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2451
p. 1093-1097
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Constantinople par le R. P. Romain de Paris, Capucin, Conseiller des Missions de Grece, et Préfet du College des Enfans de Langues, sur diverses Traductions d'Ouvrages choisis, &c.
Début :
Je continue, Monsieur, de vous faire part des fruits de l'application des [...]
Mots clefs :
Empire, Selim Khan, Effendi, Collège, Traductions, Règne, Sultan
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Constantinople par le R. P. Romain de Paris, Capucin, Conseiller des Missions de Grece, et Préfet du College des Enfans de Langues, sur diverses Traductions d'Ouvrages choisis, &c.
EXTRA IT d'une Lettre écrite de Constantinople
par le R. P. Romain de Paris,
Capucin , Conseiller des Missions de
Grece , et Préfet du College des Enfans
de Langues sur diverses Traductions
d'Ouvrages choisis , &c.
J
,
E continue , Monsieur , de vous faire
part des fruits de l'application des
jeunes Gens de notre Nation , qui étudient
les Langues Orientales par l'ordre ,
et pour le service du Roi , dans le College
dont nous avons la direction . Je
vous envoye avec cette Lettre l'Etat des
Traductions , qui ont été faites dans ce
College par mes soins , pendant le cours
de l'année 1732. conforme à celui que
nous envoyons à la Cour. Vous seriez
charmé , Monsieur , de voir avec quelle
ardeur et quelle assiduité cette Jeunesse
travaille pour se rendre digne de remplir
avec honneur les Emplois ausquels elle
1. Vol. cij est.
1094 MERCURE DE FRANC
est destinée , et pour mériter la prote
tion et les graces de Sa Majesté. J'espe
que vous serez content du choix des S
jets sur lesquels j'ai éxercé nos Tradi
teurs , et que vous conviendrez en n
me tems que c'est un profit pour la Lit
rature en general d'enrichir notre L
gue , de tout ce qui est le plus esti
dans celle des Turcs , et des autres Ori
taux .
La conformité du Sujet m'engag
vous dire ici un mot du Chaïdy , espe
de Dictionnaire Turc et Persan que
fait traduire d'une maniere , et avec
tel ordre , qu'il facilitera extrêmem
P'intelligence de ces deux Langues
levant toutes les difficultez et l'embai
où se trouvoient ceux qui s'appliquer
cette Etude , ce qui mettra en très- ]
de tems et sans peine un homme en
d'entendre les Auteurs les plus difficil
de sorte , Monsieur , que les Traducti
qui avant que ce Chaidy fut tradui
mis dans l'ordre qu'il est aujourd'h
étoient d'un travail qui rebutoit les
patiens , se font aujourd'hui avec be
coup moins de peine , et plus fidelem
On ne sçauroit trop faire connoître 1
portance de cet Ouvrage. Je revie
nos Traductions .
1. Vol,
JUIN. 1733. 1095
ETAT des Traductions faites dans le
Gollege des Enfans , ou Jeunes de Langues
de France , par les soins , et sous la direc
tion du R. P. Romain de Paris , durant le
cours de l'année 1732 .
L'Ambassade de Durri - Effendi , Doc
teur de la Loi Mahometane , en Perse ,
sous le Régne de Sultan - Achmet , par le
sieur le Grand.
Relation du nouveau Monde imprimée
à Constantinople , composée en Turc
par Ibrahim Effendi , Directeur de la nouvelle
Imprimerie , traduite par le sieur
de Fiennes , Pensionnaire au College des
Jeunes de Langues , et fils de M. de
Fiennes , Interpréte du Roi à la Cour .
Relation de différentes Expéditions des
Turcs dans le Royaume de Candie , imprimée
à Constantinople , par le même
İbrahim Effendi , traduite par le sieur
Galland.
Histoire de Rustem , fils de Zal , Roy
des Parthes , et de Isfendiar , fils de
Kuschtasel , Roi de Scythie , par le sieur
Rocques.
Histoire du Régne de Kuschtasel , Roi
de Scythie , par le sieur R. Imbault...
Histoire de Sultan Selim Khan , Pre-
* C'est le neuviéme Sultan de la Dynassie des
L. Vol. C iij Ot1096
MERCURE DE FRANCE
mier du nom , fils de Sultan Bajazeth-
Khan , second du nom , jusqu'à son Avenement
à l'Empire , par le sieur Choquet.
Histoire de Sultan Selim - Khan , second
du nom , fils du grand Solyman , par le
sieur Berault.
Les Racines de la Sagesse , ou les Régles
pour bien gouverner un Etat , traduites
de l'Arabe en Turc, par un Effendi
, et du Turc en François , par le sieur
Choquet.
2
et
Recueil de plusieurs Faits mémorables
arrivez sous l'Empire de Sultan Solyman-
Khan , second du nom , sa mort
*
les différentes fondations qu'il a faites.
en plusieurs Lieux de sa Domination , par
le sieur Galland .
Histoire de Diameseb , fils du Prophete
Daniel , par le sieur de Fiennes.
Histoire de l'Origine des Empereurs
Ottomans , par le sieur Rocques.
Ottomans , lesquels ont accoutumé d'ajoûter à
leur nom le titre de Khan , originairement Turc ,
et abregé Khacan , qui signifie Roi , Prince Souverain
, &c.
* C'est le même que le Grand Soliman , que
quelques Historiens marquent 1. du nom, en omettant
Soliman , fils de Bajazeth I. qu'ils prétendent
n'avoir pas régné , ¿c.
I. Vol.
Les
JUIN. 1733- 1097
5
LES CANONS de l'Empire Ottoman
ou Réglement general pour le Gouver
nement , tant en guerre qu'en paix , avec
les Canons des Dignitez , Charges et
Emplois de l'Etat , enrichis de Notes
curieuses pour l'intelligence des Canons
particuliers , qui regardent les Charges
er les Dignitez , &c. par le sieur le
Grand .
Histoire du Régné de Sultan Amurath
Khan , troisiéme du nom , fils de Sultan
Selim - Khan second , par le sieur Guintrand
.
Abregé de ce qui s'est passé de plus mé--
morable sous l'Empire de Sultan Mahomet-
Khan , second du nom , fils de Sul--
tan Amurath- Khan second , par le sieur
Brüe .
Histoire de Sultan Bajazeth second , par
le sieur Roboly.
par le R. P. Romain de Paris,
Capucin , Conseiller des Missions de
Grece , et Préfet du College des Enfans
de Langues sur diverses Traductions
d'Ouvrages choisis , &c.
J
,
E continue , Monsieur , de vous faire
part des fruits de l'application des
jeunes Gens de notre Nation , qui étudient
les Langues Orientales par l'ordre ,
et pour le service du Roi , dans le College
dont nous avons la direction . Je
vous envoye avec cette Lettre l'Etat des
Traductions , qui ont été faites dans ce
College par mes soins , pendant le cours
de l'année 1732. conforme à celui que
nous envoyons à la Cour. Vous seriez
charmé , Monsieur , de voir avec quelle
ardeur et quelle assiduité cette Jeunesse
travaille pour se rendre digne de remplir
avec honneur les Emplois ausquels elle
1. Vol. cij est.
1094 MERCURE DE FRANC
est destinée , et pour mériter la prote
tion et les graces de Sa Majesté. J'espe
que vous serez content du choix des S
jets sur lesquels j'ai éxercé nos Tradi
teurs , et que vous conviendrez en n
me tems que c'est un profit pour la Lit
rature en general d'enrichir notre L
gue , de tout ce qui est le plus esti
dans celle des Turcs , et des autres Ori
taux .
La conformité du Sujet m'engag
vous dire ici un mot du Chaïdy , espe
de Dictionnaire Turc et Persan que
fait traduire d'une maniere , et avec
tel ordre , qu'il facilitera extrêmem
P'intelligence de ces deux Langues
levant toutes les difficultez et l'embai
où se trouvoient ceux qui s'appliquer
cette Etude , ce qui mettra en très- ]
de tems et sans peine un homme en
d'entendre les Auteurs les plus difficil
de sorte , Monsieur , que les Traducti
qui avant que ce Chaidy fut tradui
mis dans l'ordre qu'il est aujourd'h
étoient d'un travail qui rebutoit les
patiens , se font aujourd'hui avec be
coup moins de peine , et plus fidelem
On ne sçauroit trop faire connoître 1
portance de cet Ouvrage. Je revie
nos Traductions .
1. Vol,
JUIN. 1733. 1095
ETAT des Traductions faites dans le
Gollege des Enfans , ou Jeunes de Langues
de France , par les soins , et sous la direc
tion du R. P. Romain de Paris , durant le
cours de l'année 1732 .
L'Ambassade de Durri - Effendi , Doc
teur de la Loi Mahometane , en Perse ,
sous le Régne de Sultan - Achmet , par le
sieur le Grand.
Relation du nouveau Monde imprimée
à Constantinople , composée en Turc
par Ibrahim Effendi , Directeur de la nouvelle
Imprimerie , traduite par le sieur
de Fiennes , Pensionnaire au College des
Jeunes de Langues , et fils de M. de
Fiennes , Interpréte du Roi à la Cour .
Relation de différentes Expéditions des
Turcs dans le Royaume de Candie , imprimée
à Constantinople , par le même
İbrahim Effendi , traduite par le sieur
Galland.
Histoire de Rustem , fils de Zal , Roy
des Parthes , et de Isfendiar , fils de
Kuschtasel , Roi de Scythie , par le sieur
Rocques.
Histoire du Régne de Kuschtasel , Roi
de Scythie , par le sieur R. Imbault...
Histoire de Sultan Selim Khan , Pre-
* C'est le neuviéme Sultan de la Dynassie des
L. Vol. C iij Ot1096
MERCURE DE FRANCE
mier du nom , fils de Sultan Bajazeth-
Khan , second du nom , jusqu'à son Avenement
à l'Empire , par le sieur Choquet.
Histoire de Sultan Selim - Khan , second
du nom , fils du grand Solyman , par le
sieur Berault.
Les Racines de la Sagesse , ou les Régles
pour bien gouverner un Etat , traduites
de l'Arabe en Turc, par un Effendi
, et du Turc en François , par le sieur
Choquet.
2
et
Recueil de plusieurs Faits mémorables
arrivez sous l'Empire de Sultan Solyman-
Khan , second du nom , sa mort
*
les différentes fondations qu'il a faites.
en plusieurs Lieux de sa Domination , par
le sieur Galland .
Histoire de Diameseb , fils du Prophete
Daniel , par le sieur de Fiennes.
Histoire de l'Origine des Empereurs
Ottomans , par le sieur Rocques.
Ottomans , lesquels ont accoutumé d'ajoûter à
leur nom le titre de Khan , originairement Turc ,
et abregé Khacan , qui signifie Roi , Prince Souverain
, &c.
* C'est le même que le Grand Soliman , que
quelques Historiens marquent 1. du nom, en omettant
Soliman , fils de Bajazeth I. qu'ils prétendent
n'avoir pas régné , ¿c.
I. Vol.
Les
JUIN. 1733- 1097
5
LES CANONS de l'Empire Ottoman
ou Réglement general pour le Gouver
nement , tant en guerre qu'en paix , avec
les Canons des Dignitez , Charges et
Emplois de l'Etat , enrichis de Notes
curieuses pour l'intelligence des Canons
particuliers , qui regardent les Charges
er les Dignitez , &c. par le sieur le
Grand .
Histoire du Régné de Sultan Amurath
Khan , troisiéme du nom , fils de Sultan
Selim - Khan second , par le sieur Guintrand
.
Abregé de ce qui s'est passé de plus mé--
morable sous l'Empire de Sultan Mahomet-
Khan , second du nom , fils de Sul--
tan Amurath- Khan second , par le sieur
Brüe .
Histoire de Sultan Bajazeth second , par
le sieur Roboly.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Constantinople par le R. P. Romain de Paris, Capucin, Conseiller des Missions de Grece, et Préfet du College des Enfans de Langues, sur diverses Traductions d'Ouvrages choisis, &c.
Le document est une lettre rédigée par le R. P. Romain de Paris, un capucin et conseiller des Missions de Grèce, préfet du Collège des Enfants de Langues. Cette lettre date de l'année 1732 et informe des traductions réalisées par les jeunes étudiants du Collège des Enfants de Langues de France. Ces traductions sont destinées au service du Roi et visent à enrichir la littérature française en intégrant des œuvres turques et orientales. Le Père Romain met en avant l'ardeur et l'assiduité des étudiants, qui travaillent pour mériter la protection et les grâces du Roi. Il souligne également l'importance d'un dictionnaire turc et persan, le Chaïdy, qui facilite l'étude de ces langues et rend les traductions plus accessibles et fidèles. La lettre énumère plusieurs traductions effectuées, incluant des œuvres historiques et politiques. Parmi celles-ci, on trouve des relations d'ambassades, des récits d'expéditions militaires, des histoires de souverains ottomans, et des réglements de l'Empire ottoman. Les traducteurs mentionnés incluent le sieur de Fiennes, le sieur Galland, le sieur Rocques, et le sieur Choquet, entre autres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2452
p. 1101-1125
TROISIÈME LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. A. C. D. S. T. au sujet du Marquis de Rosny, depuis Duc de Sully, &c. contenant quelques Remarques Historiques.
Début :
Vous me marquez, Monsieur, quelque satisfaction des Eclaircissemens contenus dans [...]
Mots clefs :
Marquis de Rosny, Prince, Artillerie, Religion, Duc de Sully, Duc de Savoie, Médaille, Mémoires, Seigneur, Dieu, Corps, Esprit, Enfants, Béthune, Melun
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TROISIÈME LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. A. C. D. S. T. au sujet du Marquis de Rosny, depuis Duc de Sully, &c. contenant quelques Remarques Historiques.
TROISIEME LETTRE de M. D. L.
R. écrite à M. A. C. D. S.T.au sujet du
Marquis de Rosny , depuis Duc de Sully
, &c. contenant quelques Remarques
Historiques.
Ous me Monsieur
quelque satisfaction des Eclaircissemens
contenus dans mes deux Lettres
précédentes , sur la premiere Question
que vous m'avez faite , au sujet du
Marquis de Rosny , premier Ministre
du Roi Henri Le Grand. Cela m'engage
de redoubler mes soins pour répondre
avec la même éxactitude et le même succès
aux autres demandes que vous me
faites sur ce sujet.
و
Instruit par P'Histoire de l'ancienneté
et de la Catholicité de la Maison de Bethune
dont le Marquis de Rosny se
trouvoit le Chef , vous êtes surpris que
ce Seigneur n'ait pas persevere dans la
Religion de ses Ancêtres vous me demandez
la cause de ce changement , à
quoi vous ajoutez deux ou trois autres
Questions , dont la Réponse fera tout le
sujet de cette Lettre.:
1. Fol. Cvi Da1102
MERCURE DE FRANCE
D'abord il est bon de vous dire , Monsieur
, que ce n'est pas le Marquis de
Rosny qui fait la premiere cause de cette
variation . Pour en être bien instruit , il
faut remonter jusqu'à Jean de Bethune
IV. du nom son Ayeul , lequel étant
encore assez jeune épousa Anne de Melun
, qui lui apporta en dot la Baronie
de Rosny , &c. Il en eut plusieurs Enfans
, lesquels eurent un double malheur
; le premier de perdre leur Mere
dans leur bas âge , et le second de voir
remarier leur Pere avec une simple Demoiselle
sans biens. Un troisiéme malheur
, suite des premiers , voulut que
Jean de Bethune n'eut ni ordre , ni oeconomie
dans ses affaires , qu'il s'endetta -
beaucoup , et qu'en mourant enfin retiré
au Château de Coucy , après avoir
aliené ses plus beaux Domaines
il ne
laissa presque rien à ses Enfans : de sorte
que François de Bethune son fils aîné ,
dépouillé de tous les grands biens de ses
Ancêtres , et ne jouissant que de ceux
d'Anne de Melun sa Mere , est comparé
par un Historien au Prince * Jean , surnommé
sans Terre , qui étant fils de Roi ,
se trouva presque sans aucune possession
, & c.
D
* Jean , fils de Henri II . Roi d'Angleterre .
1. Vol.
Ce
JUIN. 1733- 1103
Ce fils aîné épousa en 1557. Charlotte
Dauvet , qui lui donna sept Enfans. Il
s'attacha de bonne heure à Louis de Bourbon
, Prince de Condé , qui étoit alors
le Chef des Huguenots , et fit Profession
de la nouvelle Religion , à l'imitation de
plusieurs Grands Seigneurs , séduits par
les opinions des Novateurs , ou par des
motifs humains. En courant toutes les
fortunes du Prince il se trouva à la Bataille
de Jarnac , où il fut fait Prisonnier ;
j'omets le reste de son histoire pour marquer
seulement qu'en mourant en l'année
1577. il laissa pour Chef de sa Maison
Maximilien de Bethune, son Fils puisné ,
dont il s'agit particulierement ici .
Ce Seigneur suivit les traces de Fran
çois de Bethune son Pere , tant pour la
Religion dans laquelle il étoit né , que
du côté de la Fortune; il pourroit fournir
seul la matière d'une longue Histoire ,
que j'avois eu autrefois dessein d'entreprendre
ce Pere homme vertueux
de bon esprit , et brûlant du
loüable désir de relever sa Maison , avoit
jetté les yeux sur notre Maximilien , le
second des quatre fils qu'il eut de Charlotte
Dauvet.
,
د
Il avoit remarqué en lui non - seulement
une grande vigueur de corps et
I. Vol. d'es
1104 MERCURE DE FRANCE
d'esprit , mais encore une grande inclination
à la vertu , et une forte aversion
pour le vice , ce qui lui ayant fait concevoir
une grande espérance , il le fit appeller
un jour , disent les Mémoires qui
portent son nom , dans sa Chambre de
la Haute Tour , et en la seule présence
de la Durandiere , son Précepteur, il lui
tint un discours que sa briéveté et l'importance
du sujet m'engagent de rappor
ter ici.
» Maximilian , puisque la Coûtume
ne me permet pas de vous faire le prin-
» cipal Héritier de mes biens , je veux en
» récompense essayer de vous enrichir
» de vertus , et par le moyen d'icelles
» comme on me l'a prédit , j'espere que
» vous serez un jour quelque chose . Pré-
» parez- vous donc à supporter avec cou-
» rage , toutes les traverses et difficultez
» que vous rencontrerez dans le monde ,
» ct en les surmontant genereusement ,
acquerez- vous l'estime des gens d'hon-
» neur , et particulierement celle du
» Maître à qui je veux vous donner ; au
Service duquel je vous commande de
» vivre et mourir. Et quand je serai sur
mon partement pour aller à Vendôme
>> trouver la Reine de Navarre , et Mon-
» sieur le Prince son fils , auquel je veux
»
1. Vol. » Yous
JUIN. 1733- 1109
» vous donner , disposez-vous à venir
» avec moi , et vous préparer par une
Harangue à lui offrir votre service
» lors que je lui présenterai votre -Per-
» sonne .
la
Ce Discours pathétique et sensé , écou
té avec attention par un fils né pour
vertu , eut dans les suites tout le succès
que l'affection et la prévoyance d'un sage
Pere pouvoient esperer. Le Pere et le
Fils se rendirent bien-tôt auprès de la
Reine de Navarre , et le jeune Rosny
fut présenté au Prince son Fils , qui étoit
aussi fort jeune.
»
*
» Cela se fit , disent les Auteurs des
» Mémoires , en présence de la Reine sa
mere , avec des protestations que
» vous lui seriez à jamais très - fidele er
n très- obéïssant serviteur : ee que vous.
» lui jurâtes aussi , en si beaux termes
» avec tant de grace et d'assûrance
>> et un ton de voix si agréable , qu'il
conçût dès lors de bonnes espérances de
» vous. Et vous ayant relevé ( car vous
>> étiez à genoux , ) il vous embrassa deux
» fois , et vous dit : qu'il admiroit votre
gentillesse , vû votre âge , qui n'étoit
"
ת
La parole est ici adressée au Marquis de
Rosny , comme dans tout le corps de l'Ouvrage.
I. Vol.
» que
1106 MERCURE DE FRANCE
>>
que de onze années , et que lui aviés
» présenté votre service avec une si gran-
» de facilité , et étiés de si bonne race
» qu'il ne doutoit point qu'un jour vous
» n'en fissiés paroître les effets en vrai
» Gentilhomme . Et aussi vous promit il
» en foi de Prince , qu'en vous recevant
» de fort bon coeur , il vous aimeroit tou-
» jours , et qu'il ne se présenteroit jamais
» occasion de vous faire acquerir du bien
>> et de l'honneur , qu'il ne s'y employât
» de tout son coeur. Tous lesquels dis-
» cours , qui n'étoient lors que par com-
» plimens , ont eu depuis des Evénemens.
» plus avantageux que vous n'aviez ´es-
» péré.
Ces Evénemens que les mêmes Auteurs
ont rapporté fort au long , furent précédez
et mêlez de bien des traversés. La
Religion surtout , dont ce jeune Seigneur
faisoit profession , et qui fait le
principal article de vos demandes , pensa
lui coûter cher , dans la fatale journée
qui vit couler tant de sang François , au
milieu d'une profonde paix. Sa conservation
a quelque chose de singulier et de
merveilleux : elle merite bien que j'en
place ici le petit détail , tiré des mêmes
Mémoires .
» Voici ce que nous vous en avons
1. Vol. » oui
JUIN. 1733. 1107
noui conter : à sçavoir que vous ayant
» fait dessein d'aller faire votre Cour ce
» jour là , vous vous étiés couché la veille
de bonne heure , et que sur les trois
>> heures du matin , vous vous réveillâ-
» tes au bruit de plusieurs cris de peu-
» ples , et des allarmes que l'on sonnoit
» dans tous les Clochers. Le sieur de
» S. Julien , votre Gouverneur , et votre
» Valet de Chambre , ( qui s'étoient aussi
» éveillés au bruit , ) étant sortis de vo-
» tre logis , pour apprendre ce que c'é-
» toit , n'y rentrerent point ; et n'avez-
» vous jamais sçû ce qu'ils étoient deve-
» nus. De sorte qu'étant réduit vous
>> seul dans votre chambre et votre
» Hôte qui étoit de la Religion , vous
» pressant d'aller avec lui à la Messe , afin
» de garantir sa vie et sa maison de sac-
» cagement , vous vous résolûtes d'es-
» sayer à vous sauver dans le College de
Bourgogne.
"3
,
>> Pour ce faire,yous prîtes votre Robbe
>> d'Ecolier , un Livre sous votre bras , et
» vous vous mîtes en chemin . Par les
» ruës vous rencontrâtes trois Corps de
» Garde , l'un à celle de S. Jacques , un
>> autre à celle de la Harpe , et l'autre à
» l'issue du Cloître de S. Benoît. Au pre
» mier ayant été arrêté et rudoyé par
1. Vol. >> ceux
108 MERCURE DE FRANCE
» ceux de la Garde , un d'entr'eux pre
> nant votre Livre , et voyant que , de
» bonheur pour vous , c'étoit de grosses'
» Heures , vous fit passer , ce qui vous
» servit de passeport aux autres. En al-
>> lant vous vîtes enfoncer et piller des
» maisons , massacrer hommes , femmes .
» et enfans , avec les cris de tuë , tuë , ô
»Huguenot , ô Huguenot , ce qui vous
» faisoit souhaiter avec impatience d'être
» arrivé à la porte du College , où enfin
>> Dieu vous accompagna , sans qu'il vous
>> fût arrivé autre mal que la peur.
»
» A l'abord , le Portier vous refusa deux
» fois l'entrée de la porte mais enfin
» moyennant quatre Testons que vous
» lui donnâtes , il alla dire au Principal ,
» nommé la Faye , que vous étiés à la
» porte , et ce que vous demandiez , lequel
aussi- tôt meu de compassion
» étant votre particulier ami , vous vint
» faire entrer , empêché toutefois de ce
» qu'il feroit de vous , à cause de deux
» Ecclésiastiques qui étoient dans sa
» chambre , et qui disoient y avoir des-
» sein formé de tuer tous les Huguenots ,
» jusqu'aux enfans à la mammelle , et ce
à l'exemple des Vêpres Siciliennes .
» Néanmoins , par pitié , ce bon Personnage
vous mit dans une chambre fort
"
I. Vol. ≫ seJUIN.
1733.
1109
» secrette , dans laquelle personne n'en-
» trât que son Valet , qui vous y por-
» toit des vivres , et vous y servît trois
» jours durant , au bout desquels il se
» fit une publication de par le Roi , por-
" tant deffenses de plus tuer ni saccager
>> personne.
» Alors deux Archers de la Garde, Vas-
» saux de M. votre Pere , l'un nommé
» Ferrieres , et l'autre la Vieville , vin-
» rent avec leurs Hocquetons , et Halle-
» bardes à ce College , pour s'enquerir de
» vos nouvelles , et les mander à M. vo-
» tre Pere , qui étoit fort en peine de
» vous , duquel vous reçûtes une Lettre
» trois jours après , par laquelle il vous
mandoit de demeurer à Paris , et d'y
» continuer vos Etudes comme auparavant.
Et pour ce faire il jugeoit bien
qu'il vous faudroit aller à la Messe , à
» quoi il vous falloit résoudre , aussi-
» bien avoit fait votre Maître et beau-
>> coup d'autres : et que sur tout il vou-
» loit que vous courussiez toutes les for-
» tunes de ce Prince jusqu'à la mort
» afin que l'on ne vous pût reprocher de
l'avoir quitté en son adversité : à quoi
» vous vous rendîtes si soigneux , que
» vous en acquires l'estime d'un chacun .
Tout le monde sçait avec quelle exac-
I. Vol. titude
1110 MERCURE DE FRANCE
titude et quelle constante fidelité ce dernier
commandement de courir toutes les
fortunes de ce grand Prince fut éxécuté.
On en peut voir la preuve dans l'Histoire
, et sur tout dans les Mémoires des
Ecrivains que nous avons citez , lesquels
remarquent particulierement qu'au milieu
de toutes ses assiduitez auprès du
Prince , dans ces premiers tems de trouble
et de confusion , le jeune Rosny s'appliquoit
toujours à cultiver son esprit
par des connoissances solides. Ils parlent
en ces termes de cette circonstance ; en
» quelque condition que vous fussiés
» vous preniés toujours le tems de conti-
» nuer vos Etudes , sur tout de l'Histoi
de laquelle vous faisiés déja des Ex-
>> traits , tant pour les moeurs , que pour
» les choses naturelles ; et des Mathéma
>> re ,
tiques , lesquelles occupations fai-
» soient paroître votre inclination à la
>> vertu .
Dans la suite il se présenta une occasion
qui auroit pû , si Dieu l'avoit permis
, servir à éclairer ce jeune Seigneur
et à le faire rentrer dans la Religion de
ses Ancêtres. Il n'avoit qu'environ vingtdeux
ans , lorsqu'en l'année 1581. il lui
prit envie de faire un petit voyage en
Flandres , principalement pour y visiter
la
矍
1
•
M•
DEL
SVLLY
HO
DVC
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NAHL
FDE
BETHUN
01
SA
SSA
JUIN. 1733 1111
la Comtesse de Mastin sa Tante . Cette
Tante et le Vicomte de Gand son Ayeul
maternel , et son Parrain , l'avoient deshérité
, lui et François de Bethune son-
Pere , à cause de la Religion, Il partit
muni d'un Passe- port du Comte * de
Barlemont , son Parent et se rendit à
la Bassée , où demeuroit cette Dame. Il
en fut accueilli assez froidement , préve
nuë sur son sujet de la maniere que nous
allons le voir,
ར་ ་ .
Le lendemain matin elle mena son Ne
veu dans la grande Eglise de l'Abbaye
qu'elle avoit fondée , pour lui faire voir
les Sépultures de Marbre de ses Ancêtres,
qu'elle y avoit fait construire ; et entre
les autres celles d'Helene de Melun , femme
de Robert d'Artois , d'Hugues de
Melun , son Ayeul , le même qui l'avoit
deshérité , et d'Anne de Melun son Ayeule
, celle enfin qu'elle avoit fait élever
pour elle-même. Elle lui dit alors , ayant
les larmes aux yeux : » hélas ! mon Ne-
» veu , mon ami , que mon Pere votre
» Ayeul , et ma Soeur votre Grand mere,
* Le Comte de Barlemont étoit Président du
Conseil Royal des Finances , Gouverneur de Namur
Chevalier de la Toison d'Or , &c. J'ai
une Médaille de ce Seigneur frapée en 1576. selon
Laquelle il faut lire BERLAYMONT.
>
"
» s'ils
1112 MERCURE DE FRANCE
» s'ils étoient en vie , jetteroient de lar-
>> mes , et ressentiroient de déplaisirs ,
» aussi-bien que moi , de voir en vous
» l'un de leurs Enfans , ne point croire
» en Dieu , ni en sa Messe , et n'adresser
» ses Prieres qu'à l'ennemi d'enfer , qui
» vous renal ennemi des bonnes oeuvres ,
» ainsi que je l'ai entendu dire à nos bons
>> Peres ! & c.
"
•
Le jeune Neveu étrangement surpris ,
s'écria là- dessus : » Vrai Dieu , ma Tan-
» te , que dites - vous ? Jesus ! seroit- il
> bien possible que vous disiés ceci à bon
» escient , et qu'il y ait eu des gens si
pleins d'impostures et de calomnies
» que de vous avoir voulu persuader tel-
» les éxécrations , qui nous rendroient
indignes de vivre sur la terre ? 11 lui fit
ensuite un détail de sa Créance, lui récita
même l'Oraison Dominicale , le Symbole
, &c. Tout cela fait un Dialogue qui
mérite d'être lû dans le 18. Chap. du pre
mier Tome des Mémoires , on en jugera
par la fin , qui est telle. La Dame écou
ta fort attentivement cette récitation
sans rien repondre , tant que le Neveu
ne parla que de Dieu , de Jesus-Christ
et du S. Esprit , mais lorsqu'il dit qui est
né de la Vierge Marie , et ensuite , je crois
Ja Communion des Saints , & c. Elle se mit
JUIN. 1733. 1113
à crier , » hélas ! mon Neveu , mon ami ,
» est- il possible qu'en vos Oraisons vous
» parliés de la bonne Dame , et fassiés
» mention des Saints Bienheureux ? Or
» venez m'embrasser , puisque cela est :
» car je vous aime comme mon bon Ne-
» veu , et me semble en vous voyant , et
" vous oyant parler , que ma pauvre soeur
» est encore en vie : ô que j'ai de déplai-
» sir que mon Neveu votre Parrain et
» moi , vous avons deshérité : vrayement
je veux essayer à rompre tout cela , et
» vous le jure par la Sainte Vierge : les
» effets néanmoins ne suivirent pas les
» paroles , &c.
>>
t
Il faut convenir , Monsieur , qu'une
telle occasion de parler de la nouvelle
Religion , mieux ménagée , auroit pû
produire quelque bon effet sur l'esprit
du jeune Parent , mais ce n'étoit pas le
moyen sans doute de le faire entrer dans
la bonne voye , que d'employer de pareils
argumens , on ne corrige point l'erreur
par
d'autres erreurs .
Quoiqu'il en soit , le Marquis de Rosny
, en quittant la Dame sa Tante prit
le chemin de Bethune , Ville qu'il avoit
toujours souhaité de voir , et où malgré
sa Religion , opposée à la grande Catholicité
de ses Ancêtres , à celle des Fla-
S
I. Vol. mands
1114 MERCURE DE FRANCE
mands en général , et aux circonstances
du tems , il fut parfaitement bien reçû
régalé du vin de Ville , et honoré en plu
sieurs manieres comme descendu de
l'antique Maison des anciens Seigneurs
de Bethune. Il vit tout ce qui étoit à
voir dans cette Ville , et visita principalement
les Eglises où sont les Mausolées
de ces Seigneurs , d'où il revint en droi
ture à Rosny. 7
L'ordre des tems , qui s'accorde avec
celui de vos demandes , me fait passer ,
Monsicur , de la Religion de Maximilien
de Bethune , à laquelle j'aurai occasion
de revenir , à ses grandeurs temporelles
, récompense de son mérite et de
son attachement à la fortune et aux interêts
d'un grand Prince. Vous voulez
sçavoir d'abord quand et comment il fût
pourvû de la Charge de Grand - Maître
de l'Artillerie , et comment il en fût destitué
après la mort de son cher Maître.
Je crois d'abord trouver la premiere
origine de son élévation à cette Charge
dans l'Evénement de la Bataille de Coutras
, donnée le 20 Octobre 1587. entre
l'Armée Royale , ou plutôt de la Ligue ,
commandée par M. de Joyeuse , et celle
du Roi de Navarre , commandée par ce
Prince en personne , accompagné du
I. Vol. Prince
JUI N. 1733 : 1115
·
Prince de Condé , du Comte de Soissons
; et d'un nombre de Seigneurs des
plus qualifiez , qui suivoient sa Religion
et sa fortune . Le Marquis de Rosny
étoit non seulement des premiers
dans ce nombre ; mais le Roy son
Maître lui commit dans cette importante
journée le soin de tout ce qui regardoit
l'Artillerie , quoiqu'il ne fût encore
âgé que de 28 ans .
>>
,
Je n'oublierai pas ici ce que lui dit ce
vaillant Prince , au moment qu'il se sépara
de sa Personne pour aller éxécuter
ses ordres. » Mon ami Rosny ,
» c'est à ce coup qu'il faut faire paroî-
» tre votre esprit et votre diligence , qui
» nous est mille fois plus nécessaire
» qu'elle n'étoit hier , à cause que le
» corps nous presse , et que de l'Artillerie
bien logée , bien munie et bien exploitée
, dépendra en grande partie le
» gain de la bataille , lequelj'attends de
» Dieu , & c. Les Mémoires qui ont conservé
ce trait , marquent aussi de quelle
maniere le Marquis de Rosny éxécuta
les ordres du Roi , ils détaillent particulierement
l'opération de deux Canons et
d'une Coulevrine , placées et employées
» si à propos , qu'elles firent des mer-
» veilles , ne tirant une seule volée
I. Vol. D » qu'ils
1116 MERCURE DE FRANCE
» qu'ils ne fissent des rues dans les Es
» cadrons et Bataillons du Camp ennemi
, qui étoient jonchées de douze
» quinze , vingt , et quelquefois jusqu'à
vingt- cinq corps d'hommes et
» chevaux ; si bien que les ennemis , &c .
Le reste du Narré mene au gain entier
de la Bataille , dû en bonne partie
à cette vigoureuse canonade , ainsi que
le Roi l'avoit prédit.
Les Auteurs en finissant ce Narré
ajoûtent une circonstance qui ne doit
pas être omise , et qui confirme d'ailleurs
ce que je viens de dire au sujet de
l'Artillerie.
39 Si- tôt que vous vîtes les ennemis
» en déroute ( c'est toujours à M、de
» Rosny qu'ils parlent ) et que sans
» doute la Bataille étant gagnée , vous
» n'aviez plus que faire au Canon : Vous
» montâtes sur votre grand Cheval d'Es-
» pagne Bay , lequel M. de Bois- Breuil
>> vous faisoit tenir prêt derriere les Pié-
» ces , pour essayer d'apprendre des
> nouvelles de Mrs vos Freres que vous
cuidiés être avec M. de Joyeuse , er
» sçavoir aussi en quel état le Roy de
» Navarre étoit , lequel vous rencontrâ-
» tes. par- delà la Garenne , l'épée toute
sanglante au poing , poursuivant la
>>
1. Vol.
vicJUIN.
1733. 1117
>
» victoire et si- tôt qu'il vous apper-
» çût , vous cría ; et bien , mon ami
c'est à ce coup que nous ferons per-
»> dre l'opinion que l'on avoit prise
» que les Huguenots ne gagnoient jamais
de Batailles ; car en celle- ci la
» victoire est toute entiere.... et faut
>> confesser qu'à Dieu seul en appar-
" tient la gloire , car ils étoient deux
» fois aussi forts que nous ; et s'il en
» faut attribuer quelque chose aux hom-
» mes , croyez que M. de Clermont
» vous , et Bois du Lys , y devez avoir
» bonne part ; car vos Piéces ont fait
» merveilles aussi vous promets- je que
» je n'oublierai jamais le service que vous
» m'y avez rendu .
C'est ainsi que lui parla ce Prince
incomparable , et on peut dire qu'il
tint magnifiquement sa parole Royale :
car dès qu'il fût Roi de France , ce
qui arriva deux ans après , il eut une
attention particulière sur la fortune
d'un homme qui le servoit si bien , et
qui ne le quitta pas d'un pas , surtout
aux Batailles d'Arques et d'Ivry qui
suivirent , où l'Artillerie fit encore des
merveilles , et où M. de Rosny emporté
par sa valeur , fut percé de coups.
Enfin , le Roi après l'avoir fait suc-
1. Vol. Dij ces
1118 MERCURE DE FRANCE
· ,
>
après
cessivement Grand Voyer de France
Sur Intendant des Finances
avoir érigé la Baronie de Rosny en
Marquisat , lui accorda en l'année 1599.
la Charge de Grand - Maître de l'Artillerie
, sur la démission de M. d'Etrées
avec la qualité d'Officier de la Couronne
, Charge que ce Prince lui ménageoit
depuis long- tems , et dont il y a lieu de
croire que
la journée de Coutras avoit
été comme le gage. Il fut presque en
même- tems pourvû de la Sur- Intendance
des Bâtimens et de celles des Fortifications
, qui furent suivies du Gouverne
ment de la Bastille , de la grande Maîtrise
des Ports et Havres du Royaume
et du Gouvernement de Poictou,
L'Artillerie avoit asşûrément besoin
d'un Grand - Maître aussi entendu et
aussi vigilant , que l'étoit le Marquis
de Rosny. Tout étoit en désordre à cer
égard dans les Provinces , où il fut obligé
de casser près de 500 Officiers , inuti
les ou mal - intentionnez , et l'Arcenal
étoit dénué presque de toutes choses
quand il en prit possession . Le Roi l'y
vint voir quinze jours après. Il reçût ensuite
un pareil honneur de Charles Emanuel
, Duc de Savoye , qui étoit venu
en France pour traiter en pe sonne d'af-
>
faires importantes.
JUIN. 1733 1119
T
Les Mémoires qui font le détail de
cette visite , marquent une circonstance
qui doit avoir icy sa place.
» Comme M. de Savoye fût arrivé à
» l'Arsenac, il vous demanda aussi- tôt où
» étoient toutes vos Armes , Munitions
» et Artilleries; sur quoi vous vous trouvâtes
bien empêché , ayant honte de
» lui faire voir une Maison si pauvre et
» dénuée de toutes ces choses , qu'étoit
» l'Arsenac ; tellement qu'au lieu d'aller
aux Magazins, vous le menates aux At-
» teliers , ausquels vous faisiez ouvrer à
» puissance; et lors voyant quelques qua-
» rante affuts et rouage , ésquels on tra
» vailloit ; vingt Canons , nouvellement
» fondus , et des provisions et préparatifs
pour en fondre encore autant ; il
» vous demanda que c'est que vous vou-
» liez faire de tant d'Artillerie nouvelle-
» ment fonduë ? Vous lui répondites en
» riant : Monsieur , c'est pour prendre
" Mont-Mélian. Lors il vous demanda
y avez vous été ? Non, Monsieur , dit-
» tes-vous ; vraiement je le vois bien , ré-
' pondit- il , car vous ne diriez pas cela ;
>> Mont-Mélian ne se peut prendre. Bien ,
>> bien , Monsieur , dittes - vous , je vous
» en crois , neanmoins ne mettez pas le
» Roy en cette peine ; s'il me l'avoit
I.Vol. Diij >> com1120
MERCURE DE FRANCE
» commandé j'en viendrois bien à bout
>> mais je veux croire qu'il n'en sera point
» besoin, et que le Roy et vous, vous sé-
»parerez bien contens l'un de l'autre, & c. .
M. de Rosny avoit sans doute ses raisons
pour parler ainsi au Duc de Savoye ,
qui n'oublia rien pour le mettre dans ses
interêts. C'est en partie la matiere du 93
chap. dans le second volume des Mémoires
, où l'on voit que si ce Seigneur refusa
, de la part du Prince , une Boëte de
Diamans , et jusqu'à son Portrait , enrichi
de Pierreries , de trop grand prix , il
ne manqua en rien à son égard du côté
des bienséances et de la politesse . Dans le
même jour que se passa ce que je viens
de rapporter ; il eût l'honneur de traiter
splendidement à souper, dans l'Arsenal ,le
Roy , le Duc de Savoye , les Dames et les
Seigneurs les plus qualifiez de la Cour :
mais revenons à l'Artillerie.
Elle changea absolument de face sous
sa conduite , et l'Arsenal cy - devant si
dépourvu, qu'on n'osoit presque le laisser
voir aux Etrangers , devint , pour ainsi
dire , sous le nouveau Grand- Maître , la
terreur des Ennemis de la France , et cela
dans moins d'une année. Le premier
Prince , à qui la vigilance du Marquis de
Rosny devint fatale fut le Duc de Sa-
1. Vol.
voye
JUIN. 1733. 1121
voye même , et ce qui s'étoit dit dans
l'Arsenal entre ce Prince et le Grand
Maître , par maniere d'entretien et de
plaisanterie , au sujet de Mont - Mélian' ,
devint une affaire sérieuse et une verité
dont les circonstances sont marquées
dans l'Histoire.
»
Je n'en rapporterai icy qu'une. Le Duc
de Savoye refufant d'exécuter le Traité
conclu à Paris , le Roy lui déclara la Guerre
, marcha en personne avec deux corps
d'Armée , qui firent des Exploits rapides
dans la Savoye et dans la Bresse; et Montmélian
, Place prétendue imprénable ,
fut prise ; le Marquis de Rosny se signala
en plusieurs manieres dans cette Expedi
tion , et fit plus que le devoir de sa Charge
, en ne s'exposant que trop par tout.
La diligence de Rosny , dit Mezerai ;
» pourvût. si bien aux Munitions et à
» l'Artillerie , les ayant fait charrier par
» les Rivieres,qu'à la fin de Juillet(1600)
» il eût en ce Païs-là 40 Piéces de Canon
>> et de quoi tirer quarante mille coups.
» Aussi n'oublia -t - il rien en cette occa-
»sion pour se montrer digne de la Char-
>> ge de Grand- Maître de l'Artillerie, dont
» le Roy venoit de l'honorer , l'ayant
» même érigée en Charge de la Couron-
» ne. Deux ans auparavant il lui avoit
-
I. Vol.
D iiij » aussi
Î122 MERCURE DE FRANCE
» aussi donné celle de Grand -Voyer, con-
» noissant qu'il étoit Homme d'ordre et
qu'il pourvoiroit soigneusement à la
» réparation et à l'entretenement des
» Chemins, pour la commodité du Char-
» roy , dont en effet il s'acquitta fort
» bien. Entre autres choses , il obligea les
» Particuliers de planter des Ormes de
» distance en distance dans leurs Terres ,
» sur les bords des grands Chemins , pour
» fournir un jour de bois de Charonage
au roulage de l'Artillerie. On appelle
» encore aujourd'hui ces Arbres des
» Rosnys.
>
C'est à cette occasion de la Guerre de
Savoye , que fût frappée une belle Médaille
d'Henri IV. en opposition et pour
répondre à la Médaille satyrique , que les-
Courtisans du Duc de Savoye firent fraper
peu de temps après qu'il se fût emparé
du Marquisat de Saluces , en profitant
des Troubles de la Ligue. Sur celle - cy on
voyoit d'un côté la tête du Prince , avec
cette Légende : CAR . EM. D.G.Dux Sab .
P. PED . Et sur le Revers , un Centaure
qui en décochant une Fléche pose le pied
sur une Couronne renversée ; ce seul mot
OPPORTUNE se lisoit autour ; et dans
l'Exergue M. D. LXXXVIII . Dans la Médaille
du Roy , la face étoit chargée du
>
I.Vol. Buste
JUIN. 1733. 1123
Buste de ce grand Prince , la tête ceinte
de Laurier, et les épaules couvertes d'une
Peau de Lyon , avec cette Inscription :
ALCIDES HIC NOVUS OR BI . Au revers ,
le Roy , armé d'une Massuë , paroît assommer
d'une main le Centaure abbatu ,"
sur lequel est posé l'un des pieds du Vainqueur
, qui de l'autre main releve une
Couronne , avec ce seul mot : OPPORTUNIUS
. Cette Médaille qui n'est chargée.
d'aucune datte , doit avoir été frappée
dans le courant de l'année 1600.ou avant
le Traité de Paix conclu entre les deux
Princes , en l'année 1601.
Le Marquis de Rosny , qui avoit eu tant
de part aux travaux de son Maître dans
cette Guerre , eut aussi part à sa gloire ; car
quelque tems après on lui frappa une Médaille,
où l'on voit d'un côté sonBuste, avec
cette Légende : MAXI. DE BETHUNE , DUC
DE SULLY.G.M.DE L'ART.DE F.Et sur le revers
, une Aigle élevée dans les Airs , la
tête tournée vers le ciel , tenant dans ses
Serres la Foudre de Jupiter , dont ilsemble
attendre les ordres pour la lancer
avec ces mots : Quo JUSSA Jovis . Dans
l'Exergue M. DC. VII. Cette Devise semble
faire allusion à ce que notre Grand
Maître répondit au Duc de Savoye , au
sujet de Mont-Mélian : Si le Roy m'avoit
1.Vol DY
Ccm1124
MERCURE DE FRANCE
commandé de le prendre,j'en viendrois bien- '
tôt à bout , &c. L'Evenement justifia cette
réponse.» Le Gouverneur de cette Place,
» dit Mezeray , triompha d'abord en pa-
» roles , parce qu'il ne croyoit pas.qu'on
put dresser des Batteries pour l'attaquer;
» mais quand Rosny eut trouvé moyen
» d'en planter à cinq ou six endroits (car
que ne peuvent l'argent et le travail ) sa
» fierté s'amollit tout d'un coup ; il per-
» mit que sa femme nouât conversation
avec celle de Rosny , et ses craintes
» s'augmentant d'heure en heure , il ca-
» pitula le 14 Octobre , &c.
»
Maximilien de Bethune .est qualifié
Duc de Sully sur cette Médaille , parce
qu'en l'année précédente 1606. le Roy
avoit érigé la Baronie de Sully en Duché
et Pairie ; sa reception fut des plus magnifiques
, le Roy ayant assisté au Festin ,
qui fut donné à l'Arsenal , &c. Ce Grand-
Prince lui donna aussi la même année , la
Charge de Capitaine - Lieutenant de deux
cent Hommes d'Armes de la Reine.
Comme la Médaille de ce premier Duc
'de Sully , Grand- Maître de l'Artillerie ,
&c. est assez rare , je vous envoïe la gra
vure , que j'en ai fait faire par une ha-
* Anne de Courtenay , Epouse du Marquis de
Rosny , qui l'avoit suivi dans cette Guerre.
I.Vol bile
JUIN. 1733. 1125
bile main , sur l'Original du Cabinet de
M. le Duc de Sully , que ce Seigneur a
bien voulu me communiquer. Cet Original
est des mieux conservez , et si beau
que je le crois de Germain Dupré , cxcellent
Graveur de ce temps-là , dont
nous avons de tres - belles Médailles. Les
deux autres Médailles dont je viens de
vous parler,de Henry le Grand et du Duc
de Savoye , sont dans mon Cabinet .Vous
pourrez les voir quand vous viendrez à
Paris.
Je suis forcé de renvoyer à une autre
Lettre ce qui me reste à vous dire pour
satisfaire pleinement à toutes vos demandes
, et pour ne point allonger celle - ci
lavantage. Je suis toujours , Monsieur ,
& c .
A Paris , le 25 Avril 1733 .
R. écrite à M. A. C. D. S.T.au sujet du
Marquis de Rosny , depuis Duc de Sully
, &c. contenant quelques Remarques
Historiques.
Ous me Monsieur
quelque satisfaction des Eclaircissemens
contenus dans mes deux Lettres
précédentes , sur la premiere Question
que vous m'avez faite , au sujet du
Marquis de Rosny , premier Ministre
du Roi Henri Le Grand. Cela m'engage
de redoubler mes soins pour répondre
avec la même éxactitude et le même succès
aux autres demandes que vous me
faites sur ce sujet.
و
Instruit par P'Histoire de l'ancienneté
et de la Catholicité de la Maison de Bethune
dont le Marquis de Rosny se
trouvoit le Chef , vous êtes surpris que
ce Seigneur n'ait pas persevere dans la
Religion de ses Ancêtres vous me demandez
la cause de ce changement , à
quoi vous ajoutez deux ou trois autres
Questions , dont la Réponse fera tout le
sujet de cette Lettre.:
1. Fol. Cvi Da1102
MERCURE DE FRANCE
D'abord il est bon de vous dire , Monsieur
, que ce n'est pas le Marquis de
Rosny qui fait la premiere cause de cette
variation . Pour en être bien instruit , il
faut remonter jusqu'à Jean de Bethune
IV. du nom son Ayeul , lequel étant
encore assez jeune épousa Anne de Melun
, qui lui apporta en dot la Baronie
de Rosny , &c. Il en eut plusieurs Enfans
, lesquels eurent un double malheur
; le premier de perdre leur Mere
dans leur bas âge , et le second de voir
remarier leur Pere avec une simple Demoiselle
sans biens. Un troisiéme malheur
, suite des premiers , voulut que
Jean de Bethune n'eut ni ordre , ni oeconomie
dans ses affaires , qu'il s'endetta -
beaucoup , et qu'en mourant enfin retiré
au Château de Coucy , après avoir
aliené ses plus beaux Domaines
il ne
laissa presque rien à ses Enfans : de sorte
que François de Bethune son fils aîné ,
dépouillé de tous les grands biens de ses
Ancêtres , et ne jouissant que de ceux
d'Anne de Melun sa Mere , est comparé
par un Historien au Prince * Jean , surnommé
sans Terre , qui étant fils de Roi ,
se trouva presque sans aucune possession
, & c.
D
* Jean , fils de Henri II . Roi d'Angleterre .
1. Vol.
Ce
JUIN. 1733- 1103
Ce fils aîné épousa en 1557. Charlotte
Dauvet , qui lui donna sept Enfans. Il
s'attacha de bonne heure à Louis de Bourbon
, Prince de Condé , qui étoit alors
le Chef des Huguenots , et fit Profession
de la nouvelle Religion , à l'imitation de
plusieurs Grands Seigneurs , séduits par
les opinions des Novateurs , ou par des
motifs humains. En courant toutes les
fortunes du Prince il se trouva à la Bataille
de Jarnac , où il fut fait Prisonnier ;
j'omets le reste de son histoire pour marquer
seulement qu'en mourant en l'année
1577. il laissa pour Chef de sa Maison
Maximilien de Bethune, son Fils puisné ,
dont il s'agit particulierement ici .
Ce Seigneur suivit les traces de Fran
çois de Bethune son Pere , tant pour la
Religion dans laquelle il étoit né , que
du côté de la Fortune; il pourroit fournir
seul la matière d'une longue Histoire ,
que j'avois eu autrefois dessein d'entreprendre
ce Pere homme vertueux
de bon esprit , et brûlant du
loüable désir de relever sa Maison , avoit
jetté les yeux sur notre Maximilien , le
second des quatre fils qu'il eut de Charlotte
Dauvet.
,
د
Il avoit remarqué en lui non - seulement
une grande vigueur de corps et
I. Vol. d'es
1104 MERCURE DE FRANCE
d'esprit , mais encore une grande inclination
à la vertu , et une forte aversion
pour le vice , ce qui lui ayant fait concevoir
une grande espérance , il le fit appeller
un jour , disent les Mémoires qui
portent son nom , dans sa Chambre de
la Haute Tour , et en la seule présence
de la Durandiere , son Précepteur, il lui
tint un discours que sa briéveté et l'importance
du sujet m'engagent de rappor
ter ici.
» Maximilian , puisque la Coûtume
ne me permet pas de vous faire le prin-
» cipal Héritier de mes biens , je veux en
» récompense essayer de vous enrichir
» de vertus , et par le moyen d'icelles
» comme on me l'a prédit , j'espere que
» vous serez un jour quelque chose . Pré-
» parez- vous donc à supporter avec cou-
» rage , toutes les traverses et difficultez
» que vous rencontrerez dans le monde ,
» ct en les surmontant genereusement ,
acquerez- vous l'estime des gens d'hon-
» neur , et particulierement celle du
» Maître à qui je veux vous donner ; au
Service duquel je vous commande de
» vivre et mourir. Et quand je serai sur
mon partement pour aller à Vendôme
>> trouver la Reine de Navarre , et Mon-
» sieur le Prince son fils , auquel je veux
»
1. Vol. » Yous
JUIN. 1733- 1109
» vous donner , disposez-vous à venir
» avec moi , et vous préparer par une
Harangue à lui offrir votre service
» lors que je lui présenterai votre -Per-
» sonne .
la
Ce Discours pathétique et sensé , écou
té avec attention par un fils né pour
vertu , eut dans les suites tout le succès
que l'affection et la prévoyance d'un sage
Pere pouvoient esperer. Le Pere et le
Fils se rendirent bien-tôt auprès de la
Reine de Navarre , et le jeune Rosny
fut présenté au Prince son Fils , qui étoit
aussi fort jeune.
»
*
» Cela se fit , disent les Auteurs des
» Mémoires , en présence de la Reine sa
mere , avec des protestations que
» vous lui seriez à jamais très - fidele er
n très- obéïssant serviteur : ee que vous.
» lui jurâtes aussi , en si beaux termes
» avec tant de grace et d'assûrance
>> et un ton de voix si agréable , qu'il
conçût dès lors de bonnes espérances de
» vous. Et vous ayant relevé ( car vous
>> étiez à genoux , ) il vous embrassa deux
» fois , et vous dit : qu'il admiroit votre
gentillesse , vû votre âge , qui n'étoit
"
ת
La parole est ici adressée au Marquis de
Rosny , comme dans tout le corps de l'Ouvrage.
I. Vol.
» que
1106 MERCURE DE FRANCE
>>
que de onze années , et que lui aviés
» présenté votre service avec une si gran-
» de facilité , et étiés de si bonne race
» qu'il ne doutoit point qu'un jour vous
» n'en fissiés paroître les effets en vrai
» Gentilhomme . Et aussi vous promit il
» en foi de Prince , qu'en vous recevant
» de fort bon coeur , il vous aimeroit tou-
» jours , et qu'il ne se présenteroit jamais
» occasion de vous faire acquerir du bien
>> et de l'honneur , qu'il ne s'y employât
» de tout son coeur. Tous lesquels dis-
» cours , qui n'étoient lors que par com-
» plimens , ont eu depuis des Evénemens.
» plus avantageux que vous n'aviez ´es-
» péré.
Ces Evénemens que les mêmes Auteurs
ont rapporté fort au long , furent précédez
et mêlez de bien des traversés. La
Religion surtout , dont ce jeune Seigneur
faisoit profession , et qui fait le
principal article de vos demandes , pensa
lui coûter cher , dans la fatale journée
qui vit couler tant de sang François , au
milieu d'une profonde paix. Sa conservation
a quelque chose de singulier et de
merveilleux : elle merite bien que j'en
place ici le petit détail , tiré des mêmes
Mémoires .
» Voici ce que nous vous en avons
1. Vol. » oui
JUIN. 1733. 1107
noui conter : à sçavoir que vous ayant
» fait dessein d'aller faire votre Cour ce
» jour là , vous vous étiés couché la veille
de bonne heure , et que sur les trois
>> heures du matin , vous vous réveillâ-
» tes au bruit de plusieurs cris de peu-
» ples , et des allarmes que l'on sonnoit
» dans tous les Clochers. Le sieur de
» S. Julien , votre Gouverneur , et votre
» Valet de Chambre , ( qui s'étoient aussi
» éveillés au bruit , ) étant sortis de vo-
» tre logis , pour apprendre ce que c'é-
» toit , n'y rentrerent point ; et n'avez-
» vous jamais sçû ce qu'ils étoient deve-
» nus. De sorte qu'étant réduit vous
>> seul dans votre chambre et votre
» Hôte qui étoit de la Religion , vous
» pressant d'aller avec lui à la Messe , afin
» de garantir sa vie et sa maison de sac-
» cagement , vous vous résolûtes d'es-
» sayer à vous sauver dans le College de
Bourgogne.
"3
,
>> Pour ce faire,yous prîtes votre Robbe
>> d'Ecolier , un Livre sous votre bras , et
» vous vous mîtes en chemin . Par les
» ruës vous rencontrâtes trois Corps de
» Garde , l'un à celle de S. Jacques , un
>> autre à celle de la Harpe , et l'autre à
» l'issue du Cloître de S. Benoît. Au pre
» mier ayant été arrêté et rudoyé par
1. Vol. >> ceux
108 MERCURE DE FRANCE
» ceux de la Garde , un d'entr'eux pre
> nant votre Livre , et voyant que , de
» bonheur pour vous , c'étoit de grosses'
» Heures , vous fit passer , ce qui vous
» servit de passeport aux autres. En al-
>> lant vous vîtes enfoncer et piller des
» maisons , massacrer hommes , femmes .
» et enfans , avec les cris de tuë , tuë , ô
»Huguenot , ô Huguenot , ce qui vous
» faisoit souhaiter avec impatience d'être
» arrivé à la porte du College , où enfin
>> Dieu vous accompagna , sans qu'il vous
>> fût arrivé autre mal que la peur.
»
» A l'abord , le Portier vous refusa deux
» fois l'entrée de la porte mais enfin
» moyennant quatre Testons que vous
» lui donnâtes , il alla dire au Principal ,
» nommé la Faye , que vous étiés à la
» porte , et ce que vous demandiez , lequel
aussi- tôt meu de compassion
» étant votre particulier ami , vous vint
» faire entrer , empêché toutefois de ce
» qu'il feroit de vous , à cause de deux
» Ecclésiastiques qui étoient dans sa
» chambre , et qui disoient y avoir des-
» sein formé de tuer tous les Huguenots ,
» jusqu'aux enfans à la mammelle , et ce
à l'exemple des Vêpres Siciliennes .
» Néanmoins , par pitié , ce bon Personnage
vous mit dans une chambre fort
"
I. Vol. ≫ seJUIN.
1733.
1109
» secrette , dans laquelle personne n'en-
» trât que son Valet , qui vous y por-
» toit des vivres , et vous y servît trois
» jours durant , au bout desquels il se
» fit une publication de par le Roi , por-
" tant deffenses de plus tuer ni saccager
>> personne.
» Alors deux Archers de la Garde, Vas-
» saux de M. votre Pere , l'un nommé
» Ferrieres , et l'autre la Vieville , vin-
» rent avec leurs Hocquetons , et Halle-
» bardes à ce College , pour s'enquerir de
» vos nouvelles , et les mander à M. vo-
» tre Pere , qui étoit fort en peine de
» vous , duquel vous reçûtes une Lettre
» trois jours après , par laquelle il vous
mandoit de demeurer à Paris , et d'y
» continuer vos Etudes comme auparavant.
Et pour ce faire il jugeoit bien
qu'il vous faudroit aller à la Messe , à
» quoi il vous falloit résoudre , aussi-
» bien avoit fait votre Maître et beau-
>> coup d'autres : et que sur tout il vou-
» loit que vous courussiez toutes les for-
» tunes de ce Prince jusqu'à la mort
» afin que l'on ne vous pût reprocher de
l'avoir quitté en son adversité : à quoi
» vous vous rendîtes si soigneux , que
» vous en acquires l'estime d'un chacun .
Tout le monde sçait avec quelle exac-
I. Vol. titude
1110 MERCURE DE FRANCE
titude et quelle constante fidelité ce dernier
commandement de courir toutes les
fortunes de ce grand Prince fut éxécuté.
On en peut voir la preuve dans l'Histoire
, et sur tout dans les Mémoires des
Ecrivains que nous avons citez , lesquels
remarquent particulierement qu'au milieu
de toutes ses assiduitez auprès du
Prince , dans ces premiers tems de trouble
et de confusion , le jeune Rosny s'appliquoit
toujours à cultiver son esprit
par des connoissances solides. Ils parlent
en ces termes de cette circonstance ; en
» quelque condition que vous fussiés
» vous preniés toujours le tems de conti-
» nuer vos Etudes , sur tout de l'Histoi
de laquelle vous faisiés déja des Ex-
>> traits , tant pour les moeurs , que pour
» les choses naturelles ; et des Mathéma
>> re ,
tiques , lesquelles occupations fai-
» soient paroître votre inclination à la
>> vertu .
Dans la suite il se présenta une occasion
qui auroit pû , si Dieu l'avoit permis
, servir à éclairer ce jeune Seigneur
et à le faire rentrer dans la Religion de
ses Ancêtres. Il n'avoit qu'environ vingtdeux
ans , lorsqu'en l'année 1581. il lui
prit envie de faire un petit voyage en
Flandres , principalement pour y visiter
la
矍
1
•
M•
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NAHL
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BETHUN
01
SA
SSA
JUIN. 1733 1111
la Comtesse de Mastin sa Tante . Cette
Tante et le Vicomte de Gand son Ayeul
maternel , et son Parrain , l'avoient deshérité
, lui et François de Bethune son-
Pere , à cause de la Religion, Il partit
muni d'un Passe- port du Comte * de
Barlemont , son Parent et se rendit à
la Bassée , où demeuroit cette Dame. Il
en fut accueilli assez froidement , préve
nuë sur son sujet de la maniere que nous
allons le voir,
ར་ ་ .
Le lendemain matin elle mena son Ne
veu dans la grande Eglise de l'Abbaye
qu'elle avoit fondée , pour lui faire voir
les Sépultures de Marbre de ses Ancêtres,
qu'elle y avoit fait construire ; et entre
les autres celles d'Helene de Melun , femme
de Robert d'Artois , d'Hugues de
Melun , son Ayeul , le même qui l'avoit
deshérité , et d'Anne de Melun son Ayeule
, celle enfin qu'elle avoit fait élever
pour elle-même. Elle lui dit alors , ayant
les larmes aux yeux : » hélas ! mon Ne-
» veu , mon ami , que mon Pere votre
» Ayeul , et ma Soeur votre Grand mere,
* Le Comte de Barlemont étoit Président du
Conseil Royal des Finances , Gouverneur de Namur
Chevalier de la Toison d'Or , &c. J'ai
une Médaille de ce Seigneur frapée en 1576. selon
Laquelle il faut lire BERLAYMONT.
>
"
» s'ils
1112 MERCURE DE FRANCE
» s'ils étoient en vie , jetteroient de lar-
>> mes , et ressentiroient de déplaisirs ,
» aussi-bien que moi , de voir en vous
» l'un de leurs Enfans , ne point croire
» en Dieu , ni en sa Messe , et n'adresser
» ses Prieres qu'à l'ennemi d'enfer , qui
» vous renal ennemi des bonnes oeuvres ,
» ainsi que je l'ai entendu dire à nos bons
>> Peres ! & c.
"
•
Le jeune Neveu étrangement surpris ,
s'écria là- dessus : » Vrai Dieu , ma Tan-
» te , que dites - vous ? Jesus ! seroit- il
> bien possible que vous disiés ceci à bon
» escient , et qu'il y ait eu des gens si
pleins d'impostures et de calomnies
» que de vous avoir voulu persuader tel-
» les éxécrations , qui nous rendroient
indignes de vivre sur la terre ? 11 lui fit
ensuite un détail de sa Créance, lui récita
même l'Oraison Dominicale , le Symbole
, &c. Tout cela fait un Dialogue qui
mérite d'être lû dans le 18. Chap. du pre
mier Tome des Mémoires , on en jugera
par la fin , qui est telle. La Dame écou
ta fort attentivement cette récitation
sans rien repondre , tant que le Neveu
ne parla que de Dieu , de Jesus-Christ
et du S. Esprit , mais lorsqu'il dit qui est
né de la Vierge Marie , et ensuite , je crois
Ja Communion des Saints , & c. Elle se mit
JUIN. 1733. 1113
à crier , » hélas ! mon Neveu , mon ami ,
» est- il possible qu'en vos Oraisons vous
» parliés de la bonne Dame , et fassiés
» mention des Saints Bienheureux ? Or
» venez m'embrasser , puisque cela est :
» car je vous aime comme mon bon Ne-
» veu , et me semble en vous voyant , et
" vous oyant parler , que ma pauvre soeur
» est encore en vie : ô que j'ai de déplai-
» sir que mon Neveu votre Parrain et
» moi , vous avons deshérité : vrayement
je veux essayer à rompre tout cela , et
» vous le jure par la Sainte Vierge : les
» effets néanmoins ne suivirent pas les
» paroles , &c.
>>
t
Il faut convenir , Monsieur , qu'une
telle occasion de parler de la nouvelle
Religion , mieux ménagée , auroit pû
produire quelque bon effet sur l'esprit
du jeune Parent , mais ce n'étoit pas le
moyen sans doute de le faire entrer dans
la bonne voye , que d'employer de pareils
argumens , on ne corrige point l'erreur
par
d'autres erreurs .
Quoiqu'il en soit , le Marquis de Rosny
, en quittant la Dame sa Tante prit
le chemin de Bethune , Ville qu'il avoit
toujours souhaité de voir , et où malgré
sa Religion , opposée à la grande Catholicité
de ses Ancêtres , à celle des Fla-
S
I. Vol. mands
1114 MERCURE DE FRANCE
mands en général , et aux circonstances
du tems , il fut parfaitement bien reçû
régalé du vin de Ville , et honoré en plu
sieurs manieres comme descendu de
l'antique Maison des anciens Seigneurs
de Bethune. Il vit tout ce qui étoit à
voir dans cette Ville , et visita principalement
les Eglises où sont les Mausolées
de ces Seigneurs , d'où il revint en droi
ture à Rosny. 7
L'ordre des tems , qui s'accorde avec
celui de vos demandes , me fait passer ,
Monsicur , de la Religion de Maximilien
de Bethune , à laquelle j'aurai occasion
de revenir , à ses grandeurs temporelles
, récompense de son mérite et de
son attachement à la fortune et aux interêts
d'un grand Prince. Vous voulez
sçavoir d'abord quand et comment il fût
pourvû de la Charge de Grand - Maître
de l'Artillerie , et comment il en fût destitué
après la mort de son cher Maître.
Je crois d'abord trouver la premiere
origine de son élévation à cette Charge
dans l'Evénement de la Bataille de Coutras
, donnée le 20 Octobre 1587. entre
l'Armée Royale , ou plutôt de la Ligue ,
commandée par M. de Joyeuse , et celle
du Roi de Navarre , commandée par ce
Prince en personne , accompagné du
I. Vol. Prince
JUI N. 1733 : 1115
·
Prince de Condé , du Comte de Soissons
; et d'un nombre de Seigneurs des
plus qualifiez , qui suivoient sa Religion
et sa fortune . Le Marquis de Rosny
étoit non seulement des premiers
dans ce nombre ; mais le Roy son
Maître lui commit dans cette importante
journée le soin de tout ce qui regardoit
l'Artillerie , quoiqu'il ne fût encore
âgé que de 28 ans .
>>
,
Je n'oublierai pas ici ce que lui dit ce
vaillant Prince , au moment qu'il se sépara
de sa Personne pour aller éxécuter
ses ordres. » Mon ami Rosny ,
» c'est à ce coup qu'il faut faire paroî-
» tre votre esprit et votre diligence , qui
» nous est mille fois plus nécessaire
» qu'elle n'étoit hier , à cause que le
» corps nous presse , et que de l'Artillerie
bien logée , bien munie et bien exploitée
, dépendra en grande partie le
» gain de la bataille , lequelj'attends de
» Dieu , & c. Les Mémoires qui ont conservé
ce trait , marquent aussi de quelle
maniere le Marquis de Rosny éxécuta
les ordres du Roi , ils détaillent particulierement
l'opération de deux Canons et
d'une Coulevrine , placées et employées
» si à propos , qu'elles firent des mer-
» veilles , ne tirant une seule volée
I. Vol. D » qu'ils
1116 MERCURE DE FRANCE
» qu'ils ne fissent des rues dans les Es
» cadrons et Bataillons du Camp ennemi
, qui étoient jonchées de douze
» quinze , vingt , et quelquefois jusqu'à
vingt- cinq corps d'hommes et
» chevaux ; si bien que les ennemis , &c .
Le reste du Narré mene au gain entier
de la Bataille , dû en bonne partie
à cette vigoureuse canonade , ainsi que
le Roi l'avoit prédit.
Les Auteurs en finissant ce Narré
ajoûtent une circonstance qui ne doit
pas être omise , et qui confirme d'ailleurs
ce que je viens de dire au sujet de
l'Artillerie.
39 Si- tôt que vous vîtes les ennemis
» en déroute ( c'est toujours à M、de
» Rosny qu'ils parlent ) et que sans
» doute la Bataille étant gagnée , vous
» n'aviez plus que faire au Canon : Vous
» montâtes sur votre grand Cheval d'Es-
» pagne Bay , lequel M. de Bois- Breuil
>> vous faisoit tenir prêt derriere les Pié-
» ces , pour essayer d'apprendre des
> nouvelles de Mrs vos Freres que vous
cuidiés être avec M. de Joyeuse , er
» sçavoir aussi en quel état le Roy de
» Navarre étoit , lequel vous rencontrâ-
» tes. par- delà la Garenne , l'épée toute
sanglante au poing , poursuivant la
>>
1. Vol.
vicJUIN.
1733. 1117
>
» victoire et si- tôt qu'il vous apper-
» çût , vous cría ; et bien , mon ami
c'est à ce coup que nous ferons per-
»> dre l'opinion que l'on avoit prise
» que les Huguenots ne gagnoient jamais
de Batailles ; car en celle- ci la
» victoire est toute entiere.... et faut
>> confesser qu'à Dieu seul en appar-
" tient la gloire , car ils étoient deux
» fois aussi forts que nous ; et s'il en
» faut attribuer quelque chose aux hom-
» mes , croyez que M. de Clermont
» vous , et Bois du Lys , y devez avoir
» bonne part ; car vos Piéces ont fait
» merveilles aussi vous promets- je que
» je n'oublierai jamais le service que vous
» m'y avez rendu .
C'est ainsi que lui parla ce Prince
incomparable , et on peut dire qu'il
tint magnifiquement sa parole Royale :
car dès qu'il fût Roi de France , ce
qui arriva deux ans après , il eut une
attention particulière sur la fortune
d'un homme qui le servoit si bien , et
qui ne le quitta pas d'un pas , surtout
aux Batailles d'Arques et d'Ivry qui
suivirent , où l'Artillerie fit encore des
merveilles , et où M. de Rosny emporté
par sa valeur , fut percé de coups.
Enfin , le Roi après l'avoir fait suc-
1. Vol. Dij ces
1118 MERCURE DE FRANCE
· ,
>
après
cessivement Grand Voyer de France
Sur Intendant des Finances
avoir érigé la Baronie de Rosny en
Marquisat , lui accorda en l'année 1599.
la Charge de Grand - Maître de l'Artillerie
, sur la démission de M. d'Etrées
avec la qualité d'Officier de la Couronne
, Charge que ce Prince lui ménageoit
depuis long- tems , et dont il y a lieu de
croire que
la journée de Coutras avoit
été comme le gage. Il fut presque en
même- tems pourvû de la Sur- Intendance
des Bâtimens et de celles des Fortifications
, qui furent suivies du Gouverne
ment de la Bastille , de la grande Maîtrise
des Ports et Havres du Royaume
et du Gouvernement de Poictou,
L'Artillerie avoit asşûrément besoin
d'un Grand - Maître aussi entendu et
aussi vigilant , que l'étoit le Marquis
de Rosny. Tout étoit en désordre à cer
égard dans les Provinces , où il fut obligé
de casser près de 500 Officiers , inuti
les ou mal - intentionnez , et l'Arcenal
étoit dénué presque de toutes choses
quand il en prit possession . Le Roi l'y
vint voir quinze jours après. Il reçût ensuite
un pareil honneur de Charles Emanuel
, Duc de Savoye , qui étoit venu
en France pour traiter en pe sonne d'af-
>
faires importantes.
JUIN. 1733 1119
T
Les Mémoires qui font le détail de
cette visite , marquent une circonstance
qui doit avoir icy sa place.
» Comme M. de Savoye fût arrivé à
» l'Arsenac, il vous demanda aussi- tôt où
» étoient toutes vos Armes , Munitions
» et Artilleries; sur quoi vous vous trouvâtes
bien empêché , ayant honte de
» lui faire voir une Maison si pauvre et
» dénuée de toutes ces choses , qu'étoit
» l'Arsenac ; tellement qu'au lieu d'aller
aux Magazins, vous le menates aux At-
» teliers , ausquels vous faisiez ouvrer à
» puissance; et lors voyant quelques qua-
» rante affuts et rouage , ésquels on tra
» vailloit ; vingt Canons , nouvellement
» fondus , et des provisions et préparatifs
pour en fondre encore autant ; il
» vous demanda que c'est que vous vou-
» liez faire de tant d'Artillerie nouvelle-
» ment fonduë ? Vous lui répondites en
» riant : Monsieur , c'est pour prendre
" Mont-Mélian. Lors il vous demanda
y avez vous été ? Non, Monsieur , dit-
» tes-vous ; vraiement je le vois bien , ré-
' pondit- il , car vous ne diriez pas cela ;
>> Mont-Mélian ne se peut prendre. Bien ,
>> bien , Monsieur , dittes - vous , je vous
» en crois , neanmoins ne mettez pas le
» Roy en cette peine ; s'il me l'avoit
I.Vol. Diij >> com1120
MERCURE DE FRANCE
» commandé j'en viendrois bien à bout
>> mais je veux croire qu'il n'en sera point
» besoin, et que le Roy et vous, vous sé-
»parerez bien contens l'un de l'autre, & c. .
M. de Rosny avoit sans doute ses raisons
pour parler ainsi au Duc de Savoye ,
qui n'oublia rien pour le mettre dans ses
interêts. C'est en partie la matiere du 93
chap. dans le second volume des Mémoires
, où l'on voit que si ce Seigneur refusa
, de la part du Prince , une Boëte de
Diamans , et jusqu'à son Portrait , enrichi
de Pierreries , de trop grand prix , il
ne manqua en rien à son égard du côté
des bienséances et de la politesse . Dans le
même jour que se passa ce que je viens
de rapporter ; il eût l'honneur de traiter
splendidement à souper, dans l'Arsenal ,le
Roy , le Duc de Savoye , les Dames et les
Seigneurs les plus qualifiez de la Cour :
mais revenons à l'Artillerie.
Elle changea absolument de face sous
sa conduite , et l'Arsenal cy - devant si
dépourvu, qu'on n'osoit presque le laisser
voir aux Etrangers , devint , pour ainsi
dire , sous le nouveau Grand- Maître , la
terreur des Ennemis de la France , et cela
dans moins d'une année. Le premier
Prince , à qui la vigilance du Marquis de
Rosny devint fatale fut le Duc de Sa-
1. Vol.
voye
JUIN. 1733. 1121
voye même , et ce qui s'étoit dit dans
l'Arsenal entre ce Prince et le Grand
Maître , par maniere d'entretien et de
plaisanterie , au sujet de Mont - Mélian' ,
devint une affaire sérieuse et une verité
dont les circonstances sont marquées
dans l'Histoire.
»
Je n'en rapporterai icy qu'une. Le Duc
de Savoye refufant d'exécuter le Traité
conclu à Paris , le Roy lui déclara la Guerre
, marcha en personne avec deux corps
d'Armée , qui firent des Exploits rapides
dans la Savoye et dans la Bresse; et Montmélian
, Place prétendue imprénable ,
fut prise ; le Marquis de Rosny se signala
en plusieurs manieres dans cette Expedi
tion , et fit plus que le devoir de sa Charge
, en ne s'exposant que trop par tout.
La diligence de Rosny , dit Mezerai ;
» pourvût. si bien aux Munitions et à
» l'Artillerie , les ayant fait charrier par
» les Rivieres,qu'à la fin de Juillet(1600)
» il eût en ce Païs-là 40 Piéces de Canon
>> et de quoi tirer quarante mille coups.
» Aussi n'oublia -t - il rien en cette occa-
»sion pour se montrer digne de la Char-
>> ge de Grand- Maître de l'Artillerie, dont
» le Roy venoit de l'honorer , l'ayant
» même érigée en Charge de la Couron-
» ne. Deux ans auparavant il lui avoit
-
I. Vol.
D iiij » aussi
Î122 MERCURE DE FRANCE
» aussi donné celle de Grand -Voyer, con-
» noissant qu'il étoit Homme d'ordre et
qu'il pourvoiroit soigneusement à la
» réparation et à l'entretenement des
» Chemins, pour la commodité du Char-
» roy , dont en effet il s'acquitta fort
» bien. Entre autres choses , il obligea les
» Particuliers de planter des Ormes de
» distance en distance dans leurs Terres ,
» sur les bords des grands Chemins , pour
» fournir un jour de bois de Charonage
au roulage de l'Artillerie. On appelle
» encore aujourd'hui ces Arbres des
» Rosnys.
>
C'est à cette occasion de la Guerre de
Savoye , que fût frappée une belle Médaille
d'Henri IV. en opposition et pour
répondre à la Médaille satyrique , que les-
Courtisans du Duc de Savoye firent fraper
peu de temps après qu'il se fût emparé
du Marquisat de Saluces , en profitant
des Troubles de la Ligue. Sur celle - cy on
voyoit d'un côté la tête du Prince , avec
cette Légende : CAR . EM. D.G.Dux Sab .
P. PED . Et sur le Revers , un Centaure
qui en décochant une Fléche pose le pied
sur une Couronne renversée ; ce seul mot
OPPORTUNE se lisoit autour ; et dans
l'Exergue M. D. LXXXVIII . Dans la Médaille
du Roy , la face étoit chargée du
>
I.Vol. Buste
JUIN. 1733. 1123
Buste de ce grand Prince , la tête ceinte
de Laurier, et les épaules couvertes d'une
Peau de Lyon , avec cette Inscription :
ALCIDES HIC NOVUS OR BI . Au revers ,
le Roy , armé d'une Massuë , paroît assommer
d'une main le Centaure abbatu ,"
sur lequel est posé l'un des pieds du Vainqueur
, qui de l'autre main releve une
Couronne , avec ce seul mot : OPPORTUNIUS
. Cette Médaille qui n'est chargée.
d'aucune datte , doit avoir été frappée
dans le courant de l'année 1600.ou avant
le Traité de Paix conclu entre les deux
Princes , en l'année 1601.
Le Marquis de Rosny , qui avoit eu tant
de part aux travaux de son Maître dans
cette Guerre , eut aussi part à sa gloire ; car
quelque tems après on lui frappa une Médaille,
où l'on voit d'un côté sonBuste, avec
cette Légende : MAXI. DE BETHUNE , DUC
DE SULLY.G.M.DE L'ART.DE F.Et sur le revers
, une Aigle élevée dans les Airs , la
tête tournée vers le ciel , tenant dans ses
Serres la Foudre de Jupiter , dont ilsemble
attendre les ordres pour la lancer
avec ces mots : Quo JUSSA Jovis . Dans
l'Exergue M. DC. VII. Cette Devise semble
faire allusion à ce que notre Grand
Maître répondit au Duc de Savoye , au
sujet de Mont-Mélian : Si le Roy m'avoit
1.Vol DY
Ccm1124
MERCURE DE FRANCE
commandé de le prendre,j'en viendrois bien- '
tôt à bout , &c. L'Evenement justifia cette
réponse.» Le Gouverneur de cette Place,
» dit Mezeray , triompha d'abord en pa-
» roles , parce qu'il ne croyoit pas.qu'on
put dresser des Batteries pour l'attaquer;
» mais quand Rosny eut trouvé moyen
» d'en planter à cinq ou six endroits (car
que ne peuvent l'argent et le travail ) sa
» fierté s'amollit tout d'un coup ; il per-
» mit que sa femme nouât conversation
avec celle de Rosny , et ses craintes
» s'augmentant d'heure en heure , il ca-
» pitula le 14 Octobre , &c.
»
Maximilien de Bethune .est qualifié
Duc de Sully sur cette Médaille , parce
qu'en l'année précédente 1606. le Roy
avoit érigé la Baronie de Sully en Duché
et Pairie ; sa reception fut des plus magnifiques
, le Roy ayant assisté au Festin ,
qui fut donné à l'Arsenal , &c. Ce Grand-
Prince lui donna aussi la même année , la
Charge de Capitaine - Lieutenant de deux
cent Hommes d'Armes de la Reine.
Comme la Médaille de ce premier Duc
'de Sully , Grand- Maître de l'Artillerie ,
&c. est assez rare , je vous envoïe la gra
vure , que j'en ai fait faire par une ha-
* Anne de Courtenay , Epouse du Marquis de
Rosny , qui l'avoit suivi dans cette Guerre.
I.Vol bile
JUIN. 1733. 1125
bile main , sur l'Original du Cabinet de
M. le Duc de Sully , que ce Seigneur a
bien voulu me communiquer. Cet Original
est des mieux conservez , et si beau
que je le crois de Germain Dupré , cxcellent
Graveur de ce temps-là , dont
nous avons de tres - belles Médailles. Les
deux autres Médailles dont je viens de
vous parler,de Henry le Grand et du Duc
de Savoye , sont dans mon Cabinet .Vous
pourrez les voir quand vous viendrez à
Paris.
Je suis forcé de renvoyer à une autre
Lettre ce qui me reste à vous dire pour
satisfaire pleinement à toutes vos demandes
, et pour ne point allonger celle - ci
lavantage. Je suis toujours , Monsieur ,
& c .
A Paris , le 25 Avril 1733 .
Fermer
Résumé : TROISIÈME LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. A. C. D. S. T. au sujet du Marquis de Rosny, depuis Duc de Sully, &c. contenant quelques Remarques Historiques.
La troisième lettre de M. D. L. à M. A. C. D. S. T. traite de la vie et de la conversion religieuse du Marquis de Rosny, devenu Duc de Sully. L'auteur répond à des questions sur les raisons de cette conversion et sur l'histoire de la famille Bethune. Jean de Bethune IV, ancêtre de Rosny, avait épousé Anne de Melun, apportant ainsi la Baronie de Rosny en dot. Après la mort de sa première épouse, il se remaria et dilapida ses biens, laissant ses enfants dans une situation précaire. François de Bethune, fils aîné de Jean, épousa Charlotte Dauvet et eut sept enfants. Il s'attacha au Prince de Condé et adopta la religion protestante. Son fils Maximilien, futur Marquis de Rosny, suivit ses traces. François, conscient des qualités de Maximilien, le prépara à servir le Prince de Condé, futur Henri IV. Maximilien fut présenté au Prince et jura fidélité, débutant ainsi une carrière marquée par la fidélité et l'excellence. Lors du massacre de la Saint-Barthélemy, Maximilien échappa à la mort en se déguisant et en se réfugiant au Collège de Bourgogne. Il continua ses études et servit fidèlement Henri IV, cultivant son esprit par des connaissances solides en histoire et en mathématiques. En 1581, il visita sa tante en Flandres, mais celle-ci, en raison de sa religion, l'accueillit froidement. Malgré les tentatives de retour à la foi catholique, Maximilien resta protestant et continua à servir Henri IV avec dévouement. La carrière militaire de Rosny fut marquée par des événements cruciaux, notamment la bataille de Coutras en 1587, où il dirigea l'artillerie pour le Roi de Navarre. Cette victoire fut en grande partie due à l'efficacité de l'artillerie dirigée par Rosny. Après la bataille, le Roi de Navarre exprima sa gratitude et reconnut l'importance de Rosny dans la victoire. Rosny reçut plusieurs charges et honneurs, notamment celle de Grand Maître de l'Artillerie en 1599, après avoir été successivement Grand Voyer de France et Surintendant des Finances. Il réorganisa l'artillerie, cassa des officiers inutiles ou mal intentionnés, et modernisa l'arsenal. Sa gestion fut si efficace que l'arsenal devint une terreur pour les ennemis de la France. Lors de la guerre contre le Duc de Savoie, Rosny joua un rôle clé en assurant les munitions et l'artillerie, contribuant à la prise de Montmélian. Sa diligence et son organisation furent saluées par Mezeray. Rosny avait également été chargé de la réparation et de l'entretien des chemins, obligeant les particuliers à planter des ormes pour le charroi de l'artillerie. Ces arbres sont encore appelés 'les Rosnys' de nos jours. Maximilien de Bethune fut élevé au rang de Duc de Sully en 1606, et reçut la charge de Capitaine-Lieutenant de deux cents hommes d'armes de la Reine la même année.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2453
p. 1131-1135
RÉPONSE de Mad. Meheust, Auteur de l'Histoire d'Emilie, ou des Amours de Mlle de .... à la Lettre inserée dans le Mercure du mois de Mars 1733.
Début :
C'est donc tout de bon, Monsieur, qu'il faut entrer en matiere et répondre [...]
Mots clefs :
Emilie, Histoire d'Émilie, Amour, Esprit romanesque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de Mad. Meheust, Auteur de l'Histoire d'Emilie, ou des Amours de Mlle de .... à la Lettre inserée dans le Mercure du mois de Mars 1733.
REPONSE de Mad. Meheust ,
Auteur de l'Histoire d'Emilie , ou des
Amours de Mlle de .... à la Lettre
inserée dans le Mercure du mois de
Mars 1733-
donc tout de bon , Monsieur ,
Cqu'il faut entrer en matiere et répondre
à des accusations réelles ( ce sont
vos termes ) je les releve parce qu'ils me
paroissent un peu forts. La carrierre est
si nouvelle pour moi , que je ne sçai si
je pourrai la soutenir , mais n'importe
j'en risque la course ; lorsqu'il s'agit de
la réputation , il sied bien d'être témeraire.
Quand on est informé , dites - vous , que
l'amour d'Emilie n'est qu'une feinte , rien
I. Vol.
n'in1132
MERCURE DE FRANCE
,
n'interesse plus et les Entretiens deviennent .
ennuyeux. Qui juge ainsi n'entre pas dans
mes idées ce vuide a son utilité , j'y
représente le ridicule de l'esprit Romanesque
et l'imprudence de quantité de
jeunes personnes qui donnent dans des
galanteries , sans penchant , sans passion
et par le seul plaisir d'avoir une intrigue ;
au reste ceux qui ne cherchent que les
amourettes , à qui sans doute ces conversations
ne plaisent pas , n'ont qu'à
les passer.
Le Comte et sa Maîtresse , s'allarment
mal à propos , puisque tout conspire à les
rendre heureux . Si on avoit pesé les choses
, on ne me feroit pas cette objection ,
deux familles s'estiment réciproquement
et vivent dans une parfaite union sans
contracter d'alliance . C'est la reconnoissance
qui fait agir la mere d'Emilie ; sans
sa maladie , sans les soins que prit d'elle
Mad. de Réville , on n'eût assurément
point parlé d'Hymen .
J'ai fait mourir trop de gens , et l'on
me soutient que les regles du Poëme Dramatique
et du Roman , sont égales . Je
n'en sçai rien , pour disputer là-dessus il
faudroit consulter Aristote , cela m'est
absolument impossible , ne le connoissant
tout au plus que de nom ; mais com-
→
I. Vol. me
JUIN. 1733. 1133
me le bon sens a droit de raisonner sur
tout , en dépit ou indépendamment de
la science , j'oserai alleguer que la comparaison
n'est pas juste. Un volume, quel
que petit qu'il soit , peut conduire à un
grand nombre d'années , ainsi les incidens
peuvent , sans choquer , se rencontrer
presque semblables , au lieu que l'espace
de vingt- quatre heures ne permet
pas la même licence. On devroit bien
après tout demander à l'Auteur des Mémoires
d'un homme de qualité , pourquoi
ses narrations sont si funestes, c'étoit
son goût , me répondra- t'on ; eh bien !
j'ai pensé aussi qu'il m'étoit libre de suivre
le mien .
On ne veut point me passer les exemples
de Julie , de Messaline et de Mar
guerite de Valais , parce qu'il est , dit- on ,
toujours d'une dangereuse conséquence
de montrer le vice à la jeunesse , et
qu'on doit craindre qu'elle n'envisage pas
tant l'infamie qui le suit , que l'appas
des vaines douceurs qui l'y porte. Si l'on
me traitoit avec moins de rigueur , je
n'éprouverois pas ce reproche. Je n'ai cité
le crime que pour en marquer la honte
et la catastrophe , sans en peindre la volupté
; d'ailleurs il faut supposer que Flore
sçavoit l'Histoire , ainsi sa mere pou
I. Vol. voir
1134 MERCURE DE FRANCE
voit sans conséquence lui rappeller tous
les traits qui pouvoient servir à la cor-.
riger; son amour pour le Chevalier de... sa
confiance dans Lavallier et son escapade ,
méritoient l'application . Vous soutenez
qu'il est des Livres qu'il seroit bon de
proscrire ; oui j'en conviens , mais à l'égard
de l'Histoire Romaine , que vous
attaquez directement , la question est differente
, je la laisse à décider , et je suis
persuadée que tout le monde ne sera pas
de votre avis. Croyez moi , c'est trop
épurer la délicatesse. La débauche ne
prend pas sa source dans l'étude , peu
de femmes s'y occupent et les plus coquettes
sont ordinairement les plus ignorantes.
Vous vous trompez lorsque vous envisagez
la retraite de mon Héroïne comme
un retour de raison. Ce n'est pas là le
motif qui la guide , cette démarche si
sage n'est pas entierement volontaire ,
plus d'une consideration l'y forcent les
remontrances de la Princesse dont elle
sent que la protection lui peut être encore
d'un grand secours , les discours de
Flore ; enfin l'amitié , le devoir , tout l'oblige
indispensablement à prendre co
parti.
L'amour du Comte et d'Emilie , ne
1. Vol. viennent
JUIN. 1733 1135
viennent pas d'une façon si subite qu'on
veut me le faire entendre . Ils dînent
ensemble et s'examinent
pendant plus
de quatre à cinq heures , c'est assez de
temps pour faire naître la tendresse , puisque
l'experience prouve qu'un premier
coup d'oeil a souvent suffi pour en ins
pirer des plus vives.
Pour la premiere fois je m'exprime , diton
, dans les termes de l'Art. Le compliment
me paroît obscur et je n'y comprends
en verité rien .
Voila , Monsieur , tout ce que je puis
dire pour ma deffense . Si mes raisons ne
vous satisfont pas , j'en serai d'autant plus
mortifiée , que j'ai résolu de garder desormais
le silence , le sujet ne mérite point
tant de répliques , nous pourrions à la
fin ennuyer le Public , et mon interêt
m'engage à ne le pas mettre de mauvaise
humeur ; ainsi c'est pour la derniere fois
que j'ai l'honneur de vous assurer dans
le Mercure , que je suis très sincerement,
Monsieur , &c.
Bruselle Meheust.
Auteur de l'Histoire d'Emilie , ou des
Amours de Mlle de .... à la Lettre
inserée dans le Mercure du mois de
Mars 1733-
donc tout de bon , Monsieur ,
Cqu'il faut entrer en matiere et répondre
à des accusations réelles ( ce sont
vos termes ) je les releve parce qu'ils me
paroissent un peu forts. La carrierre est
si nouvelle pour moi , que je ne sçai si
je pourrai la soutenir , mais n'importe
j'en risque la course ; lorsqu'il s'agit de
la réputation , il sied bien d'être témeraire.
Quand on est informé , dites - vous , que
l'amour d'Emilie n'est qu'une feinte , rien
I. Vol.
n'in1132
MERCURE DE FRANCE
,
n'interesse plus et les Entretiens deviennent .
ennuyeux. Qui juge ainsi n'entre pas dans
mes idées ce vuide a son utilité , j'y
représente le ridicule de l'esprit Romanesque
et l'imprudence de quantité de
jeunes personnes qui donnent dans des
galanteries , sans penchant , sans passion
et par le seul plaisir d'avoir une intrigue ;
au reste ceux qui ne cherchent que les
amourettes , à qui sans doute ces conversations
ne plaisent pas , n'ont qu'à
les passer.
Le Comte et sa Maîtresse , s'allarment
mal à propos , puisque tout conspire à les
rendre heureux . Si on avoit pesé les choses
, on ne me feroit pas cette objection ,
deux familles s'estiment réciproquement
et vivent dans une parfaite union sans
contracter d'alliance . C'est la reconnoissance
qui fait agir la mere d'Emilie ; sans
sa maladie , sans les soins que prit d'elle
Mad. de Réville , on n'eût assurément
point parlé d'Hymen .
J'ai fait mourir trop de gens , et l'on
me soutient que les regles du Poëme Dramatique
et du Roman , sont égales . Je
n'en sçai rien , pour disputer là-dessus il
faudroit consulter Aristote , cela m'est
absolument impossible , ne le connoissant
tout au plus que de nom ; mais com-
→
I. Vol. me
JUIN. 1733. 1133
me le bon sens a droit de raisonner sur
tout , en dépit ou indépendamment de
la science , j'oserai alleguer que la comparaison
n'est pas juste. Un volume, quel
que petit qu'il soit , peut conduire à un
grand nombre d'années , ainsi les incidens
peuvent , sans choquer , se rencontrer
presque semblables , au lieu que l'espace
de vingt- quatre heures ne permet
pas la même licence. On devroit bien
après tout demander à l'Auteur des Mémoires
d'un homme de qualité , pourquoi
ses narrations sont si funestes, c'étoit
son goût , me répondra- t'on ; eh bien !
j'ai pensé aussi qu'il m'étoit libre de suivre
le mien .
On ne veut point me passer les exemples
de Julie , de Messaline et de Mar
guerite de Valais , parce qu'il est , dit- on ,
toujours d'une dangereuse conséquence
de montrer le vice à la jeunesse , et
qu'on doit craindre qu'elle n'envisage pas
tant l'infamie qui le suit , que l'appas
des vaines douceurs qui l'y porte. Si l'on
me traitoit avec moins de rigueur , je
n'éprouverois pas ce reproche. Je n'ai cité
le crime que pour en marquer la honte
et la catastrophe , sans en peindre la volupté
; d'ailleurs il faut supposer que Flore
sçavoit l'Histoire , ainsi sa mere pou
I. Vol. voir
1134 MERCURE DE FRANCE
voit sans conséquence lui rappeller tous
les traits qui pouvoient servir à la cor-.
riger; son amour pour le Chevalier de... sa
confiance dans Lavallier et son escapade ,
méritoient l'application . Vous soutenez
qu'il est des Livres qu'il seroit bon de
proscrire ; oui j'en conviens , mais à l'égard
de l'Histoire Romaine , que vous
attaquez directement , la question est differente
, je la laisse à décider , et je suis
persuadée que tout le monde ne sera pas
de votre avis. Croyez moi , c'est trop
épurer la délicatesse. La débauche ne
prend pas sa source dans l'étude , peu
de femmes s'y occupent et les plus coquettes
sont ordinairement les plus ignorantes.
Vous vous trompez lorsque vous envisagez
la retraite de mon Héroïne comme
un retour de raison. Ce n'est pas là le
motif qui la guide , cette démarche si
sage n'est pas entierement volontaire ,
plus d'une consideration l'y forcent les
remontrances de la Princesse dont elle
sent que la protection lui peut être encore
d'un grand secours , les discours de
Flore ; enfin l'amitié , le devoir , tout l'oblige
indispensablement à prendre co
parti.
L'amour du Comte et d'Emilie , ne
1. Vol. viennent
JUIN. 1733 1135
viennent pas d'une façon si subite qu'on
veut me le faire entendre . Ils dînent
ensemble et s'examinent
pendant plus
de quatre à cinq heures , c'est assez de
temps pour faire naître la tendresse , puisque
l'experience prouve qu'un premier
coup d'oeil a souvent suffi pour en ins
pirer des plus vives.
Pour la premiere fois je m'exprime , diton
, dans les termes de l'Art. Le compliment
me paroît obscur et je n'y comprends
en verité rien .
Voila , Monsieur , tout ce que je puis
dire pour ma deffense . Si mes raisons ne
vous satisfont pas , j'en serai d'autant plus
mortifiée , que j'ai résolu de garder desormais
le silence , le sujet ne mérite point
tant de répliques , nous pourrions à la
fin ennuyer le Public , et mon interêt
m'engage à ne le pas mettre de mauvaise
humeur ; ainsi c'est pour la derniere fois
que j'ai l'honneur de vous assurer dans
le Mercure , que je suis très sincerement,
Monsieur , &c.
Bruselle Meheust.
Fermer
Résumé : RÉPONSE de Mad. Meheust, Auteur de l'Histoire d'Emilie, ou des Amours de Mlle de .... à la Lettre inserée dans le Mercure du mois de Mars 1733.
Madame Meheust, autrice de 'L'Histoire d'Emilie', répond aux accusations portées contre son œuvre dans une lettre publiée dans le Mercure de Mars 1733. Elle exprime son incertitude quant à sa capacité à défendre son travail, tout en soulignant l'importance de protéger sa réputation. Madame Meheust justifie les vides apparents dans son récit en les attribuant au ridicule de l'esprit romanesque et à l'imprudence des jeunes personnes s'engageant dans des intrigues sans véritable passion. Elle défend également le nombre élevé de décès dans son roman en précisant que les règles du poème dramatique et du roman diffèrent. Elle réfute les critiques sur les exemples de personnages immoraux, affirmant qu'elle les utilise pour en montrer la honte et la catastrophe, et non pour en peindre la volupté. Madame Meheust conteste l'idée que la débauche provienne de l'étude et soutient que la retraite de son héroïne n'est pas entièrement volontaire, mais dictée par des considérations pratiques et des remises en question. Elle conclut en exprimant son intention de ne plus répondre aux critiques pour éviter d'ennuyer le public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2454
p. 1154-1161
Traité de l'Opinion, [titre d'après la table]
Début :
Nous achevons ici l'Extrait du Traité de l'Opinion, bien moins [...]
Mots clefs :
Opinions, Traité, Médecine, Matière, Dieu, Astronomie, Naturalistes, Politique, Commencement, Esprit humain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traité de l'Opinion, [titre d'après la table]
Ous acheverons ici l'Extrait du
N Traité de l'Opinion , bien moins.
pour faire connoître un Ouvrage dont
la réputation est autant répandue et aussi
bien établie que pour nous acquitter de
notre promesse. Les Citations d'un Ouvra
ge n'entrent pas ordinairemens dan tunExtrait;
nous nous contenterons d'observer à
cet égard qu'on trouve sur chaque matiere
le précis de ce que les Auteurs anciens
et modernes ont dit de plus remarquable
, que leurs propres paroles sont souvent
citées , et les passages toujours choisis
avec discernement , ensorte que dans
la seule lecture de cet Ouvrage on peut
recueillir le fruit de beaucoup de travail
et de recherches en tout genre.
Le quatrième Livre , où nous avons
terminé la premiere partie de notre Extrait
, renferme principalement les contradictions
des Savans sur la Physique ,
l'Astronomie et la Médecine ; les impostures
des Alchimistes et des Astrologues,
les opinions outrées des Naturalistes , et
I. Vol. en
JUIN. 1733. 1155
en même-temps les progrès de l'Esprit
humain et ses nouvelles découvertes dans
les Sciences qui ont des objets corporels.
Le Chapitre premier contient quelques
objections faites aux Mathématiciens
avec des Refléxions sur le systême de
l'infini et sur l'état présent de la Géométrie.
Les trois Figures placées au commencement
du Chapitre de la Physique ,
représentent,l'une les Tourbillons de Descartes
, et les deux autres , la Masse du
Soleil , composée , selon Descartes , de la
matiere subtile , et selon l'Auteur da
Traité de l'Opinion , de la matiere compacte
du troisiéme Element , penetrée de
la matiere subtile du premier. Tout ce
qu'il dit à cet égard est neuf et digne
de l'attention des plus habiles Physiciens.
Le Chapitre de l'Astronomie explique
les quatre principaux Systêmes de Ptolomée
, de Copernic , de Tycho- Brahé et
de Longomontan , et renferme les dif
ferentes opinions des Astronomes , entre
lesquelles il se trouve de prodigieuses
distances. Après avoir observé qu'il y a
telle Etoile , qu'on croit avec raison plu
sieurs millions de fois plus grande que
le Soleil , et qu'il est inconcevable de
combien la grandeur de cette Etoile surpasse
celle du Globe de la Terre , que
I. Vola
l'Astro1156
MERCURE DE FRANCE
l'Astronomie la plus nouvelle tient plus
petit que le Soleil un million de fois ,
Î'Auteur ajoûte : » C'est ainsi que plus on
» fait de progrès dans une Science , plus
» l'objet auquel tendent nos travaux , sem-
» ble s'éloigner de nous ; plus on acquiert
» de connoissances , plus on s'apperçoit
» de l'étenduë de celles qui manquent ,
» et comme le sçavant , semblable à l'am-
» bitieux , ne regarde jamais derriere lui ,
plus il apprend , plus il ignore. Ses dé-
»couvertes lui offrent des travaux de plus
» en plus inépuisables,il demeure convain-
» cu de la maxime de Socrate , qu'il ne sçait
>>autre chose , sinon qu'il ne sçait rien .
Il est ensuite traité de la Médecine.
L'Auteur a dit dans sa Préface qu'il ne
peut se refuser la satisfaction de déclarerson
sentiment particulier ; sçavoir , que si
la Médecine est un Art en lui - même rempli
d'incertitude et de dangers , il n'y
a point de secours plus nécessaire à un
malade que celui de la prudence d'un
bon Médecin , et qu'il y auroit une grande
témérité de prétendre se conduire par
son goût ou par ses lumieres dans l'état
auquel on est réduit par la maladie . Ce
Chapitre de la Médecine expose les differens
systêmes et les contradictions des
Médecins , les changemens arrivez dans
1. Vol. la
JUIN. 1733. 1157
la Médecine , les contestations survenuës
au sujet de l'Emétique , avec des Dissertations
sur les manieres de traiter la petite
verole , sur les saignées et sur les dé
couvertes nouvelles de la Médecine.
Le Chapitre suivant de la Chimie est
écrit de cette maniere , également instructive
et amusante , dont l'Auteur ne s'écarte
jamais , et avec la clarté qu'il sçait répandre
sur toutes sortes de sujets . Il dévoile
les supercheries des Alchimistes et réfute
leurs raisonnemens les plus spécieux;
mais il rend justice aux découvertes utiles
d'une Chimie très- sage , qui ne s'applique
qu'à la connoissance de la Nature
et à la préparation des Remedes.
Les préceptes frivoles de l'Astrologie
judiciaire sont détruits et renversez dans
le Chapitre sixième. Les exemples des
prédictions les plus célebres , n'y sont
pas oubliés. Les autres especes de divinations
prétendues naturelles , comme
phisionomie , Chiromancie , Talismans
&c. sont traitées suivant la méthode de
rapporter les opinions des anciens et des
modernes avec les exemples historiques.
Dans le Chapitre des Naturalistes ,
P'Auteur avertit que le vrai se trouve
mêlé avec le faux , et qu'il lui eut été
impossible d'assigner les limites de l'un
I. Vol. et
1158 MERCURE DE FRANCE
de l'autre. Ce mêlange des opinions des
Naturalistes , dont les unes sont outrées
à l'excès , d'autres fort incertaines , et
quelques- unes veritables, fournit des Mémoires
très - amples pour l'Histoire de
l'Esprit humain sur cette matiere .
La Dissertation sur les Arts n'est pas
moins curieuse , et l'Auteur discute cnsuite
en Philosophe profond , les opinions
sur la formation des idées , et ce qui regarde
l'imagination et les sens .
>
Dans le Livre cinquième qui traite de
la Politique , il fait connoître les differentes
sortes de Gouvernemens par l'Histoire
ancienne et moderne ; il donne des
Tableaux finis des Etats de la Grèce et
de la République Romaine ; il explique
avec une grande connoissance du Droit
Public , la véritable constitution du Gouvernement
de France ; il marche d'un
pas hardi et ferme entre les écueils , et
il réfute avec force les fausses opinions
répandues sur des matieres si importantes.
Dans le second Chapitre , l'Auteur
éxamine les maximes politiques. Il excepte
du nombre des opinions quelques
principes certains , par exemple , que
comme Archimede ne demandoit qu'un
point d'appui , pour remuer le Globe de
1. Vol. la
JUIN. 1733. 1159
fa Terre à son gré , ce point d'appui
pour la politique est la bonne foi ; que
le principe de toute verité étant que Dieu
est incapable de tromper , le principe de
toute bonne politique est aussi que le
Monarque soit incapable de tromper ;
que les hommes ne résisteront jamais à
un Empire qui réunit la justice et la
force , &c.
Le sixième Livre renferme les pensées
les plus sublimes , en même temps que
les opinions les plus déraisonnables sur
la Morale et les differentes Loix et Coûtumes
des Peuples. Le Chapitre des Loix
commence par une réfutation très forte
de Spinosa , de Montagne et autres qui
ont nié une justice naturelle ; et l'Auteur
établit que les grands principes de Morale
sont susceptibles de démonstration.
On trouve dans ce Chapitre une Histoire
plus étendue que par tout ailleurs ,
de toutes les épreuves appellées Jugemens
de Dieu."
La diversité des Coûtumes est propo
sée comme une source de Refléxions salutaires.
