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p. 5-23
EXTRAIT du Memoire lû à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, le 12. Novembre 1729. sur les Eaux de Bourbon.
Début :
Mr. Boulduc lut un Discours intitulé Essai d'Analyse en general des Eaux [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Gilles-François Boulduc, Sel, Eaux , Acide, Sédiment, Terre, Eaux de Bourbon, Eau
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Memoire lû à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, le 12. Novembre 1729. sur les Eaux de Bourbon.
EXTRAIT du Mémoire lit a l'Afimble'e
■publique de ^Académie Royale de*
Sciences, le 12. Novembre XJíJ. fur
les Eaux de Bourbon.
Mr. Boulduc lut un Discours intitule
Ejfai t£ Analyse m genêtal des Eaux
Minérales chaudes de Bourbon l'Archarabaud.
Ces Eaux étant du nombre des plus an
ciennes du Royaume & des plus renom-f
niées par la guérison de plusieurs mala
dies longues & fâcheuíes.ellcs se sont tou
jours attiré Inattention & la recherche des*
Médecins & des Physiciens.
Dès les années 1605. & 1 £18. fans?
remonter plus haut , Jean Ban , de Mòu-í
.lins, en fait mention dans son Livre des
•vertus des Eaux naturelles de France re
nommées y & croit qu'elles contiennent d*
Souffre minerai , du Bitume & du Nitre ,
qui est le Natron des Anciens , que l'on
regarde comme un Sel Alkali minerai ,
comparable par ses effets aux Sels fixes -,
acres & lixiviels, qu'on tire des Plantes
après les avoir réduites en cendres.
En 1670. M. Duclos , de cette Acadé
mie , reconnut dans nos Eaux le même
Nitres
Ì MERCURE DE FRANCE..
Nitre; & depuis cet Auteur, d'autres Aca
démiciens ayant eu par intervales occa
sion de les examiner, ont encore conclu
avec leur Prédécesseur , qu'elles ne ren
ferment presqu'autre chose que cet Al
kali naturel.
II seinbloit donc, que sa qualité alkaline
leur étoit bien assurée. Mais en 1699:
quelqu'un, fous le nom de Pascal ,1a rejetta
entièrement dans un Livre fait ex
près' au sujet de ces Eaux ; ce n'est pas
un simple Sel Alkali qu'elles contien
nent , c'est , selon lui , un Sei mixte, com
posé d'un Acide volatile & d'un Sel Al
kali fixe, qu'il appelle un Nitre fort vo
latile & fort épuré; on tireroit même,
dit-il , cet Acide comme un véritable
esprit de Nitre du sédimènt,qu'on trouve à'
leur source en manière de croûtes ; &£•
pour Jouir du Sel dans son état naturel
il faudroit laisser évaporer nos Eaux à l'air
ou au Soleil j le feu-, qu'on employé , est
infidèle , il altère les Mixtes , il décom
pose ce Sel, & fajt , à la vérité , qu'on ne
trouve qu'un Alkali, mais cet Alkali étoit?
auparavant lié avec l'acide.
Plusieurs personnes ont applaudi à ce
raisonnement : M.Boulduc fait néanmoins
Remarquer en passant , qu'un véritable
esprit deNitre,uni avec un Sel Alkali fixe,
ftEoir nécessairement un véritable Nitre
Jan vi er. t7ìó. i
áes Modernes , c'est à- dire , un bon Sal
pêtre qui ne se décompose pas fi aisément
qu'on le dit.
Cependant le Livre allégué dérive de
ce Sel Mixte Nitreux la plupart des effets
que nos Eaux produisent sur le corpr
humain} au lieu que les premiers Auteutr
les dérivoient de l'Alkali Salin.
Cette diversité de sentimens a été le
principal motif pour que M. Boulduc'
cherchât les moyens de s'éclaircir de la
Vérité, en examinant ces Eaux de nouveau.
Son dessein a été secondé > il en a reçu
près de cent Bouteilles très- promptement
à l'occasion du retour de S. A. S. Mon
sieur le Duc-, qui les ravoir prises avec
succès à Bourbon; & un bon Artiste voulut
fcien en évaporer à la Source un grand
nombre de livres } & lui en remettre la-
Résidence. '
M. Boulduc , de son côté , y a trouve
par son travail plus de matières qu'onr
n'en avoit encore connu , & quel
ques-unes dans des circonstances singu
lières. Les mystères de la Nature ne se
développent que peu à peu , & c'est tou
jours un avantage pour lès derniers venus.
L'Eau de Bourbon est claire & limpide
comme une Eau de Roche , presque sans
edeur , & d'un gout partagé entre le vrai
felc & le lixiviel i sortant de la terre très^
sensiblement
$ MERCURE DE FRANCE;
sensiblement bouillante , elle fume con
tinuellement daní ses puits & réservoir , &
à mesure qu'il s'en exhale , il paroît à la
surface une fleur ou poussière blanche
très-fine fous l'apparence d'une toile ou
pellicule grasse fans liaison , qui devient
filus visible quand il y á long-temps que
'Eau n'a été agitée , mais qu'on ne sçausoit
ramasser de quelque façon qu'on s'y
prenne. Cette Eau dépose un Sédiment en
maniéré de croules pierreuses assez dures ,
formées de plusieurs couches blanches
bi«n distinctes , & mêlées en quelques
endroits , particulièrement en dessous ,
d'une couche de terre d'un brun foncé.
Ces croûtes qui font fans gout & fans
odeur fe collent aux bords & à la surface
intérieure du puits , du conduit & du réJ
scrvoir, dont on est obligé de les détachée
de temps à autre.
Cette Eau, gardée dans des bouteilles
bien transparentes , fait auflî voir au bouc
de quelque temps à fa surface de petits
corps blancs fort déliez qui augmentent
peu à peu & fe condensent en une
pellicule semblable à celle, qui se forme
sut l'Ëau de Chaux , laquelle gtossissant
au point que l'Eau ne peut plus la sou
tenir , se brise en beaucoup de morceaux ,
qui en tombant, s'attachent au fond &
aux parois du vaisseau , & affectent une
JANVIER. i7j«; 9
1
Configuration régulière comme quelque
chose de lalin» *
Après le récit de ces circonstances ,
M. Boulduc entre dans l' Analyse, & dit
à la fin de chaque article des matières qu'il
y a trouvées , comme il les a pressenties,
par les Epreuves, quand il y en a , par le
gout , par l'odeur , &c. & comment il est
enfin parvenu à les séparer de manière
qu'il les puisse exposer aux yeux.- dont
nous ne pouvons ici donner que le précis.
Les Epreuves les plus significatives que
M. Boulduc a faites fur l'Eau de Bourbon
font ; qu'elle précipite l'argent dissous en
un cailla blanc qui fond aisément au feu
&C devient volatile" , si on n'employe que
peu de cette solution ; que si au contraire
on en passe les bornes , l'Eau en fait un
deuxième précipité qui refuse la fonte i
qu'elle verdit lá teinture de violettes len
tement ; qu'elle fermente avec tous le»
Acides aflez sensiblement,& ptécipite l'Aïun
& les Vitriols ordinaires , quand ili
font dissous dans de l'eau commune :
Avec une forte huille de tartre faite pat
défaillance , elle se trouble & dépose après
jane terre blanche. : .
IÇqus ces effets font plus prompts Sc
plus sensibles , quand notre Eau est con
centrée , soit par le feu , par l'air ou par U
gelée. Alors elle fait même bien plus
jio MERCURE DE FRANCE,
^qu'auparavant, comme de précipiter, eaîre
autres , le sublime' dissous en une pou
dre de couleur d'e'corcc d'Orange. Les
différentes matières réciproques ne pouvoient
pas s'atteindre facilement dans la
grande étendue du liquide.
V Evaporation & la Distillation , con»
tinuées jusqu'à siccité des matières, n'ont
presque rien fait appercevoir à M. Boulcîuc
de diffèrent d'entre-elles. A peine
l'£au ressent- elle la chaleur qu'elle jette
à la surface une poussière blanche très*
fine , laquelle en augmentant se noye en
partie , & tombe ; & eo partie elle forme
par l'union.d'un nombre de petits filets
iìns & transparents des feuillets à peu près
comme on en voit dans l'eau de chaux ,
qui restent quelque temps à la surface }
& se brisant enfin, voltigent long-temps en
tout sens avant que d'aller au fond.L'Eau,
qui est élevée dans la distillation,n'a puine
de gout ni d'odeur,ni ne fait impression fut
aucune matierejla cucurbitc sent seulement
un peu l'empyreume,& toute la Résidence
affaissée est une terre blanche mêlée d'une
matière qui reffernble a une gelés on mu
cilage bien transparent & couverte d'une
malje de Sels fort blancs.
Cette Résidence mise sur une pelle ou;
lame d'argent bien chauffées , jetre une
petite flamme , •& exposée, à l'air elle
s'hu/î
/ JANVIER. 1750: 31
(í'hìimecte. Si son poids varie d'une éva
poration à l'autre de quelques grains audessous
ou au- dessus de soixante pour
chaques deux livres d'Eau , c'est d'avoir
été plus ou moins desséchée.
En démêlant cette Résidence, M. Boulduc
n'a pas perdu de vûe celle qu'on lui
avoit apportée de Bourbon > l'une & l'au*
tre lui ont fourni les mêmes matières par
différentes operations.Cependant M. Boulduc
s'étaat apperçu , que YEvaporation
frh-modèrée de notre Eau , pouvoit pres
que toute seule suffire pour en dévelop
per tout , il la propose comme le moyea
le plus simple & le plus aisé à exécuter.
Sans répeter ce qui a été dit de ce
qu'on voít au commencement de cette
opération , on continue à fajre exhaler
notre eau le plus doucement qu'il est pos
sible , & toutes les fois qu'il se présente
une certaine quantité de Sédiment en par
tie , comme une terre informe &c opaque ,
en partie, comme des filets transparents,
on le sépare en survuidant l'eau claire dans
un autre vaisseau : plus elle se concentre
de cette manière -r plus elle jaunit , & il
íe forme alots peu à peu au fond & aux
parois du vaisseau , des. Cristaux en cubes
■parfaits , pendant que la surface se cou
vre d'une croûte saline , qui en dessus est
jnégalc $c raboteuse , ôc en dessous mêlée
; • de
,1
ttc
t x MERCURE DE FRANCE/n.
4c deux sortes de Crystaux. On ôte certe
croûte aussi souvent qu'il s'en forme ,
pour que l'eau s'c'vapore librement ; &
nous dkons davantage du Sédiment ea
son lieu.
Les Cryftaux cubiques sont un vérita
ble Sel commun , qui se distingue pat
cette confìguratipn , par son gout parti
culièrement salé , & par d'autres proprietez
trop connues pour être rapportées.
II se déclare d'avance par le gout qu'il
donne à notre eau , & encore davantage
dans les Epreuves, par l'effet de ia volatilité
, que son acide imprime à l'argent , en
le précipitant ; & enfin, on le réduit par
l'c'vaporation en fa consistence con
crète.
Ce Sel fait la plus grande quantité
d'entre les matières de la Résidence, com
paré avec chacune en particulier.
Les Croûtes faline/,de nouveau dissoutes
dans de l'eau commune , donnent par
l'évaporation encote du Sel commun i
•près quoi le reste de cette solution survuidée
& exposée à l'aìt fait naître des
Crystaux d'un-quarré long , taillez à far
certes aux extrémitez , amers d'abord , 8c
frais ensuite sur la langue, qui sont des
•^roprietez , qui avec d'autres font le ca
ractère du Sel de Glaufor : Et c'est4à ce
que P»ícal a pris pour un Sel Nitreux^ féJANVIER.
1730; 13
iaìt par quelque rcísemblance superfi
cielle & imparfaite des Crystaux. L'acide
nitreux , qui fait l'essence des Sels de ce
nom , n'entre point dans fa compositions
c'est celui du Vitriol •: & outre que
M. Lemmery a prouvé clairement dans
un de fes Mémoires, que la source de
Notre Nitre , n'est point dans les entrail
les de la terre , mais qu'il naît , pour
ainsi dire , à fa surface , ou à une très-pe
tite profondeur ; il est encore bien cer
tain , qu'il ne s'-en est point trouvé jus-»
qu'ici de bien reconnu pour tel dans au
cune eau Minérale 5 car celles qu'on ap
pelle communément Nitrenses , contien
nent un Sel alkali à toute épreuve 3
on les a comparé au Nitre des Ancient ,
qui leur a fait donner ce nom.
Le Sel de Glaaber ne fçauroit être dis
tingué dans notre Eau par le gout , parce
qu'il est dominé par d'autres , dont nous
ressentons plus d'impression -, on ne fçau
roit non plus le prévoir par une simple
épreuve : il faut le soupçonner , & en par
tie seulement se convaincre de sa présence
avant que de le chercher.
On peut avec quelque fondement le
soupçonner par tout où il y a du Sel
commun , ils ne font guëtes l'un fans
l'autre. 11 y en a ainsi dans quelques Aci
dules ou Eauxierrugineuscs froides,com«
■ j B ta»
14 'MERCURE DE FRANCE,
me il y en a. dans notre Eau naturelle»
ment chaude ; l'eau de la Mer même
n'en est pas exempte ; & M . Boulduc eu
a trouvé dans des eaux de Salines , que
l'on regardoit comme purement salc'es ^
parce que l'on en tire du Sel commun.
J?our s'assurer de la présence de ce Sel
par quelque épreuve , il faut d'abord
yoir , si l'on peut découvrir l'acide vi
triolique en genexal , & c'est ce que
Jyl» Boulduc fait pai le moyen de l'huile
4e Chaux , qui lui sert de pierre de tou
che pour cet acide , lequel (ous quelque
fpijue qu'il se trouve , quitte après ce
mélange fa base quelconque , & se porte
(at la Chaux , avec laquelle il fait une
espèce de crystaliíation : l' Acide vitrioli
que étant ainsi dévoilé , pn employé ensuice
des moyens subsidiaires , par lesquels
Pn puisse reconnoître , s'il est lié avec du
fer , comme il l'est dans le Vitriol , ou
avec une terre crétacée , comme il l'est
dans l'Alun , &c. Que, si ces sortes de
preuves manquent , on est assez certain ,
qu'il y a du Sel de Glauber. Et c'est de
eette manière que M» Boulduc l'a pres
senti dans les Croûtes Salines avant que
de le faire paroître pat la crystalisation.
Ce Sel contribue' beaucoup à faire va
rier le poids de la Résidence , parce qu'on
te peut de#«her au pojnt. qu'il pèse plus
JANVIER. i7J0;
'3e la moitié moins que dans son état na
turel.
Apte's avoir retiré de notre Eau le Sel
-commun & les Croûtes Salines , on con
tinue à l'évaporer : plus elle s'avance ver»
la fin , plus elle devient rousse & grasse ,
d'un gout piquant comme une Lexive ,
& répand une odeur bitumineuse , saoa
déposer davantage deCrystaux.
Ces circonstances font juger , qu'il y a
là plus d'une matière : c'est un Sel qu'on
découvre par le gout , & une substance
cn gênerai appeìlce sulphureufe , qu'on
apperçoir par l'odeur qu'il faut démêler
l'une d'avec l'autre.
Ce qui produit le gout piquant &lixiviel
, est un Sel Alkali fixe , dont le*
proprietez égalent en beaucoup de cir
constances un bon Sel de Tartre , avec
lequel M. Boulduc l'a toujours compare í
mais elles s'en éloignent , entr'autres , en
-ce qù'au lieu que le Sel de Tartre mêle
avec le Vitriol ou son acide fait un Tar
tre vitriolé-, le/ Sel de notre Eau mêlé
avec le même acide produit constam
ment un Sel de Glauber. Ce fait, jusquelà
l'unique , a fait souhaitter à M. Boul
duc d'avoir du moins encore un exemple
<le pareil Sel ; & il l'a trouvé dans la Terre
áppellée Nitreuse , qu'on amasse autour
de Smyrae& d'Ephese , & qu'on employé
Bij dans
i« MERCURE DE FRANCË.
dans ce Pays-là à la fabrique du Savon f
il en a fait une forte Lexive purement
alkaline , & Payant mêle'e avec du Vi
triol ou son acide J il cn a pareillemenc
retiré du Sel de Glauber , & point d'au
tre. Cette différence prouve éviáemment
que ces deux Alkalis tirent leur origine
du Sel commun ; & M. Boulduc conjec
ture , que les Sels de toutes ces Eaux Mi
nérales que M. Du Clos & d'autres ont
appellé Nitreufes , font auíîi de cette cfr
pece distinguée.
i Cet* Alkali salin se déclare d'avance
dans notre Eau par le gout Lixivicl qu'il
lui donne , & qui avec celui du Sel com
mun domine far le reste -, il le fait encore
connoître davantage dans les épreuves
par les effets d'effervescence avec les aci
des , de précipitation de tout ce qu'ils
ont dissous , de changement de couleur
dans la teinture de Violettes , 8i dans la
solution du Sublimé corrosif,; & enfin on
peut le réunir , & le rendre fec'& palpa
ble , comme nous Talions dire en par
lant de ce qu'il y a de sulphurfux dans
notre Eau.
Le Sel commun étant partout où il
íe irouve plus ou moins bitumineux j a
selon toute apparence communiqué 4
notre Eau du Bitume , quel'Alkali tient
dissous, & l'empcçhc par là de surnager^
JANVIER. 173Ò. 17
St de paroîcre. Quoiqu'il en soit de íoa
origine , le Bitume y est , & on peut le sé
parer d'avec l'Alkali ,• en versant de l'Esrit
de Vin sur la derniere portion d'ean
ien concentrée : par ce moyen,comme le
plus aisé d'entre les autres.quelques gout
telettes de Bitume montent â la surface ,
& d'autres se collent aux parois du vais
seau , pendant que le Sel jílcali reste li
quide au fond , d'où on le retire facile
ment pour le destecher& pour l'avoir pur
& blanc. L'Efprit de Vin seul en quantiw
suffisante le réduit à sec avec le tems.
• - Le gout ne fçauroit distinguer le Bitu
me daná netre Eau, & le peu- d'odeur
qu'elle a est une trop foible & incertaine
marque de fa présence : on ne peut que
k soupçonner par l'empyreume que l'eau
imprime au vaisseau dan & la distillation ,
.& par l'odeur qu'elle exhale sur la fin de
-l'évaporation , jusqu'à ce qu'on le sépare
de tout mélange par le moyen que nous
venons de ditev
Le Bitume répandu dans toute la Rési
dence , fait qu'elle s'enflamme , quand
on en met fur une pele rougie , étant in
flammable de lui même.
Nous passons à- examiner le Sédiment ;
c'est autant celui que l'on garde des éva
porations , que celui que l'eau dépose ì
. B iij fa.
t» MERCURE DE FRANCE.
fa Source en manière de croûtes pier*
xeuses.
On apperçoit dans l'Eau , qu'on éva
pore actuellement, de petits filets clairs
& transparents parmi d'autres corps blancs
f!r opaqu.es , qui en s'affaissant se confon
dent ensemble : & dans les croûtes pier
reuses on distingue de petits bri Huns par
mi une matière terne & pins éclat. Voilà:
encore deux substances à démêler.
La première , qui a de la transparence
eu du brillant , est un Sel moyen , dans
lequel l'Acide vitriolique est chargé de
beaucoup de terre , & M. Boulduc a par
lé plus au long de fa qualité saline , à
l'oecasion des Nouvelles Eaux Minérales
de Pafsy. Ce Mixte n'ayant pas encore
été mis au rang des Sels, il fera libre a cha
cun de lui donner tel nom qu'il voudra.'
M. Boulduc l'appelle Sele nite , parce qu'il
prend la même configuration en fecryC
talifant.
Comme un Sel de difficile dissolution ;
ou qui a besoin de beaucoup d'eau pour
-se tenir dissous , il commence à paroît»
comme une poussière fine qui a quelque
éclat , aussi tôt qu'un peu d'eau lui est
soustraite . & à mesure qu'elle diminue
il forme de petits filets , ensuite des fciiil-
]$ïs ou pellicules , dont enfin les mor<
«aux,
Janvier. r72Q. r*
ceaux brisez s'attachent au vaisseau , 8c
prennent encore là plus de volume & plu»
de régularité dans leur configuration.
Ce Sel ne se trouve pas feulement dant
quelques Acidules & Eaux Minérales
chaudes-, il y en a aussi dans des Eaux fa*
tées , dont on tire du Sel commun , comme
font celles de Salins , de Durban , de
Fourtou » de Roquefort.
Pour ce qui regarde la deuxième m»,
r'iere de nos Sedimens , ces corps blanc*
& opaque* ou ternes $ c'est une Terre ».
qui fermente avec tous les Acides , com
me le font celles qu'on appelle abforb*ntes:
elle a pourtant une qualité' de plus »
que M. Boulduc a reconnue par d'autres
essais ; c'est qu'elle a été calcinée dans le
Laboratoire souterrain. Quand on ett
mêle avec du &tl Ammonite , soit qu'ost
employé la terre de la Résidence bien lai
vée , ou les croûtes pierreuses , comme
elles font sorties de l'eau , elles retien*
lient dans la distillation l' Acide du Sel
commun , & rtìertenr en liberté VEsprit
nrineux , qui est vif & pénétrant , & de
ses effets ordinaires , précipitant le Subli^
mé en blanc , verdissant le íyrop violât- \
changeant en bleu céleste toute solutiorî
de cuivre : & le Résidu , comme un Sel"
Ammoniac fixe a résous par l'humidité de
B iiij, l'air „
Se MERCURE DE FRANCE,
l'air , ou détrempé dans de Peau , donna
cette Liqueur ou Solution , qu'on appelle
vulgairement Huile de Chaux , laquelle
passant par le filtre , laisse err arriére une
majse brune , qui après une legere calci—
nation , & pas plutôt , permet à l' Aimant
d'en attirer des parcelles de fer.
Les Croutep pierreuses , dont on avoic
fait espérer un Esprit de Nitre, distillées
seules , donnent un peu de Bitume ; 6c
mêlées avec du Vitriol, elles fournissent
un phlegme d'une odeur bitumineuse , fie
tien au-delà.
L' Alkali terreux se fait bientôt connoî»
tre dans l'évaporation de notre Eau com
me une terre en gênerai -, mais dans les
épreuves il semble , que l'Huile de Tar
tre par défaillance déclare sa qualité par
ticulière , parce qu'elle l'en précipite r
comme elle le fak à l'eau de Chaux. Etanc
bien absorbante, elle a- part à-^'efferves
cence avec les- acides , & à la précipi
tation de ce qu'ils avoient dissous.
Comme cette terre & laSelenite se présenrent
toujours à la surface de laSource,
où il se fait sans cesse une évaporation de
diminution assez forte -, ces deux maticxes
s'amonceLnt dans les tems , que l'eau
»'est point agitée , & parvenant au point
4c surmonter sa résistance , ou aidées par
des
JANVIER. 1719. 21
íîes agitations volontaires de la part de
«eux qui en puisent , elles se déposent
successivement , & forment les couches
des croûtes pierreuses , qui se mêlent 6c
se cimentent encore avec les feuillets
bruns , qui dérivent en partie de la bouë,
que l'eau amène de son fond.
fc Le Fer, dont nous avons touché uq
mot , faisant la plus petite partie d'entre
les matières de la Résidence , ne sçauroic
y paroître sous fa couleur ordinaire -, les
couches rouges brunesdes croures le peu
vent faire soupçonner -, mais Pépreuve ,
qu'on fait avec la noix de galle ne peut
pas déclarer fa présence , parce qu'il n'est
pas dissous dans notre Eau , ou en forme
de Vitriol -, il n'y est pas non plus comme
Fer parfait, parce qu'il n'obéît pas d'aborr
à l' Aimant. II y a apparence , qu'il
fort d'une Marcaflltc ferrugineuse , &
que ses pores sont encore bouchez de
te-rre , dont le feu les délivre ; & alors la
matière magnétique y trouve accès.
M-. Boulduc a tiré du Fer & des croûtes
pierreuses , & de là partie terreuse de la
Résidence M. Burlet en avoir aupara
vant apperçû dans le Mucilage qui est
d'ailleurs, une partie du tout, entremêlé
de Sels, de Bitume & de terres , avec un
petit reste d'eau , qui lui conserve de la
transparence pour quelque tems..
B v l*
a 2 MERCURE DE FRANCE;
Le Mucilage, plus ou moins desséché*,;
{>eut contribuer beaucoup à faire variec
e poids de la Résidence.
\ Après ce détail, M. Boulduc réponds
à une Objection , qu'on fait communé
ment à laChymie fur ses productions ,
& particulièrement fur les Sels : le feu al
tère & décompose. Qu'on laiífe évaporer
notre Eau , dit-il >. â Pair ou au Soleil ,..
comme Pascal l'a voulu, ou qu'on la con
centre par la gelée , de de l'une ou de
l'autre façon, à tel point qu'on voudta %
& qu'on la mêle ensuite à différentes re
prises , avec de l'efprit de Vin , que l'onaugmentera
chaque fois-, qu'on furvuidera
le mélange : de cette manière , on
rerra d'abord la terre , que la Selenite
& le Fer accompagnent , ensuite les Selsmoyens
en Crystaux , & finalement le
Sel Alkali au fond, distinctement séparé'
d'avec l'Efprir de Vin, comme si on y
avoit versé une forte Huile de Tartre par
défaillance.
II n'y. a point d'apparence , qu'après-;
cela on mette le Sel Alkali -ou quelqueautre
fut le compte du feu , qu'on n'á pasemployé.
De tout ce qui a été dit jusqu'ici , Mi
Boulduc conclnd J que les Eaux de Bour
bon contiennent naturellement du Stl
wnmm , du Sel de Glanbtr , un Sel M~
. JANVIER. 17 to.
í-alì , du Bitume , de la Selenite , une Ter
re absorban e , & du Fer , dont lc mélan
ge répandu dans une eau actuellement
chaude , ôc chaque matière considérée
selon fa qualité , connue par l'experience
l'u/agc ; que la Médecine en fait tous
les jours , doivent faire inférer d'avance- ,
qu'elles font «n état de déterger, d'ineiftrt
&c de résoudre , qui font des effetsgénéraux
communément suivis d'une am
ple transpiration 8c excrétion d'urine 5.
que de plus elles peuvent absorber, & en .
partie dessécher ôc fortifier ; mais ce qu'on
•regrette ordinairement fort , c'est qu'el
les ne fçauroient guères purger, 8c c'est
austï ce que la plupart des Malades regar
dent comme un deffaut , mesurant I*
bonté d'âne Eau Minérale fut de fré
quentes évacuations de cette efpece.
Si on accorde, dit M. Boulduc en fiuiffant
, que ce soit ìi vm deffaut , d'ha
biles Médecins fçavent bien lc réparer
soit en faisant précéder les Eaux de Vixhy
, pour frayer le chemin: à celles de
Bourbon , soit en faisant prendre ces der
nieres , quand ils le jugent à propos , avec
des Sels moyens apéritifs , d'entre lesquels •
M* Butler a depuis une vingtaine d'an
nées misen usage 1'1 jircanum dublicatum*
■bien <o»ditionnt , & en a d'heufeussuccès*
■publique de ^Académie Royale de*
Sciences, le 12. Novembre XJíJ. fur
les Eaux de Bourbon.
Mr. Boulduc lut un Discours intitule
Ejfai t£ Analyse m genêtal des Eaux
Minérales chaudes de Bourbon l'Archarabaud.
Ces Eaux étant du nombre des plus an
ciennes du Royaume & des plus renom-f
niées par la guérison de plusieurs mala
dies longues & fâcheuíes.ellcs se sont tou
jours attiré Inattention & la recherche des*
Médecins & des Physiciens.
Dès les années 1605. & 1 £18. fans?
remonter plus haut , Jean Ban , de Mòu-í
.lins, en fait mention dans son Livre des
•vertus des Eaux naturelles de France re
nommées y & croit qu'elles contiennent d*
Souffre minerai , du Bitume & du Nitre ,
qui est le Natron des Anciens , que l'on
regarde comme un Sel Alkali minerai ,
comparable par ses effets aux Sels fixes -,
acres & lixiviels, qu'on tire des Plantes
après les avoir réduites en cendres.
En 1670. M. Duclos , de cette Acadé
mie , reconnut dans nos Eaux le même
Nitres
Ì MERCURE DE FRANCE..
Nitre; & depuis cet Auteur, d'autres Aca
démiciens ayant eu par intervales occa
sion de les examiner, ont encore conclu
avec leur Prédécesseur , qu'elles ne ren
ferment presqu'autre chose que cet Al
kali naturel.
II seinbloit donc, que sa qualité alkaline
leur étoit bien assurée. Mais en 1699:
quelqu'un, fous le nom de Pascal ,1a rejetta
entièrement dans un Livre fait ex
près' au sujet de ces Eaux ; ce n'est pas
un simple Sel Alkali qu'elles contien
nent , c'est , selon lui , un Sei mixte, com
posé d'un Acide volatile & d'un Sel Al
kali fixe, qu'il appelle un Nitre fort vo
latile & fort épuré; on tireroit même,
dit-il , cet Acide comme un véritable
esprit de Nitre du sédimènt,qu'on trouve à'
leur source en manière de croûtes ; &£•
pour Jouir du Sel dans son état naturel
il faudroit laisser évaporer nos Eaux à l'air
ou au Soleil j le feu-, qu'on employé , est
infidèle , il altère les Mixtes , il décom
pose ce Sel, & fajt , à la vérité , qu'on ne
trouve qu'un Alkali, mais cet Alkali étoit?
auparavant lié avec l'acide.
Plusieurs personnes ont applaudi à ce
raisonnement : M.Boulduc fait néanmoins
Remarquer en passant , qu'un véritable
esprit deNitre,uni avec un Sel Alkali fixe,
ftEoir nécessairement un véritable Nitre
Jan vi er. t7ìó. i
áes Modernes , c'est à- dire , un bon Sal
pêtre qui ne se décompose pas fi aisément
qu'on le dit.
Cependant le Livre allégué dérive de
ce Sel Mixte Nitreux la plupart des effets
que nos Eaux produisent sur le corpr
humain} au lieu que les premiers Auteutr
les dérivoient de l'Alkali Salin.
Cette diversité de sentimens a été le
principal motif pour que M. Boulduc'
cherchât les moyens de s'éclaircir de la
Vérité, en examinant ces Eaux de nouveau.
Son dessein a été secondé > il en a reçu
près de cent Bouteilles très- promptement
à l'occasion du retour de S. A. S. Mon
sieur le Duc-, qui les ravoir prises avec
succès à Bourbon; & un bon Artiste voulut
fcien en évaporer à la Source un grand
nombre de livres } & lui en remettre la-
Résidence. '
M. Boulduc , de son côté , y a trouve
par son travail plus de matières qu'onr
n'en avoit encore connu , & quel
ques-unes dans des circonstances singu
lières. Les mystères de la Nature ne se
développent que peu à peu , & c'est tou
jours un avantage pour lès derniers venus.
L'Eau de Bourbon est claire & limpide
comme une Eau de Roche , presque sans
edeur , & d'un gout partagé entre le vrai
felc & le lixiviel i sortant de la terre très^
sensiblement
$ MERCURE DE FRANCE;
sensiblement bouillante , elle fume con
tinuellement daní ses puits & réservoir , &
à mesure qu'il s'en exhale , il paroît à la
surface une fleur ou poussière blanche
très-fine fous l'apparence d'une toile ou
pellicule grasse fans liaison , qui devient
filus visible quand il y á long-temps que
'Eau n'a été agitée , mais qu'on ne sçausoit
ramasser de quelque façon qu'on s'y
prenne. Cette Eau dépose un Sédiment en
maniéré de croules pierreuses assez dures ,
formées de plusieurs couches blanches
bi«n distinctes , & mêlées en quelques
endroits , particulièrement en dessous ,
d'une couche de terre d'un brun foncé.
Ces croûtes qui font fans gout & fans
odeur fe collent aux bords & à la surface
intérieure du puits , du conduit & du réJ
scrvoir, dont on est obligé de les détachée
de temps à autre.
Cette Eau, gardée dans des bouteilles
bien transparentes , fait auflî voir au bouc
de quelque temps à fa surface de petits
corps blancs fort déliez qui augmentent
peu à peu & fe condensent en une
pellicule semblable à celle, qui se forme
sut l'Ëau de Chaux , laquelle gtossissant
au point que l'Eau ne peut plus la sou
tenir , se brise en beaucoup de morceaux ,
qui en tombant, s'attachent au fond &
aux parois du vaisseau , & affectent une
JANVIER. i7j«; 9
1
Configuration régulière comme quelque
chose de lalin» *
Après le récit de ces circonstances ,
M. Boulduc entre dans l' Analyse, & dit
à la fin de chaque article des matières qu'il
y a trouvées , comme il les a pressenties,
par les Epreuves, quand il y en a , par le
gout , par l'odeur , &c. & comment il est
enfin parvenu à les séparer de manière
qu'il les puisse exposer aux yeux.- dont
nous ne pouvons ici donner que le précis.
Les Epreuves les plus significatives que
M. Boulduc a faites fur l'Eau de Bourbon
font ; qu'elle précipite l'argent dissous en
un cailla blanc qui fond aisément au feu
&C devient volatile" , si on n'employe que
peu de cette solution ; que si au contraire
on en passe les bornes , l'Eau en fait un
deuxième précipité qui refuse la fonte i
qu'elle verdit lá teinture de violettes len
tement ; qu'elle fermente avec tous le»
Acides aflez sensiblement,& ptécipite l'Aïun
& les Vitriols ordinaires , quand ili
font dissous dans de l'eau commune :
Avec une forte huille de tartre faite pat
défaillance , elle se trouble & dépose après
jane terre blanche. : .
IÇqus ces effets font plus prompts Sc
plus sensibles , quand notre Eau est con
centrée , soit par le feu , par l'air ou par U
gelée. Alors elle fait même bien plus
jio MERCURE DE FRANCE,
^qu'auparavant, comme de précipiter, eaîre
autres , le sublime' dissous en une pou
dre de couleur d'e'corcc d'Orange. Les
différentes matières réciproques ne pouvoient
pas s'atteindre facilement dans la
grande étendue du liquide.
V Evaporation & la Distillation , con»
tinuées jusqu'à siccité des matières, n'ont
presque rien fait appercevoir à M. Boulcîuc
de diffèrent d'entre-elles. A peine
l'£au ressent- elle la chaleur qu'elle jette
à la surface une poussière blanche très*
fine , laquelle en augmentant se noye en
partie , & tombe ; & eo partie elle forme
par l'union.d'un nombre de petits filets
iìns & transparents des feuillets à peu près
comme on en voit dans l'eau de chaux ,
qui restent quelque temps à la surface }
& se brisant enfin, voltigent long-temps en
tout sens avant que d'aller au fond.L'Eau,
qui est élevée dans la distillation,n'a puine
de gout ni d'odeur,ni ne fait impression fut
aucune matierejla cucurbitc sent seulement
un peu l'empyreume,& toute la Résidence
affaissée est une terre blanche mêlée d'une
matière qui reffernble a une gelés on mu
cilage bien transparent & couverte d'une
malje de Sels fort blancs.
Cette Résidence mise sur une pelle ou;
lame d'argent bien chauffées , jetre une
petite flamme , •& exposée, à l'air elle
s'hu/î
/ JANVIER. 1750: 31
(í'hìimecte. Si son poids varie d'une éva
poration à l'autre de quelques grains audessous
ou au- dessus de soixante pour
chaques deux livres d'Eau , c'est d'avoir
été plus ou moins desséchée.
En démêlant cette Résidence, M. Boulduc
n'a pas perdu de vûe celle qu'on lui
avoit apportée de Bourbon > l'une & l'au*
tre lui ont fourni les mêmes matières par
différentes operations.Cependant M. Boulduc
s'étaat apperçu , que YEvaporation
frh-modèrée de notre Eau , pouvoit pres
que toute seule suffire pour en dévelop
per tout , il la propose comme le moyea
le plus simple & le plus aisé à exécuter.
Sans répeter ce qui a été dit de ce
qu'on voít au commencement de cette
opération , on continue à fajre exhaler
notre eau le plus doucement qu'il est pos
sible , & toutes les fois qu'il se présente
une certaine quantité de Sédiment en par
tie , comme une terre informe &c opaque ,
en partie, comme des filets transparents,
on le sépare en survuidant l'eau claire dans
un autre vaisseau : plus elle se concentre
de cette manière -r plus elle jaunit , & il
íe forme alots peu à peu au fond & aux
parois du vaisseau , des. Cristaux en cubes
■parfaits , pendant que la surface se cou
vre d'une croûte saline , qui en dessus est
jnégalc $c raboteuse , ôc en dessous mêlée
; • de
,1
ttc
t x MERCURE DE FRANCE/n.
4c deux sortes de Crystaux. On ôte certe
croûte aussi souvent qu'il s'en forme ,
pour que l'eau s'c'vapore librement ; &
nous dkons davantage du Sédiment ea
son lieu.
Les Cryftaux cubiques sont un vérita
ble Sel commun , qui se distingue pat
cette confìguratipn , par son gout parti
culièrement salé , & par d'autres proprietez
trop connues pour être rapportées.
II se déclare d'avance par le gout qu'il
donne à notre eau , & encore davantage
dans les Epreuves, par l'effet de ia volatilité
, que son acide imprime à l'argent , en
le précipitant ; & enfin, on le réduit par
l'c'vaporation en fa consistence con
crète.
Ce Sel fait la plus grande quantité
d'entre les matières de la Résidence, com
paré avec chacune en particulier.
Les Croûtes faline/,de nouveau dissoutes
dans de l'eau commune , donnent par
l'évaporation encote du Sel commun i
•près quoi le reste de cette solution survuidée
& exposée à l'aìt fait naître des
Crystaux d'un-quarré long , taillez à far
certes aux extrémitez , amers d'abord , 8c
frais ensuite sur la langue, qui sont des
•^roprietez , qui avec d'autres font le ca
ractère du Sel de Glaufor : Et c'est4à ce
que P»ícal a pris pour un Sel Nitreux^ féJANVIER.
1730; 13
iaìt par quelque rcísemblance superfi
cielle & imparfaite des Crystaux. L'acide
nitreux , qui fait l'essence des Sels de ce
nom , n'entre point dans fa compositions
c'est celui du Vitriol •: & outre que
M. Lemmery a prouvé clairement dans
un de fes Mémoires, que la source de
Notre Nitre , n'est point dans les entrail
les de la terre , mais qu'il naît , pour
ainsi dire , à fa surface , ou à une très-pe
tite profondeur ; il est encore bien cer
tain , qu'il ne s'-en est point trouvé jus-»
qu'ici de bien reconnu pour tel dans au
cune eau Minérale 5 car celles qu'on ap
pelle communément Nitrenses , contien
nent un Sel alkali à toute épreuve 3
on les a comparé au Nitre des Ancient ,
qui leur a fait donner ce nom.
Le Sel de Glaaber ne fçauroit être dis
tingué dans notre Eau par le gout , parce
qu'il est dominé par d'autres , dont nous
ressentons plus d'impression -, on ne fçau
roit non plus le prévoir par une simple
épreuve : il faut le soupçonner , & en par
tie seulement se convaincre de sa présence
avant que de le chercher.
On peut avec quelque fondement le
soupçonner par tout où il y a du Sel
commun , ils ne font guëtes l'un fans
l'autre. 11 y en a ainsi dans quelques Aci
dules ou Eauxierrugineuscs froides,com«
■ j B ta»
14 'MERCURE DE FRANCE,
me il y en a. dans notre Eau naturelle»
ment chaude ; l'eau de la Mer même
n'en est pas exempte ; & M . Boulduc eu
a trouvé dans des eaux de Salines , que
l'on regardoit comme purement salc'es ^
parce que l'on en tire du Sel commun.
J?our s'assurer de la présence de ce Sel
par quelque épreuve , il faut d'abord
yoir , si l'on peut découvrir l'acide vi
triolique en genexal , & c'est ce que
Jyl» Boulduc fait pai le moyen de l'huile
4e Chaux , qui lui sert de pierre de tou
che pour cet acide , lequel (ous quelque
fpijue qu'il se trouve , quitte après ce
mélange fa base quelconque , & se porte
(at la Chaux , avec laquelle il fait une
espèce de crystaliíation : l' Acide vitrioli
que étant ainsi dévoilé , pn employé ensuice
des moyens subsidiaires , par lesquels
Pn puisse reconnoître , s'il est lié avec du
fer , comme il l'est dans le Vitriol , ou
avec une terre crétacée , comme il l'est
dans l'Alun , &c. Que, si ces sortes de
preuves manquent , on est assez certain ,
qu'il y a du Sel de Glauber. Et c'est de
eette manière que M» Boulduc l'a pres
senti dans les Croûtes Salines avant que
de le faire paroître pat la crystalisation.
Ce Sel contribue' beaucoup à faire va
rier le poids de la Résidence , parce qu'on
te peut de#«her au pojnt. qu'il pèse plus
JANVIER. i7J0;
'3e la moitié moins que dans son état na
turel.
Apte's avoir retiré de notre Eau le Sel
-commun & les Croûtes Salines , on con
tinue à l'évaporer : plus elle s'avance ver»
la fin , plus elle devient rousse & grasse ,
d'un gout piquant comme une Lexive ,
& répand une odeur bitumineuse , saoa
déposer davantage deCrystaux.
Ces circonstances font juger , qu'il y a
là plus d'une matière : c'est un Sel qu'on
découvre par le gout , & une substance
cn gênerai appeìlce sulphureufe , qu'on
apperçoir par l'odeur qu'il faut démêler
l'une d'avec l'autre.
Ce qui produit le gout piquant &lixiviel
, est un Sel Alkali fixe , dont le*
proprietez égalent en beaucoup de cir
constances un bon Sel de Tartre , avec
lequel M. Boulduc l'a toujours compare í
mais elles s'en éloignent , entr'autres , en
-ce qù'au lieu que le Sel de Tartre mêle
avec le Vitriol ou son acide fait un Tar
tre vitriolé-, le/ Sel de notre Eau mêlé
avec le même acide produit constam
ment un Sel de Glauber. Ce fait, jusquelà
l'unique , a fait souhaitter à M. Boul
duc d'avoir du moins encore un exemple
<le pareil Sel ; & il l'a trouvé dans la Terre
áppellée Nitreuse , qu'on amasse autour
de Smyrae& d'Ephese , & qu'on employé
Bij dans
i« MERCURE DE FRANCË.
dans ce Pays-là à la fabrique du Savon f
il en a fait une forte Lexive purement
alkaline , & Payant mêle'e avec du Vi
triol ou son acide J il cn a pareillemenc
retiré du Sel de Glauber , & point d'au
tre. Cette différence prouve éviáemment
que ces deux Alkalis tirent leur origine
du Sel commun ; & M. Boulduc conjec
ture , que les Sels de toutes ces Eaux Mi
nérales que M. Du Clos & d'autres ont
appellé Nitreufes , font auíîi de cette cfr
pece distinguée.
i Cet* Alkali salin se déclare d'avance
dans notre Eau par le gout Lixivicl qu'il
lui donne , & qui avec celui du Sel com
mun domine far le reste -, il le fait encore
connoître davantage dans les épreuves
par les effets d'effervescence avec les aci
des , de précipitation de tout ce qu'ils
ont dissous , de changement de couleur
dans la teinture de Violettes , 8i dans la
solution du Sublimé corrosif,; & enfin on
peut le réunir , & le rendre fec'& palpa
ble , comme nous Talions dire en par
lant de ce qu'il y a de sulphurfux dans
notre Eau.
Le Sel commun étant partout où il
íe irouve plus ou moins bitumineux j a
selon toute apparence communiqué 4
notre Eau du Bitume , quel'Alkali tient
dissous, & l'empcçhc par là de surnager^
JANVIER. 173Ò. 17
St de paroîcre. Quoiqu'il en soit de íoa
origine , le Bitume y est , & on peut le sé
parer d'avec l'Alkali ,• en versant de l'Esrit
de Vin sur la derniere portion d'ean
ien concentrée : par ce moyen,comme le
plus aisé d'entre les autres.quelques gout
telettes de Bitume montent â la surface ,
& d'autres se collent aux parois du vais
seau , pendant que le Sel jílcali reste li
quide au fond , d'où on le retire facile
ment pour le destecher& pour l'avoir pur
& blanc. L'Efprit de Vin seul en quantiw
suffisante le réduit à sec avec le tems.
• - Le gout ne fçauroit distinguer le Bitu
me daná netre Eau, & le peu- d'odeur
qu'elle a est une trop foible & incertaine
marque de fa présence : on ne peut que
k soupçonner par l'empyreume que l'eau
imprime au vaisseau dan & la distillation ,
.& par l'odeur qu'elle exhale sur la fin de
-l'évaporation , jusqu'à ce qu'on le sépare
de tout mélange par le moyen que nous
venons de ditev
Le Bitume répandu dans toute la Rési
dence , fait qu'elle s'enflamme , quand
on en met fur une pele rougie , étant in
flammable de lui même.
