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51
p. 711-713
EPITRE d'un Suisse à Mlle Malcrais de la Vigne.
Début :
Pon chour, Mameselle la Figne, [...]
Mots clefs :
Mlle de Malcrais de la Vigne, Suisse
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE d'un Suisse à Mlle Malcrais de la Vigne.
EPITRE d'un Suisse à Mile Malcrais
Pon
de la Vigne.
On chour, Mameselle la Figne ;
Sti nom me paroître plus tigne ,
Que sti l'autre nom de Malcrais ;
Pour infenter un choli frase ,
Moi chafre foulu tout exprès ,
Monter sur sti chefal Pégase ;
Mais par mon foi sti tiable t'animal,
Il être un peu peaucoup prutal ;
Pour lui faire un petit caresse ,
Moi l'y fouloir padinement ,
Approcher mon main sur son fesse ,
Mais charniplé tout incifilement ,
Il m'afre fait un petarrade ,
Et fouloir lui par un ruade ,
Sans tonner afertissement ,
Casser tout - à- fait mon cerfelle.
Moy poufoir pas comprendre , Mameselle
Comme tiable peut faire fous ,
Pour aprifoiser sti farouche ;
Chamais pour fous lui ne prendre la mouche,
Quand fous lui parle , on dit qu'il être toux ,
Comme un mouton , chafre tans mon pensée ,
Que sti grand aprifoisement ,
Estre
712 MERCURE DE FRANCE
Estre fait par sorcellement ,
Et gager moi , que fous l'y être un Fée ;
Car quelqu'un hafre téja tit ,
Et Monsir Mercure te France ,
L'hafre par tout fort pien écrit ,
Que toute fotre corporance ,
N'être par mon foi qu'en l'esprit ;
Sti houfelle être fort étranche ,
Et tire moi tans mon refléxion ,
Que si n'être pas fous Sorciere , fous être Anche
Mais chafre un étonnation ,
1
C'est que sti Chanteurs te loüanche ,
Quant eux chanter fotre renom
Hafrent tous fait un faute insigne
T'afoir tit rien sur fotre choli nom :
La Figne , charniplé , la Figne ,
Etre un nom d'admiration ,
Et sti nom tout seul être tigne ,
T'un pelle déclaration ;
Moi fenir tonc tout exprès , Mameseile ,
Sur sti peau nom faire à fous compliment ;
Chafre toujours aimé le trinquement ,
Et pour témoignement t'un tendresse noufelle ;
Puisque fous la Figne s'apelle ,
Moi poire encor pour fous plus crantement ,
Car par mon foi la Figne être un pon Element ,
Sti raison être un assurance ,
Te mon fidelité , comme t'un crand constance ,
Et
AVRIL. 1733 .
713
Et chafre encore un folonté ,
T'être moi Suisse à fotre porte.
chens d'un crande sorte, On m'afre dit que
A foir un curiosité
Te foir fotre étranche personne :
Parblé tans mon Loche planté ,
Plus fier moi , qu'un Roi sur son Trône ;
Un proc te fin en main , à chêfal sur un Tonne ,
Moi tire à sti Calands,, en crand cifilité ,
T'afalir un rasade à fotre pon santé.
Si l'être un incifil pas conten de sti prône ,
Moi tire,alle;fa t'en, il n'être point personnes,
Et si fouloir sti tonneur te Cartel ,
Sti Chefalier te * Leucotece ,
Fenir encor charconner son tendresse ;
Tans mon Loche à Croisic, moi l'y faire un tuel;
Lui faire un peu peaucou le tiable à quatre ,
Et parler touchours lui contre cheants combatre,
Te cerfelle et te bras cassement , brisement.
Moi l'y craindre point sti tapache ,
Et tans un brafe trinquement ,
Moi fouloir noyer son courache
Puis tire à lui , malgré son rache ,
T'entrer tehors sans fâchement.
Serfiteur , ponchour , Mameselle ,
Moi conserfer pour fous un soif touchours fidelle.
* Voyez la Missive du Chevalier de Leucotece à
P'Infante de Malcrais , dans le premier Volume du
Mercure de Decembre dernier.
Pon
de la Vigne.
On chour, Mameselle la Figne ;
Sti nom me paroître plus tigne ,
Que sti l'autre nom de Malcrais ;
Pour infenter un choli frase ,
Moi chafre foulu tout exprès ,
Monter sur sti chefal Pégase ;
Mais par mon foi sti tiable t'animal,
Il être un peu peaucoup prutal ;
Pour lui faire un petit caresse ,
Moi l'y fouloir padinement ,
Approcher mon main sur son fesse ,
Mais charniplé tout incifilement ,
Il m'afre fait un petarrade ,
Et fouloir lui par un ruade ,
Sans tonner afertissement ,
Casser tout - à- fait mon cerfelle.
Moy poufoir pas comprendre , Mameselle
Comme tiable peut faire fous ,
Pour aprifoiser sti farouche ;
Chamais pour fous lui ne prendre la mouche,
Quand fous lui parle , on dit qu'il être toux ,
Comme un mouton , chafre tans mon pensée ,
Que sti grand aprifoisement ,
Estre
712 MERCURE DE FRANCE
Estre fait par sorcellement ,
Et gager moi , que fous l'y être un Fée ;
Car quelqu'un hafre téja tit ,
Et Monsir Mercure te France ,
L'hafre par tout fort pien écrit ,
Que toute fotre corporance ,
N'être par mon foi qu'en l'esprit ;
Sti houfelle être fort étranche ,
Et tire moi tans mon refléxion ,
Que si n'être pas fous Sorciere , fous être Anche
Mais chafre un étonnation ,
1
C'est que sti Chanteurs te loüanche ,
Quant eux chanter fotre renom
Hafrent tous fait un faute insigne
T'afoir tit rien sur fotre choli nom :
La Figne , charniplé , la Figne ,
Etre un nom d'admiration ,
Et sti nom tout seul être tigne ,
T'un pelle déclaration ;
Moi fenir tonc tout exprès , Mameseile ,
Sur sti peau nom faire à fous compliment ;
Chafre toujours aimé le trinquement ,
Et pour témoignement t'un tendresse noufelle ;
Puisque fous la Figne s'apelle ,
Moi poire encor pour fous plus crantement ,
Car par mon foi la Figne être un pon Element ,
Sti raison être un assurance ,
Te mon fidelité , comme t'un crand constance ,
Et
AVRIL. 1733 .
713
Et chafre encore un folonté ,
T'être moi Suisse à fotre porte.
chens d'un crande sorte, On m'afre dit que
A foir un curiosité
Te foir fotre étranche personne :
Parblé tans mon Loche planté ,
Plus fier moi , qu'un Roi sur son Trône ;
Un proc te fin en main , à chêfal sur un Tonne ,
Moi tire à sti Calands,, en crand cifilité ,
T'afalir un rasade à fotre pon santé.
Si l'être un incifil pas conten de sti prône ,
Moi tire,alle;fa t'en, il n'être point personnes,
Et si fouloir sti tonneur te Cartel ,
Sti Chefalier te * Leucotece ,
Fenir encor charconner son tendresse ;
Tans mon Loche à Croisic, moi l'y faire un tuel;
Lui faire un peu peaucou le tiable à quatre ,
Et parler touchours lui contre cheants combatre,
Te cerfelle et te bras cassement , brisement.
Moi l'y craindre point sti tapache ,
Et tans un brafe trinquement ,
Moi fouloir noyer son courache
Puis tire à lui , malgré son rache ,
T'entrer tehors sans fâchement.
Serfiteur , ponchour , Mameselle ,
Moi conserfer pour fous un soif touchours fidelle.
* Voyez la Missive du Chevalier de Leucotece à
P'Infante de Malcrais , dans le premier Volume du
Mercure de Decembre dernier.
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Résumé : EPITRE d'un Suisse à Mlle Malcrais de la Vigne.
L'épître est une lettre humoristique écrite par un Suisse à Mademoiselle la Figne, également appelée Malcrais. L'auteur utilise un langage mal orthographié pour créer un effet comique et exprime son admiration pour elle. Il raconte une anecdote où il a tenté de caresser Pégase, le cheval d'un ami, mais a été désarçonné. Il compare ensuite Pégase à Mademoiselle la Figne, suggérant qu'elle pourrait être une fée ou une sorcière en raison de son caractère imprévisible. L'auteur critique les chanteurs qui louent Mademoiselle la Figne sans mentionner son nom, estimant que 'la Figne' est un nom d'admiration. Il exprime son affection et son désir de lui rendre hommage, ainsi que sa curiosité de la rencontrer. Il mentionne également son intention de lui offrir un toast et se montre prêt à affronter le Chevalier de Leucotece, un rival potentiel, dans un duel. La lettre se termine par une expression de fidélité et de dévouement envers Mademoiselle la Figne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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52
p. 1210-1212
EPITRE, A Mlle Dufresne, sur les deux premiers Rôles qu'elle a jouëz, en paroissant sur la Scene.
Début :
Je ne résiste plus, c'est trop long-temps me taire ; [...]
Mots clefs :
Dufresne, Scène, Beau
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE, A Mlle Dufresne, sur les deux premiers Rôles qu'elle a jouëz, en paroissant sur la Scene.
EPITRE ,
A Me Dufresne , sur les deux premiers
Rôles qu'elle a jouez , en paroissant
sur la Scene.
J
E ne résiste plus , c'est trop long-temps me
taire ;
Mes transports sont trop vifs , pour ne pas
éclater ;
DUFRESNE , j'ose te chanter ;
Voi , d'un oeil favorable , un hommage sincere ,
Pour me désabuser d'un projet téméraire ,
J'ai beau me dire à tout moment ,
Que pour te louer dignement ,
C'est peu de brûler , d'un beau zéle ,
Qu'il faut encor , d'une plume immor
telle ,
Pouvoir faire couler des Vers aussi pompeux ;
Aussi touchants que ceux ,
A qui tu sçais prêter une grace nouvelle.
Mais si l'infléxible Apollon ,
A mes désirs, refuse un si beau don ;
1. Vol.
Je
JUIN. 1733. 1211
Je me fate du moins d'avoir , pour mon par◄
tage ,
Uu coeur qui sçait sentir ;
Une ame prompte à compatir :
Pour rehausser ta gloire , en faut - il davantage
Tu la tires du sentiment ;
Tu le sçais mieux qu'un autre , exprimer vive
ment ;
C'est à lui seul d'achever mon ouvrage.
Où suis -je ! Quels sanglots ont fait couler mes
pleurs ?
Je n'en sçaurois douter, c'est Electre , elle- mêmes
Je gémis de ses maux , je sens tous ses malheurs;
Que je hais ses persécuteurs !
Ah ! si bien-tôt sensible à ta tendresse extrême ,
Ton cher Oreste enfin n'appaisoit tes douleurs
La pitié m'animant d'une audace intrépide ,
Egiste éprouveroit le courroux qui me guide ,
Princesse , par sa mort , j'irois briser tes fers ,
Trop heureux de pouvoir , au péril de ma vie ,
Apprendre à l'Univers ,
Combien de tes tourmens mon ame est atteng
drie !
Mais quels nouveaux accents , viennent troubles
mon coeur !
Ah ! je la reconnois ! c'est Camille en fureur ;
2-1. Vol. H Elle
1212 MERCURE DE FRANCE
1
Elle demande compte à son barbare frere ,
D'un sang que son amour lui rendoit précieux ;
J'approuve déja sa colere ;
Le farouche vainqueur , me devient odieux ,
Et ne m'attachant plus à la gloire d'Horace
Je souhaite plutôt le sort de Curiace ;
Je le trouve trop doux , puisque si vivement ,
Il avoit pu toucher l'objet le plus charmant,
Poursais , Actrice inimitable !
Nos coeurs émus au gré de tes désirs
Feront , de ton art admirable ,
Leurs plus agréables plaisirs.
Quand sur la Scene on te voit reparoître ,
Qui ne croit voir renaître ,
La Champ-meslé , là le Couvreur ?
Surton art et le leur ,
De décider sans doute il seroit difficile ;
Mais je sçais , qu'à leur voix , Electre ni Cas
mille ,
N'auroient pû , dans mes sens ,
terreur,
A Me Dufresne , sur les deux premiers
Rôles qu'elle a jouez , en paroissant
sur la Scene.
J
E ne résiste plus , c'est trop long-temps me
taire ;
Mes transports sont trop vifs , pour ne pas
éclater ;
DUFRESNE , j'ose te chanter ;
Voi , d'un oeil favorable , un hommage sincere ,
Pour me désabuser d'un projet téméraire ,
J'ai beau me dire à tout moment ,
Que pour te louer dignement ,
C'est peu de brûler , d'un beau zéle ,
Qu'il faut encor , d'une plume immor
telle ,
Pouvoir faire couler des Vers aussi pompeux ;
Aussi touchants que ceux ,
A qui tu sçais prêter une grace nouvelle.
Mais si l'infléxible Apollon ,
A mes désirs, refuse un si beau don ;
1. Vol.
Je
JUIN. 1733. 1211
Je me fate du moins d'avoir , pour mon par◄
tage ,
Uu coeur qui sçait sentir ;
Une ame prompte à compatir :
Pour rehausser ta gloire , en faut - il davantage
Tu la tires du sentiment ;
Tu le sçais mieux qu'un autre , exprimer vive
ment ;
C'est à lui seul d'achever mon ouvrage.
Où suis -je ! Quels sanglots ont fait couler mes
pleurs ?
Je n'en sçaurois douter, c'est Electre , elle- mêmes
Je gémis de ses maux , je sens tous ses malheurs;
Que je hais ses persécuteurs !
Ah ! si bien-tôt sensible à ta tendresse extrême ,
Ton cher Oreste enfin n'appaisoit tes douleurs
La pitié m'animant d'une audace intrépide ,
Egiste éprouveroit le courroux qui me guide ,
Princesse , par sa mort , j'irois briser tes fers ,
Trop heureux de pouvoir , au péril de ma vie ,
Apprendre à l'Univers ,
Combien de tes tourmens mon ame est atteng
drie !
Mais quels nouveaux accents , viennent troubles
mon coeur !
Ah ! je la reconnois ! c'est Camille en fureur ;
2-1. Vol. H Elle
1212 MERCURE DE FRANCE
1
Elle demande compte à son barbare frere ,
D'un sang que son amour lui rendoit précieux ;
J'approuve déja sa colere ;
Le farouche vainqueur , me devient odieux ,
Et ne m'attachant plus à la gloire d'Horace
Je souhaite plutôt le sort de Curiace ;
Je le trouve trop doux , puisque si vivement ,
Il avoit pu toucher l'objet le plus charmant,
Poursais , Actrice inimitable !
Nos coeurs émus au gré de tes désirs
Feront , de ton art admirable ,
Leurs plus agréables plaisirs.
Quand sur la Scene on te voit reparoître ,
Qui ne croit voir renaître ,
La Champ-meslé , là le Couvreur ?
Surton art et le leur ,
De décider sans doute il seroit difficile ;
Mais je sçais , qu'à leur voix , Electre ni Cas
mille ,
N'auroient pû , dans mes sens ,
terreur,
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Résumé : EPITRE, A Mlle Dufresne, sur les deux premiers Rôles qu'elle a jouëz, en paroissant sur la Scene.
L'épître est adressée à Me Dufresne et met en lumière les deux rôles interprétés par une actrice sur scène. L'auteur exprime son admiration et son émotion face aux performances de l'actrice, notamment dans les personnages d'Électre et de Camille. Il souligne la capacité de l'actrice à susciter des émotions intenses, telles que la pitié et la colère, chez les spectateurs. L'auteur compare également l'actrice à des figures légendaires du théâtre, comme La Champmeslé et Le Couvreur, soulignant la difficulté de les départager en termes de talent. Il conclut en louant l'art de l'actrice, capable de toucher profondément les cœurs des spectateurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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53
p. 1307-1309
EPITRE à M. de S...... pour le prier de lui renvoyer une Canne, appellée Roseau.
Début :
Des Chansons de ta Muse élégante et fertile, [...]
Mots clefs :
Muse, Dieu, Canne, Roseau
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE à M. de S...... pour le prier de lui renvoyer une Canne, appellée Roseau.
EPITRE à M. de S ..... Pour le
prier de lui renvoyer une Canne ,
appellée Roseau .
Es Chansons de ta Muse élégante et fer-
DES
Tile,
J'entendois autrefois résonner les Echos ;
Devenue aujourd'hui paresseuse et stérile ,
Elle s'endort dans le repos.
Par un innocent badinage ,
Je me flattois de l'agacer ,
Mais vainement par là j'ai voulu l'amorcer ,
Elle n'entend plus ce langage ,
( 2 ) Dans son Traité du contentement ou repos
de l'esprit , ch. 4. de la Traduction d'Amyot.
II. Vol
C iij RE1308
MERCURE DE FRANCE
Renoncer tout à coup aux faveurs d'Apollon ,
Est le moïen d'attirer sa disgrace.
Jusqu'en ces lieux un bruit transpire du Vallom ,
Que par sanglant Decret du Maître du Parnasse
,
Ton nom quoiqu'icy consacré ,
'Au double Mont , bien- tôt doit être lacéré.
On dit autre nouvelle , et qui me semble folle
On assure pour fait certain ,
Que tous les jours soir et matin
Tu viens faire la cour aux Suppôts de Barthole ,
Et que dans leur poudreuse Ecole ,
Ta Muse perdit sọn Latin.
Purge- toi d'un cas qui t'offense ,
Quoiqu'il en soit , du Dieu désarme la vers
geance :
Par un prompt repentir , tu pourras l'arrêter.
Venir implorer sa clemence ,
Est pour ce Dieu la mériter.
De notre 1 ) Jard en perspective ;
On découvre un ( 2 ) Temple fameux ;
Là , chacun de tout âge et de tout sexe arrive ,
Au Dieu des Vers offrir des voeux ,
En ce lieu Saint et vénérable ,
Est le grand ( 3 ) Sacrificateur.
( 1 ) Le Jard est un lieu celebrepour la prome.
made , aux Portes de Châlons.
( 2 ) Beat regard.
( 3 ) M. PAbbé de ***
11. Vol. MoJUI
N. 1733.
1309
Modeste et doux , sérieux , mais affable
Compatissant et charitable ;
Du Dieu qu'il sert , possédant la faveur ;
Il sera ton Médiateur.
Cours à ce Temple, au Dieu présenter en hommage
,
Sonnet , Ode , Elégie , Epigramme et Ron
deau ,
Et pour t'encourager je serai du voyage ;
L'air est serain , le temps est beau ,
Mais tu le sçais , ami , je suis déja sur l'âge,
Ainsi pour ce pelerinage ,
J'aurai besoin de mon Roseau.
Par M. DE SOMMEVES
prier de lui renvoyer une Canne ,
appellée Roseau .
Es Chansons de ta Muse élégante et fer-
DES
Tile,
J'entendois autrefois résonner les Echos ;
Devenue aujourd'hui paresseuse et stérile ,
Elle s'endort dans le repos.
Par un innocent badinage ,
Je me flattois de l'agacer ,
Mais vainement par là j'ai voulu l'amorcer ,
Elle n'entend plus ce langage ,
( 2 ) Dans son Traité du contentement ou repos
de l'esprit , ch. 4. de la Traduction d'Amyot.
II. Vol
C iij RE1308
MERCURE DE FRANCE
Renoncer tout à coup aux faveurs d'Apollon ,
Est le moïen d'attirer sa disgrace.
Jusqu'en ces lieux un bruit transpire du Vallom ,
Que par sanglant Decret du Maître du Parnasse
,
Ton nom quoiqu'icy consacré ,
'Au double Mont , bien- tôt doit être lacéré.
On dit autre nouvelle , et qui me semble folle
On assure pour fait certain ,
Que tous les jours soir et matin
Tu viens faire la cour aux Suppôts de Barthole ,
Et que dans leur poudreuse Ecole ,
Ta Muse perdit sọn Latin.
Purge- toi d'un cas qui t'offense ,
Quoiqu'il en soit , du Dieu désarme la vers
geance :
Par un prompt repentir , tu pourras l'arrêter.
Venir implorer sa clemence ,
Est pour ce Dieu la mériter.
De notre 1 ) Jard en perspective ;
On découvre un ( 2 ) Temple fameux ;
Là , chacun de tout âge et de tout sexe arrive ,
Au Dieu des Vers offrir des voeux ,
En ce lieu Saint et vénérable ,
Est le grand ( 3 ) Sacrificateur.
( 1 ) Le Jard est un lieu celebrepour la prome.
made , aux Portes de Châlons.
( 2 ) Beat regard.
( 3 ) M. PAbbé de ***
11. Vol. MoJUI
N. 1733.
1309
Modeste et doux , sérieux , mais affable
Compatissant et charitable ;
Du Dieu qu'il sert , possédant la faveur ;
Il sera ton Médiateur.
Cours à ce Temple, au Dieu présenter en hommage
,
Sonnet , Ode , Elégie , Epigramme et Ron
deau ,
Et pour t'encourager je serai du voyage ;
L'air est serain , le temps est beau ,
Mais tu le sçais , ami , je suis déja sur l'âge,
Ainsi pour ce pelerinage ,
J'aurai besoin de mon Roseau.
Par M. DE SOMMEVES
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Résumé : EPITRE à M. de S...... pour le prier de lui renvoyer une Canne, appellée Roseau.
L'épître est adressée à M. de S..... afin de lui demander de renvoyer une canne nommée 'Roseau'. L'auteur exprime son regret de ne plus pouvoir inspirer la Muse, autrefois active, mais désormais paresseuse et stérile. Il craint de perdre les faveurs d'Apollon et d'attirer sa disgrâce. Des rumeurs circulent, affirmant que le nom de l'interlocuteur sera bientôt lacéré par un décret du maître du Parnasse et qu'il fréquente l'école de Barthole, perdant ainsi son latin. L'auteur conseille de se purger de cette offense et d'implorer la clémence d'Apollon par un prompt repentir. Il mentionne un temple célèbre près de Châlons, où chacun offre des vœux au Dieu des Vers. Le grand sacrificateur, décrit comme modeste et charitable, pourra servir de médiateur. L'auteur propose de se rendre au temple pour offrir des poèmes et encourage son ami à l'accompagner, tout en soulignant son besoin de la canne pour ce pèlerinage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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54
p. 1502-1505
EPITRE, A M. le Comte de TAVANES, Brigadier des Armées du Roy, et son premier Lieutenant General en Bourgogne.
Début :
Si jusques à ce jour, dans ma verve lyrique, [...]
Mots clefs :
Tavannes, Apollon, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE, A M. le Comte de TAVANES, Brigadier des Armées du Roy, et son premier Lieutenant General en Bourgogne.
EPITRE ,
A M. le Come de TAVANES , Brigadier
des Armées du Roy , et son premier Lieutenant
General en Bourgogne.
Si jusques à ce jour , dans ma verve lyrique ;
Je ne t'ai point offert un encens poëtique ,
Tavanes , ce n'est pas que pour chanter ton nom ,
Ma Muse n'ait souvent rêvé sur l'Hélicon.
Cent fois , quand j'ai formé le plan d'un long
Poëme ;
Pour
JUILLET. 1733. 1503
Pour mon premier Héros je t'ai choisi toi - même ;
Mais à ce noble emploi j'avois beau destiner ,
La Lyre qu'on entend sous mes doigts raisonner,
Aussi-tôt Apollon et sa Troupe immortelle ,
Condamnoient mon audace en approuvant mon
zele.
Laisse , me disoient - ils , à de's Auteurs fameux
Le soin de celebrer un Mortel digne d'eux.
Pour Chantre , un Mécenas doit avoir un Horace,
Voltaire peut chanter ton Héros avec grace ,
Cet Aigle , du Soleil soutiendroit les rayons ;
Mais toi que parmi nous rarement nous voyons,
Quand tu veux t'élever aussi haut que Pindare ,
Dans la profonde Mer tu tombes comme Icare.
Ainsi dans mes projets interrompu toujours ,T
Demon travail pour toi j'ai suspendu le cours ,
Et sur d'autres sujets moins grands et plus faciles,
Employant quelquefois des momens ' inutiles ,
Tavanes , j'attendois que pour te bien louer ,
Phébus et les neuf Soeurs daignassent m'avouer.
Toutefois , puisqu'enfin ma Muse a pú te plaire' ,
Je me crois maintenant séparé du vulgaire.
D'un suffrage si beau , content et glorfeux ,
Je sens que je puis prendre un essor jusqu'aux
Cieux . KurzbĮ alum.5295 30591
13
Non, je n'ai plus besoin des Filles de Mémoire ,
Mon zele me suffit pour celebrer ta gloire.
I! K
Dieux avec quel plaisir je dirai dans mes Vers ,
E
504 MERCURE DE FRANCE
Et des rares vertus et tes exploits divers !
En vain ta modestie au silence m'invite ..
Plus on fuit la louange et plus on la mérite ;
Et les Fils d'Apollon aux génereux Mortels ,
Doivent dans leurs Ecrits ériger des Autels.
Eh ! qui fut plus que toi digne de notre hommage!
N'est-on pas informé qu'aussi vaillant que sage ,
Tu sçais dans les horreurs du plus sanglant
combat ,
Etre tout à la fois Capitaine et Soldat ?
Que depuis qu'au Laurier a succedé l'Olive ,
Ton ardeur pour ton Roi n'en est pas moins
active ?
Que ton coeur vertueux , toujours grand , toû
jours droit ,
Pouvant tout ce qu'il veut , ne veut que ce qu'il
doir. ?
Que par les dons divers que ta main liberale,
Répand de toutes parts dans cette Capitale ;
Tu cherches, non l'honneur d'être crû génereux,
Mais l'unique plaisir de faire des heureux ?
Qu'aux beaux Arts qu'Apollon tient sous sa dé
pendance ,
Tu prêtes un appui digne de ta.naissance ?
Que quand je n'osois pas m'élever jusqu'à toi ,
Ta facile bonté descendit jusqu'à moi ?
Que contraire à ces Grands de qui l'ame com
mune ,
I
N'offre rien à nos yeux de grand que leur fortune,
Affable sans bassesse , et fier sans vanité ;
JUILLET. 1733. 1505
On te voit en tous lieux aimé, craint, respecté ,
Que charmé que Louis t'ait placé sur nos têtes,
Le Peuple en prenant part à tes superbes Fêtes ,
Dit que toûjours la gloire excitant tes désirs ,
Tu te montres Héros jusques dans tes plaisirs.
Mais quoi ! je m'apperçois que frappant la barriere
,
Mon Pégase est tout prêt d'entrer dans la carriere;
Eh bien ! sans differer , il la lui faut ouvrir ;
Sur le Pinde avec lui je brûle de courir ,
Et dans l'heureux transport où mon coeur s'a→
bandonne ,
Je vais chercher des fleurs pour former ta Couronne.
Par M.COCQUARD, Avoc. au Parlement de Dijon.
A M. le Come de TAVANES , Brigadier
des Armées du Roy , et son premier Lieutenant
General en Bourgogne.
Si jusques à ce jour , dans ma verve lyrique ;
Je ne t'ai point offert un encens poëtique ,
Tavanes , ce n'est pas que pour chanter ton nom ,
Ma Muse n'ait souvent rêvé sur l'Hélicon.
Cent fois , quand j'ai formé le plan d'un long
Poëme ;
Pour
JUILLET. 1733. 1503
Pour mon premier Héros je t'ai choisi toi - même ;
Mais à ce noble emploi j'avois beau destiner ,
La Lyre qu'on entend sous mes doigts raisonner,
Aussi-tôt Apollon et sa Troupe immortelle ,
Condamnoient mon audace en approuvant mon
zele.
Laisse , me disoient - ils , à de's Auteurs fameux
Le soin de celebrer un Mortel digne d'eux.
Pour Chantre , un Mécenas doit avoir un Horace,
Voltaire peut chanter ton Héros avec grace ,
Cet Aigle , du Soleil soutiendroit les rayons ;
Mais toi que parmi nous rarement nous voyons,
Quand tu veux t'élever aussi haut que Pindare ,
Dans la profonde Mer tu tombes comme Icare.
Ainsi dans mes projets interrompu toujours ,T
Demon travail pour toi j'ai suspendu le cours ,
Et sur d'autres sujets moins grands et plus faciles,
Employant quelquefois des momens ' inutiles ,
Tavanes , j'attendois que pour te bien louer ,
Phébus et les neuf Soeurs daignassent m'avouer.
Toutefois , puisqu'enfin ma Muse a pú te plaire' ,
Je me crois maintenant séparé du vulgaire.
D'un suffrage si beau , content et glorfeux ,
Je sens que je puis prendre un essor jusqu'aux
Cieux . KurzbĮ alum.5295 30591
13
Non, je n'ai plus besoin des Filles de Mémoire ,
Mon zele me suffit pour celebrer ta gloire.
I! K
Dieux avec quel plaisir je dirai dans mes Vers ,
E
504 MERCURE DE FRANCE
Et des rares vertus et tes exploits divers !
En vain ta modestie au silence m'invite ..
Plus on fuit la louange et plus on la mérite ;
Et les Fils d'Apollon aux génereux Mortels ,
Doivent dans leurs Ecrits ériger des Autels.
Eh ! qui fut plus que toi digne de notre hommage!
N'est-on pas informé qu'aussi vaillant que sage ,
Tu sçais dans les horreurs du plus sanglant
combat ,
Etre tout à la fois Capitaine et Soldat ?
Que depuis qu'au Laurier a succedé l'Olive ,
Ton ardeur pour ton Roi n'en est pas moins
active ?
Que ton coeur vertueux , toujours grand , toû
jours droit ,
Pouvant tout ce qu'il veut , ne veut que ce qu'il
doir. ?
Que par les dons divers que ta main liberale,
Répand de toutes parts dans cette Capitale ;
Tu cherches, non l'honneur d'être crû génereux,
Mais l'unique plaisir de faire des heureux ?
Qu'aux beaux Arts qu'Apollon tient sous sa dé
pendance ,
Tu prêtes un appui digne de ta.naissance ?
Que quand je n'osois pas m'élever jusqu'à toi ,
Ta facile bonté descendit jusqu'à moi ?
Que contraire à ces Grands de qui l'ame com
mune ,
I
N'offre rien à nos yeux de grand que leur fortune,
Affable sans bassesse , et fier sans vanité ;
JUILLET. 1733. 1505
On te voit en tous lieux aimé, craint, respecté ,
Que charmé que Louis t'ait placé sur nos têtes,
Le Peuple en prenant part à tes superbes Fêtes ,
Dit que toûjours la gloire excitant tes désirs ,
Tu te montres Héros jusques dans tes plaisirs.
Mais quoi ! je m'apperçois que frappant la barriere
,
Mon Pégase est tout prêt d'entrer dans la carriere;
Eh bien ! sans differer , il la lui faut ouvrir ;
Sur le Pinde avec lui je brûle de courir ,
Et dans l'heureux transport où mon coeur s'a→
bandonne ,
Je vais chercher des fleurs pour former ta Couronne.
Par M.COCQUARD, Avoc. au Parlement de Dijon.
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Résumé : EPITRE, A M. le Comte de TAVANES, Brigadier des Armées du Roy, et son premier Lieutenant General en Bourgogne.
L'épître est adressée à M. le Comte de Tavanes, Brigadier des Armées du Roy et son premier Lieutenant Général en Bourgogne. Le poète auteur de l'épître explique qu'il n'a pas encore célébré Tavanes dans ses œuvres, non par manque de désir, mais parce qu'il se sentait inapte à cette tâche. Apollon et les Muses lui ont conseillé de laisser cette mission à des auteurs plus célèbres, comme Voltaire. Cependant, l'auteur décide finalement de louer Tavanes, se sentant désormais capable de le faire grâce à l'inspiration. Le poète énumère les qualités et les actions de Tavanes : son courage et sa sagesse sur le champ de bataille, son dévouement au roi même en temps de paix, sa générosité, son soutien aux arts, et sa bonté envers les autres. Il souligne également la modestie de Tavanes, qui fuit la louange malgré ses mérites. Le peuple, charmé par Tavanes, le voit comme un héros même dans ses plaisirs. L'auteur conclut en exprimant son désir de composer une œuvre en l'honneur de Tavanes, prêt à s'élancer dans cette entreprise poétique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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55
p. 1571-1574
EPITRE De M. M. D. G. A Mlle sa fille unique, qui entroit dans sa 13 année.
Début :
Je vois un arbrisseau dont les Rameaux fleuris, [...]
Mots clefs :
Temps, Fille, Fruits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE De M. M. D. G. A Mlle sa fille unique, qui entroit dans sa 13 année.
EP IT RE
De M. M. D. G.
A Mile sa fille unique , qui entroit dans se
13 année.
JE voi
E vois un arbrisseau dont les Rameaux fleuris
,
Me promettent déja les fruits que je chéris ,
L'art avec la nature à son sort s'interessent ,
Zéphire et le Soleil tour à tour le caressent ,
La sêve doucement monte dans ses rameaux ,
Et les rend chaque jour et plus forts et plus
beaux,
Tel est de ton Printemps la flateuse apparence ,
Mais puis-je sur des fleurs fonder quelque esperance
?
Oui , le ciel les protége et j'attendrai de lui
Les fruits que sa bonté me promet aujourd'hui.
Je ne veux pas , ma fille , attrister ta jeunesse ,
E vj Pas
1572 MERCURE DE FRANCE
Par l'ennui des leçons qu'on répette sans cesse ;
Un long Sermon endort et les meilleurs avis ,
Donnez à contre- temps , sont toujours mal
suivis :
Quand la raison nous luit , nous devons nous
conduire ,
De nos propres devoirs , nous - mêmes nous instruire
Et
>
par l'heureux secours de nos réfléxions ,
Arrêter le progrès des folles passions ;
Je t'ai déja tracé dans une allégorie ,
Le fidele Tableau des malheurs de ma vie .
Pour t'apprendre comment , par le sort trå
versé
Ce que je fis de mieux fut toujours renversé.
Il ne faut point compter sur l'aveugle fortune ,
En vain on la méprise , en vain on l'importune.
Ses biens sont refusez ou donnez par hazard ,
Rarement à propos , presque toujours trop
tard.
J'ai vécu quelque temps dans la triste indigence
,
J'ai gouté les douceurs d'une heureuse abon
dance .
Et j'envie aujourd'hui la médiocrité !
Au dessus , au dessous , nulle sécurité .
La vertu s'amollit au sein de la richesse ,
Dans la misére , hélas ! que devient la sagesse ?
L'abîme
JUILLET. 1733 . 1573
L'abîme s'ouvre ; un pas peut y précipiter ,
Et souvent on y court , quand on croit l'éviter.
Pour laisser loin de nous ces écueils redoutables
,
Bornons tous nos desirs aux besoins véritables,
Il en est peu de tels ; Le reste est vanité ,
Caprice , erreur , chimere et puérilité.
Ces frivoles besoins que l'homme
multiplié
,
Enfans de son orgueil , nourris par sa folie.
N'ont jamais occupé que de foibles esprits ,
Et méritent bien moins , nos soins , que nos
mépris.
Four atteindre à l'honneur d'un mérite solide
Ne cheri que le vrai,prends la vertu pour guide.
N'ouvre jamais ton coeur à d'injustes désirs ,
Et fais de tes devoirs , ta gloire et tes plaisirs.
Ma fille , ces conseils sont d'un Pere qui
t'aime !
Veus-tu le rendre heureux ? sois heureuse toimême
;
Corrige tes deffauts ; cultive tes talens ;
Fui de l'oisiveté les conseils nonchalans
Préfere rarement l'agréable à l'utile ;
Par l'application rend ton travail facile ;
Poursuis avec constance un ouvrage entrepris ;
Du temps et de l'honneur , reconnois tout le
prix ;
Mo
2
1574 MERCURE DE FRANCE
Modeste en ton maintien , modeste en ton langage
,
Sans contrainte et sans art, montre-toi toujours
sage ;
Et par les doux attraits d'une noble candeur ,
Annonce d'un coeur pur le tranquille bonheur.
De M. M. D. G.
A Mile sa fille unique , qui entroit dans se
13 année.
JE voi
E vois un arbrisseau dont les Rameaux fleuris
,
Me promettent déja les fruits que je chéris ,
L'art avec la nature à son sort s'interessent ,
Zéphire et le Soleil tour à tour le caressent ,
La sêve doucement monte dans ses rameaux ,
Et les rend chaque jour et plus forts et plus
beaux,
Tel est de ton Printemps la flateuse apparence ,
Mais puis-je sur des fleurs fonder quelque esperance
?
Oui , le ciel les protége et j'attendrai de lui
Les fruits que sa bonté me promet aujourd'hui.
Je ne veux pas , ma fille , attrister ta jeunesse ,
E vj Pas
1572 MERCURE DE FRANCE
Par l'ennui des leçons qu'on répette sans cesse ;
Un long Sermon endort et les meilleurs avis ,
Donnez à contre- temps , sont toujours mal
suivis :
Quand la raison nous luit , nous devons nous
conduire ,
De nos propres devoirs , nous - mêmes nous instruire
Et
>
par l'heureux secours de nos réfléxions ,
Arrêter le progrès des folles passions ;
Je t'ai déja tracé dans une allégorie ,
Le fidele Tableau des malheurs de ma vie .
Pour t'apprendre comment , par le sort trå
versé
Ce que je fis de mieux fut toujours renversé.
Il ne faut point compter sur l'aveugle fortune ,
En vain on la méprise , en vain on l'importune.
Ses biens sont refusez ou donnez par hazard ,
Rarement à propos , presque toujours trop
tard.
J'ai vécu quelque temps dans la triste indigence
,
J'ai gouté les douceurs d'une heureuse abon
dance .
Et j'envie aujourd'hui la médiocrité !
Au dessus , au dessous , nulle sécurité .
La vertu s'amollit au sein de la richesse ,
Dans la misére , hélas ! que devient la sagesse ?
L'abîme
JUILLET. 1733 . 1573
L'abîme s'ouvre ; un pas peut y précipiter ,
Et souvent on y court , quand on croit l'éviter.
Pour laisser loin de nous ces écueils redoutables
,
Bornons tous nos desirs aux besoins véritables,
Il en est peu de tels ; Le reste est vanité ,
Caprice , erreur , chimere et puérilité.
Ces frivoles besoins que l'homme
multiplié
,
Enfans de son orgueil , nourris par sa folie.
N'ont jamais occupé que de foibles esprits ,
Et méritent bien moins , nos soins , que nos
mépris.
Four atteindre à l'honneur d'un mérite solide
Ne cheri que le vrai,prends la vertu pour guide.
N'ouvre jamais ton coeur à d'injustes désirs ,
Et fais de tes devoirs , ta gloire et tes plaisirs.
Ma fille , ces conseils sont d'un Pere qui
t'aime !
Veus-tu le rendre heureux ? sois heureuse toimême
;
Corrige tes deffauts ; cultive tes talens ;
Fui de l'oisiveté les conseils nonchalans
Préfere rarement l'agréable à l'utile ;
Par l'application rend ton travail facile ;
Poursuis avec constance un ouvrage entrepris ;
Du temps et de l'honneur , reconnois tout le
prix ;
Mo
2
1574 MERCURE DE FRANCE
Modeste en ton maintien , modeste en ton langage
,
Sans contrainte et sans art, montre-toi toujours
sage ;
Et par les doux attraits d'une noble candeur ,
Annonce d'un coeur pur le tranquille bonheur.
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Résumé : EPITRE De M. M. D. G. A Mlle sa fille unique, qui entroit dans sa 13 année.
Un père écrit à sa fille unique, qui entre dans sa treizième année, en utilisant la métaphore d'un arbrisseau pour symboliser son avenir prometteur. Il espère que le ciel protégera cet avenir et souhaite éviter de l'attrister avec des leçons répétitives. Il met en garde contre les dangers de la fortune aveugle, qui distribue ses biens de manière aléatoire et souvent trop tard. Le père évoque ses propres malheurs pour illustrer les revers du sort. Il conseille à sa fille de limiter ses désirs aux besoins véritables pour éviter les écueils de la richesse et de la misère. Il l'encourage à cultiver ses talents, à fuir l'oisiveté et à préférer l'utile à l'agréable. Enfin, il lui recommande de rester modeste, sage et de montrer une noble candeur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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56
p. 2492-2495
EPITRE, A Mad. de ***.
Début :
Je voudrois, gentille Femelle, [...]
Mots clefs :
Vénus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE, A Mad. de ***.
E PITR E
A Mad. de ***
Je voudrois , gentille Femelle ,
A qui d'étroite parentelle ,
Le Ciel favorable m'unit,
Chantea
NOVEMBRE. 1733. 2498
Chanter la longue kirielle ,
Des trésors que Nature mit
En ton coeur , ton corps , ta cervelle ,
Alors que de Dame Immortelle ,
Tu reçûs la clarté du jour.
C'est , dit- on , la Mere d'Amour ,
Qui seroit-ce, si ce n'est-elle ?
Ainsi que Venus elle est belle ,
Mille Amours volent à l'entour ;
On dit pourtant qu'elle est cruelle ;
Sans doute c'est pour se cacher ;
Mais peut-on long-temps la chercher !
Le feu dont son oeil étincelle ,
Et sa grace sur - naturelle
Son immortalité décele.
De ta naissance l'autre soir ,
Ma Muse , qui le doit sçavoir ;
Me fit le récit très-fidele ,"
Je te le rends en peu de mots.
N'aurai-je jamais de repos ?
Dit Vénus , rongeant sa dentélle ;
Faut il toujours qu'on me harcelle ,
Par mille impertinens propos ?
Une multitude de sots •
A tous momens me fait querelle ;
Des Dieux la nombreuse sequelle
Jupin , Mars , Diane , Cybelle ,
Sont sans honneurs et sans Chapelles ;
B
1494 MERCURE DE FRANCE
Et la Déesse des Amans ,
Eternue à force d'encens !
Je veux , ce n'est point bagatelle ,
Me relever de sentinelle ,
Et produire une fille telle ,
Qu'elle me puisse soulager ,
Des soins dont je veux m'alleger :
Je veux que cette Jouvencelle ,
Que je ferai sur mon modelle ,
Puisse me servir de Miroir ,
Ma grace en elle je veux voir.
Aussi-tôt la Déesse appelle ,
Et fait entrer dans sa ruelle
Charite , des trois Graces , celle
Que Paphos honore le plus ;
Tu vins au monde , et puis Venuš
Te donne à la Grace fidelle ,
Disant , je remets à ton zele
Ces appas tout nouveaux venus :
Soigne ces petits Membres nus ,
Nourris cette gente pucelle ,
Du plus pur lait de ta mamelle ;
D'agrémens puisse- tu l'orner ,
Et sçaches si bien façonner
En tout sa beauté naturelle ,
Qu'on voye en tous lieux all umer
Encensoir , Autel et Chandelle ;
Mais chaste comme Tourterelle ,
Qu'elle
NOVEMBRE. 1733. 2495
Qu'elle ait sur son front respecté,
De la Vertu la majesté ;
Qu'au desir le plus effronté
Son air modeste coupe l'aîle..
Mais enfin je suis arrêté ,
J'ai beau foüiller dans l'escarcelle
Je n'ai plus de Rimes en elle ,
Si mon hommage est accepté ,
Après ce trait de ta bonté ,
Je dois ma foi tirer l'échelle .
A Mad. de ***
Je voudrois , gentille Femelle ,
A qui d'étroite parentelle ,
Le Ciel favorable m'unit,
Chantea
NOVEMBRE. 1733. 2498
Chanter la longue kirielle ,
Des trésors que Nature mit
En ton coeur , ton corps , ta cervelle ,
Alors que de Dame Immortelle ,
Tu reçûs la clarté du jour.
C'est , dit- on , la Mere d'Amour ,
Qui seroit-ce, si ce n'est-elle ?
Ainsi que Venus elle est belle ,
Mille Amours volent à l'entour ;
On dit pourtant qu'elle est cruelle ;
Sans doute c'est pour se cacher ;
Mais peut-on long-temps la chercher !
Le feu dont son oeil étincelle ,
Et sa grace sur - naturelle
Son immortalité décele.
De ta naissance l'autre soir ,
Ma Muse , qui le doit sçavoir ;
Me fit le récit très-fidele ,"
Je te le rends en peu de mots.
N'aurai-je jamais de repos ?
Dit Vénus , rongeant sa dentélle ;
Faut il toujours qu'on me harcelle ,
Par mille impertinens propos ?
Une multitude de sots •
A tous momens me fait querelle ;
Des Dieux la nombreuse sequelle
Jupin , Mars , Diane , Cybelle ,
Sont sans honneurs et sans Chapelles ;
B
1494 MERCURE DE FRANCE
Et la Déesse des Amans ,
Eternue à force d'encens !
Je veux , ce n'est point bagatelle ,
Me relever de sentinelle ,
Et produire une fille telle ,
Qu'elle me puisse soulager ,
Des soins dont je veux m'alleger :
Je veux que cette Jouvencelle ,
Que je ferai sur mon modelle ,
Puisse me servir de Miroir ,
Ma grace en elle je veux voir.
Aussi-tôt la Déesse appelle ,
Et fait entrer dans sa ruelle
Charite , des trois Graces , celle
Que Paphos honore le plus ;
Tu vins au monde , et puis Venuš
Te donne à la Grace fidelle ,
Disant , je remets à ton zele
Ces appas tout nouveaux venus :
Soigne ces petits Membres nus ,
Nourris cette gente pucelle ,
Du plus pur lait de ta mamelle ;
D'agrémens puisse- tu l'orner ,
Et sçaches si bien façonner
En tout sa beauté naturelle ,
Qu'on voye en tous lieux all umer
Encensoir , Autel et Chandelle ;
Mais chaste comme Tourterelle ,
Qu'elle
NOVEMBRE. 1733. 2495
Qu'elle ait sur son front respecté,
De la Vertu la majesté ;
Qu'au desir le plus effronté
Son air modeste coupe l'aîle..
Mais enfin je suis arrêté ,
J'ai beau foüiller dans l'escarcelle
Je n'ai plus de Rimes en elle ,
Si mon hommage est accepté ,
Après ce trait de ta bonté ,
Je dois ma foi tirer l'échelle .
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Résumé : EPITRE, A Mad. de ***.
En novembre 1733, une lettre poétique est adressée à une dame, dont les qualités exceptionnelles sont comparées à celles d'une déesse immortelle et de Vénus. L'auteur décrit la beauté et la grâce de la dame, ainsi que la cruauté perçue de Vénus, qui cherche à se cacher malgré son éclat. La lettre relate une conversation entre Vénus et la Muse de l'auteur, où Vénus se plaint des querelles et du manque de respect des dieux à son égard. Pour remédier à cette situation, Vénus décide de créer une jeune fille modèle de grâce et de beauté. Elle appelle Charité, l'une des Grâces, pour s'occuper de cette nouvelle venue, lui confiant la tâche de la nourrir et de l'éduquer. Vénus souhaite que cette jeune fille soit belle, chaste et respectée, capable d'inspirer dévotion et admiration. L'auteur conclut en exprimant son admiration et sa gratitude envers la dame, tout en reconnaissant son incapacité à trouver des rimes adéquates pour exprimer pleinement son hommage.
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57
p. 2929-2933
A MADAME d'Hurigny, sur le souhait qu'elle avoit fait à l'Auteur pour son Etrenne, de vivre cent ans. EPITRE
Début :
Vous m'ordonnez, sage Uranie, [...]