Le Lecteur s'y trouve disposé
par ce commencement du cinquième
Chapitre, » Platon remercioit Dieu de
l'avoir fait homme et non pas bête ,
Grec er non pas Barbare ; pour nous en
I. Vol.
» faisant
1160 MERCURE DE FRANCE
ノ
» sant refléxion sur plusieurs Coûtumes .
» et opinions abominables qui inondent
» la surface de la Terre , concevons - en
» une juste horreur et remercions Dieu
» de nous avoir fait naître Chrétiens , sous
» une domination équitable et dans un
» siecle éclairé .... Les meilleures ins-
>> tructions se tirent quelquefois des exem-
» ples les plus défectueux ; Ismenias fai-
» soit entendre à ses Ecoliers les plus
» mauvais Joueurs de flute ; le pere d'Ho-
» race lui mettoit devant les yeux la Jeu-
» nesse de Rome la plus corrompuë ;
»Quintilien vouloit que les Professeurs
d'Eloquence lûssent à leurs Disciples
» des Oraisons d'un stile insipide ; les La-
» cédémoniens obligeoient les Ilotes de
» s'enyvrer en présence de leurs enfans
& c.
ر د
>>
L'Ouvrage est terminé par une Dissertation
éloquente sur la douleur et sur
la mort. Mais nous nous appercevons
que nous passons les bornes d'un Extrait
; nous ajoûterons seulement que
ceux qui ont acheté des Exemplaires
du Traité de l'Opinion , sont avertis que
l'Auteur à joint à chaque volume quelques
Observations. Ils les trouveront
contenues séparément dans une petite
Brochure , chez Antoine - Claude Brias-
I. Vel. son
JUIN. 1733. 1161
son , qui débite présentement ce Traité ;
et à l'égard des Exemplaires qui seront
vendus par la suite , ces Observations y
seront insérées au commencement de
chaque volume . Elles renferment des
Eclaircissemens , Additions , Corrections
et un Errata plus exact .
N Traité de l'Opinion , bien moins.
pour faire connoître un Ouvrage dont
la réputation est autant répandue et aussi
bien établie que pour nous acquitter de
notre promesse. Les Citations d'un Ouvra
ge n'entrent pas ordinairemens dan tunExtrait;
nous nous contenterons d'observer à
cet égard qu'on trouve sur chaque matiere
le précis de ce que les Auteurs anciens
et modernes ont dit de plus remarquable
, que leurs propres paroles sont souvent
citées , et les passages toujours choisis
avec discernement , ensorte que dans
la seule lecture de cet Ouvrage on peut
recueillir le fruit de beaucoup de travail
et de recherches en tout genre.
Le quatrième Livre , où nous avons
terminé la premiere partie de notre Extrait
, renferme principalement les contradictions
des Savans sur la Physique ,
l'Astronomie et la Médecine ; les impostures
des Alchimistes et des Astrologues,
les opinions outrées des Naturalistes , et
I. Vol. en
JUIN. 1733. 1155
en même-temps les progrès de l'Esprit
humain et ses nouvelles découvertes dans
les Sciences qui ont des objets corporels.
Le Chapitre premier contient quelques
objections faites aux Mathématiciens
avec des Refléxions sur le systême de
l'infini et sur l'état présent de la Géométrie.
Les trois Figures placées au commencement
du Chapitre de la Physique ,
représentent,l'une les Tourbillons de Descartes
, et les deux autres , la Masse du
Soleil , composée , selon Descartes , de la
matiere subtile , et selon l'Auteur da
Traité de l'Opinion , de la matiere compacte
du troisiéme Element , penetrée de
la matiere subtile du premier. Tout ce
qu'il dit à cet égard est neuf et digne
de l'attention des plus habiles Physiciens.
Le Chapitre de l'Astronomie explique
les quatre principaux Systêmes de Ptolomée
, de Copernic , de Tycho- Brahé et
de Longomontan , et renferme les dif
ferentes opinions des Astronomes , entre
lesquelles il se trouve de prodigieuses
distances. Après avoir observé qu'il y a
telle Etoile , qu'on croit avec raison plu
sieurs millions de fois plus grande que
le Soleil , et qu'il est inconcevable de
combien la grandeur de cette Etoile surpasse
celle du Globe de la Terre , que
I. Vola
l'Astro1156
MERCURE DE FRANCE
l'Astronomie la plus nouvelle tient plus
petit que le Soleil un million de fois ,
Î'Auteur ajoûte : » C'est ainsi que plus on
» fait de progrès dans une Science , plus
» l'objet auquel tendent nos travaux , sem-
» ble s'éloigner de nous ; plus on acquiert
» de connoissances , plus on s'apperçoit
» de l'étenduë de celles qui manquent ,
» et comme le sçavant , semblable à l'am-
» bitieux , ne regarde jamais derriere lui ,
plus il apprend , plus il ignore. Ses dé-
»couvertes lui offrent des travaux de plus
» en plus inépuisables,il demeure convain-
» cu de la maxime de Socrate , qu'il ne sçait
>>autre chose , sinon qu'il ne sçait rien .
Il est ensuite traité de la Médecine.
L'Auteur a dit dans sa Préface qu'il ne
peut se refuser la satisfaction de déclarerson
sentiment particulier ; sçavoir , que si
la Médecine est un Art en lui - même rempli
d'incertitude et de dangers , il n'y
a point de secours plus nécessaire à un
malade que celui de la prudence d'un
bon Médecin , et qu'il y auroit une grande
témérité de prétendre se conduire par
son goût ou par ses lumieres dans l'état
auquel on est réduit par la maladie . Ce
Chapitre de la Médecine expose les differens
systêmes et les contradictions des
Médecins , les changemens arrivez dans
1. Vol. la
JUIN. 1733. 1157
la Médecine , les contestations survenuës
au sujet de l'Emétique , avec des Dissertations
sur les manieres de traiter la petite
verole , sur les saignées et sur les dé
couvertes nouvelles de la Médecine.
Le Chapitre suivant de la Chimie est
écrit de cette maniere , également instructive
et amusante , dont l'Auteur ne s'écarte
jamais , et avec la clarté qu'il sçait répandre
sur toutes sortes de sujets . Il dévoile
les supercheries des Alchimistes et réfute
leurs raisonnemens les plus spécieux;
mais il rend justice aux découvertes utiles
d'une Chimie très- sage , qui ne s'applique
qu'à la connoissance de la Nature
et à la préparation des Remedes.
Les préceptes frivoles de l'Astrologie
judiciaire sont détruits et renversez dans
le Chapitre sixième. Les exemples des
prédictions les plus célebres , n'y sont
pas oubliés. Les autres especes de divinations
prétendues naturelles , comme
phisionomie , Chiromancie , Talismans
&c. sont traitées suivant la méthode de
rapporter les opinions des anciens et des
modernes avec les exemples historiques.
Dans le Chapitre des Naturalistes ,
P'Auteur avertit que le vrai se trouve
mêlé avec le faux , et qu'il lui eut été
impossible d'assigner les limites de l'un
I. Vol. et
1158 MERCURE DE FRANCE
de l'autre. Ce mêlange des opinions des
Naturalistes , dont les unes sont outrées
à l'excès , d'autres fort incertaines , et
quelques- unes veritables, fournit des Mémoires
très - amples pour l'Histoire de
l'Esprit humain sur cette matiere .
La Dissertation sur les Arts n'est pas
moins curieuse , et l'Auteur discute cnsuite
en Philosophe profond , les opinions
sur la formation des idées , et ce qui regarde
l'imagination et les sens .
>
Dans le Livre cinquième qui traite de
la Politique , il fait connoître les differentes
sortes de Gouvernemens par l'Histoire
ancienne et moderne ; il donne des
Tableaux finis des Etats de la Grèce et
de la République Romaine ; il explique
avec une grande connoissance du Droit
Public , la véritable constitution du Gouvernement
de France ; il marche d'un
pas hardi et ferme entre les écueils , et
il réfute avec force les fausses opinions
répandues sur des matieres si importantes.
Dans le second Chapitre , l'Auteur
éxamine les maximes politiques. Il excepte
du nombre des opinions quelques
principes certains , par exemple , que
comme Archimede ne demandoit qu'un
point d'appui , pour remuer le Globe de
1. Vol. la
JUIN. 1733. 1159
fa Terre à son gré , ce point d'appui
pour la politique est la bonne foi ; que
le principe de toute verité étant que Dieu
est incapable de tromper , le principe de
toute bonne politique est aussi que le
Monarque soit incapable de tromper ;
que les hommes ne résisteront jamais à
un Empire qui réunit la justice et la
force , &c.
Le sixième Livre renferme les pensées
les plus sublimes , en même temps que
les opinions les plus déraisonnables sur
la Morale et les differentes Loix et Coûtumes
des Peuples. Le Chapitre des Loix
commence par une réfutation très forte
de Spinosa , de Montagne et autres qui
ont nié une justice naturelle ; et l'Auteur
établit que les grands principes de Morale
sont susceptibles de démonstration.
On trouve dans ce Chapitre une Histoire
plus étendue que par tout ailleurs ,
de toutes les épreuves appellées Jugemens
de Dieu."
La diversité des Coûtumes est propo
sée comme une source de Refléxions salutaires.
Le Lecteur s'y trouve disposé
par ce commencement du cinquième
Chapitre, » Platon remercioit Dieu de
l'avoir fait homme et non pas bête ,
Grec er non pas Barbare ; pour nous en
I. Vol.
» faisant
1160 MERCURE DE FRANCE
ノ
» sant refléxion sur plusieurs Coûtumes .
» et opinions abominables qui inondent
» la surface de la Terre , concevons - en
» une juste horreur et remercions Dieu
» de nous avoir fait naître Chrétiens , sous
» une domination équitable et dans un
» siecle éclairé .... Les meilleures ins-
>> tructions se tirent quelquefois des exem-
» ples les plus défectueux ; Ismenias fai-
» soit entendre à ses Ecoliers les plus
» mauvais Joueurs de flute ; le pere d'Ho-
» race lui mettoit devant les yeux la Jeu-
» nesse de Rome la plus corrompuë ;
»Quintilien vouloit que les Professeurs
d'Eloquence lûssent à leurs Disciples
» des Oraisons d'un stile insipide ; les La-
» cédémoniens obligeoient les Ilotes de
» s'enyvrer en présence de leurs enfans
& c.
ر د
>>
L'Ouvrage est terminé par une Dissertation
éloquente sur la douleur et sur
la mort. Mais nous nous appercevons
que nous passons les bornes d'un Extrait
; nous ajoûterons seulement que
ceux qui ont acheté des Exemplaires
du Traité de l'Opinion , sont avertis que
l'Auteur à joint à chaque volume quelques
Observations. Ils les trouveront
contenues séparément dans une petite
Brochure , chez Antoine - Claude Brias-
I. Vel. son
JUIN. 1733. 1161
son , qui débite présentement ce Traité ;
et à l'égard des Exemplaires qui seront
vendus par la suite , ces Observations y
seront insérées au commencement de
chaque volume . Elles renferment des
Eclaircissemens , Additions , Corrections
et un Errata plus exact .
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Résumé : Traité de l'Opinion, [titre d'après la table]
Le 'Traité de l'Opinion' explore divers sujets à travers plusieurs livres, en mettant l'accent sur les contradictions et les progrès dans différentes disciplines scientifiques et philosophiques. Le quatrième livre examine les divergences entre savants, les impostures des alchimistes et des astrologues, ainsi que les avancées scientifiques. En physique, il discute des tourbillons de Descartes et des opinions sur la matière. En astronomie, il présente les systèmes de Ptolémée, Copernic, Tycho Brahé et Longomontan, soulignant l'immensité de l'univers et l'ignorance persistante malgré les progrès. La médecine est abordée en mettant en avant les incertitudes et la nécessité de la prudence médicale. La chimie est analysée en révélant les supercheries des alchimistes et en valorisant les découvertes utiles. L'astrologie est critiquée pour ses prédictions frivoles. Les naturalistes sont étudiés pour leur mélange d'opinions vraies et fausses. Le cinquième livre traite des différentes formes de gouvernements et des maximes politiques, insistant sur la bonne foi et la justice. Le sixième livre explore la morale et les lois, réfutant les opinions nihilistes et proposant des réflexions sur les coutumes diverses. L'ouvrage se termine par une dissertation sur la douleur et la mort. Des observations supplémentaires sont disponibles séparément ou insérées dans les futurs exemplaires.
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2455
p. 1161-1163
« SYSTEME CHRONOLOGIQUE sur les trois Textes de la Bible, avec l'histoire des anciennes [...] »
Début :
SYSTEME CHRONOLOGIQUE sur les trois Textes de la Bible, avec l'histoire des anciennes [...]
Mots clefs :
Histoire, Académie royale des inscriptions et belles-lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « SYSTEME CHRONOLOGIQUE sur les trois Textes de la Bible, avec l'histoire des anciennes [...] »
SYSTEME CHRONOLOGIQUE sur les trois
Textes de la Bible , avec l'histoire des anciennes
Monarchies , expliquée et réta
blic . Ouvrage divisé en deux parties : La
premiere comprend les Antiquitez des
premiers et des seconds Assyriens , des
seconds et troisiémes Babyloniens , avec
'Histoire des Médes . La seconde [comprendra
l'ancienne Histoire des Perses
des Egyptiens et des Scythes , les antiquitez
Chinoises , Phéniciennes et Lydiennes
; celles de l'Asie et de l'Afrique,
avec l'ancienne Histoire Grecque et Larine
. Par M. Michel de Toul. A Toul
chez Cl. Vincent . 1732. in 4 .
NOUVELLE TRADUCTION FRANÇOISE du
Pastor Fido , avec le Texte à côté. A Paris
, chez Nyon fils , Place de Conty . 1732.
in 12.
HISTOIRE CRITIQUE de la Gaule Nar-
I. Vol. bonnoi1162
MERCURE DE FRANCE
bonnoise , qui comprenoit la Savoye , le
Dauphiné , la Provence , le Languedoc ,
le Roussillon et le Comté de Foix , avec
des Dissertations . Par M. de Mandajors ,
de l'Académie Royale des Inscriptions et
Belles Lettres. Chez Greg. Dupuis , ruë
5. Jacques . 1733. in 12 .
HISTOIRE D'HIPPOLYTE , Comte de Duglas.
Par Mad. Aulnoy , nouvelle Edition,
enrichie de figures en Taille douce , Chez
Gabr. Valleyre , fils , ruë de la Vieille-
Bouclerie , et la veuve Langlois , Quai de
Conty. 1733. in 12. 2. vol.
د
THEOLOGIE PHISIQUE , ou Démonstration
de l'Existence et des Attributs de
Dieu , tirée des Oeuvres de la Création ?
accompagnée d'un grand nombre de Remarques
et d'Observations curieuses . Par
Guill. Derham , Chanoine de Vindsor
Recteur d'Upminster , &c. Traduite de
l'Anglois , par Jacq . Lufneu , Docteur en
Médecine et Lecteur en Mathématique
Troisiéme Edition , revûë et corrigée . A
Paris , chez Chaubert , Quai des Augustins,
in 8. 1732.
LES METAMORPHOSES D'OVIDE , avec
des Remarques et des Explications histo-
1. Vol.
riques,
JUIN. 1733- 1163
riques. Par M. l'Abbé Banier , de l'Académie
Royale des Inscriptions et Belles-
Lettres. Ouvrage enrichi de Figures en
Taille douce. A Amsterdam , chez Westeins
et Smith , et se vend à Paris , chez
Coignard , fils , 1732. 3 vol. in 12 .
Textes de la Bible , avec l'histoire des anciennes
Monarchies , expliquée et réta
blic . Ouvrage divisé en deux parties : La
premiere comprend les Antiquitez des
premiers et des seconds Assyriens , des
seconds et troisiémes Babyloniens , avec
'Histoire des Médes . La seconde [comprendra
l'ancienne Histoire des Perses
des Egyptiens et des Scythes , les antiquitez
Chinoises , Phéniciennes et Lydiennes
; celles de l'Asie et de l'Afrique,
avec l'ancienne Histoire Grecque et Larine
. Par M. Michel de Toul. A Toul
chez Cl. Vincent . 1732. in 4 .
NOUVELLE TRADUCTION FRANÇOISE du
Pastor Fido , avec le Texte à côté. A Paris
, chez Nyon fils , Place de Conty . 1732.
in 12.
HISTOIRE CRITIQUE de la Gaule Nar-
I. Vol. bonnoi1162
MERCURE DE FRANCE
bonnoise , qui comprenoit la Savoye , le
Dauphiné , la Provence , le Languedoc ,
le Roussillon et le Comté de Foix , avec
des Dissertations . Par M. de Mandajors ,
de l'Académie Royale des Inscriptions et
Belles Lettres. Chez Greg. Dupuis , ruë
5. Jacques . 1733. in 12 .
HISTOIRE D'HIPPOLYTE , Comte de Duglas.
Par Mad. Aulnoy , nouvelle Edition,
enrichie de figures en Taille douce , Chez
Gabr. Valleyre , fils , ruë de la Vieille-
Bouclerie , et la veuve Langlois , Quai de
Conty. 1733. in 12. 2. vol.
د
THEOLOGIE PHISIQUE , ou Démonstration
de l'Existence et des Attributs de
Dieu , tirée des Oeuvres de la Création ?
accompagnée d'un grand nombre de Remarques
et d'Observations curieuses . Par
Guill. Derham , Chanoine de Vindsor
Recteur d'Upminster , &c. Traduite de
l'Anglois , par Jacq . Lufneu , Docteur en
Médecine et Lecteur en Mathématique
Troisiéme Edition , revûë et corrigée . A
Paris , chez Chaubert , Quai des Augustins,
in 8. 1732.
LES METAMORPHOSES D'OVIDE , avec
des Remarques et des Explications histo-
1. Vol.
riques,
JUIN. 1733- 1163
riques. Par M. l'Abbé Banier , de l'Académie
Royale des Inscriptions et Belles-
Lettres. Ouvrage enrichi de Figures en
Taille douce. A Amsterdam , chez Westeins
et Smith , et se vend à Paris , chez
Coignard , fils , 1732. 3 vol. in 12 .
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Résumé : « SYSTEME CHRONOLOGIQUE sur les trois Textes de la Bible, avec l'histoire des anciennes [...] »
Le document recense des ouvrages historiques et littéraires publiés entre 1732 et 1733. Parmi eux, 'SYSTEME CHRONOLOGIQUE' de Michel de Toul analyse les textes bibliques et l'histoire des anciennes monarchies, divisé en deux parties couvrant divers peuples et civilisations. 'NOUVELLE TRADUCTION FRANÇOISE du Pastor Fido' est une traduction française d'une œuvre pastorale italienne, publiée à Paris. 'HISTOIRE CRITIQUE de la Gaule Narbonnaise' par M. de Mandajors explore l'histoire de la Gaule Narbonnaise et des régions voisines, accompagnée de dissertations. 'HISTOIRE D'HIPPOLYTE, Comte de Duglas' est une nouvelle édition enrichie de figures, écrite par Madame Aulnoy. 'THEOLOGIE PHISIQUE' de Guill. Derham, traduite par Jacq. Lufneu, démontre l'existence et les attributs de Dieu à travers les œuvres de la création. Enfin, 'LES METAMORPHOSES D'OVIDE' par l'Abbé Banier offre des remarques et des explications historiques, enrichi de figures.
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2456
p. 1163-1168
Essay sur le bon goût en Musique, &c. [titre d'après la table]
Début :
ESSAY sur le bon goût en Musique. Par M. Grandval. A Paris, Quai de Gévres, [...]
Mots clefs :
Goût, Sentiment, Règles, Bon goût, Savants, Peuple, Oreilles, Connaître
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essay sur le bon goût en Musique, &c. [titre d'après la table]
ESSAY sur le bon goût en Musique.Par
M. Grandval. A Paris , Quai de Gévres ,
chez P. Prault.173 2. brochure de 76 pag.
prix , 15 sols.
4
Voicy une matiere toute neuve , comme
l'Auteur l'expose dans une courte
Préface , en réfléchissant sur la difficulté
et la délicatesse de l'entreprise. Selon lui,
il y a deux grandes manieres de connoitre
les bonnes et les mauvaises choses ; le
sentiment intérieur et les Regles . Par le
sentiment on dira , il me semble , que
cela est bien , ou il me semble que cela
est mauvais. Par les Regles , on dira , cela
est bon ou mauvais , par telle raison, & c.
Or le plus sûr moyen de juger sainement
est de joindre le sentiment intérieur aux
Regles , d'appliquer l'un à l'autre ; de
bien démêler l'impression de l'un à l'effet
de l'autre ; ensorte qu'ils se prêtent un
mutuel secours équitable , et qu'il en ré-
-sulte un jugement sensé , qui fasse honneur
au goût de celui qui le rend .
I. Vol.
F Le
1164 MERCURE DE FRANCE
}
Le bon goût se distingue par les de
grez où l'on place les bonnes choses , les
mauvaises , les médiocres, les excellentes
et les détestables.
;
Il y a dans les Arts , dit l'Auteur , un
point de perfection ; celui qui le sent a le
goût parfait celui qui ne le sent pas et
qui va trop loin ou reste en deçà , a le
goût défectueux ; sur ce pied- là le bon
goût n'est autre chose que le sentiment
naturel , purifié par les Régles. 11 consiste
à sçavoir faire cas des choses , à. proportion
de ce qu'elles valent , et à les estimer
selon qu'elles sont estimables , par
de génie et l'art qui y sont employez , et
bien ou mal mis en oeuvre.
-
Il y a deux sortes d'oreilles ; l'une pour
le son , l'autre pour la mesure ou le mouvenient;
la premiere est blessée d'un faux
ton , qui fait connoître quand on chante
ou qu'on touche faux ; celle-là est impossible
à donner. L'autre fait chanter de
mesure , fait connoître quand on en est
sorti , et enseigne l'exacte précision de la
valeur des temps. Quelques uns ont l'une
au suprême dégré , à qui l'autre manque
entierement. J'ai connu des Musiciens ,
poursuit l'Auteur , qui avoient l'oreille
du son si parfaite , qu'ils auroient discerné
jusqu'à un demi ton de fausseté ,
L. Vol.
et
JUIN. 1733 1165
et qui ne pouvoient danser un Menuet
en cadance ; et des Maîtres à Danser qui
ne s'appercevoient pas quand on chantoit
faux .
⚫ M. Granval , veut sur tout qu'on sçache
promptement connoître le ton ma
jeur et le ton mineur , et qu'on y ait l'oreille
bien rompuë , afin d'être d'abord
sensible à la difference de l'un et de l'autre.
C'est pour cela , dit-il , qu'il n'y a
rien de si dangereux que d'être commencé
par de méchans Maîtres , soit à chanter
, soit à jouer des Instrumens , ou à
danser ; ils donnent un mauvais pli , de
mauvais principes ; ils gâtent la voix , la
main , la jambe , et qui pis est le goût ,
bien loin d'en donner.
Pour parvenir au bon goût en question
, il faut s'accoûtumer à juger , &c.
J'ai pris garde à l'Opéra et aux Concerts
que bien des personnes ne jugent point ,
ils tâchent de lire dans les yeux des autres
ce qu'ils doivent penser et sentir. Il
faut se demander à soi -même : Cet Air
m'a-t- il flaté l'oreille , m'a - t - il ému le
coeur ? oui. Voilà le sentiment qui approuve
; il reste à consulter les Regles ,
& c .
Le plaisir du coeur étant au- dessus de
celui des oreilles ; une Musique qui pê-
1. Vol.
Fij che
1166 MERCURE DE FRANCE
che contre les Loix qui vont à toucher le
coeur , pêche davantage que celle qui ne
manque qu'à celles qui visent à contenter
les oreilles . Pardonnons à deux cadences
semblables , trop voisines l'une de
l'autre , à quelques fautes contre les regles
de la compositions et ne pardonnons
point à un shant froid , ou forcé ,
ou sans expression , ni à une-Musique trop
chargée d'agrémens et pleine de richesses
, hors de saison. Tout cela est en purc
perte.
Les belles chofes ne le sont plus , hors
de leur place.
La raison met les bienséances , et les
bienséances mettent la perfection .
L'Auteur préfére l'approbation du peu
ple à celle des Sçavans , avec des modifications
; il donne de tres bonnes raisons
pour appuyer son sentiment , et il soutient
que ce qui emporte generalement
l'admiration du peuple qui va à l'Opéra ,
Sans emporter celle des Sçavans , est au
dessus de ce qui emporte celle des Sçavans
, sans toucher le peuple.
·
Par le Peuple , dit il , j'entends toujours
les honnêtes gens , conduits par la
nature , à laquelle ils s'abandonnent ,
S'entreprêtant chacun ses lumieres , se
redressant l'un l'autre , et prononçant ,
I. Vel. selon
JUIN. 1733. 1167
selon un sentiment commun et libre
C'est là le grand Juge. Ce sont plus d'oreilles
et plus d'yeux ; la nature parle davantage
et plus haut ; la verité sort du
milieu du Parterre , comme elle sortoit
autrefois de la multitude d'Athénes.
Pour se perfectionner le goût , il croit
qu'il faut écouter les raisonnemens des
Sçavans , déférer aux sentimens des connoisseurs
, et étudier les mouvemens du
Peuple .
Comme malgré tous nos soins et notre
application nous pouvons encore nous
tromper , il faut se faire une régle et une
habitude d'observer et d'éplucher nos
méprises , d'éxaminer nos propres jugemens
avec la même séverité que les ouvrages
d'autrui , de remonter jusqu'à la
cause de notre méprise , que nous remarquerons
nettement , pour être en
garde contre nos erreurs et n'être pas
si sujets à y retomber. L'utilité de cette
pratique , dit M. Granval , mene au bor
goût bien droit et bien vîte .... Rapellons-
nous souvent nos méprises , considérons
attentivement le ridicule que
nous nous serions attiré , si elles avoient
été connuës, La méditation n'est pas flateuse
mais ce sera son amertume qui
nous la rendra utile.
›
1. Vol Fiij L'Au1168
MERCURE DE FRANCE
L'Auteur estimeroit le goût d'une personne
qui diroit sûrement : Cette simphonie
est belle , mais elle a été mal éxécutée.
Celle- ci a été bien éxécuté , mais elle ne
vant rien.'
En parlant de Lully , qu'il recommande
de ne pas perdre de vuë , il
dit , que ses chants prouvent qu'il étoit
capable de penser ce qu'il exprimoit.
Quels tons fins , vifs , délicats , expressifs
, &c. Il croit qu'il est toujours tresavantageux
aux Artistes , de se proposer
un point de perfection au- delà même de
leur portée. Ils ne se mettroient jamais
en chemin , s'ils croyoient n'arriver qu'où
ils arrivent effectivement . Toutes les
Sciences ont leur chimere ; elles courent
après sans la pouvoir attrapef , mais elles
font en chemin de tres- heureuses dé-
-couvertes .
M. Grandval. A Paris , Quai de Gévres ,
chez P. Prault.173 2. brochure de 76 pag.
prix , 15 sols.
4
Voicy une matiere toute neuve , comme
l'Auteur l'expose dans une courte
Préface , en réfléchissant sur la difficulté
et la délicatesse de l'entreprise. Selon lui,
il y a deux grandes manieres de connoitre
les bonnes et les mauvaises choses ; le
sentiment intérieur et les Regles . Par le
sentiment on dira , il me semble , que
cela est bien , ou il me semble que cela
est mauvais. Par les Regles , on dira , cela
est bon ou mauvais , par telle raison, & c.
Or le plus sûr moyen de juger sainement
est de joindre le sentiment intérieur aux
Regles , d'appliquer l'un à l'autre ; de
bien démêler l'impression de l'un à l'effet
de l'autre ; ensorte qu'ils se prêtent un
mutuel secours équitable , et qu'il en ré-
-sulte un jugement sensé , qui fasse honneur
au goût de celui qui le rend .
I. Vol.
F Le
1164 MERCURE DE FRANCE
}
Le bon goût se distingue par les de
grez où l'on place les bonnes choses , les
mauvaises , les médiocres, les excellentes
et les détestables.
;
Il y a dans les Arts , dit l'Auteur , un
point de perfection ; celui qui le sent a le
goût parfait celui qui ne le sent pas et
qui va trop loin ou reste en deçà , a le
goût défectueux ; sur ce pied- là le bon
goût n'est autre chose que le sentiment
naturel , purifié par les Régles. 11 consiste
à sçavoir faire cas des choses , à. proportion
de ce qu'elles valent , et à les estimer
selon qu'elles sont estimables , par
de génie et l'art qui y sont employez , et
bien ou mal mis en oeuvre.
-
Il y a deux sortes d'oreilles ; l'une pour
le son , l'autre pour la mesure ou le mouvenient;
la premiere est blessée d'un faux
ton , qui fait connoître quand on chante
ou qu'on touche faux ; celle-là est impossible
à donner. L'autre fait chanter de
mesure , fait connoître quand on en est
sorti , et enseigne l'exacte précision de la
valeur des temps. Quelques uns ont l'une
au suprême dégré , à qui l'autre manque
entierement. J'ai connu des Musiciens ,
poursuit l'Auteur , qui avoient l'oreille
du son si parfaite , qu'ils auroient discerné
jusqu'à un demi ton de fausseté ,
L. Vol.
et
JUIN. 1733 1165
et qui ne pouvoient danser un Menuet
en cadance ; et des Maîtres à Danser qui
ne s'appercevoient pas quand on chantoit
faux .
⚫ M. Granval , veut sur tout qu'on sçache
promptement connoître le ton ma
jeur et le ton mineur , et qu'on y ait l'oreille
bien rompuë , afin d'être d'abord
sensible à la difference de l'un et de l'autre.
C'est pour cela , dit-il , qu'il n'y a
rien de si dangereux que d'être commencé
par de méchans Maîtres , soit à chanter
, soit à jouer des Instrumens , ou à
danser ; ils donnent un mauvais pli , de
mauvais principes ; ils gâtent la voix , la
main , la jambe , et qui pis est le goût ,
bien loin d'en donner.
Pour parvenir au bon goût en question
, il faut s'accoûtumer à juger , &c.
J'ai pris garde à l'Opéra et aux Concerts
que bien des personnes ne jugent point ,
ils tâchent de lire dans les yeux des autres
ce qu'ils doivent penser et sentir. Il
faut se demander à soi -même : Cet Air
m'a-t- il flaté l'oreille , m'a - t - il ému le
coeur ? oui. Voilà le sentiment qui approuve
; il reste à consulter les Regles ,
& c .
Le plaisir du coeur étant au- dessus de
celui des oreilles ; une Musique qui pê-
1. Vol.
Fij che
1166 MERCURE DE FRANCE
che contre les Loix qui vont à toucher le
coeur , pêche davantage que celle qui ne
manque qu'à celles qui visent à contenter
les oreilles . Pardonnons à deux cadences
semblables , trop voisines l'une de
l'autre , à quelques fautes contre les regles
de la compositions et ne pardonnons
point à un shant froid , ou forcé ,
ou sans expression , ni à une-Musique trop
chargée d'agrémens et pleine de richesses
, hors de saison. Tout cela est en purc
perte.
Les belles chofes ne le sont plus , hors
de leur place.
La raison met les bienséances , et les
bienséances mettent la perfection .
L'Auteur préfére l'approbation du peu
ple à celle des Sçavans , avec des modifications
; il donne de tres bonnes raisons
pour appuyer son sentiment , et il soutient
que ce qui emporte generalement
l'admiration du peuple qui va à l'Opéra ,
Sans emporter celle des Sçavans , est au
dessus de ce qui emporte celle des Sçavans
, sans toucher le peuple.
·
Par le Peuple , dit il , j'entends toujours
les honnêtes gens , conduits par la
nature , à laquelle ils s'abandonnent ,
S'entreprêtant chacun ses lumieres , se
redressant l'un l'autre , et prononçant ,
I. Vel. selon
JUIN. 1733. 1167
selon un sentiment commun et libre
C'est là le grand Juge. Ce sont plus d'oreilles
et plus d'yeux ; la nature parle davantage
et plus haut ; la verité sort du
milieu du Parterre , comme elle sortoit
autrefois de la multitude d'Athénes.
Pour se perfectionner le goût , il croit
qu'il faut écouter les raisonnemens des
Sçavans , déférer aux sentimens des connoisseurs
, et étudier les mouvemens du
Peuple .
Comme malgré tous nos soins et notre
application nous pouvons encore nous
tromper , il faut se faire une régle et une
habitude d'observer et d'éplucher nos
méprises , d'éxaminer nos propres jugemens
avec la même séverité que les ouvrages
d'autrui , de remonter jusqu'à la
cause de notre méprise , que nous remarquerons
nettement , pour être en
garde contre nos erreurs et n'être pas
si sujets à y retomber. L'utilité de cette
pratique , dit M. Granval , mene au bor
goût bien droit et bien vîte .... Rapellons-
nous souvent nos méprises , considérons
attentivement le ridicule que
nous nous serions attiré , si elles avoient
été connuës, La méditation n'est pas flateuse
mais ce sera son amertume qui
nous la rendra utile.
›
1. Vol Fiij L'Au1168
MERCURE DE FRANCE
L'Auteur estimeroit le goût d'une personne
qui diroit sûrement : Cette simphonie
est belle , mais elle a été mal éxécutée.
Celle- ci a été bien éxécuté , mais elle ne
vant rien.'
En parlant de Lully , qu'il recommande
de ne pas perdre de vuë , il
dit , que ses chants prouvent qu'il étoit
capable de penser ce qu'il exprimoit.
Quels tons fins , vifs , délicats , expressifs
, &c. Il croit qu'il est toujours tresavantageux
aux Artistes , de se proposer
un point de perfection au- delà même de
leur portée. Ils ne se mettroient jamais
en chemin , s'ils croyoient n'arriver qu'où
ils arrivent effectivement . Toutes les
Sciences ont leur chimere ; elles courent
après sans la pouvoir attrapef , mais elles
font en chemin de tres- heureuses dé-
-couvertes .
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Résumé : Essay sur le bon goût en Musique, &c. [titre d'après la table]
L'essai 'Sur le bon goût en Musique' de M. Grandval, publié à Paris en 1732, examine la délicatesse et la difficulté de juger le bon goût en musique. L'auteur propose deux méthodes pour évaluer les œuvres musicales : le sentiment intérieur et les règles. Il recommande de combiner ces deux approches pour obtenir un jugement équilibré et sensé. Le bon goût se manifeste par la capacité à classer les œuvres musicales en fonction de leur qualité, allant de la médiocre à l'excellente. Il réside dans le sentiment naturel purifié par les règles, permettant de valoriser les œuvres en fonction de leur mérite. L'auteur distingue deux types d'oreilles : l'une pour le son, l'autre pour la mesure. Il insiste sur l'importance de bien distinguer le ton majeur du ton mineur et de se méfier des mauvais maîtres qui peuvent fausser le goût. Pour développer le bon goût, il est essentiel de juger par soi-même et de consulter les règles après avoir écouté son sentiment. L'auteur privilégie l'approbation du peuple, guidé par la nature, tout en reconnaissant la valeur des savants et des connaisseurs. Il recommande de se perfectionner en observant et en corrigeant ses erreurs. L'auteur admire Jean-Baptiste Lully pour sa capacité à exprimer des émotions fines et délicates. Il encourage les artistes à viser un point de perfection au-delà de leurs capacités actuelles, ce qui favorise les découvertes et les progrès.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2457
p. 1168-1174
Nouvelle Edition des Ouvrages d'Origene, [titre d'après la table]
Début :
NOUVELLE EDITION des Ouvrages d'Origene, en cinq Volumes in-folio, Grecs [...]
Mots clefs :
Origène, Cause, Église, Traités, Écriture, Texte grec, Savant, Écrits, Fragments, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Edition des Ouvrages d'Origene, [titre d'après la table]
NOUVELLE EDITION des Ouvrages d'Origene
, en cinq Volumes in folio , Grecs
et Latins , par le R. P. Dom Charles de
la Rue , Religieux Benedictin de la Congrégation
de S. Maur. Les deux premiers
Volumes sont déja imprimez et se vendent
chez Jacques - Vincent , Libraire et
Imprimeur à Paris ruë S. Severin , ઢ
Ange.
I. Vol De
17336 JUIN. 1169
}
son
De tous les grands Hommes
qui ont
fait l'ornement
des premiers
siécles de
l'Eglise , il n'y en a peut- être aucun dont
le nom ait été et soit encore aussi célébre
, que celui d'Origene
, fils du S. Martyr
Léonide. Sa vie , son esprit , sa vaste
érudition
l'ont fait d'abord regarder comme
un prodige
de la Nature et de la grace ; máis cette estime universelle
dégenera
bientôt
en une persécution
presque
générale
qui s'éleva contre lui
ou par sa faute , ou par son malheur
que Démétrius qu par la jalousie
Evêque , avoit conçuë de sa réputation
. Il s'est vû chassé de son Pays , déposé du
Sacerdoce
, excommunié
même par les
deux premiers
Siéges du monde chrétien
, et par la plupart des autres , tandis
que de grands Saints soutenoient
sa cause
, et que Dieu sembloit
se déclarer pour
lui , en se servant de ses rares talens pour faire entrer dans la verité et dans le sein
de son Eglise des Ambroises
, des Grégoires
Thaumaturges
, et des Athenodores
.
Ha eu le même sort après sa mort . Des
Martyrs ont fait des Ecrits sanglans
contre
lui , et des Martyrs ont fait son Apologie.
Les uns l'ont détesté comme un
Ecrivain
pernicieux
, les autres l'ont regardé
comme le plus grand Maître qu'ait
1. Vol. Fiiij eu
1170 MERCURE DE FRANCE
eu l'Eglise après les Apôtres .
Il est donc assez surprenant que jus-`
qu'ici nous n'ayons pas encore eu rassemblez
dans un corps complet d'une
Edition éxacte , ce qui nous reste des
Ecrits d'un si grand Homme. Il est inutile
d'alléguer la collection de Merlin' , et
celle de Genebrard , puisque dès l'an
1636. une Assemblée générale du Clergé
de France les déclara insuffisantes , et
qu'elles sont encore aujourd'hui par tous
les Sçavans comptées presque pour rien ,
tant à cause de l'omission essentielle du
Texte Grec , qu'à cause de quelques
Traitez d'importance ; et d'un grand
nombre de Fragmens de conséquence qui
ne s'y trouvent pas .
L'illustre et sçavant M. Huet en avoit
promis une troisiéme ; mais quand même
il l'auroit achevée , elle n'auroit pas été
entiere , puisque les anciennes versions
dont le Texte grec est perdu , n'y au
roient pas été comprises . D'ailleurs , ce
docte Prélat est mort sans avoir même
donné la partie la plus considérable de
son Recueil ; sçavoir , les Traitez particuliers
sur des sujets qui n'ont pas un rapport
direct à l'explication de l'Ecriture-
Sainte. Il est vrai que d'autres ont publié
ces Piéces en Grec et en Latin , par-
1. Vol.
tic
JUIN. 1733.. 1171
tie avant lui , et partie après lui : mais
outre que dans leurs Editions le Texté
Grec est ordinairement tres fautif , pour
n'avoir été tiré que d'un seul Manuscrit ,
la Version latine qu'ils ont mise à côté
est souvent ou infidele , ou barbare . De
plus , presque tous ces Traitez particuliers
ont été imprimez séparément en
différens tems , en différens Pays , en différentes
formes de papier , et en trespetite
quantité d'Exemplaires : d'où il
est arrivé que quelques- uns sont aujourd'hui
tres- rares et tres chers.
Enfin , à force de chercher dans les
Manuscrits de France , d'Italie , d'An- .
gleterre et d'Allemagne , on a fait une
abondante récolte d'un tres grand nombre
de fragmens grecs qui n'avoient pas
encore vû le jour , et qui assûrent présentement
à Origene pour toujours quel
ques Commentaires et plusieurs Homelies
, que nous n'avions qu'en latin , eg
dont plusieurs Sçavans doutoient. De ce,
nombre sont les 39. Homelies sur S. Luc,
contre lesquels le Ministre Matthieu de ,
La Roque s'est inscrit en faux , et a fait
des efforts étranges , pour n'être pas obligé
de reconnoitre avec le docte Pearson
que les Lettres
de S. Ignace Martyr
, qui,
y sont citées , étoient connues
dans l'E-, 1. Fol.
Evi gli1172
MERCURE DE FRANCE
glise avant Eusebe. Presque tout le Grec
de ces 39 Homelies est aujourd'hui retrouvé.
Il est donc visible que rien n'étoit plus
nécessaire qu'une nouvelle Edition de
tout ce qui nous reste d'Origene , où
chaque Piéce soit imprimée en son rang ;
où le Grec qui nous reste se trouve revû
sur d'anciens Manuscrits, et où , quand il
manque , les anciennes Versions de Rufin
et de S. Jerôme y suppléent : le tout avec
des Notes et des Avertissemens préliminaires.
Tel est aussi le dessein de la nouvelle
Collection que nous annonçons au
Public en cinq Volumes in-folio , de la
même grandeur que les deux Tomes des
Hexaples , publiez en 1713. par le scavant
Pere Dom Bernard de Montfaucon ,
afin qu'ils puissent être placez à leur tête
ou à leur suite .
Le premier Volume renferme ce qui
nous reste des Lettres d'Origene , quelques
fragmens des Livres de la Résurrection
, et des Stromates ; les quatre Livres
des Principes , l'Exhortation au martyre ,
le Traité de la Priere , et l'Apologie de la
Religion Chrétienne en huit Livres
contre le Philosophe Celsus . On voit ensuite
en plus petits caracteres deux Traitez
supposez , sçavoir le Dialogue contre
I. Vol. les
JUIN. 1733. 1173
lés Marcionites , et le Livre intitulé Philosophica
: puis en forme d' Appendix les
Notes d'un sçavant Anglois sur le věritable
Traité de la Priere , les Remarques
d'Hoeschelius sur les huit Livres contre
Celse , et les Observations de Gronovius
sur les Philosophica. A la tête du Volume
est une Préface où l'Editeur a solidement
refuté l'opinion de ceux qui croyent que
les Ecrits d'Origene ont été corrompus
par les Hérétiques ; il rend compte en
détail de son travail sur chaque Traité
particulier. Ce Tome est terminé par
deux Index tres-amples , l'un des Passages
de l'Ecriture- Sainte , et l'autre des
choses mémorables. Il y en a toujours
deux semblables dans les suivans.
Les quatre autres Volumes contiennent
les Commentaires sur l'Ecriture. Au
commencement est une Préface qui dé
veloppe le Systême qu'Origene s'est formé
pour expliquer les Livres saints , et
l'Editeur fait voir les dangéreuses conséquences
qu'on en peut tirer. Le dernier
des cinq Volumes finit par la Vie d'Origene
, et par plusieurs Dissertations sur
ses sentimens , qui de son vivant ont causé
de grands troubles dans l'Eglise , et de
plus grands encore après sa mort.
Le caractere et le papier sont d'une
I:Vol. F vj
beausé
1174 MERCURE DE FRANCE
beauté qui fait honneur au Libraire.
, en cinq Volumes in folio , Grecs
et Latins , par le R. P. Dom Charles de
la Rue , Religieux Benedictin de la Congrégation
de S. Maur. Les deux premiers
Volumes sont déja imprimez et se vendent
chez Jacques - Vincent , Libraire et
Imprimeur à Paris ruë S. Severin , ઢ
Ange.
I. Vol De
17336 JUIN. 1169
}
son
De tous les grands Hommes
qui ont
fait l'ornement
des premiers
siécles de
l'Eglise , il n'y en a peut- être aucun dont
le nom ait été et soit encore aussi célébre
, que celui d'Origene
, fils du S. Martyr
Léonide. Sa vie , son esprit , sa vaste
érudition
l'ont fait d'abord regarder comme
un prodige
de la Nature et de la grace ; máis cette estime universelle
dégenera
bientôt
en une persécution
presque
générale
qui s'éleva contre lui
ou par sa faute , ou par son malheur
que Démétrius qu par la jalousie
Evêque , avoit conçuë de sa réputation
. Il s'est vû chassé de son Pays , déposé du
Sacerdoce
, excommunié
même par les
deux premiers
Siéges du monde chrétien
, et par la plupart des autres , tandis
que de grands Saints soutenoient
sa cause
, et que Dieu sembloit
se déclarer pour
lui , en se servant de ses rares talens pour faire entrer dans la verité et dans le sein
de son Eglise des Ambroises
, des Grégoires
Thaumaturges
, et des Athenodores
.
Ha eu le même sort après sa mort . Des
Martyrs ont fait des Ecrits sanglans
contre
lui , et des Martyrs ont fait son Apologie.
Les uns l'ont détesté comme un
Ecrivain
pernicieux
, les autres l'ont regardé
comme le plus grand Maître qu'ait
1. Vol. Fiiij eu
1170 MERCURE DE FRANCE
eu l'Eglise après les Apôtres .
Il est donc assez surprenant que jus-`
qu'ici nous n'ayons pas encore eu rassemblez
dans un corps complet d'une
Edition éxacte , ce qui nous reste des
Ecrits d'un si grand Homme. Il est inutile
d'alléguer la collection de Merlin' , et
celle de Genebrard , puisque dès l'an
1636. une Assemblée générale du Clergé
de France les déclara insuffisantes , et
qu'elles sont encore aujourd'hui par tous
les Sçavans comptées presque pour rien ,
tant à cause de l'omission essentielle du
Texte Grec , qu'à cause de quelques
Traitez d'importance ; et d'un grand
nombre de Fragmens de conséquence qui
ne s'y trouvent pas .
L'illustre et sçavant M. Huet en avoit
promis une troisiéme ; mais quand même
il l'auroit achevée , elle n'auroit pas été
entiere , puisque les anciennes versions
dont le Texte grec est perdu , n'y au
roient pas été comprises . D'ailleurs , ce
docte Prélat est mort sans avoir même
donné la partie la plus considérable de
son Recueil ; sçavoir , les Traitez particuliers
sur des sujets qui n'ont pas un rapport
direct à l'explication de l'Ecriture-
Sainte. Il est vrai que d'autres ont publié
ces Piéces en Grec et en Latin , par-
1. Vol.
tic
JUIN. 1733.. 1171
tie avant lui , et partie après lui : mais
outre que dans leurs Editions le Texté
Grec est ordinairement tres fautif , pour
n'avoir été tiré que d'un seul Manuscrit ,
la Version latine qu'ils ont mise à côté
est souvent ou infidele , ou barbare . De
plus , presque tous ces Traitez particuliers
ont été imprimez séparément en
différens tems , en différens Pays , en différentes
formes de papier , et en trespetite
quantité d'Exemplaires : d'où il
est arrivé que quelques- uns sont aujourd'hui
tres- rares et tres chers.
Enfin , à force de chercher dans les
Manuscrits de France , d'Italie , d'An- .
gleterre et d'Allemagne , on a fait une
abondante récolte d'un tres grand nombre
de fragmens grecs qui n'avoient pas
encore vû le jour , et qui assûrent présentement
à Origene pour toujours quel
ques Commentaires et plusieurs Homelies
, que nous n'avions qu'en latin , eg
dont plusieurs Sçavans doutoient. De ce,
nombre sont les 39. Homelies sur S. Luc,
contre lesquels le Ministre Matthieu de ,
La Roque s'est inscrit en faux , et a fait
des efforts étranges , pour n'être pas obligé
de reconnoitre avec le docte Pearson
que les Lettres
de S. Ignace Martyr
, qui,
y sont citées , étoient connues
dans l'E-, 1. Fol.
Evi gli1172
MERCURE DE FRANCE
glise avant Eusebe. Presque tout le Grec
de ces 39 Homelies est aujourd'hui retrouvé.
Il est donc visible que rien n'étoit plus
nécessaire qu'une nouvelle Edition de
tout ce qui nous reste d'Origene , où
chaque Piéce soit imprimée en son rang ;
où le Grec qui nous reste se trouve revû
sur d'anciens Manuscrits, et où , quand il
manque , les anciennes Versions de Rufin
et de S. Jerôme y suppléent : le tout avec
des Notes et des Avertissemens préliminaires.
Tel est aussi le dessein de la nouvelle
Collection que nous annonçons au
Public en cinq Volumes in-folio , de la
même grandeur que les deux Tomes des
Hexaples , publiez en 1713. par le scavant
Pere Dom Bernard de Montfaucon ,
afin qu'ils puissent être placez à leur tête
ou à leur suite .
Le premier Volume renferme ce qui
nous reste des Lettres d'Origene , quelques
fragmens des Livres de la Résurrection
, et des Stromates ; les quatre Livres
des Principes , l'Exhortation au martyre ,
le Traité de la Priere , et l'Apologie de la
Religion Chrétienne en huit Livres
contre le Philosophe Celsus . On voit ensuite
en plus petits caracteres deux Traitez
supposez , sçavoir le Dialogue contre
I. Vol. les
JUIN. 1733. 1173
lés Marcionites , et le Livre intitulé Philosophica
: puis en forme d' Appendix les
Notes d'un sçavant Anglois sur le věritable
Traité de la Priere , les Remarques
d'Hoeschelius sur les huit Livres contre
Celse , et les Observations de Gronovius
sur les Philosophica. A la tête du Volume
est une Préface où l'Editeur a solidement
refuté l'opinion de ceux qui croyent que
les Ecrits d'Origene ont été corrompus
par les Hérétiques ; il rend compte en
détail de son travail sur chaque Traité
particulier. Ce Tome est terminé par
deux Index tres-amples , l'un des Passages
de l'Ecriture- Sainte , et l'autre des
choses mémorables. Il y en a toujours
deux semblables dans les suivans.
Les quatre autres Volumes contiennent
les Commentaires sur l'Ecriture. Au
commencement est une Préface qui dé
veloppe le Systême qu'Origene s'est formé
pour expliquer les Livres saints , et
l'Editeur fait voir les dangéreuses conséquences
qu'on en peut tirer. Le dernier
des cinq Volumes finit par la Vie d'Origene
, et par plusieurs Dissertations sur
ses sentimens , qui de son vivant ont causé
de grands troubles dans l'Eglise , et de
plus grands encore après sa mort.
Le caractere et le papier sont d'une
I:Vol. F vj
beausé
1174 MERCURE DE FRANCE
beauté qui fait honneur au Libraire.
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Résumé : Nouvelle Edition des Ouvrages d'Origene, [titre d'après la table]
Le texte annonce la publication d'une nouvelle édition des œuvres d'Origène, un théologien des premiers siècles de l'Église, en cinq volumes in-folio, en grec et en latin, par le R. P. Dom Charles de la Rue, bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur. Les deux premiers volumes sont déjà imprimés et disponibles chez Jacques-Vincent, libraire à Paris. Origène, fils du martyr Léonide, est reconnu pour son érudition et son esprit, mais il a également été sujet à des persécutions et des controverses. Déposé du sacerdoce et excommunié par les principaux sièges chrétiens, il a néanmoins influencé de grands saints comme Ambroise et Grégoire de Nazianze. Après sa mort, les avis sur son œuvre restent partagés, certains le considérant comme un écrivain pernicieux, d'autres comme un maître éminent. Les précédentes collections de ses écrits, comme celles de Merlin et Genebrard, sont jugées insuffisantes par les savants. Une nouvelle édition est donc nécessaire pour rassembler et corriger les textes grecs et latins, souvent fautifs ou incomplets. Cette nouvelle édition inclut des fragments grecs récemment retrouvés et des commentaires sur l'Écriture Sainte. Le premier volume contient des lettres, des fragments de divers ouvrages, et des traités comme 'Les Principes' et 'L'Apologie contre Celsus'. Les volumes suivants contiennent des commentaires sur les Livres saints, une préface expliquant le système d'Origène pour interpréter les Écritures, et des dissertations sur ses sentiments controversés. L'édition est présentée avec soin, utilisant un caractère et un papier de qualité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2458
p. 1174-1189
Discours sur les Spectacles, traduit du Latin, [titre d'après la table]
Début :
THEATRUM ne sit vel esse possit Schola informandis moribus idonea ; oratio habita [...]
Mots clefs :
Scène, Théâtre, Orateur, Moeurs, Histoire, Philosophie, Nature, Racine, Comédie, Corneille, Tragédie, Héros, Discours, Effet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur les Spectacles, traduit du Latin, [titre d'après la table]
THEATRUM ne sit vel esse possit Schola
informandis moribus idonea ; oratio habita
die 13. Martii an . 1733. in Regio Ludovici
Magni Collegio Societatis Jesu , à
Carolo Porée , ejusdem Societatis Sacerdote.
ITEM , Discours sur les Spectacles , tradit
du Latin du Pere Charles Porée , de
la Compagnie de Jesus , par le P. Brumoy
de la même Compagnie..
L'une et l'autre Piéce est imprimée chez
Jean Baptiste Coignard fils , rue S. Jacques
, 1733 .
Le P. Porée , après avoir piqué la curiosité
du Public par son titre , a pleinement
satisfait celle de ses illustres Auditeurs
, au nombre desquels se trouverent
MM. les Cardinaux de Polignac et de .
Bissy , M. le Nonce , plusieurs Prélats
et autres personnes de distinction . On
souhaita que son Discours fût imprimé ,
et peu de tems après l'impression ,
Pere Brumoy l'a donné en françois. Ce
Discours a paru interessant par bien des .
endroits . Nous en exposerons briévement
le sujet et l'ordre , autant que la
fertilité laconique de l'Orateur pourra
permettre .
le
1. Vol. II
JUIN. 1733 117
Il établit dans l'Exorde que le Théatre
depuis son origine a toujours été un
sujet de contestation , comme un attrait
de curiosité , parce qu'en effet Athénes ,
Rome , et la France ont vû naître succes
sivement à son occasion des disputes qui
ne sont pas encore terminées. Il détaille
celle du siécle passé , où l'on vît partis
contre partis , Grands contre Grands ,
Doctes contre Doctes , agiter avec beaucoup
de vivacité et de chaleur la question
, sçavoir si le Théatre étoit utile our
pernicieux aux bonnes moeurs. Il s'attache
à la même question , et il se propose
de rapprocher les amateurs du vrai
en prenant le caractere de Conciliateur.
Il répond donc que le Théatre par sa nature
peut être une Ecole capable de former
les moeurs , mais qu'il arrive par
notre faute qu'elle ne l'est pas en effet.
Ce sont les deux parties du Discours.
Puis , après un Compliment ingénieu
aux deux Cardinaux , il entre en matiere.
Une Ecole propre à former les meurs
est celle qui se sert de préceptes et d'éxemples
convenables à ce but. La Philosophie
et l'Histoire ne passent en effet
pour d'excellentes Ecoles de meurs que
par les préceptes que donne l'ane , et
1. Vol.
par
1176 MERCURE DE FRANCE
par les exemples que l'autre fournit . Or
l'Orateur prétend que la Scene comparée
à la Philosophie et à l'Histoire peut leur
disputer l'avantage de former les moeurs ,
en employant les mêmes ressorts d'une
maniere plus convenable.
La Philosophie ouvre un vaste champ à
sa Morale. Elle considere l'homme qu'elle
se propose d'instruire , ou comme occupé
dans une famille , ou comme seul, ou comme
engagé dans les affaires civiles .Mais la
Scene de son côté embrasse tous les Etats,
toutes les professions , tous les devoirs ,
toutes les vertus , tous les vices , tous les
travers même que la Philosophie se met
peu en peine d'observer et de réformer.
De plus les sottises des hommes , la sagesse
humaine et même les Eaux sacrées
de la divine Sagesse , sont les sources
fécondes où la Scene peut puiser ses importantes
et nombreuses leçons . Ce détail
est vif et serré. Enfin l'on fait sentir
finement par une espece de communication
ironique ( à la façon de Socrate )
avec un Philosophe , que la maniere d'instruire
dont la Scene se sert , est veritablement
plus instructive et plus efficace
que ne l'est la Méthode grave et sérieuse
des Philosophes. Voicy un trait de ce
Morceau , qu'il adresse aux Philofophes .
1. Vol. Vos
JUIN. 1733. 1177
Vos Discours sur nos devoirs sont bien
raisonnez , quoiqu'un peu diffus , j'aurois
tort assurément de les blâmer. Vous avez
épousé une Méthode qui vous astraint à
proceder par ordre de propositions , de preuves
, d'objections , de réfutations . Le moyen
de n'être pas discoureur ! mais le Poëte en
auroit- il moins d'autorité sur la Scene parce
qu'il ne sçauroit être sententieux et court ,
souvent sublime Philosophe en un seul Vers ?
Que voulez- vous ? nous aimons la briéveté.
Se mêle-t'on de nous instruire ? nous voulons
qu'on nous dise beaucoup en peu de
mots.
Vous philosophez sur les passions humaines
avec beaucoup de subtilité ; le dirai -je
aussi ? souvent avec un peu de secheresse .
Vous en sçauroit - on mauvais gré ? non.
C'est à vous de définir , de diviser , de développer
vos idées par articles ; ce n'est pas à
vous d'émouvoir. Trouveriez- vous pour cela
que le Poëte dont je parle en auroit moins
grace , parce qu'il mettroit en oeuvre les
pleurs et le courroux , la terreur et la pitié ?
Nous sommes un composé d'esprit et de corps ;
nous voulons être éclairez ; nous voulons être
émus , et l'on ne nous éclaire pas assez ,
on ne tâche de nous émouvoir.
de
si
Enfin vous vous en tenez aux préceptes $
vous écartez bien loin les exemples. Con-
I. Vol.
damnerois-je
F178 MERCURE DE FRANCE
damnerois je votre maniere ? nullement. C'est
la loi que vous vous êtes prescrite. Fose
ici vous le demander sans détour ; notre
Poëte n'a- t'il pas visiblement l'avantage sur
vous , lui qui joint les exemples aux préceptes
en quoi il s'éloigne de vous , car il
devient en quelque sorte Historien , comme
Vous venez de le voir Philosophe ; et par
l'heureux accord de deux Ecoles differentes ,
il en forme une troisième plus efficace pour
faire agir les deux ressorts , je veux dire ,
pour éclairer et pour toucher.
Par cette transition l'Orateur entre
dans la comparaison de la Scene avec
⚫ l'Histoire. Il traite cet endroit avec toute
la justesse et tout le feu qui conviennent
à un parallele si heureux , des évenemens
qu'exposent l'Histoire et la Scene ; et de
la maniere dont l'une et l'autre les expose.
Si des exemples , dit- il , attachez à
des lettres mortes , confiez à des dépositaires
inanimez , ont toutefois une sorte d'ame ;
un reste de leur antique chaleur ; quelle sera
Leur force et leur vie , lorsqu'ils renaîtront
dans l'action , qu'ils seront vivifiez par le
feu du mouvement , qu'ils parleront eux-mêmes
au coeur, à l'oreille , à l'oeil , avec toute
la grandeur des sentimens , avec tous les
charmes de la voix , avec toute l'éloquence
du geste Telle est Pinnocente Magie que
I. Vol. se
JUIN. 1733.
1179
l'imise
propose la Scene. Par elle tout revit , tout
respire , au point de faire croire
tation l'emporte sur la réalité , &c.
que
Ce ne sont plus les Annales des Martyrs
de tout âge et de tout sexe que l'on vous
récite. Vous devenez spectateur et témoin des
combats et des palmes de ces saints Athletes.
A vosyeux les Tyrans menacent, et ils menacent
en vain; mere , pere , épouse chérie, tous
pleurent tous embrassent les genoux du Héros.
Les larmes coulent vainement, les prieres sont
perdues. Délices , richesses , grandeurs , vous
étalez vos plus dangereux attraits . Une indignation
chrétienne , un noble mépris , une
fiertéplus qu'humaine vous foulent aux pieds.
Tourmens cruels , morts effroyables ; vous
paroiffez avec toutes vos horreurs. Un regard
intrépide vous brave . Juges , vous
foudroyez, Arrêt fatal et prononcés on baise
Péchaffaut et l'on vous rend graces . Vous balancez
, Bourreaux , vous tardez tròp ; l'on
vole au-devant de vos coups , &c.
Autre effort plus considerable de la Scene.
L'Histoire est astrainte au temps , au
lieu , à l'ordre des évenemens , pour les y
attacher. Elle n'ose d'ordinaire exposer les
vertus et les vices que séparément et en leur
place. La Scene au contraire ( semblable à
la Peinture qui entend le ton des couleurs
et l'heureux mêlange du clair et de l'obscur
(
I. Vol.
fair
1180 MERCURE DE FRANCE
;
fait dans la même action le contraste inte
ressant du vice et de la vertu. Elle balance
dans les caracteres approchez , la valeur et
la lâcheté , la douceur et le courroux , la modestie
et la fierté , la libéralité et l'avarice ,
la frugalité et la profusion , l'honnête homme
et le scelerat. De cette opposition d'om
bres et de lumieres , quel doux éclat rejaillit
sur la vertu pour l'embellir! que d'hor
ribles tenebres se répandent sur le vice pour
le confondre !
Voulez- vous des autoritez sur le paral
lele de la Scene , telle que je viens de la
peindre , et de l'Histoire telle qu'elle est ?
Consultez le Lecteur et le Spectateur , les
Bibliotheques et les Amphithéatres , et demandez
où l'on verse des pleurs.
Le P. Porée conclud que la Scene l'emporte
sur la Philosophie et sur l'Histoi
re ; et que cela même est prouvé non
seulement par l'idée pure du Théatre ;
mais encore par le suffrage de la Philosophie
et par la déposition de l'Histoire. Il
allégue en preuve Socrate qui assistoit
aux Pieces d'Euripide , la Poëtique d'Aristote
; l'authorité de S. Charles Borro
mée qui revoyoit les Comédies , la plume
à la main , avant qu'on les jouât , celle
du Cardinal de Richelieu qui n'a pas dédaigné
de composer lui - même des Vers
1. Vol.
traJUI
N. 1181. 1733.
tragiques , et de donner une partie de ses
soins à la perfection de la Scene. Celle de
Louis XIV. celle des Etats qui authorisent
des Spectacles pour exercer la jeunesse
; celle enfin des particuliers qui
croïent ces exercices utiles. Voici ce qu'il
dit de Louis XIV. Manes du Grand Louis,
rougiriez - vous d'avoir rappellé Racine an
Cothurne qu'il avoit quitté , pour engager cet
autre Prince de la Scene à donner des Tra
gedies dignes du Théatre , et des Actrices de,
S. Cyr? étoit ce un divertissement puerile
que vous ménagiez à des enfans ? Vos vûës
si-bienfaisantes , si sages , si religieuses se
portoient sans doute à quelque chose de plus
auguste.Jeune Noblesse trop mal dottée par la
fortune , ce Monarque vous reservoit une
dot dont il connoissoit tout le prix,des exemples
et des leçons de piété , thrésor préférable
à tous les thrésors , dot précieuse , que vous
deviez faire passer dans les familles les plus
distinguées pour la perpetuer. Quelles pieces
en effet tira- t-il du grand Maître qu'il em
ploya?
O Athalie! Esther ! Oeuvres divines,
dont l'unique ou le plus digne éloge est de
vous demander, Messieurs , si le Problême
que j'ai proposé auroit lieu , supposé qu'on
en composat d'égales , ou du moins de sem
blables. Ah ! il ne faudroit plus demander
I. Vol.
, alers ,
1182 MERCURE DE FRANCE
alors si le Théatre peut être utile aux moeurs,
mais s'il seroit possible qu'il leur devint pernicieux.
Voilà pour la Tragédie et la Comédie.
Il restoit à prononcer sur l'Opéra , matiére
délicate.Ce morceau est tourné avec
tant de délicatesse et de circonspection
qu'on ne peut l'abréger sans l'alterer.
Nous y renvoïons le Lecteur , tres - fâchez
de ne pouvoir mieux faire , et nous passons
à la seconde Partie.
Elle tend à faire voir que la Scene propre
par elle- même à former les moeurs ,
est dépravée par l'abus qu'en font les
Autheuts , les Acteurs et les Spectateurs ;
Particle qui regarde les Ecrivains de
Théatre est le plus étendu ; c'est à eux
que l'Orateur impute d'abord la dépra
vation des Spectacles. Il les compare avec
les Autheurs du Théatre Athénien ; ceuxci
se regardoient comme des hommes dévoüez
au bien public , et chargez par la
Patrie de réformer les moeurs. Est - ce là
l'idée de ceux qui destinent leur pluie
au Théatre ? Ils ont perdu de vûë , dit
F'Orateur , le but que se proposoient les
anciens. Ils ne comprennent plus , parce
qu'ils ne veulent pas le comprendre , ce
qu'exigent les Loix de leur emploi , ce
que veut la nature de la Poësie drama-
1. Vol.
tique
JUIN. 1733. 1183
*
tique. Elle veut qu'on ait en vûë le bien
de l'Etat , et que l'on profite en amusant.
On s'écarte de cet objet , on ne cherche
qu'à plaire , fût- ce aux dépens de l'utilité
publique . L'Orateur appuïe ses preuyes
sur une revûë détaillée des divers
Spectacles. Il rend à la Tragédie de nos
jours la justice qu'elle mérite par la gravité
de ses Sentences , et par l'élégance de
sa diction, Mais il demande ; Qu'est devenue
la sévérité Athénienne.Dans Athénes
la Tragedie se servoit du ressort des passions
pour les guérir ; elle le met en oeuvre
aujourd'hui pour augmenter leurs maux . La
Scene antique éteignoit dans les Athéniens
la soif de l'ambition , parce qu'elle la regardoit
comme la plus dangereuse peste de la
République. La Scene Françoise souffle aujourd'hui
dans les cours un double poison,
que nous devons regarder comme également
funeste à la Religion et à l'Etat , la vengeance
et l'amour..
>
Pour la Vengeance, le P. P. cite le Cid.
et l'emportement de Rodrigue et de son
Pere , par lequel Corneille , sans le sçavoir
, semble infpirer la fureur des Duels.
Heureux ( continuë l'Orateur ) d'avoir
été moins propre à traiter des sujets d'un caractere
tout opposé! Si les tendresses et le
Langage efféminé des Amours avoient pû
I. Vol.
s'as1184
MERCURE DE FRANCE
saccommoder de l'énergie de l'esprit le plus
ferme , et de l'enthousiasme de la Poësie la
plus sublime , de quels feux n'auriez vous
pas embraze la Scene ! Malheureusement le
Dieu de Cythere sçut trop se dédommager ;
la main à qui il confia son flambeau , n'eut
que trop de grace à le manier , à en ranimer
ia flamme , et à en répandre les étincelles
dans le sein des Spectateurs ..
Racine jeune, le consola de Corneille vieilli
et peu docile à suivre ses traces. Le nou
veau Peintre, génie heureux, aisé dans l'invention
, habile dans l'ordonnance , sçavant
dans l'étude de la nature , exact et patient
dans la correction enrichi des dépouilles
de la Grece , riche de son propre
fonds , pur dans sa diction , doux et coulant
dans ses Vers , sembla fait pour attendrir la
Scene , soit penchant , soit émulation on désespoir
d'atteindre le vieux Monarque du
Theatre dans la ronte qu'il avoit fraiée le
premier , il osa s'en tracer une toute nouvelle
pour regner à son tour.
Corneille dans le grand , avoit étonné
les esprits par la majesté pompeuse de ses pensées.
Racine , dans le tendre fascina les
coeurs par le charme enchanteur des sentimens.
L'un avoit élevé l'homme au dessus de
T'humanité, l'autre le rendit à lui - même et à ses
foiblesses. L'un avoit fait ses Héros Ro-
I. Vol.
mains,
JUIN. 1733 1185
mains , Arméniens , Parthes ; il nous transportoit
chez leurs Nations et dans leurs Climats
: l'autre , au contraire , les transportant
tous en France , les naturalisa François , et
les forma sur l'urbanitégalante de nos moeurs.
L'un , métamorphosant les femmes même en
autant de Héros , leur avoit donné une ame
veritablement Tragique : l'autre , rabaissant
ses Heros presqu'au rang des Héroïnes , leur
fit soupirer des sentimens d'Elegie. Le génie
du premier avoit pénétré dans le Cabinet
des Rois pour y sonder les profondeurs de la
politique ; l'esprit du second s'insinua dans
les Cercles , pour y apprendre les délicatesses
de la galanterie. Corneille, semblable à l'Oisean
de Jupiter , qui s'élance dans les nuës
et paroît se jouer au milieu des Eclairs et des
Tonneres , avoit fait retentir la Scene des
fréquens éclats de ce bruit majestueux qui
frappe tous les esprits. Racine, comme le tendre
Oiseau de Cypris , voltigeant autour des
Myries et des Roses , fit repeter aux Echos
ses gémissemens et ses soupirs. Corneille , en-
·fin forçant les obstacles d'un sentier escarpé
et sujet par consequent à d'illustres chutes ;
redoublant toujours ses efforts pour tendre de
plus en plus au sublime et au merveilleux
Scherchanpar la voie de l'admiration des
-applaudissemens trop merités , qu'il arracha
des plus déterminés à les lui refuser : Racine
I. Vol.
sur1186
MERCURE DE FRANCE
suivant une pente plus douce , mais par là
plus sûre, s'élevant rarement , soutenant son
vol avec grace et le ramenant promptement
aux amours , parut s'offrir de lui- même aux
suffrages qui prévenoient son attraïante donccur.
Il ne soupira pas en vain ; l'art inexprimable
des soupirs lui. procura la Palme
qu'il ambitionnoit ; il n'enleva pas
les Lanriers
à son Rival ; mais il se vit ceint de
Myrtes , par les mains empressées de ses Héros
et sut tout de ses Héroïnes . Il ne déthrôna
pas Corneille ; mais ilpartagea le Thrône
de la Scene avec lui. L'Aigle foudroïa
La Colombe gémit , et l'Empire fut divisé.
Quelle gloire pour Racine ! Regner ainsi sur.
le Theatre c'est avoir vaincu , c'est avoir
triomphé.
Vous sçavez , Messieurs , l'issue d'une si
brillante victoire. :.cette heureuse audace
produisit
une foule d'imitateurs. Les soupirs
avoient couronné ce grand Maître ; vaine
ment les désavoia - t- il vainement la piété
le ravit-elle dux honneurs du Théatre ; les
éleves nombreux soumirent le Cothurne aux
loix du tendre Législateur ; ils leur sacrifierent
la severité des loix fondamentales de la
Scene.
Le P. Porée prétend en effet que l'unité
d'action , la simplicité , la verité des sujets
, la vrai - semblance , la variété , one
I. Vol. extrê
JUIN. 1733 . 1187
extrêmement souffert de cette nouvelle
tournure de la Tragédie , devenuë amoureuse.
Il en montre le danger par un morceau
pathetique et fort éloquent en revenant
au parallele de la Tragédie ancienne
et de la moderne, puis il passe à la Comédie
avec un tour d'éloquence tout
nouveau ; car on remarque dans la diversité
de ses tours une conformité singulicre
entre chaque sujet et la maniere pro
pre de le traiter ; il feint une conversation.
La Comédie se donne pour être fort
differente de ce qu'elle fut jadis ; elle étale
les vices et les défauts qu'elle réforme
par ses Piéces, elle cite les petits Maîtres,
les Femmes sçavantes , les Misantropes
les Malades imaginaires, les diverses écoles
, & c. L'Orateur insére un mot sur
chaque chose ; et fait ensuite une récapitulation
des vices plus pernicieux
Comedie moderne , a ( dit - il ) introduits
et qu'elle authorise . Mais pourquoi, ajoutet-
il , s'en prendre à la Comédie ? Est- ce par
sa nature , où n'est- ce pas plutôt par la ma
lice d'autrui qu'elle s'est pervertie ? Ah ! prenons-
nous- en à ceux qui pouvant la rendre
bonne et utile , l'ont renduë nuisible et peri
nicieuse : Oui,j'ose m'en prendre d'abord an
chefmême des Autheurs et des Acteurs de
notre Scene. Poëte par goût,plus que par émque
la
1. Vol. G de
1188 MERCURE DE FRANCE
de , ce fut un feu de jeunesse , non la malignité
de la fortune , qui le fit Comédien. Né
pour des emplois sérieux , transporté dans le
comique, rigide observateur du ridicule,peintre
plaisant d'après nature , exact sans affectation
d'exactitude , correct sans paroitre
s'êtregêné , serré dans sa Prose , libre et aisé
dans ses Vers , riche en Sentences, fertile en
Plaisanteries, on peut dire qu'il réunit en lui
seni toutes les qualitez et la plupart des dé
fauts des Poëtes celebres en ce genre , aussi
piquant qu' Aristophane , quelquefois aussi.
peu retenu, aussi vif que Plaute, de temps en
temps aussi bouffon , aussi fin dans l'in
telligence des moeurs que Terence , souvent
aussi libre dans ses Tableaux, Moliere futil
plus grand par la nature ou par l'art ?
Inimitable dans l'un et dans l'autre , vicieux
par ces deux Endroits , il nuisit autant qu'il
excella, Le meilleur Maître , s'il enseigne le
mal , est le pire de tous les Maîtres.
L'Orateur taxe de la même sorte les
differens imitateurs de ce Prince de la
Comédie. Les Autheurs qui travaillent
pour le Théatre Lyrique viennent ensuite
sur les rangs par une figure d'éloquence
fort remarquable. Les Acteurs ont
aussi leur tour , et enfin les Spectateurs ;
nous n'insistons point sur cette fin, parce
qu'il seroit difficile d'en rien retrancher
I. Vol. et
JUIN. 1733. 1189
et de choisir . Cette . Analyse generale suffit
pour l'idée que nous nous sommes
proposée . Nous observerons seulement
que
le blâme de l'abus du Théatre, ( suivant
la pensée du P. Porée) retombe principalement
et presqu'entierement sur les
Spectateurs, que l'on sert selon leur goût.
informandis moribus idonea ; oratio habita
die 13. Martii an . 1733. in Regio Ludovici
Magni Collegio Societatis Jesu , à
Carolo Porée , ejusdem Societatis Sacerdote.
ITEM , Discours sur les Spectacles , tradit
du Latin du Pere Charles Porée , de
la Compagnie de Jesus , par le P. Brumoy
de la même Compagnie..
L'une et l'autre Piéce est imprimée chez
Jean Baptiste Coignard fils , rue S. Jacques
, 1733 .
Le P. Porée , après avoir piqué la curiosité
du Public par son titre , a pleinement
satisfait celle de ses illustres Auditeurs
, au nombre desquels se trouverent
MM. les Cardinaux de Polignac et de .
Bissy , M. le Nonce , plusieurs Prélats
et autres personnes de distinction . On
souhaita que son Discours fût imprimé ,
et peu de tems après l'impression ,
Pere Brumoy l'a donné en françois. Ce
Discours a paru interessant par bien des .
endroits . Nous en exposerons briévement
le sujet et l'ordre , autant que la
fertilité laconique de l'Orateur pourra
permettre .
le
1. Vol. II
JUIN. 1733 117
Il établit dans l'Exorde que le Théatre
depuis son origine a toujours été un
sujet de contestation , comme un attrait
de curiosité , parce qu'en effet Athénes ,
Rome , et la France ont vû naître succes
sivement à son occasion des disputes qui
ne sont pas encore terminées. Il détaille
celle du siécle passé , où l'on vît partis
contre partis , Grands contre Grands ,
Doctes contre Doctes , agiter avec beaucoup
de vivacité et de chaleur la question
, sçavoir si le Théatre étoit utile our
pernicieux aux bonnes moeurs. Il s'attache
à la même question , et il se propose
de rapprocher les amateurs du vrai
en prenant le caractere de Conciliateur.
Il répond donc que le Théatre par sa nature
peut être une Ecole capable de former
les moeurs , mais qu'il arrive par
notre faute qu'elle ne l'est pas en effet.
Ce sont les deux parties du Discours.
Puis , après un Compliment ingénieu
aux deux Cardinaux , il entre en matiere.
Une Ecole propre à former les meurs
est celle qui se sert de préceptes et d'éxemples
convenables à ce but. La Philosophie
et l'Histoire ne passent en effet
pour d'excellentes Ecoles de meurs que
par les préceptes que donne l'ane , et
1. Vol.
par
1176 MERCURE DE FRANCE
par les exemples que l'autre fournit . Or
l'Orateur prétend que la Scene comparée
à la Philosophie et à l'Histoire peut leur
disputer l'avantage de former les moeurs ,
en employant les mêmes ressorts d'une
maniere plus convenable.
La Philosophie ouvre un vaste champ à
sa Morale. Elle considere l'homme qu'elle
se propose d'instruire , ou comme occupé
dans une famille , ou comme seul, ou comme
engagé dans les affaires civiles .Mais la
Scene de son côté embrasse tous les Etats,
toutes les professions , tous les devoirs ,
toutes les vertus , tous les vices , tous les
travers même que la Philosophie se met
peu en peine d'observer et de réformer.
De plus les sottises des hommes , la sagesse
humaine et même les Eaux sacrées
de la divine Sagesse , sont les sources
fécondes où la Scene peut puiser ses importantes
et nombreuses leçons . Ce détail
est vif et serré. Enfin l'on fait sentir
finement par une espece de communication
ironique ( à la façon de Socrate )
avec un Philosophe , que la maniere d'instruire
dont la Scene se sert , est veritablement
plus instructive et plus efficace
que ne l'est la Méthode grave et sérieuse
des Philosophes. Voicy un trait de ce
Morceau , qu'il adresse aux Philofophes .
1. Vol. Vos
JUIN. 1733. 1177
Vos Discours sur nos devoirs sont bien
raisonnez , quoiqu'un peu diffus , j'aurois
tort assurément de les blâmer. Vous avez
épousé une Méthode qui vous astraint à
proceder par ordre de propositions , de preuves
, d'objections , de réfutations . Le moyen
de n'être pas discoureur ! mais le Poëte en
auroit- il moins d'autorité sur la Scene parce
qu'il ne sçauroit être sententieux et court ,
souvent sublime Philosophe en un seul Vers ?
Que voulez- vous ? nous aimons la briéveté.
Se mêle-t'on de nous instruire ? nous voulons
qu'on nous dise beaucoup en peu de
mots.
Vous philosophez sur les passions humaines
avec beaucoup de subtilité ; le dirai -je
aussi ? souvent avec un peu de secheresse .
Vous en sçauroit - on mauvais gré ? non.
C'est à vous de définir , de diviser , de développer
vos idées par articles ; ce n'est pas à
vous d'émouvoir. Trouveriez- vous pour cela
que le Poëte dont je parle en auroit moins
grace , parce qu'il mettroit en oeuvre les
pleurs et le courroux , la terreur et la pitié ?
Nous sommes un composé d'esprit et de corps ;
nous voulons être éclairez ; nous voulons être
émus , et l'on ne nous éclaire pas assez ,
on ne tâche de nous émouvoir.
de
si
Enfin vous vous en tenez aux préceptes $
vous écartez bien loin les exemples. Con-
I. Vol.
damnerois-je
F178 MERCURE DE FRANCE
damnerois je votre maniere ? nullement. C'est
la loi que vous vous êtes prescrite. Fose
ici vous le demander sans détour ; notre
Poëte n'a- t'il pas visiblement l'avantage sur
vous , lui qui joint les exemples aux préceptes
en quoi il s'éloigne de vous , car il
devient en quelque sorte Historien , comme
Vous venez de le voir Philosophe ; et par
l'heureux accord de deux Ecoles differentes ,
il en forme une troisième plus efficace pour
faire agir les deux ressorts , je veux dire ,
pour éclairer et pour toucher.
Par cette transition l'Orateur entre
dans la comparaison de la Scene avec
⚫ l'Histoire. Il traite cet endroit avec toute
la justesse et tout le feu qui conviennent
à un parallele si heureux , des évenemens
qu'exposent l'Histoire et la Scene ; et de
la maniere dont l'une et l'autre les expose.
Si des exemples , dit- il , attachez à
des lettres mortes , confiez à des dépositaires
inanimez , ont toutefois une sorte d'ame ;
un reste de leur antique chaleur ; quelle sera
Leur force et leur vie , lorsqu'ils renaîtront
dans l'action , qu'ils seront vivifiez par le
feu du mouvement , qu'ils parleront eux-mêmes
au coeur, à l'oreille , à l'oeil , avec toute
la grandeur des sentimens , avec tous les
charmes de la voix , avec toute l'éloquence
du geste Telle est Pinnocente Magie que
I. Vol. se
JUIN. 1733.
1179
l'imise
propose la Scene. Par elle tout revit , tout
respire , au point de faire croire
tation l'emporte sur la réalité , &c.
que
Ce ne sont plus les Annales des Martyrs
de tout âge et de tout sexe que l'on vous
récite. Vous devenez spectateur et témoin des
combats et des palmes de ces saints Athletes.
A vosyeux les Tyrans menacent, et ils menacent
en vain; mere , pere , épouse chérie, tous
pleurent tous embrassent les genoux du Héros.
Les larmes coulent vainement, les prieres sont
perdues. Délices , richesses , grandeurs , vous
étalez vos plus dangereux attraits . Une indignation
chrétienne , un noble mépris , une
fiertéplus qu'humaine vous foulent aux pieds.
Tourmens cruels , morts effroyables ; vous
paroiffez avec toutes vos horreurs. Un regard
intrépide vous brave . Juges , vous
foudroyez, Arrêt fatal et prononcés on baise
Péchaffaut et l'on vous rend graces . Vous balancez
, Bourreaux , vous tardez tròp ; l'on
vole au-devant de vos coups , &c.
Autre effort plus considerable de la Scene.
L'Histoire est astrainte au temps , au
lieu , à l'ordre des évenemens , pour les y
attacher. Elle n'ose d'ordinaire exposer les
vertus et les vices que séparément et en leur
place. La Scene au contraire ( semblable à
la Peinture qui entend le ton des couleurs
et l'heureux mêlange du clair et de l'obscur
(
I. Vol.
fair
1180 MERCURE DE FRANCE
;
fait dans la même action le contraste inte
ressant du vice et de la vertu. Elle balance
dans les caracteres approchez , la valeur et
la lâcheté , la douceur et le courroux , la modestie
et la fierté , la libéralité et l'avarice ,
la frugalité et la profusion , l'honnête homme
et le scelerat. De cette opposition d'om
bres et de lumieres , quel doux éclat rejaillit
sur la vertu pour l'embellir! que d'hor
ribles tenebres se répandent sur le vice pour
le confondre !
Voulez- vous des autoritez sur le paral
lele de la Scene , telle que je viens de la
peindre , et de l'Histoire telle qu'elle est ?
Consultez le Lecteur et le Spectateur , les
Bibliotheques et les Amphithéatres , et demandez
où l'on verse des pleurs.
Le P. Porée conclud que la Scene l'emporte
sur la Philosophie et sur l'Histoi
re ; et que cela même est prouvé non
seulement par l'idée pure du Théatre ;
mais encore par le suffrage de la Philosophie
et par la déposition de l'Histoire. Il
allégue en preuve Socrate qui assistoit
aux Pieces d'Euripide , la Poëtique d'Aristote
; l'authorité de S. Charles Borro
mée qui revoyoit les Comédies , la plume
à la main , avant qu'on les jouât , celle
du Cardinal de Richelieu qui n'a pas dédaigné
de composer lui - même des Vers
1. Vol.
traJUI
N. 1181. 1733.
tragiques , et de donner une partie de ses
soins à la perfection de la Scene. Celle de
Louis XIV. celle des Etats qui authorisent
des Spectacles pour exercer la jeunesse
; celle enfin des particuliers qui
croïent ces exercices utiles. Voici ce qu'il
dit de Louis XIV. Manes du Grand Louis,
rougiriez - vous d'avoir rappellé Racine an
Cothurne qu'il avoit quitté , pour engager cet
autre Prince de la Scene à donner des Tra
gedies dignes du Théatre , et des Actrices de,
S. Cyr? étoit ce un divertissement puerile
que vous ménagiez à des enfans ? Vos vûës
si-bienfaisantes , si sages , si religieuses se
portoient sans doute à quelque chose de plus
auguste.Jeune Noblesse trop mal dottée par la
fortune , ce Monarque vous reservoit une
dot dont il connoissoit tout le prix,des exemples
et des leçons de piété , thrésor préférable
à tous les thrésors , dot précieuse , que vous
deviez faire passer dans les familles les plus
distinguées pour la perpetuer. Quelles pieces
en effet tira- t-il du grand Maître qu'il em
ploya?
O Athalie! Esther ! Oeuvres divines,
dont l'unique ou le plus digne éloge est de
vous demander, Messieurs , si le Problême
que j'ai proposé auroit lieu , supposé qu'on
en composat d'égales , ou du moins de sem
blables. Ah ! il ne faudroit plus demander
I. Vol.
, alers ,
1182 MERCURE DE FRANCE
alors si le Théatre peut être utile aux moeurs,
mais s'il seroit possible qu'il leur devint pernicieux.
Voilà pour la Tragédie et la Comédie.
Il restoit à prononcer sur l'Opéra , matiére
délicate.Ce morceau est tourné avec
tant de délicatesse et de circonspection
qu'on ne peut l'abréger sans l'alterer.
Nous y renvoïons le Lecteur , tres - fâchez
de ne pouvoir mieux faire , et nous passons
à la seconde Partie.
Elle tend à faire voir que la Scene propre
par elle- même à former les moeurs ,
est dépravée par l'abus qu'en font les
Autheuts , les Acteurs et les Spectateurs ;
Particle qui regarde les Ecrivains de
Théatre est le plus étendu ; c'est à eux
que l'Orateur impute d'abord la dépra
vation des Spectacles. Il les compare avec
les Autheurs du Théatre Athénien ; ceuxci
se regardoient comme des hommes dévoüez
au bien public , et chargez par la
Patrie de réformer les moeurs. Est - ce là
l'idée de ceux qui destinent leur pluie
au Théatre ? Ils ont perdu de vûë , dit
F'Orateur , le but que se proposoient les
anciens. Ils ne comprennent plus , parce
qu'ils ne veulent pas le comprendre , ce
qu'exigent les Loix de leur emploi , ce
que veut la nature de la Poësie drama-
1. Vol.
tique
JUIN. 1733. 1183
*
tique. Elle veut qu'on ait en vûë le bien
de l'Etat , et que l'on profite en amusant.
On s'écarte de cet objet , on ne cherche
qu'à plaire , fût- ce aux dépens de l'utilité
publique . L'Orateur appuïe ses preuyes
sur une revûë détaillée des divers
Spectacles. Il rend à la Tragédie de nos
jours la justice qu'elle mérite par la gravité
de ses Sentences , et par l'élégance de
sa diction, Mais il demande ; Qu'est devenue
la sévérité Athénienne.Dans Athénes
la Tragedie se servoit du ressort des passions
pour les guérir ; elle le met en oeuvre
aujourd'hui pour augmenter leurs maux . La
Scene antique éteignoit dans les Athéniens
la soif de l'ambition , parce qu'elle la regardoit
comme la plus dangereuse peste de la
République. La Scene Françoise souffle aujourd'hui
dans les cours un double poison,
que nous devons regarder comme également
funeste à la Religion et à l'Etat , la vengeance
et l'amour..
>
Pour la Vengeance, le P. P. cite le Cid.
et l'emportement de Rodrigue et de son
Pere , par lequel Corneille , sans le sçavoir
, semble infpirer la fureur des Duels.
Heureux ( continuë l'Orateur ) d'avoir
été moins propre à traiter des sujets d'un caractere
tout opposé! Si les tendresses et le
Langage efféminé des Amours avoient pû
I. Vol.
s'as1184
MERCURE DE FRANCE
saccommoder de l'énergie de l'esprit le plus
ferme , et de l'enthousiasme de la Poësie la
plus sublime , de quels feux n'auriez vous
pas embraze la Scene ! Malheureusement le
Dieu de Cythere sçut trop se dédommager ;
la main à qui il confia son flambeau , n'eut
que trop de grace à le manier , à en ranimer
ia flamme , et à en répandre les étincelles
dans le sein des Spectateurs ..
Racine jeune, le consola de Corneille vieilli
et peu docile à suivre ses traces. Le nou
veau Peintre, génie heureux, aisé dans l'invention
, habile dans l'ordonnance , sçavant
dans l'étude de la nature , exact et patient
dans la correction enrichi des dépouilles
de la Grece , riche de son propre
fonds , pur dans sa diction , doux et coulant
dans ses Vers , sembla fait pour attendrir la
Scene , soit penchant , soit émulation on désespoir
d'atteindre le vieux Monarque du
Theatre dans la ronte qu'il avoit fraiée le
premier , il osa s'en tracer une toute nouvelle
pour regner à son tour.
Corneille dans le grand , avoit étonné
les esprits par la majesté pompeuse de ses pensées.
Racine , dans le tendre fascina les
coeurs par le charme enchanteur des sentimens.
L'un avoit élevé l'homme au dessus de
T'humanité, l'autre le rendit à lui - même et à ses
foiblesses. L'un avoit fait ses Héros Ro-
I. Vol.
mains,
JUIN. 1733 1185
mains , Arméniens , Parthes ; il nous transportoit
chez leurs Nations et dans leurs Climats
: l'autre , au contraire , les transportant
tous en France , les naturalisa François , et
les forma sur l'urbanitégalante de nos moeurs.
L'un , métamorphosant les femmes même en
autant de Héros , leur avoit donné une ame
veritablement Tragique : l'autre , rabaissant
ses Heros presqu'au rang des Héroïnes , leur
fit soupirer des sentimens d'Elegie. Le génie
du premier avoit pénétré dans le Cabinet
des Rois pour y sonder les profondeurs de la
politique ; l'esprit du second s'insinua dans
les Cercles , pour y apprendre les délicatesses
de la galanterie. Corneille, semblable à l'Oisean
de Jupiter , qui s'élance dans les nuës
et paroît se jouer au milieu des Eclairs et des
Tonneres , avoit fait retentir la Scene des
fréquens éclats de ce bruit majestueux qui
frappe tous les esprits. Racine, comme le tendre
Oiseau de Cypris , voltigeant autour des
Myries et des Roses , fit repeter aux Echos
ses gémissemens et ses soupirs. Corneille , en-
·fin forçant les obstacles d'un sentier escarpé
et sujet par consequent à d'illustres chutes ;
redoublant toujours ses efforts pour tendre de
plus en plus au sublime et au merveilleux
Scherchanpar la voie de l'admiration des
-applaudissemens trop merités , qu'il arracha
des plus déterminés à les lui refuser : Racine
I. Vol.
sur1186
MERCURE DE FRANCE
suivant une pente plus douce , mais par là
plus sûre, s'élevant rarement , soutenant son
vol avec grace et le ramenant promptement
aux amours , parut s'offrir de lui- même aux
suffrages qui prévenoient son attraïante donccur.
Il ne soupira pas en vain ; l'art inexprimable
des soupirs lui. procura la Palme
qu'il ambitionnoit ; il n'enleva pas
les Lanriers
à son Rival ; mais il se vit ceint de
Myrtes , par les mains empressées de ses Héros
et sut tout de ses Héroïnes . Il ne déthrôna
pas Corneille ; mais ilpartagea le Thrône
de la Scene avec lui. L'Aigle foudroïa
La Colombe gémit , et l'Empire fut divisé.
Quelle gloire pour Racine ! Regner ainsi sur.
le Theatre c'est avoir vaincu , c'est avoir
triomphé.
Vous sçavez , Messieurs , l'issue d'une si
brillante victoire. :.cette heureuse audace
produisit
une foule d'imitateurs. Les soupirs
avoient couronné ce grand Maître ; vaine
ment les désavoia - t- il vainement la piété
le ravit-elle dux honneurs du Théatre ; les
éleves nombreux soumirent le Cothurne aux
loix du tendre Législateur ; ils leur sacrifierent
la severité des loix fondamentales de la
Scene.
Le P. Porée prétend en effet que l'unité
d'action , la simplicité , la verité des sujets
, la vrai - semblance , la variété , one
I. Vol. extrê
JUIN. 1733 . 1187
extrêmement souffert de cette nouvelle
tournure de la Tragédie , devenuë amoureuse.
Il en montre le danger par un morceau
pathetique et fort éloquent en revenant
au parallele de la Tragédie ancienne
et de la moderne, puis il passe à la Comédie
avec un tour d'éloquence tout
nouveau ; car on remarque dans la diversité
de ses tours une conformité singulicre
entre chaque sujet et la maniere pro
pre de le traiter ; il feint une conversation.
La Comédie se donne pour être fort
differente de ce qu'elle fut jadis ; elle étale
les vices et les défauts qu'elle réforme
par ses Piéces, elle cite les petits Maîtres,
les Femmes sçavantes , les Misantropes
les Malades imaginaires, les diverses écoles
, & c. L'Orateur insére un mot sur
chaque chose ; et fait ensuite une récapitulation
des vices plus pernicieux
Comedie moderne , a ( dit - il ) introduits
et qu'elle authorise . Mais pourquoi, ajoutet-
il , s'en prendre à la Comédie ? Est- ce par
sa nature , où n'est- ce pas plutôt par la ma
lice d'autrui qu'elle s'est pervertie ? Ah ! prenons-
nous- en à ceux qui pouvant la rendre
bonne et utile , l'ont renduë nuisible et peri
nicieuse : Oui,j'ose m'en prendre d'abord an
chefmême des Autheurs et des Acteurs de
notre Scene. Poëte par goût,plus que par émque
la
1. Vol. G de
1188 MERCURE DE FRANCE
de , ce fut un feu de jeunesse , non la malignité
de la fortune , qui le fit Comédien. Né
pour des emplois sérieux , transporté dans le
comique, rigide observateur du ridicule,peintre
plaisant d'après nature , exact sans affectation
d'exactitude , correct sans paroitre
s'êtregêné , serré dans sa Prose , libre et aisé
dans ses Vers , riche en Sentences, fertile en
Plaisanteries, on peut dire qu'il réunit en lui
seni toutes les qualitez et la plupart des dé
fauts des Poëtes celebres en ce genre , aussi
piquant qu' Aristophane , quelquefois aussi.
peu retenu, aussi vif que Plaute, de temps en
temps aussi bouffon , aussi fin dans l'in
telligence des moeurs que Terence , souvent
aussi libre dans ses Tableaux, Moliere futil
plus grand par la nature ou par l'art ?
Inimitable dans l'un et dans l'autre , vicieux
par ces deux Endroits , il nuisit autant qu'il
excella, Le meilleur Maître , s'il enseigne le
mal , est le pire de tous les Maîtres.
L'Orateur taxe de la même sorte les
differens imitateurs de ce Prince de la
Comédie. Les Autheurs qui travaillent
pour le Théatre Lyrique viennent ensuite
sur les rangs par une figure d'éloquence
fort remarquable. Les Acteurs ont
aussi leur tour , et enfin les Spectateurs ;
nous n'insistons point sur cette fin, parce
qu'il seroit difficile d'en rien retrancher
I. Vol. et
JUIN. 1733. 1189
et de choisir . Cette . Analyse generale suffit
pour l'idée que nous nous sommes
proposée . Nous observerons seulement
que
le blâme de l'abus du Théatre, ( suivant
la pensée du P. Porée) retombe principalement
et presqu'entierement sur les
Spectateurs, que l'on sert selon leur goût.
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Résumé : Discours sur les Spectacles, traduit du Latin, [titre d'après la table]
Le texte présente un discours intitulé 'THEATRUM ne sit vel esse possit Schola informandis moribus idonea' prononcé par le Père Charles Porée, jésuite, le 13 mars 1733 au Collège Royal de Louis le Grand. Ce discours, traduit en français par le Père Brumoy et publié en 1733, a suscité l'intérêt de personnalités distinguées telles que les cardinaux de Polignac et de Bissy, ainsi que le Nonce apostolique. Le Père Porée examine la question de savoir si le théâtre peut être une école de formation des mœurs. Il affirme que, par nature, le théâtre peut former les mœurs, mais que les abus en empêchent la réalisation effective. Le discours se divise en deux parties : la première compare le théâtre à la philosophie et à l'histoire, et la seconde examine les abus commis par les auteurs, les acteurs et les spectateurs. Porée soutient que le théâtre, comme la philosophie et l'histoire, peut instruire et émouvoir les spectateurs. Il critique la méthode philosophique, jugée trop abstraite et peu émotive, et valorise la capacité du théâtre à illustrer les préceptes par des exemples vivants et touchants. Il compare également le théâtre à l'histoire, soulignant que le théâtre rend les événements historiques plus vivants et émouvants. Porée conclut que le théâtre, bien utilisé, peut être supérieur à la philosophie et à l'histoire pour former les mœurs. Il cite des autorités comme Socrate, Aristote, et des figures historiques comme Louis XIV pour appuyer son argumentation. Dans la seconde partie, Porée critique les auteurs de théâtre modernes, les accusant de ne plus se consacrer au bien public et de chercher uniquement à plaire, souvent au détriment des mœurs. Il cite des exemples comme 'Le Cid' de Corneille et les pièces de Racine pour illustrer comment le théâtre moderne peut encourager des comportements nuisibles, comme la vengeance et les passions amoureuses excessives. Le texte compare également les contributions de Corneille et Racine au théâtre français. Corneille est décrit comme un maître du grand et du majestueux, tandis que Racine est apprécié pour la tendresse et le charme de ses sentiments. Corneille a exploré la politique et la grandeur, tandis que Racine s'est concentré sur la galanterie et les délicatesses des mœurs françaises. Le Père Porée critique la tragédie moderne, devenue amoureuse, et la comédie, qui étale les vices et les défauts. Il blâme les auteurs, les acteurs et les spectateurs pour la perversion du théâtre. Enfin, Molière est décrit comme un comédien exceptionnel, réunissant les qualités et les défauts des poètes célèbres, mais nuisant autant qu'il a excellé.
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2459
p. 1190
Oeuvres d'Horace, gravées, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le sieur J. Pine, Graveur à Londres, qui au commencement de l'année derniere, publia un [...]
Mots clefs :
Horace, Vignettes, Culs-de-lampe, Souscriptions
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texteReconnaissance textuelle : Oeuvres d'Horace, gravées, &c. [titre d'après la table]
Le sieur J. Pine, Graveur à Londres , qui au
Commencement de l'année derniere , publia un
Plan , pour graver par Souscription , les Oeuvres
d'Horace en Latin ; avec des Vignettes et
Culs de Lampe à chaque Piece , avertit le Public
qu'il continuë de travailler à cet Ouvrage avec
beaucoup de succès et l'applaudissement general
des Curieux . Il en fera 2 vol. in 8. Les ornemens
de chaque Piece y ont du rapport ,
tirez des Médailles , Pierres gravées , Statues ,
Bustes , &c . des Anciens. Il en a répandu des
échantillons par toute l'Europe , et les Souscriptions
nombreuses qu'il a reçues , prouvent combien
les Curieux estiment cet Ouvrage : Le prix
est de deux Guinées ; on en paye une en Souscrivant
, une demi Guignée en retirant le pre
mier vol. et une demi Guinée en recevant le 2
vol. Les Wetsteins et Smith , Libraires à Amsterdam
, sont chargez de recevoir les Souscriptions
qui se présenteront en Hollande et en Allemagne.
Ils ont chez eux des épreuves du 1 vol .
entier pour les montrer aux Amateurs ; avec une
Liste de ceux qui ont souscrit.
Commencement de l'année derniere , publia un
Plan , pour graver par Souscription , les Oeuvres
d'Horace en Latin ; avec des Vignettes et
Culs de Lampe à chaque Piece , avertit le Public
qu'il continuë de travailler à cet Ouvrage avec
beaucoup de succès et l'applaudissement general
des Curieux . Il en fera 2 vol. in 8. Les ornemens
de chaque Piece y ont du rapport ,
tirez des Médailles , Pierres gravées , Statues ,
Bustes , &c . des Anciens. Il en a répandu des
échantillons par toute l'Europe , et les Souscriptions
nombreuses qu'il a reçues , prouvent combien
les Curieux estiment cet Ouvrage : Le prix
est de deux Guinées ; on en paye une en Souscrivant
, une demi Guignée en retirant le pre
mier vol. et une demi Guinée en recevant le 2
vol. Les Wetsteins et Smith , Libraires à Amsterdam
, sont chargez de recevoir les Souscriptions
qui se présenteront en Hollande et en Allemagne.
Ils ont chez eux des épreuves du 1 vol .
entier pour les montrer aux Amateurs ; avec une
Liste de ceux qui ont souscrit.
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Résumé : Oeuvres d'Horace, gravées, &c. [titre d'après la table]
Le graveur londonien J. Pine a annoncé la publication des œuvres d'Horace en latin, illustrées de vignettes et de culs-de-lampe pour chaque pièce. L'ouvrage, composé de deux volumes in-octavo, sera orné d'éléments inspirés des médailles, pierres gravées, statues et bustes des Anciens. Les échantillons distribués en Europe ont suscité un grand intérêt, comme en témoignent les nombreuses souscriptions reçues. Le prix total est fixé à deux guinées, avec des paiements échelonnés : une guinée à la souscription, une demi-guinée à la réception du premier volume, et une demi-guinée à la réception du second volume. Les libraires Wetsteins et Smith à Amsterdam sont responsables des souscriptions en Hollande et en Allemagne. Ils possèdent des épreuves du premier volume entier et une liste des souscripteurs pour les amateurs intéressés.
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2460
p. 1190-1191
« Gosse et Neaulme, Libraires à la Haye, avertissent le Public qu'ils impriment actuellement, [...] »
Début :
Gosse et Neaulme, Libraires à la Haye, avertissent le Public qu'ils impriment actuellement, [...]
Mots clefs :
Dictionnaire historique et critique, Pierre Bayle
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texteReconnaissance textuelle : « Gosse et Neaulme, Libraires à la Haye, avertissent le Public qu'ils impriment actuellement, [...] »
Gosse et Neaulme , Libraires à la Haye , ayertissent
le Public qu'ils impriment actuellement ,
en 2 vol. in fol. un Dictionnaire Historique et
1.Vol. CriJUIN.
1733: 1191
Critique , traduit de l'Anglois en François , et
composé par une Société de Gens de Lettres , lequel
pourra servir de supplement au Dictionnaire
historique et critique de Bayle , puisque ce
sont tous des articles qui ne se trouvent point
dans le Dictionnaire de Bayle.
Vanden , Van - Duren et P. le Hond , impriment
par souscription , à la Haye ; Histoire
d'Angleterre , de M. Rapin Thoyras , continuée
jusqu'à l'évenement de George I. au Thrône de
la Grande Bretagne . Par M. M. D. Tom. 11 et
12. in 4. avec deux Cartes Géographiques.
La sixième Partie des Cent Nouvelles nouvelles
, de Madame de Gomès , paroît chez la
veuve Guillaume , rue Dauphine , et chez Gandouin
le jeune , rue du Hurepois.
Cet Ouvrage se fait toujours lire avec plaisir.
Ce volume contient l'Innocente Infidélité. L'henreuse
Témérité et la Nôce interrompuë.
On donnera la suite le mois prochain.
le Public qu'ils impriment actuellement ,
en 2 vol. in fol. un Dictionnaire Historique et
1.Vol. CriJUIN.
1733: 1191
Critique , traduit de l'Anglois en François , et
composé par une Société de Gens de Lettres , lequel
pourra servir de supplement au Dictionnaire
historique et critique de Bayle , puisque ce
sont tous des articles qui ne se trouvent point
dans le Dictionnaire de Bayle.
Vanden , Van - Duren et P. le Hond , impriment
par souscription , à la Haye ; Histoire
d'Angleterre , de M. Rapin Thoyras , continuée
jusqu'à l'évenement de George I. au Thrône de
la Grande Bretagne . Par M. M. D. Tom. 11 et
12. in 4. avec deux Cartes Géographiques.
La sixième Partie des Cent Nouvelles nouvelles
, de Madame de Gomès , paroît chez la
veuve Guillaume , rue Dauphine , et chez Gandouin
le jeune , rue du Hurepois.
Cet Ouvrage se fait toujours lire avec plaisir.
Ce volume contient l'Innocente Infidélité. L'henreuse
Témérité et la Nôce interrompuë.
On donnera la suite le mois prochain.
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Résumé : « Gosse et Neaulme, Libraires à la Haye, avertissent le Public qu'ils impriment actuellement, [...] »
En 1733, les libraires Gosse et Neaulme annoncent l'impression d'un 'Dictionnaire Historique et Critique' en deux volumes in-folio, traduit de l'anglais au français par une société de gens de lettres. Cet ouvrage vise à compléter le 'Dictionnaire Historique et Critique' de Bayle en ajoutant des articles absents. Parallèlement, les imprimeurs Vanden, Van-Duren et P. le Hond annoncent la publication par souscription de l''Histoire d'Angleterre' de M. Rapin Thoyras, continuée jusqu'à l'avènement de George I au trône de Grande-Bretagne. Cette édition inclut les tomes 11 et 12 en format in-quarto, accompagnés de deux cartes géographiques. Enfin, la veuve Guillaume et Gandouin le jeune annoncent la parution de la sixième partie des 'Cent Nouvelles Nouvelles' de Madame de Gomès, contenant les nouvelles 'L'Innocente Infidélité', 'L'Heureuse Témérité' et 'La Nôce interrompue'. La suite sera publiée le mois suivant.
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2461
p. 1191-1192
Bouclier antique au Cabinet du Roy, [titre d'après la table]
Début :
Le Roy a acquis depuis peu pour son Cabinet, un Bouclier antique, d'argent, qui a 27 [...]