Nous passons à- examiner le Sédiment ;
c'est autant celui que l'on garde des éva
porations , que celui que l'eau dépose ì
. B iij fa.
t» MERCURE DE FRANCE.
fa Source en manière de croûtes pier*
xeuses.
On apperçoit dans l'Eau , qu'on éva
pore actuellement, de petits filets clairs
& transparents parmi d'autres corps blancs
f!r opaqu.es , qui en s'affaissant se confon
dent ensemble : & dans les croûtes pier
reuses on distingue de petits bri Huns par
mi une matière terne & pins éclat. Voilà:
encore deux substances à démêler.
La première , qui a de la transparence
eu du brillant , est un Sel moyen , dans
lequel l'Acide vitriolique est chargé de
beaucoup de terre , & M. Boulduc a par
lé plus au long de fa qualité saline , à
l'oecasion des Nouvelles Eaux Minérales
de Pafsy. Ce Mixte n'ayant pas encore
été mis au rang des Sels, il fera libre a cha
cun de lui donner tel nom qu'il voudra.'
M. Boulduc l'appelle Sele nite , parce qu'il
prend la même configuration en fecryC
talifant.
Comme un Sel de difficile dissolution ;
ou qui a besoin de beaucoup d'eau pour
-se tenir dissous , il commence à paroît»
comme une poussière fine qui a quelque
éclat , aussi tôt qu'un peu d'eau lui est
soustraite . & à mesure qu'elle diminue
il forme de petits filets , ensuite des fciiil-
]$ïs ou pellicules , dont enfin les mor<
«aux,
Janvier. r72Q. r*
ceaux brisez s'attachent au vaisseau , 8c
prennent encore là plus de volume & plu»
de régularité dans leur configuration.
Ce Sel ne se trouve pas feulement dant
quelques Acidules & Eaux Minérales
chaudes-, il y en a aussi dans des Eaux fa*
tées , dont on tire du Sel commun , comme
font celles de Salins , de Durban , de
Fourtou » de Roquefort.
Pour ce qui regarde la deuxième m»,
r'iere de nos Sedimens , ces corps blanc*
& opaque* ou ternes $ c'est une Terre ».
qui fermente avec tous les Acides , com
me le font celles qu'on appelle abforb*ntes:
elle a pourtant une qualité' de plus »
que M. Boulduc a reconnue par d'autres
essais ; c'est qu'elle a été calcinée dans le
Laboratoire souterrain. Quand on ett
mêle avec du &tl Ammonite , soit qu'ost
employé la terre de la Résidence bien lai
vée , ou les croûtes pierreuses , comme
elles font sorties de l'eau , elles retien*
lient dans la distillation l' Acide du Sel
commun , & rtìertenr en liberté VEsprit
nrineux , qui est vif & pénétrant , & de
ses effets ordinaires , précipitant le Subli^
mé en blanc , verdissant le íyrop violât- \
changeant en bleu céleste toute solutiorî
de cuivre : & le Résidu , comme un Sel"
Ammoniac fixe a résous par l'humidité de
B iiij, l'air „
Se MERCURE DE FRANCE,
l'air , ou détrempé dans de Peau , donna
cette Liqueur ou Solution , qu'on appelle
vulgairement Huile de Chaux , laquelle
passant par le filtre , laisse err arriére une
majse brune , qui après une legere calci—
nation , & pas plutôt , permet à l' Aimant
d'en attirer des parcelles de fer.
Les Croutep pierreuses , dont on avoic
fait espérer un Esprit de Nitre, distillées
seules , donnent un peu de Bitume ; 6c
mêlées avec du Vitriol, elles fournissent
un phlegme d'une odeur bitumineuse , fie
tien au-delà.
L' Alkali terreux se fait bientôt connoî»
tre dans l'évaporation de notre Eau com
me une terre en gênerai -, mais dans les
épreuves il semble , que l'Huile de Tar
tre par défaillance déclare sa qualité par
ticulière , parce qu'elle l'en précipite r
comme elle le fak à l'eau de Chaux. Etanc
bien absorbante, elle a- part à-^'efferves
cence avec les- acides , & à la précipi
tation de ce qu'ils avoient dissous.
Comme cette terre & laSelenite se présenrent
toujours à la surface de laSource,
où il se fait sans cesse une évaporation de
diminution assez forte -, ces deux maticxes
s'amonceLnt dans les tems , que l'eau
»'est point agitée , & parvenant au point
4c surmonter sa résistance , ou aidées par
des
JANVIER. 1719. 21
íîes agitations volontaires de la part de
«eux qui en puisent , elles se déposent
successivement , & forment les couches
des croûtes pierreuses , qui se mêlent 6c
se cimentent encore avec les feuillets
bruns , qui dérivent en partie de la bouë,
que l'eau amène de son fond.
fc Le Fer, dont nous avons touché uq
mot , faisant la plus petite partie d'entre
les matières de la Résidence , ne sçauroic
y paroître sous fa couleur ordinaire -, les
couches rouges brunesdes croures le peu
vent faire soupçonner -, mais Pépreuve ,
qu'on fait avec la noix de galle ne peut
pas déclarer fa présence , parce qu'il n'est
pas dissous dans notre Eau , ou en forme
de Vitriol -, il n'y est pas non plus comme
Fer parfait, parce qu'il n'obéît pas d'aborr
à l' Aimant. II y a apparence , qu'il
fort d'une Marcaflltc ferrugineuse , &
que ses pores sont encore bouchez de
te-rre , dont le feu les délivre ; & alors la
matière magnétique y trouve accès.
M-. Boulduc a tiré du Fer & des croûtes
pierreuses , & de là partie terreuse de la
Résidence M. Burlet en avoir aupara
vant apperçû dans le Mucilage qui est
d'ailleurs, une partie du tout, entremêlé
de Sels, de Bitume & de terres , avec un
petit reste d'eau , qui lui conserve de la
transparence pour quelque tems..
B v l*
a 2 MERCURE DE FRANCE;
Le Mucilage, plus ou moins desséché*,;
{>eut contribuer beaucoup à faire variec
e poids de la Résidence.
\ Après ce détail, M. Boulduc réponds
à une Objection , qu'on fait communé
ment à laChymie fur ses productions ,
& particulièrement fur les Sels : le feu al
tère & décompose. Qu'on laiífe évaporer
notre Eau , dit-il >. â Pair ou au Soleil ,..
comme Pascal l'a voulu, ou qu'on la con
centre par la gelée , de de l'une ou de
l'autre façon, à tel point qu'on voudta %
& qu'on la mêle ensuite à différentes re
prises , avec de l'efprit de Vin , que l'onaugmentera
chaque fois-, qu'on furvuidera
le mélange : de cette manière , on
rerra d'abord la terre , que la Selenite
& le Fer accompagnent , ensuite les Selsmoyens
en Crystaux , & finalement le
Sel Alkali au fond, distinctement séparé'
d'avec l'Efprir de Vin, comme si on y
avoit versé une forte Huile de Tartre par
défaillance.
II n'y. a point d'apparence , qu'après-;
cela on mette le Sel Alkali -ou quelqueautre
fut le compte du feu , qu'on n'á pasemployé.
De tout ce qui a été dit jusqu'ici , Mi
Boulduc conclnd J que les Eaux de Bour
bon contiennent naturellement du Stl
wnmm , du Sel de Glanbtr , un Sel M~
. JANVIER. 17 to.
í-alì , du Bitume , de la Selenite , une Ter
re absorban e , & du Fer , dont lc mélan
ge répandu dans une eau actuellement
chaude , ôc chaque matière considérée
selon fa qualité , connue par l'experience
l'u/agc ; que la Médecine en fait tous
les jours , doivent faire inférer d'avance- ,
qu'elles font «n état de déterger, d'ineiftrt
&c de résoudre , qui font des effetsgénéraux
communément suivis d'une am
ple transpiration 8c excrétion d'urine 5.
que de plus elles peuvent absorber, & en .
partie dessécher ôc fortifier ; mais ce qu'on
•regrette ordinairement fort , c'est qu'el
les ne fçauroient guères purger, 8c c'est
austï ce que la plupart des Malades regar
dent comme un deffaut , mesurant I*
bonté d'âne Eau Minérale fut de fré
quentes évacuations de cette efpece.
Si on accorde, dit M. Boulduc en fiuiffant
, que ce soit ìi vm deffaut , d'ha
biles Médecins fçavent bien lc réparer
soit en faisant précéder les Eaux de Vixhy
, pour frayer le chemin: à celles de
Bourbon , soit en faisant prendre ces der
nieres , quand ils le jugent à propos , avec
des Sels moyens apéritifs , d'entre lesquels •
M* Butler a depuis une vingtaine d'an
nées misen usage 1'1 jircanum dublicatum*
■bien <o»ditionnt , & en a d'heufeussuccès*
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Résumé : EXTRAIT du Memoire lû à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, le 12. Novembre 1729. sur les Eaux de Bourbon.
Le 12 novembre, M. Boulduc a présenté un discours à l'Académie Royale des Sciences sur l'analyse des eaux minérales chaudes de Bourbon-l'Archambault, connues pour leur efficacité contre diverses maladies. Ces eaux, parmi les plus anciennes et renommées du royaume, ont été mentionnées par Jean Ban en 1605 et 1618, qui les décrivait comme contenant du soufre minéral, du bitume et du nitre. En 1670, M. Duclos confirma la présence de nitre, mais en 1699, Pascal contesta cette analyse, affirmant que les eaux contenaient un sel mixte composé d'un acide volatile et d'un sel alcalin fixe. Intrigué par ces divergences, M. Boulduc a entrepris une nouvelle analyse des eaux de Bourbon. Il a observé que l'eau est claire, limpide, presque sans odeur et d'un goût entre le salé et le lixiviel. Elle est naturellement bouillante et forme des croûtes blanches à la surface. Ses expériences ont révélé que l'eau précipite l'argent dissous, fermente avec les acides et précipite l'alun et les vitriols. Après évaporation et distillation, il a identifié plusieurs matières, dont un sel commun, du sel de Glauber, une substance sulfurée et une odeur bitumineuse. M. Boulduc a conclu que l'évaporation modérée de l'eau est le moyen le plus simple pour en développer les composants. Il a détaillé les processus chimiques et les propriétés des sels identifiés, soulignant l'importance de méthodes précises pour les analyser. Le texte mentionne également la présence de silice, de sel de Glauber, d'un sel alcalin, de bitume, de selenite, d'une terre absorbante et de fer dans les eaux de Bourbon. Ces eaux sont utilisées en médecine pour leurs effets détergents, irritants et résolutifs, souvent suivis de transpiration et d'excrétion d'urine. Cependant, elles ne purgent pas facilement, ce que certains médecins compensent en les associant à des sels apéritifs ou à des eaux comme celles de Vichy.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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307
p. 109-116
L'Univers Materiel, ou Astronomie Physique, [titre d'après la table]
Début :
Jean Vilette, fils, Libraire, ruë saint Jacques, à S. Bernard, mettra en vente [...]
Mots clefs :
Astronomie
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texteReconnaissance textuelle : L'Univers Materiel, ou Astronomie Physique, [titre d'après la table]
Jean Vilette , fils , Libraire , ruë saint
Jacques , à S. Bernard , mettra en vente
au commencemenr du mois prochain , la.
troisième Partie de {'Univers Matériel ,
ou Afi+onomie Physique du sieur Petit ,
contenant les causes du Flux & Reflux de
la Mer, les raisons pourquoi la Mer est
haute en Hollande & aux Isles Canaries
dans le même instant ; pourquoi la Mare'e
monte plus haut en approchant du Nord
que proche l' Equinoxiale -, pourquoi les
Marées font plus fortes au temps des Equi
noxes qu'en toute autre saison, les moyens
de se servir du Flux & du Reflux pouc
Trouver la Longitude d'un Vaisseau en
Ídeine Mer, avec les Tables pour en foire
es expériences pendant i'annéc iíjoMc
F tout
jití MERCURE DE FRANCE
touc indépendemment du mouvement de
la Lune ; comment la pression de la Lune
avance ou retarde lesMarées dans lesPorts
& fur les côtes ; quels font les vents qui
seront causez pat la Lune pendant l'année
1750.
Jacques , à S. Bernard , mettra en vente
au commencemenr du mois prochain , la.
troisième Partie de {'Univers Matériel ,
ou Afi+onomie Physique du sieur Petit ,
contenant les causes du Flux & Reflux de
la Mer, les raisons pourquoi la Mer est
haute en Hollande & aux Isles Canaries
dans le même instant ; pourquoi la Mare'e
monte plus haut en approchant du Nord
que proche l' Equinoxiale -, pourquoi les
Marées font plus fortes au temps des Equi
noxes qu'en toute autre saison, les moyens
de se servir du Flux & du Reflux pouc
Trouver la Longitude d'un Vaisseau en
Ídeine Mer, avec les Tables pour en foire
es expériences pendant i'annéc iíjoMc
F tout
jití MERCURE DE FRANCE
touc indépendemment du mouvement de
la Lune ; comment la pression de la Lune
avance ou retarde lesMarées dans lesPorts
& fur les côtes ; quels font les vents qui
seront causez pat la Lune pendant l'année
1750.
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Résumé : L'Univers Materiel, ou Astronomie Physique, [titre d'après la table]
Jean Vilette, libraire à Saint-Bernard, annoncera la vente de la troisième partie de 'L'Univers Matériel' de M. Petit. Cet ouvrage explique les causes des marées, leur variation selon la latitude et les saisons, et propose des méthodes pour déterminer la longitude en mer. Il traite aussi des phénomènes indépendants du mouvement lunaire et prédit les vents pour 1750.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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308
p. 293-304
EXTRAIT de l'Assemblée publique de la Societé Royale des Sciences, tenuë dans la Grand'Sale de l'Hôtel de Ville de Montpellier le 22. Decembre 1729. l'Archevêque d'Alby y présidant.
Début :
Ce Prélat qui fut nommé l'année derniere à la place d'Académicien Honoraire [...]
Mots clefs :
Société royale des sciences, Société royale des sciences de Montpellier, Montpellier, Mouvement, Tourbillon, Glace, Cuivre, Vent, Mouvement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de l'Assemblée publique de la Societé Royale des Sciences, tenuë dans la Grand'Sale de l'Hôtel de Ville de Montpellier le 22. Decembre 1729. l'Archevêque d'Alby y présidant.
EXT R AIT de f Assemblée publique
de la Société Royale des Sciences , tenue
dans la Grand'Sale de PHStcl de Fille
de Montpellier le 11. Décembre 17151.
^Archevêque d' Alby y présidant*
^^nierc à la place d'Académicien Honoraire
du feu Marquis de Castries , son
frère , & qui paroissoit pour la première
fois dans ['Assemblée de l' Académie,
ítoit au haut bout de la Table , avec M.-
l'Evêque de Montpellier & M. Bon ±
Premier Président de la Cour des Com
ptes , Aides & Finances de Montpellier,',
Académiciens Honoraires ; les Académi
ciens ordinaires y croient rangés suivant
la coutume , &c les Consuls de la Ville
y assilloient en Chaperon.
L' Archevêque d'Àlbi ouvrit la Séance
par un remerciement qu'il fit à la Com
pagnie au sujet de son élection , & ce
remerciement assaisonné de toutes les grâ
ces que ce Prélat ne manque jamais de
répandre dans tous ses discours & dan*
toutes ses actions , fir connoître à la Com
pagnie qu'elle trouveroit dan* cet Ho~
aoraire noa-seulement un véritable Me»
ce»ey
i|4 ' MERCURE DE FRÁNCË;
• cene , mais encore un Acade'micien zelé^'
& très-capable par lui-même de perfec
tionner les Sciences & les Beaux- Arts,
íì les devoirs indispensables de son Mi*
nistere pouvoient le lui permettre.
M. Marçot , Directeur de la Sociétés
lut ensuite un Discours préliminaire, dans
lequel après avoir remercié M. le Pré
sident de tout ce qu'il avoir dit d'obli-'
géant pour la Compagnie , donna une
idée générale des occupations de l'Académie
, & parcourut avec beaucoup dé
précision & de netteté toutes les Scien
ces qui font l'objet dé l'Etude des Aca-*
démiciens ; il parla des Observations
particulières qu'ils y avòient déja faires ,
de futilité que le Public en avoit retiré,
& de celles qu'un tems plus favorable
aux Sciences pourroit lui procurer dans
la fuite.
Après cé Préliminaire , M. Marcot lut
tine Observation d'un Anévrisme mixtet
qui fut heureusement guéri par ses foins
& fes attentions.
Cet Anévrisme parut après une piqueure
de l'artere du bras , qui est en
fermée dans une même gaine avec la vei
ne basilique. On crut d'abord avoir suffi
samment íemedié à cet accident par des
saignées copieuses & par des compresses
graduées , soutenues par un bon banda
ge }
FEVRIER. 1730. içj
te î mais malgré ces précautions , la piqueure
de l'artere ne fut point consoli
dée , & celle de la gaine , dans laquelle,
elle est enfermée , se rejoignit en peu de
tems > le sang que fournissoit la piqueure
de l'artere dilata bientôt cette tunique
vaginale , & fit une tumeur de la gros
seur d'une petite noix , qui avoit un mou
vement de sistole & de diastole.
Cependant , soit que les compresses
graduées & les bandages eussent arrêté le
cours ordinaire du sang , soit qu'il s'en
fut extravasé quelque portion avant que
l'ouverrure de la tunique vaginale se fut
cplée , il s'étoir fait au dessous de la,
première tumeur une seconde tumeur ,
qui étoit un véritable flegmon , 5c qui
rendoit la cure de l'anevrisme très-déli-?
çate & très -difficile.
M. Marçot prit le parti dans cettç
conjoncture d'attaquer le flegmon , de
le faire suppurer & de le mener à cica
trice , & ensuite ayant le champ libre
pour comprimer sans danger la tumeur
anevrifmale , il réduisit l'artere dans son
état naturel par le bandage de l'Abbé
IJourdelot , dont on voit tous les jours
des effets merveilleux dans des occasions
semblables.
Un tourbillon qui fit beaucoup de.
ravage aux environs de Montpellier ,
%96 MERCURE DE FRANCE.
fat le sujet d'un Mémoire que lut M.
.de Montferrier le fils , Sous-Directcuc
de l'Académie.
Ceux qui furent les témoins de la vio
lence de ce Météore lui donnèrent d'a
bord le nom d'Ouragan d'autres cru
rent qu'il a voit plus de rapport aux Trom
pes de Mer qui font quelquefois si fa
tales aux Navigateurs -, & d'autres plus
superstitieux que Philosophes , voulurent
>y trouver quelque chose de surnaturel ,
ôc se persuader que quelque Esprit folet
itoit la cause de cet Orage.
M. de Montferrier fit voir par la des
cription qu'il donna des véritables Ou
ragans §c des Trompes de Mer , que le
tourbillon qui étoit le sujet de son Mé
moire , n'avait aucun rapport avec les
Orages de P Amérique , ni avec ces co
lonnes de nuées qui s'élèvent ordinaire
ment fur la Mer > & fans s'arrêter aux
Esprits Folets qui ne peuvent être admis
que dans quelques Contes de Fées , il
appella le Météore en question un tour
billon de nuée & de vent , dénomination
qui n'est point arbitraire , puisqu'elle
«st prise de la nature même du- sujet dont
il s'agit.
En effet , M. de Montferrier fit remar
quer que les Vents de Sud & les Vents
d'Est fuient les seuls qui régnèrent pen
dant
FEVRIER. 173©. *97
dant les derniers jours du mois d'Octo
bre , que ces Vents toujours humides
avoient amoncelé beaucoup de nue'es
epaiffes fur l'Horison , 6V que le second
de Novembre une portion de ces nue'es
çtant poussée par un Vent de SudfEst
fort violent , fut forcée à fe mouvoir vers
le Nord , avec tin mouvement vortiqueux
, causé par les obstacles que l'asíemblage
des autres nuages quj l'environnojent
lui présentoic de toutes parts
hors le côté de la Terre où ce tourbillon
<e porta , y trouvant moins de résistance,
Ce Groupe de nuées qui étoit fort noie
& fort épais , ne patoissoit pas avoir plus
de trois toises de largeur fur une hau
teur indéterminée •> mais comme il étoit
pouffé par un Vent de Sud-Est très vio
lent , qu'il ayoit acquis un mouvement
de tourbillon très-rapide , & qu'il forçoit
l'Air qui l'environnoit à suivre le mê
me mouvement , le tout ensemble faisoit
un tourbillon d'environ cent toises de lar
geur , qui dans l'espace d'une demie lieue
renversa ou enleva tout ce quise ttouv»
sur son passage.
II y eut des personnes qui se trouvant
ì portée de voir cette nuée obscure qui
s'avançoit du Sud-Est au Nord avec un
bruit effroyable , crurent y avoir vû une
lumière rougeâtre comme la fumée ^ qui
«'élevs
fc98 MERCURE DE FRANCE.
s'élève d'un grand incendie , & d'autres
assurent avoir senti une odeur de souffre,
Selle à peu près que celle que l'on sent
jdans les lieux qui ont été frapés de la
foudre.
L'Académicien explique la première
apparence par le mouvement rapide , du
Météore qui poussoir avec violence la
matière étherée , & produisoit par là la
lumière , comme on le' voit arriver dans
le Phosphore du Baromètre , & plusieurs
autres expériences , dans toutes lesquelles
la lumière est une fuite d'un grand
mouvement ; ou par des rayons- du So
leil , qui passant dans les intervales des
nuées , soussroient des reflexions & des
réfractions qui les dirigeoient vers les
yeux du Spectateur. Pour l'odeur de sou
fre , il dit que le froissement des matiè
res que le tourbillon enlevoit pouvoient
bien en être la cause , en faisant dévelo?
per les particules sulfureuses qui y étoient
contenues ou qui étoient répandues dans
F Air , & les vapeurs qui enyironnoient
le tourbillon.
Cette explication paroît très-naturelle,
puisque s'il y avoit eu un feu actuel
dans le nuage , il auroit infailliblement
brûlé les diverses matières combustibles
qu'il enlevoit , & qu'il emportoit à plus
ic cenc t oises.
* ■
ÏEVRIER. 1730: 199
"ïnfin ce tourbillon finit à une demie
íieue de l'endroit où il avoit été apperçû
, parce qu'à force de s'étendre dans les
terres où il étoit moins exposé à l'impul-
{ïon du vent , & de communiquer de
son mouvement aux corps qu'il rencon
trait , il perdoit de Ion mouvement
propre , & que le groupe de nuée donc
il écoit composé venant à se íondre cr»
pluye , acheva de le dissiper.
M. Rivière fit part au Public dans ua
Mémoire qu'il lut ensuite , de l'Analyse
qu'il avoit faite de l'Ivraye , & de la
cause des mauvais effets que cette graine
produit quand elle est mêlée avec le
froment dont on fait le bon pain.
II commença par donner la descrip
tion Botanique de la Plante qui produíc
ce mauvais grain , afin qu'on ne puisse
pas k méconnoître quand rlle est en
herbe , & qu'on puisse l'arracher de bonne
heure quand elle est mêlée avec la plante
qui produit le bon bled.
Il fit voir par des expériences assu
rées , & par des raisonnemens très- so
lides , que les graines produisent toujours
des Plantes de leur espece , & que la
prétendue Métamorphose du froment en
Iyraye , & de l'Ivraye en froment , n'est
qu'une erreur populaire , fondée sur l'in-
%:tention de ceux quí sèment ces grai-
E nés.
joe> MERCURE DE FRANCE,
nés , & qui ne s'apperçoivent pas que
pour l'ordinaire elles font mélangées :
or jl est constant , comme l'a remarqué
M- Rivière , que l'ivraye demande pour
germer un tems fort humide & fort pluvieux
, & que le froment , au contraire,
n'a besoin que d'une humidité médiocre;
cnforte que quand on féme du froment
mêlé avec de l'ivraye , ou de l'ivraye
mêlée avec quelque grain de froment ,
c'est toujours la saison plus ou moins hu
mide qui fait que l'une de ces graines
fructifie, au préjudice de l'autre. Voilà
tout le misterc de cette prétendue Méta-p
morphofe , qui étant bien étendue n'a
tien que de fort naturel. .
M. Rivière passa ensuite à í'Analife
Chimique de l'ivraye, & chercha dans
la décomposition de cette graine les prin*
cipes qui peuvent être la cause des mau
vais effets qu'elle ptoduir. , ,
Il ne compte pas fur I'Analife qu'il en
a faite par la Cornue' , puisque par cette
voye toutes les plantes donnent , à peu
dé chose près , les mêmes substances qu;
ne font pour l'ordinaire que de produc
tions du feu ; mais il s'attache principa
lement aux principes que l'on en peut
tirer par la voye de la fermentation &
par la voye de l'extraction.
L'ivraye fens aucune addition & fans
feu,
FEVRIER. t7ja.
feu , bien preísée , humectée & couverte
d'un entonnoir garni d'une petite chape
d'alambic , lui a donné , quand eile a été
échauféc par la fermentation qui lui est
survenue , un esprit volatil urineux.
Par l'extraction qu'il a fait de la mê
me graine par l'Esprit de vin , il en a
sité une Résine fort acre & sort piquante.
Et de la lessive qu'il a faite du Resi-
-du , il en est sorti un Sel alkali un peu
.caustique. D'où il conclud qu'une graine
qui contient de tels principes peut eni
vrer , donner des vertiges & des maux
àe tête , des maux d'estomac & des votniflernens.
L'experience a .fait voir à M. Rivière
la justesse de ses raisonnemens , puisqu'il
a guéri des personnes attaquées de quel
ques-uns decesmauXjen leur faisant quitet
leur Boulanger, 5c leur faisant man
ger du pain dont on avoit séparé avec
foin toutes les mauvaises graines. C'est
te qu'on peut appeller guérir les mala
dies sûrement , promprement & sans de»
goûr , ce qui est l'intention de la bonne
Médecine.
Personne n'ignore que la fonte de lá
Glace ne soit un effet ordinaire de la
fhaleur , & cette cause est si manifeste
qu'on he s'est pas rais en peine d'en
chercher d'autres j il y en a une cepen
£. ij daia
)©i MERCURE DE FRANCE,
dant plus cachée, que M. Haguenot fe
propose de découvrir dans le Mémoire
dont nous allons donner un Abrégé. '
Quelques Sçavans de Paris firent sçavoir
à M. Haguenot que de deux pos
tions de Glace d'uri égal poids & d'un
égal volume, dont l'une est mise sur U
rriain d'un homme qui se porte bien , &
l'autre sur une asiìete d'argent , celle qui
est mise sur l'aíîìete d'argent fond plu«
vîte de quelques minutes que celle que
l'on met' fur la main. Cette Expérience
que M. Haguenot a repeté plusieurs foisj
a toujours réussi de même.
Pour trouver la cause d'un effet qui
paroît un paradoxe , M. Haguenot mit
des portions égales de glace fur plusieurs
Métaux , comme fur l'or , le cuivre , la
plomb , l'étain , l'aiman , le fer , l'acier,
& il trouva constamment que la Glace
fondoit plus vîte fur le cuivre que fuir
tous les autres Métaux , & fur un fer à
repasser plus vîte que fur du fer ordi
naire , Sc que fur l'acier & fur l'aimanr.
Il fait remarquer que dans toutes ces
Expériences il faut que la Glace touche
immédiatement le Métail , fans quoi la
fonte de la Glace n'est pas à beaucoup
près si prompte ; il a même observé que
lorsqu'on met la Glace sur un fer rabo
teux , la superficie, de la Glace , quoique -
Hie
FEVRIER. 17?»: jej \
polie auparavant , devient inégale , c'cstà-
dire , qu'elle fond plus vîte dans lespoints
où le Métal touche la Glace im
médiatement.
M. Haguenot , après avoir cherché las
cause d'un etfet si long-tems ignoré , &•
avoir abandonné la matière magnétique
qui paroissoit une Cause assez vrai-sem
blable , s'est porté à croire que toutes les
parties intégrantes des corps solides font
dans un trémoussement perpétuel , quoiqu'infensibles
;que ce trémoussement est
la cause que les corps les plus solides fe
détruisent comme d'eux-mêmes avec le
t«ms , & que c'est à ce rríême trémoussèment
qu'il faut attribuer la fonte de 1*
Glace qui arrive sur lés Métaux quand
elle leur est immédiatement appliquée j
8c si cette fonte se fait plus vîte fur le
cuivre que' fur le fer & fur Parier , c'est
apparemment, dit M. Haguenot, pareeque
les parties du fer & de l'acier étant
beaucoup plus ferrées que celles du cui
vre , elles n'ont pas un trémoussement
assez libre , & ne peuvent pas agir si vi
vement fur la glace.
Quoique l'hipotefe de M. Haguenot air;
quelque vrai-semblance , il ne la proposa
cependant que comme douteuse , fc ré
servant de faire encore plusieurs Expé
riences pour s'assurer de la vérité.
E iij Lçâ
$04 MERCURE DE FRANCE;
Les Récapitulations que fit M. te Pré
sident de tous ces Mémoires , en furenc
des Extraits plus courts , mais plus précis
Sc plus vifs que ceiix que l'on donne ici.
11 loua le travail & l'exactitude de ceux
qui a voient lû les Mémoires -, il exhorta
tous les Académiciens à continuer leurs
recherches qu'il dit être aussi utiles que
curieuses , & voulut bien leur faire espé
rer qu'il ne perdroit aucune occasion
d'assister à leurs Aslemblécs quand il se
trouveroit à portée de pouvoir en pro -
fiter.
de la Société Royale des Sciences , tenue
dans la Grand'Sale de PHStcl de Fille
de Montpellier le 11. Décembre 17151.
^Archevêque d' Alby y présidant*
^^nierc à la place d'Académicien Honoraire
du feu Marquis de Castries , son
frère , & qui paroissoit pour la première
fois dans ['Assemblée de l' Académie,
ítoit au haut bout de la Table , avec M.-
l'Evêque de Montpellier & M. Bon ±
Premier Président de la Cour des Com
ptes , Aides & Finances de Montpellier,',
Académiciens Honoraires ; les Académi
ciens ordinaires y croient rangés suivant
la coutume , &c les Consuls de la Ville
y assilloient en Chaperon.
L' Archevêque d'Àlbi ouvrit la Séance
par un remerciement qu'il fit à la Com
pagnie au sujet de son élection , & ce
remerciement assaisonné de toutes les grâ
ces que ce Prélat ne manque jamais de
répandre dans tous ses discours & dan*
toutes ses actions , fir connoître à la Com
pagnie qu'elle trouveroit dan* cet Ho~
aoraire noa-seulement un véritable Me»
ce»ey
i|4 ' MERCURE DE FRÁNCË;
• cene , mais encore un Acade'micien zelé^'
& très-capable par lui-même de perfec
tionner les Sciences & les Beaux- Arts,
íì les devoirs indispensables de son Mi*
nistere pouvoient le lui permettre.
M. Marçot , Directeur de la Sociétés
lut ensuite un Discours préliminaire, dans
lequel après avoir remercié M. le Pré
sident de tout ce qu'il avoir dit d'obli-'
géant pour la Compagnie , donna une
idée générale des occupations de l'Académie
, & parcourut avec beaucoup dé
précision & de netteté toutes les Scien
ces qui font l'objet dé l'Etude des Aca-*
démiciens ; il parla des Observations
particulières qu'ils y avòient déja faires ,
de futilité que le Public en avoit retiré,
& de celles qu'un tems plus favorable
aux Sciences pourroit lui procurer dans
la fuite.
Après cé Préliminaire , M. Marcot lut
tine Observation d'un Anévrisme mixtet
qui fut heureusement guéri par ses foins
& fes attentions.
Cet Anévrisme parut après une piqueure
de l'artere du bras , qui est en
fermée dans une même gaine avec la vei
ne basilique. On crut d'abord avoir suffi
samment íemedié à cet accident par des
saignées copieuses & par des compresses
graduées , soutenues par un bon banda
ge }
FEVRIER. 1730. içj
te î mais malgré ces précautions , la piqueure
de l'artere ne fut point consoli
dée , & celle de la gaine , dans laquelle,
elle est enfermée , se rejoignit en peu de
tems > le sang que fournissoit la piqueure
de l'artere dilata bientôt cette tunique
vaginale , & fit une tumeur de la gros
seur d'une petite noix , qui avoit un mou
vement de sistole & de diastole.
Cependant , soit que les compresses
graduées & les bandages eussent arrêté le
cours ordinaire du sang , soit qu'il s'en
fut extravasé quelque portion avant que
l'ouverrure de la tunique vaginale se fut
cplée , il s'étoir fait au dessous de la,
première tumeur une seconde tumeur ,
qui étoit un véritable flegmon , 5c qui
rendoit la cure de l'anevrisme très-déli-?
çate & très -difficile.
M. Marçot prit le parti dans cettç
conjoncture d'attaquer le flegmon , de
le faire suppurer & de le mener à cica
trice , & ensuite ayant le champ libre
pour comprimer sans danger la tumeur
anevrifmale , il réduisit l'artere dans son
état naturel par le bandage de l'Abbé
IJourdelot , dont on voit tous les jours
des effets merveilleux dans des occasions
semblables.
Un tourbillon qui fit beaucoup de.
ravage aux environs de Montpellier ,
%96 MERCURE DE FRANCE.
fat le sujet d'un Mémoire que lut M.
.de Montferrier le fils , Sous-Directcuc
de l'Académie.
Ceux qui furent les témoins de la vio
lence de ce Météore lui donnèrent d'a
bord le nom d'Ouragan d'autres cru
rent qu'il a voit plus de rapport aux Trom
pes de Mer qui font quelquefois si fa
tales aux Navigateurs -, & d'autres plus
superstitieux que Philosophes , voulurent
>y trouver quelque chose de surnaturel ,
ôc se persuader que quelque Esprit folet
itoit la cause de cet Orage.
M. de Montferrier fit voir par la des
cription qu'il donna des véritables Ou
ragans §c des Trompes de Mer , que le
tourbillon qui étoit le sujet de son Mé
moire , n'avait aucun rapport avec les
Orages de P Amérique , ni avec ces co
lonnes de nuées qui s'élèvent ordinaire
ment fur la Mer > & fans s'arrêter aux
Esprits Folets qui ne peuvent être admis
que dans quelques Contes de Fées , il
appella le Météore en question un tour
billon de nuée & de vent , dénomination
qui n'est point arbitraire , puisqu'elle
«st prise de la nature même du- sujet dont
il s'agit.
En effet , M. de Montferrier fit remar
quer que les Vents de Sud & les Vents
d'Est fuient les seuls qui régnèrent pen
dant
FEVRIER. 173©. *97
dant les derniers jours du mois d'Octo
bre , que ces Vents toujours humides
avoient amoncelé beaucoup de nue'es
epaiffes fur l'Horison , 6V que le second
de Novembre une portion de ces nue'es
çtant poussée par un Vent de SudfEst
fort violent , fut forcée à fe mouvoir vers
le Nord , avec tin mouvement vortiqueux
, causé par les obstacles que l'asíemblage
des autres nuages quj l'environnojent
lui présentoic de toutes parts
hors le côté de la Terre où ce tourbillon
<e porta , y trouvant moins de résistance,
Ce Groupe de nuées qui étoit fort noie
& fort épais , ne patoissoit pas avoir plus
de trois toises de largeur fur une hau
teur indéterminée •> mais comme il étoit
pouffé par un Vent de Sud-Est très vio
lent , qu'il ayoit acquis un mouvement
de tourbillon très-rapide , & qu'il forçoit
l'Air qui l'environnoit à suivre le mê
me mouvement , le tout ensemble faisoit
un tourbillon d'environ cent toises de lar
geur , qui dans l'espace d'une demie lieue
renversa ou enleva tout ce quise ttouv»
sur son passage.
II y eut des personnes qui se trouvant
ì portée de voir cette nuée obscure qui
s'avançoit du Sud-Est au Nord avec un
bruit effroyable , crurent y avoir vû une
lumière rougeâtre comme la fumée ^ qui
«'élevs
fc98 MERCURE DE FRANCE.
s'élève d'un grand incendie , & d'autres
assurent avoir senti une odeur de souffre,
Selle à peu près que celle que l'on sent
jdans les lieux qui ont été frapés de la
foudre.
L'Académicien explique la première
apparence par le mouvement rapide , du
Météore qui poussoir avec violence la
matière étherée , & produisoit par là la
lumière , comme on le' voit arriver dans
le Phosphore du Baromètre , & plusieurs
autres expériences , dans toutes lesquelles
la lumière est une fuite d'un grand
mouvement ; ou par des rayons- du So
leil , qui passant dans les intervales des
nuées , soussroient des reflexions & des
réfractions qui les dirigeoient vers les
yeux du Spectateur. Pour l'odeur de sou
fre , il dit que le froissement des matiè
res que le tourbillon enlevoit pouvoient
bien en être la cause , en faisant dévelo?
per les particules sulfureuses qui y étoient
contenues ou qui étoient répandues dans
F Air , & les vapeurs qui enyironnoient
le tourbillon.
Cette explication paroît très-naturelle,
puisque s'il y avoit eu un feu actuel
dans le nuage , il auroit infailliblement
brûlé les diverses matières combustibles
qu'il enlevoit , & qu'il emportoit à plus
ic cenc t oises.
* ■
ÏEVRIER. 1730: 199
"ïnfin ce tourbillon finit à une demie
íieue de l'endroit où il avoit été apperçû
, parce qu'à force de s'étendre dans les
terres où il étoit moins exposé à l'impul-
{ïon du vent , & de communiquer de
son mouvement aux corps qu'il rencon
trait , il perdoit de Ion mouvement
propre , & que le groupe de nuée donc
il écoit composé venant à se íondre cr»
pluye , acheva de le dissiper.
M. Rivière fit part au Public dans ua
Mémoire qu'il lut ensuite , de l'Analyse
qu'il avoit faite de l'Ivraye , & de la
cause des mauvais effets que cette graine
produit quand elle est mêlée avec le
froment dont on fait le bon pain.
II commença par donner la descrip
tion Botanique de la Plante qui produíc
ce mauvais grain , afin qu'on ne puisse
pas k méconnoître quand rlle est en
herbe , & qu'on puisse l'arracher de bonne
heure quand elle est mêlée avec la plante
qui produit le bon bled.
Il fit voir par des expériences assu
rées , & par des raisonnemens très- so
lides , que les graines produisent toujours
des Plantes de leur espece , & que la
prétendue Métamorphose du froment en
Iyraye , & de l'Ivraye en froment , n'est
qu'une erreur populaire , fondée sur l'in-
%:tention de ceux quí sèment ces grai-
E nés.
joe> MERCURE DE FRANCE,
nés , & qui ne s'apperçoivent pas que
pour l'ordinaire elles font mélangées :
or jl est constant , comme l'a remarqué
M- Rivière , que l'ivraye demande pour
germer un tems fort humide & fort pluvieux
, & que le froment , au contraire,
n'a besoin que d'une humidité médiocre;
cnforte que quand on féme du froment
mêlé avec de l'ivraye , ou de l'ivraye
mêlée avec quelque grain de froment ,
c'est toujours la saison plus ou moins hu
mide qui fait que l'une de ces graines
fructifie, au préjudice de l'autre. Voilà
tout le misterc de cette prétendue Méta-p
morphofe , qui étant bien étendue n'a
tien que de fort naturel. .
M. Rivière passa ensuite à í'Analife
Chimique de l'ivraye, & chercha dans
la décomposition de cette graine les prin*
cipes qui peuvent être la cause des mau
vais effets qu'elle ptoduir. , ,
Il ne compte pas fur I'Analife qu'il en
a faite par la Cornue' , puisque par cette
voye toutes les plantes donnent , à peu
dé chose près , les mêmes substances qu;
ne font pour l'ordinaire que de produc
tions du feu ; mais il s'attache principa
lement aux principes que l'on en peut
tirer par la voye de la fermentation &
par la voye de l'extraction.
L'ivraye fens aucune addition & fans
feu,
FEVRIER. t7ja.
feu , bien preísée , humectée & couverte
d'un entonnoir garni d'une petite chape
d'alambic , lui a donné , quand eile a été
échauféc par la fermentation qui lui est
survenue , un esprit volatil urineux.
Par l'extraction qu'il a fait de la mê
me graine par l'Esprit de vin , il en a
sité une Résine fort acre & sort piquante.
Et de la lessive qu'il a faite du Resi-
-du , il en est sorti un Sel alkali un peu
.caustique. D'où il conclud qu'une graine
qui contient de tels principes peut eni
vrer , donner des vertiges & des maux
àe tête , des maux d'estomac & des votniflernens.
L'experience a .fait voir à M. Rivière
la justesse de ses raisonnemens , puisqu'il
a guéri des personnes attaquées de quel
ques-uns decesmauXjen leur faisant quitet
leur Boulanger, 5c leur faisant man
ger du pain dont on avoit séparé avec
foin toutes les mauvaises graines. C'est
te qu'on peut appeller guérir les mala
dies sûrement , promprement & sans de»
goûr , ce qui est l'intention de la bonne
Médecine.
Personne n'ignore que la fonte de lá
Glace ne soit un effet ordinaire de la
fhaleur , & cette cause est si manifeste
qu'on he s'est pas rais en peine d'en
chercher d'autres j il y en a une cepen
£. ij daia
)©i MERCURE DE FRANCE,
dant plus cachée, que M. Haguenot fe
propose de découvrir dans le Mémoire
dont nous allons donner un Abrégé. '
Quelques Sçavans de Paris firent sçavoir
à M. Haguenot que de deux pos
tions de Glace d'uri égal poids & d'un
égal volume, dont l'une est mise sur U
rriain d'un homme qui se porte bien , &
l'autre sur une asiìete d'argent , celle qui
est mise sur l'aíîìete d'argent fond plu«
vîte de quelques minutes que celle que
l'on met' fur la main. Cette Expérience
que M. Haguenot a repeté plusieurs foisj
a toujours réussi de même.
Pour trouver la cause d'un effet qui
paroît un paradoxe , M. Haguenot mit
des portions égales de glace fur plusieurs
Métaux , comme fur l'or , le cuivre , la
plomb , l'étain , l'aiman , le fer , l'acier,
& il trouva constamment que la Glace
fondoit plus vîte fur le cuivre que fuir
tous les autres Métaux , & fur un fer à
repasser plus vîte que fur du fer ordi
naire , Sc que fur l'acier & fur l'aimanr.
Il fait remarquer que dans toutes ces
Expériences il faut que la Glace touche
immédiatement le Métail , fans quoi la
fonte de la Glace n'est pas à beaucoup
près si prompte ; il a même observé que
lorsqu'on met la Glace sur un fer rabo
teux , la superficie, de la Glace , quoique -
Hie
FEVRIER. 17?»: jej \
polie auparavant , devient inégale , c'cstà-
dire , qu'elle fond plus vîte dans lespoints
où le Métal touche la Glace im
médiatement.
M. Haguenot , après avoir cherché las
cause d'un etfet si long-tems ignoré , &•
avoir abandonné la matière magnétique
qui paroissoit une Cause assez vrai-sem
blable , s'est porté à croire que toutes les
parties intégrantes des corps solides font
dans un trémoussement perpétuel , quoiqu'infensibles
;que ce trémoussement est
la cause que les corps les plus solides fe
détruisent comme d'eux-mêmes avec le
t«ms , & que c'est à ce rríême trémoussèment
qu'il faut attribuer la fonte de 1*
Glace qui arrive sur lés Métaux quand
elle leur est immédiatement appliquée j
8c si cette fonte se fait plus vîte fur le
cuivre que' fur le fer & fur Parier , c'est
apparemment, dit M. Haguenot, pareeque
les parties du fer & de l'acier étant
beaucoup plus ferrées que celles du cui
vre , elles n'ont pas un trémoussement
assez libre , & ne peuvent pas agir si vi
vement fur la glace.
Quoique l'hipotefe de M. Haguenot air;
quelque vrai-semblance , il ne la proposa
cependant que comme douteuse , fc ré
servant de faire encore plusieurs Expé
riences pour s'assurer de la vérité.
E iij Lçâ
$04 MERCURE DE FRANCE;
Les Récapitulations que fit M. te Pré
sident de tous ces Mémoires , en furenc
des Extraits plus courts , mais plus précis
Sc plus vifs que ceiix que l'on donne ici.
11 loua le travail & l'exactitude de ceux
qui a voient lû les Mémoires -, il exhorta
tous les Académiciens à continuer leurs
recherches qu'il dit être aussi utiles que
curieuses , & voulut bien leur faire espé
rer qu'il ne perdroit aucune occasion
d'assister à leurs Aslemblécs quand il se
trouveroit à portée de pouvoir en pro -
fiter.
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Résumé : EXTRAIT de l'Assemblée publique de la Societé Royale des Sciences, tenuë dans la Grand'Sale de l'Hôtel de Ville de Montpellier le 22. Decembre 1729. l'Archevêque d'Alby y présidant.
