a péri dans cette Ville et
dans ses environs 150 mille personnes .
Je ne sçai si ce calcul est bien fidele ; ce qu'il
y a de vraí , c'est que la contagion se répandant
comme un torrent , n'a pas plus
épargné les grands que les petits : elle
s'est introduite jusques dans le Serrail du
Grand Seigneur , dont elle a emporté
beaucoup d'Officiers , et sur- tout d'Eunu
ques noirs , entr'autres le Kasnadar ou
Trésorier de Sa Hautesse. L'Eski - Serai ,
c'est-à-dire , le vieux Serrail , où sont
renfermées aussi sévérement que dans un
Monastere , les Sultanes du G. S. après
sa mort ou sa déposition , n'en a pas été
éxempt non plus : trois ou quatre Sultanes
y sont mortes , du nombre desquelles.
a été la Sultane favorite du dernier Sultan
Achmet III . et Mere de la Sultane veuvedu
fameux G. V. Ibraim Pacha , qui fut
étranglé il y a deux ans. Celle- ci avoit
été pareillement attaquée du même mal ,
mais
JANVIER. 1733 137
mais elle a eu le bonheur d'en réchaper.
Enfin , pour ne vous point ennuyer par
un plus long détail sur cette triste matiere
, j'ajoûterai seulement que le G. Viz.
d'aujourd'hui a eu la douleur et la cons →
tance d'en voir mourir dans son propre
Palais un de ses freres , un de ses neveux ,
sa fille , celui à qui elle étoit promise en
mariage , et plus de deux cent de ses domestiques.
Dieu merci cette cruelle maladie
tire à sa fin , et la communication
commence à se rétablir par tout.
Je reviens , Monsieur , à ma Lettre du
2 Juillet ; je vous y marquois , si vous
Vous en souvenez , que le 4 du même
mois , la Porte avoit reçû des dépêches
d'Achmet , Pacha de Babilonne , qui envoyoit
au G. S. une Lettre de Chah -Tahmas
, pour Sa Hautesse , par laquelle ce
Prince rejettoit entierement l'infraction
du dernier Traité de Paix sur Tahmas-
-Couli- Kan , son Itimadil-Deulet, ou Grand
Visir , qui paroissoit vouloir usurper son
Trône , mais que les Turcs se défiant de
la bonne- foy du Roy de Perse , et apprehendant
que pour les mieux trompet ,
n'eut concerté avec son premier Ministre
la rebellion dont il l'accusoit , la Portene
sçavoit à quoi s'en tenir , ni à qui elledevoit
effectivement attribuer la rupture'
Lvj d'une
il
188 MERCURE DE FRANCE
1
d'une Paix recherchée avec tant d'ém
pressement par la Perse , et si fraîchement
concluë.
Ce Mystere impénétrable alors , s'est
enfin éclairci ; on a reçû depuis quelques
jours des nouvelles , dont quant à present
, je ne puis vous rapporter- qu'un
précis ; me réservant à vous les détailler ,
lorsqu'on m'aura remis une Piece qu'on
m'a promise. Ces nouvelles disent donc
en substance , que d'un côté Tahmas-
Couli Khan , après avoir déclaré en termes
formels , par ses Lettres , au Roy
son Maître , qu'il ne ratifieroit jamais ce
Traité honteux , que Sa Majesté venoit
de faire avec les Turcs. Il étoit parti du
Corassan , et avoit pris la route d'Ispahan
à la tête d'une Armée , composée
de Montagnads féroces et déterminez
comme lui ; que d'un autre côté Chah-
'Tahmas , persistant à vouloir que la derniere
Paix eut son entiere exécution
cette contrariété de sentimens avoit jetté
la division entre le Souverain , le premier
Ministre , et leurs Partisans respectifs
; que cependant le Prince voyant approcher
Tahmas- Couli- Kan , homme ambitieux
, capable de tout entreprendre , et
dont les Explois lui avoient faits un grand
nombre d'amis , jusques dans sa propre
Cour
JANVIER 1733. 189
Cour , avoit cru devoir ceder au temps ,
et se reconcilier avec lui ; que le perfide
Ministre cachant son noir dessein sous les
dehors affectez d'un zéle , d'une fidélité ,
et d'un attachement à toute épreuve ,
pour l'honneur de son Souverain, et pour
le bien du Royaume , avoit reçu avec
une soumission toute respectueuse en
apparence , les propositions qu'on étoit
alle lui faire , de la part de Chah - Tahmas.
