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1
p. 250
IV.
Début :
Nos Sçavans du vieux temps, autrefois si celébres [...]
Mots clefs :
Savants, Célèbre, Flux et reflux, Ténèbres, Science, Rat
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texteReconnaissance textuelle : IV.
Sfavans.4* vieuxtemps,autrefoissicélèbres
ulprès beaucoup defoinfont demeurez
tonftll
Lors que du Flux & du Reflux,
Ils ont voulu percer les èpaisses t-enèbves,
Maigritous leurs travauxsuivis d'un
long debat,
Si pourlepenétrer leursciencefutvaine,
S'ils n'en ont pli trouverune cause certaine,
N'efl-ce pasavoir pris un Ratî
LE -SOLITAIRE DU PARNASSE, de
Reims.
ulprès beaucoup defoinfont demeurez
tonftll
Lors que du Flux & du Reflux,
Ils ont voulu percer les èpaisses t-enèbves,
Maigritous leurs travauxsuivis d'un
long debat,
Si pourlepenétrer leursciencefutvaine,
S'ils n'en ont pli trouverune cause certaine,
N'efl-ce pasavoir pris un Ratî
LE -SOLITAIRE DU PARNASSE, de
Reims.
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2
p. 258-267
« J'ay une nouvelle à vous dire, dont vous me devez [...] »
Début :
J'ay une nouvelle à vous dire, dont vous me devez [...]
Mots clefs :
Lettres d'académicienne, Académie royale d'Arles, Célèbre, Grand sceau, Académie des Ricovrati de Padoue
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texteReconnaissance textuelle : « J'ay une nouvelle à vous dire, dont vous me devez [...] »
J'ay une nouvelle à vous
dire, dont vous me devez
assurement sçavoir gré puisqu'elle eH à l'honneur de vôtre Sexe. L'Academie Royale d'Arles a
envoyé des lettres d'Academicienneàl'illustreMadame des Houlieres que ses excellens Ouvrages ont renduë si celebre,
ce qui n'avoit point encore
esté fait en faveur des Da-
mes dans pas une des Academies, qui font presentement
en France. Ces lettres ont
estéadressées à M Charpentier, Doyen de l'Academie
Françoise, Académicien ho.
noraire de celle d'Arles,&
Député perpetuel de cette
Compagnie, qui les a
renduës
ï Madame des Houlieres avec
Mr le Marquis de Chasteau
Renard qui est aussi de l'Academie d'Arles, & dont le
10m est. si connu e par le
nerite de l'esprit, & par ses
ervices pendant 18. campagnes dans l'employ de Capi-
taine au Regiment Royal,
où il s'est acquis la réputation d'un des meilleurs Ossiciers d'infanterie & d'un des
plus braves hommes de nostre
temps, ce qui est affezconfirmé par le nombre de ses bieffures. Ces lettres qui font en
parchemin &. scellées du
Grand Sceau de PAcadémiei
Royale, estoient dans un sa-;
chet de satin bleu galonné ô&j
frangé d'or. Le sceau qui eflf
de cire bleuë est enfermé dans
une boëtte d'argent attachée;
au bas deslettres avec un
clou..
ble lacs de soye bleue.Le,
--- -
Roy y
est representéassis sur
son Thrône environné de trophéesd'armes fous un pavillon ouvert des deux costez,
avec ces mots latins en haut,
AcademiaRegia Aeelatenfis.Le
tout estoit dans une boëtte
couverte de maroquin de levant incarnat semé defleurs
delys d'or,& doublée de satin
de mesme couleur. Les raisons
qui ont porté cette celebre
Academie à rendre un honneur si singulier à Madame
des Houlieresfont expliquées
dans ces Lettres avec beaucoup d'éloquence & de di-
gnité & je croirois vous dérober une partie du plaisir
que vous en devez ressentir si
je ne vous en envoyois la copie que j'ay ,
trouve moyen
d'avoir, car assurement elle est
digne de vostre curiosité.
L'Academie Royale d'Arles, à tous ceux qui ces
presentes Lettres verront, Salut.
L'établissement de nostre Compagnie par Lettres patentes du
Roy, estant
un effet dessoins que
Sa Majecté veut bien prendre
pourfaire fleurir les belles Lettres dans sonRoyaume
,
nous
avons estimé que peur répondre
efficacementàsesRoyales intentions, nous devions non seulement remplir les places des Académiciens de Personnes d'une
naissance distinguée & d'une
capacité reconnuë,residentesen
cette Ville pour djfijfer 4
nos
djjemblêes ordinaires ; mais encore que nous devions nous ajjorierd'autres personnes de dehors,
pi par une érudition singulierese
soient acquis une réputation éclatante.Nous nous sommes persuar,zque cette ~t;~ alliance quiseferoit olu,e cette a
l
qui
«
fio feroit
entre eux ü nouslesattacheoitd'amitié cm d'interejî à naflrc-
Corps que nous ne pourrions
recevoir que de tresgrands avantages d'unesemblableunion.
Nous avons creu mesmeque nous
ne devions pas en
exclurre
les
Dames, puis quily en a eu de
tout temps qui se font renduës
tres celebresparlagloire desLettres. Les Ecrits de Sapho> d'Erinne
3
de Telesilla, de Corinne
3
de Zenobie parmilesAnciens,
ceux d'Olympia Fulvia Wor4-
ta,de Cassandra Fedele,de Loren-
%a Stro':{':{i,des deux incomparables Reynes de Navarre Marguerite de Valois, de la Demoiselle de Schurman ,de laComtesse
de la Suze, ont bienfait njoir
s'il n'y a
rien
desisublime
dans
s
sciences où les Dames ne puisnt penetrer, & qu'elles partilent à toutes les richesses du
us
beau duplus noble Genie.
exemple des Academies d'Itae
où elles font receuës, nous a
tjji déterminez à les admettre
ins la nostre, & comme la Remmée (7 la IlElure des [Júëfirs
Madame des Houlieres nous
t
faitconnoistre les excellentes
!alltek de son esprit qui efi au
ssus de toute Iciïange» nous
vons resolu de luy donnerune
arque publique de nojlreeCume,*
en l'aggregeantànostre Compagnie, &faisant pour elle ce qu'a
déj-t fait l'Academie des Rico
rati de Padoüequi luy ont envoyé des lettres d'Academicienne. C'est pourquoy aprés notA
estreassemblez & avoir meurement délibéré sur ce
sujet, nom
avons d'un commun consente
ment éleu c- nommé comme par
ces presentes nous êlisons enommons ladite Dame des HOM
lieres Academicienne de l'AcadémieRoyale d'Arles. Mandom
au Secretaire perpetuel de I!
Compagnie d'ajouter son nom
selon l'ordre de sa reception a,
Catalogue des Academiciens &
qu'ilfasse registrerces Presentes
dans les registres de la Compagnie
3
Car ielle eji nojlre intention. Pourtémoignagede laquelle nous avons fait expedier ces
Lettres signées du Directeur &
duditSecretaire perpetuel ~&y
apposer le sceaude tcAcademie.
Fait à Arles le 28. Mars 1689.