Le 11 décembre 1715, une assemblée publique de la Société Royale des Sciences à Montpellier a eu lieu. L'archevêque d'Alby, présidant à la place du marquis de Castries, a remercié la compagnie pour son élection et a affirmé son soutien aux sciences et aux beaux-arts. M. Marçot, directeur de la Société, a lu un discours préliminaire sur les activités de l'Académie et les observations scientifiques réalisées. Il a également présenté une observation médicale sur la guérison d'un anévrisme complexe. M. de Montferrier, sous-directeur, a lu un mémoire sur un tourbillon ayant causé des ravages près de Montpellier. Il a décrit ce phénomène comme un tourbillon de nuages et de vent, expliquant ses effets destructeurs et corrigeant les perceptions erronées liées à des phénomènes surnaturels. M. Rivière a fait une analyse de l'ivraie, une mauvaise herbe nuisible au froment. Il a démystifié la prétendue métamorphose entre l'ivraie et le froment, expliquant que les conditions climatiques favorisent la germination de l'une ou de l'autre. Il a également analysé chimiquement l'ivraie, identifiant des substances nocives responsables de ses effets néfastes sur la santé. Enfin, M. Haguenot a présenté une étude sur la fonte de la glace, notant que celle-ci fond plus rapidement sur certains métaux comme le cuivre. Il a attribué ce phénomène à un trémoussement perpétuel des particules solides, plus libre dans certains métaux que dans d'autres. Le président de l'académie a résumé les mémoires en des extraits plus courts, précis et percutants. Il a loué le travail et l'exactitude des personnes ayant lu les mémoires et a encouragé les académiciens à poursuivre leurs recherches, qu'il juge utiles et intéressantes. Il a également exprimé son souhait de participer aux assemblées de l'académie lorsqu'il en aura l'opportunité.
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309
p. 332
DEUXIÈME ENIGME.
Début :
Je me plais à marcher la nuit ; [...]
Mots clefs :
Lune
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texteReconnaissance textuelle : DEUXIÈME ENIGME.
DEVXIE'ME ENIGME.
JE me plais à marcher la nuit t-
Aucun guide ne me conduit ;
Je marche aussi le jour : fa clarté m'est conv
• traire»-
Aux flambeaux seuls j'ài dequoi plaire*,
Je fuis d'un difficile accès j
On ne peut m' approcher de près.
J'ai cependant le regard favorable :
Ma blancheur me rend agréable ,
Le rouge me rend effroyable;
Sur le corps le plus fioid j'exerce mon pou»
voir ;
Je fçai quand il me plaît fortement l'émou.
voir ; .
e fais aussi paroitre en tous lieux ma puîslàn-
J ce»
On est charmé de ma présence.
JE me plais à marcher la nuit t-
Aucun guide ne me conduit ;
Je marche aussi le jour : fa clarté m'est conv
• traire»-
Aux flambeaux seuls j'ài dequoi plaire*,
Je fuis d'un difficile accès j
On ne peut m' approcher de près.
J'ai cependant le regard favorable :
Ma blancheur me rend agréable ,
Le rouge me rend effroyable;
Sur le corps le plus fioid j'exerce mon pou»
voir ;
Je fçai quand il me plaît fortement l'émou.
voir ; .
e fais aussi paroitre en tous lieux ma puîslàn-
J ce»
On est charmé de ma présence.
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310
p. 355-356
Carte des environs de Paris, [titre d'après la table]
Début :
L'Abbé de la Grive, vient de mettre au jour la premiere feüille de sa Carte [...]
Mots clefs :
Chemins, Carte, Environs de Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Carte des environs de Paris, [titre d'après la table]
L'Abbé de la Grive, vient de mettre
au jour la première feuille de fa Carte
Topographique des Environs de Paris , à
cinq lieue! a, la ronde. Cet Ouvrage con
tiendra neuf feuilles de papier de grand
Aigle. L'Auteur y a observé tous les dé
tails > de façon qu'on y reconnoîtra les
Plans exacts de tous les Villages , leurs
issues & les chemins qui conduisent de
L'un à l'autre , les principales Maisons de
Campagne avec leurs Jardins; les Bois avec
kurs routes -, les Moulins, Carrières , Ca
barets détachez fur les chemins, les Pla
ces des Vignes , Prez . Terres labourables»
Çc en friche;. La première feuille qui par-
oît , renferme presque toute la Banlieue'..
L'Auteur donnera dans la fuite une dixié*
me feuille qui comprendra les précédentes,
dans laquelle il ne manquera aucun détaiL
Ce que celle- cy aura de singulier & de:
plus curieux , c'est qu'on y trouvera les;
differens Triangles qui onr fervj à lever
Jì Carte , U valeur des Angles & degrez?
tf6 MERCURE ÔE FRANCE;
& le calcul des Côtes en toises , ce qu#
h'a encore été exécuté que par M" de.
l' Académie des Sciences y pour détermi
ner la Méridienne de l'Observatoire de
Paris , & mettre le Public en état de vé
rifier les Observations de l'Auteur. // de
meure Cloître S. Binon t cliez. M. Dubois*
Avocau
au jour la première feuille de fa Carte
Topographique des Environs de Paris , à
cinq lieue! a, la ronde. Cet Ouvrage con
tiendra neuf feuilles de papier de grand
Aigle. L'Auteur y a observé tous les dé
tails > de façon qu'on y reconnoîtra les
Plans exacts de tous les Villages , leurs
issues & les chemins qui conduisent de
L'un à l'autre , les principales Maisons de
Campagne avec leurs Jardins; les Bois avec
kurs routes -, les Moulins, Carrières , Ca
barets détachez fur les chemins, les Pla
ces des Vignes , Prez . Terres labourables»
Çc en friche;. La première feuille qui par-
oît , renferme presque toute la Banlieue'..
L'Auteur donnera dans la fuite une dixié*
me feuille qui comprendra les précédentes,
dans laquelle il ne manquera aucun détaiL
Ce que celle- cy aura de singulier & de:
plus curieux , c'est qu'on y trouvera les;
differens Triangles qui onr fervj à lever
Jì Carte , U valeur des Angles & degrez?
tf6 MERCURE ÔE FRANCE;
& le calcul des Côtes en toises , ce qu#
h'a encore été exécuté que par M" de.
l' Académie des Sciences y pour détermi
ner la Méridienne de l'Observatoire de
Paris , & mettre le Public en état de vé
rifier les Observations de l'Auteur. // de
meure Cloître S. Binon t cliez. M. Dubois*
Avocau
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Résumé : Carte des environs de Paris, [titre d'après la table]
L'Abbé de la Grive a publié la première feuille de la Carte Topographique des Environs de Paris, couvrant une zone de cinq lieues autour de la ville. Cette carte, qui comportera neuf feuilles, détaille les plans des villages, leurs accès, les chemins, les maisons de campagne avec leurs jardins, les bois, les moulins, les carrières, les cabarets, les vignes, les prés, les terres labourables et celles en friche. La première feuille inclut presque toute la banlieue parisienne. L'auteur prévoit une dixième feuille résumant les précédentes et incluant tous les détails. Cette feuille notable contiendra les triangles utilisés pour lever la carte, la valeur des angles et des degrés, ainsi que le calcul des côtes en toises. Ces informations permettront au public de vérifier les observations de l'auteur, une démarche similaire à celle réalisée par un membre de l'Académie des Sciences pour la Méridienne de l'Observatoire de Paris.
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311
p. 553
PHENOMENE CELESTE vû en Provence. Extrait d'une Lettre écrite de Riez, le 16. Fevrier 1730.
Début :
Il parut hier au soir un Phenomene qui épouvanta le peuple ; il sortit du haut de la montagne [...]
Mots clefs :
Phénomène céleste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PHENOMENE CELESTE vû en Provence. Extrait d'une Lettre écrite de Riez, le 16. Fevrier 1730.
PHENOMENE CELESTE v
en Provence. Extrait d'une Lettre écrite
de Riez , le 16. Fevrier 1730 .
I vanta lepeuple,fifortit home de qui
L parut hier au foir un Phenomene qui épou-
,
gne qu'on nomme le Portail de Blieux , parce
que cette montagne eft ent'rouverte , & que
Blieux eft au-delà , une grande rougeur en l'air
qui s'étendoit jufqu'au deffous de Riez , & dont
fa lumiere étoit fi grande , Pair étant ferein , que
nous diftinguions fort bien les objets éloignés à
fept heures du foir , comme quand la Lune eft
dans fa pleneur. Au Nord-Oueſt , au contraire
il paroiffoit une grande & vive lumiere des plus
blanches , au moyen de laquelle nous apperce
vions les montagnes de Lure de Sifteron &
d'Ambrun , quafi comme en plein jour. Cela duroit
encore fur les neuf heures , qui eft ici l'heure
ordinaire du coucher ; ainfi je n'en fçai pas
davantage , la rougeur ayant d'ailleurs ceflé depuis
le Portail de Bliex jufqu'au- deffus de nous.
La grande lumiere fe répandit vers le Sud-Oueft,
& s'arrêta au Nord ; mais la lumiere vive & rouge
qui parut d'abord au- deffus du Portail , fembloit
nous annoncer qu'il alloit paroître quel--
que grande Comette ou quelqu'autre Phenomene,
mais il n'y eut autre chofe que ce que je viens
de dire à nous. Cette par rapport rougeur
fa premiere apparition pouvoit avoir environ deux
ou trois toifes d'étendue apparente ; mais en s'élevant
dans l'air , elle s'étendoit beaucoup davan--
tage,fur-tout à mefure qu'elle s'approchoit de nous.
dans
★ Blieux eft au Levant d'Eté de Moustiers &
de Riez, & fait une espece de triangle entre
Senez & Caftellane.
en Provence. Extrait d'une Lettre écrite
de Riez , le 16. Fevrier 1730 .
I vanta lepeuple,fifortit home de qui
L parut hier au foir un Phenomene qui épou-
,
gne qu'on nomme le Portail de Blieux , parce
que cette montagne eft ent'rouverte , & que
Blieux eft au-delà , une grande rougeur en l'air
qui s'étendoit jufqu'au deffous de Riez , & dont
fa lumiere étoit fi grande , Pair étant ferein , que
nous diftinguions fort bien les objets éloignés à
fept heures du foir , comme quand la Lune eft
dans fa pleneur. Au Nord-Oueſt , au contraire
il paroiffoit une grande & vive lumiere des plus
blanches , au moyen de laquelle nous apperce
vions les montagnes de Lure de Sifteron &
d'Ambrun , quafi comme en plein jour. Cela duroit
encore fur les neuf heures , qui eft ici l'heure
ordinaire du coucher ; ainfi je n'en fçai pas
davantage , la rougeur ayant d'ailleurs ceflé depuis
le Portail de Bliex jufqu'au- deffus de nous.
La grande lumiere fe répandit vers le Sud-Oueft,
& s'arrêta au Nord ; mais la lumiere vive & rouge
qui parut d'abord au- deffus du Portail , fembloit
nous annoncer qu'il alloit paroître quel--
que grande Comette ou quelqu'autre Phenomene,
mais il n'y eut autre chofe que ce que je viens
de dire à nous. Cette par rapport rougeur
fa premiere apparition pouvoit avoir environ deux
ou trois toifes d'étendue apparente ; mais en s'élevant
dans l'air , elle s'étendoit beaucoup davan--
tage,fur-tout à mefure qu'elle s'approchoit de nous.
dans
★ Blieux eft au Levant d'Eté de Moustiers &
de Riez, & fait une espece de triangle entre
Senez & Caftellane.
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Résumé : PHENOMENE CELESTE vû en Provence. Extrait d'une Lettre écrite de Riez, le 16. Fevrier 1730.
Le 16 février 1730, un phénomène céleste inhabituel a été observé en Provence, près de Riez. Vers sept heures du soir, une grande rougeur apparut dans le ciel, s'étendant jusqu'au-dessus de Riez, permettant de distinguer clairement les objets éloignés malgré la nuit. Simultanément, une vive lumière blanche se manifesta au nord-ouest, illuminant les montagnes de Lure, de Sisteron et d'Ambrun comme en plein jour. Ce phénomène dura jusqu'à neuf heures, l'heure habituelle du coucher du soleil dans la région. La rougeur initiale, observée au-dessus du Portail de Blieux, semblait annoncer l'apparition d'une comète ou d'un autre phénomène céleste, mais rien d'autre ne se produisit. La rougeur, d'abord de deux à trois toises d'étendue apparente, s'étendait davantage en s'élevant dans le ciel. Blieux est situé à l'est de Moustiers et de Riez, formant un triangle avec Senez et Castellane.
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312
p. 752-754
Plan & Sommaire d'un Traité sur l'Ame des Bêtes.
Début :
On croit devoir prévenir le Public au sujet d'un Ouvrage que l'on se propose [...]
Mots clefs :
Âme, Bêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Plan & Sommaire d'un Traité sur l'Ame des Bêtes.
Plan & Sommaire d'un Traité fur l'Ame
des Bêtes.
On croit devoir prévenir le Public au
fujet d'un Ouvrage que l'on fe propoſe
à mettre au jour , & qui a pour titre :
Nouveaux Effais fur l'ame des Bêtés
où l'on prétend établir d'une maniere
démonftrative que les Animaux n'ont
point
>
AVRIL 1730. 753
n'ont point d'ame capable de fentiment
& de connoiffance , mais qu'ils font de
purs Antomates ; on y prend occafion
d'établir , fuivant les plus évidens principes
de la Métaphyfique , la Nature de
la fubftance qui penfe, & d'entrer dans un
curieux détail fur des particularitez intereffantes
de l'Hiftoire des Animaux ; &
on entreprend d'expliquer tout ce que
l'on voit faire aux Bêtes de mieux concerté
, de plus impofant & de mieux imaginé
par une Mécanique fimple , aifée ,
naturelle & palpable dans le fyftême de
la Trituration ou de l'ofcillation des Parties
folides , adopté aujourd'hui de la plûpart
des Sçavans , & confiderablement
enrichi & perfectionné par les nouvelles
découvertes .
Voici en quatre Refléxions le réſultat
du Livre. 1 ° L'ame des Bêtes eft inutile
& c'eft multiplier les êtres fans neceffité
que de l'admettre. 20 Elle eft incompatible
avec les fonctions animales exercées
avec trop de conftance & d'uniformité ,
pour qu'il y préfide une ame variable de
fa nature , & toujours remuante . 30 Elle
paroît attaquer par plufieurs endroits la
Majefté fuprême , ainfi l'interêt de Dieu
s'y oppofe. 4° Elle eft contraire aux privileges
de l'homme , & détruit nos droits
fur les animaux ; c'eft pourquoi notre
F inte754
MERCURE DE FRANCE
interêt demande auffi qu'on lui refuſe
l'existence. Quand tout cela fera prouvé,
on fera peut-être plus de difficulté qu'on
ne fait d'ordinaire , de prendre le parti
de l'ame des Bêtes , & je me perfuade ,
dit M. Le Tellier , fils , Medecin de Peronne
, Auteur de ce ſyſtême , que l'on
aura quelque répugnance à demeurer dans
une opinion fi foiblement défendue
&
combattue avec tant d'avantage,
des Bêtes.
On croit devoir prévenir le Public au
fujet d'un Ouvrage que l'on fe propoſe
à mettre au jour , & qui a pour titre :
Nouveaux Effais fur l'ame des Bêtés
où l'on prétend établir d'une maniere
démonftrative que les Animaux n'ont
point
>
AVRIL 1730. 753
n'ont point d'ame capable de fentiment
& de connoiffance , mais qu'ils font de
purs Antomates ; on y prend occafion
d'établir , fuivant les plus évidens principes
de la Métaphyfique , la Nature de
la fubftance qui penfe, & d'entrer dans un
curieux détail fur des particularitez intereffantes
de l'Hiftoire des Animaux ; &
on entreprend d'expliquer tout ce que
l'on voit faire aux Bêtes de mieux concerté
, de plus impofant & de mieux imaginé
par une Mécanique fimple , aifée ,
naturelle & palpable dans le fyftême de
la Trituration ou de l'ofcillation des Parties
folides , adopté aujourd'hui de la plûpart
des Sçavans , & confiderablement
enrichi & perfectionné par les nouvelles
découvertes .
Voici en quatre Refléxions le réſultat
du Livre. 1 ° L'ame des Bêtes eft inutile
& c'eft multiplier les êtres fans neceffité
que de l'admettre. 20 Elle eft incompatible
avec les fonctions animales exercées
avec trop de conftance & d'uniformité ,
pour qu'il y préfide une ame variable de
fa nature , & toujours remuante . 30 Elle
paroît attaquer par plufieurs endroits la
Majefté fuprême , ainfi l'interêt de Dieu
s'y oppofe. 4° Elle eft contraire aux privileges
de l'homme , & détruit nos droits
fur les animaux ; c'eft pourquoi notre
F inte754
MERCURE DE FRANCE
interêt demande auffi qu'on lui refuſe
l'existence. Quand tout cela fera prouvé,
on fera peut-être plus de difficulté qu'on
ne fait d'ordinaire , de prendre le parti
de l'ame des Bêtes , & je me perfuade ,
dit M. Le Tellier , fils , Medecin de Peronne
, Auteur de ce ſyſtême , que l'on
aura quelque répugnance à demeurer dans
une opinion fi foiblement défendue
&
combattue avec tant d'avantage,
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Résumé : Plan & Sommaire d'un Traité sur l'Ame des Bêtes.
Le traité 'Nouveaux Essais sur l'âme des Bêtes' de M. Le Tellier, fils, médecin de Péronne, soutient que les animaux n'ont pas d'âme capable de sentiment et de connaissance, mais sont des automates. L'ouvrage utilise des principes métaphysiques pour analyser la substance pensante et les comportements animaux. Il explique les actions complexes des animaux par une mécanique naturelle, basée sur la trituration ou l'oscillation des parties solides, une théorie largement acceptée et enrichie par de nouvelles découvertes. Le livre conclut avec quatre réflexions principales : l'inutilité de l'âme des bêtes, son incompatibilité avec les fonctions animales, son opposition à la majesté divine et son contraire aux privilèges humains. L'auteur espère convaincre les lecteurs de rejeter l'idée de l'âme des animaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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313
p. 758-764
Rentrée des Académies.
Début :
L'Académie Royale des Belles-Lettres tint son Assemblée publique du semestre [...]
Mots clefs :
Académie royale des belles-lettres, Académie royale des sciences, Mémoires, Grecs, Langues orientales
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Rentrée des Académies.
Rentrée des Académies.
L'Académie Royale des Belles-Lettres
tint fon Affemblée publique du femeftre
de Pafques le 18. Avril. M. de Boze , Secretaire
perpetuel de cette Académie
ouvrit la féance par l'éloge de M. de Valbonais
, Premier Préfident de la Chambre
des Comptes de Grenoble , Corref
pondant honoraire ; & comme cet éloge
étoit compofé avec cette élegance & cette
précifion qui paroît dans tous les autres
M. l'Abbé Bignon fit remarquer ce qu'on
n'avoit point penfé , que M. de Boze n'avoit
reçû les Mémoires de la Vie de M.
de Valbonnais que fept ou huit jours auparavant
.
}
M. Hardion lut enfuite des Reflexions
fur les Choeurs de la Tragédie d'Andromaque
par Euripide , & après avoir remarqué
le bon ufage que les Anciens faifoient
de ces Choeurs qu'ils avoient l'art de lier
avec la Piece , par l'interêt que plufieurs
perfonnes devoient naturellement prendre
à l'action qui étoit repréſentée , puifqu'elle
étoit & publique & importante
it
AVRIL. 1730. 759
il condamne fans prévention un des
Choeurs de cette même Tragédie qui paroft
deplacé. Il prend même occafion des
endroits où Euripide s'éleve contre la Bigamie
, d'examiner fi l'ufage en étoit permis
à Athénes du tems de ce Poëte , &
fi lui- méme & Socrate n'avoient pas eu
deux femmes legitimes à la fois ; & après
avoir refuté le fentiment de ceux des Anciens
& des Modernes qui l'avoient crû ,
il décide pour la négative.
M. Fourmont l'aîné lut après une Differtation
dont l'objet étoit d'établir la neceffité
des Langues Orientales pour la
connoiffance de l'Hiftoire ancienne & de
Ja Mythologie ; cette propofition , pourvû
qu'elle ne foit pas generale , eft fans
doute très- vraye , & les Sçavans du dernier
Siecle , principalement le celebre
Bochart , en avoient déja fait un grand
ulage. Les Grecs qui nous ont tranſmis
prefque toutes les Fables que nous connoiffons
, tiroient leur origine des Colonies
Egyptiennes & Phéniciennes , qui
avoient apporté dans le Continent de la
Grece & dans les Ifles voifines leur Religion
& leur Langue , & il eft fûr , comme
l'a fouvent remarqué le fçavant Bochart
, que les Langues Phénicienne &
Egyptienne , mal entendues , ont donné
fouvent lieu aux Grecs de debiter des Fa-
Fj bles
760 MERCURE DE FRANCE
bles , c'est- à-dire , de fubftituer des idées
extraordinaires & merveilleufes à des
idées qui ne devoient préfenter rien que
de naturel ; delà , fans doute , l'origine
d'une infinité de fictions. Cependant les
Grecs & les Latins après eux ont debité
eux-mêmes de nouvelles Fables qui ne
paroiffent avoir aucun rapport avec les
Langues Etrangeres , & c'eft une diftinction
que ceux qui entreprennent de les
expliquer, ne doivent pas manquer de faire
; quoiqu'il en foit , M. Fourmont choifit
pour preuve de fa propofition deux
exemples finguliers , l'un de la Fable &
l'autre de l'Hiftoire. Le premier exemple
fut celui de la Fable des Gorgonnes , l'écueil
des Mythologues , & il fit voir qu'à
l'aide des Langues Orientales , elle étoit
fort intelligible , & ne renfermoit plus
aucunes de ces idées myfterieufes qui y répandent
tant d'obfcurité. Les noms des
trois Gorgonnes font ceux des trois Vaiffeaux
que Perfée prit vers les Syrtes de
l'Afrique fur Phoreys,& les Marchandifes
qu'il en rapporta marquent & Chrifaor ,
qui nâquit du fang de Meduſe , & cette
dent & cet oeil unique qu'on donna aux
trois Gorgonnes. Mais pour developer davantage
l'idée de cet Académicien , il faudroit
rapporter toutes les étimologies dont
il fit ufage , ce qui n'eft pas poffible fans
ا ع
AVRIL. 1730. 761
le copier entierement.
Le fecond exemple étoit tiré de la celebre
Infcription de Sardanapale , qu'on
regardoit comme fon Epitaphe , & dans
laquelle après avoir marqué que ce Prince
avoit bâti en un même jour les Villes
de Tarfe & d'Anchialé , on congédioit les
Lecteurs , en leur difant : Paffans, buvez,
mangez , réjouiffez -vous & faites l'amour,
ce qui paroiffoit entierement hors de propos
, & fort deplacé dans un endroit où
F'on venoit de parler de la conftruction
extraordinaire de deux Villes en un même
jour.
C'étoit cependant ainfi que tous les
Anciens avoient rapporté & expliqué
cette Infcription. Il paroiffoit auffi par
cette même Infcription que Sardanapale
étoit fils d'Araxindax , perfonnage toutà
- fait inconnu dans l'Antiquité ; mais.
M. Fourmont , en remettant cette Infcription
dans fa Langue originale , qui eft la
Chaldéenne , & en fubftituant aux trois
mots Grecs qui la terminoient , des mots
Caldéens , il en résulte un fens fort naturel,
qui eft queSardanapale avoit bâti les
deux Villes en queftion en un même jour,
qu'il avoit auffi fait conftruire un Pont
fur le Torrent qui couloit auprès , car
Arax , dans les Langues Orientales , fignifie
en general de l'eau , & il les avoit
Fv réellement
62 MERCURE DE FRANCE
réellement conftruites dans un efpace fi
court , qu'il y avoit mis jufqu'aux clôtures
& aux fermetures , ce que fignifient
les trois mots Chaldéens fubftituez aux
trois mots Grecs qui terminoient l'Inf
cription. Ainfi difparoiffent & le trait
déplacé de cette Infcription , & l'Ara
xindarax prétendu pere de Sardanapale.
M. de la Nauze termina l'Aſſemblée
par
la lecture de l'Hiftoire de Leandre &
de Hero. L'Auteur , après avoir démontré
que ce fait étoit revêtu de toutes les
preuves néceffaires pour le rendre certain,.
quoiqu'en ait dit un celebre Critique ,
qui le traite de pure fable , le raconta
d'une maniere fimple & naturelle , & fit
des Remarques critiques & judicieuſes.
fur les autres qui en avoient parlé. Il
prouva contre le fentiment de quelques
Sçavans , que les deux Epitres d'Ovide
fur ce fujet , étoient de ce Poëte , & contre
le celebre Scaliger , que le Mufée , qui
a compofé un petit Poëme ſur cet évenement
, n'étoit pas l'ancien Mufée , dont
les Ouvrages ne fubfiftent plus , & que
celui-cy , dont Tzetzés eft le premier qui
ait parlé , ne vivoit qu'environ vers le
IVe fiecle. M. de la Nauze fit enfuite uneexacte
Analyfe de ce Poëme & des deux
Heroïdes d'Ovide,
L'AAVRIL
1730. 763
1
L'Académie Royale des Sciences , tint
fon Affemblée publique le Mercredy 19 ,
Avril . M. de Fontenelle ouvrit la Séance
par l'Eloge de feu M. de Valincourt ,
Académicien Honoraire .
M. Caffini lût enfuite un Memoire contenant
les Obfervations qu'il a faites de
la Comete qui a paru l'année derniere
pendant près de cinq mois.
M. Geoffroi , le cadet , lût après cela
un Memoire de Chimie , contenant l'Analyfe
de prefque toutes les viandes qui
fervent à la nourriture des hommes ,
d'où il tire les Relations qu'ont entre
elles les quantitez des parties nourriffantes
que ces viandes produifent.
M. Dufay , lût auffi un Memoire qui
contient de nouvelles preuves de fon fentiment
fur l'Aiman , & donna les Méthodes
les plus fûres & les plus promp
tes d'aimanter les Aiguilles.
M. Juffieu , lût après cela un Memoire
fur la neceffité de continuer & d'augmen--
ter le commerce que les Botaniftes d'Eu
rope ont avec ceux des Indes , pour la
perfection de la Botanique & de l'Hif
toire Naturelle.
M. Duhamel finit la Seance par la
lecture d'un Memoire fur les Greffes des
Arbres ; il y examina les rapports de convenances
& de difconvenances que les
F vj Greffes
764 MERCURE DE FRANCE
Greffes doivent avoir avec les fujets lur
lefquels on les greffe.
On donnera des Extraits de ces Memoires.
L'Académie Royale des Belles-Lettres
tint fon Affemblée publique du femeftre
de Pafques le 18. Avril. M. de Boze , Secretaire
perpetuel de cette Académie
ouvrit la féance par l'éloge de M. de Valbonais
, Premier Préfident de la Chambre
des Comptes de Grenoble , Corref
pondant honoraire ; & comme cet éloge
étoit compofé avec cette élegance & cette
précifion qui paroît dans tous les autres
M. l'Abbé Bignon fit remarquer ce qu'on
n'avoit point penfé , que M. de Boze n'avoit
reçû les Mémoires de la Vie de M.
de Valbonnais que fept ou huit jours auparavant
.
}
M. Hardion lut enfuite des Reflexions
fur les Choeurs de la Tragédie d'Andromaque
par Euripide , & après avoir remarqué
le bon ufage que les Anciens faifoient
de ces Choeurs qu'ils avoient l'art de lier
avec la Piece , par l'interêt que plufieurs
perfonnes devoient naturellement prendre
à l'action qui étoit repréſentée , puifqu'elle
étoit & publique & importante
it
AVRIL. 1730. 759
il condamne fans prévention un des
Choeurs de cette même Tragédie qui paroft
deplacé. Il prend même occafion des
endroits où Euripide s'éleve contre la Bigamie
, d'examiner fi l'ufage en étoit permis
à Athénes du tems de ce Poëte , &
fi lui- méme & Socrate n'avoient pas eu
deux femmes legitimes à la fois ; & après
avoir refuté le fentiment de ceux des Anciens
& des Modernes qui l'avoient crû ,
il décide pour la négative.
M. Fourmont l'aîné lut après une Differtation
dont l'objet étoit d'établir la neceffité
des Langues Orientales pour la
connoiffance de l'Hiftoire ancienne & de
Ja Mythologie ; cette propofition , pourvû
qu'elle ne foit pas generale , eft fans
doute très- vraye , & les Sçavans du dernier
Siecle , principalement le celebre
Bochart , en avoient déja fait un grand
ulage. Les Grecs qui nous ont tranſmis
prefque toutes les Fables que nous connoiffons
, tiroient leur origine des Colonies
Egyptiennes & Phéniciennes , qui
avoient apporté dans le Continent de la
Grece & dans les Ifles voifines leur Religion
& leur Langue , & il eft fûr , comme
l'a fouvent remarqué le fçavant Bochart
, que les Langues Phénicienne &
Egyptienne , mal entendues , ont donné
fouvent lieu aux Grecs de debiter des Fa-
Fj bles
760 MERCURE DE FRANCE
bles , c'est- à-dire , de fubftituer des idées
extraordinaires & merveilleufes à des
idées qui ne devoient préfenter rien que
de naturel ; delà , fans doute , l'origine
d'une infinité de fictions. Cependant les
Grecs & les Latins après eux ont debité
eux-mêmes de nouvelles Fables qui ne
paroiffent avoir aucun rapport avec les
Langues Etrangeres , & c'eft une diftinction
que ceux qui entreprennent de les
expliquer, ne doivent pas manquer de faire
; quoiqu'il en foit , M. Fourmont choifit
pour preuve de fa propofition deux
exemples finguliers , l'un de la Fable &
l'autre de l'Hiftoire. Le premier exemple
fut celui de la Fable des Gorgonnes , l'écueil
des Mythologues , & il fit voir qu'à
l'aide des Langues Orientales , elle étoit
fort intelligible , & ne renfermoit plus
aucunes de ces idées myfterieufes qui y répandent
tant d'obfcurité. Les noms des
trois Gorgonnes font ceux des trois Vaiffeaux
que Perfée prit vers les Syrtes de
l'Afrique fur Phoreys,& les Marchandifes
qu'il en rapporta marquent & Chrifaor ,
qui nâquit du fang de Meduſe , & cette
dent & cet oeil unique qu'on donna aux
trois Gorgonnes. Mais pour developer davantage
l'idée de cet Académicien , il faudroit
rapporter toutes les étimologies dont
il fit ufage , ce qui n'eft pas poffible fans
ا ع
AVRIL. 1730. 761
le copier entierement.
Le fecond exemple étoit tiré de la celebre
Infcription de Sardanapale , qu'on
regardoit comme fon Epitaphe , & dans
laquelle après avoir marqué que ce Prince
avoit bâti en un même jour les Villes
de Tarfe & d'Anchialé , on congédioit les
Lecteurs , en leur difant : Paffans, buvez,
mangez , réjouiffez -vous & faites l'amour,
ce qui paroiffoit entierement hors de propos
, & fort deplacé dans un endroit où
F'on venoit de parler de la conftruction
extraordinaire de deux Villes en un même
jour.
C'étoit cependant ainfi que tous les
Anciens avoient rapporté & expliqué
cette Infcription. Il paroiffoit auffi par
cette même Infcription que Sardanapale
étoit fils d'Araxindax , perfonnage toutà
- fait inconnu dans l'Antiquité ; mais.
M. Fourmont , en remettant cette Infcription
dans fa Langue originale , qui eft la
Chaldéenne , & en fubftituant aux trois
mots Grecs qui la terminoient , des mots
Caldéens , il en résulte un fens fort naturel,
qui eft queSardanapale avoit bâti les
deux Villes en queftion en un même jour,
qu'il avoit auffi fait conftruire un Pont
fur le Torrent qui couloit auprès , car
Arax , dans les Langues Orientales , fignifie
en general de l'eau , & il les avoit
Fv réellement
62 MERCURE DE FRANCE
réellement conftruites dans un efpace fi
court , qu'il y avoit mis jufqu'aux clôtures
& aux fermetures , ce que fignifient
les trois mots Chaldéens fubftituez aux
trois mots Grecs qui terminoient l'Inf
cription. Ainfi difparoiffent & le trait
déplacé de cette Infcription , & l'Ara
xindarax prétendu pere de Sardanapale.
M. de la Nauze termina l'Aſſemblée
par
la lecture de l'Hiftoire de Leandre &
de Hero. L'Auteur , après avoir démontré
que ce fait étoit revêtu de toutes les
preuves néceffaires pour le rendre certain,.
quoiqu'en ait dit un celebre Critique ,
qui le traite de pure fable , le raconta
d'une maniere fimple & naturelle , & fit
des Remarques critiques & judicieuſes.
fur les autres qui en avoient parlé. Il
prouva contre le fentiment de quelques
Sçavans , que les deux Epitres d'Ovide
fur ce fujet , étoient de ce Poëte , & contre
le celebre Scaliger , que le Mufée , qui
a compofé un petit Poëme ſur cet évenement
, n'étoit pas l'ancien Mufée , dont
les Ouvrages ne fubfiftent plus , & que
celui-cy , dont Tzetzés eft le premier qui
ait parlé , ne vivoit qu'environ vers le
IVe fiecle. M. de la Nauze fit enfuite uneexacte
Analyfe de ce Poëme & des deux
Heroïdes d'Ovide,
L'AAVRIL
1730. 763
1
L'Académie Royale des Sciences , tint
fon Affemblée publique le Mercredy 19 ,
Avril . M. de Fontenelle ouvrit la Séance
par l'Eloge de feu M. de Valincourt ,
Académicien Honoraire .
M. Caffini lût enfuite un Memoire contenant
les Obfervations qu'il a faites de
la Comete qui a paru l'année derniere
pendant près de cinq mois.
M. Geoffroi , le cadet , lût après cela
un Memoire de Chimie , contenant l'Analyfe
de prefque toutes les viandes qui
fervent à la nourriture des hommes ,
d'où il tire les Relations qu'ont entre
elles les quantitez des parties nourriffantes
que ces viandes produifent.
M. Dufay , lût auffi un Memoire qui
contient de nouvelles preuves de fon fentiment
fur l'Aiman , & donna les Méthodes
les plus fûres & les plus promp
tes d'aimanter les Aiguilles.
M. Juffieu , lût après cela un Memoire
fur la neceffité de continuer & d'augmen--
ter le commerce que les Botaniftes d'Eu
rope ont avec ceux des Indes , pour la
perfection de la Botanique & de l'Hif
toire Naturelle.
M. Duhamel finit la Seance par la
lecture d'un Memoire fur les Greffes des
Arbres ; il y examina les rapports de convenances
& de difconvenances que les
F vj Greffes
764 MERCURE DE FRANCE
Greffes doivent avoir avec les fujets lur
lefquels on les greffe.
On donnera des Extraits de ces Memoires.
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Résumé : Rentrée des Académies.
Le 18 avril 1730, l'Académie Royale des Belles-Lettres organisa une assemblée publique. M. de Boze, secrétaire perpétuel, débuta la séance par un éloge de M. de Valbonnais, Premier Président de la Chambre des Comptes de Grenoble. L'Abbé Bignon complimenta l'élégance et la précision de cet éloge, soulignant que M. de Boze avait préparé son discours en seulement sept ou huit jours. M. Hardion présenta ensuite des réflexions sur les chœurs de la tragédie 'Andromaque' d'Euripide, critiquant un chœur déplacé et discutant de la bigamie à Athènes. M. Fourmont l'aîné exposa une dissertation sur l'importance des langues orientales pour la compréhension de l'histoire ancienne et de la mythologie, illustrant ses propos avec des exemples comme la fable des Gorgonnes et l'inscription de Sardanapale. M. de la Nauze conclut l'assemblée par la lecture de l'histoire de Léandre et d'Héro, démontrant la réalité de ce fait et analysant les œuvres littéraires s'y rapportant. Le 19 avril 1730, l'Académie Royale des Sciences tint également une assemblée publique. M. de Fontenelle ouvrit la séance par un éloge de feu M. de Valincourt, académicien honoraire. Plusieurs mémoires furent lus, couvrant des sujets variés tels que les observations d'une comète, l'analyse des viandes, les propriétés de l'aimant, l'importance du commerce botanique avec les Indes et les techniques de greffe des arbres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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314
p. 764-766
PRIX proposé par l'Academie Royale des Sciences, pour l'année 1732.
Début :
Feu M. Roüillé de Messay, ancien Conseiller au Parlement de Paris, ayant conçû le noble [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Prix, Prix de l'Académie royale des sciences, Secrétaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIX proposé par l'Academie Royale des Sciences, pour l'année 1732.
PRIX propofe par l' Academie Royale des
Sciences. , pour l'année 1732 .
F
Eu M. Rouillé de Mellay , ancien Confeiller
au Parlement de Paris , ayant conçu le noble
deffein de contribuer au progrès des Sciences & à
l'utilité que le Public en doit retirer , a légué à
l'Academie Royale des Sciences un fonds pour
deux Prix , qui feront diftribuez à ceux qui , au
jugement de cette Compagnie , auront le mieux
réuffi fur deux differentes fortes de Sujets , qu'il
a indiquez dans fon Teftament , & dont il a donné
des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Siftême
général du Monde , & l'Aftronomie Phyſique..
Ce Prix devroit être de deux mille liv . aux termes
du Teſtament , & ſe diſtribuer tous les ans、
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne le
donner que tous les deux ans afin de le rendre
plus confiderable , & il fera de 2.500 liv.
Les fujets du fecond Prix regardent la Navigation
& le Commerce.
,
Il ne fe donnera que tous les deux ans , & fera
de deux mille livres.
L'Académie fe conformant aux vûës & aux intentions
du Tefta teur ,propofe pour Sujet du premier
Prix , qui tombe dans l'année 1732 .
Quelle est la caufe Phyfique de l'inclinaison
des Plans , des Orbites , des Planettes , par rapport
au Plan de l'Equateur de la révolution du
Soleil autour de fon Axe , & d'où vient que es
Inclinaisons de ces Orbites font differentes ensr'elles..
Les
AVRIL. 1730. 76.5
Les Savans de toutes les Nations font invitez
à travailler fur ces fujets , & même les Affociez
Etrangers de l'Académie. Elle s'eft fait la Loi
d'exclure les Académiciens regnicoles de prétendre
aux Prix .
Ceux qui compoferont font invitez à écrire en
François ou en Latin , mais fans aucune obligation.
Ils pourront écrire en telle Langue qu'ils
voudront, & l'Académie fera traduire leurs Ouvrages.
On les prie que leurs Ecrits foient fort lifibles,
fur-tout quand il y aura des Calculs d'Algebre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ouvra
ges , mais feulement une Sentence ou Devife. Ils
pourront , s'ils veulent , attacher à leur Ecrit un
Billet féparé & cacheté par eux , où feront avec
cette même Sentence , leur nom , leurs qualitez &
leur adreffe , & ce Billet ne fera ouvert par l'Académie
, qu'en cas que la Piece ait remporté le
Prix .
Ceux qui travailleront pour le Prix , adrefferont
leurs Ouvrages à Paris au Secretaire perpetuel
de l'Académie, ou les lui feront remettre entre
les mains . Dans ce fecond cas , le Secretaire
en donnera en même -tems,à celui qui les lui aura
remis ,fon Recepiffé , oùì fera marquée la Sentence
de l'Ouvrage & fon numero,felon l'ordre ou lo
tems dans lequel il aura été reçû.
Les Ouvrages ne feront reçûs que jufqu'au premier
Septembre 1731. exclufivement.
L'Académie à fon Affemblée publique d'après
Pâques 1732. proclamera la Piece qui aura ce
Prix.
S'il y aun Recepiffe du Secretaire pour la Piéce
qui aura remporté le Prix ,le Tréforier de l'Académie
délivrera la fomme du Prix à celui qui
Jui rapportera ce Récepiffé. Il n'y aura à cela
nulle autre formalité. S'il
766 MERCURE DE FRANCE
S'il n'y a pas de Récepiffé du Secretaire , le-
Tréforier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur même
, qui fe fera connoître , ou au Porteur d'une.
Procuration de fa part.
MONSIEUR BERNOULLI , Profeffeur en Mathématique
à Bále , aremporté le Prix de 1730..
Sciences. , pour l'année 1732 .
F
Eu M. Rouillé de Mellay , ancien Confeiller
au Parlement de Paris , ayant conçu le noble
deffein de contribuer au progrès des Sciences & à
l'utilité que le Public en doit retirer , a légué à
l'Academie Royale des Sciences un fonds pour
deux Prix , qui feront diftribuez à ceux qui , au
jugement de cette Compagnie , auront le mieux
réuffi fur deux differentes fortes de Sujets , qu'il
a indiquez dans fon Teftament , & dont il a donné
des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Siftême
général du Monde , & l'Aftronomie Phyſique..
Ce Prix devroit être de deux mille liv . aux termes
du Teſtament , & ſe diſtribuer tous les ans、
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne le
donner que tous les deux ans afin de le rendre
plus confiderable , & il fera de 2.500 liv.
Les fujets du fecond Prix regardent la Navigation
& le Commerce.
,
Il ne fe donnera que tous les deux ans , & fera
de deux mille livres.
L'Académie fe conformant aux vûës & aux intentions
du Tefta teur ,propofe pour Sujet du premier
Prix , qui tombe dans l'année 1732 .
Quelle est la caufe Phyfique de l'inclinaison
des Plans , des Orbites , des Planettes , par rapport
au Plan de l'Equateur de la révolution du
Soleil autour de fon Axe , & d'où vient que es
Inclinaisons de ces Orbites font differentes ensr'elles..
Les
AVRIL. 1730. 76.5
Les Savans de toutes les Nations font invitez
à travailler fur ces fujets , & même les Affociez
Etrangers de l'Académie. Elle s'eft fait la Loi
d'exclure les Académiciens regnicoles de prétendre
aux Prix .
Ceux qui compoferont font invitez à écrire en
François ou en Latin , mais fans aucune obligation.
Ils pourront écrire en telle Langue qu'ils
voudront, & l'Académie fera traduire leurs Ouvrages.
On les prie que leurs Ecrits foient fort lifibles,
fur-tout quand il y aura des Calculs d'Algebre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ouvra
ges , mais feulement une Sentence ou Devife. Ils
pourront , s'ils veulent , attacher à leur Ecrit un
Billet féparé & cacheté par eux , où feront avec
cette même Sentence , leur nom , leurs qualitez &
leur adreffe , & ce Billet ne fera ouvert par l'Académie
, qu'en cas que la Piece ait remporté le
Prix .
Ceux qui travailleront pour le Prix , adrefferont
leurs Ouvrages à Paris au Secretaire perpetuel
de l'Académie, ou les lui feront remettre entre
les mains . Dans ce fecond cas , le Secretaire
en donnera en même -tems,à celui qui les lui aura
remis ,fon Recepiffé , oùì fera marquée la Sentence
de l'Ouvrage & fon numero,felon l'ordre ou lo
tems dans lequel il aura été reçû.
Les Ouvrages ne feront reçûs que jufqu'au premier
Septembre 1731. exclufivement.
L'Académie à fon Affemblée publique d'après
Pâques 1732. proclamera la Piece qui aura ce
Prix.
S'il y aun Recepiffe du Secretaire pour la Piéce
qui aura remporté le Prix ,le Tréforier de l'Académie
délivrera la fomme du Prix à celui qui
Jui rapportera ce Récepiffé. Il n'y aura à cela
nulle autre formalité. S'il
766 MERCURE DE FRANCE
S'il n'y a pas de Récepiffé du Secretaire , le-
Tréforier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur même
, qui fe fera connoître , ou au Porteur d'une.
Procuration de fa part.
MONSIEUR BERNOULLI , Profeffeur en Mathématique
à Bále , aremporté le Prix de 1730..
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Résumé : PRIX proposé par l'Academie Royale des Sciences, pour l'année 1732.
En 1730, M. Rouillé de Mellay, ancien conseiller au Parlement de Paris, a légué un fonds à l'Académie Royale des Sciences pour créer deux prix annuels afin de promouvoir les sciences et l'utilité publique. Le premier prix, doté de 2 500 livres tous les deux ans, concerne le système général du monde et l'astronomie physique. Pour 1732, le sujet proposé est l'inclinaison des plans et des orbites des planètes par rapport à l'équateur du Soleil. Le second prix, de 2 000 livres également tous les deux ans, porte sur la navigation et le commerce. L'Académie invite les savants de toutes les nations à soumettre leurs travaux en français ou en latin, anonymement et accompagnés d'une devise. Les œuvres doivent être envoyées au secrétaire perpétuel de l'Académie avant le 1er septembre 1731. Le prix sera décerné lors de l'assemblée publique d'après Pâques 1732. Si un reçu est fourni, le trésorier remettra la somme au porteur du reçu. Sinon, le prix sera remis à l'auteur ou à son représentant. En 1730, M. Bernoulli, professeur de mathématiques à Bâle, a remporté le prix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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315
p. 766-767
SUJET proposé par l'Academie des Sciences & des beaux Arts, établie à Pau, pour le Prix de l'année 1730.