Qu'en conséquence il s'étoit rendu
avec peu de suite à Ispahan , après avoir
cependant distribué ses Troupes dans différens
quartiers , aux environs de cette
Capitale, que par ce moyen il tenoit comme
bloquée,et qu'y étant arrivé, la premicre
chose qu'il avoit faite,avec le secours de
ses Partisans , dont le Roy étoit environ
né , même dans son Palais , avoit été de se
saisir de ce malheureux Prince qu'il avoit
fait mettre sur le champ dans un Carosse
fermé , et fait conduire avec une grosse
Escorte , vers le Corassan , où l'on ignoroit
encore ce qu'il étoit devenu ; qu'ensuite
il avoit forcé le Harem ou apparte
ment des Femmes , ce lieu si sacré , sur
tout en Perse ; qu'il y avoit d'abord violé
la soeur du Roy , qu'on dit êrre une fort
bille Princesse ; qu'ensuite il avoit tiré de
ce Harem un enfant au Berceau , fils de
ChahTo
MERCURE DE FRANCE
Chah-Tahmas ; qu'il l'avoit fait proclamer
Roy de Perse , publiant que son Pere
étoit incapable de regner ; qu'il s'étoit fait
déclarer Regent du Royaume , pendant
la minorité de ce nouveau Monarque .
Qu'en cette qualité , il s'étoit revêtu des
Habits Royaux , et des autres marques
de Souverain, et avoit paru en public avec
un faste extraordinaire ; qu'il faisoit journellement
massacrer ce qui restoit de
grands Seigneurs à la Cour , attachez à
Chah-Tahmas , ou qui pouvoient lui faire
ombrage ; qu'il enrichissoit de leurs dépouilles
les compagnons de ses désordres
et de sa fortune , et qu'il commandoit si
despotiquement dans Ispahan , que tout
y trembloit sous lui , d'une maniere qui
tenoit du prodige. Je suis , &c.
P. V. D.
Novembre 1732. au sujet de la derniere
contagion , et de la nouvelle Révolution
de Perse.
D
Epuis le 12 de Juillet , Monsieur ,
que je ne vous ai donné des nouvelles
de ce pays- ci , il n'y a presque été
question que de la Peste . Voilà près de
cinq mois qu'on ne parle d'autre chose
que de ses ravages à Constantinople , et
quoique les Turcs ayent coûtume de se
mocquer de ceux qui la craignent , on a
I v remar
186 MERCURE DE FRANCE
remarqué cette année , au grand deshonneur
de la prédestination absoluë, qui est ,
comme vous sçavez , le Dogme favori des
Mahometans , qu'en general , ce ter ible
fleau leur a causé autant d'effroi qu'au :
autres ; mais comme par respect pour
leurs préjugez , la plupart n'en ont pas
pris plus de précautions qu'à l'ordinaire
on assûre qu'il a péri dans cette Ville et
dans ses environs 150 mille personnes .
Je ne sçai si ce calcul est bien fidele ; ce qu'il
y a de vraí , c'est que la contagion se répandant
comme un torrent , n'a pas plus
épargné les grands que les petits : elle
s'est introduite jusques dans le Serrail du
Grand Seigneur , dont elle a emporté
beaucoup d'Officiers , et sur- tout d'Eunu
ques noirs , entr'autres le Kasnadar ou
Trésorier de Sa Hautesse. L'Eski - Serai ,
c'est-à-dire , le vieux Serrail , où sont
renfermées aussi sévérement que dans un
Monastere , les Sultanes du G. S. après
sa mort ou sa déposition , n'en a pas été
éxempt non plus : trois ou quatre Sultanes
y sont mortes , du nombre desquelles.
a été la Sultane favorite du dernier Sultan
Achmet III . et Mere de la Sultane veuvedu
fameux G. V. Ibraim Pacha , qui fut
étranglé il y a deux ans. Celle- ci avoit
été pareillement attaquée du même mal ,
mais
JANVIER. 1733 137
mais elle a eu le bonheur d'en réchaper.
