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Détail
Liste
201
p. 2407-2411
« On mande de Barcelonne, que la petite Verole est devenuë epidemique cette année dans [...] »
Début :
On mande de Barcelonne, que la petite Verole est devenuë epidemique cette année dans [...]
Mots clefs :
Petite vérole, Catalogne, Bonnet de Docteur en Théologie, Tremblement de terre, Estampe, Violon
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texteReconnaissance textuelle : « On mande de Barcelonne, que la petite Verole est devenuë epidemique cette année dans [...] »
On mande de Barcelonne , que la petite Ve
role est devenue epidemique cette année dans
toute la Catalogne , qu'elle attaque toutes sortes
de Personnes et à tout âge mais qu'elle n'est
pas mortelle. On mande au contraire de Milan
que la même maladie y fait de grands ravages ,
et qu'il y est mort depuis quelque temps plus de
3000. Enfans,
-
On apprend de Lisbonne , que le 31. Aoust ,
le P. Pierre de la Conception , Religieux du
Tiers Ordre de S. François , reçût le Bonnet
de Docteur en Theologie dans l'Université de
Coimbre. C'est le premier Religieux de l'Ordre
de S. François qui ait été reçû Docteur
› non.
seulement dans cette Université , mais dans toutes
les autres du Royaume de Portugal : il eût
pour Parrain le P. Manuel de S. Jerome , Provincial
du Tiers-Ordre de S. François en Por
tugal.
Les Académies Litteraires se multiplient ent
Portugal ; outre celle de l'Histoire établie à Lisbonne
et celle de Guimaraens , qui a publić :
depuis peu diverses Pieces de Poësie , qui sont
fort applaudies , il vient de s'en établir une nou◄
velle dans la Ville de Braga.
2408 MERCURE DE FRANCE
On apprend en même temps de la Ville de
Chaves en Portugal , que le 8. Août on y avoit
essuyé une Tempête affreuse , qui s'étoit formée
autour d'une Montagne voisine de cette Ville ,
qu'en très-peu de temps la Riviere d'Avelans
s'étoit tellement enflée par la Pluye , que dans
l'espace de trois heures elle avoit entrainé toutes
les Maisons voisines , déraciné tous les Arbres
et fait perir une partie des Habitans.
?
Le Comte d'Orrery , sçavant Anglois , mort
depuis peu , a laissé à l'Université d'Oxford ,
sa belle Bibliotheque qu'on estime 6000. livres
sterlings.
On apprend de la Haye , que le Docteur Desaguliers
y donne depuis le mois dernier , un
cours de Philosophie experimentale , auquel assistent
un grand nombre de Personnes de distinction
le Duc de Lorraine , aussi curieux que
versé dans ce genre de Science , l'a honoré plusieurs
fois de sa presence.
::
On a appris en dernier lieu de la Chine ,
que le Tremblement de Terre dont nous avons
déja parlé , arrivé à Pekim et aux environs , le
30. Septembre 1730. à dix heures trois quarts
fût si violent et si subit , qu'il ne
de se mettre en su-
>
le
temps
›
du matin
donna à personne
reté. Au moment qu'on l'apperçût on vît les
Maisons tomber : l'effort se faisoit par- dessous ,
et les Murailles s'élevoient comme si ç'eût été
l'effet d'une Mine. La premiere sécoussé qui fût
P'unique violente ne dura qu'une minute , et
dans ce peu de temps elle renversa la moitié de
la Ville de Pekin. On compte déja plus de cent
mille personnes qui ont péri
OCTOBRE. 1731. 2409
A quatre lieues au Nord de Pekin , la Terre
s'est ouverte ; il en est sorti une fumée ou un
Brouillard épais ; la Terre s'est trouvée ensuite
couverte d'une eau noire en un endroit , jaúnatre
dans un autre , noire et rougeatre
ailleurs e
un gros Village appellé Tcha - ho a été entie
rement abîmé.
>
"
2
On n'est pas encore sans crainte le Tremblement
n'êtant pas fini. Le jour qu'il commença
, il y eût huit ou neuf secousses mais legeres
; depuis le 30. Septembre jusqu'au 12. d'Öctobre
, il y en cût 23. Lorsque a premiere secousse
se fit sentir P'Empereur étoit dans une
Barque sur un Canal de ses Jardins ; il se prosterna
aussi tôt , acora l'Esprit du Ciel , et l'invoqua
, en s'accusant et attribuant ce fleau du
Ciel à sa négligence dans le Gouvernement. .
>
On écrit de Florence , que le Riposodi Rafaele
paroît imprimé avec de nouvelles figures. C'est
un Dialogue sur la Feinture et la Sculpture ,
très bien écrit et très estimé où l'on traitte
de l'invention , de la disposition , du choix des
attitudes , du dessein et du coloris.
>
Il paroît une nouvelle Estampe dont le
sujet est la Ceremonie du Mariage de Louis
XIV avec Marie Therese d'Autriche. Elle est
de parei le grandeur des six qui ont déja paru ,
dont cinq sont gravées par le celebre SEBASTIEN
LE CLERC , la sixiéme representant l'Entrevuë
des deux Rois Louis XIV. et Philippe IV. Roi
d'Espagne , et celle qui donne lieu à cet article
sont du Sieur Jeorat , d'après aes Tableaux de
Ja composition de M. Le Brun ces deux dernieres
Estampes se vendent chez ledit Jcorat ,
•
Graveur
AIO MERCURE DE FRANCE
>
Graveur , ruë S. Jacques , vis - à- vis les Mathu
rins au Livre d'Or. On trouve aussi chez lui
beaucoup d'Estampes du même Sebastien Le
Clerc , son Beau Pere ; cet avis est d'autant plus
necessaire , que l'on expose en Public quantité
de copies des ouvrages de cet excellent Maître ;
et qu'à deux entr'autres ( l'Académie des Sciences
et des beaux Arts , et l'Entrée d'Alexandre
dans Babilone ) pour les rendre plus conformes
aux Originales , on en a imité jusqu'aux dedicaces
avec le nom de l'Auteur , exactitude , à la
verité , dont le motif est aussi visible que condamnable
par les honnêtes gens et par les cu
rieux intelligens.
Le Sieur le Blanc , Fondeur du Roy , extrê
mement connu par les beaux Ouvrages qu'il fair
d'un Métal de sa composition , couleur d'Or ,
qu'on a bien de la peine à distinguer du vrai or ,
nous prie d'avertir le Public , qu'il est trompé
tous les jours par de méchants Ouvriers , qui
veulent imiter sa composition et son travail , se
Bervant même de son nom pour vendre de mauvaises
Marchandises. Le Sr. le Blanc fait depuis
dix ans un grand débit de ses ouvrages , qu'on
peut voir chez le Roy , chez les Princes et chez
quantité de Seigneurs de la Ville et de la Cour,
Il demeure dans le Cloître S. Germain l'Au
xerrois.
Les Curieux trouveront chez lui quantité d'ouvrages
de goût , utiles et agréables , comme ornemens
de toute espece , Boucles , Pommes de
Cannes , Gardes d'Epées , Tabatieres , Garnitures
de Boutons , Flambeaux , Toilettes , Bras
Lustres , sur-tout de Table , Grilles à feu , & c.
Le
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
O IL
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
.
Le
OCTOBRE. 1731. 2411
Le Sieur Aubert , Intendant de la Musique
de S. A. S. M. le Duc , vient de donner au Public
un quatriéme Livre de Sonnates ; les Ouvra➡
,
de cet Auteur sont très recherchez. Il suffira
de dire qu'il a sçû joindre dans ce dernier , le
beau chant et les au neuf. On le peut
graces
executer sur la Flute comme sur le Violon ; il
donnera aussi dans le cours de l'Hyver prochain
sa quatriéme suite de Concert de Simphonie ;
on trouvera tous ses ouvrages chez le Sr. Boivin,
rue S. Honoré , à laregle d'or , le Sr. le Clerc ,
rue du Roule , à la Croix d'or , et chez l'Auteur
ruë S. Honoré , vis - à- vis la ruë de Gre➡
nelle , aux Dames de France. Il fera les envois
en Province tels qu'on les souhaittera , en lui
écrivant et lui marquant une adresse exacte.
Le prix de ce Livre de Sonnates est de 8. liv.
et celui de ses Concerts de Symphonie est de
3. liv. 12. fols.
› Papillon , Graveur en bois ruë S. Louis ,
près le Palais , à Paris , donne avis que le petit
Almanach de Paris , pour l'Année 1732. sera
augmenté et embelli de plusieurs choses curieuses.
Avec deux nouvelles planches des mois
qui feront la moitié de l'Année complette .
role est devenue epidemique cette année dans
toute la Catalogne , qu'elle attaque toutes sortes
de Personnes et à tout âge mais qu'elle n'est
pas mortelle. On mande au contraire de Milan
que la même maladie y fait de grands ravages ,
et qu'il y est mort depuis quelque temps plus de
3000. Enfans,
-
On apprend de Lisbonne , que le 31. Aoust ,
le P. Pierre de la Conception , Religieux du
Tiers Ordre de S. François , reçût le Bonnet
de Docteur en Theologie dans l'Université de
Coimbre. C'est le premier Religieux de l'Ordre
de S. François qui ait été reçû Docteur
› non.
seulement dans cette Université , mais dans toutes
les autres du Royaume de Portugal : il eût
pour Parrain le P. Manuel de S. Jerome , Provincial
du Tiers-Ordre de S. François en Por
tugal.
Les Académies Litteraires se multiplient ent
Portugal ; outre celle de l'Histoire établie à Lisbonne
et celle de Guimaraens , qui a publić :
depuis peu diverses Pieces de Poësie , qui sont
fort applaudies , il vient de s'en établir une nou◄
velle dans la Ville de Braga.
2408 MERCURE DE FRANCE
On apprend en même temps de la Ville de
Chaves en Portugal , que le 8. Août on y avoit
essuyé une Tempête affreuse , qui s'étoit formée
autour d'une Montagne voisine de cette Ville ,
qu'en très-peu de temps la Riviere d'Avelans
s'étoit tellement enflée par la Pluye , que dans
l'espace de trois heures elle avoit entrainé toutes
les Maisons voisines , déraciné tous les Arbres
et fait perir une partie des Habitans.
?
Le Comte d'Orrery , sçavant Anglois , mort
depuis peu , a laissé à l'Université d'Oxford ,
sa belle Bibliotheque qu'on estime 6000. livres
sterlings.
On apprend de la Haye , que le Docteur Desaguliers
y donne depuis le mois dernier , un
cours de Philosophie experimentale , auquel assistent
un grand nombre de Personnes de distinction
le Duc de Lorraine , aussi curieux que
versé dans ce genre de Science , l'a honoré plusieurs
fois de sa presence.
::
On a appris en dernier lieu de la Chine ,
que le Tremblement de Terre dont nous avons
déja parlé , arrivé à Pekim et aux environs , le
30. Septembre 1730. à dix heures trois quarts
fût si violent et si subit , qu'il ne
de se mettre en su-
>
le
temps
›
du matin
donna à personne
reté. Au moment qu'on l'apperçût on vît les
Maisons tomber : l'effort se faisoit par- dessous ,
et les Murailles s'élevoient comme si ç'eût été
l'effet d'une Mine. La premiere sécoussé qui fût
P'unique violente ne dura qu'une minute , et
dans ce peu de temps elle renversa la moitié de
la Ville de Pekin. On compte déja plus de cent
mille personnes qui ont péri
OCTOBRE. 1731. 2409
A quatre lieues au Nord de Pekin , la Terre
s'est ouverte ; il en est sorti une fumée ou un
Brouillard épais ; la Terre s'est trouvée ensuite
couverte d'une eau noire en un endroit , jaúnatre
dans un autre , noire et rougeatre
ailleurs e
un gros Village appellé Tcha - ho a été entie
rement abîmé.
>
"
2
On n'est pas encore sans crainte le Tremblement
n'êtant pas fini. Le jour qu'il commença
, il y eût huit ou neuf secousses mais legeres
; depuis le 30. Septembre jusqu'au 12. d'Öctobre
, il y en cût 23. Lorsque a premiere secousse
se fit sentir P'Empereur étoit dans une
Barque sur un Canal de ses Jardins ; il se prosterna
aussi tôt , acora l'Esprit du Ciel , et l'invoqua
, en s'accusant et attribuant ce fleau du
Ciel à sa négligence dans le Gouvernement. .
>
On écrit de Florence , que le Riposodi Rafaele
paroît imprimé avec de nouvelles figures. C'est
un Dialogue sur la Feinture et la Sculpture ,
très bien écrit et très estimé où l'on traitte
de l'invention , de la disposition , du choix des
attitudes , du dessein et du coloris.
>
Il paroît une nouvelle Estampe dont le
sujet est la Ceremonie du Mariage de Louis
XIV avec Marie Therese d'Autriche. Elle est
de parei le grandeur des six qui ont déja paru ,
dont cinq sont gravées par le celebre SEBASTIEN
LE CLERC , la sixiéme representant l'Entrevuë
des deux Rois Louis XIV. et Philippe IV. Roi
d'Espagne , et celle qui donne lieu à cet article
sont du Sieur Jeorat , d'après aes Tableaux de
Ja composition de M. Le Brun ces deux dernieres
Estampes se vendent chez ledit Jcorat ,
•
Graveur
AIO MERCURE DE FRANCE
>
Graveur , ruë S. Jacques , vis - à- vis les Mathu
rins au Livre d'Or. On trouve aussi chez lui
beaucoup d'Estampes du même Sebastien Le
Clerc , son Beau Pere ; cet avis est d'autant plus
necessaire , que l'on expose en Public quantité
de copies des ouvrages de cet excellent Maître ;
et qu'à deux entr'autres ( l'Académie des Sciences
et des beaux Arts , et l'Entrée d'Alexandre
dans Babilone ) pour les rendre plus conformes
aux Originales , on en a imité jusqu'aux dedicaces
avec le nom de l'Auteur , exactitude , à la
verité , dont le motif est aussi visible que condamnable
par les honnêtes gens et par les cu
rieux intelligens.
Le Sieur le Blanc , Fondeur du Roy , extrê
mement connu par les beaux Ouvrages qu'il fair
d'un Métal de sa composition , couleur d'Or ,
qu'on a bien de la peine à distinguer du vrai or ,
nous prie d'avertir le Public , qu'il est trompé
tous les jours par de méchants Ouvriers , qui
veulent imiter sa composition et son travail , se
Bervant même de son nom pour vendre de mauvaises
Marchandises. Le Sr. le Blanc fait depuis
dix ans un grand débit de ses ouvrages , qu'on
peut voir chez le Roy , chez les Princes et chez
quantité de Seigneurs de la Ville et de la Cour,
Il demeure dans le Cloître S. Germain l'Au
xerrois.
Les Curieux trouveront chez lui quantité d'ouvrages
de goût , utiles et agréables , comme ornemens
de toute espece , Boucles , Pommes de
Cannes , Gardes d'Epées , Tabatieres , Garnitures
de Boutons , Flambeaux , Toilettes , Bras
Lustres , sur-tout de Table , Grilles à feu , & c.
Le
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, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
O IL
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TILDEN FOUNDATIONS
.
Le
OCTOBRE. 1731. 2411
Le Sieur Aubert , Intendant de la Musique
de S. A. S. M. le Duc , vient de donner au Public
un quatriéme Livre de Sonnates ; les Ouvra➡
,
de cet Auteur sont très recherchez. Il suffira
de dire qu'il a sçû joindre dans ce dernier , le
beau chant et les au neuf. On le peut
graces
executer sur la Flute comme sur le Violon ; il
donnera aussi dans le cours de l'Hyver prochain
sa quatriéme suite de Concert de Simphonie ;
on trouvera tous ses ouvrages chez le Sr. Boivin,
rue S. Honoré , à laregle d'or , le Sr. le Clerc ,
rue du Roule , à la Croix d'or , et chez l'Auteur
ruë S. Honoré , vis - à- vis la ruë de Gre➡
nelle , aux Dames de France. Il fera les envois
en Province tels qu'on les souhaittera , en lui
écrivant et lui marquant une adresse exacte.
Le prix de ce Livre de Sonnates est de 8. liv.
et celui de ses Concerts de Symphonie est de
3. liv. 12. fols.
› Papillon , Graveur en bois ruë S. Louis ,
près le Palais , à Paris , donne avis que le petit
Almanach de Paris , pour l'Année 1732. sera
augmenté et embelli de plusieurs choses curieuses.
Avec deux nouvelles planches des mois
qui feront la moitié de l'Année complette .
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Résumé : « On mande de Barcelonne, que la petite Verole est devenuë epidemique cette année dans [...] »
En 1731, plusieurs événements historiques et culturels marquants ont eu lieu. En Catalogne, une épidémie de variole est devenue endémique, affectant toutes les classes d'âge sans être mortelle. À Milan, la variole a causé la mort de plus de 3000 enfants. Au Portugal, le Père Pierre de la Conception a obtenu le bonnet de docteur en théologie à l'Université de Coimbre, devenant le premier religieux de l'Ordre de Saint-François à recevoir ce titre dans le pays. Les académies littéraires se sont multipliées avec de nouvelles créations à Braga et Guimaraens. À Chaves, une tempête a causé des ravages et entraîné la mort de nombreux habitants. Le Comte d'Orrery a légué sa bibliothèque à l'Université d'Oxford. À La Haye, le Docteur Desaguliers a donné des cours de philosophie expérimentale, fréquentés par des personnalités distinguées. En Chine, un violent tremblement de terre a frappé Pékin, causant la mort de plus de cent mille personnes et des destructions massives. À Florence, un dialogue sur la peinture et la sculpture a été publié. Une nouvelle estampe représentant le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d'Autriche a été mise en vente. Le fondeur Le Blanc a averti contre les contrefaçons de ses œuvres. Le musicien Aubert a publié un quatrième livre de sonates et annoncé une suite de concerts pour l'hiver prochain. Enfin, le graveur Papillon a annoncé l'augmentation et l'embellissement de l'Almanach de Paris pour l'année 1732.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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202
p. 2620-2622
Epitaphe du Curé de S. Nicolas, [titre d'après la table]
Début :
M. le Curé de S. Nicolas des Champs, étant décedé au mois de May dernier [...]
Mots clefs :
Curé, Abbé, Épitaphe, Dictionnaire héraldique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Epitaphe du Curé de S. Nicolas, [titre d'après la table]
M. le Curé de S. Nicolas des Champs ,
étant décedé au mois de May dernier
M. l'Abbé de Laval a composé l'Epitaphe
qui suit , pour être mise sur son Tom
beau , dans la même Eglise.
D. O. M.
Hic jacet
Philippus - Michael Bonnet , Presbiter
Parisinus , sacræ Facultatis Doctor
Theologus , socius
>
Sorbonicus , hujus Ecclesiæ vigilantissi
mus, beneficentissimusque Pastor ,
Nicolai æmulator,
Suâ super involutos pauperiè , cautè et
abundè intelligens ,
Orphanorum adjutor
Viduarum solatium et patronus ,
Providens puellis nuptias :
Gregis
NOVEMBRE 2628
1731 .
Gregis sibi commissi forma factus
ex animo ,
Assiduus rigidusque à teneris annis ad
ultimum usque diem eximia
pietatis cultor.
Vir simplex et rectus ,
Cultu modestus
Pacis amantissimus :
Orationi manè semper primus instans ,
Sollicitudine pastorali non piger :
Hospitium sacerdotibus dedit
victumque supplevit.
Majori decentiorique pompâ divinum
officium decantari curavit.
Ità dilexit decorem Domus Domini ut
si oblivioni dederint komines
lapides meminerint .
Plenus dierum bonorumque operum obdormivit
in Domino die XXIII . Maii
Anno ætatis LXXVII
Anno verò reparatæ salutis
M. DCC. XXXI .
Huic Parochiæ præfuit An . XXXI.
Mens. VI. dieb. XXIV.
Memor judiciorum ejus qui justitias ju
dicat, obitum perennem fundavit.
Suig
2322 MERCURE DE FRANCE
Suis precibus vobis vivens profuit , vestris
nunc mortuo memores favete.
Hujus Ecclesiæ Administri grato animo
monumentum hoc posuêre.
vre ,
>
>
,
Le Sieur Chevillard , l'aîné , qui a déja donné
au Public le Dictionnaire Heraldique , et
le Livre ou Carte des Armes de la Noblesse des
Provinces de Bourgogne Bresse , Bugey et
Gex , vient de publier et mettre en vente une
nouvelle Carte , qui peut aussi se réduire en Licontenant
les armes >
noms et qualitez des
Gouverneurs , Capitaines , et Lieutenans - Generaux
de la Ville de Paris , suivant l'Ordre Chronologique.
Il continue ce même genre de travall
, et donnera incessamment au Public , un
Livre in- folio , contenant les Armes de tous les
Nobles du Gouvernement de l'Isle de France
et Soissonnois , suivant les Arrêts de maintenuë
des dernieres recherches de la Noblesse, Il demeure
toujours sur le petit Pont , vis - à- vis la
Rue Neuve Nôtre - Dame , à l'Enseigne du
Bras d'Or. Le prix de la nouvelle Carte est de
2. 1. en feuilles . "
,
Mr. Tardieu , Graveur du Roy , ruë Sair .
Jacques , chez Mr. Villette Fils Libraire ,
S. Bernard , vient de graver un St. Charles
d'après un Tableau de Mr. Dulin , imprimé s
la demi- feuille du grand Aigle qu'il vend tro
livres . C'est un morceau que les Curieux reche
cheront avec empressement. Le Prix et de s
sels.
étant décedé au mois de May dernier
M. l'Abbé de Laval a composé l'Epitaphe
qui suit , pour être mise sur son Tom
beau , dans la même Eglise.
D. O. M.
Hic jacet
Philippus - Michael Bonnet , Presbiter
Parisinus , sacræ Facultatis Doctor
Theologus , socius
>
Sorbonicus , hujus Ecclesiæ vigilantissi
mus, beneficentissimusque Pastor ,
Nicolai æmulator,
Suâ super involutos pauperiè , cautè et
abundè intelligens ,
Orphanorum adjutor
Viduarum solatium et patronus ,
Providens puellis nuptias :
Gregis
NOVEMBRE 2628
1731 .
Gregis sibi commissi forma factus
ex animo ,
Assiduus rigidusque à teneris annis ad
ultimum usque diem eximia
pietatis cultor.
Vir simplex et rectus ,
Cultu modestus
Pacis amantissimus :
Orationi manè semper primus instans ,
Sollicitudine pastorali non piger :
Hospitium sacerdotibus dedit
victumque supplevit.
Majori decentiorique pompâ divinum
officium decantari curavit.
Ità dilexit decorem Domus Domini ut
si oblivioni dederint komines
lapides meminerint .
Plenus dierum bonorumque operum obdormivit
in Domino die XXIII . Maii
Anno ætatis LXXVII
Anno verò reparatæ salutis
M. DCC. XXXI .
Huic Parochiæ præfuit An . XXXI.
Mens. VI. dieb. XXIV.
Memor judiciorum ejus qui justitias ju
dicat, obitum perennem fundavit.
Suig
2322 MERCURE DE FRANCE
Suis precibus vobis vivens profuit , vestris
nunc mortuo memores favete.
Hujus Ecclesiæ Administri grato animo
monumentum hoc posuêre.
vre ,
>
>
,
Le Sieur Chevillard , l'aîné , qui a déja donné
au Public le Dictionnaire Heraldique , et
le Livre ou Carte des Armes de la Noblesse des
Provinces de Bourgogne Bresse , Bugey et
Gex , vient de publier et mettre en vente une
nouvelle Carte , qui peut aussi se réduire en Licontenant
les armes >
noms et qualitez des
Gouverneurs , Capitaines , et Lieutenans - Generaux
de la Ville de Paris , suivant l'Ordre Chronologique.
Il continue ce même genre de travall
, et donnera incessamment au Public , un
Livre in- folio , contenant les Armes de tous les
Nobles du Gouvernement de l'Isle de France
et Soissonnois , suivant les Arrêts de maintenuë
des dernieres recherches de la Noblesse, Il demeure
toujours sur le petit Pont , vis - à- vis la
Rue Neuve Nôtre - Dame , à l'Enseigne du
Bras d'Or. Le prix de la nouvelle Carte est de
2. 1. en feuilles . "
,
Mr. Tardieu , Graveur du Roy , ruë Sair .
Jacques , chez Mr. Villette Fils Libraire ,
S. Bernard , vient de graver un St. Charles
d'après un Tableau de Mr. Dulin , imprimé s
la demi- feuille du grand Aigle qu'il vend tro
livres . C'est un morceau que les Curieux reche
cheront avec empressement. Le Prix et de s
sels.
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Résumé : Epitaphe du Curé de S. Nicolas, [titre d'après la table]
En mai 1731, Philippe-Michel Bonnet, docteur en théologie et curé de Saint-Nicolas-des-Champs, est décédé à l'âge de 77 ans après 31 ans de service. L'Abbé de Laval a composé une épitaphe en latin pour honorer Bonnet, le décrivant comme un pasteur dévoué aux pauvres, orphelins, veuves et jeunes filles, ainsi qu'un homme simple, droit, modeste et amoureux de la paix. L'épitaphe invite à se souvenir de ses jugements justes. Par ailleurs, le Sieur Chevillard a publié une nouvelle carte des armes, noms et qualités des gouverneurs et capitaines de Paris, vendue 2 livres. Il prévoit également un livre sur les armes des nobles de l'Île-de-France et du Soissonnais. Enfin, Jacques, graveur du roi, a gravé un Saint-Charles d'après un tableau de M. Dulin, vendu 3 livres, destiné aux amateurs d'art.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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203
p. 2623-2624
Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
Début :
Les Curieux d'Estampes sont avertis que l'on a mis en vente chez la Veuve de François [...]
Mots clefs :
Londres, Estampes, Manuscrits, Machine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
Les Curieux d'Estampes sont avertis
a mis en vente chez la Veuve de Françoi :
Chereau Graveur du Roy , rue S. Jacques ,
aux deux Pilliers d'Or et chez Surugues ,
aussi Graveur du Roy , Rue des Noyers , toute
la suite des Figures Chinoises , gravées d'après
les Peintures d'Antoine Watteau , qui sont
dans le Cabinet du Roy au Château de la
Meutte , en 30. morceaux ; comme auffi deuxnouvelles
Estampes de grande composition ,
gravées d'après deux des plus beaux Tableaux
de ce gracieux Peintre ; l'une a pour titre , Assemblée
Galante l'autre , Rendez - vous de
Chasse.
,
Ces charmans Tableaux , qu'on continuë de
graver avec beaucoup de soin , fourniront dans
peu une oeuvre des plus agréables qui ait encore
paru.
On vient de mettre en vente une trés - belle
Estampe en large , qui est extrémement recherchée
et qui mérite de l'être , elle est gravée pa
M. Lepicier , d'après un Tableau du Cabinet .
M. Fagon , Conseiller d'Etat , peine par M. Ch
Coypel. Cette ingenieuse composition represent
un nombre d'enfans , qui devant et autour d'u
Toilette dressée , se parent des hardes , des nip
et des ajustemens de leurs parens qu'ils ont f
attraper , en imitant avec beaucoup de grace
de naïveté , les airs et les manieres des grand
personnes. Ce joli badinage , dans lequel les Mc.
des du temps sont exactement observées ,
donné lieu à ces quatre Vers qu'on lit au bas c
l'Estampe :
01
Ce
2624 MERCURE DE FRANCE
De la Mode et de ses boutades ,
Ce jeu d'enfant rend les excès ;
Ces atours , malgré leurs succès ,
Sont bien souvent des Mascarades .
Cette Estampe se vend chez l'Auteur , ruë
3. Jacques , au- dessus des Jacobins , & chex
Surugue , rue des Noyers.
On écrit de Londres , que M. Jean Guest a inventé
une Machine qui a été examinée par le
Chevalier Charles Wager , avant son départ
pour la Méditerranée , et depuis par le Docteur
Halley , Astronome du Roy , qui l'ont approuvée.
On assure qu'il doit partir dans peu pour
les Indes Occidentales , afin d'éprouver en Mer
si , comme ce Mathématicien le prétend , sa Machine
donnera exactement la Latitude et la Longitude
en tout temps et en tout lieu , la variation
exacte de l'Aiguille aimantée , et l'heure du jour,
à une minute près. On assure que les Commissaires
de l'Amirauté lui ont promis une récompense
considerable , si cette Machine est aussi
utile qu'il le prétend.
On a aussi appris de Londres , une nouvelle à
1aquelle les Sçavans seront sensibles . Le 3. de ce
mois le feu prit à la Maison du feu Comte
d'Ashburnham , près de l'Abbaye de Westminster
, où l'on conservoit la fameuse Bibliotheque
de Cotton : plusieurs des Manuscrits précieux de
cette Bibliotheque furent consumez par les flammes
, ainsi qu'une partie considerable de cette
Maison.
a mis en vente chez la Veuve de Françoi :
Chereau Graveur du Roy , rue S. Jacques ,
aux deux Pilliers d'Or et chez Surugues ,
aussi Graveur du Roy , Rue des Noyers , toute
la suite des Figures Chinoises , gravées d'après
les Peintures d'Antoine Watteau , qui sont
dans le Cabinet du Roy au Château de la
Meutte , en 30. morceaux ; comme auffi deuxnouvelles
Estampes de grande composition ,
gravées d'après deux des plus beaux Tableaux
de ce gracieux Peintre ; l'une a pour titre , Assemblée
Galante l'autre , Rendez - vous de
Chasse.
,
Ces charmans Tableaux , qu'on continuë de
graver avec beaucoup de soin , fourniront dans
peu une oeuvre des plus agréables qui ait encore
paru.
On vient de mettre en vente une trés - belle
Estampe en large , qui est extrémement recherchée
et qui mérite de l'être , elle est gravée pa
M. Lepicier , d'après un Tableau du Cabinet .
M. Fagon , Conseiller d'Etat , peine par M. Ch
Coypel. Cette ingenieuse composition represent
un nombre d'enfans , qui devant et autour d'u
Toilette dressée , se parent des hardes , des nip
et des ajustemens de leurs parens qu'ils ont f
attraper , en imitant avec beaucoup de grace
de naïveté , les airs et les manieres des grand
personnes. Ce joli badinage , dans lequel les Mc.
des du temps sont exactement observées ,
donné lieu à ces quatre Vers qu'on lit au bas c
l'Estampe :
01
Ce
2624 MERCURE DE FRANCE
De la Mode et de ses boutades ,
Ce jeu d'enfant rend les excès ;
Ces atours , malgré leurs succès ,
Sont bien souvent des Mascarades .
Cette Estampe se vend chez l'Auteur , ruë
3. Jacques , au- dessus des Jacobins , & chex
Surugue , rue des Noyers.
On écrit de Londres , que M. Jean Guest a inventé
une Machine qui a été examinée par le
Chevalier Charles Wager , avant son départ
pour la Méditerranée , et depuis par le Docteur
Halley , Astronome du Roy , qui l'ont approuvée.
On assure qu'il doit partir dans peu pour
les Indes Occidentales , afin d'éprouver en Mer
si , comme ce Mathématicien le prétend , sa Machine
donnera exactement la Latitude et la Longitude
en tout temps et en tout lieu , la variation
exacte de l'Aiguille aimantée , et l'heure du jour,
à une minute près. On assure que les Commissaires
de l'Amirauté lui ont promis une récompense
considerable , si cette Machine est aussi
utile qu'il le prétend.
On a aussi appris de Londres , une nouvelle à
1aquelle les Sçavans seront sensibles . Le 3. de ce
mois le feu prit à la Maison du feu Comte
d'Ashburnham , près de l'Abbaye de Westminster
, où l'on conservoit la fameuse Bibliotheque
de Cotton : plusieurs des Manuscrits précieux de
cette Bibliotheque furent consumez par les flammes
, ainsi qu'une partie considerable de cette
Maison.
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Résumé : Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
Le document annonce la vente de diverses estampes et œuvres d'art. Chez la veuve de François Chereau et chez Surugues, graveurs du roi, sont disponibles la suite des Figures Chinoises d'Antoine Watteau, présentes dans le cabinet du roi au Château de la Muette, ainsi que deux nouvelles estampes intitulées 'Assemblée Galante' et 'Rendez-vous de Chasse'. Une autre estampe, gravée par M. Lepicier d'après un tableau de Charles Coypel, représentant des enfants imitant les adultes, est également en vente. Cette estampe est accompagnée de quatre vers sur la mode et ses excès. Par ailleurs, une invention de M. Jean Guest, une machine pour déterminer la latitude, la longitude, la variation de l'aiguille aimantée et l'heure du jour, a été approuvée par le Chevalier Charles Wager et le Docteur Halley. M. Guest doit tester cette machine en mer lors d'un voyage aux Indes Occidentales. Enfin, un incendie à Londres a détruit une partie de la bibliothèque du comte d'Ashburnham près de l'abbaye de Westminster.
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204
p. 2762-2765
EXPLICATION de la Médaille frapée en l'honneur de S. E. Monseigneur le Cardinal DE FLEURY, STANCES.
Début :
Vos yeux ne pouvoient voir cet auguste visage, [...]
Mots clefs :
Médaille, Art, Miroir, Vertus, Génie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION de la Médaille frapée en l'honneur de S. E. Monseigneur le Cardinal DE FLEURY, STANCES.
EXPLICATION de la Médaille ( 1`)
frapée en l'honneur de S. E. Monsej
gneur le Cardinal DE FLEURY,
STANCE S.
Vos yeux ne pouvoient voir cet auguste visage
,
Peuples , qu'an sort privé retient loin de la
Cour ;
Un Art ingénieux vous en offre l'image :
Contentez vos regards, contentez votre amours
( 1 ) Il y en a d'Or , d'Argent et de Bronze ,
frapées par l'ordre de Monseigneur le Duc d'An-
1in. Cette Médaille porte le Buste de S. E. avec
cette Légende : Andrea Herculi de Fleury, S.R.E.
Cardinali , Primario Regina Elemosinario. Et au
revers les quatre Vertus Cardinales. La Prudence
tient un Miroir. La Justice , un Balance. La for-
1. Vel. Admirez
1
DECEMBRE . 1721. 2763
Admirez ce maintien doux , tranquile , me
deste ;
Contemplez de ce front la noble gravité ;
Ila je ne sçai-quoi d'aimable et de celeste ,
Qui tient l'oeil attentif , et le coeur enchant
Il consacre avec fruit ses veilles assidues
A la gloire du Prince , au bonheur des Sujets
L'Elite des Vertus icy - bas descenduës
L'accompagne , l'inspire , et guide ses projets.
Voïez-vous ce Miroir ? C'est - là que la PREZ
DENCE
Lui montre le chemin qui conduit au succès ,
Et THEMIS de concert lui montre sa Balance
Pour régler du Public les divers interêts,
*
La FORCE le soutient , par son secours fidelle
Cet HERCUL E nouveau du crime est la te£
reur ;
Il préserve nos Lys d'une Guerre cruelle ;
Du Démon des combats il calme la fureur,
ce , un Lyon sous ses pieds. La Tempérance , un
Mords de bride . Au milieu est un Globe , élevé
sur une Colonne , avec trois Fleurs de Lys , er
eette Légende : Virtutes Regni administra.Voicz
le Mercure d'Aoust 1731 .
1. Vol. Pra
2764 MERCURE DE FRANCE
Par sa voix chaque jour la douce TE-MIRANCE
Modere de LOUIS les sentimens guerriers ;
Et craignant de troubler le repos de la France ,
Szait préférer l'Olive à de sanglans Lauriers.
Sous les yeux de FLEURY , quel astre te
.peut nuire ?
François, que taGrandeur
est solide aujourd'hui
! L'Enfer voudroit envain ébranler un Empire
De qui la Vertu même est le Guide et l'appui.
Poursuis , heureux Génie ; ajoute à ce miracles
;
Jadis , Rome à ta gloire , eut dressé des Autels
Mais lorsque ta Vertu n'y mettra plus d'obstacles
,
La France te rendra des honneurs immortels.
Ce riche Monument , t'en est le doux présage.
A nos tendres désirs D'ANTIN s'est conformé ;
Fécond en grands desseins , il enfante l'ouvrage
Que mille voeux secrets avoient déja formé.
ΕΝΤΟΥ.
Ministre infatigable , et si cher à la France ,
Reçoi ce trait leger de ma Reconnoissance.
1. Vol.
Pardonne
DECEMBRE. 1731.
2763
Fardonne , si mon Chant , dont Toy scul
l'objet ,
Rabaisse la grandeur d'an si noble Sujet.
C'est payer foiblement les glorieux suffrages
Dont tu daignas trois fois honorer mes ou
vrages :
C'est payer foiblement ce Don trop généreux
Que m'adressa ta main , sans attendre mes voeux,
Oh ! si jamais le sort , au gré de mon envie
Tempére ses rigueurs , et prolonge ma vie!
Coulant mes heureux jours dans un docte loisir
[ Ciel tu m'en es témoin ) mon plus charmant
plaisir
Sera de célébrer aux yeux de la Province
Les Vertus du Ministre , et la Gloire du Prince
HEURTAULD , Prêtre , Pro
fesseur en l'Université de Caën.
frapée en l'honneur de S. E. Monsej
gneur le Cardinal DE FLEURY,
STANCE S.
Vos yeux ne pouvoient voir cet auguste visage
,
Peuples , qu'an sort privé retient loin de la
Cour ;
Un Art ingénieux vous en offre l'image :
Contentez vos regards, contentez votre amours
( 1 ) Il y en a d'Or , d'Argent et de Bronze ,
frapées par l'ordre de Monseigneur le Duc d'An-
1in. Cette Médaille porte le Buste de S. E. avec
cette Légende : Andrea Herculi de Fleury, S.R.E.
Cardinali , Primario Regina Elemosinario. Et au
revers les quatre Vertus Cardinales. La Prudence
tient un Miroir. La Justice , un Balance. La for-
1. Vel. Admirez
1
DECEMBRE . 1721. 2763
Admirez ce maintien doux , tranquile , me
deste ;
Contemplez de ce front la noble gravité ;
Ila je ne sçai-quoi d'aimable et de celeste ,
Qui tient l'oeil attentif , et le coeur enchant
Il consacre avec fruit ses veilles assidues
A la gloire du Prince , au bonheur des Sujets
L'Elite des Vertus icy - bas descenduës
L'accompagne , l'inspire , et guide ses projets.
Voïez-vous ce Miroir ? C'est - là que la PREZ
DENCE
Lui montre le chemin qui conduit au succès ,
Et THEMIS de concert lui montre sa Balance
Pour régler du Public les divers interêts,
*
La FORCE le soutient , par son secours fidelle
Cet HERCUL E nouveau du crime est la te£
reur ;
Il préserve nos Lys d'une Guerre cruelle ;
Du Démon des combats il calme la fureur,
ce , un Lyon sous ses pieds. La Tempérance , un
Mords de bride . Au milieu est un Globe , élevé
sur une Colonne , avec trois Fleurs de Lys , er
eette Légende : Virtutes Regni administra.Voicz
le Mercure d'Aoust 1731 .
1. Vol. Pra
2764 MERCURE DE FRANCE
Par sa voix chaque jour la douce TE-MIRANCE
Modere de LOUIS les sentimens guerriers ;
Et craignant de troubler le repos de la France ,
Szait préférer l'Olive à de sanglans Lauriers.
Sous les yeux de FLEURY , quel astre te
.peut nuire ?
François, que taGrandeur
est solide aujourd'hui
! L'Enfer voudroit envain ébranler un Empire
De qui la Vertu même est le Guide et l'appui.
Poursuis , heureux Génie ; ajoute à ce miracles
;
Jadis , Rome à ta gloire , eut dressé des Autels
Mais lorsque ta Vertu n'y mettra plus d'obstacles
,
La France te rendra des honneurs immortels.
Ce riche Monument , t'en est le doux présage.
A nos tendres désirs D'ANTIN s'est conformé ;
Fécond en grands desseins , il enfante l'ouvrage
Que mille voeux secrets avoient déja formé.
ΕΝΤΟΥ.
Ministre infatigable , et si cher à la France ,
Reçoi ce trait leger de ma Reconnoissance.
1. Vol.
Pardonne
DECEMBRE. 1731.
2763
Fardonne , si mon Chant , dont Toy scul
l'objet ,
Rabaisse la grandeur d'an si noble Sujet.
C'est payer foiblement les glorieux suffrages
Dont tu daignas trois fois honorer mes ou
vrages :
C'est payer foiblement ce Don trop généreux
Que m'adressa ta main , sans attendre mes voeux,
Oh ! si jamais le sort , au gré de mon envie
Tempére ses rigueurs , et prolonge ma vie!
Coulant mes heureux jours dans un docte loisir
[ Ciel tu m'en es témoin ) mon plus charmant
plaisir
Sera de célébrer aux yeux de la Province
Les Vertus du Ministre , et la Gloire du Prince
HEURTAULD , Prêtre , Pro
fesseur en l'Université de Caën.
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Résumé : EXPLICATION de la Médaille frapée en l'honneur de S. E. Monseigneur le Cardinal DE FLEURY, STANCES.
Le texte décrit une médaille frappée en l'honneur du Cardinal de Fleury, disponible en or, argent et bronze, commandée par le Duc d'Anjou. Au recto, elle présente le buste du Cardinal avec la légende 'Andrea Herculi de Fleury, S.R.E. Cardinali, Primario Regina Elemosinario'. Au verso, elle représente les quatre vertus cardinales : Prudence, Justice, Force et Tempérance, chacune symbolisée par un attribut spécifique. La légende au revers est 'Virtutes Regni administra'. Le texte met en avant les qualités du Cardinal, telles que son maintien doux et tranquille, sa noble gravité et son dévouement à la gloire du Prince et au bonheur des sujets. Les vertus guident ses projets et actions : la Prudence lui montre le chemin du succès, la Justice régule les intérêts publics, la Force le soutient contre le crime, et la Tempérance modère les sentiments guerriers du roi Louis. Enfin, le texte exprime reconnaissance et admiration envers le Duc d'Anjou pour la réalisation de cette médaille et envers les vertus et actions du Cardinal de Fleury.
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205
p. 2848-2851
SUITE des Nouvelles du Bureau Typographique.
Début :
On écrit de Londres que le Bureau Typographique y a excité la curiosité des François [...]
Mots clefs :
Chirurgien, Inflammations, Actrice, Bureau typographique, Tropes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Nouvelles du Bureau Typographique.
SUITE des Nouvelles du Bureau Typographique.
N écrit de Londres que le Bureau Typographique
y a excité la curiosité des François
et des Anglois. On demande sur la construction
et l'usage de ce Bureau , les éclaircissemens nécessaires
, et tout ce qui a paru pour et contre
cette nouvelle maniere de montrer aux Enfans
les premiers élemens des Lettres.
Bien des Personnes à Paris trouvent la Machine
du Bureau trop longue pour être placée
dans un appartement ; mais on a déja fait voir
le peude place qu'elle occupe derriere trois Fauteuils
, sans déranger la Chambre de ceux qui
préferent l'arangement des Meubles à l'éducation
de leurs Enfans : d'ailleurs , en faisant faire de
plus petites cartes que celles dont on se sert ordinairement
, il sera facile d'avoir des Bureaux
plus courts et moins larges.
Trois Enfans du Bureau Typographique sont
heureusement guéris , deux de la petite Verole ,
et l'autre d'une maladie encore plus dangereuse :
si le Seigneur en avoit pris quelqu'un , les critiques
n'auroient pas manqué d'en mettre la mort
sur le compte de la nouvelle methode , ne résonmant
pas plus juste en cela que si l'on attribuoit
Jeur guérison au précedent Exercice Typographique
.
Pierre Wite , rue S. Jacques , à l'Ange Gardien
, vend une Brochure in 12. de 108. pages
intitulée , Réponse de M. Perquis , Maître de
Philosophie , d'Humanités et de Typographie
à la Lettre d'un Professeur anonime , de l'Uni
versité de Paris , inserée dans le Mercure d
4. Vol. Fevrie
DECEMBRE 1731. 2849
dit
Fevrier 1731. Ce Professeur anonime est ,
on , le nouvel Editeur de la Methode de M. Le
Fevre , Methode bien differente de celles des Colleges.
L'Auteur des Tropes , dans le 2d Vol. du
Mercure du mois de Juin , a justifié contre ce Professeur
anonime , l'Article des nouvelles Metho
des. La réponse de M. Perquis , quoique de vieille
datte , pourra cependant servir de réponse et de
réplique aux adversaires du Bureau , qui préferent
toujours les anciennes méthodes aux nouvelles.
L'on verra par cette Brochure , que le
Maître de Bureau Typographique ne soûtient
pas mal sa qualité de Maître de Philosophie ,
par la force et la justesse des raisonnemens dont
sa vive réponse est remplie ; cela paroît d'autant
plus surprenant dans un Humaniste , qu'il
y en a peu de sensibles à l'esprit philosophique ,
ou à l'art de raisonner.
Les curieux qui voudront faire faire des Bureaux
à leur Menuisier , et prendre eux -mêmes
la peine de les garnir , trouveront des Abécés
sur cuivre , ou des lettres à jour chez le Sr. Le
Comte , rue Jacob , à la porte de la Charité ,
et chez le Sr. Cadoret , aux Charniers des Sts.
Innocents , du côté de la rue au Fer , à l'Enseigne
du Bureau Typographique.
Les Personnes qui souhaitteront faire usage
des Classes du Bureau , en trouveront de toutes
garnies dans la maison atenant la porte du College
de Lisieux , du côté de S. Etienne des Grès.
On y trouvera aussi des grands et des petits
Abécés , imprimés sur des cartes , avec la feüille
élementaire en Placard pour la démonstration ,
la dénomination des Lettres la premiere silabisation
, &c.
>
Quoique les matieres de Chirurgie ne soient
I. Vol pas
2850 MERCURE DE FRANCE
pas entierement du ressort du Mercure › nous
pune
nous dispenserons pas , ( attendu l'utilité
blique , d'annoncer un Livre imprimé chez
Charles Osmont , rue S. Jacques , intitulé , Observations
de Chirurgie , par Henry Ledran
Chirurgien Juré à Paris , de la Societé des Arts
Ce qui nous engage à en parler , c'est qu'on
nous a montré un livre du même Auteur , intitulé
, Parallele des differentes manieres de parà
ler , qui se vend chez le même Imprimeur , et
que Mr. Duglas , fameux Docteur en Medecine
à Londres a traduit en Anglois sans y faire
aucun changement. Il a fait honneur à notre
Chirurgie , et le Public ne sera pas fâché d'apprendre
que les Etrangers ne dédaignent pas
d'adopter nos manieres de penser , et d'operer
dans un Art aussi nécessaire à la vie , qui a fait
tant de progrès chez nous , et qui se perfectionne
tous les jours,
Il paroît depuis peu une Estampe qui a un
très-grand débit , et qui mérite bien l'approbation
qu'elle a des Curieux. C'est une très - heureuse
production du Pinceau et duBurin deMrs.Charles
Coypel et N. Drevet , dont la réputation est
assez connuë par des morceaux de plus grande
conséquence ; mais on peut dire , qu'en son
genre , celui- cy doit passer pour leur chef- d'oeu
vre. C'est le Portrait de Mlle Le Couvreur
Actrice du Theatre François , celebre par ses talens
pour la déclamation , morte , generalement
regrettée, au mois de Mars 1730. On en trouvera
un Article assez étendu dans le Mercure de ce
mois-là. Elle est representée en Cornelie , tenant
P'Urne qui renferme les cendres de Pompée.
Cette Estampe se vend chez Mr. Francoeur
1. Vol. дыё
?
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
2
4
DECEMBRE 1731. 28 Fr
rue neuve des petits Champs , vis - à-vis la Com
pagnie des Indes , et chez Mr. Drevet , aux Galleries
du Louvre.
L'Utilité publique nous engage de publier l'Avis
qui suit :
Par Brevet de M. le premier Medecin du Roy
le Sr. Decourbiere fait distribuer une Poudre
composée de Simples , pour la guérison radicalle
des Hemorroïdes . Elle appaise les Enflammations,
gonflemens et douleurs en cinq ou six prises
Elle est facile à prendre , et ne cause aucune révolution
; elle se conserve , et on peut l'envoyer
par tout. Il faut s'adresser à Paris , au Sieur La
Coste , Chirurgien , rue du petit Lion , Fauxbourg
S. Germain , chez Madame Frontier . Ceux
qui auront besoin de ce Remede sont priez
d'envoyer des gens
fideles ; il est le seul qui le
distribuë , et il donne les prises cachetées , avec
la maniere de les prendre.
N écrit de Londres que le Bureau Typographique
y a excité la curiosité des François
et des Anglois. On demande sur la construction
et l'usage de ce Bureau , les éclaircissemens nécessaires
, et tout ce qui a paru pour et contre
cette nouvelle maniere de montrer aux Enfans
les premiers élemens des Lettres.
Bien des Personnes à Paris trouvent la Machine
du Bureau trop longue pour être placée
dans un appartement ; mais on a déja fait voir
le peude place qu'elle occupe derriere trois Fauteuils
, sans déranger la Chambre de ceux qui
préferent l'arangement des Meubles à l'éducation
de leurs Enfans : d'ailleurs , en faisant faire de
plus petites cartes que celles dont on se sert ordinairement
, il sera facile d'avoir des Bureaux
plus courts et moins larges.
Trois Enfans du Bureau Typographique sont
heureusement guéris , deux de la petite Verole ,
et l'autre d'une maladie encore plus dangereuse :
si le Seigneur en avoit pris quelqu'un , les critiques
n'auroient pas manqué d'en mettre la mort
sur le compte de la nouvelle methode , ne résonmant
pas plus juste en cela que si l'on attribuoit
Jeur guérison au précedent Exercice Typographique
.
Pierre Wite , rue S. Jacques , à l'Ange Gardien
, vend une Brochure in 12. de 108. pages
intitulée , Réponse de M. Perquis , Maître de
Philosophie , d'Humanités et de Typographie
à la Lettre d'un Professeur anonime , de l'Uni
versité de Paris , inserée dans le Mercure d
4. Vol. Fevrie
DECEMBRE 1731. 2849
dit
Fevrier 1731. Ce Professeur anonime est ,
on , le nouvel Editeur de la Methode de M. Le
Fevre , Methode bien differente de celles des Colleges.
L'Auteur des Tropes , dans le 2d Vol. du
Mercure du mois de Juin , a justifié contre ce Professeur
anonime , l'Article des nouvelles Metho
des. La réponse de M. Perquis , quoique de vieille
datte , pourra cependant servir de réponse et de
réplique aux adversaires du Bureau , qui préferent
toujours les anciennes méthodes aux nouvelles.
L'on verra par cette Brochure , que le
Maître de Bureau Typographique ne soûtient
pas mal sa qualité de Maître de Philosophie ,
par la force et la justesse des raisonnemens dont
sa vive réponse est remplie ; cela paroît d'autant
plus surprenant dans un Humaniste , qu'il
y en a peu de sensibles à l'esprit philosophique ,
ou à l'art de raisonner.
Les curieux qui voudront faire faire des Bureaux
à leur Menuisier , et prendre eux -mêmes
la peine de les garnir , trouveront des Abécés
sur cuivre , ou des lettres à jour chez le Sr. Le
Comte , rue Jacob , à la porte de la Charité ,
et chez le Sr. Cadoret , aux Charniers des Sts.
Innocents , du côté de la rue au Fer , à l'Enseigne
du Bureau Typographique.
Les Personnes qui souhaitteront faire usage
des Classes du Bureau , en trouveront de toutes
garnies dans la maison atenant la porte du College
de Lisieux , du côté de S. Etienne des Grès.
On y trouvera aussi des grands et des petits
Abécés , imprimés sur des cartes , avec la feüille
élementaire en Placard pour la démonstration ,
la dénomination des Lettres la premiere silabisation
, &c.
>
Quoique les matieres de Chirurgie ne soient
I. Vol pas
2850 MERCURE DE FRANCE
pas entierement du ressort du Mercure › nous
pune
nous dispenserons pas , ( attendu l'utilité
blique , d'annoncer un Livre imprimé chez
Charles Osmont , rue S. Jacques , intitulé , Observations
de Chirurgie , par Henry Ledran
Chirurgien Juré à Paris , de la Societé des Arts
Ce qui nous engage à en parler , c'est qu'on
nous a montré un livre du même Auteur , intitulé
, Parallele des differentes manieres de parà
ler , qui se vend chez le même Imprimeur , et
que Mr. Duglas , fameux Docteur en Medecine
à Londres a traduit en Anglois sans y faire
aucun changement. Il a fait honneur à notre
Chirurgie , et le Public ne sera pas fâché d'apprendre
que les Etrangers ne dédaignent pas
d'adopter nos manieres de penser , et d'operer
dans un Art aussi nécessaire à la vie , qui a fait
tant de progrès chez nous , et qui se perfectionne
tous les jours,
Il paroît depuis peu une Estampe qui a un
très-grand débit , et qui mérite bien l'approbation
qu'elle a des Curieux. C'est une très - heureuse
production du Pinceau et duBurin deMrs.Charles
Coypel et N. Drevet , dont la réputation est
assez connuë par des morceaux de plus grande
conséquence ; mais on peut dire , qu'en son
genre , celui- cy doit passer pour leur chef- d'oeu
vre. C'est le Portrait de Mlle Le Couvreur
Actrice du Theatre François , celebre par ses talens
pour la déclamation , morte , generalement
regrettée, au mois de Mars 1730. On en trouvera
un Article assez étendu dans le Mercure de ce
mois-là. Elle est representée en Cornelie , tenant
P'Urne qui renferme les cendres de Pompée.
Cette Estampe se vend chez Mr. Francoeur
1. Vol. дыё
?
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
2
4
DECEMBRE 1731. 28 Fr
rue neuve des petits Champs , vis - à-vis la Com
pagnie des Indes , et chez Mr. Drevet , aux Galleries
du Louvre.
L'Utilité publique nous engage de publier l'Avis
qui suit :
Par Brevet de M. le premier Medecin du Roy
le Sr. Decourbiere fait distribuer une Poudre
composée de Simples , pour la guérison radicalle
des Hemorroïdes . Elle appaise les Enflammations,
gonflemens et douleurs en cinq ou six prises
Elle est facile à prendre , et ne cause aucune révolution
; elle se conserve , et on peut l'envoyer
par tout. Il faut s'adresser à Paris , au Sieur La
Coste , Chirurgien , rue du petit Lion , Fauxbourg
S. Germain , chez Madame Frontier . Ceux
qui auront besoin de ce Remede sont priez
d'envoyer des gens
fideles ; il est le seul qui le
distribuë , et il donne les prises cachetées , avec
la maniere de les prendre.
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Résumé : SUITE des Nouvelles du Bureau Typographique.
Le texte décrit l'intérêt suscité par le Bureau Typographique à Londres, tant par les Français que par les Anglais, qui cherchent des informations sur sa construction et son usage pour l'éducation des enfants. À Paris, certains jugent la machine trop volumineuse pour les appartements, mais des solutions comme réduire la taille des cartes ou adapter l'aménagement sont envisagées. Le texte souligne également la guérison de trois enfants ayant utilisé le Bureau Typographique, réfutant ainsi toute critique sur une éventuelle mort liée à son utilisation. Pierre Wite vend une brochure intitulée 'Réponse de M. Perquis' contre un professeur anonyme de l'Université de Paris, qui critique la méthode de M. Lefèvre. Cette brochure défend les nouvelles méthodes pédagogiques contre les anciennes. Les intéressés peuvent se procurer des abécédaires et des lettres chez Le Comte et Cadoret, ou des classes complètes près du Collège de Lisieux. Le texte mentionne également divers sujets, tels qu'un livre de chirurgie de Henry Ledran, traduit en anglais par Mr. Duglas, et une estampe de Mme Le Couvreur réalisée par Charles Coypel et N. Drevet. Enfin, il est fait référence à une poudre pour soigner les hémorroïdes distribuée par le Sr. Decourbiere, disponible chez le Sr. La Coste et Madame Frontier.
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206
p. 2850
Portrait gravé de la Dlle Le Couvreur. [titre d'après la table]
Début :
Il paroît depuis peu une Estampe qui a un très-grand débit, et qui mérite bien l'approbation [...]
Mots clefs :
Estampe, Actrice du Théâtre-Français
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texteReconnaissance textuelle : Portrait gravé de la Dlle Le Couvreur. [titre d'après la table]
Il paroît depuis peu une Estampe qui a un
très-grand débit , et qui mérite bien l'approbation
qu'elle a des Curieux. C'est une très - heureuse
production du Pinceau et duBurin deMrs.Charles
Coypel et N. Drevet , dont la réputation est
assez connuë par des morceaux de plus grande
conséquence ; mais on peut dire , qu'en son
genre , celui- cy doit passer pour leur chef- d'oeu
vre. C'est le Portrait de Mlle Le Couvreur
Actrice du Theatre François , celebre par ses talens
pour la déclamation , morte , generalement
regrettée, au mois de Mars 1730. On en trouvera
un Article assez étendu dans le Mercure de ce
mois-là. Elle est representée en Cornelie , tenant
P'Urne qui renferme les cendres de Pompée.
Cette Estampe se vend chez Mr. Francoeur
1. Vol. дыё neuve des petits Champs , vis - à-vis la Com
pagnie des Indes , et chez Mr. Drevet , aux Galleries
du Louvre.
très-grand débit , et qui mérite bien l'approbation
qu'elle a des Curieux. C'est une très - heureuse
production du Pinceau et duBurin deMrs.Charles
Coypel et N. Drevet , dont la réputation est
assez connuë par des morceaux de plus grande
conséquence ; mais on peut dire , qu'en son
genre , celui- cy doit passer pour leur chef- d'oeu
vre. C'est le Portrait de Mlle Le Couvreur
Actrice du Theatre François , celebre par ses talens
pour la déclamation , morte , generalement
regrettée, au mois de Mars 1730. On en trouvera
un Article assez étendu dans le Mercure de ce
mois-là. Elle est representée en Cornelie , tenant
P'Urne qui renferme les cendres de Pompée.
Cette Estampe se vend chez Mr. Francoeur
1. Vol. дыё neuve des petits Champs , vis - à-vis la Com
pagnie des Indes , et chez Mr. Drevet , aux Galleries
du Louvre.
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Résumé : Portrait gravé de la Dlle Le Couvreur. [titre d'après la table]
L'estampe, œuvre de Charles Coypel et N. Drevet, représente Mlle Le Couvreur dans le rôle de Cornélie. Actrice célèbre du Théâtre Français, elle est décédée en mars 1730. L'estampe est disponible chez M. Francoeur et M. Drevet. Un article détaillé sur Mlle Le Couvreur est publié dans le Mercure du même mois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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207
p. 3090-3092
Tableau et Estampes nouvelles. [titre d'après la table]
Début :
On a exposé pendant quatre jours dans le Salon de Diane du Château de Versailles [...]
Mots clefs :
Estampes, Tableau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tableau et Estampes nouvelles. [titre d'après la table]
On a exposé pendant quatre jours dans
3
11. Fola
le
DECEMBRE. 1731. 3091
fique
I Salon de Diane du Château de Versaillés
, le Tableau de M. Parossel , Peintre
de l'Académie Royale , grande et magnicomposition,
représentant la Caval
cade,ou Entrée Publique de Chelebi -Me
hemet-Effendi , Ambassadeur du Grand-
Seigneur , pour aller à l'Audience du
Roy au Château des Thuilleries. Il entrès
dans le Jardin par le Pont tournant. On
a également applaudi à l'Ordonnance , auz
Dessein , et au Coloris. Nous avons déja:
parlé de ce Tableau , qu'on va mettre en
Tapisserie aux Gobelins.
On donne avis aux Personnes de goût,,
qu'on vient de mettre en vente deux Estampes
nouvellement gravées d'après les
Tableaux de feu Antoine Watteau , Pein
tre Flamand , l'une est des Comédiens
François , représentant une Tragi- Co--
médie ; l'autre est un Retour de Guingette
des environs de Paris. Ces deux Estampes
sont gravées d'un goût excellent ; elles se
vendent avec toutes celles précedemment :
gravées par les soins de Mr. de Jullienne..
A Paris , chez la Veuve de François Che--
reau , Graveur du Roy , rue S. Jacques ,,
aux deux Pilliers d'or , et chez Surugues
Graveur du Roy , ruë des Noyers , vis-à-vis ›
les Murs S. Tves..
IL Koli.
H
3092 MERCURE DE FRANCE
Le Comte de Clermont , Prince du Sang,
a acheté toutes les Pierres gravées de feu
M. de la Faye , et l'Abbé de Rothelin a
acheté toutes les Médailles antiques du
Cabinet du Président de Maison .
3
11. Fola
le
DECEMBRE. 1731. 3091
fique
I Salon de Diane du Château de Versaillés
, le Tableau de M. Parossel , Peintre
de l'Académie Royale , grande et magnicomposition,
représentant la Caval
cade,ou Entrée Publique de Chelebi -Me
hemet-Effendi , Ambassadeur du Grand-
Seigneur , pour aller à l'Audience du
Roy au Château des Thuilleries. Il entrès
dans le Jardin par le Pont tournant. On
a également applaudi à l'Ordonnance , auz
Dessein , et au Coloris. Nous avons déja:
parlé de ce Tableau , qu'on va mettre en
Tapisserie aux Gobelins.
On donne avis aux Personnes de goût,,
qu'on vient de mettre en vente deux Estampes
nouvellement gravées d'après les
Tableaux de feu Antoine Watteau , Pein
tre Flamand , l'une est des Comédiens
François , représentant une Tragi- Co--
médie ; l'autre est un Retour de Guingette
des environs de Paris. Ces deux Estampes
sont gravées d'un goût excellent ; elles se
vendent avec toutes celles précedemment :
gravées par les soins de Mr. de Jullienne..
A Paris , chez la Veuve de François Che--
reau , Graveur du Roy , rue S. Jacques ,,
aux deux Pilliers d'or , et chez Surugues
Graveur du Roy , ruë des Noyers , vis-à-vis ›
les Murs S. Tves..
IL Koli.
H
3092 MERCURE DE FRANCE
Le Comte de Clermont , Prince du Sang,
a acheté toutes les Pierres gravées de feu
M. de la Faye , et l'Abbé de Rothelin a
acheté toutes les Médailles antiques du
Cabinet du Président de Maison .
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Résumé : Tableau et Estampes nouvelles. [titre d'après la table]
Du 11 au 14 décembre 1731, le tableau de M. Parossel, peintre de l'Académie Royale, représentant la cavalcade ou l'entrée publique de Chelebi Mehmet-Effendi, ambassadeur du Grand-Seigneur, a été exposé dans le Salon de Diane du Château de Versailles. Ce tableau, destiné à être transformé en tapisserie aux Gobelins, a été acclamé pour son ordonnance, son dessin et son coloris. Par ailleurs, deux estampes gravées d'après les tableaux d'Antoine Watteau, représentant respectivement une tragi-comédie et un retour de guinguette, ont été mises en vente. Ces estampes, gravées avec un goût excellent, sont disponibles chez la veuve de François Chereau et chez Surugues, graveurs du Roi. Le texte mentionne également des acquisitions récentes : le Comte de Clermont a acheté toutes les pierres gravées de feu M. de la Faye, et l'Abbé de Rothelin a acquis toutes les médailles antiques du Cabinet du Président de Maison.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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208
p. 8-17
LETTRE sur une Médaille Antique d'argent.
Début :
Puisque je vous ai promis, Monsieur, de vous dire ce [...]
Mots clefs :
Médaille antique d'argent, Hercules Adsertor, Abbé de Rothelin, Galba, Suétone, Fortuna
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur une Médaille Antique d'argent.
LETTRE sur une Médaille Antique
d'argent.
HERCULES ADSERTOR. La tête d'Hercule
represente un vieillard avec une longue
barbe en pointes et une couronne de Lau- rier. Et sur le revers TUNA. P. R.
une Divinité debout, dont on ne peut pas
bien distinguer les symboles , la Médaille
qui est fourée, étant gâtée en cet endroit.
Puisque le vous ai promis , Monsieur de vous dire ce que je pensois de cette Médaille qui est à Paris , dans le riche
Cabinet de M. l'Abbé de Rothelin , et
qui jusques icy peut passer pour être
unique ; je m'acquitte aujourd'hui de ma
parole par cette Lettre , où vous trou
verez mes conjectures sur cette Antique.
Je vous y propose, deux explications
l'une et l'autre a ses avantages et ses difficultez ; je me suis servi des premiers
et j'ai tâché de répondre aux autres. Je
re me flatte pas cependant d'avoir satisfait à tout , mais du moins ce que je vous
écris pourra donner envie à quelque autre plus habile de vous contenter sur ces
JANVIER. 1732.
et article , s'il vous prend envie de com
muniquer ma Lettre à vos amis.
La premiere explication , c'est que cette
Médaille peut fort bien se rapporter au
temps de la mort de Néron , et que sous
les traits d'un Hercule vieillard , ven
geur et protecteur de la liberté , on doit
reconnoître les traits de l'Empereur
Galba , qui , lors qu'il parvint à l'Empire
étoit âgé de 73 ans , et qui en délivrant
Rome d'un Prince qu'elle regardoit avec
justice , comme un Tyran , méritoit l'éloge qu'on donne icy au Dompteur des
Monstres , et dont , au rapport de l'Histoire , Julius-Vindex l'avoit déja flatté ,
lors qu'il l'engagea à prendre les Armes
Hortantis ut humanogeneri assemorem Ducemque se accommodaret.