Début :
Les Etats Generaux de Bearn, toujours attentifs à ce qui peut procurer quelque utilité ou [...]
Mots clefs :
Académie des sciences et des beaux-arts de Pau, Prix, Richesses
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texteReconnaissance textuelle : SUJET proposé par l'Academie des Sciences & des beaux Arts, établie à Pau, pour le Prix de l'année 1730.
SUJET propofe par l'Academie des
Sciences & des beaux Arts , établie à
Pau , pour le Prix de l'année 1730..
Es Etats Generaux de Bearn , toujours atten-
Ltifs à ce qui peut procurer quelque utilité ou
quelque ornement à la Province , ont bien voulu
concourir au zéle des Meffieurs qui ont formé
PAcadémie , en contribuant avec eux d'une fomme
annuelle, aux frais neceffaires pour l'entretien
de cet établiffement. Cette liberalité a engagé
Meffieurs de l'Académie à employer une partic
de cet argent à un prix qu'ils donnent chaque
année .
Ce Prix eft une Médaille d'or , où font gravées
d'un côté les Armes de a Province , & de l'auere
, la Deviſe de l'Académie. On le deftine pour
l'année 1730. à une piece en Vers , dont le fujer
fera cette penfée :
Le mépris des Richeffes eft le plus folide
de tous les Tréfors.
On laiffe le genre de Poëfie au choix des
Auteurs.
Les perfonnes de tout fexe, de toute condition,
& de tous les Pais , pourront prétendre au Prix
qui fera donné pendant le mois de Novembre
prochain.
L'Académie voulant ignorer les noms des Auteurs
AVRIL. 2730. 767
reurs dont les Ouvrages auront été jugez les
moins dignes ; on les avertit de mettre une Sen.
tence au bas de leur Piece , & leur nom féparé--
ment dans un billet cacheté , fur le dos duquel
ils mettront auſſi la même Sentence;par ce moyen
on trouvera d'abord le billet où fera le nom de:
l'Auteur, & loin d'en ouvrir aucun autre ,, on les
brûlera tous en public ..
Comme il faut un certain temps pour examiner
les Ouvrages , les Auteurs feront tenus de les
remettre avant la fin d'Octobre 1730. Ceux qui
n'arriveront pas dans le tempe marqué, ne feront
pas reçûs .
On pourra adreffer les Ouvrages à M.de Courreges
, Secretaire de l'Académie , ou à quelqu'autre
des Académiciens ; & on aura foin d'affranchir
les Paquets qu'on envoyera par la Pof
te ; fans, quoi ils ne feront point retirez..
Sciences & des beaux Arts , établie à
Pau , pour le Prix de l'année 1730..
Es Etats Generaux de Bearn , toujours atten-
Ltifs à ce qui peut procurer quelque utilité ou
quelque ornement à la Province , ont bien voulu
concourir au zéle des Meffieurs qui ont formé
PAcadémie , en contribuant avec eux d'une fomme
annuelle, aux frais neceffaires pour l'entretien
de cet établiffement. Cette liberalité a engagé
Meffieurs de l'Académie à employer une partic
de cet argent à un prix qu'ils donnent chaque
année .
Ce Prix eft une Médaille d'or , où font gravées
d'un côté les Armes de a Province , & de l'auere
, la Deviſe de l'Académie. On le deftine pour
l'année 1730. à une piece en Vers , dont le fujer
fera cette penfée :
Le mépris des Richeffes eft le plus folide
de tous les Tréfors.
On laiffe le genre de Poëfie au choix des
Auteurs.
Les perfonnes de tout fexe, de toute condition,
& de tous les Pais , pourront prétendre au Prix
qui fera donné pendant le mois de Novembre
prochain.
L'Académie voulant ignorer les noms des Auteurs
AVRIL. 2730. 767
reurs dont les Ouvrages auront été jugez les
moins dignes ; on les avertit de mettre une Sen.
tence au bas de leur Piece , & leur nom féparé--
ment dans un billet cacheté , fur le dos duquel
ils mettront auſſi la même Sentence;par ce moyen
on trouvera d'abord le billet où fera le nom de:
l'Auteur, & loin d'en ouvrir aucun autre ,, on les
brûlera tous en public ..
Comme il faut un certain temps pour examiner
les Ouvrages , les Auteurs feront tenus de les
remettre avant la fin d'Octobre 1730. Ceux qui
n'arriveront pas dans le tempe marqué, ne feront
pas reçûs .
On pourra adreffer les Ouvrages à M.de Courreges
, Secretaire de l'Académie , ou à quelqu'autre
des Académiciens ; & on aura foin d'affranchir
les Paquets qu'on envoyera par la Pof
te ; fans, quoi ils ne feront point retirez..
Fermer
Résumé : SUJET proposé par l'Academie des Sciences & des beaux Arts, établie à Pau, pour le Prix de l'année 1730.
En 1730, l'Académie des Sciences et des Beaux-Arts de Pau lance un concours annuel avec le soutien financier des États Généraux de Béarn. Une médaille d'or est offerte pour récompenser l'œuvre poétique la plus méritante sur le thème 'Le mépris des richesses est le plus solide de tous les trésors'. Les participants peuvent choisir le genre poétique de leur œuvre, et toute personne, indépendamment de son sexe, condition ou pays d'origine, est éligible. Les candidatures doivent être soumises avant la fin octobre 1730. Pour préserver l'anonymat, les auteurs doivent inclure une sentence au bas de leur œuvre et leur nom dans un billet cacheté avec la même sentence. Les billets non ouverts seront brûlés en public. Les œuvres peuvent être envoyées au secrétaire de l'Académie, M. de Courreges, ou à tout autre académicien, avec une mention d'affranchissement pour les paquets postaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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316
p. 767-771
« On a appris de Londres, que le 8 Mars, on fit dans la grande Salle d'Apollon, près du Temple [...] »
Début :
On a appris de Londres, que le 8 Mars, on fit dans la grande Salle d'Apollon, près du Temple [...]
Mots clefs :
Métail, Estampes de Watteau, Ouvrages, Académie, Opération
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a appris de Londres, que le 8 Mars, on fit dans la grande Salle d'Apollon, près du Temple [...] »
On a appris de Londres , que le 8 Mars , on fit
dans la grande Salle d'Apollon , près du Temple
àl'i- Bar , l'ouverture d'une nouvelle Académie ,
mitation de l'Académie Françoife de Paris. On y
lut une Differtation fur la beauté de la Langue
Françoife , & fur l'utilité dont elle eft aux Anglois
qui l'ont apprife ; & un Poëme Burleſque ,
intitulé : La Tour de Babel.
De Petersbourg. M. Bayer a achevé une hiftoire
d'Edeffe , il a fort avancé celle de Syrie par
les Médailles ; & il conduit l'Hiftoire Ecclefiaftique
de la Chine & de l'Afie Septentrionale , jufqu'au
temps de l'arrivée des Miffionnaires en ce
Pais — là .
On apprend de Rome que le Comte Paffionci y
a fait
graver fur les deffeins du Comte Berardi ,
768 MERCURE DE FRANCE
un ancien Théatre , dont les reftes fubfiftent eneore
auprès de la Ville de Gabbio , dans l'Ombrie.
La Planche dédiée au Cardinal Ottoboni
contient le Profil de l'interieur de ce Théatre, tel
qu'il eft aujourd'hui. Il peut avoir environ 300
Palmes Romaines d'éténduë. On a mis au deffous
le Profil de l'interieur & de l'extérieur du
Théatre , tel qu'on a jugé à peu près , fur ce qui
refte , qu'il devoit être , lorfqu'il étoit entier , &
on y a ajouté le Plan , auffi dreffé par conjecture,
du premier & du fecond étage de l'Edifice , avec
le Profil des Chapiteaux des Colonnes, employées
pour
le foutenir.
El paroît depuis peu quatre Eſtampes d'après
les Tableaux du celebre Watteau ; fçavoir , un
Défilé , deffiné & gravé par le fieur Moyriau.
Le Sommeil dangereux , par le fieur Liotard.
Les Amuſemens de Ĉithere, par le fieur de Surugues.
Le Repas de Campagne , par le fieur Defplace.
Ces Eftampes fe vendent à Paris , chez la veuve
Chereau , rue S. Jacques , aux deux Pillers
d'or , & chez le fieur Surugues , Graveur , ruë
des Noyers , vis - à- vis S. Yves . On trouve aufſi
chez les mêmes , toutes les Eftampes gravées
jufque à ce jour , d'après les Deffeins & Tableaux
de Watteau. On aura foin d'annoncer les morceaux
nouveaux à mesure qu'ils paroîtront.
On mande de l'Abbaye de Fontevraud que le
Frere Luc David , Récollet , de la Province de
Toulouze , de la Communauté de Brive , en bas
Limoufin étant arrivé au mois de Decembre
› y
dernier , après avoir vû & examiné avec les Medecins
& Chirurgiens de l'Abbaye des Religieufes
affligées par des Cancers adhérans & manifeftez >
&
AVRIL 1730. 769
& quelques-unes par des Tumeurs carcinomateu →
fes au corps
fiftuleux , il a fait fur fept perfonnes
des opérations très dangereufes , avec une adreffe
& un fuccès qui leur fait efperer une guérifon
radicale , leurs playes étant bien fermées. Son
habileté eft fort grande , tant par la maniere particuliere
dont il a fait fes Opérations , que par le
fecret qu'il poffede pour arrêter le fang dans un
inftant , & par la façon de fes appareils qu'il
leve fans caufer la moindre douleur dès le fecond
jour.
Le Frere Luc a fait en Poitou & en Anjou les
guérifons les plus furprenantes tant pour les Cancers
& autres Opérations , que pour les yeux ,
étant très -habile Oculifte , fur tout pour les Ca
taractes.
Nous n'avons appris que depuis peu la perte
qu'on a faite en Allemagne d'un illuftre Profeffeur
en Théologie, à Rintelen , & Sur- Intendant
des Eglifes de ce Pays- là,nommé Frederic- Guillaume
Bierling , mort âgé de 52 ans & quelques
mois , le 25 Juillet 1728. On a de lui des obfervations
fur la Genefe, & des Differtations fur les
Comtes de Schaumbourg,fur l'Ufage Politique de
la fuperftition, fur le Pyrrhoniſme historique, & c.
Le fieur de Renti a trouvé le fecret de compofer
un Métail , qui imite l'Or , & qui en conferve
toujours la couleur. Il eft très-coulant à la fonte
, fans être venteux , tres - maniable & forgéable;
il fouffre toutes fortes. de Soudures & eft trèsdoux
fous les Outils , enforte qu'on en peut
faire tous les Ouvrages qu'on fouhaite , & particulierement
de três - beaux Flambeaux, Girandoles
, Luftres , Surtous de Tables , Feux , & c . dont
le prix ne fe trouvera confiderable,qu'autant que
770 MERCURE DE FRANCE
fes Ouvrages feront recherchez par la Gravure
& Cizelure. On en tirera encore un grand avantage
par la diminution de la confommation des
Dorures , que les Ouvrages des autres Métaux
emportent , & qui ne font jamais auffi beaux que
celui-cy l'eft naturellement;l'Académie des Sciences
, qui a examiné ce métail , l'a fort approuvé,
&c. Le Roy a permis par Brevet audit de Renty
de fondre, faire travailler , vendre & débiter toutes
fortes d'Ouvrages dudit Métail de fa compofition
, qui imite l'Or , dans toutes les Villes du
Royaume , pendant le temps de quatre années
confécutives ; pendant lequel temps fait S. M.dé
fenfes à toutes perſonnes de l'y troubler ni donner
aucun empêchement , &C..
Maniere d'entretenir le nouveau Métail.
Il faut premierement faire fondre la cire ou
fuif , s'il y en a deffus , dans l'eau chaude ou devant
le feu, Peffuyer & bien frotter avec un linge.
net ; & pour remettre les piéces comme fortant:
du Magazin , il faut le frotter avec du tripoli &
de l'huile, avec le tripoli fec, le bien favoner avec
du Savon blan & de l'eau de Riviere chaude, enfuite
le bien effuier ; fi la piece n'eſt pas affez dorée
, il faut la mettre bouillir pendant trois ou
quatre minutes dans l'eau de Riviere , après l'effuier
parfaitement. Si la piece eft cizelée , fe fervir
d'une Broffe rude pour atteindre les fonds, en
fe fervant du tripoli à l'huile & du favon .
Le fieur de Renti donne avis que fa Manufac
ture, qui eft vis-à- vis la Comedie Erançoife , continue
avec beaucoup de fuccès , & qu'ayant ap→
pris que quelques perfonnes n'étoient pas affez
inftruites pour bien entretenir fon métail , pour
le conferver toujours beau & comme neuf, il prie
ceux
AVRIL. 1730.
771
ableri
Il n'eft plus de Printems pour moi.
M. L'AFFICH AR D , Chevalier de
l'Ordre Social. Autre
770 MERCURE
DE FRANCE
inftruites
pour
bien entretenir
fon métail
, pour
le conferver
toujours
beau & comme
neuf, il prie
ceux
AVRIL. 1730. 771
eux qui ont eu de fes Ouvrages , de faire obſerver
la maniere ci- deffus ; & fi on y trouve , par
ce moyen trop de façon , on peut l'entretenir
d'une maniére plus aifée en nétoiant lefdits Ouvrages
avec du Sablon fin ou Tripoli, & de la Liè
de Vin ou Vinaigre , &c. La piece étant bien effuiée
& frottée on la verra auffi belle que neuve
&fi l'on doute de ce que l'Auteur avance,il s'offre
de remettre tous les Ouvrages dans l'état cy-deffus
fans qu'il en coute rien à ceux qui en ont
acheté , que la peine de les faire porter chez lui..
Le fieur Dugeron , ancien Chirurgien d'armée
continue avec fuccès , de diftribuer fon remede
pour préferver les Dents de fe gâter & de tomber.
Il donne la maniere facile de s'en fervir , &
met fon nom & le prix fur fes Boëtes. Il en a depuis
quarante fols jufqu'à quatre liv . Sa demeure
eft à Paris , au grand Cloitre fainte Oportune.
dans la grande Salle d'Apollon , près du Temple
àl'i- Bar , l'ouverture d'une nouvelle Académie ,
mitation de l'Académie Françoife de Paris. On y
lut une Differtation fur la beauté de la Langue
Françoife , & fur l'utilité dont elle eft aux Anglois
qui l'ont apprife ; & un Poëme Burleſque ,
intitulé : La Tour de Babel.
De Petersbourg. M. Bayer a achevé une hiftoire
d'Edeffe , il a fort avancé celle de Syrie par
les Médailles ; & il conduit l'Hiftoire Ecclefiaftique
de la Chine & de l'Afie Septentrionale , jufqu'au
temps de l'arrivée des Miffionnaires en ce
Pais — là .
On apprend de Rome que le Comte Paffionci y
a fait
graver fur les deffeins du Comte Berardi ,
768 MERCURE DE FRANCE
un ancien Théatre , dont les reftes fubfiftent eneore
auprès de la Ville de Gabbio , dans l'Ombrie.
La Planche dédiée au Cardinal Ottoboni
contient le Profil de l'interieur de ce Théatre, tel
qu'il eft aujourd'hui. Il peut avoir environ 300
Palmes Romaines d'éténduë. On a mis au deffous
le Profil de l'interieur & de l'extérieur du
Théatre , tel qu'on a jugé à peu près , fur ce qui
refte , qu'il devoit être , lorfqu'il étoit entier , &
on y a ajouté le Plan , auffi dreffé par conjecture,
du premier & du fecond étage de l'Edifice , avec
le Profil des Chapiteaux des Colonnes, employées
pour
le foutenir.
El paroît depuis peu quatre Eſtampes d'après
les Tableaux du celebre Watteau ; fçavoir , un
Défilé , deffiné & gravé par le fieur Moyriau.
Le Sommeil dangereux , par le fieur Liotard.
Les Amuſemens de Ĉithere, par le fieur de Surugues.
Le Repas de Campagne , par le fieur Defplace.
Ces Eftampes fe vendent à Paris , chez la veuve
Chereau , rue S. Jacques , aux deux Pillers
d'or , & chez le fieur Surugues , Graveur , ruë
des Noyers , vis - à- vis S. Yves . On trouve aufſi
chez les mêmes , toutes les Eftampes gravées
jufque à ce jour , d'après les Deffeins & Tableaux
de Watteau. On aura foin d'annoncer les morceaux
nouveaux à mesure qu'ils paroîtront.
On mande de l'Abbaye de Fontevraud que le
Frere Luc David , Récollet , de la Province de
Toulouze , de la Communauté de Brive , en bas
Limoufin étant arrivé au mois de Decembre
› y
dernier , après avoir vû & examiné avec les Medecins
& Chirurgiens de l'Abbaye des Religieufes
affligées par des Cancers adhérans & manifeftez >
&
AVRIL 1730. 769
& quelques-unes par des Tumeurs carcinomateu →
fes au corps
fiftuleux , il a fait fur fept perfonnes
des opérations très dangereufes , avec une adreffe
& un fuccès qui leur fait efperer une guérifon
radicale , leurs playes étant bien fermées. Son
habileté eft fort grande , tant par la maniere particuliere
dont il a fait fes Opérations , que par le
fecret qu'il poffede pour arrêter le fang dans un
inftant , & par la façon de fes appareils qu'il
leve fans caufer la moindre douleur dès le fecond
jour.
Le Frere Luc a fait en Poitou & en Anjou les
guérifons les plus furprenantes tant pour les Cancers
& autres Opérations , que pour les yeux ,
étant très -habile Oculifte , fur tout pour les Ca
taractes.
Nous n'avons appris que depuis peu la perte
qu'on a faite en Allemagne d'un illuftre Profeffeur
en Théologie, à Rintelen , & Sur- Intendant
des Eglifes de ce Pays- là,nommé Frederic- Guillaume
Bierling , mort âgé de 52 ans & quelques
mois , le 25 Juillet 1728. On a de lui des obfervations
fur la Genefe, & des Differtations fur les
Comtes de Schaumbourg,fur l'Ufage Politique de
la fuperftition, fur le Pyrrhoniſme historique, & c.
Le fieur de Renti a trouvé le fecret de compofer
un Métail , qui imite l'Or , & qui en conferve
toujours la couleur. Il eft très-coulant à la fonte
, fans être venteux , tres - maniable & forgéable;
il fouffre toutes fortes. de Soudures & eft trèsdoux
fous les Outils , enforte qu'on en peut
faire tous les Ouvrages qu'on fouhaite , & particulierement
de três - beaux Flambeaux, Girandoles
, Luftres , Surtous de Tables , Feux , & c . dont
le prix ne fe trouvera confiderable,qu'autant que
770 MERCURE DE FRANCE
fes Ouvrages feront recherchez par la Gravure
& Cizelure. On en tirera encore un grand avantage
par la diminution de la confommation des
Dorures , que les Ouvrages des autres Métaux
emportent , & qui ne font jamais auffi beaux que
celui-cy l'eft naturellement;l'Académie des Sciences
, qui a examiné ce métail , l'a fort approuvé,
&c. Le Roy a permis par Brevet audit de Renty
de fondre, faire travailler , vendre & débiter toutes
fortes d'Ouvrages dudit Métail de fa compofition
, qui imite l'Or , dans toutes les Villes du
Royaume , pendant le temps de quatre années
confécutives ; pendant lequel temps fait S. M.dé
fenfes à toutes perſonnes de l'y troubler ni donner
aucun empêchement , &C..
Maniere d'entretenir le nouveau Métail.
Il faut premierement faire fondre la cire ou
fuif , s'il y en a deffus , dans l'eau chaude ou devant
le feu, Peffuyer & bien frotter avec un linge.
net ; & pour remettre les piéces comme fortant:
du Magazin , il faut le frotter avec du tripoli &
de l'huile, avec le tripoli fec, le bien favoner avec
du Savon blan & de l'eau de Riviere chaude, enfuite
le bien effuier ; fi la piece n'eſt pas affez dorée
, il faut la mettre bouillir pendant trois ou
quatre minutes dans l'eau de Riviere , après l'effuier
parfaitement. Si la piece eft cizelée , fe fervir
d'une Broffe rude pour atteindre les fonds, en
fe fervant du tripoli à l'huile & du favon .
Le fieur de Renti donne avis que fa Manufac
ture, qui eft vis-à- vis la Comedie Erançoife , continue
avec beaucoup de fuccès , & qu'ayant ap→
pris que quelques perfonnes n'étoient pas affez
inftruites pour bien entretenir fon métail , pour
le conferver toujours beau & comme neuf, il prie
ceux
AVRIL. 1730.
771
ableri
Il n'eft plus de Printems pour moi.
M. L'AFFICH AR D , Chevalier de
l'Ordre Social. Autre
770 MERCURE
DE FRANCE
inftruites
pour
bien entretenir
fon métail
, pour
le conferver
toujours
beau & comme
neuf, il prie
ceux
AVRIL. 1730. 771
eux qui ont eu de fes Ouvrages , de faire obſerver
la maniere ci- deffus ; & fi on y trouve , par
ce moyen trop de façon , on peut l'entretenir
d'une maniére plus aifée en nétoiant lefdits Ouvrages
avec du Sablon fin ou Tripoli, & de la Liè
de Vin ou Vinaigre , &c. La piece étant bien effuiée
& frottée on la verra auffi belle que neuve
&fi l'on doute de ce que l'Auteur avance,il s'offre
de remettre tous les Ouvrages dans l'état cy-deffus
fans qu'il en coute rien à ceux qui en ont
acheté , que la peine de les faire porter chez lui..
Le fieur Dugeron , ancien Chirurgien d'armée
continue avec fuccès , de diftribuer fon remede
pour préferver les Dents de fe gâter & de tomber.
Il donne la maniere facile de s'en fervir , &
met fon nom & le prix fur fes Boëtes. Il en a depuis
quarante fols jufqu'à quatre liv . Sa demeure
eft à Paris , au grand Cloitre fainte Oportune.
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Résumé : « On a appris de Londres, que le 8 Mars, on fit dans la grande Salle d'Apollon, près du Temple [...] »
Le texte présente plusieurs événements et découvertes dans divers domaines. À Londres, le 8 mars, une nouvelle Académie inspirée de l'Académie Française de Paris a été inaugurée. Lors de cette cérémonie, une dissertation sur la beauté et l'utilité de la langue française pour les Anglais a été lue, ainsi qu'un poème burlesque intitulé 'La Tour de Babel'. À Saint-Pétersbourg, M. Bayer a achevé une histoire d'Édesse et avancé celle de Syrie grâce aux médailles. Il travaille également sur l'histoire ecclésiastique de la Chine et de l'Asie septentrionale jusqu'à l'arrivée des missionnaires. À Rome, le Comte Passionei a fait graver les restes d'un ancien théâtre près de la ville de Gubbio en Ombrie. La planche dédiée au Cardinal Ottoboni contient le profil intérieur de ce théâtre, estimé à environ 300 palmes romaines. Quatre estampes d'après les tableaux de Watteau ont été publiées et vendues à Paris chez la veuve Chereau et le sieur Surugues. À l'Abbaye de Fontevraud, le Frère Luc David, Récollet, a effectué des opérations dangereuses sur des religieuses atteintes de cancers et de tumeurs, avec succès. Il est également réputé pour ses guérisons en Poitou et en Anjou, notamment pour les cataractes. En Allemagne, le professeur en théologie Frédéric-Guillaume Bierling est décédé à l'âge de 52 ans. Il a laissé des observations sur la Genèse et des dissertations sur divers sujets. Le sieur de Renty a découvert un métal imitant l'or, approuvé par l'Académie des Sciences. Le roi lui a accordé un brevet pour fabriquer et vendre des ouvrages en ce métal pendant quatre ans. Le texte décrit également la manière d'entretenir ce nouveau métal. Enfin, le sieur Dugeron, ancien chirurgien d'armée, distribue un remède pour préserver les dents, avec des prix variant de quarante sols à quatre livres.
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317
p. *947-947
LOGOGRYPHE.
Début :
Par moi je suis la douceur même ; [...]
Mots clefs :
Miel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOG RYPHE .
PAr moi je fuis la douceur même ;
Si vous me dérangez , je fuis dur à l'extrême ,
Et le fer cede à mon effort.
Dans ma moitié je fers à la Mufique.
Diminué d'un quart , fans faire aucun tranfport ,
Je fuis nombre d'Arithmetique.
Si vous voulez un changement nouveau ,
Otez-moi feulement la tête.
Je ne vaux rien à faire fête ,
On me trouve au fond d'un tonneau.
PAr moi je fuis la douceur même ;
Si vous me dérangez , je fuis dur à l'extrême ,
Et le fer cede à mon effort.
Dans ma moitié je fers à la Mufique.
Diminué d'un quart , fans faire aucun tranfport ,
Je fuis nombre d'Arithmetique.
Si vous voulez un changement nouveau ,
Otez-moi feulement la tête.
Je ne vaux rien à faire fête ,
On me trouve au fond d'un tonneau.
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318
p. 968-969
COULEURS pour la Peinture, nouvellement inventées. Extrait d'une Lettre écrite de Londres le 15. Avril 1730.
Début :
Mr Boyle Godefroy, Chimiste de réputation dans cette Ville, a fait deux ou trois Découvertes [...]
Mots clefs :
Couleurs, Chimiste, Peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COULEURS pour la Peinture, nouvellement inventées. Extrait d'une Lettre écrite de Londres le 15. Avril 1730.
COULEURS pour la Peinture , nouvellement
inventées. Extrait d'une Lettre
écrite de Londres le 15. Avril 1730 .
Mdans cette ville , a fait deux ou trois Dé-
R Boyle Godefroy, Chimifte de réputation ,
Couvertes qui feront d'un grand ufage dans la
Peinture,par la compofition nouvelle de laCouleur
verte , dont on ne peut fe paffer. La premiere regarde
le verd avec lequel on peint les Ornemens
des maifons , des Vaiſſeaux , & autres Décorations,
Les Ingrédiens qui font ce verd coutent
beaucoup , & font dangereux à la fanté de ceux
qui la préparent, ou qui s'en fervent, comme l'experience
le montre tous les jours. De plus ce Verd
n'c
MAY. 1730. 960
•
n'eft point de durée , il perd fa force & s'efface
entierement en peu de tenips. La nouvelle
Compofition donne une très-belle couleur verte
pour les ufages qu'on vient de dire , elle eft d'une
confiftance molle , n'a pas beſoin d'être pilée , &
n'eft en aucune façon mal- faiſante . Elle dure longtemps
, conferve le bois & le fer fur lequel on
l'employe , & eft enfin d'un fort bas prix.
L'autre Découverte regarde les Peintres en
Miniature , en Payfages & en Fleurs , qui ne fe
font jamais fervis d'autre verd, que d'une compofition
de jaune & de bleu . M. Boyle en a inventé
une autre qui a toutes les qualitez qu'on peut defirer.
Elle donne trois ou quatre differentes Teintes
, & eft encore d'un prix fort raiſonnable : fan's
parler d'un autre Verd de fon invention , qui
fervira pour les Peintres en Eventails & autres
femblables Ouvrages . Le tout a été examiné &
approuvé par des Juges competans ; enforte que
dans peu de jours ces nouvelles Couleurs fe vendront
publiquement , en vertu d'une Patente du
Roi d'Angleterre , chez M. Reads , près le Can
baret , dans la Place dite le Convent Jardin.
inventées. Extrait d'une Lettre
écrite de Londres le 15. Avril 1730 .
Mdans cette ville , a fait deux ou trois Dé-
R Boyle Godefroy, Chimifte de réputation ,
Couvertes qui feront d'un grand ufage dans la
Peinture,par la compofition nouvelle de laCouleur
verte , dont on ne peut fe paffer. La premiere regarde
le verd avec lequel on peint les Ornemens
des maifons , des Vaiſſeaux , & autres Décorations,
Les Ingrédiens qui font ce verd coutent
beaucoup , & font dangereux à la fanté de ceux
qui la préparent, ou qui s'en fervent, comme l'experience
le montre tous les jours. De plus ce Verd
n'c
MAY. 1730. 960
•
n'eft point de durée , il perd fa force & s'efface
entierement en peu de tenips. La nouvelle
Compofition donne une très-belle couleur verte
pour les ufages qu'on vient de dire , elle eft d'une
confiftance molle , n'a pas beſoin d'être pilée , &
n'eft en aucune façon mal- faiſante . Elle dure longtemps
, conferve le bois & le fer fur lequel on
l'employe , & eft enfin d'un fort bas prix.
L'autre Découverte regarde les Peintres en
Miniature , en Payfages & en Fleurs , qui ne fe
font jamais fervis d'autre verd, que d'une compofition
de jaune & de bleu . M. Boyle en a inventé
une autre qui a toutes les qualitez qu'on peut defirer.
Elle donne trois ou quatre differentes Teintes
, & eft encore d'un prix fort raiſonnable : fan's
parler d'un autre Verd de fon invention , qui
fervira pour les Peintres en Eventails & autres
femblables Ouvrages . Le tout a été examiné &
approuvé par des Juges competans ; enforte que
dans peu de jours ces nouvelles Couleurs fe vendront
publiquement , en vertu d'une Patente du
Roi d'Angleterre , chez M. Reads , près le Can
baret , dans la Place dite le Convent Jardin.
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Résumé : COULEURS pour la Peinture, nouvellement inventées. Extrait d'une Lettre écrite de Londres le 15. Avril 1730.
En avril 1730, à Londres, Robert Boyle et Godefroy ont inventé de nouvelles couleurs pour la peinture. La première découverte est une nouvelle composition de couleur verte, destinée à peindre les ornements des maisons, des vaisseaux et autres décorations. Les ingrédients traditionnels de cette couleur verte sont coûteux et dangereux pour la santé. La nouvelle composition offre une couleur verte de haute qualité, non toxique, durable et économique. Elle protège également le bois et le fer. La seconde découverte concerne les peintres en miniature, en paysages et en fleurs, qui utilisaient jusqu'alors une composition de jaune et de bleu. Boyle a inventé une nouvelle composition verte offrant plusieurs teintes différentes, tout en restant abordable. Il a également développé un autre vert destiné aux peintres d'éventails et autres ouvrages similaires. Ces nouvelles couleurs ont été examinées et approuvées par des juges compétents. Elles seront bientôt disponibles à la vente chez M. Reads, près du Canberet, dans la Place du Convent Jardin, en vertu d'une patente royale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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319
p. 969-970
« On mande de Moscou, que le Capitaine Berings, Officier de Marine, que le Czarine Catherine [...] »
Début :
On mande de Moscou, que le Capitaine Berings, Officier de Marine, que le Czarine Catherine [...]
Mots clefs :
Canons, Géographes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On mande de Moscou, que le Capitaine Berings, Officier de Marine, que le Czarine Catherine [...] »
On mande de Mofcou, que le Capitaine Berings,
Officier de Marine , que la Czarine Catherine
avoit envoyé vers le Nord , au mois de Février
1725. pour examiner fi , felon l'opinion de quelques
Geographes,les Frontieres de ces Pays inconnus,
qui s'étendent au Nord- Eft,teñoient à la partie
Septentrionale de l'Amerique , revint le 28. Février
dernier de Hamtſcharka à Petersbourg. Il
paroît par la Relation de fon voyage , qu'il doit
publier inceffamment avec des Cartes qui ont été
levées par les Ingenieurs qui l'ont accompagné ,
qu'il a découvert un paffage au Nord - Eft , par
lequel on pourroit aller au Japon , à la Chine &
F iij aux
970 MERCURE DE FRANCE
aux Indes Orientales , fi les glacés n'y mettoient ™
pas d'obstacles pendant la plus grande partie de
l'année.
Le 9. de ce mois, on fit à l'Hôpital de la Charité
à Paris,neuf Operations de la Taille pour la Pierre.
Il y en eut cinq faites à l'Angloife , dont trois
par M. Morand , & deux par M. Perche. La premiere
ne dura qu'une minute & 15. fecondes &
quatre autres , une minute & demie chacune .
On affure
que cette Operation réüffira auffi - bien
ici qu'en Angleterre.
les
Le 13. de ce mois , M. Thomas , Ingenieur du
Roi & Machinifte , fit une épreuve de fix Pieces
de Canon & de fix Mortiers pour la Compagnie
des Indes , qui réuffit très- bien .
Les Canons font de fix livres de balle & d'une
nouvelle invention . Les fix enfemble ne peſent
pas tant qu'un Canon ordinaire du même calibre.
Ils portent plus loin avec moins de poudre. Deux
Lommes en peuvent voiturer un par tout.
Officier de Marine , que la Czarine Catherine
avoit envoyé vers le Nord , au mois de Février
1725. pour examiner fi , felon l'opinion de quelques
Geographes,les Frontieres de ces Pays inconnus,
qui s'étendent au Nord- Eft,teñoient à la partie
Septentrionale de l'Amerique , revint le 28. Février
dernier de Hamtſcharka à Petersbourg. Il
paroît par la Relation de fon voyage , qu'il doit
publier inceffamment avec des Cartes qui ont été
levées par les Ingenieurs qui l'ont accompagné ,
qu'il a découvert un paffage au Nord - Eft , par
lequel on pourroit aller au Japon , à la Chine &
F iij aux
970 MERCURE DE FRANCE
aux Indes Orientales , fi les glacés n'y mettoient ™
pas d'obstacles pendant la plus grande partie de
l'année.
Le 9. de ce mois, on fit à l'Hôpital de la Charité
à Paris,neuf Operations de la Taille pour la Pierre.
Il y en eut cinq faites à l'Angloife , dont trois
par M. Morand , & deux par M. Perche. La premiere
ne dura qu'une minute & 15. fecondes &
quatre autres , une minute & demie chacune .
On affure
que cette Operation réüffira auffi - bien
ici qu'en Angleterre.
les
Le 13. de ce mois , M. Thomas , Ingenieur du
Roi & Machinifte , fit une épreuve de fix Pieces
de Canon & de fix Mortiers pour la Compagnie
des Indes , qui réuffit très- bien .
Les Canons font de fix livres de balle & d'une
nouvelle invention . Les fix enfemble ne peſent
pas tant qu'un Canon ordinaire du même calibre.
Ils portent plus loin avec moins de poudre. Deux
Lommes en peuvent voiturer un par tout.
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Résumé : « On mande de Moscou, que le Capitaine Berings, Officier de Marine, que le Czarine Catherine [...] »
Le texte décrit le retour du capitaine Bering à Saint-Pétersbourg le 28 février 1725, après une expédition ordonnée par la tsarine Catherine II pour explorer les frontières septentrionales de l'Amérique. Bering a découvert un passage au nord-est vers le Japon, la Chine et les Indes Orientales, bien que les glaces posent un obstacle significatif. Il prévoit de publier un compte rendu de son voyage avec des cartes réalisées par ses ingénieurs. À Paris, le 9 février, neuf opérations de la taille pour la pierre ont été effectuées à l'Hôpital de la Charité, dont cinq par des chirurgiens anglais. Ces interventions, d'une durée allant de une minute et quinze secondes à une minute et demie, ont connu un succès comparable à celui observé en Angleterre. Le 13 février, M. Thomas, ingénieur et machiniste du roi, a testé six pièces de canon et six mortiers pour la Compagnie des Indes. Ces canons, de six livres de balle et d'une nouvelle invention, sont plus légers qu'un canon ordinaire du même calibre, portent plus loin avec moins de poudre et peuvent être transportés par deux hommes.
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320
p. 1174-1176
Extraits des Memoires lûs à l'Académie des Sciences par Mrs de Jussieu & Geauffroy le cadet, [titre d'après la table]
Début :
Dans la derniere Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, M. de [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Viande, Botanique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extraits des Memoires lûs à l'Académie des Sciences par Mrs de Jussieu & Geauffroy le cadet, [titre d'après la table]
Dans la derniere Affemblée publique
de l'Académie Royale des Sciences, M. de
Juffieu lut un Memoire dans lequel il fit
voir les avantages que l'on peut tirer d'un
commerce litteraire avec les perſonnes
qui s'appliquent à la Botanique dans les
païs Etrangers : Avantages qu'il ne fit pas
confifter feulement dans la connoiffance
des Plantes propres à orner nos Jardins ,
& à augmenter de quelque nouvel aliment
le ſervice de nos tables , mais à enrichir
la Médecine de quelqu'un de ces
remedes qu'on appelle fpécifiques , & à
nous apprendre par la comparaifon de
beaucoup de ces Plantes étrangeres avec
les nôtres , & par le rapport qu'elles ont
avec celles de Continent , les Vertus des
Plantes qui font communes , & qui ſont
fouvent regardées comme inutiles , parce
qu'on en ignoroit les ufages .
Pour cela M. de Juffien fit part au public
de cinq differentes Relations qu'il
I. Vol.
reçut
JUIN. 1730. 1175
reçut l'année paffée de divers endroits des
Indes Orientales , tels que de l'Ile de
Bourbon , de Pontichery , de Mahé & de
la côte de Bengale . Dans chacune de ces
Relations il y a quelque chofe d'interef
fant à ce fujet.
M. Geoffroy le cadet , lût un Mémoire
qui avoit pour titre Examen Chymique
des Viandes qu'on employe ordinairement
dans les Bouillons , par lequel on peut connoître
la quantité d'Extrait qu'elles fournif
fent , & détermine ce que chaque Bouillon
doit contenir de fuc nourriffant.
Après avoir fait le détail de ce que ces
Viandes diftillées crues contiennent de
principes , il fit voir ce que les Extraits
tirez de ces viandes par l'évaporation des
Bouillons , fourniffent de ces principes ,
& la diverfité de ces mêmes principes tant
dans les differentes Viandes , que dans
leurs os , le bois de Cerf , l'Yvoire , & c.
Il finit fon Mémoire par une récapitulation
exacte du poids des Extraits des dif
ferentes Viandes , afin de prouver, contre
l'opinion commune , qu'un malade auquel
on donne par jour cinq ou fix boiiilfons
, faits fuivant l'ufage , avec la tranche
de Boeuf , la Rouëlle de Veau & un
demi Chapon , reçoit autant de nourri
ture de cet aliment liquide en vingt- qua
I. Vol. tic
1176 MERCURE DE FRANCE .
tre heures , que lui en fourniroit en fanté
l'ufage des alimens folides ordinaires .
M. Geoffroy a joint à ce Mémoire une
table divifée , dont chaque article contient
les differens produits des Analifes
qu'il a faites de la Chair de Boeuf , de fes
Ôs ; de celle du Veau , de fon Coeur & de
fon Foye ; de l'Agneau , du Mouton , du
Poulet , du Cocq , du Chapon ,du Pigeon ,
du Faiſan , de la Perdrix , du Poulet d'Inde
, du bois de Cerf, de l'Yvoire , des Viperes
, du Brochet , de la Carpe , de la Tanche
, de la Tortuë , des Ecreviffes , des
Grenouilles , des Moules , & c.
de l'Académie Royale des Sciences, M. de
Juffieu lut un Memoire dans lequel il fit
voir les avantages que l'on peut tirer d'un
commerce litteraire avec les perſonnes
qui s'appliquent à la Botanique dans les
païs Etrangers : Avantages qu'il ne fit pas
confifter feulement dans la connoiffance
des Plantes propres à orner nos Jardins ,
& à augmenter de quelque nouvel aliment
le ſervice de nos tables , mais à enrichir
la Médecine de quelqu'un de ces
remedes qu'on appelle fpécifiques , & à
nous apprendre par la comparaifon de
beaucoup de ces Plantes étrangeres avec
les nôtres , & par le rapport qu'elles ont
avec celles de Continent , les Vertus des
Plantes qui font communes , & qui ſont
fouvent regardées comme inutiles , parce
qu'on en ignoroit les ufages .
Pour cela M. de Juffien fit part au public
de cinq differentes Relations qu'il
I. Vol.
reçut
JUIN. 1730. 1175
reçut l'année paffée de divers endroits des
Indes Orientales , tels que de l'Ile de
Bourbon , de Pontichery , de Mahé & de
la côte de Bengale . Dans chacune de ces
Relations il y a quelque chofe d'interef
fant à ce fujet.
M. Geoffroy le cadet , lût un Mémoire
qui avoit pour titre Examen Chymique
des Viandes qu'on employe ordinairement
dans les Bouillons , par lequel on peut connoître
la quantité d'Extrait qu'elles fournif
fent , & détermine ce que chaque Bouillon
doit contenir de fuc nourriffant.
Après avoir fait le détail de ce que ces
Viandes diftillées crues contiennent de
principes , il fit voir ce que les Extraits
tirez de ces viandes par l'évaporation des
Bouillons , fourniffent de ces principes ,
& la diverfité de ces mêmes principes tant
dans les differentes Viandes , que dans
leurs os , le bois de Cerf , l'Yvoire , & c.
Il finit fon Mémoire par une récapitulation
exacte du poids des Extraits des dif
ferentes Viandes , afin de prouver, contre
l'opinion commune , qu'un malade auquel
on donne par jour cinq ou fix boiiilfons
, faits fuivant l'ufage , avec la tranche
de Boeuf , la Rouëlle de Veau & un
demi Chapon , reçoit autant de nourri
ture de cet aliment liquide en vingt- qua
I. Vol. tic
1176 MERCURE DE FRANCE .
tre heures , que lui en fourniroit en fanté
l'ufage des alimens folides ordinaires .
M. Geoffroy a joint à ce Mémoire une
table divifée , dont chaque article contient
les differens produits des Analifes
qu'il a faites de la Chair de Boeuf , de fes
Ôs ; de celle du Veau , de fon Coeur & de
fon Foye ; de l'Agneau , du Mouton , du
Poulet , du Cocq , du Chapon ,du Pigeon ,
du Faiſan , de la Perdrix , du Poulet d'Inde
, du bois de Cerf, de l'Yvoire , des Viperes
, du Brochet , de la Carpe , de la Tanche
, de la Tortuë , des Ecreviffes , des
Grenouilles , des Moules , & c.
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Résumé : Extraits des Memoires lûs à l'Académie des Sciences par Mrs de Jussieu & Geauffroy le cadet, [titre d'après la table]
Lors de la dernière assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, M. de Juffieu présenta un mémoire sur les avantages d'un commerce littéraire avec les botanistes étrangers. Il souligna les bénéfices pour l'ornement des jardins, l'enrichissement des tables, l'amélioration de la médecine grâce à des remèdes spécifiques et la découverte des vertus des plantes communes. Il partagea cinq relations reçues des Indes Orientales, incluant l'île de Bourbon, Pondichéry, Mahé et la côte de Bengale, contenant des informations sur les plantes. Par ailleurs, M. Geoffroy le cadet lut un mémoire intitulé 'Examen Chimique des Viandes qu'on emploie ordinairement dans les Bouillons'. Il y détailla la quantité d'extrait fourni par les viandes et la composition nutritive des bouillons. Geoffroy analysa les principes contenus dans les viandes distillées crues et les extraits obtenus par évaporation des bouillons, comparant différentes viandes, os, bois de cerf et ivoire. Il conclut que cinq ou six bouillons par jour, préparés avec de la tranche de bœuf, de la rouelle de veau et un demi-chapon, fournissent autant de nourriture liquide en vingt-quatre heures que des aliments solides ordinaires. Geoffroy joignit une table listant les produits des analyses effectuées sur diverses viandes, poissons et autres animaux.
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321
p. 1183
« Le Tigre Marin en vie, qu'on a vû avec satisfaction à la Foire S. Germain derniere, [...] »
Début :
Le Tigre Marin en vie, qu'on a vû avec satisfaction à la Foire S. Germain derniere, [...]
Mots clefs :
Tigre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Tigre Marin en vie, qu'on a vû avec satisfaction à la Foire S. Germain derniere, [...] »
LeTigre Marin en vie, qu'on a vû avec
fatisfaction à la Foire S. Germain derniere
, dans une Baignoire à demi pleine
d'eau , & qui attiroit quantité de curieux,
eft mort. S. A. S. M. le Comte de Clermont
l'a fait diffequer pour en conferver
le Squelette , & a fait remplir fa peau,
qu'on voit dans le Cabinet de ce Prince
avec quantité d'autres curiofitez de cette
efpece.
fatisfaction à la Foire S. Germain derniere
, dans une Baignoire à demi pleine
d'eau , & qui attiroit quantité de curieux,
eft mort. S. A. S. M. le Comte de Clermont
l'a fait diffequer pour en conferver
le Squelette , & a fait remplir fa peau,
qu'on voit dans le Cabinet de ce Prince
avec quantité d'autres curiofitez de cette
efpece.
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322
p. 1222-1223
ALLEMAGNE.
Début :
On assure que le commandement general des Troupes de l'Empereur en Italie a été donné [...]
Mots clefs :
Troupes de l'empereur en Italie, Tonnerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
N affure
a
le commandement general des
Troupes de l'Empereur en Italie à été donné
au General Comte de Mercy , & que le Comte
de Daun y commandera par interim jufqu'à
fon arrivée , que le Duc Regent de Wirtemberg
commandera fur le Rhin en qualité de Maréchal
de Camp General de l'Empire. On vient d'apprendre
que les -Princes Frederick & Louis de
Wirtemberg , qui ont offert leurs fervices à l'Empereur
, commanderont en Italie en cas de guerre.