Ainsifigné D'ARBAUDDocteur, ROBIAS ESTOUBLON,
Secretaire perpetuel de l'^Acade~
mie Royale
dire, dont vous me devez
assurement sçavoir gré puisqu'elle eH à l'honneur de vôtre Sexe. L'Academie Royale d'Arles a
envoyé des lettres d'Academicienneàl'illustreMadame des Houlieres que ses excellens Ouvrages ont renduë si celebre,
ce qui n'avoit point encore
esté fait en faveur des Da-
mes dans pas une des Academies, qui font presentement
en France. Ces lettres ont
estéadressées à M Charpentier, Doyen de l'Academie
Françoise, Académicien ho.
noraire de celle d'Arles,&
Député perpetuel de cette
Compagnie, qui les a
renduës
ï Madame des Houlieres avec
Mr le Marquis de Chasteau
Renard qui est aussi de l'Academie d'Arles, & dont le
10m est. si connu e par le
nerite de l'esprit, & par ses
ervices pendant 18. campagnes dans l'employ de Capi-
taine au Regiment Royal,
où il s'est acquis la réputation d'un des meilleurs Ossiciers d'infanterie & d'un des
plus braves hommes de nostre
temps, ce qui est affezconfirmé par le nombre de ses bieffures. Ces lettres qui font en
parchemin &. scellées du
Grand Sceau de PAcadémiei
Royale, estoient dans un sa-;
chet de satin bleu galonné ô&j
frangé d'or. Le sceau qui eflf
de cire bleuë est enfermé dans
une boëtte d'argent attachée;
au bas deslettres avec un
clou..
ble lacs de soye bleue.Le,
--- -
Roy y
est representéassis sur
son Thrône environné de trophéesd'armes fous un pavillon ouvert des deux costez,
avec ces mots latins en haut,
AcademiaRegia Aeelatenfis.Le
tout estoit dans une boëtte
couverte de maroquin de levant incarnat semé defleurs
delys d'or,& doublée de satin
de mesme couleur. Les raisons
qui ont porté cette celebre
Academie à rendre un honneur si singulier à Madame
des Houlieresfont expliquées
dans ces Lettres avec beaucoup d'éloquence & de di-
gnité & je croirois vous dérober une partie du plaisir
que vous en devez ressentir si
je ne vous en envoyois la copie que j'ay ,
trouve moyen
d'avoir, car assurement elle est
digne de vostre curiosité.
L'Academie Royale d'Arles, à tous ceux qui ces
presentes Lettres verront, Salut.
L'établissement de nostre Compagnie par Lettres patentes du
Roy, estant
un effet dessoins que
Sa Majecté veut bien prendre
pourfaire fleurir les belles Lettres dans sonRoyaume
,
nous
avons estimé que peur répondre
efficacementàsesRoyales intentions, nous devions non seulement remplir les places des Académiciens de Personnes d'une
naissance distinguée & d'une
capacité reconnuë,residentesen
cette Ville pour djfijfer 4
nos
djjemblêes ordinaires ; mais encore que nous devions nous ajjorierd'autres personnes de dehors,
pi par une érudition singulierese
soient acquis une réputation éclatante.Nous nous sommes persuar,zque cette ~t;~ alliance quiseferoit olu,e cette a
l
qui
«
fio feroit
entre eux ü nouslesattacheoitd'amitié cm d'interejî à naflrc-
Corps que nous ne pourrions
recevoir que de tresgrands avantages d'unesemblableunion.
Nous avons creu mesmeque nous
ne devions pas en
exclurre
les
Dames, puis quily en a eu de
tout temps qui se font renduës
tres celebresparlagloire desLettres. Les Ecrits de Sapho> d'Erinne
3
de Telesilla, de Corinne
3
de Zenobie parmilesAnciens,
ceux d'Olympia Fulvia Wor4-
ta,de Cassandra Fedele,de Loren-
%a Stro':{':{i,des deux incomparables Reynes de Navarre Marguerite de Valois, de la Demoiselle de Schurman ,de laComtesse
de la Suze, ont bienfait njoir
s'il n'y a
rien
desisublime
dans
s
sciences où les Dames ne puisnt penetrer, & qu'elles partilent à toutes les richesses du
us
beau duplus noble Genie.
exemple des Academies d'Itae
où elles font receuës, nous a
tjji déterminez à les admettre
ins la nostre, & comme la Remmée (7 la IlElure des [Júëfirs
Madame des Houlieres nous
t
faitconnoistre les excellentes
!alltek de son esprit qui efi au
ssus de toute Iciïange» nous
vons resolu de luy donnerune
arque publique de nojlreeCume,*
en l'aggregeantànostre Compagnie, &faisant pour elle ce qu'a
déj-t fait l'Academie des Rico
rati de Padoüequi luy ont envoyé des lettres d'Academicienne. C'est pourquoy aprés notA
estreassemblez & avoir meurement délibéré sur ce
sujet, nom
avons d'un commun consente
ment éleu c- nommé comme par
ces presentes nous êlisons enommons ladite Dame des HOM
lieres Academicienne de l'AcadémieRoyale d'Arles. Mandom
au Secretaire perpetuel de I!
Compagnie d'ajouter son nom
selon l'ordre de sa reception a,
Catalogue des Academiciens &
qu'ilfasse registrerces Presentes
dans les registres de la Compagnie
3
Car ielle eji nojlre intention. Pourtémoignagede laquelle nous avons fait expedier ces
Lettres signées du Directeur &
duditSecretaire perpetuel ~&y
apposer le sceaude tcAcademie.
Fait à Arles le 28. Mars 1689.
Ainsifigné D'ARBAUDDocteur, ROBIAS ESTOUBLON,
Secretaire perpetuel de l'^Acade~
mie Royale
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Résumé : « J'ay une nouvelle à vous dire, dont vous me devez [...] »
L'Académie Royale d'Arles a décerné des lettres d'Académicienne à Madame des Houlières, marquant une première pour une femme dans les académies françaises. Ces lettres, adressées à Monsieur Charpentier, Doyen de l'Académie Française, ont été remises par le Marquis de Chasteau-Renard. Elles sont scellées du Grand Sceau de l'Académie et présentées dans un coffret de maroquin incarnat. L'Académie a justifié cet honneur en soulignant l'excellence des œuvres de Madame des Houlières et en citant des exemples historiques de femmes célèbres pour leurs écrits. Elle a également exprimé son intention de favoriser les belles-lettres et d'inclure des personnes distinguées, y compris des femmes, pour enrichir ses rangs. La décision a été prise lors d'une assemblée le 28 mars 1689. Les lettres sont signées par le Docteur d'Arbaud et Robias Estoublon, Secrétaire perpétuel de l'Académie Royale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 935-943
LETTRE à M. de la R. contenant quelques particularitez sur la personne et la Vie de M. Aubert, Doyen des Avocats de Lyon.
Début :
MONSIEUR, L'éxactitude scrupuleuse que vous faites paroître dans l'Ouvrage [...]
Mots clefs :
Lyon, Lettres, Dictionnaire de Richelet, Gloire, Esprit, Avocat, Célèbre, Mémoire, Pierre Aubert, République des Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. de la R. contenant quelques particularitez sur la personne et la Vie de M. Aubert, Doyen des Avocats de Lyon.
LETTRE à M. de la R. contenant
quelques particularitez sur la personne
et la Vie de M. Aubert , Doyen des
Avocats de Lyon.
MONS ONSIEUR ,
L'éxactitude scrupuleuse que vous fai
tes paroître dans l'Ouvrage périodique
qui attire l'attention du Public et des
Gens de Lettres , depuis que vous y
donnez vos soins , m'engage à vous addresser
quelques Memoires sur la Vie de
M. Aubert , dont vous nous annoncez la
mort dans le Mercure du mois de Mars
dernier. J'ose me flatter que vous vou
drez bien leur donner une place dans
celui que vous avez actuellement sous la
presse. Persuadé , comme je le suis , Monsieur
, que l'article inseré dans votre dernier
Mercure à son sujet , ne peut venir
que de quelque personne qui n'est
pas bien au fait de ce qui regarde cet
homme célebre , sur la vie duquel j'ai
l'honneur de vous adresser le Mémoire
cy-joint ; j'oserai relever quelques endroits
de ce même article de votre Jour-
E v nal
936 MERCURE DE FRANCE
Il
nal du mois dernier , qui m'ont parû
répréhensibles , par rapport à l'exactitude
qui n'y est pas tout à fait observée.
