Résultats : 21474 texte(s)
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15801
s. p.
ODE SUR LA PAIX.
Début :
UN léger Tourbillon, prémices des orages, A peine de Cérès fait courber les épis, [...]
Mots clefs :
Paix, Europe, Humanité, Mars, Guerre, Mercure, Glaive, Mort, Louis
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texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA PAIX.
ODE SUR LA PAIX .
UN léger Tourbillon , prémices des orages ,
A peine de Cérès fait courber les épis ,
Qu'il vole fur les mers éveiller les naufrages
Et les flots affoupis.
C'eft ainfi que voilant fa funefte origine ,
La Guèrre , qui dans l'ombre alluma fes fambeaux
,
II. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Vint changer tout-à- coup nos Palais en ruine ,
Et la Tèrre en tombeaux.
J'aivuMars, jeཏུ མl'ai vû, des fommets du Rodope ,
Précipiter fon char & les courfiers fougueux ;
Je t'ai vue , ô Bellone ! épouvanter l'Europe
Detes cris belliqueux .
Ah ! périffe le jour où la Sprée infultante ,
Pareille à ces torrens échappés de l'Etna ,
Vint choquer fa rivale , éperdue & tremblante ,
Aux rochers de Pyrna . *
*
Depuis ce jour fanglant , ô que de jours funeftes
Ont épuifé fur nous leurs tragiques horreurs ,
Les crimes , les revers , les vengeances céleſtes ,
Et nos propres fureurs.
Organe de la Mort , la trompette éffrayante
Appelloit aux combats & la Tèrre & les Mers ;
Et l'Amérique a vû l'Europe foudroyante
Tonner dans les déferts.
Alors furent changés en glaives homicides
Le foc de Triptolème & la faulx de Cérès :
Aux yeux du Laboureur le char des Euménides
Sillonna les guérêts.
Sept fois l'Eté brûlant , fept ois l'humide
tomne ,
* Invafion en Saxe.
JANVIER. 1763. 7
Sept fois le fombre Hyver entouré de glaçons ,
Vit l'affreufe Atropos faire aux champs de Bellone
D'éffroyablesmoillons.
Eh ! pourquoi de la Mort précipiter les aîles ?
La tombe eſt-elle encor trop loin de nos berceaux ?
Malheureux ! eft- ce à nous que les Parques cruelles
Ont remis leurs ciſeaux ?
Mortel , que veut ce glaive en tes mains fanguinaires
?
Menace-t-il le fein des Tigres dévorans ?
Quoi ! l'Homme égorge l'Homme , affaffins mercenaires
Vendus aux Conquérans !
O fainte Humanité ! quel fpectacle fauvage
Offre à tes yeux en pleurs ce Globe malheureux ,
Tous ces fleuves de fang , ces plaines de carnage,
Et ces piéges de feux !
Sans doute Néméfis , en fes profondes nues ,
Accumulant fur nous les orages du Sort ,
Lança de toutes parts ces fléches inconnues
Au carquois de la Mort.
Affez & trop long- temps ont roulé fur nos têtes
Tous ces globes de fer qui brifent les remparts ;
Trop long- temps ont regné les homicides fêtes ,
Les jeux fanglans de Mars.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Que ces Bouches de feux ouvertes au carnage ,
Que ces Monftres d'airain fe taifent pour jamais ;
Ou grondent fans fureur , expiant leur ravage ,
Aux fêtes de la Paix .
Telle après les éclats d'un horrible tonnèrre ,
Sur les reftes grondans d'un nuage enflammé ,
La bienfaiſante Iris vient apprendre à la Tèrre
Que l'Olympe eft calmé.
Rois , enfans des Dieux , imitez leur clémence !
Un thrône bienfaiſant eft rival des autels :
Etouffez des combats la fatale femence ,
Epargnez les Mortels.
Paſteurs des Nations que le Ciel vous confie ,
Quittez ce titre augufte , ou rendez-nous heureux ;
Mais l'orgueil des Héros fouvent nous facrifie
A fes coupables voeux.
Zh !qui peut envier une palme fragile ,
S'il faut , pour la cueillir , enfanglanter fes mains ?
LOUIS , ton coeur préfére à fon éclat ſtérile
Le bonheur des Humains.
Ton Miniftre fidéle , & que Minerve inſpire ,
Va réparer de Mars les finiftres revers ;
Le moment qui rendra la Paix à ton Empire,
La rend à l'Univers .
JANVIER. 1763 . 9
Quel Mécène nouveau , jaloux de ſa mémoire ,
Raffermira des Arts les autels chancelans ?
CHOISEUL , ce fera toi ; tout Amant de la Gloire
Eft Ami des Talens.
O PAIX , divine Paix fi long-temps implorée ,
Prends du haut de l'Olympe un favorable éffor !
Et fur le front fanglant de l'Europe éplorée ,
Fixe tes aîles d'or !
Tes mains de l'Océan nous ouvrent les barrières ;
Ces Pins navigateurs , amis des Matelots ,
Vont deſcendre à ta voix de leurs forêts altières ,
Pour traverser les flots.
Par les noeuds du Commerce embraſſe les deux
Mondes ;
Et des climats de l'Inde aux rives du Boetis ,
Guide nos pavillons fur les vagues profondes
De l'immenfe Thétis.
Tes regards ont calmé l'orageuſe Angleterre ;
Les Peuples du Soleil , enfans des vaſtes Eaux ,
Ne verront plus fortir & la foudre & la guèrre
Des flancs de ſes vaiffeaux.
Aux deux Mondes rivaux donne un juſte équilibre,
Rends les Peuples heureux & les Rois citoyens :
Exile tous les maux ; le bonheur d'être libce
Eft le premier des biens.
1
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Eh ! peux-tu , fans pitié voir un or tyrannique
De l'Africain fervile acheter les malheurs?
L'Humanité qu'outrage un abus politique
Te préfente fes pleurs.
Des enfans du Niger affranchis le rivage ;
De la Nature entin ofe venger les droits :
Fais que l'Humanité , briſant leur esclavage ,
Signe aux Traités des Rois .
L'Univers te rappelle , aimable Fugitive ;
Enchaîne la Difcorde aux Autels dé Janus :
Brife les noirs Cyprès , & joins ta douce olive
Aux myrthes de Vénus .
De pampres & de fleurs tu couronnes la Tèrre ;
Les Bergers conduiront leurs paifibles troupeaux ,
Où Mars tendit fes camps , où grondoit fon tonnèrre
,
Où flottoient fes drapeaux.
O que
de fils rendus à leurs mères tremblantes !
Que d'époufes en pleurs reverront leurs époux ,
* M. de Montefquieu , ce Légiflateur de l'Humanité
, dit au fujet de la Traite des Négres :
» Ne viendrait il pas dans la tête des Princes
» d'Europe qui font entr'eux tant de conven-
> tions , d'en faire une générale en faveur de la
>> miféricorde & de la pitié ? Liv . 15. chap . 5. de
"Efprit des Loix.
JANVIER. 1763 . II
Et ne pâliront plus aux nouvelles fanglantes
De Bellone en courroux !
Ta fouris & de Mars domptant la fière audace
Tu vois fuir les combats devant tes yeux fereins
Ton afpect fait tomber la guèrre & la menace
Du front des Souverains.
Ainfi , quand les Zéphyrs , fur leur aile fleurie ,
Raménent l'Alcyon , doux efpoir des Nochers ,
Le flot grondant s'appaife , & roule fans furie
Du fommet des rochers.
UN léger Tourbillon , prémices des orages ,
A peine de Cérès fait courber les épis ,
Qu'il vole fur les mers éveiller les naufrages
Et les flots affoupis.
C'eft ainfi que voilant fa funefte origine ,
La Guèrre , qui dans l'ombre alluma fes fambeaux
,
II. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Vint changer tout-à- coup nos Palais en ruine ,
Et la Tèrre en tombeaux.
J'aivuMars, jeཏུ མl'ai vû, des fommets du Rodope ,
Précipiter fon char & les courfiers fougueux ;
Je t'ai vue , ô Bellone ! épouvanter l'Europe
Detes cris belliqueux .
Ah ! périffe le jour où la Sprée infultante ,
Pareille à ces torrens échappés de l'Etna ,
Vint choquer fa rivale , éperdue & tremblante ,
Aux rochers de Pyrna . *
*
Depuis ce jour fanglant , ô que de jours funeftes
Ont épuifé fur nous leurs tragiques horreurs ,
Les crimes , les revers , les vengeances céleſtes ,
Et nos propres fureurs.
Organe de la Mort , la trompette éffrayante
Appelloit aux combats & la Tèrre & les Mers ;
Et l'Amérique a vû l'Europe foudroyante
Tonner dans les déferts.
Alors furent changés en glaives homicides
Le foc de Triptolème & la faulx de Cérès :
Aux yeux du Laboureur le char des Euménides
Sillonna les guérêts.
Sept fois l'Eté brûlant , fept ois l'humide
tomne ,
* Invafion en Saxe.
JANVIER. 1763. 7
Sept fois le fombre Hyver entouré de glaçons ,
Vit l'affreufe Atropos faire aux champs de Bellone
D'éffroyablesmoillons.
Eh ! pourquoi de la Mort précipiter les aîles ?
La tombe eſt-elle encor trop loin de nos berceaux ?
Malheureux ! eft- ce à nous que les Parques cruelles
Ont remis leurs ciſeaux ?
Mortel , que veut ce glaive en tes mains fanguinaires
?
Menace-t-il le fein des Tigres dévorans ?
Quoi ! l'Homme égorge l'Homme , affaffins mercenaires
Vendus aux Conquérans !
O fainte Humanité ! quel fpectacle fauvage
Offre à tes yeux en pleurs ce Globe malheureux ,
Tous ces fleuves de fang , ces plaines de carnage,
Et ces piéges de feux !
Sans doute Néméfis , en fes profondes nues ,
Accumulant fur nous les orages du Sort ,
Lança de toutes parts ces fléches inconnues
Au carquois de la Mort.
Affez & trop long- temps ont roulé fur nos têtes
Tous ces globes de fer qui brifent les remparts ;
Trop long- temps ont regné les homicides fêtes ,
Les jeux fanglans de Mars.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Que ces Bouches de feux ouvertes au carnage ,
Que ces Monftres d'airain fe taifent pour jamais ;
Ou grondent fans fureur , expiant leur ravage ,
Aux fêtes de la Paix .
Telle après les éclats d'un horrible tonnèrre ,
Sur les reftes grondans d'un nuage enflammé ,
La bienfaiſante Iris vient apprendre à la Tèrre
Que l'Olympe eft calmé.
Rois , enfans des Dieux , imitez leur clémence !
Un thrône bienfaiſant eft rival des autels :
Etouffez des combats la fatale femence ,
Epargnez les Mortels.
Paſteurs des Nations que le Ciel vous confie ,
Quittez ce titre augufte , ou rendez-nous heureux ;
Mais l'orgueil des Héros fouvent nous facrifie
A fes coupables voeux.
Zh !qui peut envier une palme fragile ,
S'il faut , pour la cueillir , enfanglanter fes mains ?
LOUIS , ton coeur préfére à fon éclat ſtérile
Le bonheur des Humains.
Ton Miniftre fidéle , & que Minerve inſpire ,
Va réparer de Mars les finiftres revers ;
Le moment qui rendra la Paix à ton Empire,
La rend à l'Univers .
JANVIER. 1763 . 9
Quel Mécène nouveau , jaloux de ſa mémoire ,
Raffermira des Arts les autels chancelans ?
CHOISEUL , ce fera toi ; tout Amant de la Gloire
Eft Ami des Talens.
O PAIX , divine Paix fi long-temps implorée ,
Prends du haut de l'Olympe un favorable éffor !
Et fur le front fanglant de l'Europe éplorée ,
Fixe tes aîles d'or !
Tes mains de l'Océan nous ouvrent les barrières ;
Ces Pins navigateurs , amis des Matelots ,
Vont deſcendre à ta voix de leurs forêts altières ,
Pour traverser les flots.
Par les noeuds du Commerce embraſſe les deux
Mondes ;
Et des climats de l'Inde aux rives du Boetis ,
Guide nos pavillons fur les vagues profondes
De l'immenfe Thétis.
Tes regards ont calmé l'orageuſe Angleterre ;
Les Peuples du Soleil , enfans des vaſtes Eaux ,
Ne verront plus fortir & la foudre & la guèrre
Des flancs de ſes vaiffeaux.
Aux deux Mondes rivaux donne un juſte équilibre,
Rends les Peuples heureux & les Rois citoyens :
Exile tous les maux ; le bonheur d'être libce
Eft le premier des biens.
1
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Eh ! peux-tu , fans pitié voir un or tyrannique
De l'Africain fervile acheter les malheurs?
L'Humanité qu'outrage un abus politique
Te préfente fes pleurs.
Des enfans du Niger affranchis le rivage ;
De la Nature entin ofe venger les droits :
Fais que l'Humanité , briſant leur esclavage ,
Signe aux Traités des Rois .
L'Univers te rappelle , aimable Fugitive ;
Enchaîne la Difcorde aux Autels dé Janus :
Brife les noirs Cyprès , & joins ta douce olive
Aux myrthes de Vénus .
De pampres & de fleurs tu couronnes la Tèrre ;
Les Bergers conduiront leurs paifibles troupeaux ,
Où Mars tendit fes camps , où grondoit fon tonnèrre
,
Où flottoient fes drapeaux.
O que
de fils rendus à leurs mères tremblantes !
Que d'époufes en pleurs reverront leurs époux ,
* M. de Montefquieu , ce Légiflateur de l'Humanité
, dit au fujet de la Traite des Négres :
» Ne viendrait il pas dans la tête des Princes
» d'Europe qui font entr'eux tant de conven-
> tions , d'en faire une générale en faveur de la
>> miféricorde & de la pitié ? Liv . 15. chap . 5. de
"Efprit des Loix.
JANVIER. 1763 . II
Et ne pâliront plus aux nouvelles fanglantes
De Bellone en courroux !
Ta fouris & de Mars domptant la fière audace
Tu vois fuir les combats devant tes yeux fereins
Ton afpect fait tomber la guèrre & la menace
Du front des Souverains.
Ainfi , quand les Zéphyrs , fur leur aile fleurie ,
Raménent l'Alcyon , doux efpoir des Nochers ,
Le flot grondant s'appaife , & roule fans furie
Du fommet des rochers.
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Résumé : ODE SUR LA PAIX.
L'ode 'Sur la Paix' décrit les ravages de la guerre et appelle à la paix. Elle commence par comparer les prémices des orages et leurs dangers à la guerre, qui détruit tout sur son passage. L'auteur évoque Mars et Bellone, déesses de la guerre, semant la terreur en Europe. Il rappelle un jour funeste où la Sprée, en crue, a causé des ravages, symbolisant les conflits destructeurs. Depuis ce jour, de nombreux jours funestes ont épuisé leurs horreurs sur l'humanité, avec des crimes, des revers, des vengeances célestes et des fureurs humaines. La trompette de la mort appelait aux combats sur terre et sur mer, et l'Amérique a vu l'Europe foudroyante tonner dans les déserts. Les outils de paix, comme le soc de Triptolème et la faucille de Cérès, ont été transformés en armes meurtrières. Pendant sept étés, sept automnes et sept hivers, la guerre a ravagé les champs de bataille. L'auteur dénonce les hommes qui s'entretuent, devenus des mercenaires au service des conquérants. L'humanité est présentée comme un spectacle sauvage, avec des fleuves de sang et des plaines de carnage. Némésis, déesse de la vengeance, a accumulé les malheurs sur l'humanité. Les armes de guerre, comme les bouches à feu et les monstres d'airain, doivent se taire pour toujours ou expié leur ravage lors des fêtes de la paix. L'auteur appelle les rois à imiter la clémence des dieux et à étouffer la semence des combats. Il loue le roi Louis et son ministre Choiseul pour leurs efforts en faveur de la paix. La paix est comparée à Iris, qui annonce la fin de l'orage après un tonnerre. L'ode se termine par un appel à la paix, qui doit ouvrir les barrières de l'Océan et embrasser les deux mondes par les nœuds du commerce. La paix doit calmer les conflits, rendre les peuples heureux et les rois citoyens, et exiler tous les maux. L'auteur dénonce également l'esclavage et appelle à l'affranchissement des peuples opprimés. La paix doit enchaîner la discorde et couronner la terre de pampres et de fleurs, permettant aux bergers de conduire leurs troupeaux en paix.
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15802
p. 11
VERS envoyés à Madame la Marquise de P **, avec l'Ode sur la Paix.
Début :
Il fut une Déesse aimable Qui permit aux Beaux-Arts de lui faire la cour. [...]
Mots clefs :
Fable, Minerve, Beaux-arts
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texteReconnaissance textuelle : VERS envoyés à Madame la Marquise de P **, avec l'Ode sur la Paix.
VERS envoyés à Madame la Marquife
de P ** , avec l'Ode fur la Paix.
Il fut une Déeffe aimable L
Qui permit aux Beaux- Arts de lui faire la cour.
C'étoit Minerve , à ce que dit la Fable ;
***
de P ** , avec l'Ode fur la Paix.
Il fut une Déeffe aimable L
Qui permit aux Beaux- Arts de lui faire la cour.
C'étoit Minerve , à ce que dit la Fable ;
***
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15803
p. 11-13
ÉTRENNE à Madame de M ***.
Début :
DANS ces jours de fadeur, de fausseté, d'ennui,Chacun à l'envi vous présente [...]
Mots clefs :
Rimer, Madrigal, Chien, Plaisir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉTRENNE à Madame de M ***.
ETRENNE à Madame de M ***
DANS ANS ces jours de fadeur , de faulleté, d'ennui,
Chacun à l'envi vous prétente
Quelque inutilité brillante
Que très- atilement pour luit
L'industrieux Dulacq invente.
A vi
12 MERCURE DE FRANCE .
Peut-ètre aufli quelqu'un vous offre- t- il des vers ;
Car le talent aifé de rimer fans génie,
De mille honnêtes gens eft le commun travers .
Moi-même j'ai par fois cette froide manie:
Cependant n'en redoutez rien .
J'ai fait un Madrigal , mais c'eſt pour votre chien.
A MEDOR.
Chien favori d'une Vénus- Minerve ,
A qui le Ciel prodigua fans réferve
Le don de plaire & celui d'éclairer ,
Reçois avec mes voeux ces bonbons pour Etrenne,
Et compte que pour t'en bourrer ,
J'en aurai toujours poche pleine ;
Mais j'ai besoin de ton fecours :
Tu fçais te faire entendre à ta belle maîtreffe.
Pour la rendre attentive invente quelques tours ;
Puis remuant la queue en figne de careſſe ,
D'un air tendre & flateur jappe - lui ce Difcours :
Vous qui fçavez unir par un rare aſſemblage
La vérité des fentimens ,
Et la candeur du premier âge
A tout l'efprit des derniers temps !
Celui qui près de vous follicite mon zéle ,
Eft foumis , attaché , fidéle ;
Son mérite eft d'aimer ; c'eſt auffi tout le mien :
Traitez- le comme votre chien.
AUTRE A GLY CERE .
Voici les voeux que mon coeur forme :
JANVIER. 1763. 13
Le bonheur de Glycère eft mon premier defir ;
Que fans opium elle dorme ;
Que l'affreufe douleur ne vienne plus faifir
Un corps charmant dont à plaifir
Les Grâces ont moulé la forme.
Dieux , épuifez fur moi toute votre rigueur ,
Mais ne déchirez plus une fi belle trame ;
Ne livrez point à la douleur
Des jours que le plaifir reclame.
Si Glycère pouffe an ſoupir ,
Que ce loupir pouflé foit enfant du defir.
S'il échappe des pleurs à l'aimable Glycère ,
Que ce foit le Dieu de Cythère
Qui mouille fes beaux yeux des larmes du plaifir.
Toi qui feras couler ces précieuſes larmes ,
Mortel favorifé des Dieux ,
Je t'enviraî , fans doute un fort fi plein de charmes !
N'importe , fois-en digne , & je mourrai joieux.
Je connois le coeur de Glycère :
Mais s'il fe peut , qu'un tel coeur foit à toi .
Tu fauras mieux que moi lui plaire ;
Puiffes-tu l'aimer comme moi ! ..
DANS ANS ces jours de fadeur , de faulleté, d'ennui,
Chacun à l'envi vous prétente
Quelque inutilité brillante
Que très- atilement pour luit
L'industrieux Dulacq invente.
A vi
12 MERCURE DE FRANCE .
Peut-ètre aufli quelqu'un vous offre- t- il des vers ;
Car le talent aifé de rimer fans génie,
De mille honnêtes gens eft le commun travers .
Moi-même j'ai par fois cette froide manie:
Cependant n'en redoutez rien .
J'ai fait un Madrigal , mais c'eſt pour votre chien.
A MEDOR.
Chien favori d'une Vénus- Minerve ,
A qui le Ciel prodigua fans réferve
Le don de plaire & celui d'éclairer ,
Reçois avec mes voeux ces bonbons pour Etrenne,
Et compte que pour t'en bourrer ,
J'en aurai toujours poche pleine ;
Mais j'ai besoin de ton fecours :
Tu fçais te faire entendre à ta belle maîtreffe.
Pour la rendre attentive invente quelques tours ;
Puis remuant la queue en figne de careſſe ,
D'un air tendre & flateur jappe - lui ce Difcours :
Vous qui fçavez unir par un rare aſſemblage
La vérité des fentimens ,
Et la candeur du premier âge
A tout l'efprit des derniers temps !
Celui qui près de vous follicite mon zéle ,
Eft foumis , attaché , fidéle ;
Son mérite eft d'aimer ; c'eſt auffi tout le mien :
Traitez- le comme votre chien.
AUTRE A GLY CERE .
Voici les voeux que mon coeur forme :
JANVIER. 1763. 13
Le bonheur de Glycère eft mon premier defir ;
Que fans opium elle dorme ;
Que l'affreufe douleur ne vienne plus faifir
Un corps charmant dont à plaifir
Les Grâces ont moulé la forme.
Dieux , épuifez fur moi toute votre rigueur ,
Mais ne déchirez plus une fi belle trame ;
Ne livrez point à la douleur
Des jours que le plaifir reclame.
Si Glycère pouffe an ſoupir ,
Que ce loupir pouflé foit enfant du defir.
S'il échappe des pleurs à l'aimable Glycère ,
Que ce foit le Dieu de Cythère
Qui mouille fes beaux yeux des larmes du plaifir.
Toi qui feras couler ces précieuſes larmes ,
Mortel favorifé des Dieux ,
Je t'enviraî , fans doute un fort fi plein de charmes !
N'importe , fois-en digne , & je mourrai joieux.
Je connois le coeur de Glycère :
Mais s'il fe peut , qu'un tel coeur foit à toi .
Tu fauras mieux que moi lui plaire ;
Puiffes-tu l'aimer comme moi ! ..
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Résumé : ÉTRENNE à Madame de M ***.
Le texte est une lettre poétique adressée à Madame de M***, exprimant des vœux pour la nouvelle année. L'auteur critique les cadeaux inutiles et les vers sans génie souvent offerts en cette période. Il mentionne avoir écrit un madrigal destiné au chien de Madame de M***, nommé Médor. Ce poème loue les qualités de son maître et exprime le souhait que Médor intercéde en faveur de l'auteur auprès de sa maîtresse. L'auteur souhaite que Madame de M*** soit heureuse et épargnée par la douleur. Il exprime également des vœux pour Glycère, espérant qu'elle connaisse le bonheur et que ses larmes soient celles du plaisir. L'auteur conclut en exprimant son envie que Glycère soit aimée et heureuse, même s'il n'est pas l'élu de son cœur.
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15804
p. 13-14
A Madame la Présidente CH ..... en lui envoyant la clef de l'Œuvre de S. Paul.
Début :
AIMABLE, vertueuse, & jeune Présidente Un Exmarguillier vous présente, [...]
Mots clefs :
Prières, Clef
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Madame la Présidente CH ..... en lui envoyant la clef de l'Œuvre de S. Paul.
A Madame la Préfidente CH ..... en lui
envoyant la clefde l'OEuvre de S. Paul.
AIMABLE , vertueuſe , & jeune Préſidente
Un Exmarguillier vous préſente ,
14 MERCURE DE FRANCE.
La clef de ces bancs deftinés
Aux notables prédestinés.
Vous y verrez Befeaux , Quêteurs, Marchands du
Temple ,
Et nos petits Bourgeois gonflés de Pains - benis ;
Mais fi tout , de trop près , dans le monde on
contemple ,
Tout jufques au plaifir entraîne les foucis.
Si d'un foible préfent vos mains reconnoiffantes
Faifoient verfer fur moi vos priéres ferventes ;
Cette clef qui chez moi n'eft pas d'un fort grand
prix ,
Me deviendra chez vous la clef du Paradis.
P. M. B....
envoyant la clefde l'OEuvre de S. Paul.
AIMABLE , vertueuſe , & jeune Préſidente
Un Exmarguillier vous préſente ,
14 MERCURE DE FRANCE.
La clef de ces bancs deftinés
Aux notables prédestinés.
Vous y verrez Befeaux , Quêteurs, Marchands du
Temple ,
Et nos petits Bourgeois gonflés de Pains - benis ;
Mais fi tout , de trop près , dans le monde on
contemple ,
Tout jufques au plaifir entraîne les foucis.
Si d'un foible préfent vos mains reconnoiffantes
Faifoient verfer fur moi vos priéres ferventes ;
Cette clef qui chez moi n'eft pas d'un fort grand
prix ,
Me deviendra chez vous la clef du Paradis.
P. M. B....
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Résumé : A Madame la Présidente CH ..... en lui envoyant la clef de l'Œuvre de S. Paul.
P. M. B., ancien marguillier, adresse une lettre à la présidente CH, qu'il admire pour sa jeunesse, son amabilité et sa vertu. Il lui offre la clé des bancs des notables, où elle verra divers personnages. Il la met en garde contre les dangers des plaisirs du monde et espère que ses prières transforment cette clé en clé du Paradis.
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15805
p. 14-15
LE MAQUIGNON, FABLE.
Début :
CHEZ un Maquignon mon voisin Je ne voyois jamais étriller que des rosses. [...]
Mots clefs :
Carrosses, Secret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE MAQUIGNON, FABLE.
LE MAQUIGNON,
FABLE.
CHEZ un Maquignon mon voifin
Je ne voyois jamais étriller que des roffes.
Cependant maint gens à carroffes
En achetoient foir & matin
Quel est votre fecret , dis - je au Maître Gonin ,
Pour vendre ainfi vos haridelles ?
J'ai , dit -il , magazin de houffes des plus belles ,
Je les leur jette fur le dos ,
Je les bride bien haut , en avant je les pouffe ,
JANVIER. 1763 . 15
Je manége vingt pas , elles plaifent aux Sots.
Que j'ai vû depuis ce propos ,
De roffes fous de belles houffes !
Par le même.
FABLE.
CHEZ un Maquignon mon voifin
Je ne voyois jamais étriller que des roffes.
Cependant maint gens à carroffes
En achetoient foir & matin
Quel est votre fecret , dis - je au Maître Gonin ,
Pour vendre ainfi vos haridelles ?
J'ai , dit -il , magazin de houffes des plus belles ,
Je les leur jette fur le dos ,
Je les bride bien haut , en avant je les pouffe ,
JANVIER. 1763 . 15
Je manége vingt pas , elles plaifent aux Sots.
Que j'ai vû depuis ce propos ,
De roffes fous de belles houffes !
Par le même.
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Résumé : LE MAQUIGNON, FABLE.
La fable 'Le Maquignon' décrit un maquignon vendant des chevaux de mauvaise qualité. Il les orne de housses élégantes, les bride haut et les fait marcher pour les rendre attrayants. L'observateur conclut en ayant vu de nombreux chevaux de mauvaise qualité ornés de belles housses, soulignant la tromperie par l'apparence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15806
p. 15-38
SUITE DES QUIPROQUO, NOUVELLE.
Début :
LA Marquise n'étoit point présente à ces propos ; Damon profita de son [...]
Mots clefs :
Marquise , Portrait, Chevalier, Peindre, Rivale, Ridicule, Jalousie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DES QUIPROQUO, NOUVELLE.
SUITE DES QUIPROQUO ,
L
NOUVELLE.
A Marquife n'étoit point préfente
à ces propos ; Damon profita de fon
abfence pour tirer Dorval à l'écart. Il
l'invite fimplement à fe rendre avec lui
à l'étoile fous quelques minutes. Je vais
t'y devancer , reprit ce dernier , fans'
être cependant , au fait du myftère . En
effet , il fortit l'inftant d'après . Damon
ne tarda pas à le fuivre. Tous deux fe
rejoignirent au lieu indiqué. L'air férieux
de Damon ne furprit point Dorval
; il ne lui en connoiffoit guères d'autre.
Comment va la nouvelle intrigue
lui dit- il ? ma foi , Comte , je t'en félicite
, ton choix ne pouvoit mieux tomber
que fur la Marquife. Elle te fera
faire plus de progrès en deux mois que
Lucile en deux ans. Mes progrès , répondit
féchement Damon , font encore
plus prompts que vous ne penfez ; j'ai
16 MERCURE DE FRANCE.
,
•
déja appris à difcerner un ami vrai d'a-.
vec un ami faux. Quoi ? repliqua Dorval
, un peu furpris du ton avec lequel
ces paroles avoient été prononcées
eft- ce à ces fortes d'inftructions que la
Marquife borne fes foins ? Laiffons-là
la Marquife , reprit Damon , avec encore
plus de hauteur , parlons de vos
procédés : ce n'eft pas la premiere fois
qu'ils me choquent ; mais je fonge à
m'en venger plutôt qu'à les définir.
Sçais-tu bien, Comte , ajouta Dorval
qu'à la fin ce ton m'ôteroit la liberté
& même la volonté de te défabufer ?
Peu m'importe , interrompit Damon
& d'ailleurs , ce feroit peine perdue ; je
fçais à quoi m'en tenir . Cherchons quelque
endroit plus écarté. Ils s'avancent
fans ancune fuite , & ne tardent pas à
trouver ce qui leur convient. Dorval qui
n'avoit qu'un feul ton pour toutes les
circonftances de la vie , n'en changea
point dans celle où il fe trouvoit . Il me
femble , difoit-il , voir renaître le fiécle
de nos anciens Preux : quand ils n'avoient
rien de mieux à faire , ils s'amufoient
à rompre une lance en l'honneur
de leurs Dames. Il eft vrai , pourſuivoit-
il , qu'un bras en écharpe eut toujours
des grâces aux yeux d'une Belle.
>
JANVIER. 1763 . 17
Ils s'arrêtent en un lieu qui leur paroît
propre à ce qu'ils méditent. Là ils mettent
l'épée à la main & fe battent avec
la même ardeur que s'ils euffent toujours
été ennemis. Ils s'étoient déja
bleffés l'un & l'autre, quand le Chevalier
de B..... arriva. Meffieurs , leur dit il ,
en les féparant , que fignifie cette fcène
? Ma foi , mon cher Chevalier ,
prit Dorval , je l'ignore : demande-le à
Damon ; peut - être le fçait-il . Damon
croyoit effectivement le fçavoir ; mais
il ne jugea pas à propos de s'expliquer.
Les deux prétendus rivaux avoient chacun
befoin des fecours d'un Chirurgien.
On en fait venir un chez le Suiffe
du Bois de Boulogne. Il panfa les
deux bleffés ; après quoi , l'un & l'autre
ayant envoyé ordre à leurs épuipages
d'avancer , chacun remonta dans le fien .
Le Chevalier accompagna Damon qu'il
jugeoit avoir été l'aggreffeur dans cette
affaire . Il lui fit encore quelques quef
tions inutiles pour en favoir le motif. II
conclud , enfin , que la jaloufie armoit
les deux rivaux l'un contre l'autre , &
que l'objet de cette jaloufie étoit la Marquife.
C'étoit du moins elle qui avoit foupçonné
la premiere le motif de leur for18
MERCURE DE FRANCE.
tie . Elle étoit fans qu'on le fçût , dans
un cabinet voifin , lorfque Damon avoit
parlé en fecret à Dorval ; elle avoit entendu
nommer le lieu du rendez -vous
& c'étoit à fa priére que le Chevalier
avoit fuivi les deux Champions. De-là
fon apparition fi fubite , & que ni Dorval
, ni Damon n'avoient pû prévoir.
Le Chevalier l'inftruifit de ce qui s'étoit
paffé , & lui fit part de fes conjectu
res. Le mot de combat l'éffraya d'abord.
Elle n'étoit pas de nos Coquettes qui
dans ces fortes d'occafions regardent la
mort d'un amant , comme une victime
offerte à leurs charmes, comme le triomphe
le plus réel de leur beauté. Le Che
valier la raffura , en lui apprenant que
les bleffures des deux rivaux n'étoient
pas dangereufes . Rien , au furplus , ne
pouvoit l'induire en erreur . Elle favoit
que Damon aimoit Lucile , elle favoit
qu'il etoit l'aggreffeur dans cette difpute.
Elle n'avoit qu'une crainte ; c'étoit que
la jaloufie de Damon ne fût point mal
fondée. Cependant , par un motif de
tracafferie , affez commun parmi les
›
femmes elle fit fécrettement informer
Cinthie de la difpute des deux amis. On
ajouta de plus , par fon ordre , que felon
toutes les apparences , la Marquife les
avoit rendus rivaux.
JANVIER. 1763. 19
A
Il eft facile de rendre jaloufe une
femme qui ne peut que difficilement réparer
fes pertes . Cinthie étoit dans le
cas. Lui enlever Dorval c'étoit lui ravir
Tout ce qui lui reftcit . Elle ne put déguifer
fon défefpoir , même aux yeux
de fa niéce. D'ailleurs elle diffimuloit
beaucoup moins avec Lucile , depuis
qu'elle la croyoit oubliée de Damon .
J'ajouterai même qu'elle avoit porté la
confiance envers elle à un point éxceffif.
Lucile s'amufoit à peindre en miniature
, & y réuffiffoit parfaitement . Cinthie
voulut qu'elle traçât de mémoire lè
Portrait de Dorval. Un prétexte affez
frivole vint à l'appui de cette demande.
Lucile fans approfondir fes vues , obéit
à fes ordres , & fongea à faire auffi
ufage de ce talent pour elle - même . Elle
fe trouvoit cependant encore plus hu
miliée que fa tante. Hélas ! difoit- elle
s'il eft vrai que Damon & Dorval s'étoient
querellés pour la Marquife , il
eft donc bien sûr que Damon ne fonge
plus à moi , qu'il me facrifie à cette rivale
! C'étoit pour accroître ce facrifice
que l'Ingrat vouloit fçavoir ce qui fè
paffoit dans mon coeur. Je lui en ai tû
la meilleure partie , & lui en ai trop dit
encore .
•
20 MERCURE DE FRANCE .
mon ,
Tandis que Lucile accufoit ainfi Dail
étoit lui-même partagé entre
les regrets d'avoir peut- être injuftement
querellé Dorval , & la crainte d'avoir
eu trop de raifon de le faire. La fiévre
l'avoit faifi & retardoit la guériſon de
fa bleffure . Dorval , au contraire fut
guéri de la fienne au bout de huit jours.
Il apprit l'état où étoit fon adverfaire
& en fut touché. Toute rancune étoir
bannie de fon âme , ou pour mieux dire
fon âme étoit incapable d'en conferver.
Il s'étoit battu avec Damon fans être fon
ennemi . Il réfolut de le fervir comme'
s'ils ne fe fuffent jamais battus , à le réconcilier
une feconde fois avec Lucile.
Ce font , difoit-il , deux enfans qui s'aiment
& qui fe boudent. Il faut avoir pi
tié de leur inexpérience , il faut les obliger
à s'entendre.
Dans ce deffein il ſe rend chez Cinthie
, à laquelle il fe propofoit de taire
la vraie caufe de fon abfence depuis huit
jours. Il fut furpris de l'en trouver inftruite.
Quoi ! Monfieur , lui dit - elle ,
auffi-tôt qu'elle l'apperçut , vous vous
expofez aux rifques de fortir ? Celle qui
vous a fait braver les périls d'un combat
ne vous oblige pas , du moins , à
prendre foin de votre guérifon ? C'eſt
JANVIER. 1763 . 21
bien mal connoître le prix de certaines
choſes. Je vous jure d'honneur , Madame
, reprit Dorval , que j'ignore de qui
vous vouliez parler.... Comment , Monfieur
n'avez-vous pas eu affaire avec
Damon ? ... Je l'avoue , puifque vous le
favez ; mais c'eft tout ce que je fais làdeffus
moi-même.... Quoi ? vous vous
battez fans fçavoir pour qui , ni à quel
fujet ? ... Eh ! Madame , eft- ce donc une
chofe fi extraordinaire ? ... Mais on s'explique
du moins .... Madame , reprit
encore Dorval, ces fortes d'explications
ne fervent qu'à faire foupçonner la valeur
de quiconque s'y arrête , un peu
équivoque. Il vaut mieux paroître s'entendre.
On s'explique après , s'il en eft
encore temps. Mais Damon garde encore
pour lui fon fecret.
Dorval en étoit cependant bien inf
truit ; mais il n'en vouloit faire part qu'à
Lucile. Nayant pu alors l'entretenir en
particulier , il revint le jour fuivant.
L'occafion étoit favorable ; Cinthie étoit
abfente & Lucile abfolument feule dans
fon cabinet. Dorval qui étoit en poffeffion
d'entrer librement , ufe de ce privilége.
Il pénétre fans bruit jufqu'au cabinet
, dontla porte fe trouva toute ouverte.
Il voit Lucile occupée à peindre ,
22 MERCURE DE FRANCE.
& reconnoît le Portrait de Damon qu'elle
traçoit de fouvenir , en laiffant de loin .
à loin échapper quelques larmes. L'ouvrage
étoit affez avancé pour que Dorval
ne pût s'y méprendre. Il comprit dèslors
que le foin d'apaifer Lucile n'étoit
pas le plus preffé & qu'on pouvoit s'en
repofer fur elle même . Il fort comme il
étoit entré fans faire de bruit , fans être
apperçu . Lucile étoit trop férieufement
occupée pour qu'il fût aifé de la diftraire.
Voici ,, difoit
Dorval
, chemin
faifant
, voici
un
nouveau
fpécifique
pour
ce
pauvre
Damon
; refte
à trouver
le
moyen
de
lui
en
faire
part
. Il craignoit
d'irriter
fon
mal
, en
s'offrant
à fa vue
.
Il fe rendit
chez
le
Chevalier
qui
leva
fes
doutes
avant
qu'il
les
lui
eût
expliqués
. J'allois
chez
toi
, lui
dit-il , auffitôt
qu'il
l'apperçut
, &
j'y
allois
de
la
part
de Damon
, qui
t'invite
fincérement
à te
rendre
chez
lui. De
tout
mon
coeur
reprit
Dorval
; ma
vifite
je crois
, vaudra
mieux
pour
lui
que
celle
de
fon
Médecin
. Tous
deux
fe
rendent
chez
le
malade
, qu'ils
trouvent
au
lit.
A peine
apperçut
-il
Dorval
, qu'il
lui
tendit
la
main
de l'air
le plus
intime
. On
m'affu
re , lui
dit-il , que
tous
mes
foupçons
à
F
JANVIER. 1763. 23
ton égard font faux , je commence à le
croire. Oublions le paffé , & daigne encore
être mon ami. Très -volontiers , répondit
Dorval , je le fuis , & n'ai point
ceffé de l'être. J'ai fait , de plus , une
découverte qui doit anéantir ta fiévre
& tes foupçons . Quelle est - elle ? reprit
vivement Damon... Des meilleures pour
toi.Tu fçais ou ne fçais pas que la fille d'un
certain Dibutade craignant de ne plus revoir
fon amant , charbonna fes traits fur
le mur de fa chambre ? ... Hé bien ! que
m'importe ? ... Lucile te traite avec plus
de diftinction ; elle te peint en miniature.
Lucile me peint ! s'écria Damon....
Mieux que ne feroit un peintre , repliqua
Dorval: une jeune perfonne dont
F'Amour conduit le pinceau , fait toujours
des prodiges dans ces fortes d'occafions.
Tu me flattes , mon cher Marquis
, ajoutoit Damon , en fe foulevant
pour l'embraffer , tu me flattes ! Lucile
eft trop indifférente pour en ufer ainfi ...
Oh , parbleu ! je veux t'en donner le
plaifir. D'ailleurs , il faut bien que tu
viennes obtenir ton pardon ; c'eſt une
cérémonie préalable... Je t'avoue que je
crains les reproches de Cinthie ... Cinthie
eft occupée à faire juger un procès de
la plus grande là conféquence. Elle fort
24 MERCURE
DE FRANCE .
"
tous les matins & a la maladreffe de ne
pas mener Lucile avec elle. Tu profiteras
de cette lourde bévue.
Damon fut en état de fortir au bout
de quelques jours , tant le ſpécifique de
Dorval avoit produit un prompt effet.
Ce dernier conduit Damon chez Cinthie.
Elle étoit abfente , comme ils l'a--
voient prévu. Lucile elle-même ne fe
trouva point dans fon appartement. On
leur dit qu'elle accompagnoit
dans le
Parc une vieille parente qui étoit venue
la vifiter. Damon pria Dorval d'aller la
prévenir fécrettement
fur fon arrivée :
ce que ce dernier exécuta avec plaifir.
A peine commençoit - il à s'éloigner ,
Damon entre dans le cabinet de
Lucile. Son but ne pouvoit pas être
bien décidé. Peut être efpéroit-il y trouver
ſon portrait. Mais que devint-il ,
en appercevant celui de Dorval , trèsreffemblant
, & auquel Lucile paroifloit
avoir encore travaillé le jour même ?
Une pareille vue déconcerteroit
l'amant
le plus flegmatique . Pour Damon , il
devint furieux. Quoi ! s'écria-t- il , hois
de lui-même , je ferai donc fans ceffe
le jouet d'une perfide & d'un traître ?
C'est pour me rendre le témoin de ma
honte qu'il ofe me conduire ici ? Ah !.
que
je
JANVIER. 1763.. 25
je, ne dois plus écouter que ma rage . Il
s'en fallut peu qu'il ne mît le portrait en
piéces ; mais il fe contenta de fortir de
la maiſon , fans avoir parlé ni à Lucile
ni à Dorval.
Tandis qu'il retourne chez lui ne refpirant
que vengeance , Dorval inftruifoit
Lucile de fon arrivée. Cet avis la
jette dans le plus grand trouble . Elle
quitte avec précipitation fa Parente &
Dorval pour courir à fon appartement.
Voilà , difoit ce dernier , une activité
qui n'eft point de mauvais augure pour
Damon. Mais le defir de le revoir n'étoit
pas l'unique raifon qui engageât
Lucile à fe preffer ainfi . Elle vouloit
fouftraire à fa vue le portrait qu'elle
avoit laiffé en évidence ; oubli dont l'arrivée
de fa vieille parente étoit la feule
caufe. Lucile arrive , retrouve le portrait
à peu près à la même place , mais elle
n'apperçoit point Damon : elle fonne
elle demande ce qu'il eft devenu ; on
lui apprend qu'il vient de remonter dans
fon vis-à-vis & de s'éloigner en toute diligence.
Alors Lucile ne doute plus
qu'il n'ait vû le fatal portrait. Je fuis
perdue , difoit- elle , il va me regarder
comme une perfide , rien ne pourra plus
le défabufer : que je fuis malheureuſe !
II. Vol. B
>
26 MERCURE DE FRANCE.
Elle s'étoit renfermée dans fon cabinet ;
elle y reftoit accablée, elle oublioit qu'elle
eût compagnie dans le jardin . Dorval,
qui s'ennuyoit fort avec la vieille, jugeoit
qu'apparemment Lucile & Damon trouvoient
les inftans plus courts. Il avoit été
un peu furpris de voir Lucile s'éloigner
avec tant d'activité ; il ne le fut pas moins
de la voir reparoître avec un air de trifteffe
& d'abattement . La vieille Coufine
ayant mis fin à fa vifite , leur laiffa le
temps de s'expliquer. Eh bien ! belle
Lucile , lui dit Dorval , ne vous ai -je pas
ramené Damon , le plus docile de tous
les hommes ? je ne crains plus qu'une
chofe , c'eft qu'il ne devienne timide à
l'excès . Je n'ai pù le réfoudre à fe montrer
avant que vous foyez prévenue de
fon arrivée mais que vous a-t - il dit ?
qui ? Damon ? reprit Lucile , hélas ! je
ne l'ai pas même vû ! ... Quoi , Mademoiſelle
, vous m'avez laiffé morfondre
une demie -heure auprès d'une Baronne
feptuagénaire , & vous n'étiez pas -avec
Damon ? ... Je ne l'ai point vû , vous
dis -je , il étoit déjà parti : fa viſite n'eſt
qu'un outrage de plus pour moi ... Oh
parbleu , il y a là-deffous du fingulier ,
de l'extraordinaire ! Lucile foupçonnoit
bien ce qu'il pouvoit y avoir , mais elle
JANVIER. 1763. 27
n'ofoit en inftruire Dorval. Je vais , lui
dit ce dernier , éclaircir cette énigme
& reviens auffi-tôt vous faire part de ma
découverte. Arrêtez ! lui cria Lucile
je crains quelque nouvelle criſe entre
Damon & vous ... mais cette objection ,
& beaucoup d'autres , ne purent empêcher
Dorval de s'éloigner.
Il arrive chez Damon & le trouve
feul fe promenant à grands pas . Sçaistu
bien , lui dit-il , que tu deviens l'homme
de France le plus fingulier ? &
qu'on rifque de fe couvrir de ridicule
en s'intéreffant pour toi ? Damon
furpris de fa vifite , & le regardant
avec des yeux ou la furcur étoit peinte :
Monfieur , lui dit- il , venez-vous braver
jufque chez lui un ami que vous
trahiffez indignement ? ... Alte- là , interrompit
Dorval , je vois qu'il y a
ici quelque nouvelle méprife. Non ,
non , reprit Damon , il ne peut y avoir
d'équivoque ; tous mes doutes font
éclaircis. Julie , & vous êtes d'accord
enfemble pour me jouer. Mais que
plutôt .... Écoute , Damon , ajoûta
Dorval, nous nous connoiffons ; que
penferois-tu qui pût me réduire à diffimuler
avec toi ? Sais- tu qu'il y auroit
urieuſement d'orgueil de ta part à me
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
foupçonner de cette baffeffe ? ... Hé
bien , foit ; je confens à croire que tu
n'es point le complice de Lucile ; mais
je n'en fuis pas moins trahi , tu n'en es
pas moins la principale caufe... Oh !
explique-toi plus clairement fi tu veux
que je t'entende. Mais non, réponds- moi
d'abord : pourquoi , quand je vais annoncer
ton arrivée à Lucile, & que cette
pauvre enfant accourt vers toi , fans
prendre garde qu'elle rifque de facher
une parente , riche , caduque & qui
veut la faire fon héritière ; pourquoi Lu
cile ne te retrouve-t- elle plus ? Ah la
perfide ! s'écria Damon , ce n'étoit pas
moi qu'elle afpiroit à voir , c'étoit la
preuve de fa trahifon qu'elle vouloit
fouftraire à mes yeux ! , .. Comment ?
quelle preuye ? .., ton portrait , puifqu'il
faut le dire : l'ingrate eft actuellementoccupée
à te peindre...Mon portrait ! mais tu
te trompes , Damon , c'eſt le tien ; j'ai vu
Lucile occupée à l'achever... c'eft le tien ,
te dis-je ; crois- en l'attention avec la
quelle je l'ai examiné , crois-en la rage
qui me possède ! ... Parbleu l'aventure
eft des plus comiques , le quiproquo des
plus bizarres : tu crois , dis- tu , être bien
fur de ton fait ? ... Ah , trop fùr ! que
n'en puis-je au moins douter I mais non ,
JANVIER. 1763.. 29
tout est éclairci. C'est toi que l'ingrate
me préfére, c'est toi qu'elle aime. Dorval
reſta un moment rêveur , après quoi il
ajoûta , en pirouettant , ma foi , mon
pauvre Damon , cela pourroit bien être ,
je ne vois rien là de miraculeux , ce n'eft
pas la première fois que je triomphe fans
le fçavoir & fans y prétendre : après tout ,
il y auroit de la barbarie à rébuter cet
enfant ... Songe que la vie n'eft rien
pour moi fi Lucile m'eft enlevée , &
que tu n'obtiendras l'une qu'après m'avoir
arraché l'autre ... En vérité , Damon,
tu ne te formes point , tu es l'homme du
monde que je voudrois le moins tuer ;
mais , enfin , que veux -tu que je faffe ?
tu connois Lucile ; crois - tu qu'il foit
bien-aifé de lui tenir rigueur ? ... La
perfide ! ... Qu'entends-tu par ce mot ?...
Quoi ! peut- elle douter un inftant que
je ne l'adore ? ... Elle s'en fouviendra
quelque jour , & alors tu prendras ta
revanche , en lui préférant une rivale ...
Non , je veux , je prétends qu'elle s'explique
dès aujourd'hui , qu'elle prononce
entre toi & moi ... Tu n'y fonges pas ;
as-tu donc oublié que Lucile n'eft qu'un
enfant ? & qu'un pareil aveu embarrafferoit
la femme la plus aguerrie ? ....
N'importe , je jouirai de fa confufion ,
B iij
30 MERCURE DE FRANCE .
je pourrai l'accabler de reproches....
oh parbleu , c'eft ce que je ne dois pas
fouffrir. D'ailleurs , fonge au ridicule de
la démarche oùtu veux m'engager : l'amour
n'eft aujourd'hui qu'une convention
tacite ; on s'aime , on fe laiffe , &
tout cela doit fe deviner ; toute queſtion
à cet égard eft puérile , tout aveu fuperflu,
tout reproche ignoble & déplacé.
Il fallut , cependant , que Dorval cédât
aux inftances de Damon ; mais ce
ne fut qu'avec beaucoup de répugnance.
Lorfqu'il avoit promis à Lucile de le
lui ramener , il croyoit lui caufer de la
joie , & non de l'embarras . Leur arrivée
la fit pálir. C'eft de quoi Dorval
s'apperçut d'abord. Il prit ce ton léger
qu'il employoit à tous propos. Belle Lucile
, lui dit-il , banniffez toute contrainte.
Le défolé Damon veut être inftruit
de fon fort. Il foupçonne votre coeur de
fe déclarer pour moi , il croit que cer→
tain portrait , dont vous faites myftère
eft le mien. C'eft éxiger un aveu bien
authentique je l'avoue ; mais tel eft Damon
; Il préfére un arrêt foudroyant à
une plus longue incertitude .
Lucile ne répondit rien & parut encore
plus agitée . Ah ! s'écria Damon
ce filence n'en dit que trop. C'en eft
JANVIER. 1763. 31
>
fait , je fuis facrifié. Mais cruelle , celui
que vous me préférez ne jouira pas de
fon triomphe , ou la mort que je recevrai
de fa main m'empêchera de voir
mon opprobre. Lucile ne répondoit rien
encore. Ma foi , mon pauvre Damon
dit alors Dorval , j'ai pitié de l'état où
je te vois , & s'il n'étoit pas au-deffus ·
de l'homme d'être ingrat envers Lucile
peut- être euffé- je porté l'héroïsme à
fon comble. Mais regarde-la & vois ce
qu'il eft poffible de faire ? Lucile ne put
foutenir plus long-temps cette bifarre
-méprife. Mais , Monfieur , dit- elle à Damon
, avec une agitation extrême , depuis
quand prenez- vous tant d'intérêt à
ce qui fe paffe dans mon coeur ? Vous
avez paru en faire trop peu de cas
pour.... Oui , Oui , interrompit Damon
oui , j'ai mérité vos rigueurs , votre haine.
J'ai paru oublier vos charmes , j'ai
paru vous donner une rivale ; mais , en
vous fuyant , je vous adorois , je n'entretenois
cette rivale que de vous . Elle
a des charmes & je ne lui parlois que
des vôtres.Peut- être elle m'abhorre pour
avoir connu à quel point je vous aime ...
Ah Ciel ! s'écria Lucile , à quelle extrẻ-
mité me vois-je réduite ? Parlez , reprenoit
Damon , il n'eft plus temps de fein-
>
>
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
1
du
>
dre . Mais que pourriez-vous dire qui pût
démentir ce que j'ai vu ? Tranchez net
la difficulté , difoit Dorval , ou ,
moins , expliquez-vous par emblême ;
laiffez parler le portrait en queftion. Je
tremble ! ajoûta Lucile , en tirant un
portrait de fa poche. O Ciel ! s'écrioit
Damon , cette vue va donc regler ma
deſtinée ? Courage , difoit Dorval à Lucile
qui héfitoit toujours , faites ce que
votre coeur vous préfcrira. Hé bien , lui
dit-elle , en tremblant de plus en plus
voyez vous-même ce qu'il convient de
faire... A ces mots elle lui donne le
portrait.
Grand Dieu ! s'écrie de nouveau
Damon , c'en eft donc fait ? Il ne me
refte plus qu'à m'immoler aux pieds de
l'ingrate. Déja il avoit tiré fon épée &
la tournoit contre fon fein . Arrête , arrête
lui cria Dorval , voila un défefpoir
finguliérement placé : regarde cette
pienture. Damon la fixe d'un ceil égaré ,
& reconnoît fes traits. Adorable Lucile
dit-il , en fe précipitant à fes genoux ,
que ne vous dois-je point ? & que mes
foupçons me rendent coupable ! Quoi ,
tandis que je vous outrageois , vous daigniez
raffembler les traits d'un ingrat ?...
Mais reprenoit-il , en s'interrompant ,
un autre a joui de la même faveur ! A
JANVIER. 1763. 33
ce difcours Lucile change de couleur &
refte interdite. Nouvelles allarmes pour
-Damon. Oui , pourſuivoit- il , un autre
portrait a tantôt frappé ma vue. De grace
, expliquez- nous ce qu'il fignifie . En
faites- vous une collection ? Ecoute
mon cher, interrompit Dorval , Mademoiſelle
a un talent fi décidé pour ce
genre qu'il feroit affreux qu'elle l'enfouît.
Craignez , dit alors Lucile à Damon
, craignez que je n'éclairciffe vos
injuftes foupçons ; je ne vous les pardonnerai
pas après les avoir détruits .
Ces trois perfonnes étoient occupées
au point que Cinthie entra fans qu'on ſe
fut même douté de for arrivée . Elle
venoit annoncer à fa niéce le gain de
fon procès. Elle la trouve dans une agitation
extrême , voit Damon à -peu-près
dans le même état , & Dorval qui fembloit
participer à cette fcène . Qu'est-ce
que cela fignifie , Mademoifelle ? demanda
Cinthie. Mais Lucile n'avoit pas
l'affurance de répondre. Dorval commençoit
à fe douter du fait. Il réfolut de
mettre fin à toute cette intrigue , &
d'ufer de l'afcendant qu'il avoit fur l'efprit
de la tante. Il s'agit , Madame , lui
dit-il , de certain portrait furtivement
apperçu . Comment ! quel portrait ? de-
B
34 MERCURE DE FRANCE .
manda- t-elle avec empreffement. Lucile,
qui ne pouvoit plus foutenir l'état où
elle voyoit Damon, fit un effort fur ellemême.
Le voilà ce portrait , dit- elle à
Cinthie; il n'appartient qu'à vous d'en
difpofer. Alors elle le lui donne . Cinthie
irritée , n'en prit que plus promptement
fa réfolution . Elle s'approche de Dorval
& lui fait voir le portrait que Lucile
vient de lui remettre. C'eft le vôtre , lui
dit-elle , & c'est par mon ordre que
Lucile a imité vos traits. Vous ne doutez
point que l'on ne s'intéreffe à un objet
que l'on fait peindre . Je garde le portrait,
& vous offre en échange ma main avec
toute ma fortune augmentée de cent
mille livres de rente par le gain de mon
procès. Madame , reprit Dorval , voilà
un concours de circonftances bien favorable.
Mais fouffrez que je m'occupe
d'abord des intérêts d'un ami. Sans doute
qu'en vous décidant à vous marier vous
ne prétendez pas condamner Lucile au
célibat. Il y auroit de l'inhumanité dans
cet arrangement. Ici Damon interrompit
Dorval , & s'adreffant à Cinthie : je
ne puis plus vous cacher , Madame , lui
dit-il , que j'adore votre charmante niéce.
Ma conduite , je le fais , annoncoit
tout le contraire ; mais ce n'étoit qu'une
JANVIER. 1763. 35
ce
feinte , & cette rufe eft une faute que
l'aimable Lucile me pardonne : daignez
imiter fon indulgence. Vraiment , reprit
Cinthie , je m'apperçois bien que ma
niéce eft fort indulgente. Mais , enfin
Marquis , dit- elle à Dorval , confeillezmoi
, que faut- il faire ? Il faut , Madame,
repliqua-t- il , unir Lucile avec Damon ,
& partager avec eux votre fortune.
Madame , interrompit ce dernier ,
n'eſt point à vos richeffes que j'en veux ;
l'aimable Lucile eft au- deffus de tous les
tréfors de la terre ; & d'ailleurs , ce que
j'ai de bien peut fuffire... Non , non ,
interrompit Cinthie à fon tour , il en
fera comme le Marquis vient de le régler.
Ah ! ma chère tante ! s'écria Lucile ; ah
cher Dorval! s'écria en même temps
Damon... Dorval fe refufa à de plus
longs remercimens . Maintenant , Madame
, ajoûta- t-il , voyez quelles font
vos dernières réfolutions. Comment ,፡
Marquis , reprit Cinthie , que fignifie ce
langage ... Oh ! Madame , il ne fignifie
que ce que vous voudrez... Le mariage
vous éffraye - t-il? ... Point du tout;
le mariage n'éffraye point quiconque
fait fon monde ... C'eft -à -dire , que vous
imirerez ceux qui fe piquent de le bien
favoir ? ... Moi ? Madame ; oh parbleu ,
B vj
36 MERCURE DE FRANCE .
je ne me calque fur perfonne . Mais il eft
des cas où il faut fuivre l'ufage , ou fe
couvrir d'un éternel ridicule ... Et moi ,
Marquis , je vous déclare qu'un mari du
bon ton me conviendroit fort peu...
Mais , Madame , comment donc faire ?
Faut-il fe reléguer jufques dans la claffe
des moindres bourgeois ? Ce font les
feuls qui n'ayent pas encore mis à l'écart
les gothiques entraves de l'hymen . Cela
étoit bon du temps de Saturne & de
Rhée !... Je prétends vivre comme on
vivoit alors... Alors , Madame , l'hymen
étoit le Dieu de la contrainte : aujourd'hui
c'eſt le Dieu de la liberté . On a
fubftitué aux froids égards , à l'éternelle
affiduité , une aifance toute aimable ,
une confiance à toute épreuve. En un
mot , le domaine de l'hymen eft devenu
la maiſon de campagne de l'amour. C'eſt
le lieu où il prend les vacances & où il
fe remet de fes fatigues. Il femble , reprit
vivement Cinthie , que vous ayez
reçu des mémoires de feu mon époux ,
il agiffoit comme vous propofez d'agir ;
mais il a fçu me dégoûter d'un mari
Petit- maître. Oubliez l'offre que je vous
ai faite : j'oublierai de mon côté.... Ah
cher Dorval! interrompit Damon tu
me replonges dans l'abîme d'où tu fem-
,
JANVIER. 1763. 37
blois m'avoir tiré ! Mais , point du tout ,
reprit Dorval , me voila encore tout prêt
à me dévouer. Il n'en eft pas befoin ,
ajoûta vivement Cinthie; raffurez - vous ,
Damon. En rompant pour jamais avec
Dorval, je n'en tiendrai pas moins ce
que je vous avois promis . Je confens
que vous époufiez ma Niéce , & je lui
donne la moitié de mon bien , en attendant
mieux. A ces mots , Cinthie entre
& s'enferme dans fon boudoir.
Que ne te dois-je , point , cher Dorval,
difoit Damon ? C'est toi qui as conduit
les chofes jufqu'à cet heureux dénouement
. Oublie mes torts. & mes injuftes
foupçons : J'ai pour jamais appris
à te connoître . Comment donc ? reprit
Dorval , tes craintes n'avoient rien de
ridicule ; on craindroit à moins . Il n'eft
pas maintenant douteux que Lucile ne
te préfére : mais , franchement , j'ai eu
peur pour toi.
Le temps éclaircit la deftinée de ces
différens Perfonnages. Cinthie ſe jetta
dans la réforme , y joignit la médifan-
& y prit goût. Dorval époufa la
Marquife , & tous deux vécurent dans
une confiance & une diffipation réciproques.
Lucile & Damon vécurent en
ce 9
38 MERCURE DE FRANCE.
Epoux qui fe fuffifent à eux mêmes.
tous furent contens.
Par M. DE LA Dixmerie.
L
NOUVELLE.