On écrit de Manheim que l'Electeur Palatin
avoit promis de fournir 8000. hommes de fes
Troupes à S. M. I. en cas que l'Empire fut attaqué.
Le 24. Mai , vers les 9. heures du foir , le ton .
nerre tomba fur le nouveau Clocher de Peglife
de S. Pierre à Berlin ; il y mit le feu , & en moins
d'un quart d'heure la Tour fut détruite ; par fa
chute,le feu fe communiqua à l'Eglife & aux maifons
voisines avec tant de violence & de rapidité
que les maifons de plufieurs rues étoient déja réduites
en cendre au départ du Courrier.
On apprend de Drefde que le Roi de Pologne
étoit arrivé au Camp de Muhiberg , accompagné
de plufieurs Princes de l'Empire & de la principale
Nobleffe de la Haute & Baffe Saxe , & que
le Duc de Saxe Gotha avoit fait présent à
1. Vol
S.
JUIN
1223
1730 .
•
S. M. P. du Regiment des Grenadiers à Cheval
qu'il a fait lever depuis un an dans la Principauté
Alembourg.
N affure
a
le commandement general des
Troupes de l'Empereur en Italie à été donné
au General Comte de Mercy , & que le Comte
de Daun y commandera par interim jufqu'à
fon arrivée , que le Duc Regent de Wirtemberg
commandera fur le Rhin en qualité de Maréchal
de Camp General de l'Empire. On vient d'apprendre
que les -Princes Frederick & Louis de
Wirtemberg , qui ont offert leurs fervices à l'Empereur
, commanderont en Italie en cas de guerre.
On écrit de Manheim que l'Electeur Palatin
avoit promis de fournir 8000. hommes de fes
Troupes à S. M. I. en cas que l'Empire fut attaqué.
Le 24. Mai , vers les 9. heures du foir , le ton .
nerre tomba fur le nouveau Clocher de Peglife
de S. Pierre à Berlin ; il y mit le feu , & en moins
d'un quart d'heure la Tour fut détruite ; par fa
chute,le feu fe communiqua à l'Eglife & aux maifons
voisines avec tant de violence & de rapidité
que les maifons de plufieurs rues étoient déja réduites
en cendre au départ du Courrier.
On apprend de Drefde que le Roi de Pologne
étoit arrivé au Camp de Muhiberg , accompagné
de plufieurs Princes de l'Empire & de la principale
Nobleffe de la Haute & Baffe Saxe , & que
le Duc de Saxe Gotha avoit fait présent à
1. Vol
S.
JUIN
1223
1730 .
•
S. M. P. du Regiment des Grenadiers à Cheval
qu'il a fait lever depuis un an dans la Principauté
Alembourg.
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Résumé : ALLEMAGNE.
En 1730, plusieurs nominations militaires et événements notables ont eu lieu en Allemagne. Le général comte de Mercy a été nommé commandant général des troupes impériales en Italie, avec le comte de Daun comme commandant par intérim. Le duc régent de Wurtemberg a été désigné maréchal de camp général de l'Empire sur le Rhin. Les princes Frédéric et Louis de Wurtemberg se tiennent prêts à commander en Italie en cas de conflit. L'électeur Palatin a promis de fournir 8 000 hommes à l'Empereur en cas d'attaque contre l'Empire. Le 24 mai, la foudre a détruit le clocher de l'église Saint-Pierre à Berlin, provoquant un incendie qui a endommagé plusieurs maisons voisines. À Dresde, le roi de Pologne est arrivé au camp de Muhlberg, accompagné de princes de l'Empire et de la noblesse saxonne. Le duc de Saxe-Gotha a offert au roi de Pologne un régiment de grenadiers à cheval récemment levé dans la principauté d'Alembourg.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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323
p. 1223-1226
ITALIE.
Début :
Le Sacré College désirant de faire cesser les differends du Saint Siege avec la Cour de [...]
Mots clefs :
Italie, Naples, Tremblement de terre, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E Sacré College défirant de faire ceffer les
Ldifferends du Saint Siege avec la Cour de
Portugal , a écrit à M. Aldobrandini, Nonce en
Efpagne , d'employer toutes fortes de moyens
pour engager Sa Majefté Portugaife à permettre
aux Cardinaux fes Sujets , ou du moins au Cardinal
de Motta , de venir à Rome , & de lui
donner fes pleins pouvoirs pour finir cette affaire,
On a rendu au Cardinal Cofcia tous les meu→
bles , linges , hardes & vaiffaille d'argent ; on n'a
gardé au Chateau S. Ange que fa Bibliotheque &
fes papiers que le Sacré College fait examiner.
Le 12. Mai , vers les 10. heures du foir , on
fentit à Rome une fecouffe de tremblement de
terre affez violente qui dura environ 6 minutes
& n'a caufé aucun dommage ; mais elle a été plus
confiderable à Tivoli , où elle a fait tomber quelques
murailles , & elle a abbatu prefque toutes
les Maifons de la petite Ville de Norcia , où plufeurs
perfonnes ont été enfevelies fous les ruines;
les autres habitans ont quitté leurs maifons , &
fe font fauvés fur la Place de S. Simon;
On a appris de Venife qu'une Montagne voifine
de la petite Ville de Chiapeffa s'étoit ouverte
le 2 Mai , vers les 9 heures du matin , après une
violente fecouffe de tremblement de terre, & qu'elle
avoit englouti plus de 30 maifons avec une partie
de ceux qui les habitoient ,
Le dernier tremblement de terre qu'on reffen
tit à Rome le 12 du mois dernier , a caufé beau-
I. Vol. coup
1224 MERCURE DE FRANCE
coup de dommages dans les Villes de Notcia ,
d'Aquila , de Cafcia , de Virfa , de Matrica , de
Monteleone & dans plufieurs Bourgs & Villages
des environs. Il y a eu à Norcia trois fecouffes ,
dont la derniere a été fi violente , que toutes les
Maifons de la Ville ont été renverfées de fond
en comble , à la réſerve de la Maifon de Ville &
des Couvents de S. François & de S. Antoine.
On a appris que depuis ce jour-là juſqu'au 14
on avoit déterré 400 perfonnes enfevelies fous
les ruines; les unes mortes & les autres eftropiées.
Cette Ville fituée dans l'Ombrie , près le Mont
Apennin , pouvoit contenir 4000 habitans , qui
la plupart fe retirerent à la Campagne, où ils font
dans une grande mifere. On y a fait venir 500
Soldats qu'on a mis autour des Murs & aux Por
bes , pour arrêter & fouiller tous ceux qui fortent
, afin de prévenir le pillage des effets qu'on
retire de deffous les démolitions. Ce tremblement
de terre s'eft fait fentir à Spolette , mais il n'y a
caufé aucun dommage confiderable.
Le 22 , on envoya de Rome à Norcia 3000
écus d'aumône pour les habitans de cette Ville ,
avec plufieurs Chirurgiens pour panfer les bleffez,
& des Médecins pour traiter les malades. On a
envoyé depuis d'autres fecours d'argent.
Les Cardinaux , Chefs d'Ordres , ont fait arrêter
un Religieux qui , prêchant dans une des
principales Eglifes de Rome , a été affez témé
raire pour prédire & affurer que la nuit du 14 au
15 May , la Ville de Rome feroit renversée de
fond en comble par un tremblement de terre , &
que cet évenement avoit été annoncé en fonge à
une de fes pénitentes, །
Le 17. les Cardinaux ordonnerent des Prieres
publiques pendant trois jours , dans differentes
Eglifes de Rome, & une Neuvaine dans l'Eglife
+
I Vol. de
JUI N. 1730. 1225
de S. Philippe de Neri , pour demander à Dieu
les lumieres neceffaires pour l'Election du Pape.
Les Pourvoyeurs du Conclave ont reçû ordre
d'y faire de nouvelles Provifions d'Huille , de
Bougies , de Bois & de Charbon.
Le bruit court que les Cardinaux de Schrot
tembach & Czacki ont reçû ordre de fe rendre
en diligence au Conclave , pour augmenter le
nombre de ceux qui font affectionnez à l'Empe
teur.
Le Cardinal Innico Carraccioli Napolitain
ayant vifité,fuivant la coutume , l'Eglife de faint
Pierre , entra le 21 du mois dernier au Concla
ve , où il y a prefentement 54 Cardinaux.
Le Commandeur Santini , nommé par le
Grand-Maître de Malte au Prieuré de Rome , a
offert au Sacré Collège d'en donner fa démiffion
, à condition d'une penfion fur ce Prieuré
, auquel les Cardinaux ont nommé le fecond
fils du Chevalier de S. George.
On apprend de Boulogne , qu'au commence→
ment du mois dernier , des Ouvriers travaillant
dans l'Eglife de S. Dominique de la même Ville,
y trouverent le tombeau de Lucius , Roy de
Sardaigne.
Pae un Courrier dépêché d'Anconne , on a re
çu avis qu'il étoit arrivé dans la Marche 3000
hommes de Troupes Impériales qui doivent fe
rendre dans le Royaume de Naples.
Le 25 Avril , on chanta à Naples un Te Deum,
folemnel , en mémoire de ce que cette Ville fut
préfervée de l'Incendie dont elle étoit menacée
par la chute de la Bourre enflammée d'un Canon
qui tomba dans le Magazin des Poudres du Châ
teau de l'Oeuf, lorsqu'on faifoit en 1723. des
décharges d'Artillerie à la fin d'un Te Deum
qu'on avoit chanté , pour rendre graces à Dieu
1. Val
da H
226 MERCURE DE FRANCE
de ce que cette Ville avoit été préfervée de la
communication du mal Contagieux qu'on crainoit
alors.
Le Comte de Wallis qui eft arrivé depuis peu
d'Allemagne à Naples, doit partir pour la Sicile,
pour aller commander en chef les Troupes de
PEmpereur.
On a appris de l'Ile de Corfe , par la voye de
Genes , que M. Venerolo avoit fait fommer trois
fois les Rebelles de cette Ifle de quitter les armes,
fans qu'ils cuffent obéi; & que ces Montagnards
ayant eu l'audace , au contraire , de venir piller
plufieurs Maifons de Campagne à quelques lieuës
de Baftia , le Commiffaire General de la Répus
Blique étoit parti ,à la tête de 500 hommes, pour
fes diffiper, Ces Lettres ajoutent qu'on doutoit à
Genes que les Corfes vouluffent rentrer dans leur
devoir , & qu'ils paroiffoient déterminez à fe
fouftraire à la domination de la République ;
e qui faifoit craindre qu'ils ne fuflent affurez
de la protection fecrete de quelque Puiffance.
E Sacré College défirant de faire ceffer les
Ldifferends du Saint Siege avec la Cour de
Portugal , a écrit à M. Aldobrandini, Nonce en
Efpagne , d'employer toutes fortes de moyens
pour engager Sa Majefté Portugaife à permettre
aux Cardinaux fes Sujets , ou du moins au Cardinal
de Motta , de venir à Rome , & de lui
donner fes pleins pouvoirs pour finir cette affaire,
On a rendu au Cardinal Cofcia tous les meu→
bles , linges , hardes & vaiffaille d'argent ; on n'a
gardé au Chateau S. Ange que fa Bibliotheque &
fes papiers que le Sacré College fait examiner.
Le 12. Mai , vers les 10. heures du foir , on
fentit à Rome une fecouffe de tremblement de
terre affez violente qui dura environ 6 minutes
& n'a caufé aucun dommage ; mais elle a été plus
confiderable à Tivoli , où elle a fait tomber quelques
murailles , & elle a abbatu prefque toutes
les Maifons de la petite Ville de Norcia , où plufeurs
perfonnes ont été enfevelies fous les ruines;
les autres habitans ont quitté leurs maifons , &
fe font fauvés fur la Place de S. Simon;
On a appris de Venife qu'une Montagne voifine
de la petite Ville de Chiapeffa s'étoit ouverte
le 2 Mai , vers les 9 heures du matin , après une
violente fecouffe de tremblement de terre, & qu'elle
avoit englouti plus de 30 maifons avec une partie
de ceux qui les habitoient ,
Le dernier tremblement de terre qu'on reffen
tit à Rome le 12 du mois dernier , a caufé beau-
I. Vol. coup
1224 MERCURE DE FRANCE
coup de dommages dans les Villes de Notcia ,
d'Aquila , de Cafcia , de Virfa , de Matrica , de
Monteleone & dans plufieurs Bourgs & Villages
des environs. Il y a eu à Norcia trois fecouffes ,
dont la derniere a été fi violente , que toutes les
Maifons de la Ville ont été renverfées de fond
en comble , à la réſerve de la Maifon de Ville &
des Couvents de S. François & de S. Antoine.
On a appris que depuis ce jour-là juſqu'au 14
on avoit déterré 400 perfonnes enfevelies fous
les ruines; les unes mortes & les autres eftropiées.
Cette Ville fituée dans l'Ombrie , près le Mont
Apennin , pouvoit contenir 4000 habitans , qui
la plupart fe retirerent à la Campagne, où ils font
dans une grande mifere. On y a fait venir 500
Soldats qu'on a mis autour des Murs & aux Por
bes , pour arrêter & fouiller tous ceux qui fortent
, afin de prévenir le pillage des effets qu'on
retire de deffous les démolitions. Ce tremblement
de terre s'eft fait fentir à Spolette , mais il n'y a
caufé aucun dommage confiderable.
Le 22 , on envoya de Rome à Norcia 3000
écus d'aumône pour les habitans de cette Ville ,
avec plufieurs Chirurgiens pour panfer les bleffez,
& des Médecins pour traiter les malades. On a
envoyé depuis d'autres fecours d'argent.
Les Cardinaux , Chefs d'Ordres , ont fait arrêter
un Religieux qui , prêchant dans une des
principales Eglifes de Rome , a été affez témé
raire pour prédire & affurer que la nuit du 14 au
15 May , la Ville de Rome feroit renversée de
fond en comble par un tremblement de terre , &
que cet évenement avoit été annoncé en fonge à
une de fes pénitentes, །
Le 17. les Cardinaux ordonnerent des Prieres
publiques pendant trois jours , dans differentes
Eglifes de Rome, & une Neuvaine dans l'Eglife
+
I Vol. de
JUI N. 1730. 1225
de S. Philippe de Neri , pour demander à Dieu
les lumieres neceffaires pour l'Election du Pape.
Les Pourvoyeurs du Conclave ont reçû ordre
d'y faire de nouvelles Provifions d'Huille , de
Bougies , de Bois & de Charbon.
Le bruit court que les Cardinaux de Schrot
tembach & Czacki ont reçû ordre de fe rendre
en diligence au Conclave , pour augmenter le
nombre de ceux qui font affectionnez à l'Empe
teur.
Le Cardinal Innico Carraccioli Napolitain
ayant vifité,fuivant la coutume , l'Eglife de faint
Pierre , entra le 21 du mois dernier au Concla
ve , où il y a prefentement 54 Cardinaux.
Le Commandeur Santini , nommé par le
Grand-Maître de Malte au Prieuré de Rome , a
offert au Sacré Collège d'en donner fa démiffion
, à condition d'une penfion fur ce Prieuré
, auquel les Cardinaux ont nommé le fecond
fils du Chevalier de S. George.
On apprend de Boulogne , qu'au commence→
ment du mois dernier , des Ouvriers travaillant
dans l'Eglife de S. Dominique de la même Ville,
y trouverent le tombeau de Lucius , Roy de
Sardaigne.
Pae un Courrier dépêché d'Anconne , on a re
çu avis qu'il étoit arrivé dans la Marche 3000
hommes de Troupes Impériales qui doivent fe
rendre dans le Royaume de Naples.
Le 25 Avril , on chanta à Naples un Te Deum,
folemnel , en mémoire de ce que cette Ville fut
préfervée de l'Incendie dont elle étoit menacée
par la chute de la Bourre enflammée d'un Canon
qui tomba dans le Magazin des Poudres du Châ
teau de l'Oeuf, lorsqu'on faifoit en 1723. des
décharges d'Artillerie à la fin d'un Te Deum
qu'on avoit chanté , pour rendre graces à Dieu
1. Val
da H
226 MERCURE DE FRANCE
de ce que cette Ville avoit été préfervée de la
communication du mal Contagieux qu'on crainoit
alors.
Le Comte de Wallis qui eft arrivé depuis peu
d'Allemagne à Naples, doit partir pour la Sicile,
pour aller commander en chef les Troupes de
PEmpereur.
On a appris de l'Ile de Corfe , par la voye de
Genes , que M. Venerolo avoit fait fommer trois
fois les Rebelles de cette Ifle de quitter les armes,
fans qu'ils cuffent obéi; & que ces Montagnards
ayant eu l'audace , au contraire , de venir piller
plufieurs Maifons de Campagne à quelques lieuës
de Baftia , le Commiffaire General de la Répus
Blique étoit parti ,à la tête de 500 hommes, pour
fes diffiper, Ces Lettres ajoutent qu'on doutoit à
Genes que les Corfes vouluffent rentrer dans leur
devoir , & qu'ils paroiffoient déterminez à fe
fouftraire à la domination de la République ;
e qui faifoit craindre qu'ils ne fuflent affurez
de la protection fecrete de quelque Puiffance.
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Résumé : ITALIE.
En mai 1730, plusieurs événements marquants se sont produits en Italie. Le Sacré Collège a sollicité l'intervention du nonce en Espagne, M. Aldobrandini, auprès du roi du Portugal pour permettre à certains cardinaux, dont le Cardinal de Motta, de se rendre à Rome afin de résoudre des conflits. Les biens du Cardinal Coscia lui ont été restitués, à l'exception de sa bibliothèque et de ses papiers, qui sont examinés par le Sacré Collège. Le 12 mai, un violent tremblement de terre a frappé Rome, causant des dégâts à Tivoli et détruisant presque toutes les maisons de Norcia, où plusieurs personnes ont été ensevelies. Un autre séisme, le 2 mai, a ouvert une montagne près de Chiapessa, engloutissant plus de 30 maisons. Un précédent tremblement de terre, le 12 du mois précédent, avait déjà causé des dommages importants dans plusieurs villes, notamment Norcia, où 400 personnes ont été déterrées, mortes ou blessées. Des secours, incluant des aumônes et des médecins, ont été envoyés à Norcia. À Rome, un religieux a été arrêté pour avoir prédit la destruction de la ville par un tremblement de terre. Les cardinaux ont ordonné des prières publiques pour demander des lumières pour l'élection du pape. Des préparatifs ont été faits pour le conclave, et des cardinaux ont été convoqués pour augmenter le nombre de ceux favorables à l'empereur. Le Cardinal Innico Caraccioli a rejoint le conclave, où 54 cardinaux sont présents. D'autres événements notables incluent la découverte du tombeau de Lucius, roi de Sardaigne, à Boulogne, l'arrivée de troupes impériales dans la Marche d'Ancône, un Te Deum à Naples pour commémorer un incendie évité, et des troubles à l'île de Corfou où des rebelles refusent de se soumettre à la République. Le Comte de Wallis doit partir pour la Sicile afin de commander les troupes de l'empereur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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324
p. 1267-1269
RÉPONSE de l'Auteur de Marseille Sçavante &c. à la Lettre qui lui a été écrite de Provence le premier Fevrier 1729.
Début :
Je fais, Monsieur, tout le cas possible de vos Reflexions sur la Lettre qui est [...]
Mots clefs :
Savants, Beaux-arts
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de l'Auteur de Marseille Sçavante &c. à la Lettre qui lui a été écrite de Provence le premier Fevrier 1729.
REPONSE de l'Auteur de Marſeille
Sçavante &c. à la Lettre qui lui a été
écrite de Provence le premier Fevrier
1729.
Jde vos
E fais , Monfieur , tout le cas poffible
de vos Reflexions fur la Lettre qui eft
imprimée dans le Mercure de Françe
intitulée Marseille Sçavante &c. J'aurois
pû , il eft vrai , donner plus d'étenduë
aux differens articles qui la compofent,
& augmenter même le nombre de ces articles
, fur-tout à l'égard des Sçavans modernes
; mais un Livre entier auroit à
peine fuffi pour executer un Plan plus
vafte , & j'ai entrepris d'écrire feulement
II. Vol.
Aiiij une
1268 MERCURE DE FRANCE
une Lettre , dans la vûë que j'ai eu ſoin
d'expofer au commencement de la même
Lettre. Je me fuis cependant refervé ,
comme vous fçavez , la liberté de reparer
par un Supplément les omiffions effentielles
que je puis avoir faites , faute d'avoir
connu quelques Marfeillois Sçavans,
ou leurs Ouvrages , & de corriger les
fautes qui me feront échapées.
Mais avant que d'en venir là
me permettrez , Monfieur , de pourfuivre
mon deffein , & de mettre à la fuite des.
Auteurs Marfeillois les noms & les Ouvrages
de ceux de nos Compatriotes qui
ont cultivé les beaux Arts , fur- tout les
Arts utiles & qui y ont excellé. C'eſt ,
comme je l'ai déja dit , ce qui doit faire
la feconde Partie de Marseille Sçavante.
Vous
Cependant j'ai fait attention à ce que
vous m'écrivez , qu'il y a plufieurs Marfeillois
qui fans avoir été ni fçavans , ni
habiles dans les Arts fe font fait une grande
réputation par d'autres voyes ; fur
quoi vous me citez plufieurs perfonnages
illuftres qui font , dites vous , trèsdignes
d'exercer la plume d'un homme
de Lettres. Je conviens avec vous , Monfieur
, de cette verité ; mais je ne conviens
pas que cela puiffe regarder , fi ce n'eft
indirectement , mon premier deffein , &
le motif que j'ai eu en écrivant ce que
II. Vel.. VOUS
JUIN. 1730. 1269
vous avez vû dans le Mercure.Pour donner
cependant quelque chofe à vos idées qui
font toujours juftes , fans m'engager autrement
dans l'entrepriſe que vous m'indiquez
, j'ai choifi entre les fujets que vous
nommez, celui qu'il me convient le plus de
traiter , & dont j'ai le plus de connoiffance.
J'ai fait là - deffus un effai que je vous
adreffe avec ma Réponse ; je fouhaite que
vous en foyez content , & de trouver
fouvent les occafions de vous marquer à
quel point je fuis , Monfieur &c .
Sçavante &c. à la Lettre qui lui a été
écrite de Provence le premier Fevrier
1729.
Jde vos
E fais , Monfieur , tout le cas poffible
de vos Reflexions fur la Lettre qui eft
imprimée dans le Mercure de Françe
intitulée Marseille Sçavante &c. J'aurois
pû , il eft vrai , donner plus d'étenduë
aux differens articles qui la compofent,
& augmenter même le nombre de ces articles
, fur-tout à l'égard des Sçavans modernes
; mais un Livre entier auroit à
peine fuffi pour executer un Plan plus
vafte , & j'ai entrepris d'écrire feulement
II. Vol.
Aiiij une
1268 MERCURE DE FRANCE
une Lettre , dans la vûë que j'ai eu ſoin
d'expofer au commencement de la même
Lettre. Je me fuis cependant refervé ,
comme vous fçavez , la liberté de reparer
par un Supplément les omiffions effentielles
que je puis avoir faites , faute d'avoir
connu quelques Marfeillois Sçavans,
ou leurs Ouvrages , & de corriger les
fautes qui me feront échapées.
Mais avant que d'en venir là
me permettrez , Monfieur , de pourfuivre
mon deffein , & de mettre à la fuite des.
Auteurs Marfeillois les noms & les Ouvrages
de ceux de nos Compatriotes qui
ont cultivé les beaux Arts , fur- tout les
Arts utiles & qui y ont excellé. C'eſt ,
comme je l'ai déja dit , ce qui doit faire
la feconde Partie de Marseille Sçavante.
Vous
Cependant j'ai fait attention à ce que
vous m'écrivez , qu'il y a plufieurs Marfeillois
qui fans avoir été ni fçavans , ni
habiles dans les Arts fe font fait une grande
réputation par d'autres voyes ; fur
quoi vous me citez plufieurs perfonnages
illuftres qui font , dites vous , trèsdignes
d'exercer la plume d'un homme
de Lettres. Je conviens avec vous , Monfieur
, de cette verité ; mais je ne conviens
pas que cela puiffe regarder , fi ce n'eft
indirectement , mon premier deffein , &
le motif que j'ai eu en écrivant ce que
II. Vel.. VOUS
JUIN. 1730. 1269
vous avez vû dans le Mercure.Pour donner
cependant quelque chofe à vos idées qui
font toujours juftes , fans m'engager autrement
dans l'entrepriſe que vous m'indiquez
, j'ai choifi entre les fujets que vous
nommez, celui qu'il me convient le plus de
traiter , & dont j'ai le plus de connoiffance.
J'ai fait là - deffus un effai que je vous
adreffe avec ma Réponse ; je fouhaite que
vous en foyez content , & de trouver
fouvent les occafions de vous marquer à
quel point je fuis , Monfieur &c .
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Résumé : RÉPONSE de l'Auteur de Marseille Sçavante &c. à la Lettre qui lui a été écrite de Provence le premier Fevrier 1729.
L'auteur de Marseille répond à une lettre du 1er février 1729 concernant la publication 'Marseille Sçavante' dans le Mercure de France. Il reconnaît la pertinence des réflexions de son correspondant mais explique que des contraintes de place l'ont empêché de développer davantage les articles ou d'inclure plus de savants modernes. Il envisage de publier un supplément pour corriger les omissions et les erreurs. L'auteur souhaite poursuivre son objectif initial de lister les noms et les œuvres des Marseillais ayant excellé dans les beaux-arts et les arts utiles. Il note que certains Marseillais se sont distingués par d'autres voies que la science ou les arts et méritent également d'être mentionnés. Cependant, il choisit de traiter un sujet spécifique pour lequel il a une meilleure connaissance. Il envoie un essai sur ce sujet avec sa réponse, espérant que son correspondant en sera satisfait.
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325
p. 1363-1364
Les Plantes usuelles, Supplement, &c. [titre d'après la table]
Début :
SUPPLEMENT à l'abregé de l'Histoire des Plantes usuelles, dans lequel on [...]
Mots clefs :
Abrégé de l'histoire des plantes usuelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Plantes usuelles, Supplement, &c. [titre d'après la table]
SUPPLEMENT à l'abregé de l'Hiftoire
des Plantes ufuelles , dans lequel on
donne leurs noms differens , tant François
que Latins , la maniere de s'en fervir , la
dofe & les principales compofitions de
Pharmacie dans lequelles elles font employées.
Par J. B. Chomel , Docteur Regent
en la Faculté de Medecine de Paris ,
de l'Académie Royale des Sciences , Con-
II.Vol
E-iiij feiller
1364 MERCURE DE FRANCE
i
7
feiller & Medecin ordinaire du Roi. Tome
troifiéme. A Paris , rue S. Jacques ,
chez Jacq. Clouzier. 1730. in 12 de 214.
pages , fans le Catalogue des Plantes qui
en contient 116. & fans la Table Alphabetique.
M. Chomel avertit obligeamment dans
un Avis au Lecteur , qu'il a fuivi le même
' ordre qu'il avoit obfervé dans les Editions
précedentes , & qu'il n'a rien changé ni :
augmenté dans les deux premiers Volu
mes. Il a refervé ce qu'il a recueilli depuis:
leur impreffion pour en former ce Suplement
qu'on peut avoir à de frais ,
fans être obligé d'acheter un nouveru
Livre tout entier..
des Plantes ufuelles , dans lequel on
donne leurs noms differens , tant François
que Latins , la maniere de s'en fervir , la
dofe & les principales compofitions de
Pharmacie dans lequelles elles font employées.
Par J. B. Chomel , Docteur Regent
en la Faculté de Medecine de Paris ,
de l'Académie Royale des Sciences , Con-
II.Vol
E-iiij feiller
1364 MERCURE DE FRANCE
i
7
feiller & Medecin ordinaire du Roi. Tome
troifiéme. A Paris , rue S. Jacques ,
chez Jacq. Clouzier. 1730. in 12 de 214.
pages , fans le Catalogue des Plantes qui
en contient 116. & fans la Table Alphabetique.
M. Chomel avertit obligeamment dans
un Avis au Lecteur , qu'il a fuivi le même
' ordre qu'il avoit obfervé dans les Editions
précedentes , & qu'il n'a rien changé ni :
augmenté dans les deux premiers Volu
mes. Il a refervé ce qu'il a recueilli depuis:
leur impreffion pour en former ce Suplement
qu'on peut avoir à de frais ,
fans être obligé d'acheter un nouveru
Livre tout entier..
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Résumé : Les Plantes usuelles, Supplement, &c. [titre d'après la table]
Le document est un supplément à l'abrégé de l'histoire des plantes usuelles, rédigé par J. B. Chomel, Docteur Régent en Médecine à Paris, membre de l'Académie Royale des Sciences et médecin ordinaire du Roi. Publié en 1730, ce supplément de 214 pages inclut un catalogue de 116 plantes et une table alphabétique. Chomel indique qu'il a conservé le même ordre que dans les éditions précédentes et n'a apporté aucune modification aux deux premiers volumes. Les nouvelles informations recueillies depuis la dernière impression sont compilées dans ce supplément, permettant aux lecteurs d'acquérir ces mises à jour sans avoir à acheter un nouvel ouvrage complet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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326
p. 1551-1553
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rennes au mois d'Avril 1730. sur un Insecte très-singulier.
Début :
Quelque infinie que soit la Nature ; & quelque accoûtumé qu'on doive [...]
Mots clefs :
Insecte, Animaux, Papillon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rennes au mois d'Avril 1730. sur un Insecte très-singulier.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rennes
au mois d'Avril 1730. fur un Infecte
très-fingulier.
Q&
Uelque infinie que foit la Nature
& quelque accoûtumé qu'on doive
être aux bizarreries qu'elle femble affecter
dans plufieurs de fes Ouvrages , je
crois qu'on ne peut refufer fon attention
à celui qu'elle met ici fous nos yeux.
Le Curé de la Paroiffe de S. Jacques de
la Lande , à une lieuë de la Ville de Rennes
, trouva fur la fin du mois de Mars
dernier , dans le Cimetiere , le long du
mur de l'Eglife , une efpece de Phaléne
ou de Papillon , de la longueur de deux
pouces , fur un demi pouce de largeur ,
des cris ſemblables à ceux des Chauveſou
Dij ris
1552 MERCURE DE FRANCE
ris , & la figure particuliere de cet Infecte
, attirerent fon attention ; il le mit
dans une bouteille avec du pain & des
herbes pour tâcher de le faire vivre , mais
trois jours après il le trouva mort ; il s'eft
neanmoins confervé de façon qu'on en
peut parfaitement diftinguer encore toutes
les parties. La tête eft de la groffeur du
tronc , on apperçoit fur une éminence
fituée au- deffus de la tête , la figure d'une
tête de Mort de la largeur de l'ongle ,
imitant parfaitement celles qu'on reprefente
fur les Ornemens noirs de l'Eglife .
De la jointure de la tête avec le tronc ,
partent deux grandes ailes qui couvrent
tout le corps , elles font tavelées ou marquetées
comme une efpece de Drap -Mortuaire
; il y en a deux autres plus petites
deffous , avec plufieurs pieds reffemblans
à ceux des Hannetons. Toutes ces parties
font couvertes d'un duvet ou poil
bigaré de noir & de jeaune , imitant affez
bien le velours. Les traits de la figure de
cet Infecte font diftinguez par la couleur
noire , tandis que le fond eft jaune.
On trouvera , fans doute , dans cette
Découverte dequoi picquer la curiofité
d'un Phyficien ; les Infectes peuvent - ils
être fufceptibles des effets que les objets
exterieurs caufent quelquefois ? Le mouvement
communiqué aux efprits de ces
AniJUILLET.
1730. 1553
Animaux & des autres , à l'occafion des
mêmes objets , pourroit -il procurer des .
impreffions , pour ne pas dire des refle
xions , capables de produire les mêmes .
accidens que dans les hommes ? L'exemple
des Monftres , dont l'Hiftoire fait
mention , celui des Brebis de Jacob , rapporté
dans le 30. Chapitre de la Genele ,
& la reffemblance de la ftructure du cerveau
de tous les Animaux avec celui de
l'homme , femblent mettre hors de doute
la conformité que ces Créatures peuvent
avoir avec les hommes , par rapport
aux effets de l'imagination .
au mois d'Avril 1730. fur un Infecte
très-fingulier.
Q&
Uelque infinie que foit la Nature
& quelque accoûtumé qu'on doive
être aux bizarreries qu'elle femble affecter
dans plufieurs de fes Ouvrages , je
crois qu'on ne peut refufer fon attention
à celui qu'elle met ici fous nos yeux.
Le Curé de la Paroiffe de S. Jacques de
la Lande , à une lieuë de la Ville de Rennes
, trouva fur la fin du mois de Mars
dernier , dans le Cimetiere , le long du
mur de l'Eglife , une efpece de Phaléne
ou de Papillon , de la longueur de deux
pouces , fur un demi pouce de largeur ,
des cris ſemblables à ceux des Chauveſou
Dij ris
1552 MERCURE DE FRANCE
ris , & la figure particuliere de cet Infecte
, attirerent fon attention ; il le mit
dans une bouteille avec du pain & des
herbes pour tâcher de le faire vivre , mais
trois jours après il le trouva mort ; il s'eft
neanmoins confervé de façon qu'on en
peut parfaitement diftinguer encore toutes
les parties. La tête eft de la groffeur du
tronc , on apperçoit fur une éminence
fituée au- deffus de la tête , la figure d'une
tête de Mort de la largeur de l'ongle ,
imitant parfaitement celles qu'on reprefente
fur les Ornemens noirs de l'Eglife .
De la jointure de la tête avec le tronc ,
partent deux grandes ailes qui couvrent
tout le corps , elles font tavelées ou marquetées
comme une efpece de Drap -Mortuaire
; il y en a deux autres plus petites
deffous , avec plufieurs pieds reffemblans
à ceux des Hannetons. Toutes ces parties
font couvertes d'un duvet ou poil
bigaré de noir & de jeaune , imitant affez
bien le velours. Les traits de la figure de
cet Infecte font diftinguez par la couleur
noire , tandis que le fond eft jaune.
On trouvera , fans doute , dans cette
Découverte dequoi picquer la curiofité
d'un Phyficien ; les Infectes peuvent - ils
être fufceptibles des effets que les objets
exterieurs caufent quelquefois ? Le mouvement
communiqué aux efprits de ces
AniJUILLET.
1730. 1553
Animaux & des autres , à l'occafion des
mêmes objets , pourroit -il procurer des .
impreffions , pour ne pas dire des refle
xions , capables de produire les mêmes .
accidens que dans les hommes ? L'exemple
des Monftres , dont l'Hiftoire fait
mention , celui des Brebis de Jacob , rapporté
dans le 30. Chapitre de la Genele ,
& la reffemblance de la ftructure du cerveau
de tous les Animaux avec celui de
l'homme , femblent mettre hors de doute
la conformité que ces Créatures peuvent
avoir avec les hommes , par rapport
aux effets de l'imagination .
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rennes au mois d'Avril 1730. sur un Insecte très-singulier.
En avril 1730, le curé de la paroisse de Saint-Jacques-de-la-Lande, près de Rennes, découvrit un insecte inhabituel dans le cimetière de son église. Cet insecte, ressemblant à une phalène ou à un papillon, mesurait environ deux pouces de longueur et un demi-pouce de largeur. Il émettait des cris similaires à ceux des chauves-souris et présentait une figure particulière. Le curé tenta de le conserver en vie dans une bouteille avec du pain et des herbes, mais l'insecte mourut trois jours plus tard. Le spécimen fut préservé, permettant d'observer distinctement toutes ses parties. L'insecte avait une tête de la même taille que le tronc, avec une éminence représentant une tête de mort. Ses ailes, tavelées comme un drap mortuaire, couvraient tout le corps. Il possédait également deux ailes plus petites et plusieurs pieds semblables à ceux des hannetons. Toutes ces parties étaient recouvertes d'un duvet bigarré de noir et de jaune, imitant le velours. Les traits de la figure de l'insecte étaient marqués par une couleur noire sur un fond jaune. Cette découverte suscita l'intérêt des physiciens, qui se demandèrent si les insectes pouvaient être affectés par des objets extérieurs de la même manière que les hommes. L'exemple des monstres, des brebis de Jacob mentionnées dans la Genèse, et la similitude de la structure cérébrale des animaux avec celle de l'homme, semblaient confirmer que les animaux pouvaient partager avec les hommes les effets de l'imagination.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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327
p. 1607-1610
« HISTOIRE NATURELLE DES INSECTES d'Angleterre, accompagnée de cent Planches [...] »
Début :
HISTOIRE NATURELLE DES INSECTES d'Angleterre, accompagnée de cent Planches [...]
Mots clefs :
Insectes, Histoire naturelle, Planches gravées, Mouches
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE NATURELLE DES INSECTES d'Angleterre, accompagnée de cent Planches [...] »
HISTOIRE NATURELLE DES INSECTES
d'Angleterre , accompagnée de cent Plan
F vj chess
1608 MERCURE DE FRANCE
ches gravées d'après nature , & enluminées
exactement , pour ceux qui le fouhaitent
, par l'Auteur Eleazar Albin
Peintre. A Londres , pour l'Auteur , & fe
vend chez W. F. Innys 1720. in 4º . en
Anglois.
L'Auteur obferve que ceux qui ont
travaillé avant lui fur le même fujet ,
n'ont pas affez fouvent jetté les yeux fur
leurs modeles, ou qu'ils ont affecté de ſurpaffer
la nature. Ce font deux deffauts que
M. Albin a foigneufement évités . Dans fes
Defcriptions il s'eft contenté de rapporter
les faits avec toute l'exactitude poffible.
Lorfqu'une Mouche perce l'écorce d'une
Plante , dit notre Auteur , & y fait fes
oeufs , cela cauſe un changement dans le
tiffu des vaiffeaux de la Plante , & la feve
qui y coule forme une excrefcence , laquelle
non feulement fert de nid au ver
éclos , mais auffi lui fournit une nourriture
convenable , jufqu'à ce qu'il devienne
Mouche. Alors cette Mouche paffe au
travers de l'excrefcence , quelque épaiffe
qu'elle foit; ce qui eft tout - à - fait admirable
, fi on confidere la petiteffe de quelques-
unes de ces Mouches , & l'épaiffeur
& la folidité des excrefcences où elles font
nourries.
L'Auteur admire avec raiſon l'Etre fisprême
JUILLET. 1730. 1609
prême, qui a donné à ces petites créatures
un inftinct capable de les diriger dans
toutes les chofes neceffaires pour leur
confervation & pour la propagation de
leur efpece.
Les Infectes ne font pas leurs oeufs négligemment
& d'une telle maniere que les
vents puiffent les difperfer. Ils font leurs
ceufs fur des Plantes ou fur d'autres Infetes
, qui fervent de nourriture aux vers
éclos. Les oeufs que les Infectes placent fur
les Plantes , y font fi fortement attachez
par une cole , que les pluyes ne fçauroient
les emporter , & lorfqu'ils font contigus ,
ils fe trouvent placez avec tant d'ordre &
d'exactitude , qu'il n'y en a aucun qui
puiffe empêcher un ver de fortir de fon
oeuf.
.
M. Albin trouve admirable la varieté
infinie que l'on remarque dans les figures
& les couleurs des Infectes , & l'uniformité
exacte qui fe trouve toujours dans chaque
efpece. Il n'y a aucune tache, remarquable
qui ne paroiffe dans chaque individu.
Les couleurs des Infectes & particulierement
des Papillons , reffemblent à une
pouffiere ; mais fi on les examine avec un
Microſcope , on voit que les particules de
ces couleurs font tout autant de vrayes
plumes
1610 MERCURE DE FRANCE
plumes , placées dans l'àîle , d'une manie
re exacte & reguliere.
L'Auteur conclud que les Infectes ne
font pas l'effet du hazard , ou d'une matiere
corrompuë , mais l'ouvrage d'une
Puiffance infinie .
Toutes les Planches font gravées avec
beaucoup d'exactitude. On y voit les Infectes
fur les Plantes , & leurs diverfes
transformations.
d'Angleterre , accompagnée de cent Plan
F vj chess
1608 MERCURE DE FRANCE
ches gravées d'après nature , & enluminées
exactement , pour ceux qui le fouhaitent
, par l'Auteur Eleazar Albin
Peintre. A Londres , pour l'Auteur , & fe
vend chez W. F. Innys 1720. in 4º . en
Anglois.
L'Auteur obferve que ceux qui ont
travaillé avant lui fur le même fujet ,
n'ont pas affez fouvent jetté les yeux fur
leurs modeles, ou qu'ils ont affecté de ſurpaffer
la nature. Ce font deux deffauts que
M. Albin a foigneufement évités . Dans fes
Defcriptions il s'eft contenté de rapporter
les faits avec toute l'exactitude poffible.
Lorfqu'une Mouche perce l'écorce d'une
Plante , dit notre Auteur , & y fait fes
oeufs , cela cauſe un changement dans le
tiffu des vaiffeaux de la Plante , & la feve
qui y coule forme une excrefcence , laquelle
non feulement fert de nid au ver
éclos , mais auffi lui fournit une nourriture
convenable , jufqu'à ce qu'il devienne
Mouche. Alors cette Mouche paffe au
travers de l'excrefcence , quelque épaiffe
qu'elle foit; ce qui eft tout - à - fait admirable
, fi on confidere la petiteffe de quelques-
unes de ces Mouches , & l'épaiffeur
& la folidité des excrefcences où elles font
nourries.
L'Auteur admire avec raiſon l'Etre fisprême
JUILLET. 1730. 1609
prême, qui a donné à ces petites créatures
un inftinct capable de les diriger dans
toutes les chofes neceffaires pour leur
confervation & pour la propagation de
leur efpece.
Les Infectes ne font pas leurs oeufs négligemment
& d'une telle maniere que les
vents puiffent les difperfer. Ils font leurs
ceufs fur des Plantes ou fur d'autres Infetes
, qui fervent de nourriture aux vers
éclos. Les oeufs que les Infectes placent fur
les Plantes , y font fi fortement attachez
par une cole , que les pluyes ne fçauroient
les emporter , & lorfqu'ils font contigus ,
ils fe trouvent placez avec tant d'ordre &
d'exactitude , qu'il n'y en a aucun qui
puiffe empêcher un ver de fortir de fon
oeuf.
.
M. Albin trouve admirable la varieté
infinie que l'on remarque dans les figures
& les couleurs des Infectes , & l'uniformité
exacte qui fe trouve toujours dans chaque
efpece. Il n'y a aucune tache, remarquable
qui ne paroiffe dans chaque individu.
Les couleurs des Infectes & particulierement
des Papillons , reffemblent à une
pouffiere ; mais fi on les examine avec un
Microſcope , on voit que les particules de
ces couleurs font tout autant de vrayes
plumes
1610 MERCURE DE FRANCE
plumes , placées dans l'àîle , d'une manie
re exacte & reguliere.
L'Auteur conclud que les Infectes ne
font pas l'effet du hazard , ou d'une matiere
corrompuë , mais l'ouvrage d'une
Puiffance infinie .
Toutes les Planches font gravées avec
beaucoup d'exactitude. On y voit les Infectes
fur les Plantes , & leurs diverfes
transformations.
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Résumé : « HISTOIRE NATURELLE DES INSECTES d'Angleterre, accompagnée de cent Planches [...] »
L'œuvre 'Histoire Naturelle des Insectes' d'Eleazar Albin, publiée en 1720 à Londres, critique les travaux antérieurs sur les insectes pour leur manque d'observation directe et leur tendance à surpasser la nature. Albin se distingue par l'exactitude de ses descriptions. Il observe que les mouches pondent leurs œufs dans l'écorce des plantes, provoquant une excroissance qui sert de nid et de nourriture au ver éclos. Albin admire la capacité des insectes à percer ces excroissances malgré leur petite taille. Les insectes pondent leurs œufs de manière stratégique, soit sur des plantes, soit sur d'autres insectes, pour assurer la survie des vers éclos. Les œufs sont solidement attachés et disposés avec ordre et exactitude. Albin note la variété infinie des formes et des couleurs des insectes, ainsi que l'uniformité au sein de chaque espèce. Les couleurs des insectes, particulièrement des papillons, apparaissent comme des poudres observées au microscope. Albin conclut que les insectes sont le résultat d'une puissance infinie et non du hasard. Les planches illustrant l'ouvrage montrent les insectes sur les plantes et leurs diverses transformations.
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328
p. 1612-1617
Description Philosophique des Ouvrages de la Nature, &c. [titre d'après la table]
Début :
DESCRIPTION PHILOSOPHIQUE des Ouvrages de la Nature, où l'on tache [...]