Outre cette convenance , vous remar
querez , s'il vous plaît , que l'épithéte
d'ADSERTOR , Sur les Médailles , est contemporaine de Galba (a) , puis qu'elle se
trouve sur un grand Bronze ( b ) de Ves
pasien. S. P. Q. R. ADSERTORI LIBERTATIS PUBLICE , dans une Couronne de chêne.
Cette observation paroît legere , mais
elle ne le sera pas pour vous , Monsieur ,
qui sçayez de quel poids sont ces ressem-
(a )Dans la vie de Galba , n. 96
b) Le P. Hardouin, page 731, chap. 2.
B blances
to MERCURE DE FRANCE
blances sur les Médailles. Le grand prin
cipe des Antiquaires et le plus sûr étant
d'expliquer ces monumens les uns par les
autres. Le Titre d'Adsertor , au reste , est
tres- rare sur les Monnoyes ; et outre ces
deux cy , je n'en connois qu'une troisiéme où il se rencontre. J'aurai occasion de
la rapporter plus bas.
Le Revers , FORTUNA P. R. Car je ne
crois pas qu'on me conteste qu'il ne faille
ainsi restituer la légende,ceRevers, dis- je,
convient encore fort bien à l'époque que
je donne à la Médaille et à Galba en particulier, Premierement il ne faut qu'ouvrir
lesHistoriens, et faire quelque attention au
triste état où Rome se trouvoit réduite
par la tyrannie de Néron , pour se convaincre que le plus grand bonheur qui
pût arriver à l'Empire , étoit de se voir
délivré d'un tel Prince. Aussi on ne peut
exprimer la joïe que ressentit tout ce vaste Corps , quand il en apprit la mort.
Adeò cuncta Provincia, dit(a)Aurelius Victor , omnisque Roma interitu ejus exultavit
ut plebs induta pileis manumissionum , tanquam savo exemto domino , triumpharet , ct
c'est ce qui nous est confirmé par les Médailles de Galba , où l'on voit : LIBERTAS
RESTITUTA FELICITAS PUBLICA FORTUNE
(a ) Epitome , 13,
REDUC
JANVIER. 1732. TI
REDUCI FELICITAS BONI EVENTUs; et autrès
Inscriptions semblables.
Pour ce qui regarde plus particulierement Galba , Suetone rapporte que cè
Prince étant encore jeune , songea une
nuit que la fortune lui disoit, que se trou
vant lasse , elle se reposoit sur sa porte ,
qu'il la fit entrer chez lui au plutôt , sinon qu'elle seroit enlevée par quelques
autres ; que s'étant réveillé là - dessus , et
ayant fait ouvrir son appartement , il
avoit effectivement trouvé une image de
bronze de cette Déesse , à qui depuis il
avoit toujours continué de rendre un culte particulier.Suétone place cette avanture parmi les pronostics qu'eut ce Prin
ce , qu'un jour il regneroit. Il n'est donc
pas surprenant que sur uneMédaille frappée pour lui , on ait representé cette mê
me Fortune, qui de protectrice de Galba , simple particulier , étoit devenuë par
son avénement à l'Empire , une Divinité
commune à tous les Romains. FORTUNA
P. R.
Il est inutile d'observer que le manquè
du nom du Prince sur la Médaille n'empêche pas qu'on ne la puisse donner à
Galba; puisque tous les Antiquaires lui en
attribuent plusieurs semblables ; telle est
(a) celle d'argent, que j'ai citée plus haut
(a )Le P. Hardoüin , pag. 728. ch. I
Bij E
12 MERCURE DE FRANCE
FELICITAS BONÍ EVENTUS , avec la tête de la
Félicité ; et au revers , deux mains , qui
tiennent un Caducée , P. R. PAX. Outre
qu'on peut ajouter que ces Médailles ont
été frappées à Rome , immédiatement
après la mort de Néron , dans le dans le temps
où Galba étant encore absent,on pouvoit
n'avoir aucun de ses portraits , et sur tout
ignorer quels titres il vouloit qu'on lui donnât sur la Monnoye.
"
Je viens à la seconde Explication :
M. Patin , dans son ( a ) Suétone , a fait
graver une Médaille d'argent , ou ďun
côté est la tête d'une femme voilée , au
devant de laquelle est une branche de
Laurier , et pour Légende : LIBERTAS RESTITUTA; au Revers,Mars debout , tenant
un Bouclier d'une main , er un Trophée
de l'autre, et ces lettres : MARS ADSERŢOR,
Cet Auteur , sans expliquer autrement la
Médaille , la place parmi celles que les
conjurez contre Jules César , firent
frapper après la mort de ce grand homme , comme des monumens de la liberté
qu'ils crurent avoir rendue à leur patrie,
Il seroit difficile de lui donner une autre Explication , et je ne doute point
que M. Vaillant dans son ouvrage des
Consulaires , n'en ait jugé de même. Or
(a) Page 63.
-
Vous
JANVIER.. 1732. 13
-
Yous conviendrez , M. que cette Médaille
et celle de M. l'Abbé de Rothelin , ont
entr'elles un grand rapport. En effet, quoi
de plus semblable que Mars et Hercule ,
fun comme l'autre , Vengeurs et Protecteurs de la liberté opprimée. ADSERTOR , les
autres Légendes de ces deux Médailles ne
vous disent elles pas la même chose ;
puisque le bonheur du peuple Romain
FORTUNA P. R. ne vient que de la liberté.
qui lui est rendue 2 LIBERTAS RESTITUTA ,
que l'une est l'effet , l'autre la cause ? ou
plutôt que toutes les deux sont produites
par la mort d'un Prince que des gens
accoutumez à vivre en République, pouvoient , avec quelque raison , regardes
comme un Tyran? Je ne m'arrêterai pas
à continuer ce Parallele , il est aisé de
conclure par le peu que j'en ai fait remarquer , que le même motifa fait battre les deux Médailles , et qu'elles sont
l'ouvrage des Meurtriers de Jules- César.
On m'a fait une objection qui mérite
d'être examinée ; à sçavoir , qu'on vois
bien la part que Mars peut avoir dans la
mort de Jules- César. C'étoit à ce Dieu
que les Romains devoient leur origine et
les interêts de ce peuple étoient les fiens 'mais pour Hercule , on ne voit rien de
semblable et il s'en falloit beaucoup
Biij que
"
14 MERCURE DE FRANCE
que ce Dieu jouat à Rome un aussi grand
rôle que Mars; ainsi nulle comparaison
à faire des Médailles , qui portent l'image de l'un , avec celles qui portent la
tête de l'autre.
apJe réponds à cela , 1 ° . que les Pontifes
Romains , c'est-à- dire , ceux à qui il
partenoit de prononcer sur tout ce qui
regardoit les Dieux , ne faisoient de Mars
et d'Hercule qu'une même Divinité. C'est-
( a ) Macrobe qui nous l'apprend : Quia·
is Deus , dit cet Auteur , en parlant du
dernier , et apud Pontifices idem qui et.
Mars habetur.
2º. A ne regarder Hercule que comme
une Divinité distincte et séparée , on ne
peut disconvenir qu'il ne fut tres- considérable à Rome. Son culte plus ancien,
que cette Ville , avoit commencé en Italie du vivant de ce Héros ; les Romains
Pavoient réçu en s'établissant , et on peut
juger de son étendue par le grand nom..
bre deTemples et de Statues qui lui étoient conservez. P. Victor nous en a laissé le
dénombrement ; mais ce qui fait le plus à
notre sujet , c'est que les premieres Monnoyes que firent fraprer les Romains , et
qui portoient une Proie de Vaisseau
empreinte d'un côté , paroissent égale-.
(a) Saturn. lib. 3. cap. 12.
ment
JANVIER. 1732.
ment de l'autre , avec la tête d'Hercule
comme avec celles de Janus et de Mars
d'où il est aisé d'inférer qu'il falloit que
ce Dieu fut une des Divinitez protectrices de Rome.
·
-
3. Un autre motifpeut avoir enga
gé les Monétaires à mettre la tête d'Her
cule sur cette Médaille. On sçait combien
ce Dieu étoit honoré à Corinthe. (a)Pau,
sanias et les Médailles nous en font foy ;
peut être par l'image de ce Dieu a
t- on voulu marquer l'origine que Brutus tiroit de cette Ville ; par Tarquin
Pancien , de la fille duquel il descendoit.
Ma conjecture se trouve appuyée par
(b ) M. Beger , dans l'explication qu'il a
donnée d'une Medaille du Cabinet det
Brandebourg , où l'on voit d'un côté une
tête couverte d'un Casque , derriere la
quelle est une massuë; et au Revers , ce
mot , ROMANO, étoit écrit sous une Louve qui allaicte deux enfans. Il n'en a pas
fallu davantage à cet Auteur , que cette
massuë , pour lui faire soupçonner que la
tête casquée étoit celle d'un des Tar
quins précisément , parce que ces Princes
venoient de Corinthe,et qu'Hercule, dont
la massuë est le symbole , étoit un des
(a ) Lib. 20
(b )Tom. 1. pag. 33.80 B. iiij Dieux
16 MERCURE DE FRANCE
Dieux Tutelaires de cette Ville. Si cette
observation a lieu , voilà l'état de la Médaille que nous examinons tout- à- fair
determiné. Elle est consulaire, et doit être
placée avec celles de la famille de Junia.
Au reste , cette Medaille , pour le dire en
passant, peut servir à determiner la leçond'une autre , de la famille de Sicinia , oùl'on lit FORT. P. R. ( a ) que Fulvius Ursi- nus , aussi- bien que M. Patin,qui n'a rien
changé à cet endroit , explique par FORTITUDO P. R. et qu'il faut lire avec (b )
M. Spanheim, FORTUNA P.R. Comme dans
la Médaille de M. de Rothelin.
Voilà , M. à peu près tout ce que j'avois à dire; il ne me reste plus qu'un mot
à ajouter , et qui encore ne regarde que
la Médaille , sans rien ôter aux explications. Par les vestiges qui restent des Lettres effacées par la rouille , il paroît qu'il
y en avoit plus que le mot de FORTUNA
P. R. n'en comprend , et il s'agit d'y suppléer. Je crois qu'on ne le peut mieuxfaire que par l'Epithete de BONA , qui a
été donnée sur les Médailles à d'autres Divinitez du même rang. ( c) BON. EVENT.
(a )Famil. Rom. 263.
(b) De Usu et Pras. Num. pag. 575.
(c) Med. de lafamille Scribonia,
BONA
JANVIER 17320- 57
(a ) BONÆ SPEI. (b) BONO GENIO IMP. et àla
fortune , elle-même sous Gallien , BONE
FORTUNÆ. Outre que vous sçavez mieux
que moi que,dès le temps de la Républi- que , cette Divinité étoit adorée dans le
Ĉapitole , sous le nom de favorable : Boni
eventus , et Bona fortune simulacra in Capi».
tolio. Pline , liv. 36. cap. 5.
Je suis , Monsieur , &c..
( a ) Med. de Pescen. Nigers.
(b) Med. de Maximin d'Aza...
AOrleans „ ce 5 , Oct. 1731 ..
d'argent.
HERCULES ADSERTOR. La tête d'Hercule
represente un vieillard avec une longue
barbe en pointes et une couronne de Lau- rier. Et sur le revers TUNA. P. R.
une Divinité debout, dont on ne peut pas
bien distinguer les symboles , la Médaille
qui est fourée, étant gâtée en cet endroit.
Puisque le vous ai promis , Monsieur de vous dire ce que je pensois de cette Médaille qui est à Paris , dans le riche
Cabinet de M. l'Abbé de Rothelin , et
qui jusques icy peut passer pour être
unique ; je m'acquitte aujourd'hui de ma
parole par cette Lettre , où vous trou
verez mes conjectures sur cette Antique.
Je vous y propose, deux explications
l'une et l'autre a ses avantages et ses difficultez ; je me suis servi des premiers
et j'ai tâché de répondre aux autres. Je
re me flatte pas cependant d'avoir satisfait à tout , mais du moins ce que je vous
écris pourra donner envie à quelque autre plus habile de vous contenter sur ces
JANVIER. 1732.
et article , s'il vous prend envie de com
muniquer ma Lettre à vos amis.
La premiere explication , c'est que cette
Médaille peut fort bien se rapporter au
temps de la mort de Néron , et que sous
les traits d'un Hercule vieillard , ven
geur et protecteur de la liberté , on doit
reconnoître les traits de l'Empereur
Galba , qui , lors qu'il parvint à l'Empire
étoit âgé de 73 ans , et qui en délivrant
Rome d'un Prince qu'elle regardoit avec
justice , comme un Tyran , méritoit l'éloge qu'on donne icy au Dompteur des
Monstres , et dont , au rapport de l'Histoire , Julius-Vindex l'avoit déja flatté ,
lors qu'il l'engagea à prendre les Armes
Hortantis ut humanogeneri assemorem Ducemque se accommodaret.
Outre cette convenance , vous remar
querez , s'il vous plaît , que l'épithéte
d'ADSERTOR , Sur les Médailles , est contemporaine de Galba (a) , puis qu'elle se
trouve sur un grand Bronze ( b ) de Ves
pasien. S. P. Q. R. ADSERTORI LIBERTATIS PUBLICE , dans une Couronne de chêne.
Cette observation paroît legere , mais
elle ne le sera pas pour vous , Monsieur ,
qui sçayez de quel poids sont ces ressem-
(a )Dans la vie de Galba , n. 96
b) Le P. Hardouin, page 731, chap. 2.
B blances
to MERCURE DE FRANCE
blances sur les Médailles. Le grand prin
cipe des Antiquaires et le plus sûr étant
d'expliquer ces monumens les uns par les
autres. Le Titre d'Adsertor , au reste , est
tres- rare sur les Monnoyes ; et outre ces
deux cy , je n'en connois qu'une troisiéme où il se rencontre. J'aurai occasion de
la rapporter plus bas.
Le Revers , FORTUNA P. R. Car je ne
crois pas qu'on me conteste qu'il ne faille
ainsi restituer la légende,ceRevers, dis- je,
convient encore fort bien à l'époque que
je donne à la Médaille et à Galba en particulier, Premierement il ne faut qu'ouvrir
lesHistoriens, et faire quelque attention au
triste état où Rome se trouvoit réduite
par la tyrannie de Néron , pour se convaincre que le plus grand bonheur qui
pût arriver à l'Empire , étoit de se voir
délivré d'un tel Prince. Aussi on ne peut
exprimer la joïe que ressentit tout ce vaste Corps , quand il en apprit la mort.
Adeò cuncta Provincia, dit(a)Aurelius Victor , omnisque Roma interitu ejus exultavit
ut plebs induta pileis manumissionum , tanquam savo exemto domino , triumpharet , ct
c'est ce qui nous est confirmé par les Médailles de Galba , où l'on voit : LIBERTAS
RESTITUTA FELICITAS PUBLICA FORTUNE
(a ) Epitome , 13,
REDUC
JANVIER. 1732. TI
REDUCI FELICITAS BONI EVENTUs; et autrès
Inscriptions semblables.
Pour ce qui regarde plus particulierement Galba , Suetone rapporte que cè
Prince étant encore jeune , songea une
nuit que la fortune lui disoit, que se trou
vant lasse , elle se reposoit sur sa porte ,
qu'il la fit entrer chez lui au plutôt , sinon qu'elle seroit enlevée par quelques
autres ; que s'étant réveillé là - dessus , et
ayant fait ouvrir son appartement , il
avoit effectivement trouvé une image de
bronze de cette Déesse , à qui depuis il
avoit toujours continué de rendre un culte particulier.Suétone place cette avanture parmi les pronostics qu'eut ce Prin
ce , qu'un jour il regneroit. Il n'est donc
pas surprenant que sur uneMédaille frappée pour lui , on ait representé cette mê
me Fortune, qui de protectrice de Galba , simple particulier , étoit devenuë par
son avénement à l'Empire , une Divinité
commune à tous les Romains. FORTUNA
P. R.
Il est inutile d'observer que le manquè
du nom du Prince sur la Médaille n'empêche pas qu'on ne la puisse donner à
Galba; puisque tous les Antiquaires lui en
attribuent plusieurs semblables ; telle est
(a) celle d'argent, que j'ai citée plus haut
(a )Le P. Hardoüin , pag. 728. ch. I
Bij E
12 MERCURE DE FRANCE
FELICITAS BONÍ EVENTUS , avec la tête de la
Félicité ; et au revers , deux mains , qui
tiennent un Caducée , P. R. PAX. Outre
qu'on peut ajouter que ces Médailles ont
été frappées à Rome , immédiatement
après la mort de Néron , dans le dans le temps
où Galba étant encore absent,on pouvoit
n'avoir aucun de ses portraits , et sur tout
ignorer quels titres il vouloit qu'on lui donnât sur la Monnoye.
"
Je viens à la seconde Explication :
M. Patin , dans son ( a ) Suétone , a fait
graver une Médaille d'argent , ou ďun
côté est la tête d'une femme voilée , au
devant de laquelle est une branche de
Laurier , et pour Légende : LIBERTAS RESTITUTA; au Revers,Mars debout , tenant
un Bouclier d'une main , er un Trophée
de l'autre, et ces lettres : MARS ADSERŢOR,
Cet Auteur , sans expliquer autrement la
Médaille , la place parmi celles que les
conjurez contre Jules César , firent
frapper après la mort de ce grand homme , comme des monumens de la liberté
qu'ils crurent avoir rendue à leur patrie,
Il seroit difficile de lui donner une autre Explication , et je ne doute point
que M. Vaillant dans son ouvrage des
Consulaires , n'en ait jugé de même. Or
(a) Page 63.
-
Vous
JANVIER.. 1732. 13
-
Yous conviendrez , M. que cette Médaille
et celle de M. l'Abbé de Rothelin , ont
entr'elles un grand rapport. En effet, quoi
de plus semblable que Mars et Hercule ,
fun comme l'autre , Vengeurs et Protecteurs de la liberté opprimée. ADSERTOR , les
autres Légendes de ces deux Médailles ne
vous disent elles pas la même chose ;
puisque le bonheur du peuple Romain
FORTUNA P. R. ne vient que de la liberté.
qui lui est rendue 2 LIBERTAS RESTITUTA ,
que l'une est l'effet , l'autre la cause ? ou
plutôt que toutes les deux sont produites
par la mort d'un Prince que des gens
accoutumez à vivre en République, pouvoient , avec quelque raison , regardes
comme un Tyran? Je ne m'arrêterai pas
à continuer ce Parallele , il est aisé de
conclure par le peu que j'en ai fait remarquer , que le même motifa fait battre les deux Médailles , et qu'elles sont
l'ouvrage des Meurtriers de Jules- César.
On m'a fait une objection qui mérite
d'être examinée ; à sçavoir , qu'on vois
bien la part que Mars peut avoir dans la
mort de Jules- César. C'étoit à ce Dieu
que les Romains devoient leur origine et
les interêts de ce peuple étoient les fiens 'mais pour Hercule , on ne voit rien de
semblable et il s'en falloit beaucoup
Biij que
"
14 MERCURE DE FRANCE
que ce Dieu jouat à Rome un aussi grand
rôle que Mars; ainsi nulle comparaison
à faire des Médailles , qui portent l'image de l'un , avec celles qui portent la
tête de l'autre.
apJe réponds à cela , 1 ° . que les Pontifes
Romains , c'est-à- dire , ceux à qui il
partenoit de prononcer sur tout ce qui
regardoit les Dieux , ne faisoient de Mars
et d'Hercule qu'une même Divinité. C'est-
( a ) Macrobe qui nous l'apprend : Quia·
is Deus , dit cet Auteur , en parlant du
dernier , et apud Pontifices idem qui et.
Mars habetur.
2º. A ne regarder Hercule que comme
une Divinité distincte et séparée , on ne
peut disconvenir qu'il ne fut tres- considérable à Rome. Son culte plus ancien,
que cette Ville , avoit commencé en Italie du vivant de ce Héros ; les Romains
Pavoient réçu en s'établissant , et on peut
juger de son étendue par le grand nom..
bre deTemples et de Statues qui lui étoient conservez. P. Victor nous en a laissé le
dénombrement ; mais ce qui fait le plus à
notre sujet , c'est que les premieres Monnoyes que firent fraprer les Romains , et
qui portoient une Proie de Vaisseau
empreinte d'un côté , paroissent égale-.
(a) Saturn. lib. 3. cap. 12.
ment
JANVIER. 1732.
ment de l'autre , avec la tête d'Hercule
comme avec celles de Janus et de Mars
d'où il est aisé d'inférer qu'il falloit que
ce Dieu fut une des Divinitez protectrices de Rome.
·
-
3. Un autre motifpeut avoir enga
gé les Monétaires à mettre la tête d'Her
cule sur cette Médaille. On sçait combien
ce Dieu étoit honoré à Corinthe. (a)Pau,
sanias et les Médailles nous en font foy ;
peut être par l'image de ce Dieu a
t- on voulu marquer l'origine que Brutus tiroit de cette Ville ; par Tarquin
Pancien , de la fille duquel il descendoit.
Ma conjecture se trouve appuyée par
(b ) M. Beger , dans l'explication qu'il a
donnée d'une Medaille du Cabinet det
Brandebourg , où l'on voit d'un côté une
tête couverte d'un Casque , derriere la
quelle est une massuë; et au Revers , ce
mot , ROMANO, étoit écrit sous une Louve qui allaicte deux enfans. Il n'en a pas
fallu davantage à cet Auteur , que cette
massuë , pour lui faire soupçonner que la
tête casquée étoit celle d'un des Tar
quins précisément , parce que ces Princes
venoient de Corinthe,et qu'Hercule, dont
la massuë est le symbole , étoit un des
(a ) Lib. 20
(b )Tom. 1. pag. 33.80 B. iiij Dieux
16 MERCURE DE FRANCE
Dieux Tutelaires de cette Ville. Si cette
observation a lieu , voilà l'état de la Médaille que nous examinons tout- à- fair
determiné. Elle est consulaire, et doit être
placée avec celles de la famille de Junia.
Au reste , cette Medaille , pour le dire en
passant, peut servir à determiner la leçond'une autre , de la famille de Sicinia , oùl'on lit FORT. P. R. ( a ) que Fulvius Ursi- nus , aussi- bien que M. Patin,qui n'a rien
changé à cet endroit , explique par FORTITUDO P. R. et qu'il faut lire avec (b )
M. Spanheim, FORTUNA P.R. Comme dans
la Médaille de M. de Rothelin.
Voilà , M. à peu près tout ce que j'avois à dire; il ne me reste plus qu'un mot
à ajouter , et qui encore ne regarde que
la Médaille , sans rien ôter aux explications. Par les vestiges qui restent des Lettres effacées par la rouille , il paroît qu'il
y en avoit plus que le mot de FORTUNA
P. R. n'en comprend , et il s'agit d'y suppléer. Je crois qu'on ne le peut mieuxfaire que par l'Epithete de BONA , qui a
été donnée sur les Médailles à d'autres Divinitez du même rang. ( c) BON. EVENT.
(a )Famil. Rom. 263.
(b) De Usu et Pras. Num. pag. 575.
(c) Med. de lafamille Scribonia,
BONA
JANVIER 17320- 57
(a ) BONÆ SPEI. (b) BONO GENIO IMP. et àla
fortune , elle-même sous Gallien , BONE
FORTUNÆ. Outre que vous sçavez mieux
que moi que,dès le temps de la Républi- que , cette Divinité étoit adorée dans le
Ĉapitole , sous le nom de favorable : Boni
eventus , et Bona fortune simulacra in Capi».
tolio. Pline , liv. 36. cap. 5.
Je suis , Monsieur , &c..
( a ) Med. de Pescen. Nigers.
(b) Med. de Maximin d'Aza...
AOrleans „ ce 5 , Oct. 1731 ..
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Résumé : LETTRE sur une Médaille Antique d'argent.
La lettre examine une médaille antique en argent conservée par l'Abbé de Rothelin à Paris. Cette médaille présente Hercule sur l'avers et une divinité sur le revers. L'auteur propose deux interprétations possibles pour cette médaille. La première explication suggère que la médaille date de la mort de Néron et représente Galba, empereur de 73 ans, sous les traits d'Hercule. Galba est perçu comme un vengeur et protecteur de la liberté, ayant libéré Rome de Néron. L'épithète 'ADSERTOR' sur la médaille est contemporaine de Galba et apparaît également sur un bronze de Vespasien. Le revers, 'FORTUNA P. R.', est approprié pour cette période, symbolisant la joie de Rome après la mort de Néron. La seconde explication, avancée par M. Patin, situe la médaille parmi celles frappées après la mort de Jules César par les conjurés, célébrant la liberté retrouvée. La médaille de M. Patin montre Mars, protecteur de la liberté, et présente des similitudes avec celle de l'Abbé de Rothelin. L'auteur répond à une objection en expliquant que les Romains considéraient Mars et Hercule comme une même divinité, Hercule étant également une divinité protectrice de Rome. L'auteur conclut en proposant de compléter les lettres effacées sur la médaille par l'épithète 'BONA', comme sur d'autres médailles similaires. La lettre est datée de janvier 1732.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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209
p. 131-133
JETTONS FRAPPEZ pour le premier jour de Janvier 1732. avec l'Explication des Types, &c.
Début :
I. TRESOR ROYAL. Une Mine qu'on creuse, et dont [on] enleve [...]
Mots clefs :
Trésor royal, Parties casuelles, Chambre aux deniers, Ordinaire des guerres, Extraordinaire des guerres, Bâtiments du roi, Artillerie, Marine, Galères, Ville de Paris, États de Languedoc, Maison de la reine
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texteReconnaissance textuelle : JETTONS FRAPPEZ pour le premier jour de Janvier 1732. avec l'Explication des Types, &c.
JETTONS FRAPPEZ pour le premier
jour deJanvier 1732. avec l'Explication
des Types , &c.
I. TRESOR ROYAL.
Une Mine qu'on creuse , etdont enlevé
Gij les
132 MERCURE DE FRANCE
les matieres Metalliques. Legende : Inex
baustis generosa Metallis.
II. PARTIES CASUELLES.
Des Orangers dans une serre. L. Tutius ut vivant.
III. CHAMBRE AUX DENIERS.
Deux Cornes d'abondance, de l'une desquelles il sort des Fleurs et des Fruits , et
de l'autre des Pieces de Monnoye. L. Dapes et munera Divûm.
IV. ORDINAIRE DES GUERRES,
Pallas, assise au pied d'un Olivier , tenant la Pique d'une main , s'appuyant de
l'autre sur son Egide, L. Fidissima Custos.
V. EXTRAORDINAIRE DES GUERRES.
Une Couronne de Laurier jointe à une
Couronne d'Olivier. L. Amba splendidius
nitent.
VI. BASTIMENS DU Roy.
Le Genie des Arts assis sur la base d'une
Colomne , contre laquelle il est appuyé
étend la main droite, et montre les principaux Instrumens de l'Architecture , qui
sont appendus à un Olivier. L. Non indecora quies.
VIL ARTILLERIE.
Des Canons et autres Attributs auE
tour
JANVIER. 1732. 133
four d'un Piedestal, sur lequel est posée une
main de Justice.L. Silent sub legibus Arma
VIII. MARINE.
Neptune qui lance un Trident à pointes de feu sur des Monstres qui infectent le
Rivage, L. Nec desunt fulmina Ponto.
IX. GALERES.
Des Fleches dans un Carquois posé sur
un Arc bandé. L. Emissa volant.
X. LA VILLE DE PARIS.
Les Armes de la Ville d'un côté : celles
deMichel EtienneTurgot, Prevôt des Marchands , de l'autre. L. Son nom et ses quatitez.
XI. LES ETATS DE LANGUEDOC.
La Province representée sous la figure
de Pallas. Nec artes nec munera desunt.
XII. MAISON DE LA REINE.
Un Soleil levant et l'Etoile du matin au
dessus. L.Fœcunde implebit lumine Terras
jour deJanvier 1732. avec l'Explication
des Types , &c.
I. TRESOR ROYAL.
Une Mine qu'on creuse , etdont enlevé
Gij les
132 MERCURE DE FRANCE
les matieres Metalliques. Legende : Inex
baustis generosa Metallis.
II. PARTIES CASUELLES.
Des Orangers dans une serre. L. Tutius ut vivant.
III. CHAMBRE AUX DENIERS.
Deux Cornes d'abondance, de l'une desquelles il sort des Fleurs et des Fruits , et
de l'autre des Pieces de Monnoye. L. Dapes et munera Divûm.
IV. ORDINAIRE DES GUERRES,
Pallas, assise au pied d'un Olivier , tenant la Pique d'une main , s'appuyant de
l'autre sur son Egide, L. Fidissima Custos.
V. EXTRAORDINAIRE DES GUERRES.
Une Couronne de Laurier jointe à une
Couronne d'Olivier. L. Amba splendidius
nitent.
VI. BASTIMENS DU Roy.
Le Genie des Arts assis sur la base d'une
Colomne , contre laquelle il est appuyé
étend la main droite, et montre les principaux Instrumens de l'Architecture , qui
sont appendus à un Olivier. L. Non indecora quies.
VIL ARTILLERIE.
Des Canons et autres Attributs auE
tour
JANVIER. 1732. 133
four d'un Piedestal, sur lequel est posée une
main de Justice.L. Silent sub legibus Arma
VIII. MARINE.
Neptune qui lance un Trident à pointes de feu sur des Monstres qui infectent le
Rivage, L. Nec desunt fulmina Ponto.
IX. GALERES.
Des Fleches dans un Carquois posé sur
un Arc bandé. L. Emissa volant.
X. LA VILLE DE PARIS.
Les Armes de la Ville d'un côté : celles
deMichel EtienneTurgot, Prevôt des Marchands , de l'autre. L. Son nom et ses quatitez.
XI. LES ETATS DE LANGUEDOC.
La Province representée sous la figure
de Pallas. Nec artes nec munera desunt.
XII. MAISON DE LA REINE.
Un Soleil levant et l'Etoile du matin au
dessus. L.Fœcunde implebit lumine Terras
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Résumé : JETTONS FRAPPEZ pour le premier jour de Janvier 1732. avec l'Explication des Types, &c.
Le document présente une série de jetons frappés le 1er janvier 1732, illustrant divers aspects de l'administration royale française. Le premier jeton montre une mine avec la légende 'Inexhaustis generosa Metallis', symbolisant des métaux généreux et inépuisables. Le deuxième représente des orangers dans une serre, avec la légende 'Lututius ut vivant', exprimant le souhait de voir les orangers prospérer. Le troisième présente deux cornes d'abondance, l'une produisant des fleurs et des fruits, l'autre des pièces de monnaie, avec la légende 'Dapes et munera Divûm', soulignant les dons et les offrandes divines. Le quatrième jeton illustre Pallas, déesse de la sagesse, avec la légende 'Fidissima Custos', signifiant gardienne fidèle. Le cinquième combine une couronne de laurier et une couronne d'olivier, avec la légende 'Amba splendidius nitent', indiquant une double splendeur. Le sixième montre le génie des arts avec des instruments d'architecture, avec la légende 'Non indecora quies', signifiant un repos honorable. Le septième présente des canons et des attributs militaires autour d'un piedestal avec une main de justice, avec la légende 'Silent sub legibus Arma', indiquant que les armes se taisent sous les lois. Le huitième illustre Neptune lançant un trident sur des monstres, avec la légende 'Nec desunt fulmina Ponto', signifiant que les éclairs ne manquent pas sur la mer. Le neuvième montre des flèches dans un carquois posé sur un arc bandé, avec la légende 'Emissa volant', indiquant que les flèches volent une fois lancées. Le dixième présente les armes de la ville de Paris et celles de Michel Étienne Turgot, prévôt des marchands. Le onzième représente la province de Languedoc sous la figure de Pallas, avec la légende 'Nec artes nec munera desunt', signifiant que ni les arts ni les dons ne manquent. Le douzième et dernier jeton montre un soleil levant et l'étoile du matin, avec la légende 'Fœcunde implebit lumine Terras', indiquant que la terre sera remplie de lumière féconde.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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210
p. 135
Estampe nouvelle, Portrait de Mlle Dangeville, [titre d'après la table]
Début :
Il paroîtra le mois prochain une nouvelle Estampe, que le [...]
Mots clefs :
Estampe, Portrait, Demoiselle Dangeville
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texteReconnaissance textuelle : Estampe nouvelle, Portrait de Mlle Dangeville, [titre d'après la table]
esuite , l'un des Professeurs de Rhétorique au
College de Louis le Grand , prononça un DisCours latin trés- éloquent , en presence du Cardinal de Bissy , de l'Archevêque de Paris , de
plusieurs autres Prélats , et d'un grand nombre
de personnes de consideration. Le sujet de son
Discours étoit ; Que de toutes les Histoires , celle
deFrance est une des plus difficiles à écrire , et une
des plus agréables à lire. Les applaudissemens que
cette Piece d'Eloquence a reçus
College de Louis le Grand , prononça un DisCours latin trés- éloquent , en presence du Cardinal de Bissy , de l'Archevêque de Paris , de
plusieurs autres Prélats , et d'un grand nombre
de personnes de consideration. Le sujet de son
Discours étoit ; Que de toutes les Histoires , celle
deFrance est une des plus difficiles à écrire , et une
des plus agréables à lire. Les applaudissemens que
cette Piece d'Eloquence a reçus
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211
p. 437-452
EXPLICATION d'une Medaille antique très singuliere de Carausius, Empereur des anciens Bretons, au temps de Diocletion et de Maximien-Hercule, adressée à S.A.S. M. le Duc du Maine, Prince Souverain de Dombes, &c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine.
Début :
Monseigneur, L'accüeil dont V.A.S. m'a honoré à mon [...]
Mots clefs :
Médaille antique, Carausius, Tutele, Figure, Légende, Cote, Divinité, Empereur, Temple
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texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION d'une Medaille antique très singuliere de Carausius, Empereur des anciens Bretons, au temps de Diocletion et de Maximien-Hercule, adressée à S.A.S. M. le Duc du Maine, Prince Souverain de Dombes, &c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine.
EXPLICATION d'une Medaille
antique très singuliere de Carausius ,
Empereur des anciens Bretons , au temps de Diocletien et de Maximien-Hercule ,
adressée à S.A.S. M. le Duc du Maine,
Prince Souverain de Dombes , &c. Par
M. Genebrier , Docteur en Medecine.
MONSEIGNEUR,
L'accueil dont V. A. S. m'a honoré à
mon retour d'Angleterre , la maniere distinguée dont elle a b en voulu me communiquer elle-même , et à Versailles et
Bij à
38 MERCURE DE FRANCE
à Sceaux , ses differens Cabinets de Mé,
dailles antiques , et la permission qu'elle
m'a accordée de décrire celles qui pou
voient entrer dans mes vûës Litteraires
sont des effets d'unebonté digne deV.A.S
mais trop marquez pour moi , pour ne
pas rechercher l'occasion de les publier.
' ose donc mefatter , Monseigneur , que
V. A. S. ne trouvera pas mauvais que je
fasse paroître cet Ecrit sous vos auspices.
Je l'ai composé au sujet d'une Médaille
antique du Héros bes Bretons , dont j'ai
déja eu l'honneur d'entretenir V. A, S.
Cette Médaille interesse particulierement
la gloire d'une de nos plus anciennes
Villes de France , Ville autrefois et encore aujourd'hui très celebre , et qui
étant la Capitale du Gouvernement de
Monseigneur le Comte d'Eu , Prince qui
marche si dignement sur vos traces , doit
aussi interesser V. A. S.
Cette Médaille est de petit bronze et
assez bien conservée , elle est d'un Métail jaune , qui est rare dans les Médailles
de ce temps- là . Je la croyois d'abord unique , mais M. l'Abbé de Rothelin en a
trouvé depuis peu une autre qui n'est que
de cuivre rouge. Elle représente d'un côté
la tête de l'Empereur Carausius , couronnée de rayons , avec la Légende ordinaire.
Imp
MARS J
es
1-
de
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E.AE
fé
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uni
en a
que
côté
гоп
aire
Imp.
>
. 1732 439
Imp. Carausius P. F. Aug. Et au revers
pour Legende , Tutela Aug. La Tutele
d'Auguste. Pour Type la figure d'une
femme debout , tournée du côté droit
vétuë d'une robe longue abbattue , don't
ún bout ramené du côté droit par devant et retroussé sur le bras gauche , va
encore descendre jusqu'aux pieds. Certe
figure tient de la main droite une patere
sur un Autel où il y a du feu , et de la
gauche elle soutient par le bas une Corne
d'abondance , couchée sur le bras du mê- me côté.
Parmi beaucoup de Médailles antiques
que j'ai vûës dans un assez grand nombre de Cabinets en differens Royaumes,
par ordre et sous les auspices de S. A. R.
feuë Madame , et que j'ai décrites , je
n'en ai jamais trouvé que deux differentes du haut Empire , avec la Legende
TVTELA , &C.
La premiere est une Médaille de Vespasien , et la seconde de Nerva.
Au revers de la Médaille de Vespasien , il y a pour Legende Tutela Augusti S. C. et pour Type , la figure d'une
femme assise , tournée du côté droit , qui
impose la main droite sur la tête de Tite,
qui est devant elle au côté droit , ayant
fe bras gauche négligemment appuyé sur
Biij les
440 MERCURE DE FRANCE
les épaules de Domitien , qui est aussi
debout de l'autre côté , la face tournée
differemment. Ce qui nous marque que
ces deux jeunes Princes s'étoient , pour ainsi dire voüés à cette Divinité Tutele
et qu'ils s'étoient mis sous sa protection.
3
Au revers de la Médaille de Nerva ,
il y a pour Legende Tutela Italia S. C.
La Tutele de l'Italie. Pour Type , la figure de l'Empereur assis , de gauche à
droite , sur une Chaise Curule , qui tend
la main droite à deux petits enfans , garçon et fille , qui sont debout à ses pieds ,
et qui lui sont présentez par l'Italie personifiée sous la figure d'une femme aussi
debout derriere eux , pour faire entendre
que ce Prince s'étoit déclaré le Pere et le
Protecteur des enfans orphelins de l'un
et l'autre Sexe, C'est ce qui paroît confirmé par un Passage de Xiphilin , * qui
rapporte que ce Prince assigna des Terres
estimées quinze cent mille dragmes pour
la subsistance des Citoyens qui étoient
dans la necessité.
A l'égard de la Médaille de Carausius,
il- y a pour Legende au revers , Tutela
Aug. à peu près comme dans la Médaille de Vespasien , et non pas Tutela
Italia , comme dans celle de Nerva ; mais
* Dans la Vie de Nerva.
au
MARS. 17321 441
e
|-
ai
es
ur
at
is,
ela
éela
ais
au
au lieu que sur la Médaille de Vespasien,
on y voit trois figures représentées , et
que sur celle de Nerva , on en voit quatre,
il ne se trouve qu'une seule figure sur
la Médaille de Carausius , comme je l'ai
décrite au commencement; ce qui forme
un troisiéme Type different sur les Médailles de ce genre.
Boissart , dans le troisiéme Tome de
ses Antiquitez , nous a donné la figure
de la Déesse Tutilina , sous l'habit d'une
venerable Matrone debout , le derriere
de la tête voilé , dont la robe descend
jusques aux pieds. On voit au côté droit
auprès d'elle un tronc d'arbre qu'un Serpent entortille ; et au-dessous de la figure est écrit en gros caractere , TVTILINAE. S, ce qui nous apprend que la figure qui est représentée sur ce bas- relief,
avoit été consacrée à la Tutiline sous ce
Type. *
Cette Divinité avoit un Autel à Rome
sur le Mont Aventin , comme Varron le
remarque dans sa Ménippée. Cette der-
* S. Augustin , dans le 4. Livre de la Cité de
Dieu , Chap. 8. fait mention de la Déesse Tutiline , comme de la Sur- Intendante des Grains
après la récolte. Frumentis vero collectis atque reconditis , ut tutò servarentur Deam Tutilinam praposuerunt.
B iiij niere
442 MERCURE DE FRANCE
niere figure est encore differente de celle
qui est représentée sur notre Médaille de
Carausius , elle ne ressemble point non
plus à la figure de la Tutele qui est sur
la Médaille de Vespasien , où cette Divinité est assise dans une attitude majestueuse , ayant deux jeunes Princes debout à ses côtez.
Pour ce qui regarde la Médaille de
Nerva, ce n'est point la Divinité Tutele
qui est représentée sur son revers ; c'est
l'Empereur Nerva lui- même qui y est
appellé la Tutele de l'Italie , et avec jus- tice , pour les raisons que nous avons rapportées plus haut.
Ainsi le Type de la Médaille de Carausius avec TVTELA AVG..ne revient à aucun de tous ces Types. C'est , comme on
l'a dit , une figure toute particuliere. Elle
sacrifie sur un Autel , où il y a du feu ,
sur lequel elle répand une Patere pleine
de quelque liqueur propre au Sacrifice ,
tenant de la main gauche une Corne d'abondance.
Ne seroit- ce point là , Monseigneur
le Génie Tutelaire de la Ville et du Port
de Boulogne sur l'Ocean , ou bien celui
de la Ville et du Port de Bourdeaux ?
Ce sont , comme V.A.S. le sçait, deux
Ports et deux Villes qui ont été autrefois
MARS. 17320 443
fois très- considerables , soit par leur propre situation , soit par les grands Evenemens qui y sont arrivez du temps des Romains.
•
La premiere est aujourd'hui la Capitale
du Boulonnois , Peuple qu'on appelloit
autrefois les Morins.
La seconde est la Capitale de la Guyen:
ne , Province que Ptolomée appelle Aqui
tania.
Par rapport à Boulogne , j'ai prouvé dans le corps de mon Ouvrage sur Carausius , que cette Ville fût d'abord comme le Magazin general et l'Arcenal de
cet Empereur, et qu'il en fit une des plus
fortes Places qu'il eûr sur les Côtes Maritimes des Gaules , et qu'elle soutint un
Siege presqu'aussi long que le fut le fameux Siege de Troye.
Le Génie Tutelaire en ce sens sur les
Médailles de Carausius , ne conviendroit
peut-être pas mal à Boulogne ; cet Autel,
ces Parfums , cette Paterre , désigneroient
les Sacrifices qui furent faits dans cette
Ville pour la prosperité des Armes , et
pour l'heureux succès de la Flotte de cet
Empereur.LaCorne d'abondance que tient
cette Figure , marqueroit la quantité suffisante de toutes les munitions necessaires
pour la deffense et pour la sureté de cette
Place. Les Tours dont elle paroît couronBv néc
444 MERCURE DE FRANCE
née , désigneroient la force de ses murailles , qui devoient être bien considérables ,
puisque le Rhéteur Euménius ( a) , dans
un de ses Panégyriques en fait mention ;
en les appellant Gessoriacenses muros , les
Murs de Gessoriac , parce que cette Ville
a aussi été appellée , Gessoriacum navale
à cause de la renommée de son Port , que
je prétends être le fameux Por.us Iccius
des Anciens.
Pour revenir à notre Médaille. Pline le
jeune en parlant des Sacrifices qui furenţ
faits à la proclamation de Nerva , nous
fournit un passage qui semble l'expliquer
encore dans un sens qui ne seroit point
incompatible à quelque Ville qu'on voulut la donner. Diem , dit-il , in quem
Tutela Generis humani felicissima successione translata est debita religione celebravimus, commendantes Diis Imperii Authoribus , et vota publica et gaudia.
C'est peut être , Monseigneur , ce que
les Monetaires nous auroient voulu faire
entendre par ce Type et par cette Légende , par cet Autel et par ces Sacrifices.
Pour marquer à la posterité qu'à son
avenement à l'Empire , les Gaulois et les
Bretons de son parti , s'étoient religieu-
(a) Panegyr. à Constantius César , chap. 4.
sement
MARS. 1732. 445
sement acquittez d'un devoir essentiel
envers Carausius , qu'ils venoient de reconnoître pour Empereur , et qu'ils regardoient comme l'objet de leurs vœux et
la Tutele du genre humain , dans le mê
me sens qu'Horace,dans une de ses Odes*,
donne ce titre à Auguste.
OTutela prasens
Italia, Dominaque Roma.
C'est dans la même pensée que Nerva
est appellé , Tutela Italia sur la Médaille ,
dont nous avons déja décrit le revers , et
dont la Légende est tirée de ces deux Vers
d'Horace.
Mais la Médaille de Carausius , avec
Tutela Aug.au revers , accompagnée d'un
Type nouveau , et jusques icy inconnu ;
paroît nous marquer encore quelque chose de plus , et elle pourroit s'entendre
d'une Divinité Topique , et propre à un
lieu particulier.
L'Autel , sur ce revers nous marque
que la Tutele avoit aussi ses Autels , ses
Temples et ses Sacrifices particuliers du
temps de Carausius , et que le culte de la
Tutele , étant Romain d'origine , s'étoit
* Ode 14. Carmin. lib. 4.
B vj ré
446 MERCURE DE FRANCE.
répandu dans l'étendue de ses Etats , dans
la grande Bretagne , dans nos Gaules et
dans d'autres Provinces, comme celui des
autres Dieux , dont V. A. S. sçait que le
culte s'étendoit , à mesure que les Romains avançoient leurs conquêtes.
Pour venir à la Ville de Bourdeaux
l'Inscription antique qui y fut trouvée ,
et que voici , prouve invinciblement
le culte de la Tutele y étoit établi,
TVTELÆ
AVG.
LASCIVOS CANIL:
EX VOTO
L. D. EX. D. D.
que
C'est l'accomplissement d'un vœu solemnel , fait à la Turele d'Auguste , par
un particulier, nommé Lascivus Canilius.
Les dernieres Lettres initiales de cette
Inscription , L. D. EX. D. D. signifient
que le Sol lui en avoit été assigné par un
Décret exprès des Décurions de la Ville.
Locus datus ex Decreto Decurionum. Ce
qui fait voir en passant que Bourdeaux
joüissoit pour lors du droit de Colonie
Romaine, et qu'elle avoit adopté le culte
de cette Divinité. Elle y avoit un Temple
MARS. 1732 447
܂ܐ
>
ple des plus superbes , dans lequel cette
Inscription fut trouvée , selon Tristan.
Ce Temple subsistoit encore presqu'en
son entier en 1700.avant que Louis XIV.
de glorieuse mémoire , l'eut fait détruire
pour en faire une Esplanade devant le
Château Trompette. C'étoit un Péristyle,
à quatre Angles droits , long de 87 pieds,
et large de 62. selon Elie Vinet , ou de
63 , selon Merula , dans sa Géographie
page 426. Ce Temple avoit six Colonnes
en face dans sa largeur, et huit Colonnes
à chaque côté dans sa longueur ; ce qui
faisoit en tout une colonnade de 24 Colonnes , de l'Ordre Corinthien , dont il
en restoit encore 18 sur pied , dans le
temps que Vinet publia ses Notes sur Ausone. Les Colonnes de ce Temple étoient
d'une hauteur si considérable qu'elles do
minoient sur tous les plus hauts Edifices
de la Ville ; ce qui peut avoir été en partie cause de sa destruction. Au dessous de
ce Temple il y avoit des Voutes et des
Caves qui étoient d'un ouvrage aussi ancien. On s'en servoit pour y conserver du
Vin , selon quelques Auteurs.
La démolition d'un monument si superbe et si respectable par son anciennete , ne laissa pas d'exciter les regrets de
quelques amateurs de l'Antiquité , gens
qui
448 MERCURE DE FRANCE
qui ne s'embarassent guere de politique.
Ces regrets furent même accompagnez
des larmes d'un des plus sçavans Antiquaires (a) de ce temps- là. Ce qui donna
occasion aux Vers , qui furent imprimez
dans le Mercurede Mars 1702.que V.A.S.
ne sera peut-être pas fâchée de voir icy.
99
55
Pourquoi démolit-on ces Colomnes des
Dieux ?
Ouvrage des Césars , Monument Tutclaire ,
Depuis plus de mille ans , que le temps les re- vére ,
Elles s'élevoient jusqu'aux Cieux.
»Il faut que leur orgueil , cede à la Forteresse
» Où Mars pour nous veille sans cesse.
Son redoutable Mur , Edifice Royal ,
Ne doit point souffrir de Rival.
Ainsi il ne nous reste plus aujourd'hui
aucun vestige de ce fameux Temple de
la Tutele, qu'un triste souvenir de sa ruine..
Mais que dis- je, Monseigneur, ce Temple n'est pas entierement détruit , et l'idée de ce superbe Edifice ne sera jamais tout à-fait effacée de la mémoire des hommes. Le même Vinet nous en a heureusement conservé le Dessein. C'est dans ses
sçavantes Notes sur Ausone , où j'ai eu
( a ) M. Spon.
la
MARS. 1732. 449
ul
de
ne,
cm.
l'imais
ɔmceu5 ses
eu
la 1
la satisfaction de le voir représenté sous
le nom de Palais ou de Piliers de Tutele,
C'est ainsi qu'on l'appelloit vulgairement , à cause de sa magnificence égale à
celle des Palais des Rois. C'étoit , sans
doute , non un Palais , mais un Temple
consacré à la Tutele , ou au Genie Tutelaire de la Ville et du Port de Bourdeaux,
comme l'Inscription antique , que nous
venons de rapporter plus haut , et qui y
fut trouvée , le prouve invinciblement.
Quoique tous les Dieux pussent être
Dieux Tuteles , soit male , ou femelle ,
V. A. S. sçait cependant que chaque Nation ou Peuplade s'en choisissoit un particulier , qu'elle invoquoit comme son
Génie , son Protecteur , et son Dieu Tutele. Chaque Vaisseau avoit aussi son Dieu
Tutele particulier.
Or c'est du Dieu Tutele de la Ville de
Bourdeaux que je crois qu'on doit entendre l'Inscription : Tutela Aug. & c. qui y
fut trouvée.
C'est de Bourdeaux que je crois aussi
qu'il faut entendre la Légende : Tutela
Aug. qui est sur la Médaille de Carausius;
et il est beaucoup plus à présumer , que
la figure qui esr sur notre Médaille, peut
être la mêmequi étoit adorée dans ceTemple
450 MERCURE DE FRANCE
ple de Bourdeaux , et que c'étoit- là la
Divinité Tutele de la Ville.
En effet , Carausius étant Maître de la
Mer, comme il l'étoit , je ne fais aucun
doute , qu'il ne se fut aussi emparé de la
Ville et du Port de Bourdeaux. Cette
Ville , aussi-bien que Boulogne , lui étoit
de trop grande importance pour la négliger. Son Port , qui étoit autrefois au
milieu de la Ville , étoit aussi un des plus
superbes , suivant ces Vers d'Ausone :
"Per mediumque Urbis Fontani fluminis al veum
Quem Pater Oceanus refluo quum impleverit astu.
» Adlabi totum spectabis classibus aquor.
Carausius avoit en ces deux Villes deux
clefs pour sortir et pour entrer dans les
Gaules , suivant que ses affaires tourneroient , bien ou mal ; dans l'expédition
qu'il projettoit de la grande Bretagne.
C'est de Bourdeaux et de ses Citoyens
que je pense qu'il faut entendre en partie
un Passage d'Eumenius , où il est dit que
Carausius emmena avec lui , en la grande
Bretagne , plusieurs Marchands des GauIes. Contractis ad Dilectum Mercatoribus
*
Galli
MAR S.. 1732.
450
S
n
je
le
He
us
Gallicanis;parce que cette Ville a toujours
été en grand commerce , sur tout avec
ces Insulaires.
Enfin Bourdeaux est la Ville où je crois
que notre Médaillea pû avoir été frappée,
les raisons que nous venons d'en raporter.
par
Peut- être cette Ville, puissante comme
elle étoit,et parTerre et par Mer,à l'exemple de Boulogne, fut- elle une des premieres à saisir cette occasion , pour secoüer
le joug des deux autres Empereurs Romains. V. A. S. sçait qu'il n'y avoit pas
long- temps que la Ville de Bourdeaux
s'étoit soustraite à l'obéïssance de Gallien,
et que du Gouverneur de la Province
dont elle étoit la Capitale , elle avoit fait
un Empereur , nommé Tetricus , qui prit
la Pourpre à Bourdeaux , où il faisoit sa
résidence ordinaire.
On voit encore à Bourdeaux , parmi les
autres Antiquitez, les ruines d'un Amphithéatre , nommé vulgairement , le Palais
de Gallien , qui pouvoit y avoir fait quelque séjour avant la révolte de Tétricus.
Cela fait voir le rang distingué que tenoit autrefois cette Ville Maritime de la
Province d'Aquitaine , ou de la Guienne,
comme on l'appelle aujourd'hui.
Cette Ville ancienne ne s'étoit pas seu
lement
452 MERCURE DE FRANCE
lement renduë recommandable par son
commerce dans les extrémitez des Mers ,
même du temps d'Auguste , comme Strabon , qui vivoit sous ce Prince, nous l'assure. Elle s'est encore rendue celebre par
le grand nombre de Sçavans qui y ont
fleuri , comme on le peut voir dans les
Vers d'Ausone. Mais ce n'est point icy le
lieu d'en parler.
Ce que j'ai dit , Monseigneur, en faveur
de cette Ville , paroît suffire pour l'expliIcation de notre Médaille de Carausius
avec la Légende , Tutela Aug. ,
Légende inconnue jusques icy dans les
Médailles du bas Empire , et dont le Type n'est pas moins singulier , ni moins
digne de l'attention des Antiquaires.
Ce sont- là , Monseigneur , les conjectures que j'ai crû pouvoir hazarder , et
que je soûmets entierement à votre décision. Je ne sçai si V. A. S. les trouvera
assez solidement appuyées ; mais elles serviront du moins à exciter la curiosité
des Sçavans sur ce sujet , et elles seront
un témoignage public de la Protection
jose dire , de la Tutele particuliere , dont vous honorez les Sciences et les Gens de
Lettres , ainsi que du profond respect et
de la reconnoissance parfaite avec laquelle
je serai toute ma vie , &c.
A Paris , ce 15 Février 1732.
antique très singuliere de Carausius ,
Empereur des anciens Bretons , au temps de Diocletien et de Maximien-Hercule ,
adressée à S.A.S. M. le Duc du Maine,
Prince Souverain de Dombes , &c. Par
M. Genebrier , Docteur en Medecine.
MONSEIGNEUR,
L'accueil dont V. A. S. m'a honoré à
mon retour d'Angleterre , la maniere distinguée dont elle a b en voulu me communiquer elle-même , et à Versailles et
Bij à
38 MERCURE DE FRANCE
à Sceaux , ses differens Cabinets de Mé,
dailles antiques , et la permission qu'elle
m'a accordée de décrire celles qui pou
voient entrer dans mes vûës Litteraires
sont des effets d'unebonté digne deV.A.S
mais trop marquez pour moi , pour ne
pas rechercher l'occasion de les publier.
' ose donc mefatter , Monseigneur , que
V. A. S. ne trouvera pas mauvais que je
fasse paroître cet Ecrit sous vos auspices.
Je l'ai composé au sujet d'une Médaille
antique du Héros bes Bretons , dont j'ai
déja eu l'honneur d'entretenir V. A, S.
Cette Médaille interesse particulierement
la gloire d'une de nos plus anciennes
Villes de France , Ville autrefois et encore aujourd'hui très celebre , et qui
étant la Capitale du Gouvernement de
Monseigneur le Comte d'Eu , Prince qui
marche si dignement sur vos traces , doit
aussi interesser V. A. S.
Cette Médaille est de petit bronze et
assez bien conservée , elle est d'un Métail jaune , qui est rare dans les Médailles
de ce temps- là . Je la croyois d'abord unique , mais M. l'Abbé de Rothelin en a
trouvé depuis peu une autre qui n'est que
de cuivre rouge. Elle représente d'un côté
la tête de l'Empereur Carausius , couronnée de rayons , avec la Légende ordinaire.
Imp
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1-
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E.AE
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aire
Imp.
>
. 1732 439
Imp. Carausius P. F. Aug. Et au revers
pour Legende , Tutela Aug. La Tutele
d'Auguste. Pour Type la figure d'une
femme debout , tournée du côté droit
vétuë d'une robe longue abbattue , don't
ún bout ramené du côté droit par devant et retroussé sur le bras gauche , va
encore descendre jusqu'aux pieds. Certe
figure tient de la main droite une patere
sur un Autel où il y a du feu , et de la
gauche elle soutient par le bas une Corne
d'abondance , couchée sur le bras du mê- me côté.
Parmi beaucoup de Médailles antiques
que j'ai vûës dans un assez grand nombre de Cabinets en differens Royaumes,
par ordre et sous les auspices de S. A. R.
feuë Madame , et que j'ai décrites , je
n'en ai jamais trouvé que deux differentes du haut Empire , avec la Legende
TVTELA , &C.
La premiere est une Médaille de Vespasien , et la seconde de Nerva.
Au revers de la Médaille de Vespasien , il y a pour Legende Tutela Augusti S. C. et pour Type , la figure d'une
femme assise , tournée du côté droit , qui
impose la main droite sur la tête de Tite,
qui est devant elle au côté droit , ayant
fe bras gauche négligemment appuyé sur
Biij les
440 MERCURE DE FRANCE
les épaules de Domitien , qui est aussi
debout de l'autre côté , la face tournée
differemment. Ce qui nous marque que
ces deux jeunes Princes s'étoient , pour ainsi dire voüés à cette Divinité Tutele
et qu'ils s'étoient mis sous sa protection.
3
Au revers de la Médaille de Nerva ,
il y a pour Legende Tutela Italia S. C.
La Tutele de l'Italie. Pour Type , la figure de l'Empereur assis , de gauche à
droite , sur une Chaise Curule , qui tend
la main droite à deux petits enfans , garçon et fille , qui sont debout à ses pieds ,
et qui lui sont présentez par l'Italie personifiée sous la figure d'une femme aussi
debout derriere eux , pour faire entendre
que ce Prince s'étoit déclaré le Pere et le
Protecteur des enfans orphelins de l'un
et l'autre Sexe, C'est ce qui paroît confirmé par un Passage de Xiphilin , * qui
rapporte que ce Prince assigna des Terres
estimées quinze cent mille dragmes pour
la subsistance des Citoyens qui étoient
dans la necessité.
A l'égard de la Médaille de Carausius,
il- y a pour Legende au revers , Tutela
Aug. à peu près comme dans la Médaille de Vespasien , et non pas Tutela
Italia , comme dans celle de Nerva ; mais
* Dans la Vie de Nerva.
au
MARS. 17321 441
e
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at
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éela
ais
au
au lieu que sur la Médaille de Vespasien,
on y voit trois figures représentées , et
que sur celle de Nerva , on en voit quatre,
il ne se trouve qu'une seule figure sur
la Médaille de Carausius , comme je l'ai
décrite au commencement; ce qui forme
un troisiéme Type different sur les Médailles de ce genre.
Boissart , dans le troisiéme Tome de
ses Antiquitez , nous a donné la figure
de la Déesse Tutilina , sous l'habit d'une
venerable Matrone debout , le derriere
de la tête voilé , dont la robe descend
jusques aux pieds. On voit au côté droit
auprès d'elle un tronc d'arbre qu'un Serpent entortille ; et au-dessous de la figure est écrit en gros caractere , TVTILINAE. S, ce qui nous apprend que la figure qui est représentée sur ce bas- relief,
avoit été consacrée à la Tutiline sous ce
Type. *
Cette Divinité avoit un Autel à Rome
sur le Mont Aventin , comme Varron le
remarque dans sa Ménippée. Cette der-
* S. Augustin , dans le 4. Livre de la Cité de
Dieu , Chap. 8. fait mention de la Déesse Tutiline , comme de la Sur- Intendante des Grains
après la récolte. Frumentis vero collectis atque reconditis , ut tutò servarentur Deam Tutilinam praposuerunt.
B iiij niere
442 MERCURE DE FRANCE
niere figure est encore differente de celle
qui est représentée sur notre Médaille de
Carausius , elle ne ressemble point non
plus à la figure de la Tutele qui est sur
la Médaille de Vespasien , où cette Divinité est assise dans une attitude majestueuse , ayant deux jeunes Princes debout à ses côtez.
Pour ce qui regarde la Médaille de
Nerva, ce n'est point la Divinité Tutele
qui est représentée sur son revers ; c'est
l'Empereur Nerva lui- même qui y est
appellé la Tutele de l'Italie , et avec jus- tice , pour les raisons que nous avons rapportées plus haut.
Ainsi le Type de la Médaille de Carausius avec TVTELA AVG..ne revient à aucun de tous ces Types. C'est , comme on
l'a dit , une figure toute particuliere. Elle
sacrifie sur un Autel , où il y a du feu ,
sur lequel elle répand une Patere pleine
de quelque liqueur propre au Sacrifice ,
tenant de la main gauche une Corne d'abondance.
Ne seroit- ce point là , Monseigneur
le Génie Tutelaire de la Ville et du Port
de Boulogne sur l'Ocean , ou bien celui
de la Ville et du Port de Bourdeaux ?
Ce sont , comme V.A.S. le sçait, deux
Ports et deux Villes qui ont été autrefois
MARS. 17320 443
fois très- considerables , soit par leur propre situation , soit par les grands Evenemens qui y sont arrivez du temps des Romains.
•
La premiere est aujourd'hui la Capitale
du Boulonnois , Peuple qu'on appelloit
autrefois les Morins.
La seconde est la Capitale de la Guyen:
ne , Province que Ptolomée appelle Aqui
tania.
Par rapport à Boulogne , j'ai prouvé dans le corps de mon Ouvrage sur Carausius , que cette Ville fût d'abord comme le Magazin general et l'Arcenal de
cet Empereur, et qu'il en fit une des plus
fortes Places qu'il eûr sur les Côtes Maritimes des Gaules , et qu'elle soutint un
Siege presqu'aussi long que le fut le fameux Siege de Troye.
Le Génie Tutelaire en ce sens sur les
Médailles de Carausius , ne conviendroit
peut-être pas mal à Boulogne ; cet Autel,
ces Parfums , cette Paterre , désigneroient
les Sacrifices qui furent faits dans cette
Ville pour la prosperité des Armes , et
pour l'heureux succès de la Flotte de cet
Empereur.LaCorne d'abondance que tient
cette Figure , marqueroit la quantité suffisante de toutes les munitions necessaires
pour la deffense et pour la sureté de cette
Place. Les Tours dont elle paroît couronBv néc
444 MERCURE DE FRANCE
née , désigneroient la force de ses murailles , qui devoient être bien considérables ,
puisque le Rhéteur Euménius ( a) , dans
un de ses Panégyriques en fait mention ;
en les appellant Gessoriacenses muros , les
Murs de Gessoriac , parce que cette Ville
a aussi été appellée , Gessoriacum navale
à cause de la renommée de son Port , que
je prétends être le fameux Por.us Iccius
des Anciens.
Pour revenir à notre Médaille. Pline le
jeune en parlant des Sacrifices qui furenţ
faits à la proclamation de Nerva , nous
fournit un passage qui semble l'expliquer
encore dans un sens qui ne seroit point
incompatible à quelque Ville qu'on voulut la donner. Diem , dit-il , in quem
Tutela Generis humani felicissima successione translata est debita religione celebravimus, commendantes Diis Imperii Authoribus , et vota publica et gaudia.
C'est peut être , Monseigneur , ce que
les Monetaires nous auroient voulu faire
entendre par ce Type et par cette Légende , par cet Autel et par ces Sacrifices.
Pour marquer à la posterité qu'à son
avenement à l'Empire , les Gaulois et les
Bretons de son parti , s'étoient religieu-
(a) Panegyr. à Constantius César , chap. 4.
sement
MARS. 1732. 445
sement acquittez d'un devoir essentiel
envers Carausius , qu'ils venoient de reconnoître pour Empereur , et qu'ils regardoient comme l'objet de leurs vœux et
la Tutele du genre humain , dans le mê
me sens qu'Horace,dans une de ses Odes*,
donne ce titre à Auguste.
OTutela prasens
Italia, Dominaque Roma.
C'est dans la même pensée que Nerva
est appellé , Tutela Italia sur la Médaille ,
dont nous avons déja décrit le revers , et
dont la Légende est tirée de ces deux Vers
d'Horace.
Mais la Médaille de Carausius , avec
Tutela Aug.au revers , accompagnée d'un
Type nouveau , et jusques icy inconnu ;
paroît nous marquer encore quelque chose de plus , et elle pourroit s'entendre
d'une Divinité Topique , et propre à un
lieu particulier.
L'Autel , sur ce revers nous marque
que la Tutele avoit aussi ses Autels , ses
Temples et ses Sacrifices particuliers du
temps de Carausius , et que le culte de la
Tutele , étant Romain d'origine , s'étoit
* Ode 14. Carmin. lib. 4.
B vj ré
446 MERCURE DE FRANCE.
répandu dans l'étendue de ses Etats , dans
la grande Bretagne , dans nos Gaules et
dans d'autres Provinces, comme celui des
autres Dieux , dont V. A. S. sçait que le
culte s'étendoit , à mesure que les Romains avançoient leurs conquêtes.
Pour venir à la Ville de Bourdeaux
l'Inscription antique qui y fut trouvée ,
et que voici , prouve invinciblement
le culte de la Tutele y étoit établi,
TVTELÆ
AVG.
LASCIVOS CANIL:
EX VOTO
L. D. EX. D. D.
que
C'est l'accomplissement d'un vœu solemnel , fait à la Turele d'Auguste , par
un particulier, nommé Lascivus Canilius.