1°. M. Aubert est mort à 91. ans et
non pas à 94. en voici la
preuve.
est né , comme je le dis dans mon Mémoire
, le 9. Février 1642. et il est mort
le 18. Février 1733. Voyez son article
dans la Bibliotheque des Aureurs , mise
à la tête du Richelet.
2. On ne doit pas dire qu'il ait commencé
à travailler aux augmentations du
Dictionnaire de Richeler à l'âge de 90.
ans. Comment , en effer , cela pourroit
il être , puisque ce Livre étoit déja sous la
presse dès la fin de l'année 1723. quoi,
qu'il n'ait été achevé d'imprimer qu'en
1728 ? Il est clair par la date de sa naissance
, que je viens de citer , qu'en 1723,
il n'avoit que 8r. ans , et il n'est pas
moins certain , puisque c'est de lui- même
que je le tiens , qu'il a commencé à tra
vailler aux augmentations de ce Diction
naire plus de 15 ans auparavant qu'il le
donnât à l'Imprimeur. Par conséquent il
n'avoit guéres que 65. lorsqu'il entreprit
ce travail. Une pareille erreur seroit capable
, si elle n'étoit pas relevée , de décréditer
un Livre aussi important qu'est
le Dictionnaire de Richelet ; en un mor,
une
MAY. 1733 937
une Encyclopédie de la Langue Françoise
, qui sera toûjours estimée des personnes
doctes et de tous les gens de bon
goût. Je suis avec toute la considération
possible , &c.
A Paris de 12. Avril 1733 .
L. B. D.
PIERRE AUBERT , Avocat , nâquic
à Lyon le 9. Février 1642. Ses premieres
études de Grammaire et de Rhétorique
commencerent à développer son
génie , et ses heureuses dispositions pa
furent bien-tôt dans tout leur jour. Quoique
fort jeune, l'amour des Belles-Lettres
qu'il possedoit au souverain degré
, lui faisoit dévorer tous les Livres
nouveaux qui paroissoient alors , et par
un jugement déja formé , il y prenoit
tout ce qui pouvoit contribuer à la po
litesse de son style et à lui inspirer des
pensées également vives et délicates . La
Poësie même l'amusa pendant quelque
temps . A l'âge de 16. à 17. ans , il vit
par hazard un Roman intitulé , le Voyage
de l'Isle d'Amour , qui lui fit bien -tôc
concevoir l'idée d'en écrire le Retour. I
ne s'étoit proposé de communiquer ce
petit travail qu'à ses plus chers amis ,
E vj mais
938 MERCURE DE FRANCE
mais l'évenement ne répondit point à ses
intentions ; car après le cours de ses études
, ayant quitté pour quelque temps
la Province , afin de puiser le bon goût
dans la Capitale du Royaume , qui est la
source de la belle Litterature , son pere
profita de son départ , et de concert avec
ses amis , fit imprimer cette legere ébauche
de l'esprit d'un jeune homme , qui
dans la suite a fait l'ornement et la gloire
d'un Corps dont il étoit un si digne
Membre.
De retour à Lyon , il donna toute son
application à l'étude du Droit , et prit
ensuite le parti du Barreau . Le succès des
premieres Causes qu'il plaida sembloit
l'inviter à continuer , mais une santé foible
et délicate interrompit sa course et
l'obligea de prendre une autre roure pour
parvenir à une gloire qui n'est pas solide.
Ce seroit sans doute ici le lieu de
rapporter quelques traits singuliers de la
vivacité de génie et de la présence d'esprit
de ce célebre Avocat Consultant ;
mais comme je me suis seulement proposé
de donner des Mémoires sur les
principales actions de la vie d'un homme
qui m'a honoré de son amitié , je me
restreindrai donc à en rapporter ici les
circonstances les plus essentielles , persuade
MAY. 17337 939
suadé qu'elles ne pourront qu'être bien
reçûës de ceux qui ne se sont point laissé
prévenir par de faux préjugez , ou par
une jalousie indigne des veritables gens
de Lettres .
Il fit pendant plusieurs années la fonction
de Procureur du Roy dans la Jurisdiction
de la Conservation des Privileges
des Foires de Lyon , si fameuses
même parmi les Etrangers . Son esprit
et sa capacité lui mériterent la protection
de la Maison de Villeroy , et une
amitié mêlée de beaucoup de déférence
de la part du dernier Maréchal de ce
nom . Ce fut aussi ce même mérite qui
engagea la Ville de Lyon à le choisir
en 1700. pour un de ses Echevins . Il
fut nommé quelque temps après Procureur
du Roy de la Police de la même
Ville , Charge qu'il a exercée jusqu'à sa
mort , de même que celle de Juge de
l'Archevêché et du Comté de Lyon.
Malgré les grandes et pénibles occupations
que lui procuroient ces differens
Emplois , l'amour de l'étude étoit trop
profondément enraciné dans son esprit ,
pour ne lui pas donner les intervales de
temps que pouvoient lui laisser les fréquentes
Audiances qu'il étoit obligé d'accorder
à ceux qui venoient le consulter,
C'étoit
940 MERCURE DE FRANCE
C'étoit donc cette violente , mais louable
passion pour les Lettres , qui lui fit
acquerir à grands frais cette Bibliothe
que aussi nombreuse que bien choisie
qui a toujours été ouverre à ses amis
et qui est aujourd'hui , pour ainsi dire
l'héritage de tous les Amateurs des Sciences
, par le soin qu'il a pris de la rendre
publique.
Revenons à ses Ouvrages. H publia
en 1710. son Recueil de Factums , imprimé
à Lyon , chez Anisson , en deux vomes
in 4. Il a été du nombre de ceux
qui commencerent à faire des Assemblées
Académiques , qui furent en 1725. établies
en forme d'Académie reglée par
Lettres Patentes du Roy , sous le titre
d'Académie des Sciences et des Belles-
Lettres.
En 1728. parut son Dictionnaire de
Richelet , avec des Additions d'Histoire
de Grammaire , de Critique et de Jurisprudence
, en 3. volumes in folie , imprimé
chez Duplain . On trouve à la tête
de cet Ouvrage le sentiment de M. Lancelot
sur cette nouvelle Edition du Dictionnaire
de Richelet , où ce célebre Académicien
rend à notre Auteur un témoi
gnage qui fera toujours honneur à sa
mémoire. On y voit aussi un Abregé de
la
MAY. 17337 940
la Vie des Auteurs citez dans ce Dictionnaire
, recueilli par M. Laurent le
Clerc de S. Sulpice de Lyon , connû
dans la République des Lettres par un
grand nombre d'augmentations qu'il a
données pour le Dictionnaire de Moréry,
et par plusieurs autres Ouvrages :
En 1731. se voyant dans un âge trèsavancé
, et son esprit n'ayant encore reçû
aucune atteinte par le grand nombre
d'années , il prit une résolution qui rendra
sa mémoire chere à ceux qui aiment
véritablement le bien et la gloire de leur
Patrie.
Dans l'appréhension où il étoit que
parmi les embarras d'une succession , ses
Climenes , ( c'est ainsi qu'il appelloit ses
Livres ) ne se vissent dans la dure né
cessité de la division , il prit le parti de
proposer à Mrs du Consulat , sa Biblio
theque pour la rendre publique.