Enfin , pour ne vous point ennuyer par
un plus long détail sur cette triste matiere
, j'ajoûterai seulement que le G. Viz.
d'aujourd'hui a eu la douleur et la cons →
tance d'en voir mourir dans son propre
Palais un de ses freres , un de ses neveux ,
sa fille , celui à qui elle étoit promise en
mariage , et plus de deux cent de ses domestiques.
Dieu merci cette cruelle maladie
tire à sa fin , et la communication
commence à se rétablir par tout.
Je reviens , Monsieur , à ma Lettre du
2 Juillet ; je vous y marquois , si vous
Vous en souvenez , que le 4 du même
mois , la Porte avoit reçû des dépêches
d'Achmet , Pacha de Babilonne , qui envoyoit
au G. S. une Lettre de Chah -Tahmas
, pour Sa Hautesse , par laquelle ce
Prince rejettoit entierement l'infraction
du dernier Traité de Paix sur Tahmas-
-Couli- Kan , son Itimadil-Deulet, ou Grand
Visir , qui paroissoit vouloir usurper son
Trône , mais que les Turcs se défiant de
la bonne- foy du Roy de Perse , et apprehendant
que pour les mieux trompet ,
n'eut concerté avec son premier Ministre
la rebellion dont il l'accusoit , la Portene
sçavoit à quoi s'en tenir , ni à qui elledevoit
effectivement attribuer la rupture'
Lvj d'une
il
188 MERCURE DE FRANCE
1
d'une Paix recherchée avec tant d'ém
pressement par la Perse , et si fraîchement
concluë.
Ce Mystere impénétrable alors , s'est
enfin éclairci ; on a reçû depuis quelques
jours des nouvelles , dont quant à present
, je ne puis vous rapporter- qu'un
précis ; me réservant à vous les détailler ,
lorsqu'on m'aura remis une Piece qu'on
m'a promise. Ces nouvelles disent donc
en substance , que d'un côté Tahmas-
Couli Khan , après avoir déclaré en termes
formels , par ses Lettres , au Roy
son Maître , qu'il ne ratifieroit jamais ce
Traité honteux , que Sa Majesté venoit
de faire avec les Turcs. Il étoit parti du
Corassan , et avoit pris la route d'Ispahan
à la tête d'une Armée , composée
de Montagnads féroces et déterminez
comme lui ; que d'un autre côté Chah-
'Tahmas , persistant à vouloir que la derniere
Paix eut son entiere exécution
cette contrariété de sentimens avoit jetté
la division entre le Souverain , le premier
Ministre , et leurs Partisans respectifs
; que cependant le Prince voyant approcher
Tahmas- Couli- Kan , homme ambitieux
, capable de tout entreprendre , et
dont les Explois lui avoient faits un grand
nombre d'amis , jusques dans sa propre
Cour
JANVIER 1733. 189
Cour , avoit cru devoir ceder au temps ,
et se reconcilier avec lui ; que le perfide
Ministre cachant son noir dessein sous les
dehors affectez d'un zéle , d'une fidélité ,
et d'un attachement à toute épreuve ,
pour l'honneur de son Souverain, et pour
le bien du Royaume , avoit reçu avec
une soumission toute respectueuse en
apparence , les propositions qu'on étoit
alle lui faire , de la part de Chah - Tahmas.