Mots clefs :
Bouclier d'Hannibal, Bouclier de Scipion, Bouclier antique, Cabinet du roi
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texteReconnaissance textuelle : Bouclier antique au Cabinet du Roy, [titre d'après la table]
Le Roy a acquis depuis peu pour son Cabinet
, un Bouclier antique , d'argent , qui a 27
pouces de diamêtre , et qui péze 43 marcs. Ce
Bouclier a été trouvé en Dauphiné, dans la Terre
du Passage , Diocèse de Vienne. Il est parfaitement
rond et d'une Cizelure simple et noble.
On y a représenté au centre un Lion sous un
Palmier , et dans une espece d'exergue divers
membres d'Animaux , particulierement de Sangliers
. On ne doute point que ce ne soit un Bouclier
votif; et comme l'ouvrage paroit Carthaginois
, on l'a déja surnommé le Bouclier d'Annibal
, en le mettant à côté d'un autre Bouclier
I. Vol. Gij votif
1192 MERCURE DE FRANCE
•
votif , aussi d'argent , qui étoit déja au Cabinet
du Roy , et qu'on appelle le Bouclier de Scipion
, parce qu'on y a consacré la mémoire de
sa continence après la prise de Carthage. Ce
Bouclier passoit pour unique , et il est heureux
que celui qu'on a découvert depuis ,lui soit joint,
et lui serve en quelque sorte de pendant , car
ils sont d'ailleurs à peu près égaux en poids et
en grandeur , comme en matiere. M. Spon , dans
ses Recherches d'Antiquité , a donné l'explication
du Bouclier de Scipion. M. de Boze , Garde du
Cabinet du Roy , pourroit bien donner celle du
Bouclier d'Annibal.
, un Bouclier antique , d'argent , qui a 27
pouces de diamêtre , et qui péze 43 marcs. Ce
Bouclier a été trouvé en Dauphiné, dans la Terre
du Passage , Diocèse de Vienne. Il est parfaitement
rond et d'une Cizelure simple et noble.
On y a représenté au centre un Lion sous un
Palmier , et dans une espece d'exergue divers
membres d'Animaux , particulierement de Sangliers
. On ne doute point que ce ne soit un Bouclier
votif; et comme l'ouvrage paroit Carthaginois
, on l'a déja surnommé le Bouclier d'Annibal
, en le mettant à côté d'un autre Bouclier
I. Vol. Gij votif
1192 MERCURE DE FRANCE
•
votif , aussi d'argent , qui étoit déja au Cabinet
du Roy , et qu'on appelle le Bouclier de Scipion
, parce qu'on y a consacré la mémoire de
sa continence après la prise de Carthage. Ce
Bouclier passoit pour unique , et il est heureux
que celui qu'on a découvert depuis ,lui soit joint,
et lui serve en quelque sorte de pendant , car
ils sont d'ailleurs à peu près égaux en poids et
en grandeur , comme en matiere. M. Spon , dans
ses Recherches d'Antiquité , a donné l'explication
du Bouclier de Scipion. M. de Boze , Garde du
Cabinet du Roy , pourroit bien donner celle du
Bouclier d'Annibal.
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Résumé : Bouclier antique au Cabinet du Roy, [titre d'après la table]
Le roi a récemment ajouté à son cabinet un bouclier antique en argent, découvert en Dauphiné, dans la terre du Passage, diocèse de Vienne. Ce bouclier, d'un diamètre de 27 pouces et pesant 43 marcs, est parfaitement rond et orné d'une ciselure simple et noble. Il représente un lion sous un palmier et divers membres d'animaux, notamment de sangliers. Considéré comme un bouclier votif, il est surnommé le bouclier d'Annibal en raison de son style. Il est exposé à côté du bouclier de Scipion, un autre bouclier votif en argent déjà présent dans le cabinet du roi, commémorant la continence de Scipion après la prise de Carthage. Les deux boucliers sont similaires en poids, taille et matière. M. Spon a expliqué le bouclier de Scipion dans ses Recherches d'Antiquité, tandis que M. de Boze, garde du cabinet du roi, pourrait expliquer le bouclier d'Annibal.
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2462
p. 1192-1194
Grand Portail de saint Sulpice. CEREMONIE.
Début :
Le Public paroît trop attentif à tout ce qui regarde le vaste et superbe Edifice de l'Eglise de [...]
Mots clefs :
Servandoni, Église, Portail, Église de Saint-Sulpice, Cérémonie, Croix, Clergé, Architecte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Grand Portail de saint Sulpice. CEREMONIE.
Grand Portail de saint Sulpice.
CEREMONIE.
Le Public paroît trop attentif à tout ce qu
regarde le vaste ce superbe Edifice de l'Eglise de
S. Sulpice , pour ne pas lui faire part de la Cérémonie
qu'on fit le Lundy 11 May , jour
que l'on commença à creuser les fondemens du
grand Portail,
Elle commença par une Messe basse du S.Esprit,
célébrée à 8 heures du matin par M. le Curé ,
dont la piété et les grandes lumieres , sçavent sibien
allier le pieux et l'édifiant des Cérémonies
de l'Eglise , à ce qu'elles ont d'auguste et de
pompeux.
Le Clergé chanta pendant la Messe la Prose
du S. Esprit. Tous les Ouvriers du Bâtiment ỳ
assisterent , rangez sur deux lignes dans la Nef,
et il y eut un tres grand concours de Peuple .
Après la Messe , on fit une Procession en dehors
de l'Eglise , dans l'ordre suivant.
·
Tous les Massons et Ouvriers , au nombre de
I. Vol. près
JUIN. 1733. 1193
près de 200 , étoient précédez par une Banniere,
ornée de Festons de fleurs , d'un goût ingénieux
et tout-à-fait nouveau , chaque Artiste portoit
le principal Instrument de sa profession . La
Croix d'argent de la Paroisse venoit ensuite ,
portée par un Prêtre en Chape , et suivie de
tout le Clergé. M. le Curé marchoit le dernier ,
entre Mrs le Moine et Servandoni . Le premier a
peint le Plafond de la Chapelle de la Vierge,dont
nous avons donné la description dans le Mercure
de Mars , et le second est l'Architecte depuis
quelques années des travaux qu'on fait à
Saint Sulpice , et l'Auteur du dessein du Grand
Portail qu'on va construire . Le Dessein étoit attaché
à la Croix dont on vient de parler. Le
modele en relief a été exposé à la censure publique
pendant uri an, et admiré des plus grands
connoisseurs , comme un des plus beaux morceaux
d'Architecture qu'on puisse exécuter.
M. le Curé , accompagné de Mrs les Marguilliers,
s'arrêta avec tout le Clergé, à l'endroit
où la Fouille pour les fondations du Grand Portail
devoit se faire ; et ce digne Pasteur s'étant
tourné vers l'Eglise , entonna quelques Versets .
de l'Hymne de la Ste Vierge , ausquels le Peuple
qui étoit accouru en foule , répondit avec
beaucoup de zéle , de modestie et de religion.
Après l'Oraison , un Maître de Cérémonie en
Chape , présenta à M. le Curé une Pioche ,
avec laquelle il donna quelques coups , pour
commencer à ouvrir la terre et présenta le même
Outil à quelques personnes des plus distinguées
, ce qui termina cette Cérémonie. La Procession
rentra dans l'Eglise par la grande Porte,
en chantant le Te Deum , après quoi tous les
Travailleurs se mirent à l'Ouvrage.
I. Vol. Cc G iiij
1194 MERCURE DE FRANCE
Ce jour-là , le Chevalier Nicolas Servandoni ,
natif de Florence, Peintre et Architecte du Roy,
en ses Académies Royales de Peinture, Sculpture
et Architecture , étoit décoré du Colier de
POrdre de S. Jean de Latran , qu'il avoit reçu
des mains de Monsieur le Nonce . Le Pape a accordé
cette grace à cet habile Artiste, par sa Patente
, du 6 Mars 1732. qui le fait , crée et constituë
Chevalier du sacré Palais Apostolique et
Comte de S. Jean de Latran , en considération
de ses rares talens , de sa capacité et de ses Ouvrages
, et particulierement à l'occasion de la
premiere Pierre du Grand Autel de S. Sulpice ,
posée l'année derniere , au nom de Sa Sainteté ,
par son Excellence M. Delci , Nonce en France
; assisté du Chevalier Servandoni , faisant les
fonctions d'Architecte de ce grand Edifice. La
Croix qui pend au bas de son Cordon , enrichie
de Diamans brillans , est un présent de ce Prélat.
Le Koy a permis au Chevalier Servandoni de
porter cette marque d'honneur et de distinction ,
dont les plus celebres Artistes ont été décorez ,
comme le Cavalier Bernin , Carle Marat ,
et il a reçu à cette occasion une Lettre fort gracieuse
du Ministre , qui marque le cas que S.M.
fait du sieur Servandoni.
&c.
Nous donnerons incessamment une Description
exacte de cet Edifice , sur les Plans , les Coupes
, Profils , et Modéles en relief , exposez aux
yeux du Public , avec tous les dévelopemens et
ornemens de chaque Partie , qu'on exécute actuellement.
CEREMONIE.
Le Public paroît trop attentif à tout ce qu
regarde le vaste ce superbe Edifice de l'Eglise de
S. Sulpice , pour ne pas lui faire part de la Cérémonie
qu'on fit le Lundy 11 May , jour
que l'on commença à creuser les fondemens du
grand Portail,
Elle commença par une Messe basse du S.Esprit,
célébrée à 8 heures du matin par M. le Curé ,
dont la piété et les grandes lumieres , sçavent sibien
allier le pieux et l'édifiant des Cérémonies
de l'Eglise , à ce qu'elles ont d'auguste et de
pompeux.
Le Clergé chanta pendant la Messe la Prose
du S. Esprit. Tous les Ouvriers du Bâtiment ỳ
assisterent , rangez sur deux lignes dans la Nef,
et il y eut un tres grand concours de Peuple .
Après la Messe , on fit une Procession en dehors
de l'Eglise , dans l'ordre suivant.
·
Tous les Massons et Ouvriers , au nombre de
I. Vol. près
JUIN. 1733. 1193
près de 200 , étoient précédez par une Banniere,
ornée de Festons de fleurs , d'un goût ingénieux
et tout-à-fait nouveau , chaque Artiste portoit
le principal Instrument de sa profession . La
Croix d'argent de la Paroisse venoit ensuite ,
portée par un Prêtre en Chape , et suivie de
tout le Clergé. M. le Curé marchoit le dernier ,
entre Mrs le Moine et Servandoni . Le premier a
peint le Plafond de la Chapelle de la Vierge,dont
nous avons donné la description dans le Mercure
de Mars , et le second est l'Architecte depuis
quelques années des travaux qu'on fait à
Saint Sulpice , et l'Auteur du dessein du Grand
Portail qu'on va construire . Le Dessein étoit attaché
à la Croix dont on vient de parler. Le
modele en relief a été exposé à la censure publique
pendant uri an, et admiré des plus grands
connoisseurs , comme un des plus beaux morceaux
d'Architecture qu'on puisse exécuter.
M. le Curé , accompagné de Mrs les Marguilliers,
s'arrêta avec tout le Clergé, à l'endroit
où la Fouille pour les fondations du Grand Portail
devoit se faire ; et ce digne Pasteur s'étant
tourné vers l'Eglise , entonna quelques Versets .
de l'Hymne de la Ste Vierge , ausquels le Peuple
qui étoit accouru en foule , répondit avec
beaucoup de zéle , de modestie et de religion.
Après l'Oraison , un Maître de Cérémonie en
Chape , présenta à M. le Curé une Pioche ,
avec laquelle il donna quelques coups , pour
commencer à ouvrir la terre et présenta le même
Outil à quelques personnes des plus distinguées
, ce qui termina cette Cérémonie. La Procession
rentra dans l'Eglise par la grande Porte,
en chantant le Te Deum , après quoi tous les
Travailleurs se mirent à l'Ouvrage.
I. Vol. Cc G iiij
1194 MERCURE DE FRANCE
Ce jour-là , le Chevalier Nicolas Servandoni ,
natif de Florence, Peintre et Architecte du Roy,
en ses Académies Royales de Peinture, Sculpture
et Architecture , étoit décoré du Colier de
POrdre de S. Jean de Latran , qu'il avoit reçu
des mains de Monsieur le Nonce . Le Pape a accordé
cette grace à cet habile Artiste, par sa Patente
, du 6 Mars 1732. qui le fait , crée et constituë
Chevalier du sacré Palais Apostolique et
Comte de S. Jean de Latran , en considération
de ses rares talens , de sa capacité et de ses Ouvrages
, et particulierement à l'occasion de la
premiere Pierre du Grand Autel de S. Sulpice ,
posée l'année derniere , au nom de Sa Sainteté ,
par son Excellence M. Delci , Nonce en France
; assisté du Chevalier Servandoni , faisant les
fonctions d'Architecte de ce grand Edifice. La
Croix qui pend au bas de son Cordon , enrichie
de Diamans brillans , est un présent de ce Prélat.
Le Koy a permis au Chevalier Servandoni de
porter cette marque d'honneur et de distinction ,
dont les plus celebres Artistes ont été décorez ,
comme le Cavalier Bernin , Carle Marat ,
et il a reçu à cette occasion une Lettre fort gracieuse
du Ministre , qui marque le cas que S.M.
fait du sieur Servandoni.
&c.
Nous donnerons incessamment une Description
exacte de cet Edifice , sur les Plans , les Coupes
, Profils , et Modéles en relief , exposez aux
yeux du Public , avec tous les dévelopemens et
ornemens de chaque Partie , qu'on exécute actuellement.
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Résumé : Grand Portail de saint Sulpice. CEREMONIE.
Le 11 mai 1733, une cérémonie marqua le début des travaux de construction du grand portail de l'église Saint-Sulpice à Paris. La journée débuta par une messe basse du Saint-Esprit célébrée à 8 heures du matin par le curé, reconnu pour sa piété et ses grandes lumières. Pendant la messe, le clergé chanta la prose du Saint-Esprit, et les ouvriers du bâtiment assistèrent à la cérémonie, alignés dans la nef. Un grand nombre de fidèles participèrent également à l'événement. Après la messe, une procession eut lieu en dehors de l'église. Environ 200 maçons et ouvriers, précédés par une bannière ornée de festons de fleurs, portaient chacun l'instrument principal de leur profession. La croix d'argent de la paroisse, portée par un prêtre en chape, suivait, accompagnée de tout le clergé. Le curé marchait en dernier, entre les moines et Servandoni, l'architecte des travaux de Saint-Sulpice et auteur du dessein du grand portail. Le modèle en relief du portail avait été exposé et admiré pendant un an. Le curé, accompagné des marguilliers, s'arrêta à l'endroit où les fouilles pour les fondations devaient commencer. Il entonna des versets de l'hymne de la Sainte Vierge, auxquels le peuple répondit avec zèle et modestie. Après une oraison, un maître de cérémonie présenta une pioche au curé, qui donna quelques coups pour commencer les travaux. Quelques personnes distinguées firent de même. La procession rentra ensuite dans l'église en chantant le Te Deum, après quoi les travailleurs commencèrent leur ouvrage. Ce jour-là, le chevalier Nicolas Servandoni, peintre et architecte du roi, fut décoré du collier de l'Ordre de Saint-Jean de Latran par le nonce apostolique. Cette distinction, accordée par le pape, reconnaissait les talents et les œuvres de Servandoni, notamment sa contribution à la première pierre du grand autel de Saint-Sulpice posée l'année précédente. Le roi permit à Servandoni de porter cette marque d'honneur, déjà décernée à des artistes célèbres comme le Cavalier Bernin et Carle Marat.
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2463
p. 1194-1196
Mort de M. Vanrobais, &c. [titre d'après la table]
Début :
Une des grandes attentions que nous avons à rendre justice au merite, en laissant â la postérité [...]
Mots clefs :
Josse Van Robais, Succès, Abbeville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de M. Vanrobais, &c. [titre d'après la table]
Une des grandes attentions que nous avons à
rendre justice au merite , en laissant â la postérité
des Monumens qui fassent honneur à ceux
I.Vol. qui
JUI N. 1733 . 1195
qui se sont distinguez extraordinairement dans
ces Sciences et les Arts , nous oblige aujourd'hui
à faire part au public de la mort d'un homme ,
connu de toute la France ; c'est celle de M. Vanrobais
de Rixdorp , qui mourut à Abbeville le
25 de ce mois , dans la 72- année de son âge. II
étoit fils de M. Josse Vanrobais , dont Monsieur
Colbert se servit en l'année 1665. pour établir à
Abbeville une Manufacture de Draps fins. Ce
grand Ministre qui connoîssoit l'importance de
cette entreprise , ne négligea rien par le choix de
la personne , et par les beaux Priviléges qu'il lui
fit accorder , et qui subsistent encore , pour lui
assurer un succès certain ;
mais on peut dire que
ce succès a passé ses espérances : Rien n'y a plus
contribué que la protection entiere dont les Rois,
et leurs Ministres ont constamment favorisé
M. Josse Vanrobais et ses enfans , qui de leur
côté ont fait tous leurs efforts pour mériter un
și grand honneur. Celui qui vient de mourir entr'autres
, s'est distingué d'une maniere si extraordinaire
, qu'oubliant ses interêts particu
liers , il n'a jamais eu en vûë que la solidité de
çet établissement , et la bonté et la beauté des
Draps qui sont aujourd'hui portez à un tel point
de perfection , qu'il n'y en a point dans l'Europe
qui puissent leur être mis en concurrence. Il
laisse cinq neveux ses associez , sur lesquels il se
reposoit depuis dix années , des soins de la régie
de la Manufacture qui renferme plus de 3500
Ouvriers , et qui continuera ses travaux avec encore
plus d'espérance de succès que jamais.
x M. Vanrobais avoit un excellent jugement
beaucoup de fermeté , et en même temps une
douceur et une politesse qui gagnoient le coeur des
plus Grands , qui n'ont pû lui refuser leurs lat
2 I. Kok. Gy mes
1196 MERCURE DE FRANCE
mes en apprenant sa mort. Les Feuples de la Prevince
, ses Ouvriers et les Pauvres le 1egardoient
comme leur pere. Pendant sa maladie , qui a été
longue et douloureuse , ils lui ont donné des
preuves d'une affection singuliere ; on en a vů
aller nuds pieds en dévotion à sept et huit lieuës
d'Abbeville, pour demander à Dieu sa guérison ;
les Paroissses et les Communautez de la Ville ,
ont fait des Prieres publiques pour lui ; en un
mot , on n'a point vu de Particulier emporter
dans le tombeau tant de bénedictions et de louanges
plus justement méritées , aussi n'y eut - il jamais
un meilleur Citoyen ni un plus fidele Sujet.
rendre justice au merite , en laissant â la postérité
des Monumens qui fassent honneur à ceux
I.Vol. qui
JUI N. 1733 . 1195
qui se sont distinguez extraordinairement dans
ces Sciences et les Arts , nous oblige aujourd'hui
à faire part au public de la mort d'un homme ,
connu de toute la France ; c'est celle de M. Vanrobais
de Rixdorp , qui mourut à Abbeville le
25 de ce mois , dans la 72- année de son âge. II
étoit fils de M. Josse Vanrobais , dont Monsieur
Colbert se servit en l'année 1665. pour établir à
Abbeville une Manufacture de Draps fins. Ce
grand Ministre qui connoîssoit l'importance de
cette entreprise , ne négligea rien par le choix de
la personne , et par les beaux Priviléges qu'il lui
fit accorder , et qui subsistent encore , pour lui
assurer un succès certain ;
mais on peut dire que
ce succès a passé ses espérances : Rien n'y a plus
contribué que la protection entiere dont les Rois,
et leurs Ministres ont constamment favorisé
M. Josse Vanrobais et ses enfans , qui de leur
côté ont fait tous leurs efforts pour mériter un
și grand honneur. Celui qui vient de mourir entr'autres
, s'est distingué d'une maniere si extraordinaire
, qu'oubliant ses interêts particu
liers , il n'a jamais eu en vûë que la solidité de
çet établissement , et la bonté et la beauté des
Draps qui sont aujourd'hui portez à un tel point
de perfection , qu'il n'y en a point dans l'Europe
qui puissent leur être mis en concurrence. Il
laisse cinq neveux ses associez , sur lesquels il se
reposoit depuis dix années , des soins de la régie
de la Manufacture qui renferme plus de 3500
Ouvriers , et qui continuera ses travaux avec encore
plus d'espérance de succès que jamais.
x M. Vanrobais avoit un excellent jugement
beaucoup de fermeté , et en même temps une
douceur et une politesse qui gagnoient le coeur des
plus Grands , qui n'ont pû lui refuser leurs lat
2 I. Kok. Gy mes
1196 MERCURE DE FRANCE
mes en apprenant sa mort. Les Feuples de la Prevince
, ses Ouvriers et les Pauvres le 1egardoient
comme leur pere. Pendant sa maladie , qui a été
longue et douloureuse , ils lui ont donné des
preuves d'une affection singuliere ; on en a vů
aller nuds pieds en dévotion à sept et huit lieuës
d'Abbeville, pour demander à Dieu sa guérison ;
les Paroissses et les Communautez de la Ville ,
ont fait des Prieres publiques pour lui ; en un
mot , on n'a point vu de Particulier emporter
dans le tombeau tant de bénedictions et de louanges
plus justement méritées , aussi n'y eut - il jamais
un meilleur Citoyen ni un plus fidele Sujet.
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Résumé : Mort de M. Vanrobais, &c. [titre d'après la table]
Le texte rend hommage à M. Vanrobais de Rixdorp, décédé à Abbeville le 25 juin 1733 à l'âge de 72 ans. Fils de M. Josse Vanrobais, il a fondé en 1665 une manufacture de draps fins à Abbeville, sous l'impulsion de Colbert. Cette manufacture a reçu des privilèges royaux et un soutien constant des rois et de leurs ministres, assurant son succès. Vanrobais s'est distingué par son dévouement à la solidité de l'établissement et à la qualité des draps, reconnus comme les meilleurs en Europe. Il laisse cinq neveux associés, qui continueront à gérer la manufacture employant plus de 3500 ouvriers. Respecté pour son jugement, sa fermeté, sa douceur et sa politesse, Vanrobais a gagné l'affection des grands, des habitants de la province, des ouvriers et des pauvres. Sa maladie a suscité des prières et des dévotions, témoignant de l'amour et du respect qu'il inspirait. Il est décrit comme un excellent citoyen et un sujet fidèle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2464
p. 1196-1198
[Mort] De M. Coustou, &c. [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Peinture et de Sculpture, a fait une des plus grandes pertes qu'elle [...]
Mots clefs :
Ouvrages, Mort, Marbre, Statue, Louis XIV, Nicolas Coustou, Académie royale de peinture et de sculpture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : [Mort] De M. Coustou, &c. [titre d'après la table]
L'Académie Royale de Peinture et de Sculpture
, a fait une des plus grandes
pertes
qu'elle
pouvoit
faire en la personne
de NICOLAS
COUSTOU
, l'aîné , natif de Lyon , mort à
Paris le premier
May , âgé de 71. ans , extrêmement
regretté
par les Amateurs
des beaux Arts ,
et par tous ceux qui connoissoient
sa personne
et ses Ouvrages
, qu'on
a toujours
recherchez
avec beaucoup
d'empressement
.
Il étoit neveu et Eleve d'Antoine Coyzevox ,
aussi Lyonnois , mort à Paris en 1720. âgé de
80. ans.
M. Coustou étoit actuellement Chancelier et
Recteur de l'Académie . Un des Ouvrages qui lui a
fait le plus d'honneur , c'est le Groupe de Marbre
blanc , placé derriere le Maître Autel de l'Eglise
de Notre-Dame , communément appellé le
Vou de Louis XIII . où l'on voir la Vierge assise
au pied de la Croix , tenant le Christ mort
sur ses genoux .
•
Les autres principaux Ouvrages sortis de ses
mains et qui ont le plus contribué à sa grande
I. Vol. réputation
JUIN. 1733. 1197
réputation , sont deux Groupes en Marbre , réprésentant
des Chasseurs , l'un avec un Cerf,
l'autre avec un Sanglier , placez dans les Jardins
de Marly.
Un Groupe de Fleuves , représentant la Seine
et la Marne , dans le Jardin des Tuilleries .
Trois Figures , représentant des Retours de
Chasses , dans le même Jardin , sur la Terrasse
du côté du Pont Royal.
Une Figure de bronze de dix pieds de propor
tion , représentant la Saone et un grând Trophée
de Minerve. Ces deux Morceaux sont placez au
piédestal de la Statue Equestre de Louis XIV .
érigée dans la Ville de Lyon , à la Place de Belle-
Cour.
La Statue en Marbre de Louis XV . en pied
dans le Jardin du Château de Petit- Bourg.
Un petit Apollon , courant après Daphné, &c.
Nous n'entrerons pas dans un plus grand détail
pour abréger , mais nous remarquerons que ces
Ouvrages passent , de l'aveu des plus grands
Connoisseurs , pour ce qui a été fait de plus beau
en ce genre, sous le Regne de Louis XIV . On ne
dit rien de plusieurs autres grands Ouvrages de
M. Coustou , et qu'on voit avec admiration aux
Invalides , à Versailles , Marly , Trianon , &c.
La mort l'a surpris dans ces derniers temps ,
travaillant à un grand Médaillon ou Bas- relief,
représentant le Passage du Rhin , qu'on doit placer
dans le Sallon de la Guerre au Château de
Versailles. Cet Ouvrage n'est pas fini , non plus
que la Statue en pied du Maréchal de Villars ni
le Tombeau du Cardinal de Janson , mais l'inconvénient
n'est pas grand , M. N. Couston , trèsdigne
frere de celui que nous venons de perdre ,
doit les achever incessamment. Le Public est
I. Vol.
G vj persuadé
1198 MERCURE DE FRANCE
persuadé d'avance que ces grands Ouvrages ,
quoique de deux mains , ne diminueront rien de
la réputation de ces illustres freres .
, a fait une des plus grandes
pertes
qu'elle
pouvoit
faire en la personne
de NICOLAS
COUSTOU
, l'aîné , natif de Lyon , mort à
Paris le premier
May , âgé de 71. ans , extrêmement
regretté
par les Amateurs
des beaux Arts ,
et par tous ceux qui connoissoient
sa personne
et ses Ouvrages
, qu'on
a toujours
recherchez
avec beaucoup
d'empressement
.
Il étoit neveu et Eleve d'Antoine Coyzevox ,
aussi Lyonnois , mort à Paris en 1720. âgé de
80. ans.
M. Coustou étoit actuellement Chancelier et
Recteur de l'Académie . Un des Ouvrages qui lui a
fait le plus d'honneur , c'est le Groupe de Marbre
blanc , placé derriere le Maître Autel de l'Eglise
de Notre-Dame , communément appellé le
Vou de Louis XIII . où l'on voir la Vierge assise
au pied de la Croix , tenant le Christ mort
sur ses genoux .
•
Les autres principaux Ouvrages sortis de ses
mains et qui ont le plus contribué à sa grande
I. Vol. réputation
JUIN. 1733. 1197
réputation , sont deux Groupes en Marbre , réprésentant
des Chasseurs , l'un avec un Cerf,
l'autre avec un Sanglier , placez dans les Jardins
de Marly.
Un Groupe de Fleuves , représentant la Seine
et la Marne , dans le Jardin des Tuilleries .
Trois Figures , représentant des Retours de
Chasses , dans le même Jardin , sur la Terrasse
du côté du Pont Royal.
Une Figure de bronze de dix pieds de propor
tion , représentant la Saone et un grând Trophée
de Minerve. Ces deux Morceaux sont placez au
piédestal de la Statue Equestre de Louis XIV .
érigée dans la Ville de Lyon , à la Place de Belle-
Cour.
La Statue en Marbre de Louis XV . en pied
dans le Jardin du Château de Petit- Bourg.
Un petit Apollon , courant après Daphné, &c.
Nous n'entrerons pas dans un plus grand détail
pour abréger , mais nous remarquerons que ces
Ouvrages passent , de l'aveu des plus grands
Connoisseurs , pour ce qui a été fait de plus beau
en ce genre, sous le Regne de Louis XIV . On ne
dit rien de plusieurs autres grands Ouvrages de
M. Coustou , et qu'on voit avec admiration aux
Invalides , à Versailles , Marly , Trianon , &c.
La mort l'a surpris dans ces derniers temps ,
travaillant à un grand Médaillon ou Bas- relief,
représentant le Passage du Rhin , qu'on doit placer
dans le Sallon de la Guerre au Château de
Versailles. Cet Ouvrage n'est pas fini , non plus
que la Statue en pied du Maréchal de Villars ni
le Tombeau du Cardinal de Janson , mais l'inconvénient
n'est pas grand , M. N. Couston , trèsdigne
frere de celui que nous venons de perdre ,
doit les achever incessamment. Le Public est
I. Vol.
G vj persuadé
1198 MERCURE DE FRANCE
persuadé d'avance que ces grands Ouvrages ,
quoique de deux mains , ne diminueront rien de
la réputation de ces illustres freres .
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Résumé : [Mort] De M. Coustou, &c. [titre d'après la table]
L'Académie Royale de Peinture et de Sculpture a perdu Nicolas Coustou, né à Lyon et mort à Paris le 1er mai à 71 ans. Coustou, neveu et élève d'Antoine Coyzevox, était chancelier et recteur de l'Académie. Ses œuvres les plus notables incluent un groupe de marbre blanc à Notre-Dame représentant la Vierge avec le Christ mort, deux groupes de marbre de chasseurs dans les jardins de Marly, et des représentations de la Seine et de la Marne dans le jardin des Tuileries. À Lyon, il a créé une figure de bronze de la Saône et un trophée de Minerve. Parmi ses autres œuvres, on trouve la statue de Louis XV à Petit-Bourg et un Apollon courant après Daphné. Au moment de sa mort, Coustou travaillait sur un médaillon pour le château de Versailles. Ses projets inachevés, comme la statue du maréchal de Villars et le tombeau du cardinal de Janson, devaient être complétés par son frère. Les œuvres de Coustou sont reconnues comme parmi les plus belles du règne de Louis XIV.
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2465
p. 1198
« N. Grimoud, Peintre de l'Académie de saint Luc, cy-devant Agregé à l'Académie Royale de [...] »
Début :
N. Grimoud, Peintre de l'Académie de saint Luc, cy-devant Agregé à l'Académie Royale de [...]
Mots clefs :
Académie royale de peinture, Académie de Saint-Luc, Grimoud, Carel van Falens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « N. Grimoud, Peintre de l'Académie de saint Luc, cy-devant Agregé à l'Académie Royale de [...] »
N. Grimoud , Peintre de l'Académie de saint
Luc, cy-devant Agregé à l'Académie Royale de
Peinture , mourut à Paris au commencement du
mois dernier , âgé d'environ 55. ans . Il peignoit
bien une Tête dans le goût de Rimbrant ; il avoit
beaucoup de Coloris et un beau Pinceau , mais
il avoit peu d'invention et n'étoit pas grand dessinateur.
Le 27. du mois dernier , l'Académie Royale de
Peinture , fit encore une perte considerable en la
personne de Charles Van - Falens , natif d'Anvers,
er Disciple de N. Franc , établi à Paris depuis
long-temps , où il est mort , âgé de 49. ans. Il
n'a fait que de petites Figures , des Animaux et
du Paysage , dans le goût de Berghem et de
Wauvremens. Ses Tableaux sont d'une composi
tion admirable et d'un coloris charmant.
Luc, cy-devant Agregé à l'Académie Royale de
Peinture , mourut à Paris au commencement du
mois dernier , âgé d'environ 55. ans . Il peignoit
bien une Tête dans le goût de Rimbrant ; il avoit
beaucoup de Coloris et un beau Pinceau , mais
il avoit peu d'invention et n'étoit pas grand dessinateur.
Le 27. du mois dernier , l'Académie Royale de
Peinture , fit encore une perte considerable en la
personne de Charles Van - Falens , natif d'Anvers,
er Disciple de N. Franc , établi à Paris depuis
long-temps , où il est mort , âgé de 49. ans. Il
n'a fait que de petites Figures , des Animaux et
du Paysage , dans le goût de Berghem et de
Wauvremens. Ses Tableaux sont d'une composi
tion admirable et d'un coloris charmant.
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Résumé : « N. Grimoud, Peintre de l'Académie de saint Luc, cy-devant Agregé à l'Académie Royale de [...] »
Les peintres Nicolas Grimoud et Charles Van Falens sont décédés à Paris. Grimoud, âgé d'environ 55 ans, était reconnu pour ses portraits au style de Rembrandt. Van Falens, 49 ans, spécialiste des petites figures et paysages, était admiré pour ses compositions et coloris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2466
p. 1198-1200
Estampes nouvelles, Portrait de M. des Portes, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le sieur Joullain, Graveur, vient de mettre au jour une très-belle Estampe, d'après le Tableau [...]
Mots clefs :
Joullain, Graver, Desportes, Fêtes, Motets, Motet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Estampes nouvelles, Portrait de M. des Portes, &c. [titre d'après la table]
Le sieur Joullain , Graveur , vient de mettre
au jour une très- belle Estampe , d'après le Tableau
en hauteur de M. Des Portes , Peintre ordi
naire du Roi , Conseiller en son Académie Royale
de Peinture et Sculpture , fait il y a 34. ans
lors de sa Reception à l'Académie. Cet habile
Maître s'est peint en Chasseur , avec des Chiens
et du Gibier mort , dans un fond de Paysage .
C'est sous la conduite de l'Auteur que le sieur
Joullain se fait honneur d'avoir gravé cet excellent
Tableau , qui a toujours fait l'admiration
de tous les Connoisseurs. Animé par l'accueil
favorable que Je Public vient de faire à cet Ouvrage
, le sieur Joullain a entrepris de graver
I. Vol. tous
JUIN. 1199
1733.
tous les précieux Morceaux de M. Des Portes ,
dont aucun n'a encore été gravé , quoiqu'ils fas--
sent depuis long-temps l'ornement des Maisons
Royales , des Cabinets des Princes et de ceux des
meilleurs Curieux . Suivant le Privilege que le
Graveur en a obtenu , il poursuivra son travail
jusqu'à la fin , c'est- à- dire , qu'il n'y comprendra
pas seulement toutes les Pieces qui ont paru
jusqu'à présent de cet habile Peintre , mais encore
celles auxquelles il travaille actuellement.
Le sieur Joullain se flate de son côté qu'il pourra
dans la suite , par son étude et son application
, rendre de plus en plus ses Ouvrages dignes.
de l'attention des Curieux. L'Estampe qui donne
lieu à cet Article , répond du succès de l'entreprise.
Pour satisfaire l'empressement du Public , on
lui donnera chaque Morceau aussi- tôt qu'il sera
achevé. Le sieur Joullain demeure chez le sieur
Gautrot , Marchand d'Estampes , Quay de le
Mégisserie , à la Ville de Rome.
Le sieur Lemaire ,Maître de Musique , à Paris ,
vient de faire mettre sous presse , les Motets qu'il
a composez pour le Concert Spirituel au Château
des Thuilleries, depuis 1728. jusqu'en 1733 .
Ces Ouvrages ayant plû au Public , il s'est déterminé
de les mettre au jour. Depuis 30. ans
on n'en a point donné de nouveaux .
La disposition de ces Motets est faite égale
ment pour les Communautez Religieuses , comme
pour les Concerts des Particuliers . Il y en a
pour toutes les grandes Fêtes de l'année ; pour
les Fêtes de Vierge , pour le S. Sacrement , er
pour plusieurs Fêtes particulieres , qui conviendront
à toutes les Maisons Religieuses. Chaque
I. Vola Salur
1200 MERCURE DE FRANCE
Salut contiendra un Motet à une ou deux voix ,
avec Simphonie , un Motet à une ou deux voix ,
sans Simphonie ; et un Domine , salvum fac Regem
, que l'on vendra 1. livre 10. sols. jusqu'au
nombre de 18. Saluts , que l'on donnera d'ici au
Carême prochain. On distribuera les six premiers
dans le courant du mois d'Août prochain,
et se vendront à Paris , au Mont Parnasse , ruë
S. Jean de Beauvais. Chez l'Auteur , ruë de la
Bouclerie , au bas du Pont S. Michel. Boivin , ruë
S. Honoré , à la Regle d'Or, Le Clerc , rue du
Roule , à la Croix d'Or.
Le même Auteur a fait graver dix Cantatilles
nouvelles , chantées au Concert du Château des
Thuilleries, dont le prix de chacune est de 24. f.
Il en donnera six autres nouvelles au mois de
Novembre prochain ; sçavoir , Hebé , Acis ,
l'Aurore , l'Amante Persuadée , la Bergere impa
tienté , le Sommeil de Climene. Les Paroles de ces
six sont de M. l'Affichard.
On va les graver incessamment de la même
forme les autres in
que
prix sera de 24 sols.
au jour une très- belle Estampe , d'après le Tableau
en hauteur de M. Des Portes , Peintre ordi
naire du Roi , Conseiller en son Académie Royale
de Peinture et Sculpture , fait il y a 34. ans
lors de sa Reception à l'Académie. Cet habile
Maître s'est peint en Chasseur , avec des Chiens
et du Gibier mort , dans un fond de Paysage .
C'est sous la conduite de l'Auteur que le sieur
Joullain se fait honneur d'avoir gravé cet excellent
Tableau , qui a toujours fait l'admiration
de tous les Connoisseurs. Animé par l'accueil
favorable que Je Public vient de faire à cet Ouvrage
, le sieur Joullain a entrepris de graver
I. Vol. tous
JUIN. 1199
1733.
tous les précieux Morceaux de M. Des Portes ,
dont aucun n'a encore été gravé , quoiqu'ils fas--
sent depuis long-temps l'ornement des Maisons
Royales , des Cabinets des Princes et de ceux des
meilleurs Curieux . Suivant le Privilege que le
Graveur en a obtenu , il poursuivra son travail
jusqu'à la fin , c'est- à- dire , qu'il n'y comprendra
pas seulement toutes les Pieces qui ont paru
jusqu'à présent de cet habile Peintre , mais encore
celles auxquelles il travaille actuellement.
Le sieur Joullain se flate de son côté qu'il pourra
dans la suite , par son étude et son application
, rendre de plus en plus ses Ouvrages dignes.
de l'attention des Curieux. L'Estampe qui donne
lieu à cet Article , répond du succès de l'entreprise.
Pour satisfaire l'empressement du Public , on
lui donnera chaque Morceau aussi- tôt qu'il sera
achevé. Le sieur Joullain demeure chez le sieur
Gautrot , Marchand d'Estampes , Quay de le
Mégisserie , à la Ville de Rome.
Le sieur Lemaire ,Maître de Musique , à Paris ,
vient de faire mettre sous presse , les Motets qu'il
a composez pour le Concert Spirituel au Château
des Thuilleries, depuis 1728. jusqu'en 1733 .
Ces Ouvrages ayant plû au Public , il s'est déterminé
de les mettre au jour. Depuis 30. ans
on n'en a point donné de nouveaux .
La disposition de ces Motets est faite égale
ment pour les Communautez Religieuses , comme
pour les Concerts des Particuliers . Il y en a
pour toutes les grandes Fêtes de l'année ; pour
les Fêtes de Vierge , pour le S. Sacrement , er
pour plusieurs Fêtes particulieres , qui conviendront
à toutes les Maisons Religieuses. Chaque
I. Vola Salur
1200 MERCURE DE FRANCE
Salut contiendra un Motet à une ou deux voix ,
avec Simphonie , un Motet à une ou deux voix ,
sans Simphonie ; et un Domine , salvum fac Regem
, que l'on vendra 1. livre 10. sols. jusqu'au
nombre de 18. Saluts , que l'on donnera d'ici au
Carême prochain. On distribuera les six premiers
dans le courant du mois d'Août prochain,
et se vendront à Paris , au Mont Parnasse , ruë
S. Jean de Beauvais. Chez l'Auteur , ruë de la
Bouclerie , au bas du Pont S. Michel. Boivin , ruë
S. Honoré , à la Regle d'Or, Le Clerc , rue du
Roule , à la Croix d'Or.
Le même Auteur a fait graver dix Cantatilles
nouvelles , chantées au Concert du Château des
Thuilleries, dont le prix de chacune est de 24. f.
Il en donnera six autres nouvelles au mois de
Novembre prochain ; sçavoir , Hebé , Acis ,
l'Aurore , l'Amante Persuadée , la Bergere impa
tienté , le Sommeil de Climene. Les Paroles de ces
six sont de M. l'Affichard.
On va les graver incessamment de la même
forme les autres in
que
prix sera de 24 sols.
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Résumé : Estampes nouvelles, Portrait de M. des Portes, &c. [titre d'après la table]
Le graveur Joullain a publié une estampe d'après un tableau de M. Des Portes, peintre du Roi et conseiller à l'Académie Royale de Peinture et Sculpture. Ce tableau, réalisé lors de la réception de Des Portes à l'Académie, le montre en chasseur avec des chiens et du gibier, sur un fond de paysage. Joullain, guidé par Des Portes, prévoit de graver toutes les œuvres de ce dernier, y compris celles en cours. Il réside chez le marchand d'estampes Gautrot, quai de la Mégisserie, à la Ville de Rome. Par ailleurs, le maître de musique Lemaire a publié des motets composés pour le Concert Spirituel au Château des Tuileries entre 1728 et 1733. Ces œuvres, destinées aux communautés religieuses et aux concerts particuliers, sont vendues 1 livre 10 sols par recueil. Les six premiers recueils seront distribués en août à plusieurs adresses à Paris. Lemaire a également fait graver dix cantatilles nouvelles, avec six autres prévues pour novembre, dont les paroles sont de M. l'Affichard.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2467
p. 1200
« On a remis depuis peu au Théatre la petite Comédie en trois Actes et [...] »
Début :
On a remis depuis peu au Théatre la petite Comédie en trois Actes et [...]
Mots clefs :
Charles Dufresny
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a remis depuis peu au Théatre la petite Comédie en trois Actes et [...] »
Na remis depuis peu au Théatre
la petite Comédie en trois Actes et
en Vers , de feu M. Dufresni , intitulée
le Lot supposé , que le Public revoit avec
beaucoup de plaisir .
la petite Comédie en trois Actes et
en Vers , de feu M. Dufresni , intitulée
le Lot supposé , que le Public revoit avec
beaucoup de plaisir .
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2468
p. 1201-1210
LE RENDEZ-VOUS, ou l'Amour Supposé, Comédie, en un Acte, représentée au Théatre François avec beaucoup de succès, le 27. May. Extrait.
Début :
ACTEURS. Lucile, jeune veuve. La Dlle Gaussin. Valere, Le [...]
Mots clefs :
Rendez-vous, Lucile, Valère, Lisette, Crispin, Amour, Départ, Succès, Entendre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE RENDEZ-VOUS, ou l'Amour Supposé, Comédie, en un Acte, représentée au Théatre François avec beaucoup de succès, le 27. May. Extrait.
LE RENDEZ -VOUS , ou l'Amour
Supposé , Comédie , en un Acte , représentée
au Théatre François avec beaucoup
de succès , le 27. May. Exttait.
·
ACTEURS.
Lucile , jeune veuve.
Valere
و
La Dlle Gaussin.
Le sieur Dufresne.
Lisette , Suivante de Lucile , La Dlle Quinauit
,
Crispin , Valet de Valere, Le sieur Poisson ,
M. Jacquemin , Sous - Fermier , amoureux
, & c. Le sieur Lathorilliere.
Charlot , Jardinier de Lucile , Le sieur
de Montmesnil.
La Scene est dans une Ville de Bretagne
et le Théatre représente l'Avenuë d'un
Château.
Valere et Lucile , qui sont les principaux
Personnages de cette Piece , viennent
de terminer un Procès , auquel un
Testament qui les nommoit , l'un héritier
, et l'autre Légataire , avoit donné
lieu . Valere est sur le point de partir
de Bretagne pour s'en retourner à
Paris ; ce prompt départ n'est pas au
gré de Crispin , non plus que de Lisette
; ils s'aiment et voudroient bien n'ê
I. Vol.
tre
1202 MERCURE DE FRANCE
tre pas séparez. C'est ici que l'action
theatrale commence ; ils ont imaginé
une ruse dont le succès est fondé
sur cette maxime : aimez et vous serez
aimé ; en effet , à peine Crispin a- t'il fait
croire à Valere que Lucile l'aime , que
la reconnoissance prépare son coeur à l'amour
; il en est de même de Lucile , à qui
Lisette fait entendre que Valere l'adore ,
sans avoir jamais osé le lui déclarer . Crispin
dit à son Maître que Lucile doit se
promener ce soir dans le Jardin , dans
P'esperance de l'y trouver et de le voir
du moins pour quelques momens avant
un départ qui doit lui donner la mort.
Voici les propres termes de Crispin :
Sous cet épais feuillage ,
Cette Beauté cedant à l'amour qui l'engage ,
Comme pour prendre l'air , doit se trouver ce
soir ;
Avant votre départ , elle voudroit vous voir ;
On m'a sollicité pour vous le faire entendre ,
Si donc , ce soir aussi, vous vouliez vous y ren
dre ,
Notre Veuve discrette , aux yeux de son vainqueur
,
Exposeroit le feu qu'elle cache en son coeur ,
Sans causer de scandale et sans qu'on en murmure.
I. Vol. Valere
JUIN. 1733. 1203
Valere donne dans le piége ; Crispin
lui a déja fait entendre que Lucile a
donné des indices plus sûrs de l'amour
secret qu'elle a pour lui et dont Lisette
lui a fait confidence ; il lui a appris que
Lucile n'avoit pû soutenir la funeste
nouvelle de son départ , et qu'elle étoit
tombée en pamoison entre les bras de sa
Suivante.Cet adroit mensonge ne le laisse
point douter qu'il ne soit éperdument
aimé ; mais son amour propre le lui
suade bien mieux , comme Crispin le fait
connoître par ce petit Monologue.
per-
Le mensonge est lâché ; courage , il croit qu'on
l'aime ;
La bonne opinion et l'amour de soi - même ,
Chez lui seront encore , à ce que je conçoi ,
Et meilleurs Orateurs et plus fourbes que moi.'
Lisette joie à peu près le même côle
auprès de sa Maîtresse ; elle lui dit , nonseulement
qu'elle est adorée de Valere ,
mais qu'elle est surprise qu'elle ne s'en
soit pas apperçuë . Elle lui parle entre autres
choses d'une Lettre de Valere qu'elle
a trouvée sur sa Toilette , et qui , ditelle
, sous des termes ordinaires , cache
adroitement une déclaration d'amour
dans toutes les formes ; cette Lettre déją
lûë par Lisette , autorise le Commentaire
1. Vol. in1204
MERCURE DE FRANCE
ingénieux qu'elle semble en faire sur le
champ, et qui ne seroit pas si vrai- semblable
, s'il n'avoit été étudié à loisir ; voila
donc nos deuxAmans disposez à se trouver
au rendez -vous imaginé par leurs Domesti
ques ; Lucile y résiste d'abord , mais Lisette
tranche toutes les difficultez par
ce Vers :
Enfin que voulez- vous ? j'ai donné ma parole,
Ce qui confirme Lucile dans l'opinion
qu'elle est aimée de Valere , c'est là brusque
incartade que lui vient faire M. Jac
quemin , Sous- Fermier et l'un de ses soupirans
, à qui , par une nouvelle fourberie
, Crispin à fait entendre que son
Maître est son Rival . Jacquemin éclate
contre Lucile et retire la parole qu'il
lui avoit donnée de l'épouser .
Crispin et Lisette s'applaudissent déja
d'un plein succès , mais par malheur ils
ont été entendus de Charlot , Amoureux
de Lisette , qui pour se venger de la préference
qu'elle donne à Crispin , veut
observer de plus près ce complot , dont
il n'a encore qu'une legere connoissance
, et en empêcher la réussite .
Valere se trouve le premier au prétendu
rendez - vous , accompagné de Crispin
; Lucile ne tarde pas d'y venir , sui-
I. Vel.
vie
JUIN. 1733. 1205
vie de Lisette. Cette Scene , est sans contredit
, neuve et charmante ; ce qui nous
engage à en inserer ici quelques fragmens.
Valere à Lucile.
Puis qu'un hazard heureux auprès de vous me
guide ,
Avant que de partir , Madame , il m'est bien
doux ,
De pouvoir librement prendre congé de vous.
Lucile.
Vous partez donc , Valere
Helas !
Crispin.
Il le faut bien , Madame ;
Lisette.
Crispin.
Tais-toi , Lisette , où je vais rendre l'ame.
Valere.
Je l'avouerai pourtant , si , contre mon espoir ,
En ce dernier moment je pouvois entrevoir ,
Un destin trop flateur pour moi , trop favo
rable ,
L'Arrêt de mon départ n'est point irrévocable,
Lucile.
Quel sort attendez - vous ? quand on n'ose parler,
Quand l'amour avec art prend soin de se voiler ,
Ses feux sont étouffez par l'extrême prudence ,
I. Vol. Et
1207 MERCURE DE FRANCE
Et l'on est quelquefois victime du silence.
Valere.
Ah ! lorsque cent raisons nous forcent de cou
vrir ,
Un penchant dont le coeur se plaît à se nourrir ,
Dans un objet épris tout en rend témoignage ;
Il est pour s'exprimer, il est plus d'un langage ;
Un regard , un soupir , au défaut de la voix
Ont souvent malgré nous déclaré notre choix.
Oui , madame , les yeux les yeux révelent le mystere , & c.
"
>
A ce dernier Vers prononcé passionné
ment , Crispin baise la main de Lucile
qui croit que c'est Valere même à qui
l'excès de sa passion a fait prendre cette
liberté ; le reproche qu'elle lui en fait est
conçû en des termes qui lui font croire
qu'elle l'y invite elle même ; il lui baisë
la main avec transport , en disant :
Ah ! que m'accordez- vous !
à part.
Quelle aimable franchise !
Je n'en sçaurois douter , elle m'aime éperdument.
Il la presse de prononcer sur son départ
; comme elle ne répond rien , il veut
se retirer ; mais Lisette le retient secrettement
; il croit que c'est Lucile mê
me qui s'oppose à son départ , et ce qui
I. Vol. Ty
JUI N.
1733. 1207
l'y confirme , c'est que Lucile lui dit dans
le moment.
Pourquoi donc vous livrer à tant de défiance?
Ah ! concevez plutôt une juste esperance , &c.
Jusques- là Crispin et Lisette chantent
victoire ; mais Charlot qui a tout entendu
sans être apperçû , les fait bientôt déchanter.
Cette nouvelle Scene est toutà
-fait comique ; Crispin et Lisette s'efforcent
de fermer la bouche à Charlot ;
mais il ne laisse pas de jaser et de dire
à Valere et à Lucile ;
Vous ne vous aimez pas , je vous en avertis ;
Valere,
Il a bu surement,
Charlot,
Non , morgué, je le dis
Vous n'avez nullement d'amiquié . l'un pous
l'autre ;
C'est cette fine mouche avec ce bon Apotre ,
Qui vous laissont tous deux donner dans le pa¬
niau ;
Tout votre bel amour n'est que dans leur cer
yiau ;
Ils avont à par eux manigancé la chose ,
Et si vous vous aimez , j'en devine la cause ;
I. Vol.
11
108 MERCURE DE FRANCE
•
Il faut qu'ils soient sorciez comme des bas Normands
,
Et sçachiont un secret pour faire aimer les
.gens.
Valere et Lucile ne doutent point que
Charlot ne soit yvre ; 'on le chasse : Lisette
ajoute à ce soupçon d'yvresse un
autre motif , et dit :
Non , Madame , voici la vérité du fait ;
Charlot m'aime , et Crispin lui donne de l'ombrage
;
La peur qu'il a , je crois que Monsieur ne s'enj
gage
Par estime pour vous , à séjourner icy ,
Sans rime et sans raison , le fait parler ainsi.
Crispin et Lisette sont à peine sortis de
la premiere allarme que Charlot leur a
donnée , qu'ils retombent dans une seconde
, dont ils désesperent de pouvoir
se tirer.
Valere demande à Lucile si elle est toutà
- fait remise de l'indisposition qu'elle a
euë le jour précédent Lucile fort étonnée
, lui répond qu'elle n'a nullement
été indisposée ; elle lui parle à son tour
de la Lettre énigmatique que Lisette a si
joliment commentée.
Valere lui répond qu'il ne sçait ce que
c'est que cette Lettre , il ajoute :
I. Vol. Jc
JUIN.
1209 1733
Je n'ai point eu , je croi , l'honneur de vous
écrire
,
Si ce n'est quatre mots , quand vous me fîtes
dire ,
Que sur nos différens vous vouliez terminer ;
Mon Procureur dicta , je ne fis que signer.
7
Cette double explication déconcerte
entierement Crispin et Lisette ; Valere
outré de colere contre Crispin , lui jure
de lui faire payer cher son mensonge ;
Lucile en promet autant à Lisette ; pour
surcroit de malheur M.Jacquemin , désabusé
par Charlot , fait dire à Lucile qu'il
viendra la voir pour faire sa paix avec
elle.Lucile répond froidement au Laquais
de M. Jacquemin ;
Dis lui que rien ne presse et que je len tiens
quitte.
lere
Cette froide réponse fait esperer à Vaque
la feinte pourroit bien devenir
ane vérité , comme il le souhaite. Il coninue
à lui parler d'amour ; elle l'écoute
vec plaisir ; il pardonne à Crispin , elle
ait grace à Lisette ; et le rendez - vous a
out le succès que le Valet et la Suivante
uroient pû esperer.
Cette Piece a paruë tres - jolie , et a fait
ouhaiter au public que M, Fagan, qui en
I. Vol. est
210 MERCURE DE FRANCE
est l'Auteur , continuât à lui faire part de
ses productions. Au reste les Acteurs s'y
sont tous distinguez par leur maniere de
joier.
Supposé , Comédie , en un Acte , représentée
au Théatre François avec beaucoup
de succès , le 27. May. Exttait.
·
ACTEURS.
Lucile , jeune veuve.
Valere
و
La Dlle Gaussin.
Le sieur Dufresne.
Lisette , Suivante de Lucile , La Dlle Quinauit
,
Crispin , Valet de Valere, Le sieur Poisson ,
M. Jacquemin , Sous - Fermier , amoureux
, & c. Le sieur Lathorilliere.
Charlot , Jardinier de Lucile , Le sieur
de Montmesnil.
La Scene est dans une Ville de Bretagne
et le Théatre représente l'Avenuë d'un
Château.
Valere et Lucile , qui sont les principaux
Personnages de cette Piece , viennent
de terminer un Procès , auquel un
Testament qui les nommoit , l'un héritier
, et l'autre Légataire , avoit donné
lieu . Valere est sur le point de partir
de Bretagne pour s'en retourner à
Paris ; ce prompt départ n'est pas au
gré de Crispin , non plus que de Lisette
; ils s'aiment et voudroient bien n'ê
I. Vol.
tre
1202 MERCURE DE FRANCE
tre pas séparez. C'est ici que l'action
theatrale commence ; ils ont imaginé
une ruse dont le succès est fondé
sur cette maxime : aimez et vous serez
aimé ; en effet , à peine Crispin a- t'il fait
croire à Valere que Lucile l'aime , que
la reconnoissance prépare son coeur à l'amour
; il en est de même de Lucile , à qui
Lisette fait entendre que Valere l'adore ,
sans avoir jamais osé le lui déclarer . Crispin
dit à son Maître que Lucile doit se
promener ce soir dans le Jardin , dans
P'esperance de l'y trouver et de le voir
du moins pour quelques momens avant
un départ qui doit lui donner la mort.
Voici les propres termes de Crispin :
Sous cet épais feuillage ,
Cette Beauté cedant à l'amour qui l'engage ,
Comme pour prendre l'air , doit se trouver ce
soir ;
Avant votre départ , elle voudroit vous voir ;
On m'a sollicité pour vous le faire entendre ,
Si donc , ce soir aussi, vous vouliez vous y ren
dre ,
Notre Veuve discrette , aux yeux de son vainqueur
,
Exposeroit le feu qu'elle cache en son coeur ,
Sans causer de scandale et sans qu'on en murmure.
I. Vol. Valere
JUIN. 1733. 1203
Valere donne dans le piége ; Crispin
lui a déja fait entendre que Lucile a
donné des indices plus sûrs de l'amour
secret qu'elle a pour lui et dont Lisette
lui a fait confidence ; il lui a appris que
Lucile n'avoit pû soutenir la funeste
nouvelle de son départ , et qu'elle étoit
tombée en pamoison entre les bras de sa
Suivante.Cet adroit mensonge ne le laisse
point douter qu'il ne soit éperdument
aimé ; mais son amour propre le lui
suade bien mieux , comme Crispin le fait
connoître par ce petit Monologue.
per-
Le mensonge est lâché ; courage , il croit qu'on
l'aime ;
La bonne opinion et l'amour de soi - même ,
Chez lui seront encore , à ce que je conçoi ,
Et meilleurs Orateurs et plus fourbes que moi.'
Lisette joie à peu près le même côle
auprès de sa Maîtresse ; elle lui dit , nonseulement
qu'elle est adorée de Valere ,
mais qu'elle est surprise qu'elle ne s'en
soit pas apperçuë . Elle lui parle entre autres
choses d'une Lettre de Valere qu'elle
a trouvée sur sa Toilette , et qui , ditelle
, sous des termes ordinaires , cache
adroitement une déclaration d'amour
dans toutes les formes ; cette Lettre déją
lûë par Lisette , autorise le Commentaire
1. Vol. in1204
MERCURE DE FRANCE
ingénieux qu'elle semble en faire sur le
champ, et qui ne seroit pas si vrai- semblable
, s'il n'avoit été étudié à loisir ; voila
donc nos deuxAmans disposez à se trouver
au rendez -vous imaginé par leurs Domesti
ques ; Lucile y résiste d'abord , mais Lisette
tranche toutes les difficultez par
ce Vers :
Enfin que voulez- vous ? j'ai donné ma parole,
Ce qui confirme Lucile dans l'opinion
qu'elle est aimée de Valere , c'est là brusque
incartade que lui vient faire M. Jac
quemin , Sous- Fermier et l'un de ses soupirans
, à qui , par une nouvelle fourberie
, Crispin à fait entendre que son
Maître est son Rival . Jacquemin éclate
contre Lucile et retire la parole qu'il
lui avoit donnée de l'épouser .
Crispin et Lisette s'applaudissent déja
d'un plein succès , mais par malheur ils
ont été entendus de Charlot , Amoureux
de Lisette , qui pour se venger de la préference
qu'elle donne à Crispin , veut
observer de plus près ce complot , dont
il n'a encore qu'une legere connoissance
, et en empêcher la réussite .
Valere se trouve le premier au prétendu
rendez - vous , accompagné de Crispin
; Lucile ne tarde pas d'y venir , sui-
I. Vel.
vie
JUIN. 1733. 1205
vie de Lisette. Cette Scene , est sans contredit
, neuve et charmante ; ce qui nous
engage à en inserer ici quelques fragmens.
Valere à Lucile.
Puis qu'un hazard heureux auprès de vous me
guide ,
Avant que de partir , Madame , il m'est bien
doux ,
De pouvoir librement prendre congé de vous.
Lucile.
Vous partez donc , Valere
Helas !
Crispin.
Il le faut bien , Madame ;
Lisette.
Crispin.
Tais-toi , Lisette , où je vais rendre l'ame.
Valere.
Je l'avouerai pourtant , si , contre mon espoir ,
En ce dernier moment je pouvois entrevoir ,
Un destin trop flateur pour moi , trop favo
rable ,
L'Arrêt de mon départ n'est point irrévocable,
Lucile.
Quel sort attendez - vous ? quand on n'ose parler,
Quand l'amour avec art prend soin de se voiler ,
Ses feux sont étouffez par l'extrême prudence ,
I. Vol. Et
1207 MERCURE DE FRANCE
Et l'on est quelquefois victime du silence.
Valere.
Ah ! lorsque cent raisons nous forcent de cou
vrir ,
Un penchant dont le coeur se plaît à se nourrir ,
Dans un objet épris tout en rend témoignage ;
Il est pour s'exprimer, il est plus d'un langage ;
Un regard , un soupir , au défaut de la voix
Ont souvent malgré nous déclaré notre choix.
Oui , madame , les yeux les yeux révelent le mystere , & c.
"
>
A ce dernier Vers prononcé passionné
ment , Crispin baise la main de Lucile
qui croit que c'est Valere même à qui
l'excès de sa passion a fait prendre cette
liberté ; le reproche qu'elle lui en fait est
conçû en des termes qui lui font croire
qu'elle l'y invite elle même ; il lui baisë
la main avec transport , en disant :
Ah ! que m'accordez- vous !
à part.
Quelle aimable franchise !
Je n'en sçaurois douter , elle m'aime éperdument.
Il la presse de prononcer sur son départ
; comme elle ne répond rien , il veut
se retirer ; mais Lisette le retient secrettement
; il croit que c'est Lucile mê
me qui s'oppose à son départ , et ce qui
I. Vol. Ty
JUI N.
1733. 1207
l'y confirme , c'est que Lucile lui dit dans
le moment.
Pourquoi donc vous livrer à tant de défiance?
Ah ! concevez plutôt une juste esperance , &c.
Jusques- là Crispin et Lisette chantent
victoire ; mais Charlot qui a tout entendu
sans être apperçû , les fait bientôt déchanter.
Cette nouvelle Scene est toutà
-fait comique ; Crispin et Lisette s'efforcent
de fermer la bouche à Charlot ;
mais il ne laisse pas de jaser et de dire
à Valere et à Lucile ;
Vous ne vous aimez pas , je vous en avertis ;
Valere,
Il a bu surement,
Charlot,
Non , morgué, je le dis
Vous n'avez nullement d'amiquié . l'un pous
l'autre ;
C'est cette fine mouche avec ce bon Apotre ,
Qui vous laissont tous deux donner dans le pa¬
niau ;
Tout votre bel amour n'est que dans leur cer
yiau ;
Ils avont à par eux manigancé la chose ,
Et si vous vous aimez , j'en devine la cause ;
I. Vol.
11
108 MERCURE DE FRANCE
•
Il faut qu'ils soient sorciez comme des bas Normands
,
Et sçachiont un secret pour faire aimer les
.gens.
Valere et Lucile ne doutent point que
Charlot ne soit yvre ; 'on le chasse : Lisette
ajoute à ce soupçon d'yvresse un
autre motif , et dit :
Non , Madame , voici la vérité du fait ;
Charlot m'aime , et Crispin lui donne de l'ombrage
;
La peur qu'il a , je crois que Monsieur ne s'enj
gage
Par estime pour vous , à séjourner icy ,
Sans rime et sans raison , le fait parler ainsi.
Crispin et Lisette sont à peine sortis de
la premiere allarme que Charlot leur a
donnée , qu'ils retombent dans une seconde
, dont ils désesperent de pouvoir
se tirer.
Valere demande à Lucile si elle est toutà
- fait remise de l'indisposition qu'elle a
euë le jour précédent Lucile fort étonnée
, lui répond qu'elle n'a nullement
été indisposée ; elle lui parle à son tour
de la Lettre énigmatique que Lisette a si
joliment commentée.
Valere lui répond qu'il ne sçait ce que
c'est que cette Lettre , il ajoute :
I. Vol. Jc
JUIN.
1209 1733
Je n'ai point eu , je croi , l'honneur de vous
écrire
,
Si ce n'est quatre mots , quand vous me fîtes
dire ,
Que sur nos différens vous vouliez terminer ;
Mon Procureur dicta , je ne fis que signer.
7
Cette double explication déconcerte
entierement Crispin et Lisette ; Valere
outré de colere contre Crispin , lui jure
de lui faire payer cher son mensonge ;
Lucile en promet autant à Lisette ; pour
surcroit de malheur M.Jacquemin , désabusé
par Charlot , fait dire à Lucile qu'il
viendra la voir pour faire sa paix avec
elle.Lucile répond froidement au Laquais
de M. Jacquemin ;
Dis lui que rien ne presse et que je len tiens
quitte.
lere
Cette froide réponse fait esperer à Vaque
la feinte pourroit bien devenir
ane vérité , comme il le souhaite. Il coninue
à lui parler d'amour ; elle l'écoute
vec plaisir ; il pardonne à Crispin , elle
ait grace à Lisette ; et le rendez - vous a
out le succès que le Valet et la Suivante
uroient pû esperer.
Cette Piece a paruë tres - jolie , et a fait
ouhaiter au public que M, Fagan, qui en
I. Vol. est
210 MERCURE DE FRANCE
est l'Auteur , continuât à lui faire part de
ses productions. Au reste les Acteurs s'y
sont tous distinguez par leur maniere de
joier.
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Résumé : LE RENDEZ-VOUS, ou l'Amour Supposé, Comédie, en un Acte, représentée au Théatre François avec beaucoup de succès, le 27. May. Extrait.
La pièce 'LE RENDEZ-VOUS, ou l'Amour' est une comédie en un acte représentée avec succès le 27 mai. L'action se déroule dans une ville de Bretagne et met en scène plusieurs personnages, dont Lucile, une jeune veuve, et Valere, son héritier. Après un procès lié à un testament, Valere s'apprête à partir pour Paris, ce qui attriste ses serviteurs, Crispin et Lisette, qui sont amoureux l'un de l'autre et ne veulent pas être séparés. Crispin et Lisette élaborent un plan pour réunir Lucile et Valere, en leur faisant croire mutuellement qu'ils sont aimés. Crispin convainc Valere que Lucile l'aime secrètement et l'invite à un rendez-vous dans le jardin. De même, Lisette persuade Lucile que Valere l'adore. Lucile résiste d'abord, mais accepte après que Lisette lui montre une lettre prétendument écrite par Valere. Au rendez-vous, Valere et Lucile se retrouvent et échangent des mots tendres. Cependant, Charlot, le jardinier amoureux de Lisette, révèle la supercherie. Valere et Lucile découvrent la vérité et sont furieux contre leurs serviteurs. Jacquemin, un soupirant de Lucile, désabusé par Charlot, tente de se réconcilier avec Lucile, mais elle reste froide. Finalement, Valere et Lucile pardonnent à leurs serviteurs et la pièce se termine sur une note positive. La pièce a été bien accueillie par le public et les acteurs ont été salués pour leur performance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2469
p. 1210-1212
EPITRE, A Mlle Dufresne, sur les deux premiers Rôles qu'elle a jouëz, en paroissant sur la Scene.
Début :
Je ne résiste plus, c'est trop long-temps me taire ; [...]
Mots clefs :
Dufresne, Scène, Beau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE, A Mlle Dufresne, sur les deux premiers Rôles qu'elle a jouëz, en paroissant sur la Scene.
EPITRE ,
A Me Dufresne , sur les deux premiers
Rôles qu'elle a jouez , en paroissant
sur la Scene.
J
E ne résiste plus , c'est trop long-temps me
taire ;
Mes transports sont trop vifs , pour ne pas
éclater ;
DUFRESNE , j'ose te chanter ;
Voi , d'un oeil favorable , un hommage sincere ,
Pour me désabuser d'un projet téméraire ,
J'ai beau me dire à tout moment ,
Que pour te louer dignement ,
C'est peu de brûler , d'un beau zéle ,
Qu'il faut encor , d'une plume immor
telle ,
Pouvoir faire couler des Vers aussi pompeux ;
Aussi touchants que ceux ,
A qui tu sçais prêter une grace nouvelle.
Mais si l'infléxible Apollon ,
A mes désirs, refuse un si beau don ;
1. Vol.
Je
JUIN. 1733. 1211
Je me fate du moins d'avoir , pour mon par◄
tage ,
Uu coeur qui sçait sentir ;
Une ame prompte à compatir :
Pour rehausser ta gloire , en faut - il davantage
Tu la tires du sentiment ;
Tu le sçais mieux qu'un autre , exprimer vive
ment ;
C'est à lui seul d'achever mon ouvrage.
Où suis -je ! Quels sanglots ont fait couler mes
pleurs ?
Je n'en sçaurois douter, c'est Electre , elle- mêmes
Je gémis de ses maux , je sens tous ses malheurs;
Que je hais ses persécuteurs !
Ah ! si bien-tôt sensible à ta tendresse extrême ,
Ton cher Oreste enfin n'appaisoit tes douleurs
La pitié m'animant d'une audace intrépide ,
Egiste éprouveroit le courroux qui me guide ,
Princesse , par sa mort , j'irois briser tes fers ,
Trop heureux de pouvoir , au péril de ma vie ,
Apprendre à l'Univers ,
Combien de tes tourmens mon ame est atteng
drie !
Mais quels nouveaux accents , viennent troubles
mon coeur !
Ah ! je la reconnois ! c'est Camille en fureur ;
2-1. Vol. H Elle
1212 MERCURE DE FRANCE
1
Elle demande compte à son barbare frere ,
D'un sang que son amour lui rendoit précieux ;
J'approuve déja sa colere ;
Le farouche vainqueur , me devient odieux ,
Et ne m'attachant plus à la gloire d'Horace
Je souhaite plutôt le sort de Curiace ;
Je le trouve trop doux , puisque si vivement ,
Il avoit pu toucher l'objet le plus charmant,
Poursais , Actrice inimitable !
Nos coeurs émus au gré de tes désirs
Feront , de ton art admirable ,
Leurs plus agréables plaisirs.
Quand sur la Scene on te voit reparoître ,
Qui ne croit voir renaître ,
La Champ-meslé , là le Couvreur ?
Surton art et le leur ,
De décider sans doute il seroit difficile ;
Mais je sçais , qu'à leur voix , Electre ni Cas
mille ,
N'auroient pû , dans mes sens ,
terreur,
A Me Dufresne , sur les deux premiers
Rôles qu'elle a jouez , en paroissant
sur la Scene.
J
E ne résiste plus , c'est trop long-temps me
taire ;
Mes transports sont trop vifs , pour ne pas
éclater ;
DUFRESNE , j'ose te chanter ;
Voi , d'un oeil favorable , un hommage sincere ,
Pour me désabuser d'un projet téméraire ,
J'ai beau me dire à tout moment ,
Que pour te louer dignement ,
C'est peu de brûler , d'un beau zéle ,
Qu'il faut encor , d'une plume immor
telle ,
Pouvoir faire couler des Vers aussi pompeux ;
Aussi touchants que ceux ,
A qui tu sçais prêter une grace nouvelle.
Mais si l'infléxible Apollon ,
A mes désirs, refuse un si beau don ;
1. Vol.
Je
JUIN. 1733. 1211
Je me fate du moins d'avoir , pour mon par◄
tage ,
Uu coeur qui sçait sentir ;
Une ame prompte à compatir :
Pour rehausser ta gloire , en faut - il davantage
Tu la tires du sentiment ;
Tu le sçais mieux qu'un autre , exprimer vive
ment ;
C'est à lui seul d'achever mon ouvrage.
Où suis -je ! Quels sanglots ont fait couler mes
pleurs ?
Je n'en sçaurois douter, c'est Electre , elle- mêmes
Je gémis de ses maux , je sens tous ses malheurs;
Que je hais ses persécuteurs !
Ah ! si bien-tôt sensible à ta tendresse extrême ,
Ton cher Oreste enfin n'appaisoit tes douleurs
La pitié m'animant d'une audace intrépide ,
Egiste éprouveroit le courroux qui me guide ,
Princesse , par sa mort , j'irois briser tes fers ,
Trop heureux de pouvoir , au péril de ma vie ,
Apprendre à l'Univers ,
Combien de tes tourmens mon ame est atteng
drie !
Mais quels nouveaux accents , viennent troubles
mon coeur !
Ah ! je la reconnois ! c'est Camille en fureur ;
2-1. Vol. H Elle
1212 MERCURE DE FRANCE
1
Elle demande compte à son barbare frere ,
D'un sang que son amour lui rendoit précieux ;
J'approuve déja sa colere ;
Le farouche vainqueur , me devient odieux ,
Et ne m'attachant plus à la gloire d'Horace
Je souhaite plutôt le sort de Curiace ;
Je le trouve trop doux , puisque si vivement ,
Il avoit pu toucher l'objet le plus charmant,
Poursais , Actrice inimitable !
Nos coeurs émus au gré de tes désirs
Feront , de ton art admirable ,
Leurs plus agréables plaisirs.
Quand sur la Scene on te voit reparoître ,
Qui ne croit voir renaître ,
La Champ-meslé , là le Couvreur ?
Surton art et le leur ,
De décider sans doute il seroit difficile ;
Mais je sçais , qu'à leur voix , Electre ni Cas
mille ,
N'auroient pû , dans mes sens ,
terreur,
Fermer
Résumé : EPITRE, A Mlle Dufresne, sur les deux premiers Rôles qu'elle a jouëz, en paroissant sur la Scene.
L'épître est adressée à Me Dufresne et met en lumière les deux rôles interprétés par une actrice sur scène. L'auteur exprime son admiration et son émotion face aux performances de l'actrice, notamment dans les personnages d'Électre et de Camille. Il souligne la capacité de l'actrice à susciter des émotions intenses, telles que la pitié et la colère, chez les spectateurs. L'auteur compare également l'actrice à des figures légendaires du théâtre, comme La Champmeslé et Le Couvreur, soulignant la difficulté de les départager en termes de talent. Il conclut en louant l'art de l'actrice, capable de toucher profondément les cœurs des spectateurs.
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2470
p. 1212-1213
« Le 6 de ce mois, les Comédiens Italiens donnerent une Comédie nouvelle, en [...] »
Début :
Le 6 de ce mois, les Comédiens Italiens donnerent une Comédie nouvelle, en [...]
Mots clefs :
Musique, Marivaux, Académie royale de musique, Fêtes grecques et romaines
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texteReconnaissance textuelle : « Le 6 de ce mois, les Comédiens Italiens donnerent une Comédie nouvelle, en [...] »
Le 6 de ce mois , les Comédiens Italiens
donnerent une Comédie nouvelle , en
Prose , de M. de Marivaux, que le Public
a reçuë tres-favorablement, Nous en par
lerons plus au long,
1. Vol.
L
JUIN. 1733. 8213
Le 1 Juin , l'Académie Royale de
Musique remit au Théatre les Fêtes Grecques
et Romaines, Ballet Héroïque , représenté
dans sa nouveauté en Juillet 1723 .
Le Poëme est de M. Fuselier , et la Musique
de M. de Blamon , Sur- Intendant de
la Musique du Roy . Cette Piéce qui est
parfaitement bien remise au Théatre , a
été reçue tres-favorablement du public.
On peut voir l'Extrait du Poëme .
dans leMercure de Juillet 1723. page 134.
donnerent une Comédie nouvelle , en
Prose , de M. de Marivaux, que le Public
a reçuë tres-favorablement, Nous en par
lerons plus au long,
1. Vol.
L
JUIN. 1733. 8213
Le 1 Juin , l'Académie Royale de
Musique remit au Théatre les Fêtes Grecques
et Romaines, Ballet Héroïque , représenté
dans sa nouveauté en Juillet 1723 .
Le Poëme est de M. Fuselier , et la Musique
de M. de Blamon , Sur- Intendant de
la Musique du Roy . Cette Piéce qui est
parfaitement bien remise au Théatre , a
été reçue tres-favorablement du public.
On peut voir l'Extrait du Poëme .
dans leMercure de Juillet 1723. page 134.
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Résumé : « Le 6 de ce mois, les Comédiens Italiens donnerent une Comédie nouvelle, en [...] »
En juin 1733, deux événements ont marqué le théâtre parisien. Le 6 juin, les Comédiens Italiens ont présenté une comédie en prose de Marivaux, bien accueillie. Le 1er juin, l'Académie Royale de Musique a repris 'Les Fêtes Grecques et Romaines', un ballet héroïque de 1723, avec un poème de Fuselier et la musique de Blamon. Les représentations ont été bien exécutées et appréciées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2471
p. 1262-1276
SUITE de la Dissertation sur les Enseignes Militaires des François.
Début :
Les Eglises dédiées à des Saints, du rang des Confesseurs, avoient leurs [...]
Mots clefs :
Enseignes militaires, Oriflamme, Abbaye de Saint-Denis, Montjoye, Rois, Tombeau, Armée, Saints, Montagne, Coutume, Martyrs, Trésor, Gardiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Dissertation sur les Enseignes Militaires des François.
SUITE de la Dissertation sur les
Enseignes Militaires des François.
La
Es Eglises dédiées à des Saints , du
rang des Confesseurs , avoient leurs
Bannieres de couleur Bleue ou Violette :
celle de S.Martin devoit être de cette cou-
* L'Auteur ne prétend point condamner le jugement
de l'Académie , et quiconque l'interpréteroit
ainsi , n'entendroit point le sens de la Strophe.
II. Vol. leus
JUIN. 1733. 1263
leur , et c'est peut - être ce qui fit que lorsque
nos Rois prirent des Fleurs de Lys
pour armoiries , ils les mirent sur un
fond de gros bleu , en l'honneur de saint
Martin , dont la dévotion n'étoit pas
tout-à- fait tombée dans ces temps - là.
On prit la coutume de faire les Bannieres
de couleurs qui montrassent la
classe des Saints à qui elles étoient dédiées
, conformement à l'usage des Ecclesiastiques
, qui ont toujours observé ,
en faisant l'Office Divin , d'avoir des ornemens
qui désignassent la qualité du
Saint dont on fait la fête , prenant des
Chappes blanches pour les fêtes des
Vierges , des rouges pour les Martyrs ,
des vertes et des bleues pour les Confesseurs
, et des noires pour l'Office des
Morts.
Toutes ces Bannieres se terminoient en
trois pointes , désignant la Trinité. Celle
de Saint Denys prit le nom d'Oriflamme;
à cause de sa forme qui étoit une Lance
dorée , à laquelle pendoit un morééau
d'Etoffe de soye rouge , taillé en ma→
niere de flamme à trois pointes , terminées
chacune par une Houpe verte.M.du
Cange a fait une Dissertation qui renferme
tout ce que les Auteurs François ont
II. Vol. A v ' écrit
1264 MERCURE DE FRANCE
écrit de cette mystérieuse Enseigne , on
peut y avoir recours.
L'emploi de celui qui la portoit pour
le Roy , n'étoit qu'une commission ; le
Gentilhomme qui en avoit été chargé
pendant une Guerre , la reportoit à saint
Denis aussi- tôt que la Guerre étoit finie ;
et si on avoit besoin de la reprendre pour
une autre expédition , la commission en
étoit donnée souvent à un autre Gentilhomme.
Mais comme le temps change les usages,
les derniers Porte Oriflammes se succedoient
quelquefois de pere en fils dans
cette fonction ; et de plus ils négligeoient
de rapporter ce pieux dépôt qu'on leur
avoit confié dans le lieu où il devoit être
et le gardoient chez eux , sur tout quand
l'expedition pour laquelle ont l'avoit
prise , n'étoit point terminée , et qu'il
falloit retourner à la Guerre la Campagne
suivante .
On voit par l'Histoire de l'Abbaye de
S. Denys , de Dom Félibien , ( pag. 313. )
que le Roy Charles VI.après avoir nommé
Hurin , Sire d'Aumont , pour garder
l'Oriflamme , lui ordonna d'aller prendre
cetre Enseigne que Guillaume des
Bordes ( qui la gardoit auparavant ) avoit
11. Vol.
reJUIN.
1733 .
1265
retenue chez lui , n'ayant point eu occasion
de la déployer pour le service du
Roy , et ordonna en même temps au Sire
d'Aumont de la reporter dans l'Abbaye
de S. Denys .
L'ignorance et la crédulité où l'on étoit
dans lessiéc les où l'Oriflamme fut en réputation
, faisoit débiter bien des contes
sur son origine , on prétendoit qu'elle
avoit été apportée du Ciel , par un Ange ,
avec l'Ecu flourdelisé , dans le temps de
la conversion de Clovis , et long - temps
après que cette Enseigne eut cessé de paroître
dans les Armées,on croïoit qu'elle s'en
étoit retournée au Ciel , on se persuadoit
core qu'elle ne s'usoit point ; mais présentement
qu'on est revenu de toutes ces
pieuses fables , il est raisonnable de penser
que quand l'Oriflamme étoit vieille
et déchirée, on en substituoit une autre à
sa place , et les Religieux faisoient de la
vieille ce qu'ils vouloient , et quelquefois
elle restoit au Porte - Oriflamme , qui
en disposoit à sa volonté; comme les Colonels
font aujourd'hui des Drapeaux et des
Etendarts qui ont servi à leurs Regimens
qu'ils gardent souvent chez eux comme
des marques honorables pour leurs Descendans
, quand ils n'en veulent pas disposer
en faveur de quelque Eglise où
II. Vol.
·A vj
il
1266 MERCURE DE FRANCE
ils ont dévotion , ou en faire quelqu'au
tre usage.
La coutume d'offrir à la Divinité les
Enseignes prises sur l'Ennemi est tresancienne
; les Payens mettoient dans les
Temples de leurs Dieux les Trophées
qu'ils rapportoient de la Guerre. Les Philistins
après avoir vaincu Saül , appendirent
les armes de ce Roy aux voutes du
Temple de leur Dieu Astaroth, ( Les Rois,
liv. 1. ) et dans l'histoire de Sablé , par
M. Ménage , on voit dans la Généalogie
des Seigneurs de Mayenne , qu'un de ces
Seigneurs étant revenu d'une Croisade
offrit à une Eglise de sa Terre les Enseignes
qu'il avoit rapportées de son voïage.
On expose dans l'Eglise de Notre - Dame
de Paris toutes les Enseignes de Terre
et de Mer qui se gagnent sur l'Ennemi
pendant une Guerre , et on ne les ôte que
quand la paix est faite.
Le Poëte Malherbe dans une Lettre
qu'il écrit à son Cousin , le 22 Decembre
1627. lui dit : Les Drapeaux pris sur les
Anglois , à l'attaque de l'Isle de Rhé ,
furent hier apportez au Louvre , on leur
fit faire un tour dans la Cour , selon la
coutume , et on les porta ensuite à N. D.
Il y en a 44. qui ont tous au bout d'enhaut
et au coin , qui est vers le bois , un
II. Vol mor
JUIN. 1733. 1267
morceau de Tafetas blanc , d'environ 3
pieds en quarré , et en ce Tafetas , il yуэa
une Croix rouge qui touche à toutes les
4 faces de ce quarré. De maniere qu'en
admettant ( comme on le doit ) le renouvellement
de l'Oriflamme, quand elle étoit
usée , on accordera deux opinions diffé
rentes d'Auteurs sur le sort que cette Enseigne
a eu depuis que nos Rois ne l'ont
plus fait porter dans leurs Armées ; ce
qui arriva sous Charles VII . pendant que
les Anglois étoient Maîtres de Paris. Les
uns soutenant qu'elle étoit toujours restée
dans le trésor de S. Denys , où on la
voyoit encore en 1534 et 1594. suivant
les Inventaires du même trésor, faits dans
ces années- là ; et les autres ont pensé
qu'elle a pû rester en la possession des
Gentilhommes qui en avoient la garde ,
et que par conséquent on peut trouver
des Oriflammes dans les Archives des
descendans de ces Gentilhommes. Messieurs
d'Harcourt en conservent un , qui
leur vient par succession de Pierre de
Villiers l'Isle - Adam , Grand - Maître de
France et Porte Oriflamme , dont la fille
épousa Jean de Garenciere , et fut Ayeul
d'une Tugdal de Karmoisien , mariée à
Jean de Gaillon , grand- pere de ' Françoise
de Gaillon femme de François.
II. Vol. d'Har
1268 MERCURE DE FRANCE
d'Harcourt , Seigneur de Beuvron , à la
posterité duquel appartient ( selon M. de
la Roque, dans son Histoire de la Maison
d'Harcourt , ) le droit de garder l'Oriflamme
, en supposant que cette dignité
étoit devenue sur sa fin héréditaire dans
les familles de ceux qui l'ont possedée .
Quant à la difference que le P. Daniel
( dans sa Milice Françoise ) trouve ,
entre l'Oriflamme, qui est chez Messieurs
d'Harcourt , et celle qui étoit dans le
Trésor de S.Denys , ce qui lui fait dire que
la premiere n'est pas la véritable , c'est
une minutie où il ne faut point s'arrêter ,
car quoique l'Etendart de S. Denys ait
été pendant long temps d'une seule couleur
pleine , la mode y'a pû faire ajouter
dans les derniers temps des ornemens ,
comme des Flammes et des Couronnes
en Broderies d'or. Il suffit que la couleur
de l'Oriflamme, conservée chez Messieurs
d'Harcourt, soit rouge, pour croire qu'el
le peut être aussi véritable que celle qui
se trouvoit dans le Trésor de S. Denys au
16 siécle, quoique celle - cy fut plus grande
et d'une étoffe unie .
Il n'est pas même certain qu'il n'y eut
qu'une Oriflamme d'usage en mêmetemps
, et que quand il y en avoit une à
l'Armée , il n'y en cut pas encore une
II. Vol.
autre
JUIN. 1733. 1269
autre qui restoit à S. Denys , pour les
besoins extraordinaires de l'Abbaye , ou
pour envoyer à une seconde Armée
Royale ; car l'Oriflamme étoit un Etendart
, attaché à l'Armée , et non à la personne
des Rois , comme je le ferai voir
en parlant de l'Etendart Royal , autre
Enseigne qui ne quittoit point le Corps
du Roy , au lieu que l'Oriflamme alloit
toute seule à la tête de l'armée , gardée
seulement par une Troupe de Cavaliers
d'Elite Vexillum sancti Dionisii quod
omnes præcedere in bella solebat.
Voicy ce que dit Rigord , Historien
de Philippe Auguste , en parlant de ce
qui se fit à S. Denis , lorsque ce Prince y
alla prendre l'Oriflamme pour son voyage
d'Outremer , après que le Roy , à genoux
devant le Sépulchre des Saints Martyrs
, eut imploré par ses prieres et ses larmes
, l'assistance du Ciel , il reçut la Pannetiere
et le Bourdon des mains de Guillaume
, Archevêque de Rheims , son oncle
maternel , et il y prit ensuite de sa propre
main deux Etendarts qui étoient sur la
Châsse des Saints Martyrs .
Voilà certainement une occasion où il
paroît deux Oriflammes à la fois , peutêtre
qu'on les doubloit pour n'en pas
manquer en cas qu'il s'en perdît une ;
II. Vol. en
270 MERCURE DE FRANCE
en supposant cela on accordera ce qui
se trouve dans deux Historiens , Jacques
Meyer et Guillaume Guyard , le premier
soutenant que la véritable Oriflamme
fut perdue au combat de Mons en
Puelle, et qu'elle ne se retrouva plus, pendant
que le second assure que l'Oriflamme
qui se perdit dans ce Combat , n'étoit
qu'une Enseigne contrefaite que le
Roy avoit fait paroître ce jour - là pour
encourager ses Soldats ; cecy sent bien
le conte fait à plaisir ; quelle raison le
Roy auroit-il eû de tromper ses Soldats.
dans la supposition de cette fausse Enseigne
? Ne vaut-il pas mieux convenir
que dans les occasions que l'on jugeoit
devoir être périlieuses , on se munissoit
de deux de ces Enseignes , pour pouvoir
les substituer l'une à l'autre , en cas qu'il
s'en perdit une , et que c'est ce qui fut
fait à la bataille de Mons en Puelle , où
l'une ayant été perduë la veille , il en
reparut une autre le lendemain .
Ce que je dis n'est point pour diminuer
l'estime que nous croyons que nos
Ancêtres faisoient de cet Etendart . Ils le
regardoient comme un Symbole de Religion
; et dans cette idée ils lui donnoient
le premier rang sur toutes leurs autres:
Enseignes .
4
II. Vol Qmaibus
JUIN . 1733: 1271
Omnibus in bellis habet omnia signa
preire , dans l'esperance que leur Saint
Patron , à qui appartenoit cette Enseigne,
obtiendroit du Ciel par ses prieres la direction
des guerres qu'ils entreprenoient
et les feroient réussir à leur avantage.
Le nom du Saint devint aussi leur cri
de guerre ; ce fut sous Louis le Gros
qu'on commença à invoquer S. Denis ,
Patron du Royaume , dans tous les besoins
Militaires par ces mots , MONTJOYE
SAINT DENIS , qui sont devenus la Devise
génerale de nos Rois. Dans tous les
temps et chez toutes les Nations , la
coûtume des Soldats étoit de faire de
grands cris avant que de combattre et
après avoir combattu ; les premiers de
ces cris pour exciter le courage et jetter
l'effroy dans le coeur de l'Ennemi , et les
seconds pour remercier les Dieux qu'on
adoroit du gain d'une bataille , et en célebrer
la premiere réjouissance .
Clovis dans le Champ de Colbrac ;
implore le secours du Dieu que sa femme
adore. Les François devenus Chrétiens ,
adressent leurs cris à S. Martin , ensuite
à S. Denis , esperant attirer sur eux les
faveurs du Ciel par l'intercession de leurs
Saints Protecteurs.
De tous les Auteurs qui ont voulu
II. Vol.
expliquer
1272 MERCURE DE FRANCE
expliquer le mot de Montjoye , qui précedoit
celui de S. Denis dans l'acclamation
Militaire des François , Mrs Ducange
et de Caseneuve , sont ceux qui ont
le mieux pensé sur la véritable signifisation
de ce mot , en disant que c'est
un vieux terme François qui exprime
une Colline ,
diminutif de Montagne 3
toute l'erreur du premier de ces deux
Sçavans , est de dire que par le mot de
Montjoye , il faut entendre seulement la
Montagne de Montmartre où S. Denis
fut martyrisé ; le Pere Daniel , dans sa
Milice Françoise , qui a voulu le relever
sur cette méprise , a plus mal fait que
lui en disant que Montmartre est une
veritable Montagne , qu'elle est trop
haute pour qu'on lui puisse donner ce
nom de Montjoye , et qu'elle se trouve
appellée par tout Montagne de Mars , et
non pas Montjoye , est- ce là une raison assez
solide pour que Montjoye ne puisse pas
signifier un petit Mont ? Si ce Pere avoit
poussé ses Recherches jusques dans les
usages que les Gaulois et les Germains
observoient en enterrant leurs Morts ,
il auroit trouvé la preuve que Montjoye
a signifié une petite Montagne artificielle
qui se formoit de la maniere que voicy :
Quand un Chef de Guerre de ces Na-
II. Vol. tions
JUIN. 1733. 1273
tions mouroit au milieu de son armée ,
après que le corps avoit été mis dans
une fosse avec toutes les ceremonies qui
s'observoient en pareil cas , chaque Soldat
portoit une pelletée de terre pour
recouvrir la fosse de son General , ca
qui formoit dessus une petite éminence
qui devenoit haute à proportion que
l'armée
qui faisoit l'enterrement , étoit nombreuse.
La Flandre et les Provinces qui l'avoisinent
, sont encore pleines de ces monticules
qu'on appelloit dans le Pays des
Tombes , pour mieux conserver le souvenir
du sujet qui les a produites ; avant
que de prendre ce nom de Tombes , elles
avoint celui de Montjoye , terme qui a
toujours signifié en vieux François une
élevation , qui sert à marquer un lieu
que l'on veut reconnoître , et où l'on
veut parvenir quand on en est éloigné.
›
Les Phares qui sont sur les Ports de
Mer , les Balises , faites de tonneaux ou
de pieces de bois flotantes sur l'eau pour
servir à guider les Vaisseaux entre des
Rochers cachez sous l'eau , et enfin toutes
sortes de marques propres à faire éviter
les dangers et à montrer les lieux éloignez
, ou ceux qui renferment des choses
dignes de memoire , étoient nommez
II. Vel. des
1274 MERCURE DE FRANCE
des Montjoyes , parcequ'elles apprenoient
avec plaisir à ceux qui les voyoient , des
Endroits que l'on auroit eu peine à re
trouver sans leurs secours.
On élevoit des Montjoyes sur les Tombeaux
des personnes de considération ,
plus ou moins magnifiques et remarqua
bles , selon la dignité de ces personnes ;
les premiers Chrétiens persécutez , mirent
des marques moins sensibles sur les Tombeaux
des Martyrs qui se trouvoient en
pleine campagne ; ces marques , qui n'étoient
souvent que de simples pierres ,
eurent le même nom . On n'oublia pas
sans doute de mettre une Montjoye sur
le Tombeau de S. Denis et de ses Compagnons
, jusqu'à-ce qu'on fût en liberté
de renfermer ce Tombeau dans une Eglise
; dans la suite l'Eglise où il étoit renfermé
étant devenue célebre par la dévotion
les Fidelles eurent à ce Tomque
beau , les Rois qui s'en rendirent les Protecteurs
, se regarderent en même-temps
comine les Gardiens de ce S. Tombeau ; et
pour montrer publiquement l'honneus
qu'ils se faisoient de cette qualité , ils
l'exprimoient par le nom ancien de Montjoye
, et prirent delà occasion de crier
à la guerre Montjoye S. Denis , comme
s'ils eussent voulu dire nous sommes les
II. Vel.
garN.
1733. 1275
"
gardiens du Tombeau de S. Denis , la
Banniere dont nous nous servons en est
la marque , et nous la portons pour deffendre
les biens qui appartiennent à ce
Saint , et qui ont été offerts à son Tombeau.
Dans toutes les Religions du Monde
les Princes qui ont eu de la pieté , se
sont toujours fait honneur d'être dépositaires
de quelques Monumens respectables
de ces Religions. Il semble même
que la destinée des Empires soit , pour
ainsi dire , attachée à la conservation de
ces Monumens. Les Payens enchaînoient
leurs Dieux . Une Ville croyoit ne jamais
succomber aux efforts de ses Ennemis
tant qu'elle étoit en possession de ses
Lares et de ses Pénates. La ruine de Troye
ne fut attribuée qu'à l'enlevement du
Palladium.
Les Empereurs Ottomans gardent avec
soin dans leur Serrail l'Etendart de guerre
et la Robbe de Mahomet. Tous les
Princes de cette Religion qui ont possedé
la Ville de Jérusalem , ont tous pris
la qualité de Maîtres ou de Possesseurs
du S. Tombeau.
Pourquoi nos Rois Très- Chrétiens ne
se seroient-ils pas fait le même honneur
de se dire les Gardiens du Tombeau d'un
II. Vol.
Martys
16/0 VIL
ע ע
Martyr de qui leurs Peuples tiennent la
Foy , et de montrer l'estime qu'ils faisoient
de ce Titre par ce cri d'allegresse
Montjoye S. Denis.
Enseignes Militaires des François.
La
Es Eglises dédiées à des Saints , du
rang des Confesseurs , avoient leurs
Bannieres de couleur Bleue ou Violette :
celle de S.Martin devoit être de cette cou-
* L'Auteur ne prétend point condamner le jugement
de l'Académie , et quiconque l'interpréteroit
ainsi , n'entendroit point le sens de la Strophe.
II. Vol. leus
JUIN. 1733. 1263
leur , et c'est peut - être ce qui fit que lorsque
nos Rois prirent des Fleurs de Lys
pour armoiries , ils les mirent sur un
fond de gros bleu , en l'honneur de saint
Martin , dont la dévotion n'étoit pas
tout-à- fait tombée dans ces temps - là.
On prit la coutume de faire les Bannieres
de couleurs qui montrassent la
classe des Saints à qui elles étoient dédiées
, conformement à l'usage des Ecclesiastiques
, qui ont toujours observé ,
en faisant l'Office Divin , d'avoir des ornemens
qui désignassent la qualité du
Saint dont on fait la fête , prenant des
Chappes blanches pour les fêtes des
Vierges , des rouges pour les Martyrs ,
des vertes et des bleues pour les Confesseurs
, et des noires pour l'Office des
Morts.
Toutes ces Bannieres se terminoient en
trois pointes , désignant la Trinité. Celle
de Saint Denys prit le nom d'Oriflamme;
à cause de sa forme qui étoit une Lance
dorée , à laquelle pendoit un morééau
d'Etoffe de soye rouge , taillé en ma→
niere de flamme à trois pointes , terminées
chacune par une Houpe verte.M.du
Cange a fait une Dissertation qui renferme
tout ce que les Auteurs François ont
II. Vol. A v ' écrit
1264 MERCURE DE FRANCE
écrit de cette mystérieuse Enseigne , on
peut y avoir recours.
L'emploi de celui qui la portoit pour
le Roy , n'étoit qu'une commission ; le
Gentilhomme qui en avoit été chargé
pendant une Guerre , la reportoit à saint
Denis aussi- tôt que la Guerre étoit finie ;
et si on avoit besoin de la reprendre pour
une autre expédition , la commission en
étoit donnée souvent à un autre Gentilhomme.
Mais comme le temps change les usages,
les derniers Porte Oriflammes se succedoient
quelquefois de pere en fils dans
cette fonction ; et de plus ils négligeoient
de rapporter ce pieux dépôt qu'on leur
avoit confié dans le lieu où il devoit être
et le gardoient chez eux , sur tout quand
l'expedition pour laquelle ont l'avoit
prise , n'étoit point terminée , et qu'il
falloit retourner à la Guerre la Campagne
suivante .
On voit par l'Histoire de l'Abbaye de
S. Denys , de Dom Félibien , ( pag. 313. )
que le Roy Charles VI.après avoir nommé
Hurin , Sire d'Aumont , pour garder
l'Oriflamme , lui ordonna d'aller prendre
cetre Enseigne que Guillaume des
Bordes ( qui la gardoit auparavant ) avoit
11. Vol.
reJUIN.
1733 .
1265
retenue chez lui , n'ayant point eu occasion
de la déployer pour le service du
Roy , et ordonna en même temps au Sire
d'Aumont de la reporter dans l'Abbaye
de S. Denys .
L'ignorance et la crédulité où l'on étoit
dans lessiéc les où l'Oriflamme fut en réputation
, faisoit débiter bien des contes
sur son origine , on prétendoit qu'elle
avoit été apportée du Ciel , par un Ange ,
avec l'Ecu flourdelisé , dans le temps de
la conversion de Clovis , et long - temps
après que cette Enseigne eut cessé de paroître
dans les Armées,on croïoit qu'elle s'en
étoit retournée au Ciel , on se persuadoit
core qu'elle ne s'usoit point ; mais présentement
qu'on est revenu de toutes ces
pieuses fables , il est raisonnable de penser
que quand l'Oriflamme étoit vieille
et déchirée, on en substituoit une autre à
sa place , et les Religieux faisoient de la
vieille ce qu'ils vouloient , et quelquefois
elle restoit au Porte - Oriflamme , qui
en disposoit à sa volonté; comme les Colonels
font aujourd'hui des Drapeaux et des
Etendarts qui ont servi à leurs Regimens
qu'ils gardent souvent chez eux comme
des marques honorables pour leurs Descendans
, quand ils n'en veulent pas disposer
en faveur de quelque Eglise où
II. Vol.
·A vj
il
1266 MERCURE DE FRANCE
ils ont dévotion , ou en faire quelqu'au
tre usage.
La coutume d'offrir à la Divinité les
Enseignes prises sur l'Ennemi est tresancienne
; les Payens mettoient dans les
Temples de leurs Dieux les Trophées
qu'ils rapportoient de la Guerre. Les Philistins
après avoir vaincu Saül , appendirent
les armes de ce Roy aux voutes du
Temple de leur Dieu Astaroth, ( Les Rois,
liv. 1. ) et dans l'histoire de Sablé , par
M. Ménage , on voit dans la Généalogie
des Seigneurs de Mayenne , qu'un de ces
Seigneurs étant revenu d'une Croisade
offrit à une Eglise de sa Terre les Enseignes
qu'il avoit rapportées de son voïage.
On expose dans l'Eglise de Notre - Dame
de Paris toutes les Enseignes de Terre
et de Mer qui se gagnent sur l'Ennemi
pendant une Guerre , et on ne les ôte que
quand la paix est faite.
Le Poëte Malherbe dans une Lettre
qu'il écrit à son Cousin , le 22 Decembre
1627. lui dit : Les Drapeaux pris sur les
Anglois , à l'attaque de l'Isle de Rhé ,
furent hier apportez au Louvre , on leur
fit faire un tour dans la Cour , selon la
coutume , et on les porta ensuite à N. D.
Il y en a 44. qui ont tous au bout d'enhaut
et au coin , qui est vers le bois , un
II. Vol mor
JUIN. 1733. 1267
morceau de Tafetas blanc , d'environ 3
pieds en quarré , et en ce Tafetas , il yуэa
une Croix rouge qui touche à toutes les
4 faces de ce quarré. De maniere qu'en
admettant ( comme on le doit ) le renouvellement
de l'Oriflamme, quand elle étoit
usée , on accordera deux opinions diffé
rentes d'Auteurs sur le sort que cette Enseigne
a eu depuis que nos Rois ne l'ont
plus fait porter dans leurs Armées ; ce
qui arriva sous Charles VII . pendant que
les Anglois étoient Maîtres de Paris. Les
uns soutenant qu'elle étoit toujours restée
dans le trésor de S. Denys , où on la
voyoit encore en 1534 et 1594. suivant
les Inventaires du même trésor, faits dans
ces années- là ; et les autres ont pensé
qu'elle a pû rester en la possession des
Gentilhommes qui en avoient la garde ,
et que par conséquent on peut trouver
des Oriflammes dans les Archives des
descendans de ces Gentilhommes. Messieurs
d'Harcourt en conservent un , qui
leur vient par succession de Pierre de
Villiers l'Isle - Adam , Grand - Maître de
France et Porte Oriflamme , dont la fille
épousa Jean de Garenciere , et fut Ayeul
d'une Tugdal de Karmoisien , mariée à
Jean de Gaillon , grand- pere de ' Françoise
de Gaillon femme de François.
II. Vol. d'Har
1268 MERCURE DE FRANCE
d'Harcourt , Seigneur de Beuvron , à la
posterité duquel appartient ( selon M. de
la Roque, dans son Histoire de la Maison
d'Harcourt , ) le droit de garder l'Oriflamme
, en supposant que cette dignité
étoit devenue sur sa fin héréditaire dans
les familles de ceux qui l'ont possedée .
Quant à la difference que le P. Daniel
( dans sa Milice Françoise ) trouve ,
entre l'Oriflamme, qui est chez Messieurs
d'Harcourt , et celle qui étoit dans le
Trésor de S.Denys , ce qui lui fait dire que
la premiere n'est pas la véritable , c'est
une minutie où il ne faut point s'arrêter ,
car quoique l'Etendart de S. Denys ait
été pendant long temps d'une seule couleur
pleine , la mode y'a pû faire ajouter
dans les derniers temps des ornemens ,
comme des Flammes et des Couronnes
en Broderies d'or. Il suffit que la couleur
de l'Oriflamme, conservée chez Messieurs
d'Harcourt, soit rouge, pour croire qu'el
le peut être aussi véritable que celle qui
se trouvoit dans le Trésor de S. Denys au
16 siécle, quoique celle - cy fut plus grande
et d'une étoffe unie .
Il n'est pas même certain qu'il n'y eut
qu'une Oriflamme d'usage en mêmetemps
, et que quand il y en avoit une à
l'Armée , il n'y en cut pas encore une
II. Vol.
autre
JUIN. 1733. 1269
autre qui restoit à S. Denys , pour les
besoins extraordinaires de l'Abbaye , ou
pour envoyer à une seconde Armée
Royale ; car l'Oriflamme étoit un Etendart
, attaché à l'Armée , et non à la personne
des Rois , comme je le ferai voir
en parlant de l'Etendart Royal , autre
Enseigne qui ne quittoit point le Corps
du Roy , au lieu que l'Oriflamme alloit
toute seule à la tête de l'armée , gardée
seulement par une Troupe de Cavaliers
d'Elite Vexillum sancti Dionisii quod
omnes præcedere in bella solebat.
Voicy ce que dit Rigord , Historien
de Philippe Auguste , en parlant de ce
qui se fit à S. Denis , lorsque ce Prince y
alla prendre l'Oriflamme pour son voyage
d'Outremer , après que le Roy , à genoux
devant le Sépulchre des Saints Martyrs
, eut imploré par ses prieres et ses larmes
, l'assistance du Ciel , il reçut la Pannetiere
et le Bourdon des mains de Guillaume
, Archevêque de Rheims , son oncle
maternel , et il y prit ensuite de sa propre
main deux Etendarts qui étoient sur la
Châsse des Saints Martyrs .
Voilà certainement une occasion où il
paroît deux Oriflammes à la fois , peutêtre
qu'on les doubloit pour n'en pas
manquer en cas qu'il s'en perdît une ;
II. Vol. en
270 MERCURE DE FRANCE
en supposant cela on accordera ce qui
se trouve dans deux Historiens , Jacques
Meyer et Guillaume Guyard , le premier
soutenant que la véritable Oriflamme
fut perdue au combat de Mons en
Puelle, et qu'elle ne se retrouva plus, pendant
que le second assure que l'Oriflamme
qui se perdit dans ce Combat , n'étoit
qu'une Enseigne contrefaite que le
Roy avoit fait paroître ce jour - là pour
encourager ses Soldats ; cecy sent bien
le conte fait à plaisir ; quelle raison le
Roy auroit-il eû de tromper ses Soldats.
dans la supposition de cette fausse Enseigne
? Ne vaut-il pas mieux convenir
que dans les occasions que l'on jugeoit
devoir être périlieuses , on se munissoit
de deux de ces Enseignes , pour pouvoir
les substituer l'une à l'autre , en cas qu'il
s'en perdit une , et que c'est ce qui fut
fait à la bataille de Mons en Puelle , où
l'une ayant été perduë la veille , il en
reparut une autre le lendemain .