Il manquoit depuis trop long- temps.
la gloire de cette seconde Ville du Royau
me , un Monument qui la rendît en quel
que sorte supérieure à une infinité d'autres
Villes , en alliant dans son sein les
Muses et le Commerce , pour qu'une proposition
si importante et si digne des
sentimens d'un parfait Cytoyen , pût être
rejettée par des personnes qui doivent
Se
942 MERCURE DE FRANCE
pu .
se montrer sur tous les autres , jaloux
d'un si beau titre. Elle fut donc reçûë
avec la joye et la reconnoissance que
méritoit un si grand attachement à la
Patrie. Mrs les Echevins , et à leur tête
M. Perrichon , que son mérite personnel
a élevé à la Place de Prévôt des Mar>
chands , et que son zele pour P'utilité
blique , rend cher aux differens Corps de
Négocians qui travaillent avec succès sous
ses auspices , assignerent à notre Auteur
2000. livres de pension pendant sa vie
et 5oo. écus de rente après sa mort à
M. Duchol son Neveu. Ils laissereng
néanmoins au premier le reste de ses
jours , la joissance de ces mêmes Livres,
qui avoient fait les délices de sa jeune se ,
et sa consolation dans un âge plus avancé.
Enfin ayant mis sa chere Bibliotheque
hors d'état d'être jamais divisée , il ne
songea plus qu'à finir en paix sa carriere
dans la retraite de son Cabinet , donnant
toutefois quelques heures de son temps à
ses amis et aux Gens de lettres qui ont
continué de lui rendre visite jusqu'à sa
mort , qui arriva le 18. Février 1733-
Si la Ville de Lyon a l'avantage de recueillir
les fruits du travail de notre célebre
Avocat , par l'utilité qu'elle retire
de ce bel établissement , elle ne pouvoit
mieux
MAY. 94% 1733.
qu'en
mieux marquer sa reconnoissance ,
choisissant , comme elle a fait , pour son
Bibliothequaire un homme versé dans l'a
connoissance des Livres , aussi distingué
dans le Barreau par la profession d'Avocat
, qu'il éxerce avec honneur , que
connu dans la République des Lettres
par les Notes curieuses qu'il a données
sur les Oeuvres de Despreaux , et en
dernier lieu sur celles de Regnier. C'est
par les sages avis et l'étroite amitié dont
il étoit lié avec M. Aubert , que la Ville
de Lyon possede un si riche et si utile
Présent , ensorte que l'on peut dire à
bon droit que cet habile Commentateur
partage la gloire d'un don si précieux
avec le Bienfaicteur même.
*
L. B. D.
* M. Claude Brosset , Avocat au Présidial de
Lyon.
quelques particularitez sur la personne
et la Vie de M. Aubert , Doyen des
Avocats de Lyon.
MONS ONSIEUR ,
L'éxactitude scrupuleuse que vous fai
tes paroître dans l'Ouvrage périodique
qui attire l'attention du Public et des
Gens de Lettres , depuis que vous y
donnez vos soins , m'engage à vous addresser
quelques Memoires sur la Vie de
M. Aubert , dont vous nous annoncez la
mort dans le Mercure du mois de Mars
dernier. J'ose me flatter que vous vou
drez bien leur donner une place dans
celui que vous avez actuellement sous la
presse. Persuadé , comme je le suis , Monsieur
, que l'article inseré dans votre dernier
Mercure à son sujet , ne peut venir
que de quelque personne qui n'est
pas bien au fait de ce qui regarde cet
homme célebre , sur la vie duquel j'ai
l'honneur de vous adresser le Mémoire
cy-joint ; j'oserai relever quelques endroits
de ce même article de votre Jour-
E v nal
936 MERCURE DE FRANCE
Il
nal du mois dernier , qui m'ont parû
répréhensibles , par rapport à l'exactitude
qui n'y est pas tout à fait observée.
1°. M. Aubert est mort à 91. ans et
non pas à 94. en voici la
preuve.
est né , comme je le dis dans mon Mémoire
, le 9. Février 1642. et il est mort
le 18. Février 1733. Voyez son article
dans la Bibliotheque des Aureurs , mise
à la tête du Richelet.
2. On ne doit pas dire qu'il ait commencé
à travailler aux augmentations du
Dictionnaire de Richeler à l'âge de 90.
ans. Comment , en effer , cela pourroit
il être , puisque ce Livre étoit déja sous la
presse dès la fin de l'année 1723. quoi,
qu'il n'ait été achevé d'imprimer qu'en
1728 ? Il est clair par la date de sa naissance
, que je viens de citer , qu'en 1723,
il n'avoit que 8r. ans , et il n'est pas
moins certain , puisque c'est de lui- même
que je le tiens , qu'il a commencé à tra
vailler aux augmentations de ce Diction
naire plus de 15 ans auparavant qu'il le
donnât à l'Imprimeur. Par conséquent il
n'avoit guéres que 65. lorsqu'il entreprit
ce travail. Une pareille erreur seroit capable
, si elle n'étoit pas relevée , de décréditer
un Livre aussi important qu'est
le Dictionnaire de Richelet ; en un mor,
une
MAY. 1733 937
une Encyclopédie de la Langue Françoise
, qui sera toûjours estimée des personnes
doctes et de tous les gens de bon
goût. Je suis avec toute la considération
possible , &c.
A Paris de 12. Avril 1733 .
L. B. D.
PIERRE AUBERT , Avocat , nâquic
à Lyon le 9. Février 1642. Ses premieres
études de Grammaire et de Rhétorique
commencerent à développer son
génie , et ses heureuses dispositions pa
furent bien-tôt dans tout leur jour. Quoique
fort jeune, l'amour des Belles-Lettres
qu'il possedoit au souverain degré
, lui faisoit dévorer tous les Livres
nouveaux qui paroissoient alors , et par
un jugement déja formé , il y prenoit
tout ce qui pouvoit contribuer à la po
litesse de son style et à lui inspirer des
pensées également vives et délicates . La
Poësie même l'amusa pendant quelque
temps . A l'âge de 16. à 17. ans , il vit
par hazard un Roman intitulé , le Voyage
de l'Isle d'Amour , qui lui fit bien -tôc
concevoir l'idée d'en écrire le Retour. I
ne s'étoit proposé de communiquer ce
petit travail qu'à ses plus chers amis ,
E vj mais
938 MERCURE DE FRANCE
mais l'évenement ne répondit point à ses
intentions ; car après le cours de ses études
, ayant quitté pour quelque temps
la Province , afin de puiser le bon goût
dans la Capitale du Royaume , qui est la
source de la belle Litterature , son pere
profita de son départ , et de concert avec
ses amis , fit imprimer cette legere ébauche
de l'esprit d'un jeune homme , qui
dans la suite a fait l'ornement et la gloire
d'un Corps dont il étoit un si digne
Membre.
De retour à Lyon , il donna toute son
application à l'étude du Droit , et prit
ensuite le parti du Barreau . Le succès des
premieres Causes qu'il plaida sembloit
l'inviter à continuer , mais une santé foible
et délicate interrompit sa course et
l'obligea de prendre une autre roure pour
parvenir à une gloire qui n'est pas solide.
Ce seroit sans doute ici le lieu de
rapporter quelques traits singuliers de la
vivacité de génie et de la présence d'esprit
de ce célebre Avocat Consultant ;
mais comme je me suis seulement proposé
de donner des Mémoires sur les
principales actions de la vie d'un homme
qui m'a honoré de son amitié , je me
restreindrai donc à en rapporter ici les
circonstances les plus essentielles , persuade
MAY. 17337 939
suadé qu'elles ne pourront qu'être bien
reçûës de ceux qui ne se sont point laissé
prévenir par de faux préjugez , ou par
une jalousie indigne des veritables gens
de Lettres .
Il fit pendant plusieurs années la fonction
de Procureur du Roy dans la Jurisdiction
de la Conservation des Privileges
des Foires de Lyon , si fameuses
même parmi les Etrangers . Son esprit
et sa capacité lui mériterent la protection
de la Maison de Villeroy , et une
amitié mêlée de beaucoup de déférence
de la part du dernier Maréchal de ce
nom . Ce fut aussi ce même mérite qui
engagea la Ville de Lyon à le choisir
en 1700. pour un de ses Echevins . Il
fut nommé quelque temps après Procureur
du Roy de la Police de la même
Ville , Charge qu'il a exercée jusqu'à sa
mort , de même que celle de Juge de
l'Archevêché et du Comté de Lyon.