Mots clefs :
Vivre, Cent ans, Souhait, Sage, Uranie, Siècle, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME d'Hurigny, sur le souhait qu'elle avoit fait à l'Auteur pour son Etrenne, de vivre cent ans. EPITRE
A MADAME d'Hurigny , sur le
souhait qu'elle avoit fait à l- Auteur
pour son Etrenne , de vivre cent ans.
EPIT RE..
Vous m'oi donnez , sage Uranie
De vivre cent ans bien comptez ;
Souhait qui plaît à mon génie ;
Pourquoi j'y résiste ; écoutez.
Je suis en chemin pour le faire.
Mon âge touche presque au but z
Mais le dessein est témeraire ,
Si jamais un dessein le fut.
Sçavez-vous ce que dit l'Histoire ,
De ces souhaits exhorbitans ?
C'est , dit- elle , la Mer à boire ,
Que tâcher à vivre cent ans.
Aujourd'hui les forces humaines ,
Ne nous permettent rien d'égal ,
Compter son âge par centaines ,
C'est un souhait Patriarchal.
Nos vieux Peres à longue haleine ,
De la vie eurent les gros lots ,
Et la Genese est toute pleine ,
De Mathusalems et d'Enocs ,
Un siecle n'étoit qu'amusette ;
Puisqu'un enfant jeune vieillard ,
A cent ans portoit la jacquette ,
II. Val Hr Us
2930 MERCURE DE FRANCE
1
Et jouoit à colin maillard .
Le Déluge aux longues années ,
Mit un clou pour les arrêter ,
Et par ses eaux empoisonnées ,
Les obligea de décompter.
Pourquoi voulez -vous que je vive
n'ont vécu tant de gens , Plus que
A qui la Parque fugitive ,
Fit subir ses ordres urgents ?
Un siecle ! David grand Prophete ,
Grand Compilateur de Pseautiers ,
Grand Roy , grand Guerrier , grand Poëte ,
A peine parvtnt aux deux tiers.
A quatre-vingst , Pinfirmerie ,
A soixante et dix ; c'est assez ,
Il mit ces bornes à la vie ,
Et fit lui - même son procès.
Mais retournons dans notre Sphere;
Sans nous faufiler aux Herps ;
Vivre cent ans est une affaire
Où je coucherois un peu gros.
*
Et quand je mordrois à la grappe ,
Par l'espoir d'un doux avenir ,
Quand Millet mon cher Esculape
Pourroit m'y faire parvenir ,
Garantiroit-il ma vieillesse
De langueur , d'assoupissement ,
* Habile Medecin de Mâcon.
J. Vel.
:
N
DECEMBRE. 1733. 2931
Ni de l'importune foiblesse,
Qui me prive du mouvement ?
Mes héritiers au coeur si tendre ,
Bien que je leur paroisse cher ,
Pourroient-ils par fois se deffendre ,
D'enrager entre cuir et chair a
Mes gens à rente viagere ,
En déboursant le premier son ,
Font cette dévote priere
Le diable. emporte le vieux fou.
» Quand sa mort pourroit à merveille ,
» De ce tribut nous liberer ,
» Plus qu'un Cerf , plus qu'une Corneille ,
» Il vit pour nous désesperer .
Venons aux Dames respectables ,
Dont je tiens à vie un taudis ,
Elles sont assez charitables
Pour me souhaiter Paradis.
Je n'entends parler des Discretes ,
Leur esprit n'est pas si badin ,
Mais les jeunes Soeurs , les folettes ,
Qui soupirent pour mon Jardin.
Sage Uranie , ainsi je n'ose ,
A vos voeux joindre mon desir ,
Puisque ma longue vie est cause
De cent chagrins pour un plaisir.
Les ans sont mauvaises Patentes ,
Pour donner de grands artributs ,
1 I. Vol. Pas-
Hvj
2932 MERCURE DE FRANCE
Pascal à peine en vecut trente ,
Et la Bruyere guere plus.
Cependant , armé de constance ,
Je porte ces fardeaux pesants ,
Suppliant d'avoir patience ,
Mes débiteurs et mes Enfans.
Si quelque chose me travaille ,
Je laisse tout à l'abandon;
Je fais des Vers , vaille que vaille,
Et je trouve encor le vin bon.
Si par hazard je suis en doute ,
Pour quelque symptôme fievreux ,
J'appelle un Medecin , l'écoute ;
Puis je fais tout ce que je veux.
Si ma Méthode est salutaire ,
Pour vivre un siecle , plus ou moins.
Vous obéir est une affaire ,
Où je veux mettre tous mes soins.
C'est à vous aimable Uranie ,
Qu'il convient de vivre cent ans ;
Quand leur course en sera finie ,
Nos Neveux pleureront long- temps.
Vous êtes sage , riche et belle ,
Bienfaisante et pleine d'esprit ,
Le Ciel vous fit sur un modele ,
Qu'il ne montre que quand il rit.
Qui tous vos talens voudroit suivre,
Il ne finiroit d'aujourd'hui
L
II. Vol.
DECEMBR E. 1733. 2932
Obon coeur ! 8 coeur , bon à vivre !
Bon pour vous , et bon pour autrui !
DE SENECE'.
souhait qu'elle avoit fait à l- Auteur
pour son Etrenne , de vivre cent ans.
EPIT RE..
Vous m'oi donnez , sage Uranie
De vivre cent ans bien comptez ;
Souhait qui plaît à mon génie ;
Pourquoi j'y résiste ; écoutez.
Je suis en chemin pour le faire.
Mon âge touche presque au but z
Mais le dessein est témeraire ,
Si jamais un dessein le fut.
Sçavez-vous ce que dit l'Histoire ,
De ces souhaits exhorbitans ?
C'est , dit- elle , la Mer à boire ,
Que tâcher à vivre cent ans.
Aujourd'hui les forces humaines ,
Ne nous permettent rien d'égal ,
Compter son âge par centaines ,
C'est un souhait Patriarchal.
Nos vieux Peres à longue haleine ,
De la vie eurent les gros lots ,
Et la Genese est toute pleine ,
De Mathusalems et d'Enocs ,
Un siecle n'étoit qu'amusette ;
Puisqu'un enfant jeune vieillard ,
A cent ans portoit la jacquette ,
II. Val Hr Us
2930 MERCURE DE FRANCE
1
Et jouoit à colin maillard .
Le Déluge aux longues années ,
Mit un clou pour les arrêter ,
Et par ses eaux empoisonnées ,
Les obligea de décompter.
Pourquoi voulez -vous que je vive
n'ont vécu tant de gens , Plus que
A qui la Parque fugitive ,
Fit subir ses ordres urgents ?
Un siecle ! David grand Prophete ,
Grand Compilateur de Pseautiers ,
Grand Roy , grand Guerrier , grand Poëte ,
A peine parvtnt aux deux tiers.
A quatre-vingst , Pinfirmerie ,
A soixante et dix ; c'est assez ,
Il mit ces bornes à la vie ,
Et fit lui - même son procès.
Mais retournons dans notre Sphere;
Sans nous faufiler aux Herps ;
Vivre cent ans est une affaire
Où je coucherois un peu gros.
*
Et quand je mordrois à la grappe ,
Par l'espoir d'un doux avenir ,
Quand Millet mon cher Esculape
Pourroit m'y faire parvenir ,
Garantiroit-il ma vieillesse
De langueur , d'assoupissement ,
* Habile Medecin de Mâcon.
J. Vel.
:
N
DECEMBRE. 1733. 2931
Ni de l'importune foiblesse,
Qui me prive du mouvement ?
Mes héritiers au coeur si tendre ,
Bien que je leur paroisse cher ,
Pourroient-ils par fois se deffendre ,
D'enrager entre cuir et chair a
Mes gens à rente viagere ,
En déboursant le premier son ,
Font cette dévote priere
Le diable. emporte le vieux fou.
» Quand sa mort pourroit à merveille ,
» De ce tribut nous liberer ,
» Plus qu'un Cerf , plus qu'une Corneille ,
» Il vit pour nous désesperer .
Venons aux Dames respectables ,
Dont je tiens à vie un taudis ,
Elles sont assez charitables
Pour me souhaiter Paradis.
Je n'entends parler des Discretes ,
Leur esprit n'est pas si badin ,
Mais les jeunes Soeurs , les folettes ,
Qui soupirent pour mon Jardin.
Sage Uranie , ainsi je n'ose ,
A vos voeux joindre mon desir ,
Puisque ma longue vie est cause
De cent chagrins pour un plaisir.
Les ans sont mauvaises Patentes ,
Pour donner de grands artributs ,
1 I. Vol. Pas-
Hvj
2932 MERCURE DE FRANCE
Pascal à peine en vecut trente ,
Et la Bruyere guere plus.
Cependant , armé de constance ,
Je porte ces fardeaux pesants ,
Suppliant d'avoir patience ,
Mes débiteurs et mes Enfans.
Si quelque chose me travaille ,
Je laisse tout à l'abandon;
Je fais des Vers , vaille que vaille,
Et je trouve encor le vin bon.
Si par hazard je suis en doute ,
Pour quelque symptôme fievreux ,
J'appelle un Medecin , l'écoute ;
Puis je fais tout ce que je veux.
Si ma Méthode est salutaire ,
Pour vivre un siecle , plus ou moins.
Vous obéir est une affaire ,
Où je veux mettre tous mes soins.
C'est à vous aimable Uranie ,
Qu'il convient de vivre cent ans ;
Quand leur course en sera finie ,
Nos Neveux pleureront long- temps.
Vous êtes sage , riche et belle ,
Bienfaisante et pleine d'esprit ,
Le Ciel vous fit sur un modele ,
Qu'il ne montre que quand il rit.
Qui tous vos talens voudroit suivre,
Il ne finiroit d'aujourd'hui
L
II. Vol.
DECEMBR E. 1733. 2932
Obon coeur ! 8 coeur , bon à vivre !
Bon pour vous , et bon pour autrui !
DE SENECE'.
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Résumé : A MADAME d'Hurigny, sur le souhait qu'elle avoit fait à l'Auteur pour son Etrenne, de vivre cent ans. EPITRE
Le poème est adressé à Madame d'Hurigny, qui avait souhaité que l'auteur vive cent ans. L'auteur exprime son scepticisme, soulignant que cette longévité est exceptionnelle et réservée à des figures bibliques comme Mathusalem et Énoch. Il note que même des personnages illustres comme David n'ont pas atteint cet âge. L'auteur évoque les inconvénients de la vieillesse, tels que la faiblesse et la dépendance, ainsi que les désagréments pour les héritiers et débiteurs. Il reconnaît cependant que Madame d'Hurigny, en raison de sa sagesse, sa beauté et sa bonté, serait la personne idéale pour atteindre cet âge. L'auteur reste humble face à ce souhait, tout en honorant les qualités de Madame d'Hurigny.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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58
p. 20-24
LE MANTEAU BLEU De M. Ferré de Fougéres, Brigadier dans les Fermes Générales, au Croisic. ETRENNES. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, aux Auteurs qui l'ont célébrée dans leurs Ouvrages. EPITRE.
Début :
Auteurs, dont le témoignage [...]
Mots clefs :
Fils, Manteau bleu, Noé, M. Ferré
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texteReconnaissance textuelle : LE MANTEAU BLEU De M. Ferré de Fougéres, Brigadier dans les Fermes Générales, au Croisic. ETRENNES. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, aux Auteurs qui l'ont célébrée dans leurs Ouvrages. EPITRE.
LE MANTEAU BLEU
De M. Ferré de Fougères , Brigadier dans
les Fermes Générales , au Croisic.
ETRENNES.
Par Mlle de Malcrais de la Vigne , aux
Auteurs qui l'ont célébrée dans
leurs Ouvrages.
A
EP ITR E.
Utturs , dont le témoignage
Qui vole en cent lieux divers
Honore mes foibles Vers
De plus d'un brillant suffrage ,
Parlâtes vous franchement 3
Où fut-ce la politesse ,
Qui déduisit seulement
La fleurette enchanteresse' ,
Sur le ton du compliment e
Je ne suis point assez dupe ,
Pour tout croire bonnement ;
C'estde tout temps qu'à la jupe¿
Le
JANVIER . 1734. 23
Le Chapeau souple et matois ,
A fait un accueil courtois.
Un homme fut- il plus sage ,
Que Socrate , docte Grec ,
Que cet autre personnage , ( « )
Qui préferoit au potage ,
1
D'un Roy , dont au seul aspect , ( b )
L'Univers fut sans langage , ( c )
De l'eau claire et du pain sec .
Que David , son fils avec ,
Au beau sexe il est d'usage ,
Qu'il fasse Salamalec ,
Fut-il plus fort de corsage ,
Que Samson qui par respect ,
Pour un aimable visage
Laissa couper son plumage ,
Dont il reçut rudè échec ,
Puis son robuste courage , ( d )
Croissant sous son caudebec ,
Fit s'écrouler dans la cave ,
Sur gens assemblés illec ,
Le Lambris et l'Architrave ,
Tandis que dans leur Conclave ,
( a ) Diogéne.
(b ) Alexandre.
(c)Siluit terra in conspectu ejus . Machab.1.3 .
(d ) Jamque capilli ejus renasci caperent Judic.
eap. 16.
Bil
22 MERCURE DE FRANCE
Buvant au Fils de Lamech , ( » )
Ces gros nez de Béterave
Faisoient couler par leur bec ,
Vin meilleur que vin de Grave.
Oui , fut- il encor plus grave ,
Que deffunt Melchisedech ,
Plus orgueilleux et plus brave ,
Que n'étoit Abimelech ,
Dont en l'Antique Légende
Vous avez lû le Méchef;
Autrement qu'il appréhende ,
Que tout ainsi qu'à ce chef,
L'éclat d'une Meule grande , (b )
Ne lui tombe sur le chef.
Quant à moi , bien -fort je doute
De votre sincérité ,
Vos Vers sont comme un pâté
Que dore une belle Croute.
N'importe, je vous sçais gré
D'un badinage madré..
J'en rends graces à vos veines,
Et
vous donne pour Etrennes ,
Le Manteau bleu de Ferré ,
Que ma Muse folichonne
( a ) Noé fils de Lamech.
·
( b ) Et ecce una mulier fragmen mola desuper
jaciens illisit capiti Abimelech et confregit cerebrum
jus. Judic. ch. 9. V. Sza
Qui
JANVIER 1734. 23
Qui sur plus d'un ton fredonne ,
.
A plaisamment célébré .
Recevez- vous avec joïe ,
Le don que je vous envoïc ?
Nous voilà , me direz- vous ,
Payez en belle monnoye ;
J'en conviens , mais entre- nous
Vous sçavez que vos loüanges ,
Leurs sons fussent -ils plus doux ,
Que les doux concerts des Anges ,
Ne sont point argent comptant ;
Tant en ce siécle pesant ,
Les sentimens sont étranges.
Au surplus , de ce Manteau ,
Dont la forme est singuliere
Le fameux propriétaire ,
Le trouve cent fois plus beau ,
Que s'il étoit d'écarlate ;
D'or et d'argent tout chargé ;
Et croit qu'en Astre changé ,
Un jour , sans citer la date ,
Il reluira dans les Cieux ;
"
>
Non loin du moins il s'en flate );
(
Du Bavolet gracieux ,
De la Servante à Pilate ;
Astre un beau soir apperçu ,
Par un Sçavant d'Angleterre , *
*Voyez les Dissertations sur ce sujet , avec la
Don
24 MERCURE DE FRANCE:
Dont les
yeux ,
aidez du verre >
Ont tout le ciel parcouru ;
Mais que de l'Observatoire
,
Qui rend hommage à sa gloire ,
Aucun des Argus n'a vû.
De M. Ferré de Fougères , Brigadier dans
les Fermes Générales , au Croisic.
ETRENNES.
Par Mlle de Malcrais de la Vigne , aux
Auteurs qui l'ont célébrée dans
leurs Ouvrages.
A
EP ITR E.
Utturs , dont le témoignage
Qui vole en cent lieux divers
Honore mes foibles Vers
De plus d'un brillant suffrage ,
Parlâtes vous franchement 3
Où fut-ce la politesse ,
Qui déduisit seulement
La fleurette enchanteresse' ,
Sur le ton du compliment e
Je ne suis point assez dupe ,
Pour tout croire bonnement ;
C'estde tout temps qu'à la jupe¿
Le
JANVIER . 1734. 23
Le Chapeau souple et matois ,
A fait un accueil courtois.
Un homme fut- il plus sage ,
Que Socrate , docte Grec ,
Que cet autre personnage , ( « )
Qui préferoit au potage ,
1
D'un Roy , dont au seul aspect , ( b )
L'Univers fut sans langage , ( c )
De l'eau claire et du pain sec .
Que David , son fils avec ,
Au beau sexe il est d'usage ,
Qu'il fasse Salamalec ,
Fut-il plus fort de corsage ,
Que Samson qui par respect ,
Pour un aimable visage
Laissa couper son plumage ,
Dont il reçut rudè échec ,
Puis son robuste courage , ( d )
Croissant sous son caudebec ,
Fit s'écrouler dans la cave ,
Sur gens assemblés illec ,
Le Lambris et l'Architrave ,
Tandis que dans leur Conclave ,
( a ) Diogéne.
(b ) Alexandre.
(c)Siluit terra in conspectu ejus . Machab.1.3 .
(d ) Jamque capilli ejus renasci caperent Judic.
eap. 16.
Bil
22 MERCURE DE FRANCE
Buvant au Fils de Lamech , ( » )
Ces gros nez de Béterave
Faisoient couler par leur bec ,
Vin meilleur que vin de Grave.
Oui , fut- il encor plus grave ,
Que deffunt Melchisedech ,
Plus orgueilleux et plus brave ,
Que n'étoit Abimelech ,
Dont en l'Antique Légende
Vous avez lû le Méchef;
Autrement qu'il appréhende ,
Que tout ainsi qu'à ce chef,
L'éclat d'une Meule grande , (b )
Ne lui tombe sur le chef.
Quant à moi , bien -fort je doute
De votre sincérité ,
Vos Vers sont comme un pâté
Que dore une belle Croute.
N'importe, je vous sçais gré
D'un badinage madré..
J'en rends graces à vos veines,
Et
vous donne pour Etrennes ,
Le Manteau bleu de Ferré ,
Que ma Muse folichonne
( a ) Noé fils de Lamech.
·
( b ) Et ecce una mulier fragmen mola desuper
jaciens illisit capiti Abimelech et confregit cerebrum
jus. Judic. ch. 9. V. Sza
Qui
JANVIER 1734. 23
Qui sur plus d'un ton fredonne ,
.
A plaisamment célébré .
Recevez- vous avec joïe ,
Le don que je vous envoïc ?
Nous voilà , me direz- vous ,
Payez en belle monnoye ;
J'en conviens , mais entre- nous
Vous sçavez que vos loüanges ,
Leurs sons fussent -ils plus doux ,
Que les doux concerts des Anges ,
Ne sont point argent comptant ;
Tant en ce siécle pesant ,
Les sentimens sont étranges.
Au surplus , de ce Manteau ,
Dont la forme est singuliere
Le fameux propriétaire ,
Le trouve cent fois plus beau ,
Que s'il étoit d'écarlate ;
D'or et d'argent tout chargé ;
Et croit qu'en Astre changé ,
Un jour , sans citer la date ,
Il reluira dans les Cieux ;
"
>
Non loin du moins il s'en flate );
(
Du Bavolet gracieux ,
De la Servante à Pilate ;
Astre un beau soir apperçu ,
Par un Sçavant d'Angleterre , *
*Voyez les Dissertations sur ce sujet , avec la
Don
24 MERCURE DE FRANCE:
Dont les
yeux ,
aidez du verre >
Ont tout le ciel parcouru ;
Mais que de l'Observatoire
,
Qui rend hommage à sa gloire ,
Aucun des Argus n'a vû.
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Résumé : LE MANTEAU BLEU De M. Ferré de Fougéres, Brigadier dans les Fermes Générales, au Croisic. ETRENNES. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, aux Auteurs qui l'ont célébrée dans leurs Ouvrages. EPITRE.
Le poème 'Le Manteau Bleu', publié dans le Mercure de France en janvier 1734, est un échange littéraire entre M. Ferré de Fougères et Mlle de Malcrais de la Vigne. Cette dernière remercie les auteurs qui l'ont célébrée dans leurs œuvres. Le poème commence par une réflexion sur la sincérité des compliments littéraires, comparant les louanges à un pâté doré. Mlle de Malcrais exprime son doute sur la sincérité des éloges mais apprécie le badinage. Elle offre en retour un manteau bleu, propriété de M. Ferré de Fougères, qu'elle décrit comme singulier et d'une beauté exceptionnelle. Le propriétaire du manteau le considère plus beau que s'il était d'écarlate, chargé d'or et d'argent, et croit qu'il pourrait un jour briller dans les cieux. Le texte fait également référence à des figures historiques et bibliques comme Socrate, Alexandre, Samson, Diogène, et Noé, ainsi qu'à des événements mythologiques et bibliques.
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59
p. 24-29
EPITRE. A M. Ferré, Brigadier, sur son Manteau ; par Mlle de Malcrais de la Vigne.
Début :
Brigadier non d'armée, ains d'un corps de Maltote, [...]
Mots clefs :
Manteau, Manteau bleu, Corps, Esprit
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE. A M. Ferré, Brigadier, sur son Manteau ; par Mlle de Malcrais de la Vigne.
EPITRE .
A M. Ferré , Brigadier , sur son Mantean
; par Mile de Malcrais de la Vigne.
B Rigadier non d'armée , ains d'un corps
Maitote ,
Malheureux Commandant , fragile Brigadier ,
Qu'un Directeur qu'il faut à genoux supplier
Et qui sur un bibus chipote ,
Eléve , abaisse , remet ,
ôte ,
Change et fait voler à son gré ,
Comme une légére balote ,
Que j'en veux au Destin , contre toi conjuré ,
Qui t'a par malice acoutré ,
D'une maniere si falote !
Tu méritois au moins d'être Auditeur de Rote.
de
Mais qu'y faire il faut vivre , et l'ame est bien
capote ,
Quand le corps n'est point restauré,
Traduction Françoise , qui a été imprimée à Ox
fort , 1733 chez Vvanecipsen , Libraire de l'Uni
versité , et la Planche gravée , fol. 132.
EI
JANVIER .
25 1734.
Et qu'il ne trouve à la Gargote ,
Ni pain, ni boeuf , ni gélinote ,
Ni Vin , ni Cidre , ni Poiré ,
Ni Choux , ni Rave , ni Carotte ,
Ni même la moindre Echalotte ;
C'est alors qu'un teint empourpre ,
Devient sec , pâle , ou sulphuré ,
Qu'en hyver sans cesse on grélote ,
Quand un habit tout délabré ,
Vaguement sur l'échine flote.
Loyal Garçon , pauvre Ferré ,
Si de la probité qui par tout t'accompagne ,
Les humains respectoient les droits ,
Tu choisirois sur les emplois ,
Dont nos riches Traitans disposent en Bretagne,
Certes , s'il dépendoit de moi ,
Je t'en donnerois un au païs de Cocagne.
Je considére et prise en toi ;
Cet esprit qui ne doit qu'à la seule nature
Les graces dont il est doté ,
Sans que l'étude ait ajoûté
Le moindre fard à sa parure.
Ton discours n'est point affecté ,
Il coule avec facilité ,
Amusant , badin , pathétique ,
Le véritable sel attique
S'y mêle avec aménité.
Tu sçais faire un conte à merveille ,
Ов
26 MERCURE DE FRANCE .
On croit voir tout ce que tu dis.
Il faut assurément que les jeux et les ris ,
Te parlent sans cesse à l'oreille ,
Aussi pour ton gentil esprit ,
Et non pour ton emploi petit ,
Tu vois la bonne compagnie ,
D'où par tes mots joyeux,la tristesse est bannie.
Que tu badines finement !
Que tu peins agréablement !
Mais voyons si ma Poësie
Sçaura peindre à son tour cet antique Manteau ,
Dont tu t'es par un tour nouveau ,
Attiré la galanterie ,
Un Railleur , s'il a bon cerveau
Doit entendre la raillerie ,
›
Approche , tire le Rideau ,
Regarde , voici le Tableau.
Ton Manteau jadis bleu , ne craint plus la vergette
.
Ses vieux ans qui l'ont annobli ,
Comme une Glace l'on poli.
Les subtils vermisseaux y trouvant leur cachette,
Broderent à points de chainette
Le drap et d'une et d'autre part.
L'adroite mitte encore y dessine avec art
Mainte délicate vignette.
FloJANVIER
. 1734. 、27
Flottant , garni de fleurs , sombrement azuré ,
L'ail s'y trompe , et le prend pour un satin
gaufré.
Ce Manteau dont ici tout le monde caquette
Suivant ce qu'un grand Clerc de ces cantons en
dit ,
Docteur mur et profond , Antiquaire en crédit ,
Fut le Manteau Royal de la Reine Gillette .
D'autres prétendent qu'il couvrit
Saint Antoine l'Anachotette ;
D'autres qu'il servit au Prophete
Qui sur un Char brulant fut en corps, en esprit ,
Porté du séjour de la Terre
Jusqu'aux lieux d'où part le Tonnerre.
De ce Manteau dont gens de poids
Ont à l'envi cherché l'origine secrette ,
Chacun jase , raisonne à sa guise . Or je crois ,
Que cette houpelande est faite .
De la grande moitié du Manteau qu'autrefois ,
Doué de charité parfaite ,
Monseigneur Saint Martin jetta sur le Sournois,
Le Truant déguisé qu'il trouva sans jacquette ,
Grelotant , soufflant dans ses doigts ,
Et qui cachoit un fin matois
Sous la mine la plus doucette .
Mais ce qui rend encore à tes yeux ce Manteau
Incomparablement plus beau ,
C'est que sans débourser , tu sçus en faire em-
· plette :
Enfin
28 MERCURE DE FRANCE
Enfin c'est un présent d'ami ,
Qui n'est point , comme on voit , libéral à demi.
Ce Manteau te sert de lorgnette ,
Par les trous dont il est rempli
De couverture à la couchette
A la Fenêtre de chassis ,
Housse sur ton Cheval , sur la table tapis ,
A la Cuisine il fait l'office
De passe purée ou coulis ,
Au plus fort de l'Eté le Zéphir qui s'y glisse
Folâtre en tapinois , et souleve ses plis ,
Dont quelques uns sont désunis.
On en fait , quand on veut , un Epervier pous
prendre
Les Poissons dans le sein des Eaux ,
Quelquefois au besoin, un Filet pour surprendre
La folle troupe des Oiseaux ;
Crible pour la récolte,il sert pendant l'Automner
A couvrir le panier , où coule du Pressoir
L'onde vineuse qui bouillonne ,
Ou bien le fond de l'Antonnoir ,
Pour empêcher les grains de passer dans la
tonne.
Manteau dont la posterité
Portera jusqu'aux Cieux le souvenir durable ,
O Manteau des Manteaux ! vêtement admirable
!
Qui , Ferré, ton Manteau , ce Manteau si vanté ,
Get Etendart de friperie ,
Dont
JANVIER 29 1734
Dont la possession a flatté ton envie ,
Peut-être , si tu veux , bon à tout , excepté
Pour garantir du froid , du vent et de la pluye,
A M. Ferré , Brigadier , sur son Mantean
; par Mile de Malcrais de la Vigne.
B Rigadier non d'armée , ains d'un corps
Maitote ,
Malheureux Commandant , fragile Brigadier ,
Qu'un Directeur qu'il faut à genoux supplier
Et qui sur un bibus chipote ,
Eléve , abaisse , remet ,
ôte ,
Change et fait voler à son gré ,
Comme une légére balote ,
Que j'en veux au Destin , contre toi conjuré ,
Qui t'a par malice acoutré ,
D'une maniere si falote !
Tu méritois au moins d'être Auditeur de Rote.
de
Mais qu'y faire il faut vivre , et l'ame est bien
capote ,
Quand le corps n'est point restauré,
Traduction Françoise , qui a été imprimée à Ox
fort , 1733 chez Vvanecipsen , Libraire de l'Uni
versité , et la Planche gravée , fol. 132.
EI
JANVIER .
25 1734.
Et qu'il ne trouve à la Gargote ,
Ni pain, ni boeuf , ni gélinote ,
Ni Vin , ni Cidre , ni Poiré ,
Ni Choux , ni Rave , ni Carotte ,
Ni même la moindre Echalotte ;
C'est alors qu'un teint empourpre ,
Devient sec , pâle , ou sulphuré ,
Qu'en hyver sans cesse on grélote ,
Quand un habit tout délabré ,
Vaguement sur l'échine flote.
Loyal Garçon , pauvre Ferré ,
Si de la probité qui par tout t'accompagne ,
Les humains respectoient les droits ,
Tu choisirois sur les emplois ,
Dont nos riches Traitans disposent en Bretagne,
Certes , s'il dépendoit de moi ,
Je t'en donnerois un au païs de Cocagne.
Je considére et prise en toi ;
Cet esprit qui ne doit qu'à la seule nature
Les graces dont il est doté ,
Sans que l'étude ait ajoûté
Le moindre fard à sa parure.
Ton discours n'est point affecté ,
Il coule avec facilité ,
Amusant , badin , pathétique ,
Le véritable sel attique
S'y mêle avec aménité.
Tu sçais faire un conte à merveille ,
Ов
26 MERCURE DE FRANCE .
On croit voir tout ce que tu dis.
Il faut assurément que les jeux et les ris ,
Te parlent sans cesse à l'oreille ,
Aussi pour ton gentil esprit ,
Et non pour ton emploi petit ,
Tu vois la bonne compagnie ,
D'où par tes mots joyeux,la tristesse est bannie.
Que tu badines finement !
Que tu peins agréablement !
Mais voyons si ma Poësie
Sçaura peindre à son tour cet antique Manteau ,
Dont tu t'es par un tour nouveau ,
Attiré la galanterie ,
Un Railleur , s'il a bon cerveau
Doit entendre la raillerie ,
›
Approche , tire le Rideau ,
Regarde , voici le Tableau.
Ton Manteau jadis bleu , ne craint plus la vergette
.
Ses vieux ans qui l'ont annobli ,
Comme une Glace l'on poli.
Les subtils vermisseaux y trouvant leur cachette,
Broderent à points de chainette
Le drap et d'une et d'autre part.
L'adroite mitte encore y dessine avec art
Mainte délicate vignette.
FloJANVIER
. 1734. 、27
Flottant , garni de fleurs , sombrement azuré ,
L'ail s'y trompe , et le prend pour un satin
gaufré.
Ce Manteau dont ici tout le monde caquette
Suivant ce qu'un grand Clerc de ces cantons en
dit ,
Docteur mur et profond , Antiquaire en crédit ,
Fut le Manteau Royal de la Reine Gillette .
D'autres prétendent qu'il couvrit
Saint Antoine l'Anachotette ;
D'autres qu'il servit au Prophete
Qui sur un Char brulant fut en corps, en esprit ,
Porté du séjour de la Terre
Jusqu'aux lieux d'où part le Tonnerre.
De ce Manteau dont gens de poids
Ont à l'envi cherché l'origine secrette ,
Chacun jase , raisonne à sa guise . Or je crois ,
Que cette houpelande est faite .
De la grande moitié du Manteau qu'autrefois ,
Doué de charité parfaite ,
Monseigneur Saint Martin jetta sur le Sournois,
Le Truant déguisé qu'il trouva sans jacquette ,
Grelotant , soufflant dans ses doigts ,
Et qui cachoit un fin matois
Sous la mine la plus doucette .
Mais ce qui rend encore à tes yeux ce Manteau
Incomparablement plus beau ,
C'est que sans débourser , tu sçus en faire em-
· plette :
Enfin
28 MERCURE DE FRANCE
Enfin c'est un présent d'ami ,
Qui n'est point , comme on voit , libéral à demi.
Ce Manteau te sert de lorgnette ,
Par les trous dont il est rempli
De couverture à la couchette
A la Fenêtre de chassis ,
Housse sur ton Cheval , sur la table tapis ,
A la Cuisine il fait l'office
De passe purée ou coulis ,
Au plus fort de l'Eté le Zéphir qui s'y glisse
Folâtre en tapinois , et souleve ses plis ,
Dont quelques uns sont désunis.
On en fait , quand on veut , un Epervier pous
prendre
Les Poissons dans le sein des Eaux ,
Quelquefois au besoin, un Filet pour surprendre
La folle troupe des Oiseaux ;
Crible pour la récolte,il sert pendant l'Automner
A couvrir le panier , où coule du Pressoir
L'onde vineuse qui bouillonne ,
Ou bien le fond de l'Antonnoir ,
Pour empêcher les grains de passer dans la
tonne.
Manteau dont la posterité
Portera jusqu'aux Cieux le souvenir durable ,
O Manteau des Manteaux ! vêtement admirable
!
Qui , Ferré, ton Manteau , ce Manteau si vanté ,
Get Etendart de friperie ,
Dont
JANVIER 29 1734
Dont la possession a flatté ton envie ,
Peut-être , si tu veux , bon à tout , excepté
Pour garantir du froid , du vent et de la pluye,
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Résumé : EPITRE. A M. Ferré, Brigadier, sur son Manteau ; par Mlle de Malcrais de la Vigne.
L'épître est adressée à M. Ferré, brigadier, et met en lumière la condition précaire de son manteau. L'auteur exprime sa compassion pour Ferré, qui doit solliciter des faveurs auprès de son directeur et vit dans des conditions difficiles, sans accès à des aliments de base. Malgré ces épreuves, Ferré est reconnu pour sa probité et son esprit naturel, qui lui permettent de charmer la bonne compagnie par ses contes et son humour. Le texte décrit ensuite en détail le manteau de Ferré, soulignant son état délabré mais aussi sa polyvalence. Le manteau, autrefois bleu, est brodé par les vermisseaux et orné de vignettes. Il est comparé à des vêtements historiques, comme celui de la Reine Gillette ou de Saint Martin. Ferré utilise ce manteau pour diverses fonctions pratiques, allant de la couverture à la lorgnette, en passant par des usages domestiques et agricoles. L'épître se termine en exaltant le manteau de Ferré, le qualifiant de 'vêtement admirable' et d''étendard de friperie', bien que celui-ci ne protège pas du froid ou de la pluie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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60
p. 219-222
A MLLE DE MALCRAIS. EPITRE.
Début :
Une plume plus délicate [...]
Mots clefs :
Coeur, Plume, Malcrais, Écrits, Gloire, Esprit
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texteReconnaissance textuelle : A MLLE DE MALCRAIS. EPITRE.
A MLLE DE MALCRAIS.
EPITRE.
Une plume plus délicate
Que n'est celle qui vous écrit ,
Et dont l'encens chatouille et flate
Le coeur , et satisfait l'esprit .
Cette plume à jamais celebre
Depuis la Seine jusqu'à l'Ebre ,
Depuis l'Ebre jusques aux bords
Qu'arrose la Tamise altiere ;
Enfin dont les nobles essors ,
Jusqu'aux lieux où naît la lumiere
Bientôt se feront admirer ;
Cette plume ajoute à sa gloire
La gloire de vous célébrer ;
Par-là croyant mieux s'assurer
Un nom d'éternelle mémoire
Voltaire en tous lieux si vanté
Unit son nom avec le vôtre ,
Et vous charmerez l'un et l'autre
La derniere posterité,
Touché de cet exemple illustre ,
Malcrais , que ne puis -je à mon nom
Assurer un aussi beau lustre
En
220 MERCURE DE FRANCE
C
En celebrant votre renom ?
Jusques-ici dans le silence ,
Content d'admirer vos Ecrits ,
Et charmé que toute la France
Vous en donnât le juste prix ,
J'ai sçû résister à l'envie ,
A l'ardeur de vous exalter ,
Mais enfin mon ame ravie
Ne sçauroit plus y résister.
Je veux d'une Muze nouvelle
Chanter les admirables traits ;
Et la Déesse la plus belle
Pour mon coeur auroit moins d'attrain ,
Que n'en à l'illustre Immortelle
Qui porte le nom de Malcrais.
Son esprit me la represente
Vive , gracieuse , amusante ;
De ses beaux yeux le feu charmant
Fenetre jusqu'au fond de l'ame s
Qui la voit , l'entend un moment ,
Ressent la plus ardente flame ,
Et fait en soi-même serment
De l'aimer éternellement.
Il fait ce serment en soi- même,
Non à l'objet de son ardeur ;
C'est en secret qu'il faut qu'on l'aime ,
Renonçant au bonheur extrême
De
FEVRIER 1734 . 228
De triompher de sa rigueur ;
Sa raison est saloy suprême ,
Et son esprit défend son coeur.
Oui , telle est l'adorable idée
Que je me fais de vous, Malcrais ,
Et ma plume s'est hazardée
A vous en tracer tous les traits.
Je jurerois qu'ils vous ressemblent ;
Vos charmants Ecrits les rassemblent,
Par-là , justement admirez ;
C'est d'eux que je les ai tirez.
Un Auteur a beau se contraindre :
Digne d'estime ou de mépris ,
La nature dans ses Ecrits
Le force toûjours à se peindre.
Quelque sujet que vous traitiez ,
Par tout on vous trouve admirable ,
Et quelque ton que vous preniez ,
Vous paroissez toûjours aimable.
Que l'on celebre vos talens
Du Couchant jusques à l'Aurore ;
Qu'on vous admire , j'y consens ;
Moi , je faisplus , je vous adore.
De mon coeur acceptez le don.
Pour que votre gloire y consente ,
De celui qui vous le présente ,
Je prétends vous cacher le nom .
L'ignorant , vous croirez peut-être
2
B Que
ނ
222 MERCURE DE FRANCE
Que ce don pourroit vous flater ,
Au lieu que me faisant connoître ,
Il pourroit bien vous irriter.
Ne pressez donc point ma disgrace ,
Et contentez-vous de sçavoir
Que se prêtant à mon audace ,
Vos neuf Soeurs sur le Mont Parnassé
Daignent par fois me recevoir.
Calliope ni Melpomene
N'ont jamais élevé mes sons ,
Quoique parmi ses nourriçons
Phoebus m'ait placé sur la Scene.
Voltaire plein d'un feu divin
Chausse le Cothurne tragique :
Ma Muse naïve et comique ,
Ne chausse que le Brodequin.
N. D.
EPITRE.
Une plume plus délicate
Que n'est celle qui vous écrit ,
Et dont l'encens chatouille et flate
Le coeur , et satisfait l'esprit .
Cette plume à jamais celebre
Depuis la Seine jusqu'à l'Ebre ,
Depuis l'Ebre jusques aux bords
Qu'arrose la Tamise altiere ;
Enfin dont les nobles essors ,
Jusqu'aux lieux où naît la lumiere
Bientôt se feront admirer ;
Cette plume ajoute à sa gloire
La gloire de vous célébrer ;
Par-là croyant mieux s'assurer
Un nom d'éternelle mémoire
Voltaire en tous lieux si vanté
Unit son nom avec le vôtre ,
Et vous charmerez l'un et l'autre
La derniere posterité,
Touché de cet exemple illustre ,
Malcrais , que ne puis -je à mon nom
Assurer un aussi beau lustre
En
220 MERCURE DE FRANCE
C
En celebrant votre renom ?
Jusques-ici dans le silence ,
Content d'admirer vos Ecrits ,
Et charmé que toute la France
Vous en donnât le juste prix ,
J'ai sçû résister à l'envie ,
A l'ardeur de vous exalter ,
Mais enfin mon ame ravie
Ne sçauroit plus y résister.
Je veux d'une Muze nouvelle
Chanter les admirables traits ;
Et la Déesse la plus belle
Pour mon coeur auroit moins d'attrain ,
Que n'en à l'illustre Immortelle
Qui porte le nom de Malcrais.
Son esprit me la represente
Vive , gracieuse , amusante ;
De ses beaux yeux le feu charmant
Fenetre jusqu'au fond de l'ame s
Qui la voit , l'entend un moment ,
Ressent la plus ardente flame ,
Et fait en soi-même serment
De l'aimer éternellement.
Il fait ce serment en soi- même,
Non à l'objet de son ardeur ;
C'est en secret qu'il faut qu'on l'aime ,
Renonçant au bonheur extrême
De
FEVRIER 1734 . 228
De triompher de sa rigueur ;
Sa raison est saloy suprême ,
Et son esprit défend son coeur.
Oui , telle est l'adorable idée
Que je me fais de vous, Malcrais ,
Et ma plume s'est hazardée
A vous en tracer tous les traits.
Je jurerois qu'ils vous ressemblent ;
Vos charmants Ecrits les rassemblent,
Par-là , justement admirez ;
C'est d'eux que je les ai tirez.
Un Auteur a beau se contraindre :
Digne d'estime ou de mépris ,
La nature dans ses Ecrits
Le force toûjours à se peindre.
Quelque sujet que vous traitiez ,
Par tout on vous trouve admirable ,
Et quelque ton que vous preniez ,
Vous paroissez toûjours aimable.
Que l'on celebre vos talens
Du Couchant jusques à l'Aurore ;
Qu'on vous admire , j'y consens ;
Moi , je faisplus , je vous adore.
De mon coeur acceptez le don.
Pour que votre gloire y consente ,
De celui qui vous le présente ,
Je prétends vous cacher le nom .
L'ignorant , vous croirez peut-être
2
B Que
ނ
222 MERCURE DE FRANCE
Que ce don pourroit vous flater ,
Au lieu que me faisant connoître ,
Il pourroit bien vous irriter.
Ne pressez donc point ma disgrace ,
Et contentez-vous de sçavoir
Que se prêtant à mon audace ,
Vos neuf Soeurs sur le Mont Parnassé
Daignent par fois me recevoir.
Calliope ni Melpomene
N'ont jamais élevé mes sons ,
Quoique parmi ses nourriçons
Phoebus m'ait placé sur la Scene.
Voltaire plein d'un feu divin
Chausse le Cothurne tragique :
Ma Muse naïve et comique ,
Ne chausse que le Brodequin.
N. D.
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Résumé : A MLLE DE MALCRAIS. EPITRE.
L'épître est dédiée à Mlle de Malcrais, célébrant ses talents littéraires et sa personnalité. L'auteur admire sa renommée, qui s'étend de la Seine à l'Ebre et jusqu'à la Tamise. Voltaire est mentionné comme un allié littéraire, prédisant que leurs noms charmeront la postérité. L'auteur exprime son désir de célébrer le renom de Mlle de Malcrais, qu'il décrit comme vive, gracieuse et amusante. Il admire ses écrits, qui révèlent son esprit et son cœur. Quel que soit le sujet traité, Mlle de Malcrais apparaît toujours admirable et aimable. L'auteur conclut en déclarant son adoration pour elle, tout en restant anonyme pour éviter de l'irriter. Il se décrit comme un poète modeste, préférant le brodequin comique au cothurne tragique, contrairement à Voltaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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61
p. 494-495
EPITRE, A M. le Gendre, Marquis de S. Aubin-sur-Loire.
Début :
Tu prouves, Saint-Aubin, qu'un illustre courage, [...]
Mots clefs :
Marquis de Saint-Aubin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE, A M. le Gendre, Marquis de S. Aubin-sur-Loire.
EP ITR E ,
A M. le Gendre , Marquis de S. Aubin
sur- Loire.
U prouves , Saint -Aubin , qu'un illustré
Τυ courage ,
Est au - dessus du sort ;
Comme on voit le Palmier combattu par l'orage,
N'en être que plus fort.
Par des coups imprévus , la fortune inhumaine ,
N'obscurcit point ton nom :
Ferme dans tous états , né pour être un Mécéne ,
Tu deviens un Varron.
Tu t'éleves sans peine aux principes des choses ,
Par un rare talent ;
Tu démêles les noeuds des effets et des causes
Par ton raisonnement.
Celui qui du sçavoir se fait un doux azile ,
Ne peut être qu'heureux :
Tu fais voir que tout sied , que tout devient utile .
A des coeurs genereux .
La fiere opinion dont tu détruis l'Empire ,
Cede
MARS.
1734. 495
Cede à la verité :
Et ton sçavant Ouvrage a droit de te conduire
A l'immortalité.
M. de Boisgarnier.
A M. le Gendre , Marquis de S. Aubin
sur- Loire.
U prouves , Saint -Aubin , qu'un illustré
Τυ courage ,
Est au - dessus du sort ;
Comme on voit le Palmier combattu par l'orage,
N'en être que plus fort.
Par des coups imprévus , la fortune inhumaine ,
N'obscurcit point ton nom :
Ferme dans tous états , né pour être un Mécéne ,
Tu deviens un Varron.
Tu t'éleves sans peine aux principes des choses ,
Par un rare talent ;
Tu démêles les noeuds des effets et des causes
Par ton raisonnement.
Celui qui du sçavoir se fait un doux azile ,
Ne peut être qu'heureux :
Tu fais voir que tout sied , que tout devient utile .
A des coeurs genereux .
La fiere opinion dont tu détruis l'Empire ,
Cede
MARS.
1734. 495
Cede à la verité :
Et ton sçavant Ouvrage a droit de te conduire
A l'immortalité.
M. de Boisgarnier.
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Résumé : EPITRE, A M. le Gendre, Marquis de S. Aubin-sur-Loire.
L'épître de mars 1734, adressée au Marquis de Saint-Aubin-sur-Loire, loue son courage et sa résilience. Comparé à un palmier, il résiste aux coups du sort. Mécène et érudit, il comprend les principes fondamentaux et démêle les relations entre effets et causes. Son savoir est source de bonheur et d'utilité. L'œuvre du marquis mérite l'immortalité. Signé M. de Boisgarnier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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62
p. 686-689
LE TRIOMPHE DE LA RAISON, Par M. Claville, à Mlle de Bailleul, pour le jour de sa Naissance. EPITRE
Début :
Trop severe Bailleul, l'Hymenée et l'Amour [...]
Mots clefs :
Amour, Raison, Mlle de Bailleul, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE TRIOMPHE DE LA RAISON, Par M. Claville, à Mlle de Bailleul, pour le jour de sa Naissance. EPITRE
LE TRIOMPHE DE LA RAISON,
Par M. Claville , à Mlle de Bailleul
pour le jour de sa Naissance.
EPITRE
TRop severe Bailleul , l'Hymenée et l'Amour
Soupant ensemble un certain jour ,
Concerterent votre naissance.
Chacun des trois fit de son mieux ;
Et chacun réussit. Jamais entre ces Dieux ,
On ne vit tant d'intelligence.
La vertu , les dons , les talens ,
Tandis que lesAmours crayonnoient votre image,
Charmez des dehors de l'ouvrage ,
Jurerent à l'envi d'enrichir les dedans.
Ce projet flatte la Nature ,
Au succès le Destin souscrit.
La
AVRIL: 787
1734
La raison prend soin de l'esprit ,
Et les graces de la figure.
Enfin , Dieu merci vous voilà ;
L'attente generale est dignement remplie.
On voit qu'à tous égards vous êtes accomplie ;.
Mais croyez-vous qu'Amour veuille en demenrer
là g
Ce petit usurier fait bien payer ses graces ;
A chaque instant le séducteur ,
Se loge dans vos yeux, par tout il suit vos traces,
Je crois que le fripon en veut à votre coeur.
Helas ! j'en puis parler en Maître ,
Il est bien séduisant , mais il est un peu traître.
Heureux qui peut s'en garantir !
Ne craignez pas de le connoître ,
Ne craignez que de le sentir .