Qu'en conséquence il s'étoit rendu
avec peu de suite à Ispahan , après avoir
cependant distribué ses Troupes dans différens
quartiers , aux environs de cette
Capitale, que par ce moyen il tenoit comme
bloquée,et qu'y étant arrivé, la premicre
chose qu'il avoit faite,avec le secours de
ses Partisans , dont le Roy étoit environ
né , même dans son Palais , avoit été de se
saisir de ce malheureux Prince qu'il avoit
fait mettre sur le champ dans un Carosse
fermé , et fait conduire avec une grosse
Escorte , vers le Corassan , où l'on ignoroit
encore ce qu'il étoit devenu ; qu'ensuite
il avoit forcé le Harem ou apparte
ment des Femmes , ce lieu si sacré , sur
tout en Perse ; qu'il y avoit d'abord violé
la soeur du Roy , qu'on dit êrre une fort
bille Princesse ; qu'ensuite il avoit tiré de
ce Harem un enfant au Berceau , fils de
ChahTo
MERCURE DE FRANCE
Chah-Tahmas ; qu'il l'avoit fait proclamer
Roy de Perse , publiant que son Pere
étoit incapable de regner ; qu'il s'étoit fait
déclarer Regent du Royaume , pendant
la minorité de ce nouveau Monarque .
Qu'en cette qualité , il s'étoit revêtu des
Habits Royaux , et des autres marques
de Souverain, et avoit paru en public avec
un faste extraordinaire ; qu'il faisoit journellement
massacrer ce qui restoit de
grands Seigneurs à la Cour , attachez à
Chah-Tahmas , ou qui pouvoient lui faire
ombrage ; qu'il enrichissoit de leurs dépouilles
les compagnons de ses désordres
et de sa fortune , et qu'il commandoit si
despotiquement dans Ispahan , que tout
y trembloit sous lui , d'une maniere qui
tenoit du prodige. Je suis , &c.
P. V. D.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite de Constantinople le 22. Novembre 1732. au sujet de la derniere contagion, et de la nouvelle Révolution de Perse.
La lettre du 22 novembre 1732 décrit les récents événements à Constantinople et en Perse. À Constantinople, la peste a sévi depuis le 12 juillet, causant la mort de 150 000 personnes, y compris des membres de la cour impériale et des eunuques. La maladie a également frappé le harem, entraînant le décès de plusieurs sultanes, dont la favorite du sultan Achmet III. Le grand vizir a également perdu des membres de sa famille et des domestiques. Actuellement, la peste semble en rémission. En Perse, une crise politique majeure est en cours. Le chah Tahmas a rejeté le dernier traité de paix avec les Turcs, accusant son grand vizir, Tahmas-Couli Khan, de vouloir usurper le trône. Tahmas-Couli Khan, à la tête d'une armée, a marché sur Ispahan, forçant le chah à se réconcilier avec lui. Profitant de cette situation, Tahmas-Couli Khan a ensuite emprisonné le chah, violé sa sœur et proclamé un enfant roi, se déclarant régent. Il a instauré un règne de terreur, éliminant les opposants et s'enrichissant de leurs biens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
15
p. 2469-2471
TURQUIE ET PERSE.
Début :
Selon quelques avis de Constantinople, le bruit y courroit vers la fin d'Août que Schaph-Thamas, [...]
Mots clefs :
Thamas Kouli-Kan, Perse, Constantinople, Topal Osman Pacha, Ministres, Persans, Roi de Perse, Schach Tamas
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
TURQUIE ET PERSE.
Surat
Elon quelques avis de Constantinople , le
bruit y courroit vers la fin d'Août que Schaph-
Thamas , Roy de Perse détrôné , s'étoit rendu à
Ispahan depuis la défaite de Thamas-Koulikan,
son Usurpateur, qu'il étoit remonté sur le Thrône
, et qu'il avoit écrit à Topal Osman , pour
l'assurer qu'il désiroit d'observer le dernier Traité
de Paix que ses Ministres avoient conclu avec
ceux de la Porte.