Malgré les grandes et pénibles occupations
que lui procuroient ces differens
Emplois , l'amour de l'étude étoit trop
profondément enraciné dans son esprit ,
pour ne lui pas donner les intervales de
temps que pouvoient lui laisser les fréquentes
Audiances qu'il étoit obligé d'accorder
à ceux qui venoient le consulter,
C'étoit
940 MERCURE DE FRANCE
C'étoit donc cette violente , mais louable
passion pour les Lettres , qui lui fit
acquerir à grands frais cette Bibliothe
que aussi nombreuse que bien choisie
qui a toujours été ouverre à ses amis
et qui est aujourd'hui , pour ainsi dire
l'héritage de tous les Amateurs des Sciences
, par le soin qu'il a pris de la rendre
publique.
Revenons à ses Ouvrages. H publia
en 1710. son Recueil de Factums , imprimé
à Lyon , chez Anisson , en deux vomes
in 4. Il a été du nombre de ceux
qui commencerent à faire des Assemblées
Académiques , qui furent en 1725. établies
en forme d'Académie reglée par
Lettres Patentes du Roy , sous le titre
d'Académie des Sciences et des Belles-
Lettres.
En 1728. parut son Dictionnaire de
Richelet , avec des Additions d'Histoire
de Grammaire , de Critique et de Jurisprudence
, en 3. volumes in folie , imprimé
chez Duplain . On trouve à la tête
de cet Ouvrage le sentiment de M. Lancelot
sur cette nouvelle Edition du Dictionnaire
de Richelet , où ce célebre Académicien
rend à notre Auteur un témoi
gnage qui fera toujours honneur à sa
mémoire. On y voit aussi un Abregé de
la
MAY. 17337 940
la Vie des Auteurs citez dans ce Dictionnaire
, recueilli par M. Laurent le
Clerc de S. Sulpice de Lyon , connû
dans la République des Lettres par un
grand nombre d'augmentations qu'il a
données pour le Dictionnaire de Moréry,
et par plusieurs autres Ouvrages :
En 1731. se voyant dans un âge trèsavancé
, et son esprit n'ayant encore reçû
aucune atteinte par le grand nombre
d'années , il prit une résolution qui rendra
sa mémoire chere à ceux qui aiment
véritablement le bien et la gloire de leur
Patrie.
Dans l'appréhension où il étoit que
parmi les embarras d'une succession , ses
Climenes , ( c'est ainsi qu'il appelloit ses
Livres ) ne se vissent dans la dure né
cessité de la division , il prit le parti de
proposer à Mrs du Consulat , sa Biblio
theque pour la rendre publique.
Il manquoit depuis trop long- temps.
la gloire de cette seconde Ville du Royau
me , un Monument qui la rendît en quel
que sorte supérieure à une infinité d'autres
Villes , en alliant dans son sein les
Muses et le Commerce , pour qu'une proposition
si importante et si digne des
sentimens d'un parfait Cytoyen , pût être
rejettée par des personnes qui doivent
Se
942 MERCURE DE FRANCE
pu .
se montrer sur tous les autres , jaloux
d'un si beau titre. Elle fut donc reçûë
avec la joye et la reconnoissance que
méritoit un si grand attachement à la
Patrie. Mrs les Echevins , et à leur tête
M. Perrichon , que son mérite personnel
a élevé à la Place de Prévôt des Mar>
chands , et que son zele pour P'utilité
blique , rend cher aux differens Corps de
Négocians qui travaillent avec succès sous
ses auspices , assignerent à notre Auteur
2000. livres de pension pendant sa vie
et 5oo. écus de rente après sa mort à
M. Duchol son Neveu. Ils laissereng
néanmoins au premier le reste de ses
jours , la joissance de ces mêmes Livres,
qui avoient fait les délices de sa jeune se ,
et sa consolation dans un âge plus avancé.
Enfin ayant mis sa chere Bibliotheque
hors d'état d'être jamais divisée , il ne
songea plus qu'à finir en paix sa carriere
dans la retraite de son Cabinet , donnant
toutefois quelques heures de son temps à
ses amis et aux Gens de lettres qui ont
continué de lui rendre visite jusqu'à sa
mort , qui arriva le 18. Février 1733-
Si la Ville de Lyon a l'avantage de recueillir
les fruits du travail de notre célebre
Avocat , par l'utilité qu'elle retire
de ce bel établissement , elle ne pouvoit
mieux
MAY. 94% 1733.
qu'en
mieux marquer sa reconnoissance ,
choisissant , comme elle a fait , pour son
Bibliothequaire un homme versé dans l'a
connoissance des Livres , aussi distingué
dans le Barreau par la profession d'Avocat
, qu'il éxerce avec honneur , que
connu dans la République des Lettres
par les Notes curieuses qu'il a données
sur les Oeuvres de Despreaux , et en
dernier lieu sur celles de Regnier. C'est
par les sages avis et l'étroite amitié dont
il étoit lié avec M. Aubert , que la Ville
de Lyon possede un si riche et si utile
Présent , ensorte que l'on peut dire à
bon droit que cet habile Commentateur
partage la gloire d'un don si précieux
avec le Bienfaicteur même.
*
L. B. D.
* M. Claude Brosset , Avocat au Présidial de
Lyon.
Fermer
Résumé : LETTRE à M. de la R. contenant quelques particularitez sur la personne et la Vie de M. Aubert, Doyen des Avocats de Lyon.
La lettre adressée à M. de la R. corrige plusieurs informations erronées concernant la vie de Pierre Aubert, Doyen des Avocats de Lyon. Pierre Aubert est né le 9 février 1642 à Lyon et est décédé le 18 février 1733 à l'âge de 91 ans, contrairement à ce que le Mercure de France avait publié. L'auteur de la lettre rectifie également l'âge d'Aubert lorsqu'il a commencé à travailler aux augmentations du Dictionnaire de Richelet, affirmant qu'il avait 65 ans et non 90 ans. Pierre Aubert a démontré très tôt un talent pour les lettres et la poésie. À l'âge de 16 ou 17 ans, il a écrit un roman intitulé 'Le Retour de l'Isle d'Amour'. Après ses études de droit, il a exercé la profession d'avocat mais a dû abandonner en raison de sa santé fragile. Il a ensuite occupé plusieurs postes administratifs à Lyon, notamment celui de Procureur du Roi et d'Échevin. Aubert était également un érudit passionné par les lettres et les sciences. Il a publié plusieurs ouvrages, dont un Recueil de Factums en 1710 et une édition augmentée du Dictionnaire de Richelet en 1728. En 1731, il a décidé de léguer sa bibliothèque à la ville de Lyon pour en faire une bibliothèque publique. Cette proposition a été acceptée avec reconnaissance, et Aubert a reçu une pension de 2000 livres pendant sa vie et une rente de 500 écus pour son neveu après sa mort. La bibliothèque, riche et bien choisie, est devenue un héritage pour tous les amateurs des sciences. Aubert a passé ses dernières années dans la retraite, recevant des amis et des gens de lettres jusqu'à sa mort.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 112-120
« La vie de M. de Rossillon de Bernex, Evêque & Prince de Genève. A Paris, [...] »
Début :
La vie de M. de Rossillon de Bernex, Evêque & Prince de Genève. A Paris, [...]
Mots clefs :
Michel-Gabriel Rossillon de Bernex, Devoirs, Zèle, Style, Prélat, Droit, Application, Célèbre, Servir, Jean de Pins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La vie de M. de Rossillon de Bernex, Evêque & Prince de Genève. A Paris, [...] »
La vie de M. de Rossillon de Bernex,
Evêque & Prince de Genève. A Paris,
chez Michel Lambert, rue Saint Jacques,
1751, in. 12. Un volume.