Je sçais tout ce qui vous rassure ;
Vous aimez vos devoirs , le travail , la lecture ,
Vous ne lisez que du meilleur ,
Et le nom de Roman vous fit toujours horreur
Le Latin , la Musique et la Géographie
Font vos plus doux plaisirs , prennent tous vos
momens ,
Ce sont vos seuls amusemens .
Tant de préservatifs et de Philosophie
Ne conviennent pas trop aux tendres sentimens.
Mais
788 MERCURE DE FRANCE
Mais que l'Amour a de finesse !
Lui qui connoît à fond toute votre sagesse ,
Ne viendra pas grossierement
Vous faire un mauvais compliment ;
Vous n'entendrez qu'esprit , respect et politesse,
Il vous prendra par la raison ,
-
Et par ce nouveau tour d'adresse ,
Subtilisera son poison."
Il choisira pour Interprete ,
Quelque Cavalier bien bâti ,
Riche autant que Crésus , et d'un nom assorti ,
Qui sans vouloir foüiller au fond de la cassette j
Se croira trop heureux d'avoir
Le seul le digne objet qui flate son espoir ;
Enfin il contera son amoureux martyre ,
Et Dieu sçait ce qu'Amour inspire ;
Mais votre coeur , Iris , ne sent- il encor rien
Non. Il faut donc tenter un plus puissant moyen;
Hé bien ! on prend la main , on la baise , on la
serre ;
à terre Larmes aux yeux , genoux
On fait les sermens les plus doux
De n'adorer jamais que vous ;
On hazardera quelque Lettre ;
Mais quoi vous ne voulez permettre
Regards , soupirs , discours , billets , ni tendres
soins
Bien
A VRIL. 1734. 689
Bien d'autres se rendroient à moins ;
Mais avant le Contrat rien ne peut vous soumettre.
• L'Amour va donc secher d'ennui ,
De trouver la raison plus puissante que lui.
L'exemple est rare , il en soupire ;
Et Fille qui ne veut voir , entendre , ni lire ,
Est un vrai Phénix aujourd'hui.
l'ai bien deviné , j'entends quelqu'un qui crie.
Tout doux , beau petit Dieu , calmez- vous , je
vous prie ;
Bien- tôt vous aurez du bọn bon.
Voyez cette sotte raison
Qui met notre Enfant en furie.
Voulez-vous , chez Iris, trouver le même accès ,
Consultez , tendre Amour , l'aimable simpathie ,
Qu'elle plaide votre procès ;
Mettez l'Hymen de la partie ,
Et je vous réponds du succès.
Par M. Claville , à Mlle de Bailleul
pour le jour de sa Naissance.
EPITRE
TRop severe Bailleul , l'Hymenée et l'Amour
Soupant ensemble un certain jour ,
Concerterent votre naissance.
Chacun des trois fit de son mieux ;
Et chacun réussit. Jamais entre ces Dieux ,
On ne vit tant d'intelligence.
La vertu , les dons , les talens ,
Tandis que lesAmours crayonnoient votre image,
Charmez des dehors de l'ouvrage ,
Jurerent à l'envi d'enrichir les dedans.
Ce projet flatte la Nature ,
Au succès le Destin souscrit.
La
AVRIL: 787
1734
La raison prend soin de l'esprit ,
Et les graces de la figure.
Enfin , Dieu merci vous voilà ;
L'attente generale est dignement remplie.
On voit qu'à tous égards vous êtes accomplie ;.
Mais croyez-vous qu'Amour veuille en demenrer
là g
Ce petit usurier fait bien payer ses graces ;
A chaque instant le séducteur ,
Se loge dans vos yeux, par tout il suit vos traces,
Je crois que le fripon en veut à votre coeur.
Helas ! j'en puis parler en Maître ,
Il est bien séduisant , mais il est un peu traître.
Heureux qui peut s'en garantir !
Ne craignez pas de le connoître ,
Ne craignez que de le sentir .
Je sçais tout ce qui vous rassure ;
Vous aimez vos devoirs , le travail , la lecture ,
Vous ne lisez que du meilleur ,
Et le nom de Roman vous fit toujours horreur
Le Latin , la Musique et la Géographie
Font vos plus doux plaisirs , prennent tous vos
momens ,
Ce sont vos seuls amusemens .
Tant de préservatifs et de Philosophie
Ne conviennent pas trop aux tendres sentimens.
Mais
788 MERCURE DE FRANCE
Mais que l'Amour a de finesse !
Lui qui connoît à fond toute votre sagesse ,
Ne viendra pas grossierement
Vous faire un mauvais compliment ;
Vous n'entendrez qu'esprit , respect et politesse,
Il vous prendra par la raison ,
-
Et par ce nouveau tour d'adresse ,
Subtilisera son poison."
Il choisira pour Interprete ,
Quelque Cavalier bien bâti ,
Riche autant que Crésus , et d'un nom assorti ,
Qui sans vouloir foüiller au fond de la cassette j
Se croira trop heureux d'avoir
Le seul le digne objet qui flate son espoir ;
Enfin il contera son amoureux martyre ,
Et Dieu sçait ce qu'Amour inspire ;
Mais votre coeur , Iris , ne sent- il encor rien
Non. Il faut donc tenter un plus puissant moyen;
Hé bien ! on prend la main , on la baise , on la
serre ;
à terre Larmes aux yeux , genoux
On fait les sermens les plus doux
De n'adorer jamais que vous ;
On hazardera quelque Lettre ;
Mais quoi vous ne voulez permettre
Regards , soupirs , discours , billets , ni tendres
soins
Bien
A VRIL. 1734. 689
Bien d'autres se rendroient à moins ;
Mais avant le Contrat rien ne peut vous soumettre.
• L'Amour va donc secher d'ennui ,
De trouver la raison plus puissante que lui.
L'exemple est rare , il en soupire ;
Et Fille qui ne veut voir , entendre , ni lire ,
Est un vrai Phénix aujourd'hui.
l'ai bien deviné , j'entends quelqu'un qui crie.
Tout doux , beau petit Dieu , calmez- vous , je
vous prie ;
Bien- tôt vous aurez du bọn bon.
Voyez cette sotte raison
Qui met notre Enfant en furie.
Voulez-vous , chez Iris, trouver le même accès ,
Consultez , tendre Amour , l'aimable simpathie ,
Qu'elle plaide votre procès ;
Mettez l'Hymen de la partie ,
Et je vous réponds du succès.
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Résumé : LE TRIOMPHE DE LA RAISON, Par M. Claville, à Mlle de Bailleul, pour le jour de sa Naissance. EPITRE
M. Claville adresse une épître à Mlle de Bailleul pour son anniversaire, célébrant la conjonction de l'Hyménée, de l'Amour et de la vertu lors de sa naissance. Il loue les qualités intérieures et extérieures de la jeune fille, protégée par la raison et les grâces. L'auteur met en garde contre les séductions de l'Amour, tout en reconnaissant les passions de Mlle de Bailleul pour le travail, la lecture et les arts. Il prédit que l'Amour tentera de la séduire par la raison et la politesse, utilisant des intermédiaires respectables. Cependant, Mlle de Bailleul reste insensible à ces avances, préférant la raison à l'amour. L'Amour, frustré, reconnaît la puissance de la raison chez elle, un cas rare selon lui. L'auteur conseille à l'Amour de recourir à la sympathie et à l'Hyménée pour espérer réussir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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63
p. 1074-1081
EPITRE A M.... sur le danger de produire ses Ouvrages.
Début :
Donneurs d'avis sont toujours indiscrets, [...]
Mots clefs :
Ouvrages, Ami, Auteur, Goût, Public, Sens, Écrire, Sujet, Gloire, Esprit
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M.... sur le danger de produire ses Ouvrages.
EPITRE
A M.... sur le danger de produire
ses Ouvrages.
D Onneurs d'avis sont toujours indiscrets ,
Et sur ce ton l'on prône sans succès ;
Mais ne m'en chaut , et sans craindre votre ire
I. Vol. Vous
JUIN. 1075 1734.
Vous dirai net que faites mal , beau Sire ,
De vous livrer à l'attrait séducteur ,
Que vous présente un dangereux honneur.
Du bel esprit la brillante carriere ,
Vous éblouit ; un jeune témeraire ,
De gloire avide , affronteur de dangers ,
Jà d'Hélicon moissonnez les Lauriers ;
Puis tout d'un trait , près d'Ovide et d'Horace ,
Modestement assignez votre place.
Moi , direz- vous , quoi ! d'un projet si vain .. ↓
Je vous entends , ne disputons en vain .
Eh bien ! je veux , que content de la gloire ,
Qui suit l'aveu des Filles de mémoire ,
N'ayez pour but que de vous faire un nom ;
Et de loger sur le penchant de Mont.
C'est sur ce plan que consentez d'écrire ;
Mais vous voulez que toujours on admire ;
Ou qu'on se taise ? ami , ne croyez point
Que le Public vous accorde ce point.
Oui , le Public , ce Juge si severe ,
Qui rit par fois du siflet du Parterre ,
A sa balance ajustant vos Ecrits ,
'Verra vos soins peut - être avec mépris.
Si ne craignez un revers si funeste ,
Craignez du moins la dangereuse peste
Des Calotins , qui par monts et par vaux ,
S'en vont semant leurs quolibets brutaux
Sur tout Auteur qui n'a l'art de leur plaire ;
1. Vol. B iiij Trou076
MERCURE DE FRANCE
Troupe félonne , engeance de Vipere ,
Sont le poison plus caustique et plus noir
Alambiqué dans leur obscur manoir ,
A la Vertu , non moins qu'à la Science ,
A tant de fois fait sentir sa puissance.
Heureux encor si n'aviez pour Censeurs
Que cet amas d'intraitables Rimeurs !
Mais par méchef si d'humeur satyrique ,
Quelque Sçavant , à vous tancer s'applique ,
( Car il en est qui traitent en Rival ,
Quiconque a l'heur d'écrire un peu moins mal
Que le commun , ) lors verrez , pauvre haire ,
Tantôt traité d'indigne plagiaire ,
De mince Auteur d'antithèse cousu
Tantôt taxé de style morfondu ,
Vuide de sens , abondant en paroles ,
Farci sans goût de flasques hyperboles ,
Bref , piece à piece épluché , contredit , ;
Ce que l'on gagne à produire un Ecrit .
Vous aurez beau crier à l'injustice ,
Moins écouté qu'en Chapitre un Novice ,
Serez réduit à ronger votre frein ;
Lors des Grimauds le fanatique Essain ,
Tombant sur vous avec brusque incartade ,
Vous portera mainte et mainte estocade .
Quel Ecrivain ! diront - ils à l'instant ;
Concevez- vous rien de plus rebutant ?
Informe amas de preuves surannées ,
I. Vol.
Tant
JUIN. 1734. 1977
Tant bien que mal au sujet aménées ;
Exorde sec , dessein embarassé :
Le pauvre Auteur , pour fuir le ton glacé ,
Sans cesse court après la métaphore ,
Prêt à changer Méduse en Terpsicore
Puis , remarquez de ces transitions ,
Le peu d'adresse , et des refléxions ,
Le vuide affreux . Voila pour votre Prose.
Venons aux Vers , verrez bien autre chose.
Oh ! pour le coup eussiez - vous d'Apollon ,
Surpris la Lyre et saisi le vrai ton ,
Tout d'une voix la Troupe pédantesque ,
Vous renverroit par un Arrêt burlesque ;
Pour n'avoir pris la route de Breboeuf ,
A vous louer aux Chantres du Pont-Neuf.
Eh ? d'où nous vient cet énervé Poëte ?
Onc sur le Pinde on n'a vû tel Athlete ,
De ces Gloseurs c'est le commun Roller ;
Mais ne sçavez peut - être le sujet ,
Qui de fureur contre vous les anime ?
'De traits malins s'accomode la Rime.
Ecoutez-les dans le pressant danger ,
C'est fait de nous , si, lents à nous venger ,
Nous attendons que sa verve insolente ,
A nous pincer en secret se tourmente ,
Ou si gardant un silence niais ,
De son Essai couronnons le succès.
Qu'ainsi ne soit , avares de loüange ,
I. Vol
BV Quand
1078 MEKUUKE DE FRANCE
Quand un Auteur , jusqu'aux rives du Gange →
Auroit porté la gloire de son nom ,
€
Ne craignons point de flétrir son renom .
Sur tout aux Vers faisons mortelle guerre ;
Car d'un Rimeur dangereuse est la serre :
Si que par fois le croyez déconfit,
Honni , berné , tandis qu'en son réduit ,
Il vous asséne riant dans son ame ,
Couplet mordant ou traitresse Epigramme
Puis les Rieurs désertant vos Drapeaux ,
Vous font payer les frais de vos bons mots.
Allons , amis , sauvons notre Guirlande ;
A ce Rimeur donnons la sarabande
Tant que lassé d'essuyer nos rebuts
Force lui soit de ne rimailler plus.
Pour ce ne faut que matiere à critique
Si peu que rien , un Vers qui soit étique
Nous suffira . Bon un , deux , quatre ,
C'en est assez , le reste est encor pis.
Nulle cadence , ici vrai pleonasme ;
Froide épithete , aucun entousiasme ;
2 2 ..
Par tout où trouve un sens entortillé ,
Et pas un Vers qui ne soit chevillé .
Mais , direz vous , craindrai je le murmure
Des Idiots ? Eh , que peut leur censure è
Vit- on jamais un Ouvrage applaudi
Des gens de goût demeurer dans l'oubli
Par les clameurs de ces esprits obliques ?
I. Vol
Mais
JUIN. 1734. 1079
Bien plus craindrois leurs éloges rustiques
S'ils en donnoient. Qu'ils jasent , j'y consens.
Pour le Public , qui , toujours des Sçavans
Prend le ton , soit , vous avourai sans peine ,
Que sa rigueur engourdiroit ma veine ,
Si ne sçavois , qu'ami de l'équité ,
Jamais du bon il ne fut irrité.
Heureux , qui peut meriter le suffrage
D'un Tribunal si respecté , si sage!
C'est-là le point. Noble est votre projet :
Mais , entre nous , êtes- vous un sujet
Propre à remplir son immense étendue ?
Tenez , lisez , la liste est répanduë .
Tout bel esprit , sera Grammairien ,
Bon Orateur , Poëte , Historien.
Item , sçaura les calculs de l'Algébre
pour compasser une Oraison Funebre.
Item , dita de chaque région
Les qualités , moeurs et Religion.
Item , il doit user du télescope ,
Pour au besoin tirer une horoscope.
Item , sera nouveau Physicien ,
Sans ignorer nul systême ancien,
Item , sera sçavant Chronologiste ,
Bon Géographe , Antiquaire , Chimiste:
Item , des loix percera le cahos
Pour policer les Auteurs Ostrogots,
Item , sçaura Fable , Mythologie ,
I.Vol. B vj Pour
1080 MERCURE DE FRANCE
Pour dévoiler d'Homere la Magie.
Item , sçaura le Grec et le Latin ,
L'Hebreu bien plus que n'en sçût Calepin .'
Enfin sçaura de tout Art et Science
Le vrai , le fin , telle est notre ordonnance.
La tâche est bonne , Ami, qu'en pensez- vous
Et si pourtant sans entrer en couroux ,
Dût cet avis vous glacer vous abattre ,
Tenez pour sûr , qu'on n'en veut rien rabattre
A rire d'eux , comme vous , je suis prêt ,
Et cependant concluez de l'arrêt ,
Que telles gens , toujours sur le qui vive ;
Pour vos Ecrits n'auront , quoiqu'il arrive ,
Que du dégoût. Soyez loyal et franc ,
Juste , pieux , genereux , complaisant ;
De douces moeurs , ami tendre et sincere ,
Officieux , d'aimable caractere ;
Diront , soit fait , sans trop vous chicanner.
Mais , pour l'esprit , il y faut renoncer.
Et la raison ? La voici très- solide.
Hors leur cerveau , le bon sens ne reside:
Aussi voyons , sans cesse , à leur tripot ,
Que tout Auteur est inepte et fallot .
Et ne prenez ceci pour badinage.
Qui dit jaloux , dit pis qu'Antropophage.
Or il n'est rien qui fasse des jaloux ,
Plus furieux , plus forcenés , plus foux ,
Que de briguer la faveur de Minerve .
I. Vol.
JUIN. 1734. 108 1
Or sus , Ami , réprimez votre verve ,
Ou bien comptez , si pouvez , les brocards
Qui vont pleuvoir sur vous de toutes parts.
Je ne dis rien de tant d'autres Illustres ,
Si reverés depuis plus de dix lustres ,
Que , maintenant , on proscrit sans pudeur ;
L'allusion vous feroit trop d'honneur.
Qu'esperez- vous , d'un goût si difficile ,
Qui , pour un rien , dégraderoit Virgile ?
Non , qu'après tout le nouveau goût si fin ;
A nos neveux ne paroisse mutin ;
Mais toujours. Quoi ? faut- il donc vous le direș
Pour n'être lû , n'est la peine d'écrire.
A M.... sur le danger de produire
ses Ouvrages.
D Onneurs d'avis sont toujours indiscrets ,
Et sur ce ton l'on prône sans succès ;
Mais ne m'en chaut , et sans craindre votre ire
I. Vol. Vous
JUIN. 1075 1734.
Vous dirai net que faites mal , beau Sire ,
De vous livrer à l'attrait séducteur ,
Que vous présente un dangereux honneur.
Du bel esprit la brillante carriere ,
Vous éblouit ; un jeune témeraire ,
De gloire avide , affronteur de dangers ,
Jà d'Hélicon moissonnez les Lauriers ;
Puis tout d'un trait , près d'Ovide et d'Horace ,
Modestement assignez votre place.
Moi , direz- vous , quoi ! d'un projet si vain .. ↓
Je vous entends , ne disputons en vain .
Eh bien ! je veux , que content de la gloire ,
Qui suit l'aveu des Filles de mémoire ,
N'ayez pour but que de vous faire un nom ;
Et de loger sur le penchant de Mont.
C'est sur ce plan que consentez d'écrire ;
Mais vous voulez que toujours on admire ;
Ou qu'on se taise ? ami , ne croyez point
Que le Public vous accorde ce point.
Oui , le Public , ce Juge si severe ,
Qui rit par fois du siflet du Parterre ,
A sa balance ajustant vos Ecrits ,
'Verra vos soins peut - être avec mépris.
Si ne craignez un revers si funeste ,
Craignez du moins la dangereuse peste
Des Calotins , qui par monts et par vaux ,
S'en vont semant leurs quolibets brutaux
Sur tout Auteur qui n'a l'art de leur plaire ;
1. Vol. B iiij Trou076
MERCURE DE FRANCE
Troupe félonne , engeance de Vipere ,
Sont le poison plus caustique et plus noir
Alambiqué dans leur obscur manoir ,
A la Vertu , non moins qu'à la Science ,
A tant de fois fait sentir sa puissance.
Heureux encor si n'aviez pour Censeurs
Que cet amas d'intraitables Rimeurs !
Mais par méchef si d'humeur satyrique ,
Quelque Sçavant , à vous tancer s'applique ,
( Car il en est qui traitent en Rival ,
Quiconque a l'heur d'écrire un peu moins mal
Que le commun , ) lors verrez , pauvre haire ,
Tantôt traité d'indigne plagiaire ,
De mince Auteur d'antithèse cousu
Tantôt taxé de style morfondu ,
Vuide de sens , abondant en paroles ,
Farci sans goût de flasques hyperboles ,
Bref , piece à piece épluché , contredit , ;
Ce que l'on gagne à produire un Ecrit .
Vous aurez beau crier à l'injustice ,
Moins écouté qu'en Chapitre un Novice ,
Serez réduit à ronger votre frein ;
Lors des Grimauds le fanatique Essain ,
Tombant sur vous avec brusque incartade ,
Vous portera mainte et mainte estocade .
Quel Ecrivain ! diront - ils à l'instant ;
Concevez- vous rien de plus rebutant ?
Informe amas de preuves surannées ,
I. Vol.
Tant
JUIN. 1734. 1977
Tant bien que mal au sujet aménées ;
Exorde sec , dessein embarassé :
Le pauvre Auteur , pour fuir le ton glacé ,
Sans cesse court après la métaphore ,
Prêt à changer Méduse en Terpsicore
Puis , remarquez de ces transitions ,
Le peu d'adresse , et des refléxions ,
Le vuide affreux . Voila pour votre Prose.
Venons aux Vers , verrez bien autre chose.
Oh ! pour le coup eussiez - vous d'Apollon ,
Surpris la Lyre et saisi le vrai ton ,
Tout d'une voix la Troupe pédantesque ,
Vous renverroit par un Arrêt burlesque ;
Pour n'avoir pris la route de Breboeuf ,
A vous louer aux Chantres du Pont-Neuf.
Eh ? d'où nous vient cet énervé Poëte ?
Onc sur le Pinde on n'a vû tel Athlete ,
De ces Gloseurs c'est le commun Roller ;
Mais ne sçavez peut - être le sujet ,
Qui de fureur contre vous les anime ?
'De traits malins s'accomode la Rime.
Ecoutez-les dans le pressant danger ,
C'est fait de nous , si, lents à nous venger ,
Nous attendons que sa verve insolente ,
A nous pincer en secret se tourmente ,
Ou si gardant un silence niais ,
De son Essai couronnons le succès.
Qu'ainsi ne soit , avares de loüange ,
I. Vol
BV Quand
1078 MEKUUKE DE FRANCE
Quand un Auteur , jusqu'aux rives du Gange →
Auroit porté la gloire de son nom ,
€
Ne craignons point de flétrir son renom .
Sur tout aux Vers faisons mortelle guerre ;
Car d'un Rimeur dangereuse est la serre :
Si que par fois le croyez déconfit,
Honni , berné , tandis qu'en son réduit ,
Il vous asséne riant dans son ame ,
Couplet mordant ou traitresse Epigramme
Puis les Rieurs désertant vos Drapeaux ,
Vous font payer les frais de vos bons mots.
Allons , amis , sauvons notre Guirlande ;
A ce Rimeur donnons la sarabande
Tant que lassé d'essuyer nos rebuts
Force lui soit de ne rimailler plus.
Pour ce ne faut que matiere à critique
Si peu que rien , un Vers qui soit étique
Nous suffira . Bon un , deux , quatre ,
C'en est assez , le reste est encor pis.
Nulle cadence , ici vrai pleonasme ;
Froide épithete , aucun entousiasme ;
2 2 ..
Par tout où trouve un sens entortillé ,
Et pas un Vers qui ne soit chevillé .
Mais , direz vous , craindrai je le murmure
Des Idiots ? Eh , que peut leur censure è
Vit- on jamais un Ouvrage applaudi
Des gens de goût demeurer dans l'oubli
Par les clameurs de ces esprits obliques ?
I. Vol
Mais
JUIN. 1734. 1079
Bien plus craindrois leurs éloges rustiques
S'ils en donnoient. Qu'ils jasent , j'y consens.
Pour le Public , qui , toujours des Sçavans
Prend le ton , soit , vous avourai sans peine ,
Que sa rigueur engourdiroit ma veine ,
Si ne sçavois , qu'ami de l'équité ,
Jamais du bon il ne fut irrité.
Heureux , qui peut meriter le suffrage
D'un Tribunal si respecté , si sage!
C'est-là le point. Noble est votre projet :
Mais , entre nous , êtes- vous un sujet
Propre à remplir son immense étendue ?
Tenez , lisez , la liste est répanduë .
Tout bel esprit , sera Grammairien ,
Bon Orateur , Poëte , Historien.
Item , sçaura les calculs de l'Algébre
pour compasser une Oraison Funebre.
Item , dita de chaque région
Les qualités , moeurs et Religion.
Item , il doit user du télescope ,
Pour au besoin tirer une horoscope.
Item , sera nouveau Physicien ,
Sans ignorer nul systême ancien,
Item , sera sçavant Chronologiste ,
Bon Géographe , Antiquaire , Chimiste:
Item , des loix percera le cahos
Pour policer les Auteurs Ostrogots,
Item , sçaura Fable , Mythologie ,
I.Vol. B vj Pour
1080 MERCURE DE FRANCE
Pour dévoiler d'Homere la Magie.
Item , sçaura le Grec et le Latin ,
L'Hebreu bien plus que n'en sçût Calepin .'
Enfin sçaura de tout Art et Science
Le vrai , le fin , telle est notre ordonnance.
La tâche est bonne , Ami, qu'en pensez- vous
Et si pourtant sans entrer en couroux ,
Dût cet avis vous glacer vous abattre ,
Tenez pour sûr , qu'on n'en veut rien rabattre
A rire d'eux , comme vous , je suis prêt ,
Et cependant concluez de l'arrêt ,
Que telles gens , toujours sur le qui vive ;
Pour vos Ecrits n'auront , quoiqu'il arrive ,
Que du dégoût. Soyez loyal et franc ,
Juste , pieux , genereux , complaisant ;
De douces moeurs , ami tendre et sincere ,
Officieux , d'aimable caractere ;
Diront , soit fait , sans trop vous chicanner.
Mais , pour l'esprit , il y faut renoncer.
Et la raison ? La voici très- solide.
Hors leur cerveau , le bon sens ne reside:
Aussi voyons , sans cesse , à leur tripot ,
Que tout Auteur est inepte et fallot .
Et ne prenez ceci pour badinage.
Qui dit jaloux , dit pis qu'Antropophage.
Or il n'est rien qui fasse des jaloux ,
Plus furieux , plus forcenés , plus foux ,
Que de briguer la faveur de Minerve .
I. Vol.
JUIN. 1734. 108 1
Or sus , Ami , réprimez votre verve ,
Ou bien comptez , si pouvez , les brocards
Qui vont pleuvoir sur vous de toutes parts.
Je ne dis rien de tant d'autres Illustres ,
Si reverés depuis plus de dix lustres ,
Que , maintenant , on proscrit sans pudeur ;
L'allusion vous feroit trop d'honneur.
Qu'esperez- vous , d'un goût si difficile ,
Qui , pour un rien , dégraderoit Virgile ?
Non , qu'après tout le nouveau goût si fin ;
A nos neveux ne paroisse mutin ;
Mais toujours. Quoi ? faut- il donc vous le direș
Pour n'être lû , n'est la peine d'écrire.
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Résumé : EPITRE A M.... sur le danger de produire ses Ouvrages.
L'épître met en garde contre les dangers de publier des œuvres littéraires. L'auteur avertit son destinataire des risques associés à la quête de gloire littéraire, soulignant que le public et les critiques peuvent être sévères et injustes. Il mentionne les 'Calotins' et les 'Sçavans' qui critiquent sans merci, taxant les auteurs de plagiat, de style médiocre ou de manque de sens. L'auteur décrit également les attaques personnelles et les moqueries auxquelles un écrivain peut être soumis, même si son œuvre est acclamée par des gens de goût. Il liste les nombreuses compétences requises pour être un 'bel esprit', allant de la grammaire à la poésie, en passant par l'astronomie et la chimie. L'épître se conclut par un avertissement sur la jalousie des rivaux littéraires et la difficulté de plaire à un public exigeant et critique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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64
p. 1350-1352
EPITRE A ....
Début :
Quoy ? vous croyez, Cloris, que la haute sagesse, [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Aimable, Désirs, Caractère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A ....
EPITRE A ....
Uoy ? vous croyez , Cloris , que la haute
sagesse ,
Consiste à rebuter les voeux de vos amants !
Vous payez de mépris l'aveu de leur tendresse !
Vous traitez d'insensez tous leurs empresse→
mens !
L'amour ne peut - il pas , quand la raison
l'éclaire ,
Lorsque sa flamme est pure ,
parfait ,
enfin qu'il est
Conserver ,des vertus l'aimable caractére ,
Et n'avoir que l'honneur pour son unique objet?
Non ! ce n'est pas toujours un Dieu traître et
parjure ,
Et quoique d'ordinaire un Amant soit trompeur
,
Son coeur sent quelquefois ce que sa bouche
jure ;
Et peut entretenir une sincere ardeur.
Distinguons dans l'amour differentes especes ;
L'une dont le feu pur montre les vrais amans ;
L'autre qui ne contient que de fausses tendress
s
Que d'infames désirs , de honteux sentimens ;
Le véritable amour est une douce chaîne ,
II Vol.
Oni
JUIN. 1724.
1351
Qui sçait unir les coeurs , et que rien ne détruit
;
Un aimable panchant qui pour sa souveraine ,
Reconnoît la raison qui toujours le conduit ;
Son bonheur , quoique simple , est cependant
extrême
Quel plaisir est plus grand , plus parfait , er
plus beau ,
Que de dire cent fois aimez moi , je vous
aime ;
9
Ma tendresse pour vous ira jusqu'au tombeau
Toujours nouveaux désirs de se voir , de se
plaire ;
> > Voeux serments
, billets doux
douceurs
tendres
discours ,
Regards passionnez , aimable caractére ;
Voilà l'échantillon des sinceres amours.
La fatale discorde , avec la jalousie ,
Ne traverse jamais leur tranquille union ;
Jamais de trahison , jamais de perfidie ;
Rien ne peut altérer leur tendre passion.
L'autre amour au contraire est rempli de cas
prices ;
Honteux , brutal , jaloux , il ne tend qu'aux
plaisirs ;
Plein de faux sentimens et plus encor de
vices ,
2
Même dans son triomphe il éteint les désirs ,
Je vous aime , Cloris , mais de cet amour sage ,
Qui suit de la vertu les augustes leçons ,
I I. Vol. Qui
2352 MERCURE DE FRANCE
Qui considere moins les attrairs d'un visage ,
Que les beautez d'un coeur ornez de mille dons,
Qu'en ma faveur aussi votre coeur se déclare ,
De ce charmant aveu dépend tout mon bonheur
:
Un coeur si vertueux ne peut être barbare :
Non , pour l'être jamais, il a trop de douceur,
Uoy ? vous croyez , Cloris , que la haute
sagesse ,
Consiste à rebuter les voeux de vos amants !
Vous payez de mépris l'aveu de leur tendresse !
Vous traitez d'insensez tous leurs empresse→
mens !
L'amour ne peut - il pas , quand la raison
l'éclaire ,
Lorsque sa flamme est pure ,
parfait ,
enfin qu'il est
Conserver ,des vertus l'aimable caractére ,
Et n'avoir que l'honneur pour son unique objet?
Non ! ce n'est pas toujours un Dieu traître et
parjure ,
Et quoique d'ordinaire un Amant soit trompeur
,
Son coeur sent quelquefois ce que sa bouche
jure ;
Et peut entretenir une sincere ardeur.
Distinguons dans l'amour differentes especes ;
L'une dont le feu pur montre les vrais amans ;
L'autre qui ne contient que de fausses tendress
s
Que d'infames désirs , de honteux sentimens ;
Le véritable amour est une douce chaîne ,
II Vol.
Oni
JUIN. 1724.
1351
Qui sçait unir les coeurs , et que rien ne détruit
;
Un aimable panchant qui pour sa souveraine ,
Reconnoît la raison qui toujours le conduit ;
Son bonheur , quoique simple , est cependant
extrême
Quel plaisir est plus grand , plus parfait , er
plus beau ,
Que de dire cent fois aimez moi , je vous
aime ;
9
Ma tendresse pour vous ira jusqu'au tombeau
Toujours nouveaux désirs de se voir , de se
plaire ;
> > Voeux serments
, billets doux
douceurs
tendres
discours ,
Regards passionnez , aimable caractére ;
Voilà l'échantillon des sinceres amours.
La fatale discorde , avec la jalousie ,
Ne traverse jamais leur tranquille union ;
Jamais de trahison , jamais de perfidie ;
Rien ne peut altérer leur tendre passion.
L'autre amour au contraire est rempli de cas
prices ;
Honteux , brutal , jaloux , il ne tend qu'aux
plaisirs ;
Plein de faux sentimens et plus encor de
vices ,
2
Même dans son triomphe il éteint les désirs ,
Je vous aime , Cloris , mais de cet amour sage ,
Qui suit de la vertu les augustes leçons ,
I I. Vol. Qui
2352 MERCURE DE FRANCE
Qui considere moins les attrairs d'un visage ,
Que les beautez d'un coeur ornez de mille dons,
Qu'en ma faveur aussi votre coeur se déclare ,
De ce charmant aveu dépend tout mon bonheur
:
Un coeur si vertueux ne peut être barbare :
Non , pour l'être jamais, il a trop de douceur,
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Résumé : EPITRE A ....
L'épître s'adresse à Cloris et traite de la nature de l'amour. L'auteur reproche à Cloris de mépriser les déclarations d'amour de ses amants, affirmant que l'amour peut être sincère et honorable. Il distingue deux types d'amour : l'un authentique et pur, qui unit les cœurs et respecte la raison, et l'autre, faux et égoïste, motivé par des désirs honteux. L'amour véritable est décrit comme une chaîne douce qui unit les cœurs sans jamais se briser, tandis que l'autre amour est marqué par la discorde, la jalousie et la perfidie. L'auteur exprime son amour pour Cloris, un amour sage et vertueux qui valorise les qualités du cœur plus que les attraits physiques. Il espère que Cloris reconnaîtra cet amour et y répondra favorablement, soulignant que son cœur vertueux ne peut être barbare.
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65
p. 54-55
EPITRE A Mlle D.... qui m'avoit demandé quelle étoit ma meilleure amie.
Début :
Oui, c'est encore une friponne, [...]
Mots clefs :
Meilleure amie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Mlle D.... qui m'avoit demandé quelle étoit ma meilleure amie.
EPITRE
A Mile D.... qui m'avoit demandé quelle
étoit ma meilleure amie,
Oui , c'eftencore une friponne ,
Qui de moi fait un Céladon .
Vous voulez connoître le nom
Et les charmes de la perfonne :
Mais j'ai le don d'être difcret,
Ou tout au moins de le paroître .
Cependant je brûle en fecret
De vous la donner à connoître.
Ecoutez donc à ce portrait
Vous la reconnoîtrez peut - être .
Au fond d'un antre ou d'un vallon ,
En vain la jeune violette ,
Nous dérobe fous le gazon
Sa beauté fimple , mais parfaite .
Bientôt une douce vapeur
Qu'exhale au loin fon humble fleur ,
Trahit le lieu de fa retraite ;
Elle a charmé par fon odeur ,
Elle enchante par fa couleur ;
Telle eft auffi cette Brunette
Par qui l'amour est mon vainqueur ;
DECEMBRE. 1754.
55
Contente d'unir la douceur
Et la bonté du caractere ,
A tout ce qu'a de féducteur
Un efprit que le goût éclaire ;
Elle ne cherche point à plaire
Par un dehors faux & trompeur.
Toujours belle , toujours piquante ,
Mais modefte dans ſes attraits ,
Ma bergere ne fçut jamais
Qu'elle eft encore plus charmante
Qu'en ce tableau je ne la fais.
Pour me tirer plutôt d'affaire ,
Ainfi que dans tous les portraits ,
Vous dirai- je qu'elle a les traits
De la Déeffe de Cythere ?
Je le pourrois , je le fçais bien ;
Mais tout Cythere eft une fable ;
Maintenant , donc je ne vois rien
Qui foit à D ..... comparable.
A Mile D.... qui m'avoit demandé quelle
étoit ma meilleure amie,
Oui , c'eftencore une friponne ,
Qui de moi fait un Céladon .
Vous voulez connoître le nom
Et les charmes de la perfonne :
Mais j'ai le don d'être difcret,
Ou tout au moins de le paroître .
Cependant je brûle en fecret
De vous la donner à connoître.
Ecoutez donc à ce portrait
Vous la reconnoîtrez peut - être .
Au fond d'un antre ou d'un vallon ,
En vain la jeune violette ,
Nous dérobe fous le gazon
Sa beauté fimple , mais parfaite .
Bientôt une douce vapeur
Qu'exhale au loin fon humble fleur ,
Trahit le lieu de fa retraite ;
Elle a charmé par fon odeur ,
Elle enchante par fa couleur ;
Telle eft auffi cette Brunette
Par qui l'amour est mon vainqueur ;
DECEMBRE. 1754.
55
Contente d'unir la douceur
Et la bonté du caractere ,
A tout ce qu'a de féducteur
Un efprit que le goût éclaire ;
Elle ne cherche point à plaire
Par un dehors faux & trompeur.
Toujours belle , toujours piquante ,
Mais modefte dans ſes attraits ,
Ma bergere ne fçut jamais
Qu'elle eft encore plus charmante
Qu'en ce tableau je ne la fais.
Pour me tirer plutôt d'affaire ,
Ainfi que dans tous les portraits ,
Vous dirai- je qu'elle a les traits
De la Déeffe de Cythere ?
Je le pourrois , je le fçais bien ;
Mais tout Cythere eft une fable ;
Maintenant , donc je ne vois rien
Qui foit à D ..... comparable.
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Résumé : EPITRE A Mlle D.... qui m'avoit demandé quelle étoit ma meilleure amie.
L'épître est adressée à Mile D...., qui avait demandé à l'auteur d'identifier sa meilleure amie. L'auteur décrit cette amie comme une personne discrète, mais il souhaite la révéler. Il la compare à une jeune violette cachée dans un vallon, dont la beauté et l'odeur la trahissent. Cette amie, une brunette, est douce, bonne et dotée d'un esprit éclairé par le goût. Elle ne cherche pas à plaire par des apparences trompeuses, restant toujours belle et piquante, modeste dans ses attraits. L'auteur refuse de la comparer à la déesse de Cythère, car il ne voit rien de comparable à cette amie. L'épître est datée de décembre 1754.
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66
p. 3-5
EPITRE A M. ***
Début :
A Vous l'apôtre du plaisir, [...]
Mots clefs :
Sagesse, Plaisirs, Ivresse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. ***
Vous l'apôtre du plaifir ,
A vous l'enfant de la pareffe ,
Damon , dont le premier foupir
Fut en naiffant pour la fageffe ;
Je vous écris , moi pareffeux ,
Moi , comme vous , voluptueux ;
Mais qui dans la fleur de mon âge
II.Vol. A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
N'ayant pas l'honneur d'être un fage ,
Enfuis peut-être plus heureux.
A mes Lares je facrifie ;
Venez , le front orné de fleurs ;
Ami , célébrer cette orgie.
Bacchus , Thémire & la Folie
En doivent faire les honneurs.
Cette Thémire fi brillante ,
Aimable & chere à tous les deux ;
Mene la troupe fémillante
Des ris, des graces & des jeux ;
affurer la victoire
Et
pour
Que lui promettent fes beaux yeux ;
Elle prétend d'un bon vin vieux
Chez moi demain verfer à boire.
Que de voluptés , que de feux
Naîtront de la mouffe légere
Du Frontignan , du Condrieux
Et des regards de la Bergere !
Le vieux Seneque , par humeur ;
Médit du vin , de la tendreſſe
Et des plaifirs de toute eſpéce ;
Je fuis fon humble ferviteur.
Moi je ne trouve mon bonheur
Que dans le changement d'yvreffe.
Soyons bien fous , bien amoureux :
Que loin de nous le Diable emporte
gens de bien fi vertueux : Ces
Quand nous boirons demain , je veur
DECEMBRE. 1754 S
Que la raifon refte à la porte
Pour écarter tous les fâcheux ... :
Traiter ainfi votre Déeffe ,
Ah ! je vous demande pardon :
Dans les beaux fiécles de la Grece
Le Goût naquit de la Raiſon :
Il étudia fous Platon ,
Et vint fe polir chez Pétrone .
Maintenant dans votre maiſon
Il va fonder une Sorbonne
Pour profeffer cette leçon :
» Donnez àl'aimable fageffe
» Chez les Amours un libre accès ;
En baniffant la folle yvreffe ,
» Mere du trouble & des excès ,
» Elle ménage à la tendreffe
» De nouveaux feux & des defirs ,
» Et dans le fein de la moleffe
» Fait naître la délicateffe
» Pour embellir tous nos plaifirs.
A vous l'enfant de la pareffe ,
Damon , dont le premier foupir
Fut en naiffant pour la fageffe ;
Je vous écris , moi pareffeux ,
Moi , comme vous , voluptueux ;
Mais qui dans la fleur de mon âge
II.Vol. A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
N'ayant pas l'honneur d'être un fage ,
Enfuis peut-être plus heureux.
A mes Lares je facrifie ;
Venez , le front orné de fleurs ;
Ami , célébrer cette orgie.
Bacchus , Thémire & la Folie
En doivent faire les honneurs.
Cette Thémire fi brillante ,
Aimable & chere à tous les deux ;
Mene la troupe fémillante
Des ris, des graces & des jeux ;
affurer la victoire
Et
pour
Que lui promettent fes beaux yeux ;
Elle prétend d'un bon vin vieux
Chez moi demain verfer à boire.
Que de voluptés , que de feux
Naîtront de la mouffe légere
Du Frontignan , du Condrieux
Et des regards de la Bergere !
Le vieux Seneque , par humeur ;
Médit du vin , de la tendreſſe
Et des plaifirs de toute eſpéce ;
Je fuis fon humble ferviteur.
Moi je ne trouve mon bonheur
Que dans le changement d'yvreffe.
Soyons bien fous , bien amoureux :
Que loin de nous le Diable emporte
gens de bien fi vertueux : Ces
Quand nous boirons demain , je veur
DECEMBRE. 1754 S
Que la raifon refte à la porte
Pour écarter tous les fâcheux ... :
Traiter ainfi votre Déeffe ,
Ah ! je vous demande pardon :
Dans les beaux fiécles de la Grece
Le Goût naquit de la Raiſon :
Il étudia fous Platon ,
Et vint fe polir chez Pétrone .
Maintenant dans votre maiſon
Il va fonder une Sorbonne
Pour profeffer cette leçon :
» Donnez àl'aimable fageffe
» Chez les Amours un libre accès ;
En baniffant la folle yvreffe ,
» Mere du trouble & des excès ,
» Elle ménage à la tendreffe
» De nouveaux feux & des defirs ,
» Et dans le fein de la moleffe
» Fait naître la délicateffe
» Pour embellir tous nos plaifirs.
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Résumé : EPITRE A M. ***
L'auteur adresse une lettre poétique à Damon, qu'il décrit comme un apôtre du plaisir et un enfant de la passion. Se présentant comme voluptueux mais non sage, il l'invite à une fête dédiée aux plaisirs des sens, où Bacchus, Thémire et la Folie seront honorés. Thémire, figure brillante et aimable, mènera une troupe de rires, de grâces et de jeux, promettant une victoire symbolisée par ses beaux yeux. La lettre mentionne un festin avec du vin, notamment du Frontignan et du Condrieux, et des regards échangés avec une bergère. L'auteur admire Sénèque pour ses méditations sur le vin, la tendresse et les plaisirs, mais préfère le changement d'ivresse. Il souhaite passer une journée loin des vertueux, où la raison sera exclue pour laisser place aux plaisirs. La lettre se termine par une réflexion sur le goût et la raison, soulignant que dans l'Antiquité, le goût naquit de la raison et fut poli par des figures comme Platon et Pétrone. L'auteur exprime le désir de fonder une Sorbonne pour enseigner que la sagesse doit permettre l'accès libre aux amours, en bannissant l'ivresse excessive, mère du trouble et des excès, pour ménager de nouveaux feux et désirs dans la tendresse.
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67
p. 84-85
EPITRE A un ami qui partoit pour l'Amérique.
Début :
Rendez-vous dans l'appartement [...]
Mots clefs :
Dieux, Amour, Amérique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A un ami qui partoit pour l'Amérique.
EPITRE
A un ami qui partoit pour l'Amérique:
Rendez - vous dans l'appartement
D'un petit héros de finance ,
Qui , grace aux Dieux , déja commence
De cultiver l'heureux talent
Qui tire un homme du néant
Et le fait vivre avec aiſance.
En attendant ce jour brillant ,
Qui me verra dans l'opulence ,
Accourez avec confiance
Au déjeuner que fans apprêts
Vous prépare mon indigence.
Là vous verrez tous les regrets
Que va me caufer votre abfence :
Là vous recevrez mes adieux .....
Vous partez. Ah ! dans cette plage
Où vous allez porter vos Dieux ;
Fuyez ce foin trop ennuyeux ,
De devenir un perfonnage ;
Ne defirez d'autre avantage
Que celui d'être ... & d'être heureux ;
On l'eft toujours quand on eſt ſage.
Mais n'allez pas être un Caton ,
Je vous preferis cette raison
DECEMBRE.
85 17541
Dont Ariftipe fit ufage ;
Une raiſon fans étalage ,
Qui fe prêtant à nos defirs ,
Nous éclaire fur les plaifirs.
Si les foucis font du
voyage ,
Que j'ai pour vous à craindre encor !
Hélas ! dans ce pays fauvage
Vous ne trouverez que de l'or.
L'or feul fait-il notre partage ?
Des plaiſirs la troupe volage ,
L'urbanité , l'efprit , le goût ,
L'agréable libertinage ,
Enfin tous les Dieux du bel âge
N'ont point de temples au Pérou.
On n'y rit point ; là l'homme eft fou ;
Sans agrément , fans badinage.
» Mais Amour , Amour eft par- tout ;
» Ce Dieu par- tout a des hommages.
L'Amour est donc fur ces rivages.
Adieu , partez , vous aurez tout.
A un ami qui partoit pour l'Amérique:
Rendez - vous dans l'appartement
D'un petit héros de finance ,
Qui , grace aux Dieux , déja commence
De cultiver l'heureux talent
Qui tire un homme du néant
Et le fait vivre avec aiſance.
En attendant ce jour brillant ,
Qui me verra dans l'opulence ,
Accourez avec confiance
Au déjeuner que fans apprêts
Vous prépare mon indigence.
Là vous verrez tous les regrets
Que va me caufer votre abfence :
Là vous recevrez mes adieux .....
Vous partez. Ah ! dans cette plage
Où vous allez porter vos Dieux ;
Fuyez ce foin trop ennuyeux ,
De devenir un perfonnage ;
Ne defirez d'autre avantage
Que celui d'être ... & d'être heureux ;
On l'eft toujours quand on eſt ſage.
Mais n'allez pas être un Caton ,
Je vous preferis cette raison
DECEMBRE.
85 17541
Dont Ariftipe fit ufage ;
Une raiſon fans étalage ,
Qui fe prêtant à nos defirs ,
Nous éclaire fur les plaifirs.
Si les foucis font du
voyage ,
Que j'ai pour vous à craindre encor !
Hélas ! dans ce pays fauvage
Vous ne trouverez que de l'or.
L'or feul fait-il notre partage ?
Des plaiſirs la troupe volage ,
L'urbanité , l'efprit , le goût ,
L'agréable libertinage ,
Enfin tous les Dieux du bel âge
N'ont point de temples au Pérou.
On n'y rit point ; là l'homme eft fou ;
Sans agrément , fans badinage.
» Mais Amour , Amour eft par- tout ;
» Ce Dieu par- tout a des hommages.
L'Amour est donc fur ces rivages.
Adieu , partez , vous aurez tout.
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Résumé : EPITRE A un ami qui partoit pour l'Amérique.
L'épître est adressée à un ami partant pour l'Amérique. L'auteur évoque un 'petit héros de finance' qui cultive un talent prometteur pour échapper au néant et vivre avec aisance. Avant son départ, l'auteur invite son ami à un déjeuner modeste pour exprimer ses regrets et ses adieux. Il conseille à son ami de fuir l'ambition de devenir un personnage important et de rechercher simplement le bonheur et la sagesse. L'auteur met en garde contre les soucis du voyage et les dangers de l'Amérique, où l'on ne trouvera que de l'or, mais pas les plaisirs, l'urbanité, l'esprit, ni les agréments de la vie. Il souligne que l'Amour, cependant, est présent partout. L'auteur conclut en souhaitant à son ami de trouver tout ce qu'il cherche, malgré les défis du voyage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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68
p. 60-61
EPITRE. A UNE VEUVE. Par M. le Chevalier de Laurès.