Mots clefs :
Poissons, Glands, Chêne, Oeufs de poissons, Plantes, Feuille
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texteReconnaissance textuelle : Description Philosophique des Ouvrages de la Nature, &c. [titre d'après la table]
DESCRIPTION PHILOSOPHIQUE
des Ouvrages de la Nature , où l'on tache
de faire voir les diverfes gradations des
Mineraux & des Animaux. On y joine
une Defcription de l'état preſent du Jardinage
dans la grande Bretagne , & en
d'autres Pays de l'Europe , avec de nouvelles
experiences pour améliorer les
Terres fteriles , & pour multiplier toutes
ortes d'Arbres. Ouvrage enrichi de pluffeurs
belles Figures . Par Richard Bradley,
de la Societé Royale. A Londres , chez
W
>
JUILLET. 1730. 1613
W. Mears , 1721. grand in 4°. de 194
pages.
Dans l'examen de l'accroiffement des
Plantes , l'Auteur fuppofe que 12 Glands',
nouvellement cueillis , pefent une once ,
& qu'un Chefne dans fon état de perfection
, c'eſt- à - dire , au bout de cent ans
pefe environ 15 tonneaux ; de forte que
dans l'efpace de cent ans , un Gland du
poids de la 12 partie d'une onze , produit
un Arbre qui pefe 33600 liv. c'eft- à dire ,
$ 37600 onces , ou 6457200 Glands. On
voit par là que ce Gland , dans l'efpace de
cent ans , s'eft augmenté chaque année ,
l'une portant l'autre , de 64512 parties ,
ce qui fait 5376 onces. L'experience nous
enfeigne , continue l'auteur , que la premiere
année , le jeune Chene pefe environ
trois fois autant que le Gland ; que
2de année il peſe environ trois fois autant
que la premiere ; & la troisième année ,
environ trois fois autant que la 2de ; &
ainfi de fuite dans la même progreffion ,
pendant le principal temps de l'accroiffement
du Chene . M. Bradley ne compte
pas le poids , ou le nombre des Glands
qu'un Chene peut porter depuis fa 30
année jufqu'à la 100. Il croit que cet Arbre
n'en produit pas moins de cent Boiffeaux
, qui contiennent vrai - femblables
ment 384000 Glands ; car fi l'on compte
la
›
1614 MERCURE DE FRANCE
o Glinds par pinte , ce qui fait 3840
Glands par Boiffeau ; 100 Boiffeaux contiendront
le nombre que nous venons de
marquer. Et fi l'on fuppofe que 12 Glands
pefent une once le poids entier des Glands
montera à 32000 onces , ou 2000 livres ,
L'Auteur ajoute que fa fupputation des
Glands n'eft pas moins moderée que ce
qu'il a dit du poids du Chene , y com
pris fes racines & fes branches. Il a vû
cueillir 4 facs de Glands d'un feul Chene
, lefquels faifoient 16 boiffeaux . Il croit
donc que l'on peut compter cinq boif
feaux de Glands chaque année , l'une portant
l'autre ; ce qui fait en cent ans , soo
boiffeaux , lefquels pefent 10000 liv. fuivant
la fupputation précedente , & font
1920000 Glands . Et fi l'on fuppofe que
le poids des feuilles & des coffes des Glands
que le Chene produit pendant cent ans ,
cft égal au poids des Glands ; cet Arbre
aura tiré de la terre , de l'eau & de l'air ,
durant cet intervale , une nourriture du
poids de 524000 liv.ce qui eft un accroif
fement merveilleux.
L'Auteur entreprend de faire voir que
dans les Plantes annuelles , comme la Citrouille
ou la Courge , la proportion du
poids de la Plante , comparé avec le poids
de la femence, eft à peu près la même que
celle du Chene ; & que l'accroiffement
proJUILLET
. 1730. 1615
progreffif eft à peu près femblable , à proportion
du temps. Comme l'accroiffement
de ces Plantes fe fait fort vîte , M.Bridleydit
que l'on pourroit voir leur mouvement
avec un bon Microfcope . Il y a des
Microfcopes qui font paroire un fimple
Point de la groffeur d'un grain de fable ,
fous un Diametre de trois pouces. Si l'on
fuppofe qu'une feuille croît d'un pouce &
demi en 24 heures , & qu'un pouce contient
so points ; il s'enfuivra que cette
feuille s'augmente de 75 points en 24
heures .
Et fi chacun de ces Points paroit avoir
trois pouces de diametre par le Microfcope
, cet accroiffement fera de 18 pieds ,
pouces,
De forte que fi l'on mettoit un Microſcope
fur une feuille de Citroüille ,lorfque
le foleil luit , on y pourroit découvrir
la circulation de la féve , & l'on au
roit le plaifir de voir croître la Plante &
d'obferver le mouvement de fes parties ,
lequel feroit plus promt que celui d'une
Aiguille d'Horloge qui marque les minutes.
Les Maquereaux ,ajoute l'Auteur en parlant
des Poiffons ; les Harengs & plufieurs
autres fortes de Poiffons , paffent vers les
côtes de la grande Bretagne dans certai
nes faifons , pour chercher leur nourritu
re
1616 MERCURE DE FRANCE
re dans la Manché & dans les Rivieres &
pour y frayer. Le nombre des oeufs de
quelques poiffons eft prefque incroyable.
Dans le Merlus , par exemple , on compte
250 oeufs dans un cube de la 14 partic
d'un pouces & fuivant cette proportion ,
un Merlus doit contenir plus d'un million
d'oeufs. Suppofé que chaque cuf devint
un poiffon , & que dans les 5 ans
chacun de ces poiffons en produit d'autres
, il y en auroit 500 mille millions ; &
5 ans après, fuivant la même fupputation,
il y en auroit environ mille Myriades de
Myriades. Cet accroiffement produit originairement
par un feul poiffon , dans
l'efpace de dix ans , nous donne lieu de
croire que dans mille ans les Merlus occu
peroient un plus grand eſpace que celui
du Monde entier.
Tous ces oeufs ne font pas féconds ;
d'ailleurs ils font frequemment dévorez
par des poiffons d'une autre efpece , ou détruits
par d'autres accidens . Si la 40 ° partie
des oeufs de chaque année produifoit
d'autres poiffons , la Mer auroit de la
peine à les contenir. Les Poiffons des Rivieres
& des Lacs ne font pas moins féconds
en leur genre. Une Carpe fait 20000
oeufs , & la Tenche en fait peut - être dix
mille . On peut dire en general que plus un
poiffon a d'ennemis , plus la nature a eu
foin
JUILLET. 1730. 1617
Loin de la mettre en état de travailler abondamment
à la propagation de fon
Efpece.
des Ouvrages de la Nature , où l'on tache
de faire voir les diverfes gradations des
Mineraux & des Animaux. On y joine
une Defcription de l'état preſent du Jardinage
dans la grande Bretagne , & en
d'autres Pays de l'Europe , avec de nouvelles
experiences pour améliorer les
Terres fteriles , & pour multiplier toutes
ortes d'Arbres. Ouvrage enrichi de pluffeurs
belles Figures . Par Richard Bradley,
de la Societé Royale. A Londres , chez
W
>
JUILLET. 1730. 1613
W. Mears , 1721. grand in 4°. de 194
pages.
Dans l'examen de l'accroiffement des
Plantes , l'Auteur fuppofe que 12 Glands',
nouvellement cueillis , pefent une once ,
& qu'un Chefne dans fon état de perfection
, c'eſt- à - dire , au bout de cent ans
pefe environ 15 tonneaux ; de forte que
dans l'efpace de cent ans , un Gland du
poids de la 12 partie d'une onze , produit
un Arbre qui pefe 33600 liv. c'eft- à dire ,
$ 37600 onces , ou 6457200 Glands. On
voit par là que ce Gland , dans l'efpace de
cent ans , s'eft augmenté chaque année ,
l'une portant l'autre , de 64512 parties ,
ce qui fait 5376 onces. L'experience nous
enfeigne , continue l'auteur , que la premiere
année , le jeune Chene pefe environ
trois fois autant que le Gland ; que
2de année il peſe environ trois fois autant
que la premiere ; & la troisième année ,
environ trois fois autant que la 2de ; &
ainfi de fuite dans la même progreffion ,
pendant le principal temps de l'accroiffement
du Chene . M. Bradley ne compte
pas le poids , ou le nombre des Glands
qu'un Chene peut porter depuis fa 30
année jufqu'à la 100. Il croit que cet Arbre
n'en produit pas moins de cent Boiffeaux
, qui contiennent vrai - femblables
ment 384000 Glands ; car fi l'on compte
la
›
1614 MERCURE DE FRANCE
o Glinds par pinte , ce qui fait 3840
Glands par Boiffeau ; 100 Boiffeaux contiendront
le nombre que nous venons de
marquer. Et fi l'on fuppofe que 12 Glands
pefent une once le poids entier des Glands
montera à 32000 onces , ou 2000 livres ,
L'Auteur ajoute que fa fupputation des
Glands n'eft pas moins moderée que ce
qu'il a dit du poids du Chene , y com
pris fes racines & fes branches. Il a vû
cueillir 4 facs de Glands d'un feul Chene
, lefquels faifoient 16 boiffeaux . Il croit
donc que l'on peut compter cinq boif
feaux de Glands chaque année , l'une portant
l'autre ; ce qui fait en cent ans , soo
boiffeaux , lefquels pefent 10000 liv. fuivant
la fupputation précedente , & font
1920000 Glands . Et fi l'on fuppofe que
le poids des feuilles & des coffes des Glands
que le Chene produit pendant cent ans ,
cft égal au poids des Glands ; cet Arbre
aura tiré de la terre , de l'eau & de l'air ,
durant cet intervale , une nourriture du
poids de 524000 liv.ce qui eft un accroif
fement merveilleux.
L'Auteur entreprend de faire voir que
dans les Plantes annuelles , comme la Citrouille
ou la Courge , la proportion du
poids de la Plante , comparé avec le poids
de la femence, eft à peu près la même que
celle du Chene ; & que l'accroiffement
proJUILLET
. 1730. 1615
progreffif eft à peu près femblable , à proportion
du temps. Comme l'accroiffement
de ces Plantes fe fait fort vîte , M.Bridleydit
que l'on pourroit voir leur mouvement
avec un bon Microfcope . Il y a des
Microfcopes qui font paroire un fimple
Point de la groffeur d'un grain de fable ,
fous un Diametre de trois pouces. Si l'on
fuppofe qu'une feuille croît d'un pouce &
demi en 24 heures , & qu'un pouce contient
so points ; il s'enfuivra que cette
feuille s'augmente de 75 points en 24
heures .
Et fi chacun de ces Points paroit avoir
trois pouces de diametre par le Microfcope
, cet accroiffement fera de 18 pieds ,
pouces,
De forte que fi l'on mettoit un Microſcope
fur une feuille de Citroüille ,lorfque
le foleil luit , on y pourroit découvrir
la circulation de la féve , & l'on au
roit le plaifir de voir croître la Plante &
d'obferver le mouvement de fes parties ,
lequel feroit plus promt que celui d'une
Aiguille d'Horloge qui marque les minutes.
Les Maquereaux ,ajoute l'Auteur en parlant
des Poiffons ; les Harengs & plufieurs
autres fortes de Poiffons , paffent vers les
côtes de la grande Bretagne dans certai
nes faifons , pour chercher leur nourritu
re
1616 MERCURE DE FRANCE
re dans la Manché & dans les Rivieres &
pour y frayer. Le nombre des oeufs de
quelques poiffons eft prefque incroyable.
Dans le Merlus , par exemple , on compte
250 oeufs dans un cube de la 14 partic
d'un pouces & fuivant cette proportion ,
un Merlus doit contenir plus d'un million
d'oeufs. Suppofé que chaque cuf devint
un poiffon , & que dans les 5 ans
chacun de ces poiffons en produit d'autres
, il y en auroit 500 mille millions ; &
5 ans après, fuivant la même fupputation,
il y en auroit environ mille Myriades de
Myriades. Cet accroiffement produit originairement
par un feul poiffon , dans
l'efpace de dix ans , nous donne lieu de
croire que dans mille ans les Merlus occu
peroient un plus grand eſpace que celui
du Monde entier.
Tous ces oeufs ne font pas féconds ;
d'ailleurs ils font frequemment dévorez
par des poiffons d'une autre efpece , ou détruits
par d'autres accidens . Si la 40 ° partie
des oeufs de chaque année produifoit
d'autres poiffons , la Mer auroit de la
peine à les contenir. Les Poiffons des Rivieres
& des Lacs ne font pas moins féconds
en leur genre. Une Carpe fait 20000
oeufs , & la Tenche en fait peut - être dix
mille . On peut dire en general que plus un
poiffon a d'ennemis , plus la nature a eu
foin
JUILLET. 1730. 1617
Loin de la mettre en état de travailler abondamment
à la propagation de fon
Efpece.
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Résumé : Description Philosophique des Ouvrages de la Nature, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente un ouvrage philosophique de Richard Bradley, membre de la Société Royale, publié à Londres en 1730. Cet ouvrage explore les gradations des minéraux et des animaux, ainsi que l'état actuel du jardinage en Grande-Bretagne et en Europe. Bradley propose des expériences pour améliorer les terres stériles et multiplier diverses espèces d'arbres, enrichissant son travail de nombreuses illustrations. Bradley étudie la croissance des plantes, en particulier celle des chênes. Il estime qu'un gland de 1/12 d'once peut produire un arbre pesant environ 15 tonneaux en 100 ans, soit une augmentation annuelle de 5376 onces. La croissance du chêne suit une progression géométrique, triplant de poids chaque année pendant les premières années. Bradley calcule également que chaque chêne produit environ 100 boisseaux de glands en 100 ans, soit environ 32000 onces ou 2000 livres. L'auteur compare cette croissance à celle des plantes annuelles comme la citrouille, dont la proportion de poids par rapport à la semence est similaire à celle du chêne. Il suggère que l'observation de cette croissance pourrait être possible avec un microscope. Le texte aborde également la reproduction des poissons. Les maquereaux et les harengs se déplacent vers les côtes britanniques pour se nourrir et se reproduire. Par exemple, un merlu peut contenir plus d'un million d'œufs, et en supposant que chaque œuf devienne un poisson, la population pourrait croître exponentiellement. Cependant, tous les œufs ne sont pas féconds et beaucoup sont détruits par des prédateurs ou des accidents. Les poissons d'eau douce, comme la carpe et la tanche, sont également très féconds.
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329
p. 1646-1651
ITALIE.
Début :
On a encore appris les circonstances suivantes sur le Tremblement de Terre arrivé à [...]
Mots clefs :
Tremblement de terre, Troupes, Pape, Cardinal, Pape Clément XII, Rebelles, Élection, Pape
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE..
Na encore appris les circonſtances ſuivan→
tes fur le Tremblement de Terre arrivé à
Nocria , le 12 du mois dernier. La premiere fecouffe
fe fit fentir vers les 5 heures du matin ; elle
dura près d'une minute & renverfa la plus grande
partie des Maifons de la Ville ; la deuxième
Tecouffe commença 9 heures après ; elle fut plus
violente & acheva de renverfer le refte des Maifons
; enforte qu'il n'en eft refté que 7 fort endommagées,
JUILLET . 1730. 1647
dommagées. La belle Tour de l'Abbaye S. Benoît
, haute de 400 dégrez , & bâtie de Marbre
blanc, s'ouvrit en 3 parties,dont l'une tomba dans
la place du Dôme , & les deux autres dans celles
du Marché & de S. Philippe. L'Eglife du Dôme
qui étoit fort belle, eft tellement ruinée, qu'il n'en
refte aucun veftige , non plus que de celles de faint
Jean & des Auguftins , des Francifcains , dont les
Couvents font auffi totalement ruinez. Enfin tou
te la Ville n'eft qu'un amas de pierres , & l'on
n'y diftingue ni rue ni place. On a déja rétiré de
deffous les ruines plus de 500 perfonnes , & l'on
en retire encore tous les jours. Toutes les Maifons
& Eglifes des Villages dans les environs de
Norcia ont auffi été renversées par ce tremble→
ment de terre , de même que divers Châteaux à s
ou 6 milles à la ronde , & quantité de perfonnes
y ont auffi perdu la vie.
Les Rebelles de l'Ifle de Corfe font les Maî
tres des principaux Poftes , & leur fermeté fair
craindre qu'ils n'ayent des intelligences fecretes .
avec quelque Puiflance étrangere. On s'apperçoit
même que leur exemple a rendu les Peuples de
Terre- Ferme plus infolens que de coutume , la
plufpart refufant avec hauteur , de payer les contributions
qu'on leve fur eux depuis quelques an
nées. Il y a eu depuis peu deux Emotions populaires
à San- Remo & à la Pieve.
Selon quelques Lettres de Livourne , on atten
doit à Baftia , Capitale de l'Ile de Corſe , 8000
hommes de Troupes reglées pour agir par la
force contre ces Montagnards Rebelles , qui ont
rejetté toutes les propofitions d'accommodement.
L'Armée de ces derniers campe dans une Vallée
près d'Ajazzo ; elle eft commandée par un certain
Pompiliani , que les Rebelles ont choifi pour
leur Chef.
Hij Οι
•
1648 MERCURE DE FRANCE
On mande de Genes , que le nommé Fabio
Chef des Mécontens de l'Ile de Corfe ayant été
arrêté à la Baſtia , y avoit été tué à coups de fufil
, ainfi que quelques autres de fes complices ;
que fa tête avoit été mife au bout d'une Pique &
expofée fur les Remparts de la Ville ; mais que
cette exécution , loin d'intimider ces Rebelles, paroiffoit
les avoir irritez , & qu'ils avoient menacé
de venir en nombre fuffifant tirer vengeance de la
mort de leur Chef.
3 Le nommé Rozza, Milanois, demeurant à Ferrare
, à entrepris de rendre le commerce de Triefte,
l'un des plus floriflans de toutes les Villes Maritimes
de l'Italie, & il s'eft engagé par un Traité
fait avec les Miniftres de l'Empereur,d'y faire paffer
les Négocians & les Marchandiſes de Genes
Livourne , Florence , Milan , Parme , Plaiſance
Mantoue , Modene, Bologne, Ferrare & de toutes
les Places deLombardie,fur des Barques de tranfports
, qu'il fera trouvér regulierement au Pont
de Logofcuro , fur le Po & à Triefte. Les Bátimens
qui pourront porter cent milliers pefant
auront Pavillon Imperial. Elles partiront regulicrement
tous les quinze jours : & l'Entrepreneur
donnera caution pour toutes les Marchandiſes
qu'il aura à tranfporter.
On apprend de Chambery , qu'on y avoit publié
un Edit du Roy de Sardaigne,par lequel S. M.
deffend à tous fes Sujets , de quelque condition
qu'ils puiffent être , de faire aucune donation dè
biens immeubles aux Communautez Religieufes,
à peine de nullité . Ce Prince ordonne en mêmetemps
que toutes les Terres dont les Commu--
nautez jouiffent actuellement , & qui proviennent
de pareilles donations , faites depuis un certain
nombre d'années , feront dorénavant fujettes aux
mêmes Impofitions qu'elles payoient avant que
appartenir à ces Communautez .
JUILLET. 1730. 1649
Le 18. Juin , le Cardinal Corradini cut 29.
voix au Scrutin du matin , & 30. l'après midi. Lo
19 il eut encore 29. voix , mais le Cardinal Bentivoglio
ayant fait connoître que l'Election de ce
Cardinal ,pour remplir le Siége vacant , pourroit
n'être point agréable au Roi d'Efpagne , il n'eut
l'après midi que 2 5. yoix. Le Cardinal Porzia ,
qui depuis huit jours étoit fort incommodé d'une
rétention d'urine , fortit le 10. du Conclave
avec fes Conclaviftes & fes Valets de Chambre.Le
Cardinal de Schomborn , fe trouvant auffi fort incommodé
, en fortit le 2. de ce mois.
On apprend de Rome que l'Archi - Confrairie
de Lorette a envoyé à cet Oratoire une Châffe
d'or ouverte , du poids de 34. Marcs , pour y
placer l'Image miraculeufe de la fainte Vierge.
Les Ordres Religieux ont été difpenfez , à caufe
des chaleurs , d'aller tour à tour en Proceffion à
P'Eglife de S. Pierre pendant le refte du Conclave,
à condition que chaque Convent celebrera tous
Ies jours une Meffe Votive du S. Efprit , juſqu'à
F'élection d'un Papė.
Le Cardinal Laurent Corfini , d'une des plus
illuftres & des anciennes Maifons de Florence
ayant eû toutes les voix du Conclave , fut élû
Pape dans le Scrutin du 12. Juillet. Le Cardinal
Pignatelli , Doyen du Sacré College & le Cardinal
Barberin , Sous -Doyen , accompagnez de
deux Maîtres des Ceremonies , étant allez à ſa
Cellule , pour le complimenter fur fon Election
le Cardinal Laurent Altieri , le premier des Cardinaux
Diacres , fe rendit à la Loge de l'Eglife
de S. Pierre , où il publia l'Election du Pape , qui
a pris le nom de Clement X I I. Cette Election
fut annoncée au Peuple par une falve generale de
l'Artillerie du Château S. Ange , par une déchar
ge de la Moufqueterie des Troupes qui étoient
H iij
fous
1650 MERCURE DE FRANCE
:
fous les armes dans la Place de S. Pierre & par le
fon de toutes les Cloches . Le Pape fut porté à la
la Chapelle Pauline , où il fit fa priere devant le
S. Sacrement, & après avoir rendu graces à Dieu
de fon élection , il fit appeller le Gouverneur de
Rome , avec lequel il confera quelque temps , &
enfuite avec le Cardinal Spinola de S. Agnès.
L'Après midi il fut porté à l'Eglife de S. Pierre ,
où fe fit , felon la coûtume , la ceremonie de l'Adoration.
L'après midi du treize Juillet , Sa Sainteté
nomma le Cardinal Banchieri , pour Secretaire
'Etat , Elle choisit M. Acquaviva , Majordome
du feu Pape , pour faire pendant quelques jours
les fonctions de Maître de Chambre ; elle donna
la Charge de Dataire à M. Valenti , cy-devant
Auditeur de Rote ; celle de Prefet de la fignature
au Cardinal Corradini ; celle de Tréforier dé
la Chambre Apoftolique à M. Sacripante ; celle
de Secretaire des Memoriaux au Marquis Corfini
, neveu de S. S. celle de Secretaire des Brefs
aux Princes à M. Maiella ; celle de Secretaire de
la Confulte à M. Riviera ; celle de Clerc de la
Chambre à M. Daffito , & celle du Secretaire du
Chiffre à M. Livizani .
Le Pape qui vient d'être élû, après un Conclave
de quatre mois & fept jours, naquit à Florence le
7. Avril 1652. Il étoit Tréforier de la Chambre
Apoftolique lorfque le Pape Clement XI . dont il
avoit été Auditeur , le fit Cardinal dans le Confiftoire
du 17. May 1706. Il eut d'abord le titre
de fainte Sufanne , & enfuite celui de S. Pierre
aux Liens. Il fut fait Evêque de Freſcati le 19 .
Novembre 1719. Le 12. Juillet 1723. il fut nommé
Député de la Congrégation de la Signature
de Juftice. Il étoit Protecteur de l'Ordre des Mineurs
Obfervans , des Réformez & du Tiers Or→
dre
JUILLET . 1730. 1651
dre de S. François , de l'Ordre des Servites , de
l'Archi - Confrairie des faints Stigmates , de celle
de l'Annonciade, de celle de la Trinité des Pelerins
des Religieufes de fainte Claire, du Confervatoire
des Philippines , de l'Hôpital de S. Jacques des
Incurables & de plufieurs autres . Il étoit des
Congrégations du S. Office , des Evêques & Reguliers
, du Ceremonial , du Bon-Gouvernement,
de Propaganda fide , de la Confulte , de l'Indice ,
de la Fabrique de S. Pierre , & de celle des Rives
du Tibre,
Na encore appris les circonſtances ſuivan→
tes fur le Tremblement de Terre arrivé à
Nocria , le 12 du mois dernier. La premiere fecouffe
fe fit fentir vers les 5 heures du matin ; elle
dura près d'une minute & renverfa la plus grande
partie des Maifons de la Ville ; la deuxième
Tecouffe commença 9 heures après ; elle fut plus
violente & acheva de renverfer le refte des Maifons
; enforte qu'il n'en eft refté que 7 fort endommagées,
JUILLET . 1730. 1647
dommagées. La belle Tour de l'Abbaye S. Benoît
, haute de 400 dégrez , & bâtie de Marbre
blanc, s'ouvrit en 3 parties,dont l'une tomba dans
la place du Dôme , & les deux autres dans celles
du Marché & de S. Philippe. L'Eglife du Dôme
qui étoit fort belle, eft tellement ruinée, qu'il n'en
refte aucun veftige , non plus que de celles de faint
Jean & des Auguftins , des Francifcains , dont les
Couvents font auffi totalement ruinez. Enfin tou
te la Ville n'eft qu'un amas de pierres , & l'on
n'y diftingue ni rue ni place. On a déja rétiré de
deffous les ruines plus de 500 perfonnes , & l'on
en retire encore tous les jours. Toutes les Maifons
& Eglifes des Villages dans les environs de
Norcia ont auffi été renversées par ce tremble→
ment de terre , de même que divers Châteaux à s
ou 6 milles à la ronde , & quantité de perfonnes
y ont auffi perdu la vie.
Les Rebelles de l'Ifle de Corfe font les Maî
tres des principaux Poftes , & leur fermeté fair
craindre qu'ils n'ayent des intelligences fecretes .
avec quelque Puiflance étrangere. On s'apperçoit
même que leur exemple a rendu les Peuples de
Terre- Ferme plus infolens que de coutume , la
plufpart refufant avec hauteur , de payer les contributions
qu'on leve fur eux depuis quelques an
nées. Il y a eu depuis peu deux Emotions populaires
à San- Remo & à la Pieve.
Selon quelques Lettres de Livourne , on atten
doit à Baftia , Capitale de l'Ile de Corſe , 8000
hommes de Troupes reglées pour agir par la
force contre ces Montagnards Rebelles , qui ont
rejetté toutes les propofitions d'accommodement.
L'Armée de ces derniers campe dans une Vallée
près d'Ajazzo ; elle eft commandée par un certain
Pompiliani , que les Rebelles ont choifi pour
leur Chef.
Hij Οι
•
1648 MERCURE DE FRANCE
On mande de Genes , que le nommé Fabio
Chef des Mécontens de l'Ile de Corfe ayant été
arrêté à la Baſtia , y avoit été tué à coups de fufil
, ainfi que quelques autres de fes complices ;
que fa tête avoit été mife au bout d'une Pique &
expofée fur les Remparts de la Ville ; mais que
cette exécution , loin d'intimider ces Rebelles, paroiffoit
les avoir irritez , & qu'ils avoient menacé
de venir en nombre fuffifant tirer vengeance de la
mort de leur Chef.
3 Le nommé Rozza, Milanois, demeurant à Ferrare
, à entrepris de rendre le commerce de Triefte,
l'un des plus floriflans de toutes les Villes Maritimes
de l'Italie, & il s'eft engagé par un Traité
fait avec les Miniftres de l'Empereur,d'y faire paffer
les Négocians & les Marchandiſes de Genes
Livourne , Florence , Milan , Parme , Plaiſance
Mantoue , Modene, Bologne, Ferrare & de toutes
les Places deLombardie,fur des Barques de tranfports
, qu'il fera trouvér regulierement au Pont
de Logofcuro , fur le Po & à Triefte. Les Bátimens
qui pourront porter cent milliers pefant
auront Pavillon Imperial. Elles partiront regulicrement
tous les quinze jours : & l'Entrepreneur
donnera caution pour toutes les Marchandiſes
qu'il aura à tranfporter.
On apprend de Chambery , qu'on y avoit publié
un Edit du Roy de Sardaigne,par lequel S. M.
deffend à tous fes Sujets , de quelque condition
qu'ils puiffent être , de faire aucune donation dè
biens immeubles aux Communautez Religieufes,
à peine de nullité . Ce Prince ordonne en mêmetemps
que toutes les Terres dont les Commu--
nautez jouiffent actuellement , & qui proviennent
de pareilles donations , faites depuis un certain
nombre d'années , feront dorénavant fujettes aux
mêmes Impofitions qu'elles payoient avant que
appartenir à ces Communautez .
JUILLET. 1730. 1649
Le 18. Juin , le Cardinal Corradini cut 29.
voix au Scrutin du matin , & 30. l'après midi. Lo
19 il eut encore 29. voix , mais le Cardinal Bentivoglio
ayant fait connoître que l'Election de ce
Cardinal ,pour remplir le Siége vacant , pourroit
n'être point agréable au Roi d'Efpagne , il n'eut
l'après midi que 2 5. yoix. Le Cardinal Porzia ,
qui depuis huit jours étoit fort incommodé d'une
rétention d'urine , fortit le 10. du Conclave
avec fes Conclaviftes & fes Valets de Chambre.Le
Cardinal de Schomborn , fe trouvant auffi fort incommodé
, en fortit le 2. de ce mois.
On apprend de Rome que l'Archi - Confrairie
de Lorette a envoyé à cet Oratoire une Châffe
d'or ouverte , du poids de 34. Marcs , pour y
placer l'Image miraculeufe de la fainte Vierge.
Les Ordres Religieux ont été difpenfez , à caufe
des chaleurs , d'aller tour à tour en Proceffion à
P'Eglife de S. Pierre pendant le refte du Conclave,
à condition que chaque Convent celebrera tous
Ies jours une Meffe Votive du S. Efprit , juſqu'à
F'élection d'un Papė.
Le Cardinal Laurent Corfini , d'une des plus
illuftres & des anciennes Maifons de Florence
ayant eû toutes les voix du Conclave , fut élû
Pape dans le Scrutin du 12. Juillet. Le Cardinal
Pignatelli , Doyen du Sacré College & le Cardinal
Barberin , Sous -Doyen , accompagnez de
deux Maîtres des Ceremonies , étant allez à ſa
Cellule , pour le complimenter fur fon Election
le Cardinal Laurent Altieri , le premier des Cardinaux
Diacres , fe rendit à la Loge de l'Eglife
de S. Pierre , où il publia l'Election du Pape , qui
a pris le nom de Clement X I I. Cette Election
fut annoncée au Peuple par une falve generale de
l'Artillerie du Château S. Ange , par une déchar
ge de la Moufqueterie des Troupes qui étoient
H iij
fous
1650 MERCURE DE FRANCE
:
fous les armes dans la Place de S. Pierre & par le
fon de toutes les Cloches . Le Pape fut porté à la
la Chapelle Pauline , où il fit fa priere devant le
S. Sacrement, & après avoir rendu graces à Dieu
de fon élection , il fit appeller le Gouverneur de
Rome , avec lequel il confera quelque temps , &
enfuite avec le Cardinal Spinola de S. Agnès.
L'Après midi il fut porté à l'Eglife de S. Pierre ,
où fe fit , felon la coûtume , la ceremonie de l'Adoration.
L'après midi du treize Juillet , Sa Sainteté
nomma le Cardinal Banchieri , pour Secretaire
'Etat , Elle choisit M. Acquaviva , Majordome
du feu Pape , pour faire pendant quelques jours
les fonctions de Maître de Chambre ; elle donna
la Charge de Dataire à M. Valenti , cy-devant
Auditeur de Rote ; celle de Prefet de la fignature
au Cardinal Corradini ; celle de Tréforier dé
la Chambre Apoftolique à M. Sacripante ; celle
de Secretaire des Memoriaux au Marquis Corfini
, neveu de S. S. celle de Secretaire des Brefs
aux Princes à M. Maiella ; celle de Secretaire de
la Confulte à M. Riviera ; celle de Clerc de la
Chambre à M. Daffito , & celle du Secretaire du
Chiffre à M. Livizani .
Le Pape qui vient d'être élû, après un Conclave
de quatre mois & fept jours, naquit à Florence le
7. Avril 1652. Il étoit Tréforier de la Chambre
Apoftolique lorfque le Pape Clement XI . dont il
avoit été Auditeur , le fit Cardinal dans le Confiftoire
du 17. May 1706. Il eut d'abord le titre
de fainte Sufanne , & enfuite celui de S. Pierre
aux Liens. Il fut fait Evêque de Freſcati le 19 .
Novembre 1719. Le 12. Juillet 1723. il fut nommé
Député de la Congrégation de la Signature
de Juftice. Il étoit Protecteur de l'Ordre des Mineurs
Obfervans , des Réformez & du Tiers Or→
dre
JUILLET . 1730. 1651
dre de S. François , de l'Ordre des Servites , de
l'Archi - Confrairie des faints Stigmates , de celle
de l'Annonciade, de celle de la Trinité des Pelerins
des Religieufes de fainte Claire, du Confervatoire
des Philippines , de l'Hôpital de S. Jacques des
Incurables & de plufieurs autres . Il étoit des
Congrégations du S. Office , des Evêques & Reguliers
, du Ceremonial , du Bon-Gouvernement,
de Propaganda fide , de la Confulte , de l'Indice ,
de la Fabrique de S. Pierre , & de celle des Rives
du Tibre,
Fermer
Résumé : ITALIE.
En juillet 1730, Nocria a été dévastée par un violent tremblement de terre survenu le 12 juin précédent. La première secousse, à 5 heures du matin, a duré près d'une minute et a détruit la majeure partie des maisons. Une deuxième secousse, plus puissante, a suivi neuf heures plus tard, achevant de renverser les bâtiments restants. Seules sept maisons ont été endommagées. La tour de l'abbaye Saint-Benoît, haute de 400 marches et construite en marbre blanc, s'est fissurée en trois parties. Les églises du Dôme, Saint-Jean et des Augustins ont été totalement ruinées. La ville est devenue un amas de pierres, sans rues ni places discernables. Plus de 500 personnes ont été retirées des ruines, et des victimes continuent d'être découvertes. Les villages et châteaux environnants ont également subi des destructions, avec de nombreuses pertes humaines. En Corse, les rebelles contrôlent les principaux postes et leur fermeté laisse craindre des alliances secrètes avec une puissance étrangère. Leur exemple a rendu les populations de Terre-Ferme plus insoumis, refusant de payer les contributions. Des émeutes populaires ont eu lieu à San-Remo et à la Pieve. À Bastia, 8 000 hommes de troupes régulières sont attendus pour réprimer les montagnards rebelles, commandés par Pompiliani. À Gênes, Fabio, chef des mécontents de Corse, a été arrêté et exécuté, irritant les rebelles qui menacent de se venger. À Ferrare, Rozza a entrepris de développer le commerce de Trieste, facilitant le transport des marchandises entre diverses villes italiennes via des barques régulières sur le Pô. À Chambéry, un édit du roi de Sardaigne interdit les donations de biens immobiliers aux communautés religieuses, rendant ces terres soumises aux mêmes impôts qu'auparavant. En juillet 1730, le cardinal Corradini a obtenu 29 voix au scrutin du matin et 30 l'après-midi du 18 juin. Le 19 juin, il en a obtenu 29, mais le cardinal Bentivoglio a fait savoir que cette élection pourrait déplaire au roi d'Espagne, réduisant ainsi ses voix à 25 l'après-midi. Le cardinal Porzia est décédé le 10 juillet, et le cardinal de Schomberg a quitté le conclave en raison de sa santé. Le cardinal Laurent Corsini a été élu pape le 12 juillet, prenant le nom de Clément XII. Diverses nominations ont suivi, notamment celle du cardinal Banchieri comme secrétaire d'État. Le pape, né à Florence en 1652, a été fait cardinal en 1706 et évêque de Frescati en 1719. Il était protecteur de plusieurs ordres religieux et congrégations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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330
p. 1810-1816
« GEMMARUM affabrè sculptarum Thesaurus, quem suis sumptibus collegit J. [...] »
Début :
GEMMARUM affabrè sculptarum Thesaurus, quem suis sumptibus collegit J. [...]
Mots clefs :
Pierres précieuses, Marbre antique, Dissertation, Marbre
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texteReconnaissance textuelle : « GEMMARUM affabrè sculptarum Thesaurus, quem suis sumptibus collegit J. [...] »
GEMMARUM affabrè fculptarum Thefaurus
, quem fuis fumptibus collegit J.
Mart. ab Ebermayer Norimbergenfis ,
Digeffit & recenfuit J. Jacobus Baierus
Ph . & Med. Doctor hujufque in Acad .
Altorfina Profeffor Primarius . Noribergæ
1. vol. in fol. 1720. &c. C'eſt - à-dire 9
Trefor
A O UST . 1730. 181 1
Trefor de Pierres précieufes excellemment gravées
, recueilli par Jean Martin d'Ebermayer
de Nuremberg , mis en ordre & expliqué
parJean Jacques Bayer , Docteur &
Premier Profeffeur en Medecine de l'Univerfité
d'Altor . 1. Vol. in fol. à Nuremberg,
1720. chez l'Auteur du Recueil.
M. d'Ebermayer eft un riche Marchand
de Nuremberg , qui poffede un fort beau
Cabinet , dont les Pierres gravées font la
plus belle & la principale partie . Les Antiquaires
lui doivent le foin qu'il a pris,
de les amaffer à grands frais , & ils doi
vent à M. Bayer la peine qu'il s'eft donnée
de les examiner & de les expliquer. Parmi
les Piéces les plus rares & les plus curieufes
de ce Tréfor , reprefenté dans le Livre
en 30. Planches , d'une très-belle gravure,
on diftingue la Déeffe Flore, l'Enlevement
de Proferpine , le Triomphe de Bacchus
& d'Adiadne , un double Sacrifice à Diane
, le Jugement de Pâris , fur une trèsbelle
Calcedoine ; l'Enlevement des Sabines
le Jugement d'Horace & l'Action
Héroïque de Scevola , divers Empereurs
Romains , le Triomphe de Tite , enfin
plufieurs Divinités & plufieurs Mifteres
de la Théologie Payenne , fur lefquels ,
M. Bayer fait paroître beaucoup d'érudition.
Fij COR
1812 MERCURE DE FRANCE
CORNELII VAN BYNKERSHOEK ,
& Senatoris opufculum de jure occidendi ,
vendendi & exponendi liberos apud veteres
Romanos. Lugduni Batav . 1719. in
4. c'est à dire , Opufcule de Corneille Van
Bynkershoek , Furifconfulte & Senateur , fur
le droit de faire mourir , de vendre & d'expofer
les enfans chez les anciens Romains.
A Leyde, vol . in 4. 1719.
Si nous jugeons de cet Ouvrage par
l'Extrait qu'en ont fait M M. du Journal
de Lipfic , il doit être fort étendu , & le.
Titre d'Opufcule eft un peu trop modefte .
Pour le fonds dans lequel nous nous dif-.
penfons d'entrer , il nous a paru que c'eft
une matiere plus curieufe qu'utile & intereffante
, & qui repreſente parfaitement
bien le génie de domination , la ferocité
& la dureté naturelle des anciensRomains.
ΠΕΡΙ ΤΩΝ ΚΑΘΗΚΟΝΤΩΝ BIBAO
& c. c'est-à-dire , Traité des Offices
ou des Devoirs de la Vi : Civile , écrit par le
Prince Jean Nicolas , Fils d'Alexandre
Maurocordato , Vaivode , & Seigneur de
toute la Valachie & c.1.vol. in 4. à Buchereft
1719 .
Parmi les Princes qui fe font appliqués
à l'étude des Lettres , on en compte plufieurs
qui ont laiffé à la pofterité des Monumens
refpectables de cette application,
&
Á O UST. 1730. 1813
que
>
& dans ce nombre on diftingue particulierement
ceux qui nous ont laiffé des
Traités de Morale ; tels font Marc- Aurele
, Empereur Romain , Leon le Philo
fophe , Bazile & Conftantin , Empereurs
Grecs , Jacques I. Roi d'Angleterre , &
voici le Sereniffime Prince Jean Nicolas
Maurocordato , qui de nos jours , en fuivant
les traces de ces Grands Hommes , à
l'honneur des Lettres & des Lettres
Grecques , dont on peut dire qu'il eft le
Reftaurateur & le Mecéne , nous donne
auffi un Ouvrage de Morale écrit en
Grec , avec autant d'élegance & de politeffe
de folidité ; il eft intitulé nel
Twv xaðnнóvTWV , ou des Devoirs qui conviennent
à la Vie Civile , en commençant
par la Religion , & traittant en particulier
des devoirs du Prince à cet égard . L'illuſtre
Auteur , outre l'Ecriture , les Peres & les
meilleurs Auteurs Ecclefiaftiqnes , n'oublie
pas ce que les Ecrivains Prophanes
ont dit de bon fur la Morale , appuyé
particulierement de l'autorité de S. Bafile
le Grand , qui a fait un excellent Traité
de l'utilité qu'on peut tirer des Ecrits des
Auteurs Prophanes. Nous fommes fâchés
de ne pouvoir pas entrer dans le détail
de cet Ouvrage ; M M. de Lipfic y ont
fuppléé en nous faifant connoître un bon
Livre , imprimé dans le fond de la Vala-
F iij chic
1814 MERCURE DE FRANCE
chie , qui fans eux feroit ignoré dans plu
fieurs Contrées de l'Europe Sçavante.
JOANNIS OLIVE RHODIGINI ,
in marmor Ifiacum Romæ nuper effoffum ,
Exercitationes ad Reverendiffimum Patrem
Magiftrum F. ANTONIUM CLOCHE
, totius Dominicanæ Familiæ Generalem.
1. vol. in 8. Romæ , apud Joannem
Mariam Salvioni , Typographus Vaticuni
, in Archigymnafio Sapientiæ 1719 ..
c'eft à- dire , Differtation de Jean Oliva
fur un marbre antique confacré à la Déeffe
Ifis , découvert depuis peu à Rome , addref
fée au R. P. Antoine Cloche , General des
Dominicains. A Rome vol . in 8. 1719 .
Il y a environ dix ans que les Religieux
de l'Ordre de S. Dominique , du Convent
de la Minerve , en faiſant creufer les fondemens
de quelques nouveaux Edifices ,
pour procurer principalement un eſpace
plus convenable à la fameufe Bibliotheque
du Cardinal Cafenate , trouverent un
Marbre antique , orné de Figures en bas
reliefs, d'une fculpture exquife fur fes
tre faces , bas reliefs qui charmerent les
Connoiffeurs , & qui les déterminerent à
juger que ce marbre a été un Monument
confacré au culte de la Déeffe Ifis . Peu
de tems aprés cette découverte , le fçayant
M. Oliva fe trouvant à Rome étudia ce
qua-
Monu
A O UST. 1730. 1815'
*
Monument, & prononça là deffus un Diſcours
dans la Bibliotheque dont nous venons
de parler. Il fut depuis invité par
les deux habiles hommes qui préſident à
cette Bibliotheque , de publier fon fentiment
, & de faire connoître à tout le mon
de fçavant ce qu'il penfe du Monument
dont il s'agit , ce que M. Oliva ne pût refufer
, & ce qui donna lieu à une Differtation
dont M M. de Lipfic ont fait un
Extrait qui fait honneur à leur goût & à
P'habileté de l'Auteur.
Cet Extrait eft fuivi d'une autre Differtation
fur le même fujet , imprimée toute
entiere dans le même Journal , laquelle
porte pour titre In idem illud marmor
Ifiacum GEORGII CHRISTIANI GEBAVERI,
Vratislavienfis Exercitatio . Ce
fecond Antiquaire fait paroître auffi beaucoup
d'érudition ; mais il n'eft pas du fentiment
de M. Oliva en expliquant les fimboles
qui fe trouvent fur ce marbre Egyptien.
Ils conviennent encore moins du nom
qu'il faut lui donner ; étoit-ce un Autel ?
la Bafe ou le Piédeftal d'une Statuë ? d'une
Colomne ou fimplement une Pierre Votive
&c. c'est ce qu'il n'eft pas aifé de déterminer.
Nous ren voyons les Curieux
aux Recherches de ces M M. & au deffein
parfaitement bien gravé des Bas - Reliefs
en queftion , qui fe trouve auffi dans
F iiij
le
#1816 MERCURE DE FRANCE
le Journal de Lipfic , page 394. de la même
année 1720 .
, quem fuis fumptibus collegit J.
Mart. ab Ebermayer Norimbergenfis ,
Digeffit & recenfuit J. Jacobus Baierus
Ph . & Med. Doctor hujufque in Acad .
Altorfina Profeffor Primarius . Noribergæ
1. vol. in fol. 1720. &c. C'eſt - à-dire 9
Trefor
A O UST . 1730. 181 1
Trefor de Pierres précieufes excellemment gravées
, recueilli par Jean Martin d'Ebermayer
de Nuremberg , mis en ordre & expliqué
parJean Jacques Bayer , Docteur &
Premier Profeffeur en Medecine de l'Univerfité
d'Altor . 1. Vol. in fol. à Nuremberg,
1720. chez l'Auteur du Recueil.