Ce que je dis n'est point pour diminuer
l'estime que nous croyons que nos
Ancêtres faisoient de cet Etendart . Ils le
regardoient comme un Symbole de Religion
; et dans cette idée ils lui donnoient
le premier rang sur toutes leurs autres:
Enseignes .
4
II. Vol Qmaibus
JUIN . 1733: 1271
Omnibus in bellis habet omnia signa
preire , dans l'esperance que leur Saint
Patron , à qui appartenoit cette Enseigne,
obtiendroit du Ciel par ses prieres la direction
des guerres qu'ils entreprenoient
et les feroient réussir à leur avantage.
Le nom du Saint devint aussi leur cri
de guerre ; ce fut sous Louis le Gros
qu'on commença à invoquer S. Denis ,
Patron du Royaume , dans tous les besoins
Militaires par ces mots , MONTJOYE
SAINT DENIS , qui sont devenus la Devise
génerale de nos Rois. Dans tous les
temps et chez toutes les Nations , la
coûtume des Soldats étoit de faire de
grands cris avant que de combattre et
après avoir combattu ; les premiers de
ces cris pour exciter le courage et jetter
l'effroy dans le coeur de l'Ennemi , et les
seconds pour remercier les Dieux qu'on
adoroit du gain d'une bataille , et en célebrer
la premiere réjouissance .
Clovis dans le Champ de Colbrac ;
implore le secours du Dieu que sa femme
adore. Les François devenus Chrétiens ,
adressent leurs cris à S. Martin , ensuite
à S. Denis , esperant attirer sur eux les
faveurs du Ciel par l'intercession de leurs
Saints Protecteurs.
De tous les Auteurs qui ont voulu
II. Vol.
expliquer
1272 MERCURE DE FRANCE
expliquer le mot de Montjoye , qui précedoit
celui de S. Denis dans l'acclamation
Militaire des François , Mrs Ducange
et de Caseneuve , sont ceux qui ont
le mieux pensé sur la véritable signifisation
de ce mot , en disant que c'est
un vieux terme François qui exprime
une Colline ,
diminutif de Montagne 3
toute l'erreur du premier de ces deux
Sçavans , est de dire que par le mot de
Montjoye , il faut entendre seulement la
Montagne de Montmartre où S. Denis
fut martyrisé ; le Pere Daniel , dans sa
Milice Françoise , qui a voulu le relever
sur cette méprise , a plus mal fait que
lui en disant que Montmartre est une
veritable Montagne , qu'elle est trop
haute pour qu'on lui puisse donner ce
nom de Montjoye , et qu'elle se trouve
appellée par tout Montagne de Mars , et
non pas Montjoye , est- ce là une raison assez
solide pour que Montjoye ne puisse pas
signifier un petit Mont ? Si ce Pere avoit
poussé ses Recherches jusques dans les
usages que les Gaulois et les Germains
observoient en enterrant leurs Morts ,
il auroit trouvé la preuve que Montjoye
a signifié une petite Montagne artificielle
qui se formoit de la maniere que voicy :
Quand un Chef de Guerre de ces Na-
II. Vol. tions
JUIN. 1733. 1273
tions mouroit au milieu de son armée ,
après que le corps avoit été mis dans
une fosse avec toutes les ceremonies qui
s'observoient en pareil cas , chaque Soldat
portoit une pelletée de terre pour
recouvrir la fosse de son General , ca
qui formoit dessus une petite éminence
qui devenoit haute à proportion que
l'armée
qui faisoit l'enterrement , étoit nombreuse.
La Flandre et les Provinces qui l'avoisinent
, sont encore pleines de ces monticules
qu'on appelloit dans le Pays des
Tombes , pour mieux conserver le souvenir
du sujet qui les a produites ; avant
que de prendre ce nom de Tombes , elles
avoint celui de Montjoye , terme qui a
toujours signifié en vieux François une
élevation , qui sert à marquer un lieu
que l'on veut reconnoître , et où l'on
veut parvenir quand on en est éloigné.
›
Les Phares qui sont sur les Ports de
Mer , les Balises , faites de tonneaux ou
de pieces de bois flotantes sur l'eau pour
servir à guider les Vaisseaux entre des
Rochers cachez sous l'eau , et enfin toutes
sortes de marques propres à faire éviter
les dangers et à montrer les lieux éloignez
, ou ceux qui renferment des choses
dignes de memoire , étoient nommez
II. Vel. des
1274 MERCURE DE FRANCE
des Montjoyes , parcequ'elles apprenoient
avec plaisir à ceux qui les voyoient , des
Endroits que l'on auroit eu peine à re
trouver sans leurs secours.
On élevoit des Montjoyes sur les Tombeaux
des personnes de considération ,
plus ou moins magnifiques et remarqua
bles , selon la dignité de ces personnes ;
les premiers Chrétiens persécutez , mirent
des marques moins sensibles sur les Tombeaux
des Martyrs qui se trouvoient en
pleine campagne ; ces marques , qui n'étoient
souvent que de simples pierres ,
eurent le même nom . On n'oublia pas
sans doute de mettre une Montjoye sur
le Tombeau de S. Denis et de ses Compagnons
, jusqu'à-ce qu'on fût en liberté
de renfermer ce Tombeau dans une Eglise
; dans la suite l'Eglise où il étoit renfermé
étant devenue célebre par la dévotion
les Fidelles eurent à ce Tomque
beau , les Rois qui s'en rendirent les Protecteurs
, se regarderent en même-temps
comine les Gardiens de ce S. Tombeau ; et
pour montrer publiquement l'honneus
qu'ils se faisoient de cette qualité , ils
l'exprimoient par le nom ancien de Montjoye
, et prirent delà occasion de crier
à la guerre Montjoye S. Denis , comme
s'ils eussent voulu dire nous sommes les
II. Vel.
garN.
1733. 1275
"
gardiens du Tombeau de S. Denis , la
Banniere dont nous nous servons en est
la marque , et nous la portons pour deffendre
les biens qui appartiennent à ce
Saint , et qui ont été offerts à son Tombeau.
Dans toutes les Religions du Monde
les Princes qui ont eu de la pieté , se
sont toujours fait honneur d'être dépositaires
de quelques Monumens respectables
de ces Religions. Il semble même
que la destinée des Empires soit , pour
ainsi dire , attachée à la conservation de
ces Monumens. Les Payens enchaînoient
leurs Dieux . Une Ville croyoit ne jamais
succomber aux efforts de ses Ennemis
tant qu'elle étoit en possession de ses
Lares et de ses Pénates. La ruine de Troye
ne fut attribuée qu'à l'enlevement du
Palladium.
Les Empereurs Ottomans gardent avec
soin dans leur Serrail l'Etendart de guerre
et la Robbe de Mahomet. Tous les
Princes de cette Religion qui ont possedé
la Ville de Jérusalem , ont tous pris
la qualité de Maîtres ou de Possesseurs
du S. Tombeau.
Pourquoi nos Rois Très- Chrétiens ne
se seroient-ils pas fait le même honneur
de se dire les Gardiens du Tombeau d'un
II. Vol.
Martys
16/0 VIL
ע ע
Martyr de qui leurs Peuples tiennent la
Foy , et de montrer l'estime qu'ils faisoient
de ce Titre par ce cri d'allegresse
Montjoye S. Denis.
Fermer
Résumé : SUITE de la Dissertation sur les Enseignes Militaires des François.
Le texte aborde les enseignes militaires françaises, notamment les bannières dédiées à des saints confesseurs, qui étaient généralement de couleur bleue ou violette. La bannière de Saint Martin, par exemple, était bleue, influençant ainsi le choix du fond bleu des armoiries royales ornées de fleurs de lys. Les bannières ecclésiastiques étaient codifiées par couleur selon la classe des saints célébrés : blanches pour les vierges, rouges pour les martyrs, vertes et bleues pour les confesseurs, et noires pour les offices des morts. L'Oriflamme, bannière de Saint Denis, se distinguait par sa forme de lance dorée avec un morceau d'étoffe rouge en forme de flamme à trois pointes, chacune terminée par une houpe verte. Cette enseigne était portée par un gentilhomme lors des guerres et rapportée à l'abbaye de Saint Denis après chaque conflit. Avec le temps, cette fonction est devenue héréditaire, et les porteurs négligeaient parfois de rapporter l'Oriflamme. L'Oriflamme était considérée comme un symbole religieux et était utilisée pour encourager les troupes. Le cri de guerre 'Montjoie Saint Denis' est devenu la devise générale des rois de France. Le mot 'Montjoie' signifie une petite colline ou monticule artificiel formé par les soldats lors des enterrements de leurs chefs. Le texte traite également de l'origine et de la signification de l'Oriflamme, certains croyant qu'elle était apportée du ciel par un ange, tandis que d'autres pensent qu'elle était remplacée lorsqu'elle était usée. Les Montjoyes étaient des élévations servant à marquer des lieux importants ou à éviter des dangers, comme les phares et balises. Elles étaient également érigées sur les tombeaux de personnes de considération, et les premiers chrétiens utilisaient des marques simples sur les tombeaux des martyrs. Le tombeau de Saint Denis et de ses compagnons fut marqué par une Montjoye jusqu'à ce qu'il soit transféré dans une église. Cette église devint célèbre, et les rois, en tant que protecteurs, se considéraient comme les gardiens du tombeau. Ils criaient 'Montjoye Saint Denis' en guerre pour affirmer leur rôle de défenseurs des biens du saint. Dans diverses religions, les princes pieux se faisaient honneur de protéger des monuments religieux, croyant que la conservation de ces monuments était liée à la destinée de leurs empires. Par exemple, les Ottomans gardaient l'étendard de Mahomet, et les princes possédant Jérusalem se proclamaient maîtres du Saint Tombeau. De même, les rois très chrétiens se voyaient comme les gardiens du tombeau de Saint Denis, un martyr dont les peuples tenaient la foi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2472
p. 1279-1307
PROJET d'une nouvelle Edition des Essais de Montaigne, &c.
Début :
Je veux consulter les Gens de Lettres et pressentir le goût du Public sur [...]
Mots clefs :
Montaigne, Essais, Traduction, Langue, Homme, Roi, Original, Manière, Douleur, Plaisir, Connaître, Ville, Style, Corriger, Mort, Agréable, Peuple, Larmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROJET d'une nouvelle Edition des Essais de Montaigne, &c.
PROJET d'une nouvelle Edition des
Essais de Montaigne , &c .
J
E veux consulter les Gens de Lettres
et pressentir le goût du Public sur
un Ouvrage qui sera bien - tôt en état
de paroître , si j'apprends qu'on approu
ve l'idée et l'échantillon que je vais en
donner.
Cet Ouvrage est une espece de Traduction
de Montaigne. A ce mot de
Traduction d'un Livre François ,j'entends
déja les Plaisans m'appliquer le Vers de
M. Despréaux.
Le fade Traducteur du François d'Amyot.
A la place d'Amyot , on mettra Montaigne
, et heureusement pour la plaisanterie
, la mesure du Vers n'en souffrira
point ; il me semble pourtant que la raillerie
seroit mal fondée en cette occasion ."
On auroit raison de se mocquer d'une
Traduction d'un Auteur ancien qui paroîtroit
faite sur une Traduction précédente
plutôt que sur l'original . Ce seroit
une preuve de l'ignorance ou de la
paresse du Traducteur. Il faut traduire
II. Vol. B sur
504
sur l'Original même , quand il reste ; voilà
la regle et le meilleur moyen de réüssir.
Tout ce qui est permis , s'il y a déja
une Traduction de l'Ouvrage en ques
tion , c'est de s'en aider , et non pas de
la prendre pour guide , encore moins de
se contenter simplement de la retourner.
Mais si par impossible nous avions perdu
P'Original d'un Auteur Grec ou Romain ,
traduit en notre Langue dans le 16. siecle
, et qu'il ne nous en restât plus que
la Traduction , je crois que ce seroit rendre
service au Public de la réformer
d'en corriger les tours et les expressions *
qui auroient vieillis ; en un mot ,
de traduire
la Traduction même , afin de la
mettre en état d'être lûë du commun
des Lecteurs , pour qui la Langue Françoise
, telle qu'on la parloit et qu'on l'écrivoit
il y a 200, ans , est presque inintelligible
, ou du moins fort désagréable
.
Il est évident que ce qui seroit utile
par rapport à une Traduction devenuë
en quelque sorte Original par la perte
de l'Ouvrage ancien , ne le seroit pas
moins par rapport à un Original même.
Je veux dire par rapport à un Ouvrage
composé avant le changement conside
rable qui est arrivé dans notre Langue.
II. Vol.
Or
JUIN. 17330 1281
Or tel est le Livre fameux des Essais
de Montaigne ; il me semble même qu'à
mérite égal , nous devrions être plus curieux
de pouvoir lire avec plaisir l'Ouvrage
d'un de nos Compatriotes , que
celui d'un Grec ou d'un Romain.
Voici donc les raisons qni me font
juger qu'une espece de Traduction des
Essais de Montaigne pourroit être utile
et agréable au Public. Montaigne si moderne
dans sa maniere de penser , également
fine et judicieuse , est beaucoup
plus vieux , quant au stile , que la plupart
des Auteurs ses contemporains , plus
vieux , par exemple , qu'Amyot et que
Charron . La Langue , dans laquelle il a
écrit , n'est presque plus celle qu'on parle
maintenant; son Livre n'est presque plus
un Livre François . Outre plusieurs mots
de son invention qu'on ne trouve que
chez lui , il en employe un grand nom
bre qui depuis long-temps ont cessé d'être
en usage , et qui même étoient déja
vieillis lorsqu'il écrivoit. Mais sa maniere
d'écrite differe encore plus de la
nôtre les tours que par
par
les mots. Il
est assez rare d'en rencontrer quelqu'un
dans les Essais dont on pût se servir
aujourd'hui , et c'est là principalement ce
qui le rend obscur . Disons tout la
pu-
11. Vol. Bij reté
1282 MERCURE DE FRANCE
grammaticale contribuë infiniment à la
netteté du stile ,et Montaigne n'étoit rien
moins que puriste ; son stile est vifet brillant
, mais peu correct et peu exact pour
son temps même. Il est plein de négligences,
de barbarismes, d'équivoques , de
constructions louches , et il naît de tous
ces défauts un grand désagrément pour
la plupart des Lecteurs , dont le principal
est , comme je l'ai dit , la difficulté
d'entendre. J'avoue que notre ancien langage
a bien des graces pour ceux qui y
sont accoûtumez ; ils en regrettent la
fotce et la naïveté ; mais tous les autres.
et sur tout les femmes , le trouvent bas
et grossier.
Aussi Montaigne , si celebre et si estimé,
est- il assez peu lû.Sur sa grande réputation
on désire de le connoître, pour cela
on lit quelques Chapitres de ses Essais
mais on est bien - tôt las et dégoûté. La
lecture de ce Livre , si amusant en luimême
, est devenue une étude et un travail
, encore n'entend - on pas tout ce
qu'on lit. Pour moi j'avoue qu'il me reste
encore bien des Passages dans cet Auteur
dont il me faudra chercher l'éclaircissement
auprès des Gens de Lettres , si j'execute
le Projet de le rajeunir et de l'ha
biller à la moderne.
·11. Vol. Mais
JUIN . 1733. 1283
Mais ne craignez vous point , me dirat'on
, d'affoiblir Montaigne , en lui ôtant
son vieux langage , de le défigurer en
voulant le corriger ? Croyez - vous que
votre prétendue Traduction ait les beautez
de l'Original ? Non , sans doute , je
ne le crois pas; mais cette objection ne fait
pas plus contre moi que contre tous les
Traducteurs . Demandez aux Sçavans qui
estiment le plus la Traduction d'Homere
par Madame Dacier , si ce Poëte leur
fait autant de plaisir dans le François que
dans le Grec ; ils vous répondront tous
qu'Homere perd infiniment dans cette
Traduction , qu'elle est de beaucoup inférieure
à l'Original , quoique très- élégante
et très- fidelle ; mais que tel est le
sort de toutes les Traductions d'Ouvrages
de pur agrément ; qu'ainsi ces Traductions
ne sont faites que pour ceux
qui ignorent ou qui ne sçavent qu'im
parfaitement la Langue des Auteurs traduits.
Elles facilitent à ceux - ci la lec
ture des Originaux mêmes , en les aidant
à les entendre , et elles font connoître à
ceux-là jusqu'à un certain point des Ouvrages
estimables , ou du moins assez fameux
pour mérirer d'être connus. Ce
seront là , comme je l'espere , les avantages
de mon travail sur Montaigne. Je
II. Vol. Pentre284
MERCURE DE FRANCE
•
l'entrepreds pour ceux qui ne lisent point
cet Auteur , rebutez par ce qui leur paroît
de grossier et de barbare dans son
langage et pour ceux qui ne l'entendent
qu'avec peine , faute d'habitude avec nos
anciens Ecrivains. Je veux leur faire connoître
l'homme du monde , qui en s'étudiant
et se peignant lui-même , a le
mieux connu et le mieux développé le
coeur de l'homme. Je veux les mettre
en état de lire avec plaisir un Ouvrage
de Morale également agréable et solide.
Mais qui n'en connoît pas le mérite ? Et
pourrois - je ajoûter quelque chose aux
louanges que lui ont données les plus celebres
Ecrivains des deux derniers siecles?
On peut voir ces éloges dans les dernieres
Editions de Paris et de Hollande
mais ce que tout le monde ne sçait pas
et n'est pas à portée de sçavoir , c'est que
sans parler de Charron , ( 1 ) ceux qui depuis
60. ou 85. ans ont écrit avec le plus
(1 ) Charron fit un merveilleux cas des Essais de
tet Auteur , et en adopta plusieurs maximes . On
peut croire sans témerité que celui de ces deux Amis
qui eût du instruire l'autre en fut le Disciple
et que le Théologien appret plus de choses du
Gentilhomme , que celui - cy du Théologien . Il y a
dans les Livres de la Sagesse une infinité de pensées
qui avoient paru dans les Essais de Montaigne.
Dictionnaire de Bayle , Article Charron.
11. Vol.
de
JUIN. 1733. 1285
de succès sur la Morale , comme M. de
la Rochefoucault , M. de la Bruyere , &c.
et ceux mêmes qui en ont écrit le plus
chrétiennement , comme Mrs Paschal et
Nicole , ont pris dans Montaigne une
partie de ce qu'ils ont de meilleur. Je
sçai même de bonne part que M. Paschal
, entr'autres , l'avoit toujours entre
les mains ; et qu'il n'y avoit point de Livre
qu'il eût plus médité. Ecoutons ce
qu'il en dit , c'est en deux mots la plus
forte louange qu'on ait donnée à Mon,
taigne , et en même-temps la plus bonorable
pour lui par la qualité du Panégyriste
: Ce que Montaigne a de bon , ditil
, ne peut être acquis que difficilement ;
ce qu'il a de mauvais , j'entens hors les
moeurs , eût pu être corrigé dans un moment ,
si on l'eût averti qu'il faisoit trop d'histoi
res et qu'il parloit trop de soy.
Ce n'est pas ici le lieu d'examiner si
ce Jugement de M. Paschal sur Montaigne
, est exactement vrai dans toutes
ses parties ; mais il est toujours certain
qu'on peut distinguer dans cet Auteur ,
comme dans plusieurs autres , les deffauts
de l'Ecrivain et les deffauts de l'homme ,
et qu'il ne lui eût pas été également facile
de corriger dans son Livre ces deux
sortes de deffauts . Il n'en est pas de même
II. Vel.
1286 MERCURE DE FRANCE .
à mon égard je puis corriger dans un
moment ce que Montaigne a de mauvais
du côté des moeurs. Il ne m'en coûtera
pas davantage pour corriger une pensée
libertine ou un trait licentieux , que
pour supprimer une pensée simplement
fausse , ou un trait d'Histoire peu interessant
; et il me sera aisé par quelques retranchemens
, de rendre son Livre également
propre à former le coeur et l'esprit ;
je ne dirai point que M.Paschal éroit peutêtre
un peu trop sévere ; qu'on pourroit
donner un bon sens à quelques Endroits
des Essais qui ont principalement donné
licu à sa Critique. Je passe de bonne foi
condamnation sur cet article. J'examinerai
dans un Discours exprès sur Montaigne
, jusqu'à quel point on peut l'excuser
; mais j'avoue aujourd'hui qu'il est
impossible de le justifier entierement , et
ce mêlange de choses utiles et dangereuses
pour les moeurs , qui se trouve dans
son Ouvrage , est un des principaux motifs
qui m'ont fait entreprendre celui que
je prépare. Je ne crois pas que les personnes
vrayement raisonnables ayent grand
regret à ce qu'il me faudra supprimer
dans ma Traduction , ce n'est pas assurément
ce qu'il y a de plus beau dans
l'Original.
II. Val
Quelque
JUIN. 1-33 : 1287
Quelque estime que jaye pour Moitaigne,
je ne conviens pas qu'il se soutienne
également par tout ; ainsi outre les retranchemens
dont je viens de parler je
ne me ferai point de scrupule de suppri
mer tout ce qui me paroîtra peu capable
de plaire. Je ne veux pas dire que je retrancherai
toutes les pensées fausses, tous
les raisonnemens peu solides qu'on lui
a reprochez ; ce seroit priver les Lecteurs
d'une infinité de choses très agréa
bles. Il y a un faux grossier qui rebute
et qui révoltes je ne ferai point grace à
celui là , mais il y a un faux délicat et
spécieux plus picquant quelquefois et
plus amusant que le vrai mêine. C'est
Souvent en deffendant une mauvaise cause
qu'un habile Avocat montre plus d'esprit
et d'éloquence.
En géneral cette espece de Traduction
sera extrêmement libre , sans quot je ne
crois pas qu'on la pût lire avec plaisir ,
mais je n'aurai pas moins d'attention à
faire ensorte qu'on y sente et qu'on y
reconnoisse bien le caractere de Montaigne.
Quelquefois je prendrai seulement
le fond de sa pensée et je lui donnerai
un tour different de celui dont il s'est
servi . J'abregerai ses Histoires et les raconterai
à na maniere. Au lieu de le
II. Vol Bv
suivre
1285 MERCURE DE FRANCE
suivre dans son désordre , j'essayerai de
le corriger jusqu'à un certain point , de
mettre un peu plus de suite dans ses
idées et de les arranger d'une maniere ,
si non plus naturelle , au moins plus raisonnable
. Enfin je pousserai la liberté jusqu'à
ajouter , lorsque je croirai le pouvoir
faire utilement ou agréablement pour le
Lecteur.
Je ne ferai point difficulté de me servir
de quelques mots , qui , quoique vieillis ,
ne sont pourtant pas absolument hors
d'usage , lorsque je ne pourrai les rendre
par aucun autre , ou même lorsque ceux
qu'on leur a substituez me paroîtront
moins forts et moins expressifs. La Langue
Françoise s'est extrémement enrichie
depuis Montaigne ; mais il faut convenir
aussi que nous avons perdu plusieurs mots
qui n'ont point été remplacez , ou qui ne
Font été qu'imparfaitement , c'est à - dire
ausquels on n'a point fait succeder de
Synonimes parfaits . Il eût bien mieux
valu acquérir et ne ricn perdre , et par
conséquent il est à propos de prévenir
de nouvelles pertes en conservant d'anciennes
expressions qui font partie de la
richesse de notre Langue , et que nous ne
pourrions perdre sans nous appauvrir ,
puisque nous n'en avons point d'autres
II. Vol.
JUIN. 1733. 1289
à mettre à leur place. D'ailleurs on se
sert encore dans la conversation de quelques-
unes de ces expressions , quoiqu'on
les ait presque bannies des Livres. Ainsi
en les employant je conserverai d'autant
mieux le caractere de Montaigne , qui
fait profession d'écrire d'un stile naïf et
familier , tel sur le papier qu'à la bouche.
Pour mieux faire connoître Montaigne
et sur tout pour donner quelque idée
des agrémens de son stile , de ces tours
heureux et de ces expressions de génie
dont il est plein , je rapporterai quelquefois
au bas des pages ses propres paroles
et les endroits de son Texte qui me
paroîtront les plus singuliers et les plus
frappans. Cet Extrait sera sans doute ce
qu'il y aura de plus agréable dans mon
Livre ; mais je pense aussi que si je le.
donnois tout seul et sans une Traduction
suivie du Texte même , il ne plairoit
point à la plupart de ceux que j'ai
principalement en vûë. J'en ai pour garant
le Livre qu'on a donné au Public
sous le titre de Pensées de Montaigne ,
propres à former l'esprit et les moeurs. Ce
Livre n'a point eû de succès et il ne pouvoit
en avoir ; il est inutile à ceux qui
sont en état de lire Montaigne avec plai
sir ; outre que ces Pensées séparées de ce
II. Vol.
B vj qui
1200 MERCURE DE FRANCE
à ceux
qui les précede et de ce qui les suit dang
le corps de l'Ouvrage n'ont plus la même
force ni la même grace ; quant
à qui la lecture de Montaigne n'est pas
agréable , par les raisons que j'ai dites ,
on voit bien que cer Extr it où l'on n'a
presque rien changé pour le stile doit
avoir pour eux à peu près les mémes
inconvéniens que l'Ouvrage entier.
Il ne me reste plus qu'à mettre sous
les yeux du Lecteur un Essai de mon
travail , il en jugera mieux par là que
par tout ce que je lui en pourrois dire.
Je ne crois pas qu'on désaprove mon
Projet , il me paroît évidemment bon ,
mais j'ai bien lieu de craindre que l'execution
n'y réponde pas. C'est sur ce point et
principalement sur la maniere d'executer
mon Projet , que je prie les personnes
habiles de vouloir bien me donner leurs
avis. Je les leur demande avec un désir
sincere de les obtenir et d'en profiter. Si
je ne puis pas être toujours docile , du
moins je serai toujours reconnoissant:
ESSAIS DE MONTAIGNE,
Livre Premier , Chapitre Premier.
Par divers moyens on arrive à pareille fin.
La soumission , l'humble priere , les
II Vol larmes
JUIN Ú I N.
1298 . 1733 .
farmes , sont le moyen
le plus ordinaire
d'amollir
les coeurs de ceux qu'on a
off nsez , lorsqu'ayant
la vengeance
en
main ils nous tiennent à leur mercy . Parlà
, on les excite à la pitié. Cependant
l'a
fermeré
, la résolution
et même les bravades
, moyens
tout contraires
, ont quelquefois
produit
le même effet en donnant
au vainqueur
de l'estime
, et de l'a
miration
pour le vaincu . Edouard
, ( 1 )
Prince de Gilles , grand homme
en toutes
manieres
, ayant été sensiblement
offensé
par les Limousins
, assiegea
Limoges
et la prit d'assaut
; tout fut abandonné
à l'épee du Soldat , sans distinction
d'âge ni de sexe. Lorsqu'il
fut entré dans
la Ville , les femmes
, les enfans , tout
le Peuple , se jetterent
à ses pieds et lui
demanderent
la vie avec les cris les plus
touchants
; rien ne put l'arrêter
. Mais
avançant
toujours
, il apperçut
trois Gentilshommes
François
, qui avec une hardiesse
incroyable
, soutenoient
seuls l'effort
de son Armée
victorieuse
; la conderation
et le respect d'une si rare valeur,
fit sur lui ce que n'avoient
pû faire les
cris d'un Peuple expirant
. Sa colere 'ap-
(1 ) Pere de l'infortuné Richard II et Fils d'E
douard III. Roy d'Angleterre. Cette Notte et les.
suivantes , sont prises de l'Edition de M. Coste
II. Vol.
paisa
1292 MERCURE DE FRANCE
paisa , et il commença par ces trois vaillants
hommes à faire miséricorde à tous
les autres habitans.
Scanderberg , Prince de l'Epire , poursuivant
un de ses Soldats pour le tuer ;
ce Soldat , après avoir inutilement essayé
de l'appaiser par toute sorte d humilité
et de prieres , se résolut à toute extrémité
de l'attendre l'épée à la main.
Cette action hardie arrêta la furie de
son Maître , qui lui pardonna pour lui
avoir vû prendre un si honorable parti.
Er qu'on ne dise pas que le Soldat déterminé
à se bien deffendre , fit peut- être
quelque peur au Prince ; sa valeur extraordinaire
est trop connue pour permettre
un pareil soupçon.
L'Empereur Conrad , troisième , ayant
assiegé Winsberg , où étoit renfermé
Guelphe , Duc de Baviere , ne voulut jamais
condescendre à de plus douces conditions
, quelques viles et lâches satisfactions
qu'on lui offrît , que de permettre
aux Dames qui étoient dans la Ville d'en
sortir à pied , leur honneur sauf , avec
ce qu'elles pourroient emporter sur elles .
Ces femmes , d'un coeur magnanime , s'aviserent
de charger sur leurs épaules leurs
maris , leurs enfans , et le Duc même.
L'Empereur prit si grand plaisir à voir
11. Vol. cette
JUIN. 1733. 1293
cette génereuse tendresse , qu'il en pleura
de joye. Dèslors il cessa de haïr le Duc
de Baviere et en usa très - bien avec lui
dans la suite.
·
Ces exemples prouvent d'autant mieux
ce que j'ai avancé en commençant , c'està
dire , que la résolution et le courage
sont quelquefois plus propres à adoucir
les coeurs que la soumission , qu'on voit à
de grands hommes assaillis , pour ainsi
dire , et essayez par ces deux moyens , en
soutenir l'un sans s'ébranler et fléchir
sous l'autre, ils m'emporteroient aisément
tous les deux , car je suis naturellement
tres miséricordieux et tres - doux . Cependant
je me rendrois plus aisément
encore par pitié , que par tout autre
motif. La seule compassion du malheur
suffiroit sans l'admiration de la vertu .
Cette disposition n'est pourtant guéres
stoïcienne ; ces Philosophes condamnent
la pitié comme une passion vicieuse et indigne
du Sage ; ils veulent qu'on secoure
les malheureux , qu'on console les affligez
, mais ils ne veulent pas qu'on leur
compatisse et qu'on soit touché de leurs
maux . On dire
peut
de
que rompre son
coeur à la pitié , c'est un effet de la facilité
et de la molesse du temperament
d'où il arrive que les naturels les plus
II. Vol. foi294
MERCURE DE FRANCE
foibles , comme les erfans et les femmes,
et ceux qui ne sont pas endurcis l'expar
périence, comme la plupart des personnes
du peuple se laissent aisément toucher
de compassion . Ainsi , quand après
avoir dédaigné les larmes et les pleurs ,
on se rend à la vue d'une action coura
geuse , on fait voir en même temps la
force de son ame , et son affection pour
l'honneur et la vertu .
Néanmoins la fermeté et la hauteur
peuvent aussi réussir sur les ames les
moins g nereuses , sur le Peup e même ,
soit en inspirant de l'estime, soit en donnant
de la crainte ; témoin les Thébains.,.
( 1 ) qui ayant formé en justice une accusation
capitale contre leurs Generaux,
pour avoir continué leur Charge au delà
du temps qui leur avoit été prescrit ,
eurent bien de la peine à absoudre Pélopidas
qui plioit sous le faix de leurs accusations
, et ne se deffendoit qu'en demandant
grace , au lieu qu'Epaminon
das venant à raconter magnifiquement
ses grandes actions , et les reprochant an
Peuple avec fierté , il n'eut pas le coeur
de prendre seulement les Balotes en
main et l'assemblée se sépara , loüanť
( 1 ) Plutarque , dans son Traité , où il examine
comment on peut se loüer soi-même ,, ch . S.
11. Vol. hau
JUIN. 1733. 1295
hautement la noble assurance de ce grand
homme .
Le vieux Denys - Tyran de Syracuse
ayant pris la Ville de Khege , après des
longueurs et des difficultez extrêmes , voulut
faire un exemple de vengeance qui
pût épouvanter ses ennemis en la personne
du Capitaine Phiton ( 1 ) , Grand
Homme de bien , qui avoit deffendu la
Place avec la derniere opiniâtreté. Il lui
dit d'abord , comment le jour précédent
il avoit fait noyer son propre fils et tous
ses parens. A quoi Phiton répondit seu
lement qu'ils en étoient d'un jour plus
heureux que lui ; ensuite pour joindre l'ignominie
à la cruauté , il le fit traîner tout
nud par la Ville , et charger en cet état
de coups et d'injures ; mais Phiton parut
toujours ferme et constant , publiant
à haute voix , l'honorable et glorieuse
cause du traitement indigne qu'on lui
faisoit souffrir. Alors Denys lisant dans
les yeux d'un grand nombre de ses Soldats
, qu'au lieu de s'irriter des bravades
de cet ennemi , ils paroissoient vouloir se
mutiner , et même arracher Phiton d'entre
les mains des Bourreaux , sutpris et
touchez d'une vertu si rare , il fit cesser
( 1) Diodore de Sicile, liv. 14. ch . 29.
II. Vol
son
1296 MERCURE DE FRANCE
son supplice et l'envoya secretement
noyer à la Mer.
Au reste il ne manque pas d'exemples
contraires à ceux- cy ; ce qui fait voir l'inconstance
; et si cela se peut dire , la variation
de l'homme. Dans les mêmes circonstances
il agit différemment et reçoit
des mêmes objets des impressions tout
opposées , d'où il s'ensuit qu'il n'est pas
sûr d'en juger d'une maniere constante et
uniforme. Pompće pardonna à toute une
Ville , contre laquelle il étoit fort irrité ,
en considération de la magnanimité d'un
de ses habitans , qui se chargeoit seul de
la faute publique , et ne demandoit autre
grace que d'en porter seul la peine . Sylla ,
au contraire , dans une occasion semblable
, n'eut aucun égard à une pareille générosité.
Mais voicy un exemple plus directement
contraire encore aux premiers que
j'ai rapportez. C'est Alexandre qui me le
fournit : Ce Héros aussi gracieux aux
vaincus que redoutable aux ennemis
aussi doux après la victoire , que terrible
dans le combat. En forçant la Ville de
Gaza après la glorieuse résistance de Bétis
qui y commandoit , il rencontra ce
Vaillant homme seul et abbandonné des
II.Vol. siens ,
JUIN.
1733.
1297
siens , presque désarmé , tout couvert
de sang et de playes , combattant encore
au milieu d'une Troupe de Macedoniens
qui l'environnoient de toutes parts, piqué
d'une victoire si cherement acheptée ,
car entr'autres dommages , il avoit reçu
deux blessures en ce Siége , ( 1 ) Bétis , lui
dit-il , tu ne mouras pas , comme tu las
souhaité , attens toy aux plus horribles
tourmens. Mais Bétis ne daigna pas seulement
lui répondre et se contenta de le
regarder d'un air fier et insultant . Voyezvous
, dit alors Alexandre , cet orgueilleux
silence ? a-t- il fléchi le génoüil ? at-
il dit une parole de soumission ? je
vaincrai ce silence obstiné , et si je n'en
tire autre chose ,j'en tirerai pour le moins
des gemissemens. Alors enflammé de
colere , il traita Bétis vivant , comme
Achille avoit traité Hector mort. Seroitce
donc que la force de courage lui fut
si naturelle et si familiere,que ne l'admirant
point , il la respectât moins ? Seroitce
envie , comme s'il n'eut appartenu
qu'à lui d'être vaillant jusqu'à un certain
point ? Seroit-ce enfin pur emportement,
et l'effet d'une colere incapable d'être
arrêtée ? Quel horrible carnage ne fit - il
point faire encore dans la prise de The-
( 1 ) Quint. Curt. liv. 4.
11. Vol. bes
,
1298 MERCURE DE FRANCE
bes , plus de 6000 hommes furent passez
au fil de l'épée , sans qu'aucun d'eux prit
la fuite , ni demandât quartier.La mort de
tant de vaillants hommes n'excita aucune
pitié dans le coeur d'Aléxandre , et
un jour ne suffit pas pour assouvir sa vangeance.
Le carnage ne s'arrêta qu'à ceux
qui étoient désarmez , aux vieillards
aux femmes , et aux enfans , et il en fut
fait 30000 Esclaves.
CHAPITRE II.
De la Triftesse.
Je suis des plus exempts de cette pas
sion , qui me paroît non - seulement haïssable
, mais méprisable , quoique le monde
ait pour elle un certain respect ; il en
habille la sagesse , la vertu , la dévorion ,
sot et vilain ornement. J'aime bien mieux
les Italiens; dans leur Langue, Tristezza ,
veut dire , malignité ; en effet , c'est une
passion toujours nuisible , déraisonnable,
qui a même quelque chose de foible
et de bas , et c'est sur tout en cette derniere
qualité que les Stoïciens , les plus
fiers de tous les Philosophes , en deffendent
le sentiment à leur Sage. Mais mon
dessein icy n'est pas tant de la considerer
moralement , que physiquement , et sur
II. Vol.
cela
JUIN. 1733 1299
cela voici quelques traits d'histoire assez
singuliers.
;;
Psammenite ( 1 ) , Roy d'Egypte , ayant
été défait et pris par Cambises , Roy de
Perse , vit passer devant lui sa fille prisonniere
, vétue en esclave , qu'on envoyoit
puiser de l'eau ; plusieurs de ses
sujets qui étoient alors auprès de lui ne
purent retenir leurs larmes pour lui il
ne donna d'autre marque de douleur que
de rester en silence , la vuë baissée . Voyant
ensuite qu'on menoit son fils à la mort
il ne changea point de contenance ; mais
enfin ayant aperçu un de ses Domestiques
qu'on conduisoit parmi les captifs ,
il donna les marques du dernier déses
poir .
La même chose arriva à un de nos Prin
ces , qui reçut avec une constance extrê
me la nouvelle de la mort de son frere
aîné , qui étoit l'appui et l'honneur de sa
Maison ; et bien- tôt après , celle de la
mort d'un second frere , sa seconde esperance
; mais comme quelques jours après
un de ses gens vint à mourir , il se laissa
emporter à ce dernier accident , et s'abandonna
aux larmes et aux regrets , de
maniere même que quelques- uns en prirent
occasion de croire qu'il n'avoit été
( 1 ) Herod. liv. 3.
II. Vol, bien
1300 MERCURE DE FRANCE
ge
bien touché que de cette derniere mort ;
mais la verité est qu'étant déja plein et
comblé de tristesse , la moindre surchar
l'accabla , et lui fit perdre enfin toute
patience . On pourroit dire la même chose
de Psamménite , si ce n'est qu'Hérodote
, dont j'ai tiré ce trait d'histoire ,
ajoute que Cambises demandant à ce
malheureux Roy , pourquoi n'ayant pas
paru fort touché du malheur de son fils
et de sa fille , celui de ses amis lui avoit
été si sensible ; c'est , répondit- il , que ce
dernier malheur se peut signifier par des
larmes au lieu que l'autre est au - dessus
de toute expression. Il y a du vrai dans
cette réponse , mais il me semble que ce
m'étoit pas à Psammenite à la faire ; convient-
il à un homme extrêmement affligé
de philosopher sur la douleur ?
Niobé changée en Rocher , après la
mort de tous ses Enfans , est une fiction
qui exprime assez heureusement l'état
de stupidité où jette une douleur extrê
me( i ) ne nous arrive-t- il pas au premier
instant d'une fâcheuse nouvelle de
nous sentir saisis , sans action et sans
mouvement , et ensuite de pleurer , de
nous plaindre ; l'ame se relâchant , pour
( 1 ) Cura leves loquuntur , ingentes stupent. Se
meq. Hypol. act . 2.
II. Vol. ainsi
JUIN. 1733. 1301
ainsi dire , et se mettant plus au large et
plus à son aise.
Dans la Guerre du Roy Ferdinand ,
contre la veuve du Roy Jean de Hongrie
, un Officier entre les autres , attira
sur lui les yeux de toute l'Armée par son
extrême valeur ; chacun lui donnoit des
loüanges sans le connoître , et étant mort
dans cette Bataille où il avoit donné tant
de preuves de courage , il fut extrêmement
regrété, sur tout d'un Seigneur Allemand
, charmé d'une si rare vertu. Le
corps du mort étant rapporté , celui- cy
s'approcha , comme beaucoup d'autres ,
par curiosité, et il reconnut son fils. Cela
augmenta la compassion des assistans. Lui
seul , sans rien dire , sans répandre une
larme, se tint debout, regardant fixement
le corps de son fils , jusqu'à ce qu'il tomba
enfin roide mort.
Il en est de l'amour comme de la tristesse
; qui peut dire à quel point il aime.
Aime peu , dit Pétrarque. Aussi n'est- ce
pas dans les instans où le sentiment de
l'amour est le plus vif , qu'on est le plus
propre à en persuader l'objet aimé par
ses paroles , et même par ses actions. En
general, toute passion qu'on peut examiner
et sentir avec reflexion n'est que médiocre.
La surprise d'un plaisir inattendu
II. Vol.
pro
1302 MERCURE DE FRANCE
produit sur nous le même effet qu'une
douleur soudaine. Une femme Romaine
mourut de joïe en voïant son fils de re
tour après la Bataille de Cannes. Sophocles
et Denys le Tyran moururent de la
même maniere , au rapport de Pline ( 1 ) ,
pour avoir remporté le Prix de la Tragédie.
Talva mourut en Corse , en lisant
la nouvelle des honneurs que le Sénat
de Rome lui avoit décernez . La prise
de Milan , que le Pape Leon X. avoit
extrêmement souhaitée , lui causa une
joïe si vive , qu'il lui en prit une grosse
fiévre , dont il mourut . Enfin , pour citer
quelque chose de plus fort encore , Diodore
le Dialecticien mourut sur le champ
en son Ecole , honteux , ou pour mieux
dire , désesperé de ne pouvoir se démêler
d'une mauvaise difficulté qu'on lui faisoit
; pour moi je n'éprouve point de ces
violentes passions ; mon ame est plus forte
et moins sensible , et elle se fortifie
encore tous les jours par mes réfléxions.
( 1 ) Plin. Natur. Hist. liv. 7. ch. 53. Pudore
Diodorus sapientia dialectica Professor lusoriâ quastione
non protinus ad interrogationes Stilponis dissolute
.
II.Vol. CHAS
JUI N. 1733- 1303
•
CHAPITRE IV.
Que l'ame dans ses passions se prend à des
objets faux et chimériques , quand les
vrais lui manquent.
Un Gentilhomme de mon Païs , tres
sujet à la goutte, étant pressé par les Médecins
de quitter absolument l'usage des
Viandes salées , avoit coutume de répondre
assez plaisamment, que dans les douleurs
que son mal lui faisoit souffrir , il
vouloit avoir à qui s'en prendre , et que
maudissant tantôt le Cervelas , tantôt la
Langue de Boeuf et le Jambon , il se sentoit
soulagé. Le bras étant haussé pour
frapper , on ressent de la douleur si on
manque son coup. Une vue pour être
agréable , ne doit pas être trop étenduë
mais plutôt bornée à une certaine distance.
Le vent perd sa force en se répandant dans
un espace vuide , à moins que des Forêts
touffuës ne s'opposent à son passage ( 1 ).
De même , il semble que l'ame ébranlée
et émuë se perd en soy même , si on ne
lui donne quelque objet où elle se pren-
( 1 ) Ventus ut amittit vires , nisi robore densa ,
Occurrant silva, spatio diffusus inani.
Lucan. liv. 3.
II. Vol.
ne , C
#304 MERCURE DE FRANCE
ne , pour ainsi dire , et contre lequel
elle agisse. Plutarque dit, au sujet de ceux
qui s'attachent à un Singe , à un petit
Chien , à des Oiseaux , que la faculté
d'aimer qui est en nous , se jette en quelque
sorte sur ces objets ridicules , faute
d'autres , et plutôt que de demeurer inutile
et sans action .
Souvent en s'attachant à des Phantômes vains
Notre raison séduite , avec plaisir s'égare ;
Elle-même jouit des objets qu'elle a feints ;
Et cette illusion pour quelque temps répare
Le deffaut des vrais biens que la nature avare
N'a pas accordez aux humains ( 1).
Les Bêtes s'attaquent à la Pierre et au
Fer qui les a blessées , et leur rage les emporte
jusqu'à se vanger à belles dents
sur elles- mêmes du mal qu'elles sentent.
Nous inventons des causes chimériques
des malheurs qui nous arrivent ; nous
nous en prenons aux choses inanimées, et
nous tournons notre colere contre elles.
Arrêtez- vous , calmez -vous , aimable et
( 1 ) J'ai mis ces beaux Vers de M. de Fontenelle
, pour rendre ces paroles de Montaigne
Nous voions que l'ame en, ses passions se pipe plutôt
elle-même , se dressant un sujet faux et fantastique
, voire contre sa propre créance , que de n'agir
contre quelque chose,
II.Vol tenJUIN
. 1733
1305
tendre soeur qui pleurez si amérement ce
frere genereux que le sort aveugle des
armes vient de vous enlever dans la fleur
de son âge ; ces belles tresses blondes que
vous arrachez , ce Sein d'une blancheur
éclatante que vous déchigez , ne sont
pas la cause de sa mort.
-
Tite Live parlant de l'Armée Romaine
en Espagne , après la perte des deux
illustres Freres qui la commandoient ,
chacun , dit- il , se prit aussi - tôt à pleurer
et à se battre la tête. C'est un usage
commun dans les grandes afflictions ; mais
rien n'est plus plaisant que ce mot du
Philosophe Bion , au sujet d'un Roy qui
s'arrachoit les Cheveux de désespoir: Pense-
t-il que la Pelade appaise la douleur.
On a vu des Joueurs furieux de la perte
de leur argent , manger les Cartes et engloutir
les Dez. Xercés foüetta la Mer
et envoya un Cartel de deffi au Mont
Athoz. Cyrus employa toute son armée
pendant plusieurs mois à se vanger de la
Riviere de Gyndus , dans laquelle il avoit
couru risque de périr en la passant.Caligula
( 1 ) fit abbatre une très- belle maison
où sa mere avoit été enfermée quelque
temps, comme en prison , à cause du
déplaisir qu'elle y avoit eu.
( 1 ) Senec, de ira , liv. 3. ch. 22 .
II.Vol. Lo
Cij
356 MERCURE DE FRANCE
Le Peuple disoit en ma jeunesse , qu'un
Roy de nos voisins ayant été puni de
Dieu miraculeusement , à peu près comme
Héliodore , fut battu de Verges dans
le Temple de Jerusalem , il défendit , pour
s'en vanger , qu'on le priât, qu'on parlât
de lui , et même qu'on crût en lui pendant
dix ans ; par où l'on vouloit faire
connoître,non pas tant la sottise , que la
vanité naturelle à la Nation dont on faisoit
ce conte ; au reste il n'y a point de vanité
sans sottise , mais de telles actions
tiennent encore plus de l'orgueil et de
l'audace insolente , que de la bétise . Auguste
( 1 ) ayant essuyé sur Mer une violente
tempête , se mit à menacer Neptune
et deffendit qu'on portât son image
aux Jeux du Cirque , avec celles des autres
Dieux. Après la défaite de Varus en
Allemagne , il donna des marques d'une
douleur extraordinaire , jusqu'à frapper
de la tête contre la muraille , et on l'entendoit
s'écrier incessamment : Varus
rend moi mes Légions ; il n'y a en ceci
de la folie, mais c'est folie et impiété
que
tout ensemble de s'addresser à Dieu même
ou à la fortune , comme si elle avoit
des oreilles pour entendre nos imprécations
. Les Thraces tiroient contre le Ciel
(1 ) Suetone , dans la vie d'Auguste.
JI. Vol.
quand
JUIN.
1307
1733.
quand il tonnoit , comme pour ranger
Dieu à la raison , à coups de Fléches ; c'étoient
de vrais Titans . Un ancien Poëte ,
cité par Plutarque ( 1 ) , dit ,
Point ne se faut courroucer aux affaires ;
Il ne leur chaut de toutes nos coleres .
C'est à nous mêmes , c'est au dérégle
ment de notre esprit qu'il faut s'en prendre
de la plus grande partie de nos maux;
c'est à lui qu'il faut dire des injures , et
nous ne lui en dirons jamais assez .
Essais de Montaigne , &c .
J
E veux consulter les Gens de Lettres
et pressentir le goût du Public sur
un Ouvrage qui sera bien - tôt en état
de paroître , si j'apprends qu'on approu
ve l'idée et l'échantillon que je vais en
donner.
Cet Ouvrage est une espece de Traduction
de Montaigne. A ce mot de
Traduction d'un Livre François ,j'entends
déja les Plaisans m'appliquer le Vers de
M. Despréaux.
Le fade Traducteur du François d'Amyot.
A la place d'Amyot , on mettra Montaigne
, et heureusement pour la plaisanterie
, la mesure du Vers n'en souffrira
point ; il me semble pourtant que la raillerie
seroit mal fondée en cette occasion ."
On auroit raison de se mocquer d'une
Traduction d'un Auteur ancien qui paroîtroit
faite sur une Traduction précédente
plutôt que sur l'original . Ce seroit
une preuve de l'ignorance ou de la
paresse du Traducteur. Il faut traduire
II. Vol. B sur
504
sur l'Original même , quand il reste ; voilà
la regle et le meilleur moyen de réüssir.
Tout ce qui est permis , s'il y a déja
une Traduction de l'Ouvrage en ques
tion , c'est de s'en aider , et non pas de
la prendre pour guide , encore moins de
se contenter simplement de la retourner.
Mais si par impossible nous avions perdu
P'Original d'un Auteur Grec ou Romain ,
traduit en notre Langue dans le 16. siecle
, et qu'il ne nous en restât plus que
la Traduction , je crois que ce seroit rendre
service au Public de la réformer
d'en corriger les tours et les expressions *
qui auroient vieillis ; en un mot ,
de traduire
la Traduction même , afin de la
mettre en état d'être lûë du commun
des Lecteurs , pour qui la Langue Françoise
, telle qu'on la parloit et qu'on l'écrivoit
il y a 200, ans , est presque inintelligible
, ou du moins fort désagréable
.
Il est évident que ce qui seroit utile
par rapport à une Traduction devenuë
en quelque sorte Original par la perte
de l'Ouvrage ancien , ne le seroit pas
moins par rapport à un Original même.
Je veux dire par rapport à un Ouvrage
composé avant le changement conside
rable qui est arrivé dans notre Langue.
II. Vol.
Or
JUIN. 17330 1281
Or tel est le Livre fameux des Essais
de Montaigne ; il me semble même qu'à
mérite égal , nous devrions être plus curieux
de pouvoir lire avec plaisir l'Ouvrage
d'un de nos Compatriotes , que
celui d'un Grec ou d'un Romain.
Voici donc les raisons qni me font
juger qu'une espece de Traduction des
Essais de Montaigne pourroit être utile
et agréable au Public. Montaigne si moderne
dans sa maniere de penser , également
fine et judicieuse , est beaucoup
plus vieux , quant au stile , que la plupart
des Auteurs ses contemporains , plus
vieux , par exemple , qu'Amyot et que
Charron . La Langue , dans laquelle il a
écrit , n'est presque plus celle qu'on parle
maintenant; son Livre n'est presque plus
un Livre François . Outre plusieurs mots
de son invention qu'on ne trouve que
chez lui , il en employe un grand nom
bre qui depuis long-temps ont cessé d'être
en usage , et qui même étoient déja
vieillis lorsqu'il écrivoit. Mais sa maniere
d'écrite differe encore plus de la
nôtre les tours que par
par
les mots. Il
est assez rare d'en rencontrer quelqu'un
dans les Essais dont on pût se servir
aujourd'hui , et c'est là principalement ce
qui le rend obscur . Disons tout la
pu-
11. Vol. Bij reté
1282 MERCURE DE FRANCE
grammaticale contribuë infiniment à la
netteté du stile ,et Montaigne n'étoit rien
moins que puriste ; son stile est vifet brillant
, mais peu correct et peu exact pour
son temps même. Il est plein de négligences,
de barbarismes, d'équivoques , de
constructions louches , et il naît de tous
ces défauts un grand désagrément pour
la plupart des Lecteurs , dont le principal
est , comme je l'ai dit , la difficulté
d'entendre. J'avoue que notre ancien langage
a bien des graces pour ceux qui y
sont accoûtumez ; ils en regrettent la
fotce et la naïveté ; mais tous les autres.
et sur tout les femmes , le trouvent bas
et grossier.
Aussi Montaigne , si celebre et si estimé,
est- il assez peu lû.Sur sa grande réputation
on désire de le connoître, pour cela
on lit quelques Chapitres de ses Essais
mais on est bien - tôt las et dégoûté. La
lecture de ce Livre , si amusant en luimême
, est devenue une étude et un travail
, encore n'entend - on pas tout ce
qu'on lit. Pour moi j'avoue qu'il me reste
encore bien des Passages dans cet Auteur
dont il me faudra chercher l'éclaircissement
auprès des Gens de Lettres , si j'execute
le Projet de le rajeunir et de l'ha
biller à la moderne.
·11. Vol. Mais
JUIN . 1733. 1283
Mais ne craignez vous point , me dirat'on
, d'affoiblir Montaigne , en lui ôtant
son vieux langage , de le défigurer en
voulant le corriger ? Croyez - vous que
votre prétendue Traduction ait les beautez
de l'Original ? Non , sans doute , je
ne le crois pas; mais cette objection ne fait
pas plus contre moi que contre tous les
Traducteurs . Demandez aux Sçavans qui
estiment le plus la Traduction d'Homere
par Madame Dacier , si ce Poëte leur
fait autant de plaisir dans le François que
dans le Grec ; ils vous répondront tous
qu'Homere perd infiniment dans cette
Traduction , qu'elle est de beaucoup inférieure
à l'Original , quoique très- élégante
et très- fidelle ; mais que tel est le
sort de toutes les Traductions d'Ouvrages
de pur agrément ; qu'ainsi ces Traductions
ne sont faites que pour ceux
qui ignorent ou qui ne sçavent qu'im
parfaitement la Langue des Auteurs traduits.
Elles facilitent à ceux - ci la lec
ture des Originaux mêmes , en les aidant
à les entendre , et elles font connoître à
ceux-là jusqu'à un certain point des Ouvrages
estimables , ou du moins assez fameux
pour mérirer d'être connus. Ce
seront là , comme je l'espere , les avantages
de mon travail sur Montaigne. Je
II. Vol. Pentre284
MERCURE DE FRANCE
•
l'entrepreds pour ceux qui ne lisent point
cet Auteur , rebutez par ce qui leur paroît
de grossier et de barbare dans son
langage et pour ceux qui ne l'entendent
qu'avec peine , faute d'habitude avec nos
anciens Ecrivains. Je veux leur faire connoître
l'homme du monde , qui en s'étudiant
et se peignant lui-même , a le
mieux connu et le mieux développé le
coeur de l'homme. Je veux les mettre
en état de lire avec plaisir un Ouvrage
de Morale également agréable et solide.
Mais qui n'en connoît pas le mérite ? Et
pourrois - je ajoûter quelque chose aux
louanges que lui ont données les plus celebres
Ecrivains des deux derniers siecles?
On peut voir ces éloges dans les dernieres
Editions de Paris et de Hollande
mais ce que tout le monde ne sçait pas
et n'est pas à portée de sçavoir , c'est que
sans parler de Charron , ( 1 ) ceux qui depuis
60. ou 85. ans ont écrit avec le plus
(1 ) Charron fit un merveilleux cas des Essais de
tet Auteur , et en adopta plusieurs maximes . On
peut croire sans témerité que celui de ces deux Amis
qui eût du instruire l'autre en fut le Disciple
et que le Théologien appret plus de choses du
Gentilhomme , que celui - cy du Théologien . Il y a
dans les Livres de la Sagesse une infinité de pensées
qui avoient paru dans les Essais de Montaigne.
Dictionnaire de Bayle , Article Charron.
11. Vol.
de
JUIN. 1733. 1285
de succès sur la Morale , comme M. de
la Rochefoucault , M. de la Bruyere , &c.
et ceux mêmes qui en ont écrit le plus
chrétiennement , comme Mrs Paschal et
Nicole , ont pris dans Montaigne une
partie de ce qu'ils ont de meilleur. Je
sçai même de bonne part que M. Paschal
, entr'autres , l'avoit toujours entre
les mains ; et qu'il n'y avoit point de Livre
qu'il eût plus médité. Ecoutons ce
qu'il en dit , c'est en deux mots la plus
forte louange qu'on ait donnée à Mon,
taigne , et en même-temps la plus bonorable
pour lui par la qualité du Panégyriste
: Ce que Montaigne a de bon , ditil
, ne peut être acquis que difficilement ;
ce qu'il a de mauvais , j'entens hors les
moeurs , eût pu être corrigé dans un moment ,
si on l'eût averti qu'il faisoit trop d'histoi
res et qu'il parloit trop de soy.
Ce n'est pas ici le lieu d'examiner si
ce Jugement de M. Paschal sur Montaigne
, est exactement vrai dans toutes
ses parties ; mais il est toujours certain
qu'on peut distinguer dans cet Auteur ,
comme dans plusieurs autres , les deffauts
de l'Ecrivain et les deffauts de l'homme ,
et qu'il ne lui eût pas été également facile
de corriger dans son Livre ces deux
sortes de deffauts . Il n'en est pas de même
II. Vel.
1286 MERCURE DE FRANCE .
à mon égard je puis corriger dans un
moment ce que Montaigne a de mauvais
du côté des moeurs. Il ne m'en coûtera
pas davantage pour corriger une pensée
libertine ou un trait licentieux , que
pour supprimer une pensée simplement
fausse , ou un trait d'Histoire peu interessant
; et il me sera aisé par quelques retranchemens
, de rendre son Livre également
propre à former le coeur et l'esprit ;
je ne dirai point que M.Paschal éroit peutêtre
un peu trop sévere ; qu'on pourroit
donner un bon sens à quelques Endroits
des Essais qui ont principalement donné
licu à sa Critique. Je passe de bonne foi
condamnation sur cet article. J'examinerai
dans un Discours exprès sur Montaigne
, jusqu'à quel point on peut l'excuser
; mais j'avoue aujourd'hui qu'il est
impossible de le justifier entierement , et
ce mêlange de choses utiles et dangereuses
pour les moeurs , qui se trouve dans
son Ouvrage , est un des principaux motifs
qui m'ont fait entreprendre celui que
je prépare. Je ne crois pas que les personnes
vrayement raisonnables ayent grand
regret à ce qu'il me faudra supprimer
dans ma Traduction , ce n'est pas assurément
ce qu'il y a de plus beau dans
l'Original.
II. Val
Quelque
JUIN. 1-33 : 1287
Quelque estime que jaye pour Moitaigne,
je ne conviens pas qu'il se soutienne
également par tout ; ainsi outre les retranchemens
dont je viens de parler je
ne me ferai point de scrupule de suppri
mer tout ce qui me paroîtra peu capable
de plaire. Je ne veux pas dire que je retrancherai
toutes les pensées fausses, tous
les raisonnemens peu solides qu'on lui
a reprochez ; ce seroit priver les Lecteurs
d'une infinité de choses très agréa
bles. Il y a un faux grossier qui rebute
et qui révoltes je ne ferai point grace à
celui là , mais il y a un faux délicat et
spécieux plus picquant quelquefois et
plus amusant que le vrai mêine. C'est
Souvent en deffendant une mauvaise cause
qu'un habile Avocat montre plus d'esprit
et d'éloquence.
En géneral cette espece de Traduction
sera extrêmement libre , sans quot je ne
crois pas qu'on la pût lire avec plaisir ,
mais je n'aurai pas moins d'attention à
faire ensorte qu'on y sente et qu'on y
reconnoisse bien le caractere de Montaigne.
Quelquefois je prendrai seulement
le fond de sa pensée et je lui donnerai
un tour different de celui dont il s'est
servi . J'abregerai ses Histoires et les raconterai
à na maniere. Au lieu de le
II. Vol Bv
suivre
1285 MERCURE DE FRANCE
suivre dans son désordre , j'essayerai de
le corriger jusqu'à un certain point , de
mettre un peu plus de suite dans ses
idées et de les arranger d'une maniere ,
si non plus naturelle , au moins plus raisonnable
. Enfin je pousserai la liberté jusqu'à
ajouter , lorsque je croirai le pouvoir
faire utilement ou agréablement pour le
Lecteur.
Je ne ferai point difficulté de me servir
de quelques mots , qui , quoique vieillis ,
ne sont pourtant pas absolument hors
d'usage , lorsque je ne pourrai les rendre
par aucun autre , ou même lorsque ceux
qu'on leur a substituez me paroîtront
moins forts et moins expressifs. La Langue
Françoise s'est extrémement enrichie
depuis Montaigne ; mais il faut convenir
aussi que nous avons perdu plusieurs mots
qui n'ont point été remplacez , ou qui ne
Font été qu'imparfaitement , c'est à - dire
ausquels on n'a point fait succeder de
Synonimes parfaits . Il eût bien mieux
valu acquérir et ne ricn perdre , et par
conséquent il est à propos de prévenir
de nouvelles pertes en conservant d'anciennes
expressions qui font partie de la
richesse de notre Langue , et que nous ne
pourrions perdre sans nous appauvrir ,
puisque nous n'en avons point d'autres
II. Vol.
JUIN. 1733. 1289
à mettre à leur place. D'ailleurs on se
sert encore dans la conversation de quelques-
unes de ces expressions , quoiqu'on
les ait presque bannies des Livres. Ainsi
en les employant je conserverai d'autant
mieux le caractere de Montaigne , qui
fait profession d'écrire d'un stile naïf et
familier , tel sur le papier qu'à la bouche.
Pour mieux faire connoître Montaigne
et sur tout pour donner quelque idée
des agrémens de son stile , de ces tours
heureux et de ces expressions de génie
dont il est plein , je rapporterai quelquefois
au bas des pages ses propres paroles
et les endroits de son Texte qui me
paroîtront les plus singuliers et les plus
frappans. Cet Extrait sera sans doute ce
qu'il y aura de plus agréable dans mon
Livre ; mais je pense aussi que si je le.
donnois tout seul et sans une Traduction
suivie du Texte même , il ne plairoit
point à la plupart de ceux que j'ai
principalement en vûë. J'en ai pour garant
le Livre qu'on a donné au Public
sous le titre de Pensées de Montaigne ,
propres à former l'esprit et les moeurs. Ce
Livre n'a point eû de succès et il ne pouvoit
en avoir ; il est inutile à ceux qui
sont en état de lire Montaigne avec plai
sir ; outre que ces Pensées séparées de ce
II. Vol.
B vj qui
1200 MERCURE DE FRANCE
à ceux
qui les précede et de ce qui les suit dang
le corps de l'Ouvrage n'ont plus la même
force ni la même grace ; quant
à qui la lecture de Montaigne n'est pas
agréable , par les raisons que j'ai dites ,
on voit bien que cer Extr it où l'on n'a
presque rien changé pour le stile doit
avoir pour eux à peu près les mémes
inconvéniens que l'Ouvrage entier.
Il ne me reste plus qu'à mettre sous
les yeux du Lecteur un Essai de mon
travail , il en jugera mieux par là que
par tout ce que je lui en pourrois dire.
Je ne crois pas qu'on désaprove mon
Projet , il me paroît évidemment bon ,
mais j'ai bien lieu de craindre que l'execution
n'y réponde pas. C'est sur ce point et
principalement sur la maniere d'executer
mon Projet , que je prie les personnes
habiles de vouloir bien me donner leurs
avis. Je les leur demande avec un désir
sincere de les obtenir et d'en profiter. Si
je ne puis pas être toujours docile , du
moins je serai toujours reconnoissant:
ESSAIS DE MONTAIGNE,
Livre Premier , Chapitre Premier.
Par divers moyens on arrive à pareille fin.
La soumission , l'humble priere , les
II Vol larmes
JUIN Ú I N.
1298 . 1733 .
farmes , sont le moyen
le plus ordinaire
d'amollir
les coeurs de ceux qu'on a
off nsez , lorsqu'ayant
la vengeance
en
main ils nous tiennent à leur mercy . Parlà
, on les excite à la pitié. Cependant
l'a
fermeré
, la résolution
et même les bravades
, moyens
tout contraires
, ont quelquefois
produit
le même effet en donnant
au vainqueur
de l'estime
, et de l'a
miration
pour le vaincu . Edouard
, ( 1 )
Prince de Gilles , grand homme
en toutes
manieres
, ayant été sensiblement
offensé
par les Limousins
, assiegea
Limoges
et la prit d'assaut
; tout fut abandonné
à l'épee du Soldat , sans distinction
d'âge ni de sexe. Lorsqu'il
fut entré dans
la Ville , les femmes
, les enfans , tout
le Peuple , se jetterent
à ses pieds et lui
demanderent
la vie avec les cris les plus
touchants
; rien ne put l'arrêter
. Mais
avançant
toujours
, il apperçut
trois Gentilshommes
François
, qui avec une hardiesse
incroyable
, soutenoient
seuls l'effort
de son Armée
victorieuse
; la conderation
et le respect d'une si rare valeur,
fit sur lui ce que n'avoient
pû faire les
cris d'un Peuple expirant
. Sa colere 'ap-
(1 ) Pere de l'infortuné Richard II et Fils d'E
douard III. Roy d'Angleterre. Cette Notte et les.
suivantes , sont prises de l'Edition de M. Coste
II. Vol.
paisa
1292 MERCURE DE FRANCE
paisa , et il commença par ces trois vaillants
hommes à faire miséricorde à tous
les autres habitans.
Scanderberg , Prince de l'Epire , poursuivant
un de ses Soldats pour le tuer ;
ce Soldat , après avoir inutilement essayé
de l'appaiser par toute sorte d humilité
et de prieres , se résolut à toute extrémité
de l'attendre l'épée à la main.
Cette action hardie arrêta la furie de
son Maître , qui lui pardonna pour lui
avoir vû prendre un si honorable parti.
Er qu'on ne dise pas que le Soldat déterminé
à se bien deffendre , fit peut- être
quelque peur au Prince ; sa valeur extraordinaire
est trop connue pour permettre
un pareil soupçon.
L'Empereur Conrad , troisième , ayant
assiegé Winsberg , où étoit renfermé
Guelphe , Duc de Baviere , ne voulut jamais
condescendre à de plus douces conditions
, quelques viles et lâches satisfactions
qu'on lui offrît , que de permettre
aux Dames qui étoient dans la Ville d'en
sortir à pied , leur honneur sauf , avec
ce qu'elles pourroient emporter sur elles .
Ces femmes , d'un coeur magnanime , s'aviserent
de charger sur leurs épaules leurs
maris , leurs enfans , et le Duc même.
L'Empereur prit si grand plaisir à voir
11. Vol. cette
JUIN. 1733. 1293
cette génereuse tendresse , qu'il en pleura
de joye. Dèslors il cessa de haïr le Duc
de Baviere et en usa très - bien avec lui
dans la suite.
·
Ces exemples prouvent d'autant mieux
ce que j'ai avancé en commençant , c'està
dire , que la résolution et le courage
sont quelquefois plus propres à adoucir
les coeurs que la soumission , qu'on voit à
de grands hommes assaillis , pour ainsi
dire , et essayez par ces deux moyens , en
soutenir l'un sans s'ébranler et fléchir
sous l'autre, ils m'emporteroient aisément
tous les deux , car je suis naturellement
tres miséricordieux et tres - doux . Cependant
je me rendrois plus aisément
encore par pitié , que par tout autre
motif. La seule compassion du malheur
suffiroit sans l'admiration de la vertu .
Cette disposition n'est pourtant guéres
stoïcienne ; ces Philosophes condamnent
la pitié comme une passion vicieuse et indigne
du Sage ; ils veulent qu'on secoure
les malheureux , qu'on console les affligez
, mais ils ne veulent pas qu'on leur
compatisse et qu'on soit touché de leurs
maux . On dire
peut
de
que rompre son
coeur à la pitié , c'est un effet de la facilité
et de la molesse du temperament
d'où il arrive que les naturels les plus
II. Vol. foi294
MERCURE DE FRANCE
foibles , comme les erfans et les femmes,
et ceux qui ne sont pas endurcis l'expar
périence, comme la plupart des personnes
du peuple se laissent aisément toucher
de compassion . Ainsi , quand après
avoir dédaigné les larmes et les pleurs ,
on se rend à la vue d'une action coura
geuse , on fait voir en même temps la
force de son ame , et son affection pour
l'honneur et la vertu .
Néanmoins la fermeté et la hauteur
peuvent aussi réussir sur les ames les
moins g nereuses , sur le Peup e même ,
soit en inspirant de l'estime, soit en donnant
de la crainte ; témoin les Thébains.,.
( 1 ) qui ayant formé en justice une accusation
capitale contre leurs Generaux,
pour avoir continué leur Charge au delà
du temps qui leur avoit été prescrit ,
eurent bien de la peine à absoudre Pélopidas
qui plioit sous le faix de leurs accusations
, et ne se deffendoit qu'en demandant
grace , au lieu qu'Epaminon
das venant à raconter magnifiquement
ses grandes actions , et les reprochant an
Peuple avec fierté , il n'eut pas le coeur
de prendre seulement les Balotes en
main et l'assemblée se sépara , loüanť
( 1 ) Plutarque , dans son Traité , où il examine
comment on peut se loüer soi-même ,, ch . S.
11. Vol. hau
JUIN. 1733. 1295
hautement la noble assurance de ce grand
homme .
Le vieux Denys - Tyran de Syracuse
ayant pris la Ville de Khege , après des
longueurs et des difficultez extrêmes , voulut
faire un exemple de vengeance qui
pût épouvanter ses ennemis en la personne
du Capitaine Phiton ( 1 ) , Grand
Homme de bien , qui avoit deffendu la
Place avec la derniere opiniâtreté. Il lui
dit d'abord , comment le jour précédent
il avoit fait noyer son propre fils et tous
ses parens. A quoi Phiton répondit seu
lement qu'ils en étoient d'un jour plus
heureux que lui ; ensuite pour joindre l'ignominie
à la cruauté , il le fit traîner tout
nud par la Ville , et charger en cet état
de coups et d'injures ; mais Phiton parut
toujours ferme et constant , publiant
à haute voix , l'honorable et glorieuse
cause du traitement indigne qu'on lui
faisoit souffrir. Alors Denys lisant dans
les yeux d'un grand nombre de ses Soldats
, qu'au lieu de s'irriter des bravades
de cet ennemi , ils paroissoient vouloir se
mutiner , et même arracher Phiton d'entre
les mains des Bourreaux , sutpris et
touchez d'une vertu si rare , il fit cesser
( 1) Diodore de Sicile, liv. 14. ch . 29.
II. Vol
son
1296 MERCURE DE FRANCE
son supplice et l'envoya secretement
noyer à la Mer.
Au reste il ne manque pas d'exemples
contraires à ceux- cy ; ce qui fait voir l'inconstance
; et si cela se peut dire , la variation
de l'homme. Dans les mêmes circonstances
il agit différemment et reçoit
des mêmes objets des impressions tout
opposées , d'où il s'ensuit qu'il n'est pas
sûr d'en juger d'une maniere constante et
uniforme. Pompće pardonna à toute une
Ville , contre laquelle il étoit fort irrité ,
en considération de la magnanimité d'un
de ses habitans , qui se chargeoit seul de
la faute publique , et ne demandoit autre
grace que d'en porter seul la peine . Sylla ,
au contraire , dans une occasion semblable
, n'eut aucun égard à une pareille générosité.
Mais voicy un exemple plus directement
contraire encore aux premiers que
j'ai rapportez. C'est Alexandre qui me le
fournit : Ce Héros aussi gracieux aux
vaincus que redoutable aux ennemis
aussi doux après la victoire , que terrible
dans le combat. En forçant la Ville de
Gaza après la glorieuse résistance de Bétis
qui y commandoit , il rencontra ce
Vaillant homme seul et abbandonné des
II.Vol. siens ,
JUIN.
1733.
1297
siens , presque désarmé , tout couvert
de sang et de playes , combattant encore
au milieu d'une Troupe de Macedoniens
qui l'environnoient de toutes parts, piqué
d'une victoire si cherement acheptée ,
car entr'autres dommages , il avoit reçu
deux blessures en ce Siége , ( 1 ) Bétis , lui
dit-il , tu ne mouras pas , comme tu las
souhaité , attens toy aux plus horribles
tourmens. Mais Bétis ne daigna pas seulement
lui répondre et se contenta de le
regarder d'un air fier et insultant . Voyezvous
, dit alors Alexandre , cet orgueilleux
silence ? a-t- il fléchi le génoüil ? at-
il dit une parole de soumission ? je
vaincrai ce silence obstiné , et si je n'en
tire autre chose ,j'en tirerai pour le moins
des gemissemens. Alors enflammé de
colere , il traita Bétis vivant , comme
Achille avoit traité Hector mort. Seroitce
donc que la force de courage lui fut
si naturelle et si familiere,que ne l'admirant
point , il la respectât moins ? Seroitce
envie , comme s'il n'eut appartenu
qu'à lui d'être vaillant jusqu'à un certain
point ? Seroit-ce enfin pur emportement,
et l'effet d'une colere incapable d'être
arrêtée ? Quel horrible carnage ne fit - il
point faire encore dans la prise de The-
( 1 ) Quint. Curt. liv. 4.
11. Vol. bes
,
1298 MERCURE DE FRANCE
bes , plus de 6000 hommes furent passez
au fil de l'épée , sans qu'aucun d'eux prit
la fuite , ni demandât quartier.La mort de
tant de vaillants hommes n'excita aucune
pitié dans le coeur d'Aléxandre , et
un jour ne suffit pas pour assouvir sa vangeance.
Le carnage ne s'arrêta qu'à ceux
qui étoient désarmez , aux vieillards
aux femmes , et aux enfans , et il en fut
fait 30000 Esclaves.
CHAPITRE II.
De la Triftesse.
Je suis des plus exempts de cette pas
sion , qui me paroît non - seulement haïssable
, mais méprisable , quoique le monde
ait pour elle un certain respect ; il en
habille la sagesse , la vertu , la dévorion ,
sot et vilain ornement. J'aime bien mieux
les Italiens; dans leur Langue, Tristezza ,
veut dire , malignité ; en effet , c'est une
passion toujours nuisible , déraisonnable,
qui a même quelque chose de foible
et de bas , et c'est sur tout en cette derniere
qualité que les Stoïciens , les plus
fiers de tous les Philosophes , en deffendent
le sentiment à leur Sage. Mais mon
dessein icy n'est pas tant de la considerer
moralement , que physiquement , et sur
II. Vol.
cela
JUIN. 1733 1299
cela voici quelques traits d'histoire assez
singuliers.
;;
Psammenite ( 1 ) , Roy d'Egypte , ayant
été défait et pris par Cambises , Roy de
Perse , vit passer devant lui sa fille prisonniere
, vétue en esclave , qu'on envoyoit
puiser de l'eau ; plusieurs de ses
sujets qui étoient alors auprès de lui ne
purent retenir leurs larmes pour lui il
ne donna d'autre marque de douleur que
de rester en silence , la vuë baissée . Voyant
ensuite qu'on menoit son fils à la mort
il ne changea point de contenance ; mais
enfin ayant aperçu un de ses Domestiques
qu'on conduisoit parmi les captifs ,
il donna les marques du dernier déses
poir .
La même chose arriva à un de nos Prin
ces , qui reçut avec une constance extrê
me la nouvelle de la mort de son frere
aîné , qui étoit l'appui et l'honneur de sa
Maison ; et bien- tôt après , celle de la
mort d'un second frere , sa seconde esperance
; mais comme quelques jours après
un de ses gens vint à mourir , il se laissa
emporter à ce dernier accident , et s'abandonna
aux larmes et aux regrets , de
maniere même que quelques- uns en prirent
occasion de croire qu'il n'avoit été
( 1 ) Herod. liv. 3.
II. Vol, bien
1300 MERCURE DE FRANCE
ge
bien touché que de cette derniere mort ;
mais la verité est qu'étant déja plein et
comblé de tristesse , la moindre surchar
l'accabla , et lui fit perdre enfin toute
patience . On pourroit dire la même chose
de Psamménite , si ce n'est qu'Hérodote
, dont j'ai tiré ce trait d'histoire ,
ajoute que Cambises demandant à ce
malheureux Roy , pourquoi n'ayant pas
paru fort touché du malheur de son fils
et de sa fille , celui de ses amis lui avoit
été si sensible ; c'est , répondit- il , que ce
dernier malheur se peut signifier par des
larmes au lieu que l'autre est au - dessus
de toute expression. Il y a du vrai dans
cette réponse , mais il me semble que ce
m'étoit pas à Psammenite à la faire ; convient-
il à un homme extrêmement affligé
de philosopher sur la douleur ?
Niobé changée en Rocher , après la
mort de tous ses Enfans , est une fiction
qui exprime assez heureusement l'état
de stupidité où jette une douleur extrê
me( i ) ne nous arrive-t- il pas au premier
instant d'une fâcheuse nouvelle de
nous sentir saisis , sans action et sans
mouvement , et ensuite de pleurer , de
nous plaindre ; l'ame se relâchant , pour
( 1 ) Cura leves loquuntur , ingentes stupent. Se
meq. Hypol. act . 2.
II. Vol. ainsi
JUIN. 1733. 1301
ainsi dire , et se mettant plus au large et
plus à son aise.
Dans la Guerre du Roy Ferdinand ,
contre la veuve du Roy Jean de Hongrie
, un Officier entre les autres , attira
sur lui les yeux de toute l'Armée par son
extrême valeur ; chacun lui donnoit des
loüanges sans le connoître , et étant mort
dans cette Bataille où il avoit donné tant
de preuves de courage , il fut extrêmement
regrété, sur tout d'un Seigneur Allemand
, charmé d'une si rare vertu. Le
corps du mort étant rapporté , celui- cy
s'approcha , comme beaucoup d'autres ,
par curiosité, et il reconnut son fils. Cela
augmenta la compassion des assistans. Lui
seul , sans rien dire , sans répandre une
larme, se tint debout, regardant fixement
le corps de son fils , jusqu'à ce qu'il tomba
enfin roide mort.
Il en est de l'amour comme de la tristesse
; qui peut dire à quel point il aime.
Aime peu , dit Pétrarque. Aussi n'est- ce
pas dans les instans où le sentiment de
l'amour est le plus vif , qu'on est le plus
propre à en persuader l'objet aimé par
ses paroles , et même par ses actions. En
general, toute passion qu'on peut examiner
et sentir avec reflexion n'est que médiocre.
La surprise d'un plaisir inattendu
II. Vol.
pro
1302 MERCURE DE FRANCE
produit sur nous le même effet qu'une
douleur soudaine. Une femme Romaine
mourut de joïe en voïant son fils de re
tour après la Bataille de Cannes. Sophocles
et Denys le Tyran moururent de la
même maniere , au rapport de Pline ( 1 ) ,
pour avoir remporté le Prix de la Tragédie.
Talva mourut en Corse , en lisant
la nouvelle des honneurs que le Sénat
de Rome lui avoit décernez . La prise
de Milan , que le Pape Leon X. avoit
extrêmement souhaitée , lui causa une
joïe si vive , qu'il lui en prit une grosse
fiévre , dont il mourut . Enfin , pour citer
quelque chose de plus fort encore , Diodore
le Dialecticien mourut sur le champ
en son Ecole , honteux , ou pour mieux
dire , désesperé de ne pouvoir se démêler
d'une mauvaise difficulté qu'on lui faisoit
; pour moi je n'éprouve point de ces
violentes passions ; mon ame est plus forte
et moins sensible , et elle se fortifie
encore tous les jours par mes réfléxions.
( 1 ) Plin. Natur. Hist. liv. 7. ch. 53. Pudore
Diodorus sapientia dialectica Professor lusoriâ quastione
non protinus ad interrogationes Stilponis dissolute
.
II.Vol. CHAS
JUI N. 1733- 1303
•
CHAPITRE IV.
Que l'ame dans ses passions se prend à des
objets faux et chimériques , quand les
vrais lui manquent.
Un Gentilhomme de mon Païs , tres
sujet à la goutte, étant pressé par les Médecins
de quitter absolument l'usage des
Viandes salées , avoit coutume de répondre
assez plaisamment, que dans les douleurs
que son mal lui faisoit souffrir , il
vouloit avoir à qui s'en prendre , et que
maudissant tantôt le Cervelas , tantôt la
Langue de Boeuf et le Jambon , il se sentoit
soulagé. Le bras étant haussé pour
frapper , on ressent de la douleur si on
manque son coup. Une vue pour être
agréable , ne doit pas être trop étenduë
mais plutôt bornée à une certaine distance.
Le vent perd sa force en se répandant dans
un espace vuide , à moins que des Forêts
touffuës ne s'opposent à son passage ( 1 ).
De même , il semble que l'ame ébranlée
et émuë se perd en soy même , si on ne
lui donne quelque objet où elle se pren-
( 1 ) Ventus ut amittit vires , nisi robore densa ,
Occurrant silva, spatio diffusus inani.
Lucan. liv. 3.
II. Vol.
ne , C
#304 MERCURE DE FRANCE
ne , pour ainsi dire , et contre lequel
elle agisse. Plutarque dit, au sujet de ceux
qui s'attachent à un Singe , à un petit
Chien , à des Oiseaux , que la faculté
d'aimer qui est en nous , se jette en quelque
sorte sur ces objets ridicules , faute
d'autres , et plutôt que de demeurer inutile
et sans action .
Souvent en s'attachant à des Phantômes vains
Notre raison séduite , avec plaisir s'égare ;
Elle-même jouit des objets qu'elle a feints ;
Et cette illusion pour quelque temps répare
Le deffaut des vrais biens que la nature avare
N'a pas accordez aux humains ( 1).
Les Bêtes s'attaquent à la Pierre et au
Fer qui les a blessées , et leur rage les emporte
jusqu'à se vanger à belles dents
sur elles- mêmes du mal qu'elles sentent.
Nous inventons des causes chimériques
des malheurs qui nous arrivent ; nous
nous en prenons aux choses inanimées, et
nous tournons notre colere contre elles.
Arrêtez- vous , calmez -vous , aimable et
( 1 ) J'ai mis ces beaux Vers de M. de Fontenelle
, pour rendre ces paroles de Montaigne
Nous voions que l'ame en, ses passions se pipe plutôt
elle-même , se dressant un sujet faux et fantastique
, voire contre sa propre créance , que de n'agir
contre quelque chose,
II.Vol tenJUIN
. 1733
1305
tendre soeur qui pleurez si amérement ce
frere genereux que le sort aveugle des
armes vient de vous enlever dans la fleur
de son âge ; ces belles tresses blondes que
vous arrachez , ce Sein d'une blancheur
éclatante que vous déchigez , ne sont
pas la cause de sa mort.
-
Tite Live parlant de l'Armée Romaine
en Espagne , après la perte des deux
illustres Freres qui la commandoient ,
chacun , dit- il , se prit aussi - tôt à pleurer
et à se battre la tête. C'est un usage
commun dans les grandes afflictions ; mais
rien n'est plus plaisant que ce mot du
Philosophe Bion , au sujet d'un Roy qui
s'arrachoit les Cheveux de désespoir: Pense-
t-il que la Pelade appaise la douleur.
On a vu des Joueurs furieux de la perte
de leur argent , manger les Cartes et engloutir
les Dez. Xercés foüetta la Mer
et envoya un Cartel de deffi au Mont
Athoz. Cyrus employa toute son armée
pendant plusieurs mois à se vanger de la
Riviere de Gyndus , dans laquelle il avoit
couru risque de périr en la passant.Caligula
( 1 ) fit abbatre une très- belle maison
où sa mere avoit été enfermée quelque
temps, comme en prison , à cause du
déplaisir qu'elle y avoit eu.
( 1 ) Senec, de ira , liv. 3. ch. 22 .
II.Vol. Lo
Cij
356 MERCURE DE FRANCE
Le Peuple disoit en ma jeunesse , qu'un
Roy de nos voisins ayant été puni de
Dieu miraculeusement , à peu près comme
Héliodore , fut battu de Verges dans
le Temple de Jerusalem , il défendit , pour
s'en vanger , qu'on le priât, qu'on parlât
de lui , et même qu'on crût en lui pendant
dix ans ; par où l'on vouloit faire
connoître,non pas tant la sottise , que la
vanité naturelle à la Nation dont on faisoit
ce conte ; au reste il n'y a point de vanité
sans sottise , mais de telles actions
tiennent encore plus de l'orgueil et de
l'audace insolente , que de la bétise . Auguste
( 1 ) ayant essuyé sur Mer une violente
tempête , se mit à menacer Neptune
et deffendit qu'on portât son image
aux Jeux du Cirque , avec celles des autres
Dieux. Après la défaite de Varus en
Allemagne , il donna des marques d'une
douleur extraordinaire , jusqu'à frapper
de la tête contre la muraille , et on l'entendoit
s'écrier incessamment : Varus
rend moi mes Légions ; il n'y a en ceci
de la folie, mais c'est folie et impiété
que
tout ensemble de s'addresser à Dieu même
ou à la fortune , comme si elle avoit
des oreilles pour entendre nos imprécations
. Les Thraces tiroient contre le Ciel
(1 ) Suetone , dans la vie d'Auguste.
JI. Vol.
quand
JUIN.
1307
1733.
quand il tonnoit , comme pour ranger
Dieu à la raison , à coups de Fléches ; c'étoient
de vrais Titans . Un ancien Poëte ,
cité par Plutarque ( 1 ) , dit ,
Point ne se faut courroucer aux affaires ;
Il ne leur chaut de toutes nos coleres .
C'est à nous mêmes , c'est au dérégle
ment de notre esprit qu'il faut s'en prendre
de la plus grande partie de nos maux;
c'est à lui qu'il faut dire des injures , et
nous ne lui en dirons jamais assez .
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Résumé : PROJET d'une nouvelle Edition des Essais de Montaigne, &c.
Le texte présente un projet de nouvelle édition des 'Essais' de Montaigne. L'auteur souhaite consulter des gens de lettres et pressentir le goût du public avant de publier cet ouvrage, qui est une sorte de traduction des 'Essais'. Il anticipe les critiques sur la traduction d'un texte français, soulignant que la raillerie serait mal fondée s'il traduit à partir de l'original plutôt que d'une traduction précédente. Il estime que traduire à partir de l'original est la meilleure méthode, même si une traduction existe déjà. Montaigne, bien que moderne dans sa manière de penser, utilise un style de langue archaïque, rendant ses écrits difficiles à comprendre pour les lecteurs contemporains. L'auteur propose de moderniser le langage de Montaigne pour le rendre accessible, tout en conservant son caractère et ses idées. Il reconnaît que cette traduction ne pourra pas égaler l'original mais facilitera la lecture pour ceux qui ne connaissent pas bien l'ancien français. L'auteur mentionne également l'influence de Montaigne sur des écrivains célèbres comme La Rochefoucauld, La Bruyère, Pascal, et Nicole. Il prévoit de supprimer les passages licencieux ou moralement discutables pour rendre l'œuvre appropriée à un public plus large. La traduction sera libre, avec des abréviations, des réarrangements et des ajouts pour améliorer la clarté et l'agrément de la lecture. L'auteur conservera certains mots vieillis pour préserver la richesse de la langue française et le style familier de Montaigne. Des extraits des textes originaux seront inclus pour illustrer les qualités stylistiques de Montaigne. Le texte traite également de l'ouvrage 'Pensées de Montaigne' et de son manque de succès, car il est inutile pour ceux qui peuvent lire Montaigne avec plaisir et perd sa force lorsqu'il est séparé du corps de l'œuvre. L'auteur présente ensuite un essai sur les moyens de toucher les cœurs des vainqueurs, illustrant que la soumission et les prières, ainsi que la fermeté et le courage, peuvent parfois produire le même effet. Plusieurs exemples historiques sont cités, comme Édouard, Prince de Galles, qui fut ému par la bravoure de trois gentilshommes français à Limoges, et Scanderberg, qui pardonna à un soldat qui se défendit avec honneur. L'auteur mentionne également des exemples où la résolution et le courage ont adouci les cœurs des vainqueurs, comme celui de l'Empereur Conrad et des femmes de Winsberg. Il conclut en soulignant que la pitié et l'admiration de la vertu peuvent influencer les décisions des grands hommes. Le texte explore diverses réactions humaines face à des émotions intenses, telles que la douleur et la joie. Il commence par décrire l'état de stupéfaction et d'immobilité qui peut suivre une nouvelle douloureuse, illustré par le mythe de Niobé. Un exemple historique est donné : un seigneur allemand, après avoir reconnu le corps de son fils mort au combat, reste silencieux et immobile avant de mourir à son tour. Le texte compare ensuite l'amour et la tristesse, notant que les passions vives sont difficiles à exprimer. Il cite plusieurs cas de personnes mortes de joie ou de surprise, comme une femme romaine, Sophocle, Denys le Tyran, Talva, et le pape Léon X. Il mentionne également Diodore, mort de désespoir face à un problème insoluble. Le texte aborde ensuite la manière dont l'âme se tourne vers des objets faux ou chimériques lorsqu'elle manque de vrais objets sur lesquels se concentrer. Il donne l'exemple d'un gentilhomme souffrant de la goutte qui maudit les aliments salés pour se soulager. Il cite également Plutarque sur ceux qui s'attachent à des animaux pour combler leur besoin d'amour. Enfin, le texte discute des réactions excessives face aux malheurs, comme les soldats romains se frappant la tête après une perte, ou des rois se vengeant de manière irrationnelle sur des éléments inanimés. Il conclut en soulignant que beaucoup de maux viennent du dérèglement de l'esprit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2473
p. 1309-1322
REFLÉXIONS sur la Nature et la source du Sublime dans le Discours : sur le vrai philosophique du Discours Poëtique, et sur l'Analogie qui est la clef des Découvertes. Par L. P. C. J.
Début :
I. Ce Titre paroît annoncer des sujets fort differens. Mals la Philosophie [...]
Mots clefs :
Sublime, Vérité, Vrai, Pensée, Bien, Poète, Philosophe, Virgile, Beau, Esprit, Rapport, Analogie, Découverte, Sens, Traits
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texteReconnaissance textuelle : REFLÉXIONS sur la Nature et la source du Sublime dans le Discours : sur le vrai philosophique du Discours Poëtique, et sur l'Analogie qui est la clef des Découvertes. Par L. P. C. J.
REFLEXIONS sur la Nature et la
source du Sublime dans le Discours : sur
le vrai philosophique du Discours Poëtique
, et sur l'Analogie qui est la clef
des Découvertes. Par L. P. C. J.
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I.
C
E Titre paroît annoncer des sujets
fort differens . Mais la Philosophie
raproche souvent les extrémitez
en ramenant la multitude des apparences
à la réalité d'un Principe très- simple. Et
c'est par l'Analogie que la Philosophie
II. Vol. Cilj atteint
1310 MERCURE DE FRANCE
atteint à cette simplicité féconde de la
Nature.
2. En general cette Analogie nous apprend
, que s'il y a bien des Sciences et
des Arts , il n'y a pourtant qu'une verité ,
dont ces Arts et ces Sciences ne sont
,
que les differens points- de- vûë , les divers
aspects. La Poësie en particulier et
la Philosophie , quelque irréconciliables
qu'elles paroissent , ne different que par
là , par le point- de- vûë , par l'expression.
3. Le Poëte pense et parle. Le Philosophe
refléchit
raisonne et discourt ;
c'est- à- dire , le Poëte enveloppe dans une
pensée et souvent dans un mot le raisonnement
du Philosophe , et le Philophe
dans un raisonnement étendu , developpe
la pensée , le mot du Poëte.
C'est cet enveloppement et ce développement
seuls qui caracterisent les deux
genres , relativement l'un à l'autre.
4. Mais c'est toujours le même objet ,
la même nature , la même vérité , que
le Poëte et le Philosophe peignent également
, l'un en grand, l'autre en racour
ci et comme en miniature.
5. Lorsque cet objet est nouveau ,
merveilleux
élevé , interessant , qu'il
donne à penser , qu'il étend les vûës de
l'esprit , le Raisonnement philosophique
II. Vol.
JUIN. 1733 1311
que qui le développe , prend le nom de
Découverte , la pensée poetique qui le
révele , prend celui de Pensée sublime.
Venons à des Exemples.
6. Mais auparavant je dois poser comme
un Principe , cette maxime sublime
elle- même , de Despreaux , que
Rien n'est beau que le vrai, le vrai feul est aimable ,
Il doit degner par tout et même dans la Fable.
En effet la découverte du faux ne
peut être une vraye decouverte ; car découvrir
ce qui n'est pas, c'est bien pis que
de ne rien découvrir ; et une pensée fausse
ne sera jamais une belle pensée .
7. Cela supposé , Virgile peint la nuit,
en disant qu'elle ôte aux choses leurs
couleurs , rebus nox abstulit atra colores.
Cette idée est sublime , belle du moins ,
car je ne veux point de dispute. Or qu'estce
qui en fait la beauté ? Je le demande
aux Commentateurs. Mais que nous en
ont ils dit ? Des Tropes , des figures , des
allégories , des métaphores. Je ne connois
point tout cela. Mais je demande
encore si c'est du vrai , si c'est du faux
que Virgile nous donne- là.
8. Aristote nous a tracé les vrayes regles
de la Poëtique et même de la Rhéto
rique. Ce sera donc un Philosophe , ce
sera Descartes qui nous apprendra que
11. Vol
CY les
1212 MERCURE DE FRANCE
les couleurs n'étant qu'une lumiere mo
difiée , la nuit en chassant la lumiere a
chassé les couleurs ; et qu'ainsi la pensée de
Virgile a tous les caracteres du sublime
du grand , du beau , étant d'abord vraye ,
et ensuite nouvelle , merveilleuse,profonde
paradoxe même , et contraire au préjugé.
9. Car je pense que c'est par rapport
à nous et pour nous qu'une pensée est
sublime , c'est-à- dire , comme placée en
un lieu sublime , escarpé , difficile à atteindre
, et par là très - merveilleuse et
toute aimable , lorsqu'elle daigne en quel
que sorte s'abaisser jusqu'à nous qui n'aurions
pû , sans le secours du Poëte comme
inspiré et sans une espece
de secours
divin , nous élever jusqu'à elle.
10. Virgile dit ailleurs :
Provehimur portu terraque urbesque receduns.
"Nous sortons du Port , et nous voyons
les terres et les Villes se retirer . Cette image
est magnifique; mais ce n'est que parce
qu'elle est d'après nature et qu'elle renferme
une verité philosophique que le tems
nous a revelée , quoiqu'elle soit encore toute
paradoxe , toute sublime , toute poëtique
; Car l'Auteur n'est pas encore dans
le cas du sublatam ex oculis , & c. d'Horace .
11. Quelle est donc cette verité ? C'est
11. Vol.
eelle
JUIN. 1733. 1313
celle de la nature du mouvement , qui
n'a d'absolu que son existence , et dont
l'essence consiste dans un simple chan
gement de rapport de distance de divers
termes , dont l'un ne peut se mou .
voir sans qué les autres se meuvent aussi
je m'éloigne du Port , le Port s'éloigne
de moi , je fuis les terres et les Villes ,
les terres et les Villes me fuyent .
12. Cela est fort ; car les voila toujours
à la même place. Oui , les unes
par rapport aux autres ; et dans ce sens
me voila immobile moi- même à la même
place dans le Vaisseau qui m'emporte.-
Mais par rapport à ce Vaisseau et par
rapport à moi , tout l'Univers se remuë
lorsque nous nous remuons. La Rame ;
repousse le rivage ou Feau ; l'eau ou le
rivage repousse la Rame et le Vaisseau ;*
l'action et la réaction sont égales , la séparation
est réciproque. Mais ce siecle ..
n'a droit de jouir que des découvertes ›
du précedent , qui s'en mocquoit..
13. Laissons les discussions philosophi
ques écoutons les Commentateurs. Vous
êtes , me disent- ils , vous êtes duppe de
votre imagination. Il est vrai que les .
terres et les Villes semblent fuir . On s'imagine
qu'elles fuyent , c'est tout comme
si elles fayoient ; mais elles ne fuyent pass
II.. Vol. Cvjs poure
1314 M'ERCURE DE FRANCE
pour cela. L'expression de Virgile n'est
qu'une comparai on , une Analogie sousentendue
, une allégorie , une, métaphore.
Fort bien .
14. Mais je reviens à ma Regle , qui
n'est pas e imagination , et qui est ,
ce me semble , la plus solide Regie de
bon sens qu'on puisse consulter. Cela
est -il vrai ? cela est - il faux ? Virgile
ment-il? Virgile dit- il la vérité? S'il ment,
si sa pensée est fausse , elle n'est donc
pas belle , elle est frivole , sophistique ,
miserable ; fi elle est belle , admirable
sublime , comme on l'a cru jusqu'icy ,
je reviens à Despreaux , et je dis avec lui,
Rien n'est beau que le vrai , le vrai seul
&c. est ,
15. Je puis me tromper , mais il me
semble que bien des gens se repaissent
de choses vagues et qu'ils aiment à s'en
repaître , même dans les Sciences , et
sur tout dans ce qui s'appelle Belles- Lettres
. Tout y est plein de je ne sçai quoi
On diroir
que la précision des idées les
gêne , les contraint , leur paroît insup
portable. Ils sont toûjours en garde et
prets à combattre contre cette précision ,
comme les Romains pour leur liberté.
C'est la liberté d'esprit , en effet , qu'on
retrouve dans ces idées vagues qui le
II. Val. ber
JUIN. 1733 . ·1315
bercent doucement et le balancent entre
le oui et le non , entre le vrai et le faux.
Il en coûte , et il faut une espece d'effort
d'esprit pour se fixer à une verité
précise et indivisible.
"
16. Outre la paresse de l'esprit , il y a
encore un interêt de coeur , qui fait qu'on
aime à se tenir comme neutre entre la
plupart des veritez et des erreurs qui
leur sont opposées. Moyennant cette nou
tralité que l'inattention de l'esprit rend
facile , on est toujours prêt à se ranger
au parti que la passion du coeur rend le
plus agréable. Mais c'est là de la moralité .
17. Victrix causa Diis placuit, fed victa Catoni ,
dit Lucain , que Brebeuf,a rendu parc vers
Les Dieux servent Cesar , mais Caton fuit Pom
péc.
Cette pensée a eû des Approbateurs et
des Critiques. Les uns en ont fait un modele
de sublime , les autres l'ont cruë fausse
et purement enflée. C'est bien pis , d'autres.
l'ont traitée d'impie et de sacrilege . La
Philosophie seule a droit d'en décider .
18. Rien n'est plus simple que le fond
de verité philosophique , morale même
et presque théologique , que ce Vers de
Lucain renferme ou suppose. Les Dieux
ou plutôt Dieu tout miséricordieux et très
lent à punir , laisse souvent prosperer le
II. Vol. crime
T316 MERCURE DE FRANCE
crime dans cette vie et pour un temps.
Et bien nous en prend à tous ; que deviendrions-
nous si la peine suivoit de si
près le peché? Il n'en est pas de- même
des hommes ; il leur est expressément
enjoint de s'attacher immuablement au
parti de la justice ou de la verité connuë
,, sans en juger par les apparences
ni par aucune sorte d'évenement. Le
Commentaire est donc facile désormais.
Les Dieux servent César parce qu'il leur
plaît , placuit. Caton suit Pompée, parce
qu'il le doit.
19. Lucain est outré , dit-on ; cela se
peut quelquefois ; mais quelquefois il
peut n'
n'être que fort élevé , fort sublime..
Une verité n'est pas toujours mûre , même
pour la Poësie . Corneille n'a pas
laissé de meurir quelque traits de Lucain;
mais Corneille lui - même passe pour être
souvent guindé.
20. Ces quatre Vers ont été fort cri
tiquez.
Pleurez , pleurez mes yeux , et fondez - vous en eau,
La moitié de ma vie à mis l'autre au tombeau ,
Et me laisse à venger après ce coup funeste ,
Celle queje n'ai plus sur cellè qui me reste.
Je ne disconviendrai pas que la Poësie ,
sur tout la Dramatique , étant faite pour
II. Vol.
tout
JUI N. 1733. 1317
tout le monde , et ses beautez devant
consister dans des traits détachez et commeimperceptibles
plutôt que dans desRaisonnemens
Philosophiques un peu étendus
et développez . il n'y ait du trop dansces
Vers de Corneille.
21. Si le Poëte avoit pû renfermer lesmêmes
beautez dans un seul Vers ou deux
tout au plus , en jettant même un petit
nuage sur des veritez qu'il a renduës
trop sensibles , trop précises , trop dogmatiques
, rien n'auroit été plus sublime .
Car du reste je ne conviendrai pas qu'il
y ait du faux dans sa pensée . Chimene
peut regarder la vie de son Pere comme
la moitié de sa vie , aussi bien que celle
de son mari futur , puisque , selon l'Ecriture
, erunt duo in carne una. Et il n'y
a rien d'outré à dire qu'une fille se
partage entre ce Pere et ce Mari , et que
toute sa vie dépend des deux. Oui , mais
-H y en a donc trois parties ; celle du Pere,
celle du Mari et la sienne ? Et ce sont
des tiers et non des moitiez. Mauvaise
plaisanterie que celle-là . Chimene ne vit
plus en elle-même dès qu'elle se partage
ainsi Ce qui est si vrai , que si son Perc
et Rodrigue meurent , on ne s'attend
qu'à la voir mourir . Mais la verité ellemême
dépend de l'expression .
II. Vol.
22.
7318 MERCURE DE FRANCE
22. En géneral toute verité a droit de
plaire ; mais toute verité nouvelle , profonde,
sublime , éblouit et révolte même l'esprit
et souvent le coeur. Pour la faire
goûter il faut en temperer l'éclat. Or on
tempere cet éclat en l'enveloppant et ne
le laissant qu'entrevoir à demi comme
un trait vif qui perce et qui disparoît. Et
voilà le devoir et l'avantage de la Poësie.
23. Naturellement elle enveloppe et
elle doit envelopper les véritez. Double
avantage du Poëte . Sous cette enveloppe
et sous cet air mysterieux , qui n'est
qu'une affaire d'expression , les veritez
communes deviennent souvent nouvelles
et sublimes ; et les veritez nouvelles
et sublimes par elles mêmes, brillent toujours
assez sans ébloüir. L'enveloppe picque
toujours la curiosité , d'autant plus
qu'elle la satisfait moins.
24. Toute la gloire du Philosophe consiste
dans la découverte de la verité . Mais
une verité toute découverte , lorsqu'elle
est neuve , blesse la vûë et réveille souvent
la jalousie contre son Auteur. Un
génie à découvertes , comme un Descartes
, devroit , s'il étoit bien consulté , ne
proposer son sistême que sous l'envelope
de la Poësie et de la fiction. Il n'y perdroit
rien ; car tout nouveau sistême est
II. Vol.
toujours
JUIN. 1733 1319
toujours traité de fiction et de Roman ;
il y gagneroit même beaucoup. On court
après une verité qui se dérobe ; et un
bon Commentaire feroit bien - tôt adopter
comme philosophiques des veritez
qu'on auroit goûtées d'abord comme Poëtiques.
C'est par la fiction , c'est - à- dire ,
par l'invention qu'on est Poëte ; et lorsqu'on
est né Poëte , les Vers ou la Profe
ne sont plus que des formalitez , des expressions
arbitraires . Mais ces refléxions
viennent quelquefois trop tard .
25. Cependant la gloire du Philosophe
paroît l'emporter en un sens sur celle du
Poete. Celui cy a beau semer les plus
profondes veritez , il n'est jamais censé
parvenir jusqu'à la découverte , qui est
presque l'unique gloire de l'esprit humain.
Il n'y parvient pas non - plus ; il ne
voit la verité que comme il la présente
sous le voile , dans le nuage. C'est par
une espece d'instinct ou d'enthousiasme
et à la pointe de l'esprit , qu'il la saisiť
comme en passant. C'est inspiration , c'est
révélation , si l'on veut . Mais les Prophetes
ne comprennent pas toujours tout ce
que Dieu révele par leur organe à l'Univers.
Virgile , après avoir dit que la
nuit emporte les couleurs , auroit bien
pû n'être pas Cartésien sur l'article.
II. Vol. 26.
1320 MERCURE DE FRANCE
26. Mais comme c'est toujours la Nature
que le Poëte peint , le Philosophe
ne sçauroit trop méditer le sens profond
de tous les traits véritablement sublimes
qui sont répandus chez les Poëtes plus
que chez aucune autre sorte d'Ecrivains.
C'est- là le véritable emploi du Philosophe
, de comprendre ce que les autres
ne font que sentir , de tourner l'instinct
en pensée , la pensée en refléxion , la refléxion
en raisonnement. Je regarde tous
ces grands traits qu'on admire dans les
Poëtes comme autant de semences de dé-
Couvertes.
27. Or c'est l'Analogie qui rend ces
traits poëtiques , féconds en découvertes
Car ce qu'on appelle chez les Poëtes ou
chez les Orateurs , Métaphore, similitude ,
allégorie , figure ; un Philosophe , un
Géometre non hérissé l'appelle Analogie,
proportion , rapport. Toutes nos décou
vertes , toutes nos veritez scientifiques ,
ne sont que des veritez de rapport . Et
par là souvent le sens figuré dégenere
en sens propre , et la figure en réalité.
28. Je dirai quelle est ma regle en ce
point. Lorsque je rencontre quelqu'un de
ces traits poëtiques ou autres , concernant
la Nature , ou tout autre objet philosophique
, et que ce trait me paroît
1. Vol. beau
JUIN. 1733. 1321
beau et sublime , sur tout s'il paroît tel
au commun des Lecteurs , je commence
selon la Méthode de l'Analise géométrique,
par le supposer vrai , même litteralement
vrai. Ensuite par les conséquences
que j'en tire selon les regles du même
Art , je le vérifie . Et enfin après me l'être
démontré à moi -même , je me mets
en état de le démontrer aux autres.