Début :
Pourquoi, Philis, dans les ténébres [...]
Mots clefs :
Amour, Ruisseau, Fleur, Dieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE. A UNE VEUVE. Par M. le Chevalier de Laurès.
E PITRE
A UNE VEU V E.
Par M. le Chevalier de Laurèsă-
Pourquoi , Philis , dans fes ténébres
Cacher tant de traits enchanteurs ?
Pourquoi ces images funebres ,
Ces foupirs , ces plaintes , ces pleurs ,,
Dont vous nourriffez vos douleurs ? .
Si l'objet de votre tendreffe
A fermé les yeux pour jamais ,
Faut-il que
la nature ceffe
De s'embellir de vos attraits -
Les Dieux juftes dans leurs bienfaits ,
Pour tous les regards font éclore ,
Et l'émail parfumé de Flore ,.
Et la verdure des forêts.
La fleur de rubis éclatante ,
Qui d'un feul ruiffeau qui l'enchante:
Reçoit la vie & la couleur ,,
JANVIER. 1755 GB
Voit bientôt fa beauté flétrie..
Si du ruiffeau l'onde eft tarie ,
Et fi , conftante en fon ardeur
Pour tout autre dans la prairie
Elle conferve fa rigueur..
Mais , fi d'une fource nouvelle
Son fein eft enfin abreuvé ,
Dieux ! quel jour pur brille fur elle. ??
Le bonheur qu'elle a retrouvé
La rend encor cent fois plus belle..
Fille des Graces , cette fleur
Offre un confeil à votre coeur ;
Vous n'avez reçu tant de charmes ,
Que pour plaire & que pour aimer ::
L'Amour a cauſé vos allarmes ,
C'eft à l'Amour de les calmer..
A UNE VEU V E.
Par M. le Chevalier de Laurèsă-
Pourquoi , Philis , dans fes ténébres
Cacher tant de traits enchanteurs ?
Pourquoi ces images funebres ,
Ces foupirs , ces plaintes , ces pleurs ,,
Dont vous nourriffez vos douleurs ? .
Si l'objet de votre tendreffe
A fermé les yeux pour jamais ,
Faut-il que
la nature ceffe
De s'embellir de vos attraits -
Les Dieux juftes dans leurs bienfaits ,
Pour tous les regards font éclore ,
Et l'émail parfumé de Flore ,.
Et la verdure des forêts.
La fleur de rubis éclatante ,
Qui d'un feul ruiffeau qui l'enchante:
Reçoit la vie & la couleur ,,
JANVIER. 1755 GB
Voit bientôt fa beauté flétrie..
Si du ruiffeau l'onde eft tarie ,
Et fi , conftante en fon ardeur
Pour tout autre dans la prairie
Elle conferve fa rigueur..
Mais , fi d'une fource nouvelle
Son fein eft enfin abreuvé ,
Dieux ! quel jour pur brille fur elle. ??
Le bonheur qu'elle a retrouvé
La rend encor cent fois plus belle..
Fille des Graces , cette fleur
Offre un confeil à votre coeur ;
Vous n'avez reçu tant de charmes ,
Que pour plaire & que pour aimer ::
L'Amour a cauſé vos allarmes ,
C'eft à l'Amour de les calmer..
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Résumé : EPITRE. A UNE VEUVE. Par M. le Chevalier de Laurès.
Le poème 'E PITRE A UNE VEUVE' a été écrit par le Chevalier de Laurès en janvier 1755. L'auteur s'adresse à une veuve nommée Philis, s'interrogeant sur les raisons de sa tristesse et de la dissimulation de ses attraits. Il observe que la nature continue de s'embellir malgré les deuils, comme les fleurs qui refleurissent après la pluie. Le poète compare Philis à une fleur qui retrouve sa beauté après avoir été arrosée. Il l'encourage à ne pas laisser la tristesse l'envahir et à se rappeler que ses charmes sont destinés à plaire et à aimer. L'Amour, qui a causé ses alarmes, doit également les apaiser.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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69
p. 5-8
EPITRE A Mme LA COMTESSE DE J**. SUR SON MARIAGE. PAR M. DE M***.
Début :
Vous l'avez dit, belle Sophie, [...]
Mots clefs :
Mariage, Plaisirs, Amour
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Mme LA COMTESSE DE J**. SUR SON MARIAGE. PAR M. DE M***.
EPITRE
A Mme LACOMTESSE DE J **.
V
SUR SON MARIAGE.
PAR M. DE M ***.
Ous l'avez dit , belle Sophie ,
Ce mot décififpour la vie ,
Dont jamais on ne fe dédit,
A iij
6. MERCURE DE FRANCE.
Tout haut l'Hymen s'en glorifie ;
Tout bas l'Amour s'en applaudit.
Votre ame à ces Dieux facrifie !
En vous voyant qui l'eût prédit ,
Modefte & timide Sophie ,
Qu'enfin .... qu'enfin vous l'auriez dit
Trompé par la candeur naïve
De vos regards & de vos traits ,
?
» Non , difois-je , elle eft trop craintive ,
» Elle ne l'ofera jamais.
Amour , ton heure décifive
N'attend ni les fi , ni les mais
Et tout eft dit lorfqu'elle arrive.
Peut-être au moment que j'écris,
Le plus fortuné des maris . ...
Ah ! qui n'envîroit fon partage !
C'eſt lettre clofe ; mais je gage
Qu'il en connoît trop bien le prix
Pour n'en pas tirer avantage .
Avouez que le mariage
Eft plaiſamment imaginé ;
Auriez-vous jamais deviné
Tous les myſteres du ménage ?
La veille tout eft défendu :
On eft avec fon prétendu
D'un maintien plus froid qu'une image.
Le jour arrive , on vous bénic ;
FEVRIER.
17550 7
L'amour s'en mêle & vous unit :
Autre maintien , nouveau langage.
Sans rougir on entend les voeux
De l'amant dont on eft charmée :
La pudeur , loin d'être allarmée ,
Sourit aux plaifirs amoureux :
La nouvelle Eve eft animée ,
Le nouvel Adam eft heureux.
Tout change , & fous de doux aufpices ,
Du fameux jardin des délices
La porte s'ouvre encor pour eux.
Là cette aimable ſympathie
De goûts , d'humeurs & de defirs ;
Là , cette tendre modeftie ,
Voile & parure des plaifirs ;
Là , cette confiance intime ,
Fille & compagne de l'eftime ,
Viennent charmer d'heureux loifirs.
Deux coeurs , d'une paix fortunée ,
Refferrent les noeuds tour à tour ;
Et la volupté dans fa cour
Reçoit la vertu couronnée
Des fleurs que fait naître l'Amour ,
Et que moiffonne l'Hymenée.
Tel eft ce riant paradis
Où vous venez d'être introduite :
Mieux que moi vous êtes inftruite
De tout ce que je vous en dis.
&
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
Sur la foi d'autrui j'imagine
Le bonheur que vous refientez ,
Et cette demeure divine ,
Je la décris , vous l'habitez ,
Des plaifirs & de la fortune ,
Les Poëtes parlent fouvent ;
Nous y voyageons en rêvant
Comme Cyrano dans la Lune.
Vous , pour qui ces liens ne
font
pas ,
Comme pour nous , un vain menſonge ,
Goûtez long-tems tous les appas
D'un féjour que je vois en fonge.
Un fruit de cet arbre fatal
Qui l'inftruifit trop bien du mal ,
En a chaffé la premiere Eve.
Hélas ! elle y feroit encor ;
Et pour elle cet âge d'or
N'eût point difparu comme un rêve ,
Si , comme vous , elle avoit eu
Pour guide l'auftere vertu * *
Dont vous êtes la digne éleve.
** Madame H **.
A Mme LACOMTESSE DE J **.
V
SUR SON MARIAGE.
PAR M. DE M ***.
Ous l'avez dit , belle Sophie ,
Ce mot décififpour la vie ,
Dont jamais on ne fe dédit,
A iij
6. MERCURE DE FRANCE.
Tout haut l'Hymen s'en glorifie ;
Tout bas l'Amour s'en applaudit.
Votre ame à ces Dieux facrifie !
En vous voyant qui l'eût prédit ,
Modefte & timide Sophie ,
Qu'enfin .... qu'enfin vous l'auriez dit
Trompé par la candeur naïve
De vos regards & de vos traits ,
?
» Non , difois-je , elle eft trop craintive ,
» Elle ne l'ofera jamais.
Amour , ton heure décifive
N'attend ni les fi , ni les mais
Et tout eft dit lorfqu'elle arrive.
Peut-être au moment que j'écris,
Le plus fortuné des maris . ...
Ah ! qui n'envîroit fon partage !
C'eſt lettre clofe ; mais je gage
Qu'il en connoît trop bien le prix
Pour n'en pas tirer avantage .
Avouez que le mariage
Eft plaiſamment imaginé ;
Auriez-vous jamais deviné
Tous les myſteres du ménage ?
La veille tout eft défendu :
On eft avec fon prétendu
D'un maintien plus froid qu'une image.
Le jour arrive , on vous bénic ;
FEVRIER.
17550 7
L'amour s'en mêle & vous unit :
Autre maintien , nouveau langage.
Sans rougir on entend les voeux
De l'amant dont on eft charmée :
La pudeur , loin d'être allarmée ,
Sourit aux plaifirs amoureux :
La nouvelle Eve eft animée ,
Le nouvel Adam eft heureux.
Tout change , & fous de doux aufpices ,
Du fameux jardin des délices
La porte s'ouvre encor pour eux.
Là cette aimable ſympathie
De goûts , d'humeurs & de defirs ;
Là , cette tendre modeftie ,
Voile & parure des plaifirs ;
Là , cette confiance intime ,
Fille & compagne de l'eftime ,
Viennent charmer d'heureux loifirs.
Deux coeurs , d'une paix fortunée ,
Refferrent les noeuds tour à tour ;
Et la volupté dans fa cour
Reçoit la vertu couronnée
Des fleurs que fait naître l'Amour ,
Et que moiffonne l'Hymenée.
Tel eft ce riant paradis
Où vous venez d'être introduite :
Mieux que moi vous êtes inftruite
De tout ce que je vous en dis.
&
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
Sur la foi d'autrui j'imagine
Le bonheur que vous refientez ,
Et cette demeure divine ,
Je la décris , vous l'habitez ,
Des plaifirs & de la fortune ,
Les Poëtes parlent fouvent ;
Nous y voyageons en rêvant
Comme Cyrano dans la Lune.
Vous , pour qui ces liens ne
font
pas ,
Comme pour nous , un vain menſonge ,
Goûtez long-tems tous les appas
D'un féjour que je vois en fonge.
Un fruit de cet arbre fatal
Qui l'inftruifit trop bien du mal ,
En a chaffé la premiere Eve.
Hélas ! elle y feroit encor ;
Et pour elle cet âge d'or
N'eût point difparu comme un rêve ,
Si , comme vous , elle avoit eu
Pour guide l'auftere vertu * *
Dont vous êtes la digne éleve.
** Madame H **.
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Résumé : EPITRE A Mme LA COMTESSE DE J**. SUR SON MARIAGE. PAR M. DE M***.
L'épître célèbre le mariage de Mme Lacomtesse de J** et exprime la surprise de l'auteur face à l'engagement de Sophie, décrite comme modeste et timide. L'auteur imagine Sophie vivant un bonheur partagé avec son époux, qui apprécie la valeur de cet engagement. Le texte explore les mystères du mariage, contrastant la froideur de la veille avec l'amour du jour des noces. La pudeur et la confiance intime accompagnent les plaisirs partagés, unissant les cœurs dans une paix durable et un bonheur fondé sur la volupté et la vertu. L'auteur espère que Sophie savourera longuement les joies de son foyer, comparant cette situation à l'âge d'or perdu par Ève, et souhaitant que Sophie, grâce à sa vertu, évite les erreurs du passé.
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70
p. 34-36
EPITRE A M. LE CHEVALIER D'ALIEZ, Secrétaire perpétuel de l'Académie des Jeux Floraux de Toulouse, sur ce qu'il m'en a envoyé un recueil, & sur ce qu'il y a inseré une piece de ma façon, &c.
Début :
Pour ce commerce épistolaire, [...]
Mots clefs :
Chevalier, Muse, Goût, Coeur
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. LE CHEVALIER D'ALIEZ, Secrétaire perpétuel de l'Académie des Jeux Floraux de Toulouse, sur ce qu'il m'en a envoyé un recueil, & sur ce qu'il y a inseré une piece de ma façon, &c.
EPITRE
A M. LE CHEVALIER D'ALIEZ ,
Secrétaire perpétuel de l'Académie des Jeux
Floraux de Fouloufe , fur ce qu'il m'en a
envoyé un recueil , & fur ce qu'il y a inferé
unepiece de ma façon , &c.
Pour ce commerce épiftolaire ,
Dont vous flatez l'ambition
De ma Mufe trop téméraire ,
Que l'amour propre doit vous faire
De remercimens en mon nom !
Vous , dont, l'empire littéraire
Vante l'efprit & le renom ;
Vous qui , fans nulle voix contraire ,
Sur le Pinde au facré vallon ,
Fûtes nommés dépofitaires
Des faftes d'Apollon,
Combien ce que vous m'écrivites ;
Sur mon goût naiſſant , eft flateur !
Cependant l'aimable candeur
Paroît dire ce que vous dites .
La politeffe , la douceur ,
Les graces , la naïve humeur ,
Seules qualités favorites
D'un bon naturel , d'un grand coeur ,
FEVRIER. 1755. 35
Semblent chez vous vertus preſcrites
Par goût & par
honneur.
Vous , que le nom diftingue encore ;
Vous , que j'eftime & que j'honore ,
Sçavant , gracieux Chevalier ,
Qui par vos leçons , le premier
Sçutes fi près de mon aurore ,
Développer & faire éclore
Ce précoce & brillant laurier
Dont mon front fe décore.
Dans ce livre enfin fi vanté ,
Qui des Muſes fait les délices ,
Et qui par vous m'eft préfenté
Pour prix de mes heureux caprices ;
Je vois donc mes foibles prémices ,
( Non fans un peu de vanité ) .
Voler , fous vos doctes aufpices ,
A l'immortalité ?
Mais , hélas ! de votre beau zéle ,
De vos rares bontés
pour
elle ,
Si ma Mufe reçut d'abord ,
Avec orgueil , avec tranſport ,
Une marque
fi belle ;
Bientôt elle eut l'humble dépit
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
De voir par fon infuffifance ,
A faire ce que lui preſcrit
La plus vive reconnoiffance ,
Combien fa verve & fon efprit
Auroient peu de force & d'aifance
Pour dire ce qu'elle en ſentit ,
Avec cette même éloquence
Dont mon coeur vous le dit ?
A Arc en Barrois.
Par Mlle Thomaffin.
A M. LE CHEVALIER D'ALIEZ ,
Secrétaire perpétuel de l'Académie des Jeux
Floraux de Fouloufe , fur ce qu'il m'en a
envoyé un recueil , & fur ce qu'il y a inferé
unepiece de ma façon , &c.
Pour ce commerce épiftolaire ,
Dont vous flatez l'ambition
De ma Mufe trop téméraire ,
Que l'amour propre doit vous faire
De remercimens en mon nom !
Vous , dont, l'empire littéraire
Vante l'efprit & le renom ;
Vous qui , fans nulle voix contraire ,
Sur le Pinde au facré vallon ,
Fûtes nommés dépofitaires
Des faftes d'Apollon,
Combien ce que vous m'écrivites ;
Sur mon goût naiſſant , eft flateur !
Cependant l'aimable candeur
Paroît dire ce que vous dites .
La politeffe , la douceur ,
Les graces , la naïve humeur ,
Seules qualités favorites
D'un bon naturel , d'un grand coeur ,
FEVRIER. 1755. 35
Semblent chez vous vertus preſcrites
Par goût & par
honneur.
Vous , que le nom diftingue encore ;
Vous , que j'eftime & que j'honore ,
Sçavant , gracieux Chevalier ,
Qui par vos leçons , le premier
Sçutes fi près de mon aurore ,
Développer & faire éclore
Ce précoce & brillant laurier
Dont mon front fe décore.
Dans ce livre enfin fi vanté ,
Qui des Muſes fait les délices ,
Et qui par vous m'eft préfenté
Pour prix de mes heureux caprices ;
Je vois donc mes foibles prémices ,
( Non fans un peu de vanité ) .
Voler , fous vos doctes aufpices ,
A l'immortalité ?
Mais , hélas ! de votre beau zéle ,
De vos rares bontés
pour
elle ,
Si ma Mufe reçut d'abord ,
Avec orgueil , avec tranſport ,
Une marque
fi belle ;
Bientôt elle eut l'humble dépit
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
De voir par fon infuffifance ,
A faire ce que lui preſcrit
La plus vive reconnoiffance ,
Combien fa verve & fon efprit
Auroient peu de force & d'aifance
Pour dire ce qu'elle en ſentit ,
Avec cette même éloquence
Dont mon coeur vous le dit ?
A Arc en Barrois.
Par Mlle Thomaffin.
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Résumé : EPITRE A M. LE CHEVALIER D'ALIEZ, Secrétaire perpétuel de l'Académie des Jeux Floraux de Toulouse, sur ce qu'il m'en a envoyé un recueil, & sur ce qu'il y a inseré une piece de ma façon, &c.
L'épître est adressée à M. le Chevalier d'Aliez, Secrétaire perpétuel de l'Académie des Jeux Floraux de Fouloufe. L'auteur, Mlle Thomassin à Arc en Barrois, exprime sa gratitude pour l'envoi d'un recueil contenant une de ses œuvres. Elle loue le Chevalier pour son esprit et son renom littéraire, reconnaissant la sincérité de ses compliments sur son goût naissant. L'auteur apprécie les qualités de politesse, douceur, grâce et humeur naïve du Chevalier, qu'elle estime et honore. Elle mentionne que le Chevalier a été le premier à encourager et développer son talent littéraire. L'auteur exprime son humilité face à l'immortalité que pourrait lui conférer la publication de ses œuvres sous la protection du Chevalier. Elle conclut en avouant que sa muse manque d'éloquence pour exprimer pleinement sa reconnaissance.
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71
p. 70-73
EPITRE AUX BELLES.
Début :
Jeunes beautés, que la nature [...]
Mots clefs :
Belles, Coeurs, Appas
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE AUX BELLES.
EPITRE AUX BELLES.
JEund Eunes beautés , que la nature
Fit naître pour troubler le repos des mortels ,
De l'univers vous êtes la parure ,
Et vos appas méritent des autels.
L'homme fimple éclairé par les feules lumieres ,
Cherchant dans le cahos l'obfcure vérité ,
N'eût pas fubi le joug de tant d'erreurs groffieres ,
S'il eût fçu vous choiſir pour fa divinité.
Vous charmez tout ; que fert de vous le dire
L'ignorez -vous : hélas ! de vos attraits
Vous ne croyez jamais
Pouvoir fixer l'empire .
Non non,fans doute , il n'eft rien fous les cieux
Qui puiffe réfifter au pouvoir de vos yeux ;
Mais bien fouvent vos tyranniques charmes
Pour défendre nos coeurs
Nous fourniffent des armes.
Voilez avec des fleurs
Les fers de l'esclavage
Si vous voulez long- tems conferver notre hommage
:
L'esclave révolté
Juge mieux du poids de fa chaîne
Par le prix de la liberté.
Votre fierté l'éloigne , un autre efpoir l'entraîne
FEVRIER. 1755 71
Je gémis quelquefois
Quand je vois un minois
Formé par le pinceau des Graces ,
Dont un regard , un fouris dédaigneux ,
Un air impérieux
Viennent défigurer les traces.
L'art féduit fans charmer.
Ne croyez point embellir la natu re :
De la fimplicité la route eft la plus fûre ,
Par d'innocens appas on fe laiffe enflammer.
Si la coquette infpire une ardeur paffagere ,
C'eft un jeu de l'amour ;
C'eft une flamme fi légere
Qu'on la voit naître & mourir en un jour,
Un gefte étudié n'offre rien qui nous flate ,
D'une belle harmonie , il trouble les accords :
Le coeur n'eft point fenfible à l'effet des refforts
Du plus bel automate.
Ah ! qu'un fateur eſt dangereux !
Vous verroit-on courir à de vains artifices ;
Si tant d'adorateurs aveuglés par leurs feux
N'encenfoient pas juſques à vos caprices ?
Je fens que la beauté
Mérite notre hommage ,
C'eſt un des attributs de la divinité ,
*
" Elle en eft la vivante image.
Mais à chérir les dieux nos coeurs font animés
Par cet attrait vainqueur que leur bonté fait naî
tre ;
72 MERCURE DE FRANCE.
Si le tonnerre feul nous les faifoit connoître ,
Ils feroient craints fans être aimés.
Un heureux caractere
N'a point l'éclat brillant des appas féducteurs ;
Par un effet moins prompt il trouve l'art de plaire,
Sa douceur enchaîne les coeurs.
Quel feroit votre empire
Si vous réuniffiez tant de dons à la fois ?
L'inconftance & le tems ne pourroient le détruire,
Et vos defirs feroient des loix.
Mais du génie encor la puiffance plus grande
De votre fort rendroit les dieux jaloux ,
Ils verroient leurs autels fans culte & fans offrande,
Et l'univers à vos genoux.
Non , ils ont prévenu leur honte & votre gloire ;
Et pour mieux triompher , fouvent ils vous font
croire
Que le talent entraîne une frivolité
Qui deshonore la beauté :
Ou plutôt à vos yeux , d'un miroir infidele ,
Ils préfentent l'art impofteur.
Vous y lifez que quand on eft fi belle ,
On a les agrémens de l'efprit & du coeur .
Qu'il eft aifé de croire
Tout ce qui flate notre gloire !
La louange eft l'écueil des coeurs ambitieux.
D'un piége dangereux
Pénétrez l'artifice ;
Redoutez l'art d'un difcours trop flateur ,
Dont
FEVRIER.
1755 . 73
Dont le poifon agréable & trompeur
Plus aisément ſe gliffe.
L'éclat d'un trop grand jour affoiblit les couleurs,
Et n'éclaire que trop l'oeil de la jaloufie ;
Plus vos attraits vous font d'admirateurs ,
Plus vous devez craindre l'envie..
Le beau ſexe , dit- on , contre moi s'armera :
Quelle erreur ! je me ris d'une folle menace ;
Aucune ici ne fe reconnoîtra
Au portrait que je trace .
Par M. ***
JEund Eunes beautés , que la nature
Fit naître pour troubler le repos des mortels ,
De l'univers vous êtes la parure ,
Et vos appas méritent des autels.
L'homme fimple éclairé par les feules lumieres ,
Cherchant dans le cahos l'obfcure vérité ,
N'eût pas fubi le joug de tant d'erreurs groffieres ,
S'il eût fçu vous choiſir pour fa divinité.
Vous charmez tout ; que fert de vous le dire
L'ignorez -vous : hélas ! de vos attraits
Vous ne croyez jamais
Pouvoir fixer l'empire .
Non non,fans doute , il n'eft rien fous les cieux
Qui puiffe réfifter au pouvoir de vos yeux ;
Mais bien fouvent vos tyranniques charmes
Pour défendre nos coeurs
Nous fourniffent des armes.
Voilez avec des fleurs
Les fers de l'esclavage
Si vous voulez long- tems conferver notre hommage
:
L'esclave révolté
Juge mieux du poids de fa chaîne
Par le prix de la liberté.
Votre fierté l'éloigne , un autre efpoir l'entraîne
FEVRIER. 1755 71
Je gémis quelquefois
Quand je vois un minois
Formé par le pinceau des Graces ,
Dont un regard , un fouris dédaigneux ,
Un air impérieux
Viennent défigurer les traces.
L'art féduit fans charmer.
Ne croyez point embellir la natu re :
De la fimplicité la route eft la plus fûre ,
Par d'innocens appas on fe laiffe enflammer.
Si la coquette infpire une ardeur paffagere ,
C'eft un jeu de l'amour ;
C'eft une flamme fi légere
Qu'on la voit naître & mourir en un jour,
Un gefte étudié n'offre rien qui nous flate ,
D'une belle harmonie , il trouble les accords :
Le coeur n'eft point fenfible à l'effet des refforts
Du plus bel automate.
Ah ! qu'un fateur eſt dangereux !
Vous verroit-on courir à de vains artifices ;
Si tant d'adorateurs aveuglés par leurs feux
N'encenfoient pas juſques à vos caprices ?
Je fens que la beauté
Mérite notre hommage ,
C'eſt un des attributs de la divinité ,
*
" Elle en eft la vivante image.
Mais à chérir les dieux nos coeurs font animés
Par cet attrait vainqueur que leur bonté fait naî
tre ;
72 MERCURE DE FRANCE.
Si le tonnerre feul nous les faifoit connoître ,
Ils feroient craints fans être aimés.
Un heureux caractere
N'a point l'éclat brillant des appas féducteurs ;
Par un effet moins prompt il trouve l'art de plaire,
Sa douceur enchaîne les coeurs.
Quel feroit votre empire
Si vous réuniffiez tant de dons à la fois ?
L'inconftance & le tems ne pourroient le détruire,
Et vos defirs feroient des loix.
Mais du génie encor la puiffance plus grande
De votre fort rendroit les dieux jaloux ,
Ils verroient leurs autels fans culte & fans offrande,
Et l'univers à vos genoux.
Non , ils ont prévenu leur honte & votre gloire ;
Et pour mieux triompher , fouvent ils vous font
croire
Que le talent entraîne une frivolité
Qui deshonore la beauté :
Ou plutôt à vos yeux , d'un miroir infidele ,
Ils préfentent l'art impofteur.
Vous y lifez que quand on eft fi belle ,
On a les agrémens de l'efprit & du coeur .
Qu'il eft aifé de croire
Tout ce qui flate notre gloire !
La louange eft l'écueil des coeurs ambitieux.
D'un piége dangereux
Pénétrez l'artifice ;
Redoutez l'art d'un difcours trop flateur ,
Dont
FEVRIER.
1755 . 73
Dont le poifon agréable & trompeur
Plus aisément ſe gliffe.
L'éclat d'un trop grand jour affoiblit les couleurs,
Et n'éclaire que trop l'oeil de la jaloufie ;
Plus vos attraits vous font d'admirateurs ,
Plus vous devez craindre l'envie..
Le beau ſexe , dit- on , contre moi s'armera :
Quelle erreur ! je me ris d'une folle menace ;
Aucune ici ne fe reconnoîtra
Au portrait que je trace .
Par M. ***
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Résumé : EPITRE AUX BELLES.
L'épître 'Aux Belles' exalte la beauté féminine, présentée comme une parure de l'univers et digne de vénération. Les beautés sont capables de guider les hommes vers la vérité et de les détourner des erreurs. Leur pouvoir peut charmer et fournir des armes pour défendre les cœurs. Cependant, elles sont mises en garde contre l'orgueil et les artifices, qui peuvent défigurer leur nature. La simplicité et l'innocence sont recommandées comme les voies les plus sûres pour séduire. La beauté est vue comme un attribut divin, mais elle doit être accompagnée de bonté pour être aimée. Un caractère heureux, bien que moins éclatant, peut également plaire par sa douceur. Les beautés sont averties des dangers de la flatterie et de l'envie, qui peuvent surgir avec l'admiration. Le texte se conclut par une mise en garde contre les discours flatteurs et les artifices, soulignant que la véritable beauté doit être accompagnée de vertus intérieures.
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72
p. 5-7
EPITRE A M. DESMAHIS, Par M. ***
Début :
Quittez la palette légere, [...]
Mots clefs :
Amour
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. DESMAHIS, Par M. ***
EPITRE
A M. DES MAHIS ,
Qu
Par M. ***
Uittez la palette légere ,
Où l'amour broye encor vos plus belles couleurs;
Appellé par Thalie à de plus grands honneurs ,
Il eft tems qu'aujourd'hui d'une main plus févere,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Pour achever la peinture des moeurs
Vous repreniez le pinceau de Moliere.
Laiffez - moi des amans le tendre caractere ;
C'eſt à moi qu'il convient de chanter leurs douceurs
,
Moi qui toute la vie auprès d'une bergere
Ai porté la houlette & le chapeau de fleurs.
Tandis qu'au fein de la molleffe ,
Fuyant la table ouverte & le fouper prié ,
Vous accordez vos jours à l'amitié ,
Et confacrez vos nuits à la tendreffe ,
L'honnête homme en tous lieux ſe voit humilié
Par mille fots de toute espece.
Effain fâcheux qui , trop multiplié ,
Abuſe de votre pareſſe ,
Et qui par fes fuccès fe croit juftifié.
Voyez paffer Cléon , fa fuperbe voiture
Le mene avec fracas chez Life , chez T ....
C'eft , à l'entendre , encore une aventure ;
Sa vifite eft un rendez - vous ...
Et c'eft enfin pour lui qu'on les a quitté tous.
Regardez la jeune Glycere ,
Qui dans la crainte des jaloux ,
Ecoute en même tems l'Abbé , le Militaire ,
Le Magiftrat , l'homme d'affaire ,
Quelquefois même ſon époux ,
Sans les aimer & fans leur plaire.
Par cette efquifle trop légere
D'originaux qu'on ne peut corriger ,
AVRI L.
7: ∙1755.
Ami charmant , c'eft à vous de juger
Des portraits qu'il vous reſte à faire ,
Pour les punir & nous venger.
Peignez auffi l'infenfible coquette
Qui veut plaire toujours fans jamais s'engager ,
La dédaigneufe & l'indifcrette ,
L'ami trompeur , avec l'amant léger.
Si pourtant quelquefois , pour toucher une belle
Vous voulez peindre encor le tendre ſentiment ,
L'amour heureux avec l'amour fidele ,
-Venez chez moi , mon Eglé vous appelle ;
Vousy verrez avec quel agrément
Cette jeune beauté , toujours vive & nouvelle ,
Entre le goût & l'enjouement ,
Sçait enchanter les jours que je paffe auprès
d'elle .....
Mais je vois qu'infenfiblement
Je vous ramene à la tendreffe .
Ah ! pardonnez ce mouvement
D'un amant trop épris qui , plein de fon yvreffe ,
Vous écrit même en ce moment
Sur les genoux de fa maîtreffe.
A M. DES MAHIS ,
Qu
Par M. ***
Uittez la palette légere ,
Où l'amour broye encor vos plus belles couleurs;
Appellé par Thalie à de plus grands honneurs ,
Il eft tems qu'aujourd'hui d'une main plus févere,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Pour achever la peinture des moeurs
Vous repreniez le pinceau de Moliere.
Laiffez - moi des amans le tendre caractere ;
C'eſt à moi qu'il convient de chanter leurs douceurs
,
Moi qui toute la vie auprès d'une bergere
Ai porté la houlette & le chapeau de fleurs.
Tandis qu'au fein de la molleffe ,
Fuyant la table ouverte & le fouper prié ,
Vous accordez vos jours à l'amitié ,
Et confacrez vos nuits à la tendreffe ,
L'honnête homme en tous lieux ſe voit humilié
Par mille fots de toute espece.
Effain fâcheux qui , trop multiplié ,
Abuſe de votre pareſſe ,
Et qui par fes fuccès fe croit juftifié.
Voyez paffer Cléon , fa fuperbe voiture
Le mene avec fracas chez Life , chez T ....
C'eft , à l'entendre , encore une aventure ;
Sa vifite eft un rendez - vous ...
Et c'eft enfin pour lui qu'on les a quitté tous.
Regardez la jeune Glycere ,
Qui dans la crainte des jaloux ,
Ecoute en même tems l'Abbé , le Militaire ,
Le Magiftrat , l'homme d'affaire ,
Quelquefois même ſon époux ,
Sans les aimer & fans leur plaire.
Par cette efquifle trop légere
D'originaux qu'on ne peut corriger ,
AVRI L.
7: ∙1755.
Ami charmant , c'eft à vous de juger
Des portraits qu'il vous reſte à faire ,
Pour les punir & nous venger.
Peignez auffi l'infenfible coquette
Qui veut plaire toujours fans jamais s'engager ,
La dédaigneufe & l'indifcrette ,
L'ami trompeur , avec l'amant léger.
Si pourtant quelquefois , pour toucher une belle
Vous voulez peindre encor le tendre ſentiment ,
L'amour heureux avec l'amour fidele ,
-Venez chez moi , mon Eglé vous appelle ;
Vousy verrez avec quel agrément
Cette jeune beauté , toujours vive & nouvelle ,
Entre le goût & l'enjouement ,
Sçait enchanter les jours que je paffe auprès
d'elle .....
Mais je vois qu'infenfiblement
Je vous ramene à la tendreffe .
Ah ! pardonnez ce mouvement
D'un amant trop épris qui , plein de fon yvreffe ,
Vous écrit même en ce moment
Sur les genoux de fa maîtreffe.
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Résumé : EPITRE A M. DESMAHIS, Par M. ***
L'épître est adressée à M. Des Mahis, l'incitant à abandonner les thèmes légers de l'amour pour se tourner vers des sujets plus nobles, tels que les mœurs, en s'inspirant de Molière. L'auteur se réserve le droit de traiter des douceurs des amants, ayant vécu auprès d'une bergère. Il décrit ensuite divers comportements des honnêtes gens, humiliés par leurs défauts, comme Cléon qui se vante de ses visites, et Glycère qui écoute plusieurs hommes sans les aimer. L'auteur suggère à Des Mahis de peindre ces portraits pour les punir et se venger. Il propose également de représenter des personnages tels que la coquette, la dédaigneuse, l'indifférente, l'ami trompeur et l'amant léger. Pour illustrer l'amour heureux et fidèle, l'auteur invite Des Mahis à observer Églé, une jeune beauté qui l'enchante. Enfin, l'auteur s'excuse de revenir à la tendresse, expliquant qu'il écrit sous l'influence de sa maîtresse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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73
p. 23-27
EPITRE A M. DE SAINT-AUBAN, Lieutenant-Général de l'Artillerie.
Début :
Damon, le parti que j'ai pris [...]
Mots clefs :
Plaisirs, Aimer, Lieutenant général de l'artillerie
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. DE SAINT-AUBAN, Lieutenant-Général de l'Artillerie.
EPITRE
A M. DE SAINT- AUBAN ,
Lieutenant -Général de l'Artillerie.
Damon , le parti que j'ai pris
N'eft point guidé par le caprice.
Des plaifirs je connois le prix ;
Mais je me rends trop de juftice
Pour les attendre de Paris.
Avec la déplorable Automne
Les ris ne font plus de concert ;
Ce n'eft que le Printems qui donne
Ce que l'on refufe aux hyvers.
Je fçais que l'homme vraiment fage ,
Qui joint le talent à l'eſprit ,
Avec difcernement choisit
Les gens dont il veut faire ufage ;
Et que communément on dit ,
Qu'il eft des plaifirs de tout âge,
D'accord : j'en conviens avec toi ;
Mais je n'ai pas tant de ſageſſe ,
Et j'avouerai de bonne foi ,
Qu'un refte d'antique foibleffe
M'aiguillonne encor malgré moi ,
Que diroit-on de mon délire ,
24 MERCURE DE FRANCE .
Si , tout couvert de cheveux gris ,
J'allois encore à quelque Iris
Conter mon amoureux martyre ?"
J'apprêterois fans doute à rire ,
Sans ofer en être furpris.
Je connoîtrois mon ridicule
Et ne pourrois m'en garantir ;
Souvent le coeur fe diffimule
Ce que la raifon fait fentir..
Son pouvoir auroit peu de force
Contre ce qui me paroît beau ,
Et je fens que la moindre amorce
Me replongeroit de nouveau
Dans un danger que je m'efforce
A regarder comme un fléau .
C'est donc , ami , fur ce principe
Que dans un champêtre féjour ,
Mon tendre penchant pour l'amour ,
Faute d'aliment fe diffipe.
Je vis heureux dans mon réduit ,
Loin du tumulte , loin du bruit ;
Je me fuis fait une habitude
De partager le tems qui fuit
Entre les plaifirs de l'étude
Et la raifon qui les conduit.
Loin de moi tout fâcheux fyftême ,
Dont les détours trop tortueux ,
Me fatiguent par un problème
Qu'un grave auteur , à cerveau creux ,
A
AVRIL.
1755.. 25
A peine à comprendre lui-même.
Je cherche dans l'hiftorien
Du beau , du clair & du folide ;
Je veux dans un grammairien ,
Que le vrai fans ceffe préfide ,
Et dans l'auteur homme de bien ,
Une vertu qui me décide.
A ce détail , on me croira
Un philoſophe d'importance ;
Mais , Damon , l'on fe trompera ,
A peine en ai -je l'apparence.
J'aime à lire , à la vérité ;
Mais ce doux plaifir ne m'occupe.
Qu'autant que l'aimable gaité
Chez moi n'en peut être la dupe.
Je partage tous mes momens ;
Après une étude févere ,
Une muſe folle & légere
Se rend maîtreffe de mon tems ;
Et franchement je la préfere
A mes autres amuſemens.
De cette yvreffe de mes fens
La raiſon en eft fimple & claire.
Sans fortir de mon cabinet
t
Je dépeins , dans une élégie
Le tendre & fenfible regret
D'une malheureuſe Silvie ,
Qui fans caufe ni fans fujet ,
Se voit indignement trahie.
B
}
26 MERCURE DE FRANCE.
Veux- je d'un berger amoureux
Faire enfler la douce mufette :
Je fais fi bien qu'elle répéte
La certitude de fes feux ;
Et dans une églogue touchante
J'engage à la fin cette amante
A répondre à ſes tendres voeux.
Faut-il du grand , du pathétique ?
Mon Apollon ſe prête à tout ,
Et quelques vers que je fabrique ,
La rime fe rencontre au bout.
Fort bien , me dira le critique ;
Mais eft- il fûr que le bon gout
Réponde à ce feu poëtique ?
Non , vraiment , m'écrirai -je alors :
Mais que m'importe , je vous prie.
Je n'eus jamais l'effronterie-
De faire éclater les tranſports
De ma féconde rêverie .
Que mes vers foient bons ou mauvais ,
Seul je décide leur procès :
En juge équitable & fevere
Je les renferme pour jamais ;
Et fans fonger que j'en fuis pere ,
La juftice que je leur fais
Prévient celle qu'on peut leur faire.
Aprés ce décifif aveu ,
Que fans rougir je t'abandonne ;
Fourras-tu condamner un jeu
AVRIL. 1755. 27
•
Qui ne rejaillit fur perſonne ?
Je mets à profit mes loiſirs,
Je ris , je bois , je me promene ,
Et pour combler tous mes defirs ,
Dans la fource de l'hypocrêne
Je puife mes plus doux plaifirs.
C'eſt dans cette aimable manie ,
Dont je me fuis preferit la loi
Que je vois couler fans effroi
Les triftes débris de ma vie ;
Et je te jure fur ma foi ,
Qu'il ne me refte plus d'envie
Que de me faire aimer de toi.
A M. DE SAINT- AUBAN ,
Lieutenant -Général de l'Artillerie.
Damon , le parti que j'ai pris
N'eft point guidé par le caprice.
Des plaifirs je connois le prix ;
Mais je me rends trop de juftice
Pour les attendre de Paris.
Avec la déplorable Automne
Les ris ne font plus de concert ;
Ce n'eft que le Printems qui donne
Ce que l'on refufe aux hyvers.
Je fçais que l'homme vraiment fage ,
Qui joint le talent à l'eſprit ,
Avec difcernement choisit
Les gens dont il veut faire ufage ;
Et que communément on dit ,
Qu'il eft des plaifirs de tout âge,
D'accord : j'en conviens avec toi ;
Mais je n'ai pas tant de ſageſſe ,
Et j'avouerai de bonne foi ,
Qu'un refte d'antique foibleffe
M'aiguillonne encor malgré moi ,
Que diroit-on de mon délire ,
24 MERCURE DE FRANCE .
Si , tout couvert de cheveux gris ,
J'allois encore à quelque Iris
Conter mon amoureux martyre ?"
J'apprêterois fans doute à rire ,
Sans ofer en être furpris.
Je connoîtrois mon ridicule
Et ne pourrois m'en garantir ;
Souvent le coeur fe diffimule
Ce que la raifon fait fentir..
Son pouvoir auroit peu de force
Contre ce qui me paroît beau ,
Et je fens que la moindre amorce
Me replongeroit de nouveau
Dans un danger que je m'efforce
A regarder comme un fléau .
C'est donc , ami , fur ce principe
Que dans un champêtre féjour ,
Mon tendre penchant pour l'amour ,
Faute d'aliment fe diffipe.
Je vis heureux dans mon réduit ,
Loin du tumulte , loin du bruit ;
Je me fuis fait une habitude
De partager le tems qui fuit
Entre les plaifirs de l'étude
Et la raifon qui les conduit.
Loin de moi tout fâcheux fyftême ,
Dont les détours trop tortueux ,
Me fatiguent par un problème
Qu'un grave auteur , à cerveau creux ,
A
AVRIL.
1755.. 25
A peine à comprendre lui-même.
Je cherche dans l'hiftorien
Du beau , du clair & du folide ;
Je veux dans un grammairien ,
Que le vrai fans ceffe préfide ,
Et dans l'auteur homme de bien ,
Une vertu qui me décide.
A ce détail , on me croira
Un philoſophe d'importance ;
Mais , Damon , l'on fe trompera ,
A peine en ai -je l'apparence.
J'aime à lire , à la vérité ;
Mais ce doux plaifir ne m'occupe.
Qu'autant que l'aimable gaité
Chez moi n'en peut être la dupe.
Je partage tous mes momens ;
Après une étude févere ,
Une muſe folle & légere
Se rend maîtreffe de mon tems ;
Et franchement je la préfere
A mes autres amuſemens.
De cette yvreffe de mes fens
La raiſon en eft fimple & claire.
Sans fortir de mon cabinet
t
Je dépeins , dans une élégie
Le tendre & fenfible regret
D'une malheureuſe Silvie ,
Qui fans caufe ni fans fujet ,
Se voit indignement trahie.
B
}
26 MERCURE DE FRANCE.
Veux- je d'un berger amoureux
Faire enfler la douce mufette :
Je fais fi bien qu'elle répéte
La certitude de fes feux ;
Et dans une églogue touchante
J'engage à la fin cette amante
A répondre à ſes tendres voeux.
Faut-il du grand , du pathétique ?
Mon Apollon ſe prête à tout ,
Et quelques vers que je fabrique ,
La rime fe rencontre au bout.
Fort bien , me dira le critique ;
Mais eft- il fûr que le bon gout
Réponde à ce feu poëtique ?
Non , vraiment , m'écrirai -je alors :
Mais que m'importe , je vous prie.
Je n'eus jamais l'effronterie-
De faire éclater les tranſports
De ma féconde rêverie .
Que mes vers foient bons ou mauvais ,
Seul je décide leur procès :
En juge équitable & fevere
Je les renferme pour jamais ;
Et fans fonger que j'en fuis pere ,
La juftice que je leur fais
Prévient celle qu'on peut leur faire.
Aprés ce décifif aveu ,
Que fans rougir je t'abandonne ;
Fourras-tu condamner un jeu
AVRIL. 1755. 27
•
Qui ne rejaillit fur perſonne ?
Je mets à profit mes loiſirs,
Je ris , je bois , je me promene ,
Et pour combler tous mes defirs ,
Dans la fource de l'hypocrêne
Je puife mes plus doux plaifirs.
C'eſt dans cette aimable manie ,
Dont je me fuis preferit la loi
Que je vois couler fans effroi
Les triftes débris de ma vie ;
Et je te jure fur ma foi ,
Qu'il ne me refte plus d'envie
Que de me faire aimer de toi.
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Résumé : EPITRE A M. DE SAINT-AUBAN, Lieutenant-Général de l'Artillerie.
L'épître est adressée à M. de Saint-Auban, lieutenant-général de l'artillerie. Damon, l'auteur, justifie son choix de retraite loin de Paris, privilégiant la tranquillité de la campagne. Il apprécie les plaisirs de chaque âge mais voit l'amour comme un danger. Damon vit heureux dans sa retraite, partageant son temps entre l'étude et la raison. Il évite les systèmes compliqués et recherche dans ses lectures du beau, du clair et du solide. Damon se décrit comme un lecteur et un poète, alternant entre des études sérieuses et des moments de légèreté poétique. Il écrit des élégies et des églogues sans se soucier du jugement des critiques, jugeant lui-même ses vers et les conservant sans chercher de reconnaissance. Damon conclut en affirmant qu'il profite de ses loisirs en riant, buvant et se promenant, trouvant ses plus doux plaisirs dans l'hypocrisie. Il souhaite se faire aimer de son destinataire.
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74
p. 45-46
EPITRE A M. DE CHATEAUBRUN, Maître-d'Hôtel de S. A. S. Mgr. le Duc d'Orléans.
Début :
Philosophe éloquent, dont les nouveaux écrits [...]
Mots clefs :
Maître d'Hôtel, Duc d'Orléans, Humanité, Coeur, Génie
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. DE CHATEAUBRUN, Maître-d'Hôtel de S. A. S. Mgr. le Duc d'Orléans.
EPITRE
A M. DE CHATEAUBRUN ,
Maître-d'Hôtel de S. 4. S. Mgr , le Duc
d'Orléans .
PHilofophe cloquent , dont les nouveaux écrits
Charment nos coeurs & nos oreilles ,
Des Sophocles & des Corneilles ,
Ramenent les beaux jours dans le fein de Paris.
Toi , dont la fimple modeftie ,
Plus rare encor que ton génie ,
Seule a pú durant quarante ans
Se fouftraire à la renommée
Et nous priver de tes talens .
Que d'un rayon divin ta grande ame eft formée !..
Le fceptre du théatre eft pénible à gagner :
C'estun prix bien flateur ; mais un effort fuprême
C'eft de s'en rendre digne & de le dédaigner.
Tu l'as fait. Ah ! c'eft dans toi-même
Que tu fçais les trouver ces fentimens fi grands
Qu'applaudit le vulgaire , & que le fage admire.
D'autres ont fur la fcene épuifé les romans ,.
Ont tracé les fureurs , l'yvreffe , le délire
Et les querelles des amans :
Ils laiffoient à ta veine une fource plus pure ,
Ou ton génie ofa puiſer.
46 MERCURE DE FRANCE .
Tu viens de peindre la nature ;
C'est d'après toi : ton coeur n'a pû ſe déguiſer
A l'humanité qui t'inſpire :
Donne à tes vers ce charme & ces attraits vain
queurs ,
Qui portent à ton gré la pitié dans les coeurs
Et confervent fur eux leur immuable empire.
Que de hautes leçons ! & quelle vérité !
Quels tableaux ! ta mufe rivale
De la naïve antiquité
Semble rapprocher l'intervalle
Des fuprêmes grandeurs & de l'humanité.
Que fes droits font puiffans , quand tu parles pour
elle !
Et qu'un héros humain devient grand dans tes
vers !
Ah ! je reconnois ton modele :
C'est le grand Prince que tu fers.
Ce 4 Mars 1755.
A M. DE CHATEAUBRUN ,
Maître-d'Hôtel de S. 4. S. Mgr , le Duc
d'Orléans .