On trouvera dans la vie de ce saint
Evêque, mort en 1734, tout ce qui peut
entretenir la piété: des vertus, des ac-
tions miraculeuses, des entrepises utiles
au salut des ames, beaucoup de zéle, un
grand désintéressement, & une constance
a toute épreuve. L'Auicur, M. Boudet,
113
1752.
FEVRIER.
Chanoine Régulier de Saint Antoine, a
écrit tant de choses édifiantes, avec le na-
turel & l'onction convenables à ces sortes
d'ouvrages. On jugera de son style par le
portrait qu'il fait du respectable Prélat.
Il avoit la taille haute & déliée, la
physionomie noble, les yeux vifs & le
teint vermeil. Les traits de son visage
étoient assez réguliers, excepté qu'il avoit
le nés un peu relevé, & même une na-
rine plus ouverte que l'autre, d'où il pre-
noit quelquefois occasion de s'humilier.
Il se tenoit toujours fort droit, ce qui lui
donnoit un air grave & majestueux, quoi-
qu'éloigné de toute affectation.
Un tempérament fort & robuste le
mettoit en état de résister aux plus grands
travaux, mais son extrême vivacité l'au-
roit rendu sujet à la colére, s'il ne s'étoit
fait des violences continuelles pour se cor-
riger de ce défaut. Cette impétuosité natu-
relle ne venoit point chez lui d'un fond
d'orgueil & d'amour propre, comme il ar-
rive ordinairement; il étoit au contraire
humble & modeste. L'élevation de ses
sentimens lui faisoient regarder l'estime
de soi-même, & l'enflure du cœeur, com-
me une vérite ble bassesse. C'étoit l'amour
de l'ordre & le zéle, qui produisoient en
lui un empressement & une inquiétude
ed by Go
114 MERCUR DE FRANCE.
surprenante, lorsque quelques obstacles
s'opposoient à ses bons desseins. C'est de
quoi il est aisé de se convaincre, si l'on
fait attention que M. Bernex na jamais
été sensible aux injures personnelles. La
multiplicité des affaires, & les contretems
qui survenoient, étoient la seule cause de
son chagrin.
De-la vient qu'il trouvoit souvent de
la difficulté à garder une régle fixe dans
ses occupations journalieres, rien n'é-
tant plus opposé à son caractère, que l'in-
constance & la legereté, dont quelques
personnes peu équitables ont voulu le ta-
xet: il doit passer pour constant que cer-
te irrégularité apparente étoit l'effet de
l'application qu'il apportoit à tout ce qu'il
faisoit, & de l'envie qu'il avoit de rem-
plir par lui-même tous ses devoirs dans
la plus grande perfection. Il quittoit avec
peine un ouvrage commencé, parce qu'il
craignoit qu'en le differant, il ne fût
obligé d'entamer le tems destiné à d'au-
tres opérations. Ainsi c'étoit moins M. de
Bernex qui manquoit au tems & à l'heu-
re, que le tems même qui lui manquoit,
& qui ne pouvoit suffire au détail immen-
se de sa Charge.
Son esprit aussi élevé que solide, ai-
moit à former de grandes entreprises. Les
FEVRIER. 1752. 115
difficulrés, loin de l'étonner, ne servoient
qu'à enflammer son courage. Il trouvoit
des ressources dans son génie & dans ses
manieres pleines de franchise & de poli-
tesse, qui lui gagnoient le cœur de ceux
avec qui il avoit à traiter; mais comme
l'intéret de la gloire de Dieu étoit le seul
objet qu'il eût en vue, il comptoit plus sur
le secours d'en haut, que sur les moyens
que la prudence lui suggeroit: l'expé-
rience lui avoit appris qu'on n'espére ja-
mais en vain au Seigneur.
Cette confiance en Dieu le rendoit
constant & intrépide dans les circonstan-
ces les plus critiques. Le devoir étoit son
unique régle; nulles considérations hu-
maines ne pouvoient l'engager à mollir,
quand il s'agissoit de l'observation de la
loi. Il a souvent montré, en luttant con-
tre le crédit & l'autorité, & en méprisant
les menaces des Grands qui vouloient
l'intimider, qu'il étoit incapable de tra-
hir sa conscience & l'honneur de son mi-
nistére. Au reste la fermeté de M. Bernex
n'étoit point ennemie de la complaisance
& des ménagemens, lorsque la nature des
affaires paroissoit l'exiger. Naturellement
porté à la condescendance, il n'étoit severe
que par nécessité, & personne n'a porté plus
loin que lui l'esprir & le talent de la con-
ciliation.
0
116 MERCURE DEFRANCE.
Il avoit le sens droit & la conception
aisée. Sa mémoire n'étoit pas si heureuse,
mais l'application & l'assiduité au travail
en firent un Théologien profond, & un
scavant Canoniste. Ses discours & ses
Lettres Pastorales, dont j'at rapporté
quelques morceaux dans le cours de cette
Histoire, sont une preuve de son élo-
quence & de son érudition. On voit qu'il
faisoit moins de cas des graces du style que
de la solidité du raisonnement. La mul
titude & la continuité de ses autres occu-
pations, l'empêchoient de polit la plû-
part de ses ouvrages, surtout ceux qui
n'étoient pas destinés à l'impression; de-
là vient la difference qui se trouve entre
les uns & les autres. M. de Bernex re-
cueilloit avec soin tout ce qu'il tencon-
troit de remarquable dans ses lectures,
pout s'en servir dans l'occasion; c'est ce
qui a produit ces volumes immenles que
l'on a trouvé dans son Cabinet écrit de sa
main. Il est étonnant qu'il ait pû tant
lire & tant écrire, malgré l'attention
exacte qu'il apportoit à remplit tous ses
devoirs. On ne peut expliquet cette énig.
me, qu'en se rappellant que ce Prélat
mettoit à profit tous les instans, sans ja-
mais se permettre aucun autre délasse-
ment, que celui qui se trouve dans les
changemens d'occupation.
30
117
FEVRIER. 1752.
M. de Bernex étoit aussi recommanda-
ble par les qualités du cœur, que par cel-
les de l'esptit. Sensible aux douleurs de
l'amitié, il en observoit fidélement tous
les devoirs. Il avoit beaucoup de tendres-
se pour ses proches, & mettoit tous ses
soins à conserver entr'eux la paix & l'u-
nion. Ses domestiques le regardoient plu-
tôt comme un pere, que comme un maî-
tre. Il traitoit ses Aumôniers, & en gé-
néral tous les Ecclésiastiques, avec une
bonté qui les charmoit. Affable & pré-
venant, il se croyoit assez récompensé
par le seul plaisir de faire du bien. Lors-
qu'on recouroit à lui, on étoit assuré d'y
trouver des secours prompts & efficaces.
Il n'a jamais souhaité des richesses, que
pour en faire part aux malheureux, en fa-
veur desquels il se privoit souvent du né-
cessaire. Quand on l'avoit obligé, &
qu'il pouvoit en témoigner sa reconnois-
sance, elle alloit toujours au-delà des
bienfaits. Tous ses procédés étoient no-
bles & généreux, ses manières douces &
polies, sa conversation, quoique sérieuse
& grave, ne laissoit pas de devenir aussi
amusante qu'utile, par les traits curieux
& édifians que lui fournissoient ses lec-
tures.
L'assemblage de tant de belles qualités,
a
SIS MERCUREDEFRANCE.
n'est pas ce qui fait la principale gloire
de M. de Bernex. Les vertus chrétiennes
qu'il a constamment pratiquées pendant
le cours d'une longue vie, lui donnent
incomparablement plus de droit à notre
estime. Né avec un goût décidé pour la
piété, soutenu & perfectionné par les
leçons & par les exemples de sa mere &
de son ayeule, il se forma dans la retraite
aux fonctions du ministére sacré, auquel
Dieu l'appella par une suite de prodiges.