A Marquife n'étoit point préfente
à ces propos ; Damon profita de fon
abfence pour tirer Dorval à l'écart. Il
l'invite fimplement à fe rendre avec lui
à l'étoile fous quelques minutes. Je vais
t'y devancer , reprit ce dernier , fans'
être cependant , au fait du myftère . En
effet , il fortit l'inftant d'après . Damon
ne tarda pas à le fuivre. Tous deux fe
rejoignirent au lieu indiqué. L'air férieux
de Damon ne furprit point Dorval
; il ne lui en connoiffoit guères d'autre.
Comment va la nouvelle intrigue
lui dit- il ? ma foi , Comte , je t'en félicite
, ton choix ne pouvoit mieux tomber
que fur la Marquife. Elle te fera
faire plus de progrès en deux mois que
Lucile en deux ans. Mes progrès , répondit
féchement Damon , font encore
plus prompts que vous ne penfez ; j'ai
16 MERCURE DE FRANCE.
,
•
déja appris à difcerner un ami vrai d'a-.
vec un ami faux. Quoi ? repliqua Dorval
, un peu furpris du ton avec lequel
ces paroles avoient été prononcées
eft- ce à ces fortes d'inftructions que la
Marquife borne fes foins ? Laiffons-là
la Marquife , reprit Damon , avec encore
plus de hauteur , parlons de vos
procédés : ce n'eft pas la premiere fois
qu'ils me choquent ; mais je fonge à
m'en venger plutôt qu'à les définir.
Sçais-tu bien, Comte , ajouta Dorval
qu'à la fin ce ton m'ôteroit la liberté
& même la volonté de te défabufer ?
Peu m'importe , interrompit Damon
& d'ailleurs , ce feroit peine perdue ; je
fçais à quoi m'en tenir . Cherchons quelque
endroit plus écarté. Ils s'avancent
fans ancune fuite , & ne tardent pas à
trouver ce qui leur convient. Dorval qui
n'avoit qu'un feul ton pour toutes les
circonftances de la vie , n'en changea
point dans celle où il fe trouvoit . Il me
femble , difoit-il , voir renaître le fiécle
de nos anciens Preux : quand ils n'avoient
rien de mieux à faire , ils s'amufoient
à rompre une lance en l'honneur
de leurs Dames. Il eft vrai , pourſuivoit-
il , qu'un bras en écharpe eut toujours
des grâces aux yeux d'une Belle.
>
JANVIER. 1763 . 17
Ils s'arrêtent en un lieu qui leur paroît
propre à ce qu'ils méditent. Là ils mettent
l'épée à la main & fe battent avec
la même ardeur que s'ils euffent toujours
été ennemis. Ils s'étoient déja
bleffés l'un & l'autre, quand le Chevalier
de B..... arriva. Meffieurs , leur dit il ,
en les féparant , que fignifie cette fcène
? Ma foi , mon cher Chevalier ,
prit Dorval , je l'ignore : demande-le à
Damon ; peut - être le fçait-il . Damon
croyoit effectivement le fçavoir ; mais
il ne jugea pas à propos de s'expliquer.
Les deux prétendus rivaux avoient chacun
befoin des fecours d'un Chirurgien.
On en fait venir un chez le Suiffe
du Bois de Boulogne. Il panfa les
deux bleffés ; après quoi , l'un & l'autre
ayant envoyé ordre à leurs épuipages
d'avancer , chacun remonta dans le fien .
Le Chevalier accompagna Damon qu'il
jugeoit avoir été l'aggreffeur dans cette
affaire . Il lui fit encore quelques quef
tions inutiles pour en favoir le motif. II
conclud , enfin , que la jaloufie armoit
les deux rivaux l'un contre l'autre , &
que l'objet de cette jaloufie étoit la Marquife.
C'étoit du moins elle qui avoit foupçonné
la premiere le motif de leur for18
MERCURE DE FRANCE.
tie . Elle étoit fans qu'on le fçût , dans
un cabinet voifin , lorfque Damon avoit
parlé en fecret à Dorval ; elle avoit entendu
nommer le lieu du rendez -vous
& c'étoit à fa priére que le Chevalier
avoit fuivi les deux Champions. De-là
fon apparition fi fubite , & que ni Dorval
, ni Damon n'avoient pû prévoir.
Le Chevalier l'inftruifit de ce qui s'étoit
paffé , & lui fit part de fes conjectu
res. Le mot de combat l'éffraya d'abord.
Elle n'étoit pas de nos Coquettes qui
dans ces fortes d'occafions regardent la
mort d'un amant , comme une victime
offerte à leurs charmes, comme le triomphe
le plus réel de leur beauté. Le Che
valier la raffura , en lui apprenant que
les bleffures des deux rivaux n'étoient
pas dangereufes . Rien , au furplus , ne
pouvoit l'induire en erreur . Elle favoit
que Damon aimoit Lucile , elle favoit
qu'il etoit l'aggreffeur dans cette difpute.
Elle n'avoit qu'une crainte ; c'étoit que
la jaloufie de Damon ne fût point mal
fondée. Cependant , par un motif de
tracafferie , affez commun parmi les
›
femmes elle fit fécrettement informer
Cinthie de la difpute des deux amis. On
ajouta de plus , par fon ordre , que felon
toutes les apparences , la Marquife les
avoit rendus rivaux.
JANVIER. 1763. 19
A
Il eft facile de rendre jaloufe une
femme qui ne peut que difficilement réparer
fes pertes . Cinthie étoit dans le
cas. Lui enlever Dorval c'étoit lui ravir
Tout ce qui lui reftcit . Elle ne put déguifer
fon défefpoir , même aux yeux
de fa niéce. D'ailleurs elle diffimuloit
beaucoup moins avec Lucile , depuis
qu'elle la croyoit oubliée de Damon .
J'ajouterai même qu'elle avoit porté la
confiance envers elle à un point éxceffif.
Lucile s'amufoit à peindre en miniature
, & y réuffiffoit parfaitement . Cinthie
voulut qu'elle traçât de mémoire lè
Portrait de Dorval. Un prétexte affez
frivole vint à l'appui de cette demande.
Lucile fans approfondir fes vues , obéit
à fes ordres , & fongea à faire auffi
ufage de ce talent pour elle - même . Elle
fe trouvoit cependant encore plus hu
miliée que fa tante. Hélas ! difoit- elle
s'il eft vrai que Damon & Dorval s'étoient
querellés pour la Marquife , il
eft donc bien sûr que Damon ne fonge
plus à moi , qu'il me facrifie à cette rivale
! C'étoit pour accroître ce facrifice
que l'Ingrat vouloit fçavoir ce qui fè
paffoit dans mon coeur. Je lui en ai tû
la meilleure partie , & lui en ai trop dit
encore .
•
20 MERCURE DE FRANCE .
mon ,
Tandis que Lucile accufoit ainfi Dail
étoit lui-même partagé entre
les regrets d'avoir peut- être injuftement
querellé Dorval , & la crainte d'avoir
eu trop de raifon de le faire. La fiévre
l'avoit faifi & retardoit la guériſon de
fa bleffure . Dorval , au contraire fut
guéri de la fienne au bout de huit jours.
Il apprit l'état où étoit fon adverfaire
& en fut touché. Toute rancune étoir
bannie de fon âme , ou pour mieux dire
fon âme étoit incapable d'en conferver.
Il s'étoit battu avec Damon fans être fon
ennemi . Il réfolut de le fervir comme'
s'ils ne fe fuffent jamais battus , à le réconcilier
une feconde fois avec Lucile.
Ce font , difoit-il , deux enfans qui s'aiment
& qui fe boudent. Il faut avoir pi
tié de leur inexpérience , il faut les obliger
à s'entendre.
Dans ce deffein il ſe rend chez Cinthie
, à laquelle il fe propofoit de taire
la vraie caufe de fon abfence depuis huit
jours. Il fut furpris de l'en trouver inftruite.
Quoi ! Monfieur , lui dit - elle ,
auffi-tôt qu'elle l'apperçut , vous vous
expofez aux rifques de fortir ? Celle qui
vous a fait braver les périls d'un combat
ne vous oblige pas , du moins , à
prendre foin de votre guérifon ? C'eſt
JANVIER. 1763 . 21
bien mal connoître le prix de certaines
choſes. Je vous jure d'honneur , Madame
, reprit Dorval , que j'ignore de qui
vous vouliez parler.... Comment , Monfieur
n'avez-vous pas eu affaire avec
Damon ? ... Je l'avoue , puifque vous le
favez ; mais c'eft tout ce que je fais làdeffus
moi-même.... Quoi ? vous vous
battez fans fçavoir pour qui , ni à quel
fujet ? ... Eh ! Madame , eft- ce donc une
chofe fi extraordinaire ? ... Mais on s'explique
du moins .... Madame , reprit
encore Dorval, ces fortes d'explications
ne fervent qu'à faire foupçonner la valeur
de quiconque s'y arrête , un peu
équivoque. Il vaut mieux paroître s'entendre.
On s'explique après , s'il en eft
encore temps. Mais Damon garde encore
pour lui fon fecret.
Dorval en étoit cependant bien inf
truit ; mais il n'en vouloit faire part qu'à
Lucile. Nayant pu alors l'entretenir en
particulier , il revint le jour fuivant.
L'occafion étoit favorable ; Cinthie étoit
abfente & Lucile abfolument feule dans
fon cabinet. Dorval qui étoit en poffeffion
d'entrer librement , ufe de ce privilége.
Il pénétre fans bruit jufqu'au cabinet
, dontla porte fe trouva toute ouverte.
Il voit Lucile occupée à peindre ,
22 MERCURE DE FRANCE.
& reconnoît le Portrait de Damon qu'elle
traçoit de fouvenir , en laiffant de loin .
à loin échapper quelques larmes. L'ouvrage
étoit affez avancé pour que Dorval
ne pût s'y méprendre. Il comprit dèslors
que le foin d'apaifer Lucile n'étoit
pas le plus preffé & qu'on pouvoit s'en
repofer fur elle même . Il fort comme il
étoit entré fans faire de bruit , fans être
apperçu . Lucile étoit trop férieufement
occupée pour qu'il fût aifé de la diftraire.
Voici ,, difoit
Dorval
, chemin
faifant
, voici
un
nouveau
fpécifique
pour
ce
pauvre
Damon
; refte
à trouver
le
moyen
de
lui
en
faire
part
. Il craignoit
d'irriter
fon
mal
, en
s'offrant
à fa vue
.
Il fe rendit
chez
le
Chevalier
qui
leva
fes
doutes
avant
qu'il
les
lui
eût
expliqués
. J'allois
chez
toi
, lui
dit-il , auffitôt
qu'il
l'apperçut
, &
j'y
allois
de
la
part
de Damon
, qui
t'invite
fincérement
à te
rendre
chez
lui. De
tout
mon
coeur
reprit
Dorval
; ma
vifite
je crois
, vaudra
mieux
pour
lui
que
celle
de
fon
Médecin
. Tous
deux
fe
rendent
chez
le
malade
, qu'ils
trouvent
au
lit.
A peine
apperçut
-il
Dorval
, qu'il
lui
tendit
la
main
de l'air
le plus
intime
. On
m'affu
re , lui
dit-il , que
tous
mes
foupçons
à
F
JANVIER. 1763. 23
ton égard font faux , je commence à le
croire. Oublions le paffé , & daigne encore
être mon ami. Très -volontiers , répondit
Dorval , je le fuis , & n'ai point
ceffé de l'être. J'ai fait , de plus , une
découverte qui doit anéantir ta fiévre
& tes foupçons . Quelle est - elle ? reprit
vivement Damon... Des meilleures pour
toi.Tu fçais ou ne fçais pas que la fille d'un
certain Dibutade craignant de ne plus revoir
fon amant , charbonna fes traits fur
le mur de fa chambre ? ... Hé bien ! que
m'importe ? ... Lucile te traite avec plus
de diftinction ; elle te peint en miniature.
Lucile me peint ! s'écria Damon....
Mieux que ne feroit un peintre , repliqua
Dorval: une jeune perfonne dont
F'Amour conduit le pinceau , fait toujours
des prodiges dans ces fortes d'occafions.
Tu me flattes , mon cher Marquis
, ajoutoit Damon , en fe foulevant
pour l'embraffer , tu me flattes ! Lucile
eft trop indifférente pour en ufer ainfi ...
Oh , parbleu ! je veux t'en donner le
plaifir. D'ailleurs , il faut bien que tu
viennes obtenir ton pardon ; c'eſt une
cérémonie préalable... Je t'avoue que je
crains les reproches de Cinthie ... Cinthie
eft occupée à faire juger un procès de
la plus grande là conféquence. Elle fort
24 MERCURE
DE FRANCE .
"
tous les matins & a la maladreffe de ne
pas mener Lucile avec elle. Tu profiteras
de cette lourde bévue.
Damon fut en état de fortir au bout
de quelques jours , tant le ſpécifique de
Dorval avoit produit un prompt effet.
Ce dernier conduit Damon chez Cinthie.
Elle étoit abfente , comme ils l'a--
voient prévu. Lucile elle-même ne fe
trouva point dans fon appartement. On
leur dit qu'elle accompagnoit
dans le
Parc une vieille parente qui étoit venue
la vifiter. Damon pria Dorval d'aller la
prévenir fécrettement
fur fon arrivée :
ce que ce dernier exécuta avec plaifir.
A peine commençoit - il à s'éloigner ,
Damon entre dans le cabinet de
Lucile. Son but ne pouvoit pas être
bien décidé. Peut être efpéroit-il y trouver
ſon portrait. Mais que devint-il ,
en appercevant celui de Dorval , trèsreffemblant
, & auquel Lucile paroifloit
avoir encore travaillé le jour même ?
Une pareille vue déconcerteroit
l'amant
le plus flegmatique . Pour Damon , il
devint furieux. Quoi ! s'écria-t- il , hois
de lui-même , je ferai donc fans ceffe
le jouet d'une perfide & d'un traître ?
C'est pour me rendre le témoin de ma
honte qu'il ofe me conduire ici ? Ah !.
que
je
JANVIER. 1763.. 25
je, ne dois plus écouter que ma rage . Il
s'en fallut peu qu'il ne mît le portrait en
piéces ; mais il fe contenta de fortir de
la maiſon , fans avoir parlé ni à Lucile
ni à Dorval.
Tandis qu'il retourne chez lui ne refpirant
que vengeance , Dorval inftruifoit
Lucile de fon arrivée. Cet avis la
jette dans le plus grand trouble . Elle
quitte avec précipitation fa Parente &
Dorval pour courir à fon appartement.
Voilà , difoit ce dernier , une activité
qui n'eft point de mauvais augure pour
Damon. Mais le defir de le revoir n'étoit
pas l'unique raifon qui engageât
Lucile à fe preffer ainfi . Elle vouloit
fouftraire à fa vue le portrait qu'elle
avoit laiffé en évidence ; oubli dont l'arrivée
de fa vieille parente étoit la feule
caufe. Lucile arrive , retrouve le portrait
à peu près à la même place , mais elle
n'apperçoit point Damon : elle fonne
elle demande ce qu'il eft devenu ; on
lui apprend qu'il vient de remonter dans
fon vis-à-vis & de s'éloigner en toute diligence.
Alors Lucile ne doute plus
qu'il n'ait vû le fatal portrait. Je fuis
perdue , difoit- elle , il va me regarder
comme une perfide , rien ne pourra plus
le défabufer : que je fuis malheureuſe !
II. Vol. B
>
26 MERCURE DE FRANCE.
Elle s'étoit renfermée dans fon cabinet ;
elle y reftoit accablée, elle oublioit qu'elle
eût compagnie dans le jardin . Dorval,
qui s'ennuyoit fort avec la vieille, jugeoit
qu'apparemment Lucile & Damon trouvoient
les inftans plus courts. Il avoit été
un peu furpris de voir Lucile s'éloigner
avec tant d'activité ; il ne le fut pas moins
de la voir reparoître avec un air de trifteffe
& d'abattement . La vieille Coufine
ayant mis fin à fa vifite , leur laiffa le
temps de s'expliquer. Eh bien ! belle
Lucile , lui dit Dorval , ne vous ai -je pas
ramené Damon , le plus docile de tous
les hommes ? je ne crains plus qu'une
chofe , c'eft qu'il ne devienne timide à
l'excès . Je n'ai pù le réfoudre à fe montrer
avant que vous foyez prévenue de
fon arrivée mais que vous a-t - il dit ?
qui ? Damon ? reprit Lucile , hélas ! je
ne l'ai pas même vû ! ... Quoi , Mademoiſelle
, vous m'avez laiffé morfondre
une demie -heure auprès d'une Baronne
feptuagénaire , & vous n'étiez pas -avec
Damon ? ... Je ne l'ai point vû , vous
dis -je , il étoit déjà parti : fa viſite n'eſt
qu'un outrage de plus pour moi ... Oh
parbleu , il y a là-deffous du fingulier ,
de l'extraordinaire ! Lucile foupçonnoit
bien ce qu'il pouvoit y avoir , mais elle
JANVIER. 1763. 27
n'ofoit en inftruire Dorval. Je vais , lui
dit ce dernier , éclaircir cette énigme
& reviens auffi-tôt vous faire part de ma
découverte. Arrêtez ! lui cria Lucile
je crains quelque nouvelle criſe entre
Damon & vous ... mais cette objection ,
& beaucoup d'autres , ne purent empêcher
Dorval de s'éloigner.
Il arrive chez Damon & le trouve
feul fe promenant à grands pas . Sçaistu
bien , lui dit-il , que tu deviens l'homme
de France le plus fingulier ? &
qu'on rifque de fe couvrir de ridicule
en s'intéreffant pour toi ? Damon
furpris de fa vifite , & le regardant
avec des yeux ou la furcur étoit peinte :
Monfieur , lui dit- il , venez-vous braver
jufque chez lui un ami que vous
trahiffez indignement ? ... Alte- là , interrompit
Dorval , je vois qu'il y a
ici quelque nouvelle méprife. Non ,
non , reprit Damon , il ne peut y avoir
d'équivoque ; tous mes doutes font
éclaircis. Julie , & vous êtes d'accord
enfemble pour me jouer. Mais que
plutôt .... Écoute , Damon , ajoûta
Dorval, nous nous connoiffons ; que
penferois-tu qui pût me réduire à diffimuler
avec toi ? Sais- tu qu'il y auroit
urieuſement d'orgueil de ta part à me
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
foupçonner de cette baffeffe ? ... Hé
bien , foit ; je confens à croire que tu
n'es point le complice de Lucile ; mais
je n'en fuis pas moins trahi , tu n'en es
pas moins la principale caufe... Oh !
explique-toi plus clairement fi tu veux
que je t'entende. Mais non, réponds- moi
d'abord : pourquoi , quand je vais annoncer
ton arrivée à Lucile, & que cette
pauvre enfant accourt vers toi , fans
prendre garde qu'elle rifque de facher
une parente , riche , caduque & qui
veut la faire fon héritière ; pourquoi Lu
cile ne te retrouve-t- elle plus ? Ah la
perfide ! s'écria Damon , ce n'étoit pas
moi qu'elle afpiroit à voir , c'étoit la
preuve de fa trahifon qu'elle vouloit
fouftraire à mes yeux ! , .. Comment ?
quelle preuye ? .., ton portrait , puifqu'il
faut le dire : l'ingrate eft actuellementoccupée
à te peindre...Mon portrait ! mais tu
te trompes , Damon , c'eſt le tien ; j'ai vu
Lucile occupée à l'achever... c'eft le tien ,
te dis-je ; crois- en l'attention avec la
quelle je l'ai examiné , crois-en la rage
qui me possède ! ... Parbleu l'aventure
eft des plus comiques , le quiproquo des
plus bizarres : tu crois , dis- tu , être bien
fur de ton fait ? ... Ah , trop fùr ! que
n'en puis-je au moins douter I mais non ,
JANVIER. 1763.. 29
tout est éclairci. C'est toi que l'ingrate
me préfére, c'est toi qu'elle aime. Dorval
reſta un moment rêveur , après quoi il
ajoûta , en pirouettant , ma foi , mon
pauvre Damon , cela pourroit bien être ,
je ne vois rien là de miraculeux , ce n'eft
pas la première fois que je triomphe fans
le fçavoir & fans y prétendre : après tout ,
il y auroit de la barbarie à rébuter cet
enfant ... Songe que la vie n'eft rien
pour moi fi Lucile m'eft enlevée , &
que tu n'obtiendras l'une qu'après m'avoir
arraché l'autre ... En vérité , Damon,
tu ne te formes point , tu es l'homme du
monde que je voudrois le moins tuer ;
mais , enfin , que veux -tu que je faffe ?
tu connois Lucile ; crois - tu qu'il foit
bien-aifé de lui tenir rigueur ? ... La
perfide ! ... Qu'entends-tu par ce mot ?...
Quoi ! peut- elle douter un inftant que
je ne l'adore ? ... Elle s'en fouviendra
quelque jour , & alors tu prendras ta
revanche , en lui préférant une rivale ...
Non , je veux , je prétends qu'elle s'explique
dès aujourd'hui , qu'elle prononce
entre toi & moi ... Tu n'y fonges pas ;
as-tu donc oublié que Lucile n'eft qu'un
enfant ? & qu'un pareil aveu embarrafferoit
la femme la plus aguerrie ? ....
N'importe , je jouirai de fa confufion ,
B iij
30 MERCURE DE FRANCE .
je pourrai l'accabler de reproches....
oh parbleu , c'eft ce que je ne dois pas
fouffrir. D'ailleurs , fonge au ridicule de
la démarche oùtu veux m'engager : l'amour
n'eft aujourd'hui qu'une convention
tacite ; on s'aime , on fe laiffe , &
tout cela doit fe deviner ; toute queſtion
à cet égard eft puérile , tout aveu fuperflu,
tout reproche ignoble & déplacé.
Il fallut , cependant , que Dorval cédât
aux inftances de Damon ; mais ce
ne fut qu'avec beaucoup de répugnance.
Lorfqu'il avoit promis à Lucile de le
lui ramener , il croyoit lui caufer de la
joie , & non de l'embarras . Leur arrivée
la fit pálir. C'eft de quoi Dorval
s'apperçut d'abord. Il prit ce ton léger
qu'il employoit à tous propos. Belle Lucile
, lui dit-il , banniffez toute contrainte.
Le défolé Damon veut être inftruit
de fon fort. Il foupçonne votre coeur de
fe déclarer pour moi , il croit que cer→
tain portrait , dont vous faites myftère
eft le mien. C'eft éxiger un aveu bien
authentique je l'avoue ; mais tel eft Damon
; Il préfére un arrêt foudroyant à
une plus longue incertitude .
Lucile ne répondit rien & parut encore
plus agitée . Ah ! s'écria Damon
ce filence n'en dit que trop. C'en eft
JANVIER. 1763. 31
>
fait , je fuis facrifié. Mais cruelle , celui
que vous me préférez ne jouira pas de
fon triomphe , ou la mort que je recevrai
de fa main m'empêchera de voir
mon opprobre. Lucile ne répondoit rien
encore. Ma foi , mon pauvre Damon
dit alors Dorval , j'ai pitié de l'état où
je te vois , & s'il n'étoit pas au-deffus ·
de l'homme d'être ingrat envers Lucile
peut- être euffé- je porté l'héroïsme à
fon comble. Mais regarde-la & vois ce
qu'il eft poffible de faire ? Lucile ne put
foutenir plus long-temps cette bifarre
-méprife. Mais , Monfieur , dit- elle à Damon
, avec une agitation extrême , depuis
quand prenez- vous tant d'intérêt à
ce qui fe paffe dans mon coeur ? Vous
avez paru en faire trop peu de cas
pour.... Oui , Oui , interrompit Damon
oui , j'ai mérité vos rigueurs , votre haine.
J'ai paru oublier vos charmes , j'ai
paru vous donner une rivale ; mais , en
vous fuyant , je vous adorois , je n'entretenois
cette rivale que de vous . Elle
a des charmes & je ne lui parlois que
des vôtres.Peut- être elle m'abhorre pour
avoir connu à quel point je vous aime ...
Ah Ciel ! s'écria Lucile , à quelle extrẻ-
mité me vois-je réduite ? Parlez , reprenoit
Damon , il n'eft plus temps de fein-
>
>
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
1
du
>
dre . Mais que pourriez-vous dire qui pût
démentir ce que j'ai vu ? Tranchez net
la difficulté , difoit Dorval , ou ,
moins , expliquez-vous par emblême ;
laiffez parler le portrait en queftion. Je
tremble ! ajoûta Lucile , en tirant un
portrait de fa poche. O Ciel ! s'écrioit
Damon , cette vue va donc regler ma
deſtinée ? Courage , difoit Dorval à Lucile
qui héfitoit toujours , faites ce que
votre coeur vous préfcrira. Hé bien , lui
dit-elle , en tremblant de plus en plus
voyez vous-même ce qu'il convient de
faire... A ces mots elle lui donne le
portrait.
Grand Dieu ! s'écrie de nouveau
Damon , c'en eft donc fait ? Il ne me
refte plus qu'à m'immoler aux pieds de
l'ingrate. Déja il avoit tiré fon épée &
la tournoit contre fon fein . Arrête , arrête
lui cria Dorval , voila un défefpoir
finguliérement placé : regarde cette
pienture. Damon la fixe d'un ceil égaré ,
& reconnoît fes traits. Adorable Lucile
dit-il , en fe précipitant à fes genoux ,
que ne vous dois-je point ? & que mes
foupçons me rendent coupable ! Quoi ,
tandis que je vous outrageois , vous daigniez
raffembler les traits d'un ingrat ?...
Mais reprenoit-il , en s'interrompant ,
un autre a joui de la même faveur ! A
JANVIER. 1763. 33
ce difcours Lucile change de couleur &
refte interdite. Nouvelles allarmes pour
-Damon. Oui , pourſuivoit- il , un autre
portrait a tantôt frappé ma vue. De grace
, expliquez- nous ce qu'il fignifie . En
faites- vous une collection ? Ecoute
mon cher, interrompit Dorval , Mademoiſelle
a un talent fi décidé pour ce
genre qu'il feroit affreux qu'elle l'enfouît.
Craignez , dit alors Lucile à Damon
, craignez que je n'éclairciffe vos
injuftes foupçons ; je ne vous les pardonnerai
pas après les avoir détruits .
Ces trois perfonnes étoient occupées
au point que Cinthie entra fans qu'on ſe
fut même douté de for arrivée . Elle
venoit annoncer à fa niéce le gain de
fon procès. Elle la trouve dans une agitation
extrême , voit Damon à -peu-près
dans le même état , & Dorval qui fembloit
participer à cette fcène . Qu'est-ce
que cela fignifie , Mademoifelle ? demanda
Cinthie. Mais Lucile n'avoit pas
l'affurance de répondre. Dorval commençoit
à fe douter du fait. Il réfolut de
mettre fin à toute cette intrigue , &
d'ufer de l'afcendant qu'il avoit fur l'efprit
de la tante. Il s'agit , Madame , lui
dit-il , de certain portrait furtivement
apperçu . Comment ! quel portrait ? de-
B
34 MERCURE DE FRANCE .
manda- t-elle avec empreffement. Lucile,
qui ne pouvoit plus foutenir l'état où
elle voyoit Damon, fit un effort fur ellemême.
Le voilà ce portrait , dit- elle à
Cinthie; il n'appartient qu'à vous d'en
difpofer. Alors elle le lui donne . Cinthie
irritée , n'en prit que plus promptement
fa réfolution . Elle s'approche de Dorval
& lui fait voir le portrait que Lucile
vient de lui remettre. C'eft le vôtre , lui
dit-elle , & c'est par mon ordre que
Lucile a imité vos traits. Vous ne doutez
point que l'on ne s'intéreffe à un objet
que l'on fait peindre . Je garde le portrait,
& vous offre en échange ma main avec
toute ma fortune augmentée de cent
mille livres de rente par le gain de mon
procès. Madame , reprit Dorval , voilà
un concours de circonftances bien favorable.
Mais fouffrez que je m'occupe
d'abord des intérêts d'un ami. Sans doute
qu'en vous décidant à vous marier vous
ne prétendez pas condamner Lucile au
célibat. Il y auroit de l'inhumanité dans
cet arrangement. Ici Damon interrompit
Dorval , & s'adreffant à Cinthie : je
ne puis plus vous cacher , Madame , lui
dit-il , que j'adore votre charmante niéce.
Ma conduite , je le fais , annoncoit
tout le contraire ; mais ce n'étoit qu'une
JANVIER. 1763. 35
ce
feinte , & cette rufe eft une faute que
l'aimable Lucile me pardonne : daignez
imiter fon indulgence. Vraiment , reprit
Cinthie , je m'apperçois bien que ma
niéce eft fort indulgente. Mais , enfin
Marquis , dit- elle à Dorval , confeillezmoi
, que faut- il faire ? Il faut , Madame,
repliqua-t- il , unir Lucile avec Damon ,
& partager avec eux votre fortune.
Madame , interrompit ce dernier ,
n'eſt point à vos richeffes que j'en veux ;
l'aimable Lucile eft au- deffus de tous les
tréfors de la terre ; & d'ailleurs , ce que
j'ai de bien peut fuffire... Non , non ,
interrompit Cinthie à fon tour , il en
fera comme le Marquis vient de le régler.
Ah ! ma chère tante ! s'écria Lucile ; ah
cher Dorval! s'écria en même temps
Damon... Dorval fe refufa à de plus
longs remercimens . Maintenant , Madame
, ajoûta- t-il , voyez quelles font
vos dernières réfolutions. Comment ,፡
Marquis , reprit Cinthie , que fignifie ce
langage ... Oh ! Madame , il ne fignifie
que ce que vous voudrez... Le mariage
vous éffraye - t-il? ... Point du tout;
le mariage n'éffraye point quiconque
fait fon monde ... C'eft -à -dire , que vous
imirerez ceux qui fe piquent de le bien
favoir ? ... Moi ? Madame ; oh parbleu ,
B vj
36 MERCURE DE FRANCE .
je ne me calque fur perfonne . Mais il eft
des cas où il faut fuivre l'ufage , ou fe
couvrir d'un éternel ridicule ... Et moi ,
Marquis , je vous déclare qu'un mari du
bon ton me conviendroit fort peu...
Mais , Madame , comment donc faire ?
Faut-il fe reléguer jufques dans la claffe
des moindres bourgeois ? Ce font les
feuls qui n'ayent pas encore mis à l'écart
les gothiques entraves de l'hymen . Cela
étoit bon du temps de Saturne & de
Rhée !... Je prétends vivre comme on
vivoit alors... Alors , Madame , l'hymen
étoit le Dieu de la contrainte : aujourd'hui
c'eſt le Dieu de la liberté . On a
fubftitué aux froids égards , à l'éternelle
affiduité , une aifance toute aimable ,
une confiance à toute épreuve. En un
mot , le domaine de l'hymen eft devenu
la maiſon de campagne de l'amour. C'eſt
le lieu où il prend les vacances & où il
fe remet de fes fatigues. Il femble , reprit
vivement Cinthie , que vous ayez
reçu des mémoires de feu mon époux ,
il agiffoit comme vous propofez d'agir ;
mais il a fçu me dégoûter d'un mari
Petit- maître. Oubliez l'offre que je vous
ai faite : j'oublierai de mon côté.... Ah
cher Dorval! interrompit Damon tu
me replonges dans l'abîme d'où tu fem-
,
JANVIER. 1763. 37
blois m'avoir tiré ! Mais , point du tout ,
reprit Dorval , me voila encore tout prêt
à me dévouer. Il n'en eft pas befoin ,
ajoûta vivement Cinthie; raffurez - vous ,
Damon. En rompant pour jamais avec
Dorval, je n'en tiendrai pas moins ce
que je vous avois promis . Je confens
que vous époufiez ma Niéce , & je lui
donne la moitié de mon bien , en attendant
mieux. A ces mots , Cinthie entre
& s'enferme dans fon boudoir.
Que ne te dois-je , point , cher Dorval,
difoit Damon ? C'est toi qui as conduit
les chofes jufqu'à cet heureux dénouement
. Oublie mes torts. & mes injuftes
foupçons : J'ai pour jamais appris
à te connoître . Comment donc ? reprit
Dorval , tes craintes n'avoient rien de
ridicule ; on craindroit à moins . Il n'eft
pas maintenant douteux que Lucile ne
te préfére : mais , franchement , j'ai eu
peur pour toi.
Le temps éclaircit la deftinée de ces
différens Perfonnages. Cinthie ſe jetta
dans la réforme , y joignit la médifan-
& y prit goût. Dorval époufa la
Marquife , & tous deux vécurent dans
une confiance & une diffipation réciproques.
Lucile & Damon vécurent en
ce 9
38 MERCURE DE FRANCE.
Epoux qui fe fuffifent à eux mêmes.
tous furent contens.
Par M. DE LA Dixmerie.
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Résumé : SUITE DES QUIPROQUO, NOUVELLE.
Le texte relate une série de malentendus et de quiproquos entre plusieurs personnages, principalement Damon, Dorval, la Marquise, Cinthie et Lucile. Damon invite Dorval à se rendre à l'Étoile pour discuter en privé. Lors de cette rencontre, Damon reproche à Dorval ses procédés et exprime son désir de vengeance. Ils en viennent aux mains et se blessent mutuellement. Leur duel est interrompu par le Chevalier de B..., qui les sépare et les soigne. La Marquise, ayant entendu leur conversation, informe le Chevalier du rendez-vous, ce qui explique son intervention. La Marquise est inquiète car elle sait que Damon aime Lucile et qu'il a provoqué Dorval. Elle craint que la jalousie de Damon ne soit fondée. Par tracasserie, elle informe Cinthie de la dispute, laissant entendre que la Marquise en est la cause. Cinthie, jalouse et désespérée à l'idée de perdre Dorval, se confie à Lucile, qui est également troublée par la situation. Dorval, guéri plus rapidement que Damon, décide de réconcilier les deux amis. Il se rend chez Cinthie et apprend que celle-ci est déjà informée du duel. Il rencontre ensuite Lucile, qui peint un portrait de Damon en pleurant. Dorval comprend alors que Lucile aime toujours Damon et décide de ne pas intervenir. Dorval et le Chevalier rendent visite à Damon, qui est alité. Damon tend la main à Dorval, reconnaissant ses erreurs. Dorval révèle à Damon que Lucile le peint en miniature, ce qui apaise Damon. Quelques jours plus tard, Damon, guéri, se rend chez Cinthie avec Dorval. Lucile, avertie par Dorval, se précipite dans son cabinet mais trouve Damon furieux après avoir vu le portrait de Dorval. Damon quitte la maison sans parler à Lucile. Lucile, désespérée, craint que Damon ne la considère comme perfide après avoir vu le portrait. Le texte relate ensuite une situation complexe impliquant Lucile, Damon et Dorval. Lucile, accablée, se trouve dans le jardin, oubliant la présence de Dorval. Ce dernier, s'ennuyant avec une vieille dame, observe que Lucile et Damon semblent passer un moment agréable ensemble. Il est surpris de voir Lucile revenir avec un air triste et abattu après une brève absence. La vieille dame, ayant terminé sa visite, laisse Lucile et Dorval seuls. Dorval interroge Lucile sur sa rencontre avec Damon, mais elle révèle qu'elle ne l'a pas vu, car il était déjà parti. Dorval, intrigué par cette situation, décide d'aller voir Damon pour éclaircir l'affaire. Chez Damon, Dorval trouve ce dernier en train de se promener nerveusement. Damon accuse Dorval et Julie de comploter contre lui. Dorval, surpris, explique qu'il n'est pas complice de Lucile mais qu'il a vu Lucile occupée à peindre un portrait. Damon, furieux, révèle que Lucile est en train de peindre son propre portrait, croyant qu'il s'agit de celui de Dorval. Dorval comprend alors le quiproquo et explique à Damon que Lucile peignait en réalité son portrait à lui. De retour auprès de Lucile, Dorval révèle la vérité à Damon, qui est bouleversé. Lucile, agitée, finit par montrer le portrait à Damon, qui reconnaît ses propres traits. Damon, confus et reconnaissant, se jette aux pieds de Lucile. Cinthie, la tante de Lucile, entre et annonce le gain de son procès. Elle découvre l'agitation des trois personnages et demande des explications. Lucile montre le portrait à Cinthie, qui révèle qu'elle avait ordonné à Lucile de peindre les traits de Dorval. Cinthie propose alors sa main et sa fortune à Dorval, mais ce dernier suggère de marier Lucile et Damon, partageant ainsi sa fortune avec eux. Damon accepte, affirmant que son amour pour Lucile dépasse tous les trésors. Cinthie approuve finalement cette union. Dorval et Cinthie discutent ensuite des convenances du mariage, Cinthie exprimant son désir de vivre selon les usages modernes, où le mariage est vu comme un lieu de liberté et de confiance. Le texte se conclut par la révélation des destins des personnages : Cinthie se réforme et se consacre à la méditation, Dorval épouse la marquise et vit dans la confiance et la dissipation réciproque, tandis que Lucile et Damon vivent heureux en tant qu'époux.
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15807
p. 38
INSCRIPTION, pour être mise sur le Mausolée de M. DE CRÉBILLON, annoncé dans le dernier Mercure.
Début :
D'UN célébre Ecrivain regretable à jamais, [...]
Mots clefs :
Célèbre, Écrivain, Paix, Roi, Crébillon
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texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTION, pour être mise sur le Mausolée de M. DE CRÉBILLON, annoncé dans le dernier Mercure.
INSCRIPTION , pour être miſe ſur
le Maufolée de M. DE CRÉBILLON
annoncé dans le dernier Mercure.
D'UN célébre Ecrivain regretable à jamais ,
De Crébillon la cendre ici repofe en paix.
Entre le fublime & le tendre
Il choifit le feul ton que , malgré leurs talens ,
Ses deux Devanciers excellens
N'avoient ni pris , ni peut-être ofé prendre.
Louis dont la bonté porte au loin fes regards ,
En Roi difpenfateur & foigneux de la gloire
De ceux qui , fous fon Régne , honorent les
Beaux-Arts ,
Veut que ce Monument confacre fa mémoire.
PIRON.
POSUIT
Regalium Præfectus Edificiorum
Marchio DE MARIGNY.
Jubente Principe ,
Plaudente Patria
Et
Invidia fremente.
le Maufolée de M. DE CRÉBILLON
annoncé dans le dernier Mercure.
D'UN célébre Ecrivain regretable à jamais ,
De Crébillon la cendre ici repofe en paix.
Entre le fublime & le tendre
Il choifit le feul ton que , malgré leurs talens ,
Ses deux Devanciers excellens
N'avoient ni pris , ni peut-être ofé prendre.
Louis dont la bonté porte au loin fes regards ,
En Roi difpenfateur & foigneux de la gloire
De ceux qui , fous fon Régne , honorent les
Beaux-Arts ,
Veut que ce Monument confacre fa mémoire.
PIRON.
POSUIT
Regalium Præfectus Edificiorum
Marchio DE MARIGNY.
Jubente Principe ,
Plaudente Patria
Et
Invidia fremente.
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Résumé : INSCRIPTION, pour être mise sur le Mausolée de M. DE CRÉBILLON, annoncé dans le dernier Mercure.
L'inscription pour le mausolée de Crébillon, annoncée dans le Mercure, honore un écrivain célèbre. Elle souligne son style unique entre le sublime et le tendre, jamais adopté par ses prédécesseurs. Le roi Louis, par bonté et souci de la gloire des artistes, souhaite perpétuer sa mémoire. Le marquis de Marigny, préfet des bâtiments du roi, pose l'inscription avec l'approbation du prince et l'acclamation de la patrie.
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15808
p. 39
MORALITÉ.
Début :
UN Philosophe très-moderne, [...]
Mots clefs :
Grand, Petit, Jugements
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texteReconnaissance textuelle : MORALITÉ.
MORALITE .
UNN Philofophe très-moderne ,
Non de ceux qui portent lanterne
Comme un Cynique d'autrefois ,
Mais quoique franc , moins diſcourtois ;
Interrogé fur cette différence
Des jugemens que portent , même en France ,
Le Grand & le Petit , fouvent fur même cas...
» Hélas ! dit il , ne vous étonnez pas ,
» Quelle que foit leur vue ou leur ſcience ,
» Dé les trouver à toute heure en défaut.
» L'un voit tout de trop bas , & l'autre de trop
» haut.
D. L. P....
UNN Philofophe très-moderne ,
Non de ceux qui portent lanterne
Comme un Cynique d'autrefois ,
Mais quoique franc , moins diſcourtois ;
Interrogé fur cette différence
Des jugemens que portent , même en France ,
Le Grand & le Petit , fouvent fur même cas...
» Hélas ! dit il , ne vous étonnez pas ,
» Quelle que foit leur vue ou leur ſcience ,
» Dé les trouver à toute heure en défaut.
» L'un voit tout de trop bas , & l'autre de trop
» haut.
D. L. P....
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15809
p. 39
A son ALTESSE SÉRÉNISSIME Mgr le Prince DE CONDÉ.
Début :
ILLUSTRE rejetton du sang le plus auguste, [...]
Mots clefs :
Vainqueur, Amour, Gloire, France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A son ALTESSE SÉRÉNISSIME Mgr le Prince DE CONDÉ.
A fon ALTESSE SÉRÉNISSIME
Mgr le Prince DE CONDÉ.
ILLUSTRE rejetton du ſang le plus auguſte ;
Jeune CONDÉ , Veux- tu fçavoir au juſte
La meſure d'amour que la France a pour toi ?
Ton coeur a tout le feu du vainqueur de Rocroi ;
Tu n'as cherché que la Victoire :
Eh bien la France t'aime autant , que toi la
gloire.
Par la MUSE LIMONADIERE.
Mgr le Prince DE CONDÉ.
ILLUSTRE rejetton du ſang le plus auguſte ;
Jeune CONDÉ , Veux- tu fçavoir au juſte
La meſure d'amour que la France a pour toi ?
Ton coeur a tout le feu du vainqueur de Rocroi ;
Tu n'as cherché que la Victoire :
Eh bien la France t'aime autant , que toi la
gloire.
Par la MUSE LIMONADIERE.
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15810
p. 40-41
VERS présentés au ROI.
Début :
SOUFFREZ, SIRE, souffrez qu'un Citoyen fidèle [...]
Mots clefs :
Vers, Trône, Noblesse de l'âme, Sagesse, Paix, Sire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS présentés au ROI.
VERS préfentés au ROI.
SOUFFREZ , SIRE , fouffrez qu'un Citoyen fidèle
Qui fait de l'art des vers les uniques emplois ,
S'abandonnant fans crainte aux fougues de fon
zěle,
Jufques à votre Trône ofe élever la voix.
Le même jour que vous , * Sire , j'ai pris naiſſance.
J'ai vu par deux foisnaître & mourir treize hyvers.
Le fort d'un bras d'airain a plongé mon enfance
Dans un abîme de revers.
Dans un cercle de maux j'ai vu languir mon Etre.
Sire , je fuis obſcur : l'Aftre qui m'a fait naître ,
N'a point infcrit mon nom aux faftes des honneurs
.
Mais par la nobleffe de l'âme ,
Mais par l'amour qui pour mon Roi m'enflâme ,
Je le difputerois à vos plus grands Seigneurs.
Du Maître des deftins la prudente fagelſe ,
En me privant de tout , m'apprit a me borner
Souvent je vois avec triſteſſe ,
Que le fort contre moi fe plaît à s'acharner.
Mais quand le ciel fur vous répand quelqu'avan
tage ,
Au monde entier quand vous donnez la paix ,
* Le 15 Février.
1
JANVIER. 1763. 41
Quand je vois tous les coeurs heureux par vos
bienfaits ;
Sire , je fuis content , & j'ai tout en partage.
Par un Parifien.
SOUFFREZ , SIRE , fouffrez qu'un Citoyen fidèle
Qui fait de l'art des vers les uniques emplois ,
S'abandonnant fans crainte aux fougues de fon
zěle,
Jufques à votre Trône ofe élever la voix.
Le même jour que vous , * Sire , j'ai pris naiſſance.
J'ai vu par deux foisnaître & mourir treize hyvers.
Le fort d'un bras d'airain a plongé mon enfance
Dans un abîme de revers.
Dans un cercle de maux j'ai vu languir mon Etre.
Sire , je fuis obſcur : l'Aftre qui m'a fait naître ,
N'a point infcrit mon nom aux faftes des honneurs
.
Mais par la nobleffe de l'âme ,
Mais par l'amour qui pour mon Roi m'enflâme ,
Je le difputerois à vos plus grands Seigneurs.
Du Maître des deftins la prudente fagelſe ,
En me privant de tout , m'apprit a me borner
Souvent je vois avec triſteſſe ,
Que le fort contre moi fe plaît à s'acharner.
Mais quand le ciel fur vous répand quelqu'avan
tage ,
Au monde entier quand vous donnez la paix ,
* Le 15 Février.
1
JANVIER. 1763. 41
Quand je vois tous les coeurs heureux par vos
bienfaits ;
Sire , je fuis content , & j'ai tout en partage.
Par un Parifien.
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Résumé : VERS présentés au ROI.
Le poème est adressé au roi et exprime la fidélité et l'admiration de son auteur. Ce dernier mentionne être né le même jour que le roi et avoir vécu quarante-six ans, ayant connu des épreuves dès son enfance. Il se décrit comme obscur et non honoré, mais affirme sa noblesse d'âme et son amour pour le roi. Malgré les difficultés, il se réjouit des bienfaits et de la paix que le roi apporte au monde, se contentant de cette situation. Le poème est daté du 15 février 1763 et signé par un Parisien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15811
p. 41-47
LETTRE d'une jeune Etrangère à une de ses Compatriotes, sur la coëffure & les modes actuelles des Françoises.
Début :
AVERTISSEMENT. Les modes sont une partie plus considérable / Ce qu'on nous a dit des Françoises, ma chère M**, fur le goût des ajustemens [...]
Mots clefs :
Modes, Femmes, Coiffures, Histoire philosophique, Poudre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'une jeune Etrangère à une de ses Compatriotes, sur la coëffure & les modes actuelles des Françoises.
LETTRE d'une jeune Etrangère à
une de fes Compatriotes , fur la
coëffure & les modes actuelles des
Françoifes.
AVERTISSEMENT.
LES modes font une partie plus confi
dérable qu'on ne croit dans l'Hiftoire
Philofophique d'une Nation. Il feroit
curieux d'en avoir des époques affurées
avec certains détails . Elles feroient nombreuses
& intéressantes dans notre Hiftoire
, parce que leur variation y eft perpétuelle.
Ony découvriroit peut-être plus
d'analogie qu'on ne paroît en voir entre
leurs révolutions & celles du génie ou du
tour de penfées . Enfin , ne fe borna-t- on
en cela qu'à la connoiffance des faits , il
n'eft pas douteux que celle- ci feroit trèsféconde.
L'occafion de faire ce qu'on a
négligé jufqu'à préfent , qui eft de conflater
ces variétés de COSTUME ,
nous
42 MERCURE DE FRANCE.
1
1
de
eft offerte par la permiffion que nous
avons obtenue de produire les Lettres
qu'unejeune Etrangère , à Paris depuis
la Paix , écrit dans fa Patrie. Ces Lettres
nous ont paru écrites avec un peu
malice quelquefois , mais fans fiel, &
avec moins de prétention de briller que
de s'amufer & d'amufer en même temps
la Perfonne à qui elles font adreffées.
Lepreftige de l'habitude n'altérant point
encore la vue de cette jeune Perfonne
elle eft plus en état de nous faire voir
certains goûts confacrés par nos ufages
dans un jour plus vrai . Quelle que foit
cependant notre opinion, nous la foumertons
ainfi que les Lettres même , au
jugement des Lecteurs , en donnant cette
premiere pour éffai.
A M. CH. KAREV
,
Ce qu'on nous a dit des Françoiſes ,
ma chère M** , fur le goût des ajuftemens
eſt apparemment un de ces préjugés
entre les Nations , qui fubfiftent
encore longtemps après ce qui avoit pu
y donner lieu. Il faut que les femmes
de Paris comptent prodigieufement fur
leurs charmes , pour les facrifier à la
bizarrerie de leur coëffure actuelle , ou
qu'elles ayent une étonnante vénéraJANVIER.
1763. 43
tion pour leurs Trifayeules , puifqu'elles
aiment mieux reffembler en cette partie
, aux vieux portraits que j'en ai
vus , que de s'en tenir tout naturellement
à leurs jeunes & jolies figures.
On nous avoit appris , comme tu fçais
ma chère bonne , que les Dames Françoifes,
il y a quelques années, avoient fi
confidérablement abaiffé leurs coëffures,
qu'on ne leur foupçonnoit plus de têtesce
n'eft plus cela , il s'en faut bien, Imagine-
toi , en voyant aujourd'hui des
Françoifes mifes galamment , dans un
cercle , dans une promenade , ou aux
Spectacles , rencontrer une troupe d'Euménides
noires ou blondes , qui ont enjolivé
de quelques ornemens les ferpens
qui fe dreffent & fe replient fur leurs
têtes ; & d'autres , plus négligées , dont
les cheveux fe hériffent à la vue de leurs
éffrayantes camarades. Tu trouves peutêtre
l'image un peu forte ? Je te proteſte
que fans la poudre & ces légers ornemens
qui en impofent , je ne fçais fi la
comparaifon ne feroit pas totalement
éxacte . Les plus timides des femmes ,
Paris , fur l'adoption des modes outrées ,
n'ont pas moins aujourd'hui , d'un demi-
pied de chevelure , artiſtement dreffée
fur leurs têtes . Ceci eft un fait fur
44 MERCURE DE FRANCE .
,
lequel il n'y a qu'à vérifier la mefure à
la main. Tel eft l'ufage journalier des
plus modeftes en parure , car fur les
Théâtres où les femmes du monde
vont étudier les airs & l'ajustement de
celles dont elles cenfurent la conduite ,
je ne fçaurois te rendre l'excès de ces
montagnes chevelues . Toutes les Actrices
à la vérité n'ont pas encore ofé
aller jufqu'à la hauteur des plus jeunes
têtes. Je t'affure en avoir vu dont
les Cornettes on autres ajuſtemens
perchées fur la cime de ces pyramides
de cheveux , font fi loin du vifage qu'elles
ont à coëffer , que le même coup
d'oeil ne peut les raffembler. J'oubliois
de te dire qu'un petit morceau de linge
ou dé dentelle , fort en arrière fur la tête
forme aujourd'hui feulement les Cornettes
ou garnitures , dont on n'a confervé
que cela , comme certaine marque
d'état , qu'on porte par obligation ,
mais dont on dérobe , autant qu'on
peut , l'apparence .
Fort furprife , comme on peut croire
, de l'efpéce de Mafcarade qui chan
geoit à mes yeux le caractère des figu
res , j'ai ofé m'informer à quelques-unes
de ces Dames , du motif qui avoit engagé
à ce fingulier exhauffement . Je
JANVIER. 1763. 45
>
m'adreffai pour cela aux plus hautes
huppées , comme devant être plus inftruites
de l'origine des Huppes ; elles
me répondirent de bonne foi , qu'elles
avoient remarqué que cela alloit beaucoup
mieux , que toute autre manière
à l'air de leur vifage. Remarquez que
celles qui me parloient ainfi , n'avoient
déjà plus de vifage , fous l'énorme monceau
qui l'anéantiffoit. En général , j'avoûrai
n'avoir encore rencontré aucun
vifage qui allât à cette coëffure
moins qu'ils ne fuffent auffi ridicules
que les coeffures elles-même. Que ne
défigureroit pas ce qui eft fi contraire
aux proportions que la nature & la raifon
indiquent à tous les yeux ? Ce qu'il
y a de plaifant en cela , pour nous autres
, ma chère , qu'on accoutume à raifonner
de bonne heure & fur tous les
fujets , c'eft que beaucoup de ces femmes
, imaginent qu'en fe hériffant ainfi
les cheveux fur la tête , elles en élévent
d'autant leur petite ftature ; comme fi la
comparaifon d'un objet exhauffé ne rabaiffoit
pas l'objet qu'il furmonte. En
forte que par-là elles parviennent précifément
à ce qu'elles veulent éviter. Elles
n'ont pas fait attention apparemment
, quoiqu'elles ayent fréquemment
46 MERCURE DE FRANCE .
des Polichinelles fous leurs yeux , que l'on
a grand foin de donner de hautes coëffures
pointues à toutes les Bamboches ,
afin que ces figures deviennent encore
plus courtes & plus ramaffées.
Pardeffus toutes les autres Nations
de l'Europe , même celles de l'Afie
auxquelles nulle autre ne diſpute le prix
de la beauté , les Françoifes avoient
fans conteftation & par excellence
l'avantage de la Phyfionomie. Je ne fçais,
ma chère Bonne , fi tu entends bien
tout ce qu'il faut entendre par ce mot ,
& toutes les idées agréables qu'il contient.
Quoiqu'il en foit , je t'apprends au
profit des autres femmes du monde ,
que les Françoifes , par leur maniere de
fe coëffer , ont perdu entiérement ces
phyfionomies fi variées & fi piquantes.
Il ne refte à celles qui ont les traits
affez forts pour foutenir ce pompeux
édifice de cheveux , que des vifages ,
dont fouvent il n'y a pas à fe vanter.
Tu mourrois de rire furtout à l'aspect
de certaines faces rondeletes , entourées
des rayons que forme cette chevelure
bien redreffée en l'air. Figure -toi ces
petites images groffières du Soleil qui
ornent nos Almanachs ruftiques.
J'ai remarqué qu'à la Cour on avoit
JANVIER. 1763 . 47
و
jufqu'à préfent moins adopté cette
mode qu'à la Ville , & que dans cette
Iderniere , celles qui la chargeoient davantage
étoient ordinairement les femmes
d'un état où l'étalage eft utile au
produit des charmes. Je ne ferois pas
éloigné de croire que celles- ci n'euffent
l'honneur de l'invention dans ce ridicule
ufage , & cela , pour offufquer les femmes
honnêtes dont elles commençoient
, dit- on , à craindre la concurrence.
La rufe de guerre ne me femble
pas avoir réuffi , car ce qu'on appelle
en ce pays honnêtes femmes , ont bientôt
fait voir aux autres , qu'un cheval
pour être de bonne race & renfermé en
bonne maiſon , n'en redreffe pas moins
fiérement fes crins dans l'occafion , que
celui qui paît en liberté dans les communes.
Adieu, ma tendre amie ; ta voyageufe
aura bien des chofes de pareille
importance à t'apprendre de ce paysci
, pourvu que les relations t'amufent.
une de fes Compatriotes , fur la
coëffure & les modes actuelles des
Françoifes.
AVERTISSEMENT.
LES modes font une partie plus confi
dérable qu'on ne croit dans l'Hiftoire
Philofophique d'une Nation. Il feroit
curieux d'en avoir des époques affurées
avec certains détails . Elles feroient nombreuses
& intéressantes dans notre Hiftoire
, parce que leur variation y eft perpétuelle.
Ony découvriroit peut-être plus
d'analogie qu'on ne paroît en voir entre
leurs révolutions & celles du génie ou du
tour de penfées . Enfin , ne fe borna-t- on
en cela qu'à la connoiffance des faits , il
n'eft pas douteux que celle- ci feroit trèsféconde.
L'occafion de faire ce qu'on a
négligé jufqu'à préfent , qui eft de conflater
ces variétés de COSTUME ,
nous
42 MERCURE DE FRANCE.
1
1
de
eft offerte par la permiffion que nous
avons obtenue de produire les Lettres
qu'unejeune Etrangère , à Paris depuis
la Paix , écrit dans fa Patrie. Ces Lettres
nous ont paru écrites avec un peu
malice quelquefois , mais fans fiel, &
avec moins de prétention de briller que
de s'amufer & d'amufer en même temps
la Perfonne à qui elles font adreffées.
Lepreftige de l'habitude n'altérant point
encore la vue de cette jeune Perfonne
elle eft plus en état de nous faire voir
certains goûts confacrés par nos ufages
dans un jour plus vrai . Quelle que foit
cependant notre opinion, nous la foumertons
ainfi que les Lettres même , au
jugement des Lecteurs , en donnant cette
premiere pour éffai.
A M. CH. KAREV
,
Ce qu'on nous a dit des Françoiſes ,
ma chère M** , fur le goût des ajuftemens
eſt apparemment un de ces préjugés
entre les Nations , qui fubfiftent
encore longtemps après ce qui avoit pu
y donner lieu. Il faut que les femmes
de Paris comptent prodigieufement fur
leurs charmes , pour les facrifier à la
bizarrerie de leur coëffure actuelle , ou
qu'elles ayent une étonnante vénéraJANVIER.
1763. 43
tion pour leurs Trifayeules , puifqu'elles
aiment mieux reffembler en cette partie
, aux vieux portraits que j'en ai
vus , que de s'en tenir tout naturellement
à leurs jeunes & jolies figures.
On nous avoit appris , comme tu fçais
ma chère bonne , que les Dames Françoifes,
il y a quelques années, avoient fi
confidérablement abaiffé leurs coëffures,
qu'on ne leur foupçonnoit plus de têtesce
n'eft plus cela , il s'en faut bien, Imagine-
toi , en voyant aujourd'hui des
Françoifes mifes galamment , dans un
cercle , dans une promenade , ou aux
Spectacles , rencontrer une troupe d'Euménides
noires ou blondes , qui ont enjolivé
de quelques ornemens les ferpens
qui fe dreffent & fe replient fur leurs
têtes ; & d'autres , plus négligées , dont
les cheveux fe hériffent à la vue de leurs
éffrayantes camarades. Tu trouves peutêtre
l'image un peu forte ? Je te proteſte
que fans la poudre & ces légers ornemens
qui en impofent , je ne fçais fi la
comparaifon ne feroit pas totalement
éxacte . Les plus timides des femmes ,
Paris , fur l'adoption des modes outrées ,
n'ont pas moins aujourd'hui , d'un demi-
pied de chevelure , artiſtement dreffée
fur leurs têtes . Ceci eft un fait fur
44 MERCURE DE FRANCE .
,
lequel il n'y a qu'à vérifier la mefure à
la main. Tel eft l'ufage journalier des
plus modeftes en parure , car fur les
Théâtres où les femmes du monde
vont étudier les airs & l'ajustement de
celles dont elles cenfurent la conduite ,
je ne fçaurois te rendre l'excès de ces
montagnes chevelues . Toutes les Actrices
à la vérité n'ont pas encore ofé
aller jufqu'à la hauteur des plus jeunes
têtes. Je t'affure en avoir vu dont
les Cornettes on autres ajuſtemens
perchées fur la cime de ces pyramides
de cheveux , font fi loin du vifage qu'elles
ont à coëffer , que le même coup
d'oeil ne peut les raffembler. J'oubliois
de te dire qu'un petit morceau de linge
ou dé dentelle , fort en arrière fur la tête
forme aujourd'hui feulement les Cornettes
ou garnitures , dont on n'a confervé
que cela , comme certaine marque
d'état , qu'on porte par obligation ,
mais dont on dérobe , autant qu'on
peut , l'apparence .
Fort furprife , comme on peut croire
, de l'efpéce de Mafcarade qui chan
geoit à mes yeux le caractère des figu
res , j'ai ofé m'informer à quelques-unes
de ces Dames , du motif qui avoit engagé
à ce fingulier exhauffement . Je
JANVIER. 1763. 45
>
m'adreffai pour cela aux plus hautes
huppées , comme devant être plus inftruites
de l'origine des Huppes ; elles
me répondirent de bonne foi , qu'elles
avoient remarqué que cela alloit beaucoup
mieux , que toute autre manière
à l'air de leur vifage. Remarquez que
celles qui me parloient ainfi , n'avoient
déjà plus de vifage , fous l'énorme monceau
qui l'anéantiffoit. En général , j'avoûrai
n'avoir encore rencontré aucun
vifage qui allât à cette coëffure
moins qu'ils ne fuffent auffi ridicules
que les coeffures elles-même. Que ne
défigureroit pas ce qui eft fi contraire
aux proportions que la nature & la raifon
indiquent à tous les yeux ? Ce qu'il
y a de plaifant en cela , pour nous autres
, ma chère , qu'on accoutume à raifonner
de bonne heure & fur tous les
fujets , c'eft que beaucoup de ces femmes
, imaginent qu'en fe hériffant ainfi
les cheveux fur la tête , elles en élévent
d'autant leur petite ftature ; comme fi la
comparaifon d'un objet exhauffé ne rabaiffoit
pas l'objet qu'il furmonte. En
forte que par-là elles parviennent précifément
à ce qu'elles veulent éviter. Elles
n'ont pas fait attention apparemment
, quoiqu'elles ayent fréquemment
46 MERCURE DE FRANCE .
des Polichinelles fous leurs yeux , que l'on
a grand foin de donner de hautes coëffures
pointues à toutes les Bamboches ,
afin que ces figures deviennent encore
plus courtes & plus ramaffées.