PHilofophe cloquent , dont les nouveaux écrits
Charment nos coeurs & nos oreilles ,
Des Sophocles & des Corneilles ,
Ramenent les beaux jours dans le fein de Paris.
Toi , dont la fimple modeftie ,
Plus rare encor que ton génie ,
Seule a pú durant quarante ans
Se fouftraire à la renommée
Et nous priver de tes talens .
Que d'un rayon divin ta grande ame eft formée !..
Le fceptre du théatre eft pénible à gagner :
C'estun prix bien flateur ; mais un effort fuprême
C'eft de s'en rendre digne & de le dédaigner.
Tu l'as fait. Ah ! c'eft dans toi-même
Que tu fçais les trouver ces fentimens fi grands
Qu'applaudit le vulgaire , & que le fage admire.
D'autres ont fur la fcene épuifé les romans ,.
Ont tracé les fureurs , l'yvreffe , le délire
Et les querelles des amans :
Ils laiffoient à ta veine une fource plus pure ,
Ou ton génie ofa puiſer.
46 MERCURE DE FRANCE .
Tu viens de peindre la nature ;
C'est d'après toi : ton coeur n'a pû ſe déguiſer
A l'humanité qui t'inſpire :
Donne à tes vers ce charme & ces attraits vain
queurs ,
Qui portent à ton gré la pitié dans les coeurs
Et confervent fur eux leur immuable empire.
Que de hautes leçons ! & quelle vérité !
Quels tableaux ! ta mufe rivale
De la naïve antiquité
Semble rapprocher l'intervalle
Des fuprêmes grandeurs & de l'humanité.
Que fes droits font puiffans , quand tu parles pour
elle !
Et qu'un héros humain devient grand dans tes
vers !
Ah ! je reconnois ton modele :
C'est le grand Prince que tu fers.
Ce 4 Mars 1755.
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Résumé : EPITRE A M. DE CHATEAUBRUN, Maître-d'Hôtel de S. A. S. Mgr. le Duc d'Orléans.
L'épître est adressée à M. de Chateaubrun, Maître-d'Hôtel du Duc d'Orléans. Le texte loue Chateaubrun pour ses écrits philosophiques et ses talents dramatiques, comparés à ceux de Sophocle et Corneille. Il souligne la modestie de Chateaubrun, qui a évité la renommée pendant quarante ans, et admire sa capacité à mériter et à dédaigner le sceptre du théâtre. Chateaubrun est félicité pour avoir peint la nature avec authenticité, inspirée par l'humanité. Ses vers sont décrits comme ayant un charme et des attraits capables de susciter la pitié et de conserver leur empire sur les cœurs. Le texte met en avant les hautes leçons et la vérité de ses œuvres, ainsi que sa capacité à rapprocher les grandeurs suprêmes de l'humanité. Enfin, il reconnaît que Chateaubrun prend pour modèle un grand prince. L'épître est datée du 4 mars 1755.
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75
p. 7-9
EPITRE A ZÉLIDE. PAR M. RENOUT. Notre bonheur dépend de nous-mêmes.
Début :
Un jour, Zélide, un seul instant d'allarmes ; [...]
Mots clefs :
Bonheur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A ZÉLIDE. PAR M. RENOUT. Notre bonheur dépend de nous-mêmes.
EPITRE A ZÉLID E.
PAR M. RENOUT.
Notre bonheur dépend de nous -mêmes.
Njour , Zélide , un feul inftant d'allarmes ;
jour ,
De vos attraits peut ravir la fraîcheur ;
C'eft un poifon : l'on ne voit point les charmes
Croître & fleurir au fein de la douleur.
Suivez les ris , la beauté fuit leurs traces ,
Elle languit fans le feu des defirs ;
C'est l'enjoument qui fait naître les graces ;
Animez -les par la voix des plaifirs.
Dans vos tifons , que la flamme confume,
De votre fort vous lifez l'avenir ? .....
Hé quoi des feux qu'un tendre amour allume ,
Retracez-vous le charmant fouvenir.
Quand les frimats femblent vieillir la terre
Pourquoi penfer au nombre de vos ans ?
Songez plutôt que la neige refferre ,
Couve & nourrit les germes du printems.
Fuyez les bois dépouillés de verdure ,
Prenez le beau de toutes les faifons ,
Voyez nos champs reprendre leur parure
Nous annonçer de nouvelles moiffons.
D'un grand danger la fievre vous menace ...
A iv
8
MERCURE DE FRANCE.
Dans l'opiat qui coule en votre ſein ,
Voyez toujours un remede efficace ;
Un ferme efpoir vaut prefque un médecin.
> Si vous vivez d'un petit héritage
C'en eft affez : qui peut tenter vos voeux ?
Promenez - vous fur le riche appanage
De vos voisins ; c'eft en jouir comme eux.
Contens du fort où nous avons pris Pêtre ,
Des vains defirs évitons le tourment ;
D'un fatisfait , mille autres vont renaître ,
Et l'abondance en devient Paliment.
Par les plaifirs qu'un fpectacle raffemble ,
Dites , c'eft moi qu'on veut feule amufer ;
Vous en goutez autant que tous enſemble;
Tout appartient à qui fçait s'abufer.
N'écoutez pas une folle triftefle
Qui peut ravir le repos fans retour ;
Songez , hélas ! que le trait qui vous blefle
Va par fon poids s'enfoncer chaque jour..
Non , il n'eft point de malheur véritable ,
Nous voyons tout par les yeux de l'erreur ;
Et tout peut prendre une face agréable ,
L'homme fait feul fa peine ou fon bonheur.
C'eft fe voler l'inftant où l'on s'ennuie ..
En vous traçant l'art charmant de jouir ,
Voilà déja deux heures de ma vie
Que je confacre aux attraits du plaifir.
MAI.
517553
9
Bientôt après votre flateufe image
Peut à mon coeur offrir d'autres appas :
Il eft des biens qu'un rêve nous ménage ,
Il fait jouir de ceux que l'on n'a pas.
Pour être heureux , la plus fûre fcience...
Eft de fçavoir ennivrer la raiſon.
La vérité fert bien moins qu'on ne penfe ;
On doit fouvent tout à l'illufion.
PAR M. RENOUT.
Notre bonheur dépend de nous -mêmes.
Njour , Zélide , un feul inftant d'allarmes ;
jour ,
De vos attraits peut ravir la fraîcheur ;
C'eft un poifon : l'on ne voit point les charmes
Croître & fleurir au fein de la douleur.
Suivez les ris , la beauté fuit leurs traces ,
Elle languit fans le feu des defirs ;
C'est l'enjoument qui fait naître les graces ;
Animez -les par la voix des plaifirs.
Dans vos tifons , que la flamme confume,
De votre fort vous lifez l'avenir ? .....
Hé quoi des feux qu'un tendre amour allume ,
Retracez-vous le charmant fouvenir.
Quand les frimats femblent vieillir la terre
Pourquoi penfer au nombre de vos ans ?
Songez plutôt que la neige refferre ,
Couve & nourrit les germes du printems.
Fuyez les bois dépouillés de verdure ,
Prenez le beau de toutes les faifons ,
Voyez nos champs reprendre leur parure
Nous annonçer de nouvelles moiffons.
D'un grand danger la fievre vous menace ...
A iv
8
MERCURE DE FRANCE.
Dans l'opiat qui coule en votre ſein ,
Voyez toujours un remede efficace ;
Un ferme efpoir vaut prefque un médecin.
> Si vous vivez d'un petit héritage
C'en eft affez : qui peut tenter vos voeux ?
Promenez - vous fur le riche appanage
De vos voisins ; c'eft en jouir comme eux.
Contens du fort où nous avons pris Pêtre ,
Des vains defirs évitons le tourment ;
D'un fatisfait , mille autres vont renaître ,
Et l'abondance en devient Paliment.
Par les plaifirs qu'un fpectacle raffemble ,
Dites , c'eft moi qu'on veut feule amufer ;
Vous en goutez autant que tous enſemble;
Tout appartient à qui fçait s'abufer.
N'écoutez pas une folle triftefle
Qui peut ravir le repos fans retour ;
Songez , hélas ! que le trait qui vous blefle
Va par fon poids s'enfoncer chaque jour..
Non , il n'eft point de malheur véritable ,
Nous voyons tout par les yeux de l'erreur ;
Et tout peut prendre une face agréable ,
L'homme fait feul fa peine ou fon bonheur.
C'eft fe voler l'inftant où l'on s'ennuie ..
En vous traçant l'art charmant de jouir ,
Voilà déja deux heures de ma vie
Que je confacre aux attraits du plaifir.
MAI.
517553
9
Bientôt après votre flateufe image
Peut à mon coeur offrir d'autres appas :
Il eft des biens qu'un rêve nous ménage ,
Il fait jouir de ceux que l'on n'a pas.
Pour être heureux , la plus fûre fcience...
Eft de fçavoir ennivrer la raiſon.
La vérité fert bien moins qu'on ne penfe ;
On doit fouvent tout à l'illufion.
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Résumé : EPITRE A ZÉLIDE. PAR M. RENOUT. Notre bonheur dépend de nous-mêmes.
Dans son épître à Zélide, M. Renout affirme que le bonheur dépend de soi-même. Il conseille à Zélide de savourer les plaisirs et la beauté, car la douleur et la tristesse les altèrent. Il l'encourage à suivre les moments de joie et à éviter les soucis, car la beauté s'épanouit dans l'enjouement et les désirs. Il lui recommande de ne pas se laisser abattre par les signes de vieillissement, mais de les voir comme des promesses de renouveau, similaires à la neige nourrissant les germes du printemps. Il l'invite à fuir les lieux tristes et à apprécier la beauté des saisons. Il la met en garde contre un danger imminent et lui suggère de voir dans les remèdes un espoir efficace. Si elle vit d'un petit héritage, il lui conseille de se contenter de ce qu'elle a et de ne pas envier les richesses des autres. Il l'encourage à éviter les désirs vains et à se satisfaire de ce qu'elle possède, car l'abondance peut devenir un fardeau. Il lui recommande de profiter des plaisirs simples et de ne pas se laisser troubler par des soucis futiles. Il conclut en soulignant que le bonheur et le malheur sont souvent perçus à travers le prisme de l'erreur et que l'illusion peut parfois être plus agréable que la vérité.
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76
p. 7-11
EPITRE A M. LE CHEVALIER DE B..... S'embarquant avec son Régiment pour le Canada.
Début :
Tout effort est donc superflu ! [...]
Mots clefs :
Canada, Honneur, Régiment, Chevalier
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. LE CHEVALIER DE B..... S'embarquant avec son Régiment pour le Canada.
EPITRE
A M. LE CHEVALIER DE B .....
S'embarquant avec fon Régiment pour le
Canada.
Tour effort eft donc fuperflu !
Ο
A la priere la plus tendre
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE .
Vous refufez donc de vous rendre
Et le départ eft réfolu !
K
Aux juftes aflauts qu'on vous livre
Vous oppofez de triftes noms :
Auriez - vous le coeur des Hurons ,
Parmi lesquels vous allez vivre ?
Si du moins l'on pouvoit vous fuivre
Jufqu'en ces barbares cantons
Mais vous partez , & nous reftons.
Vous partez ! ... Eh ! qui vous y
force ?
L'honneur , me direz - vous ? L'honneur F,
Quoi vous cédez à cette amorce ?
Ah ! reconnoiffez votre erreur.
L'honneur dont tout homme fe pique
Sur-tout dans notre nation ;
L'honneur n'eft qu'une fiction ,
Et ne fert que la politique.
On le croit fils de la Raifon ;
Ce n'eft qu'un être chimérique ;
Né du préjugé fantaſtique
Et de la folle opinion ;
Ou plutôt l'honneur n'eft qu'un nom ;
Un mot plus qu'amphibologique ,
Auquel le fot croit fans foupçon,
Mais que le héros fage explique.
Or , croyez - vous en bonne foi
Qu'un mot à partir vous oblige ?
D'un fanatifme , d'un preſtige ,
Eft- ce à vous à prendre la loi
JUIN. 1755
En tout cas , faut - il pour atteindre
L'idole que je viens de peindre ,
Egaler les courfes d'Io ?
Et ne peut- on dans le royaume
Sacrifier à ce phantôme ,
Sans voler juſqu'à l'Ohokio è
Pendant le cours de quatre luftres
Vous-même , marchant fur les
De cent ancêtres tous illuftres ,
Vous le fuivîtes aux combats :
Sans fortir de cet hémiſphere
Vous obéîtes à fes loix ,
pas
Et fes faveurs , de vos exploits
Furent l'honorable falaire ;
Vous tenez de lui cette croix *
Noble étiquette du courage,
Des fuccès brillant témoignage ,
Prix du fang verfé pour les Rois .
Qu'en attendez-vous davantage
N'eft-il pas tems qu'à vos travaux ,
'Au fein d'une famille aimable
Succéde enfin un doux repos >
Ce repos toujours agréable
N'eft , je le fçais , ni pardonnable ; be
Ni permis toujours aux guerriers :
Il l'eft , il eft même honorable
Quand on le prend fur les lauriers
* La croix de S, Louisalis wh
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Mais vains difcours , raifons frivoles !
Le vent qui fouffle fur les mers
Emporte & féme dans les airs
Et nos douleurs & nos paroles ;
Semblable à ces écueils fameux
Dont bientôt l'aſpect formidable.
Frappera peut-être vos yeux ,
Et contre qui l'onde effroyable ,
Avec un bruit épouvantable ,
Lance en vain fes flots écumeux.
Vous vous riez de nos allarmes ,
De nos craintes , de nos regrets ;
D'un oeil fec vous voyez nos larmes
Et vous éludez tous nos traits .
Eh bien ! hâtez-vous de vous rendre
Sur la nef qui vous portera ;
Cherchez l'Anglois en Canada ,
Après l'avoir défait en Flandre :
Affrontez , nouvel Alexandre ,
Les mers , les monftres , le trépas
Pourquoi ? tout au plus pour étendre
Dans les plus ftériles climats
Notre empire de quelque pas.
Peut-être à nos voeux plus fenfibles
Amphitrite , Mars , Atropos ,
Seront moins que vous inflexibles.
L'une écartant les vents nuifibles ,
Sous vous applanira les eaux :
L'autre fermera fes cifeatix ,
}
JUIN
Et de concert fes foeurs horribles ,
De jours fortunés & paifibles
Pour vous couvriront leurs fufeaux.
Bellone & le Dieu des batailles
Vous guideront dans les combats ;
Ils feront marcher fur vos pas
La
peur , la mort , les funérailles :
Au milieu du fang , du trépas ,
Du carnage & de la tempête ,
Ces Dieux conduiront votre bras ,
Et garantiront votre tête.
Invincible , par leur fecours ,
En fûreté ſous leur égide ,
Le fer & le plomb homicide
Par - tout refpecteront vos jours.
Ils nous font dûs plus qu'à la gloire ;
Confervez-les du moins pour nous ;
Nous aimons mieux jouir de vous
Que de vous lire dans l'hiftoire.
Le jour qui va nous féparer ,
Pour bien long-tems va nous livrer
Aux chagrins , aux douleurs en proie :
Souvenez-vous en Canada ,
Que celui qui nous rejoindra
Peut feul nous rendre notre joie.
A M. LE CHEVALIER DE B .....
S'embarquant avec fon Régiment pour le
Canada.
Tour effort eft donc fuperflu !
Ο
A la priere la plus tendre
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE .
Vous refufez donc de vous rendre
Et le départ eft réfolu !
K
Aux juftes aflauts qu'on vous livre
Vous oppofez de triftes noms :
Auriez - vous le coeur des Hurons ,
Parmi lesquels vous allez vivre ?
Si du moins l'on pouvoit vous fuivre
Jufqu'en ces barbares cantons
Mais vous partez , & nous reftons.
Vous partez ! ... Eh ! qui vous y
force ?
L'honneur , me direz - vous ? L'honneur F,
Quoi vous cédez à cette amorce ?
Ah ! reconnoiffez votre erreur.
L'honneur dont tout homme fe pique
Sur-tout dans notre nation ;
L'honneur n'eft qu'une fiction ,
Et ne fert que la politique.
On le croit fils de la Raifon ;
Ce n'eft qu'un être chimérique ;
Né du préjugé fantaſtique
Et de la folle opinion ;
Ou plutôt l'honneur n'eft qu'un nom ;
Un mot plus qu'amphibologique ,
Auquel le fot croit fans foupçon,
Mais que le héros fage explique.
Or , croyez - vous en bonne foi
Qu'un mot à partir vous oblige ?
D'un fanatifme , d'un preſtige ,
Eft- ce à vous à prendre la loi
JUIN. 1755
En tout cas , faut - il pour atteindre
L'idole que je viens de peindre ,
Egaler les courfes d'Io ?
Et ne peut- on dans le royaume
Sacrifier à ce phantôme ,
Sans voler juſqu'à l'Ohokio è
Pendant le cours de quatre luftres
Vous-même , marchant fur les
De cent ancêtres tous illuftres ,
Vous le fuivîtes aux combats :
Sans fortir de cet hémiſphere
Vous obéîtes à fes loix ,
pas
Et fes faveurs , de vos exploits
Furent l'honorable falaire ;
Vous tenez de lui cette croix *
Noble étiquette du courage,
Des fuccès brillant témoignage ,
Prix du fang verfé pour les Rois .
Qu'en attendez-vous davantage
N'eft-il pas tems qu'à vos travaux ,
'Au fein d'une famille aimable
Succéde enfin un doux repos >
Ce repos toujours agréable
N'eft , je le fçais , ni pardonnable ; be
Ni permis toujours aux guerriers :
Il l'eft , il eft même honorable
Quand on le prend fur les lauriers
* La croix de S, Louisalis wh
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Mais vains difcours , raifons frivoles !
Le vent qui fouffle fur les mers
Emporte & féme dans les airs
Et nos douleurs & nos paroles ;
Semblable à ces écueils fameux
Dont bientôt l'aſpect formidable.
Frappera peut-être vos yeux ,
Et contre qui l'onde effroyable ,
Avec un bruit épouvantable ,
Lance en vain fes flots écumeux.
Vous vous riez de nos allarmes ,
De nos craintes , de nos regrets ;
D'un oeil fec vous voyez nos larmes
Et vous éludez tous nos traits .
Eh bien ! hâtez-vous de vous rendre
Sur la nef qui vous portera ;
Cherchez l'Anglois en Canada ,
Après l'avoir défait en Flandre :
Affrontez , nouvel Alexandre ,
Les mers , les monftres , le trépas
Pourquoi ? tout au plus pour étendre
Dans les plus ftériles climats
Notre empire de quelque pas.
Peut-être à nos voeux plus fenfibles
Amphitrite , Mars , Atropos ,
Seront moins que vous inflexibles.
L'une écartant les vents nuifibles ,
Sous vous applanira les eaux :
L'autre fermera fes cifeatix ,
}
JUIN
Et de concert fes foeurs horribles ,
De jours fortunés & paifibles
Pour vous couvriront leurs fufeaux.
Bellone & le Dieu des batailles
Vous guideront dans les combats ;
Ils feront marcher fur vos pas
La
peur , la mort , les funérailles :
Au milieu du fang , du trépas ,
Du carnage & de la tempête ,
Ces Dieux conduiront votre bras ,
Et garantiront votre tête.
Invincible , par leur fecours ,
En fûreté ſous leur égide ,
Le fer & le plomb homicide
Par - tout refpecteront vos jours.
Ils nous font dûs plus qu'à la gloire ;
Confervez-les du moins pour nous ;
Nous aimons mieux jouir de vous
Que de vous lire dans l'hiftoire.
Le jour qui va nous féparer ,
Pour bien long-tems va nous livrer
Aux chagrins , aux douleurs en proie :
Souvenez-vous en Canada ,
Que celui qui nous rejoindra
Peut feul nous rendre notre joie.
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Résumé : EPITRE A M. LE CHEVALIER DE B..... S'embarquant avec son Régiment pour le Canada.
L'épître est adressée au Chevalier de B..., qui s'apprête à partir pour le Canada avec son régiment. L'auteur exprime son désaccord avec cette décision, estimant ses efforts pour le retenir inutiles. Il critique l'honneur, le considérant comme une fiction au service de la politique, née de préjugés et de fausses opinions. L'auteur rappelle les exploits passés du chevalier, soulignant qu'il a déjà démontré sa valeur sans avoir besoin de partir. Il évoque les dangers du voyage et les risques de la guerre, mais le chevalier semble déterminé. L'auteur exprime ses craintes et ses regrets, espérant que le chevalier reviendra sain et sauf. Il conclut en exprimant l'espoir que le chevalier se souvienne d'eux et revienne pour leur rendre leur joie.
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77
p. 35-38
EPITRE DE Mme DE L'A... A M. DE ... Auteur d'une Comédie, intitulée l'Effet du Sentiment, représentée à Toulouse dans le mois de Mars dernier.
Début :
En vérité, je suis ravie [...]
Mots clefs :
Comédie, Dieu, Sentiments, Effet
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE Mme DE L'A... A M. DE ... Auteur d'une Comédie, intitulée l'Effet du Sentiment, représentée à Toulouse dans le mois de Mars dernier.
EPITRE
DE MMO DE L'ART
M. DE
evovali mazolami , l . 9 % ..
Auteur d'une Comédie , intitulée l'Effet du
Sentiment , repréſentée à Touloufe dans
le mois de Mars dernier.
13
arion stauq
EN vérité , je fus ravie
En voyant votre Comédie ;
Mais à parler ingénument ,
o'n neo
Je n'aurois jamais cru que ce raviffement
Eût pu fe changer en folie...
Bon , direz - vous , ma piece eft plus jolie ;
Cette fcène fui donne un nouvel agrément.
Alte là , Monfieur , je vous prie
Vous ne m'entendez pas vraiment ;
Ne croyez pas que cette frenéfie
Ait du rapport au fentiment ,
Dont vous montrez l'effet dans votre Comédie.
Eh qu'eft- ce donc ma foi je verfifie ,
Ou du moins en fais - je femblant ;
Car depuis que j'ai vu votre ouvrage charmant ,
Je n'ai pu vaincre la manie
De vous rimer un compliment.
Rimons , puifqu'auffi bien je ne puis m'en dé-
C
fendre :
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Le Dieu des vers , dit- on , reffemble au Dieu des
coeurs :
Dès qu'il infpire , il faut fe rendre ;
Ses ordres font toujours vainqueurs.
Avant de commencer l'ouvrage
Je devrois , ce me femble , implorer fes faveurs &
Mais que ferviroit- il de fuivre cet uſage ›
Voudroit-il m'accorder quelqu'une de ces fleurs
Dont l'éclat naturel vous gagne le fuffrage
De ce que nous avons de plus fins connoiffeurs
Je ne puis le croire , & je gage
Qu'on n'obtient des fleurs de ce prix ,
Si l'on n'a , comme vous , le flateur avantage
D'être au rang de fes favoris.
Mais , dites-moi , je vous conjure ,
Eft-ce Apollon qui vous fournit les traits
Dont vous accablez l'impofture
De ces petits- maîtres coquets ,
Qui fous les airs de la nature
Montrent des fentimens dont l'art fait tous, les
frais
Oh ! fi c'eft lui , je vous affure
Qu'amour lui doit bien des remercimens
Car dans ce fiecle miférable ,
Ce Dieu n'a plus de culte véritable ;.
Et Phiftoire des vrais amans
Ne paffe que pour une fable ,
Dont on peut embelir les fcènes des romans..
Aftrée & Celadon , héros du bon vieux tems ,
JUIN.
37 1755
Qui dans le fein d'un bonheur véritable
Paffoient de tous leurs jours les rapides momens ,
Auroient-ils crus qu'une race coupable
Perfifleroit leurs fentimens ?
Ils furent heureux & conftans ;
Peut- être hélas ! dans notre tems,
Des moeurs l'exemple inévitable
Les eût-ils rendus inconftans ,
Et privés des plaiſirs charmans
Que fait goûter une union durable.
Au fiecle où nous vivons tout n'eft que
Quelque fade minauderie ,
fauffeté
Des airs de tête , un coup d'oeil médité ,
Un goût de mode , un propos brillanté
Forment notre galanterie.
Nos coeurs font comme nos efprits
Et dans peu de tems , je parie
Que le clinquant fera le prix
De tous nos fentimens & de tous nos écrits
Vos ouvrages fans flaterie
Peuvent ramener le bon goût ,
Et je ne doute point du tout
Que pour en rétablir l'empire
Apollon n'ait fait choix de vous ,
Du moins j'en jurerois fur ce qu'il vous infpire :
Mais je crains , foit dit entre nous ,
Qu'amour ne voudroit point de fes loix véritables :
Confier à vos foins le rétabliſſement.
Pourquoi, me direz- vous ? Oh ! vos façons aimables:
38 MERCURE DE FRANCE.
Me paroiffent tenir au ſyſtême inconſtant
De nos modernes agréables ;
Et fur ce point j'en crois l'Effet du fentiment.
DE MMO DE L'ART
M. DE
evovali mazolami , l . 9 % ..
Auteur d'une Comédie , intitulée l'Effet du
Sentiment , repréſentée à Touloufe dans
le mois de Mars dernier.
13
arion stauq
EN vérité , je fus ravie
En voyant votre Comédie ;
Mais à parler ingénument ,
o'n neo
Je n'aurois jamais cru que ce raviffement
Eût pu fe changer en folie...
Bon , direz - vous , ma piece eft plus jolie ;
Cette fcène fui donne un nouvel agrément.
Alte là , Monfieur , je vous prie
Vous ne m'entendez pas vraiment ;
Ne croyez pas que cette frenéfie
Ait du rapport au fentiment ,
Dont vous montrez l'effet dans votre Comédie.
Eh qu'eft- ce donc ma foi je verfifie ,
Ou du moins en fais - je femblant ;
Car depuis que j'ai vu votre ouvrage charmant ,
Je n'ai pu vaincre la manie
De vous rimer un compliment.
Rimons , puifqu'auffi bien je ne puis m'en dé-
C
fendre :
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Le Dieu des vers , dit- on , reffemble au Dieu des
coeurs :
Dès qu'il infpire , il faut fe rendre ;
Ses ordres font toujours vainqueurs.
Avant de commencer l'ouvrage
Je devrois , ce me femble , implorer fes faveurs &
Mais que ferviroit- il de fuivre cet uſage ›
Voudroit-il m'accorder quelqu'une de ces fleurs
Dont l'éclat naturel vous gagne le fuffrage
De ce que nous avons de plus fins connoiffeurs
Je ne puis le croire , & je gage
Qu'on n'obtient des fleurs de ce prix ,
Si l'on n'a , comme vous , le flateur avantage
D'être au rang de fes favoris.
Mais , dites-moi , je vous conjure ,
Eft-ce Apollon qui vous fournit les traits
Dont vous accablez l'impofture
De ces petits- maîtres coquets ,
Qui fous les airs de la nature
Montrent des fentimens dont l'art fait tous, les
frais
Oh ! fi c'eft lui , je vous affure
Qu'amour lui doit bien des remercimens
Car dans ce fiecle miférable ,
Ce Dieu n'a plus de culte véritable ;.
Et Phiftoire des vrais amans
Ne paffe que pour une fable ,
Dont on peut embelir les fcènes des romans..
Aftrée & Celadon , héros du bon vieux tems ,
JUIN.
37 1755
Qui dans le fein d'un bonheur véritable
Paffoient de tous leurs jours les rapides momens ,
Auroient-ils crus qu'une race coupable
Perfifleroit leurs fentimens ?
Ils furent heureux & conftans ;
Peut- être hélas ! dans notre tems,
Des moeurs l'exemple inévitable
Les eût-ils rendus inconftans ,
Et privés des plaiſirs charmans
Que fait goûter une union durable.
Au fiecle où nous vivons tout n'eft que
Quelque fade minauderie ,
fauffeté
Des airs de tête , un coup d'oeil médité ,
Un goût de mode , un propos brillanté
Forment notre galanterie.
Nos coeurs font comme nos efprits
Et dans peu de tems , je parie
Que le clinquant fera le prix
De tous nos fentimens & de tous nos écrits
Vos ouvrages fans flaterie
Peuvent ramener le bon goût ,
Et je ne doute point du tout
Que pour en rétablir l'empire
Apollon n'ait fait choix de vous ,
Du moins j'en jurerois fur ce qu'il vous infpire :
Mais je crains , foit dit entre nous ,
Qu'amour ne voudroit point de fes loix véritables :
Confier à vos foins le rétabliſſement.
Pourquoi, me direz- vous ? Oh ! vos façons aimables:
38 MERCURE DE FRANCE.
Me paroiffent tenir au ſyſtême inconſtant
De nos modernes agréables ;
Et fur ce point j'en crois l'Effet du fentiment.
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Résumé : EPITRE DE Mme DE L'A... A M. DE ... Auteur d'une Comédie, intitulée l'Effet du Sentiment, représentée à Toulouse dans le mois de Mars dernier.
L'épître est une lettre adressée à l'auteur d'une comédie intitulée 'L'Effet du Sentiment', jouée à Toulouse en mars. L'auteur de l'épître admire la pièce mais reconnaît que son propre compliment ne peut rivaliser avec l'œuvre originale. Il mentionne Apollon, se demandant si le dieu inspire les traits de la comédie contre les 'petits-maîtres coquets' qui affichent des sentiments artificiels. L'auteur regrette la rareté des sentiments authentiques dans leur époque, marquée par la superficialité et la mode, contrairement aux héros du passé comme Astrée et Céladon. Il espère que les œuvres de l'auteur de la comédie pourront restaurer le bon goût, mais craint que l'amour véritable ne suive pas les lois authentiques. Il conclut en notant que les manières aimables de l'auteur de la comédie semblent appartenir au système inconstant des modernes.
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78
p. 23-25
EPITRE A ÉGLÉ, Par Mademoiselle Loiseau.
Début :
C'est un peu tard acquitter ma parole ; [...]
Mots clefs :
Amour, Morphée, Sommeil
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A ÉGLÉ, Par Mademoiselle Loiseau.
EPITRE
A ÉGLÉ ,
Par Mademoiselle Loifean.
C'Eft un peu tard acquitter ma parole ;
Mais , Eglé , le tems qui s'envole
A paffé trop rapidement.
L'excufe doit te paroître frivole ;
Abrégeons donc le compliment.
• Ecoute le récit d'un fait intéreffant ;
C'eft de tes agrémens l'époque curieuſe :
Ceci n'eft point hiftoire fabuleuse ,
Charmante Eglé , l'autre jour je l'appris,
De l'aimable fils de Cipris.
Morphée avec l'Amour eut de tout tems querellé
,
L'Amour le redoutoit plus que les autres Dieux ;
Le tranquille fommeil s'emparant d'une belle ,
Voiloit le charme de ſes yeux.
C'en étoit fait de ſa puiſſance i
24 MERCURE DE FRANCE.
Il ne faut qu'an regard d'une jeune beauté
Pour furprendre la liberté
D'un coeur qui veut en vain s'armer d'indiffé
rence.
Par un coup d'oeil l'inconftant arrêté ,
Ne fent plus le poids de fa chaîne ,
Et le plaifir qui le rameine
S'offre à lui fous les traits de la variété.
L'enfant aîlé quitte Cithere ;
Guidé par fon courroux , il voudroit de la terre
Bannir Morphée & fa trifte langueur :
Mais aux mortels il eſt trop néceffaire ,
Un teint fleuri lui doit ſa plus vive couleur ;
C'est lui qui des appas conferve la fraîcheur.
Que faire ? Amour , jaloux de foutenir ſa gloire ,
Imagine un moyen d'être enfin le vainqueur.
Les pavots deformais vont hâter la victoire ,
Et ferviront à dompter plus d'un coeur.
Pour triompher des ames les plus fieres ,
A la beauté , ce Dieu donna longues paupieres .
Une belle pour lors dans les bras du fommeil
Parut avoir de nouveaux charmes .
Ses attraits pour l'Amour font de nouvelles armes,
Et rendent plus touchant le moment du réveil.
L'aftre du jour à travers un feuillage ,
Fait briller fes rayons , mais leurs feux font plus
doux:
De deux beaux yeux il nous offre l'image :
Les paupieres font cet ombrage
Qui
JUILLET. 1755. 25
Qui rend certain le fuccès de leurs coups ,
Le regard s'attendrit & bleſſe davantage.
Depuis cette victoire , Amour n'a plus d'égal .
C'est ainsi que fon art triompha de Morphée ;
Il goûte le plaifir de foumettre un rival ,
Et fes pavots lui fervent de trophée.
Si de la fiction , permife dans les vers ,
Quelqu'un croît ici que j'abufe ;
Je puis convaincre l'univers ,
Eglé juſtifiera les tranfports de ma`muſe.
En la voyant , d'un Dieu l'on reffent tous les
traits.
Oui , belle Eglé , tes féduifans attraits ,
Jufques dans le fommeil confervent leur puiffance.
De fes douceurs jouis en affurance ,
L'Amour qui s'eft fixé pour jamais fous ta loi ,
Lorfque tu dors veille pour toi.
A ÉGLÉ ,
Par Mademoiselle Loifean.
C'Eft un peu tard acquitter ma parole ;
Mais , Eglé , le tems qui s'envole
A paffé trop rapidement.
L'excufe doit te paroître frivole ;
Abrégeons donc le compliment.
• Ecoute le récit d'un fait intéreffant ;
C'eft de tes agrémens l'époque curieuſe :
Ceci n'eft point hiftoire fabuleuse ,
Charmante Eglé , l'autre jour je l'appris,
De l'aimable fils de Cipris.
Morphée avec l'Amour eut de tout tems querellé
,
L'Amour le redoutoit plus que les autres Dieux ;
Le tranquille fommeil s'emparant d'une belle ,
Voiloit le charme de ſes yeux.
C'en étoit fait de ſa puiſſance i
24 MERCURE DE FRANCE.
Il ne faut qu'an regard d'une jeune beauté
Pour furprendre la liberté
D'un coeur qui veut en vain s'armer d'indiffé
rence.
Par un coup d'oeil l'inconftant arrêté ,
Ne fent plus le poids de fa chaîne ,
Et le plaifir qui le rameine
S'offre à lui fous les traits de la variété.
L'enfant aîlé quitte Cithere ;
Guidé par fon courroux , il voudroit de la terre
Bannir Morphée & fa trifte langueur :
Mais aux mortels il eſt trop néceffaire ,
Un teint fleuri lui doit ſa plus vive couleur ;
C'est lui qui des appas conferve la fraîcheur.
Que faire ? Amour , jaloux de foutenir ſa gloire ,
Imagine un moyen d'être enfin le vainqueur.
Les pavots deformais vont hâter la victoire ,
Et ferviront à dompter plus d'un coeur.
Pour triompher des ames les plus fieres ,
A la beauté , ce Dieu donna longues paupieres .
Une belle pour lors dans les bras du fommeil
Parut avoir de nouveaux charmes .
Ses attraits pour l'Amour font de nouvelles armes,
Et rendent plus touchant le moment du réveil.
L'aftre du jour à travers un feuillage ,
Fait briller fes rayons , mais leurs feux font plus
doux:
De deux beaux yeux il nous offre l'image :
Les paupieres font cet ombrage
Qui
JUILLET. 1755. 25
Qui rend certain le fuccès de leurs coups ,
Le regard s'attendrit & bleſſe davantage.
Depuis cette victoire , Amour n'a plus d'égal .
C'est ainsi que fon art triompha de Morphée ;
Il goûte le plaifir de foumettre un rival ,
Et fes pavots lui fervent de trophée.
Si de la fiction , permife dans les vers ,
Quelqu'un croît ici que j'abufe ;
Je puis convaincre l'univers ,
Eglé juſtifiera les tranfports de ma`muſe.
En la voyant , d'un Dieu l'on reffent tous les
traits.
Oui , belle Eglé , tes féduifans attraits ,
Jufques dans le fommeil confervent leur puiffance.
De fes douceurs jouis en affurance ,
L'Amour qui s'eft fixé pour jamais fous ta loi ,
Lorfque tu dors veille pour toi.
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Résumé : EPITRE A ÉGLÉ, Par Mademoiselle Loiseau.
Mademoiselle Loifean adresse une épître à Églé pour s'excuser de son retard. Elle relate une histoire mythologique où l'Amour et Morphée, le sommeil, sont rivaux. L'Amour craint que Morphée ne prenne le contrôle des belles en les endormant, affaiblissant ainsi son pouvoir. Pour contrer cela, l'Amour utilise les pavots afin que les beautés endormies soient encore plus attirantes au réveil, renforçant ainsi son emprise. Cette fiction est justifiée par la beauté d'Églé, qui conserve toute sa puissance même endormie. L'Amour veille constamment sur elle, même pendant son sommeil.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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79
p. 46-47
Epître à M. de Voltaire.
Début :
Je viens offrir au Temple de mémoire, [...]
Mots clefs :
Voltaire, Goût, Théâtre français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Epître à M. de Voltaire.
Epitre à M. de Voltaire.
E viens offrir au Temple de mémoire ,
Le doux parfum d'un pur encens ;
C'eſt dans les coeurs reconnoiffans ,
Voltaire , qu'à jamais on lira ton hiftoire ,
Pour moi , je dis ce que je fens .
Je dois à tes écrits le beau feu qui m’anime ;
Dans l'élégance de tes vers
J'adore le dieu de la rime
L'Apollon de cet univers.
•
Ta voix chanta les dieux , les héros & les belles ;
Le théâtre françois te doit fes plus beaux jours ,
Jamais les doctes foeurs ne te furent cruelles ,
Tes mains ont décoré le palais des amours.
Que de lauriers ont couronné ta tête !
Que de talens te font chérir !
Je vois déja dans l'avenir
Le jour marqué pour célébrer ta fête.
AOUST. 1755. 47
Pies d'Homere & Pindare au haut de l'Helicon ,
A côté de Virgile , & d'Ovide , & d'Horace ,
Le dieu du Goût retient ta place
Entre le grand Corneille & le divin Newton.
Pourfuis longtems , pourfuîs tes hautes deſtinées ;'
Les dieux te conduiront à l'âge de Neftor :
Ils te doivent autant d'années
Qu'il parut de beaux jours dans l'heureux fiecle
d'or.
Par M. Dalais de Valogne.
E viens offrir au Temple de mémoire ,
Le doux parfum d'un pur encens ;
C'eſt dans les coeurs reconnoiffans ,
Voltaire , qu'à jamais on lira ton hiftoire ,
Pour moi , je dis ce que je fens .
Je dois à tes écrits le beau feu qui m’anime ;
Dans l'élégance de tes vers
J'adore le dieu de la rime
L'Apollon de cet univers.
•
Ta voix chanta les dieux , les héros & les belles ;
Le théâtre françois te doit fes plus beaux jours ,
Jamais les doctes foeurs ne te furent cruelles ,
Tes mains ont décoré le palais des amours.
Que de lauriers ont couronné ta tête !
Que de talens te font chérir !
Je vois déja dans l'avenir
Le jour marqué pour célébrer ta fête.
AOUST. 1755. 47
Pies d'Homere & Pindare au haut de l'Helicon ,
A côté de Virgile , & d'Ovide , & d'Horace ,
Le dieu du Goût retient ta place
Entre le grand Corneille & le divin Newton.
Pourfuis longtems , pourfuîs tes hautes deſtinées ;'
Les dieux te conduiront à l'âge de Neftor :
Ils te doivent autant d'années
Qu'il parut de beaux jours dans l'heureux fiecle
d'or.
Par M. Dalais de Valogne.
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Résumé : Epître à M. de Voltaire.
L'épître rend hommage à Voltaire, célébrant son œuvre et son influence. L'auteur exprime sa gratitude pour les écrits de Voltaire, qui l'ont inspiré et animé. Il admire l'élégance des vers de Voltaire et le considère comme un maître de la rime, comparable à Apollon. Voltaire est loué pour avoir chanté les dieux, les héros et les belles, et pour avoir contribué aux beaux jours du théâtre français. Ses talents lui ont valu de nombreux lauriers et l'admiration des doctes cœurs. L'auteur prévoit un avenir où Voltaire sera célébré et voit sa place parmi les grands poètes et penseurs, tels Homère, Pindare, Virgile, Ovide, Horace, Corneille et Newton. Il souhaite à Voltaire une longue vie, comparable à celle de Nestor, et espère qu'il continuera à atteindre de grandes destinées. Le texte est daté d'août 1755 et signé par M. Dalais de Valogne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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80
p. 83-88
EPITRE DE M. DE V***. En arrivant dans sa Terre près du Lac de Geneve, en Mars 1755.
Début :
O Maison d'Aristippe ! ô jardins d'Epicure ! [...]
Mots clefs :
Lac de Genève, Liberté, Genève, Peuple, Champs, Monts
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE M. DE V***. En arrivant dans sa Terre près du Lac de Geneve, en Mars 1755.
EPITRE
DE M. DE V ***.
En arrivant dans fa Terre près du Lac de
Geneve , en Mars 1755 .
O
Maifon d'Ariftippe ! ô jardins d'Epicure !
Vous qui me préſentez dans vos enclos divers ,
Ce qui fouvent manque à mes vers ,
Le mérite de l'art foumis à la nature.
Empire de Pomone & de Flore fâ foeur ,
Recevez votre poffeffeur ?
Qu'il foit ainfi que vous folitaire & tranquille.
Je ne me vante point d'avoir en cet azile
*
Rencontré le parfait bonheur ;
Il n'eſt point retiré dans le fonds d'un bocage ;
Il eft encor moins chez les Rois ;
Il n'eft pas même chez le fage :
De cette courte vie il n'eft point le partage ;
Il faut y renoncer : mais on peut quelquefois
Embraffer au moins fon image.
Que tout plaît en ces lieux à mes fens étonnés !
D'un tranquile Océan ( a) l'eau pure & transparente
Baigne les bords fleuris de ces champs fortunés ;
D'innombrables côtaux ces champs font couronnés
;
(a) Le lac de Geneve.
D vi
84 MERCURE DE FRANCE.
Bacchus les embellit : leur infenfible pente
Vous conduit par dégrez à ces monts fourcilleux (6)
Qui preffent les Enfers , & qui fendent les Cieux.
Le voilà ce Théâtre & de neige & de gloire ,
Eternel boulevard qui n'a point garenti
Des Lombards le beau territoire .
Voilà ces monts affreux célébrés dans l'hiſtoire ,
Ces monts qu'ont traversé par un vol fi hardi
Les Charles , les Ottons , Catinat & Conti
Sur les aîles de la victoire.
Au bord de cette mer où s'égarent mes yeux ,
Kipaille je te vois ; O ! bizarre Amedée ! (c )
De quel caprice ambitieux
Ton ame eft elle poffédée ?
Duc ,hermite , & voluptueux ,.
Ah ! pourquoi t'échapper de la douce carriere
Comment as- tu quitté ces bords délicieux ,
Ta cellule & ton vin , ta maîtreffe & tes jeux
Four aller difputer la barque de Saint Pierre ?
Dieux facrés du repos je n'en ferois pas tant ,
Et malgré les deux clefs dont la vertu nous frappe,
Si j'étois ainfi pénitent
Je ne voudrois point être Pape.
Que le chantre flatteur du Tiran des Romains
L'auteur harmonieux des douces géorgiques ,
(b) Les Alpes.
3
(c ) Le premier Duc de Savoye , Amédée , Pape
on Anti-Papeſous le nom de Felix
A O UST . 85 1755
Ne vante plus ces Lacs & leurs bords magnifiques ,
Ces Lacs que la Nature a creufés de fes mains
Dans les Campagnes italiques.
Mon Lac eft le premier. C'eft fur fes bords heu
reux
Qu'habite des humains la Déeffe éternelle ,
L'ame des grands travaux , l'objet des nobles voeux ,
Que tout mortel embraffe , ou defire , ou rappelle ,
Qui vit dans tous les coeurs , & dont le nom facré
Dans les cours des Tirans eft tout bas adoré ,
La Liberté. J'ai vu cette Déeffe altiere ,
Avec égalité répandant tous les biens ,
Defcendre de Morat en habit de guerriere ,
Les mains teintes du fang des fiers Autrichiens ,
Et de Charles le téméraire.
Devant elle on portoit ces piques & ces dards ,
On traînoit ces canons ces échelles fatales
Qu'elle - même brifa , quand fes mains triomphales.
De Genêve en danger deffendoient les remparts.
Un Peuple entier la fuit . Sa naïve allégreffe
Fait à tout l'Apennin répéter fes clameurs ;
Leurs fronts font couronnés de ces fleurs que la
Grece:
Aux champs de Marathon prodiguoit aux vainqueurs,
C'eſt-là leur Diadême ; ils en font plus de compte.
Que d'un cercle à fleurons de Marquis & de Comte,
Et de larges Mortiers à grands bords abattus ,
$ 6 MERCURE DE FRANCE.
Et de ces Mitres d'or aux deux fommets pointus.
On ne voit point ici la grandeur infultante
Portant de l'épaule au côté
Un ruban que la vanité
A tiffu de fa main brillante :
Ni la fortune infolente
Repouffant avec fierté
La priere humble & tremblante
De la trifte pauvreté.
On ne mépriſe point les travaux néceffaires :
Les états font égaux , & les hommes font freres
Liberté liberté ! ton trône eft dans ces lieux.
Rome depuis Brutus ne t'a jamais revûe .
Chez vingt peuples polis à peine es- tu connue.
Le Sarmate à cheval t'embraffe avec fureur ;
Mais le bourgeois à pied rampant dans l'eſclavage,
Te regarde , foupire & meurt dans la douleur.
L'Anglois pour te garder fignala fon courage ;
Mais on prétend qu'à Londre on te vend quelquefois.
Non , je ne le crois point ; ce peuple fier & fage
Te paya de fon fang , & foutiendra tes droits.
Aux marais du Batave on dit que tu chanceles ;
Tu peux te raffurer : la race des Naffaux ,
Qui dreffa fept autels ( d) à tes loix immortelles ,
Maintiendra de fes mains fideles ,
Et tes honneurs & tes faifceaux.
(d) L'union des fept Provinces.
AOUST. 1755. 87
Venife te conferve , & Genes t'a repriſe.
Tout à côté du trône à Stockholm on t’a miſe ;
Un fibeau voisinage eft fouvent dangereux.
Préfide à tout état où la Loi t'autorife ,
Et reftes-y fi tu le peux.
Ne va plus fous le nom & de Ligue & de Fronde ,
Protectrice funefte , en nouveautés féconde ,
Troubler les jours brillans d'un Peuple de vainqueurs
Gouverné par les loix , plus encore par les moeurs :
Il chérit la grandeur fuprême .
Qu'a-t-il befoin de tes faveurs
Quand fon joug eft fi doux qu'on le prend pour
toi-même ?
Dans le vafte Orient ton fort n'eft pas fi beau.
Aux murs de Conftantin tremblante conſternée ,
Sous les pieds d'un Vifir tu languis enchaînée
Entre le fabre & le cordeau.
Chez tous les Lévantins tu perdis ton chapeau .
Que celui du grand Tell ( e) orne en ces lieux ta
tête.
Defcends dans mes foyers en tes beaux jours de fête;
Viens m'y faire un deftin nouveau.
Embellis ma retraite où l'amitié t'appelle :
Sur de fimples gazons viens t'affeoir avec elle :
Elle fuit comme toi les vanités des Cours ,
Les cabales du monde & fon regne frivole.
O mes Divinités vous êtes mon recours ,
(e) L'Auteur de la liberté Helvétique .