Les dernieres Lettres initiales de cette
Inscription , L. D. EX. D. D. signifient
que le Sol lui en avoit été assigné par un
Décret exprès des Décurions de la Ville.
Locus datus ex Decreto Decurionum. Ce
qui fait voir en passant que Bourdeaux
joüissoit pour lors du droit de Colonie
Romaine, et qu'elle avoit adopté le culte
de cette Divinité. Elle y avoit un Temple
MARS. 1732 447
܂ܐ
>
ple des plus superbes , dans lequel cette
Inscription fut trouvée , selon Tristan.
Ce Temple subsistoit encore presqu'en
son entier en 1700.avant que Louis XIV.
de glorieuse mémoire , l'eut fait détruire
pour en faire une Esplanade devant le
Château Trompette. C'étoit un Péristyle,
à quatre Angles droits , long de 87 pieds,
et large de 62. selon Elie Vinet , ou de
63 , selon Merula , dans sa Géographie
page 426. Ce Temple avoit six Colonnes
en face dans sa largeur, et huit Colonnes
à chaque côté dans sa longueur ; ce qui
faisoit en tout une colonnade de 24 Colonnes , de l'Ordre Corinthien , dont il
en restoit encore 18 sur pied , dans le
temps que Vinet publia ses Notes sur Ausone. Les Colonnes de ce Temple étoient
d'une hauteur si considérable qu'elles do
minoient sur tous les plus hauts Edifices
de la Ville ; ce qui peut avoir été en partie cause de sa destruction. Au dessous de
ce Temple il y avoit des Voutes et des
Caves qui étoient d'un ouvrage aussi ancien. On s'en servoit pour y conserver du
Vin , selon quelques Auteurs.
La démolition d'un monument si superbe et si respectable par son anciennete , ne laissa pas d'exciter les regrets de
quelques amateurs de l'Antiquité , gens
qui
448 MERCURE DE FRANCE
qui ne s'embarassent guere de politique.
Ces regrets furent même accompagnez
des larmes d'un des plus sçavans Antiquaires (a) de ce temps- là. Ce qui donna
occasion aux Vers , qui furent imprimez
dans le Mercurede Mars 1702.que V.A.S.
ne sera peut-être pas fâchée de voir icy.
99
55
Pourquoi démolit-on ces Colomnes des
Dieux ?
Ouvrage des Césars , Monument Tutclaire ,
Depuis plus de mille ans , que le temps les re- vére ,
Elles s'élevoient jusqu'aux Cieux.
»Il faut que leur orgueil , cede à la Forteresse
» Où Mars pour nous veille sans cesse.
Son redoutable Mur , Edifice Royal ,
Ne doit point souffrir de Rival.
Ainsi il ne nous reste plus aujourd'hui
aucun vestige de ce fameux Temple de
la Tutele, qu'un triste souvenir de sa ruine..
Mais que dis- je, Monseigneur, ce Temple n'est pas entierement détruit , et l'idée de ce superbe Edifice ne sera jamais tout à-fait effacée de la mémoire des hommes. Le même Vinet nous en a heureusement conservé le Dessein. C'est dans ses
sçavantes Notes sur Ausone , où j'ai eu
( a ) M. Spon.
la
MARS. 1732. 449
ul
de
ne,
cm.
l'imais
ɔmceu5 ses
eu
la 1
la satisfaction de le voir représenté sous
le nom de Palais ou de Piliers de Tutele,
C'est ainsi qu'on l'appelloit vulgairement , à cause de sa magnificence égale à
celle des Palais des Rois. C'étoit , sans
doute , non un Palais , mais un Temple
consacré à la Tutele , ou au Genie Tutelaire de la Ville et du Port de Bourdeaux,
comme l'Inscription antique , que nous
venons de rapporter plus haut , et qui y
fut trouvée , le prouve invinciblement.
Quoique tous les Dieux pussent être
Dieux Tuteles , soit male , ou femelle ,
V. A. S. sçait cependant que chaque Nation ou Peuplade s'en choisissoit un particulier , qu'elle invoquoit comme son
Génie , son Protecteur , et son Dieu Tutele. Chaque Vaisseau avoit aussi son Dieu
Tutele particulier.
Or c'est du Dieu Tutele de la Ville de
Bourdeaux que je crois qu'on doit entendre l'Inscription : Tutela Aug. & c. qui y
fut trouvée.
C'est de Bourdeaux que je crois aussi
qu'il faut entendre la Légende : Tutela
Aug. qui est sur la Médaille de Carausius;
et il est beaucoup plus à présumer , que
la figure qui esr sur notre Médaille, peut
être la mêmequi étoit adorée dans ceTemple
450 MERCURE DE FRANCE
ple de Bourdeaux , et que c'étoit- là la
Divinité Tutele de la Ville.
En effet , Carausius étant Maître de la
Mer, comme il l'étoit , je ne fais aucun
doute , qu'il ne se fut aussi emparé de la
Ville et du Port de Bourdeaux. Cette
Ville , aussi-bien que Boulogne , lui étoit
de trop grande importance pour la négliger. Son Port , qui étoit autrefois au
milieu de la Ville , étoit aussi un des plus
superbes , suivant ces Vers d'Ausone :
"Per mediumque Urbis Fontani fluminis al veum
Quem Pater Oceanus refluo quum impleverit astu.
» Adlabi totum spectabis classibus aquor.
Carausius avoit en ces deux Villes deux
clefs pour sortir et pour entrer dans les
Gaules , suivant que ses affaires tourneroient , bien ou mal ; dans l'expédition
qu'il projettoit de la grande Bretagne.
C'est de Bourdeaux et de ses Citoyens
que je pense qu'il faut entendre en partie
un Passage d'Eumenius , où il est dit que
Carausius emmena avec lui , en la grande
Bretagne , plusieurs Marchands des GauIes. Contractis ad Dilectum Mercatoribus
*
Galli
MAR S.. 1732.
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Gallicanis;parce que cette Ville a toujours
été en grand commerce , sur tout avec
ces Insulaires.
Enfin Bourdeaux est la Ville où je crois
que notre Médaillea pû avoir été frappée,
les raisons que nous venons d'en raporter.
par
Peut- être cette Ville, puissante comme
elle étoit,et parTerre et par Mer,à l'exemple de Boulogne, fut- elle une des premieres à saisir cette occasion , pour secoüer
le joug des deux autres Empereurs Romains. V. A. S. sçait qu'il n'y avoit pas
long- temps que la Ville de Bourdeaux
s'étoit soustraite à l'obéïssance de Gallien,
et que du Gouverneur de la Province
dont elle étoit la Capitale , elle avoit fait
un Empereur , nommé Tetricus , qui prit
la Pourpre à Bourdeaux , où il faisoit sa
résidence ordinaire.
On voit encore à Bourdeaux , parmi les
autres Antiquitez, les ruines d'un Amphithéatre , nommé vulgairement , le Palais
de Gallien , qui pouvoit y avoir fait quelque séjour avant la révolte de Tétricus.
Cela fait voir le rang distingué que tenoit autrefois cette Ville Maritime de la
Province d'Aquitaine , ou de la Guienne,
comme on l'appelle aujourd'hui.
Cette Ville ancienne ne s'étoit pas seu
lement
452 MERCURE DE FRANCE
lement renduë recommandable par son
commerce dans les extrémitez des Mers ,
même du temps d'Auguste , comme Strabon , qui vivoit sous ce Prince, nous l'assure. Elle s'est encore rendue celebre par
le grand nombre de Sçavans qui y ont
fleuri , comme on le peut voir dans les
Vers d'Ausone. Mais ce n'est point icy le
lieu d'en parler.
Ce que j'ai dit , Monseigneur, en faveur
de cette Ville , paroît suffire pour l'expliIcation de notre Médaille de Carausius
avec la Légende , Tutela Aug. ,
Légende inconnue jusques icy dans les
Médailles du bas Empire , et dont le Type n'est pas moins singulier , ni moins
digne de l'attention des Antiquaires.
Ce sont- là , Monseigneur , les conjectures que j'ai crû pouvoir hazarder , et
que je soûmets entierement à votre décision. Je ne sçai si V. A. S. les trouvera
assez solidement appuyées ; mais elles serviront du moins à exciter la curiosité
des Sçavans sur ce sujet , et elles seront
un témoignage public de la Protection
jose dire , de la Tutele particuliere , dont vous honorez les Sciences et les Gens de
Lettres , ainsi que du profond respect et
de la reconnoissance parfaite avec laquelle
je serai toute ma vie , &c.
A Paris , ce 15 Février 1732.
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Résumé : EXPLICATION d'une Medaille antique très singuliere de Carausius, Empereur des anciens Bretons, au temps de Diocletion et de Maximien-Hercule, adressée à S.A.S. M. le Duc du Maine, Prince Souverain de Dombes, &c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine.
Le texte, rédigé par M. Genebrier, Docteur en Médecine, présente une médaille antique en bronze dédiée à Carausius, Empereur des anciens Bretons. Cette médaille, unique en son genre, représente Carausius couronné de rayons au recto, avec la légende 'Imp. Carausius P. F. Aug.' et au verso, une femme debout tenant une patère et une corne d'abondance, accompagnée de la légende 'Tutela Aug.' Cette médaille se distingue des autres médailles antiques connues, comme celles de Vespasien et Nerva, qui portent également la légende 'Tutela'. La médaille de Carausius pourrait être liée à Boulogne-sur-Mer ou Bordeaux, deux villes importantes à l'époque romaine. Boulogne-sur-Mer était un arsenal et une place forte de Carausius, tandis que Bordeaux possédait un temple dédié à la Tutele, comme le montre une inscription antique. La médaille pourrait symboliser le génie tutélaire de l'une de ces villes, représentant les sacrifices et les abondances nécessaires à leur défense et prospérité. Le texte mentionne également des détails sur les autres médailles antiques et les divinités tutélaires, soulignant l'importance historique et culturelle de ces objets. La médaille de Carausius, portant l'inscription 'Tutela Aug.', est probablement liée à Bordeaux, ville stratégique pour Carausius en raison de son port et de son importance commerciale. Bordeaux a également été un centre de rébellion contre les empereurs romains, avec l'ascension de Tetricus. La ville est riche en antiquités, comme les ruines d'un amphithéâtre, et a été célèbre pour son commerce et ses savants, notamment Ausone. Le texte conclut en soumettant ces conjectures à l'appréciation de son destinataire, soulignant l'importance historique et culturelle de Bordeaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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213
p. 550-553
« La profession que nous faisons d'honorer les Beaux Arts, [...] »
Début :
La profession que nous faisons d'honorer les Beaux Arts, [...]
Mots clefs :
Beaux Arts, Jacques-Philippe Férrand, Mosaïque, Magasin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La profession que nous faisons d'honorer les Beaux Arts, [...] »
La profession que nous faisons d'honorer les
Beaux Arts , et de faire connoître les sujets qui ›
s'y sont distinguez , nous oblige de publier un
Mémoire , qui nous a été communiqué , au sujet de Jacques-Philippe Férrand , Peintre , mort à
Paris depuis peu.
Il naquit à Joigny , en Bourgogne , le 26 Juillet 1653. et eut pour pere Louis Ferrand, Médecin du Roy Louis XIII.lequel en mourant laissa
son fils dans un âge fort tendre. Le jeune Ferrand fut mené à Paris , où il marqua de gran
des dispositions pour la Peinture. Il apprit d'a- bord a dessiner chez M. Mignard , ensuite à
peindre en Miniature , de Samuel Bernard ou
Besnard ; enfin il se forma de lui-même à peindre en Email , à quoi son génie le portoit , et il y excella.
En l'année 1684. il fut reçu en la Charge de
Valet de Chambre du Roy Louis XIV.En 1688.
il fut agréé à l'Académie Royale de Peinture et
de Sculpture , et il fut reçu le 27 May 1690.
Il fit ensuite plusieurs Voyages en Italie , en
Allemagne , en Angleterre. Il étoit à Turin sur
la
3
MARS. 1732. 551 Aa fin de l'année 1695. et fit un tres-beau Por
trait en Email du Duc de Savoye. Ce Prince
en fut si content , qu'il fit l'honneur au Peintre
François , d'aller jusques dans son logement , lui
témoigner sa satisfaction , et lui offrir un appar
tement dans son Palais ; ce qu'il accepta. Son séjour à Turin-fut d'environ deux années , pendant
1equel temps S. A. R. lui donna des marques continuelles de bonté et d'une particuliere satis
faction.
Arrivé à Génes peu de temps après, il reçut du
Doge , qui aimoit la Peinture , et qui favorisoit le mérite , les mêmes honneurs et les mêmes distinctions dont il avoit été comblé à Turin.
De Génes il passa à Florence , où il fut presenté au Grand Prince ( leGrand Duc étant absent ) par l'Ambassadeur de France. S. A. lui fit
voir elle- même toutes les magnifiques curiositez de son Palais , et fit tous ses efforts pour le rete
nir à sa Cour.
Son séjour à Rome fut de 13 mois. Il fit le
Portrait du Pape Innocent XII. celui de la Princesse Pamphile , et quelques autres qui augmenterent sa réputation.
En revenant en France , il s'arrêta encore à
Turin pendant quelques mois. Il arriva enfin à
Paris sur la fin de l'année 1698. Le Roy lui ardonna quelques Ouvrages , dont S. M.parût fort
satisfaite. Des chagrins domestiques qui survinrent et dont le Mémoire fait le détail , ne permirent plus guére à M.Ferrand de travailler. Il
donna cependant au public en 1723. un Traité
curieux , intitulé : L'Art du Feu, ou la maniere de
peindre en Email ; 'qui contient un petit Traité de Miniature , &c. Ce Livre se vend àParis, chez
Collombat , ruë saint Jacques.
552 MERCURE DE FRANCE
Il est mort à Paris le 5. Janvier de cette année
1732. âgé d'environ 78. ans , et inhumé dans
l'Eglise de S. Jean en Gréve , ne laissant de plusieurs enfans de son Marige avec Jeanne Colin
de Tours, qu'Antoine Ferrand , aussi Peintre.
André- Charles Boulle , natif de Paris , Archi
tecte , Peintre et Sculpteur en Mosaïque , Ebeniste- Ciseleur et Marqueteur ordinaire du Roy , né
en l'année 1642. le 10. Novembre , est mort le 29. Février 1734. à Paris dans les Galleries du
Louvre , où il avoit l'honneur d'être logé depuis
Pannée 1672. Get illustre Artiste , dont le mérite
étoit connu en France et dans les Pays Etrangers,
-est infiniment regretté par les Amateurs des Beaux- - Arts. Il laisse des fils de sa Profession heritiers
de ses talens et de son logement aux Galleries du Louvre.
La Dame Pariso , pourvûe du Privilege du
sieur Renty, pour le Métal qui imite l'Or , donne avis qu'elle demeure ruë de Grenelle- SaintHonoré, en entrant par la rue S. Honoré à
gauche , vis - à vis l'Hôtel de Vivaretz , où est
son Tableau , et où elle tient son Magazin , composé de toutes sortes d'Ouvrages ; sçavoir , Lustres, Surtous de Tables , Girandolles , Bras à
deux et à une branche , Chandeliers de toute
-grandeur, Sucrier , Moutardier, Cuillere , Fourchette , Manche de Couteau , Garniture de Fen à
figure et autres , uni et cizelé , Seaux à rafraî
chir le vin , Ecritoire , Garde d'Epée , Pomme
de Canne , Tabatiere , Etuy , Boucle de Soulier ,
Sonnettes , Cachet , Garniture de Commode , de
Pendule , le tout ciselé en bas et haut relief,
uni , &c₁ Elle
MARS. 1732. 553
C
3
Elle donne aussi avis aux Ecclesiastiques et
Communautez, qu'on fait des Ornemens d'Eglise des plus propres , tels que Chandeliers de toute
grandeur , Croix , Tabernacles , Crosses, &c. On
fait géneralement toutes sortes d'Ouvrages , com- me en or et en argent et autres Métaux. On les
nettoye ; sçavoir , s'il y a de la cire ou du suifsur
la Piece , il faut la mettre devant le feu/ pour la
faire fondre et la bien essuyer et frotter.
Quand la Piece a servi très-long- temps , ou
qu'elle est trop montée en couleur, pour la mettre dans son premier état , comme sortant du
Magazin , il faut prendre du Vinaigre de vin ,
y mettre du Tripoly ou Blanc d'Espagne dedans,
prendre une éponge ou du linge doux , bien frots
ter la Piece avec ledit Vinaigre et Tripoly, com
me si on écuroit un Chandelier de Cuivre , sans
craindre d'ôter la dorure qui revient d'elle - même;
après l'avoir ainsi nettoyée , il la faut jetter dans
l'eau claire , la retirer et la bien essuyer avec un
linge sec ; plus on la frottera , plus elle deviendra belle ; si on ne la trouvoit pas assez dorée , il faudra la mettre bouillir trois ou quatre minutes
dans l'eau de Riviere , et en la retirant de l'eau
la bien frotter avec un linge sec.
Ceux qui ne voudront pas se donner la peine
de nettoyer ces Ouvrages , n'auront qu'à les envoyer audit Magazin , on les leur rendra propres
et nettoyez gratis , le Métail n'est point cassant,
Beaux Arts , et de faire connoître les sujets qui ›
s'y sont distinguez , nous oblige de publier un
Mémoire , qui nous a été communiqué , au sujet de Jacques-Philippe Férrand , Peintre , mort à
Paris depuis peu.
Il naquit à Joigny , en Bourgogne , le 26 Juillet 1653. et eut pour pere Louis Ferrand, Médecin du Roy Louis XIII.lequel en mourant laissa
son fils dans un âge fort tendre. Le jeune Ferrand fut mené à Paris , où il marqua de gran
des dispositions pour la Peinture. Il apprit d'a- bord a dessiner chez M. Mignard , ensuite à
peindre en Miniature , de Samuel Bernard ou
Besnard ; enfin il se forma de lui-même à peindre en Email , à quoi son génie le portoit , et il y excella.
En l'année 1684. il fut reçu en la Charge de
Valet de Chambre du Roy Louis XIV.En 1688.
il fut agréé à l'Académie Royale de Peinture et
de Sculpture , et il fut reçu le 27 May 1690.
Il fit ensuite plusieurs Voyages en Italie , en
Allemagne , en Angleterre. Il étoit à Turin sur
la
3
MARS. 1732. 551 Aa fin de l'année 1695. et fit un tres-beau Por
trait en Email du Duc de Savoye. Ce Prince
en fut si content , qu'il fit l'honneur au Peintre
François , d'aller jusques dans son logement , lui
témoigner sa satisfaction , et lui offrir un appar
tement dans son Palais ; ce qu'il accepta. Son séjour à Turin-fut d'environ deux années , pendant
1equel temps S. A. R. lui donna des marques continuelles de bonté et d'une particuliere satis
faction.
Arrivé à Génes peu de temps après, il reçut du
Doge , qui aimoit la Peinture , et qui favorisoit le mérite , les mêmes honneurs et les mêmes distinctions dont il avoit été comblé à Turin.
De Génes il passa à Florence , où il fut presenté au Grand Prince ( leGrand Duc étant absent ) par l'Ambassadeur de France. S. A. lui fit
voir elle- même toutes les magnifiques curiositez de son Palais , et fit tous ses efforts pour le rete
nir à sa Cour.
Son séjour à Rome fut de 13 mois. Il fit le
Portrait du Pape Innocent XII. celui de la Princesse Pamphile , et quelques autres qui augmenterent sa réputation.
En revenant en France , il s'arrêta encore à
Turin pendant quelques mois. Il arriva enfin à
Paris sur la fin de l'année 1698. Le Roy lui ardonna quelques Ouvrages , dont S. M.parût fort
satisfaite. Des chagrins domestiques qui survinrent et dont le Mémoire fait le détail , ne permirent plus guére à M.Ferrand de travailler. Il
donna cependant au public en 1723. un Traité
curieux , intitulé : L'Art du Feu, ou la maniere de
peindre en Email ; 'qui contient un petit Traité de Miniature , &c. Ce Livre se vend àParis, chez
Collombat , ruë saint Jacques.
552 MERCURE DE FRANCE
Il est mort à Paris le 5. Janvier de cette année
1732. âgé d'environ 78. ans , et inhumé dans
l'Eglise de S. Jean en Gréve , ne laissant de plusieurs enfans de son Marige avec Jeanne Colin
de Tours, qu'Antoine Ferrand , aussi Peintre.
André- Charles Boulle , natif de Paris , Archi
tecte , Peintre et Sculpteur en Mosaïque , Ebeniste- Ciseleur et Marqueteur ordinaire du Roy , né
en l'année 1642. le 10. Novembre , est mort le 29. Février 1734. à Paris dans les Galleries du
Louvre , où il avoit l'honneur d'être logé depuis
Pannée 1672. Get illustre Artiste , dont le mérite
étoit connu en France et dans les Pays Etrangers,
-est infiniment regretté par les Amateurs des Beaux- - Arts. Il laisse des fils de sa Profession heritiers
de ses talens et de son logement aux Galleries du Louvre.
La Dame Pariso , pourvûe du Privilege du
sieur Renty, pour le Métal qui imite l'Or , donne avis qu'elle demeure ruë de Grenelle- SaintHonoré, en entrant par la rue S. Honoré à
gauche , vis - à vis l'Hôtel de Vivaretz , où est
son Tableau , et où elle tient son Magazin , composé de toutes sortes d'Ouvrages ; sçavoir , Lustres, Surtous de Tables , Girandolles , Bras à
deux et à une branche , Chandeliers de toute
-grandeur, Sucrier , Moutardier, Cuillere , Fourchette , Manche de Couteau , Garniture de Fen à
figure et autres , uni et cizelé , Seaux à rafraî
chir le vin , Ecritoire , Garde d'Epée , Pomme
de Canne , Tabatiere , Etuy , Boucle de Soulier ,
Sonnettes , Cachet , Garniture de Commode , de
Pendule , le tout ciselé en bas et haut relief,
uni , &c₁ Elle
MARS. 1732. 553
C
3
Elle donne aussi avis aux Ecclesiastiques et
Communautez, qu'on fait des Ornemens d'Eglise des plus propres , tels que Chandeliers de toute
grandeur , Croix , Tabernacles , Crosses, &c. On
fait géneralement toutes sortes d'Ouvrages , com- me en or et en argent et autres Métaux. On les
nettoye ; sçavoir , s'il y a de la cire ou du suifsur
la Piece , il faut la mettre devant le feu/ pour la
faire fondre et la bien essuyer et frotter.
Quand la Piece a servi très-long- temps , ou
qu'elle est trop montée en couleur, pour la mettre dans son premier état , comme sortant du
Magazin , il faut prendre du Vinaigre de vin ,
y mettre du Tripoly ou Blanc d'Espagne dedans,
prendre une éponge ou du linge doux , bien frots
ter la Piece avec ledit Vinaigre et Tripoly, com
me si on écuroit un Chandelier de Cuivre , sans
craindre d'ôter la dorure qui revient d'elle - même;
après l'avoir ainsi nettoyée , il la faut jetter dans
l'eau claire , la retirer et la bien essuyer avec un
linge sec ; plus on la frottera , plus elle deviendra belle ; si on ne la trouvoit pas assez dorée , il faudra la mettre bouillir trois ou quatre minutes
dans l'eau de Riviere , et en la retirant de l'eau
la bien frotter avec un linge sec.
Ceux qui ne voudront pas se donner la peine
de nettoyer ces Ouvrages , n'auront qu'à les envoyer audit Magazin , on les leur rendra propres
et nettoyez gratis , le Métail n'est point cassant,
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Résumé : « La profession que nous faisons d'honorer les Beaux Arts, [...] »
Jacques-Philippe Férrand, peintre, est né à Joigny en Bourgogne le 26 juillet 1653. Fils de Louis Ferrand, médecin de Louis XIII, il déménage à Paris où il révèle un grand talent pour la peinture. Il commence par apprendre à dessiner auprès de Pierre Mignard, puis se forme à la miniature avec Samuel Bernard ou Besnard. Il se perfectionne ensuite seul dans la peinture sur émail. En 1684, il devient valet de chambre de Louis XIV et est agréé à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture en 1688, y étant reçu en 1690. Férrand entreprend plusieurs voyages en Italie, Allemagne et Angleterre. En 1695, il réalise un portrait en émail du duc de Savoie à Turin, ce qui lui vaut des distinctions et un appartement au palais du duc. Il séjourne ensuite à Gênes et Florence, où il est également honoré. À Rome, il peint des portraits notables, dont celui du pape Innocent XII. De retour en France en 1698, il travaille pour Louis XIV mais des soucis personnels l'empêchent de continuer. En 1723, il publie 'L'Art du Feu, ou la manière de peindre en émail'. Jacques-Philippe Férrand meurt à Paris le 5 janvier 1732, à l'âge de 78 ans, laissant un fils, Antoine Ferrand, également peintre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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214
p. 631-641
SUITE du Voyage de Basse Normandie. LETTRE VIII.
Début :
Mr Foucault, Intendant de la Géneralité de Caën, bien persuadé, [...]
Mots clefs :
Voyage, Bases Normandie, Pierres, Inscriptions, Médailles, M. Belin, Antiquités, M. Foucault
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE du Voyage de Basse Normandie. LETTRE VIII.
SUITE du Voyage de Basse Normandie.
LETTRE VIII.
M
'R Foucault , Intendant de la Géneralité de Caën , bien persuadé ,
Monsieur , que la Tradition du Pays touchant le lieu deVieux, n'étoit point vaine,
avoit toûjours eu envie de s'en assurer
par quelque recherche ; mais il étoit bien
aise qu'il se présentât une occasion un
peu plausible de la faire , lorsqu'au mois
de Mars de l'année 1705. le Seigneur de
Vieux vint lui donner avis qu'on avoit
trouvé deux Pierres avec des Inscriptions,
ajoûtant que des Maçons en avoient déja
pris une à son insçû , pour employer à
quelques réparations et en avoient gâté
les Lettres que Fautre étant plus difficile à tirer, avoit été abandonnée , et recouverte de terre, ne doutant point qu'on
ne fit en cet endroit quelque découverte
plus considerable. M. l'Intendant , qui
étoit alors avec M. Belain , Curé de Blainville , et Secretaire de l'Académie de
Caën, résolut d'aller sur les lieux le lendemain , l'engageant de l'y accompagner,
ce qui fut executé,
י
AV Oh
632 MERCURE DE FRANCE
On chercha en vain la Pierre en question , elle ne fut point retrouvée ; on déterra seulement quelques Médailles. Tandis qu'on faisoit ce travail inutile , un
Laboureur vint dire que dans sa Piece de
terre il emportoit souvent avec la Charruede fort belles Briques , dont quelquesunes étoient ornées de feuillages , ce qui
détermina de faire creuser dans ce Champ..
En y entrant on apperçut une petite élevation couverte de ronces , et tout au
près quantité de morceaux de Brique ,
ornées de feuilles d'Acanthe. M. Belin
ayant poussé sa Canne dans un trou , en
remuant ces Briques , trouva une liberté
de tourner dans ce même trou , ce qui
fit juger et déterminer qu'il falloit commencer par là à foüiller.
Les Paysans ne travaillerent pas longtemps sans decouvrir un Mur d'environ
cinq pieds d'épaisseur , et en continuant
de creuser à trois pieds de profondeur ,
on découvrit environ vingt pieds de long
du même Mur , au bout duquel travail
il se trouva une espece d'Angle er de
Contour qui étoit de neuf pieds. M. Foucault crut d'abord que c'étoient des fondations , mais M. Belin pensa le contraire
sur ce que ce Mur étoit crêpi fort proprement, et conjectura que ce reste d'élevation
AVRIL: 17320 633
levation d'un Bâtiment iroit jusqu'au niveau d'un Ruisseau qui coule au bas de
ce Champ ; de quoi on convint. Commet
l'heure de partir pressoit , on ne put pour
cette premiere fois en faire davantage.
M. Foucault pria M. de Vieux , de mettre dès le lendemain le plus d'Ouvriers
qu'il pourroit et de faire travailler diligemment jusqu'à la huitaine qu'il y re- tourneroit.
Il n'y manqua pas , en effet , toûjours
accompagné de M. Belln , et trouva qu'en
creusant jusqu'au bout de la trace qu'on
avoit marquée et jusqu'à l'extremité du
Champ , on avoit découvert un beau
Bassin de pierre , d'environ douze pieds
de diametre , entouré de trois rangs de
Sieges , avec une ouverture par laquelle ,
au moyen d'un degré de cinq marches ,
on descendoit dans ce Bassin , dont le
fond étoit fort uni et formé de belles pierres blanches , jointes ensemble avec un
mortier très -poli , dans lequel on voyoit
de petits morceaux de Marbre rouge. Ce
mortier étoit si dur qu'on eut bien de la
peine à l'entamer avec une Pince , pour
voir surquoi ce Bassin étoit assis . Il l'étoit
sur d'autres pierres , posées de côté sur
du sable , au- dessous duquel il y avoir
encore un lit du même mortier , et entre
A vj ces
634 MERCURE DE FRANCE
ces pierres on voyoit plusieurs Tuyaux
de Brique.
Ce qui avoit paru un Angle dans le
Mur , d'abord découvert , se trouva être
une voute qui couvroit une Etuve, dans
laquelle on trouva encore le Fourneau qui
l'échauffoit, tout noirci de fumée , dans
une petite fenêtre plusieurs petits Instrumens d'Yvoire qui servoient dans l'usage
des Bains à la propreté du corps , &c.
Comme la terre avoit couvert le debris du grand Bâtiment , dont le Bassin
et l'Etuve ne faisoient qu'une partie , on
découvrit aussi en remuant cette même
terre et en continuant de creuser , plu
sieurs parties de très- belles voûtes , la
pluspart renversées , sous lesquelles on
avoit enfermé des Tuyaux de Brique. Le
mortier étoit si bien lié et uni avec les
pierres , qu'on les cassoit plutôt que de
les séparer de ce mortier.
Les Murs du Bâtiment principal dont
on vient de parler , ayant plus de 200.
pieds de longueur et 4 à 5. pieds d'é
paisseur , étoient construits alternativementd'un lit de Briques d'un pied en quar
ré , de trois pouces d'épaisseur , et d'un
très beau rouge , et d'un lit de pierres
blanches , toutes d'un même échantillon,
liées avec du ciment. L'ordre fut donné
de
AVRIL. 1732. 635
de continuer le creusement et le remuage des terres , et d'augmenter le nombre
des Ouvriers , ce qui fut executé pendant
huit autres jours.
י
Au bout de ce temps- là M. Foucault
et M. Belin retournerent sur les lieux et
trouverent qu'au moyen d'un grand travail , on avoit découvert un second Bassin construit comme le premier de ces
belles Pierres blanches qu'on voit à Caen,
et ayant les mêmes accompagnemens. Če
Bassin avoit ses écoulemens par des tuyaux
de Brique , qui portoient les eaux jusques
dans le Ruisseau dont il est parlé cydessus. On avoit aussi découvert le commencement d'un Aqueduc , qui selon sa
direction , devoit passer sous le Village
de Vieux , pour recevoir l'eau d'une Fontaine qu'on voit encore auprès. On ne
put pas découvrir davantage de cet Aqueduc , il auroit fallu pour cela renverser
une partie du Village.
Au lieu d'un travail inutile , on creusa
encore jusqu'à une des extremitez du
Champ, ce qui acheva de faire découvrir
toute l'enceinte de l'Edifice entier , qui
devoit être d'une grande étendue , er
qu'on crut , avec raison , avoir été un
Gymnase , ou lieu des Exercices que les
Romains avoient bâti en cet endroit et
qu'ils
836 MERCURE DE FRANCE
qu'ils avoient accompagné de Thermes
de Commoditez et d'autres ornemens utiles et en usage chez les Anciens. Pour
s'y moins tromper , M. Foucault avoit
apporté son Vitruve , dont la lecture sur
la construction de pareils Bâtimens , appliquée à l'examen des Monumens dont
on vient de parler , acheva de constater
ce qu'on n'avoit encore fait que conjecturer par leur conformité avec les descrip
tions exactes et les regles données par cet
Auteur.
On trouva au reste des Antiquitez de
plus d'une espece dans ce remuement des
terres ; d'abord un grand Tombeau de
pierre, dans lequel étoient enfermez un
Squelete humain et quelques Médailles.
Romaines , ensuite le Fust d'une Colomne de Marbre , dont on ne peut découvrir la bize ni le chapiteau. La Statuë d'une
femme, ayant la tête voilée et la plus belle qu'on puisse voir tenant de la
main droite une Patere ou Coupe , servant aux Libations , la Statue étoit tron
quée par le bas. On découvrit aussi plusieurs fragmens d'Inscriptions , ceux- cy
entre autres.
و
MEMO RIAM
MAGNINI
SENICIONIS
ME-
AVRIL. 1732. 637
MEMORIA
VASSIONI
Q: K.
La plus entiere de ces Inscriptions étoit
gravée sur une Cyppe ou espece de Piedestal quarré, en forme de petit Autel
et contenoit ces mots :
DEO MARTI
C. VICTORIVS
FELIX PROSEET
IVNIO FILIO SVO
ET MATERNAE VIC
TORIS CONIVGIS
MÆE. V. S. L. M. DIALE
ET. BASSO. COS. IDIBVS
MARTIS.
Celle qui suit n'est pas moins entiere , elle étoit gravée sur un Bloc de
Marbre rougeâtre , comme celui de la
Carriere dont j'ai parlé.
NOVIVS VIC
TOR MEMO
RIAE DOMI
TIAE PANFILE
M Galland prétend dans une de ses Lettres ,
qu'il falloit Sax , au lieu de Mex , mais qu'on a
employé ce dernier motpour éviter toute équivoque.. Voici
338 MERCURE DE FRANCE
Voici encore deux fragmens d'Inscriptions , aussi sur du Marbre..
D M
SEX. SENODIO SEVERO
VESTIARIO HEREDES POSVEVN...
Ꭰ M
LERONTIO IVNIANO DEFVNCTO
L.FRONTIVS IVNIVS. PATER.V.S.P.
Enfin dans ces differens travaux , où
l'on avoit creusé considerablement en
divers endroits , il se trouva beaucoup
de Médailles de bronze de toutes les
grandeurs , et quelques-unes d'argent ,
d'Empereurs , d'Imperatrices , de Cesars,.
&c. depuis le plus haut Empire jusqu'aux
Constantins ; mais ce qui surprit beau
coup , ce fut de découvrir parmi ces Médailles unDiadumenien Grec , avec un revers qui rendoit la Médaille encore plus
singuliere. Voici , Monsieur , de quelle maniere M. Galland m'écrivit sur cette:
Découverte , dans une de ses Lettres datée de Caën le 13. Juillet 1705.
>> Au retour de mon voyage de Paris
>>M. Foucault , qui avoit fait travailler à
Vieux pendant mon absence, me donna
à
AVRIL. 1732. 639
à examiner un grand nombre de Mé-
»dailles fort crasseuses qu'on y avoit déter-
» rées . Il s'en est trouvé une de moyen
» Bronze , où l'on n'appercevoit presque
»rien , ni du côté de la tête , ni au re-
» vers ; je la nettoyai et je vis paroître
»une très- belle Médaille Grecque de Dia-
»dumenien, ayant d'un côté la tête de cet
»Empereur avec cette Legende M ONEA
» ΔΙΑΔΟΥΜΕΝIANOC. et sur le revers ,
»le Philosophe Heraclite de bout avec
»le Manteau de Philosophe , et une Mas-
»suë qu'il tient de la main gauche , et
» ces deux mots , ΕΦΕΣΙΩΝ ΗΡΑΚΛΕΙΤΟΣ.
» Cette Médaille a donné lieu à une Dissertation que je mets actuellement au
»net, et dont je me propose de vous
»faire part.
M. Galland tint sa parole : il m'envoya peu de temps après cette Dissertation , avec un dessein exact de la Médaille en question , que j'ai depuis vûë
en original dans le Cabinet de M. Foucault , je vous communiquerai l'une et
l'autre en son temps ; je reviens cependant à mon narré.
Quand M. Foucault jugea qu'il avoit
fait assez travailler à Vieux , et assez découvert de ruine et de Monumens , il
fit faire de toutes ces Ruines et de l'état
des
640 MERCURE DE FRANCE
des lieux en question , une espece d'Iconographie , pour en mieux conserver l'idée , prévoyant bien que tout cela changeroit bien- tôt de face et que les Proprieraires remettroient les choses dans leur
prémier état , pour continuer de labourer la terre , &c. Cette Iconographie , est
une élevation de tout l'Ouvrage sur une
Table d'environ 12. pieds de longueur
et de largeur proportionnée , sur laquelle
avec du gros carton diversement coloré ,
on avoit représenté au naturel la figure
de ces Ruines en petit , il y avoit sur
ces Cartons des Enduits et de la terre
élevée autour pour les soutenir et pour
mieux figurer les endroits creusez , &c .
M. Foucault fit porter cette Représen
tation à sa Maison d'Atie , située à quatre lieuës de Paris , avec les Marbres contenant les Inscriptions et les autres fragmens d'antiquité trouvez à Vieux , parmi
lesquels il y avoit un Mercure de pierre
d'un pied et demi dehauteur, parfaitement
beau et très-bien conservé ; ce Morceau
fut trouvé en curant un Puits du Village,
peu de temps avant les autres Découver
tes. C'est à Atie que plusieurs Curieux
ont vû et examiné ces Monumens d'Antiquité , qui en seront aussi de la sagacité
de M. Foucault , de son bon goût et de
son amour pour les Lettres.
AVRIL, 1732. 64r
Voilà , Monsieur , tout ce qu'on peut
sçavoir, et tout ce qui se peut dire de plus
exact sur les découvertes de Vieux. Elles
confirment la tradition ancienne et universelle du Païs , sur le séjour des Romains , dans le même Païs , et sur l'existence d'une Ville , qui , comme beaucoup
d'autres , n'ayant pû résister à la vicissitude des temps, a perdu jusqu'à son nom
permettez -moi d'ajouter quelques Remarques à ma Narration
LETTRE VIII.
M
'R Foucault , Intendant de la Géneralité de Caën , bien persuadé ,
Monsieur , que la Tradition du Pays touchant le lieu deVieux, n'étoit point vaine,
avoit toûjours eu envie de s'en assurer
par quelque recherche ; mais il étoit bien
aise qu'il se présentât une occasion un
peu plausible de la faire , lorsqu'au mois
de Mars de l'année 1705. le Seigneur de
Vieux vint lui donner avis qu'on avoit
trouvé deux Pierres avec des Inscriptions,
ajoûtant que des Maçons en avoient déja
pris une à son insçû , pour employer à
quelques réparations et en avoient gâté
les Lettres que Fautre étant plus difficile à tirer, avoit été abandonnée , et recouverte de terre, ne doutant point qu'on
ne fit en cet endroit quelque découverte
plus considerable. M. l'Intendant , qui
étoit alors avec M. Belain , Curé de Blainville , et Secretaire de l'Académie de
Caën, résolut d'aller sur les lieux le lendemain , l'engageant de l'y accompagner,
ce qui fut executé,
י
AV Oh
632 MERCURE DE FRANCE
On chercha en vain la Pierre en question , elle ne fut point retrouvée ; on déterra seulement quelques Médailles. Tandis qu'on faisoit ce travail inutile , un
Laboureur vint dire que dans sa Piece de
terre il emportoit souvent avec la Charruede fort belles Briques , dont quelquesunes étoient ornées de feuillages , ce qui
détermina de faire creuser dans ce Champ..
En y entrant on apperçut une petite élevation couverte de ronces , et tout au
près quantité de morceaux de Brique ,
ornées de feuilles d'Acanthe. M. Belin
ayant poussé sa Canne dans un trou , en
remuant ces Briques , trouva une liberté
de tourner dans ce même trou , ce qui
fit juger et déterminer qu'il falloit commencer par là à foüiller.
Les Paysans ne travaillerent pas longtemps sans decouvrir un Mur d'environ
cinq pieds d'épaisseur , et en continuant
de creuser à trois pieds de profondeur ,
on découvrit environ vingt pieds de long
du même Mur , au bout duquel travail
il se trouva une espece d'Angle er de
Contour qui étoit de neuf pieds. M. Foucault crut d'abord que c'étoient des fondations , mais M. Belin pensa le contraire
sur ce que ce Mur étoit crêpi fort proprement, et conjectura que ce reste d'élevation
AVRIL: 17320 633
levation d'un Bâtiment iroit jusqu'au niveau d'un Ruisseau qui coule au bas de
ce Champ ; de quoi on convint. Commet
l'heure de partir pressoit , on ne put pour
cette premiere fois en faire davantage.
M. Foucault pria M. de Vieux , de mettre dès le lendemain le plus d'Ouvriers
qu'il pourroit et de faire travailler diligemment jusqu'à la huitaine qu'il y re- tourneroit.
Il n'y manqua pas , en effet , toûjours
accompagné de M. Belln , et trouva qu'en
creusant jusqu'au bout de la trace qu'on
avoit marquée et jusqu'à l'extremité du
Champ , on avoit découvert un beau
Bassin de pierre , d'environ douze pieds
de diametre , entouré de trois rangs de
Sieges , avec une ouverture par laquelle ,
au moyen d'un degré de cinq marches ,
on descendoit dans ce Bassin , dont le
fond étoit fort uni et formé de belles pierres blanches , jointes ensemble avec un
mortier très -poli , dans lequel on voyoit
de petits morceaux de Marbre rouge. Ce
mortier étoit si dur qu'on eut bien de la
peine à l'entamer avec une Pince , pour
voir surquoi ce Bassin étoit assis . Il l'étoit
sur d'autres pierres , posées de côté sur
du sable , au- dessous duquel il y avoir
encore un lit du même mortier , et entre
A vj ces
634 MERCURE DE FRANCE
ces pierres on voyoit plusieurs Tuyaux
de Brique.
Ce qui avoit paru un Angle dans le
Mur , d'abord découvert , se trouva être
une voute qui couvroit une Etuve, dans
laquelle on trouva encore le Fourneau qui
l'échauffoit, tout noirci de fumée , dans
une petite fenêtre plusieurs petits Instrumens d'Yvoire qui servoient dans l'usage
des Bains à la propreté du corps , &c.
Comme la terre avoit couvert le debris du grand Bâtiment , dont le Bassin
et l'Etuve ne faisoient qu'une partie , on
découvrit aussi en remuant cette même
terre et en continuant de creuser , plu
sieurs parties de très- belles voûtes , la
pluspart renversées , sous lesquelles on
avoit enfermé des Tuyaux de Brique. Le
mortier étoit si bien lié et uni avec les
pierres , qu'on les cassoit plutôt que de
les séparer de ce mortier.
Les Murs du Bâtiment principal dont
on vient de parler , ayant plus de 200.
pieds de longueur et 4 à 5. pieds d'é
paisseur , étoient construits alternativementd'un lit de Briques d'un pied en quar
ré , de trois pouces d'épaisseur , et d'un
très beau rouge , et d'un lit de pierres
blanches , toutes d'un même échantillon,
liées avec du ciment. L'ordre fut donné
de
AVRIL. 1732. 635
de continuer le creusement et le remuage des terres , et d'augmenter le nombre
des Ouvriers , ce qui fut executé pendant
huit autres jours.
י
Au bout de ce temps- là M. Foucault
et M. Belin retournerent sur les lieux et
trouverent qu'au moyen d'un grand travail , on avoit découvert un second Bassin construit comme le premier de ces
belles Pierres blanches qu'on voit à Caen,
et ayant les mêmes accompagnemens. Če
Bassin avoit ses écoulemens par des tuyaux
de Brique , qui portoient les eaux jusques
dans le Ruisseau dont il est parlé cydessus. On avoit aussi découvert le commencement d'un Aqueduc , qui selon sa
direction , devoit passer sous le Village
de Vieux , pour recevoir l'eau d'une Fontaine qu'on voit encore auprès. On ne
put pas découvrir davantage de cet Aqueduc , il auroit fallu pour cela renverser
une partie du Village.
Au lieu d'un travail inutile , on creusa
encore jusqu'à une des extremitez du
Champ, ce qui acheva de faire découvrir
toute l'enceinte de l'Edifice entier , qui
devoit être d'une grande étendue , er
qu'on crut , avec raison , avoir été un
Gymnase , ou lieu des Exercices que les
Romains avoient bâti en cet endroit et
qu'ils
836 MERCURE DE FRANCE
qu'ils avoient accompagné de Thermes
de Commoditez et d'autres ornemens utiles et en usage chez les Anciens. Pour
s'y moins tromper , M. Foucault avoit
apporté son Vitruve , dont la lecture sur
la construction de pareils Bâtimens , appliquée à l'examen des Monumens dont
on vient de parler , acheva de constater
ce qu'on n'avoit encore fait que conjecturer par leur conformité avec les descrip
tions exactes et les regles données par cet
Auteur.
On trouva au reste des Antiquitez de
plus d'une espece dans ce remuement des
terres ; d'abord un grand Tombeau de
pierre, dans lequel étoient enfermez un
Squelete humain et quelques Médailles.
Romaines , ensuite le Fust d'une Colomne de Marbre , dont on ne peut découvrir la bize ni le chapiteau. La Statuë d'une
femme, ayant la tête voilée et la plus belle qu'on puisse voir tenant de la
main droite une Patere ou Coupe , servant aux Libations , la Statue étoit tron
quée par le bas. On découvrit aussi plusieurs fragmens d'Inscriptions , ceux- cy
entre autres.
و
MEMO RIAM
MAGNINI
SENICIONIS
ME-
AVRIL. 1732. 637
MEMORIA
VASSIONI
Q: K.
La plus entiere de ces Inscriptions étoit
gravée sur une Cyppe ou espece de Piedestal quarré, en forme de petit Autel
et contenoit ces mots :
DEO MARTI
C. VICTORIVS
FELIX PROSEET
IVNIO FILIO SVO
ET MATERNAE VIC
TORIS CONIVGIS
MÆE. V. S. L. M. DIALE
ET. BASSO. COS. IDIBVS
MARTIS.
Celle qui suit n'est pas moins entiere , elle étoit gravée sur un Bloc de
Marbre rougeâtre , comme celui de la
Carriere dont j'ai parlé.
NOVIVS VIC
TOR MEMO
RIAE DOMI
TIAE PANFILE
M Galland prétend dans une de ses Lettres ,
qu'il falloit Sax , au lieu de Mex , mais qu'on a
employé ce dernier motpour éviter toute équivoque.. Voici
338 MERCURE DE FRANCE
Voici encore deux fragmens d'Inscriptions , aussi sur du Marbre..
D M
SEX. SENODIO SEVERO
VESTIARIO HEREDES POSVEVN...
Ꭰ M
LERONTIO IVNIANO DEFVNCTO
L.FRONTIVS IVNIVS. PATER.V.S.P.
Enfin dans ces differens travaux , où
l'on avoit creusé considerablement en
divers endroits , il se trouva beaucoup
de Médailles de bronze de toutes les
grandeurs , et quelques-unes d'argent ,
d'Empereurs , d'Imperatrices , de Cesars,.
&c. depuis le plus haut Empire jusqu'aux
Constantins ; mais ce qui surprit beau
coup , ce fut de découvrir parmi ces Médailles unDiadumenien Grec , avec un revers qui rendoit la Médaille encore plus
singuliere. Voici , Monsieur , de quelle maniere M. Galland m'écrivit sur cette:
Découverte , dans une de ses Lettres datée de Caën le 13. Juillet 1705.
>> Au retour de mon voyage de Paris
>>M. Foucault , qui avoit fait travailler à
Vieux pendant mon absence, me donna
à
AVRIL. 1732. 639
à examiner un grand nombre de Mé-
»dailles fort crasseuses qu'on y avoit déter-
» rées . Il s'en est trouvé une de moyen
» Bronze , où l'on n'appercevoit presque
»rien , ni du côté de la tête , ni au re-
» vers ; je la nettoyai et je vis paroître
»une très- belle Médaille Grecque de Dia-
»dumenien, ayant d'un côté la tête de cet
»Empereur avec cette Legende M ONEA
» ΔΙΑΔΟΥΜΕΝIANOC. et sur le revers ,
»le Philosophe Heraclite de bout avec
»le Manteau de Philosophe , et une Mas-
»suë qu'il tient de la main gauche , et
» ces deux mots , ΕΦΕΣΙΩΝ ΗΡΑΚΛΕΙΤΟΣ.
» Cette Médaille a donné lieu à une Dissertation que je mets actuellement au
»net, et dont je me propose de vous
»faire part.
M. Galland tint sa parole : il m'envoya peu de temps après cette Dissertation , avec un dessein exact de la Médaille en question , que j'ai depuis vûë
en original dans le Cabinet de M. Foucault , je vous communiquerai l'une et
l'autre en son temps ; je reviens cependant à mon narré.
Quand M. Foucault jugea qu'il avoit
fait assez travailler à Vieux , et assez découvert de ruine et de Monumens , il
fit faire de toutes ces Ruines et de l'état
des
640 MERCURE DE FRANCE
des lieux en question , une espece d'Iconographie , pour en mieux conserver l'idée , prévoyant bien que tout cela changeroit bien- tôt de face et que les Proprieraires remettroient les choses dans leur
prémier état , pour continuer de labourer la terre , &c. Cette Iconographie , est
une élevation de tout l'Ouvrage sur une
Table d'environ 12. pieds de longueur
et de largeur proportionnée , sur laquelle
avec du gros carton diversement coloré ,
on avoit représenté au naturel la figure
de ces Ruines en petit , il y avoit sur
ces Cartons des Enduits et de la terre
élevée autour pour les soutenir et pour
mieux figurer les endroits creusez , &c .
M. Foucault fit porter cette Représen
tation à sa Maison d'Atie , située à quatre lieuës de Paris , avec les Marbres contenant les Inscriptions et les autres fragmens d'antiquité trouvez à Vieux , parmi
lesquels il y avoit un Mercure de pierre
d'un pied et demi dehauteur, parfaitement
beau et très-bien conservé ; ce Morceau
fut trouvé en curant un Puits du Village,
peu de temps avant les autres Découver
tes. C'est à Atie que plusieurs Curieux
ont vû et examiné ces Monumens d'Antiquité , qui en seront aussi de la sagacité
de M. Foucault , de son bon goût et de
son amour pour les Lettres.
AVRIL, 1732. 64r
Voilà , Monsieur , tout ce qu'on peut
sçavoir, et tout ce qui se peut dire de plus
exact sur les découvertes de Vieux. Elles
confirment la tradition ancienne et universelle du Païs , sur le séjour des Romains , dans le même Païs , et sur l'existence d'une Ville , qui , comme beaucoup
d'autres , n'ayant pû résister à la vicissitude des temps, a perdu jusqu'à son nom
permettez -moi d'ajouter quelques Remarques à ma Narration
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Résumé : SUITE du Voyage de Basse Normandie. LETTRE VIII.
En 1705, M. Foucault, Intendant de la Généralité de Caen, initia une enquête sur la tradition locale concernant le lieu de Vieux, après avoir été informé de la découverte de deux pierres inscrites. Accompagné de M. Belain, curé de Blainville et secrétaire de l'Académie de Caen, ils se rendirent sur place mais ne trouvèrent pas les pierres. Un laboureur les orienta vers des briques ornées de feuillages dans son champ, ce qui mena à la découverte d'un mur épais et d'un bassin de pierre entouré de sièges, probablement une partie d'un bâtiment romain. Les fouilles révélèrent également une étuve avec des instruments en ivoire, des voûtes et des tuyaux de brique. Le bâtiment principal, long de plus de 200 pieds, était construit avec des briques et des pierres blanches liées par du ciment. Divers objets antiques, tels que des médailles, des statues et des inscriptions, furent également découverts. Parmi les inscriptions, certaines mentionnaient des noms romains et des dédicaces à des divinités. Ces découvertes confirmèrent la présence romaine et la tradition locale d'une ville disparue. M. Foucault fit réaliser une iconographie des ruines et conserva les artefacts dans sa maison d'Auteuil.
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215
p. 769-771
Cerémonie en Estampes du Sacre du Roy, &c. [titre d'après la table]
Début :
On a obmis dans les précedens Mercures de faire mention [...]
Mots clefs :
Tableaux, Estampes, Académie royale de peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Cerémonie en Estampes du Sacre du Roy, &c. [titre d'après la table]
On a obmis dans les précedens Mercures de
faire mention du Volume contenant la Ceremonie,en Estampes , du Sacre du Roy , qui ut pré- Gijsenté
770 MERCURE DE FRANCE
1
senté à Sa Majesté le Lundi 24. Decembre der
nier , par le Duc de Trême , premier Gentilhom.
me de la Chambre , suivi de M. Dulin , Peintre
ordinaire du Roy et de l'Académie Royale de
Peinture , fequel en a fait les Desseins , d'après
lesquels 18. des meilleurs Graveurs de la même
Académie, ont travaillé. Ce Volume in folio , sur
du papier grand Aigle , représente les principaux
momens de l'Auguste Ceremonie du Sacre , tant
par les grandes Planches , que par les Lettres
Grises ; il a été enrichi de Sujets allegoriques et
de Devises qui répondent aux Momens histori
ques. Et comme dans ces Momens historiques les figures sont petites par rapport à leur multitude
de sieur Dulin a aussi dessiné 30. figures particu
lieres , de grandeur à pouvoir caracteriser tous
les differents habillemems que les Seigneurs,
Grands-Officiers et autres , portent dans leurs
fonctions , à cette Royale Céremonie.
Le Frontispice annonce le sujet du Volume ;
et tous les Discours qui expliquent chaque Estampe , ainsi que la Dédicace et l'Avertissement
sont renfermez dans des Bordures symboliques
très-riches et toutes differentes. L'Avertissement
qui est à la tête du Recueil , rend compte de la maniere dont l'Ouvrage a été conduit."
Il paroît une seconde Estampe du Portrait de
Ja Dlle Dangeville , dont le Public aura lieu d'ê
are plus satisfait que de la premiere.
Ce n'est pas sans fondement que le Public
avoit bien auguré de la capacité du sieur Grégoire, sur les Tableaux de la Croisée de NotreDame , qui viennent d'être posez , après avoir vû
de quelle maniere il s'étoit tiré de? ceux de da Nef
AVRÍL. 1732.® 771
Nef, applaudis universellement par tous les Con
noisseurs. On peut même dire qu'il a été au- delà de
ce qu'on pouvoit attendre de lui , principalement sur les Tableaux de Mr le Brun , et sur ceux de
Mrs Corneille , Höüasse et Jouvenet , parce qu'ils
avoient été si fort gâtez par de mauvaises drogues , qu'on avoit perdu toute esperance d'en
pouvoir jamais appercevoir aucun vestige ; d'autant que jamais personne n'avoit osé se hazarder
d'y retoucher , et qu'on les regardoit comme Ta bleaux abandonnez et perdus.
Cependant le sieur Grégoire , Eleve de M.Restout , dont ona parle à ce sujet dans le Mercure
de Janvier dernier , page 177. par un secret particulier qu'il a trouvé , vient de les rétablir entierement , et leur a rendu leur ancien lustre , en³
les rendant tels qu'ils sortirent jadis des main's de leurs celebres Auteurs.
Si le Public ne se lasse point d'admirer et d'ap
plaudir un Ouvrage regardé de tout le monde
comme une espece de Chef-d'œuvre , il a cela de
commun avec presque toute l'Académie Royale
de Peinture , puisque M. de Boullogne , premier
Peintre du Roy et Directeur de l'Académie , en a
été le premier surpris , et n'a pû lui refuser ses
suffrages , ainsi que Mrs Vancleve, de Largilliere,
Halle , Rigaud , Christophle , Restout , &c. qui
tous ont applaudi et loué le talent du sieur Grégoire sur le rétablissement de ces magnifiques Tableaux.
Au reste , le sieur Grégoire réussit également
sur tous les Tableaux de Cabinet , tant grands
que petits , quelques gâtez , défiguréz et troüez
qu'ils puiseent être. Sa demeure est Parvis de
Notre- Dame, à Paris , du côté de la grande Porte
duCloître, entre un Notaire et un Perruquier.
G iij LETT
faire mention du Volume contenant la Ceremonie,en Estampes , du Sacre du Roy , qui ut pré- Gijsenté
770 MERCURE DE FRANCE
1
senté à Sa Majesté le Lundi 24. Decembre der
nier , par le Duc de Trême , premier Gentilhom.
me de la Chambre , suivi de M. Dulin , Peintre
ordinaire du Roy et de l'Académie Royale de
Peinture , fequel en a fait les Desseins , d'après
lesquels 18. des meilleurs Graveurs de la même
Académie, ont travaillé. Ce Volume in folio , sur
du papier grand Aigle , représente les principaux
momens de l'Auguste Ceremonie du Sacre , tant
par les grandes Planches , que par les Lettres
Grises ; il a été enrichi de Sujets allegoriques et
de Devises qui répondent aux Momens histori
ques. Et comme dans ces Momens historiques les figures sont petites par rapport à leur multitude
de sieur Dulin a aussi dessiné 30. figures particu
lieres , de grandeur à pouvoir caracteriser tous
les differents habillemems que les Seigneurs,
Grands-Officiers et autres , portent dans leurs
fonctions , à cette Royale Céremonie.
Le Frontispice annonce le sujet du Volume ;
et tous les Discours qui expliquent chaque Estampe , ainsi que la Dédicace et l'Avertissement
sont renfermez dans des Bordures symboliques
très-riches et toutes differentes. L'Avertissement
qui est à la tête du Recueil , rend compte de la maniere dont l'Ouvrage a été conduit."
Il paroît une seconde Estampe du Portrait de
Ja Dlle Dangeville , dont le Public aura lieu d'ê
are plus satisfait que de la premiere.
Ce n'est pas sans fondement que le Public
avoit bien auguré de la capacité du sieur Grégoire, sur les Tableaux de la Croisée de NotreDame , qui viennent d'être posez , après avoir vû
de quelle maniere il s'étoit tiré de? ceux de da Nef
AVRÍL. 1732.® 771
Nef, applaudis universellement par tous les Con
noisseurs. On peut même dire qu'il a été au- delà de
ce qu'on pouvoit attendre de lui , principalement sur les Tableaux de Mr le Brun , et sur ceux de
Mrs Corneille , Höüasse et Jouvenet , parce qu'ils
avoient été si fort gâtez par de mauvaises drogues , qu'on avoit perdu toute esperance d'en
pouvoir jamais appercevoir aucun vestige ; d'autant que jamais personne n'avoit osé se hazarder
d'y retoucher , et qu'on les regardoit comme Ta bleaux abandonnez et perdus.
Cependant le sieur Grégoire , Eleve de M.Restout , dont ona parle à ce sujet dans le Mercure
de Janvier dernier , page 177. par un secret particulier qu'il a trouvé , vient de les rétablir entierement , et leur a rendu leur ancien lustre , en³
les rendant tels qu'ils sortirent jadis des main's de leurs celebres Auteurs.
Si le Public ne se lasse point d'admirer et d'ap
plaudir un Ouvrage regardé de tout le monde
comme une espece de Chef-d'œuvre , il a cela de
commun avec presque toute l'Académie Royale
de Peinture , puisque M. de Boullogne , premier
Peintre du Roy et Directeur de l'Académie , en a
été le premier surpris , et n'a pû lui refuser ses
suffrages , ainsi que Mrs Vancleve, de Largilliere,
Halle , Rigaud , Christophle , Restout , &c. qui
tous ont applaudi et loué le talent du sieur Grégoire sur le rétablissement de ces magnifiques Tableaux.
Au reste , le sieur Grégoire réussit également
sur tous les Tableaux de Cabinet , tant grands
que petits , quelques gâtez , défiguréz et troüez
qu'ils puiseent être. Sa demeure est Parvis de
Notre- Dame, à Paris , du côté de la grande Porte
duCloître, entre un Notaire et un Perruquier.
G iij LETT
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Résumé : Cerémonie en Estampes du Sacre du Roy, &c. [titre d'après la table]
Le texte décrit un volume illustrant la cérémonie du sacre du roi, offert à Sa Majesté le 24 décembre précédent par le Duc de Trême. Ce volume, en format in-folio sur papier grand Aigle, présente les moments clés de la cérémonie à travers des planches et des lettres grises, enrichies de sujets allégoriques et de devises. Il inclut 30 figures particulières dessinées par M. Dulin, représentant les habits portés lors de la cérémonie. Le frontispice annonce le sujet du volume, et les discours expliquant chaque estampe, ainsi que la dédicace et l'avertissement, sont encadrés dans des bordures symboliques. L'avertissement explique la réalisation de l'ouvrage. Par ailleurs, une seconde estampe du portrait de Mlle Dangeville a été publiée, suscitant une meilleure satisfaction que la première. Le texte mentionne également les travaux de restauration du sieur Grégoire sur les tableaux de la croisée de Notre-Dame. Après avoir restauré ceux de la nef, il a restauré les œuvres de M. Le Brun, M. Corneille, M. Houasse et M. Jouvenet, endommagées par de mauvaises drogues. Grâce à un secret particulier, il leur a rendu leur lustre originel, ce qui a été acclamé par l'Académie Royale de Peinture. Le sieur Grégoire réside à Paris, au Parvis de Notre-Dame, entre un notaire et un perruquier.
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216
p. 772-774
LETTRE écrite à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture, par M. Van Schuppen, Peintre du Roy, et Conseiller de la même Académie au sujet de l'Académie Impériale de Peinture et de Sculpture, de laquelle il est Directeur.
Début :
MESSIEURS, L'honneur que j'ai d'être Membre de [...]
Mots clefs :
Académie royale de peinture et de sculpture, Médailles, Directeur, Académie impériale de peinture et de sculpture
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture, par M. Van Schuppen, Peintre du Roy, et Conseiller de la même Académie au sujet de l'Académie Impériale de Peinture et de Sculpture, de laquelle il est Directeur.
LETTRE écrite à l'Académie Royale
de Peinture et de Sculpture , par M.VanSchuppen , Peintre du Roy , et Conseiller
de la même Académie au sujet de l'Académie Impériale de Peinture et de Sculpti-·
re , de laquelle il est Directeur.
MESSIEURS,
L'honneur que j'ai d'être Membre de votre it
lustre Académie , me fait un devoir de vous informer de l'avancement de celle de Vienne. J'ai
été exact à vous apprendre que S. M. I. dans la
vue de contribuer au progrès des Arts Liberaux ,
ayant résolu de rétablir l'Académie publique de
Peinture et de Sculpture , telle qu'elle étoit du
temps de l'Empereur Joseph , m'avoit honoré de
la place de Directeur , avec les attributions des
Privileges, Prérogativés et Immunitez y annexés.
J'ai depuis conduit cette Académie avec succès;
mais elle n'avoit point encore de forme et manquoit de bien des choses. Cependant l'Empereur
qui aime les Beaux- Arts et qui en connoît l'agrément et l'utilité , s'en étant déclaré le Protecteur , j'ai fait de très humbles remontrances pour
obtenir un Logement et des augmentations qui
m'ont été accordés. L'Académie occupe présentement une maison convenable , qu'il m'a été
permis de choisir dans le plus beau quartier de la
Ville , et pour laquelle on paye cinq mille livres;
elle en a autant pour son entretien , avec quaran- te voyes de bois pour le chauffage ; ensorte que
la dépense de notre Académie passe quatorze mille
NERVA
AVC
mille
AVRIL. 1732. 773
mille francs , sans comprendre les appointemens
duDirecteur , qui ont été augmentés jusqu'a cinq
mille livres , non- plus que ceux du Secretaire ,
qui sont aujourd'hui de dix- huit cens livres. Ita
aussi été frappé des Médailles pour les Prix ,
elles ont d'un côté la tête de l'Empereur , avec
cette Legende , IMP. CAES. CAROLUS VI. P. FEL.
AUG. PATER. ARTIUM. et au Revers , Minerve
assise , tenant une Corne d'abondance , d'où il
sort des Médailles pour récompenser la Peinture
et la Sculpture , désignées par deux Enfans , dont
Pun tient des Pinceaux avec une Palette , et lautre un Compas , mesurant une Statue , on lit
autour AUGUSTA DONA MINERVA. En voici
l'empreinte en taille- douce.
La premiere distribution de ces Médailles , an
nombre de quatre ; sçavoir , deux d'or et deux
d'argent , se fit publiquement le jour de l'Octave
de S. Charles , Patron de l'Empereur , au bruit des Trompettes et des Timbales. L'Assemblée
fut très- nombreuse , notre Vice- Protecteur M. le
Comte d'Althan , Sur- Intendant des Bâtimens ,
et M. le Comte de Sinzendorff , Grand Chancelier , s'y trouverent avec les Ministres et les personnes les plus considerables de la Cour. L'Empereur a voulu voir les Ouvrages de Peinture et
de Sculpture qui ont remporté ces Prix , et j'ai
eu l'honneur de présenter à S. M. 1. les Eleves
qui les ont faits.
Je vous dois , Messieurs , ce détail , puisque
c'est dans votre sçavante Ecole que j'ai puisé les Principes de la Peinture , et que c'est l'honneur
d'être d'une Académie aussi celebre , qui m'a fait
connoître à la Cour de Vienne, et qui m'a pro- curé la Direction de la nouvelle Académie Imperiale de Peinture et de Sculpture. Je vous deGiiij mande
774 MERCURE DE FRANCE
mande la continuation de votre affection , et j'espere que vous voudrez bien me l'accorder , personne n'étant avec plus de respect et de veneration, Messieurs, Votre très-humble et très- obéissant serviteur, J. VAN-SCHUPPEN.