Pardeffus toutes les autres Nations
de l'Europe , même celles de l'Afie
auxquelles nulle autre ne diſpute le prix
de la beauté , les Françoifes avoient
fans conteftation & par excellence
l'avantage de la Phyfionomie. Je ne fçais,
ma chère Bonne , fi tu entends bien
tout ce qu'il faut entendre par ce mot ,
& toutes les idées agréables qu'il contient.
Quoiqu'il en foit , je t'apprends au
profit des autres femmes du monde ,
que les Françoifes , par leur maniere de
fe coëffer , ont perdu entiérement ces
phyfionomies fi variées & fi piquantes.
Il ne refte à celles qui ont les traits
affez forts pour foutenir ce pompeux
édifice de cheveux , que des vifages ,
dont fouvent il n'y a pas à fe vanter.
Tu mourrois de rire furtout à l'aspect
de certaines faces rondeletes , entourées
des rayons que forme cette chevelure
bien redreffée en l'air. Figure -toi ces
petites images groffières du Soleil qui
ornent nos Almanachs ruftiques.
J'ai remarqué qu'à la Cour on avoit
JANVIER. 1763 . 47
و
jufqu'à préfent moins adopté cette
mode qu'à la Ville , & que dans cette
Iderniere , celles qui la chargeoient davantage
étoient ordinairement les femmes
d'un état où l'étalage eft utile au
produit des charmes. Je ne ferois pas
éloigné de croire que celles- ci n'euffent
l'honneur de l'invention dans ce ridicule
ufage , & cela , pour offufquer les femmes
honnêtes dont elles commençoient
, dit- on , à craindre la concurrence.
La rufe de guerre ne me femble
pas avoir réuffi , car ce qu'on appelle
en ce pays honnêtes femmes , ont bientôt
fait voir aux autres , qu'un cheval
pour être de bonne race & renfermé en
bonne maiſon , n'en redreffe pas moins
fiérement fes crins dans l'occafion , que
celui qui paît en liberté dans les communes.
Adieu, ma tendre amie ; ta voyageufe
aura bien des chofes de pareille
importance à t'apprendre de ce paysci
, pourvu que les relations t'amufent.
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Résumé : LETTRE d'une jeune Etrangère à une de ses Compatriotes, sur la coëffure & les modes actuelles des Françoises.
La lettre d'une jeune étrangère à une compatriote traite des modes actuelles des Françaises, en particulier des coiffures. L'auteur considère les modes comme un aspect important de l'histoire philosophique d'une nation, révélant des analogies avec les révolutions du génie ou du tour de pensées. La lettre vise à amuser et à informer sur les variétés de costumes. L'étrangère observe que les Françaises sacrifient leurs charmes naturels pour des coiffures bizarres, préférant ressembler à des portraits anciens plutôt qu'à leurs jeunes visages. Les coiffures actuelles sont décrites comme des montagnes de cheveux artistement dressés, souvent ornées de poudre et de légers ornements. Même les femmes timides portent un demi-pied de chevelure, et les actrices sur les théâtres adoptent des coiffures encore plus extravagantes. L'auteur s'informe auprès des dames sur les motifs de ces coiffures extravagantes et reçoit des réponses variées. Elle remarque que ces coiffures déforment les visages et les rendent ridicules, contraires aux proportions naturelles. Certaines femmes croient que cela élève leur petite stature, sans réaliser que cela les rabaisserait plutôt. L'étrangère souligne que les Françaises, autrefois reconnues pour leur physionomie, ont perdu cet avantage à cause de leurs coiffures. Elle observe que cette mode est plus adoptée à la ville qu'à la cour et que les femmes d'un certain état l'ont peut-être inventée pour se distinguer. Elle conclut en notant que les femmes honnêtes ont rapidement adopté cette mode, malgré les intentions initiales de certaines femmes de la concurrencer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15812
p. 48
VERS sur le jour de l'An, à M. de B ***.
Début :
QUAND nous voulons aux Dieux offrir un pur hommage, [...]
Mots clefs :
Dieux, Silence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS sur le jour de l'An, à M. de B ***.
VERS fur le jour de l'An , à M. de
QUANT
B ***.
UAND nous voulons aux Dieux offrir un pur
hommage ,
Nous ne connoiffons point de plus digne langage
Qu'un filence reſpectueux ;
Un Mortel bienfaiſant , éclairé , vertueux
Ici-bas devient leur image :
Ces titres font votre partage :
Je dois vous honorer comme eux.
A Paris ce Janvier 1763 .
QUANT
B ***.
UAND nous voulons aux Dieux offrir un pur
hommage ,
Nous ne connoiffons point de plus digne langage
Qu'un filence reſpectueux ;
Un Mortel bienfaiſant , éclairé , vertueux
Ici-bas devient leur image :
Ces titres font votre partage :
Je dois vous honorer comme eux.
A Paris ce Janvier 1763 .
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15813
p. 48-49
ÉPIGRAMME Envoyée pour Etrennes à Mlle DUMONCEAU.
Début :
OUI, toute fille aimable est un Démon pour nous. [...]
Mots clefs :
Fille aimable, Démon, Grâces, Ange, Enfers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPIGRAMME Envoyée pour Etrennes à Mlle DUMONCEAU.
É PIGRAMME
Envoyée pour Etrennes à Mlle
DUMONCEAU.
OUI, ur , toute fille aimable eſt un Démon
nous.
pour
DUMONCEAU vainement de ce propos s'étonne.
Les Grâces parent fa perfonne ,
Son minois eft riant & doux :
Mais hélas ! le tourment étrange
Que me font éprouver les traits victorieux ,
Me
JANVIER . 1763 .
49
Me force à dire : c'eſt un Ange
Qui porte l'Enfer dans les yeux !
A Paris, le 31 Decembre 1762.
Envoyée pour Etrennes à Mlle
DUMONCEAU.
OUI, ur , toute fille aimable eſt un Démon
nous.
pour
DUMONCEAU vainement de ce propos s'étonne.
Les Grâces parent fa perfonne ,
Son minois eft riant & doux :
Mais hélas ! le tourment étrange
Que me font éprouver les traits victorieux ,
Me
JANVIER . 1763 .
49
Me force à dire : c'eſt un Ange
Qui porte l'Enfer dans les yeux !
A Paris, le 31 Decembre 1762.
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15814
p. 49-54
ESSAI SUR LES DEUILS.
Début :
MÉNAGE fait dériver ce mot du latin doleo, dolere, qui signifie, s'affliger [...]
Mots clefs :
Habits blancs, Drap noir, Rubans bleus, Lois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESSAI SUR LES DEUILS.
-ESSAI SUR LES
DEUILS.
MENAGE fait
dériver ce mot du latin
doleo , dolere , qui fignifie ,
s'affliger
s'attrifter , fentir de la douleur , être
touché du malheur de
quelqu'un , & c.
A la Chine on porte le deuil avec des
habits blancs ; il dure trois ans , & fait
II. Vol.
C
50 MERCURE DE FRANCE.
vaquer toutes fortes de Charges & de
Magiftratures.
En Turquie , on le porte en bleu .
Au Pérou , on le portoit de la coubeur
de gris de fouris .
Rabelais le fait porter en verd.
Les Dames Argiennes & Romaines
portoient le deuil en blanc ; & les Romains
le portoient en brun tirant fur
le noir.
Le grand deuil fe porte en France
avec du drap, noir fans ornemens , des
manteaux longs du linge uni , & un
grand crêpe ; les veuves fe portent avec
un bandeau & un grand voile de crêpe
noir.
Le petit deuil fe porte avec la ferge
ou le crépon , & des rubans bleus &
blancs mêlés avec du noir.
Le Roi & les Cardinaux portent le
deuil en violet.
En Caftille , à la mort des Princes ,
on fe vêtoit de ferge blanche pour porter
le deuil ; on le fit pour la derniere
fois en l'année 1498 , à la mort du Prince
Dom Juan , Fils unique du Roi Ferdinand
& d'Isabelle , comme le dit
Herrera.
Mézerai remarque que la Reine
Anne de Bretagne porta le deuil du
JANVIER. 1763 . 51
Roi Charles VIII , en noir , quoique
les autres Reines euffent accoutumé de
porter le deuil en blanc . Ce Prince
mourut au Château d'Amboife fans
laiffer d'enfans , le 7 Avril 1497 , après
avoir regné 14 ans 7 mois & 9 jours ,
âgé de 27 ans 2 mois & 23 jours , felon
le Pere Anfelme , T. 1. p . 124. E.
C'est une ancienne maxime que la
veuve porte le deuil aux dépens de la
fucceffion de fon mari , & les héritiers
du mari font obligés de lui fonrnir le
deuil fur leur portion . En droit on appelle
année de deuil , l'année de viduité
, pendant laquelle une veuve doit
s'abftenir de paffer à un fecond mariage ;
les Loix ont voulu qu'elle rendît ce
refpect aux cendres de fon mari , & que
du moins elle honorât fon tombeau de
fes larmes & de fes regrets pendant la
premiere année de fon veuvage .
Par le Droît Romain , les veuves qui
convoloient à de fecondes nôces dans
l'an du deuil , étoient privées de tous
les avantages qu'elles avoient reçus de
leurs maris , afin de les obliger à conferver
le fouvenir de l'amitié conjugale.
Cela s'obferve encore dans les
Pays de Droit écrit. Ailleurs on fuit
plus communément le Droit Canoni-
Ci
52 MERCURE DE FRANCE.
que , & l'an de viduité n'eſt qu'une Loi
de bienféance ; feulement s'il y a foupçon
de groffeffe , là veuve ne doit
précipiter fon mariage , pour éviter la
confufion du fang.
pas
Les deuils étoient avant la mort du
feu Roi LOUIS XIV , beaucoup plus
longs qu'ils ne font aujourd'hui ; depuis
l'année 1716 , ils ont été confidérablement
abrégés.
» Par Ordonnance du Roi concer-
» nant les deuils , donnée à Paris le 23
" Juin 1716 , Sa Majefté en faveur du
»Commerce & des Marchands , de l'avis
» de M. le Duc d'ORLEANS , Régent
» du Royaume , voulut que les deuils qui
? fe portent à la mort des Têtes couron-
» nées , des Princes & Princeffes du Sang
» & des autres Princes & Princeffes de
» l'Europe , feroient réduits à la moitié
» du temps qu'ils avoient coutume de
» durer ; enforte que les plus grands
» deuils ne dureroient que fix mois
» & tous les autres à proportion ; &
» à l'égard des deuils qui fe portent
و ر
"
dans les familles des Sujets de ſa Ma-
»jefté , de quelque qualité & condition
qu'ils foient , le Roi ordonne qu'ils
» feront réduits à la moitié du temps
qu'ils avoient coutume de durer ; fçaJANVIER.
1763. 53
» voir , ceux que les femmes portent à
» la mort de leurs maris , à une année ;
» ceux qui fe portent à la mort des fem-
» mes , peres , merès , beau -peres & bel
» les- meres , ayeuls & ayeules , & des
autres perfonnes de qui on eft Léga-
» taire univerfel , à fix mois ; ceux des
»freres & foeurs , beaux - freres & belles-
»foeurs de qui on n'eft point héritier ,
» à trois mois , fans que tous les autres
deuils puiffent excéder plus d'un mois,
» ni qu'il foit permis de drapper , fi ce
n'eft pour les maris & femmes , peres
» & meres , beaux- peres & belles-meres,
» ayeuls & ayeules , des perfonnes de
» qui son eft héritier ou Légataire uni
» verfel...
-J
9
à
Et par autre Ordonnance du Roi donnée
auVerfailles le 8 Octobre 1730 ,
Sa Majesté a encore ordonné » que les
» deuils qu'elle a coutume de porter
la mort des Têtes couronnées des
» Princes & Princeffes du Sang & des
" autres Princes & Princeffes de l'Euro¹
» pe., ainfi que ceux qui fe portent dans
» les familles des Sujets de Sa Majesté ,
» feront réduits, à l'avenir à la moitié
» du temps préferit par l'Ordonnance
» du 23 Juin 1716. N'entend néan-
.
C iij
54 MERCURE DE FRANCE .
23
moins Sa Majefté , " comprendre dans
» cette rédu& ion les deuils que les fem-
» mes portent à la mort de leurs maris ,
» & ceux qui fe portent à la mort des
femmes , peres , meres , beaux- peres
» & belles - meres , ayeuls & ayeules , &
» des autres perfonnes de qui on eft hé-
» ritier ou légataire univerfel , lefquels
» demeureront fixés au temps préfcrit
par ladite Ordonnance du 23 Juin
" 1716. Renouvellant Sa Majesté en
» tant que befoin feroit les défenfes faites
par ladite Ordonnance de draper ,
» fi ce n'eft pour les maris & femmes ,
» peres & meres , beaux-peres & bellesmeres
, ayeuls & ayeules , & des per-
" fonnes de qui on eft héritier ou légataire
univerfel , & c and t
葡
On a donné l'année derniere un avis
au Public concernant les deuils , on croit
lui faire plaifir de le renouveller , en
voici la copie qu'on m'a prié , Monfieur,
de vous adreffer , avec cette differtation
pour en faire , s'il vous plait mention
dans votre premier Mercure .
J'ai l'honneur d'être , & c. 、
D. N. Abonné aut Mercure
DEUILS.
MENAGE fait
dériver ce mot du latin
doleo , dolere , qui fignifie ,
s'affliger
s'attrifter , fentir de la douleur , être
touché du malheur de
quelqu'un , & c.
A la Chine on porte le deuil avec des
habits blancs ; il dure trois ans , & fait
II. Vol.
C
50 MERCURE DE FRANCE.
vaquer toutes fortes de Charges & de
Magiftratures.
En Turquie , on le porte en bleu .
Au Pérou , on le portoit de la coubeur
de gris de fouris .
Rabelais le fait porter en verd.
Les Dames Argiennes & Romaines
portoient le deuil en blanc ; & les Romains
le portoient en brun tirant fur
le noir.
Le grand deuil fe porte en France
avec du drap, noir fans ornemens , des
manteaux longs du linge uni , & un
grand crêpe ; les veuves fe portent avec
un bandeau & un grand voile de crêpe
noir.
Le petit deuil fe porte avec la ferge
ou le crépon , & des rubans bleus &
blancs mêlés avec du noir.
Le Roi & les Cardinaux portent le
deuil en violet.
En Caftille , à la mort des Princes ,
on fe vêtoit de ferge blanche pour porter
le deuil ; on le fit pour la derniere
fois en l'année 1498 , à la mort du Prince
Dom Juan , Fils unique du Roi Ferdinand
& d'Isabelle , comme le dit
Herrera.
Mézerai remarque que la Reine
Anne de Bretagne porta le deuil du
JANVIER. 1763 . 51
Roi Charles VIII , en noir , quoique
les autres Reines euffent accoutumé de
porter le deuil en blanc . Ce Prince
mourut au Château d'Amboife fans
laiffer d'enfans , le 7 Avril 1497 , après
avoir regné 14 ans 7 mois & 9 jours ,
âgé de 27 ans 2 mois & 23 jours , felon
le Pere Anfelme , T. 1. p . 124. E.
C'est une ancienne maxime que la
veuve porte le deuil aux dépens de la
fucceffion de fon mari , & les héritiers
du mari font obligés de lui fonrnir le
deuil fur leur portion . En droit on appelle
année de deuil , l'année de viduité
, pendant laquelle une veuve doit
s'abftenir de paffer à un fecond mariage ;
les Loix ont voulu qu'elle rendît ce
refpect aux cendres de fon mari , & que
du moins elle honorât fon tombeau de
fes larmes & de fes regrets pendant la
premiere année de fon veuvage .
Par le Droît Romain , les veuves qui
convoloient à de fecondes nôces dans
l'an du deuil , étoient privées de tous
les avantages qu'elles avoient reçus de
leurs maris , afin de les obliger à conferver
le fouvenir de l'amitié conjugale.
Cela s'obferve encore dans les
Pays de Droit écrit. Ailleurs on fuit
plus communément le Droit Canoni-
Ci
52 MERCURE DE FRANCE.
que , & l'an de viduité n'eſt qu'une Loi
de bienféance ; feulement s'il y a foupçon
de groffeffe , là veuve ne doit
précipiter fon mariage , pour éviter la
confufion du fang.
pas
Les deuils étoient avant la mort du
feu Roi LOUIS XIV , beaucoup plus
longs qu'ils ne font aujourd'hui ; depuis
l'année 1716 , ils ont été confidérablement
abrégés.
» Par Ordonnance du Roi concer-
» nant les deuils , donnée à Paris le 23
" Juin 1716 , Sa Majefté en faveur du
»Commerce & des Marchands , de l'avis
» de M. le Duc d'ORLEANS , Régent
» du Royaume , voulut que les deuils qui
? fe portent à la mort des Têtes couron-
» nées , des Princes & Princeffes du Sang
» & des autres Princes & Princeffes de
» l'Europe , feroient réduits à la moitié
» du temps qu'ils avoient coutume de
» durer ; enforte que les plus grands
» deuils ne dureroient que fix mois
» & tous les autres à proportion ; &
» à l'égard des deuils qui fe portent
و ر
"
dans les familles des Sujets de ſa Ma-
»jefté , de quelque qualité & condition
qu'ils foient , le Roi ordonne qu'ils
» feront réduits à la moitié du temps
qu'ils avoient coutume de durer ; fçaJANVIER.
1763. 53
» voir , ceux que les femmes portent à
» la mort de leurs maris , à une année ;
» ceux qui fe portent à la mort des fem-
» mes , peres , merès , beau -peres & bel
» les- meres , ayeuls & ayeules , & des
autres perfonnes de qui on eft Léga-
» taire univerfel , à fix mois ; ceux des
»freres & foeurs , beaux - freres & belles-
»foeurs de qui on n'eft point héritier ,
» à trois mois , fans que tous les autres
deuils puiffent excéder plus d'un mois,
» ni qu'il foit permis de drapper , fi ce
n'eft pour les maris & femmes , peres
» & meres , beaux- peres & belles-meres,
» ayeuls & ayeules , des perfonnes de
» qui son eft héritier ou Légataire uni
» verfel...
-J
9
à
Et par autre Ordonnance du Roi donnée
auVerfailles le 8 Octobre 1730 ,
Sa Majesté a encore ordonné » que les
» deuils qu'elle a coutume de porter
la mort des Têtes couronnées des
» Princes & Princeffes du Sang & des
" autres Princes & Princeffes de l'Euro¹
» pe., ainfi que ceux qui fe portent dans
» les familles des Sujets de Sa Majesté ,
» feront réduits, à l'avenir à la moitié
» du temps préferit par l'Ordonnance
» du 23 Juin 1716. N'entend néan-
.
C iij
54 MERCURE DE FRANCE .
23
moins Sa Majefté , " comprendre dans
» cette rédu& ion les deuils que les fem-
» mes portent à la mort de leurs maris ,
» & ceux qui fe portent à la mort des
femmes , peres , meres , beaux- peres
» & belles - meres , ayeuls & ayeules , &
» des autres perfonnes de qui on eft hé-
» ritier ou légataire univerfel , lefquels
» demeureront fixés au temps préfcrit
par ladite Ordonnance du 23 Juin
" 1716. Renouvellant Sa Majesté en
» tant que befoin feroit les défenfes faites
par ladite Ordonnance de draper ,
» fi ce n'eft pour les maris & femmes ,
» peres & meres , beaux-peres & bellesmeres
, ayeuls & ayeules , & des per-
" fonnes de qui on eft héritier ou légataire
univerfel , & c and t
葡
On a donné l'année derniere un avis
au Public concernant les deuils , on croit
lui faire plaifir de le renouveller , en
voici la copie qu'on m'a prié , Monfieur,
de vous adreffer , avec cette differtation
pour en faire , s'il vous plait mention
dans votre premier Mercure .
J'ai l'honneur d'être , & c. 、
D. N. Abonné aut Mercure
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Résumé : ESSAI SUR LES DEUILS.
Le texte 'Essai sur les deuils' examine les pratiques de deuil à travers diverses cultures et époques. Le terme 'deuil' provient du latin 'doleo', signifiant s'affliger ou ressentir de la douleur. Les pratiques de deuil diffèrent selon les régions : en Chine, le deuil se porte en habits blancs et dure trois ans, tandis qu'en Turquie, il est porté en bleu. Au Pérou, le deuil était porté en gris de fourrure, et Rabelais mentionne le deuil en vert. Les dames argiennes et romaines portaient le deuil en blanc, et les Romains en brun tirant sur le noir. En France, le grand deuil se porte avec du drap noir sans ornements, des manteaux longs en lin uni, et un grand crêpe. Les veuves portent un bandeau et un voile de crêpe noir. Le petit deuil se porte avec de la serge ou du crépon, et des rubans bleus et blancs mêlés avec du noir. Le roi et les cardinaux portent le deuil en violet. En Castille, à la mort des princes, on se vêtait de serge blanche, comme ce fut le cas en 1498 pour le prince Dom Juan. La reine Anne de Bretagne porta le deuil du roi Charles VIII en noir, contrairement aux autres reines qui portaient le deuil en blanc. La veuve porte le deuil aux dépens de la succession de son mari, et les héritiers doivent lui fournir le deuil. En droit romain, les veuves qui se remariaient durant l'année de deuil perdaient les avantages reçus de leurs maris. Les deuils étaient plus longs avant la mort de Louis XIV, mais furent abrégés par des ordonnances royales en 1716 et 1730, réduisant la durée des deuils pour les têtes couronnées et les sujets du roi.
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15815
p. 49
A Madame de B ..... sur ses premieres couches.
Début :
De votre heureux accouchement [...]
Mots clefs :
Accouchement, Fille, Garçon, Mère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Madame de B ..... sur ses premieres couches.
A Madame de B ..... fur fes
premieres couches.:
Da votre heureux accouchement
Dont la nouvelle m'eft tranfmife ,
Je fuis charmé , mon aimable Païfe ;
Et de bon coeur vous fais mon
compliment .
Envain une critique amère
Veut déprimer l'enfant qui de vous tient le jour;
C'eft une Fille ! Eh bien ? Un Fils aura fon tour .
Des Grâces Venus fur la mère ,
Et le fut aufli de l'Amour.
Par un Dongiois , au mois de Juillet 1762.
premieres couches.:
Da votre heureux accouchement
Dont la nouvelle m'eft tranfmife ,
Je fuis charmé , mon aimable Païfe ;
Et de bon coeur vous fais mon
compliment .
Envain une critique amère
Veut déprimer l'enfant qui de vous tient le jour;
C'eft une Fille ! Eh bien ? Un Fils aura fon tour .
Des Grâces Venus fur la mère ,
Et le fut aufli de l'Amour.
Par un Dongiois , au mois de Juillet 1762.
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15816
p. 55-56
AVIS AU PUBLIC.
Début :
L'incertitude où l'on eft souvent à Paris & dans les Provinces, sur les [...]
Mots clefs :
Incertitude, Deuils, Billet imprimé, Prix de l'abonnement, S'abonner, Année d'abonnement, Bureau pour les abonnements de Paris, Provinces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS AU PUBLIC.
AVIS AU PUBLIC
" L'incertitude où l'on eft fouvent à
» Paris & dans les Provinces , fur les
» jours que fe prennent & fe quittent
» les Deuils de Cour , a fourni l'idée
» d'en informer éxactement le Public .
" On fe propofe de les annoncer par un
» billet imprimé qui fera envoyé à Paris
» par la petite Pofte ; lequel contiendra
» 1 ° . le nom & les qualités du Prince ou
» de la Princeffe dout on devra porter
» le deuil . 2°. Les autres particularités
» d'étiquette , quand il y en aura. 3º . Les
»jours fixés pour le prendre & le quitter .
" Le prix de l'Abonnement , pour
» Paris , n'eft que de 3 liv . par an , && 3
» pour les Provinces , de 6 liv . attendu
» que les avis feront envoyés francs de
» port.
Ceux qui voudront s'abonner
» payeront d'avance : leurs noms , qua-
» lités & demeure feront infcrits fur un
registre . L'année d'Abonnement com-
» mencera du jour que l'argent aura été
» reçu .
» Le Bureau pour les abonnemens de
» Paris eft établi rue & vis - à - vis la
» Monnoie , chez le fieur ROUGEUX ,
» Marchand Miroitier , au grand Prieur
» de France . " Civ
56 MERCURE DE FRANCE .
» Pour les Provinces , les Lettres de-
» vront être adreffées , port franc , ainfi
» que l'argent , à M. DUBOIS , rue d'En-
» fer , vis-à-vis la rue S. Thomas > à
» Paris . On ne recevra ni les Lettres ni
» l'argent qui n'auront point été affian-
» chis.
" L'incertitude où l'on eft fouvent à
» Paris & dans les Provinces , fur les
» jours que fe prennent & fe quittent
» les Deuils de Cour , a fourni l'idée
» d'en informer éxactement le Public .
" On fe propofe de les annoncer par un
» billet imprimé qui fera envoyé à Paris
» par la petite Pofte ; lequel contiendra
» 1 ° . le nom & les qualités du Prince ou
» de la Princeffe dout on devra porter
» le deuil . 2°. Les autres particularités
» d'étiquette , quand il y en aura. 3º . Les
»jours fixés pour le prendre & le quitter .
" Le prix de l'Abonnement , pour
» Paris , n'eft que de 3 liv . par an , && 3
» pour les Provinces , de 6 liv . attendu
» que les avis feront envoyés francs de
» port.
Ceux qui voudront s'abonner
» payeront d'avance : leurs noms , qua-
» lités & demeure feront infcrits fur un
registre . L'année d'Abonnement com-
» mencera du jour que l'argent aura été
» reçu .
» Le Bureau pour les abonnemens de
» Paris eft établi rue & vis - à - vis la
» Monnoie , chez le fieur ROUGEUX ,
» Marchand Miroitier , au grand Prieur
» de France . " Civ
56 MERCURE DE FRANCE .
» Pour les Provinces , les Lettres de-
» vront être adreffées , port franc , ainfi
» que l'argent , à M. DUBOIS , rue d'En-
» fer , vis-à-vis la rue S. Thomas > à
» Paris . On ne recevra ni les Lettres ni
» l'argent qui n'auront point été affian-
» chis.
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Résumé : AVIS AU PUBLIC.
L'avis informe le public de l'incertitude concernant les jours de deuil à la cour à Paris et dans les provinces. Pour résoudre ce problème, il est proposé d'annoncer les deuils par un billet imprimé envoyé par la petite poste. Ce billet inclura le nom et les qualités du prince ou de la princesse concerné, les particularités d'étiquette, ainsi que les jours pour prendre et quitter le deuil. Le prix de l'abonnement est fixé à 3 livres par an pour Paris et à 6 livres pour les provinces, avec les avis envoyés francs de port. Les abonnés doivent payer d'avance et leurs informations seront inscrites sur un registre. L'année d'abonnement commence à la réception de l'argent. À Paris, le bureau pour les abonnements est situé rue et vis-à-vis la Monnoie, chez le sieur ROUGEUX, Marchand Miroitier, au grand Prieur de France. Pour les provinces, les lettres et l'argent doivent être adressés à M. DUBOIS, rue d'Enfer, vis-à-vis la rue Saint Thomas à Paris, avec une mention d'affranchissement.
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15817
p. 56
EPIGRAMMES SUR un vieux Bibliothéquaire ignorant.
Début :
СЕТ ignorant porte perruque [...]
Mots clefs :
Perruque, Eunuque, Beauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPIGRAMMES SUR un vieux Bibliothéquaire ignorant.
EPIGRAMMES
SUR un vieux Bibliothéquaire ignorant.
СЕТ CET ignorant porte perruque
De ta Bibliothéque a voulu fe charger ,
Apparemment pour nous prouver
Que le loin du Serrail appartient à l'Eunuque.
G.... de Nevers.
AIRI S.
CHARMANTE Iris , quitte le foin frivole
De nous offrir un minois moucheté ;
31
> Chaque mouche en toi nous déſole
Puifqu'elle cache un trait de ta beauté.
Par le même.
SUR un vieux Bibliothéquaire ignorant.
СЕТ CET ignorant porte perruque
De ta Bibliothéque a voulu fe charger ,
Apparemment pour nous prouver
Que le loin du Serrail appartient à l'Eunuque.
G.... de Nevers.
AIRI S.
CHARMANTE Iris , quitte le foin frivole
De nous offrir un minois moucheté ;
31
> Chaque mouche en toi nous déſole
Puifqu'elle cache un trait de ta beauté.
Par le même.
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15818
p. 57
EPITAPHIUM PAROCHI Urbis Nivernensis.
Début :
Quiui jacet hic Parochi si vis cognoscere fatum, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITAPHIUM PAROCHI Urbis Nivernensis.
EPIT APHIUM PAROCHI
Urbis Nivernenfis.
Quiui jacet hic Parochi fi vis cognofcere fatum ;
Vita beare gregem , mors cruciare , fuit.
Par le mêmes
Urbis Nivernenfis.
Quiui jacet hic Parochi fi vis cognofcere fatum ;
Vita beare gregem , mors cruciare , fuit.
Par le mêmes
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15819
p. 57-58
PORTRAIT de Madame.
Début :
UN esprit formé pour plaire, [...]
Mots clefs :
Séducteur, Naïf, Plaire, Amitié, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT de Madame.
PORTRAIT de Madame, b
UN efprit formé pour plaire ,
Uir langage féducteur, ✅ " shitill un??
Un ton naif enchanteur
Et le plus beau caractère.
12. a
Un coeur ou regnent encor
Les vertus de l'Age d'or ;
Où l'amitié fimple & pure
Sans ornement & fans fard
Fait honneur à la Nature a
Sans rien emprunter de l'art.
Un vifage GE ou l'on voit l'âme
Brillante de milfe attraits
21
Des yeux pleins de cette fâme
Où l'Amour forge les traits.
Une bouche où l'innocence
Sourit avec agrément
I
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
Au baifer que la décence
N'accorde qu'au fentiment ;
1. Un fein dont l'éclat efface 11.
Et les Rofes & les Lys ;
La taille & l'air d'une Grâce
Et fon charmant coloris ;
Tel eft le portrait d'Iris.
UN efprit formé pour plaire ,
Uir langage féducteur, ✅ " shitill un??
Un ton naif enchanteur
Et le plus beau caractère.
12. a
Un coeur ou regnent encor
Les vertus de l'Age d'or ;
Où l'amitié fimple & pure
Sans ornement & fans fard
Fait honneur à la Nature a
Sans rien emprunter de l'art.
Un vifage GE ou l'on voit l'âme
Brillante de milfe attraits
21
Des yeux pleins de cette fâme
Où l'Amour forge les traits.
Une bouche où l'innocence
Sourit avec agrément
I
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
Au baifer que la décence
N'accorde qu'au fentiment ;
1. Un fein dont l'éclat efface 11.
Et les Rofes & les Lys ;
La taille & l'air d'une Grâce
Et fon charmant coloris ;
Tel eft le portrait d'Iris.
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Résumé : PORTRAIT de Madame.
Le texte décrit Madame, une femme au langage séduisant et au caractère agréable. Son visage reflète son âme, ses yeux brillent d'amour, et son sourire est innocent. Elle incarne l'amitié pure et son apparence éclipse les roses et les lys. Son allure est gracieuse. Ce portrait est celui d'Iris.
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15820
p. 58-59
COUPLETS à Mlle *** à l'accasion d'un Narcisse qu'elle avoit donné la veille à l'Auteur.
Début :
Quand ta main, jeune Clarice, [...]
Mots clefs :
Tige, Douleur, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COUPLETS à Mlle *** à l'accasion d'un Narcisse qu'elle avoit donné la veille à l'Auteur.
COUPLETS à Mlle *** à l'accafion
d'un Narciffe qu'elle avoit donné la
veille à l'Auteur.
2
Sur l'air de la Romance : On ne s'ayifejamais
Q
t
depotout.a noi nu
Sábana ussd aria of
UAND ta main , jeune Clarice ,
1009 1er get to 1222 AU
A mon chapeau , fans deffein
Vient attacher ce Narciffe
Dont tu
116352 parois ton beau fein
De fa feuille qui voltige ,
Vois-tu flétrir la couleur ?
JIET SA
"
Vois-tu s'incliner fa tige
L
Pour te peindre fa douleur?
233
Dans le clair d'une onde vive
Le beau Narciffe un beau jour
#dored snU
Pour fon ombre fugitive
Se fentit bruler d'amour ;
70
JANVIER. 1763.
59
En cent façons à foi-même ,
Cent fois il cherche à s'unir :
Touchés de la peine extrême
Les Dieux fçurent la finir.
Plus heureux quand je me mire
Dans le criſtal de tes yeux ,
Mon coeur tranſporté t'admire ,
Je crois lire dans les Cieux ;
Mais de mes tourmens , Clarice,
Loin de vouloir me guérir ,
Plus jaune , hélas ! qu'un Narciffe
Voudrois- tu me voir périr?
d'un Narciffe qu'elle avoit donné la
veille à l'Auteur.
2
Sur l'air de la Romance : On ne s'ayifejamais
Q
t
depotout.a noi nu
Sábana ussd aria of
UAND ta main , jeune Clarice ,
1009 1er get to 1222 AU
A mon chapeau , fans deffein
Vient attacher ce Narciffe
Dont tu
116352 parois ton beau fein
De fa feuille qui voltige ,
Vois-tu flétrir la couleur ?
JIET SA
"
Vois-tu s'incliner fa tige
L
Pour te peindre fa douleur?
233
Dans le clair d'une onde vive
Le beau Narciffe un beau jour
#dored snU
Pour fon ombre fugitive
Se fentit bruler d'amour ;
70
JANVIER. 1763.
59
En cent façons à foi-même ,
Cent fois il cherche à s'unir :
Touchés de la peine extrême
Les Dieux fçurent la finir.
Plus heureux quand je me mire
Dans le criſtal de tes yeux ,
Mon coeur tranſporté t'admire ,
Je crois lire dans les Cieux ;
Mais de mes tourmens , Clarice,
Loin de vouloir me guérir ,
Plus jaune , hélas ! qu'un Narciffe
Voudrois- tu me voir périr?
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Résumé : COUPLETS à Mlle *** à l'accasion d'un Narcisse qu'elle avoit donné la veille à l'Auteur.
Le poème 'COUPLETS à Mlle *** à l'accafion d'un Narciffe' est adressé à Clarice. L'auteur admire un narcisse qu'elle porte et compare sa douleur à la fleur flétrie. Il évoque l'amour non réciproque du narcisse pour son reflet et souhaite se mirer dans les yeux de Clarice, craignant qu'elle ne voie ses tourments. Le poème est daté de janvier 1763.
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15821
p. 59
« LE mot de la premiere Enigme du premier volume de Janvier est Fiacre, [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du premier volume de Janvier est Fiacre, [...]
Mots clefs :
Fiacre, Tableau, Mode, Soif, Génie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du premier volume de Janvier est Fiacre, [...] »
LE mot
E mot de la premiere Enigme du
premier volume de Janvier eft Fiacre,
Celui de la feconde eft le Tableau, Celui
du premier Logogryphe eft Mode
dans lequel on trouve de , me , mode
dé , M. D. 500 , Ode , Dome. Celui du
fecond eft Soif, dont les quatre lettres
ont rendu les fix mots fuivans , io ,fi ,
if, foi , os , fi. Celui du troifiéme Lo
gogryphe eft le génie.
E mot de la premiere Enigme du
premier volume de Janvier eft Fiacre,
Celui de la feconde eft le Tableau, Celui
du premier Logogryphe eft Mode
dans lequel on trouve de , me , mode
dé , M. D. 500 , Ode , Dome. Celui du
fecond eft Soif, dont les quatre lettres
ont rendu les fix mots fuivans , io ,fi ,
if, foi , os , fi. Celui du troifiéme Lo
gogryphe eft le génie.
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15822
p. 60
ENIGME.
Début :
Que ma structure est singulière ! [...]
Mots clefs :
Violon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Us ma ftructure eft fingulière !
Plus je fuis maigre & vieux, & plus j'ai des appas :
Quiconque ne me connoît pas
Trouvera ce début bien extraordinaire .
Souvent par mes expreflions
Je fçais repréfenter toutes les paffions .
Sans même qu'on s'en ſcandaliſe ,
Je fers également le Théâtre & l'Eglife ,
Car de mon naturel je fuis tendre , badin ,
Doux , trifte , furieux , dévot & libertin .
A ces traits , cher Lecteur , fuis-je méconnoiffable
?
Non pas affurément ; quand j'en aurois moins dit ,
Il ne faudroit ni ſe donner au Diable
Ni s'alambiquer trop l'efprit ,
Pour deviner ma nature & mon être.
Ainfi , puifque tu peux aifément me connoître ,
Je me borne à te dire enfin ,
Que traité comme Etre volage ,
Pour de moi faire un bon uſage ,
Souvent on me conduit le bâton à la main .
Par M. FABRE , Licentié enl
à Strasbourg.
Us ma ftructure eft fingulière !
Plus je fuis maigre & vieux, & plus j'ai des appas :
Quiconque ne me connoît pas
Trouvera ce début bien extraordinaire .
Souvent par mes expreflions
Je fçais repréfenter toutes les paffions .
Sans même qu'on s'en ſcandaliſe ,
Je fers également le Théâtre & l'Eglife ,
Car de mon naturel je fuis tendre , badin ,
Doux , trifte , furieux , dévot & libertin .
A ces traits , cher Lecteur , fuis-je méconnoiffable
?
Non pas affurément ; quand j'en aurois moins dit ,
Il ne faudroit ni ſe donner au Diable
Ni s'alambiquer trop l'efprit ,
Pour deviner ma nature & mon être.
Ainfi , puifque tu peux aifément me connoître ,
Je me borne à te dire enfin ,
Que traité comme Etre volage ,
Pour de moi faire un bon uſage ,
Souvent on me conduit le bâton à la main .
Par M. FABRE , Licentié enl
à Strasbourg.
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15823
p. 61
AUTRE.
Début :
En certaine Contrée on m'adoroit jadis ; [...]
Mots clefs :
Oignon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
EN certaine Contrée on m'adoroit jadis ;
Mais, Dieux ! que la fortune eft injufte & légére !
Arraché du ſein de ma mère ,
On me jette aujourd'hui dans un méchant taudis :
On m'écorche ; & jouet du fort & des caprices ,
On me fait éprouver cent fortes de fupplices.
Je ne fuis point, Lecteur , fenfible à mes malheurs,
Cependant mes Boureaux fouvent verfent des
pleurs.
EN certaine Contrée on m'adoroit jadis ;
Mais, Dieux ! que la fortune eft injufte & légére !
Arraché du ſein de ma mère ,
On me jette aujourd'hui dans un méchant taudis :
On m'écorche ; & jouet du fort & des caprices ,
On me fait éprouver cent fortes de fupplices.
Je ne fuis point, Lecteur , fenfible à mes malheurs,
Cependant mes Boureaux fouvent verfent des
pleurs.
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15824
p. 61-63
A L'AUTEUR DU MERCURE.
Début :
MONSIEUR, ON sçait qu'il faut suivre les usages lorsqu'ils ne sont pas visiblement déraisonnables [...]
Mots clefs :
Prose, Vers, Logogriphes, Maxime, Public, Usages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A L'AUTEUR DU MERCURE.
A L'AUTEUR DU MERCURE.
MONSIEUR ,
ONN
fçait qu'il faut fuivre les ufages
lorfqu'ils ne font pas vifiblement déraifonnables
. Cette maxime me condamne
; je le fens bien . Le Public eft accoutu
mé aux Logogryphes en Vers ; pourquoi
lui en préfenter qui ne font qu'en Profe ?
Le mauvais fuccès de l'Edipe en profe
de M. de la Mothe , doit me faire
trembler pour mes Ouvrages ; ils pourroient
bien tomber comme une Tragé62
MERCURE DE FRANCE .
die. Après tout, c'eft un rifque qu'il eft
permis de courir fans un excès de témérité.
Les Logogryphes , ( diront mes
Cenfeurs ) font fufceptibles des ornemens
de la grande Poëfie ; c'eft leur
faire un affront que de les réduire à la
fimplicité de la profe . Ils ont furtout
beaucoup de rapport au genre lyrique ,
puifque de l'aveu de tout le monde un
très-grand nombre d'Odes ne font que
de véritables Logogryphes. On me repréfentera
qu'ils perfonifient des êtres
inanimés , qu'ils donnent une tête , un
corps , des pieds , une queue à la vie
& à la mort , au vice & à la vertu
&c ; qu'ils font un ufage familier des
figures les plus poëtiques. A cela je répons
bien ou mal : c'eft toujours une
petite nouveauté qu'un Logogryphe en
profe , & le Public a befoin de Nouveautés.
Je fuppofe de plus une chofe
qui pourroit bien n'être pas vraie , c'eft
que j'ai quelquefois des occupations
plus importantes que ce genre d'ouvrage
: s'il eft en profe , il ne coûte que
la peine de l'écrire ; s'il eft en vers , il
peut arrêter une heure ou deux. Ce feroit
bien le cas de parler avec éloquence
du prix inestimable du temps : mais
j'aime mieux n'en pas perdre davantage
JANVIER. 1763. 63
& ménager le vôtre. Voici mes Logogryphes.
MONSIEUR ,
ONN
fçait qu'il faut fuivre les ufages
lorfqu'ils ne font pas vifiblement déraifonnables
. Cette maxime me condamne
; je le fens bien . Le Public eft accoutu
mé aux Logogryphes en Vers ; pourquoi
lui en préfenter qui ne font qu'en Profe ?
Le mauvais fuccès de l'Edipe en profe
de M. de la Mothe , doit me faire
trembler pour mes Ouvrages ; ils pourroient
bien tomber comme une Tragé62
MERCURE DE FRANCE .
die. Après tout, c'eft un rifque qu'il eft
permis de courir fans un excès de témérité.
Les Logogryphes , ( diront mes
Cenfeurs ) font fufceptibles des ornemens
de la grande Poëfie ; c'eft leur
faire un affront que de les réduire à la
fimplicité de la profe . Ils ont furtout
beaucoup de rapport au genre lyrique ,
puifque de l'aveu de tout le monde un
très-grand nombre d'Odes ne font que
de véritables Logogryphes. On me repréfentera
qu'ils perfonifient des êtres
inanimés , qu'ils donnent une tête , un
corps , des pieds , une queue à la vie
& à la mort , au vice & à la vertu
&c ; qu'ils font un ufage familier des
figures les plus poëtiques. A cela je répons
bien ou mal : c'eft toujours une
petite nouveauté qu'un Logogryphe en
profe , & le Public a befoin de Nouveautés.
Je fuppofe de plus une chofe
qui pourroit bien n'être pas vraie , c'eft
que j'ai quelquefois des occupations
plus importantes que ce genre d'ouvrage
: s'il eft en profe , il ne coûte que
la peine de l'écrire ; s'il eft en vers , il
peut arrêter une heure ou deux. Ce feroit
bien le cas de parler avec éloquence
du prix inestimable du temps : mais
j'aime mieux n'en pas perdre davantage
JANVIER. 1763. 63
& ménager le vôtre. Voici mes Logogryphes.
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Résumé : A L'AUTEUR DU MERCURE.
L'auteur d'une lettre adressée au rédacteur du Mercure de France justifie la publication de logogryphes en prose plutôt qu'en vers. Il reconnaît que le public est habitué aux logogryphes en vers et craint un accueil similaire à celui de l'Œdipe en prose de M. de la Mothe. Cependant, il soutient que les logogryphes en prose peuvent bénéficier des ornements de la grande poésie et sont comparables aux odes lyriques. Il admet que ces logogryphes personnifient des êtres inanimés et utilisent des figures poétiques. L'auteur présente cette forme en prose comme une nouveauté nécessaire pour le public et mentionne que ce genre d'ouvrage lui demande moins de temps que les vers. La lettre se conclut par la présentation des logogryphes.
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15825
p. 63
LOGOGRYPHE.
Début :
J'ai quatre pieds & deux lettres. Je renferme une Saison, &, rien de plus. Quand je suis froide, [...]
Mots clefs :
Tête
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
'AI quatre pieds & deux lettres . Je renferme
une Saifon, & , rien de plus. Quand je fuisfroide
, on m'on fait un mérite , blanche on me refpecte
, verte en m'aime fouvent mieux . Suis- je
quarrée , je paffe pour un oracle. Suis-je creule,
on fe défie un peu de moi,
'AI quatre pieds & deux lettres . Je renferme
une Saifon, & , rien de plus. Quand je fuisfroide
, on m'on fait un mérite , blanche on me refpecte
, verte en m'aime fouvent mieux . Suis- je
quarrée , je paffe pour un oracle. Suis-je creule,
on fe défie un peu de moi,
Fermer
15826
p. 63
AUTRE.
Début :
Présent du Nord, je préserve de ses rigueurs. Je contiens ce qui embellit la nature ; une plaine [...]
Mots clefs :
Martre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
PRÉSENT du Nord , je préſerve de les rigueurs.
Je contiens ce qui embellit la nature ; une plaine
-immenfe , un animal dont les Mules Gréques &
Françoiles ont chanté les combats ; ce qui finit
le plus beau des jeux , une eau dormante , la victime
d'un barbouilleur , la maîtreffe d'un Elément,
& ce qu'il eft le plus fâcheux de perdre.
PRÉSENT du Nord , je préſerve de les rigueurs.
Je contiens ce qui embellit la nature ; une plaine
-immenfe , un animal dont les Mules Gréques &
Françoiles ont chanté les combats ; ce qui finit
le plus beau des jeux , une eau dormante , la victime
d'un barbouilleur , la maîtreffe d'un Elément,
& ce qu'il eft le plus fâcheux de perdre.
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15827
p. 63
AUTRE.
Début :
Ma tête gouverne le monde ; ma queue est dans le Ciel & dans les Enfers. [...]
Mots clefs :
Orange
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
+
Ma têre gouverne le monde ; ma queue eft dans
le Ciel & dans les Enfers.
3 J'ai l'honneur d'être , & c. ,
A. BC. Abonné au Mercure
+
Ma têre gouverne le monde ; ma queue eft dans
le Ciel & dans les Enfers.
3 J'ai l'honneur d'être , & c. ,
A. BC. Abonné au Mercure
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15828
p. 64-73
SÉANCE DU CHASTELET DE PARIS, du Lundi 25 Octobre 1762, & Discours prononcés par M. DE SARTINE, Lieutenant Général de Police ; par M. MOREAU, Procureur du Roi au Châtelet, faisant les fonctions d'Avocat du Roi ; & par M. CHARDON, Lieutenant Particulier, Président au Parc Civil : imprimés par les soins de Me Jean- Baptiste Courlesvaux, l'aîné, Me Jacques Roger le Comte, Me Jean - Baptiste Marye Procureurs au Châtelet & Procureurs de Communauté en éxercice, & de Me Louis Varnier, aussi Procureur au Châtelet, Syndic, à Paris, de l'Imprimerie de le Breton, premier Imprimeur ordinaire du Roi, & ordinaire de sa Communauté, rue de la Harpe, 1762, Brochure in- 4° . à la tête de laquelle se trouve le Portrait de M. d'ARGOUGES, gravé d'après l'Argiliere.
Début :
CE Recueil peut être regardé comme un monument de respect & de reconnoissance [...]
Mots clefs :
Lieutenant civil, Magistrats, Chambre du conseil, Citoyens, Procureur du roi, Religion, Éducation publique
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texteReconnaissance textuelle : SÉANCE DU CHASTELET DE PARIS, du Lundi 25 Octobre 1762, & Discours prononcés par M. DE SARTINE, Lieutenant Général de Police ; par M. MOREAU, Procureur du Roi au Châtelet, faisant les fonctions d'Avocat du Roi ; & par M. CHARDON, Lieutenant Particulier, Président au Parc Civil : imprimés par les soins de Me Jean- Baptiste Courlesvaux, l'aîné, Me Jacques Roger le Comte, Me Jean - Baptiste Marye Procureurs au Châtelet & Procureurs de Communauté en éxercice, & de Me Louis Varnier, aussi Procureur au Châtelet, Syndic, à Paris, de l'Imprimerie de le Breton, premier Imprimeur ordinaire du Roi, & ordinaire de sa Communauté, rue de la Harpe, 1762, Brochure in- 4° . à la tête de laquelle se trouve le Portrait de M. d'ARGOUGES, gravé d'après l'Argiliere.
SÉANCE DU CHASTELET DE
PARIS , du Lundi 25 Octobre 1762,
& Difcours prononcés par M. DE
SARTINE , Lieutenant Général de
Police ; par M. MOREAU , Procureur
du Roi au Châtelet , faifant les fonctions
d'Avocat du
Roi
; & par
M. CHARDON , Lieutenant Partici
lier , Préfident au Parc Civil : imprimés
parles foins de M Jean- Baptifte
Courlefvaux , l'aîné , M Jacques
Roger le Comte , M Jean - Baptiffe
Marye Procureurs au Châtelet &
Procureurs de Communauté en éxercice
, & de Me Louis Varnier , auffi
Procureur au Châtelet , Syndic , à Paris
, de l'Imprimerie de le Breton , premier
Imprimeur ordinaire du Roi , &
ordinaire de fa Communauté , rue de
enbroe
JANVIER. 1763. 65
la Harpe , 1762 , Brochure in - 4° . à
la tête de laquelle fe trouve le Portrait
de M. d'ARGOUGES , gravé d'après
l'Argiliere.
CE Recueil peut être regardé comme
un monument de refpect & de reconnoiffance
, érigé par MM. les Procu
reurs du Châtelet , à la gloire de M.
d'Argouges père , qui pendant plus de
52 ans a rempli la Charge de Lieutenant
Civil , & dont la retraite les rendroit
inconfolables , fi d'un côté elle
n'étoit pas réparée par un fils digne d'un
père auquel il fuccéde , & de l'autre ,:
par la fatisfaction de voir un Magiftrat
refpectable jouir du repos qu'il a fi bien
mérité.
Trois Magiftrats refpectables par leur
place , leur probité & leurs lumières
ont été dans cette occafion les interprêtes
des fentimens du Public , en rendant à
M. d'Argouges le tribut d'éloges dû à un
Citoyen chargé d'années & de gloire ,
& qui va paffer une vieilleffe honorable
au fein d'une tranquillité qu'il a toujours
facrifiée au bien des Particuliers.
Ce fut M. De Sartine qui prononça le
premier Difcours. S'étant rendu dans
66 MERCURE DE FRANCE.
la Chambre du Confeil , il fit part à la
Compagnie qu'il préfidoit , de la Lettre
par laquelle M. d'Argouges , père , Lieutenant
Civil , lui annonçoit fa retraite ,
& il dit en parlant de ce grand Magiftrat :
»les Citoyens dont il a affuré le bon-
» heur & la fortune , les Familles qui
» lui doivent & leur union & la paix dont
» elles jouiffent , les Juges qui ont ad-
» miré fa prudence & fon équité , con-
» ferveront pour lui ce tendre fouvenir ,
» cette eſtime précieuſe qu'on a pour les
» grands hommes.
"
"
"
La Compagnie fe rendit enfuite à la
Chapelle où la Meffe fut célébrée folemnellement.
La Meffe finie , on remonta
dans la Chambre du Confeil ; & après
y avoir délibéré fur différentes affaires
on defcendit au Parc Civil. M. Chardon
qui y préfidoit , fit l'ouverture des Audiences
par la lecture des Ordonnances.
M. Moreau , Procureur du Roi , prenant
enfuite la parole , prononça un long
difcours fur les devoirs des Magiftrats ,
qu'il envifage fous trois points de vue :
ce qu'un Magiftrat doit faire pour le
Public en général , ce qu'il doit à chaque
Particulier , & ce qu'il fe doit à luimême
. Cette divifion forme les trois
parties de fon diſcours , dont la premiere
JANVIER. 1763. 67
fe fubdivife en trois autres points : les
devoirs publics d'un Magiftrat par rap
port à la Religion , aux fentimens dûs aut
Prince , & à l'union qui doit régner
entre les Concitoyens. On fent dans
quels détails l'Orateur a dû entrer , & les
bornes que nous préfcrivent les Loix de
l'Analyſe . Nous nous contenterons de
citer quelques morceaux choifis qui
pourront donner une idée de l'efprit ,
du talent & du ftyle de l'Auteur. It
fait ainfi le portrait du fanatifme. » Le
20 fanatifme audacieux marche la tête
2 haute , le front découvert ; le nom de
» Dieu eft dans fa bouche ; toute la cha-
» leur de l'amour-propre eft dans fon
» coeur. Il cherche à dompter les efprits
» en les échauffant , il prend en main le
» flambeau de la Religion , il détruit les
» temples du Dieu que le peuple adore ;
» il renverfe fes autels , & c'eft für leurs
», débris , que fumant de fang & de car
» nage , il veut en élever d'autres à fon
nidôlei ,
Le Magiftrat doit veiller à l'éducation
publique , & conféquemment doir s'op
pofer à tout fyftême d'éducation qui
pourroit allarmer les moenrs & la Religion.
» Si l'on peut craindre , dit M.
Moreau , qu'une mère aveugle , ou
68 MERCURE DE FRANCE.
N
» plutôt aveuglée par le défir de paroître
» inftruite , ne tire de fon fein l'objet de
» fa tendreffe , pour l'élever comme les
» bêtes , & le confier aux foins , de ce-
» lui qui en s'annonçant pour l'Apôtre
» de la nature, n'a travaillé, on peut le dire ,
» qu'à dénaturer & avilir ce qui en eſt le
» plus bel ornement ; c'eft au Magiftrat à
" employer toute fon autorité & l'organe
» de la juftice , afin de faire profcrire
» avec éclat l'auteur, l'ouvrage & fes fec-
» tateurs , comme autant de peftes pu
» bliques , capables par le poifon qu'ils
» répandent , d'infecter l'air le plus pur.
On aimera le morceau fuivant fur les
devoirs du Magiftrat dans les calamités
publiques: » Qu'un fléau afflige une Pro
» vince , qu'une affreufe difette la déſole
» & la dévafte que l'Ange de la mort
» étende fes aîles fur une contrée ; qu'un
» incendie fubit , en développant des
» tourbillons de flammes , répandent au
loin la confternation & l'effroi»; les
» édifices les plus fomptueux , les mo-
» numens élevés pour la postérités, les
» temples , les palais comme la maiſon
» du Citoyen & la cabane de l'Artiſan ;
» les richeffes de l'Etat comme le patrimoine
du Particulier , deviennent la
» proie d'un élément qui réduit tout en
JANVIER. 1763. 69
» cendres. Le zéle du Magiftrat le fait
» fuffire à tout ; il fe porte avec ardeur
» dans les endroits même périlleux , où
» il croit que fa préfence peut être utile.
» Quelque affecté qu'il foit du malheur
» public , le défaftre de chaque particu-
» lier ne paroît pas moins l'intéreffer ;
» chacun lui fait part de fes peines , il
les écoute avec fenfibilité ; il les par-
» tage ; & chacun eft für de trouver en
lui le confolateur le plus tendre , le plus
» zélé prote&eur , & la reffource la
» plus éfficace,
มุ
En peignant les devoirs d'un grand
Magiftrat , par une tranfition toute naturelle
, M.. Moreau paffe à l'éloge de
M. d'Argouges qui les a fi bien obfervés.
Il dit , en parlant de la retraite de
M. le Lieutenant Civil : » Dans le centre
» d'une famille jaloufe à juste titre de
" recueillir déformais tous fes momens,
» il va jouir du calme & de la paix
» connus dans les lieux où l'honneur
» & la vérité régnent , & réfervés aux
» âmes fur lefquelles les paffions n'eurent
jamais d'empire : ofons même
» nous flatter que fon affection ne fera
qu'augmenter à l'égard d'un Tribu-
» nal à la tête duquel fes exemples fem-
» blent avoir fixé pour toujours le plus
70 MERCURE DE FRANCE.
"
» ferme appui de la Juftice. Le Public
» peut y compter , foit qu'il y voye
» préfider, comme il arrive aujourd'hui,
» ceux que les droits de leur Charge y
» appellent en l'abfence du Chef, foit
» que nous foyons au moment où l'hé-
» ritier du nom de celui qui cauſe nos
» regrets , déja recommandable par lui-
» même par fes fervices au Parlement
» & dans les Confeils du Roi , va venir
» revivre parmi nous , marcher fur fes
» traces , & déja prendre part à ſa gloire.
Le Difcours de M. le Procureur du
Roi fini , M. Chardon , Lieutenant Particulier
, affis & couvert , a adreffé la
parole à MM. les Avocats , & leur a
parlé fur la décence néceffaire dans leur
profeffion. Il a fait enfuite le portrait
d'un Magiftrat , & de là , il a paffé à
l'éloge un peu étendu de M. d'Argouges
dont nous ne rapporterons ici que
les traits principaux . Revêtu de cette
place diftinguée , M. le Lieutenant
» Civil fit paroître dans un âge où la
» voix des paffions eft prèfque la feule
qui fe faffe entendre , une maturité
» qui dans la plupart des hommes n'eft
» que le fruit d'une longue expérience
» ou d'un travail de beaucoup d'années.
» Ses premieres décifions porterent le
">
"
JANVIER. 1763. 71
caractère de la prudence la plus con-
" fommée ; & fi l'on reconnoiffoit fa
» jeuneffe , ce n'étoit que par le feu
» de fon efprit , & plus encore par le
» jufte étonnement où chacun étoit de
» voir la fageffe de Neftor dans la bou-
» che d'un jeune Magiftrat qui avoità
» peine acquis fon fixiéme luftre………….
» Combien de fois affis fur le Trêne de
» la Juſtice , fes fages décifions ont- elles
» confondu l'erreur & l'impofture , &
» fait triompher la vérité ? Les voutes
» retentiffent encore des oracles qu'il a
» rendus , & des applaudiffemens qu'il
» a mérités . Mais il eft un hommage plus
" pur , peut-être moins brillant , mais
» plus flatteur pour les coeurs bienfai-
» fans , c'est celui que lui doivent les
» malheureux opprimés , à qui plus d'u-
» ne fois par fes confeils fes confeils , & même
.
par fes fecours généreux , il a fauvé
» les frais d'une inftance auffi longue
» que difpendieufe ; plus content mille
» fois d'avoir , fans autre témoin que fa
» vertu , épargné un procès à fes conci-
" toyens , que d'avoir , au milieu d'une
» Audience nombreufe , prononcé fur
» leur fort ; & plus fatisfait de goûter
» cette joie pure que reffentent fi bien
» les âmes généreufes , que d'avoir en-
M
72 MERCURE DE FRANCE.
» tendu les applaudiffemens de la mul- .
» titude .... Son fouvenir fera gravé dans
" nos âmes par les traits de la plus gran-
» de vénération. Il vivra parmi nous
» par les regrets qu'il nous laiffe ; & fi
"
"
nous ne pouvons plus jouir de fes
» exemples , nous tâcherons au moins
» de les imiter. Mais que dis-je , Mef-
» ficurs , nous ne la perdons pas ; il vit
» dans fon illuftre fils . Succeffeur de fa
» place , il l'eft auffi des vertus qui dans
» cette famille fe perpétuent ainfi que
» la Nobleffe . L'une coulera dans fon
fang , l'autre animera fon coeur . Né
» lui- même dans le fein de la Juſtice ,
» élevé fous les yeux du plus refpecta-
» ble de fes Miniftres , tout nous dit qu'il
» remplira avec éclat la carrière qui s'ou-
» vre fous fes pas .. pas.... Notre premier
" defir fera de le voir occuper longtemps
» cette place ; notre plus douce fatis-
» faction , d'applaudir à fes fuccès ; &
» s'il nous refte des regrets , ce fera de
» ne pouvoir jouir à la fois & des éxem-
» ples du pere & des talens du fils .
On peut voir par l'extrait que nous
venons de faire de ces trois difcours ,
que la vénération , le refpect & la reconnoiffance
font les fentimens de tous
-les Magiftrats , & de tous les membres
du
JANVIER. 1763 . 7%
du Châtelet , à l'égard de M. d'Argouges,
& que ces fentimens ont été exprimés
avec autant de force & de vérité , que
d'élégance , par les trois Orateurs , interprêtes
des fuffrages publics. La Communauté
des Procureurs , pour donner
au Magiftrat illuftre qu'elle a le malheur
de perdre , une marque certaine & autentique
de ces mêmes fentimens , a fait
imprimer les trois Difcours , après en
avoir obtenu le confentement des Magiftrats
qui les ont prononcés. M. le
Breton,Imprimeur, n'a rien épargné pour
donner à ce Recueil , dans l'exécution
typographique , toute la perfection que
demande un Ouvrage qui doit être pour
la Poftérité un monument de refpect &
de reconnoiffance érigé au zéle & à la
vertu .