88 MERCURE DE FRANCE.
L'une éleve mon ame & l'autre la confole ,
Préfidez à mes derniers jours
DE M. DE V ***.
En arrivant dans fa Terre près du Lac de
Geneve , en Mars 1755 .
O
Maifon d'Ariftippe ! ô jardins d'Epicure !
Vous qui me préſentez dans vos enclos divers ,
Ce qui fouvent manque à mes vers ,
Le mérite de l'art foumis à la nature.
Empire de Pomone & de Flore fâ foeur ,
Recevez votre poffeffeur ?
Qu'il foit ainfi que vous folitaire & tranquille.
Je ne me vante point d'avoir en cet azile
*
Rencontré le parfait bonheur ;
Il n'eſt point retiré dans le fonds d'un bocage ;
Il eft encor moins chez les Rois ;
Il n'eft pas même chez le fage :
De cette courte vie il n'eft point le partage ;
Il faut y renoncer : mais on peut quelquefois
Embraffer au moins fon image.
Que tout plaît en ces lieux à mes fens étonnés !
D'un tranquile Océan ( a) l'eau pure & transparente
Baigne les bords fleuris de ces champs fortunés ;
D'innombrables côtaux ces champs font couronnés
;
(a) Le lac de Geneve.
D vi
84 MERCURE DE FRANCE.
Bacchus les embellit : leur infenfible pente
Vous conduit par dégrez à ces monts fourcilleux (6)
Qui preffent les Enfers , & qui fendent les Cieux.
Le voilà ce Théâtre & de neige & de gloire ,
Eternel boulevard qui n'a point garenti
Des Lombards le beau territoire .
Voilà ces monts affreux célébrés dans l'hiſtoire ,
Ces monts qu'ont traversé par un vol fi hardi
Les Charles , les Ottons , Catinat & Conti
Sur les aîles de la victoire.
Au bord de cette mer où s'égarent mes yeux ,
Kipaille je te vois ; O ! bizarre Amedée ! (c )
De quel caprice ambitieux
Ton ame eft elle poffédée ?
Duc ,hermite , & voluptueux ,.
Ah ! pourquoi t'échapper de la douce carriere
Comment as- tu quitté ces bords délicieux ,
Ta cellule & ton vin , ta maîtreffe & tes jeux
Four aller difputer la barque de Saint Pierre ?
Dieux facrés du repos je n'en ferois pas tant ,
Et malgré les deux clefs dont la vertu nous frappe,
Si j'étois ainfi pénitent
Je ne voudrois point être Pape.
Que le chantre flatteur du Tiran des Romains
L'auteur harmonieux des douces géorgiques ,
(b) Les Alpes.
3
(c ) Le premier Duc de Savoye , Amédée , Pape
on Anti-Papeſous le nom de Felix
A O UST . 85 1755
Ne vante plus ces Lacs & leurs bords magnifiques ,
Ces Lacs que la Nature a creufés de fes mains
Dans les Campagnes italiques.
Mon Lac eft le premier. C'eft fur fes bords heu
reux
Qu'habite des humains la Déeffe éternelle ,
L'ame des grands travaux , l'objet des nobles voeux ,
Que tout mortel embraffe , ou defire , ou rappelle ,
Qui vit dans tous les coeurs , & dont le nom facré
Dans les cours des Tirans eft tout bas adoré ,
La Liberté. J'ai vu cette Déeffe altiere ,
Avec égalité répandant tous les biens ,
Defcendre de Morat en habit de guerriere ,
Les mains teintes du fang des fiers Autrichiens ,
Et de Charles le téméraire.
Devant elle on portoit ces piques & ces dards ,
On traînoit ces canons ces échelles fatales
Qu'elle - même brifa , quand fes mains triomphales.
De Genêve en danger deffendoient les remparts.
Un Peuple entier la fuit . Sa naïve allégreffe
Fait à tout l'Apennin répéter fes clameurs ;
Leurs fronts font couronnés de ces fleurs que la
Grece:
Aux champs de Marathon prodiguoit aux vainqueurs,
C'eſt-là leur Diadême ; ils en font plus de compte.
Que d'un cercle à fleurons de Marquis & de Comte,
Et de larges Mortiers à grands bords abattus ,
$ 6 MERCURE DE FRANCE.
Et de ces Mitres d'or aux deux fommets pointus.
On ne voit point ici la grandeur infultante
Portant de l'épaule au côté
Un ruban que la vanité
A tiffu de fa main brillante :
Ni la fortune infolente
Repouffant avec fierté
La priere humble & tremblante
De la trifte pauvreté.
On ne mépriſe point les travaux néceffaires :
Les états font égaux , & les hommes font freres
Liberté liberté ! ton trône eft dans ces lieux.
Rome depuis Brutus ne t'a jamais revûe .
Chez vingt peuples polis à peine es- tu connue.
Le Sarmate à cheval t'embraffe avec fureur ;
Mais le bourgeois à pied rampant dans l'eſclavage,
Te regarde , foupire & meurt dans la douleur.
L'Anglois pour te garder fignala fon courage ;
Mais on prétend qu'à Londre on te vend quelquefois.
Non , je ne le crois point ; ce peuple fier & fage
Te paya de fon fang , & foutiendra tes droits.
Aux marais du Batave on dit que tu chanceles ;
Tu peux te raffurer : la race des Naffaux ,
Qui dreffa fept autels ( d) à tes loix immortelles ,
Maintiendra de fes mains fideles ,
Et tes honneurs & tes faifceaux.
(d) L'union des fept Provinces.
AOUST. 1755. 87
Venife te conferve , & Genes t'a repriſe.
Tout à côté du trône à Stockholm on t’a miſe ;
Un fibeau voisinage eft fouvent dangereux.
Préfide à tout état où la Loi t'autorife ,
Et reftes-y fi tu le peux.
Ne va plus fous le nom & de Ligue & de Fronde ,
Protectrice funefte , en nouveautés féconde ,
Troubler les jours brillans d'un Peuple de vainqueurs
Gouverné par les loix , plus encore par les moeurs :
Il chérit la grandeur fuprême .
Qu'a-t-il befoin de tes faveurs
Quand fon joug eft fi doux qu'on le prend pour
toi-même ?
Dans le vafte Orient ton fort n'eft pas fi beau.
Aux murs de Conftantin tremblante conſternée ,
Sous les pieds d'un Vifir tu languis enchaînée
Entre le fabre & le cordeau.
Chez tous les Lévantins tu perdis ton chapeau .
Que celui du grand Tell ( e) orne en ces lieux ta
tête.
Defcends dans mes foyers en tes beaux jours de fête;
Viens m'y faire un deftin nouveau.
Embellis ma retraite où l'amitié t'appelle :
Sur de fimples gazons viens t'affeoir avec elle :
Elle fuit comme toi les vanités des Cours ,
Les cabales du monde & fon regne frivole.
O mes Divinités vous êtes mon recours ,
(e) L'Auteur de la liberté Helvétique .
88 MERCURE DE FRANCE.
L'une éleve mon ame & l'autre la confole ,
Préfidez à mes derniers jours
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Résumé : EPITRE DE M. DE V***. En arrivant dans sa Terre près du Lac de Geneve, en Mars 1755.
L'épître de M. de V*** relate son arrivée près du lac de Genève en mars 1755. L'auteur exprime son admiration pour les jardins et la nature environnante, qu'il compare à un refuge tranquille. Bien qu'il n'y ait pas trouvé le bonheur parfait, il apprécie la beauté des lieux. Le lac de Genève est décrit comme un océan tranquille, entouré de coteaux et de montagnes majestueuses, telles que les Alpes, traversées par des figures historiques comme Charles, Otton, Catinat et Conti. L'auteur mentionne également le premier duc de Savoie, Amédée, qui devint pape sous le nom de Félix V. Il critique la soif de pouvoir d'Amédée, préférant la tranquillité et la liberté. Il affirme que la beauté du lac de Genève surpasse celle des lacs italiens. Il célèbre la Liberté, personnifiée comme une déesse, qui a défendu Genève et d'autres peuples contre l'oppression. La Liberté est décrite comme étant adorée en secret dans les cours des tyrans, mais méprisée par ceux qui sont esclaves de la pauvreté. L'auteur admire les peuples qui défendent la Liberté, tels que les Anglais, les Néerlandais et les Suisses. Il exprime son espoir que la Liberté soit préservée et respectée, même dans les lieux où elle est menacée. Il conclut en invoquant la Liberté et l'Amitié comme ses divinités protectrices, souhaitant qu'elles embellissent sa retraite et le consolent dans ses derniers jours.
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81
p. 37-41
EPITRE A Mr F *** Docteur en Médecine, & amateur de la Littérature, sur le choix des livres.
Début :
Toujours fondé sur votre complaisance, [...]
Mots clefs :
Docteur en médecine, Choix des livres, Littérature, Goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Mr F *** Docteur en Médecine, & amateur de la Littérature, sur le choix des livres.
EPITRE
A Mr F *** Docteur en Médecine , &
amateur de la Littérature , fur le choix
des livres.
Toujours fondé fur votre complaifance ,
Dont jufqu'ici j'ai fait l'expérience ,
Puis-je , Docteur , par ce nouveau placet ,
Frapper encore à votre cabinet ?
Temple des arts , facré dépofitaire
De la ſcience & du goût littéraire ,
J'y viens cueillir , ( vous me l'avez permis )
Le peu de fleurs dont j'orne mes écrits :
En vain croirois-je , allant à d'autres fources ,
Me procurer de meilleures reffources .
Par-tout ailleurs que trouve un curieux ?
Tout eft obfcène , ou tout eft ennuyeux.
Pour le prouver vous faut- il des exemples ?
J'ouvre à vos yeux deux ou trois de ces temples.
Voyez Damon , ce brillant Adonis ,
Damon vanté parmi nos Erudits ,
Qui joint , dit-on , aux traits de la figure
Ceux d'un génie orné par la culture :
J'entens par tout préconifer fon nom ,
Les belles font les hérauts de Damon :
On le defire ; il va dans les ruelles ,
Toujours porteur d'égayantes nouvelles ,
38 MERCURE DE FRANCE.
Faire briller fes graces , fon efprit ;
C'eſt un oracle : Eh ! d'où vient ? » c'eſt qu'il lit ;
» Me répond-on , il faut voir les volumes ,
» Tous fruits récens des plus fçavantes plumes ,
» Dont il s'est fait un riche magazin
» Rien de plus beau , c'eft de l'exquis , du fin.
Moi qu'on verroit voler juſqu'à la Mecque
Si j'y fçavois une bibliothéque .
Sur ce rapport qui flate mon eſpoir
Je cours chez lui , je m'empreffe à le voir.
Beau maroquin & brillantes dorures ,
Beau caractere , ô les charmans augures !
Oui , le dedans doit répondre au-dehors ,
J'ouvre... que vois - je ? .... & quels font ces tréfors
?
Al.... , les lettres portugaifes ,
D ... S *** & mille autres fadaifes :
Lubrique amas des plus honteux recucils ,
De la pudeur , redoutables écueils ,
Damon , tranquille au milieu d'eux , le joue ,
Et puife là ces beaux talens qu'on loue ,
Ses complimens , fes contes , fes bons mots.
Quel répertoire ! Amathonte , Paphos ,
Etes-vous donc l'école favorite ,
Où de nos jours s'acquiert le vrai mérite ?
Un laid Satyre , un Priape laſcif ,
Dignes objets d'un regard peu craintif,
Te font , Damon , admirer leurs grimaces ,
Et tu profcris les Muſes & les Graces ,
SEPTEMBRE. 1755. 39
Comme beautés indignes de ton foin.
Moi , je les cherche ....Adieu , voyons plus loin
Si plus heureux enfin je les découvre.
Ici , Docteur , un fecond temple s'ouvre
Eraſte habite en ces paifibles lieux ;
C'eft de Thémis un Prêtre ſtudieux ;
Que des neuf foeurs on croit auffi l'éleve ,
Si le palais , par quelque courte treve ,
Sufpend par fois fes travaux journaliers ,
Des lys qu'il quitte il va fous les lauriers ,
Près d'Apollon paffer de doux quarts-d'heure .
Je pourrai donc .... quel vain eſpoir me leurre !
Rongés des vers , mille auteurs découfus ,
Sont pêle- mêle en ces lieux étendus.
Que m'offrent-ils ? d'infipides matieres ,
C'eſt du barreau les antiques lumieres ,
Un froid Bertaud , un énorme Cujas.
O ciel ! où donc ai-je adreffé mes pas ?
Je pourfuivois Minerve en ces retraites ;
Qu'y rencontrai- je ? un hydre à mille têtes.
Des ais poudreux foutiennent fes noirs flancs ,
Et la chicane occupe tous les
rangs.
Ses louches yeux fatiguent ma paupiere ,
Elle mugit , je recule en arriere ,
Et curieux de plus rares tréſors ,
Je vais ailleurs tenter d'autres efforts.
La fcene encore , Docteur , change de face:
de grace .... Entrons ici , fuivez mes pas ,
40 MERCURE DE FRANCE.
Où vous conduis - je ? .... où vais - je ... Nons
voilà.
Précipités de Carybde en Scylla ,
Philinte y loge : hériffé philoſophe ,
Fort fur l'ergo , jugez de quelle étoffe
Sont les recueils qui tombent fous mes mains.
C'eft Epicure , & ſes atômes vains ;
C'eft Ariftote avec le fillogifme ,
Je prens la fuite à l'aſpect du ſophiſme ;
Et je crains trop , éleve de Clio ,
D'être écrasé fous un in-folio.
Epris d'amour pour la littérature ,
J'en viens chercher chez vous la fource
Ainfi l'abeille aux ftériles vallons ,
Ne rencontrant que ronces & chardons ,
Pour fon goût fin toutes plantes ameres ,
Prend fon effor vers ces rians pafterres.
Beaux lieux où Flore , étalant fes appas ,
Offre à fon choix des fucs plus délicats .
Ces belles fleurs que l'abeille cajole ,
De vos trésors , ami , font le ſymbole.
L'hiftorien avec le traducteur ;
Là le poëte , & plus loin l'orateur
Compofent tous , arrangés dans leur cafe
Un helicon dont le goût eft la bafe.
Y briguez-vous une place ayez foin
Que vos effais foient marqués à ce coin.
Nouveaux auteurs , dont la race pullule.
Plus des écrits le nombre s'accumule ;
V
pure.
SEPTEMBRE. 1755 45
Et plus auffi dans ce fatras fufpect ,
L'homme lettré fur le choix circonfpect ,
Pefe , compare , examine & difcerne
L'or ancien de ce clinquant moderne ,
Qui féduit l'oeil fans éclairer l'efprit ,
Et que la mode a mis feule en crédit .
Qu'à votre goút tous les goûts foient conformes ,
Bientôt , Docteur , que d'heureufes réformes !
Que de Romans à l'oubli condamnés !
Que d'avortons , que de nains détrônés !
Nains aujourd'hui qui vont fur les toilettes ,
Dans les bureaux , jufqu'aux faintes retraites ,
Effrontément étaler leur orgueil ,
Que favoriſe un général accueil.
Mais puiſqu'en vain à ce torrent rapide
La raiſon veut oppoſer fon Egide ,
Sans déformais chercher à l'affoiblir ,
Bornons nos foins à nous en garantir.
Par M. Li. de Limoges .
A Mr F *** Docteur en Médecine , &
amateur de la Littérature , fur le choix
des livres.
Toujours fondé fur votre complaifance ,
Dont jufqu'ici j'ai fait l'expérience ,
Puis-je , Docteur , par ce nouveau placet ,
Frapper encore à votre cabinet ?
Temple des arts , facré dépofitaire
De la ſcience & du goût littéraire ,
J'y viens cueillir , ( vous me l'avez permis )
Le peu de fleurs dont j'orne mes écrits :
En vain croirois-je , allant à d'autres fources ,
Me procurer de meilleures reffources .
Par-tout ailleurs que trouve un curieux ?
Tout eft obfcène , ou tout eft ennuyeux.
Pour le prouver vous faut- il des exemples ?
J'ouvre à vos yeux deux ou trois de ces temples.
Voyez Damon , ce brillant Adonis ,
Damon vanté parmi nos Erudits ,
Qui joint , dit-on , aux traits de la figure
Ceux d'un génie orné par la culture :
J'entens par tout préconifer fon nom ,
Les belles font les hérauts de Damon :
On le defire ; il va dans les ruelles ,
Toujours porteur d'égayantes nouvelles ,
38 MERCURE DE FRANCE.
Faire briller fes graces , fon efprit ;
C'eſt un oracle : Eh ! d'où vient ? » c'eſt qu'il lit ;
» Me répond-on , il faut voir les volumes ,
» Tous fruits récens des plus fçavantes plumes ,
» Dont il s'est fait un riche magazin
» Rien de plus beau , c'eft de l'exquis , du fin.
Moi qu'on verroit voler juſqu'à la Mecque
Si j'y fçavois une bibliothéque .
Sur ce rapport qui flate mon eſpoir
Je cours chez lui , je m'empreffe à le voir.
Beau maroquin & brillantes dorures ,
Beau caractere , ô les charmans augures !
Oui , le dedans doit répondre au-dehors ,
J'ouvre... que vois - je ? .... & quels font ces tréfors
?
Al.... , les lettres portugaifes ,
D ... S *** & mille autres fadaifes :
Lubrique amas des plus honteux recucils ,
De la pudeur , redoutables écueils ,
Damon , tranquille au milieu d'eux , le joue ,
Et puife là ces beaux talens qu'on loue ,
Ses complimens , fes contes , fes bons mots.
Quel répertoire ! Amathonte , Paphos ,
Etes-vous donc l'école favorite ,
Où de nos jours s'acquiert le vrai mérite ?
Un laid Satyre , un Priape laſcif ,
Dignes objets d'un regard peu craintif,
Te font , Damon , admirer leurs grimaces ,
Et tu profcris les Muſes & les Graces ,
SEPTEMBRE. 1755. 39
Comme beautés indignes de ton foin.
Moi , je les cherche ....Adieu , voyons plus loin
Si plus heureux enfin je les découvre.
Ici , Docteur , un fecond temple s'ouvre
Eraſte habite en ces paifibles lieux ;
C'eft de Thémis un Prêtre ſtudieux ;
Que des neuf foeurs on croit auffi l'éleve ,
Si le palais , par quelque courte treve ,
Sufpend par fois fes travaux journaliers ,
Des lys qu'il quitte il va fous les lauriers ,
Près d'Apollon paffer de doux quarts-d'heure .
Je pourrai donc .... quel vain eſpoir me leurre !
Rongés des vers , mille auteurs découfus ,
Sont pêle- mêle en ces lieux étendus.
Que m'offrent-ils ? d'infipides matieres ,
C'eſt du barreau les antiques lumieres ,
Un froid Bertaud , un énorme Cujas.
O ciel ! où donc ai-je adreffé mes pas ?
Je pourfuivois Minerve en ces retraites ;
Qu'y rencontrai- je ? un hydre à mille têtes.
Des ais poudreux foutiennent fes noirs flancs ,
Et la chicane occupe tous les
rangs.
Ses louches yeux fatiguent ma paupiere ,
Elle mugit , je recule en arriere ,
Et curieux de plus rares tréſors ,
Je vais ailleurs tenter d'autres efforts.
La fcene encore , Docteur , change de face:
de grace .... Entrons ici , fuivez mes pas ,
40 MERCURE DE FRANCE.
Où vous conduis - je ? .... où vais - je ... Nons
voilà.
Précipités de Carybde en Scylla ,
Philinte y loge : hériffé philoſophe ,
Fort fur l'ergo , jugez de quelle étoffe
Sont les recueils qui tombent fous mes mains.
C'eft Epicure , & ſes atômes vains ;
C'eft Ariftote avec le fillogifme ,
Je prens la fuite à l'aſpect du ſophiſme ;
Et je crains trop , éleve de Clio ,
D'être écrasé fous un in-folio.
Epris d'amour pour la littérature ,
J'en viens chercher chez vous la fource
Ainfi l'abeille aux ftériles vallons ,
Ne rencontrant que ronces & chardons ,
Pour fon goût fin toutes plantes ameres ,
Prend fon effor vers ces rians pafterres.
Beaux lieux où Flore , étalant fes appas ,
Offre à fon choix des fucs plus délicats .
Ces belles fleurs que l'abeille cajole ,
De vos trésors , ami , font le ſymbole.
L'hiftorien avec le traducteur ;
Là le poëte , & plus loin l'orateur
Compofent tous , arrangés dans leur cafe
Un helicon dont le goût eft la bafe.
Y briguez-vous une place ayez foin
Que vos effais foient marqués à ce coin.
Nouveaux auteurs , dont la race pullule.
Plus des écrits le nombre s'accumule ;
V
pure.
SEPTEMBRE. 1755 45
Et plus auffi dans ce fatras fufpect ,
L'homme lettré fur le choix circonfpect ,
Pefe , compare , examine & difcerne
L'or ancien de ce clinquant moderne ,
Qui féduit l'oeil fans éclairer l'efprit ,
Et que la mode a mis feule en crédit .
Qu'à votre goút tous les goûts foient conformes ,
Bientôt , Docteur , que d'heureufes réformes !
Que de Romans à l'oubli condamnés !
Que d'avortons , que de nains détrônés !
Nains aujourd'hui qui vont fur les toilettes ,
Dans les bureaux , jufqu'aux faintes retraites ,
Effrontément étaler leur orgueil ,
Que favoriſe un général accueil.
Mais puiſqu'en vain à ce torrent rapide
La raiſon veut oppoſer fon Egide ,
Sans déformais chercher à l'affoiblir ,
Bornons nos foins à nous en garantir.
Par M. Li. de Limoges .
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Résumé : EPITRE A Mr F *** Docteur en Médecine, & amateur de la Littérature, sur le choix des livres.
L'épître est adressée à un docteur en médecine et amateur de littérature, sollicitant son aide pour choisir des livres. L'auteur exprime sa gratitude pour la complaisance passée du docteur et justifie sa demande par la difficulté de trouver des œuvres de qualité. Il critique les bibliothèques de deux érudits, Damon et Eraste. Damon, bien que réputé, possède des ouvrages obscènes et de mauvaise qualité. Eraste, un juriste, a des livres anciens et ennuyeux. L'auteur rencontre également des philosophes comme Philinte, dont les recueils sont trop techniques. Il souligne l'importance de la sélection rigoureuse des livres, distinguant les œuvres de valeur des productions modernes et superficielles. L'auteur espère que le docteur l'aidera à trouver des œuvres littéraires de qualité, comparables aux fleurs délicates que l'abeille recherche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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82
p. 66-68
A M. Chevalier, premier Médecin de son Altesse royale Marie-Anne Princesse de Saxe, Electrice de Baviere. EPITRE
Début :
C'en est donc fait, tu pars, Médecin renommé, [...]
Mots clefs :
Marie-Anne de Saxe, Princesse, Chevalier, Médecin
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texteReconnaissance textuelle : A M. Chevalier, premier Médecin de son Altesse royale Marie-Anne Princesse de Saxe, Electrice de Baviere. EPITRE
A M. Chevalier , premier Médecin de fon
Alteffe royale Marie Anne Princeffe de
Saxe , Electrice de Baviere.
EPIT RE
C'En eft donc fait , tu pars , Médecin renommé
,
Toi , que ton feul génie & l'étude ont formé.
Célébre Chevalier , une augufte Princeffe ,
A qui le ciel fit part de ſa haute ſageffe ;
Eprife des talens qu'on voit briller en toi ,
Te ravit aux François , t'appelle près de ſoi .
SEPTEMBRE. 1755. 67
Cours , vole , va fervir cette Princeffe aimable ;
Pour toi fut-il jamais un fort plus defirable ?
Toute jeune qu'elle eft , dans la fleur de ſes ans ,
C'eſt la mere & l'appui des arts & des talens.
Les graces , la beauté font un autre appanage ,
Qu'avec elle en fa cour nulle autre ne partage.
Que de preffans motifs , ô docte Chevalier ,
Pour déployer ici ton fçavoir tout entier !
Mais que dis- je le ciel jaloux de fon ouvrage ,
Sans doute empêchera que le tems ne l'outrage ;
Confervera fes traits , fa fanté , fa fraîcheur.
J'en fais des voeux aux ciel pour elle dans mon
coeur :
Alors tu ne feras que fpectateur ftérile .
Heureux d'être à ce prix ferviteur inutile !
Le pauvre , j'en conviens
, loin de toi fouffrira
,
Et peut-être en fes maux fans fecours périra :
Mais fi la charité , eette vertu féconde ,
Ne fe borne ici - bas qu'aux limites du monde ,
Qu'importe , que ce foit für le pauvre François
Que tombent tes fecours , ou fur le Bavarois.
Le ciel t'ayant donné d'abord l'un pour partage ,
Par de brillans liens avec l'autre t'engage .
Ces peuples fi divers de langage & de lieu ,
* M.Chevalier eft dans l'ufage depuis vingt ans,
de fecourir chaque jour un très - grand nombre de
pauvres dans leur mifere , & de partager fa fortune
avec eux , en leur donnant par charité les remedes
convenables à leurs maux.
68 MERCURE DE FRANCE
Appartiennent tous deux également à Dieu.
Il récompenfera d'une égale couronne
Quiconque de bon coeur à l'un ou l'autre dong
Le Prince & la Princeſſe à qui tu vas donner
Tes talens & tes jours , loin de te condamner
Louront , enflammeront par leur exemple même
Ce penchant que tu tiens de la bonté fuprême.
Vole donc , & que rien n'arrête ici tes pas ,
Mais fouviens- toi de nous en quittant nos climats
Par M. Jouin , Bourgeois de Paris.
L'Auteur m'ayant écrit que la Cour de
Baviere fouhaitoit que cette épitre parut
dans mon recueil , j'ai regardé ce defir
comme un ordre refpectable , & je l'ai
inférée fans l'examiner.
Alteffe royale Marie Anne Princeffe de
Saxe , Electrice de Baviere.
EPIT RE
C'En eft donc fait , tu pars , Médecin renommé
,
Toi , que ton feul génie & l'étude ont formé.
Célébre Chevalier , une augufte Princeffe ,
A qui le ciel fit part de ſa haute ſageffe ;
Eprife des talens qu'on voit briller en toi ,
Te ravit aux François , t'appelle près de ſoi .
SEPTEMBRE. 1755. 67
Cours , vole , va fervir cette Princeffe aimable ;
Pour toi fut-il jamais un fort plus defirable ?
Toute jeune qu'elle eft , dans la fleur de ſes ans ,
C'eſt la mere & l'appui des arts & des talens.
Les graces , la beauté font un autre appanage ,
Qu'avec elle en fa cour nulle autre ne partage.
Que de preffans motifs , ô docte Chevalier ,
Pour déployer ici ton fçavoir tout entier !
Mais que dis- je le ciel jaloux de fon ouvrage ,
Sans doute empêchera que le tems ne l'outrage ;
Confervera fes traits , fa fanté , fa fraîcheur.
J'en fais des voeux aux ciel pour elle dans mon
coeur :
Alors tu ne feras que fpectateur ftérile .
Heureux d'être à ce prix ferviteur inutile !
Le pauvre , j'en conviens
, loin de toi fouffrira
,
Et peut-être en fes maux fans fecours périra :
Mais fi la charité , eette vertu féconde ,
Ne fe borne ici - bas qu'aux limites du monde ,
Qu'importe , que ce foit für le pauvre François
Que tombent tes fecours , ou fur le Bavarois.
Le ciel t'ayant donné d'abord l'un pour partage ,
Par de brillans liens avec l'autre t'engage .
Ces peuples fi divers de langage & de lieu ,
* M.Chevalier eft dans l'ufage depuis vingt ans,
de fecourir chaque jour un très - grand nombre de
pauvres dans leur mifere , & de partager fa fortune
avec eux , en leur donnant par charité les remedes
convenables à leurs maux.
68 MERCURE DE FRANCE
Appartiennent tous deux également à Dieu.
Il récompenfera d'une égale couronne
Quiconque de bon coeur à l'un ou l'autre dong
Le Prince & la Princeſſe à qui tu vas donner
Tes talens & tes jours , loin de te condamner
Louront , enflammeront par leur exemple même
Ce penchant que tu tiens de la bonté fuprême.
Vole donc , & que rien n'arrête ici tes pas ,
Mais fouviens- toi de nous en quittant nos climats
Par M. Jouin , Bourgeois de Paris.
L'Auteur m'ayant écrit que la Cour de
Baviere fouhaitoit que cette épitre parut
dans mon recueil , j'ai regardé ce defir
comme un ordre refpectable , & je l'ai
inférée fans l'examiner.
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Résumé : A M. Chevalier, premier Médecin de son Altesse royale Marie-Anne Princesse de Saxe, Electrice de Baviere. EPITRE
L'épître est adressée à M. Chevalier, premier médecin de la princesse Marie Anne de Saxe, Électrice de Bavière. Elle met en lumière les talents et le génie de M. Chevalier, convoqué par la princesse pour ses compétences médicales. La princesse est décrite comme jeune, gracieuse et belle, ainsi qu'une protectrice des arts et des talents. L'auteur souhaite que la santé de la princesse soit préservée et espère que M. Chevalier pourra pleinement utiliser ses connaissances. Il reconnaît également que M. Chevalier a aidé de nombreux pauvres pendant vingt ans en leur fournissant des remèdes. L'épître encourage M. Chevalier à partir pour la Bavière, tout en se souvenant de ceux qu'il laisse derrière lui. La cour de Bavière a demandé que cette épître soit publiée dans un recueil.
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83
p. 5-7
EPITRE Présentée à M. le Prince de Soubise, par le sieur Baratte, soldat au Régiment de Penthievre Infanterie.
Début :
PRINCE, dont la grandeur sur la vertu se fonde, [...]
Mots clefs :
Prince
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE Présentée à M. le Prince de Soubise, par le sieur Baratte, soldat au Régiment de Penthievre Infanterie.
EPITRE
Préfentée à M. le Prince de Soubife , par le
fieur Baratte , foldat au Régiment de Penthievre
Infanterie.
PRINCE, RINCE , dont la grandeur fur la vertu fe
fonde ,
Qui partage avec tant d'éclat
Pour être exact , il faudroit dire qui partages;
mais c'eft une licence permife à un poëtefoldat qui
verfifie militairement.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Les auguftes faveurs du plus grand Roi dumonde
:
Digne héros , pere du vrai foldat ,
Soubife , ta bonté m'anime & m'encourage.
J'ofe efperer que tes regards
Ne
dédaigneront pas l'hommage
D'un jeune nouriffon de Bellone & de Mars..
Je ne fuis pas une Mufe polie ,
Admife à la table des Dieux :
Et le Nectar & l'ambroifie
Sont des mets délicats inconnus à mes yeux ..
Je fuis une Mufe guerriere ,
Qui fe plait au milieu du tumulte & des cris ,
Et qui n'ofa jamais paroître à la lumiere ,
Crainte d'effuyer des mépris.
Ami fecret de Virgile & d'Horace ,
Avec eux je paffe mes jours ,
Sans prétendre arriver par de fâcheux détours
jufques au fommet du Parnaſſe.
Lorfque je fuis en faction
Sur la pointe triangulaire
D'un rédoutable baftion ,
Et mon fufil en bandoliere ,
Je me crois fur le double mont.
L'onde fale & marécageuſe ,
Qui remplit le foffé profond ,
Eft pour moi la fontaine heureuſe
Qui baigne le facré vallon.
Quand au Pégale qui me meine
OCTOBRE. 1755. 7.
Près de ce nouvel Hypocrene ,
Et fur ce Parnaſſe charmant :
C'eft un Caporal Allemand.
A tourner un fufil , briller à l'exercice ,
Marcher différens pas , tons au fon du tambour !
M'occuper la nuit & lejour
A bien m'acquitter da fervice ;
Préférer le bruit du canon
Aux fons harmonieux des enfans d'Apollon ,
L'odeur du foufré & du falpêtre
A celle des lauriers plantés fur l'Hélicon ;
Je l'avouerai , telle doit être
Ma plus chere occupation.
Ne crains donc pas qué d'un ftyle emphatique ;
Et le plus fouvent ennuyeux ,
J'aille d'un long panégyrique
Etourdir ton oreille ou fatiguer tes yeux.
Pour un Auteur le champ fans doute eft magnifique
;
Et je n'aurois qu'à répéter
Tout ce que dit la voix publique ;
Mais la raifon me force à m'arrêter.
L'honneur de parcourir cette noble carriere
Eft réservé pour de plus grands efprits ;
Je n'ofe paffer la barriere ,
Et crains de t'ennuyer par mes foibles écrits .
Cette entreprife eft digne de Voltaire .
Pour moi fans me charger d'un emploi fi hardi :
Te voir , t'admirer , & me taire ,
Voilà mon plus fage parti.
Préfentée à M. le Prince de Soubife , par le
fieur Baratte , foldat au Régiment de Penthievre
Infanterie.
PRINCE, RINCE , dont la grandeur fur la vertu fe
fonde ,
Qui partage avec tant d'éclat
Pour être exact , il faudroit dire qui partages;
mais c'eft une licence permife à un poëtefoldat qui
verfifie militairement.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Les auguftes faveurs du plus grand Roi dumonde
:
Digne héros , pere du vrai foldat ,
Soubife , ta bonté m'anime & m'encourage.
J'ofe efperer que tes regards
Ne
dédaigneront pas l'hommage
D'un jeune nouriffon de Bellone & de Mars..
Je ne fuis pas une Mufe polie ,
Admife à la table des Dieux :
Et le Nectar & l'ambroifie
Sont des mets délicats inconnus à mes yeux ..
Je fuis une Mufe guerriere ,
Qui fe plait au milieu du tumulte & des cris ,
Et qui n'ofa jamais paroître à la lumiere ,
Crainte d'effuyer des mépris.
Ami fecret de Virgile & d'Horace ,
Avec eux je paffe mes jours ,
Sans prétendre arriver par de fâcheux détours
jufques au fommet du Parnaſſe.
Lorfque je fuis en faction
Sur la pointe triangulaire
D'un rédoutable baftion ,
Et mon fufil en bandoliere ,
Je me crois fur le double mont.
L'onde fale & marécageuſe ,
Qui remplit le foffé profond ,
Eft pour moi la fontaine heureuſe
Qui baigne le facré vallon.
Quand au Pégale qui me meine
OCTOBRE. 1755. 7.
Près de ce nouvel Hypocrene ,
Et fur ce Parnaſſe charmant :
C'eft un Caporal Allemand.
A tourner un fufil , briller à l'exercice ,
Marcher différens pas , tons au fon du tambour !
M'occuper la nuit & lejour
A bien m'acquitter da fervice ;
Préférer le bruit du canon
Aux fons harmonieux des enfans d'Apollon ,
L'odeur du foufré & du falpêtre
A celle des lauriers plantés fur l'Hélicon ;
Je l'avouerai , telle doit être
Ma plus chere occupation.
Ne crains donc pas qué d'un ftyle emphatique ;
Et le plus fouvent ennuyeux ,
J'aille d'un long panégyrique
Etourdir ton oreille ou fatiguer tes yeux.
Pour un Auteur le champ fans doute eft magnifique
;
Et je n'aurois qu'à répéter
Tout ce que dit la voix publique ;
Mais la raifon me force à m'arrêter.
L'honneur de parcourir cette noble carriere
Eft réservé pour de plus grands efprits ;
Je n'ofe paffer la barriere ,
Et crains de t'ennuyer par mes foibles écrits .
Cette entreprife eft digne de Voltaire .
Pour moi fans me charger d'un emploi fi hardi :
Te voir , t'admirer , & me taire ,
Voilà mon plus fage parti.
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Résumé : EPITRE Présentée à M. le Prince de Soubise, par le sieur Baratte, soldat au Régiment de Penthievre Infanterie.
L'épître est adressée au Prince de Soubise par le sieur Baratte, soldat au Régiment de Penthièvre Infanterie. Baratte s'excuse pour les libertés poétiques prises et exprime son admiration pour le prince, qu'il considère comme un héros et un père des soldats. Il se décrit comme une muse guerrière, éloignée des muses classiques. Baratte avoue être un ami secret de Virgile et d'Horace, mais ne cherche pas à atteindre le sommet du Parnasse. Lors de ses factions, il trouve inspiration dans des éléments militaires plutôt que dans des sources poétiques classiques. Il préfère l'exercice militaire et le bruit du canon aux sons harmonieux des enfants d'Apollon. Baratte craint d'ennuyer le prince avec un style emphatique et ennuyeux et reconnaît que l'honneur de décrire la carrière du prince est réservé à des esprits plus grands, comme Voltaire. Il choisit donc de se taire et de simplement admirer le prince.
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84
p. 31-33
EPITRE A M. B. par M. M....
Début :
Ne nous étonnez point, ô ma chere Lesbie, [...]
Mots clefs :
Coeur, Image, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. B. par M. M....
EPITRE
A M. B. par M. M……..
E vous étonnez point , ê ma chere Leſbie ,
Si vous voir , vous aimer , vous confacrer ma vie ,
N'ont été pour moi qu'un moment.
J'adorois votre image avant de vous connoître ,
...Et l'étoile qui m'a vû naître
Me deſtinoit à vivre , à mourir votre amant.
Le coeur avant d'aimer , fe fait une chimere
Qu'il compofe des plus beaux traits.
Chacun , fuivant fon caractere ,
Lui donne des talens , des graces , des attraits.
Une Agnès , une Armide , héroïne , ou bergere ,
Voluptueuse & tendre , ou bien vive & légere ,
Elle est tout ce qu'on veut le coeur n'a qu'à
choifir ;
L'imagination peint d'après le defir.
Après avoir formé cette adorable image ,
B iv
32 MERCURE DE FRANCE.
Nouveau Pigmalion charmé de fon ouvrage ,
On demande à l'Amour qu'il la daigne animer.
Si quelque beauté lui reffemble ,
On s'arrête , on admire , on fe fent enflammer :
On fe flate qu'elle raſſemble
Tous les dons enchanteurs dont on s'eft peint
l'enſemble ;
De cette illufion frappé
On fe dit : la voilà , c'eſt elle.
Et puis à quelques traits on voit qu'on s'eft trompé
,
On change , on paroît infidele :
Mais non , du même objet toujours préoccupé
D'une image adorée on cherche le modele.
Dès qu'on le trouve on eft content ,
Le coeur le plus léger devient le plus conftant.
Je vous ai peint mon aventure ,
Leſbie , & c'eft ainſi que vous m'avez touché .
Mon coeur s'étoit fait la peinture
De tout ce que l'amour adoroit dans Pfiché.
Des graces la taille élégante
D'Hébé , l'éclat & la Fraîcheur ,
L'incarnat qui de Flore anime la blancheur ,
Du foûris de Venus , la volupté piquante ,
Le timide regard de la reine des bois.
Ajoutez à ces traits une touchante voix ,
Que rend plus douce encor cette bouche de roſe ,
Cette bouche où l'on voit mille amours voltiger ,
Comme le papillon léger
OCTOBRE. 1755 . 33
Sur une fleur à peine écloſe .
Animez ce tableau d'un efprit jufte & fûr ,
Brillant de l'éclat le plus pur ,
Auffi délicat que folide ,
Viffans étourderie , ingénieux fans fard ,
Que le beau feul émeut , que le vrai feul décide ,
Et dont le naturel eft au- deffus de l'art ,
Telle étoit ma chimere avant de vous connoître.
Amour la réalife , il s'eft fait un plaifir
D'aller en vous formant plus loin que mon defir ,
Et c'eft pour mon malheur peut- être.
A M. B. par M. M……..
E vous étonnez point , ê ma chere Leſbie ,
Si vous voir , vous aimer , vous confacrer ma vie ,
N'ont été pour moi qu'un moment.
J'adorois votre image avant de vous connoître ,
...Et l'étoile qui m'a vû naître
Me deſtinoit à vivre , à mourir votre amant.
Le coeur avant d'aimer , fe fait une chimere
Qu'il compofe des plus beaux traits.
Chacun , fuivant fon caractere ,
Lui donne des talens , des graces , des attraits.
Une Agnès , une Armide , héroïne , ou bergere ,
Voluptueuse & tendre , ou bien vive & légere ,
Elle est tout ce qu'on veut le coeur n'a qu'à
choifir ;
L'imagination peint d'après le defir.
Après avoir formé cette adorable image ,
B iv
32 MERCURE DE FRANCE.
Nouveau Pigmalion charmé de fon ouvrage ,
On demande à l'Amour qu'il la daigne animer.
Si quelque beauté lui reffemble ,
On s'arrête , on admire , on fe fent enflammer :
On fe flate qu'elle raſſemble
Tous les dons enchanteurs dont on s'eft peint
l'enſemble ;
De cette illufion frappé
On fe dit : la voilà , c'eſt elle.
Et puis à quelques traits on voit qu'on s'eft trompé
,
On change , on paroît infidele :
Mais non , du même objet toujours préoccupé
D'une image adorée on cherche le modele.
Dès qu'on le trouve on eft content ,
Le coeur le plus léger devient le plus conftant.
Je vous ai peint mon aventure ,
Leſbie , & c'eft ainſi que vous m'avez touché .
Mon coeur s'étoit fait la peinture
De tout ce que l'amour adoroit dans Pfiché.
Des graces la taille élégante
D'Hébé , l'éclat & la Fraîcheur ,
L'incarnat qui de Flore anime la blancheur ,
Du foûris de Venus , la volupté piquante ,
Le timide regard de la reine des bois.
Ajoutez à ces traits une touchante voix ,
Que rend plus douce encor cette bouche de roſe ,
Cette bouche où l'on voit mille amours voltiger ,
Comme le papillon léger
OCTOBRE. 1755 . 33
Sur une fleur à peine écloſe .
Animez ce tableau d'un efprit jufte & fûr ,
Brillant de l'éclat le plus pur ,
Auffi délicat que folide ,
Viffans étourderie , ingénieux fans fard ,
Que le beau feul émeut , que le vrai feul décide ,
Et dont le naturel eft au- deffus de l'art ,
Telle étoit ma chimere avant de vous connoître.
Amour la réalife , il s'eft fait un plaifir
D'aller en vous formant plus loin que mon defir ,
Et c'eft pour mon malheur peut- être.
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Résumé : EPITRE A M. B. par M. M....
L'épître est adressée à une femme nommée Lesbie par un homme identifié comme M. M. L'auteur explique que son amour pour Lesbie n'a pas été immédiat, mais qu'il l'adorait déjà avant de la connaître. Il décrit comment le cœur crée une image idéale de l'être aimé avant même de le rencontrer, personnalisée selon les désirs et les traits admirés. Cette image idéale est ensuite comparée aux personnes rencontrées, et l'amour se fixe sur celle qui s'en rapproche le plus. L'auteur raconte que son cœur avait formé une image parfaite inspirée par divers traits admirables : la grâce et l'élégance d'Hébé, la fraîcheur et l'éclat de Flore, la volupté de Vénus, le regard timide de la reine des bois, et une voix douce accompagnée d'une bouche rose. Cette chimère était complétée par un esprit juste, sûr, délicat et naturel. L'auteur révèle que Lesbie a incarné cette chimère, réalisant même au-delà de ses attentes, bien que cela puisse être source de malheur.
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85
p. 42-44
EPITRE DU MÊME A Madame la Comtesse de Fontaines, auteur d'un petit Roman intitulé : La Comtesse de Savoye, imprimé en 1722.
Début :
La Fayette & Segrais, couple sublime & tendre, [...]
Mots clefs :
Comtesse, Dieu, Auteur, Dame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE DU MÊME A Madame la Comtesse de Fontaines, auteur d'un petit Roman intitulé : La Comtesse de Savoye, imprimé en 1722.
EPITRE DU MÊME
A Madame la Comteffe de Fontaines , auteur
d'un petit Roman intitulé : La Comteffe
de Savoye , imprimé en 1722 .
LA Fayette & Segrais , couple fublime & tendre
,
Le modele avant vous de nos galans écrits ,
Des champs éliziens fur les aîles des ris
Vinrent l'autre jour dans Paris.
D'où ne viendroit- on point , Sapho , pour vous
entendre ?
A vos genoux tous deux humiliés ,
Tous deux vaincus , & pourtant pleins de joie
OCTOBRE. 1755. 43
Ils mirent leur Zaide aux pieds
De la Comteffe de Savoye.
Ils avoient bien raiſon , quel Dieu , charmant
auteur ,
Quel Dieu vous a donné ce langage enchanteur ?
La force , la délicateffe ,
La fimplicité , la nobleſſe
Que Fenelon feul avoit joint ;
Ce naturel charmant dont l'art n'approche point ;
Sapho , qui ne croiroit que l'amour vous infpire a
Mais vous vous contentez de vanter fon empire.
Vous nous peignez Mendoce en feu ,
Et la vertueufe foibleſſe
De fa chancélante maîtreffe ,
Qui lui fait en fuyant un fi charmant aveu .
Ah! pouvez-vous donner ces leçons de tendreffe ,
Vous qui les pratiquez fi peu ?
C'eft ainfi que Marot fur fa lyre incrédule ,
Du Dieu qu'il méconnut , prouva la fainteté.
Vous avez pour l'amour auffi peu de fcrupule ,
Vous ne le ſervez point , & vous l'avez chanté.
Adieu , malgré mes épilogues ,
Puiffiez-vous pourtant tous les ans
Me lire deux ou trois romans ,
Et taxer quatre fynagogues.
La Dame à qui cette épitre eft adreffée ,
fe nommoit Marie - Louife - Charlotte de
Pelard de Givri , fille du Marquis de Gi44
MERCURE DE FRANCE
vri ,
Commandant de Metz , qui avoit
favorifé
l'établffement des Juifs dans cette
ville , ceux-ci lui firent par
reconnoiffance
une penfion confidérable , qui paſſa aux .
enfans , & dont jouiffent encore aujour- ,
d'hui fes petits enfans . L'un Chevalier de
Malte ; l'autre , veuve du Marquis de Fontanges
, Dame d'honneur de la Princeffe
de Conti . Cette Dame étoit alors veuve.
de Meflire Nicolas de Fontaines , Chevalier
, Seigneur d'Wniri , la Neuville - aux-
Bois , & Veron ,
Maréchal des camps &
armées du Roi , & ancien Mestre de camp
de Cavalerie , homme de la premiere dif
tinction . Elle eft morte le huit Septembre
1730 , âgée de foixante - dix ans . Elle a enrichi
la
République des Lettres de quelques
petits ouvrages ingénieux , en cachant
avec foin qu'elle en fût l'auteur.
A Madame la Comteffe de Fontaines , auteur
d'un petit Roman intitulé : La Comteffe
de Savoye , imprimé en 1722 .
LA Fayette & Segrais , couple fublime & tendre
,
Le modele avant vous de nos galans écrits ,
Des champs éliziens fur les aîles des ris
Vinrent l'autre jour dans Paris.
D'où ne viendroit- on point , Sapho , pour vous
entendre ?
A vos genoux tous deux humiliés ,
Tous deux vaincus , & pourtant pleins de joie
OCTOBRE. 1755. 43
Ils mirent leur Zaide aux pieds
De la Comteffe de Savoye.
Ils avoient bien raiſon , quel Dieu , charmant
auteur ,
Quel Dieu vous a donné ce langage enchanteur ?
La force , la délicateffe ,
La fimplicité , la nobleſſe
Que Fenelon feul avoit joint ;
Ce naturel charmant dont l'art n'approche point ;
Sapho , qui ne croiroit que l'amour vous infpire a
Mais vous vous contentez de vanter fon empire.