29. Par exemple , tout ce que je viens
de dire , je crois le devoir à la maxime
de Despreaux ; que rien n'est beau que le
vrai. Ce Vers m'a bien mieux appris ce
que c'est que le sublime que tout le
Traité de Longin , traduit par le même
Despreaux ; Traité que j'avoue qui m'a
toujours paru fort beau , mais un peu
vague , un peu oratoire , et plus enflé
de discours , que nourri d'explication et
d'idées philosophiques.
30. Au lieu qu'en supposant la Maxime
en question , et partant de -là , il m'a
été facile de conclure que le sublime
consistoit dans une verité toute neuve
en elle même , ou dans son point-de- vûë,
ou par son expression , et présentée sous
une espece d'envelope qui en rehausse
l'éclat en le temperant. Le Fiat bux que
Longin trouve si sublime , ne l'est que par
le vrai nouveau , profond , merveilleux.
L.
II. Vol. 3L.
1322 MERCURE DE FRANCE
31. Qu'on parle d'un Ouvrage des
hommes , il faut bien des paroles , des
discours , des descriptions pour en faire
connoître la façon . Pour les Ouvrages
de Dieu , comme il n'a fallu qu'un mot
pour les faire , dixit et facta sunt , il ne
faut qu'un mot pour les peindre , et cette
peinture est toujours sublime , parce
qu'elle est extraordinaire , unique , divine.
source du Sublime dans le Discours : sur
le vrai philosophique du Discours Poëtique
, et sur l'Analogie qui est la clef
des Découvertes. Par L. P. C. J.
€
I.
C
E Titre paroît annoncer des sujets
fort differens . Mais la Philosophie
raproche souvent les extrémitez
en ramenant la multitude des apparences
à la réalité d'un Principe très- simple. Et
c'est par l'Analogie que la Philosophie
II. Vol. Cilj atteint
1310 MERCURE DE FRANCE
atteint à cette simplicité féconde de la
Nature.
2. En general cette Analogie nous apprend
, que s'il y a bien des Sciences et
des Arts , il n'y a pourtant qu'une verité ,
dont ces Arts et ces Sciences ne sont
,
que les differens points- de- vûë , les divers
aspects. La Poësie en particulier et
la Philosophie , quelque irréconciliables
qu'elles paroissent , ne different que par
là , par le point- de- vûë , par l'expression.
3. Le Poëte pense et parle. Le Philosophe
refléchit
raisonne et discourt ;
c'est- à- dire , le Poëte enveloppe dans une
pensée et souvent dans un mot le raisonnement
du Philosophe , et le Philophe
dans un raisonnement étendu , developpe
la pensée , le mot du Poëte.
C'est cet enveloppement et ce développement
seuls qui caracterisent les deux
genres , relativement l'un à l'autre.
4. Mais c'est toujours le même objet ,
la même nature , la même vérité , que
le Poëte et le Philosophe peignent également
, l'un en grand, l'autre en racour
ci et comme en miniature.
5. Lorsque cet objet est nouveau ,
merveilleux
élevé , interessant , qu'il
donne à penser , qu'il étend les vûës de
l'esprit , le Raisonnement philosophique
II. Vol.
JUIN. 1733 1311
que qui le développe , prend le nom de
Découverte , la pensée poetique qui le
révele , prend celui de Pensée sublime.
Venons à des Exemples.
6. Mais auparavant je dois poser comme
un Principe , cette maxime sublime
elle- même , de Despreaux , que
Rien n'est beau que le vrai, le vrai feul est aimable ,
Il doit degner par tout et même dans la Fable.
En effet la découverte du faux ne
peut être une vraye decouverte ; car découvrir
ce qui n'est pas, c'est bien pis que
de ne rien découvrir ; et une pensée fausse
ne sera jamais une belle pensée .
7. Cela supposé , Virgile peint la nuit,
en disant qu'elle ôte aux choses leurs
couleurs , rebus nox abstulit atra colores.
Cette idée est sublime , belle du moins ,
car je ne veux point de dispute. Or qu'estce
qui en fait la beauté ? Je le demande
aux Commentateurs. Mais que nous en
ont ils dit ? Des Tropes , des figures , des
allégories , des métaphores. Je ne connois
point tout cela. Mais je demande
encore si c'est du vrai , si c'est du faux
que Virgile nous donne- là.
8. Aristote nous a tracé les vrayes regles
de la Poëtique et même de la Rhéto
rique. Ce sera donc un Philosophe , ce
sera Descartes qui nous apprendra que
11. Vol
CY les
1212 MERCURE DE FRANCE
les couleurs n'étant qu'une lumiere mo
difiée , la nuit en chassant la lumiere a
chassé les couleurs ; et qu'ainsi la pensée de
Virgile a tous les caracteres du sublime
du grand , du beau , étant d'abord vraye ,
et ensuite nouvelle , merveilleuse,profonde
paradoxe même , et contraire au préjugé.
9. Car je pense que c'est par rapport
à nous et pour nous qu'une pensée est
sublime , c'est-à- dire , comme placée en
un lieu sublime , escarpé , difficile à atteindre
, et par là très - merveilleuse et
toute aimable , lorsqu'elle daigne en quel
que sorte s'abaisser jusqu'à nous qui n'aurions
pû , sans le secours du Poëte comme
inspiré et sans une espece
de secours
divin , nous élever jusqu'à elle.
10. Virgile dit ailleurs :
Provehimur portu terraque urbesque receduns.
"Nous sortons du Port , et nous voyons
les terres et les Villes se retirer . Cette image
est magnifique; mais ce n'est que parce
qu'elle est d'après nature et qu'elle renferme
une verité philosophique que le tems
nous a revelée , quoiqu'elle soit encore toute
paradoxe , toute sublime , toute poëtique
; Car l'Auteur n'est pas encore dans
le cas du sublatam ex oculis , & c. d'Horace .
11. Quelle est donc cette verité ? C'est
11. Vol.
eelle
JUIN. 1733. 1313
celle de la nature du mouvement , qui
n'a d'absolu que son existence , et dont
l'essence consiste dans un simple chan
gement de rapport de distance de divers
termes , dont l'un ne peut se mou .
voir sans qué les autres se meuvent aussi
je m'éloigne du Port , le Port s'éloigne
de moi , je fuis les terres et les Villes ,
les terres et les Villes me fuyent .
12. Cela est fort ; car les voila toujours
à la même place. Oui , les unes
par rapport aux autres ; et dans ce sens
me voila immobile moi- même à la même
place dans le Vaisseau qui m'emporte.-
Mais par rapport à ce Vaisseau et par
rapport à moi , tout l'Univers se remuë
lorsque nous nous remuons. La Rame ;
repousse le rivage ou Feau ; l'eau ou le
rivage repousse la Rame et le Vaisseau ;*
l'action et la réaction sont égales , la séparation
est réciproque. Mais ce siecle ..
n'a droit de jouir que des découvertes ›
du précedent , qui s'en mocquoit..
13. Laissons les discussions philosophi
ques écoutons les Commentateurs. Vous
êtes , me disent- ils , vous êtes duppe de
votre imagination. Il est vrai que les .
terres et les Villes semblent fuir . On s'imagine
qu'elles fuyent , c'est tout comme
si elles fayoient ; mais elles ne fuyent pass
II.. Vol. Cvjs poure
1314 M'ERCURE DE FRANCE
pour cela. L'expression de Virgile n'est
qu'une comparai on , une Analogie sousentendue
, une allégorie , une, métaphore.
Fort bien .
14. Mais je reviens à ma Regle , qui
n'est pas e imagination , et qui est ,
ce me semble , la plus solide Regie de
bon sens qu'on puisse consulter. Cela
est -il vrai ? cela est - il faux ? Virgile
ment-il? Virgile dit- il la vérité? S'il ment,
si sa pensée est fausse , elle n'est donc
pas belle , elle est frivole , sophistique ,
miserable ; fi elle est belle , admirable
sublime , comme on l'a cru jusqu'icy ,
je reviens à Despreaux , et je dis avec lui,
Rien n'est beau que le vrai , le vrai seul
&c. est ,
15. Je puis me tromper , mais il me
semble que bien des gens se repaissent
de choses vagues et qu'ils aiment à s'en
repaître , même dans les Sciences , et
sur tout dans ce qui s'appelle Belles- Lettres
. Tout y est plein de je ne sçai quoi
On diroir
que la précision des idées les
gêne , les contraint , leur paroît insup
portable. Ils sont toûjours en garde et
prets à combattre contre cette précision ,
comme les Romains pour leur liberté.
C'est la liberté d'esprit , en effet , qu'on
retrouve dans ces idées vagues qui le
II. Val. ber
JUIN. 1733 . ·1315
bercent doucement et le balancent entre
le oui et le non , entre le vrai et le faux.
Il en coûte , et il faut une espece d'effort
d'esprit pour se fixer à une verité
précise et indivisible.
"
16. Outre la paresse de l'esprit , il y a
encore un interêt de coeur , qui fait qu'on
aime à se tenir comme neutre entre la
plupart des veritez et des erreurs qui
leur sont opposées. Moyennant cette nou
tralité que l'inattention de l'esprit rend
facile , on est toujours prêt à se ranger
au parti que la passion du coeur rend le
plus agréable. Mais c'est là de la moralité .
17. Victrix causa Diis placuit, fed victa Catoni ,
dit Lucain , que Brebeuf,a rendu parc vers
Les Dieux servent Cesar , mais Caton fuit Pom
péc.
Cette pensée a eû des Approbateurs et
des Critiques. Les uns en ont fait un modele
de sublime , les autres l'ont cruë fausse
et purement enflée. C'est bien pis , d'autres.
l'ont traitée d'impie et de sacrilege . La
Philosophie seule a droit d'en décider .
18. Rien n'est plus simple que le fond
de verité philosophique , morale même
et presque théologique , que ce Vers de
Lucain renferme ou suppose. Les Dieux
ou plutôt Dieu tout miséricordieux et très
lent à punir , laisse souvent prosperer le
II. Vol. crime
T316 MERCURE DE FRANCE
crime dans cette vie et pour un temps.
Et bien nous en prend à tous ; que deviendrions-
nous si la peine suivoit de si
près le peché? Il n'en est pas de- même
des hommes ; il leur est expressément
enjoint de s'attacher immuablement au
parti de la justice ou de la verité connuë
,, sans en juger par les apparences
ni par aucune sorte d'évenement. Le
Commentaire est donc facile désormais.
Les Dieux servent César parce qu'il leur
plaît , placuit. Caton suit Pompée, parce
qu'il le doit.
19. Lucain est outré , dit-on ; cela se
peut quelquefois ; mais quelquefois il
peut n'
n'être que fort élevé , fort sublime..
Une verité n'est pas toujours mûre , même
pour la Poësie . Corneille n'a pas
laissé de meurir quelque traits de Lucain;
mais Corneille lui - même passe pour être
souvent guindé.
20. Ces quatre Vers ont été fort cri
tiquez.
Pleurez , pleurez mes yeux , et fondez - vous en eau,
La moitié de ma vie à mis l'autre au tombeau ,
Et me laisse à venger après ce coup funeste ,
Celle queje n'ai plus sur cellè qui me reste.
Je ne disconviendrai pas que la Poësie ,
sur tout la Dramatique , étant faite pour
II. Vol.
tout
JUI N. 1733. 1317
tout le monde , et ses beautez devant
consister dans des traits détachez et commeimperceptibles
plutôt que dans desRaisonnemens
Philosophiques un peu étendus
et développez . il n'y ait du trop dansces
Vers de Corneille.
21. Si le Poëte avoit pû renfermer lesmêmes
beautez dans un seul Vers ou deux
tout au plus , en jettant même un petit
nuage sur des veritez qu'il a renduës
trop sensibles , trop précises , trop dogmatiques
, rien n'auroit été plus sublime .
Car du reste je ne conviendrai pas qu'il
y ait du faux dans sa pensée . Chimene
peut regarder la vie de son Pere comme
la moitié de sa vie , aussi bien que celle
de son mari futur , puisque , selon l'Ecriture
, erunt duo in carne una. Et il n'y
a rien d'outré à dire qu'une fille se
partage entre ce Pere et ce Mari , et que
toute sa vie dépend des deux. Oui , mais
-H y en a donc trois parties ; celle du Pere,
celle du Mari et la sienne ? Et ce sont
des tiers et non des moitiez. Mauvaise
plaisanterie que celle-là . Chimene ne vit
plus en elle-même dès qu'elle se partage
ainsi Ce qui est si vrai , que si son Perc
et Rodrigue meurent , on ne s'attend
qu'à la voir mourir . Mais la verité ellemême
dépend de l'expression .
II. Vol.
22.
7318 MERCURE DE FRANCE
22. En géneral toute verité a droit de
plaire ; mais toute verité nouvelle , profonde,
sublime , éblouit et révolte même l'esprit
et souvent le coeur. Pour la faire
goûter il faut en temperer l'éclat. Or on
tempere cet éclat en l'enveloppant et ne
le laissant qu'entrevoir à demi comme
un trait vif qui perce et qui disparoît. Et
voilà le devoir et l'avantage de la Poësie.
23. Naturellement elle enveloppe et
elle doit envelopper les véritez. Double
avantage du Poëte . Sous cette enveloppe
et sous cet air mysterieux , qui n'est
qu'une affaire d'expression , les veritez
communes deviennent souvent nouvelles
et sublimes ; et les veritez nouvelles
et sublimes par elles mêmes, brillent toujours
assez sans ébloüir. L'enveloppe picque
toujours la curiosité , d'autant plus
qu'elle la satisfait moins.
24. Toute la gloire du Philosophe consiste
dans la découverte de la verité . Mais
une verité toute découverte , lorsqu'elle
est neuve , blesse la vûë et réveille souvent
la jalousie contre son Auteur. Un
génie à découvertes , comme un Descartes
, devroit , s'il étoit bien consulté , ne
proposer son sistême que sous l'envelope
de la Poësie et de la fiction. Il n'y perdroit
rien ; car tout nouveau sistême est
II. Vol.
toujours
JUIN. 1733 1319
toujours traité de fiction et de Roman ;
il y gagneroit même beaucoup. On court
après une verité qui se dérobe ; et un
bon Commentaire feroit bien - tôt adopter
comme philosophiques des veritez
qu'on auroit goûtées d'abord comme Poëtiques.
C'est par la fiction , c'est - à- dire ,
par l'invention qu'on est Poëte ; et lorsqu'on
est né Poëte , les Vers ou la Profe
ne sont plus que des formalitez , des expressions
arbitraires . Mais ces refléxions
viennent quelquefois trop tard .
25. Cependant la gloire du Philosophe
paroît l'emporter en un sens sur celle du
Poete. Celui cy a beau semer les plus
profondes veritez , il n'est jamais censé
parvenir jusqu'à la découverte , qui est
presque l'unique gloire de l'esprit humain.
Il n'y parvient pas non - plus ; il ne
voit la verité que comme il la présente
sous le voile , dans le nuage. C'est par
une espece d'instinct ou d'enthousiasme
et à la pointe de l'esprit , qu'il la saisiť
comme en passant. C'est inspiration , c'est
révélation , si l'on veut . Mais les Prophetes
ne comprennent pas toujours tout ce
que Dieu révele par leur organe à l'Univers.
Virgile , après avoir dit que la
nuit emporte les couleurs , auroit bien
pû n'être pas Cartésien sur l'article.
II. Vol. 26.
1320 MERCURE DE FRANCE
26. Mais comme c'est toujours la Nature
que le Poëte peint , le Philosophe
ne sçauroit trop méditer le sens profond
de tous les traits véritablement sublimes
qui sont répandus chez les Poëtes plus
que chez aucune autre sorte d'Ecrivains.
C'est- là le véritable emploi du Philosophe
, de comprendre ce que les autres
ne font que sentir , de tourner l'instinct
en pensée , la pensée en refléxion , la refléxion
en raisonnement. Je regarde tous
ces grands traits qu'on admire dans les
Poëtes comme autant de semences de dé-
Couvertes.
27. Or c'est l'Analogie qui rend ces
traits poëtiques , féconds en découvertes
Car ce qu'on appelle chez les Poëtes ou
chez les Orateurs , Métaphore, similitude ,
allégorie , figure ; un Philosophe , un
Géometre non hérissé l'appelle Analogie,
proportion , rapport. Toutes nos décou
vertes , toutes nos veritez scientifiques ,
ne sont que des veritez de rapport . Et
par là souvent le sens figuré dégenere
en sens propre , et la figure en réalité.
28. Je dirai quelle est ma regle en ce
point. Lorsque je rencontre quelqu'un de
ces traits poëtiques ou autres , concernant
la Nature , ou tout autre objet philosophique
, et que ce trait me paroît
1. Vol. beau
JUIN. 1733. 1321
beau et sublime , sur tout s'il paroît tel
au commun des Lecteurs , je commence
selon la Méthode de l'Analise géométrique,
par le supposer vrai , même litteralement
vrai. Ensuite par les conséquences
que j'en tire selon les regles du même
Art , je le vérifie . Et enfin après me l'être
démontré à moi -même , je me mets
en état de le démontrer aux autres.
29. Par exemple , tout ce que je viens
de dire , je crois le devoir à la maxime
de Despreaux ; que rien n'est beau que le
vrai. Ce Vers m'a bien mieux appris ce
que c'est que le sublime que tout le
Traité de Longin , traduit par le même
Despreaux ; Traité que j'avoue qui m'a
toujours paru fort beau , mais un peu
vague , un peu oratoire , et plus enflé
de discours , que nourri d'explication et
d'idées philosophiques.
30. Au lieu qu'en supposant la Maxime
en question , et partant de -là , il m'a
été facile de conclure que le sublime
consistoit dans une verité toute neuve
en elle même , ou dans son point-de- vûë,
ou par son expression , et présentée sous
une espece d'envelope qui en rehausse
l'éclat en le temperant. Le Fiat bux que
Longin trouve si sublime , ne l'est que par
le vrai nouveau , profond , merveilleux.
L.
II. Vol. 3L.
1322 MERCURE DE FRANCE
31. Qu'on parle d'un Ouvrage des
hommes , il faut bien des paroles , des
discours , des descriptions pour en faire
connoître la façon . Pour les Ouvrages
de Dieu , comme il n'a fallu qu'un mot
pour les faire , dixit et facta sunt , il ne
faut qu'un mot pour les peindre , et cette
peinture est toujours sublime , parce
qu'elle est extraordinaire , unique , divine.
Fermer
Résumé : REFLÉXIONS sur la Nature et la source du Sublime dans le Discours : sur le vrai philosophique du Discours Poëtique, et sur l'Analogie qui est la clef des Découvertes. Par L. P. C. J.
Le texte 'Réflexions sur la Nature et la source du Sublime dans le Discours' examine la relation entre la poésie et la philosophie, soulignant que ces deux disciplines, bien que différentes dans leur expression, partagent une même vérité. Le poète et le philosophe se distinguent par leur manière de présenter cette vérité : le poète l'enveloppe dans une pensée ou un mot, tandis que le philosophe la développe dans un raisonnement étendu. Les deux disciplines peignent le même objet, la même nature, mais différemment. Le texte insiste sur l'importance de la vérité dans la création poétique, citant la maxime de Boileau : 'Rien n'est beau que le vrai'. Il utilise des exemples, comme un vers de Virgile décrivant la nuit, pour illustrer comment une pensée poétique peut être sublime si elle est vraie et nouvelle. La philosophie, représentée par Descartes, explique que la pensée de Virgile est sublime car elle est basée sur une vérité scientifique. Le texte critique ceux qui préfèrent les idées vagues aux idées précises, soulignant que la vérité, même si elle est nouvelle et profonde, doit être enveloppée pour être appréciée. La poésie a ainsi le devoir d'envelopper les vérités pour les rendre sublimes et accessibles. La gloire du philosophe réside dans la découverte de la vérité, mais le poète, par son instinct et son enthousiasme, saisit la vérité de manière inspirée. Le philosophe doit méditer les traits sublimes des poètes pour en comprendre le sens profond. L'auteur décrit sa méthode pour vérifier les traits poétiques ou philosophiques. Lorsqu'il rencontre un trait beau et sublime, il le suppose vrai et le vérifie par les conséquences qu'il en tire. Par exemple, la maxime de Boileau 'rien n'est beau que le vrai' a mieux enseigné à l'auteur le sublime que le traité de Longin, jugé vague et oratoire. Le sublime est défini comme une vérité nouvelle, soit en elle-même, soit par son expression, présentée sous une forme qui en rehausse l'éclat. Pour les œuvres de Dieu, un seul mot suffit pour les décrire de manière sublime, car elles sont extraordinaires et divines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2474
p. 1326-1330
EXTRAIT d'une Lettre de M. Collin, Chirurgien Major de l'Hôpital Royal de Phaltz-Bourg, à M. Garengeot, Chirurgien-Juré de Paris, Démonstrateur Royal en matiere Chirurgical, et Membre de la Société Royale de Londres.
Début :
Je viens, Monsieur, de lire, avec un plaisir singulier, votre Traité d'Opérations, [...]
Mots clefs :
Élèves, Opérations, Chirurgie, Charité, Public, Chirurgien, Panser
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de M. Collin, Chirurgien Major de l'Hôpital Royal de Phaltz-Bourg, à M. Garengeot, Chirurgien-Juré de Paris, Démonstrateur Royal en matiere Chirurgical, et Membre de la Société Royale de Londres.
EXTRAIT d'une Lettre de M. Collin
, Chirurgien Major de l'Hôpital
Royal de Phaltz- Bourg , à M. Garengeot
, Chirurgien - Furé de Paris , Démonstrateur
Royal en matiere Chirurgicale
, et Membre de la Société Royale de
Londres,
E viens , Monsieur , de lire , avec un
Jplaisir singulier ,votre Traité d'Opérations
, imprimé en 1731. seconde Edition
, n'ayant pas vû la premiere. Cet
Ouvrage est une suite de toutes les beautez
qui se trouvent répandues dans tous
ceux que vous avez donnés au Public, sur
tout dans votre Splanchnologie. On peut
dire avec verité , qu'aucun Autheur n'a
encore écrit , ni si sçavamment, ni si élégamment
sur ces sortes de matieres , et
tous les Eleves en Chirurgie , ne sçau-
' roient trop vous remercier .
Mais permettez - moi de me plaindre
de la Peinture affreuse que vous faites
dans votre Traité d'Opérations , des Eleves
de feu M" de Méry , Arnaud et Thi
bault. J'ai l'honneur d'être un de ces Eleves,
et je m'en fais une gloire . J'ose pour-
Al.Vol.
tant
JUIN. 1733. 1327
,
tant défier aucun de ceux qui m'ont vû
travailler,de m'accuser de panser, comme
vous dites , que pansent ces Eleves . C'est
à la page 343. tom. 1. en parlant des Hernies
, que vous faites cette affirmation .
» Qüi , malgré le nombre de malheureux
qui périssent par une Pratique , qui n'a
» d'autre authorité que la coutume , nous
» apprenons que le peu d'Eleves qui res-
» tent de ces Chirurgiens , sont si enthou-
» siasmés de la longue Tente , qu'ils l'em-
>> ploient même dans des Playes faites par
» des Instrumens tranchans , et qui ne de-
>> mandent que la simple réunion .
Il semble dans certains endroits de vos
Ouvrages, que vous avez à coeur d'élever
ces grands Hommes , tandis que dans
d'autres vous les rabaissez . de façon à
faire comprendre qu'ils n'étoient rien
moins , que ce que vous en avez dit.
Si ces Illustres sont morts , sans répondre
à tout ce que vous avez écrit contre
eux , vous n'ignorez pas qu'ils étoient
bien capables de le faire . Ils ont laissé au
Public le soin de deffendre leur réputation
, que personne ne pourra jamais
ternir .
La Chirurgie étoit- elle , il y a soixante
ans , au dégré où nous la voyons de nos
jours ? Si nous n'avions suivi que les rou-
11. Vol. D tes
1828 MERCURE DE FRANCE
tes tracées par nos Peres , nous ne ferions
pas aujourd'hui des Opérations si
heureuses : chaque siecle a augmenté ou
perfectionné les connoissances que nous
avions déja ; mais nous n'en devons pas
moins de reconnoissance à ceux qui nous
ont précédés , et qui nous ont, pour ainsi
dire , tracé le chemin .
Vous dites dans la Préface , qui est à ļa
tête de vos Opérations : » Si quelqu'un
» croit se voir dépeint dans quelques-
» unes de nos Observations , nous aver-
» tissons ici que notre intention n'est pas
» de faire de la peine à personne,& c . Nous
» redressons leurs deffauts d'une maniere
» si generale , qu'on ne peut nous taxer
» de violer la bienséance , et la charité
»que l'on se doit les uns aux autres.Mais
quelle est , Monsieur , cette charité , qui
vous engage à faire comprendre au Public
, que tous les Eleves , qu'ont faits ces
M" sont des Ignorans et des Hommes à
détester ?
J'avoue qu'il est bon de redresser ceux
qui ne sont point dans le bon chemin ;
et qu'il est même charitable de leur montrer
le plus court , pour arriver au but ;
mais il est contre les regles de la charité,
que vous affectez , de perdre de réputation
des Hommes , qui semblent n'avoir
II. Vel.
méJUIN.
1733. 1329
mérité votre critique , que par ce qu'ils
sont Disciples des trois plus grands Chirurgiens
de leur temps .
au
Quelle idée donnez - vous , en effet ,
Ministre de la Guerre , de la capacité de
ces Eleves ? Et en dédiant votre Traité
d'Opérations à l'Illustre Chef de la Chirurgie
, que peut - il penser de la Peinture
que vous faites de ces mêmes Eleves , sans
nulle exception ? Si je n'étois bien persuadé
du discernement qu'il sçait faire du
vrai merite , je pourrois dire à tous ces
Disciples , mes Confreres : La Porte des
Graces est fermée à tous tant que nous
sommes , et cela par la charité de M.Garangeot.
Si les Chefs des Régimens sont instruits
de votre façon de panser , ils se garderont
bien de prendre un Disciple de
l'Hôtel - Dieu de Paris , pour Chirurgien-
Major ; et c'est une injustice que vous,
devez vous reprocher.
Tout le monde sçait qu'il y a aujourd'hui
de ces Eleves , qui sont vos Confreres
, qui certainement ne déshonorent
point le Corps de S.Cosme. Il y en a plusieurs
dans les Hôpitaux et dans les Régimens
, qui ne sont pas tout - à- fait indignes
de votre estime , et qui ont mérité
l'approbation de vos Superieurs.
II. Vol. Dij M.
1330 MERCURE DE FRANCE
M. le Blanc , Ministre de la Guerre
jugeant tout autrement que vous , Monsieur
, des Eleves de feu M. Thibault
me nomma en 1727. pour l'Hôpital de
Phaltz - Bourg. Si quelques Observations
que j'ai envoyées à l'Académie de Chirurgie
, peuvent vous faire bien penser
sur mon compte , et vous désabuser sur
ma façon de panser , je vous demande
l'honneur de votre amitié , et je vous
prie d'être persuadé que je suis , &c.
, Chirurgien Major de l'Hôpital
Royal de Phaltz- Bourg , à M. Garengeot
, Chirurgien - Furé de Paris , Démonstrateur
Royal en matiere Chirurgicale
, et Membre de la Société Royale de
Londres,
E viens , Monsieur , de lire , avec un
Jplaisir singulier ,votre Traité d'Opérations
, imprimé en 1731. seconde Edition
, n'ayant pas vû la premiere. Cet
Ouvrage est une suite de toutes les beautez
qui se trouvent répandues dans tous
ceux que vous avez donnés au Public, sur
tout dans votre Splanchnologie. On peut
dire avec verité , qu'aucun Autheur n'a
encore écrit , ni si sçavamment, ni si élégamment
sur ces sortes de matieres , et
tous les Eleves en Chirurgie , ne sçau-
' roient trop vous remercier .
Mais permettez - moi de me plaindre
de la Peinture affreuse que vous faites
dans votre Traité d'Opérations , des Eleves
de feu M" de Méry , Arnaud et Thi
bault. J'ai l'honneur d'être un de ces Eleves,
et je m'en fais une gloire . J'ose pour-
Al.Vol.
tant
JUIN. 1733. 1327
,
tant défier aucun de ceux qui m'ont vû
travailler,de m'accuser de panser, comme
vous dites , que pansent ces Eleves . C'est
à la page 343. tom. 1. en parlant des Hernies
, que vous faites cette affirmation .
» Qüi , malgré le nombre de malheureux
qui périssent par une Pratique , qui n'a
» d'autre authorité que la coutume , nous
» apprenons que le peu d'Eleves qui res-
» tent de ces Chirurgiens , sont si enthou-
» siasmés de la longue Tente , qu'ils l'em-
>> ploient même dans des Playes faites par
» des Instrumens tranchans , et qui ne de-
>> mandent que la simple réunion .
Il semble dans certains endroits de vos
Ouvrages, que vous avez à coeur d'élever
ces grands Hommes , tandis que dans
d'autres vous les rabaissez . de façon à
faire comprendre qu'ils n'étoient rien
moins , que ce que vous en avez dit.
Si ces Illustres sont morts , sans répondre
à tout ce que vous avez écrit contre
eux , vous n'ignorez pas qu'ils étoient
bien capables de le faire . Ils ont laissé au
Public le soin de deffendre leur réputation
, que personne ne pourra jamais
ternir .
La Chirurgie étoit- elle , il y a soixante
ans , au dégré où nous la voyons de nos
jours ? Si nous n'avions suivi que les rou-
11. Vol. D tes
1828 MERCURE DE FRANCE
tes tracées par nos Peres , nous ne ferions
pas aujourd'hui des Opérations si
heureuses : chaque siecle a augmenté ou
perfectionné les connoissances que nous
avions déja ; mais nous n'en devons pas
moins de reconnoissance à ceux qui nous
ont précédés , et qui nous ont, pour ainsi
dire , tracé le chemin .
Vous dites dans la Préface , qui est à ļa
tête de vos Opérations : » Si quelqu'un
» croit se voir dépeint dans quelques-
» unes de nos Observations , nous aver-
» tissons ici que notre intention n'est pas
» de faire de la peine à personne,& c . Nous
» redressons leurs deffauts d'une maniere
» si generale , qu'on ne peut nous taxer
» de violer la bienséance , et la charité
»que l'on se doit les uns aux autres.Mais
quelle est , Monsieur , cette charité , qui
vous engage à faire comprendre au Public
, que tous les Eleves , qu'ont faits ces
M" sont des Ignorans et des Hommes à
détester ?
J'avoue qu'il est bon de redresser ceux
qui ne sont point dans le bon chemin ;
et qu'il est même charitable de leur montrer
le plus court , pour arriver au but ;
mais il est contre les regles de la charité,
que vous affectez , de perdre de réputation
des Hommes , qui semblent n'avoir
II. Vel.
méJUIN.
1733. 1329
mérité votre critique , que par ce qu'ils
sont Disciples des trois plus grands Chirurgiens
de leur temps .
au
Quelle idée donnez - vous , en effet ,
Ministre de la Guerre , de la capacité de
ces Eleves ? Et en dédiant votre Traité
d'Opérations à l'Illustre Chef de la Chirurgie
, que peut - il penser de la Peinture
que vous faites de ces mêmes Eleves , sans
nulle exception ? Si je n'étois bien persuadé
du discernement qu'il sçait faire du
vrai merite , je pourrois dire à tous ces
Disciples , mes Confreres : La Porte des
Graces est fermée à tous tant que nous
sommes , et cela par la charité de M.Garangeot.
Si les Chefs des Régimens sont instruits
de votre façon de panser , ils se garderont
bien de prendre un Disciple de
l'Hôtel - Dieu de Paris , pour Chirurgien-
Major ; et c'est une injustice que vous,
devez vous reprocher.
Tout le monde sçait qu'il y a aujourd'hui
de ces Eleves , qui sont vos Confreres
, qui certainement ne déshonorent
point le Corps de S.Cosme. Il y en a plusieurs
dans les Hôpitaux et dans les Régimens
, qui ne sont pas tout - à- fait indignes
de votre estime , et qui ont mérité
l'approbation de vos Superieurs.
II. Vol. Dij M.
1330 MERCURE DE FRANCE
M. le Blanc , Ministre de la Guerre
jugeant tout autrement que vous , Monsieur
, des Eleves de feu M. Thibault
me nomma en 1727. pour l'Hôpital de
Phaltz - Bourg. Si quelques Observations
que j'ai envoyées à l'Académie de Chirurgie
, peuvent vous faire bien penser
sur mon compte , et vous désabuser sur
ma façon de panser , je vous demande
l'honneur de votre amitié , et je vous
prie d'être persuadé que je suis , &c.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de M. Collin, Chirurgien Major de l'Hôpital Royal de Phaltz-Bourg, à M. Garengeot, Chirurgien-Juré de Paris, Démonstrateur Royal en matiere Chirurgical, et Membre de la Société Royale de Londres.
M. Collin, Chirurgien Major de l'Hôpital Royal de Phaltz-Bourg, écrit à M. Garengeot, Chirurgien à Paris et membre de la Société Royale de Londres, pour exprimer son admiration pour le Traité d'Opérations de Garengeot, publié en 1731, qu'il qualifie de savant et élégant. Cependant, Collin critique la description négative que Garengeot fait des élèves de feu M. de Méry, Arnaud et Thibault, dont il est lui-même un élève. Il conteste les accusations de mauvaise pratique et défend l'honneur de ses maîtres, soulignant qu'ils étaient capables de se défendre s'ils avaient été vivants. Collin argue que la chirurgie a évolué grâce aux connaissances accumulées au fil des siècles et que les élèves des grands chirurgiens ne méritent pas d'être dénigrés. Il exprime également sa préoccupation quant à l'impact de ces critiques sur la réputation des élèves et leur carrière, notamment dans les hôpitaux et les régiments. Enfin, il mentionne que M. le Blanc, Ministre de la Guerre, a une opinion favorable des élèves de M. Thibault, et il offre à Garengeot de lui prouver ses compétences par ses observations envoyées à l'Académie de Chirurgie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2475
p. 1331-1341
SUITE des réfléxions sur la bizarerie des Usages. Par M. Capperon, ancien Doyen de Saint Maxent.
Début :
L'Homme s'aimant à l'excès, il s'ensuit qu'il aime et qu'il estime tout [...]
Mots clefs :
Usage, Force, Excès, Bizarre, Santé, Corps, Usages, Médecine, Jeux
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des réfléxions sur la bizarerie des Usages. Par M. Capperon, ancien Doyen de Saint Maxent.
SUITE des réfléxions sur la bizarerie
des Usages. Par M. Capperon , ancien
Doyen de Saint Maxent.
L
'Homme s'aimant à l'excès , il s'ensuit
qu'il aime et qu'il estime tout
ce qui le touche de plus près. Il sent même
un plaisir secret à se persuader , soit
par les épreuves qu'il peut faire , soit par
l'approbation des autres , que ce qu'il
estime en lui , est véritablement grand et
absolument estimable. C'est de cette disposition
si naturelle à l'homme, que sont
sorties , non seulement les bizarèries qui
ont rapport à l'usage des sens et aux productions
de l'esprit , dont j'ai cy- devant
parlé , mais plusieurs autres encore qui
ont paru,qui paroissent et qui paroîtront
dans. le temps à venir .
Me faisant donc un plaisir de relever .
ces excès ; et chacun pouvant en trouver
comme moi à les connoître , à les blâmer
et peut -être même à en rire , principa
lement lorsqu'ils sont passez ; car il n'en
est pas ainsi lorsqu'ils subsistent et qu'ils
sont en vogue : je crois qu'il ne déplaira
pas que je continuë mes Refléxions sur
ce sujet; et qu'après avoir parlé des
II. Vol. Dij usa1332
MERCURE DE FRANCE
usages bizares , provenus du désir de satisfaire
les sens et de faire remarquer la
beauté et l'excellence de l'esprit , je passe
aujourd'hui à ceux qui se sont formez
par le désir excessif de ménager et de
conserver la santé du corps , et de faire
valoir sa force et son adresse.
Il n'est pas necessaire que je dise , que
la santé est le bien le plus précieux de la
vie; qu'il est juste , pour une infinité de
raisons , de la menager et de la conserver
; tout le monde en est assez persuadé:
mais comme tout excès est blâmable , il
ne convient pas , sans doute , de le faire
si scrupuleusement , qu'on cesse d'en profiter
de peur de la perdre , qu'on ne s'en
serve que pour l'étudier et y veiller , que
dans le dessein de la rétablir on use des
moyens propres à la déranger,ou à la détruire
; ce sont neanmoins ces excès qui
ont introduit divers usages tres - singuliers
et tres bizares .
On sçait jusqu'à quel excès les anciens
ont poussé l'usage des Bains , qu'ils
croioient, à la vérité, nécessaires pour la
propreté du corps , mais qu'ils ne croioient
pas moins convenables pour conserver la
santé , ainsi qu'on le pense et qu'on l'observe
encore aujourd'hui , mais avec plus
de moderation et pour le seul besoin ; ce
I.Vol.
que
JUI N. 1733. 1333
•
que les anciens ne faisoient pas , ayant
porté cet usage bien au- delà de ce qui
convenoit : Car n'étoit- ce pas un excès
tout-à-fait bizare chez les Romains , non
seulement d'aller chaque jour au Bain
avant que de souper , mais d'y aller plusieurs
fois par jour . Les Empereurs Commode
et Gordien le jeune y alloient jusqu'à
sept ou huit fois a . N'étoit - ce pas
une vraie bizarerie de s'y faire frotter le
corps avec une espece d'Etrille b . Mais
ce qui étoit un excès beaucoup plus
criant , c'est que ces Bains étoient communs
pour les hommes et pour les femmes
; ce qui a même duré dans le Christianisme
pendant près de trois siecles
malgré les Loix de l'Eglise et des plus sages
Empereurs. Enfin l'attrait pour ces
Bains étoit si violent , qu'un Auteur a
très- bien remarqué, qu'il n'y a point d'ouvrages
des anciens , où les Empereurs
Romains ayent fait paroître plus de somptuosité
et de folie, que pour les Thermes ,
qui étoient les lieux où se prenoient ces
Bains c.
a Rosinus. Antiq. Roman . lib. 1. cap. 14.
b Strigile autem usos fuisse antiquos ad fricandum
, purgandumque corpus. Rosin. ibid. de Balneis.
c In nullis antiquorum operibus plus luxus et
Il. Vol. Diiij Si
1334 MERCURE DE FRANCE
Si nous passons aux remedes qu'on a
employez pour rétablir la santé alterée
par quelque infirmité , quelle bizarerie
ne trouverons - nous pas ? Il n'y a pour en
juger qu'à lire ce que dit le Clerc dans
son Histoire de la Médecine : Part. 1. liv.
3. chap. 26. où il rapporte de quelle maniere
on traitoit certaines maladies du
temps même du fameux Hypocrate , ce
qui paroît tout-à- fait bizare. " ¦
Il dit que lorsqu'on vouloit nettoyer le
bas ventre , on introduisoit dans l'Anus
un Soufflet de Forgeron ; qu'après avoir
fait enfler le ventre par ce moyen, le
Soufflet étant tiré , on donnoit le lavevement.
Pour guérir les Phtisyques , on
leur brûloit le dos et la poitrine , et on
tenoit les Ulceres ouverts pendant certain
temps. Pour les maux de tête on appliquoit
huit cauteres autour de la tête ;
que si cela ne suffisoit pas , on faisoit
pareillement
autour de la tête une incision
en forme de couronne , qui passoit d'un
bout à l'autre du front. On en faisoit autant
pour guérir les maux des yeux . Pour
les Convulsions , après avoir saigné , on
usoit de Sternutatoire , et on faisoit du
feu des deux côtez du lit du malade .
insania cernitur quam in Thermis Imperatorum.
Georg. Fabric, in suâ Româ.
II. Vol. L'us
JUIN. 1733. 1335
L'usage de cauteriser et de brûler le
corps en differens endroits , pour guérir
différens maux, a duré long- temps ; cette
Medecine grossiere et cruelle , continue
encore dans l'Affrique , la Chine , le Japon
et autres païs Orientaux , comme
aussi chez les Sauvages de l'Amérique
qui se servent à cet effet de bois pourri
à cause que la chaleur
en est moins
active.
C'étoit
des païs Orientaux
qu'étoit
venu en France
et ailleurs
l'usage
du
Moxa , qui consistoit
à faire bruler cette
espece
de filasse , sur la partie
attaque
de la goutte
, pour en guérir
, mais ce re
mede
caustique
a fait peu de progrès
;
car comme
disoit un Seigneur
Anglois
à qui les Médecins
l'avoient
ordonné
quel crime ai-je donc commis , pour que
je sois condamné
à être brûlé vif.
2
On peut mettre au nombre des usages:
bizares, en fait de Médecine , la fantaisie:
qu'on a euë de pendre au col , ou de por
ter sur soi , diverses choses qu'on a crûës :
spécifiques pour se guérir ou se préserver
de certains maux;c'est de ces usages , qu'est :
venue aux femmes , la mode de porter au
trefois des Coliers d'Ambre et de Corail
comme à plusieurs autres de mettre aux
doigts des Bagues garnies de prétendus:
Talismans. Ce n'étoit pas un usage moms:
H..Vol. D v bi
1336 MERCURE DE FRANCE
bizare de consulter les Astres , et sur tout
la Lune , pour sçavoit s'il convenoit de
prendre le moindre remede , afin de s'asseurer
de son efficacité ; c'est pourquoi
les Prédictions qui se donnoient chaque
année au public, marquoient précisément
les jours auxquels il convenoit de se faire
saigner , de prendre medecine , ou d'u
ser de ventouses. L'Etoile ou constellation
, nommée la Canicule, étoit marquée
comme la plus nuisible , pendant tout le
temps qu'elle dominoir , de quoi plusieurs
encore aujourd'hui ne sont pas désabuscz.
On peut voir un échantillon de la bizarerie
qui regnoit au neuviéme siecle ,
touchant la medecine , par le conseil que
Pardule, Evêque de Laon donnoit à Hincmar,
Archevêque de Reims , qui relevoit
d'une maladie a ; sçavoir , que pour rétablir
sa santé , il devoit bien se garder
de manger des petits Poissons , particu
lierement le jour qu'on les auroit tirés
de l'eau , non plus que de toute autre
viande nouvelle , soit Volailles ou autres
animaux , tuez du même jour ; qu'avant
que de les manger , il falloit bien les saler
, afin d'en dessecher toute l'humidité,
Hincmar , tom . p . 838.
II. Vole
qu'il
JUIN. 1733.1337
qu'il devoit principalement manger, du
Lard , et n'user que de la chair des animaux
à quatre pieds,ayant soin sur tout ,
de s'abstenir de Persil , l'assurant que
sans ce regime , il étoit tres difficille à
toute personne convalescente , de rétablir
la foiblesse de son estomac . Je crois qu'aujourd'hui
peu de gens s'accommoderoient
en pareil cas , d'une semblable ordonnance.
Autre bizarerie de Medecine qui regnoit
en France du temps du Roy Sainr
Louis , et qui consistoit à saigner à l'excès
, dans l'esperance de conserver par
ce moyen sa santé : on le voit par les
Regles que ce Prince donna aux Religieuses
de l'Hôtel - Dieu de Pontoise , par
lesquelles il ne leur étoit permis de se
faire saigner que six fois par an , les
temps même où elles le devoient faire
étant précisément marquez ; sçavoir , à
Noël , au commencement du Carême , à
Pâque , à la S.Pierre, dans le mois d'Août
et à la Toussaint a
De la santé je passe à la force du corps,.
où je fais voir si l'attachement
, que
qu'on a pour l'une a donné lieu à la bizarerie
de quelques usages , l'autre en a
a Patru , Plaid, pour Madame dé Guénégaud.-
II. Vol. Dvj, pro
1338 MERCURE DE FRANCE
produit, dont l'excès est encore allé beaucoup
plus loin. On ne peut pas dourǝt
qu'on ne sente un plaisir secret à éprouver
så force et à là faire remarquer aux
autres ; ce que font tous les jours les énfans
en est la preuve ; ce n'est que dans
le dessein de se procurer ce plaisir, qu'ils
s'empressent à sonner les Cloches d'une
Eglise ; que dans leurs jeux , un de leurs
plus grands plaisirs , est d'essayer à qui
sautera le plus haut , ou le plus loin , à
qui courra le plus fort , ou qui par sa
force , terrassera le mieux son camarade.
Ce que ce sentiment naturel opera
dans les enfans , il le fait également dans
les personnes plus âgées , mais avec cette
différence , que și plusieurs , par l'usage
qu'ils font de leur raison , s'y prêtent
moins que les enfans ; il ne s'en est trouvé
que trop , qui , pour s'y étre abandonnez
sans mestre , ont donné dans des
excès , qu'on peut regarder, à juste titre ,
comme des bizareries les plus outrées .
L'usage dont parle S.Jérôme , qui sub
sistoit de son temps , et qui consistoit à
donner au public des preuves de sa force,
n'étoit pas, à la verité , ni si bizare , ni
si outré ; il ne pouvoit même passer pour
bizare , qu'autant que les hommes , qui
devoient pardessus tout faire valoir la
Il.Vol dé
JUIN.. 17337 1339
3
délicatesse de leur esprit , se picquqient
trop alors de faire admirer la force de
leur corps , privilege dont les animaux
les plus grossiers sont beaucoup plus
avantagez qu'eux . Il consistoit donc cet
usage , en ce que , selon ce Pere a , il n'y
avoit dans la Judée où il demeuroit , ni
Ville , ni Bourg , ni Village , ni si petit .
Château , où il n'y eut de
Pierres
grosses
rondes , uniquement destinées pour exercer
les jeunes gens , et pour leur donnes
lieu de faire admirer au public jusqu'où
alloit leur force ; de sorte que pendant
qu'il y en avoit qui ne pouvoient élever
ces grosses Pierres que jusqu'à leurs ged
noux ou jusqu'à la moitié du corps , on
en voyoit d'autres qui les portoient jusques
sur leurs épaules , même sur leur tê
te , et c'étoient ceux là qui avoient tout
l'honneur ..
Il y a apparence que cet usage ne s'observoit
pas dans la scule Judée , puisque
ce Pere dit au même endroit , qu'il avoit
vû dans la Forteresse d'Athénes une
grosse Boule d'Airain , qui servoit aussi à
éprouver la force des Atheletes. Je croirois
même que cet usage avoit passé jusques
dans les Gaules ; que dis - je , jusques
a Hier. in Zachar. cap. 12
L. Vol.
dans
1340 MERCURE DE FRANCE
dans notre Ville d'Eu , qui subsistoit
bien avant ce temps-là , puisqu'on y a
vû jusqu'à nos jours , dans l'Hôtel de
Ville , de grosses Pierres de grès , parfaitement
rondes , au moins de quatre pieds
de circonférence , lesquelles y ont toujours
été , sans qu'on puisse sçavoir à
quel autre usage elles ont pû être destinées
.
Ce fut de cette inclination naturelle qui
naît,comme j'ai dit ,avec l'homme, d'estimer
sa force , et de se faire un plaisir dela
faire estimer aux autres , que l'exercice
des Atheletes , et les Jeux Olimpiques
si fameux dans toute la Grece , prirent
leur origine ; car en quoi consistoient ces-
Jeux , qui se renouveloient tous les quatre
ans , où les peuples couroient en foule
pour en être les spectateurs , où les victoires
et les couronnes qu'on y remportoit
combloient d'honneur ceux qui
étoient assez heureux pour avoir cet
avantage ? Ils consistoient ces Jeux , à
voir et à admirer , ceux qui dans la Lute
terrassoient le mieux , après differens efforts
, ceux contre lesquels ils lutoient, et
même ceux qui l'emportoient à la course
ou à donner des coups de poings , ou
à jetter le Palet avec plus de force et d'adresse
.
II. Vol.
Après
JUIN. 1733 . 1341'
pas
bizare
, que Après tout , ne paroît - il
ces Jeux que nous croïons aujourd'hui ne
convenir qu'à des enfans , ayent fait au--
trefois l'admiration et le spectacle le plus
recherche des peuples les plus polis ; que
pour s'y former , il falloit dès sa jeunesse
y être instruit et exercé par des Maîtres
; que pour acquerir la force et l'adresse
necessaire , il falloit observer un
régime de vie , qui retranchoit l'usage:
du vin , de plusieurs autres choses , et de
certains plaisirs permis. S. Paul même en
a fait une note a.Dailleurs ce qui doit pa➡
roître de plus outré et de plus honteusement
bizare dans ces Jeux , c'est que non
seulement les hommes abandonnant toute
pudeur , y paroissoient et y combattoient
entierement nuds ; mais que les
femmes ayent voulu aussi y prendre part
et y paroître de la même façon , comme
le rapporte Plutarque ; en quoi , après
tout , elles ne faisoient que suivre ce que
le prétendu divin Platon leur avoit ordonné
b , voulant qu'elles ne parussent
Couvertes que de leur seule vertu .
Le reste pour le prochain Mercure.
a Ep.
. 1. aux Corinth, ch.
b De Legib. liv. 6.
des Usages. Par M. Capperon , ancien
Doyen de Saint Maxent.
L
'Homme s'aimant à l'excès , il s'ensuit
qu'il aime et qu'il estime tout
ce qui le touche de plus près. Il sent même
un plaisir secret à se persuader , soit
par les épreuves qu'il peut faire , soit par
l'approbation des autres , que ce qu'il
estime en lui , est véritablement grand et
absolument estimable. C'est de cette disposition
si naturelle à l'homme, que sont
sorties , non seulement les bizarèries qui
ont rapport à l'usage des sens et aux productions
de l'esprit , dont j'ai cy- devant
parlé , mais plusieurs autres encore qui
ont paru,qui paroissent et qui paroîtront
dans. le temps à venir .
Me faisant donc un plaisir de relever .
ces excès ; et chacun pouvant en trouver
comme moi à les connoître , à les blâmer
et peut -être même à en rire , principa
lement lorsqu'ils sont passez ; car il n'en
est pas ainsi lorsqu'ils subsistent et qu'ils
sont en vogue : je crois qu'il ne déplaira
pas que je continuë mes Refléxions sur
ce sujet; et qu'après avoir parlé des
II. Vol. Dij usa1332
MERCURE DE FRANCE
usages bizares , provenus du désir de satisfaire
les sens et de faire remarquer la
beauté et l'excellence de l'esprit , je passe
aujourd'hui à ceux qui se sont formez
par le désir excessif de ménager et de
conserver la santé du corps , et de faire
valoir sa force et son adresse.
Il n'est pas necessaire que je dise , que
la santé est le bien le plus précieux de la
vie; qu'il est juste , pour une infinité de
raisons , de la menager et de la conserver
; tout le monde en est assez persuadé:
mais comme tout excès est blâmable , il
ne convient pas , sans doute , de le faire
si scrupuleusement , qu'on cesse d'en profiter
de peur de la perdre , qu'on ne s'en
serve que pour l'étudier et y veiller , que
dans le dessein de la rétablir on use des
moyens propres à la déranger,ou à la détruire
; ce sont neanmoins ces excès qui
ont introduit divers usages tres - singuliers
et tres bizares .
On sçait jusqu'à quel excès les anciens
ont poussé l'usage des Bains , qu'ils
croioient, à la vérité, nécessaires pour la
propreté du corps , mais qu'ils ne croioient
pas moins convenables pour conserver la
santé , ainsi qu'on le pense et qu'on l'observe
encore aujourd'hui , mais avec plus
de moderation et pour le seul besoin ; ce
I.Vol.
que
JUI N. 1733. 1333
•
que les anciens ne faisoient pas , ayant
porté cet usage bien au- delà de ce qui
convenoit : Car n'étoit- ce pas un excès
tout-à-fait bizare chez les Romains , non
seulement d'aller chaque jour au Bain
avant que de souper , mais d'y aller plusieurs
fois par jour . Les Empereurs Commode
et Gordien le jeune y alloient jusqu'à
sept ou huit fois a . N'étoit - ce pas
une vraie bizarerie de s'y faire frotter le
corps avec une espece d'Etrille b . Mais
ce qui étoit un excès beaucoup plus
criant , c'est que ces Bains étoient communs
pour les hommes et pour les femmes
; ce qui a même duré dans le Christianisme
pendant près de trois siecles
malgré les Loix de l'Eglise et des plus sages
Empereurs. Enfin l'attrait pour ces
Bains étoit si violent , qu'un Auteur a
très- bien remarqué, qu'il n'y a point d'ouvrages
des anciens , où les Empereurs
Romains ayent fait paroître plus de somptuosité
et de folie, que pour les Thermes ,
qui étoient les lieux où se prenoient ces
Bains c.
a Rosinus. Antiq. Roman . lib. 1. cap. 14.
b Strigile autem usos fuisse antiquos ad fricandum
, purgandumque corpus. Rosin. ibid. de Balneis.
c In nullis antiquorum operibus plus luxus et
Il. Vol. Diiij Si
1334 MERCURE DE FRANCE
Si nous passons aux remedes qu'on a
employez pour rétablir la santé alterée
par quelque infirmité , quelle bizarerie
ne trouverons - nous pas ? Il n'y a pour en
juger qu'à lire ce que dit le Clerc dans
son Histoire de la Médecine : Part. 1. liv.
3. chap. 26. où il rapporte de quelle maniere
on traitoit certaines maladies du
temps même du fameux Hypocrate , ce
qui paroît tout-à- fait bizare. " ¦
Il dit que lorsqu'on vouloit nettoyer le
bas ventre , on introduisoit dans l'Anus
un Soufflet de Forgeron ; qu'après avoir
fait enfler le ventre par ce moyen, le
Soufflet étant tiré , on donnoit le lavevement.
Pour guérir les Phtisyques , on
leur brûloit le dos et la poitrine , et on
tenoit les Ulceres ouverts pendant certain
temps. Pour les maux de tête on appliquoit
huit cauteres autour de la tête ;
que si cela ne suffisoit pas , on faisoit
pareillement
autour de la tête une incision
en forme de couronne , qui passoit d'un
bout à l'autre du front. On en faisoit autant
pour guérir les maux des yeux . Pour
les Convulsions , après avoir saigné , on
usoit de Sternutatoire , et on faisoit du
feu des deux côtez du lit du malade .
insania cernitur quam in Thermis Imperatorum.
Georg. Fabric, in suâ Româ.
II. Vol. L'us
JUIN. 1733. 1335
L'usage de cauteriser et de brûler le
corps en differens endroits , pour guérir
différens maux, a duré long- temps ; cette
Medecine grossiere et cruelle , continue
encore dans l'Affrique , la Chine , le Japon
et autres païs Orientaux , comme
aussi chez les Sauvages de l'Amérique
qui se servent à cet effet de bois pourri
à cause que la chaleur
en est moins
active.
C'étoit
des païs Orientaux
qu'étoit
venu en France
et ailleurs
l'usage
du
Moxa , qui consistoit
à faire bruler cette
espece
de filasse , sur la partie
attaque
de la goutte
, pour en guérir
, mais ce re
mede
caustique
a fait peu de progrès
;
car comme
disoit un Seigneur
Anglois
à qui les Médecins
l'avoient
ordonné
quel crime ai-je donc commis , pour que
je sois condamné
à être brûlé vif.
2
On peut mettre au nombre des usages:
bizares, en fait de Médecine , la fantaisie:
qu'on a euë de pendre au col , ou de por
ter sur soi , diverses choses qu'on a crûës :
spécifiques pour se guérir ou se préserver
de certains maux;c'est de ces usages , qu'est :
venue aux femmes , la mode de porter au
trefois des Coliers d'Ambre et de Corail
comme à plusieurs autres de mettre aux
doigts des Bagues garnies de prétendus:
Talismans. Ce n'étoit pas un usage moms:
H..Vol. D v bi
1336 MERCURE DE FRANCE
bizare de consulter les Astres , et sur tout
la Lune , pour sçavoit s'il convenoit de
prendre le moindre remede , afin de s'asseurer
de son efficacité ; c'est pourquoi
les Prédictions qui se donnoient chaque
année au public, marquoient précisément
les jours auxquels il convenoit de se faire
saigner , de prendre medecine , ou d'u
ser de ventouses. L'Etoile ou constellation
, nommée la Canicule, étoit marquée
comme la plus nuisible , pendant tout le
temps qu'elle dominoir , de quoi plusieurs
encore aujourd'hui ne sont pas désabuscz.
On peut voir un échantillon de la bizarerie
qui regnoit au neuviéme siecle ,
touchant la medecine , par le conseil que
Pardule, Evêque de Laon donnoit à Hincmar,
Archevêque de Reims , qui relevoit
d'une maladie a ; sçavoir , que pour rétablir
sa santé , il devoit bien se garder
de manger des petits Poissons , particu
lierement le jour qu'on les auroit tirés
de l'eau , non plus que de toute autre
viande nouvelle , soit Volailles ou autres
animaux , tuez du même jour ; qu'avant
que de les manger , il falloit bien les saler
, afin d'en dessecher toute l'humidité,
Hincmar , tom . p . 838.
II. Vole
qu'il
JUIN. 1733.1337
qu'il devoit principalement manger, du
Lard , et n'user que de la chair des animaux
à quatre pieds,ayant soin sur tout ,
de s'abstenir de Persil , l'assurant que
sans ce regime , il étoit tres difficille à
toute personne convalescente , de rétablir
la foiblesse de son estomac . Je crois qu'aujourd'hui
peu de gens s'accommoderoient
en pareil cas , d'une semblable ordonnance.
Autre bizarerie de Medecine qui regnoit
en France du temps du Roy Sainr
Louis , et qui consistoit à saigner à l'excès
, dans l'esperance de conserver par
ce moyen sa santé : on le voit par les
Regles que ce Prince donna aux Religieuses
de l'Hôtel - Dieu de Pontoise , par
lesquelles il ne leur étoit permis de se
faire saigner que six fois par an , les
temps même où elles le devoient faire
étant précisément marquez ; sçavoir , à
Noël , au commencement du Carême , à
Pâque , à la S.Pierre, dans le mois d'Août
et à la Toussaint a
De la santé je passe à la force du corps,.
où je fais voir si l'attachement
, que
qu'on a pour l'une a donné lieu à la bizarerie
de quelques usages , l'autre en a
a Patru , Plaid, pour Madame dé Guénégaud.-
II. Vol. Dvj, pro
1338 MERCURE DE FRANCE
produit, dont l'excès est encore allé beaucoup
plus loin. On ne peut pas dourǝt
qu'on ne sente un plaisir secret à éprouver
så force et à là faire remarquer aux
autres ; ce que font tous les jours les énfans
en est la preuve ; ce n'est que dans
le dessein de se procurer ce plaisir, qu'ils
s'empressent à sonner les Cloches d'une
Eglise ; que dans leurs jeux , un de leurs
plus grands plaisirs , est d'essayer à qui
sautera le plus haut , ou le plus loin , à
qui courra le plus fort , ou qui par sa
force , terrassera le mieux son camarade.
Ce que ce sentiment naturel opera
dans les enfans , il le fait également dans
les personnes plus âgées , mais avec cette
différence , que și plusieurs , par l'usage
qu'ils font de leur raison , s'y prêtent
moins que les enfans ; il ne s'en est trouvé
que trop , qui , pour s'y étre abandonnez
sans mestre , ont donné dans des
excès , qu'on peut regarder, à juste titre ,
comme des bizareries les plus outrées .
L'usage dont parle S.Jérôme , qui sub
sistoit de son temps , et qui consistoit à
donner au public des preuves de sa force,
n'étoit pas, à la verité , ni si bizare , ni
si outré ; il ne pouvoit même passer pour
bizare , qu'autant que les hommes , qui
devoient pardessus tout faire valoir la
Il.Vol dé
JUIN.. 17337 1339
3
délicatesse de leur esprit , se picquqient
trop alors de faire admirer la force de
leur corps , privilege dont les animaux
les plus grossiers sont beaucoup plus
avantagez qu'eux . Il consistoit donc cet
usage , en ce que , selon ce Pere a , il n'y
avoit dans la Judée où il demeuroit , ni
Ville , ni Bourg , ni Village , ni si petit .
Château , où il n'y eut de
Pierres
grosses
rondes , uniquement destinées pour exercer
les jeunes gens , et pour leur donnes
lieu de faire admirer au public jusqu'où
alloit leur force ; de sorte que pendant
qu'il y en avoit qui ne pouvoient élever
ces grosses Pierres que jusqu'à leurs ged
noux ou jusqu'à la moitié du corps , on
en voyoit d'autres qui les portoient jusques
sur leurs épaules , même sur leur tê
te , et c'étoient ceux là qui avoient tout
l'honneur ..
Il y a apparence que cet usage ne s'observoit
pas dans la scule Judée , puisque
ce Pere dit au même endroit , qu'il avoit
vû dans la Forteresse d'Athénes une
grosse Boule d'Airain , qui servoit aussi à
éprouver la force des Atheletes. Je croirois
même que cet usage avoit passé jusques
dans les Gaules ; que dis - je , jusques
a Hier. in Zachar. cap. 12
L. Vol.
dans
1340 MERCURE DE FRANCE
dans notre Ville d'Eu , qui subsistoit
bien avant ce temps-là , puisqu'on y a
vû jusqu'à nos jours , dans l'Hôtel de
Ville , de grosses Pierres de grès , parfaitement
rondes , au moins de quatre pieds
de circonférence , lesquelles y ont toujours
été , sans qu'on puisse sçavoir à
quel autre usage elles ont pû être destinées
.
Ce fut de cette inclination naturelle qui
naît,comme j'ai dit ,avec l'homme, d'estimer
sa force , et de se faire un plaisir dela
faire estimer aux autres , que l'exercice
des Atheletes , et les Jeux Olimpiques
si fameux dans toute la Grece , prirent
leur origine ; car en quoi consistoient ces-
Jeux , qui se renouveloient tous les quatre
ans , où les peuples couroient en foule
pour en être les spectateurs , où les victoires
et les couronnes qu'on y remportoit
combloient d'honneur ceux qui
étoient assez heureux pour avoir cet
avantage ? Ils consistoient ces Jeux , à
voir et à admirer , ceux qui dans la Lute
terrassoient le mieux , après differens efforts
, ceux contre lesquels ils lutoient, et
même ceux qui l'emportoient à la course
ou à donner des coups de poings , ou
à jetter le Palet avec plus de force et d'adresse
.
II. Vol.
Après
JUIN. 1733 . 1341'
pas
bizare
, que Après tout , ne paroît - il
ces Jeux que nous croïons aujourd'hui ne
convenir qu'à des enfans , ayent fait au--
trefois l'admiration et le spectacle le plus
recherche des peuples les plus polis ; que
pour s'y former , il falloit dès sa jeunesse
y être instruit et exercé par des Maîtres
; que pour acquerir la force et l'adresse
necessaire , il falloit observer un
régime de vie , qui retranchoit l'usage:
du vin , de plusieurs autres choses , et de
certains plaisirs permis. S. Paul même en
a fait une note a.Dailleurs ce qui doit pa➡
roître de plus outré et de plus honteusement
bizare dans ces Jeux , c'est que non
seulement les hommes abandonnant toute
pudeur , y paroissoient et y combattoient
entierement nuds ; mais que les
femmes ayent voulu aussi y prendre part
et y paroître de la même façon , comme
le rapporte Plutarque ; en quoi , après
tout , elles ne faisoient que suivre ce que
le prétendu divin Platon leur avoit ordonné
b , voulant qu'elles ne parussent
Couvertes que de leur seule vertu .
Le reste pour le prochain Mercure.
a Ep.
. 1. aux Corinth, ch.
b De Legib. liv. 6.
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Résumé : SUITE des réfléxions sur la bizarerie des Usages. Par M. Capperon, ancien Doyen de Saint Maxent.
Dans 'Suite des réflexions sur la bizarerie des Usages', M. Capperon analyse les excès et les bizarreries des usages humains, en particulier ceux relatifs à la santé et à la force physique. L'auteur note que les hommes ont tendance à surestimer leurs propres qualités et à rechercher l'approbation des autres, ce qui conduit à diverses bizarreries dans les usages des sens, des productions de l'esprit, ainsi que dans ceux liés à la santé et à la force. Capperon examine les excès dans la conservation de la santé, soulignant que bien que la santé soit précieuse, les excès dans sa préservation peuvent être blâmables. Il cite l'exemple des anciens Romains, qui poussaient l'usage des bains à des extrêmes, allant jusqu'à sept ou huit fois par jour, et partageaient les bains entre hommes et femmes, malgré les lois de l'Église. Le texte mentionne également des pratiques médicales bizarres, telles que l'utilisation de soufflets pour nettoyer le bas-ventre, la cautérisation pour guérir diverses maladies, et l'usage de talismans. Ces pratiques, bien que cruelles et grossières, ont perduré dans certaines régions du monde. L'auteur aborde aussi les usages bizarres liés à la force physique, comme les jeux olympiques en Grèce, où les athlètes s'affrontaient dans des compétitions de lutte, de course, et de lancer de palet. Ces jeux, bien que considérés comme enfantins aujourd'hui, étaient autrefois très prisés et nécessitaient un entraînement rigoureux et un régime de vie strict. En conclusion, le texte met en lumière les excès et les bizarreries des usages humains, tant dans la préservation de la santé que dans la démonstration de la force physique, soulignant la tendance naturelle des hommes à surestimer leurs propres qualités. Le texte mentionne également une directive attribuée à Platon, selon laquelle les femmes devaient se présenter couvertes uniquement de leur vertu, tirée de la lettre 1 aux Corinthiens et du livre 6 des Lois. Les détails supplémentaires sont reportés à une publication ultérieure intitulée 'Mercure'.
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2476
p. 1348-1353
MEMOIRE sur l'Electricité, lû à la derniere Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, par M. Dufey, Extrait.
Début :
L'Académicien commence par donner la définition de l'Electricité, et fait [...]
Mots clefs :
Corps, Électricité, Expériences, Globe, Matière, Dufey, Électrique, Fils, Académie royale des sciences
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE sur l'Electricité, lû à la derniere Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, par M. Dufey, Extrait.
MEMOIR E sur l'Electricité, lû à la
derniere Assemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences , par M. Dufey,
Extrait.
'Académicien commence par donner
la définition de l'Electricité , et fait
ensuite l'Histoire abregée des progrès
qui ont été faits sur cette matiere depuis
que cette propriété a été reconnue dans
quelques Corps. Après cette exposition
il donne une idée du plan qu'il se propose
de suivre , et après avoir rapporté
plusieurs experiences qu'il a faites sur ce
sujet ; la fin de l'Assemblée ne lui a pas
II. Vol. permis
JUIN. 1733 1349 .
permis d'achever le premier article qu'il
s'étoit proposé de lire.
L'Electricité est la proprieté qu'ont
certaines matieres d'attirer la paille et
tous les corps legers ; l'Ambre , le Jayet,
la Cire d'Espagne , sont connus depuis
long-temps pour avoir cette vertu ; M.D.
donne un Extrait de ce qu'ont rapporté
sur cette matiere les Auteurs qui l'ont
traitée avec le plus de soin . Gilbert a
beaucoup augmenté le nombre des corps.
Electriques , la plupart des Pierres précieuses
le sont devenues entre ses mains ;
Ottodeguerike rapporte dans le Livre
des Experiences de Magdebourg plu
sieurs faits très - singuliers sur l'Electricité
d'une boule de souffre , on y trouve
même l'origine et la base des Experiences
qui ont été faites en Angleterre depuis
plusieurs années. Boyle a . encore beaucoup
augmenté les connoissances que l'on
avoit sur cette matiere ; il a rendu élec
triques plusieurs corps qui n'avoient pû
le devenir jusques - là ; ces recherches parurent
ensuite abandonnées pendant trèslong-
temps , et jusques à ce que M.Hauk
bée imagina plusieurs Experiences dont
nous allons rapporter en peu de mots
quelques-unes , des plus singulieres.
Un tuyau de verre blanc , gros d'un
II. Vol.
pouce
1350 MERCURE DE FRANCE
pouce ou environ , et frotté avec la main
du papier , de la laine , ou toute autre
matiere semblable , attire et repousse tous
les corps legers , et cela à la distance d'un
pied et plus , cette Experience se voit
mieux avec les feuilles de métail qu'avec
toute autre chose , on les voit s'élever
et s'abaisser avec rapidité et faire divers
mouvemens très singuliers.
M. Hauksbée a fait d'autres Experiences
très- extraordinaires avec un Globe
de verre tournant sur son axe avec rapidité
, on tient la main sur ce Globe
pendant qu'il tourne , afin de le frotter
et d'exciter son électricité , on voit alors
des fils que l'on avoit précédemment attachez
à un cercle de fer distant de ce
Globe d'environ un pied ; on voit, dis- je,
ces fils se diriger en rayons vers le centre
du Globe ; et si l'on a introduit dans le
Globe de pareils fils par le moyen d'un
axe , ils prennent une direction contraire
et se disposent en forme de Soleil , en
tendant du centre à la circonférence , on
dérange l'ordre des fils du dehors en mettant
le doigt ou quelqu'autre corps au
dedans du Globe , et ceux du dedans en
mettant le doigt en dehors.
Si l'on fait dans l'obscurité ces Experiences
, tant du Globe , que du Tuyau ,
II. Vol. elles
JUIN. 1733. 1351
elles sont accompagnées d'une lumiere
très- vive , qui prend des formes différentes
, suivant qu'elles sont faites dans le
vuide ou dans le plein. Il y a plus de
vingt ans que ces Expériences ont été
publiées , et elles ont encore cessé d'être
suivies jusquà M. Gray , qui en a fait
de prodigieuses , et qui sont rapportées
dans les Transactions Philosophiques.
Pour nous en tenir à ce qu'il y a de plus
surprenant , nous dirons seulement qu'il
a étendu une corde de 850. pieds de long,
qu'il a attaché à l'un des bouts une
boule d'yvoire ou tel autre corps que
ce soit , et qu'approchant de l'autre
bout de cette corde le tuyau rendu électrique
, la vertu se continuoit tout le
long de la corde , et la boule d'yvoire
qui en étoit placée à une si grande distance
, attiroit et repoussoit les feuilles
de métail qu'on en approchoit. Le visage
d'un enfant suspendu sur deux cordes ,
devenoit électrique lorsqu'on approchoit
le Tuyau de ses pieds ; nous ne rappor
tons que ces deux exemples de l'Extrait
M. D. donne de cet Ouvrage , mais que
il exhorte de le lire en entier , et il avertit
qu'on y trouvera une infinité de choses
des plus curieuses et des plus singu
lieres.
11. Vol.
E * Après
1352 MERCURE DE FRANCE
Après avoir fait cette histoire abregée
des progrès des découvertes faites sur
l'Electricité , M. Dufey donne une idée
du plan qu'il se propose de suivre , il le
divise en cinq parties , dont voici à peu
près l'énoncé .
1º. Si tous les corps sont susceptibles
de l'Electricité par eux- mêmes, et si cette
proprieté n'est point commune à toute
la matiere. 2 ° . Si tous les corps le peuvent
devenir par communication , c'està-
dire , par l'attouchement ou la seule
approche du corps électrique . 3 ° . Quels
sont les corps qui peuvent favoriser ou
interrompre la transmission des écoule
mens électriques ? 4. Quels sont les
changemens que peuvent apporter à l'E
lectricité la tempérance de l'air , le plein
ou le vuide et les autres circonstances
phisiques ? 5. Enfin quel rapport il y
a entre l'Electricité et la vertu qu'ont
la plupart des corps électriques , de rendre
de la lumiere dans l'obscurité.
M. Dufey n'a pû lire que la premiere
partie de cette division , et il a rapporté
que tous les cops qui jusques à present
n'avoient pû devenir électriques , l'étoient
devenus entre ses mains ; tous les marbres
, par exemple , les agathes , les jaspes
, les pierres les plus communes , les
11. Vol.
JUIN. 1733: 1353
os , l'yvoite , l'écaille , les coquilles , les
sels , les bois de toute espece , enfin tout,
à la réserve des métaux , a été rendu électrique
il ne faut pour y parvenir que
chauffer plus ou moins ces différens corps
et les frotter ensuite ; il ne dit pas pour
cela que les métaux ne puissent pas le devenir,
mais il n'y est point encore parvenu ;
il compare cette géneralisation de l'Electricité
à celle qu'il découvrit il y a quelques
années sur les Phosphores ; il trouva
que tous les corps étoient aussi propres
à le devenir que la Pierre de Boulogne ;
aujourd'hui ils sont tous susceptibles d'électricité
, peut- être y a- t'il dans la matiere
une infinité de proprietez aussi générales,
que les temps et les expériences
nous découvriront un jour. M. Dufey
promet de donner incessamment la suite
de cet Ouvrage , suivant le plan que
nous venons de rapporter.
derniere Assemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences , par M. Dufey,
Extrait.
'Académicien commence par donner
la définition de l'Electricité , et fait
ensuite l'Histoire abregée des progrès
qui ont été faits sur cette matiere depuis
que cette propriété a été reconnue dans
quelques Corps. Après cette exposition
il donne une idée du plan qu'il se propose
de suivre , et après avoir rapporté
plusieurs experiences qu'il a faites sur ce
sujet ; la fin de l'Assemblée ne lui a pas
II. Vol. permis
JUIN. 1733 1349 .
permis d'achever le premier article qu'il
s'étoit proposé de lire.
L'Electricité est la proprieté qu'ont
certaines matieres d'attirer la paille et
tous les corps legers ; l'Ambre , le Jayet,
la Cire d'Espagne , sont connus depuis
long-temps pour avoir cette vertu ; M.D.
donne un Extrait de ce qu'ont rapporté
sur cette matiere les Auteurs qui l'ont
traitée avec le plus de soin . Gilbert a
beaucoup augmenté le nombre des corps.
Electriques , la plupart des Pierres précieuses
le sont devenues entre ses mains ;
Ottodeguerike rapporte dans le Livre
des Experiences de Magdebourg plu
sieurs faits très - singuliers sur l'Electricité
d'une boule de souffre , on y trouve
même l'origine et la base des Experiences
qui ont été faites en Angleterre depuis
plusieurs années. Boyle a . encore beaucoup
augmenté les connoissances que l'on
avoit sur cette matiere ; il a rendu élec
triques plusieurs corps qui n'avoient pû
le devenir jusques - là ; ces recherches parurent
ensuite abandonnées pendant trèslong-
temps , et jusques à ce que M.Hauk
bée imagina plusieurs Experiences dont
nous allons rapporter en peu de mots
quelques-unes , des plus singulieres.
Un tuyau de verre blanc , gros d'un
II. Vol.
pouce
1350 MERCURE DE FRANCE
pouce ou environ , et frotté avec la main
du papier , de la laine , ou toute autre
matiere semblable , attire et repousse tous
les corps legers , et cela à la distance d'un
pied et plus , cette Experience se voit
mieux avec les feuilles de métail qu'avec
toute autre chose , on les voit s'élever
et s'abaisser avec rapidité et faire divers
mouvemens très singuliers.
M. Hauksbée a fait d'autres Experiences
très- extraordinaires avec un Globe
de verre tournant sur son axe avec rapidité
, on tient la main sur ce Globe
pendant qu'il tourne , afin de le frotter
et d'exciter son électricité , on voit alors
des fils que l'on avoit précédemment attachez
à un cercle de fer distant de ce
Globe d'environ un pied ; on voit, dis- je,
ces fils se diriger en rayons vers le centre
du Globe ; et si l'on a introduit dans le
Globe de pareils fils par le moyen d'un
axe , ils prennent une direction contraire
et se disposent en forme de Soleil , en
tendant du centre à la circonférence , on
dérange l'ordre des fils du dehors en mettant
le doigt ou quelqu'autre corps au
dedans du Globe , et ceux du dedans en
mettant le doigt en dehors.
Si l'on fait dans l'obscurité ces Experiences
, tant du Globe , que du Tuyau ,
II. Vol. elles
JUIN. 1733. 1351
elles sont accompagnées d'une lumiere
très- vive , qui prend des formes différentes
, suivant qu'elles sont faites dans le
vuide ou dans le plein. Il y a plus de
vingt ans que ces Expériences ont été
publiées , et elles ont encore cessé d'être
suivies jusquà M. Gray , qui en a fait
de prodigieuses , et qui sont rapportées
dans les Transactions Philosophiques.
Pour nous en tenir à ce qu'il y a de plus
surprenant , nous dirons seulement qu'il
a étendu une corde de 850. pieds de long,
qu'il a attaché à l'un des bouts une
boule d'yvoire ou tel autre corps que
ce soit , et qu'approchant de l'autre
bout de cette corde le tuyau rendu électrique
, la vertu se continuoit tout le
long de la corde , et la boule d'yvoire
qui en étoit placée à une si grande distance
, attiroit et repoussoit les feuilles
de métail qu'on en approchoit. Le visage
d'un enfant suspendu sur deux cordes ,
devenoit électrique lorsqu'on approchoit
le Tuyau de ses pieds ; nous ne rappor
tons que ces deux exemples de l'Extrait
M. D. donne de cet Ouvrage , mais que
il exhorte de le lire en entier , et il avertit
qu'on y trouvera une infinité de choses
des plus curieuses et des plus singu
lieres.
11. Vol.
E * Après
1352 MERCURE DE FRANCE
Après avoir fait cette histoire abregée
des progrès des découvertes faites sur
l'Electricité , M. Dufey donne une idée
du plan qu'il se propose de suivre , il le
divise en cinq parties , dont voici à peu
près l'énoncé .
1º. Si tous les corps sont susceptibles
de l'Electricité par eux- mêmes, et si cette
proprieté n'est point commune à toute
la matiere. 2 ° . Si tous les corps le peuvent
devenir par communication , c'està-
dire , par l'attouchement ou la seule
approche du corps électrique . 3 ° . Quels
sont les corps qui peuvent favoriser ou
interrompre la transmission des écoule
mens électriques ? 4. Quels sont les
changemens que peuvent apporter à l'E
lectricité la tempérance de l'air , le plein
ou le vuide et les autres circonstances
phisiques ? 5. Enfin quel rapport il y
a entre l'Electricité et la vertu qu'ont
la plupart des corps électriques , de rendre
de la lumiere dans l'obscurité.
M. Dufey n'a pû lire que la premiere
partie de cette division , et il a rapporté
que tous les cops qui jusques à present
n'avoient pû devenir électriques , l'étoient
devenus entre ses mains ; tous les marbres
, par exemple , les agathes , les jaspes
, les pierres les plus communes , les
11. Vol.
JUIN. 1733: 1353
os , l'yvoite , l'écaille , les coquilles , les
sels , les bois de toute espece , enfin tout,
à la réserve des métaux , a été rendu électrique
il ne faut pour y parvenir que
chauffer plus ou moins ces différens corps
et les frotter ensuite ; il ne dit pas pour
cela que les métaux ne puissent pas le devenir,
mais il n'y est point encore parvenu ;
il compare cette géneralisation de l'Electricité
à celle qu'il découvrit il y a quelques
années sur les Phosphores ; il trouva
que tous les corps étoient aussi propres
à le devenir que la Pierre de Boulogne ;
aujourd'hui ils sont tous susceptibles d'électricité
, peut- être y a- t'il dans la matiere
une infinité de proprietez aussi générales,
que les temps et les expériences
nous découvriront un jour. M. Dufey
promet de donner incessamment la suite
de cet Ouvrage , suivant le plan que
nous venons de rapporter.
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Résumé : MEMOIRE sur l'Electricité, lû à la derniere Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, par M. Dufey, Extrait.
Le mémoire de M. Dufey, présenté à l'Académie Royale des Sciences, traite de l'électricité, définie comme la propriété de certaines matières d'attirer des corps légers. Des exemples incluent l'ambre, le jais et la cire d'Espagne. L'auteur retrace brièvement l'histoire des progrès réalisés dans ce domaine, citant des contributions notables de Gilbert, Ottodeguerike et Boyle. Après une période de stagnation, M. Hauksbée a mené des expériences marquantes avec des tubes et des globes de verre, observant des phénomènes électriques et lumineux. M. Dufey mentionne également les travaux de M. Gray, qui a démontré la transmission de l'électricité sur une corde de 850 pieds. Il expose ensuite son plan pour un ouvrage en cinq parties, couvrant la susceptibilité des corps à l'électricité, la transmission des écoulements électriques, et les effets de diverses circonstances physiques. Lors de cette assemblée, M. Dufey a rapporté que tous les corps, à l'exception des métaux, peuvent devenir électriques par chauffage et frottement. Il compare cette découverte à ses précédentes recherches sur les phosphores et promet de publier la suite de son ouvrage.
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2477
p. 1356-1371
SEANCE PUBLIQUE de l'Académie Royale de Chirurgie.
Début :
Le 2. Juin, premier Mardy d'après la Trinité, l'Académie Royale de [...]
Mots clefs :
Académie royale de chirurgie, Chirurgie, Malade, Pierre, Mémoire, Pouce, Observations, Sentir, Douleur, Prix, Poitrine, Signes, Panaris, M. Morand, Rupture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCE PUBLIQUE de l'Académie Royale de Chirurgie.
SEANCE PUBLIQUE de l'Académie
Royale de Chirurgie.
LE
E 2. Juin , premier Mardy d'après
la Trinité , l'Académie Royale de
Chirurgie , tint son Assemblée publique
dans la grande Salle de S. Côme. M. de
la Peyronie , dont le zele s'étend sur tout
ce qui peut contribuer au soutien d'un
établissement si utile , se rendit à Paris
pour présider à cette Assemblée.
M. Morand, Secretaire de l'Académie,
commença par instruire le Public de
quelques changemens arrivez depuis la
Séance publique de 1732. dont on a rendu
compte dans le temps.
Au mois de Septembre dernier , M. Le
Gendre, Premier Chirurgien du Roi d'Espagne
, et un des plus anciens Maîtres
de Paris , fut nommé par Sa Majesté , à
la place d'Académicien libre.
Vers ce même temps , l'Académie se
proposant de composer une Classe d'Associez
étrangers , conformément à l'Article
XII. de son Reglement , commença
par élire Mrs Cheselden et Belair , qui
furent agréez par S. M.
II. Vol.
M :
JUIN. 1733 . 1357
M. Cheselden est Premier Chirur
gien de la Reine d'Angleterre et de l'Hôpital
de S. Thomas , Membre de la Societé
Royale de Londres , Correspondant
de l'Académie Royale des Sciences , et
connu par plusieurs Ouvrages d'Anatomie
et de Chirurgie.
M. Belair est Premier Chirurgien de
M. le Duc de Wirtemberg ; et c'est à șa
sollicitation que ce Prince a consenti
qu'on transportât en France un des principaux
ornemens de son Cabinet. Cette
Piece si curieuse est le fameux Foetus de
Wirtemberg , qui s'est conservé pendant
46. ans dans le ventre de sa mere .
M. Morand fit aussi part à l'Assemblée
de la Mort de M: Delon , Académicien
libre , qui s'étant depuis long- temps dévoüé
d'une maniere particuliere à l'ins
truction des Eleves en Chirurgie , a mérité
par son assiduité , par son zele et
par ses lumieres , les regrets de la Compagnie.
Il est mort le 18. Septembre 1732.
âgé de 75. ans . Sa place n'est point encore
remplie.
L'Académie a reçû 113. Memoires sur
la question proposée pour le Prix de
l'année derniere ; sçavoir, 95. dans le terme
prescript par le Programme , et 18 .
au commencement de 1733. Ces derniers
n'ont point été admis, E j
1.
1358 MERCURE DE FRANCE
Le Prix a été adjugé à la Picce N ° . 85 .
dont la Devise est Amica manu .
L'Académie , parmi les Pieces qui lui
ont été envoyées , en a trouvé deux
qui méritoient de concourir ; sçavoir , la
Piece N° . 63. dont la Devise est Catteus
offert , et un Memoire Latin , Nº . 44 •
qui avoit sous son cachet Henricus
Bassius , Med. Anat. et Chir. D. ac P. P.
in Academia Halensi.
Après la proclamation du Prix , M.Morand
lut l'Extrait de plusieurs Observations
très importantes sur les playes de
tête. On jugera aisément du mérite de
ces Observations par le nom seul de leur
Auteur. M.Mareschal ne pouvant se trouver
à cette Séance , les avoit envoyez à
M. Morand , pour en faire part à la
Compagnie.
Parmi ces faits , ceux qui ont paru les
plus interessants pour la pratique sont ,
1. l'Histoire d'une Demoiselle à qui
M. Mareschal appliqua douze Trépans, il
y a environ 28. ans , et qui depuis a
toujours joui d'une bonne santé .
2º. Une Hémoragie fort considerable
par le diploé , dans l'opération du Trépan.
3°. Une espece de Hernie de la duremere
et du cerveau sous une cicatrice
parfaite d'une playe de tête , Hernie qui
II. Vol. fut
JUIN. 1733. 1359
!
fut contenue par un point d'appui , sans
lequel le malade souffroit de grandes
incommoditez .
5. Un Trépan fait à l'occasion d'une
douleur de tête que rien n'avoit soulagée,
et par lequel cette douleur fut radicalement
guérie.
6º. Une bale perdue dans le cerveau
d'un homme guéri de sa blessure et mort
subitement un an après.
L'Extrait de ces Observations fut terminé
par celui des Remarques de M. Mareschal
sur les abscès au foye, qui arrivent
à la suite des playes de tête.
M. de la Peyronie lut ensuite un Mémoire
sur la rupture des muscles et des
tendons. Le cours de la pratique lui a
offert un si grand nombre d'exemples de
pareilles ruptures, qu'il est surpris que les
Anciens n'ayent presque fait aucune mention
de ces sortes de maladies , et que
le peu de faits rapportez à ce sujet par
les Modernes , aye souffert tant de contradictions.
Passant de- là aux différens
simptômes des ruptures complettes , il
fait observer ce qui les peut principalement
caracterisers et après avoir fait sentir
les différens degrez de difficulté qu'oposent
à la réunion la différente solidité
des parties et la rigidité ou la du-
II. Vol. Ey reté
1360 MERCURE DE FRANCE
reté que l'âge leur donne , il démontre
que la rupture complette , soit des muscles
, soit des tendons , est moins dangereuse
, et en même tems plus facile à
guérir que la rupture incomplette.
Pour prouver ce qu'il avance ,
il choisit
entre plusieurs Observations , les deux
suivantes .
›
Un homme âgé de 81. an , étant tombé
du haut jusques en bas d'un escalier
de sept à huit marches , s'apperçur en se
relevant , que sa jambe droite , à laquelle
il ne sentoit cependant aucune douleur ,
ne pouvoit le soutenir. La foiblesse de
cette jambe avoit pour cause la rupture
du tendon des muscles extenseurs
environ un pouce au- dessus de son attache
à la rotule. On appliqua un appareil
propre à raprocher et à réunir les
bours du tendon rompu , et six semaines
après le Malade fut en état de se soutenir
fermement sur sa jambe et de mar.
cher comme à son ordinaire."
Un autre fait des plus singuliers vient
à l'appui du premier , et justifie qu'il en
est de la rupture complette des muscles
comme de celle des tendons . En effet on
voit que le muscle fléchisseur du pouce,
non- seulement a été complettement déchiré
, mais qu'il a même été arraché et
11. Vol.
cn2
1361
JUI N. 1733 .
entierement séparé du corps avec la derniere
phalange du pouce , sans qu'à la
suite d'une telle blessure il soit survenu
le moindre accident.
A ces Observations M, de la Peyronie
ajouta la méthode particuliere qu'il a suivie
pour les pansemens , et les conséquences
qui en résultent pour la pratique , ont été
regardées comme autant de préceptes dont
cet illustre Chirurgien enrichit son Arr.
Une matiere bien importante fait le
sujet du troisiéme Mémoire . Il s'agit d'éviter
l'erreur dans un cas fort équivoque,
et dans lequel les méprises peuvent avoir
de très-funestes suites. Voici l'Exposé
qu'en fait M. Peit , le pere , Directeur
de l'Académie,
Si le foye et la vessicule du fiel sont
attaquez d'une inflammation , dont les
simptômes se soutiennent et augmentent
jusqu'au tems qu'on nomme l'Etat , alors
cette inflammation peut se terminer ou
par résolution ou par suppuration . Si elle
suppure , la douleur et la fievre diminuëront
, le Malade aura des frissons irréguliers
, il s'élevera une tumeur à l'hipqcondre
droit , cette tumeur deviendra
molle et la fluctuation , c'est-à- dire le
flot du pus qu'elle renferme , se fera sentir
en la touchant, Ce sont- là autant de
II. Vol.
signes E vi
1362 MERCURE DE FRANCE
signes qui semblent indiquer la nécessité
absoluë de faire l'ouverture ; cependant
M. Petit exige qu'avant d'ouvrir
on se rappelle bien tout ce qui s'est passé
pendant le cours de la maladie , et qu'on
examine chaque simptôme avec l'exactitu
de la plus scrupuleuse ,parce que toutes ces
apparences d'abscés peuvent se rencontrer,
quoique l'inflammation se soit terminée
par résolution .
La bile , dit- il , qui pendant le fort
de l'inflammation , ne se filtroit point au
foye, commence de s'y séparer si - tôt que
la résolution a suffisamment dégagé les
glandes de ce viscere ; mais si la résolution
n'est pas assez avancée pour que
le canal colidoque soit débouché , la bile
qui entrera dans la vessicule du fiel , ne
pourra s'écouler ; elle remplira cette vessicule
et s'y accumulera au point qu'elle
formera sous l'hipocondre droit une tumeur
avec fluctuation sensible ; ce qui
joint à des frissons irréguliers , à la diminution
de la fievre et de la douleur
donnera des signes semblables à ceux de
l'abscès.
Quel parti prendre dans un cas semblable
? Risquera t'on d'ouvrir la vesicule
du fiel , croyant faire ouverture
d'un abscès , ou laissera- t'on périr un Ma-
II. Vol lade
JUIN . 1733 . 1263
lade de l'abscès , dans la crainte d'ouvrir
la vessicule du fiel ? Mais M. Petit ne se
contente pas de faire sentir tout le danger
de l'équivoque , il fournit les moyens
de se garantir de l'erreur. Il fait d'abord
observer que si la diminution de la fievre
et celle de la douleur , sont des signes
de la résolution commencée et de la supuration
faite , il y a cependant quelque
différence dans la maniere dont cette
diminution arrive. Il fait voir de même
que les frissons irréguliers ont des
caracteres qui les distinguent ; il remarque.
enfin des différences notables
dans la façon dont la tumeur se manifeste
, et sur tout dans la maniere dont la
fluctuation s'y fait sentir.
4 Le détail de ces différences nous meneroit
trop loin. Au reste tout ceci n'est
fondé que sur plusieurs observations qui
prouvent évidemment que si dans le cas
dont il s'agit , la ressemblance des simptômes
peut en imposer , une comparaison
exacte peut y faire reconnoître des
différences , à la verité difficiles à saisir
d'abord , mais cependant suffisantes pour
fonder un juste discernement.
Le quatrième Mémoire a pour sujet le
Panaris. M. Malaval , Vice- Directeur , y
rapporte trois Observations d'autant plus
11. Vol.
impor1364
MERCURE DE FRANCE
importantes pour le Public , qu'elles peuvent
le désabuser des préjugez qu'il y a sur
cette maladie. Peu de gens regardent le
Panaris comme un mal d'aussi grande im
portance qu'il l'est en effet , et la plupart
ou le négligent dans ses commencemens,
ou se servent avec une confiance aveugle
de tous les remedes que peuvent ins
pirer le caprice , l'ignorance et la supercherie.
La premiere Observation offre le triste
exemple d'une femme, qui, attaquée d'un
Panaris à la suite d'une piquure au doigt
indicateur ; et ne pouvant se résoudre
à souffrir les opérations nécessaires , livra
sa confiance à des empiriques . Dans
l'espace d'environ 25. jours , le mal augmenta
si considérablement, que la main,
l'avant- bras et le bras , étant tombez successivement
en gangréne , la Malade mou
rut victime de sa répugnance pour les
secours de la Chirurgie.
La seconde Observation montre au
contraire jusqu'où vont les ressources de
l'Art pour la guérison de ces maux , lors
même qu'ils sont portez à leur plus haut
degré . Tel est le Panaris dont il est fait
mention dans cette seconde Observation.
Ce Panaris négligé pendant trois jours ,
fit tout- à-coup des progrès si rapides ,
II. Vol.
qu'en
JUIN. 1732. 1365
qu'en une seule nuit la gangréne se manifesta
au pouce , et que peu après il se
forma successivement à la main et à l'avant-
bras , trois dépôts des plus considérables
. M. Malaval , non-seulement sauva
les jours du Malade , mais réussit même
à lui conserver le pouce et la liberté
du mouvement de ses doigts.
La troisiéme Observation prouve enfin
que les secours de la Chirurgie ,
lorsqu'on a la précaution d'y recourir
de bonne heure , sont encore plus
efficaces pour prévenir les suites de ces
maux.
Le cinquiéme Mémoire est de M. Ledran,
Secretaire chargé des correspondances
de l'Académie. Appellé par un Malade
attaqué de la pierre pour la troisiéme
fois , il lui fit l'opération de la taille ;
mais n'ayant pû trouver la pierre , il cessa
bien-tôt de fatiguer le Malade , mit
une canule dans la playe , et au bout de
quelques jours , commença à faire des
injections émollientes dans la vessie . Par
la suite , au moyen d'une sonde à femme ,
il toucha plusieurs fois la pierre , mais
dans un point d'une fort petite étenduë
et constamment au même endroit ; c'étoit
du côté gauche et en tournant vers le
rectum , le bout de la sonde qu'on sçait
•
être un peu courbée.
1366 MERCURE DE FRANCE
La fixité de la pierre sembloit indiquer
qu'elle étoit enkistée , et le lieu qu'elle
affectoit fit présumer à M. Ledran qu'el
le étoit retenue dans l'urethére. Il abandonna
à la Nature le soin de l'en dégager
, et six semaines après l'opération ,
ayant touché pour la premiere fois la
pierre avec une sonde droite , il jugea
qu'elle ne se faisoit ainsi sentir , que parce
qu'elle avoit changé de place , n'étant
plus retenue dans l'espece de châton où
elle étoit d'abord fixée. Il crut alors pouvoir
sans danger en tenter l'extraction
et il la tira en effet sans aucune résistance.
La pierre avoit deux pouces de
longueur , étoit fort menue par l'extrémité
qui fut saisie avec la tenette , et
avoit à peu près par l'autre bout la
seur du pouce. Cette figure prouve assez
le danger qu'il y auroit d'arracher une
pareille pierre , avant que son châton fût
ramoli ou détruit par la suppuration.
gros-
M. Ledran finit par un détail de ce
que le Malade sentoit avant l'opération ;
et cet habile Lithotomiste propose ces différentes
circonstances , comme autant de
signes qui du moins suffisent pour faire
soupçonner que la pierre est ainsi engagée
.
L'Observation suivante fait honneur
II. Vol. a
JUIN.
1367 1733 .
au génie et à l'invention du Chirurgien
qui l'a fournie .
I un
Un homme âgé de 23. ans , ayant reçû
violent coup de couteau sur la partie
antérieure de la quatriéme des vrayes
côtes, fut pansé très-simplement pendant
les trois premiers jours ; mais une toux
extraordinaire et un crachement de sang
abondant étant survenus , on eut recours
à M. Gerard. Il reconnut que ces accidens
dépendoient de la présence d'une portion
de la lame du couteau qui traversoit
la côte , et dont la pointe excedoit
d'environ six lignes dans la cavité de la
poitrine.
Ce corps étranger débordoit si peu
l'extérieur de la côte , et y étoit tellement
fixé , qu'il ne fut pas possible de
le tirer avec différentes pincettes ou tenailles
, ni même de l'ébranler au moyen
des ciseaux et du marteau de plomb ; et
quoique dans un cas aussi pressant , il
semble qu'on n'eut d'autre parti à prendre
que celui de scier ou de couper la
côte, M. Gérard crut , avant d'en venir à
cette extrémité , devoir tenter de dégager
le corps étranger , en le
dedans en dehors.
poussant de
Dans ce dessein , il alla choisir un dé
dont les Tailleurs se servent pour coudre.
11. Vol. Il
1368 MERCURE DE FRANCE
Il en prit par préférence un de fer , un
peu épais et fermé par le bout ; il y fit
creuser une petite goutiere pour y mieux
fixer la pointe du couteau , et ayant suffisamment
assujetti ce dé sur son doigt
index , il porta ce doigt ainsi armé dans
la cavité de la poitrine , et réussit par
ce moyen à chasser le morceau du couteau
, en le poussant avec force de de
dans en dehors .
Ayant tire le corps étranger , il quitta
le dé et remit l'index à nud dans la poitrine
, pour examiner si le couteau >
en
traversant la côte , ne l'auroit point fait
éclater en dedans . Il trouva un éclat capable
de piquer , et qui tenoit trop fortement
au corps de la côte pour qu'on
pût l'en séparer entierement . Il prit donc
parti de l'en rapprocher , et pour le
tenir au niveau de la côte , il se servit
du doigt qui étoit dans la poitrine, pour
conduire une aiguille courbe , enfilée
d'un fil ciré. Il fit sortir cette aiguille
au-dessus de la côte,qui par ce moyen se
trouva embrassée par le fil, vers l'endroit
de l'éclat. Il lia ce fil en dehors de la
poitrine sur une compresse épaisse d'un
pouce , et serra assez le noeud pour appliquer
exactement,et remettre au niveau,
l'esquille saillante.
11. Vel . Au
JUIN. 1733. 1369
On sent aisément que l'effet d'une manoeuvre
aussi ingénieuse , a dû être nonseulement
la cessation des accidens , mais
encore une prompte guérison..
par
M. Arnauld , le fils , termina la Séance
la lecture d'un Mémoire contenant
une Dissertation sur les Hermaphrodites.
Une operation qu'il a faite à une de ces
personnes en qui les parties qui sont propres
à chaque sexe , semblent réunies, lui a
fourni l'occasion de cette Dissertation .
Il établit d'abord les différentes especes
, parcourt sur chacune les faits les
plus intéressants que nous ayent transmis
les Auteurs ; et sans nier expressément
la possibilité des vrais Hermaphrodites
, ce qu'on ne peut faire sans intéresser
la réputation d'un nombre
grand
d'Ecrivains respectables , il fait sentir
combien il est facile de se méprendre
dans certains cas. M. Arnault ne traite
pas seulement la matiere de facon à contenter
la curiosité ; on trouve dans son
Mémoire plusieurs choses dont la connoissance
est très- necessaire à un Chirurgien
, soit pour instruire les Juges
lorsqu'il s'agit de constater l'état de ceux
dont les parties défigurées déguisent en
quelque façon le sexe , soit lorsqu'il est
question de remédier à ces difformitez
des opérations de Chirurgie.
par
1370 MERCURE DE FRANC
La lecture de ces differens Mémoires P
rut satisfaire beaucoup l'Assemblée . No
venons d'apprendre que le Memoire qu
a remporté le Prix , est de M. Medalon
ancien Directeur de la Societé de Arts
et Associé libre dans la distribution d
l'Anatomie . Il vient de dédier cet Ou
vrage à l'Académie par une Lettre aus
pleine de sentimens que de poli ese
On voit par cette Lettre que M.Medalon
redevable aux Chirurgiens de S. Côn
de tout ce qu'il sçait en Chirurgie , pro
fite de cette occasion pour leur donner
un témoignage public de sa reconnois
sance.
Nous avons cru qu'on verroit ici avec
plaisir l'Estampe gravée de la Médaille
frappée en or pour le Prix.
Elle a pour sujet l'établissement de l'Académie
de Chirurgie . On voit d'un
côté le Portrait de Louis XV . avec la
Légende ordinaire , et sur le revers , ce
Prince est représenté sous la figure d'un
jeune Apollon , ayant près de lui , d'un
côté tous les simboles de la Théorie , de
la Chirurgie , et de l'autre les principaux
instrumens qui en caracterisent la prati
que. Il semble dicter à Minerve Hygiea ,
Déesse de la Santé , des Remarques sur
T'une et l'autre partie de cet Art. La Légende
est Apollo salutaris.
BoulodgAenle.
APOLLO
SOCIETAS
ACADEMICA
CHIRURG
PARISTENS,
M.DCCXXXI
SALUTARIS
Simonneau Sculp.
rs ,
m
3
9
P
PP
ม
JUIN.
1733. 1371
Les Anciens regardoient Apollon com-
1e le Dieu de la Médecine, aussi - bien que
omme celui de la Poësie ; et c'est en cette
ualité qu'il est nommé Apollo salutaris ,
ans plusieurs Monumens, et sur quantité
le Médailles d'Empereurs Romains deuis
Auguste jusqu'à Posthume , qui rena
particulierement dans les Gaules.
On lit dans l'Exergue : Societas Acadénica
Chirurgorum Parisiensium M.DCC XXXI .
• Nous avons annoncé
annoncé depuis plufieurs
mois , le sujet du Prix pour cette
année . L'Académie demande , Quels sont,
suivant les differens cas , les avantages et
les inconveniens de l'usage des Tentes et
autres Dilatans,
Les Memoires seront reçus francs de
port , jusqu'au dernier Décembre inclusivement.
On les adressera à M. Morand,
Secretaire de l'Académie.
Royale de Chirurgie.
LE
E 2. Juin , premier Mardy d'après
la Trinité , l'Académie Royale de
Chirurgie , tint son Assemblée publique
dans la grande Salle de S. Côme. M. de
la Peyronie , dont le zele s'étend sur tout
ce qui peut contribuer au soutien d'un
établissement si utile , se rendit à Paris
pour présider à cette Assemblée.
M. Morand, Secretaire de l'Académie,
commença par instruire le Public de
quelques changemens arrivez depuis la
Séance publique de 1732. dont on a rendu
compte dans le temps.
Au mois de Septembre dernier , M. Le
Gendre, Premier Chirurgien du Roi d'Espagne
, et un des plus anciens Maîtres
de Paris , fut nommé par Sa Majesté , à
la place d'Académicien libre.
Vers ce même temps , l'Académie se
proposant de composer une Classe d'Associez
étrangers , conformément à l'Article
XII. de son Reglement , commença
par élire Mrs Cheselden et Belair , qui
furent agréez par S. M.
II. Vol.
M :
JUIN. 1733 . 1357
M. Cheselden est Premier Chirur
gien de la Reine d'Angleterre et de l'Hôpital
de S. Thomas , Membre de la Societé
Royale de Londres , Correspondant
de l'Académie Royale des Sciences , et
connu par plusieurs Ouvrages d'Anatomie
et de Chirurgie.
M. Belair est Premier Chirurgien de
M. le Duc de Wirtemberg ; et c'est à șa
sollicitation que ce Prince a consenti
qu'on transportât en France un des principaux
ornemens de son Cabinet. Cette
Piece si curieuse est le fameux Foetus de
Wirtemberg , qui s'est conservé pendant
46. ans dans le ventre de sa mere .
M. Morand fit aussi part à l'Assemblée
de la Mort de M: Delon , Académicien
libre , qui s'étant depuis long- temps dévoüé
d'une maniere particuliere à l'ins
truction des Eleves en Chirurgie , a mérité
par son assiduité , par son zele et
par ses lumieres , les regrets de la Compagnie.
Il est mort le 18. Septembre 1732.
âgé de 75. ans . Sa place n'est point encore
remplie.
L'Académie a reçû 113. Memoires sur
la question proposée pour le Prix de
l'année derniere ; sçavoir, 95. dans le terme
prescript par le Programme , et 18 .
au commencement de 1733. Ces derniers
n'ont point été admis, E j
1.
1358 MERCURE DE FRANCE
Le Prix a été adjugé à la Picce N ° . 85 .
dont la Devise est Amica manu .
L'Académie , parmi les Pieces qui lui
ont été envoyées , en a trouvé deux
qui méritoient de concourir ; sçavoir , la
Piece N° . 63. dont la Devise est Catteus
offert , et un Memoire Latin , Nº . 44 •
qui avoit sous son cachet Henricus
Bassius , Med. Anat. et Chir. D. ac P. P.
in Academia Halensi.
Après la proclamation du Prix , M.Morand
lut l'Extrait de plusieurs Observations
très importantes sur les playes de
tête. On jugera aisément du mérite de
ces Observations par le nom seul de leur
Auteur. M.Mareschal ne pouvant se trouver
à cette Séance , les avoit envoyez à
M. Morand , pour en faire part à la
Compagnie.
Parmi ces faits , ceux qui ont paru les
plus interessants pour la pratique sont ,
1. l'Histoire d'une Demoiselle à qui
M. Mareschal appliqua douze Trépans, il
y a environ 28. ans , et qui depuis a
toujours joui d'une bonne santé .
2º. Une Hémoragie fort considerable
par le diploé , dans l'opération du Trépan.
3°. Une espece de Hernie de la duremere
et du cerveau sous une cicatrice
parfaite d'une playe de tête , Hernie qui
II. Vol. fut
JUIN. 1733. 1359
!
fut contenue par un point d'appui , sans
lequel le malade souffroit de grandes
incommoditez .
5. Un Trépan fait à l'occasion d'une
douleur de tête que rien n'avoit soulagée,
et par lequel cette douleur fut radicalement
guérie.