On a appris depuis de Constantinople que le
Grand Seigneur a fait part à tous les Ministres
Etrangers qui résident près S. H. de la Victoire
remportée par l'Armée Otthomane , sur celle de
Thamas
2470 MERCURE DE FRANCE
Thamas Kouli - Kan,et 300 des principaux d'entre
les Persans, qui ont été faits prisonniers dans
le combat , et que Topal Osman a fait conduire
dans cette Capitale , ont été exposez pendant
plusieurs jours dans la Grande Place , vis-à- vis
le Sérail.
Le 3 Septembre , il arriva un Courrier , par
lequel ce General mande à Sa Hautesse qu'on
n'étoit pas encore instruit du lieu où Thamas-
Kouli -Kan s'étoit retire depuis sa défaite , et
qu'Achmet , Pacha de Bagdad , avoit reçu avis
de divers endroits , que Schahp- Thamas étoit retourné
à Ispahan, et que la plus grande partie de
la principale Noblesse Persanne s'y étoit renduë
pour reconnoître son légitime Souverain.
Achmet- Pacha a écrit depuis au G. S. pour
l'informer qu'on assuroit que le Roy de Perse
faisoit tous ses efforts pour détruire l'opinion où
l'on est à Constantinople , que toutes les démar
ches de Thamas - Kouli -Kan ont été concertées
avec lui ; qu'il avoit pour cet effet éloigné
du Ministere tous les Parens et Amis de Thamas◄
Kouli-Kan qu'il avoit rappellé ceux que ce Ministre
avoit dépossédez , et qu'il devoit envoyer
des Ambassadeurs à S. H. pour la prier de ne
point faire porter ni à lui , ni à son Royaume
la peine de la perfidie d'un Sujet Rebelle , dont
al désaprouvoit la conduite , et de lui accorder
une suspension d'Armes , pendant laquelle les
Ministres de la Porte et les siens pûssent convenir
des moyens d'établir une Paix durable entre
les Turcs et les Persans. On ne croît pas que le
G. S. écoute aucune proposition d'accommodement,
à moins que Schaph Thamas ne consente de
lui livrer Thamas - Kouli - Kan .
L'Escadre que le G. S. avoit envoyée pour
escorter
NOVEM 5 K E. 1733. 2471
escorter celle d'Alger est de retour aux Darda
nelles , mais Dgianum Codgia n'est pas encore
arrivé .
Le bruit court qu'on doit faire des levées considérables
d'hommes dans tous les Païs de la ,
domination de S. H. et l'on ne dit point les rai
sons qui l'engagent à faire cette augmentation
dans ses Troupes.
Par les Lettres du 20 Septembre , on apprend
que Topal Osman s'étoit emparé de la Ville de
Tauris , après un Siége de quelques jours, et qu'il
en faisoit rafer les fortifications. On confirme que
l'Armée Persanne a été entierement dissipée , que
Thamas - Kouli -Kan s'est sauvé dans les Déserts
, et que le Roy de Perse devoit envoyer des
Ambassadeurs à la Porte, pour prier S. H.d'ou
blier des Actes d'Hostilité , ausquels il n'a e
aucune part , et pour signer une nouvelle Ratification
du dernier Traité conclu entre les Turcs
et les Persans.
Surat
Elon quelques avis de Constantinople , le
bruit y courroit vers la fin d'Août que Schaph-
Thamas , Roy de Perse détrôné , s'étoit rendu à
Ispahan depuis la défaite de Thamas-Koulikan,
son Usurpateur, qu'il étoit remonté sur le Thrône
, et qu'il avoit écrit à Topal Osman , pour
l'assurer qu'il désiroit d'observer le dernier Traité
de Paix que ses Ministres avoient conclu avec
ceux de la Porte.
On a appris depuis de Constantinople que le
Grand Seigneur a fait part à tous les Ministres
Etrangers qui résident près S. H. de la Victoire
remportée par l'Armée Otthomane , sur celle de
Thamas
2470 MERCURE DE FRANCE
Thamas Kouli - Kan,et 300 des principaux d'entre
les Persans, qui ont été faits prisonniers dans
le combat , et que Topal Osman a fait conduire
dans cette Capitale , ont été exposez pendant
plusieurs jours dans la Grande Place , vis-à- vis
le Sérail.