Vous nous peignez Mendoce en feu ,
Et la vertueufe foibleſſe
De fa chancélante maîtreffe ,
Qui lui fait en fuyant un fi charmant aveu .
Ah! pouvez-vous donner ces leçons de tendreffe ,
Vous qui les pratiquez fi peu ?
C'eft ainfi que Marot fur fa lyre incrédule ,
Du Dieu qu'il méconnut , prouva la fainteté.
Vous avez pour l'amour auffi peu de fcrupule ,
Vous ne le ſervez point , & vous l'avez chanté.
Adieu , malgré mes épilogues ,
Puiffiez-vous pourtant tous les ans
Me lire deux ou trois romans ,
Et taxer quatre fynagogues.
La Dame à qui cette épitre eft adreffée ,
fe nommoit Marie - Louife - Charlotte de
Pelard de Givri , fille du Marquis de Gi44
MERCURE DE FRANCE
vri ,
Commandant de Metz , qui avoit
favorifé
l'établffement des Juifs dans cette
ville , ceux-ci lui firent par
reconnoiffance
une penfion confidérable , qui paſſa aux .
enfans , & dont jouiffent encore aujour- ,
d'hui fes petits enfans . L'un Chevalier de
Malte ; l'autre , veuve du Marquis de Fontanges
, Dame d'honneur de la Princeffe
de Conti . Cette Dame étoit alors veuve.
de Meflire Nicolas de Fontaines , Chevalier
, Seigneur d'Wniri , la Neuville - aux-
Bois , & Veron ,
Maréchal des camps &
armées du Roi , & ancien Mestre de camp
de Cavalerie , homme de la premiere dif
tinction . Elle eft morte le huit Septembre
1730 , âgée de foixante - dix ans . Elle a enrichi
la
République des Lettres de quelques
petits ouvrages ingénieux , en cachant
avec foin qu'elle en fût l'auteur.
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Résumé : EPITRE DU MÊME A Madame la Comtesse de Fontaines, auteur d'un petit Roman intitulé : La Comtesse de Savoye, imprimé en 1722.
L'épître est adressée à Madame la Comtesse de Fontaines, auteure du roman 'La Comtesse de Savoye' publié en 1722. L'auteur de l'épître loue le couple Lafayette et Segrais et compare les qualités littéraires de la Comtesse de Fontaines à celles de Fénelon, soulignant sa force, sa délicatesse, sa simplicité et sa noblesse. Il admire également son naturel et son talent pour décrire l'amour et la tendresse. La Comtesse de Fontaines, de son nom complet Marie-Louise-Charlotte de Pelard de Givri, était la fille du Marquis de Givri, commandant de Metz, qui avait favorisé l'établissement des Juifs dans cette ville. En reconnaissance, les Juifs lui avaient octroyé une pension considérable, transmise à ses enfants. L'un de ses fils était Chevalier de Malte, et l'autre était le veuf du Marquis de Fontanges, Dame d'honneur de la Princesse de Conti. La Comtesse était veuve de Monsieur Nicolas de Fontaines, Chevalier et Seigneur de plusieurs domaines, Maréchal des camps et armées du Roi, et ancien Mestre de camp de Cavalerie. Elle est décédée le 8 septembre 1730 à l'âge de soixante-dix ans. Elle a enrichi la République des Lettres de plusieurs petits ouvrages ingénieux, tout en restant anonyme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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86
p. 54-57
EPITRE A M. L'Evêque de ..... qui avoit engagé l'auteur qu'il protégeoit à passer six mois dans la pension de .... pour se former à l'Ecriture. / FABLE. Le lierre avec le coudrier
Début :
PAR votre ordre, illustre Prélat, [...]
Mots clefs :
Évêque, Boisson, Pension, Chêne, Lierre
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. L'Evêque de ..... qui avoit engagé l'auteur qu'il protégeoit à passer six mois dans la pension de .... pour se former à l'Ecriture. / FABLE. Le lierre avec le coudrier
EPITRE
A M. l'Evêque de..... qui avoit engagé
l'auteur qu'il protégeoit à paffer fix mois
dans la penfion de .
l'Ecriture.
.... pour se former à
PAR votre ordre , illuftre Prélat ,
Changeant d'exercice & d'Etat ,
Dans une folitude affreufe ,
Plus rigide qu'une Chartreuse ,
J'ai par anticipation ,
Pour mériter votre protection ,
Paffé dans le jeûne & la peine
Beaucoup plus rude quarantaine ,
Que celle que l'Eglife impofe tous les ans
Pour purifier fes enfans.
Des Peres du défert l'antique pénitence ,
De Citeaux l'étroite obfervance
N'ont fur nos jeunes accablans
Que la préférence du tems .
Notre boiffon n'eft qu'une eau pure ,
A laquelle on joint par figure ,
Quelque peu de vin frélaté ,
En fi petite quantité
Qu'à la Trape le folitaire
Sans fcrupule en feroit fa boiffon ordinaire.
OCTOBRE. 1755. 55
Le potage qui fait les trois quarts du repas ,
N'eft fouvent ni maigre ni gras ,
Et pour dire ce que j'en penfe ,
L'on peut en tout tems fans offenfe ,
Réſerver pour le vendredi
La foupe qu'on fert le jeudi .
Encor fi l'on paffoit , exempt de toute affaire ,
Le matin à dormir , le foir à ne rien faire .
Pour furcroit de mifere il faut le jour entier ,
Sans ceffe griffonner , barbouiller du papier.
Des maux qu'en ces lieux on endure ,
Ce n'est là , Monfeigneur , qu'une foible peinture
.
Devenu par raifon philofophe à quinze ans ,
Pour paffer une heure de tems ,
J'allois dans la forêt prochaine ,
A l'ombre d'un hêtre , ou d'un chêne ,
Cenfurer , Moliere à la main ,
Les travers de l'eſprit humain.
Illuftre Prince de l'Eglife ,
C'est là qu'un jour avec furpriſe ,
Fait rimeur , fans fçavoir comment ,
Je fis l'apologue fuivant.
FABLE .
LE lierre avec le condrier
Vivoient enſemble à l'ombre d'un grand chêne.
Depuis long- tems , le premier fur l'arene
Triftement ferpentoit , tandis que le dernier
Haut de dix pieds au plus , d'un air fat , pédantefque.
Cent fois par jour à fon voifin
Vantoit fa hauteur gigantefque.
Ton fort , lui difoit- il , ami , me paroît doux.
Tu peus , plus fortuné que nous
Le nez colé contre la terre ,
Braver & les vents furieux ,
Et le rédoutable tonnerre
Que lance le maître des Dieux.
Sans craindre les revers de la profpérité ,
Dans une heureuſe obſcurité
Tu paffes doucement la vie.
Ton état me fait preſque envie ;
Et pour t'ouvrir en voifin familier ,
Ici mon ame toute entiere ,
Si je n'étois pas coudrier ,
Je voudrois au moins être lierre,
Peu fenfible à ce compliment ,
Le pauvre arbuste cependant
Jufques au pied du chêne arrive en fe traînant .
D'un air refpectueux l'aborde , & le falue
OCTOBRE.
$ 7
1755 .
Fait fon compliment en deux mots ,
Puis grimpant le long de fon dos ,
Va bientôt avec lui fe cacher dans la nue.
Pour acquerir de l'honneur & des biens ,
De les talens une humble défiance ,
D'un Mécene puiffant l'efficace affiftance ,
Furent toujours d'infaillibles moyens.
H. C. A Senlis.
A M. l'Evêque de..... qui avoit engagé
l'auteur qu'il protégeoit à paffer fix mois
dans la penfion de .
l'Ecriture.
.... pour se former à
PAR votre ordre , illuftre Prélat ,
Changeant d'exercice & d'Etat ,
Dans une folitude affreufe ,
Plus rigide qu'une Chartreuse ,
J'ai par anticipation ,
Pour mériter votre protection ,
Paffé dans le jeûne & la peine
Beaucoup plus rude quarantaine ,
Que celle que l'Eglife impofe tous les ans
Pour purifier fes enfans.
Des Peres du défert l'antique pénitence ,
De Citeaux l'étroite obfervance
N'ont fur nos jeunes accablans
Que la préférence du tems .
Notre boiffon n'eft qu'une eau pure ,
A laquelle on joint par figure ,
Quelque peu de vin frélaté ,
En fi petite quantité
Qu'à la Trape le folitaire
Sans fcrupule en feroit fa boiffon ordinaire.
OCTOBRE. 1755. 55
Le potage qui fait les trois quarts du repas ,
N'eft fouvent ni maigre ni gras ,
Et pour dire ce que j'en penfe ,
L'on peut en tout tems fans offenfe ,
Réſerver pour le vendredi
La foupe qu'on fert le jeudi .
Encor fi l'on paffoit , exempt de toute affaire ,
Le matin à dormir , le foir à ne rien faire .
Pour furcroit de mifere il faut le jour entier ,
Sans ceffe griffonner , barbouiller du papier.
Des maux qu'en ces lieux on endure ,
Ce n'est là , Monfeigneur , qu'une foible peinture
.
Devenu par raifon philofophe à quinze ans ,
Pour paffer une heure de tems ,
J'allois dans la forêt prochaine ,
A l'ombre d'un hêtre , ou d'un chêne ,
Cenfurer , Moliere à la main ,
Les travers de l'eſprit humain.
Illuftre Prince de l'Eglife ,
C'est là qu'un jour avec furpriſe ,
Fait rimeur , fans fçavoir comment ,
Je fis l'apologue fuivant.
FABLE .
LE lierre avec le condrier
Vivoient enſemble à l'ombre d'un grand chêne.
Depuis long- tems , le premier fur l'arene
Triftement ferpentoit , tandis que le dernier
Haut de dix pieds au plus , d'un air fat , pédantefque.
Cent fois par jour à fon voifin
Vantoit fa hauteur gigantefque.
Ton fort , lui difoit- il , ami , me paroît doux.
Tu peus , plus fortuné que nous
Le nez colé contre la terre ,
Braver & les vents furieux ,
Et le rédoutable tonnerre
Que lance le maître des Dieux.
Sans craindre les revers de la profpérité ,
Dans une heureuſe obſcurité
Tu paffes doucement la vie.
Ton état me fait preſque envie ;
Et pour t'ouvrir en voifin familier ,
Ici mon ame toute entiere ,
Si je n'étois pas coudrier ,
Je voudrois au moins être lierre,
Peu fenfible à ce compliment ,
Le pauvre arbuste cependant
Jufques au pied du chêne arrive en fe traînant .
D'un air refpectueux l'aborde , & le falue
OCTOBRE.
$ 7
1755 .
Fait fon compliment en deux mots ,
Puis grimpant le long de fon dos ,
Va bientôt avec lui fe cacher dans la nue.
Pour acquerir de l'honneur & des biens ,
De les talens une humble défiance ,
D'un Mécene puiffant l'efficace affiftance ,
Furent toujours d'infaillibles moyens.
H. C. A Senlis.
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Résumé : EPITRE A M. L'Evêque de ..... qui avoit engagé l'auteur qu'il protégeoit à passer six mois dans la pension de .... pour se former à l'Ecriture. / FABLE. Le lierre avec le coudrier
L'auteur décrit un séjour de six mois dans une pension pour se former à l'écriture, à la demande de l'évêque qui le protégeait. Cette période fut marquée par une solitude austère, plus rigoureuse que celle d'une chartreuse, avec des jeûnes et des pénitences sévères. La nourriture était frugale : une boisson d'eau et de vin frelaté, et un potage ni maigre ni gras. La journée était entièrement dédiée à l'écriture, sans temps libre. À quinze ans, l'auteur se retirait dans la forêt pour lire Molière et réfléchir sur les travers humains. Il y composa une fable sur le lierre et le chêne, illustrant la modestie et la prudence nécessaires pour acquérir honneur et biens. La fable contraste l'arrogance du chêne avec l'humilité du lierre.
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87
p. 195-198
COMEDIE FRANÇOISE. / EPITRE. A Mademoiselle Clairon, par M. Marmontel.
Début :
Nous commencerons cet article par l'éloge de Mlle Clairon. Quelque / Enfin te voilà parvenue [...]
Mots clefs :
Génie, Succès, Comédie-Française, Mademoiselle Clairon
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE. / EPITRE. A Mademoiselle Clairon, par M. Marmontel.
COMEDIE FRANÇOISE.
Ous commencerons cet article
par
Nl'éloge de Mille Clairon. Quelque
grand qu'il foit , il nous paroît jufte.
E PITRE
A Mademoiselle Clairon , par M. Marmontel.
ENfin Nfin te voilà parvenue
A ce haur point de vérité ,
Où l'art , dans fa fublimité ,
N'eft que la peinture ingénue
De la nature toute nue ,
Belle de fa feule beauté.
Que fous tes traits elle eft touchante !
Le coeur à fes charmes livré ,
Dans l'illufion qui l'enchante ,
Entraîne l'efprit enivré .
Sois Phedre , Camille , Ariane ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Alzire , Agripine , ou Roxane ;
Tu n'as rien de la fiction .
De l'éloquente paffion
Ta bouche eſt le fidele organe ,
Et ton gefte en eſt l'action.
Ce n'est point d'un art fymétrique
La fervile affectation ;
Du trouble & de l'émotion
C'eſt le langage pathétique :
C'est ce génie imitateur
Qui pénetre , faifit , embraſſe
Le plan du génie invent eur ,
L'égale , fouvent le furpaffe ,
Et fait placer l'actrice à côté de l'auteur .
Des Corneilles & des Racines ,
On croit voir les ames divines ,
Comme dans leurs écrits , refpirer dans ton coeur.
Du haut des cieux ils t'applaudiffent :
A la table des dieux tu fais leur entretien ;
Et de leur triomphe & du tien ,
Les céleftes lambris chaque jour retentiffent .
>> Dans mes vers , dit Corneille , elle a tour anobli :
» La veuve de Pompée etf çoit Cléopatre ;
>> Clairon lui rend fon luftre , & venge fon oubli.
» Dans mes vers , dit Racine , elle a tout embelli :
» Quand Phedre , fous fes traits , languit fur un
théatre ,
Moi-même interdit & confus ,
NOVEMBRE. 1755.. 197
Je me reproche les refus
Dont le fier Hippolyte accable fa marâtre .
Quand Eriphile , avec fes pleurs ,
Peint fa flâme jaloufe & fes vives douleurs ,
Surpris que mon héros ne l'ait pas confolée ,
Je m'intéreffe à fes malheurs ,
Et j'accufe Calcas de l'avoir im uolée.
Tandis qu'à ces récits tout l'Olympe eſt charmé,
Ici bas le rival d'Homere & de Corneille ,
Au bruit de tes fuccès , qui frappent fon oreille ,
Sent d'un feu créateur fon génie enflâné :
Tul'infpires toi feule ; il croit voir ( 1 ) ton image;
Et pour te rendre un digne hommage ,
Son pinceau rajeuni fait éclore Idamé.
De ce Titon nouvelle Aurore ,
Pour fa gloire & pour tes fuccès ,
Puiffe-t- il ne mourir jamais ,
Et rajeunir cent fois encore !
Ton talent déformais en regle eft érigé.
De la ſcene à ton gré réforme les uſages :
Ton exemple fait loi . Tous les rangs , tous les
âges ,
Et le nouveau caprice , & le vieux préjugé ,
Et Paris , & la cour , & le peuple , & les fages ,
De ton parti tout eſt rangé.
Le chemin qui conduit au temple de mémoire ,
(1 ) En compofant fon role , ( écrit l'auteur à un
de fes amis ) je la voyois fans ceffe au bout de mø
table.
1
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Ce chemin fi pénible , eft applani pour toi.
Le ciel en ta faveur femble changer la loi
Qui vend cher aux talens une tardive gloire.
Le Jeu li 9 Octobre , la Comédie Françoiſe
qui a été cette année à Fontainebleau ,
le feul fpectacle de la Cour , y repréſenta
l'Orphelin de la Chine . Mlle Clairon juftifia
l'éloge qu'on vient de lire dans le rôle d'Idamé
, qu'elle joua avec le même fuccès
qu'à la ville. Elle n'a pas été ici moins fupérieure
pendant l'abfcence dans ceux de
Phedre & de Roxane.
Ous commencerons cet article
par
Nl'éloge de Mille Clairon. Quelque
grand qu'il foit , il nous paroît jufte.
E PITRE
A Mademoiselle Clairon , par M. Marmontel.
ENfin Nfin te voilà parvenue
A ce haur point de vérité ,
Où l'art , dans fa fublimité ,
N'eft que la peinture ingénue
De la nature toute nue ,
Belle de fa feule beauté.
Que fous tes traits elle eft touchante !
Le coeur à fes charmes livré ,
Dans l'illufion qui l'enchante ,
Entraîne l'efprit enivré .
Sois Phedre , Camille , Ariane ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Alzire , Agripine , ou Roxane ;
Tu n'as rien de la fiction .
De l'éloquente paffion
Ta bouche eſt le fidele organe ,
Et ton gefte en eſt l'action.
Ce n'est point d'un art fymétrique
La fervile affectation ;
Du trouble & de l'émotion
C'eſt le langage pathétique :
C'est ce génie imitateur
Qui pénetre , faifit , embraſſe
Le plan du génie invent eur ,
L'égale , fouvent le furpaffe ,
Et fait placer l'actrice à côté de l'auteur .
Des Corneilles & des Racines ,
On croit voir les ames divines ,
Comme dans leurs écrits , refpirer dans ton coeur.
Du haut des cieux ils t'applaudiffent :
A la table des dieux tu fais leur entretien ;
Et de leur triomphe & du tien ,
Les céleftes lambris chaque jour retentiffent .
>> Dans mes vers , dit Corneille , elle a tour anobli :
» La veuve de Pompée etf çoit Cléopatre ;
>> Clairon lui rend fon luftre , & venge fon oubli.
» Dans mes vers , dit Racine , elle a tout embelli :
» Quand Phedre , fous fes traits , languit fur un
théatre ,
Moi-même interdit & confus ,
NOVEMBRE. 1755.. 197
Je me reproche les refus
Dont le fier Hippolyte accable fa marâtre .
Quand Eriphile , avec fes pleurs ,
Peint fa flâme jaloufe & fes vives douleurs ,
Surpris que mon héros ne l'ait pas confolée ,
Je m'intéreffe à fes malheurs ,
Et j'accufe Calcas de l'avoir im uolée.
Tandis qu'à ces récits tout l'Olympe eſt charmé,
Ici bas le rival d'Homere & de Corneille ,
Au bruit de tes fuccès , qui frappent fon oreille ,
Sent d'un feu créateur fon génie enflâné :
Tul'infpires toi feule ; il croit voir ( 1 ) ton image;
Et pour te rendre un digne hommage ,
Son pinceau rajeuni fait éclore Idamé.
De ce Titon nouvelle Aurore ,
Pour fa gloire & pour tes fuccès ,
Puiffe-t- il ne mourir jamais ,
Et rajeunir cent fois encore !
Ton talent déformais en regle eft érigé.
De la ſcene à ton gré réforme les uſages :
Ton exemple fait loi . Tous les rangs , tous les
âges ,
Et le nouveau caprice , & le vieux préjugé ,
Et Paris , & la cour , & le peuple , & les fages ,
De ton parti tout eſt rangé.
Le chemin qui conduit au temple de mémoire ,
(1 ) En compofant fon role , ( écrit l'auteur à un
de fes amis ) je la voyois fans ceffe au bout de mø
table.
1
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Ce chemin fi pénible , eft applani pour toi.
Le ciel en ta faveur femble changer la loi
Qui vend cher aux talens une tardive gloire.
Le Jeu li 9 Octobre , la Comédie Françoiſe
qui a été cette année à Fontainebleau ,
le feul fpectacle de la Cour , y repréſenta
l'Orphelin de la Chine . Mlle Clairon juftifia
l'éloge qu'on vient de lire dans le rôle d'Idamé
, qu'elle joua avec le même fuccès
qu'à la ville. Elle n'a pas été ici moins fupérieure
pendant l'abfcence dans ceux de
Phedre & de Roxane.
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE. / EPITRE. A Mademoiselle Clairon, par M. Marmontel.
Marmontel rend hommage à Mademoiselle Clairon, une actrice française exceptionnelle. Il met en lumière sa maîtrise de la comédie, soulignant sa capacité à incarner divers personnages tels que Phèdre, Camille, Ariane, Alzire, Agripine ou Roxane avec une vérité sublime. Son jeu est décrit comme naturel et émotif, reflétant authentiquement les passions des personnages. Marmontel compare Clairon à des auteurs célèbres comme Corneille et Racine, affirmant que son interprétation donne vie à leurs œuvres. Son talent inspire même les poètes, qui la voient comme une muse capable de raviver leur génie créateur. Les succès de Clairon ont réformé les usages de la scène et sont admirés de Paris à la cour. Le texte se conclut par la représentation de l'Orphelin de la Chine à Fontainebleau, où Clairon a joué le rôle d'Idamé avec succès, confirmant ainsi les éloges précédents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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88
p. 5-6
EPITRE A M. DE VOLTAIRE, En lui envoyant un Poëme sur la Grace
Début :
Toi, qui fais de yeux d'Emilie [...]
Mots clefs :
Voltaire, Grâce
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. DE VOLTAIRE, En lui envoyant un Poëme sur la Grace
EPITRE
A M. DE VOLTAIRE ,
En lui envoyant un Poëme fur la Graco
ToiOi , qui fais des yeux d'Emilie
Paffer dans tes écrits les feux & la douceur ;
Toi , l'Apollon de la patrie ,
Du gout & du talent , jufte appréciateur :
I. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Voltaire , en le lifant , fais grace à cet ouvrage
Fruit de quelques momens dérobés à Themis .
Refpectant mon fujet , j'y parle le langage ,
Non d'un Docteur fubtil , mais d'un Chrétien fou
mis.
De la Grace en mes vers fcrutateur téméraire ,
Suivant de la raiſon le faux jour qui nous luit ,
De ce redoutable Myſtere
Oferois- je percer la nuit
Loin d'avoir cette vaine audace ,
Sur le voile mystérieux
Dont l'Eternel voulut envelopper la grace,
Je ne porterai pas mes regards curieux.
Mais au maître des vers nobles , harmonieux ,
Au rival de Milton , de Virgile & d'Homcre ,
Préfenter un poëme , & tenter de lui plaire ,
Eft- ce être moins audacieux ?
Toutefois fi je dis le motif qui m'infpire ,
Tu cefferas d'être furpris.
Richelieu l'a voulu , ce mot doit te fuffire.
Eh ! qui fçait mieux que toi combien il a d'empire
Sur les coeurs & fur les efprits !
C'eſt un pouvoir fecret que toi feul peux décrire
Chacun le retrouve en ce lieu
Tel que ta Mufe le renomme .
On l'adore ici comme un Dieu ,
Parce qu'il y vit comme un homme.
Par M. Clofier , de Montpellier.
A M. DE VOLTAIRE ,
En lui envoyant un Poëme fur la Graco
ToiOi , qui fais des yeux d'Emilie
Paffer dans tes écrits les feux & la douceur ;
Toi , l'Apollon de la patrie ,
Du gout & du talent , jufte appréciateur :
I. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Voltaire , en le lifant , fais grace à cet ouvrage
Fruit de quelques momens dérobés à Themis .
Refpectant mon fujet , j'y parle le langage ,
Non d'un Docteur fubtil , mais d'un Chrétien fou
mis.
De la Grace en mes vers fcrutateur téméraire ,
Suivant de la raiſon le faux jour qui nous luit ,
De ce redoutable Myſtere
Oferois- je percer la nuit
Loin d'avoir cette vaine audace ,
Sur le voile mystérieux
Dont l'Eternel voulut envelopper la grace,
Je ne porterai pas mes regards curieux.
Mais au maître des vers nobles , harmonieux ,
Au rival de Milton , de Virgile & d'Homcre ,
Préfenter un poëme , & tenter de lui plaire ,
Eft- ce être moins audacieux ?
Toutefois fi je dis le motif qui m'infpire ,
Tu cefferas d'être furpris.
Richelieu l'a voulu , ce mot doit te fuffire.
Eh ! qui fçait mieux que toi combien il a d'empire
Sur les coeurs & fur les efprits !
C'eſt un pouvoir fecret que toi feul peux décrire
Chacun le retrouve en ce lieu
Tel que ta Mufe le renomme .
On l'adore ici comme un Dieu ,
Parce qu'il y vit comme un homme.
Par M. Clofier , de Montpellier.
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Résumé : EPITRE A M. DE VOLTAIRE, En lui envoyant un Poëme sur la Grace
L'épître est adressée à Voltaire et contient un poème sur Gracchus. L'auteur exprime son admiration pour Voltaire, le comparant à Apollon et le reconnaissant comme un juge du goût et du talent. Il présente son œuvre comme le fruit de moments volés à ses occupations juridiques. L'auteur se décrit comme un chrétien sincère, sans prétention de percer les mystères de la grâce divine. Il se montre humble face à Voltaire, qu'il considère comme un maître des vers nobles et harmonieux, rival de Milton, Virgile et Homère. L'audace de l'auteur s'explique par la volonté de Richelieu, dont le pouvoir sur les cœurs et les esprits est incontestable. Richelieu est adoré en ce lieu car il y vit comme un homme. L'épître est signée par M. Clofier, de Montpellier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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89
p. 32-33
EPITRE A Eglé.
Début :
J etois si fort brouillé sur le sacré vallon [...]
Mots clefs :
Coeur, Charmante, Églé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Eglé.
EPITRE
A Egle.
Etois fi fort brouillé fur le facré vallon
Depuis fix mois que je n'ai vu les muſes ,
Qu'il m'a fallu fervir de mille rufes
Pour avoir un moment l'oreille d'Apollon.
Rimer fans fon aveu , c'eſt une trifte affaire ;
On ne peut rien fans fon appui :
Il faut abſolument , ou bien vivre avec lui ,
Ou bien confentir à fe taire.
Or , qu'à préſent tout eft en paix ,
Et
que du maître du Parnaffe
J'ai ratrappé la bonne grace ,
Dis-moi , charmante Eglé , ne penfes-tu jamais
A celui qui pour toi du Phlegeton terrible
Iroit paffer les flots brûlans ;
Et ne reflent d'autres tourmens
Que celui de te voir un coeur fi peu fenfible ?
DECEMBRE. 1755. 33
Toujours dans les plaifirs nouveaux ,
Toujours dans les fêtes nouvelles ,
Toujours au nombre des plus belles ,
Dieu fçait fi l'on nous fait bon nombre de rivaux !
Ah ! du moins qu'entre nous la loi fût générale ,
Que tu fuffes pour tous égale ;
Et fi tu m'es toute d'airain >
Pour tous également fevere ,
Ne montre pas un front ferein
A ceux qui , comme moi , s'empreffent de te plai
re.
Ce n'eft pas qu'aujourd'hui mon efprit agité
Par cette étrange frénéfie
Que j'entends nommer jalousie
Voulût à tes appas défendre la clarté,
Ce feroit trop borner les droits de ton empire
D'ailleurs , mon goût fera toujours flatté
De voir que le public admire
Les attraits qui m'ont enchanté .
Mais je crains qu'un rival à tes yeux trop aima
ble ,
Ne me raviffe un bien que je voudrois pour moi
Charmante Eglé , l'on eft bien excufable
Dans ce cas de fonger à foi.
Je fçais que fi ton coeur étoit pour le plus tendre
Je pourrois me flatter de l'obtenir un jour.
Mais quand on n'a que fon amour ,
Hélas ! à quoi peut- on s'attendre ?
Le Baron de Poin ... Tauz ... 1
A Egle.
Etois fi fort brouillé fur le facré vallon
Depuis fix mois que je n'ai vu les muſes ,
Qu'il m'a fallu fervir de mille rufes
Pour avoir un moment l'oreille d'Apollon.
Rimer fans fon aveu , c'eſt une trifte affaire ;
On ne peut rien fans fon appui :
Il faut abſolument , ou bien vivre avec lui ,
Ou bien confentir à fe taire.
Or , qu'à préſent tout eft en paix ,
Et
que du maître du Parnaffe
J'ai ratrappé la bonne grace ,
Dis-moi , charmante Eglé , ne penfes-tu jamais
A celui qui pour toi du Phlegeton terrible
Iroit paffer les flots brûlans ;
Et ne reflent d'autres tourmens
Que celui de te voir un coeur fi peu fenfible ?
DECEMBRE. 1755. 33
Toujours dans les plaifirs nouveaux ,
Toujours dans les fêtes nouvelles ,
Toujours au nombre des plus belles ,
Dieu fçait fi l'on nous fait bon nombre de rivaux !
Ah ! du moins qu'entre nous la loi fût générale ,
Que tu fuffes pour tous égale ;
Et fi tu m'es toute d'airain >
Pour tous également fevere ,
Ne montre pas un front ferein
A ceux qui , comme moi , s'empreffent de te plai
re.
Ce n'eft pas qu'aujourd'hui mon efprit agité
Par cette étrange frénéfie
Que j'entends nommer jalousie
Voulût à tes appas défendre la clarté,
Ce feroit trop borner les droits de ton empire
D'ailleurs , mon goût fera toujours flatté
De voir que le public admire
Les attraits qui m'ont enchanté .
Mais je crains qu'un rival à tes yeux trop aima
ble ,
Ne me raviffe un bien que je voudrois pour moi
Charmante Eglé , l'on eft bien excufable
Dans ce cas de fonger à foi.
Je fçais que fi ton coeur étoit pour le plus tendre
Je pourrois me flatter de l'obtenir un jour.
Mais quand on n'a que fon amour ,
Hélas ! à quoi peut- on s'attendre ?
Le Baron de Poin ... Tauz ... 1
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Résumé : EPITRE A Eglé.
L'épître, adressée à Eglé, commence par une plainte sur la difficulté de composer sans l'inspiration des Muses et l'appui d'Apollon. L'auteur exprime son soulagement d'avoir retrouvé la faveur du maître du Parnasse. Il interroge Eglé sur ses pensées envers celui qui traverserait les flammes du Phlégéton pour elle et s'il est le seul à souffrir d'un cœur insensible. L'auteur se réjouit des plaisirs et des fêtes, mais déplore la présence de rivaux. Il souhaite que la loi soit générale et qu'Eglé soit égale pour tous, bien qu'il reconnaisse être agité par la jalousie. Il admire que le public apprécie les attraits d'Eglé, mais craint qu'un rival trop aimable ne lui ravisse son affection. L'auteur se déclare excusable de songer à se venger dans ce cas. Il avoue que s'il avait la certitude du cœur tendre d'Eglé, il pourrait espérer l'obtenir un jour. Cependant, il se demande à quoi il peut s'attendre lorsqu'il n'a que son amour. L'épître est signée par le Baron de Poin... Tauz...
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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90
p. 249-250
EPITRE de M. de Voltaire à M. des Mabys, aux Délices, 24 Juillet.
Début :
Vous ne comptez pas trente hyvers : [...]
Mots clefs :
Voltaire, M. des Mabys, Épître, Port-Mahon, Victoire, Mémoire, Exploits
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE de M. de Voltaire à M. des Mabys, aux Délices, 24 Juillet.
EPITRE de M. de Voltaire à M. des Mabys
, aux Delices , 24 Juillet.
1
Vous ne comptez pas trente hyvers :
Les graces font votre partage ;
Elles ont dicté vos beaux vers ;
Mais je ne fçais par quel travers
Vous vous proposez d'être fage.
C'eſt un mal qui prend à mon âge ,
Quand le reffort des paffions ,
Quand de l'amour la main divine ,
Quand les belles tentations
Ne foutiennent plus la machine.
Trop tôt vous vous défefpérez ;
Croyez- moi , la raiſon févere
Qui trompe vos fens égarés ,
N'eſt qu'une attaque paffagere.
Vous êtes jeune & fait pour plaire,
Soyez fûr que vous guérirez :
Je vous en dirois d'avantage
Contre ce mal de la raifon
Que je hais d'un fi bon courage ;
Mais je médite un gros Ouvrage
Pour le Vainqueur de Port-Mahon.
Je veux peindre à ma Nation
Ce jour d'éternelle mémoire.
Je dirai , moi , qui fçais l'histoire ,
Qu'un géant nommé Gérion
Fut pris autrefois par Alcide
250 MERCURE DE FRANCE.
Dans la même Iſle , au même lieu ,
Où notre brillant Richelieu
A vaincu l'Anglois intrépide
Je dirai qu'ainfi que Paphos
Minorque à Vénus fut foumife :
Vous voyez bien que mon Héros
Avoit double droit à ſa priſe.
Je fuis Prophète quelquefois.
J'ai prédit fes heureux exploits ,
Malgré l'envie & la critique ;
Et l'on prétend que je lui dois
Encor une Ode pindarique.
Mais les Odes ont peu d'appas
Pour les Guerriers & pour moi- mêmé ;
Et je conviens qu'il ne faut pas
Ennuyer les Héros qu'on aime .
, aux Delices , 24 Juillet.
1
Vous ne comptez pas trente hyvers :
Les graces font votre partage ;
Elles ont dicté vos beaux vers ;
Mais je ne fçais par quel travers
Vous vous proposez d'être fage.
C'eſt un mal qui prend à mon âge ,
Quand le reffort des paffions ,
Quand de l'amour la main divine ,
Quand les belles tentations
Ne foutiennent plus la machine.
Trop tôt vous vous défefpérez ;
Croyez- moi , la raiſon févere
Qui trompe vos fens égarés ,
N'eſt qu'une attaque paffagere.
Vous êtes jeune & fait pour plaire,
Soyez fûr que vous guérirez :
Je vous en dirois d'avantage
Contre ce mal de la raifon
Que je hais d'un fi bon courage ;
Mais je médite un gros Ouvrage
Pour le Vainqueur de Port-Mahon.
Je veux peindre à ma Nation
Ce jour d'éternelle mémoire.
Je dirai , moi , qui fçais l'histoire ,
Qu'un géant nommé Gérion
Fut pris autrefois par Alcide
250 MERCURE DE FRANCE.
Dans la même Iſle , au même lieu ,
Où notre brillant Richelieu
A vaincu l'Anglois intrépide
Je dirai qu'ainfi que Paphos
Minorque à Vénus fut foumife :
Vous voyez bien que mon Héros
Avoit double droit à ſa priſe.
Je fuis Prophète quelquefois.
J'ai prédit fes heureux exploits ,
Malgré l'envie & la critique ;
Et l'on prétend que je lui dois
Encor une Ode pindarique.
Mais les Odes ont peu d'appas
Pour les Guerriers & pour moi- mêmé ;
Et je conviens qu'il ne faut pas
Ennuyer les Héros qu'on aime .
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Résumé : EPITRE de M. de Voltaire à M. des Mabys, aux Délices, 24 Juillet.
Dans une épître datée du 24 juillet, Voltaire s'adresse à M. des Mabys pour discuter de la jeunesse et de la sagesse. Il conseille à ce jeune homme de ne pas rejeter trop tôt les plaisirs de la jeunesse, bien que la raison puisse sembler sévère, il la considère comme une phase passagère. Voltaire mentionne son projet d'écrire un ouvrage sur le vainqueur de Port-Mahon, qu'il compare au duc de Richelieu, le décrivant comme Hercule capturant Gérion. Il prédit les futurs exploits de Richelieu et évoque une ode pindarique qu'il lui doit encore. Cependant, il reconnaît que les odes peuvent être ennuyeuses, tant pour les guerriers que pour lui-même.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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91
p. 234-236
A M. KEYSER, EPITRE.
Début :
A mes voeux, à mes pleurs, tu rends enfin Sylvie : [...]
Mots clefs :
Art, Morts, Succès, Humanité, Keyser
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texteReconnaissance textuelle : A M. KEYSER, EPITRE.
A M. KEYSER ,
EPITRE.
mes voeux, à mes pleurs , tu rends enfin Sylvie:
Sçavant Keyfer ; enfin ton art vainqueur ,
Et de la mort , & de l'envie ,
SEPTEMBRE . 1757 . 235
Rétablit à jamais l'amoureufe harmonie
Des appas qui charment mon coeur .
Le calme par tes foins fuccede à la douleur.
Dans le fein de la mort , ton art porte la vie ,
Et déja tes travaux ont éclairé Perreur.
En vain tes ennemis qui te fervent peut - être ,
Combattent tes fuccès dont ils font envieux.
Mépriſe des méchans les complots ténébreux :
En confervant nos jours fais- leur toujours connoître
Que les brillants lauriers que les talens font naître
Sont immortels comme eux.
Qu'un nouveau jour s'éleve au ſein de ma patrie ,
Que le plaifir y renaiffe à ta voix !
Et vous , qui de Cypris fuivez les tendres loix ,
Que la crainte du blâme ou l'amour de la vie ,
Ne trouble plus le cours de vos galans exploits !
De ce mal effrayant , & qui fut incurable,
Des vices des humains monument douloureux ,
Keyſer vient arrêter le torrent furieux :
Il éteint dans nos flancs fon venin redoutable.
O mere des plaifirs ! Vénus , reine des coeurs ,
La honte , les remords & l'horrible fouffrance ,
Ne fuivront plus vos aimables ardeurs.
Comme aux jours fortunés de l'antique innocence,
Nous pourrons goûter tes faveurs.
Et toi , Keyſer , pourfuis ta brillante carriere :
Souviens-toi qu'un Héros , que la raiſon éclaire *,
M. le Duc de Biron.
236 MERCURE DE FRANCE .
Daigne y guider tes pas.
Pour impoſer filence aux cris de l'impofture ,
Que ne t'eft- il permis de nommer aux François
Tous ceux qui , par tes foins , rendus à la nature
Doivent le jour à tes fuccès !
De ces heureux humains le catalogue immenſe ,
Ajouteroit encore à ta célébrité.
Pourquoi faut- il que le filence
Soit le fceau de ta probité !
Mais n'importe , que rien n'altere ton courage ;
Sers ton pays , fais plus , fers la Divinité ,
En confervant en nous fon plus parfait ouvrage.
Bientôt de tes jaloux l'infructueuſe rage
S'éteindra comme un feu par la terre enfanté :
Va : qui fçait , comme toi , fervir l'humanité ,
Eft certain , tôt ou tard , d'en obtenir l'hommage.
EPITRE.
mes voeux, à mes pleurs , tu rends enfin Sylvie:
Sçavant Keyfer ; enfin ton art vainqueur ,
Et de la mort , & de l'envie ,
SEPTEMBRE . 1757 . 235
Rétablit à jamais l'amoureufe harmonie
Des appas qui charment mon coeur .
Le calme par tes foins fuccede à la douleur.
Dans le fein de la mort , ton art porte la vie ,
Et déja tes travaux ont éclairé Perreur.
En vain tes ennemis qui te fervent peut - être ,
Combattent tes fuccès dont ils font envieux.
Mépriſe des méchans les complots ténébreux :
En confervant nos jours fais- leur toujours connoître
Que les brillants lauriers que les talens font naître
Sont immortels comme eux.
Qu'un nouveau jour s'éleve au ſein de ma patrie ,
Que le plaifir y renaiffe à ta voix !
Et vous , qui de Cypris fuivez les tendres loix ,
Que la crainte du blâme ou l'amour de la vie ,
Ne trouble plus le cours de vos galans exploits !
De ce mal effrayant , & qui fut incurable,
Des vices des humains monument douloureux ,
Keyſer vient arrêter le torrent furieux :
Il éteint dans nos flancs fon venin redoutable.
O mere des plaifirs ! Vénus , reine des coeurs ,
La honte , les remords & l'horrible fouffrance ,
Ne fuivront plus vos aimables ardeurs.
Comme aux jours fortunés de l'antique innocence,
Nous pourrons goûter tes faveurs.
Et toi , Keyſer , pourfuis ta brillante carriere :
Souviens-toi qu'un Héros , que la raiſon éclaire *,
M. le Duc de Biron.
236 MERCURE DE FRANCE .
Daigne y guider tes pas.
Pour impoſer filence aux cris de l'impofture ,
Que ne t'eft- il permis de nommer aux François
Tous ceux qui , par tes foins , rendus à la nature
Doivent le jour à tes fuccès !
De ces heureux humains le catalogue immenſe ,
Ajouteroit encore à ta célébrité.
Pourquoi faut- il que le filence
Soit le fceau de ta probité !
Mais n'importe , que rien n'altere ton courage ;
Sers ton pays , fais plus , fers la Divinité ,
En confervant en nous fon plus parfait ouvrage.
Bientôt de tes jaloux l'infructueuſe rage
S'éteindra comme un feu par la terre enfanté :
Va : qui fçait , comme toi , fervir l'humanité ,
Eft certain , tôt ou tard , d'en obtenir l'hommage.
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Résumé : A M. KEYSER, EPITRE.
En septembre 1757, l'auteur adresse une épître à M. Keyser pour exprimer sa gratitude. Keyser est loué pour son art qui triomphe de la mort et de l'envie, et pour ses succès médicaux qui apportent la vie et éclairent l'erreur, malgré les complots de ses ennemis. L'auteur célèbre les talents immortels de Keyser et souhaite que ses travaux continuent de bénéficier à la patrie. Keyser est également salué pour avoir arrêté un mal incurable, permettant de goûter aux plaisirs de l'amour sans honte ni remords. L'épître se conclut par un appel à Keyser pour qu'il poursuive sa brillante carrière, guidé par la raison, et qu'il serve l'humanité, certain d'obtenir un jour son hommage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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92
p. 7-13
ÉPITRE AU MERCURE.
Début :
Toi qui du monde studieux [...]
Mots clefs :
Messager, Logogriphes, Chansons, Art dramatique, Louis, Mercure de France, Crébillon, Pensions
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texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE AU MERCURE.
ÉPITRE AU MERCURE.
Toror qui du monde ſtudieux
Seize fois dans un an parcours l'immenfe eſpace,
Ardent Meffager du Parnalle ,
Et rival quant au nom , du Mellager des Dieux :
On dit qu'allez longtemps votre emploi fat le
même ;
Que fouvent , l'un & l'autre avec art travestis ,
Votre foin journalier , votre devoir ſuprême
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Fut de porter à quelque Iſis ,
En dépit des Argus , plus d'un galant emblême.
Des Logogryphes , des Chansons ,
Jadis , de nos François captivoient les fuffrages.
Le Mercure Galant , fi j'en crois mes foupçons ,
Eût alors dédaigné de plus graves meſſages .
Ces temps ont difparu : tout change avec les
moeurs.
Le Mercure de France , au brillant joint l'utile.
Son moderne appanage eft un enclos fertile
Où les fruits s'uniffent aux fleurs.
Là , comme auparavant , Beliſe peut encore
Cueillir les doux préſens de Flore :
Là , figurent , en même temps ,
VERTUMNE CERES & POMONE :
Là , chacun à fon gré moiffonne
Les dons paffagers du Printemps ,
Et les fruits durables d'Automne.
Je vois l'Agriculteur , ce Philofophe heureux ,
Guidé par tes leçons dans fes travaux ruſtiques :
Je vois nos Citadins , raiſonneurs haſardeux ,
Réformer , d'après toi , leurs calculs chimériques:
Je vois l'Emule de Strabon ,
Celui d'Archimède & d'Euclide ,
Ceux d'Hipocrate & de Newton ,
Grace à ta courfe uniforme & rapide ,
JANVIER . 1763 . 9
Donner & recevoir mainte docte leçon.
Plus loin la jeune Eglé pour qui tant de ſcience
N'eſt rien , avec raifon , auprès d'un Madrigal ,
Détourne cent feuillets pour chercher une ftance,
Et fourit , en lifant certain Conte moral :
Route fleurie , où trop d'orgueil peut- être ,
Même, après Marmontel , m'a déja fait paroître : *
Ah , puiſſé- je , du moins , y marcher ſon égal !
Ce n'est pas tout je vois encore
Et Polymnie & Terpficore ,
>
Se foumettre à ton Tribunal .
Ces jeux où Dangeville , Eléve de Thalie,
Emprunte les accens , fon fouris , fon regard ,
Où Clairon , du Tragique épuifant l'énergie
Atteint , fans nul éffort , les bornes de fon art :
Cet autre art plus fublime où triomphe Voltaire ,
Où Saintfoix , où Piron brillent chacun à part :
L'art dramatique enfin , pour nous fi néceſſaire ;
Tous ces talens , du Sage accueillis , révérés ,
'Dont le but en tous lieux eft d'inftruire & de
plaire ,
Trouvent dans ton recueil leurs faftes confacrés.
La Corne d'Amalthée , l'Anneau de Gygès , Lindor
Délie , trois Contes inférés dans les précédens Mercures
, font de l'Auteur de cette Epitre , de même que les
Quiproquo , Nouvelle inférée en partie dans ce premier
Volume,
A v
10 MERCURE DE FRANCE .
Que dirai - je de plus ? C'eft ton heureux domaine
Qui fert de récompenfe à ces Mortels vantés ,
Dont le crayon fublime ou l'éloquente veine
Plus d'une fois à nos yeux enchantés
Fit triompher Clio , Thalie & Melpomène.
Aux foutiens des beaux Arts , trop longtems ou
bliés ,
Tu fournis des fecours que res fuccès font naître .
Par-là de leurs travaux ils fe verroient payés ,
Si de teis travaux pouvoient l'être .
Ainfi , Rome naiffante oroit à fes Guerriers ,
Outre de ftériles Lauriers ,
Une part du Domaine accrû par leur courage.
Bientôt elle y joignit d'auguftes monumens ,
De la reconnoiffance ingénieux hommage ,
Et muets orateurs de leurs faits triomphans.
Chez toi renaît encor ce jufte & noble uſage :
Oui , lorfque parvenus au terme rigoureux
De leur humaine deſtinée ,
La mort fur tes Héros étend fon voile affreux ;
Quand des Mufes en deuil la troupe conſternée ,
Regrette Echyle * Plaute , arrachés à nos voeux ;
Par des monumens plus durables
Que des fimulachres pompeux ,
Tu confacres chez nos neveux ,
* Feu M, de Crébillon 5 fi juftement furnommé l'Echyle
François , avoit une penfion fur le Mercure . Il ne
feroit pas difficile de trouver plus d'an Plaute parmi
MM. les Penfionnaires vivans.
JANVIER. 1763 .
11
La gloire de ces morts à jamais mémorables ,
Et toujours vivans à leurs yeux.
Poarfuis ; & que ton Caducée
Devienne le fceptre des Arts ;
De ces Enfans des Cieux la troupe difperfée
Par les cris du terrible Mars ,
Se réunit de toutes parts ,
Et reprend ſa ſplendeur trop longtems éclipſée .
Un Roi qui la chérit , qui dans tous les deffeins ,
Prend l'honneur pour flambeau , prend la vertu
pour guide ,
Enchaînant fous les pieds la difcorde homicide ,
De nos jours orageux a fait des jours fereins .
Louis , ( à ce nom feul votre elpoir ſe ranime ,
Beaux Arts , que fi ſouvent ont cherché les bienfaits
! )
LOUIS , à votre éffor fublime
Prépare un libre cours , & de vaſtes ſujets.
Déja plus d'une fois l'Art de nos Praxitelles
Imprima fur l'airain l'image de ſes traits * :
* On ſçait qu'il y a déja plufieurs années que les Villes
de Bordeaux & de Rennes ont l'une & Pautre fait elever
une Statue au Roi dans leur enceinte . Paris & Rheims
vont jouir du même avantage. Ces quatre Monuniens
doivent à tous égards fixer l'attention de la pollerité.