M. d'Ebermayer eft un riche Marchand
de Nuremberg , qui poffede un fort beau
Cabinet , dont les Pierres gravées font la
plus belle & la principale partie . Les Antiquaires
lui doivent le foin qu'il a pris,
de les amaffer à grands frais , & ils doi
vent à M. Bayer la peine qu'il s'eft donnée
de les examiner & de les expliquer. Parmi
les Piéces les plus rares & les plus curieufes
de ce Tréfor , reprefenté dans le Livre
en 30. Planches , d'une très-belle gravure,
on diftingue la Déeffe Flore, l'Enlevement
de Proferpine , le Triomphe de Bacchus
& d'Adiadne , un double Sacrifice à Diane
, le Jugement de Pâris , fur une trèsbelle
Calcedoine ; l'Enlevement des Sabines
le Jugement d'Horace & l'Action
Héroïque de Scevola , divers Empereurs
Romains , le Triomphe de Tite , enfin
plufieurs Divinités & plufieurs Mifteres
de la Théologie Payenne , fur lefquels ,
M. Bayer fait paroître beaucoup d'érudition.
Fij COR
1812 MERCURE DE FRANCE
CORNELII VAN BYNKERSHOEK ,
& Senatoris opufculum de jure occidendi ,
vendendi & exponendi liberos apud veteres
Romanos. Lugduni Batav . 1719. in
4. c'est à dire , Opufcule de Corneille Van
Bynkershoek , Furifconfulte & Senateur , fur
le droit de faire mourir , de vendre & d'expofer
les enfans chez les anciens Romains.
A Leyde, vol . in 4. 1719.
Si nous jugeons de cet Ouvrage par
l'Extrait qu'en ont fait M M. du Journal
de Lipfic , il doit être fort étendu , & le.
Titre d'Opufcule eft un peu trop modefte .
Pour le fonds dans lequel nous nous dif-.
penfons d'entrer , il nous a paru que c'eft
une matiere plus curieufe qu'utile & intereffante
, & qui repreſente parfaitement
bien le génie de domination , la ferocité
& la dureté naturelle des anciensRomains.
ΠΕΡΙ ΤΩΝ ΚΑΘΗΚΟΝΤΩΝ BIBAO
& c. c'est-à-dire , Traité des Offices
ou des Devoirs de la Vi : Civile , écrit par le
Prince Jean Nicolas , Fils d'Alexandre
Maurocordato , Vaivode , & Seigneur de
toute la Valachie & c.1.vol. in 4. à Buchereft
1719 .
Parmi les Princes qui fe font appliqués
à l'étude des Lettres , on en compte plufieurs
qui ont laiffé à la pofterité des Monumens
refpectables de cette application,
&
Á O UST. 1730. 1813
que
>
& dans ce nombre on diftingue particulierement
ceux qui nous ont laiffé des
Traités de Morale ; tels font Marc- Aurele
, Empereur Romain , Leon le Philo
fophe , Bazile & Conftantin , Empereurs
Grecs , Jacques I. Roi d'Angleterre , &
voici le Sereniffime Prince Jean Nicolas
Maurocordato , qui de nos jours , en fuivant
les traces de ces Grands Hommes , à
l'honneur des Lettres & des Lettres
Grecques , dont on peut dire qu'il eft le
Reftaurateur & le Mecéne , nous donne
auffi un Ouvrage de Morale écrit en
Grec , avec autant d'élegance & de politeffe
de folidité ; il eft intitulé nel
Twv xaðnнóvTWV , ou des Devoirs qui conviennent
à la Vie Civile , en commençant
par la Religion , & traittant en particulier
des devoirs du Prince à cet égard . L'illuſtre
Auteur , outre l'Ecriture , les Peres & les
meilleurs Auteurs Ecclefiaftiqnes , n'oublie
pas ce que les Ecrivains Prophanes
ont dit de bon fur la Morale , appuyé
particulierement de l'autorité de S. Bafile
le Grand , qui a fait un excellent Traité
de l'utilité qu'on peut tirer des Ecrits des
Auteurs Prophanes. Nous fommes fâchés
de ne pouvoir pas entrer dans le détail
de cet Ouvrage ; M M. de Lipfic y ont
fuppléé en nous faifant connoître un bon
Livre , imprimé dans le fond de la Vala-
F iij chic
1814 MERCURE DE FRANCE
chie , qui fans eux feroit ignoré dans plu
fieurs Contrées de l'Europe Sçavante.
JOANNIS OLIVE RHODIGINI ,
in marmor Ifiacum Romæ nuper effoffum ,
Exercitationes ad Reverendiffimum Patrem
Magiftrum F. ANTONIUM CLOCHE
, totius Dominicanæ Familiæ Generalem.
1. vol. in 8. Romæ , apud Joannem
Mariam Salvioni , Typographus Vaticuni
, in Archigymnafio Sapientiæ 1719 ..
c'eft à- dire , Differtation de Jean Oliva
fur un marbre antique confacré à la Déeffe
Ifis , découvert depuis peu à Rome , addref
fée au R. P. Antoine Cloche , General des
Dominicains. A Rome vol . in 8. 1719 .
Il y a environ dix ans que les Religieux
de l'Ordre de S. Dominique , du Convent
de la Minerve , en faiſant creufer les fondemens
de quelques nouveaux Edifices ,
pour procurer principalement un eſpace
plus convenable à la fameufe Bibliotheque
du Cardinal Cafenate , trouverent un
Marbre antique , orné de Figures en bas
reliefs, d'une fculpture exquife fur fes
tre faces , bas reliefs qui charmerent les
Connoiffeurs , & qui les déterminerent à
juger que ce marbre a été un Monument
confacré au culte de la Déeffe Ifis . Peu
de tems aprés cette découverte , le fçayant
M. Oliva fe trouvant à Rome étudia ce
qua-
Monu
A O UST. 1730. 1815'
*
Monument, & prononça là deffus un Diſcours
dans la Bibliotheque dont nous venons
de parler. Il fut depuis invité par
les deux habiles hommes qui préſident à
cette Bibliotheque , de publier fon fentiment
, & de faire connoître à tout le mon
de fçavant ce qu'il penfe du Monument
dont il s'agit , ce que M. Oliva ne pût refufer
, & ce qui donna lieu à une Differtation
dont M M. de Lipfic ont fait un
Extrait qui fait honneur à leur goût & à
P'habileté de l'Auteur.
Cet Extrait eft fuivi d'une autre Differtation
fur le même fujet , imprimée toute
entiere dans le même Journal , laquelle
porte pour titre In idem illud marmor
Ifiacum GEORGII CHRISTIANI GEBAVERI,
Vratislavienfis Exercitatio . Ce
fecond Antiquaire fait paroître auffi beaucoup
d'érudition ; mais il n'eft pas du fentiment
de M. Oliva en expliquant les fimboles
qui fe trouvent fur ce marbre Egyptien.
Ils conviennent encore moins du nom
qu'il faut lui donner ; étoit-ce un Autel ?
la Bafe ou le Piédeftal d'une Statuë ? d'une
Colomne ou fimplement une Pierre Votive
&c. c'est ce qu'il n'eft pas aifé de déterminer.
Nous ren voyons les Curieux
aux Recherches de ces M M. & au deffein
parfaitement bien gravé des Bas - Reliefs
en queftion , qui fe trouve auffi dans
F iiij
le
#1816 MERCURE DE FRANCE
le Journal de Lipfic , page 394. de la même
année 1720 .
Fermer
Résumé : « GEMMARUM affabrè sculptarum Thesaurus, quem suis sumptibus collegit J. [...] »
Le texte présente plusieurs ouvrages et découvertes historiques. Jean Martin d'Ebermayer, un riche marchand de Nuremberg, a compilé un recueil de pierres précieuses gravées intitulé 'GEMMARUM affabre fculptarum Thefaurus'. Cet ouvrage, publié en 1720, contient 30 planches de gravures représentant des scènes mythologiques et historiques, telles que 'La Déeffe Flore', 'L'Enlevement de Proserpine', et divers empereurs romains. Les explications des gravures ont été fournies par Jean Jacques Bayer, professeur de médecine à l'Université d'Altorf. Corneille Van Bynkershoek, juriste et sénateur, a publié en 1719 à Leyde un ouvrage sur le droit de faire mourir, de vendre et d'exposer les enfants chez les anciens Romains. Le prince Jean Nicolas Maurocordato, vaivode de Valachie, a écrit un traité de morale intitulé 'ΠΕΡΙ ΤΩΝ ΚΑΘΗΚΟΝΤΩΝ BIBAO' ou 'Traité des Offices ou des Devoirs de la Vie Civile'. Publié à Bucarest en 1719, cet ouvrage traite des devoirs civiques et religieux, s'appuyant sur des sources ecclésiastiques et profanes. Enfin, le texte mentionne la découverte d'un marbre antique consacré à la déesse Isis, trouvé à Rome par des dominicains. Jean Oliva et Georg Christian Gebauer ont publié des dissertations sur ce monument, chacune offrant des interprétations différentes des symboles et de la fonction du marbre. Ces dissertations ont été publiées à Rome en 1719 et dans le Journal de Lipfic.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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331
p. 1977-1987
REPONSE de M. Godin, D. l'Ac. R. D. S. à un Article des Memoires de Trévoux, du mois de May 1730. page 910. & suivantes.
Début :
J'ai avancé dans ma Description de l'Aurore Boreale du 19. Octobre 1726. [...]
Mots clefs :
Aurore boréale, Observations, Phénomènes, Lumière, Journaliste, Académie royale des sciences, Mémoires de Trévoux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE de M. Godin, D. l'Ac. R. D. S. à un Article des Memoires de Trévoux, du mois de May 1730. page 910. & suivantes.
REPONSE de M. Godin , D. l'Ac.
R. D. S. à un Article des Memoires de
Trévoux , du mois de May 1730. page
910. & fuivantes.
JA
' Ai avancé dans ma Defcription de
l'Aurore Boreale du 19. Octobre 1726 .
imprimée dans les Memoires de l'Acadé
mie Royale des Sciences de la même année,
que les PP. Kircher & Schott avoient
attribué les Aurores Boreales ou d'autres
Phénomenes Aeriens , relatifs , felon moi,
aux Aurores Boréales , à une Reflexion
de quelques objets terreftres fur la furface
des Nuées , capables par une certaine difpofition
, de produire l'effet d'un Miroir.
Cet Article a été relevé dans les Journaux
de Trévoux ; on y prétend :
1. Que j'attribue à ces deux fçavans
hommes un fentiment qu'ils n'ont jamais
eu , fentiment que le P. Schott combat
au contraire bien plus fortement que moi.
2. Que j'ai traduit le P. Schott , à l'endroit
même où il combat fi fortement ce
fentiment pour adopter fon explication du
du Phénomene fans lui en faire honneur.
D iij Je
1978 MERCURE DE FRANCE
Je conviens que lorfque je fis cette Defcription
de l'Aurore Boreale , je n'avois
ni le P. Kircher , ni Schott , & en leur
attribuant ce fentiment prétendu faux ,
j'ai fuivi le P. Zahn , qui leur attribuë
auffi ( Oeconom. Mund. Mirabil. Tome I.
pag. 420. ) & qui cite l'endroit de leurs
Ouvrages où il fe trouve. Si j'ai attribué
faux, Zahn l'a donc fait avant moi ; voyons
s'il s'eft trompé , reprenons les endroits
qu'il cite & de Kircher & de Schott.
Kircher , In Arte magnâ lucis & umbra;
lib. 10. part. 2. cap. I. Natura admirabili
quodam lucis temperamento veluti varia
colorum mifturâ , & temperamento in
aereisfpeculis tanta induftriâ diverfiffima rerum
fimulachra depingit , ut nulla ars bumana
, & c. Et plus bas ; Quod verò varias
animalium voces audiant , id per voces animalium
vicinorum in concavâ * Nube
•aut monte reflexas fieri poſſe nullum dubium
effe debet. Kircher conclut enfin : Patet
igitur aereum fpeculum à naturâ fieri in quo
rerum imagines multiplicata hominibus fe ,ceu
prodigia quadam exhibeant.
Voilà bien clairement des Phénomenes
relatifs aux Aurores Boreales expliquez
par la reflexion de quelques objets terreftres
fur des Nuées qui produifent l'effet
d'un Miroir.
* On trouve rupe dans Kircher ; Zahn lit nube.'
Le
SEPTEMBRE . 1730. 1979
Le P. Schott a dit la même chofe
( Magia natural. part. 1. lib . 4. cap. 1. )
je ne le tranfcris pas ici , mais quand je ne
pourrois pas le citer , on n'aura pas de peine
à le croire, à moins qu'on ignore qu'il
étoit le Difciple , le compagnon d'études,
le copiſte même des Ouvrages du P. Kircher
, des termes duquel il fe fert pendant
des Chapitres entiers .
Mais Schott, dit- on , parle so . ans avant
moi , il expoſe ce fentiment, le combat , &
dit qu'il eft ridicule & contraire à la faine
Philofophie ; j'ai dit la même chofe ;
j'ai donc traduit cet Auteur ; non , car
fans prétendre en être crû , quand j'affure
que je n'ai vu la Phyfique curieufe
du P. Schott , qu'à l'occafion de
cette Critique ; ce n'eft pas traduire un
Auteur , ni même adopter fon fentiment,
que de donner une explication détaillée
de quelque Phénomene dont il a dit un
mot. Belle confequence qu'on tireroit de
ce qu'on trouve en trois ou quatre pages
d'un Livre de Schott , une ou deux phrafes
femblables aux miennes.
Mais pour le fonds ; que prouve con
tre moi le Texte de fa Thefe que Non
funt res alibi in terris exiftentes . & in
aere velut in fpeculo apparentes , rien ,
fi - non que le fentiment du P. Kircher
que j'ai allegué , & que Schott a employé
D iiij
dans
1980 MERCURE DE FRANCE
dans fa Magie naturelle à l'endroit cité
n'eft pas foutenable ; je fuis en cela d'accord
avec Schott , il ne m'a donc manqué
que d'avoir lû fa Phyfique curieufe
pour m'appercevoir qu'il y avoit changé
de fentiment .
Quand je dis que Schott l'a employé
ailleurs , je le traduis ici , * Dicet aliquis
poffe ac folere variis in locis apparere varias
ac prodigiofas Paraftafes , feu reprafentationes
uti. Nos ipfi demonftravimus in
Magia noftra , part. 1. lib . 4. fintagm . 1 .
Exemplo mirabilis Morgana Rheginorum &
aliarum fimilium in aere vaporofo repræſentationum.
Le Critique ajoute enfin que Schott
rapporte , ainfi que moi , la caufe de ces
Phénomenes aux exhalaifons : Sunt vapores,
exhalationes , partes aeris addenfati , dit
cer Auteur dans les Memoires de Trévoux
, c'eft le texte de fa feconde Thefe ,
il y explique donc de quelle maniere ces
vapeurs , cet air condenfé , &c . peuvent
former ces fortes de Phénomenes ; point
du tout , Schott rapporté dans le Trévoux
eft different de Schott dans fes
propres
Livres ; voici fon Texte entier : Sunt vapores,
exhalationes partes aeris addenfati effigiata
in formam Equorum , Hominum fimi-
Phyfic, curiof. loc. cit.
lium
SEPTEMBRE . 1730. 1981
liumque spectrorum non cafu & naturâ , fed
bonorum Geniorum operâ ; autre fentiment
auffi peu fondé que le premier , & bien
different de celui que j'ai eu , & que le
Critique attribue à fon Phyficien .
Cette Réponſe me donne occafion de faire
deux ou trois Remarques fur quelques
Extraits des Memoires de l'Académie de
1726. qui fe trouvent dans le même mois.
des Journaux de Trévoux , page 879. &
fuivantes , & qui regardent plus particu
lierement le Metéore dont il s'agit ici ou
l'Aftronomie.
M. de Mairan , dans fa Defcription des
Aurores Boréales du 26. Septembre & 19.
Octobre 1726. avoit dit :
» La lumiere Septentrionale ou l'Aurore
» Boréale eft un Phénomene très ordi-
» naire dans les Pays Septentrionaux &
» vrai-femblablement auffi ancien que le
» Monde ; cependant les anciens Philoſo-
>> phes ne l'ont point connu , ou n'en ont
» parlé que fous l'idée generique de Phé.
» nomene de feu & de Lumiere celefte .
» M. Gaffendi eft un des premiers qui en
>> ait fait mention & qui l'ait rapporté au
» Nord comme à fon lieu propre & à fa
» veritable origine.
Le Journaliſte dont je ne prétends ici
cependant , auffi-bien que dans ce que
j'ai à dire dans la fuite , ni blâmer ni qua-
D v lifier
1982 MERCURE DE FRANCE
lifier les intentions , donne un fens tout
different à ce commencement du Memoire
de M. de Mairan , & il fait naître
dans l'efprit de fon Lecteur la même idée
qu'il paroît en avoir pris lui-même. » Gaffendi
, dit- il , n'eft pas le premier qui ait
» parlé de l'Aurore Boréale ; Cardan , bien
» d'autres l'ont connue & affez bien con-
» nue avant lui ; que Cardan & bien d'autres
que je pourrois citer , l'ayent connue
fous l'idée génerique de feu , de lumiere
celefte , &c. avant Gaffendi
l'accordera au Journaliſte , & M. de Mairan
l'a dit ; mais qu'ils l'ayent , comme
il ajoûte , affez bien connue avant lui, &
rapportée au Nord comme au veritable
licu de fon origine , c'eſt un fait ailé
à détruire , & que je m'étonne que
le Journaliſte ait avancé ; ce que M. de
Mairan a dit de Gaffendi , eft vrai à la
lettre, il n'a point dit ce que le Journaliſte
lui fait dire, & ce que celui- ci , avance,
il auroit bien de la peine à le prouver.
on
On pourroit croire auffi que le Journaliſte
a voulu préfenter fous un afpect
peu favorable, pour ne rien dire de plus,
f'exactitude de M. de Mairan dans l'Obfervation
& dans la Defcription de l'Aurore
Boréale du 26. Octobre ; comme fi
un Phénomene fi marqué , fi different à
plufieurs égards de ceux qu'on avoit vû
deSEPTEMBRE.
1730. 19831
1723 .
depuis long-temps dans ce genre & fi capable
d'influer fur les explications qu'on
en pourroit donner dans la ſuite , ne mériroit
pas une attention plus particuliere.
Le Journaliſte trouve mauvais que M.Maraldi
ait dit que les Obfervations des Aftronomes
Chinois fur la Comete de
ne font pas exactes ; qu'auroit fait le Journaliſte
lui- même , fi comparant les Obfervations
de cette Comete , faites à Pekin
par le P. Kegler Jefuite , à celles qui ont
été faites le même jour par les Chinois
commis pour veiller à la Tour Aftrono
mique , il avoit trouvé les Obfervations
de ces derniers differentes de celles du
P. Kegler de 6º 30 ' en longitude & de 12 '
en latitude , il auroit conclu , fans doute,
comme a fait M. Maraldi , que les Obfervations
des Chinois ne font pas exactes ;
neanmoins les Obfervations Chinoifes
font affez bien circonftanciées , on y marque
les paffages de la Comete par le Meridien
en heures & en minutes , le 11 &
le 12. Octobre avec la hauteur meridienne
, en degrez & minutes .
3
Celle du P.Kegler faite le 11. eft défectueufe
en ce qu'il ne marque point à quelle
minute précife la Comete paffa par le méridien;
il s'accorde avec les Chinois pour la
hauteur prife le 11. & pour l'Obfervation
du 12.à quelques minutes près dans la hau-
D vj teur
1984 MERCURE DE FRANCE
>
teur méridienne ; on peut donc jufqu'ici
fe fier aux Obfervations Chinoifes ; mais
par ces Obfervations comparées avec celle
que le P. Kegler fit par une Armille Zodiacale
on trouve une difference de
6 ° en longitude , & de 12 ' en latitude
; on pourroit donc conclure que l'Obfervation
du P. Kegler faite par l'Armille
Zodiacale n'eft pas exacte , puifqu'elle
differe de celle que ce même P. & les Obfervateurs
Chinois ont faites au méridien.
Qu'a donc fait M.Maraldi , plein d'égards
& de bonne opinion pour le P. Kegler
il a' conclu plutôt en fa faveur , en faifant
néanmoins remarquer le petit défaut
qui fe trouvoit dans fon Obfervation faite
le 11.
Le triomphe du Journaliſte eft donc
hors de faifon , lorfqu'il dit : » C'est pourtant
a de pareils Obfervateurs que L'AC
»tronomie & la Geographie doivent bien
» de grandes découvertes , & en particu-
» lier une plus grande exactitude ; avant
>> eux l'Afie &c.
Je ne connois aucune découverte en
Aftronomie qui foit due aux Obſervations
de la Chine ; nos Theories Phyſiques
ou Geometriques n'en font ni mieux établies
ni plus éclaircies ; nos Inftrumens
ne leur doivent point leur perfection ;
nos calculs n'en font devenus ni plus aifés
SEPTEMBRE. 1730. 1985.
fés ni plus furs . Il eft faux d'ailleurs que
ce foit aux Obfervateurs Chinois que l'on
doive la poſition précife de quelque Lieu
terreftre ; mais quand cela feroit , eft- ce
à leurs Obfervations mal faites & peu
exactes que font dues toutes ces prétendues
découvertes , & M. Maraldi auroitil
dû trouver bonnes des Obfervations fi
differentes entr'elles ? Si cet habile Aftronome
avoit ainfi décidé , le Journaliſte
l'auroit avec raiſon repris de trop de complaifance
ou de manque de difcernement.
M. Delifle avoit lu en 1723. à l'Académie
un Mémoire fur la longitude de l'embouchure
du Fleuve Miffiffipi ; il y établiffoit
par un grand nombre de raifons
& de comparaifons Geographiques la longitude
de ce point de la Terre, telle qu'il
l'avoit déterminée & placée dans fes deux
Cartes de l'Amerique & de la Louiſiane.
L'occafion de ce Mémoire fut la difference
entre cette pofition & celle qui refultoit
d'une Obfervation du 1. Satellite
de Jupiter , faite fur le Lieu même par le
P. Laval , difference de 11 ° ou de 200 .
lieuës. L'Académie pleine d'égards pour
le Jefuite , dont le mérite lui étoit connu ,
crut malgré les fortes raifons de M. Delifle
ne devoir pas fi tôt prononcer contre
une Obſervation immédiate ; elle jugea
à propos de differer l'impreffion de
ce
1986 MERCURE DE FRANCE
ce Mémoire jufqu'à celle du Livre du P.
Laval , afin que le Public vît en mêmetems
, & comparât les raifons des deux
Adverfaires. La Note miſe au bas du Mémoire
en fait foi . La voici :
» Ce Mémoire a été lû dès l'année 1723.
» mais on n'a pas crû qu'il convenoit de le
>>faire paroître avant que l'Obfervation
qu'il attaque eut été imprimée , & elle ne
»l'a été que depuis peu .
22
>
Ce n'eft donc pas ,comme le Journaliſte
femble l'infinuer en quelque maniere , que
l'Académie ait attendu la mort du P. Laval
pour publier le Mémoire de M. Delifle
; le Jefuite a eu le tems de
répondre aux raifons de l'Académicien
le Mémoire lui avoit été communiqué
par M. Delifle lui même , & quoique mis
dans le Volume de 1726. il n'a été imprimé
qu'en 1728. un an & plus avant la
mort du P. Laval ; la mort n'a donc pas
mis le celebre Aftronome hors d'état de
défendre fon Obfervation.
Il ne l'a point fait il ne la croyoit
donc pas fi bonne que le Journaliſte l'a
penfé ; au refte , cette queftion eft décidée ,
& il paroît que M. Delifle n'a ufé de
pas
tout le droit que lui donnoient fes recher
ches & fes grandes connoiffances en Geographie.
M. Baron envoyé par le Roi dans
l'Amérique Septentrionale pour y faire
des
des Observations Physiques & Mathématiques,
y observa à la Nouvelle Orleans
l'Eclipse de Lune du 8. Août 1729. &C
cette Observation comparée à
,
celle qui
fut faite à Paris donne 6 h 9' 7 pourla
différence des méridiens ou 92 v 16J45"
dont la nouvelle Orleans est plus occidentale
que Paris.
Voilà donc jusqu'ici la dispute entre M;
Delisle 5c le P. Laval décidée en faveur
du premier; sa position de l'embouchure
du Mississîpi est soutenuë & verifiée par
une autorité de même genre que celle du
P. Laval , & l'Observation de ce Pere en
devient pour nous d'autant moins bonne.
Je n'ai prétendu parler ici que de ce qui
regarde l'Aurore Boreale, l'Astronomie
& la Geographie, sans toucher aux autres
Extraits, sur la plupart desquels on
pourroit peut être faire de semblables remarques.
R. D. S. à un Article des Memoires de
Trévoux , du mois de May 1730. page
910. & fuivantes.
JA
' Ai avancé dans ma Defcription de
l'Aurore Boreale du 19. Octobre 1726 .
imprimée dans les Memoires de l'Acadé
mie Royale des Sciences de la même année,
que les PP. Kircher & Schott avoient
attribué les Aurores Boreales ou d'autres
Phénomenes Aeriens , relatifs , felon moi,
aux Aurores Boréales , à une Reflexion
de quelques objets terreftres fur la furface
des Nuées , capables par une certaine difpofition
, de produire l'effet d'un Miroir.
Cet Article a été relevé dans les Journaux
de Trévoux ; on y prétend :
1. Que j'attribue à ces deux fçavans
hommes un fentiment qu'ils n'ont jamais
eu , fentiment que le P. Schott combat
au contraire bien plus fortement que moi.
2. Que j'ai traduit le P. Schott , à l'endroit
même où il combat fi fortement ce
fentiment pour adopter fon explication du
du Phénomene fans lui en faire honneur.
D iij Je
1978 MERCURE DE FRANCE
Je conviens que lorfque je fis cette Defcription
de l'Aurore Boreale , je n'avois
ni le P. Kircher , ni Schott , & en leur
attribuant ce fentiment prétendu faux ,
j'ai fuivi le P. Zahn , qui leur attribuë
auffi ( Oeconom. Mund. Mirabil. Tome I.
pag. 420. ) & qui cite l'endroit de leurs
Ouvrages où il fe trouve. Si j'ai attribué
faux, Zahn l'a donc fait avant moi ; voyons
s'il s'eft trompé , reprenons les endroits
qu'il cite & de Kircher & de Schott.
Kircher , In Arte magnâ lucis & umbra;
lib. 10. part. 2. cap. I. Natura admirabili
quodam lucis temperamento veluti varia
colorum mifturâ , & temperamento in
aereisfpeculis tanta induftriâ diverfiffima rerum
fimulachra depingit , ut nulla ars bumana
, & c. Et plus bas ; Quod verò varias
animalium voces audiant , id per voces animalium
vicinorum in concavâ * Nube
•aut monte reflexas fieri poſſe nullum dubium
effe debet. Kircher conclut enfin : Patet
igitur aereum fpeculum à naturâ fieri in quo
rerum imagines multiplicata hominibus fe ,ceu
prodigia quadam exhibeant.
Voilà bien clairement des Phénomenes
relatifs aux Aurores Boreales expliquez
par la reflexion de quelques objets terreftres
fur des Nuées qui produifent l'effet
d'un Miroir.
* On trouve rupe dans Kircher ; Zahn lit nube.'
Le
SEPTEMBRE . 1730. 1979
Le P. Schott a dit la même chofe
( Magia natural. part. 1. lib . 4. cap. 1. )
je ne le tranfcris pas ici , mais quand je ne
pourrois pas le citer , on n'aura pas de peine
à le croire, à moins qu'on ignore qu'il
étoit le Difciple , le compagnon d'études,
le copiſte même des Ouvrages du P. Kircher
, des termes duquel il fe fert pendant
des Chapitres entiers .
Mais Schott, dit- on , parle so . ans avant
moi , il expoſe ce fentiment, le combat , &
dit qu'il eft ridicule & contraire à la faine
Philofophie ; j'ai dit la même chofe ;
j'ai donc traduit cet Auteur ; non , car
fans prétendre en être crû , quand j'affure
que je n'ai vu la Phyfique curieufe
du P. Schott , qu'à l'occafion de
cette Critique ; ce n'eft pas traduire un
Auteur , ni même adopter fon fentiment,
que de donner une explication détaillée
de quelque Phénomene dont il a dit un
mot. Belle confequence qu'on tireroit de
ce qu'on trouve en trois ou quatre pages
d'un Livre de Schott , une ou deux phrafes
femblables aux miennes.
Mais pour le fonds ; que prouve con
tre moi le Texte de fa Thefe que Non
funt res alibi in terris exiftentes . & in
aere velut in fpeculo apparentes , rien ,
fi - non que le fentiment du P. Kircher
que j'ai allegué , & que Schott a employé
D iiij
dans
1980 MERCURE DE FRANCE
dans fa Magie naturelle à l'endroit cité
n'eft pas foutenable ; je fuis en cela d'accord
avec Schott , il ne m'a donc manqué
que d'avoir lû fa Phyfique curieufe
pour m'appercevoir qu'il y avoit changé
de fentiment .
Quand je dis que Schott l'a employé
ailleurs , je le traduis ici , * Dicet aliquis
poffe ac folere variis in locis apparere varias
ac prodigiofas Paraftafes , feu reprafentationes
uti. Nos ipfi demonftravimus in
Magia noftra , part. 1. lib . 4. fintagm . 1 .
Exemplo mirabilis Morgana Rheginorum &
aliarum fimilium in aere vaporofo repræſentationum.
Le Critique ajoute enfin que Schott
rapporte , ainfi que moi , la caufe de ces
Phénomenes aux exhalaifons : Sunt vapores,
exhalationes , partes aeris addenfati , dit
cer Auteur dans les Memoires de Trévoux
, c'eft le texte de fa feconde Thefe ,
il y explique donc de quelle maniere ces
vapeurs , cet air condenfé , &c . peuvent
former ces fortes de Phénomenes ; point
du tout , Schott rapporté dans le Trévoux
eft different de Schott dans fes
propres
Livres ; voici fon Texte entier : Sunt vapores,
exhalationes partes aeris addenfati effigiata
in formam Equorum , Hominum fimi-
Phyfic, curiof. loc. cit.
lium
SEPTEMBRE . 1730. 1981
liumque spectrorum non cafu & naturâ , fed
bonorum Geniorum operâ ; autre fentiment
auffi peu fondé que le premier , & bien
different de celui que j'ai eu , & que le
Critique attribue à fon Phyficien .
Cette Réponſe me donne occafion de faire
deux ou trois Remarques fur quelques
Extraits des Memoires de l'Académie de
1726. qui fe trouvent dans le même mois.
des Journaux de Trévoux , page 879. &
fuivantes , & qui regardent plus particu
lierement le Metéore dont il s'agit ici ou
l'Aftronomie.
M. de Mairan , dans fa Defcription des
Aurores Boréales du 26. Septembre & 19.
Octobre 1726. avoit dit :
» La lumiere Septentrionale ou l'Aurore
» Boréale eft un Phénomene très ordi-
» naire dans les Pays Septentrionaux &
» vrai-femblablement auffi ancien que le
» Monde ; cependant les anciens Philoſo-
>> phes ne l'ont point connu , ou n'en ont
» parlé que fous l'idée generique de Phé.
» nomene de feu & de Lumiere celefte .
» M. Gaffendi eft un des premiers qui en
>> ait fait mention & qui l'ait rapporté au
» Nord comme à fon lieu propre & à fa
» veritable origine.
Le Journaliſte dont je ne prétends ici
cependant , auffi-bien que dans ce que
j'ai à dire dans la fuite , ni blâmer ni qua-
D v lifier
1982 MERCURE DE FRANCE
lifier les intentions , donne un fens tout
different à ce commencement du Memoire
de M. de Mairan , & il fait naître
dans l'efprit de fon Lecteur la même idée
qu'il paroît en avoir pris lui-même. » Gaffendi
, dit- il , n'eft pas le premier qui ait
» parlé de l'Aurore Boréale ; Cardan , bien
» d'autres l'ont connue & affez bien con-
» nue avant lui ; que Cardan & bien d'autres
que je pourrois citer , l'ayent connue
fous l'idée génerique de feu , de lumiere
celefte , &c. avant Gaffendi
l'accordera au Journaliſte , & M. de Mairan
l'a dit ; mais qu'ils l'ayent , comme
il ajoûte , affez bien connue avant lui, &
rapportée au Nord comme au veritable
licu de fon origine , c'eſt un fait ailé
à détruire , & que je m'étonne que
le Journaliſte ait avancé ; ce que M. de
Mairan a dit de Gaffendi , eft vrai à la
lettre, il n'a point dit ce que le Journaliſte
lui fait dire, & ce que celui- ci , avance,
il auroit bien de la peine à le prouver.
on
On pourroit croire auffi que le Journaliſte
a voulu préfenter fous un afpect
peu favorable, pour ne rien dire de plus,
f'exactitude de M. de Mairan dans l'Obfervation
& dans la Defcription de l'Aurore
Boréale du 26. Octobre ; comme fi
un Phénomene fi marqué , fi different à
plufieurs égards de ceux qu'on avoit vû
deSEPTEMBRE.
1730. 19831
1723 .
depuis long-temps dans ce genre & fi capable
d'influer fur les explications qu'on
en pourroit donner dans la ſuite , ne mériroit
pas une attention plus particuliere.
Le Journaliſte trouve mauvais que M.Maraldi
ait dit que les Obfervations des Aftronomes
Chinois fur la Comete de
ne font pas exactes ; qu'auroit fait le Journaliſte
lui- même , fi comparant les Obfervations
de cette Comete , faites à Pekin
par le P. Kegler Jefuite , à celles qui ont
été faites le même jour par les Chinois
commis pour veiller à la Tour Aftrono
mique , il avoit trouvé les Obfervations
de ces derniers differentes de celles du
P. Kegler de 6º 30 ' en longitude & de 12 '
en latitude , il auroit conclu , fans doute,
comme a fait M. Maraldi , que les Obfervations
des Chinois ne font pas exactes ;
neanmoins les Obfervations Chinoifes
font affez bien circonftanciées , on y marque
les paffages de la Comete par le Meridien
en heures & en minutes , le 11 &
le 12. Octobre avec la hauteur meridienne
, en degrez & minutes .
3
Celle du P.Kegler faite le 11. eft défectueufe
en ce qu'il ne marque point à quelle
minute précife la Comete paffa par le méridien;
il s'accorde avec les Chinois pour la
hauteur prife le 11. & pour l'Obfervation
du 12.à quelques minutes près dans la hau-
D vj teur
1984 MERCURE DE FRANCE
>
teur méridienne ; on peut donc jufqu'ici
fe fier aux Obfervations Chinoifes ; mais
par ces Obfervations comparées avec celle
que le P. Kegler fit par une Armille Zodiacale
on trouve une difference de
6 ° en longitude , & de 12 ' en latitude
; on pourroit donc conclure que l'Obfervation
du P. Kegler faite par l'Armille
Zodiacale n'eft pas exacte , puifqu'elle
differe de celle que ce même P. & les Obfervateurs
Chinois ont faites au méridien.
Qu'a donc fait M.Maraldi , plein d'égards
& de bonne opinion pour le P. Kegler
il a' conclu plutôt en fa faveur , en faifant
néanmoins remarquer le petit défaut
qui fe trouvoit dans fon Obfervation faite
le 11.
Le triomphe du Journaliſte eft donc
hors de faifon , lorfqu'il dit : » C'est pourtant
a de pareils Obfervateurs que L'AC
»tronomie & la Geographie doivent bien
» de grandes découvertes , & en particu-
» lier une plus grande exactitude ; avant
>> eux l'Afie &c.
Je ne connois aucune découverte en
Aftronomie qui foit due aux Obſervations
de la Chine ; nos Theories Phyſiques
ou Geometriques n'en font ni mieux établies
ni plus éclaircies ; nos Inftrumens
ne leur doivent point leur perfection ;
nos calculs n'en font devenus ni plus aifés
SEPTEMBRE. 1730. 1985.
fés ni plus furs . Il eft faux d'ailleurs que
ce foit aux Obfervateurs Chinois que l'on
doive la poſition précife de quelque Lieu
terreftre ; mais quand cela feroit , eft- ce
à leurs Obfervations mal faites & peu
exactes que font dues toutes ces prétendues
découvertes , & M. Maraldi auroitil
dû trouver bonnes des Obfervations fi
differentes entr'elles ? Si cet habile Aftronome
avoit ainfi décidé , le Journaliſte
l'auroit avec raiſon repris de trop de complaifance
ou de manque de difcernement.
M. Delifle avoit lu en 1723. à l'Académie
un Mémoire fur la longitude de l'embouchure
du Fleuve Miffiffipi ; il y établiffoit
par un grand nombre de raifons
& de comparaifons Geographiques la longitude
de ce point de la Terre, telle qu'il
l'avoit déterminée & placée dans fes deux
Cartes de l'Amerique & de la Louiſiane.
L'occafion de ce Mémoire fut la difference
entre cette pofition & celle qui refultoit
d'une Obfervation du 1. Satellite
de Jupiter , faite fur le Lieu même par le
P. Laval , difference de 11 ° ou de 200 .
lieuës. L'Académie pleine d'égards pour
le Jefuite , dont le mérite lui étoit connu ,
crut malgré les fortes raifons de M. Delifle
ne devoir pas fi tôt prononcer contre
une Obſervation immédiate ; elle jugea
à propos de differer l'impreffion de
ce
1986 MERCURE DE FRANCE
ce Mémoire jufqu'à celle du Livre du P.
Laval , afin que le Public vît en mêmetems
, & comparât les raifons des deux
Adverfaires. La Note miſe au bas du Mémoire
en fait foi . La voici :
» Ce Mémoire a été lû dès l'année 1723.
» mais on n'a pas crû qu'il convenoit de le
>>faire paroître avant que l'Obfervation
qu'il attaque eut été imprimée , & elle ne
»l'a été que depuis peu .
22
>
Ce n'eft donc pas ,comme le Journaliſte
femble l'infinuer en quelque maniere , que
l'Académie ait attendu la mort du P. Laval
pour publier le Mémoire de M. Delifle
; le Jefuite a eu le tems de
répondre aux raifons de l'Académicien
le Mémoire lui avoit été communiqué
par M. Delifle lui même , & quoique mis
dans le Volume de 1726. il n'a été imprimé
qu'en 1728. un an & plus avant la
mort du P. Laval ; la mort n'a donc pas
mis le celebre Aftronome hors d'état de
défendre fon Obfervation.
Il ne l'a point fait il ne la croyoit
donc pas fi bonne que le Journaliſte l'a
penfé ; au refte , cette queftion eft décidée ,
& il paroît que M. Delifle n'a ufé de
pas
tout le droit que lui donnoient fes recher
ches & fes grandes connoiffances en Geographie.
M. Baron envoyé par le Roi dans
l'Amérique Septentrionale pour y faire
des
des Observations Physiques & Mathématiques,
y observa à la Nouvelle Orleans
l'Eclipse de Lune du 8. Août 1729. &C
cette Observation comparée à
,
celle qui
fut faite à Paris donne 6 h 9' 7 pourla
différence des méridiens ou 92 v 16J45"
dont la nouvelle Orleans est plus occidentale
que Paris.
Voilà donc jusqu'ici la dispute entre M;
Delisle 5c le P. Laval décidée en faveur
du premier; sa position de l'embouchure
du Mississîpi est soutenuë & verifiée par
une autorité de même genre que celle du
P. Laval , & l'Observation de ce Pere en
devient pour nous d'autant moins bonne.
Je n'ai prétendu parler ici que de ce qui
regarde l'Aurore Boreale, l'Astronomie
& la Geographie, sans toucher aux autres
Extraits, sur la plupart desquels on
pourroit peut être faire de semblables remarques.
Fermer
Résumé : REPONSE de M. Godin, D. l'Ac. R. D. S. à un Article des Memoires de Trévoux, du mois de May 1730. page 910. & suivantes.
M. Godin, membre de l'Académie Royale des Sciences, réagit à un article des *Mémoires de Trévoux* de mai 1730 qui critique sa description de l'aurore boréale du 19 octobre 1726. Godin avait attribué aux pères Kircher et Schott l'idée que les aurores boréales étaient dues à la réflexion d'objets terrestres sur les nuages, agissant comme des miroirs. Les *Mémoires de Trévoux* accusent Godin d'avoir mal interprété les travaux de ces savants, notamment en omettant de mentionner que Schott rejetait cette explication. Godin admet avoir suivi les écrits du père Zahn, qui citait Kircher et Schott en soutien de cette théorie. Il cite des extraits des œuvres de Kircher et Schott pour démontrer que ces auteurs avaient effectivement évoqué des phénomènes aériens similaires aux aurores boréales, expliqués par la réflexion sur les nuages. Godin reconnaît que Schott avait changé d'avis par la suite, mais il maintient que sa propre description était basée sur des interprétations antérieures. Godin critique également les *Mémoires de Trévoux* pour avoir mal interprété les observations de M. de Mairan sur les aurores boréales et pour avoir contesté l'exactitude des observations astronomiques chinoises, notamment celles du père Kegler. Il défend la précision des observations de M. Maraldi et conteste l'idée que les découvertes astronomiques doivent beaucoup aux observations chinoises. Enfin, Godin aborde la controverse entre M. Delisle et le père Laval concernant la longitude de l'embouchure du fleuve Mississippi. Il souligne que l'Académie Royale des Sciences avait différé la publication du mémoire de Delisle pour permettre à Laval de répondre, et que la mort de Laval n'avait pas empêché cette réponse. Godin conclut que les observations de Delisle sont confirmées par celles de M. Baron, invalidant ainsi celles de Laval.
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332
p. 2015-2017
EXTRAIT d'une Lettre écrite de la Hogue en Normandie, au sujet de deux Monstres marins.
Début :
Ce qu'on vous a écrit de deux Poissons monstrueux, l'un mâle, l'autre femelle, d'une [...]
Mots clefs :
Monstre marin, Poisson, Poissons monstrueux, Normandie
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de la Hogue en Normandie, au sujet de deux Monstres marins.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de la
Hogue en Normandie , au fujet de deux
Monftres marins.
CE
E qu'on vous a écrit de deux Poiffons monftrueux
, l'un mâle , l'autre femelle , d'une
égale groffeur , qui vers la fin de l'année 1729.
échouerent fur ces côtes , dans les Paroiffes de
Ravenoville & de Foucarville , au Val de Cere
Amirauté de la Hogue , eft très- veritable ; mais
9
ce
2016 MERCURE DE FRANCE
cé n'eft pas affez de vous certifier le fait . Pour
contenter amplement votre curiofité , je vous envoye
un deffein exact du mâle , & en voici la
Def
SEPTEMBRE . 1730. 2017
Defcription , avec les dimenfions exactes. Il avoit
42. piés de long & 24. de groffeur à l'endroit du
corps le plus épais , qui étoit vers le milieu , fa
tête feule avoit 14. piés de groffeur ; fes mâchoires
en avoient fix de longueur, L'inferieure étoit
armée de 48. dents très blanches , & groffes, chacune
comme une corne de Taureau ; fa langue
avoit deux piés de longueur , & trois de circonference
; les nageoires trés petites ; fa nature étoit
de 4. piés de longueur , & de près de trois piés
de groffeur. Toute la peau de l'Animal très- noire
& très tendre ; fon boyau étoit de plus de 500.
piés de longueur. Ces Poiffons monftrueux ont
rendu chacun plus de 900. pots d'huile. Enfin on
ne peut guere donner une idée plus jufte de leur
énorme grandeur que par un petit Char que l'on
a fait de l'os du crâne du mâle dans lequel un
homme peut aifément fe placer. Cependant c'eft
une fingularité à ne pas omettre que les усих de
ce Monftre étoient fort petits , enforte qu'ils n'avoient
guere qu'un pouce de grandeur entre les
deux angles . Nos plus anciens Marins difent qu'ils
n'ont jamais rien vû de pareil en ce genre.
Hogue en Normandie , au fujet de deux
Monftres marins.
CE
E qu'on vous a écrit de deux Poiffons monftrueux
, l'un mâle , l'autre femelle , d'une
égale groffeur , qui vers la fin de l'année 1729.
échouerent fur ces côtes , dans les Paroiffes de
Ravenoville & de Foucarville , au Val de Cere
Amirauté de la Hogue , eft très- veritable ; mais
9
ce
2016 MERCURE DE FRANCE
cé n'eft pas affez de vous certifier le fait . Pour
contenter amplement votre curiofité , je vous envoye
un deffein exact du mâle , & en voici la
Def
SEPTEMBRE . 1730. 2017
Defcription , avec les dimenfions exactes. Il avoit
42. piés de long & 24. de groffeur à l'endroit du
corps le plus épais , qui étoit vers le milieu , fa
tête feule avoit 14. piés de groffeur ; fes mâchoires
en avoient fix de longueur, L'inferieure étoit
armée de 48. dents très blanches , & groffes, chacune
comme une corne de Taureau ; fa langue
avoit deux piés de longueur , & trois de circonference
; les nageoires trés petites ; fa nature étoit
de 4. piés de longueur , & de près de trois piés
de groffeur. Toute la peau de l'Animal très- noire
& très tendre ; fon boyau étoit de plus de 500.
piés de longueur. Ces Poiffons monftrueux ont
rendu chacun plus de 900. pots d'huile. Enfin on
ne peut guere donner une idée plus jufte de leur
énorme grandeur que par un petit Char que l'on
a fait de l'os du crâne du mâle dans lequel un
homme peut aifément fe placer. Cependant c'eft
une fingularité à ne pas omettre que les усих de
ce Monftre étoient fort petits , enforte qu'ils n'avoient
guere qu'un pouce de grandeur entre les
deux angles . Nos plus anciens Marins difent qu'ils
n'ont jamais rien vû de pareil en ce genre.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de la Hogue en Normandie, au sujet de deux Monstres marins.