A Vienne le 9. de Janvier 1732.
de Peinture et de Sculpture , par M.VanSchuppen , Peintre du Roy , et Conseiller
de la même Académie au sujet de l'Académie Impériale de Peinture et de Sculpti-·
re , de laquelle il est Directeur.
MESSIEURS,
L'honneur que j'ai d'être Membre de votre it
lustre Académie , me fait un devoir de vous informer de l'avancement de celle de Vienne. J'ai
été exact à vous apprendre que S. M. I. dans la
vue de contribuer au progrès des Arts Liberaux ,
ayant résolu de rétablir l'Académie publique de
Peinture et de Sculpture , telle qu'elle étoit du
temps de l'Empereur Joseph , m'avoit honoré de
la place de Directeur , avec les attributions des
Privileges, Prérogativés et Immunitez y annexés.
J'ai depuis conduit cette Académie avec succès;
mais elle n'avoit point encore de forme et manquoit de bien des choses. Cependant l'Empereur
qui aime les Beaux- Arts et qui en connoît l'agrément et l'utilité , s'en étant déclaré le Protecteur , j'ai fait de très humbles remontrances pour
obtenir un Logement et des augmentations qui
m'ont été accordés. L'Académie occupe présentement une maison convenable , qu'il m'a été
permis de choisir dans le plus beau quartier de la
Ville , et pour laquelle on paye cinq mille livres;
elle en a autant pour son entretien , avec quaran- te voyes de bois pour le chauffage ; ensorte que
la dépense de notre Académie passe quatorze mille
NERVA
AVC
mille
AVRIL. 1732. 773
mille francs , sans comprendre les appointemens
duDirecteur , qui ont été augmentés jusqu'a cinq
mille livres , non- plus que ceux du Secretaire ,
qui sont aujourd'hui de dix- huit cens livres. Ita
aussi été frappé des Médailles pour les Prix ,
elles ont d'un côté la tête de l'Empereur , avec
cette Legende , IMP. CAES. CAROLUS VI. P. FEL.
AUG. PATER. ARTIUM. et au Revers , Minerve
assise , tenant une Corne d'abondance , d'où il
sort des Médailles pour récompenser la Peinture
et la Sculpture , désignées par deux Enfans , dont
Pun tient des Pinceaux avec une Palette , et lautre un Compas , mesurant une Statue , on lit
autour AUGUSTA DONA MINERVA. En voici
l'empreinte en taille- douce.
La premiere distribution de ces Médailles , an
nombre de quatre ; sçavoir , deux d'or et deux
d'argent , se fit publiquement le jour de l'Octave
de S. Charles , Patron de l'Empereur , au bruit des Trompettes et des Timbales. L'Assemblée
fut très- nombreuse , notre Vice- Protecteur M. le
Comte d'Althan , Sur- Intendant des Bâtimens ,
et M. le Comte de Sinzendorff , Grand Chancelier , s'y trouverent avec les Ministres et les personnes les plus considerables de la Cour. L'Empereur a voulu voir les Ouvrages de Peinture et
de Sculpture qui ont remporté ces Prix , et j'ai
eu l'honneur de présenter à S. M. 1. les Eleves
qui les ont faits.
Je vous dois , Messieurs , ce détail , puisque
c'est dans votre sçavante Ecole que j'ai puisé les Principes de la Peinture , et que c'est l'honneur
d'être d'une Académie aussi celebre , qui m'a fait
connoître à la Cour de Vienne, et qui m'a pro- curé la Direction de la nouvelle Académie Imperiale de Peinture et de Sculpture. Je vous deGiiij mande
774 MERCURE DE FRANCE
mande la continuation de votre affection , et j'espere que vous voudrez bien me l'accorder , personne n'étant avec plus de respect et de veneration, Messieurs, Votre très-humble et très- obéissant serviteur, J. VAN-SCHUPPEN.
A Vienne le 9. de Janvier 1732.
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Résumé : LETTRE écrite à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture, par M. Van Schuppen, Peintre du Roy, et Conseiller de la même Académie au sujet de l'Académie Impériale de Peinture et de Sculpture, de laquelle il est Directeur.
Dans une lettre à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture, M. Van-Schuppen, Peintre du Roi et Conseiller, informe de l'avancement de l'Académie Impériale de Peinture et de Sculpture de Vienne, dont il est Directeur. L'Empereur Charles VI a restauré cette Académie pour promouvoir les Arts Libéraux et a nommé Van-Schuppen à sa tête avec divers privilèges. L'Académie a obtenu un logement approprié à Vienne et des fonds pour son entretien et le chauffage. Les salaires du Directeur et du Secrétaire ont été augmentés. Des médailles ont été créées pour récompenser les lauréats en peinture et sculpture, avec des légendes honorant l'Empereur et les arts. La première distribution de ces médailles a eu lieu publiquement en présence de dignitaires et de l'Empereur, qui a montré son intérêt pour les œuvres primées. Van-Schuppen exprime sa gratitude envers l'Académie Royale pour les principes acquis et l'honneur de diriger l'Académie de Vienne.
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217
p. 810-818
REMARQUES sur l'Estampe de la Demoiselle Camargo.
Début :
Vous serez sans doute surpris, Monsieur, qu'on ose critiquer [...]
Mots clefs :
Estampe, Danseuse, Camargo, Corps, Posture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur l'Estampe de la Demoiselle Camargo.
REMARQUES fur l'Estampe de la
Demoiselle Camargo.
Ous serez sans doute surpris , Mon
sieur , qu'on ose critiquer l'Estampe
de la Dile Camargo. Seroit - il possible
qu'un Ouvrage si applaudi fut susceptible de quelques défauts et comment ces
défauts auront- ils échappé aux yeux des
connoisseurs , sur tout des Maîtres de
l'Art? Rien cependant de plus facile. On
reconnoît aisément dans cette Estampe
les traits de la Demoiselle. Il n'en a pas
fallu davantage pour retracer dans l'imagination les perfections de cette excellente Danseuse ; mais le plaisir que les idées
de l'original ont fait à l'esprit , a empêché
de faire attention aux défauts qui peuvent être dans la coppie : voici ce que
j'en pense.
Es
AVRIL. 1732. 理
La Figure éffaçant à droit , la Tête ne
doit pas suivre l'effacé. Lors qu'on efface
d'un côté ou d'un autre,la Tête doit demeurer dans sa place naturelle; par consequent une figure qui efface à droit , doit
nous montrer une Tête gracieusement
placée vers l'épaule gauche, j'entens dans
le serieux , car dans le comique le gracieux perd ses regles , pour ainsi dire. On
trouve d'ailleurs de la disproportion dans
la hauteur des bras. Les coudes d'un Danseur doivent être , à peu de chose prés
sur la même ligne , ce qui n'est pas ob
servé.
1
Les deux mains paroissent de face :
quand le contraste d'un Danseur est terminé , comme l'est celui de la Dlle Camargo , ses bras ne doivent jamais se faire
voir qu'aux trois quarts , c'est-à- dire , le dedans de la main du bras ouvert , presque tourné vers la terre, et le dedans de
la main du bras fermé presque vers le
Ciel. Les mains ne doivent paroître de face que dans le tems qu'on passe d'un
contraste à un autre.
Je ne crois pas qu'il soit possible de
contraster moëlleusement les bras dans
la situation où sont ceux-ci , sans pren .
dre de fausses paissances ou fausses déterminations? Peut- être l'habile Peintre , car
jc
812 MERCURE DE FRANCE
5
je connois ses grands talens , suppose-t'il
comme la figure représente Flore ) que
son cher Zephire soufle entre les arbres ,
et qu'elle cherche à l'embrasser ; en ce
cas les bras sont fort bien ; mais s'il n'a
pas eu cette intention , ou quelque autre
équivalente , ils pechent contre les regles
de la danse noble et gracieuse.
L'attitude du pouce et de l'Index de
chaque main n'est pas bien ; cette situation de doigts n'est bonne que quand
une figure tient une guirlande ou autre
chose.
pas
On trouve encore que l'attitude n'est
bien dans son équilibre. Si elle y étoit,
une perpendiculaire sur l'horisontalle
( j'appelle horisontalle l'endroit sur quoi
elle danse ) passant par le point d'appuy
de la figure , qui est le milieu du pied
gauche , devroit la couper en deux parties égales ; ce qui ne se trouve pas , puisque cette ligne aboutit à l'oreille gauche,
et cela laisse beaucoup plus de poids sur
la jambe en l'air ; ce qui n'est pas possible , à moins que d'avoir recours à quelque contorsion de hanche. Une preuve
encore que la figure n'est pas bien à son
aise , c'est que le genouil de la jambe qui
la porte , paroît plié. Or il n'est pas natuel qu'une Danseuse qui reste en repos
Sur
A VRIL. 1732. 18rs
sur un Pas , pour donner le temps à un
Peintre de saisir son attitude , puisse demeurer assez de tems sur une jambe dont
le genoüil est plié.
2.
La jambe en l'air seroit la chose qui me
flateroit le plus , après la parfaite ressemblance , si les regles de l'Art , fondées sur
le naturel , pouvoient me laisser supposer
qu'on puisse la tourner en dehors de la
façon de celle- ci ; il est vrai que l'original fait des choses surnaturelles ; mais il
auroit bien de la peine d'imiter sa copie ,
sans se contorsionner , et peut- être sans
se blesser.
Les Estampes des Dies Subligni , Desmatins , &c. antiennes Danseuses de l'Opera , ne sont pas à beaucoup près si bien
gravées , ni si-bien historiées ; mais elles
sont presque sans défauts à l'égard des regles de la Danse.
La belle posture du corps en repos est
sans doute la situation de toutes ses parties dans l'ordre le plus naturel , et ses
mouvemens les plus agréables à la vuë ,
sont ceux qui se font par la voie qui s'en
éloigne le moins , c'est c'est-àà- dire dire ,, par la voïe
la plus simple. Il est même étonnant
nous aïons besoin de Maîtres pour nous
faire appercevoir ces veritez , et qu'il soit
necessaire de se donner tant de peines
que
pour
$14 MERCURE DE FRANCE
pour acquerir ce qui est en nous naturellement : on n'en peut trouver la raison
que dans notre propre ignorance , et notre manque de discernement et de goût.
L'ame commande au corps en maîtresse,
mais elle ignore les voies par lesquelles
ses ordres s'executent. Peu instruite de la
Mechanique simple qui doit produire un
mouvement , elle y employe souvent des
parties qui n'y furent jamais destinées ;
et plus elle trouve de difficulté dans l'execution , plus elle croit devoir employer
de force. Delà naissent presque toûjours
les grimaces et les differentes contorsions
désagréables. On reste souvent dans l'opinion que ces secours étrangers sont necessaires ; l'habitude devient une seconde
nature , et pour comble de disgrace nous
ne nous appercevons point de nos défauts;
la necessité d'en être instruit nous prouve
celle d'avoir recours à des personnes qui
nous les fassent remarquer.
Les pieds doivent être placez environ
à dix pouces de distance l'un de l'autre ;
ils ne doivent être ni plus serrez ni plus
écartez , parce que dans l'une ou dans
l'autre situation la tête de l'os du fermur
ne seroit pas perpendiculairement dans
sa cavité , et de cette façon les jambes ne
soutiendroient pas le corps avec tout l'avantage
AVRIL. 17327 815
vantage qu'il est possible , dans une figure
debout et dans l'inaction.
Les bras n'étant d'aucun usage pour
renir le corps en repos , ils doivent alors
être considerés comme inutiles ; on doit
donc les abandonner à eux- mêmes, et être
assuré qu'en cet état ils occuperont la
place qui leur convient ; mais une
fausse prévention de l'esprit qui croit
qu'il faut employer des forces pour ne
rien faire , nous empêche quelquefois de
mettre en pratique ces veritez : peut- être
aussi quelqu'un par un goût bizarre , our
pour affecter une methode particuliere ,
youdra til faire passer pour bonne une
attitude qui ne sera rien moins que natu
relle. Quand on croit qu'il n'y a point
de regle établie pour une chose , chacun
croit en pouvoir faire à sa fantaisie ; il
est donc à propos de sçavoir à quoy s'en
.tenir.
Il est aisé de voir dans les Observa
tions osteologiques de M. de Winflow
que le bras ne doit point être absolument tendu en ligne droite , qu'on doit
le laisser pendre naturellement , le dedans de la main tourné du côté de la
-cuisse , la main un peu oblique sur la li
gne du bras , et les doigts ni trop serrez
ni trop écartez. Ce sont là les maximes
I des
816 MERCURE DE FRANCE
des meilleurs Maîtres , qui ont parfaitement suivi l'ordre de la nature , peut-être
sans l'avoir trop étudiée. C'est ainsi que
nous admirons fort souvent des consequences dont nous ignorons le principe.
Nous ne sçavons pas combien la verité a
pour nous de charmes , puisqu'il se trouve des occasions où nous l'aimons sans
presque la connoître.
pas
Puisque la situation naturelle du corps
demande que toutes les parties qui le
composent soient tellement disposées que
se soutenans perpendiculairement les
unes les autres , elles souffrent le moins
d'effort qu'il soit possible , il ne faut
qu'il s'en trouve une plus grande quantité d'un côté que d'un autre , ou ce qui
est la même chose , la ligne qui passe par
le centre de gravité du corps,doit doit passer
justement dans son milieu de façon
qu'un plan qui passeroit par cette ligne ,
le couperoit de tous les côtez en deux
parties égales. La maniere de marcher des
personnes qui sont chargées de quelques
poids nous fait sentir la verité de ce
principes elles sont obligées de déranger
da situation ordinaire du corps , et d'en
avancer quelques parties pour faire équi1bre avec le poids ; car si-tôt que tout
est dans un parfait équilibre , tout est
›
aussi
AVRIL. 1732. 817
aussi dans une situation naturelle.
C'est ce second principe qu'on ne doit
jamais perdre de vue dans tous les mouvemens qu'on fait faire au corps , qui re
gle ces mouvemens , et qui leur donne
des bornes : c'est aussi ce même principe
qui fait quelquefois changer de situation
à des parties qui ne paroîtroient pas cependant devoir contribuer au mouvement qu'on a dessein d'executer. Car à
mesure qu'on se trouve obligé de détruire
l'équilibre , en faisant changer de situation à quelque partie du corps , on doit
emploïer une autre partie à le rétablir.
Si on a donc attention en faisant un
mouvement de n'emploïer que les parties du corps qui doivent le produire , et
en même temps celles qui doivent
rétablir l'équilibre que ce mouvement
auroit rompu , on est certain que ce
mouvement paroîtra gracieux , et que
l'on n'y verra rien de contraint et de
gêné. En suivant exactement ce principe ,
soit qu'on marche , ou qu'on danse , on
aura le corps aussi ferme et aussi assuré
sur ses jambes , que si on ne remuoit pas
d'une place.
C'est l'harmonie et la liaison de ces
mouvemens qui font admirer la justesse
etla précision d'un Danseur ; l'art de conI ij duire
818 MERCURE DE FRANCE
duire le corps sans rompre l'équilibre , le
iet en état de tout entreprendre , sans
craindre d'échouer , et la parfaite imitation de la nature qu'il doit suivre , sans
jamais s'en écarter , lui donne toute la
grace qu'il peut avoir. Je suis, Monsieur,
&c.
A
A.Caen , ce 28. Mars 1732.
Demoiselle Camargo.
Ous serez sans doute surpris , Mon
sieur , qu'on ose critiquer l'Estampe
de la Dile Camargo. Seroit - il possible
qu'un Ouvrage si applaudi fut susceptible de quelques défauts et comment ces
défauts auront- ils échappé aux yeux des
connoisseurs , sur tout des Maîtres de
l'Art? Rien cependant de plus facile. On
reconnoît aisément dans cette Estampe
les traits de la Demoiselle. Il n'en a pas
fallu davantage pour retracer dans l'imagination les perfections de cette excellente Danseuse ; mais le plaisir que les idées
de l'original ont fait à l'esprit , a empêché
de faire attention aux défauts qui peuvent être dans la coppie : voici ce que
j'en pense.
Es
AVRIL. 1732. 理
La Figure éffaçant à droit , la Tête ne
doit pas suivre l'effacé. Lors qu'on efface
d'un côté ou d'un autre,la Tête doit demeurer dans sa place naturelle; par consequent une figure qui efface à droit , doit
nous montrer une Tête gracieusement
placée vers l'épaule gauche, j'entens dans
le serieux , car dans le comique le gracieux perd ses regles , pour ainsi dire. On
trouve d'ailleurs de la disproportion dans
la hauteur des bras. Les coudes d'un Danseur doivent être , à peu de chose prés
sur la même ligne , ce qui n'est pas ob
servé.
1
Les deux mains paroissent de face :
quand le contraste d'un Danseur est terminé , comme l'est celui de la Dlle Camargo , ses bras ne doivent jamais se faire
voir qu'aux trois quarts , c'est-à- dire , le dedans de la main du bras ouvert , presque tourné vers la terre, et le dedans de
la main du bras fermé presque vers le
Ciel. Les mains ne doivent paroître de face que dans le tems qu'on passe d'un
contraste à un autre.
Je ne crois pas qu'il soit possible de
contraster moëlleusement les bras dans
la situation où sont ceux-ci , sans pren .
dre de fausses paissances ou fausses déterminations? Peut- être l'habile Peintre , car
jc
812 MERCURE DE FRANCE
5
je connois ses grands talens , suppose-t'il
comme la figure représente Flore ) que
son cher Zephire soufle entre les arbres ,
et qu'elle cherche à l'embrasser ; en ce
cas les bras sont fort bien ; mais s'il n'a
pas eu cette intention , ou quelque autre
équivalente , ils pechent contre les regles
de la danse noble et gracieuse.
L'attitude du pouce et de l'Index de
chaque main n'est pas bien ; cette situation de doigts n'est bonne que quand
une figure tient une guirlande ou autre
chose.
pas
On trouve encore que l'attitude n'est
bien dans son équilibre. Si elle y étoit,
une perpendiculaire sur l'horisontalle
( j'appelle horisontalle l'endroit sur quoi
elle danse ) passant par le point d'appuy
de la figure , qui est le milieu du pied
gauche , devroit la couper en deux parties égales ; ce qui ne se trouve pas , puisque cette ligne aboutit à l'oreille gauche,
et cela laisse beaucoup plus de poids sur
la jambe en l'air ; ce qui n'est pas possible , à moins que d'avoir recours à quelque contorsion de hanche. Une preuve
encore que la figure n'est pas bien à son
aise , c'est que le genouil de la jambe qui
la porte , paroît plié. Or il n'est pas natuel qu'une Danseuse qui reste en repos
Sur
A VRIL. 1732. 18rs
sur un Pas , pour donner le temps à un
Peintre de saisir son attitude , puisse demeurer assez de tems sur une jambe dont
le genoüil est plié.
2.
La jambe en l'air seroit la chose qui me
flateroit le plus , après la parfaite ressemblance , si les regles de l'Art , fondées sur
le naturel , pouvoient me laisser supposer
qu'on puisse la tourner en dehors de la
façon de celle- ci ; il est vrai que l'original fait des choses surnaturelles ; mais il
auroit bien de la peine d'imiter sa copie ,
sans se contorsionner , et peut- être sans
se blesser.
Les Estampes des Dies Subligni , Desmatins , &c. antiennes Danseuses de l'Opera , ne sont pas à beaucoup près si bien
gravées , ni si-bien historiées ; mais elles
sont presque sans défauts à l'égard des regles de la Danse.
La belle posture du corps en repos est
sans doute la situation de toutes ses parties dans l'ordre le plus naturel , et ses
mouvemens les plus agréables à la vuë ,
sont ceux qui se font par la voie qui s'en
éloigne le moins , c'est c'est-àà- dire dire ,, par la voïe
la plus simple. Il est même étonnant
nous aïons besoin de Maîtres pour nous
faire appercevoir ces veritez , et qu'il soit
necessaire de se donner tant de peines
que
pour
$14 MERCURE DE FRANCE
pour acquerir ce qui est en nous naturellement : on n'en peut trouver la raison
que dans notre propre ignorance , et notre manque de discernement et de goût.
L'ame commande au corps en maîtresse,
mais elle ignore les voies par lesquelles
ses ordres s'executent. Peu instruite de la
Mechanique simple qui doit produire un
mouvement , elle y employe souvent des
parties qui n'y furent jamais destinées ;
et plus elle trouve de difficulté dans l'execution , plus elle croit devoir employer
de force. Delà naissent presque toûjours
les grimaces et les differentes contorsions
désagréables. On reste souvent dans l'opinion que ces secours étrangers sont necessaires ; l'habitude devient une seconde
nature , et pour comble de disgrace nous
ne nous appercevons point de nos défauts;
la necessité d'en être instruit nous prouve
celle d'avoir recours à des personnes qui
nous les fassent remarquer.
Les pieds doivent être placez environ
à dix pouces de distance l'un de l'autre ;
ils ne doivent être ni plus serrez ni plus
écartez , parce que dans l'une ou dans
l'autre situation la tête de l'os du fermur
ne seroit pas perpendiculairement dans
sa cavité , et de cette façon les jambes ne
soutiendroient pas le corps avec tout l'avantage
AVRIL. 17327 815
vantage qu'il est possible , dans une figure
debout et dans l'inaction.
Les bras n'étant d'aucun usage pour
renir le corps en repos , ils doivent alors
être considerés comme inutiles ; on doit
donc les abandonner à eux- mêmes, et être
assuré qu'en cet état ils occuperont la
place qui leur convient ; mais une
fausse prévention de l'esprit qui croit
qu'il faut employer des forces pour ne
rien faire , nous empêche quelquefois de
mettre en pratique ces veritez : peut- être
aussi quelqu'un par un goût bizarre , our
pour affecter une methode particuliere ,
youdra til faire passer pour bonne une
attitude qui ne sera rien moins que natu
relle. Quand on croit qu'il n'y a point
de regle établie pour une chose , chacun
croit en pouvoir faire à sa fantaisie ; il
est donc à propos de sçavoir à quoy s'en
.tenir.
Il est aisé de voir dans les Observa
tions osteologiques de M. de Winflow
que le bras ne doit point être absolument tendu en ligne droite , qu'on doit
le laisser pendre naturellement , le dedans de la main tourné du côté de la
-cuisse , la main un peu oblique sur la li
gne du bras , et les doigts ni trop serrez
ni trop écartez. Ce sont là les maximes
I des
816 MERCURE DE FRANCE
des meilleurs Maîtres , qui ont parfaitement suivi l'ordre de la nature , peut-être
sans l'avoir trop étudiée. C'est ainsi que
nous admirons fort souvent des consequences dont nous ignorons le principe.
Nous ne sçavons pas combien la verité a
pour nous de charmes , puisqu'il se trouve des occasions où nous l'aimons sans
presque la connoître.
pas
Puisque la situation naturelle du corps
demande que toutes les parties qui le
composent soient tellement disposées que
se soutenans perpendiculairement les
unes les autres , elles souffrent le moins
d'effort qu'il soit possible , il ne faut
qu'il s'en trouve une plus grande quantité d'un côté que d'un autre , ou ce qui
est la même chose , la ligne qui passe par
le centre de gravité du corps,doit doit passer
justement dans son milieu de façon
qu'un plan qui passeroit par cette ligne ,
le couperoit de tous les côtez en deux
parties égales. La maniere de marcher des
personnes qui sont chargées de quelques
poids nous fait sentir la verité de ce
principes elles sont obligées de déranger
da situation ordinaire du corps , et d'en
avancer quelques parties pour faire équi1bre avec le poids ; car si-tôt que tout
est dans un parfait équilibre , tout est
›
aussi
AVRIL. 1732. 817
aussi dans une situation naturelle.
C'est ce second principe qu'on ne doit
jamais perdre de vue dans tous les mouvemens qu'on fait faire au corps , qui re
gle ces mouvemens , et qui leur donne
des bornes : c'est aussi ce même principe
qui fait quelquefois changer de situation
à des parties qui ne paroîtroient pas cependant devoir contribuer au mouvement qu'on a dessein d'executer. Car à
mesure qu'on se trouve obligé de détruire
l'équilibre , en faisant changer de situation à quelque partie du corps , on doit
emploïer une autre partie à le rétablir.
Si on a donc attention en faisant un
mouvement de n'emploïer que les parties du corps qui doivent le produire , et
en même temps celles qui doivent
rétablir l'équilibre que ce mouvement
auroit rompu , on est certain que ce
mouvement paroîtra gracieux , et que
l'on n'y verra rien de contraint et de
gêné. En suivant exactement ce principe ,
soit qu'on marche , ou qu'on danse , on
aura le corps aussi ferme et aussi assuré
sur ses jambes , que si on ne remuoit pas
d'une place.
C'est l'harmonie et la liaison de ces
mouvemens qui font admirer la justesse
etla précision d'un Danseur ; l'art de conI ij duire
818 MERCURE DE FRANCE
duire le corps sans rompre l'équilibre , le
iet en état de tout entreprendre , sans
craindre d'échouer , et la parfaite imitation de la nature qu'il doit suivre , sans
jamais s'en écarter , lui donne toute la
grace qu'il peut avoir. Je suis, Monsieur,
&c.
A
A.Caen , ce 28. Mars 1732.
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Résumé : REMARQUES sur l'Estampe de la Demoiselle Camargo.
Le texte critique une estampe représentant la demoiselle Camargo, une célèbre danseuse, malgré son succès, présente des défauts techniques. L'auteur reconnaît que les traits de la danseuse sont bien représentés, mais il note plusieurs erreurs dans la représentation de la danse. Parmi les défauts observés, on trouve la position incorrecte de la tête par rapport au corps, la disproportion des bras, et la mauvaise orientation des mains. L'attitude générale de la danseuse est jugée déséquilibrée, et la jambe en l'air est décrite comme contorsionnée. L'auteur compare cette estampe à celles d'autres danseuses, qui respectent mieux les règles de la danse. Il insiste sur l'importance de suivre les règles naturelles du mouvement pour éviter les contorsions et les grimaces. Selon lui, la grâce en danse réside dans le respect de l'équilibre et de l'harmonie des mouvements.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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218
p. 819
Portrait de la Dlle Sallé, [titre d'après la table]
Début :
Le sieur Lancret, Peintre de l'Académie, compte de donner incessamment [...]
Mots clefs :
Mademoiselle Sallé, Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Portrait de la Dlle Sallé, [titre d'après la table]
e sieur Lancret , Peintre de l'Académie, compte de donner incessamment au
Public le Portrait historie de Mlle Sallé ,
pour servir de pendant à celui qu'il a
fait de Made Camargo. Ces deux cele.
bres Rivales , qui par la diversité de leurs
talens , n'en concourent que mieux à la
gloire de leur Art , et qui partagent également les suffrages du Public , meritent
la même immortalité.
Public le Portrait historie de Mlle Sallé ,
pour servir de pendant à celui qu'il a
fait de Made Camargo. Ces deux cele.
bres Rivales , qui par la diversité de leurs
talens , n'en concourent que mieux à la
gloire de leur Art , et qui partagent également les suffrages du Public , meritent
la même immortalité.
Fermer
219
p. 819
MADRIGAL.
Début :
Ma plume et ton Pinceau, doivent par d'heureux traits, [...]
Mots clefs :
Mademoiselle Sallé, Peindre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
Il nous est venu un Madrigal, qui
fut fait chez le Peintre , lorsqu'il dessinoit une attitude d'après cette Danseuse ;
le Public ne sera pas fâché qu'on lui en
fasse part. L'ingenieux Poëte parle à
M. Lancret.
MADRIGAL.
MAplume et ton Pinceau, doivent par d'hew- reux traits ,
Former une image brillante ;
Apallon nous inspire et Sallé se présente ;
Je peindrai ses vertus , tu peindras ses attraits.
Incertain sur le choix des Graces ,
Ton œil épie en vain ses traces ,
Et l'Art tient dans tes mains ses Crayons suspendus,
La peindre est un secret que l'Art confus ignore.
Console-toi , je suis encore ,
Plus incertain sur le choix des Vertus.
fut fait chez le Peintre , lorsqu'il dessinoit une attitude d'après cette Danseuse ;
le Public ne sera pas fâché qu'on lui en
fasse part. L'ingenieux Poëte parle à
M. Lancret.
MADRIGAL.
MAplume et ton Pinceau, doivent par d'hew- reux traits ,
Former une image brillante ;
Apallon nous inspire et Sallé se présente ;
Je peindrai ses vertus , tu peindras ses attraits.
Incertain sur le choix des Graces ,
Ton œil épie en vain ses traces ,
Et l'Art tient dans tes mains ses Crayons suspendus,
La peindre est un secret que l'Art confus ignore.
Console-toi , je suis encore ,
Plus incertain sur le choix des Vertus.
Fermer
Résumé : MADRIGAL.
Le texte décrit un madrigal écrit lors d'une séance de dessin entre un peintre et une danseuse. Le poème est une conversation entre un poète et le peintre Lancret. Ils discutent de la difficulté de capturer les grâces de la danseuse Sallé, inspirés par Apollon. Le peintre et le poète sont incertains sur les vertus à représenter.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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220
p. 820-822
LA VIE du B. Vincent de Paul, en Tableaux &c.
Début :
Après la Béatification du B. Vincent de Paul, premier Instituteur [...]
Mots clefs :
Tableau, Béatification, Peindre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA VIE du B. Vincent de Paul, en Tableaux &c.
LAVIE du B. Vincent de Paul ,
en Tableaux &c.
A
Près la Béatification du B. Vincent ·
de Paul , premier Instituteur de lá
Congrégation des Prêtres de la Mission de
S. Lazare , M. Bonnet , qui en est aujour
d'hui le Superieur General , homme d'un
mérite distingué , et rempli de zelé pour
la gloire du saint Fondateur, a entrepris
de faire peindre l'Histoire de sa vie en
plusieurs Tableaux placez dans le Chœur
et dans la Nefde l'Eglise de la Maison de
S. Lazare de Paris , par plusieurs Peintres
célebres.
Le premier et le plus grand de tous ces Tableaux se voit actuellement dans la Nef.
Il a été peint par le F. André , Parisien
Religieux Dominicain du Noviciat. Ce
Peintre s'est acquis une grande reputation
par quantité de beaux et pieux ouvrages
que les Curieux visitent avec empressement dans l'Eglise et dans l'interieur de
son Monastere.
Ce Tableau, qui est de 14 pieds de hau
teur, sur 1 de largeur, représente l'Apotheose du B. V. de Paul donnant sa béné
diction aux Superieurs Generaux qui l'ont.
suivi depuis l'Etablissement de la Maison,
et
AVRIL.. 173-28 821
et qui sont à genoux. On voit aussi dans
le fond du Tableau les Sœurs de la charité , dont le saint homme a été pareillement l'Instituteur , ayant à leur tête la
pieuse Mad. le Gras , qui a beaucoup contribué à cet Etablissement. Tout cela
frappe par son harmonie et par la beauté
de sa composition , aussi les Ĉonnoisseurs
Festiment parfaitement, Ce Tableau sera
seul dans la Nefoù il fait un effet mer
veilleux.
Le même Religieux a peint avec le même succès un autre Tableau , placé dans
le Chœur. On y voit representé le pieux.
Fondateur dans un fauteuil , prêchant aux
pauvres de l'Hôpital du nom deJesus, qu'il
a aussi fondé. Če second Tableau de dix
pieds de hauteur sur à 9 de largeur ,
n'est pas moins estimé que le précedent :
on y distingue sur tout un vrai naturel
dans les Figures.
9
Quatre autres Tableaux ayant les mêmes dimensions , et aussi placez dans le
Chœur , ont été peints par M. de Troy
dont le nom seul fait l'éloge de ses Ouvra
ges. Le premier represente le saint Homme, comme il fait la Mission étant Curé.
Le second exprime , par rapport au sulet
general , la mort du Roi Louis XIII. Let
Iiiij
troj.
822 MERCURE DE FRANCE
troisiéme la Conference des Ecclésiasti
ques. Et le quatrieme le Conseil de la Reine Mere , dans lequel le B. Fondateur est
représenté. Toutes les expressions de ces
Tableaux sont très nobles et d'un beau
pinceau ; on reconnoit par tout le célebre Auteur.
Du côté opposé , toûjours dans le
Chœur , est un cinquiéme Tableau , qui
représente le saint Missionnaire prêchant
aux Galeriens. C'étoit un de ses exercices
"favoris , et dont l'execution demandoit
une main aussi habile que celle de M.
Rhetou , qui n'a rien oublié pour exprimer d'une maniere parfaite cet Acte pénible et laborieux d'une charité consommée.
Ce Tableau est suivi d'un septiéme de
M. Baptiste ; et M. Galloche travaille actuellement au huitième et dernier.
en Tableaux &c.
A
Près la Béatification du B. Vincent ·
de Paul , premier Instituteur de lá
Congrégation des Prêtres de la Mission de
S. Lazare , M. Bonnet , qui en est aujour
d'hui le Superieur General , homme d'un
mérite distingué , et rempli de zelé pour
la gloire du saint Fondateur, a entrepris
de faire peindre l'Histoire de sa vie en
plusieurs Tableaux placez dans le Chœur
et dans la Nefde l'Eglise de la Maison de
S. Lazare de Paris , par plusieurs Peintres
célebres.
Le premier et le plus grand de tous ces Tableaux se voit actuellement dans la Nef.
Il a été peint par le F. André , Parisien
Religieux Dominicain du Noviciat. Ce
Peintre s'est acquis une grande reputation
par quantité de beaux et pieux ouvrages
que les Curieux visitent avec empressement dans l'Eglise et dans l'interieur de
son Monastere.
Ce Tableau, qui est de 14 pieds de hau
teur, sur 1 de largeur, représente l'Apotheose du B. V. de Paul donnant sa béné
diction aux Superieurs Generaux qui l'ont.
suivi depuis l'Etablissement de la Maison,
et
AVRIL.. 173-28 821
et qui sont à genoux. On voit aussi dans
le fond du Tableau les Sœurs de la charité , dont le saint homme a été pareillement l'Instituteur , ayant à leur tête la
pieuse Mad. le Gras , qui a beaucoup contribué à cet Etablissement. Tout cela
frappe par son harmonie et par la beauté
de sa composition , aussi les Ĉonnoisseurs
Festiment parfaitement, Ce Tableau sera
seul dans la Nefoù il fait un effet mer
veilleux.
Le même Religieux a peint avec le même succès un autre Tableau , placé dans
le Chœur. On y voit representé le pieux.
Fondateur dans un fauteuil , prêchant aux
pauvres de l'Hôpital du nom deJesus, qu'il
a aussi fondé. Če second Tableau de dix
pieds de hauteur sur à 9 de largeur ,
n'est pas moins estimé que le précedent :
on y distingue sur tout un vrai naturel
dans les Figures.
9
Quatre autres Tableaux ayant les mêmes dimensions , et aussi placez dans le
Chœur , ont été peints par M. de Troy
dont le nom seul fait l'éloge de ses Ouvra
ges. Le premier represente le saint Homme, comme il fait la Mission étant Curé.
Le second exprime , par rapport au sulet
general , la mort du Roi Louis XIII. Let
Iiiij
troj.
822 MERCURE DE FRANCE
troisiéme la Conference des Ecclésiasti
ques. Et le quatrieme le Conseil de la Reine Mere , dans lequel le B. Fondateur est
représenté. Toutes les expressions de ces
Tableaux sont très nobles et d'un beau
pinceau ; on reconnoit par tout le célebre Auteur.
Du côté opposé , toûjours dans le
Chœur , est un cinquiéme Tableau , qui
représente le saint Missionnaire prêchant
aux Galeriens. C'étoit un de ses exercices
"favoris , et dont l'execution demandoit
une main aussi habile que celle de M.
Rhetou , qui n'a rien oublié pour exprimer d'une maniere parfaite cet Acte pénible et laborieux d'une charité consommée.
Ce Tableau est suivi d'un septiéme de
M. Baptiste ; et M. Galloche travaille actuellement au huitième et dernier.
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Résumé : LA VIE du B. Vincent de Paul, en Tableaux &c.
Le texte relate la création de tableaux illustrant la vie du bienheureux Vincent de Paul, initiée par M. Bonnet, supérieur général de la Congrégation des Prêtres de la Mission de Saint-Lazare. Ces œuvres sont exposées dans l'église de la Maison de Saint-Lazare à Paris. Le premier tableau, situé dans la nef, représente Vincent de Paul bénissant ses successeurs et inclut les Sœurs de la charité dirigées par Madame Le Gras. Réalisé par le frère André, religieux dominicain, il mesure 14 pieds de hauteur sur 1 de largeur et est loué pour son harmonie et sa beauté. Un autre tableau du frère André montre Vincent de Paul prêchant aux pauvres de l'Hôpital du Nom de Jésus. M. de Troy a peint quatre tableaux supplémentaires : Vincent de Paul en tant que curé, la mort du roi Louis XIII, une conférence d'ecclésiastiques et un conseil de la reine mère. M. Rhetou a réalisé un tableau représentant Vincent de Paul prêchant aux galériens. Enfin, M. Baptiste et M. Galloche travaillent respectivement sur le septième et le huitième tableaux.
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221
p. 972-976
Memoire sur la maniere de colorer les Pierres, [titre d'après la table]
Début :
Dans la derniere assemblée publique de l'Académie Royale des [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Colorer, Pierres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoire sur la maniere de colorer les Pierres, [titre d'après la table]
Dáns la derniere assemblée publique de
L'Académie Royale des Sciences , M. Dufay lut un second Mémoire sur la maniere
de colorer les Pierres ; nous avons donné
l'Extrait du premier dans le Mercure de
Decembre 1730. 1. vol. Celui- cy- contient
MAY. 1732.
973*
tient deux parties ; dans la premiere M..
Dufay remedie à quelques inconveniens
qui se rencontroient dans l'emploi de certaines couleurs , décrites dans son premier Mémoire , et il en ajoute quelquesunes , qu'il n'a découvertes que depuis
peu ; dans la seconde partie , il donne la
maniere de former des desseins en blanc
sur la Cornaline, ou de blanchir le champ
de la Cornaline, et d'y tracer des desseins
en rouge.
La maniere dont l'Auteur employe la
Gomme , appellée Sang de Dragon , pour
fair le rouge sur du Marbre blanc , est
bien simple; il broye cette Gomme dans
un Mortier d'Agathe , et y met quelques.
goutes d'Esprit de vin ; il l'employe ainsi
avec le Pinceau , sans qu'elle se grumele,
ou s'empâte , comme il arrive , en la dissolvant à l'ordinaire ; pour faireun rouges
très brun , il y ajoûte de la Poix noire ,
suivant la nuance qu'il désire, il employe
la Gomme gutte pour le jaune de la même maniere; et si avec l'une ou l'autre de
ces couleurs on veut réserver des Parties
blanches au milieu de la tache , fl suffit de
mettre un enduitde blanc d'Espagne.avec
de l'Eau gommée dans les endroits que
l'on veut conserver ; on peut passer la
couleur pardessus , sans craindre qu'elles
les endommage.. Lors
974 MERCURE DE FRANCE
Lorsque ces couleurs sont employées ,
on porte la piece de marbre dans un Four
ordinaire , et on l'y laisse jusques à ce
qu'on s'apperçoive par quelque échantil
lon que les couleurs sont fonduës et ont
bien pénétré.
Le marbre étant froid , on y met la dissolution de Sang de dragon pour faire la
couleur de chair ; le marbre n'a pas -besoin d'être chaud pour cette nuance,
non plus que pour le bleu , qui se fait
avec une dissolution de tournesol, dans
une lessive de chaux et d'urine ; cette liqueur pénétre le marbre à froid et entre
très-avant. Elle fait un très beau bleu , tirant quelquefois sur le violet , suivant
que la liqueur est plus ou moins chargée
de Tournesol , ou qu'elle a digéré plus
long- temps:
Lorsque le marbre est entierement peint,
on le ponce pour enlever le marc des couleurs , et on le polit à l'ordinaire ; de la
sorte on peut faire pénétrer dans le marbre blanc toutes les couleurs imaginables,
et par consequent imiter les marbres les
plus beaux et les plus précieux.
A l'égard de la seconde Partie qui regarde Is Cornalines , la pratique en est
fort simple, et voicy comme M. Dufay
en a fait la découverte ; il voulut essayer
d'é-
MA Y. 17327 975
d'émailler une Cornaline ; elle ne put pas
soutenir,sans se casser,la chaleur nécessaire pour fondre l'émail ; mais l'ayant retiré du feu , il s'apperçut que les endroits
qui avoient été couverts d'émail , étoient
blancs , le reste étant demeuré rouge ; il
imagina que l'émail avoit occasionne plus
de chaleur dans les endroits où il avoit été
appliqué, et il essaya de faire la même chose
avec d'autres matieres terreuses ; en ayant
essayéplusieurs, il trouva qu'aucune ne faisoit mieux que le Colchotar dissous dans
l'Eau gommée, on forme avec cette matiere des desseins sur la Cornaline , et en la
chauffantpetit à petit sous uneMoufle, tout
ce qui est couvert de Colchorar blanchit,
et le champ de la pierre demeure rouge.
M.Dufay a aussi remarqué qu'on pouvoit
nuancer ce blanc et le faire plus mat en
des endroits qu'en d'autres , en donnant
plus ou moins d'épaisseur à l'enduit de
Colchotar ; on peut aussi ombrer ces sortes de desseins avec la dissolution d'argent dans l'Esprit de Nitre, en sorte qu'il
ne faut présentement qu'un ouvrier hapour porter cet art à son plus haut
dégré de perfection. M. Dufay finit par
quelques Observations sur le choix des
Cornalines les plus propres à cette sorte
de travail , parce qu'elles ne le sont pas
bile
tou
976 MERCURE DE FRANCE
toutes également , et qu'il y en a même
qui n'y sçauroient absolument être employées
L'Académie Royale des Sciences , M. Dufay lut un second Mémoire sur la maniere
de colorer les Pierres ; nous avons donné
l'Extrait du premier dans le Mercure de
Decembre 1730. 1. vol. Celui- cy- contient
MAY. 1732.
973*
tient deux parties ; dans la premiere M..
Dufay remedie à quelques inconveniens
qui se rencontroient dans l'emploi de certaines couleurs , décrites dans son premier Mémoire , et il en ajoute quelquesunes , qu'il n'a découvertes que depuis
peu ; dans la seconde partie , il donne la
maniere de former des desseins en blanc
sur la Cornaline, ou de blanchir le champ
de la Cornaline, et d'y tracer des desseins
en rouge.
La maniere dont l'Auteur employe la
Gomme , appellée Sang de Dragon , pour
fair le rouge sur du Marbre blanc , est
bien simple; il broye cette Gomme dans
un Mortier d'Agathe , et y met quelques.
goutes d'Esprit de vin ; il l'employe ainsi
avec le Pinceau , sans qu'elle se grumele,
ou s'empâte , comme il arrive , en la dissolvant à l'ordinaire ; pour faireun rouges
très brun , il y ajoûte de la Poix noire ,
suivant la nuance qu'il désire, il employe
la Gomme gutte pour le jaune de la même maniere; et si avec l'une ou l'autre de
ces couleurs on veut réserver des Parties
blanches au milieu de la tache , fl suffit de
mettre un enduitde blanc d'Espagne.avec
de l'Eau gommée dans les endroits que
l'on veut conserver ; on peut passer la
couleur pardessus , sans craindre qu'elles
les endommage.. Lors
974 MERCURE DE FRANCE
Lorsque ces couleurs sont employées ,
on porte la piece de marbre dans un Four
ordinaire , et on l'y laisse jusques à ce
qu'on s'apperçoive par quelque échantil
lon que les couleurs sont fonduës et ont
bien pénétré.
Le marbre étant froid , on y met la dissolution de Sang de dragon pour faire la
couleur de chair ; le marbre n'a pas -besoin d'être chaud pour cette nuance,
non plus que pour le bleu , qui se fait
avec une dissolution de tournesol, dans
une lessive de chaux et d'urine ; cette liqueur pénétre le marbre à froid et entre
très-avant. Elle fait un très beau bleu , tirant quelquefois sur le violet , suivant
que la liqueur est plus ou moins chargée
de Tournesol , ou qu'elle a digéré plus
long- temps:
Lorsque le marbre est entierement peint,
on le ponce pour enlever le marc des couleurs , et on le polit à l'ordinaire ; de la
sorte on peut faire pénétrer dans le marbre blanc toutes les couleurs imaginables,
et par consequent imiter les marbres les
plus beaux et les plus précieux.
A l'égard de la seconde Partie qui regarde Is Cornalines , la pratique en est
fort simple, et voicy comme M. Dufay
en a fait la découverte ; il voulut essayer
d'é-
MA Y. 17327 975
d'émailler une Cornaline ; elle ne put pas
soutenir,sans se casser,la chaleur nécessaire pour fondre l'émail ; mais l'ayant retiré du feu , il s'apperçut que les endroits
qui avoient été couverts d'émail , étoient
blancs , le reste étant demeuré rouge ; il
imagina que l'émail avoit occasionne plus
de chaleur dans les endroits où il avoit été
appliqué, et il essaya de faire la même chose
avec d'autres matieres terreuses ; en ayant
essayéplusieurs, il trouva qu'aucune ne faisoit mieux que le Colchotar dissous dans
l'Eau gommée, on forme avec cette matiere des desseins sur la Cornaline , et en la
chauffantpetit à petit sous uneMoufle, tout
ce qui est couvert de Colchorar blanchit,
et le champ de la pierre demeure rouge.
M.Dufay a aussi remarqué qu'on pouvoit
nuancer ce blanc et le faire plus mat en
des endroits qu'en d'autres , en donnant
plus ou moins d'épaisseur à l'enduit de
Colchotar ; on peut aussi ombrer ces sortes de desseins avec la dissolution d'argent dans l'Esprit de Nitre, en sorte qu'il
ne faut présentement qu'un ouvrier hapour porter cet art à son plus haut
dégré de perfection. M. Dufay finit par
quelques Observations sur le choix des
Cornalines les plus propres à cette sorte
de travail , parce qu'elles ne le sont pas
bile
tou
976 MERCURE DE FRANCE
toutes également , et qu'il y en a même
qui n'y sçauroient absolument être employées
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Résumé : Memoire sur la maniere de colorer les Pierres, [titre d'après la table]
Lors de la dernière assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, M. Du Fay a présenté un second mémoire sur la manière de colorer les pierres, publié en mai 1732. Ce mémoire est divisé en deux parties. Dans la première, Du Fay corrige des inconvénients mentionnés dans son premier mémoire et ajoute de nouvelles couleurs récemment découvertes. Il décrit également comment former des dessins en blanc sur la cornaline ou blanchir son champ pour tracer des dessins en rouge. Pour obtenir du rouge sur du marbre blanc, Du Fay utilise la gomme appelée Sang de Dragon, qu'il broie dans un mortier d'agate avec quelques gouttes d'esprit de vin, puis applique avec un pinceau. Pour des rouges plus bruns, il ajoute de la poix noire. Il utilise la gomme gutte pour obtenir du jaune de la même manière. Pour préserver des parties blanches, il applique un enduit de blanc d'Espagne mélangé à de l'eau gommée. Après l'application des couleurs, la pièce de marbre est placée dans un four jusqu'à ce que les couleurs soient fondues et bien pénétrées. Pour la couleur de chair et le bleu, le marbre n'a pas besoin d'être chaud. Le bleu est obtenu avec une dissolution de tournesol dans une lessive de chaux et d'urine, qui pénètre le marbre à froid. Une fois le marbre entièrement peint, il est poncé pour enlever les résidus de couleur, puis poli. Ainsi, toutes les couleurs peuvent être intégrées dans le marbre blanc, permettant d'imiter les marbres les plus beaux et les plus précieux. Dans la seconde partie, Du Fay explique comment créer des dessins sur la cornaline. Il a découvert que l'émail, en fondant, blanchit les zones couvertes. Il utilise ensuite le colchotar dissous dans l'eau gommée pour former des dessins, qui blanchissent en chauffant. Il est également possible de nuancer ces blancs et de les ombrer avec une dissolution d'argent dans l'esprit de nitre. Du Fay conclut avec des observations sur le choix des cornalines les plus adaptées à ce type de travail.
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222
p. 976-977
SUITE des Médailles du Roy.
Début :
Depuis la derniere Médaille dont nous avons donné la gravure [...]
Mots clefs :
Médailles, Gravure, Pont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Médailles du Roy.
SUITE des Médailles du Roy.
Depuis la derniere Médaille dont nous
avons donné la gravure dans le Mercure
du mois de Mars 1731. frappée au sujet
de la Naissance DU DUC D'ANJOU , on en
a frappé deux autres , dont nous nous
faisons un devoir de parler et d'illustrer
ce Livre , par la représentation des deux
differens Revers , qui sont autant de Monumens Historiques du glorieux Regne
de S. M. Nous nous dispensons d'en donner la Face, parce que c'est la même qui
a déja paru sur les derniers Médailles ,
c'est- à-dire , la Tête de cet Auguste Prince , couronnée de Laurier , avec la Lé
gende ordinaire.
Le Revers de la premiere de ces deux
Médailles , représente le magnifique Pont
que le Roy a fait construire à Compiégne , ville de Picardie , située au conAuent des Rivieres d'Oise & d'Aisne, avec
cette Légende : COMPENDIUM ORNATUM
ET LOCUPLETATUM; et dans l'Exergue :
PONTE NOVO ISARA IMPOSITO. M. DCC.
XXX .
Dans le Revers de l'autre Médaille , on
NOC
MORNATUA
MPENDIUM
PAX
SARA
ET
LOCUPLE!
PLETATU
PONTE NOVO 1SARE IMPOSITO MDCC XXX.
PROVI
META NOVIS
OPERIBUS MUNITA MDCCXXXIL
DA
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
MAY. 1732. 1977
voit Minerve assise et environnée des
principaux attributs de la Prudence et de
la Paix, qui remet au génie de l'Architec
ture Militaire le Plan des nouvelles Fortifications de Mets , avec ces mots : Pax
PROVIDA. L'Exergue contient cette Inscription : METE NOVIS OPERIBUS MUNITE. M. DCC. XXXII.
Depuis la derniere Médaille dont nous
avons donné la gravure dans le Mercure
du mois de Mars 1731. frappée au sujet
de la Naissance DU DUC D'ANJOU , on en
a frappé deux autres , dont nous nous
faisons un devoir de parler et d'illustrer
ce Livre , par la représentation des deux
differens Revers , qui sont autant de Monumens Historiques du glorieux Regne
de S. M. Nous nous dispensons d'en donner la Face, parce que c'est la même qui
a déja paru sur les derniers Médailles ,
c'est- à-dire , la Tête de cet Auguste Prince , couronnée de Laurier , avec la Lé
gende ordinaire.
Le Revers de la premiere de ces deux
Médailles , représente le magnifique Pont
que le Roy a fait construire à Compiégne , ville de Picardie , située au conAuent des Rivieres d'Oise & d'Aisne, avec
cette Légende : COMPENDIUM ORNATUM
ET LOCUPLETATUM; et dans l'Exergue :
PONTE NOVO ISARA IMPOSITO. M. DCC.
XXX .
Dans le Revers de l'autre Médaille , on
NOC
MORNATUA
MPENDIUM
PAX
SARA
ET
LOCUPLE!
PLETATU
PONTE NOVO 1SARE IMPOSITO MDCC XXX.
PROVI
META NOVIS
OPERIBUS MUNITA MDCCXXXIL
DA
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
MAY. 1732. 1977
voit Minerve assise et environnée des
principaux attributs de la Prudence et de
la Paix, qui remet au génie de l'Architec
ture Militaire le Plan des nouvelles Fortifications de Mets , avec ces mots : Pax
PROVIDA. L'Exergue contient cette Inscription : METE NOVIS OPERIBUS MUNITE. M. DCC. XXXII.
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Résumé : SUITE des Médailles du Roy.
Le texte évoque deux médailles royales frappées après celle célébrant la naissance du duc d'Anjou en mars 1731. Ces médailles commémorent des réalisations du règne du roi. La première médaille représente un pont construit à Compiègne, ville de Picardie située à la confluence des rivières Oise et Aisne. La légende de cette médaille est 'COMPENDIUM ORNATUM ET LOCUPLETATUM' et l'exergue indique 'PONTE NOVO ISARA IMPOSITO. M. DCC. XXX.' La seconde médaille montre Minerve, déesse de la Prudence et de la Paix, remettant au génie de l'architecture militaire le plan des nouvelles fortifications de Metz. La légende de cette médaille est 'PAX PROVIDA' et l'exergue 'METE NOVIS OPERIBUS MUNITE. M. DCC. XXXII.' Les deux médailles partagent la même face, représentant la tête du roi couronnée de laurier avec la légende ordinaire.
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223
p. 1040-1042
A MADEMOISELLE S***
Début :
Travailler à votre Portrait, [...]
Mots clefs :
Portrait, Peinture, Traits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE S***
A MADEMOISELLE S ***
Travailler à votre Portrait ,
C'est , je Péprouve assez , une rude entreprise.
Mille difficultez s'offrent à mon projet ,
Mais le tendre amour l'authorise ;
Quoique ce Dieu s'en mêle , il pourroit arrivere
Que dans les Traits de ma peinture ,
On ne puisse pas retrouver
Tous les dons que vous fit la prodigue nature ;.
Mais qui pourroit , s'en étonner !
Il est plus glorieux de choisir un modele ,
Qu'eut manqué le Pinceau d'Apelle ,
Que d'étre obligé de l'orner.
Si mon cœur pouvoit par lui même ,
Exécuter votre Portrait ,
Je le garantirois , ressemblant trait pour trait ,
Mais l'esprit qui n'a pas , cette justesse extrême
Et que vous connoissez pour être un barbouil
leur ,
N'a rien pû faire de meilleur.
Heureux, si des apas que vous faites paroître ,
J'en pouvois representer un >
En vous il n'est rien de commun ,
On ne pourroit vous méconnoître.
PRO
MAY 17320 104T
PORTRAIT.
Quand la nature manque , on a recours
Part,
Et de toute beauté , la louange ordinaire ,
Est qu'elle effaceroit la Reine de Cithere' ;
Mon Pinceau ne tient point de fard ,
Il me suffit d'être sincere.
Sans avoir de Venus , la divine beauté,
S *** est aussi ravissante ;
L'exacte régularité ,
N'est pas toujours assez touchante.
Tous ses traits ne sont pas également finis
Mais ils sont si bien assortis ,,
Que leur ensemble nous enchante ;
Ses yeux , par qui le Dieu des cœurs
Semble nous dire des douceurs
Vailent ses cruautez d'une feinte tendresse ;
Un charme secret interesse
A tout ce qu'elle dit , et mon cœur malheureux,
S'étonne que l'amour assis dessus sa bouche,
Lui souffre de donner tant d'Arrêts rigoureux ;
En des objets communs, un rien peut être heu
reux ,
Mais en elle , ce rien nous touche
Je m'en rapporte à tous les yeux.
Ces
1042 MERCURE DE FRANCE
Ses Cheveux terniroient la couleur agréable ,
a
De ceux qui brillent dans les cieux , ( « )
Et leur arrangement simple, mais convenable
N'a rien à désirer des soins industrieux.
Sa tailie est libre , avantageuse ,
Elle a cet air enfin qui n'a rien d'imparfait
Et dont la nature est soigneuse
De cacher à l'art le secret.
Son sexe curieux de plaire ,
Demande aux Dieux ses graces , ses at¬ traits ;
Le nôtre , qui lui rend un tribut volontaire ,
Voudroit la voir toujours ou ne la voir jamais.
Pourtant quand on la quitte , après l'avoir con nuë ,
Le regret de ne la plus voir
Se tourneroit en désespoir ,
Si l'ame n'étoit soûtenuë
Par le tendre pla sir qu'on sent à l'avoir vuë.
Qui mieux que moi peut le savoir à
Elle dispute à Philomelle
Le charme délicat d'une brillante voix.
O vous qui de l'amour redoutez le Carquois
Ou qui ne voulez point devenir infidelle ,
Deffendez-vous d'entendre et de voir cette Belle
Ou bien di posez-vous à recevoir ses loix.
(a) La Chevelure de Berenice
Travailler à votre Portrait ,
C'est , je Péprouve assez , une rude entreprise.
Mille difficultez s'offrent à mon projet ,
Mais le tendre amour l'authorise ;
Quoique ce Dieu s'en mêle , il pourroit arrivere
Que dans les Traits de ma peinture ,
On ne puisse pas retrouver
Tous les dons que vous fit la prodigue nature ;.
Mais qui pourroit , s'en étonner !
Il est plus glorieux de choisir un modele ,
Qu'eut manqué le Pinceau d'Apelle ,
Que d'étre obligé de l'orner.
Si mon cœur pouvoit par lui même ,
Exécuter votre Portrait ,
Je le garantirois , ressemblant trait pour trait ,
Mais l'esprit qui n'a pas , cette justesse extrême
Et que vous connoissez pour être un barbouil
leur ,
N'a rien pû faire de meilleur.
Heureux, si des apas que vous faites paroître ,
J'en pouvois representer un >
En vous il n'est rien de commun ,
On ne pourroit vous méconnoître.
PRO
MAY 17320 104T
PORTRAIT.
Quand la nature manque , on a recours
Part,
Et de toute beauté , la louange ordinaire ,
Est qu'elle effaceroit la Reine de Cithere' ;
Mon Pinceau ne tient point de fard ,
Il me suffit d'être sincere.
Sans avoir de Venus , la divine beauté,
S *** est aussi ravissante ;
L'exacte régularité ,
N'est pas toujours assez touchante.
Tous ses traits ne sont pas également finis
Mais ils sont si bien assortis ,,
Que leur ensemble nous enchante ;
Ses yeux , par qui le Dieu des cœurs
Semble nous dire des douceurs
Vailent ses cruautez d'une feinte tendresse ;
Un charme secret interesse
A tout ce qu'elle dit , et mon cœur malheureux,
S'étonne que l'amour assis dessus sa bouche,
Lui souffre de donner tant d'Arrêts rigoureux ;
En des objets communs, un rien peut être heu
reux ,
Mais en elle , ce rien nous touche
Je m'en rapporte à tous les yeux.
Ces
1042 MERCURE DE FRANCE
Ses Cheveux terniroient la couleur agréable ,
a
De ceux qui brillent dans les cieux , ( « )
Et leur arrangement simple, mais convenable
N'a rien à désirer des soins industrieux.
Sa tailie est libre , avantageuse ,
Elle a cet air enfin qui n'a rien d'imparfait
Et dont la nature est soigneuse
De cacher à l'art le secret.
Son sexe curieux de plaire ,
Demande aux Dieux ses graces , ses at¬ traits ;
Le nôtre , qui lui rend un tribut volontaire ,
Voudroit la voir toujours ou ne la voir jamais.
Pourtant quand on la quitte , après l'avoir con nuë ,
Le regret de ne la plus voir
Se tourneroit en désespoir ,
Si l'ame n'étoit soûtenuë
Par le tendre pla sir qu'on sent à l'avoir vuë.
Qui mieux que moi peut le savoir à
Elle dispute à Philomelle
Le charme délicat d'une brillante voix.
O vous qui de l'amour redoutez le Carquois
Ou qui ne voulez point devenir infidelle ,
Deffendez-vous d'entendre et de voir cette Belle
Ou bien di posez-vous à recevoir ses loix.
(a) La Chevelure de Berenice
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Résumé : A MADEMOISELLE S***
L'auteur d'une lettre évoque les défis rencontrés en peignant le portrait d'une demoiselle. Il reconnaît que son œuvre ne pourra peut-être pas rendre justice à tous ses dons naturels, mais il choisit de rester fidèle à son modèle plutôt que d'ajouter des artifices. Il admire la beauté unique de la demoiselle, notant que ses traits, bien que non parfaitement réguliers, sont harmonieusement assortis et enchanteurs. Il met en avant ses yeux, sa voix et un charme secret qui touchent profondément. La lettre se conclut par un avertissement aux lecteurs de se méfier de l'amour que la demoiselle inspire, comparant sa voix à celle de Philomèle.
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224
p. 1189
Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
Début :
Il paroît depuis peu quatre belles Estampes d'après les [...]
Mots clefs :
Estampes, Tableaux de Watteau, Roman comique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
Il paroît depuis peu quatre belles Estampes d'après les Tableaux originaux
de Wateau , du Cabinet de M. de Julienne. Ce sont les quatre Saisons , d'une.
composition aussi agréable qu'ingenieuse,
gravées par les Sr Audran , Larmessin ,
Moireau et Brillon , de 20. pouces de large sur 17. pouces de haut. Elles se vendent chez Surugue , rue des Noyers , et chez
la veuve Chereau , rue S. Jacques.
Il paroît aussi deux nouvelles Estampes du Roman Comique de Scarron, dont
les sujets sont , Bataille arrivée dans le
Tripot , qui trouble la Comédie , et Ragotin
retiré du coffre où la Servante l'avoit enfermé.
gravées par les S Surugue et Jeaurat
d'après les Tableaux du sieur Pater. Eiles.
se vendent chez le même Surugue.
de Wateau , du Cabinet de M. de Julienne. Ce sont les quatre Saisons , d'une.
composition aussi agréable qu'ingenieuse,
gravées par les Sr Audran , Larmessin ,
Moireau et Brillon , de 20. pouces de large sur 17. pouces de haut. Elles se vendent chez Surugue , rue des Noyers , et chez
la veuve Chereau , rue S. Jacques.
Il paroît aussi deux nouvelles Estampes du Roman Comique de Scarron, dont
les sujets sont , Bataille arrivée dans le
Tripot , qui trouble la Comédie , et Ragotin
retiré du coffre où la Servante l'avoit enfermé.
gravées par les S Surugue et Jeaurat
d'après les Tableaux du sieur Pater. Eiles.
se vendent chez le même Surugue.
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Résumé : Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
Le texte annonce la vente de quatre estampes des Saisons, d'après Watteau, gravées par Audran, Larmessin, Moireau et Brillon. Deux autres estampes, inspirées du Roman Comique de Scarron, sont également disponibles. Elles sont gravées par Surugue et Jeaurat d'après Pater. Les estampes sont en vente chez Surugue et la veuve Chereau.
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225
p. 1189-1191
Portrait de Puget, [titre d'après la table]
Début :
On vient de donner au Public le Portrait du celebre [...]
Mots clefs :
Portrait, Pierre Puget, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Portrait de Puget, [titre d'après la table]
On vient de donner au Public le Portrait du celebre Pierre Pujet, de Marseille,
d'après un Tableau peint par son Fils ;
ce Portrait n'avoit jamais été gravé , et il
manquoit aux Amateurs de la memoire
des grands hommes , qui ont jugé à propos de donner à Puget , le surnom de MICHEL-ANGE DE LA FRANCE. Rien né
convient mieux à cet illustre Statuaire ,
qui a réuni si excellemment la Peinture
fa Sculpture , et l'Architecture.
"
I. Vol. Ce
190 MERCURE DE FRANCE
Ce Portrait est gravé par le sieur Jeatr
rat , et se vend chez lui , rue S. Jacques ,
au Livre d'or.
On connoît le mérite de Pierre Puget , par les belles figures d'Andromede
et de Millon , qui sont à Versailles , et
le Bas-reliefd'Alexandre visitant Diogenes , qui est au Louvre.
par
Les Hôtels de Ville de Marseille et de
Toulon , ornez de morceaux de Sculp
ture , plusieurs Tableaux peints par ce
grand homme , dans la Cathedrale de
Marseille , et autres , tant à Toulon qu'à
Aix et à la Valette , près Toulon , sont
encore des monumens de son habileté.
L'Eglise de la Charité de la Ville de Marseille , bâtie sur ses Desseins , et plusieurs
autres Edifices , montrent qu'il a été aussi
bon Architecte que bon Peintre et habile Sculpteur.
On voit encore à Gennes , dans l'Eglise de Notre-Dame de Carignan , de
belles figures et d'excellens Tableaux de
sa main, à l'Albergo , dans la même Ville,
une Vierge placée sur le grand Autel et
soutenue par des Anges , et à Marseille
dans la Sale du Commerce , à l'entrée du
Port ou Bureau de la Santé , un Bas- relief representant S. Charles , implorant
de secours du Ciel , à l'occasion de la
I. Vol. Peste
JUIN. 1732. 1191
Peste qui ravageoit la Ville de Milan.
Voyez son Eloge plus étendu et le détail
de ses Ouvrages dans le Voyage du Levant de M. de Tournefort , dans le Journal des Sçavans , &c.
On ne doit pas oublier deux Tableaux
dont l'un représente le Baptême de Clovis,
et l'autre celui de Constantin , tous deux
de la main de cet illustre. Ces Tableaux
sont placez sur les Fonts Baptismaux de
l'Eglise Cathédrale de Marseille. Des Curieux du premier rang ayant offert des
sommes considerables , et n'ayant pû les
obtenir, essayerent plus d'une fois de les
enlever, ce qui a obligé Mrs les Chanoines
de les mettre à couvert de telles entreprises , au moyen d'une forte grille de fer.
d'après un Tableau peint par son Fils ;
ce Portrait n'avoit jamais été gravé , et il
manquoit aux Amateurs de la memoire
des grands hommes , qui ont jugé à propos de donner à Puget , le surnom de MICHEL-ANGE DE LA FRANCE. Rien né
convient mieux à cet illustre Statuaire ,
qui a réuni si excellemment la Peinture
fa Sculpture , et l'Architecture.