PARIS , du Lundi 25 Octobre 1762,
& Difcours prononcés par M. DE
SARTINE , Lieutenant Général de
Police ; par M. MOREAU , Procureur
du Roi au Châtelet , faifant les fonctions
d'Avocat du
Roi
; & par
M. CHARDON , Lieutenant Partici
lier , Préfident au Parc Civil : imprimés
parles foins de M Jean- Baptifte
Courlefvaux , l'aîné , M Jacques
Roger le Comte , M Jean - Baptiffe
Marye Procureurs au Châtelet &
Procureurs de Communauté en éxercice
, & de Me Louis Varnier , auffi
Procureur au Châtelet , Syndic , à Paris
, de l'Imprimerie de le Breton , premier
Imprimeur ordinaire du Roi , &
ordinaire de fa Communauté , rue de
enbroe
JANVIER. 1763. 65
la Harpe , 1762 , Brochure in - 4° . à
la tête de laquelle fe trouve le Portrait
de M. d'ARGOUGES , gravé d'après
l'Argiliere.
CE Recueil peut être regardé comme
un monument de refpect & de reconnoiffance
, érigé par MM. les Procu
reurs du Châtelet , à la gloire de M.
d'Argouges père , qui pendant plus de
52 ans a rempli la Charge de Lieutenant
Civil , & dont la retraite les rendroit
inconfolables , fi d'un côté elle
n'étoit pas réparée par un fils digne d'un
père auquel il fuccéde , & de l'autre ,:
par la fatisfaction de voir un Magiftrat
refpectable jouir du repos qu'il a fi bien
mérité.
Trois Magiftrats refpectables par leur
place , leur probité & leurs lumières
ont été dans cette occafion les interprêtes
des fentimens du Public , en rendant à
M. d'Argouges le tribut d'éloges dû à un
Citoyen chargé d'années & de gloire ,
& qui va paffer une vieilleffe honorable
au fein d'une tranquillité qu'il a toujours
facrifiée au bien des Particuliers.
Ce fut M. De Sartine qui prononça le
premier Difcours. S'étant rendu dans
66 MERCURE DE FRANCE.
la Chambre du Confeil , il fit part à la
Compagnie qu'il préfidoit , de la Lettre
par laquelle M. d'Argouges , père , Lieutenant
Civil , lui annonçoit fa retraite ,
& il dit en parlant de ce grand Magiftrat :
»les Citoyens dont il a affuré le bon-
» heur & la fortune , les Familles qui
» lui doivent & leur union & la paix dont
» elles jouiffent , les Juges qui ont ad-
» miré fa prudence & fon équité , con-
» ferveront pour lui ce tendre fouvenir ,
» cette eſtime précieuſe qu'on a pour les
» grands hommes.
"
"
"
La Compagnie fe rendit enfuite à la
Chapelle où la Meffe fut célébrée folemnellement.
La Meffe finie , on remonta
dans la Chambre du Confeil ; & après
y avoir délibéré fur différentes affaires
on defcendit au Parc Civil. M. Chardon
qui y préfidoit , fit l'ouverture des Audiences
par la lecture des Ordonnances.
M. Moreau , Procureur du Roi , prenant
enfuite la parole , prononça un long
difcours fur les devoirs des Magiftrats ,
qu'il envifage fous trois points de vue :
ce qu'un Magiftrat doit faire pour le
Public en général , ce qu'il doit à chaque
Particulier , & ce qu'il fe doit à luimême
. Cette divifion forme les trois
parties de fon diſcours , dont la premiere
JANVIER. 1763. 67
fe fubdivife en trois autres points : les
devoirs publics d'un Magiftrat par rap
port à la Religion , aux fentimens dûs aut
Prince , & à l'union qui doit régner
entre les Concitoyens. On fent dans
quels détails l'Orateur a dû entrer , & les
bornes que nous préfcrivent les Loix de
l'Analyſe . Nous nous contenterons de
citer quelques morceaux choifis qui
pourront donner une idée de l'efprit ,
du talent & du ftyle de l'Auteur. It
fait ainfi le portrait du fanatifme. » Le
20 fanatifme audacieux marche la tête
2 haute , le front découvert ; le nom de
» Dieu eft dans fa bouche ; toute la cha-
» leur de l'amour-propre eft dans fon
» coeur. Il cherche à dompter les efprits
» en les échauffant , il prend en main le
» flambeau de la Religion , il détruit les
» temples du Dieu que le peuple adore ;
» il renverfe fes autels , & c'eft für leurs
», débris , que fumant de fang & de car
» nage , il veut en élever d'autres à fon
nidôlei ,
Le Magiftrat doit veiller à l'éducation
publique , & conféquemment doir s'op
pofer à tout fyftême d'éducation qui
pourroit allarmer les moenrs & la Religion.
» Si l'on peut craindre , dit M.
Moreau , qu'une mère aveugle , ou
68 MERCURE DE FRANCE.
N
» plutôt aveuglée par le défir de paroître
» inftruite , ne tire de fon fein l'objet de
» fa tendreffe , pour l'élever comme les
» bêtes , & le confier aux foins , de ce-
» lui qui en s'annonçant pour l'Apôtre
» de la nature, n'a travaillé, on peut le dire ,
» qu'à dénaturer & avilir ce qui en eſt le
» plus bel ornement ; c'eft au Magiftrat à
" employer toute fon autorité & l'organe
» de la juftice , afin de faire profcrire
» avec éclat l'auteur, l'ouvrage & fes fec-
» tateurs , comme autant de peftes pu
» bliques , capables par le poifon qu'ils
» répandent , d'infecter l'air le plus pur.
On aimera le morceau fuivant fur les
devoirs du Magiftrat dans les calamités
publiques: » Qu'un fléau afflige une Pro
» vince , qu'une affreufe difette la déſole
» & la dévafte que l'Ange de la mort
» étende fes aîles fur une contrée ; qu'un
» incendie fubit , en développant des
» tourbillons de flammes , répandent au
loin la confternation & l'effroi»; les
» édifices les plus fomptueux , les mo-
» numens élevés pour la postérités, les
» temples , les palais comme la maiſon
» du Citoyen & la cabane de l'Artiſan ;
» les richeffes de l'Etat comme le patrimoine
du Particulier , deviennent la
» proie d'un élément qui réduit tout en
JANVIER. 1763. 69
» cendres. Le zéle du Magiftrat le fait
» fuffire à tout ; il fe porte avec ardeur
» dans les endroits même périlleux , où
» il croit que fa préfence peut être utile.
» Quelque affecté qu'il foit du malheur
» public , le défaftre de chaque particu-
» lier ne paroît pas moins l'intéreffer ;
» chacun lui fait part de fes peines , il
les écoute avec fenfibilité ; il les par-
» tage ; & chacun eft für de trouver en
lui le confolateur le plus tendre , le plus
» zélé prote&eur , & la reffource la
» plus éfficace,
มุ
En peignant les devoirs d'un grand
Magiftrat , par une tranfition toute naturelle
, M.. Moreau paffe à l'éloge de
M. d'Argouges qui les a fi bien obfervés.
Il dit , en parlant de la retraite de
M. le Lieutenant Civil : » Dans le centre
» d'une famille jaloufe à juste titre de
" recueillir déformais tous fes momens,
» il va jouir du calme & de la paix
» connus dans les lieux où l'honneur
» & la vérité régnent , & réfervés aux
» âmes fur lefquelles les paffions n'eurent
jamais d'empire : ofons même
» nous flatter que fon affection ne fera
qu'augmenter à l'égard d'un Tribu-
» nal à la tête duquel fes exemples fem-
» blent avoir fixé pour toujours le plus
70 MERCURE DE FRANCE.
"
» ferme appui de la Juftice. Le Public
» peut y compter , foit qu'il y voye
» préfider, comme il arrive aujourd'hui,
» ceux que les droits de leur Charge y
» appellent en l'abfence du Chef, foit
» que nous foyons au moment où l'hé-
» ritier du nom de celui qui cauſe nos
» regrets , déja recommandable par lui-
» même par fes fervices au Parlement
» & dans les Confeils du Roi , va venir
» revivre parmi nous , marcher fur fes
» traces , & déja prendre part à ſa gloire.
Le Difcours de M. le Procureur du
Roi fini , M. Chardon , Lieutenant Particulier
, affis & couvert , a adreffé la
parole à MM. les Avocats , & leur a
parlé fur la décence néceffaire dans leur
profeffion. Il a fait enfuite le portrait
d'un Magiftrat , & de là , il a paffé à
l'éloge un peu étendu de M. d'Argouges
dont nous ne rapporterons ici que
les traits principaux . Revêtu de cette
place diftinguée , M. le Lieutenant
» Civil fit paroître dans un âge où la
» voix des paffions eft prèfque la feule
qui fe faffe entendre , une maturité
» qui dans la plupart des hommes n'eft
» que le fruit d'une longue expérience
» ou d'un travail de beaucoup d'années.
» Ses premieres décifions porterent le
">
"
JANVIER. 1763. 71
caractère de la prudence la plus con-
" fommée ; & fi l'on reconnoiffoit fa
» jeuneffe , ce n'étoit que par le feu
» de fon efprit , & plus encore par le
» jufte étonnement où chacun étoit de
» voir la fageffe de Neftor dans la bou-
» che d'un jeune Magiftrat qui avoità
» peine acquis fon fixiéme luftre………….
» Combien de fois affis fur le Trêne de
» la Juſtice , fes fages décifions ont- elles
» confondu l'erreur & l'impofture , &
» fait triompher la vérité ? Les voutes
» retentiffent encore des oracles qu'il a
» rendus , & des applaudiffemens qu'il
» a mérités . Mais il eft un hommage plus
" pur , peut-être moins brillant , mais
» plus flatteur pour les coeurs bienfai-
» fans , c'est celui que lui doivent les
» malheureux opprimés , à qui plus d'u-
» ne fois par fes confeils fes confeils , & même
.
par fes fecours généreux , il a fauvé
» les frais d'une inftance auffi longue
» que difpendieufe ; plus content mille
» fois d'avoir , fans autre témoin que fa
» vertu , épargné un procès à fes conci-
" toyens , que d'avoir , au milieu d'une
» Audience nombreufe , prononcé fur
» leur fort ; & plus fatisfait de goûter
» cette joie pure que reffentent fi bien
» les âmes généreufes , que d'avoir en-
M
72 MERCURE DE FRANCE.
» tendu les applaudiffemens de la mul- .
» titude .... Son fouvenir fera gravé dans
" nos âmes par les traits de la plus gran-
» de vénération. Il vivra parmi nous
» par les regrets qu'il nous laiffe ; & fi
"
"
nous ne pouvons plus jouir de fes
» exemples , nous tâcherons au moins
» de les imiter. Mais que dis-je , Mef-
» ficurs , nous ne la perdons pas ; il vit
» dans fon illuftre fils . Succeffeur de fa
» place , il l'eft auffi des vertus qui dans
» cette famille fe perpétuent ainfi que
» la Nobleffe . L'une coulera dans fon
fang , l'autre animera fon coeur . Né
» lui- même dans le fein de la Juſtice ,
» élevé fous les yeux du plus refpecta-
» ble de fes Miniftres , tout nous dit qu'il
» remplira avec éclat la carrière qui s'ou-
» vre fous fes pas .. pas.... Notre premier
" defir fera de le voir occuper longtemps
» cette place ; notre plus douce fatis-
» faction , d'applaudir à fes fuccès ; &
» s'il nous refte des regrets , ce fera de
» ne pouvoir jouir à la fois & des éxem-
» ples du pere & des talens du fils .
On peut voir par l'extrait que nous
venons de faire de ces trois difcours ,
que la vénération , le refpect & la reconnoiffance
font les fentimens de tous
-les Magiftrats , & de tous les membres
du
JANVIER. 1763 . 7%
du Châtelet , à l'égard de M. d'Argouges,
& que ces fentimens ont été exprimés
avec autant de force & de vérité , que
d'élégance , par les trois Orateurs , interprêtes
des fuffrages publics. La Communauté
des Procureurs , pour donner
au Magiftrat illuftre qu'elle a le malheur
de perdre , une marque certaine & autentique
de ces mêmes fentimens , a fait
imprimer les trois Difcours , après en
avoir obtenu le confentement des Magiftrats
qui les ont prononcés. M. le
Breton,Imprimeur, n'a rien épargné pour
donner à ce Recueil , dans l'exécution
typographique , toute la perfection que
demande un Ouvrage qui doit être pour
la Poftérité un monument de refpect &
de reconnoiffance érigé au zéle & à la
vertu .
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Résumé : SÉANCE DU CHASTELET DE PARIS, du Lundi 25 Octobre 1762, & Discours prononcés par M. DE SARTINE, Lieutenant Général de Police ; par M. MOREAU, Procureur du Roi au Châtelet, faisant les fonctions d'Avocat du Roi ; & par M. CHARDON, Lieutenant Particulier, Président au Parc Civil : imprimés par les soins de Me Jean- Baptiste Courlesvaux, l'aîné, Me Jacques Roger le Comte, Me Jean - Baptiste Marye Procureurs au Châtelet & Procureurs de Communauté en éxercice, & de Me Louis Varnier, aussi Procureur au Châtelet, Syndic, à Paris, de l'Imprimerie de le Breton, premier Imprimeur ordinaire du Roi, & ordinaire de sa Communauté, rue de la Harpe, 1762, Brochure in- 4° . à la tête de laquelle se trouve le Portrait de M. d'ARGOUGES, gravé d'après l'Argiliere.
Le 25 octobre 1762, une séance solennelle a été organisée au Châtelet de Paris pour célébrer la retraite de M. d'Argouges, Lieutenant Civil, après plus de 52 ans de service. Trois magistrats, M. de Sartine, M. Moreau et M. Chardon, ont prononcé des discours en son honneur. M. de Sartine a annoncé la retraite de M. d'Argouges et a souligné l'admiration et le respect que lui portaient les citoyens et les juges. La séance a inclus une messe solennelle et des délibérations sur diverses affaires. M. Moreau a ensuite prononcé un discours sur les devoirs des magistrats, divisé en trois parties : les devoirs envers le public, les devoirs envers chaque particulier, et les devoirs personnels. Il a insisté sur l'importance de la vigilance contre le fanatisme et la nécessité de protéger l'éducation publique et la religion. Il a également évoqué le rôle des magistrats dans les calamités publiques, soulignant leur devoir de secours et de consolation. M. Chardon a adressé la parole aux avocats sur la décence nécessaire dans leur profession et a rendu hommage à M. d'Argouges, louant sa sagesse et sa générosité. Il a souligné que M. d'Argouges avait souvent aidé les malheureux opprimés, préférant épargner des procès plutôt que de chercher des applaudissements. Les discours ont été imprimés par les procureurs du Châtelet en signe de respect et de reconnaissance envers M. d'Argouges, et pour honorer son fils, qui lui succédait.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15828
SÉANCE DU CHASTELET DE PARIS, du Lundi 25 Octobre 1762, & Discours prononcés par M. DE SARTINE, Lieutenant Général de Police ; par M. MOREAU, Procureur du Roi au Châtelet, faisant les fonctions d'Avocat du Roi ; & par M. CHARDON, Lieutenant Particulier, Président au Parc Civil : imprimés par les soins de Me Jean- Baptiste Courlesvaux, l'aîné, Me Jacques Roger le Comte, Me Jean - Baptiste Marye Procureurs au Châtelet & Procureurs de Communauté en éxercice, & de Me Louis Varnier, aussi Procureur au Châtelet, Syndic, à Paris, de l'Imprimerie de le Breton, premier Imprimeur ordinaire du Roi, & ordinaire de sa Communauté, rue de la Harpe, 1762, Brochure in- 4° . à la tête de laquelle se trouve le Portrait de M. d'ARGOUGES, gravé d'après l'Argiliere.
15829
p. 73-76
ALMANACH ROYAL, Année 1763, contenant la Naissance des Princes & Princesses de l'Europe, les Archevêques, Evêques, Cardinaux & Abbés Commendataires, les Maréchaux de France, les Lieutenans Généraux, Maréchaux de Camp & Brigadiers des Armées, les Lieutenans Généraux des Armées Navales, Chefs d'Escadres, les Chevaliers, Commandeurs & Officiers des Ordres du Roi*, les Gouverneurs & Lieutenans Généraux des Provinces , & c ; les Conseillers du Roi, les Départemens des Secrétaires d'Etat & des Intendans des Finances, les Conseillers d'Etat les Bureaux du Conseil, les Maîtres des Requêtes, les Intendans des Provinces, la grande Chancellerie, le Grand-Conseil, le Parlement, la Chambre des Comptes, la Cour des Aydes , toutes les Cours & Jurisdictions de Paris ; l'Université, les Académies, les Bibliothèques publiques, &c ; les Fermiers Généraux, les Receveurs Généraux des Finances, les Trésoriers des Deniers Royaux, les Payeurs des Rentes & leurs Contrôleurs, la Compagnie des Indes, &c . A Paris, chez le Breton, Imprimeur ordinaire du Roi, au bas de la rue de la Harpe. Avec Approbation & Privilége du Roi. 1 vol. in-8°. 1763.
Début :
LE Titre seul de cet Ouvrage en marque l'importance & l'utilité universelle [...]
Mots clefs :
Armées navales, Intendants des finances, Cour des aides, Utilité universelle, Abrégé
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texteReconnaissance textuelle : ALMANACH ROYAL, Année 1763, contenant la Naissance des Princes & Princesses de l'Europe, les Archevêques, Evêques, Cardinaux & Abbés Commendataires, les Maréchaux de France, les Lieutenans Généraux, Maréchaux de Camp & Brigadiers des Armées, les Lieutenans Généraux des Armées Navales, Chefs d'Escadres, les Chevaliers, Commandeurs & Officiers des Ordres du Roi*, les Gouverneurs & Lieutenans Généraux des Provinces , & c ; les Conseillers du Roi, les Départemens des Secrétaires d'Etat & des Intendans des Finances, les Conseillers d'Etat les Bureaux du Conseil, les Maîtres des Requêtes, les Intendans des Provinces, la grande Chancellerie, le Grand-Conseil, le Parlement, la Chambre des Comptes, la Cour des Aydes , toutes les Cours & Jurisdictions de Paris ; l'Université, les Académies, les Bibliothèques publiques, &c ; les Fermiers Généraux, les Receveurs Généraux des Finances, les Trésoriers des Deniers Royaux, les Payeurs des Rentes & leurs Contrôleurs, la Compagnie des Indes, &c . A Paris, chez le Breton, Imprimeur ordinaire du Roi, au bas de la rue de la Harpe. Avec Approbation & Privilége du Roi. 1 vol. in-8°. 1763.
ALM AN ACH ROYAL , Année 1763 ,
contenant la Nailfance des Princes
& Princeffes de l'Europe , les Archevêques
, Evêques , Cardinaux & Abbés
Commendataires , les Maréchaux
de France , les Lieutenans Généraux,
Maréchaux de Camp & Brigadiers
des Armées , les Lieutenans Généraux
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
,
des Armées Navales , Chefs d'Efcadres
, les Chevaliers , Commandeurs
& Officiers des Ordres du Roi , les
Gouverneurs & Lieutenans Généraux
des Provinces , & c ; les Confeillers du
Roi , les Départemens des Secrétaires
d'Etat & des Intendans des Finances,
les Confeillers d'Etat les Bureaux
du Confeil , les Maîtres des Requêtes,
les Intendans des Provinces , la grande
Chancellerie , le Grand- Confeil , le
· Parlement , la Chambre des Comptes,
la Cour des Aydes , toutes les Cours
& Jurifdictions de Paris ; l'Univerfité
, les Académies , les Bibliothèques
publiques , &c ; les Fermiers Généraux
, les Receveurs Généraux des
Finances , les Tréforiers des Deniers
Royaux , les Payeurs des Rentes &
leurs Contrôleurs , la Compagnie des
Indes , &c . A Paris , chez le Breton ,
Imprimeur ordinaire du Roi , au bas
de la rue de la Harpe. Avec Approbation
& Privilége du Roi. 1 vol. in-
8°. 1763.
$
JANVIER. 1763. 75
L E Titre
feul
de cet
Ouvrage
en
marque l'importance & l'utilité univerfelle
. Quoique ce Livre foit extrêmement
connu , nous avons cru devoir en
faire mention , furtout après avoir parlé
dans les Mercures précédens , de prèfque
tous les autres Almanachs , aufquels
celui - ci a , pour ainfi dire , donné
la naiffance. Laurent d'Houry , Imprimeur-
Libraire , l'imagina & le donna en
1684, fous le fimple titre d'Almanach ou
de Calendrier. Louis XIV le fit demander
à l'Auteur en 1699 ; & depuis ce
temps -là d'Houry & fucceffivement fa
veuve ont eu l'honneur de le préfenter
à Sa Majefté , fous le titre d'Almanach
Royal. Le Breton , leur petit- fils , Imprimeur
ordinaire du Roi , qui a actuellement
le même honneur , y a fait depuis
1726 , que cet Ouvrage lui eft confié
, des augmentations confidérables
pour le rendre toujours plus utile &
plus digne de l'attention du Public. Il
n'eft prefque point de Lecteurs qui ne
foient dans le cas de le confulter chaque
jour ; & l'on peut dire qu'il n'y a
point de Livre de ce genre, où l'on trou
ve autant de chofes dont la connoiffance
eft abfolument néceffaire.
2
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
ALMAN ACH ROYAL , petit in-24,
chez le même Libraire. C'eſt l'abrégé de
l'ouvrage précédent.On n'y a inféré que
ce qui peut être d'un ufage plus fréquent
& plus journalier. Il eft très -portatif &
fatisfait dans le moment la curiofité
fur une infinité de points qui font la
matière la plus ordinaire des converfations
.
Il paroîtra au commencement de cette
année 1763 , un Almanach d'Hiftoire
naturelle , intitulé Almanach Hiftorico-
Phyfique , ou la Philofophie des Dames,
dans lequel l'Auteur a réuni ce qui lui
a paru de plus intéreffant aux curieux ,
& de plus utile à ceux qui commencent
à étudier cette Science , qui eft à préfent
fi cultivée par les Sçavans , & dont la
plupart des femmes font avec plaifir le
fujet de leurs occupations. L'Auteur,
promet auffi que des obfervations plus
particulieres le mettront en état de rendre
l'année fuivante cet Almanach beaucoup
plus intéreffant. On le trouvera
chez M. Belanger , c'eſt le nom de l'Auteur
, qui demeure rue S. Antoine , la
premiere porte-cochere après l'Eglife ;
& chez Duchefne , rue S. Jacques , au
Temple du Goût.
contenant la Nailfance des Princes
& Princeffes de l'Europe , les Archevêques
, Evêques , Cardinaux & Abbés
Commendataires , les Maréchaux
de France , les Lieutenans Généraux,
Maréchaux de Camp & Brigadiers
des Armées , les Lieutenans Généraux
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
,
des Armées Navales , Chefs d'Efcadres
, les Chevaliers , Commandeurs
& Officiers des Ordres du Roi , les
Gouverneurs & Lieutenans Généraux
des Provinces , & c ; les Confeillers du
Roi , les Départemens des Secrétaires
d'Etat & des Intendans des Finances,
les Confeillers d'Etat les Bureaux
du Confeil , les Maîtres des Requêtes,
les Intendans des Provinces , la grande
Chancellerie , le Grand- Confeil , le
· Parlement , la Chambre des Comptes,
la Cour des Aydes , toutes les Cours
& Jurifdictions de Paris ; l'Univerfité
, les Académies , les Bibliothèques
publiques , &c ; les Fermiers Généraux
, les Receveurs Généraux des
Finances , les Tréforiers des Deniers
Royaux , les Payeurs des Rentes &
leurs Contrôleurs , la Compagnie des
Indes , &c . A Paris , chez le Breton ,
Imprimeur ordinaire du Roi , au bas
de la rue de la Harpe. Avec Approbation
& Privilége du Roi. 1 vol. in-
8°. 1763.
$
JANVIER. 1763. 75
L E Titre
feul
de cet
Ouvrage
en
marque l'importance & l'utilité univerfelle
. Quoique ce Livre foit extrêmement
connu , nous avons cru devoir en
faire mention , furtout après avoir parlé
dans les Mercures précédens , de prèfque
tous les autres Almanachs , aufquels
celui - ci a , pour ainfi dire , donné
la naiffance. Laurent d'Houry , Imprimeur-
Libraire , l'imagina & le donna en
1684, fous le fimple titre d'Almanach ou
de Calendrier. Louis XIV le fit demander
à l'Auteur en 1699 ; & depuis ce
temps -là d'Houry & fucceffivement fa
veuve ont eu l'honneur de le préfenter
à Sa Majefté , fous le titre d'Almanach
Royal. Le Breton , leur petit- fils , Imprimeur
ordinaire du Roi , qui a actuellement
le même honneur , y a fait depuis
1726 , que cet Ouvrage lui eft confié
, des augmentations confidérables
pour le rendre toujours plus utile &
plus digne de l'attention du Public. Il
n'eft prefque point de Lecteurs qui ne
foient dans le cas de le confulter chaque
jour ; & l'on peut dire qu'il n'y a
point de Livre de ce genre, où l'on trou
ve autant de chofes dont la connoiffance
eft abfolument néceffaire.
2
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
ALMAN ACH ROYAL , petit in-24,
chez le même Libraire. C'eſt l'abrégé de
l'ouvrage précédent.On n'y a inféré que
ce qui peut être d'un ufage plus fréquent
& plus journalier. Il eft très -portatif &
fatisfait dans le moment la curiofité
fur une infinité de points qui font la
matière la plus ordinaire des converfations
.
Il paroîtra au commencement de cette
année 1763 , un Almanach d'Hiftoire
naturelle , intitulé Almanach Hiftorico-
Phyfique , ou la Philofophie des Dames,
dans lequel l'Auteur a réuni ce qui lui
a paru de plus intéreffant aux curieux ,
& de plus utile à ceux qui commencent
à étudier cette Science , qui eft à préfent
fi cultivée par les Sçavans , & dont la
plupart des femmes font avec plaifir le
fujet de leurs occupations. L'Auteur,
promet auffi que des obfervations plus
particulieres le mettront en état de rendre
l'année fuivante cet Almanach beaucoup
plus intéreffant. On le trouvera
chez M. Belanger , c'eſt le nom de l'Auteur
, qui demeure rue S. Antoine , la
premiere porte-cochere après l'Eglife ;
& chez Duchefne , rue S. Jacques , au
Temple du Goût.
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Résumé : ALMANACH ROYAL, Année 1763, contenant la Naissance des Princes & Princesses de l'Europe, les Archevêques, Evêques, Cardinaux & Abbés Commendataires, les Maréchaux de France, les Lieutenans Généraux, Maréchaux de Camp & Brigadiers des Armées, les Lieutenans Généraux des Armées Navales, Chefs d'Escadres, les Chevaliers, Commandeurs & Officiers des Ordres du Roi*, les Gouverneurs & Lieutenans Généraux des Provinces , & c ; les Conseillers du Roi, les Départemens des Secrétaires d'Etat & des Intendans des Finances, les Conseillers d'Etat les Bureaux du Conseil, les Maîtres des Requêtes, les Intendans des Provinces, la grande Chancellerie, le Grand-Conseil, le Parlement, la Chambre des Comptes, la Cour des Aydes , toutes les Cours & Jurisdictions de Paris ; l'Université, les Académies, les Bibliothèques publiques, &c ; les Fermiers Généraux, les Receveurs Généraux des Finances, les Trésoriers des Deniers Royaux, les Payeurs des Rentes & leurs Contrôleurs, la Compagnie des Indes, &c . A Paris, chez le Breton, Imprimeur ordinaire du Roi, au bas de la rue de la Harpe. Avec Approbation & Privilége du Roi. 1 vol. in-8°. 1763.
L'Almanach Royal de 1763 est un ouvrage essentiel présentant la nobilité européenne, les hauts dignitaires religieux, les maréchaux de France, les officiers des armées terrestres et navales, les gouverneurs des provinces, les conseillers du roi, les secrétaires d'État, les intendants des finances, les maîtres des requêtes, les intendants des provinces, les cours et juridictions de Paris, l'Université, les académies, les bibliothèques publiques, et divers autres fonctionnaires et institutions. Imprimé par le Breton, imprimeur ordinaire du Roi, cet almanach est approuvé et privilégié par le roi. Créé par Laurent d'Houry en 1684 et demandé par Louis XIV en 1699, il est présenté au roi sous le titre d'Almanach Royal. Depuis 1726, le Breton a enrichi l'ouvrage pour le rendre plus utile. L'Almanach Royal est consulté quotidiennement par de nombreux lecteurs. Une version abrégée, l'Almanach Royal petit in-24, est disponible pour un usage plus fréquent. En 1763, un nouvel almanach intitulé 'Almanach Historico-Physique, ou la Philosophie des Dames' sera publié par M. Belanger, résidant rue Saint-Antoine, visant à réunir des informations intéressantes pour les curieux et utiles pour les étudiants en sciences naturelles.
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15829
ALMANACH ROYAL, Année 1763, contenant la Naissance des Princes & Princesses de l'Europe, les Archevêques, Evêques, Cardinaux & Abbés Commendataires, les Maréchaux de France, les Lieutenans Généraux, Maréchaux de Camp & Brigadiers des Armées, les Lieutenans Généraux des Armées Navales, Chefs d'Escadres, les Chevaliers, Commandeurs & Officiers des Ordres du Roi*, les Gouverneurs & Lieutenans Généraux des Provinces , & c ; les Conseillers du Roi, les Départemens des Secrétaires d'Etat & des Intendans des Finances, les Conseillers d'Etat les Bureaux du Conseil, les Maîtres des Requêtes, les Intendans des Provinces, la grande Chancellerie, le Grand-Conseil, le Parlement, la Chambre des Comptes, la Cour des Aydes , toutes les Cours & Jurisdictions de Paris ; l'Université, les Académies, les Bibliothèques publiques, &c ; les Fermiers Généraux, les Receveurs Généraux des Finances, les Trésoriers des Deniers Royaux, les Payeurs des Rentes & leurs Contrôleurs, la Compagnie des Indes, &c . A Paris, chez le Breton, Imprimeur ordinaire du Roi, au bas de la rue de la Harpe. Avec Approbation & Privilége du Roi. 1 vol. in-8°. 1763.
15830
p. 77
LETTRE de M. BOURGELAT, Ecuyer du Roi à Lyon, & Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de Paris, à l'Auteur du Mercure.
Début :
J'APPRENDS à l'inftant, Monsieur, que dans la 3e partie & dans les additions [...]
Mots clefs :
France littéraire, Compilation , Supplément
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. BOURGELAT, Ecuyer du Roi à Lyon, & Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de Paris, à l'Auteur du Mercure.
LETTRE de M. BOURGELAT , Ecuyer
du Roi à Lyon > & Correspondant
de l'Académie Royale des Sciences de
Paris , à l'Auteur du Mercure.
LY ON , 23 Décembre 1762.
J'APPRENDS à l'inftant
Monfieur ,
que dans la 3e partie & dans les additions
du fecond fupplément à la France
Littéraire , pour les années 1760 &
1761 , on m'attribue un Ouvrage qui
a pour titre , Modéle de Lettres fur dif
férens fujets , in- 12,1761 ..
Que cette compilation ait quelque
mérite , ou qu'elle en foit totalement dépourvue
, elle pourroit dans le fecond
cas comme dans le premier , être également
chère à l'Auteur. Je n'ai donc
" 2 garde Monfieur de participer par
mon filence à un larcin dont je ne fus
jamais coupable ; & je vous fupplie de
rendre public le défaveu que je fais d'avoir
donné l'être à cette production
qu'on doit, à toutes fortes de titres , laiffer
à celui qui en eſt le véritable père .
J'ai l'honneur d'être , & c.
BOURGELAT.
du Roi à Lyon > & Correspondant
de l'Académie Royale des Sciences de
Paris , à l'Auteur du Mercure.
LY ON , 23 Décembre 1762.
J'APPRENDS à l'inftant
Monfieur ,
que dans la 3e partie & dans les additions
du fecond fupplément à la France
Littéraire , pour les années 1760 &
1761 , on m'attribue un Ouvrage qui
a pour titre , Modéle de Lettres fur dif
férens fujets , in- 12,1761 ..
Que cette compilation ait quelque
mérite , ou qu'elle en foit totalement dépourvue
, elle pourroit dans le fecond
cas comme dans le premier , être également
chère à l'Auteur. Je n'ai donc
" 2 garde Monfieur de participer par
mon filence à un larcin dont je ne fus
jamais coupable ; & je vous fupplie de
rendre public le défaveu que je fais d'avoir
donné l'être à cette production
qu'on doit, à toutes fortes de titres , laiffer
à celui qui en eſt le véritable père .
J'ai l'honneur d'être , & c.
BOURGELAT.
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Résumé : LETTRE de M. BOURGELAT, Ecuyer du Roi à Lyon, & Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de Paris, à l'Auteur du Mercure.
M. Bourgélat, écuyer du Roi à Lyon, dément l'attribution d'un ouvrage intitulé 'Modèle de Lettres sur différents sujets, in-12, 1761'. Il précise qu'il n'en est pas l'auteur et demande que son désaveu soit rendu public pour laisser l'ouvrage à son véritable auteur.
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15831
p. 78
« EN remuant la Tèrre dans un Jardin particulier à Paris, on a trouvé un jetton [...] »
Début :
EN remuant la Tèrre dans un Jardin particulier à Paris, on a trouvé un jetton [...]
Mots clefs :
Jeton
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texteReconnaissance textuelle : « EN remuant la Tèrre dans un Jardin particulier à Paris, on a trouvé un jetton [...] »
EN remuant la Tèrre dans un Jardin
particulier à Paris , on a trouvé un jetton
de plomb dont on demande l'explication.
Il eft de la grandeur d'un double
louis. Sur l'une des faces eft un
homme dont on diftingue à peine l'habillement
mais qui paroît cependant
revêtu d'un long manteau royal, & porter
fur fa tête une couronne fermée . Il
a une main fur un Autel qui eſt auprès
de lui ; l'autre élevée femble montrer
le Ciel. Sur l'Autel étoit quelque
chofe que le temps a effacé. On lit ces
mots pour Légende : Tuta mihi Numinis
ara.
L'Exergue porte les chiffres 1606 ,
qui font apparemment la date de l'année
dans laquelle le jetton a été frappé.
Sur le revers eft repréſentée une femme
qui tient un enfant par la main , &
qu'elle paroît conduire à une Eglife de
conftruction gothique , & furmontée
d'un clocher élevé , qu'on voit dans
l'éloignement audeffus d'une montagne,
& pour légende . Hæc tibi certa domus.
particulier à Paris , on a trouvé un jetton
de plomb dont on demande l'explication.
Il eft de la grandeur d'un double
louis. Sur l'une des faces eft un
homme dont on diftingue à peine l'habillement
mais qui paroît cependant
revêtu d'un long manteau royal, & porter
fur fa tête une couronne fermée . Il
a une main fur un Autel qui eſt auprès
de lui ; l'autre élevée femble montrer
le Ciel. Sur l'Autel étoit quelque
chofe que le temps a effacé. On lit ces
mots pour Légende : Tuta mihi Numinis
ara.
L'Exergue porte les chiffres 1606 ,
qui font apparemment la date de l'année
dans laquelle le jetton a été frappé.
Sur le revers eft repréſentée une femme
qui tient un enfant par la main , &
qu'elle paroît conduire à une Eglife de
conftruction gothique , & furmontée
d'un clocher élevé , qu'on voit dans
l'éloignement audeffus d'une montagne,
& pour légende . Hæc tibi certa domus.
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Résumé : « EN remuant la Tèrre dans un Jardin particulier à Paris, on a trouvé un jetton [...] »
Lors de travaux à Paris, un jetton de plomb de la taille d'un double louis a été découvert. Il présente deux faces distinctes. L'une montre un homme en manteau royal, couronné, posant une main sur un autel et levant l'autre vers le ciel, avec la légende 'Tuta mihi Numinis ara' et la date '1606'. L'autre face représente une femme conduisant un enfant vers une église gothique, avec la légende 'Hæc tibi certa domus'.
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15832
p. 79-90
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
CALENDRIER DES PRINCES, ET DE LA NOBLESSE, DE FRANCE [...]
Mots clefs :
Livres, Ouvrages, Histoire universelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
CALENDRIER DES PRINCES , ET
DE LA NOBLESSE , DE FRANCE
contenant leur état actuel , par ordre
alphabétique . Par l'Auteur du Dictionnaire
Généalogique , Héraldique , Hiftorique
& Chronologique , pour l'année
1763. A Paris , chez Duchefne ,
Libraire , rue S. Jacques , au Temple
du Goût.
TRADUCTION DE SALUSTE
avec la vie de cet Hiftorien & des Notes
critiques ; feconde Edition revue ,
corrigée & augmentée du Texte latin
à côté de la Traduction , avec des Variantes
choifies ; par Jean -Henri Dotteville
, de l'Oratoire . On y a joint la lif
te Chronologique des Éditions , des
Commentaires , & des Traductions de
Sulufte , qui fe trouvent à la fin , depuis
la page 398 , jufqu'à la page 416 :
Lifte qui ne fe trouve dans aucune des
Editions précédentes & qui ajoute au
mérite de celle - ci. In-8° . Paris , 1763 ,
chez A. M. Lottin , l'aîné , Libraire &
Imprimeur de Mgr le Duc de Berry
rue S. Jacques , près S. Yves , au Coq.,
D iv
80 MERCURE DE FRANCE.
DE
L'EDUCATION
PUBLIQUE .
Populus fapiens , gens magna.
In-12. Amfterdam , 1762.
Deut. 4.
N. B. Nous prions de nouveau MM.
les Libraires de Paris , qui nous envoient
des Livres imprimés chez l'Etranger
, de nous indiquer précisément où
l'on peut les trouver à Paris.
LES PROMENADES & Rendez-vous
du Parc de Verfailles , 2 vol. in- 12 .
Bruxelles , 1763. Et fe trouvent à Paris ,
chez Muzier , fils , Quai des Auguſtin ,
& chez Duchefne , rue S. Jacques .
TRAITÉ DE LA DEFENSE DES
PLACES , avec un Précis des Obfervations
les plus utiles pour procéder à la
vifite ou à l'examen des Villes fortifiées :
un Abrégé des principes généraux qui
peuvent fervir à l'établiſſement des quartiers
d'hyver ; & un Dictionnaire des
termes de l'Artillerie , de la Fortification ,
de l'attaque & de la défenfe des Places .
Par M. Le Blond , Maître de Mathématique
des Enfans de France , & c . Secon
JANVIER. 1763. 81
de Edition , retouchée & augmentée.
In- 8° . Paris , 1762. Chez C. A.Jombert,
Libraire du Roi pour l'Artillerie & le Génie
, rue Dauphine , àl'Image Notre-
Dame. Nous avons donné un extrait de
ce Livre dans le temps de fa premiere
Edition .
›
PETITES ETRENNES , ou Emblêmes
facrées fur chaque mois , pour la préfente
année ; Bouquets ou Etrennes fleuries
; petites Etrennes ou Devifes ; petites
Etrennes galantes ; & autres Almanachs
joliment enluminés , par le fieur
Maillard de Breffon , fe trouvent à Paris
chez Maillard , au Magafin des belles
Emblêmes , rue S. Jacques , chez M.
Lambon , Avocat , proche la rue des
Mathurins.
LES EPHEMERIDES TROYENNES ,
pour l'Année 1763 , fe diftribuent aux
Adreffes ordinaires.
Elles offrent de nouveau pour cette
année :
1 °. Les curiofités & fingularités de
Troye, améliorées, corrigées & rectifiées
d'après les Obfervations que procu
rent le temps & fouvent le hazard.
2º. Toutes les Piéces originales de la
conteftation élevée par l'Abbeffe & les
Religieufes de N. D.aux Nonnains, fur
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
la Dédicace de l'Eglife de S. Urbain &
de fon Cimetière . Tous les détails de
cette conteftation & des voyes de fait
dont elles l'appuyerent, font refutées dans
la fentence
d'excommunication prononcée
contre elles par des Commiffaires
Apoftoliques , en 1272.
3º. Une relation très- étendue de tout
ce qui fe paffa à l'entrée du Roi Charles
VIII. à Troyes , en 1486. Relation
écrite en vers par un Contemporain.
4°. Un Mémoire contenant le réfultat
d'obfervations faites l'année derniere
en Picardie fur toutes les parties de
la culture du lin dans cette Province
pour fervir de modéle & de guide aux
Cultivateurs des environs de Troyes
qui voudront appliquer à cette culture
les terreins qui y font propres.
ex-
5º. La vie de M. Pierre Pithou
traite de celle qui a paru en 1756 , chez
Cavelier , à Paris.
,
MELANGES DE LITTERATURE ,
D'HISTOIRE ET DE PHILOSOPHIE
par M. d'Alembert , 4 vol. in- 12 . Nouv.
Edit. à Amfterdam chez Zacharie
Chatelain , & fe trouve à Lyon , chez
Jean-Marie Buyzet , & à Paris , chez
Defaint & Saillant , & chez les Libraires
qui véndent les nouveautés .
JANVIER 1763. 83
Cette nouvelle Edition ne différe
de celle de 1759 , qquuee ppaarr des
changemens très-légers ; on y a furtout
corrigé plufieurs fautes d'impreffion
dont quelques-unes altéroient le fens.
L'Auteur a ajouté à la fin du troifiéme
volume , des notes fur fa traduction de
quelques morceaux de Tacite , qui fe-
Font vendues féparément à ceux qui
ont acheté l'édition de 1759. La Tra
duction & les Notes fe vendent auffi
féparément à l'ufage des jeunes Etudians.
Il eſt des Ouvrages dont on ne fçau-
Foit trop multiplier les Editions.
AVIS AU PUBLIC.
GUILLAUME DESPREZ , Imprimeur
du Roi & du Clergé de France , demeurant
à Paris , rue S. Jacques , propofe
, pour la derniere fois , une diminution
fi confidérable fur cinq Bibles
différentes , traduites en François par
feu M. de Saci , que les Eccléfiaſtiques
& même les Laïques , qui ont du goût:
pour les Livres faints , ne fçauroient
trop s'empreffer de fe procurer ces excellens
Livres , au prix modique auquel
il s'eft relâché.
D vit
84 MERCURE DE FRANCE.
Ces Ouvrages , quoiqu'ayant le même
objet , font cependant de différentes
étendues , & par conféquent de pluheurs
prix. Voici les diminutions qu'il
propofe fur chacun .
1º. La grande Bible en Latin & en
François , avec l'explication dufens littéral
& fpirituel , 32 vol. in - 8 ° , qui fe
vend 120 livres en feuilles , fera donnée
pour 72 livres.
•
Comme il faudra réimprimer quelques
volumes , pour compléter un certain
nombre d'Exemplaires , ceux qui
voudront s'en pourvoir foufcriront
d'avance pour la fomme de 36 livres ,
dont il leur fera donné une reconnoiffance
; & au premier Juillet 1763 , on
leur fournira les 16 premiers volumes :
en les retirant , ils payeront les 36 liv .
reftant , & au premier Janvier 1764 ,
on leur délivrera les 16 derniers volumes.
2º. La Bible en Latin & en François
, avec des Notes , en 23 volumes
in- 12. laquelle a toujours été vendue
46 livres en feuilles , fera donnée pour
18 livres.
3 °. La même Bible toute Françoife ,
avec les mêmes Notes , en 14 volumes
in-12. qui fe vendoit 28 livres en feuil
les ,
fera donnée pour 12 livres.
JANVIER 1763. 85
4°. La Sainte Bible toute Françoise ,
avec de courtes Notes pour l'intelligence
du fens littéral & prophétique , imprimée
en 1759 , en un très - gros volume
in - fol. orné d'un beau frontispice en
taille-douce , qui fe vendoit 20 livres
en feuilles , fera auffi donnée pour 12
livres.
5°. Enfin , la Sainte Bible toute Françoife
en 2 volumes in - 4°. que l'on vendoit
16 livres en feuilles , fera donnée
pour 10 livres.
Une fi forte diminution fur ces cinq
objets , n'aura lieu que jufqu'au premier
Mars 1763.
On donnera auffi , jufqu'à ce terme
les volumes féparés qui peuvent manquer
à ceux qui ont acquis précédemment
la Bible in- 8°. & chaque volume
fe vendra 3 livres en feuilles . Ceux
qu'on peut donner font :
L'Erode & le Lévitique.
Les Nombres & le Deutéronome.
Jofué , les Juges & Ruth.
Les Rois , 2 volumes.
Les Paralipomenes , Efdras & Néhémias.
Job.
Ifaïe.
86 MERCURE DE FRANCE.
Jérémie & Baruch.
Ezechiel.
Daniel & les Machabées.
S. Matthieu , S. Marc , S. Luc & S
Jcan , 4 volumes.
Les Actes des Apôtres .
Et l'Apocalypfe.
LOUIS CELLOT , Imprimeur-Libraire
, Grand'Salle du Palais , & rue Dauphine,
la feconde Porte Cochere à droite ,
en entrant par le Pont- Neuf , même
maifon que M. Jombert , Libraire du
du Roi pour l'Artillerie & le Génie ;
vient d'acquérir de M. Défprez , Imprimeur-
Libraire du Clergé, le Privilége
entier , & tous les Exemplaires
fuivans :
HISTOIRE UNIVERSELLE , facrée
& profane compofée par l'ordre de
MESDAMES DE FRANCE , par M.
Hardion , de l'Académie Françoife
16 volumes in- 12.
?
40 liv..
Les Volumes
fe vendent
féparément
.
Sçavoir :
Les cinq premiers Volumes .
Les Tomes VI . VII. & VIII.
Les Tomes IX. & X.
Les Tomes XI & XII.
JANVIER . 1763. 87
Les Tomes XIII . & XIV.
Les Tomes XV . & XVI . qui paroitront
dans le courant de Novembre.
On aura fa plus grande attention pour
que la reliure foit toujours la même pour
tous les volumes , quoique vendus féparément.
Les applaudiffemens que cet Ouvrage
a reçus dès fa naiffance , & qu'il n'a
ceffe de recevoir depuis , prouvent affez
fon importance & fon utilité. Il nous
fuffit de renvoyer à tous les Journaux
qui en ont fait mention..
La même Hiftoire traduite en Italien ,
14 volumes.
HISTOIRE POÉTIQUE , & deux
Traités abrégés , l'un de la Poëfie , l'autre
de l'Eloquence , compofés pour
l'ufage de MESDAMES , par le même
Auteur , 3 vol. in- 12 . 7 l. 10 f..
HISTOIRE DES VARIATIONS des
Eglifes Proteftantes , Par M. Boffuet ,
Evêque de Meaux , 4 vol. in- 12. petit
caractere. 10 liv.
EXPOSITION de la Doctrine de l'E88
MERCURE DE FRANCE.
glife Catholique fur les matières de Con.
troverfe , par M. Boffuet > nouv. édit.
augmentée de la traduction latine de M.
l'Abbé de Fleury , Auteur de l'Hiftoire
Eccléfiaftique , avec une Préface Hiftorique
& critique , par M. l'Abbé le
Queux , 1761. 3 liv.
Pourjuftifier le mérite de cette édition,
nous croyons devoir rapporter le jugement
que M. l'Abbé Lavocat , Docteur
de Sorbonne en a porté.
,
?
Cet Ouvrage immortel , qui a mérité
les éloges de toute l'Eglife , & qui
a produit des fruits fi abondans pour la
converfion des Hérétiques à la Foi Catholique
, avoit befoin de cette nouvelle
Edition , qui eft la premiere qui paroît
en François & en Latin . On ne peut
trop en recommander la lecture aux Fidéles
& principalement aux jeunes
Théologiens , lefquels y trouveront la
méthode la plus excellente de traiter les
matières de Controverfe , non-feulement
en François , mais auffi en Latin .
La Préface que l'exact & fçavant Editeur
a mife à la tête , eft très- curieufe ,
& nous fait fouhaiter la nouvelle Edition
qu'il prépare de tous les Ouvrages
de M, Boffuet.
JANVIER. 1762. 89
LA même , petit in - 12 , tout françois ,
fans préface , 1761 . 2 liv. NOTIONAIRE
, ou Mémorial
rai- fonné
de ce qu'il y a d'utile
& d'inté- reffant
dans les connoiffances
acquifes
depuis
la création
du monde
jufqu'à préfent
, par M. de Garfaut
, très- gros volume
in- 8° , avec
40 Planches
en raille-douce , 1761 .
9 liv.
LIVRES nouveaux que l'on trouve chez
le même Libraire.
MÉMOIRES pour fervir à l'hiftoire
de la Maifon de Brandebourg , deux
volumes in- 12. 1762. 4 liv. 10 f.
On a mis a fa place dans cette nouvelle
édition , l'hiftoire de Fréderic Guil
laume , fecond Roi de Pruffe , qui ne
Te trouvoit jufqu'à préfent que par fupplément
, avec des corrections confidérables
; on y trouvera auffi l'Etat Militaire
de ce Royaume , depuis fon inftitution
jufqu'à la fin du regne de Fré-
'deric Guillaume II.
INSTRUCTIONS MILITAIRES du
Roi de Pruffe à fes Généraux 1 vol.
même format avec 13 Planches en taille
douce. 2.liv. 10 f.
L'EPREUVE DE LA PROBITÉ
90 MERCURE DE FRANCE .
Comédie en cinq A&tes par M. de Baf
tide , 1762. I liv. 4 f
CONTES en profes du même Auteur
, quatre parties brochées , de so
feuilles.
50
EUVRES POSTUMES de M. d'Hericourt
, Auteurs des Loix Eccléfiaftiques
, 4 vol. in-4°
OEuvres de M. de Fremainville. Sca
voir :
Traité des Terriers , 5 vol. in -4º 48 I.
Traité de la Communauté des biens
d'habitans. 10 l.
Dictionnaire de Police , in-4° 10 l.
Inftructions pour un Régiffeur ,
in-4°. broché. I 10 f.
Tous les Volumes fe vendent féparément.
LE DANGER des liaifons , ou Mé- Μέ
moires de la Baronne de Blemon . Par
Madame la M... de S. A ... A Genève ,
1763 , 5 parties. Ce Roman , dont la
fuite eft , dit- on , fous prèffe , eft intéreffant
& fe lit avec plaifir . Nous en
rendrons compre , dès qu'il fera fini.
CONTES MORAUX dans le goût de
ceux de M. Marmontel , recueillis de divers
Auteurs , & publiés par Mlle Uncy,
à Paris , chez Vincent , rue S. Severin
1763. 2 vol. in- 12.
CALENDRIER DES PRINCES , ET
DE LA NOBLESSE , DE FRANCE
contenant leur état actuel , par ordre
alphabétique . Par l'Auteur du Dictionnaire
Généalogique , Héraldique , Hiftorique
& Chronologique , pour l'année
1763. A Paris , chez Duchefne ,
Libraire , rue S. Jacques , au Temple
du Goût.
TRADUCTION DE SALUSTE
avec la vie de cet Hiftorien & des Notes
critiques ; feconde Edition revue ,
corrigée & augmentée du Texte latin
à côté de la Traduction , avec des Variantes
choifies ; par Jean -Henri Dotteville
, de l'Oratoire . On y a joint la lif
te Chronologique des Éditions , des
Commentaires , & des Traductions de
Sulufte , qui fe trouvent à la fin , depuis
la page 398 , jufqu'à la page 416 :
Lifte qui ne fe trouve dans aucune des
Editions précédentes & qui ajoute au
mérite de celle - ci. In-8° . Paris , 1763 ,
chez A. M. Lottin , l'aîné , Libraire &
Imprimeur de Mgr le Duc de Berry
rue S. Jacques , près S. Yves , au Coq.,
D iv
80 MERCURE DE FRANCE.
DE
L'EDUCATION
PUBLIQUE .
Populus fapiens , gens magna.
In-12. Amfterdam , 1762.
Deut. 4.
N. B. Nous prions de nouveau MM.
les Libraires de Paris , qui nous envoient
des Livres imprimés chez l'Etranger
, de nous indiquer précisément où
l'on peut les trouver à Paris.
LES PROMENADES & Rendez-vous
du Parc de Verfailles , 2 vol. in- 12 .
Bruxelles , 1763. Et fe trouvent à Paris ,
chez Muzier , fils , Quai des Auguſtin ,
& chez Duchefne , rue S. Jacques .
TRAITÉ DE LA DEFENSE DES
PLACES , avec un Précis des Obfervations
les plus utiles pour procéder à la
vifite ou à l'examen des Villes fortifiées :
un Abrégé des principes généraux qui
peuvent fervir à l'établiſſement des quartiers
d'hyver ; & un Dictionnaire des
termes de l'Artillerie , de la Fortification ,
de l'attaque & de la défenfe des Places .
Par M. Le Blond , Maître de Mathématique
des Enfans de France , & c . Secon
JANVIER. 1763. 81
de Edition , retouchée & augmentée.
In- 8° . Paris , 1762. Chez C. A.Jombert,
Libraire du Roi pour l'Artillerie & le Génie
, rue Dauphine , àl'Image Notre-
Dame. Nous avons donné un extrait de
ce Livre dans le temps de fa premiere
Edition .
›
PETITES ETRENNES , ou Emblêmes
facrées fur chaque mois , pour la préfente
année ; Bouquets ou Etrennes fleuries
; petites Etrennes ou Devifes ; petites
Etrennes galantes ; & autres Almanachs
joliment enluminés , par le fieur
Maillard de Breffon , fe trouvent à Paris
chez Maillard , au Magafin des belles
Emblêmes , rue S. Jacques , chez M.
Lambon , Avocat , proche la rue des
Mathurins.
LES EPHEMERIDES TROYENNES ,
pour l'Année 1763 , fe diftribuent aux
Adreffes ordinaires.
Elles offrent de nouveau pour cette
année :
1 °. Les curiofités & fingularités de
Troye, améliorées, corrigées & rectifiées
d'après les Obfervations que procu
rent le temps & fouvent le hazard.
2º. Toutes les Piéces originales de la
conteftation élevée par l'Abbeffe & les
Religieufes de N. D.aux Nonnains, fur
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
la Dédicace de l'Eglife de S. Urbain &
de fon Cimetière . Tous les détails de
cette conteftation & des voyes de fait
dont elles l'appuyerent, font refutées dans
la fentence
d'excommunication prononcée
contre elles par des Commiffaires
Apoftoliques , en 1272.
3º. Une relation très- étendue de tout
ce qui fe paffa à l'entrée du Roi Charles
VIII. à Troyes , en 1486. Relation
écrite en vers par un Contemporain.
4°. Un Mémoire contenant le réfultat
d'obfervations faites l'année derniere
en Picardie fur toutes les parties de
la culture du lin dans cette Province
pour fervir de modéle & de guide aux
Cultivateurs des environs de Troyes
qui voudront appliquer à cette culture
les terreins qui y font propres.
ex-
5º. La vie de M. Pierre Pithou
traite de celle qui a paru en 1756 , chez
Cavelier , à Paris.
,
MELANGES DE LITTERATURE ,
D'HISTOIRE ET DE PHILOSOPHIE
par M. d'Alembert , 4 vol. in- 12 . Nouv.
Edit. à Amfterdam chez Zacharie
Chatelain , & fe trouve à Lyon , chez
Jean-Marie Buyzet , & à Paris , chez
Defaint & Saillant , & chez les Libraires
qui véndent les nouveautés .
JANVIER 1763. 83
Cette nouvelle Edition ne différe
de celle de 1759 , qquuee ppaarr des
changemens très-légers ; on y a furtout
corrigé plufieurs fautes d'impreffion
dont quelques-unes altéroient le fens.
L'Auteur a ajouté à la fin du troifiéme
volume , des notes fur fa traduction de
quelques morceaux de Tacite , qui fe-
Font vendues féparément à ceux qui
ont acheté l'édition de 1759. La Tra
duction & les Notes fe vendent auffi
féparément à l'ufage des jeunes Etudians.
Il eſt des Ouvrages dont on ne fçau-
Foit trop multiplier les Editions.
AVIS AU PUBLIC.
GUILLAUME DESPREZ , Imprimeur
du Roi & du Clergé de France , demeurant
à Paris , rue S. Jacques , propofe
, pour la derniere fois , une diminution
fi confidérable fur cinq Bibles
différentes , traduites en François par
feu M. de Saci , que les Eccléfiaſtiques
& même les Laïques , qui ont du goût:
pour les Livres faints , ne fçauroient
trop s'empreffer de fe procurer ces excellens
Livres , au prix modique auquel
il s'eft relâché.
D vit
84 MERCURE DE FRANCE.
Ces Ouvrages , quoiqu'ayant le même
objet , font cependant de différentes
étendues , & par conféquent de pluheurs
prix. Voici les diminutions qu'il
propofe fur chacun .
1º. La grande Bible en Latin & en
François , avec l'explication dufens littéral
& fpirituel , 32 vol. in - 8 ° , qui fe
vend 120 livres en feuilles , fera donnée
pour 72 livres.
•
Comme il faudra réimprimer quelques
volumes , pour compléter un certain
nombre d'Exemplaires , ceux qui
voudront s'en pourvoir foufcriront
d'avance pour la fomme de 36 livres ,
dont il leur fera donné une reconnoiffance
; & au premier Juillet 1763 , on
leur fournira les 16 premiers volumes :
en les retirant , ils payeront les 36 liv .
reftant , & au premier Janvier 1764 ,
on leur délivrera les 16 derniers volumes.
2º. La Bible en Latin & en François
, avec des Notes , en 23 volumes
in- 12. laquelle a toujours été vendue
46 livres en feuilles , fera donnée pour
18 livres.
3 °. La même Bible toute Françoife ,
avec les mêmes Notes , en 14 volumes
in-12. qui fe vendoit 28 livres en feuil
les ,
fera donnée pour 12 livres.
JANVIER 1763. 85
4°. La Sainte Bible toute Françoise ,
avec de courtes Notes pour l'intelligence
du fens littéral & prophétique , imprimée
en 1759 , en un très - gros volume
in - fol. orné d'un beau frontispice en
taille-douce , qui fe vendoit 20 livres
en feuilles , fera auffi donnée pour 12
livres.
5°. Enfin , la Sainte Bible toute Françoife
en 2 volumes in - 4°. que l'on vendoit
16 livres en feuilles , fera donnée
pour 10 livres.
Une fi forte diminution fur ces cinq
objets , n'aura lieu que jufqu'au premier
Mars 1763.
On donnera auffi , jufqu'à ce terme
les volumes féparés qui peuvent manquer
à ceux qui ont acquis précédemment
la Bible in- 8°. & chaque volume
fe vendra 3 livres en feuilles . Ceux
qu'on peut donner font :
L'Erode & le Lévitique.
Les Nombres & le Deutéronome.
Jofué , les Juges & Ruth.
Les Rois , 2 volumes.
Les Paralipomenes , Efdras & Néhémias.
Job.
Ifaïe.
86 MERCURE DE FRANCE.
Jérémie & Baruch.
Ezechiel.
Daniel & les Machabées.
S. Matthieu , S. Marc , S. Luc & S
Jcan , 4 volumes.
Les Actes des Apôtres .
Et l'Apocalypfe.
LOUIS CELLOT , Imprimeur-Libraire
, Grand'Salle du Palais , & rue Dauphine,
la feconde Porte Cochere à droite ,
en entrant par le Pont- Neuf , même
maifon que M. Jombert , Libraire du
du Roi pour l'Artillerie & le Génie ;
vient d'acquérir de M. Défprez , Imprimeur-
Libraire du Clergé, le Privilége
entier , & tous les Exemplaires
fuivans :
HISTOIRE UNIVERSELLE , facrée
& profane compofée par l'ordre de
MESDAMES DE FRANCE , par M.
Hardion , de l'Académie Françoife
16 volumes in- 12.
?
40 liv..
Les Volumes
fe vendent
féparément
.
Sçavoir :
Les cinq premiers Volumes .
Les Tomes VI . VII. & VIII.
Les Tomes IX. & X.
Les Tomes XI & XII.
JANVIER . 1763. 87
Les Tomes XIII . & XIV.
Les Tomes XV . & XVI . qui paroitront
dans le courant de Novembre.
On aura fa plus grande attention pour
que la reliure foit toujours la même pour
tous les volumes , quoique vendus féparément.
Les applaudiffemens que cet Ouvrage
a reçus dès fa naiffance , & qu'il n'a
ceffe de recevoir depuis , prouvent affez
fon importance & fon utilité. Il nous
fuffit de renvoyer à tous les Journaux
qui en ont fait mention..
La même Hiftoire traduite en Italien ,
14 volumes.
HISTOIRE POÉTIQUE , & deux
Traités abrégés , l'un de la Poëfie , l'autre
de l'Eloquence , compofés pour
l'ufage de MESDAMES , par le même
Auteur , 3 vol. in- 12 . 7 l. 10 f..
HISTOIRE DES VARIATIONS des
Eglifes Proteftantes , Par M. Boffuet ,
Evêque de Meaux , 4 vol. in- 12. petit
caractere. 10 liv.
EXPOSITION de la Doctrine de l'E88
MERCURE DE FRANCE.
glife Catholique fur les matières de Con.
troverfe , par M. Boffuet > nouv. édit.
augmentée de la traduction latine de M.
l'Abbé de Fleury , Auteur de l'Hiftoire
Eccléfiaftique , avec une Préface Hiftorique
& critique , par M. l'Abbé le
Queux , 1761. 3 liv.
Pourjuftifier le mérite de cette édition,
nous croyons devoir rapporter le jugement
que M. l'Abbé Lavocat , Docteur
de Sorbonne en a porté.
,
?
Cet Ouvrage immortel , qui a mérité
les éloges de toute l'Eglife , & qui
a produit des fruits fi abondans pour la
converfion des Hérétiques à la Foi Catholique
, avoit befoin de cette nouvelle
Edition , qui eft la premiere qui paroît
en François & en Latin . On ne peut
trop en recommander la lecture aux Fidéles
& principalement aux jeunes
Théologiens , lefquels y trouveront la
méthode la plus excellente de traiter les
matières de Controverfe , non-feulement
en François , mais auffi en Latin .
La Préface que l'exact & fçavant Editeur
a mife à la tête , eft très- curieufe ,
& nous fait fouhaiter la nouvelle Edition
qu'il prépare de tous les Ouvrages
de M, Boffuet.
JANVIER. 1762. 89
LA même , petit in - 12 , tout françois ,
fans préface , 1761 . 2 liv. NOTIONAIRE
, ou Mémorial
rai- fonné
de ce qu'il y a d'utile
& d'inté- reffant
dans les connoiffances
acquifes
depuis
la création
du monde
jufqu'à préfent
, par M. de Garfaut
, très- gros volume
in- 8° , avec
40 Planches
en raille-douce , 1761 .
9 liv.
LIVRES nouveaux que l'on trouve chez
le même Libraire.
MÉMOIRES pour fervir à l'hiftoire
de la Maifon de Brandebourg , deux
volumes in- 12. 1762. 4 liv. 10 f.
On a mis a fa place dans cette nouvelle
édition , l'hiftoire de Fréderic Guil
laume , fecond Roi de Pruffe , qui ne
Te trouvoit jufqu'à préfent que par fupplément
, avec des corrections confidérables
; on y trouvera auffi l'Etat Militaire
de ce Royaume , depuis fon inftitution
jufqu'à la fin du regne de Fré-
'deric Guillaume II.
INSTRUCTIONS MILITAIRES du
Roi de Pruffe à fes Généraux 1 vol.
même format avec 13 Planches en taille
douce. 2.liv. 10 f.
L'EPREUVE DE LA PROBITÉ
90 MERCURE DE FRANCE .
Comédie en cinq A&tes par M. de Baf
tide , 1762. I liv. 4 f
CONTES en profes du même Auteur
, quatre parties brochées , de so
feuilles.
50
EUVRES POSTUMES de M. d'Hericourt
, Auteurs des Loix Eccléfiaftiques
, 4 vol. in-4°
OEuvres de M. de Fremainville. Sca
voir :
Traité des Terriers , 5 vol. in -4º 48 I.
Traité de la Communauté des biens
d'habitans. 10 l.
Dictionnaire de Police , in-4° 10 l.
Inftructions pour un Régiffeur ,
in-4°. broché. I 10 f.
Tous les Volumes fe vendent féparément.
LE DANGER des liaifons , ou Mé- Μέ
moires de la Baronne de Blemon . Par
Madame la M... de S. A ... A Genève ,
1763 , 5 parties. Ce Roman , dont la
fuite eft , dit- on , fous prèffe , eft intéreffant
& fe lit avec plaifir . Nous en
rendrons compre , dès qu'il fera fini.
CONTES MORAUX dans le goût de
ceux de M. Marmontel , recueillis de divers
Auteurs , & publiés par Mlle Uncy,
à Paris , chez Vincent , rue S. Severin
1763. 2 vol. in- 12.
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
Le document présente diverses annonces de livres et publications parues en 1762 et 1763. Parmi les ouvrages mentionnés, figure le 'Calendrier des Princes et de la Noblesse de France' pour l'année 1763, édité par l'auteur du 'Dictionnaire Généalogique, Héraldique, Historique & Chronologique'. Une traduction de Saluste, accompagnée de notes critiques et d'une liste chronologique des éditions, est également disponible. Le 'Mercure de France' mentionne plusieurs autres publications, telles que 'De l'Éducation Publique' et 'Les Promenades & Rendez-vous du Parc de Versailles'. Le 'Traité de la Défense des Places' par M. Le Blond est également annoncé, ainsi que divers almanachs et éphemerides, comme les 'Éphémérides Troyennes' pour l'année 1763. Le document inclut aussi des 'Mélanges de Littérature, d'Histoire et de Philosophie' par M. d'Alembert. Des Bibles traduites par M. de Saci sont proposées à prix réduit par Guillaume Desprez. Enfin, plusieurs ouvrages historiques et littéraires, tels que l''Histoire Universelle' composée pour Mesdames de France et des mémoires sur la maison de Brandebourg, sont annoncés chez différents libraires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15833
p. 91-93
MATHÉMATIQUES..
Début :
J'AI l'honneur, Monsieur, de vous adresser ci-joint deux Problêmes qui ont [...]
Mots clefs :
Problème, Arithméticiens, Siège, Jeu de Piquet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MATHÉMATIQUES..
MATHÉMATIQUES.
J'AI "AI l'honneur , Monfieur , de vous
adreffer ci-joint deux Problêmes qui ont
été propofés dans les Annonces de notre
Province , lefquels font reftés indécis
par la différence des folutions fournies
; je vous crois trop amateur des
Sciences , Monfieur , pour vous refuſer ,
à la prière que je vous fais au nom
d'une Société , de vouloir bien les admettre
dans votre Mercure , pour en
procurer une décifion certaine , par
MM. les Arithméticiens qui font invités
de vouloir bien la donner pour fi
xer les opinions.
PREMIER PROBLEM E.
On compte dans une Ville affiégée
35000 habitans , dont le nombre d'hommes
eft en proportion à celui des femmes
, comme les
nombre 75 font aux
du nombre 238 1 .
des moins 8 du
127
des , plus 27
92 MERCURE DE FRANCE .
Cette Ville peut foutenir un fiége de
fix mois , & fournir à chacun de fes
habitans 28 onces de pain par jour.
On demande quel temps ( la même ration
journalière continuée ) le fiége
pourroit être foutenu , fi l'on faifoit
fortir toutes les femmes ?
MM. Vincent , Satis & Denis ne s'étant
pas trouvés d'accord fur le nombre
d'hommes & de femmes qui compofent
les 35000 habitans , & d'ailleurs leurs
opérations étant juftes , fuivant leurs
fentimens , l'on demande feulement combien
il fe doit trouver d'hommes & de
femmes dans la Ville en queftion.
II. PROB LÊ ME.
Les Cartes peintes du jeu de Picquet
étant fupprimées , faire avec les vingt
qui restent deux lots inégaux , & tels
que chaque lot contienne autant de
cartes qu'il y aura de fois fept points
dans l'autre lot, l'as n'y étant compté que
pour un point.
Meffieurs les Arithméticiens font
priés de donner une formule qui convienne
à tous les cas poffibles.
MM. Dumanoir , le Clerc , Mallet ,
Loifel , le Baron & le Doyen ont bien
donné leurs folutions fervant de inoJANVIER.
1763 . 93
déle à la formule demandée ; mais aucune
ne fixe le nombre des cas poffbles
, ce que l'on defire fçavoir.
J'ai Phonneur d'être , & c.
LE COMPTE.
J'AI "AI l'honneur , Monfieur , de vous
adreffer ci-joint deux Problêmes qui ont
été propofés dans les Annonces de notre
Province , lefquels font reftés indécis
par la différence des folutions fournies
; je vous crois trop amateur des
Sciences , Monfieur , pour vous refuſer ,
à la prière que je vous fais au nom
d'une Société , de vouloir bien les admettre
dans votre Mercure , pour en
procurer une décifion certaine , par
MM. les Arithméticiens qui font invités
de vouloir bien la donner pour fi
xer les opinions.
PREMIER PROBLEM E.
On compte dans une Ville affiégée
35000 habitans , dont le nombre d'hommes
eft en proportion à celui des femmes
, comme les
nombre 75 font aux
du nombre 238 1 .
des moins 8 du
127
des , plus 27
92 MERCURE DE FRANCE .
Cette Ville peut foutenir un fiége de
fix mois , & fournir à chacun de fes
habitans 28 onces de pain par jour.
On demande quel temps ( la même ration
journalière continuée ) le fiége
pourroit être foutenu , fi l'on faifoit
fortir toutes les femmes ?
MM. Vincent , Satis & Denis ne s'étant
pas trouvés d'accord fur le nombre
d'hommes & de femmes qui compofent
les 35000 habitans , & d'ailleurs leurs
opérations étant juftes , fuivant leurs
fentimens , l'on demande feulement combien
il fe doit trouver d'hommes & de
femmes dans la Ville en queftion.
II. PROB LÊ ME.
Les Cartes peintes du jeu de Picquet
étant fupprimées , faire avec les vingt
qui restent deux lots inégaux , & tels
que chaque lot contienne autant de
cartes qu'il y aura de fois fept points
dans l'autre lot, l'as n'y étant compté que
pour un point.
Meffieurs les Arithméticiens font
priés de donner une formule qui convienne
à tous les cas poffibles.
MM. Dumanoir , le Clerc , Mallet ,
Loifel , le Baron & le Doyen ont bien
donné leurs folutions fervant de inoJANVIER.
1763 . 93
déle à la formule demandée ; mais aucune
ne fixe le nombre des cas poffbles
, ce que l'on defire fçavoir.
J'ai Phonneur d'être , & c.
LE COMPTE.
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Résumé : MATHÉMATIQUES..
L'auteur d'une lettre anonyme présente deux problèmes mathématiques issus des annonces d'une province, sollicitant l'aide des arithméticiens pour résoudre les divergences d'opinions. Le premier problème concerne une ville assiégée de 35 000 habitants, avec une ration journalière de 28 onces de pain par habitant, permettant de soutenir un siège de six mois. L'auteur demande combien de temps le siège pourrait durer si toutes les femmes quittaient la ville, tout en maintenant la même ration. Les arithméticiens Vincent, Satis et Denis ne s'accordent pas sur le nombre d'hommes et de femmes. Le second problème consiste à diviser les vingt cartes restantes du jeu de Picquet en deux lots inégaux, de sorte que chaque lot contienne autant de cartes qu'il y a de fois sept points dans l'autre lot, l'as comptant pour un point. Les arithméticiens Dumanoir, le Clerc, Mallet, Loisel, le Baron et le Doyen ont proposé des solutions, mais l'auteur souhaite connaître le nombre de cas possibles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15834
p. 93-95
GÉOGRAPHIE. MAPPEMONDE, en deux grands Hémisphères, Oriental, & Occidental, par M. D'ANVILLE, de l'Académie Royale des Belles-Lettres.
Début :
APRÉS avoir donné au Public des Cartes très-amples des quatre Parties du [...]
Mots clefs :
Cartes, Mers, Îles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GÉOGRAPHIE. MAPPEMONDE, en deux grands Hémisphères, Oriental, & Occidental, par M. D'ANVILLE, de l'Académie Royale des Belles-Lettres.
GÉOGRAPHIE.
MAPPE MONDE , en deux grands
Hémisphères , Oriental , & Occiden
tal , par M. D'ANVILLE , de
l'Académie Royale des Belles - Lettres.
APPRRIÉS avoir donné au Public des
Cartes très-amples des quatre Parties du
Monde , M. d'Anville rend complet cet
affortiment de morceaux Géographie .
ques , par la Mappemonde , qui raffemble
fous un coup d'oeil ce qu'il avoit
fallu partager en plufieurs divifions
pour pouvoir figurer les objets avec
plus de détail & de précifion que dans
les Cartes précédentes. D'ailleurs , les
Parties du Monde laiffent à l'écart de
grands efpaces fur la furface du Globe
, de vaftes Mers parfemées d'Ifles
en grand nombre dans quelques en94
MERCURE DE FRANCE.
*
droits , & qui n'entrent point dans les
Cartes des Parties du Monde . On ne
s'étend point dans une Carte de l'Amérique
fur tout ce que la Mer du
Sud couvre d'étendue dans l'Hémisphère
Occidental , ou du nouveau Monde.
Il étoit donc néceffaire que M.
d'Anville fit fes Hémisphères plus grands
qu'on ne les avoit , pour que ces fupplémens
aux Parties du Monde fuffent
donnés d'une manière qui correſpondît
autant qu'il étoit poffible à la richeffe
du détail des Cartes de fa collection.
Il est encore à remarquer , que dans
cette collection , de grands Hémisphères
tiendront lieu de Cartes générales .
Quoique l'Europe occupe le moins de
place fur le Globe , les grands Etats
s'y trouvent bien diftingués : la Hongrie
n'y eft point confondue avec ce
qui eft donné pour Turquie d'Europe
dans les autres Mappemondes. Si la
Mappemonde n'eft pas fufceptible d'un
détail d'Etats particuliers , tels que ceux
de l'Allemagne & de l'Italie , il faut du
moins que
les Villes qui tiennent le
premier rang dans chacun de ces Etats ,
fervent à les repréfenter , felon le plan
qu'a fuivi M. d'Anville. Un deffein exact
& févére dans la configuration du local ,
JANVIER. 1763 . 95
& exécuté par le plus habile Graveur
rend un grand détail de pofitions compatible
avec beaucoup de netteté dans
les objets. Et on peut dire de la Mappemonde
de M. d'Anville , que c'eft la
mieux conçue dans fa compofition ,
comme la plus élégante au coup d'oeil,
qui ait paru jufqu'à préfent. On voit
dans cet important morceau de Géographie
une continuation des bienfaits
dont Moufeigneur le Duc d'ORLEANS
favorife les travaux de l'Auteur.
* M. De la Haye , Graveur du Roi pour la
Géographie .
MAPPE MONDE , en deux grands
Hémisphères , Oriental , & Occiden
tal , par M. D'ANVILLE , de
l'Académie Royale des Belles - Lettres.
APPRRIÉS avoir donné au Public des
Cartes très-amples des quatre Parties du
Monde , M. d'Anville rend complet cet
affortiment de morceaux Géographie .
ques , par la Mappemonde , qui raffemble
fous un coup d'oeil ce qu'il avoit
fallu partager en plufieurs divifions
pour pouvoir figurer les objets avec
plus de détail & de précifion que dans
les Cartes précédentes. D'ailleurs , les
Parties du Monde laiffent à l'écart de
grands efpaces fur la furface du Globe
, de vaftes Mers parfemées d'Ifles
en grand nombre dans quelques en94
MERCURE DE FRANCE.
*
droits , & qui n'entrent point dans les
Cartes des Parties du Monde . On ne
s'étend point dans une Carte de l'Amérique
fur tout ce que la Mer du
Sud couvre d'étendue dans l'Hémisphère
Occidental , ou du nouveau Monde.
Il étoit donc néceffaire que M.
d'Anville fit fes Hémisphères plus grands
qu'on ne les avoit , pour que ces fupplémens
aux Parties du Monde fuffent
donnés d'une manière qui correſpondît
autant qu'il étoit poffible à la richeffe
du détail des Cartes de fa collection.
Il est encore à remarquer , que dans
cette collection , de grands Hémisphères
tiendront lieu de Cartes générales .
Quoique l'Europe occupe le moins de
place fur le Globe , les grands Etats
s'y trouvent bien diftingués : la Hongrie
n'y eft point confondue avec ce
qui eft donné pour Turquie d'Europe
dans les autres Mappemondes. Si la
Mappemonde n'eft pas fufceptible d'un
détail d'Etats particuliers , tels que ceux
de l'Allemagne & de l'Italie , il faut du
moins que
les Villes qui tiennent le
premier rang dans chacun de ces Etats ,
fervent à les repréfenter , felon le plan
qu'a fuivi M. d'Anville. Un deffein exact
& févére dans la configuration du local ,
JANVIER. 1763 . 95
& exécuté par le plus habile Graveur
rend un grand détail de pofitions compatible
avec beaucoup de netteté dans
les objets. Et on peut dire de la Mappemonde
de M. d'Anville , que c'eft la
mieux conçue dans fa compofition ,
comme la plus élégante au coup d'oeil,
qui ait paru jufqu'à préfent. On voit
dans cet important morceau de Géographie
une continuation des bienfaits
dont Moufeigneur le Duc d'ORLEANS
favorife les travaux de l'Auteur.
* M. De la Haye , Graveur du Roi pour la
Géographie .
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Résumé : GÉOGRAPHIE. MAPPEMONDE, en deux grands Hémisphères, Oriental, & Occidental, par M. D'ANVILLE, de l'Académie Royale des Belles-Lettres.
Le texte décrit une carte du monde créée par M. d'Anville, membre de l'Académie Royale des Belles-Lettres. Après avoir publié des cartes détaillées des quatre parties du monde, M. d'Anville a réalisé une mappemonde qui regroupe toutes ces informations en une seule vue. Cette carte inclut des espaces marins étendus et de nombreuses îles souvent omises dans les cartes précédentes. Pour représenter la mer du Sud dans l'hémisphère occidental, M. d'Anville a agrandi les hémisphères afin d'ajouter des détails supplémentaires. La mappemonde remplace les cartes générales et distingue clairement les grands États européens, comme la Hongrie, qui n'est pas confondue avec la Turquie d'Europe. Bien que les détails des États particuliers comme l'Allemagne et l'Italie soient absents, les principales villes de ces États sont représentées. La carte est appréciée pour son exactitude, sa clarté et son élégance visuelle. Elle a reçu le soutien de Monsieur le Duc d'Orléans et a été gravée par M. De la Haye.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15835
p. 95-99
ASTRONOMIE. LETTRE de M. DELALANDE, de l'Académie Royale des Sciences, à M. DE LA PLACE, sur une Anecdote Littéraire.
Début :
Vous avez appris déja, Monsieur, avec satisfaction, les preuves que le [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, Turquie, Porte, Interprète, Grand vizir
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texteReconnaissance textuelle : ASTRONOMIE. LETTRE de M. DELALANDE, de l'Académie Royale des Sciences, à M. DE LA PLACE, sur une Anecdote Littéraire.
ASTRONOMI E.
LETTRE de M. DELALANDE , de
l'Académie Royale des Sciences , à
M. DE LA PLACE , fur une Anecdote
Littéraire.
Vous ous avez appris déja , Monfieur
avec fatisfaction , les preuves que le
Grand- Seignenr nous a données en
dernier lieu de fon goût pour les Sciences.
Le détail de ce petit événement fera
plaifir aux Gens de Lettres. Il eft d'ail96
MERCURE DE FRANCE.
leurs honorable à l'Académie des Sciencés
, & vous y trouverez peut -être une
raifon d'efpérer qu'un jour la Turquie
cette belle partie de l'Europe , fortira
de l'engourdiffement où elle eft depuis
la deftruction de l'Empire Grec.
I
Les Juillet dernier 5 M. le Chevalier de
Vergennes , Ambaffadeur de France à
Conftantinople , eut une vifite de l'interprété
de la Porte , qui venoit de la
part du Grand- Vifir. Cet Interprête lui
dit que le Grand-Seigneur avoit été informé
qu'il y avoit en France des Aſtronomes
célébres qui avoient publié nouvellement
des ouvrages généralement
eftimés . Sa Hauteffe ( ajouta- t-il ) qui a
du goût pour ce genre d'étude , defire
qu'on lui faffe venir avec le moins de
délai qu'il fera poffible , les meilleures
Tables d'Aftronomie , les obfervations
les plus parfaites & les découvertes les
plus récentes qui ont paru. Pour cet
effet le Grand-Vifir requit M. l'Ambaffadeur
de vouloir bien expédier un
Courier exprès pour les demander en
France & pour les rapporter . M. de Vergennes
l'affura de fon empreffement à
fe conformer aux ordres de fa Hauteffe ,
& à fatisfaire fon goût. Il promit d'en
rendre compte à M. le Duc de Praf.
,
lin
JANVIER. 1763 . 97
lin , Ministre des affaires étrangères ,
ne doutant pas qu'il ne donnât fes foins
pour que cette commiffion fut faite avec
autant de choix que de promptitude.
Les Couriers ne pouvant paffer à
Vienne en Autriche , fans être affujettis
à une longue quarantaine , M. de Vergennes
dépêcha un Janiffaire fur la frontière
de Turquie , avec une recommandation
de M. de Schwacheim au Commandant
Impérial à Semlin , pour le
prier de faire paffer par un Staffette fon
paquet à M. le Comte du Chatelet , Ambaffadeur
de France à Vienne , qui devoit
l'envoyer à Paris. M. de Vergennes,
pria M. le Duc de Praflin de lui faire
parvenir fa réponſe par la même voie ;
l'objet de la diligence qui lui étoit fi fort
recommandée pouvant être rempli fans
beaucoup de dépenfe par M. le Comte
de Kaunitz, qui ordonneroit l'expédition
d'un Janiffaire attaché au fervice de la
Poſte Impériale : il y a toujours plufieurs
de ces Janiffaires à Belgrade.
M. de Vergennes demandoit principalement
les obfervations du paffage de
Vénus fur le foleil , les ouvrages faits
fur les cometes depuis quelques années ,
& les découvertes nouvelles relatives à
l'Aftronomie. Les Turcs auroient bien
II. Vol. ES
98 MERCURE DE FRANCE.
voulu qu'il y joignît quelques ouvrages
d'aftrologie judiciaire & de prédiction
fur l'avenir ; mais il répondit décidément
qu'on n'en trouveroit point en
France , parce que ces fortes d'études Y
étoient totalement décriées .
*
Le Roi ayant appris l'empreffement
& la curiofité du Sultan , voulut lui
donner en cette occafion une marque
de complaifance & d'amitié ; & M. le
Comte de S. Florentin me fi : l'honneur
de me charger , en conféquence des
ordres du Roi , de remettre un état de
tout ce qui pouvoit être raffemblé à ce
fujet à M. Bignon , Bibliothécaire du
Roi , & de concerter avec lui l'envoi
de Livres qui pourroient plaire au Grand
Seigneur. Je m'acquittai avec empreffement
de cette commiſſion : mais vous
favez , Monfieur , qu'il n'y a en France
que trois Traités d'aftronomie élémentaire
, ceux de M. Caffini , de M. Le
Monnier & de M. de la Caille. J'y joignis
des traités particuliers , tels que ceux
de la figure de la terre , de M. de Maupertuis
, de M. de la Condamine , de
M. Bouguer & de M. Clairaut , les
tables aftronomiques de Halley , dont
j'avois donné en 1759 une feconde édition
, mon expofition du calcul aftronoJANVIER.
1763. 99
1
mique , la connoiffance des temps de
plufieurs années , où il eft parlé du paffage
de Vénus , le traité des cometes de
M. Clairaut , le traité de navigation de
M. de la Caille , & c. Tout cela fut relié
avec toute la propreté imaginable , &
envoyé à Marseille , d'où le Grand Seigneur
a reçu cet envoi avec une extrême
fatisfaction .
Il n'eft pas fort étonnant ,
fort étonnant , Monfieur
que les travaux , les voyages , les entreprifes
de l'Académie des Sciences , fous
la protection d'un Miniftre éclairé
ayent étendu la réputation littéraire de
la France jufques dans ces climats.
Il l'eft au contraire bien davantage
que l'efprit de recherche , d'obfervation
& de curiofité n'ait pas fait des
progrès plus rapides du côté du Levant.
On a vu dans les Etats de l'Impératrice
Reine , des Mathématiciens célébres, tels
que le P. Hell , enfeigner les Mathématiques
jufqu'aux confins de la Turquie ;
& l'on favoit à peine dans Conftantinople
à quoi ces études pouvoient fervir.
Puiffe le goût & la curiofité de Muftapha
II produire en faveur des Sciences
une heureufe révolution !
J'ai l'honneur d'être & c.
DE LA LANDE.
LETTRE de M. DELALANDE , de
l'Académie Royale des Sciences , à
M. DE LA PLACE , fur une Anecdote
Littéraire.
Vous ous avez appris déja , Monfieur
avec fatisfaction , les preuves que le
Grand- Seignenr nous a données en
dernier lieu de fon goût pour les Sciences.
Le détail de ce petit événement fera
plaifir aux Gens de Lettres. Il eft d'ail96
MERCURE DE FRANCE.
leurs honorable à l'Académie des Sciencés
, & vous y trouverez peut -être une
raifon d'efpérer qu'un jour la Turquie
cette belle partie de l'Europe , fortira
de l'engourdiffement où elle eft depuis
la deftruction de l'Empire Grec.
I
Les Juillet dernier 5 M. le Chevalier de
Vergennes , Ambaffadeur de France à
Conftantinople , eut une vifite de l'interprété
de la Porte , qui venoit de la
part du Grand- Vifir. Cet Interprête lui
dit que le Grand-Seigneur avoit été informé
qu'il y avoit en France des Aſtronomes
célébres qui avoient publié nouvellement
des ouvrages généralement
eftimés . Sa Hauteffe ( ajouta- t-il ) qui a
du goût pour ce genre d'étude , defire
qu'on lui faffe venir avec le moins de
délai qu'il fera poffible , les meilleures
Tables d'Aftronomie , les obfervations
les plus parfaites & les découvertes les
plus récentes qui ont paru. Pour cet
effet le Grand-Vifir requit M. l'Ambaffadeur
de vouloir bien expédier un
Courier exprès pour les demander en
France & pour les rapporter . M. de Vergennes
l'affura de fon empreffement à
fe conformer aux ordres de fa Hauteffe ,
& à fatisfaire fon goût. Il promit d'en
rendre compte à M. le Duc de Praf.
,
lin
JANVIER. 1763 . 97
lin , Ministre des affaires étrangères ,
ne doutant pas qu'il ne donnât fes foins
pour que cette commiffion fut faite avec
autant de choix que de promptitude.
Les Couriers ne pouvant paffer à
Vienne en Autriche , fans être affujettis
à une longue quarantaine , M. de Vergennes
dépêcha un Janiffaire fur la frontière
de Turquie , avec une recommandation
de M. de Schwacheim au Commandant
Impérial à Semlin , pour le
prier de faire paffer par un Staffette fon
paquet à M. le Comte du Chatelet , Ambaffadeur
de France à Vienne , qui devoit
l'envoyer à Paris. M. de Vergennes,
pria M. le Duc de Praflin de lui faire
parvenir fa réponſe par la même voie ;
l'objet de la diligence qui lui étoit fi fort
recommandée pouvant être rempli fans
beaucoup de dépenfe par M. le Comte
de Kaunitz, qui ordonneroit l'expédition
d'un Janiffaire attaché au fervice de la
Poſte Impériale : il y a toujours plufieurs
de ces Janiffaires à Belgrade.
M. de Vergennes demandoit principalement
les obfervations du paffage de
Vénus fur le foleil , les ouvrages faits
fur les cometes depuis quelques années ,
& les découvertes nouvelles relatives à
l'Aftronomie. Les Turcs auroient bien
II. Vol. ES
98 MERCURE DE FRANCE.
voulu qu'il y joignît quelques ouvrages
d'aftrologie judiciaire & de prédiction
fur l'avenir ; mais il répondit décidément
qu'on n'en trouveroit point en
France , parce que ces fortes d'études Y
étoient totalement décriées .
*
Le Roi ayant appris l'empreffement
& la curiofité du Sultan , voulut lui
donner en cette occafion une marque
de complaifance & d'amitié ; & M. le
Comte de S. Florentin me fi : l'honneur
de me charger , en conféquence des
ordres du Roi , de remettre un état de
tout ce qui pouvoit être raffemblé à ce
fujet à M. Bignon , Bibliothécaire du
Roi , & de concerter avec lui l'envoi
de Livres qui pourroient plaire au Grand
Seigneur. Je m'acquittai avec empreffement
de cette commiſſion : mais vous
favez , Monfieur , qu'il n'y a en France
que trois Traités d'aftronomie élémentaire
, ceux de M. Caffini , de M. Le
Monnier & de M. de la Caille. J'y joignis
des traités particuliers , tels que ceux
de la figure de la terre , de M. de Maupertuis
, de M. de la Condamine , de
M. Bouguer & de M. Clairaut , les
tables aftronomiques de Halley , dont
j'avois donné en 1759 une feconde édition
, mon expofition du calcul aftronoJANVIER.
1763. 99
1
mique , la connoiffance des temps de
plufieurs années , où il eft parlé du paffage
de Vénus , le traité des cometes de
M. Clairaut , le traité de navigation de
M. de la Caille , & c. Tout cela fut relié
avec toute la propreté imaginable , &
envoyé à Marseille , d'où le Grand Seigneur
a reçu cet envoi avec une extrême
fatisfaction .
Il n'eft pas fort étonnant ,
fort étonnant , Monfieur
que les travaux , les voyages , les entreprifes
de l'Académie des Sciences , fous
la protection d'un Miniftre éclairé
ayent étendu la réputation littéraire de
la France jufques dans ces climats.
Il l'eft au contraire bien davantage
que l'efprit de recherche , d'obfervation
& de curiofité n'ait pas fait des
progrès plus rapides du côté du Levant.
On a vu dans les Etats de l'Impératrice
Reine , des Mathématiciens célébres, tels
que le P. Hell , enfeigner les Mathématiques
jufqu'aux confins de la Turquie ;
& l'on favoit à peine dans Conftantinople
à quoi ces études pouvoient fervir.
Puiffe le goût & la curiofité de Muftapha
II produire en faveur des Sciences
une heureufe révolution !
J'ai l'honneur d'être & c.
DE LA LANDE.
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Résumé : ASTRONOMIE. LETTRE de M. DELALANDE, de l'Académie Royale des Sciences, à M. DE LA PLACE, sur une Anecdote Littéraire.
En juillet 1762, le Chevalier de Vergennes, ambassadeur de France à Constantinople, reçut la visite d'un interprète du Grand Vizir. Cet interprète transmit la demande du Sultan d'obtenir les meilleures tables d'astronomie, les observations les plus parfaites et les découvertes les plus récentes publiées en France. Vergennes promit de transmettre cette demande au Duc de Praslin, ministre des affaires étrangères, et d'envoyer un courrier express pour récupérer ces documents. En raison des quarantaines imposées à Vienne, Vergennes envoya un janissaire avec une recommandation pour le commandant impérial à Semlin, afin que le paquet soit transmis à l'ambassadeur de France à Vienne, qui devait l'envoyer à Paris. Vergennes demanda également au Duc de Praslin de faire parvenir sa réponse par la même voie, espérant que le Comte de Kaunitz ordonnerait l'expédition d'un janissaire attaché au service postal impérial. Le Sultan souhaitait également des ouvrages d'astrologie judiciaire et de prédiction, mais Vergennes répondit qu'il n'en existait pas en France, ces études y étant totalement décriées. Le Roi de France, informé de la curiosité du Sultan, décida de lui envoyer divers ouvrages d'astronomie. Delalande, membre de l'Académie Royale des Sciences, fut chargé de préparer une liste des ouvrages à envoyer. Il inclut des traités d'astronomie élémentaire, des travaux sur la figure de la Terre, des tables astronomiques, et des traités sur les comètes et la navigation. Ces ouvrages furent reliés avec soin et envoyés à Marseille, d'où ils furent expédiés au Sultan, qui les reçut avec satisfaction. Delalande souligna que les travaux de l'Académie des Sciences avaient étendu la réputation littéraire de la France jusqu'en Turquie, mais regretta que l'esprit de recherche et de curiosité n'ait pas progressé plus rapidement dans cette région. Il exprima l'espoir que le goût du Sultan pour les sciences produise une révolution favorable à leur développement.
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15836
p. 100-104
ÉCOLE Royale vétérinaire, établie à Lyon sous la direction de M. BOURGELAT, Ecuyer du Roi, & Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de Paris.
Début :
LE Lundi 20 Décembre 1762, on a décerné à Lyon dans l'Hôtel de l'Ecole [...]
Mots clefs :
Hôtel de l'école royale vétérinaire, Anatomie, Os
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texteReconnaissance textuelle : ÉCOLE Royale vétérinaire, établie à Lyon sous la direction de M. BOURGELAT, Ecuyer du Roi, & Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de Paris.
ARTS UTILE S.
ÉCOLE Royale vétérinaire , établie à
Lyon fous la direction de M. BOURGELAT
, Ecuyer du Roi , & Corref
pondant de l'Académie Royale des
Sciences de Paris
LE Lundi 20 Décembre 1762 , on a
décerné à Lyon dans l'Hôtel de l'Ecole
Royale vétérinaire une fomme de cinquante
livres , qui devoit être la récompenfe
accordée à celui des Eléves qui
l'emporteroit dans un concours fur l'Anatomie
en général , & fur les os en général
& en particulier,
M. l'Intendant a honoré l'Affemblée
de fa préfence , & a bien voulu y préfi
der. M. de Fleurieu , premier Préſident
du Bureau des Finances , & M. Fay
Confeiller en la Cour des Monnoyes ,
JANVIER. 1763. ΙΟΙ
députés l'un & l'autre par Meffieurs de
la Société d'Agriculture , ont fait auffi
aux Elèves l'honneur d'y affifter , ainfi
que plufieurs citoyens & plufieurs étrangers
invités à s'y rendre .
Dix - neuf des Elèves ont concouru .
La forme obfervée dans cette circonftance
ne laiffoit aucune reffource à la
prédilection & à la faveur. On avoit
divifé & réparti environ trois cens quatrevingt
queſtions dans dix - neuf billets cachetés.
Ces billets remis à M. l'Intendant
, on a nommé à haute voix les contendans
qui ont tiré chacun un de ces
billets , ainfi que le fort le leur a préfenté.
Chaque Elève a été oppofé à un autre
Elève qui lui a été indiqué , & ils fe
font mutuellement interrogés d'après les
queftions inférées dans le billet qui leur
eft échu. Le dix -neuviéme a répondu à
celui qui eft le chef de la Brigade dont
il fait partie.
On a jugé qu'aucun des Elèves ne
pouvoit être regardé comme indigne du
concours ; mais cinq d'entre eux ont été
déclarés fupérieurs aux autres .
Ces cinq Elèves font les fieurs Cofme ,
de la ville de Lyon; Jofeph Defchaux ,
âgé d'onze ans , de la ville de Lyon ;
Denguien , âgé de quatorze ans , de la
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
ville de Lyon ; Bauvais , envoyé & entretenu
à l'Ecole par M. l'Intendant de
Picardie ; Bredin , de la ville d'Auxonne
, déja connu par fes fervices dans les
Provinces de Dauphiné & d'Auvergne .
L'embarras de prononcer entre ces
contendans a obligé de les admettre à
un fécond concours dans lequel les
fieurs Cofme , Bredin & d'Enguien ont
obtenu la préférence fur les deux autres .
Ces trois Elèves , en qui la fupériorité
étoit la même ont été jugés dignes
d'obtenir le prix . Ils ont tiré au fort , &
le hafard qui a enfin prononcé en faveur
du fieur Cofme , n'a pu diminuer
l'honneur que les fieurs Bredin & d'Enguien
fe font acquis .
"
Le fieur Bauvais a eu le premier
acceffit : il eft d'autant plus louable , qu'il
n'y a que quatre mois qu'il eft admis au
rang des Elèves , & qu'il a été malade
un mois & demi.
Le fieur Jofeph Defchaux , le fecond.
Le fieur Brachet , de la Province du
Bugey , Eléve envoyé & entretenu à
l'Ecole par cette Province , à eu le troifiéme
.
Et le fieur Preflier , Elève entretenu
M. l'Intendant de Moulins , a merité
le quatriéme.
par
JANVIER. 1763. 103
NOMS DES ELEVES QUI ONT CONCOURU.
Les Sieurs
Cofme .
Defchaux .
Moret.
Detuncq.
Defavenieres.
Brachet.
Preflier. Bloufard.
Bredin . Kamerlet.
Rambert. Uderville.
Saunier le cadet.
D'Enguien.
Gautier, Rouffet.
Bauvais . Pufenas .
Guillin , interrogé par le fieur Cofme.
L'émulation que ces Elèves ont fait
paroître , & le fuccès avec lequel ils
ont montré leur favoir en préfence
d'une affemblée nombreuſe & choifie
fait un honneur infini aux foins , au
zèle & aux lumières de M. Bourgelat ,.
que le Roi a mis à la tête de cette Ecole
fi utile . On a déja vu dans les nouvelles
publiques les fervices que les Elèves de
cette Ecole , établie depuis très- peu de
temps , ont rendu dans différentes Provinces
du Royaume , pour arrêter une
maladie épidémique des beftiaux . Tous
les bons citoyens doivent s'intéreffer à
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
cet établiſſement , & nous nous ferons
un devoir de rendre compte au Public
des grands avantages qui en réfulteront ,
& qui s'annoncent déja de fi bonne
heure.
ÉCOLE Royale vétérinaire , établie à
Lyon fous la direction de M. BOURGELAT
, Ecuyer du Roi , & Corref
pondant de l'Académie Royale des
Sciences de Paris
LE Lundi 20 Décembre 1762 , on a
décerné à Lyon dans l'Hôtel de l'Ecole
Royale vétérinaire une fomme de cinquante
livres , qui devoit être la récompenfe
accordée à celui des Eléves qui
l'emporteroit dans un concours fur l'Anatomie
en général , & fur les os en général
& en particulier,
M. l'Intendant a honoré l'Affemblée
de fa préfence , & a bien voulu y préfi
der. M. de Fleurieu , premier Préſident
du Bureau des Finances , & M. Fay
Confeiller en la Cour des Monnoyes ,
JANVIER. 1763. ΙΟΙ
députés l'un & l'autre par Meffieurs de
la Société d'Agriculture , ont fait auffi
aux Elèves l'honneur d'y affifter , ainfi
que plufieurs citoyens & plufieurs étrangers
invités à s'y rendre .
Dix - neuf des Elèves ont concouru .
La forme obfervée dans cette circonftance
ne laiffoit aucune reffource à la
prédilection & à la faveur. On avoit
divifé & réparti environ trois cens quatrevingt
queſtions dans dix - neuf billets cachetés.
Ces billets remis à M. l'Intendant
, on a nommé à haute voix les contendans
qui ont tiré chacun un de ces
billets , ainfi que le fort le leur a préfenté.
Chaque Elève a été oppofé à un autre
Elève qui lui a été indiqué , & ils fe
font mutuellement interrogés d'après les
queftions inférées dans le billet qui leur
eft échu. Le dix -neuviéme a répondu à
celui qui eft le chef de la Brigade dont
il fait partie.
On a jugé qu'aucun des Elèves ne
pouvoit être regardé comme indigne du
concours ; mais cinq d'entre eux ont été
déclarés fupérieurs aux autres .
Ces cinq Elèves font les fieurs Cofme ,
de la ville de Lyon; Jofeph Defchaux ,
âgé d'onze ans , de la ville de Lyon ;
Denguien , âgé de quatorze ans , de la
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
ville de Lyon ; Bauvais , envoyé & entretenu
à l'Ecole par M. l'Intendant de
Picardie ; Bredin , de la ville d'Auxonne
, déja connu par fes fervices dans les
Provinces de Dauphiné & d'Auvergne .
L'embarras de prononcer entre ces
contendans a obligé de les admettre à
un fécond concours dans lequel les
fieurs Cofme , Bredin & d'Enguien ont
obtenu la préférence fur les deux autres .
Ces trois Elèves , en qui la fupériorité
étoit la même ont été jugés dignes
d'obtenir le prix . Ils ont tiré au fort , &
le hafard qui a enfin prononcé en faveur
du fieur Cofme , n'a pu diminuer
l'honneur que les fieurs Bredin & d'Enguien
fe font acquis .
"
Le fieur Bauvais a eu le premier
acceffit : il eft d'autant plus louable , qu'il
n'y a que quatre mois qu'il eft admis au
rang des Elèves , & qu'il a été malade
un mois & demi.
Le fieur Jofeph Defchaux , le fecond.
Le fieur Brachet , de la Province du
Bugey , Eléve envoyé & entretenu à
l'Ecole par cette Province , à eu le troifiéme
.
Et le fieur Preflier , Elève entretenu
M. l'Intendant de Moulins , a merité
le quatriéme.
par
JANVIER. 1763. 103
NOMS DES ELEVES QUI ONT CONCOURU.
Les Sieurs
Cofme .
Defchaux .
Moret.
Detuncq.
Defavenieres.
Brachet.
Preflier. Bloufard.
Bredin . Kamerlet.
Rambert. Uderville.
Saunier le cadet.
D'Enguien.
Gautier, Rouffet.
Bauvais . Pufenas .
Guillin , interrogé par le fieur Cofme.
L'émulation que ces Elèves ont fait
paroître , & le fuccès avec lequel ils
ont montré leur favoir en préfence
d'une affemblée nombreuſe & choifie
fait un honneur infini aux foins , au
zèle & aux lumières de M. Bourgelat ,.
que le Roi a mis à la tête de cette Ecole
fi utile . On a déja vu dans les nouvelles
publiques les fervices que les Elèves de
cette Ecole , établie depuis très- peu de
temps , ont rendu dans différentes Provinces
du Royaume , pour arrêter une
maladie épidémique des beftiaux . Tous
les bons citoyens doivent s'intéreffer à
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
cet établiſſement , & nous nous ferons
un devoir de rendre compte au Public
des grands avantages qui en réfulteront ,
& qui s'annoncent déja de fi bonne
heure.
Fermer
Résumé : ÉCOLE Royale vétérinaire, établie à Lyon sous la direction de M. BOURGELAT, Ecuyer du Roi, & Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de Paris.
Le 20 décembre 1762, à Lyon, une somme de cinquante livres a été attribuée à l'École Royale vétérinaire dirigée par M. Bourgelat. Cette récompense visait à distinguer l'élève le plus méritant dans un concours portant sur l'anatomie générale et les os. L'événement a été marqué par la présence de personnalités influentes, dont M. l'Intendant, M. de Fleurieu et M. Fay, ainsi que des membres de la Société d'Agriculture et des citoyens étrangers. Dix-neuf élèves ont participé au concours, qui comportait environ trois cent quatre-vingts questions réparties dans dix-neuf billets cachetés. Chaque élève a tiré un billet et a été opposé à un autre pour répondre aux questions. Aucun élève n'a été jugé indigne, mais cinq ont été déclarés supérieurs : les sieurs Cofme, Joseph Deschaux, Denguien, Bauvais et Bredin. Un second concours a départagé les cinq meilleurs, désignant le sieur Cofme comme lauréat, suivi des sieurs Bredin et Denguien. Les élèves ont démontré une grande émulation et ont montré leurs compétences devant une assemblée nombreuse. Cet événement a souligné les compétences et le zèle de M. Bourgelat, ainsi que les services rendus par les élèves de l'école dans diverses provinces du royaume, notamment pour lutter contre une maladie épidémique des bestiaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15837
p. 104-105
HORLOGERIE.
Début :
NOUVEL Échapement applicable aux Montres & Pendules, approuvé par l'Académie [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences de Paris, Montres, Pendules, Échappement, Pendule à secondes portative
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HORLOGERIE.
HORLOGER I E.
NOUVEL Échapement applicable aux
PA-
>
Montres & Pendules, approuvé par
cadémie Royale des Sciences de Paris
inventé par M. Millot , Horloger du Roi
rue S. Dominique , Faubourg S. Germain
, Auteur de la nouvelle Pendule
aftronomique annoncée au Mercure de
Mars dernier,
Outre la propriété qu'a cet échapement
de vibrer avec très - peu de
force , il a celle de battre les fecondes
d'un feul temps avec une Pendule de
neuf pouces
, fans aucun ajoutement
ni rapport ; l'éguille des fecondes eft
directement placée fur la tige du rochet
d'échapement à l'ordinaire ; il fait
le même effet à la montre lorsqu'il y
eft dirigé en faifant battre 14400 coups
par heures au balancier , de forte que
l'on peut avoir une Pendule à fecondes
portative pour MM , les Aftronomes
JANVIER. 1763. 165
C
qui vont en campagne faire leurs obfervations
, & que
l'on peut même pofer
fur une cheminée , comme l'Académie
l'a jugé.
NOUVEL Échapement applicable aux
PA-
>
Montres & Pendules, approuvé par
cadémie Royale des Sciences de Paris
inventé par M. Millot , Horloger du Roi
rue S. Dominique , Faubourg S. Germain
, Auteur de la nouvelle Pendule
aftronomique annoncée au Mercure de
Mars dernier,
Outre la propriété qu'a cet échapement
de vibrer avec très - peu de
force , il a celle de battre les fecondes
d'un feul temps avec une Pendule de
neuf pouces
, fans aucun ajoutement
ni rapport ; l'éguille des fecondes eft
directement placée fur la tige du rochet
d'échapement à l'ordinaire ; il fait
le même effet à la montre lorsqu'il y
eft dirigé en faifant battre 14400 coups
par heures au balancier , de forte que
l'on peut avoir une Pendule à fecondes
portative pour MM , les Aftronomes
JANVIER. 1763. 165
C
qui vont en campagne faire leurs obfervations
, & que
l'on peut même pofer
fur une cheminée , comme l'Académie
l'a jugé.
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Résumé : HORLOGERIE.
En janvier 1763, M. Millot, horloger du Roi, invente un nouvel échappement approuvé par l'Académie Royale des Sciences de Paris. Cet échappement vibre avec peu de force et bat les secondes avec précision. Une pendule de neuf pouces ou une montre équipée de cet échappement peut indiquer les secondes sans ajoutement. L'échappement peut aussi être utilisé sur une cheminée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15838
p. 105-113
SUITE des Observations d'une Société d'Amateurs. QUEL genre de décoration & quelle maniere d'illuminer conviennent dans une Eglise ?
Début :
CETTE question, que nous allons discuter, a été proposée à la Société à [...]
Mots clefs :
Ministres du Sanctuaire, Églises paroissiales, Illuminations, Fêtes profanes, Lustres, Lampadaires, Cierges, Arcade
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des Observations d'une Société d'Amateurs. QUEL genre de décoration & quelle maniere d'illuminer conviennent dans une Eglise ?
ARTS AGRÉABLES.
SUITE des Obfervations d'une Société
d'Amateurs .
QUEL genre de décoration & quelle maniere
d'illuminer conviennent dans une
Eglife ?
CETTE ETTE question , que nous allons
difcuter a été propofée à la Société à
l'occafion de la folemnité de Noël.
,
Depuis plufieurs années , le zéle des
Miniftres du Sanctuaire , fecondé apparemment
par celui des Particuliers
qui adminiftrent les revenus de quelques
Eglifes Paroiffiales , a tellement
étendu la pompe des illuminations intérieures
, qu'elles font devenues , avec
les Orgues , l'objet de l'attention du
Public , dans la nuit de Noël.
Cette nuit , fi folemnelle pour les
Chrétiens , & dont beaucoup de Fidéles
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
,
paffent une partie dans les Temples ,
demande en effet une plus grande quantité
de lumières que ce qu'on en allume
pour la feule majeſté du culte.
Une forte de néceffité fe joint à la
convenance de l'éclat en cette occafion.
Il eft affez fimple que lorfqu'on a voulu
tourner cette néceffité en décoration
on fe foit fervi d'abord de quelques
Luftres de criftal. Ces premiers moyens
faciles à trouver ont dû paroître fans
conféquence pour une fplendeur momentanée
; d'autant que les commencemens
font toujours modeftes & fans
prétentions. On n'a peut-être pas fait attention
qu'en les multipliant progreffivement
dans les lieux faints
loignoit d'autant du genre propre à les
décorer. Nous ne prétendons par-là ,
ni cenfurer ni rendre fufpectes les intentions
de ceux qui auroient pu fe
laiffer aller à un excès de zéle , & dont
nous ne refpectons pas moins les motifs
& l'objet. On nous interroge fur
des convenances ; nous fommes obligés,
pour répondre , de confidérer , de chercher
les rapports ; nous déclarons ingénuement
que nous n'en trouvons aucun
, entre l'auftère idée de nos faints
Myftères , entre celle d'une Maifon de
on s'éJANVIER.
1763. 107
prieres , tels que font nos Temples , &
de vaftes Edifices transformés en falles
de fêtés profanes.
Lorfque nous croyons que , fans banir
la magnificence & l'éclat qui doivent
régner dans le Tabernacle du
Très-Haut , tout parlera à nos fens de
fon augufte Majefté ; notre vue , au
contraire diftraite & agitée par le
reflet petillant de tant de lumiéres
dans ces cristaux , emporte naturellement
notre efprit fort loin du feul
objet qui devroit le fixer. On ne devroit
pas être étonné , qu'à cet afpect
, le vulgaire ne tombât dans les
mêmes irrévérences & ne fe portât aux
mêmes excès qu'il fe permet quelquefois
dans les lieux auxquels on rend ſi femblable
celui qui ne doit jamais infpirer
qu'une profonde vénération .
Si l'on veut bien le remarquer , on
s'apperçoit de plus , que par cette quantité
de luftres brillans exhauffés en
plufieurs rangs , dans le milieu d'une
Eglife , le principal Autel eft pour ainfi
dire éteint & refte dans une obfcurité
de comparaifon , qui fait que les Miniftres
célébrans n'y font apperçus que
comme des ombres mobiles . Rien n'eft
donc plus contraire aux principes qui ,
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
en général , préfcrivent de rendre toujours
dominant & dans la plus grande
évidence , l'objet auquel doivent fe rapporter
tous les autres. Dans l'application
de ces principes à notre fujet ; qui ne
fentira pas que cet Autel , qu'on laiffe
ainfi dans les ténébres , eft cependant
le point d'où devroit émaner toute la
clarté répandue dans le refte du vaiffeau
comme d'un foyer dont les autres lumiéres
paruffent n'être que des productions
? Si l'on convient de la jufteffe de
cette idée >
fi le rapport avec l'efprit
de la chofe en eft fenfible , on doit
donc convenir que l'ufage dont nous
venons de parler & la maniere dont
on éclaire aujourd'hui quelques Eglifes ,
font des abus , peut-être à plufieurs
égards , mais principalement contre les
loix du goût raifonné , ce qu'il nous appartient
feulement de confidérer.
Pour réformer cet abus , il faudroit ,
dira-t-on , indiquer d'autres moyens que
ceux que l'on critique , puifqu'il eft
vrai que nous convenons de la néceffité
d'éclairer & de la bienféance à éclairer
pompeufement.
Tant de célébres Artiftes , dont les
talens & le génie font fpécialement dirigés
à l'ordonnance des décorations en
JANVIER. 1763. 109
tout genre , fourniront bien mieux que
nous ces fortes de . moyens. Nous tracerons
feulement & fans aucune prétention
, ce que nous avons entrevû d'abord
de poffibilité pour faire rapporter
l'éxécution à ces mêmes principes.
>
Si , par exemple , au lieu des Luftres
de criſtal enhauffés dans les milieux
en de çà des pilaftres , on plaçoit fous
chacune des arcades , qui féparent la
nef de fes bas-côtés , un très - beau Lampadaire
de quelque riche métal ou de
matiere qui le repréfentât , & que ce
Lampadaire portât plufieurs Godets de
lampes à divers étages , lefquels par la
force ou par le nombre des méches formaffent
des efpéces de Pots-à-feu ; ce
genre de meuble confacré , fi l'on peut
dire , dans tous les temps & dans tous
les Rits , ne feroit- il pas beaucoup plus
analogue dans nos Temples , que les
meubles mondains , dont nous reconnoiffons
l'ufage fi inconféquent? Si l'on
appliquoit fur les pilaftres, des girandoles
, foit de métal , foit de quelque
matiere bronzée ou dorée ; que ces girandoles
, pofées dans une moindre élévation
que ne font les luftres , por
taffent tant de branches que l'on voudroit
, pour éclairer les Fidéles dans
110 MERCURE DE FRANCE.
,
leurs lectures plutôt que les voûtes de
l'Eglife , où la grande lumière étant inutile
, ne peut avoir qu'un vain faſte
pour objet ! penfe -t- on que cette diftribution
formât un effet moins auguſte
aux yeux , & n'eût pas davantage le
prétexte légitime d'une pieufe commo.
dité pour les affiftans ? Rien n'intercepteroit
plus la vue du principal objet ,
qui eft l'Autel ; mais au contraire ces
girandoles ou buiffons de lumières ,
par leur pofition fubordonnée aux pointes
des cierges de l'Autel , y conduiroient
les yeux par degrés inférieurs , &
ne difputeroient point d'effet. On propoferoit
encore de charger ( dans cette
occafion feulement ou de femblables )
le principal Autel des plus hauts & des
plus forts cierges par gradins , entre lefquels
on pourroit en mêler d'inférieurs ,
de telle forte que la maffe de cette lumière
fût prédominante fur toute autre.
Pour étendre davantage cette maffe
on garniroit de lumières dans toutes
leurs hauteurs , les deux pilaftres joignant
& renfermant l'Autel , jufqu'à
l'impofte de l'arcade , fous lequel il fe
trouveroit placé. A la clef de cette même
arcade on chercheroit le moyen d'appliquer
un très -fort groupe de lumières ,
و
JANVIER. 1763 . III
lefquelles on tâcheroit de continuer , en
dégradant jufqu'à l'impofte , qu'elles reviendroient
joindre. Ce que nous venons
de propofer ne pouvant avoir lieu
que dans les Eglifes dont l'architecture
favoriferoit cette difpofition , on trouvera
facilement dans les autres les
moyens d'y adapter d'autres diftribu-.
tions relatives à nos principes.
Il eſt encore à obferver que felon ces
mêmes principes , dans les Eglifes où il
fe trouveroit au- delà du choeur des
Chapelles ou autres lieux en perfpective
, ils doivent être frappés d'une
grande lumière , qui en faffe appercevoir
l'éclat ; mais que cette lumière , ou
plutôt fes cauſes , ne doivent point être
perceptibles du point milieu du vaiffeau
; en forte que ce foit l'éclat répandu
fur ces lieux qui forme le point de
yue , & non les bougies , cierges ou
autres lumières , dont l'effet feuldoit être
fénfible, mais non pas
les corps
corps lumineux.
La raifon de ceci eft naturellement déduit
de l'axiome inconteftable , répété
dans toutes nos obfervations fur les
Eglifes à l'égard de la prédominance
indifpenfable de l'Autel , axiome qui
n'en eft pas moins certain , quoique
chaque jour on s'en écarte de plus en
•
112 MERCURE DE FRANCE .
plus , & en faveur duquel nous ne cefferons
d'exciter le goût du Public , juſqu'à
ce que ceux qui devroient le maintenir
ceffent de le violer. Nous avons
déja fait voir l'abſurdité qu'il y auroit à
ne faire qu'un paffage à la vue de l'Autel
augufte , où fe célebre le plus faint
des Sacrifices (a). Ainfi les lumiéres apparentes
étant en cette occafion ce qui
marque davantage il s'enfuit que le
Maître-Autel , & ce qui l'environne
doivent être le plus chargés de ces lumières
, & qu'on ne doit en voir aucune
par-delà , afin que ce point termine le
fpectacle de la pompe.
que
,
Nous croyons convenable de nous
expliquer fur certaines Eglifes , telles
celles des Couvents & autres con- .
fidérées , comme Chapelles ou oratoires
domeftiques . Leur peu d'étendue , la
nature , pour ainfi dire , de leur conftitution
, & celle de leur deſtination , les
difpenfent fans doute des régles que
nous venons , non pas d'établir , n'en
ayant nul droit , mais feulement de développer
& de rappeller aux efprits conféquens
, à l'égard des Eglifes Cathé-
(a ) Voyez les obfervations des Amateurs dans
les années 1760 & 1761 de l'Obfervateur Litséraire.
I
JANVIER. 1763 . 113
drales ou Paroiffiales , qui feules doivent
être regardées comme Temples
publics.
SUITE des Obfervations d'une Société
d'Amateurs .
QUEL genre de décoration & quelle maniere
d'illuminer conviennent dans une
Eglife ?
CETTE ETTE question , que nous allons
difcuter a été propofée à la Société à
l'occafion de la folemnité de Noël.
,
Depuis plufieurs années , le zéle des
Miniftres du Sanctuaire , fecondé apparemment
par celui des Particuliers
qui adminiftrent les revenus de quelques
Eglifes Paroiffiales , a tellement
étendu la pompe des illuminations intérieures
, qu'elles font devenues , avec
les Orgues , l'objet de l'attention du
Public , dans la nuit de Noël.
Cette nuit , fi folemnelle pour les
Chrétiens , & dont beaucoup de Fidéles
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
,
paffent une partie dans les Temples ,
demande en effet une plus grande quantité
de lumières que ce qu'on en allume
pour la feule majeſté du culte.
Une forte de néceffité fe joint à la
convenance de l'éclat en cette occafion.
Il eft affez fimple que lorfqu'on a voulu
tourner cette néceffité en décoration
on fe foit fervi d'abord de quelques
Luftres de criftal. Ces premiers moyens
faciles à trouver ont dû paroître fans
conféquence pour une fplendeur momentanée
; d'autant que les commencemens
font toujours modeftes & fans
prétentions. On n'a peut-être pas fait attention
qu'en les multipliant progreffivement
dans les lieux faints
loignoit d'autant du genre propre à les
décorer. Nous ne prétendons par-là ,
ni cenfurer ni rendre fufpectes les intentions
de ceux qui auroient pu fe
laiffer aller à un excès de zéle , & dont
nous ne refpectons pas moins les motifs
& l'objet. On nous interroge fur
des convenances ; nous fommes obligés,
pour répondre , de confidérer , de chercher
les rapports ; nous déclarons ingénuement
que nous n'en trouvons aucun
, entre l'auftère idée de nos faints
Myftères , entre celle d'une Maifon de
on s'éJANVIER.
1763. 107
prieres , tels que font nos Temples , &
de vaftes Edifices transformés en falles
de fêtés profanes.
Lorfque nous croyons que , fans banir
la magnificence & l'éclat qui doivent
régner dans le Tabernacle du
Très-Haut , tout parlera à nos fens de
fon augufte Majefté ; notre vue , au
contraire diftraite & agitée par le
reflet petillant de tant de lumiéres
dans ces cristaux , emporte naturellement
notre efprit fort loin du feul
objet qui devroit le fixer. On ne devroit
pas être étonné , qu'à cet afpect
, le vulgaire ne tombât dans les
mêmes irrévérences & ne fe portât aux
mêmes excès qu'il fe permet quelquefois
dans les lieux auxquels on rend ſi femblable
celui qui ne doit jamais infpirer
qu'une profonde vénération .
Si l'on veut bien le remarquer , on
s'apperçoit de plus , que par cette quantité
de luftres brillans exhauffés en
plufieurs rangs , dans le milieu d'une
Eglife , le principal Autel eft pour ainfi
dire éteint & refte dans une obfcurité
de comparaifon , qui fait que les Miniftres
célébrans n'y font apperçus que
comme des ombres mobiles . Rien n'eft
donc plus contraire aux principes qui ,
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
en général , préfcrivent de rendre toujours
dominant & dans la plus grande
évidence , l'objet auquel doivent fe rapporter
tous les autres. Dans l'application
de ces principes à notre fujet ; qui ne
fentira pas que cet Autel , qu'on laiffe
ainfi dans les ténébres , eft cependant
le point d'où devroit émaner toute la
clarté répandue dans le refte du vaiffeau
comme d'un foyer dont les autres lumiéres
paruffent n'être que des productions
? Si l'on convient de la jufteffe de
cette idée >
fi le rapport avec l'efprit
de la chofe en eft fenfible , on doit
donc convenir que l'ufage dont nous
venons de parler & la maniere dont
on éclaire aujourd'hui quelques Eglifes ,
font des abus , peut-être à plufieurs
égards , mais principalement contre les
loix du goût raifonné , ce qu'il nous appartient
feulement de confidérer.
Pour réformer cet abus , il faudroit ,
dira-t-on , indiquer d'autres moyens que
ceux que l'on critique , puifqu'il eft
vrai que nous convenons de la néceffité
d'éclairer & de la bienféance à éclairer
pompeufement.
Tant de célébres Artiftes , dont les
talens & le génie font fpécialement dirigés
à l'ordonnance des décorations en
JANVIER. 1763. 109
tout genre , fourniront bien mieux que
nous ces fortes de . moyens. Nous tracerons
feulement & fans aucune prétention
, ce que nous avons entrevû d'abord
de poffibilité pour faire rapporter
l'éxécution à ces mêmes principes.
>
Si , par exemple , au lieu des Luftres
de criſtal enhauffés dans les milieux
en de çà des pilaftres , on plaçoit fous
chacune des arcades , qui féparent la
nef de fes bas-côtés , un très - beau Lampadaire
de quelque riche métal ou de
matiere qui le repréfentât , & que ce
Lampadaire portât plufieurs Godets de
lampes à divers étages , lefquels par la
force ou par le nombre des méches formaffent
des efpéces de Pots-à-feu ; ce
genre de meuble confacré , fi l'on peut
dire , dans tous les temps & dans tous
les Rits , ne feroit- il pas beaucoup plus
analogue dans nos Temples , que les
meubles mondains , dont nous reconnoiffons
l'ufage fi inconféquent? Si l'on
appliquoit fur les pilaftres, des girandoles
, foit de métal , foit de quelque
matiere bronzée ou dorée ; que ces girandoles
, pofées dans une moindre élévation
que ne font les luftres , por
taffent tant de branches que l'on voudroit
, pour éclairer les Fidéles dans
110 MERCURE DE FRANCE.
,
leurs lectures plutôt que les voûtes de
l'Eglife , où la grande lumière étant inutile
, ne peut avoir qu'un vain faſte
pour objet ! penfe -t- on que cette diftribution
formât un effet moins auguſte
aux yeux , & n'eût pas davantage le
prétexte légitime d'une pieufe commo.
dité pour les affiftans ? Rien n'intercepteroit
plus la vue du principal objet ,
qui eft l'Autel ; mais au contraire ces
girandoles ou buiffons de lumières ,
par leur pofition fubordonnée aux pointes
des cierges de l'Autel , y conduiroient
les yeux par degrés inférieurs , &
ne difputeroient point d'effet. On propoferoit
encore de charger ( dans cette
occafion feulement ou de femblables )
le principal Autel des plus hauts & des
plus forts cierges par gradins , entre lefquels
on pourroit en mêler d'inférieurs ,
de telle forte que la maffe de cette lumière
fût prédominante fur toute autre.
Pour étendre davantage cette maffe
on garniroit de lumières dans toutes
leurs hauteurs , les deux pilaftres joignant
& renfermant l'Autel , jufqu'à
l'impofte de l'arcade , fous lequel il fe
trouveroit placé. A la clef de cette même
arcade on chercheroit le moyen d'appliquer
un très -fort groupe de lumières ,
و
JANVIER. 1763 . III
lefquelles on tâcheroit de continuer , en
dégradant jufqu'à l'impofte , qu'elles reviendroient
joindre. Ce que nous venons
de propofer ne pouvant avoir lieu
que dans les Eglifes dont l'architecture
favoriferoit cette difpofition , on trouvera
facilement dans les autres les
moyens d'y adapter d'autres diftribu-.
tions relatives à nos principes.
Il eſt encore à obferver que felon ces
mêmes principes , dans les Eglifes où il
fe trouveroit au- delà du choeur des
Chapelles ou autres lieux en perfpective
, ils doivent être frappés d'une
grande lumière , qui en faffe appercevoir
l'éclat ; mais que cette lumière , ou
plutôt fes cauſes , ne doivent point être
perceptibles du point milieu du vaiffeau
; en forte que ce foit l'éclat répandu
fur ces lieux qui forme le point de
yue , & non les bougies , cierges ou
autres lumières , dont l'effet feuldoit être
fénfible, mais non pas
les corps
corps lumineux.
La raifon de ceci eft naturellement déduit
de l'axiome inconteftable , répété
dans toutes nos obfervations fur les
Eglifes à l'égard de la prédominance
indifpenfable de l'Autel , axiome qui
n'en eft pas moins certain , quoique
chaque jour on s'en écarte de plus en
•
112 MERCURE DE FRANCE .
plus , & en faveur duquel nous ne cefferons
d'exciter le goût du Public , juſqu'à
ce que ceux qui devroient le maintenir
ceffent de le violer. Nous avons
déja fait voir l'abſurdité qu'il y auroit à
ne faire qu'un paffage à la vue de l'Autel
augufte , où fe célebre le plus faint
des Sacrifices (a). Ainfi les lumiéres apparentes
étant en cette occafion ce qui
marque davantage il s'enfuit que le
Maître-Autel , & ce qui l'environne
doivent être le plus chargés de ces lumières
, & qu'on ne doit en voir aucune
par-delà , afin que ce point termine le
fpectacle de la pompe.
que
,
Nous croyons convenable de nous
expliquer fur certaines Eglifes , telles
celles des Couvents & autres con- .
fidérées , comme Chapelles ou oratoires
domeftiques . Leur peu d'étendue , la
nature , pour ainfi dire , de leur conftitution
, & celle de leur deſtination , les
difpenfent fans doute des régles que
nous venons , non pas d'établir , n'en
ayant nul droit , mais feulement de développer
& de rappeller aux efprits conféquens
, à l'égard des Eglifes Cathé-
(a ) Voyez les obfervations des Amateurs dans
les années 1760 & 1761 de l'Obfervateur Litséraire.
I
JANVIER. 1763 . 113
drales ou Paroiffiales , qui feules doivent
être regardées comme Temples
publics.
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Résumé : SUITE des Observations d'une Société d'Amateurs. QUEL genre de décoration & quelle maniere d'illuminer conviennent dans une Eglise ?
Le texte traite de la décoration et de l'illumination appropriées dans une église, en particulier lors de la nuit de Noël. Depuis plusieurs années, les ministres du sanctuaire et les administrateurs des revenus des églises paroissiales ont intensifié les illuminations intérieures, rendant les lustres et les orgues des éléments notables pour le public. La nuit de Noël, étant solennelle pour les chrétiens, nécessite une plus grande quantité de lumières que celles allumées pour la majesté du culte. Cependant, cette nécessité a conduit à une surabondance de lustres en cristal, faciles à obtenir mais inappropriés pour la décoration des lieux saints. Ces lustres, multipliés progressivement, éloignent de l'idée austère des mystères saints et transforment les églises en salles de fêtes profanes. L'éclat des lumières distrait l'esprit et peut entraîner des irrévérences. De plus, la quantité de lustres brillants dans le milieu de l'église éclaire l'autel principal de manière insuffisante, le rendant presque invisible. Cela contredit les principes qui exigent que l'autel soit dominant et évident. Pour réformer cet abus, le texte propose de remplacer les lustres par des lampadaires et des girandoles placés sous les arcades et sur les piliers, afin de diriger la vue vers l'autel. L'autel principal devrait être le point central de la lumière, avec des cierges de différentes hauteurs. Les chapelles et autres lieux en perspective doivent également être éclairés de manière à ce que leur éclat soit visible sans que les sources de lumière soient perceptibles depuis le milieu de la nef. Le texte conclut en rappelant que les petites églises, comme celles des couvents ou des oratoires domestiques, sont dispensées de ces règles, car elles ne sont pas des temples publics.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15839
p. 113-118
PEINTURE. ACADÉMIE de Peinture, de Sculpture & autres Arts de MARSEILLE.
Début :
LE 29, dernier Dimanche du mois d'Août, à quatre heures & demie après-midi [...]
Mots clefs :
Peintre, Exposition, Portrait, Tableaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PEINTURE. ACADÉMIE de Peinture, de Sculpture & autres Arts de MARSEILLE.
PEINTURE.
ACADÉMIE de Peinture , de Sculpture
& autres Arts de MARSEILLE .
LEE 29 , dernier Dimanche du mois
d'Août , à quatre heures & demie aprèsmidi
, l'Académie de Peinture , de Sculp
ture & autres Arts , tint fon affemblée
publique dans la grande Salle de l'Hôtel-
de-Ville. MM. de l'Académie des
Belles-Lettres & MM. les Amateurs
Honoraires y furent invités. M. Verdiguier
, Directeur ouvrit la féance par
un Difcours adreffé aux Eléves médailliftes
pour les exciter à faire de mieux
en mieux , après qu'il eut fait l'éloge des
protecteurs des Beaux- Arts en la perfonne
de MM. les Echevins qui diftribuerent
enfuite les Médailles adjugées aux Eléves
pour leurs deffeins académiques . La
premiere fut donnée à M. J. B. Cofte ,
fils de Profeffeur. La feconde à M. Antoine
Blanc , & la troifiéme à M. Michel
Henri. Les Médailles diftribuées
114 MERCURE DE FRANCE .
M. Dageville , Architecte , Voyer particulier
de Marfeille & Profeffeur d'Architecture
, prononça un difcours fur
l'état des eaux de la Ville , fur leur
diftribution & fur un projet de décoration
générale relativement à l'Hydraulique.
M. Moulinneuf, Profeffeur &
Secrétaire perpétuel , termina la féance
par quelques obfervations fur la Peinture
& fur la Sculpture. L'Affemblée fut
fort attentive à toutes ces differtations
qui marquoient combien l'Académie
s'empreffe de contribuer au bien & à
P'utilité du Public. Le meme jour il y
á eu dans la maifon de la veuve Androny
, rue de Paradis , vis - à - vis l'Eglife
S. Régis , l'expofition des ouvrages de
divers membres de l'Académie . Cette
expofition a continué le matin & l'après-
dîné pendant l'efpace de quinze
jours.
EXPOSITION des ouvrages de divers
Membres de l'Académie de Peinture ,
de Sculpture & autres Arts de Marfeille.
DIRECTEURS.
M. VERDIGUIER , Sculpteur.
Douze figures de cabinet en rondeJANVIER.
1763. 115
boffe , repréſentant divers fujets ; l'étude
d'un Encelade ; quatre petits basreliefs
.
M. VERNET , Peintre du Roi.
Deux tableaux payfages & marines
du cabinet de M. Poulhafiés.
PROFESSEURS.
M. COSTE , Peintre .
Deux Deffeins de Paftorales ; un Payfage
à la Gouache.
M. PICHAUME , Peintre.
Un grand Portrait & huit en Buftes.-
M. MOULINNEUF , Peintre.
Deux grands Tableaux de nature
morte repréfentant un cabinet de Mufique
& un de chaffe. Quatre Deffeins
fujets tirés de l'Hiftoire de S. George ,
éxécutés en grands tableaux pour M. le
Marquis de Roux. Trois Portraits en
mignature.
M. ZIRIO , Peintre.
Un Portrait en bufte. Une Magdeleine
, & un S. François en bufte .
་
116 MERCURE DE FRANCE.
M. BEAUFORT' , Peintre.
Deux Efquiffes en gouache repréfentant
, l'un Loth & fes deux filles , &
l'autre Noel couvert d'un manteau par
deux de fes fils . Un deffein à la fanguine
qui repréfente Dédale ajuſtant
des aîles à fon fils Icare.
M. KAPELLER , Peintre.
Deux Tableaux de Payfages , deux
de marine. Un d'architecture. Quatre de
fleurs. Quatre deffeins. Deux gouaches.
M. REVELLY , Peintre.
Un Portrait en_grand. Un moindre.
Deux en bufte. Trois en mignature.
M. ARNAUD , Peintre.
Trois portraits en buftes . Une efquiffe
repréfentant l'Afcenfion. Une têt de
vieillard. Uue Vierge peinte en mignature.
ACADEMICIENS.
M. DESPECHES , Peintre ,
Un tableau en Payfage.
M. Loys , Peintre.
Un petit tableau fur cuivre repréfenJANVIER.
1763. 117
tant la tentation de S. Antoine. Trois
têtes de caractère . Deux portraits en
bufte. Une efquiffe de l'Afcenfion. Un
Portrait en mignature.
M. DE CUGIS , Peintre.
Son tableau de réception repréfentant
la Pithoniffe qui fait voir à Sail
l'ombre de Samuël. Une efquiffe de Sufanne.
Une autre de la Nativité de N. S.
AGRÉGÉS.
M. CELONY , Peintre.
Deux tableaux , l'un repréfentant Abigail
aux genoux de David , & l'autre
Moyfe qui défend des infultes de quelques
Bergers les filles de Raguel , Prêtre
de Madian ; du cabinet de M. le
Marquis d'Arcuffia.
M. VIEL , Peintre.
Un Portrait au paftel.
M. BOUTON , Peintre en mignature ,
Membre de l'Académie Royale de
Peinture , de Sculpture & d'Architecture
de Toulouse.
Plufieurs mignatures dans un grand
tableau .
118 MERCURE DE FRANCE.
Outre cette expofition , il y a eu de
la main de M.Verduſſen, un grand tableau
de bataille qui appartenant à l'Académie
, & deux autres repréfentans un
marché de Poiffons & un marché de
toutes efpéces de denrées & volailles ;
du cabinet de M. Poulhariés.
ACADÉMIE de Peinture , de Sculpture
& autres Arts de MARSEILLE .
LEE 29 , dernier Dimanche du mois
d'Août , à quatre heures & demie aprèsmidi
, l'Académie de Peinture , de Sculp
ture & autres Arts , tint fon affemblée
publique dans la grande Salle de l'Hôtel-
de-Ville. MM. de l'Académie des
Belles-Lettres & MM. les Amateurs
Honoraires y furent invités. M. Verdiguier
, Directeur ouvrit la féance par
un Difcours adreffé aux Eléves médailliftes
pour les exciter à faire de mieux
en mieux , après qu'il eut fait l'éloge des
protecteurs des Beaux- Arts en la perfonne
de MM. les Echevins qui diftribuerent
enfuite les Médailles adjugées aux Eléves
pour leurs deffeins académiques . La
premiere fut donnée à M. J. B. Cofte ,
fils de Profeffeur. La feconde à M. Antoine
Blanc , & la troifiéme à M. Michel
Henri. Les Médailles diftribuées
114 MERCURE DE FRANCE .
M. Dageville , Architecte , Voyer particulier
de Marfeille & Profeffeur d'Architecture
, prononça un difcours fur
l'état des eaux de la Ville , fur leur
diftribution & fur un projet de décoration
générale relativement à l'Hydraulique.
M. Moulinneuf, Profeffeur &
Secrétaire perpétuel , termina la féance
par quelques obfervations fur la Peinture
& fur la Sculpture. L'Affemblée fut
fort attentive à toutes ces differtations
qui marquoient combien l'Académie
s'empreffe de contribuer au bien & à
P'utilité du Public. Le meme jour il y
á eu dans la maifon de la veuve Androny
, rue de Paradis , vis - à - vis l'Eglife
S. Régis , l'expofition des ouvrages de
divers membres de l'Académie . Cette
expofition a continué le matin & l'après-
dîné pendant l'efpace de quinze
jours.
EXPOSITION des ouvrages de divers
Membres de l'Académie de Peinture ,
de Sculpture & autres Arts de Marfeille.
DIRECTEURS.
M. VERDIGUIER , Sculpteur.
Douze figures de cabinet en rondeJANVIER.
1763. 115
boffe , repréſentant divers fujets ; l'étude
d'un Encelade ; quatre petits basreliefs
.
M. VERNET , Peintre du Roi.
Deux tableaux payfages & marines
du cabinet de M. Poulhafiés.
PROFESSEURS.
M. COSTE , Peintre .
Deux Deffeins de Paftorales ; un Payfage
à la Gouache.
M. PICHAUME , Peintre.
Un grand Portrait & huit en Buftes.-
M. MOULINNEUF , Peintre.
Deux grands Tableaux de nature
morte repréfentant un cabinet de Mufique
& un de chaffe. Quatre Deffeins
fujets tirés de l'Hiftoire de S. George ,
éxécutés en grands tableaux pour M. le
Marquis de Roux. Trois Portraits en
mignature.
M. ZIRIO , Peintre.
Un Portrait en bufte. Une Magdeleine
, & un S. François en bufte .
་
116 MERCURE DE FRANCE.
M. BEAUFORT' , Peintre.
Deux Efquiffes en gouache repréfentant
, l'un Loth & fes deux filles , &
l'autre Noel couvert d'un manteau par
deux de fes fils . Un deffein à la fanguine
qui repréfente Dédale ajuſtant
des aîles à fon fils Icare.
M. KAPELLER , Peintre.
Deux Tableaux de Payfages , deux
de marine. Un d'architecture. Quatre de
fleurs. Quatre deffeins. Deux gouaches.
M. REVELLY , Peintre.
Un Portrait en_grand. Un moindre.
Deux en bufte. Trois en mignature.
M. ARNAUD , Peintre.
Trois portraits en buftes . Une efquiffe
repréfentant l'Afcenfion. Une têt de
vieillard. Uue Vierge peinte en mignature.
ACADEMICIENS.
M. DESPECHES , Peintre ,
Un tableau en Payfage.
M. Loys , Peintre.
Un petit tableau fur cuivre repréfenJANVIER.
1763. 117
tant la tentation de S. Antoine. Trois
têtes de caractère . Deux portraits en
bufte. Une efquiffe de l'Afcenfion. Un
Portrait en mignature.
M. DE CUGIS , Peintre.
Son tableau de réception repréfentant
la Pithoniffe qui fait voir à Sail
l'ombre de Samuël. Une efquiffe de Sufanne.
Une autre de la Nativité de N. S.
AGRÉGÉS.
M. CELONY , Peintre.
Deux tableaux , l'un repréfentant Abigail
aux genoux de David , & l'autre
Moyfe qui défend des infultes de quelques
Bergers les filles de Raguel , Prêtre
de Madian ; du cabinet de M. le
Marquis d'Arcuffia.
M. VIEL , Peintre.
Un Portrait au paftel.
M. BOUTON , Peintre en mignature ,
Membre de l'Académie Royale de
Peinture , de Sculpture & d'Architecture
de Toulouse.
Plufieurs mignatures dans un grand
tableau .
118 MERCURE DE FRANCE.
Outre cette expofition , il y a eu de
la main de M.Verduſſen, un grand tableau
de bataille qui appartenant à l'Académie
, & deux autres repréfentans un
marché de Poiffons & un marché de
toutes efpéces de denrées & volailles ;
du cabinet de M. Poulhariés.
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Résumé : PEINTURE. ACADÉMIE de Peinture, de Sculpture & autres Arts de MARSEILLE.
Le 29 août, l'Académie de Peinture, de Sculpture et autres Arts de Marseille organisa une assemblée publique dans la grande salle de l'Hôtel-de-Ville. M. Verdiguier, Directeur, inaugura la séance par un discours encourageant les élèves médaillés à s'améliorer. Les échevins remirent ensuite des médailles aux élèves pour leurs dessins académiques : la première à M. J. B. Coste, la seconde à M. Antoine Blanc, et la troisième à M. Michel Henri. M. Dageville, Architecte, prononça un discours sur l'état des eaux de la ville, leur distribution et un projet de décoration hydraulique. M. Moulinneuf, Professeur et Secrétaire perpétuel, conclut la séance par des observations sur la peinture et la sculpture. L'assemblée témoigna de l'engagement de l'Académie pour le bien public. Le même jour, une exposition des œuvres de divers membres de l'Académie eut lieu chez la veuve Androny, rue de Paradis, face à l'église Saint-Régis, et dura quinze jours. Les œuvres exposées incluaient des figures de cabinet, des études, des bas-reliefs, des tableaux de paysages, des marines, des portraits, des natures mortes, et des dessins historiques. Parmi les exposants figuraient M. Verdiguier, M. Vernet, M. Coste, M. Pichaume, M. Moulinneuf, M. Zirio, M. Beaufort, M. Kapeller, M. Revelly, M. Arnaud, M. Despeches, M. Loys, M. de Cugis, M. Celony, M. Viel, et M. Bouton. De plus, un grand tableau de bataille de M. Verdussen, ainsi que deux autres tableaux représentant un marché de poissons et un marché de denrées, furent également exposés.
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15840
p. 118-126
A M. DE LA PLACE, Auteur du MERCURE.
Début :
PERSUADE, Monsieur, des avantages que les Arts de Peinture, de Sculpture [...]
Mots clefs :
Sculpture, Peinture, Expressions douces, Grâces, Ruisseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. DE LA PLACE, Auteur du MERCURE.
A M. DE LA PLACE , Auteur du
MERCURE.
PERSUADE , Monfieur , des avantages
que les Arts de Peinture , de Sculpture
& c , les Peintres & les Connoiffeurs
peuvent retirer de la defcription d'un
fameux Tableau du célébre Corrége ,
que la France vient tout nouvellement
d'acquérir , je vous prie d'en permettre
l'infertion dans votre Mercure . Elle fait
le contenu d'une lettre que M. Luet de
Bifcontin , ancien Officier d'Infanterie ,
vient de m'adreffer de Marſeille ici à S.
Chamas.Ce favant Connoiffeur nous le
décrit avec beaucoup de lumieres &
de fagacité. Une imagination brillante
& un ftyle délicat femblent en faire le
moindre mérite : en voici l'extrait.
J'ai l'honneur d'être & c.
P. de V **** de P. ****
LETTRE contenant la defcription d'un
Tableau repréfentant les GRACES
qui fe baignent dans la fontaine
d'Acidalie.
J'AI 'AI enfin vu ce précieux Morceau : il
eft non -feulement très-beau , mais encore
je l'ai trouvé parfaitement bien
confervé. On peut dire , Monfieur ,
qu'il n'a pas été payé , quoiqu'on ne
l'ait acquis qu'en le couvrant d'or. Il a ,
franc de baguette,quatre pieds un pouce
de hauteur fur fix pieds cinq pouces de
largeur . Hâtons - nous de vous le décrire.
Je ne voulus point le découvrir qu'auparavant
je ne l'euffe fait placer en un
jour favorable , afin que je puffe jouir
de l'effet du tout enfemble . Il le fit fi
bien , & j'éprouvai un fi grand plaifir
à fon afpect , que je fentis naître dans
l'ame les mêmes mouvemens que l'action
y eût excité , fi elle fe fût paffée
réellement à mes yeux.
Il eſt certain , Monfieur , que de tous
les fujets de Peinture , ceux du genre
galant font ceux qui intéreffent davanrage
, qui ont le plus d'attraits fur l'ima120
MERCURE DE FRANCE .
gination , & qui pénétrent le plus l'âme
du Spectateur. Vous favez que c'eſt là
un goût qui , en enfantant & exécutant
des Sujets gracieux & aimables , ne
manque jamais de donner aux objets
des fituations riantes , des caractères
agréables , & aux figures des expreffions
douces , tendres , délicates , qui flattent
l'oeil , égayent l'efprit , féduifent le coeur.
11 eft donc conftant que les tableaux
comme celui - ci , repréfentans des femmes
dans l'âge de plaire , ont un appas
général. Cela eft aifé à concevoir ; tout
eft charmes , tout eft délices en elles :
elles font la production la plus touchante
, la plus exquife de la nature :
le plaifir anime leurs moindres mouvemens
, & la plupart de leurs actions acquierent
enfin un redoublement d'intérêt.
Notre Tableau devient ainfi un des
plus fatisfaifans ; il nous dépeint , comme
je vous l'écrivis , les Grâces qui fe
baignent dans la fontaine d'Acidalie.
Mais le Corrége les a épifodiquement
accompagnées de divers petits Génies
repréfentans les Amours , les Ris , les
Jeux , les Attraits dont elles font toujours
fuivies. Cupidon , ce redoutable
Dieu , voltige au-deffus des trois Divinités
:
JANVIER. 1763. 121
nités la Fontaine , le Ruiffeau qui en
naît , les Sites & les Arbres du Payfage
y paroiffent avoir été fi fimplement
conduits par la Nature , qu'on
croiroit encore voir ceux du temps de
l'âge d'or.
L'une des Grâces , que je préfume
être Aglaïa , comme la premiere d'entre
elles , occupe la principale place qui eſt
vers le milieu , un peu dans l'enfoncement.
Elle eft de face & debout fur le
bord du ruiffeau : elle a même un pied
dedans. D'une main elle s'appuye fur
le bras de fa compagne ; de l'autre ,
elle fe preffe le mammellon pour en
faire fortir du lait qu'elle répand dans
l'eau . Cette charmante figure ſe préfente
dans une attitude , dont le contour
eft d'une élégance achevée : elle
étale une gorge des mieux fournies , &
des hanches d'une parfaite conformation.
Son teint , dont l'éclatante couleur
eft des plus flatteufes , frappe vivement.
Ses cheveux dorés , & un voile incarnat
attaché fur l'épaule , flottent au gré des
zéphirs.
Quelle douce langueur ne nous montre-
t-elle pas ! De quelle grace , & avec
quelle fine expreffion n'épanche-t - elle
II. Vol. F
-122 MERCURE DE FRANCE .
pas
fon lait ? On croit voir couler du
nectar. Ses yeux languiffans , fa bouche
riante , & un certain air entre le tendre
& le mélancolique , la rendent touchante
& adorable. Auffi pourroit- on
dire que cette Gráce a plus de grâces que
les deux autres .
Cependant celle fur laquelle Aglaia
s'appuye , que nous nommerons Thalie
ne fe préfente pas moins agréablement ,
quoique de profil. La forme de fa
gorge , la coupe délicate de fa taille ,
ont des charmes qui féduifent & nous
prouvent ce qu'elle eft . Notre incomparable
Peintre ne l'auroit pas admiſe au
nombre des grâces , fi elle n'en eût été
pétrie. Elle tâtonne dans l'eau jufqu'à
moitié cuiffe ; & d'une forte
de flacon de cristal à l'antique , elle
répand fur la tête d'un des Jeux , fans
doute , quelque éffence odoriférante
dont le parfum imaginé femble embaumer
l'air qu'on refpire.
Non loin de-là un des Amours traîne
après foi Euphrofine dans la fontaine ,
celle des Graces qui nous montre le dos.
Elle marche en avant , & femble vouloir
s'élancer dans l'eau. Je n'ai guère
vu de dos mieux deffiné , ni d'une fi
JANVIER . 1763 . 123
charmante eurifthmie. Celui de la Vénus
de Medicis n'eft certainement pas d'une
plus belle proportion ; l'attitude en eft
gracieufe à l'extrême . Les parties de
formes ondoyantes ont je ne fai -quoi
de vif, de remuant , d'animé , qu'il n'eft
pas poffible de rencontrer fi bien
ailleurs. Elle eft de caractère léger , délicat
, tel que le charmant Corrége le
donne ordinairement aux Déeffes & aux
Nymphes.
Quelle légéreté ne remarque-t- on
pas dans l'Amour qui vole ? Sufpendu
dans les airs , il femble planer , pour
mieux ajufter fon coup . Le minois capricieux
& dépité , avec lequel il décoche
fon dard , eft d'une expreffion fi
vive , & fi naturelle , qu'en croyant
qu'il refpire véritablement , on ſe perfuaderoit
prefque être foi même en
butte à fes traits.
-
Notre aimable Artifte enfin , toujours
plus ingénieux à nous peindre les
mouvemens de la Nature , a mis entre
les mains d'un des Ris le brandon de
ce Dieu , que fans doute il vient de lui
dérober ; car de l'air avec lequel il fe
cache derrière Thalie l'on préfume
qu'il en eft l'efcamoteur. De plus ,
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
croyant mieux couvrir fon larcin , il
l'enfonce & l'éteint dans la fontaine
d'où s'éxhale une vapeur noire , qui
doit vraisemblablement le décéler. Cette
fumée eft caractérisée & coloriée avec
tant de vérité , qu'elle fait illufion au
point de nous perfuader que l'on entend
le même bouillonnement que produir
la flamme précipitée dans l'eau.
Tous ces petits Génies fe divertiffent
parmi elles ; l'un nâge , l'autre
plonge , l'un danfe , l'autre voltige , &
tous expriment certaines naïvetés fi ingénues
& fi enfantines , que l'Art reffemble
à la Nature même.
C'est en ces fortes de fituations
tendres que l'inimitable Corrége , excellemment
doué du talent merveilleux
de remuer les coeurs par la fineffe
des expreffions ,
a caractérisé en cet
intéreffant tableau différentes paffions.
Je ne finirois point , s'il falloit
vous détailler tous les agrémens que le
Corrége a donné aux objets de fa riante
peinture. On ne peut difconvenir que
toutes les idées qui compofent les tableaux
de ce grand Maître , ne foient nobles
, élevées , extraordinaires
, même
un peu bifarres : que le ftyle en eft fuJANVIER.
1763. 125
blime , les airs de tête finguliers & frappans
: cela eft habituel à notre favant
Artifte ; mais ce qui doit vous furpren
dre , ainfi qu'il m'étonné aujourd'hui
dans la compofition de celui-ci , c'eft
que contre fon ordinaire ce fécond génie
a chargé la fcène d'un nombre confidérable
de figures. Sa verve montée
fur le ton riant & badin' , y a caractériſé ,
d'une aimable gaieté , les principales
paffions . Sous ce nouveau crayon , devenues
plus attrayantes , elles m'ont
paru intéreffer jufqu'à féduire. Je pense
que c'eft ici le plus précieux morceau
qui foit forti de fes mains. Je me flatte
de n'être pas contredit, & nos vrais connoiffeurs
feront de mon opinion lorfqu'ils
l'auront vu . Mais pourquoi ne pas dire
un mot de fon furprenant coloris ? Je
ne puis paffer fous filence la partie ou
ce grand Maître nous a prefque fait
croire qu'un Ange conduifoit fon pinceau.
Tout enchanté dans cette délectable
peinture ; on y trouvé un ragoût
de couleurs , & une touche légère
qu'on ne voit pas même toujours dans
fes ouvrages. Tout y eft moelleux ;
tout y paroît tendre & merveilleux ;
mais en même temps quelle fraîcheur ,
?
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE .
quelle force de coloris ! quelle vérité ! &
quelle excellente manière d'empâter n'y
reconnoît-on pas ? Sa touche élégante
eft d'un fini qui fait fon effet de loin
comme de près. Le tout enfemble tenant
de la magie , a un relief & un
accord dont l'harmonie fe manifefte
généralement dans toutes les parties de
ce délicieux tableau , qui étonne &
fait l'admiration de nos Académiciens ,
ainfi
que de nos plus fins Amateurs.
J'ai l'honneur d'être , & c .
J. LUET DE BISCONTIN.
A Marseille , les Décembre 1762.
MERCURE.
PERSUADE , Monfieur , des avantages
que les Arts de Peinture , de Sculpture
& c , les Peintres & les Connoiffeurs
peuvent retirer de la defcription d'un
fameux Tableau du célébre Corrége ,
que la France vient tout nouvellement
d'acquérir , je vous prie d'en permettre
l'infertion dans votre Mercure . Elle fait
le contenu d'une lettre que M. Luet de
Bifcontin , ancien Officier d'Infanterie ,
vient de m'adreffer de Marſeille ici à S.
Chamas.Ce favant Connoiffeur nous le
décrit avec beaucoup de lumieres &
de fagacité. Une imagination brillante
& un ftyle délicat femblent en faire le
moindre mérite : en voici l'extrait.
J'ai l'honneur d'être & c.
P. de V **** de P. ****
LETTRE contenant la defcription d'un
Tableau repréfentant les GRACES
qui fe baignent dans la fontaine
d'Acidalie.
J'AI 'AI enfin vu ce précieux Morceau : il
eft non -feulement très-beau , mais encore
je l'ai trouvé parfaitement bien
confervé. On peut dire , Monfieur ,
qu'il n'a pas été payé , quoiqu'on ne
l'ait acquis qu'en le couvrant d'or. Il a ,
franc de baguette,quatre pieds un pouce
de hauteur fur fix pieds cinq pouces de
largeur . Hâtons - nous de vous le décrire.
Je ne voulus point le découvrir qu'auparavant
je ne l'euffe fait placer en un
jour favorable , afin que je puffe jouir
de l'effet du tout enfemble . Il le fit fi
bien , & j'éprouvai un fi grand plaifir
à fon afpect , que je fentis naître dans
l'ame les mêmes mouvemens que l'action
y eût excité , fi elle fe fût paffée
réellement à mes yeux.
Il eſt certain , Monfieur , que de tous
les fujets de Peinture , ceux du genre
galant font ceux qui intéreffent davanrage
, qui ont le plus d'attraits fur l'ima120
MERCURE DE FRANCE .
gination , & qui pénétrent le plus l'âme
du Spectateur. Vous favez que c'eſt là
un goût qui , en enfantant & exécutant
des Sujets gracieux & aimables , ne
manque jamais de donner aux objets
des fituations riantes , des caractères
agréables , & aux figures des expreffions
douces , tendres , délicates , qui flattent
l'oeil , égayent l'efprit , féduifent le coeur.
11 eft donc conftant que les tableaux
comme celui - ci , repréfentans des femmes
dans l'âge de plaire , ont un appas
général. Cela eft aifé à concevoir ; tout
eft charmes , tout eft délices en elles :
elles font la production la plus touchante
, la plus exquife de la nature :
le plaifir anime leurs moindres mouvemens
, & la plupart de leurs actions acquierent
enfin un redoublement d'intérêt.
Notre Tableau devient ainfi un des
plus fatisfaifans ; il nous dépeint , comme
je vous l'écrivis , les Grâces qui fe
baignent dans la fontaine d'Acidalie.
Mais le Corrége les a épifodiquement
accompagnées de divers petits Génies
repréfentans les Amours , les Ris , les
Jeux , les Attraits dont elles font toujours
fuivies. Cupidon , ce redoutable
Dieu , voltige au-deffus des trois Divinités
:
JANVIER. 1763. 121
nités la Fontaine , le Ruiffeau qui en
naît , les Sites & les Arbres du Payfage
y paroiffent avoir été fi fimplement
conduits par la Nature , qu'on
croiroit encore voir ceux du temps de
l'âge d'or.
L'une des Grâces , que je préfume
être Aglaïa , comme la premiere d'entre
elles , occupe la principale place qui eſt
vers le milieu , un peu dans l'enfoncement.
Elle eft de face & debout fur le
bord du ruiffeau : elle a même un pied
dedans. D'une main elle s'appuye fur
le bras de fa compagne ; de l'autre ,
elle fe preffe le mammellon pour en
faire fortir du lait qu'elle répand dans
l'eau . Cette charmante figure ſe préfente
dans une attitude , dont le contour
eft d'une élégance achevée : elle
étale une gorge des mieux fournies , &
des hanches d'une parfaite conformation.
Son teint , dont l'éclatante couleur
eft des plus flatteufes , frappe vivement.
Ses cheveux dorés , & un voile incarnat
attaché fur l'épaule , flottent au gré des
zéphirs.
Quelle douce langueur ne nous montre-
t-elle pas ! De quelle grace , & avec
quelle fine expreffion n'épanche-t - elle
II. Vol. F
-122 MERCURE DE FRANCE .
pas
fon lait ? On croit voir couler du
nectar. Ses yeux languiffans , fa bouche
riante , & un certain air entre le tendre
& le mélancolique , la rendent touchante
& adorable. Auffi pourroit- on
dire que cette Gráce a plus de grâces que
les deux autres .
Cependant celle fur laquelle Aglaia
s'appuye , que nous nommerons Thalie
ne fe préfente pas moins agréablement ,
quoique de profil. La forme de fa
gorge , la coupe délicate de fa taille ,
ont des charmes qui féduifent & nous
prouvent ce qu'elle eft . Notre incomparable
Peintre ne l'auroit pas admiſe au
nombre des grâces , fi elle n'en eût été
pétrie. Elle tâtonne dans l'eau jufqu'à
moitié cuiffe ; & d'une forte
de flacon de cristal à l'antique , elle
répand fur la tête d'un des Jeux , fans
doute , quelque éffence odoriférante
dont le parfum imaginé femble embaumer
l'air qu'on refpire.
Non loin de-là un des Amours traîne
après foi Euphrofine dans la fontaine ,
celle des Graces qui nous montre le dos.
Elle marche en avant , & femble vouloir
s'élancer dans l'eau. Je n'ai guère
vu de dos mieux deffiné , ni d'une fi
JANVIER . 1763 . 123
charmante eurifthmie. Celui de la Vénus
de Medicis n'eft certainement pas d'une
plus belle proportion ; l'attitude en eft
gracieufe à l'extrême . Les parties de
formes ondoyantes ont je ne fai -quoi
de vif, de remuant , d'animé , qu'il n'eft
pas poffible de rencontrer fi bien
ailleurs. Elle eft de caractère léger , délicat
, tel que le charmant Corrége le
donne ordinairement aux Déeffes & aux
Nymphes.
Quelle légéreté ne remarque-t- on
pas dans l'Amour qui vole ? Sufpendu
dans les airs , il femble planer , pour
mieux ajufter fon coup . Le minois capricieux
& dépité , avec lequel il décoche
fon dard , eft d'une expreffion fi
vive , & fi naturelle , qu'en croyant
qu'il refpire véritablement , on ſe perfuaderoit
prefque être foi même en
butte à fes traits.
-
Notre aimable Artifte enfin , toujours
plus ingénieux à nous peindre les
mouvemens de la Nature , a mis entre
les mains d'un des Ris le brandon de
ce Dieu , que fans doute il vient de lui
dérober ; car de l'air avec lequel il fe
cache derrière Thalie l'on préfume
qu'il en eft l'efcamoteur. De plus ,
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
croyant mieux couvrir fon larcin , il
l'enfonce & l'éteint dans la fontaine
d'où s'éxhale une vapeur noire , qui
doit vraisemblablement le décéler. Cette
fumée eft caractérisée & coloriée avec
tant de vérité , qu'elle fait illufion au
point de nous perfuader que l'on entend
le même bouillonnement que produir
la flamme précipitée dans l'eau.
Tous ces petits Génies fe divertiffent
parmi elles ; l'un nâge , l'autre
plonge , l'un danfe , l'autre voltige , &
tous expriment certaines naïvetés fi ingénues
& fi enfantines , que l'Art reffemble
à la Nature même.
C'est en ces fortes de fituations
tendres que l'inimitable Corrége , excellemment
doué du talent merveilleux
de remuer les coeurs par la fineffe
des expreffions ,
a caractérisé en cet
intéreffant tableau différentes paffions.
Je ne finirois point , s'il falloit
vous détailler tous les agrémens que le
Corrége a donné aux objets de fa riante
peinture. On ne peut difconvenir que
toutes les idées qui compofent les tableaux
de ce grand Maître , ne foient nobles
, élevées , extraordinaires
, même
un peu bifarres : que le ftyle en eft fuJANVIER.
1763. 125
blime , les airs de tête finguliers & frappans
: cela eft habituel à notre favant
Artifte ; mais ce qui doit vous furpren
dre , ainfi qu'il m'étonné aujourd'hui
dans la compofition de celui-ci , c'eft
que contre fon ordinaire ce fécond génie
a chargé la fcène d'un nombre confidérable
de figures. Sa verve montée
fur le ton riant & badin' , y a caractériſé ,
d'une aimable gaieté , les principales
paffions . Sous ce nouveau crayon , devenues
plus attrayantes , elles m'ont
paru intéreffer jufqu'à féduire. Je pense
que c'eft ici le plus précieux morceau
qui foit forti de fes mains. Je me flatte
de n'être pas contredit, & nos vrais connoiffeurs
feront de mon opinion lorfqu'ils
l'auront vu . Mais pourquoi ne pas dire
un mot de fon furprenant coloris ? Je
ne puis paffer fous filence la partie ou
ce grand Maître nous a prefque fait
croire qu'un Ange conduifoit fon pinceau.
Tout enchanté dans cette délectable
peinture ; on y trouvé un ragoût
de couleurs , & une touche légère
qu'on ne voit pas même toujours dans
fes ouvrages. Tout y eft moelleux ;
tout y paroît tendre & merveilleux ;
mais en même temps quelle fraîcheur ,
?
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE .
quelle force de coloris ! quelle vérité ! &
quelle excellente manière d'empâter n'y
reconnoît-on pas ? Sa touche élégante
eft d'un fini qui fait fon effet de loin
comme de près. Le tout enfemble tenant
de la magie , a un relief & un
accord dont l'harmonie fe manifefte
généralement dans toutes les parties de
ce délicieux tableau , qui étonne &
fait l'admiration de nos Académiciens ,
ainfi
que de nos plus fins Amateurs.
J'ai l'honneur d'être , & c .
J. LUET DE BISCONTIN.
A Marseille , les Décembre 1762.
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Résumé : A M. DE LA PLACE, Auteur du MERCURE.
La lettre adressée à M. de La Place, auteur du Mercure, décrit un célèbre tableau du peintre Corrége, récemment acquis par la France. L'auteur de la lettre, M. Luet de Biscontin, ancien officier d'infanterie, admire ce tableau représentant les Grâces se baignant dans la fontaine d'Acidalie. Le tableau mesure quatre pieds un pouce de hauteur sur six pieds cinq pouces de largeur et est en excellent état malgré les sommes dépensées pour son acquisition. Luet de Biscontin souligne que les sujets galants, comme celui représenté, sont particulièrement captivants. Le tableau montre les Grâces accompagnées de divers petits génies représentant les Amours, les Rires, les Jeux et les Attraits. Cupidon plane au-dessus des trois divinités, et la scène est entourée de la fontaine, du ruisseau, des sites et des arbres du paysage, tous rendus avec une simplicité naturelle. La Grâce principale, présumée être Aglaïa, est décrite en détail : elle est debout sur le bord du ruisseau, appuyée sur une compagne, et presse son sein pour faire sortir du lait qu'elle répand dans l'eau. Sa posture, son teint éclatant, ses cheveux dorés et son voile incarnat sont soulignés pour leur élégance et leur douceur. Les autres Grâces, Thalie et Euphrosine, sont également admirées pour leurs formes et leurs attitudes gracieuses. Les petits génies sont représentés en train de se divertir, exprimant des naïvetés ingénues. Corrége est loué pour son talent à remuer les cœurs par la finesse des expressions et pour la richesse des idées nobles et élevées dans ses tableaux. Le coloris du tableau est particulièrement remarqué pour sa fraîcheur, sa force et sa vérité, avec une touche élégante et un fini exceptionnel. Le tableau est considéré comme un chef-d'œuvre, admiré par les Académiciens et les amateurs d'art.
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15841
p. 126-128
MUSIQUE. LETTRE de M. le LOUP, Éditeur des Récréations des POLHYMNIE, à l'Auteur du Mercure.
Début :
J'AI l'honneur de vous présenter le troisiéme Recueil de Polhymnie, dont [...]
Mots clefs :
Polymnie, Airs, Chants, Recueils
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texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE. LETTRE de M. le LOUP, Éditeur des Récréations des POLHYMNIE, à l'Auteur du Mercure.
MUSIQUE.
LETTRE de M. le LOUP , Éditeur des
Récréations des POLHYMNIE , à
l'Auteur du Mercure.
'AI l'honneur de vous préfenter le
troifiéme Recueil de Polhymnie , dont
la plupart des airs font ainfi que vous
l'avez annoncé , de la compofition de
M. Ponteau , Organifte de S. Jacques
de la Boucherie , & de S. Martin des
JANVIER. 1763 127
,
Champs. C'eſt un Eléve de feu M.
Forcroy , & qui a hérité des talens de
fon oncle , qui étoit célébre pour le
beau chant : vous jugerez en parcourant
fes airs . Il y en a auffi de M. le Jay
Maître de Mufique , ainfi que de M.
Hanot. Si j'en crois plufieurs perfonnes
de goût , ce recueil leur femble le meilleur
des trois . C'eſt au Public à en juger.
J'ofe vous fupplier feulement de
vouloir bien annoncer , que les marchands
de Province qui voudront s'adreffer
à moi pour les avoir , auront
lieu d'être fatisfaits des arrangemens que
je ferai avec eux . Je vous réitére mes
très-humbles remercimens de la manière
obligeante avec laquelle vous
avez annoncé ces recueils .
J'ai l'honneur d'être , & c.
LELOUP.
Premier Livre de piéces de clavecin
, compofé de fix fonates , par M.
Legrand , Organiſte de S. Germain des
Prés , prix , 9 liv.
Six divertiffemens , avec accompagnement
de deux violons ad libitum ,
par M. Wendenbochk , dédié à M.Jean-
François Kniff , premier Bourguemeftre
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
de la ville d'Anvers , prix , 12 livres.
Six due pour deux violons ou pardeffus
de viole , par M. Sebetosky ,
prix , 6 liv.
Méthode pour apprendre la Mufique ,
dont toutes les leçons font à deux parties
, par M. Rollay , prix , 9 liv .
.
Six Sonates pour le violoncelle , par
M. Natat-Refta , oeuvre premier . Prix ,
6. liv.
Le tout fe trouve à Paris , rue du
Roule , chez M. Lemenu , Marchand
de Mufique , à la clef d'or.
LETTRE de M. le LOUP , Éditeur des
Récréations des POLHYMNIE , à
l'Auteur du Mercure.
'AI l'honneur de vous préfenter le
troifiéme Recueil de Polhymnie , dont
la plupart des airs font ainfi que vous
l'avez annoncé , de la compofition de
M. Ponteau , Organifte de S. Jacques
de la Boucherie , & de S. Martin des
JANVIER. 1763 127
,
Champs. C'eſt un Eléve de feu M.
Forcroy , & qui a hérité des talens de
fon oncle , qui étoit célébre pour le
beau chant : vous jugerez en parcourant
fes airs . Il y en a auffi de M. le Jay
Maître de Mufique , ainfi que de M.
Hanot. Si j'en crois plufieurs perfonnes
de goût , ce recueil leur femble le meilleur
des trois . C'eſt au Public à en juger.
J'ofe vous fupplier feulement de
vouloir bien annoncer , que les marchands
de Province qui voudront s'adreffer
à moi pour les avoir , auront
lieu d'être fatisfaits des arrangemens que
je ferai avec eux . Je vous réitére mes
très-humbles remercimens de la manière
obligeante avec laquelle vous
avez annoncé ces recueils .
J'ai l'honneur d'être , & c.
LELOUP.
Premier Livre de piéces de clavecin
, compofé de fix fonates , par M.
Legrand , Organiſte de S. Germain des
Prés , prix , 9 liv.
Six divertiffemens , avec accompagnement
de deux violons ad libitum ,
par M. Wendenbochk , dédié à M.Jean-
François Kniff , premier Bourguemeftre
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
de la ville d'Anvers , prix , 12 livres.
Six due pour deux violons ou pardeffus
de viole , par M. Sebetosky ,
prix , 6 liv.
Méthode pour apprendre la Mufique ,
dont toutes les leçons font à deux parties
, par M. Rollay , prix , 9 liv .
.
Six Sonates pour le violoncelle , par
M. Natat-Refta , oeuvre premier . Prix ,
6. liv.
Le tout fe trouve à Paris , rue du
Roule , chez M. Lemenu , Marchand
de Mufique , à la clef d'or.
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Résumé : MUSIQUE. LETTRE de M. le LOUP, Éditeur des Récréations des POLHYMNIE, à l'Auteur du Mercure.
Le texte est une lettre de M. le Loup, éditeur des 'Récréations des Polhymnie', adressée à l'auteur du Mercure. Elle annonce la publication du troisième recueil de Polhymnie, principalement composé par M. Ponteau, organiste de Saint-Jacques de la Boucherie et de Saint-Martin. Ponteau est présenté comme un élève de feu M. Forcroy et héritier des talents de son oncle, connu pour son beau chant. Le recueil inclut également des airs de M. le Jay et M. Hanot. Plusieurs experts estiment ce recueil comme le meilleur des trois. M. le Loup propose des arrangements pour les marchands de province souhaitant acquérir ces recueils et remercie l'auteur du Mercure pour la promotion des précédents recueils. Le texte mentionne aussi plusieurs publications musicales disponibles à Paris, rue du Roule, chez M. Lemenu, marchand de musique. Ces publications incluent un premier livre de pièces de clavecin par M. Legrand, six divertissements avec accompagnement de deux violons par M. Wendenbochk, six duos pour deux violons ou pardessus de viole par M. Sebetosky, une méthode pour apprendre la musique par M. Rollay, et six sonates pour le violoncelle par M. Natat-Resta. Les prix de ces œuvres varient de 6 à 12 livres.
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15842
p. 128-129
GRAVURE.
Début :
CARTE des noms, armes & blasons des Archevêques & Evêques qui composent [...]
Mots clefs :
Cartes, Blasons, Archevêques, Évêques, Maître à écrire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
CARTE des noms , armes & blaſons
des Archevêques & Evêques qui compofent
le Clergé de France , tel qu'il
eft actuellement , avec ceux des Généraux
des Ordres & Grands - Prieurs de
France , par le fieur Dubuiffon Généalogifte
& Doreur du Roi. On y a
joint leur taxe en Cour de Rome &
leurs revenus. Cette Carte eft très - commode
, par les changemens que l'on y
peut faire , en mettant un écuffon à la
place d'un autre , ce qui la rend perpétuelle.
Prix , 30 fols , chez le fieur
JANVIER 1763. 129
Dubuiffon , rue S. Jacques , vis -à-vis
S. Benoît.
PIECES de principes d'écriture , par
le fieur Rochon , Maître à écrire & d'Arithmétique
à Verfailles. Ces deux Piéces
, gravées fur une feule feuille , renferment
généralement tout ce qui concerne
l'écriture . Elles font dédiées à M.
le Comte de Noailles , & fe vendent
chez l'Auteur même , à Versailles.
CARTE des noms , armes & blaſons
des Archevêques & Evêques qui compofent
le Clergé de France , tel qu'il
eft actuellement , avec ceux des Généraux
des Ordres & Grands - Prieurs de
France , par le fieur Dubuiffon Généalogifte
& Doreur du Roi. On y a
joint leur taxe en Cour de Rome &
leurs revenus. Cette Carte eft très - commode
, par les changemens que l'on y
peut faire , en mettant un écuffon à la
place d'un autre , ce qui la rend perpétuelle.
Prix , 30 fols , chez le fieur
JANVIER 1763. 129
Dubuiffon , rue S. Jacques , vis -à-vis
S. Benoît.
PIECES de principes d'écriture , par
le fieur Rochon , Maître à écrire & d'Arithmétique
à Verfailles. Ces deux Piéces
, gravées fur une feule feuille , renferment
généralement tout ce qui concerne
l'écriture . Elles font dédiées à M.
le Comte de Noailles , & fe vendent
chez l'Auteur même , à Versailles.
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Résumé : GRAVURE.
Le document présente deux annonces. La première concerne une gravure de Dubuiffon, généalogiste du Roi, montrant les noms, armes et blasons des archevêques, évêques, généraux des ordres et grands-prieurs de France, avec leurs taxes et revenus. Elle est modifiable et vendue 30 sols en 1763. La seconde annonce concerne des pièces d'écriture de Rochon, maître à écrire à Versailles, dédiées au Comte de Noailles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15843
p. 129-136
OBSERVATION sur un vice éssentiel des charrues, & Éssai fur la construction d'une nouvelle qui fera plus d'ouvrage sans augmenter la dépense. Par M. PIOGER, Gentilhomme, demeurant à Andrezy.
Début :
LA nécessité des labours est reconnue des anciens Cultivateurs & des modernes [...]
Mots clefs :
Pouces, Terre, Charrues, Chevaux, Cylindres, Tirage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OBSERVATION sur un vice éssentiel des charrues, & Éssai fur la construction d'une nouvelle qui fera plus d'ouvrage sans augmenter la dépense. Par M. PIOGER, Gentilhomme, demeurant à Andrezy.
AGRICULTURE.
OBSERVATION fur un vice éffentiel
des charrues , & Éſai fur la conftruction
d'une nouvelle qui fera plus d'ouvrage
fans augmenter la dépenfe. Par
M. PIOGER , Gentilhomme , demes
rant à Andrezy.
LA néceffité des labours eft reconnue
des anciens Cultivateurs & des mot
dernes ; cependant les Fermiers les plus
intelligens & les plus actifs ne peuven
pas en donner à toutes leurs terres au
Fv
130 MERCURE DE FRANCE .
tant qu'elles en auroient befoin . La
plûpart de leurs bleds ne reçoivent que
trois façons & leurs mars une , & quelquefois
deux pour les orges.
Ce défaut dans l'état actuel vient du
temps , parce que l'on ne peut labourer
lorfque la terre eft humide. Ainfi les ,
pluies , les neiges , interrompent les
travaux pour long-temps. La gelée &
la trop grande féchereffe y forment auffi
un obftacle , parce que la terre ne peut
alors être entamée & ce manque
de labours en général diminue de beaucoup
toutes les récoltes.
il
Pour parer à ces inconvéniens ,
faudroit avoir toujours une température
à fouhait , ce qui ne peut arriver
ou bien que chaque Fermier doublât
fes harnois , ce qui eft impoffible encore
, parce que cela pourroit lui occafionner
plus de dépenfe que de profit ,
fuivant fa culture actuelle ; ou enfin
que l'on rectifiât les charrues,ce qui n'eſt
pas impoffible , & fur quoi je vais faire
des obfervations & propofer mes idées ;
enforte que fans nouvelle dépenſe elles
puiffent doubler & tripler leurs befognes
ordinaires lorfqu'on le fouhaitera.
La charrue à tourne - oreille eft montée
fur deux roues de vingt- quatre à
JANVIER. 1763. 131
vingt-fix pouces , & eft tirée par deux
chevaux , & fon foc ouvre à chaque
raye fix pouces ou environ , & cette
charrue ne fait pas fon arpent par jour
ordinairement .
Celle que l'on nomme à verfoir eft
pareillement montée fur deux roues de
vingt-fix pouces. Son foc ouvre neuf ,
dix & onze pouces par raye , & eft attelée
de trois chevaux , & elle ne fait
guère plus de fon arpent par jour.
Comme ces deux charrues font les
moins défectueufes de toutes , je parlerai
feulement de celles-ci ; pour en faire
voir le vice radical , & indiquer les
moyens de les rectifier.
Les roues ont été pratiquées pour fervir
de leviers & faciliter le tirage ; &
plus les leviers font longs , plus ils
donnent de force contre la puiffance ,
& le tirage en eft plus facile.
Si nos charrues ne font pas plus expéditives
, c'eft que les leviers qui y.
font joints n'ont que douze à treize
pouces de haut , & voilà le vice radi
cal. Doublez ou triplez la longueur des
leviers , vous aurez facilité pour le travail
du double ou du triple.
pas Si jufqu'à préfent l'on n'a
rectifié ce défaut , c'est que l'on a
F vj
132 MERCURE DE FRANCE .
craint apparemment de ne pouvoir plus
remuer la charrue avec la même facilité.
Mais je vais lever cet obftacle
un nouvel avantage pour la
facilité du tirage.
avec
Lorfque l'on triplera la hauteur des
roues , les chevaux pourront tirer trois
focs avec autant de facilité que le feul
qu'ils tirent à préfent , fur- tout s'ils font
tels que ceux de Meffieurs Duhamel
de Chateauvieux & de la Leverie , qui
ouvrent dix pouces à chaque raye. Ainfi
voilà déja le moyen de tripler l'ouvrage
fans nouvelle dépenfe ; mais j'ai encore
d'autres ajuftemens à propofer qui en
faciliteront le travail .
Pour y parvenir, j'ajouterai deux brancards
& deux roues de derriere pareilles
à celles de devant. Les brancards & les
éffieux feront de longueur néceffaire
pour contenir au dedans le batis de la
charrue à fix focs , & fur le devant l'on
mettra un timon fixe , afin de la faire
manoeuvrer à volonté par les quatre
chevaux qui la tiveront. Et enfin pour
procurer un tirage plus aifé, j'ajouterai
aux roues la force des poulies ; dans
le moyeu de chaque roue l'on pofera
trois cylindres de cuivre roulans fur
eux-mêmes , & fixant par un triangle
JANVIER 1763.. 133
parfait l'effieu qui traverſe le moyeu ;
enforte que le tirage de chaque roue
en fera diminué confidérablement.
-Les travaillans de cette charrue peuvent
être ajustés de différentes maniè
res ; mais il est toujours indifpenfable
de mettre des coultres en avant à qua
tre pouces l'un de l'autre , & je vou- .
drois qu'ils priffent les focs par les côtés
plutôt que par les milieux ; enfuite
je mettrois fur deux lignes les pattesd'oyes
de M. de Chateauvieux , qui
portent un coutre en avant. Ces pattesd'oye
plus étroites que les fiennes
fouilleront & fouleveront aifément une
terre bien coupée par les coutres , &
enfuite les focs que j'ai indiqués renver
feroient la terre avec facilité ; ou encore
après la ligne des coutres je mettrois
les pattes-d'oyes par étage fur deux
lignes , & chaque ligne foulevant la .
terre à deux , à trois pouces feulement ,
les focs qui viendroient enfuire renverferoient
fix pouces de terre , fans qu'il
en coutât plus de force que pour trois
ou quatre pouces ; ou bien j'établirois
fimplement fix focs de M. de la Leverie.
avec leurs coutres fur deux lignes , qui
renverferoient de même cinq pieds de
terre d'un feul trait.
134 MERCURE DE FRANCE .
1
Sous les brancards de cette charrue
& par-devant , des tenons recevront les
bras ronds de différens cylindres de
groffeur & percés de maniere à recevoir
les haies des coutres , pattes- d'oye
& focs. Comme je retranche les manches
à dix-huit pouces de leur naiffance,
il feroit placé néanmoins dans ces dixhuit
pouces , en-dedans & en dehors
de forts anneaux : à ceux du dedans feroit
attachée une corde d'un pouce de
circonférence , qui garniroit fur le devant
un treuil dont les leviers iroient à
la main du chartier , qui appuyant deffus
, tiendroit en terre à la profondeur
qu'il jugeroit à propos , les travaillans
de cette charrue. Aux anneaux , en -dehors
, feroient attachées pareilles cordes
, qui garniffans un treuil fur le derrière
, dont les leviers pourroient d'un
feul coup élever tous les travaillans de
cette machine , qui feroit conduite où
on le defireroit , fans que rien touchât à
terre .
Je ne décris pas plufieurs autres ajuftemens
particuliers , que chacun peut
faire fuivant fa volonté.
Pour ménager les forces & la peine
du charretier , & pour que l'ouvrage
allât plus vîte , l'ou pourroit fur le der- .
JANVIER. 1763. 135
rière ajufter une fcellette , fur laquelle
il feroit affis : mais comme il y auroit à
craindre qu'après s'être amufé il ne furmenât
les chevaux , chacun fera auffi
fur cet article ce qu'il jugera à propos.
Comme cette charrue ne pourroit pas
travailler fur des côtes un peu roides ou
autres endroits difficiles , l'on pourra
alors employer le tourne- oreille ; mais je
voudrois que dans les moyeux des roues
fuffent placés les trois cylindres de la
manière que j'ai recommandé : cette
charrue ayant moins de tirage , feroit
plus expéditive.
Batte à grains.
J'imaginai il y a deux ans une batte
à grains très-fimple , qui auroit'expédié
beaucoup. J'ai négligé jufqu'au mois de
Juillet dernier cette machine , dont j'ai
envoyé le modéle à Meffieurs de la Société
de Bretagne ; mais comme différentes
perfonnes en ont conftruit de
bonnes , je n'en dirai rien ici . Si MM.
de Bretagne la trouvent de quelque
utilité , ils en parleront.
136 MERCURE DE FRANCE .
Caroffes & autres voitures .
Il feroit poffible de rendre légéres
toutes fortes de voitures en plaçant les
cylindres dans le moyeu des roues ,
comme je l'ai remarqué , ou bien de
faire tourner l'effieu fur les cylindres :
deux chevaux f roient aifément l'ouvrage
de quatre..
OBSERVATION fur un vice éffentiel
des charrues , & Éſai fur la conftruction
d'une nouvelle qui fera plus d'ouvrage
fans augmenter la dépenfe. Par
M. PIOGER , Gentilhomme , demes
rant à Andrezy.
LA néceffité des labours eft reconnue
des anciens Cultivateurs & des mot
dernes ; cependant les Fermiers les plus
intelligens & les plus actifs ne peuven
pas en donner à toutes leurs terres au
Fv
130 MERCURE DE FRANCE .
tant qu'elles en auroient befoin . La
plûpart de leurs bleds ne reçoivent que
trois façons & leurs mars une , & quelquefois
deux pour les orges.
Ce défaut dans l'état actuel vient du
temps , parce que l'on ne peut labourer
lorfque la terre eft humide. Ainfi les ,
pluies , les neiges , interrompent les
travaux pour long-temps. La gelée &
la trop grande féchereffe y forment auffi
un obftacle , parce que la terre ne peut
alors être entamée & ce manque
de labours en général diminue de beaucoup
toutes les récoltes.
il
Pour parer à ces inconvéniens ,
faudroit avoir toujours une température
à fouhait , ce qui ne peut arriver
ou bien que chaque Fermier doublât
fes harnois , ce qui eft impoffible encore
, parce que cela pourroit lui occafionner
plus de dépenfe que de profit ,
fuivant fa culture actuelle ; ou enfin
que l'on rectifiât les charrues,ce qui n'eſt
pas impoffible , & fur quoi je vais faire
des obfervations & propofer mes idées ;
enforte que fans nouvelle dépenſe elles
puiffent doubler & tripler leurs befognes
ordinaires lorfqu'on le fouhaitera.
La charrue à tourne - oreille eft montée
fur deux roues de vingt- quatre à
JANVIER. 1763. 131
vingt-fix pouces , & eft tirée par deux
chevaux , & fon foc ouvre à chaque
raye fix pouces ou environ , & cette
charrue ne fait pas fon arpent par jour
ordinairement .
Celle que l'on nomme à verfoir eft
pareillement montée fur deux roues de
vingt-fix pouces. Son foc ouvre neuf ,
dix & onze pouces par raye , & eft attelée
de trois chevaux , & elle ne fait
guère plus de fon arpent par jour.
Comme ces deux charrues font les
moins défectueufes de toutes , je parlerai
feulement de celles-ci ; pour en faire
voir le vice radical , & indiquer les
moyens de les rectifier.
Les roues ont été pratiquées pour fervir
de leviers & faciliter le tirage ; &
plus les leviers font longs , plus ils
donnent de force contre la puiffance ,
& le tirage en eft plus facile.
Si nos charrues ne font pas plus expéditives
, c'eft que les leviers qui y.
font joints n'ont que douze à treize
pouces de haut , & voilà le vice radi
cal. Doublez ou triplez la longueur des
leviers , vous aurez facilité pour le travail
du double ou du triple.
pas Si jufqu'à préfent l'on n'a
rectifié ce défaut , c'est que l'on a
F vj
132 MERCURE DE FRANCE .
craint apparemment de ne pouvoir plus
remuer la charrue avec la même facilité.
Mais je vais lever cet obftacle
un nouvel avantage pour la
facilité du tirage.
avec
Lorfque l'on triplera la hauteur des
roues , les chevaux pourront tirer trois
focs avec autant de facilité que le feul
qu'ils tirent à préfent , fur- tout s'ils font
tels que ceux de Meffieurs Duhamel
de Chateauvieux & de la Leverie , qui
ouvrent dix pouces à chaque raye. Ainfi
voilà déja le moyen de tripler l'ouvrage
fans nouvelle dépenfe ; mais j'ai encore
d'autres ajuftemens à propofer qui en
faciliteront le travail .
Pour y parvenir, j'ajouterai deux brancards
& deux roues de derriere pareilles
à celles de devant. Les brancards & les
éffieux feront de longueur néceffaire
pour contenir au dedans le batis de la
charrue à fix focs , & fur le devant l'on
mettra un timon fixe , afin de la faire
manoeuvrer à volonté par les quatre
chevaux qui la tiveront. Et enfin pour
procurer un tirage plus aifé, j'ajouterai
aux roues la force des poulies ; dans
le moyeu de chaque roue l'on pofera
trois cylindres de cuivre roulans fur
eux-mêmes , & fixant par un triangle
JANVIER 1763.. 133
parfait l'effieu qui traverſe le moyeu ;
enforte que le tirage de chaque roue
en fera diminué confidérablement.
-Les travaillans de cette charrue peuvent
être ajustés de différentes maniè
res ; mais il est toujours indifpenfable
de mettre des coultres en avant à qua
tre pouces l'un de l'autre , & je vou- .
drois qu'ils priffent les focs par les côtés
plutôt que par les milieux ; enfuite
je mettrois fur deux lignes les pattesd'oyes
de M. de Chateauvieux , qui
portent un coutre en avant. Ces pattesd'oye
plus étroites que les fiennes
fouilleront & fouleveront aifément une
terre bien coupée par les coutres , &
enfuite les focs que j'ai indiqués renver
feroient la terre avec facilité ; ou encore
après la ligne des coutres je mettrois
les pattes-d'oyes par étage fur deux
lignes , & chaque ligne foulevant la .
terre à deux , à trois pouces feulement ,
les focs qui viendroient enfuire renverferoient
fix pouces de terre , fans qu'il
en coutât plus de force que pour trois
ou quatre pouces ; ou bien j'établirois
fimplement fix focs de M. de la Leverie.
avec leurs coutres fur deux lignes , qui
renverferoient de même cinq pieds de
terre d'un feul trait.
134 MERCURE DE FRANCE .
1
Sous les brancards de cette charrue
& par-devant , des tenons recevront les
bras ronds de différens cylindres de
groffeur & percés de maniere à recevoir
les haies des coutres , pattes- d'oye
& focs. Comme je retranche les manches
à dix-huit pouces de leur naiffance,
il feroit placé néanmoins dans ces dixhuit
pouces , en-dedans & en dehors
de forts anneaux : à ceux du dedans feroit
attachée une corde d'un pouce de
circonférence , qui garniroit fur le devant
un treuil dont les leviers iroient à
la main du chartier , qui appuyant deffus
, tiendroit en terre à la profondeur
qu'il jugeroit à propos , les travaillans
de cette charrue. Aux anneaux , en -dehors
, feroient attachées pareilles cordes
, qui garniffans un treuil fur le derrière
, dont les leviers pourroient d'un
feul coup élever tous les travaillans de
cette machine , qui feroit conduite où
on le defireroit , fans que rien touchât à
terre .
Je ne décris pas plufieurs autres ajuftemens
particuliers , que chacun peut
faire fuivant fa volonté.
Pour ménager les forces & la peine
du charretier , & pour que l'ouvrage
allât plus vîte , l'ou pourroit fur le der- .
JANVIER. 1763. 135
rière ajufter une fcellette , fur laquelle
il feroit affis : mais comme il y auroit à
craindre qu'après s'être amufé il ne furmenât
les chevaux , chacun fera auffi
fur cet article ce qu'il jugera à propos.
Comme cette charrue ne pourroit pas
travailler fur des côtes un peu roides ou
autres endroits difficiles , l'on pourra
alors employer le tourne- oreille ; mais je
voudrois que dans les moyeux des roues
fuffent placés les trois cylindres de la
manière que j'ai recommandé : cette
charrue ayant moins de tirage , feroit
plus expéditive.
Batte à grains.
J'imaginai il y a deux ans une batte
à grains très-fimple , qui auroit'expédié
beaucoup. J'ai négligé jufqu'au mois de
Juillet dernier cette machine , dont j'ai
envoyé le modéle à Meffieurs de la Société
de Bretagne ; mais comme différentes
perfonnes en ont conftruit de
bonnes , je n'en dirai rien ici . Si MM.
de Bretagne la trouvent de quelque
utilité , ils en parleront.
136 MERCURE DE FRANCE .
Caroffes & autres voitures .
Il feroit poffible de rendre légéres
toutes fortes de voitures en plaçant les
cylindres dans le moyeu des roues ,
comme je l'ai remarqué , ou bien de
faire tourner l'effieu fur les cylindres :
deux chevaux f roient aifément l'ouvrage
de quatre..
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Résumé : OBSERVATION sur un vice éssentiel des charrues, & Éssai fur la construction d'une nouvelle qui fera plus d'ouvrage sans augmenter la dépense. Par M. PIOGER, Gentilhomme, demeurant à Andrezy.
Le texte aborde l'importance des labours en agriculture et les défis rencontrés par les fermiers pour les réaliser de manière optimale. Les fermiers les plus compétents ne peuvent pas labourer toutes leurs terres autant que nécessaire, souvent en raison des conditions météorologiques défavorables telles que les pluies, les neiges, les gelées et la sécheresse, qui interrompent les travaux. Cette situation réduit considérablement les récoltes. Pour remédier à ces problèmes, l'auteur propose d'améliorer les charrues existantes. Il observe que les charrues actuelles, comme la charrue à tourne-oreille et la charrue à versoir, sont inefficaces en raison de la faible hauteur de leurs leviers. Il suggère de doubler ou tripler cette hauteur pour faciliter le travail. De plus, il propose d'ajouter des brancards et des roues supplémentaires, ainsi que des poulies pour réduire l'effort de traction. Ces modifications permettraient aux chevaux de tirer plusieurs socs avec la même facilité, augmentant ainsi la productivité sans coût supplémentaire. L'auteur décrit également des ajustements possibles pour les outils de travail de la charrue, comme l'ajout de coutres et de pattes-d'oyes pour mieux retourner la terre. Il mentionne également une batte à grains qu'il a imaginée mais qu'il ne décrit pas en détail, ainsi que des améliorations possibles pour les voitures agricoles afin de les rendre plus légères et efficaces.
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15844
p. 136-141
SPECTACLES de la Cour à Versailles.
Début :
Le 29 Décembre, le Milicien, Comédie nouvelle, en un acte, mêlée [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Opéra bouffon, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES de la Cour à Versailles.
SPECTACLES de la Cour à Versailles.
LE
29 E 29 Décembre
* le Milicien , Comédie
nouvelle , en un acte
*
, mêlée
d'Ariettes , fut repréfentée pour la premiere
fois par les Comédiens Italiens ,
fur le Théâtre de la Cour. Cette Piéce ,
dans le genre moderne des Opéra bouffons
, n'avoit point encore été repré- ,
fentée à Paris, Les Paroles font du fieur
ANSEAUME ; la Mufique du fieur Du-
NY. Elle étoit précédée de quelqu'autre
Piéce du Répertoire courant.
JANVIER. 1763. 137:
Les Acteurs de la Piéce nouvelle étoient
la Dlle LA RUETTE , les fieurs
CAILLOT , CLAIRVAL , DEHESSE
& DESBROSSES.
Le Jeudi 30 , les Coméniens François
repréfenterent , fur le même Théâtre
, le Mariage fait & rompu , Comédie
en Vers en trois Actes , du feu ficur
DUFRESNI. (a) Cette Comédie fut trèsbien
jouée par les mêmes Acteurs qui
la jouent à Paris lorfqu'on la reprend &
parut amufer beaucoup.
On éxécuta enfuite un Acte d'Opéra
intitulé Philémon & Baucis , extrait
du Ballet de la Paix , (b) Poëme du
fieur Roi , Mufique des fieurs REBEL
& FRANCOEUR , Surintendans de la
Mufique du Roi . Le fieur GELIOTE Y
chanta le Rôle de Philémon & la Dile
ARNOULT celui de Baucis. Les fieurs
LARRIVÉÉ & PILOT , ceux de Jupiter
& de Mercure traveltis .
Cet Acte charmant en paroles & en
mufique › par l'expreffion d'un fentiment
naïf , mais délicat & touchant
dans le Rôle de Baucis , étoit très-bien
choifi pour faire valoir le genre de ta→
lent de la Dlle ARNOULT . Le fieur
( a ) En 1721. pour la premiere fois.
(b ) En 1738, ( 25 Mai, ')
138 MERCURE DE FRANCE .
GELIOTE, avoit fuppléé au peu d'étendue
de fón Rôle dans cet A&te , par une
Cantatille ajoutée au Divertiffement
d'une affez grande longueur, & qu'il éxécuta
avec l'art & l'agrément de la voix
dont on le connoît capable. Un choix
très-agréable d'airs , des mêmes Auteurs
de l'Acte , en ornoit & en étendoit le
Divertiffement. La Dlle LANI a dánfé
des pas feule où elle a fait autant de
plaifir que fi la perfection de fes talens
n'eût pas été déjà connue. Les
principales Entrées ont été danſées par
le's Diles DUMONCEAU , LAFONT &
PESLIN , & les fieurs LAVAL & GARDEL.
*
On fçait que le Théâtre de la Cour
à Verfailles n'eft qu'une efpéce de
Salle particuliere , en attendant la parfaite
conftruction d'une Salle de Spectacles
relative à la grandeur & à la magnificence
de ce fuperbe Palais. Jufqu'à
préfent le lieu où repréfentoient les
Acteurs n'y avoit été que comme une
Eftrade , dreffée dans une Chambre
poury jouer familiérement la Comédie.
On vient , en dernier lieu , d'y établir
un Théâtre avec des Chaffis de côté , &
tout ce qui peut admettre des Décorations;
mais on n'en doit pas moins d'éJANVIER.
1763. 139
loges aux foins induftrieux de ceux
qui dirigent ces Décorations , de trouver
les moyens , dans un efpace auffi
borné par toutes les dimenfions , d'y
opérer les changemens convenables aux
Repréfentations d'Opéra. Dans l'Acte
dont on vient de parler , un Palais defcendu
du Ciel par la puiffance de Jupiter
fuccéde à un Hameau. Ce Palais
étoit garni de diamants & de Pierreries
dans fa totalité , ainfi que l'étoit une des
parties feulement, d'un Palais de Vénus ,
au Théâtre de Fontainebleau ( c ) dans .
la repréfentation de Pfyché. Celui- ci
étant d'un ordre d'Architecture différent
, la diftribution des Pierréries étoit
différente. On doit encore cette difpofition
& l'entiere éxécution de ces britlans
ornemens au fieur LEVÊQUE
Garde-Magafin- Général des Menus-
Plaifirs du Roi , duquel nous avons
parlé dans notre relation des Spectacles
de Fontainebleau , & dont le travail a
mérité les mêmes éloges en cette occafion.
•
Ces derniers Spectacles ont terminé
l'année fous les ordres de M. le Duc
D'AUMONT , Pair de France , premier
( c) Voyez le Mercure de Décembre. Art. des
Spectacles.
140 MERCURE DE FRANCE.
Gentilhomme de la Chambre du Roi ,
alors en éxercice .
un :
On donnera dans le Mercure de Février
, le détail des Spectacles du commencement
de la préfente année.
Nous allons inférer ici , comme nous
l'avions précédemment annoncé
état des perfonnes employées à la Direction
des principales parties des Spectacles
du Roi , afin de n'être pas obligés
d'en charger chaque article
les cas de mutation.
fauf
Les fieurs REBEL & FRANCOEUR ,
Surintendans de la Mufique du Roi ,
chacun dans le femeftre de leur éxercice
. Pour la difpofition , Direction &
éxécution de tout ce qui concerne la
Mufique , & en adjonction à ce fervice
, le fieur DE BURI , Surintendant
en furvivance . Les fieurs LAVAL père
& fils , Maîtres des Ballets de fa Majef
té , pour la compofition & Direction
des Danfes.
Le fieur Michel- Ange SLODTZ , célébre
Sculpteur, Deffinateur du Cabinet du
Roi , pour les Compofitions & Deffeins
de ce qui concerne le Décore. Les fieurs
ARNOULT & GIRAULD , pour la Direction
des Décorations , Invention
Jeu & conduite de toutes les Machines.
,
JANVIER. 1763. 141
Le fieur LECUYER , Panacher du Roi , dont le
goût & les talens finguliers pour la monture des
Plumes , font connus dans plufieurs Cours de
l'Europe , eft le feul à Paris de cette profeffion ,
qui foit chargé de l'arrangement des coeffures à
tous les Théâtres & Spectacles du Roi.
LE
29 E 29 Décembre
* le Milicien , Comédie
nouvelle , en un acte
*
, mêlée
d'Ariettes , fut repréfentée pour la premiere
fois par les Comédiens Italiens ,
fur le Théâtre de la Cour. Cette Piéce ,
dans le genre moderne des Opéra bouffons
, n'avoit point encore été repré- ,
fentée à Paris, Les Paroles font du fieur
ANSEAUME ; la Mufique du fieur Du-
NY. Elle étoit précédée de quelqu'autre
Piéce du Répertoire courant.
JANVIER. 1763. 137:
Les Acteurs de la Piéce nouvelle étoient
la Dlle LA RUETTE , les fieurs
CAILLOT , CLAIRVAL , DEHESSE
& DESBROSSES.
Le Jeudi 30 , les Coméniens François
repréfenterent , fur le même Théâtre
, le Mariage fait & rompu , Comédie
en Vers en trois Actes , du feu ficur
DUFRESNI. (a) Cette Comédie fut trèsbien
jouée par les mêmes Acteurs qui
la jouent à Paris lorfqu'on la reprend &
parut amufer beaucoup.
On éxécuta enfuite un Acte d'Opéra
intitulé Philémon & Baucis , extrait
du Ballet de la Paix , (b) Poëme du
fieur Roi , Mufique des fieurs REBEL
& FRANCOEUR , Surintendans de la
Mufique du Roi . Le fieur GELIOTE Y
chanta le Rôle de Philémon & la Dile
ARNOULT celui de Baucis. Les fieurs
LARRIVÉÉ & PILOT , ceux de Jupiter
& de Mercure traveltis .
Cet Acte charmant en paroles & en
mufique › par l'expreffion d'un fentiment
naïf , mais délicat & touchant
dans le Rôle de Baucis , étoit très-bien
choifi pour faire valoir le genre de ta→
lent de la Dlle ARNOULT . Le fieur
( a ) En 1721. pour la premiere fois.
(b ) En 1738, ( 25 Mai, ')
138 MERCURE DE FRANCE .
GELIOTE, avoit fuppléé au peu d'étendue
de fón Rôle dans cet A&te , par une
Cantatille ajoutée au Divertiffement
d'une affez grande longueur, & qu'il éxécuta
avec l'art & l'agrément de la voix
dont on le connoît capable. Un choix
très-agréable d'airs , des mêmes Auteurs
de l'Acte , en ornoit & en étendoit le
Divertiffement. La Dlle LANI a dánfé
des pas feule où elle a fait autant de
plaifir que fi la perfection de fes talens
n'eût pas été déjà connue. Les
principales Entrées ont été danſées par
le's Diles DUMONCEAU , LAFONT &
PESLIN , & les fieurs LAVAL & GARDEL.
*
On fçait que le Théâtre de la Cour
à Verfailles n'eft qu'une efpéce de
Salle particuliere , en attendant la parfaite
conftruction d'une Salle de Spectacles
relative à la grandeur & à la magnificence
de ce fuperbe Palais. Jufqu'à
préfent le lieu où repréfentoient les
Acteurs n'y avoit été que comme une
Eftrade , dreffée dans une Chambre
poury jouer familiérement la Comédie.
On vient , en dernier lieu , d'y établir
un Théâtre avec des Chaffis de côté , &
tout ce qui peut admettre des Décorations;
mais on n'en doit pas moins d'éJANVIER.
1763. 139
loges aux foins induftrieux de ceux
qui dirigent ces Décorations , de trouver
les moyens , dans un efpace auffi
borné par toutes les dimenfions , d'y
opérer les changemens convenables aux
Repréfentations d'Opéra. Dans l'Acte
dont on vient de parler , un Palais defcendu
du Ciel par la puiffance de Jupiter
fuccéde à un Hameau. Ce Palais
étoit garni de diamants & de Pierreries
dans fa totalité , ainfi que l'étoit une des
parties feulement, d'un Palais de Vénus ,
au Théâtre de Fontainebleau ( c ) dans .
la repréfentation de Pfyché. Celui- ci
étant d'un ordre d'Architecture différent
, la diftribution des Pierréries étoit
différente. On doit encore cette difpofition
& l'entiere éxécution de ces britlans
ornemens au fieur LEVÊQUE
Garde-Magafin- Général des Menus-
Plaifirs du Roi , duquel nous avons
parlé dans notre relation des Spectacles
de Fontainebleau , & dont le travail a
mérité les mêmes éloges en cette occafion.
•
Ces derniers Spectacles ont terminé
l'année fous les ordres de M. le Duc
D'AUMONT , Pair de France , premier
( c) Voyez le Mercure de Décembre. Art. des
Spectacles.
140 MERCURE DE FRANCE.
Gentilhomme de la Chambre du Roi ,
alors en éxercice .
un :
On donnera dans le Mercure de Février
, le détail des Spectacles du commencement
de la préfente année.
Nous allons inférer ici , comme nous
l'avions précédemment annoncé
état des perfonnes employées à la Direction
des principales parties des Spectacles
du Roi , afin de n'être pas obligés
d'en charger chaque article
les cas de mutation.
fauf
Les fieurs REBEL & FRANCOEUR ,
Surintendans de la Mufique du Roi ,
chacun dans le femeftre de leur éxercice
. Pour la difpofition , Direction &
éxécution de tout ce qui concerne la
Mufique , & en adjonction à ce fervice
, le fieur DE BURI , Surintendant
en furvivance . Les fieurs LAVAL père
& fils , Maîtres des Ballets de fa Majef
té , pour la compofition & Direction
des Danfes.
Le fieur Michel- Ange SLODTZ , célébre
Sculpteur, Deffinateur du Cabinet du
Roi , pour les Compofitions & Deffeins
de ce qui concerne le Décore. Les fieurs
ARNOULT & GIRAULD , pour la Direction
des Décorations , Invention
Jeu & conduite de toutes les Machines.
,
JANVIER. 1763. 141
Le fieur LECUYER , Panacher du Roi , dont le
goût & les talens finguliers pour la monture des
Plumes , font connus dans plufieurs Cours de
l'Europe , eft le feul à Paris de cette profeffion ,
qui foit chargé de l'arrangement des coeffures à
tous les Théâtres & Spectacles du Roi.
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Résumé : SPECTACLES de la Cour à Versailles.
Le 29 décembre, la pièce 'Le Milicien', une comédie mêlée d'ariettes, a été représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens au Théâtre de la Cour de Versailles. Cette œuvre, du genre des opéras bouffons, n'avait jamais été jouée à Paris auparavant. Les paroles étaient de Fleury Anseau et la musique de Du Ny. Les acteurs principaux étaient Mlle La Ruette, les sieurs Caillot, Clairval, Dehesse et Desbrosses. Le 30 décembre, les Comédiens Français ont joué 'Le Mariage fait et rompu', une comédie en vers en trois actes de Dufresny, très bien accueillie par le public. Ensuite, un acte d'opéra intitulé 'Philémon et Baucis', extrait du ballet 'La Paix', a été exécuté. Ce poème du roi, avec la musique de Rebel et Francoeur, a été interprété par Gelotte dans le rôle de Philémon et Mlle Arnoult dans celui de Baucis. Les rôles de Jupiter et de Mercure étaient joués par Larrivée et Pilot. La pièce a été suivie d'une danse par Mlle Lani et d'entrées dansées par les demoiselles Dumonceau, Lafont et Peslin, ainsi que par les sieurs Laval et Gardel. Le Théâtre de la Cour à Versailles était alors une salle particulière en attendant la construction d'une salle de spectacles plus adaptée. Des améliorations récentes ont permis d'ajouter des chaises et des décorations, mais des défis subsistent pour les changements de décors, notamment pour les représentations d'opéra. Par exemple, un palais descendant du ciel a succédé à un hameau dans l'acte mentionné. Les décorations, notamment les pierreries, ont été réalisées par Levéque, Garde-Magasin Général des Menus-Plaisirs du Roi. Ces spectacles ont marqué la fin de l'année sous la direction du Duc d'Aumont, Pair de France et premier Gentilhomme de la Chambre du Roi. Les responsables des différentes parties des spectacles du Roi ont été listés, incluant Rebel et Francoeur pour la musique, Laval père et fils pour les danses, Michel-Ange Slodtz pour les décorations, et Lecuyer pour les coiffures.
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15845
p. 141-147
OPERA.
Début :
L'ACADÉMIE Royale de Musique a donné le Mardi 11 du présent mois [...]
Mots clefs :
Ballets, Applaudissements, Temple, Machines cylindriques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
L'ACADÉMIE Royale de Mufique
a donné le Mardi 11 du préfent mois
la premiere repréfentation de Polixène
Tragédie , Poëme de M. JOLIVEAU
Secrétaire perpétuel de l'Académie
Royale de Mufique. La Mulique de
M. DAUVERGNE , Maître de la Mufique
de la Chambre du Roi.
Cette première repréfentation a été
applaudie , & fur-tout aux deux derniers
Actes , avec beaucoup de vivacité.
Le temps ne nous permettant
pas de faire actuellement l'extrait du
Poëme
, nous nous réfervons à en
parler au Mercure de Février. Une
feule repréfentation n'a pu nousmettre
en état de donner des détails
bien circonftanciés fur les autres par142
MERCURE DE FRANCE.
ties , dont nous croyons que beaucoup
méritent l'attention du Public & fes
fuffrages. A l'égard de la Mufique , on
ne pourroit à -préfent qu'hafarder des
opinions indifcrettes , parce que devenue
plus favante de nos jours , & les
oreilles plus difficiles , cette partie exige
apparemment plus d'application , plus
de recherches qu'autrefois pour affeoir
le jugement du Public. Tout ce que
nous pouvons dire aujourd'hui , à cet
égard , eft qu'en général elle nous a
paru avoir affecté favorablement pour
l'Auteur , les Maîtres de l'Art que nous
avons confultés . Quelques airs de Ballet,
le chant & la ſymphonie de la Tempête
, plufieurs autres morceaux , mais
fur-tout la Mufique de la Jaloufie & de
fa fuite , qui remplit prefque tout le qua
triéme Acte , ont frappé déja le Public ,
& merité des applaudiffemens univerfels.
Une fort belle chaconne , travaillée
favamment , termine cet Opéra.
Nous n'avons que des éloges à rapporter
fur la compofition & l'exécution
des Ballets qui , chacun dans leur genre,
ont fait plaifir & ont été bien reçus. Celui
du plus grand effet eft le Ballet des
Suivans de la Jaloufie. Il eft d'un genre
nouveau de compofition. Les mouveJANVIER.
1763. 143
.
mens rapides , croifés fans confufion ,
& les figures irrégulières y produiſent in
génieufement l'image de ce qu'on veut
repréfenter. Les fieurs LAVAL , D'AUBERVAL
& les Demoifelles ALLARD ,
LYONOIS & PESLIN forment divers
pas . Les talens , la force & l'agilité
des Sujets que nous venons de nommer
, ne doivent pas laiffer douter de
l'impreffion qu'ils font fur les fpectateurs.
Mlle LANI danfe feule au troifiéme
Acte , à la tête des Prêtreffes du JUNON.
Les airs & les danfes de cette Entrée
font d'un genre très - agréable , & que le
Public a paru goûter. M. GARDEL
dont nous avons parlé au précédent
Vol. remplit une grande partie de la
chaconne dans le nouvel Opéra. Il n'y
mérite & n'y reçoit pas moins d'applaudiffemens
que dans la chaconne d'Iphigénie.
En rendant juſtice très-exactement
aux grands talens de ce jeune Danfeur ,
le Public femble mettre une forte de
complaifance à faire recueillir le fruit
d'une affiduité au fervice , que les Sujets
attachés à un Spectacle ne devroient
jamais facrifier à aucune confidération ,
& notamment dans les temps où les
Théâtres font le plus fréquentés. Mlle
144 MERCURE DE FRANCE.
VESTRIS danfe au premier Acte en
pas de deux avec M. GARDEL. M.
COMPIONI danfe dans ce même Acte.
Il y a long- temps qu'on n'avoit vu
un Opéra d'un fpectacle auffi éclatant.
Les habits & les Décorations font prèfqu'entiérement
à neuf. Il y a plufieurs
choſes affez réguliérement dans le coftume
des Anciens , fi ce n'eft quelques
erreurs facilement adoptées de nos jours
d'après la confufion que fait le vulgaire
des anciens Grecs & des Grecs moder
nes ; quoique les habillemens , coëffures
& autres ufages de ces derniers
n'ayent aucun rapport avec ceux des
autres ; ainfi voit-on fouvent fur nos
théâtres des repréfentations informes de
la cour d'un Sultan pour celles des anciens
Peuples de la Gréce . On a été furpris
auffi de voir à l'ouverture d'un Temple
intérieur le feu facré fur un autel ,
gardé par des Prêtreffes , attendu que
c'eft l'indication fpéciale des Temples
de VESTA ; au lieu qu'en cette occafion
il faudroit au premier coup d'oeil
reconnoître un Temple de JUNON. A
cela près & d'autres petites chofes ,
comme les habits de quelques pas feuls ,
qui n'ont aucun caractère , & c, cet Opéra
eft mis avec le plus grand foin.
Dans
JANVIER . 1762 . 145
›
Dans la repréſentation de cet Opéra
, on a fait un pas vers l'illufion fi néceffaire
au Théâtre ; il mérite d'être
remarqué. Au fort des plus violens orages
, la toile d'Horifon étant fixe , n'offroit
jamais qu'un ciel pur & ferein ,
tel qu'il convenoit aux autres circonf-,
tances de l'action des Poëmes. A la
tempête du fecond Acte de celui - ci
cette toile d'Horifon , tournant apparemment
fur des machines cylindriques
& d'une maniere imperceptible , fait
fuccéder au ciel ferein , des nuages qui
montent du bas de l'Horifon & occupent
tout ce qu'on voyoit de clair
fans qu'il y ait par ce moyen fubftitution
d'une toile à une autre . De même ,
au moment du calme , ces nuages paroiffent
fe perdre dans le haut du Théâtre
, & la partie claire du ciel paroît fe
découvrir du même point d'où l'on a
vû s'élever les nuages ; enforte que la
Nature eft parfaitement imitée dans un
de fes plus grands effets. M. GIRAULD
qui a inventé & fait éxécuter cette ingénieuſe
machine , doit laiffer efpérer
aux Amateurs, qu'il appliquera fes talens
& fon génie à perfectionner l'imitation
des flots & de l'ondulation des eaux :
cette partie étant encore une des cho-
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
८
2
fes imparfaite fur nos Théâtres &
dont la repréfentation feroit néanmoins
très-fatisfaifante. ( d ) C'eft auffi de la
compofition & fur les deffeins du
même M. GIRAULT , qu'eft éxécuté
dans cet Opéra , le Palais de Pirrhus ,
au quatriéme Acte. Cette Décoration
dans le meilleur genre de l'antique , eft
d'une très- belle architecture ; les détails
en font choifis & diftribués felon
les grands principes de cet art & d'un
très- bon goût : l'ordonnance en eft grande
& officieufe à la perspective. Des
Percés en colonades , dont les points
d'optique font ménagés avec art , étendent
le Théâtre à la vue , fort
loin de fes bornes . La diftribution de
la lumiere eft d'un très -bon effet &
fâvament pittorefque ; en un mot nous
croyons pouvoir dire que depuis la fameufe
Décoration du Palais de Ninus
par le Chevalier Servandoni , on a peu
(d ) M. GIRAULD eft le même nommé dans
l'Art . des Spectacles de la Cour avec M. ARNOULT
, auquel il a fuccédé à l'Académie Royale
de Mufique , où M. ARNOULT s'étoit fait , ainfi
qu'aux Théâti es du Roi , une très -grande & trèsjufte
réputation par plusieurs machines qui font
encore célébres . M. GIRAULD prouve au Public,
qu'il achevera ce qu'avoit heureufement com
mencé fon Prédéceffeur , pour la perfection de
cétre parrie.
JANVIER. 1763.
147
vû à l'Opéra de plus belle Décoration
d'architecture que celle- ci.
Le tombeau d'Achille au cinquiéme
Acte , eft encore une Décoration diftinguée
dont l'effet eft très -agréable
quoiqu'elle conferve le genre propre à
fa deftination. Les autres ont quelques
parties de neuf & toutes en ont l'éclat.
Chacune mériteroit même en particulier
des éloges fur la
convenance avec
les fites de l'action.
1
? Avant de finir cet Article
nous devons
faire obſerver que les Rôles font
très-bien éxécutés . Le Public entendit
avec fatisfaction , à la premiere repréfentation
, la voix de Mlle ARNOULD
entierement rétablie ; & malgré l'indifpofition
momentanée de celle de M.
GELIN , on fut fatisfait des efforts qu'il
fit pour rendre le Rôle de Pirrhus ,
le principal de cette Tragédie .
L'ACADÉMIE Royale de Mufique
a donné le Mardi 11 du préfent mois
la premiere repréfentation de Polixène
Tragédie , Poëme de M. JOLIVEAU
Secrétaire perpétuel de l'Académie
Royale de Mufique. La Mulique de
M. DAUVERGNE , Maître de la Mufique
de la Chambre du Roi.
Cette première repréfentation a été
applaudie , & fur-tout aux deux derniers
Actes , avec beaucoup de vivacité.
Le temps ne nous permettant
pas de faire actuellement l'extrait du
Poëme
, nous nous réfervons à en
parler au Mercure de Février. Une
feule repréfentation n'a pu nousmettre
en état de donner des détails
bien circonftanciés fur les autres par142
MERCURE DE FRANCE.
ties , dont nous croyons que beaucoup
méritent l'attention du Public & fes
fuffrages. A l'égard de la Mufique , on
ne pourroit à -préfent qu'hafarder des
opinions indifcrettes , parce que devenue
plus favante de nos jours , & les
oreilles plus difficiles , cette partie exige
apparemment plus d'application , plus
de recherches qu'autrefois pour affeoir
le jugement du Public. Tout ce que
nous pouvons dire aujourd'hui , à cet
égard , eft qu'en général elle nous a
paru avoir affecté favorablement pour
l'Auteur , les Maîtres de l'Art que nous
avons confultés . Quelques airs de Ballet,
le chant & la ſymphonie de la Tempête
, plufieurs autres morceaux , mais
fur-tout la Mufique de la Jaloufie & de
fa fuite , qui remplit prefque tout le qua
triéme Acte , ont frappé déja le Public ,
& merité des applaudiffemens univerfels.
Une fort belle chaconne , travaillée
favamment , termine cet Opéra.
Nous n'avons que des éloges à rapporter
fur la compofition & l'exécution
des Ballets qui , chacun dans leur genre,
ont fait plaifir & ont été bien reçus. Celui
du plus grand effet eft le Ballet des
Suivans de la Jaloufie. Il eft d'un genre
nouveau de compofition. Les mouveJANVIER.
1763. 143
.
mens rapides , croifés fans confufion ,
& les figures irrégulières y produiſent in
génieufement l'image de ce qu'on veut
repréfenter. Les fieurs LAVAL , D'AUBERVAL
& les Demoifelles ALLARD ,
LYONOIS & PESLIN forment divers
pas . Les talens , la force & l'agilité
des Sujets que nous venons de nommer
, ne doivent pas laiffer douter de
l'impreffion qu'ils font fur les fpectateurs.
Mlle LANI danfe feule au troifiéme
Acte , à la tête des Prêtreffes du JUNON.
Les airs & les danfes de cette Entrée
font d'un genre très - agréable , & que le
Public a paru goûter. M. GARDEL
dont nous avons parlé au précédent
Vol. remplit une grande partie de la
chaconne dans le nouvel Opéra. Il n'y
mérite & n'y reçoit pas moins d'applaudiffemens
que dans la chaconne d'Iphigénie.
En rendant juſtice très-exactement
aux grands talens de ce jeune Danfeur ,
le Public femble mettre une forte de
complaifance à faire recueillir le fruit
d'une affiduité au fervice , que les Sujets
attachés à un Spectacle ne devroient
jamais facrifier à aucune confidération ,
& notamment dans les temps où les
Théâtres font le plus fréquentés. Mlle
144 MERCURE DE FRANCE.
VESTRIS danfe au premier Acte en
pas de deux avec M. GARDEL. M.
COMPIONI danfe dans ce même Acte.
Il y a long- temps qu'on n'avoit vu
un Opéra d'un fpectacle auffi éclatant.
Les habits & les Décorations font prèfqu'entiérement
à neuf. Il y a plufieurs
choſes affez réguliérement dans le coftume
des Anciens , fi ce n'eft quelques
erreurs facilement adoptées de nos jours
d'après la confufion que fait le vulgaire
des anciens Grecs & des Grecs moder
nes ; quoique les habillemens , coëffures
& autres ufages de ces derniers
n'ayent aucun rapport avec ceux des
autres ; ainfi voit-on fouvent fur nos
théâtres des repréfentations informes de
la cour d'un Sultan pour celles des anciens
Peuples de la Gréce . On a été furpris
auffi de voir à l'ouverture d'un Temple
intérieur le feu facré fur un autel ,
gardé par des Prêtreffes , attendu que
c'eft l'indication fpéciale des Temples
de VESTA ; au lieu qu'en cette occafion
il faudroit au premier coup d'oeil
reconnoître un Temple de JUNON. A
cela près & d'autres petites chofes ,
comme les habits de quelques pas feuls ,
qui n'ont aucun caractère , & c, cet Opéra
eft mis avec le plus grand foin.
Dans
JANVIER . 1762 . 145
›
Dans la repréſentation de cet Opéra
, on a fait un pas vers l'illufion fi néceffaire
au Théâtre ; il mérite d'être
remarqué. Au fort des plus violens orages
, la toile d'Horifon étant fixe , n'offroit
jamais qu'un ciel pur & ferein ,
tel qu'il convenoit aux autres circonf-,
tances de l'action des Poëmes. A la
tempête du fecond Acte de celui - ci
cette toile d'Horifon , tournant apparemment
fur des machines cylindriques
& d'une maniere imperceptible , fait
fuccéder au ciel ferein , des nuages qui
montent du bas de l'Horifon & occupent
tout ce qu'on voyoit de clair
fans qu'il y ait par ce moyen fubftitution
d'une toile à une autre . De même ,
au moment du calme , ces nuages paroiffent
fe perdre dans le haut du Théâtre
, & la partie claire du ciel paroît fe
découvrir du même point d'où l'on a
vû s'élever les nuages ; enforte que la
Nature eft parfaitement imitée dans un
de fes plus grands effets. M. GIRAULD
qui a inventé & fait éxécuter cette ingénieuſe
machine , doit laiffer efpérer
aux Amateurs, qu'il appliquera fes talens
& fon génie à perfectionner l'imitation
des flots & de l'ondulation des eaux :
cette partie étant encore une des cho-
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
८
2
fes imparfaite fur nos Théâtres &
dont la repréfentation feroit néanmoins
très-fatisfaifante. ( d ) C'eft auffi de la
compofition & fur les deffeins du
même M. GIRAULT , qu'eft éxécuté
dans cet Opéra , le Palais de Pirrhus ,
au quatriéme Acte. Cette Décoration
dans le meilleur genre de l'antique , eft
d'une très- belle architecture ; les détails
en font choifis & diftribués felon
les grands principes de cet art & d'un
très- bon goût : l'ordonnance en eft grande
& officieufe à la perspective. Des
Percés en colonades , dont les points
d'optique font ménagés avec art , étendent
le Théâtre à la vue , fort
loin de fes bornes . La diftribution de
la lumiere eft d'un très -bon effet &
fâvament pittorefque ; en un mot nous
croyons pouvoir dire que depuis la fameufe
Décoration du Palais de Ninus
par le Chevalier Servandoni , on a peu
(d ) M. GIRAULD eft le même nommé dans
l'Art . des Spectacles de la Cour avec M. ARNOULT
, auquel il a fuccédé à l'Académie Royale
de Mufique , où M. ARNOULT s'étoit fait , ainfi
qu'aux Théâti es du Roi , une très -grande & trèsjufte
réputation par plusieurs machines qui font
encore célébres . M. GIRAULD prouve au Public,
qu'il achevera ce qu'avoit heureufement com
mencé fon Prédéceffeur , pour la perfection de
cétre parrie.
JANVIER. 1763.
147
vû à l'Opéra de plus belle Décoration
d'architecture que celle- ci.
Le tombeau d'Achille au cinquiéme
Acte , eft encore une Décoration diftinguée
dont l'effet eft très -agréable
quoiqu'elle conferve le genre propre à
fa deftination. Les autres ont quelques
parties de neuf & toutes en ont l'éclat.
Chacune mériteroit même en particulier
des éloges fur la
convenance avec
les fites de l'action.
1
? Avant de finir cet Article
nous devons
faire obſerver que les Rôles font
très-bien éxécutés . Le Public entendit
avec fatisfaction , à la premiere repréfentation
, la voix de Mlle ARNOULD
entierement rétablie ; & malgré l'indifpofition
momentanée de celle de M.
GELIN , on fut fatisfait des efforts qu'il
fit pour rendre le Rôle de Pirrhus ,
le principal de cette Tragédie .
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Résumé : OPERA.
Le 11 janvier 1763, l'Académie Royale de Musique a présenté la première représentation de l'opéra 'Polixène', une tragédie poétique écrite par M. Joliveau, secrétaire perpétuel de l'Académie Royale de Musique. La musique a été composée par M. Dauvergne, maître de la musique de la Chambre du Roi. Cette première représentation a été bien accueillie, notamment les deux derniers actes, qui ont suscité beaucoup d'enthousiasme. En raison du manque de temps, le texte complet du poème n'a pas pu être extrait, mais une discussion plus approfondie est prévue pour le Mercure de février. La musique, bien que difficile à juger en raison des goûts modernes, a généralement été bien reçue. Plusieurs morceaux, notamment la musique de la jalousie et de la fuite dans le troisième acte, ainsi qu'une chaconne finale, ont été particulièrement appréciés. Les ballets ont également été bien exécutés, avec des mouvements rapides et des figures irrégulières. Les danseurs mentionnés incluent les sieurs Laval, d'Auberval et les demoiselles Allard, Lyonnois et Peslin. Mlle Lani a dansé seule au troisième acte, et M. Gardel a été particulièrement remarqué pour son interprétation de la chaconne. Les costumes et les décorations étaient nouveaux et soignés, bien que quelques erreurs historiques aient été notées. L'opéra a également innové en utilisant une toile d'horizon tournante pour imiter les effets naturels, comme les tempêtes et les calmes. M. Girauld, l'inventeur de cette machine, a également conçu le palais de Pirrhus au quatrième acte, une décoration architecturale remarquable. Le tombeau d'Achille au cinquième acte a également été souligné pour son effet agréable. Les rôles ont été bien exécutés, avec une mention spéciale pour Mlle Arnould et M. Gelin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15846
p. 147-149
LETTRE à M. DE LA GARDE, Auteur du Mercure pour la partie des Spectacles.
Début :
MONSIEUR, Je crois qu'en parlant de l'Opéra, vous ferez plaisir aux Amateurs de Musique, [...]
Mots clefs :
Lyre, Doubles cordes, Semi-tons, Colonnade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA GARDE, Auteur du Mercure pour la partie des Spectacles.
LETTRE à M. DE LA
GARDE ,
Auteur du Mercure pour la partie des
Spectacles.
MONSIE CONSIEUR ,
Je crois qu'en parlant de l'Opéra, vous
E
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
ferez plaifir aux Amateurs de Mufique ,
de leur annoncer un Inftrument nouveau
qui ramenera parmi nous l'ufage
de la Lyre des Anciens ; il en aura le
nom d'autant plus qu'il en a trèséxactement
la forme. Vous fçavez que
cette forme eft celle qui eft la plus
agréable à la vue , & que les Peintres
choififfent par préférence. Elle a d'ailleurs
l'avantage de donner à celui qui
la touche une attitude noble , facile &
naturelle. Celle-ci a des doubles cordes
de chaque côté avec un regître dans le
haut pour les femi-tons : ce qui donne
une affez grande étendue à ſon jeu . La
Lyre fera à la Harpe à-peu-près ce qu'eſtl'altoviola
aux Baffes de violon , avec
néanmoins plus d'étendue dans le bas ;
elle fe pofe fur les genoux & n'eft point
d'une pefanteur incommode , moyennant
quoi elle eft infiniment plus
portative que la Harpe. On croit
que l'on fera très- fatisfait du Concert
de ces deux Inftrumens dont l'harmonie
eft très-analogue l'une à l'autre.
Le fieur COUSINEAU , Luthier , demeurant
rue des Poulies , vis-à-vis la
Colonade du Louvre , a travaillé pour
donner plus de perfection à cet Inf
trument , qu'il n'avoit pu faire à ſon
JANVIER. 1763. 149
premier éffai. Il fe flatte de répondre
au choix qu'on a bien voulu faire de
lui pour remplir une idée auffi agréable.
Il fera en état de fournir des Lyres
à ceux qui en defireront , dans le
courant du mois prochain.
J'ai l'honneur d'être , &c.
"
P. **
GARDE ,
Auteur du Mercure pour la partie des
Spectacles.
MONSIE CONSIEUR ,
Je crois qu'en parlant de l'Opéra, vous
E
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
ferez plaifir aux Amateurs de Mufique ,
de leur annoncer un Inftrument nouveau
qui ramenera parmi nous l'ufage
de la Lyre des Anciens ; il en aura le
nom d'autant plus qu'il en a trèséxactement
la forme. Vous fçavez que
cette forme eft celle qui eft la plus
agréable à la vue , & que les Peintres
choififfent par préférence. Elle a d'ailleurs
l'avantage de donner à celui qui
la touche une attitude noble , facile &
naturelle. Celle-ci a des doubles cordes
de chaque côté avec un regître dans le
haut pour les femi-tons : ce qui donne
une affez grande étendue à ſon jeu . La
Lyre fera à la Harpe à-peu-près ce qu'eſtl'altoviola
aux Baffes de violon , avec
néanmoins plus d'étendue dans le bas ;
elle fe pofe fur les genoux & n'eft point
d'une pefanteur incommode , moyennant
quoi elle eft infiniment plus
portative que la Harpe. On croit
que l'on fera très- fatisfait du Concert
de ces deux Inftrumens dont l'harmonie
eft très-analogue l'une à l'autre.
Le fieur COUSINEAU , Luthier , demeurant
rue des Poulies , vis-à-vis la
Colonade du Louvre , a travaillé pour
donner plus de perfection à cet Inf
trument , qu'il n'avoit pu faire à ſon
JANVIER. 1763. 149
premier éffai. Il fe flatte de répondre
au choix qu'on a bien voulu faire de
lui pour remplir une idée auffi agréable.
Il fera en état de fournir des Lyres
à ceux qui en defireront , dans le
courant du mois prochain.
J'ai l'honneur d'être , &c.
"
P. **
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Résumé : LETTRE à M. DE LA GARDE, Auteur du Mercure pour la partie des Spectacles.
L'auteur d'une lettre informe M. de La Garde, rédacteur du Mercure pour la partie des Spectacles, de l'introduction d'un nouvel instrument musical, la Lyre, inspirée de la lyre antique. Cet instrument se distingue par sa forme esthétique, appréciée des peintres, et permet au musicien une attitude noble et naturelle. La Lyre est équipée de doubles cordes de chaque côté et d'un registre pour les demi-tons, offrant une large gamme de jeu. Contrairement à la harpe, elle se pose sur les genoux et est plus portable. L'harmonie entre la Lyre et la harpe est comparable, promettant un concert agréable. Le luthier Cousineau, résidant rue des Poulies, a perfectionné cet instrument et sera en mesure de le fournir dès le mois prochain. L'auteur exprime son honneur de transmettre cette information.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15847
p. 149-151
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
LE 30 Décembre dernier, on a remis la Tragédie du Comte d'Essex. Attentifs [...]
Mots clefs :
Illusion théâtrale, Comédiens-Français, Temple, Rotonde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE
FRANÇOISE.
LE 30 Décembre dernier , on a remis
la Tragédie du Comte d'Effex. Attentifs
à tout ce qui peut contribuer à
l'illufion Théâtrale les Comédiens
François ont fait faire une Décoration ,
pour que le quatriéme Acte de cette
Tragédie fe paffàt dans une Prifon
comme l'éxige fa fituation. La compofition
de cette Décoration , qui eft
du fieur Brunetti , fait d'autant plus
d'honneur à cet Artifte , qu'elle eſt d'un
très-grand effet & montre un lieu trèsvafte
& très- profond , quoiqu'il n'y ait .
d'employé à cette repréfentation perfpective
, que les deux chaffis de devant
terminés au troifiéme par un rideau de
fond. Le Temple fépulchral , en forme
de rotonde environné d'un Périftile
cintré en colonade , que l'on a vû dans
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
་
les repréſentations d'Eponine , étoit du
même Artifte. Il feroit difficile de produire
rien qui méritât davantage l'admiration
des Connoiffeurs que cette
Décoration. Ils ont extrêmement regretté
l'occafion de la voir plus long-temps.
M. BOURET , dont nous avons rapporté
le début , a été reçu à l'effai.
,
Le 8 de ce mois , Mlle DORSEY débuta
par le rôle de Médée dans la Tragédie
de ce nom. Elle a continué fon
début par les rôles de Clytemnestre
dans Iphigénie en Alide & de
Phédre dans la Tragédie de ce nom .
Cette A&trice a eu des applaudiffemens
au Théâtre ; mais le peu de concours de
Spectateurs a laiffé croire que la décifion
générale du Public exigeoit qu'auparavant
de repréfenter fur le Théâtre
François , elle perdît ce qu'elle a contra
Até apparemment de contraire à notre
goût national dans les Pays étrangers
où elle a exercé fes talens.
L'indifpofition d'une Actrice ayant
jufqu'à préſent fufpendu la premiere repréfentation
de Dupuis & Defronais ,
Comédie nouvelle tirée des Illuftres
Françoifes , que nous avons déja annoncée
, on a repris fur ce Théâtre les
JANVIER. 1763. 151
Tragédies & les Comédies du Réper
toire
On attendoit la Comédie nouvelle
pour le 17 de ce mois ; nous efpérons
être en état d'en rendre compte dans le
prochain volume,
FRANÇOISE.
LE 30 Décembre dernier , on a remis
la Tragédie du Comte d'Effex. Attentifs
à tout ce qui peut contribuer à
l'illufion Théâtrale les Comédiens
François ont fait faire une Décoration ,
pour que le quatriéme Acte de cette
Tragédie fe paffàt dans une Prifon
comme l'éxige fa fituation. La compofition
de cette Décoration , qui eft
du fieur Brunetti , fait d'autant plus
d'honneur à cet Artifte , qu'elle eſt d'un
très-grand effet & montre un lieu trèsvafte
& très- profond , quoiqu'il n'y ait .
d'employé à cette repréfentation perfpective
, que les deux chaffis de devant
terminés au troifiéme par un rideau de
fond. Le Temple fépulchral , en forme
de rotonde environné d'un Périftile
cintré en colonade , que l'on a vû dans
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
་
les repréſentations d'Eponine , étoit du
même Artifte. Il feroit difficile de produire
rien qui méritât davantage l'admiration
des Connoiffeurs que cette
Décoration. Ils ont extrêmement regretté
l'occafion de la voir plus long-temps.
M. BOURET , dont nous avons rapporté
le début , a été reçu à l'effai.
,
Le 8 de ce mois , Mlle DORSEY débuta
par le rôle de Médée dans la Tragédie
de ce nom. Elle a continué fon
début par les rôles de Clytemnestre
dans Iphigénie en Alide & de
Phédre dans la Tragédie de ce nom .
Cette A&trice a eu des applaudiffemens
au Théâtre ; mais le peu de concours de
Spectateurs a laiffé croire que la décifion
générale du Public exigeoit qu'auparavant
de repréfenter fur le Théâtre
François , elle perdît ce qu'elle a contra
Até apparemment de contraire à notre
goût national dans les Pays étrangers
où elle a exercé fes talens.
L'indifpofition d'une Actrice ayant
jufqu'à préſent fufpendu la premiere repréfentation
de Dupuis & Defronais ,
Comédie nouvelle tirée des Illuftres
Françoifes , que nous avons déja annoncée
, on a repris fur ce Théâtre les
JANVIER. 1763. 151
Tragédies & les Comédies du Réper
toire
On attendoit la Comédie nouvelle
pour le 17 de ce mois ; nous efpérons
être en état d'en rendre compte dans le
prochain volume,
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Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
Le 30 décembre, la tragédie du Comte d'Effex a été jouée au Théâtre Français. Pour le quatrième acte, se déroulant en prison, les comédiens ont commandé une décoration à l'artiste Brunetti. Cette œuvre, bien que limitée en perspectives, crée un effet visuel impressionnant d'un espace vaste et profond, avec deux châssis et un rideau de fond. Brunetti a également conçu un temple sépulcral en rotonde, entouré d'une colonnade, pour les représentations d'Eponine, regretté pour sa brève exposition. M. Bouret a été admis à l'essai. Le 8 janvier, Mlle Dorsey a débuté dans le rôle de Médée, puis a interprété Clytemnestre dans Iphigénie en Aulide et Phèdre. Malgré des applaudissements, le public a jugé certains aspects de son jeu, acquis à l'étranger, contraires au goût national. L'indisposition d'une actrice a reporté la première de la comédie 'Dupuis & Desronais'. En attendant, le théâtre a repris des œuvres du répertoire. Une nouvelle comédie était prévue pour le 17 janvier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15848
p. 151
COMEDIE ITALIENNE.
Début :
LE premier Janvier on donna la premiere représentation du Milicien sur le [...]
Mots clefs :
Comédie-Italienne, Opéra-Comique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE ITALIENNE.
COMEDIE ITALIENNE.
L E premier Janvier on donna la premiere
repréfentation du Milicien 'fur le
Théâtre de la Comédie Italienne . Cette
Piéce avoit été donnée à la Cour pré¦
cédemment. ( a ) Elle a été interrompue
après là deuxiéme repréſentation ,
ce qui nous met hors d'état de parler
de fon fuccès , ni d'en donner de détails.
On à repris fur ce Théâtre Blaife le
Savetier, Opéra- Comique trop connu
pour éxiger que nous en parlions.
L E premier Janvier on donna la premiere
repréfentation du Milicien 'fur le
Théâtre de la Comédie Italienne . Cette
Piéce avoit été donnée à la Cour pré¦
cédemment. ( a ) Elle a été interrompue
après là deuxiéme repréſentation ,
ce qui nous met hors d'état de parler
de fon fuccès , ni d'en donner de détails.
On à repris fur ce Théâtre Blaife le
Savetier, Opéra- Comique trop connu
pour éxiger que nous en parlions.
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15849
p. 152-157
AVIS AU PUBLIC, SUR LA PETITE POSTE. Par M. D........
Début :
LA Poste de Paris paroît plaire universellement aujourd'hui, & son succès est [...]
Mots clefs :
Lettres, Heures, Facteurs, Bureau, Boîtes, Registre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS AU PUBLIC, SUR LA PETITE POSTE. Par M. D........
AVIS AU PUBLIC ,
SUR LA PETITE POSTE.
Par M. D ....
LA Pofte de Paris paroît plaire univerfellement
aujourd'hui , & fon fuccès eft
tel qu'il ne me reſteroit plus rien à dire
à ce fujet , fi je ne m'occupois que du
produit ; mais je ne faurois marquer trop
fouvent au Public la reconnoiffance que
j'ai de la justice qu'il veut bien rendre à
mon zèle; j'ai donc cru devoir lui préfenter
quelques réflexions qui tendent à aſfurer
de plus en plus un bon fervice.
On tient au Bureau 'général de cette
Pofte un Regiftre à deux colonnes ;
dans l'une font tranfcrites toutes les
plaintes qui y arrivent ; dans l'autre le
réfultat des recherches qu'on fait en
conféquence. Ce Regiftre prouve que
la plupart des retards ou autres fautes
dont quelques perfonnes fe plaignent
encore , ne doivent être imputés qu'à
des gens étrangers à la Pofte : en effet ,
les perfonnes qui voudront bien venir
parcourir ce Regiftre , verront qu'il ne
contient aucunes plaintes des Marchands
, & en général de tous ceux qui
JANVIER. 1763. 153
de
donnent eux-mêmes leurs Lettres aux
Facteurs , & qui les reçoivent d'eux directement.
Ainfi la plupart des plaintes
juftes , tant de ceux dont les Letrres
n'ont pas été remifes exactement , que
de ceux qui ne les ont pas reçues dans
leur temps , ne doivent point inculper
cet établiffement. On doit plutôt , comme
je l'ai déja dit , imputer ces fautes à
ceux qui font chargés de porter ces
Lettres à la Pofte ou à ceux à qui les
Facteurs font obligés de les confier . Les
timbres qui font fur chaque Lettre ont
été imaginés pour remédier à ces abus
& pour donner au Public la preuve
l'exactitude de la Pofte ; mais prefque
perfonne ne veut fe donner la peine de
les examiner. Un de ces timbres indique
le quantiéme du mois ; un autre celui
de la levée , & par conféquent l'heure
à laquelle la Lettre a été mife à la Poſte.
La premiere levée commence à fix heures
du matin, & toutes les autres d'heure-
& -demie en heure-& - demie , à un
quart d'heure ou une demie heure près ,
lorfque dans quelques-unes de ces levées
les Facteurs ont une grande quantité de
Lettres à rendre. Il faut toujours l'intervalle
d'une levée pour que l'on ait le
temps de porter les Lettres qui ne font
Gy
154 MERCURE DE FRANCE. ·
pás pour le quartier du Bureau où elles
ont été collectées , au Bureau général ,
dans lequel feul on peut les trier , c'eſtà-
dire les diftribuer par quartier , & les
envoyer aux différens Bureaux des quartiers
où elles font adreffées ainfi les
Lettres de la premiere levée , qui fe fait
de fix heures du matin à fept heures &
demie , font portées au triage dans l'intervalle
de la deuxiéme levée , qui eft de
7 heures & demie à 9 heures , & diftribuées
dans les quartiers où elles font
adreffées par les Facteurs qui font la
troifiéme levée & la feconde diftribution
, & qui commencent leurs tournées
à 9 heures du matin & la finiffent à 10
heures & demie. Les Lettres de la feconde
levée , qui font collectées dans
la tournée de 7 heures& demie à 9o heures
, font rendues à leur adreffe dans
la tournée de 10 heures & demie à midi
, & cette tournée fait la quatriéme
levée & la troifiéme diftribution ; les
autres levées & diftributions fe font
pendant toute la journée dans le même
ordre. D'aprés ce détail , & en regardant
les deux timbres dont on vient de
parler , il eft facile de voir de qui vient
la faute. Le troifiéme timbre ne fert qu'à
retrouver d'où vient une Lettre quand
JANVIER . 1763. 155:
cela eft néceffaire ; mais comme fouvent ,
la négligence de celui à qui on a confié
une Lettre pour la mettre à la Boete
fait que la date intérieure de cette Lettre
ne cadre point avec le timbre de la dáte ,
que le Bureau met exactement fur toutes
celles qui lui font apportées , il feroit
à fouhaiter que ceux qui écrivent vouluffent
bien dater leurs Lettres fur le
deffus , furtout lorfqu'on les envoye aux
Boëtes ; car toutes celles qui font remifes
aux Facteurs dans leurs tournées , par
des perfonnes fûres , & qui ont foin de
les faire mettre dans le Coffret du Facteur
en leur préfence , ne peuvent effuyer
de retards ni s'égarer , la clef du
coffret du Facteur ne fortant jamais du
Bureau auquel il eft attaché. Le nombre
de Lettres de Paris pour Paris , qui fe
trouvent journellement dans les Boetes ,
dela Grande Pofte, prouvent l'infidélité
ou le peu d'intelligence de plufieurs de
ceux par qui on envoie des Lettres aux
Boëtes. L'obligation où l'on eft d'entrer
dans les boutiques de ceux qui tiennent
dès Boëtes de la Pofte de Paris & de lesy
affranchir , met une fi grande différence
entre ces Boetes & celles de la .
Grande Pofte , qui font ouvertes dans la
rue, & où on ne paye rien , que l'on
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
ne peut croire que par imbécilité feule
on puiffe s'y méprendre.
>
S'il étoit encore quelque point dans le
fervice de cette Pofte que le Public ne
trouvât pas affez éclairci , ou fur lequel il
defirât quelque changement ; les principes
& les motifs qui me conduiſent,
doivent l'affurer de l'empreffement avec
lequel je me porterai à le fatisfaire . Le
nombre de Lettres dans le commencement
de l'année eft fi confidérable
que les tournées des Facteurs font néceffairement
retardées , & que les dernieres
finiffent très-tard , ce qui fait que
beaucoup de Lettres , quoique mifes tard
à la Pofte dans ces temps-là , font néanmoins
portées le lendemain à la premiere
diftribution . Pour procurer au Public
le même avantage en Automne , où
le nombre des Lettres diminue beaucoup
, il a été arrêté qu'en tout temps la
derniere tournée pour collecter fe feroit
vers les huit heures du foir dans tous
les Quartiers qui ne font pas trop
écartés
pour y lever les Lettres que l'on voudra
qui foient rendues le matin de 7
heures & demie à 9 heures.
Toutes les perfonnes qui verroient
des Facteurs ne pas mettre les Lettres
qu'on leur donneroit dans leur coffret ,
JANVIER. 1763. 157
ou des Boëtiers qui ne les mettroient
pas dans leur boete , font priés d'en
envoyer une note au Bureau général
en l'adreffant à M. de Beauvoifin , Infpecteur
général , qui y demeure. Il eft
ordonné aux Boëtiers & aux Facteurs de
fe charger fans aucune rétribution de
ces notes , & généralement de tous les
avis qu'on voudra bien lui adreffer.
On continuera toujours de faite des
vifites , foit au commencement de l'année
, foit dans toute autre circonftance
pour tous ceux qui enverronr des cartes
de leur nom , & au bas les noms & demeures
des différentes perfonnes chez
qui ils veulent qu'elles foient portées
en payant un fol pour chaque vifite.
Avant que de rendre la carte , celui qui
fera chargé de la porter aura foin de
couper la demeure.
On ne peut recommander avec trop
d'inftance de ne mettre dans les Lettres
ni or , ni argent , ni effets précieux : on
fe chargera toujours de porter par la
Pofte les fommes & les effets que l'on
voudra , au prix & aux conditions qui
ont été déja annoncées , pourvu que
l'on les déclare , & qu'on en tire reconnoiffance
, fi cela en vaut la peine.
SUR LA PETITE POSTE.
Par M. D ....
LA Pofte de Paris paroît plaire univerfellement
aujourd'hui , & fon fuccès eft
tel qu'il ne me reſteroit plus rien à dire
à ce fujet , fi je ne m'occupois que du
produit ; mais je ne faurois marquer trop
fouvent au Public la reconnoiffance que
j'ai de la justice qu'il veut bien rendre à
mon zèle; j'ai donc cru devoir lui préfenter
quelques réflexions qui tendent à aſfurer
de plus en plus un bon fervice.
On tient au Bureau 'général de cette
Pofte un Regiftre à deux colonnes ;
dans l'une font tranfcrites toutes les
plaintes qui y arrivent ; dans l'autre le
réfultat des recherches qu'on fait en
conféquence. Ce Regiftre prouve que
la plupart des retards ou autres fautes
dont quelques perfonnes fe plaignent
encore , ne doivent être imputés qu'à
des gens étrangers à la Pofte : en effet ,
les perfonnes qui voudront bien venir
parcourir ce Regiftre , verront qu'il ne
contient aucunes plaintes des Marchands
, & en général de tous ceux qui
JANVIER. 1763. 153
de
donnent eux-mêmes leurs Lettres aux
Facteurs , & qui les reçoivent d'eux directement.
Ainfi la plupart des plaintes
juftes , tant de ceux dont les Letrres
n'ont pas été remifes exactement , que
de ceux qui ne les ont pas reçues dans
leur temps , ne doivent point inculper
cet établiffement. On doit plutôt , comme
je l'ai déja dit , imputer ces fautes à
ceux qui font chargés de porter ces
Lettres à la Pofte ou à ceux à qui les
Facteurs font obligés de les confier . Les
timbres qui font fur chaque Lettre ont
été imaginés pour remédier à ces abus
& pour donner au Public la preuve
l'exactitude de la Pofte ; mais prefque
perfonne ne veut fe donner la peine de
les examiner. Un de ces timbres indique
le quantiéme du mois ; un autre celui
de la levée , & par conféquent l'heure
à laquelle la Lettre a été mife à la Poſte.
La premiere levée commence à fix heures
du matin, & toutes les autres d'heure-
& -demie en heure-& - demie , à un
quart d'heure ou une demie heure près ,
lorfque dans quelques-unes de ces levées
les Facteurs ont une grande quantité de
Lettres à rendre. Il faut toujours l'intervalle
d'une levée pour que l'on ait le
temps de porter les Lettres qui ne font
Gy
154 MERCURE DE FRANCE. ·
pás pour le quartier du Bureau où elles
ont été collectées , au Bureau général ,
dans lequel feul on peut les trier , c'eſtà-
dire les diftribuer par quartier , & les
envoyer aux différens Bureaux des quartiers
où elles font adreffées ainfi les
Lettres de la premiere levée , qui fe fait
de fix heures du matin à fept heures &
demie , font portées au triage dans l'intervalle
de la deuxiéme levée , qui eft de
7 heures & demie à 9 heures , & diftribuées
dans les quartiers où elles font
adreffées par les Facteurs qui font la
troifiéme levée & la feconde diftribution
, & qui commencent leurs tournées
à 9 heures du matin & la finiffent à 10
heures & demie. Les Lettres de la feconde
levée , qui font collectées dans
la tournée de 7 heures& demie à 9o heures
, font rendues à leur adreffe dans
la tournée de 10 heures & demie à midi
, & cette tournée fait la quatriéme
levée & la troifiéme diftribution ; les
autres levées & diftributions fe font
pendant toute la journée dans le même
ordre. D'aprés ce détail , & en regardant
les deux timbres dont on vient de
parler , il eft facile de voir de qui vient
la faute. Le troifiéme timbre ne fert qu'à
retrouver d'où vient une Lettre quand
JANVIER . 1763. 155:
cela eft néceffaire ; mais comme fouvent ,
la négligence de celui à qui on a confié
une Lettre pour la mettre à la Boete
fait que la date intérieure de cette Lettre
ne cadre point avec le timbre de la dáte ,
que le Bureau met exactement fur toutes
celles qui lui font apportées , il feroit
à fouhaiter que ceux qui écrivent vouluffent
bien dater leurs Lettres fur le
deffus , furtout lorfqu'on les envoye aux
Boëtes ; car toutes celles qui font remifes
aux Facteurs dans leurs tournées , par
des perfonnes fûres , & qui ont foin de
les faire mettre dans le Coffret du Facteur
en leur préfence , ne peuvent effuyer
de retards ni s'égarer , la clef du
coffret du Facteur ne fortant jamais du
Bureau auquel il eft attaché. Le nombre
de Lettres de Paris pour Paris , qui fe
trouvent journellement dans les Boetes ,
dela Grande Pofte, prouvent l'infidélité
ou le peu d'intelligence de plufieurs de
ceux par qui on envoie des Lettres aux
Boëtes. L'obligation où l'on eft d'entrer
dans les boutiques de ceux qui tiennent
dès Boëtes de la Pofte de Paris & de lesy
affranchir , met une fi grande différence
entre ces Boetes & celles de la .
Grande Pofte , qui font ouvertes dans la
rue, & où on ne paye rien , que l'on
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
ne peut croire que par imbécilité feule
on puiffe s'y méprendre.
>
S'il étoit encore quelque point dans le
fervice de cette Pofte que le Public ne
trouvât pas affez éclairci , ou fur lequel il
defirât quelque changement ; les principes
& les motifs qui me conduiſent,
doivent l'affurer de l'empreffement avec
lequel je me porterai à le fatisfaire . Le
nombre de Lettres dans le commencement
de l'année eft fi confidérable
que les tournées des Facteurs font néceffairement
retardées , & que les dernieres
finiffent très-tard , ce qui fait que
beaucoup de Lettres , quoique mifes tard
à la Pofte dans ces temps-là , font néanmoins
portées le lendemain à la premiere
diftribution . Pour procurer au Public
le même avantage en Automne , où
le nombre des Lettres diminue beaucoup
, il a été arrêté qu'en tout temps la
derniere tournée pour collecter fe feroit
vers les huit heures du foir dans tous
les Quartiers qui ne font pas trop
écartés
pour y lever les Lettres que l'on voudra
qui foient rendues le matin de 7
heures & demie à 9 heures.
Toutes les perfonnes qui verroient
des Facteurs ne pas mettre les Lettres
qu'on leur donneroit dans leur coffret ,
JANVIER. 1763. 157
ou des Boëtiers qui ne les mettroient
pas dans leur boete , font priés d'en
envoyer une note au Bureau général
en l'adreffant à M. de Beauvoifin , Infpecteur
général , qui y demeure. Il eft
ordonné aux Boëtiers & aux Facteurs de
fe charger fans aucune rétribution de
ces notes , & généralement de tous les
avis qu'on voudra bien lui adreffer.
On continuera toujours de faite des
vifites , foit au commencement de l'année
, foit dans toute autre circonftance
pour tous ceux qui enverronr des cartes
de leur nom , & au bas les noms & demeures
des différentes perfonnes chez
qui ils veulent qu'elles foient portées
en payant un fol pour chaque vifite.
Avant que de rendre la carte , celui qui
fera chargé de la porter aura foin de
couper la demeure.
On ne peut recommander avec trop
d'inftance de ne mettre dans les Lettres
ni or , ni argent , ni effets précieux : on
fe chargera toujours de porter par la
Pofte les fommes & les effets que l'on
voudra , au prix & aux conditions qui
ont été déja annoncées , pourvu que
l'on les déclare , & qu'on en tire reconnoiffance
, fi cela en vaut la peine.
Fermer
Résumé : AVIS AU PUBLIC, SUR LA PETITE POSTE. Par M. D........
L'avis public concernant la Petite Poste de Paris met en avant son succès et la reconnaissance de son zèle. Pour garantir un bon service, un registre est maintenu au Bureau général, où sont consignées les plaintes et les résultats des recherches. La majorité des retards ou erreurs sont attribués à des personnes extérieures à la Poste, telles que celles qui apportent les lettres au Bureau ou les destinataires. Les timbres apposés sur les lettres indiquent la date et l'heure de dépôt, facilitant ainsi l'identification des fautes. Les levées et distributions des lettres sont organisées à des intervalles précis tout au long de la journée. Il est recommandé de dater les lettres sur l'enveloppe pour éviter les retards et il est signalé l'infidélité de ceux qui utilisent les boîtes de la Grande Poste. Pour améliorer le service, il est proposé de collecter les lettres jusqu'à huit heures du soir en automne. Les citoyens sont encouragés à signaler les manquements des facteurs ou boîtiers. Enfin, il est fortement déconseillé d'envoyer des objets de valeur par la Poste, bien qu'il soit possible de les déclarer pour un transport sécurisé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
15850
p. 158-171
SUITE des Nouvelles Politiques du I. Vol. de Janvier 1762, & des Préliminaires de la Paix.
Début :
ART. 11. La France restituera tous les pays appartenans à l'Electorat d'Hanovte, au Landgrave [...]
Mots clefs :
Électorat, Artillerie, Ratification, Préliminaires, Amirauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Nouvelles Politiques du I. Vol. de Janvier 1762, & des Préliminaires de la Paix.
SUITE des Nouvelles Politiques du
I. Vol. de Janvier 1762 , & des Préliminaires
de la Paix.
II. ART. 11. La France reftituera tous les pays appartenans
à l'Electorat d'Hanovte , au Landgrave
de Heffe ; au Duc de Brunſwick & au Comte de
la Lippe- Buckebourg , qui fe trouvent ou le trouveron't
occupés par les armes de Sa Majesté Très-
Chrétienne. Les Places de ces différens pays feront
rendues dans le même état où elles étoient quand.
la conquête en a été faite par les armes Françoifes,
& les pièces d'artillerie , qui auront eté tranfportées
ailleurs , feront remplacées par le même
nombre , de même calibre , poids & métal . Pour
ce qui eft des ôtages éxigés ou donnés pendant la
guerre jufqu'à ce jour , ils feront renvoyés fans
rançon.
Art.13. Après la ratification des préliminaires ,
la France évacuera , auffi-tôt que faire fe pourra ,
les Places de Cleves , Wefel & Gueldres , & géné
ralement tous les pays appartenans au Roi de
Pruffe , & au même tems les armées Françoife &
Britanniqué évacueront tous les pays qu'elles occupent
ou pourroient occuper pour lors en Weftphalie
, Baffe - Saxe , fur le Bas-Rhin , le Haut-
Rhin & dans tout l'Empire, & le retireront chacune
dans les Etats de leurs Souverains refpectifs ; &
Leurs Majeftés Très - Chrétienne & Britannique
s'engagent de plus & fe promettent de ne fournir
aucun fecours dans aucun genre à leurs Alliés ref
pectifs qui resteront engagés dans la guerre actuelle
en Allemagne.
JANVIER. 1763. 159
Art. 14. Les Villes d'Oftende & de Nieuport , fe
ront évacuées par les troupes de Sa Majeffé Très-
Chrétienne aufli - tôt après la fignature des préfens
préliminaires.
Art. 15. La décifion des priſes faites en tems de
paix par les Sujets de la Grande-Bretagne fur les
Efpagnols, fera remife aux Cours de Juftice de
l'Amirauté de la Grande-Bretagne , conformément
aux réglés établies parmi toutes les Nations,
de forte que la validité defdites pries entre les
Nations Elpagnole & Britannique fera décidée &
jugée felon le droit des gens & felon les Traités
dans les Cours de Juftice de la Nation qui aura
fait la capture.
Art. 16. Sa Majeſté Britanniqué fera démolir
toutes les fortifications que fes Sujets pourront
avoir érigées dans la Baye de Honduras & autres.
lieux du Territoire d'Efpagne dans cette partie du
monde quatre mois après la ratification du Traité
définitif, & Sa Majeftć Catholique ne permettra
point à l'avenir que les Sujets de Sa Majefté Britannique
, ou leurs Ouvriers , foient inquiétés ou
moleftés , fous aucun prétexte que ce foit , dans
leur occupation de couper , charger & tranfporter)
le bois de teinture ou de campêche ; & pour cet
effet ils pourront bâtir fans empêchement , & occuper
fans interruption les maifons & les magasins
qui feront néceffaires pour eux , pour leurs familles
& pour leurs effets ; & Sadite Majeſté Catholique
leur affare par cet Article l'entiére jouiffance
de ce qui eft ftipulé ci- deffus.
Art. 17. Sa Majefté Catholique fe défifté de
toute prétention qu'Elle peut avoir formée au
droit de pêcher aux environs de l'Ifle de Terre-
Neuve.
Art. 18. Le Roi de la Grande-Bretagne reftie
$ 160 MERCURE DE FRANCE.
tuera à l'Eſpagne tout ce qu'il a conquis dans l'Me
de Cuba , avec la Place de la Havane ; & cette
Place , auffi - bien que toutes les autres Places de
ladite Ifle , feront rendues dans le même état où
elles étoient quand elles ont été conquiſes par les
armes de Sa Majefté Britannique.
Art. 19. En conféquence de la reftitution ftipulée
dans l'Article précédent , Sa Majefté Catholique
céde & garantit en toute propriété à Sa Majeſté
Britannique tout ce que l'Espagne poffède fur le
Continent de l'Amérique Septentrionale à l'Eft ou
au Sud- Est , du fleuve Miffiffipi ; & Sa Majeſté
Britannique convient d'accorder aux habitans de
e pays ci- deffus cédé , la liberté de la Religion
Catholique ; en conféquence , elle donnera les
ordres les plus précis & les plus effectifs pour que
fes nouveaux Sujets Catholiques Romains puiffent
profeffer le culte de-leur Religion felon le Rit de
l'Eglife Romaine , en tant que le permettent les
loix de la Grande-Bretagne. Sa Majeſté Britannique
convient , en outre , que les habitans Elpagnols
, ou autres qui auroient été Sujets du Roi
Catholique dans ledit pays , pourront ſe retirer en
toute fureté & liberté où bon leur femblera , &
pourront vendre leurs biens , pourvu que ce foit
à des sujets de Sa Majefté Britannique , & tranfporter
leurs effets , ainfi que leurs perfonnes , fans
être gênés dans leur émigration , fous quelque
prétexte que cepuiffe être , hors celui de dettes ou
de procès criminels , le terme limité pour cette
émigration étant fixé à l'efpace de dix -huit mois à
compter du jour de la ratification du Traité définitif.
Il eft de plus ftipulé que Sa Majesté Catholique
aura la faculté de faire tranſporter tous les effets
qui peuvent luiappartenir , foit artillerie ou autres .
Art. 20. Le Roi de Portugal , Allié de Sa MaJANVIER.
1763. 161
jefté Britannique , eft fpécialement compris dans
les préfens Articles préliminaires , & Leurs Majeftes
Très-Chrétienne & Catholique s'engagent
de rétablir l'ancienne paix & amitié entr'Elles &
Sa Majefté Très - Fidèle , & elles promettent ,"
1º. Qu'il y aura une ceffation totale d'hoftilités
entre les Couronnes d'Espagne & de Portugal , &
entre les troupes Françoiles & Efpagnoles d'une
part , & les troupes Portugaifes & celles de leurs
Alliés de l'autre , immédiatement après la ratification
de ces préliminaires , & qu'il y aura une pareille
ceffation d'hoftilités entre les forces refpectives
des Rois Très-Chrétien & Catholique , d'une
part , & celle du Roi Très- Fidèle de l'autre , en
toutes les autres parties du monde , tant par terre
que par mer ; laquelle ceffation fera fixée fur les
mêmes époques , & fous les mêmes conditions ,
que celles entre la France , l'Espagne & la Grande-
Bretagne , & continuera juſqu'à la conclufion du
Traité définitif entre la France , la Grande- Bretagne
, l'Espagne & le Portugal. 2 °. Que toutes
les Places & Pays en Europe de Sa Majesté Très-
Fidèle , qui pourront avoir été con quis par les ar
mées Françoiſes & Efpagnoles , feront reftitués
dans le même état où ils étoient quand la conquête
en a été faite ; & qu'à l'égard des Colonies
Portugaifes , en Amérique ou ailleurs , s'il y étoit
arrivé quelque changement , toutes chofes feront
remiſes fur le même pied où elles étoient avant la
préfente guerre , & le Roi Très- Fidèle ſera invité
d'accéder aux préfens Articles préliminaires le
plutôt qu'il fera poffible .
Art. 21. Tous les Pays & Territoires qui pourroient
avoir été conquis dans quelque partie du
monde que ce foit , par les armes de Leurs Majeftés
Très-Chrétienne & Catholique , ainfi que
162 MERCURE DE FRANCE.
par celles de Leurs Majeftés Britannique & Très-
Fidéle , qui ne font pas compris dans les préfens
Articles , ni à titre de ceffions , ni à titre de reftitutions
, feront rendus fans difficulté & fans exiger
de compenfations.
LR
Art. XXII. Comme il eft néceffaire de défigner
une époque fixe pour les reftitutions & les éva
cuations à faire par chacune des Hautes Parties
contractantes ; il eft convenu que les troupes
Françoifes & Britanniques procéderont immé
diatement après la ratification des préliminaires
à l'évacuation des Pays qu'elles occupent dans
l'Empire ou ailleurs , conformément aux Afticles
XII & XIII . L'Ifle de Belle - Iſle ſera évacuée
fix femaines après la ratification du Traité définitif
, ou plutôt fi faire fe peut. La Guadeloupe ,
la Défirade , Marie- Galande , la Martinique &
Sainte-Lucie , trois mois après la ratification du
Traité définitif , ou plutôt fi faire le peur. La
Grande-Bretagne entrera pareillement au bour
de trois mois après la ratification du Traité définitif
, ou plutôt fi faire fe peut , en poffeffion de la
riviere & du Port de la Mobile , & de tout ce
qui doit former les limites du Territoire de la
Grande-Bretagne du côté du fleuve de Millipi ,
telles qu'elles font ſpécifiées dans l'Article VT.
L'Ife de Gorée fera évacuée par la Grande-Bretagne
trois mois après la ratification du Traité
définitif , & l'Ifle de Minorque par la France à la
même époque , ou plutôt fi faire fe peut ; & ,"
felon les conditions de l'Article IV , la France entrera
de même en poffeffion des ifles de Saint-
Pierre & de Miquelon au bout de trois mois. Les
Comptoirs aux Indes Orientales feront rendus
fix mois après la ratification du Traité définitif ,
ou pluôt , fi faire le peut. L'ifle de Cuba , avec la
JANVIER. 1763. 163
Place de la Havane , fera reftituée trois mois
après la ratification du Traité définitif , ou plurtôt
fifaire le peut. Et en même temps la Grande-
Bretagne entrera en poffeffion du pays cédé par
l'Espagne , felon l'article XIX. Toutes les Places
& Pays de Sa Majefté Très- Fidèle en Europe feront
reftitués immédiatement après la ratification
du Traité définitif ; & les Colonies Portugaifes
, qui pourront avoir été conquifes , feront
reftituées dans l'efpace de trois mois dans les
Indes Occidentales , & de fix mois dans les Indes
Orientales , après la ratification du Traité définitif
, ou plutôt fi faire fe peut. En conféquence de
quoi les ordres néceffaires feront envoyés par
chacune des Hautes Parties contractantes avec
les paffeports réciproques pour les vaiffeaux qui les
porteront immédiatement après la ratification du
Traité définitif .
?
Art. XXIII. Tous les Traités de quelque nature
que ce foit , qui exiftoient avant la préfente
guèrre , tant entre leurs Majeftés Très-Chrétienne
& Britannique , qu'entre leurs Majeftés Catholique
& Britannique auffi bien qu'entre aucu
ne des Puiffances ci- deſſus nommées , & Sa Matrès-
Fidéle , feront , comme ils le font effective
ment , renouvellés & confirmés dans tous leurs
points auxquels il n'eft pas dérogé par les pré-
Tens Articles préliminaires , nonobftant tout ce
qui pourroit avoir été ftipulé au contraire par
aucune des Hautes parties contractantes &
toutes lefdites Parties déclarent qu'elles ne permettront
pas qu'il fubfifte aucun privilége , grace
ou indulgence contraires aux Traités ci -deffus
confirmés.
Art. XXIV . Les prifonniers faits refpectivement
par les armes de Leurs Majeftés Très- Chré164
MERCURE DE FRANCE.
tienne , Catholique, Britannique , & Très - Fidèle ,
par terre & par mer ,feront rendus après la ratification
du Traité définitif , réciproquement & de
bonne foi , fans rançon , en payant les dettes
qu'ils auront contractées durant leur captivité ,
& chaque Couronne foldera refpectivement les
avances qui auront été faites pour la ſubſiſtance
& l'entretien de fes prifonniers par le Souverain
du pays où ils auront été detenus , conformément
aux reçus & états conftatés , & autres titres
authentiques qui feront fournis de part & d'autre.
•
Art. XXV. Pour prévenir tous fujets de plaintes
& de conteftations qui pourroient naître à l'occafion
des Vaiffeaux marchandiſes ou autres
effets qui feroient pris par mer ; on eft convenu
réciproquement que les Vaiffeaux , marchandifes
& effets qui feroient pris dans la Manche & dans
les Mers du Nord , après l'efpace de douze jours ,
à compter depuis la ratification des préfens Articles
préliminaires , feront de part & d'autre reftitués
réciproquement ; que le terme fera de fix
femaines pour les prifes faites depuis la Manche ,
les Mers Britanniques & les Mers du Nord , jufqu'aux
ifles Canaries inclufivement , foit dans l'Océan
, foit dans la Méditerranée ; de trois mois >
depuis lefdites Illes Canaries jufqu'à la Ligne
Equinoxiale ou l'Equateur ; enfin de fix mois audelà
de ladite Ligne Equinoxiale ou l'Equateur ,
& dans tous les autres endroits du monde fans
aucune exception , ni autre diftinction plus particulière
de temps & de lieu.
Art. XXVI . Les ratifications des préfens Articles
préliminaires feront expédiées en bonne &
due forme, & échangées dans l'efpace d'un mois ,
ou plutôt fifaire fe peut , à compter du jour de
a fignature des préfens Articles.
JANVIER. 1763. 165
En foi de quoi , Nous fouffignés , Miniftres
Plénipotentiaires de Sa Majesté Très - Chrétienne ,"
Sa Majefté Catholique & de Sa Majesté Britanrien
vertu de nos pleins pouvoirs refpetifs
, avons figné les préfens Articles prélimina
res , & y avons fait appofer le cachet de nos
que ,
armes.
Fait à Fontainebleau , le troifiéme de Novembre
mil fept cent ſoixante- deux.
CHOISEUL , LE MARQUIS BEDFORD.
DUC DE DE GRIMALDI . C. P.,S.
PRASLIN . DECLARATION fignée à Fontainebleau le 3
Novembre 1762 .
Sa Majefté Très- Chrétienne déclare qu'en accordant
l'Article XIII des préliminaires fignés
cejourd'hui , Elle n'entend pas renoncer au droit
d'acquitter fes dettes envers fes Alliés , & qu'on
ne doit pas regarder comme une infraction audit
Article les remiſes qui pourroient être faites de fa
part dans l'objet d'acquitter les arrérages qui peu .
vent être dûs pour les fubfides des années précédentes.
En foi de quoi je fouffigné Miniftre Plénipotentiaire
de Sa Majefté Très- Chrétienne , ai figné
la préſente Déclaration , & y ai fait appoſer le
cachet de mes armes.
Fait à Fontainebleau le trois de Novembre mil
fept cent foixante - deux.
Signé , CHOISEUL , Duc de Praflin.
De DANTZICK , le 10 Novembre 1762.
Le Comte Soltikow eft arrivé dans cette Ville
le-31 du mois dernier , & il en eft reparti hier
1
166 MERCURE DE FRANCE .
a
pour le rendre en France , où il va réſider en
qualité d'Envoyé Extraordinaire de la Rufie. Il
eu pendant fon féjour ici plufieurs conférences
avec le Comte de Romanzow.
Malgré toutes les précautions que l'on a prifes
dans le Dannemarck , la contagion qui attaque
les bêtes à cornes a pénétré dans la Séelande & s'y
manifeftée avec violence.
Le Chambellan de Larrey eft parti le 6 de
Coppenhague , pour le rendre en Hollande , delà
à Paris , & enſuite à Madrid , où il va réſider
en qualité d'Envoye Extraordinaire de Dannemarck.
Du Quartier Général près de GLATZ , le 18
Novembre.
Le départ du Maréchal de Daun paroît arrêté
pour le 20. Pendant fon abſence , le Général
O-Danel commandera dans tout le Pays , & il
aura fon quartier Général à Neuſtadt , près de
Nachoden en Bohême , fur les Frontiers du Com.
té de Glatz . Le Baron de Podstatsky , Lieutenant
Général , commandera en Haute- Silèfie &
en Moravie
De HAMBOURG , le 19 Novembre.
>
Le Marquis d'Havrincourt , ci-devant Ambaffadeur
de Sa Majesté Très - Chrétienne
étant arrivé dans cette Ville , le Sénat lui a
envoyé , le 13 au matin , une députation compofée
d'un Syndic & d'un Sénateur , pour le
complimenter & lui offrir le préfent auquel on
a donné le nom de vins de ville.
De DRESDE , le 22 Novembre.
On a beaucoup exagéré la perteque les Impé
JAN VIER. 1763. 167
riaux ont faite dans la derniere affairede Freyberg:
elle fe monte en tout à trois mille hommes & à
environ vingt- quatre piéces de canon . On croir
qu'il n'y a eu d'étendards & de drapeaux perdus
que ceux des régimens Hongrois de Giulai & d'Efterhafi
, qui font prefqu'entiérement détruits . Les
troupes de l'Empire le font très - bien conduites
dans cette affaire : on doit aux deux régimens
de Zollern & de Bareith le falut du Corps des
Grenadiers . Ce Corps auroit été taillé en piéces
par la Cavalerie Pruffienne , qui le chargeoit par
derriere , fi elle n'avoit et arrêtée & battue par
les deux Régimens Impériaux.
Le Corps Pruffien , qui étoit déja venu reconnoître
le Landsberg , s'en eft approché de nou
veau le 7. L'Officier qui commandoit dans les
retranchemens établis fur cette montagne , avoit
ordre de ne pas rifquer un engagement ; mais
il a différé trop long-temps de faire fa retraite ;
les Pruffiens l'ont enveloppé & fes troupes ont
été difperfées dans la forêt de Tharand , où il
avoit été obligé de fe jetter. Il a perdu environ
quatre cens hommes & quatre piéces de canon .
Les Pruffiens ont fait diverfes incurfions en Bohème
quelques uns de leurs détachemens ont pouf
fé même jufqu'à trois lieues de Prague , dont on
affure que les portes ont été fermées pendant
vingt- quatre heures ..
On fait monter à quinze ou feize mille hommes
le fecours que le Prince Henri a reçu de Siléfie.
L'Armée de l'Empire a cu auſſi un renfort
confidérable.
Le Général Loudon , qui étoit dangereuſement ,
malade à Giersdhorf , commence à fe rétablir.
Suivant les nouvelles de Siléfie , tour y eft fort
tranquille.
168 MERCURE DE FRANCE.
1
On eſpére qu'il y aura entre les deux Armées
ennemies en Saxe une tréve , comme il y en a
une entre les Armées de Siléfie.
Le Roi de Pruffe eft encore à Meiffen , & fair
abattre tous les arbres fruitiers des environs . Le
17 les Pruſſiens ont repris poſte à Fravenſtein . Le
Prince Henri eft allé prendre les quartiers d'hyver
à Chemnitz. Le Général Hulfen aura les fiens à
Freyberg.
De RATISBONNE , le 15 Novembre.
Le 10 de ce mois , le Miniftre Directorial de
Mayence a fait porter à la Dictature publique un
Decret Impérial Aulique , par lequel Sa Majeſté
Impériale notifie à l'Empire le choix qu'elle a
fait du Prince Chriftian- Charles de Stolberg ,
pour commander l'Armée d'exécution de l'Empire.
De STUTTGARD , le 18 Novembre.
La nuit du 13 au 14 de ce mois le feu a pris à
l'aîle droite du Château neuf du Duc de Wirtemberg.
Ce bâtiment venoit d'être achevé : il n'y
manquoit que quelques meubles , & le Prince
étoit à la veille de l'occuper . Tout a été confumé
par les flammes , & il n'eft refté que les murs.
C'eft une perte qu'on évalue à deux cens mille
florins.
De MADRID , le 16 Novembre.
Le Baron de Gleichen , Envoyé extraordinaire
de Sa Majefté Danoife , eut le 4 une audience
du Roi , dans laquelle il préfenta fes Lettres de
récréance , & prit congé de Sa Majesté pour aller
réfider à la Cour de France en qualité de Miniſtre
Plénipotentiaire du Roi fon Souverain.
Le
JANVIER. 1763. 169
Le 13 le Roi donna une audience particuliere
au fieur Doublet , qui doit réfider en cette Cour
avec le caractere d'Envoyé extraordinaire des
Etats Généraux des Provinces-Unies. Ce Miniſtre
préſenta fes Lettres de créance à Sa Majesté.
De ROME , le 12 Novembre.
Le Cardinal Merlini eft mort la nuit derniere
d'une goute remontée. Il vaque par - là un cinquiéme
Chapeau dans le facré Collège , en comptant
celui qui eſt réſervé à la nomination du Roi
de Portugal.
L'Abbé de Verf , Auditeur de Rote pour la
France , eft arrivé ici hier au foir , & ce matin il
a eu l'honneur d'être préſenté au Souverain Pontife
, au Cardinal Rezzonico & au Cardinal Secrétaire
d'Etat , par le Chevalier de la Houze ,
chargé des affaires du Roi auprès du Saint Siége.
圈
De GENES, le 29 Novembre.
Le petit Confeil ayant réduit , le 24 ,
le nombre
des quinze Candidats à celui de fix , le Grand-
Confeil élut , le jour fuivant , pour nouveau Doge
le fieur Rudolphe Brignolé , oncle de la Princeffe
de Monaco ; il a reçu à cette occafion les
complimens des Miniftres Etrangers & de la Nobleffe.
Un piquet , compofé de trente Grenadiers &
foixante Soldats des troupes de la République, fut
commandé , le 3 de ce mois
, pour attaquer la
Tour de Sainte Marie della Chiapella dans l'Ifle
de Corfe. Les Rebelles firent d'abord la plus vigoureuſe
réfiftance ; mais la Tour fut bientôt
emportée de vive force par les Grenadiers & la
Garniſon fut conduite à la Baſtie.
II. Vol H
170 MERCURE DE FRANCE .
Le même détachement a pris enfuite & brulé
un magaſin confidérable que les Rebelles avoient
à Tomino , & qui étoit rempli de fafcines.
Le Gouvernement a fait partir le 20 pour la
Baftie douze mille hommes , qui ont été repartis
fur différens Bâtimens.
&
On écrit de Lixourne que les Génois le font
emparés des Pays de Zifco , de Mira & de Luri ,
que les Rebelles avoient abandonné Tomino .
Suivant d'autres lettres du même endroit , du
26 de ce mois , on a appris par un Navire nouvellement
arrivé de la Baftie , qu'il y avoit eu
un combat très-vif entre un Détachement des
Troupes de la République & les Rebelles près de
Rogliani au Cap Corfe; que les Génois , après
avoir eu d'abord quelques défavantages , avoient
chargé l'Ennemi fi vigoureufement , qu'ils l'avoient
mis en fuite , & s'étoient emparés de Rogliani.
De TURIN , le Décembre.
Le Bailli de Breteuil , Ambaſſadeur de Malte
à Rome , eft arrivé avanthier en cette Ville ; il
a eu aujourd'hui fes audiences du Roi & de la
Famille Royale , & il compte partir inceffamment
pour fe rendre au lieu de fa réfidence.
De LONDRES , le 31 Novembre.
le 24
Le Duc de Nivernois ayant été admis ,
de ce mois , à l'Audience du Roi en qualité d'Ambaffadeur
Extraordinaire de France , adreſſa à Sa
Majefté le Difcours - ſuivant :
1
» SIRE ,
» Une réconciliation cordiale entre deux puif
fans Monarques qui font faits pour s'aimer ;
JANVIER. 1763. 171
» une union de ſyſtême durable entre deux gran .
>> des Cours que leurs intérêts bien entendus rap-
» prochent l'une de l'autre une liaifon fincére &
» folide entre deux refpectables Nations que de
« malheureux préjugés ont trop louvent diviſées,
» voilà , SIRE , l'époque brillante des premiers
» momens du régné de Votre Majesté ; & cette
» époque fera en même temps celle du bonheur
» rétabli dans les quatre Parties du Monde C'eft
» à la félicité univerfelle que le nom , la gloire
>> & les vertus de Votre Majeſté feront unis pour
» jamais dans les Faftes de l'Hiftoire , & la Pol-
» térité
Y lira avec un fentiment de refpect ce
» Traité qui entre tous les Traités portera pour
» caractère diſtinctif celui d'une bonne foi non
» équivoque & d'une folidité inébranlable . Qu'il
» me foit permis de me féliciter à vos pieds
» SIRE , du bonheur d'avoir été choiſi par le Roi
» mon Maître , pour fervir entre Votre Majeſté
» & Lui d'organe aux nobles fentimens de deux
» coeurs fidignes l'un de l'autre , & pour travail-
» ler à cet Ouvrage facré qui affure la gloire
de Votre Majeſté en faiſant le bonheur de l'hu-
« manité entiere.
ל כ
·
Le Comte d'Egremont a donné avis au Lord
Maire d'un Courier qui a apporté de Paris le 26
l'échange des ratifications des Articles préliminaires
de la Paix . Cette nouvelle a été annoncée au
Public par le canon du Parc & de la Tour.
On parle beaucoup du mariage de la Princeffe
Augufte , Soeur du Roi , avec le Prince Héréditaire
de Brunſwick , on affure que ce Prince
qui commence à ſe rétablir , ſe rendra ici avec
le Prince Ferdinand dans le mois de Janvier ou
de Février prochain.
I. Vol. de Janvier 1762 , & des Préliminaires
de la Paix.
II. ART. 11. La France reftituera tous les pays appartenans
à l'Electorat d'Hanovte , au Landgrave
de Heffe ; au Duc de Brunſwick & au Comte de
la Lippe- Buckebourg , qui fe trouvent ou le trouveron't
occupés par les armes de Sa Majesté Très-
Chrétienne. Les Places de ces différens pays feront
rendues dans le même état où elles étoient quand.
la conquête en a été faite par les armes Françoifes,
& les pièces d'artillerie , qui auront eté tranfportées
ailleurs , feront remplacées par le même
nombre , de même calibre , poids & métal . Pour
ce qui eft des ôtages éxigés ou donnés pendant la
guerre jufqu'à ce jour , ils feront renvoyés fans
rançon.
Art.13. Après la ratification des préliminaires ,
la France évacuera , auffi-tôt que faire fe pourra ,
les Places de Cleves , Wefel & Gueldres , & géné
ralement tous les pays appartenans au Roi de
Pruffe , & au même tems les armées Françoife &
Britanniqué évacueront tous les pays qu'elles occupent
ou pourroient occuper pour lors en Weftphalie
, Baffe - Saxe , fur le Bas-Rhin , le Haut-
Rhin & dans tout l'Empire, & le retireront chacune
dans les Etats de leurs Souverains refpectifs ; &
Leurs Majeftés Très - Chrétienne & Britannique
s'engagent de plus & fe promettent de ne fournir
aucun fecours dans aucun genre à leurs Alliés ref
pectifs qui resteront engagés dans la guerre actuelle
en Allemagne.
JANVIER. 1763. 159
Art. 14. Les Villes d'Oftende & de Nieuport , fe
ront évacuées par les troupes de Sa Majeffé Très-
Chrétienne aufli - tôt après la fignature des préfens
préliminaires.
Art. 15. La décifion des priſes faites en tems de
paix par les Sujets de la Grande-Bretagne fur les
Efpagnols, fera remife aux Cours de Juftice de
l'Amirauté de la Grande-Bretagne , conformément
aux réglés établies parmi toutes les Nations,
de forte que la validité defdites pries entre les
Nations Elpagnole & Britannique fera décidée &
jugée felon le droit des gens & felon les Traités
dans les Cours de Juftice de la Nation qui aura
fait la capture.
Art. 16. Sa Majeſté Britanniqué fera démolir
toutes les fortifications que fes Sujets pourront
avoir érigées dans la Baye de Honduras & autres.
lieux du Territoire d'Efpagne dans cette partie du
monde quatre mois après la ratification du Traité
définitif, & Sa Majeftć Catholique ne permettra
point à l'avenir que les Sujets de Sa Majefté Britannique
, ou leurs Ouvriers , foient inquiétés ou
moleftés , fous aucun prétexte que ce foit , dans
leur occupation de couper , charger & tranfporter)
le bois de teinture ou de campêche ; & pour cet
effet ils pourront bâtir fans empêchement , & occuper
fans interruption les maifons & les magasins
qui feront néceffaires pour eux , pour leurs familles
& pour leurs effets ; & Sadite Majeſté Catholique
leur affare par cet Article l'entiére jouiffance
de ce qui eft ftipulé ci- deffus.
Art. 17. Sa Majefté Catholique fe défifté de
toute prétention qu'Elle peut avoir formée au
droit de pêcher aux environs de l'Ifle de Terre-
Neuve.
Art. 18. Le Roi de la Grande-Bretagne reftie
$ 160 MERCURE DE FRANCE.
tuera à l'Eſpagne tout ce qu'il a conquis dans l'Me
de Cuba , avec la Place de la Havane ; & cette
Place , auffi - bien que toutes les autres Places de
ladite Ifle , feront rendues dans le même état où
elles étoient quand elles ont été conquiſes par les
armes de Sa Majefté Britannique.
Art. 19. En conféquence de la reftitution ftipulée
dans l'Article précédent , Sa Majefté Catholique
céde & garantit en toute propriété à Sa Majeſté
Britannique tout ce que l'Espagne poffède fur le
Continent de l'Amérique Septentrionale à l'Eft ou
au Sud- Est , du fleuve Miffiffipi ; & Sa Majeſté
Britannique convient d'accorder aux habitans de
e pays ci- deffus cédé , la liberté de la Religion
Catholique ; en conféquence , elle donnera les
ordres les plus précis & les plus effectifs pour que
fes nouveaux Sujets Catholiques Romains puiffent
profeffer le culte de-leur Religion felon le Rit de
l'Eglife Romaine , en tant que le permettent les
loix de la Grande-Bretagne. Sa Majeſté Britannique
convient , en outre , que les habitans Elpagnols
, ou autres qui auroient été Sujets du Roi
Catholique dans ledit pays , pourront ſe retirer en
toute fureté & liberté où bon leur femblera , &
pourront vendre leurs biens , pourvu que ce foit
à des sujets de Sa Majefté Britannique , & tranfporter
leurs effets , ainfi que leurs perfonnes , fans
être gênés dans leur émigration , fous quelque
prétexte que cepuiffe être , hors celui de dettes ou
de procès criminels , le terme limité pour cette
émigration étant fixé à l'efpace de dix -huit mois à
compter du jour de la ratification du Traité définitif.
Il eft de plus ftipulé que Sa Majesté Catholique
aura la faculté de faire tranſporter tous les effets
qui peuvent luiappartenir , foit artillerie ou autres .
Art. 20. Le Roi de Portugal , Allié de Sa MaJANVIER.
1763. 161
jefté Britannique , eft fpécialement compris dans
les préfens Articles préliminaires , & Leurs Majeftes
Très-Chrétienne & Catholique s'engagent
de rétablir l'ancienne paix & amitié entr'Elles &
Sa Majefté Très - Fidèle , & elles promettent ,"
1º. Qu'il y aura une ceffation totale d'hoftilités
entre les Couronnes d'Espagne & de Portugal , &
entre les troupes Françoiles & Efpagnoles d'une
part , & les troupes Portugaifes & celles de leurs
Alliés de l'autre , immédiatement après la ratification
de ces préliminaires , & qu'il y aura une pareille
ceffation d'hoftilités entre les forces refpectives
des Rois Très-Chrétien & Catholique , d'une
part , & celle du Roi Très- Fidèle de l'autre , en
toutes les autres parties du monde , tant par terre
que par mer ; laquelle ceffation fera fixée fur les
mêmes époques , & fous les mêmes conditions ,
que celles entre la France , l'Espagne & la Grande-
Bretagne , & continuera juſqu'à la conclufion du
Traité définitif entre la France , la Grande- Bretagne
, l'Espagne & le Portugal. 2 °. Que toutes
les Places & Pays en Europe de Sa Majesté Très-
Fidèle , qui pourront avoir été con quis par les ar
mées Françoiſes & Efpagnoles , feront reftitués
dans le même état où ils étoient quand la conquête
en a été faite ; & qu'à l'égard des Colonies
Portugaifes , en Amérique ou ailleurs , s'il y étoit
arrivé quelque changement , toutes chofes feront
remiſes fur le même pied où elles étoient avant la
préfente guerre , & le Roi Très- Fidèle ſera invité
d'accéder aux préfens Articles préliminaires le
plutôt qu'il fera poffible .
Art. 21. Tous les Pays & Territoires qui pourroient
avoir été conquis dans quelque partie du
monde que ce foit , par les armes de Leurs Majeftés
Très-Chrétienne & Catholique , ainfi que
162 MERCURE DE FRANCE.
par celles de Leurs Majeftés Britannique & Très-
Fidéle , qui ne font pas compris dans les préfens
Articles , ni à titre de ceffions , ni à titre de reftitutions
, feront rendus fans difficulté & fans exiger
de compenfations.
LR
Art. XXII. Comme il eft néceffaire de défigner
une époque fixe pour les reftitutions & les éva
cuations à faire par chacune des Hautes Parties
contractantes ; il eft convenu que les troupes
Françoifes & Britanniques procéderont immé
diatement après la ratification des préliminaires
à l'évacuation des Pays qu'elles occupent dans
l'Empire ou ailleurs , conformément aux Afticles
XII & XIII . L'Ifle de Belle - Iſle ſera évacuée
fix femaines après la ratification du Traité définitif
, ou plutôt fi faire fe peut. La Guadeloupe ,
la Défirade , Marie- Galande , la Martinique &
Sainte-Lucie , trois mois après la ratification du
Traité définitif , ou plutôt fi faire le peur. La
Grande-Bretagne entrera pareillement au bour
de trois mois après la ratification du Traité définitif
, ou plutôt fi faire fe peut , en poffeffion de la
riviere & du Port de la Mobile , & de tout ce
qui doit former les limites du Territoire de la
Grande-Bretagne du côté du fleuve de Millipi ,
telles qu'elles font ſpécifiées dans l'Article VT.
L'Ife de Gorée fera évacuée par la Grande-Bretagne
trois mois après la ratification du Traité
définitif , & l'Ifle de Minorque par la France à la
même époque , ou plutôt fi faire fe peut ; & ,"
felon les conditions de l'Article IV , la France entrera
de même en poffeffion des ifles de Saint-
Pierre & de Miquelon au bout de trois mois. Les
Comptoirs aux Indes Orientales feront rendus
fix mois après la ratification du Traité définitif ,
ou pluôt , fi faire le peut. L'ifle de Cuba , avec la
JANVIER. 1763. 163
Place de la Havane , fera reftituée trois mois
après la ratification du Traité définitif , ou plurtôt
fifaire le peut. Et en même temps la Grande-
Bretagne entrera en poffeffion du pays cédé par
l'Espagne , felon l'article XIX. Toutes les Places
& Pays de Sa Majefté Très- Fidèle en Europe feront
reftitués immédiatement après la ratification
du Traité définitif ; & les Colonies Portugaifes
, qui pourront avoir été conquifes , feront
reftituées dans l'efpace de trois mois dans les
Indes Occidentales , & de fix mois dans les Indes
Orientales , après la ratification du Traité définitif
, ou plutôt fi faire fe peut. En conféquence de
quoi les ordres néceffaires feront envoyés par
chacune des Hautes Parties contractantes avec
les paffeports réciproques pour les vaiffeaux qui les
porteront immédiatement après la ratification du
Traité définitif .
?
Art. XXIII. Tous les Traités de quelque nature
que ce foit , qui exiftoient avant la préfente
guèrre , tant entre leurs Majeftés Très-Chrétienne
& Britannique , qu'entre leurs Majeftés Catholique
& Britannique auffi bien qu'entre aucu
ne des Puiffances ci- deſſus nommées , & Sa Matrès-
Fidéle , feront , comme ils le font effective
ment , renouvellés & confirmés dans tous leurs
points auxquels il n'eft pas dérogé par les pré-
Tens Articles préliminaires , nonobftant tout ce
qui pourroit avoir été ftipulé au contraire par
aucune des Hautes parties contractantes &
toutes lefdites Parties déclarent qu'elles ne permettront
pas qu'il fubfifte aucun privilége , grace
ou indulgence contraires aux Traités ci -deffus
confirmés.
Art. XXIV . Les prifonniers faits refpectivement
par les armes de Leurs Majeftés Très- Chré164
MERCURE DE FRANCE.
tienne , Catholique, Britannique , & Très - Fidèle ,
par terre & par mer ,feront rendus après la ratification
du Traité définitif , réciproquement & de
bonne foi , fans rançon , en payant les dettes
qu'ils auront contractées durant leur captivité ,
& chaque Couronne foldera refpectivement les
avances qui auront été faites pour la ſubſiſtance
& l'entretien de fes prifonniers par le Souverain
du pays où ils auront été detenus , conformément
aux reçus & états conftatés , & autres titres
authentiques qui feront fournis de part & d'autre.
•
Art. XXV. Pour prévenir tous fujets de plaintes
& de conteftations qui pourroient naître à l'occafion
des Vaiffeaux marchandiſes ou autres
effets qui feroient pris par mer ; on eft convenu
réciproquement que les Vaiffeaux , marchandifes
& effets qui feroient pris dans la Manche & dans
les Mers du Nord , après l'efpace de douze jours ,
à compter depuis la ratification des préfens Articles
préliminaires , feront de part & d'autre reftitués
réciproquement ; que le terme fera de fix
femaines pour les prifes faites depuis la Manche ,
les Mers Britanniques & les Mers du Nord , jufqu'aux
ifles Canaries inclufivement , foit dans l'Océan
, foit dans la Méditerranée ; de trois mois >
depuis lefdites Illes Canaries jufqu'à la Ligne
Equinoxiale ou l'Equateur ; enfin de fix mois audelà
de ladite Ligne Equinoxiale ou l'Equateur ,
& dans tous les autres endroits du monde fans
aucune exception , ni autre diftinction plus particulière
de temps & de lieu.
Art. XXVI . Les ratifications des préfens Articles
préliminaires feront expédiées en bonne &
due forme, & échangées dans l'efpace d'un mois ,
ou plutôt fifaire fe peut , à compter du jour de
a fignature des préfens Articles.
JANVIER. 1763. 165
En foi de quoi , Nous fouffignés , Miniftres
Plénipotentiaires de Sa Majesté Très - Chrétienne ,"
Sa Majefté Catholique & de Sa Majesté Britanrien
vertu de nos pleins pouvoirs refpetifs
, avons figné les préfens Articles prélimina
res , & y avons fait appofer le cachet de nos
que ,
armes.
Fait à Fontainebleau , le troifiéme de Novembre
mil fept cent ſoixante- deux.
CHOISEUL , LE MARQUIS BEDFORD.
DUC DE DE GRIMALDI . C. P.,S.
PRASLIN . DECLARATION fignée à Fontainebleau le 3
Novembre 1762 .
Sa Majefté Très- Chrétienne déclare qu'en accordant
l'Article XIII des préliminaires fignés
cejourd'hui , Elle n'entend pas renoncer au droit
d'acquitter fes dettes envers fes Alliés , & qu'on
ne doit pas regarder comme une infraction audit
Article les remiſes qui pourroient être faites de fa
part dans l'objet d'acquitter les arrérages qui peu .
vent être dûs pour les fubfides des années précédentes.
En foi de quoi je fouffigné Miniftre Plénipotentiaire
de Sa Majefté Très- Chrétienne , ai figné
la préſente Déclaration , & y ai fait appoſer le
cachet de mes armes.
Fait à Fontainebleau le trois de Novembre mil
fept cent foixante - deux.
Signé , CHOISEUL , Duc de Praflin.
De DANTZICK , le 10 Novembre 1762.
Le Comte Soltikow eft arrivé dans cette Ville
le-31 du mois dernier , & il en eft reparti hier
1
166 MERCURE DE FRANCE .
a
pour le rendre en France , où il va réſider en
qualité d'Envoyé Extraordinaire de la Rufie. Il
eu pendant fon féjour ici plufieurs conférences
avec le Comte de Romanzow.
Malgré toutes les précautions que l'on a prifes
dans le Dannemarck , la contagion qui attaque
les bêtes à cornes a pénétré dans la Séelande & s'y
manifeftée avec violence.
Le Chambellan de Larrey eft parti le 6 de
Coppenhague , pour le rendre en Hollande , delà
à Paris , & enſuite à Madrid , où il va réſider
en qualité d'Envoye Extraordinaire de Dannemarck.
Du Quartier Général près de GLATZ , le 18
Novembre.
Le départ du Maréchal de Daun paroît arrêté
pour le 20. Pendant fon abſence , le Général
O-Danel commandera dans tout le Pays , & il
aura fon quartier Général à Neuſtadt , près de
Nachoden en Bohême , fur les Frontiers du Com.
té de Glatz . Le Baron de Podstatsky , Lieutenant
Général , commandera en Haute- Silèfie &
en Moravie
De HAMBOURG , le 19 Novembre.
>
Le Marquis d'Havrincourt , ci-devant Ambaffadeur
de Sa Majesté Très - Chrétienne
étant arrivé dans cette Ville , le Sénat lui a
envoyé , le 13 au matin , une députation compofée
d'un Syndic & d'un Sénateur , pour le
complimenter & lui offrir le préfent auquel on
a donné le nom de vins de ville.
De DRESDE , le 22 Novembre.
On a beaucoup exagéré la perteque les Impé
JAN VIER. 1763. 167
riaux ont faite dans la derniere affairede Freyberg:
elle fe monte en tout à trois mille hommes & à
environ vingt- quatre piéces de canon . On croir
qu'il n'y a eu d'étendards & de drapeaux perdus
que ceux des régimens Hongrois de Giulai & d'Efterhafi
, qui font prefqu'entiérement détruits . Les
troupes de l'Empire le font très - bien conduites
dans cette affaire : on doit aux deux régimens
de Zollern & de Bareith le falut du Corps des
Grenadiers . Ce Corps auroit été taillé en piéces
par la Cavalerie Pruffienne , qui le chargeoit par
derriere , fi elle n'avoit et arrêtée & battue par
les deux Régimens Impériaux.
Le Corps Pruffien , qui étoit déja venu reconnoître
le Landsberg , s'en eft approché de nou
veau le 7. L'Officier qui commandoit dans les
retranchemens établis fur cette montagne , avoit
ordre de ne pas rifquer un engagement ; mais
il a différé trop long-temps de faire fa retraite ;
les Pruffiens l'ont enveloppé & fes troupes ont
été difperfées dans la forêt de Tharand , où il
avoit été obligé de fe jetter. Il a perdu environ
quatre cens hommes & quatre piéces de canon .
Les Pruffiens ont fait diverfes incurfions en Bohème
quelques uns de leurs détachemens ont pouf
fé même jufqu'à trois lieues de Prague , dont on
affure que les portes ont été fermées pendant
vingt- quatre heures ..
On fait monter à quinze ou feize mille hommes
le fecours que le Prince Henri a reçu de Siléfie.
L'Armée de l'Empire a cu auſſi un renfort
confidérable.
Le Général Loudon , qui étoit dangereuſement ,
malade à Giersdhorf , commence à fe rétablir.
Suivant les nouvelles de Siléfie , tour y eft fort
tranquille.
168 MERCURE DE FRANCE.
1
On eſpére qu'il y aura entre les deux Armées
ennemies en Saxe une tréve , comme il y en a
une entre les Armées de Siléfie.
Le Roi de Pruffe eft encore à Meiffen , & fair
abattre tous les arbres fruitiers des environs . Le
17 les Pruſſiens ont repris poſte à Fravenſtein . Le
Prince Henri eft allé prendre les quartiers d'hyver
à Chemnitz. Le Général Hulfen aura les fiens à
Freyberg.
De RATISBONNE , le 15 Novembre.
Le 10 de ce mois , le Miniftre Directorial de
Mayence a fait porter à la Dictature publique un
Decret Impérial Aulique , par lequel Sa Majeſté
Impériale notifie à l'Empire le choix qu'elle a
fait du Prince Chriftian- Charles de Stolberg ,
pour commander l'Armée d'exécution de l'Empire.
De STUTTGARD , le 18 Novembre.
La nuit du 13 au 14 de ce mois le feu a pris à
l'aîle droite du Château neuf du Duc de Wirtemberg.
Ce bâtiment venoit d'être achevé : il n'y
manquoit que quelques meubles , & le Prince
étoit à la veille de l'occuper . Tout a été confumé
par les flammes , & il n'eft refté que les murs.
C'eft une perte qu'on évalue à deux cens mille
florins.
De MADRID , le 16 Novembre.
Le Baron de Gleichen , Envoyé extraordinaire
de Sa Majefté Danoife , eut le 4 une audience
du Roi , dans laquelle il préfenta fes Lettres de
récréance , & prit congé de Sa Majesté pour aller
réfider à la Cour de France en qualité de Miniſtre
Plénipotentiaire du Roi fon Souverain.
Le
JANVIER. 1763. 169
Le 13 le Roi donna une audience particuliere
au fieur Doublet , qui doit réfider en cette Cour
avec le caractere d'Envoyé extraordinaire des
Etats Généraux des Provinces-Unies. Ce Miniſtre
préſenta fes Lettres de créance à Sa Majesté.
De ROME , le 12 Novembre.
Le Cardinal Merlini eft mort la nuit derniere
d'une goute remontée. Il vaque par - là un cinquiéme
Chapeau dans le facré Collège , en comptant
celui qui eſt réſervé à la nomination du Roi
de Portugal.
L'Abbé de Verf , Auditeur de Rote pour la
France , eft arrivé ici hier au foir , & ce matin il
a eu l'honneur d'être préſenté au Souverain Pontife
, au Cardinal Rezzonico & au Cardinal Secrétaire
d'Etat , par le Chevalier de la Houze ,
chargé des affaires du Roi auprès du Saint Siége.
圈
De GENES, le 29 Novembre.
Le petit Confeil ayant réduit , le 24 ,
le nombre
des quinze Candidats à celui de fix , le Grand-
Confeil élut , le jour fuivant , pour nouveau Doge
le fieur Rudolphe Brignolé , oncle de la Princeffe
de Monaco ; il a reçu à cette occafion les
complimens des Miniftres Etrangers & de la Nobleffe.
Un piquet , compofé de trente Grenadiers &
foixante Soldats des troupes de la République, fut
commandé , le 3 de ce mois
, pour attaquer la
Tour de Sainte Marie della Chiapella dans l'Ifle
de Corfe. Les Rebelles firent d'abord la plus vigoureuſe
réfiftance ; mais la Tour fut bientôt
emportée de vive force par les Grenadiers & la
Garniſon fut conduite à la Baſtie.
II. Vol H
170 MERCURE DE FRANCE .
Le même détachement a pris enfuite & brulé
un magaſin confidérable que les Rebelles avoient
à Tomino , & qui étoit rempli de fafcines.
Le Gouvernement a fait partir le 20 pour la
Baftie douze mille hommes , qui ont été repartis
fur différens Bâtimens.
&
On écrit de Lixourne que les Génois le font
emparés des Pays de Zifco , de Mira & de Luri ,
que les Rebelles avoient abandonné Tomino .
Suivant d'autres lettres du même endroit , du
26 de ce mois , on a appris par un Navire nouvellement
arrivé de la Baftie , qu'il y avoit eu
un combat très-vif entre un Détachement des
Troupes de la République & les Rebelles près de
Rogliani au Cap Corfe; que les Génois , après
avoir eu d'abord quelques défavantages , avoient
chargé l'Ennemi fi vigoureufement , qu'ils l'avoient
mis en fuite , & s'étoient emparés de Rogliani.
De TURIN , le Décembre.
Le Bailli de Breteuil , Ambaſſadeur de Malte
à Rome , eft arrivé avanthier en cette Ville ; il
a eu aujourd'hui fes audiences du Roi & de la
Famille Royale , & il compte partir inceffamment
pour fe rendre au lieu de fa réfidence.
De LONDRES , le 31 Novembre.
le 24
Le Duc de Nivernois ayant été admis ,
de ce mois , à l'Audience du Roi en qualité d'Ambaffadeur
Extraordinaire de France , adreſſa à Sa
Majefté le Difcours - ſuivant :
1
» SIRE ,
» Une réconciliation cordiale entre deux puif
fans Monarques qui font faits pour s'aimer ;
JANVIER. 1763. 171
» une union de ſyſtême durable entre deux gran .
>> des Cours que leurs intérêts bien entendus rap-
» prochent l'une de l'autre une liaifon fincére &
» folide entre deux refpectables Nations que de
« malheureux préjugés ont trop louvent diviſées,
» voilà , SIRE , l'époque brillante des premiers
» momens du régné de Votre Majesté ; & cette
» époque fera en même temps celle du bonheur
» rétabli dans les quatre Parties du Monde C'eft
» à la félicité univerfelle que le nom , la gloire
>> & les vertus de Votre Majeſté feront unis pour
» jamais dans les Faftes de l'Hiftoire , & la Pol-
» térité
Y lira avec un fentiment de refpect ce
» Traité qui entre tous les Traités portera pour
» caractère diſtinctif celui d'une bonne foi non
» équivoque & d'une folidité inébranlable . Qu'il
» me foit permis de me féliciter à vos pieds
» SIRE , du bonheur d'avoir été choiſi par le Roi
» mon Maître , pour fervir entre Votre Majeſté
» & Lui d'organe aux nobles fentimens de deux
» coeurs fidignes l'un de l'autre , & pour travail-
» ler à cet Ouvrage facré qui affure la gloire
de Votre Majeſté en faiſant le bonheur de l'hu-
« manité entiere.
ל כ
·
Le Comte d'Egremont a donné avis au Lord
Maire d'un Courier qui a apporté de Paris le 26
l'échange des ratifications des Articles préliminaires
de la Paix . Cette nouvelle a été annoncée au
Public par le canon du Parc & de la Tour.
On parle beaucoup du mariage de la Princeffe
Augufte , Soeur du Roi , avec le Prince Héréditaire
de Brunſwick , on affure que ce Prince
qui commence à ſe rétablir , ſe rendra ici avec
le Prince Ferdinand dans le mois de Janvier ou
de Février prochain.
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Résumé : SUITE des Nouvelles Politiques du I. Vol. de Janvier 1762, & des Préliminaires de la Paix.
En janvier 1762, les préliminaires de paix incluent plusieurs articles clés. La France doit restituer les pays occupés appartenant à l'Électorat d'Hanovre, au Landgrave de Hesse, au Duc de Brunswick et au Comte de la Lippe-Bückeburg, ainsi que les places fortes dans leur état d'avant la conquête. Les otages seront renvoyés sans rançon. Après ratification, la France évacuera les places de Clèves, Wesel et Gueldre, ainsi que d'autres territoires occupés en Westphalie, Basse-Saxe et sur le Rhin. Les troupes françaises et britanniques se retireront dans leurs États respectifs, et les souverains s'engageront à ne pas fournir de secours à leurs alliés encore en guerre. Les villes d'Ostende et de Nieuport seront évacuées par les troupes françaises. Les prises faites en temps de paix par les sujets britanniques sur les Espagnols seront jugées par les cours de justice de l'Amirauté britannique. La Grande-Bretagne démolira les fortifications érigées dans la baie de Honduras et garantira la liberté de religion aux habitants des territoires cédés. L'Espagne restituera Cuba et la Havane, et cèdera à la Grande-Bretagne les territoires au sud-est du Mississippi. Les Portugais seront inclus dans les préliminaires, et les hostilités cesseront entre les couronnes d'Espagne et de Portugal. Tous les territoires conquis seront restitués sans compensation. Les troupes françaises et britanniques procéderont à l'évacuation des pays occupés immédiatement après la ratification des préliminaires. Les prisonniers seront rendus réciproquement et sans rançon. Les traités existants avant la guerre seront renouvelés et confirmés. Les ratifications des articles préliminaires seront échangées dans un délai d'un mois. La France déclare qu'elle n'entend pas renoncer à acquitter ses dettes envers ses alliés. En novembre et décembre 1762, plusieurs événements diplomatiques et militaires sont rapportés. Le 3 novembre, un document est signé à Fontainebleau par le Duc de Choiseul. Le Comte Soltikow arrive à Dantzick le 31 octobre et repart pour la France en tant qu'Envoyé Extraordinaire de Russie. Le Chambellan de Larrey se rend en Hollande, puis à Paris et Madrid en tant qu'Envoyé Extraordinaire du Danemark. Le Maréchal de Daun quitte son poste, laissant le Général O-Danel commander en Bohême et le Baron de Podstatsky en Silésie et Moravie. Le Marquis d'Havrincourt, ancien Ambassadeur de France, est accueilli à Hambourg par le Sénat. À Dresde, les pertes impériales lors d'une bataille sont évaluées à trois mille hommes et vingt-quatre pièces de canon. Les Prussiens effectuent des incursions en Bohême et reçoivent des renforts en Silésie. Le Roi de Prusse est à Meissen et les troupes prussiennes reprennent position à Fravenstein. À Ratisbonne, le Prince Christian-Charles de Stolberg est choisi pour commander l'Armée d'exécution de l'Empire. Un incendie détruit une aile du château du Duc de Wurtemberg à Stuttgart. À Madrid, le Baron de Gleichen devient Ministre Plénipotentiaire du Danemark en France, et le sieur Doublet est nommé Envoyé extraordinaire des Provinces-Unies. À Rome, le Cardinal Merlini décède et l'Abbé de Vers est présenté au Souverain Pontife. À Gênes, Rudolph Brignolé est élu Doge et des opérations militaires sont menées contre des rebelles. À Turin, le Bailli de Breteuil, Ambassadeur de Malte, arrive et est reçu par la famille royale. À Londres, le Duc de Nivernois est reçu en tant qu'Ambassadeur de France et annonce l'échange des ratifications des Articles préliminaires de la Paix.
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