Il apprit à commander, en observant fidé-
lement les loix de l'obéissance, dans l'état
de Chanoine Régulier de l'Ordre de Saint
Antoine. C'est la que partageant son loi-
sit entre l'étude des saintes Lettres & l'e-
xercice de la priere, il se fit un fond de
science & de vertu, capable de four nir
aux besoins d'un Diocése très-vaste & très-
difficile à gouverner. Pénétré de la gran-
deur & de l'étendue de ses devoirs, il
sappliqua à les remplir, en imitant la
conduite de ses Prédécesseurs, surtout de
Saint François de Sales, & du célébre
Jean d'Arenthon d'Alex. Le succès de cet-
te application a été tel, qu'on ne croit
pas qu'il y ait de la témérité à le propo-
set à son tour, comme un modéle à sui-
vre dans les differens états où il a vêcu.
Il seroit difficile à décider quelle est
119
FEVRIER. 1752.
la vertu qui a le plus brillé dans sa con-
duite & dans ses moeurs; car il possédoit
dans un haut degré toutes celles qui com-
posent la justice chrétienne. Il avoit un
zéle universel & également vif à s'acquit-
ter de toutes ses obligations en géneral,
& de chacun d'elles en particulier.
n est aucun trait de sa vie qui ne soit
édifiant, & qui ne concoure à justifier l'i-
dée que je donne de ce grand Prélat.
Le Livre dont nous venons de parler,
nous en rappelle un autre, intitulé: Me-
moires pour servir à l'éloge de Jean de Pins
Evenque de Rieux, célebre par ses Ambassa-
des, avec un Recueil de plusieurs de ses
Lettres. A Avignon, chez Chabrier. Un
volume in-12.
Il n'y a proprement m recherches, ni
discussions, ni style dans cet ouvrage; on
y parle des négociations de Jean de Pins,
sans avoir étudié le siécle où vivoit cet
homme célébre, & de ses travaux littérai-
res, sans aucune connoissance des Livres.
Si cette production pouvoit inspirer de
la curiosité, on devineroit au ton qui y
regne, les inclinations & les occupations
de l'Auteur, qui nous est tout-à-fait in-
connu. Ce que nous venons de dire, sus-
fira pout constater l'existence des Mémoi-
tes pour servir a l'éloge de Jean de Pins,
iues
120 MERCUREDE FRANCE.
si quelqu'un s'avisoit un jout de la con-
tester.
Evêque & Prince de Genève. A Paris,
chez Michel Lambert, rue Saint Jacques,
1751, in. 12. Un volume.
On trouvera dans la vie de ce saint
Evêque, mort en 1734, tout ce qui peut
entretenir la piété: des vertus, des ac-
tions miraculeuses, des entrepises utiles
au salut des ames, beaucoup de zéle, un
grand désintéressement, & une constance
a toute épreuve. L'Auicur, M. Boudet,
113
1752.
FEVRIER.
Chanoine Régulier de Saint Antoine, a
écrit tant de choses édifiantes, avec le na-
turel & l'onction convenables à ces sortes
d'ouvrages. On jugera de son style par le
portrait qu'il fait du respectable Prélat.
Il avoit la taille haute & déliée, la
physionomie noble, les yeux vifs & le
teint vermeil. Les traits de son visage
étoient assez réguliers, excepté qu'il avoit
le nés un peu relevé, & même une na-
rine plus ouverte que l'autre, d'où il pre-
noit quelquefois occasion de s'humilier.
Il se tenoit toujours fort droit, ce qui lui
donnoit un air grave & majestueux, quoi-
qu'éloigné de toute affectation.
Un tempérament fort & robuste le
mettoit en état de résister aux plus grands
travaux, mais son extrême vivacité l'au-
roit rendu sujet à la colére, s'il ne s'étoit
fait des violences continuelles pour se cor-
riger de ce défaut. Cette impétuosité natu-
relle ne venoit point chez lui d'un fond
d'orgueil & d'amour propre, comme il ar-
rive ordinairement; il étoit au contraire
humble & modeste. L'élevation de ses
sentimens lui faisoient regarder l'estime
de soi-même, & l'enflure du cœeur, com-
me une vérite ble bassesse. C'étoit l'amour
de l'ordre & le zéle, qui produisoient en
lui un empressement & une inquiétude
ed by Go
114 MERCUR DE FRANCE.
surprenante, lorsque quelques obstacles
s'opposoient à ses bons desseins. C'est de
quoi il est aisé de se convaincre, si l'on
fait attention que M. Bernex na jamais
été sensible aux injures personnelles. La
multiplicité des affaires, & les contretems
qui survenoient, étoient la seule cause de
son chagrin.
De-la vient qu'il trouvoit souvent de
la difficulté à garder une régle fixe dans
ses occupations journalieres, rien n'é-
tant plus opposé à son caractère, que l'in-
constance & la legereté, dont quelques
personnes peu équitables ont voulu le ta-
xet: il doit passer pour constant que cer-
te irrégularité apparente étoit l'effet de
l'application qu'il apportoit à tout ce qu'il
faisoit, & de l'envie qu'il avoit de rem-
plir par lui-même tous ses devoirs dans
la plus grande perfection. Il quittoit avec
peine un ouvrage commencé, parce qu'il
craignoit qu'en le differant, il ne fût
obligé d'entamer le tems destiné à d'au-
tres opérations. Ainsi c'étoit moins M. de
Bernex qui manquoit au tems & à l'heu-
re, que le tems même qui lui manquoit,
& qui ne pouvoit suffire au détail immen-
se de sa Charge.
Son esprit aussi élevé que solide, ai-
moit à former de grandes entreprises. Les
FEVRIER. 1752. 115
difficulrés, loin de l'étonner, ne servoient
qu'à enflammer son courage. Il trouvoit
des ressources dans son génie & dans ses
manieres pleines de franchise & de poli-
tesse, qui lui gagnoient le cœur de ceux
avec qui il avoit à traiter; mais comme
l'intéret de la gloire de Dieu étoit le seul
objet qu'il eût en vue, il comptoit plus sur
le secours d'en haut, que sur les moyens
que la prudence lui suggeroit: l'expé-
rience lui avoit appris qu'on n'espére ja-
mais en vain au Seigneur.
Cette confiance en Dieu le rendoit
constant & intrépide dans les circonstan-
ces les plus critiques. Le devoir étoit son
unique régle; nulles considérations hu-
maines ne pouvoient l'engager à mollir,
quand il s'agissoit de l'observation de la
loi. Il a souvent montré, en luttant con-
tre le crédit & l'autorité, & en méprisant
les menaces des Grands qui vouloient
l'intimider, qu'il étoit incapable de tra-
hir sa conscience & l'honneur de son mi-
nistére. Au reste la fermeté de M. Bernex
n'étoit point ennemie de la complaisance
& des ménagemens, lorsque la nature des
affaires paroissoit l'exiger. Naturellement
porté à la condescendance, il n'étoit severe
que par nécessité, & personne n'a porté plus
loin que lui l'esprir & le talent de la con-
ciliation.