Le 3 Septembre , il arriva un Courrier , par
lequel ce General mande à Sa Hautesse qu'on
n'étoit pas encore instruit du lieu où Thamas-
Kouli -Kan s'étoit retire depuis sa défaite , et
qu'Achmet , Pacha de Bagdad , avoit reçu avis
de divers endroits , que Schahp- Thamas étoit retourné
à Ispahan, et que la plus grande partie de
la principale Noblesse Persanne s'y étoit renduë
pour reconnoître son légitime Souverain.
Achmet- Pacha a écrit depuis au G. S. pour
l'informer qu'on assuroit que le Roy de Perse
faisoit tous ses efforts pour détruire l'opinion où
l'on est à Constantinople , que toutes les démar
ches de Thamas - Kouli -Kan ont été concertées
avec lui ; qu'il avoit pour cet effet éloigné
du Ministere tous les Parens et Amis de Thamas◄
Kouli-Kan qu'il avoit rappellé ceux que ce Ministre
avoit dépossédez , et qu'il devoit envoyer
des Ambassadeurs à S. H. pour la prier de ne
point faire porter ni à lui , ni à son Royaume
la peine de la perfidie d'un Sujet Rebelle , dont
al désaprouvoit la conduite , et de lui accorder
une suspension d'Armes , pendant laquelle les
Ministres de la Porte et les siens pûssent convenir
des moyens d'établir une Paix durable entre
les Turcs et les Persans. On ne croît pas que le
G. S. écoute aucune proposition d'accommodement,
à moins que Schaph Thamas ne consente de
lui livrer Thamas - Kouli - Kan .
L'Escadre que le G. S. avoit envoyée pour
escorter
NOVEM 5 K E. 1733. 2471
escorter celle d'Alger est de retour aux Darda
nelles , mais Dgianum Codgia n'est pas encore
arrivé .
Le bruit court qu'on doit faire des levées considérables
d'hommes dans tous les Païs de la ,
domination de S. H. et l'on ne dit point les rai
sons qui l'engagent à faire cette augmentation
dans ses Troupes.
Par les Lettres du 20 Septembre , on apprend
que Topal Osman s'étoit emparé de la Ville de
Tauris , après un Siége de quelques jours, et qu'il
en faisoit rafer les fortifications. On confirme que
l'Armée Persanne a été entierement dissipée , que
Thamas - Kouli -Kan s'est sauvé dans les Déserts
, et que le Roy de Perse devoit envoyer des
Ambassadeurs à la Porte, pour prier S. H.d'ou
blier des Actes d'Hostilité , ausquels il n'a e
aucune part , et pour signer une nouvelle Ratification
du dernier Traité conclu entre les Turcs
et les Persans.
Fermer
Résumé : TURQUIE ET PERSE.
À la fin août, des rumeurs à Surat indiquaient que Schah-Thamas avait repris le trône de Perse après la défaite de Thamas-Kouli-Kan. Schah-Thamas a affirmé vouloir respecter le traité de paix avec la Porte ottomane. L'armée ottomane a vaincu Thamas-Kouli-Kan, capturant ce dernier et 300 notables persans. Topal Osman a rapporté que Thamas-Kouli-Kan s'était enfui et que Schah-Thamas était retourné à Ispahan, soutenu par la noblesse persane. Achmet Pacha a informé le Grand Seigneur que Schah-Thamas cherchait à réfuter les accusations de complicité avec Thamas-Kouli-Kan et prévoyait d'envoyer des ambassadeurs pour négocier une paix durable. L'escadre ottomane revenue aux Dardanelles, des rumeurs de levées massives d'hommes circulaient. Topal Osman a pris la ville de Tauris, dispersant l'armée persane et forçant Thamas-Kouli-Kan à se réfugier dans les déserts. Schah-Thamas devait envoyer des ambassadeurs à la Porte pour demander une nouvelle ratification du traité de paix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer