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51
p. 29-33
Réponse de Mercure sur la Requeste de Monsieur Estienne.
Début :
En mon Bureau, lisois avec besicles [...]
Mots clefs :
Muse, Mercure
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texteReconnaissance textuelle : Réponse de Mercure sur la Requeste de Monsieur Estienne.
Réponse de Mercure sur
la Requeste de Monsieur
Estienne.
En mon Bureau, lisois
avec besicles
Requeste en Vers, Re.
queste par Articles,
Dont chaque article aq,'
oit écrit au bas
Monsieur Estienne, eh !
nemimprimez, pas.
Lors une ivluft & modeste&
timide,
Consine ou Soeur
,
de la
Mused'Ovide,
En rougissantvint me
diretoutbas,
Seigneur Mercure, eh !
ne m'imprimezpas.
e)Ë~
Muse, luj dis-je, onpeut
-
voussatisfaire,
QuunfroidAuteur vienne
dire au contraire,
Imprimez- moy; cesi là
monembarras,
J'ayme bienmieux
,
eh!
ne m'imprimez pas.
Voyons pourtant quelle
Musevous estes,
Chanteriez-vous Amour
ensesgoguettes,
Ou bien Bacchus éguayant
un repas ?
Peut-estre,mais chut, ne
rnlmprlmez,pas.
J'ayfait ces Vers,continua
la Musl,
Que vous li(eZ: don ttout
Paris s'amuse;
Je les dictay3 mais les
dictaytoutbas
A cil qui dit, chut, ne
m'1imprimez pas.
Beaucoup me plaistpareille
retenuë,
Luy dis-je
y
maissi-tost Il qu'on vousavûë
Onestpartropferu devos
appas
Pour enson coeur ne vous
imprimer pas.
Je vois en vous,certain
feu qui petille
,
Vous mepiaisez, par fyotre
humeurgentille,
Priez, criez, ne mécha•
perezpas,
Must,
mafoy vouspoejjè*
rezle pas.
la Requeste de Monsieur
Estienne.
En mon Bureau, lisois
avec besicles
Requeste en Vers, Re.
queste par Articles,
Dont chaque article aq,'
oit écrit au bas
Monsieur Estienne, eh !
nemimprimez, pas.
Lors une ivluft & modeste&
timide,
Consine ou Soeur
,
de la
Mused'Ovide,
En rougissantvint me
diretoutbas,
Seigneur Mercure, eh !
ne m'imprimezpas.
e)Ë~
Muse, luj dis-je, onpeut
-
voussatisfaire,
QuunfroidAuteur vienne
dire au contraire,
Imprimez- moy; cesi là
monembarras,
J'ayme bienmieux
,
eh!
ne m'imprimez pas.
Voyons pourtant quelle
Musevous estes,
Chanteriez-vous Amour
ensesgoguettes,
Ou bien Bacchus éguayant
un repas ?
Peut-estre,mais chut, ne
rnlmprlmez,pas.
J'ayfait ces Vers,continua
la Musl,
Que vous li(eZ: don ttout
Paris s'amuse;
Je les dictay3 mais les
dictaytoutbas
A cil qui dit, chut, ne
m'1imprimez pas.
Beaucoup me plaistpareille
retenuë,
Luy dis-je
y
maissi-tost Il qu'on vousavûë
Onestpartropferu devos
appas
Pour enson coeur ne vous
imprimer pas.
Je vois en vous,certain
feu qui petille
,
Vous mepiaisez, par fyotre
humeurgentille,
Priez, criez, ne mécha•
perezpas,
Must,
mafoy vouspoejjè*
rezle pas.
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Résumé : Réponse de Mercure sur la Requeste de Monsieur Estienne.
Le texte relate une conversation entre Mercure et une muse, apparentée à la Muse d'Ovide, au sujet de la publication de ses vers. La muse, timide, demande à Mercure de ne pas imprimer ses œuvres. Mercure, après avoir lu la requête, exprime son embarras face à des auteurs indécis. Il interroge la muse sur le contenu de ses vers, se demandant s'ils traitent de l'amour ou de Bacchus. La muse révèle qu'elle a écrit des vers appréciés à Paris, mais dictés à quelqu'un qui lui déconseille la publication. Mercure admire sa retenue mais souligne que, une fois connue, elle pourrait susciter le désir de publication. Il perçoit en elle un feu intérieur et une humeur gentille, et lui assure qu'il ne la forcera pas à publier ses vers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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52
p. 49-123
Les Fourmis.
Début :
Vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, Monsieur [...]
Mots clefs :
Fourmis, Mercure, Fourmilière, Soleil, Curiosité, Expérience, Terre, Grain, Génie, Grenier, Société, Maison, Sagesse, Pinces, Travaux, Particules, Temps
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texteReconnaissance textuelle : Les Fourmis.
Les Fourmis.
Vous m'avez fait l'honneurde
m'écrire, Monsieur,
pour apprendre de
moy ce qu'un de mes amis
vous avoitdesja dit de
quelques observations
que j'ay faites sur un des
plus petits insectes de la
nature ,
je voudrois pouvoir
satisfaire entièrement
vostre curiosite par
une description exacte,&
pourainsi dire,parl'anatomie
de ce petit animal
vous parler de la maniéré
dont les fourmis s'engendrent,
leurs differentes especes,
comme elles font
rangées dans leurs fourmillieres
& mille autres
particularitez trés-curieuses,
dont je pourray un
jour vous faire part. Comme
je n'ay eu ni assez de
temps, ni d'assez bons microfcopes
pour considererexactementrout
cela,
vous vous contenterez
s'il vous plaist, de ce que
je puis en dire aujourd'huy
,
& dela promesse
que je vous fais de vous en
dire un jour davantage,
sij'ay assez de loisir pour
en faire des nouvelles experiences
, ausquelles je
feray moins engagé par
ma curiosité particuliere
que par l'envie que j'ay
de vous faire plaisir.
Je fis ces observations
à la campagne, où je
passay l'Estéfort solitairement
dans un lieu assez
triste pour moy,ilsemble
que Dieu voulut me susciter
lafourmy pour me réveiller
de la paresse
j compagne
inseparable del'ennuy
yôcme faire entendre
la voix delaSagesse qui
dît:nadeadformicamopiger
Allez à la fourmy, pares.
feux. En effet elle merite
bien quelque attention
parciculiere,puisque la Sagesse
en fait l'éloge
, &
que telle curiosité peut
sèrvirà nous rendre meilleurs
; c en: ainsiqu'en examinant
de prés les plus
petits ouvrages de la nature
on y découvre sans
cesse de nouveaux motifs
d'admirer & de louer
Dieu, & on voit plus d'ordre
dans leur conduire,&,
si je l'ose dire, de sujets
d'édification qu'on ne
trouve pas tousjours parmy
les hommes.
Dans une Chambre à
costé de la mienne que
personne n'occupoit de- rpuislongtemps,til y avoit
à la fenestre une caisse,
avancée de deux piedsde
profondeur, propre à entretenir
des fleurs. Comme
il y avoir long-temps
qu'on n'avoit point cultivé
cette espece de parterre
,
il s'estoit couvert de
platrars
,
& de plusieurs
autres immondices détachées
dutoit,& desmurailles;,
quitoutes reünies
ensemble avec cette terre
par l'eau qui y avoit esté,
formoient un terrain sterile
& sec; d'ailleurs l'exposition
au midy , l'abry
duvent,&dela pluie,&
sur tout le voiGnage d'un
grenier, rendoientcet endroit
un lieu de delice &
d'abondance à des fourniis,
c'estoit-là auni où
elles s'estoient establies en
trois ou quatre fourmillieres
différentes; sans
doute par la mesme raison
qui nous fait bastir
des Villes en des lieux
fertiles & commodes
prés des sources , & des
ruisseaux.
L'envie que j'avois de
cultiverquel que fleur, me
fit examiner cet endroit,
& je transplantay dans un
coin de cette caisse, où 11
terre estoit meilleure,une
tulipe du jardin; mais ayant
jetté les yeux sur les
fourmis que je vis occupées
sans relache à mille
petits soins difterens
, petits
par rapport ànous
mais tousjours tres-utiles,,
& de tres-grande importance
pour elles
,
je les
trouvay plus dignes de
ma curiosité que toutes
les fleurs du monde;j'ostay
bien-tost ma tulipe
pour estre l'admirateur&
le restaurateur de cetre
petite Republique ; voita
tout ce donc elles pouvoient
avoir besoin, car
pour leur police, & l'ordre
qui regne dans leur
societé, il est plus parfait
que celuy des Republiques
les mieux policées,
ainsi elles n'auroient à
craindre que quelque
nouveau Legislateur qui
en voulust changer la forme.
Je m'occupay à leur
procurer toutes leurs petites
commoditez,'ostay
de cette caisse ce qui pouvoit
leur nuire, & j'allois
souveut visitermes fourmis,
& estudier leurs
moindres actions. Comme
je me couchois fort
tard j'allois les voir travaillerau
clair dela Lune,
& je me fuis souvent levé
la nuit pour examiner
leurs travaux, j'envoyois
tousjours quelques unes
aller & venir ça & là, &
tousjours occupées,il semble
qu'il n'y ait point de
sommeil pourelles. Tout
le monde sçait que la fourmy
sort de sa fourmilliere,
& expose au Soleil le bled
qu'e lle tenoit enfermé la
nuit ; ceux qui ont veu des
fourmillieres ont peu remarquer
aisément ces petits
tas de bled autour de
leurs trous.Ce qui m'estonna
d'abord c'est que mes
fourmis ne sortoient leur
bled que la nuit au clair
de la lune, & qu'elles l'enfermoient
le jour, ce qui
estoit contraire à ce que
j'avois vu,&que jevoyois
faire aux Fourmis des au-
, tres endroits:J'en découvris
bien-tost la cause,
c'est qu'il y avoit assez
prez de la un pigeonier,
& que les pigeons, & les
oyseaux seroient venus
manger leur bled si elles
l'eurentexposépendant
le jour,apparam-mcntelles
avoient esté attrapées,&
j'en trouvois souvent lorsque
j'y allois le matin.
Je les delivray bien tost
decesvoleurs,enmetcanc
des morceaux de papier
aubouc d'un fil que le vent
faisoit jouer, & qui'cftoient
attachez audessus
de la fenestre, cela les
delivra des oiseaux; Pour
les pigeons comme ilsvivenr
en societé, dez que
je les eus chassez plusieurs
fois de cet endroit
,
&
qu'ils le virent plus frequente
qu'auparavant, Ils
furent tous bien-tost avertis
qu'il ny avoit pas de
seureté pour eux à y aller.
Aussi je ne les vis jamais
depuis se venir poser sur
cetre caisse: ce qu'il y a
d'admirable, &: que je
n'oserois avancer, ny
peut-estre mesme croire,
si je n'en avois fait l'experience
,c'est que les fourmis
connurent quelques
jours a prés qu'e lles n'avoient
plus à craindre.
Elles commencerent à
estaller leur bled pendant
le jour: je remarquay
pourtant bien qu'elles
n'estoient pas entierement
convaincuës de leur
delivrance, car elles n'oferent
avanturer leurs
biens tout à coup,mais
peu à peu, d'abord en petite
quantité, ôc sans
beaucoup d'ordre, pour
estre prestes à le rentrer
en cas de malheur, observant,
& faisant sentinelle
à l'entour; Enfin
persuadées qu'elles n'avoient
rien à craindre,
elles exposerent tout leur
bled au Soleil, presque
tous les jours avec ordre,
&le renfermoientlanuit
en la maniere que je vais
raconter.
Le trou de la fourmilliere
est percé d'abord en
droite ligne de la profondeur
environ d'un de-
,1llY pouce, ensuite cela
descend en ligne oblique
où elles ont sans doute
leur magazin que je croy
tout à fait distingué de
l'endroit où elles sereposent,
& où elles mangent,
caril n'est pas possible
que la fourmy qui est
propre, & rangée dans
son ménage, & qui jette
hors de sa fourmilliere
toutes les plus minces, &
les plus petites peaux qui
restent du bled dont elle
se nourrit, comme je l'ay
remarquémille sois;voulust
remplirson magazin,
& fouiller son bled de
toutes ces immondices.
Comme la Fourmi enferme
son bled dans la
terre , & que le bled ne
manqueroit pas d'y germer,
nier ,
puisque cela arrive
mesme dans les greniers
si l'on n'a foin de le remuer,
elle pourvoie àcet
inconvenient,& avant de
ferrer son bled dans la
fourmilliere , elle a soin
d'en couper le germe ainsi , tout le bled qui a
estédans unefourmilliere
ne scauroitrienproduire,
c'estuneexperience qu'on
peut faire aisément, il suffit
mesme de ses propres
yeux pour voir qu'il n'y
a plus de germe. Mais
quoyque ce germe soit
cou peil y a encore un autre
inconvénient ; comme
tout ce qui ne produit
pas se ramolit ou se corrompt
dans le sein de la
terre, & d'ailleurs la nature
d'elle mesme tend
toujours à l'accroissement
& à la propagation, le
bled sentant l'humidité se
gonfle
,
se remplit d'humeur,
& ne seroit plus bon
pour nourrir la fourmy
qui le veut sec, & bien
appresté de la mesme maniere
que nous ; la fourmy
par son industrie ,'&
son travail remedie à cet
inconvenient, & elle fait
tant par ses soins que le
bled le conserveaussi sec,
& aussi pur dans sa fourmilliere
que nous le conservons
dans nos greniers
voioy donc comme elle
si prend.
Elles rassemblent certaines
petites particules
de terre seche qu'elles
sortent tous les jours de
leur fourmilliere,& qu'elles
rangent tout autour
pour la faire cuire au Soleil,
chacune en porteun
petit fc\rïn avec lès
-
jtirpces,
la pose auprès de son
trou, & va ensuite en
chercher autant,ainsi à
force d'assiduité, detravaH-,
& d'ouvriers, en
moinsdun quart d'heure
vous voyez entasséautour
efe ce trou une infinitéde
petites parties de cette
terre sec he,quiest celle
sur laquelle elles- posent
Peur bîexi, & dont elles
le couvren-r dans leur Mkgazin;
j'aivû qu'elles faisoientce
manege presque
tous les jours, pendant
Fardeur du Soleil,&lorsque
sur les trois ou quatre
heures le Soleil ne
donnoic plus sur cette fenestre,
comme la cerreeproic
chaude & bruslante,
elles ne l'ostoient point
encore jusqu'à ceque l'humidité
de l'om bre, &de
la nuit commençoit tant
foit peu à se faire sentir,
pour lors elles renfermoient
leur bled & leurs
particules de terre cuire.
Comme rien nVft exempt
de censure, &que
quelqu'un pourroit bien
pouffer sa critiquejusques
sur les fourmis, je croy
qu'il est necessaire icy de
la justifier dans sa conduite,&
d'en faire voir la
sagesse
; on pourroit dir
qu'il paroist ridicule que
la fourmi se serve de cette
terre sèchequ'elle fait encore
cuire au Soleil avec
tant de peine; plustost
que de sable,ou des brins
de pierre ou de brique. A
cela je reponds
,
qu'en
cette occasion rien ne
peut mieux convenir à la
Fourmi, que cette terre
cuite au Soleil. Car outre
que le bled se gaste
sur le sable, & qu'un bled
dont le germe est coupé,
êc qui est entamé se rempliroit
de petites parties
graveleuses tres difficiles
àoster, & se gafteroit bien
davantage, c'est encore
que le sable eslansdivisé,
& se divisant toûjours en
des parties trop petites,
les pinces des fourmis ne
sont pas assez delicates
pour les rassembler ainsi
brin à brin, ce travail fèroit
bien plus pénible
pour elles; C'est pourquoi
on voit rarement des
Fourmis, auprès de rivieres,&
dans un rerrain fort
sablonneux,
Pour cequi est des petites
particules de brique ou
de pierre, la moindre humidité
ne manqueroit pas
de les joindre, d'en faire
une espece de mastic que
les fourmis ne pourroienc
diviser, ce feroit un ouvrage
trop embarrassant
pour elles, quand elles se
seroient ainsi colées dans
leur fourmilliere elles ne
pourroienc
pourroient plusen sortir , &cela en troubleroit l'arrangemeht.
Silapluspart
de ces petits autheurs qui
fourmillent aujourd'huy
se conduisoient , en tout ce
qu'ils font avec autant de
raison & de sagesse que les
fourmis, il seroit glorieux
pour eux que l'on critiquast
leurs ouvrages, ôc
jquu"onslets iofbliigeeastrà.les
Apres que la fourmy a
ainsi sorti de sa fourmilliere,
& exposé au Soleil
toutes ces particules de
terre seche, elle sort ensuite
son bled delamefme
maniéré grainagrain
elle le range à l'entour de
cette terre,ainsi l'on voit
deux tas en rond autour
de leur trou, l'un de cette
terre seche ; & l'autrede
bled;& apres qu'elles ont
forci & rangé toutleur
bled, elles sortent encore
un reiïe de cette terre seche
sur laquellesans doute
leur bled estoit estendu,
ce qui fait inferer tres-ju-.
stement de quellemaniére
tout cela doit estre ran-
-¡
gé dans leur lnagafin,
Au reste la rourmy ne
fait cette manoeuvre que
quand le temps elt ferain,
& le Soleil bien chaud
,
car personne ne se connoist
mieux au temps que
la fourmy. Je remarquay
qu'un jour les Fourmis
ayant expose leur bled au
Soleil à onze heures du
matin,elles l'osterent contre
leur ordinaire avant
une heure après midy
lorsque le Soleil estant,
encore ardent,&leCiel
fort serain,il ne paroissoit
aucune raisond'une telle
conduite;mais une demiheure
après le Cielsecouvrit
,
ôc je vis tomber une
petite pluie,que la Fourmy
avoit bien mieux prévûquel'Almanach
deMilan
qui avoit prédit qu'il
ne pleuvcroit pas jour-là.
, J'ay desja dit que ces
fourmis dont je prenois
soin, &qui avoient toute
mon attention, alloient
chercher du bled dans un
grenier à costé.duquel elles
s'estoientetfablies,;iil
n'y avoic pas
actuellement
du bled, mais
comme il yen avoit eu
autrefois
,
il y en avoit
encore assez pour qu'elles
trouvaient à glaner,
j'allois souvent les voir
faire dans ce grenier,
comme il y avoit de vieux
bled, & qu'il n'estoit pas
égalementbon, je remarquay
qu'elles ne prenoient
pas tout indifféremment,
& qu'elleschoisissoient
lemeilleur.
J'ay veu par plusieurs
experiences dont le détail
seroit trop long , que la
fourmy ne fait gueres
provision .que
-
defroment
quand elle en trouve,ôc
elle choisit toujours le
plus beau ; mais elle est
sage, & sçait s'accommoder
au temps, quand elle
n'a pas de froment,elle
prend du seigle, de l'avoijie,
du millet, & mesme
des miettes de croûte de
pain., mais rarement de
l'orge, il faut que la disette
foit grande, & qu'elle
n'ait pas trouve d'autre
grain lorsqu'elle enimporte
dans sa fourmilière.
Comme je voulois estre
de plus prez témoin de
leur prévoyance, & de
leurs travaux, je mis un
petit tas de bled dans un
coin de cette chambre où
elles estoient, qui n'estoit
habitée de personne, ë.;.
afinqu'elles n a llalîenc
plus en chercher dans ce
grenier j'en ferma y lafenedre,
6e en bouchay bien
les fentes
;
Cependant
comme rien ne pouvoit
les avertir du bled que
l'avois mis dans cette chambrer qu'elles n'en
pouvoient deviner l'endroit,
carquoyque je leur
connoisse beaucou p de
genie je ne croy pas qu'il
y ait des forciers parmy
elles;Je m'apperceus pendant
plusieurs jours de
leur embarras, & qu'elles
alloient chercherfortloin
leurs provisions, je les
laiffayquelque temps
dans cette peine, car je
voulois voir si à force de
chercher elles feroienc la
découverte.,du petit tresor
que j'avois caché pour
elles, &m'éclaircir si la
fourmy comme les autres
animaux pouvoir connoistre
par l'odorat ce qui
sert à sa nourriture,& si
sa veuë portoit assez loin
pour le voir; elles furent
ainsi quelque temps
moins à leur aise, elles se
donnoient bien de la peine,
je les voyoisvenir de
fort loin, & aller l'une
d'un costé,l'autre d'un
autre chercher quelque
grain qu'elles ne trouvoient
pas toujours, ou
qui ne se trouvoit pas à
leur gré aprèsdepenibles
&longues courses; ce
qu'il y a de merveilleux
dans ces petits animaux,
c'est que leurs courses
n'estoient jamais inutiles,
pas une ne revenoitau
giste sans apporter quelque
choce, quand ce n'auroic
esté qu'un brin de
terre seche pour l'entretien
de leur bled:lorsqu'elles
n'avoienc rien trouvé
de mieux
,
l'une portoit
un grain defroment, l'autre
de seigle
,
d'avoine,
enfin chacune ce qu'elle
avoir peu trouver, mais il
n'yen avoit presque jamais
aucune qui revint les
mains vuidesà la maison,
& qui eust fait absolumentun
voyage inutile.
La fenestre sur laquelle
estoient ces fourmis,
donnoit surun jardin, &
estoit au secondestage
les unes alloient jusqu'au
bout de ce jardin, les autres
au cinquiéme estage,
pour chercher à trouver
quelque grain;c'estoitun
penible voyage pour eltes
, sur tout quand il falloit
revenir chargée d'un
grain de bled assez gros,
qui doit estre une charge
bien pesance à une fourmy,
&tout autant qu'elle
en peut porter. Or pour
aille porter ce grain du
miiieu du jardinàsa fourmilliere
elle mettoit environ
quatre heures; ainsi
on peut sçavoir par là la
juste mesure de sa force,
& de son infatigable ardeur
pour le travail, &
asseurer quelle fait la
mesme chose qu'un hom-
Dle) qui presque tous les
jours feroit quatre lieuës
à pied, portant fils ses épaules
un fardeau des plus
pesans qu'il puisse porter;
Il est vray que la fourmy
traisne un peu son fardeau,
& se fatigue moins
quand elle est sur un terrain
plat. Mais aussi qu"elle
peine n'eil: ce pas pour
cette pauvre fourmy lors
qu'il faut monter ce grain
de bled au second estage,
grimpant tour le long
d'une muraille la teste en
bas & le derriereen haut,
il auroit fallu la voir pour
juger de son embarras,
& la penible situation où
elle est enmarchant ainsi
à reculons, les pauses
qu'elles font alors prefqu'à
tous les endroits
commodes qu'elles rencontrent,
font bien juger
de leur lassitude: j'en ay
veu ainsi detres-embarassées)
& qui ne pouvoient
absolument en venir
à bout; en ce cas elies
s'arrestent, & leurs compagnes
plus sortes, ou
moins fatiguées, après
avoir monté leur bled à
leur fou rmilliere, descent
-
dent ensuite pour les aider
: Ily en a que le poids
du fardeau entraifne
,
ôc
qui sur le point d'arriver
au but, tombent de fort
haut avec leur bled;quand
cela arrive elles ne laissent
gueres échapper leur
grain, & se trouvant en
bas avec luy le remontent
encore.
J'en ay veu un jour une
des plus petites,qui avec
plus d'ardeur ôc de courage
que de force, montoit
un grain de froment des
plus gros avec des efforts
incroyables; estant arrivée
enfin au bois de cette
caise avancéeoùestoit la
fourmilliere,& sur lepoint
de finir une coursesipenible,
pour trop se presser,
trébuchaavec son fardeau
: voila un contretem
ps bien fâcheux
,
qui
auroir fait pester un Philosophe.
Je vis à peu prés
l'endroit où elle estoit
tombée, j'y descendis,&
je la trouvay avec son met
me grain dans ses pinces,
qui alloit commencer à
grimper de nouveau comme
mé siderien n'estoit. Cela
luy arriva jusqu'à trois
fois, tantostelle tomboit
au milieu de la course,tantost
un peu plus haut, mais
ellene quittoit jamais prise,&
ne serebutoit poinr;
àla fin les forces luy man- quèrent elle s'arrefta en
unendroit, & une autre
fourmy luy aida à porter
son grain
,
qu'elle estoit
bien mortifiée de ne pouvoir
porter seu le
,
sans
doute pour se signaler par
quelque chose de grand ;
c'est peut-estre ce qui l'animoit
si fort, car c'estoit
un grain de fromenc des
plus beaux ôc des plus gros
qu'une fourmy puisse porter.
Il y en a à qui le bled
échappe des pinces lors
qu'elles le montent, pour
lors elles se précipitent
aprés leur proye & la reprennent
pour la remonter
; que si par malheur elles
ne trouvoient pas le
grain qui leur est ainsi échappé
,
elles en cherchent
un autre ou quelque
autre chose, honteuses
de retourner à leur
fourmilliere sans rien apporter
, c'est ce que j'ay
experimente en leur oc.
tant le bled qu'elles cherchoient.
Toutes ces experiences
sont aisées à faire;
si l'on a assez de patience,il
l'afaut bien moindre que
celle des fourmis, mais
peu de gens en font capables.
Elles furent ainsi reduites
à chercher leur vie à
l'aventure. depuis que
j'eus fermé rentrée de ce
grenier si commode & si
fertilepour elles ; enfin
comme sans mon secours
ellesn'eussent découvert
de long-temps les fonds
que j'avois establis pour
elles dam lachambre où
elles eftoienr,/:
Pour voir lufquou pouvoit
aller leur genie je me
servis d'un moyen qui me
reüssit, & qui pourra paroistre
incroyable à ceux
qui n'ont jamis fait attention
que les animaux de
mesme especes qui forment
une societé, sont
plus raisonnables que les
autres. Je pris donc une
des dlus grosses fourmis
que je jettaysurde J>eîk
tas defrom~n~
de sevoirprise,~ala ,.
qu'elle eut d'eftfS^rctàfi
chée
,
fit quelle ne songea
qu'à s'enfuir, & qu'elle
ne s'avisa pas de prendre
du bled, mais elle le
remarqua bien, car estant
retournée à sa fourmilliere,
une heure apréstoutes
mes fourmis furent
averties de cette provision,
& je les vis presque
toutes aller charierle bled
que j'avois mis en cet en:
droit: je laisse à penser 'si
l'on ne doit pas inferer de
là qu'elles ont une maniere
de se communiquer
entr'elles ce qu'elles veulent
s'apprendre; car il
n'est paspossible qu'une
heure ou deux aprés elles
çuflênt peu estre autrement
averties du bled que
j'avois mis en cet endroit;
elles n'allerent point enfuite
en chercher ailleurs,
JÔC elles l'épuiserent bientost
,desorte qu'il fallut
en remettre, ce que je
faisois en petite quantité,
pour connoistre la juste
mesure de leurappetitou
de leur avarice énorme ;
car je ne doute point qu
elles ne fassent des provisions
pour l'hiver & pour
les temps facheux
,
l'Ecriture
nous l'enseigne, mille
experiences le font
voir, & je ne crois pas
qu'on en ait jamis fait qui
montrent raifonnablement
le contraire. J'ay
desjaditqu'il y avoit ci-&
cet endroit trois fourmillieres
quiformoient corn*
me trois Villes differentes,
mais gouvernées fé-
Ion les mesmes loix, & où
l'on voyoir observer à peu
prés le mesme ordre, &
les mesmes coustumes ; il
y avoic pourtant cette difference
que les habitants
d'un endroit sembloient
avoir plus d'industrie &
de genie que ceux des au*,
tres : les fourmis paroissoient
mieux rangées dans
cette fourmilliere, leur
bled estoit plus beau,leurs
provisions plus abondantes
, leur fourmilliere
mieux peuplée, & les Citoyens
toyens en estoient plus
gros & plus forts, c'estoitlà
la principale&comme
la capitale des deux autres
} j'ay mesme remarque
que ceux de cet endroit
estoient distinguez
des autres, & avoient
mesme quelque prééminence
sur eux.
Quoyque cette caisse
où estoient les fourmis
fust ordinairement à l'abry,
il pleuvoit quelquefois
d'un certainvent qui
coup,car la fourmy craint
l'eau, & lorsqu'elles vont
loin chercher leur provision,
& que la pluye les
surprend
,
elles s'arrestent
ôc semettent à l'abry sous
quelque tuile ou ailleurs,
& ne sortent qu'aprés la
pluyepassée. Lesfourmis
de cette principale fourmilliere
se servoient d'un
expedient merveilleux
pour s'en garantir chez
elles; il y avoir un petit
morceau d'ardoise plat
qu'elles traisnoient sur le
trou de leur fourmilliere
lorsqu'elleprévoyoient la
pluye, & l'en couvroient
presque toutes les nuits,
elles se mettoient plus de
cinquante aprés ce morceau
d'ardoisesurtout les
plus grosses & les plus fortes
,& tiroient touteségalement
avec un ordre
merveilleux, elles lot
toient ensuite le matin, &
rien n'estoit plus curieux
que de voir cette petite
manoeuvre ,
elles avoient
rendule terrain raboteux
autour de leur trou, de
forte que ce morceau
d'ardoise n'appuïoit point
à prtat sur leur fourmilliere,&
leur laissoit un espace
libre pour aller 6c
venir par dessous; celles
des deux autres fourmillieres
ne reüssissoient pas
si bien à se garantir de
l'eau, elles mettoient sur
leurs trous plusieursplatrats
l'un sur l'autre, mais
la pluye les incommodoit
tousjours le lendemain
elles se donnoient des
loinsôe des peines incroyables
pour reparer le
dommage des eaux: c'est
ce qui fait qu'on trouve si
souvent des fourmis sous -
destuilesoù ellesestablissent
leur fourmilliercs
pour se mettre à l'abry de
la pluye,mais les tuiles
couvrent tousjours leur
fourmilliere de maniere
que cela ne les embarasse
en rien, & elles vont exposer
leur bled & leur
terre seche au Soleil au
dehors & à l'entour du
tuilé qui les couvre,
c'est ce qu'on peut voir
tous les jours:je couvrois
les deux fourmillieres qui
ne pouvoient peut-estre
se donner du secours d'elles
melmes,pour celles de
la fourmilliere principale
c'eust elleuncharité Inal
employée,elles estoient
assez grandes pour pouvoir
se mettreal'abry.
Mr.dela LoubereAinbassadeur
à Siam, dans la
Relation qu'il a donnée
au public, rapporte que
dans un canton de ce Royaume,
sujet à de grandes
inondations, toutes les
fourmies en cet endroit
ne s'establissent que sur
les arbres, on ne voit
point ailleurs de fourmillieres
, elles les placent
assez haut pour estre tousjours
au dessus des inondations.
Il seroit inutile
de rapporter icy tout ce
qu'en dit Mr. de la Loubere,
il n'y a qu'à lire la
Relation de Siam.
Voicy une experience
assez curieuse que je fis
sur le mesme terrain ou
estoient mes trois fourmillieres,
j'entrepris d'en
establir une quatrième, &
je le fis de cette maniere.
Dans le coin d'une espece
de terrasse assezéloigner
de là, je découvris une
fourmilliere nombreuse
en citoyens, & dont les
fourmis estoient beaucoup
plus grotesque toutes
celles que j'avois desja
veuës
,
mais il s'en falloit
bien qu'elles fussent si riches
en bled, & si bien
policées que mes fourmis;
je fis d'abord un trou sur
cette caisse qui avoit la
mesme forme qu'un trou
de fourmilliere. Je jerray
là, pour ainsi dire, les son
demens d'une nouvelle
Ville,je pris ensuite toutes
les fourmis que je pus
decette fourmilliere de la
terrasse
,
& les mis dans
une bouteille pour les verfer
à l'endroit où efioient.
mes trois,fourmillieres,&
où je leur avois trace le
plan d'une nouvelle maison.
Commeil m'estoit
impossible de prendre
toutes celles qui y eitoient,
& que je ne voulois
pas que celles que je prenoisyretournassent,
ceque
pavois lieu de craindre
je detruisis leur ancienne
demeure
,
j'y jerray de
l'eau boüillanre pour faire
mourir toutes celles qui
restoient, & je renversay
tout l'édifice, je répandis
ensuite toutes ces fourmis
dans le lieu où je voulois
les establir, mais pas une
ne voulut se tenir dans ce
nouveau trou , elles s'en
allerent & disparurent
toutes en moins de deux
heures
,
cela me fit perdre
esperance de faire une
quatrième fourmilliere en
cet endroit.
Deux ou trois jours apres
ayant paffé par halard
sur cette terrasse
,
je
fus rout surpris de voir la
fourmilliere que j'avois
renversée,restablie avec
autant ¿' d'arrangement
r> que s'il n'y estoit jamais
rien arrive; je m'obstinay
pour lors à les chasser
de cet endroit,&àles establir
au près de mes trois
fourmillieres
,
je reconimençay
donc ce que j'avois
desja fait,avec cette
différence que la seconde
fois je mis de la poudrer
& du souffre dans leur
trou, & fit jouer une petire
mine qui renversa
tout, ensuite ayant porte
toutes les fourmis que j'avois
prises,anprés de mes
trois fourmillieres dans
l'endroit destiné. Comme
il pleuvoit très-fort pour
lors, & qu'il plut toute la
nuit, elles s'y refugierent
pendant tout ce temps,&:
le matin lorsque la pluie
eut cesse, la moitié&metiés
trois quarts de mes
fourmis décampercnt
pour aller rétablir leur dsmeure
ruinée ; mais en
ayant trouve apparemment
le dommage irréparable
à cause de cetre odeur
de souffre& depou--
dre qu'elles detestent, ôc
qui leur est mortelle :elles
revinrent, & s'eftablirenc
à l'endroit que je leur a-"
voistracé qu'elles accomr
moderent à merveille, elles
eurent bien-tost fait
alliance avec leurs voifi- *
nes qui leur aiderent en
tout dans leurs travaux
exterieurs, car pour ceux
du dedans il n'y avoit qiiÓ'
7 jt.
elles qui s'en messassent
suivant les loix inviolables
establies entre elles. jà
, ,,
Jamais une fourmy
n'entre dans une fourmilliere
étrangerelles ne frequentent
d'autre maison
que la leur; si une d'entreelles
vouloit hazarder
d'y entrer,elle en (eroie
cha(Te'e& severement punie
;
j'en ay souvent pris
d'une fourmilliereque j'ai
fait entrer dans une autre
à costé
,
mais elle en sortoit
bien viste ayantà ses
rrousses deux ou trois
fourmis qui la poursui,
voient vivement, je voulus
faire plusieurs fois ce
manege avec la même
fourmy, mais à la fin les
autres s'impatienterent
&ladechirerent , par morceaux
; jay souvent fait
peur avec mes doigts à
une fourmy ,& l'ay poursuivie
jusqu'au prés d'une
autre fourmilliereque la
sienne, lui fermant tous
les passages par où elle
pouvoit aller à son gifle,
il estoit naturel qu'elle se
réfugiaitoùelles se trouvoie
alors, car il y a bien
des hommes qui ne raisonneroient
pastant êc
qui se jetteroient dans un
puics ou par une fenestre
pour éviter des assassins
qui les poursuivroient
mais pour la fourmy en
question elle se détour'w'
noit d'un trouqui n'estoit
pas le fien
,
& avoirtant
de peine à y entrer qu'elle
tentoit plustot toutes
fortes de moyens les plus
difficiles, &: ne le faisoit
que dans la derniere excremité
,&quelquefois
1
1
à mesme
mesme elles aimoient
mieux se laisser prendre,
c'estune experience que
jay souvent faire. Ainsi
c'estune couflume inviolable
parmy elles de n'entrer
jamais dans la maison
d'autruy : elles n'exercent
point l'hospitalité
., mais d'ailleurs elles sont
fort secourables les unes
envers les autres, & s'aident
dans tous leurs travaux
exterieurs, mais elles
posent les fardeaux à la
porte & les laissent entrer
à ceux de la maison.
Elles entretiennent entre
elles un petit commerce,
& l'on a tort de dire
que la fourmy n'est pas
presteuseycar j'ay veu que
les fourmis se preftoienc
du grain. Elles font des
éc hanges, se préviennent
par toutes sortes d'offices
mutuels; & je puisaneurer
que si j'avois eu assez
de loisir & de patience
j'aurois remarqué une infinité
de choses plus admirables&
plus curieuses
que tout ce que je viens
de dire ; par exemple la
maniere dont elles se prestent&
se rendent leurs
prests, si c'est en la mesme
quantité, ousi elles
n'exigent pas quelque usure,
si elles payent les
estrangeres qu'elles employent,&
qui les aident
dans leurstravaux.Je croy
qu'il n'estpointimpossible
d'examiner toutes ces
choses& il seroit ensuite
bien curieux de voir leurs
maximes de Droit, peutestre
en tirerions-nous de
grands avantages pour
nostre police, comme la
Sagesse nous les propose
pour modeles de nos
mou s.
Elles n'ont point d'ennemis
qui aillent les attaquer
en corps d'armée,-
comme on le dit desabeilles;
tout ce quilesinquiette
ce sont les oiseaux. qui
vont quelquefois manger
leur bled quand elles l'estallent.
au Soleil, mais elles
le tiennent enfermé
lorsqu'elles ont des voleurs
à craindre, on dit
mesme qu'il ya des oiseaux
qui lesmangent,
mais c'est ce que je n'ay
pas veu arriver en l'endroit
où estoient mes
fourmis; les petits vermisseaux
& les vers de
terre les inquiettent aussi,
mais pour ceux la elles en
viennentaisémentàbout,
& les chassent de leur
fourmilliere lorsqu'il sen
trouve ,,
les traisnent, Se.
les tuent. J'ay remarqué
qu'e lles se punissoient ,
& qu'elles chastioient.
cel es qui sans doute avoient
manqué à leur de-;
voir, ôc mesme elles en
tuoient quelquefois ,ce
qui se faisoit en Ce 111ec- quisefaisoitensemettant
trois ou quatre aprés
elles, l'une la tiroit d'un
costéavec les pinces, l'autred'un
autre, & elles la
déchiroient ainsi
: d'ailleurs
on ne remarque
point de differens parmy
elles, ce qui me fait croire.
qu'il faut, ou que leur
discipline soit bien severe
pour entretenir un tel ordre
, ou qu'elles ayent
bien l'esprit de l'ordre 8c
de societé pour n'avoir
pas besoin d'une discipline
severe.
Dans quelleRepublique
a-ton jamais remarque
plus d'union,tout est
commun parmy elles ce
qu'on n'a jamais vû nulle
part, les Abeilles dont on
raconte des choses si merveilleuses
ont chacune
leur petite celule dans
leur ruche, le miel qu'elles
y font leur est propre ,
chacune en p-articulers1eanourrit,&
a sa petite affaire
à part, tous les autres
animaux en font de
mesme,&: s'arrachent souvent
les uns aux autres
leur portion; chez les
fourmis il n'en eil: pas
ainsi
, parmy elles tous
les biens sont communs
ellesn'ontrien en propre,
ce grain de bled que la
fourmy apporte chez elle
,
se met dans une masse
commune, ce n'est
point pour elle en particulier
c'est pour route la
communauté , l'interest
commun ,
& particulier
n'y sont distingués en
rien; jamais une fourmy
netravaille pour elle feuîe,
elle travailletousjours
pour
pourla societé en tout ce
qu'ellefait.
Il ne sçauroit leurarriver
aucun facheux accident
que leur soin, & leur industrie
ne repare, rien ne
les décourage,rienneles
rebutte;on n a qu'adc~.
truire leur fourmilliere,
êc tout bouleverser chez
elles, deux jours aprés
tout est réparé, & rétably
dans le mesme ordre
sans qu'il y paroisse la
moindre c hose,c'e st ce que
chacun peust voir tous les
jours
, & experimenter
qu'il est tres difficile dé
leschasser de leur demeure
quo) qu'on fasse sans
en faire mourir les habitans;
car tant qu'il y en
restera un petit nombre
elles se restabliront tousjours.
J'oubliois de vous dire,
Monsieur,que jusques icy
le Mercure a esté pourelles
un poison mortel, &
que cest le meilleur moyen
de les détruire; jay
quelque ressource à leur
fournir sur cet Article:
encore quelque temps, &
vous entendrez peut-estre
dire que j'ai recommodé
le Mercure avec les fourmis.
Vous m'avez fait l'honneurde
m'écrire, Monsieur,
pour apprendre de
moy ce qu'un de mes amis
vous avoitdesja dit de
quelques observations
que j'ay faites sur un des
plus petits insectes de la
nature ,
je voudrois pouvoir
satisfaire entièrement
vostre curiosite par
une description exacte,&
pourainsi dire,parl'anatomie
de ce petit animal
vous parler de la maniéré
dont les fourmis s'engendrent,
leurs differentes especes,
comme elles font
rangées dans leurs fourmillieres
& mille autres
particularitez trés-curieuses,
dont je pourray un
jour vous faire part. Comme
je n'ay eu ni assez de
temps, ni d'assez bons microfcopes
pour considererexactementrout
cela,
vous vous contenterez
s'il vous plaist, de ce que
je puis en dire aujourd'huy
,
& dela promesse
que je vous fais de vous en
dire un jour davantage,
sij'ay assez de loisir pour
en faire des nouvelles experiences
, ausquelles je
feray moins engagé par
ma curiosité particuliere
que par l'envie que j'ay
de vous faire plaisir.
Je fis ces observations
à la campagne, où je
passay l'Estéfort solitairement
dans un lieu assez
triste pour moy,ilsemble
que Dieu voulut me susciter
lafourmy pour me réveiller
de la paresse
j compagne
inseparable del'ennuy
yôcme faire entendre
la voix delaSagesse qui
dît:nadeadformicamopiger
Allez à la fourmy, pares.
feux. En effet elle merite
bien quelque attention
parciculiere,puisque la Sagesse
en fait l'éloge
, &
que telle curiosité peut
sèrvirà nous rendre meilleurs
; c en: ainsiqu'en examinant
de prés les plus
petits ouvrages de la nature
on y découvre sans
cesse de nouveaux motifs
d'admirer & de louer
Dieu, & on voit plus d'ordre
dans leur conduire,&,
si je l'ose dire, de sujets
d'édification qu'on ne
trouve pas tousjours parmy
les hommes.
Dans une Chambre à
costé de la mienne que
personne n'occupoit de- rpuislongtemps,til y avoit
à la fenestre une caisse,
avancée de deux piedsde
profondeur, propre à entretenir
des fleurs. Comme
il y avoir long-temps
qu'on n'avoit point cultivé
cette espece de parterre
,
il s'estoit couvert de
platrars
,
& de plusieurs
autres immondices détachées
dutoit,& desmurailles;,
quitoutes reünies
ensemble avec cette terre
par l'eau qui y avoit esté,
formoient un terrain sterile
& sec; d'ailleurs l'exposition
au midy , l'abry
duvent,&dela pluie,&
sur tout le voiGnage d'un
grenier, rendoientcet endroit
un lieu de delice &
d'abondance à des fourniis,
c'estoit-là auni où
elles s'estoient establies en
trois ou quatre fourmillieres
différentes; sans
doute par la mesme raison
qui nous fait bastir
des Villes en des lieux
fertiles & commodes
prés des sources , & des
ruisseaux.
L'envie que j'avois de
cultiverquel que fleur, me
fit examiner cet endroit,
& je transplantay dans un
coin de cette caisse, où 11
terre estoit meilleure,une
tulipe du jardin; mais ayant
jetté les yeux sur les
fourmis que je vis occupées
sans relache à mille
petits soins difterens
, petits
par rapport ànous
mais tousjours tres-utiles,,
& de tres-grande importance
pour elles
,
je les
trouvay plus dignes de
ma curiosité que toutes
les fleurs du monde;j'ostay
bien-tost ma tulipe
pour estre l'admirateur&
le restaurateur de cetre
petite Republique ; voita
tout ce donc elles pouvoient
avoir besoin, car
pour leur police, & l'ordre
qui regne dans leur
societé, il est plus parfait
que celuy des Republiques
les mieux policées,
ainsi elles n'auroient à
craindre que quelque
nouveau Legislateur qui
en voulust changer la forme.
Je m'occupay à leur
procurer toutes leurs petites
commoditez,'ostay
de cette caisse ce qui pouvoit
leur nuire, & j'allois
souveut visitermes fourmis,
& estudier leurs
moindres actions. Comme
je me couchois fort
tard j'allois les voir travaillerau
clair dela Lune,
& je me fuis souvent levé
la nuit pour examiner
leurs travaux, j'envoyois
tousjours quelques unes
aller & venir ça & là, &
tousjours occupées,il semble
qu'il n'y ait point de
sommeil pourelles. Tout
le monde sçait que la fourmy
sort de sa fourmilliere,
& expose au Soleil le bled
qu'e lle tenoit enfermé la
nuit ; ceux qui ont veu des
fourmillieres ont peu remarquer
aisément ces petits
tas de bled autour de
leurs trous.Ce qui m'estonna
d'abord c'est que mes
fourmis ne sortoient leur
bled que la nuit au clair
de la lune, & qu'elles l'enfermoient
le jour, ce qui
estoit contraire à ce que
j'avois vu,&que jevoyois
faire aux Fourmis des au-
, tres endroits:J'en découvris
bien-tost la cause,
c'est qu'il y avoit assez
prez de la un pigeonier,
& que les pigeons, & les
oyseaux seroient venus
manger leur bled si elles
l'eurentexposépendant
le jour,apparam-mcntelles
avoient esté attrapées,&
j'en trouvois souvent lorsque
j'y allois le matin.
Je les delivray bien tost
decesvoleurs,enmetcanc
des morceaux de papier
aubouc d'un fil que le vent
faisoit jouer, & qui'cftoient
attachez audessus
de la fenestre, cela les
delivra des oiseaux; Pour
les pigeons comme ilsvivenr
en societé, dez que
je les eus chassez plusieurs
fois de cet endroit
,
&
qu'ils le virent plus frequente
qu'auparavant, Ils
furent tous bien-tost avertis
qu'il ny avoit pas de
seureté pour eux à y aller.
Aussi je ne les vis jamais
depuis se venir poser sur
cetre caisse: ce qu'il y a
d'admirable, &: que je
n'oserois avancer, ny
peut-estre mesme croire,
si je n'en avois fait l'experience
,c'est que les fourmis
connurent quelques
jours a prés qu'e lles n'avoient
plus à craindre.
Elles commencerent à
estaller leur bled pendant
le jour: je remarquay
pourtant bien qu'elles
n'estoient pas entierement
convaincuës de leur
delivrance, car elles n'oferent
avanturer leurs
biens tout à coup,mais
peu à peu, d'abord en petite
quantité, ôc sans
beaucoup d'ordre, pour
estre prestes à le rentrer
en cas de malheur, observant,
& faisant sentinelle
à l'entour; Enfin
persuadées qu'elles n'avoient
rien à craindre,
elles exposerent tout leur
bled au Soleil, presque
tous les jours avec ordre,
&le renfermoientlanuit
en la maniere que je vais
raconter.
Le trou de la fourmilliere
est percé d'abord en
droite ligne de la profondeur
environ d'un de-
,1llY pouce, ensuite cela
descend en ligne oblique
où elles ont sans doute
leur magazin que je croy
tout à fait distingué de
l'endroit où elles sereposent,
& où elles mangent,
caril n'est pas possible
que la fourmy qui est
propre, & rangée dans
son ménage, & qui jette
hors de sa fourmilliere
toutes les plus minces, &
les plus petites peaux qui
restent du bled dont elle
se nourrit, comme je l'ay
remarquémille sois;voulust
remplirson magazin,
& fouiller son bled de
toutes ces immondices.
Comme la Fourmi enferme
son bled dans la
terre , & que le bled ne
manqueroit pas d'y germer,
nier ,
puisque cela arrive
mesme dans les greniers
si l'on n'a foin de le remuer,
elle pourvoie àcet
inconvenient,& avant de
ferrer son bled dans la
fourmilliere , elle a soin
d'en couper le germe ainsi , tout le bled qui a
estédans unefourmilliere
ne scauroitrienproduire,
c'estuneexperience qu'on
peut faire aisément, il suffit
mesme de ses propres
yeux pour voir qu'il n'y
a plus de germe. Mais
quoyque ce germe soit
cou peil y a encore un autre
inconvénient ; comme
tout ce qui ne produit
pas se ramolit ou se corrompt
dans le sein de la
terre, & d'ailleurs la nature
d'elle mesme tend
toujours à l'accroissement
& à la propagation, le
bled sentant l'humidité se
gonfle
,
se remplit d'humeur,
& ne seroit plus bon
pour nourrir la fourmy
qui le veut sec, & bien
appresté de la mesme maniere
que nous ; la fourmy
par son industrie ,'&
son travail remedie à cet
inconvenient, & elle fait
tant par ses soins que le
bled le conserveaussi sec,
& aussi pur dans sa fourmilliere
que nous le conservons
dans nos greniers
voioy donc comme elle
si prend.
Elles rassemblent certaines
petites particules
de terre seche qu'elles
sortent tous les jours de
leur fourmilliere,& qu'elles
rangent tout autour
pour la faire cuire au Soleil,
chacune en porteun
petit fc\rïn avec lès
-
jtirpces,
la pose auprès de son
trou, & va ensuite en
chercher autant,ainsi à
force d'assiduité, detravaH-,
& d'ouvriers, en
moinsdun quart d'heure
vous voyez entasséautour
efe ce trou une infinitéde
petites parties de cette
terre sec he,quiest celle
sur laquelle elles- posent
Peur bîexi, & dont elles
le couvren-r dans leur Mkgazin;
j'aivû qu'elles faisoientce
manege presque
tous les jours, pendant
Fardeur du Soleil,&lorsque
sur les trois ou quatre
heures le Soleil ne
donnoic plus sur cette fenestre,
comme la cerreeproic
chaude & bruslante,
elles ne l'ostoient point
encore jusqu'à ceque l'humidité
de l'om bre, &de
la nuit commençoit tant
foit peu à se faire sentir,
pour lors elles renfermoient
leur bled & leurs
particules de terre cuire.
Comme rien nVft exempt
de censure, &que
quelqu'un pourroit bien
pouffer sa critiquejusques
sur les fourmis, je croy
qu'il est necessaire icy de
la justifier dans sa conduite,&
d'en faire voir la
sagesse
; on pourroit dir
qu'il paroist ridicule que
la fourmi se serve de cette
terre sèchequ'elle fait encore
cuire au Soleil avec
tant de peine; plustost
que de sable,ou des brins
de pierre ou de brique. A
cela je reponds
,
qu'en
cette occasion rien ne
peut mieux convenir à la
Fourmi, que cette terre
cuite au Soleil. Car outre
que le bled se gaste
sur le sable, & qu'un bled
dont le germe est coupé,
êc qui est entamé se rempliroit
de petites parties
graveleuses tres difficiles
àoster, & se gafteroit bien
davantage, c'est encore
que le sable eslansdivisé,
& se divisant toûjours en
des parties trop petites,
les pinces des fourmis ne
sont pas assez delicates
pour les rassembler ainsi
brin à brin, ce travail fèroit
bien plus pénible
pour elles; C'est pourquoi
on voit rarement des
Fourmis, auprès de rivieres,&
dans un rerrain fort
sablonneux,
Pour cequi est des petites
particules de brique ou
de pierre, la moindre humidité
ne manqueroit pas
de les joindre, d'en faire
une espece de mastic que
les fourmis ne pourroienc
diviser, ce feroit un ouvrage
trop embarrassant
pour elles, quand elles se
seroient ainsi colées dans
leur fourmilliere elles ne
pourroienc
pourroient plusen sortir , &cela en troubleroit l'arrangemeht.
Silapluspart
de ces petits autheurs qui
fourmillent aujourd'huy
se conduisoient , en tout ce
qu'ils font avec autant de
raison & de sagesse que les
fourmis, il seroit glorieux
pour eux que l'on critiquast
leurs ouvrages, ôc
jquu"onslets iofbliigeeastrà.les
Apres que la fourmy a
ainsi sorti de sa fourmilliere,
& exposé au Soleil
toutes ces particules de
terre seche, elle sort ensuite
son bled delamefme
maniéré grainagrain
elle le range à l'entour de
cette terre,ainsi l'on voit
deux tas en rond autour
de leur trou, l'un de cette
terre seche ; & l'autrede
bled;& apres qu'elles ont
forci & rangé toutleur
bled, elles sortent encore
un reiïe de cette terre seche
sur laquellesans doute
leur bled estoit estendu,
ce qui fait inferer tres-ju-.
stement de quellemaniére
tout cela doit estre ran-
-¡
gé dans leur lnagafin,
Au reste la rourmy ne
fait cette manoeuvre que
quand le temps elt ferain,
& le Soleil bien chaud
,
car personne ne se connoist
mieux au temps que
la fourmy. Je remarquay
qu'un jour les Fourmis
ayant expose leur bled au
Soleil à onze heures du
matin,elles l'osterent contre
leur ordinaire avant
une heure après midy
lorsque le Soleil estant,
encore ardent,&leCiel
fort serain,il ne paroissoit
aucune raisond'une telle
conduite;mais une demiheure
après le Cielsecouvrit
,
ôc je vis tomber une
petite pluie,que la Fourmy
avoit bien mieux prévûquel'Almanach
deMilan
qui avoit prédit qu'il
ne pleuvcroit pas jour-là.
, J'ay desja dit que ces
fourmis dont je prenois
soin, &qui avoient toute
mon attention, alloient
chercher du bled dans un
grenier à costé.duquel elles
s'estoientetfablies,;iil
n'y avoic pas
actuellement
du bled, mais
comme il yen avoit eu
autrefois
,
il y en avoit
encore assez pour qu'elles
trouvaient à glaner,
j'allois souvent les voir
faire dans ce grenier,
comme il y avoit de vieux
bled, & qu'il n'estoit pas
égalementbon, je remarquay
qu'elles ne prenoient
pas tout indifféremment,
& qu'elleschoisissoient
lemeilleur.
J'ay veu par plusieurs
experiences dont le détail
seroit trop long , que la
fourmy ne fait gueres
provision .que
-
defroment
quand elle en trouve,ôc
elle choisit toujours le
plus beau ; mais elle est
sage, & sçait s'accommoder
au temps, quand elle
n'a pas de froment,elle
prend du seigle, de l'avoijie,
du millet, & mesme
des miettes de croûte de
pain., mais rarement de
l'orge, il faut que la disette
foit grande, & qu'elle
n'ait pas trouve d'autre
grain lorsqu'elle enimporte
dans sa fourmilière.
Comme je voulois estre
de plus prez témoin de
leur prévoyance, & de
leurs travaux, je mis un
petit tas de bled dans un
coin de cette chambre où
elles estoient, qui n'estoit
habitée de personne, ë.;.
afinqu'elles n a llalîenc
plus en chercher dans ce
grenier j'en ferma y lafenedre,
6e en bouchay bien
les fentes
;
Cependant
comme rien ne pouvoit
les avertir du bled que
l'avois mis dans cette chambrer qu'elles n'en
pouvoient deviner l'endroit,
carquoyque je leur
connoisse beaucou p de
genie je ne croy pas qu'il
y ait des forciers parmy
elles;Je m'apperceus pendant
plusieurs jours de
leur embarras, & qu'elles
alloient chercherfortloin
leurs provisions, je les
laiffayquelque temps
dans cette peine, car je
voulois voir si à force de
chercher elles feroienc la
découverte.,du petit tresor
que j'avois caché pour
elles, &m'éclaircir si la
fourmy comme les autres
animaux pouvoir connoistre
par l'odorat ce qui
sert à sa nourriture,& si
sa veuë portoit assez loin
pour le voir; elles furent
ainsi quelque temps
moins à leur aise, elles se
donnoient bien de la peine,
je les voyoisvenir de
fort loin, & aller l'une
d'un costé,l'autre d'un
autre chercher quelque
grain qu'elles ne trouvoient
pas toujours, ou
qui ne se trouvoit pas à
leur gré aprèsdepenibles
&longues courses; ce
qu'il y a de merveilleux
dans ces petits animaux,
c'est que leurs courses
n'estoient jamais inutiles,
pas une ne revenoitau
giste sans apporter quelque
choce, quand ce n'auroic
esté qu'un brin de
terre seche pour l'entretien
de leur bled:lorsqu'elles
n'avoienc rien trouvé
de mieux
,
l'une portoit
un grain defroment, l'autre
de seigle
,
d'avoine,
enfin chacune ce qu'elle
avoir peu trouver, mais il
n'yen avoit presque jamais
aucune qui revint les
mains vuidesà la maison,
& qui eust fait absolumentun
voyage inutile.
La fenestre sur laquelle
estoient ces fourmis,
donnoit surun jardin, &
estoit au secondestage
les unes alloient jusqu'au
bout de ce jardin, les autres
au cinquiéme estage,
pour chercher à trouver
quelque grain;c'estoitun
penible voyage pour eltes
, sur tout quand il falloit
revenir chargée d'un
grain de bled assez gros,
qui doit estre une charge
bien pesance à une fourmy,
&tout autant qu'elle
en peut porter. Or pour
aille porter ce grain du
miiieu du jardinàsa fourmilliere
elle mettoit environ
quatre heures; ainsi
on peut sçavoir par là la
juste mesure de sa force,
& de son infatigable ardeur
pour le travail, &
asseurer quelle fait la
mesme chose qu'un hom-
Dle) qui presque tous les
jours feroit quatre lieuës
à pied, portant fils ses épaules
un fardeau des plus
pesans qu'il puisse porter;
Il est vray que la fourmy
traisne un peu son fardeau,
& se fatigue moins
quand elle est sur un terrain
plat. Mais aussi qu"elle
peine n'eil: ce pas pour
cette pauvre fourmy lors
qu'il faut monter ce grain
de bled au second estage,
grimpant tour le long
d'une muraille la teste en
bas & le derriereen haut,
il auroit fallu la voir pour
juger de son embarras,
& la penible situation où
elle est enmarchant ainsi
à reculons, les pauses
qu'elles font alors prefqu'à
tous les endroits
commodes qu'elles rencontrent,
font bien juger
de leur lassitude: j'en ay
veu ainsi detres-embarassées)
& qui ne pouvoient
absolument en venir
à bout; en ce cas elies
s'arrestent, & leurs compagnes
plus sortes, ou
moins fatiguées, après
avoir monté leur bled à
leur fou rmilliere, descent
-
dent ensuite pour les aider
: Ily en a que le poids
du fardeau entraifne
,
ôc
qui sur le point d'arriver
au but, tombent de fort
haut avec leur bled;quand
cela arrive elles ne laissent
gueres échapper leur
grain, & se trouvant en
bas avec luy le remontent
encore.
J'en ay veu un jour une
des plus petites,qui avec
plus d'ardeur ôc de courage
que de force, montoit
un grain de froment des
plus gros avec des efforts
incroyables; estant arrivée
enfin au bois de cette
caise avancéeoùestoit la
fourmilliere,& sur lepoint
de finir une coursesipenible,
pour trop se presser,
trébuchaavec son fardeau
: voila un contretem
ps bien fâcheux
,
qui
auroir fait pester un Philosophe.
Je vis à peu prés
l'endroit où elle estoit
tombée, j'y descendis,&
je la trouvay avec son met
me grain dans ses pinces,
qui alloit commencer à
grimper de nouveau comme
mé siderien n'estoit. Cela
luy arriva jusqu'à trois
fois, tantostelle tomboit
au milieu de la course,tantost
un peu plus haut, mais
ellene quittoit jamais prise,&
ne serebutoit poinr;
àla fin les forces luy man- quèrent elle s'arrefta en
unendroit, & une autre
fourmy luy aida à porter
son grain
,
qu'elle estoit
bien mortifiée de ne pouvoir
porter seu le
,
sans
doute pour se signaler par
quelque chose de grand ;
c'est peut-estre ce qui l'animoit
si fort, car c'estoit
un grain de fromenc des
plus beaux ôc des plus gros
qu'une fourmy puisse porter.
Il y en a à qui le bled
échappe des pinces lors
qu'elles le montent, pour
lors elles se précipitent
aprés leur proye & la reprennent
pour la remonter
; que si par malheur elles
ne trouvoient pas le
grain qui leur est ainsi échappé
,
elles en cherchent
un autre ou quelque
autre chose, honteuses
de retourner à leur
fourmilliere sans rien apporter
, c'est ce que j'ay
experimente en leur oc.
tant le bled qu'elles cherchoient.
Toutes ces experiences
sont aisées à faire;
si l'on a assez de patience,il
l'afaut bien moindre que
celle des fourmis, mais
peu de gens en font capables.
Elles furent ainsi reduites
à chercher leur vie à
l'aventure. depuis que
j'eus fermé rentrée de ce
grenier si commode & si
fertilepour elles ; enfin
comme sans mon secours
ellesn'eussent découvert
de long-temps les fonds
que j'avois establis pour
elles dam lachambre où
elles eftoienr,/:
Pour voir lufquou pouvoit
aller leur genie je me
servis d'un moyen qui me
reüssit, & qui pourra paroistre
incroyable à ceux
qui n'ont jamis fait attention
que les animaux de
mesme especes qui forment
une societé, sont
plus raisonnables que les
autres. Je pris donc une
des dlus grosses fourmis
que je jettaysurde J>eîk
tas defrom~n~
de sevoirprise,~ala ,.
qu'elle eut d'eftfS^rctàfi
chée
,
fit quelle ne songea
qu'à s'enfuir, & qu'elle
ne s'avisa pas de prendre
du bled, mais elle le
remarqua bien, car estant
retournée à sa fourmilliere,
une heure apréstoutes
mes fourmis furent
averties de cette provision,
& je les vis presque
toutes aller charierle bled
que j'avois mis en cet en:
droit: je laisse à penser 'si
l'on ne doit pas inferer de
là qu'elles ont une maniere
de se communiquer
entr'elles ce qu'elles veulent
s'apprendre; car il
n'est paspossible qu'une
heure ou deux aprés elles
çuflênt peu estre autrement
averties du bled que
j'avois mis en cet endroit;
elles n'allerent point enfuite
en chercher ailleurs,
JÔC elles l'épuiserent bientost
,desorte qu'il fallut
en remettre, ce que je
faisois en petite quantité,
pour connoistre la juste
mesure de leurappetitou
de leur avarice énorme ;
car je ne doute point qu
elles ne fassent des provisions
pour l'hiver & pour
les temps facheux
,
l'Ecriture
nous l'enseigne, mille
experiences le font
voir, & je ne crois pas
qu'on en ait jamis fait qui
montrent raifonnablement
le contraire. J'ay
desjaditqu'il y avoit ci-&
cet endroit trois fourmillieres
quiformoient corn*
me trois Villes differentes,
mais gouvernées fé-
Ion les mesmes loix, & où
l'on voyoir observer à peu
prés le mesme ordre, &
les mesmes coustumes ; il
y avoic pourtant cette difference
que les habitants
d'un endroit sembloient
avoir plus d'industrie &
de genie que ceux des au*,
tres : les fourmis paroissoient
mieux rangées dans
cette fourmilliere, leur
bled estoit plus beau,leurs
provisions plus abondantes
, leur fourmilliere
mieux peuplée, & les Citoyens
toyens en estoient plus
gros & plus forts, c'estoitlà
la principale&comme
la capitale des deux autres
} j'ay mesme remarque
que ceux de cet endroit
estoient distinguez
des autres, & avoient
mesme quelque prééminence
sur eux.
Quoyque cette caisse
où estoient les fourmis
fust ordinairement à l'abry,
il pleuvoit quelquefois
d'un certainvent qui
coup,car la fourmy craint
l'eau, & lorsqu'elles vont
loin chercher leur provision,
& que la pluye les
surprend
,
elles s'arrestent
ôc semettent à l'abry sous
quelque tuile ou ailleurs,
& ne sortent qu'aprés la
pluyepassée. Lesfourmis
de cette principale fourmilliere
se servoient d'un
expedient merveilleux
pour s'en garantir chez
elles; il y avoir un petit
morceau d'ardoise plat
qu'elles traisnoient sur le
trou de leur fourmilliere
lorsqu'elleprévoyoient la
pluye, & l'en couvroient
presque toutes les nuits,
elles se mettoient plus de
cinquante aprés ce morceau
d'ardoisesurtout les
plus grosses & les plus fortes
,& tiroient touteségalement
avec un ordre
merveilleux, elles lot
toient ensuite le matin, &
rien n'estoit plus curieux
que de voir cette petite
manoeuvre ,
elles avoient
rendule terrain raboteux
autour de leur trou, de
forte que ce morceau
d'ardoise n'appuïoit point
à prtat sur leur fourmilliere,&
leur laissoit un espace
libre pour aller 6c
venir par dessous; celles
des deux autres fourmillieres
ne reüssissoient pas
si bien à se garantir de
l'eau, elles mettoient sur
leurs trous plusieursplatrats
l'un sur l'autre, mais
la pluye les incommodoit
tousjours le lendemain
elles se donnoient des
loinsôe des peines incroyables
pour reparer le
dommage des eaux: c'est
ce qui fait qu'on trouve si
souvent des fourmis sous -
destuilesoù ellesestablissent
leur fourmilliercs
pour se mettre à l'abry de
la pluye,mais les tuiles
couvrent tousjours leur
fourmilliere de maniere
que cela ne les embarasse
en rien, & elles vont exposer
leur bled & leur
terre seche au Soleil au
dehors & à l'entour du
tuilé qui les couvre,
c'est ce qu'on peut voir
tous les jours:je couvrois
les deux fourmillieres qui
ne pouvoient peut-estre
se donner du secours d'elles
melmes,pour celles de
la fourmilliere principale
c'eust elleuncharité Inal
employée,elles estoient
assez grandes pour pouvoir
se mettreal'abry.
Mr.dela LoubereAinbassadeur
à Siam, dans la
Relation qu'il a donnée
au public, rapporte que
dans un canton de ce Royaume,
sujet à de grandes
inondations, toutes les
fourmies en cet endroit
ne s'establissent que sur
les arbres, on ne voit
point ailleurs de fourmillieres
, elles les placent
assez haut pour estre tousjours
au dessus des inondations.
Il seroit inutile
de rapporter icy tout ce
qu'en dit Mr. de la Loubere,
il n'y a qu'à lire la
Relation de Siam.
Voicy une experience
assez curieuse que je fis
sur le mesme terrain ou
estoient mes trois fourmillieres,
j'entrepris d'en
establir une quatrième, &
je le fis de cette maniere.
Dans le coin d'une espece
de terrasse assezéloigner
de là, je découvris une
fourmilliere nombreuse
en citoyens, & dont les
fourmis estoient beaucoup
plus grotesque toutes
celles que j'avois desja
veuës
,
mais il s'en falloit
bien qu'elles fussent si riches
en bled, & si bien
policées que mes fourmis;
je fis d'abord un trou sur
cette caisse qui avoit la
mesme forme qu'un trou
de fourmilliere. Je jerray
là, pour ainsi dire, les son
demens d'une nouvelle
Ville,je pris ensuite toutes
les fourmis que je pus
decette fourmilliere de la
terrasse
,
& les mis dans
une bouteille pour les verfer
à l'endroit où efioient.
mes trois,fourmillieres,&
où je leur avois trace le
plan d'une nouvelle maison.
Commeil m'estoit
impossible de prendre
toutes celles qui y eitoient,
& que je ne voulois
pas que celles que je prenoisyretournassent,
ceque
pavois lieu de craindre
je detruisis leur ancienne
demeure
,
j'y jerray de
l'eau boüillanre pour faire
mourir toutes celles qui
restoient, & je renversay
tout l'édifice, je répandis
ensuite toutes ces fourmis
dans le lieu où je voulois
les establir, mais pas une
ne voulut se tenir dans ce
nouveau trou , elles s'en
allerent & disparurent
toutes en moins de deux
heures
,
cela me fit perdre
esperance de faire une
quatrième fourmilliere en
cet endroit.
Deux ou trois jours apres
ayant paffé par halard
sur cette terrasse
,
je
fus rout surpris de voir la
fourmilliere que j'avois
renversée,restablie avec
autant ¿' d'arrangement
r> que s'il n'y estoit jamais
rien arrive; je m'obstinay
pour lors à les chasser
de cet endroit,&àles establir
au près de mes trois
fourmillieres
,
je reconimençay
donc ce que j'avois
desja fait,avec cette
différence que la seconde
fois je mis de la poudrer
& du souffre dans leur
trou, & fit jouer une petire
mine qui renversa
tout, ensuite ayant porte
toutes les fourmis que j'avois
prises,anprés de mes
trois fourmillieres dans
l'endroit destiné. Comme
il pleuvoit très-fort pour
lors, & qu'il plut toute la
nuit, elles s'y refugierent
pendant tout ce temps,&:
le matin lorsque la pluie
eut cesse, la moitié&metiés
trois quarts de mes
fourmis décampercnt
pour aller rétablir leur dsmeure
ruinée ; mais en
ayant trouve apparemment
le dommage irréparable
à cause de cetre odeur
de souffre& depou--
dre qu'elles detestent, ôc
qui leur est mortelle :elles
revinrent, & s'eftablirenc
à l'endroit que je leur a-"
voistracé qu'elles accomr
moderent à merveille, elles
eurent bien-tost fait
alliance avec leurs voifi- *
nes qui leur aiderent en
tout dans leurs travaux
exterieurs, car pour ceux
du dedans il n'y avoit qiiÓ'
7 jt.
elles qui s'en messassent
suivant les loix inviolables
establies entre elles. jà
, ,,
Jamais une fourmy
n'entre dans une fourmilliere
étrangerelles ne frequentent
d'autre maison
que la leur; si une d'entreelles
vouloit hazarder
d'y entrer,elle en (eroie
cha(Te'e& severement punie
;
j'en ay souvent pris
d'une fourmilliereque j'ai
fait entrer dans une autre
à costé
,
mais elle en sortoit
bien viste ayantà ses
rrousses deux ou trois
fourmis qui la poursui,
voient vivement, je voulus
faire plusieurs fois ce
manege avec la même
fourmy, mais à la fin les
autres s'impatienterent
&ladechirerent , par morceaux
; jay souvent fait
peur avec mes doigts à
une fourmy ,& l'ay poursuivie
jusqu'au prés d'une
autre fourmilliereque la
sienne, lui fermant tous
les passages par où elle
pouvoit aller à son gifle,
il estoit naturel qu'elle se
réfugiaitoùelles se trouvoie
alors, car il y a bien
des hommes qui ne raisonneroient
pastant êc
qui se jetteroient dans un
puics ou par une fenestre
pour éviter des assassins
qui les poursuivroient
mais pour la fourmy en
question elle se détour'w'
noit d'un trouqui n'estoit
pas le fien
,
& avoirtant
de peine à y entrer qu'elle
tentoit plustot toutes
fortes de moyens les plus
difficiles, &: ne le faisoit
que dans la derniere excremité
,&quelquefois
1
1
à mesme
mesme elles aimoient
mieux se laisser prendre,
c'estune experience que
jay souvent faire. Ainsi
c'estune couflume inviolable
parmy elles de n'entrer
jamais dans la maison
d'autruy : elles n'exercent
point l'hospitalité
., mais d'ailleurs elles sont
fort secourables les unes
envers les autres, & s'aident
dans tous leurs travaux
exterieurs, mais elles
posent les fardeaux à la
porte & les laissent entrer
à ceux de la maison.
Elles entretiennent entre
elles un petit commerce,
& l'on a tort de dire
que la fourmy n'est pas
presteuseycar j'ay veu que
les fourmis se preftoienc
du grain. Elles font des
éc hanges, se préviennent
par toutes sortes d'offices
mutuels; & je puisaneurer
que si j'avois eu assez
de loisir & de patience
j'aurois remarqué une infinité
de choses plus admirables&
plus curieuses
que tout ce que je viens
de dire ; par exemple la
maniere dont elles se prestent&
se rendent leurs
prests, si c'est en la mesme
quantité, ousi elles
n'exigent pas quelque usure,
si elles payent les
estrangeres qu'elles employent,&
qui les aident
dans leurstravaux.Je croy
qu'il n'estpointimpossible
d'examiner toutes ces
choses& il seroit ensuite
bien curieux de voir leurs
maximes de Droit, peutestre
en tirerions-nous de
grands avantages pour
nostre police, comme la
Sagesse nous les propose
pour modeles de nos
mou s.
Elles n'ont point d'ennemis
qui aillent les attaquer
en corps d'armée,-
comme on le dit desabeilles;
tout ce quilesinquiette
ce sont les oiseaux. qui
vont quelquefois manger
leur bled quand elles l'estallent.
au Soleil, mais elles
le tiennent enfermé
lorsqu'elles ont des voleurs
à craindre, on dit
mesme qu'il ya des oiseaux
qui lesmangent,
mais c'est ce que je n'ay
pas veu arriver en l'endroit
où estoient mes
fourmis; les petits vermisseaux
& les vers de
terre les inquiettent aussi,
mais pour ceux la elles en
viennentaisémentàbout,
& les chassent de leur
fourmilliere lorsqu'il sen
trouve ,,
les traisnent, Se.
les tuent. J'ay remarqué
qu'e lles se punissoient ,
& qu'elles chastioient.
cel es qui sans doute avoient
manqué à leur de-;
voir, ôc mesme elles en
tuoient quelquefois ,ce
qui se faisoit en Ce 111ec- quisefaisoitensemettant
trois ou quatre aprés
elles, l'une la tiroit d'un
costéavec les pinces, l'autred'un
autre, & elles la
déchiroient ainsi
: d'ailleurs
on ne remarque
point de differens parmy
elles, ce qui me fait croire.
qu'il faut, ou que leur
discipline soit bien severe
pour entretenir un tel ordre
, ou qu'elles ayent
bien l'esprit de l'ordre 8c
de societé pour n'avoir
pas besoin d'une discipline
severe.
Dans quelleRepublique
a-ton jamais remarque
plus d'union,tout est
commun parmy elles ce
qu'on n'a jamais vû nulle
part, les Abeilles dont on
raconte des choses si merveilleuses
ont chacune
leur petite celule dans
leur ruche, le miel qu'elles
y font leur est propre ,
chacune en p-articulers1eanourrit,&
a sa petite affaire
à part, tous les autres
animaux en font de
mesme,&: s'arrachent souvent
les uns aux autres
leur portion; chez les
fourmis il n'en eil: pas
ainsi
, parmy elles tous
les biens sont communs
ellesn'ontrien en propre,
ce grain de bled que la
fourmy apporte chez elle
,
se met dans une masse
commune, ce n'est
point pour elle en particulier
c'est pour route la
communauté , l'interest
commun ,
& particulier
n'y sont distingués en
rien; jamais une fourmy
netravaille pour elle feuîe,
elle travailletousjours
pour
pourla societé en tout ce
qu'ellefait.
Il ne sçauroit leurarriver
aucun facheux accident
que leur soin, & leur industrie
ne repare, rien ne
les décourage,rienneles
rebutte;on n a qu'adc~.
truire leur fourmilliere,
êc tout bouleverser chez
elles, deux jours aprés
tout est réparé, & rétably
dans le mesme ordre
sans qu'il y paroisse la
moindre c hose,c'e st ce que
chacun peust voir tous les
jours
, & experimenter
qu'il est tres difficile dé
leschasser de leur demeure
quo) qu'on fasse sans
en faire mourir les habitans;
car tant qu'il y en
restera un petit nombre
elles se restabliront tousjours.
J'oubliois de vous dire,
Monsieur,que jusques icy
le Mercure a esté pourelles
un poison mortel, &
que cest le meilleur moyen
de les détruire; jay
quelque ressource à leur
fournir sur cet Article:
encore quelque temps, &
vous entendrez peut-estre
dire que j'ai recommodé
le Mercure avec les fourmis.
Fermer
Résumé : Les Fourmis.
L'auteur reçoit une lettre l'interrogeant sur ses observations concernant les fourmis. Il regrette de ne pas pouvoir fournir une description complète et précise, faute de temps et de bons microscopes. Il promet de partager davantage d'informations à l'avenir. L'auteur a observé les fourmis lors d'un séjour solitaire à la campagne, où il a été inspiré par leur activité pour surmonter son ennui. Il décrit leur habitat dans une caisse à fleurs abandonnée, où elles ont établi plusieurs fourmilières. Intrigué par leur comportement, il a décidé de les étudier plutôt que de cultiver des fleurs. Les fourmis travaillent sans relâche, même la nuit, et exposent leur blé au clair de lune pour éviter les oiseaux. L'auteur a protégé les fourmis en effrayant les pigeons et en les chassant. Les fourmis ont progressivement recommencé à exposer leur blé au soleil pendant la journée, montrant une adaptation prudente. L'auteur détaille l'organisation interne de la fourmilière, la gestion du blé, et les mesures prises pour éviter la germination et la détérioration des grains. Il justifie les choix des fourmis concernant l'utilisation de terre sèche plutôt que du sable ou des particules de brique. Les fourmis montrent une grande sagesse et prévoyance dans leurs actions, adaptant leurs comportements aux conditions météorologiques. Elles choisissent toujours les meilleurs grains et savent s'accommoder en cas de disette. L'auteur a caché des provisions dans une chambre pour observer le comportement des fourmis. Malgré leurs efforts, les fourmis n'ont pas découvert immédiatement les provisions, ce qui a permis à l'auteur d'observer leurs stratégies de recherche de nourriture. Les fourmis parcourent de longues distances pour trouver des grains, même s'ils n'étaient pas toujours de leur goût. Elles ne reviennent jamais sans quelque chose, même si ce n'était qu'un brin de terre sèche. Les fourmis transportent des grains lourds sur de longues distances et surmontent des obstacles, comme grimper sur des murs. Elles travaillent souvent en groupe pour aider celles qui sont en difficulté. L'auteur a observé une petite fourmi particulièrement déterminée à transporter un grain de blé gros, malgré plusieurs chutes. Les fourmis ont des stratégies pour se protéger de la pluie, comme utiliser un morceau d'ardoise pour couvrir leur fourmilière. L'auteur mentionne des observations faites par Mr. de la Loubere à Siam, où les fourmis s'établissent sur les arbres pour éviter les inondations. L'auteur a tenté d'établir une quatrième fourmilière en déplaçant des fourmis d'une autre fourmilière, mais sans succès. Les fourmis ont reconstruit leur ancienne fourmilière malgré les efforts de l'auteur pour les en empêcher. Les fourmis établissent des colonies et respectent des lois inviolables, comme ne jamais entrer dans une fourmilière étrangère. Elles sont très protectrices de leur territoire et punissent sévèrement toute intrusion. Les fourmis collaborent étroitement pour les travaux extérieurs, mais chaque fourmilière gère ses tâches intérieures de manière autonome. Elles n'exercent pas l'hospitalité mais sont très solidaires entre elles, aidant dans les travaux extérieurs et partageant les ressources. Les fourmis entretiennent un petit commerce entre elles, échangeant des grains et d'autres ressources. Elles n'ont pas d'ennemis majeurs, à l'exception des oiseaux et des petits vermisseaux, qu'elles parviennent à repousser ou à tuer. Leur discipline est sévère, et elles punissent celles qui manquent à leurs devoirs, parfois jusqu'à les tuer. Les fourmis vivent en communauté où tout est commun, contrairement aux abeilles ou à d'autres animaux. Elles travaillent toujours pour le bien de la société et non pour elles-mêmes. Leur industrie et leur soin leur permettent de réparer rapidement tout dommage subi. Le mercure est mentionné comme un poison mortel pour elles, mais l'auteur suggère avoir trouvé un moyen de les protéger contre ce poison.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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53
p. 75-77
« Cette separation qui doit commencer à interesser le Lecteur, va [...] »
Début :
Cette separation qui doit commencer à interesser le Lecteur, va [...]
Mots clefs :
Histoire, Historiette, Mercure
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texteReconnaissance textuelle : « Cette separation qui doit commencer à interesser le Lecteur, va [...] »
Cette Réparation qui
doit commencerainteresser
le Lesseur, va prtl
duireunesuited'évenemenssinguliers&
interessants
,
dont on vous dOR
neraune partie dans le
moisprochain,&lereste
dans lemoissuivant
L*tmpojjîbiltté de mettre
dans un seul Mercure
une longue histoirefait icy
parnecessitéune interruption
f5 unesuspension de
curiositépareille à celles
gque'onoirnte-na-geeoxit-perxperéss
avec art dans nos plus
beaux Rorpans, & après
tout il n'y a pas si loin
d'un Mercure à l'autre,
qu'ily d/voitdul premier
Tome au douzièmedans,
les Romans de la Calprenelle
,dont on n'a.
voitquelquefois la fuite
quau bout de plusieurs
années. Il est, vray que
nos Lecteurssontplus impatiens
que ceux de ce
temps-la, & moinscurieux
d'avanturesserieuses
, maispourles dedommagerd'avoirattendu
la
suite de cette Histoire, on
y joindra, chaque mois
quelque petiteHistoriette
comique, quisera sélon
l'usage du Theatre, la
farce après la pieceserieuse.
doit commencerainteresser
le Lesseur, va prtl
duireunesuited'évenemenssinguliers&
interessants
,
dont on vous dOR
neraune partie dans le
moisprochain,&lereste
dans lemoissuivant
L*tmpojjîbiltté de mettre
dans un seul Mercure
une longue histoirefait icy
parnecessitéune interruption
f5 unesuspension de
curiositépareille à celles
gque'onoirnte-na-geeoxit-perxperéss
avec art dans nos plus
beaux Rorpans, & après
tout il n'y a pas si loin
d'un Mercure à l'autre,
qu'ily d/voitdul premier
Tome au douzièmedans,
les Romans de la Calprenelle
,dont on n'a.
voitquelquefois la fuite
quau bout de plusieurs
années. Il est, vray que
nos Lecteurssontplus impatiens
que ceux de ce
temps-la, & moinscurieux
d'avanturesserieuses
, maispourles dedommagerd'avoirattendu
la
suite de cette Histoire, on
y joindra, chaque mois
quelque petiteHistoriette
comique, quisera sélon
l'usage du Theatre, la
farce après la pieceserieuse.
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Résumé : « Cette separation qui doit commencer à interesser le Lecteur, va [...] »
Le texte annonce une série d'événements en deux parties, la première publiée le mois prochain, la seconde le mois suivant. Une histoire comique mensuelle sera ajoutée pour maintenir l'intérêt des lecteurs, impatients et préférant les aventures sérieuses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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54
p. 81-84
« Mr M. D. M. fonde ainsi sçavamment plusieurs plusieurs conjectures [...] »
Début :
Mr M. D. M. fonde ainsi sçavamment plusieurs plusieurs conjectures [...]
Mots clefs :
Article, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mr M. D. M. fonde ainsi sçavamment plusieurs plusieurs conjectures [...] »
Mr M. D. M. fonde
ainsifçavammcnt plusieurs
conjectures tresvrai-
semblables, sur les
inscriptions de ces pierres
antiques) mais la
necessité d'abréger m'a
fait préferer les traits
historiques qui sont à la
portée de tout le monde,
à ces Explications, qui
perdent beaucoup de
leur mérité auprès de
ceux qui ne sont pas sçavants
dans l'antiquité.
Gerce mefine necessité
dabreger m'empesche
aussi de m'estendre autant
que je le voudrais
sur la Dissertation suivante,
dont j'aurois peutestre
deu parlerd'abord,
parce qu'elle a esté prononcée
a l'Académie,
mais elle n'esttombée
entre mesmains que la
derniere,&c d'ailleurs
ces deux sçavants Académiciens
ont une réputation
qui les met au
dessus de la ceremonie.
Il n'y a point de primauté
dans mon Mercure;
j'y place les pieces comme
elles me viennent;
&C non pas selon la diftination
du mérité ni des
personnes, & j'y placerois
sans scrupule le
mariage d'un Duc après
celuy d'un Bourgeois.
Le hasard,&les sujetions
décidentsouvent de l'ordre
d'un volume qui
s'imprimetousjours impromptu
; & où l'Autheur
ne peut avoir le
loisîr de faire sur un article
mille reflexions
3
comme celuy qui n'a
que cet article en teste,
parce qu'il ne prend in- teres1t qu'à cel1 uy-l1a\ .
ainsifçavammcnt plusieurs
conjectures tresvrai-
semblables, sur les
inscriptions de ces pierres
antiques) mais la
necessité d'abréger m'a
fait préferer les traits
historiques qui sont à la
portée de tout le monde,
à ces Explications, qui
perdent beaucoup de
leur mérité auprès de
ceux qui ne sont pas sçavants
dans l'antiquité.
Gerce mefine necessité
dabreger m'empesche
aussi de m'estendre autant
que je le voudrais
sur la Dissertation suivante,
dont j'aurois peutestre
deu parlerd'abord,
parce qu'elle a esté prononcée
a l'Académie,
mais elle n'esttombée
entre mesmains que la
derniere,&c d'ailleurs
ces deux sçavants Académiciens
ont une réputation
qui les met au
dessus de la ceremonie.
Il n'y a point de primauté
dans mon Mercure;
j'y place les pieces comme
elles me viennent;
&C non pas selon la diftination
du mérité ni des
personnes, & j'y placerois
sans scrupule le
mariage d'un Duc après
celuy d'un Bourgeois.
Le hasard,&les sujetions
décidentsouvent de l'ordre
d'un volume qui
s'imprimetousjours impromptu
; & où l'Autheur
ne peut avoir le
loisîr de faire sur un article
mille reflexions
3
comme celuy qui n'a
que cet article en teste,
parce qu'il ne prend in- teres1t qu'à cel1 uy-l1a\ .
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Résumé : « Mr M. D. M. fonde ainsi sçavamment plusieurs plusieurs conjectures [...] »
Le texte évoque la décision de Mr. M. D. M. de se concentrer sur des traits historiques accessibles à tous plutôt que sur des conjectures savantes concernant des inscriptions antiques, en raison de contraintes d'abréviation. Cette contrainte l'empêche également de développer une dissertation prononcée à l'Académie, qu'il aurait souhaité aborder en premier. Il souligne que deux savants académiciens, en raison de leur réputation, sont exemptés des formalités. Dans son Mercure, il publie les pièces au fur et à mesure de leur réception, sans égard à leur mérite ou à l'importance des personnes. L'ordre des articles est souvent déterminé par le hasard et les contraintes de publication, ne lui permettant pas de réfléchir longuement sur chaque sujet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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55
p. 3-8
« La varieté est un agrément de fondation dans le Mercure, [...] »
Début :
La varieté est un agrément de fondation dans le Mercure, [...]
Mots clefs :
Mercure, Variété, Public, Vin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La varieté est un agrément de fondation dans le Mercure, [...] »
A varieté est un agrément
de fondation
dans le Mercure ,
ainsi lanecessité de varier
les sujets doit l'emporter
sur celle d'y continuer
ceux qu'ona commencé
d'ytraiter:mais en discontinuant
icy l'abregé
de l'Iliade,& leParalelle,
on prometde les donner
achevez & perfectionnez
dans un petit
volume separé
, comme
Supplément du Mercure
,- & cela au premier
loisir qu'aura l'Autheur
de l'abregé
, car le paralelleest
déja tout prelL
Il n'est pas Surprenants.
quele Publicaimela variété
,
puisque son goust
est si varié &si variable :
mais il feroiteftônnantt
qu'un Livre seul peust*
estré aussi varié que le
goust dupublic : quoy
qu'il poussesouvent fès-j
desirsau <ielàdupossible
je n'en estime pas *moins son goust
,
mais
je le prie de ne pas juger
du mien par les choses
que je luy donneray feulement
pour varier.
La saison des vins nouveaux
me fournit une similitude
qui convient à
la teste du Mercure des
vendanges ceux qui
veulent changer de vin
tous les jours, épuisent
bientost les bons, il n'y
a pas tant de bons terroirs
:s'ils veulent pousser
plus loin la varieté,
ils doivent seresoudreà
la guinguette-
Je donneray dans ce
volume-cy un article de
guinguette, mais si peu
frelatée & si verte quelle
fera secoüer les oreilles
aux bons gourmets. Les
costeaux de l'ancienne
Rome,les Petrones &
les Luculles, banniffoient
de leurs petits repas voluptueux
les viandes
communes & grossieres,
mais quand Luculle donnoit
des repas publics, il
s'attachoit moins à la delicatessequ'àla
variété ÔC
à la profusion des viandes
, le Mercure est un
repas public, on y admet
les bons morceaux, lesmediocres & mesme
les mauvais, il faut
bien que tout le monde
vive.
de fondation
dans le Mercure ,
ainsi lanecessité de varier
les sujets doit l'emporter
sur celle d'y continuer
ceux qu'ona commencé
d'ytraiter:mais en discontinuant
icy l'abregé
de l'Iliade,& leParalelle,
on prometde les donner
achevez & perfectionnez
dans un petit
volume separé
, comme
Supplément du Mercure
,- & cela au premier
loisir qu'aura l'Autheur
de l'abregé
, car le paralelleest
déja tout prelL
Il n'est pas Surprenants.
quele Publicaimela variété
,
puisque son goust
est si varié &si variable :
mais il feroiteftônnantt
qu'un Livre seul peust*
estré aussi varié que le
goust dupublic : quoy
qu'il poussesouvent fès-j
desirsau <ielàdupossible
je n'en estime pas *moins son goust
,
mais
je le prie de ne pas juger
du mien par les choses
que je luy donneray feulement
pour varier.
La saison des vins nouveaux
me fournit une similitude
qui convient à
la teste du Mercure des
vendanges ceux qui
veulent changer de vin
tous les jours, épuisent
bientost les bons, il n'y
a pas tant de bons terroirs
:s'ils veulent pousser
plus loin la varieté,
ils doivent seresoudreà
la guinguette-
Je donneray dans ce
volume-cy un article de
guinguette, mais si peu
frelatée & si verte quelle
fera secoüer les oreilles
aux bons gourmets. Les
costeaux de l'ancienne
Rome,les Petrones &
les Luculles, banniffoient
de leurs petits repas voluptueux
les viandes
communes & grossieres,
mais quand Luculle donnoit
des repas publics, il
s'attachoit moins à la delicatessequ'àla
variété ÔC
à la profusion des viandes
, le Mercure est un
repas public, on y admet
les bons morceaux, lesmediocres & mesme
les mauvais, il faut
bien que tout le monde
vive.
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Résumé : « La varieté est un agrément de fondation dans le Mercure, [...] »
Le texte aborde la nécessité de diversifier les sujets dans le Mercure, une publication périodique, afin de répondre aux goûts variés et changeants du public. L'auteur décide de poursuivre l'abrégé de l'Iliade et son parallèle dans un volume distinct, une fois qu'il en aura le temps. Il compare la variété des sujets à la diversité des vins, soulignant que ceux qui changent trop souvent de vin épuisent rapidement les bons crus. Pour illustrer cette idée, l'auteur promet un article de guinguette, bien que de qualité inférieure. Il compare également le Mercure à un repas public où tous les types de morceaux sont admis, afin que chacun puisse y trouver son compte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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56
p. 3-10
RÉPONSES à quelques Plaintes contre le Mercure.
Début :
On se plaint qu'on alteré dans le Mercure quelques ouvrages, [...]
Mots clefs :
Plaintes, Mercure, Réponses, Auteurs, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSES à quelques Plaintes contre le Mercure.
R E'P 0 N SES
à quelques Plaintes
concfe
le
Mercure.
ONseplaintqi£mdltiùé
dans k Mercurecfueîquttouvraity & quesqucémttnotrésdcf<*tntHè,
A l'égard des Autheurs
ceux qui craignent de
bonne foy d'estre imprimez ne doivent nyreciter ny écrire leurs ouvrages, & ceux qui n'ont
pas le courage de cacher
ce qu'ilsont fait de beau.
peuvent m'en faire tenir
ibus main des copies correctes, & jurer ensuite
hautement qu'ils ne les
ontdonnées à personne,
& qu'ils en desavouent
les fautes;je prendray
ces fautes sur moy pour
leur faire plaisir.
-
A l'égard des noms de
famtHe
9
desgenealogies,
& autres mémoiresdefectueux
y
c'est purement la
faute de ceux qui ne prennentpas le soin de me les
envoyer. On n'a qu'à les
IIdrcfercheZlesLibraires
dont le nom est à la tejtc
du Livre.
Ceux dont les actions
& les familles meriteroient le plus de place
dans ce Journal, font
quelquesfois ceux dont
les articles font ou negligez ou tout- à
-
fait oubliez, parce quevoulant
m'y attacher davantage,
je me suis fié sur de beaux
mémoiresqu'on ma promis, & ces prometteurs
sontlapluspart beaucoup
plusnegligensà me tenir
leur parole que je ne le
fuis à donnerauPublic
tout ce que je luy ay promis.
On se plaintque je
Hemployé:pœ$. assezt de
sempf 4 mon JMcriwà^
Ûtlarai,ConJil faudroit
travailler une aimée pour
chaque mois,& toute
déduction faite du tems
de l'lmpression,dutems
necessairement perdu, Se
dema paresses il ne reste à
peu prés que cinq ou six
jours pour l'écrire, c'est.
trop peu, & je m'en
plains comme vous pour,
toute réponse à cet
article.
Les Nowveïïijtes se
plaignent que j'abbrege
les Nouvelles, & queJe
donne trop de Poesies.
Les Poëtes répondent
que les vers font l'ornement du Mercure.
Les DamesJe 'plaignent qu'on sétend trop
sur les morceaux de Litterature &de Physique.
Les Philosophesrépondent qu'ils s'occupent
agréablement, de ce qui
ennuye les Dames & que
ce qui fait plaisir aux
Dames ne convient
point aux gens studieux.
D'autresse plaignent
que le Mercure n'cft pas
afieZj rempli.
Les Librairesrépondent qu'on le vend bien
tel qu'il est
,
c'est ainsi
que dans le commerce
de la vie
,
celuy qui est
content répond aux
plaintes de celuy qui ne
l'estpas. Je prieinstam-
ment une partie du Public de répondre pour
moy a
l'autre.
à quelques Plaintes
concfe
le
Mercure.
ONseplaintqi£mdltiùé
dans k Mercurecfueîquttouvraity & quesqucémttnotrésdcf<*tntHè,
A l'égard des Autheurs
ceux qui craignent de
bonne foy d'estre imprimez ne doivent nyreciter ny écrire leurs ouvrages, & ceux qui n'ont
pas le courage de cacher
ce qu'ilsont fait de beau.
peuvent m'en faire tenir
ibus main des copies correctes, & jurer ensuite
hautement qu'ils ne les
ontdonnées à personne,
& qu'ils en desavouent
les fautes;je prendray
ces fautes sur moy pour
leur faire plaisir.
-
A l'égard des noms de
famtHe
9
desgenealogies,
& autres mémoiresdefectueux
y
c'est purement la
faute de ceux qui ne prennentpas le soin de me les
envoyer. On n'a qu'à les
IIdrcfercheZlesLibraires
dont le nom est à la tejtc
du Livre.
Ceux dont les actions
& les familles meriteroient le plus de place
dans ce Journal, font
quelquesfois ceux dont
les articles font ou negligez ou tout- à
-
fait oubliez, parce quevoulant
m'y attacher davantage,
je me suis fié sur de beaux
mémoiresqu'on ma promis, & ces prometteurs
sontlapluspart beaucoup
plusnegligensà me tenir
leur parole que je ne le
fuis à donnerauPublic
tout ce que je luy ay promis.
On se plaintque je
Hemployé:pœ$. assezt de
sempf 4 mon JMcriwà^
Ûtlarai,ConJil faudroit
travailler une aimée pour
chaque mois,& toute
déduction faite du tems
de l'lmpression,dutems
necessairement perdu, Se
dema paresses il ne reste à
peu prés que cinq ou six
jours pour l'écrire, c'est.
trop peu, & je m'en
plains comme vous pour,
toute réponse à cet
article.
Les Nowveïïijtes se
plaignent que j'abbrege
les Nouvelles, & queJe
donne trop de Poesies.
Les Poëtes répondent
que les vers font l'ornement du Mercure.
Les DamesJe 'plaignent qu'on sétend trop
sur les morceaux de Litterature &de Physique.
Les Philosophesrépondent qu'ils s'occupent
agréablement, de ce qui
ennuye les Dames & que
ce qui fait plaisir aux
Dames ne convient
point aux gens studieux.
D'autresse plaignent
que le Mercure n'cft pas
afieZj rempli.
Les Librairesrépondent qu'on le vend bien
tel qu'il est
,
c'est ainsi
que dans le commerce
de la vie
,
celuy qui est
content répond aux
plaintes de celuy qui ne
l'estpas. Je prieinstam-
ment une partie du Public de répondre pour
moy a
l'autre.
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Résumé : RÉPONSES à quelques Plaintes contre le Mercure.
Le texte est une réponse aux plaintes concernant le Mercure, une publication. L'auteur s'adresse aux auteurs, les encourageant à ne pas écrire ou publier leurs œuvres s'ils craignent d'être imprimés ou manquent de courage. Il propose de corriger leurs fautes s'ils lui envoient des copies et jurent ne pas les avoir données à d'autres. Les erreurs sur les noms de famille et les généalogies sont imputées à ceux qui ne fournissent pas les informations correctes. L'auteur invite à consulter les libraires pour vérifier les noms. L'auteur reconnaît que certaines actions et familles méritantes sont négligées en raison de promesses non tenues par ceux qui devaient fournir des mémoires. Il admet également que le temps de rédaction est limité, avec seulement cinq ou six jours par mois après déduction des temps d'impression et de pauses. Les nouvellistes se plaignent de la brièveté des nouvelles et de l'excès de poésie. Les poètes répondent que les vers ornent le Mercure. Les dames critiquent l'étendue des morceaux de littérature et de physique, tandis que les philosophes trouvent ces sujets agréables et adaptés aux gens studieux. Certains se plaignent que le Mercure n'est pas assez rempli, mais les libraires affirment qu'il se vend bien tel qu'il est. L'auteur conclut en invitant une partie du public à répondre aux plaintes de l'autre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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57
p. 81
« Les ceremonies funebres, & les autres pieces serieuses que j'ay [...] »
Début :
Les ceremonies funebres, & les autres pieces serieuses que j'ay [...]
Mots clefs :
Mercure, Énigme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les ceremonies funebres, & les autres pieces serieuses que j'ay [...] »
rticle des Enigmes.
Les ceremoniesfunebres,
& les autres pieces serieuses que j'ay préferées à tou-
-
tes, pour accompagner des
sujets si tristes
,
ont occupé insensiblement tout le
Mercure de ce mois, il ne
m'est pointresté de place
pour les amusements. J'en
rempliray, si je puis, le
Mercure prochain,& j'espere que de long temps je
n'auray
occasion deles interrompre.
Les ceremoniesfunebres,
& les autres pieces serieuses que j'ay préferées à tou-
-
tes, pour accompagner des
sujets si tristes
,
ont occupé insensiblement tout le
Mercure de ce mois, il ne
m'est pointresté de place
pour les amusements. J'en
rempliray, si je puis, le
Mercure prochain,& j'espere que de long temps je
n'auray
occasion deles interrompre.
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58
p. 192-212
Discours sur l'Academie Royale des Sciences. [titre d'après la table]
Début :
L'Academie Royale des Sciences tint séance publique, le Mercredy 6. Avril [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Discours, Mercure, Opium, Vitriol, Vapeurs, Sel, Chaux, Tartre, Chimiste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'Academie Royale des Sciences. [titre d'après la table]
Ne croyant pas pou voir donner ce mois-ci
le memoire suivant, on
avoir déja imprimé un
morceau de Monsieur
Parent. Quoique cette
Piece foitégalement belle &solide, on en trouvera peut-être trop de
ce même genre pour
un seul mois: mais à
coup sûr ce ne fera pas lessçavans quis'en plaindront.
L'Academie Royale des
Sciences tint séance publique, le Mercredy 6. Avril
Mr l'Abbé Bignon qui prefidoit felicita la Compagnie
sur ce que cette Assemblée
ne commençoit point
à@.
l'ordinaire par l'Eloge funebre de quelque Académicien
,
n'en étant mort aucun
dans le dernier Semestre.
Mr Lemery le fils, sçavant
Medecin & Chimistehabile, lut un memoire sur les
differentes couleurs des Précipitez du Mercure;il raporta plusieurs experiences des
changementsdecouleurs
qui arrivent à
ces précipitez,
le Mercure dissous dans
l'esprit de nitre est sans
couleurs, c'est-à-dire que
la dissolution est claire &
transparente, si on verse
dessus du sel Marin, la liqueur blanchit & il se précipire peu à peu une poudre
blanche qui cft le Mercure
dans sa couleur naturelle, le
sel Ammoniac la précipite
en un blanc sale, l'eau de
chaux en jaune, & le sel de
tartre en jaune orangé, &c.
Il dit que la couleur na-
•>
turelle du Mercure étoit le
blanc, que la couleur jaune
Du rouge luy étoit étrangère, & il l'anribua aux
parties dé ftü qui portées
avec la chaux où lé sel de
Tartre penetroient le Mercure, & se méslant avec luy
prenoient la couleur rougé
& naturelle à
ces mesmes
parties de feu.
Il prouva que la couleur
haturelle des parties de feu
étoit le rouge, par la couleur
mesme dufeuordinaire, par lacouleurque prend le Mercure seul calciné de long-
temps qui le convertit de
lui-mesme en une poudre
rouge, & par la couleur des
vapeurs du Salpêtre quand
on le convertit en cfprit de
nitre, car les vapeurs qui
emplissent le bâlon dans
cette operation font rouges
comme du sang; ce qui ne
peur provenir que des partics de feu. Il dit aussi que le
sel de tartre& la chaux ne
teignoient en jaune ou en
orange que parce que con'
tenant des parties de feu,
ces parties dans le melange
des matieres abandonnoient
la chaux ou le sel de tartre
pour fc joindre au Mercure.
Un homme quisetrouvoit
auprès de moy cm qui me crut
grând Chimiste
,
me demanda pourquoy ces mêmes partics de feu qui rougissoient
le Mercure, ne rougissoient
pas neantmoins la chaux &
le sel de tartre que l'on
joignoit au Mercure dans
ces expériences? je tiray m es Tablettes & ayant mis sa
demande par écrit je lui dis
que je pourrois lui rendre
réponse dans un mois, li
parut un peu surpris du long
terme, mais cependant cela
l'encourageaà me faire une
secondedemande, pourquoy les parties de feu qui
rougissent les vapeurs de
l'esprit de pitre ne rou- girent de elles^p^ lçs vapeurs
l'huille de Vitriol; je
voulus faire le sçavant pour
cette fois, & lui répondis
que si les vapeurs de l'huile
de Vitriol n'étoient pas
rouges, sans doute qu'iln'y.
avoirpointde partiesde feu;
mais il me soutint qu'il y
avoit des parties de feu I°.
parce qu'il faut un feu
bien plus violent pour tirer
l'huile de Vitriol que pour
£jre& l'esprit de n~rc~2.~
par l'action violente de
l'huile de Vitriol qui corrode & brule trèsfortement; enfin par ce que si
ron jette l'huile glaciale de
Vitriol dans de l'eau froide,
elle y
excite un gresillement
p^çil celuy que fait un
charbonrouge que l'onjette
dans l'eau froide. Comme
cela passoit ma portée j'écrivis&luy promisréponse
dans un mois, je prie ou
Mr Lémeri ou quelque
Chimiste de vouloir bien me dégager de ma parole en
m'envoyant réponseà ces deux demandes.
Mr Cassin le fils, digne
héritier du nom qu'il
porte, lut ensuite un mémoire sur le flux & le reflux
de la Mer, il y
donna des
moyens de trouver juste
l'heure des hautes,& basses
Marées dans les Ports de
France, il fit voir que les
Equinoxes ne sont pas les
temps des plus hautes Marées comme on se l'étoit
persuadé jufqucs icy, & il
démontra que ces mouvements reglez de la Mer dépendoient presque entièrement de la pression de la
Lune sur les eaux.
Mr Boulduc le pere, trèshabile Chimiste donna la
découverte d'un nouvel
Opium, après avoir tenté
plusieurs moyens de corri.
ger l'Opium ordinaire que
l'on ne sçauroit donner que
dans une dose très petite, &
qui souvent toute petite
qu'elle est ne laisse pas de
produire encore de fâcheux
effets,&voyant que toutes
ses corrections ne changeoient point l'Opium, il
essayade différentes si narco- çliçrch4 dans l'extrait des fleurs de Coquelicot
la qualité anodine, qu'il n'y
trQuya point, lprfqueJ'e^
trait n'étoitfait qu'avec lq,
seules feuilles de la fleur;
mais il observa que lesirop
de Coquelicot & l'extrait
croient un peu somnifères
lorsqu'on laissoit la reste des
Coquelicots avec les Feuilles
des fleurs,cela l'engagea de
fairel'extrait des testes
seules, & il trouva qyic
c'étaitfun somnifere des
plus doux qu'il y eut, qui a
la dose de quatre grains faisoit dormir sanslaisser aucun
trouble dans la teste: remede
d'autant plus utile qu'il ne
faut point l'aller chercher en
Turquieétant trèscommun
en France.
:
Deux de mes woifms
chausserentbeaucoup à l'occasion
de cette dissertation poursçavoir
si l'on déçoit mettre l'Opium
au rang des remedes ou des
poisonsfroids ou chauds. Je ne
rapporteray point leurs raisons
qui me parurentfort peu deci-
fivesi mais leurs disputefinit
par une demande que je rapporte icicommem'ayantparuplusimportante;sçavoir,s'ily aquelques marques pour connoistre
si
un hommeseroitmort d'avoir
pris une trop grande doss d'Opium? l'un deux dit qu'il n'y
avoit aucune marque. L'autre
dit que tous ceux qui mouroient
ayant pris beaucoup d'Opium
avoient le sang tellement
dissous qu'ilnesefigeoitjamais.
Unepetitedissertation de quelque
habile Medecinsur cette
matiere, aideroit àremplirmon
Mercure & pourroit estre
agreable &utile au public. Mr Vinflou habile &
sçavant Anatomiste, donna
un mémoire touchant les
glandes qui se rencontrent
dans les corps des animaux, illesdiftnbuaft fous ses différentesclasses qu'ilfubdivisa aussi en plusieurs especes.
Il range dansla première
Classe les glandes conglobéesj ce sont les glandesqui
font en quelquemanière
arrondies un peu fermes
d'une grandeur confiderablc,& d'une surface lisle
&unie comme les reins,&c.
Dans la sceonde Claffclefc
glandes conglomcrécs,qui
font des amas de plusieurs
pelotons étroitement collez ensemble & renfermez
fous une menbrane commune, comme le Pancreas,
les Parotides,&c.
Dans latroisiéme Classe,
les glandes en grain, il
nommaainfide petits corps
glanduleux tantost solitaires, tantost parfemez sur ua",
mesme plan de différentes
figures,telles font une
grande parties des glandes
intestinales, les çutan*écs.,&c.,
Dans la quatrième Classe
les glandes à poil ce font
celles qui forment
ce que l'on nomme le velouté de
l'estomach & des intestins,
composé d'une infinité de
petits tuyaux glanduleux en forme de panne ou de
velours.
Dans la cinquiémc Classe
les glandes irregulieres,qui
font celles qui par leur
forme extérieure ne se rapportent à
pas une des
precedentes, par exemple lefoye,&c.
;
:', Dans la sixiémeClasse les
glandes inperceptibles, qui
son celles qui sont sipetites
qu'onne les peut pas diflip*,
guersans microscope,ouque
l'onne découvre pas même
àl'aide du Microscope; mais
dontonne supposoit que
par leurs effets, ou à l'occasion de certaines maladies,
quiles rendent sensibles
celles sont les glandes du
Pericarde & du Pericorne
Il subdivisaensuitecessix
Classes générales en differentesespeccs, en les con.
siderant fous differens égards ,1 ; ou par raport
à leur uÍfu) ou par
raport aux sucs qu'elles
filtrent, ou par raport à
leursemploys, ou par raport
à leur durée.
Il donna ensuite la description & la figure de la
plus simple de ces glandes
pour la structure qui est la
glande à poil, dont l'assemblage forme le velouté de
l'estomach
,
ensuite celle du
rein, qui est un peu plus
composée
,
celle du
foye
qu'il dit estre une glandeconglobée cellulaire, dont chacune des cellules estgarnie
intérieurementd'un velouté
fort fin, dont chaque poil
estune glande comme auvelouté des intestins, & en
fin celle de la Ratte qui cft
U glande la plus composée;
puisque c'est selon luy unr.
glande conglobée, celluleuse, reticulaire & vasculeuse.
Il fcroit difficile de bien
faire comprendre la ftruc-4
ture de ces parties qu'en raportant sa propre description jointe aux figures, ce
quele peu de pratiqueque
ayAnqçpmicne m'apas
permis de faire.
Il raporta dans ces discours une chose fort singuliere, c'est que l'on pouvoit
avoir des preuves visiblesde
la transpiration des corps
vivants, en se presentant la
teste nuë, ou le corps de
quelque animal que ce soit
au grand soleil contre une
muraille blanche on aperçoir, dit il,une ombre legere
& voltigeante au dessus de
la teste ou du corps de l'animal, qui est l'ombre de la
waticre de l'insensible transpiration. Mes voisins se de*
manderent s'il étoit possible
qu'un corps invisible produisit une ombre visible,
chacun se promit de vérifier
l'expérience avant que d'en
chercher l'explication.
Mt l'Abbé Bignon reprit
à la fin de chaque mémoire
précis de ce qui avoitétédit,
& fit sentir au public l'utilité qu'il devoir attendre de
chacune deces observations
ou de ces découvertes, ce
qu'il fit avec cette facilité,
cette netteté
,
& cette
Eloquence qui luy font si natur
le memoire suivant, on
avoir déja imprimé un
morceau de Monsieur
Parent. Quoique cette
Piece foitégalement belle &solide, on en trouvera peut-être trop de
ce même genre pour
un seul mois: mais à
coup sûr ce ne fera pas lessçavans quis'en plaindront.
L'Academie Royale des
Sciences tint séance publique, le Mercredy 6. Avril
Mr l'Abbé Bignon qui prefidoit felicita la Compagnie
sur ce que cette Assemblée
ne commençoit point
à@.
l'ordinaire par l'Eloge funebre de quelque Académicien
,
n'en étant mort aucun
dans le dernier Semestre.
Mr Lemery le fils, sçavant
Medecin & Chimistehabile, lut un memoire sur les
differentes couleurs des Précipitez du Mercure;il raporta plusieurs experiences des
changementsdecouleurs
qui arrivent à
ces précipitez,
le Mercure dissous dans
l'esprit de nitre est sans
couleurs, c'est-à-dire que
la dissolution est claire &
transparente, si on verse
dessus du sel Marin, la liqueur blanchit & il se précipire peu à peu une poudre
blanche qui cft le Mercure
dans sa couleur naturelle, le
sel Ammoniac la précipite
en un blanc sale, l'eau de
chaux en jaune, & le sel de
tartre en jaune orangé, &c.
Il dit que la couleur na-
•>
turelle du Mercure étoit le
blanc, que la couleur jaune
Du rouge luy étoit étrangère, & il l'anribua aux
parties dé ftü qui portées
avec la chaux où lé sel de
Tartre penetroient le Mercure, & se méslant avec luy
prenoient la couleur rougé
& naturelle à
ces mesmes
parties de feu.
Il prouva que la couleur
haturelle des parties de feu
étoit le rouge, par la couleur
mesme dufeuordinaire, par lacouleurque prend le Mercure seul calciné de long-
temps qui le convertit de
lui-mesme en une poudre
rouge, & par la couleur des
vapeurs du Salpêtre quand
on le convertit en cfprit de
nitre, car les vapeurs qui
emplissent le bâlon dans
cette operation font rouges
comme du sang; ce qui ne
peur provenir que des partics de feu. Il dit aussi que le
sel de tartre& la chaux ne
teignoient en jaune ou en
orange que parce que con'
tenant des parties de feu,
ces parties dans le melange
des matieres abandonnoient
la chaux ou le sel de tartre
pour fc joindre au Mercure.
Un homme quisetrouvoit
auprès de moy cm qui me crut
grând Chimiste
,
me demanda pourquoy ces mêmes partics de feu qui rougissoient
le Mercure, ne rougissoient
pas neantmoins la chaux &
le sel de tartre que l'on
joignoit au Mercure dans
ces expériences? je tiray m es Tablettes & ayant mis sa
demande par écrit je lui dis
que je pourrois lui rendre
réponse dans un mois, li
parut un peu surpris du long
terme, mais cependant cela
l'encourageaà me faire une
secondedemande, pourquoy les parties de feu qui
rougissent les vapeurs de
l'esprit de pitre ne rou- girent de elles^p^ lçs vapeurs
l'huille de Vitriol; je
voulus faire le sçavant pour
cette fois, & lui répondis
que si les vapeurs de l'huile
de Vitriol n'étoient pas
rouges, sans doute qu'iln'y.
avoirpointde partiesde feu;
mais il me soutint qu'il y
avoit des parties de feu I°.
parce qu'il faut un feu
bien plus violent pour tirer
l'huile de Vitriol que pour
£jre& l'esprit de n~rc~2.~
par l'action violente de
l'huile de Vitriol qui corrode & brule trèsfortement; enfin par ce que si
ron jette l'huile glaciale de
Vitriol dans de l'eau froide,
elle y
excite un gresillement
p^çil celuy que fait un
charbonrouge que l'onjette
dans l'eau froide. Comme
cela passoit ma portée j'écrivis&luy promisréponse
dans un mois, je prie ou
Mr Lémeri ou quelque
Chimiste de vouloir bien me dégager de ma parole en
m'envoyant réponseà ces deux demandes.
Mr Cassin le fils, digne
héritier du nom qu'il
porte, lut ensuite un mémoire sur le flux & le reflux
de la Mer, il y
donna des
moyens de trouver juste
l'heure des hautes,& basses
Marées dans les Ports de
France, il fit voir que les
Equinoxes ne sont pas les
temps des plus hautes Marées comme on se l'étoit
persuadé jufqucs icy, & il
démontra que ces mouvements reglez de la Mer dépendoient presque entièrement de la pression de la
Lune sur les eaux.
Mr Boulduc le pere, trèshabile Chimiste donna la
découverte d'un nouvel
Opium, après avoir tenté
plusieurs moyens de corri.
ger l'Opium ordinaire que
l'on ne sçauroit donner que
dans une dose très petite, &
qui souvent toute petite
qu'elle est ne laisse pas de
produire encore de fâcheux
effets,&voyant que toutes
ses corrections ne changeoient point l'Opium, il
essayade différentes si narco- çliçrch4 dans l'extrait des fleurs de Coquelicot
la qualité anodine, qu'il n'y
trQuya point, lprfqueJ'e^
trait n'étoitfait qu'avec lq,
seules feuilles de la fleur;
mais il observa que lesirop
de Coquelicot & l'extrait
croient un peu somnifères
lorsqu'on laissoit la reste des
Coquelicots avec les Feuilles
des fleurs,cela l'engagea de
fairel'extrait des testes
seules, & il trouva qyic
c'étaitfun somnifere des
plus doux qu'il y eut, qui a
la dose de quatre grains faisoit dormir sanslaisser aucun
trouble dans la teste: remede
d'autant plus utile qu'il ne
faut point l'aller chercher en
Turquieétant trèscommun
en France.
:
Deux de mes woifms
chausserentbeaucoup à l'occasion
de cette dissertation poursçavoir
si l'on déçoit mettre l'Opium
au rang des remedes ou des
poisonsfroids ou chauds. Je ne
rapporteray point leurs raisons
qui me parurentfort peu deci-
fivesi mais leurs disputefinit
par une demande que je rapporte icicommem'ayantparuplusimportante;sçavoir,s'ily aquelques marques pour connoistre
si
un hommeseroitmort d'avoir
pris une trop grande doss d'Opium? l'un deux dit qu'il n'y
avoit aucune marque. L'autre
dit que tous ceux qui mouroient
ayant pris beaucoup d'Opium
avoient le sang tellement
dissous qu'ilnesefigeoitjamais.
Unepetitedissertation de quelque
habile Medecinsur cette
matiere, aideroit àremplirmon
Mercure & pourroit estre
agreable &utile au public. Mr Vinflou habile &
sçavant Anatomiste, donna
un mémoire touchant les
glandes qui se rencontrent
dans les corps des animaux, illesdiftnbuaft fous ses différentesclasses qu'ilfubdivisa aussi en plusieurs especes.
Il range dansla première
Classe les glandes conglobéesj ce sont les glandesqui
font en quelquemanière
arrondies un peu fermes
d'une grandeur confiderablc,& d'une surface lisle
&unie comme les reins,&c.
Dans la sceonde Claffclefc
glandes conglomcrécs,qui
font des amas de plusieurs
pelotons étroitement collez ensemble & renfermez
fous une menbrane commune, comme le Pancreas,
les Parotides,&c.
Dans latroisiéme Classe,
les glandes en grain, il
nommaainfide petits corps
glanduleux tantost solitaires, tantost parfemez sur ua",
mesme plan de différentes
figures,telles font une
grande parties des glandes
intestinales, les çutan*écs.,&c.,
Dans la quatrième Classe
les glandes à poil ce font
celles qui forment
ce que l'on nomme le velouté de
l'estomach & des intestins,
composé d'une infinité de
petits tuyaux glanduleux en forme de panne ou de
velours.
Dans la cinquiémc Classe
les glandes irregulieres,qui
font celles qui par leur
forme extérieure ne se rapportent à
pas une des
precedentes, par exemple lefoye,&c.
;
:', Dans la sixiémeClasse les
glandes inperceptibles, qui
son celles qui sont sipetites
qu'onne les peut pas diflip*,
guersans microscope,ouque
l'onne découvre pas même
àl'aide du Microscope; mais
dontonne supposoit que
par leurs effets, ou à l'occasion de certaines maladies,
quiles rendent sensibles
celles sont les glandes du
Pericarde & du Pericorne
Il subdivisaensuitecessix
Classes générales en differentesespeccs, en les con.
siderant fous differens égards ,1 ; ou par raport
à leur uÍfu) ou par
raport aux sucs qu'elles
filtrent, ou par raport à
leursemploys, ou par raport
à leur durée.
Il donna ensuite la description & la figure de la
plus simple de ces glandes
pour la structure qui est la
glande à poil, dont l'assemblage forme le velouté de
l'estomach
,
ensuite celle du
rein, qui est un peu plus
composée
,
celle du
foye
qu'il dit estre une glandeconglobée cellulaire, dont chacune des cellules estgarnie
intérieurementd'un velouté
fort fin, dont chaque poil
estune glande comme auvelouté des intestins, & en
fin celle de la Ratte qui cft
U glande la plus composée;
puisque c'est selon luy unr.
glande conglobée, celluleuse, reticulaire & vasculeuse.
Il fcroit difficile de bien
faire comprendre la ftruc-4
ture de ces parties qu'en raportant sa propre description jointe aux figures, ce
quele peu de pratiqueque
ayAnqçpmicne m'apas
permis de faire.
Il raporta dans ces discours une chose fort singuliere, c'est que l'on pouvoit
avoir des preuves visiblesde
la transpiration des corps
vivants, en se presentant la
teste nuë, ou le corps de
quelque animal que ce soit
au grand soleil contre une
muraille blanche on aperçoir, dit il,une ombre legere
& voltigeante au dessus de
la teste ou du corps de l'animal, qui est l'ombre de la
waticre de l'insensible transpiration. Mes voisins se de*
manderent s'il étoit possible
qu'un corps invisible produisit une ombre visible,
chacun se promit de vérifier
l'expérience avant que d'en
chercher l'explication.
Mt l'Abbé Bignon reprit
à la fin de chaque mémoire
précis de ce qui avoitétédit,
& fit sentir au public l'utilité qu'il devoir attendre de
chacune deces observations
ou de ces découvertes, ce
qu'il fit avec cette facilité,
cette netteté
,
& cette
Eloquence qui luy font si natur
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Résumé : Discours sur l'Academie Royale des Sciences. [titre d'après la table]
Lors d'une séance publique de l'Académie Royale des Sciences le 6 avril, l'Abbé Bignon félicita la compagnie pour l'absence de décès d'académiciens au dernier semestre. Plusieurs mémoires furent présentés. Mr Lemery, fils, lut un mémoire sur les différentes couleurs des précipités du mercure, expliquant que le mercure dissous dans l'esprit de nitre change de couleur selon les substances ajoutées. Il attribua la couleur jaune ou rouge du mercure à la présence de 'parties de feu' dans les substances mélangées. Mr Cassini, fils, présenta un mémoire sur le flux et le reflux de la mer, fournissant des moyens de déterminer l'heure des marées en France et démontrant que les mouvements réguliers de la mer dépendent principalement de la pression lunaire. Mr Boulduc, père, découvrit un nouvel opium à partir des fleurs de coquelicot, somnifère doux et utile, contrairement à l'opium ordinaire qui peut avoir des effets néfastes. Mr Vinflou, anatomiste, discuta des glandes animales, les classant en six catégories : glandes conglobées, conglomérées, en grain, à poil, irrégulières et imperceptibles. Il décrivit la structure de plusieurs glandes, comme celles de l'estomac, du rein, du foie et de la rate. L'Abbé Bignon conclut chaque présentation en soulignant l'utilité des observations et découvertes présentées.
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59
p. 189-195
A MADAME P... Aprés une fete où il avoit paru en habit de Mercure.
Début :
Moy qui fais si souvent les messages d'autrui, [...]
Mots clefs :
Mercure, Déguisement, Messages, Parrain des vers, Parnasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME P... Aprés une fete où il avoit paru en habit de Mercure.
A MADAME P...
Aprésune fete où il avoit paru en
habit de Mercure.
MOy qui fais fi fouvent
les meffages d'autrui ,
Nepourrai-je en mon nom
m'expliquer aujourd'hui ?
Si l'Amour a pour lui quel
que chofe à vous dire,
Qu'il vienne , n'a til pas des
aîles comme moy ?
Si j'allois vous parler de fa
part , je prévoyn
£190 MERCURE ·
Que je ne mettrois guere à
me faire éconduire. 、
C'eſt donc comme patron
de tous les beaux elprits,
Commeparrain des vers ou
bien, ou mal écrits ,
Commecoufin- germain de
la docte Minerve ,
Et comme nourricier de
toute jeune verve ,
ཐ་
Que Mercure s'offre à vos
-Compul yeux. deshi 2
J'ai fçû que dans ces lieux
On prepare pour vous une
fête charmante ;
Que Comus prend fur lui de
la rendre abondante : -
GALANT. 191
Mais peut être , fans mon
cam fecours,loci
Quelque affaifonnement y
manqueroit toûjours.
Au temps que Jupiter faifoit tant de conquêtes ,
Combien ai-je ordonné de
fêtes :
Pour des fujets qui les meritoient moins ?
Je meſure au merite & mon
azele & mes foins ;
Grandmaîtrede ceremonie
Faflemble le confeil des
Dieux ,
Jeregle les places aux
Cieux , e
192 MERCURE
Et c'eft moy qui jadis fit
naître la manie
Despreféances & des rangsi
Ici je rangerai toute la compagnie ,
Mais fans trouble & fans
differends :..
Aux uns tout prés de vous
je marquerai leur place ;
Qu'ils goûtent ce bonheur
fansfafte & fans audace :51
Pour les autres je ne dis
past)
Que j'empêche leur jalou
fie,
Mais fiez-vous à moy ; ſans
vous prendreà partie
Ils
GALANT.
193
Ils fe plaindront au fort , &
fe plaindront tout bas.
Des deputez du Parnaſſe
Je ferai l'introducteur.
Pour les froidscomplimens
je vous demande grace ,
Permettez que l'efprit fe
fauve fur le cœur ;
Demeurez cependant arbitre fouveraine
Des vers que l'on vous of
frira,
Reprimez des rimeurs la
nation hautaine ,
Decidez comme il vous
plaira:
La verge que je tiens , de
R
Sept. 1712.
194 MERCURE
ferpens enlaffée
Qu'on nomme Caducée
De tout temps a denote
La fageffe & l'autorité
Avec ce fceptre je châtie
Les mal-façons en Poëfie
Sans égard du coupable &
de fa qualite.
Jemets à vos genoux cefceptre refpectable ,
Exercez fur les versun empire certain, Mob
Prenez-le. Mais à peine eftil cn vôtre main ,
Queje fens qu'à moy même
il devient refpectable.
Un prologue fi long pour-
M
GALANT. 195
roit bien vous laffer
Des Jeux & des Plaifirs une
riante eſcorte
Eſt là qui m'attend à la porte,
Ferai-je entrer? allons- nous
commencer?
MOR
Aprésune fete où il avoit paru en
habit de Mercure.
MOy qui fais fi fouvent
les meffages d'autrui ,
Nepourrai-je en mon nom
m'expliquer aujourd'hui ?
Si l'Amour a pour lui quel
que chofe à vous dire,
Qu'il vienne , n'a til pas des
aîles comme moy ?
Si j'allois vous parler de fa
part , je prévoyn
£190 MERCURE ·
Que je ne mettrois guere à
me faire éconduire. 、
C'eſt donc comme patron
de tous les beaux elprits,
Commeparrain des vers ou
bien, ou mal écrits ,
Commecoufin- germain de
la docte Minerve ,
Et comme nourricier de
toute jeune verve ,
ཐ་
Que Mercure s'offre à vos
-Compul yeux. deshi 2
J'ai fçû que dans ces lieux
On prepare pour vous une
fête charmante ;
Que Comus prend fur lui de
la rendre abondante : -
GALANT. 191
Mais peut être , fans mon
cam fecours,loci
Quelque affaifonnement y
manqueroit toûjours.
Au temps que Jupiter faifoit tant de conquêtes ,
Combien ai-je ordonné de
fêtes :
Pour des fujets qui les meritoient moins ?
Je meſure au merite & mon
azele & mes foins ;
Grandmaîtrede ceremonie
Faflemble le confeil des
Dieux ,
Jeregle les places aux
Cieux , e
192 MERCURE
Et c'eft moy qui jadis fit
naître la manie
Despreféances & des rangsi
Ici je rangerai toute la compagnie ,
Mais fans trouble & fans
differends :..
Aux uns tout prés de vous
je marquerai leur place ;
Qu'ils goûtent ce bonheur
fansfafte & fans audace :51
Pour les autres je ne dis
past)
Que j'empêche leur jalou
fie,
Mais fiez-vous à moy ; ſans
vous prendreà partie
Ils
GALANT.
193
Ils fe plaindront au fort , &
fe plaindront tout bas.
Des deputez du Parnaſſe
Je ferai l'introducteur.
Pour les froidscomplimens
je vous demande grace ,
Permettez que l'efprit fe
fauve fur le cœur ;
Demeurez cependant arbitre fouveraine
Des vers que l'on vous of
frira,
Reprimez des rimeurs la
nation hautaine ,
Decidez comme il vous
plaira:
La verge que je tiens , de
R
Sept. 1712.
194 MERCURE
ferpens enlaffée
Qu'on nomme Caducée
De tout temps a denote
La fageffe & l'autorité
Avec ce fceptre je châtie
Les mal-façons en Poëfie
Sans égard du coupable &
de fa qualite.
Jemets à vos genoux cefceptre refpectable ,
Exercez fur les versun empire certain, Mob
Prenez-le. Mais à peine eftil cn vôtre main ,
Queje fens qu'à moy même
il devient refpectable.
Un prologue fi long pour-
M
GALANT. 195
roit bien vous laffer
Des Jeux & des Plaifirs une
riante eſcorte
Eſt là qui m'attend à la porte,
Ferai-je entrer? allons- nous
commencer?
MOR
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Résumé : A MADAME P... Aprés une fete où il avoit paru en habit de Mercure.
Mercure, le messager des dieux, adresse une lettre ou un poème à une dame. Il explique qu'il ne peut parler en son nom propre mais peut transmettre un message d'amour. Se présentant comme le patron des beaux esprits et le parrain des vers, Mercure annonce une fête charmante en l'honneur de la dame. Il promet de veiller à ce que tout se déroule sans trouble ni différends et de ranger la compagnie de manière harmonieuse. Mercure se propose également d'introduire les députés du Parnasse et de réprimer la nation hautaine des rimeurs. Il offre à la dame son sceptre, le Caducée, symbole de sagesse et d'autorité, pour qu'elle exerce un empire certain sur les vers. Enfin, il mentionne que des jeux et des plaisirs l'attendent et demande si elle souhaite commencer.
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60
p. 115-121
FABLE addressée à Mercure.
Début :
Les bons Rois sont des Dieux les vivantes images, [...]
Mots clefs :
Fable, Mercure, Lion, Journal espagnol, Couronne d'Espagne, Guerre franco-espagnole
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texteReconnaissance textuelle : FABLE addressée à Mercure.
FABLE
addreffée à Mercure.
Les bons Rois font des Dieux
les vivantes images ,
•Kij
116 MERCURE
Et puifquefur la terre ilsfont
Jes Lieutenans,
Etats , Villes , Sujets en rendant leurs hommages.
Comme aux Divinitez leur
doivent des prefens.
Sur ce fujet , Seigneur
Mercure ,
Si vous voulez par avanture
Inftruire la Pofterité;
J'ay reduit dans ces vers , dont
vousprendrez lecture ,
Un Journal Espagnol plein
defincerité.
Quand par l'ordre du Ciel
Philippe dans l'Efpagne
GALANT. 117
Reçeut les honneurs fouverains ,
Un Lion qu'en tous lieuxfon
grand cœur accompagne ,
Lion apprivoife , Lion des
plus humains ,
Autrefois amené des deferts
Affriquains ,
Député de Léon en quitta la
Campagne
Pour offrir au Monarque une
Couronne d'or,
Que l'on porta dans le
Trefor,
D'Afie originaire, &d'antique
famille
Vint un fage Elephant, Spectacle tout nouveau,
18 MERCURE
Qui pour l'hommage de
Caftille
Sur fon dos élevé préſentoit
un Chaft au.
Ainfi pouffé de vive & noble
jaloufic
Unfier chevald'Andaloufie
Apportoit un riche harnois
Qui fervit , comme on croit , à
Xerxes autrefois.
}
Pour une pareille Ambaffade
Sortit des &Forefts de
Grenade
Un Cerf, dont chaque cor de
grenades orné
Eit voir pompeufement, Panis
malcouronnés alana
GALANT. 119
Du fidel Pays des Nobles
Afturies
En vain l'homme croyoit a
river des premiers.
( Pouvoit-il devancer de fi
legers Courriers?)
Pour orner du Palais les
longues Galleries
Par tout il voit mefl : r les lys
& les lauriers.
Il présente une toile , où la
Gloire découvre
Des Augufte Bourbons mille
& mille neveux ,
Que dans Madrid er dans
le Louvre
Adoreront un jour tant de
peuples heureux
120 MERCURE
Reünis par lafoy d'une illuſtre
alliance
Qui fera triompher & l'Ef
pagne & la France.
Le Monarque content de leur
foumiffion ,
Et des prefens offerts pour leur
reconnoiẞance ,
Leur promit fa protection ;
Sa liberté marqua fa bienveillance.
De la Catalogne à l'inftant
A tortueux replis arrive un
long Serpent,
Qui tient entre fes dents une
rofe incarnate,
Teinte
+
GALANT. 126
Teinte du beau fang de
Venus
D'une Courfine & delicate
Alors d'un vain plaifir les
yeuxfont pre-venus
Mais ,fuis loin, dit le Roys
c'eft en vainqu'on meflate:
Tu caches ton venin qui peut
faire mourir..
De charbons enflamez on deKoit te couvrir.
Retourne à Barcelonne, &
rentré en ta mafure.
Là tous font tes pareils , amis
2003 de l'imposture,
Gens plus méchants que tog
qui te ferontperir.
Octobre 1712.
addreffée à Mercure.
Les bons Rois font des Dieux
les vivantes images ,
•Kij
116 MERCURE
Et puifquefur la terre ilsfont
Jes Lieutenans,
Etats , Villes , Sujets en rendant leurs hommages.
Comme aux Divinitez leur
doivent des prefens.
Sur ce fujet , Seigneur
Mercure ,
Si vous voulez par avanture
Inftruire la Pofterité;
J'ay reduit dans ces vers , dont
vousprendrez lecture ,
Un Journal Espagnol plein
defincerité.
Quand par l'ordre du Ciel
Philippe dans l'Efpagne
GALANT. 117
Reçeut les honneurs fouverains ,
Un Lion qu'en tous lieuxfon
grand cœur accompagne ,
Lion apprivoife , Lion des
plus humains ,
Autrefois amené des deferts
Affriquains ,
Député de Léon en quitta la
Campagne
Pour offrir au Monarque une
Couronne d'or,
Que l'on porta dans le
Trefor,
D'Afie originaire, &d'antique
famille
Vint un fage Elephant, Spectacle tout nouveau,
18 MERCURE
Qui pour l'hommage de
Caftille
Sur fon dos élevé préſentoit
un Chaft au.
Ainfi pouffé de vive & noble
jaloufic
Unfier chevald'Andaloufie
Apportoit un riche harnois
Qui fervit , comme on croit , à
Xerxes autrefois.
}
Pour une pareille Ambaffade
Sortit des &Forefts de
Grenade
Un Cerf, dont chaque cor de
grenades orné
Eit voir pompeufement, Panis
malcouronnés alana
GALANT. 119
Du fidel Pays des Nobles
Afturies
En vain l'homme croyoit a
river des premiers.
( Pouvoit-il devancer de fi
legers Courriers?)
Pour orner du Palais les
longues Galleries
Par tout il voit mefl : r les lys
& les lauriers.
Il présente une toile , où la
Gloire découvre
Des Augufte Bourbons mille
& mille neveux ,
Que dans Madrid er dans
le Louvre
Adoreront un jour tant de
peuples heureux
120 MERCURE
Reünis par lafoy d'une illuſtre
alliance
Qui fera triompher & l'Ef
pagne & la France.
Le Monarque content de leur
foumiffion ,
Et des prefens offerts pour leur
reconnoiẞance ,
Leur promit fa protection ;
Sa liberté marqua fa bienveillance.
De la Catalogne à l'inftant
A tortueux replis arrive un
long Serpent,
Qui tient entre fes dents une
rofe incarnate,
Teinte
+
GALANT. 126
Teinte du beau fang de
Venus
D'une Courfine & delicate
Alors d'un vain plaifir les
yeuxfont pre-venus
Mais ,fuis loin, dit le Roys
c'eft en vainqu'on meflate:
Tu caches ton venin qui peut
faire mourir..
De charbons enflamez on deKoit te couvrir.
Retourne à Barcelonne, &
rentré en ta mafure.
Là tous font tes pareils , amis
2003 de l'imposture,
Gens plus méchants que tog
qui te ferontperir.
Octobre 1712.
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Résumé : FABLE addressée à Mercure.
Le texte, adressé à Mercure, célèbre les bons rois qui deviennent des dieux vivants et reçoivent des hommages. Il relate l'accession au trône de Philippe en Espagne, où divers animaux symboliques offrent des présents. Un lion, représentant Léon, apporte une couronne d'or. Un éléphant d'Asie, pour la Castille, présente un chast. Un cheval d'Andalousie offre un riche harnois ayant appartenu à Xerxès. Un cerf des Asturies, orné de grenades, apporte des présents pompeux. Un homme du Pays Basque offre une toile montrant la gloire des Bourbons, qui seront adorés en Espagne et en France grâce à une alliance illustre. Le roi, satisfait de ces hommages, promet sa protection et sa bienveillance. Un serpent de Catalogne, tenant une rose incarnate, est repoussé par le roi, qui le renvoie à Barcelone, le comparant à des imposteurs. Le texte se conclut en octobre 1712.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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61
p. 47-48
« Cette Histoire eût merité d'être écrite avec plus de [...] »
Début :
Cette Histoire eût merité d'être écrite avec plus de [...]
Mots clefs :
Paix, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cette Histoire eût merité d'être écrite avec plus de [...] »
Cette Histoire eût méritéd'être
écrite avec
plus desoin& de loisir;
celui qui me l'a envoyée
me promet qu'il m'en
donnera de plus travaillées.
A prefcnt que la paix
me donnera le loisir de
travailler moymême à
quelques morceaux du
Mercure, jespere le rendre
plus digne del'attention
du Public, que
j'honore assez pour me
donner des foins pour
lui: mais qui me pardonnera
si je ncglige de les
lui donner gratis, comme
on est forcé de le faire
en temps de guerre.
écrite avec
plus desoin& de loisir;
celui qui me l'a envoyée
me promet qu'il m'en
donnera de plus travaillées.
A prefcnt que la paix
me donnera le loisir de
travailler moymême à
quelques morceaux du
Mercure, jespere le rendre
plus digne del'attention
du Public, que
j'honore assez pour me
donner des foins pour
lui: mais qui me pardonnera
si je ncglige de les
lui donner gratis, comme
on est forcé de le faire
en temps de guerre.
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62
p. 49-51
ARTICLE de la Paix.
Début :
On ne voit en France & chez ses Alliez, que festes [...]
Mots clefs :
Paix, Associé, Mercure, Fonds, Arrangement, Liaisons, Abandonner
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE de la Paix.
ARTICLE
de la Paix.
ONne voit en France
& chez ses Alliez, que
selles & réjoiüllances publiques
,
la joye que la
paix inspire aux peuples,
nous est garand du bonheur
qu'elle leur promet,
il faut esperer que l'atrait
d'un bonheur pareil touchera
bien-tost le reste de
l'Europe, & rendra 4a
paix generale; alors rien
ne manquant la joye
publique,les Journaux,
les Gazetes & les Mercures,
seront remplis de
Nouvelles heureuses, de
Descriptionsriantes, &C
d'ouvrages d'esprit agréables.
J'espere que la Paix
me donnera des facilitez
pour améliorer le Mercure,
& des fonds pour
-
dedomager de son application
laboricuse, un Affoçie
moins paresseux
que moy.
Le Public me fourniisant
des matériaux, mon
Associé travaillant à les
épurer,je contribuëray
làns fatigue à l'arrangement
& aux liaisons,
mais si les fonds manquent
point d'Associé,
point de materiaux arrangez,
adieu l'Edifice.
Cinq ousix mois d'eJJay
me détermineront à continuel
ou à abandonner la
composition du Merctife.
de la Paix.
ONne voit en France
& chez ses Alliez, que
selles & réjoiüllances publiques
,
la joye que la
paix inspire aux peuples,
nous est garand du bonheur
qu'elle leur promet,
il faut esperer que l'atrait
d'un bonheur pareil touchera
bien-tost le reste de
l'Europe, & rendra 4a
paix generale; alors rien
ne manquant la joye
publique,les Journaux,
les Gazetes & les Mercures,
seront remplis de
Nouvelles heureuses, de
Descriptionsriantes, &C
d'ouvrages d'esprit agréables.
J'espere que la Paix
me donnera des facilitez
pour améliorer le Mercure,
& des fonds pour
-
dedomager de son application
laboricuse, un Affoçie
moins paresseux
que moy.
Le Public me fourniisant
des matériaux, mon
Associé travaillant à les
épurer,je contribuëray
làns fatigue à l'arrangement
& aux liaisons,
mais si les fonds manquent
point d'Associé,
point de materiaux arrangez,
adieu l'Edifice.
Cinq ousix mois d'eJJay
me détermineront à continuel
ou à abandonner la
composition du Merctife.
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Résumé : ARTICLE de la Paix.
Le texte évoque la joie et les réjouissances publiques en France et chez ses alliés à la suite de l'établissement de la paix. Cette paix est vue comme une garantie de bonheur pour les peuples et il est espéré qu'elle se propagera à travers toute l'Europe, instaurant une paix générale. Les journaux, gazettes et mercures devraient alors se remplir de nouvelles positives et d'ouvrages agréables. L'auteur exprime l'espoir que la paix lui permettra d'améliorer le Mercure, une publication, et de récompenser son associé pour ses efforts. Il prévoit de contribuer à l'organisation et à la liaison des matériaux fournis par le public et épurés par son associé. Cependant, il souligne que sans fonds, il n'y aura ni associé ni matériaux organisés, et donc pas de publication. L'auteur se donne cinq à six mois pour décider de poursuivre ou d'abandonner la composition du Mercure.
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63
p. 126-129
Questions, [titre d'après la table]
Début :
Cet Impromptu et sa réponse peuvent donner matière à une [...]
Mots clefs :
Impromptu, Réponse, Dissertation galante, Question, Amant, Jaloux, Raison, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Questions, [titre d'après la table]
Cet Impromptu & sa
reponse peuvent donner
marierc áune dissertation
galante, &C tenir
lieu d'une premiere question
pour le Mercure. j
f
Seconde question sur le
memesujet.
Vn amant peut-iletre
delicatsans etre jaloux ?
Troisiemequestion
morale.
Si le pauvre peut etre
1tuffi heureux que Le riche5
à vertu égale.
Quatrieme question.
Si la raison peut veritablement
etn maitreffln
de l'amour.
Onaenvoyécesquestions,
& on en redemande
par plusieurs lettres
anonimes. Voudroit-
on réveiller l'auteur
du Mercure? Cela
fera difficile, car il dort
volontairement. Il fan*
dra voir si la paix generalc
pourra lui donner
des correspondances &
des secours proportionnez
a son zel e ic a sa vanité
; car il est bien lasdc
voir courir fous son nom
des Mercures imparfaits
où il a si peu de part,
Jeprieceuxqui m'ont
donné ces questions de
m'envoyer promtement
les réponses; ils peuvent
les avoir toutes faites,& (
doivent être moins paresseux
que les autres , puis qu'ils aiment ces
fortes d'amusemens dans
le Mercure.
reponse peuvent donner
marierc áune dissertation
galante, &C tenir
lieu d'une premiere question
pour le Mercure. j
f
Seconde question sur le
memesujet.
Vn amant peut-iletre
delicatsans etre jaloux ?
Troisiemequestion
morale.
Si le pauvre peut etre
1tuffi heureux que Le riche5
à vertu égale.
Quatrieme question.
Si la raison peut veritablement
etn maitreffln
de l'amour.
Onaenvoyécesquestions,
& on en redemande
par plusieurs lettres
anonimes. Voudroit-
on réveiller l'auteur
du Mercure? Cela
fera difficile, car il dort
volontairement. Il fan*
dra voir si la paix generalc
pourra lui donner
des correspondances &
des secours proportionnez
a son zel e ic a sa vanité
; car il est bien lasdc
voir courir fous son nom
des Mercures imparfaits
où il a si peu de part,
Jeprieceuxqui m'ont
donné ces questions de
m'envoyer promtement
les réponses; ils peuvent
les avoir toutes faites,& (
doivent être moins paresseux
que les autres , puis qu'ils aiment ces
fortes d'amusemens dans
le Mercure.
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Résumé : Questions, [titre d'après la table]
Le texte présente une série de questions destinées à une dissertation galante et à une première question pour le Mercure. Ces questions explorent divers sujets, tels que la compatibilité entre délicatesse et jalousie chez un amant, la possibilité pour un pauvre d'être aussi heureux qu'un riche à vertu égale, et la capacité de la raison à maîtriser l'amour. Les questions ont été envoyées de manière anonyme, et l'auteur du Mercure est sollicité pour y répondre. Cependant, l'auteur exprime sa fatigue face aux publications imparfaites publiées sous son nom et doute de pouvoir obtenir des correspondances et des secours proportionnés à son zèle et à sa vanité. Il souhaite recevoir promptement les réponses aux questions posées et encourage les auteurs à les fournir rapidement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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64
p. 190-193
« Je crois en bonne foy qu'on veut me rendre Auteur [...] »
Début :
Je crois en bonne foy qu'on veut me rendre Auteur [...]
Mots clefs :
Auteur, Énigmes, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je crois en bonne foy qu'on veut me rendre Auteur [...] »
Je crois en bonne foy
qu'on veut me rendre Auteur
malgré moy. Il n'y a
pas juſqu'à l'Enigme que
j'ay attendu pendant tout
le mois , que j'ay demandé
à tout le monde , &
dont perſonne n'a voulu
me faire preſent. Je n'ay
de ma vie travaillé àdeviner
les ouvrages , & en1
GALANT. 191
-core moins à les compoſer;
cependant on m'afſeure
que je ſuis indiſpenfablement
obligé de mettre
une ou deux Enigmes
dans chaque Mercure.
Biendes gens ont du goût
pour ces obſcuritez , & le
plaiſir de trouver le nom
d'une choſe par le détail
des choses qui lui appar
tiennent , détermine , diton,
un grand nombre de
perſonnes à achetter le
Mercure pour l'Enigme.
192 MERCURE
un
Voilà plus de raiſon qu'il
n'en faut , pour me determiner
moy - même à la
faire , au défaut de ceux
qui me rendroient
grand ſervice , s'ils voulorent
m'en épargner la
peine : Mais en attendant
leur ſecours , puiſqu'il n'y
a pas moyen de m'en dédire
, & qu'il faut que je
forge des Enigmes pour la
premiere fois de ma vie,
je laiſſe aux perſonnes qui
ont la pénétration de les
deviner,
GALANT. 193
deviner , le ſoin de juger
ſi je me ſuis bien ou
mal tiré de celles que je
leur donne. Le mot de
la premiere Enigme du
mois dernier eſt le Lys
& la Rose , & celuy de
l'autre eſt l'Eventail.
qu'on veut me rendre Auteur
malgré moy. Il n'y a
pas juſqu'à l'Enigme que
j'ay attendu pendant tout
le mois , que j'ay demandé
à tout le monde , &
dont perſonne n'a voulu
me faire preſent. Je n'ay
de ma vie travaillé àdeviner
les ouvrages , & en1
GALANT. 191
-core moins à les compoſer;
cependant on m'afſeure
que je ſuis indiſpenfablement
obligé de mettre
une ou deux Enigmes
dans chaque Mercure.
Biendes gens ont du goût
pour ces obſcuritez , & le
plaiſir de trouver le nom
d'une choſe par le détail
des choses qui lui appar
tiennent , détermine , diton,
un grand nombre de
perſonnes à achetter le
Mercure pour l'Enigme.
192 MERCURE
un
Voilà plus de raiſon qu'il
n'en faut , pour me determiner
moy - même à la
faire , au défaut de ceux
qui me rendroient
grand ſervice , s'ils voulorent
m'en épargner la
peine : Mais en attendant
leur ſecours , puiſqu'il n'y
a pas moyen de m'en dédire
, & qu'il faut que je
forge des Enigmes pour la
premiere fois de ma vie,
je laiſſe aux perſonnes qui
ont la pénétration de les
deviner,
GALANT. 193
deviner , le ſoin de juger
ſi je me ſuis bien ou
mal tiré de celles que je
leur donne. Le mot de
la premiere Enigme du
mois dernier eſt le Lys
& la Rose , & celuy de
l'autre eſt l'Eventail.
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Résumé : « Je crois en bonne foy qu'on veut me rendre Auteur [...] »
L'auteur exprime sa réticence à composer des énigmes pour le Mercure, bien qu'il soit pressé de le faire. Il avoue n'avoir jamais travaillé à deviner ou composer des œuvres de ce genre. Cependant, il reconnaît que de nombreuses personnes apprécient les énigmes et achètent le Mercure pour les résoudre. Se sentant obligé de créer des énigmes en l'absence de secours de la part des autres, il en présente deux. Les solutions de ces énigmes sont respectivement 'le Lys et la Rose' et 'l'Eventail'. L'auteur laisse aux lecteurs le soin de juger de la qualité de ses énigmes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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65
p. 198-204
« Je prie ceux qui devineront le mot des Enigmes, & [...] »
Début :
Je prie ceux qui devineront le mot des Enigmes, & [...]
Mots clefs :
Mercure, Public, Nouvelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je prie ceux qui devineront le mot des Enigmes, & [...] »
Je prie ceux qui devineront
le mot des Enigmes
, & qui voudront que
leurs noms entrent dans le
Mercure , comme, cela ſe
pratiquoit fous Mr Devifé
, de fe faire écrire chez
le ſieur Jollet , ſur le Pont
S. Michel , du coſté du
Palais , au Livre Royal;
chez Ribou , fur le Quay
des Auguſtins ; & chez THEQUE DELA
LYON
BIBLIO
*
1993
*
GALANT.2
THEQUE
le ſieur Lamefle , ruẽ dứ
1833
Foin , prés S. Yves , qur
recevront tout ce qu'on
leur apportera pour leMercure
, d'avoir attention
que tous les noms propres
fur tout foient écrits de
façon , que les Imprimeurs
n'ayent pas plus de peine
à les deviner , qu'ils en au
ront eu eux-mêmes à deviner
l'Enigme. 2
Ceux qui envoyeront
des Memoires , auront
foin , s'il leur plaift d'en
1
R iiij
200 MERCURE
payer le port , & de les
adreſſer aux mêmes endroits.
Jeréponds d'avance du
bon acceüil que je feray
aux bonnes pieces que
l'on m'envoyra , & il ne
tiendra pas à moy que le
Public ne leur rende autant
de justice qu'elles en
meriteront.
Pour ce qui concerne
les nouvelles du monde
je promets de n'en donner
jamais de fauſſes , je
:
GALANT. 201
Par
prie ſeulement le Public
de me permettre de m'étendre
quelquefois ſur les
circonſtances qui me preſenteront
des faits Hiſtoriques
, que je croyray digne
de l'amuſer.
exemple l'Hiſtoire de la
mort du Bacha de Damas
, qui eſt ſi fraîche ,que
perſonne n'en apeut-eftre
encore entendu parler me
fournira la matiere d'une
des plus curieuſes nouvelles
de mon ſecondMer
202 MERCURE
cure. Je réponds encore ,
quelque libertéque je pren
ne , dans le détail de mes
nouvelles , que je ne confondray
jamais le menſonge
avec la verité : Il ſeroir
trop facile de prendre
ſouvent l'un pour l'autre,
& l'on ne me reprochera
jamais d'avoir furpris la
Religion du Public. Mais
on a affez de lumiere pour
demefler l'Epiſode du
fond de l'Hiſtoire , & af--
ſez de curioſité pour trouGALANT.
203
ver bon que je me ſerve
quelquefois d'exemples
& de comparaiſons pour
donner plus d'ornement
& d'authorité à la nouveauté
des faits que je ra
conteray.
Au reſte quelque difficile
que foit le Public ,&
quelquebonne raiſon qu'il
ait de l'eſtre , il doit , s'il
eſt juſte , comme je n'en
doute point , ſe contenter
du zele avec lequel je ſuis
preſt à le ſervir, & pour
204 MERCURE
me mettre à une épreuve
qui luy plaiſe , il n'a qu'à
me prefter de bonne foy
fes opinions & fſes avantures
, il verra comme je
luy rendray fideleinent ſes
fentimens & fon Hiftoire.
le mot des Enigmes
, & qui voudront que
leurs noms entrent dans le
Mercure , comme, cela ſe
pratiquoit fous Mr Devifé
, de fe faire écrire chez
le ſieur Jollet , ſur le Pont
S. Michel , du coſté du
Palais , au Livre Royal;
chez Ribou , fur le Quay
des Auguſtins ; & chez THEQUE DELA
LYON
BIBLIO
*
1993
*
GALANT.2
THEQUE
le ſieur Lamefle , ruẽ dứ
1833
Foin , prés S. Yves , qur
recevront tout ce qu'on
leur apportera pour leMercure
, d'avoir attention
que tous les noms propres
fur tout foient écrits de
façon , que les Imprimeurs
n'ayent pas plus de peine
à les deviner , qu'ils en au
ront eu eux-mêmes à deviner
l'Enigme. 2
Ceux qui envoyeront
des Memoires , auront
foin , s'il leur plaift d'en
1
R iiij
200 MERCURE
payer le port , & de les
adreſſer aux mêmes endroits.
Jeréponds d'avance du
bon acceüil que je feray
aux bonnes pieces que
l'on m'envoyra , & il ne
tiendra pas à moy que le
Public ne leur rende autant
de justice qu'elles en
meriteront.
Pour ce qui concerne
les nouvelles du monde
je promets de n'en donner
jamais de fauſſes , je
:
GALANT. 201
Par
prie ſeulement le Public
de me permettre de m'étendre
quelquefois ſur les
circonſtances qui me preſenteront
des faits Hiſtoriques
, que je croyray digne
de l'amuſer.
exemple l'Hiſtoire de la
mort du Bacha de Damas
, qui eſt ſi fraîche ,que
perſonne n'en apeut-eftre
encore entendu parler me
fournira la matiere d'une
des plus curieuſes nouvelles
de mon ſecondMer
202 MERCURE
cure. Je réponds encore ,
quelque libertéque je pren
ne , dans le détail de mes
nouvelles , que je ne confondray
jamais le menſonge
avec la verité : Il ſeroir
trop facile de prendre
ſouvent l'un pour l'autre,
& l'on ne me reprochera
jamais d'avoir furpris la
Religion du Public. Mais
on a affez de lumiere pour
demefler l'Epiſode du
fond de l'Hiſtoire , & af--
ſez de curioſité pour trouGALANT.
203
ver bon que je me ſerve
quelquefois d'exemples
& de comparaiſons pour
donner plus d'ornement
& d'authorité à la nouveauté
des faits que je ra
conteray.
Au reſte quelque difficile
que foit le Public ,&
quelquebonne raiſon qu'il
ait de l'eſtre , il doit , s'il
eſt juſte , comme je n'en
doute point , ſe contenter
du zele avec lequel je ſuis
preſt à le ſervir, & pour
204 MERCURE
me mettre à une épreuve
qui luy plaiſe , il n'a qu'à
me prefter de bonne foy
fes opinions & fſes avantures
, il verra comme je
luy rendray fideleinent ſes
fentimens & fon Hiftoire.
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Résumé : « Je prie ceux qui devineront le mot des Enigmes, & [...] »
Le texte est une annonce invitant les lecteurs à soumettre des solutions aux énigmes publiées dans le périodique Mercure. Les solutions doivent être envoyées chez le sieur Jollet sur le Pont Saint-Michel, chez Ribou sur le Quai des Augustins, ou chez le sieur Lamefle rue d'Ussé près Saint-Yves. Les auteurs sont priés d'écrire les noms propres de manière claire pour faciliter le travail des imprimeurs. Les mémoires peuvent également être envoyés aux mêmes adresses, avec la possibilité de payer le port. L'auteur promet un accueil favorable aux bonnes pièces et assure que le public leur rendra justice. Concernant les nouvelles, l'auteur s'engage à ne jamais en donner de fausses, tout en se réservant le droit de s'étendre sur les circonstances des faits historiques. Par exemple, l'histoire récente de la mort du Bacha de Damas sera traitée dans une des prochaines éditions. L'auteur affirme qu'il ne confondra jamais le mensonge avec la vérité et utilise des exemples et comparaisons pour enrichir ses récits. Le public est invité à se fier au zèle de l'auteur pour servir la vérité et à soumettre ses opinions et aventures pour voir comment elles seront fidèlement rapportées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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66
p. 145-149
Memoires litteraires [titre d'après la table]
Début :
Je crois que ceux qui s'adressent à moy, pour estre [...]
Mots clefs :
Mercure, Constantinople
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoires litteraires [titre d'après la table]
sudoJe crois que ceux qui s'adreſſent
à moy , pour cſtre
recommandez au Public , oublient
, pour me faire honneur
, tous les Attributs que
les Poëtes donnent àMercure,
&qu'ils ne ſe ſouviennent plus
qu'il fût jadis , un fourbe , un
larron infigne , & tel en un
mot qu'il eſt encore dans
la Comedie d'Amphitrion ,
pour ne luy ſuppoſer déformais
que des qualitez bienfaiſantes.
Il n'ya pas juſqu'au
Journal de Verdun , qui s'eſt
enrichi de ſa dépoüille , & de
ſon indolence , qui me pric
Juin 1714.
N
146 MERCURE
d'apprendre à tout le monde
que l'on yend à Paris , chez
Claude Jombert , à la defcen
te du Pont Neuf, proche- les
grands Auguſtins , un Livre
incitulé , Avantures fecrètes !
arrivées au Siegode Conftari
tinople.
J'y confens,de bon coeur,
& de plus j'ajoute à cette
dreſſe, que quoy que cetouvrage
ſoit l'eſſay d'une plame
naiſſante , il porte cependane
tous les caracteres de la per
fection dans ſon Gehre .
L'Auteur yudécrit d'une
maniere noble & vive les exGALANT.
147
ploits guerriers & amoureux
dedeuxgrands hommes. L'un
étoit François & fils d'un
Comte de Foix qui ayant été
dés fon enfance élevé enTurquic
By reçût le nom de
Camutza ; l'autre eſtoit Genois
d'illuftre naiffance , &
s'appelloitCantane. Ces deux
Heros aprés avoir eſſuyé pluſieurs
perifs parmi les Turcs
&une infinité de traverſes
dans leurs amours , triompherent
de leurs ennemis ,&joüirent
heureuſement du fruit del
leur tendreſſe & de leur va
leur. Cet ouvrage eſt orné de
Nij
148 MERCURE
quelques Epiſodes tirées du
fond de la matiere , qui eft
conduite avec beaucoup d'art
& de juſteſſe ; les événemens
en font heroïques , tendres &
intereſſans , les récits agréables
& bien placez , l'Histoire, la
Geographic , laCronologic &
la Politiquey paroiffent exac
tement, obſervées , enfin la
pureté du ſtile y eſt jointe à
la délicateſſe des penſées & à
la beauté du ſujet, On efpere,
que l'Auteur ne representera
pas dans la ſuite les mêmes
perfonnes fous differens
noms , parce que cela jetteroit !
GALANT. 149
le Lecteur dans un embarras,
dont il auroit peine à ſe tirer.
Il ſuffit d'avoir dit une fois ce
qui eft ,& même de l'avoir exprimé
avec tant de grace ſans
affecter une variation qui ne
convient tout au plus qu'aux
Orateurs & aux Poëtes , &
encore font ils obligez de garder
certaines regles auſquelles
l'excellence de leur profeffion
les aſſujettit.
à moy , pour cſtre
recommandez au Public , oublient
, pour me faire honneur
, tous les Attributs que
les Poëtes donnent àMercure,
&qu'ils ne ſe ſouviennent plus
qu'il fût jadis , un fourbe , un
larron infigne , & tel en un
mot qu'il eſt encore dans
la Comedie d'Amphitrion ,
pour ne luy ſuppoſer déformais
que des qualitez bienfaiſantes.
Il n'ya pas juſqu'au
Journal de Verdun , qui s'eſt
enrichi de ſa dépoüille , & de
ſon indolence , qui me pric
Juin 1714.
N
146 MERCURE
d'apprendre à tout le monde
que l'on yend à Paris , chez
Claude Jombert , à la defcen
te du Pont Neuf, proche- les
grands Auguſtins , un Livre
incitulé , Avantures fecrètes !
arrivées au Siegode Conftari
tinople.
J'y confens,de bon coeur,
& de plus j'ajoute à cette
dreſſe, que quoy que cetouvrage
ſoit l'eſſay d'une plame
naiſſante , il porte cependane
tous les caracteres de la per
fection dans ſon Gehre .
L'Auteur yudécrit d'une
maniere noble & vive les exGALANT.
147
ploits guerriers & amoureux
dedeuxgrands hommes. L'un
étoit François & fils d'un
Comte de Foix qui ayant été
dés fon enfance élevé enTurquic
By reçût le nom de
Camutza ; l'autre eſtoit Genois
d'illuftre naiffance , &
s'appelloitCantane. Ces deux
Heros aprés avoir eſſuyé pluſieurs
perifs parmi les Turcs
&une infinité de traverſes
dans leurs amours , triompherent
de leurs ennemis ,&joüirent
heureuſement du fruit del
leur tendreſſe & de leur va
leur. Cet ouvrage eſt orné de
Nij
148 MERCURE
quelques Epiſodes tirées du
fond de la matiere , qui eft
conduite avec beaucoup d'art
& de juſteſſe ; les événemens
en font heroïques , tendres &
intereſſans , les récits agréables
& bien placez , l'Histoire, la
Geographic , laCronologic &
la Politiquey paroiffent exac
tement, obſervées , enfin la
pureté du ſtile y eſt jointe à
la délicateſſe des penſées & à
la beauté du ſujet, On efpere,
que l'Auteur ne representera
pas dans la ſuite les mêmes
perfonnes fous differens
noms , parce que cela jetteroit !
GALANT. 149
le Lecteur dans un embarras,
dont il auroit peine à ſe tirer.
Il ſuffit d'avoir dit une fois ce
qui eft ,& même de l'avoir exprimé
avec tant de grace ſans
affecter une variation qui ne
convient tout au plus qu'aux
Orateurs & aux Poëtes , &
encore font ils obligez de garder
certaines regles auſquelles
l'excellence de leur profeffion
les aſſujettit.
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Résumé : Memoires litteraires [titre d'après la table]
L'annonce publicitaire du Mercure de Juin 1714 présente le livre 'Aventures secrètes arrivées au siège de Constantinople', disponible chez Claude Jombert à Paris. Cet ouvrage, bien que premier essai, démontre déjà une grande qualité. Il relate les aventures de deux héros : Camutza, un Français fils d'un comte de Foix élevé en Turquie, et Cantane, un Génois de haute naissance. Après diverses épreuves, ils triomphent de leurs ennemis et vivent heureux. Le livre inclut des épisodes bien intégrés, des événements héroïques et tendres, tout en respectant l'exactitude historique et géographique. Le style est pur, les pensées délicates et le sujet est beau. L'auteur assure qu'il n'utilisera pas les mêmes personnages sous différents noms pour éviter toute confusion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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67
p. 115-118
« On ne commet point de petites fautes avec le public [...] »
Début :
On ne commet point de petites fautes avec le public [...]
Mots clefs :
Mercure, Public, Pièce de poésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On ne commet point de petites fautes avec le public [...] »
On ne commet point de
petites fautes avec le public
;- il ne s'embarasse ni
des obstacles
,
ni des rai.;
fons qui soppofent fouvenc
à l'exaaitude qu'il demande.
Les bonnes choses lui
plaisent toûjours, &les repétitions
l'ennuient. La piecede
poëlle que jai donnée
le mois paflfé,quelque
bonne qu'elle [oit)m'a prêt
que fait une querelle avec,
plusieurshonnêtes gens,
qui lisent le Mercure. Elle
avoit paru dans celui de
Mars. J'ai eu beau protester
que je n'en [çavois rien :!
Pourquoy, diicnt ils, ne le
* fçaviez-vous pas? Je vais
répondre en deux mots à
, cette objection. Je reçois
-
toutes les pièces qu'on me
donne,sur la bonne foy
des gens quime les apportene)
& je croy ,
lors qu'on
me les garantitneuves, que,
je ne fçaurois-medlfpçofer
de les donner pourtelles.
D'ailleursil y-sfïi peu -de
tems que.je fuis dans ce
pays ci, & j'ai lû si peu de
Mercures, que tout ce que
je lis àpresent me paroît
pprreessqquuee nnoouuvveeaauu, & [ou- , souvent
même étrange..
Voila mon apologie;ceux que qui ijnapporteflt de
vieilles pieces fassent la
leur. J'en ferai imprimer
autant qu'on men enverra,
pourveu quelles soient a.
peu près tournées dans leur
espece
,
sur le modèle de
celle qu'on va lire.
petites fautes avec le public
;- il ne s'embarasse ni
des obstacles
,
ni des rai.;
fons qui soppofent fouvenc
à l'exaaitude qu'il demande.
Les bonnes choses lui
plaisent toûjours, &les repétitions
l'ennuient. La piecede
poëlle que jai donnée
le mois paflfé,quelque
bonne qu'elle [oit)m'a prêt
que fait une querelle avec,
plusieurshonnêtes gens,
qui lisent le Mercure. Elle
avoit paru dans celui de
Mars. J'ai eu beau protester
que je n'en [çavois rien :!
Pourquoy, diicnt ils, ne le
* fçaviez-vous pas? Je vais
répondre en deux mots à
, cette objection. Je reçois
-
toutes les pièces qu'on me
donne,sur la bonne foy
des gens quime les apportene)
& je croy ,
lors qu'on
me les garantitneuves, que,
je ne fçaurois-medlfpçofer
de les donner pourtelles.
D'ailleursil y-sfïi peu -de
tems que.je fuis dans ce
pays ci, & j'ai lû si peu de
Mercures, que tout ce que
je lis àpresent me paroît
pprreessqquuee nnoouuvveeaauu, & [ou- , souvent
même étrange..
Voila mon apologie;ceux que qui ijnapporteflt de
vieilles pieces fassent la
leur. J'en ferai imprimer
autant qu'on men enverra,
pourveu quelles soient a.
peu près tournées dans leur
espece
,
sur le modèle de
celle qu'on va lire.
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Résumé : « On ne commet point de petites fautes avec le public [...] »
Le texte aborde les attentes du public envers les œuvres littéraires et les malentendus qui peuvent en résulter. Le public n'accepte pas les erreurs et apprécie les bonnes œuvres sans tenir compte des difficultés rencontrées par les auteurs. Une pièce de poésie publiée le mois précédent a provoqué une controverse avec des lecteurs du journal Mercure. Ces lecteurs ont reproché à l'auteur de ne pas savoir que la pièce avait déjà été publiée. L'auteur explique qu'il reçoit de nombreuses pièces et se fie à la bonne foi des auteurs, manquant de temps pour vérifier les anciens numéros du Mercure. Il considère donc les œuvres comme nouvelles. Il accepte de publier des pièces anciennes à condition qu'elles soient présentées comme nouvelles et conformes à un certain modèle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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68
p. 196-198
Envois à l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Je commence à me dédire de ce que viens d'avancer [...]
Mots clefs :
Esprit, Paquets, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Envois à l'Auteur. [titre d'après la table]
de ce que je viens d'avancer
contre la negligence des gens
d'esprit, & je cesseray de me
plaindre d'eux, dés qu'ils se
souviendront de moy. Je
viens de recevoir une demie
douzaine de pacquets remplis
de choses curieuses,d'évenemens
extraordinaires, & de
belles remarques sur la Geographie,
l'Hirtoire, l'Eloquence,
& la Poësie : mais je prie
ceux qui me font ces presens,
de me les faire de bonne heure,
s'ils veulent les voir imprimez
le mois même qu'il me
les envoyeront. Cependant
quand tousle Mercure feroit
fait, j'aimerois mieux l'augmenter
d'une feüille,que de
manquer d'ymettrelacopie
d'uneLettre singuliere qu'on
vientdem'apporter,elle est
jointe àdeux autres pieces
que je donneray sans faute le
mois prochain. Rien n'est
plus réjoüissant que la défiance
de celuy qui me l'ecrit, &
que le conte qu'il met avec
beaucoup d'art& d'esprit, à
la suitedesraisons de son incredulité.
contre la negligence des gens
d'esprit, & je cesseray de me
plaindre d'eux, dés qu'ils se
souviendront de moy. Je
viens de recevoir une demie
douzaine de pacquets remplis
de choses curieuses,d'évenemens
extraordinaires, & de
belles remarques sur la Geographie,
l'Hirtoire, l'Eloquence,
& la Poësie : mais je prie
ceux qui me font ces presens,
de me les faire de bonne heure,
s'ils veulent les voir imprimez
le mois même qu'il me
les envoyeront. Cependant
quand tousle Mercure feroit
fait, j'aimerois mieux l'augmenter
d'une feüille,que de
manquer d'ymettrelacopie
d'uneLettre singuliere qu'on
vientdem'apporter,elle est
jointe àdeux autres pieces
que je donneray sans faute le
mois prochain. Rien n'est
plus réjoüissant que la défiance
de celuy qui me l'ecrit, &
que le conte qu'il met avec
beaucoup d'art& d'esprit, à
la suitedesraisons de son incredulité.
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Résumé : Envois à l'Auteur. [titre d'après la table]
L'auteur souhaite être reconnu par les gens d'esprit et a reçu des paquets contenant des objets curieux et des remarques sur divers sujets. Il demande à ce que les envois soient faits tôt pour une publication rapide. Il préfère ajouter des pages à son journal pour inclure une lettre singulière et deux pièces jointes, appréciant particulièrement la défiance et l'esprit de l'auteur de la lettre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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69
p. 221-222
« Voici une autre nouvelle dont je me felicite, & dont [...] »
Début :
Voici une autre nouvelle dont je me felicite, & dont [...]
Mots clefs :
Chanson, Mercure, Commis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voici une autre nouvelle dont je me felicite, & dont [...] »
Voici une autre nouvelle
dont je me félicité, & donc
j'efperc qu'on me sçaura borç
gré.
Le débit du Mercure qui
augmente de mois en mois,
m'encourage à augmenter
aussi la dépense necessaire
pour le rendre meilleur. Le
Public & le Mercure ont esté
là dessus
-
long temps sur le
Qui vive. Donnez-nous un
bon Mercure, disoit le Public
,
& nous l'acheterons.
Achetez le bien,disoit l'Autheur,
& on le rendra bon.
Le Mercure en une espece de
Livre dont la bonté ne dépend
presque que de la dépense
qu'on fait en Correspondances,
en Commis
, &
Recherches: en un mot, il
faut beaucoup dépenser, pour
mériter la vente. Une Chanson
,
qui ne paroist qu'une
Chanson
,
& qui n'est rien
davantage, ne laisse pas d'aller
à cent écus par an, à n'en
donner qu'une tous les mpis. J
Jugez du reste.
dont je me félicité, & donc
j'efperc qu'on me sçaura borç
gré.
Le débit du Mercure qui
augmente de mois en mois,
m'encourage à augmenter
aussi la dépense necessaire
pour le rendre meilleur. Le
Public & le Mercure ont esté
là dessus
-
long temps sur le
Qui vive. Donnez-nous un
bon Mercure, disoit le Public
,
& nous l'acheterons.
Achetez le bien,disoit l'Autheur,
& on le rendra bon.
Le Mercure en une espece de
Livre dont la bonté ne dépend
presque que de la dépense
qu'on fait en Correspondances,
en Commis
, &
Recherches: en un mot, il
faut beaucoup dépenser, pour
mériter la vente. Une Chanson
,
qui ne paroist qu'une
Chanson
,
& qui n'est rien
davantage, ne laisse pas d'aller
à cent écus par an, à n'en
donner qu'une tous les mpis. J
Jugez du reste.
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Résumé : « Voici une autre nouvelle dont je me felicite, & dont [...] »
Le texte discute de l'amélioration du Mercure, une publication périodique. La qualité dépend des dépenses pour les correspondances, les employés et les recherches. L'auteur se félicite de l'augmentation du débit et de la demande publique. Un dialogue imaginaire montre que la qualité augmentera si le public achète la publication. La production d'une chanson coûte cent écus par an, illustrant les coûts nécessaires.
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70
p. 280-282
« J'ay des amis à Roüen, j'en ay bien plus loin encore, & [...] »
Début :
J'ay des amis à Roüen, j'en ay bien plus loin encore, & [...]
Mots clefs :
Mercure, Imprimeurs, Relieurs, Nouvelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ay des amis à Roüen, j'en ay bien plus loin encore, & [...] »
J'ay des amisà Rouen, j'en
ay bien plus loinencore, &
c'est fort bien fait. De tout
les côtez on m'envoye Sonnets,
Madrigaux, Explications
des Enigmes, &c. mais
de deux choses l'une, ou Tefprit
de presque tous ceux qui
me font ces presents est lent
dans
dans les productions
, ou je
me presse trop de faire imprimer
mon Livre; fauf maintenant
à examiner s'ils ont rai-
- son , & si j'ay tort. Le mois
n'a que trente jours, il n'en
faut que huit au plus pour en
voycr le Mercure au
bout
du
k Royaume; il m'en faut vingt
laieu moins pour le compofcr,
reste est à la di scretion des
[Imprimeurs. & des Relieurs
qu'on ne gouverne pas comune
on veut,& ce que je me
reserveenblanc,est indispensablement
consacré auxdernieres.
Nouvelles
Tous CCPX qui me lisent
ont quatorze jours pour me
faire part de leurs ouvrages,
à quelque distance qu'ils soient
de Paris ; cependant ils attendent
les quatre derniers jours
du mois pour m'accabler. de
Lettres perdues pour eux,&
inutiles pour moy ,
à moins
que ce qui ne fert pas un
mois,
ne puisse estreemployé pour
l'autre. Ainsi leur negligence
&mon exactitudeme privent
du moyen de leur faire plasir.
J'étois occupé de cette reflexion
ay bien plus loinencore, &
c'est fort bien fait. De tout
les côtez on m'envoye Sonnets,
Madrigaux, Explications
des Enigmes, &c. mais
de deux choses l'une, ou Tefprit
de presque tous ceux qui
me font ces presents est lent
dans
dans les productions
, ou je
me presse trop de faire imprimer
mon Livre; fauf maintenant
à examiner s'ils ont rai-
- son , & si j'ay tort. Le mois
n'a que trente jours, il n'en
faut que huit au plus pour en
voycr le Mercure au
bout
du
k Royaume; il m'en faut vingt
laieu moins pour le compofcr,
reste est à la di scretion des
[Imprimeurs. & des Relieurs
qu'on ne gouverne pas comune
on veut,& ce que je me
reserveenblanc,est indispensablement
consacré auxdernieres.
Nouvelles
Tous CCPX qui me lisent
ont quatorze jours pour me
faire part de leurs ouvrages,
à quelque distance qu'ils soient
de Paris ; cependant ils attendent
les quatre derniers jours
du mois pour m'accabler. de
Lettres perdues pour eux,&
inutiles pour moy ,
à moins
que ce qui ne fert pas un
mois,
ne puisse estreemployé pour
l'autre. Ainsi leur negligence
&mon exactitudeme privent
du moyen de leur faire plasir.
J'étois occupé de cette reflexion
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Résumé : « J'ay des amis à Roüen, j'en ay bien plus loin encore, & [...] »
L'auteur évoque ses échanges avec ses amis et lecteurs, principalement autour de l'envoi de poèmes et autres écrits. Il reçoit divers types de compositions, comme des sonnets et des madrigaux, ainsi que des solutions d'énigmes provenant de différentes régions. Cependant, il observe que soit les auteurs tardent à écrire, soit il se presse trop pour publier son livre. Le processus de publication dépend également des imprimeurs et relieurs, sur lesquels il a peu d'influence. L'auteur déplore que les lecteurs envoient leurs œuvres seulement à la fin du mois, rendant leurs contributions inutilisables pour la publication mensuelle. Cette situation, combinée à son propre souci d'exactitude, empêche une collaboration mutuellement bénéfique. Ces réflexions occupaient l'esprit de l'auteur pendant la rédaction du texte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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71
p. 289-296
Préambule où l'Auteur dégoûté du mauvais langage des Nouvelles, propose de les debiter dans le stile de l'Histoire pour en rendre la lecture plus interessante. [titre d'après la table]
Début :
Je tiendray avec le temps toutes les paroles que j'ay données [...]
Mots clefs :
Europe, Événements, Nouvelles, Affaires, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Préambule où l'Auteur dégoûté du mauvais langage des Nouvelles, propose de les debiter dans le stile de l'Histoire pour en rendre la lecture plus interessante. [titre d'après la table]
Je tiendray avec le temps
Coûtes les paroles que j'ay données,&
l'on verra au bout du
compte que je n'ay rien promis
dont je ne tâche de m'acquitter
tous les jours de mieux
en mieux.
La guerre qui piroît encore
très allumée entre les Princes
du Nord, le Siege de Barcelone
qui est à la veille davoir
un fore pareilà lamalheureuse
Ville de Numance, ou plutôt
à celle de Cativa savaisine,
la mort prelque imprevue
de la Reine de la Grandei
Bretagne 1
5
& la célébréaflfemtyée
de Badenprefentenc
maintenant aux yeux deroute
l'Europe unTableau sichargé
d'adions & de conjectures,
que je pense qu'il n'etf permis
d'entreprendre le détail de
tant de grands événements,
que dans les termes & dans le
stile consacrez à la majeflé de
fHifioire.
Je ne doute point qu'on ne
traite ce projet au moins do
témérité, & qu'on ne me ren.
voye àl'Apologie du Boeuf&
de la Grenouille, tant que dureront
les préjugez obligeants
que cinq ou six personnes onc
foin de répandre dans le monde
, contre le nouveauMercure
jmais ce qui m'étonne, c'est
que les gens qui les connoisicncéquités
entendent tous
les jours declamer contre mois
puissent s'en rapporter quelques
fois à de tels connois,
feurs.
#
Je prie le Public de me pardonner
cette petite digression,
& tous les bonnettes gens qi
ne cherchent qu'à s'amuser d
mon Livre, de me prêter, au
tant qu'ils me croiront capa
ble d'en profiter, leurs secous
& leursconseils, pour m'ai
der à le rendre meilleur.
Il y a si peu de fuite dan
toutes les Nouvelles manuf
crittcs & imprimées, sur ce qu
concerne les affaires de la Po
logne, du DannemarK
,
de 1
Moscovie, de la Suéde, & di
la Hongrie ,quej'ose avance
que les personnes qui ont éti
les plus soigneuses de s'mf
truiic à fond, de ces grand:
démêlez,oû les TUICS ont eu
au moins autant de part, que
ceux qui y ont paru plus interessez
qu'eux,n'en pourroicnt
aujourd'huy raisonner que
tres-fuperficietlement. J'excepte
néanmoins de ce nombre
,ces hommes éclairez, que
leur esprit & les grandes places
qu'ils occupent, mettent
indispensablement au fait de
toutes lesaffiires de l'Europe:
Et j'ajoute que ceux même qui
travaillent à l'Histoire de ces
Guerres fameuses que le sorta
remplies depuis douze ou trei.
ze ans de tant de révolutions
embrouillées, ne nous apprendroient
pcut-eflre rien,audelà
de ces grands événements
que per sonne n'oublie.>
si je n'avois pas lû unci'nJ
finité de Lettres, de Mémoires
particuliers, &de Manifestes
sur ces affaires, & si je
n'en avois pas appris & retenu
un grand nombre de circonttanceSjjc
mecontenterois de
donner chaque mois.en veri
table Auteur de Mercure Ga.
Jane, des tecits de Guerre, de
Paix, de Morts&de Mariages
desPays dont toutes les femai-
Des les Gazettes entretiennent
lePublic Maisil faut que mes
Supérieurs approuvent mon
dessein ,avant que je fonge à
l'cxecuteri s'ils l'approuvent,
je reprendray pour la satisfaction
des Lecteurs,les choses
dés leur origine; je les divifcray
par Chapitre, & je les diftribueray
dans chaque Mercufre
succintement & hiftoriquement.
Ainsiavant de rien dire
des Nouvelles du mois, je
mettray à la teste de chaque
Article des lieuxj dont je parr
leray, un ArticleJeparé dont
les circonfiances exactes &
chronologiques servirontà
mettre insensiblement le Lecteur
au fait des affaires des
principales Coursde l'Europe.
Je seray peu de raisonnemens
Politiques; je ne raconteray
que des événements veritables,
où jen'intereflerayjamais
ni la gloire, ni la réputation
de Personne ; & enfin on
verra au premier d'Octobre, si
ce projet cil: auchorifé. Je ne
donneray en attendant, pour
Nouvelles, que des Extraits
des Lettres que- j'ay reçues.
Coûtes les paroles que j'ay données,&
l'on verra au bout du
compte que je n'ay rien promis
dont je ne tâche de m'acquitter
tous les jours de mieux
en mieux.
La guerre qui piroît encore
très allumée entre les Princes
du Nord, le Siege de Barcelone
qui est à la veille davoir
un fore pareilà lamalheureuse
Ville de Numance, ou plutôt
à celle de Cativa savaisine,
la mort prelque imprevue
de la Reine de la Grandei
Bretagne 1
5
& la célébréaflfemtyée
de Badenprefentenc
maintenant aux yeux deroute
l'Europe unTableau sichargé
d'adions & de conjectures,
que je pense qu'il n'etf permis
d'entreprendre le détail de
tant de grands événements,
que dans les termes & dans le
stile consacrez à la majeflé de
fHifioire.
Je ne doute point qu'on ne
traite ce projet au moins do
témérité, & qu'on ne me ren.
voye àl'Apologie du Boeuf&
de la Grenouille, tant que dureront
les préjugez obligeants
que cinq ou six personnes onc
foin de répandre dans le monde
, contre le nouveauMercure
jmais ce qui m'étonne, c'est
que les gens qui les connoisicncéquités
entendent tous
les jours declamer contre mois
puissent s'en rapporter quelques
fois à de tels connois,
feurs.
#
Je prie le Public de me pardonner
cette petite digression,
& tous les bonnettes gens qi
ne cherchent qu'à s'amuser d
mon Livre, de me prêter, au
tant qu'ils me croiront capa
ble d'en profiter, leurs secous
& leursconseils, pour m'ai
der à le rendre meilleur.
Il y a si peu de fuite dan
toutes les Nouvelles manuf
crittcs & imprimées, sur ce qu
concerne les affaires de la Po
logne, du DannemarK
,
de 1
Moscovie, de la Suéde, & di
la Hongrie ,quej'ose avance
que les personnes qui ont éti
les plus soigneuses de s'mf
truiic à fond, de ces grand:
démêlez,oû les TUICS ont eu
au moins autant de part, que
ceux qui y ont paru plus interessez
qu'eux,n'en pourroicnt
aujourd'huy raisonner que
tres-fuperficietlement. J'excepte
néanmoins de ce nombre
,ces hommes éclairez, que
leur esprit & les grandes places
qu'ils occupent, mettent
indispensablement au fait de
toutes lesaffiires de l'Europe:
Et j'ajoute que ceux même qui
travaillent à l'Histoire de ces
Guerres fameuses que le sorta
remplies depuis douze ou trei.
ze ans de tant de révolutions
embrouillées, ne nous apprendroient
pcut-eflre rien,audelà
de ces grands événements
que per sonne n'oublie.>
si je n'avois pas lû unci'nJ
finité de Lettres, de Mémoires
particuliers, &de Manifestes
sur ces affaires, & si je
n'en avois pas appris & retenu
un grand nombre de circonttanceSjjc
mecontenterois de
donner chaque mois.en veri
table Auteur de Mercure Ga.
Jane, des tecits de Guerre, de
Paix, de Morts&de Mariages
desPays dont toutes les femai-
Des les Gazettes entretiennent
lePublic Maisil faut que mes
Supérieurs approuvent mon
dessein ,avant que je fonge à
l'cxecuteri s'ils l'approuvent,
je reprendray pour la satisfaction
des Lecteurs,les choses
dés leur origine; je les divifcray
par Chapitre, & je les diftribueray
dans chaque Mercufre
succintement & hiftoriquement.
Ainsiavant de rien dire
des Nouvelles du mois, je
mettray à la teste de chaque
Article des lieuxj dont je parr
leray, un ArticleJeparé dont
les circonfiances exactes &
chronologiques servirontà
mettre insensiblement le Lecteur
au fait des affaires des
principales Coursde l'Europe.
Je seray peu de raisonnemens
Politiques; je ne raconteray
que des événements veritables,
où jen'intereflerayjamais
ni la gloire, ni la réputation
de Personne ; & enfin on
verra au premier d'Octobre, si
ce projet cil: auchorifé. Je ne
donneray en attendant, pour
Nouvelles, que des Extraits
des Lettres que- j'ay reçues.
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Résumé : Préambule où l'Auteur dégoûté du mauvais langage des Nouvelles, propose de les debiter dans le stile de l'Histoire pour en rendre la lecture plus interessante. [titre d'après la table]
L'auteur d'un ouvrage historique expose ses intentions et les sujets qu'il compte aborder. Parmi les événements marquants, il cite la guerre entre les Princes du Nord, le siège de Barcelone, la mort inattendue de la Reine de Grande-Bretagne, et la célébration de Baden. Il souhaite traiter ces sujets avec la solennité requise par l'histoire. L'auteur anticipe des critiques et des préjugés, mais sollicite les conseils du public pour améliorer son travail. Il souligne l'insuffisance des informations disponibles sur les affaires de la Pologne, du Danemark, de la Moscovie, de la Suède et de la Hongrie, et l'importance des lettres et mémoires particuliers pour enrichir son récit. L'ouvrage sera structuré en chapitres, débutant par les origines des événements, et se concentrera sur des faits véridiques sans jugements politiques. En attendant, l'auteur publiera des extraits de lettres reçues.
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72
p. 363-368
AVERTISSEMENT.
Début :
On recevra comme on faisoit du temps de Mr Devizé [...]
Mots clefs :
Mercure, Marchandises, Généalogies, Liberté, Mémoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
On recevra comme on faisoit
du temps de Mr Dev~c~
JOùS les Memoires de ceux,
•quidiftîinguczuctâÀsnjqucJqa^
voudront se faire annoncer. au
#ub!icpour<lèur particuliere,
à CUtKltOOn nçai>
moinsque leurs Memoiresne
contiendrontquedeschoses
curieu ses,rares, 'pu avanta-
Ilyauradans dcqae Mercure
unpetitchapitreexprèspour
unmoyennantlasomme
eux,moyennantlasomme
detrentesols,parce
- que Tes
Imprimeurs, les Relieurs &
-lesMarchandsnHncdotôicnt
,'p"Q'nt gratis,nileur temps,
çXiikui Marchandise. Cen'est
qu'à ce prixqu'on les enregistrera;
autrementquand on
en envoiroitjusqu'à la Lune.
jl n'en seroit fait nullemenupn.
:. LesMemoires Littéraires,
lesNouvelles generales 01.\
particulières, & tous les Qltf
vrages d'espriten Prose ouen
istrà, fôflF exceptez de çcç
Avis&on [$* mettraàlaplaçç
qui leur conviendra, pourvuquele
port en soit toûjours eyr • ÇorpjTiejl.n'c^p^s necesfairequel'Auteur
du MercuouijVçftpoint
riche,à beaucouppres,
que ne prend pe
ane trop facile route pour
le devenir, '&, qui même ne
s'embarrasseguere de l'estre
+ s'appauvrisse tout à fait en
travaillant pour lasatisfaction
du Public Il prie ceux qui Ho
verront point son Paraphe au
bas de la premiere page de
son Livre,d'avoir la bonté de
l'avertir du tort qu'on luy
fait. Il aeusoin de le mettra
ce moiscy, au commencement
de chaque Mercure, iSti
varietur: Etilaura la même
précautiontousles mois.
Enfinpourrépondreatout
monde, outre que j'ay dc<
ja dit que je ne recevrois aur,
cunemauvaise piece de Vets,
j'endisautantpour les Genealogies:
Je n'en recevray, aucune,
ni fausse ni flatteuse.
Je deviens Genealogiste à vve"
d'oeil ; & c'estun de mes arWs.
qui entend. cette matière à
fond, qui roç. (iffle, Cependau;,
siparhazard,ilm'arrive
de donner dans la vision, çc
nefera que, parce que j'auray
estétrop pusse par le temps,
& jamais par aucune confidcration
qui pourroit tirer à consequencepour
moy,dansl'esprit
desgens qui aiment la; vérité
, J /Je n'ayplusqu'unmot a
dire. Plusieurs personnes
m'ont reproché la gayeté ÔC
la liberté de mon strie, elles
m'ont dis que je tombois souvent
dans le plaisant, & de-là
par consequent dans le ridicule.
Ce reproche
On recevra comme on faisoit
du temps de Mr Dev~c~
JOùS les Memoires de ceux,
•quidiftîinguczuctâÀsnjqucJqa^
voudront se faire annoncer. au
#ub!icpour<lèur particuliere,
à CUtKltOOn nçai>
moinsque leurs Memoiresne
contiendrontquedeschoses
curieu ses,rares, 'pu avanta-
Ilyauradans dcqae Mercure
unpetitchapitreexprèspour
unmoyennantlasomme
eux,moyennantlasomme
detrentesols,parce
- que Tes
Imprimeurs, les Relieurs &
-lesMarchandsnHncdotôicnt
,'p"Q'nt gratis,nileur temps,
çXiikui Marchandise. Cen'est
qu'à ce prixqu'on les enregistrera;
autrementquand on
en envoiroitjusqu'à la Lune.
jl n'en seroit fait nullemenupn.
:. LesMemoires Littéraires,
lesNouvelles generales 01.\
particulières, & tous les Qltf
vrages d'espriten Prose ouen
istrà, fôflF exceptez de çcç
Avis&on [$* mettraàlaplaçç
qui leur conviendra, pourvuquele
port en soit toûjours eyr • ÇorpjTiejl.n'c^p^s necesfairequel'Auteur
du MercuouijVçftpoint
riche,à beaucouppres,
que ne prend pe
ane trop facile route pour
le devenir, '&, qui même ne
s'embarrasseguere de l'estre
+ s'appauvrisse tout à fait en
travaillant pour lasatisfaction
du Public Il prie ceux qui Ho
verront point son Paraphe au
bas de la premiere page de
son Livre,d'avoir la bonté de
l'avertir du tort qu'on luy
fait. Il aeusoin de le mettra
ce moiscy, au commencement
de chaque Mercure, iSti
varietur: Etilaura la même
précautiontousles mois.
Enfinpourrépondreatout
monde, outre que j'ay dc<
ja dit que je ne recevrois aur,
cunemauvaise piece de Vets,
j'endisautantpour les Genealogies:
Je n'en recevray, aucune,
ni fausse ni flatteuse.
Je deviens Genealogiste à vve"
d'oeil ; & c'estun de mes arWs.
qui entend. cette matière à
fond, qui roç. (iffle, Cependau;,
siparhazard,ilm'arrive
de donner dans la vision, çc
nefera que, parce que j'auray
estétrop pusse par le temps,
& jamais par aucune confidcration
qui pourroit tirer à consequencepour
moy,dansl'esprit
desgens qui aiment la; vérité
, J /Je n'ayplusqu'unmot a
dire. Plusieurs personnes
m'ont reproché la gayeté ÔC
la liberté de mon strie, elles
m'ont dis que je tombois souvent
dans le plaisant, & de-là
par consequent dans le ridicule.
Ce reproche
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Le texte est un avertissement concernant la réception des mémoires et autres écrits pour publication. Seuls les mémoires contenant des informations curieuses, rares ou inédites seront acceptés. Un petit chapitre sera publié dans le Mercure pour une somme de trente sols, car les imprimeurs, relieurs et marchands ne travaillent pas gratuitement. Les mémoires littéraires, nouvelles générales ou particulières, et tous les ouvrages d'esprit en prose ou en vers seront exceptés de cet avis. Les auteurs sont priés de payer le port pour l'envoi de leurs œuvres. Le rédacteur du Mercure précise qu'il n'est pas riche et travaille pour la satisfaction du public. Il demande à être averti en cas d'usurpation de son nom. Il refuse de publier des généalogies, qu'elles soient fausses ou flatteuses, et se déclare genealogiste à vue d'œil. Plusieurs personnes ont reproché la gaieté et la liberté de son style, le qualifiant parfois de plaisant et ridicule.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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73
p. 250-257
Trés-beau raisonnement de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Et quoyque je ne sois nullement interessé dans leurs querelles [...]
Mots clefs :
Énigme, Nouvelles, Mercure, Livre, Public, Mercure galant, Nicolas Boileau, Jean-François Regnard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Trés-beau raisonnement de l'Auteur. [titre d'après la table]
Et quoyque je ne fois nullement
intereſſé dans leurs querelles
, fi par hazard j'annonce
quelque choſe pour ou contre
les uns & les autres , on me
rend garant de ce que je ne
debite tout au plus , que.comme
de froides nouvelles. Un
GALANT. 252
2
parti ſe forme pour moy, fans
que je ſçache ſeulement ſi j'ay
des partiſans ; une autre ſçavante
ligue s'éleve pour me
détruire : d'un côté je trouve
de l'indulgence & de l'appuy
dans les eſprits ,&de l'autre
je me vois expoſé au reffentiment
de pluſieurs de ces fameux
genies qu'une étude
éternelle remplit tellement de
la nature de la grandeur de
leurs principes , qu'elle les enſevelit
dans l'abîme de leurs
meditations. Le tombeau de
Boileau qu'on me donna le
mois pafle , & que j'ay mis
252 MERCURE
A
dans le dernier Mercure , m'a
attiré cette fâcheuſe affaire :
mais ſi l'on me tient parole , je
repareray ce coup autant qu'il
eſt reparable , en donnant à
fon tour le Tombeau de Renard
qu'on m'a promis. Voilà
le vray moyende me fairedes
ennemis des deux coſtez . Mais
ce qui me conſole , c'eſt que
les gens defintereſſez conviendront
de ma bonne foy , &
remarqueront que de toutes
les affaires du monde , cellede
faire un Livre dont je me mêle
tous les mois , eſt juſtement
celle dont je m'embaraſſe le
GALANT . 253
moins. Je ne ſonge en unmot
qu'à divertir mes Lecteurs ſans
entrer dans le détail des reficxions
qu'on fait ſur les pieces
que j'imprime. Il y a en verité
dans ma façon d'écrire , bien
de quoy ſcandalıſer des gens
éclairez qui ſçavent preſque
auſſi bien que moy ( qui ay
beaucoup de peine à debiter
mon Livre ) le cas qu'on fait
du Mercure Galant :& je ſoutiens
qu'il n'y a preſque perfonne
dans aucune Académic
du Royaume qui ne ſe crût
deshonoré , ſi on l'accuſoit de
l'avoir lû. Que cette averſion
254 MERCURE
pour mes Ancestres & pour
moy, foit bien ou mal fondéc,
c'eſt de quoy , par exemple
,je ne me foucie guereencore.
Il y aura toûjours parmi
les eſprits les plus fubtils &
les plus delicats , de ſages Ifraëlites
qui s'amuferont de la
lecture de mes contes & de
mes chanfons ; & je mettray ,
fi je peux , tant d'enjoüement
dans mon Livre , uniquement,
pour plaire aux Dames , que
leur fuffrage me dedommagera
de l'indifference des hommes.
Quel projet ! me dit un
Druide , au maintien veneraGALANT
255
ble ,&dont la contenance eft
figrave&fi compoſée , qu'on
diroit qu'il a toute la vie afſiſté
au banquet des ſept Sages
, quel projet ! Jeunehomme
, continue til , on vous
ôtera vôtre Livre ! Ce ſera ,
luy dis je , un grand malheur
pour le Public , & beaucoup
de peine épargnée pourmoy;
mais vous verrez que les Dames
appelleront devôtre Sentence
commed'abus , &qu'elles
interpoferont l'autorité de
mes Superieurs pour me faire
condamner à leur conter tous
les mois mes raiſons , malgré
256 MERCURE
vous , malgré moy , & peutêtre
à la fin , malgré ellesmêmes.
Mais je ne ſonge pas que
le Mercure s'avance ,&que je
n'ay pas encore dit un mot des
nouvelles du mois. Bon ! qu'-
importe , c'eſt un article que
perſonne ne lit. Outre le Journal
de Verdun , il y a tant de
Gazettes& dcManuscrits toutes
les ſemaines , dont les circonſtances
ſont ſi intereſſantes
,&dont le ſtile eſt ſibeau ,
qu'on ne tient plus aucun
compte des nouvelles duMercure.
Cependant il en faut ab
folument
GALANT. 257
ſolument debiter , & ce Chapitre
eſt auſſi neceſſaire que
celuy des Enigmes. Ainſi afin
de commencer à en donner
quelques -unes par ordre , je
vais debuter par une Liſte de
tous les Deputez qui ſe ſont
aſſemblez à Bade pour leCongrez
de la Paix generale qui
vient d'y être ſignée par M. le
Prince Eugene pour l'Empereur
, & par M. le Maréchal
de Villars pour le Roy.
intereſſé dans leurs querelles
, fi par hazard j'annonce
quelque choſe pour ou contre
les uns & les autres , on me
rend garant de ce que je ne
debite tout au plus , que.comme
de froides nouvelles. Un
GALANT. 252
2
parti ſe forme pour moy, fans
que je ſçache ſeulement ſi j'ay
des partiſans ; une autre ſçavante
ligue s'éleve pour me
détruire : d'un côté je trouve
de l'indulgence & de l'appuy
dans les eſprits ,&de l'autre
je me vois expoſé au reffentiment
de pluſieurs de ces fameux
genies qu'une étude
éternelle remplit tellement de
la nature de la grandeur de
leurs principes , qu'elle les enſevelit
dans l'abîme de leurs
meditations. Le tombeau de
Boileau qu'on me donna le
mois pafle , & que j'ay mis
252 MERCURE
A
dans le dernier Mercure , m'a
attiré cette fâcheuſe affaire :
mais ſi l'on me tient parole , je
repareray ce coup autant qu'il
eſt reparable , en donnant à
fon tour le Tombeau de Renard
qu'on m'a promis. Voilà
le vray moyende me fairedes
ennemis des deux coſtez . Mais
ce qui me conſole , c'eſt que
les gens defintereſſez conviendront
de ma bonne foy , &
remarqueront que de toutes
les affaires du monde , cellede
faire un Livre dont je me mêle
tous les mois , eſt juſtement
celle dont je m'embaraſſe le
GALANT . 253
moins. Je ne ſonge en unmot
qu'à divertir mes Lecteurs ſans
entrer dans le détail des reficxions
qu'on fait ſur les pieces
que j'imprime. Il y a en verité
dans ma façon d'écrire , bien
de quoy ſcandalıſer des gens
éclairez qui ſçavent preſque
auſſi bien que moy ( qui ay
beaucoup de peine à debiter
mon Livre ) le cas qu'on fait
du Mercure Galant :& je ſoutiens
qu'il n'y a preſque perfonne
dans aucune Académic
du Royaume qui ne ſe crût
deshonoré , ſi on l'accuſoit de
l'avoir lû. Que cette averſion
254 MERCURE
pour mes Ancestres & pour
moy, foit bien ou mal fondéc,
c'eſt de quoy , par exemple
,je ne me foucie guereencore.
Il y aura toûjours parmi
les eſprits les plus fubtils &
les plus delicats , de ſages Ifraëlites
qui s'amuferont de la
lecture de mes contes & de
mes chanfons ; & je mettray ,
fi je peux , tant d'enjoüement
dans mon Livre , uniquement,
pour plaire aux Dames , que
leur fuffrage me dedommagera
de l'indifference des hommes.
Quel projet ! me dit un
Druide , au maintien veneraGALANT
255
ble ,&dont la contenance eft
figrave&fi compoſée , qu'on
diroit qu'il a toute la vie afſiſté
au banquet des ſept Sages
, quel projet ! Jeunehomme
, continue til , on vous
ôtera vôtre Livre ! Ce ſera ,
luy dis je , un grand malheur
pour le Public , & beaucoup
de peine épargnée pourmoy;
mais vous verrez que les Dames
appelleront devôtre Sentence
commed'abus , &qu'elles
interpoferont l'autorité de
mes Superieurs pour me faire
condamner à leur conter tous
les mois mes raiſons , malgré
256 MERCURE
vous , malgré moy , & peutêtre
à la fin , malgré ellesmêmes.
Mais je ne ſonge pas que
le Mercure s'avance ,&que je
n'ay pas encore dit un mot des
nouvelles du mois. Bon ! qu'-
importe , c'eſt un article que
perſonne ne lit. Outre le Journal
de Verdun , il y a tant de
Gazettes& dcManuscrits toutes
les ſemaines , dont les circonſtances
ſont ſi intereſſantes
,&dont le ſtile eſt ſibeau ,
qu'on ne tient plus aucun
compte des nouvelles duMercure.
Cependant il en faut ab
folument
GALANT. 257
ſolument debiter , & ce Chapitre
eſt auſſi neceſſaire que
celuy des Enigmes. Ainſi afin
de commencer à en donner
quelques -unes par ordre , je
vais debuter par une Liſte de
tous les Deputez qui ſe ſont
aſſemblez à Bade pour leCongrez
de la Paix generale qui
vient d'y être ſignée par M. le
Prince Eugene pour l'Empereur
, & par M. le Maréchal
de Villars pour le Roy.
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Résumé : Trés-beau raisonnement de l'Auteur. [titre d'après la table]
L'auteur du Mercure Galant, une publication mensuelle, rencontre des difficultés en raison de son implication involontaire dans des querelles malgré son désir de neutralité. La publication du 'Tombeau de Boileau' a suscité des critiques de la part de certains 'fameux génies', tandis qu'une autre faction le soutient. Pour apaiser les tensions, l'auteur prévoit de publier le 'Tombeau de Renard'. Il affirme que son objectif est de divertir ses lecteurs sans commenter les pièces imprimées. Bien qu'il reconnaisse que son style puisse scandaliser certaines personnes éclairées, il reste indifférent à ces réactions. Il espère que les dames apprécieront son ouvrage pour compenser l'indifférence des hommes. Le texte mentionne également les nouvelles du mois, bien que cet article soit peu lu en raison de la multitude de gazettes et manuscrits disponibles. Cependant, l'auteur le juge nécessaire, tout comme l'article des énigmes. Il liste les députés réunis à Bade pour le Congrès de la Paix générale, signé par le Prince Eugène pour l'Empereur et le Maréchal de Villars pour le Roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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74
p. 97-102
Fantaisie. [titre d'après la table]
Début :
Rien n'est plus facile que de me surprendre. Quand [...]
Mots clefs :
Muses, Donneau de Visé, Poésie, Pièces, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fantaisie. [titre d'après la table]
Rien n'eſt plus facile que
deme ſurprendre. Quand
furprendre
je me mefierois de toutes
les pieces de Poësie qu'on
m'envoye , quand je douterois
opiniatrément de
leur merite & de leur nouveauté
; & quand je conſulterois
exactement tout
ce qu'il y a de gens de lettres
à Paris , pour ne pas
tomberdans l'inconvenient
de faire de mauvais choix ,
Octob. 1714. I
98
MERCURE
ou de donner de vieilles
pieces , je ferois encore fouvent
la dupe demes précau.
tions.
Il n'eſt point de pays où
la bonne foy ſoit plus mal
établie que dans celui des
ſçavans. Prompts à condamner
tout ce qui s'offre
à leurs yeux , & qui n'eſt
point forti de leurs mains ,
ils font toûjours plus contens
de la chûte , que du
fuccés des ouvrages qu'ils
n'ontpas faits. Ce qu'on appelle
le bel Esprit eſt divilé
Paris par pelotons. ChaGALANT.
EQUE DE
:
que peloton a ſa cabale for LYON
mée dans un endroit */893
dans un autre. Il n'y a point
à s'en dédire ; dés qu'on
veut paſſer pour homme
de lettres , il faut être du
parti des Guelphes*ou des Gibelins.
Aquoy cela menetil
? A difputer tout au plus
ſur le domaine**du pain du
vin desCordeliers.Iln'enétoit
* Ces deux partis mirent autrefois l'Italie
àdeux doigts de sa perte. La guerre fanglantequi
s'alluma entr'eux pour une bagatelle
a duré plusieurs ficcles.
** Lifezdans l'histoire des Papes Nicolas
IV. Jean XXII & Nicolas V. lesfuitester
ribles qu'a eu cette queſtion , ſi les Cordeliersfont
les maîtres du vin &du pain qu'ils
mangent.
I ij
100 MERCURE
pas tout à fait de même autrefois
; s'il n'y avoit pas
plus d'union dans le fond ,
les effets de cette diviſion
étoient du moins utiles ou
agreables à ceux qui en apprenoient
des nouvelles.
Les pieces d'Eloquence &
de Poëfie paſſoient & repafloient
les ponts & les
monts: M. Devizé profitoit
de ces manifeſtes , & le public
avoit la ſatisfaction de
s'en divertir. Aujourd'hui le
Mercure n'a pas le même
avantage ; chacun veut ſe
faire imprimer à part , &
GALANT. JOI
l'on conclut de quatre vers
qu'on a faits , qu'on en peut
bien faire quatre autres , &
de làun livre.
Mais j'ai fait heureuſe
ment une découverte qui
me raffure ; & fi l'on me
tient parole , je n'apprehenderai
plus deſormais la diſette
des pieces de Poefie
où l'on m'a laiſſé juſqu'à
preſent. Les Muſes qui
ont fait le plus de bruit
commencent àſe repoſer;
& Phebus a de nouveaux
éleves , dont les genies
heureux nous flatent de
I iij
102 MERCURE
nous charmer auffi bien
qu'elles.
deme ſurprendre. Quand
furprendre
je me mefierois de toutes
les pieces de Poësie qu'on
m'envoye , quand je douterois
opiniatrément de
leur merite & de leur nouveauté
; & quand je conſulterois
exactement tout
ce qu'il y a de gens de lettres
à Paris , pour ne pas
tomberdans l'inconvenient
de faire de mauvais choix ,
Octob. 1714. I
98
MERCURE
ou de donner de vieilles
pieces , je ferois encore fouvent
la dupe demes précau.
tions.
Il n'eſt point de pays où
la bonne foy ſoit plus mal
établie que dans celui des
ſçavans. Prompts à condamner
tout ce qui s'offre
à leurs yeux , & qui n'eſt
point forti de leurs mains ,
ils font toûjours plus contens
de la chûte , que du
fuccés des ouvrages qu'ils
n'ontpas faits. Ce qu'on appelle
le bel Esprit eſt divilé
Paris par pelotons. ChaGALANT.
EQUE DE
:
que peloton a ſa cabale for LYON
mée dans un endroit */893
dans un autre. Il n'y a point
à s'en dédire ; dés qu'on
veut paſſer pour homme
de lettres , il faut être du
parti des Guelphes*ou des Gibelins.
Aquoy cela menetil
? A difputer tout au plus
ſur le domaine**du pain du
vin desCordeliers.Iln'enétoit
* Ces deux partis mirent autrefois l'Italie
àdeux doigts de sa perte. La guerre fanglantequi
s'alluma entr'eux pour une bagatelle
a duré plusieurs ficcles.
** Lifezdans l'histoire des Papes Nicolas
IV. Jean XXII & Nicolas V. lesfuitester
ribles qu'a eu cette queſtion , ſi les Cordeliersfont
les maîtres du vin &du pain qu'ils
mangent.
I ij
100 MERCURE
pas tout à fait de même autrefois
; s'il n'y avoit pas
plus d'union dans le fond ,
les effets de cette diviſion
étoient du moins utiles ou
agreables à ceux qui en apprenoient
des nouvelles.
Les pieces d'Eloquence &
de Poëfie paſſoient & repafloient
les ponts & les
monts: M. Devizé profitoit
de ces manifeſtes , & le public
avoit la ſatisfaction de
s'en divertir. Aujourd'hui le
Mercure n'a pas le même
avantage ; chacun veut ſe
faire imprimer à part , &
GALANT. JOI
l'on conclut de quatre vers
qu'on a faits , qu'on en peut
bien faire quatre autres , &
de làun livre.
Mais j'ai fait heureuſe
ment une découverte qui
me raffure ; & fi l'on me
tient parole , je n'apprehenderai
plus deſormais la diſette
des pieces de Poefie
où l'on m'a laiſſé juſqu'à
preſent. Les Muſes qui
ont fait le plus de bruit
commencent àſe repoſer;
& Phebus a de nouveaux
éleves , dont les genies
heureux nous flatent de
I iij
102 MERCURE
nous charmer auffi bien
qu'elles.
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Résumé : Fantaisie. [titre d'après la table]
Le texte aborde les difficultés rencontrées lors de la sélection de pièces poétiques et la méfiance entre savants. Malgré les précautions prises, l'auteur se trouve souvent trompé par ses choix. Il note que les savants manquent de bonne foi, étant prompts à critiquer les œuvres qu'ils n'ont pas créées eux-mêmes. À Paris, les intellectuels sont divisés en factions rivales, comparables aux Guelphes et aux Gibelins italiens. Ces divisions, bien que parfois bénéfiques ou agréables, permettent une large circulation des œuvres d'éloquence et de poésie, offrant ainsi des divertissements au public. Cependant, actuellement, chacun préfère publier séparément, limitant ainsi la diffusion des œuvres. L'auteur observe toutefois une tendance encourageante avec l'émergence de nouveaux talents prometteurs, capables de rivaliser avec les muses célèbres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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75
p. 115-118
Répresailles. [titre d'après la table]
Début :
Pourquoy me cherchez-vous querelle, Monsieur ** ? [...]
Mots clefs :
Nicolas Boileau, Transitions, Style, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Répresailles. [titre d'après la table]
Pourquoy me cherchezvous
querelle,Monfieur**?
Vous paſſez pour avoir une
étude polic par un grand
uſage du beau monde , où
la fortunevous a fait naître,
&où vôtremerite vous dif
tingue. Cependant vous
vous déchaînez contremoi,
comme ſi àchaque inftant
je donnois des ſoufflets à
Ronſard. Vous ne m'avez
pourtant jamais vû , je ne
vousconnois pas,& à peine
ſçavez-vous de quoy je fuis
capable. Vous ai je offenlé
? ai-je mal parlé de vous ?
Kij
MERCURE
Non : mais j'ai mis le tombeau
de Boileau dans un de
mes Journaux ,& de làvous
concluez & publiez que le
Mercure eſt deteſtable, que
vous ne le voulez plus lire ,
& qu'il n'y a point d'eſprit
bien fait qui ne soit obligé
en confcience de le trouver
tout de travers , comme
vous. Jevous fuis obligé de
vos fuffrages : mais fi par
malheur vousjettez les yeux
fur celui-ci , & fi vous y li .
ſez la lettre que j'ai l'honneur
de vous écrire, vous
allez ſans doute diredemoy
!
GALANT.
17
biendesbelles choſes. Mes
tranſitions vontvous paroî
tre tirées aux cheveux , mes
événemens dérangez , mon
ſtile épuisé , & mes comparaiſons
ridicules. Mais je
reprendrai , s'il vous plaît ,
avec vous un des textes de
la Preface de mon premier
livre , & en réponſe je vous
dirai de bonne foy , que je
n'ai jamais fongé à vous
contenter , ſi vous êtes du
nombre de ces gens qui ne
ſe contentent jamais.. J'examinerois
peut être davantage
avec vous le fon118
MERCURE
dement de vos murmures ,
fi je n'avois pas des comptes
plus preſſez à rendre aupublic.
querelle,Monfieur**?
Vous paſſez pour avoir une
étude polic par un grand
uſage du beau monde , où
la fortunevous a fait naître,
&où vôtremerite vous dif
tingue. Cependant vous
vous déchaînez contremoi,
comme ſi àchaque inftant
je donnois des ſoufflets à
Ronſard. Vous ne m'avez
pourtant jamais vû , je ne
vousconnois pas,& à peine
ſçavez-vous de quoy je fuis
capable. Vous ai je offenlé
? ai-je mal parlé de vous ?
Kij
MERCURE
Non : mais j'ai mis le tombeau
de Boileau dans un de
mes Journaux ,& de làvous
concluez & publiez que le
Mercure eſt deteſtable, que
vous ne le voulez plus lire ,
& qu'il n'y a point d'eſprit
bien fait qui ne soit obligé
en confcience de le trouver
tout de travers , comme
vous. Jevous fuis obligé de
vos fuffrages : mais fi par
malheur vousjettez les yeux
fur celui-ci , & fi vous y li .
ſez la lettre que j'ai l'honneur
de vous écrire, vous
allez ſans doute diredemoy
!
GALANT.
17
biendesbelles choſes. Mes
tranſitions vontvous paroî
tre tirées aux cheveux , mes
événemens dérangez , mon
ſtile épuisé , & mes comparaiſons
ridicules. Mais je
reprendrai , s'il vous plaît ,
avec vous un des textes de
la Preface de mon premier
livre , & en réponſe je vous
dirai de bonne foy , que je
n'ai jamais fongé à vous
contenter , ſi vous êtes du
nombre de ces gens qui ne
ſe contentent jamais.. J'examinerois
peut être davantage
avec vous le fon118
MERCURE
dement de vos murmures ,
fi je n'avois pas des comptes
plus preſſez à rendre aupublic.
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Résumé : Répresailles. [titre d'après la table]
Dans un dialogue, Galant accuse Mercure de lui chercher querelle sans motif. Mercure révèle que cette dispute découle de la publication d'un tombeau de Boileau dans le journal de Galant, qui a qualifié le Mercure de détestable et dénué de bon goût. Galant anticipe les critiques de Mercure sur son style et son contenu, affirmant ne pas avoir cherché à le satisfaire. Mercure, quant à lui, doit répondre aux attentes du public et n'a pas le temps de s'attarder sur les plaintes de Galant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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76
p. 140-159
Histoire. [titre d'après la table]
Début :
Je suis, Monsieur, un vrai Diego Lucifuge. Consolez-vous [...]
Mots clefs :
Dame, Carosse, Aventures, Inconnus, Nuit, Journal, Mercure, Manuscrit, Impression
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire. [titre d'après la table]
Jesuis, Monfieur, un vrai
Diego Lucifuge. Conſolezvous
, Meſdames , voila à
peu prés vôtre affaire. Continuons.
Far naturellement un penchant
extraordinaire pour les
avantures nocturnes. Juſqu'ici
cethomme- là ne reſſemble
pas malàunvoleur de nuit.
Mon nom &mafamille n'ont
rien à démêler avec le recit que
je vais vous faire. Et que
GALANT.
141
m'importe ? De grace,Monſieur
Lucifuge , laiſſez là
vos digreſſions , & achevez
vôtre hiſtoire.
Rien n'eſt plus extraordinaire
que la varieté pref.
que infinie d'évenemens ,
que le forta , pour ainſi
dire , fait naître ſous mes
pas. Je vous en donnerai le
détail quand il vous plaira.
Contentez - vous en attendant,
pour aujourd'hui , de
la derniere de mes avantures.
Il y a environ fix mois
que retournant par le ba142
MERCURE
teau de Melun à Paris , je
me trouvai par hazard auprésdedeux
hommes, dont
l'un dit à l'autre : Toute la
proviſion que nous avions
faite eft , grace à Dieu ,
consommée. Nous voila
bien guedez ; dormons ,
mon ami , auſſi bien je croy
que cette nuit nous nefongerons
guere à nous repofer
. En effet ils s'endormirent
de leur côté , & moy
du mien. Vers les ſept heures
du ſoir ils ſe reparlerent,
&j'entendis enfin qu'-
ils fe diſoient tout bas :Mais
GALANT. 143
ſi le Portier de l'Hôtel de*...
s'eſt enyvré aujourd'hui
comme à ſon ordinaire ,
nous ne tenons rien. A te
dire vrai , reprit l'un d'eux,
je n'en ſerois pas faché , &
il faut que tu fois bien fou
pour expoſer une fi belle
femme à de ſi grands rifques.
Je ſuis inconftant &
fidele felon l'occaſion :mais
amoureux à la rage , quand
je memêle d'aimer. J'aime ,
&malgré les excés dont je
ſuis capable, je ne voudrois
pas , comme toy , mettre
l'objet qui me feroit le plus
144 MERCURE
cher à une ſi terrible épreu
ve. Bon , répondit l'autre ,
tu te moques , ton imagination
timide s'effraye d'une
bagatelle ; & de deux
choſes l'une , ou tu comprends
mal la facilité que
je trouve à executer ce que
j'entreprends , ou tu veux
retirer la parole que tu m'as
donnée de me ſervir de ſecond
juſqu'à la fin de cette
avanture. Mais écoute. A
minuit juſte elle ſortira de
fa chambre fans faire de
bruit ; elle montera au gre
nier ,
GALANT. 145
nier , elle ſe fera une ceinture
de la corde qui ſert à
monter le foin. Le portier ,
qui enrage de ne pas avoir
la clefde ſa maiſon la nuit,
& qui m'a promis de me
rendretous les ſervices imaginables,
ladeſcendra doucement
, avec l'aide de la
poulie qui eſt au deſſus de
la fenêtre du grenier ; je la
recevrai dans mes bras , &
je la mettrai dans un lieu ſi
fecret , & fi propre à ſa ſu
reté , que tout m'y répondra
d'elle. Mais ſonges tu ,
reprit l'ami ſage , aux ſuites
Octob. 1714. N
146 MERCURE
d'une affaire fi dangereuſe
Quels diſcours ne va-t-on
pas tenir ? Quels bruits ne
va-t- on pas répandre contre
cette malheureuſe femme?
N'at- elle pas un mari ,
des parens àredouter?Voila
juſtement , dit l'autre en
colere , les bourreaux des
mains de qui je veux l'arracher.
Enun mot veux tu
me ſeconder , ou non ? Je
veux tout ce que tu voudras
, reprit le donneur d'a .
vis : mais j'ai mauvaile opinion
de tout ceci , & je lerai
bien furpris ſi le ſuccés
*
GALANT. 147
répond à mon attente.
Je connoiſſois indifferemment&
la maiſon & la Dame
dont ces Meſſieurs venoient
de parler ; j'étois
pourtant alors mediocrement
touché de ſa beauté:
mais au diſcours de ces
:
1
inconnus , la bonne grace
avec laquelle il me parut
qu'elledonnoitdans l'avanture
, m'en rendit ſur le
champ éperdûment amoureux.
Je conçus enfin le
deſſeinde leur enlever leur
proye , & toutes mes reflexions
faites , voici com
Nij
148 MERCURE
me je m'y pris.
Je devois en arrivant à
Paris ſouper avec deux Piemontois
, qui le lendemain
matin étoient obligez de
s'embarquer dans la diligence
de Lyon pour retourner
dans leur pays. Dés
que je fus prés des Jeſuites
de la rue ſaint Antoine, j'entrai
chez un loüeur de caroffes
de remiſe , oùj'en pris
un , qui me mena chez un
Traiteur qui demeure au
prés de l'Abbaye ſaint Germain.
C'étoit là où mes
deux étrangers m'avoient
GALANT. 149
donné rendez - vous. Les
affaires qu'ils avoient à me
communiquer les avoient
diſpenſez d'inviter d'autre
tiers , ni de quarts à fouper
avec eux Je leur abandonnai
plufieurs articles confiderables
des choſes dont il
étoit queſtion entre nous ,
en faveur de la partie que
jemeditois , &dont je voulois
qu'ils fuſſent avecmoy.
D'ailleurs j'étois für d'eux ,
& quoique je ne fois point
timide , je doutois moins
de leur courage que de
ma refolution. Cepen
Niij
150 MERCURE
je
dant , ſans leur faire part
du deſſein que j'avois fur la
Dame dont il s'agiffoit ,
-1-leur dis que je comprois
qu'ils m'alloient rendre
dans une heure un ſervice
d'où dépendoit tout le repos
de ma vie ; qu'il y avoit
à deux cens pas de la mai
fon où nous foupions une
ruë que je leur nommai , &
qu'au coin de cette ruë
deux hommesdevoient defcendre
de caroffe pour ſe
mettre en embuſcade dans
le voiſinage ; qu'il n'étoit
en un mot queſtion que
1 .
GALANT. 151
d'arriver dans ce quartierlà
avant eux , de les enveloper
, & de les ſaifir commedes
malfaicteurs au nom
de la justice & du Roy,dans
le moment qu'ils deſcendroient
de caroffe ; que
rien enfin n'étoit plus facile
que cette propoſition,pourveu
qu'elle fût executée
1 avec toute la diligence poffible;
qu'il faloit ſeulement
faire provifion de cordes
pour les lier aprés les avoir
defarmez , les promener ,
& les laiſſer dans un quartier
perdu; que pendant le
Nilij
152 MERCURE
temps qu'ils les retiendroient
, juſqu'à ce qu'ils
les miſſent en liberté ,j'aurois
le loiſir de faire à mon
aiſe une autre affaire , dont
le ſecret étoit pour moy
d'une conſequence infinie.
Nous ſcavons trop , me
dirent - ils tous deux , juf
qu'où s'étendent les droits
de l'amitié , pour vouloir
vous l'arracher , & nous
ſommes prêts à faire aveu
glément tout ce qu'il vous
plaira exiger de nous. Partons
, leur dis-je, mes amis ,
nous n'avons pas de temps
GALANT. 153
àperdre,& contentez-vous
ſeulement d'apprendre que
lesamans ne ſont point chiches
des momens qu'ils
conſacrent à l'amour.
Il étoit environ onze
heures & demie lorſque
nous arrivâmes au gîte. Un
inſtant aprés nous enten.
dîmes un caroſſe qui venoit
au pas des chevaux ; c'étoit
juſtement celui que nous
attendions. Dés qu'il fut
arrêté , & que les deux inconnus
en furent defcendus
, nous nous jettâmes fur
eux à la faveur de la nuit,
154 MERCURE
nous les deſarmâmes ſans
bruit , nous les fimes remonter
dans le même caroffe
; & un coquin de laquais
de l'un de mes Piemontois
, qui avoit une
grande épée , ſe plaçaà côté
du cocher , à qui il dit de
foüetter droit à la Baſtille .
Cependant j'attendis tranquilement
qu'on fit joüer
la poulie , qui joüa enfin à
minuit ſonné. Je reçus la
Dame dans mes bras , je la
partai dans mon caroſſe , où
mon valet m'attendoit , &
je me fis mener auprés de
GALANT . 155
la Place des Victoires , où
je demeure , aprés avoir eu
neanmoins la précaution de
faire arrêter mon cocher à
quelques pas de ma maifon.
Un inſtant aprés que la
Dame fut entrée dans le
caroffe, elle reconnut bien
que je n'étois point l'homme
à qui elle avoit donné
le rendez- vous : mais commeil
ne lui importoit guere
entre les mains de qui elle
combat , & qu'elle auroit
mieux aimé aller en enfer
que retourner avec ſon ma-
:
156 MERCURE
ri , elle ne me parut que
mediocrement alarmée de
la mépriſe.
Cependant dés que nous
fûnies chez moy , & qu'elle
y eut un peu repris ſes efprits
, je lui contai tout ce
qui m'étoit arrivé avec mes
avanturiers du bateau.Mon
recit la fit rire , & elle m'avoüa
un moment aprés ,
qu'elle n'étoit point fachée
du ſuccés qu'avoit cu leur
indifcretion ; qu'au con
traire elle s'imaginoit être
beaucoup plus en fûreté
chez moy , de qui perſonne
GALANT. 157
一
de fa famille n'avoit lieu de
ſe méfier ; au lieu que les
premiers foupçons de ceux
qui s'intereſſoient en elle
ne manqueroient pas de
tomber ſur l'un de ces deux
inconnus,que mes Piemontoisvenoientde
laiſſer àdemi
morts & à pied entre la
Place Royale & la Baſtille.
Elle me conta enſuite l'hiſ
toire de ſa deſunion avec
ſon mari, ſes emportemens,
ſes brutalitez , ſes jaloufies ;
elle ſoûpira , pleura , gemit,
& m'attendrit tout mon
faoul. Je lui fis à mon tour
158 MERCURE
les plus belles proteſtations
dumonde , je lui promis de
la ſervir , & de l'aimer juſqu'au
tombeau. Enfin elle
ſe deshabilla , ſe coucha &
dormit. J'eus l'honneur de
la délaſſer. Elle reſta huit
jours chez moy , au bout
deſquels elle commença à
s'ennuyer : elle me dit qu'-
elle étoit rebutée de la vie
qu'elle menoit , & qu'elle
vouloit ſe retirer dans une
Communauté à quelques
lieuës d'ici , où elle eſt
maintenant en paix , en
lieſſe & en ſanté , que je
GALANT. 159
prie Dieu de lui conſerver
long-temps.
Si quelques douzaines
d'avantures , àpeuprés auſſi
originales que celle ci,font
de vôtre goût, aſſurez m'en
dans votre premier Journal
, & vous verrez dans la
ſuite comme vous ferez
fervi.
Oui , Monfieur Diego Lucifuge
, j'ai lu avec plaifir vôtre
manuscrit , &je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreſſion.
MERCURE.
Diego Lucifuge. Conſolezvous
, Meſdames , voila à
peu prés vôtre affaire. Continuons.
Far naturellement un penchant
extraordinaire pour les
avantures nocturnes. Juſqu'ici
cethomme- là ne reſſemble
pas malàunvoleur de nuit.
Mon nom &mafamille n'ont
rien à démêler avec le recit que
je vais vous faire. Et que
GALANT.
141
m'importe ? De grace,Monſieur
Lucifuge , laiſſez là
vos digreſſions , & achevez
vôtre hiſtoire.
Rien n'eſt plus extraordinaire
que la varieté pref.
que infinie d'évenemens ,
que le forta , pour ainſi
dire , fait naître ſous mes
pas. Je vous en donnerai le
détail quand il vous plaira.
Contentez - vous en attendant,
pour aujourd'hui , de
la derniere de mes avantures.
Il y a environ fix mois
que retournant par le ba142
MERCURE
teau de Melun à Paris , je
me trouvai par hazard auprésdedeux
hommes, dont
l'un dit à l'autre : Toute la
proviſion que nous avions
faite eft , grace à Dieu ,
consommée. Nous voila
bien guedez ; dormons ,
mon ami , auſſi bien je croy
que cette nuit nous nefongerons
guere à nous repofer
. En effet ils s'endormirent
de leur côté , & moy
du mien. Vers les ſept heures
du ſoir ils ſe reparlerent,
&j'entendis enfin qu'-
ils fe diſoient tout bas :Mais
GALANT. 143
ſi le Portier de l'Hôtel de*...
s'eſt enyvré aujourd'hui
comme à ſon ordinaire ,
nous ne tenons rien. A te
dire vrai , reprit l'un d'eux,
je n'en ſerois pas faché , &
il faut que tu fois bien fou
pour expoſer une fi belle
femme à de ſi grands rifques.
Je ſuis inconftant &
fidele felon l'occaſion :mais
amoureux à la rage , quand
je memêle d'aimer. J'aime ,
&malgré les excés dont je
ſuis capable, je ne voudrois
pas , comme toy , mettre
l'objet qui me feroit le plus
144 MERCURE
cher à une ſi terrible épreu
ve. Bon , répondit l'autre ,
tu te moques , ton imagination
timide s'effraye d'une
bagatelle ; & de deux
choſes l'une , ou tu comprends
mal la facilité que
je trouve à executer ce que
j'entreprends , ou tu veux
retirer la parole que tu m'as
donnée de me ſervir de ſecond
juſqu'à la fin de cette
avanture. Mais écoute. A
minuit juſte elle ſortira de
fa chambre fans faire de
bruit ; elle montera au gre
nier ,
GALANT. 145
nier , elle ſe fera une ceinture
de la corde qui ſert à
monter le foin. Le portier ,
qui enrage de ne pas avoir
la clefde ſa maiſon la nuit,
& qui m'a promis de me
rendretous les ſervices imaginables,
ladeſcendra doucement
, avec l'aide de la
poulie qui eſt au deſſus de
la fenêtre du grenier ; je la
recevrai dans mes bras , &
je la mettrai dans un lieu ſi
fecret , & fi propre à ſa ſu
reté , que tout m'y répondra
d'elle. Mais ſonges tu ,
reprit l'ami ſage , aux ſuites
Octob. 1714. N
146 MERCURE
d'une affaire fi dangereuſe
Quels diſcours ne va-t-on
pas tenir ? Quels bruits ne
va-t- on pas répandre contre
cette malheureuſe femme?
N'at- elle pas un mari ,
des parens àredouter?Voila
juſtement , dit l'autre en
colere , les bourreaux des
mains de qui je veux l'arracher.
Enun mot veux tu
me ſeconder , ou non ? Je
veux tout ce que tu voudras
, reprit le donneur d'a .
vis : mais j'ai mauvaile opinion
de tout ceci , & je lerai
bien furpris ſi le ſuccés
*
GALANT. 147
répond à mon attente.
Je connoiſſois indifferemment&
la maiſon & la Dame
dont ces Meſſieurs venoient
de parler ; j'étois
pourtant alors mediocrement
touché de ſa beauté:
mais au diſcours de ces
:
1
inconnus , la bonne grace
avec laquelle il me parut
qu'elledonnoitdans l'avanture
, m'en rendit ſur le
champ éperdûment amoureux.
Je conçus enfin le
deſſeinde leur enlever leur
proye , & toutes mes reflexions
faites , voici com
Nij
148 MERCURE
me je m'y pris.
Je devois en arrivant à
Paris ſouper avec deux Piemontois
, qui le lendemain
matin étoient obligez de
s'embarquer dans la diligence
de Lyon pour retourner
dans leur pays. Dés
que je fus prés des Jeſuites
de la rue ſaint Antoine, j'entrai
chez un loüeur de caroffes
de remiſe , oùj'en pris
un , qui me mena chez un
Traiteur qui demeure au
prés de l'Abbaye ſaint Germain.
C'étoit là où mes
deux étrangers m'avoient
GALANT. 149
donné rendez - vous. Les
affaires qu'ils avoient à me
communiquer les avoient
diſpenſez d'inviter d'autre
tiers , ni de quarts à fouper
avec eux Je leur abandonnai
plufieurs articles confiderables
des choſes dont il
étoit queſtion entre nous ,
en faveur de la partie que
jemeditois , &dont je voulois
qu'ils fuſſent avecmoy.
D'ailleurs j'étois für d'eux ,
& quoique je ne fois point
timide , je doutois moins
de leur courage que de
ma refolution. Cepen
Niij
150 MERCURE
je
dant , ſans leur faire part
du deſſein que j'avois fur la
Dame dont il s'agiffoit ,
-1-leur dis que je comprois
qu'ils m'alloient rendre
dans une heure un ſervice
d'où dépendoit tout le repos
de ma vie ; qu'il y avoit
à deux cens pas de la mai
fon où nous foupions une
ruë que je leur nommai , &
qu'au coin de cette ruë
deux hommesdevoient defcendre
de caroffe pour ſe
mettre en embuſcade dans
le voiſinage ; qu'il n'étoit
en un mot queſtion que
1 .
GALANT. 151
d'arriver dans ce quartierlà
avant eux , de les enveloper
, & de les ſaifir commedes
malfaicteurs au nom
de la justice & du Roy,dans
le moment qu'ils deſcendroient
de caroffe ; que
rien enfin n'étoit plus facile
que cette propoſition,pourveu
qu'elle fût executée
1 avec toute la diligence poffible;
qu'il faloit ſeulement
faire provifion de cordes
pour les lier aprés les avoir
defarmez , les promener ,
& les laiſſer dans un quartier
perdu; que pendant le
Nilij
152 MERCURE
temps qu'ils les retiendroient
, juſqu'à ce qu'ils
les miſſent en liberté ,j'aurois
le loiſir de faire à mon
aiſe une autre affaire , dont
le ſecret étoit pour moy
d'une conſequence infinie.
Nous ſcavons trop , me
dirent - ils tous deux , juf
qu'où s'étendent les droits
de l'amitié , pour vouloir
vous l'arracher , & nous
ſommes prêts à faire aveu
glément tout ce qu'il vous
plaira exiger de nous. Partons
, leur dis-je, mes amis ,
nous n'avons pas de temps
GALANT. 153
àperdre,& contentez-vous
ſeulement d'apprendre que
lesamans ne ſont point chiches
des momens qu'ils
conſacrent à l'amour.
Il étoit environ onze
heures & demie lorſque
nous arrivâmes au gîte. Un
inſtant aprés nous enten.
dîmes un caroſſe qui venoit
au pas des chevaux ; c'étoit
juſtement celui que nous
attendions. Dés qu'il fut
arrêté , & que les deux inconnus
en furent defcendus
, nous nous jettâmes fur
eux à la faveur de la nuit,
154 MERCURE
nous les deſarmâmes ſans
bruit , nous les fimes remonter
dans le même caroffe
; & un coquin de laquais
de l'un de mes Piemontois
, qui avoit une
grande épée , ſe plaçaà côté
du cocher , à qui il dit de
foüetter droit à la Baſtille .
Cependant j'attendis tranquilement
qu'on fit joüer
la poulie , qui joüa enfin à
minuit ſonné. Je reçus la
Dame dans mes bras , je la
partai dans mon caroſſe , où
mon valet m'attendoit , &
je me fis mener auprés de
GALANT . 155
la Place des Victoires , où
je demeure , aprés avoir eu
neanmoins la précaution de
faire arrêter mon cocher à
quelques pas de ma maifon.
Un inſtant aprés que la
Dame fut entrée dans le
caroffe, elle reconnut bien
que je n'étois point l'homme
à qui elle avoit donné
le rendez- vous : mais commeil
ne lui importoit guere
entre les mains de qui elle
combat , & qu'elle auroit
mieux aimé aller en enfer
que retourner avec ſon ma-
:
156 MERCURE
ri , elle ne me parut que
mediocrement alarmée de
la mépriſe.
Cependant dés que nous
fûnies chez moy , & qu'elle
y eut un peu repris ſes efprits
, je lui contai tout ce
qui m'étoit arrivé avec mes
avanturiers du bateau.Mon
recit la fit rire , & elle m'avoüa
un moment aprés ,
qu'elle n'étoit point fachée
du ſuccés qu'avoit cu leur
indifcretion ; qu'au con
traire elle s'imaginoit être
beaucoup plus en fûreté
chez moy , de qui perſonne
GALANT. 157
一
de fa famille n'avoit lieu de
ſe méfier ; au lieu que les
premiers foupçons de ceux
qui s'intereſſoient en elle
ne manqueroient pas de
tomber ſur l'un de ces deux
inconnus,que mes Piemontoisvenoientde
laiſſer àdemi
morts & à pied entre la
Place Royale & la Baſtille.
Elle me conta enſuite l'hiſ
toire de ſa deſunion avec
ſon mari, ſes emportemens,
ſes brutalitez , ſes jaloufies ;
elle ſoûpira , pleura , gemit,
& m'attendrit tout mon
faoul. Je lui fis à mon tour
158 MERCURE
les plus belles proteſtations
dumonde , je lui promis de
la ſervir , & de l'aimer juſqu'au
tombeau. Enfin elle
ſe deshabilla , ſe coucha &
dormit. J'eus l'honneur de
la délaſſer. Elle reſta huit
jours chez moy , au bout
deſquels elle commença à
s'ennuyer : elle me dit qu'-
elle étoit rebutée de la vie
qu'elle menoit , & qu'elle
vouloit ſe retirer dans une
Communauté à quelques
lieuës d'ici , où elle eſt
maintenant en paix , en
lieſſe & en ſanté , que je
GALANT. 159
prie Dieu de lui conſerver
long-temps.
Si quelques douzaines
d'avantures , àpeuprés auſſi
originales que celle ci,font
de vôtre goût, aſſurez m'en
dans votre premier Journal
, & vous verrez dans la
ſuite comme vous ferez
fervi.
Oui , Monfieur Diego Lucifuge
, j'ai lu avec plaifir vôtre
manuscrit , &je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreſſion.
MERCURE.
Fermer
Résumé : Histoire. [titre d'après la table]
Diego Lucifuge relate une aventure nocturne survenue lors d'un trajet en bateau de Melun à Paris. Il surprend deux hommes discutant d'un enlèvement. Intrigué, Lucifuge décide d'agir et organise une embuscade à Paris avec deux Piemontois pour capturer les ravisseurs. À Paris, ils interceptent une dame en attente d'un rendez-vous nocturne et neutralisent deux inconnus, qu'ils livrent à la Bastille. Lucifuge ramène ensuite la dame chez lui. Bien que surprise, elle choisit de rester avec lui plutôt que de retourner auprès de son mari violent et jaloux. Elle révèle alors son histoire de désunion conjugale marquée par des brutalités et des soupçons incessants. Lucifuge la réconforte et lui propose son aide. La dame séjourne huit jours chez lui avant de se retirer dans une communauté religieuse pour y trouver la paix. Lucifuge exprime son désir de voir cette communauté prospérer. Le récit se termine par la mention de la lecture et de l'approbation d'un manuscrit par Diego Lucifuge.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
77
p. 250-258
Quart de critique. [titre d'après la table]
Début :
Tous les évenemens dont le Journal de ce mois est rempli [...]
Mots clefs :
Comédie, Historien, Poète, Critique, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Quart de critique. [titre d'après la table]
Tous les évenemens dont
GALANT. 251
De Journal de ce mois eſt remli
, ne preſentent heureuſement
aux Lecteurs que des
Tableaux agreables , & j'eſpee
les mener juſqu'à la fin du
Mercure de ſpectacles en ſpectacles
: celuy dont je vais parder
maintenant , eftd'un genre
fortdifferent des autres .
Je me garderay bien d'entreprendre
icy une Critique
que tout lemonde a negligée.
Je parleray ſeulement en Hiftorien
, du fort de la Comedie
des Captifs que M. R.
vient de donner au Theatre.
Cette Piece fut repreſentée
252 MERCURE
1
pour lapremiere fois un Vendredy
, vingt - huitiéme du
mois paffé , la Salle de la Comedie
auffi pleine de ſpectateurs
qu'elle pouvoit l'eſtre;
les luftres furent enfin levez ,
& le Prologue commença.
M. de la Thorilliere , qui
ale talent d'embellir tous les
rôles qu'il jouë , de tout ce
qu'un bon Acteur peut leur
donner de grace & d'ornement
, parut d'abord ſous le
nom de Mercure dans les
Champs Elifées , & ayant à fa
ceinture une douzaine de Placets
, que quelques ombres
GALANT. 253
plaintives luy avoient preſentez
. Celuy de Promethée ,
entre autres donne occafion à
une ſaillie du Poëte; il ſe plaint
que Pluton ait changé ſon
fupplice ,& qu'il ait ſubſtitué
un jeune Procureur , pour luy
ronger le coeur , à la place du
Vautour qui eſtoit deſtiné à
cecruel employ.
Pendant que Mercure fait
la reveuë des ces placets ,Plaute
arrive , la converſation de
ce Poëte avec Mercure eſt fort
animée , & plaiſt beaucoup.
Plaute ſe plaint de la licence
avec laquelle les Modernes
254 MERCURE
pillent dans les ouvrages des
Anciens ; Mercure luy repro
che les larcins qu'il a faits luy
même , & luy demande s'il
deſapprouve que Moliere ait
tiré de luy le ſujet de ſonAm
phitrion. Le Poëte répond à
ces objections des choſes fort
ſenſées. Mercure luy apprend
enfin que ſa Comedie des Ca.
ptifs qui fit autrefois tant de
bruit à Rome , a fourni à un
Poëte moderne , l'idée de la
Piece qu'on va joüer. Les exclamations
de Plaute ſont icy
comiques & pleines d'eſprit.
Il dit qu'il a ſeul enfanté ce ſu
GALANT. 255
jet ; qu'il en eſt le premier
pere , & qu'il eſt en un mot
fort inquiet du fort de ſesCaptifs.
Mercure luy répond à
cela , ce Vers qui finit le
Prologue.
Lesecond est encor plus inquiet
quevous.
J'avois formé le deſſein de
ſuivre l'Hiſtoire de cette Comedie
; mais j'en confidere
trop l'Auteur , pour ne pas
croire de bonne foy que j'ay
pû me tromper dans l'idée
que j'en ay conceuë . J'en diray
ſeulement en paffant ce
que j'en ay entendu dire.
2
256 MERCURE
On prétend que M. R. a
eu le malheur de ne pas pren
dre , comme il le pouvoit ; ce
qu'il y a de meilleur dans les
Captifs de Plaute ,& on foutient
que fon Ariftophon eft
un Auteur qui tombe des
nuës , & qu'il n'a aucun rapport
avec le Clitophon de
Plaute qui eſt un des plus intereffants
perſonnages de ſa
Comedie. Pour l'intrigue, on
ajoûte qu'elle eſt tirée de
'Heureux Esclave, ou duPrince
Esclave , & qu'elle en eft
mal tirée. Ce qu'il y a de vrai,
c'eſt que ſes Chanfons , dont
la
GALANT 257
1
la Muſique eſt de M. Quinaut
, font fort goutées , &
que les divertiſſements de cette
Comedie ſont extraordinaires
, beaux , & bien caracteriſez
.
: On a beaucoup crié contre
les Feſtes de Thalie , il y a cependant
plus de deux mois
qu'on jouë ce Ballet ſur le
Theâtre de l'Opera. Je m'étendrois
davantage ſur les Pieces
nouvelles , fi je ne craignois
pas de ſoulever contre
moy le Public & les Auteurs.
Il faut pourtant que j'en parle
, puiſque c'eſt un des Arti-
Octobre 1714 . Y
1
258 MERCURE
د
cles qui font le plus de bruit
dans le monde. Mais files Au.
teurs veulent m'en croire
qu'il me donnent , par écrit ,
ce qu'il leur plaira que je diſe
de leurs Ouvrages. S'ils font
équitables , ils confulteront
les fuffrages du Public , pour
ſe rendre juſtice ; s'ils ne le
ſont pas , je ne feray pas un
ridicule uſage des Memoires
qu'ils m'enverront.
GALANT. 251
De Journal de ce mois eſt remli
, ne preſentent heureuſement
aux Lecteurs que des
Tableaux agreables , & j'eſpee
les mener juſqu'à la fin du
Mercure de ſpectacles en ſpectacles
: celuy dont je vais parder
maintenant , eftd'un genre
fortdifferent des autres .
Je me garderay bien d'entreprendre
icy une Critique
que tout lemonde a negligée.
Je parleray ſeulement en Hiftorien
, du fort de la Comedie
des Captifs que M. R.
vient de donner au Theatre.
Cette Piece fut repreſentée
252 MERCURE
1
pour lapremiere fois un Vendredy
, vingt - huitiéme du
mois paffé , la Salle de la Comedie
auffi pleine de ſpectateurs
qu'elle pouvoit l'eſtre;
les luftres furent enfin levez ,
& le Prologue commença.
M. de la Thorilliere , qui
ale talent d'embellir tous les
rôles qu'il jouë , de tout ce
qu'un bon Acteur peut leur
donner de grace & d'ornement
, parut d'abord ſous le
nom de Mercure dans les
Champs Elifées , & ayant à fa
ceinture une douzaine de Placets
, que quelques ombres
GALANT. 253
plaintives luy avoient preſentez
. Celuy de Promethée ,
entre autres donne occafion à
une ſaillie du Poëte; il ſe plaint
que Pluton ait changé ſon
fupplice ,& qu'il ait ſubſtitué
un jeune Procureur , pour luy
ronger le coeur , à la place du
Vautour qui eſtoit deſtiné à
cecruel employ.
Pendant que Mercure fait
la reveuë des ces placets ,Plaute
arrive , la converſation de
ce Poëte avec Mercure eſt fort
animée , & plaiſt beaucoup.
Plaute ſe plaint de la licence
avec laquelle les Modernes
254 MERCURE
pillent dans les ouvrages des
Anciens ; Mercure luy repro
che les larcins qu'il a faits luy
même , & luy demande s'il
deſapprouve que Moliere ait
tiré de luy le ſujet de ſonAm
phitrion. Le Poëte répond à
ces objections des choſes fort
ſenſées. Mercure luy apprend
enfin que ſa Comedie des Ca.
ptifs qui fit autrefois tant de
bruit à Rome , a fourni à un
Poëte moderne , l'idée de la
Piece qu'on va joüer. Les exclamations
de Plaute ſont icy
comiques & pleines d'eſprit.
Il dit qu'il a ſeul enfanté ce ſu
GALANT. 255
jet ; qu'il en eſt le premier
pere , & qu'il eſt en un mot
fort inquiet du fort de ſesCaptifs.
Mercure luy répond à
cela , ce Vers qui finit le
Prologue.
Lesecond est encor plus inquiet
quevous.
J'avois formé le deſſein de
ſuivre l'Hiſtoire de cette Comedie
; mais j'en confidere
trop l'Auteur , pour ne pas
croire de bonne foy que j'ay
pû me tromper dans l'idée
que j'en ay conceuë . J'en diray
ſeulement en paffant ce
que j'en ay entendu dire.
2
256 MERCURE
On prétend que M. R. a
eu le malheur de ne pas pren
dre , comme il le pouvoit ; ce
qu'il y a de meilleur dans les
Captifs de Plaute ,& on foutient
que fon Ariftophon eft
un Auteur qui tombe des
nuës , & qu'il n'a aucun rapport
avec le Clitophon de
Plaute qui eſt un des plus intereffants
perſonnages de ſa
Comedie. Pour l'intrigue, on
ajoûte qu'elle eſt tirée de
'Heureux Esclave, ou duPrince
Esclave , & qu'elle en eft
mal tirée. Ce qu'il y a de vrai,
c'eſt que ſes Chanfons , dont
la
GALANT 257
1
la Muſique eſt de M. Quinaut
, font fort goutées , &
que les divertiſſements de cette
Comedie ſont extraordinaires
, beaux , & bien caracteriſez
.
: On a beaucoup crié contre
les Feſtes de Thalie , il y a cependant
plus de deux mois
qu'on jouë ce Ballet ſur le
Theâtre de l'Opera. Je m'étendrois
davantage ſur les Pieces
nouvelles , fi je ne craignois
pas de ſoulever contre
moy le Public & les Auteurs.
Il faut pourtant que j'en parle
, puiſque c'eſt un des Arti-
Octobre 1714 . Y
1
258 MERCURE
د
cles qui font le plus de bruit
dans le monde. Mais files Au.
teurs veulent m'en croire
qu'il me donnent , par écrit ,
ce qu'il leur plaira que je diſe
de leurs Ouvrages. S'ils font
équitables , ils confulteront
les fuffrages du Public , pour
ſe rendre juſtice ; s'ils ne le
ſont pas , je ne feray pas un
ridicule uſage des Memoires
qu'ils m'enverront.
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Résumé : Quart de critique. [titre d'après la table]
Le texte relate la première représentation de la comédie 'Les Captifs' de M. R., qui a eu lieu le vendredi 28 du mois précédent dans une salle comble. Le prologue, joué par M. de la Thorilliere dans le rôle de Mercure, montre Mercure recevant des suppliques d'âmes en peine, dont celle de Prométhée. Plaute apparaît ensuite et discute avec Mercure, critiquant la manière dont les modernes s'inspirent des œuvres anciennes. Mercure révèle que 'Les Captifs' de Plaute a servi d'inspiration à la pièce moderne. Le critique apprécie les chants et les divertissements, composés par M. Quinaut, mais émet des réserves sur l'adaptation de l'intrigue et des personnages. Pour éviter de froisser le public et les auteurs, il préfère laisser le jugement final aux spectateurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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78
p. 263-267
A bon entendeur demi mot. [titre d'après la table]
Début :
A buen entendor, pocas palabras. A bon entendeur, demi mot. [...]
Mots clefs :
Mercure galant, Mercure, Sifflet, Auteurs, Modernes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A bon entendeur demi mot. [titre d'après la table]
A buen entendor, pocas palabras.
Abon entendeur , demi mot.
Que diroit- on d'un hom264
MERCURE
1
!
me qui riſqueroit quelque
choſe avec reflexion , au hazard
de ſe faire fifler : on
diroit de luy , qu'il ne craint
pas les fiflets ; il y a fi longtemps
que le Mercure Galant
eſt en poffeffion de les meriter,
&de les entendre , qu'on auroit
aujourd'huy pitié de ſa
honte & de fa foibleſſe , ſi on
le voyoit s'étourdır de leur
bruit. Il luy eſt donc permis
de raiſonner ſur tout , à tort
& à travers. Pourquoy non ?
il y a tant d'autres Auteurs
plus graves qui ont la même
licence : D'ailleurs il n'y a rien
d'extraordinaire
GALANT. 265
d'extraordinaire parmi nous ,
& les propoſitions même les
plus ridicules trouvent des
hommes qui s'entêtent de
leurs extravagances. Si je voulois
faire là deſſus l'étalage de
ma memoire , ſans parler des
herefies , ny des ſchiſmesgroffiers
qui ont ſeduit la moitié
du monde , j'en citerois tant
d'exemples , tirez même des
ouvrages de nos plus illuſtres
Modernes , qu'il n'y a que
l'autorité que leur nom , ou
leur merite leur donne qui foit
capable de nous faire avoüer
que ce que , du premier coup
Octobre 1714 . Z
266 MERCURE
d'oeil,nous trouvons de deffectueux
en eux (& qui l'eſt en effet)
n'eſt ſouvent qu'undeffaut
de noſtre propre imagination ;
cela revient toûjours au même
& noſtre eſprit ne ſe dédic
en leur faveur qu'aprés que
les préjugez ont arraché de
luy des fuffrages que la verité
n'oſoit accorder. Je meurs
d'envie de m'expliquer plus
cairement mais on ne m'entend
peut eftre déja que trop ,
& je m'imagine voir ceux de
qui je parle , monter ſur les
bancs , pour me dire dune
voix menaçante, que ces raffiGALANT
. 267
د
nemens politiques en matiere
de ſcience, ne ſont point de
l'appanage du Mercure. Je
prie ceuxqui ne m'ont pas entendu
de me pardonner cette
digreffion ; mais c'eſt une choſe
cruelle que la façon dont on
me lieles mains
jene veuxpas
eftre lié ; & quandje devrois en
un mot paffer pour le plus ridicule
cauſeur du monde , il
m'eſt impoffible de voir les
Feſtes de Thalie , les Feſtes du
Cours , les Captifs , & les remarques
ſur le chef d'oeuvre
d'un inconnu , fans en parler.
Abon entendeur , demi mot.
Que diroit- on d'un hom264
MERCURE
1
!
me qui riſqueroit quelque
choſe avec reflexion , au hazard
de ſe faire fifler : on
diroit de luy , qu'il ne craint
pas les fiflets ; il y a fi longtemps
que le Mercure Galant
eſt en poffeffion de les meriter,
&de les entendre , qu'on auroit
aujourd'huy pitié de ſa
honte & de fa foibleſſe , ſi on
le voyoit s'étourdır de leur
bruit. Il luy eſt donc permis
de raiſonner ſur tout , à tort
& à travers. Pourquoy non ?
il y a tant d'autres Auteurs
plus graves qui ont la même
licence : D'ailleurs il n'y a rien
d'extraordinaire
GALANT. 265
d'extraordinaire parmi nous ,
& les propoſitions même les
plus ridicules trouvent des
hommes qui s'entêtent de
leurs extravagances. Si je voulois
faire là deſſus l'étalage de
ma memoire , ſans parler des
herefies , ny des ſchiſmesgroffiers
qui ont ſeduit la moitié
du monde , j'en citerois tant
d'exemples , tirez même des
ouvrages de nos plus illuſtres
Modernes , qu'il n'y a que
l'autorité que leur nom , ou
leur merite leur donne qui foit
capable de nous faire avoüer
que ce que , du premier coup
Octobre 1714 . Z
266 MERCURE
d'oeil,nous trouvons de deffectueux
en eux (& qui l'eſt en effet)
n'eſt ſouvent qu'undeffaut
de noſtre propre imagination ;
cela revient toûjours au même
& noſtre eſprit ne ſe dédic
en leur faveur qu'aprés que
les préjugez ont arraché de
luy des fuffrages que la verité
n'oſoit accorder. Je meurs
d'envie de m'expliquer plus
cairement mais on ne m'entend
peut eftre déja que trop ,
& je m'imagine voir ceux de
qui je parle , monter ſur les
bancs , pour me dire dune
voix menaçante, que ces raffiGALANT
. 267
د
nemens politiques en matiere
de ſcience, ne ſont point de
l'appanage du Mercure. Je
prie ceuxqui ne m'ont pas entendu
de me pardonner cette
digreffion ; mais c'eſt une choſe
cruelle que la façon dont on
me lieles mains
jene veuxpas
eftre lié ; & quandje devrois en
un mot paffer pour le plus ridicule
cauſeur du monde , il
m'eſt impoffible de voir les
Feſtes de Thalie , les Feſtes du
Cours , les Captifs , & les remarques
ſur le chef d'oeuvre
d'un inconnu , fans en parler.
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Résumé : A bon entendeur demi mot. [titre d'après la table]
Le texte traite de la liberté d'expression et de la critique à travers l'exemple du 'Mercure Galant'. Cette publication est reconnue pour accepter et comprendre les critiques, permettant ainsi des discussions libres sur divers sujets, comme le font d'autres auteurs respectés. Le texte note que même des idées absurdes peuvent trouver des défenseurs, y compris dans les œuvres des écrivains modernes. L'auteur admet que certaines critiques peuvent être influencées par des préjugés personnels. Il exprime le souhait de clarifier ses propos mais craint d'être déjà bien compris. Il aborde également les difficultés de parler librement sans risque de censure, notamment sur des thèmes tels que les fêtes, les captifs et les commentaires littéraires.
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79
p. 270-271
« Je n'ay plus qu'un mot à dire de luy. Je luy suis [...] »
Début :
Je n'ay plus qu'un mot à dire de luy. Je luy suis [...]
Mots clefs :
Chanson, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je n'ay plus qu'un mot à dire de luy. Je luy suis [...] »
Je n'ay plus qu'un
mot à dire de luy. Je luy ſuis
redevable du plaiſir que m'a
fait , & me fera long temps
1
GALANT. 271
la lecture de ſon Livre , &
c'eſt au chef- d'oeuvre de ſon
inconnu qu'eſt deuë l'idée de
laChanſonque je vais donner.
J'ay vû de ſi belles bouches
chanter les Chanfons que
j'ay miſes dans mes precedents
Mercures , que j'apporteray
doreſnavant tous mes ſoins à
chercher les plus jolis vers
qu'on puiſſe chanter.
mot à dire de luy. Je luy ſuis
redevable du plaiſir que m'a
fait , & me fera long temps
1
GALANT. 271
la lecture de ſon Livre , &
c'eſt au chef- d'oeuvre de ſon
inconnu qu'eſt deuë l'idée de
laChanſonque je vais donner.
J'ay vû de ſi belles bouches
chanter les Chanfons que
j'ay miſes dans mes precedents
Mercures , que j'apporteray
doreſnavant tous mes ſoins à
chercher les plus jolis vers
qu'on puiſſe chanter.
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80
p. 280-281
« L'esprit trouve naturellement assez d'occupation à [...] »
Début :
L'esprit trouve naturellement assez d'occupation à [...]
Mots clefs :
Mercure, Énigmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'esprit trouve naturellement assez d'occupation à [...] »
L'eſprit trouve naturellement
affez d'occupation à
deviner les Enigmes , pour ſe
repoſer aprés les avoir leuës ;
ainſi je croyqu'il n'a pas beſoin
qu'on luy forge de belles
liaiſons pour le conduire aux
pieces qui les ſuivent , qu'il regarde
alors fans ſe fatiguer
د
comme la premiere page d'un
livre ; mais je tombe par hazard
& par neceffitté fur le
plus
GALANT. 281
plus déplaifant article du Mercure.
Il n'importe , toſt ou
tard il faut parler des morts ,
c'eſt la moindre choſe que
nous devions à leur memoire.
Parlons en donc.
affez d'occupation à
deviner les Enigmes , pour ſe
repoſer aprés les avoir leuës ;
ainſi je croyqu'il n'a pas beſoin
qu'on luy forge de belles
liaiſons pour le conduire aux
pieces qui les ſuivent , qu'il regarde
alors fans ſe fatiguer
د
comme la premiere page d'un
livre ; mais je tombe par hazard
& par neceffitté fur le
plus
GALANT. 281
plus déplaifant article du Mercure.
Il n'importe , toſt ou
tard il faut parler des morts ,
c'eſt la moindre choſe que
nous devions à leur memoire.
Parlons en donc.
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Résumé : « L'esprit trouve naturellement assez d'occupation à [...] »
L'esprit humain aime résoudre des énigmes pour se reposer. Il passe aisément d'une énigme à une autre. L'auteur mentionne un article déplaisant du Mercure et souligne la nécessité de parler des morts par devoir de mémoire. Il est temps d'aborder ce sujet.
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81
p. 353-355
Avertissement qui ne sert à rien.
Début :
Ceux qui jugeront à propos d'envoyer quelques Pieces au [...]
Mots clefs :
Émulation, Mercure, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avertissement qui ne sert à rien.
Avertiſſement qui nefert à rien.
Ceux qui jugeront à propos
d'envoyer quelques Pieces au
( Mercure , font encore priez d'avoir
le ſoin de ſe ſouvenir de rendre
leurs Memoires lifibles , fi
leur intention eſt de les voir imprimez
, & d'en payer toûjours le
port , autrement il n'en ſera fait
nulle mention. On leur recommande
ſur tout , d'éviter la prolixité
, de ne tirer à cartouches fur
perfonne , & de faire enforte
que leur ftile ſoit moins negligé
que le mien; mais ce n'eſtpasma
faute , s'il l'eſt autant qu'il me le
paroît à moy-même. J'ay autre
choſe à faire ,j'ay mes amis à
voir tous les cours , trente lettres
à écrire par ſemaine , un Livre à
compoſer tous les mois , & les
Octobre 1714 . Gg
354 MERCURE
jours vont vite. D'ailleurs il y a
peu d'émulation , ou s'il y en a
ce qu'elle produit de raiſonnable
vient rarement juſqu'à moy ; enfin
je ſuis obligé de me foûtenir
presque tout seul , & de marcher
Sans bâton.
Pedibus me *
Portomeis , nullo dextramfubeunte
babillo.
Cette recrimination fur le Public
& fur moy même , eſt une
preuve que je connois mes deffauts
; mais , Meſſieurs , je vous
avoue qu'à l'exception de certainsArticles
qui roulent ſur des
objets tres-refpectables, je traite
de raiſonnements fans confequence
, ou de chanfons, preſque
tout ce que j'écris , cela n'empê
che pas que je ne ſçache encore
Juvenal.
GALANT . 355
mieux me rendre juſtice , & que
je ne ſente enfin :
Qu'il ne vous convient pas , quelque
effort que jefaße ,
D'accepter de mes vers les tributs
indifcrets ,
A moins qu' Apollon en ma place ,
Ne vous presente mes placets ,
Ou que ce Dieu nedonne aux chanfons
que je fais ,
L'esprit , l'ame , &lefel d'Horace.
Ainsi , Meſſieurs , ſi Melpomene
ou Thalie veulent diſputer entre
elles à qui m'aura ,je ſuivray
le char de la Muſe victorieuſe ,
& je chaufferay le Cothurne , ou
le brodequin au gré de celle
qui m'inſpirera. Vous verrez le
mois prochain l'uſage que je feray
des conſeils de la Nymphe à
qui j'appartiendray.
Ceux qui jugeront à propos
d'envoyer quelques Pieces au
( Mercure , font encore priez d'avoir
le ſoin de ſe ſouvenir de rendre
leurs Memoires lifibles , fi
leur intention eſt de les voir imprimez
, & d'en payer toûjours le
port , autrement il n'en ſera fait
nulle mention. On leur recommande
ſur tout , d'éviter la prolixité
, de ne tirer à cartouches fur
perfonne , & de faire enforte
que leur ftile ſoit moins negligé
que le mien; mais ce n'eſtpasma
faute , s'il l'eſt autant qu'il me le
paroît à moy-même. J'ay autre
choſe à faire ,j'ay mes amis à
voir tous les cours , trente lettres
à écrire par ſemaine , un Livre à
compoſer tous les mois , & les
Octobre 1714 . Gg
354 MERCURE
jours vont vite. D'ailleurs il y a
peu d'émulation , ou s'il y en a
ce qu'elle produit de raiſonnable
vient rarement juſqu'à moy ; enfin
je ſuis obligé de me foûtenir
presque tout seul , & de marcher
Sans bâton.
Pedibus me *
Portomeis , nullo dextramfubeunte
babillo.
Cette recrimination fur le Public
& fur moy même , eſt une
preuve que je connois mes deffauts
; mais , Meſſieurs , je vous
avoue qu'à l'exception de certainsArticles
qui roulent ſur des
objets tres-refpectables, je traite
de raiſonnements fans confequence
, ou de chanfons, preſque
tout ce que j'écris , cela n'empê
che pas que je ne ſçache encore
Juvenal.
GALANT . 355
mieux me rendre juſtice , & que
je ne ſente enfin :
Qu'il ne vous convient pas , quelque
effort que jefaße ,
D'accepter de mes vers les tributs
indifcrets ,
A moins qu' Apollon en ma place ,
Ne vous presente mes placets ,
Ou que ce Dieu nedonne aux chanfons
que je fais ,
L'esprit , l'ame , &lefel d'Horace.
Ainsi , Meſſieurs , ſi Melpomene
ou Thalie veulent diſputer entre
elles à qui m'aura ,je ſuivray
le char de la Muſe victorieuſe ,
& je chaufferay le Cothurne , ou
le brodequin au gré de celle
qui m'inſpirera. Vous verrez le
mois prochain l'uſage que je feray
des conſeils de la Nymphe à
qui j'appartiendray.
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Résumé : Avertissement qui ne sert à rien.
Le texte est un avertissement destiné aux contributeurs du périodique 'Mercure'. Il les incite à soumettre des mémoires lisibles, en évitant la prolixité, les attaques personnelles et un style négligé. L'auteur, occupé par diverses activités comme rencontrer des amis, écrire des lettres et composer des livres, a peu de temps pour traiter les contributions. Il reconnaît que la plupart de ses écrits sont des raisonnements sans conséquence ou des chansons, mais affirme connaître sa propre valeur. Il souhaite recevoir des contributions de qualité. L'auteur conclut en précisant qu'il suivra l'inspiration de la muse, qu'elle soit tragique ou comique, et mettra en pratique les conseils de la nymphe qui l'inspirera dans le prochain numéro.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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82
p. 351-352
« Je ne vous croy pas fort curieuses du reste des pieces qui [...] »
Début :
Je ne vous croy pas fort curieuses du reste des pieces qui [...]
Mots clefs :
Journal, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je ne vous croy pas fort curieuses du reste des pieces qui [...] »
Je ne vous croy pas fort curieuſes
du reſte des pieces qui
doivent entrer dans ce Journal ,
352 MERGURE
ainſi je vous prie de me permettrede
vous annoncer que je ſuis
avec un tres-profond reſpect ,
Meſdames , Voſtre tres humble
& tres- obéiflant ferviteur ,
Mercure.
du reſte des pieces qui
doivent entrer dans ce Journal ,
352 MERGURE
ainſi je vous prie de me permettrede
vous annoncer que je ſuis
avec un tres-profond reſpect ,
Meſdames , Voſtre tres humble
& tres- obéiflant ferviteur ,
Mercure.
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83
p. 255-257
« Je me souviens à propos, de vous avoir donné au commencement [...] »
Début :
Je me souviens à propos, de vous avoir donné au commencement [...]
Mots clefs :
Savants, Honnêtes gens, Mercure, La Bruyère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je me souviens à propos, de vous avoir donné au commencement [...] »
Je me ſouviens à propos ,
de vous avoir donné au commencement
de ce Mercure ,
une Hiſtoire ſi ſerieuſe , que
( toutes mes reflexions faites )
j'ay reſolu devous dedommager
de la melancolie où elle
pouvoit vous avoir jetté , par
un tiflu continuel de bagatelles
, de la façon de ceux qui aiment
à badiner , & de la
mienne.
256 MERCURE
Que les partiſans de M de
laBruyerediſentà preſent que
le Mercure eſt tout de bon ,
au-deſſous de rien; je leur répondray
que cela n'eſt pas
vray ,& qu'au contraire , il eft
bon , s'il vous amuſe. Ceux
qui voudront eſtreinſtruits fur
un autre ton , n'auront qu'à
chercher un autre Precepteur.
Pour moy je vous avouë de
bonne foy que je ne fais pas
mon Livre pour ces Sçavans ,
Dont on lit dans les yeux , le
faſte de leur nom.
Mais pour les honneſtes
gens qui n'aiment pas à s'ennuyer.
GALANT. 257
nuyer. Pourvû qu'ils fe divertiſffent
à le lire , comme je
medivertis à le faire , nous ſerons
tous contents.
de vous avoir donné au commencement
de ce Mercure ,
une Hiſtoire ſi ſerieuſe , que
( toutes mes reflexions faites )
j'ay reſolu devous dedommager
de la melancolie où elle
pouvoit vous avoir jetté , par
un tiflu continuel de bagatelles
, de la façon de ceux qui aiment
à badiner , & de la
mienne.
256 MERCURE
Que les partiſans de M de
laBruyerediſentà preſent que
le Mercure eſt tout de bon ,
au-deſſous de rien; je leur répondray
que cela n'eſt pas
vray ,& qu'au contraire , il eft
bon , s'il vous amuſe. Ceux
qui voudront eſtreinſtruits fur
un autre ton , n'auront qu'à
chercher un autre Precepteur.
Pour moy je vous avouë de
bonne foy que je ne fais pas
mon Livre pour ces Sçavans ,
Dont on lit dans les yeux , le
faſte de leur nom.
Mais pour les honneſtes
gens qui n'aiment pas à s'ennuyer.
GALANT. 257
nuyer. Pourvû qu'ils fe divertiſffent
à le lire , comme je
medivertis à le faire , nous ſerons
tous contents.
Fermer
Résumé : « Je me souviens à propos, de vous avoir donné au commencement [...] »
L'auteur de 'Mercure' souhaite alléger le ton après une histoire sérieuse. Il vise à divertir les lecteurs honnêtes, non les savants arrogants. Il espère que son ouvrage procure autant de plaisir à lire qu'à écrire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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84
p. 331-340
Lettre de l'Auteur au Public. [titre d'après la table]
Début :
Le Mercure dérogeroit au Titre de Galant qui luy est [...]
Mots clefs :
Journal, Jupiter, Mercure, Sculpteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de l'Auteur au Public. [titre d'après la table]
Le Mercure dérogeroit au
Titre de Galant qui luy eft
Ecij
332 MERCURE
affecté depuis tant d'années
ſi celuy qui en eſt l'Auteur
en commençoit une , ſans
faire au moins un Compliment
à ſes Lecteurs .
Voicy donc le mien Mefſicurs
, Meſdames & Meſdemoiſelles.
Que le Ciel multiplie à jamais
les Ans & la Gloire de
noſtre incomparable Roy.
Qu'il conſerve toûjours les
Princes & Princeſſes de ſa
Royale Maiſon , qu'il vous
donne des jours longs& heureux
, & à moy le loiſir de
vous preſenter encore cinq
GALANT. 333
ou fix cens Mercures , ce que
je feray volontiers, ſi vous jugez
à propos d'orner les Anti-
Chambres de vosBibliotheques
, de la ſuite de mes Ouvrages
, ſi le malin vouloir de
la fortune prompte à me
joüer ſouvent de mécliants
tours , ne m'eſcamote pas vos
fuffrages , ou fi quelque Géant
ne s'oppoſe pas à l'intention
que j'ay de vous amufer longtemps.
Suppoſé cependant que je
ne continuë pas à le faire, ce
qui eſt à la veillede m'arriver,
je croy que mon devoir &
334 MERCURE
de
ma confcience m'ordonnent
d'encourager fur cette matiére
ceux qui pourroient s'en
charger aprés moy. Elle eft
premierement inépuiſable par
la quantité prodigieuſe
mauvaiſes Pieces que l'Auteur
du MercureGalant reçoit
tous les jours , & dont il peut
choifir & tirer ſuffisamment
de circonstances , pour emplir
fon Volume tous les
mois . En donnant cet avis
àmes fucceffeurs , je leur confeille
juſtement ce que je n'ay
pas fait , & j'ay ſouvent aimé
micux courir les riſques de
GALANT. 335
parler à mes dépens , que
corriger & dépoüiller avec
une peine infinie , des Fragmens
des ouvrages des autres.
Secondement , qu'il ſe garde
bien de critiquer les pieces
de Theatre , ny les Livres
courants , outre qu'on luy
dira que ce n'eſt pas l'affaire
du Mercure , on luy fera
encore entendre que tous les
Auteurs exigent à prefent
l'impunité de leurs fotifes ,
&qu'enfin le refus de ſes applaudiſſemens
peut expoſer
quelque fois à ſe faire des
ennemis confiderables. Pour
336 MERCURE
moy de thumeur dont je
fuis , je ſens , que ſi l'on me
preſſoit de loüer tels & tels ,
je répondrois tout net àcette
tyrannie : Qu'on me remene aux
carrieres.
Troifiémement , qu'il ne
ſoit ny temeraire Nouveliſte ,
ny Jurifconfulte impertinent.
Quatrièmement, qu'il obferve
mieux que moy , qui ne
ſuis encore qu'un Novice , les
bien- léances & les égards qu'il
doit au Public , & qu'il fonge
que ce Public voit à ſa teſte
tant de grands perſonnages ,
qu'il ne doit pas les revolter
par
1
GALANT. 337.
par ces difcours qui fervent
à amuſer le peuple.
Cinquiénement qu'il ne
parle pas de luy , à beaucoup
prés , autant que j'ay parlé
de moy.
A ces conditions qu'il invente
, qu'il mente , qu'il
louë à outrance , on luy pardonnera
tout. Mais qu'il n'oublie
pas de changer le Titre
de ſon Livre , qui ſous le nom
de Mercure ne luy produira
jamais rien : En voicy la
preuve.
Unparticulier fut jadis chez
un Sculpteur pour acheter des
Decembre 1714. Ff
338 MERCURE
Statuës qu'il dettimoit à orner
fon Jardin. En y entrant , il
vit celles de Jupiter & de
Junon qui luy plûrent. Auffitoſt
il demanda au Sculpteur
combien il les vouloit vendre.
Comment , dit le Sculpteur ,
vous marchandez là les deux
plus belles Statues qui foient
dans mes Atteliers , je ne peus
pas vous les donner à moins
detant; la fomme prodigieufe
éronna tellement leMarchand
qu'il luy dit qu'il n'en vouloit
point ; mais de celle de Mercure
, ajoûta- r il , combien en
voulez vous : nous n'aurons
1
ALANT. 339
pasde different funcet article,
reprit le Sculpteur. Vous marchandez
Jupiter & Junon ,
l'un eſt le Maiſtre , & l'autre
eſt la Femme & la Soeur du
Maistre des Dieux ; achetez
les pour le juſte prix que je
vous en demande , & je vous
donneray Mercure par deſſus
le marché.
Mercure cût eſté eſtimé
autant que Jupiter , s'il eûc
porté un autli beau nom.
Jay dit , en attendant que
je ſcache de vous , au commencement
de cette année ,
s'il vous plaiſt que je continuë
Ffij
340 MERCURE
ce Journal ; je ſuis , avec un
tres-profond reſpect , Meffieurs
, Mesdames & Meſdemoiſelles
, Voſtre tres - humble
& tres -obeiſſant Serviteur
Mercure.
Titre de Galant qui luy eft
Ecij
332 MERCURE
affecté depuis tant d'années
ſi celuy qui en eſt l'Auteur
en commençoit une , ſans
faire au moins un Compliment
à ſes Lecteurs .
Voicy donc le mien Mefſicurs
, Meſdames & Meſdemoiſelles.
Que le Ciel multiplie à jamais
les Ans & la Gloire de
noſtre incomparable Roy.
Qu'il conſerve toûjours les
Princes & Princeſſes de ſa
Royale Maiſon , qu'il vous
donne des jours longs& heureux
, & à moy le loiſir de
vous preſenter encore cinq
GALANT. 333
ou fix cens Mercures , ce que
je feray volontiers, ſi vous jugez
à propos d'orner les Anti-
Chambres de vosBibliotheques
, de la ſuite de mes Ouvrages
, ſi le malin vouloir de
la fortune prompte à me
joüer ſouvent de mécliants
tours , ne m'eſcamote pas vos
fuffrages , ou fi quelque Géant
ne s'oppoſe pas à l'intention
que j'ay de vous amufer longtemps.
Suppoſé cependant que je
ne continuë pas à le faire, ce
qui eſt à la veillede m'arriver,
je croy que mon devoir &
334 MERCURE
de
ma confcience m'ordonnent
d'encourager fur cette matiére
ceux qui pourroient s'en
charger aprés moy. Elle eft
premierement inépuiſable par
la quantité prodigieuſe
mauvaiſes Pieces que l'Auteur
du MercureGalant reçoit
tous les jours , & dont il peut
choifir & tirer ſuffisamment
de circonstances , pour emplir
fon Volume tous les
mois . En donnant cet avis
àmes fucceffeurs , je leur confeille
juſtement ce que je n'ay
pas fait , & j'ay ſouvent aimé
micux courir les riſques de
GALANT. 335
parler à mes dépens , que
corriger & dépoüiller avec
une peine infinie , des Fragmens
des ouvrages des autres.
Secondement , qu'il ſe garde
bien de critiquer les pieces
de Theatre , ny les Livres
courants , outre qu'on luy
dira que ce n'eſt pas l'affaire
du Mercure , on luy fera
encore entendre que tous les
Auteurs exigent à prefent
l'impunité de leurs fotifes ,
&qu'enfin le refus de ſes applaudiſſemens
peut expoſer
quelque fois à ſe faire des
ennemis confiderables. Pour
336 MERCURE
moy de thumeur dont je
fuis , je ſens , que ſi l'on me
preſſoit de loüer tels & tels ,
je répondrois tout net àcette
tyrannie : Qu'on me remene aux
carrieres.
Troifiémement , qu'il ne
ſoit ny temeraire Nouveliſte ,
ny Jurifconfulte impertinent.
Quatrièmement, qu'il obferve
mieux que moy , qui ne
ſuis encore qu'un Novice , les
bien- léances & les égards qu'il
doit au Public , & qu'il fonge
que ce Public voit à ſa teſte
tant de grands perſonnages ,
qu'il ne doit pas les revolter
par
1
GALANT. 337.
par ces difcours qui fervent
à amuſer le peuple.
Cinquiénement qu'il ne
parle pas de luy , à beaucoup
prés , autant que j'ay parlé
de moy.
A ces conditions qu'il invente
, qu'il mente , qu'il
louë à outrance , on luy pardonnera
tout. Mais qu'il n'oublie
pas de changer le Titre
de ſon Livre , qui ſous le nom
de Mercure ne luy produira
jamais rien : En voicy la
preuve.
Unparticulier fut jadis chez
un Sculpteur pour acheter des
Decembre 1714. Ff
338 MERCURE
Statuës qu'il dettimoit à orner
fon Jardin. En y entrant , il
vit celles de Jupiter & de
Junon qui luy plûrent. Auffitoſt
il demanda au Sculpteur
combien il les vouloit vendre.
Comment , dit le Sculpteur ,
vous marchandez là les deux
plus belles Statues qui foient
dans mes Atteliers , je ne peus
pas vous les donner à moins
detant; la fomme prodigieufe
éronna tellement leMarchand
qu'il luy dit qu'il n'en vouloit
point ; mais de celle de Mercure
, ajoûta- r il , combien en
voulez vous : nous n'aurons
1
ALANT. 339
pasde different funcet article,
reprit le Sculpteur. Vous marchandez
Jupiter & Junon ,
l'un eſt le Maiſtre , & l'autre
eſt la Femme & la Soeur du
Maistre des Dieux ; achetez
les pour le juſte prix que je
vous en demande , & je vous
donneray Mercure par deſſus
le marché.
Mercure cût eſté eſtimé
autant que Jupiter , s'il eûc
porté un autli beau nom.
Jay dit , en attendant que
je ſcache de vous , au commencement
de cette année ,
s'il vous plaiſt que je continuë
Ffij
340 MERCURE
ce Journal ; je ſuis , avec un
tres-profond reſpect , Meffieurs
, Mesdames & Meſdemoiſelles
, Voſtre tres - humble
& tres -obeiſſant Serviteur
Mercure.
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Résumé : Lettre de l'Auteur au Public. [titre d'après la table]
Dans cette lettre, l'auteur du 'Mercure Galant', une publication périodique, adresse ses vœux de santé et de prospérité au roi, à sa famille royale et à ses lecteurs. Il exprime son désir de poursuivre la publication du 'Mercure Galant' et encourage ses éventuels successeurs à prendre la relève. L'auteur souligne que la revue reçoit quotidiennement une abondance de contributions de qualité médiocre, ce qui garantit un approvisionnement constant en contenu. Il prodigue plusieurs conseils à ses successeurs. Tout d'abord, il leur recommande d'éviter de critiquer les pièces de théâtre ou les livres contemporains afin de prévenir les conflits avec les auteurs. Ensuite, il les met en garde contre l'excès de nouveauté ou d'impertinence, insistant sur le respect du public et la modération dans l'auto-promotion. L'auteur illustre ces conseils par une anecdote concernant la valeur perçue des statues de Mercure, Jupiter et Junon. Il explique que la statue de Mercure, bien que moins prestigieuse que celles de Jupiter et Junon, est plus appréciée en raison de son nom et de son titre. Cette comparaison sert à souligner l'importance du nom et du titre de la publication. Enfin, l'auteur sollicite l'avis de ses lecteurs sur la poursuite de la publication du journal, montrant ainsi son attachement à leur opinion et à leur satisfaction.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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85
p. 329-332
Epigramme du Chevalier d'Accilly, dont l'Auteur fait l'application au Mercure. [titre d'après la table]
Début :
O vous, Messieurs, qui n'étes peut-être pas plus graves [...]
Mots clefs :
Chevalier d'Aceilly, Mercure, Fortune
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Epigramme du Chevalier d'Accilly, dont l'Auteur fait l'application au Mercure. [titre d'après la table]
O vous, Meisseurs, qui n'étes
peut- être pas plus graves
que moy ( sauvez moy la comparaison)
vous,dis je, qui dans
quelque estat que lesortvous
air fait naître,& quide quelque
grandfardeau que la Fortune
vous ait chargé, vous amusez
de mes
ba gatelles; lisez celles
dont je vais vous entretenir,
jusqu'à la fin de ce volume :
elles feront un vray tissu des
caprices de mon imagination,
& les Sentences comme
les plaisanteries, en feront 4c;
ridicule, ou l'ornement.
Vous vous enrichissez, me
disoitil yàquelques jours, un
des plus sages & des pbscminents
personnages que nous
ayons en France; & je n'ay,
cette opinion de vôtre fortune
, que parce que le Mercure
me paroîtaussi bon qu'il peut
l'estre. Pour moy qui [ait bien
ce cjuc j'en pense, & qu'il ne
tient qu'à vous ( je vous le
repete encore, Meilleurs
qu'il , ne soit incomparablement
meilleur; ) je luy répondis
ces quatre vers que je me
souviens d'avoir lû autrefois
dans les oeuvres du Chevalier
d'Aceilly.
Entre nousjamais Jenoce
* Mercure tu m'as affronté,
J'aurois maintenant un carosse
* Il y a dans l'original Appollon.,
•
Du papier que tu rfjas coûté.
Il eut de la peine àme croire
sur ma parole, cela est pourtant
presque vray ; mais c'est
vôtre affaire, & vôtre indifference
pour moy n'étourdie
pas assez ma Philosophie ,
pour m'empêcher de vous
proposer de chanter maChanson.
peut- être pas plus graves
que moy ( sauvez moy la comparaison)
vous,dis je, qui dans
quelque estat que lesortvous
air fait naître,& quide quelque
grandfardeau que la Fortune
vous ait chargé, vous amusez
de mes
ba gatelles; lisez celles
dont je vais vous entretenir,
jusqu'à la fin de ce volume :
elles feront un vray tissu des
caprices de mon imagination,
& les Sentences comme
les plaisanteries, en feront 4c;
ridicule, ou l'ornement.
Vous vous enrichissez, me
disoitil yàquelques jours, un
des plus sages & des pbscminents
personnages que nous
ayons en France; & je n'ay,
cette opinion de vôtre fortune
, que parce que le Mercure
me paroîtaussi bon qu'il peut
l'estre. Pour moy qui [ait bien
ce cjuc j'en pense, & qu'il ne
tient qu'à vous ( je vous le
repete encore, Meilleurs
qu'il , ne soit incomparablement
meilleur; ) je luy répondis
ces quatre vers que je me
souviens d'avoir lû autrefois
dans les oeuvres du Chevalier
d'Aceilly.
Entre nousjamais Jenoce
* Mercure tu m'as affronté,
J'aurois maintenant un carosse
* Il y a dans l'original Appollon.,
•
Du papier que tu rfjas coûté.
Il eut de la peine àme croire
sur ma parole, cela est pourtant
presque vray ; mais c'est
vôtre affaire, & vôtre indifference
pour moy n'étourdie
pas assez ma Philosophie ,
pour m'empêcher de vous
proposer de chanter maChanson.
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Résumé : Epigramme du Chevalier d'Accilly, dont l'Auteur fait l'application au Mercure. [titre d'après la table]
L'auteur s'adresse à ses lecteurs, qu'il appelle 'Meilleurs', en présentant ses écrits comme un mélange de caprices de son imagination, de sentences et de plaisanteries, formant un tissu ridicule ou ornemental. Un personnage sage et éminent de France a complimenté l'auteur sur sa richesse, en référence au périodique 'Mercure'. L'auteur reconnaît la qualité du 'Mercure' tout en suggérant qu'il pourrait être encore amélioré. En réponse à ce compliment, l'auteur cite quatre vers du Chevalier d'Aceilly pour exprimer sa préférence personnelle. Le personnage trouve cette modestie difficile à croire, mais l'auteur reste convaincu de la valeur de ses propos. Malgré l'indifférence du personnage, l'auteur continue de partager ses réflexions et de proposer ses écrits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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86
p. 348-351
Compliment de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Mais pourquoy, s'il vous plaît, ma verve s'échauffe-t-elle à présent [...]
Mots clefs :
Auteur, Mercure, Poètes, Poésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Compliment de l'Auteur. [titre d'après la table]
Maispourquoy,s'il vous phit;
ma verve s'échauffe-t-elle à présent
? Cette extrême demangeaison
d'écrire qui mesaisit en cec
endroit, en-elle un vicede complaisance
,ou d'habitude. je vous
en fais Juges, Messieurs. Il est
naturelà un hommequi faittous
les mois.
*ZJnouvrage telquelemien,
^uonnommeen bon François , on
peu de chose, ou rien,
De représenter à son idée, autantqu'ille
peut, malgré la petitesse
de la chose, toute l'étenduë
de son travail, avant de
l'exposer à vos yeux.C'estceque
je fais. Et je considère avec beaucoup
d'inquietude pour vous, &
d'indulgence pour 4iioy , que j'ay
eu ce moiscy, comme les autres,
l'honneur de vous conter un
grand nombre dechosesinutiles;
mais il m'en reste une, avec un
scrupule& une réflexion qui ne
le font peut-êtrepas. Jesonge àme definir positivement
à moy-même ce que c'est
)
qu'on appelle dansle monde,
Vn Autheur. De grace songez-y
aussi, câpresavoir bien examiné
ma proposition, vous conviendrez,
sans qu'il soit besoin de
rapprochernos idées& nos susfrages,
qu'on ne doit presque
plus esperer maintenant de voir
naître dans la république des lettres
,des Sujets qui approchent
de ces grands modélesque nous
avons perdus,parce que desgens
nés avec les talens de l'éloquence
, ou dela Poësie
,
& qui pourroient
devenir excellents, languiront
dans l'indigence, ou se
verront meprisez fous les titres
de Poëtes ÔC d'Orateurs; mais
quand ces deux inconveniensn'y
feroient pas, oseroient-ils désormais
separer de ces mêmes titres,
tant qu'à: l'ombre des seules
richesses, l'ignorance heu
reuse usurpera peut-être des
honneurs qui nesont dûs qu'aux
Muses pourmoy.
Je fuis avec un trèsprofond
respect,
Messieurs,mesDames, &mes
Demoiselles,
Vôtre trés-humble &très
obéïssant ferviceur Mercur
ma verve s'échauffe-t-elle à présent
? Cette extrême demangeaison
d'écrire qui mesaisit en cec
endroit, en-elle un vicede complaisance
,ou d'habitude. je vous
en fais Juges, Messieurs. Il est
naturelà un hommequi faittous
les mois.
*ZJnouvrage telquelemien,
^uonnommeen bon François , on
peu de chose, ou rien,
De représenter à son idée, autantqu'ille
peut, malgré la petitesse
de la chose, toute l'étenduë
de son travail, avant de
l'exposer à vos yeux.C'estceque
je fais. Et je considère avec beaucoup
d'inquietude pour vous, &
d'indulgence pour 4iioy , que j'ay
eu ce moiscy, comme les autres,
l'honneur de vous conter un
grand nombre dechosesinutiles;
mais il m'en reste une, avec un
scrupule& une réflexion qui ne
le font peut-êtrepas. Jesonge àme definir positivement
à moy-même ce que c'est
)
qu'on appelle dansle monde,
Vn Autheur. De grace songez-y
aussi, câpresavoir bien examiné
ma proposition, vous conviendrez,
sans qu'il soit besoin de
rapprochernos idées& nos susfrages,
qu'on ne doit presque
plus esperer maintenant de voir
naître dans la république des lettres
,des Sujets qui approchent
de ces grands modélesque nous
avons perdus,parce que desgens
nés avec les talens de l'éloquence
, ou dela Poësie
,
& qui pourroient
devenir excellents, languiront
dans l'indigence, ou se
verront meprisez fous les titres
de Poëtes ÔC d'Orateurs; mais
quand ces deux inconveniensn'y
feroient pas, oseroient-ils désormais
separer de ces mêmes titres,
tant qu'à: l'ombre des seules
richesses, l'ignorance heu
reuse usurpera peut-être des
honneurs qui nesont dûs qu'aux
Muses pourmoy.
Je fuis avec un trèsprofond
respect,
Messieurs,mesDames, &mes
Demoiselles,
Vôtre trés-humble &très
obéïssant ferviceur Mercur
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Résumé : Compliment de l'Auteur. [titre d'après la table]
Dans une lettre destinée à un public distingué, l'auteur exprime son désir d'écrire et s'interroge sur la motivation derrière cet acte, se demandant s'il s'agit de complaisance ou d'habitude. Il justifie son œuvre en affirmant vouloir représenter au mieux ses idées, malgré la modestie du sujet traité. L'auteur reconnaît avoir partagé des informations inutiles par le passé et manifeste son inquiétude concernant la réception de son travail. Il réfléchit sur la définition d'un auteur et observe que les talents littéraires exceptionnels sont rares de nos jours. Les personnes douées pour l'éloquence ou la poésie risquent souvent la pauvreté ou le mépris, même lorsqu'elles portent les titres de poète ou d'orateur. De plus, même en l'absence de ces obstacles, l'ignorance pourrait usurper les honneurs dus aux Muses. L'auteur conclut en exprimant son profond respect envers ses lecteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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87
p. 3-12
Prélude qui n'est pas long, & qui ne seroit pas où il est s'il n'y avoit bien affaire. / Chasteaux en Espagne. [titre d'après la table]
Début :
Bienheureux le mortel dont la fertile plume [...]
Mots clefs :
Mercure, Larcins, Ordre du Mercure, Invention , Château en Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude qui n'est pas long, & qui ne seroit pas où il est s'il n'y avoit bien affaire. / Chasteaux en Espagne. [titre d'après la table]
MERCURE
NOUVEAU.
Quecela 't'si beau,Messieurs
> iqire cela est admirable
! Cependant si J'cxecution
d'une si grande
entreprise vous étonne,
croyez moy , détrompezvous
sur l'idée que vous avez
de cet ouvrage. Ce
qui vous paroll: maintenant
un prodige est moins que
rien. Je luis dans le cas &
Mercure, qui est le Dieu
des fourbes & des voleurs,
est tous les deux lui-même.
Il s'enrichit tous les jours
de vos dépouilles, par tout
il vous éclaire, il enregistre
vos actions
>
& il vous
endort quelquefoissous
l'appas des louanges : mais
le plussouvent il mesure le
traitement qu'il vous fait,
à l'accueil que vous lui faites.
Méfiez-vous-en, vous
dis-je, un volume pour lui
est une bagatelle,vos plus
grands soins le divertissent,
& ce qui vous occupe le
plus serieusement ramufe.
Ne traitez point cet aveu
de paradoxe, ne l'interpretez
pas non plus à la lettre.
Je m'explique. Mais
pardonnez-moy ce terme,
qui sans doute vous offense;
vous n'avez pas besoin de
mes explications, & je suppose
que vous m'entendez
toujours.
Je vous disois donc, ou
voulois vous dire
y
Mcffleurs,
que mon Livre,
qui fous vôtre bon plaisir
fera meilleur quand il vous
plaira m'obligera ytravail- er davantage, non seulement
ne me coûte rien, ou
du moins pas grande chose
à faire, quoique, par parenthese,
je le trouve fort
cher d'ailleurs: mais encore
qu'il semble que la fortune
aitchoisi exprès le plus
court mois de l'année pour
m'engager à vous en pre-
:
senter deux au lieu d'un
,
& à vous donner, par ce
traie de ses bontez pour
moy ,une preuve incontestable
de mon art, ou de
mon insuffisance. -,
jSi c'est«un tour malin de
sa façon, je sens pourtant
en depit d'elle,quelle en
aura le démenti, & je vous
jure que, malgré mes negligences
ordinaires, je ne
vous ai encore donné rien
qui approche du merite
des deux volumes de ce
mois. Ce que vous y lirez
de mon invention mecontente,&
je me suis-surpassé
dans les recherches &dans
les larcins que j'ai faits.
Celui-ci porte son titre,
quoique ce foit en dire
en un mot tout le bien
& le mal qui lui conviennent
: aujourd'hui cela ne
suffit pas, & il est bon de
vous apprendre quece discours
doit servir çJc preface
à l'autre, comme leprelude
de l'autre est la véritable
preface de celui-ci. Cette
ruse est un coup de maître,
pour vous engagerà
les lire, ou plûtôt à lesacheter
tous deux. Le Journal
historique du voyage de
l'AmbassadeurdePerse
vous prouvera si j'exagere,
ousi jements.
J'ajoûte à ce début -une
petite reflexion qui se prcfente
à mon imagination.
Ne vous étonnez pas de
voir tout l'ordre de mes
autres Mercures renversé
ce mois-ci. Vous sçavez,
& j'ai eu assez souvent l'honneur
de vous le dire, que
je faisois voeu de ne m'attacher
à aucune regle,&
quemonesprit, esclavede
ses caprices, avoit, & auroit
constammentpour maxime,
celle de ne suivreaucune
methode. En voici
la preuve.
Je triomphe de mes Fi-:
vaux,
Ma tendresse a touché la
beauté qui m'enchante:
Si je ressens encor des maux,
Ce sont ceux que causel'attente.
Vous qui m'arrachez des
soûpirs,
Devoirs,précautions, aus- terebienseance,
Malgré vous, malgré vous
je goûtedesplaisirs:
Il en est dans l'impatience.
Quand viendrez-vous, momens
heureux,
Où sans autres témoins que
le Dieu de Cythere,
Je dois voir l'objet de mes
voeux
Affranchi des soins du mys-
- terei
Tendres regards, tendres
empressemens,
Suivis d'un éloquent silence
Je joüirai de vous dans ces
heureux momens,
J'en joüis même quand j'y
- pense.
NOUVEAU.
Quecela 't'si beau,Messieurs
> iqire cela est admirable
! Cependant si J'cxecution
d'une si grande
entreprise vous étonne,
croyez moy , détrompezvous
sur l'idée que vous avez
de cet ouvrage. Ce
qui vous paroll: maintenant
un prodige est moins que
rien. Je luis dans le cas &
Mercure, qui est le Dieu
des fourbes & des voleurs,
est tous les deux lui-même.
Il s'enrichit tous les jours
de vos dépouilles, par tout
il vous éclaire, il enregistre
vos actions
>
& il vous
endort quelquefoissous
l'appas des louanges : mais
le plussouvent il mesure le
traitement qu'il vous fait,
à l'accueil que vous lui faites.
Méfiez-vous-en, vous
dis-je, un volume pour lui
est une bagatelle,vos plus
grands soins le divertissent,
& ce qui vous occupe le
plus serieusement ramufe.
Ne traitez point cet aveu
de paradoxe, ne l'interpretez
pas non plus à la lettre.
Je m'explique. Mais
pardonnez-moy ce terme,
qui sans doute vous offense;
vous n'avez pas besoin de
mes explications, & je suppose
que vous m'entendez
toujours.
Je vous disois donc, ou
voulois vous dire
y
Mcffleurs,
que mon Livre,
qui fous vôtre bon plaisir
fera meilleur quand il vous
plaira m'obligera ytravail- er davantage, non seulement
ne me coûte rien, ou
du moins pas grande chose
à faire, quoique, par parenthese,
je le trouve fort
cher d'ailleurs: mais encore
qu'il semble que la fortune
aitchoisi exprès le plus
court mois de l'année pour
m'engager à vous en pre-
:
senter deux au lieu d'un
,
& à vous donner, par ce
traie de ses bontez pour
moy ,une preuve incontestable
de mon art, ou de
mon insuffisance. -,
jSi c'est«un tour malin de
sa façon, je sens pourtant
en depit d'elle,quelle en
aura le démenti, & je vous
jure que, malgré mes negligences
ordinaires, je ne
vous ai encore donné rien
qui approche du merite
des deux volumes de ce
mois. Ce que vous y lirez
de mon invention mecontente,&
je me suis-surpassé
dans les recherches &dans
les larcins que j'ai faits.
Celui-ci porte son titre,
quoique ce foit en dire
en un mot tout le bien
& le mal qui lui conviennent
: aujourd'hui cela ne
suffit pas, & il est bon de
vous apprendre quece discours
doit servir çJc preface
à l'autre, comme leprelude
de l'autre est la véritable
preface de celui-ci. Cette
ruse est un coup de maître,
pour vous engagerà
les lire, ou plûtôt à lesacheter
tous deux. Le Journal
historique du voyage de
l'AmbassadeurdePerse
vous prouvera si j'exagere,
ousi jements.
J'ajoûte à ce début -une
petite reflexion qui se prcfente
à mon imagination.
Ne vous étonnez pas de
voir tout l'ordre de mes
autres Mercures renversé
ce mois-ci. Vous sçavez,
& j'ai eu assez souvent l'honneur
de vous le dire, que
je faisois voeu de ne m'attacher
à aucune regle,&
quemonesprit, esclavede
ses caprices, avoit, & auroit
constammentpour maxime,
celle de ne suivreaucune
methode. En voici
la preuve.
Je triomphe de mes Fi-:
vaux,
Ma tendresse a touché la
beauté qui m'enchante:
Si je ressens encor des maux,
Ce sont ceux que causel'attente.
Vous qui m'arrachez des
soûpirs,
Devoirs,précautions, aus- terebienseance,
Malgré vous, malgré vous
je goûtedesplaisirs:
Il en est dans l'impatience.
Quand viendrez-vous, momens
heureux,
Où sans autres témoins que
le Dieu de Cythere,
Je dois voir l'objet de mes
voeux
Affranchi des soins du mys-
- terei
Tendres regards, tendres
empressemens,
Suivis d'un éloquent silence
Je joüirai de vous dans ces
heureux momens,
J'en joüis même quand j'y
- pense.
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Résumé : Prélude qui n'est pas long, & qui ne seroit pas où il est s'il n'y avoit bien affaire. / Chasteaux en Espagne. [titre d'après la table]
L'auteur d'une lettre discute de la publication d'un ouvrage intitulé 'Mercure'. Il exprime son admiration pour cet ouvrage tout en mettant en garde contre les apparences trompeuses, comparant Mercure au dieu des fourbes et des voleurs. L'ouvrage, bien que semblant coûteux, a été réalisé avec peu d'efforts et comprend deux volumes au lieu d'un, en raison de la fortune qui a incité cette décision. L'auteur reconnaît certaines négligences mais assure que le contenu des volumes est de qualité. Il note également que l'ordre habituel des publications est inversé ce mois-ci, soulignant son refus de suivre une méthode fixe. La lettre se conclut par un poème exprimant l'impatience et le désir de moments heureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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88
p. 50-56
Mauvaise excuse de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
L'univers est moins vaste que l'imagination des hommes [...]
Mots clefs :
Livre, Spectacles, Mercure, Variété, Désordre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mauvaise excuse de l'Auteur. [titre d'après la table]
Lunivers est moins vaste
que 1 imagination des hommes
; le faux & le vrai les
occupent, la raison les conseille
, les demonstrations
les convainquent, l'éloquence
les persuade, la verité
les scandalise, la louange
les enyvre, & toûjours
le mensonge & les choses
les plus frivoles les amusent.
Ces remarques, dignes
d'un Auteur aussi grave
que le Mercure, ne paroîtroient
point ici, si les
jugemens que vous avez
portez de lui navoient don-
.né lieu à ses reflexions. Ce
font elles, Messieurs, qui
lui ont appris que ce qu'il
pourroit vous dire de plus
étudié & de mieux raisonné,
seroit ce qu'ordinairement
vous recevriez le plus
mal; & qu'enfin aussi difficiles
à sixer que lui, la varieté,
ou plutôt le defordre
de ses idées, devoit
faire le plaisir de vos lectures.
Si cela est, comme
il n'y a pas lieu d'en douter,
ne le chicannez donc pas
comme vous faites tous les
jours, sur les spectacles que
sa legereté vous presente.
Pardonnez-moy la liberté
que je vais prendre
de dire ici deux mots pour
mon apologie, au sujet des
reproches qu'on m'a faits.
Si je débité malheureu
sement quelque nouvelle
fausse, peut on me faire un
crime de cet accident?Oui
&non,selon l'occasio. Mais
non.vous dis-je
>
&je ne me
pardonnerois pas de j semblables
fautes, si je pouvois
être responsable de la vérité
de tout ce qu'on mecrit.
Cependant il n'importer
si ce malheur m'arrive,
je fuis coupable, parce que
c'est l'être en effet, que
l'être par malheur.
Dans un certain endroit
du Mercure du meis passé
mon respect & !e timide Se
juste éloge d'un des plus respectables
objets du monde,
ont révolté contre moy la
douceur & la vertu même
, parce que j'ai osé offrir à
vos yeux une foible image
de quelques spectacles,
dont j'ai fait le meilleur &
le plus interessant article
de mon Livre. Que puisse
donc vous direct les grands
traitent de profanation l'usage
innocent que le Mercure
fait de leurs fortunes
ôc de leurs plaisirs,dequoy
sera t-il désormais permis
de vousentretenir? Irai- je
dans le peuple ou dans la
fable puiser de quoy faire
tous les mois un Livre, uniquement
à l'usage du peuple
? Merenfermerai-je
étroitement dans les bornes
de la médisance & de
la critique? parlerai je mal
de tout le lnonde) pour
animer la conversation ?
& ne dirai- je du bien de
personne ? Me souleverai je
enfin contre les loix auitéres
qu'on veut me prescrire
? ôc pour me dédommager
de cette rigueur, dirai-
je sur les nouvelles generales
tout ce que la bien:
seance ôc mon devoir me
défendent d'en dire?Je ne
tomberois pas deux fois
dans cet inconvénient.
Soyez moy donc plus favorables
,
Meilleurs, & jugez
de mon attention à éviter
de justes reproches, par la
discretion que vous allez
trouver dans les articles qui
suivent ces reflexions.
que 1 imagination des hommes
; le faux & le vrai les
occupent, la raison les conseille
, les demonstrations
les convainquent, l'éloquence
les persuade, la verité
les scandalise, la louange
les enyvre, & toûjours
le mensonge & les choses
les plus frivoles les amusent.
Ces remarques, dignes
d'un Auteur aussi grave
que le Mercure, ne paroîtroient
point ici, si les
jugemens que vous avez
portez de lui navoient don-
.né lieu à ses reflexions. Ce
font elles, Messieurs, qui
lui ont appris que ce qu'il
pourroit vous dire de plus
étudié & de mieux raisonné,
seroit ce qu'ordinairement
vous recevriez le plus
mal; & qu'enfin aussi difficiles
à sixer que lui, la varieté,
ou plutôt le defordre
de ses idées, devoit
faire le plaisir de vos lectures.
Si cela est, comme
il n'y a pas lieu d'en douter,
ne le chicannez donc pas
comme vous faites tous les
jours, sur les spectacles que
sa legereté vous presente.
Pardonnez-moy la liberté
que je vais prendre
de dire ici deux mots pour
mon apologie, au sujet des
reproches qu'on m'a faits.
Si je débité malheureu
sement quelque nouvelle
fausse, peut on me faire un
crime de cet accident?Oui
&non,selon l'occasio. Mais
non.vous dis-je
>
&je ne me
pardonnerois pas de j semblables
fautes, si je pouvois
être responsable de la vérité
de tout ce qu'on mecrit.
Cependant il n'importer
si ce malheur m'arrive,
je fuis coupable, parce que
c'est l'être en effet, que
l'être par malheur.
Dans un certain endroit
du Mercure du meis passé
mon respect & !e timide Se
juste éloge d'un des plus respectables
objets du monde,
ont révolté contre moy la
douceur & la vertu même
, parce que j'ai osé offrir à
vos yeux une foible image
de quelques spectacles,
dont j'ai fait le meilleur &
le plus interessant article
de mon Livre. Que puisse
donc vous direct les grands
traitent de profanation l'usage
innocent que le Mercure
fait de leurs fortunes
ôc de leurs plaisirs,dequoy
sera t-il désormais permis
de vousentretenir? Irai- je
dans le peuple ou dans la
fable puiser de quoy faire
tous les mois un Livre, uniquement
à l'usage du peuple
? Merenfermerai-je
étroitement dans les bornes
de la médisance & de
la critique? parlerai je mal
de tout le lnonde) pour
animer la conversation ?
& ne dirai- je du bien de
personne ? Me souleverai je
enfin contre les loix auitéres
qu'on veut me prescrire
? ôc pour me dédommager
de cette rigueur, dirai-
je sur les nouvelles generales
tout ce que la bien:
seance ôc mon devoir me
défendent d'en dire?Je ne
tomberois pas deux fois
dans cet inconvénient.
Soyez moy donc plus favorables
,
Meilleurs, & jugez
de mon attention à éviter
de justes reproches, par la
discretion que vous allez
trouver dans les articles qui
suivent ces reflexions.
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Résumé : Mauvaise excuse de l'Auteur. [titre d'après la table]
Le texte traite des perceptions et des jugements des lecteurs concernant un auteur, probablement celui du 'Mercure'. L'auteur observe que les lecteurs sont facilement influencés par divers éléments tels que le faux, le vrai, la raison, l'éloquence, la vérité, la louange et les mensonges. Il note que ses idées variées et parfois désordonnées semblent plaire aux lecteurs. L'auteur se défend contre les reproches liés à la publication de fausses nouvelles, affirmant ne pas être responsable de la véracité de tout ce qui lui est écrit. Il exprime son regret d'avoir offensé certaines personnes en décrivant des spectacles dans son livre. Il se questionne sur les sujets qu'il peut aborder sans être critiqué, se demandant s'il doit se limiter à la médisance ou à la critique, ou éviter de parler favorablement de quiconque. Il conclut en espérant que les lecteurs trouveront ses articles futurs discrets et exempts de reproches justifiés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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89
p. 259-260
« A peine ay-je le loisir de jetter les yeux sur une Lettre [...] »
Début :
A peine ay-je le loisir de jetter les yeux sur une Lettre [...]
Mots clefs :
Fêtes, Mercure
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texteReconnaissance textuelle : « A peine ay-je le loisir de jetter les yeux sur une Lettre [...] »
A peine ay- je le loisir de
jetter les yeux sur une Lettre
qu'il s'en presente une autre,
encore une autre après. Je
vous avoüe que je trouverois
ces lectures continuelles tresrebutantes,
s'il n'y alloit pas
de mon interest & de mon
honneur à vous conter des
choses qui vous amusent.
Voyons donc s'il vous plaist,
Meilleurstce que renferment
ces enormes paquets.
D'Alicdnte, ce 2.8. Janvier
Bo171j.n. De Varsovie, ce G. Janvier
171f.
4
Fort bien Ce sont des Relations
de Festes qu'on m'envoye.
Rien n'est meilleur que
cela;& je voudrois en verité.
pour l'amour de vous, pouvoir
vous faire chaumer tout le
Mercure. A tout hazard,commençons
par un bout & finissons
par l'autre; mais attend
d'abord au plus pres.
jetter les yeux sur une Lettre
qu'il s'en presente une autre,
encore une autre après. Je
vous avoüe que je trouverois
ces lectures continuelles tresrebutantes,
s'il n'y alloit pas
de mon interest & de mon
honneur à vous conter des
choses qui vous amusent.
Voyons donc s'il vous plaist,
Meilleurstce que renferment
ces enormes paquets.
D'Alicdnte, ce 2.8. Janvier
Bo171j.n. De Varsovie, ce G. Janvier
171f.
4
Fort bien Ce sont des Relations
de Festes qu'on m'envoye.
Rien n'est meilleur que
cela;& je voudrois en verité.
pour l'amour de vous, pouvoir
vous faire chaumer tout le
Mercure. A tout hazard,commençons
par un bout & finissons
par l'autre; mais attend
d'abord au plus pres.
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90
p. 311-323
Discours où s'étalent à l'envy le bonheur & la reconnoissance de l'Auteur, qui présente aux premieres Testés du monde un grand exemple à suivre. [titre d'après la table]
Début :
Le 30. de ce mois M. de Bose y fut receu, son Discours [...]
Mots clefs :
Madame Dacier, Modernes, Hommes, Anciens, Anciens et Modernes, Électeur de Bavière, Mercure, Désordre, Messager des dieux, Maison de Bourbon
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texteReconnaissance textuelle : Discours où s'étalent à l'envy le bonheur & la reconnoissance de l'Auteur, qui présente aux premieres Testés du monde un grand exemple à suivre. [titre d'après la table]
Le 30. de ce mois M. da
Boſe y fut receu , fon Difcours
fut tres éloquent, celuy
312 MERCURE
de M. Dacier qui luy répondie
le fut aufh ; mais il avoit l'air
ſi antique , que M. de laMotte
qui eſt fans contredit un-des
plus beaux & des meilleurs ef.
prits de l'Europe , ne pût s'empêcher
de luy adreſſer l'Apologue
de l'Ecreviſſe. Le mois
prochain nous reprendrons
cet article.
Mon diſcours ſur la querelle
entre les Partiſans desAnciens&
des Modernes , la Lettre
qu'écrit à un de ſes amis
un des meilleurs ſeconds de
M. de la Motte , le Paralelle
excellent des deux Catons , &
vingt
GALANT 313
vingt autres pieces detachées qui
ont heureuſement trouvé place
dans le Mercure de ce mois , tout
cela vous aura peut- être paru affez
intereſſant , Meſſieurs , pour
vous obliger à me ſçavoir quelque
gré de l'honneur que j'ayde
vousen faire part. Mais il me refte
un fait admirable , tres extraordinaire
à mon égard, & dont
le détail m'embarraſſe infiniment.
C'eſt cependant tout ce
que j'ay de meilleur à vous conter
: &malgré la foibleſſe de mes
expreſſions , j'en ſuis fi touché
que pour avoir la fatisfaction de
vous en parler à coeur ouvert, je
ne reſpecteray nullement la delicareſſe
du pas où m'engage ma
reconnoiſſance , quandl'excés de
ma gratitude devroit vous paroî
Dd Mars 1715.
314 MERCURE
tre affoiblie par la ſechereffe
de mes termes. Il est bien queſ
tion maintenant de cette frivole
confideration, &les grandshommes&
les bonnes actions n'ont
pasbeſoin pour être loüez ,de ce
faſte éloquent ,&ſouventinutile
dont on emprunte ordinairement
l'éclat pour donner du luſtre aux
moindres choses.C'eſt en un mot
de l'Electeur de Baviere dont je
veux vous parler. CePrince tendrement
aimé de nôtre Roy ,
(cette verité ſeule vaut un million
d'éloges ) cheri de tous les
François , adoré de ſes peuples ,
& l'objet des voeux de tout lev
monde , vient de quitter la France.
Son deſtin le dérobe enfin à
nosyeux. Un malheur fouverain
nous l'arrache , faffe le Ciel que
de longues années &cun bonheur
GALANT. 315
infini foient le ſceau de toutes ſes
vertus.
Mais aprés cet aveune m'embarraffez
plus ,
Et ne demandez pas quels biens
jepeux vous dire
D'unHerosque le monde admire
Dont vous neſoyiez convaincus.
Il ne s'agit icy d'exploits , ni de
combats ;
Mais d'un trait à mes yeux plus
beaw qu'une Victoire ,
DuMercure en defordre itenrichic
l'Histoire ,
De l'éclat d'un prefent qu'il ne
meritoit pas .
Que puis-jedire de moins ,&
que ne penſay- je pas davantage
desbienfaits que ce Prince , le
premier qui aitcoupé le noeudde
mon infortune , vient de répan
Ddijuch
316 MFRCURE
dre ſur moy. Je vous demande
engrace à ce ſujet,de ſouffrir que
je mette en cetendroit Mercure
àmaplace, &je vous prie de luy
accorder la liberté de vous entretenir
un moment de ſes fantaifies
,ce qu'il vous dira , contribuëra
fur ma parole , à vous
amener plus agréablement la
petite Hiſtoire que je dois vous
conter le mois prochain.
Ilya , dit- il , (& il eſt à propos
que vous le ſçachiez ) une
grande difference entre le fils de
Jupiter & moy. Je n'ay de rapport
avec ce Meſſager des Dieux
queceluyde ſon matheur , lorfque
ſon pere , (avec connoiſſance
de cauſe apparamment ) s'aviſa
de le chaſſer du Ciel. Du
refte nous n'avons rien de communl'un
avec l'autre. Encore ne
GALANT. 317
fçay - je guerre , fi nous nous
reffemblons paſſablement dans
le ſeul articleque jeviens dedire,
car je ſuppoſe qu'iſſu de race
Divine , comme nous l'affure Ho
mere , & Denis d'Halicarnaffe ,
demandezle plutoft aux Anciens ,
il ne devoit ignorer aucun des
fecrets de la nature ,& par confequent
ſon induſtrie devoit fuppléer
parfaitement à fon infor
tune. Au lieu que moy qui ne
pourroit fans vanité prouver peut
eſtre guerre plus de nobleffe
qu'Elope , je me fuis trouvé
pluſieurs foisà la veille detomber
dans le même inconvenient
que luy , & réduit à la neceffité
d'employer tous les ſecours de
mon ignorance. Cette affreuſe
inégalité fait donc foy du peu de
D.diij
318 MERCURE
1
rapport qu'il y a entre le petit
fils de Saturne & moy ,& dé
montre que je ferois un impof
teur , ſi j'avois à la face du monde
, l'audace d'uſurper ſes titres
&de me fubroger en ſes droits ,
&que je ne fuis enun mot qu'un
Mercure adopté ſur la terre ;
mais toute qualité à part ,voyons,
vaille que vaille ,par quel degré
je ſuis enfin parvenu à faire la
conquête de celle-cy. Non ce
feroit entreprendre de vous conterdes
choſes ſurprenantes , &
le détailde mes avantures effectives
, vous étonneroit aſſeurement
plus que les fictions de
l'Infortuné Napolitain. Paſſons
plutoſt à l'examen des moyens
de conſerver ce titre , puiſqu'à
tout hazard , je m'en voy revêtu.
Vous croyez peut-eſtre que c'eſt
GALANT . 319
pour moy la Pierre Philofophale
, point du tout ; & je parie
foixante piſtoles par an , de le
porterd'une façon cent fois plus
utile & plus amuſante juſqu'à
mondernier jour , ſi cinq ou fix
grands hommes que je ſçay ,
veulent imiter la generofité de
l'Electeur de Baviere , & me
donner 200. écus de penſion
comme luy , mais je n'y penſe
pas;&voilàde fort vilaines faillies
! il eſt bon que chacun ſçache
ſes petitesaffaires,à labonne
heure ; mais il ne fautpas ſe faire
tympaniſer dans le monde par
l'image d'un honteuſe avarice...
Voilàencoreune plaiſante réfle
xion, & de quoy ſerois-je avaricieux
? moyqui ne le fus jamais
de quelque choſe , m'aviſerois
jeà preſent dele devenirde rient
1
3202
J
MERCURE
foitdit? fi de tout ce diſcours
peu vous importe , tant mieux ,
ſi vous le prennez en bonne part ...
tant mieux encore , voilà comme
je le prendrois auſſi. D'ailleurs
je raiſonne ; c'eſt un droit qui
m'eſt acquis auſſi-bien qu'à tous
les hommes & quand tous mes
diſcours ( malgré les cenſeurs
ridicules ) ſeront auſſi ſimples &
aufſiinnocents que ceux- cy , je
fuis fur qu'on me permettra de
babiller juſqu'au Jugement. Enfin
je le répete ( comme je le
croy ) Meffieurs .
Nouspouvons raisonnersur tous
les Elemens,
Parlerdu Ciel , de la Terre , & de
l'onde ,
Mais n'amusons jamais le monde ,
Aux dépens des loix du bonſens .
C'est aprés cent reflexions profondes
GALANT. 321
Qu'à tout hazard le Philosophe
admet
La matiere premiere , ou les caufes
Secondes ,
Souventfanssçavoir ce qu'il fait.
Le Sage doune dans lepiege ,
Ourit desa décision ;
Mais leSophifme qui l'affiege
Ebloüit toûjours sa raison .
Pournous ne suivons point
gles trop austeres ,
dere
Où l'esprit tôt ou tard consent à
s'enchaîner ,
Sur des principes moinsfeveres
Cherchons à nous déterminer.
e
Que nos moeursfaſſent nôtre étude
Quela vertuſoit noftre but ,
Nous aurons moins d'inquietude ,
Qu'aucun Philofophe n'en eût.
Voilàle portraitque je me fais
des idées & des obligations des
hommes ; fi je peux un jour me
322 MERCURE
L
1
former fur cette peinture ,je de.
viendray alors aſſez deſintereſſé ,
pour ne regretter jamais de ne
pas reſſembler à l'Hommeheureux
malgréluy , Conte Perſan , que je
lûs il y a quelques jours dans les
Memoires de mon Subſtitut , qui
vousle racontera comme il vous
l'a promis , à l'entrée de fonpremier
Journal .
Je tiendray en effet ma parole;
mais en attendant il eſt à propos
que je vous faſſe part de la joye
donteſt remplie maintenant tou
te la Maiſon de Bourbon. Le 27.
de cemois Madame la Princeffe
deConty mit au mondeun Prince.
Je ne doute pas que de toutes
parts on ne l'en felicite,pour moi
j'emprunteray de tous les côtez ,
&j'emploiray tous mes talents ,
mels qu'ils foient , pour annon
GALANT. 323
cer à tout le monde le preſent
qu'elle vient de faire à la France.
Boſe y fut receu , fon Difcours
fut tres éloquent, celuy
312 MERCURE
de M. Dacier qui luy répondie
le fut aufh ; mais il avoit l'air
ſi antique , que M. de laMotte
qui eſt fans contredit un-des
plus beaux & des meilleurs ef.
prits de l'Europe , ne pût s'empêcher
de luy adreſſer l'Apologue
de l'Ecreviſſe. Le mois
prochain nous reprendrons
cet article.
Mon diſcours ſur la querelle
entre les Partiſans desAnciens&
des Modernes , la Lettre
qu'écrit à un de ſes amis
un des meilleurs ſeconds de
M. de la Motte , le Paralelle
excellent des deux Catons , &
vingt
GALANT 313
vingt autres pieces detachées qui
ont heureuſement trouvé place
dans le Mercure de ce mois , tout
cela vous aura peut- être paru affez
intereſſant , Meſſieurs , pour
vous obliger à me ſçavoir quelque
gré de l'honneur que j'ayde
vousen faire part. Mais il me refte
un fait admirable , tres extraordinaire
à mon égard, & dont
le détail m'embarraſſe infiniment.
C'eſt cependant tout ce
que j'ay de meilleur à vous conter
: &malgré la foibleſſe de mes
expreſſions , j'en ſuis fi touché
que pour avoir la fatisfaction de
vous en parler à coeur ouvert, je
ne reſpecteray nullement la delicareſſe
du pas où m'engage ma
reconnoiſſance , quandl'excés de
ma gratitude devroit vous paroî
Dd Mars 1715.
314 MERCURE
tre affoiblie par la ſechereffe
de mes termes. Il est bien queſ
tion maintenant de cette frivole
confideration, &les grandshommes&
les bonnes actions n'ont
pasbeſoin pour être loüez ,de ce
faſte éloquent ,&ſouventinutile
dont on emprunte ordinairement
l'éclat pour donner du luſtre aux
moindres choses.C'eſt en un mot
de l'Electeur de Baviere dont je
veux vous parler. CePrince tendrement
aimé de nôtre Roy ,
(cette verité ſeule vaut un million
d'éloges ) cheri de tous les
François , adoré de ſes peuples ,
& l'objet des voeux de tout lev
monde , vient de quitter la France.
Son deſtin le dérobe enfin à
nosyeux. Un malheur fouverain
nous l'arrache , faffe le Ciel que
de longues années &cun bonheur
GALANT. 315
infini foient le ſceau de toutes ſes
vertus.
Mais aprés cet aveune m'embarraffez
plus ,
Et ne demandez pas quels biens
jepeux vous dire
D'unHerosque le monde admire
Dont vous neſoyiez convaincus.
Il ne s'agit icy d'exploits , ni de
combats ;
Mais d'un trait à mes yeux plus
beaw qu'une Victoire ,
DuMercure en defordre itenrichic
l'Histoire ,
De l'éclat d'un prefent qu'il ne
meritoit pas .
Que puis-jedire de moins ,&
que ne penſay- je pas davantage
desbienfaits que ce Prince , le
premier qui aitcoupé le noeudde
mon infortune , vient de répan
Ddijuch
316 MFRCURE
dre ſur moy. Je vous demande
engrace à ce ſujet,de ſouffrir que
je mette en cetendroit Mercure
àmaplace, &je vous prie de luy
accorder la liberté de vous entretenir
un moment de ſes fantaifies
,ce qu'il vous dira , contribuëra
fur ma parole , à vous
amener plus agréablement la
petite Hiſtoire que je dois vous
conter le mois prochain.
Ilya , dit- il , (& il eſt à propos
que vous le ſçachiez ) une
grande difference entre le fils de
Jupiter & moy. Je n'ay de rapport
avec ce Meſſager des Dieux
queceluyde ſon matheur , lorfque
ſon pere , (avec connoiſſance
de cauſe apparamment ) s'aviſa
de le chaſſer du Ciel. Du
refte nous n'avons rien de communl'un
avec l'autre. Encore ne
GALANT. 317
fçay - je guerre , fi nous nous
reffemblons paſſablement dans
le ſeul articleque jeviens dedire,
car je ſuppoſe qu'iſſu de race
Divine , comme nous l'affure Ho
mere , & Denis d'Halicarnaffe ,
demandezle plutoft aux Anciens ,
il ne devoit ignorer aucun des
fecrets de la nature ,& par confequent
ſon induſtrie devoit fuppléer
parfaitement à fon infor
tune. Au lieu que moy qui ne
pourroit fans vanité prouver peut
eſtre guerre plus de nobleffe
qu'Elope , je me fuis trouvé
pluſieurs foisà la veille detomber
dans le même inconvenient
que luy , & réduit à la neceffité
d'employer tous les ſecours de
mon ignorance. Cette affreuſe
inégalité fait donc foy du peu de
D.diij
318 MERCURE
1
rapport qu'il y a entre le petit
fils de Saturne & moy ,& dé
montre que je ferois un impof
teur , ſi j'avois à la face du monde
, l'audace d'uſurper ſes titres
&de me fubroger en ſes droits ,
&que je ne fuis enun mot qu'un
Mercure adopté ſur la terre ;
mais toute qualité à part ,voyons,
vaille que vaille ,par quel degré
je ſuis enfin parvenu à faire la
conquête de celle-cy. Non ce
feroit entreprendre de vous conterdes
choſes ſurprenantes , &
le détailde mes avantures effectives
, vous étonneroit aſſeurement
plus que les fictions de
l'Infortuné Napolitain. Paſſons
plutoſt à l'examen des moyens
de conſerver ce titre , puiſqu'à
tout hazard , je m'en voy revêtu.
Vous croyez peut-eſtre que c'eſt
GALANT . 319
pour moy la Pierre Philofophale
, point du tout ; & je parie
foixante piſtoles par an , de le
porterd'une façon cent fois plus
utile & plus amuſante juſqu'à
mondernier jour , ſi cinq ou fix
grands hommes que je ſçay ,
veulent imiter la generofité de
l'Electeur de Baviere , & me
donner 200. écus de penſion
comme luy , mais je n'y penſe
pas;&voilàde fort vilaines faillies
! il eſt bon que chacun ſçache
ſes petitesaffaires,à labonne
heure ; mais il ne fautpas ſe faire
tympaniſer dans le monde par
l'image d'un honteuſe avarice...
Voilàencoreune plaiſante réfle
xion, & de quoy ſerois-je avaricieux
? moyqui ne le fus jamais
de quelque choſe , m'aviſerois
jeà preſent dele devenirde rient
1
3202
J
MERCURE
foitdit? fi de tout ce diſcours
peu vous importe , tant mieux ,
ſi vous le prennez en bonne part ...
tant mieux encore , voilà comme
je le prendrois auſſi. D'ailleurs
je raiſonne ; c'eſt un droit qui
m'eſt acquis auſſi-bien qu'à tous
les hommes & quand tous mes
diſcours ( malgré les cenſeurs
ridicules ) ſeront auſſi ſimples &
aufſiinnocents que ceux- cy , je
fuis fur qu'on me permettra de
babiller juſqu'au Jugement. Enfin
je le répete ( comme je le
croy ) Meffieurs .
Nouspouvons raisonnersur tous
les Elemens,
Parlerdu Ciel , de la Terre , & de
l'onde ,
Mais n'amusons jamais le monde ,
Aux dépens des loix du bonſens .
C'est aprés cent reflexions profondes
GALANT. 321
Qu'à tout hazard le Philosophe
admet
La matiere premiere , ou les caufes
Secondes ,
Souventfanssçavoir ce qu'il fait.
Le Sage doune dans lepiege ,
Ourit desa décision ;
Mais leSophifme qui l'affiege
Ebloüit toûjours sa raison .
Pournous ne suivons point
gles trop austeres ,
dere
Où l'esprit tôt ou tard consent à
s'enchaîner ,
Sur des principes moinsfeveres
Cherchons à nous déterminer.
e
Que nos moeursfaſſent nôtre étude
Quela vertuſoit noftre but ,
Nous aurons moins d'inquietude ,
Qu'aucun Philofophe n'en eût.
Voilàle portraitque je me fais
des idées & des obligations des
hommes ; fi je peux un jour me
322 MERCURE
L
1
former fur cette peinture ,je de.
viendray alors aſſez deſintereſſé ,
pour ne regretter jamais de ne
pas reſſembler à l'Hommeheureux
malgréluy , Conte Perſan , que je
lûs il y a quelques jours dans les
Memoires de mon Subſtitut , qui
vousle racontera comme il vous
l'a promis , à l'entrée de fonpremier
Journal .
Je tiendray en effet ma parole;
mais en attendant il eſt à propos
que je vous faſſe part de la joye
donteſt remplie maintenant tou
te la Maiſon de Bourbon. Le 27.
de cemois Madame la Princeffe
deConty mit au mondeun Prince.
Je ne doute pas que de toutes
parts on ne l'en felicite,pour moi
j'emprunteray de tous les côtez ,
&j'emploiray tous mes talents ,
mels qu'ils foient , pour annon
GALANT. 323
cer à tout le monde le preſent
qu'elle vient de faire à la France.
Fermer
91
p. 329-335
Avertissement au Lecteur.
Début :
Aprés vous avoir suffisamment entretenu des affaires des autres, je [...]
Mots clefs :
Mercure, Libraire, Libraires, Public, Supplément, Volume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avertissement au Lecteur.
Avertiſſement au Lecteur.
Aprés vous avoir fuffisamment
entretenu des affaires des autres,
je vous prie de me permettre de
vous parler un peu des miennes.
Paris,comme vous sçavez,na
pas esté fait en un jour : il en est
de même de tous les établiſſemens
nouveaux des moindres particuliers
du monde. Ils ont leurs degrez,
leur élevation ,&leur chûtes
en un mot , ils efuient toutes
les revolutions du ſort , de même
que les plus grands Empires. Cette
phrase est belle ! Je n'en sçay
pasfaire d'autres : mais ce n'est
point là de quoy il est question.
Je veux seulement vous dire ,
Meffieurs , Mesdames , & Mefdemoiselles
, que je suis tous les
joursfarles épines que jeme méfie
Mars 171y. Ec
330 MERCURE
des Libraires , du publie,&de moy.
Ces trois points feront avec vôtre
permi hontepartage de cetAvertis-
Sement,&l'objet de vos attentions.
Jeme méfie des Libraires , en ce
qu'on m'a averty qu'on pourroit
contrefaire le Mercure dans les Provinces
, c'estce qui m'a determiné à
lesſigner par uneparaphe composée
de deux doubles F. &unD.enlaßez
d'unseul trait de plume, d'unefaçon
presque indéchifrable .Pajoûte que
jedonnerai un Loüis d'orà ceux qui
m'en apporteront un où ce paraphe
neferapas.Je voussupplie enmême
tems de ne plus envoierdeMemoires
pour le Mercure chez le freur Ribou
Librairefur le Quay desAugustins:
j'ay eu lemalheur de me broüiller
avec luy.Jesuis cependant perfuadé
que ,malgré cette broüillerie , il ne
mefoufleroit aucune des pieces qu'
:
GALANT. 331
on luy envoyeroit pour moy: mais je
veuxluy épargnerla peine de me les
donner. Chez D. Follet &F. Lamefle,
au bout du Pont S. Michel, an
Livre Royal , ou Claude Fombert à
costédusieurRibou,ou chez moy-même&
cela n'enfera que mieux,vous
trouverez toûjours des genspromts
àles recevoir , & à me les rendre.
Voilàpour les Libraires .
Pour le public , je croy que j'ay
tort & raison de m'en méfier : j'ay
raiſon , ſtje luy donne un mauvais
Livre ; j'ay tort ,s'il est bon.
Mais cette distinction ne me guérit
pas de la peur , & on m'assûre
tous lesjours qu'ilnefaut que trois
ou quatrefeditieux dans le monde,
pour me couler à fond. Cela eft
vray pour un tems ; & malgré
tout cela,je confens que les An
Ecij
332 MERCURE
teurs des Captifs & du Vert
Galant disent pis que pendre de
moy : mais qu'un Tailleur , dont
jen'auray pas chanté les lowanges
, pour avoir fait , à ce qu'il
dit, & contre la verité , un hạ
bit ébloüiffant de diamants , aille
me deshonorerdans tous les Caffez
de Paris , me traiter de fade &م
de mauvais plaisant , mettre en
jeu, entre sa reputation & la
mienne qui n'en font pas une bonne
, l'auguste nom d'un des plus
respectables Princes du monde,
publier en un mot qu'il a intereßé
la Famille Royale à me punir
du crime de luy avoir refusé des
lowanges ,puis-je tenir contre cette
infortune ? Aprés cela aurai-je
tort de me méfier du public ?Je
vous en fais Fuges. Je cray pourtant
que dans le fond il ne don
GALANT . 333
L
negueresdans ces panneaux : quoiqu'il
ensoit j'auray,quandje voudray
la reſſource&l'appas des belles
paroles , pour me justifier avec
luy. Paßons à notredernierpoint.
Je me méfie de moy , parce que
comme dit le proverbe , Qui trop
embraffe , mal étreint. Je me
ruine àforce de vous promettredes
milliers de nouveautez , & à les
ramaffer. Il n'y a pas jusqu'aux
portsde lettres que je paye , contre
les voeux quej'avoisfait ,&
queje renouvelle ,de n'en recevoir
que de franches. Je vous ay
né deux Volumes le mais paffé
je vous en donne autant celuy- cy.
Je revoy,je corrige , j'augmente,
je réimprime toute l'Histoire
de l'Ambassadeur de Perfe , pour
vous la donner complete le 15. ou
le 18. d'Avril. Douze jours aprés
don
334 MERCURE
je vous garantis le Mercure du
même mois , meilleur encore que
tous les autres , &j'ajoûte à celuy
de May un Volume extraordinaire
qui fera composé de toutes
les meilleures pieces que j'auray
données dans les douze Mercures
de la premiere année de mon exercice
, & tous les ans jeſuivray
la même methode. Fugez si avec
tant d'ouvrages j'ay tort de me
méfier de moy cela n'empêche
pas , quoyque je n'aye pas de fecond
, que je n'aye encoreſouvent
bien moins d'occupation que vous,
& que je ne me tuë de vous en
demander tous les jours. Donnezm'en
, Messieurs , qui vous foit
agreable , & qui me foit utiles
donnez en auffi au fieur Henry,
Tailleur demeurant ruëBetisi, chez
un Cordonnier , àcôtédel'Hôtelda
1
GALANT. 335
Mantouë ; il est encore plus habile
en habits ,que je ne lefuis enMercures
, & vous ferez bien
Aprés vous avoir fuffisamment
entretenu des affaires des autres,
je vous prie de me permettre de
vous parler un peu des miennes.
Paris,comme vous sçavez,na
pas esté fait en un jour : il en est
de même de tous les établiſſemens
nouveaux des moindres particuliers
du monde. Ils ont leurs degrez,
leur élevation ,&leur chûtes
en un mot , ils efuient toutes
les revolutions du ſort , de même
que les plus grands Empires. Cette
phrase est belle ! Je n'en sçay
pasfaire d'autres : mais ce n'est
point là de quoy il est question.
Je veux seulement vous dire ,
Meffieurs , Mesdames , & Mefdemoiselles
, que je suis tous les
joursfarles épines que jeme méfie
Mars 171y. Ec
330 MERCURE
des Libraires , du publie,&de moy.
Ces trois points feront avec vôtre
permi hontepartage de cetAvertis-
Sement,&l'objet de vos attentions.
Jeme méfie des Libraires , en ce
qu'on m'a averty qu'on pourroit
contrefaire le Mercure dans les Provinces
, c'estce qui m'a determiné à
lesſigner par uneparaphe composée
de deux doubles F. &unD.enlaßez
d'unseul trait de plume, d'unefaçon
presque indéchifrable .Pajoûte que
jedonnerai un Loüis d'orà ceux qui
m'en apporteront un où ce paraphe
neferapas.Je voussupplie enmême
tems de ne plus envoierdeMemoires
pour le Mercure chez le freur Ribou
Librairefur le Quay desAugustins:
j'ay eu lemalheur de me broüiller
avec luy.Jesuis cependant perfuadé
que ,malgré cette broüillerie , il ne
mefoufleroit aucune des pieces qu'
:
GALANT. 331
on luy envoyeroit pour moy: mais je
veuxluy épargnerla peine de me les
donner. Chez D. Follet &F. Lamefle,
au bout du Pont S. Michel, an
Livre Royal , ou Claude Fombert à
costédusieurRibou,ou chez moy-même&
cela n'enfera que mieux,vous
trouverez toûjours des genspromts
àles recevoir , & à me les rendre.
Voilàpour les Libraires .
Pour le public , je croy que j'ay
tort & raison de m'en méfier : j'ay
raiſon , ſtje luy donne un mauvais
Livre ; j'ay tort ,s'il est bon.
Mais cette distinction ne me guérit
pas de la peur , & on m'assûre
tous lesjours qu'ilnefaut que trois
ou quatrefeditieux dans le monde,
pour me couler à fond. Cela eft
vray pour un tems ; & malgré
tout cela,je confens que les An
Ecij
332 MERCURE
teurs des Captifs & du Vert
Galant disent pis que pendre de
moy : mais qu'un Tailleur , dont
jen'auray pas chanté les lowanges
, pour avoir fait , à ce qu'il
dit, & contre la verité , un hạ
bit ébloüiffant de diamants , aille
me deshonorerdans tous les Caffez
de Paris , me traiter de fade &م
de mauvais plaisant , mettre en
jeu, entre sa reputation & la
mienne qui n'en font pas une bonne
, l'auguste nom d'un des plus
respectables Princes du monde,
publier en un mot qu'il a intereßé
la Famille Royale à me punir
du crime de luy avoir refusé des
lowanges ,puis-je tenir contre cette
infortune ? Aprés cela aurai-je
tort de me méfier du public ?Je
vous en fais Fuges. Je cray pourtant
que dans le fond il ne don
GALANT . 333
L
negueresdans ces panneaux : quoiqu'il
ensoit j'auray,quandje voudray
la reſſource&l'appas des belles
paroles , pour me justifier avec
luy. Paßons à notredernierpoint.
Je me méfie de moy , parce que
comme dit le proverbe , Qui trop
embraffe , mal étreint. Je me
ruine àforce de vous promettredes
milliers de nouveautez , & à les
ramaffer. Il n'y a pas jusqu'aux
portsde lettres que je paye , contre
les voeux quej'avoisfait ,&
queje renouvelle ,de n'en recevoir
que de franches. Je vous ay
né deux Volumes le mais paffé
je vous en donne autant celuy- cy.
Je revoy,je corrige , j'augmente,
je réimprime toute l'Histoire
de l'Ambassadeur de Perfe , pour
vous la donner complete le 15. ou
le 18. d'Avril. Douze jours aprés
don
334 MERCURE
je vous garantis le Mercure du
même mois , meilleur encore que
tous les autres , &j'ajoûte à celuy
de May un Volume extraordinaire
qui fera composé de toutes
les meilleures pieces que j'auray
données dans les douze Mercures
de la premiere année de mon exercice
, & tous les ans jeſuivray
la même methode. Fugez si avec
tant d'ouvrages j'ay tort de me
méfier de moy cela n'empêche
pas , quoyque je n'aye pas de fecond
, que je n'aye encoreſouvent
bien moins d'occupation que vous,
& que je ne me tuë de vous en
demander tous les jours. Donnezm'en
, Messieurs , qui vous foit
agreable , & qui me foit utiles
donnez en auffi au fieur Henry,
Tailleur demeurant ruëBetisi, chez
un Cordonnier , àcôtédel'Hôtelda
1
GALANT. 335
Mantouë ; il est encore plus habile
en habits ,que je ne lefuis enMercures
, & vous ferez bien
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92
p. 3-9
Prelude où l'Auteur se met au vert. [titre d'après la table]
Début :
On se plaint (& l'on a apparemment ses raisons [...]
Mots clefs :
Public, Mercure, Lettre, Savant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude où l'Auteur se met au vert. [titre d'après la table]
N se plaint( & l'on a
apparemment ses raisons
pour cela) de ce
que je prends ( illustre,tréssage,
& trés-éclairé Public)la
liberté de vous adresser la parole,
fous le titre de Messieurs,
de Mesdames, & de Mefdemoitcllcs.
J'ay déja eu,douze
fois au moins, l'honneur de
.vous dire que je ne suivois la
methode de personne, que les
principes des autres n'étoient
pas les miens, & que je donnois
tout aux caprices, & peu
dechose
, ou rien,aux regles.
Si cela ne suffit pas pour me
justifier auprésde vous, écoutez
un supplement de bonnes
& de mauvaises raisons, j'en
ay pour tout le monde.
En suis-jeplusaudacieux,
Pour suivre une route nouvelle?
Avons-nous besoin de modele
Pournousfaireunnomglorieux?
D'ailleurs ce qu'il y a en Europe
de plusgrand en hommes
& en femmes, a adopté
les termes que l'on veut me
supprimer ;la Cour en a ri ,&
ce n'est pas peu que de la faire
rire: la Ville n'a pas été plus
difficile que la Cour, jusqu'icy
cela ne va pas mal; mais un tas
de Sçavants antiques, & qua- -
tre Modernes qui ne m'aiment
pas,s'en font scandalisez. Voila
bien de quoym'arrêter.
Au reste,Messieurs, & je
parle avec respect à tout le
monde,en vertu du droit que
j'ay de le faire, permettezmoy
de vous dire que vousne
connoissez guere vôtre Mercure.
Il eu cependant bon que
vous le connoissiez plûtôt que
plus tard, & voicy encore une,
fois son portrait
Je ne suis ni bon
,
ni méchant
,/ii flatteur, ni cinique,
quand je trouvema belle à dire
du bien,je ne m'épargne pas;
j'attaque cependant mon Livre
& mapersonne,comme j'attaquerois
encore, si c'étoit à
refaire, le VertGalant, les
Captifs, & tout ce qui leur ressemble.
Loin de me piquer d'être
(pavane; je traite la science
en Grenadier, & je croy , en
un mo* ,
qu'il ne me manque
pour valoir quelque chose,
que l'usage exquis des finances
, & le bon sens de nos plus
sages contemporains. J'ajoute
à cela que je vous donne mon
Livre,comme je vous donnerois
une Lettre; que je souhaite,
ardemment me corriger de
mes dcffauts
,
s'il est vray queje
ne fois pas incorrigible, que
pour ne pas meriter l'honneur
de passer pour sçavant ; les Lan
gues & les Pays que je connois
le mieux, font ceux donc
je parle le moins;qu'enfin l'on
me verra toûjours exact à répondre
à tout le monde, &
prompt à piller de tous lescôtez
ce qui pourra serviràvous
amuser.Voilamesintentions,
Messieurs
J
contribuez à me
fournir des matieres, & vous
verrez que je vous meneray
peut être plus loin qu'aucun
des deffunts Mercures ne vous
amenez. Aureste,passez moy
bien des choses, il y va de vôtre
interêt de me ménager, &
du mien de vous plaire ;mais
si vous êtes trop difficiles, tant
pis pour vous.
Dispensez moy de la peine
de vousaller deterrer de belles
expressions, pour corriger en
quelque façon la franchise de
mOIT compliment. Ce seroit
peine & tems perdu.
apparemment ses raisons
pour cela) de ce
que je prends ( illustre,tréssage,
& trés-éclairé Public)la
liberté de vous adresser la parole,
fous le titre de Messieurs,
de Mesdames, & de Mefdemoitcllcs.
J'ay déja eu,douze
fois au moins, l'honneur de
.vous dire que je ne suivois la
methode de personne, que les
principes des autres n'étoient
pas les miens, & que je donnois
tout aux caprices, & peu
dechose
, ou rien,aux regles.
Si cela ne suffit pas pour me
justifier auprésde vous, écoutez
un supplement de bonnes
& de mauvaises raisons, j'en
ay pour tout le monde.
En suis-jeplusaudacieux,
Pour suivre une route nouvelle?
Avons-nous besoin de modele
Pournousfaireunnomglorieux?
D'ailleurs ce qu'il y a en Europe
de plusgrand en hommes
& en femmes, a adopté
les termes que l'on veut me
supprimer ;la Cour en a ri ,&
ce n'est pas peu que de la faire
rire: la Ville n'a pas été plus
difficile que la Cour, jusqu'icy
cela ne va pas mal; mais un tas
de Sçavants antiques, & qua- -
tre Modernes qui ne m'aiment
pas,s'en font scandalisez. Voila
bien de quoym'arrêter.
Au reste,Messieurs, & je
parle avec respect à tout le
monde,en vertu du droit que
j'ay de le faire, permettezmoy
de vous dire que vousne
connoissez guere vôtre Mercure.
Il eu cependant bon que
vous le connoissiez plûtôt que
plus tard, & voicy encore une,
fois son portrait
Je ne suis ni bon
,
ni méchant
,/ii flatteur, ni cinique,
quand je trouvema belle à dire
du bien,je ne m'épargne pas;
j'attaque cependant mon Livre
& mapersonne,comme j'attaquerois
encore, si c'étoit à
refaire, le VertGalant, les
Captifs, & tout ce qui leur ressemble.
Loin de me piquer d'être
(pavane; je traite la science
en Grenadier, & je croy , en
un mo* ,
qu'il ne me manque
pour valoir quelque chose,
que l'usage exquis des finances
, & le bon sens de nos plus
sages contemporains. J'ajoute
à cela que je vous donne mon
Livre,comme je vous donnerois
une Lettre; que je souhaite,
ardemment me corriger de
mes dcffauts
,
s'il est vray queje
ne fois pas incorrigible, que
pour ne pas meriter l'honneur
de passer pour sçavant ; les Lan
gues & les Pays que je connois
le mieux, font ceux donc
je parle le moins;qu'enfin l'on
me verra toûjours exact à répondre
à tout le monde, &
prompt à piller de tous lescôtez
ce qui pourra serviràvous
amuser.Voilamesintentions,
Messieurs
J
contribuez à me
fournir des matieres, & vous
verrez que je vous meneray
peut être plus loin qu'aucun
des deffunts Mercures ne vous
amenez. Aureste,passez moy
bien des choses, il y va de vôtre
interêt de me ménager, &
du mien de vous plaire ;mais
si vous êtes trop difficiles, tant
pis pour vous.
Dispensez moy de la peine
de vousaller deterrer de belles
expressions, pour corriger en
quelque façon la franchise de
mOIT compliment. Ce seroit
peine & tems perdu.
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93
p. 54-56
Lettre d'un Ancien à l'Auteur, qui déclare aujourd'huy publiquement qu'il n'est ni Ancien ni Moderne. [titre d'après la table]
Début :
On se plaignoit, Monsieur, l'autre jour dans une maison, de [...]
Mots clefs :
Parallèle, Mercure, Dispute d'Homère, Neutralité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre d'un Ancien à l'Auteur, qui déclare aujourd'huy publiquement qu'il n'est ni Ancien ni Moderne. [titre d'après la table]
Onsi plaignait, Monjteuf,
l'autre jour dans une maison, de
,
ce que dans la dispute d'Homere
nous riavie% point pris le parti
de la neutralité; on disoit que
l'interestdu Mercure étoitd'appel
1erafoitous les combatans, de
recevoir toutes leurs pieces. J'ay
soutenu que vous ne demandiez
pas mieux, la preuve que fen
1
donnayfut depromettresurvotre
parole,queleparalelleparoifroit
i
dans le Mercureprochain; on
f vousfournira dans lafuite vingtquatre
pieces en voilàpour2ans.
; Je réponds, Monsieur, à
! cette obligeance promesse
,
; quevousne juriez me faire
t plus deplaisir que de metenir
- parole, & que je recevray
toutes les picces qu'on m'enverra
de part & d'autre sur
cette sçavance querelle, en
homme qui ne s'interesse de
bonne foy aux fuites qu'elle
peut avoir,qu'à proportion
du mouvement qu'elle doit
donner à mes Livres, donc
j'espere qu'elle me fera multi.
plier les exemplaires.
l'autre jour dans une maison, de
,
ce que dans la dispute d'Homere
nous riavie% point pris le parti
de la neutralité; on disoit que
l'interestdu Mercure étoitd'appel
1erafoitous les combatans, de
recevoir toutes leurs pieces. J'ay
soutenu que vous ne demandiez
pas mieux, la preuve que fen
1
donnayfut depromettresurvotre
parole,queleparalelleparoifroit
i
dans le Mercureprochain; on
f vousfournira dans lafuite vingtquatre
pieces en voilàpour2ans.
; Je réponds, Monsieur, à
! cette obligeance promesse
,
; quevousne juriez me faire
t plus deplaisir que de metenir
- parole, & que je recevray
toutes les picces qu'on m'enverra
de part & d'autre sur
cette sçavance querelle, en
homme qui ne s'interesse de
bonne foy aux fuites qu'elle
peut avoir,qu'à proportion
du mouvement qu'elle doit
donner à mes Livres, donc
j'espere qu'elle me fera multi.
plier les exemplaires.
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94
p. 201-204
Discours où l'Auteur se surpasse. [titre d'après la table]
Début :
Que ce que vous allez lire, Messieurs, soit bien ou mal [...]
Mots clefs :
Modernes, Anciens, Académie française, Érudition, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours où l'Auteur se surpasse. [titre d'après la table]
Quece que vous allez lire
Messieurs, , soit bien ou mal
conçu avec ce que vous avez
lû, que vous importe > vous
estes bien à cela prés, avec
moy. Vous sçavezque je n'ay
pas fait voeu de ne pas vous
laisser la liberté de reprendre
haleine
,
d'ailleurs il n'y a
point de loy qui m'oblige
vous faireenjamber régulière
ment toutes les pieces du Mercure.
Ainsi soit. Je vous diray
donc, faufvostremeilleur
avis, que l'usage où j'ay éd
jusqu'à present de vous donner
des extraies des discours
de l'Academie Françoise
,
est
un usage que je supprime cc
moiscy pour deux ou trois
raisons; la premiere c'est que
jusqu'à present mon Livre me
paroistsisçavant, que j'aurois
peur de vous ennuyer & de
vous fatiguer si je faisois avec
vous denouveaux frais deriïdition,
la seconde c'est que j'ay
appris de bonne parc, que c'est
déchirer les entrailles des Sçavants
,
quedes'aviser de donner
leurs penséespar extraits y
& enfin c'est que je n'aynyle
lieu ny le loisir de faire aujourd'huy
ceux dont il est question:
J'en suis pourtant bien fâché ,
car M. de Boze qui fut receu â
l'Acadcmie Françoise le 30;
du mois passé, y fit un discours
qui fut applaudi generalement
de tous ses Auditeurs, & d'ailleurs
,
il est particulièrement
digne d'une estime univerfclle.
M. Dacier, Secretaire perpetuelle
de l'AcademieFrançoise
luy répondit avec beaucoup
de force & d'éloquence : j'eus
l'honneur d'entendre son dif
coursou , en Protecteur déclaré
des Anciens, il attaqua
vivementles Modernes.
Messieurs, , soit bien ou mal
conçu avec ce que vous avez
lû, que vous importe > vous
estes bien à cela prés, avec
moy. Vous sçavezque je n'ay
pas fait voeu de ne pas vous
laisser la liberté de reprendre
haleine
,
d'ailleurs il n'y a
point de loy qui m'oblige
vous faireenjamber régulière
ment toutes les pieces du Mercure.
Ainsi soit. Je vous diray
donc, faufvostremeilleur
avis, que l'usage où j'ay éd
jusqu'à present de vous donner
des extraies des discours
de l'Academie Françoise
,
est
un usage que je supprime cc
moiscy pour deux ou trois
raisons; la premiere c'est que
jusqu'à present mon Livre me
paroistsisçavant, que j'aurois
peur de vous ennuyer & de
vous fatiguer si je faisois avec
vous denouveaux frais deriïdition,
la seconde c'est que j'ay
appris de bonne parc, que c'est
déchirer les entrailles des Sçavants
,
quedes'aviser de donner
leurs penséespar extraits y
& enfin c'est que je n'aynyle
lieu ny le loisir de faire aujourd'huy
ceux dont il est question:
J'en suis pourtant bien fâché ,
car M. de Boze qui fut receu â
l'Acadcmie Françoise le 30;
du mois passé, y fit un discours
qui fut applaudi generalement
de tous ses Auditeurs, & d'ailleurs
,
il est particulièrement
digne d'une estime univerfclle.
M. Dacier, Secretaire perpetuelle
de l'AcademieFrançoise
luy répondit avec beaucoup
de force & d'éloquence : j'eus
l'honneur d'entendre son dif
coursou , en Protecteur déclaré
des Anciens, il attaqua
vivementles Modernes.
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95
p. 208-210
« Je n'eus pas plûtôt entendu cette Fable, & les suffrages [...] »
Début :
Je n'eus pas plûtôt entendu cette Fable, & les suffrages [...]
Mots clefs :
Mercure, Larcins, Voleur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je n'eus pas plûtôt entendu cette Fable, & les suffrages [...] »
Je n'eus pas plûtôt entendu
cette Fable
,
& les suffrages
qu'elle avoit attirez à son Auteur,
que je me dérobay de
l'Académie
l'Académie comme un voleur;
jegagnay aussitôt mon logis,
j'y dépofay d'abord mon larcin,
& plus content de moy
que si l'on m'eût donné de
quoy payer mes dettes, je regarday
d'un cet! tranquille un
tas de papiers cachetez qu'en
moins de deux heures on avoit
apportez chez moy. Je les ouvris
tous les uns après les auprès.
Bon Dieu! que je lûs de
ottises! desesperant enfin de
rien trouver qui me satisfit, je
recommençay à me feliciter du
iol que jevenois de faireà M.
le la Mocte. Cependant je mis
indifferemment la main su
une Lettre donc je lûsl'adrest
en pensant à autre chose. L
titre de Mercure enrichi d
plusieurs belles épithetes, m
fit ouvrir les yeux.
cette Fable
,
& les suffrages
qu'elle avoit attirez à son Auteur,
que je me dérobay de
l'Académie
l'Académie comme un voleur;
jegagnay aussitôt mon logis,
j'y dépofay d'abord mon larcin,
& plus content de moy
que si l'on m'eût donné de
quoy payer mes dettes, je regarday
d'un cet! tranquille un
tas de papiers cachetez qu'en
moins de deux heures on avoit
apportez chez moy. Je les ouvris
tous les uns après les auprès.
Bon Dieu! que je lûs de
ottises! desesperant enfin de
rien trouver qui me satisfit, je
recommençay à me feliciter du
iol que jevenois de faireà M.
le la Mocte. Cependant je mis
indifferemment la main su
une Lettre donc je lûsl'adrest
en pensant à autre chose. L
titre de Mercure enrichi d
plusieurs belles épithetes, m
fit ouvrir les yeux.
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96
p. 273-275
Belle réflexion de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Le Compliment n'est point énigmatique, & je ne doute [...]
Mots clefs :
Mercure, Beau
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texteReconnaissance textuelle : Belle réflexion de l'Auteur. [titre d'après la table]
Le Compliment nest
point énigmatique
,
& je
ne douce pas que le beau
Sexe ne fouhaitte après
avoir lû ce Sonnet, en te.
nir l'Autheur pour se donner
le plaisir de lui laver la
teste d'importance. Pour
moi, Mesdames, quoi que
je sçache assez.ce que j'en,
pense
,
je vous assûre que
je m'en lave les mains, &
quej'aimerois mieux re- qID teux re~.
noncer à jamaisà l'honneur
que j'ay d'estre votre
Mercure, que vous dire
aucune de ces veritezdésobligeantes;
au contraire,
je chercherai tousjours a
vous amuser de tout, mesme
des injures que vous -
vous faites dire par les gens
que vous mettez de mauvasse
humeur. Ainsi en
beau, en laid, en petit &
- en grand, je vous prie de
compter toujours sur moi.
point énigmatique
,
& je
ne douce pas que le beau
Sexe ne fouhaitte après
avoir lû ce Sonnet, en te.
nir l'Autheur pour se donner
le plaisir de lui laver la
teste d'importance. Pour
moi, Mesdames, quoi que
je sçache assez.ce que j'en,
pense
,
je vous assûre que
je m'en lave les mains, &
quej'aimerois mieux re- qID teux re~.
noncer à jamaisà l'honneur
que j'ay d'estre votre
Mercure, que vous dire
aucune de ces veritezdésobligeantes;
au contraire,
je chercherai tousjours a
vous amuser de tout, mesme
des injures que vous -
vous faites dire par les gens
que vous mettez de mauvasse
humeur. Ainsi en
beau, en laid, en petit &
- en grand, je vous prie de
compter toujours sur moi.
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97
p. 277-279
« Avant de vous donner les énigmes de ce mois, il [...] »
Début :
Avant de vous donner les énigmes de ce mois, il [...]
Mots clefs :
Énigmes, Mercure
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texteReconnaissance textuelle : « Avant de vous donner les énigmes de ce mois, il [...] »
Avant de vous donner
les énigmes de ce mois,
il est à propos que je recommande
àtous ceux ôc
celles qui en sçavent faire
de m'en envoyer. Outre
que c'est un ouvrage dont
on doit en conscience me1ppargner
la façon, n'elt
-
il
pas juste de vous proposer
quelque fois des moyens
d'exercer votre imagination,
jesçai que c'est belle
malice & pure paresie, si
vous ne m'en envoyez pas,
vous le pouvez faire aisément.
Je n'exige point de
vous, que vous imitiez
l'exemple d'un genereux
anonime qui d'un coup de
filet, m'en a envoyé une
demie douzaine: mais je
vous invite feulement à
ne m'en pas laissermanquer.
Je me glisse adroitement
moi-même dans
tant d'autres endroits du
Mercure, que je croi que
vousn'avez tout au plus
que quelquesnégligences
à me reprocher, encore
1
est-ce plutôt la faute du
mois qui elt toûjours trop
court, que ce n'est la
mienne.
les énigmes de ce mois,
il est à propos que je recommande
àtous ceux ôc
celles qui en sçavent faire
de m'en envoyer. Outre
que c'est un ouvrage dont
on doit en conscience me1ppargner
la façon, n'elt
-
il
pas juste de vous proposer
quelque fois des moyens
d'exercer votre imagination,
jesçai que c'est belle
malice & pure paresie, si
vous ne m'en envoyez pas,
vous le pouvez faire aisément.
Je n'exige point de
vous, que vous imitiez
l'exemple d'un genereux
anonime qui d'un coup de
filet, m'en a envoyé une
demie douzaine: mais je
vous invite feulement à
ne m'en pas laissermanquer.
Je me glisse adroitement
moi-même dans
tant d'autres endroits du
Mercure, que je croi que
vousn'avez tout au plus
que quelquesnégligences
à me reprocher, encore
1
est-ce plutôt la faute du
mois qui elt toûjours trop
court, que ce n'est la
mienne.
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98
p. 327-330
AVERTISSEMENT.
Début :
MESSIEURS, Aprés vous avoir parlé suffisamment, pour, contre, & au [...]
Mots clefs :
Mercure, Journal de l'Ambassadeur de Perse, Mémoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
MESSIEURS.
jiprês vous avoir parlé suffisamment,
pour, contre, & au
mmde tout le monde, ne trouve%
pas hors de propos que je âise un
mot pour moy. Vous auriez premierement
eû le Mercure de ce
mois le premier ou le second jour
de May,si les Fêtes n'estoient
.pas venuësensigrand nombre;
d'ailleurs leJournalde l* AfnbajJÃdeur
de Perjeque j'ay esté obligé
de refondre entierement, pour
enfaire un tissu d'Histoire veritable
,
sans aucun pillage des
Voyageurs comme celuy queltry
declaré danslapremiereRelation
que j'ayfaite des Avanturesde
cet Ambassadeur
,
n'a paspeu
contribuéà ce retardenientAnsi
me voilà bien ou mal jnstifiésur
cet article.Passons aux autres.
Je (upprime mon paraphe pour
ce mois cy ,
plus par raison d'inconstance
;queparraisondeparesse
ou de timidité.Mais je vous
avoue
avouëque tous ces changements
ne ,n'arri1.Jent.J que faute de fia.
voir de quel cossémetourner,
Je vous répete
,
MLfFours;
&je croy que je feray obligé de
-
vous le répeter long-temps,que
-
vous me ferez un vray pUiftr
de m'envoyer plus de memoires
encore que vous nem'en envoyz,
aprés en avoir du moins affranchileport.
Vous me dispetiserez
si je ne metrompe de vous conter
mesgriefssur ce point
,
sinon je
vous asseure que je vous prieray
tous les mois de me prêter dix
pistles.Auresteje vous ay donné
quatorze volumes en douze
mois:ily am an complet queje
fuis à vostreservice
,
n'est-il pas
jufle queje vousdemande mes
MESSIEURS.
jiprês vous avoir parlé suffisamment,
pour, contre, & au
mmde tout le monde, ne trouve%
pas hors de propos que je âise un
mot pour moy. Vous auriez premierement
eû le Mercure de ce
mois le premier ou le second jour
de May,si les Fêtes n'estoient
.pas venuësensigrand nombre;
d'ailleurs leJournalde l* AfnbajJÃdeur
de Perjeque j'ay esté obligé
de refondre entierement, pour
enfaire un tissu d'Histoire veritable
,
sans aucun pillage des
Voyageurs comme celuy queltry
declaré danslapremiereRelation
que j'ayfaite des Avanturesde
cet Ambassadeur
,
n'a paspeu
contribuéà ce retardenientAnsi
me voilà bien ou mal jnstifiésur
cet article.Passons aux autres.
Je (upprime mon paraphe pour
ce mois cy ,
plus par raison d'inconstance
;queparraisondeparesse
ou de timidité.Mais je vous
avoue
avouëque tous ces changements
ne ,n'arri1.Jent.J que faute de fia.
voir de quel cossémetourner,
Je vous répete
,
MLfFours;
&je croy que je feray obligé de
-
vous le répeter long-temps,que
-
vous me ferez un vray pUiftr
de m'envoyer plus de memoires
encore que vous nem'en envoyz,
aprés en avoir du moins affranchileport.
Vous me dispetiserez
si je ne metrompe de vous conter
mesgriefssur ce point
,
sinon je
vous asseure que je vous prieray
tous les mois de me prêter dix
pistles.Auresteje vous ay donné
quatorze volumes en douze
mois:ily am an complet queje
fuis à vostreservice
,
n'est-il pas
jufle queje vousdemande mes
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99
p. 3-9
Dedicace où l'Auteur s'épanoüit. [titre d'après la table]
Début :
MADAME, Soyez chimere, ou soyez effectivement un objet choisi dans [...]
Mots clefs :
Mercure, Lecteurs, Madame
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texteReconnaissance textuelle : Dedicace où l'Auteur s'épanoüit. [titre d'après la table]
MERCURE
NOUVEAU
MADAME ,
LYON
*
1893*77
Soyez une chimere , ou ſoyez
eff tivement un objet choiſi
dans mon idée , qu'importe à
tout le genre humain , qui ne
vous connoiſt peut- être pas
Juin 1715. Aij
4 MERCURE
plus que moy. Pourvû que
mes Lecteurs ne perdent rien
à cela , vôtre état leur doit
être indifferent ; au reſte , ſi je
ne vous adreſſe ces mots que
pour obéir à l'ordre que vous
m'avez donné de vous écrire
publiquement , prenez pour
•vous ce qui vous conviendra
dans ce volume , & c'eſt aſſez .
Mais ſi vous n'étes rien moins
qu'un objet réel ( comme cela
peut fort bien eſtre , ) je prie
la premiere perſonne du beau
ſexe qui me lira , de quelque
âge, figure ,& condition qu'elle
ſoit , de me permettre de la
い
GALANT.
2
regarder avant l'execution de
cette grande & penible entrepriſe
, comme la Dame de mes
penſées. Ainfi , Madame , qui
que vous ſoyez , je vous promets
que vous ferez , bon gré
malgré , pendant le cours de
ce mois cy , maDulcinée ;& je
vais de ce pas , en cas quequelque
maudit Enchanteur vous
ait maleficié , courir de Province
en Province , & m'expoſer
à bien des hazards
pour vous deſenchanter. Exceptez
neanmoins , des avantures
auſquelles je conſens à
m'expoſer pour vous , celle de
A iij
6 MERCURE
la caverne de Montezinos , &
les trois mille cinq cent coups
de foüet ſtipulez pour vôtre
délivrance ; parce que je n'ay
point de Sancho ſur qui je
puſſe me repoſerdu ſoind'accomplir
une pareille penitence.
Du reſte quand je devrois
eſtre moulu de coups , &
d'Epigrammes , comptez fur
mon bras , & fur mes aîles ,
& foyez perfuadée que le
valeureux Chevalier qui vous
offre avec tant de courtoiſic
ſes tres - humbles ſervices
ſe mocque à bon eſcient
des Enchanteurs & des
GALANT. 7
:
enchantemens mêmes de tous
les Operas du monde. En un
mot , Madame , je diffiperay fi
je peux les nuages qui vous environnent
, je vous deſfilleray
* les yeux , je vous montreray le
ridicule des uns & des autres ,
&je vous rendray tout le bon
ſens que vous aviez avant d'être
enchantée. Vous croyez
peut être que l'operation de
ces merveilles me coûtera bien
des peines ; point du tout. Je
preſenteray naturellement à
vôtre imagination tout ce qu'-
on peut oppofer de plus ſimple
à vos erreurs. Je vous dé-
A iiij
8 MERCURE
1
biteraydes nouvelles qui n'auront
point paflé par le creuſer
des Nouvelliſtes ; les Hiſtoires
galantes que je vous conteray
ne devront point à mes fictions
le caractere de verité
qu'elles auront. Si je vous engage
à lire quelques Memoires
litteraires , je feray en forte
que vous ne les trouviez pas
plus ſçavans que moy. Enfin
que je médiſe ou que je loüe ,
que je mette en paralelle les
Spectacles badins de la Foire,
avec la ridicule gravité des autres
, que je vous annonce Arlequin
pour un veritable AcGALANT.
9
teur ,& Roſcius pour un Trivelin
, comptez que je n'executeray
aucun de ces projets ,
queparceque le ſenscommon,
le goût du public, &la raiſon
me détermineront à le faire.
Ainſi ſoit. Commençons , s'il
vous plaiſt , par quelque chofe.
NOUVEAU
MADAME ,
LYON
*
1893*77
Soyez une chimere , ou ſoyez
eff tivement un objet choiſi
dans mon idée , qu'importe à
tout le genre humain , qui ne
vous connoiſt peut- être pas
Juin 1715. Aij
4 MERCURE
plus que moy. Pourvû que
mes Lecteurs ne perdent rien
à cela , vôtre état leur doit
être indifferent ; au reſte , ſi je
ne vous adreſſe ces mots que
pour obéir à l'ordre que vous
m'avez donné de vous écrire
publiquement , prenez pour
•vous ce qui vous conviendra
dans ce volume , & c'eſt aſſez .
Mais ſi vous n'étes rien moins
qu'un objet réel ( comme cela
peut fort bien eſtre , ) je prie
la premiere perſonne du beau
ſexe qui me lira , de quelque
âge, figure ,& condition qu'elle
ſoit , de me permettre de la
い
GALANT.
2
regarder avant l'execution de
cette grande & penible entrepriſe
, comme la Dame de mes
penſées. Ainfi , Madame , qui
que vous ſoyez , je vous promets
que vous ferez , bon gré
malgré , pendant le cours de
ce mois cy , maDulcinée ;& je
vais de ce pas , en cas quequelque
maudit Enchanteur vous
ait maleficié , courir de Province
en Province , & m'expoſer
à bien des hazards
pour vous deſenchanter. Exceptez
neanmoins , des avantures
auſquelles je conſens à
m'expoſer pour vous , celle de
A iij
6 MERCURE
la caverne de Montezinos , &
les trois mille cinq cent coups
de foüet ſtipulez pour vôtre
délivrance ; parce que je n'ay
point de Sancho ſur qui je
puſſe me repoſerdu ſoind'accomplir
une pareille penitence.
Du reſte quand je devrois
eſtre moulu de coups , &
d'Epigrammes , comptez fur
mon bras , & fur mes aîles ,
& foyez perfuadée que le
valeureux Chevalier qui vous
offre avec tant de courtoiſic
ſes tres - humbles ſervices
ſe mocque à bon eſcient
des Enchanteurs & des
GALANT. 7
:
enchantemens mêmes de tous
les Operas du monde. En un
mot , Madame , je diffiperay fi
je peux les nuages qui vous environnent
, je vous deſfilleray
* les yeux , je vous montreray le
ridicule des uns & des autres ,
&je vous rendray tout le bon
ſens que vous aviez avant d'être
enchantée. Vous croyez
peut être que l'operation de
ces merveilles me coûtera bien
des peines ; point du tout. Je
preſenteray naturellement à
vôtre imagination tout ce qu'-
on peut oppofer de plus ſimple
à vos erreurs. Je vous dé-
A iiij
8 MERCURE
1
biteraydes nouvelles qui n'auront
point paflé par le creuſer
des Nouvelliſtes ; les Hiſtoires
galantes que je vous conteray
ne devront point à mes fictions
le caractere de verité
qu'elles auront. Si je vous engage
à lire quelques Memoires
litteraires , je feray en forte
que vous ne les trouviez pas
plus ſçavans que moy. Enfin
que je médiſe ou que je loüe ,
que je mette en paralelle les
Spectacles badins de la Foire,
avec la ridicule gravité des autres
, que je vous annonce Arlequin
pour un veritable AcGALANT.
9
teur ,& Roſcius pour un Trivelin
, comptez que je n'executeray
aucun de ces projets ,
queparceque le ſenscommon,
le goût du public, &la raiſon
me détermineront à le faire.
Ainſi ſoit. Commençons , s'il
vous plaiſt , par quelque chofe.
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100
p. 141-189
DIALOGUE entre Iris, Mercure & un Moderne.
Début :
Ne me perdez pas de veuë, Madame, un de mes amis / IRIS. Hola, Mercure, hola je desesperois presque de ce [...]
Mots clefs :
Mercure, Dieux, Iris, Modernes, Poète, Poème, Aristote, Iliade, Diane, Jupiter, Vérité, Anciens, Junon, Mains, Esprit, Père, Règles, Divinité, Combat, Divin, Académicien, Saturne, Oreille, Achille, Héros, Homme, Invention , Homère, Poème épique, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DIALOGUE entre Iris, Mercure & un Moderne.
Ne me perdez pas deveuë ,
Madame , un de mes amis
veut me faire parler , tant
micux pourvous& pour tous
ceux qui me liront. Vous
allez entendre du fublime
qu'il me preſte. Je vais dialoguer
d'importance avec Iris ,
& vous dire des chofes que
vous allez regarder , comme
JeChef- d'oeuvre de mon élo.
quence. Cette promeffe , entre
nous , ne doit pas vous
étonner puiſque c'eſt àmoy
r
142 MERCURE
fivous vous en rapportez à
cequ'en ont dit eesvieux foux
de Poëtes qui m'ont divinizé ,
que l'on doit le grand are de
raiſonner . Jugez par vos propres
lumieres , s'il ont eûtort
ouraiſon de me difpenfer les
qualitez que j'ay receus d'eux
DIALOGUE
Mentre IrityMercure un
Moderne
IRIS.
د Hola ,Mercure hola je
defefperois preſque de arre
sencontrer dans ce Pays- cy;
1
GALANT. 145
je n'en puis plus zoom znov
Ate chercher me voila hors d'ha-
Voyezl'Ingrat , s'il s'en metfort
en peine, dooλο
Quen'ay-je cependant pas
fait pour te découvrir , il n'y
a pointderecoins dans laGrece&
dans le Pays Latin que je
n'aye parcouru , point de
Monts ſur lesquels je n'aye
grimpé , non pas même le
Mont Parnaffe , &malgré les
arrêts du deſtin , comme dit
Homere , toute immortelle
que l'on me croye , je ſcrois
expiréede ſoif &de laffitude ,
* 44 MERCURE
fi je ne m'eſtois rafraîchie de
l'eau Poëtique de la Fontaine
Aganipide. O la bonne liqueur
, Mercure.
4
MERCURE.
Pour du Nectar j'en bois ;
mais fi de la meilleure eau du
monde. De quoy s'agit -il
charmante Iris , cependant
de peur de l'oublier , que je
t'embraffe ma chere enfant ,
aprés quoi je t'écouterai dema
bonne oreille.
IRIS.
Treves de ces fortes de libertez
badines , je te prie, elles
eſtoient permiſes parmi nous C
B.P
autres.
GALAND 145
autres Divinitez du Regne de
Saturne d'heureuſe memoire ,
& encore plus fous celui de Jupiter
fon fils, mais depuis quelque
tems ,il faut eſtre un peu
plus engarde contre les ſaillies
dutemperament , car en cer
tain réduit du monde , il y a un
tas de Modernes au ris moqueur
qui nemanqueroient pas
doonous chanſonner ſur la
moindre privauté.ροι τους εότη
MERCURE sano
O la plaiſante défaite , comme
fi les Dieux devoient crain -
dre les couplets . A propos
eſt-ce que les Immortels font
Juin 1715. N
146 MERCURE
affez oiſifs là haut pour donner
la moindre attention à toutes
les ſotiſes qui ſe difent & fe
font ici bas ; s'entretiennentt-
ils par exemple de la nouvelle
guerre que quelques efprits
inquiets ont declaré aux
Partiſans du divin Homere .
RIRIS.OM
: Fils de Maïapeux- tu me
faire une telle demande, contme
s'il étoit permis que tu pufſes
ignorer l'importance &les
confequences de cetre fameuſe
querelle , & c'eſt la unique
ment le ſujetde mes depêches,
& pour lequel je t'ai cherché
GALANT. 147
avec tant d'inquietude&d'empreſſement
, afin que nous concertaffions
enſemble les
moyens de detourner cet oragequi
menace toute la Cour
celefte.... Comment ſi cette
affaire eft de conſequence. Oüi
ſans doute , elle intereſſe plus
que tu ne peux te l'imaginer ,
tout le Conſiſtoire des Dieux ;
nosConfreres avoientd'abord
regardé les preliminaires de
l'inſulte faite à leur Poëte ,
comme un jeu fait pour les
amuſer. Momus , mauvais railleur
, les comparoit à des Pigmées
qui voudroient entre
Nij
148 MERCURE
prendre d'eſcalader leCiel, en
s'élevant ſur des échaſſes pour
y atteindre. Comus le Farccur
a d'autres Nains , qui , plantez
fur les épaules d'un Geant , ſe
perfuadent follement qu'ils
ſont greffez ſur ſa tefte , comme
ſur un grand Sauvageon ,
s'en eſtimant la partie princi
pale, tandis qu'ils ne paroiffent
pas plus qu'une fourmi fur le
bonnet d'unAncien ,& tous les
Dicux de rire. Mais la Scene
eſt bien changée , depuis fur
tout que Jupiter a conſulté le
Grimoire des Deſtinées , il paroît
inquiet , rêveur , d'une huGALANT.
149
-
meur inſupportable , juſques à
faire perdre patience àlabelle
Junon à laquelle il cache tout
ce qu'elle voudroit ſçavoir.
Je te dirai même àl'oreille que
cette Déeſſe pouffée à bour,
lui a adreſſe ces Vers d'Homere.
*OJupiter fâcheux, plein de rudeffe
Quand ai-je eftéfi fole & indfcrete,
Tâchant sçavoir quelque chose
fecrete.
Mais toy malin concluds & deli.
beres
Salel, 1. Liv. de l'Iliade.
Niij
150 MERCURE
۱
Toûjoursfans moytes plus privez
affaires.
Aquoi leDieu répondit, Felone!
Impoſſible est que jamais rienj'or.
donne,
Que ton faulx coeur plein defufpition
,
N'entende à plein la miene intention
;
Mais d'autant plus que m'en
cuydes distraire ,
D'autant ou plus ,jefais tout le
contraire
,
Tant ſeulement pour mieux te
molester,
En te voyant à mon vuëil contester
:
GALANTISI
Or va t'affeoir , que je n'oye parolewa
2
Doreſnavant fi temeraire &
35
folle:
Donc quelquefois tranſporté de
Jump courroux ,
De mes deux mains je te baille
tels coups
Que tous les Dieux qui font en
Caffiſtence
Nepuiffent rien pour ton aide
dffenfe.
Il ne ſçait en verité à qui
s'en prendre , il vit en Tyran ,
tousjours défiant,& tremblant
que cette guerre ne lui ſoit
plus funeſte que celle que les
>
Niiij
152 MERCURE
Aloides lui declarerent jadis.
Ne t'en ſouvient-il pas .
MERCURE.
Mafoy s'il m'ensouvient , il ne
m'ensouvient gueres...
Je me rappelle cependant
quelque évenement ſemblable
que j'ai lû dans les Poëfies
d'Homere ; mais par la barbe
de Jupiter , il n'eſt plus icy
queſtion des perils paſſez , en
voilàde preſents bien réels qui
attaquent noſtre divinité ; je
connois le fils de Saturne , il
n'eſt point Dieu à s'allarmer
dedangers imaginaires ; cependant
qu'auroit - il à craindre
GALANT. 153
de ces Novateurs , à moins
qu'ils ne foient conduits par
quelque divinité inconnuëjufqu'à
preſent parmi nous autres
immortels.
IRIS.
Que tu as la judiciaire excellente
, comment as tu pû
rencontrer ſijaſte; & c'est ce
que j'avois de plus effentiel
àte communiquer , pardonne
à mon trouble ; il n'eſt que
tropcertain qu'ils ont actuellement
àleur tête une maîtreſſe
Deeſſe , les Modernes la nomment
la Raison , ils l'ont proclaméc
Reine , & le croyent
*54 MERCURE
invincibles ſous ſes étendarts.
Appuyezd'elle ,ces eſprits inquiets
font affez fiers pour
s'imaginer qu'en fuivant ſes
conſeils ,ils nous priveront
du droit d'immortalitémalgré
la priſe de poffuſion que nous
en adonnéHomere il y a trois
mille ans. Se peut il Mercure
que tu ignores des circonſtances
auſſiimportantes , puifque
tu te trouves porté dans la
Capitale où s'eſt tramée cette
étrange conjuration.
MERCURE........
Tu n'en dois point eſtre
furpris. Parmi mes differens
GALANT. Iss
"*
emplois tu ſçais que je ſuis revêtu
d'un qui m'occupe ſeul
beaucoup plusque les autres ,
c'eſt unmaître Dieu que mon
pere , a-t- il fait un figne de
tête , plus prompt que l'éclair ,
il veut eſtre obéi.
Il faudra cependant qu'il
s'enpaffe pour cette fois cy ,
car j'ay trouvé la Nymphe
plus impenetrable que Danać
àla pluye d'or , foit dit entre
nous , c'eſt la premiere qui ait
refifté à ce charmant appas..
Je reprenddone mesTalonieres
& nous retournerons au
Ciel de compagnie pour ren156
MERCURE
drecompte àmon pere de ma
commiſſion dont il ne ſerapas
content.
IRIS.
Non pas , Mercure , j'ay
ordre de te fairechanger d'oc
cupation; il faut que comme
Dieud'éloquence,tu employes
tes talens à pacifier les eſprits ;
fitu t'en trouvois même une
afez ample proviſion pour
débaucher quelques- uns des
chefs de noſtre ennemie la
Raiſon , quel fervice ſignalé ne
rendrois tu pas à toute la Cour
celeste. En mon particulier tu
ne trouveras pas une ingrate ,
GALANT. $ 57
envoilà les Arhes par avance ,
es tu content..
MERCURE.
Laiſſemoy faire aimable fille
de Thaumas , ils ſont confondus
, je les amene pieds &
mains liez faire amende honorable
devant le Tribunal de
Jupiter , en preſence du divin
Poëte ,& là à voix haute &
claire , declarer que mécham.
ment ,traitreuſement & fédicieusement
, ils ont preferé
les armes de la Raifon , pour
s'en ſervir contre le pere de la
Poëſic à qui nous fommes
redevables de tous les hon158
MERCURE
neurs dont nous joüiffons
dans l'Olimpe... Mais j'apperçois
quelqu'un marchant à
noſtre rencontre , ſeroit- cc
point par hazard un de ces
ſéditieux Modernes qui vient
mediter icy quelqueconſpiration
contre la vicille Iliade.
Avant qu'il ſoit plus prés , il
me vient un deſſein que tu
ne dois pas deſapprouver , je
vais me transformer en Aca.
demicien de l'ancienne Ecole ,
&toy tu te donneras pour
une femme ſcavante ; comme
tu poſſedes parfaitement les
AntiquitezGreques &Romai
GALANT. 159
nes , tu me fourniras des citations
au beſoin.
MIRIS.
En verité tu es un admirable
Comedien,voyons toutefois,
commetu joüeras ce nouveau
tolle& fi tu me tiendras
parole, jetejure foy deDéeſſe
deluy adreſſer des injuresqui
ne lecederontpoint enharmonicàcelleque
Junon dit de fi
boncoeur àJupiter lorſqu'elle
a ſes vapeurstondlaparoift
chercherquelque chose qu'il a
égaré, fers toydecet àpropos
pour l'aborder & luy offrir
tes ſervices,je te fuis de prés.
160 MERCURE
MERCURE.
Chut, nedis mot... Monſieur
ſans trop de liberté ne
pourrois - je pas vous eſtre bon
à la recherche que vous faites,
j'ay aumoins de bons yeux.
LEMODERNE. tv .
Lachoſe M. ne merite pas
que vous partagiez ce ſoin
avecmoy j'en ſuis même par
avance confolé , ce n'eſt qu'un
tome d'une Traduction d'Homere
en proſe avec des remarques
qui par conſequent ne
m'ennuiront pas d'avantage.
Je crois que je me conſolerois
auſſi aiſement, ſi j'avois perdu
un
GALANT. 16г
un autre gros billot que voilà
quieſt le pendant d'oreille de
l'original.
MERCUR MERCURE Académicien.
Ace peu de paroles , il n'eſt
pas difficile de deviner que
vous n'avez pas des ſentimens
bien favorables pour tout ce
qui s'appelleHomere,les miens
font bien oppoſez aux voftres ,
il a au contraire pour moi des
beautez furnaturelles , & il me
ſeroit facile d'en faire l'apologie
; à ce dégoût ſi marqué , je
ne crois pas vous offenſer ſi je
vous eltime unAnti- Homerif.
te du premier rang
Juin 1715. Ο
162 MERCURE
:
LE MODERNE.
Le nom ne fait rien à la
queſtion preſente, mais jedoute
M. qu'un homme d'eſprit
oſe jamais deffendre une ſi
mauvaiſe cauſe ; on aura beau
faire , & chercher , jamais on
n'y decouvrira ce qui n'y a jamais
eſté ; je veux dire un defſein
frappant que l'eſprit n'ait
pas de peine à demêler , des
Dieux qui ſoutiennent digne.
ment le caractere reſpectable
de la Divinité , des Heros qui
ne ſoient point ſuperbes , infolents
, groffiers , pleurants
comme des enfans ,& fepaGALANT.
4 163
rants indifferemment du vice
comme de la vertu. Quelle
honte pour le ſiecle, ou pour le
geniede voſtre divin Homere,
de faire adreſſer des diſcoursà
des chevaux ,& d'entendre ces
mêmes chevaux répondre pertinemment;
appellez-vous cela
du merveilleux , n'eft-ce pas
pluſtoſt pour les perſonnes
ſenſées, du puerile , de l'extra
vagant...
IRIS interrompant bruſquem
Ah! le traître, il me fuffoque,
je n'y puis reſiſter Mercure...
pardonne, je ne ſçais ce que je
dis.....quoydoncunAriftote,
O ij
164 MERCURE
un Ciceron , un Denis d'Ha-
,
licarnaffe , un Longin , un
Plutarque un Euftathe &
tant d'illuſtres morts auront
employé toute leur vie àadmirer
ces chefs - d'oeuvres de
l'art , & vous , M. vous qui
vivez encore , ne rougiffez pas
des blafphemes que vous ve
nez de prononcer contre cet
pomme inſpiré d'Apollon :
roloutable fils de Saturne
peter, tu te voir attaquer impunanent
dans ton Poëte
favori, fans punir dans le moment
le coupable.
GALANT. 165
LE MODERNE.
Pour une illuftre Greque
vous eſtes bienvive , Madame,
il vous manque un peu de
Aegme Philofophique. Par ce
petit eſſay d'emportement , je
jugeque , fi pour rendre une
cauſe victoricuſe , il ne falloit
que des injures & des noms
anciens , tout l'avantage de
la diſpute vous reſteroit
mais il faut des raiſons , Madame.
M. nous en fournira
peut-eftre.
MERCURE Academicien.
Permettez , Madame , que
j'acheve cette perillcuſe avan166
MERCURE
ture ,vous l'avez ſi judicieuſement
entamée que j'eſpere la
mettre à une heureuſe fin.
Vous , M. qui vous piquez
de raiſonnement , avez- vous
étudié la Logique de l'incomparable
Ariftote : c'eſt avec
fon fecours que j'entreprends
de vous redreſſer l'eſprit&de
vous reduire , ad metam non
loqui.
Premierement je vais vous
prouver ſans replique que l'on
n'imaginera jamais un Poëme
ſemblable à celuy d'Homere ,
fuivez-moy.
Un Poëme Epique n'eſt pari.
GALANT. 167
fait qu'autant qu'il eſt conforme
à celuy d'Homere.
-Or rien ne ſera jamais plus
ſemblableàHomere, qu'Homeremême.
Donconn'inventera jamais
un Poëme Epique auſſi parfait
que celuy d Homere.
Ceſeulraiſonnement general
devroit ſuffire pour convaincre
un homme diſpoſé à
ſentir la verité ; mais je veux
bien pour l'honneur de l'ancienne
Ecole aller encore plus
avant.
Ne convenez - vous pas ,
quc , ſi je vous fais voir plus
( 1
168 MERCURE
:
clair que le jour que le Poëte
par excellence devoit ſe ſervir
de l'entremiſe des Dieux dans
fon Poëme ,& qu'ils n'y font
pas un mauvais rôle , vous ſerez
forcé de chanter la Palinodic
, en voila la preuve.
:
UnHiſtorien fidele & exact
doit rapporter les veritables
cauſes de tous les évenemens
qu'il décrit.
Or les Dieux font la cauſe
veritablede tout ce qui arrive
ici bas.
Donc Homere comme infpiré
, a dû rapporter les penfées
& les converſations des
Dicux
GALANT. 169
Dieux au ſujet de la guerre de
Troyc.
Je finis enfin par un 3 .
Syllogiſme par lequel je me
fais fort de démontrer que les
Heros d'Homere font parfaits
,& confequemmentdoivent
l'eſtre beaucoup plus que
les no
N
chant
ce l'a
plus mechants que nosAyeux,
donc
plu
mes parfaits-
Or Homere a peintdes He-
Juin 1715 .
170 MERCURE
ros qui vivoient il y a trois
mille ans.
Les Acteurs de ſon Poëme
font donc tres- parfaits , & neceſſairement
plus parfaits que
les noſtres . En tenez vous ?
LE MODERNE.
Voila ce que l'on appelle
raiſonner informa , & fçavoir
remettre en honneur la reputation
dubon Homere; neanmoins
je ne ſuis pas encore
tout- à- fait rendu , touchant la
préeminence des Anciens , &
particulierement touchant celled'Homere
ſur les Modernes.
GALANT. 171
!
MERCURE Academicien.
Il eſt juſte de vous fatisfaire,
je ſuivrai pour cet effet la methode
des Geometres , toute
ſeche qu'elle peut eſtre , elle
convainc mieux l'eſprit que
lesdiſcours les plus recherchez;
je ſuppoſe néanmoins que vous
n'y prenez pas garde de fi prés .
Pour cet effet je n'aurai beſoin
que de quatre axiomes
qui ne me peuvent eſtre conieſtez...
AXIOME L
Les Anciens ont inventé &
dit tout ce qu'il y avoit à dire
fur toutes fortes de matiere.
Pij
172 MERCURE
Les Modernes n'ont fait que
copier les Anciens. *
T
Homere eſt inventeur du
Poëme Epique&de ſes regles.
IV.
Tout homme qui ne ſçait
pas fi bien les regles d'un art
qu'un autre , ne peut pas fi
bien réüffir que luy.
I. THEOREME.
Les Anciens l'emportent in
• finiment ſur les Modernes.
Ceux qui ont la gloire de l'invention
, l'emportent infiniment
fur ceux qui n'ont fait
GALANT. 173
L
quecopier ; or les Anciens ont
la gloire de l'invention , par le
premier axiome; les Modernes
par le ſecond axiome n'ont fait
que les copier ,par conſequent
les Anciens l'emportent infiniment
ſur les Modernes .
C. Q_F. D.
COROLLAIRE.
٧٤٠
Il s'enfuit de-là, 1. Que
plusun Auteur eſt ancien , &
plus il eſt cenfé avoir de merite.
2. Qu'Homere eſtant
le plus ancien Poëte Epique ,
ſon Poëme l'emportera fur
Piij
174 MERCURE
tous les autres. 3. Que la
nouvelle Iliade eſtant le Poëme
le plus moderne , doit eſtre le
plus mauvais , plus mauvais
que leMoyſe ſauvé, que la Pucelle
, que le Poëme de la
Magdelaine.
II . THEOREME.
Il eſt impoſſible de faire un
Poëme Epique auffi parfait que
celuy d'Homere. ک
On ne ſçait jamais ſi bien
les regles d'un art que celuy
quiles a inventées , or par le
troifiéme Axiome , Homere
a inventé les regles du Poëme
Epique , donc perſonne ne
GALANT. 175
peut les ſçavoir auſſi bien
que luy ; maispar le quatriéme
Axiome tout Auteur qui ne
ſçait pas ſi bien les regles d'un
art qu'un autre , ne peut réüffir
comme luy , par confequent
il eſt impoſſible de faire un
Poëme Epique auffi parfait
que celuy d'Homere.
C. Q. F. D.
Qu'avez vous à repliquer
àl'évidence de ces propofitions
miſes dans un point de
vûë Geometrique. Rendez
hommage , M.à la verité , ne
ſentez- vous pas qu'elle vous
illumine l'eſprit ,& qu'elle ſe
Piiij
176 MERCURE
fait paffage à travers vos prejugez
que je ferois content ,
fi elle avoit affez de forces pour
vous faire abjurer les nouvelles
erreurs des Anti- Homeriftes.
LE MODERNE.
Qui peut tenir contre des
raiſonnements purementGeometriques
, ſur tout lorſqu'ils
font de la force , & de l'évidence
de ceux que vous venez
d'employer : il faudroit eſtre
bien obſtiné pour n'eſtre pas
forcé de vous rendre la Juſtice
qui vous eſt dûë , vous eſtes
en verité unhomme admiraGALANT.
177
}
ble, vous me le paroîtriez encore
bien davantage , fi vous
pouviez me fournir des raiſons
dumême poids , pour excuſer
le divin Poete , de la manoeuvre
ridicule qu'il fait faire àſes
Dieuxdans le 21. Livre de l'Iliade.
Car que peut- onde plus
indecent , & de plus injurieux
s àla Divinité , que de les avilir ,
comme il fait , en les mettant
aux mains les uns contre les autres
, peut-on tenir ſon ſerieux
d'entendre des Déeſſes ſe reprocher
leurs défauts , & enſuite
ſe gourmer comme des
_harangeres , ſouffrez que je
ร
.
1
178 MERCURE
vous rappelle cet endroit, il eſt
en verité curieux.
Les Troyens poursuivis par
Achille ſe ſeparerent en deux ;
unepartie ſeſauve vers laVille,
l'autre se precipite dans le
Xante ; le Heros du jour s'élance
aprés eux dans le Fleuve qu'il
rougit de leurfang ; là il fait pri
fonniers douzejeunes Troyens des
principales familles , pour les immoler
ſur le bucher de Patrocle.
LeXante irrité s'oppose àsa fulepoursuit
reur , le couvre
plaſieurs foisdeſes ondes. Achille
prêt àperir s'adreſſe àJupiter ;
Neptune ,&Pallas viennent
1
GALANT. 179
1
$
le fortifier ; le Xante appelle le
Simois àſon ſecours. Nouveau
combat d'Achille Junon qui craint
pour luy , envoye Vulcain qu'elle
appelle fon fils le boiteux , pour
combattre contre leXante ; leDieu
met le Fleuve enfeu auſſi aifément
que s'il estoit d'huile ; leur
combatfini ,les autres Dieux recommencent
àſe charger. Voici le
beau. Mars a la lâcheté d'attaquer
Minerve la lance à lamain.
LaDéfſeſe retire quelques pas ;
&levant une pierre énorme que
les Siecles paffez avoient mis pour
bornes à un champ , elle l'a jette
contre Mars avec tant deforce ,
180 MERCURE
qu'elle lerenverſe. 7. arpensfont
converts defon vaſte corps ,Pallas
ſemet arire , & le traite d'infensé,
Jenje, &c. La belle Venus effrayée
de voir Mars en cet eftat , s'approche
de luy , & le prenant par
la main, elle tâche de le relever:
fa respiration estoit fi embarraffée
qu'il ne pouffſoit que quelquesfoupirs
entre- coupez. La Déeffe Junon
s'eftant apperceuë de cette démarche
de Venus , enavertit Pallas
; Minerve ravie de punir une
action fi honteuse , se jette fur
Venus , & avec la main, elle luy
donne unfi grand coup fur l'eftomac
, qu'elle luy ofte la refpiraGALANT.
181
tion , &la force ; Venus tombe
prés de Mars , & ils demeurent
tous deux étendusfur la pouffiere.
Neptune veut enfuitese battre
-contre Apollon qui refuſe le combat
: Diane lui reproche ſon peu
de courage ,Junon offenſée de cette
audace ,&nepouvant retenir ſa
colere, s'emporte contre cetteDéeffe
avecles termes les plus injurieux.
Elle dit , & en même tems luy
prend les deux mains de la main
gauche, lui enlevantde la droite
Jon carquois de deßus les épaules,
elle lui en donne ſur les deux
jouës , enfouriant lafait tourner
de coſté , & d'autre , lalaiſſe
182 MERCURE
1
enfin. Toutessesfléches tombentà
Sespieds,Dianeſeſauve avecla
rapidité d'une colombe dans lePalais
de Jupiter, s'aſſiedſur lesgenoux
defon pere , &fond en larmes
; Jupiter l'embraſſant avec
tendreffe, luy demande : Machere
fille, qui est celui des Immortels
qui vous a miſefi injustement en
cet état, comme si on vous avoit
Surpriſe en quelque faute ; la belle
Diane lui répond, c'estJunon qui
m'afimaltraitée,n'est- cepas d'elle
que naißent tous les debats ,
toutes les querelles qui arrivens
entre les Dieux.
Par ce recit fidele , &bien
moins chargé de ſotiſes , que
GALANT. 183
dans l'original comment
peut- on ſauver du mépris la
Majeſté des Dieux ; j'attends
fur cela des raiſons fatisfaiſantes
, autrement je vous déclare
que je reſte dans le parti
des Modernes , comme étant
le plus raiſonnable.
IRIS.
Il faut être doüé d'un grand
fond de moderation pour ſupporter
patiemment toute la
malignité de vôtre cenſure ,
contrel'amides Dieux ,lequel,
ſelon Strabon , a été le ſeul
qui les ait vû , ou fait voir
tels qu'ils font. Les ſages fo
font un merite de pene184
MERCURE
↓
trer ces mifteres , & d'en découvrir
le ſens caché ; mais le
Peuple Moderne plus groffier
que les païfans de laGrecequi
reſpectoient ces ſçavantes
tenebres , croit franchement
qu'en voyant dans ce
Poëme les ligues , les playes ,
les fupplices , les larmes , & les
emprisonnements des Dieux ,
tous ces objets ſont autant de
ſujets de critique pour lui : aveugle
qu'il eſt il ne s'apperçoit
pas que , dés qu'il prend ridiculement
ces choſes à la lettre ,
il eſt atteint, & convaincu d'ignorance
par les Antiquaires ;
qu'il
GALANT. 185
1
qu'il m'en coutera peu à vous
ouvrir les yeux , en vous dévoilant
le grand ſecret des Allegories
: ſivousaviez lû ce celebre
Poëte avec la docilité
d'un ſçavant qui a vieilly dans
la lecture de ces precicux Poëmes
, vous n'euſſiez pas été fi
temeraire que de traiter de
contes de peau d'âne tout ce
qu'il y a préciſement de plus
q'humaindanscetAuteur.Sçachez
que toutes ces fictions
prétenduës font tiréesdu fond
mêmede la verité : je pretends
donc qu'il n'a rien dit des
Dieux qui ne ſoit bon , qui ne
Juin1715.
186 MERCURE
convienne , &qui ne ſoit mê.
me conforme à la maniere
dont la plus ſaineTheologie en
a parlé. Pour vous en convaincre
, je ne me ſervirai de la clef
du merveilleux Allegorique ,
que dans le combat de Junon
avec Diane ; avec cette clef
miſterieuſe, non ſeulement on
ſauvera tout ce qui paroît de
plus outré dans l'Iliade ; mais
ondemélera avec plaifir tout
ceque cegrand Poëte avoit enfermé
ſous ces admirables Emblêmes
, que veut donc faire
entendre le Pere de la Poëfic
par ce combat de Junon avec
L GALANT. 187
1
e
1
Diane. * Il a voulu décrire
Theologiquement cetteEclypſe
de Lune qui n'eſt cauſée ,
quepar l'ombrede la terre , la
même queJunon : Junontient
les deux mains de Diane liées ,
c'est-à-dire qu'elle lie toutes
ſes facultez ; elle luy enleve ſon
carquois de deſſus ſon épaule ,
parcequ'elle empêche les raïons
du ſoleil. Elle luy en donne
fur les deux joües , parce que
cette obfcurité cache la face
entiere de la lune quand l'éclypſe
eſt totale ;& elle fait que
*Voyez les remarques de Me Dacier fur
Je 21. L. de l'Iliade. 1.
Qij
188 MERCURE
*
;
toutes les fléches tombent àſes
pieds , parce que tous les raions
demeurent arrêtez, & fufpendus
ſous elle; pourquoi Latone
ramaſſe - t'elle les fléches de
Diane , parce que c'eſt la nuit
qui rend àDiane ſes raïons.
Apprenez Meſſicurs lesModernes
par cette explication
toute naturelle , à ne pas jetter
imprudemment un comique
viſible dans ce qu'il y a de plus
ſerieux& de plus reſpectable
dans ce Poëme ; la methode
preſque Geometrique dont je
viens de vous donner le ſecret
doit vous ſervir dorénavantà
GALANT. 189
débroüüller le chaos de laTheologie
ancienne. Ce fera un fil
avec lequel vous vous échapperez
fans peine de ce labyrinthe ,
&j'eſpere qu'à la premiereentrevûë
j'aurai la confolation
de vous trouver auſſi ardent
- Partiſan de l'ancienne Iliade ,
que vous l'étiez de la nouvelle;
adieu , & reconnoiſſez par ce
changement ſubit que ce ſont
des Dieux à la façon d'Home-
: re , qui ont bien voulu vous
- inſtruire , & vous préter des
armes contre la raiſon.
Madame , un de mes amis
veut me faire parler , tant
micux pourvous& pour tous
ceux qui me liront. Vous
allez entendre du fublime
qu'il me preſte. Je vais dialoguer
d'importance avec Iris ,
& vous dire des chofes que
vous allez regarder , comme
JeChef- d'oeuvre de mon élo.
quence. Cette promeffe , entre
nous , ne doit pas vous
étonner puiſque c'eſt àmoy
r
142 MERCURE
fivous vous en rapportez à
cequ'en ont dit eesvieux foux
de Poëtes qui m'ont divinizé ,
que l'on doit le grand are de
raiſonner . Jugez par vos propres
lumieres , s'il ont eûtort
ouraiſon de me difpenfer les
qualitez que j'ay receus d'eux
DIALOGUE
Mentre IrityMercure un
Moderne
IRIS.
د Hola ,Mercure hola je
defefperois preſque de arre
sencontrer dans ce Pays- cy;
1
GALANT. 145
je n'en puis plus zoom znov
Ate chercher me voila hors d'ha-
Voyezl'Ingrat , s'il s'en metfort
en peine, dooλο
Quen'ay-je cependant pas
fait pour te découvrir , il n'y
a pointderecoins dans laGrece&
dans le Pays Latin que je
n'aye parcouru , point de
Monts ſur lesquels je n'aye
grimpé , non pas même le
Mont Parnaffe , &malgré les
arrêts du deſtin , comme dit
Homere , toute immortelle
que l'on me croye , je ſcrois
expiréede ſoif &de laffitude ,
* 44 MERCURE
fi je ne m'eſtois rafraîchie de
l'eau Poëtique de la Fontaine
Aganipide. O la bonne liqueur
, Mercure.
4
MERCURE.
Pour du Nectar j'en bois ;
mais fi de la meilleure eau du
monde. De quoy s'agit -il
charmante Iris , cependant
de peur de l'oublier , que je
t'embraffe ma chere enfant ,
aprés quoi je t'écouterai dema
bonne oreille.
IRIS.
Treves de ces fortes de libertez
badines , je te prie, elles
eſtoient permiſes parmi nous C
B.P
autres.
GALAND 145
autres Divinitez du Regne de
Saturne d'heureuſe memoire ,
& encore plus fous celui de Jupiter
fon fils, mais depuis quelque
tems ,il faut eſtre un peu
plus engarde contre les ſaillies
dutemperament , car en cer
tain réduit du monde , il y a un
tas de Modernes au ris moqueur
qui nemanqueroient pas
doonous chanſonner ſur la
moindre privauté.ροι τους εότη
MERCURE sano
O la plaiſante défaite , comme
fi les Dieux devoient crain -
dre les couplets . A propos
eſt-ce que les Immortels font
Juin 1715. N
146 MERCURE
affez oiſifs là haut pour donner
la moindre attention à toutes
les ſotiſes qui ſe difent & fe
font ici bas ; s'entretiennentt-
ils par exemple de la nouvelle
guerre que quelques efprits
inquiets ont declaré aux
Partiſans du divin Homere .
RIRIS.OM
: Fils de Maïapeux- tu me
faire une telle demande, contme
s'il étoit permis que tu pufſes
ignorer l'importance &les
confequences de cetre fameuſe
querelle , & c'eſt la unique
ment le ſujetde mes depêches,
& pour lequel je t'ai cherché
GALANT. 147
avec tant d'inquietude&d'empreſſement
, afin que nous concertaffions
enſemble les
moyens de detourner cet oragequi
menace toute la Cour
celefte.... Comment ſi cette
affaire eft de conſequence. Oüi
ſans doute , elle intereſſe plus
que tu ne peux te l'imaginer ,
tout le Conſiſtoire des Dieux ;
nosConfreres avoientd'abord
regardé les preliminaires de
l'inſulte faite à leur Poëte ,
comme un jeu fait pour les
amuſer. Momus , mauvais railleur
, les comparoit à des Pigmées
qui voudroient entre
Nij
148 MERCURE
prendre d'eſcalader leCiel, en
s'élevant ſur des échaſſes pour
y atteindre. Comus le Farccur
a d'autres Nains , qui , plantez
fur les épaules d'un Geant , ſe
perfuadent follement qu'ils
ſont greffez ſur ſa tefte , comme
ſur un grand Sauvageon ,
s'en eſtimant la partie princi
pale, tandis qu'ils ne paroiffent
pas plus qu'une fourmi fur le
bonnet d'unAncien ,& tous les
Dicux de rire. Mais la Scene
eſt bien changée , depuis fur
tout que Jupiter a conſulté le
Grimoire des Deſtinées , il paroît
inquiet , rêveur , d'une huGALANT.
149
-
meur inſupportable , juſques à
faire perdre patience àlabelle
Junon à laquelle il cache tout
ce qu'elle voudroit ſçavoir.
Je te dirai même àl'oreille que
cette Déeſſe pouffée à bour,
lui a adreſſe ces Vers d'Homere.
*OJupiter fâcheux, plein de rudeffe
Quand ai-je eftéfi fole & indfcrete,
Tâchant sçavoir quelque chose
fecrete.
Mais toy malin concluds & deli.
beres
Salel, 1. Liv. de l'Iliade.
Niij
150 MERCURE
۱
Toûjoursfans moytes plus privez
affaires.
Aquoi leDieu répondit, Felone!
Impoſſible est que jamais rienj'or.
donne,
Que ton faulx coeur plein defufpition
,
N'entende à plein la miene intention
;
Mais d'autant plus que m'en
cuydes distraire ,
D'autant ou plus ,jefais tout le
contraire
,
Tant ſeulement pour mieux te
molester,
En te voyant à mon vuëil contester
:
GALANTISI
Or va t'affeoir , que je n'oye parolewa
2
Doreſnavant fi temeraire &
35
folle:
Donc quelquefois tranſporté de
Jump courroux ,
De mes deux mains je te baille
tels coups
Que tous les Dieux qui font en
Caffiſtence
Nepuiffent rien pour ton aide
dffenfe.
Il ne ſçait en verité à qui
s'en prendre , il vit en Tyran ,
tousjours défiant,& tremblant
que cette guerre ne lui ſoit
plus funeſte que celle que les
>
Niiij
152 MERCURE
Aloides lui declarerent jadis.
Ne t'en ſouvient-il pas .
MERCURE.
Mafoy s'il m'ensouvient , il ne
m'ensouvient gueres...
Je me rappelle cependant
quelque évenement ſemblable
que j'ai lû dans les Poëfies
d'Homere ; mais par la barbe
de Jupiter , il n'eſt plus icy
queſtion des perils paſſez , en
voilàde preſents bien réels qui
attaquent noſtre divinité ; je
connois le fils de Saturne , il
n'eſt point Dieu à s'allarmer
dedangers imaginaires ; cependant
qu'auroit - il à craindre
GALANT. 153
de ces Novateurs , à moins
qu'ils ne foient conduits par
quelque divinité inconnuëjufqu'à
preſent parmi nous autres
immortels.
IRIS.
Que tu as la judiciaire excellente
, comment as tu pû
rencontrer ſijaſte; & c'est ce
que j'avois de plus effentiel
àte communiquer , pardonne
à mon trouble ; il n'eſt que
tropcertain qu'ils ont actuellement
àleur tête une maîtreſſe
Deeſſe , les Modernes la nomment
la Raison , ils l'ont proclaméc
Reine , & le croyent
*54 MERCURE
invincibles ſous ſes étendarts.
Appuyezd'elle ,ces eſprits inquiets
font affez fiers pour
s'imaginer qu'en fuivant ſes
conſeils ,ils nous priveront
du droit d'immortalitémalgré
la priſe de poffuſion que nous
en adonnéHomere il y a trois
mille ans. Se peut il Mercure
que tu ignores des circonſtances
auſſiimportantes , puifque
tu te trouves porté dans la
Capitale où s'eſt tramée cette
étrange conjuration.
MERCURE........
Tu n'en dois point eſtre
furpris. Parmi mes differens
GALANT. Iss
"*
emplois tu ſçais que je ſuis revêtu
d'un qui m'occupe ſeul
beaucoup plusque les autres ,
c'eſt unmaître Dieu que mon
pere , a-t- il fait un figne de
tête , plus prompt que l'éclair ,
il veut eſtre obéi.
Il faudra cependant qu'il
s'enpaffe pour cette fois cy ,
car j'ay trouvé la Nymphe
plus impenetrable que Danać
àla pluye d'or , foit dit entre
nous , c'eſt la premiere qui ait
refifté à ce charmant appas..
Je reprenddone mesTalonieres
& nous retournerons au
Ciel de compagnie pour ren156
MERCURE
drecompte àmon pere de ma
commiſſion dont il ne ſerapas
content.
IRIS.
Non pas , Mercure , j'ay
ordre de te fairechanger d'oc
cupation; il faut que comme
Dieud'éloquence,tu employes
tes talens à pacifier les eſprits ;
fitu t'en trouvois même une
afez ample proviſion pour
débaucher quelques- uns des
chefs de noſtre ennemie la
Raiſon , quel fervice ſignalé ne
rendrois tu pas à toute la Cour
celeste. En mon particulier tu
ne trouveras pas une ingrate ,
GALANT. $ 57
envoilà les Arhes par avance ,
es tu content..
MERCURE.
Laiſſemoy faire aimable fille
de Thaumas , ils ſont confondus
, je les amene pieds &
mains liez faire amende honorable
devant le Tribunal de
Jupiter , en preſence du divin
Poëte ,& là à voix haute &
claire , declarer que mécham.
ment ,traitreuſement & fédicieusement
, ils ont preferé
les armes de la Raifon , pour
s'en ſervir contre le pere de la
Poëſic à qui nous fommes
redevables de tous les hon158
MERCURE
neurs dont nous joüiffons
dans l'Olimpe... Mais j'apperçois
quelqu'un marchant à
noſtre rencontre , ſeroit- cc
point par hazard un de ces
ſéditieux Modernes qui vient
mediter icy quelqueconſpiration
contre la vicille Iliade.
Avant qu'il ſoit plus prés , il
me vient un deſſein que tu
ne dois pas deſapprouver , je
vais me transformer en Aca.
demicien de l'ancienne Ecole ,
&toy tu te donneras pour
une femme ſcavante ; comme
tu poſſedes parfaitement les
AntiquitezGreques &Romai
GALANT. 159
nes , tu me fourniras des citations
au beſoin.
MIRIS.
En verité tu es un admirable
Comedien,voyons toutefois,
commetu joüeras ce nouveau
tolle& fi tu me tiendras
parole, jetejure foy deDéeſſe
deluy adreſſer des injuresqui
ne lecederontpoint enharmonicàcelleque
Junon dit de fi
boncoeur àJupiter lorſqu'elle
a ſes vapeurstondlaparoift
chercherquelque chose qu'il a
égaré, fers toydecet àpropos
pour l'aborder & luy offrir
tes ſervices,je te fuis de prés.
160 MERCURE
MERCURE.
Chut, nedis mot... Monſieur
ſans trop de liberté ne
pourrois - je pas vous eſtre bon
à la recherche que vous faites,
j'ay aumoins de bons yeux.
LEMODERNE. tv .
Lachoſe M. ne merite pas
que vous partagiez ce ſoin
avecmoy j'en ſuis même par
avance confolé , ce n'eſt qu'un
tome d'une Traduction d'Homere
en proſe avec des remarques
qui par conſequent ne
m'ennuiront pas d'avantage.
Je crois que je me conſolerois
auſſi aiſement, ſi j'avois perdu
un
GALANT. 16г
un autre gros billot que voilà
quieſt le pendant d'oreille de
l'original.
MERCUR MERCURE Académicien.
Ace peu de paroles , il n'eſt
pas difficile de deviner que
vous n'avez pas des ſentimens
bien favorables pour tout ce
qui s'appelleHomere,les miens
font bien oppoſez aux voftres ,
il a au contraire pour moi des
beautez furnaturelles , & il me
ſeroit facile d'en faire l'apologie
; à ce dégoût ſi marqué , je
ne crois pas vous offenſer ſi je
vous eltime unAnti- Homerif.
te du premier rang
Juin 1715. Ο
162 MERCURE
:
LE MODERNE.
Le nom ne fait rien à la
queſtion preſente, mais jedoute
M. qu'un homme d'eſprit
oſe jamais deffendre une ſi
mauvaiſe cauſe ; on aura beau
faire , & chercher , jamais on
n'y decouvrira ce qui n'y a jamais
eſté ; je veux dire un defſein
frappant que l'eſprit n'ait
pas de peine à demêler , des
Dieux qui ſoutiennent digne.
ment le caractere reſpectable
de la Divinité , des Heros qui
ne ſoient point ſuperbes , infolents
, groffiers , pleurants
comme des enfans ,& fepaGALANT.
4 163
rants indifferemment du vice
comme de la vertu. Quelle
honte pour le ſiecle, ou pour le
geniede voſtre divin Homere,
de faire adreſſer des diſcoursà
des chevaux ,& d'entendre ces
mêmes chevaux répondre pertinemment;
appellez-vous cela
du merveilleux , n'eft-ce pas
pluſtoſt pour les perſonnes
ſenſées, du puerile , de l'extra
vagant...
IRIS interrompant bruſquem
Ah! le traître, il me fuffoque,
je n'y puis reſiſter Mercure...
pardonne, je ne ſçais ce que je
dis.....quoydoncunAriftote,
O ij
164 MERCURE
un Ciceron , un Denis d'Ha-
,
licarnaffe , un Longin , un
Plutarque un Euftathe &
tant d'illuſtres morts auront
employé toute leur vie àadmirer
ces chefs - d'oeuvres de
l'art , & vous , M. vous qui
vivez encore , ne rougiffez pas
des blafphemes que vous ve
nez de prononcer contre cet
pomme inſpiré d'Apollon :
roloutable fils de Saturne
peter, tu te voir attaquer impunanent
dans ton Poëte
favori, fans punir dans le moment
le coupable.
GALANT. 165
LE MODERNE.
Pour une illuftre Greque
vous eſtes bienvive , Madame,
il vous manque un peu de
Aegme Philofophique. Par ce
petit eſſay d'emportement , je
jugeque , fi pour rendre une
cauſe victoricuſe , il ne falloit
que des injures & des noms
anciens , tout l'avantage de
la diſpute vous reſteroit
mais il faut des raiſons , Madame.
M. nous en fournira
peut-eftre.
MERCURE Academicien.
Permettez , Madame , que
j'acheve cette perillcuſe avan166
MERCURE
ture ,vous l'avez ſi judicieuſement
entamée que j'eſpere la
mettre à une heureuſe fin.
Vous , M. qui vous piquez
de raiſonnement , avez- vous
étudié la Logique de l'incomparable
Ariftote : c'eſt avec
fon fecours que j'entreprends
de vous redreſſer l'eſprit&de
vous reduire , ad metam non
loqui.
Premierement je vais vous
prouver ſans replique que l'on
n'imaginera jamais un Poëme
ſemblable à celuy d'Homere ,
fuivez-moy.
Un Poëme Epique n'eſt pari.
GALANT. 167
fait qu'autant qu'il eſt conforme
à celuy d'Homere.
-Or rien ne ſera jamais plus
ſemblableàHomere, qu'Homeremême.
Donconn'inventera jamais
un Poëme Epique auſſi parfait
que celuy d Homere.
Ceſeulraiſonnement general
devroit ſuffire pour convaincre
un homme diſpoſé à
ſentir la verité ; mais je veux
bien pour l'honneur de l'ancienne
Ecole aller encore plus
avant.
Ne convenez - vous pas ,
quc , ſi je vous fais voir plus
( 1
168 MERCURE
:
clair que le jour que le Poëte
par excellence devoit ſe ſervir
de l'entremiſe des Dieux dans
fon Poëme ,& qu'ils n'y font
pas un mauvais rôle , vous ſerez
forcé de chanter la Palinodic
, en voila la preuve.
:
UnHiſtorien fidele & exact
doit rapporter les veritables
cauſes de tous les évenemens
qu'il décrit.
Or les Dieux font la cauſe
veritablede tout ce qui arrive
ici bas.
Donc Homere comme infpiré
, a dû rapporter les penfées
& les converſations des
Dicux
GALANT. 169
Dieux au ſujet de la guerre de
Troyc.
Je finis enfin par un 3 .
Syllogiſme par lequel je me
fais fort de démontrer que les
Heros d'Homere font parfaits
,& confequemmentdoivent
l'eſtre beaucoup plus que
les no
N
chant
ce l'a
plus mechants que nosAyeux,
donc
plu
mes parfaits-
Or Homere a peintdes He-
Juin 1715 .
170 MERCURE
ros qui vivoient il y a trois
mille ans.
Les Acteurs de ſon Poëme
font donc tres- parfaits , & neceſſairement
plus parfaits que
les noſtres . En tenez vous ?
LE MODERNE.
Voila ce que l'on appelle
raiſonner informa , & fçavoir
remettre en honneur la reputation
dubon Homere; neanmoins
je ne ſuis pas encore
tout- à- fait rendu , touchant la
préeminence des Anciens , &
particulierement touchant celled'Homere
ſur les Modernes.
GALANT. 171
!
MERCURE Academicien.
Il eſt juſte de vous fatisfaire,
je ſuivrai pour cet effet la methode
des Geometres , toute
ſeche qu'elle peut eſtre , elle
convainc mieux l'eſprit que
lesdiſcours les plus recherchez;
je ſuppoſe néanmoins que vous
n'y prenez pas garde de fi prés .
Pour cet effet je n'aurai beſoin
que de quatre axiomes
qui ne me peuvent eſtre conieſtez...
AXIOME L
Les Anciens ont inventé &
dit tout ce qu'il y avoit à dire
fur toutes fortes de matiere.
Pij
172 MERCURE
Les Modernes n'ont fait que
copier les Anciens. *
T
Homere eſt inventeur du
Poëme Epique&de ſes regles.
IV.
Tout homme qui ne ſçait
pas fi bien les regles d'un art
qu'un autre , ne peut pas fi
bien réüffir que luy.
I. THEOREME.
Les Anciens l'emportent in
• finiment ſur les Modernes.
Ceux qui ont la gloire de l'invention
, l'emportent infiniment
fur ceux qui n'ont fait
GALANT. 173
L
quecopier ; or les Anciens ont
la gloire de l'invention , par le
premier axiome; les Modernes
par le ſecond axiome n'ont fait
que les copier ,par conſequent
les Anciens l'emportent infiniment
ſur les Modernes .
C. Q_F. D.
COROLLAIRE.
٧٤٠
Il s'enfuit de-là, 1. Que
plusun Auteur eſt ancien , &
plus il eſt cenfé avoir de merite.
2. Qu'Homere eſtant
le plus ancien Poëte Epique ,
ſon Poëme l'emportera fur
Piij
174 MERCURE
tous les autres. 3. Que la
nouvelle Iliade eſtant le Poëme
le plus moderne , doit eſtre le
plus mauvais , plus mauvais
que leMoyſe ſauvé, que la Pucelle
, que le Poëme de la
Magdelaine.
II . THEOREME.
Il eſt impoſſible de faire un
Poëme Epique auffi parfait que
celuy d'Homere. ک
On ne ſçait jamais ſi bien
les regles d'un art que celuy
quiles a inventées , or par le
troifiéme Axiome , Homere
a inventé les regles du Poëme
Epique , donc perſonne ne
GALANT. 175
peut les ſçavoir auſſi bien
que luy ; maispar le quatriéme
Axiome tout Auteur qui ne
ſçait pas ſi bien les regles d'un
art qu'un autre , ne peut réüffir
comme luy , par confequent
il eſt impoſſible de faire un
Poëme Epique auffi parfait
que celuy d'Homere.
C. Q. F. D.
Qu'avez vous à repliquer
àl'évidence de ces propofitions
miſes dans un point de
vûë Geometrique. Rendez
hommage , M.à la verité , ne
ſentez- vous pas qu'elle vous
illumine l'eſprit ,& qu'elle ſe
Piiij
176 MERCURE
fait paffage à travers vos prejugez
que je ferois content ,
fi elle avoit affez de forces pour
vous faire abjurer les nouvelles
erreurs des Anti- Homeriftes.
LE MODERNE.
Qui peut tenir contre des
raiſonnements purementGeometriques
, ſur tout lorſqu'ils
font de la force , & de l'évidence
de ceux que vous venez
d'employer : il faudroit eſtre
bien obſtiné pour n'eſtre pas
forcé de vous rendre la Juſtice
qui vous eſt dûë , vous eſtes
en verité unhomme admiraGALANT.
177
}
ble, vous me le paroîtriez encore
bien davantage , fi vous
pouviez me fournir des raiſons
dumême poids , pour excuſer
le divin Poete , de la manoeuvre
ridicule qu'il fait faire àſes
Dieuxdans le 21. Livre de l'Iliade.
Car que peut- onde plus
indecent , & de plus injurieux
s àla Divinité , que de les avilir ,
comme il fait , en les mettant
aux mains les uns contre les autres
, peut-on tenir ſon ſerieux
d'entendre des Déeſſes ſe reprocher
leurs défauts , & enſuite
ſe gourmer comme des
_harangeres , ſouffrez que je
ร
.
1
178 MERCURE
vous rappelle cet endroit, il eſt
en verité curieux.
Les Troyens poursuivis par
Achille ſe ſeparerent en deux ;
unepartie ſeſauve vers laVille,
l'autre se precipite dans le
Xante ; le Heros du jour s'élance
aprés eux dans le Fleuve qu'il
rougit de leurfang ; là il fait pri
fonniers douzejeunes Troyens des
principales familles , pour les immoler
ſur le bucher de Patrocle.
LeXante irrité s'oppose àsa fulepoursuit
reur , le couvre
plaſieurs foisdeſes ondes. Achille
prêt àperir s'adreſſe àJupiter ;
Neptune ,&Pallas viennent
1
GALANT. 179
1
$
le fortifier ; le Xante appelle le
Simois àſon ſecours. Nouveau
combat d'Achille Junon qui craint
pour luy , envoye Vulcain qu'elle
appelle fon fils le boiteux , pour
combattre contre leXante ; leDieu
met le Fleuve enfeu auſſi aifément
que s'il estoit d'huile ; leur
combatfini ,les autres Dieux recommencent
àſe charger. Voici le
beau. Mars a la lâcheté d'attaquer
Minerve la lance à lamain.
LaDéfſeſe retire quelques pas ;
&levant une pierre énorme que
les Siecles paffez avoient mis pour
bornes à un champ , elle l'a jette
contre Mars avec tant deforce ,
180 MERCURE
qu'elle lerenverſe. 7. arpensfont
converts defon vaſte corps ,Pallas
ſemet arire , & le traite d'infensé,
Jenje, &c. La belle Venus effrayée
de voir Mars en cet eftat , s'approche
de luy , & le prenant par
la main, elle tâche de le relever:
fa respiration estoit fi embarraffée
qu'il ne pouffſoit que quelquesfoupirs
entre- coupez. La Déeffe Junon
s'eftant apperceuë de cette démarche
de Venus , enavertit Pallas
; Minerve ravie de punir une
action fi honteuse , se jette fur
Venus , & avec la main, elle luy
donne unfi grand coup fur l'eftomac
, qu'elle luy ofte la refpiraGALANT.
181
tion , &la force ; Venus tombe
prés de Mars , & ils demeurent
tous deux étendusfur la pouffiere.
Neptune veut enfuitese battre
-contre Apollon qui refuſe le combat
: Diane lui reproche ſon peu
de courage ,Junon offenſée de cette
audace ,&nepouvant retenir ſa
colere, s'emporte contre cetteDéeffe
avecles termes les plus injurieux.
Elle dit , & en même tems luy
prend les deux mains de la main
gauche, lui enlevantde la droite
Jon carquois de deßus les épaules,
elle lui en donne ſur les deux
jouës , enfouriant lafait tourner
de coſté , & d'autre , lalaiſſe
182 MERCURE
1
enfin. Toutessesfléches tombentà
Sespieds,Dianeſeſauve avecla
rapidité d'une colombe dans lePalais
de Jupiter, s'aſſiedſur lesgenoux
defon pere , &fond en larmes
; Jupiter l'embraſſant avec
tendreffe, luy demande : Machere
fille, qui est celui des Immortels
qui vous a miſefi injustement en
cet état, comme si on vous avoit
Surpriſe en quelque faute ; la belle
Diane lui répond, c'estJunon qui
m'afimaltraitée,n'est- cepas d'elle
que naißent tous les debats ,
toutes les querelles qui arrivens
entre les Dieux.
Par ce recit fidele , &bien
moins chargé de ſotiſes , que
GALANT. 183
dans l'original comment
peut- on ſauver du mépris la
Majeſté des Dieux ; j'attends
fur cela des raiſons fatisfaiſantes
, autrement je vous déclare
que je reſte dans le parti
des Modernes , comme étant
le plus raiſonnable.
IRIS.
Il faut être doüé d'un grand
fond de moderation pour ſupporter
patiemment toute la
malignité de vôtre cenſure ,
contrel'amides Dieux ,lequel,
ſelon Strabon , a été le ſeul
qui les ait vû , ou fait voir
tels qu'ils font. Les ſages fo
font un merite de pene184
MERCURE
↓
trer ces mifteres , & d'en découvrir
le ſens caché ; mais le
Peuple Moderne plus groffier
que les païfans de laGrecequi
reſpectoient ces ſçavantes
tenebres , croit franchement
qu'en voyant dans ce
Poëme les ligues , les playes ,
les fupplices , les larmes , & les
emprisonnements des Dieux ,
tous ces objets ſont autant de
ſujets de critique pour lui : aveugle
qu'il eſt il ne s'apperçoit
pas que , dés qu'il prend ridiculement
ces choſes à la lettre ,
il eſt atteint, & convaincu d'ignorance
par les Antiquaires ;
qu'il
GALANT. 185
1
qu'il m'en coutera peu à vous
ouvrir les yeux , en vous dévoilant
le grand ſecret des Allegories
: ſivousaviez lû ce celebre
Poëte avec la docilité
d'un ſçavant qui a vieilly dans
la lecture de ces precicux Poëmes
, vous n'euſſiez pas été fi
temeraire que de traiter de
contes de peau d'âne tout ce
qu'il y a préciſement de plus
q'humaindanscetAuteur.Sçachez
que toutes ces fictions
prétenduës font tiréesdu fond
mêmede la verité : je pretends
donc qu'il n'a rien dit des
Dieux qui ne ſoit bon , qui ne
Juin1715.
186 MERCURE
convienne , &qui ne ſoit mê.
me conforme à la maniere
dont la plus ſaineTheologie en
a parlé. Pour vous en convaincre
, je ne me ſervirai de la clef
du merveilleux Allegorique ,
que dans le combat de Junon
avec Diane ; avec cette clef
miſterieuſe, non ſeulement on
ſauvera tout ce qui paroît de
plus outré dans l'Iliade ; mais
ondemélera avec plaifir tout
ceque cegrand Poëte avoit enfermé
ſous ces admirables Emblêmes
, que veut donc faire
entendre le Pere de la Poëfic
par ce combat de Junon avec
L GALANT. 187
1
e
1
Diane. * Il a voulu décrire
Theologiquement cetteEclypſe
de Lune qui n'eſt cauſée ,
quepar l'ombrede la terre , la
même queJunon : Junontient
les deux mains de Diane liées ,
c'est-à-dire qu'elle lie toutes
ſes facultez ; elle luy enleve ſon
carquois de deſſus ſon épaule ,
parcequ'elle empêche les raïons
du ſoleil. Elle luy en donne
fur les deux joües , parce que
cette obfcurité cache la face
entiere de la lune quand l'éclypſe
eſt totale ;& elle fait que
*Voyez les remarques de Me Dacier fur
Je 21. L. de l'Iliade. 1.
Qij
188 MERCURE
*
;
toutes les fléches tombent àſes
pieds , parce que tous les raions
demeurent arrêtez, & fufpendus
ſous elle; pourquoi Latone
ramaſſe - t'elle les fléches de
Diane , parce que c'eſt la nuit
qui rend àDiane ſes raïons.
Apprenez Meſſicurs lesModernes
par cette explication
toute naturelle , à ne pas jetter
imprudemment un comique
viſible dans ce qu'il y a de plus
ſerieux& de plus reſpectable
dans ce Poëme ; la methode
preſque Geometrique dont je
viens de vous donner le ſecret
doit vous ſervir dorénavantà
GALANT. 189
débroüüller le chaos de laTheologie
ancienne. Ce fera un fil
avec lequel vous vous échapperez
fans peine de ce labyrinthe ,
&j'eſpere qu'à la premiereentrevûë
j'aurai la confolation
de vous trouver auſſi ardent
- Partiſan de l'ancienne Iliade ,
que vous l'étiez de la nouvelle;
adieu , & reconnoiſſez par ce
changement ſubit que ce ſont
des Dieux à la façon d'Home-
: re , qui ont bien voulu vous
- inſtruire , & vous préter des
armes contre la raiſon.
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