6º. Une bale perdue dans le cerveau
d'un homme guéri de sa blessure et mort
subitement un an après.
L'Extrait de ces Observations fut terminé
par celui des Remarques de M. Mareschal
sur les abscès au foye, qui arrivent
à la suite des playes de tête.
M. de la Peyronie lut ensuite un Mémoire
sur la rupture des muscles et des
tendons. Le cours de la pratique lui a
offert un si grand nombre d'exemples de
pareilles ruptures, qu'il est surpris que les
Anciens n'ayent presque fait aucune mention
de ces sortes de maladies , et que
le peu de faits rapportez à ce sujet par
les Modernes , aye souffert tant de contradictions.
Passant de- là aux différens
simptômes des ruptures complettes , il
fait observer ce qui les peut principalement
caracterisers et après avoir fait sentir
les différens degrez de difficulté qu'oposent
à la réunion la différente solidité
des parties et la rigidité ou la du-
II. Vol. Ey reté
1360 MERCURE DE FRANCE
reté que l'âge leur donne , il démontre
que la rupture complette , soit des muscles
, soit des tendons , est moins dangereuse
, et en même tems plus facile à
guérir que la rupture incomplette.
Pour prouver ce qu'il avance ,
il choisit
entre plusieurs Observations , les deux
suivantes .
›
Un homme âgé de 81. an , étant tombé
du haut jusques en bas d'un escalier
de sept à huit marches , s'apperçur en se
relevant , que sa jambe droite , à laquelle
il ne sentoit cependant aucune douleur ,
ne pouvoit le soutenir. La foiblesse de
cette jambe avoit pour cause la rupture
du tendon des muscles extenseurs
environ un pouce au- dessus de son attache
à la rotule. On appliqua un appareil
propre à raprocher et à réunir les
bours du tendon rompu , et six semaines
après le Malade fut en état de se soutenir
fermement sur sa jambe et de mar.
cher comme à son ordinaire."
Un autre fait des plus singuliers vient
à l'appui du premier , et justifie qu'il en
est de la rupture complette des muscles
comme de celle des tendons . En effet on
voit que le muscle fléchisseur du pouce,
non- seulement a été complettement déchiré
, mais qu'il a même été arraché et
11. Vol.
cn2
1361
JUI N. 1733 .
entierement séparé du corps avec la derniere
phalange du pouce , sans qu'à la
suite d'une telle blessure il soit survenu
le moindre accident.
A ces Observations M, de la Peyronie
ajouta la méthode particuliere qu'il a suivie
pour les pansemens , et les conséquences
qui en résultent pour la pratique , ont été
regardées comme autant de préceptes dont
cet illustre Chirurgien enrichit son Arr.
Une matiere bien importante fait le
sujet du troisiéme Mémoire . Il s'agit d'éviter
l'erreur dans un cas fort équivoque,
et dans lequel les méprises peuvent avoir
de très-funestes suites. Voici l'Exposé
qu'en fait M. Peit , le pere , Directeur
de l'Académie,
Si le foye et la vessicule du fiel sont
attaquez d'une inflammation , dont les
simptômes se soutiennent et augmentent
jusqu'au tems qu'on nomme l'Etat , alors
cette inflammation peut se terminer ou
par résolution ou par suppuration . Si elle
suppure , la douleur et la fievre diminuëront
, le Malade aura des frissons irréguliers
, il s'élevera une tumeur à l'hipqcondre
droit , cette tumeur deviendra
molle et la fluctuation , c'est-à- dire le
flot du pus qu'elle renferme , se fera sentir
en la touchant, Ce sont- là autant de
II. Vol.
signes E vi
1362 MERCURE DE FRANCE
signes qui semblent indiquer la nécessité
absoluë de faire l'ouverture ; cependant
M. Petit exige qu'avant d'ouvrir
on se rappelle bien tout ce qui s'est passé
pendant le cours de la maladie , et qu'on
examine chaque simptôme avec l'exactitu
de la plus scrupuleuse ,parce que toutes ces
apparences d'abscés peuvent se rencontrer,
quoique l'inflammation se soit terminée
par résolution .
La bile , dit- il , qui pendant le fort
de l'inflammation , ne se filtroit point au
foye, commence de s'y séparer si - tôt que
la résolution a suffisamment dégagé les
glandes de ce viscere ; mais si la résolution
n'est pas assez avancée pour que
le canal colidoque soit débouché , la bile
qui entrera dans la vessicule du fiel , ne
pourra s'écouler ; elle remplira cette vessicule
et s'y accumulera au point qu'elle
formera sous l'hipocondre droit une tumeur
avec fluctuation sensible ; ce qui
joint à des frissons irréguliers , à la diminution
de la fievre et de la douleur
donnera des signes semblables à ceux de
l'abscès.
Quel parti prendre dans un cas semblable
? Risquera t'on d'ouvrir la vesicule
du fiel , croyant faire ouverture
d'un abscès , ou laissera- t'on périr un Ma-
II. Vol lade
JUIN . 1733 . 1263
lade de l'abscès , dans la crainte d'ouvrir
la vessicule du fiel ? Mais M. Petit ne se
contente pas de faire sentir tout le danger
de l'équivoque , il fournit les moyens
de se garantir de l'erreur. Il fait d'abord
observer que si la diminution de la fievre
et celle de la douleur , sont des signes
de la résolution commencée et de la supuration
faite , il y a cependant quelque
différence dans la maniere dont cette
diminution arrive. Il fait voir de même
que les frissons irréguliers ont des
caracteres qui les distinguent ; il remarque.
enfin des différences notables
dans la façon dont la tumeur se manifeste
, et sur tout dans la maniere dont la
fluctuation s'y fait sentir.
4 Le détail de ces différences nous meneroit
trop loin. Au reste tout ceci n'est
fondé que sur plusieurs observations qui
prouvent évidemment que si dans le cas
dont il s'agit , la ressemblance des simptômes
peut en imposer , une comparaison
exacte peut y faire reconnoître des
différences , à la verité difficiles à saisir
d'abord , mais cependant suffisantes pour
fonder un juste discernement.
Le quatrième Mémoire a pour sujet le
Panaris. M. Malaval , Vice- Directeur , y
rapporte trois Observations d'autant plus
11. Vol.
impor1364
MERCURE DE FRANCE
importantes pour le Public , qu'elles peuvent
le désabuser des préjugez qu'il y a sur
cette maladie. Peu de gens regardent le
Panaris comme un mal d'aussi grande im
portance qu'il l'est en effet , et la plupart
ou le négligent dans ses commencemens,
ou se servent avec une confiance aveugle
de tous les remedes que peuvent ins
pirer le caprice , l'ignorance et la supercherie.
La premiere Observation offre le triste
exemple d'une femme, qui, attaquée d'un
Panaris à la suite d'une piquure au doigt
indicateur ; et ne pouvant se résoudre
à souffrir les opérations nécessaires , livra
sa confiance à des empiriques . Dans
l'espace d'environ 25. jours , le mal augmenta
si considérablement, que la main,
l'avant- bras et le bras , étant tombez successivement
en gangréne , la Malade mou
rut victime de sa répugnance pour les
secours de la Chirurgie.
La seconde Observation montre au
contraire jusqu'où vont les ressources de
l'Art pour la guérison de ces maux , lors
même qu'ils sont portez à leur plus haut
degré . Tel est le Panaris dont il est fait
mention dans cette seconde Observation.
Ce Panaris négligé pendant trois jours ,
fit tout- à-coup des progrès si rapides ,
II. Vol.
qu'en
JUIN. 1732. 1365
qu'en une seule nuit la gangréne se manifesta
au pouce , et que peu après il se
forma successivement à la main et à l'avant-
bras , trois dépôts des plus considérables
. M. Malaval , non-seulement sauva
les jours du Malade , mais réussit même
à lui conserver le pouce et la liberté
du mouvement de ses doigts.
La troisiéme Observation prouve enfin
que les secours de la Chirurgie ,
lorsqu'on a la précaution d'y recourir
de bonne heure , sont encore plus
efficaces pour prévenir les suites de ces
maux.
Le cinquiéme Mémoire est de M. Ledran,
Secretaire chargé des correspondances
de l'Académie. Appellé par un Malade
attaqué de la pierre pour la troisiéme
fois , il lui fit l'opération de la taille ;
mais n'ayant pû trouver la pierre , il cessa
bien-tôt de fatiguer le Malade , mit
une canule dans la playe , et au bout de
quelques jours , commença à faire des
injections émollientes dans la vessie . Par
la suite , au moyen d'une sonde à femme ,
il toucha plusieurs fois la pierre , mais
dans un point d'une fort petite étenduë
et constamment au même endroit ; c'étoit
du côté gauche et en tournant vers le
rectum , le bout de la sonde qu'on sçait
•
être un peu courbée.
1366 MERCURE DE FRANCE
La fixité de la pierre sembloit indiquer
qu'elle étoit enkistée , et le lieu qu'elle
affectoit fit présumer à M. Ledran qu'el
le étoit retenue dans l'urethére. Il abandonna
à la Nature le soin de l'en dégager
, et six semaines après l'opération ,
ayant touché pour la premiere fois la
pierre avec une sonde droite , il jugea
qu'elle ne se faisoit ainsi sentir , que parce
qu'elle avoit changé de place , n'étant
plus retenue dans l'espece de châton où
elle étoit d'abord fixée. Il crut alors pouvoir
sans danger en tenter l'extraction
et il la tira en effet sans aucune résistance.
La pierre avoit deux pouces de
longueur , étoit fort menue par l'extrémité
qui fut saisie avec la tenette , et
avoit à peu près par l'autre bout la
seur du pouce. Cette figure prouve assez
le danger qu'il y auroit d'arracher une
pareille pierre , avant que son châton fût
ramoli ou détruit par la suppuration.
gros-
M. Ledran finit par un détail de ce
que le Malade sentoit avant l'opération ;
et cet habile Lithotomiste propose ces différentes
circonstances , comme autant de
signes qui du moins suffisent pour faire
soupçonner que la pierre est ainsi engagée
.
L'Observation suivante fait honneur
II. Vol. a
JUIN.
1367 1733 .
au génie et à l'invention du Chirurgien
qui l'a fournie .
I un
Un homme âgé de 23. ans , ayant reçû
violent coup de couteau sur la partie
antérieure de la quatriéme des vrayes
côtes, fut pansé très-simplement pendant
les trois premiers jours ; mais une toux
extraordinaire et un crachement de sang
abondant étant survenus , on eut recours
à M. Gerard. Il reconnut que ces accidens
dépendoient de la présence d'une portion
de la lame du couteau qui traversoit
la côte , et dont la pointe excedoit
d'environ six lignes dans la cavité de la
poitrine.
Ce corps étranger débordoit si peu
l'extérieur de la côte , et y étoit tellement
fixé , qu'il ne fut pas possible de
le tirer avec différentes pincettes ou tenailles
, ni même de l'ébranler au moyen
des ciseaux et du marteau de plomb ; et
quoique dans un cas aussi pressant , il
semble qu'on n'eut d'autre parti à prendre
que celui de scier ou de couper la
côte, M. Gérard crut , avant d'en venir à
cette extrémité , devoir tenter de dégager
le corps étranger , en le
dedans en dehors.
poussant de
Dans ce dessein , il alla choisir un dé
dont les Tailleurs se servent pour coudre.
11. Vol. Il
1368 MERCURE DE FRANCE
Il en prit par préférence un de fer , un
peu épais et fermé par le bout ; il y fit
creuser une petite goutiere pour y mieux
fixer la pointe du couteau , et ayant suffisamment
assujetti ce dé sur son doigt
index , il porta ce doigt ainsi armé dans
la cavité de la poitrine , et réussit par
ce moyen à chasser le morceau du couteau
, en le poussant avec force de de
dans en dehors .
Ayant tire le corps étranger , il quitta
le dé et remit l'index à nud dans la poitrine
, pour examiner si le couteau >
en
traversant la côte , ne l'auroit point fait
éclater en dedans . Il trouva un éclat capable
de piquer , et qui tenoit trop fortement
au corps de la côte pour qu'on
pût l'en séparer entierement . Il prit donc
parti de l'en rapprocher , et pour le
tenir au niveau de la côte , il se servit
du doigt qui étoit dans la poitrine, pour
conduire une aiguille courbe , enfilée
d'un fil ciré. Il fit sortir cette aiguille
au-dessus de la côte,qui par ce moyen se
trouva embrassée par le fil, vers l'endroit
de l'éclat. Il lia ce fil en dehors de la
poitrine sur une compresse épaisse d'un
pouce , et serra assez le noeud pour appliquer
exactement,et remettre au niveau,
l'esquille saillante.
11. Vel . Au
JUIN. 1733. 1369
On sent aisément que l'effet d'une manoeuvre
aussi ingénieuse , a dû être nonseulement
la cessation des accidens , mais
encore une prompte guérison..
par
M. Arnauld , le fils , termina la Séance
la lecture d'un Mémoire contenant
une Dissertation sur les Hermaphrodites.
Une operation qu'il a faite à une de ces
personnes en qui les parties qui sont propres
à chaque sexe , semblent réunies, lui a
fourni l'occasion de cette Dissertation .
Il établit d'abord les différentes especes
, parcourt sur chacune les faits les
plus intéressants que nous ayent transmis
les Auteurs ; et sans nier expressément
la possibilité des vrais Hermaphrodites
, ce qu'on ne peut faire sans intéresser
la réputation d'un nombre
grand
d'Ecrivains respectables , il fait sentir
combien il est facile de se méprendre
dans certains cas. M. Arnault ne traite
pas seulement la matiere de facon à contenter
la curiosité ; on trouve dans son
Mémoire plusieurs choses dont la connoissance
est très- necessaire à un Chirurgien
, soit pour instruire les Juges
lorsqu'il s'agit de constater l'état de ceux
dont les parties défigurées déguisent en
quelque façon le sexe , soit lorsqu'il est
question de remédier à ces difformitez
des opérations de Chirurgie.
par
1370 MERCURE DE FRANC
La lecture de ces differens Mémoires P
rut satisfaire beaucoup l'Assemblée . No
venons d'apprendre que le Memoire qu
a remporté le Prix , est de M. Medalon
ancien Directeur de la Societé de Arts
et Associé libre dans la distribution d
l'Anatomie . Il vient de dédier cet Ou
vrage à l'Académie par une Lettre aus
pleine de sentimens que de poli ese
On voit par cette Lettre que M.Medalon
redevable aux Chirurgiens de S. Côn
de tout ce qu'il sçait en Chirurgie , pro
fite de cette occasion pour leur donner
un témoignage public de sa reconnois
sance.
Nous avons cru qu'on verroit ici avec
plaisir l'Estampe gravée de la Médaille
frappée en or pour le Prix.
Elle a pour sujet l'établissement de l'Académie
de Chirurgie . On voit d'un
côté le Portrait de Louis XV . avec la
Légende ordinaire , et sur le revers , ce
Prince est représenté sous la figure d'un
jeune Apollon , ayant près de lui , d'un
côté tous les simboles de la Théorie , de
la Chirurgie , et de l'autre les principaux
instrumens qui en caracterisent la prati
que. Il semble dicter à Minerve Hygiea ,
Déesse de la Santé , des Remarques sur
T'une et l'autre partie de cet Art. La Légende
est Apollo salutaris.
BoulodgAenle.
APOLLO
SOCIETAS
ACADEMICA
CHIRURG
PARISTENS,
M.DCCXXXI
SALUTARIS
Simonneau Sculp.
rs ,
m
3
9
P
PP
ม
JUIN.
1733. 1371
Les Anciens regardoient Apollon com-
1e le Dieu de la Médecine, aussi - bien que
omme celui de la Poësie ; et c'est en cette
ualité qu'il est nommé Apollo salutaris ,
ans plusieurs Monumens, et sur quantité
le Médailles d'Empereurs Romains deuis
Auguste jusqu'à Posthume , qui rena
particulierement dans les Gaules.
On lit dans l'Exergue : Societas Acadénica
Chirurgorum Parisiensium M.DCC XXXI .
• Nous avons annoncé
annoncé depuis plufieurs
mois , le sujet du Prix pour cette
année . L'Académie demande , Quels sont,
suivant les differens cas , les avantages et
les inconveniens de l'usage des Tentes et
autres Dilatans,
Les Memoires seront reçus francs de
port , jusqu'au dernier Décembre inclusivement.
On les adressera à M. Morand,
Secretaire de l'Académie.
Fermer
Résumé : SEANCE PUBLIQUE de l'Académie Royale de Chirurgie.
Le 2 juin 1733, l'Académie Royale de Chirurgie tint sa séance publique dans la grande Salle de Saint-Côme. M. de la Peyronie présida cette assemblée, démontrant son engagement pour l'établissement. M. Morand, secrétaire de l'Académie, informa le public des changements survenus depuis la séance de 1732. En septembre 1732, M. Le Gendre fut nommé académicien libre par le roi d'Espagne. L'Académie créa également une classe d'associés étrangers, élisant M. Cheselden et M. Belair, approuvés par le roi. M. Cheselden est un chirurgien renommé en Angleterre, tandis que M. Belair est chirurgien du duc de Wurtemberg et a contribué à l'acquisition du célèbre fœtus de Wurtemberg. M. Morand annonça également le décès de M. Delon, académicien libre, connu pour son dévouement à l'instruction des élèves en chirurgie. L'Académie reçut 113 mémoires pour le prix de l'année précédente, dont 95 dans les délais prescrits. Le prix fut attribué au mémoire numéro 85, intitulé 'Amica manu'. Deux autres mémoires, le numéro 63 et un mémoire latin, furent également jugés dignes de concours. M. Morand lut ensuite un extrait d'observations sur les plaies de tête par M. Mareschal, qui ne put assister à la séance. Parmi ces observations, celle d'une demoiselle ayant subi douze trépanations et ayant récupéré, ainsi qu'un cas d'hémorragie lors d'une opération de trépan, furent particulièrement notables. M. de la Peyronie lut un mémoire sur la rupture des muscles et des tendons, soulignant que les ruptures complètes sont moins dangereuses et plus faciles à guérir que les ruptures incomplètes. Il présenta deux observations à l'appui de cette théorie. M. Petit, père, directeur de l'Académie, présenta un mémoire sur les erreurs à éviter dans les cas d'inflammation du foie et de la vésicule biliaire, distinguant les symptômes de résolution et de suppuration. M. Malaval, vice-directeur, rapporta trois observations sur le panaris, soulignant l'importance de recourir rapidement à la chirurgie pour éviter des complications graves. Enfin, M. Ledran, secrétaire chargé des correspondances, présenta une observation sur une opération de la taille pour extraire une pierre, soulignant les signes permettant de suspecter l'engagement de la pierre dans l'urètre. Le texte relate également une intervention chirurgicale réalisée par M. Gérard sur un homme de 23 ans ayant reçu un coup de couteau à la quatrième côte. Initialement pansé simplement, le patient développa une toux sévère et des crachements de sang. M. Gérard diagnostiqua la présence d'un fragment de lame de couteau dans la cavité thoracique. Malgré les difficultés pour extraire le fragment avec des outils conventionnels, M. Gérard utilisa un dé de tailleur modifié pour pousser le fragment de l'intérieur vers l'extérieur. Après avoir retiré le fragment, il vérifia la côte pour détecter des éclats et les fixa à l'aide d'une aiguille et d'un fil. Cette intervention ingénieuse permit une guérison rapide. Par ailleurs, M. Arnauld, le fils, présenta une dissertation sur les hermaphrodites, basée sur une opération qu'il avait réalisée. Il discuta des différentes espèces d'hermaphrodites et des erreurs possibles dans leur identification, offrant des connaissances essentielles pour les chirurgiens et les juges. Enfin, le texte mentionne que M. Medalon, ancien directeur de la Société de Arts, remporta un prix pour son ouvrage dédié à l'Académie de Chirurgie. Une médaille en or fut frappée pour célébrer cet événement, représentant Louis XV sous les traits d'Apollon, symbole de la médecine et de la poésie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2478
p. 1376-1392
Anecdotes de la Cour de Philippe Auguste, [titre d'après la table]
Début :
Il vient de paroître un nouvel Ouvrage, en 3 vol. in 12. que nous avons [...]
Mots clefs :
Roger, Philippe Auguste, Cour, Roi, Anecdotes, Raoul, Amour, Roman, Coucy, Gloire, Coeur, Père, Alix de Rosoit, Champagne, Adélaïde, Nature, Sentiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Anecdotes de la Cour de Philippe Auguste, [titre d'après la table]
L vient de paroître un nouvel Ouvrage
, en 3 vol. in 12, que nous avons
déja annoncé sous ce Titre : Anecdotes de
la Cour de Philippe - Auguste. Il se vend
à Paris , chez la veuve Pissot , au bout du
Pont-NeufQuai de Conti , à la Croix d'or.
Le prix est de 6 liv . broché.
Dans le temps que nous nous dispo-
II. Vol. sions
JUI N. 1733 .
1377
sions à donner un Extrait de cet Ouvrage
, nous avons reçû d'un Anonyme ,
celui que nous inserons icy .
Si l'accueil favorable que l'on fait à un
Ouvrage dès qu'il paroît , si le débit le
plus rapide étoient les Titres assurés de
son mérite , il seroit tres- inutile de parler
des Anecdotes de la Cour de Philippe-
Auguste; ce Livre joüit pleinement dès sa
naissance de ce double avantage.
Mais il arrive assez souvent que la
nouveauté éblouisse , sur tout dans un
genre d'écrire inconnu , et original ;
et que la curiosité , honteuse en quelque
façon , d'avoir d'abord été seduite
pour s'être trop livrée , se refroidisse
bien- tôt , si même elle ne dégenere
ou en mépris , ou en satire.
Icy , les applaudissemens universels de
la Cour , de la Ville , des Gens de Let
tres , des Judicieux Critiques , se son
réunis en faveur de ce dernier Ouvrage
de Mademoiselle de Lussan; et cette voix
ou plutôt cette clameur unanime con
tient les Personnes même de mauvaise
humeur , qui font toujours les difficiles ,
et qui peut- être ne soutiennent l'idée
qu'elles veulent donner de leur discer
nement et de leur bon goût , qu'en refusant
aux meilleures choses , d'un ton
11. Vol.
Fija sé1378
MERCURE DE FRANCE
severe, ou qu'en leur disputant, au moins
avec un scrupule affecté , les justes et
sinceres éloges , dont elles sont veritablement
dignes.
C'est beaucoup hazarder que d'oser
faire la planche d'un nouveau genre d'écrire
!L'autheur s'est ouvert des routes
peu connues , en liant à un fond d'Histoire
bien choisi , et tres convenable
des Episodes , qui sans sortir du vrai ton
historique , servent à rendre son sujet ét
plus interressant et plus instructif. Le
vrai et le vrai semblable se perdent dans
un mélange imperceptible ; et à la faveur
de cette liberté du Théatre Tragique ,
l'Autheur retranche d'un côté les longueurs
, les froideurs , les mauvais exemples
qui tiennent souvent à une histoire
exacte ; et de l'autre , il se ménage mille
beautez amenées , avec un art infini ,bien
jointes , par tout soutenuës ; elles naissent
les unes des autres , sans qu'on apperçoive
la chaîne ; et cela , par l'attention
qu'a euë l'Autheur de jetter à propos
les fonds éloignez des évenemens que
l'on voit se développer et éclore avec un
ordre admirable , et chacuns dans leurs
places naturelles. Aussi peut on dire
que la structure du corps de l'Ouvrage
est parfaite en son genre ; qu'elle ne pou-
-
II. Vol. voit
JUIN. 1379 1733.
voit être mieux proportionnée au dessein
, et qu'elle passera toujours pour un
modele.
Le sujet est pris dans les premieres années
du Regne de Philippe - Auguste ,
aussi surnommé le Conquerant. L'on sçait
ce que la France a dû à ce Monarque ; il
monta sur le Thrône à quinze ans , et dèslors
il entra avec tant de maturité dans
le Gouvernement , que les Historiens disent
de lui : Qu'il ne fut jamais jeune , et
que la sagesse l'avoit fait aller audevant
de Pexperience.
Les Grands Rois font les grands Hommes.
La Cour de Philippe en fut une
preuve : C'est dans les secrets et dans les
Evenemens de cette Cour si distinguée ,
que l'Autheur entre pour en faire connoître
la délicatesse et l'élevation . L'on
y voit des Héros qui ont réelement existé
; on les voit partagez entre la Gloire et
l'Amour ; mais dans le vrai, sans que rien
se ressente ni du Roman , ni de ses avantures.
Comme les interêts sont et multipliez
et variez , et relatifs tout ensemble
, le Titre d'Anecdoctes d'une Cour , où
l'Autheur puise ses sujets pour en former
un tout semble un Titre tiré du
fond même de ce qu'il traite. Il est bien
vrai que les plus grands jours viennent
>
II. Vol. Fiij fcap1380
MERCURE DE FRANCE
frapper Roger de Champagne , Comte
de Réthel , mais il s'en faut bien qu'il ne
les absorbe tous ; ils sont distribuez sur
beaucoup d'illustres sujets qui composoient
la Cour de Philippe : On les y voit
placez à des points de vûë tres- interessans
; et ils y représentent , avec un éclat
marqué , sur tout Raoul , Sire de Couci ,
marche de pair , d'un bout à l'autre avec
Roger de Champagne ; l'addresse de
l'Auteur à unir ces deux jeunes Héros par
les liens d'une amitié de l'ordre de celles
que les Anciens ont consacrées , et par
les prochains rapports des inclinations
propres des grands Hommes, fait paroître
Roger et Raoul comme ne faisant ensemble
qu'un coeur ,qu'une ame et qu'une
même vertu. Aussi sont - ils toujours
peints des mêmes couleurs , sans être
confondus ; et si Roger a quelques nuances
de plus , ce plus est presque insensible.
Alberic du Mez , Maréchal de France,
fils de Robert Clement , Gouverneur du
Roy et premier Ministre , le Comte des
Barres , connu sous le nom de Rochefort,
Grand Sénéchal , suivent de près les deux
premiers ; ils courent en tout genre les
mêmes Carrieres , et l'Autheur entrelasse
tellement tous leurs interêts , que
11. Vol. le
JUIN. 1733. 1381
le Lecteur toujours en attente , est sans
cesse dans l'impatience de voir les Eve
nemens qu'il ne peut deviner , mais qui
l'étonnent et le satisfont enfin par tout.
Si l'on voit en Hommes ce que la
Cour de Philippe avoit de plus considerable
, l'on y voit en Femmes ce qu'elle
avoit de plus distingué ; et ce qu'on vit
peut-être jamais de plus surprenant . Alix
de Rosoi , sa mere , la Comtesse de Rosoi
, Adelaide de Couci , fille d'Enguerrand
, surnommé le Grand , et soeur de
Raoul , Sire de Couci , Mademoiselle du
Mez , fille de Robert Clement , soeur
d'Alberic du Mez , tous deux Maréchaux
de France , dans un temps où cette Dignité
étoit unique ; toutes ces Personnes,
dont la beauté faisoit le moindre ornement,
jettent dans l'Ouvrage un inte
rêt infini:Elles étoient les premiers Partis
du Royaume , et les noeuds des plus belles
Alliances , où l'on pouvoit aspirer ;
mais les coeurs ne se commandent pas , et
leurs penchants ou leurs répugnances ,
que l'Autheur connoît à fond et sçait
manier d'une main de maître , lui ouvrent
un champ où il épuise les douceurs
, et les maux , les esperances et les
desespoirs de l'amour , sans avoir jamais à
rougird'en avoir flatté ses foiblesses.Quels
II. Vol.
Fiiij mor1382
MERCURE DE FRANCE
morceaux , quelles situations , quels coups
de Theatre ne pourroit- on pas rapporter,
si l'Analise de cet Ouvrage précis, et par
tout d'une chaleur égale , étoit possible !
mais il faut taire tout , ou tout rapporter
; ou plutôt il faut tout lire : Bien des
personnes relisent plus d'une fois , et se
rendent propre cet Ouvrage , après ne
Pavoir qu'emprunté pour l'essaier .
que
Tout le monde publie qu'on ne peut
mieux peindre les actions , elles sont dans
le naturel , et l'on diroit l'Autheur
en écrivant , coppie sur la nature même .
L'on vante sur tout ses carracteres , leur
variété , leur opposition , leur vérité , et
plus que tout le reste , leur consistance ;
ils ne se démentent pas . Qui a jamais
ressemblé à l'indomptable Enguerrand de
Couci , pere de Raoul , et d'Adelaide ?
L'on voit dans lui un vieux Seigneur
plein d'une ancienne probité , qui le rend
infléxible dans ses devoirs , immuable
dans sa parole , absolu dans sa famille
et incapable de pardonner une faute ; on
le craint , on l'estime , on le respecte , on
l'aime peut-être. Thibault de Champagne
, pere de Roger , ne ressemble ‘ en
rien à Enguerrand , et il est aussi Seigneur
, aussi droit , aussi maître , aussi
pere que lui ; on l'adore , mais par de
›
II. Vol. difJUIN.
1733. 1384
1
différens principes. Henry , oncle de Ro
ger , son Maître et son premier Conducteur
à la Guerre , placé vis - à - vis d'Enguerrand
, paroît son contraste , et l'Autheur
fait douter lequel l'emporte pour
le fond du mérite et de la vertu . Peut on
omettre le Portrait que le Vicomte de
Melun, Ambassadeur auprès de Fréderic,
fait à cet Empereur , du Maréchal du
Mez , Gouverneur de Philippe ? C'est l'éloge
du Vicomte d'avoir été l'ami du-
Maréchal ; mais que celui du Maréchal
est bien placé dans la bouche d'un homme
vertueux , qui l'avoit connu et péné
tré ! Le recit que fait le Vicomte de Melun
, et du caractere , et des maximes du
Maréchal , est l'abrégé le plus parfait des
grandes qualitez , comme des
sages Leçons
d'un vrai Gouverneur de Roy. Il
n'en faut pas davantage pour faire et un
grand Homme d'Etat , et un grand Monarque.
On comprend à peine comment
Autheur a pû resserrer ainsi toute l'éducation
Royale , et active et passive ;
mais Philippe a bien justifié que les impressions
qu'il avoit reçuës du Maréchal ,
toutes contenues dans ce petit Tableau
suffisoient pour rendre complette et la
gloire d'une telle instruction , et la gloire
d'une telle éducation ,
"
II. Vol. La Fy
384 MERCURE DE FRANCE
pre-
La même diversité de caracteres conserve
une égale beauté dans les Femmes.
Alix de Rosoi , et Adelaide de Couci
sont ce que leur sexe a de plus rare , de
plus accompli , de plus charmant ; la
miere plonge , par sa mort , Roger de
Champagne , dans le dernier excès de
douleurs ; eh ! comment n'y succombet-
il pas ? Quelques années après , la seconde
le captive au même point; elles ont
été toutes deux les seules qui ont successivement
trouvé la route de son coeur
elles y ont toutes deux regné souverainement
toutes deux , également vertueuses
, forment deux caracteres diamétralement
opposez . La Comtesse de
Rosoi , mere d'Alix , devenuë rivale de
sa fille , donne un spectacle étonnant.
L'on apperçoit dans elle le fond d'un riche
caractere , mais l'on ne s'attend pas
jusques à quel point son injuste passion
va le développer ou plutôt le défigurer !
Elle ne pousse pas le crime si loin qu'une
Phédre , mais elle la passe en addresse ,
en détours , en embuches , pour parvenir
à ses fins ; à quelles indignitez ne
descend- t- elle pas pour écarter à jamais
sa fille de Roger , et pour le raprocher
d'elle ? Après tant d'efforts , elle échouë ;
ses regrets , son desespoir , creusent son
II. Vol.
TomJUIN.
17336 1385
-
Tombeau ; elle meurt. Par quel art l'Au
theur fait il encore pleurer une mort
de cette nature ? C'est l'effet d'un repens
tir que l'on a rendu aussi touchant qu'il
est , et bien imaginé , et bien placé. Madame
de Rosoi expie , en mourant , les
cruels artifices du délire de son amour
et elle meurt vertueuse , parce qu'elle
meurt repentante ; sa vertu rachettée à
ce prix , ne la laissant plus voir que fort
à plaindre , elle emporte la compassion ,
qui efface tout autre sentiment.
و
Au milieu des agitations que l'amour
excite dans cette Cour aimable, Philippe
toujours égal à lui- même , toujours maî
tre des mouvemens de son coeur et de
son esprit , est attentif ou à parer les funestes
effets de cette dangereuse passion ,
ou à maintenir avec dignité le bon ordre,
en se prêtant aux grandes alliances qui
l'interessent, ou comme un Roy , ou comme
un Pere , ou même comme un ami
reconnoissant. Il sçait tout , mais il ne
paroît sçavoir que ce que son rang et sa
vertu lui permettent de regler par luimême.
Tel est le principe de ses bontez
pour Roger de Champagne , pour Adċlaide
de Couci , dont le mérite, la sages
se et la fermeté le touchent , pour Albe
ric du Mez , pour sa soeur, tous deux en
AI. Vol
Fvi fans
1386 MERCURE DE FRANCE
fans d'un Gouverneur , dont le souvenír
lui est si précieux ; il entre dans les établissemens
convenables , ausquels leurs
penchants semblent les disposer. Mais il
paroît toujours et par tout ignorer les
sentimens réciproques de Raoul de Couci
, et de Madame de Fajel , qu'un devoir
austere ne sçauroit approuver.
Ces attentions domestiques de Philip
pe , ne lui font rien perdre de celles qu'il
doit au bien de l'Etat et à sa gloire. Il esɛ
présent par d'autres lui - même, au Camp
que Hugues , Duc de Bourgogne , a assemblé
sous les Murs de Dijon ; il pénétre
ses projets au travers de cette Fête
Militaire , d'une simple ostentation exterieure
; il mesure ses forces. Si la Guerre
l'appelle , alors ceux que l'amour avoit
occuppez dans la Paix , n'écoutent plus
que la gloire. Philippe marche à leur
tête, tantôt contre le Comte de Flandres,
son oncle, son parrain et son tuteur,dont
il humilie l'orgueil , il réprime l'abus
qu'il avoit fait de toute sa confiance s
tantôt en Berri, contre Henry , Roy d'Angleterre
, et Richard , son fils ; il les divise,
il en triomphe; tantôt dans le Maine
et la Touraine , contre les mêmes Ennemis.
Si Philippe donne par hazard dans
une Ambuscade dangereuse , l'on trouve
II. Vela dans
JUIN. 1733. 1387
D
dans ce Roy un Soldat qui paye de sa
personne , et qui au péril de sa vie , seconde
le grand Senechal , à qui il venoit
de la devoir. S'il passe en Palestine , on le
voit le premier à l'assaut de la Ville d'Acre
, et il se signale sur ses Ramparts
comme le Vainqueur de Tyr , sar ceux
de cette Place de résistance. Enfin , l'Autheur
represente par tout Philippe , justifiant
des ses commencemens , les grandes
esperances qu'il remplit, en se rendant
de plus en plus digne des surnoms d'Auguste
et de Conquerant , qu'il sçut roujours
soutenir et au dedans , et au dehors.
Roger le suit de près ; c'est un de ceux
dont la prudence , et la valeur fondent
la confiance du Roy dans ses grands
projets. L'on voit Roger sous Henry de
Champagne , son oncle , faire l'apprentissage
de la guerre aux dépens du Com
te de Flandre. Quel maître , et quel disciple
! il conduit , et jette lui - même des
Troupes dans une Ville assiégée par le
Comte ; action inutilement tentée par
ses égaux. Il suit le Roy dans les guerres
du Berri er du Maine ; il se distingue par
tout , et peu s'en faut qu'il ne paye de sa
vie la gloire dont il se couvre à la prise
de Tours , où il est dangereusement bles-
II. Vol.
sé.
7388 MERCURE DE FRANCE
sé. Il passe avec Philippe en Palestine ;
lai et Raoul couvrent de leurs corps la
personne du Roy sur les murs de la Vild'Acre
, et si dans un péril commun
Raoul reçoit le coup mortel , qu'un Sarazin
portoit au Roy, Roger y étoit aussi
exposé que Raoul , et le hazard seul en
décide ; mais la séparation de ces deux
amis est le plus parfait triomphe de l'amitié;
qu'elle est touchante! Rien n'est au
dessus que les sentimens de Raoul, et l'étrange
présent dont il couronne son amour
pour l'infortunée Madame de Fajel.
Aucun Capitaine ne fait ombrage à
Roger du côté de la gloire des Armes ;
mais il est des personnes qui du côté de
l'amour ne lui trouvent pas assés de délicatesse
ces personnes d'un entêtement
chimerique en faveur des avantures romanesques
, voudroient voir Roger éteindre
de son sang la belle flame qu'Alix de
Rosoi avoit si bien allumée dans son coeur ;
elles ne peuvent voir mourir Alix et Ro
ger vivre encore ; elles ne lui pardonnent
pas son passage à un autre objet , quelque
charmant qu'il puisse être;mais l'Autheur
, dont les idées sont bien éloignées.
de tout ce qui ressent le Roman , n'écou
te et ne suit que les Loix de la nature.
Roger livré à toute l'horreur de sa perte
11. Vol. dans
JUIN. 1733. 1389
dans Alix, n'a plus rien qui l'attache à la
vie. Mais un Pere ; et quel Pere encore !
Un Pere dont il fait l'unique esperance ,
le conjure de vivre pour lui. Roger qui
ne peut ni vivre ni mourir , porte par
tout le trait dont il a été blessé ; et insuportable
à lui-même , il quitte à l'insçû
de tout le monde sa Patrie , alors trop pacifique,
pour aller chercher dans des Terres
Étrangeres des périls qui ne l'épargneront
pas. Il passe en inconnu , et sous
un nom emprunté , au service de Frédéric
, alors en guerre avec tous ses voisins;
mais les périls qu'il cherche ne sont pour
lui qu'une source de gloire . Sa valeur et
sa prudence se font jour , et font soupçonner
dans lui une naissance plus relevéc
que celle qu'il se donne ; il est découvert
, son Roy le reclame , son Pere
l'appelle ; Roger revient , et malgré la
dissipation d'un service tres agité pendant
plus de deux ans , Alix n'est pas effacée
de son coeur. Il semble que l'amour
veuille la lui rendre dans Adelaide de
Couci , dont les traits , la taille et le port
majestueux lui représentent en tout sa
chere Alix : Il s'y accoutume d'abord ,
sous le prétexte de cette parfaite ressemblance
; des difficultez insurmontables et
-pressantes viennent encore irriter l'amour
JI. Vol.
nais1390
MERCURE DE FRANCE
naissant de Roger ; il aime enfin , et il est
aimé. Que la folie du Roman condamne,
puisqu'il lui plaît, une telle conduite , li
sagesse de la nature l'approuvera toujours
et l'expérience de tous les hommes , de
tous les temps la justifiera , elle est dans
l'ordre du coeur humain .
Cet Ouvrage honore infiniment son
Autheur , et poussé au dégré de perfec
tion où on le voit , il doit l'honorer doublement
en faveur de son sexe. Que Madamoiselle
de Lussan rende , comme elle
a fait dans la vie de Madame de Gondés ,
la fidelle image du commerce des honnê
tes gens d'aujourd'hui , et cela sur le ton
de la bonne compagnie , c'est ce qu'on
pouvoit attendre de son esprit et d'un
long usage du monde. Que pour diver
tir són imagination avant que de divertir
celle des autres , elle lui ait donné
carriere dans ses Veillées de Thessalie, pour
instruire les jeunes personnes en les amu
sant ; c'est un utile et élégant badinage ,
digne d'occuper ses loisirs ; mais un Ŏuvrage
de la force de celui dont il s'agit
icy , monté sur le vrai ton héroïque , et
sur celui de la Cour , soutenu par un langage
digne de la noblesse des sentimens
qui y regne , il faut dans elle un grand
courage pour l'avoir entrepris , il faut
11. Vol.
qu'el
JUIN. 1733 . 1391
qu'elle soit bien supérieure à son sexe
pour l'avoir conduit et exécuté comme
elle l'a fait. De se former un systême nouveau
où l'Histoire, le Dramme, l'Epopée
se marient ensemble, et font un tout à la
faveur d'un langage propre de ces trois
genres. Langage vrai , tendre , disert¸
vigoureux, militaire , s'il le faut , et toujours
proportionné à l'objet present , c'est
quelque chose de tres - singulier. Le stile
en est élevé sans emphase , choisi sans recherche
et sans avoir rien de précieux ;
il plaira toujours tandis que bien d'au
tres Ecrits où l'on court après l'esprit ,
qu'on veut captiver dans des mots imaginez
pour lui , passeront peut- être .Quoique
l'Ouvrage soit plein d'esprit , il se
trouve tellement mêlé avec le sentiment,
qu'on croiroit qu'il n'a sa source que dans
le coeur. Les Dialogues y sont licz , leurs
passages si doux , si mesurez à la hauteur
de ceux qui parlent, que l'on diroit qu'ils
n'ont rien coûté à l'autheurs et que la
simple nature en a fait sans effort et sans
étude tous les frais , sur tout dans les endroits
qui tirent à conséquence , et qui
semblent décisifs : en vérité l'on voit des
Scenes dignes du grand Théatre , elles
sont si vivement écrites et renduës avec
tant de dignité et d'énergie , que la lettre
II. Vol. sup1392
MERCURE DE FRANCE
supplé à la représentation, et que le Lecteur
conçoit tout ce qui frapperoit un
Spectateur. Ceux qui ont crû que la Tragédie
en p ose pourroit avoir autant d'effet
qu'en Vers , trouveront dans les bel
les e frequentes Scenes de cet Ouvrage
qui semblent toutes appeller la Poësie ,
des raisons pour appuyer leurs sentimens.
Ainsi les Historiens , les Poetes , et Dramatiques
et Epiques , pourront y trouver
leur compte ; mais l'avantage général
qu'en peuvent tirer les Lecteurs de tout
Sexe et de tous Etats , capable de bien lire
et de bien entendre , regarde et l'esprit ,
et le coeur et les moeurs , également instruits
par cet Ouvrage , rempli des plus
grands principes en tout genre.
, en 3 vol. in 12, que nous avons
déja annoncé sous ce Titre : Anecdotes de
la Cour de Philippe - Auguste. Il se vend
à Paris , chez la veuve Pissot , au bout du
Pont-NeufQuai de Conti , à la Croix d'or.
Le prix est de 6 liv . broché.
Dans le temps que nous nous dispo-
II. Vol. sions
JUI N. 1733 .
1377
sions à donner un Extrait de cet Ouvrage
, nous avons reçû d'un Anonyme ,
celui que nous inserons icy .
Si l'accueil favorable que l'on fait à un
Ouvrage dès qu'il paroît , si le débit le
plus rapide étoient les Titres assurés de
son mérite , il seroit tres- inutile de parler
des Anecdotes de la Cour de Philippe-
Auguste; ce Livre joüit pleinement dès sa
naissance de ce double avantage.
Mais il arrive assez souvent que la
nouveauté éblouisse , sur tout dans un
genre d'écrire inconnu , et original ;
et que la curiosité , honteuse en quelque
façon , d'avoir d'abord été seduite
pour s'être trop livrée , se refroidisse
bien- tôt , si même elle ne dégenere
ou en mépris , ou en satire.
Icy , les applaudissemens universels de
la Cour , de la Ville , des Gens de Let
tres , des Judicieux Critiques , se son
réunis en faveur de ce dernier Ouvrage
de Mademoiselle de Lussan; et cette voix
ou plutôt cette clameur unanime con
tient les Personnes même de mauvaise
humeur , qui font toujours les difficiles ,
et qui peut- être ne soutiennent l'idée
qu'elles veulent donner de leur discer
nement et de leur bon goût , qu'en refusant
aux meilleures choses , d'un ton
11. Vol.
Fija sé1378
MERCURE DE FRANCE
severe, ou qu'en leur disputant, au moins
avec un scrupule affecté , les justes et
sinceres éloges , dont elles sont veritablement
dignes.
C'est beaucoup hazarder que d'oser
faire la planche d'un nouveau genre d'écrire
!L'autheur s'est ouvert des routes
peu connues , en liant à un fond d'Histoire
bien choisi , et tres convenable
des Episodes , qui sans sortir du vrai ton
historique , servent à rendre son sujet ét
plus interressant et plus instructif. Le
vrai et le vrai semblable se perdent dans
un mélange imperceptible ; et à la faveur
de cette liberté du Théatre Tragique ,
l'Autheur retranche d'un côté les longueurs
, les froideurs , les mauvais exemples
qui tiennent souvent à une histoire
exacte ; et de l'autre , il se ménage mille
beautez amenées , avec un art infini ,bien
jointes , par tout soutenuës ; elles naissent
les unes des autres , sans qu'on apperçoive
la chaîne ; et cela , par l'attention
qu'a euë l'Autheur de jetter à propos
les fonds éloignez des évenemens que
l'on voit se développer et éclore avec un
ordre admirable , et chacuns dans leurs
places naturelles. Aussi peut on dire
que la structure du corps de l'Ouvrage
est parfaite en son genre ; qu'elle ne pou-
-
II. Vol. voit
JUIN. 1379 1733.
voit être mieux proportionnée au dessein
, et qu'elle passera toujours pour un
modele.
Le sujet est pris dans les premieres années
du Regne de Philippe - Auguste ,
aussi surnommé le Conquerant. L'on sçait
ce que la France a dû à ce Monarque ; il
monta sur le Thrône à quinze ans , et dèslors
il entra avec tant de maturité dans
le Gouvernement , que les Historiens disent
de lui : Qu'il ne fut jamais jeune , et
que la sagesse l'avoit fait aller audevant
de Pexperience.
Les Grands Rois font les grands Hommes.
La Cour de Philippe en fut une
preuve : C'est dans les secrets et dans les
Evenemens de cette Cour si distinguée ,
que l'Autheur entre pour en faire connoître
la délicatesse et l'élevation . L'on
y voit des Héros qui ont réelement existé
; on les voit partagez entre la Gloire et
l'Amour ; mais dans le vrai, sans que rien
se ressente ni du Roman , ni de ses avantures.
Comme les interêts sont et multipliez
et variez , et relatifs tout ensemble
, le Titre d'Anecdoctes d'une Cour , où
l'Autheur puise ses sujets pour en former
un tout semble un Titre tiré du
fond même de ce qu'il traite. Il est bien
vrai que les plus grands jours viennent
>
II. Vol. Fiij fcap1380
MERCURE DE FRANCE
frapper Roger de Champagne , Comte
de Réthel , mais il s'en faut bien qu'il ne
les absorbe tous ; ils sont distribuez sur
beaucoup d'illustres sujets qui composoient
la Cour de Philippe : On les y voit
placez à des points de vûë tres- interessans
; et ils y représentent , avec un éclat
marqué , sur tout Raoul , Sire de Couci ,
marche de pair , d'un bout à l'autre avec
Roger de Champagne ; l'addresse de
l'Auteur à unir ces deux jeunes Héros par
les liens d'une amitié de l'ordre de celles
que les Anciens ont consacrées , et par
les prochains rapports des inclinations
propres des grands Hommes, fait paroître
Roger et Raoul comme ne faisant ensemble
qu'un coeur ,qu'une ame et qu'une
même vertu. Aussi sont - ils toujours
peints des mêmes couleurs , sans être
confondus ; et si Roger a quelques nuances
de plus , ce plus est presque insensible.
Alberic du Mez , Maréchal de France,
fils de Robert Clement , Gouverneur du
Roy et premier Ministre , le Comte des
Barres , connu sous le nom de Rochefort,
Grand Sénéchal , suivent de près les deux
premiers ; ils courent en tout genre les
mêmes Carrieres , et l'Autheur entrelasse
tellement tous leurs interêts , que
11. Vol. le
JUIN. 1733. 1381
le Lecteur toujours en attente , est sans
cesse dans l'impatience de voir les Eve
nemens qu'il ne peut deviner , mais qui
l'étonnent et le satisfont enfin par tout.
Si l'on voit en Hommes ce que la
Cour de Philippe avoit de plus considerable
, l'on y voit en Femmes ce qu'elle
avoit de plus distingué ; et ce qu'on vit
peut-être jamais de plus surprenant . Alix
de Rosoi , sa mere , la Comtesse de Rosoi
, Adelaide de Couci , fille d'Enguerrand
, surnommé le Grand , et soeur de
Raoul , Sire de Couci , Mademoiselle du
Mez , fille de Robert Clement , soeur
d'Alberic du Mez , tous deux Maréchaux
de France , dans un temps où cette Dignité
étoit unique ; toutes ces Personnes,
dont la beauté faisoit le moindre ornement,
jettent dans l'Ouvrage un inte
rêt infini:Elles étoient les premiers Partis
du Royaume , et les noeuds des plus belles
Alliances , où l'on pouvoit aspirer ;
mais les coeurs ne se commandent pas , et
leurs penchants ou leurs répugnances ,
que l'Autheur connoît à fond et sçait
manier d'une main de maître , lui ouvrent
un champ où il épuise les douceurs
, et les maux , les esperances et les
desespoirs de l'amour , sans avoir jamais à
rougird'en avoir flatté ses foiblesses.Quels
II. Vol.
Fiiij mor1382
MERCURE DE FRANCE
morceaux , quelles situations , quels coups
de Theatre ne pourroit- on pas rapporter,
si l'Analise de cet Ouvrage précis, et par
tout d'une chaleur égale , étoit possible !
mais il faut taire tout , ou tout rapporter
; ou plutôt il faut tout lire : Bien des
personnes relisent plus d'une fois , et se
rendent propre cet Ouvrage , après ne
Pavoir qu'emprunté pour l'essaier .
que
Tout le monde publie qu'on ne peut
mieux peindre les actions , elles sont dans
le naturel , et l'on diroit l'Autheur
en écrivant , coppie sur la nature même .
L'on vante sur tout ses carracteres , leur
variété , leur opposition , leur vérité , et
plus que tout le reste , leur consistance ;
ils ne se démentent pas . Qui a jamais
ressemblé à l'indomptable Enguerrand de
Couci , pere de Raoul , et d'Adelaide ?
L'on voit dans lui un vieux Seigneur
plein d'une ancienne probité , qui le rend
infléxible dans ses devoirs , immuable
dans sa parole , absolu dans sa famille
et incapable de pardonner une faute ; on
le craint , on l'estime , on le respecte , on
l'aime peut-être. Thibault de Champagne
, pere de Roger , ne ressemble ‘ en
rien à Enguerrand , et il est aussi Seigneur
, aussi droit , aussi maître , aussi
pere que lui ; on l'adore , mais par de
›
II. Vol. difJUIN.
1733. 1384
1
différens principes. Henry , oncle de Ro
ger , son Maître et son premier Conducteur
à la Guerre , placé vis - à - vis d'Enguerrand
, paroît son contraste , et l'Autheur
fait douter lequel l'emporte pour
le fond du mérite et de la vertu . Peut on
omettre le Portrait que le Vicomte de
Melun, Ambassadeur auprès de Fréderic,
fait à cet Empereur , du Maréchal du
Mez , Gouverneur de Philippe ? C'est l'éloge
du Vicomte d'avoir été l'ami du-
Maréchal ; mais que celui du Maréchal
est bien placé dans la bouche d'un homme
vertueux , qui l'avoit connu et péné
tré ! Le recit que fait le Vicomte de Melun
, et du caractere , et des maximes du
Maréchal , est l'abrégé le plus parfait des
grandes qualitez , comme des
sages Leçons
d'un vrai Gouverneur de Roy. Il
n'en faut pas davantage pour faire et un
grand Homme d'Etat , et un grand Monarque.
On comprend à peine comment
Autheur a pû resserrer ainsi toute l'éducation
Royale , et active et passive ;
mais Philippe a bien justifié que les impressions
qu'il avoit reçuës du Maréchal ,
toutes contenues dans ce petit Tableau
suffisoient pour rendre complette et la
gloire d'une telle instruction , et la gloire
d'une telle éducation ,
"
II. Vol. La Fy
384 MERCURE DE FRANCE
pre-
La même diversité de caracteres conserve
une égale beauté dans les Femmes.
Alix de Rosoi , et Adelaide de Couci
sont ce que leur sexe a de plus rare , de
plus accompli , de plus charmant ; la
miere plonge , par sa mort , Roger de
Champagne , dans le dernier excès de
douleurs ; eh ! comment n'y succombet-
il pas ? Quelques années après , la seconde
le captive au même point; elles ont
été toutes deux les seules qui ont successivement
trouvé la route de son coeur
elles y ont toutes deux regné souverainement
toutes deux , également vertueuses
, forment deux caracteres diamétralement
opposez . La Comtesse de
Rosoi , mere d'Alix , devenuë rivale de
sa fille , donne un spectacle étonnant.
L'on apperçoit dans elle le fond d'un riche
caractere , mais l'on ne s'attend pas
jusques à quel point son injuste passion
va le développer ou plutôt le défigurer !
Elle ne pousse pas le crime si loin qu'une
Phédre , mais elle la passe en addresse ,
en détours , en embuches , pour parvenir
à ses fins ; à quelles indignitez ne
descend- t- elle pas pour écarter à jamais
sa fille de Roger , et pour le raprocher
d'elle ? Après tant d'efforts , elle échouë ;
ses regrets , son desespoir , creusent son
II. Vol.
TomJUIN.
17336 1385
-
Tombeau ; elle meurt. Par quel art l'Au
theur fait il encore pleurer une mort
de cette nature ? C'est l'effet d'un repens
tir que l'on a rendu aussi touchant qu'il
est , et bien imaginé , et bien placé. Madame
de Rosoi expie , en mourant , les
cruels artifices du délire de son amour
et elle meurt vertueuse , parce qu'elle
meurt repentante ; sa vertu rachettée à
ce prix , ne la laissant plus voir que fort
à plaindre , elle emporte la compassion ,
qui efface tout autre sentiment.
و
Au milieu des agitations que l'amour
excite dans cette Cour aimable, Philippe
toujours égal à lui- même , toujours maî
tre des mouvemens de son coeur et de
son esprit , est attentif ou à parer les funestes
effets de cette dangereuse passion ,
ou à maintenir avec dignité le bon ordre,
en se prêtant aux grandes alliances qui
l'interessent, ou comme un Roy , ou comme
un Pere , ou même comme un ami
reconnoissant. Il sçait tout , mais il ne
paroît sçavoir que ce que son rang et sa
vertu lui permettent de regler par luimême.
Tel est le principe de ses bontez
pour Roger de Champagne , pour Adċlaide
de Couci , dont le mérite, la sages
se et la fermeté le touchent , pour Albe
ric du Mez , pour sa soeur, tous deux en
AI. Vol
Fvi fans
1386 MERCURE DE FRANCE
fans d'un Gouverneur , dont le souvenír
lui est si précieux ; il entre dans les établissemens
convenables , ausquels leurs
penchants semblent les disposer. Mais il
paroît toujours et par tout ignorer les
sentimens réciproques de Raoul de Couci
, et de Madame de Fajel , qu'un devoir
austere ne sçauroit approuver.
Ces attentions domestiques de Philip
pe , ne lui font rien perdre de celles qu'il
doit au bien de l'Etat et à sa gloire. Il esɛ
présent par d'autres lui - même, au Camp
que Hugues , Duc de Bourgogne , a assemblé
sous les Murs de Dijon ; il pénétre
ses projets au travers de cette Fête
Militaire , d'une simple ostentation exterieure
; il mesure ses forces. Si la Guerre
l'appelle , alors ceux que l'amour avoit
occuppez dans la Paix , n'écoutent plus
que la gloire. Philippe marche à leur
tête, tantôt contre le Comte de Flandres,
son oncle, son parrain et son tuteur,dont
il humilie l'orgueil , il réprime l'abus
qu'il avoit fait de toute sa confiance s
tantôt en Berri, contre Henry , Roy d'Angleterre
, et Richard , son fils ; il les divise,
il en triomphe; tantôt dans le Maine
et la Touraine , contre les mêmes Ennemis.
Si Philippe donne par hazard dans
une Ambuscade dangereuse , l'on trouve
II. Vela dans
JUIN. 1733. 1387
D
dans ce Roy un Soldat qui paye de sa
personne , et qui au péril de sa vie , seconde
le grand Senechal , à qui il venoit
de la devoir. S'il passe en Palestine , on le
voit le premier à l'assaut de la Ville d'Acre
, et il se signale sur ses Ramparts
comme le Vainqueur de Tyr , sar ceux
de cette Place de résistance. Enfin , l'Autheur
represente par tout Philippe , justifiant
des ses commencemens , les grandes
esperances qu'il remplit, en se rendant
de plus en plus digne des surnoms d'Auguste
et de Conquerant , qu'il sçut roujours
soutenir et au dedans , et au dehors.
Roger le suit de près ; c'est un de ceux
dont la prudence , et la valeur fondent
la confiance du Roy dans ses grands
projets. L'on voit Roger sous Henry de
Champagne , son oncle , faire l'apprentissage
de la guerre aux dépens du Com
te de Flandre. Quel maître , et quel disciple
! il conduit , et jette lui - même des
Troupes dans une Ville assiégée par le
Comte ; action inutilement tentée par
ses égaux. Il suit le Roy dans les guerres
du Berri er du Maine ; il se distingue par
tout , et peu s'en faut qu'il ne paye de sa
vie la gloire dont il se couvre à la prise
de Tours , où il est dangereusement bles-
II. Vol.
sé.
7388 MERCURE DE FRANCE
sé. Il passe avec Philippe en Palestine ;
lai et Raoul couvrent de leurs corps la
personne du Roy sur les murs de la Vild'Acre
, et si dans un péril commun
Raoul reçoit le coup mortel , qu'un Sarazin
portoit au Roy, Roger y étoit aussi
exposé que Raoul , et le hazard seul en
décide ; mais la séparation de ces deux
amis est le plus parfait triomphe de l'amitié;
qu'elle est touchante! Rien n'est au
dessus que les sentimens de Raoul, et l'étrange
présent dont il couronne son amour
pour l'infortunée Madame de Fajel.
Aucun Capitaine ne fait ombrage à
Roger du côté de la gloire des Armes ;
mais il est des personnes qui du côté de
l'amour ne lui trouvent pas assés de délicatesse
ces personnes d'un entêtement
chimerique en faveur des avantures romanesques
, voudroient voir Roger éteindre
de son sang la belle flame qu'Alix de
Rosoi avoit si bien allumée dans son coeur ;
elles ne peuvent voir mourir Alix et Ro
ger vivre encore ; elles ne lui pardonnent
pas son passage à un autre objet , quelque
charmant qu'il puisse être;mais l'Autheur
, dont les idées sont bien éloignées.
de tout ce qui ressent le Roman , n'écou
te et ne suit que les Loix de la nature.
Roger livré à toute l'horreur de sa perte
11. Vol. dans
JUIN. 1733. 1389
dans Alix, n'a plus rien qui l'attache à la
vie. Mais un Pere ; et quel Pere encore !
Un Pere dont il fait l'unique esperance ,
le conjure de vivre pour lui. Roger qui
ne peut ni vivre ni mourir , porte par
tout le trait dont il a été blessé ; et insuportable
à lui-même , il quitte à l'insçû
de tout le monde sa Patrie , alors trop pacifique,
pour aller chercher dans des Terres
Étrangeres des périls qui ne l'épargneront
pas. Il passe en inconnu , et sous
un nom emprunté , au service de Frédéric
, alors en guerre avec tous ses voisins;
mais les périls qu'il cherche ne sont pour
lui qu'une source de gloire . Sa valeur et
sa prudence se font jour , et font soupçonner
dans lui une naissance plus relevéc
que celle qu'il se donne ; il est découvert
, son Roy le reclame , son Pere
l'appelle ; Roger revient , et malgré la
dissipation d'un service tres agité pendant
plus de deux ans , Alix n'est pas effacée
de son coeur. Il semble que l'amour
veuille la lui rendre dans Adelaide de
Couci , dont les traits , la taille et le port
majestueux lui représentent en tout sa
chere Alix : Il s'y accoutume d'abord ,
sous le prétexte de cette parfaite ressemblance
; des difficultez insurmontables et
-pressantes viennent encore irriter l'amour
JI. Vol.
nais1390
MERCURE DE FRANCE
naissant de Roger ; il aime enfin , et il est
aimé. Que la folie du Roman condamne,
puisqu'il lui plaît, une telle conduite , li
sagesse de la nature l'approuvera toujours
et l'expérience de tous les hommes , de
tous les temps la justifiera , elle est dans
l'ordre du coeur humain .
Cet Ouvrage honore infiniment son
Autheur , et poussé au dégré de perfec
tion où on le voit , il doit l'honorer doublement
en faveur de son sexe. Que Madamoiselle
de Lussan rende , comme elle
a fait dans la vie de Madame de Gondés ,
la fidelle image du commerce des honnê
tes gens d'aujourd'hui , et cela sur le ton
de la bonne compagnie , c'est ce qu'on
pouvoit attendre de son esprit et d'un
long usage du monde. Que pour diver
tir són imagination avant que de divertir
celle des autres , elle lui ait donné
carriere dans ses Veillées de Thessalie, pour
instruire les jeunes personnes en les amu
sant ; c'est un utile et élégant badinage ,
digne d'occuper ses loisirs ; mais un Ŏuvrage
de la force de celui dont il s'agit
icy , monté sur le vrai ton héroïque , et
sur celui de la Cour , soutenu par un langage
digne de la noblesse des sentimens
qui y regne , il faut dans elle un grand
courage pour l'avoir entrepris , il faut
11. Vol.
qu'el
JUIN. 1733 . 1391
qu'elle soit bien supérieure à son sexe
pour l'avoir conduit et exécuté comme
elle l'a fait. De se former un systême nouveau
où l'Histoire, le Dramme, l'Epopée
se marient ensemble, et font un tout à la
faveur d'un langage propre de ces trois
genres. Langage vrai , tendre , disert¸
vigoureux, militaire , s'il le faut , et toujours
proportionné à l'objet present , c'est
quelque chose de tres - singulier. Le stile
en est élevé sans emphase , choisi sans recherche
et sans avoir rien de précieux ;
il plaira toujours tandis que bien d'au
tres Ecrits où l'on court après l'esprit ,
qu'on veut captiver dans des mots imaginez
pour lui , passeront peut- être .Quoique
l'Ouvrage soit plein d'esprit , il se
trouve tellement mêlé avec le sentiment,
qu'on croiroit qu'il n'a sa source que dans
le coeur. Les Dialogues y sont licz , leurs
passages si doux , si mesurez à la hauteur
de ceux qui parlent, que l'on diroit qu'ils
n'ont rien coûté à l'autheurs et que la
simple nature en a fait sans effort et sans
étude tous les frais , sur tout dans les endroits
qui tirent à conséquence , et qui
semblent décisifs : en vérité l'on voit des
Scenes dignes du grand Théatre , elles
sont si vivement écrites et renduës avec
tant de dignité et d'énergie , que la lettre
II. Vol. sup1392
MERCURE DE FRANCE
supplé à la représentation, et que le Lecteur
conçoit tout ce qui frapperoit un
Spectateur. Ceux qui ont crû que la Tragédie
en p ose pourroit avoir autant d'effet
qu'en Vers , trouveront dans les bel
les e frequentes Scenes de cet Ouvrage
qui semblent toutes appeller la Poësie ,
des raisons pour appuyer leurs sentimens.
Ainsi les Historiens , les Poetes , et Dramatiques
et Epiques , pourront y trouver
leur compte ; mais l'avantage général
qu'en peuvent tirer les Lecteurs de tout
Sexe et de tous Etats , capable de bien lire
et de bien entendre , regarde et l'esprit ,
et le coeur et les moeurs , également instruits
par cet Ouvrage , rempli des plus
grands principes en tout genre.
Fermer
Résumé : Anecdotes de la Cour de Philippe Auguste, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Anecdotes de la Cour de Philippe-Auguste' a été publié en trois volumes in-12 et est disponible à Paris chez la veuve Pissot. L'auteur, Mademoiselle de Lussan, a reçu des éloges de la cour, de la ville, des gens de lettres et des critiques pour son innovation de mêler histoire et épisodes fictifs. Le récit se déroule durant les premières années du règne de Philippe-Auguste, surnommé le Conquérant, qui monta sur le trône à quinze ans et montra une grande maturité dans le gouvernement. L'ouvrage explore les secrets et événements de la cour de Philippe-Auguste, mettant en scène des héros réels partagés entre gloire et amour. Les personnages principaux incluent Roger de Champagne, Comte de Réthel, et Raoul, Sire de Couci, dont l'amitié est mise en avant. D'autres figures notables comme Alberic du Mez, Maréchal de France, et le Comte des Barres sont également présents. Les intrigues amoureuses et les alliances politiques sont détaillées avec précision, sans tomber dans le romanesque. Les femmes de la cour, telles qu'Alix de Rosoi et Adelaide de Couci, ajoutent un intérêt supplémentaire avec leurs beautés et leurs intrigues. Philippe-Auguste lui-même est dépeint comme un souverain maître de ses émotions, attentif aux affaires de l'État et à sa gloire. Il mène des campagnes militaires contre divers ennemis, comme le Comte de Flandres et le Roi d'Angleterre, et se distingue par son courage et sa stratégie. L'auteur a su créer des personnages variés et consistants, chacun avec des traits distincts et des oppositions marquées. Le récit est structuré de manière à maintenir l'intérêt du lecteur, avec des événements imprévus et des développements logiques. L'ouvrage est salué pour sa fidélité à la nature et la vérité de ses descriptions. Le texte relate également les exploits et les amours de Roger, connu pour sa prudence et sa valeur, qui sert fidèlement le roi et se distingue dans diverses batailles. Son amitié avec Raoul est soulignée, ainsi que son amour pour Alix de Rosoi. Après la mort d'Alix, Roger trouve un nouvel amour en la personne d'Adélaïde de Couci. L'ouvrage est loué pour son style élevé et son langage approprié aux sentiments nobles, combinant esprit et sentiment de manière naturelle et efficace.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2479
p. 1392-1399
Systême Chronologique sur les trois Textes de la Bible, &c. [titre d'après la table]
Début :
ON VIENT de publier la premiere Partie d'un Ouvrage dédié et présenté au [...]
Mots clefs :
Histoire, Empire d'Assyrie, Rois, Babyloniens, Déjocès, Hérodote, Mèdes, Antiquités, Déluge, Cyrus, Bible
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Systême Chronologique sur les trois Textes de la Bible, &c. [titre d'après la table]
ON VIENT de publier la premiere Partie
d'un Ouvrage dédié et présenté au
Roy par l'Auteur , sous les auspices de
M. le Cardinal de Fleury , qui est intitulé
: SYSTEME CHRONOLOGIQUE sur les
trois Textes de la Bible ; sçavoir , l'Hebren
le Samaritain et le Grec , avec l'Histoire
des anciennes Monarchies expliquée et rétablie
, par M. Michel , de Toul. Cette
premiere Partie sera suivie d'une seconde
qui comprendra les Antiquitez Egyptiennes
, Phéniciennes , &c.
II. Vol. II
JUIN. 1733. 1393
Il est glorieux à l'Auteur d'avoir conçû
la vaste idée de réünir en un Corps
les Antiquitez de toutes les Nations , après
en avoir expliqué les points les plus obscurs
, conformement aux Historiens sacrez
et profanes . Cet Ouvrage plein d'érudition
, est écrit avec méthode et se
lit avec autant d'utilité que de plaisir ;
il développe avec beaucoup de clarté
toutes les difficultez qui empêchoient que
l'on ne fit tous les progrès que l'on désiroit
pour la connoissance parfaite de
l'Histoire,parce qu'il réunit avec les Elemens
, toute la Science des Antiquitez ,
ainsi il servira infiniment aux personnes
de l'un et de l'autre Sexe qui se livrent à
l'étude de l'Histoire ancienne pour parvenir
à la moderne.
2
Avant que de s'engager dans l'Histoire
, M. Michel établit une Chronologie
depuis la Création du monde jusqu'à
I'Empire de Cyrus , qui est le terme des
difficultez Chronologiques ; il fait cinq
intervales ; il a suivi l'Hébreu et le Samaritain
, avant le Déluge ; et depuis le
Déluge le Samaritain et les Septante
jusqu'à la sortie d'Egypte ; depuis cette
sortie jusqu'à la fondation du Temple
il compte 680 ans , et prouve son calcul
par le Livre des Juges, et le premier
II.Vol. des
1294 MERCURE DE FRANCE
des Rois , par S Paul , par les Historiens
Egyptiens , et par des observations Astronomiques
; il a dressé le se intervale
sur les Livres des Rois et des Paralipomenes
, jusqu'à l'Empire de Cyrus.
Il passe ensuite à l'origine et à l'établissement
des Monarchies, et il insinuë que
le premier gouvernement des hommes
fur celui des Peres de famille , qui s'unirent
pour former de plus grandes socié
et choisirent entr'eux les plus sages
pour gouverner , mais à cause des divisions
qui pouvoient naitre dans ce Gouvernement
de plusieurs , toute l'autorité
fut confiée à un seul ; et c'est cet état
Monarchique que l'Auteur regarde comme
le plus parfait , parce qu'il approche
le plus du premier modele , qui est celui
de Dieu , dans le gouvernement de l'Univers.
Après l'origine des Monarchies suit
l'histoire des Babyloniens.M. Michel leur
donne l'Antiquité sur tous les Peuples ,
et se fonde sur ce que le Païs de Babylone
fut le premier habité , et que Nembrod
, par qui les dominations ont été
établies , y regna ; sentiment qui est appuyé
par l'Ecriture. Il veut que l'usage
des Lettres ait passé des Babyloniens aux
Juifs par Abraham , et prétend que les
II. Vol. dix
JUIN. 1733- 1395
dix Rois Babyloniens , avant le Déluge ,
sont les dix Patriarches depuis Adam jusqu'à
Noé , et pour accorder la longue durée
du regne de ces Rois avec l'Ecriture ,
il veut que la révolution d'un jour ait
été comptée pour une année ; ce qu'il
prouve par le témoignage de plusieurs
Anciens.
Il reprend l'histoire des premiers Babyloniens
dépuis le Déluge , et continuë
la posterité de Noé par ce Patriarche ,
après avoir prouvé qu'il est le même
que Bel. Il lui attribue la fondation de
Babylone , et y fait regner Nembrod , auquel
succedent deux Dynasties de Rois
Caldéens et Arabes ; il fait passer la Monarchie
des Babyloniens aux Assyriens ,
après la conquête qu'en fit Ninus.
L'Auteur qui s'étend sur l'histoire des
premiers Assyriens , réunit ingénieusement
les sentimens de tous les Anciens ,
dans les passages qui scnbloient contradictoires,
et supplée par d'heureuses conjectures
, quand l'antiquité ne lui fournit
pas assez de monumens et de preuves,
Après 40 Rois Assyriens , il met la décadence
de l'Empire d'Assyrie sous Thonos
Concoleros , à qui les Grecs ont donné
le nom de Sardanapale , mais il ne fait
point périr ce Prince dans l'embrasement
J
II. Vol. de
1356 MERCURE DE FRANCE
"
de Ninive , il veut , au contraire , qu'il
soit mort de vieillesse dans la Cilicie , et
lui donne un Successeur à Ninive du
nom de Ninus. C'est ce Prince à qui Jonas
prêcha la pénitence, et l'Auteur prou .
ve par ce Prophete , que Ninive ne fut
point alors détruite , et que la revolte
des Babyloniens et des Medes ne fit qu'affoiblir
l'Empire d'Assyrie , sans le détruire.
Pour fixer le démembrement de cer
Empire , l'Auteur se sert de plusieurs
monumens constans ; entr'autres de la
durée de l'Empire d'Assyrie jusqu'à Teutame
, sous qui est placé le Siége de
Troye ; la suite des successeurs de Teutame
, la décadence de l'Empire d'Assyrie
, marquée par tous les Anciens , sous
l'Archontat d'Ariphron , la prédication
'de Jonas.
Il donne une suite des Rois Assyriens
depuis le second Ninus , successeur de
Sardanapale , jusqu'à Assarhadon , qui
réunit Babylone à son Empire . C'est sous
ce Prince qu'il place l'histoire de Judith,
et son sentiment paroît très- conforme à
la vérité. Après avoir répondu à quelques
objections que l'on pouvoit lui faire
, il prouve qu'Assarhadon est Nabuchodonosor
, que Déjoces est Arphaxad
II. Vol. que
JUIN. 1733 1397
NC
que l'histoire de Judith arriva durant
la minorité du Roy Manassés , et sous la
regence du grand Prêtre Eliacim . Alors
Judith étoit âgée de 26 ou 27 ans. Il rejette
le sentiment de ceux qui lui en
donnent 66 , parce qu'il ne croit pas ,
avec raison qu'une femme à cet âge puisse
donner de l'amour ; il fait finir l'Empire
d'Assyrie à Chiniladon , et prétend
que c'est le dernier Sardanapale dont
parle l'histoire , qui se brûla dans son Palais
; et comme il avoit prouvé par Jonas
que Ninive n'avoit point été détruite
sous Thonos - Concoleros , il se sert de
plusieurs passages des Proj hetes pour en
narquer la destruction du temps de
Chiniladon. Des ruines de l'Empire de
• Ninive s'éleverent deux Empires colla-
$ teraux, des Babyloniens et des Médes .
IS
0
L'Auteur commence par celui des Babyloniens
, fondé par le pere de Nabuchodonosor
le Grand ; il fait voir que les
E Interpretes de la Bible n'ont pû concilier
la datte de Daniel et de Jeremie pour
la prise de Jerusalem ; parce qu'ils n'ont
pas fait attention au temps où les Babytpoansiens
et les Juifs commençoient leur
année . Après avoir rapporté l'histoire de
Nabuchodonosor et de ses successeurs
jusqu'à Balthasar , il prétend que ce der-
II. Vol. nier
1398 MERCURE DE FRANCE
nier Prince a eu le nom de Nabonid , de
même que Darius le Méde ; et il fait voir
que pour avoir confondu les deux Princes
de ce nom , on n'a pû concilier les
passages des Anciens. Ce qu'il dit de Darius
, que Cyrus associa à son Empire ,
après la prise de Babylone , éclaircit beaucoup
l'histoire de ces deux Princes.
L'Auteur finit par l'histoire des Médes
qui se gouvernerent par leurs Loix jusqu'à
Déjoces , sous la souveraineté des
Rois d'Assirie , qui prenoient aussi le titre
de Rois des Médes , comme Rois de
ces deux Nations ; c'est ainsi qu'il accorde
Hérodote et Crésias , avec l'Ecriture .
Il prétend que Déjoces , qui est l'Apandas
de Ctesias , n'a regné que 22 ans , et
que c'est le dénouement d'une difficulté
qu'Hérodote fait naitre touchant les 128
ans de la domination qu'il attribuë aux
Médes dans toute l'Asie ; quoiqu'il en
compte 150 depuis Déjoces jusqu'à Cyrus
; car ces 22 ans qu'Hérodote retranche
, ne peuvent être attribués à la domination
des Scythes , puisqu'elle fut de
28 ans, selon Hérodote,qui les comprend
dans cette durée de 128 ans , mais ils doivent
finir avec le regne de Déjoces , qui
ne regna que sur la Médie , selon Hérodote
; au lieu que Phraortes , son fils
1
II. Vol. soumit
JUIN. 1733 1399
soumit toute l'Asie . L'Auteur a ajoûté
un Canon Chronologique des Histoires
dont il a traité , avec un Catalogue des
anciens Auteurs qu'il a citez , et l'Edition
de leurs Ouvrages.
On ne doute pas que la seconde partie,
qui comprendra le reste des Antiquitez ,
et que l'Auteur continuera de fai e imprimer
à ses frais , ne soit reçue du public
avec autant de satisfaction.
Ce Livre se trouve à Paris , chez Musier
, fils , Libraire , sur le Quai et au coin
de la rue des grands Augustins , à la Minerve
, 1733. in 4. de 378 pag sans l'Epître
au Roy , la Préface , le Canon Chronologique
, le Catalogue des Auteurs
citez , & c. Le prix est de 6 liv . broché.
d'un Ouvrage dédié et présenté au
Roy par l'Auteur , sous les auspices de
M. le Cardinal de Fleury , qui est intitulé
: SYSTEME CHRONOLOGIQUE sur les
trois Textes de la Bible ; sçavoir , l'Hebren
le Samaritain et le Grec , avec l'Histoire
des anciennes Monarchies expliquée et rétablie
, par M. Michel , de Toul. Cette
premiere Partie sera suivie d'une seconde
qui comprendra les Antiquitez Egyptiennes
, Phéniciennes , &c.
II. Vol. II
JUIN. 1733. 1393
Il est glorieux à l'Auteur d'avoir conçû
la vaste idée de réünir en un Corps
les Antiquitez de toutes les Nations , après
en avoir expliqué les points les plus obscurs
, conformement aux Historiens sacrez
et profanes . Cet Ouvrage plein d'érudition
, est écrit avec méthode et se
lit avec autant d'utilité que de plaisir ;
il développe avec beaucoup de clarté
toutes les difficultez qui empêchoient que
l'on ne fit tous les progrès que l'on désiroit
pour la connoissance parfaite de
l'Histoire,parce qu'il réunit avec les Elemens
, toute la Science des Antiquitez ,
ainsi il servira infiniment aux personnes
de l'un et de l'autre Sexe qui se livrent à
l'étude de l'Histoire ancienne pour parvenir
à la moderne.
2
Avant que de s'engager dans l'Histoire
, M. Michel établit une Chronologie
depuis la Création du monde jusqu'à
I'Empire de Cyrus , qui est le terme des
difficultez Chronologiques ; il fait cinq
intervales ; il a suivi l'Hébreu et le Samaritain
, avant le Déluge ; et depuis le
Déluge le Samaritain et les Septante
jusqu'à la sortie d'Egypte ; depuis cette
sortie jusqu'à la fondation du Temple
il compte 680 ans , et prouve son calcul
par le Livre des Juges, et le premier
II.Vol. des
1294 MERCURE DE FRANCE
des Rois , par S Paul , par les Historiens
Egyptiens , et par des observations Astronomiques
; il a dressé le se intervale
sur les Livres des Rois et des Paralipomenes
, jusqu'à l'Empire de Cyrus.
Il passe ensuite à l'origine et à l'établissement
des Monarchies, et il insinuë que
le premier gouvernement des hommes
fur celui des Peres de famille , qui s'unirent
pour former de plus grandes socié
et choisirent entr'eux les plus sages
pour gouverner , mais à cause des divisions
qui pouvoient naitre dans ce Gouvernement
de plusieurs , toute l'autorité
fut confiée à un seul ; et c'est cet état
Monarchique que l'Auteur regarde comme
le plus parfait , parce qu'il approche
le plus du premier modele , qui est celui
de Dieu , dans le gouvernement de l'Univers.
Après l'origine des Monarchies suit
l'histoire des Babyloniens.M. Michel leur
donne l'Antiquité sur tous les Peuples ,
et se fonde sur ce que le Païs de Babylone
fut le premier habité , et que Nembrod
, par qui les dominations ont été
établies , y regna ; sentiment qui est appuyé
par l'Ecriture. Il veut que l'usage
des Lettres ait passé des Babyloniens aux
Juifs par Abraham , et prétend que les
II. Vol. dix
JUIN. 1733- 1395
dix Rois Babyloniens , avant le Déluge ,
sont les dix Patriarches depuis Adam jusqu'à
Noé , et pour accorder la longue durée
du regne de ces Rois avec l'Ecriture ,
il veut que la révolution d'un jour ait
été comptée pour une année ; ce qu'il
prouve par le témoignage de plusieurs
Anciens.
Il reprend l'histoire des premiers Babyloniens
dépuis le Déluge , et continuë
la posterité de Noé par ce Patriarche ,
après avoir prouvé qu'il est le même
que Bel. Il lui attribue la fondation de
Babylone , et y fait regner Nembrod , auquel
succedent deux Dynasties de Rois
Caldéens et Arabes ; il fait passer la Monarchie
des Babyloniens aux Assyriens ,
après la conquête qu'en fit Ninus.
L'Auteur qui s'étend sur l'histoire des
premiers Assyriens , réunit ingénieusement
les sentimens de tous les Anciens ,
dans les passages qui scnbloient contradictoires,
et supplée par d'heureuses conjectures
, quand l'antiquité ne lui fournit
pas assez de monumens et de preuves,
Après 40 Rois Assyriens , il met la décadence
de l'Empire d'Assyrie sous Thonos
Concoleros , à qui les Grecs ont donné
le nom de Sardanapale , mais il ne fait
point périr ce Prince dans l'embrasement
J
II. Vol. de
1356 MERCURE DE FRANCE
"
de Ninive , il veut , au contraire , qu'il
soit mort de vieillesse dans la Cilicie , et
lui donne un Successeur à Ninive du
nom de Ninus. C'est ce Prince à qui Jonas
prêcha la pénitence, et l'Auteur prou .
ve par ce Prophete , que Ninive ne fut
point alors détruite , et que la revolte
des Babyloniens et des Medes ne fit qu'affoiblir
l'Empire d'Assyrie , sans le détruire.
Pour fixer le démembrement de cer
Empire , l'Auteur se sert de plusieurs
monumens constans ; entr'autres de la
durée de l'Empire d'Assyrie jusqu'à Teutame
, sous qui est placé le Siége de
Troye ; la suite des successeurs de Teutame
, la décadence de l'Empire d'Assyrie
, marquée par tous les Anciens , sous
l'Archontat d'Ariphron , la prédication
'de Jonas.
Il donne une suite des Rois Assyriens
depuis le second Ninus , successeur de
Sardanapale , jusqu'à Assarhadon , qui
réunit Babylone à son Empire . C'est sous
ce Prince qu'il place l'histoire de Judith,
et son sentiment paroît très- conforme à
la vérité. Après avoir répondu à quelques
objections que l'on pouvoit lui faire
, il prouve qu'Assarhadon est Nabuchodonosor
, que Déjoces est Arphaxad
II. Vol. que
JUIN. 1733 1397
NC
que l'histoire de Judith arriva durant
la minorité du Roy Manassés , et sous la
regence du grand Prêtre Eliacim . Alors
Judith étoit âgée de 26 ou 27 ans. Il rejette
le sentiment de ceux qui lui en
donnent 66 , parce qu'il ne croit pas ,
avec raison qu'une femme à cet âge puisse
donner de l'amour ; il fait finir l'Empire
d'Assyrie à Chiniladon , et prétend
que c'est le dernier Sardanapale dont
parle l'histoire , qui se brûla dans son Palais
; et comme il avoit prouvé par Jonas
que Ninive n'avoit point été détruite
sous Thonos - Concoleros , il se sert de
plusieurs passages des Proj hetes pour en
narquer la destruction du temps de
Chiniladon. Des ruines de l'Empire de
• Ninive s'éleverent deux Empires colla-
$ teraux, des Babyloniens et des Médes .
IS
0
L'Auteur commence par celui des Babyloniens
, fondé par le pere de Nabuchodonosor
le Grand ; il fait voir que les
E Interpretes de la Bible n'ont pû concilier
la datte de Daniel et de Jeremie pour
la prise de Jerusalem ; parce qu'ils n'ont
pas fait attention au temps où les Babytpoansiens
et les Juifs commençoient leur
année . Après avoir rapporté l'histoire de
Nabuchodonosor et de ses successeurs
jusqu'à Balthasar , il prétend que ce der-
II. Vol. nier
1398 MERCURE DE FRANCE
nier Prince a eu le nom de Nabonid , de
même que Darius le Méde ; et il fait voir
que pour avoir confondu les deux Princes
de ce nom , on n'a pû concilier les
passages des Anciens. Ce qu'il dit de Darius
, que Cyrus associa à son Empire ,
après la prise de Babylone , éclaircit beaucoup
l'histoire de ces deux Princes.
L'Auteur finit par l'histoire des Médes
qui se gouvernerent par leurs Loix jusqu'à
Déjoces , sous la souveraineté des
Rois d'Assirie , qui prenoient aussi le titre
de Rois des Médes , comme Rois de
ces deux Nations ; c'est ainsi qu'il accorde
Hérodote et Crésias , avec l'Ecriture .
Il prétend que Déjoces , qui est l'Apandas
de Ctesias , n'a regné que 22 ans , et
que c'est le dénouement d'une difficulté
qu'Hérodote fait naitre touchant les 128
ans de la domination qu'il attribuë aux
Médes dans toute l'Asie ; quoiqu'il en
compte 150 depuis Déjoces jusqu'à Cyrus
; car ces 22 ans qu'Hérodote retranche
, ne peuvent être attribués à la domination
des Scythes , puisqu'elle fut de
28 ans, selon Hérodote,qui les comprend
dans cette durée de 128 ans , mais ils doivent
finir avec le regne de Déjoces , qui
ne regna que sur la Médie , selon Hérodote
; au lieu que Phraortes , son fils
1
II. Vol. soumit
JUIN. 1733 1399
soumit toute l'Asie . L'Auteur a ajoûté
un Canon Chronologique des Histoires
dont il a traité , avec un Catalogue des
anciens Auteurs qu'il a citez , et l'Edition
de leurs Ouvrages.
On ne doute pas que la seconde partie,
qui comprendra le reste des Antiquitez ,
et que l'Auteur continuera de fai e imprimer
à ses frais , ne soit reçue du public
avec autant de satisfaction.
Ce Livre se trouve à Paris , chez Musier
, fils , Libraire , sur le Quai et au coin
de la rue des grands Augustins , à la Minerve
, 1733. in 4. de 378 pag sans l'Epître
au Roy , la Préface , le Canon Chronologique
, le Catalogue des Auteurs
citez , & c. Le prix est de 6 liv . broché.
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Résumé : Systême Chronologique sur les trois Textes de la Bible, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente un ouvrage intitulé 'Système Chronologique sur les trois Textes de la Bible' (hébreu, samaritain et grec), rédigé par Michel de Toul et dédié au roi sous les auspices du Cardinal de Fleury. La première partie, publiée en juin 1733, traite des antiquités bibliques et des anciennes monarchies. Une seconde partie sur les antiquités égyptiennes et phéniciennes est annoncée. Michel de Toul vise à réunir les antiquités de diverses nations en expliquant les points obscurs conformément aux historiens sacrés et profanes. L'ouvrage est structuré avec méthode et érudition, facilitant la compréhension des difficultés historiques et des éléments des antiquités. L'auteur établit une chronologie depuis la Création du monde jusqu'à l'Empire de Cyrus, divisée en cinq intervalles. Il utilise les textes hébreu et samaritain avant le Déluge, et les textes samaritain et des Septante jusqu'à la sortie d'Égypte. Il calcule 680 ans entre la sortie d'Égypte et la fondation du Temple, en se basant sur divers textes bibliques et observations astronomiques. Michel de Toul explore ensuite l'origine et l'établissement des monarchies, suggérant que le premier gouvernement des hommes était celui des pères de famille, qui choisissaient les plus sages pour gouverner. Il considère le gouvernement monarchique comme le plus parfait, rapprochant le plus du modèle divin. Le texte détaille également l'histoire des Babyloniens, considérés comme le premier peuple, en se fondant sur des références bibliques et historiques. Il attribue aux Babyloniens l'usage des lettres, transmis aux Juifs par Abraham, et identifie les dix rois babyloniens avant le Déluge aux dix patriarches depuis Adam jusqu'à Noé. L'ouvrage continue avec l'histoire des Assyriens, après la conquête babylonienne par Ninus. Michel de Toul s'appuie sur divers monuments et témoignages anciens pour reconstruire cette période, en résolvant les contradictions et en comblant les lacunes par des conjectures. L'auteur traite ensuite de la décadence de l'Empire assyrien sous Thonos Concoleros, identifié comme Sardanapale, et de la destruction de Ninive sous Chiniladon. Il explore également les empires babylonien et mède, en conciliant les dates de Daniel et Jérémie pour la prise de Jérusalem et en clarifiant les règnes de Nabuchodonosor et Darius. Le livre se conclut par un canon chronologique et un catalogue des anciens auteurs cités, et est disponible à Paris chez Musier, fils, libraire. La seconde partie, à paraître, couvrira le reste des antiquités et sera également imprimée aux frais de l'auteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2480
p. 1399-1402
Table Chronologique de l'Histoire Universelle, &c. [titre d'après la table]
Début :
TABLES CHRONOLOGIQUES de l'Histoire universelle, par M. l'Abbé Lenglet du [...]
Mots clefs :
Histoire, Tables, Histoire ancienne, Histoire universelle, Nouvelle édition, Histoire profane, Étude de l'histoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Table Chronologique de l'Histoire Universelle, &c. [titre d'après la table]
TABLES CHRONOLOGIQUES de l'Histoire
universelle , par M. l'Abbé Lenglet du
Fresnoy , nouvelle Edition. A Paris , ruë
S. Jacques , chez Osmont et Briasson , Libraires.
Ces Tables , au nombre de 4 , qui sonɛ
très- curieuses , et pour l'ordre et pour le
dessein , avoient déja paru en 1729. mais
elles sont fort augmentées dans cette nouvelle
Edition: On y trouve près de 60 articles
essentiels , que M. l'Abbé Lenglet a
joints à son premier travail . On peut
II. Vol. G même
10 MERCURE DE FRANCE
même dire que c'est le plus grand Ouvrage
de Gravûre de Lettres , qui se soit
fait jusqu'à present.
Ces Tables contiennent bien des choses
singulieres , tant pour l'arrangement
qu'elles ont , que pour l'usage qu'on en
peut faire dans l'étude de l'Histoire.Outre
la réunion de tous les sistêmes de
Chronologie , qui s'y trouvent sous un
même point de vûë , on a encore le plai
sir d'y voir l'ancienne Histoire prophane,
débarassée de toutes les difficultés de la
Chronologie , par l'Epoque commune de
la naissance de Jesus Christ.
Comme dans les Histoires modernes on
date après la naissance du Sauveur du
Monde , l'Auteur date dans l'Histoire
ancienne , avant l'an de J. C. ce qui établit
une clarté à laquelle on avoit , à
la verité , pensé , mais on n'y étoit pas encore
arrivé jusqu'à present.
Ainsi , qu'on suive pour l'Histoire sacrée
, tel systême de Chronologie que
l'on voudra , on le trouve rappellé dans
ces Tables. Mais comme les différences
de Textes , Hébreu , Samaritain et des
Septante , ne regardent que l'Histoire
Sainte, M. l'Abbé Lenglet se réduit pour
l'Histoire prophane à l'époque des tems,
avant , ou après Jesus-Christ ; par - là il
II. Vol. tient .
JUIN. 1733. 1401
tient une conduite uniforme , tant pour
l'Histoire ancienne , que pour l'Histoire
moderne .
Une chose qui distingue encore ces
Tables Chronologiques de toutes celles
qui ont paruës jusques icy , est, qu'en suivant
l'ordre dans lequel on a rangé toutes
les Histoires particulieres , on peut
non seulement en former un corps d'Histoire
universelle , mais même les étudier
toutes séparement ; c'est ce qui se peut
faire avec d'autant plus de facilité , que
l'Auteur indique à chaque nature d'His
toire , les Livres essentiels, pour s'en former
de justes idées pour l'Histoire générale
de chaque Nation , et pour les Regnes
les plus brillans , ou les Evenemens
les plus illustres de chaque Histoire particuliere
.
Enfin ces Tables sont conduites jusques
à ces derniers temps , et l'on n'oublie
pas même les Livres les plus modernes
qui en ont parlé ; ainsi elles peuvent
tenir lieu d'une méthode abrégée pour
étudier l'Histoire. Cependant M. l'Abbé
Lenglet ,, ppeeuu content de ce beau point
de vûë , qu'il nous présente , va donner
encore une Explication de ces mêmes Tables
, en un petit livre portatif , qui en
dévelopera le systême. Il y marquera
II. Vol.
Gij
même
1462 MERCURE DE FRANCE
même les endroits où il faut s'arrêter
dans l'étude de l'Histoire ancienne et
moderne. Il en fera connoître l'usage ,
et donnera en même temps des Supplé
mens d'articles considerables , qui n'ont
pû entrer dans ces Tables.
universelle , par M. l'Abbé Lenglet du
Fresnoy , nouvelle Edition. A Paris , ruë
S. Jacques , chez Osmont et Briasson , Libraires.
Ces Tables , au nombre de 4 , qui sonɛ
très- curieuses , et pour l'ordre et pour le
dessein , avoient déja paru en 1729. mais
elles sont fort augmentées dans cette nouvelle
Edition: On y trouve près de 60 articles
essentiels , que M. l'Abbé Lenglet a
joints à son premier travail . On peut
II. Vol. G même
10 MERCURE DE FRANCE
même dire que c'est le plus grand Ouvrage
de Gravûre de Lettres , qui se soit
fait jusqu'à present.
Ces Tables contiennent bien des choses
singulieres , tant pour l'arrangement
qu'elles ont , que pour l'usage qu'on en
peut faire dans l'étude de l'Histoire.Outre
la réunion de tous les sistêmes de
Chronologie , qui s'y trouvent sous un
même point de vûë , on a encore le plai
sir d'y voir l'ancienne Histoire prophane,
débarassée de toutes les difficultés de la
Chronologie , par l'Epoque commune de
la naissance de Jesus Christ.
Comme dans les Histoires modernes on
date après la naissance du Sauveur du
Monde , l'Auteur date dans l'Histoire
ancienne , avant l'an de J. C. ce qui établit
une clarté à laquelle on avoit , à
la verité , pensé , mais on n'y étoit pas encore
arrivé jusqu'à present.
Ainsi , qu'on suive pour l'Histoire sacrée
, tel systême de Chronologie que
l'on voudra , on le trouve rappellé dans
ces Tables. Mais comme les différences
de Textes , Hébreu , Samaritain et des
Septante , ne regardent que l'Histoire
Sainte, M. l'Abbé Lenglet se réduit pour
l'Histoire prophane à l'époque des tems,
avant , ou après Jesus-Christ ; par - là il
II. Vol. tient .
JUIN. 1733. 1401
tient une conduite uniforme , tant pour
l'Histoire ancienne , que pour l'Histoire
moderne .
Une chose qui distingue encore ces
Tables Chronologiques de toutes celles
qui ont paruës jusques icy , est, qu'en suivant
l'ordre dans lequel on a rangé toutes
les Histoires particulieres , on peut
non seulement en former un corps d'Histoire
universelle , mais même les étudier
toutes séparement ; c'est ce qui se peut
faire avec d'autant plus de facilité , que
l'Auteur indique à chaque nature d'His
toire , les Livres essentiels, pour s'en former
de justes idées pour l'Histoire générale
de chaque Nation , et pour les Regnes
les plus brillans , ou les Evenemens
les plus illustres de chaque Histoire particuliere
.
Enfin ces Tables sont conduites jusques
à ces derniers temps , et l'on n'oublie
pas même les Livres les plus modernes
qui en ont parlé ; ainsi elles peuvent
tenir lieu d'une méthode abrégée pour
étudier l'Histoire. Cependant M. l'Abbé
Lenglet ,, ppeeuu content de ce beau point
de vûë , qu'il nous présente , va donner
encore une Explication de ces mêmes Tables
, en un petit livre portatif , qui en
dévelopera le systême. Il y marquera
II. Vol.
Gij
même
1462 MERCURE DE FRANCE
même les endroits où il faut s'arrêter
dans l'étude de l'Histoire ancienne et
moderne. Il en fera connoître l'usage ,
et donnera en même temps des Supplé
mens d'articles considerables , qui n'ont
pû entrer dans ces Tables.
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Résumé : Table Chronologique de l'Histoire Universelle, &c. [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Tables Chronologiques de l'Histoire universelle' de l'Abbé Lenglet du Fresnoy, publié en 1729 et réédité, contient quatre tables notables pour leur ordre et leur utilité. Cette édition inclut près de 60 articles supplémentaires. Les tables sont considérées comme le plus grand ouvrage de gravure de lettres réalisé jusqu'alors. Elles présentent des éléments singuliers par leur arrangement et leur utilité dans l'étude de l'histoire. Elles réunissent tous les systèmes de chronologie sous un même point de vue et utilisent l'époque commune de la naissance de Jésus-Christ pour clarifier l'ancienne histoire profane. Pour l'histoire ancienne, les événements sont datés avant J.-C., tandis que pour les histoires modernes, ils le sont après la naissance du Sauveur. Les tables permettent de suivre divers systèmes de chronologie pour l'histoire sacrée et se concentrent sur l'époque des temps pour l'histoire profane. Elles distinguent les différences de textes hébreux, samaritains et des Septante. Une particularité des tables est qu'elles permettent de former un corps d'histoire universelle ou d'étudier chaque histoire particulière séparément. L'auteur indique les livres essentiels pour chaque nature d'histoire, facilitant ainsi l'étude de l'histoire générale de chaque nation et des règnes ou événements illustres. Les tables sont mises à jour jusqu'aux derniers temps et incluent les livres modernes, servant de méthode abrégée pour étudier l'histoire. L'Abbé Lenglet prévoit également de publier une explication de ces tables dans un petit livre portatif.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2481
p. 1402-1404
Nouvelle Edition de Sigonius à Milan, &c. [titre d'après la table]
Début :
Nous avons rendu compte dans le Journal de Novembre dernier, de l'entreprise [...]
Mots clefs :
Sigonius, Papier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Edition de Sigonius à Milan, &c. [titre d'après la table]
Nous avons rendu compte dans le
Journal de Novembre dernier , de l'entreprise
d'une nouvelle Edition de toutes
les Oeuvres du sçavant Jesuite Charles
Sigonius , faite à Milan , par M. Argelati ,
Directeur de la Societé Palatine , Académie
célebre de cette Ville , sous les auspices
de l'Empereur , qui vient d'honorer
l'illustre Editeur de la qualité de Secretaire
de S. M. I. Nous venons de recevoir
un autre Imprimé Latin au sujet
de cette Edition , dans lequel M. Argélati
, après un petit Discours Préliminaire
, adressé à tous les Sçavans de l'Europe
, qui marque la grande part qu'a
eue à son travail M. Joseph- Antoine Saxi,
Préfet de la Bibliotheque Ambroisienne .
Notre Editeur, dis-je , rapporte deux Préfaces
du même M. Saxi , l'une sur tout
l'Ouvrage de Sigonius , intitulé de Regno
Italia , divisé en XX. Livres ; l'autre , sur
les cinq derniers Livres de cette Histoire.
Ces Préfaces se feront lire avec plaisir par
II. Vol. les
JUIN. 1733. 1403
les Connoisseurs , et avec profit de la
part de tous les Amateurs de l'Histoire
des personnes sur tout qui voudront
acquerir la nouvelle Edition de
Sigonius.
›
On en trouve déji les deux premiers
Volumes chez Debure le fils , Quay des Augustins
, à l'Image S. Germain , lequel
donne des Billets de Souscription . Cependant
l'impression est diligemment continuée
à Milan , et l'Ouvrage sera en
tout de cinq Volumes in folio. Voici les
conditions de la Souscription , énoncées
dans une feuille volante , imprimée en
Langue Italienne , qui nous est venuë séparément
de la part du Libraire , Joseph
Richini Malatesta , lequel se distingue
parmi ceux de sa Profession par de grandes
et heureuses Entreprises.
Pour le grand Papier.
Pour le premier Volume
Pour le second ,
48. liv.
Pour le troisième
24. liv.
Pour le quatriéme
*Pour le cinquième ,
›
28. liv .
28. liv.
24.
liv.
152.
liv.
II. Vol.
Giij Pour
1404 MER CURE DE FRANCE
Pour le petit Papier.
Pour le premier volume
divisé en deux Parties ,
37. liv. 10. s.
15. liv.
20. liv.
Pour le second ,
Pour le troisiéme ,
Pour le quatrième , 20. liv.
Pour le cinquième ,
12. liv. 10. S.
105.
liv.
Journal de Novembre dernier , de l'entreprise
d'une nouvelle Edition de toutes
les Oeuvres du sçavant Jesuite Charles
Sigonius , faite à Milan , par M. Argelati ,
Directeur de la Societé Palatine , Académie
célebre de cette Ville , sous les auspices
de l'Empereur , qui vient d'honorer
l'illustre Editeur de la qualité de Secretaire
de S. M. I. Nous venons de recevoir
un autre Imprimé Latin au sujet
de cette Edition , dans lequel M. Argélati
, après un petit Discours Préliminaire
, adressé à tous les Sçavans de l'Europe
, qui marque la grande part qu'a
eue à son travail M. Joseph- Antoine Saxi,
Préfet de la Bibliotheque Ambroisienne .
Notre Editeur, dis-je , rapporte deux Préfaces
du même M. Saxi , l'une sur tout
l'Ouvrage de Sigonius , intitulé de Regno
Italia , divisé en XX. Livres ; l'autre , sur
les cinq derniers Livres de cette Histoire.
Ces Préfaces se feront lire avec plaisir par
II. Vol. les
JUIN. 1733. 1403
les Connoisseurs , et avec profit de la
part de tous les Amateurs de l'Histoire
des personnes sur tout qui voudront
acquerir la nouvelle Edition de
Sigonius.
›
On en trouve déji les deux premiers
Volumes chez Debure le fils , Quay des Augustins
, à l'Image S. Germain , lequel
donne des Billets de Souscription . Cependant
l'impression est diligemment continuée
à Milan , et l'Ouvrage sera en
tout de cinq Volumes in folio. Voici les
conditions de la Souscription , énoncées
dans une feuille volante , imprimée en
Langue Italienne , qui nous est venuë séparément
de la part du Libraire , Joseph
Richini Malatesta , lequel se distingue
parmi ceux de sa Profession par de grandes
et heureuses Entreprises.
Pour le grand Papier.
Pour le premier Volume
Pour le second ,
48. liv.
Pour le troisième
24. liv.
Pour le quatriéme
*Pour le cinquième ,
›
28. liv .
28. liv.
24.
liv.
152.
liv.
II. Vol.
Giij Pour
1404 MER CURE DE FRANCE
Pour le petit Papier.
Pour le premier volume
divisé en deux Parties ,
37. liv. 10. s.
15. liv.
20. liv.
Pour le second ,
Pour le troisiéme ,
Pour le quatrième , 20. liv.
Pour le cinquième ,
12. liv. 10. S.
105.
liv.
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Résumé : Nouvelle Edition de Sigonius à Milan, &c. [titre d'après la table]
Le texte annonce la publication d'une nouvelle édition des œuvres de Charles Sigonius, réalisée à Milan par M. Argelati, directeur de la Société Palatine. Cette édition a été entreprise sous le patronage de l'Empereur, qui a récemment nommé Argelati Secrétaire de Sa Majesté Impériale. Un imprimé latin souligne la contribution de M. Joseph-Antoine Saxi, préfet de la Bibliothèque Ambroisienne. L'édition inclut deux préfaces de Saxi : l'une sur l'ouvrage 'De Regno Italia' de Sigonius, divisé en vingt livres, et l'autre sur les cinq derniers livres de cette histoire. Ces préfaces sont destinées à être appréciées par les connaisseurs et les amateurs d'histoire. Les deux premiers volumes sont disponibles chez Debure le fils, Quay des Augustins, à l'Image S. Germain, où les souscriptions sont acceptées. L'impression se poursuit à Milan, et l'ouvrage complet comportera cinq volumes in-folio. Les conditions de souscription sont détaillées dans une feuille volante imprimée en italien par le libraire Joseph Richini Malatesta. Les prix varient selon la qualité du papier et le volume, allant de 15 à 48 livres.
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2482
p. 1404
« Debure, Libraire à Paris, dont nous venons de parler, vend aussi les 23. volumes [...] »
Début :
Debure, Libraire à Paris, dont nous venons de parler, vend aussi les 23. volumes [...]
Mots clefs :
Debure
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texteReconnaissance textuelle : « Debure, Libraire à Paris, dont nous venons de parler, vend aussi les 23. volumes [...] »
Debure , Libraire à Paris , dont nous
venons de parler , vend aussi les 23. volumes
de la Collection des Historiens d'Italie
de M. Muratori , &c. et les trois
premiers volumes des Annales Francisquaines
de Wading , qu'on réimprime à
Rome , sous ce titre : Annales Minorum,
seu trium Ordinum à S. Francisco Institutorum
, Auctore A. R. P. Luca Waddingo
Hiberno , S. T. Lectore Jubilato et Ordinis
Chronologo. Editio secunda , locupletior
et accuratior , opere et studio R.P. Josesephi-
Maria de Fonteca , ab Ebora , &c.
Romæ , 1731 .
venons de parler , vend aussi les 23. volumes
de la Collection des Historiens d'Italie
de M. Muratori , &c. et les trois
premiers volumes des Annales Francisquaines
de Wading , qu'on réimprime à
Rome , sous ce titre : Annales Minorum,
seu trium Ordinum à S. Francisco Institutorum
, Auctore A. R. P. Luca Waddingo
Hiberno , S. T. Lectore Jubilato et Ordinis
Chronologo. Editio secunda , locupletior
et accuratior , opere et studio R.P. Josesephi-
Maria de Fonteca , ab Ebora , &c.
Romæ , 1731 .
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Résumé : « Debure, Libraire à Paris, dont nous venons de parler, vend aussi les 23. volumes [...] »
Le libraire Debure à Paris vend la Collection des Historiens d'Italie en 23 volumes par M. Muratori. Il propose aussi les trois premiers volumes des Annales Francisquaines de Wadding, réimprimés à Rome. Ces annales, intitulées Annales Minorum, sont écrites par le Révérend Père Luca Wadding, un Irlandais. La seconde édition, plus complète, a été réalisée par le Révérend Père José Maria de Fonteca et publiée à Rome en 1731.