On a beaucoup écrit fur celui que fait riger la Walle
de Rheims. Je dois ajo ter qu'à cette occafio 1 , cette Cité
antique femble avoir pris une nouvelle forme. Une foule
d'Ouvrages modernes l'embellit & la decore . Ceft de
quoi le Public pourra juger par le Plan qui en doit bien-
A vj
12 MERCURE DE FRANCE ..
C'eſt à vos touches immortelles ,
Mufes , qu'il appartient d'animer ces Portraits.
Peignez cette ame égale , intrépide , fincère ,
Cette ame de LOUIS , fi digne de TITUS ,
Ce coeur né pour aimer , ce noble caractère ,
Cette fermeté rare , & pour dire encor plus ,
Cette bonté que rien n'altère ....
O toi , prompt Meffager , qui dans ton cours heureux
Ne marches que fous fes aufpices ,
T
Porte jufqu'à fes pieds mon encens & mes voeux.
Jadis mes yeux ont vu ce Roi victorieux
De mes foibles éffais accueillir les prémices * .
Renaîffez , ô momens pour moi fi glorieux !
Du moins , puiffe à fon gré , mon zéle induſtrieux
Multiplier fes facrifices.
Ont dit que pour chanter les vergers & les champs ,
Tranſporté d'une ardeur extrême ,
Le Berger Héfiode obtint des Mufes même
La Lyre qui régla ſes ruftiques accens :
Ah ! fid'un pareil avantage
tôt paroître. Tous ces travaux , ainfi que ceux de la nouvelle
Place , te font exécutés d'après les Deffeins & fous
les yeux de M. le Gendre , Ingénieur en Chef de la
Province de Champagne. Ses talens ont dignement fecondé
le zéle des Citoyens & des Magiftrats municipaux
de cette Ville ancienne & célébre,
* En 1748 , l'Auteur n'étant âgé que de 19 ans, eut
l'honneur de préfenter au Roi un Difcours en Vers de fa
compofition fur les Victoires de SA MAJESTE'.
JANVIER. 1763 . 13
Mes voeux ardens étoient ſuivis ;
Mon choix eft fait : je jure par LOUIS ,
D'en faire un plus fublime uſage.
Par M. DE LA DIXMERIE.
Toror qui du monde ſtudieux
Seize fois dans un an parcours l'immenfe eſpace,
Ardent Meffager du Parnalle ,
Et rival quant au nom , du Mellager des Dieux :
On dit qu'allez longtemps votre emploi fat le
même ;
Que fouvent , l'un & l'autre avec art travestis ,
Votre foin journalier , votre devoir ſuprême
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Fut de porter à quelque Iſis ,
En dépit des Argus , plus d'un galant emblême.
Des Logogryphes , des Chansons ,
Jadis , de nos François captivoient les fuffrages.
Le Mercure Galant , fi j'en crois mes foupçons ,
Eût alors dédaigné de plus graves meſſages .
Ces temps ont difparu : tout change avec les
moeurs.
Le Mercure de France , au brillant joint l'utile.
Son moderne appanage eft un enclos fertile
Où les fruits s'uniffent aux fleurs.
Là , comme auparavant , Beliſe peut encore
Cueillir les doux préſens de Flore :
Là , figurent , en même temps ,
VERTUMNE CERES & POMONE :
Là , chacun à fon gré moiffonne
Les dons paffagers du Printemps ,
Et les fruits durables d'Automne.
Je vois l'Agriculteur , ce Philofophe heureux ,
Guidé par tes leçons dans fes travaux ruſtiques :
Je vois nos Citadins , raiſonneurs haſardeux ,
Réformer , d'après toi , leurs calculs chimériques:
Je vois l'Emule de Strabon ,
Celui d'Archimède & d'Euclide ,
Ceux d'Hipocrate & de Newton ,
Grace à ta courfe uniforme & rapide ,
JANVIER . 1763 . 9
Donner & recevoir mainte docte leçon.
Plus loin la jeune Eglé pour qui tant de ſcience
N'eſt rien , avec raifon , auprès d'un Madrigal ,
Détourne cent feuillets pour chercher une ftance,
Et fourit , en lifant certain Conte moral :
Route fleurie , où trop d'orgueil peut- être ,
Même, après Marmontel , m'a déja fait paroître : *
Ah , puiſſé- je , du moins , y marcher ſon égal !
Ce n'est pas tout je vois encore
Et Polymnie & Terpficore ,
>
Se foumettre à ton Tribunal .
Ces jeux où Dangeville , Eléve de Thalie,
Emprunte les accens , fon fouris , fon regard ,
Où Clairon , du Tragique épuifant l'énergie
Atteint , fans nul éffort , les bornes de fon art :
Cet autre art plus fublime où triomphe Voltaire ,
Où Saintfoix , où Piron brillent chacun à part :
L'art dramatique enfin , pour nous fi néceſſaire ;
Tous ces talens , du Sage accueillis , révérés ,
'Dont le but en tous lieux eft d'inftruire & de
plaire ,
Trouvent dans ton recueil leurs faftes confacrés.
La Corne d'Amalthée , l'Anneau de Gygès , Lindor
Délie , trois Contes inférés dans les précédens Mercures
, font de l'Auteur de cette Epitre , de même que les
Quiproquo , Nouvelle inférée en partie dans ce premier
Volume,
A v
10 MERCURE DE FRANCE .
Que dirai - je de plus ? C'eft ton heureux domaine
Qui fert de récompenfe à ces Mortels vantés ,
Dont le crayon fublime ou l'éloquente veine
Plus d'une fois à nos yeux enchantés
Fit triompher Clio , Thalie & Melpomène.
Aux foutiens des beaux Arts , trop longtems ou
bliés ,
Tu fournis des fecours que res fuccès font naître .
Par-là de leurs travaux ils fe verroient payés ,
Si de teis travaux pouvoient l'être .
Ainfi , Rome naiffante oroit à fes Guerriers ,
Outre de ftériles Lauriers ,
Une part du Domaine accrû par leur courage.
Bientôt elle y joignit d'auguftes monumens ,
De la reconnoiffance ingénieux hommage ,
Et muets orateurs de leurs faits triomphans.
Chez toi renaît encor ce jufte & noble uſage :
Oui , lorfque parvenus au terme rigoureux
De leur humaine deſtinée ,
La mort fur tes Héros étend fon voile affreux ;
Quand des Mufes en deuil la troupe conſternée ,
Regrette Echyle * Plaute , arrachés à nos voeux ;
Par des monumens plus durables
Que des fimulachres pompeux ,
Tu confacres chez nos neveux ,
* Feu M, de Crébillon 5 fi juftement furnommé l'Echyle
François , avoit une penfion fur le Mercure . Il ne
feroit pas difficile de trouver plus d'an Plaute parmi
MM. les Penfionnaires vivans.
JANVIER. 1763 .
11
La gloire de ces morts à jamais mémorables ,
Et toujours vivans à leurs yeux.
Poarfuis ; & que ton Caducée
Devienne le fceptre des Arts ;
De ces Enfans des Cieux la troupe difperfée
Par les cris du terrible Mars ,
Se réunit de toutes parts ,
Et reprend ſa ſplendeur trop longtems éclipſée .
Un Roi qui la chérit , qui dans tous les deffeins ,
Prend l'honneur pour flambeau , prend la vertu
pour guide ,
Enchaînant fous les pieds la difcorde homicide ,
De nos jours orageux a fait des jours fereins .
Louis , ( à ce nom feul votre elpoir ſe ranime ,
Beaux Arts , que fi ſouvent ont cherché les bienfaits
! )
LOUIS , à votre éffor fublime
Prépare un libre cours , & de vaſtes ſujets.
Déja plus d'une fois l'Art de nos Praxitelles
Imprima fur l'airain l'image de ſes traits * :
* On ſçait qu'il y a déja plufieurs années que les Villes
de Bordeaux & de Rennes ont l'une & Pautre fait elever
une Statue au Roi dans leur enceinte . Paris & Rheims
vont jouir du même avantage. Ces quatre Monuniens
doivent à tous égards fixer l'attention de la pollerité.
On a beaucoup écrit fur celui que fait riger la Walle
de Rheims. Je dois ajo ter qu'à cette occafio 1 , cette Cité
antique femble avoir pris une nouvelle forme. Une foule
d'Ouvrages modernes l'embellit & la decore . Ceft de
quoi le Public pourra juger par le Plan qui en doit bien-
A vj
12 MERCURE DE FRANCE ..
C'eſt à vos touches immortelles ,
Mufes , qu'il appartient d'animer ces Portraits.
Peignez cette ame égale , intrépide , fincère ,
Cette ame de LOUIS , fi digne de TITUS ,
Ce coeur né pour aimer , ce noble caractère ,
Cette fermeté rare , & pour dire encor plus ,
Cette bonté que rien n'altère ....
O toi , prompt Meffager , qui dans ton cours heureux
Ne marches que fous fes aufpices ,
T
Porte jufqu'à fes pieds mon encens & mes voeux.
Jadis mes yeux ont vu ce Roi victorieux
De mes foibles éffais accueillir les prémices * .
Renaîffez , ô momens pour moi fi glorieux !
Du moins , puiffe à fon gré , mon zéle induſtrieux
Multiplier fes facrifices.
Ont dit que pour chanter les vergers & les champs ,
Tranſporté d'une ardeur extrême ,
Le Berger Héfiode obtint des Mufes même
La Lyre qui régla ſes ruftiques accens :
Ah ! fid'un pareil avantage
tôt paroître. Tous ces travaux , ainfi que ceux de la nouvelle
Place , te font exécutés d'après les Deffeins & fous
les yeux de M. le Gendre , Ingénieur en Chef de la
Province de Champagne. Ses talens ont dignement fecondé
le zéle des Citoyens & des Magiftrats municipaux
de cette Ville ancienne & célébre,
* En 1748 , l'Auteur n'étant âgé que de 19 ans, eut
l'honneur de préfenter au Roi un Difcours en Vers de fa
compofition fur les Victoires de SA MAJESTE'.
JANVIER. 1763 . 13
Mes voeux ardens étoient ſuivis ;
Mon choix eft fait : je jure par LOUIS ,
D'en faire un plus fublime uſage.
Par M. DE LA DIXMERIE.
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Résumé : ÉPITRE AU MERCURE.
L'épître au Mercure célèbre le périodique 'Mercure de France' et ses diverses contributions. Le texte compare ce périodique à la planète Mercure et au messager des dieux, soulignant leur rôle commun de messagers. Il évoque l'évolution du 'Mercure Galant', autrefois dédié à des messages plus légers, vers le 'Mercure de France', qui combine l'utile et le brillant. Ce périodique offre une variété de contenus, allant des poèmes aux traités philosophiques, en passant par des œuvres dramatiques et des contes. Le 'Mercure de France' couvre plusieurs disciplines, telles que l'agriculture, les sciences, la philosophie et les arts dramatiques. Il mentionne des figures littéraires et artistiques contemporaines comme Voltaire et Marmontel. Le périodique est présenté comme un soutien aux arts et aux lettres, récompensant les talents et perpétuant la mémoire des grands hommes. L'épître rend hommage au roi Louis, qui soutient les arts et les lettres, et exprime le souhait que le 'Mercure de France' continue de prospérer sous ses auspices. Le texte se conclut par un vœu pour que le périodique puisse multiplier ses sacrifices en l'honneur du roi.
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93
p. 49-50
A M. G.
Début :
En lisant les Vers [...]
Mots clefs :
Vers, Larmes, Destin, Amour
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texteReconnaissance textuelle : A M. G.
E PITREN
EN
A M. G.
A M.
N lifant les Vers
12
Si remplis de charmes
Que tu m'as offerts ,
J'ai verfé des larmes.
Quoi ! faut-il , hélas !
Qu'un deftin barbare
Jufques au trépas
Tous deux nous fépare !
J'ai vu de nos jours
. Vol.
T
50 MERCURE DE FRANCE
i
S'éclipfer l'aurore
Les Ris , les Amours
Nous fuivent encore.
Enchaînons de fleurs
Leur troupe volage :
Les foucis , les pleurs
Sont-ils de notre âge ?
On tend au bonheur
Par des foins extrêmes :
Quelle aveugle erreur !
Il eſt en nous-mêmes.
Un Lys , un Jaſmin
Vaut une Couronne
Lorfque par ta main
Amour me le donne.
Au cours de nos ans
Quand l'amour préſide ,
Il fixe du temps 1
L'aîle trop rapide.
Le coeur eft preffant ;
Entends fon langage :
Jouir du préfent ,
Eft le lot du Sage.
Par M. B..
EN
A M. G.
A M.
N lifant les Vers
12
Si remplis de charmes
Que tu m'as offerts ,
J'ai verfé des larmes.
Quoi ! faut-il , hélas !
Qu'un deftin barbare
Jufques au trépas
Tous deux nous fépare !
J'ai vu de nos jours
. Vol.
T
50 MERCURE DE FRANCE
i
S'éclipfer l'aurore
Les Ris , les Amours
Nous fuivent encore.
Enchaînons de fleurs
Leur troupe volage :
Les foucis , les pleurs
Sont-ils de notre âge ?
On tend au bonheur
Par des foins extrêmes :
Quelle aveugle erreur !
Il eſt en nous-mêmes.
Un Lys , un Jaſmin
Vaut une Couronne
Lorfque par ta main
Amour me le donne.
Au cours de nos ans
Quand l'amour préſide ,
Il fixe du temps 1
L'aîle trop rapide.
Le coeur eft preffant ;
Entends fon langage :
Jouir du préfent ,
Eft le lot du Sage.
Par M. B..
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Résumé : A M. G.
Le poème de M. B. s'adresse à M. G. et M. A. Il exprime le regret de la séparation imminente et la cruauté du destin. L'auteur valorise les petits plaisirs offerts par amour et critique ceux qui cherchent le bonheur par des moyens extrêmes. Il prône la jouissance du présent comme sagesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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94
p. 39-43
ÉPITRE Adressée à une jeune personne qui, au sortir de l'Abbaye de S. CYR, avoit demandé à l'Auteur ce que c'étoit l'Amour ?
Début :
O vous, jeune Eglé, dont le cœur [...]
Mots clefs :
Amour, Dieu, Tendre, Repentir
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texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE Adressée à une jeune personne qui, au sortir de l'Abbaye de S. CYR, avoit demandé à l'Auteur ce que c'étoit l'Amour ?
ÉPITRE
Adreffée à une jeune perfonne qui , au
fortir de l'Abbaye de S. CYR , avoit
demandé à l'Auteur ce que c'étoit
l'Amour?
vous , jeune Eglé , dont le coeur
que
40 MERCURE DE FRANCE.
Content de fon indifférence ,
Ne connoît point ce Dieu vainqueur ,
Ce Dieu que tout le monde encenſe :
Ah ! puiffiez -vous ainfi toujours
Ignorer que ce Traître aimable
Peut obfcurcir vos plus beaux jours !
C'eſt un Dieu qui n'eſt redoutable
Que parce que les Ris , les Jeux ,
Sont fes plus ordinaires armes ,
Et qu'il ne paroît à nos yeux
Que revêtu de tous fes charmes.
Quoique ce Dieu jamais n'émouffe
Les traits dont il perce nos coeurs ;
S'il frappe , la bleflure eft douce :
On chérit jufqu'à fes fureurs.
Belle Eglé , puiſque dans votre âme
L'Amour encore eſt inconnu ,
Craignez d'y voir naître une flâme
Dont gémiroit votre vertu.
Veillez fans ceffe fur vous- même ;
Défiez-vous de vos appas ;
Surtout avec un foin extrême
Voyez qui s'offre fur vos pas.
Peut-être du Dieu de Cythère
Eprouverez-vous la noirceur ;
11 fçait toujours le contrefaire
Quand il veut entrer dans un coeır.
Souvent pour tromper l'Innocence
AVRIL. 1763. 41
Et Aétrir toute fa beauté ,
L'Amour de la naïve enfance
Emprunte l'Ingénuité.
Son air intéreffant & rendre
N'épouvante plus la Padeur ;
Alors à peine on peut le prendre
Pour cet Amour fi féducteur.
Son abord n'elt plus redoutable ;
Son flambeau , fon arc , & fes traits ,
Ne font plus dans fa main coupable :
On ne voit plus que fes attraits.
Eglés que vous devez le craindre
S'il vient fous ce déguiſement s
Car l'Impofteur fçaura tout feindre
Pour vous tromper plas aifèment.
Séduite par fa douceur feinte ,
Et plus encor par vos defirs ,
Vous vous livrerez fans contrainte
A l'eſpoir flatteur des Plaiſirs,
Mais de la trifte Expérience
Tôt ou tard le flambeau laira ;
A votre aveugle confiance
Le Repentir fuccédera .
Sonmile enfin à fon empire ,
Vous croirez trouver le repos ;
Mais ce ne fera qu'un délire ,
Trop fenfible image des Bots.
Tout pour vous changera de face ;
42 MERCURE DE FRANCE.
Les chagrins , les foins , les foucis
De la Gaîté prendront la place :
Vos yeux par les pleurs obfcurcis
Perdront lear tendreffe , leurs charmes;
Et victime de vos defirs ,
Vous languirez dans les allarmes
Qu'entraîne l'abus des plaifirs..
Hélas ! tendre Eglé , dans votre âme
En vain vous chercherez la paix !
Vous n'y trouverez que la flâme
Qui l'en a chaffée à jamais .
En vain , en vain triſte & plaintive ,
Vous chercherez la liberté ;
L'amour vous retiendra captive
Par l'attrait de la Volupté.
Telle la tendre tourterelle
A l'ombre d'un feuillage épais ,
Pleure fa compagne fidelle
Qu'elle ne reverra jamais.
!
Jeune Eglé , dont la tendre Aurore
A le vif éclat de ces fleurs
Qu'au matin le Soleil décore
Des plus agréables couleurs ;
Ah ! quelle perte ! quel dommage
Si tant d'appas en vous unis
Etoient au printemps de votre âge.
Par les triftes chagr ins flétris....
Mais trop crédule un jour peut-être
AVRIL. 1763 . 43
Sous les traits chéris d'un Amant
Ne voudrez- vous plus reconnoître
Le Dieu que j'ai peint foiblement !
Séduite par votre tendreffe ,
Vous fuivrez un penchant trop doux ,
Sans voir dans cette aveugle ivreffe
Que c'eft l'amour qui s'offre à
Sous un aſpect fi favorable,
Eglé , que ne fera -t-il pas ?
vous.
Vous croirez dans un trouble aimable
Voir naître des fleurs fous les pas.
Mais hélas ! ce feront des roſes
Dont la beauté s'éclipfera
Sitôt qu'elles feront éclofes :
L'épine feule reftera.
Par M. le Dr ... de B .. : 3
Adreffée à une jeune perfonne qui , au
fortir de l'Abbaye de S. CYR , avoit
demandé à l'Auteur ce que c'étoit
l'Amour?
vous , jeune Eglé , dont le coeur
que
40 MERCURE DE FRANCE.
Content de fon indifférence ,
Ne connoît point ce Dieu vainqueur ,
Ce Dieu que tout le monde encenſe :
Ah ! puiffiez -vous ainfi toujours
Ignorer que ce Traître aimable
Peut obfcurcir vos plus beaux jours !
C'eſt un Dieu qui n'eſt redoutable
Que parce que les Ris , les Jeux ,
Sont fes plus ordinaires armes ,
Et qu'il ne paroît à nos yeux
Que revêtu de tous fes charmes.
Quoique ce Dieu jamais n'émouffe
Les traits dont il perce nos coeurs ;
S'il frappe , la bleflure eft douce :
On chérit jufqu'à fes fureurs.
Belle Eglé , puiſque dans votre âme
L'Amour encore eſt inconnu ,
Craignez d'y voir naître une flâme
Dont gémiroit votre vertu.
Veillez fans ceffe fur vous- même ;
Défiez-vous de vos appas ;
Surtout avec un foin extrême
Voyez qui s'offre fur vos pas.
Peut-être du Dieu de Cythère
Eprouverez-vous la noirceur ;
11 fçait toujours le contrefaire
Quand il veut entrer dans un coeır.
Souvent pour tromper l'Innocence
AVRIL. 1763. 41
Et Aétrir toute fa beauté ,
L'Amour de la naïve enfance
Emprunte l'Ingénuité.
Son air intéreffant & rendre
N'épouvante plus la Padeur ;
Alors à peine on peut le prendre
Pour cet Amour fi féducteur.
Son abord n'elt plus redoutable ;
Son flambeau , fon arc , & fes traits ,
Ne font plus dans fa main coupable :
On ne voit plus que fes attraits.
Eglés que vous devez le craindre
S'il vient fous ce déguiſement s
Car l'Impofteur fçaura tout feindre
Pour vous tromper plas aifèment.
Séduite par fa douceur feinte ,
Et plus encor par vos defirs ,
Vous vous livrerez fans contrainte
A l'eſpoir flatteur des Plaiſirs,
Mais de la trifte Expérience
Tôt ou tard le flambeau laira ;
A votre aveugle confiance
Le Repentir fuccédera .
Sonmile enfin à fon empire ,
Vous croirez trouver le repos ;
Mais ce ne fera qu'un délire ,
Trop fenfible image des Bots.
Tout pour vous changera de face ;
42 MERCURE DE FRANCE.
Les chagrins , les foins , les foucis
De la Gaîté prendront la place :
Vos yeux par les pleurs obfcurcis
Perdront lear tendreffe , leurs charmes;
Et victime de vos defirs ,
Vous languirez dans les allarmes
Qu'entraîne l'abus des plaifirs..
Hélas ! tendre Eglé , dans votre âme
En vain vous chercherez la paix !
Vous n'y trouverez que la flâme
Qui l'en a chaffée à jamais .
En vain , en vain triſte & plaintive ,
Vous chercherez la liberté ;
L'amour vous retiendra captive
Par l'attrait de la Volupté.
Telle la tendre tourterelle
A l'ombre d'un feuillage épais ,
Pleure fa compagne fidelle
Qu'elle ne reverra jamais.
!
Jeune Eglé , dont la tendre Aurore
A le vif éclat de ces fleurs
Qu'au matin le Soleil décore
Des plus agréables couleurs ;
Ah ! quelle perte ! quel dommage
Si tant d'appas en vous unis
Etoient au printemps de votre âge.
Par les triftes chagr ins flétris....
Mais trop crédule un jour peut-être
AVRIL. 1763 . 43
Sous les traits chéris d'un Amant
Ne voudrez- vous plus reconnoître
Le Dieu que j'ai peint foiblement !
Séduite par votre tendreffe ,
Vous fuivrez un penchant trop doux ,
Sans voir dans cette aveugle ivreffe
Que c'eft l'amour qui s'offre à
Sous un aſpect fi favorable,
Eglé , que ne fera -t-il pas ?
vous.
Vous croirez dans un trouble aimable
Voir naître des fleurs fous les pas.
Mais hélas ! ce feront des roſes
Dont la beauté s'éclipfera
Sitôt qu'elles feront éclofes :
L'épine feule reftera.
Par M. le Dr ... de B .. : 3
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Résumé : ÉPITRE Adressée à une jeune personne qui, au sortir de l'Abbaye de S. CYR, avoit demandé à l'Auteur ce que c'étoit l'Amour ?
L'épître est adressée à Églé, une jeune femme qui a interrogé l'auteur sur la nature de l'amour. L'auteur, conscient de son innocence, la met en garde contre les dangers de l'amour, qu'il décrit comme un dieu trompeur et séduisant. Il explique que l'amour utilise les rires et les jeux comme armes, et bien que ses blessures soient douces, elles peuvent obscurcir les plus beaux jours. L'auteur conseille à Églé de se méfier de ses attraits, car l'amour peut se déguiser pour tromper l'innocence. Il prévient qu'Églé pourrait être séduite par la douceur feinte de l'amour et ses désirs, mais que l'expérience amère viendra plus tard. L'amour transformera alors sa vie en chagrin et en soucis, la laissant captive de la volupté. L'auteur compare cette situation à une tourterelle pleurant sa compagne perdue. Il exprime son inquiétude que, malgré ses avertissements, Églé puisse un jour être séduite par l'amour sous un aspect favorable, ne voyant pas le danger derrière cette apparence trompeuse.
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95
s. p.
EPITRE d'un Curé du N.. à Madame la Marquise de S. R. à Paris.
Début :
DE votre voix l'attrait persuasif [...]
Mots clefs :
Église, Cœur, Gloire, Amour, Voix
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE d'un Curé du N.. à Madame la Marquise de S. R. à Paris.
EPITRE d'un Curé du N.. à Madame
la Marquife de S. R. à Paris.
D.E votre voix l'attrait perſuaſif
Sçut m'arracher jadis , fage Marquife ,
D'un lieu de peine * , où les loix de l'Eglife
Depuis un an me retenoient captif.
Avec encor plus de force & d'empire ,
*Le Séminaire.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
La même voix me réveille & me tire
D'un froid repos dont , loin de l'hélicon
Le défeſpoir de grimper à fa cime ,
Et de cueillir le laurier de la rime ,
Avoit fajfi mon timide Apollon."
Oui , dans la douce & charmante carrière ,
Où , dès l'abord , mes premières chanfons
Avoient eu l'art ou le bonheur de plaire ,
Je fommeillois couché fous la barrière.
Avois-je tort ? Ecoutez mes raiſons .
Un bon Poëte , ainſi que tout grand-homme ,
Tout bien compté , Madame, n'eft en lomme,
Que l'effet feul de quelque paffion ,
Rapide , ardente , & pleine d'action ,
Dont le feu vif faifit , pénétre , enflamme ,
Brule fon coeur des plus hardis tranſports :
Ainfi que l'âme eſt le reffort du corps ,
Les Paffions font le reffort de l'âme.
La gloire , l'or , l'amour , l'ambition ;
Tel eft l'inftinct des actions fublimes ,
Des grands talens , des vertus & des crimes.
Qui n'eft piqué de ce vif aiguillon ,
Foible jouet d'efforts pufillanimes ,
Au champ de Mars n'eft jamais qu'un poltron ,
Au double- mont qu'un Raccolleur de rimes .
Les Paffions font la divinité
Que , fous le nom de Démon , de Génie ,
De Muſe , enfin de Dieux de l'harmonie ,
Chanta jadis la docte antiquité.
M A I. 1763. 7
Or appliquons cette maxime fûre.
D'un pauvre hère , à qui , pour fon malheur ,
L'ordre du Sort confia la pâture
Et le falut du troupeau du Seigneur ;
D'un Preſtolet , vrai Pâtre évangélique ,
Fait pour trotter , fans repos & fans fin ,
Sur tous les pas d'un animal ruſtique ,
A mille écarts par fa malice enclin :
Si quelquefois , las de courir en vain ,
Affis le foir au bord d'une prairie ,
Au lieu d'aller irriter fon chagrin ,
Par quelque trifte & fotte rêverie ,
Sur des pipeaux affemblés de fa main ,
Pour le diftraire , il lui prend fantaiſie
De frédonner quelqu'air vif & badin ,
Quelle fera fa-muſe , ſon génie !
L'ambition ? Mais la fienne eft remplie
Quand les amis , ou fon heureux deftin
.8.30 °
1
Ont pu le mettre à l'abri de la * faim.( a )
1001
La foif de l'or ? Eh ! comment pourroit naître
Če fol defir au coeur étroit d'un être ,
F
Qui quelquefois n'a pas fon faoul de pain ? ( b )
L'amour O ciel , d'une telle foibleffe
201 I
Daigne à jamais fauver fon chafte coeur :
D'un triple acier défends- en la froideur
t
Voyez la fin de la Piéce , où l'on a renvoyé
les Notes pour la commodité de ceux qui ne voú,
dront pas les lire,
A iv .
8 MERCURE DE FRANCE.
Contre les feux d'une oeillade traîtreffe ;
Tour , jufqu'à l'air du Dieu de la tendreffe
Doir pour un Prêtre être un objet d'horreur.
La gloire Hélas ! des Pafteurs de l'Eglife ,
Depuis longtemps le mondain orgireilletix.c
Borne la gloire au foin religieux.
De bien remplir des devoirs qu'il mépriſe.
Etrange état que l'état clérical !
Aux yeur d'un fiècle où la licence regne ,
Un Prêtre eft-il modefte ? on le délaigne :
Dail
C'est un cagot , un Sage machinal il
Eft-il doué d'un efprit vif, aimable ;
Par fois au jeu , dans les cercles , à table ,
Léger ,badin , fémillant , jovial ?
Tout eft perdu : fa gaîté fcandalife
Tout à la fois & le monde , & l'Eglife.
Eft-if néé doux ? C'eſt un bon animal ,
en fr for permettre .
Devant lequel on fçait tout le
Entit zélé , fermé ? C'est un brutal
Un orgueilleux qui voudroit tout foumettre
Aujoug facré du bâton Paftoral.
As Rock the rodette
Enfin , qui fcait , fur cette mer
stileb ich 90
obliqué ,
Guider la nef , d'un cours toujours égal
Entre l'amour & l'eftime publique
Sans donner onc en nul écueil fatal ,
N'eft pas un Sot ; & , dans ce temps critique,
-Malgré les flors , les vents , & les Anglois
Des bords Bretons jufqu'à la Märtinique.,
M.A 1. 1763.
Pourroit paller vingt Régimens François.
Mais rev enons. Du Lyrique rivage
Mainte raiſons m'interdifant l'accès ,
J'avois fait vou, clos dans mon hermitage,
D'en oublier pour toujours le langage,
Et rachetant par un filence fage
Le temps perdu de mes foibles éſſais ,
De confacrer tous mes foins déformais
Aux feuls devoirs où mon état m'engage.
De ce deffein qu'encore affermiffoir
Certain penchant à la fainéantiſe ,
Vice qu'on fçait fi cher aux gens d'Eglife ,
Et que mon coeur idolâtre en fecret ,
Par vos diſcours, éloquente Marquise ,
Vous m'excitez à rompre le projet.
Vos volontés font des loix que j'adore.
Sans oppofer nulle vaine raifon
A des defirs dont le motif m'honore ,
Je céde , & vais , pour quelques jours encore
Porter mes pas dans le facré vallon .
Si pour monter juſqu'aux lieux deſirables ,
Où les neuf Soeurs , loin des vulgaires yeux ,
Ont établi leur ſéjour radieux ,
Et révélé tant de fecrets aimables
Aux Arrquets , aux Rouffeaus , aux Chaulieux ,
J'avois befoin des aîles fecourables
De quelqu'inting plein de nerf & d'ardeur ,
Le fouvenir profond qu'en traits de flamme
Ont imprimé vos bienfaits en mon âme ,
A v
10 MERCURE DE FRANCE . ,
Sera mon guide & mon introducteur.
"
A. D. d. P. le .... 1762 .
la Marquife de S. R. à Paris.
D.E votre voix l'attrait perſuaſif
Sçut m'arracher jadis , fage Marquife ,
D'un lieu de peine * , où les loix de l'Eglife
Depuis un an me retenoient captif.
Avec encor plus de force & d'empire ,
*Le Séminaire.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
La même voix me réveille & me tire
D'un froid repos dont , loin de l'hélicon
Le défeſpoir de grimper à fa cime ,
Et de cueillir le laurier de la rime ,
Avoit fajfi mon timide Apollon."
Oui , dans la douce & charmante carrière ,
Où , dès l'abord , mes premières chanfons
Avoient eu l'art ou le bonheur de plaire ,
Je fommeillois couché fous la barrière.
Avois-je tort ? Ecoutez mes raiſons .
Un bon Poëte , ainſi que tout grand-homme ,
Tout bien compté , Madame, n'eft en lomme,
Que l'effet feul de quelque paffion ,
Rapide , ardente , & pleine d'action ,
Dont le feu vif faifit , pénétre , enflamme ,
Brule fon coeur des plus hardis tranſports :
Ainfi que l'âme eſt le reffort du corps ,
Les Paffions font le reffort de l'âme.
La gloire , l'or , l'amour , l'ambition ;
Tel eft l'inftinct des actions fublimes ,
Des grands talens , des vertus & des crimes.
Qui n'eft piqué de ce vif aiguillon ,
Foible jouet d'efforts pufillanimes ,
Au champ de Mars n'eft jamais qu'un poltron ,
Au double- mont qu'un Raccolleur de rimes .
Les Paffions font la divinité
Que , fous le nom de Démon , de Génie ,
De Muſe , enfin de Dieux de l'harmonie ,
Chanta jadis la docte antiquité.
M A I. 1763. 7
Or appliquons cette maxime fûre.
D'un pauvre hère , à qui , pour fon malheur ,
L'ordre du Sort confia la pâture
Et le falut du troupeau du Seigneur ;
D'un Preſtolet , vrai Pâtre évangélique ,
Fait pour trotter , fans repos & fans fin ,
Sur tous les pas d'un animal ruſtique ,
A mille écarts par fa malice enclin :
Si quelquefois , las de courir en vain ,
Affis le foir au bord d'une prairie ,
Au lieu d'aller irriter fon chagrin ,
Par quelque trifte & fotte rêverie ,
Sur des pipeaux affemblés de fa main ,
Pour le diftraire , il lui prend fantaiſie
De frédonner quelqu'air vif & badin ,
Quelle fera fa-muſe , ſon génie !
L'ambition ? Mais la fienne eft remplie
Quand les amis , ou fon heureux deftin
.8.30 °
1
Ont pu le mettre à l'abri de la * faim.( a )
1001
La foif de l'or ? Eh ! comment pourroit naître
Če fol defir au coeur étroit d'un être ,
F
Qui quelquefois n'a pas fon faoul de pain ? ( b )
L'amour O ciel , d'une telle foibleffe
201 I
Daigne à jamais fauver fon chafte coeur :
D'un triple acier défends- en la froideur
t
Voyez la fin de la Piéce , où l'on a renvoyé
les Notes pour la commodité de ceux qui ne voú,
dront pas les lire,
A iv .
8 MERCURE DE FRANCE.
Contre les feux d'une oeillade traîtreffe ;
Tour , jufqu'à l'air du Dieu de la tendreffe
Doir pour un Prêtre être un objet d'horreur.
La gloire Hélas ! des Pafteurs de l'Eglife ,
Depuis longtemps le mondain orgireilletix.c
Borne la gloire au foin religieux.
De bien remplir des devoirs qu'il mépriſe.
Etrange état que l'état clérical !
Aux yeur d'un fiècle où la licence regne ,
Un Prêtre eft-il modefte ? on le délaigne :
Dail
C'est un cagot , un Sage machinal il
Eft-il doué d'un efprit vif, aimable ;
Par fois au jeu , dans les cercles , à table ,
Léger ,badin , fémillant , jovial ?
Tout eft perdu : fa gaîté fcandalife
Tout à la fois & le monde , & l'Eglife.
Eft-if néé doux ? C'eſt un bon animal ,
en fr for permettre .
Devant lequel on fçait tout le
Entit zélé , fermé ? C'est un brutal
Un orgueilleux qui voudroit tout foumettre
Aujoug facré du bâton Paftoral.
As Rock the rodette
Enfin , qui fcait , fur cette mer
stileb ich 90
obliqué ,
Guider la nef , d'un cours toujours égal
Entre l'amour & l'eftime publique
Sans donner onc en nul écueil fatal ,
N'eft pas un Sot ; & , dans ce temps critique,
-Malgré les flors , les vents , & les Anglois
Des bords Bretons jufqu'à la Märtinique.,
M.A 1. 1763.
Pourroit paller vingt Régimens François.
Mais rev enons. Du Lyrique rivage
Mainte raiſons m'interdifant l'accès ,
J'avois fait vou, clos dans mon hermitage,
D'en oublier pour toujours le langage,
Et rachetant par un filence fage
Le temps perdu de mes foibles éſſais ,
De confacrer tous mes foins déformais
Aux feuls devoirs où mon état m'engage.
De ce deffein qu'encore affermiffoir
Certain penchant à la fainéantiſe ,
Vice qu'on fçait fi cher aux gens d'Eglife ,
Et que mon coeur idolâtre en fecret ,
Par vos diſcours, éloquente Marquise ,
Vous m'excitez à rompre le projet.
Vos volontés font des loix que j'adore.
Sans oppofer nulle vaine raifon
A des defirs dont le motif m'honore ,
Je céde , & vais , pour quelques jours encore
Porter mes pas dans le facré vallon .
Si pour monter juſqu'aux lieux deſirables ,
Où les neuf Soeurs , loin des vulgaires yeux ,
Ont établi leur ſéjour radieux ,
Et révélé tant de fecrets aimables
Aux Arrquets , aux Rouffeaus , aux Chaulieux ,
J'avois befoin des aîles fecourables
De quelqu'inting plein de nerf & d'ardeur ,
Le fouvenir profond qu'en traits de flamme
Ont imprimé vos bienfaits en mon âme ,
A v
10 MERCURE DE FRANCE . ,
Sera mon guide & mon introducteur.
"
A. D. d. P. le .... 1762 .
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Résumé : EPITRE d'un Curé du N.. à Madame la Marquise de S. R. à Paris.
Dans une épître, un curé adresse un message à la marquise de S. R. à Paris. Il exprime sa gratitude envers la marquise, dont la voix persuasive l'a incité à quitter un lieu de peine, probablement le séminaire, et à sortir d'un état de désespoir littéraire. Le curé justifie son abandon temporaire de la poésie en affirmant que les passions sont essentielles pour créer des œuvres sublimes. Il décrit les passions comme le moteur des actions humaines, qu'elles soient nobles ou criminelles. Le curé se compare à un pasteur évangélique, chargé de la pâture et du salut du troupeau du Seigneur. Il se trouve confronté à des contraintes qui limitent ses aspirations poétiques. Il évoque l'ambition, la soif de l'or et l'amour comme des passions inaccessibles à un prêtre. Il déplore l'état clérical, où la modestie est délaissée et la gaieté devient scandaleuse. Il exprime la difficulté de naviguer entre les attentes du monde et celles de l'Église. Le curé révèle qu'il avait fait vœu d'oublier la poésie, mais les discours de la marquise l'incitent à revenir à cette passion. Il accepte de se rendre de nouveau dans le 'sacré vallon' pour quelques jours, guidé par le souvenir des bienfaits de la marquise.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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96
s. p.
EPITRE. A M. le Comte ANDRÉ PETROVITSCH DE SCHOUVALOW, Chambellan de Sa Majesté l'Impératrice de toutes les Russies.
Début :
AINSI donc au printemps de l'âge [...]
Mots clefs :
Plaisirs, Sage, Orgueil, Saison des amours, Printemps de l'âge, Arts, Bienfaisant, Amour, Mérite, Dignité
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE. A M. le Comte ANDRÉ PETROVITSCH DE SCHOUVALOW, Chambellan de Sa Majesté l'Impératrice de toutes les Russies.
EPITRE
A M. le Comte ANDRÉ PETROVITSCH
DE SCHOUVALOW ,
Chambellan de Sa Majesté l'Impératrice
de toutes les Ruffies.
AINSI donc au printemps de l'âge
Et dans la ſaiſon des amours ,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Tout- a-coup un ſombre nuage,
Cher Comte, obſeurcit vos beaux jours.
Cette aimable & vive Déeffe ,
Que ſuivent les Ris & les Jeux ,
Qui fe plaît avec la jeuneſſe ,
Sans laquelle on n'eſt point heureux ,
La Gaité par ſa douce flamme
Hélas ! n'anime plus vos ſens ,
Et ne verſe plus dans votre âme
Ses plaiſirs toujours renaiſſans.
- Dans une retraite profonde,
Trop Philoſophe en vérité ,
Vous fuyez la Cour& le Monde,
Pour méditer en liberté.
Avec Nollet , de la nature
Vous interrogez les ſecrets ,
Et d'une main adroite & fûre ,
Vous en démontrez les effets .
Et la Muſique & la Peinture-
Tour-à-tour fervent vos loiſirs ;
D'une morale auſtère & pure
Les Loix dirigent vos defirs.
Tous ces goûts , ces dons d'Uranie
Sont bien dignes de vous charmer.
Qu'il eſt beau du feu du Génie ,
A votre âge de s'enflammer !
Mais il faut auffinde l'étude
Modérer lanyimacité ;
Le triſte ennui , la folitude
!
JUIN. 1763. 7
0
Des moeurs flétrit l'aménité.
L'eſprit eſt un feu qui dévore ,
Il a beſoin d'un aliment ;
Mais il a plus beſoin encore
De repos & d'amuſement.
De ce Miſantrope fublime
Retiré dans l'ombre des bois ,
A qui tout paroît vice ou crime ,
Gardez-vous d'écouter la voix.
Laiffez ce Sage atrabilaire
De noires vapeurs tourmenté ,
Déclamer avec dureté
Contre undéſorde néceſſaire,
Et faire injuſtement la guerre
Aux Arts , à la Société.
De les moeurs & de ſon ſyſtème
L'orgueil en ſecret eſt l'appui ,
Et ſa fingularité même
Le trahit toujours malgré lui .
Le Sage à ſes devoirs fidèle ,
Humain,bienfaiſant , généreux ,
Pratique la vertu pour elle ,
Sans étalage faſtueux.
Aux défauts , à quelque foibleſſe
Indulgent il ſçait pardonner :
Il ne va point fronder ſans ceſſe
Maint abus , mainte periteſſe ,
Qu'en lui-même il peut condamner.
Toujours utile à la Patrie ,
Aiv
8 MERCURE DE FRANCE.
১
Il lui conſacre ſes talens ;
Et croit que la Philofophie ,
Parla grandeur plus annoblie ,
Peut s'exercer dans tous les rangs..
Aux plaiſirs quelquefois ſenſible ,
S'il goûte ſes tendres douceurs ,
Toujours libre & toujours paiſible
De l'Amour il plaint les erreurs ;
Et ce Dieu ſi ſouvent terrible
Ne l'enchaîne qu'avec des fleurs .
Loin de la ſtupide moleſſe ,
De la ſotte fatuité ,
Sans arrogance & fans baſſeſſe ,
Aux vertus il joint la nobleſſe,
Le mérite à la dignité.
L'éclat d'un brillant équipage ,
D'un Palais les lambris dorés
Ne tiennent point dans l'eſclavage
Ses ſens dans l'ivreſſe égarés.
Des biens il embellit l'uſage ,
Et par des ſecours généreux ,
Sa main ſçait réparer l'outrage
Qu'un injuſte & cruel partage ,
A fais à tant de malheureux.
Ainſi tant qu'il voit la lumière ,
Chéri, de la nature entière ,
Tous ſes jours coulent dans la Paix ;
Et quand la Parque meurtrière,
Terminant enfin ſa carriére
JUIN. 1763 . 9
2
L'enléve malgré nos regrets ,
Son nom furvit à la pouſſière ,
Et fa vertn ne meurt jamais.
Cher Comte , voilà le vrai Sage
Que j'offre à vos yeux fatisfaits.
Un jour on verra ſon image
Briller en vous des mêmes traits .
A préſent fixez ſur vos traces
L'éſſain folâtre des Amours.
Des plaiſirs reprenez le cours ;
Et que Minerve avec les Grâces
Préſide au bonheur de vos jours.
100% G
:
RAOUL.
A M. le Comte ANDRÉ PETROVITSCH
DE SCHOUVALOW ,
Chambellan de Sa Majesté l'Impératrice
de toutes les Ruffies.
AINSI donc au printemps de l'âge
Et dans la ſaiſon des amours ,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Tout- a-coup un ſombre nuage,
Cher Comte, obſeurcit vos beaux jours.
Cette aimable & vive Déeffe ,
Que ſuivent les Ris & les Jeux ,
Qui fe plaît avec la jeuneſſe ,
Sans laquelle on n'eſt point heureux ,
La Gaité par ſa douce flamme
Hélas ! n'anime plus vos ſens ,
Et ne verſe plus dans votre âme
Ses plaiſirs toujours renaiſſans.
- Dans une retraite profonde,
Trop Philoſophe en vérité ,
Vous fuyez la Cour& le Monde,
Pour méditer en liberté.
Avec Nollet , de la nature
Vous interrogez les ſecrets ,
Et d'une main adroite & fûre ,
Vous en démontrez les effets .
Et la Muſique & la Peinture-
Tour-à-tour fervent vos loiſirs ;
D'une morale auſtère & pure
Les Loix dirigent vos defirs.
Tous ces goûts , ces dons d'Uranie
Sont bien dignes de vous charmer.
Qu'il eſt beau du feu du Génie ,
A votre âge de s'enflammer !
Mais il faut auffinde l'étude
Modérer lanyimacité ;
Le triſte ennui , la folitude
!
JUIN. 1763. 7
0
Des moeurs flétrit l'aménité.
L'eſprit eſt un feu qui dévore ,
Il a beſoin d'un aliment ;
Mais il a plus beſoin encore
De repos & d'amuſement.
De ce Miſantrope fublime
Retiré dans l'ombre des bois ,
A qui tout paroît vice ou crime ,
Gardez-vous d'écouter la voix.
Laiffez ce Sage atrabilaire
De noires vapeurs tourmenté ,
Déclamer avec dureté
Contre undéſorde néceſſaire,
Et faire injuſtement la guerre
Aux Arts , à la Société.
De les moeurs & de ſon ſyſtème
L'orgueil en ſecret eſt l'appui ,
Et ſa fingularité même
Le trahit toujours malgré lui .
Le Sage à ſes devoirs fidèle ,
Humain,bienfaiſant , généreux ,
Pratique la vertu pour elle ,
Sans étalage faſtueux.
Aux défauts , à quelque foibleſſe
Indulgent il ſçait pardonner :
Il ne va point fronder ſans ceſſe
Maint abus , mainte periteſſe ,
Qu'en lui-même il peut condamner.
Toujours utile à la Patrie ,
Aiv
8 MERCURE DE FRANCE.
১
Il lui conſacre ſes talens ;
Et croit que la Philofophie ,
Parla grandeur plus annoblie ,
Peut s'exercer dans tous les rangs..
Aux plaiſirs quelquefois ſenſible ,
S'il goûte ſes tendres douceurs ,
Toujours libre & toujours paiſible
De l'Amour il plaint les erreurs ;
Et ce Dieu ſi ſouvent terrible
Ne l'enchaîne qu'avec des fleurs .
Loin de la ſtupide moleſſe ,
De la ſotte fatuité ,
Sans arrogance & fans baſſeſſe ,
Aux vertus il joint la nobleſſe,
Le mérite à la dignité.
L'éclat d'un brillant équipage ,
D'un Palais les lambris dorés
Ne tiennent point dans l'eſclavage
Ses ſens dans l'ivreſſe égarés.
Des biens il embellit l'uſage ,
Et par des ſecours généreux ,
Sa main ſçait réparer l'outrage
Qu'un injuſte & cruel partage ,
A fais à tant de malheureux.
Ainſi tant qu'il voit la lumière ,
Chéri, de la nature entière ,
Tous ſes jours coulent dans la Paix ;
Et quand la Parque meurtrière,
Terminant enfin ſa carriére
JUIN. 1763 . 9
2
L'enléve malgré nos regrets ,
Son nom furvit à la pouſſière ,
Et fa vertn ne meurt jamais.
Cher Comte , voilà le vrai Sage
Que j'offre à vos yeux fatisfaits.
Un jour on verra ſon image
Briller en vous des mêmes traits .
A préſent fixez ſur vos traces
L'éſſain folâtre des Amours.
Des plaiſirs reprenez le cours ;
Et que Minerve avec les Grâces
Préſide au bonheur de vos jours.
100% G
:
RAOUL.
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