0
116 MERCURE DEFRANCE.
Il avoit le sens droit & la conception
aisée. Sa mémoire n'étoit pas si heureuse,
mais l'application & l'assiduité au travail
en firent un Théologien profond, & un
scavant Canoniste. Ses discours & ses
Lettres Pastorales, dont j'at rapporté
quelques morceaux dans le cours de cette
Histoire, sont une preuve de son élo-
quence & de son érudition. On voit qu'il
faisoit moins de cas des graces du style que
de la solidité du raisonnement. La mul
titude & la continuité de ses autres occu-
pations, l'empêchoient de polit la plû-
part de ses ouvrages, surtout ceux qui
n'étoient pas destinés à l'impression; de-
là vient la difference qui se trouve entre
les uns & les autres. M. de Bernex re-
cueilloit avec soin tout ce qu'il tencon-
troit de remarquable dans ses lectures,
pout s'en servir dans l'occasion; c'est ce
qui a produit ces volumes immenles que
l'on a trouvé dans son Cabinet écrit de sa
main. Il est étonnant qu'il ait pû tant
lire & tant écrire, malgré l'attention
exacte qu'il apportoit à remplit tous ses
devoirs. On ne peut expliquet cette énig.
me, qu'en se rappellant que ce Prélat
mettoit à profit tous les instans, sans ja-
mais se permettre aucun autre délasse-
ment, que celui qui se trouve dans les
changemens d'occupation.
30
117
FEVRIER. 1752.
M. de Bernex étoit aussi recommanda-
ble par les qualités du cœur, que par cel-
les de l'esptit. Sensible aux douleurs de
l'amitié, il en observoit fidélement tous
les devoirs. Il avoit beaucoup de tendres-
se pour ses proches, & mettoit tous ses
soins à conserver entr'eux la paix & l'u-
nion. Ses domestiques le regardoient plu-
tôt comme un pere, que comme un maî-
tre. Il traitoit ses Aumôniers, & en gé-
néral tous les Ecclésiastiques, avec une
bonté qui les charmoit. Affable & pré-
venant, il se croyoit assez récompensé
par le seul plaisir de faire du bien. Lors-
qu'on recouroit à lui, on étoit assuré d'y
trouver des secours prompts & efficaces.
Il n'a jamais souhaité des richesses, que
pour en faire part aux malheureux, en fa-
veur desquels il se privoit souvent du né-
cessaire. Quand on l'avoit obligé, &
qu'il pouvoit en témoigner sa reconnois-
sance, elle alloit toujours au-delà des
bienfaits. Tous ses procédés étoient no-
bles & généreux, ses manières douces &
polies, sa conversation, quoique sérieuse
& grave, ne laissoit pas de devenir aussi
amusante qu'utile, par les traits curieux
& édifians que lui fournissoient ses lec-
tures.
L'assemblage de tant de belles qualités,
a
SIS MERCUREDEFRANCE.
n'est pas ce qui fait la principale gloire
de M. de Bernex. Les vertus chrétiennes
qu'il a constamment pratiquées pendant
le cours d'une longue vie, lui donnent
incomparablement plus de droit à notre
estime. Né avec un goût décidé pour la
piété, soutenu & perfectionné par les
leçons & par les exemples de sa mere &
de son ayeule, il se forma dans la retraite
aux fonctions du ministére sacré, auquel
Dieu l'appella par une suite de prodiges.
Il apprit à commander, en observant fidé-
lement les loix de l'obéissance, dans l'état
de Chanoine Régulier de l'Ordre de Saint
Antoine. C'est la que partageant son loi-
sit entre l'étude des saintes Lettres & l'e-
xercice de la priere, il se fit un fond de
science & de vertu, capable de four nir
aux besoins d'un Diocése très-vaste & très-
difficile à gouverner. Pénétré de la gran-
deur & de l'étendue de ses devoirs, il
sappliqua à les remplir, en imitant la
conduite de ses Prédécesseurs, surtout de
Saint François de Sales, & du célébre
Jean d'Arenthon d'Alex. Le succès de cet-
te application a été tel, qu'on ne croit
pas qu'il y ait de la témérité à le propo-
set à son tour, comme un modéle à sui-
vre dans les differens états où il a vêcu.
Il seroit difficile à décider quelle est
119
FEVRIER. 1752.
la vertu qui a le plus brillé dans sa con-
duite & dans ses moeurs; car il possédoit
dans un haut degré toutes celles qui com-
posent la justice chrétienne. Il avoit un
zéle universel & également vif à s'acquit-
ter de toutes ses obligations en géneral,
& de chacun d'elles en particulier.
n est aucun trait de sa vie qui ne soit
édifiant, & qui ne concoure à justifier l'i-
dée que je donne de ce grand Prélat.
Le Livre dont nous venons de parler,
nous en rappelle un autre, intitulé: Me-
moires pour servir à l'éloge de Jean de Pins
Evenque de Rieux, célebre par ses Ambassa-
des, avec un Recueil de plusieurs de ses
Lettres. A Avignon, chez Chabrier. Un
volume in-12.
Il n'y a proprement m recherches, ni
discussions, ni style dans cet ouvrage; on
y parle des négociations de Jean de Pins,
sans avoir étudié le siécle où vivoit cet
homme célébre, & de ses travaux littérai-
res, sans aucune connoissance des Livres.
Si cette production pouvoit inspirer de
la curiosité, on devineroit au ton qui y
regne, les inclinations & les occupations
de l'Auteur, qui nous est tout-à-fait in-
connu. Ce que nous venons de dire, sus-
fira pout constater l'existence des Mémoi-
tes pour servir a l'éloge de Jean de Pins,
iues
120 MERCUREDE FRANCE.
si quelqu'un s'avisoit un jout de la con-
tester.
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5
p. 38
INSCRIPTION, pour être mise sur le Mausolée de M. DE CRÉBILLON, annoncé dans le dernier Mercure.
Début :
D'UN célébre Ecrivain regretable à jamais, [...]
Mots clefs :
Célèbre, Écrivain, Paix, Roi, Crébillon
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texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTION, pour être mise sur le Mausolée de M. DE CRÉBILLON, annoncé dans le dernier Mercure.
INSCRIPTION , pour être miſe ſur
le Maufolée de M. DE CRÉBILLON
annoncé dans le dernier Mercure.
D'UN célébre Ecrivain regretable à jamais ,
De Crébillon la cendre ici repofe en paix.
Entre le fublime & le tendre
Il choifit le feul ton que , malgré leurs talens ,
Ses deux Devanciers excellens
N'avoient ni pris , ni peut-être ofé prendre.
Louis dont la bonté porte au loin fes regards ,
En Roi difpenfateur & foigneux de la gloire
De ceux qui , fous fon Régne , honorent les
Beaux-Arts ,
Veut que ce Monument confacre fa mémoire.
PIRON.
POSUIT
Regalium Præfectus Edificiorum
Marchio DE MARIGNY.
Jubente Principe ,
Plaudente Patria
Et
Invidia fremente.
le Maufolée de M. DE CRÉBILLON
annoncé dans le dernier Mercure.
D'UN célébre Ecrivain regretable à jamais ,
De Crébillon la cendre ici repofe en paix.
Entre le fublime & le tendre
Il choifit le feul ton que , malgré leurs talens ,
Ses deux Devanciers excellens
N'avoient ni pris , ni peut-être ofé prendre.
Louis dont la bonté porte au loin fes regards ,
En Roi difpenfateur & foigneux de la gloire
De ceux qui , fous fon Régne , honorent les
Beaux-Arts ,
Veut que ce Monument confacre fa mémoire.
PIRON.
POSUIT
Regalium Præfectus Edificiorum
Marchio DE MARIGNY.
Jubente Principe ,
Plaudente Patria
Et
Invidia fremente.
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Résumé : INSCRIPTION, pour être mise sur le Mausolée de M. DE CRÉBILLON, annoncé dans le dernier Mercure.
L'inscription pour le mausolée de Crébillon, annoncée dans le Mercure, honore un écrivain célèbre. Elle souligne son style unique entre le sublime et le tendre, jamais adopté par ses prédécesseurs. Le roi Louis, par bonté et souci de la gloire des artistes, souhaite perpétuer sa mémoire. Le marquis de Marigny, préfet des bâtiments du roi, pose l'inscription avec l'approbation du prince et l'acclamation de la patrie.
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