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2483
p. 1404-1408
Traité de l'Opinion, &c. [titre d'après la table]
Début :
Briasson, Acquereur du Traité de l'Opinion, a fait relier cet Ouvrage en dix [...]
Mots clefs :
Gilbert-Charles Le Gendre, Saint-Aubin-sur-Loire, Chevalier, Seigneur, Conseiller, Trésorier de France, Maître des requêtes, Cabinet du roi, Parlement, Jeton
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texteReconnaissance textuelle : Traité de l'Opinion, &c. [titre d'après la table]
Briasson , Acquereur du Traité de l'Opinion
, a fait relier cet Ouvrage en dix
volumes. L'Auteur a trouvé bon d'être
nommé dans les nouveaux Frontispices.
C'est Gilbert- Charles le Gendre , Marquis.
II. Vol.
de
JUIN. 1733. 1405
·
de S. Aubin sur Loire , cy - devant Maître
des Requêtes.
Il est fils de Charles le Gendre , Chevalier
Seigneur de S. Aubin sur Loire ,
Conseiller au Grand- Conseil , dont la
mort est marquée dans le Mercure du
mois d'Avril 1752.
Le grand- pere de Gilbert- Charles le
Gendre de S. Aubin , a été Charles le
Gendre , Chevalier , Seigneur de S. Aubin
sur Loire , Ecuyer Ordinaire de
Henriette d'Angleterre , premiere femme
de Philippe de France , Duc d'Orleans.
Son Bisaïeul a été Paul le Gendre ,
Chevalier Seigneur de S. Aubin sur Loire
, Maître d'Hôtel de Louis XIII. par
Brévet , signé Louis , et plus bas de Lomenie
, du 3. Février 1634. enregistré
en la Chambre aux Deniers le 14, des mêmes
mois et an. Son nom , ses qualitez
et ses armes se voyent dans son Epitaphe
, en l'Eglise de S. Pierre à Moulins.
Paul le Gendre de S. Aubin , Maître
d'Hôtel du Roy , étoit frere de Jacques
le Gendre , Chevalier Seigneur de Lormoy
, Conseiller d'Etat par Brévet du
15. Janvier 1626. La réception dudit
sieur le Gendre et sa prestation de serment
ès mains de M. d'Aligre , Chancelier
, est du 20. Janvier suivant.
II. Vol. Giiij Jacques
1406 MERCURE DE FRANCE
Jacques le Gendre de Lormoy , Conseiller
d'Etat , a laisé Paul le Gendre
Chevalier Seigneur de Lormoy , Secretaire
du Cabinet de Louis XIII. et de-
Louis XIV . et Maître des Requêtes , décedé
dans sa 96. année en 1713. Le feu
Roy , qui l'avoit vû à la Cour pendant
70. ans , l'appelloit le plus ancien de ses
Domestiques.
›
Il a été Pere de Gaspard - François le
Gendre , Maître des Requêtes et Inten- ,
dant des Generalitez de Montauban
d'Auch et de Tours , qui a deux fils
François-Paul le Gendre , Conseiller au
Parlement , et Leon le Gendre de Lormoy
, Mestre de Camp du Régiment Colonel
Géneral de la Cavalerie ou de la
Cornette Blanche.
Paul le Gendre de Lormoy , Secretaire
du Cabinet , a eu deux freres , Jacques
le Gendre , Chanoine de Notre- Dame de
Paris et Abbé d'Anzy le - Duc , décedé
en 1705. et Claude le Gendre , qui étant
Cornette dans le Mestre de Camp Géneral
de la Cavalerie , fut pris par les
Espagnols en 1655. et mourut à l'âge
de 17. ans de ses blessures. Il en est
parlé dans les Mémoires de Bussy sur
la Campagne de 1655. T. 2. in 4. p. 14.
Jacques le Gendre de Lormoy , Con-
II. Vol. seiller
JUIN. 1733
1407
seiller d'Etat , et Paul le Gendre de Saint
Aubin , Maître d'Hôtel du Roy , étoient
fils de Jean le Gendre , Chevalier , Contrôleur
Géneral de la Marine , qui fur
chargé par Henry IV. d'entendre les propositions
faites par Antoine Perez , Ministre
disgracié de Philippe II. aur sujet
de l'augmentation de la Marine en France.
On trouve plus anciennement Claude
le Gendre , Capinaine de so . Hommes
d'Armes en 1526. Pierre le Gendre , Chanoine
de Notre - Dame de Paris , reçû
Conseiller Clerc au Parlement en 1496.
et Pierre le Gendre , Chevalier , Seigneur
d'Alincourt, Trésorier de France et Géneral
des Finances , qui épousa en premieres
Nôces Jeanne Poncher , Soeur d'Etienne
Poncher , Evêque de Paris , puis Archevêque
de Sens , et en secondes Nôces Charlotte
Briçonnet. La premiere déceda sans
enfans ; la seconde n'eut que deux filles
qui moururent le même jour , ainsi que
M.de Thou l'a remarqué.Par ces deux Mariages
Pierre le Gendre, Trésorier de Fran
ce , fut beau frere et neveu de deux Premiers
Ministres.
›
Il y a dans le Cabinet du Roy , un Jetton
frappé aux Armes des le Gendre
qui sont d'azur à la face d'argent, accompagnée
de trois têtes de filles échevelées
11. Vol. d'or G V
1408 MERCURE DE FRANCE
* d'or. Il est écrit sur ce Jetton : Pietrc
le Gendre , Trésorier de France du Roy
Lois douzeïesme de ce nom. Dans plu
sieurs Cabinets de Curieux , on voit un
autre Jetton frappé aux mêmes Armes, sur
lequel il est écrit : P. le Gendre , Cheva
lier , Trésorier de France ; et au revers on
lit : Judica me Deus , et . discerne causam
meam. Ces Armes sont sculptées anciennément
sur une Porte de la Ville de
Magny, et à Paris , .aux Saints Innocents,
à la Chapelle du S. Sépulchre , en dehors.
La Terre de S. Aubin sur Loire , a été
érigée en Marquisat par Lettres du grand
Sceau , datées d'Avril 1717. registrées au
Parlement et à la Chambre des Comptes
de Bourgogne.
, a fait relier cet Ouvrage en dix
volumes. L'Auteur a trouvé bon d'être
nommé dans les nouveaux Frontispices.
C'est Gilbert- Charles le Gendre , Marquis.
II. Vol.
de
JUIN. 1733. 1405
·
de S. Aubin sur Loire , cy - devant Maître
des Requêtes.
Il est fils de Charles le Gendre , Chevalier
Seigneur de S. Aubin sur Loire ,
Conseiller au Grand- Conseil , dont la
mort est marquée dans le Mercure du
mois d'Avril 1752.
Le grand- pere de Gilbert- Charles le
Gendre de S. Aubin , a été Charles le
Gendre , Chevalier , Seigneur de S. Aubin
sur Loire , Ecuyer Ordinaire de
Henriette d'Angleterre , premiere femme
de Philippe de France , Duc d'Orleans.
Son Bisaïeul a été Paul le Gendre ,
Chevalier Seigneur de S. Aubin sur Loire
, Maître d'Hôtel de Louis XIII. par
Brévet , signé Louis , et plus bas de Lomenie
, du 3. Février 1634. enregistré
en la Chambre aux Deniers le 14, des mêmes
mois et an. Son nom , ses qualitez
et ses armes se voyent dans son Epitaphe
, en l'Eglise de S. Pierre à Moulins.
Paul le Gendre de S. Aubin , Maître
d'Hôtel du Roy , étoit frere de Jacques
le Gendre , Chevalier Seigneur de Lormoy
, Conseiller d'Etat par Brévet du
15. Janvier 1626. La réception dudit
sieur le Gendre et sa prestation de serment
ès mains de M. d'Aligre , Chancelier
, est du 20. Janvier suivant.
II. Vol. Giiij Jacques
1406 MERCURE DE FRANCE
Jacques le Gendre de Lormoy , Conseiller
d'Etat , a laisé Paul le Gendre
Chevalier Seigneur de Lormoy , Secretaire
du Cabinet de Louis XIII. et de-
Louis XIV . et Maître des Requêtes , décedé
dans sa 96. année en 1713. Le feu
Roy , qui l'avoit vû à la Cour pendant
70. ans , l'appelloit le plus ancien de ses
Domestiques.
›
Il a été Pere de Gaspard - François le
Gendre , Maître des Requêtes et Inten- ,
dant des Generalitez de Montauban
d'Auch et de Tours , qui a deux fils
François-Paul le Gendre , Conseiller au
Parlement , et Leon le Gendre de Lormoy
, Mestre de Camp du Régiment Colonel
Géneral de la Cavalerie ou de la
Cornette Blanche.
Paul le Gendre de Lormoy , Secretaire
du Cabinet , a eu deux freres , Jacques
le Gendre , Chanoine de Notre- Dame de
Paris et Abbé d'Anzy le - Duc , décedé
en 1705. et Claude le Gendre , qui étant
Cornette dans le Mestre de Camp Géneral
de la Cavalerie , fut pris par les
Espagnols en 1655. et mourut à l'âge
de 17. ans de ses blessures. Il en est
parlé dans les Mémoires de Bussy sur
la Campagne de 1655. T. 2. in 4. p. 14.
Jacques le Gendre de Lormoy , Con-
II. Vol. seiller
JUIN. 1733
1407
seiller d'Etat , et Paul le Gendre de Saint
Aubin , Maître d'Hôtel du Roy , étoient
fils de Jean le Gendre , Chevalier , Contrôleur
Géneral de la Marine , qui fur
chargé par Henry IV. d'entendre les propositions
faites par Antoine Perez , Ministre
disgracié de Philippe II. aur sujet
de l'augmentation de la Marine en France.
On trouve plus anciennement Claude
le Gendre , Capinaine de so . Hommes
d'Armes en 1526. Pierre le Gendre , Chanoine
de Notre - Dame de Paris , reçû
Conseiller Clerc au Parlement en 1496.
et Pierre le Gendre , Chevalier , Seigneur
d'Alincourt, Trésorier de France et Géneral
des Finances , qui épousa en premieres
Nôces Jeanne Poncher , Soeur d'Etienne
Poncher , Evêque de Paris , puis Archevêque
de Sens , et en secondes Nôces Charlotte
Briçonnet. La premiere déceda sans
enfans ; la seconde n'eut que deux filles
qui moururent le même jour , ainsi que
M.de Thou l'a remarqué.Par ces deux Mariages
Pierre le Gendre, Trésorier de Fran
ce , fut beau frere et neveu de deux Premiers
Ministres.
›
Il y a dans le Cabinet du Roy , un Jetton
frappé aux Armes des le Gendre
qui sont d'azur à la face d'argent, accompagnée
de trois têtes de filles échevelées
11. Vol. d'or G V
1408 MERCURE DE FRANCE
* d'or. Il est écrit sur ce Jetton : Pietrc
le Gendre , Trésorier de France du Roy
Lois douzeïesme de ce nom. Dans plu
sieurs Cabinets de Curieux , on voit un
autre Jetton frappé aux mêmes Armes, sur
lequel il est écrit : P. le Gendre , Cheva
lier , Trésorier de France ; et au revers on
lit : Judica me Deus , et . discerne causam
meam. Ces Armes sont sculptées anciennément
sur une Porte de la Ville de
Magny, et à Paris , .aux Saints Innocents,
à la Chapelle du S. Sépulchre , en dehors.
La Terre de S. Aubin sur Loire , a été
érigée en Marquisat par Lettres du grand
Sceau , datées d'Avril 1717. registrées au
Parlement et à la Chambre des Comptes
de Bourgogne.
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Résumé : Traité de l'Opinion, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente la famille Le Gendre et ses membres notables. Briasson a publié le 'Traité de l'Opinion' en dix volumes, attribuant la paternité de l'œuvre à Gilbert-Charles Le Gendre, Marquis de Saint-Aubin-sur-Loire. Gilbert-Charles est le fils de Charles Le Gendre, Chevalier et Seigneur de Saint-Aubin-sur-Loire, décédé en avril 1752. Son grand-père, également nommé Charles Le Gendre, était Écuyer Ordinaire d'Henriette d'Angleterre. Paul Le Gendre, arrière-grand-père de Gilbert-Charles, fut Maître d'Hôtel de Louis XIII. Jacques Le Gendre, frère de Paul, occupa la fonction de Conseiller d'État. Paul Le Gendre de Lormoy, Secrétaire du Cabinet de Louis XIII et Louis XIV, décéda à l'âge de 96 ans en 1713. Il avait deux frères : Jacques, Chanoine de Notre-Dame de Paris, et Claude, mort à 17 ans en 1755. Jean Le Gendre, père de Jacques et Paul, fut Contrôleur Général de la Marine sous Henri IV. Le texte mentionne également des ancêtres plus lointains, tels que Claude Le Gendre, Capitaine en 1526, et Pierre Le Gendre, Trésorier de France. Les armes de la famille Le Gendre sont décrites et présentes sur divers objets et lieux. La terre de Saint-Aubin-sur-Loire fut érigée en marquisat en 1717.
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2484
p. 1408-1412
QUESTION touchant l'autorité des Musiciens en matiere de Chant d'Eglise.
Début :
Un Ecclésiastique de Province qui a été consulté sur le Chant Ecclesiastique [...]
Mots clefs :
Chant, Église, Églises, Musiciens, Plain-chant, Juges, Question
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texteReconnaissance textuelle : QUESTION touchant l'autorité des Musiciens en matiere de Chant d'Eglise.
Un Ecclesiastique de Province qui a
été consulté sur le Chant Ecclesiastique
par
les Editeurs des nouveaux Bréviaires
de plusieurs Diocèses , où l'on s'interesse
à avoir un Chant exempt de fautes
cependant varié , nous a prié de publier
ce qui suit :
QUESTION touchant l'autorité des
Musiciens en matiere de Chant d'Eglise.
Il y a dans l'esprit de plusieurs per-
II. Vol. sonnes
JUIN. 1733. 1409
sonnes des préjugez si profondément enracinez
en faveur de ce qu'on appelle
aujourd'hui Musiciens d'Eglise , qu'on
des peines infinies à les en faire revenir.
Ces personnes se reposent tellement sur
la capacité de ces sujets , qu'elles n'osent
jamais parler de Chant d'Eglise , Chant
Grégorien , Plain Chant , que selon
-
ce qu'elles leur en entendent dire. Comme
c'est une illusion , qui , quoique nouvelle
, peut avoir de grandes suites , j'ai
cru qu'il étoit nécessaire de présenter Requête
à Mercure , et de me servir de
sa médiation pour notifier au Public la
chose sur laquelle je demande le jugement
des Doctes. Ce n'est pas , Messieurs
que je comprenne tous les Musiciens dans
une même classe . J'en ai trouvé d'assez
équitables pour se rendre aux remarques
que je leur ai fait faire , et qui ont déclaré
qu'ils ne croyoient pas que la maniere
dont on leur donne connoissance
du Plain-Chant dans les Maîtrises out
Ecoles de Psallette , pendant leur jeunesse,
fut suffisante pour les faire regarder dans
la suite comme des Juges compétants sur
ces sortes de matieres. Je me trouve lié
le commerce de la vie avec un certain
nombre de personnes , dans la plupart
desquelles il a fallu détruire le préjugé
par
11. Vol. en G vj
1410 MERCURE DE FRANCE
en question . Cela s'est fait aisément à
l'égard du grand nombre qui est de bonne
volonté ; mais il en reste encore d'autres
à convaincre dont je n'espere en gagner
qu'un certain nombre, parce qu'il y
en aura encore quelqu'un qui voudra absolument
rester dans son sentiment. J'avoie
qu'un si petit objet étoit de trop
peu de conséquence pour mettre aux
champs le Messager des Muses ; mais
comme ce qui est arrivé ici , peut arriver
ailleurs , j'ai cru qu'il étoit bon d'avoir
là - dessus le sentiment des Connoisscurs.
Voici donc précisément le sujet
de la Question .
Si les Musiciens peuvent et doivent être
écoutez et suivis dans les raisonnemens qu'ils
tiennent sur le Plain- Chant ou Chants d'Eglise
? S'ils sont en état de raisonner et d'être
crus sur les manieres dont il est varié
dans les Eglises differentes ; et s'ils en sont
Fuges tout- à-fait compétants et irrefragables ?
S'il n'y a pas deux extrémitez à éviter :
l'une de ne les croire juges en rien ; l'autre de
les croire juges en tout ; et en quoi donc ils
peuvent être consultez , et écoutez.
Vos Journaux , Messieurs , sont dépositaires
des Remarques Critiques que les
mauvais raisonnemens qui ont été faits
sur cette matiere , ont attirés à leurs Au-
II. Vol. teurs
JUIN. 1733. 1411
•
teurs. ( a) Il n'y a pas jusqu'à l'Ombre de
M. Thiers , qui , sortie de son tombeau
les a montrés au doigt , lorsqu'elle a parlé
de ceux qui précipitent l'Office divin ,
soit parce que leur infirmité et leur âge
le leur fait toujours trouver trop long.
soit à cause que desservant deux Eglises
, ( b ) ils ne peuvent se deffaire , lorsqu'ils
sont au service de la Mere , de la
mauvaise habitude qu'ils ont contractée
à celui de la Fille. Il n'y a pas un an ,
qu'un Anonyme se plaignit encore dans
vos Journaux (c) de ceux qui se donnent
pour Maîtres , sans jamais avoir été Disciples.
Il semble par ce qu'il dit du Lieu
où les Fideles s'assemblent et sur le .
Nosce teipsum , qu'il ait eu en vûë de réprimer.
ceux qui sans aucune étude , ni
même aucune teinture du Chant , entre .
prennent de juger de sa composition avec
une confiance qui va jusqu'à vouloir
tourner en ridicule les plus magnifiques
expressions qui s'y trouvent. Telles sont ,
par exemple , celles de l'excellent Antiphonier
usité dans l'Eglise de Paris depuis
l'Episcopat de M. de Harlay ; entre
,
(a) Merc. Juin 1726. 1. vol. pag. 1177. Mer.
Août 1726. pag. 1739. 1747. 1759 .
(b) Merc. Juin 1731. 2. vol. pag. 1443
(c) Merc. de May 1732. pag. 907. et 908.
&
II. Vol. autres
1412 MERCURE
DE FRANCE
autres celle du Saule , Saule, quid me per
sequeris ? de la Conversion de S. Paul . Si je
voulois ajoûter quelque chose à ces remarques
, je ferois observer que ce seroi !
une chose inouie , que dans des Eglise
nombreuses de Chanoines qui ont un
Clergé subsidiaire , on proposât de diminuer
la Table des Chants Psalmodi.
ques, pour la rendre aussi simple et stérile
que celle des Eglises Monastiques,
La Monotonie convient aux Solitaires ;
mais une Eglise Cathédrale ne doit pas
se laisser mettre de niveau avec celle d'un
Monastere. C'est à quoi ne font pas at
tention ceux qui ne cessent de déclamer
contre la varieté et la richesse des Tables
Psalmodiques
d'Eglises Séculieres , Cathé
drales ou Collegiales
; et il leur sied trèsmal
de proposer d'un côté pour modele
de
la penurie Monastique
, tandis que
l'autre ils distribuent
à pleines mains un
Ecrit qui établit la difference
totale qui
doit étre entre le Clergé Séculier et l'état
des Moines.
Ce 3. May 1733 .
été consulté sur le Chant Ecclesiastique
par
les Editeurs des nouveaux Bréviaires
de plusieurs Diocèses , où l'on s'interesse
à avoir un Chant exempt de fautes
cependant varié , nous a prié de publier
ce qui suit :
QUESTION touchant l'autorité des
Musiciens en matiere de Chant d'Eglise.
Il y a dans l'esprit de plusieurs per-
II. Vol. sonnes
JUIN. 1733. 1409
sonnes des préjugez si profondément enracinez
en faveur de ce qu'on appelle
aujourd'hui Musiciens d'Eglise , qu'on
des peines infinies à les en faire revenir.
Ces personnes se reposent tellement sur
la capacité de ces sujets , qu'elles n'osent
jamais parler de Chant d'Eglise , Chant
Grégorien , Plain Chant , que selon
-
ce qu'elles leur en entendent dire. Comme
c'est une illusion , qui , quoique nouvelle
, peut avoir de grandes suites , j'ai
cru qu'il étoit nécessaire de présenter Requête
à Mercure , et de me servir de
sa médiation pour notifier au Public la
chose sur laquelle je demande le jugement
des Doctes. Ce n'est pas , Messieurs
que je comprenne tous les Musiciens dans
une même classe . J'en ai trouvé d'assez
équitables pour se rendre aux remarques
que je leur ai fait faire , et qui ont déclaré
qu'ils ne croyoient pas que la maniere
dont on leur donne connoissance
du Plain-Chant dans les Maîtrises out
Ecoles de Psallette , pendant leur jeunesse,
fut suffisante pour les faire regarder dans
la suite comme des Juges compétants sur
ces sortes de matieres. Je me trouve lié
le commerce de la vie avec un certain
nombre de personnes , dans la plupart
desquelles il a fallu détruire le préjugé
par
11. Vol. en G vj
1410 MERCURE DE FRANCE
en question . Cela s'est fait aisément à
l'égard du grand nombre qui est de bonne
volonté ; mais il en reste encore d'autres
à convaincre dont je n'espere en gagner
qu'un certain nombre, parce qu'il y
en aura encore quelqu'un qui voudra absolument
rester dans son sentiment. J'avoie
qu'un si petit objet étoit de trop
peu de conséquence pour mettre aux
champs le Messager des Muses ; mais
comme ce qui est arrivé ici , peut arriver
ailleurs , j'ai cru qu'il étoit bon d'avoir
là - dessus le sentiment des Connoisscurs.
Voici donc précisément le sujet
de la Question .
Si les Musiciens peuvent et doivent être
écoutez et suivis dans les raisonnemens qu'ils
tiennent sur le Plain- Chant ou Chants d'Eglise
? S'ils sont en état de raisonner et d'être
crus sur les manieres dont il est varié
dans les Eglises differentes ; et s'ils en sont
Fuges tout- à-fait compétants et irrefragables ?
S'il n'y a pas deux extrémitez à éviter :
l'une de ne les croire juges en rien ; l'autre de
les croire juges en tout ; et en quoi donc ils
peuvent être consultez , et écoutez.
Vos Journaux , Messieurs , sont dépositaires
des Remarques Critiques que les
mauvais raisonnemens qui ont été faits
sur cette matiere , ont attirés à leurs Au-
II. Vol. teurs
JUIN. 1733. 1411
•
teurs. ( a) Il n'y a pas jusqu'à l'Ombre de
M. Thiers , qui , sortie de son tombeau
les a montrés au doigt , lorsqu'elle a parlé
de ceux qui précipitent l'Office divin ,
soit parce que leur infirmité et leur âge
le leur fait toujours trouver trop long.
soit à cause que desservant deux Eglises
, ( b ) ils ne peuvent se deffaire , lorsqu'ils
sont au service de la Mere , de la
mauvaise habitude qu'ils ont contractée
à celui de la Fille. Il n'y a pas un an ,
qu'un Anonyme se plaignit encore dans
vos Journaux (c) de ceux qui se donnent
pour Maîtres , sans jamais avoir été Disciples.
Il semble par ce qu'il dit du Lieu
où les Fideles s'assemblent et sur le .
Nosce teipsum , qu'il ait eu en vûë de réprimer.
ceux qui sans aucune étude , ni
même aucune teinture du Chant , entre .
prennent de juger de sa composition avec
une confiance qui va jusqu'à vouloir
tourner en ridicule les plus magnifiques
expressions qui s'y trouvent. Telles sont ,
par exemple , celles de l'excellent Antiphonier
usité dans l'Eglise de Paris depuis
l'Episcopat de M. de Harlay ; entre
,
(a) Merc. Juin 1726. 1. vol. pag. 1177. Mer.
Août 1726. pag. 1739. 1747. 1759 .
(b) Merc. Juin 1731. 2. vol. pag. 1443
(c) Merc. de May 1732. pag. 907. et 908.
&
II. Vol. autres
1412 MERCURE
DE FRANCE
autres celle du Saule , Saule, quid me per
sequeris ? de la Conversion de S. Paul . Si je
voulois ajoûter quelque chose à ces remarques
, je ferois observer que ce seroi !
une chose inouie , que dans des Eglise
nombreuses de Chanoines qui ont un
Clergé subsidiaire , on proposât de diminuer
la Table des Chants Psalmodi.
ques, pour la rendre aussi simple et stérile
que celle des Eglises Monastiques,
La Monotonie convient aux Solitaires ;
mais une Eglise Cathédrale ne doit pas
se laisser mettre de niveau avec celle d'un
Monastere. C'est à quoi ne font pas at
tention ceux qui ne cessent de déclamer
contre la varieté et la richesse des Tables
Psalmodiques
d'Eglises Séculieres , Cathé
drales ou Collegiales
; et il leur sied trèsmal
de proposer d'un côté pour modele
de
la penurie Monastique
, tandis que
l'autre ils distribuent
à pleines mains un
Ecrit qui établit la difference
totale qui
doit étre entre le Clergé Séculier et l'état
des Moines.
Ce 3. May 1733 .
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Résumé : QUESTION touchant l'autorité des Musiciens en matiere de Chant d'Eglise.
Un ecclésiastique de province, sollicité par les éditeurs des nouveaux bréviaires de plusieurs diocèses pour ses réflexions sur le chant ecclésiastique, a décidé de publier ses pensées. Il s'interroge sur l'autorité des musiciens d'église en matière de chant grégorien ou plain-chant. Il observe que certaines personnes ont des préjugés en faveur des musiciens d'église, les considérant comme des juges compétents sans discussion. L'ecclésiastique souligne que cette illusion est récente mais pourrait avoir des conséquences importantes. Il a donc décidé de présenter une requête pour solliciter l'avis des doctes sur la question suivante : les musiciens peuvent-ils et doivent-ils être écoutés et suivis dans leurs raisonnements sur le plain-chant ou les chants d'église ? Sont-ils compétents pour juger des variations du chant dans différentes églises ? L'ecclésiastique met en garde contre deux extrêmes : ne pas croire les musiciens en rien ou les croire en tout. Il mentionne également des critiques passées dans les journaux concernant les mauvais raisonnements sur cette matière, y compris des remarques sur ceux qui précipitent l'office divin ou se donnent pour maîtres sans avoir été disciples. Il conclut en soulignant l'importance de la variété et de la richesse des tables psalmodiques dans les églises cathédrales, contrairement à la monotonie des églises monastiques.
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2485
p. 1413-1415
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Neufchâtel le 4. May 1733. au sujet d'un nouveau Journal, &c.
Début :
Vous voulez absolument que je vous donne des nouvelles de ce Pays-cy, [...]
Mots clefs :
Français, Suisse, Abbé, Mercure suisse, Muralt, Lettres sur les Anglais et les Français, France, Nouvelles littéraires, Bon sens
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Neufchâtel le 4. May 1733. au sujet d'un nouveau Journal, &c.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Neufchâtel le 4. May 1733. au sujet
d'un nouveau Journal , & c.
V
Ous voulez absolument que je vous
donne des nouvelles de ce Pays- cy,
et sur tout des Nouvelles Litteraires ;
vous ne pensez donc pas comme beaucoup
de gens de votre Pays , qui s'imaginent
qu'en Suisse la Litterature est toutà
- fait négligée ; d'autres en outrant les
choses , nous disputent encore la poli- .
tesse , le bon sens et presque la raison.
On a eu le même préjugé à l'égard des
Orientaux en general , et à l'égard des
Turcs en particulier ; mais ceux- cy se
trouvent pleinement justifiez sur leur
ignorance prétendue , dans une Piece
nous avons lûe avec plaisir dans le Mercure
de France du mois dernier . Nous.
ne serons pas surpris que quelque Apologiste
prenne aussi un jour notre deffense
en main et désabuse du moins un
certain Public , de la mauvaise prévention
dont le vulgaire est rempli contre
la Nation Suisse.
que
En attendant , et pour commencer en
quelque façon cette Apologie , je vous
dirai qu'on imprime ici depuis le mois de
II. Vol.
Dé1414
MERCURE DE FRANCE
Décembre 1732. un Mercure Suisse , ou
Recueil de Nouvelles Historiques , Politi
ques , Litteraires et Curieuses , dont on paroît
assez content. Voici un petit Extrait
de celui du mois de Mars dernier ,
que
j'ai estimé digne de votre curiosité.
» En l'année 1726. l'Abbé D ... publia
» une Critique des Lettres de M. de Mu-
» ralt , sur les Moeurs des François et des
»
Anglois , sous ce titre : Apologie du ca-
» ractere des Anglois et des François , ou
Observations sur le Livre intitulé , Lettre
» sur les Anglois et les François , et sur les
»Voyages ; avec la deffense de la sixième
» Satyre de M. Despreaux , et la justificantion
du bel esprit François .
» Cet Abbé commence peu poliment
son Livre par ces mots : Dès que les
» Lettres sur les Anglois et les François
» et sur les Voyages , parurent , je les lûs
» avec une attention curieuse , et je fus bien
» aise de voir un Suisse penser. C'étoit loüer
le judicieux Auteur de ces Lettres , ( qui
» est Suisse ) d'une maniere peu convena-
» ble , et faire en même-temps insulte à
» toute sa Nation . Pour venger les Suis-
» ses , un d'entre eux , aussi peu poli que
» cet Abbé , et ami de M. de Muralt ,
»composa les Vers suivans. On nous prie
» de les inserer ici , parce qu'on ne les
II. Vol. >> a.
JUIN. 1733. 1415
a point encore vûs dans aucun Recueil,
mais on avertit que l'on n'y a nullement
en vûë tous les Auteurs François
en general. On sçait distinguer en Suisse
, tout comme ailleurs , le petit nombre
de bons Ecrivains , de la foule immense
des mauvais.Cette Epigramme ne
regarde donc aucun autre François que
les Auteurs de la classe de l'Abbé D ...
etit Abbé , le sçavoir vivre ,
'est point chez vous en lieu natal
t votre orgueil n'enfante un Livre ,
Que pour lancer un trait brutal .
ous pensiez donc , froid Satirique ,
Qu'avant Muralt , tout Helvetique ,
Ne pensoit point , ou pensoit mal ;
Et vous pensiez comme un cheval .
François , quittez vos fiers caprices ,
Connoissez mieux vos bons voisins .
Si vous pensiez , esprits trop vains ,
Autant , aussi bien que maints Suisses ;
Au lieu de vos tas d'Ecrivains ,
Pour la plupart fades Narcisses ,
La France auroit plus d'Esprits sains
Et qui pourvûs en hommes sages ,
Du bon sens des Treize Cantons ,
Ne produiroient que peu d'Ouvrages ;
Mais ces Ouvrages seroient bons.
Neufchâtel le 4. May 1733. au sujet
d'un nouveau Journal , & c.
V
Ous voulez absolument que je vous
donne des nouvelles de ce Pays- cy,
et sur tout des Nouvelles Litteraires ;
vous ne pensez donc pas comme beaucoup
de gens de votre Pays , qui s'imaginent
qu'en Suisse la Litterature est toutà
- fait négligée ; d'autres en outrant les
choses , nous disputent encore la poli- .
tesse , le bon sens et presque la raison.
On a eu le même préjugé à l'égard des
Orientaux en general , et à l'égard des
Turcs en particulier ; mais ceux- cy se
trouvent pleinement justifiez sur leur
ignorance prétendue , dans une Piece
nous avons lûe avec plaisir dans le Mercure
de France du mois dernier . Nous.
ne serons pas surpris que quelque Apologiste
prenne aussi un jour notre deffense
en main et désabuse du moins un
certain Public , de la mauvaise prévention
dont le vulgaire est rempli contre
la Nation Suisse.
que
En attendant , et pour commencer en
quelque façon cette Apologie , je vous
dirai qu'on imprime ici depuis le mois de
II. Vol.
Dé1414
MERCURE DE FRANCE
Décembre 1732. un Mercure Suisse , ou
Recueil de Nouvelles Historiques , Politi
ques , Litteraires et Curieuses , dont on paroît
assez content. Voici un petit Extrait
de celui du mois de Mars dernier ,
que
j'ai estimé digne de votre curiosité.
» En l'année 1726. l'Abbé D ... publia
» une Critique des Lettres de M. de Mu-
» ralt , sur les Moeurs des François et des
»
Anglois , sous ce titre : Apologie du ca-
» ractere des Anglois et des François , ou
Observations sur le Livre intitulé , Lettre
» sur les Anglois et les François , et sur les
»Voyages ; avec la deffense de la sixième
» Satyre de M. Despreaux , et la justificantion
du bel esprit François .
» Cet Abbé commence peu poliment
son Livre par ces mots : Dès que les
» Lettres sur les Anglois et les François
» et sur les Voyages , parurent , je les lûs
» avec une attention curieuse , et je fus bien
» aise de voir un Suisse penser. C'étoit loüer
le judicieux Auteur de ces Lettres , ( qui
» est Suisse ) d'une maniere peu convena-
» ble , et faire en même-temps insulte à
» toute sa Nation . Pour venger les Suis-
» ses , un d'entre eux , aussi peu poli que
» cet Abbé , et ami de M. de Muralt ,
»composa les Vers suivans. On nous prie
» de les inserer ici , parce qu'on ne les
II. Vol. >> a.
JUIN. 1733. 1415
a point encore vûs dans aucun Recueil,
mais on avertit que l'on n'y a nullement
en vûë tous les Auteurs François
en general. On sçait distinguer en Suisse
, tout comme ailleurs , le petit nombre
de bons Ecrivains , de la foule immense
des mauvais.Cette Epigramme ne
regarde donc aucun autre François que
les Auteurs de la classe de l'Abbé D ...
etit Abbé , le sçavoir vivre ,
'est point chez vous en lieu natal
t votre orgueil n'enfante un Livre ,
Que pour lancer un trait brutal .
ous pensiez donc , froid Satirique ,
Qu'avant Muralt , tout Helvetique ,
Ne pensoit point , ou pensoit mal ;
Et vous pensiez comme un cheval .
François , quittez vos fiers caprices ,
Connoissez mieux vos bons voisins .
Si vous pensiez , esprits trop vains ,
Autant , aussi bien que maints Suisses ;
Au lieu de vos tas d'Ecrivains ,
Pour la plupart fades Narcisses ,
La France auroit plus d'Esprits sains
Et qui pourvûs en hommes sages ,
Du bon sens des Treize Cantons ,
Ne produiroient que peu d'Ouvrages ;
Mais ces Ouvrages seroient bons.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Neufchâtel le 4. May 1733. au sujet d'un nouveau Journal, &c.
En mai 1733, un correspondant de Neufchâtel réfute les préjugés selon lesquels la littérature suisse serait négligée ou inférieure. Il compare ces préjugés à ceux existant envers les Orientaux et les Turcs, justifiés par une œuvre publiée dans le Mercure de France. Il espère qu'un jour, un apologiste défendra la Suisse contre ces mauvaises préventions. L'auteur mentionne la publication, depuis décembre 1732, du journal 'Mercure Suisse', contenant des nouvelles historiques, politiques, littéraires et curieuses. Il partage un extrait du Mercure Suisse de mars 1733, relatant une controverse littéraire de 1726. L'Abbé D... avait critiqué les 'Lettres de M. de Muralt' sur les mœurs des Français et des Anglais de manière impolie. Un Suisse, ami de M. de Muralt, avait répondu par une épigramme. L'auteur précise que cette épigramme ne vise pas tous les auteurs français, mais seulement ceux de la classe de l'Abbé D..., et que les Suisses savent distinguer les bons écrivains des mauvais.
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2486
p. 1416-1417
EXTRAIT d'une Lettre écrite [de] Londres, le premier Juin, concern[ant] M. de Voltaire.
Début :
On a joüé depuis peu à Westminster et quelques autres lieux, les Tragédies [...]
Mots clefs :
Voltaire, Thieriot, Anglais, Brutus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite [de] Londres, le premier Juin, concern[ant] M. de Voltaire.
EXTRAIT d'une Lettre écrit
Londres , le premier Juin , concern
M. de Voltaire.
O
S
N a joué depuis peu à Westminste
et quelques autres lieux , les Trag
dis de Brutus et de Zaïre , en Françe
et en Anglois , devant leurs Majest
Britanniques et toute la Famille Royale
il y a eu toujours un grand concours, m
Brutus a eu beaucoup plus de succès , a
qui n'est pas étonnant , si l'on consider
que le sujet convient mieux au génie de
la Nation Angloise.
On vient de donner aussi la sixiém:
Edition Angloise de l'Histoire de Char
les XII. mais on s'est trop précipité,
car on sçait que la Compagnie des L
braires d'Amsterdam , imprime une nou
velle Edition Françoise de cet Ouvrage
corrigée par l'Auteur , avec beaucoup
d'Additions , et, sur tout avec les Ré
ponses de M. de Voltaire et d'un Officier
des Troupes Suedoises , aux Remarques
M. de la Montraye.
Des Libraires Anglois commenceront
dans deux ou trois jours à débiter en
François et en Anglois , les Lettres de
M. de Voltaire , écrites en 1727. elles
sont au nombre de 24. ellès contiennent :
II. Vol. l'Histoire
JUIN. 1733. 1417
L'Histoire de la Secte des Quaquers.
Des particularitez touchant plusieurs
Religions professées en Angleterre.
Des choses assez curieuses sur le Gouvernement
et sur le Commerce.
L'Histoire de l'Inoculation de la petite
verole.
Une Dissertation sur le Livre de l'Entendement
humain de Loke.
Quelques Dissertations sur la Philosophie
de Neuton .
Plusieurs Traductions en Vers François
des meilleurs endroits des Poëtes les plus
estimez d'Angleterre .
Une idée de leur Théatre Tragique
et Comique et de l'état où sont les Beaux
Arts et les Belles- Lettres , en ce Pays , par
comparaison à la France.
Il y a long- temps que ces Lettres
sont connuës en manuscrit ; c'est M. Tiriot
, ami de M. de Voltaire , qui est
l'Editeur de cet Ouvrage , attendu avec
impatience , et qui peut faire connoître
le génie Anglois , assez peu connu en
France jusqu'aujourd'hui .
Londres , le premier Juin , concern
M. de Voltaire.
O
S
N a joué depuis peu à Westminste
et quelques autres lieux , les Trag
dis de Brutus et de Zaïre , en Françe
et en Anglois , devant leurs Majest
Britanniques et toute la Famille Royale
il y a eu toujours un grand concours, m
Brutus a eu beaucoup plus de succès , a
qui n'est pas étonnant , si l'on consider
que le sujet convient mieux au génie de
la Nation Angloise.
On vient de donner aussi la sixiém:
Edition Angloise de l'Histoire de Char
les XII. mais on s'est trop précipité,
car on sçait que la Compagnie des L
braires d'Amsterdam , imprime une nou
velle Edition Françoise de cet Ouvrage
corrigée par l'Auteur , avec beaucoup
d'Additions , et, sur tout avec les Ré
ponses de M. de Voltaire et d'un Officier
des Troupes Suedoises , aux Remarques
M. de la Montraye.
Des Libraires Anglois commenceront
dans deux ou trois jours à débiter en
François et en Anglois , les Lettres de
M. de Voltaire , écrites en 1727. elles
sont au nombre de 24. ellès contiennent :
II. Vol. l'Histoire
JUIN. 1733. 1417
L'Histoire de la Secte des Quaquers.
Des particularitez touchant plusieurs
Religions professées en Angleterre.
Des choses assez curieuses sur le Gouvernement
et sur le Commerce.
L'Histoire de l'Inoculation de la petite
verole.
Une Dissertation sur le Livre de l'Entendement
humain de Loke.
Quelques Dissertations sur la Philosophie
de Neuton .
Plusieurs Traductions en Vers François
des meilleurs endroits des Poëtes les plus
estimez d'Angleterre .
Une idée de leur Théatre Tragique
et Comique et de l'état où sont les Beaux
Arts et les Belles- Lettres , en ce Pays , par
comparaison à la France.
Il y a long- temps que ces Lettres
sont connuës en manuscrit ; c'est M. Tiriot
, ami de M. de Voltaire , qui est
l'Editeur de cet Ouvrage , attendu avec
impatience , et qui peut faire connoître
le génie Anglois , assez peu connu en
France jusqu'aujourd'hui .
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite [de] Londres, le premier Juin, concern[ant] M. de Voltaire.
Une lettre datée du 1er juin, adressée à Voltaire, relate des événements récents à Londres. Les tragédies 'Brutus' et 'Zaïre' ont été jouées à Westminster et autres lieux, en français et en anglais, devant la famille royale britannique. 'Brutus' a connu un plus grand succès, jugé approprié au goût national anglais. La sixième édition anglaise de l''Histoire de Charles XII' a été publiée, tandis qu'une nouvelle édition française, corrigée et augmentée par Voltaire, est en cours d'impression à Amsterdam. Cette édition inclut les réponses de Voltaire et d'un officier suédois aux remarques de M. de la Montraye. De plus, les libraires anglais prévoient de publier les lettres de Voltaire écrites en 1727, au nombre de 24. Ces lettres abordent divers sujets tels que l'histoire des Quakers, les religions en Angleterre, le gouvernement et le commerce, l'inoculation de la variole, des dissertations sur Locke et Newton, des traductions de poètes anglais, et une comparaison entre les arts et les lettres en Angleterre et en France. Ces lettres, connues en manuscrit, sont éditées par M. Tiriot, ami de Voltaire, et sont attendues avec impatience pour mieux connaître le génie anglais en France.
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2487
p. 1417-1418
Nouvelle Edition de la Henriade, &c. [titre d'après la table]
Début :
Les sieurs Josse et Beauche, Libraires à Paris, avertissent le Public qu'ils ont entre les mains une [...]
Mots clefs :
Londres, Henriade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Edition de la Henriade, &c. [titre d'après la table]
Les sieurs Josse et Beauche , Libraires à Paris ,
avertissent le Public qu'ils ont entre les mains une
nouvelle Edition de la Henriade , avec des Va◄
riantes et un Essay sur la Poësie Epique de toutes
les Nations de l'Europe , composê originaire-
II. Vol.
ment
1418 MERCURE DE FRANCE
ment en Anglois , par M de Voltaire , traduit il
y a quelques années par M. l'Abbé des Fontaines,
et retravaillé tout de nouveau en François et
considérablement augmenté par l'Auteur même
de la Henriade. Cette Edition est la plus
complette de toutes celles qui ont paru jusqu'ici.
Ces Libraires continueront à donner
gratis cette nouvelle Edition , comme les précédentes
, à tous ceux qui avoient souscrit en France
pour l'Edition in 4. d'Angleterre , et qui n'ont
pas
voulu envoyer à Londres. Tous ceux qui
ont envoyé leur Souscription à Londres , ont
reçû ce Livre ; ceux q ont négligé de le recevoir
ont é é a mis et le seront encore à recevoir le
remboursement à Paris , chez les its Libraires ,
et recevront outre cela la présente Edition , en
attendant que la nouvelle Edition in 4 soit achevée
, laquelle on kur donnera encore gratis. Cette
grande dition in 4. n'a pû être achevée jusqu'à
present, 1. à cause des fréquents changemens
faits par l'Auteur 2 ° . A cause de la mort de
Vodman , qui en étoit chargé , et qui étoit en
possession des Planches.
avertissent le Public qu'ils ont entre les mains une
nouvelle Edition de la Henriade , avec des Va◄
riantes et un Essay sur la Poësie Epique de toutes
les Nations de l'Europe , composê originaire-
II. Vol.
ment
1418 MERCURE DE FRANCE
ment en Anglois , par M de Voltaire , traduit il
y a quelques années par M. l'Abbé des Fontaines,
et retravaillé tout de nouveau en François et
considérablement augmenté par l'Auteur même
de la Henriade. Cette Edition est la plus
complette de toutes celles qui ont paru jusqu'ici.
Ces Libraires continueront à donner
gratis cette nouvelle Edition , comme les précédentes
, à tous ceux qui avoient souscrit en France
pour l'Edition in 4. d'Angleterre , et qui n'ont
pas
voulu envoyer à Londres. Tous ceux qui
ont envoyé leur Souscription à Londres , ont
reçû ce Livre ; ceux q ont négligé de le recevoir
ont é é a mis et le seront encore à recevoir le
remboursement à Paris , chez les its Libraires ,
et recevront outre cela la présente Edition , en
attendant que la nouvelle Edition in 4 soit achevée
, laquelle on kur donnera encore gratis. Cette
grande dition in 4. n'a pû être achevée jusqu'à
present, 1. à cause des fréquents changemens
faits par l'Auteur 2 ° . A cause de la mort de
Vodman , qui en étoit chargé , et qui étoit en
possession des Planches.
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Résumé : Nouvelle Edition de la Henriade, &c. [titre d'après la table]
Les libraires Josse et Beauche à Paris annoncent la publication d'une nouvelle édition de la 'Henriade' de Voltaire. Cette édition comprend des variantes et un essai sur la poésie épique de toutes les nations d'Europe, initialement écrit en anglais par Voltaire, traduit par l'abbé des Fontaines, et retravaillé par Voltaire. Elle est présentée comme la plus complète à ce jour. Les libraires offrent gratuitement cette nouvelle édition aux souscripteurs de l'édition in-4° anglaise qui n'ont pas envoyé leur demande à Londres. Ceux qui ont négligé de recevoir le livre à Londres peuvent le récupérer à Paris et recevront également cette nouvelle édition en attendant l'achèvement de la nouvelle édition in-4°, qui sera également offerte gratuitement. Les retards dans la publication de cette édition in-4° sont attribués aux fréquents changements apportés par l'auteur et au décès de Vodman, responsable des planches.
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2488
p. 1418-1419
Machine propre à élever l'eau, &c. [titre d'après la table]
Début :
Un Particulier croit rendre service au Public, en proposant aux sçavans Méchaniciens, Horlogers [...]
Mots clefs :
Machine, Eau, Élever, Poids
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Machine propre à élever l'eau, &c. [titre d'après la table]
Un Particulier croit rendre service au Public ,
en proposant aux sçavans Méchaniciens , Horlologers
et autres Artistes , de composer une Machine
sur le modele des grosses Horloges , par
laquelle on puisse élever l'eau des puits , à la hauteur
que l'on pourra souhaiter ; ce qui s'executera
par le moyen des poids , dont les differentes
grosseurs feront élever plus ou moins d'eau ,
en y joignant les Pompes , soit aspirantes , soit
forcées. Cette eau pourra être distribuée dans
tous les lieux où l'on en aura besoin , et particulierement
dans les Jardins , tant à la Ville qu'à la
II. Vol. CamJUIN.
17336 1419
Campagne . Ceux qui auront trouvé et executé
cette Machine, pourront estimer la quantité d'eau
qu'elle élevera par proportion de la pesanteur
des poids , soit de plomb , scit de fer ou même
de pierre dure et pesante ; ils sont priez d'en
donner avis au Public , par la voye du Mercure
de France .
en proposant aux sçavans Méchaniciens , Horlologers
et autres Artistes , de composer une Machine
sur le modele des grosses Horloges , par
laquelle on puisse élever l'eau des puits , à la hauteur
que l'on pourra souhaiter ; ce qui s'executera
par le moyen des poids , dont les differentes
grosseurs feront élever plus ou moins d'eau ,
en y joignant les Pompes , soit aspirantes , soit
forcées. Cette eau pourra être distribuée dans
tous les lieux où l'on en aura besoin , et particulierement
dans les Jardins , tant à la Ville qu'à la
II. Vol. CamJUIN.
17336 1419
Campagne . Ceux qui auront trouvé et executé
cette Machine, pourront estimer la quantité d'eau
qu'elle élevera par proportion de la pesanteur
des poids , soit de plomb , scit de fer ou même
de pierre dure et pesante ; ils sont priez d'en
donner avis au Public , par la voye du Mercure
de France .
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Résumé : Machine propre à élever l'eau, &c. [titre d'après la table]
Un particulier propose de concevoir une machine pour élever l'eau des puits, inspirée des grandes horloges. Elle utiliserait des poids variés et des pompes pour réguler et distribuer l'eau dans divers lieux. Les inventeurs doivent estimer la quantité d'eau élevée en fonction du poids utilisé et informer le public via le Mercure de France.
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2489
p. 1419
Ouvrage sur les Finances et les Officiers Comptables, [titre d'après la table]
Début :
On nous prie d'inserer ici, qu'on est surpris qu'y ayant dans le Royaume plus de dix mille [...]
Mots clefs :
Officiers comptables, Finances, Greffe, Comptes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ouvrage sur les Finances et les Officiers Comptables, [titre d'après la table]
On nous prie d'inserer ici , qu'on est surpris
qu'y ayant dans le Royaume pius de dix mille
Officiers comptables , il ne se soit pas encore
formé une Compagnie pour composer un Ouvrage
sur la matiere des Finances , contenant ,
- sçavoir :
་
Les Edits de création de leurs Offices , à commencer
par les Gardes du Trésor Roya! jusqu'au
dernier Officier comptable , avec leurs Privileges
honorifiques et Exemptions ; de quelle maniere
leurs Receptions se doivent faire, tant à la Chambre
des Comptes , qu'au Bureau des Finances ,
leur place aux Compagnies , de- même qu'aux
Eglises , et generalement tout ce qui les concerne .
On trouvera au Greffe de la Chambre des
Comptes de Paris , presque toutes les Pieces nécessaires
pour composer cet Ouvrage , dont le
débit iroit à plus de dix mille Exemplaires . On
trouvera aussi au Greffe du Conseil , beaucoup
d'Arrêts , Reglemens , &c . à l'occasion des Offi
ciers des Finances.
qu'y ayant dans le Royaume pius de dix mille
Officiers comptables , il ne se soit pas encore
formé une Compagnie pour composer un Ouvrage
sur la matiere des Finances , contenant ,
- sçavoir :
་
Les Edits de création de leurs Offices , à commencer
par les Gardes du Trésor Roya! jusqu'au
dernier Officier comptable , avec leurs Privileges
honorifiques et Exemptions ; de quelle maniere
leurs Receptions se doivent faire, tant à la Chambre
des Comptes , qu'au Bureau des Finances ,
leur place aux Compagnies , de- même qu'aux
Eglises , et generalement tout ce qui les concerne .
On trouvera au Greffe de la Chambre des
Comptes de Paris , presque toutes les Pieces nécessaires
pour composer cet Ouvrage , dont le
débit iroit à plus de dix mille Exemplaires . On
trouvera aussi au Greffe du Conseil , beaucoup
d'Arrêts , Reglemens , &c . à l'occasion des Offi
ciers des Finances.
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Résumé : Ouvrage sur les Finances et les Officiers Comptables, [titre d'après la table]
Le texte souligne l'absence d'ouvrage sur les finances malgré plus de dix mille officiers comptables. Cet ouvrage devrait inclure les édits de création des offices, les privilèges, les procédures de réception et les aspects honorifiques. Les documents nécessaires se trouvent principalement au Greffe de la Chambre des Comptes de Paris et au Greffe du Conseil.
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2490
p. 1419-1420
« L'Académie des Jeux Floraux, établie à Toulouse, a proposé pour le sujet du Prix qu'elle [...] »
Début :
L'Académie des Jeux Floraux, établie à Toulouse, a proposé pour le sujet du Prix qu'elle [...]
Mots clefs :
Académie des Jeux floraux, Navigation
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texteReconnaissance textuelle : « L'Académie des Jeux Floraux, établie à Toulouse, a proposé pour le sujet du Prix qu'elle [...] »
L'Académie des Jeux Floraux , établie à Toulouse
, a proposé pour le sujet du Prix qu'elle
doit distribuer en l'année 1734. Qu'il faut respecter
le Jugement du Public , mais qu'il n'en faut
pas dépendre.
-II. Vol. Ов
1420 MERCURE DE FRANCE
On a inseré dans le Mercure de May , page
$49 . la démonstration d'un Problême de Navigation
. Il est bon qu'on sçache que cet Ouvrage
st de M. Montegut , Professeur Royal d'Hydrographie
à Bordeaux , et Membre de l'Académie
des Sciences de la même Ville.
, a proposé pour le sujet du Prix qu'elle
doit distribuer en l'année 1734. Qu'il faut respecter
le Jugement du Public , mais qu'il n'en faut
pas dépendre.
-II. Vol. Ов
1420 MERCURE DE FRANCE
On a inseré dans le Mercure de May , page
$49 . la démonstration d'un Problême de Navigation
. Il est bon qu'on sçache que cet Ouvrage
st de M. Montegut , Professeur Royal d'Hydrographie
à Bordeaux , et Membre de l'Académie
des Sciences de la même Ville.
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2491
p. 1420
Portrait gravé de Monseigneur le Dauphin, [titre d'après la table]
Début :
Le Portrait de Monseigneur le Dauphin, peint par M. Belle, de l'Académie Royale de Peinture, [...]
Mots clefs :
Monseigneur le Dauphin, M. Belle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Portrait gravé de Monseigneur le Dauphin, [titre d'après la table]
Le Portrait de Monseigneur le Dauphin , peint
par M. Belle , de l'Académie Royale de Peinture,
paroit en Estampe pour la premiere fois , gravé
par le sieur J. Daulle , qui a très bien saisi et
conservé les graces de l'Original . Outre que cetre
Planche est fort belle par elle même , elle est encore
plus chere à toute la Nation , par l'auguste
Enfant qu'elle répresente.
Cette Estampe se vend chez le sieur Belle , à
l'entrée de la rue du Four , et chez la veuve Chereau
, ruë S. Jacques .
par M. Belle , de l'Académie Royale de Peinture,
paroit en Estampe pour la premiere fois , gravé
par le sieur J. Daulle , qui a très bien saisi et
conservé les graces de l'Original . Outre que cetre
Planche est fort belle par elle même , elle est encore
plus chere à toute la Nation , par l'auguste
Enfant qu'elle répresente.
Cette Estampe se vend chez le sieur Belle , à
l'entrée de la rue du Four , et chez la veuve Chereau
, ruë S. Jacques .
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2492
p. 1420
Nouveaux Tableaux exposez à Versailles, [titre d'après la table]
Début :
Sur la fin du mois dernier, on exposa successivement dans le grand Appartement du Roy au [...]
Mots clefs :
Appartement du roi, Henri III, Henri IV
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texteReconnaissance textuelle : Nouveaux Tableaux exposez à Versailles, [titre d'après la table]
Sur la fin du mois dernier , on exposa successivement
dans le grand Appartement du Roy au
Château de Versailles , deux grands et magnifiques
Tableaux , qui doivent être placez, dans l'Eglise
des Grands Augustins de cette Ville , peints
par Mrs Venlo et de Troy , de l'Académie Royale
de Peinture. Le premier représente l'Institution
de l'Ordre du S. Esprit par Henry III. et l'autre
une Réception de Chevaliers du même Ordre
par Henry IV . Les figures sont grandes comme
le naturel. Le Roy , la Reine et toute la Cour , ont
paru fort satisfaits de ces deux grands Morceaux,
où , dans une très belle ordonnance , regne beaucoup
d'entente , de richesse , de noble simplicité ,
et de caracteres très - bien rendus , & c.
dans le grand Appartement du Roy au
Château de Versailles , deux grands et magnifiques
Tableaux , qui doivent être placez, dans l'Eglise
des Grands Augustins de cette Ville , peints
par Mrs Venlo et de Troy , de l'Académie Royale
de Peinture. Le premier représente l'Institution
de l'Ordre du S. Esprit par Henry III. et l'autre
une Réception de Chevaliers du même Ordre
par Henry IV . Les figures sont grandes comme
le naturel. Le Roy , la Reine et toute la Cour , ont
paru fort satisfaits de ces deux grands Morceaux,
où , dans une très belle ordonnance , regne beaucoup
d'entente , de richesse , de noble simplicité ,
et de caracteres très - bien rendus , & c.
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Résumé : Nouveaux Tableaux exposez à Versailles, [titre d'après la table]
À la fin du mois dernier, deux tableaux ont été exposés au Château de Versailles. Réalisés par Venlo et de Troy, ils représentent l'Institution de l'Ordre du Saint-Esprit par Henri III et une Réception de Chevaliers par Henri IV. Le Roi, la Reine et la Cour ont apprécié ces œuvres, notées pour leur ordonnance, richesse et simplicité.
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2493
p. 1420-1421
Nouvelles Carrieres de Marbre découvertes, [titre d'après la table]
Début :
Le Marbre étant d'un très-grand usage dans l'Architecture et la Sculpture, et une matiere [...]
Mots clefs :
Marbre, Carrière, Vert, Blanc, Montagnes, Carrières
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Carrieres de Marbre découvertes, [titre d'après la table]
Le Marbre étant d'un très-grand usage dans
II. Vol. PAIJUIN.
1733- 1421
Architecture et la Sculpture , et une matiere
galement propre et solide à construire et à orer
les Edifices publics , les Temples et les Palais,
ous croyons faire plaisir à une infinité de gens
e leur apprendre qu'on vient d'ouvrir plusieurs
Carrieres infiniment abondantes , de très - beau
Marbre , d'un mélange de couleurs singulier , et
are dans sa disposition , qui prend un beau poli
t qui a le grain très -fin .
Ĉes Carrieres sont dans deux Montagnes de
Rouergue , situées au Lieu de Firmy , à quatre
seues de Rodez. Ces Montagnes peuvent contehir
400. arpens ;
leur élevation est d'environ 150.
oises . Elles ne produisent aucun arbuste mais
lles promettent de dédommager de leur stérilité
xterieure , par leur fécondité intarissable en
Marbre. On y en a déja découvert de plusieurs
ortes ; de verd- brun , de gris- verd , de gris-noir;
le noir- tacheté et veiné de blanc, de verd , mêlé
le violet ; de blanc , veiné de verd et de pluieurs
verds très beaux ; de blanc , avec de la
preche ou taches en guise de caillou , et veines
wertes. Les Ouvriers qui ont commencé à travailler
à cette Carriere , ne parlent que par excla- .
mation de la beauté et de la solidité du Marbre
qu'ils découvrent ; ils dirent n'en avoir jamais ,
vû de si beau . Comme la Carriere peut s'ouvrir
en bien des endroits differens , où le Marbre paroît
au -dehors , il y a apparence qu'on en trouvera
encore de plus rare . La Riviere du Lot , qui
porte bateau et qui n'est qu'à une lieue de la
Carriere , en rendra le transport facile par eau ;
à Cahors , à Toulouse , à Bordeaux , à Paris ,
&c. Les Curieux qui en souhaiteront des Blocs
ou des Ouvrages , pourront s'adresser chez M. de
Firmy , à Rodex.
II. Vol. PAIJUIN.
1733- 1421
Architecture et la Sculpture , et une matiere
galement propre et solide à construire et à orer
les Edifices publics , les Temples et les Palais,
ous croyons faire plaisir à une infinité de gens
e leur apprendre qu'on vient d'ouvrir plusieurs
Carrieres infiniment abondantes , de très - beau
Marbre , d'un mélange de couleurs singulier , et
are dans sa disposition , qui prend un beau poli
t qui a le grain très -fin .
Ĉes Carrieres sont dans deux Montagnes de
Rouergue , situées au Lieu de Firmy , à quatre
seues de Rodez. Ces Montagnes peuvent contehir
400. arpens ;
leur élevation est d'environ 150.
oises . Elles ne produisent aucun arbuste mais
lles promettent de dédommager de leur stérilité
xterieure , par leur fécondité intarissable en
Marbre. On y en a déja découvert de plusieurs
ortes ; de verd- brun , de gris- verd , de gris-noir;
le noir- tacheté et veiné de blanc, de verd , mêlé
le violet ; de blanc , veiné de verd et de pluieurs
verds très beaux ; de blanc , avec de la
preche ou taches en guise de caillou , et veines
wertes. Les Ouvriers qui ont commencé à travailler
à cette Carriere , ne parlent que par excla- .
mation de la beauté et de la solidité du Marbre
qu'ils découvrent ; ils dirent n'en avoir jamais ,
vû de si beau . Comme la Carriere peut s'ouvrir
en bien des endroits differens , où le Marbre paroît
au -dehors , il y a apparence qu'on en trouvera
encore de plus rare . La Riviere du Lot , qui
porte bateau et qui n'est qu'à une lieue de la
Carriere , en rendra le transport facile par eau ;
à Cahors , à Toulouse , à Bordeaux , à Paris ,
&c. Les Curieux qui en souhaiteront des Blocs
ou des Ouvrages , pourront s'adresser chez M. de
Firmy , à Rodex.
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Résumé : Nouvelles Carrieres de Marbre découvertes, [titre d'après la table]
Le texte relate la découverte de carrières de marbre en Rouergue, près du lieu de Firmy, à environ seize kilomètres de Rodez. Ces carrières, situées sur deux montagnes stériles mais riches en marbre, s'étendent sur environ 400 arpents et atteignent une hauteur de 150 toises. Elles offrent une variété de marbres aux couleurs et motifs divers, incluant le vert-brun, le gris-vert, le gris-noir, le noir tacheté et veiné de blanc, ainsi que le blanc veiné de vert. D'autres nuances de vert et de blanc sont également présentes. Les ouvriers soulignent la beauté et la solidité du marbre extrait. La proximité de la rivière du Lot permet un transport aisé vers des villes comme Cahors, Toulouse, Bordeaux et Paris. Les personnes intéressées peuvent contacter M. de Firmy à Rodez pour obtenir des blocs ou des ouvrages en marbre.
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2494
p. 1422-1423
« Le sieur Garreau donne avis au Public, qu'il s'est appliqué depuis long-temps à faire des Plans [...] »
Début :
Le sieur Garreau donne avis au Public, qu'il s'est appliqué depuis long-temps à faire des Plans [...]
Mots clefs :
Plans-reliefs, Durand, Dents, Bouteille, Plans
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texteReconnaissance textuelle : « Le sieur Garreau donne avis au Public, qu'il s'est appliqué depuis long-temps à faire des Plans [...] »
Le sieur Garreau donne avis au Public , qu'il
s'est appliqué depuis long - temps à faire des Plans
en relief , representant au naturel les Maisons ,
Parterres et Jardins , il fait aussi des Plans de
Villes et generalement tout ce qui regarde l'Ar
chitecture Civile et Militaire ; il a fait differens
Plans en relief pour plusieurs Particuliers , tant
en bois et carton , qu'en terre glaise . Il fait aussi
toutes sortes de Desseins pour toutes sortes del
Professions. Il demeure Montagne sainte Geneviéve
, au College de la Marche.
PURGATIF UNIVERSEL , Fébrifuge éxalté ,
Elixir , Huille de vie et Or potable , avec l'explication
de leurs vertus , de -ieurs puissances , de
leur dose et de leur usage. 1733. petite Brochure
de 20. pages , dans laquelle on explique métho
diquement les doses , les effets de ces Remedes et
le régime qu'il faut garder.
M. Riario Lombardi , qui compose et fait usage
de ces quatre Remedes , demeure rue S.Benoît ,
Fauxbourg S. Germain , à l'Hôtel d'Autriche à
Paris . Ils se vendent , argent de France , le Purgatif
de 40. grains 50. sols. La bouteille d'Elixir
5. livres. La bouteille d'Huille de vie 10. liv.
et la bouteille d'Or potable 20. livres .
L'alteration qui vient aux dents , selon le sieur
Durand , ne procede que de la carie où de l'ébranlement.
La première , entame et fait une perforation
douloureuse , qui jette dans la necessité
de les faire arracher. L'autre moins sensible ,
mais d'un plus grand progrès , est engendrée par
l'exhalaison des mauvais levains de l'estomac.
Cette vapeur qui s'éleve et qui se condense , fait
le tartre qui attaque les dents par le pied et prend.
1 I. Vol.
peu
JUIN
1733
7
1422 MERCURE
DE FRANCE
Public
an'i
Le sieur Garreau donne avis au
re
JUIN. 1733. 1423
peu à peu la place des gencives , qui sont leurs
bases solides et naturelles. Il ne faut point s'étonner
si la négligence ou l'inattention fait que les
personnes , quoique fort jeunes , sont privées de
ce qui doit faire l'ornement et le meuble précieux
de la bouche.
Le sieur Durand , Expert , reçû à S. Côme pour
les dents , a joint à son experience et à sa dexterité
pour tout ce qui concerne son Art, la Découverte
d'une Opiate extrémement salutaire par
son utilité et ses bons effets , puisqu'en rendant
et conservant l'émail des dents , elle produit la
régenaration des gencives et les deffend contre le
tartre qui en fait la destruction , entretenant
toujours leur blancheur , leur beauté et leur assiette
naturelle .
Cette Opiate peut s'envoyer dans les Provinces
les plus éloignées , sans rien perdre de sa vertu.
Les Pots sont de 3. 4. 6. livres . Il donnera
la maniere de s'en servir.
La demeure du siear Durand, est avec Tableau,
rue S. Honoré , vis - à - vis la Croix du Tiroir , à
la Coupe d'or. Il va le matin chez ceux qui le
demandent , et l'après midi on le trouve chez lui.
s'est appliqué depuis long - temps à faire des Plans
en relief , representant au naturel les Maisons ,
Parterres et Jardins , il fait aussi des Plans de
Villes et generalement tout ce qui regarde l'Ar
chitecture Civile et Militaire ; il a fait differens
Plans en relief pour plusieurs Particuliers , tant
en bois et carton , qu'en terre glaise . Il fait aussi
toutes sortes de Desseins pour toutes sortes del
Professions. Il demeure Montagne sainte Geneviéve
, au College de la Marche.
PURGATIF UNIVERSEL , Fébrifuge éxalté ,
Elixir , Huille de vie et Or potable , avec l'explication
de leurs vertus , de -ieurs puissances , de
leur dose et de leur usage. 1733. petite Brochure
de 20. pages , dans laquelle on explique métho
diquement les doses , les effets de ces Remedes et
le régime qu'il faut garder.
M. Riario Lombardi , qui compose et fait usage
de ces quatre Remedes , demeure rue S.Benoît ,
Fauxbourg S. Germain , à l'Hôtel d'Autriche à
Paris . Ils se vendent , argent de France , le Purgatif
de 40. grains 50. sols. La bouteille d'Elixir
5. livres. La bouteille d'Huille de vie 10. liv.
et la bouteille d'Or potable 20. livres .
L'alteration qui vient aux dents , selon le sieur
Durand , ne procede que de la carie où de l'ébranlement.
La première , entame et fait une perforation
douloureuse , qui jette dans la necessité
de les faire arracher. L'autre moins sensible ,
mais d'un plus grand progrès , est engendrée par
l'exhalaison des mauvais levains de l'estomac.
Cette vapeur qui s'éleve et qui se condense , fait
le tartre qui attaque les dents par le pied et prend.
1 I. Vol.
peu
JUIN
1733
7
1422 MERCURE
DE FRANCE
Public
an'i
Le sieur Garreau donne avis au
re
JUIN. 1733. 1423
peu à peu la place des gencives , qui sont leurs
bases solides et naturelles. Il ne faut point s'étonner
si la négligence ou l'inattention fait que les
personnes , quoique fort jeunes , sont privées de
ce qui doit faire l'ornement et le meuble précieux
de la bouche.
Le sieur Durand , Expert , reçû à S. Côme pour
les dents , a joint à son experience et à sa dexterité
pour tout ce qui concerne son Art, la Découverte
d'une Opiate extrémement salutaire par
son utilité et ses bons effets , puisqu'en rendant
et conservant l'émail des dents , elle produit la
régenaration des gencives et les deffend contre le
tartre qui en fait la destruction , entretenant
toujours leur blancheur , leur beauté et leur assiette
naturelle .
Cette Opiate peut s'envoyer dans les Provinces
les plus éloignées , sans rien perdre de sa vertu.
Les Pots sont de 3. 4. 6. livres . Il donnera
la maniere de s'en servir.
La demeure du siear Durand, est avec Tableau,
rue S. Honoré , vis - à - vis la Croix du Tiroir , à
la Coupe d'or. Il va le matin chez ceux qui le
demandent , et l'après midi on le trouve chez lui.
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Résumé : « Le sieur Garreau donne avis au Public, qu'il s'est appliqué depuis long-temps à faire des Plans [...] »
Le texte présente plusieurs annonces professionnelles et informations diverses. Le sieur Garreau propose ses services en création de plans en relief représentant des maisons, parterres, jardins, villes et aspects de l'architecture civile et militaire. Il utilise des matériaux comme le bois, le carton ou la terre glaise et offre également des dessins pour diverses professions. Il réside au Collège de la Marche, Montagne Sainte-Geneviève. Une brochure de 1733 décrit des remèdes médicaux de M. Riario Lombardi, tels qu'un purgatif universel, un élixir, une huile de vie et de l'or potable. Ces remèdes sont disponibles à l'Hôtel d'Autriche, rue Saint-Benoît, Faubourg Saint-Germain, avec des prix variant de 50 sols à 20 livres. Le sieur Durand, expert en dentisterie, reçu à Saint-Côme, explique les causes de l'altération des dents, soit par carie, soit par ébranlement dû aux mauvais levains de l'estomac. Il a découvert une opiate salutaire qui conserve l'émail des dents, régénère les gencives et prévient le tartre. Cette opiate peut être envoyée dans les provinces éloignées sans perte de vertu. Les pots sont disponibles en différentes tailles. Le sieur Durand réside rue Saint-Honoré, vis-à-vis la Croix du Tiroir, à la Coupe d'or, et est disponible pour des consultations matinales à domicile.
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2495
p. 1424-1427
Les Fêtes Grecques et Romaines, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Musique continue toujours avec grand succès les Représentations [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Académie royale de musique, Alarmes, Verts ombrages, Bocages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Fêtes Grecques et Romaines, [titre d'après la table]
'Académie Royale de Musique continue
toujours avec grand succès lesReprésentations
duBallet des Fêtes Grecques et
Romaines. Jamais reprise d'Opéra n'a été
plus brillante ni plus applaudie . Mrs Fuselier
et Blamont , Auteurs du Poëme et
de la Musique , doivent être contens de
ce succès , aussi grand que bien mérité.
Les Dlles , Antier , le Maure et Petitpas
s'y distinguent dans les Rôles qu'elles
joüent , avec toute l'intelligence et la
justesse possible de même que les Srs Tribou
et Chassé. Le Ballet , composé par le
Sr Blondi , est des mieux entendus , et fait
un plaisir infini . La Dlle Camargo s'y
distingue fort au Prologue dans le Personnage
de Terpsicore , par les differens
caracteres qu'elle exprime , et par ses pas
II, Vol.
brilJUIN.
1733 .
1425
brillans et toujours varicz . Voici ce qui a
été ajouté aux paroles des Divertissemens
- dans cette reprise.
Au Divertissement du premier Acte, le
Sr Féliot avec sa voix admirable d'Haute-
Conte , chante l'Air suivant , dont les
quatre derniers Vers sont ajoutez .
"
Un Grec.
Les Prix que la gloire présente
N'attire pas tous les coeurs dans sa Cour ;
Il en est que conduit une plus douce attente
L'Univers doit souvent ses Héros à l'amour ;
Vous , favoris de Mars , qui suivez la victoire
Triomphez , volez sur ses pas ;
Plus vous serez chers à la gloire
Plus l'objet de vos feux vous trouvera d'appas .
Parodie de l'Air des Baccantes , chantée
par la Dile Petitpas , au second Acte.
Livrons sans allarmes ,
Nos coeurs aux charmes ,
Que nous prodigue ce beau jour ;
Quand sur cette rive ,
Baccus arrive ,
Présenté par l'amour,
Ces Vainqueurs unissent leurs coups ;
Leur gloire est certaine ,
Notre fuite est vaine ;
1
II. Vol. Hij Non
1426 MERCURE DE FRANCE
Non ,rien n'échape à leur chaîne ,
Cedons , cedons tous ,
Rendons nous.
Livrons sans allarmes , &c,
Tendres Amans ,
Le Mirthe, plus que la Treille ,
Vous donne- t - il d'heureux momens ?
La raison sommeille ,
Le plaisir veille ,
Sous ses Rameaux charmans
Livrons sans allarmes , & c,
•
Parodie de la premiere Musette du
troisiéme Acte , chantée par la- même.
Dans nos Bocages ,
Sous leurs verds ombrages ,
Il n'est point d'autre Cour ,
Que celle de l'Amour.
La douce Paix ,
Regne à jamais ,
Dans ces belles retraittes ;
Nos Voix et nos Musettes
Chantent ses attraits ;
Nos amourettes ,
Ressentent ses bienfaits.
Dans nos Bocages ,
Sous leurs verds ombrages ,
II. Vel, Rien
JUIN.
1427
•
1733.
Rien ne trouble la Cour ,
Et les voeux de l'Amour.
Point de tourmens
Jamais d'envie ,
Point de jalousie ,
Dans ces lieux charmans :
O l'heureuse vie !
Ménageons-en tous les momens.
Dans nos Bocages ,
Sous leurs verds ombrages ,
Les Jeux seuls font la Cour ,
Que rassemble l'Amour.
toujours avec grand succès lesReprésentations
duBallet des Fêtes Grecques et
Romaines. Jamais reprise d'Opéra n'a été
plus brillante ni plus applaudie . Mrs Fuselier
et Blamont , Auteurs du Poëme et
de la Musique , doivent être contens de
ce succès , aussi grand que bien mérité.
Les Dlles , Antier , le Maure et Petitpas
s'y distinguent dans les Rôles qu'elles
joüent , avec toute l'intelligence et la
justesse possible de même que les Srs Tribou
et Chassé. Le Ballet , composé par le
Sr Blondi , est des mieux entendus , et fait
un plaisir infini . La Dlle Camargo s'y
distingue fort au Prologue dans le Personnage
de Terpsicore , par les differens
caracteres qu'elle exprime , et par ses pas
II, Vol.
brilJUIN.
1733 .
1425
brillans et toujours varicz . Voici ce qui a
été ajouté aux paroles des Divertissemens
- dans cette reprise.
Au Divertissement du premier Acte, le
Sr Féliot avec sa voix admirable d'Haute-
Conte , chante l'Air suivant , dont les
quatre derniers Vers sont ajoutez .
"
Un Grec.
Les Prix que la gloire présente
N'attire pas tous les coeurs dans sa Cour ;
Il en est que conduit une plus douce attente
L'Univers doit souvent ses Héros à l'amour ;
Vous , favoris de Mars , qui suivez la victoire
Triomphez , volez sur ses pas ;
Plus vous serez chers à la gloire
Plus l'objet de vos feux vous trouvera d'appas .
Parodie de l'Air des Baccantes , chantée
par la Dile Petitpas , au second Acte.
Livrons sans allarmes ,
Nos coeurs aux charmes ,
Que nous prodigue ce beau jour ;
Quand sur cette rive ,
Baccus arrive ,
Présenté par l'amour,
Ces Vainqueurs unissent leurs coups ;
Leur gloire est certaine ,
Notre fuite est vaine ;
1
II. Vol. Hij Non
1426 MERCURE DE FRANCE
Non ,rien n'échape à leur chaîne ,
Cedons , cedons tous ,
Rendons nous.
Livrons sans allarmes , &c,
Tendres Amans ,
Le Mirthe, plus que la Treille ,
Vous donne- t - il d'heureux momens ?
La raison sommeille ,
Le plaisir veille ,
Sous ses Rameaux charmans
Livrons sans allarmes , & c,
•
Parodie de la premiere Musette du
troisiéme Acte , chantée par la- même.
Dans nos Bocages ,
Sous leurs verds ombrages ,
Il n'est point d'autre Cour ,
Que celle de l'Amour.
La douce Paix ,
Regne à jamais ,
Dans ces belles retraittes ;
Nos Voix et nos Musettes
Chantent ses attraits ;
Nos amourettes ,
Ressentent ses bienfaits.
Dans nos Bocages ,
Sous leurs verds ombrages ,
II. Vel, Rien
JUIN.
1427
•
1733.
Rien ne trouble la Cour ,
Et les voeux de l'Amour.
Point de tourmens
Jamais d'envie ,
Point de jalousie ,
Dans ces lieux charmans :
O l'heureuse vie !
Ménageons-en tous les momens.
Dans nos Bocages ,
Sous leurs verds ombrages ,
Les Jeux seuls font la Cour ,
Que rassemble l'Amour.
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Résumé : Les Fêtes Grecques et Romaines, [titre d'après la table]
L'Académie Royale de Musique présente avec succès les représentations du ballet 'Les Fêtes Grecques et Romaines'. Cette reprise d'opéra est particulièrement brillante et acclamée. Les auteurs, Fuselier pour le poème et Blamont pour la musique, sont félicités pour ce succès. Les danseuses Antier, le Maure et Petitpas, ainsi que les danseurs Tribou et Chassé, se distinguent par leur interprétation. Le ballet, composé par Blondi, est très apprécié. La danseuse Camargo se distingue au prologue dans le rôle de Terpsicore grâce à ses différents caractères et ses pas variés. Des ajouts ont été faits aux paroles des divertissements. Au premier acte, le chanteur Féliot interprète un air sur les prix de la gloire et de l'amour. Au second acte, la danseuse Petitpas chante une parodie de l'air des Baccantes, invitant à profiter des charmes du jour et de l'amour. Au troisième acte, elle chante une parodie de la première musette, décrivant une cour régie par l'amour et la paix, où règnent la douceur et le bonheur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2496
p. 1427
« Le 30 May dernier, le Roy, par Arrêt de son Conseil, du même jour, a accordé [...] »
Début :
Le 30 May dernier, le Roy, par Arrêt de son Conseil, du même jour, a accordé [...]
Mots clefs :
Cinna, Académie royale de musique, Thuret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 30 May dernier, le Roy, par Arrêt de son Conseil, du même jour, a accordé [...] »
Le 30 May dernier, le Roy, par Arrêt
de son Conseil , du même jour , a accordé
le Privilége de l'Académie Royale
de Musique au Sr de Thuret , qu'avoit
cy-devant le Sr Lecomte.
Le 17 Juin , le Sr Rosimont , jeune
homme , qui a du talent pour le Théatre
, représenta le principal Rôle dans la
Tragédie de Cinna , et il fut applaudi.
On lui trouve du feu , de l'intelligence
et du sentiment. Les Rôles d'Auguste
et d'Emilie , dans la même Piece , sont
tres- bien remplis par le Sr Sarrazin , et
par la Dlle Dufresne.
de son Conseil , du même jour , a accordé
le Privilége de l'Académie Royale
de Musique au Sr de Thuret , qu'avoit
cy-devant le Sr Lecomte.
Le 17 Juin , le Sr Rosimont , jeune
homme , qui a du talent pour le Théatre
, représenta le principal Rôle dans la
Tragédie de Cinna , et il fut applaudi.
On lui trouve du feu , de l'intelligence
et du sentiment. Les Rôles d'Auguste
et d'Emilie , dans la même Piece , sont
tres- bien remplis par le Sr Sarrazin , et
par la Dlle Dufresne.
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Résumé : « Le 30 May dernier, le Roy, par Arrêt de son Conseil, du même jour, a accordé [...] »
Le 30 mai, le roi a accordé le privilège de l'Académie Royale de Musique à Thuret, succédant à Lecomte. Le 17 juin, Rosimont a interprété le rôle principal dans Cinna, acclamé pour son feu, son intelligence et son sentiment. Sarrazin et Mademoiselle Dufresne ont également excellé dans leurs rôles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2497
p. 1428-1441
L'heureux Stratagême, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
L'Heureux Stratageme, Comédie nouvelle en Prose, en trois Actes, de M. de [...]
Mots clefs :
Marivaux, Théâtre-Italien, Comtesse, Marquise , Dorante, Amour, Chevalier, Coeur, Feinte, Pièce, Valet, Mariage, Infidélité, Surprise, Maîtresse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'heureux Stratagême, Extrait, [titre d'après la table]
L'Heureux Stratageme , Comédie nou
velle en Prose , en trois Actes , de M. de
Marivaux , représentée au Théatre Ita
lien , le 6 Juin 1733 .
ACTEURS.
La Comtesse ,
Dorante , Amante de la
Comtesse
La Marquise ,
Le Chevalier Damis ,
Gascon , Amant de la
› Marquise
Comtesse ,
La Dile Silvia:
Le S Romagnesy.
La Dile Thomassi
Lisette , Suivante de la
Arlequin, Valet de Dorante
,
Frontin , Valet du Che-
Le St Lélio.
La Dule Lélio.
valier , Le S Dominique.
JUIN.
1429 1733
Blaise , Jardinier de la
Comtesse , Le S' Mario.
La Scene est chez la Comtesse.
Les beautez qui sont répanduës dans
cette Piéce ne sont peut- être pas à la portée
de tout le monde ; mais ceux qui accusent
l'Autheur d'avoir trop d'esprit ,
ne laissent pas de convenir qu'il a une
parfaite connoissance du coeur humain ,
et que peu de gens font une plus exacte
Analise de ce qui se passe dans celui des
femmes . L'Héroïne de cette Comédie est
une Comtesse, qui traite d'abord la Fidelité
de chimere , parce qu'elle regarde
cette vertu comme un obstacle à la passion
si naturelle au beau sexe , qui est de
faire valoir ses droits sur tous.les coeurs ;
prévenue en faveur de ses attraits , elle
ne croit rien hazarder en volant de conquête
en conquête ; elle aime Dorante ,
mais elle n'est pas fâchée d'être aimée du
Chevalier Damis , et trouve fort mauvais
que son premier adorateur s'en formalise
; la maniere dont elle s'explique avec
Dorante , sur les reproches qu'il ose lui
faire de son nouvel engagement , acheve
de le désesperer. Il se croit véritablement
effacé du coeur de sa Maîtresse , quoiqu'il
ne soit que sacrifié à sa vanité ; une Mar
1 Vol. Hiiij quise
1430 MERCURE DE FRANCE
quise à qui la Comtesse a enlevé un Aman:
dont la perte ne lui tient pas , à beau
coup près , tant au coeur , que Dorante
est sensible à celle qu'il croit avoit faite
à l'amour de la Comtesse , lui vient ou
vrir les yeux ; je connois mon sexe , lui
dit- elle , la Comtesse n'est infidelle qu'en
apparence ; l'envie de faire une nouvell
conquête flatte son amour propre , mais
la crainte d'en perdre une , qu'elle a déja
faite , allarmera ce même amour propre ,
et vous le rendra pius tendre que jamais ;
ce sage conseil est suivi de la proposi
tion qu'elle lui fait de feindre un nouvel
amour dont elle veut bien paroître l'ob
jet ; la proposition rêvolte d'abord , mais
elle est enfin acceptée. La Comtesse ne
daigne pas même donner la moindre
croyance aux nouveaux engagemens
qu'on lui annonce que Dorante vient
de prendre ; elle ne croit pas la chose sérieuse
, parce qu'elle la croit impossible ;
elle croiroit dégrader ses attraits , si elle
s'abbaissoit jusqu'à la crainte ; elle fait
plus , elle découvre le piége qu'on lui
tend , mais elle ne laisse pas d'y donner
dans la suite ; en effet , elle pense juste ,
quand elle dit que Dorante feint d'aimer
la Comtesse pour la rendre jalouse , et
cependant elle va par dégrez , jusqu'à
I I. Vol. craindre
JUIN 1733
1431
craindre que cette feinte ne soit une vérité
, et de la crainte elle passe jusqu'à
la conviction.
se ,
A ce fond de Piece est joint un Episo
de , qui , peut être , a donné lieu de dire
que c'est une nouvelle surprise de l'Amour.
Le voici : Blaise, Jardinier de la Comtesdoit
marier Lisette , sa fille , avec Arlequin
, valet de Dorante ; il vient prier
Dorante de vouloir bien porter la Comtesse
à donner une centaine de livres à sa
fille , pour les frais de la nôce , et pour
l'aider à se mettre en ménage . Dorante
qui commence à se douter de l'infidelité
de la Comtesse, lui répond qu'il ne croit
plus avoir de crédit sur son esprit , parce
qu'il n'en a plus sur son coeur. Toute la
suite de cet Episode a beaucoup de conformité
avec celui de la premiere surprise
de l'amour ; mais cette ressemblance
d'Episodes n'empêche pas que le fond
ne soit tres différent. Finissons cette digression
, et reprenons le fil de la Piece.
Dorante, par le conseil de la Marquise ,
ordonne à Arlequin de ne plus voir Lisette
;la raison qui l'oblige à lui faire cette
deffense , c'est , dit- il , que la Comtesse
pourroit croire qu'il continue à voir la
Suivante , pour épier la Maîtresse . Arlequin
ne peut se résoudre à se priver de
II. Vol. . Hv
la
1432 MERCURE DE FRANCE
la vûë et de la conversation de sa chere
Lisette ; mais la promesse que son Maître
lui fait , de la lui rendre plus tendre
que jamais , le détermine à lui obéïr.
Voici ce que cette heureuse deffense produit
: Blaise se plaint à la Comtesse des
obstacles. que Madame la Marquise apporte
à l'établissement de sa fille ; en effet,
la Marquise a bien voulu prendre cela sur
son compte à la priere de Dorante, qui né
veut point que la Comtesse lui en fasse
un crime , ou du moins ne l'accuse d'impolitesse
, attendu que c'est elle- même
qui a arrangé le mariage du Valet , dans
le temps qu'elle vouloit épouser le Maître.
La Comtesse veut avoir un éclaircissement
avec Dorante; sur cet affront,qu'elle
fait servir de prétexte au désir secret qu'el
le a de rentrer dans les droits que sa beauté
lui a donnés sur son coeur , elle lui en
parle d'un ton de Maîtresse , et lui dit
qu'elle veut absolument que le mariage
qu'elle a projetté entre Arlequin et Lisette
, s'acheve. Dorante lui répond qu'il en
parlera à la Marquise; la Comtesse lui die
avec fierté , qu'elle n'a que faire du consentement
de la personne même qui l'offense
, et que c'est à lui à la vanger . Dorante
lui déclare que ses ordres pouvoient
tout sur lui autrefois , mais que
11. Vol. les
JUIN. 1733.
1433
les temps sont changez , puisqu'elle l'a
bien voulu , et qu'elle lui a montré un
exemple d'infidélité , dont il a cru devoir
profiter ; la Comtesse ne peut soûtenir
cette humiliation , et lui dit une seconde
fois , quoique d'un top un peu moins
ferme , qu'elle veut être obéie. Dorante
se retire sans lui rien promettre.
La Comtesse sent plus que jamais.combien
un exemple d'infidélité est dangereux
. Elle commence à croire que celle
de Dorante n'est pas une feinte , et s'en
plaint à Lisette.
Damis vient et la presse de le rendre
heureux; cette derniere conquête n'a plus
rien qui la flatte ; un coeur qu'elle a gagné
, n'a rien qui la dédommage de celur.
qu'elle a perdu elle n'en fait pourtant
fien connoître à Damis; elle feint au contraire
de plaindre Dorante , et dit au
Chevalier qu'il faut ménager sa douleur
en differant leur hymen . Damis a beau
la presser de l'achever , rien ne peut lui
faire changer une résolution que la pitié
lui inspire , bien moins que l'amour.
Dorante persuadé qu'il est aimé de fa
Comtesse , voudroit se jetter à ses pieds
pour lui demander pardon de sa feinte et
pour se reconcilier avec elle , mais la
Marquise lui fait entendre qu'il n'en est
11. Vol. H.vi pas
1434 MERCURE DE FRANCE
pas encore temps , et que si la Comtesse
s'apperçoit si-tôt de l'empire que sa beauté
lui donne sur lui , elle en abusera
d'une maniere à le rendre plus malheureux
que jamais. Elle lui conseille de
pousser la feinte aussi -loin qu'il se pourra
,et d'achever le stratagéme dont ils sont
convenus ensemble.
On va bien-tôt voir l'effet que produit
cette innocente supercherie. Dorante et
la Marquise font courir le bruit de leur
prochain mariage ; et ce qui picque plus
la Comtesse , c'est que c'est chez elle même
que le Contrat doit être signé ; elle
fait dire à Dorante qu'elle veut lui parler.
Dorante la fait prier de l'en dispen
ser , attendu qu'elle craint que la Marquise
ne le trouve mauvais et n'en prenne
de l'ombrage. Ce menagement acheve
de porter le desespoir dans le coeur de la
Comtesse. Dorante vient enfin avec là
Marquise; ils la prient tous deux de vouloir
bien leur permettre de se marier chez
elle : la présence de Damis ne peut empê
cher la Comtesse de se livrer à sa douleur
: elle dit à Damis qu'elle ne l'a jamais
aimé , et à Dorante , qu'elle lui a
toujours été fidelle ; Dorante ne tiendroit
pas contre un aveu si charmant , si la
Marquise ne l'encourageoit par sa présen-
II. Vol. ce
JUIN. 1733.
1435
à soutenir jusqu'au bout , une feinte
i lui a été si utile ; la Comtesse s'abisse
jusqu'à redemander à Dorante un
eur qu'il semble lui avoir ôté ; la Maruise
répond pour Dorante , qu'il n'en
st plus temps , puisque le Contrat est
ressé ; enfin le Notaire arrive , le Conat
à la main ; la Marquise prie la Comesse
de leur faire l'honneur d'y signer ;
Dorante lui fait la même priere , quoique
d'une voix tremblante ; la Comtesse
bar un dernier effort de fierté , prend la
olume , mais à peine a t- elle signé qu'elle
combe en défaillance entre les bras de
Lisette . Dorante ne pouvant plus tenir
contre cette marque d'amour , se jette à
ses pieds elle paroît agréablement surprise
de le trouver dans cette situation ;
Dorante lui dit que c'est son Hymen
avec lui - même qu'elle vient de signer ,
et la prie de vouloir bien le confirmer .
La Comtesse embrasse la Marquise et lui
Lend graces d'une tromperie qui lui rend
un si fidele Amant. Ce dénouement a
paru un des plus interressans qu'on ait
vûs au Théatre .
La Piéce ayant été imprimée 15 jours
après que nous en eûmes fait cet Extrait
d'après les premieres représentations
nous avons crû qu'il étoit à propos d'y
$
II. Vol.
ajou1436
MERCURE DE FRANCE
ajouter quelques fragmens , pour donne
une plus juste idée de la maniere dont
Sujet est traité. Voici une Scene entre
Comtesse et la Marquise ; c'est la troi
siéme du second Acte.
La Comtesse.
Je viens vous trouver moi même , Marquise ;
Comme vous me demandez un entretien parti
culier , il s'agit apparemment de quelque chos
de conséquence.
La Marquise.
Je n'ai pourtant qu'une question à vous faire
; et , comme vous êtes naturellement vraie ,
que vous êtes la franchise , la sincerité même ,
nous aurons bien- tôt terminé.
La Comtesse.
Je vous entends : Vous ne me croyez pas trop
sincere , mais votre éloge m'exhorte à l'être
N'est- ce pas ?-
La Marquise.
A cela près , le serez - vous?
La Comtesse.
Pour commencer à l'être , je vous dirai que je
n'en sçais rien .
La Marquise.
Si je vous demandois , le Chevalier vous aime
t-il ? Me diriez-vous ce qui en est ?
La Comtesse.
Non , Marquise , je ne veux pas me brouiller
11. Vol. avec
JUIN. 1733. 1437
ec vous ; et vous me haïriez , si je vous disois
vérité.
La
Marquise.
Je vous donne ma parole que non.
La Comtesse.
Vous ne pourriez pas me la tenir , je vous en
ispenserai moi - même ; il
y a des mouvemens
qui sont plus forts que nous.
La Marquise.
Mais pourquoi vous haïrois- je ?
La Comtesse.
N'a-t-on pas prétendu que le Chevalier vous
aimoit ?
La Marquise.
On a eu raison de le prétendre.
La Comtesse.
Nous y voilà , et peut - être l'avez - vous pensé
"yous-même.
Je l'avouë.
La Marquise.
La Comtesse.
Et après cela , je vous irois dire qu'il m'aime !
Vous ne me le conseilleriez pas.
* La Marquise.
N'est-ce que cela ? Eh ! je voudrois déja l'avoir
perdu , je souhaite de tout mon coeur qu'il vous
aime.
La Comtesse .
Oh ! sur ce pié- là , vous n'avez donc qu'à ren-
II. Vol. dre
1438 MERCURE DE FRANC
dre gracet au Ciel ; vos souhaits ne sçauro
être plus exaucez qu'ils le sont.
La Marquise.
Je vous certifie que j'en suis charmée.
La Comtesse.
Vous me rassurez.Ce n'est pas qu'il n'ait to:
Vous êtes si aimable qu'il ne devoit plus av
d'yeux pour personne, mais peut - être vous éton
il moins attaché qu'on n'a cru.
La Marquise.
Non , il me l'étoit beaucoup , mais je l'excus
quand je serois aimable , vous l'êtes encore pl
que moi, et vous sçavez l'être plus qu'une auir
La Comtesse.
+
Plus qu'une autre ! Ah ! vous n
n'êtes pas si cha
mée , Marquise ; je vous disois bien que vou
me manquerież de paroles ; vos éloges baissent
je m'accommode pourtant de celui - cy : j'y sen
une petite pointe de dépit , qui a son mérite
c'est la Jalousie qui me louë .
La Marquise.
Moi , de la jalousie ?
La Comtesse.
A votre avis , un compliment qui finiroit par
m'appeller Coquette , ne viendroit pas d'elle? Oh !
que si , Marquise , on le reconnoît.
La Marquise.
Je ne songeois pas à vous appeller Coquette;
La Comtesse.
Ce sont de ces choses qui se trouvent avant
qu'on y ait rêvé.
JUIN. 1733. 1439
La Marquise.
Mais , de bonne foy,ne l'êtes-vous pas un peu ?
La Comtesse.
*
Oui - dà , mais ce n'est pas assez qu'un peu
ne vous refusez pas le plaisir de me dire que je le
suis beaucoup , cela n'empêchera pas que vous ne
le soyez autant que moi.
La Marquise.
Je n'en donne pas tout - à -fait les mêmes
preuves.
La Comtesse.
C'est qu'on ne prouve que quand on réussit
le manque de succès met bien des coqueteries à
couvert , on se retire sans bruit , un peu humiliée
, mais inconnuë , c'est l'avantage qu'on a.
La Marquise.
Je réussirai , quand je voudrai , Comtesse;
vous le verrez , cela n'est pas difficile , et le Chevalier
ne vous seroit peut - être pas resté , sans le
peu de cas que j'ai fait de son coeur.
La Comtesse.
Je ne chicanerai pas ce dédain -là , mais ,
quand l'amour propre se sauve ,
voilà comme il
parle :
La Marquise.
Voulez-vous gager que cette avanture n'hu¬
miliera pas le mien , si je veux 2
La Comtesse.
Esperez- vous regagner le Chevalier ? Si vous le
pouvez , je vous le donne,
II.Vol
La
1440 MERCURE DE FRANCE
La Marquise.
Vous l'aimés , sans doute
La Comtesse.
Pas mal , mais je vais l'aimer davantage , afia
qu'il vous resiste mieux ; on a besoin de toutes
ses forces avec vous.
La Marquise.
Oh ! ne craignez rien , je vous le laisse ;
Adieu.
La Comtesse.
Eh ! pourquoi disputons-nous sa conquête ?
Mais pardonnez à celle qui l'emportera. Je ne
combat qu'à cette condition , afin que vous
n'ayez rien à me dire.
La Marquise.
Rien à vous dire ! Vous comptez
porter ?
La Comtesse .
donc l'em-
Ecoutez , je jouërois à plus beau jeu que vous.
La Marquise.
J'avois aussi- beau jeu que vous , quand vous
me l'avez ôté , je pourrois donc vous l'enlever
de même.
La Comtesse.
Tentez donc d'avoir votre revanche.
La Marquise.
Non , j'ai quelque chose de mieux à faire.
La Comtesse.
Peut- on vous demander ce que c'est ?
II.Vol. La
JUIN. 1733 1441
La Marquise.
Dorante vaut son prix , Comtesse : Adieu.
On voit par cette Scene avec quelle légéreté
et avec quelle finesse M. de Marivaux dialogue.
La Comtesse , effrayée de la sécurité de la Marquise
, commence à craindre qu'on ne lui enleve
Dorante , quoique son amour propre la flatte
que cela ne sera pas si facile que la Marquise paroît
se l'imaginer ; cette crainte se change enfin
en certitude, et lui arrache ces regrets : Elle parle
à sa suivante.
Je l'aime , et tu m'accables ! tu me penetres de
douleur ! Je l'ai maltraité , j'en conviens , j'ai tort ,
un tort affreux , un tort que je ne me pardonnerai
jamais, et qui ne merite pas que l'on l'oublie ; que
veux-tu que je te dise de plus ? Je me condamne ;
je me suis mal conduite , il est vrai , misérable
amour propre de femme ! misérable vanité d'être
aimée ! voilà ce que vous me coûtez ; j'ai voulu
plaire au Chevalier , comme s'il en avoit valu la
peine , j'ai voulu me donner cette preuve de mon
mêrite ; il manquoit cette honneur à mes charmes ;
les voilà bien glorieux ! J'ai fait la conquête us
Chevalier et j'ai perdu Dorante.
Nous aurions bien d'autres morceaux à citer ,
mais nous passerions les bornes prescrites à nos
Extraits , si nous insérions dans celui- ci tout ce
qui est digne de l'attention de nos Lecteurs
velle en Prose , en trois Actes , de M. de
Marivaux , représentée au Théatre Ita
lien , le 6 Juin 1733 .
ACTEURS.
La Comtesse ,
Dorante , Amante de la
Comtesse
La Marquise ,
Le Chevalier Damis ,
Gascon , Amant de la
› Marquise
Comtesse ,
La Dile Silvia:
Le S Romagnesy.
La Dile Thomassi
Lisette , Suivante de la
Arlequin, Valet de Dorante
,
Frontin , Valet du Che-
Le St Lélio.
La Dule Lélio.
valier , Le S Dominique.
JUIN.
1429 1733
Blaise , Jardinier de la
Comtesse , Le S' Mario.
La Scene est chez la Comtesse.
Les beautez qui sont répanduës dans
cette Piéce ne sont peut- être pas à la portée
de tout le monde ; mais ceux qui accusent
l'Autheur d'avoir trop d'esprit ,
ne laissent pas de convenir qu'il a une
parfaite connoissance du coeur humain ,
et que peu de gens font une plus exacte
Analise de ce qui se passe dans celui des
femmes . L'Héroïne de cette Comédie est
une Comtesse, qui traite d'abord la Fidelité
de chimere , parce qu'elle regarde
cette vertu comme un obstacle à la passion
si naturelle au beau sexe , qui est de
faire valoir ses droits sur tous.les coeurs ;
prévenue en faveur de ses attraits , elle
ne croit rien hazarder en volant de conquête
en conquête ; elle aime Dorante ,
mais elle n'est pas fâchée d'être aimée du
Chevalier Damis , et trouve fort mauvais
que son premier adorateur s'en formalise
; la maniere dont elle s'explique avec
Dorante , sur les reproches qu'il ose lui
faire de son nouvel engagement , acheve
de le désesperer. Il se croit véritablement
effacé du coeur de sa Maîtresse , quoiqu'il
ne soit que sacrifié à sa vanité ; une Mar
1 Vol. Hiiij quise
1430 MERCURE DE FRANCE
quise à qui la Comtesse a enlevé un Aman:
dont la perte ne lui tient pas , à beau
coup près , tant au coeur , que Dorante
est sensible à celle qu'il croit avoit faite
à l'amour de la Comtesse , lui vient ou
vrir les yeux ; je connois mon sexe , lui
dit- elle , la Comtesse n'est infidelle qu'en
apparence ; l'envie de faire une nouvell
conquête flatte son amour propre , mais
la crainte d'en perdre une , qu'elle a déja
faite , allarmera ce même amour propre ,
et vous le rendra pius tendre que jamais ;
ce sage conseil est suivi de la proposi
tion qu'elle lui fait de feindre un nouvel
amour dont elle veut bien paroître l'ob
jet ; la proposition rêvolte d'abord , mais
elle est enfin acceptée. La Comtesse ne
daigne pas même donner la moindre
croyance aux nouveaux engagemens
qu'on lui annonce que Dorante vient
de prendre ; elle ne croit pas la chose sérieuse
, parce qu'elle la croit impossible ;
elle croiroit dégrader ses attraits , si elle
s'abbaissoit jusqu'à la crainte ; elle fait
plus , elle découvre le piége qu'on lui
tend , mais elle ne laisse pas d'y donner
dans la suite ; en effet , elle pense juste ,
quand elle dit que Dorante feint d'aimer
la Comtesse pour la rendre jalouse , et
cependant elle va par dégrez , jusqu'à
I I. Vol. craindre
JUIN 1733
1431
craindre que cette feinte ne soit une vérité
, et de la crainte elle passe jusqu'à
la conviction.
se ,
A ce fond de Piece est joint un Episo
de , qui , peut être , a donné lieu de dire
que c'est une nouvelle surprise de l'Amour.
Le voici : Blaise, Jardinier de la Comtesdoit
marier Lisette , sa fille , avec Arlequin
, valet de Dorante ; il vient prier
Dorante de vouloir bien porter la Comtesse
à donner une centaine de livres à sa
fille , pour les frais de la nôce , et pour
l'aider à se mettre en ménage . Dorante
qui commence à se douter de l'infidelité
de la Comtesse, lui répond qu'il ne croit
plus avoir de crédit sur son esprit , parce
qu'il n'en a plus sur son coeur. Toute la
suite de cet Episode a beaucoup de conformité
avec celui de la premiere surprise
de l'amour ; mais cette ressemblance
d'Episodes n'empêche pas que le fond
ne soit tres différent. Finissons cette digression
, et reprenons le fil de la Piece.
Dorante, par le conseil de la Marquise ,
ordonne à Arlequin de ne plus voir Lisette
;la raison qui l'oblige à lui faire cette
deffense , c'est , dit- il , que la Comtesse
pourroit croire qu'il continue à voir la
Suivante , pour épier la Maîtresse . Arlequin
ne peut se résoudre à se priver de
II. Vol. . Hv
la
1432 MERCURE DE FRANCE
la vûë et de la conversation de sa chere
Lisette ; mais la promesse que son Maître
lui fait , de la lui rendre plus tendre
que jamais , le détermine à lui obéïr.
Voici ce que cette heureuse deffense produit
: Blaise se plaint à la Comtesse des
obstacles. que Madame la Marquise apporte
à l'établissement de sa fille ; en effet,
la Marquise a bien voulu prendre cela sur
son compte à la priere de Dorante, qui né
veut point que la Comtesse lui en fasse
un crime , ou du moins ne l'accuse d'impolitesse
, attendu que c'est elle- même
qui a arrangé le mariage du Valet , dans
le temps qu'elle vouloit épouser le Maître.
La Comtesse veut avoir un éclaircissement
avec Dorante; sur cet affront,qu'elle
fait servir de prétexte au désir secret qu'el
le a de rentrer dans les droits que sa beauté
lui a donnés sur son coeur , elle lui en
parle d'un ton de Maîtresse , et lui dit
qu'elle veut absolument que le mariage
qu'elle a projetté entre Arlequin et Lisette
, s'acheve. Dorante lui répond qu'il en
parlera à la Marquise; la Comtesse lui die
avec fierté , qu'elle n'a que faire du consentement
de la personne même qui l'offense
, et que c'est à lui à la vanger . Dorante
lui déclare que ses ordres pouvoient
tout sur lui autrefois , mais que
11. Vol. les
JUIN. 1733.
1433
les temps sont changez , puisqu'elle l'a
bien voulu , et qu'elle lui a montré un
exemple d'infidélité , dont il a cru devoir
profiter ; la Comtesse ne peut soûtenir
cette humiliation , et lui dit une seconde
fois , quoique d'un top un peu moins
ferme , qu'elle veut être obéie. Dorante
se retire sans lui rien promettre.
La Comtesse sent plus que jamais.combien
un exemple d'infidélité est dangereux
. Elle commence à croire que celle
de Dorante n'est pas une feinte , et s'en
plaint à Lisette.
Damis vient et la presse de le rendre
heureux; cette derniere conquête n'a plus
rien qui la flatte ; un coeur qu'elle a gagné
, n'a rien qui la dédommage de celur.
qu'elle a perdu elle n'en fait pourtant
fien connoître à Damis; elle feint au contraire
de plaindre Dorante , et dit au
Chevalier qu'il faut ménager sa douleur
en differant leur hymen . Damis a beau
la presser de l'achever , rien ne peut lui
faire changer une résolution que la pitié
lui inspire , bien moins que l'amour.
Dorante persuadé qu'il est aimé de fa
Comtesse , voudroit se jetter à ses pieds
pour lui demander pardon de sa feinte et
pour se reconcilier avec elle , mais la
Marquise lui fait entendre qu'il n'en est
11. Vol. H.vi pas
1434 MERCURE DE FRANCE
pas encore temps , et que si la Comtesse
s'apperçoit si-tôt de l'empire que sa beauté
lui donne sur lui , elle en abusera
d'une maniere à le rendre plus malheureux
que jamais. Elle lui conseille de
pousser la feinte aussi -loin qu'il se pourra
,et d'achever le stratagéme dont ils sont
convenus ensemble.