"
I. Vol. Ce
190 MERCURE DE FRANCE
Ce Portrait est gravé par le sieur Jeatr
rat , et se vend chez lui , rue S. Jacques ,
au Livre d'or.
On connoît le mérite de Pierre Puget , par les belles figures d'Andromede
et de Millon , qui sont à Versailles , et
le Bas-reliefd'Alexandre visitant Diogenes , qui est au Louvre.
par
Les Hôtels de Ville de Marseille et de
Toulon , ornez de morceaux de Sculp
ture , plusieurs Tableaux peints par ce
grand homme , dans la Cathedrale de
Marseille , et autres , tant à Toulon qu'à
Aix et à la Valette , près Toulon , sont
encore des monumens de son habileté.
L'Eglise de la Charité de la Ville de Marseille , bâtie sur ses Desseins , et plusieurs
autres Edifices , montrent qu'il a été aussi
bon Architecte que bon Peintre et habile Sculpteur.
On voit encore à Gennes , dans l'Eglise de Notre-Dame de Carignan , de
belles figures et d'excellens Tableaux de
sa main, à l'Albergo , dans la même Ville,
une Vierge placée sur le grand Autel et
soutenue par des Anges , et à Marseille
dans la Sale du Commerce , à l'entrée du
Port ou Bureau de la Santé , un Bas- relief representant S. Charles , implorant
de secours du Ciel , à l'occasion de la
I. Vol. Peste
JUIN. 1732. 1191
Peste qui ravageoit la Ville de Milan.
Voyez son Eloge plus étendu et le détail
de ses Ouvrages dans le Voyage du Levant de M. de Tournefort , dans le Journal des Sçavans , &c.
On ne doit pas oublier deux Tableaux
dont l'un représente le Baptême de Clovis,
et l'autre celui de Constantin , tous deux
de la main de cet illustre. Ces Tableaux
sont placez sur les Fonts Baptismaux de
l'Eglise Cathédrale de Marseille. Des Curieux du premier rang ayant offert des
sommes considerables , et n'ayant pû les
obtenir, essayerent plus d'une fois de les
enlever, ce qui a obligé Mrs les Chanoines
de les mettre à couvert de telles entreprises , au moyen d'une forte grille de fer.
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Résumé : Portrait de Puget, [titre d'après la table]
Le texte présente le portrait du sculpteur Pierre Puget, gravé par Jeattrat et disponible à la vente rue Saint-Jacques, au Livre d'or. Ce portrait, peint par le fils de Puget, était inédit et comblait une lacune pour les amateurs d'art. Puget est célèbre pour son excellence en peinture, sculpture et architecture. Ses œuvres notables incluent les figures d'Andromède et de Milon à Versailles, le bas-relief d'Alexandre visitant Diogène au Louvre, et divers monuments à Marseille, Toulon, Aix et La Valette. Il a également conçu l'église de la Charité à Marseille. À Gênes, on peut admirer des figures et des tableaux de Puget, notamment une Vierge soutenue par des anges dans l'Albergo. À Marseille, un bas-relief représentant Saint Charles implorant le secours divin contre la peste de Milan est visible dans la Salle du Commerce. La cathédrale de Marseille abrite deux tableaux de Puget représentant le baptême de Clovis et celui de Constantin, protégés par une grille de fer. Pour plus de détails, le texte renvoie au 'Voyage du Levant' de M. de Tournefort et au 'Journal des Sçavans'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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226
p. 13[4]4-1367
SECONDE LETTRE de M. de L. R. à M. Boyer, Docteur Médecine, de la Faculté de Montpellier, Docteur Regent de celle de Paris, sur une Médaille Latine de la Ville de Troade; et sur une Médaille Grecque des Dardaniens.
Début :
Je vous avouë, Monsieur, que ce n'est pas sans [...]
Mots clefs :
Troade, Médaille latine, Médaille grecque, Dardaniens, Erreur, Ruines, Alexandrie, M. Vaillant, Alexandre Severe, Historien, Ouvrage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE de M. de L. R. à M. Boyer, Docteur Médecine, de la Faculté de Montpellier, Docteur Regent de celle de Paris, sur une Médaille Latine de la Ville de Troade; et sur une Médaille Grecque des Dardaniens.
SECONDE LETTRE de M.de L. R..
à M. Boyer, Docteur en Médecine , de
la Faculté de Montpellier, Docteur Regent de celle de Paris , sur une Médaille
Latine de la Ville de Troade et sur une
Médaille Grecque des Dardaniens.
J
E vous avoue , Monsieur , que ce n'est
pas sans quelque espece de chagrin que
dans ma précedente Lettre j'ai été obligé
de déclarer l'erreur de pius d'un Ecrivain
moderné , qui prétendent que la Ville de
Troade soit la seconde Troye , comme
ayant été bâtie par les ordres d'AlexanII. Vol. dre
JUIN. 1732 1343
dre, des ruines de la premiere Ville qui a
porté ce fameux nom , et que c'est pour
cela même que Troade a été surnommée Alexandrine; en citant pour garants , des
Auteurs de réputation , lesquels bien examinez , n'ont jamais écrit ce qu'on leur
fait dire ; j'avoue , dis- je , que j'ai là- dessus quelque espece de regret ; car si ces
prétentions étoient aussi fondées, qu'elles
m'ont paru vaines jusqu'à present ,
CC
ne seroit pas un petit reliefpour cetre ancienne Ville , pour notre Médaille , et
un médiocre ornementà ma Dissertation:
mais vous sçavez , Monsieur , combien je
suis éloigné d'adopter des Faits brillants.
aux dépens de la vérité ; peut-être trouverons- nous assez dequoi illustrer Troade et de quoi mériter l'attention des Leçteurs sensez dans ce que j'ai à vous en
dire , sans avoir recours à des embellissemens dont la vanité peut être démontrée.
Je suis, au reste, persuadé que M.Vaillant n'a erré là-dessus que par une certaine prévention dont il étoit frappé sur le
nom d'Alexandrine , que portent quantité de Médailles de Troade ; mais ce qui
me paroît icy de singulier , c'est quele
P. Hardouin , ce grand Critique , qui n'a
point hesité d'appeller ses Ouvrages ,
Errata des Antiquaires: Errata Antiqua
II. Vol. riorum
1346 MERCURE DE FRANCE
riorum , qui a même fait un Livre exprès ,
pour reprendre M. Vaillant de ses pré
tendues fautes sur les Médailles des Colonies et des Municipes , et qui le reprend
nommément , avec beaucoup de hauteur,
au sujet d'une Médaille d'Aquilia severa ,
frappée par la Colonie de Troade ; il pa
roît , dis-je , singulier que ce Censeur , si
acharné', pour ainsi dire , contre Vaik
lant , qui le chicane le plus souvent sur
des minuties , ou sur des erreurs imagi
naires , ne se soit pas apperçu de la veritable méprise de cet Antiquaire , au sujet
de la Médaille de Troade.
Bien, loin , Monsieur , de s'en aperce
voir , je trouve le P. Hardouin •presque
dans la mêmeerreur ; car en parlant d'une
( a ) Medaille d'Antonin Pie , frappée , d
ce qu'il croit , par la même Colonie de
Troade , il dit que le nom d'Alexandrine
lui vient d'Alexandre le Grand. Alexan
dria ab Alexandro Magno. C'est cependant ce que Strabon qu'il cite , ni aucun
autre Auteur , ne nous apprennent point.
Mais ne quittons pas le P. H sans vous
donner en passant un échantillon de la
hauteur insultante avec laquelle il a traité M. Vaillant , votre illustre confrere.
(a ) Nummi Populorum et Urbium illustrati ,
&c. pag. 507.
II. Vol. Un
JUIN. 17320 1347
Un seul trait suffira ›, et ce trait vous fera
rire. Je le trouve à la page 115. de son
ANTIRRHETICUS.Vide jam , lui dit-il, quot
sibi sintex opere tuo placita tradenda,quantaque tibi sit laudifuturum , cum eos , à qui
bus hac didicisti , à nobis monitus dedocebis. N'est-il pas vrai , Monsieur , qu'un
hommequi parle avec cet air de Maître ,
doit du moins être irréprochable dans ses
Ecrits , et qu'il doit lui- même être bien
endoctriné , avant que de s'ériger en Censeur de la doctrine d'autrui ? On rempliroit cependant un volume raisonnable
des Erreurs , des Paradoxes , et des Ecarts
duP. H. revenons à notre Troade ,
nommée Alexandrine.
surJ'ai crû que je trouverois sur ce sujet
quelque lumiere dans le curieux Ouvrage
d'Etienne de Byzance ; cet Auteur m'apprend , tom. 1. pag. 61. qu'on comptoit
de son temps jusqu'à dix- huit Villes qui
portoient le nom d'Alexandrie , dont la
premiere est la fameuse Alexandrie d'Egypte; la seconde , dit-il , est la Ville de
Troye , don't Démosthène fait mention :
Bithyniacorum 42. Il met la onzième dans
l'Isle de Chypre , et il dit ensuite , selon
Pinedo son Traducteur; est et locus in Ida
Trojana, qui dicitur Alexandria , in quo
ferunt Paridem Dearum certaminajudicasse,
II. Vol. ut
1348 MERCURE DE FRANCE
ut Timosthenes. Cela s'accorde avec ce que
nous avons déja remarquéau sujet de cette Alexandrie du Mont Ida, qui n'est pas
notre Troade. L'Auteur Grec parle aussi
de cette derniere ; mais le même Traducteur a , ce me semble , fort embroüillé les
choses à cet égard par son interprétation.
Luc de Holstein , de qui nous avons une
belle Edition d'Etienne de Byzance avec
des Notes et des Corrections , a plus heureusement expliqué cet endroit. TROIAS ,
dit Pinedo, Regio Ilii qua vocabatur Teucris
et Dardania et Xante.Gentile Troadeus. Ce
qui n'est pas , selon le SçavantEditeur , let
sens de l'Auteur original , et il corrige Pinedo de la maniere qui suit : Cum deberes
vertere et Alexandria Troas. Hoc in locoTroas non accipitur de Regione , sed de ipsa Alexandria Troadis Urbe que Troas
etiam dicta fuit ut Plinius , lib.v.cap 30.
N'oublions pas icy , au sujet de ce Passage de Pline , qui est tel : Troas Antigonia dicta nunc Alexandria Colonia Romana: n'oublions pas , dis-je , de remarquer
que Goltzius rapporte dans son Tresor
une Médaille de Tite , où l'on donne à
Troade ce nom d'Antigonia. Elle est citée
dans le P. Hardouin , qui semble l'adopter comme légitime , et dans les Colonies de Vaillant , qui la regarde comme
II. Vol. .. dou-
JUIN. 1732. 1349
douteuse. On peut dire qu'elle est absolument fausse , et qu'elle a été forgée sur
le Passage de Pline.
Voilà cependant notre Troade au nom
bre des 18 Villes , qui , selon Etienne de
Byzance , ont aussi porté le nom d'Alexandrie ; ce qui est confirmé par les Medailles et par le témoignage de plusieurs
Ecrivains ; mais nous n'avons aucune autorité , comme je vous l'ai déja dit , qui
établisse , que c'est pour avoir été bâtie
des ruines de Troye , par les ordres d'Alexandre , ainsi que l'ont écrit quelques
Modernes. Il se peut faire , au reste, que
quelque Evenement considérable • que
nous ignorons , ait donné lieu à la dénomination dont il s'agit icy. Toutes les *
grandes actions du Conquerant de l'Asie
ne sont pas connuës , comme l'a particu
lierement remarqué l'un de ses Historiens : Ita estfactum , dit Arrien , Liv. 1 .
ut nobis minus nota sint Alexandri Rex
magna et præclara , quam multorum veterum
infima exiguaque.
M. Vaillant , au reste , propose une autre origine du nom d'Alexandrie , donné
à la Ville de Troade. Il remarque d'abord,
au sujet d'une Medaille de Fulia Domna,
Epouse de Septime Severe, frappée à
Troade; qu'avant ce tems-là la Ville dont
II. Vol. nous
1350 MERCURE DE FRANCE
nous parlons ne prit point le nom d'Aleandrie: Urbs non se Alexandriam Troadem nuncupavit , licet , ajoute-t- il , Troas
et Alexandria eadem sit apud veteres Historicos ut videre est apud Strabonem , lib. 2.
ce qui semble se contredire. Troade,poursuit M. Vaillant , devant son nom d'Alexandrie au Grand Alexandre , affecta de
marquer particulierement ce nom ' sur les
Medailles qu'elle frappoit sous l'Empire
de ( a ) Caracalla , pour flatter un Prince
qui , au rapport de Dion, liv. 78. se donnoit pour un autre Alexandre , sese Alexandrum Orientalem Augustum appellavit,
dit cet Historien.
M. Vaillant repete à peu près la même
chose en parlant d'une autre Medaille de
Troade , frappée en l'honneur d'Alexandre Severe , fils de Caracalla. Alexandria
appellationem habet,dit-il, vel ab Alexandro
M.àquo exTroja ruderibus extructa est Strabone Q Curtio testibus , vel ab Alexandro-Severo , quod maximum illius esset , ut
Caracalla Patris studium , ut tradit Lampridius ; sans compter , ajoute notre Antiquaire , que cet Empereur visita en personne la Ville de Troade, en allant en Sy.
.
(a) Aurelia et Antoniana , in Caracalla gratiam vocata , dit ailleurs le même M. Vaillant, en
parlant de Troade.
11.Vol.
tie ,
JUIN. 1732. 135r
tie ; il avoit dit la même chose à l'égard
de Trajan ; ce qui est avancé gratuitement .
et sans aucune authorité.
Il est vrai cependant qu'avant le Regne de Sept. Severe on ne voit point le
nom d'Alexandrie,ajouté à celui de Troade,dans les Médailles de cette Ville, ce qui
semble donner quelque vrai- semblance à
la conjecture de M. Vaillant ; mais il faut
convenir aussi que cette conjecture est affoiblie par les témoignages des Histeriens
qu'il rapporte lui - même , selon lesquels
Troade portoit le nom d'Alexandrie dès
le temps de la République Romaine.Je ne
produirai icy que celui de Tite-Live, omis
par Vaillant.
Ce celebre Historien en parlant de la
guerre que les Romains eurent à soutenir
contre le Roy Antiochus , sous le Consulat de L. Quintius et de Cn. Domitius,
dit que trois Villes occupoient principalement les forces de ce Prince , sçavoir
(a)Smyrne, Alexandrie-Troade et Lampsa-
(a ) Smyrne.et Troade n'étoient pas fort éloignées l'une de l'autre , et il y avoit une alliance ,
une union particuliere entre les deux Villes ; ce
qui est prouvépar une Medaille de Marc - Aurele ;
sur le revers de laquelle en lit : ΤΡΟΑΔΕΩΝ C
ΜΥΡΝΑΙΩΝ ΟΜΟΝΟΙΑ , rapportée par le Pere
Hardouin.
11. Vole ques
Y352 MERCURE DE FRANCE
ques , dont il n'avoit pû venir à bout
jusqu'alors par la force , ni par aucun
Traité , ne voulant pas d'ailleurs , en passant en Europe , laisser ces Places derriere lui , Tres eum civitates tenebant , Smyrna
et Alexandria- Troas , et Lampsacus ; quas
neque vi expugnare ad eam diem poterat,
neque conditionibus in amicitiam perlicere;
neque કે tergo relinquere trajiciens ipse in
Europam volebat , Lib. xxxv. cap. XLII.
Ce qui paroît décisif pour l'ancienneté du
nom d'Alexandrie , joint à celui de la
Ville de Troade ; cela doit aussi nous déterminer à tirer cette dénomination d'Alexandre le Grand , comme Fondateur
ou comme Restaurateur dela Ville dont
il s'agit icy , sans qu'on soit obligé pour
cela de croire et de prouver que Troade
ait été bâtie des ruines de Troye.
,
Nous n'avons en effet aucune autorité pour le prétendre. Une seule Ville du
Pays de Troade a pû se vanter de cette
distinction;c'est Sigée, bâtie certainement
des ruines de Troye , par les habitans de
Metelin , ville de l'Isle de Lesbos. J'aurai dans quelque temps occasion de vous
prouverce fait , en vous faisant part d'un
Monument des plus singuliers de l'Antiquité Grecque , trouvé dans le siecle
passé , au voisinage de Sigée , et publié
II. Vol.
par
JUIN. 17320 1353
par un sçavant Anglois en l'année 1721.
Son Ouvrage ne m'a été apporté d'Angleterre que depuis quelques mois ; ce
que j'ai à vous en dire peut encore jetter
de la clarté sur la matiere que nous traitons icy.
Je vous ai dit , Monsieur , dans ma premiere Lettre, que la Ville de Troade étoit
Colonie Romaine dès le temps d'Auguste. Pour le prouver , je n'ai presque besoin
que du titre d'Auguste qu'elle porte sur
notre Medaille. Les Antiquaires tiennent
communément que les Colonies nommées Julia, dénotent qu'elles ont été fondées par Jules- Cesar ; et Augusta , par
I'Empereur Auguste. Je sçai que Gens difficiles pourroient contester cette regle en
certain cas ; mais enfin , c'est- là un de ces
Principes generalement avoüez , et contre lesquels on n'est presque pas reçu à
disputer. Dans ce cas particulier on auroit encore moins de raison , parce qu'on
voit que la Ville de Troade étoit Colonie
Romaine , non seulement du temps de
Pline , mais même du temps de Strabon
qui a vécu sous Tibere , et même sous
Auguste. Ainsi il est presque démontré
qu'Auguste a été le Fondateur de cette
Colonie.
Il n'est guere moins certain qu'elle fut
II. Vol. E dans
1354 MERCURE DE FRANCE
dans une singuliere recommandation auprès des Empereurs. On y envoyoit les
Soldats veterans , choisis parmi les Légions qui avoient bien servi , pour s'y reposer comme dans un séjour agréable , et
dans un Païs abondant ; c'est ce que désigne particulierement l'Enseigne Militaire , qui paroît sur notre Medaille de
Troade.
par
Quelques- uns de ces Empereurs l'orne:
rent et lui accorderent des Privileges.
Adrien , sur tout , y fit faire (a) des Bains
magnifiques et des Aqueducs, comme on
le lit dans la vie d'Herode le Sophiste
écrite Philostrate. La Ville, en reconnoissance , fit frapper une Medaille où
l'on voit d'un côté la tête de cet Empereur , et sur le revers, le Type de Troade
tel qu'on le voit sur la face de la nôtre ,
avec ces mots : COL. TROAD. Elle étendit
même la reconnoissance de ce bienfait
jusqu'à la personne d'Antonin Pie , fils
adoptif d'Adrien , et jusqu'à Marc- Aurele, en faisant aussi frapper des Medailles
pour ces deux Empereurs.
•
(a ) On voit par un Passage de Pline , livre
XXXI. ch. VI. qu'avant ce temps-là il y avoit à
Troade des Bains d'Eau chaude , que P. Belon
liv. 2. ch. 6. de ses Observ. a confondus avec ceux
de Larissa , dans le même Païs ; quoique bien distinguez dans Pline , qu'il cite.
1
11. Vol A
JUIN. 17320 1355
-
A l'égard des Privileges et des immunitez accordez à Troade , quelques Me
dailles frappées par la même Ville , les
prouvent ; entr'autres celles de SeptimeSevere , et de Julia Domna sa Femme s
au revers de laquelle on voit pour Symbole , un Cheval qui paît en liberté. M. Vaillant remarque , en rapportant ces
deux Medailles , que l'Empereur Claude
avoit rendu la Colonie de Troade exempte de toutes sortes de charges , ajoutant
qu'entre les autres Colonies , fondées par
Auguste, celle- ci avoit été particulierement
avantagée duDroit dont jouissoient lesVilles d'Italic:Juris Italici pronunciata est. Dequoi deux Auteurs ont fait une mention
expresses sçavoir , Caïus ( a ) sur les Loix
Julia et Papia, lib. 6. et Paulus , lib. 2. des Cens. Ce dernier ajoute que Troade étoit
du Proconsulat d'Asie . In Provincia Asia
Dua sunt Juris Italici Troas et Purinus .
M. Vaillant observe à propos , à l'oc
casion d'une Medaille frappée à Troade ,
pour Philippe le Peres que toutes les Colonies n'avoient pas ce beau Droit dont
nous venons de parler , qui distinguoit si
fort une Ville d'une autre; mais je ne sçai
s'il faut s'en tenir à son explication du
MOV.
(a ) Juris Italici sunt , rpwas Bupytos , AuppoH. Vol E ij revers
5 MERCURE DE FRANCE
revers de la même Medaille. On y voit
une Aigle qui tient dans ses Serres , en
volant la Tête d'un Bœuf. Cela , dit-il
dénote l'origine et l'antiquité de cette
Villes car quand il fut question de la
fonder , on sacrifia un Bœuf , dont un
Aigle emporta la tête, ce qui fut pris
pour un ordre du Ciel et servit d'Augure pour déterminer le lieu où elle devoit
être bâtie. Elle le fut à l'endroit même
où l'Aigle transporta cette tête. L'antiquité payenne et fabuleuse a pû debiter
cela au sujet de la fondation de Troade
comme vous sçavez , Monsieur , qu'elle
on a usé à l'égard de Rome , et à l'égard
des plus anciennes Villes ; mais la chose
ne peut guere passer que pour une conjectite , aussi , M. Vaillant ne nous cite làdessus aucune autorité.
Passons- lui donc la conjecture ; mais je
le crois dans ( a) l'erreur, quand dans l'explication de deux Medailles de la Colonie
de Troade, frappées, l'une pour Elagabale,et l'autre pour Volusien, notre Sçavant
:
(a ) M. Vaillant se trompe encore quand an
sujet d'une Medaille de Geta , frappée à Troade ,
qu'il appelle Insignem Urbem Veterum Hefoum. Il cite Dyonisius Afer pour premier Auteur
de cette Expression , cet Ecrivain n'ayant point
parlé deTroale dans son Poëme , Desitu Orbis.
14. Vol.
Me-
JUIN. 1732. 1357
Medecin confond Troade avec Ilium, attribuant à la premiere ce qui certainement
regarde la seconde de ces deux Villes, qui
sont cependant tres- distinctes'; sur quoi
les citations mêmes qu'il allegue sont
contre lui , en particulier celle du Digeste , où il s'agit visiblement des Privi
leges d'Ilium et non pas de Troade. Com
cessum est ut qui Matre Iliensi natus est ,
sit eorum Municeps , lib. 5. tom. 1
dont le
Ce qu'il y a icy de singulier , c'est que
M. Vaillant a reconnu parfaitement lui
même, tom. I. la distinction de ces deuxVilles, en expliquant une Medaille d'Alexandre-Severe , frappée à Troade. Troas
et Ilium , dit- il , dua sunt Urbes , post Tro
jam antiquam dirutam seorsim condite, quod
nummi confirmant , &c. Ce que notre An
tiquaire prouve par l'autorité de Polybe,.
liv. 5. décisif est rappor passage
té, ajoutant , par surcroit de lumiere sur
ce sujet , la distinction que voicy : Troadenses cum Romani sint Coloni , latinè nummos scribunt, Ilienses verò Epigraphem Gracam : IAIEON praferunt. Il pouvoit prouver encore cette distinction par l'Itineraire d'Antonin , par les Tables de Peutinger , et enfin par les Souscriptions des
Evêques des deux Villes , qui ont assisté
aux Conciles , &c.
. II. Vol E iij Re-
1358 MERCURE DE FRANCE
Remarquons , en passant , à cette occasion , une faute toute differente qu'a faite
Casaubon , Traducteur latin de Strabon
à l'égard de notre Alexandrie-Troade dont
il fait deux Villes ; au lieu que, comme je ·
l'ai observé dans ma premiere Lettre , ce
n'en est qu'une, suivant la force du Grec,
Αλεξανδρείαν τω τριαδα , qu'il faut traduire , et Alexandria que est Troas, et non
pas comme ont fait Casaubon et d'autres,
et Alexandria , ac Troas. Pinedo dans son
Commentaire sur Etienne de Byzance ,
a relevé cette méprise au mot Troïas, et
après lui Spanheim et Vaillant.
Mais c'est assez parlé de Troade Payenne, Grecque et Romaine ; disons un mot,
en finissant ma Lettre de Troade Chré
tienne , devenuë telle , selon toute apparence , par le bonheur qu'elle a eu de recevoir si souvent dans son sein l'Apôtre
S. Paul , ainsi qu'il est rapporté dans plus
d'un endroit des Actes des Apôtres. C'est
à Troade que ce grand Apôtre eût la vision du Macedonien , qui le pria de pas
ser dans la Macedoine, et de venir au secours de ses Compatriotes , ch . 16. Grotius dans son Commentaire sur ce chapitre , a pris la Ville de Troade pour la Region de même nom. Nous avons vû qu'il
n'est pas le premier qui s'est trompé là- II. Vel. des-
JUIN. 1732. 7359
dessus ; il commence à s'en appercevoir
au chapitre 20.
On lit dans le même chap. 16. qu'en
conséquence de sa vision,S. Paul s'embarqua àTroade même , d'où étant venu
droit à Samothrace et à Neapolis , il arriva à Philippes : Et inde Philippos, que est
primapartis Macedonia Civitas COLONIA.
Je ne sçai , Monsieur , si ces dernieres
paroles ne peuvent pas donner lieu à une
Remarque. Le Saint Ecrivain n'oublie pas d'observer que la Ville de Philippes, dont
il parle pour la premiere fois , étoit une
Colonie; il ne dit rien de pareil de Troade , nommée plusieurs fois dans son Itineraire , où S. Paul séjourna une fois sept
jours entiers; et où la veille de son départ , il fit le miracle éclatant de ressusciter le jeune Homme tombé d'une fenê
tre,&c. Ch. 20. Peut - être Troade n'étoitelle pas alors honorée de ce Titre , ce qui
détruiroit le sentiment des meilleurs Antiquaires , qui veulent , comme nous l'avons vu plus haut , que le Titre d'Au
gusta , marqué sur les Medailles de cette
Ville , dénote qu'elle a reçu cette qualité
dès le temps d'Auguste.
Quoiqu'il en soit , Troade éclairée des
lumieres de la Foy , par le Docteur des
Nations , ou par ses Disciples , a dû avoir
II. Vol. E iiij des
1360 MERCURE DE FRANCE
des Pasteurs dès les premiers temps du
Christianisme. On reconnoîtroit volop-.
tiers le premier de tous en la personne de
Carpus , chez qui S. Paul logeoit dans cette Ville , et dont il ( a ) parle particulierement dans sa II. Epître à Timoth.ch.2.
Si on pouvoit faire quelque fond sur ce
qu'on lit de Carpus, dans la Lettre à Démophile, la vini de celles qui portent le
nom de S. Denis l'Areopagite ; mais il y a
long - temps que les meilleurs Critiques.
ont reconnu pour supposez tous les Ou
vrages cy - devant attribuez à ce S. Athénien; ce qui n'a pas empêché que l'Auteur
d'une compilation de Vies des Saints , intitulée : Fasti Mariani , et publiée à Anvers en l'année 1633. n'ait fait de ce Disciple de S.Paul un veritable Evêque, dontil marque la Fête au 26 May, en citant:
à la fin Denis l'Areopagite, pour garant de
ce qu'il a trouvé à propos d'en rapporter.
Pour moi , Monsieur , je ne connois
point d'Evêque de Troade avant Marin
qui assista au Concile de Nicée avec Théonas de Cyzique , son Métropolitain, com
me on le voit par les Actes de ce fameux
Concile , recueillis par Gelase, un des suc-
(a ) Penulam quam reliqui Troade apud Carpum veniens affer tecum et libros , maximè autem membranas. verf. 13 .
•
II.Vol.
cesseurs
JUIN. 1732. 1361
cesseurs de Théonas , et rapportez dans
les Editions des Conciles du P. Labbe et
du P. Hardoüin.
J'ai crû pendant quelque temps qu'un
S. Evêque , nommé Silvain , dont parle
Pallade dans la vie de S. Jean Chrysostome , et qui fut envelopé dans la disgrace
du S. Archevêque de Constantinople, avoit
été Evêque de Troade ; mais on ne peut,
ce me semble , recueillir des paroles de
Pallade autre chose, au sujet de ce Prélat ,
si ce n'est qu'il fût réduit à ce point d'in
digence que d'être obligé de gagner sa vie
à pêcher du Poisson à Troade , où il s'étoit vrai semblablement réfugié.Silvanus,
sanctus Episcopus Troade piscatur et piscatu vivit , selon la version de Bigot.
Il est vrai que Socrate, dans le 8 ° Livre
de son Histoire Ecclesiastique , chap. 36.
parle au long d'un Silvain , Evêque de
Troade , qui l'avoit auparavant êté de
Philipolis mais en lisant cet Historien
avec quelque attention , il est aisé de voir
que ce n'est pas le même dont Pallade a
fait mention. Le Silvain de Socrate a été
constamment Evêque de Troade , mais il
l'a été par le choix d'Atticus, second suc
cesseur de S. Jean Chrysostome en l'Archevêché de Constantinople , temps posterieur à la vie de l'autre Sylvain , et cirH. Vol. Ev cons-
1362 MERCURE DE FRANCE
constance décisive , pour ne pas confon dre ces deux Prélats de même nom en
un seul. On pourroit s'y méprendre par ;
la ressemblance des qualitez. Celui de Pallade étoit un S. Evêque , celui de Socrate
étoit aussi un Saint et un Saint à Miracles ,témoin celui que rapporte le même
Historien Socrate , d'un gros Vaisseau
construit sur le rivage de la Mer , auprès
de Troade , et destiné à transporter des
Colomnes d'un poids immense, lequel ,
quand il fut question de le mettre en
Mer , on ne pouvoit en aucune façon.
faire remuer , et qui ne fut ébranlé , tiré
et mis à flot , qu'après que le S. Evêque ,
cedant aux instances des habitans , qui
croyoient que c'étoit un prestige , se fut
transporté sur le lieu, et eut fait des prieres , dont on vit bien-tôt l'efficacité.
C'est ce même Silvain , S. Evêque de
Troade, qui , au rapport de Métaphraste,
vit en songe Corneille le Centenier Evêque de Césarée et de ( a ) Scepsis , lequel
lui apprit l'endroit où reposoit son corps,
lui marquant tout ce qu'il devoit faire
pour sa translation , pour la construction
d'un Temple , &c. On peut voir dans
(a) Scepsis, Ville de la petite Mysie , selon Strabon , ou de la Troade , selon Etienne de By- zance.
II. Vol. l'Au-
JUI N. 1732. 1363
P'Auteur Grec les suites de ' cette vision , et
de l'obéissance de l'Evêque de Troade, les
Miracles operez à cette occasion , la conversion d'un grand nombre de Payens , à
laquelle ils donnerent lieu , &c.
Les illustres Compilateurs des Actes
des Saints , publiez à Anvers , ont observé au 2 Février , jour destiné au culte du
S. Centenier Corneille , dans leurs Notes.
sur le texte de Métaphrate , que le temps
de cet Evenement peut être à peu près fixé
par celui auquel Atticus , Archevêque de
Constantinople, qui avoit fait notre S.Silvain , Evêque de Troade , cessa de vivre :
or sa mort arriva, disent-ils , le 10 d'Octobre de l'année 425. sous le Consulat de
Théodose le Jeune et de Valentinien. Ils.
s'engagent dans les mêmes Notes à donner la vie du S. Evêque Silvain de Troade au 1 jour de Decembre , temps auquel
le Martyrologe Romain fait mémoire de
lui.
Enfin surce que Métaphraste ajoute qu'après le decès de notre Silvain , Athanase
fut nommé son successeur ; les mêmes
Historiens des Saints pensent que ce Prélat pourroit être le même qui souscrivit
à la VI Session du Concile d'Ephese , en
qualité d'Evêque de Scepse, depuis transferé au Siége de Troade, mais quelque soit
EL. Volar E VI CEL
1364 MERCURE DE FRANCE
cet Athanase , continuent- ils , il est cer
tainement mort avant la célébration du
Concile de Calcedoine , puisque les Actes
de ce Concile se trouvent souscrits par
Pionius , alors Evêque de la même Ville
de Troade.
Mais laissons à un sçavant (a) Ecrivain ,
qui fait imprimer auLouvre une Histoire entiere de l'Eglise Orientale , &c. à
laquelle il travaille depuis plusieurs années , avec une application infatigable ;
laissons- lui , dis- je , le soin de nous donner sur le Christianisme.de Troade , et sur
ses Evêques, une plus ample instruction.
je me contente d'ajoûter au peu que je
viens de dire,que dans la distribution des
Provinces Ecclesiastiques , l'Evêque de
Troade devint Suffragant du Metropoli
tain de Cyzique , dequoi on a déja rapporté une preuve; il y a tout lieu de croi
( a ) Le R. P. Michel le Quien, Dominiquain .
voyez le Projet de son Ouvrage dans le Mercure
de Mars 1731.Nous avons du même Auteur , une belle Edition des Oeuvres de S.Jean de Damas , et
dans la Préface de cette Edition , une Dissertation
dans laquelle il est démontré que les Ecrits , attriuez à S. Denys l'Areopagite , dont il est parlé cilessus , sont des Ecrits supposez, &c. fabriquez par
an Monophysite , ou Disciple de Severe d'Antiothe , ou par ce Patriarche lui-même, pour appuier ses erreurs.
II. Vol. re
JUIN. 1732. 1363
re , malgré la désolation de cette ancienne Ville , qui n'est presque aujourd'hui
qu'un amas de ruines, que son Siege Episcopal subsiste toujours , avee la même
dépendance.
L'Auteur (a ) Italien d'une Histoire
moderne des Patriarchats d'Antioche et
de Jerusalem , et d'un Abregé de celle
des Patriarchats d'Alexandrie et de Cons
tantinople , qui avoit fait lui-même le
voyage d'Orient , le témoigne ainsi , en
donnant sur la fin de son Ouvrage une
Notice tres- étendue du Patriarchat de
Constantinople. On y voir , en effet , les
Eglises de Cyzique et de Troade , parmi
celles qui composent dans ce Patriarchat
la seconde Province de l'Hellespont , divisée en 17 Diocèses ; on y trouve aussi
que Troade est aujourd'hui connue sous
le nom de Carasia , et que Cyzique n'a
point changé de nom. Baudran, dans son
Dictionaire Géographique et Historique ,
assure que. les ruines de Troade , encore
(a) SIRIA SACRA , Descrittione Istorico , Geo---
grafica , Cronologico- Topografica delle due Chiese ,
Patriarcali Antiochia , e Gerusalemme , &c. Com.
due Trattati nel fine della Patriarcali d'Alessandria , e Constantinopoli , &c. Opera dell'Abb . Biagio Terzi di Lauria , &c. 1. vol. fol. in Roma
16.95. pag. 448. avec des Cartes Géografiques.
L. Vol. visitées
1366 MERCURE DE FRANCE
visitées , dit- il , par les Curieux , portent
le nom d'Eski- Stamboul. Il les place sur
les côtes de la Natolie, à 13 lieuës des Dar
danelles , et vers l'Isle de Tenedos.
Dans la Turquie Chrétienne , &c. Ou--
vrage imprimé à Paris en 1695. 1. vol. 12.
chez Herissant.
On voit aussi un Etat des Eglises soumises au Patriarchat de Constantinople; l'Auteur n'y fait aucune mention de Troade ;
il n'a pas même nommé Cyzique parmi
les Métropoles de ce Patriarchat , ce qui
démontre le peu de recherches qu'il a faites. Il a aussi manqué d'exactitude sur
d'autres sujets qui entrent dans son Quvrage.
Au reste , Monsieur , vous sçavez que
ce beau Païs , autrefois rempli de grandes
et fameuses Villes , ne présente presqueplus aujourd'hui que des ruines. Vous
m'avez appris qu'un assez petit Bourg ,
nommé en grec vulgaire Troaki , ou petite Troye, est tout ce qui reste , pour rappeller la mémoire et la situation de la celebre Troye;et j'apprens de l'Auteur de la
Bibliotheque Orientale , que Cari- Ili , est
le nom que les Turcs donnent au Païs
dont je parle , comprenant sous ce même
nom , la Lydie , la Troade, avec une partie de la Mysie et de la Phrygie des Anciens.
II. Vol Voilà
JUIN. 1732. 1367
Voilà tout ce que j'avois à vous dire au
sujet et à l'occasion de votre curieuse
Médaille de Troade. Je vous parlerai sans
faute dans ma premiere Lettre , de la pe
tite Médaille des Dardaniens , qui ne nous.
occupera pas si long- temps. Je suis , Monsieur , &c.
AParis , le Mars 17 31.
à M. Boyer, Docteur en Médecine , de
la Faculté de Montpellier, Docteur Regent de celle de Paris , sur une Médaille
Latine de la Ville de Troade et sur une
Médaille Grecque des Dardaniens.
J
E vous avoue , Monsieur , que ce n'est
pas sans quelque espece de chagrin que
dans ma précedente Lettre j'ai été obligé
de déclarer l'erreur de pius d'un Ecrivain
moderné , qui prétendent que la Ville de
Troade soit la seconde Troye , comme
ayant été bâtie par les ordres d'AlexanII. Vol. dre
JUIN. 1732 1343
dre, des ruines de la premiere Ville qui a
porté ce fameux nom , et que c'est pour
cela même que Troade a été surnommée Alexandrine; en citant pour garants , des
Auteurs de réputation , lesquels bien examinez , n'ont jamais écrit ce qu'on leur
fait dire ; j'avoue , dis- je , que j'ai là- dessus quelque espece de regret ; car si ces
prétentions étoient aussi fondées, qu'elles
m'ont paru vaines jusqu'à present ,
CC
ne seroit pas un petit reliefpour cetre ancienne Ville , pour notre Médaille , et
un médiocre ornementà ma Dissertation:
mais vous sçavez , Monsieur , combien je
suis éloigné d'adopter des Faits brillants.
aux dépens de la vérité ; peut-être trouverons- nous assez dequoi illustrer Troade et de quoi mériter l'attention des Leçteurs sensez dans ce que j'ai à vous en
dire , sans avoir recours à des embellissemens dont la vanité peut être démontrée.
Je suis, au reste, persuadé que M.Vaillant n'a erré là-dessus que par une certaine prévention dont il étoit frappé sur le
nom d'Alexandrine , que portent quantité de Médailles de Troade ; mais ce qui
me paroît icy de singulier , c'est quele
P. Hardouin , ce grand Critique , qui n'a
point hesité d'appeller ses Ouvrages ,
Errata des Antiquaires: Errata Antiqua
II. Vol. riorum
1346 MERCURE DE FRANCE
riorum , qui a même fait un Livre exprès ,
pour reprendre M. Vaillant de ses pré
tendues fautes sur les Médailles des Colonies et des Municipes , et qui le reprend
nommément , avec beaucoup de hauteur,
au sujet d'une Médaille d'Aquilia severa ,
frappée par la Colonie de Troade ; il pa
roît , dis-je , singulier que ce Censeur , si
acharné', pour ainsi dire , contre Vaik
lant , qui le chicane le plus souvent sur
des minuties , ou sur des erreurs imagi
naires , ne se soit pas apperçu de la veritable méprise de cet Antiquaire , au sujet
de la Médaille de Troade.
Bien, loin , Monsieur , de s'en aperce
voir , je trouve le P. Hardouin •presque
dans la mêmeerreur ; car en parlant d'une
( a ) Medaille d'Antonin Pie , frappée , d
ce qu'il croit , par la même Colonie de
Troade , il dit que le nom d'Alexandrine
lui vient d'Alexandre le Grand. Alexan
dria ab Alexandro Magno. C'est cependant ce que Strabon qu'il cite , ni aucun
autre Auteur , ne nous apprennent point.
Mais ne quittons pas le P. H sans vous
donner en passant un échantillon de la
hauteur insultante avec laquelle il a traité M. Vaillant , votre illustre confrere.
(a ) Nummi Populorum et Urbium illustrati ,
&c. pag. 507.
II. Vol. Un
JUIN. 17320 1347
Un seul trait suffira ›, et ce trait vous fera
rire. Je le trouve à la page 115. de son
ANTIRRHETICUS.Vide jam , lui dit-il, quot
sibi sintex opere tuo placita tradenda,quantaque tibi sit laudifuturum , cum eos , à qui
bus hac didicisti , à nobis monitus dedocebis. N'est-il pas vrai , Monsieur , qu'un
hommequi parle avec cet air de Maître ,
doit du moins être irréprochable dans ses
Ecrits , et qu'il doit lui- même être bien
endoctriné , avant que de s'ériger en Censeur de la doctrine d'autrui ? On rempliroit cependant un volume raisonnable
des Erreurs , des Paradoxes , et des Ecarts
duP. H. revenons à notre Troade ,
nommée Alexandrine.
surJ'ai crû que je trouverois sur ce sujet
quelque lumiere dans le curieux Ouvrage
d'Etienne de Byzance ; cet Auteur m'apprend , tom. 1. pag. 61. qu'on comptoit
de son temps jusqu'à dix- huit Villes qui
portoient le nom d'Alexandrie , dont la
premiere est la fameuse Alexandrie d'Egypte; la seconde , dit-il , est la Ville de
Troye , don't Démosthène fait mention :
Bithyniacorum 42. Il met la onzième dans
l'Isle de Chypre , et il dit ensuite , selon
Pinedo son Traducteur; est et locus in Ida
Trojana, qui dicitur Alexandria , in quo
ferunt Paridem Dearum certaminajudicasse,
II. Vol. ut
1348 MERCURE DE FRANCE
ut Timosthenes. Cela s'accorde avec ce que
nous avons déja remarquéau sujet de cette Alexandrie du Mont Ida, qui n'est pas
notre Troade. L'Auteur Grec parle aussi
de cette derniere ; mais le même Traducteur a , ce me semble , fort embroüillé les
choses à cet égard par son interprétation.
Luc de Holstein , de qui nous avons une
belle Edition d'Etienne de Byzance avec
des Notes et des Corrections , a plus heureusement expliqué cet endroit. TROIAS ,
dit Pinedo, Regio Ilii qua vocabatur Teucris
et Dardania et Xante.Gentile Troadeus. Ce
qui n'est pas , selon le SçavantEditeur , let
sens de l'Auteur original , et il corrige Pinedo de la maniere qui suit : Cum deberes
vertere et Alexandria Troas. Hoc in locoTroas non accipitur de Regione , sed de ipsa Alexandria Troadis Urbe que Troas
etiam dicta fuit ut Plinius , lib.v.cap 30.
N'oublions pas icy , au sujet de ce Passage de Pline , qui est tel : Troas Antigonia dicta nunc Alexandria Colonia Romana: n'oublions pas , dis-je , de remarquer
que Goltzius rapporte dans son Tresor
une Médaille de Tite , où l'on donne à
Troade ce nom d'Antigonia. Elle est citée
dans le P. Hardouin , qui semble l'adopter comme légitime , et dans les Colonies de Vaillant , qui la regarde comme
II. Vol. .. dou-
JUIN. 1732. 1349
douteuse. On peut dire qu'elle est absolument fausse , et qu'elle a été forgée sur
le Passage de Pline.
Voilà cependant notre Troade au nom
bre des 18 Villes , qui , selon Etienne de
Byzance , ont aussi porté le nom d'Alexandrie ; ce qui est confirmé par les Medailles et par le témoignage de plusieurs
Ecrivains ; mais nous n'avons aucune autorité , comme je vous l'ai déja dit , qui
établisse , que c'est pour avoir été bâtie
des ruines de Troye , par les ordres d'Alexandre , ainsi que l'ont écrit quelques
Modernes. Il se peut faire , au reste, que
quelque Evenement considérable • que
nous ignorons , ait donné lieu à la dénomination dont il s'agit icy. Toutes les *
grandes actions du Conquerant de l'Asie
ne sont pas connuës , comme l'a particu
lierement remarqué l'un de ses Historiens : Ita estfactum , dit Arrien , Liv. 1 .
ut nobis minus nota sint Alexandri Rex
magna et præclara , quam multorum veterum
infima exiguaque.
M. Vaillant , au reste , propose une autre origine du nom d'Alexandrie , donné
à la Ville de Troade. Il remarque d'abord,
au sujet d'une Medaille de Fulia Domna,
Epouse de Septime Severe, frappée à
Troade; qu'avant ce tems-là la Ville dont
II. Vol. nous
1350 MERCURE DE FRANCE
nous parlons ne prit point le nom d'Aleandrie: Urbs non se Alexandriam Troadem nuncupavit , licet , ajoute-t- il , Troas
et Alexandria eadem sit apud veteres Historicos ut videre est apud Strabonem , lib. 2.
ce qui semble se contredire. Troade,poursuit M. Vaillant , devant son nom d'Alexandrie au Grand Alexandre , affecta de
marquer particulierement ce nom ' sur les
Medailles qu'elle frappoit sous l'Empire
de ( a ) Caracalla , pour flatter un Prince
qui , au rapport de Dion, liv. 78. se donnoit pour un autre Alexandre , sese Alexandrum Orientalem Augustum appellavit,
dit cet Historien.
M. Vaillant repete à peu près la même
chose en parlant d'une autre Medaille de
Troade , frappée en l'honneur d'Alexandre Severe , fils de Caracalla. Alexandria
appellationem habet,dit-il, vel ab Alexandro
M.àquo exTroja ruderibus extructa est Strabone Q Curtio testibus , vel ab Alexandro-Severo , quod maximum illius esset , ut
Caracalla Patris studium , ut tradit Lampridius ; sans compter , ajoute notre Antiquaire , que cet Empereur visita en personne la Ville de Troade, en allant en Sy.
.
(a) Aurelia et Antoniana , in Caracalla gratiam vocata , dit ailleurs le même M. Vaillant, en
parlant de Troade.
11.Vol.
tie ,
JUIN. 1732. 135r
tie ; il avoit dit la même chose à l'égard
de Trajan ; ce qui est avancé gratuitement .
et sans aucune authorité.
Il est vrai cependant qu'avant le Regne de Sept. Severe on ne voit point le
nom d'Alexandrie,ajouté à celui de Troade,dans les Médailles de cette Ville, ce qui
semble donner quelque vrai- semblance à
la conjecture de M. Vaillant ; mais il faut
convenir aussi que cette conjecture est affoiblie par les témoignages des Histeriens
qu'il rapporte lui - même , selon lesquels
Troade portoit le nom d'Alexandrie dès
le temps de la République Romaine.Je ne
produirai icy que celui de Tite-Live, omis
par Vaillant.
Ce celebre Historien en parlant de la
guerre que les Romains eurent à soutenir
contre le Roy Antiochus , sous le Consulat de L. Quintius et de Cn. Domitius,
dit que trois Villes occupoient principalement les forces de ce Prince , sçavoir
(a)Smyrne, Alexandrie-Troade et Lampsa-
(a ) Smyrne.et Troade n'étoient pas fort éloignées l'une de l'autre , et il y avoit une alliance ,
une union particuliere entre les deux Villes ; ce
qui est prouvépar une Medaille de Marc - Aurele ;
sur le revers de laquelle en lit : ΤΡΟΑΔΕΩΝ C
ΜΥΡΝΑΙΩΝ ΟΜΟΝΟΙΑ , rapportée par le Pere
Hardouin.
11. Vole ques
Y352 MERCURE DE FRANCE
ques , dont il n'avoit pû venir à bout
jusqu'alors par la force , ni par aucun
Traité , ne voulant pas d'ailleurs , en passant en Europe , laisser ces Places derriere lui , Tres eum civitates tenebant , Smyrna
et Alexandria- Troas , et Lampsacus ; quas
neque vi expugnare ad eam diem poterat,
neque conditionibus in amicitiam perlicere;
neque કે tergo relinquere trajiciens ipse in
Europam volebat , Lib. xxxv. cap. XLII.
Ce qui paroît décisif pour l'ancienneté du
nom d'Alexandrie , joint à celui de la
Ville de Troade ; cela doit aussi nous déterminer à tirer cette dénomination d'Alexandre le Grand , comme Fondateur
ou comme Restaurateur dela Ville dont
il s'agit icy , sans qu'on soit obligé pour
cela de croire et de prouver que Troade
ait été bâtie des ruines de Troye.
,
Nous n'avons en effet aucune autorité pour le prétendre. Une seule Ville du
Pays de Troade a pû se vanter de cette
distinction;c'est Sigée, bâtie certainement
des ruines de Troye , par les habitans de
Metelin , ville de l'Isle de Lesbos. J'aurai dans quelque temps occasion de vous
prouverce fait , en vous faisant part d'un
Monument des plus singuliers de l'Antiquité Grecque , trouvé dans le siecle
passé , au voisinage de Sigée , et publié
II. Vol.
par
JUIN. 17320 1353
par un sçavant Anglois en l'année 1721.
Son Ouvrage ne m'a été apporté d'Angleterre que depuis quelques mois ; ce
que j'ai à vous en dire peut encore jetter
de la clarté sur la matiere que nous traitons icy.
Je vous ai dit , Monsieur , dans ma premiere Lettre, que la Ville de Troade étoit
Colonie Romaine dès le temps d'Auguste. Pour le prouver , je n'ai presque besoin
que du titre d'Auguste qu'elle porte sur
notre Medaille. Les Antiquaires tiennent
communément que les Colonies nommées Julia, dénotent qu'elles ont été fondées par Jules- Cesar ; et Augusta , par
I'Empereur Auguste. Je sçai que Gens difficiles pourroient contester cette regle en
certain cas ; mais enfin , c'est- là un de ces
Principes generalement avoüez , et contre lesquels on n'est presque pas reçu à
disputer. Dans ce cas particulier on auroit encore moins de raison , parce qu'on
voit que la Ville de Troade étoit Colonie
Romaine , non seulement du temps de
Pline , mais même du temps de Strabon
qui a vécu sous Tibere , et même sous
Auguste. Ainsi il est presque démontré
qu'Auguste a été le Fondateur de cette
Colonie.
Il n'est guere moins certain qu'elle fut
II. Vol. E dans
1354 MERCURE DE FRANCE
dans une singuliere recommandation auprès des Empereurs. On y envoyoit les
Soldats veterans , choisis parmi les Légions qui avoient bien servi , pour s'y reposer comme dans un séjour agréable , et
dans un Païs abondant ; c'est ce que désigne particulierement l'Enseigne Militaire , qui paroît sur notre Medaille de
Troade.
par
Quelques- uns de ces Empereurs l'orne:
rent et lui accorderent des Privileges.
Adrien , sur tout , y fit faire (a) des Bains
magnifiques et des Aqueducs, comme on
le lit dans la vie d'Herode le Sophiste
écrite Philostrate. La Ville, en reconnoissance , fit frapper une Medaille où
l'on voit d'un côté la tête de cet Empereur , et sur le revers, le Type de Troade
tel qu'on le voit sur la face de la nôtre ,
avec ces mots : COL. TROAD. Elle étendit
même la reconnoissance de ce bienfait
jusqu'à la personne d'Antonin Pie , fils
adoptif d'Adrien , et jusqu'à Marc- Aurele, en faisant aussi frapper des Medailles
pour ces deux Empereurs.
•
(a ) On voit par un Passage de Pline , livre
XXXI. ch. VI. qu'avant ce temps-là il y avoit à
Troade des Bains d'Eau chaude , que P. Belon
liv. 2. ch. 6. de ses Observ. a confondus avec ceux
de Larissa , dans le même Païs ; quoique bien distinguez dans Pline , qu'il cite.
1
11. Vol A
JUIN. 17320 1355
-
A l'égard des Privileges et des immunitez accordez à Troade , quelques Me
dailles frappées par la même Ville , les
prouvent ; entr'autres celles de SeptimeSevere , et de Julia Domna sa Femme s
au revers de laquelle on voit pour Symbole , un Cheval qui paît en liberté. M. Vaillant remarque , en rapportant ces
deux Medailles , que l'Empereur Claude
avoit rendu la Colonie de Troade exempte de toutes sortes de charges , ajoutant
qu'entre les autres Colonies , fondées par
Auguste, celle- ci avoit été particulierement
avantagée duDroit dont jouissoient lesVilles d'Italic:Juris Italici pronunciata est. Dequoi deux Auteurs ont fait une mention
expresses sçavoir , Caïus ( a ) sur les Loix
Julia et Papia, lib. 6. et Paulus , lib. 2. des Cens. Ce dernier ajoute que Troade étoit
du Proconsulat d'Asie . In Provincia Asia
Dua sunt Juris Italici Troas et Purinus .
M. Vaillant observe à propos , à l'oc
casion d'une Medaille frappée à Troade ,
pour Philippe le Peres que toutes les Colonies n'avoient pas ce beau Droit dont
nous venons de parler , qui distinguoit si
fort une Ville d'une autre; mais je ne sçai
s'il faut s'en tenir à son explication du
MOV.
(a ) Juris Italici sunt , rpwas Bupytos , AuppoH. Vol E ij revers
5 MERCURE DE FRANCE
revers de la même Medaille. On y voit
une Aigle qui tient dans ses Serres , en
volant la Tête d'un Bœuf. Cela , dit-il
dénote l'origine et l'antiquité de cette
Villes car quand il fut question de la
fonder , on sacrifia un Bœuf , dont un
Aigle emporta la tête, ce qui fut pris
pour un ordre du Ciel et servit d'Augure pour déterminer le lieu où elle devoit
être bâtie. Elle le fut à l'endroit même
où l'Aigle transporta cette tête. L'antiquité payenne et fabuleuse a pû debiter
cela au sujet de la fondation de Troade
comme vous sçavez , Monsieur , qu'elle
on a usé à l'égard de Rome , et à l'égard
des plus anciennes Villes ; mais la chose
ne peut guere passer que pour une conjectite , aussi , M. Vaillant ne nous cite làdessus aucune autorité.
Passons- lui donc la conjecture ; mais je
le crois dans ( a) l'erreur, quand dans l'explication de deux Medailles de la Colonie
de Troade, frappées, l'une pour Elagabale,et l'autre pour Volusien, notre Sçavant
:
(a ) M. Vaillant se trompe encore quand an
sujet d'une Medaille de Geta , frappée à Troade ,
qu'il appelle Insignem Urbem Veterum Hefoum. Il cite Dyonisius Afer pour premier Auteur
de cette Expression , cet Ecrivain n'ayant point
parlé deTroale dans son Poëme , Desitu Orbis.
14. Vol.
Me-
JUIN. 1732. 1357
Medecin confond Troade avec Ilium, attribuant à la premiere ce qui certainement
regarde la seconde de ces deux Villes, qui
sont cependant tres- distinctes'; sur quoi
les citations mêmes qu'il allegue sont
contre lui , en particulier celle du Digeste , où il s'agit visiblement des Privi
leges d'Ilium et non pas de Troade. Com
cessum est ut qui Matre Iliensi natus est ,
sit eorum Municeps , lib. 5. tom. 1
dont le
Ce qu'il y a icy de singulier , c'est que
M. Vaillant a reconnu parfaitement lui
même, tom. I. la distinction de ces deuxVilles, en expliquant une Medaille d'Alexandre-Severe , frappée à Troade. Troas
et Ilium , dit- il , dua sunt Urbes , post Tro
jam antiquam dirutam seorsim condite, quod
nummi confirmant , &c. Ce que notre An
tiquaire prouve par l'autorité de Polybe,.
liv. 5. décisif est rappor passage
té, ajoutant , par surcroit de lumiere sur
ce sujet , la distinction que voicy : Troadenses cum Romani sint Coloni , latinè nummos scribunt, Ilienses verò Epigraphem Gracam : IAIEON praferunt. Il pouvoit prouver encore cette distinction par l'Itineraire d'Antonin , par les Tables de Peutinger , et enfin par les Souscriptions des
Evêques des deux Villes , qui ont assisté
aux Conciles , &c.
. II. Vol E iij Re-
1358 MERCURE DE FRANCE
Remarquons , en passant , à cette occasion , une faute toute differente qu'a faite
Casaubon , Traducteur latin de Strabon
à l'égard de notre Alexandrie-Troade dont
il fait deux Villes ; au lieu que, comme je ·
l'ai observé dans ma premiere Lettre , ce
n'en est qu'une, suivant la force du Grec,
Αλεξανδρείαν τω τριαδα , qu'il faut traduire , et Alexandria que est Troas, et non
pas comme ont fait Casaubon et d'autres,
et Alexandria , ac Troas. Pinedo dans son
Commentaire sur Etienne de Byzance ,
a relevé cette méprise au mot Troïas, et
après lui Spanheim et Vaillant.
Mais c'est assez parlé de Troade Payenne, Grecque et Romaine ; disons un mot,
en finissant ma Lettre de Troade Chré
tienne , devenuë telle , selon toute apparence , par le bonheur qu'elle a eu de recevoir si souvent dans son sein l'Apôtre
S. Paul , ainsi qu'il est rapporté dans plus
d'un endroit des Actes des Apôtres. C'est
à Troade que ce grand Apôtre eût la vision du Macedonien , qui le pria de pas
ser dans la Macedoine, et de venir au secours de ses Compatriotes , ch . 16. Grotius dans son Commentaire sur ce chapitre , a pris la Ville de Troade pour la Region de même nom. Nous avons vû qu'il
n'est pas le premier qui s'est trompé là- II. Vel. des-
JUIN. 1732. 7359
dessus ; il commence à s'en appercevoir
au chapitre 20.
On lit dans le même chap. 16. qu'en
conséquence de sa vision,S. Paul s'embarqua àTroade même , d'où étant venu
droit à Samothrace et à Neapolis , il arriva à Philippes : Et inde Philippos, que est
primapartis Macedonia Civitas COLONIA.
Je ne sçai , Monsieur , si ces dernieres
paroles ne peuvent pas donner lieu à une
Remarque. Le Saint Ecrivain n'oublie pas d'observer que la Ville de Philippes, dont
il parle pour la premiere fois , étoit une
Colonie; il ne dit rien de pareil de Troade , nommée plusieurs fois dans son Itineraire , où S. Paul séjourna une fois sept
jours entiers; et où la veille de son départ , il fit le miracle éclatant de ressusciter le jeune Homme tombé d'une fenê
tre,&c. Ch. 20. Peut - être Troade n'étoitelle pas alors honorée de ce Titre , ce qui
détruiroit le sentiment des meilleurs Antiquaires , qui veulent , comme nous l'avons vu plus haut , que le Titre d'Au
gusta , marqué sur les Medailles de cette
Ville , dénote qu'elle a reçu cette qualité
dès le temps d'Auguste.
Quoiqu'il en soit , Troade éclairée des
lumieres de la Foy , par le Docteur des
Nations , ou par ses Disciples , a dû avoir
II. Vol. E iiij des
1360 MERCURE DE FRANCE
des Pasteurs dès les premiers temps du
Christianisme. On reconnoîtroit volop-.
tiers le premier de tous en la personne de
Carpus , chez qui S. Paul logeoit dans cette Ville , et dont il ( a ) parle particulierement dans sa II. Epître à Timoth.ch.2.
Si on pouvoit faire quelque fond sur ce
qu'on lit de Carpus, dans la Lettre à Démophile, la vini de celles qui portent le
nom de S. Denis l'Areopagite ; mais il y a
long - temps que les meilleurs Critiques.
ont reconnu pour supposez tous les Ou
vrages cy - devant attribuez à ce S. Athénien; ce qui n'a pas empêché que l'Auteur
d'une compilation de Vies des Saints , intitulée : Fasti Mariani , et publiée à Anvers en l'année 1633. n'ait fait de ce Disciple de S.Paul un veritable Evêque, dontil marque la Fête au 26 May, en citant:
à la fin Denis l'Areopagite, pour garant de
ce qu'il a trouvé à propos d'en rapporter.
Pour moi , Monsieur , je ne connois
point d'Evêque de Troade avant Marin
qui assista au Concile de Nicée avec Théonas de Cyzique , son Métropolitain, com
me on le voit par les Actes de ce fameux
Concile , recueillis par Gelase, un des suc-
(a ) Penulam quam reliqui Troade apud Carpum veniens affer tecum et libros , maximè autem membranas. verf. 13 .
•
II.Vol.
cesseurs
JUIN. 1732. 1361
cesseurs de Théonas , et rapportez dans
les Editions des Conciles du P. Labbe et
du P. Hardoüin.
J'ai crû pendant quelque temps qu'un
S. Evêque , nommé Silvain , dont parle
Pallade dans la vie de S. Jean Chrysostome , et qui fut envelopé dans la disgrace
du S. Archevêque de Constantinople, avoit
été Evêque de Troade ; mais on ne peut,
ce me semble , recueillir des paroles de
Pallade autre chose, au sujet de ce Prélat ,
si ce n'est qu'il fût réduit à ce point d'in
digence que d'être obligé de gagner sa vie
à pêcher du Poisson à Troade , où il s'étoit vrai semblablement réfugié.Silvanus,
sanctus Episcopus Troade piscatur et piscatu vivit , selon la version de Bigot.
Il est vrai que Socrate, dans le 8 ° Livre
de son Histoire Ecclesiastique , chap. 36.
parle au long d'un Silvain , Evêque de
Troade , qui l'avoit auparavant êté de
Philipolis mais en lisant cet Historien
avec quelque attention , il est aisé de voir
que ce n'est pas le même dont Pallade a
fait mention. Le Silvain de Socrate a été
constamment Evêque de Troade , mais il
l'a été par le choix d'Atticus, second suc
cesseur de S. Jean Chrysostome en l'Archevêché de Constantinople , temps posterieur à la vie de l'autre Sylvain , et cirH. Vol. Ev cons-
1362 MERCURE DE FRANCE
constance décisive , pour ne pas confon dre ces deux Prélats de même nom en
un seul. On pourroit s'y méprendre par ;
la ressemblance des qualitez. Celui de Pallade étoit un S. Evêque , celui de Socrate
étoit aussi un Saint et un Saint à Miracles ,témoin celui que rapporte le même
Historien Socrate , d'un gros Vaisseau
construit sur le rivage de la Mer , auprès
de Troade , et destiné à transporter des
Colomnes d'un poids immense, lequel ,
quand il fut question de le mettre en
Mer , on ne pouvoit en aucune façon.
faire remuer , et qui ne fut ébranlé , tiré
et mis à flot , qu'après que le S. Evêque ,
cedant aux instances des habitans , qui
croyoient que c'étoit un prestige , se fut
transporté sur le lieu, et eut fait des prieres , dont on vit bien-tôt l'efficacité.
C'est ce même Silvain , S. Evêque de
Troade, qui , au rapport de Métaphraste,
vit en songe Corneille le Centenier Evêque de Césarée et de ( a ) Scepsis , lequel
lui apprit l'endroit où reposoit son corps,
lui marquant tout ce qu'il devoit faire
pour sa translation , pour la construction
d'un Temple , &c. On peut voir dans
(a) Scepsis, Ville de la petite Mysie , selon Strabon , ou de la Troade , selon Etienne de By- zance.
II. Vol. l'Au-
JUI N. 1732. 1363
P'Auteur Grec les suites de ' cette vision , et
de l'obéissance de l'Evêque de Troade, les
Miracles operez à cette occasion , la conversion d'un grand nombre de Payens , à
laquelle ils donnerent lieu , &c.
Les illustres Compilateurs des Actes
des Saints , publiez à Anvers , ont observé au 2 Février , jour destiné au culte du
S. Centenier Corneille , dans leurs Notes.
sur le texte de Métaphrate , que le temps
de cet Evenement peut être à peu près fixé
par celui auquel Atticus , Archevêque de
Constantinople, qui avoit fait notre S.Silvain , Evêque de Troade , cessa de vivre :
or sa mort arriva, disent-ils , le 10 d'Octobre de l'année 425. sous le Consulat de
Théodose le Jeune et de Valentinien. Ils.
s'engagent dans les mêmes Notes à donner la vie du S. Evêque Silvain de Troade au 1 jour de Decembre , temps auquel
le Martyrologe Romain fait mémoire de
lui.
Enfin surce que Métaphraste ajoute qu'après le decès de notre Silvain , Athanase
fut nommé son successeur ; les mêmes
Historiens des Saints pensent que ce Prélat pourroit être le même qui souscrivit
à la VI Session du Concile d'Ephese , en
qualité d'Evêque de Scepse, depuis transferé au Siége de Troade, mais quelque soit
EL. Volar E VI CEL
1364 MERCURE DE FRANCE
cet Athanase , continuent- ils , il est cer
tainement mort avant la célébration du
Concile de Calcedoine , puisque les Actes
de ce Concile se trouvent souscrits par
Pionius , alors Evêque de la même Ville
de Troade.
Mais laissons à un sçavant (a) Ecrivain ,
qui fait imprimer auLouvre une Histoire entiere de l'Eglise Orientale , &c. à
laquelle il travaille depuis plusieurs années , avec une application infatigable ;
laissons- lui , dis- je , le soin de nous donner sur le Christianisme.de Troade , et sur
ses Evêques, une plus ample instruction.
je me contente d'ajoûter au peu que je
viens de dire,que dans la distribution des
Provinces Ecclesiastiques , l'Evêque de
Troade devint Suffragant du Metropoli
tain de Cyzique , dequoi on a déja rapporté une preuve; il y a tout lieu de croi
( a ) Le R. P. Michel le Quien, Dominiquain .
voyez le Projet de son Ouvrage dans le Mercure
de Mars 1731.Nous avons du même Auteur , une belle Edition des Oeuvres de S.Jean de Damas , et
dans la Préface de cette Edition , une Dissertation
dans laquelle il est démontré que les Ecrits , attriuez à S. Denys l'Areopagite , dont il est parlé cilessus , sont des Ecrits supposez, &c. fabriquez par
an Monophysite , ou Disciple de Severe d'Antiothe , ou par ce Patriarche lui-même, pour appuier ses erreurs.
II. Vol. re
JUIN. 1732. 1363
re , malgré la désolation de cette ancienne Ville , qui n'est presque aujourd'hui
qu'un amas de ruines, que son Siege Episcopal subsiste toujours , avee la même
dépendance.
L'Auteur (a ) Italien d'une Histoire
moderne des Patriarchats d'Antioche et
de Jerusalem , et d'un Abregé de celle
des Patriarchats d'Alexandrie et de Cons
tantinople , qui avoit fait lui-même le
voyage d'Orient , le témoigne ainsi , en
donnant sur la fin de son Ouvrage une
Notice tres- étendue du Patriarchat de
Constantinople. On y voir , en effet , les
Eglises de Cyzique et de Troade , parmi
celles qui composent dans ce Patriarchat
la seconde Province de l'Hellespont , divisée en 17 Diocèses ; on y trouve aussi
que Troade est aujourd'hui connue sous
le nom de Carasia , et que Cyzique n'a
point changé de nom. Baudran, dans son
Dictionaire Géographique et Historique ,
assure que. les ruines de Troade , encore
(a) SIRIA SACRA , Descrittione Istorico , Geo---
grafica , Cronologico- Topografica delle due Chiese ,
Patriarcali Antiochia , e Gerusalemme , &c. Com.
due Trattati nel fine della Patriarcali d'Alessandria , e Constantinopoli , &c. Opera dell'Abb . Biagio Terzi di Lauria , &c. 1. vol. fol. in Roma
16.95. pag. 448. avec des Cartes Géografiques.
L. Vol. visitées
1366 MERCURE DE FRANCE
visitées , dit- il , par les Curieux , portent
le nom d'Eski- Stamboul. Il les place sur
les côtes de la Natolie, à 13 lieuës des Dar
danelles , et vers l'Isle de Tenedos.
Dans la Turquie Chrétienne , &c. Ou--
vrage imprimé à Paris en 1695. 1. vol. 12.
chez Herissant.
On voit aussi un Etat des Eglises soumises au Patriarchat de Constantinople; l'Auteur n'y fait aucune mention de Troade ;
il n'a pas même nommé Cyzique parmi
les Métropoles de ce Patriarchat , ce qui
démontre le peu de recherches qu'il a faites. Il a aussi manqué d'exactitude sur
d'autres sujets qui entrent dans son Quvrage.
Au reste , Monsieur , vous sçavez que
ce beau Païs , autrefois rempli de grandes
et fameuses Villes , ne présente presqueplus aujourd'hui que des ruines. Vous
m'avez appris qu'un assez petit Bourg ,
nommé en grec vulgaire Troaki , ou petite Troye, est tout ce qui reste , pour rappeller la mémoire et la situation de la celebre Troye;et j'apprens de l'Auteur de la
Bibliotheque Orientale , que Cari- Ili , est
le nom que les Turcs donnent au Païs
dont je parle , comprenant sous ce même
nom , la Lydie , la Troade, avec une partie de la Mysie et de la Phrygie des Anciens.
II. Vol Voilà
JUIN. 1732. 1367
Voilà tout ce que j'avois à vous dire au
sujet et à l'occasion de votre curieuse
Médaille de Troade. Je vous parlerai sans
faute dans ma premiere Lettre , de la pe
tite Médaille des Dardaniens , qui ne nous.
occupera pas si long- temps. Je suis , Monsieur , &c.
AParis , le Mars 17 31.
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Résumé : SECONDE LETTRE de M. de L. R. à M. Boyer, Docteur Médecine, de la Faculté de Montpellier, Docteur Regent de celle de Paris, sur une Médaille Latine de la Ville de Troade; et sur une Médaille Grecque des Dardaniens.
Dans sa seconde lettre à M. Boyer, M. de L. R. exprime son regret d'avoir dû corriger une erreur répandue selon laquelle la ville de Troade serait la seconde Troie, bâtie par Alexandre sur les ruines de la première. Il souligne son attachement à la vérité et son refus d'adopter des faits brillants au détriment de l'exactitude historique. Il mentionne que M. Vaillant et le Père Hardouin ont tous deux commis des erreurs concernant les médailles de Troade, notamment en ce qui concerne l'origine du nom 'Alexandrine'. Étienne de Byzance et Pline sont cités pour clarifier que plusieurs villes portaient le nom d'Alexandrie, dont Troade, mais sans lien direct avec Alexandre le Grand. M. Vaillant propose que le nom 'Alexandrine' pourrait avoir été adopté pour flatter des empereurs se revendiquant de l'héritage d'Alexandre. La lettre discute également de l'ancienneté du nom 'Alexandrie' associé à Troade, mentionné par Tite-Live et d'autres historiens. Enfin, M. de L. R. confirme que Troade était une colonie romaine dès le temps d'Auguste et qu'elle bénéficiait de privilèges impériaux, notamment sous Adrien. Le texte traite des privilèges et immunités accordés à Troade, une ville antique, et des preuves de ces privilèges à travers des médailles frappées par la ville. Parmi ces médailles, celles de Septime Sévère et de Julia Domna montrent un cheval en liberté, symbole de la liberté accordée à Troade. L'empereur Claude avait rendu la colonie de Troade exemptée de charges et lui avait accordé le droit de juris italici, un privilège particulier parmi les colonies fondées par Auguste. Ce droit est mentionné par les auteurs Caïus et Paulus. Le texte mentionne également une médaille frappée pour Philippe le Père, soulignant que toutes les colonies n'avaient pas ce droit distinctif. Une autre médaille, frappée pour Elagabal et Volusien, est discutée, ainsi qu'une erreur de M. Vaillant concernant une médaille de Geta, où il confond Troade avec Ilium. L'antiquité de Troade est illustrée par une légende impliquant un aigle et une tête de bœuf, bien que cette histoire soit considérée comme une conjecture. Le texte corrige également des erreurs historiques, comme celle de Casaubon qui confond Alexandrie-Troade en deux villes. Enfin, le texte aborde Troade chrétienne, soulignant l'importance de la ville pour l'apôtre Paul, qui y eut une vision et y ressuscita un jeune homme. La ville eut plusieurs évêques, dont Carpus, mentionné par Paul, et Silvain, connu pour ses miracles. Le siège épiscopal de Troade subsiste toujours, dépendant du métropolite de Cyzique. Le texte traite de la fin d'un ouvrage qui inclut une notice étendue sur le Patriarchat de Constantinople. Il mentionne les Églises de Cyzique et de Troade, situées dans la seconde Province de l'Hellespont, divisée en 17 diocèses. Troade est aujourd'hui connue sous le nom de Carasia, tandis que Cyzique a conservé son nom. Baudran, dans son Dictionnaire Géographique et Historique, indique que les ruines de Troade, encore visitées, portent le nom d'Eski-Stamboul et se trouvent sur les côtes de l'Anatolie, à 13 lieues des Dardanelles, près de l'île de Tenedos. L'ouvrage 'Turquie Chrétienne' mentionne un état des Églises soumises au Patriarchat de Constantinople, mais ne fait aucune référence à Troade et ne nomme pas Cyzique parmi les métropoles, ce qui montre un manque de recherches. La région, autrefois remplie de grandes villes, ne présente plus aujourd'hui que des ruines. Un petit bourg nommé Troaki ou petite Troye rappelle la mémoire de la célèbre Troie. Les Turcs désignent cette région sous le nom de Cari-Ili, incluant la Lydie, la Troade, ainsi qu'une partie de la Mysie et de la Phrygie des Anciens.
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227
p. 1396-1398
Estampes nouvelles de sainte Sophie, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le sieur Surugue, Graveur du Roy, à Paris, ruë des [...]
Mots clefs :
Estampe, Sainte Sophie, Mosquée, Constantinople
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texteReconnaissance textuelle : Estampes nouvelles de sainte Sophie, &c. [titre d'après la table]
Le sieur Surugue , Graveur du Roy ,
à Paris , rue des Noyers , vient de graver
en une feuille , l'élevation en Perspective
de la principale Face de la Mosquée de
sainte Sophie de. Constantinople , avec
tous ses Accompagnemens, Galeries, Minarez , &c. ce qui fait un Morceau trescurieux .
Tout le monde sçait que ce superbe
Temple a été bâti originairement parl'Empereur Justin , en l'honneur de la Sagesse
Eternelles maisqu'il fut beaucoup amplifié,
enrichi, et orné par Justinien , en l'année
$37.1Les Turcs en ont fait leur principalo
Mosquée, et n'ont point changé son nom,
SelonM.Thevenot,l'un de nos plus habiles
Voyageurs ; ce Vaisseau a 114 pas de longueur , sur so de largeur. L'Edifice dans
euvreest quarré en dehors, et presque tout
rond en dedans. Il y a quatre principales
Portes qui conduisent àun grand vestibule
en portique , qui s'étend le long de toute la face. On trouve ensuite sept Portes
II. Vol. quis
JUI N. 17328 1397
1
qui conduisent à une espece de Nef, et
ensuite neuf autres portes de Bronze,
dontla principale est fort grande , et c'est
par là qu'on entre dans la Mosquée.
Il y a au milieu un superbe Dôme, plus
grand en hauteur et en largeur que celui de S.Pierre de Rome. Sa Voute est faite en
forme de demi globe , et fort surbaissée,
ce qui la rend unique dans son espece. Il
y a aussi un Porche , qui regne tout àutour en dedans ; lequel porte une Galerie voutée , dont la largeur est de 30
pas , soutenue de 60 Colonnes de Marbre,
de Jappe , de Porphyre , &c. lesquelles
portentencore d'autres Galeries. On monte jusqu'à la derniere , par un dégré assez
aisé. On voit dans cette Mosquée le Tombeau d'un Empereur Chrétien , qu'on
croit être un des Constantins, et on montre une Pierre quarrée , creusée en petit
Bassin , dans laquelle les Turcs croient
que la Sainte Vierge lavoit les Langes du
Messie. Ils ont un grand respect pour cette Pierre , qu'ils disent avoir été apportée
de Judée.
L'interieur de ce Temple é oit autrefois tres- enrichi et peint d'un Mosaïque,
que les Turcs n'ont qu'à demi effacé. En
dehors sont 4 Minarets ou Clochers fort
auts et délicz ; au sommet desquels il y
II.Vol.
1398 MERCURE DE FRANCE
a des Balcons , d'où les Officiers de la
Mosquée appellent le peuple à la priere.
C'estsur le modele de sainte Sophie, que les
Empereurs Turcs ont fait bâtir les 6 ou 7
autres Mosquées Royales qu'on voit à
Constantinople , mais qui sont bien inferieures.
Des Voyageurs distinguez ont donné
divers desseins , qui ont été gravez de l'interieur et de l'exterieur de cet Edifice .
entre autres , Grelot et Corneille le Bruyn ;
mais on n'avoit point encore vû sa Face ,
si exactement et si nettement representée
que dans l'Estampe nouvellement gravée
par le St Surugue.
La Mosquée de Ste Sophie , a dit-on
été peinte par Bibiano, Peintre fort renommé pour ces sortes de représentations.
à Paris , rue des Noyers , vient de graver
en une feuille , l'élevation en Perspective
de la principale Face de la Mosquée de
sainte Sophie de. Constantinople , avec
tous ses Accompagnemens, Galeries, Minarez , &c. ce qui fait un Morceau trescurieux .
Tout le monde sçait que ce superbe
Temple a été bâti originairement parl'Empereur Justin , en l'honneur de la Sagesse
Eternelles maisqu'il fut beaucoup amplifié,
enrichi, et orné par Justinien , en l'année
$37.1Les Turcs en ont fait leur principalo
Mosquée, et n'ont point changé son nom,
SelonM.Thevenot,l'un de nos plus habiles
Voyageurs ; ce Vaisseau a 114 pas de longueur , sur so de largeur. L'Edifice dans
euvreest quarré en dehors, et presque tout
rond en dedans. Il y a quatre principales
Portes qui conduisent àun grand vestibule
en portique , qui s'étend le long de toute la face. On trouve ensuite sept Portes
II. Vol. quis
JUI N. 17328 1397
1
qui conduisent à une espece de Nef, et
ensuite neuf autres portes de Bronze,
dontla principale est fort grande , et c'est
par là qu'on entre dans la Mosquée.
Il y a au milieu un superbe Dôme, plus
grand en hauteur et en largeur que celui de S.Pierre de Rome. Sa Voute est faite en
forme de demi globe , et fort surbaissée,
ce qui la rend unique dans son espece. Il
y a aussi un Porche , qui regne tout àutour en dedans ; lequel porte une Galerie voutée , dont la largeur est de 30
pas , soutenue de 60 Colonnes de Marbre,
de Jappe , de Porphyre , &c. lesquelles
portentencore d'autres Galeries. On monte jusqu'à la derniere , par un dégré assez
aisé. On voit dans cette Mosquée le Tombeau d'un Empereur Chrétien , qu'on
croit être un des Constantins, et on montre une Pierre quarrée , creusée en petit
Bassin , dans laquelle les Turcs croient
que la Sainte Vierge lavoit les Langes du
Messie. Ils ont un grand respect pour cette Pierre , qu'ils disent avoir été apportée
de Judée.
L'interieur de ce Temple é oit autrefois tres- enrichi et peint d'un Mosaïque,
que les Turcs n'ont qu'à demi effacé. En
dehors sont 4 Minarets ou Clochers fort
auts et délicz ; au sommet desquels il y
II.Vol.
1398 MERCURE DE FRANCE
a des Balcons , d'où les Officiers de la
Mosquée appellent le peuple à la priere.
C'estsur le modele de sainte Sophie, que les
Empereurs Turcs ont fait bâtir les 6 ou 7
autres Mosquées Royales qu'on voit à
Constantinople , mais qui sont bien inferieures.
Des Voyageurs distinguez ont donné
divers desseins , qui ont été gravez de l'interieur et de l'exterieur de cet Edifice .
entre autres , Grelot et Corneille le Bruyn ;
mais on n'avoit point encore vû sa Face ,
si exactement et si nettement representée
que dans l'Estampe nouvellement gravée
par le St Surugue.
La Mosquée de Ste Sophie , a dit-on
été peinte par Bibiano, Peintre fort renommé pour ces sortes de représentations.
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Résumé : Estampes nouvelles de sainte Sophie, &c. [titre d'après la table]
Le sieur Surugue, graveur du Roi à Paris, a récemment gravé une perspective de la principale façade de la mosquée Sainte-Sophie de Constantinople, incluant ses galeries et minarets. Sainte-Sophie, initialement construite par l'empereur Justin en l'honneur de la Sagesse Éternelle, fut amplifiée et enrichie par Justinien en 537. Les Turcs en firent leur principale mosquée sans changer son nom. L'édifice mesure 114 pas de longueur sur 50 de largeur, est carré à l'extérieur et presque rond à l'intérieur. Il possède quatre portes principales menant à un vestibule en portique, suivi de sept puis neuf portes de bronze. Au centre se trouve un dôme plus grand que celui de Saint-Pierre de Rome, en forme de demi-globe surbaissé. Une galerie voûtée, soutenue par 60 colonnes de marbre, de jaspe et de porphyre, entoure l'intérieur. La mosquée abrite le tombeau d'un empereur chrétien et une pierre creusée en bassin, vénérée par les Turcs. L'intérieur, autrefois richement décoré de mosaïques, a été partiellement effacé par les Turcs. Quatre minarets élevés permettent aux officiers d'appeler à la prière. Sainte-Sophie a servi de modèle pour d'autres mosquées royales à Constantinople, bien que celles-ci soient inférieures. Plusieurs voyageurs, dont Grelot et Corneille le Bruyn, ont dessiné l'édifice, mais la gravure de Surugue est la plus précise. La mosquée a été peinte par Bibiano, renommé pour ses représentations.
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228
p. 1400-1404
Embellisemens faits à Notre-Dame de Paris, [titre d'après la table]
Début :
On sçait que l'Eglise de Notre-Dame de Paris [...]
Mots clefs :
Église de Notre-Dame de Paris, Chapitre, Louis XIV, Cardinal de Noailles, Voûte, Tableaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Embellisemens faits à Notre-Dame de Paris, [titre d'après la table]
On sçait que l'Eglise de Notre- Dame
de Paris est en possession d'attirer l'admitation de tous les habitans de cette
grande Ville et des Etrangers ; mais depuis que son illustre Chapitre a fait mettre , pour ainsi dire , la derniere main à
ce superbe Edifice , en achevant ce que
LOUIS XIV. et le feu Cardinal de Noailles
avoient commencé avec tant de zele et de
magnificence , on peut dire qu'elle paroît
dans tout son éclats car cette belle et vas
te Fabrique semble sortir des mains de
l'Ouvrier. Nous croyons faire plaisir au
public de lui donner icy une idée en racourci de ces travaux, en attendant qu'ils
soient achevez, et qu'on puisse entrer dans
un plus grand détail,
II. Vol.
Sans
JUI N. 1732 1401
Sans entrer dans le détail de la premiere origine et des differentes fondations .
de cette Eglise, bâtie dans un goût Gothique , mais des plus majestueux dans sa
simplicité;nous dirons que ce grand Vaisseau a été commencé par Maurice de Sully , Evêque de Paris , vers le milieu du
12 siécle. La premiere pierre fut mise avec
beaucoup de solemnité, par le Pape Alexandre III . alors refugié en France, lequel
fit ensuite consacrer le Grand Autel l'an
1182. par Henry, Legat Apostolique.
Ce ne fut que bien avant dans le 13
siecle que ce vaste bâtiment fut achevé ;
sa longueur est de 65 toises , sa largeur
de 24, et sa hauteur de 17 , sous clef :
il est soutenu par 20 gros Pilliers. Les
deux grosses Tours quarrées, qui s'élevent
sur le frontispice , ont 34 toises de hauteur.
LOUIS XIII. ayant résolu d'orner cette
Eglise , en conséquence d'un vœu solemnel qui interressoit tout le Royaume ; on
devoit construire un Maître-Autel , qui
répondit à sa beauté ; ce qui n'a été exécuté que par LOUIS XIV. Ce Prince est
allé au-delà des intentions de Louis le ™
Juste son Pere. On peut voir la description qui en a été faite dans Felibien,Ger
main Brice , et Piganiol de Laforce.
11. Vol G Le
402 MERCURE DE FRANCE
Le Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris , voulant seconder de si pieux
desseins , se proposa de continuer les décorations de ce Temple. Il commença
par la construction de la Chapelle de la
Vierge , dont l'Autel est tout de Marbre ,
avec des Colonnes enrichies d'ornemens
de Bronze doré ; il la benit le 6 de May
1719.11 fit ensuite construire la Chapellle
de S.Denys, autrement dite des Martyrs,
de la même maniere que celle de la Vierge , et dela même simétrie.
La Voute du milieu de la Croisée dépérissant de jour en jour, et la Fléche qui
est au dessus, menaçant ruine, il employa
de grandes sommes pour l'entiere réparation de l'une et de l'autre , aussi - bien que
pour la Couverture en-Plomb, dont il'a fait
refaire à neufla plus grande partie, sous la
conduite de l'Abbé de la Croix , Chanoi- ;
ne,qui s'est toujours fait un devoir de Religion d'être le Coopérateur de tant de
pieux travaux.Il a aussi présidé au rétablissementde la grande Roze qui est ducôté
de l'Archevêché ; on prétend que cette ·
seule partie a coûté près de 80000 liv. Ce
fut Claude Pinet , Appareilleur , qui executa cette entreprise en 1727. sous les ofdresde M.de Bosfrant, Architecte du Roy.
Le Cardinal de Noailles a fait aussi tra11.1.2.
vailler
JUIN. 1732. 1403
vailler à la construction d'une grande.
partie de la Chapelle , destinée pour la
Sépulture de sa Famille.
On fait monter toutes les dépenses que
le Cardinal de Noailles a faites, soit pour
les réparations ou embellissemens , à des
sommes très considérables ; et ceux qui
les estiment le moins,les portent à plus de
300000 liv.
• C'est que marcher sur ses traces ,
pour
le Chapitre s'est déterminé à achever les
réparations et les embellissemens de cette
Eglise. Il a fait reblanchir tout le dedans
par le moyen d'Echaffaurs volants , dont
P'invention hardie a été d'un tres-grand
secours ; il a fait mettre tous les Vitraux
dela Nef en Verres blancs , et réparé la
Rose du dessus de l'Orgue , qui est d'un
travail aussi ingénieux que délicat. C'est
aussi au même Chapitre que l'Orgue doit
sa parfaite restauration , et une augmen-.
tion de 1400 Tuyaux , ce qui va faire un
des Orgues les plus parfaits , et le plus
fort qu'il y ait en Europe. Le St François
Thierry a été choisi comme le plus habile
Facteur pour ces sortes d'Ouvrages , et le
S Calvieres pour le toucher; on sçait qu'il
est un des plus habiles Organistes de ce
temps.
C'est aussi aux soins , et au zéle du mêII. Vol. Gij me
1404 MERCURE DE FRANCE
me Chapitre ( a ) , qu'on est redevable de
la restauration et du nettoyement des Tableaux de cette Eglise, qui étoient depuis
long-temps dans un fort mauvais état.
Le St Gregoire, Peintre, Eleve de M² Res
tout , qui a été choisi pour cela , s'en est
acquitté avec un succès merveilleux les
deux Certificats cy - joints en font foy.
C'est aussi lui qui a donné un nouvel
arrangement à ces mêmes Tableaux,
dont les sujets , tirez de l'Evangile et des
Actes des Apôtres, étoient confondus ensemble.Il a rangé tous les sujets de l'Evangile à main gauche, en entrant dans la
Nef par le grand Portail, et les Actes des
Apôtres , à droite.
de Paris est en possession d'attirer l'admitation de tous les habitans de cette
grande Ville et des Etrangers ; mais depuis que son illustre Chapitre a fait mettre , pour ainsi dire , la derniere main à
ce superbe Edifice , en achevant ce que
LOUIS XIV. et le feu Cardinal de Noailles
avoient commencé avec tant de zele et de
magnificence , on peut dire qu'elle paroît
dans tout son éclats car cette belle et vas
te Fabrique semble sortir des mains de
l'Ouvrier. Nous croyons faire plaisir au
public de lui donner icy une idée en racourci de ces travaux, en attendant qu'ils
soient achevez, et qu'on puisse entrer dans
un plus grand détail,
II. Vol.
Sans
JUI N. 1732 1401
Sans entrer dans le détail de la premiere origine et des differentes fondations .
de cette Eglise, bâtie dans un goût Gothique , mais des plus majestueux dans sa
simplicité;nous dirons que ce grand Vaisseau a été commencé par Maurice de Sully , Evêque de Paris , vers le milieu du
12 siécle. La premiere pierre fut mise avec
beaucoup de solemnité, par le Pape Alexandre III . alors refugié en France, lequel
fit ensuite consacrer le Grand Autel l'an
1182. par Henry, Legat Apostolique.
Ce ne fut que bien avant dans le 13
siecle que ce vaste bâtiment fut achevé ;
sa longueur est de 65 toises , sa largeur
de 24, et sa hauteur de 17 , sous clef :
il est soutenu par 20 gros Pilliers. Les
deux grosses Tours quarrées, qui s'élevent
sur le frontispice , ont 34 toises de hauteur.
LOUIS XIII. ayant résolu d'orner cette
Eglise , en conséquence d'un vœu solemnel qui interressoit tout le Royaume ; on
devoit construire un Maître-Autel , qui
répondit à sa beauté ; ce qui n'a été exécuté que par LOUIS XIV. Ce Prince est
allé au-delà des intentions de Louis le ™
Juste son Pere. On peut voir la description qui en a été faite dans Felibien,Ger
main Brice , et Piganiol de Laforce.
11. Vol G Le
402 MERCURE DE FRANCE
Le Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris , voulant seconder de si pieux
desseins , se proposa de continuer les décorations de ce Temple. Il commença
par la construction de la Chapelle de la
Vierge , dont l'Autel est tout de Marbre ,
avec des Colonnes enrichies d'ornemens
de Bronze doré ; il la benit le 6 de May
1719.11 fit ensuite construire la Chapellle
de S.Denys, autrement dite des Martyrs,
de la même maniere que celle de la Vierge , et dela même simétrie.
La Voute du milieu de la Croisée dépérissant de jour en jour, et la Fléche qui
est au dessus, menaçant ruine, il employa
de grandes sommes pour l'entiere réparation de l'une et de l'autre , aussi - bien que
pour la Couverture en-Plomb, dont il'a fait
refaire à neufla plus grande partie, sous la
conduite de l'Abbé de la Croix , Chanoi- ;
ne,qui s'est toujours fait un devoir de Religion d'être le Coopérateur de tant de
pieux travaux.Il a aussi présidé au rétablissementde la grande Roze qui est ducôté
de l'Archevêché ; on prétend que cette ·
seule partie a coûté près de 80000 liv. Ce
fut Claude Pinet , Appareilleur , qui executa cette entreprise en 1727. sous les ofdresde M.de Bosfrant, Architecte du Roy.
Le Cardinal de Noailles a fait aussi tra11.1.2.
vailler
JUIN. 1732. 1403
vailler à la construction d'une grande.
partie de la Chapelle , destinée pour la
Sépulture de sa Famille.
On fait monter toutes les dépenses que
le Cardinal de Noailles a faites, soit pour
les réparations ou embellissemens , à des
sommes très considérables ; et ceux qui
les estiment le moins,les portent à plus de
300000 liv.
• C'est que marcher sur ses traces ,
pour
le Chapitre s'est déterminé à achever les
réparations et les embellissemens de cette
Eglise. Il a fait reblanchir tout le dedans
par le moyen d'Echaffaurs volants , dont
P'invention hardie a été d'un tres-grand
secours ; il a fait mettre tous les Vitraux
dela Nef en Verres blancs , et réparé la
Rose du dessus de l'Orgue , qui est d'un
travail aussi ingénieux que délicat. C'est
aussi au même Chapitre que l'Orgue doit
sa parfaite restauration , et une augmen-.
tion de 1400 Tuyaux , ce qui va faire un
des Orgues les plus parfaits , et le plus
fort qu'il y ait en Europe. Le St François
Thierry a été choisi comme le plus habile
Facteur pour ces sortes d'Ouvrages , et le
S Calvieres pour le toucher; on sçait qu'il
est un des plus habiles Organistes de ce
temps.
C'est aussi aux soins , et au zéle du mêII. Vol. Gij me
1404 MERCURE DE FRANCE
me Chapitre ( a ) , qu'on est redevable de
la restauration et du nettoyement des Tableaux de cette Eglise, qui étoient depuis
long-temps dans un fort mauvais état.
Le St Gregoire, Peintre, Eleve de M² Res
tout , qui a été choisi pour cela , s'en est
acquitté avec un succès merveilleux les
deux Certificats cy - joints en font foy.
C'est aussi lui qui a donné un nouvel
arrangement à ces mêmes Tableaux,
dont les sujets , tirez de l'Evangile et des
Actes des Apôtres, étoient confondus ensemble.Il a rangé tous les sujets de l'Evangile à main gauche, en entrant dans la
Nef par le grand Portail, et les Actes des
Apôtres , à droite.
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Résumé : Embellisemens faits à Notre-Dame de Paris, [titre d'après la table]
La cathédrale Notre-Dame de Paris est renommée pour son architecture imposante et attire tant les Parisiens que les visiteurs étrangers. Le chapitre de la cathédrale a récemment terminé des travaux de restauration et d'embellissement, initiés par Louis XIV et le cardinal de Noailles. La construction de la cathédrale a été commencée par Maurice de Sully au milieu du XIIe siècle et consacrée en 1182 par le pape Alexandre III. Elle mesure 65 toises de longueur, 24 de largeur et 17 de hauteur sous clef, et est soutenue par 20 piliers. Les deux tours du frontispice atteignent 34 toises de hauteur. Louis XIII avait prévu d'orner l'église, mais c'est Louis XIV qui a réalisé ce projet. Le cardinal de Noailles a poursuivi les décorations en construisant la chapelle de la Vierge et celle de Saint-Denis, en réparant la voûte et la flèche, et en refaisant la couverture en plomb. Il a également restauré la grande rose et construit une chapelle pour la sépulture de sa famille. Les dépenses du cardinal pour les réparations et embellissements sont estimées à plus de 300 000 livres. Le chapitre de la cathédrale a continué les travaux en reblanchissant l'intérieur, en réparant les vitraux et la rose au-dessus de l'orgue, et en restaurant l'orgue en ajoutant 1400 tuyaux. Les tableaux de l'église, restaurés par le peintre Saint Grégoire, ont été réorganisés pour séparer les sujets de l'Évangile et des Actes des Apôtres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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229
p. 1404-1405
Tableaux, &c. [titre d'après la table]
Début :
Nous soussignez Loüis de Boulogne, Ecuyer Chevalier de l'Ordre [...]
Mots clefs :
Peintre du roi, Académie royale de peinture et de sculpture, Tableaux de l'Église de Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tableaux, &c. [titre d'après la table]
Qus soussignez Louis de Boulogne , Ecuyer, N.Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Premier Peintre du Roy , Directeur et Recteur de l'Académie Royale de Peinture et Sculpture , et Corneille Van-Cleve , ancien Directeur , Chancelier, Recteur ; Nicolas Coustou , Recteur ; Nicolas de Largilliere , Recteur ; Guillaume Couston, Adjoint, Recteur , Claude Hallé, Adjoint , Recteur ; Hyacinthe Rigaud , Ecuyer , Chevalier de l'Ordre de S. Michel , Professeur ; certifions à tous ceux à qui il appartiendra , qu'Achille - René Gregoire , Peintre et Eleve de M. Restout , qui a eu tous les Tableaux de l'Eglise de Paris à nettoyer et réta- , ( a ) Voyez le Mercure du mois d'Avril dermier , page 771. Al. Vol. blir; JUIN 77320 1405 blir, s'en eft acquitté avec tout le succès que l'on pouvoit désirer , les ayant fait revivre dans tout leur brillant et leur ancien éclat , et nettoyez : fond , sans y avoir causé aucune altération , aux endroits même les plus délicats , quoiqu'ils fussent des plus obscurcis et des plus maltraitez ; ce qui a été vû et examiné de près par Nous. Ledit Sr Gregoire par un secret particulier à lui connu , a trouvé le moyen de les faire reparoître aussi beaux et aussi frais qu'ils étoient sortis jadis de la main de leurs Auteurs , et sans aucune altération de sa part. En foy de quoi nous avons crû ne pouvoir lui refuser le present Certificat , signé de Nous , comme ayant été les témoins d'un Ouvrage qui a été universellement -applaudi. Fait à Paris , ce 9. Juin 1732. L Signé , de Boulogne. C.Van-Cleve , &.c
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Résumé : Tableaux, &c. [titre d'après la table]
Le document est un certificat signé par des personnalités éminentes de l'Académie Royale de Peinture et Sculpture, dont Louis de Boulogne, Premier Peintre du Roy et Directeur de l'Académie, ainsi que Corneille Van-Cleve, Nicolas Coustou, Nicolas de Largilliere, Guillaume Couston, Claude Hallé et Hyacinthe Rigaud. Ils attestent qu'Achille-René Gregoire, élève de M. Restout, a nettoyé et restauré les tableaux de l'église de Paris avec succès. Gregoire a réussi à redonner leur éclat original aux œuvres sans endommager les parties délicates ou obscurcies. Après une inspection minutieuse, les signataires ont jugé son travail exemplaire et ont décidé de lui délivrer ce certificat en témoignage de leur approbation. Le document est daté du 9 juin 1732.
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230
p. 1608-1610
Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
Début :
On donne avis aux Curieux que l'on a mis [...]
Mots clefs :
Estampes, Antoine Watteau, L'Amour de Village
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
On donne avis aux Curieux que
1
l'on amis en
vente
JUILLET. 1732 1609
vente , chez la veuve Chereau , rue S. Jacques ,
aux deux Pilliers d'or , et chez Surrugue , Gra
veur du Roy , rue des Noyers , une Estampe ,
gravée nouvellement d'après un des plus beaux
Tableaux de feu Vvatteau , qui a pour titre :
Fêtes Vénitiennes.
Il va aussi paroître une grande Estampe , gravée d'après la fameuse Enseigne que Watteau
peignit en Plafond pour M. Gersain , son ami,
sur le Pont Notre Dame , et qui fut regardée par
tous les connoisseurs comme un des plus beaux
Tableaux de ce grand Maître. Ce morceau est à
present dans le Cabinet de M. de Jullienne. Il
l'a fait graver à la suite de toute l'œuvre à laquelle il continue depuis plus de douze années de
faire travailler , par les plus habiles Graveurs du temps.
Il paroît une nouvelle Estampe , en hauteur ovale , intitulée L'Amour de Village , ou l'Amour Naif. Ce sont deux demi figures qui expriment de la maniere du monde la plus fine t
la plus naïve cette pensée ; une tres-belle personne , fâchée contre son Amant , qu'elle voit à ses genoux , plein de soumission , d'ardeur et de
crainte , paroît le rebuter , et ne pas vouloir en- tendre sa justification , dans le temps qu'on lit
dans ses yeux que son dépit ne durera pas longtemps, et qu'elle seroit très - piquée si son Berger étoit infidele. Cela est rendu d'une maniere parfaitement heureuse , d'après un Tableau de M.
Charles Coypel. On lit ces Vers au bas:
La Bergere , long-temps ne sçauroit soûtenir ,
Le courroux qu'un Berger lui donne ;
Contre un retour sincere , elle ne peut tenir ;
G iij Sa
1610 MERCURE DE FRANCE
Sa bouche vainement dit qu'elle veut punir
Ses yeux difent qu'elle pardonne.
Le sieur Lépicié, dont les talens sont tres- connus, auteur de cette Estampe, grave actuellement
son pendant , d'après le même Peintre. Il represente l'Amour de Ville ou l'Amour Coquet.
Le sieur Lépicié demeure rue Saint Louis ,
coin de l'Abreuvoir du Quay des Orfevres , chez
M. Marlié.
au
Il paroît encore une nouvelle Estampe en hau
teur , d'une grande beauté , c'est le Roy à Che
val , suivi d'un détachement de ses Gardes , l'’Epée haute, tres-ressemblant , gravé d'après le Tableau original de M. Parocel , Peintre distingué
de l'Académie Royale : Par N.de Larmessin, Graveur du Roy , ruë des Noyers
1
l'on amis en
vente
JUILLET. 1732 1609
vente , chez la veuve Chereau , rue S. Jacques ,
aux deux Pilliers d'or , et chez Surrugue , Gra
veur du Roy , rue des Noyers , une Estampe ,
gravée nouvellement d'après un des plus beaux
Tableaux de feu Vvatteau , qui a pour titre :
Fêtes Vénitiennes.
Il va aussi paroître une grande Estampe , gravée d'après la fameuse Enseigne que Watteau
peignit en Plafond pour M. Gersain , son ami,
sur le Pont Notre Dame , et qui fut regardée par
tous les connoisseurs comme un des plus beaux
Tableaux de ce grand Maître. Ce morceau est à
present dans le Cabinet de M. de Jullienne. Il
l'a fait graver à la suite de toute l'œuvre à laquelle il continue depuis plus de douze années de
faire travailler , par les plus habiles Graveurs du temps.
Il paroît une nouvelle Estampe , en hauteur ovale , intitulée L'Amour de Village , ou l'Amour Naif. Ce sont deux demi figures qui expriment de la maniere du monde la plus fine t
la plus naïve cette pensée ; une tres-belle personne , fâchée contre son Amant , qu'elle voit à ses genoux , plein de soumission , d'ardeur et de
crainte , paroît le rebuter , et ne pas vouloir en- tendre sa justification , dans le temps qu'on lit
dans ses yeux que son dépit ne durera pas longtemps, et qu'elle seroit très - piquée si son Berger étoit infidele. Cela est rendu d'une maniere parfaitement heureuse , d'après un Tableau de M.
Charles Coypel. On lit ces Vers au bas:
La Bergere , long-temps ne sçauroit soûtenir ,
Le courroux qu'un Berger lui donne ;
Contre un retour sincere , elle ne peut tenir ;
G iij Sa
1610 MERCURE DE FRANCE
Sa bouche vainement dit qu'elle veut punir
Ses yeux difent qu'elle pardonne.
Le sieur Lépicié, dont les talens sont tres- connus, auteur de cette Estampe, grave actuellement
son pendant , d'après le même Peintre. Il represente l'Amour de Ville ou l'Amour Coquet.
Le sieur Lépicié demeure rue Saint Louis ,
coin de l'Abreuvoir du Quay des Orfevres , chez
M. Marlié.
au
Il paroît encore une nouvelle Estampe en hau
teur , d'une grande beauté , c'est le Roy à Che
val , suivi d'un détachement de ses Gardes , l'’Epée haute, tres-ressemblant , gravé d'après le Tableau original de M. Parocel , Peintre distingué
de l'Académie Royale : Par N.de Larmessin, Graveur du Roy , ruë des Noyers
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Résumé : Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
En juillet 1732, deux estampes sont mises en vente. La première, intitulée 'Fêtes Vénitiennes', est gravée d'après un tableau de Jean-Antoine Watteau et est disponible chez la veuve Chereau et chez Surrugue, graveur du roi. Une autre estampe, également d'après une œuvre de Watteau peinte pour M. Gersain, est annoncée. Cette œuvre, actuellement dans le cabinet de M. de Jullienne, fait partie d'un projet de gravure de l'œuvre complète de Watteau, entrepris depuis plus de douze ans. Une nouvelle estampe ovale, 'L'Amour de Village ou l'Amour Naif', représentant deux demi-figures dans une scène amoureuse, est également présentée. Elle est gravée d'après un tableau de Charles Coypel et accompagnée de vers soulignant la tension entre la colère et le pardon dans l'amour. Cette estampe est réalisée par le sieur Lépicié, qui grave aussi son pendant, 'L'Amour de Ville ou l'Amour Coquet'. Enfin, une estampe représentant le roi à cheval, suivi de ses gardes, est annoncée. Elle est gravée d'après un tableau de M. Parocel par N. de Larmessin, graveur du roi.
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231
p. 1610-1612
Exposition de Tableaux, [titre d'après la table]
Début :
L'usage d'exposer les Ouvrages des Peintres à la [...]
Mots clefs :
Exposition de tableaux, Peintres, Académie royale de peinture et de sculpture, Salon du vieux Louvre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Exposition de Tableaux, [titre d'après la table]
L'usage d'exposer les Ouvrages des Peintres
la critique du Public, est tres - ancien et tres utile,
les observations sensées par l'on fait pour la
perfection de l'Art , dont les esprits dociles et les gens qui ont du talent , sçavent profiter ; mais
plus encore par la noble émulation et par l'ardeur naturelle dans tous les hommes d'acquerir
de la réputation et de s'élever. Cet usage s'ob- serve tres exactement à Rome , où l'Académie
de S. Luc fait à certains jours un pompeux étá- lage de ses productions , ce qui attire toujours
un grand concours et ouvie un vaste champ aux
réfléxions et à la critique des Artistes , des cof.
·
noisseurs , &c.
Notre Académie Royale de Peinture et Sculptu
re fit une superbe montre de ses ouvrages en 1699. dans la grande Gallerie du Louvre , qui fit
beaucoup
JUILLET.
1732. 1617
beaucoup d'honneur à l'Ecole Françoise , et qui
dès ce temps- là lui donna la supériorité sur toutes les autres , au jugement même des Etrangers;
jugement qui fut confirmé il y a cinq ans dans
le grand Salon du vieux Louvre , où les jeunes
Peintres et Sculpteurs de l'Académie exposerent leurs Ouvrages, ausquels le Public rendit jus
tice , en les honorant d'un concours prodigieux.
On étoit dans l'habitude d'exposer tous les ans ,
à l'occasion des Processions de la Fête- Dieu, dans
la Place Dauphine , et à l'entrée de cette Place ,
du côté du Pont- Neuf, quantité de Tableaux de
Peintres anciens et modernes, qui attiroient beau- coup de Spectateurs; mais depuis quelque- temps
on n'en voyoit presque plus , au grand regret dupublic , qui a sçu tres- bon gré à quelques jeunes.
Peintres , qui y ont exposé cette année plusieurs
de leurs Tableaux , qu'on a vus avec beaucoup
de plaisir , principalement ceux du sieur Char
din , de l'Académie Royale , qui sont peints avec
un soin et une vérité à ne rien laisser à désirer .
Deux de ces Tableaux , qui ont été faits pour
le Comte de Rottembourg Ambassadeur de France à la Cour de Madrid , representant differens
animaux , des Instrumens et Trophées de Musique , et plusieurs autres petits Tableaux , d'ustenciles, & c. Mais ce qui lui a fait le plus d'honneur , c'est un Bas- relief , peint d'après un Basrelief de bronze , de François Flamand , représentant des Enfans , que ce fameux Maftre faisoit à merveilles , et que le Pinceau de l'habile
Peintre a si -bien sçu imiter , que par le secours
des yeux , quelque près que l'on soit , on est encore séduit au point qu'il faut absolument mettre la main sur la toile et toucher le Tableau pour
être détrompé. On peut voir ce Tableau dans le
G iiij Cabi
1612 MERCURE DE FRANCE
Cabinet de M. Vanlo , Peintre de l'Académie,
du premier rang.
Ön voyoit encore dans la même Place , un
beau Tableau du sieur Grimoud , representant un
Joueur de Vielle , quatre Portraits du Sr Autrean
le fils , qui ont été fort approuvez, plusieurs du
Sr le Sueur , et quelques autres. Mais ce qui fit le
plus de plaisir, c'est le Portrait du grand pere du
Sr Matheron, Marchand Jouaillier à Paris,peint
il y a 49 ans , par l'illustre M. Rigaud , et qui
est un des plus beaux morceaux qu'on sçauroit voir.
la critique du Public, est tres - ancien et tres utile,
les observations sensées par l'on fait pour la
perfection de l'Art , dont les esprits dociles et les gens qui ont du talent , sçavent profiter ; mais
plus encore par la noble émulation et par l'ardeur naturelle dans tous les hommes d'acquerir
de la réputation et de s'élever. Cet usage s'ob- serve tres exactement à Rome , où l'Académie
de S. Luc fait à certains jours un pompeux étá- lage de ses productions , ce qui attire toujours
un grand concours et ouvie un vaste champ aux
réfléxions et à la critique des Artistes , des cof.
·
noisseurs , &c.
Notre Académie Royale de Peinture et Sculptu
re fit une superbe montre de ses ouvrages en 1699. dans la grande Gallerie du Louvre , qui fit
beaucoup
JUILLET.
1732. 1617
beaucoup d'honneur à l'Ecole Françoise , et qui
dès ce temps- là lui donna la supériorité sur toutes les autres , au jugement même des Etrangers;
jugement qui fut confirmé il y a cinq ans dans
le grand Salon du vieux Louvre , où les jeunes
Peintres et Sculpteurs de l'Académie exposerent leurs Ouvrages, ausquels le Public rendit jus
tice , en les honorant d'un concours prodigieux.
On étoit dans l'habitude d'exposer tous les ans ,
à l'occasion des Processions de la Fête- Dieu, dans
la Place Dauphine , et à l'entrée de cette Place ,
du côté du Pont- Neuf, quantité de Tableaux de
Peintres anciens et modernes, qui attiroient beau- coup de Spectateurs; mais depuis quelque- temps
on n'en voyoit presque plus , au grand regret dupublic , qui a sçu tres- bon gré à quelques jeunes.
Peintres , qui y ont exposé cette année plusieurs
de leurs Tableaux , qu'on a vus avec beaucoup
de plaisir , principalement ceux du sieur Char
din , de l'Académie Royale , qui sont peints avec
un soin et une vérité à ne rien laisser à désirer .
Deux de ces Tableaux , qui ont été faits pour
le Comte de Rottembourg Ambassadeur de France à la Cour de Madrid , representant differens
animaux , des Instrumens et Trophées de Musique , et plusieurs autres petits Tableaux , d'ustenciles, & c. Mais ce qui lui a fait le plus d'honneur , c'est un Bas- relief , peint d'après un Basrelief de bronze , de François Flamand , représentant des Enfans , que ce fameux Maftre faisoit à merveilles , et que le Pinceau de l'habile
Peintre a si -bien sçu imiter , que par le secours
des yeux , quelque près que l'on soit , on est encore séduit au point qu'il faut absolument mettre la main sur la toile et toucher le Tableau pour
être détrompé. On peut voir ce Tableau dans le
G iiij Cabi
1612 MERCURE DE FRANCE
Cabinet de M. Vanlo , Peintre de l'Académie,
du premier rang.
Ön voyoit encore dans la même Place , un
beau Tableau du sieur Grimoud , representant un
Joueur de Vielle , quatre Portraits du Sr Autrean
le fils , qui ont été fort approuvez, plusieurs du
Sr le Sueur , et quelques autres. Mais ce qui fit le
plus de plaisir, c'est le Portrait du grand pere du
Sr Matheron, Marchand Jouaillier à Paris,peint
il y a 49 ans , par l'illustre M. Rigaud , et qui
est un des plus beaux morceaux qu'on sçauroit voir.
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Résumé : Exposition de Tableaux, [titre d'après la table]
Le texte aborde l'importance historique des expositions d'œuvres d'art pour l'amélioration de l'art et la reconnaissance des artistes. À Rome, l'Académie de Saint-Luc organise régulièrement des expositions publiques. En France, l'Académie Royale de Peinture et Sculpture a présenté ses œuvres au Louvre en 1699, soulignant la supériorité de l'École Française. Des expositions annuelles se tenaient également à la Place Dauphine lors des Processions de la Fête-Dieu, attirant un large public. Récemment, des jeunes peintres, dont Chardin, ont exposé leurs tableaux, suscitant un grand intérêt. Chardin a été particulièrement distingué pour un bas-relief imitant une œuvre de François Flamand. D'autres artistes comme Grimoud, Autrean, et Le Sueur ont également exposé leurs œuvres, ainsi qu'un portrait du grand-père du sieur Matheron, réalisé par Rigaud.
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232
p. 1762-1768
REMARQUES sur les Médailles qui portent le nom de Lucille.
Début :
Les Antiquaires sont partagez sur les Médailles qui portent le [...]
Mots clefs :
Médailles, Antiquiaires, Lucille, Princesse, Impératrice, Objection, Erreur, Observation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur les Médailles qui portent le nom de Lucille.
REMARQUES sur les Médailles qui
portent le nom de Lucille.
LMédailles qui portent le nomde Lu- Es Antiquaires sont partagez sur les
cille. Les uns les donnent toutes à Lucille,
femme de Verus , qui regna avec MarcAurele ; et selon les autres, il faut les partager entre cette Princesse , et la femme
d'Elius Cesar , adopté par Adrien.
Ceux qui reconnoissent deux Lucilles ',
se fondent principalement,sur ce que Lucille ,femme de Verus,se fait appeller sur
ses Médailles , fille d'Antonin Auguste
LUCILLE. AUG. ANTONINI AUG. F. à la
difference, de Lucille femme d'Ælius ,
qui
AOUST. 1732. 1763
qui se contente du titre d'Auguste , LuCILLA AUGUSTA. Cette raison , quelque
spécieuse qu'elle le paroît d'abord , n'est
d'aucune considération , aussi - tôt qu'on
vient à faire attention que Faustine , femme, de Marc - Aurele , s'appella dans les
commencemens , fille d'Antonin le Débonnaire. FAUSTINA AUG. PII AUG. F. et
qu'en suite elle quitta ce titre , pour ne
garder que celui d'Auguste,FAUSTINA AUSTINA
AUGUSTA. Ce qui est arrivé à cette Princesse , est sans doute arrivé à Lucille sa
fille. Toutes deux nées d'un pere Empereur ; elles eurent soin dans le commencement de s'en faire honneur, en se nommant d'eux , pour faire connoître par là
que ce n'étoit pas de leur maris seuls
qu'elles empruntoient leur noblesse, mais
ce titre une fois reconnu devint assez inutile dans la suite , et elles ont pû le négliger tres aisément.
La différence de la Coëffure qu'on re
marque dans les Médailles de l'une et de
l'autre Princesse est un argument plus
foible que le premier; car , je vous prie ,
si cette observation avoit lieu , combien
de Princesses serions - nous obligez de
multiplier. Nous reconnoitrions au moins
quatre Sabines , femmes d'Adrien , puisqu'il se trouve autant et plus de CoëffuLOS
1764 MERCURE DE FRANCE
res differentes sur les Médailles de cette
Impératrice.
J'en dis autant de quelques différences
de traits, qu'on prétend appercevoir dans
les Médailles qu'on attribueune Lucil
le , et dans celles qu'on reconnoît pour
être de l'autre , outre quelle est tres- légere ; ainsi qu'on en convient, c'est qu'on
remarque cette même différence dans les
Médailles, qui d'un communaccord n'appartiennent qu'à une seule ; c'est ce dont
il est aisé de se convaincre , en confrontant les Médailles de la Lucille , qu'on
prétend femme d'Elius , qui portent
pour légende HILARITAS. S. c. avec celles
où l'on lit FECUNDITAS. S. C. où l'on trou
vera une difference surement plus grande
que celle qu'on veut trouver dans les autres.
Mais , dit- on , Lucille , femme de Verus , n'a jamais eu d'enfans, au lieu qu'on
en trouve jusqu'à trois , sur les Médailles
de Lucille , femme d'Elius.
: Il n'est pas difficile de répondre à cette
objection , jamais proposition ne fut plus
légere ; tout concourt à en faire voir le
peu de solidité. 1º . Selon quelques His- toriens , Lucille , femme de Verns , eut
de Pompeianus , qu'elle épousa après la
mort de ce Prince , un fils qui porta le
nom de son pere , et qui fut tué par le
com-
AOUST. 17320 1769
commandement de Caracalla. Ce que je
remarque , parce qu'Angelloni , pour
mieux prouver la stérilité de Lucille , l'a
avancée , comme constant , dans son second , comme dans son premier mariage.
2. Les Médailles et les Inscriptions
nous prouvent clairement que cette Princesse eut des enfans de son premier mari ;
en effet , sur quelques- unes de ses Médailles , j'entens parler de celles qu'on ne
lui dispute point et où elle est : ANTONINI
AVG. F. Ne lit-on pas : IVNONI LVCIANAE.
FECVNDITAS. AVGVSTAE. avec l'Image de
ces Déesses , tenant un enfant dans les
bras : Qu'à-t on voulu faire entendre parlà ; si-non que Lucille étoit mere , lorsque ces monumens ont été frappez. Mais
les Inscriptions s'expliquent encore plus
clairement. Je n'en veux pour témoin que
celle- cy , rapportée par Gruter , qui semble faite exprès , pour expliquer les Médailles que je viens de citer.
IVNONI LVCINAE
PRO SALVTE DOMVS AVGVSTORVM.
IMP. CAES. M. AVREĻI. ANTONINI. AVO.
ARMENIACI. PARTICI. MAXIMI. MEDICI. ET
FAVSTINAE. AVG. EIVS. ET IMP, CAES. L.AV,
RELI. VERI. AVG, ARMENIACI, PARTICI
MEDICI. ET LVCILLAE, AVGVSTAE. EIVS.
LIBERORVM. QVE. EORVM.
FORTVNATVS , et le reste.
1766 MERCURE DE FRANCE
Peut- on avancer après cela , que Lucille n'a jamais eu d'enfans ; le silence des
Historiens sur leur sujet , insinuë seulement , que ces enfans sont morts au berceau , ou si jeunes , que l'histoire n'a pas
crû en devoir faire mention.
Après ces observations , qui pourroient
suffire pour le sentiment qui ne reconnoît qu'une Lucille , dont nous ayons eu
des Médailles, et qui est femme de Verus ;
j'ajouterai deux autres Remarques , qui achevent de mettre la chose dans une plus
grande évidence.
La premiere consiste dans le titre d'Auguste qu'on donne à la femme d'Elius.
LVCILLA AVGVSTA. titre que cette Princesse n'a jamais pû porter ; Ælius n'ayant
été que César , et n'ayant jamais eu luimême la qualité d'Auguste. Nous ne
voyons pas même , avant le regne de
Constantin , des titres particuliers pour
les femmes des Césars , qui commencerent alors à s'appeller Dames Illustres :
NOBIL. F. Mais pour le nom d'Auguste ,
aucune ne l'a jamais eu; et si Constantine ,
femme du César Gallus , paroît avec ce
titre , dans une Légende de Médaille, citée
par Golzius , on doit se souvenir qu'avant d'épouser Gallus , elle avoit été déja
mariée à Anniballien , qui prenoit le titre
de
AOUST. 1732. 1767
de Roy , et que Philostorge ( lib . 3. ) nous
marque expressement que Constantin le
Grand , son pere , avoit de son vivant
donné le titre d'Auguste à cette Princesse ; ainsi elle ne peut faire d'exception à
la Regle générale.
La seconde observation par laquelle je
finis; c'est que la dispute n'est fondée que
sur unesupposition que l'on fait. On veut
que la femme d'Alius se soit appellée Lucille, et cependant aucun Autheur ne nous
a appris sonnom.Nous sçavons seulement
qu'elle étoit fille de Nigrinus , qu'elle cut
deux enfans , l'Empereur Verus , et une
fille appellée Fadia , qui avoit été destinée par Adrien , pour épouse à MarcAurele , mais que ce Prince n'épousa pas
à cause de sa jeunesse. Voilà tout ce que
l'hitoire nous en apprend ; son nom est
un mystere inconnu ; et ceux qui l'ont
nommée Domitia Lucilla , se sont trompez. Qu'il me soit permis de le dire , un
manque d'attention les a jettez dans l'erreur. Marc Aurele et Verus sont toûjours
appellez Freres. DIVI FRATRES ; les Auteurs voyant que la mere du premier s'appelloit Domitia Lucilla, ont cru assez légerement qu'elle l'étoit du second , sans
se ressouvenir que la fraternité de ces
Princes ne venoit que d'adoption.
,
Voilà
1768 MERCURE DE FRANCE
Voilà la cause de l'erreur ; cause qui a
fait naître la question , mais qui une fois
reconnuë , ne fait plus de difficulté pour
la décision , à sçavoir que toutes les Médailles qui nous restent , avec le nom de
Lucille , appartiennent toutes à la femme
de Verus. D. P.
A Orleans, ce 12 Avril 1732.
portent le nom de Lucille.
LMédailles qui portent le nomde Lu- Es Antiquaires sont partagez sur les
cille. Les uns les donnent toutes à Lucille,
femme de Verus , qui regna avec MarcAurele ; et selon les autres, il faut les partager entre cette Princesse , et la femme
d'Elius Cesar , adopté par Adrien.
Ceux qui reconnoissent deux Lucilles ',
se fondent principalement,sur ce que Lucille ,femme de Verus,se fait appeller sur
ses Médailles , fille d'Antonin Auguste
LUCILLE. AUG. ANTONINI AUG. F. à la
difference, de Lucille femme d'Ælius ,
qui
AOUST. 1732. 1763
qui se contente du titre d'Auguste , LuCILLA AUGUSTA. Cette raison , quelque
spécieuse qu'elle le paroît d'abord , n'est
d'aucune considération , aussi - tôt qu'on
vient à faire attention que Faustine , femme, de Marc - Aurele , s'appella dans les
commencemens , fille d'Antonin le Débonnaire. FAUSTINA AUG. PII AUG. F. et
qu'en suite elle quitta ce titre , pour ne
garder que celui d'Auguste,FAUSTINA AUSTINA
AUGUSTA. Ce qui est arrivé à cette Princesse , est sans doute arrivé à Lucille sa
fille. Toutes deux nées d'un pere Empereur ; elles eurent soin dans le commencement de s'en faire honneur, en se nommant d'eux , pour faire connoître par là
que ce n'étoit pas de leur maris seuls
qu'elles empruntoient leur noblesse, mais
ce titre une fois reconnu devint assez inutile dans la suite , et elles ont pû le négliger tres aisément.
La différence de la Coëffure qu'on re
marque dans les Médailles de l'une et de
l'autre Princesse est un argument plus
foible que le premier; car , je vous prie ,
si cette observation avoit lieu , combien
de Princesses serions - nous obligez de
multiplier. Nous reconnoitrions au moins
quatre Sabines , femmes d'Adrien , puisqu'il se trouve autant et plus de CoëffuLOS
1764 MERCURE DE FRANCE
res differentes sur les Médailles de cette
Impératrice.
J'en dis autant de quelques différences
de traits, qu'on prétend appercevoir dans
les Médailles qu'on attribueune Lucil
le , et dans celles qu'on reconnoît pour
être de l'autre , outre quelle est tres- légere ; ainsi qu'on en convient, c'est qu'on
remarque cette même différence dans les
Médailles, qui d'un communaccord n'appartiennent qu'à une seule ; c'est ce dont
il est aisé de se convaincre , en confrontant les Médailles de la Lucille , qu'on
prétend femme d'Elius , qui portent
pour légende HILARITAS. S. c. avec celles
où l'on lit FECUNDITAS. S. C. où l'on trou
vera une difference surement plus grande
que celle qu'on veut trouver dans les autres.
Mais , dit- on , Lucille , femme de Verus , n'a jamais eu d'enfans, au lieu qu'on
en trouve jusqu'à trois , sur les Médailles
de Lucille , femme d'Elius.
: Il n'est pas difficile de répondre à cette
objection , jamais proposition ne fut plus
légere ; tout concourt à en faire voir le
peu de solidité. 1º . Selon quelques His- toriens , Lucille , femme de Verns , eut
de Pompeianus , qu'elle épousa après la
mort de ce Prince , un fils qui porta le
nom de son pere , et qui fut tué par le
com-
AOUST. 17320 1769
commandement de Caracalla. Ce que je
remarque , parce qu'Angelloni , pour
mieux prouver la stérilité de Lucille , l'a
avancée , comme constant , dans son second , comme dans son premier mariage.
2. Les Médailles et les Inscriptions
nous prouvent clairement que cette Princesse eut des enfans de son premier mari ;
en effet , sur quelques- unes de ses Médailles , j'entens parler de celles qu'on ne
lui dispute point et où elle est : ANTONINI
AVG. F. Ne lit-on pas : IVNONI LVCIANAE.
FECVNDITAS. AVGVSTAE. avec l'Image de
ces Déesses , tenant un enfant dans les
bras : Qu'à-t on voulu faire entendre parlà ; si-non que Lucille étoit mere , lorsque ces monumens ont été frappez. Mais
les Inscriptions s'expliquent encore plus
clairement. Je n'en veux pour témoin que
celle- cy , rapportée par Gruter , qui semble faite exprès , pour expliquer les Médailles que je viens de citer.
IVNONI LVCINAE
PRO SALVTE DOMVS AVGVSTORVM.
IMP. CAES. M. AVREĻI. ANTONINI. AVO.
ARMENIACI. PARTICI. MAXIMI. MEDICI. ET
FAVSTINAE. AVG. EIVS. ET IMP, CAES. L.AV,
RELI. VERI. AVG, ARMENIACI, PARTICI
MEDICI. ET LVCILLAE, AVGVSTAE. EIVS.
LIBERORVM. QVE. EORVM.
FORTVNATVS , et le reste.
1766 MERCURE DE FRANCE
Peut- on avancer après cela , que Lucille n'a jamais eu d'enfans ; le silence des
Historiens sur leur sujet , insinuë seulement , que ces enfans sont morts au berceau , ou si jeunes , que l'histoire n'a pas
crû en devoir faire mention.
Après ces observations , qui pourroient
suffire pour le sentiment qui ne reconnoît qu'une Lucille , dont nous ayons eu
des Médailles, et qui est femme de Verus ;
j'ajouterai deux autres Remarques , qui achevent de mettre la chose dans une plus
grande évidence.
La premiere consiste dans le titre d'Auguste qu'on donne à la femme d'Elius.
LVCILLA AVGVSTA. titre que cette Princesse n'a jamais pû porter ; Ælius n'ayant
été que César , et n'ayant jamais eu luimême la qualité d'Auguste. Nous ne
voyons pas même , avant le regne de
Constantin , des titres particuliers pour
les femmes des Césars , qui commencerent alors à s'appeller Dames Illustres :
NOBIL. F. Mais pour le nom d'Auguste ,
aucune ne l'a jamais eu; et si Constantine ,
femme du César Gallus , paroît avec ce
titre , dans une Légende de Médaille, citée
par Golzius , on doit se souvenir qu'avant d'épouser Gallus , elle avoit été déja
mariée à Anniballien , qui prenoit le titre
de
AOUST. 1732. 1767
de Roy , et que Philostorge ( lib . 3. ) nous
marque expressement que Constantin le
Grand , son pere , avoit de son vivant
donné le titre d'Auguste à cette Princesse ; ainsi elle ne peut faire d'exception à
la Regle générale.
La seconde observation par laquelle je
finis; c'est que la dispute n'est fondée que
sur unesupposition que l'on fait. On veut
que la femme d'Alius se soit appellée Lucille, et cependant aucun Autheur ne nous
a appris sonnom.Nous sçavons seulement
qu'elle étoit fille de Nigrinus , qu'elle cut
deux enfans , l'Empereur Verus , et une
fille appellée Fadia , qui avoit été destinée par Adrien , pour épouse à MarcAurele , mais que ce Prince n'épousa pas
à cause de sa jeunesse. Voilà tout ce que
l'hitoire nous en apprend ; son nom est
un mystere inconnu ; et ceux qui l'ont
nommée Domitia Lucilla , se sont trompez. Qu'il me soit permis de le dire , un
manque d'attention les a jettez dans l'erreur. Marc Aurele et Verus sont toûjours
appellez Freres. DIVI FRATRES ; les Auteurs voyant que la mere du premier s'appelloit Domitia Lucilla, ont cru assez légerement qu'elle l'étoit du second , sans
se ressouvenir que la fraternité de ces
Princes ne venoit que d'adoption.
,
Voilà
1768 MERCURE DE FRANCE
Voilà la cause de l'erreur ; cause qui a
fait naître la question , mais qui une fois
reconnuë , ne fait plus de difficulté pour
la décision , à sçavoir que toutes les Médailles qui nous restent , avec le nom de
Lucille , appartiennent toutes à la femme
de Verus. D. P.
A Orleans, ce 12 Avril 1732.
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Résumé : REMARQUES sur les Médailles qui portent le nom de Lucille.
Le texte examine les médailles portant le nom de Lucille et présente deux interprétations principales. La première attribue toutes les médailles à Lucille, épouse de Verus et co-régnante avec Marc-Aurèle. La seconde suggère de partager ces médailles entre cette Lucille et la femme d'Élius César, adopté par Adrien. Les partisans de l'existence de deux Lucilles se basent sur les titres présents sur les médailles. Lucille, femme de Verus, se désigne comme fille d'Antonin Auguste, tandis que Lucille, femme d'Élius, utilise simplement le titre d'Auguste. Cependant, cette distinction est contestée car Faustine, femme de Marc-Aurèle, a également changé de titre au cours de sa vie. La différence de coiffure et de traits sur les médailles est jugée insuffisante pour distinguer deux Lucilles, car ces variations existent aussi parmi les médailles d'une même personne. Une objection majeure concerne la maternité. Lucille, femme de Verus, est souvent considérée comme stérile, contrairement à Lucille, femme d'Élius, qui aurait eu trois enfants. Toutefois, des historiens et des inscriptions indiquent que Lucille, femme de Verus, a pu avoir des enfants, peut-être morts jeunes. Enfin, le texte souligne que la femme d'Élius n'a jamais porté le titre d'Auguste, réservé aux épouses des empereurs. De plus, le nom de la femme d'Élius n'est pas confirmé comme étant Lucille, ce qui renforce l'hypothèse que toutes les médailles appartiennent à Lucille, femme de Verus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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233
p. 1787-1798
Discours sur la Peinture, &c. [titre d'après la table]
Début :
DISCOURS SUR LA PEINTURE. prononcé dans les Conferences de l'Académie [...]
Mots clefs :
Peinture, Conférences, Académie royale de peinture et de sculpture, Charles Coypel, Art, Dessein, Jugement, Coloris, Critique, Tableaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur la Peinture, &c. [titre d'après la table]
DISCOURS SUR LA PEINTURE , pronondans les Conferences de l'Académie
Royale de Peinture et Sculpture. Par
2. Charles Coypel , Premier Peintre de V. le Duc d'Orleans. A Paris , chez
P. F. Mariette , rue S Jacques , 1732. Brochure in 4. de 34. pages.
Le sujet, du premier Discours est sur
necessité de recevoir des avis. La premiere chose dont le Lecteur s'apperçoit
dans la lecture agréable et utile de cet
Ouvrage , c'est que M. Coypel , outre ses
lens pour l'Art qu'il professe , a une
plume aussi sage et aussi élegante que
son Pinceau ; deux qualitez qu'on trouve assez rarement ensemble. On renarque dans ses Ecrits le même génie ,
le même tour et le même ordre qu'on
voir avec plaisir dans ses heureuses Ĉompositions , où l'on trouve tant d'expres
sions fines et délicates.
M. Coypel entre en matiere très-moaestement , en soumettant ces Refléxions
qu'il n'avoit faites , dit- il , que pour lui ,
au jugement de l'Académie , et ne pou
vant croire qu'elles puissent être utiles
à d'autres qu'à lui ; sur quoi nous- pensons
1788 MERCURE DE FRANCE
sons qu'il s'expose à un démenti de là
part de tous ses Lecteurs et peut être
de toute l'Académie.
-
Sur la necessité de recevoir des avis ,
M. Coypel s'exprime ainsi. La Peinture
est composée de tant de parties , que nous
ne devons presque jamais nous flater de
ne pas perdre de vûe les unes , en nous
attachant à chercher les autres.
Il n'est pas moins rare de trouver des
amis qui soient également touchez de
toutes ces Parties. L'un n'est sensible
qu'à la couleur , et n'est que peu flaté
de l'élegance du Dessein ; l'autre , au
contraire , prétend que sans le grand
goût, la délicatesse et la pureté du Dessein , la Peinture n'est qu'une affaire de
Mécanique. L'homme d'esprit et de sentiment ne s'attachera qu'à l'expression des
têtes et à l'ordonnance. L'homme d'érudition sera satisfait si le Costume est
scrupuleusement observé dans un Tableau , ainsi des autres.
Chacun ayant donc presque toûjours
son goût déterminé pour une partie de
la Peinture , et la préferant aux autres ,
rarement est-il possible que les avis d'un
seul ami soient suffisans ; nous devons
donc necessairement faire societé avec
des personnes de goûts differens ; l'un
apper-
AOUST. 1732. 1789
appercevra ce que l'autre avoit laissé
échapper.Nous verrons aujourd'hui notre
Ouvrage par les yeux de l'homme de
Lettres , demain il sera éclairé par les lu- mieres de l'Amateur du coloris ; une aure fois les regards du Partisan du Desçin donneront aux nôtres une nouvelle
éverité , &c.
Mais il arrive quelquefois , poursuit
Auteur sur la maniere d'avoir des avis,
que la façon dont nous les demandons
ne prouve autre chose que le desir que
nous avons de recevoir des loüanges. Souvent un Auteur trouve moyen de faire
Péloge de son Ouvrage, dans le temps mêrê qu'il semble implorer le secours de
de la Critique. Trouvez- vous , dira-t'il ,
que je me sois tiré heureusement de telle
difficulté ? Fe crains que la finesse de ces
expressions ne soit pas sentie du Public.
J'aurois moins de défiance si je n'avois
affaire qu'à des Connoisseurs tels que
vous dites moi votre sentiment. Le
moyen de dire des choses fâcheuses à
quelqu'un qui déclare que vous êtes seul
capable de connoître l'excellence de son
mérite. Ne prévenons nos Juges que sur
,
desir que nous avons de nous corriger
et sur l'obligation que nous aurions à
quelqu'un qui nous voudroit assez de
bien
1
pour nous faire part de sa critique , au
risque de nous affliger. D'ailleurs laissons
parler notre Ouvrage ; ce qu'il ne dira
pas, cest qu'il ne le peut dire, &c. Soyons
prompts à démêler sur le visage de celui
que nous consultons , l'impression qu'il
reçoit au premier coup d'œil , c'est le
sentiment que sa politesse même ne peur
nous cacher. Mais ne craignons pas de
manquer d'avis quand il sera bien établi
que nous les recevons avec plaisir.
Après avoir dit que c'est dans l'idée de
critiquer ses propres ouvrages , qu'il faut
consulter ceux des grands Maîtres anciens , il ajoute : Nous devrions faire la
même chose à la vûë de ceux des habiles
gens avec qui nous vivons. Malheureusement cela nous devient plus difficile :
nous avons peine àconvenir qu'il se trouve de notre temps des personnes qui possedent dans notre Art des perfections que
nous n'avons pû acquerir ; nous le pardonnons aux anciens; ils semblent avoir
expié cette offense en cessant de vivre.
D'ailleurs ceux de nos jours que nous
envions , sont obligés de leur rendre la
même justice ; c'est une consolation pour
notre amour propre ; mais qu'en arrive-,
t-il? Nous nous bornons à admirer ceux
qui sont venus avant nous , sans nous efforcer
AOUST. 1732 1791
forcer de les égaler ; nous renonçons à
ce noble désir , dans l'esperance que nos
contemporains ne parviendront pas plus
que nous à cet éminent dégré de perfec
tion ; et quant aux Ouvrages nouveaux
si nous y remarquons des parties qui
nous manquent, loin de tâcher de mettre
à profit le mouvement de jalousie qu'el
les nous inspirent , en les étudiant assez
pour les acquerir ; nous cherchons promtement de la consolation , en y faisant la
recherche de défauts que nous aurions
peut- être évitez. De là nous retournons
regarder nos productions avec autant de
complaisance pour nous mêmes, que nous
avons de sévérité pour les autres : Nous
y admirons la partie que nous croïons posséder ; nous ne manquons pas de lui donner la prééminence sur toutes les autres ;
nos ennemis ont la malice de nous fortifier dans cette ridicule opinion ; nos flateurs ont la fausseté de l'augmenter en
nous , et nos amis ont souvent la foiblesse de nous la laisser , et d'en prendre leur
part.
La seule comparaison de nos Ouvrages,
avec ceux des autres , peut nous rendre
nos deffauts sensibles. Lorsque nous passons notre temps vis- à-vis nos produc
tions , il est rare que nous persistions dans
1792 MERCURE DE FRANCE
dans le désir de leur chercher querelle.
Combien de femmes, dans l'arriere saison,
sont contentes de leur visage , après une
longue toilette ! La grande habitude dans
laquelle elles sont, d'y considerer toujours
le même objet , qu'elles pensent embellir
souvent par de ridicules ajustemens , leur
persuade aisément qu'il est même du remede aux Outrages du temps. Qu'une jeune et belle personne paroisse , cette vûë
leur fait sentir dans l'instant des veritez
que le Miroir leur avoit montrées vainement. Gardons-nous donc de croire que
nous puissions , sans aucun secours , parvenir à nous bien critiquer; nous sommes
trop échauffez de nos propres idées pour
conserver ce sang froid, si nécessaire pour
bien juger.
Avant le Dialogue sur la connoissance
-de la Peinture , M. Coypel rend compte
du motif qui le lui a fait composer , sur
ce principe , que la Peinture n'ayant pour
objet que la parfaite imitation de la nature ,
tout homme de bon sens et d'esprit, sans avoir
étudié les mysteres de cet art , est à portée de
sentir les grandes beautez d'un Tableau , et
defaire souvent même d'excellentes remarques
Il suppose un veritable connoisseur en
conversation , avec un homme d'esprit ,
qui
A OUST. 1732. 1793
qui n'ayant jamais eu de principes sur la
peinture , n'ose s'en rapporter à ses yeux;
ou , pour dire plus, dit- il , n'ose ceder au
plaisir qu'il ressent , en voyant des Tableaux , dans la crainte de n'être pas satisfait selon les regles , &c.
Seriez-vous dans l'erreur de croire , dit
Alcipeà Damon,comme beaucoup de gens,
que l'on ne sçauroit sentir les beautez
d'un Ouvrage que lorsque l'on sçait de
quelle main il est sorti ? ... Je conviens
que celui qui est au fait des principes de
Art, doit avoir encore plus de plaisir
qu'un autre ; mais je ne conviens pas que
cela soit absolument nécessaire. Selon
votre idée , on ne pourroit lire les Vers
avec plaisir , qu'autant qu'on seroit capable d'en faire soi-même ; et il ne seroit
plus permis qu'à ceux qui sçavent la Musique , d'écouter un Concert. Non , mon
cher Damon, les beaux Arts sont faits
pour toutes les personnes de bon sens et
d'esprit et sur tout la Peinture , qui
n'a d'autre objet que l'imitation du vrai.
Croyez qu'il y a tel homme d'esprit , qui
sera plus capable de sentir les grandes
beautez d'un Tableau , que quantité de
prétendus connoisseurs qui vous imposent par leur jargon ; de ces gens qui ont
passé leur vie à étudier les differentes maF nicres
1794 MERCURE DE FRANCE
nieres de tels et tels , sans s'appliquer à
connoître quelle partie a rendu celui-cy
plus fameux que cet autre. Il leur suffit
de reconnoître la touche du Titien, ou du
Carache dans un Tableau, pour le déclarer merveilleux. Ne croyez pas même
qu'ils aillent chercher les preuves de l'originalité dans les grandes parties ;-non ,
c'est souvent un petit coin du Tableau
la touche d'une Plante , d'un Nuage, ou
le derriere de la Toile qui les déterminent. D'ailleurs ces gens - là n'ignorent
aucuns termes de l'Art , sçavent exactement la vie des Peintres , l'Histoire de
chaque Tableau , &c.
Ce que j'y trouve de pis , c'est que ces
diseurs de grands mots sont des Éleves.
Un homme qui voudra se jetter dans la
connoissance de la Peinture , s'addressera
plutôt à eux qu'à un Peintre ; car ces
Mr ont leur interêt pour publier que les
Peintres sont ceux qui s'y connoissent le
moins. C'est-là le premier préjugé sur lequel ils établissent les autres. Si - tôt que
Eleve en est rempli , il marche à grands
pas ; en peu de jours le voilà bien persuadé qu'il peut en toute sureté , mépriser
tous les Tableaux peints sur des toiles neu--
ves ; et admirer ceux qui menacent ruine.
Jugez alors si l'amour propre est satis- fait ?
AOUST. 17320 1795
it. Quel air de capacité ne se donne
int mon homme en se récriant devant
monde sur les beautez d'un vieux Taeau noirci , où les autres ne connoisnt plus rien , et où il ne découvre plus
n lui-même on le suit , on l'écoute
Sa décision est pitoyable , mais
e lui importe ; on le prend pour un
mme capable, il est content.Car il faut
convenir ; souvent nous avons des Taaux, des Livres ; nous courons les Conts , bien moins parce que nous aimons
Peinture , les Lettres ou la Musique
pour nous donner un air de capacité.
is se le donne - t - on en réfléchissant
g-temps avant que de hazarder son
timent ? Non, c'est en décidant promient , &c.
On blâme plus volontiers les Ouvranouveaux qui paroissent , qu'on ne les
3. Je ne sçai pourquoi , dit Alcipe, mais
utencore l'avouer,à notre honte; nous
ons une secrete et détestable joïe à reher un homme qui a fait ses efforts
nous plaire ; et vû cette malheureuclination , il devient bien plus diffid'approuver un Ouvrage nouveau ,
ue de leblâmer.Dites qu'il ne vaut rien;
on vous croît , sans que vous soyez obligé de vous expliquer davantage ; mais si
Fij Vous
1796 MERCURE DE FRANCE
vous en parlez avec éloge , ( au cas qu'on
veuille bien ne vous pas traiter d'imbécille ) on vous demande au moins raison.
de votre approbation ; c'est alors qu'il
faut véritablement s'y connoître pour
prouver sa capacité ; et peut - être même
faut-il plus de gout et d'esprit pour bien
sentir les grandes beautez , que pour découvrir les deffauts. D'ailleurs , que risquons- nous en blâmant? Si l'Ouvrage est
bon et reconnu pour tel dans la suite,nous
donnons à perser , en le regardant avec
froideur , que nous avons une idée du
beau bien supérieure à celle qu'en a le
vulgaire ; mais quand par malheur la critique l'emporte sur nos applaudissemens,
nous courons risque de passer pour des
esprits bornés. A l'égard des productions
des anciens , on ne peut que se faire honneur en les louant , parce que la posterité
les a consacrez. N'allez pas croire que je
prétende dire qu'ils ne sont pas dignes de
cette admiration ; personne ne leur rend
plus de justice que moi ; et c'est parce
que je les aime , que je suis outré de les
entendre loüer par des ignorans, qui n'en
démêlent que la rareté , et point du tout
l'excellence.
Mais, quoy ! dit Damon, jugeriez-vous
à propos que j'allasse me mêler de parler
de
A O UST. 1732. 1797
de la composition d'un Tableau : Eh
pourquoi pas ? répond Alcipe. Quelle
est , à votre avis , la premiere partie de la
composition ? N'est- ce pas de vous rendre , avec vérité , le sujet que l'on vous
annonce ? Si on veut vous representer ,
par exemple , la mort de Jules - César
n'êtes-vous pas à portée de juger si le
Peintre a rendu l'image de cette Scene ?
N'en jugeriez vous pas au Théatre ? Ne
verriez-vous pas bien si César et Brutus sont les principaux objets qui frappent votre vûë ? Si les autres personnages ont dans l'action , dans laquelle ils doivent être Enfin si le mouvement de
cètte Scene vous inspire la terreur qu'il
doit vous inspirer ? Si ces principales par
ties ne s'y trouvent point , dites en sûreté
que la composion de ce Tableau ne vous
plaît pas ; et vous aurez raison ; mais ne
vous pressez pas de dire que ce Tableau
ne vaut rien ; car il pourroit se trouver
d'excellentes choses dans le détail. La
Peinture est composée de tant de parties... Regardez donc , avant de condamner entierement , si , la composition
à part , vous ne serez point frappé de la
vérité de la couleur , de l'effet du clairobscur , du relief des figures , &c.
Sur la composition , sur le dessein , sur
Fiij le
1798 MERCURE DE FRANCE
le coloris , un homme d'esprit peut dire
son sentiment , dit Alcipe , puisqu'il ne
s'agit que de comparer le vrai, avec l'imitation. Quant à l'harmonie generale
poursuit-il,pourquoi nos yeux n'auroient- ils pas les mêmes facultez que nos oreilles ? Nous ne sommes touchez du son des
Instrumens , que lorsqu'ils sont parfaitement d'accord. Les couleurs d'un Tableau
doivent faire sur nous les mêmes impressions.Si une Musique harmonieuse et brillante nous frappe plus qu'une Musique
plate , quoique nous ne sçachions pas les
regles de la composition ; pourquoi un
Tableau brillant et suave ne nous plairat-il pas plus qu'un Tableau dur et sans
accord?
Royale de Peinture et Sculpture. Par
2. Charles Coypel , Premier Peintre de V. le Duc d'Orleans. A Paris , chez
P. F. Mariette , rue S Jacques , 1732. Brochure in 4. de 34. pages.
Le sujet, du premier Discours est sur
necessité de recevoir des avis. La premiere chose dont le Lecteur s'apperçoit
dans la lecture agréable et utile de cet
Ouvrage , c'est que M. Coypel , outre ses
lens pour l'Art qu'il professe , a une
plume aussi sage et aussi élegante que
son Pinceau ; deux qualitez qu'on trouve assez rarement ensemble. On renarque dans ses Ecrits le même génie ,
le même tour et le même ordre qu'on
voir avec plaisir dans ses heureuses Ĉompositions , où l'on trouve tant d'expres
sions fines et délicates.
M. Coypel entre en matiere très-moaestement , en soumettant ces Refléxions
qu'il n'avoit faites , dit- il , que pour lui ,
au jugement de l'Académie , et ne pou
vant croire qu'elles puissent être utiles
à d'autres qu'à lui ; sur quoi nous- pensons
1788 MERCURE DE FRANCE
sons qu'il s'expose à un démenti de là
part de tous ses Lecteurs et peut être
de toute l'Académie.
-
Sur la necessité de recevoir des avis ,
M. Coypel s'exprime ainsi. La Peinture
est composée de tant de parties , que nous
ne devons presque jamais nous flater de
ne pas perdre de vûe les unes , en nous
attachant à chercher les autres.
Il n'est pas moins rare de trouver des
amis qui soient également touchez de
toutes ces Parties. L'un n'est sensible
qu'à la couleur , et n'est que peu flaté
de l'élegance du Dessein ; l'autre , au
contraire , prétend que sans le grand
goût, la délicatesse et la pureté du Dessein , la Peinture n'est qu'une affaire de
Mécanique. L'homme d'esprit et de sentiment ne s'attachera qu'à l'expression des
têtes et à l'ordonnance. L'homme d'érudition sera satisfait si le Costume est
scrupuleusement observé dans un Tableau , ainsi des autres.
Chacun ayant donc presque toûjours
son goût déterminé pour une partie de
la Peinture , et la préferant aux autres ,
rarement est-il possible que les avis d'un
seul ami soient suffisans ; nous devons
donc necessairement faire societé avec
des personnes de goûts differens ; l'un
apper-
AOUST. 1732. 1789
appercevra ce que l'autre avoit laissé
échapper.Nous verrons aujourd'hui notre
Ouvrage par les yeux de l'homme de
Lettres , demain il sera éclairé par les lu- mieres de l'Amateur du coloris ; une aure fois les regards du Partisan du Desçin donneront aux nôtres une nouvelle
éverité , &c.
Mais il arrive quelquefois , poursuit
Auteur sur la maniere d'avoir des avis,
que la façon dont nous les demandons
ne prouve autre chose que le desir que
nous avons de recevoir des loüanges. Souvent un Auteur trouve moyen de faire
Péloge de son Ouvrage, dans le temps mêrê qu'il semble implorer le secours de
de la Critique. Trouvez- vous , dira-t'il ,
que je me sois tiré heureusement de telle
difficulté ? Fe crains que la finesse de ces
expressions ne soit pas sentie du Public.
J'aurois moins de défiance si je n'avois
affaire qu'à des Connoisseurs tels que
vous dites moi votre sentiment. Le
moyen de dire des choses fâcheuses à
quelqu'un qui déclare que vous êtes seul
capable de connoître l'excellence de son
mérite. Ne prévenons nos Juges que sur
,
desir que nous avons de nous corriger
et sur l'obligation que nous aurions à
quelqu'un qui nous voudroit assez de
bien
1
pour nous faire part de sa critique , au
risque de nous affliger. D'ailleurs laissons
parler notre Ouvrage ; ce qu'il ne dira
pas, cest qu'il ne le peut dire, &c. Soyons
prompts à démêler sur le visage de celui
que nous consultons , l'impression qu'il
reçoit au premier coup d'œil , c'est le
sentiment que sa politesse même ne peur
nous cacher. Mais ne craignons pas de
manquer d'avis quand il sera bien établi
que nous les recevons avec plaisir.
Après avoir dit que c'est dans l'idée de
critiquer ses propres ouvrages , qu'il faut
consulter ceux des grands Maîtres anciens , il ajoute : Nous devrions faire la
même chose à la vûë de ceux des habiles
gens avec qui nous vivons. Malheureusement cela nous devient plus difficile :
nous avons peine àconvenir qu'il se trouve de notre temps des personnes qui possedent dans notre Art des perfections que
nous n'avons pû acquerir ; nous le pardonnons aux anciens; ils semblent avoir
expié cette offense en cessant de vivre.
D'ailleurs ceux de nos jours que nous
envions , sont obligés de leur rendre la
même justice ; c'est une consolation pour
notre amour propre ; mais qu'en arrive-,
t-il? Nous nous bornons à admirer ceux
qui sont venus avant nous , sans nous efforcer
AOUST. 1732 1791
forcer de les égaler ; nous renonçons à
ce noble désir , dans l'esperance que nos
contemporains ne parviendront pas plus
que nous à cet éminent dégré de perfec
tion ; et quant aux Ouvrages nouveaux
si nous y remarquons des parties qui
nous manquent, loin de tâcher de mettre
à profit le mouvement de jalousie qu'el
les nous inspirent , en les étudiant assez
pour les acquerir ; nous cherchons promtement de la consolation , en y faisant la
recherche de défauts que nous aurions
peut- être évitez. De là nous retournons
regarder nos productions avec autant de
complaisance pour nous mêmes, que nous
avons de sévérité pour les autres : Nous
y admirons la partie que nous croïons posséder ; nous ne manquons pas de lui donner la prééminence sur toutes les autres ;
nos ennemis ont la malice de nous fortifier dans cette ridicule opinion ; nos flateurs ont la fausseté de l'augmenter en
nous , et nos amis ont souvent la foiblesse de nous la laisser , et d'en prendre leur
part.
La seule comparaison de nos Ouvrages,
avec ceux des autres , peut nous rendre
nos deffauts sensibles. Lorsque nous passons notre temps vis- à-vis nos produc
tions , il est rare que nous persistions dans
1792 MERCURE DE FRANCE
dans le désir de leur chercher querelle.
Combien de femmes, dans l'arriere saison,
sont contentes de leur visage , après une
longue toilette ! La grande habitude dans
laquelle elles sont, d'y considerer toujours
le même objet , qu'elles pensent embellir
souvent par de ridicules ajustemens , leur
persuade aisément qu'il est même du remede aux Outrages du temps. Qu'une jeune et belle personne paroisse , cette vûë
leur fait sentir dans l'instant des veritez
que le Miroir leur avoit montrées vainement. Gardons-nous donc de croire que
nous puissions , sans aucun secours , parvenir à nous bien critiquer; nous sommes
trop échauffez de nos propres idées pour
conserver ce sang froid, si nécessaire pour
bien juger.
Avant le Dialogue sur la connoissance
-de la Peinture , M. Coypel rend compte
du motif qui le lui a fait composer , sur
ce principe , que la Peinture n'ayant pour
objet que la parfaite imitation de la nature ,
tout homme de bon sens et d'esprit, sans avoir
étudié les mysteres de cet art , est à portée de
sentir les grandes beautez d'un Tableau , et
defaire souvent même d'excellentes remarques
Il suppose un veritable connoisseur en
conversation , avec un homme d'esprit ,
qui
A OUST. 1732. 1793
qui n'ayant jamais eu de principes sur la
peinture , n'ose s'en rapporter à ses yeux;
ou , pour dire plus, dit- il , n'ose ceder au
plaisir qu'il ressent , en voyant des Tableaux , dans la crainte de n'être pas satisfait selon les regles , &c.
Seriez-vous dans l'erreur de croire , dit
Alcipeà Damon,comme beaucoup de gens,
que l'on ne sçauroit sentir les beautez
d'un Ouvrage que lorsque l'on sçait de
quelle main il est sorti ? ... Je conviens
que celui qui est au fait des principes de
Art, doit avoir encore plus de plaisir
qu'un autre ; mais je ne conviens pas que
cela soit absolument nécessaire. Selon
votre idée , on ne pourroit lire les Vers
avec plaisir , qu'autant qu'on seroit capable d'en faire soi-même ; et il ne seroit
plus permis qu'à ceux qui sçavent la Musique , d'écouter un Concert. Non , mon
cher Damon, les beaux Arts sont faits
pour toutes les personnes de bon sens et
d'esprit et sur tout la Peinture , qui
n'a d'autre objet que l'imitation du vrai.
Croyez qu'il y a tel homme d'esprit , qui
sera plus capable de sentir les grandes
beautez d'un Tableau , que quantité de
prétendus connoisseurs qui vous imposent par leur jargon ; de ces gens qui ont
passé leur vie à étudier les differentes maF nicres
1794 MERCURE DE FRANCE
nieres de tels et tels , sans s'appliquer à
connoître quelle partie a rendu celui-cy
plus fameux que cet autre. Il leur suffit
de reconnoître la touche du Titien, ou du
Carache dans un Tableau, pour le déclarer merveilleux. Ne croyez pas même
qu'ils aillent chercher les preuves de l'originalité dans les grandes parties ;-non ,
c'est souvent un petit coin du Tableau
la touche d'une Plante , d'un Nuage, ou
le derriere de la Toile qui les déterminent. D'ailleurs ces gens - là n'ignorent
aucuns termes de l'Art , sçavent exactement la vie des Peintres , l'Histoire de
chaque Tableau , &c.
Ce que j'y trouve de pis , c'est que ces
diseurs de grands mots sont des Éleves.
Un homme qui voudra se jetter dans la
connoissance de la Peinture , s'addressera
plutôt à eux qu'à un Peintre ; car ces
Mr ont leur interêt pour publier que les
Peintres sont ceux qui s'y connoissent le
moins. C'est-là le premier préjugé sur lequel ils établissent les autres. Si - tôt que
Eleve en est rempli , il marche à grands
pas ; en peu de jours le voilà bien persuadé qu'il peut en toute sureté , mépriser
tous les Tableaux peints sur des toiles neu--
ves ; et admirer ceux qui menacent ruine.
Jugez alors si l'amour propre est satis- fait ?
AOUST. 17320 1795
it. Quel air de capacité ne se donne
int mon homme en se récriant devant
monde sur les beautez d'un vieux Taeau noirci , où les autres ne connoisnt plus rien , et où il ne découvre plus
n lui-même on le suit , on l'écoute
Sa décision est pitoyable , mais
e lui importe ; on le prend pour un
mme capable, il est content.Car il faut
convenir ; souvent nous avons des Taaux, des Livres ; nous courons les Conts , bien moins parce que nous aimons
Peinture , les Lettres ou la Musique
pour nous donner un air de capacité.
is se le donne - t - on en réfléchissant
g-temps avant que de hazarder son
timent ? Non, c'est en décidant promient , &c.
On blâme plus volontiers les Ouvranouveaux qui paroissent , qu'on ne les
3. Je ne sçai pourquoi , dit Alcipe, mais
utencore l'avouer,à notre honte; nous
ons une secrete et détestable joïe à reher un homme qui a fait ses efforts
nous plaire ; et vû cette malheureuclination , il devient bien plus diffid'approuver un Ouvrage nouveau ,
ue de leblâmer.Dites qu'il ne vaut rien;
on vous croît , sans que vous soyez obligé de vous expliquer davantage ; mais si
Fij Vous
1796 MERCURE DE FRANCE
vous en parlez avec éloge , ( au cas qu'on
veuille bien ne vous pas traiter d'imbécille ) on vous demande au moins raison.
de votre approbation ; c'est alors qu'il
faut véritablement s'y connoître pour
prouver sa capacité ; et peut - être même
faut-il plus de gout et d'esprit pour bien
sentir les grandes beautez , que pour découvrir les deffauts. D'ailleurs , que risquons- nous en blâmant? Si l'Ouvrage est
bon et reconnu pour tel dans la suite,nous
donnons à perser , en le regardant avec
froideur , que nous avons une idée du
beau bien supérieure à celle qu'en a le
vulgaire ; mais quand par malheur la critique l'emporte sur nos applaudissemens,
nous courons risque de passer pour des
esprits bornés. A l'égard des productions
des anciens , on ne peut que se faire honneur en les louant , parce que la posterité
les a consacrez. N'allez pas croire que je
prétende dire qu'ils ne sont pas dignes de
cette admiration ; personne ne leur rend
plus de justice que moi ; et c'est parce
que je les aime , que je suis outré de les
entendre loüer par des ignorans, qui n'en
démêlent que la rareté , et point du tout
l'excellence.
Mais, quoy ! dit Damon, jugeriez-vous
à propos que j'allasse me mêler de parler
de
A O UST. 1732. 1797
de la composition d'un Tableau : Eh
pourquoi pas ? répond Alcipe. Quelle
est , à votre avis , la premiere partie de la
composition ? N'est- ce pas de vous rendre , avec vérité , le sujet que l'on vous
annonce ? Si on veut vous representer ,
par exemple , la mort de Jules - César
n'êtes-vous pas à portée de juger si le
Peintre a rendu l'image de cette Scene ?
N'en jugeriez vous pas au Théatre ? Ne
verriez-vous pas bien si César et Brutus sont les principaux objets qui frappent votre vûë ? Si les autres personnages ont dans l'action , dans laquelle ils doivent être Enfin si le mouvement de
cètte Scene vous inspire la terreur qu'il
doit vous inspirer ? Si ces principales par
ties ne s'y trouvent point , dites en sûreté
que la composion de ce Tableau ne vous
plaît pas ; et vous aurez raison ; mais ne
vous pressez pas de dire que ce Tableau
ne vaut rien ; car il pourroit se trouver
d'excellentes choses dans le détail. La
Peinture est composée de tant de parties... Regardez donc , avant de condamner entierement , si , la composition
à part , vous ne serez point frappé de la
vérité de la couleur , de l'effet du clairobscur , du relief des figures , &c.
Sur la composition , sur le dessein , sur
Fiij le
1798 MERCURE DE FRANCE
le coloris , un homme d'esprit peut dire
son sentiment , dit Alcipe , puisqu'il ne
s'agit que de comparer le vrai, avec l'imitation. Quant à l'harmonie generale
poursuit-il,pourquoi nos yeux n'auroient- ils pas les mêmes facultez que nos oreilles ? Nous ne sommes touchez du son des
Instrumens , que lorsqu'ils sont parfaitement d'accord. Les couleurs d'un Tableau
doivent faire sur nous les mêmes impressions.Si une Musique harmonieuse et brillante nous frappe plus qu'une Musique
plate , quoique nous ne sçachions pas les
regles de la composition ; pourquoi un
Tableau brillant et suave ne nous plairat-il pas plus qu'un Tableau dur et sans
accord?
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Résumé : Discours sur la Peinture, &c. [titre d'après la table]
En 1732, Charles Coypel, Premier Peintre du Duc d'Orléans, prononce un discours lors des conférences de l'Académie Royale de Peinture et Sculpture. Il y souligne la nécessité pour les artistes de recevoir des avis pour améliorer leur travail. La peinture, composée de nombreuses parties, peut être critiquée sous différents aspects tels que la couleur, le dessin, l'expression ou le costume. Coypel insiste sur l'importance de demander des avis de manière sincère et ouverte, sans chercher uniquement des louanges. Il critique ceux qui se contentent d'admirer les œuvres des anciens maîtres sans essayer de les égaler ou d'apprendre des contemporains. Il met également en garde contre l'habitude de trouver des défauts dans les œuvres nouvelles pour se consoler de ses propres insuffisances. Coypel aborde ensuite la capacité de chacun à apprécier les beautés d'un tableau, indépendamment des connaissances techniques. Il critique les prétendus connaisseurs qui se basent sur des détails superficiels pour juger une œuvre. Il encourage à juger les tableaux en fonction de leur composition et de leur capacité à représenter fidèlement le sujet. Le texte discute également de la perception des éléments artistiques par l'observateur, tels que la vérité de la couleur, l'effet du clair-obscur et le relief des figures. Alcipe, un personnage mentionné, affirme qu'un homme d'esprit peut exprimer son avis sur la composition, le dessin et le coloris en comparant le vrai avec l'imitation. Il compare l'harmonie générale d'un tableau à celle de la musique, suggérant que les yeux devraient avoir les mêmes facultés que les oreilles. Les couleurs d'un tableau doivent produire les mêmes impressions que les sons des instruments lorsqu'ils sont en accord parfait. De même que la musique harmonieuse et brillante est plus frappante que la musique plate, un tableau brillant et suave devrait plaire davantage qu'un tableau dur et sans accord.
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234
p. 1806-1809
Pendule pour le Roy de Sardaigne, [titre d'après la table]
Début :
On a fait depuis peu à Paris, pour le Roi de Sardaigne une Boëte de Pendule de bronze [...]
Mots clefs :
Pendule, Roi de Sardaigne, Paris, Cadran, Monsieur Thiout
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texteReconnaissance textuelle : Pendule pour le Roy de Sardaigne, [titre d'après la table]
Ona fait depuis peu à Paris, pour leRoi de
Sardaigne une Boëte de Pendule de bronze dore d'or mouiu. Quoiqu'elle ne soit pas
d'un grand volume , n'ayant qu'environ
deux pieds de haut , elle ne laisse pas que
d'être très riche, elle est décorée sur le haut
d'un Groupe représentant Zephire et Flo
re, badinant avec des Festons et des Cou
ronnes
AOUST. 1732. 1807
ronnes de fleurs ; un peu plus bas on voit
des Bustes et des Têtes d'enfans ailez , sur.
des Nuées , qui paroissent s'empresser
pour badiner aussi.
Au- dessous du Cadran est un Cartouche
d'où naissent des Cornets d'abondance
avec quantité de fleurs qui vont se retrousser en Festons sur les côtez et autour de la Boëre. Au bas de la Pendule
sont les Signes du Zodiaque en relief ,
que le Temps supporte et découvre en
retroussant une draperie ; le Signe qui
est en face est celui du Bellier, const llation sous laquelle le Prince est né. Elle
est désignée par une Etoille rayonnante
qu'un G'nie vient admirer et couronner
de fleurs ; le reste des Attributs caracte
risent l'abondance et les plaisir à l'aspect
de cet A tre naissant.
- Cet Ouvrage , aussi rich e que de bon
goût et très- recherché, est des Sieurs Slotz,
Sculpteurs du Roy , dont nous avons
déjà parlé dans ce Journal , au sujet d'une Pendule très- magnifique , qu'ils firent
il y a quelques années pour le Roy de
Portugal.
Le Cadran de cette Pendule n'a que
six pouces et demi de diametre , crpendant le sieur Thiout , habile Horloger à
Paris , demeurant ruë de Gêvres , a renfermé
1808 MERCURE DE FRANCE
maret
fermé dans ce petit espace un mouve
ment d'équation très - simple , travaillé
avec jastesse et solidité , qui fait sonner
l'heure et les quarts du temps vrai ,
quant aussi les heures , minutes et secondes du même temps vrai et celles du
temps moyen , très distinctement
quoique borné par le peu d'étendue pour
plus de précision , il a ajoûté le poids au
mouvement , qui se remonte par la sonnerie. Le sieur Thiout a mis à cette Pendule son nouvel échappement à deux
Leviers , dont il continuë de plus en plus
à faire usage , principalement aux Pendules à secondes. Le premier a été mis à
la derniere Pendule d'équation que l'Auteur a faite pour le Roy de Portugal , et
qui fut présentée à l'Académie Royale
des Sciences le 19. Mars 1727. laquelle
en approuva la quadrature , et jugea que
l'échappement à deux Leviers étoit nouveau
et ingénieux , se faisant avec beaucoup de
douceur et d'égalité , et qu'enfin le tout étoit
executé avecbeaucoup d'adresse et d'habileté.
Le sicur Thiout vient aussi de faire un
quantiéme de mois très simple , dont
Fapplication est nouvelle et curieuse ; il
l'a placé dans le fond d'une Boëte de
Montre à répetition ; le changement se
fait lorsque l'on a remonté la Montre
-
le
AOUST. 1732 1809
le chiffre paroît par une petite ouverture
faite à la Boëte , couverte d'un cristal ,
par ce moyen le Quantiéme est tout-àfait indépendant du mouvement et n'est
sujet à nul inconvenient. Pour peu que la
Boëte soit grande , on peut sur le même
principe faire marquer les quantiémes de
mois , de Lune et ses phases , sans qu'il
en résulte autre inconvenient que de tenir la Boëte plus profonde de l'épaisseur
d'environ d'un sixième de ligne.
Sardaigne une Boëte de Pendule de bronze dore d'or mouiu. Quoiqu'elle ne soit pas
d'un grand volume , n'ayant qu'environ
deux pieds de haut , elle ne laisse pas que
d'être très riche, elle est décorée sur le haut
d'un Groupe représentant Zephire et Flo
re, badinant avec des Festons et des Cou
ronnes
AOUST. 1732. 1807
ronnes de fleurs ; un peu plus bas on voit
des Bustes et des Têtes d'enfans ailez , sur.
des Nuées , qui paroissent s'empresser
pour badiner aussi.
Au- dessous du Cadran est un Cartouche
d'où naissent des Cornets d'abondance
avec quantité de fleurs qui vont se retrousser en Festons sur les côtez et autour de la Boëre. Au bas de la Pendule
sont les Signes du Zodiaque en relief ,
que le Temps supporte et découvre en
retroussant une draperie ; le Signe qui
est en face est celui du Bellier, const llation sous laquelle le Prince est né. Elle
est désignée par une Etoille rayonnante
qu'un G'nie vient admirer et couronner
de fleurs ; le reste des Attributs caracte
risent l'abondance et les plaisir à l'aspect
de cet A tre naissant.
- Cet Ouvrage , aussi rich e que de bon
goût et très- recherché, est des Sieurs Slotz,
Sculpteurs du Roy , dont nous avons
déjà parlé dans ce Journal , au sujet d'une Pendule très- magnifique , qu'ils firent
il y a quelques années pour le Roy de
Portugal.
Le Cadran de cette Pendule n'a que
six pouces et demi de diametre , crpendant le sieur Thiout , habile Horloger à
Paris , demeurant ruë de Gêvres , a renfermé
1808 MERCURE DE FRANCE
maret
fermé dans ce petit espace un mouve
ment d'équation très - simple , travaillé
avec jastesse et solidité , qui fait sonner
l'heure et les quarts du temps vrai ,
quant aussi les heures , minutes et secondes du même temps vrai et celles du
temps moyen , très distinctement
quoique borné par le peu d'étendue pour
plus de précision , il a ajoûté le poids au
mouvement , qui se remonte par la sonnerie. Le sieur Thiout a mis à cette Pendule son nouvel échappement à deux
Leviers , dont il continuë de plus en plus
à faire usage , principalement aux Pendules à secondes. Le premier a été mis à
la derniere Pendule d'équation que l'Auteur a faite pour le Roy de Portugal , et
qui fut présentée à l'Académie Royale
des Sciences le 19. Mars 1727. laquelle
en approuva la quadrature , et jugea que
l'échappement à deux Leviers étoit nouveau
et ingénieux , se faisant avec beaucoup de
douceur et d'égalité , et qu'enfin le tout étoit
executé avecbeaucoup d'adresse et d'habileté.
Le sicur Thiout vient aussi de faire un
quantiéme de mois très simple , dont
Fapplication est nouvelle et curieuse ; il
l'a placé dans le fond d'une Boëte de
Montre à répetition ; le changement se
fait lorsque l'on a remonté la Montre
-
le
AOUST. 1732 1809
le chiffre paroît par une petite ouverture
faite à la Boëte , couverte d'un cristal ,
par ce moyen le Quantiéme est tout-àfait indépendant du mouvement et n'est
sujet à nul inconvenient. Pour peu que la
Boëte soit grande , on peut sur le même
principe faire marquer les quantiémes de
mois , de Lune et ses phases , sans qu'il
en résulte autre inconvenient que de tenir la Boëte plus profonde de l'épaisseur
d'environ d'un sixième de ligne.
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Résumé : Pendule pour le Roy de Sardaigne, [titre d'après la table]
Le texte décrit une boîte de pendule en bronze doré à l'or moulu, réalisée pour le Roi de Sardaigne. Cette boîte, haute d'environ deux pieds, est richement décorée. Le haut représente Zéphire et Flore entourés de festons et de couronnes de fleurs. Des bustes et des têtes d'enfants ailés sur des nuées sont également présents. Sous le cadran, des cornes d'abondance ornées de fleurs émergent d'un cartouche. Au bas, les signes du Zodiaque en relief sont soutenus par le Temps, mettant en évidence le signe du Bélier, marqué par une étoile rayonnante admirée par un génie. Cette œuvre a été réalisée par les sculpteurs Slotz. La pendule possède un cadran de six pouces et demi de diamètre, avec un mouvement d'équation simple et précis, permettant de sonner l'heure et les quarts du temps vrai, ainsi que les heures, minutes et secondes du temps vrai et moyen. L'horloger Thiout a ajouté un poids au mouvement et utilisé un nouvel échappement à deux leviers, approuvé par l'Académie Royale des Sciences en 1727. Thiout a également créé un quantième de mois simple et indépendant du mouvement, visible à travers une petite ouverture couverte de cristal dans une boîte de montre à répétition, indiquant les quantièmes de mois et les phases de la Lune.
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235
p. 1809-1810
Statuës antiques, trouvées en Provence, [titre d'après la table]
Début :
On trouva il y a quelques années auprès de la Ville d'Apt en Provence, deux [...]
Mots clefs :
Apt, Marbre blanc, Monuments antiques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Statuës antiques, trouvées en Provence, [titre d'après la table]
On trouva il y a quelques années auprès de la Ville d'Apt en Provence , deux
Monumens antiques de Marbre blanc ,
d'une très-grande beauté ; sçavoir , la Sta
tuë en pied d'un homme , et sur un autre
bloc de Marbre , la figure d'une femme
assise , coëffée de la maniere que quelques
Imperatrices le sont dans les Médailles du
haut Empire , ayant auprès d'elle une
jeune fille debout , le tout d'un grand
goût, tant pour les airs de tête et l'expression , que pour la legereté des Draperies , &c. M. le Bret , Premier Président
et Intendant de la Province , le Marquis
de Caumont , le Président de Mazaugues,
&c. s'interesserent d'abord à cette découverte , et le R. P. de Montfaucon en a
profité pour le Public , en faisant graver
ces
1810 MERCURE DE FRANCE
ces Figures dans le III . Tome, page 11. de
ses Supplémens. Nous apprenons aujour
d'hui aux Amateurs de la belle Antiquité , quelque chose de plus ; ces précieux
Originaux ont été depuis peu transportez
à Paris, et ils sont actuellement exposez en
vente chez Mme de S. Didier , ruë de l'Eperon , près la rue S. André des Arcs.
Monumens antiques de Marbre blanc ,
d'une très-grande beauté ; sçavoir , la Sta
tuë en pied d'un homme , et sur un autre
bloc de Marbre , la figure d'une femme
assise , coëffée de la maniere que quelques
Imperatrices le sont dans les Médailles du
haut Empire , ayant auprès d'elle une
jeune fille debout , le tout d'un grand
goût, tant pour les airs de tête et l'expression , que pour la legereté des Draperies , &c. M. le Bret , Premier Président
et Intendant de la Province , le Marquis
de Caumont , le Président de Mazaugues,
&c. s'interesserent d'abord à cette découverte , et le R. P. de Montfaucon en a
profité pour le Public , en faisant graver
ces
1810 MERCURE DE FRANCE
ces Figures dans le III . Tome, page 11. de
ses Supplémens. Nous apprenons aujour
d'hui aux Amateurs de la belle Antiquité , quelque chose de plus ; ces précieux
Originaux ont été depuis peu transportez
à Paris, et ils sont actuellement exposez en
vente chez Mme de S. Didier , ruë de l'Eperon , près la rue S. André des Arcs.
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Résumé : Statuës antiques, trouvées en Provence, [titre d'après la table]
Près de la ville d'Apt en Provence, deux monuments antiques en marbre blanc ont été découverts. Ces monuments incluent une statue en pied d'un homme et une figure de femme assise, coiffée à la manière de certaines impératrices du haut Empire. À côté de cette femme se trouve une jeune fille debout. Ces œuvres se distinguent par leur beauté, l'expression des visages et la légèreté des draperies. Plusieurs personnalités, dont M. le Bret, Premier Président et Intendant de la Province, le Marquis de Caumont et le Président de Mazaugues, ont manifesté de l'intérêt pour cette découverte. Le R. P. de Montfaucon a contribué à la diffusion de ces œuvres en les faisant graver dans le troisième tome de ses suppléments. Récemment, ces originaux ont été transportés à Paris et sont actuellement exposés en vente chez Mme de S. Didier, rue de l'Éperon, près la rue Saint-André des Arcs.
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236
p. 1810-1811
Autres Antiques, trouvées en Portugal, Rome, &c. [titre d'après la table]
Début :
Des Lettres de Lisbonne portent, qu'on y avoit reçû avis de Braga, que des Ouvriers [...]
Mots clefs :
Braga, Vestiges, Colonne, Tombeau, Rome, Statues, Médailles, Antiquités romaines
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texteReconnaissance textuelle : Autres Antiques, trouvées en Portugal, Rome, &c. [titre d'après la table]
Des Lettres de Lisbonne portent , qu'on
y avoit reçû avis de Braga , que des Ou
vriers travaillant aux fondemens de l'ancienne Eglise de S. Martin de Dume ,
avoient trouvé les vestiges d'un Edifice
du temps des Romains , qu'on croit être
ceux d'un Temple dédié à Jupiter , parce
qu'on a trouvé des caracteres Romains
sur plusieurs pierres qui formoient les
Colomnes , et sur une Colomne assez bien
conservée , l'Inscription suivante , Jovi
expulsori Armia Lussina ex Voto posuit.
On a découvert aussi près de cette Colomne , un Tombeau de Marbre blanc ,
d'onze palmes de contour et large de trois
palmes , dans lequel on a trouvé les os
d'un Corps humain , que quelques Sçayans du Païs croyent être celui de Théadomire , l'un des Rois des Sueves , qui
ont regné en Portugal , qui mourut l'an
570. et qui avoit fondé le Monastete de
S.
AOUST. 1732.
1811
S. Martin de Dume. Comme les Goths
avoient ruiné les Edifices des Romains, les
Arabes ou Sarrazins ont pareillement détruit les Edifices des Goths , c'est ce qui
peut occasionner la confusion et le mêlange de toutes ces ruines , sur lesquelles
l'Académie Royale de l'Histoire , a ordre
de faire des recherches , dont elle fera
part au Public.
On écrit de Rome , que des Ouvriers
creusant depuis peu la terre aux environs
de la Chapelle de la Maison Corsini , y
trouverent quatre Statuës , une Colomne
de Jaspe antique ; deux autres Colomnes, des Urnes sépulcrales, quelques Lampes de Terre cuite , plusieurs Médailles
d'Empereurs , et diverses autres Antiqui- tez Romaines.
y avoit reçû avis de Braga , que des Ou
vriers travaillant aux fondemens de l'ancienne Eglise de S. Martin de Dume ,
avoient trouvé les vestiges d'un Edifice
du temps des Romains , qu'on croit être
ceux d'un Temple dédié à Jupiter , parce
qu'on a trouvé des caracteres Romains
sur plusieurs pierres qui formoient les
Colomnes , et sur une Colomne assez bien
conservée , l'Inscription suivante , Jovi
expulsori Armia Lussina ex Voto posuit.
On a découvert aussi près de cette Colomne , un Tombeau de Marbre blanc ,
d'onze palmes de contour et large de trois
palmes , dans lequel on a trouvé les os
d'un Corps humain , que quelques Sçayans du Païs croyent être celui de Théadomire , l'un des Rois des Sueves , qui
ont regné en Portugal , qui mourut l'an
570. et qui avoit fondé le Monastete de
S.
AOUST. 1732.
1811
S. Martin de Dume. Comme les Goths
avoient ruiné les Edifices des Romains, les
Arabes ou Sarrazins ont pareillement détruit les Edifices des Goths , c'est ce qui
peut occasionner la confusion et le mêlange de toutes ces ruines , sur lesquelles
l'Académie Royale de l'Histoire , a ordre
de faire des recherches , dont elle fera
part au Public.
On écrit de Rome , que des Ouvriers
creusant depuis peu la terre aux environs
de la Chapelle de la Maison Corsini , y
trouverent quatre Statuës , une Colomne
de Jaspe antique ; deux autres Colomnes, des Urnes sépulcrales, quelques Lampes de Terre cuite , plusieurs Médailles
d'Empereurs , et diverses autres Antiqui- tez Romaines.
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Résumé : Autres Antiques, trouvées en Portugal, Rome, &c. [titre d'après la table]
En août 1732, des ouvriers à Lisbonne ont découvert les vestiges d'un temple romain dédié à Jupiter sous les fondations de l'ancienne église de Saint-Martin de Dume. Cette hypothèse est confirmée par des inscriptions en caractères romains, dont une sur une colonne : 'Jovi expulsori Armia Lussina ex Voto posuit'. Près de cette colonne, un tombeau de marbre blanc contenant des ossements humains a été trouvé. Certains savants locaux suggèrent que ces ossements pourraient appartenir à Théodomir, roi des Suèves mort en 570. Les ruines romaines, gothiques et arabes se mélangent en raison des destructions successives. L'Académie Royale de l'Histoire a été chargée d'étudier ces vestiges et de publier les résultats. Parallèlement, à Rome, des antiquités romaines, incluant des statues, des colonnes et des médailles d'empereurs, ont été découvertes près de la chapelle de la Maison Corsini.
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237
p. 1811-1813
Nouvelles Estampes, &c. [titre d'après la table]
Début :
La Veuve Chereau, ruë S. Jacques, aux deux Piliers d'or, a mis en vente [...]
Mots clefs :
Estampes, Sujets, Marquis de Beringhen, Académie royale de peinture, Jaurat
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Estampes, &c. [titre d'après la table]
La Veuve Chereau , ruë S. Jacques ;
aux deux Piliers d'or , a mis en vente
quatre belles Estampes en hauteur , réprésentant les quatre Elemens, d'après les
Tableaux originaux du Cabinet du Marquis de Beringhen , Premier Ecuyer du
Roy , excellemment peints et les sujets
traitez d'une maniere aussi galante que
riche et ingénieuse , par le Sr N. Lancret ,
de l'Académie Royale de Peinture.
I.
1812 MERCURE DE FRANCE
1. L'A IR est exprimé par de jeunes
gens des deux Sexes , qui badinent avec
des boules de savon , des Châteaux de
Carte , des Moulinets , Cerf- volans , &c.
Huit Vers au bas de chaque Estampe ,
ornez de divers traits de Morale , expliquant les Sujets.
2. Des Bergers et des Bergeres dansent
autour d'un FEU de joye.
3. L'EAU est caracterisée par une Pêche , des Poissons , &c.
4. LA TERRE est heureusement exprimée par des Jardiniers , de jeunes Jardinieres , et par quantité de fleurs et de
fruits , &c. Cette Estampe est gravée par
le S Cochin. Les autres le sont par les
Sr Des Places , B. Audran et N. Tardieu.
On vient de donner trois autres nou
velles Estampes , extrémement approu
vées , qu'on vend chez le S Faurat , ruë
S. Jacques , vis-à - vis les Maturins , qui
les a gravées en hauteur , d'après le sieur
Jaurat , Peintre , son frere. Les deux qui
font pendant , et qui auront une suite
sont des sujets de la 2º et de la 14 Fablede la Fontaine. Le Savetier et le Financier,
et l'Amour et la Folic. Le sens, de ces Fables est très bien exprimé et très- bien
rendu dans les deux Estampes. La troisiéme
A OUST. 1732. 1813
sième , qui est un peu plus grande , répresente l'Amour Petit- Maître , au milieu
de quelques jeunes personnes , une des
quelles lui présente un Miroir. On lit
au bas ces quatre Vers.
Enfans , craignez le badinage ,
L'Amour blesse en toute saison.
De ses plaisirs on a l'usage ,
Avant celui de la raison.
aux deux Piliers d'or , a mis en vente
quatre belles Estampes en hauteur , réprésentant les quatre Elemens, d'après les
Tableaux originaux du Cabinet du Marquis de Beringhen , Premier Ecuyer du
Roy , excellemment peints et les sujets
traitez d'une maniere aussi galante que
riche et ingénieuse , par le Sr N. Lancret ,
de l'Académie Royale de Peinture.
I.
1812 MERCURE DE FRANCE
1. L'A IR est exprimé par de jeunes
gens des deux Sexes , qui badinent avec
des boules de savon , des Châteaux de
Carte , des Moulinets , Cerf- volans , &c.
Huit Vers au bas de chaque Estampe ,
ornez de divers traits de Morale , expliquant les Sujets.
2. Des Bergers et des Bergeres dansent
autour d'un FEU de joye.
3. L'EAU est caracterisée par une Pêche , des Poissons , &c.
4. LA TERRE est heureusement exprimée par des Jardiniers , de jeunes Jardinieres , et par quantité de fleurs et de
fruits , &c. Cette Estampe est gravée par
le S Cochin. Les autres le sont par les
Sr Des Places , B. Audran et N. Tardieu.
On vient de donner trois autres nou
velles Estampes , extrémement approu
vées , qu'on vend chez le S Faurat , ruë
S. Jacques , vis-à - vis les Maturins , qui
les a gravées en hauteur , d'après le sieur
Jaurat , Peintre , son frere. Les deux qui
font pendant , et qui auront une suite
sont des sujets de la 2º et de la 14 Fablede la Fontaine. Le Savetier et le Financier,
et l'Amour et la Folic. Le sens, de ces Fables est très bien exprimé et très- bien
rendu dans les deux Estampes. La troisiéme
A OUST. 1732. 1813
sième , qui est un peu plus grande , répresente l'Amour Petit- Maître , au milieu
de quelques jeunes personnes , une des
quelles lui présente un Miroir. On lit
au bas ces quatre Vers.
Enfans , craignez le badinage ,
L'Amour blesse en toute saison.
De ses plaisirs on a l'usage ,
Avant celui de la raison.
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Résumé : Nouvelles Estampes, &c. [titre d'après la table]
La Veuve Chereau, située rue Saint-Jacques aux Deux Piliers d'or, vend quatre estampes inspirées des tableaux du Marquis de Beringhen, Premier Écuyer du Roi. Ces œuvres, peintes par le Sieur N. Lancret de l'Académie Royale de Peinture, illustrent les quatre éléments de manière galante et sont accompagnées de huit vers explicatifs chacune. L'Air est représenté par des jeux avec des boules de savon et des cerfs-volants. Le Feu montre des bergers et bergères dansant autour d'un feu de joie. L'Eau est illustrée par une pêche et des poissons. La Terre est représentée par des jardiniers et une abondance de fleurs et de fruits, gravée par le Sieur Cochin, les autres par les Sieurs Des Places, B. Audran et N. Tardieu. De plus, trois nouvelles estampes gravées par le Sieur Faurat, inspirées des fables de La Fontaine, sont disponibles : 'Le Savetier et le Financier', 'L'Amour et la Folie', et 'L'Amour Petit-Maître' entouré de jeunes personnes, avec quatre vers explicatifs.
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238
p. 1813
Jean-Paul Panini, Peintre Italien, reçû à l'Académie de Paris [titre d'après la table]
Début :
M. Jean-Paul Panini, de Plaisance, fort habile Peintre, établi à Rome, a [...]
Mots clefs :
Jean-Paul Panini, Académie royale de peinture et de sculpture, Assemblée, Peintre italien
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texteReconnaissance textuelle : Jean-Paul Panini, Peintre Italien, reçû à l'Académie de Paris [titre d'après la table]
M. Jean- Paul Panini , de Plaisance ;
fort habile Peintre , établi à Rome , a
desiré depuis peu d'étre de l'Académie
Royale de Peinture et de Sculpture. C'est
lui qui a fait le beau Tableau qu'on a
vûà Versailles , représentant la Fête que
le Cardinal de Polignac a donnée à Rome
pour la Naissance deMonseigneur le Dauphin. Il excelle sur tout pour les Perspectives et en fait les figures ; ce qui n'est
pas ordinaire aux Peintres de ce talent.
Dans l'Assemblée du 26, de Juillet, M. de
Largiliere , Recteur , présenta à l'Acadé
mie plusieurs de ses Ouvrages ; elle les
trouva dignes de sa réputation , et l'ayant
agréé tout d'une voix , elle le reçût dans
la même Séance , par une consideration
particuliere pour son mérite.
fort habile Peintre , établi à Rome , a
desiré depuis peu d'étre de l'Académie
Royale de Peinture et de Sculpture. C'est
lui qui a fait le beau Tableau qu'on a
vûà Versailles , représentant la Fête que
le Cardinal de Polignac a donnée à Rome
pour la Naissance deMonseigneur le Dauphin. Il excelle sur tout pour les Perspectives et en fait les figures ; ce qui n'est
pas ordinaire aux Peintres de ce talent.
Dans l'Assemblée du 26, de Juillet, M. de
Largiliere , Recteur , présenta à l'Acadé
mie plusieurs de ses Ouvrages ; elle les
trouva dignes de sa réputation , et l'ayant
agréé tout d'une voix , elle le reçût dans
la même Séance , par une consideration
particuliere pour son mérite.
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Résumé : Jean-Paul Panini, Peintre Italien, reçû à l'Académie de Paris [titre d'après la table]
M. Jean-Paul Panini, peintre de Plaisance établi à Rome, a été agréé à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture le 26 juillet. Connu pour son tableau à Versailles célébrant la naissance du Dauphin, il excelle en perspectives et figures. M. de Largillière a présenté ses œuvres, jugées dignes de sa réputation.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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239
p. 1814
« On apprend de Rome, que le Cavalier Galilei, a été choisi pour faire executer [...] »
Début :
On apprend de Rome, que le Cavalier Galilei, a été choisi pour faire executer [...]
Mots clefs :
Rome, Fresque
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texteReconnaissance textuelle : « On apprend de Rome, que le Cavalier Galilei, a été choisi pour faire executer [...] »
On apprend de Rome, que le Cavalier Galilei , a été choisi pour faire executer le nouveau Portail de S. Jean de
Latran , sur ses Desseins que le Pape a
préferez à tous ceux qui lui ont été présentez. On ajoûte que Sa Sainteté a choisi le Cavalier Placide Costanzi , celebre
Peintre, pour la Fresque de la Coupole
de l'Eglise de Palestrine , que le Pape fait
réparer à ses frais.
Latran , sur ses Desseins que le Pape a
préferez à tous ceux qui lui ont été présentez. On ajoûte que Sa Sainteté a choisi le Cavalier Placide Costanzi , celebre
Peintre, pour la Fresque de la Coupole
de l'Eglise de Palestrine , que le Pape fait
réparer à ses frais.
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240
p. 1977-1980
Essai sur la Peinture et sur la Poësie, [titre d'après la table]
Début :
ESSAY SUR LA PEINTURE et sur la Poësie, relativement à l'Histoire Sacrée et [...]
Mots clefs :
Peinture, Poésie, Représenter, Tableau
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texteReconnaissance textuelle : Essai sur la Peinture et sur la Poësie, [titre d'après la table]
ESSAY SUR LA PEINTURE et sur la Poësie , relativement à l'Histoire Sacrée et
profane , avec un Appendice, concernant
l'obscenité chez les Ecrivains et chez les
Peintres. Par Charles Lamotte , Docteuren
Théologie,Membre de la Société Royale,
et de la Société des Antiquaires , &c. A
Londres , chez Fr. Fayrman , 1730. in 8 .
de 202 pag. en Anglois.
Cet Ouvrage est divisé en trois Lettres. Dans la seconde , l'Auteur remarque
ct
1978 MERCURE DE FRANCE
1
et blâme , dans un Tableau de la mort
d'Abel, la Machoire d'Asne,dont on prétend que Caïn se servit pour tuer son
frere; ce qui n'a pas , dit l'Auteur , le
moindre fondement dans l'Ecriture , ni
dans la Tradition. S. Jérôme prétend que
c'étoit une Epée. S. Irenée , une Faucille.
Prudence , un Rateau , &c.
Dans le Sacrifice d'Abraham, Isaac est
representé trop jeune, dit-il ; et c'est avec
un Couteau qu'il devoit être sacrifié , et
non pas avec un Sabre.
Job doit être représenté assis sur la Cendre , et non pas sur un Fumier,
Sur le Tableau de Suzanne il y a une
équivoque , dans le mot de Vieillard ou
d'Ancien ; c'étoit le nom de leur Charge ;
ce qui est encore en usage dans l'Orient.
Une Ecurie n'est pas le lieu dans lequel
vrai-semblablement les Mages rendirent
leurs hommages au Sauveur. Ils étoient
Philosophes , et ne doivent pas être representez en Rois avec des Couronnes
&c.
>
C'est une faute de ne pas représenter
JESUS-CHRIST plongé dans l'eau , comme
il le fut lors de son Baptême , et non
point arrosé.
Ce n'est pas le S. Esprit en forme de
Colombe , comme les Peintres s'opiniâtrent
SEPTEMBRE. 1732. 1979
trent à le représenter , dans la descente
du S. Esprit , &c. mais descendant , comme feroit une Colombe,
Dans un Tableau de la Cene , l'Agneau
Pascal ne devoit nullement être lardé, car
tout le monde doit sçavoir que le lard
étoit en abomination aux Juifs ; et J. C.
et les Apôtres ne devroient pas être assis
à notre maniere.
Dans le sujet de J. C. disputant dans
le Temple, c'est une faute contre la vraisemblance de le peindre dans une Chaire,
plutôt que sur un banc , parmi les autres
Disciples des Docteurs.
Raphaël a aussi fait une faute en peignant le Portique du Temple en Marbre,
car il est d'Airain ; il ne devoit pas non
plus orner les Colomnes de figures , puis- que les Juifs les abhorroient. C'est dans
le Miracle du Boiteux , guéri par S. Pierre
et S. Jean , à la belle Porte du Temple.
Dans le sujet de la Résurrection de J.C.
la Garde paroît dans un profond sommeil
autour du Sépulcre.. Quoique directement opposé au fait et contre le témoignage de l'Ecrivain Sacré , qui dit que ce sommeil des Soldats étoit une invention
des Prêtres Juifs , une imposture qu'ils
mirent dans la bouche des Soldats , pour
éluder et étoufer la Résurrection de J. C.
L'Au-
1980 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur ne peut concevoir quelle est la
raison d'une erreur, en effet, si grossiere. Il
remarque très judicieusement que ce n'est
pas pour l'avantage de la composition que
le Peintre choisit de représenter les Soldats endormis, puisqu'il seroit sans doute
plus avantageux de les représenter agitez
de passions différentes ; il donne une idée
très- pitoresque et pleine de feu d'un Tableau de ce sujet , &c.
C'est une erreur de mettre Hector à
Cheval. On doit le représenter sur un
Char.
Ganimede ne doit pas paroître assis sur
l'Aigle. La Tradition fabuleuse veut que l'Aigle de Jupiter l'enleva par les Che
veux.
L'Appendice , concernant l'obscenité ,
chez les Ecrivans, et chez les Peintres , ne
contient que 18. pag. Le Journaliste re- marque que l'Auteur y tombe tres-fort
dans le vice qu'il y condamne. Il me souvient , à ce sujet , dit-il , d'avoir assisté à
un Sermon , sur ces paroles de S. Paul :
Que ces choses ne soient pas seulement nomméesparmi vous dans lequel le Prédicateur faisoit une longue énumération des
choses qu'il ne falloit pas nommer. C'est
ainsi que le Discours et les Notes de l'Auteur ne s
profane , avec un Appendice, concernant
l'obscenité chez les Ecrivains et chez les
Peintres. Par Charles Lamotte , Docteuren
Théologie,Membre de la Société Royale,
et de la Société des Antiquaires , &c. A
Londres , chez Fr. Fayrman , 1730. in 8 .
de 202 pag. en Anglois.
Cet Ouvrage est divisé en trois Lettres. Dans la seconde , l'Auteur remarque
ct
1978 MERCURE DE FRANCE
1
et blâme , dans un Tableau de la mort
d'Abel, la Machoire d'Asne,dont on prétend que Caïn se servit pour tuer son
frere; ce qui n'a pas , dit l'Auteur , le
moindre fondement dans l'Ecriture , ni
dans la Tradition. S. Jérôme prétend que
c'étoit une Epée. S. Irenée , une Faucille.
Prudence , un Rateau , &c.
Dans le Sacrifice d'Abraham, Isaac est
representé trop jeune, dit-il ; et c'est avec
un Couteau qu'il devoit être sacrifié , et
non pas avec un Sabre.
Job doit être représenté assis sur la Cendre , et non pas sur un Fumier,
Sur le Tableau de Suzanne il y a une
équivoque , dans le mot de Vieillard ou
d'Ancien ; c'étoit le nom de leur Charge ;
ce qui est encore en usage dans l'Orient.
Une Ecurie n'est pas le lieu dans lequel
vrai-semblablement les Mages rendirent
leurs hommages au Sauveur. Ils étoient
Philosophes , et ne doivent pas être representez en Rois avec des Couronnes
&c.
>
C'est une faute de ne pas représenter
JESUS-CHRIST plongé dans l'eau , comme
il le fut lors de son Baptême , et non
point arrosé.
Ce n'est pas le S. Esprit en forme de
Colombe , comme les Peintres s'opiniâtrent
SEPTEMBRE. 1732. 1979
trent à le représenter , dans la descente
du S. Esprit , &c. mais descendant , comme feroit une Colombe,
Dans un Tableau de la Cene , l'Agneau
Pascal ne devoit nullement être lardé, car
tout le monde doit sçavoir que le lard
étoit en abomination aux Juifs ; et J. C.
et les Apôtres ne devroient pas être assis
à notre maniere.
Dans le sujet de J. C. disputant dans
le Temple, c'est une faute contre la vraisemblance de le peindre dans une Chaire,
plutôt que sur un banc , parmi les autres
Disciples des Docteurs.
Raphaël a aussi fait une faute en peignant le Portique du Temple en Marbre,
car il est d'Airain ; il ne devoit pas non
plus orner les Colomnes de figures , puis- que les Juifs les abhorroient. C'est dans
le Miracle du Boiteux , guéri par S. Pierre
et S. Jean , à la belle Porte du Temple.
Dans le sujet de la Résurrection de J.C.
la Garde paroît dans un profond sommeil
autour du Sépulcre.. Quoique directement opposé au fait et contre le témoignage de l'Ecrivain Sacré , qui dit que ce sommeil des Soldats étoit une invention
des Prêtres Juifs , une imposture qu'ils
mirent dans la bouche des Soldats , pour
éluder et étoufer la Résurrection de J. C.
L'Au-
1980 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur ne peut concevoir quelle est la
raison d'une erreur, en effet, si grossiere. Il
remarque très judicieusement que ce n'est
pas pour l'avantage de la composition que
le Peintre choisit de représenter les Soldats endormis, puisqu'il seroit sans doute
plus avantageux de les représenter agitez
de passions différentes ; il donne une idée
très- pitoresque et pleine de feu d'un Tableau de ce sujet , &c.
C'est une erreur de mettre Hector à
Cheval. On doit le représenter sur un
Char.
Ganimede ne doit pas paroître assis sur
l'Aigle. La Tradition fabuleuse veut que l'Aigle de Jupiter l'enleva par les Che
veux.
L'Appendice , concernant l'obscenité ,
chez les Ecrivans, et chez les Peintres , ne
contient que 18. pag. Le Journaliste re- marque que l'Auteur y tombe tres-fort
dans le vice qu'il y condamne. Il me souvient , à ce sujet , dit-il , d'avoir assisté à
un Sermon , sur ces paroles de S. Paul :
Que ces choses ne soient pas seulement nomméesparmi vous dans lequel le Prédicateur faisoit une longue énumération des
choses qu'il ne falloit pas nommer. C'est
ainsi que le Discours et les Notes de l'Auteur ne s
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Résumé : Essai sur la Peinture et sur la Poësie, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Essai sur la Peinture et sur la Poésie, relativement à l'Histoire Sacrée et profane' de Charles Lamotte, publié en 1730 à Londres, est structuré en trois lettres. Lamotte, docteur en théologie et membre de plusieurs sociétés savantes, critique diverses représentations artistiques de scènes bibliques et mythologiques. Il conteste l'utilisation d'une mâchoire d'âne dans le tableau de la mort d'Abel, préférant une épée ou une faucille. Il note des erreurs dans les représentations du sacrifice d'Isaac, de Job et de Suzanne. Lamotte critique également la représentation des mages comme des rois couronnés et la scène du baptême de Jésus-Christ, qui devrait le montrer plongé dans l'eau. Il reproche aux peintres de représenter le Saint-Esprit sous forme de colombe descendante. Dans le tableau de la Cène, il souligne que l'agneau pascal ne doit pas être lardé et que Jésus-Christ et les apôtres ne doivent pas être assis à la manière occidentale. Lamotte critique aussi la représentation de Jésus-Christ dans le Temple, assise sur une chaire plutôt que sur un banc, et la peinture du portique du Temple en marbre au lieu d'airain. Il mentionne également des erreurs dans les représentations de la résurrection de Jésus-Christ, d'Hector et de Ganymède. L'ouvrage inclut un appendice sur l'obscénité chez les écrivains et les peintres, mais le journaliste note que l'auteur y tombe dans le vice qu'il condamne.
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241
p. 1997-1999
« L'attention continuelle & particuliere que nous avons sur tout ce qui regarde les beaux Arts, [...] »
Début :
L'attention continuelle & particuliere que nous avons sur tout ce qui regarde les beaux Arts, [...]
Mots clefs :
Beaux Arts, Buste, Sculpture, Chapelle, Tableau, Assomption
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texteReconnaissance textuelle : « L'attention continuelle & particuliere que nous avons sur tout ce qui regarde les beaux Arts, [...] »
L'attention continuelle & particuliere que nous
avons sur tout ce qui regarde les beaux Arts ,
nous oblige à ne pas garder le silence sur un Ouvrage public et singulier. On le voit à Paris dans
la Chapelle de la Vierge de l'Eglise Paroissiale
de S. Sauveur , où l'on a fait un heureux alliage
de la Peinture , de la Sculpture et de l'Architecture.
Cette Chapelle est peinte par M. Noël- Nico-
1998 MERCURE DE FRANCE
las Coypel , Peintre ordinaire du Roi , et Adjoint-Professeur en son Académie. L'Architecture de l'Autel est de M. Blondel , Architecte du
Roi , d'un ordre composite. Il est adossé contre
le mur des bas côtez de l'Eglise ; on le découvre
aisément par trois grandes arcades par où l'on
entre dans la Chapelle. Quatre pilliers dans les
encoigneures reçoivent la retombée de quatre
pendentifs qui rachetent le tambour d'une coupole de 22 pieds de diametre.
Le Tableau represente l'Assomption de la sainte Vierge. Elle paroît dans un ravissement de
joye convenable au Sujet ; plusieurs Anges l'en- vironnent dans différentes actions d'admiration
et de respect ; ce morceau comme sujet principal
occupe la partie qui eft précisément au- dessus de
P'Autel , & attire les premiers regards. Plusieurs
Groupes d'Anges , les uns peints , les autres en
sculpture de relief , sont representés dans les
pendentifs et sur le couronnement de l'Autel ;
quelques-uns forment des concerts , et la plus
grande partie pour honorer le Triomphe de la
Vierge , exposent à la vûë l'Arche d'Alliance ' et
ses autres symboles. Toutes ces Peintures et
Sculptures sont au- dessous de la Corniche , c'està- dire , à 19 ou 20 pieds de haut.
Le Plafond represente un Ciel qui s'ouvre pour
recevoir la sainte Vierge , le S. Esprit descend
au devant d'elle , le Pere Eternel est assis , ayant
J. C. à sa droite ; il est environné d'Anges et de
Saints Patriarches , et de quelques Saints du
nouveau Testament , n'y ayant introduit que
ceux qui y étoient placez lorsque la sainte Vierge y fut reçûe.
Cette voûte est presque platte , et n'a que sept
pouces de bombement. Les Sculptures que l'on voit
SEPTEMBR E. 1732. 1999
Voit dans cet Ouvrage sont de M. Jean- Baptiste
le Moine , le fils , Sculpteur de l'Académie Roya
le , qui dans une grande jeunesse a déja tout le
mérite d'un homme consommé dans son Art ,
& qui a sçû traiter sa Sculpture avec toute l'intelligence possible, pour qu'elle se liât avec la Peinture , M. Coypel ne s'étant servi de sculpture que dans les endroits où les saillies de l'Architecture
ne lui permettoient pas d'introduire la Peinture
et en même tems pour lier toute sa composition ;
ensorte que cela pût produire un même tout , et
donner plus de mouvement à tout le Sujet. Les
Curieux qui ont été voir cet Ouvrage , l'unique
que nous ayons en France de cette espece , ont
trouvé que les liaisons étoient justes , et que l'habile Peintre avoit heureusement rempli ce qu'on
attendoit de lui pour l'effet de cet Ouvrage singulier.
>
M. le Moine , dont nous venons de parler est
le même qui a fait depuis peu le Portrait du Roi
en Buste , d'une ressemblance parfaite , où l'on trouve toutes les finesses de l'Art. Ce Buste doit
servir de modele pour la Statue Equestre en bronze , à laquelle M. le Moine travaille actuellement pour la Ville de Bordeaux. On en voit
avec grand plaisir le modele dans son Attelier au Roule.
avons sur tout ce qui regarde les beaux Arts ,
nous oblige à ne pas garder le silence sur un Ouvrage public et singulier. On le voit à Paris dans
la Chapelle de la Vierge de l'Eglise Paroissiale
de S. Sauveur , où l'on a fait un heureux alliage
de la Peinture , de la Sculpture et de l'Architecture.
Cette Chapelle est peinte par M. Noël- Nico-
1998 MERCURE DE FRANCE
las Coypel , Peintre ordinaire du Roi , et Adjoint-Professeur en son Académie. L'Architecture de l'Autel est de M. Blondel , Architecte du
Roi , d'un ordre composite. Il est adossé contre
le mur des bas côtez de l'Eglise ; on le découvre
aisément par trois grandes arcades par où l'on
entre dans la Chapelle. Quatre pilliers dans les
encoigneures reçoivent la retombée de quatre
pendentifs qui rachetent le tambour d'une coupole de 22 pieds de diametre.
Le Tableau represente l'Assomption de la sainte Vierge. Elle paroît dans un ravissement de
joye convenable au Sujet ; plusieurs Anges l'en- vironnent dans différentes actions d'admiration
et de respect ; ce morceau comme sujet principal
occupe la partie qui eft précisément au- dessus de
P'Autel , & attire les premiers regards. Plusieurs
Groupes d'Anges , les uns peints , les autres en
sculpture de relief , sont representés dans les
pendentifs et sur le couronnement de l'Autel ;
quelques-uns forment des concerts , et la plus
grande partie pour honorer le Triomphe de la
Vierge , exposent à la vûë l'Arche d'Alliance ' et
ses autres symboles. Toutes ces Peintures et
Sculptures sont au- dessous de la Corniche , c'està- dire , à 19 ou 20 pieds de haut.
Le Plafond represente un Ciel qui s'ouvre pour
recevoir la sainte Vierge , le S. Esprit descend
au devant d'elle , le Pere Eternel est assis , ayant
J. C. à sa droite ; il est environné d'Anges et de
Saints Patriarches , et de quelques Saints du
nouveau Testament , n'y ayant introduit que
ceux qui y étoient placez lorsque la sainte Vierge y fut reçûe.
Cette voûte est presque platte , et n'a que sept
pouces de bombement. Les Sculptures que l'on voit
SEPTEMBR E. 1732. 1999
Voit dans cet Ouvrage sont de M. Jean- Baptiste
le Moine , le fils , Sculpteur de l'Académie Roya
le , qui dans une grande jeunesse a déja tout le
mérite d'un homme consommé dans son Art ,
& qui a sçû traiter sa Sculpture avec toute l'intelligence possible, pour qu'elle se liât avec la Peinture , M. Coypel ne s'étant servi de sculpture que dans les endroits où les saillies de l'Architecture
ne lui permettoient pas d'introduire la Peinture
et en même tems pour lier toute sa composition ;
ensorte que cela pût produire un même tout , et
donner plus de mouvement à tout le Sujet. Les
Curieux qui ont été voir cet Ouvrage , l'unique
que nous ayons en France de cette espece , ont
trouvé que les liaisons étoient justes , et que l'habile Peintre avoit heureusement rempli ce qu'on
attendoit de lui pour l'effet de cet Ouvrage singulier.
>
M. le Moine , dont nous venons de parler est
le même qui a fait depuis peu le Portrait du Roi
en Buste , d'une ressemblance parfaite , où l'on trouve toutes les finesses de l'Art. Ce Buste doit
servir de modele pour la Statue Equestre en bronze , à laquelle M. le Moine travaille actuellement pour la Ville de Bordeaux. On en voit
avec grand plaisir le modele dans son Attelier au Roule.
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Résumé : « L'attention continuelle & particuliere que nous avons sur tout ce qui regarde les beaux Arts, [...] »
La chapelle de l'église paroissiale de Saint-Sauveur à Paris présente une œuvre publique remarquable combinant peinture, sculpture et architecture. Noël Nicolas Coypel, peintre du roi et adjoint-professeur à l'Académie royale de peinture et de sculpture, a peint la chapelle. L'architecture de l'autel, de style composite, est conçue par Jacques-François Blondel, architecte du roi. L'autel est adossé au mur des bas-côtés de l'église et accessible par trois grandes arcades. Quatre piliers supportent des pendentifs qui soutiennent une coupole de 22 pieds de diamètre. Le tableau principal représente l'Assomption de la Vierge Marie, entourée d'anges en diverses attitudes d'admiration et de respect. Des groupes d'anges, peints et sculptés en relief, sont présents dans les pendentifs et sur le couronnement de l'autel. Le plafond illustre le ciel s'ouvrant pour recevoir la Vierge, avec le Saint-Esprit descendant à sa rencontre, le Père Éternel assis avec Jésus-Christ à sa droite, et des anges ainsi que des saints patriarches et saints du Nouveau Testament. Les sculptures sont réalisées par Jean-Baptiste le Moine, sculpteur de l'Académie royale, qui a su intégrer harmonieusement la sculpture et la peinture. Les visiteurs ont apprécié la justesse des liaisons entre les différents éléments artistiques. Le Moine a également réalisé un buste du roi, servant de modèle pour une statue équestre en bronze pour la ville de Bordeaux, visible dans son atelier au Roule.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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242
p. 2214-2216
Estampes nouvelles. [titre d'après la table]
Début :
Nous avons une nouvelle Estampe à annoncer, véritablement digne de la curiosité des plus [...]
Mots clefs :
Estampe, C. N. Cochin, Tableau, Lepicié, Sujet
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texteReconnaissance textuelle : Estampes nouvelles. [titre d'après la table]
Nous avons une nouvelle Estampe à annoncer
véritablement digne de la curiosité des plus
grands Connoisseurs. Elle est excellemment gra- vée par C. N. Cochin , d'après un petit Tableau
de chevalet en hauteur , de M. le Moine , repré-
*SCR-
OCTOBRE. 1732. 22.1 S
sentant Jacob arrivant en Mésopotamie , apperce
vant Rachel , et se faisant connoître à elle. Ce Tableau est dans le Cabinet de la Comtesse de Ver
rue. Le sieur Cochin , chez qui se vend cette
Estampe, rue S. Jacques , à S. Prosper , n'avoit pas
encore gravé de si grandes Figures ; il ne connoissoit pas tout son talent. Il a sçû allier dans
cet Ouvrage tout ce que son Burin a de tendre et
de pittoresque , avec l'harmonie enchanteresse
la suavité , les graces naïves et touchantes du
Pinceau de M. le Moine. Cette Estampe est dédiée au Cardinal de Poligna , aussi illustre par
les lumieres de l'esprit , l'amour et la connoissance des beaux Arts , que par la grande naissance et les éminentes Dignitez.
Voici une autre Estampe en hauteur et moins
grande, qu'on peut comparer à celle qu'on vient d'annoncer , quoique dans un genre très- différent , et c'est en faire un fort grand éloge. Nous croyons que les Auteurs de ces deux excellens
morceaux ne se plaindront pas du parallele , et
que le Public confirmera notre suffrage.
Cette nouvelle Estampe du sieur Lepicié , d'après un Tableau estimé de M. Charles Coypel est le pendant de celle que nous avons annoncée
dans le Mercure de Juillet , p. 1609. dont le Sujet est l'Amour de Village, ou l'Amour Naïf. Cel le-ci porte pour titre , l'Amour de Ville , ou l'Amour Coquet. On lit ces Vers au bas.
Loin de l'innocence des Bois ,
Pour le fidele Amour il n'est point de retraite :
Ala Ville on suit d'autres loix ;
3
Ee
213 MERCURE DE FRANCE
1
Et c'est un jeu pour la Coquette ,
De tromper deux cœurs à la fois.
Ce Sujet est traité d'une maniere élégante et
ine, avec des expressions justes et délicates ; une
très-belle personne , galamment ajustée , reçoit
la déclaration et les sermens de son Amant, dans
le moment qu'elle glisse adroitement un Poulet
à un petit More , qui le reçoit de même , et fait
connoître par an souris malin , la legereté du
cœur de sa Maîtresse. Le sieur Lepicie demeure
rue S. Louis , au coin de l'Abrevoir du Quai des Orfévres , chez M. Marlié.
véritablement digne de la curiosité des plus
grands Connoisseurs. Elle est excellemment gra- vée par C. N. Cochin , d'après un petit Tableau
de chevalet en hauteur , de M. le Moine , repré-
*SCR-
OCTOBRE. 1732. 22.1 S
sentant Jacob arrivant en Mésopotamie , apperce
vant Rachel , et se faisant connoître à elle. Ce Tableau est dans le Cabinet de la Comtesse de Ver
rue. Le sieur Cochin , chez qui se vend cette
Estampe, rue S. Jacques , à S. Prosper , n'avoit pas
encore gravé de si grandes Figures ; il ne connoissoit pas tout son talent. Il a sçû allier dans
cet Ouvrage tout ce que son Burin a de tendre et
de pittoresque , avec l'harmonie enchanteresse
la suavité , les graces naïves et touchantes du
Pinceau de M. le Moine. Cette Estampe est dédiée au Cardinal de Poligna , aussi illustre par
les lumieres de l'esprit , l'amour et la connoissance des beaux Arts , que par la grande naissance et les éminentes Dignitez.
Voici une autre Estampe en hauteur et moins
grande, qu'on peut comparer à celle qu'on vient d'annoncer , quoique dans un genre très- différent , et c'est en faire un fort grand éloge. Nous croyons que les Auteurs de ces deux excellens
morceaux ne se plaindront pas du parallele , et
que le Public confirmera notre suffrage.
Cette nouvelle Estampe du sieur Lepicié , d'après un Tableau estimé de M. Charles Coypel est le pendant de celle que nous avons annoncée
dans le Mercure de Juillet , p. 1609. dont le Sujet est l'Amour de Village, ou l'Amour Naïf. Cel le-ci porte pour titre , l'Amour de Ville , ou l'Amour Coquet. On lit ces Vers au bas.
Loin de l'innocence des Bois ,
Pour le fidele Amour il n'est point de retraite :
Ala Ville on suit d'autres loix ;
3
Ee
213 MERCURE DE FRANCE
1
Et c'est un jeu pour la Coquette ,
De tromper deux cœurs à la fois.
Ce Sujet est traité d'une maniere élégante et
ine, avec des expressions justes et délicates ; une
très-belle personne , galamment ajustée , reçoit
la déclaration et les sermens de son Amant, dans
le moment qu'elle glisse adroitement un Poulet
à un petit More , qui le reçoit de même , et fait
connoître par an souris malin , la legereté du
cœur de sa Maîtresse. Le sieur Lepicie demeure
rue S. Louis , au coin de l'Abrevoir du Quai des Orfévres , chez M. Marlié.
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Résumé : Estampes nouvelles. [titre d'après la table]
Le texte présente deux estampes remarquables. La première, gravée par Charles-Nicolas Cochin d'après un tableau de M. le Moine, illustre Jacob arrivant en Mésopotamie et rencontrant Rachel. Cette œuvre appartient à la Comtesse de Verrue et est dédiée au Cardinal de Polignac. Cochin y démontre une harmonie entre la tendresse et le pittoresque de son burin et les qualités du pinceau de M. le Moine. La seconde estampe, plus petite, est réalisée par Lepicié d'après un tableau de Charles Coypel. Intitulée 'L'Amour de Ville, ou l'Amour Coquet', elle montre une femme élégante recevant les déclarations de son amant tout en transmettant un message à un jeune homme, symbolisant la légèreté de son cœur. Lepicié réside rue Saint-Louis, au coin de l'Abrevoir du Quai des Orfèvres, chez M. Marlié.
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243
p. 2216-2217
« Le 27. Septembre, le sieur Charles Léopold de Grevembroëck, fut reçû à l'Académie Royale [...] »
Début :
Le 27. Septembre, le sieur Charles Léopold de Grevembroëck, fut reçû à l'Académie Royale [...]
Mots clefs :
Académie royale de peinture et de sculpture, Charles Léopold de Grevembroëck
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texteReconnaissance textuelle : « Le 27. Septembre, le sieur Charles Léopold de Grevembroëck, fut reçû à l'Académie Royale [...] »
Le 27. Septembre , le sieur Charles Léopold
de Grevenbroeck , fut reçû à l'Académie Royale
de Peinture et Sculpture , présenté par M. Caze ,
ancienProfesseur à l'Assemblée ou tous les Professeurs se trouverent. M. de Boullongne , Chevalier de l'Ordre de S. Michel , Secretaire du Roi ,
son premier Peintre , Directeur et Recteur de
l'Académie , lui donna des marques de sa bonté
et de sapolitesse ordinaire, et toute l'Académie fut
si contente desOuvrages du sieur deGrevembroëck,
que pour lui en donner des marques , il fut dans
la même Assemblée agréé et reçû ; êt les deux
Tableaux de Marine qu'il présenta à l'Académie furent acceptez ; et en même-tems , par considération particuliere , il fut dispensé des droits que
l'on a coûtume de payer en pareille occasion.
Le sieur de Grevembroëch est originaire d'Hol
lande , de la Maison de Grevembroëck , et né à
Milan. Après avoir voyagé par toute l'Italie .
où il a appris la Peinture , il est venu à Paris , sur
La haute réputation de notre Académie , pour tâ- cheg
OCTOBRE. 1732. 2217
ther de s'y faire recevoir. Les Projets de cet habile Etranger ont été suivis d'un plein succès.
Les lumieres et la politesse de l'Académie ont
parfaitement répondu à ses souhaits
de Grevenbroeck , fut reçû à l'Académie Royale
de Peinture et Sculpture , présenté par M. Caze ,
ancienProfesseur à l'Assemblée ou tous les Professeurs se trouverent. M. de Boullongne , Chevalier de l'Ordre de S. Michel , Secretaire du Roi ,
son premier Peintre , Directeur et Recteur de
l'Académie , lui donna des marques de sa bonté
et de sapolitesse ordinaire, et toute l'Académie fut
si contente desOuvrages du sieur deGrevembroëck,
que pour lui en donner des marques , il fut dans
la même Assemblée agréé et reçû ; êt les deux
Tableaux de Marine qu'il présenta à l'Académie furent acceptez ; et en même-tems , par considération particuliere , il fut dispensé des droits que
l'on a coûtume de payer en pareille occasion.
Le sieur de Grevembroëch est originaire d'Hol
lande , de la Maison de Grevembroëck , et né à
Milan. Après avoir voyagé par toute l'Italie .
où il a appris la Peinture , il est venu à Paris , sur
La haute réputation de notre Académie , pour tâ- cheg
OCTOBRE. 1732. 2217
ther de s'y faire recevoir. Les Projets de cet habile Etranger ont été suivis d'un plein succès.
Les lumieres et la politesse de l'Académie ont
parfaitement répondu à ses souhaits
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Résumé : « Le 27. Septembre, le sieur Charles Léopold de Grevembroëck, fut reçû à l'Académie Royale [...] »
Le 27 septembre, Charles Léopold de Grevenbroeck fut admis à l'Académie Royale de Peinture et Sculpture. Présenté par M. Caze, ancien professeur, l'assemblée des professeurs était complète. M. de Boullongne, Chevalier de l'Ordre de Saint-Michel, Secrétaire du Roi, Premier Peintre, Directeur et Recteur de l'Académie, lui témoigna sa bienveillance et sa courtoisie. L'Académie approuva les œuvres de M. de Grevenbroeck et l'accepta immédiatement. Les deux tableaux de marine qu'il présenta furent également acceptés. Il fut dispensé des droits habituellement exigés. Originaire des Pays-Bas, de la Maison de Grevenbroeck, il est né à Milan. Après avoir voyagé en Italie où il a étudié la peinture, il s'est rendu à Paris pour intégrer l'Académie, attiré par sa haute réputation. Ses projets furent couronnés de succès, et l'Académie lui offrit les lumières et la politesse qu'il espérait.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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244
p. 242[1]-2430
Le Parnasse François, &c. [titre d'après la table]
Début :
LE PARNASSE FRANCOIS, dédié au Roi, par M. Titon du Tillet, Commissaire [...]
Mots clefs :
Parnasse, Vignettes, Estampes, Poètes, Musiciens, Histoire générale, Titon du Tillet, Médailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Parnasse François, &c. [titre d'après la table]
LE PARNASSE FRANÇOIS , dédié au Roi ,
par M. Titon DuTillet,Commissaire Provincial des Guerres , ci devant Capitaine
de Dragons , et Maître d'Hôtel de feuë
MADAME LA DAUPHINE , MERE DU ROI.
in -fol. de près de 800 pages , orné de 10.
Vignettes , et de 13 Estampes en taillesdouces. AParis, chez Coignard le fils, Im
primeur du Roi et de l'Académie Françoise,
1732. prix 24 liv. le grand papier , et
15 liv. le petit. Ce volume contient 1.
un Discours sur le dessein que l'Auteur
s'est proposé en faisant éxécuter en Bronze le PARNASSE FRANÇOIS A LA GLOIRS
PE LA FRANCE ET DE LOUIS LE GRAND ,
**
2422 MERCURE DE FRANCE
ET A LA MEMOIRE DES ILLUSTRES POETES
ET MUSICIENS FRANÇOIS. Il donne dans
ce discours une idée des honneurs et des
Monumens que les Peuples les plus célébres de l'Antiquité , surtout les Grecs et
les Romains , accordoient aux personnes
qui se distinguoient dans les Sciences et
dans les beaux Arts ; il marque qu'il a
imité leur exemple en élevant le Parnasse
François.
2. Il fait la description de ce Parnasse ;
qu'il divise en trois parties. La premiere
fait connoître les figures qui composent
ce Groupe , ce qu'elles représentent , et
les rangs différens que nos Poëtes et nos
Musiciens y occupent. Dans la seconde
on voit la disposition de tout ce qui forme će Monument , et l'arrangement des
Figures avec leurs Attributs et leurs Simboles. Dans la troisième , on marque en
quoi le Parnasse FRANÇOIS est allégorique et analogique au PARNASSE DE LA
GRECE , et en quoi il est d'une nouvelle
invention. 3. Un ordre Chronologique
des Poëtes et des Musiciens rassemblez
jusqu'à présent sur lePARNASSE FRANÇOIS,
où l'on donne un Extrait de leur vie
un Catalogue de leurs Ouvrages , sur les
quels on rapporte les jugemens de plusieurs sçavans Critiques.
4.
NOVEMBRE. 1732. 2423
4. Un Essai , ou des Remarques sur la
Poësie et sur la Musique en géneral.
5. Des Remarques plus étenduës sur
l'origine et sur le progrès de la Poësie et
de la Musique Françoise , et particulierement sur nos Spectacles et nos Piéces, de
Théatre.
et
6. Un Poëme Latin du Pere Vaniere , Jésuite , sur le Parnasse François ,
avec une Imitation de ce Poëme en François , la plus grande partie en Vers ,
l'autre en Prose , par le Pere Brumoy , Jésuite. Une Lettre de M. Rousseau , et une
de M. de Saint Hyacinthe à M. Titon
Du Tillet sur son Parnasse.
M. Titon DuTillet a fait graver en 1723-
une grande et magnifique Estampe du
Parnasse dont nous avons fait la description dans le Mercure du mois de Septembre 172 3. et depuis il a donné une description de ce Monument avec une liste
alphabétique des Poëtes et des Musiciens
qui y sont rassemblez ; nous en avons fait
mention au mois de Juin 1727. que parut
cette Edition ; mais celle dont il vient de
faire part au Public est infiniment plus
ample , parce qu'il y a augmenté le nombre des Poëtes et des Musiciens sur le
Parnasse , et qu'il s'est étendu davantage
sur les articles de ceux dont il avoit parlé
dans la premiere Edition ; outre l'Essai et
les
#424 MERCURE DE FRANCE
les Remarques sur la Poësie et sur la Mu¬
sique qu'il donne dans celle- ci.
On peut dire de cet Ouvrage que nonseulement c'est la description du Parnasse François ; mais encore une Histoi
re générale de la Poësie et de la Musi
que Françoise, où les Curieux trouveront
de quoi se satisfaire.
>
CommeM. Titon du Tillet fait paroî
tre sur le Parnasse environ 250 Poëtes ou
Musiciens , il les distribuë en trois et même en quatre classes pour les y placer. I
marque dans son premier Discours, qu'il
ne lui convient pas d'être aussi severe que
Horace et Despréaux , dont il n'ignore pas
les Arrêts redoutables55; le premier dit
Dieux ni les hommes ne peuvent soufrir la
médiocrité dans les Vers , et qu'on arrache
jusqu'aux Affiches de leurs Ouvrages , mises
sur les Colonnes et aux coins des ruës.
Mediocribus esse Poëtis.
que
Non Di , non homines , non concessere columna.
let
Despréaux est du même sentiment , et
s'explique de cette maniere :
Mais dans l'art dangereux de rimer et d'écrire ;
Il n'est point de dégrez du médiocre au pire.
Et dans un autre endroit, en parlant de
peuxqui veulent meriter une place sur le Par
NOVEMBRE. 1732. 242
Farnasse , en traitant des sujets nobles et
élevez , il dit :
Qui ne vole au sommet, tombe au plus bas dégré
Mais il ne faut pas prendre Horace et
Defpreaux tout-à-fait à la lettre dans les
Passages cy-dessus où ils parlent du caracte- re élevé et du sublime de la Poësie , tel que
celui de l'Epopée ou du Poëte Epique , de
Ode Héroïque , et de la Tragedie ; car il est
d'autresgoûts de Poësie , où celui qui y réussit merite le titre de Poëte , et quelque rang
sur le Parnasse.
le Pourquoi voudroit- on qu'il n'y eut que
sommet du Parnasse d'habité , le milieu et
tes differentes Terrasses de cette Montagne
n'offrent-elles pas des endroits rians et délieieux où l'onpeutêtre placé avec distinction et selon le mérite de ses ouvrages.
Voici les Classes ou les Monumens diffe
rens qui distinguent les Poëtes et les Musisiens sur le Parnasse François. 1. Lafigure,
en Pied. 2. Les Médaillons ( cette Classe
peut bien êtrejointe avec la premiere ). 3. Les
noms gravez sur un premier Rouleau de
Bronze. 4. Un second Rouleau contient encore d'autres noms. 5. Un autre Rouleau où
sont écrits les noms de plusieurs personnes
d'un excellent gout , Amateurs et Protecteurs
de la Poësie et de la Musique , qui ont composé
2426 MERCURE DE FRANCE
posé aussi quelques jolis vers ou qui ont excellé dans l'art de chanter ou de jouer de
quelque Instrument. A la tête des Amateurs
et des Protecteurs de la Poësie , on a placé
LE CARDINAL DE RICHELIEU.
Pour faire encore quelque honneur à
notre Nation, M. Titon a mis à la fin de
ce volume une Liste d'environ cinq cent
Poëtes ou Musiciens , dont quelques- uns
peuvent avoir quelque mérite. Il les place dans les Avances ou dans les Campagnes qui environnent le Parnasse , afin
qu'Apollon et son Conseil puissent en admettre quelques- uns sur ce Mont sacré ,
s'ils les en trouvent dignes. Les Curieux
en Poësie et en Musique doivent lui sçavoir bon gré de leur rappelfer les noms
de tous ces Poëtes et de tous ces Musiciens , et en même temps de leur donner
une idée générale de l'hiftoire de notre
Poësie et de notre Musique , d'en faire
voir l'origine , les progrès et le haut
point de perfection où ces deux beaux
Arts sont montez en France, sous le Regne de Louis le Grand , qui est l'Apollon
du Parnasse François.
Pour revenir aux Poëtes et aux Musiciens qu'il a placés sur ce Parnasse , il dit :
Je n'ai point prétendu , comme on peut le
voir , par les differens monumens qu'on trouve
NOVEMBRE. 1732 2427
trouve sur ce Groupe de Bronze , et même
par les Places differentes que les Figures et
Les Médaillons y occupent , que tous les Poëtes et les Musiciens qui y sont rassemblez
soient d'un merite égal et digne des mêmes
honneurs. Je sçai bien qu'on ne trouve pas
facilement des MALHERBES et des RAGANS
pour l'ODE ; des CORNEILLES et des RACINES pour la TRAGEDIE ; des MOLIERESpour
la COMEDIE ; des LA FONTAINE pour LES
FABLES et LES CONTES ; des CHAPELLESpour
la Poësie naturelle , legere et badine ;` des
RACANS et des SEGRAIS pour la PASTORALE et l'EGLOGUE ; des DESPREAUX pour la
SATIRE ; des QUINAULTS pour la MUSIQUE
GHANTANTE ; des LULLYSpourla MUSIQUE,
et des Poëtes François et des Poëtes Latins
tels que les principaux de notre Parnasse
et des DAMES , telles que Mesdames de la
SUZE , des HouLIERES et Mad. de SCUDERY, qui y representent les 3 GRACES.
Il a fallu quelquefois plusieurs siècles pour
trouver un seul de ces beaux génies , et c'est
peut- être le plus grand effort de la nature de
les avoir tous produits dans un même siecle ;
sans parler de tant d'autres hommes qui ont
excellé en même-temps en France dans toutes
Les autres sciences et dans tous les autres beaux
Arts , differens de la Poësie et de la Musique.
Qu'on
2428 MERCURE DE FRANCE
1
Qu'on compteroit peu de ces grands hommes
depuis le regne de César et d'Auguste ! On
roiroit que la nature ce seroit reposée plus de
dix- sept cent ans pourfaire un pareil prodige et rendre le Regne de Louis LE GRAND
T'admiration de tous les siècles.
>
Rendons les bonneurs suprêmes à nosgrands
Poëtes , les Souverains du Parnasse , et
jouissons de leurs excellens Ouvrages ; mais
rendons aussijustice à plusieurs autres de nos.
Poëtes , qui ne les ont point égalé , mais dont
les écrits ne laissent pas d'avoir leur beauté
et leur agrément , donnant à chacun la gloire
et la récompense qui lui est dûë.
Stet sua cuique Mercos.
Comme le Parnasse François n'est consacré qu'aux Poëtes et qu'aux Musiciens
que la mort a enlevez , M. Titon y a
laissé des Places destinées pour y mettre
nos illustres Poëtes et nos fameux Musiciens vivans après leur mort. Il marque
même qu'il sera aisé d'augmenter de
moitié ce Groupe , en y ajoutant par la
Base , deux ou trois terrasses de Bronze
sur lesquelles on pourra placer autant de
figures qu'on le jugera à propos , et pour
y mettre tous les grands Poëtes et tous les fameux Musiciens dont la nature voudra favoriser la France dans les siécles
avenir.
I
NOVEMBRE. 1732. 2429
Il paroît que M. Titon auroit bien souhaité pouvoir passer les bornes qu'il a dû
se prescrire par ces paroles d'un ancien
Auteur , Cineri gloria datur ; les Monu
mens les plus glorieux ne s'accordent
qu'après la mort. Il a même crû qu'il lui
étoit permis de faire exécuter les Médail
lons de nos trois plus anciens Poëtes vi
vans , qui jouissent d'une grande réputa- tion: Ce sont Messieurs de FONTENELLE et
Rousseau , Poëtes François ; et le P. VANIERE, Jésuite , Poëte Latin ; et ceux de
nos deux plus anciens Musiciens pour les
Opéra; Mess. CAMPRA et DESTOUCHES.
Il est bienpersuadé que les Personnes d'esprit et de mérite ne lui en sçauront pas
mauvais gré ; ce fera dans la suite aux Maîtres de l'Art à leur assigner sur le
Parnasse les places qu'ils y méritent. Il
annonce aussi qu'il doit faire exécuter
des Médaillons des Poëtes qui ont le plus
de réputation parmi ceux dont les noms
sont gravez sur le premier Rouleau qu'on
voit sur le Parnasse , et même ceux de
nos Poëtes vivans , qu'il tiendra toûjours
en reserve , pour être placez , quand il
conviendra , sur le Parnasse. Pour rendre
la suite des Médaillons des Poëtes et des
Musiciens François plus complette , il
compte de donner dans quelque- temps les
F Médail
4430 MERCURE DE FRANCE
Médaillons des Poëtes , et des Musiciens qui sont representez en figures
en pied sur le Parnasse , comme ceux
des Dames, qui y representent les trois
Graces.
Il a fait exécuter jusqu'à present 24
Médaillons de Bronze , qui ont deux pou
ces de diametre : Voici les noms de ceux
qui y sont représentez : LA REINE MARGUERITE , CLEMENT MAROT , MALHERJE , VOITURE , SCEVOLE DE SAINTE
MARTHE , MAYNARD , SARASIN , SCARRÓN, BENSERADE, QUINAULT, SANTEUIL,
RAPIN , COMMIRE , LA RUE , LAINEZ ,
LA LANDE, MARAIS , LA MOTTE , LE P.
VANIERE, FONTENELLE, ROUSSEAU,CAMPRA, DESTOUCHES , MAD, DE LA GUERRE.
Sur les revers de ces Médaillons on
mis des devifes et des symboles conve
nables aux caracteres des Personnes qui
font representées sur la tête des Médail
lons
Le sieur Curé , Sculpteur et Cizeleur ,
demeurant à la descente du Quai Pelle
rier,a exécuté ces Médaillons; et M.Titon
lui a permis de les vendre, pour satisfaire
ceux qui en feront curieux.
par M. Titon DuTillet,Commissaire Provincial des Guerres , ci devant Capitaine
de Dragons , et Maître d'Hôtel de feuë
MADAME LA DAUPHINE , MERE DU ROI.
in -fol. de près de 800 pages , orné de 10.
Vignettes , et de 13 Estampes en taillesdouces. AParis, chez Coignard le fils, Im
primeur du Roi et de l'Académie Françoise,
1732. prix 24 liv. le grand papier , et
15 liv. le petit. Ce volume contient 1.
un Discours sur le dessein que l'Auteur
s'est proposé en faisant éxécuter en Bronze le PARNASSE FRANÇOIS A LA GLOIRS
PE LA FRANCE ET DE LOUIS LE GRAND ,
**
2422 MERCURE DE FRANCE
ET A LA MEMOIRE DES ILLUSTRES POETES
ET MUSICIENS FRANÇOIS. Il donne dans
ce discours une idée des honneurs et des
Monumens que les Peuples les plus célébres de l'Antiquité , surtout les Grecs et
les Romains , accordoient aux personnes
qui se distinguoient dans les Sciences et
dans les beaux Arts ; il marque qu'il a
imité leur exemple en élevant le Parnasse
François.
2. Il fait la description de ce Parnasse ;
qu'il divise en trois parties. La premiere
fait connoître les figures qui composent
ce Groupe , ce qu'elles représentent , et
les rangs différens que nos Poëtes et nos
Musiciens y occupent. Dans la seconde
on voit la disposition de tout ce qui forme će Monument , et l'arrangement des
Figures avec leurs Attributs et leurs Simboles. Dans la troisième , on marque en
quoi le Parnasse FRANÇOIS est allégorique et analogique au PARNASSE DE LA
GRECE , et en quoi il est d'une nouvelle
invention. 3. Un ordre Chronologique
des Poëtes et des Musiciens rassemblez
jusqu'à présent sur lePARNASSE FRANÇOIS,
où l'on donne un Extrait de leur vie
un Catalogue de leurs Ouvrages , sur les
quels on rapporte les jugemens de plusieurs sçavans Critiques.
4.
NOVEMBRE. 1732. 2423
4. Un Essai , ou des Remarques sur la
Poësie et sur la Musique en géneral.
5. Des Remarques plus étenduës sur
l'origine et sur le progrès de la Poësie et
de la Musique Françoise , et particulierement sur nos Spectacles et nos Piéces, de
Théatre.
et
6. Un Poëme Latin du Pere Vaniere , Jésuite , sur le Parnasse François ,
avec une Imitation de ce Poëme en François , la plus grande partie en Vers ,
l'autre en Prose , par le Pere Brumoy , Jésuite. Une Lettre de M. Rousseau , et une
de M. de Saint Hyacinthe à M. Titon
Du Tillet sur son Parnasse.
M. Titon DuTillet a fait graver en 1723-
une grande et magnifique Estampe du
Parnasse dont nous avons fait la description dans le Mercure du mois de Septembre 172 3. et depuis il a donné une description de ce Monument avec une liste
alphabétique des Poëtes et des Musiciens
qui y sont rassemblez ; nous en avons fait
mention au mois de Juin 1727. que parut
cette Edition ; mais celle dont il vient de
faire part au Public est infiniment plus
ample , parce qu'il y a augmenté le nombre des Poëtes et des Musiciens sur le
Parnasse , et qu'il s'est étendu davantage
sur les articles de ceux dont il avoit parlé
dans la premiere Edition ; outre l'Essai et
les
#424 MERCURE DE FRANCE
les Remarques sur la Poësie et sur la Mu¬
sique qu'il donne dans celle- ci.
On peut dire de cet Ouvrage que nonseulement c'est la description du Parnasse François ; mais encore une Histoi
re générale de la Poësie et de la Musi
que Françoise, où les Curieux trouveront
de quoi se satisfaire.
>
CommeM. Titon du Tillet fait paroî
tre sur le Parnasse environ 250 Poëtes ou
Musiciens , il les distribuë en trois et même en quatre classes pour les y placer. I
marque dans son premier Discours, qu'il
ne lui convient pas d'être aussi severe que
Horace et Despréaux , dont il n'ignore pas
les Arrêts redoutables55; le premier dit
Dieux ni les hommes ne peuvent soufrir la
médiocrité dans les Vers , et qu'on arrache
jusqu'aux Affiches de leurs Ouvrages , mises
sur les Colonnes et aux coins des ruës.
Mediocribus esse Poëtis.
que
Non Di , non homines , non concessere columna.
let
Despréaux est du même sentiment , et
s'explique de cette maniere :
Mais dans l'art dangereux de rimer et d'écrire ;
Il n'est point de dégrez du médiocre au pire.
Et dans un autre endroit, en parlant de
peuxqui veulent meriter une place sur le Par
NOVEMBRE. 1732. 242
Farnasse , en traitant des sujets nobles et
élevez , il dit :
Qui ne vole au sommet, tombe au plus bas dégré
Mais il ne faut pas prendre Horace et
Defpreaux tout-à-fait à la lettre dans les
Passages cy-dessus où ils parlent du caracte- re élevé et du sublime de la Poësie , tel que
celui de l'Epopée ou du Poëte Epique , de
Ode Héroïque , et de la Tragedie ; car il est
d'autresgoûts de Poësie , où celui qui y réussit merite le titre de Poëte , et quelque rang
sur le Parnasse.
le Pourquoi voudroit- on qu'il n'y eut que
sommet du Parnasse d'habité , le milieu et
tes differentes Terrasses de cette Montagne
n'offrent-elles pas des endroits rians et délieieux où l'onpeutêtre placé avec distinction et selon le mérite de ses ouvrages.
Voici les Classes ou les Monumens diffe
rens qui distinguent les Poëtes et les Musisiens sur le Parnasse François. 1. Lafigure,
en Pied. 2. Les Médaillons ( cette Classe
peut bien êtrejointe avec la premiere ). 3. Les
noms gravez sur un premier Rouleau de
Bronze. 4. Un second Rouleau contient encore d'autres noms. 5. Un autre Rouleau où
sont écrits les noms de plusieurs personnes
d'un excellent gout , Amateurs et Protecteurs
de la Poësie et de la Musique , qui ont composé
2426 MERCURE DE FRANCE
posé aussi quelques jolis vers ou qui ont excellé dans l'art de chanter ou de jouer de
quelque Instrument. A la tête des Amateurs
et des Protecteurs de la Poësie , on a placé
LE CARDINAL DE RICHELIEU.
Pour faire encore quelque honneur à
notre Nation, M. Titon a mis à la fin de
ce volume une Liste d'environ cinq cent
Poëtes ou Musiciens , dont quelques- uns
peuvent avoir quelque mérite. Il les place dans les Avances ou dans les Campagnes qui environnent le Parnasse , afin
qu'Apollon et son Conseil puissent en admettre quelques- uns sur ce Mont sacré ,
s'ils les en trouvent dignes. Les Curieux
en Poësie et en Musique doivent lui sçavoir bon gré de leur rappelfer les noms
de tous ces Poëtes et de tous ces Musiciens , et en même temps de leur donner
une idée générale de l'hiftoire de notre
Poësie et de notre Musique , d'en faire
voir l'origine , les progrès et le haut
point de perfection où ces deux beaux
Arts sont montez en France, sous le Regne de Louis le Grand , qui est l'Apollon
du Parnasse François.
Pour revenir aux Poëtes et aux Musiciens qu'il a placés sur ce Parnasse , il dit :
Je n'ai point prétendu , comme on peut le
voir , par les differens monumens qu'on trouve
NOVEMBRE. 1732 2427
trouve sur ce Groupe de Bronze , et même
par les Places differentes que les Figures et
Les Médaillons y occupent , que tous les Poëtes et les Musiciens qui y sont rassemblez
soient d'un merite égal et digne des mêmes
honneurs. Je sçai bien qu'on ne trouve pas
facilement des MALHERBES et des RAGANS
pour l'ODE ; des CORNEILLES et des RACINES pour la TRAGEDIE ; des MOLIERESpour
la COMEDIE ; des LA FONTAINE pour LES
FABLES et LES CONTES ; des CHAPELLESpour
la Poësie naturelle , legere et badine ;` des
RACANS et des SEGRAIS pour la PASTORALE et l'EGLOGUE ; des DESPREAUX pour la
SATIRE ; des QUINAULTS pour la MUSIQUE
GHANTANTE ; des LULLYSpourla MUSIQUE,
et des Poëtes François et des Poëtes Latins
tels que les principaux de notre Parnasse
et des DAMES , telles que Mesdames de la
SUZE , des HouLIERES et Mad. de SCUDERY, qui y representent les 3 GRACES.
Il a fallu quelquefois plusieurs siècles pour
trouver un seul de ces beaux génies , et c'est
peut- être le plus grand effort de la nature de
les avoir tous produits dans un même siecle ;
sans parler de tant d'autres hommes qui ont
excellé en même-temps en France dans toutes
Les autres sciences et dans tous les autres beaux
Arts , differens de la Poësie et de la Musique.
Qu'on
2428 MERCURE DE FRANCE
1
Qu'on compteroit peu de ces grands hommes
depuis le regne de César et d'Auguste ! On
roiroit que la nature ce seroit reposée plus de
dix- sept cent ans pourfaire un pareil prodige et rendre le Regne de Louis LE GRAND
T'admiration de tous les siècles.
>
Rendons les bonneurs suprêmes à nosgrands
Poëtes , les Souverains du Parnasse , et
jouissons de leurs excellens Ouvrages ; mais
rendons aussijustice à plusieurs autres de nos.
Poëtes , qui ne les ont point égalé , mais dont
les écrits ne laissent pas d'avoir leur beauté
et leur agrément , donnant à chacun la gloire
et la récompense qui lui est dûë.
Stet sua cuique Mercos.
Comme le Parnasse François n'est consacré qu'aux Poëtes et qu'aux Musiciens
que la mort a enlevez , M. Titon y a
laissé des Places destinées pour y mettre
nos illustres Poëtes et nos fameux Musiciens vivans après leur mort. Il marque
même qu'il sera aisé d'augmenter de
moitié ce Groupe , en y ajoutant par la
Base , deux ou trois terrasses de Bronze
sur lesquelles on pourra placer autant de
figures qu'on le jugera à propos , et pour
y mettre tous les grands Poëtes et tous les fameux Musiciens dont la nature voudra favoriser la France dans les siécles
avenir.
I
NOVEMBRE. 1732. 2429
Il paroît que M. Titon auroit bien souhaité pouvoir passer les bornes qu'il a dû
se prescrire par ces paroles d'un ancien
Auteur , Cineri gloria datur ; les Monu
mens les plus glorieux ne s'accordent
qu'après la mort. Il a même crû qu'il lui
étoit permis de faire exécuter les Médail
lons de nos trois plus anciens Poëtes vi
vans , qui jouissent d'une grande réputa- tion: Ce sont Messieurs de FONTENELLE et
Rousseau , Poëtes François ; et le P. VANIERE, Jésuite , Poëte Latin ; et ceux de
nos deux plus anciens Musiciens pour les
Opéra; Mess. CAMPRA et DESTOUCHES.
Il est bienpersuadé que les Personnes d'esprit et de mérite ne lui en sçauront pas
mauvais gré ; ce fera dans la suite aux Maîtres de l'Art à leur assigner sur le
Parnasse les places qu'ils y méritent. Il
annonce aussi qu'il doit faire exécuter
des Médaillons des Poëtes qui ont le plus
de réputation parmi ceux dont les noms
sont gravez sur le premier Rouleau qu'on
voit sur le Parnasse , et même ceux de
nos Poëtes vivans , qu'il tiendra toûjours
en reserve , pour être placez , quand il
conviendra , sur le Parnasse. Pour rendre
la suite des Médaillons des Poëtes et des
Musiciens François plus complette , il
compte de donner dans quelque- temps les
F Médail
4430 MERCURE DE FRANCE
Médaillons des Poëtes , et des Musiciens qui sont representez en figures
en pied sur le Parnasse , comme ceux
des Dames, qui y representent les trois
Graces.
Il a fait exécuter jusqu'à present 24
Médaillons de Bronze , qui ont deux pou
ces de diametre : Voici les noms de ceux
qui y sont représentez : LA REINE MARGUERITE , CLEMENT MAROT , MALHERJE , VOITURE , SCEVOLE DE SAINTE
MARTHE , MAYNARD , SARASIN , SCARRÓN, BENSERADE, QUINAULT, SANTEUIL,
RAPIN , COMMIRE , LA RUE , LAINEZ ,
LA LANDE, MARAIS , LA MOTTE , LE P.
VANIERE, FONTENELLE, ROUSSEAU,CAMPRA, DESTOUCHES , MAD, DE LA GUERRE.
Sur les revers de ces Médaillons on
mis des devifes et des symboles conve
nables aux caracteres des Personnes qui
font representées sur la tête des Médail
lons
Le sieur Curé , Sculpteur et Cizeleur ,
demeurant à la descente du Quai Pelle
rier,a exécuté ces Médaillons; et M.Titon
lui a permis de les vendre, pour satisfaire
ceux qui en feront curieux.
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Résumé : Le Parnasse François, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente 'Le Parnasse Français', un ouvrage de M. Titon Du Tillet dédié au Roi et publié en 1732. Ce livre de près de 800 pages, illustré de vignettes et d'estampes, se compose de plusieurs sections clés. La première section expose le projet de l'auteur de créer un monument en bronze célébrant la gloire de la France et de Louis le Grand, en hommage aux poètes et musiciens français. L'auteur compare cet hommage aux honneurs accordés aux artistes dans l'Antiquité, notamment par les Grecs et les Romains. Le livre décrit ensuite le Parnasse Français, divisé en trois parties. La première partie présente les figures et leurs représentations. La deuxième détaille la disposition du monument et l'arrangement des figures avec leurs attributs et symboles. La troisième explique les analogies et les innovations par rapport au Parnasse grec. L'ouvrage inclut également un ordre chronologique des poètes et musiciens, des essais sur la poésie et la musique, des remarques sur l'origine et le progrès de ces arts en France, et un poème latin avec son imitation en français. Des lettres de M. Rousseau et de M. de Saint Hyacinthe à M. Titon Du Tillet sont également présentes. M. Titon Du Tillet a augmenté le nombre de poètes et de musiciens représentés dans cette édition par rapport à la précédente, et a ajouté des essais et des remarques sur la poésie et la musique. Le Parnasse Français est ainsi présenté comme une histoire générale de la poésie et de la musique françaises. L'auteur classe les poètes et musiciens en différentes catégories, reconnaissant que tous ne sont pas de mérite égal. Il mentionne des figures emblématiques comme Malherbe, Racine, Molière, et Lully, tout en rendant hommage à d'autres poètes et musiciens moins célèbres mais méritants. Le Parnasse Français est consacré aux poètes et musiciens décédés, mais des places sont laissées pour les artistes vivants. M. Titon Du Tillet a également fait exécuter des médaillons de bronze pour certains poètes et musiciens, dont les noms sont listés dans le texte.
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245
p. 2449-2450
Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
Début :
Il y a en vente chez la Veuve Chereau, ruë S. Jacques, aux deux Pilliers d'Or; et chez [...]
Mots clefs :
Estampes, Tableaux, Antoine Watteau, Enseigne
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texteReconnaissance textuelle : Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
·Il Y a en vente chez la Veuve Chereau , rue
S. Jacques , aux deux Pilliers d'Or" ; et chez Sû
rugues , Graveur du Roy , rue des Noyers , vis- à- vis S. Yves , deux Estampes, nouvellement gra.
vées d'après les Tableaux de feu Antoine Wat- teau ; l'une a pour titre : Les agrémens de l'Eté.
Ce Tableau est dans le Cabinet de M. Glucq ,
Conseiller au Parlement. L'autre est l'Enseigne
que Watteau peignit en arrivant de Londresen
172 1. pour M. Gersain , son ami , Marchand
de Tableaux et d'Estampes , sur le Pont Notre- Dame.
Ce morceau qui a 9 pieds 6 pouces de large ,
sur spieds de haut , a toujours été regardé com-mc
2450 MERCURE DE FRANCE
me le Chef- d'œuvre de cet excellent Peintre. Îl
représente le Magazin d'un Marchand , qui est
rempli de differens Tableaux des plus grands
Maîtres ; on y reconnoît le caractere et le goût de chacun de ces Maîtres.
Cette fameuse Enseigne ne fut exposée que 15
jours ; elle fit l'admiration de tout Paris. Elle fut vendue à M. Glucq . On la voit à present dans le
Cabinet de M. Jullienne , qui l'a fait graver
pour la suite dê l'œuvre , qu'il fait toujours con tinuer. On lit ces Vers au bas de l'Estampe.
Watteau dans cette Enseigne , à la fleur de
ses ans >
Des Maîtres de son art imite la maniere ;
Leurs caracteres differens ,
Leurs touches et leur goût composent la matiere
De ces Esquisses Elegans.
Que n'attendions- nous point de tant d'heureux
Talens !
Si le Ciel eut voulu prolonger sa carriere ,
Il auroit surpassé ces Modeles charmans.
S. Jacques , aux deux Pilliers d'Or" ; et chez Sû
rugues , Graveur du Roy , rue des Noyers , vis- à- vis S. Yves , deux Estampes, nouvellement gra.
vées d'après les Tableaux de feu Antoine Wat- teau ; l'une a pour titre : Les agrémens de l'Eté.
Ce Tableau est dans le Cabinet de M. Glucq ,
Conseiller au Parlement. L'autre est l'Enseigne
que Watteau peignit en arrivant de Londresen
172 1. pour M. Gersain , son ami , Marchand
de Tableaux et d'Estampes , sur le Pont Notre- Dame.
Ce morceau qui a 9 pieds 6 pouces de large ,
sur spieds de haut , a toujours été regardé com-mc
2450 MERCURE DE FRANCE
me le Chef- d'œuvre de cet excellent Peintre. Îl
représente le Magazin d'un Marchand , qui est
rempli de differens Tableaux des plus grands
Maîtres ; on y reconnoît le caractere et le goût de chacun de ces Maîtres.
Cette fameuse Enseigne ne fut exposée que 15
jours ; elle fit l'admiration de tout Paris. Elle fut vendue à M. Glucq . On la voit à present dans le
Cabinet de M. Jullienne , qui l'a fait graver
pour la suite dê l'œuvre , qu'il fait toujours con tinuer. On lit ces Vers au bas de l'Estampe.
Watteau dans cette Enseigne , à la fleur de
ses ans >
Des Maîtres de son art imite la maniere ;
Leurs caracteres differens ,
Leurs touches et leur goût composent la matiere
De ces Esquisses Elegans.
Que n'attendions- nous point de tant d'heureux
Talens !
Si le Ciel eut voulu prolonger sa carriere ,
Il auroit surpassé ces Modeles charmans.
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Résumé : Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
Le texte annonce la vente de deux estampes gravées d'après les tableaux d'Antoine Watteau. La première, intitulée 'Les agrémens de l'Eté', est conservée dans le cabinet de M. Glucq, Conseiller au Parlement. La seconde est une enseigne peinte par Watteau en 1721 pour M. Gersain, un marchand de tableaux et d'estampes. Cette enseigne, mesurant 9 pieds 6 pouces de large sur 6 pieds de haut, est considérée comme le chef-d'œuvre de Watteau. Elle représente le magasin d'un marchand rempli de tableaux de grands maîtres, chacun reconnaissable par son style et son goût. Exposée seulement 15 jours, elle fut admirée par tout Paris avant d'être vendue à M. Glucq. Actuellement, elle se trouve dans le cabinet de M. Jullienne, qui l'a fait graver pour une suite d'œuvres. Une poésie accompagne l'estampe, soulignant le talent de Watteau et son imitation des maîtres de son art.
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246
p. 2644-2645
Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
Début :
Il paroît depuis peu deux Estampes nouvellement gravées par le sieur Desplaces, d'après [...]
Mots clefs :
Estampes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
Il paroît depuis peu deux Estampes nouvelle- L. Vol. lement
DECEMBRE: 1732. 2645
lement gravées par le sieur Desplaces , d'après
Carle Maratte , du Cabinet du Prince de Monaco,
Duc de Valentinois , dont l'une répresente Diane et Acteon et l'autre Diane au Bain ; eiles se
vendent chez Desplaces , ruë de la Jussienne.
DECEMBRE: 1732. 2645
lement gravées par le sieur Desplaces , d'après
Carle Maratte , du Cabinet du Prince de Monaco,
Duc de Valentinois , dont l'une répresente Diane et Acteon et l'autre Diane au Bain ; eiles se
vendent chez Desplaces , ruë de la Jussienne.
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247
p. 2729-2730
« On mande d'Italie que le sieur Schioffino, celébre Sculpteur de Genes, avoit [...] »
Début :
On mande d'Italie que le sieur Schioffino, celébre Sculpteur de Genes, avoit [...]
Mots clefs :
Sculpteur, Crucifix, Statues
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On mande d'Italie que le sieur Schioffino, celébre Sculpteur de Genes, avoit [...] »
On mande d'Italie que le sieur SchiofI. Vol. fine .
2730 MERCURE DE FRANCE
fino , celébre Sculpteur de Genes , avoit
fini depuis peu le grand Crucifix de marbre et plusieurs autres Statues qu'il faisoit
pour le Roi de Portugal
2730 MERCURE DE FRANCE
fino , celébre Sculpteur de Genes , avoit
fini depuis peu le grand Crucifix de marbre et plusieurs autres Statues qu'il faisoit
pour le Roi de Portugal
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248
p. 1730
« Le sieur Martin l'aîné, qu'on peut dire avoir considerablement enrichi les [...] »
Début :
Le sieur Martin l'aîné, qu'on peut dire avoir considerablement enrichi les [...]
Mots clefs :
Beaux Arts, Ouvrages, Vernis, Martin, Lambris, Carosses
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texteReconnaissance textuelle : « Le sieur Martin l'aîné, qu'on peut dire avoir considerablement enrichi les [...] »
Le sieur Martin l'aîné , qu'on peut dire avoir considerablement, enrichi les
beaux Arts en Europe , en imitant et
surpassant même à beaucoup d'égards
les plus beaux Ouvrages en Vernis unis
et de relief , de la Chine et du Japon
donne avis au Public , que pour s'accommoder au tems et aux personnes qui ne
veulent pas faire une grande dépense , il
entreprend des Lambris , Frises , Plafonds , impressions , bronzures , peintures ordinaires , generalement toutes sortes
de Vernis , et autres Ouvrages au prix
courant , pour décorer les Appartemens ,
d'un goût nouveau agréable , avec figures de relief et de diverses couleurs.
Il entreprend aussi des Carosses en beau
vernis en avanturine , &c. les fait peindre et dorer , et garantit la dorure des
injures du tems. Le tout à un prix rai- sonnable.
,
Sa demeure est toujours grande ruë da
Fauxbourg S. Denis , chez la veuve Rivet, près la Grille
beaux Arts en Europe , en imitant et
surpassant même à beaucoup d'égards
les plus beaux Ouvrages en Vernis unis
et de relief , de la Chine et du Japon
donne avis au Public , que pour s'accommoder au tems et aux personnes qui ne
veulent pas faire une grande dépense , il
entreprend des Lambris , Frises , Plafonds , impressions , bronzures , peintures ordinaires , generalement toutes sortes
de Vernis , et autres Ouvrages au prix
courant , pour décorer les Appartemens ,
d'un goût nouveau agréable , avec figures de relief et de diverses couleurs.
Il entreprend aussi des Carosses en beau
vernis en avanturine , &c. les fait peindre et dorer , et garantit la dorure des
injures du tems. Le tout à un prix rai- sonnable.
,
Sa demeure est toujours grande ruë da
Fauxbourg S. Denis , chez la veuve Rivet, près la Grille
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Résumé : « Le sieur Martin l'aîné, qu'on peut dire avoir considerablement enrichi les [...] »
Le sieur Martin l'aîné, célèbre pour ses œuvres en vernis imitant celles de la Chine et du Japon, propose désormais des prix plus accessibles. Il offre des lambris, frises, plafonds, impressions, bronzures, peintures et autres types de vernis pour décorer les appartements. Il décore également des carrosses en vernis, avec options de peinture et de dorure garantie. Sa résidence est rue du Faubourg Saint-Denis, chez la veuve Rivet.
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249
p. 2823-2825
AUTRE.
Début :
Sept lettres de mon nom font toute la structure, [...]
Mots clefs :
Tableau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
UTRE.
G ....
Ept lettres de mon nom font toute la structure,
Mon cher Lecteur , veus- tu voir ma figure ?
Elle est très - commune en tous lieux ,
Peut- être en ce moment que ton esprit s'em
presse
Ame chercher bien loin , je suis devant tes yeux,
Si je suis fait avec adresse ,
On fait surtout grand cas de moi ,
Lorsque je suis fils de mon pere ,
Souvent je suis posthume et je n'ai point de mere
J'en ai trop dit , devine , c'est à toi.
Tu ne peux ,je t'entends ; voyons si ce qui reste
Ne sera point pour toi viande trop indigeste ,
Six , sept , trois , cinq de la nuit et du jour ,
2
İmplacable ennemie ,
II. Vol.
La
24 MERCURE DE FRANCE
Le Soleil commençant son tour ,
Vient terminer ma vie ,
Pris en un autre sens , à tout homme d'Eglise ,
Je sers utilement ;
Trois, cinq, six,sept, tout blondin qui se frise;
Qui d'un air négligé , sourit nonchalamment ,
Croit m'avoir en partage ,
Ma tête à bas , je sers à votre usage ,
Je nourris dans mon sein mille animaux divers¿
L'Eté toûjours liquide ,
Par fois l'Hyver je suis un corps solide ,
Et quoiqu'assez pesant , je monte dans les airs ,
Trois , quatre , cinq , je suis ta nourriture ;
Trois , six , deux , quatre , ainsi qu'on lit dans l'Ecriture ,
Je menaçai jadis les Cieux ;
Malgré les crimes de ma vie ,
Mon fils après ma mort me mit au rang Dieux ;
J'eus les respects d'une Princesse impie :
Mais tôt après je fus abandonne ,
dea
Et par le Peuple Saint dans la fange traîné ;
Trois , six , quatre , chez moi tout le monde
s'empresse
Pendant le Carnaval à montrer son adresse ;
Mais pour me voir la terreur d'un poltron ;
Ajoutez cinq de plus , je me plaits au carnage,
Et souvent au plus fier courage ,
II. Vol. J'ai
DECEMBRE. 1732. 2825
J'ai fait passer la Barque de Caron :
Ün , deux , trois , quatre , cinq , je suis souvent utile ,
A maint usage, et sur tout au repas :
Dans un très-grand Empire on ne me connoft pas,
Quoi que je sois à faire très- facile ,
Vous baîllez , cher Lecteur ; je finis et tout net,
Sept , deux , quatre, cinq , un, je suis votre valet.
Par P. D. C.
G ....
Ept lettres de mon nom font toute la structure,
Mon cher Lecteur , veus- tu voir ma figure ?
Elle est très - commune en tous lieux ,
Peut- être en ce moment que ton esprit s'em
presse
Ame chercher bien loin , je suis devant tes yeux,
Si je suis fait avec adresse ,
On fait surtout grand cas de moi ,
Lorsque je suis fils de mon pere ,
Souvent je suis posthume et je n'ai point de mere
J'en ai trop dit , devine , c'est à toi.
Tu ne peux ,je t'entends ; voyons si ce qui reste
Ne sera point pour toi viande trop indigeste ,
Six , sept , trois , cinq de la nuit et du jour ,
2
İmplacable ennemie ,
II. Vol.
La
24 MERCURE DE FRANCE
Le Soleil commençant son tour ,
Vient terminer ma vie ,
Pris en un autre sens , à tout homme d'Eglise ,
Je sers utilement ;
Trois, cinq, six,sept, tout blondin qui se frise;
Qui d'un air négligé , sourit nonchalamment ,
Croit m'avoir en partage ,
Ma tête à bas , je sers à votre usage ,
Je nourris dans mon sein mille animaux divers¿
L'Eté toûjours liquide ,
Par fois l'Hyver je suis un corps solide ,
Et quoiqu'assez pesant , je monte dans les airs ,
Trois , quatre , cinq , je suis ta nourriture ;
Trois , six , deux , quatre , ainsi qu'on lit dans l'Ecriture ,
Je menaçai jadis les Cieux ;
Malgré les crimes de ma vie ,
Mon fils après ma mort me mit au rang Dieux ;
J'eus les respects d'une Princesse impie :
Mais tôt après je fus abandonne ,
dea
Et par le Peuple Saint dans la fange traîné ;
Trois , six , quatre , chez moi tout le monde
s'empresse
Pendant le Carnaval à montrer son adresse ;
Mais pour me voir la terreur d'un poltron ;
Ajoutez cinq de plus , je me plaits au carnage,
Et souvent au plus fier courage ,
II. Vol. J'ai
DECEMBRE. 1732. 2825
J'ai fait passer la Barque de Caron :
Ün , deux , trois , quatre , cinq , je suis souvent utile ,
A maint usage, et sur tout au repas :
Dans un très-grand Empire on ne me connoft pas,
Quoi que je sois à faire très- facile ,
Vous baîllez , cher Lecteur ; je finis et tout net,
Sept , deux , quatre, cinq , un, je suis votre valet.
Par P. D. C.
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250
p. 2865-2866
Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
Début :
M. de Julliennes, qui continuë de faire graver les Oeuvres de feu Antoine Watteau, vient de [...]
Mots clefs :
Antoine Watteau, Estampes, Tableau
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texteReconnaissance textuelle : Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
es Œuvres de feu Antoine Watteau , vient de
faire paroître quatre Estampes d'après les Ta→
bleaux de ce charmant Peintre. Elles ont pour
II. Vel titre
2865 MERCURE DE FRANCE
titre la Promenade sur les Remparts ; Arlequin jaloux ; la Fileuse et la Marmotte. Ces Estampes
se débitent avec toutes celles gravées précédemment , chez la Veuve Chereau , rue S. Jacques
aux deux Pilliers d'or , et chez Surugues, Graveur
du Roy, rue des Noyers, vis - à-vis S. Yves.
faire paroître quatre Estampes d'après les Ta→
bleaux de ce charmant Peintre. Elles ont pour
II. Vel titre
2865 MERCURE DE FRANCE
titre la Promenade sur les Remparts ; Arlequin jaloux ; la Fileuse et la Marmotte. Ces Estampes
se débitent avec toutes celles gravées précédemment , chez la Veuve Chereau , rue S. Jacques
aux deux Pilliers d'or , et chez Surugues, Graveur
du Roy, rue des Noyers, vis - à-vis S. Yves.
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