On va bien-tôt voir l'effet que produit
cette innocente supercherie. Dorante et
la Marquise font courir le bruit de leur
prochain mariage ; et ce qui picque plus
la Comtesse , c'est que c'est chez elle même
que le Contrat doit être signé ; elle
fait dire à Dorante qu'elle veut lui parler.
Dorante la fait prier de l'en dispen
ser , attendu qu'elle craint que la Marquise
ne le trouve mauvais et n'en prenne
de l'ombrage. Ce menagement acheve
de porter le desespoir dans le coeur de la
Comtesse. Dorante vient enfin avec là
Marquise; ils la prient tous deux de vouloir
bien leur permettre de se marier chez
elle : la présence de Damis ne peut empê
cher la Comtesse de se livrer à sa douleur
: elle dit à Damis qu'elle ne l'a jamais
aimé , et à Dorante , qu'elle lui a
toujours été fidelle ; Dorante ne tiendroit
pas contre un aveu si charmant , si la
Marquise ne l'encourageoit par sa présen-
II. Vol. ce
JUIN. 1733.
1435
à soutenir jusqu'au bout , une feinte
i lui a été si utile ; la Comtesse s'abisse
jusqu'à redemander à Dorante un
eur qu'il semble lui avoir ôté ; la Maruise
répond pour Dorante , qu'il n'en
st plus temps , puisque le Contrat est
ressé ; enfin le Notaire arrive , le Conat
à la main ; la Marquise prie la Comesse
de leur faire l'honneur d'y signer ;
Dorante lui fait la même priere , quoique
d'une voix tremblante ; la Comtesse
bar un dernier effort de fierté , prend la
olume , mais à peine a t- elle signé qu'elle
combe en défaillance entre les bras de
Lisette . Dorante ne pouvant plus tenir
contre cette marque d'amour , se jette à
ses pieds elle paroît agréablement surprise
de le trouver dans cette situation ;
Dorante lui dit que c'est son Hymen
avec lui - même qu'elle vient de signer ,
et la prie de vouloir bien le confirmer .
La Comtesse embrasse la Marquise et lui
Lend graces d'une tromperie qui lui rend
un si fidele Amant. Ce dénouement a
paru un des plus interressans qu'on ait
vûs au Théatre .
La Piéce ayant été imprimée 15 jours
après que nous en eûmes fait cet Extrait
d'après les premieres représentations
nous avons crû qu'il étoit à propos d'y
$
II. Vol.
ajou1436
MERCURE DE FRANCE
ajouter quelques fragmens , pour donne
une plus juste idée de la maniere dont
Sujet est traité. Voici une Scene entre
Comtesse et la Marquise ; c'est la troi
siéme du second Acte.
La Comtesse.
Je viens vous trouver moi même , Marquise ;
Comme vous me demandez un entretien parti
culier , il s'agit apparemment de quelque chos
de conséquence.
La Marquise.
Je n'ai pourtant qu'une question à vous faire
; et , comme vous êtes naturellement vraie ,
que vous êtes la franchise , la sincerité même ,
nous aurons bien- tôt terminé.
La Comtesse.
Je vous entends : Vous ne me croyez pas trop
sincere , mais votre éloge m'exhorte à l'être
N'est- ce pas ?-
La Marquise.
A cela près , le serez - vous?
La Comtesse.
Pour commencer à l'être , je vous dirai que je
n'en sçais rien .
La Marquise.
Si je vous demandois , le Chevalier vous aime
t-il ? Me diriez-vous ce qui en est ?
La Comtesse.
Non , Marquise , je ne veux pas me brouiller
11. Vol. avec
JUIN. 1733. 1437
ec vous ; et vous me haïriez , si je vous disois
vérité.
La
Marquise.
Je vous donne ma parole que non.
La Comtesse.
Vous ne pourriez pas me la tenir , je vous en
ispenserai moi - même ; il
y a des mouvemens
qui sont plus forts que nous.
La Marquise.
Mais pourquoi vous haïrois- je ?
La Comtesse.
N'a-t-on pas prétendu que le Chevalier vous
aimoit ?
La Marquise.
On a eu raison de le prétendre.
La Comtesse.
Nous y voilà , et peut - être l'avez - vous pensé
"yous-même.
Je l'avouë.
La Marquise.
La Comtesse.
Et après cela , je vous irois dire qu'il m'aime !
Vous ne me le conseilleriez pas.
* La Marquise.
N'est-ce que cela ? Eh ! je voudrois déja l'avoir
perdu , je souhaite de tout mon coeur qu'il vous
aime.
La Comtesse .
Oh ! sur ce pié- là , vous n'avez donc qu'à ren-
II. Vol. dre
1438 MERCURE DE FRANC
dre gracet au Ciel ; vos souhaits ne sçauro
être plus exaucez qu'ils le sont.
La Marquise.
Je vous certifie que j'en suis charmée.
La Comtesse.
Vous me rassurez.Ce n'est pas qu'il n'ait to:
Vous êtes si aimable qu'il ne devoit plus av
d'yeux pour personne, mais peut - être vous éton
il moins attaché qu'on n'a cru.
La Marquise.
Non , il me l'étoit beaucoup , mais je l'excus
quand je serois aimable , vous l'êtes encore pl
que moi, et vous sçavez l'être plus qu'une auir
La Comtesse.
+
Plus qu'une autre ! Ah ! vous n
n'êtes pas si cha
mée , Marquise ; je vous disois bien que vou
me manquerież de paroles ; vos éloges baissent
je m'accommode pourtant de celui - cy : j'y sen
une petite pointe de dépit , qui a son mérite
c'est la Jalousie qui me louë .
La Marquise.
Moi , de la jalousie ?
La Comtesse.
A votre avis , un compliment qui finiroit par
m'appeller Coquette , ne viendroit pas d'elle? Oh !
que si , Marquise , on le reconnoît.
La Marquise.
Je ne songeois pas à vous appeller Coquette;
La Comtesse.
Ce sont de ces choses qui se trouvent avant
qu'on y ait rêvé.
JUIN. 1733. 1439
La Marquise.
Mais , de bonne foy,ne l'êtes-vous pas un peu ?
La Comtesse.
*
Oui - dà , mais ce n'est pas assez qu'un peu
ne vous refusez pas le plaisir de me dire que je le
suis beaucoup , cela n'empêchera pas que vous ne
le soyez autant que moi.
La Marquise.
Je n'en donne pas tout - à -fait les mêmes
preuves.
La Comtesse.
C'est qu'on ne prouve que quand on réussit
le manque de succès met bien des coqueteries à
couvert , on se retire sans bruit , un peu humiliée
, mais inconnuë , c'est l'avantage qu'on a.
La Marquise.
Je réussirai , quand je voudrai , Comtesse;
vous le verrez , cela n'est pas difficile , et le Chevalier
ne vous seroit peut - être pas resté , sans le
peu de cas que j'ai fait de son coeur.
La Comtesse.
Je ne chicanerai pas ce dédain -là , mais ,
quand l'amour propre se sauve ,
voilà comme il
parle :
La Marquise.
Voulez-vous gager que cette avanture n'hu¬
miliera pas le mien , si je veux 2
La Comtesse.
Esperez- vous regagner le Chevalier ? Si vous le
pouvez , je vous le donne,
II.Vol
La
1440 MERCURE DE FRANCE
La Marquise.
Vous l'aimés , sans doute
La Comtesse.
Pas mal , mais je vais l'aimer davantage , afia
qu'il vous resiste mieux ; on a besoin de toutes
ses forces avec vous.
La Marquise.
Oh ! ne craignez rien , je vous le laisse ;
Adieu.
La Comtesse.
Eh ! pourquoi disputons-nous sa conquête ?
Mais pardonnez à celle qui l'emportera. Je ne
combat qu'à cette condition , afin que vous
n'ayez rien à me dire.
La Marquise.
Rien à vous dire ! Vous comptez
porter ?
La Comtesse .
donc l'em-
Ecoutez , je jouërois à plus beau jeu que vous.
La Marquise.
J'avois aussi- beau jeu que vous , quand vous
me l'avez ôté , je pourrois donc vous l'enlever
de même.
La Comtesse.
Tentez donc d'avoir votre revanche.
La Marquise.
Non , j'ai quelque chose de mieux à faire.
La Comtesse.
Peut- on vous demander ce que c'est ?
II.Vol. La
JUIN. 1733 1441
La Marquise.
Dorante vaut son prix , Comtesse : Adieu.
On voit par cette Scene avec quelle légéreté
et avec quelle finesse M. de Marivaux dialogue.
La Comtesse , effrayée de la sécurité de la Marquise
, commence à craindre qu'on ne lui enleve
Dorante , quoique son amour propre la flatte
que cela ne sera pas si facile que la Marquise paroît
se l'imaginer ; cette crainte se change enfin
en certitude, et lui arrache ces regrets : Elle parle
à sa suivante.
Je l'aime , et tu m'accables ! tu me penetres de
douleur ! Je l'ai maltraité , j'en conviens , j'ai tort ,
un tort affreux , un tort que je ne me pardonnerai
jamais, et qui ne merite pas que l'on l'oublie ; que
veux-tu que je te dise de plus ? Je me condamne ;
je me suis mal conduite , il est vrai , misérable
amour propre de femme ! misérable vanité d'être
aimée ! voilà ce que vous me coûtez ; j'ai voulu
plaire au Chevalier , comme s'il en avoit valu la
peine , j'ai voulu me donner cette preuve de mon
mêrite ; il manquoit cette honneur à mes charmes ;
les voilà bien glorieux ! J'ai fait la conquête us
Chevalier et j'ai perdu Dorante.
Nous aurions bien d'autres morceaux à citer ,
mais nous passerions les bornes prescrites à nos
Extraits , si nous insérions dans celui- ci tout ce
qui est digne de l'attention de nos Lecteurs
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Résumé : L'heureux Stratagême, Extrait, [titre d'après la table]
'L'Heureux Stratagème' est une comédie en prose de Marivaux, représentée pour la première fois au Théâtre Italien le 6 juin 1733. L'intrigue se déroule chez la Comtesse, qui est amoureuse de Dorante mais se laisse séduire par le Chevalier Damis. La Marquise, jalouse, conseille à Dorante de feindre un nouvel amour pour rendre la Comtesse jalouse. La Comtesse, d'abord sceptique, finit par croire à la feinte de Dorante et en souffre. La Marquise et Dorante font circuler la rumeur de leur prochain mariage, ce qui désespère la Comtesse. Lors de la signature du contrat de mariage, la Comtesse s'évanouit et Dorante lui révèle que le contrat est en réalité pour leur mariage. La pièce se conclut par la réconciliation des amants, avec la Comtesse reconnaissante envers la Marquise pour sa ruse. La pièce met également en scène une conversation entre la Marquise et la Comtesse au sujet de Dorante. La Marquise affirme qu'elle laissera Dorante à la Comtesse, mais cette dernière exprime sa crainte de le perdre malgré son amour-propre. La Comtesse avoue ensuite à sa suivante qu'elle regrette d'avoir maltraité Dorante par orgueil et vanité, reconnaissant ainsi son erreur. Elle exprime sa douleur et sa culpabilité pour avoir préféré plaire au Chevalier plutôt que de conserver l'amour de Dorante. La pièce est appréciée pour son analyse fine des sentiments humains, notamment ceux des femmes. Le dialogue de Marivaux est caractérisé par sa légèreté et sa finesse, illustrant les conflits internes et les regrets de la Comtesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2498
p. 1472-1483
CONJECTURES sur le Lieu où étoit situé le Palais Royal, appellé Vetera Domus. Par M. Clerot, Avocat au Parlement de Normandie.
Début :
L'Auteur de la Lettre inserée dans le Mercure de Mars, page 442. semble [...]
Mots clefs :
Vetera domus, Palais royal, Ville, Cailly, Conjectures, Orderic Vital, Vieux Rouen, Rois, Historiens, Normandie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONJECTURES sur le Lieu où étoit situé le Palais Royal, appellé Vetera Domus. Par M. Clerot, Avocat au Parlement de Normandie.
CONJECTURES sur le Lieu où
étoit situé le Palais Royal, appellé Vetera
Domus. Par M. Clerot , Avocat an
Parlement de Normandie.
L
ટ
'Auteur de la Lettre inserée dans le
Mercure de Mars , page 442. semble
assurer que quelques Observations sur le
Lieu où étoit autrefois situé le Palais
Royal , appellé Vetera Domus , ne seroient
pas désagréables au Public . Sous cette
garantie , voicy quelques conjectures que
je crois pouvoir proposer , sans oser me
flatter d'avoir rencontré juste. Je sçai qu'il
en est de notre ancienne Histoire de Normandie
comme de certains Arts ; ce ne
sont pas toujours les premiers qui réussissent,
mais ils frayent souvent le chemin
à des découvertes plus heureuses ou
plus utiles. 172
Nous avons en Normandie , à une lieüc
d'Aumale , un Village que nous appel--
lons le vieux Rouen , que quelques uns
de nos anciens Historiens ont nommé ,
tantôt Verus Rotomagus , tantôt Vetus˜Rodomus
, et quelquefois Vetus Radomus. Ce
Village est sur le bord de la Riviere de
Bresle ;
JUILLET. 1733 1473
Bresle ; il est peu éloigné des bois ; il a
d'agréables Côteaux ; en un mot , sans
parler de son Château , il est dans une situation
très - propre à faire présumer qu'il
a pû être une de ces Retraites de nos
premiers Rois , que nos vieilles Histoires
distinguent sous la dénomination de Villa
Regia , aut vicus fisci , aut Palatium
vel Palatiolum.
Ceci posé , ne pourroit- on point conjecturer
que c'est là le Vetera Domus de
Charles le Chauve ? Car on sçait que ce
n'est pasla difference de l'énonciation qui
doit pous arrêter. Nos premiers Ecrivains
ont pû de Vetus Rodomus ou de Vetus Radomus
, aisément faire Vete Radomus ; cela
n'est pas sans exemple , et puisque visà-
vis du vieux Rouen , sur l'autre bord
de la Riviere de Bresle , il y a un Village
appellé S. Germain ; il ne manqueroit
rien à la conjecture ; mais voyons s'il n'y
auroit pas d'ailleurs quelques preuves qui
pussent déterminer
.
Oderic Vital , dans son Hist. Eccles.
Liv. 12 nous fait penser que de son tems le
vieux Roüen méritoit une attention. particuliere
;car après avoir parlé du Fort que
Henry I. Roy d'Angleterre y voulut
construire pour l'opposer au Comte d'Aumale
, il expose une partie de ce qu'il as-
A v sure
.
1474 MERCURE DE FRANCE
sure en avoir été dit dans les anciennes
Histoires , de Veteri Rotomago unde hîc
mentio jam facta est , dit cet Auteur , tangam
quod in priscis quæsitum Historii relatum
est. Ce n'est pas assez , il se fait
honneur , en suivant ces Historiens , de
laisser aux siecles à venir les faits posterieurs
, ad notitiam posteritatis mentionem
feci , de priscorum relationibus adjeci. Nunc
autemad res nuper gestas redibo et pro posse
meo Antiquos Scriptores sequens laborem
meum Ætati futura offero.
Je suis très- persuadé qu'Oderic Vital
n'a pas toûjours exactement suivi les Auteurs
qui l'ont précedé , que selon le pieux
usage de son tems il met souvent sur
leur compte des faits ausquels ils n'ont
jamais pensé , et qu'il ne s'attache qu'à
les faire parler conformément à ses propres
conjectures . Mais enfin il les suit
de loin ou de près , et cela étant , j'ai droit .
d'assurer que plusieurs de nos anciens
Historiens ont parlé du vieux Roüen
comme d'une Place qui a existé dans les
premiers tems.
Je ne crois point cependant que Jules-
Cesar soit passé dans notre Pays de Caux,
qu'il y ait assicgé , pris ou détruit une
Ville appellée Caletum , qu'il en ait bâtỉ
une autre au même lieu , sous le nom de
Julia bona
JUILLET. 17337 1475
Fuliabona , et que cette Ville soft le Bourg
de l'Isle- bonne. Non , je ne crois pas que
ce grand Capitaine , après cette Expedition
, ait traversé les neuf Rivieres du
même Pays , qu'il ait vû les bords de
l'Ocean de ce côté - là , et qu'il soit revenu
sur la Bresle ordonner la fondation
d'une autre Ville appellée Rodomum , quasiRomanorum
domus. Je ne crois point enfin
que Rutubus , faisant le redoutable dans
une Forteresse , située sur un Mont auprès
de la Seine , Jules - Cesar le soit venu
attaquer , qu'il ait pris la Place , et qu'il'
ait tout de suite bâti au même lieu la
Ville Capitale de notre Province
abandonnant son autre entreprise , de laquelle
a été formé le vieux Rouen , et
priori vico super Aucum usque in hunc diem
solum nomen reliquit.
,
Toutes ces circonstances que le bon
Moine de S. Evroult nous rapporte dans
le même Livre 12. sont détruites par des
preuves que j'espere donner un jour dans
quelque Dissertation , que je prépare ,
sur les premiers Habitans du Pays de
Caux , et sur l'origine de notre Ville de
Roüen; mais elles ne servent pas moins
à mes conjectures ; car dans les faits changez
, alterez ou déguisez , il y a toujours.
certains rayons de verité sur lesquels on
A vj peut
1476 MERCURE DE FRANCE
peut raisonnablement se fixer ; et dans
l'espece présente , il est aisé de sentir qu'en
general vetus Rotomagus , ou vetus Rodo
mus , est un lieu pour le moins aussi ancien
que
Roüen ,
Mais , me dira -t'on , quels sont les Auteurs
? Où est l'Eistorien Romain qui
aye jamais parlé de vetus Rotomagus ?` A
cela je réponds , 1 ° . que notre Oderic Vital
a pû prendre pour des Historiens Romains
quelques- uns de ceux qui sont nez
dans les Gaules , et même dans le Pays
Normand , sous la domination Romaine,
même sous celle des premiers Rois de
France . 2 ° . Qu'il se peut parfaitement
bien faire que les Manuscrits dont s'est servi
ce Moine de S. Evroult , soient perdus;
tout le Monde sçait que les tems d'ignoles
guerres particulieres des Seigneurs
de France , et les irruptions generales
des Anglois , ont extrêmement désolé
la République des Lettres . Mais puisque
nous sommes dans les conjectures , n'en sortons
point que nous n'ayons du moins
vû quelques Auteurs , qui vrai- semblablement
n'étoient pas familiers à Oderic-
Vital.
rance ,
La Carte Itineraire de l'Empire Romain
, dont on doit la découverte à un
sçavant Avocat d'Ausbourg , et que nous
appellons
JUILLET . 1733. 1477
appellons communément de son nom les
Tables de Peutinger ; cette Carte , disje
, met vers notre Province deux Villes
, l'une sous le nom de Rathomagus ,
l'autre , sous celui de Rithomagus ; ne seroit-
ce point que le Géographe qui a fait
cette Carte , et qui certainement vivoit
avant l'arrivée des François dans les Gaules
, auroit eu sous les yeux des Auteurs
qui lui auroient appris , que non loin de
FOcean et de l'Embouchure de la Seine,
il y avoit deux Villes du même nom à
peu de chose près ? Ce qu'il y a de constant
, c'est que cette Carte pose Rathomagus
vers le lieu où est notre Vetus
Rodomus. En voila beaucoup , ce me semble
, pour un homme qui n'écrit que sur
des conjectures ; il faut cependant donner
ici quelque chose de plus fort.
Ptolomée , dans le Chapitre huitiéme
de son second Livre nous parle de Ratomagus
, comme Ville Capitale des Vellocassiens
, qu'il place après les Peuples
de la Bretagne , du Maine , de la Basse
Normandie et du Rommois ; Post quos
usque ad Sequanam flumen Velii Casii quorum
Civitas Ratomagus : Et dans le Chapitre
9. du même Livre , il nous met
un autre Ratomagus , comme Capitale des
Ubanecti ou Subanecti , qu'il place après
les
1478 MERCURE DE FRANCE
les Peuples de la Flandre , de l'Artois et
de la Picardie ; Sub his Ubanecti quorum
civitas Ratomagus ab Oriente Sequane
fluvii ; ce qui ne peut bien convenir qu'à
notre Vetus Ratomagus.
Je ne m'attacherai point à prouver que
le Pays appellé de Wimen , et qui s'est
étendu , comme nous le voyons dans plusieurs
Chartres , jusques dans le milieu
du Vexin , a pû être autrefois celui des
Ubaneci , ce sera l'objet d'un autre Ouvrage.
Je passe à l'Analogie des Langues
Gauloise Teutonique et Françoise
pour appuyer ma conjecture.
و
*
Je vois dans Camden , dans Bochard
et dans les Glossaires de l'ancien Allemand
, que Mag Magem , ou Magus , signifie
véritablement en Gaulois , Famille,
Habitation ou demeure commune ; que
Rath , Roth ou Rith , a été dans la même
Langue , tantôt un Amas d'eaux , que
formoient les irruptions d'une Riviere
sans Digues ; tantôt un Gué , qui se faisoit
naturellement dans le lieu où la largeur
de la Riviere devenoit plus éten-
; ainsi Rathomagus ou Rithomagus , ne
désigneroit autre chose dans son origine
que l'habitation ou la demeure des Habitans
du Passage.
Quand les premiers Normands , je
veux
JUILLET. 1733. 1479
veux dire les Saxons , les Francs , les
Bourguignons et autres Peuples du Nord,
entrerent dans les Gaules , ils accomodoient
les noms des Lieux à leur maniere
de parler. De - là ce changement de la
Lettre T en D, qui entr'autres leur étoit
fort familier , de là cette abréviation de
Rithomagus ou Rathomagus , ou Rodomus
ou Radomus, noms que nos prémiers Ecri
vains donnent à notre Vetus Rotomagus.
Voyons ce qui a donné lieu à l'epithete
de Vetus.
Les Auteurs que je viens de citer as->
surent que Wede ou Veije , signifie en
ancien Allemand , ce que nous appellons
un Gué , un Passage ; cela posé ,
nous pouvons croire que nos Peres , après
leur entrée dans les Gaules , continuant
à passer par le Gué de Ratomagus ou Radomus
,
désignerent ce Lieu par Wedera
domus , nom que nos anciens Historiens
ont pû changer en Vetera domus , par la
ressemblance et l'indifference de position
du T. en D. et du D. en T. de sorte que
Wedera domus ou Vetera domus , ne voudroit
dire autre chose que le Gué ou le
Passage de Radomus:
Cette conjecture n'est pas forcée , car
on sçait que de Wede a été formé le mot
latin Vadum , que Vieux , dont il est parlé
dans
1480 MERCURE DE FRANCE ERCUR
dans les derniers Mercures , tient son
nom de la même origine , et que c'est
pour cela , comme le remarque M. Huet,
que Vieux est appellé dans les titres de
l'Abbaye de Fontenay , tantôt Vedioca ,
tantôt Veoca.
Je n'ai pas besoin de chercher de plus fortes
preuves , si on fait attention que les Palais
de nos premiers Rois avoient des Chapelles
desservies par des Religieux , ce qui
a donné commencement à differentes Abbayes
, dont les unes se sont conservées
entieres , les autres ont dégeneré en Prieurés
, les autres se sont éteintes ou incorporées
avec leurs voisines ; on pré¹ugera
qu'il ne seroit pas impossible que le Palais
appellé Vetera domus , eût eu une de
ces sortes de Chapelles , qui dans la suite
auroit formé l'Abbaye de S. Fuscien d'Amiens
; sur quoi , si mes Conjectures sont
rendues publiques dans le Mercure , je
prends la liberté d'inviter Mrs les
Religieux de cette Abbaye , de vouloir
bien donner là - dessus , par la même
voye , quelques Extraits de leurs Chartres
, qui concernent le Vieux Rožen , ne
doutant pas qu'ils n'en ayent , puisqu'ils
sont Seigneurs - Patrons de ce Lieu.
Je reviens à l'autorité de Ptolomée ;
je sçai les objections qu'on peut me faire
sur
JUILLET. 1733. 1481
sur l'endroit que j'ai cité du Géographe
Grec , mais il est aisé d'y répondre par
une observation bien simple ; sçavoir ,
que les Manuscrits de Ptolomée , exposez
depuis plus de quinze cens ans à l'erreur
des Copistes , à la barbarie des siecles ignorans
, au caprice des Auteurs du moyen
âge , ont souffert plusieurs changemens ,
èt nous avons vû de nos jours des Géographes
tout prêts à retrancher de Prolomée
les Ubanecti et leut Ville Capitale.
Je ne parlerai point ici des Chartres
de nos premiers Rois , de quelques Conciles
même qui finissent tantôt par ces
mots , Actum Rodomo , tantôt par Actum
Rothomago , de ces anciennes Histoires où
nous trouvons Rotumagus , Rodomus , Ritumagus
, Rotumus ; de ces Monnoyes où
l'on voit pour Légende , Ratuhagus , Ratumagus
, Rodomus , Rothemagus ; et fout
cela sans autre distinction particuliere s
sçavoir , si c'est la même Ville , ou si ce
sont deux, trois ou quatre lieux differens
, confondus dans un seul en differentes
expressions , cela nous meneroit
trop loin
On s'est donné la liberté dans les premiers
tems de changer , retrancher et
augmenter , selon l'idée ou les préjugez
de chaque siecle ; et comme on ne connoît
1482 MERCURE DE FRANCE
>
noissoit point alors de saine critique , une
ignorance crasse et un témeraire orgueil ,
avoient souvent le dessus , ensorte que
nous pouvons dire aujourd'hui que nous
sommes égarez dans notre propre Patrie.
Il faut des peines inconcevables pour
nous remettre dans le veritable chemin .
>
Je ne sçai si avec mes Observations
je mene bien le Lecteur vers le Vetera
domus de Charles le Chauve ; car l'Auteur
dont il est parlé dans la Lettre du
Mercure , met ce Lieu dans le Roumois
in Pago Rotomagensi , et le Vetus Rodomus,
dont je viens de parler , est dans le Pays
de Bray , faisant partie de celui que nos
vieilles Chartres et nos anciennes Histoires
nomment Pagus Vitnemau ou Vinemau.
Je puis cependant assurer que ces
Auteurs , la plupart Légendaires , sont
trop peu exacts pour nous arrêter ,
que j'ai vu plusieurs Titres , plusieurs anciennes
Histoires de Miracles qui mettent
, in Page Rotomagensi , des Lieux situez
à l'extremité du Pays de Caux. Il
suffit à ces Auteurs que ce qui interesse
le Saint ou la Sainte dont ils parlent , se
soit passé dans le Diocèse , pour désigner
le Lieu par le nom du Pays ou l'Eglise
Cathédrale se trouve située.
et
Enfin je ne dissimulerai point que quelques
JUILLET. 1733. 1483
ques Auteurs en nous donnant le Bourg
de Cailly , pour le Caletum , dont parle
Oderic Vital , ont prétendu que sur un
Côteau de ce Bourg même , étoit autrefois
situé un vieux Château , où l'on a
trouvé des Antiquitez de toute espece.
Si avec cela quelques Titres nous désignoient
ce Château sous le nom de Vetera
domus , ma premiere Conjecture se
roit d'autant plus vaine que Cailly a appartenu
autrefois aux Rois de France ;
je me souviens d'avoir vû un Titre de
P'Abbaye de S. Oüen , dans lequel le droit
des Religieux de cette Abbaye, d'envoyer
au Four de Cailly , est exprimé en ces
termes , ad Furnum Domini Regis . de
Cailly. On voit d'ailleurs dans les Preuves
de l'Histoire de la même, Abbaye ,
un ancien Recueil des droits des Moines
sur Cailly , dans lequel on lit : Item
Furnum Domini Regis de Cailly. Item omnem
costumam Foresta ratione Castri et Fur
ni,quam Dominus Rexvel Dominus de Cail
ly , capere poterant , &c. Il y a encore à
observer que Cailly est près d'une Parois .
se appellée S. Germain ; le même Titre
que j'ai vû , porte , in pago Rotomagensi
et non loin de là est un autre Village appellé
le Vieux Manoir , qui est assez proche
d'une autre Paroisse nommée aussi
S. Germain .
étoit situé le Palais Royal, appellé Vetera
Domus. Par M. Clerot , Avocat an
Parlement de Normandie.
L
ટ
'Auteur de la Lettre inserée dans le
Mercure de Mars , page 442. semble
assurer que quelques Observations sur le
Lieu où étoit autrefois situé le Palais
Royal , appellé Vetera Domus , ne seroient
pas désagréables au Public . Sous cette
garantie , voicy quelques conjectures que
je crois pouvoir proposer , sans oser me
flatter d'avoir rencontré juste. Je sçai qu'il
en est de notre ancienne Histoire de Normandie
comme de certains Arts ; ce ne
sont pas toujours les premiers qui réussissent,
mais ils frayent souvent le chemin
à des découvertes plus heureuses ou
plus utiles. 172
Nous avons en Normandie , à une lieüc
d'Aumale , un Village que nous appel--
lons le vieux Rouen , que quelques uns
de nos anciens Historiens ont nommé ,
tantôt Verus Rotomagus , tantôt Vetus˜Rodomus
, et quelquefois Vetus Radomus. Ce
Village est sur le bord de la Riviere de
Bresle ;
JUILLET. 1733 1473
Bresle ; il est peu éloigné des bois ; il a
d'agréables Côteaux ; en un mot , sans
parler de son Château , il est dans une situation
très - propre à faire présumer qu'il
a pû être une de ces Retraites de nos
premiers Rois , que nos vieilles Histoires
distinguent sous la dénomination de Villa
Regia , aut vicus fisci , aut Palatium
vel Palatiolum.
Ceci posé , ne pourroit- on point conjecturer
que c'est là le Vetera Domus de
Charles le Chauve ? Car on sçait que ce
n'est pasla difference de l'énonciation qui
doit pous arrêter. Nos premiers Ecrivains
ont pû de Vetus Rodomus ou de Vetus Radomus
, aisément faire Vete Radomus ; cela
n'est pas sans exemple , et puisque visà-
vis du vieux Rouen , sur l'autre bord
de la Riviere de Bresle , il y a un Village
appellé S. Germain ; il ne manqueroit
rien à la conjecture ; mais voyons s'il n'y
auroit pas d'ailleurs quelques preuves qui
pussent déterminer
.
Oderic Vital , dans son Hist. Eccles.
Liv. 12 nous fait penser que de son tems le
vieux Roüen méritoit une attention. particuliere
;car après avoir parlé du Fort que
Henry I. Roy d'Angleterre y voulut
construire pour l'opposer au Comte d'Aumale
, il expose une partie de ce qu'il as-
A v sure
.
1474 MERCURE DE FRANCE
sure en avoir été dit dans les anciennes
Histoires , de Veteri Rotomago unde hîc
mentio jam facta est , dit cet Auteur , tangam
quod in priscis quæsitum Historii relatum
est. Ce n'est pas assez , il se fait
honneur , en suivant ces Historiens , de
laisser aux siecles à venir les faits posterieurs
, ad notitiam posteritatis mentionem
feci , de priscorum relationibus adjeci. Nunc
autemad res nuper gestas redibo et pro posse
meo Antiquos Scriptores sequens laborem
meum Ætati futura offero.
Je suis très- persuadé qu'Oderic Vital
n'a pas toûjours exactement suivi les Auteurs
qui l'ont précedé , que selon le pieux
usage de son tems il met souvent sur
leur compte des faits ausquels ils n'ont
jamais pensé , et qu'il ne s'attache qu'à
les faire parler conformément à ses propres
conjectures . Mais enfin il les suit
de loin ou de près , et cela étant , j'ai droit .
d'assurer que plusieurs de nos anciens
Historiens ont parlé du vieux Roüen
comme d'une Place qui a existé dans les
premiers tems.
Je ne crois point cependant que Jules-
Cesar soit passé dans notre Pays de Caux,
qu'il y ait assicgé , pris ou détruit une
Ville appellée Caletum , qu'il en ait bâtỉ
une autre au même lieu , sous le nom de
Julia bona
JUILLET. 17337 1475
Fuliabona , et que cette Ville soft le Bourg
de l'Isle- bonne. Non , je ne crois pas que
ce grand Capitaine , après cette Expedition
, ait traversé les neuf Rivieres du
même Pays , qu'il ait vû les bords de
l'Ocean de ce côté - là , et qu'il soit revenu
sur la Bresle ordonner la fondation
d'une autre Ville appellée Rodomum , quasiRomanorum
domus. Je ne crois point enfin
que Rutubus , faisant le redoutable dans
une Forteresse , située sur un Mont auprès
de la Seine , Jules - Cesar le soit venu
attaquer , qu'il ait pris la Place , et qu'il'
ait tout de suite bâti au même lieu la
Ville Capitale de notre Province
abandonnant son autre entreprise , de laquelle
a été formé le vieux Rouen , et
priori vico super Aucum usque in hunc diem
solum nomen reliquit.
,
Toutes ces circonstances que le bon
Moine de S. Evroult nous rapporte dans
le même Livre 12. sont détruites par des
preuves que j'espere donner un jour dans
quelque Dissertation , que je prépare ,
sur les premiers Habitans du Pays de
Caux , et sur l'origine de notre Ville de
Roüen; mais elles ne servent pas moins
à mes conjectures ; car dans les faits changez
, alterez ou déguisez , il y a toujours.
certains rayons de verité sur lesquels on
A vj peut
1476 MERCURE DE FRANCE
peut raisonnablement se fixer ; et dans
l'espece présente , il est aisé de sentir qu'en
general vetus Rotomagus , ou vetus Rodo
mus , est un lieu pour le moins aussi ancien
que
Roüen ,
Mais , me dira -t'on , quels sont les Auteurs
? Où est l'Eistorien Romain qui
aye jamais parlé de vetus Rotomagus ?` A
cela je réponds , 1 ° . que notre Oderic Vital
a pû prendre pour des Historiens Romains
quelques- uns de ceux qui sont nez
dans les Gaules , et même dans le Pays
Normand , sous la domination Romaine,
même sous celle des premiers Rois de
France . 2 ° . Qu'il se peut parfaitement
bien faire que les Manuscrits dont s'est servi
ce Moine de S. Evroult , soient perdus;
tout le Monde sçait que les tems d'ignoles
guerres particulieres des Seigneurs
de France , et les irruptions generales
des Anglois , ont extrêmement désolé
la République des Lettres . Mais puisque
nous sommes dans les conjectures , n'en sortons
point que nous n'ayons du moins
vû quelques Auteurs , qui vrai- semblablement
n'étoient pas familiers à Oderic-
Vital.
rance ,
La Carte Itineraire de l'Empire Romain
, dont on doit la découverte à un
sçavant Avocat d'Ausbourg , et que nous
appellons
JUILLET . 1733. 1477
appellons communément de son nom les
Tables de Peutinger ; cette Carte , disje
, met vers notre Province deux Villes
, l'une sous le nom de Rathomagus ,
l'autre , sous celui de Rithomagus ; ne seroit-
ce point que le Géographe qui a fait
cette Carte , et qui certainement vivoit
avant l'arrivée des François dans les Gaules
, auroit eu sous les yeux des Auteurs
qui lui auroient appris , que non loin de
FOcean et de l'Embouchure de la Seine,
il y avoit deux Villes du même nom à
peu de chose près ? Ce qu'il y a de constant
, c'est que cette Carte pose Rathomagus
vers le lieu où est notre Vetus
Rodomus. En voila beaucoup , ce me semble
, pour un homme qui n'écrit que sur
des conjectures ; il faut cependant donner
ici quelque chose de plus fort.
Ptolomée , dans le Chapitre huitiéme
de son second Livre nous parle de Ratomagus
, comme Ville Capitale des Vellocassiens
, qu'il place après les Peuples
de la Bretagne , du Maine , de la Basse
Normandie et du Rommois ; Post quos
usque ad Sequanam flumen Velii Casii quorum
Civitas Ratomagus : Et dans le Chapitre
9. du même Livre , il nous met
un autre Ratomagus , comme Capitale des
Ubanecti ou Subanecti , qu'il place après
les
1478 MERCURE DE FRANCE
les Peuples de la Flandre , de l'Artois et
de la Picardie ; Sub his Ubanecti quorum
civitas Ratomagus ab Oriente Sequane
fluvii ; ce qui ne peut bien convenir qu'à
notre Vetus Ratomagus.
Je ne m'attacherai point à prouver que
le Pays appellé de Wimen , et qui s'est
étendu , comme nous le voyons dans plusieurs
Chartres , jusques dans le milieu
du Vexin , a pû être autrefois celui des
Ubaneci , ce sera l'objet d'un autre Ouvrage.
Je passe à l'Analogie des Langues
Gauloise Teutonique et Françoise
pour appuyer ma conjecture.
و
*
Je vois dans Camden , dans Bochard
et dans les Glossaires de l'ancien Allemand
, que Mag Magem , ou Magus , signifie
véritablement en Gaulois , Famille,
Habitation ou demeure commune ; que
Rath , Roth ou Rith , a été dans la même
Langue , tantôt un Amas d'eaux , que
formoient les irruptions d'une Riviere
sans Digues ; tantôt un Gué , qui se faisoit
naturellement dans le lieu où la largeur
de la Riviere devenoit plus éten-
; ainsi Rathomagus ou Rithomagus , ne
désigneroit autre chose dans son origine
que l'habitation ou la demeure des Habitans
du Passage.
Quand les premiers Normands , je
veux
JUILLET. 1733. 1479
veux dire les Saxons , les Francs , les
Bourguignons et autres Peuples du Nord,
entrerent dans les Gaules , ils accomodoient
les noms des Lieux à leur maniere
de parler. De - là ce changement de la
Lettre T en D, qui entr'autres leur étoit
fort familier , de là cette abréviation de
Rithomagus ou Rathomagus , ou Rodomus
ou Radomus, noms que nos prémiers Ecri
vains donnent à notre Vetus Rotomagus.
Voyons ce qui a donné lieu à l'epithete
de Vetus.
Les Auteurs que je viens de citer as->
surent que Wede ou Veije , signifie en
ancien Allemand , ce que nous appellons
un Gué , un Passage ; cela posé ,
nous pouvons croire que nos Peres , après
leur entrée dans les Gaules , continuant
à passer par le Gué de Ratomagus ou Radomus
,
désignerent ce Lieu par Wedera
domus , nom que nos anciens Historiens
ont pû changer en Vetera domus , par la
ressemblance et l'indifference de position
du T. en D. et du D. en T. de sorte que
Wedera domus ou Vetera domus , ne voudroit
dire autre chose que le Gué ou le
Passage de Radomus:
Cette conjecture n'est pas forcée , car
on sçait que de Wede a été formé le mot
latin Vadum , que Vieux , dont il est parlé
dans
1480 MERCURE DE FRANCE ERCUR
dans les derniers Mercures , tient son
nom de la même origine , et que c'est
pour cela , comme le remarque M. Huet,
que Vieux est appellé dans les titres de
l'Abbaye de Fontenay , tantôt Vedioca ,
tantôt Veoca.
Je n'ai pas besoin de chercher de plus fortes
preuves , si on fait attention que les Palais
de nos premiers Rois avoient des Chapelles
desservies par des Religieux , ce qui
a donné commencement à differentes Abbayes
, dont les unes se sont conservées
entieres , les autres ont dégeneré en Prieurés
, les autres se sont éteintes ou incorporées
avec leurs voisines ; on pré¹ugera
qu'il ne seroit pas impossible que le Palais
appellé Vetera domus , eût eu une de
ces sortes de Chapelles , qui dans la suite
auroit formé l'Abbaye de S. Fuscien d'Amiens
; sur quoi , si mes Conjectures sont
rendues publiques dans le Mercure , je
prends la liberté d'inviter Mrs les
Religieux de cette Abbaye , de vouloir
bien donner là - dessus , par la même
voye , quelques Extraits de leurs Chartres
, qui concernent le Vieux Rožen , ne
doutant pas qu'ils n'en ayent , puisqu'ils
sont Seigneurs - Patrons de ce Lieu.
Je reviens à l'autorité de Ptolomée ;
je sçai les objections qu'on peut me faire
sur
JUILLET. 1733. 1481
sur l'endroit que j'ai cité du Géographe
Grec , mais il est aisé d'y répondre par
une observation bien simple ; sçavoir ,
que les Manuscrits de Ptolomée , exposez
depuis plus de quinze cens ans à l'erreur
des Copistes , à la barbarie des siecles ignorans
, au caprice des Auteurs du moyen
âge , ont souffert plusieurs changemens ,
èt nous avons vû de nos jours des Géographes
tout prêts à retrancher de Prolomée
les Ubanecti et leut Ville Capitale.
Je ne parlerai point ici des Chartres
de nos premiers Rois , de quelques Conciles
même qui finissent tantôt par ces
mots , Actum Rodomo , tantôt par Actum
Rothomago , de ces anciennes Histoires où
nous trouvons Rotumagus , Rodomus , Ritumagus
, Rotumus ; de ces Monnoyes où
l'on voit pour Légende , Ratuhagus , Ratumagus
, Rodomus , Rothemagus ; et fout
cela sans autre distinction particuliere s
sçavoir , si c'est la même Ville , ou si ce
sont deux, trois ou quatre lieux differens
, confondus dans un seul en differentes
expressions , cela nous meneroit
trop loin
On s'est donné la liberté dans les premiers
tems de changer , retrancher et
augmenter , selon l'idée ou les préjugez
de chaque siecle ; et comme on ne connoît
1482 MERCURE DE FRANCE
>
noissoit point alors de saine critique , une
ignorance crasse et un témeraire orgueil ,
avoient souvent le dessus , ensorte que
nous pouvons dire aujourd'hui que nous
sommes égarez dans notre propre Patrie.
Il faut des peines inconcevables pour
nous remettre dans le veritable chemin .
>
Je ne sçai si avec mes Observations
je mene bien le Lecteur vers le Vetera
domus de Charles le Chauve ; car l'Auteur
dont il est parlé dans la Lettre du
Mercure , met ce Lieu dans le Roumois
in Pago Rotomagensi , et le Vetus Rodomus,
dont je viens de parler , est dans le Pays
de Bray , faisant partie de celui que nos
vieilles Chartres et nos anciennes Histoires
nomment Pagus Vitnemau ou Vinemau.
Je puis cependant assurer que ces
Auteurs , la plupart Légendaires , sont
trop peu exacts pour nous arrêter ,
que j'ai vu plusieurs Titres , plusieurs anciennes
Histoires de Miracles qui mettent
, in Page Rotomagensi , des Lieux situez
à l'extremité du Pays de Caux. Il
suffit à ces Auteurs que ce qui interesse
le Saint ou la Sainte dont ils parlent , se
soit passé dans le Diocèse , pour désigner
le Lieu par le nom du Pays ou l'Eglise
Cathédrale se trouve située.
et
Enfin je ne dissimulerai point que quelques
JUILLET. 1733. 1483
ques Auteurs en nous donnant le Bourg
de Cailly , pour le Caletum , dont parle
Oderic Vital , ont prétendu que sur un
Côteau de ce Bourg même , étoit autrefois
situé un vieux Château , où l'on a
trouvé des Antiquitez de toute espece.
Si avec cela quelques Titres nous désignoient
ce Château sous le nom de Vetera
domus , ma premiere Conjecture se
roit d'autant plus vaine que Cailly a appartenu
autrefois aux Rois de France ;
je me souviens d'avoir vû un Titre de
P'Abbaye de S. Oüen , dans lequel le droit
des Religieux de cette Abbaye, d'envoyer
au Four de Cailly , est exprimé en ces
termes , ad Furnum Domini Regis . de
Cailly. On voit d'ailleurs dans les Preuves
de l'Histoire de la même, Abbaye ,
un ancien Recueil des droits des Moines
sur Cailly , dans lequel on lit : Item
Furnum Domini Regis de Cailly. Item omnem
costumam Foresta ratione Castri et Fur
ni,quam Dominus Rexvel Dominus de Cail
ly , capere poterant , &c. Il y a encore à
observer que Cailly est près d'une Parois .
se appellée S. Germain ; le même Titre
que j'ai vû , porte , in pago Rotomagensi
et non loin de là est un autre Village appellé
le Vieux Manoir , qui est assez proche
d'une autre Paroisse nommée aussi
S. Germain .
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Résumé : CONJECTURES sur le Lieu où étoit situé le Palais Royal, appellé Vetera Domus. Par M. Clerot, Avocat au Parlement de Normandie.
L'avocat M. Clerot propose des conjectures sur l'emplacement du Palais Royal nommé Vetera Domus. Il suggère que ce palais pourrait se trouver dans le village de Vieux-Rouen, près d'Aumale, sur le bord de la rivière de Bresle. Ce village, connu sous divers noms comme Verus Rotomagus ou Vetus Rodomus, présente des caractéristiques favorables à une retraite royale. Clerot s'appuie sur des sources historiques, notamment Oderic Vital, qui mentionne Vieux-Rouen comme une place importante. Il discute également des variations linguistiques et des erreurs de transcription possibles entre Vetus Rodomus et Vetera Domus. Il cite des cartes et des textes anciens, comme les Tables de Peutinger et Ptolémée, qui mentionnent des villes proches de la Normandie sous des noms similaires. Par ailleurs, le texte explore l'histoire du bourg de Cailly et les hypothèses concernant un ancien château situé sur une colline de ce bourg. Certains auteurs ont suggéré que ce château, mentionné par Oderic Vital comme Caletum, aurait abrité diverses antiquités. Cependant, l'auteur du texte remet en question cette hypothèse en soulignant que Cailly appartenait autrefois aux rois de France. Il cite des documents de l'abbaye de Saint-Ouen, où il est mentionné que les religieux de cette abbaye avaient le droit d'utiliser le four du seigneur roi à Cailly. Les preuves de l'histoire de l'abbaye incluent également un ancien recueil des droits des moines sur Cailly, précisant les droits du roi ou du seigneur de Cailly concernant le château et le four. De plus, Cailly est situé près d'une paroisse appelée Saint-Germain, et non loin se trouve un autre village nommé le Vieux Manoir, proche d'une autre paroisse également nommée Saint-Germain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2499
p. 1488-1502
LETTRE aux Auteurs du Mercure de France, pour servir de Réponse à la Réplique de M. P** d'Orléans, imprimée dans le Mercure de Février dernier et pour appuyer l'autorité de l'Historien Lampride, au sujet d'Alexandre Severe.
Début :
Je ne cherche point, MM. à renouveller la dispute litteraire qui paroît [...]
Mots clefs :
Sévère Alexandre, Lampride, Historien, Historiens, Empereur, Tillemont, Sénat, Soldats, Caracalla, Manuscrits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE aux Auteurs du Mercure de France, pour servir de Réponse à la Réplique de M. P** d'Orléans, imprimée dans le Mercure de Février dernier et pour appuyer l'autorité de l'Historien Lampride, au sujet d'Alexandre Severe.
LETTRE aux Auteurs du Mercure
de France , pour servir de Réponse à la
Réplique de M. P ** d'Orleans , imprimée
dans le Mercure de Février dernier -
et pour appuyer l'autorité de l'Historien
Lampride , au sujet d'Alexandre Severe.
J
20383*
21
E ne cherche point , MM. à renouveller
la dispute litteraire qui paroît
avoir été autrefois entre M. de Tillemont
et le P. Pagi , au sujet de l'Epoque des
guerres de l'Empereur Alexandre- Severe.
Qui auroit- il d'interessant pour le Public
de voir repeter par M. P. d'Orleans - les
raisonnemens du P. Pagi ĝeett par moi ceux
de
JUILLET. 1733. 1489
de M. de Tillemont ? Ce seroit abuser
de sa patience , que de toujours écrire et
ne, rien donner de nouveau . Au moins si
l'on n'est pas en état de produire dans une
cause obscure des argumens métaphysiques,
il n'y a point de mal d'avancer modestement
ses conjectures. Je me suis servi
de cette voye permise en fait d'Histoire
profane , pour essayer de fixer , autant
qu'il est possible , ce que je crois
devoir manquer de quelques degrez de
certitude physique , jusqu'à ce que les
Médailles soient venues au secours des
Historiens. Mais mon Adversaire trouve
des impossibilitez dans tout ce que je
propose. Les Saumaises, les Tillemonts et
les anciens Historiens sont bons pour lui,
et ils ne valent rien pour moi.
Selon M. P. Lampride est plein de fautes
, et Hérodien n'en a aucune , c'est
un Ecrivain presque infaillible . Quelqu'un
cependant pourroit dire le contraire
après M. de Tillemont , avec
grand fondement , et prouver que
c'est plutôt Hérodien qui avance plusieurs
faits insoutenables. Mais il suffit
de renvoyer là-dessus aux excellentes Notes
qu'il a faites sur la Vie d'Alexandre.
Les meilleurs Historiens sont sujets à
commettre quelques fautes ; ce n'est pas
"
B unc
1490 MERCURE DE FRANCE
une raison suffisante pour rejetter ce qu'ils
ont écrit. Quoique Dion Cassius soit un
des plus éxacts , Dodwel fait voir quan
tité d'erreurs dans lesquelles il est tombé
à l'égard du seul Trajan. Perizonius a
fait un Livre exprès intitulé : Animadversiones
Historica , où il montre la même
chose à l'égard des Historiens les plus
estimez , comme Polybe , Tite - Live, &c.
Doit- on dire qu'à cause de cela le témoignage
de ces Auteurs doit être rejetté ,
s'il n'est soutenu par d'autres ? Le même
Critique a prouvé dans ce même Ouvrage
une infinité d'anachronismes et d'autres
erreurs monstrueuses dans Valere-
Maxime. N'osera - t'on donc plus citer cet
Historien ? j'en laisse le jugement au Public.
M. P. a mauvaise grace de m'accuser
d'avoir tronqué sa proposition . J'ai bien
remarqué quelle est la conclusion du
raisonnement qu'il a employé dans le
Mercure du mois d'Avril dernier , page
679. immédiatement après s'y être servi
de l'autorité de Casaubon , de Saumaise
et de M. de Tillemont ; je n'ai point confondu
cette conclusion avec la proposition
qui finit l'article précédent de sa
Lettre ; et c'est parce qu'elle m'a paru
extraordinaire que je l'ai mise telle qu'elle
est
JUILLET . 1733. 1491
est; la voici encore une fois : A moins
que les faits qu'on trouve dans cette compilation
( de l'Histoire Auguste ) ne se rencontrent
ailleurs , on est toujours bien reçû
à ne les point recevoir comme véritables . (a)
Sans sarrêter davantage à montrer le
faux de cette proposition , le moindre de
ses deffauts seroit en ce qu'elle peche contre
une Regle de Logique qui dit : Conclusio
non debet esse latior præmissis. Il
faut voir l'Ecrit même.
Mais pour revenir à Lampride , qui est
l'Auteur pour lequel
pour lequel il témoigne le plus
d'aversion , et pour le laver des reproches
qu'il lui fait , il me paroît que si
M. P. ne peut presque rien souffrir
dans cet Historien , c'est qu'il ne veut
pas se donner la peine de l'entendre .
Si une proposition de cet Ecrivain peut
avoir deux sens , M. P. prend toujours
celui qui lui paroît condamné par les
Ecrits des autres Historiens , ou par d'au
tres Monumens , afin de le décrier de
plus en plus.
A commencer par le premier endroit
qu'il articule , c'est une injustice que de
reprocher à Lampride d'avoir ignoré jusqu'au
nom de la mere d'Alexandre. C'est
(a) Merc. d'Avril 1732. p. 679. lignes 24 .
25. 26, et p. 680. lignes 1. ct 2 .
Bij plutôt
1492 MERCURE DE FRANCE
plutôt le Censeur de cet Historien qui
est répréhensible , en ce qu'il n'a pas entendu
son Texte . Mon Edition le porte
ainsi : Alexander igitur cui Mammea mater
fuit , nam et ita dicitur à plerisque ,
à prima pueritia artibus bonis indutus tam
civilibus quàm militaribus , & c. Ces mots
nam et ita dicitur à plerisque , ne se rapportent
point à Mammée , mais à son
fils , que les Grecs appelloient ordinairement
Alexandrum Mammea , et sur l'usage
du sur - nom , suivant la judicieuse
remarque de Casaubon en cet endroits
c'est comme si Lampride eût dit , Alexander
igitur Mammea filius , nam et ita
cognominatur à plerisque. Il ne faut donc
point traduire cet endroit de Lampride
de cette sorte. Alexandre donc qui avoit
pour mere Mammée , car plusieurs croyent
qu'elle a été sa mere ; mais il faut rendre
ainsi son Texte dans notre Langue : Alexandre
donc fils de Mammée , car c'est ainsi
qu'il est surnommé par plusieurs. Mais
quand le Texte de Lampride ne seroit pas
aussi clair qu'il l'est , M. P. devoit faire
attention à tant d'autres Endroits , où cet
Auteur suppose comme une chose certaine
et connue de tout le Peuple , que
la mere d'Alexandre s'appelloit Mammée.
Puellas et pueros , quemadmodum Antonius
1
Faus
JUILLET. 17337 1493
Faustinianas instituerat , Mammeanas et
Mammeanos instituit . Et plus loin ; In
matrem Mammeam unicè pius fuit : ita ut
Roma in Palatio faceret dietas nominis
Mammea quas imperitum vulgus hodie ad
Mammam vocat ; et in Baiano Palatium
cum stagno quod Mammea nomine hodieque
censetur.
Quelque grand que soit le nombre
d'exemples d'Empereurs Romains qui
ont cassé des Legions , on ne peut pas
dire qu'aucun de ceux- là en eût cassé
plus d'une sous son regne , ou au moins
si souvent qu'Alexandre ; il falloit cependant
en produire d'anterieurs à cet Êmpereur
, qui en eussent cassé souvent ,
pour pouvoir mettre Lampride dans son
tort. C'est ce que ne fait pas M. P. Si
Lampride dit qu'Alexandre fut le seul
jusqu'alors qu'on eût vû casser plusieurs
Légions pour les punir de leurs séditions,
il soutient ailleurs le même langage et
en donne l'explication : Severitatis autem
tanta fuit in milites ut SÆPE Legiones integras
exauctoraverit . Et c'est par cet endroit
que Casaubon explique l'autre. Il
est vrai que Lampride n'entre point dans
le détail de chacune des Légions qui su
bit cette punition , se contentant de parler
de celle qu'il cassa à Antioche ; mais
B iij un
1494 MERCURE DE FRANCE
un Historien n'est pas tenu de tout dire,
et il n'est pas obligé de prévoir qu'après
quatorze siecles il se trouvera quelqu'un
qui essayera de le faire passer pour ce
qu'il n'est pas.
Il n'y a rien d'incompatible dans ce
que Tibere a eu envie de faire au sujet
de Jesus Christ , selon Tertullien , et ce
que Lampride dit qu'Hadrien pensa faire
selon quelques - uns . Ce sont deux desseins
aussi differents que les deux Princes .
L'un n'exclud pas l'autre ; et loin de révoquer
en doute ce que dit Lampride ,
on doit lui avoir obligation de ce qu'il
nous apprend l'origine qu'on attribuoit
de son temps à ces Temples vuides d'idoles
et de Statues , qu'on appelloit les
Temples d'Hadrien , dans les lieux où il
y en avoit , et tel qu'est peut - être celui
qui reste à Nîmes , qu'on dit bâti par
cet Empereurs si Tertullien n'a parlé que
de Tibere , c'est qu'il a pû ignorer le fait
rapporté par notre Historien , qui d'ailleurs
n'en parle que comme d'un bruit
qui couroit et qu'il ne garantit pas : Quod
et Hadrianus cogitasse fertur.
A l'égard du discours où M. P. trouve
mauvais qu'Alexandre dise que le nom
d'Antonin avoit été affecté par Bassien
c'est une piece que Lampride déclare qu'il
JUILLET. 1733. 1495
•
8
a tirée des Registres de la Ville de Rome
au VI. de Mars , telle qu'elle avoit été
prononcée par Alexandre avec les acclamations
du Sénat . Comment peut- il s'inscrire
en faux contre une piece si authentique?
J'aime mieux croire qu'Alexandre
jugea à propos de parler ainsi en présence
du Sénat , que de penser que ces
Actes publics eussent été falsifièz , et
qu'au bout de cent ans Lampride ait été
trompé par de faux Registres. C'est mon
sentiment , qui ne doit gêner en rien celui
de M. P. Au reste , quand il seroit
vrai qu'Alexandre auroit voulu prendre
la qualité de fils de Caracalle dans la suite
de son regne , à cause de l'affection des
Soldats pour le nom des Antonins , il ne
suit pas de- là qu'il ait dû avoir la même
pensée dans les premiers temps de
son élevation à l'Empire , et lorsqu'il fit
ses remerciemens au Sénat . Autrement ,
il n'auroit pas refusé alors le nom d'Antonin
, d'autant plus qu'il étoit en effet reconnu
pour parent de Caracalle. N'ayant
donc eu dans les commencemens aucun
dessein de prendre le nom d'Antonin
il n'est pas surprenant qu'il ait en quelque
maniere blâmé ce dernier d'avoir pris
ce nom , quoiqu'on ne puisse disconvenir
qu'il ne l'ait fait avec grand ména-
B iiij gement
>
1496 MERCURE DE FRANCE
gement , s'étant contenté de dire que Caracalle
avoit affecté ce nom ; affectatum
in Bassiano ; expression des plus moderées
, quoiqu'en veuille dire M. P. D'ailleurs
il n'y a pas d'apparence qu'en cette
occasion , avec sa modestie ordinaire , et
dans un âge aussi tendre , il eût eu l'effronterie
de vouloir faire croire au Sénat
qu'il
étoit vraiment fils de Caracalle .
Que M. P. trouve donc tant qu'il voudra
dans Alexandre une opposition de
conduite ; elle ne paroîtra qu'à lui seul ,
qui n'est pas disposé à recevoir la justification
de Lampride avec bienveillance ,
aimant mieux croire que les Fastes publics
d'une Ville telle que Rome , l'ont induit
en erreur , que de convenir qu'Alexandre
ait pû parler comme il a fait.
Il reste à lui répondre sur ce qu'il trouve
de si plaisant dans notre Historien .
Rien en effet ne seroit plus plaisant que
d'avoir mis les Jurisconsultes Pomponius
, Alphenus , &c. parmi les Conseillers
d'Alexandre ; puisqu'on convient
que ces hommes n'existoient point alors .
Mais le plaisant est que M. P. cite l'Historien
selon les Editions publiées sans
aucun examen critique des manuscrits
et sans faire semblant qu'il connoisse les
Notes queCasaubon et Saumaise ont données
JUILLET. 1733. 1497
nées sur cet endroit. Car s'il avoit voulu
y
faire attention , il auroit reconnu que
les noms de ces Jurisconsultes ne se trouvent
point dans les anciens manuscrits de
cette Histoire , de laquelle ils doivent être
entierement rejettez . C'est une circonstance
qui a été ignorée par Cujas , lequel
étoit anterieur aux Commentaires de
Casaubon et de Saumaise : et ce Jurisconsulte
est plus excusable avec sa mauvaise
Critique, que ne l'est le Censeur de Lampride.
Je vous ai déja averti, MM . que je regar
dois comme inutile d'étaler les raisons qu'à
eues M..de Tillemont , de ne se pas trouver
d'accord avec le P. Pagi , sur l'année
de la guerre de Perse . Je persiste à la placer
avec lui quatre ou cinq ans plus tard
que le P. Pagi. De deux Sçavans qui ont
discuté un point historique , chacun est
libre de suivre la Chronologie qui lui
plait. Ce qu'il est bon de remarquer ici
c'estque ce fut sous l'Empire d'Alexandre
que l'on commença à se servir du nom.
de Perse , pour signifier le Pays que les
Parthes occupoient auparavant. Ainsi lorsque
cet Empereur étant à Antioche quelques
années après dit dans sa Harangue
aux Soldats , qu'on leur a appris à
élever leur voix contre les Perses , il n'a
By pû
1500 MERCURE DE FRANCE
nius à aller à cette expedition , mais encore
à l'accompagner dans ce voyage.
M. P. finit les Remarques critiques
qu'il avoit à faire contre moy en particulier
, par une énumération que je
ne lui demandois pas du nom d'Ovinius
, tirée des Inscriptions. J'aurois
souhaité qu'il l'eut puisée dans les Historiens
ou dans d'autres Ecrivains dont
les Ouvrages sont parvenus jusqu'à nous
par la voye des Manuscrits . C'est ce qu'il
n'a pas fait. Au lieu de cela, il entreprend
de prouver au Public que c'est une er
reur de dire Alexandre Severe , et il prétend
qu'on doit dire Severe Alexandre.
Quoique la chose ne soit pas d'une assez
grande importance pour être discutée ,
je ne puis pas me dispenser de dire que
c'est- là une mauvaise chicane qu'il fait
sur les surnoms de cet Empereur, et toujours
pour revenir contre Lampride, qu'il
ne veut pas se donner la peine d'entendre.
Lampride dit bien que les Soldats
l'appellerent Severe , à cause de la séverité
dont il étoit à leur égard , et il infere
que cette manierè d'entendre ce nom
leur étoit propre et speciale ; mais il a
été bien éloigné de croire en son particulier
que ç'ait été une épithete ; , il n'en
dit rien qui ne s'accorde avec lidée de
sa véritable origine.
P
JUILLET. 1733. 1501
Ce nom de Severe , fut celui qu'il prit
quand il fut parvenu à l'Empire , pour
marquer apparemment qu'il étoit lié de
parenté avec Septime- Severe. Alors par
respect pour ce Prince , il mit ce surnom
nouveau avant l'ancien , et cela fut
suivi dans tous les Monumens publics ..
Les Soldats qui ressentoient la séverité
de cet Empereur plus que personne , furent
frappez de ce nom , et s'en servoient
plus communément entre eux dans le
sens adjectif qu'il peut avoir. Mais tout
le monde , et les Historiens mêmes , continuerent
de l'appeller Alexandre simplement
, ou d'y ajouter le nom de Severe ,
pour le distinguer d'Alexandre Emilien
et d'un autre Alexandre , Tyran d'Afrique.
C'est cet usage qui a passé jusqu'à
nous. Il est fondé sur ce que le nom
d'Alexandre a été sûrement le premier
surnom de cet Empereur , selon l'ordre
des. temps : Salutabatur autem nomine hoč
sive Alexander , dit Lampride ; et dans
les premieres Médailles de ce Prince
frappées sous Héliogabale , il est appellé
seulement M. Aurelius Alexander Casar.
Aussi ce nom d'Alexandre se trouve t'il
au moins douze fois dans les Acclamations
que fit le Sénat le jour que le jeune
Empereur y fit sa premiere Entrée , et
celui
1502 MERCURE DE FRANCE
celui de Severe ne s'y trouve pas une
seule fois , quoique le nom d'Aurelius
n'y manque point. Le nom de Severe
étant ainsi reconnu comme le plus rarement
usité du vivant d'Alexandre , il
n'est devenu que distinctif dans les
temps suivants. Or il est constant que
les noms qui sont les plus distinctifs ,
ne se mettent point les premiers dans
l'usage , mais à la suite du plus commun.
En avoüant donc que le nom de
Severus est dans ce cas , il doit ne se
trouver dans le langage ordinaire que
comme accessoire au nom plus commun.
Je suis , & c.
A Auxerre le 31 .
Mars
1733.
de France , pour servir de Réponse à la
Réplique de M. P ** d'Orleans , imprimée
dans le Mercure de Février dernier -
et pour appuyer l'autorité de l'Historien
Lampride , au sujet d'Alexandre Severe.
J
20383*
21
E ne cherche point , MM. à renouveller
la dispute litteraire qui paroît
avoir été autrefois entre M. de Tillemont
et le P. Pagi , au sujet de l'Epoque des
guerres de l'Empereur Alexandre- Severe.
Qui auroit- il d'interessant pour le Public
de voir repeter par M. P. d'Orleans - les
raisonnemens du P. Pagi ĝeett par moi ceux
de
JUILLET. 1733. 1489
de M. de Tillemont ? Ce seroit abuser
de sa patience , que de toujours écrire et
ne, rien donner de nouveau . Au moins si
l'on n'est pas en état de produire dans une
cause obscure des argumens métaphysiques,
il n'y a point de mal d'avancer modestement
ses conjectures. Je me suis servi
de cette voye permise en fait d'Histoire
profane , pour essayer de fixer , autant
qu'il est possible , ce que je crois
devoir manquer de quelques degrez de
certitude physique , jusqu'à ce que les
Médailles soient venues au secours des
Historiens. Mais mon Adversaire trouve
des impossibilitez dans tout ce que je
propose. Les Saumaises, les Tillemonts et
les anciens Historiens sont bons pour lui,
et ils ne valent rien pour moi.
Selon M. P. Lampride est plein de fautes
, et Hérodien n'en a aucune , c'est
un Ecrivain presque infaillible . Quelqu'un
cependant pourroit dire le contraire
après M. de Tillemont , avec
grand fondement , et prouver que
c'est plutôt Hérodien qui avance plusieurs
faits insoutenables. Mais il suffit
de renvoyer là-dessus aux excellentes Notes
qu'il a faites sur la Vie d'Alexandre.
Les meilleurs Historiens sont sujets à
commettre quelques fautes ; ce n'est pas
"
B unc
1490 MERCURE DE FRANCE
une raison suffisante pour rejetter ce qu'ils
ont écrit. Quoique Dion Cassius soit un
des plus éxacts , Dodwel fait voir quan
tité d'erreurs dans lesquelles il est tombé
à l'égard du seul Trajan. Perizonius a
fait un Livre exprès intitulé : Animadversiones
Historica , où il montre la même
chose à l'égard des Historiens les plus
estimez , comme Polybe , Tite - Live, &c.
Doit- on dire qu'à cause de cela le témoignage
de ces Auteurs doit être rejetté ,
s'il n'est soutenu par d'autres ? Le même
Critique a prouvé dans ce même Ouvrage
une infinité d'anachronismes et d'autres
erreurs monstrueuses dans Valere-
Maxime. N'osera - t'on donc plus citer cet
Historien ? j'en laisse le jugement au Public.
M. P. a mauvaise grace de m'accuser
d'avoir tronqué sa proposition . J'ai bien
remarqué quelle est la conclusion du
raisonnement qu'il a employé dans le
Mercure du mois d'Avril dernier , page
679. immédiatement après s'y être servi
de l'autorité de Casaubon , de Saumaise
et de M. de Tillemont ; je n'ai point confondu
cette conclusion avec la proposition
qui finit l'article précédent de sa
Lettre ; et c'est parce qu'elle m'a paru
extraordinaire que je l'ai mise telle qu'elle
est
JUILLET . 1733. 1491
est; la voici encore une fois : A moins
que les faits qu'on trouve dans cette compilation
( de l'Histoire Auguste ) ne se rencontrent
ailleurs , on est toujours bien reçû
à ne les point recevoir comme véritables . (a)
Sans sarrêter davantage à montrer le
faux de cette proposition , le moindre de
ses deffauts seroit en ce qu'elle peche contre
une Regle de Logique qui dit : Conclusio
non debet esse latior præmissis. Il
faut voir l'Ecrit même.
Mais pour revenir à Lampride , qui est
l'Auteur pour lequel
pour lequel il témoigne le plus
d'aversion , et pour le laver des reproches
qu'il lui fait , il me paroît que si
M. P. ne peut presque rien souffrir
dans cet Historien , c'est qu'il ne veut
pas se donner la peine de l'entendre .
Si une proposition de cet Ecrivain peut
avoir deux sens , M. P. prend toujours
celui qui lui paroît condamné par les
Ecrits des autres Historiens , ou par d'au
tres Monumens , afin de le décrier de
plus en plus.
A commencer par le premier endroit
qu'il articule , c'est une injustice que de
reprocher à Lampride d'avoir ignoré jusqu'au
nom de la mere d'Alexandre. C'est
(a) Merc. d'Avril 1732. p. 679. lignes 24 .
25. 26, et p. 680. lignes 1. ct 2 .
Bij plutôt
1492 MERCURE DE FRANCE
plutôt le Censeur de cet Historien qui
est répréhensible , en ce qu'il n'a pas entendu
son Texte . Mon Edition le porte
ainsi : Alexander igitur cui Mammea mater
fuit , nam et ita dicitur à plerisque ,
à prima pueritia artibus bonis indutus tam
civilibus quàm militaribus , & c. Ces mots
nam et ita dicitur à plerisque , ne se rapportent
point à Mammée , mais à son
fils , que les Grecs appelloient ordinairement
Alexandrum Mammea , et sur l'usage
du sur - nom , suivant la judicieuse
remarque de Casaubon en cet endroits
c'est comme si Lampride eût dit , Alexander
igitur Mammea filius , nam et ita
cognominatur à plerisque. Il ne faut donc
point traduire cet endroit de Lampride
de cette sorte. Alexandre donc qui avoit
pour mere Mammée , car plusieurs croyent
qu'elle a été sa mere ; mais il faut rendre
ainsi son Texte dans notre Langue : Alexandre
donc fils de Mammée , car c'est ainsi
qu'il est surnommé par plusieurs. Mais
quand le Texte de Lampride ne seroit pas
aussi clair qu'il l'est , M. P. devoit faire
attention à tant d'autres Endroits , où cet
Auteur suppose comme une chose certaine
et connue de tout le Peuple , que
la mere d'Alexandre s'appelloit Mammée.
Puellas et pueros , quemadmodum Antonius
1
Faus
JUILLET. 17337 1493
Faustinianas instituerat , Mammeanas et
Mammeanos instituit . Et plus loin ; In
matrem Mammeam unicè pius fuit : ita ut
Roma in Palatio faceret dietas nominis
Mammea quas imperitum vulgus hodie ad
Mammam vocat ; et in Baiano Palatium
cum stagno quod Mammea nomine hodieque
censetur.
Quelque grand que soit le nombre
d'exemples d'Empereurs Romains qui
ont cassé des Legions , on ne peut pas
dire qu'aucun de ceux- là en eût cassé
plus d'une sous son regne , ou au moins
si souvent qu'Alexandre ; il falloit cependant
en produire d'anterieurs à cet Êmpereur
, qui en eussent cassé souvent ,
pour pouvoir mettre Lampride dans son
tort. C'est ce que ne fait pas M. P. Si
Lampride dit qu'Alexandre fut le seul
jusqu'alors qu'on eût vû casser plusieurs
Légions pour les punir de leurs séditions,
il soutient ailleurs le même langage et
en donne l'explication : Severitatis autem
tanta fuit in milites ut SÆPE Legiones integras
exauctoraverit . Et c'est par cet endroit
que Casaubon explique l'autre. Il
est vrai que Lampride n'entre point dans
le détail de chacune des Légions qui su
bit cette punition , se contentant de parler
de celle qu'il cassa à Antioche ; mais
B iij un
1494 MERCURE DE FRANCE
un Historien n'est pas tenu de tout dire,
et il n'est pas obligé de prévoir qu'après
quatorze siecles il se trouvera quelqu'un
qui essayera de le faire passer pour ce
qu'il n'est pas.
Il n'y a rien d'incompatible dans ce
que Tibere a eu envie de faire au sujet
de Jesus Christ , selon Tertullien , et ce
que Lampride dit qu'Hadrien pensa faire
selon quelques - uns . Ce sont deux desseins
aussi differents que les deux Princes .
L'un n'exclud pas l'autre ; et loin de révoquer
en doute ce que dit Lampride ,
on doit lui avoir obligation de ce qu'il
nous apprend l'origine qu'on attribuoit
de son temps à ces Temples vuides d'idoles
et de Statues , qu'on appelloit les
Temples d'Hadrien , dans les lieux où il
y en avoit , et tel qu'est peut - être celui
qui reste à Nîmes , qu'on dit bâti par
cet Empereurs si Tertullien n'a parlé que
de Tibere , c'est qu'il a pû ignorer le fait
rapporté par notre Historien , qui d'ailleurs
n'en parle que comme d'un bruit
qui couroit et qu'il ne garantit pas : Quod
et Hadrianus cogitasse fertur.
A l'égard du discours où M. P. trouve
mauvais qu'Alexandre dise que le nom
d'Antonin avoit été affecté par Bassien
c'est une piece que Lampride déclare qu'il
JUILLET. 1733. 1495
•
8
a tirée des Registres de la Ville de Rome
au VI. de Mars , telle qu'elle avoit été
prononcée par Alexandre avec les acclamations
du Sénat . Comment peut- il s'inscrire
en faux contre une piece si authentique?
J'aime mieux croire qu'Alexandre
jugea à propos de parler ainsi en présence
du Sénat , que de penser que ces
Actes publics eussent été falsifièz , et
qu'au bout de cent ans Lampride ait été
trompé par de faux Registres. C'est mon
sentiment , qui ne doit gêner en rien celui
de M. P. Au reste , quand il seroit
vrai qu'Alexandre auroit voulu prendre
la qualité de fils de Caracalle dans la suite
de son regne , à cause de l'affection des
Soldats pour le nom des Antonins , il ne
suit pas de- là qu'il ait dû avoir la même
pensée dans les premiers temps de
son élevation à l'Empire , et lorsqu'il fit
ses remerciemens au Sénat . Autrement ,
il n'auroit pas refusé alors le nom d'Antonin
, d'autant plus qu'il étoit en effet reconnu
pour parent de Caracalle. N'ayant
donc eu dans les commencemens aucun
dessein de prendre le nom d'Antonin
il n'est pas surprenant qu'il ait en quelque
maniere blâmé ce dernier d'avoir pris
ce nom , quoiqu'on ne puisse disconvenir
qu'il ne l'ait fait avec grand ména-
B iiij gement
>
1496 MERCURE DE FRANCE
gement , s'étant contenté de dire que Caracalle
avoit affecté ce nom ; affectatum
in Bassiano ; expression des plus moderées
, quoiqu'en veuille dire M. P. D'ailleurs
il n'y a pas d'apparence qu'en cette
occasion , avec sa modestie ordinaire , et
dans un âge aussi tendre , il eût eu l'effronterie
de vouloir faire croire au Sénat
qu'il
étoit vraiment fils de Caracalle .
Que M. P. trouve donc tant qu'il voudra
dans Alexandre une opposition de
conduite ; elle ne paroîtra qu'à lui seul ,
qui n'est pas disposé à recevoir la justification
de Lampride avec bienveillance ,
aimant mieux croire que les Fastes publics
d'une Ville telle que Rome , l'ont induit
en erreur , que de convenir qu'Alexandre
ait pû parler comme il a fait.
Il reste à lui répondre sur ce qu'il trouve
de si plaisant dans notre Historien .
Rien en effet ne seroit plus plaisant que
d'avoir mis les Jurisconsultes Pomponius
, Alphenus , &c. parmi les Conseillers
d'Alexandre ; puisqu'on convient
que ces hommes n'existoient point alors .
Mais le plaisant est que M. P. cite l'Historien
selon les Editions publiées sans
aucun examen critique des manuscrits
et sans faire semblant qu'il connoisse les
Notes queCasaubon et Saumaise ont données
JUILLET. 1733. 1497
nées sur cet endroit. Car s'il avoit voulu
y
faire attention , il auroit reconnu que
les noms de ces Jurisconsultes ne se trouvent
point dans les anciens manuscrits de
cette Histoire , de laquelle ils doivent être
entierement rejettez . C'est une circonstance
qui a été ignorée par Cujas , lequel
étoit anterieur aux Commentaires de
Casaubon et de Saumaise : et ce Jurisconsulte
est plus excusable avec sa mauvaise
Critique, que ne l'est le Censeur de Lampride.
Je vous ai déja averti, MM . que je regar
dois comme inutile d'étaler les raisons qu'à
eues M..de Tillemont , de ne se pas trouver
d'accord avec le P. Pagi , sur l'année
de la guerre de Perse . Je persiste à la placer
avec lui quatre ou cinq ans plus tard
que le P. Pagi. De deux Sçavans qui ont
discuté un point historique , chacun est
libre de suivre la Chronologie qui lui
plait. Ce qu'il est bon de remarquer ici
c'estque ce fut sous l'Empire d'Alexandre
que l'on commença à se servir du nom.
de Perse , pour signifier le Pays que les
Parthes occupoient auparavant. Ainsi lorsque
cet Empereur étant à Antioche quelques
années après dit dans sa Harangue
aux Soldats , qu'on leur a appris à
élever leur voix contre les Perses , il n'a
By pû
1500 MERCURE DE FRANCE
nius à aller à cette expedition , mais encore
à l'accompagner dans ce voyage.
M. P. finit les Remarques critiques
qu'il avoit à faire contre moy en particulier
, par une énumération que je
ne lui demandois pas du nom d'Ovinius
, tirée des Inscriptions. J'aurois
souhaité qu'il l'eut puisée dans les Historiens
ou dans d'autres Ecrivains dont
les Ouvrages sont parvenus jusqu'à nous
par la voye des Manuscrits . C'est ce qu'il
n'a pas fait. Au lieu de cela, il entreprend
de prouver au Public que c'est une er
reur de dire Alexandre Severe , et il prétend
qu'on doit dire Severe Alexandre.
Quoique la chose ne soit pas d'une assez
grande importance pour être discutée ,
je ne puis pas me dispenser de dire que
c'est- là une mauvaise chicane qu'il fait
sur les surnoms de cet Empereur, et toujours
pour revenir contre Lampride, qu'il
ne veut pas se donner la peine d'entendre.
Lampride dit bien que les Soldats
l'appellerent Severe , à cause de la séverité
dont il étoit à leur égard , et il infere
que cette manierè d'entendre ce nom
leur étoit propre et speciale ; mais il a
été bien éloigné de croire en son particulier
que ç'ait été une épithete ; , il n'en
dit rien qui ne s'accorde avec lidée de
sa véritable origine.
P
JUILLET. 1733. 1501
Ce nom de Severe , fut celui qu'il prit
quand il fut parvenu à l'Empire , pour
marquer apparemment qu'il étoit lié de
parenté avec Septime- Severe. Alors par
respect pour ce Prince , il mit ce surnom
nouveau avant l'ancien , et cela fut
suivi dans tous les Monumens publics ..
Les Soldats qui ressentoient la séverité
de cet Empereur plus que personne , furent
frappez de ce nom , et s'en servoient
plus communément entre eux dans le
sens adjectif qu'il peut avoir. Mais tout
le monde , et les Historiens mêmes , continuerent
de l'appeller Alexandre simplement
, ou d'y ajouter le nom de Severe ,
pour le distinguer d'Alexandre Emilien
et d'un autre Alexandre , Tyran d'Afrique.
C'est cet usage qui a passé jusqu'à
nous. Il est fondé sur ce que le nom
d'Alexandre a été sûrement le premier
surnom de cet Empereur , selon l'ordre
des. temps : Salutabatur autem nomine hoč
sive Alexander , dit Lampride ; et dans
les premieres Médailles de ce Prince
frappées sous Héliogabale , il est appellé
seulement M. Aurelius Alexander Casar.
Aussi ce nom d'Alexandre se trouve t'il
au moins douze fois dans les Acclamations
que fit le Sénat le jour que le jeune
Empereur y fit sa premiere Entrée , et
celui
1502 MERCURE DE FRANCE
celui de Severe ne s'y trouve pas une
seule fois , quoique le nom d'Aurelius
n'y manque point. Le nom de Severe
étant ainsi reconnu comme le plus rarement
usité du vivant d'Alexandre , il
n'est devenu que distinctif dans les
temps suivants. Or il est constant que
les noms qui sont les plus distinctifs ,
ne se mettent point les premiers dans
l'usage , mais à la suite du plus commun.
En avoüant donc que le nom de
Severus est dans ce cas , il doit ne se
trouver dans le langage ordinaire que
comme accessoire au nom plus commun.
Je suis , & c.
A Auxerre le 31 .
Mars
1733.
Fermer
Résumé : LETTRE aux Auteurs du Mercure de France, pour servir de Réponse à la Réplique de M. P** d'Orléans, imprimée dans le Mercure de Février dernier et pour appuyer l'autorité de l'Historien Lampride, au sujet d'Alexandre Severe.
L'auteur de la lettre répond à M. P d'Orléans, qui avait critiqué ses propos sur l'empereur Alexandre Sévère dans le Mercure de France. L'auteur refuse de relancer une dispute littéraire passée entre M. de Tillemont et le P. Pagi concernant l'époque des guerres d'Alexandre Sévère. Il reconnaît que ses conjectures sur l'histoire profane manquent de certitude physique, mais il les justifie en attendant des preuves plus solides, comme les médailles. L'auteur critique M. P d'Orléans pour sa partialité envers les historiens Saumaise, Tillemont et Hérodien, qu'il considère comme infaillibles, tout en rejetant Lampride, qu'il accuse de fautes. L'auteur rappelle que même les meilleurs historiens commettent des erreurs et que cela ne justifie pas de rejeter leurs témoignages. Il accuse M. P d'Orléans d'avoir tronqué sa proposition et de mal interpréter le texte de Lampride. Il défend Lampride en montrant que M. P d'Orléans prend systématiquement le sens le plus défavorable à cet historien. L'auteur cite plusieurs passages de Lampride pour prouver que cet historien ne commet pas les erreurs que lui reproche M. P d'Orléans. L'auteur conclut en affirmant que la dispute sur le nom d'Alexandre Sévère (Alexandre Sévère ou Sévère Alexandre) est sans importance et qu'elle relève d'une mauvaise chicane de la part de M. P d'Orléans. Il rappelle que Lampride explique l'origine du nom Sévère donné à l'empereur par les soldats. L'empereur romain Alexandre Sévère, lié par parenté à Septime Sévère, adopta le surnom 'Alexandre' par respect pour ce dernier. Ce nom fut utilisé dans tous les monuments publics. Les soldats, ressentant la sévérité de l'empereur, utilisaient ce nom de manière plus courante entre eux. Cependant, le monde entier, y compris les historiens, continuaient de l'appeler simplement 'Alexandre' ou d'ajouter 'Sévère' pour le distinguer d'autres personnages portant le même prénom. Cet usage persista jusqu'à nos jours. Le nom 'Alexandre' fut le premier surnom de cet empereur, comme le mentionne Lampride et les premières médailles frappées sous Héliogabale. Les acclamations du Sénat lors de la première entrée de l'empereur mentionnent 'Alexandre' au moins douze fois, mais jamais 'Sévère', bien que le nom 'Aurelius' soit présent. Le nom 'Sévère' étant le moins utilisé de son vivant, il devint distinctif par la suite. Les noms distinctifs s'ajoutent après le nom plus commun, confirmant que 'Severus' est accessoire au nom plus courant 'Alexander'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2500
p. 1505-1513
SECONDE LETTRE écrite de Châlons en Champagne, à M. *** au sujet des Peintres Flamands, &c.
Début :
Vos reproches sont justes, Monsieur, et il est de mon interêt de vous [...]
Mots clefs :
École flamande, Dessins, Tableaux, Collection, Génie, Imagination, Peinture, Dezallier d'Argenville, Peintres, Peintres flamands
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE écrite de Châlons en Champagne, à M. *** au sujet des Peintres Flamands, &c.
SECONDE LETTRE écrite de
Châlons en Champagne , à M. *** au 、
sujet des Peintres Flamands , &c .
V
Os reproches sont justes , Monsieur,
et il est de mon interêt de vous
répondre au sujet des Peintres de PEcole
Flamande dont j'ai parlé dans ma
Lettre inserée dans le Mercure du mois
de Mars dernier . Toutes mes inclinations,
dites - vous , semblent se renfermer dans
l'Ecole Flamande , et vous m'appliquez
ce Vers de Virgile :
Non omnes Arbusta juvant humilesque myrica
1506 MERCURE DE FRANCE
Je conviens avec vous , Monsieur , que
tous les Curieux ne sont pas du même
goût ; tous ne se contentent pas du naturel
, du simple , du naïf et du champêtre
; il leur faut du grand , du pathétique
, du sublime , de l'extraordinaire , et
la Nature toute seule ne fait presque jamais
uniquement l'objet de leur admiration
, que lorsqu'elle se présente dans ce
point de vue dans lequel les Grecs autrefois
et de nos jours les Italiens et les
François , ont eu l'art de la répresenter.
Le détail suivant suffira , je crois , pour
vous guérir de toute prévention pour
les Flamands ; et pour vous convaincre que
les Italiens et les François ont sçû trouver
dans mon estime la place qu'ils méritent.
Peut être même dois-je cette explication
au Public , aussi- bien quà vous,
pour être plus exact au sujet du Cabinet
de M. Dargenville , et justifier son goût ,
qu'on pourroit supposer , comme vous
avez fait du mien , de pancher trop pour
l'Ecole Flamande. C'est le Curieux de
tous les Pays, l'Amateur de tous les Arts ;
ses momens les plus chéris sont ceux que
des occupations plus sérieuses lui permettent
de donner au Dessein ,età la Peinture
; il sçait partager cet amour avec
tant de justesse entre les Ecoles qui ont
conJUILLET.
1733. 1507
contribué à faire fleurir les Arts , qu'on
ne peut point l'accuser de cette partialité
qui caractérise plutôt un homme préyenu
, qu'un vrai connoisseur. On ne
< voit en effet chez plusieurs Amateurs
que des Desseins et des Tableaux d'une
espece ; ils épousent , pour ainsi dire , une
Ecole et ils consacrent leur passion à ce
qu'elle a mis au jour , quelquefois au préjudice
de ce que toutes les autres ont produit.
Vous me dites si agréablement dans
votre Lettre , Monsieur , et ce sont vos
propres termes :» Vous vous êtes assez
promené dans les Paysages du Breughel,
» vous avez suffisamment pris part aux
»Scenes divertissantes de Teniers , de
» Brauver et de Van- Ostade , enfin vous
» avez assez rêvé dans les Antres sauvages
>> et au bord des Fontaines avec les Ber-
" gers de Bloemart et de Berghem ; il
faut que vous passiez des Grottes que
» la main de la Nature a creusées dans les
» Montagnes , dans les Temples dont la
» belle Architecture a décoré les céle-
»bres Villes de Rome , de Florence , de
»Venise , de Naples , de Genes et de Pa
> ris. Vous devez у considerer ce que la
>> Peinture et la Sculpture y ont fait de
plus beau , soit pour l'ornement des
>> voutes , soit pour la décoration des Au-
» tels
>>
1508 MERCURE DE FRANCE
» tels. Sortez des Cabanes et des Chau-
>> imines enfumées ; transportez - vous dans
» les Palais des Rois , dans les Hôtels des
» Grands , dans les Edifices publics , dans
» les Cabinets des Particuliers , et racontez-
>> nous ce que le Pinceau , le ciseau , la plume;
» le crayon et le burin ont produit , soit
» pour conserver la memoire des princi-
» paux évenemens de l'Antiquité sacrée
» et profane , pour donner un nouveau
» jour à l'Histoire , pour ajouter un nou-
» veau lustre à la vertu héroïque ; soit
» enfin pour faire les délices des yeux et
» pour relever les charmes de la Poësie.
»par les agrémens de la Peinture , & c.
Vous serez fatisfait , Monsieur , et
nous allons faire ensemble le voyage
d'Italie , en présentant à vos yeux ce que
la Collection de M Dargenville a de plus
favorable , pour faire voir que les grands
Maîtres d'Italie et de France dans leur
génie , leur goût , le tour d'imagination,
l'expression , la correction , et les grandes
ordonnances surpassent infiniment les
Flamands , qui n'ont de leur côté que la
couleur et le vrai en partage.
Trois cent desseins de l'Ecole Romaine
, depuis Raphaël jusqu'à Carlomarati
& ses Disciples , donnent l'idée la plus
juste de la correction et de la précifion
des
JUILLET. 1733. 1509
des contours dans ceux qui font arrêtez;
Cl ceux qui ne sont que l'effet du, premier
feu de l'imagination , secondée par une
main libre sure et legere , offrent ces
de traits hardis , ces touches fieres et spirituelles,
qui caracterisent l'impétuosité du
ezegenie ; et les uns et les autres contribuent
à faire sentir qu'elle a été la naissance
, le progrès et la perfection des plus
grands morceaux de Peinture .
On peut remarquer dans ces précieux
a restes des études des Peintres celebres , la
fécondité , la rapidité , l'exactitude , et là
netteté avec laquelle ils ont mis leurs idées
dau jour. La verité qu'ils ont donnée aux
airs de têtes , les contrastes qu'ils ont
cherchés dans les atitudes, les belles formes
equ'ils ont choisies , les graces qu'ils ont
étudiées , et les caprices ingénieux et les
bizareries élégantes dont ils se sont servis
pour reveiller l'attention du Spectateur ,
et pour jetter du vif et du piquant dans
leurs Tableaux .
Ici l'on aime la sagesse de la composition
de Raphaël ; là Jule Romain éton .
ae par les saillies de son imagination ,
l'un charme par la douce majesté de ses
figures , l'autre surprend par l'air impoant
qu'il donne aux siennes. Le premier
ffre dans ses Tableaux le sublime de
la
1510 MERCURE DE FRANCE
1
la Poësie ; le second en exprime le merveilleux,
la fureur et l'entousiasme . Leurs
Disciples se sont efforcez à l'envi de
les imiter , et dans les caracteres de douceur
ou de fierté qu'ils font sentir dans leurs
Desseins , on reconnoît lequel des deux en
particulier ils ont choisi pour modele.
Quel plaisir n'a - t'on pas d'éprouver en
quelque sorte l'impression du génie terrible
de Michel Ange , dans les Desseins de
sa main, que l'on voit à la tête de l'Ecole
Florentine ; la collection en monte à 200
pieces , dont les dernieres sont reconnues
pour être de Benedette Lutti , le plus habile
homme que cette Ecole ait produit
de nos jours vous sçavez , Monsieur ,
combien les Poëtes Toscans se sont rendus
recommandables par le beau feu de
leur imagination , l'agrément et la pureté
de leur stile. Les Peintres de cetre Nation
se sont distinguez par des qualitez
semblables ; j'en appelle à témoin les Ouvrages
du Rosso , d'André del Sarté , du
Pontorme , de Salviati , Procacini , Prietro,
de Cortone , Cyroferri , Tempeste , Stephano
della Bella , également celebres du côté des
riches inventions et des traits hardis et gracieux
sur lesquels ils ont sçû les produire.
L'Ecole Lombarde , depuis le Correge
jusqu'à Daniel Crespi , dit l'Espagnol ,
qui
JUILLET.. 1733. 1511.
*
qui est encore vivant , compose deux
gros volumes in folio , d'environ 390.
Desseins. Le nom du Correge ne vous présente-
t'il pas l'idée d'un homme qui doit
plus qu'un autre à la faveur particuliere
du genie ? et dont les Desseins portent le
caractere des graces dont personne n'a été
autant doué que lui ? excepté neanmoins le
Parmesan et le Baroche . Les Carache, le Guide
, le Dominiquain , le Lanfranc , le Guerchin
, ornent infiniment cette Ecole.
L'Ecole Venitienne , qui s'étend depuis
les Bellins jusqu'à Sebastien Ricci
encore vivant, offre environ 200. Desseins
dans un volume , où ceux de Paul Veronese
et duTintoret,brillent et par leur nombre et -
par leur choix . Vous sentez , M. combien
cet article est interessant , puisque
rien n'a été plus abondant que le génie ,
plus magnifique que l'ordonnance , et
plus fier que l'execution de ces Maîtres ,
dont les Tableaux surprenants font le
principal ornement des Eglises et des Palais
de Venise.
La cinquiéme Ecole est subdivisée en
trois autres , qui sont , l'Ecole Napolitaine
, la Genoise et celle de Luques . Cette
collection comprend environ 200. pieces,
entre lesquelles plusieurs grandes ordonnances
du Cangiage , se font remarquer
par
1512 MERCURE DE FRANCE
par la singularité de sa maniere. On y
voit aussi de beaux Morceaux de Salvator
Rosa , de Lucas fordans et de Solimene ;
Ensorte que l'Ecole d'Italie en general , en
y ajoûtant les Desseins de l'Ecole des Caraches
, est composée de 1500. Desseins.
L'Ecole Françoise , suivie depuis deux
cens ans sans interruption , est composée
de six volumes in folio , et comprend
près de 1000. Desseins choisis ; elle commence
à Freminet et à Jean Cousin , et
offrant des Ouvrages de Vouet , de Blanchan,
du Poussin , du Bourdon , de le Sueur,
de le Brun et autres , elle passe jusqu'aux
habiles Modernes actuellement vivans.
Les trois volumes de l'Ecole Flamande
dont je vous ai tant parlé précédemment ,
contiennent près de six cent Desseins , et
l'Ecole Allemande et Hollandoise , environ
400 ; de maniere qu'avec un vòlume
de Desseins d'après Nature , un autre
de Desseins à la plume , et un troisiéme
de Desseins d'Architecture ; la collection
de M. Dargenville , monte à 4000. Desseins
originaux et choisis , qu'il a apportés
de ses voyages et qu'il fait venir tous
les jours des Pays Etrangers.
4
Je ne vous dis rien de ses Tableaux
de ses Livres , de 100. volumes d'Estam-
>
pes choisies des meilleurs Maîtres , d'une
TopoJUILLET.
1733. 1513
Topographie très - ample,d'une collection
de Pierres , de Coquilles rares , de Mineraux
et d'autres Morceaux concernant
l'Histoire Naturelle .
•
Si je n'avois pas tant de preuves de
votre attachement à cette partie de l'Histoire
de l'Esprit humain , qui sert en particulier
à prouver l'ascendant du génie
la force de l'imagination , et les differens
caracteres que lui imprime la varieté des
climats , des préjugez des moeurs , et de
tout ce que M. l'Abbé du Bos entend
par Causes Phisiques et Causes Morales
je vous prierois de me pardonner un si
long détail. Mais je suis persuadé que
tout dépourvû qu'il est des graces du
stile , il vous fera quelque plaisir. Je
suis , & c.
Châlons en Champagne , à M. *** au 、
sujet des Peintres Flamands , &c .
V
Os reproches sont justes , Monsieur,
et il est de mon interêt de vous
répondre au sujet des Peintres de PEcole
Flamande dont j'ai parlé dans ma
Lettre inserée dans le Mercure du mois
de Mars dernier . Toutes mes inclinations,
dites - vous , semblent se renfermer dans
l'Ecole Flamande , et vous m'appliquez
ce Vers de Virgile :
Non omnes Arbusta juvant humilesque myrica
1506 MERCURE DE FRANCE
Je conviens avec vous , Monsieur , que
tous les Curieux ne sont pas du même
goût ; tous ne se contentent pas du naturel
, du simple , du naïf et du champêtre
; il leur faut du grand , du pathétique
, du sublime , de l'extraordinaire , et
la Nature toute seule ne fait presque jamais
uniquement l'objet de leur admiration
, que lorsqu'elle se présente dans ce
point de vue dans lequel les Grecs autrefois
et de nos jours les Italiens et les
François , ont eu l'art de la répresenter.
Le détail suivant suffira , je crois , pour
vous guérir de toute prévention pour
les Flamands ; et pour vous convaincre que
les Italiens et les François ont sçû trouver
dans mon estime la place qu'ils méritent.
Peut être même dois-je cette explication
au Public , aussi- bien quà vous,
pour être plus exact au sujet du Cabinet
de M. Dargenville , et justifier son goût ,
qu'on pourroit supposer , comme vous
avez fait du mien , de pancher trop pour
l'Ecole Flamande. C'est le Curieux de
tous les Pays, l'Amateur de tous les Arts ;
ses momens les plus chéris sont ceux que
des occupations plus sérieuses lui permettent
de donner au Dessein ,età la Peinture
; il sçait partager cet amour avec
tant de justesse entre les Ecoles qui ont
conJUILLET.
1733. 1507
contribué à faire fleurir les Arts , qu'on
ne peut point l'accuser de cette partialité
qui caractérise plutôt un homme préyenu
, qu'un vrai connoisseur. On ne
< voit en effet chez plusieurs Amateurs
que des Desseins et des Tableaux d'une
espece ; ils épousent , pour ainsi dire , une
Ecole et ils consacrent leur passion à ce
qu'elle a mis au jour , quelquefois au préjudice
de ce que toutes les autres ont produit.
Vous me dites si agréablement dans
votre Lettre , Monsieur , et ce sont vos
propres termes :» Vous vous êtes assez
promené dans les Paysages du Breughel,
» vous avez suffisamment pris part aux
»Scenes divertissantes de Teniers , de
» Brauver et de Van- Ostade , enfin vous
» avez assez rêvé dans les Antres sauvages
>> et au bord des Fontaines avec les Ber-
" gers de Bloemart et de Berghem ; il
faut que vous passiez des Grottes que
» la main de la Nature a creusées dans les
» Montagnes , dans les Temples dont la
» belle Architecture a décoré les céle-
»bres Villes de Rome , de Florence , de
»Venise , de Naples , de Genes et de Pa
> ris. Vous devez у considerer ce que la
>> Peinture et la Sculpture y ont fait de
plus beau , soit pour l'ornement des
>> voutes , soit pour la décoration des Au-
» tels
>>
1508 MERCURE DE FRANCE
» tels. Sortez des Cabanes et des Chau-
>> imines enfumées ; transportez - vous dans
» les Palais des Rois , dans les Hôtels des
» Grands , dans les Edifices publics , dans
» les Cabinets des Particuliers , et racontez-
>> nous ce que le Pinceau , le ciseau , la plume;
» le crayon et le burin ont produit , soit
» pour conserver la memoire des princi-
» paux évenemens de l'Antiquité sacrée
» et profane , pour donner un nouveau
» jour à l'Histoire , pour ajouter un nou-
» veau lustre à la vertu héroïque ; soit
» enfin pour faire les délices des yeux et
» pour relever les charmes de la Poësie.
»par les agrémens de la Peinture , & c.
Vous serez fatisfait , Monsieur , et
nous allons faire ensemble le voyage
d'Italie , en présentant à vos yeux ce que
la Collection de M Dargenville a de plus
favorable , pour faire voir que les grands
Maîtres d'Italie et de France dans leur
génie , leur goût , le tour d'imagination,
l'expression , la correction , et les grandes
ordonnances surpassent infiniment les
Flamands , qui n'ont de leur côté que la
couleur et le vrai en partage.
Trois cent desseins de l'Ecole Romaine
, depuis Raphaël jusqu'à Carlomarati
& ses Disciples , donnent l'idée la plus
juste de la correction et de la précifion
des
JUILLET. 1733. 1509
des contours dans ceux qui font arrêtez;
Cl ceux qui ne sont que l'effet du, premier
feu de l'imagination , secondée par une
main libre sure et legere , offrent ces
de traits hardis , ces touches fieres et spirituelles,
qui caracterisent l'impétuosité du
ezegenie ; et les uns et les autres contribuent
à faire sentir qu'elle a été la naissance
, le progrès et la perfection des plus
grands morceaux de Peinture .
On peut remarquer dans ces précieux
a restes des études des Peintres celebres , la
fécondité , la rapidité , l'exactitude , et là
netteté avec laquelle ils ont mis leurs idées
dau jour. La verité qu'ils ont donnée aux
airs de têtes , les contrastes qu'ils ont
cherchés dans les atitudes, les belles formes
equ'ils ont choisies , les graces qu'ils ont
étudiées , et les caprices ingénieux et les
bizareries élégantes dont ils se sont servis
pour reveiller l'attention du Spectateur ,
et pour jetter du vif et du piquant dans
leurs Tableaux .
Ici l'on aime la sagesse de la composition
de Raphaël ; là Jule Romain éton .
ae par les saillies de son imagination ,
l'un charme par la douce majesté de ses
figures , l'autre surprend par l'air impoant
qu'il donne aux siennes. Le premier
ffre dans ses Tableaux le sublime de
la
1510 MERCURE DE FRANCE
1
la Poësie ; le second en exprime le merveilleux,
la fureur et l'entousiasme . Leurs
Disciples se sont efforcez à l'envi de
les imiter , et dans les caracteres de douceur
ou de fierté qu'ils font sentir dans leurs
Desseins , on reconnoît lequel des deux en
particulier ils ont choisi pour modele.
Quel plaisir n'a - t'on pas d'éprouver en
quelque sorte l'impression du génie terrible
de Michel Ange , dans les Desseins de
sa main, que l'on voit à la tête de l'Ecole
Florentine ; la collection en monte à 200
pieces , dont les dernieres sont reconnues
pour être de Benedette Lutti , le plus habile
homme que cette Ecole ait produit
de nos jours vous sçavez , Monsieur ,
combien les Poëtes Toscans se sont rendus
recommandables par le beau feu de
leur imagination , l'agrément et la pureté
de leur stile. Les Peintres de cetre Nation
se sont distinguez par des qualitez
semblables ; j'en appelle à témoin les Ouvrages
du Rosso , d'André del Sarté , du
Pontorme , de Salviati , Procacini , Prietro,
de Cortone , Cyroferri , Tempeste , Stephano
della Bella , également celebres du côté des
riches inventions et des traits hardis et gracieux
sur lesquels ils ont sçû les produire.
L'Ecole Lombarde , depuis le Correge
jusqu'à Daniel Crespi , dit l'Espagnol ,
qui
JUILLET.. 1733. 1511.
*
qui est encore vivant , compose deux
gros volumes in folio , d'environ 390.
Desseins. Le nom du Correge ne vous présente-
t'il pas l'idée d'un homme qui doit
plus qu'un autre à la faveur particuliere
du genie ? et dont les Desseins portent le
caractere des graces dont personne n'a été
autant doué que lui ? excepté neanmoins le
Parmesan et le Baroche . Les Carache, le Guide
, le Dominiquain , le Lanfranc , le Guerchin
, ornent infiniment cette Ecole.
L'Ecole Venitienne , qui s'étend depuis
les Bellins jusqu'à Sebastien Ricci
encore vivant, offre environ 200. Desseins
dans un volume , où ceux de Paul Veronese
et duTintoret,brillent et par leur nombre et -
par leur choix . Vous sentez , M. combien
cet article est interessant , puisque
rien n'a été plus abondant que le génie ,
plus magnifique que l'ordonnance , et
plus fier que l'execution de ces Maîtres ,
dont les Tableaux surprenants font le
principal ornement des Eglises et des Palais
de Venise.
La cinquiéme Ecole est subdivisée en
trois autres , qui sont , l'Ecole Napolitaine
, la Genoise et celle de Luques . Cette
collection comprend environ 200. pieces,
entre lesquelles plusieurs grandes ordonnances
du Cangiage , se font remarquer
par
1512 MERCURE DE FRANCE
par la singularité de sa maniere. On y
voit aussi de beaux Morceaux de Salvator
Rosa , de Lucas fordans et de Solimene ;
Ensorte que l'Ecole d'Italie en general , en
y ajoûtant les Desseins de l'Ecole des Caraches
, est composée de 1500. Desseins.
L'Ecole Françoise , suivie depuis deux
cens ans sans interruption , est composée
de six volumes in folio , et comprend
près de 1000. Desseins choisis ; elle commence
à Freminet et à Jean Cousin , et
offrant des Ouvrages de Vouet , de Blanchan,
du Poussin , du Bourdon , de le Sueur,
de le Brun et autres , elle passe jusqu'aux
habiles Modernes actuellement vivans.
Les trois volumes de l'Ecole Flamande
dont je vous ai tant parlé précédemment ,
contiennent près de six cent Desseins , et
l'Ecole Allemande et Hollandoise , environ
400 ; de maniere qu'avec un vòlume
de Desseins d'après Nature , un autre
de Desseins à la plume , et un troisiéme
de Desseins d'Architecture ; la collection
de M. Dargenville , monte à 4000. Desseins
originaux et choisis , qu'il a apportés
de ses voyages et qu'il fait venir tous
les jours des Pays Etrangers.
4
Je ne vous dis rien de ses Tableaux
de ses Livres , de 100. volumes d'Estam-
>
pes choisies des meilleurs Maîtres , d'une
TopoJUILLET.
1733. 1513
Topographie très - ample,d'une collection
de Pierres , de Coquilles rares , de Mineraux
et d'autres Morceaux concernant
l'Histoire Naturelle .
•
Si je n'avois pas tant de preuves de
votre attachement à cette partie de l'Histoire
de l'Esprit humain , qui sert en particulier
à prouver l'ascendant du génie
la force de l'imagination , et les differens
caracteres que lui imprime la varieté des
climats , des préjugez des moeurs , et de
tout ce que M. l'Abbé du Bos entend
par Causes Phisiques et Causes Morales
je vous prierois de me pardonner un si
long détail. Mais je suis persuadé que
tout dépourvû qu'il est des graces du
stile , il vous fera quelque plaisir. Je
suis , & c.
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Résumé : SECONDE LETTRE écrite de Châlons en Champagne, à M. *** au sujet des Peintres Flamands, &c.
La lettre, rédigée à Châlons en Champagne, répond à des critiques concernant une prétendue préférence pour l'école flamande de peinture. L'auteur reconnaît la diversité des goûts parmi les amateurs et justifie son inclination en se référant à la collection de M. Dargenville, un connaisseur qui apprécie toutes les écoles de peinture. La lettre décrit ensuite les différentes écoles italiennes, telles que les écoles romaine, florentine, lombarde, vénitienne, napolitaine, génoise et lucquoise, en mettant en avant la qualité et la diversité des œuvres. Elle mentionne également l'école française, suivie depuis deux cents ans, ainsi que les écoles flamande, allemande et hollandaise. La collection de M. Dargenville est impressionnante, comprenant environ 4000 dessins originaux et choisis, ainsi que des tableaux, des livres, des estampes et des objets d'histoire naturelle. L'auteur conclut en exprimant son attachement à l'histoire de l'esprit humain et aux diverses manifestations du génie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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