En 1729, deux poissons monstrueux, un mâle et une femelle, de taille égale, s'échouèrent sur les côtes normandes, dans les paroisses de Ravenoville et de Foucarville, relevant de l'Amirauté de la Hogue. Le mâle mesurait 42 pieds de long et 24 pieds de large au point le plus épais. Sa tête faisait 14 pieds de largeur, et ses mâchoires 6 pieds de longueur. La mâchoire inférieure comptait 48 dents blanches et grosses, semblables à des cornes de taureau. Sa langue mesurait 2 pieds de longueur et 3 pieds de circonférence. Les nageoires étaient très petites, et sa queue mesurait 4 pieds de longueur et près de 3 pieds de largeur. La peau de l'animal était très noire et très tendre, et son boyau dépassait 500 pieds de longueur. Chaque poisson a produit plus de 900 pots d'huile. Un petit char fut fabriqué à partir de l'os du crâne du mâle, permettant à un homme de s'y placer. Les yeux du monstre étaient très petits, ne mesurant qu'un pouce entre les deux angles. Les marins les plus anciens n'avaient jamais vu de tels spécimens.
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333
p. 2205-2210
REFLEXIONS.
Début :
Dans les Athées, s'il est vrai qu'il y en ait, la corruption du coeur précede [...]
Mots clefs :
Savant, Athéisme, Athées, Esprit, Lumières, Intérêt
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS.
REFLEXIONS,
Ans les Athées , s'il eſt vrai qu'il y
en ait , la corruption du coeur précede
prefque toujours l'égarement de l'ef
prit , & un mépris orgueilleux des fentimens
populaires les détermine à une opinion
finguliere qui flate leur vanité plus
qu'elle ne perfuade leur raifon .
Dans quelque égarement que tombe
l'efprit humain , il eft impoffible d'éteindre
entierement la lumiere qui nous découvre
l'existence de Dieu , Créateur du
monde &c. & un Athée a , pour ainfi dire,
grand interêt de l'être pour calmer les
juftes
2206 MERCURE DE FRANCE
juftes frayeurs d'une confcience allarmée.
C'eſt un très grand abus de croire que
les maximes Evangeliques ne font guere
compatibles avec de grandes lumieres
& qu'il n'eft rien de fi voifin de l'irréligion
qu'un génie fublime & élevé.
On appelle Athées ceux qui par leurs
'difcours & leurs actions paroiffent fouhaiter
qu'il n'y ait point de Dieux , afin
de n'avoir point de fujet de craindre les
châtimens qu'ils méritent leurs impiétés
& leurs defordres. Dixit infipiens in
corde fuo , non eft Deus,
par
Ce n'eft pas l'incrédulité qui produit le
libertinage ; on affecte d'être incrédule
parcequ'on veut être libertin : on commence
par fuivre fon penchant , & puis
on cherche à le juftifier.
L'homme qui a de l'efprit , & qui con•
fulte les autres , n'eft prefque qu'un demi
homme ; mais celui qui n'en a point , &
qui ne prend confeil de perfonne n'eſt
pas homme.
Il eft difficile de bien choifir ceux à
qui on veut demander confeil : celui des
yieillards eft lent , timide & douteux : la
jeuneffe
OCTOBRE. 1730. 2207
jeuneffe en donne de legers , de violens,
de teméraires ; fi on confulte les Sçavans,
on eft fatigué de leurs longs difcours , &
choqué de leur opiniâtreté : fi on confulte
les ignorans , on eft maître de leurs
avis , mais on en tire peu de lumieres :
fi on s'adreffe aux pauvres , leurs confeils
feront intereffés ; fi on s'adreffe aux riches
, il y aura trop de hauteur & de du
reté dans le parti qu'ils propoferont ; nos
parens , nos domeftiques , pour mieux
nous flater , nous tromperont : les étran
gers ne le donneront pas la peine d'exa
miner la matiere & délibereront fans
attention , ne prenant nul interêt en la
choſe. Plufieurs confeillers embaraffent
peu de confeillers ne fuffifent pas.
2
Qui confulte une fois veut s'éclaircir ;
qui confulte deux fois cherche à douter.
Les Sçavans font pour l'ordinaire dédaigneux
pour les ignorans , & ils font
mal , car ils prouvent par là combien ils
leur reffemblent encore.
L'imitation fervile eft blâmable ; mais
un homme d'efprit fçait habilement fe
rendre propres , & faire paffer dans fes
Ouvrages les beautés de ceux qui l'ont
devancé. On honore ceux qu'on imitę
ayce
1
2208 MERCURE DE FRANCE
avec art ; & un Auteur , même celebre ,
qui feroit profeffion étroite de n'imiter
perfonne , rarement meriteroit-il d'être
imité .
Sur les faits hiſtoriques que nous apprenons
,ou que nous lifons dans les livres
nous devons toujours être en garde contre
l'incertitude qui flatte fans ceffe notre
vanité ; car nous aimons à entendre
nos connoiffances , & quand la verité fe
dérobe à nos recherches , nous nous contentons
de la trouver remplacée par la
fiction que notre crédulité réalife , l'erreur
nous paroiffant moins à craindre
que l'ignorance.
Les hommes d'un gout fûr & délicat
ne font jamais contens de leurs Ouvrages ;
ils ont une fi haute idée de la perfection,
qu'ils ne croyent jamais y être parvenus .
On ne doit pas faire dépendre fes idées
de fon goût ; il faut prendre des guides
plus furs , la raifon & l'experience.
La décadence des Sciences & des Arts
eft fort à craindre ; car on commence à
outrer tout. Le goût des beautés fimples
& naturelles fe perd ; il faudra déformais
du bizarre , de l'étranger & du mefquin
pour
OCTOBRE. 1730. 2209
pour nous toucher ; plus d'un obftacle
s'oppose à la guerilon du mauvais gout.
Le défaut des Medecins , les génies fuperieurs
, tels qu'il en faudroit pour ramener
les efprits, font rares; & quand il s'en
trouve , ils voyent le mal , ils le blâment.
& fe laiffent cependant entraîner par la
foule à laquelle ils veulent plaire : on aime
le nouveau & le fingulier , on ſe ſçait
bon gré de ne pas marcher fur les pas de
fes prédeceffeurs . La défenſe du mauvais
gout devient un interêt de nation ; d'ail.
leurs, quand on pourroit le guerir, quelle
méthode fuivre dans une entrepriſe fi
difficile , où le malade croit être dans une
parfaite fanté , & regarde le Medecin
comme celui qui a befoin de remede ? fi
quelqu'un s'apperçoit de l'erreur commune
, ofera-t'il l'attaquer ? ofera - t'il
s'écarter des routes par où l'on parvient
à la réputation la plus brillante ? ne crain
dra- t'il point de s'expoſer à la dériſion .
On voit tous les jours de petits génies
vuides de lumieres & d'efprit , & pleins
d'amour propre , fe montrer difficiles &
même critiquer hautement dáns les Sciences
& dans les Arts les nouveautés qui
paroiffent , pour ſe faire une réputation
de gens d'efprit & de gout , fe flattant
qu'en attaquant des Auteurs & des Ou-
E vrages
2210 MERCURE DE FRANCE
yrages celebres , on fera grand cas de leurs
remarques , & qu'on les mettra , finon
au deffus , au moins à coté des plus ha
biles.
& و
Quelques Sçavans pleins de bonne opinion
de leurs études , difent par tout , &
croyent même que tout est trouvé
cela parce qu'ils fe perfuadent avec complaifance
qu'ils n'ont plus rien à appren
dre. Ils méprifent hautement les nouvelles
découvertes , & ne daignent pas
les examiner , crainte de fe convaincre
d'une préfomption qui les flate.
Un efprit vain & de mauvaiſe trempe,
quoique cultivé d'ailleurs , parle de tout
avec confiance , & ne peut juger fainement
de rien ; les frais qu'il fait en lecture
& en effort de mémoire , pour paroître
habile , font prefque autant de nouvelles
couches de ridicule qu'il fe donne;
l'orgueil & l'impertinence percent au
travers ; enforte qu'on peut dire avec
Moliere :
Un fot fçavant eft fot plus qu'un fot ignorant.
Et avec un Poëte plus moderne , M.
Pope.
Tel eft devenu fat à force de lecture
Qui n'eut été que fot en fuivant la nature.
Ans les Athées , s'il eſt vrai qu'il y
en ait , la corruption du coeur précede
prefque toujours l'égarement de l'ef
prit , & un mépris orgueilleux des fentimens
populaires les détermine à une opinion
finguliere qui flate leur vanité plus
qu'elle ne perfuade leur raifon .
Dans quelque égarement que tombe
l'efprit humain , il eft impoffible d'éteindre
entierement la lumiere qui nous découvre
l'existence de Dieu , Créateur du
monde &c. & un Athée a , pour ainfi dire,
grand interêt de l'être pour calmer les
juftes
2206 MERCURE DE FRANCE
juftes frayeurs d'une confcience allarmée.
C'eſt un très grand abus de croire que
les maximes Evangeliques ne font guere
compatibles avec de grandes lumieres
& qu'il n'eft rien de fi voifin de l'irréligion
qu'un génie fublime & élevé.
On appelle Athées ceux qui par leurs
'difcours & leurs actions paroiffent fouhaiter
qu'il n'y ait point de Dieux , afin
de n'avoir point de fujet de craindre les
châtimens qu'ils méritent leurs impiétés
& leurs defordres. Dixit infipiens in
corde fuo , non eft Deus,
par
Ce n'eft pas l'incrédulité qui produit le
libertinage ; on affecte d'être incrédule
parcequ'on veut être libertin : on commence
par fuivre fon penchant , & puis
on cherche à le juftifier.
L'homme qui a de l'efprit , & qui con•
fulte les autres , n'eft prefque qu'un demi
homme ; mais celui qui n'en a point , &
qui ne prend confeil de perfonne n'eſt
pas homme.
Il eft difficile de bien choifir ceux à
qui on veut demander confeil : celui des
yieillards eft lent , timide & douteux : la
jeuneffe
OCTOBRE. 1730. 2207
jeuneffe en donne de legers , de violens,
de teméraires ; fi on confulte les Sçavans,
on eft fatigué de leurs longs difcours , &
choqué de leur opiniâtreté : fi on confulte
les ignorans , on eft maître de leurs
avis , mais on en tire peu de lumieres :
fi on s'adreffe aux pauvres , leurs confeils
feront intereffés ; fi on s'adreffe aux riches
, il y aura trop de hauteur & de du
reté dans le parti qu'ils propoferont ; nos
parens , nos domeftiques , pour mieux
nous flater , nous tromperont : les étran
gers ne le donneront pas la peine d'exa
miner la matiere & délibereront fans
attention , ne prenant nul interêt en la
choſe. Plufieurs confeillers embaraffent
peu de confeillers ne fuffifent pas.
2
Qui confulte une fois veut s'éclaircir ;
qui confulte deux fois cherche à douter.
Les Sçavans font pour l'ordinaire dédaigneux
pour les ignorans , & ils font
mal , car ils prouvent par là combien ils
leur reffemblent encore.
L'imitation fervile eft blâmable ; mais
un homme d'efprit fçait habilement fe
rendre propres , & faire paffer dans fes
Ouvrages les beautés de ceux qui l'ont
devancé. On honore ceux qu'on imitę
ayce
1
2208 MERCURE DE FRANCE
avec art ; & un Auteur , même celebre ,
qui feroit profeffion étroite de n'imiter
perfonne , rarement meriteroit-il d'être
imité .
Sur les faits hiſtoriques que nous apprenons
,ou que nous lifons dans les livres
nous devons toujours être en garde contre
l'incertitude qui flatte fans ceffe notre
vanité ; car nous aimons à entendre
nos connoiffances , & quand la verité fe
dérobe à nos recherches , nous nous contentons
de la trouver remplacée par la
fiction que notre crédulité réalife , l'erreur
nous paroiffant moins à craindre
que l'ignorance.
Les hommes d'un gout fûr & délicat
ne font jamais contens de leurs Ouvrages ;
ils ont une fi haute idée de la perfection,
qu'ils ne croyent jamais y être parvenus .
On ne doit pas faire dépendre fes idées
de fon goût ; il faut prendre des guides
plus furs , la raifon & l'experience.
La décadence des Sciences & des Arts
eft fort à craindre ; car on commence à
outrer tout. Le goût des beautés fimples
& naturelles fe perd ; il faudra déformais
du bizarre , de l'étranger & du mefquin
pour
OCTOBRE. 1730. 2209
pour nous toucher ; plus d'un obftacle
s'oppose à la guerilon du mauvais gout.
Le défaut des Medecins , les génies fuperieurs
, tels qu'il en faudroit pour ramener
les efprits, font rares; & quand il s'en
trouve , ils voyent le mal , ils le blâment.
& fe laiffent cependant entraîner par la
foule à laquelle ils veulent plaire : on aime
le nouveau & le fingulier , on ſe ſçait
bon gré de ne pas marcher fur les pas de
fes prédeceffeurs . La défenſe du mauvais
gout devient un interêt de nation ; d'ail.
leurs, quand on pourroit le guerir, quelle
méthode fuivre dans une entrepriſe fi
difficile , où le malade croit être dans une
parfaite fanté , & regarde le Medecin
comme celui qui a befoin de remede ? fi
quelqu'un s'apperçoit de l'erreur commune
, ofera-t'il l'attaquer ? ofera - t'il
s'écarter des routes par où l'on parvient
à la réputation la plus brillante ? ne crain
dra- t'il point de s'expoſer à la dériſion .
On voit tous les jours de petits génies
vuides de lumieres & d'efprit , & pleins
d'amour propre , fe montrer difficiles &
même critiquer hautement dáns les Sciences
& dans les Arts les nouveautés qui
paroiffent , pour ſe faire une réputation
de gens d'efprit & de gout , fe flattant
qu'en attaquant des Auteurs & des Ou-
E vrages
2210 MERCURE DE FRANCE
yrages celebres , on fera grand cas de leurs
remarques , & qu'on les mettra , finon
au deffus , au moins à coté des plus ha
biles.
& و
Quelques Sçavans pleins de bonne opinion
de leurs études , difent par tout , &
croyent même que tout est trouvé
cela parce qu'ils fe perfuadent avec complaifance
qu'ils n'ont plus rien à appren
dre. Ils méprifent hautement les nouvelles
découvertes , & ne daignent pas
les examiner , crainte de fe convaincre
d'une préfomption qui les flate.
Un efprit vain & de mauvaiſe trempe,
quoique cultivé d'ailleurs , parle de tout
avec confiance , & ne peut juger fainement
de rien ; les frais qu'il fait en lecture
& en effort de mémoire , pour paroître
habile , font prefque autant de nouvelles
couches de ridicule qu'il fe donne;
l'orgueil & l'impertinence percent au
travers ; enforte qu'on peut dire avec
Moliere :
Un fot fçavant eft fot plus qu'un fot ignorant.
Et avec un Poëte plus moderne , M.
Pope.
Tel eft devenu fat à force de lecture
Qui n'eut été que fot en fuivant la nature.
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Résumé : REFLEXIONS.
Le texte explore divers aspects de la nature humaine et de la société, en se concentrant sur la foi, la raison et les comportements sociaux. Il commence par aborder l'athéisme, affirmant que la corruption morale précède souvent l'incrédulité. Même les athées ressentent le besoin de croire en Dieu pour apaiser leur conscience. Le texte critique l'idée que les enseignements évangéliques soient incompatibles avec une grande intelligence, soulignant que l'incrédulité sert souvent de justification au libertinage. Le texte discute également de la difficulté de choisir des conseillers fiables. Chaque groupe a ses défauts : les vieillards sont lents, les jeunes sont téméraires, les savants sont opiniâtres, et les ignorants manquent de lumières. Il met en garde contre l'incertitude et la vanité qui conduisent à préférer la fiction à la vérité. Ensuite, il traite de la décadence des sciences et des arts, attribuée à un goût excessif pour le bizarre et l'étranger. Les médecins et les esprits supérieurs, bien qu'ils voient le mal, se laissent entraîner par la foule. Le texte critique ceux qui se croient supérieurs et méprisent les nouvelles découvertes, ainsi que les esprits vains qui parlent de tout avec confiance sans véritable connaissance. Enfin, le texte cite Molière et Pope pour illustrer que la vanité et l'impertinence peuvent rendre un savant ridicule.
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334
p. 2212-2213
LOGOGRIPHE.
Début :
Ma substance en deux sens peut aisément s'entendre ; [...]
Mots clefs :
Dauphin
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
Dans le Logogryphe fuivant chaque
lettre a fon chiffre felon l'ordre de l'alphabet
; par exemple , le chiffre un défigne
a ; le chiffre deux eft pour 6. & ainfi du
refte.
E ij LO
2212 MERCURE DE FRANCE
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
LOGO GRIPHE.
A fubftance en deux fens peut aifément
s'entendre ; MA
Dans l'un je fuis un Prince , & dans l'autre un
poiffon ;
Pour en bien arranger chaque combinaiſon
Voici comment il faut s'y prendre :
Quatre , un , & neuf, treize , nombre fatał ,
Font naître certain animal
Qu'on voit plus aux Champs qu'à la Ville,
Chiffre de moins le rend utile ,
C'eft un qu'il faut ôter , & le refte à rebours
Fixera le féjour de mainte babillarde
Pendant le tems de ſes amours.
Vingt , neuf , treize , prenez-y garde
Rendent fouvent l'homme inſenſé.
Par quinze , neuf , treize , d'une Déeffe
L'Arbre à nos yeux fera tracé.
Quinze , un , neuf , treize , on voit , & la chofe
intereffe ,
On voit paroître un aliment
Dont on ufe journellement,
Quatre , neuf, treize & un , font revivre une fille
D'une très antique famille.
Le nombre neuf étant ôté
Et l'un à la place ajoûté ,
Da
OCTOBRE. 1730. 2213
De cette digne fille on reconnoît un frere
Non conçu de la même mere.
Neuf, vingt , quatre & puis un , fi vous faites
marcher ,
Cet ordre vous fera trouver
Des Tribus la plus ancienne .
Quinze , un , vingt , vous font voir une Ville de
Guyenne.
Vingt , un & treize font un meuble de grenier
Toujours très -utile au Fermier
Pour terminer tout affemblage' ,
De ce qui refte on tire un très grand avantage'} །
Quatre , neuf , vingt , un , treize , & Ciel ! quelle
faveur !
Tu nous feras ouvert , Confeil du Grand- Seigneur.
N ... Cédar.
lettre a fon chiffre felon l'ordre de l'alphabet
; par exemple , le chiffre un défigne
a ; le chiffre deux eft pour 6. & ainfi du
refte.
E ij LO
2212 MERCURE DE FRANCE
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
LOGO GRIPHE.
A fubftance en deux fens peut aifément
s'entendre ; MA
Dans l'un je fuis un Prince , & dans l'autre un
poiffon ;
Pour en bien arranger chaque combinaiſon
Voici comment il faut s'y prendre :
Quatre , un , & neuf, treize , nombre fatał ,
Font naître certain animal
Qu'on voit plus aux Champs qu'à la Ville,
Chiffre de moins le rend utile ,
C'eft un qu'il faut ôter , & le refte à rebours
Fixera le féjour de mainte babillarde
Pendant le tems de ſes amours.
Vingt , neuf , treize , prenez-y garde
Rendent fouvent l'homme inſenſé.
Par quinze , neuf , treize , d'une Déeffe
L'Arbre à nos yeux fera tracé.
Quinze , un , neuf , treize , on voit , & la chofe
intereffe ,
On voit paroître un aliment
Dont on ufe journellement,
Quatre , neuf, treize & un , font revivre une fille
D'une très antique famille.
Le nombre neuf étant ôté
Et l'un à la place ajoûté ,
Da
OCTOBRE. 1730. 2213
De cette digne fille on reconnoît un frere
Non conçu de la même mere.
Neuf, vingt , quatre & puis un , fi vous faites
marcher ,
Cet ordre vous fera trouver
Des Tribus la plus ancienne .
Quinze , un , vingt , vous font voir une Ville de
Guyenne.
Vingt , un & treize font un meuble de grenier
Toujours très -utile au Fermier
Pour terminer tout affemblage' ,
De ce qui refte on tire un très grand avantage'} །
Quatre , neuf , vingt , un , treize , & Ciel ! quelle
faveur !
Tu nous feras ouvert , Confeil du Grand- Seigneur.
N ... Cédar.
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335
p. 2250-2252
Ecole de Cavalerie, &c. [titre d'après la table]
Début :
M. De la Gueriniere, Ecuyer du Roi, vient de faire imprimer la quatriéme & derniere leçon [...]
Mots clefs :
Chevaux, Écuyer, Écuyer du roi, Cheval, Cavalerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ecole de Cavalerie, &c. [titre d'après la table]
M. de la Gueriniere , Ecuyer du Roy , vient de
faire imprimer la quatriéme & derniere leçon
d'un Livre intitulé : ECOLE DE CAVALLERIE ,
contenant un Recueil des principes , qui regardent
la connoiffance dés Chevaux , la maniere de
les dreffer , & generalement tout ce qui peut former
un connoiffeur & un homme de cheval.
Cet ouvrage qui a été composé pour fervir
aux Démonftrations publiques , que l'Auteur a
commencé de faire depuis près d'un an , tous les
Samedis
1
OCTOBRE. 1730. 2251
Samedis dans fon Académie , ruë de Vaugirard ,
en faveur de Mrs les Académiftes & de tous ceux
qui veulent y affifter , ce qui eft tres -utile , nonfeulement
pour tous les jeunes Gentilshommes
qui feront dorénavant leurs exercices , mais encore
pour tous les Officiers & autres perfonnes
qui font dans l'obligation d'avoir des Chevaux.
Tous les Auteurs qui ont écrit jufqu'à prefent
fur cette matiere, n'ont parlé que de chaque partie
en particulier ; les uns fimplement du Manége
, les autres des maladies des Chevaux ; dans
celui- ci on a réuni dans un feul volume toutes les
differentes parties qui ont du rapport aux Chevaux.
On s'eft attaché à y mettre tout l'ordre
poffible ; le ftyle en eft fimple & concis , les définitions
en font claires & dévelopent méthodiquement
les principes que l'on y établit : de forte
qu'on peut aisément parvenir à les mettre en
ufage.
L'Ouvrage eft diftribué en 4 leçons , & chacune
de ces leçons en plufieurs chapitres.
La 1. leçon explique le nom des parties exte
rieures du Cheval , leur fituation , leur beauté &
leurs deffauts.
La 2. regarde l'âge , la difference des poils
l'embouchure , la ferrure , la felle , & c.
La 3. enfeigne à dreffer les jeunes Chevaux
pour le Manége , pour la Guerre , pour la Chaffe
& pour le Caroffe.
Et la 4. renferme un Traité d'Oftéologie du
Cheval , la définition de ſes maladies , les remedes
pour les guérir & un Traité d'Opérations.
Ces 4 parties ont été faites dans la vûë de former
tous les ans un Cours de Cavalerie , qui durera
neuf mois . Le 1. vient d'être interrompu ,
à la 4 partie,par la faifon peu favorable pour les
démonſtrations & les opérations Anatomiques
qui
2252 MERCURE DE FRANCÉ
qui font le fujet de cette 4 partie , & que l'on fe
propofe de faire fur des fujets réels ; mais on
continuera ce cours le Samedy d'après la faint
Martin ; & l'on en recommencera en mêmetemps
un 2 ; ainfi cet arangement , que l'on fuivra
toujours par la fuite , fatisfera & la curiofité
des commençans, & ceux qui ont déja de la connoiffance.
Un Medecin de la Faculté de Paris fe fera un
plaifir d'en faire lui - même les Démonftrations
Anatomiques, à l'exemple d'Herouard , Medecin
d'Henry IV. qui avoit commencé , par les Ordres
de ce grand Roy, de travailler fur cette matiere
; mais la mort de ce Prince interrompit ce
projet , & il ne nous refte qu'un fimple abregé
d'Oftéologie.
Il y a lieu de s'étonner que de pareils exercices
n'ayent point encore été inftituez dans les Académies
, on auroit certainement fait des découvertes
curieufes & neceffaires à la confervation
d'un animal fi utile , car il ne fuffit pas de fçavoir
monter à Cheval avec grace & fermeté , il
faut joindre à ces qualitez celles de fçavoir acheter
& dreffer un Cheval pour fon ufage , le conferver
en fanté , le guérir de fes maladies & accidens
, lui ordonner l'embouchure , la ferrure
& la felle convenable , qui font des connoiffances
abfolument neceffaires , tant pour ceux qui fe'
deftinent au fervice , que pour tous ceux qui ſe
fervent de Chevaux.
faire imprimer la quatriéme & derniere leçon
d'un Livre intitulé : ECOLE DE CAVALLERIE ,
contenant un Recueil des principes , qui regardent
la connoiffance dés Chevaux , la maniere de
les dreffer , & generalement tout ce qui peut former
un connoiffeur & un homme de cheval.
Cet ouvrage qui a été composé pour fervir
aux Démonftrations publiques , que l'Auteur a
commencé de faire depuis près d'un an , tous les
Samedis
1
OCTOBRE. 1730. 2251
Samedis dans fon Académie , ruë de Vaugirard ,
en faveur de Mrs les Académiftes & de tous ceux
qui veulent y affifter , ce qui eft tres -utile , nonfeulement
pour tous les jeunes Gentilshommes
qui feront dorénavant leurs exercices , mais encore
pour tous les Officiers & autres perfonnes
qui font dans l'obligation d'avoir des Chevaux.
Tous les Auteurs qui ont écrit jufqu'à prefent
fur cette matiere, n'ont parlé que de chaque partie
en particulier ; les uns fimplement du Manége
, les autres des maladies des Chevaux ; dans
celui- ci on a réuni dans un feul volume toutes les
differentes parties qui ont du rapport aux Chevaux.
On s'eft attaché à y mettre tout l'ordre
poffible ; le ftyle en eft fimple & concis , les définitions
en font claires & dévelopent méthodiquement
les principes que l'on y établit : de forte
qu'on peut aisément parvenir à les mettre en
ufage.
L'Ouvrage eft diftribué en 4 leçons , & chacune
de ces leçons en plufieurs chapitres.
La 1. leçon explique le nom des parties exte
rieures du Cheval , leur fituation , leur beauté &
leurs deffauts.
La 2. regarde l'âge , la difference des poils
l'embouchure , la ferrure , la felle , & c.
La 3. enfeigne à dreffer les jeunes Chevaux
pour le Manége , pour la Guerre , pour la Chaffe
& pour le Caroffe.
Et la 4. renferme un Traité d'Oftéologie du
Cheval , la définition de ſes maladies , les remedes
pour les guérir & un Traité d'Opérations.
Ces 4 parties ont été faites dans la vûë de former
tous les ans un Cours de Cavalerie , qui durera
neuf mois . Le 1. vient d'être interrompu ,
à la 4 partie,par la faifon peu favorable pour les
démonſtrations & les opérations Anatomiques
qui
2252 MERCURE DE FRANCÉ
qui font le fujet de cette 4 partie , & que l'on fe
propofe de faire fur des fujets réels ; mais on
continuera ce cours le Samedy d'après la faint
Martin ; & l'on en recommencera en mêmetemps
un 2 ; ainfi cet arangement , que l'on fuivra
toujours par la fuite , fatisfera & la curiofité
des commençans, & ceux qui ont déja de la connoiffance.
Un Medecin de la Faculté de Paris fe fera un
plaifir d'en faire lui - même les Démonftrations
Anatomiques, à l'exemple d'Herouard , Medecin
d'Henry IV. qui avoit commencé , par les Ordres
de ce grand Roy, de travailler fur cette matiere
; mais la mort de ce Prince interrompit ce
projet , & il ne nous refte qu'un fimple abregé
d'Oftéologie.
Il y a lieu de s'étonner que de pareils exercices
n'ayent point encore été inftituez dans les Académies
, on auroit certainement fait des découvertes
curieufes & neceffaires à la confervation
d'un animal fi utile , car il ne fuffit pas de fçavoir
monter à Cheval avec grace & fermeté , il
faut joindre à ces qualitez celles de fçavoir acheter
& dreffer un Cheval pour fon ufage , le conferver
en fanté , le guérir de fes maladies & accidens
, lui ordonner l'embouchure , la ferrure
& la felle convenable , qui font des connoiffances
abfolument neceffaires , tant pour ceux qui fe'
deftinent au fervice , que pour tous ceux qui ſe
fervent de Chevaux.
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Résumé : Ecole de Cavalerie, &c. [titre d'après la table]
M. de la Guerinière, Écuyer du Roy, a publié la quatrième et dernière leçon de son ouvrage 'École de Cavalerie'. Ce livre rassemble les principes essentiels sur la connaissance des chevaux, leur dressage et les compétences d'un connaisseur en chevaux. Il accompagne les démonstrations publiques organisées chaque samedi dans son Académie, rue de Vaugirard. Contrairement aux ouvrages précédents, 'École de Cavalerie' regroupe toutes les parties relatives aux chevaux en un seul volume. Le style est simple et concis, avec des définitions claires et méthodiques. L'ouvrage est structuré en quatre leçons : la première décrit les parties extérieures du cheval, la deuxième traite de l'âge, des poils, de l'embouchure, de la ferrure et de la selle. La troisième enseigne le dressage des jeunes chevaux pour divers usages, et la quatrième contient un traité d'ostéologie, les maladies des chevaux, les remèdes et les opérations. Le cours de cavalerie, prévu pour neuf mois, a été interrompu après la quatrième partie en raison de conditions défavorables. Il reprendra après la Saint-Martin, avec un second cours commençant simultanément. Un médecin de la Faculté de Paris effectuera les démonstrations anatomiques. L'institution de tels exercices dans les académies est surprenante, car elle permettrait des découvertes utiles à la conservation des chevaux. Il est essentiel de connaître non seulement la monte, mais aussi l'achat, le dressage, la conservation en santé, le traitement des maladies, ainsi que l'embouchure, la ferrure et la selle appropriées. Ces connaissances sont cruciales pour ceux qui se destinent au service ou utilisent des chevaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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336
p. 2650-2651
ENIGME.
Début :
Nous sommes bien des soeurs, mais loin d'être bornées [...]
Mots clefs :
Dents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Ous fommes bien des foeurs , mais loin d'ètre
bornées Nou
A ne fervir
que
d'ornement ,
Au plus preffant befoin nous fommes deftinées ;
Nous excellons fur tout par notre arrangement.
faire ,
De nos foins l'homme n'a que
Quand de fes ans il commence le cours ;
Mais il obtient notre fecours ,
Dès qu'il lui devient neceffaire,
I. Vol. Si
DECEMBRE. 1730. 2651
Si lorfque l'on nous perd nous pouvions revenir ,
O combien de Neftors paroîtroient rajeunir !
Des termes vainement on trouve l'élegance ;
Sans nous il n'eft point d'Orateurs ;
Voyez quelle eft notre puiſſance ,
Nous aidons à former ces fons vifs & flateurs ;
Dont pour perfuader ou pour toucher les coeurs,
Se fert la plus belle éloquence.
Voilà ce qu'on gagne avec nous..
Pour nous mettre au travail il eft certaines heures
Qui font communes prefqu'à tous :
Nous reffemblons aux fotifes des foux;
Les plus courtes font les meilleures.
Pour avoir differens emplois ,
Par la Nature & l'Art également formées ,
Notre nom paffe quelquefois ,
A des chofes inanimées,
Ous fommes bien des foeurs , mais loin d'ètre
bornées Nou
A ne fervir
que
d'ornement ,
Au plus preffant befoin nous fommes deftinées ;
Nous excellons fur tout par notre arrangement.
faire ,
De nos foins l'homme n'a que
Quand de fes ans il commence le cours ;
Mais il obtient notre fecours ,
Dès qu'il lui devient neceffaire,
I. Vol. Si
DECEMBRE. 1730. 2651
Si lorfque l'on nous perd nous pouvions revenir ,
O combien de Neftors paroîtroient rajeunir !
Des termes vainement on trouve l'élegance ;
Sans nous il n'eft point d'Orateurs ;
Voyez quelle eft notre puiſſance ,
Nous aidons à former ces fons vifs & flateurs ;
Dont pour perfuader ou pour toucher les coeurs,
Se fert la plus belle éloquence.
Voilà ce qu'on gagne avec nous..
Pour nous mettre au travail il eft certaines heures
Qui font communes prefqu'à tous :
Nous reffemblons aux fotifes des foux;
Les plus courtes font les meilleures.
Pour avoir differens emplois ,
Par la Nature & l'Art également formées ,
Notre nom paffe quelquefois ,
A des chofes inanimées,
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337
p. 2651
LOGOGRYPHE.
Début :
Ma premiere moitié ressemble à la derniere, [...]
Mots clefs :
Coucou
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
MA premiere moitié reffemblé à la derniere
je
Choſe rare , j'ai double cou ,
ne fuis élevé par pere, ni par mere ;
Et paffe pour un franc filou.
J'habite les bois , les bruieres ,
On fçait qu'en dérobant je fais fouvent un don ,
Et quoique j'aye maints confreres ,
Perfonne cependant ne veut porter mon nom.
MA premiere moitié reffemblé à la derniere
je
Choſe rare , j'ai double cou ,
ne fuis élevé par pere, ni par mere ;
Et paffe pour un franc filou.
J'habite les bois , les bruieres ,
On fçait qu'en dérobant je fais fouvent un don ,
Et quoique j'aye maints confreres ,
Perfonne cependant ne veut porter mon nom.
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338
p. *2652-2652
AUTRE.
Début :
Dans l'Empire Romain je suis très remarquable, [...]
Mots clefs :
Aigle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Ans l'Empire Romain je fuis très remar
quable ,
Mais l'on peut lire dans la Fable ,
Que je fuis placé près d'un Dieu ;
Le feu de mes yeux étincelle.
Orez ma lettre du milieu ,
Vous ne me verrez plus qu'une aile.
D'Orvilliers , de Vernon.
Ans l'Empire Romain je fuis très remar
quable ,
Mais l'on peut lire dans la Fable ,
Que je fuis placé près d'un Dieu ;
Le feu de mes yeux étincelle.
Orez ma lettre du milieu ,
Vous ne me verrez plus qu'une aile.
D'Orvilliers , de Vernon.
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339
p. 2680-2683
Ouvertures des Academies, &c. / Extrait du Mémoire sur les Phospheres nouveaux, [titre d'après la table]
Début :
Le 14. Novembre, l'Académie Royale des Belles-Lettres tint son Assemblée [...]
Mots clefs :
Académie royale des belles-lettres, Académie royale des sciences, Phosphore, Pierre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ouvertures des Academies, &c. / Extrait du Mémoire sur les Phospheres nouveaux, [titre d'après la table]
Le 14. Novembre , l'Académie Royale
'des Belles Lettres tint fon Affemblée
publique après deux mois de vacances ;
S. E. M. le Cardinal de Fleuri , Acadé--
micien honoraire , y préfida. M. l'Abbé
Sevin ouvrit la féance par la Relation
de fon Voyage litteraire dans le Levant .
L'Abbé Gedoin lut enfuite la Préface qu'il
doit mettre à la tête de fa Traduction
de Paufanias ; après quoi M. le Cardinal
de Fleuri ayant été obligé de partir pour
Verſailles , M. l'Abbé Bignon prit fa pla
ce , & l'Abbé Salier lut pour l'Abbé-
Bannier une Differtation Mythologiquefur
les Déeffes Meres , & l'Abbé Souchay·
termina la féance par une autre fur les
Pfylles.
Le 15. Novembre , l'Académie Royale
des Sciences fit auffi fa rentrée publique
à laquelle M. de Maison , Préfident à
Mortier , Académicien honoraire , pré-
La.Kala
fida .
DECEMBRE. 1730. 2681!
fida. M. de Fontenelle , Secrétaire , lut less
Eloges de M M. Maraldi & Bianchini
& donna un Catalogue raifonné & curieux
des Ouvrages de ces deux illuftres»
Académiciens , morts depuis peu.
M. de Reaumur lut enfuite un Mé
moire fur les Termometres , & parla d'u
ne efpece particuliere de fon invention¸
plus parfaits que les autres.-
M. du Fay lut un Mémoire fur la découverte
qu'il a faite d'un grand nombre
de Phofphores nouveaux , dont l'effet eft
femblable à celui de la pierre de Boulo--
gne. Jufques à préfent on ne connoiffoit
que cette pierre & une préparation chimique
connue fous le nom de Phoſphore
hermetique de Balduinus , qui euffent la
proprieté de s'impregner des rayons de la
lumiere , en les expofant au jour , & de
conferver cette lumiere, étant portés dans
l'obſcurité ; enſorte qu'il femble que ce
foient des charbons de feu embrafés fansaucune
chaleur.
La pierre de Boulogne & cette prépa
ration chimique ont été celebrées à l'envi
par un grand nombre d'Auteurs de
tous Pays , & on s'eft beaucoup plus appliqué
à deviner ce qu'il pouvoit y avoir
de fingulier dans cette pierre qu'à cher--
cher s'il n'y en avoit point d'autres qui
euffent la même proprieté. Enfin M. du
Lo Vol Fay
2682 MERCURE DE FRANCE
و
Fay s'en eft avifé , & le fuccès a de beaucoup
paffe fon attente ; car il a trouvé
un nombre infini de matieres de toute
efpece qui font précisément tous les mêmes
effets que la fameufe pierre de Boulogne
; & ce qu'il y a d'avantageux , c'eſt
que ces matieres ne font pas rares ; car
toutes les efpeces de gyps ou pierres à
plâtre , les albâtres les felenites , les
pierres à chaux , tous les marbres indifferemment
, les écailles d'huitre , les coquilles
d'oeuf , les os d'animaux ; enfin
toutes les matieres qui peuvent être calcinées
font dans ce cas ; il fuffit de les
mettre dans un creufet de placer le
creufet dans une forge , & de les chaufer
vivement pendant une demie heure ou
trois quarts d'heure : fi on manque la
premiere fois , il n'y a qu'à recommencer
une feconde , ou même une troifiéme , &
on réuffit.
و
M. Dufay ayant tenté la même choſe
fur les pierres de taille , les moilons , la
pierre de liais , la marne , les bols &c.
aucune ne lui réuffit ; mais il imagina de
les diffoudre dans l'Eau- forte , comme
on fait la craye dans le Phoſphore de
Balduinus , & toutes lui réuffirent par
cette voye. Il eut le même fuccès en employant
les cendres de toutes fortes de
bois , des feuilles , de la paille , enfin de
\ I. Val.
toutes
DECEMBRE . 1730. 2683
OF
།
ce
off
de
me
de
Jar
de
tes
les
A
1
toutes les matieres combuftibles.
Voici la préparation : il prend quelqu'une
de ces pierres , terres ou cendres ,
il les fait diffoudre dans l'Eau forte ; it
fait évaporer & deffecher la diffolution
& prend un morceau de cette matiere
feche qu'il met dans un creufet , & le
fait chauffer à peu près comme fi l'on
fondoit du plomb ; la matiere fe gonfle ,
fume , & fe deffeche une feconde fois , &
le Phoſphore eft préparé ; il n'y a qu'à
expoſer le creufet à la lumiere du jour ,
& le porter dans l'obſcurité. Voilà donc
toutes les matieres qui fe peuvent trouver
fur la terre devenues fufceptibles de
lumiere , il n'y a que les pierres dures ,
telles que les cailloux , agathes &c. & les
métaux qui n'ayent point encore réuffi à
M. Dufay ; mais il ne defefpere pas d'y
parvenir. Il ajouta enfuite les effets finguliers
que font quelques- uns de ces
Phofphores dans l'eau , l'efprit de vin
l'huile , l'eau-forte , les liqueurs alkalines
&c. mais nous ne le fuivrons point
dans ce détail . Enfin , il indiqua quelques
unes des experiences qu'il y auroit encore
à faire , & exhorta les Phyficiens à y
travailler auffi de leur côté , perfuadé
qu'elles peuvent mener à des découvertes.
importantes fur la nature de la lumiere.
'des Belles Lettres tint fon Affemblée
publique après deux mois de vacances ;
S. E. M. le Cardinal de Fleuri , Acadé--
micien honoraire , y préfida. M. l'Abbé
Sevin ouvrit la féance par la Relation
de fon Voyage litteraire dans le Levant .
L'Abbé Gedoin lut enfuite la Préface qu'il
doit mettre à la tête de fa Traduction
de Paufanias ; après quoi M. le Cardinal
de Fleuri ayant été obligé de partir pour
Verſailles , M. l'Abbé Bignon prit fa pla
ce , & l'Abbé Salier lut pour l'Abbé-
Bannier une Differtation Mythologiquefur
les Déeffes Meres , & l'Abbé Souchay·
termina la féance par une autre fur les
Pfylles.
Le 15. Novembre , l'Académie Royale
des Sciences fit auffi fa rentrée publique
à laquelle M. de Maison , Préfident à
Mortier , Académicien honoraire , pré-
La.Kala
fida .
DECEMBRE. 1730. 2681!
fida. M. de Fontenelle , Secrétaire , lut less
Eloges de M M. Maraldi & Bianchini
& donna un Catalogue raifonné & curieux
des Ouvrages de ces deux illuftres»
Académiciens , morts depuis peu.
M. de Reaumur lut enfuite un Mé
moire fur les Termometres , & parla d'u
ne efpece particuliere de fon invention¸
plus parfaits que les autres.-
M. du Fay lut un Mémoire fur la découverte
qu'il a faite d'un grand nombre
de Phofphores nouveaux , dont l'effet eft
femblable à celui de la pierre de Boulo--
gne. Jufques à préfent on ne connoiffoit
que cette pierre & une préparation chimique
connue fous le nom de Phoſphore
hermetique de Balduinus , qui euffent la
proprieté de s'impregner des rayons de la
lumiere , en les expofant au jour , & de
conferver cette lumiere, étant portés dans
l'obſcurité ; enſorte qu'il femble que ce
foient des charbons de feu embrafés fansaucune
chaleur.
La pierre de Boulogne & cette prépa
ration chimique ont été celebrées à l'envi
par un grand nombre d'Auteurs de
tous Pays , & on s'eft beaucoup plus appliqué
à deviner ce qu'il pouvoit y avoir
de fingulier dans cette pierre qu'à cher--
cher s'il n'y en avoit point d'autres qui
euffent la même proprieté. Enfin M. du
Lo Vol Fay
2682 MERCURE DE FRANCE
و
Fay s'en eft avifé , & le fuccès a de beaucoup
paffe fon attente ; car il a trouvé
un nombre infini de matieres de toute
efpece qui font précisément tous les mêmes
effets que la fameufe pierre de Boulogne
; & ce qu'il y a d'avantageux , c'eſt
que ces matieres ne font pas rares ; car
toutes les efpeces de gyps ou pierres à
plâtre , les albâtres les felenites , les
pierres à chaux , tous les marbres indifferemment
, les écailles d'huitre , les coquilles
d'oeuf , les os d'animaux ; enfin
toutes les matieres qui peuvent être calcinées
font dans ce cas ; il fuffit de les
mettre dans un creufet de placer le
creufet dans une forge , & de les chaufer
vivement pendant une demie heure ou
trois quarts d'heure : fi on manque la
premiere fois , il n'y a qu'à recommencer
une feconde , ou même une troifiéme , &
on réuffit.
و
M. Dufay ayant tenté la même choſe
fur les pierres de taille , les moilons , la
pierre de liais , la marne , les bols &c.
aucune ne lui réuffit ; mais il imagina de
les diffoudre dans l'Eau- forte , comme
on fait la craye dans le Phoſphore de
Balduinus , & toutes lui réuffirent par
cette voye. Il eut le même fuccès en employant
les cendres de toutes fortes de
bois , des feuilles , de la paille , enfin de
\ I. Val.
toutes
DECEMBRE . 1730. 2683
OF
།
ce
off
de
me
de
Jar
de
tes
les
A
1
toutes les matieres combuftibles.
Voici la préparation : il prend quelqu'une
de ces pierres , terres ou cendres ,
il les fait diffoudre dans l'Eau forte ; it
fait évaporer & deffecher la diffolution
& prend un morceau de cette matiere
feche qu'il met dans un creufet , & le
fait chauffer à peu près comme fi l'on
fondoit du plomb ; la matiere fe gonfle ,
fume , & fe deffeche une feconde fois , &
le Phoſphore eft préparé ; il n'y a qu'à
expoſer le creufet à la lumiere du jour ,
& le porter dans l'obſcurité. Voilà donc
toutes les matieres qui fe peuvent trouver
fur la terre devenues fufceptibles de
lumiere , il n'y a que les pierres dures ,
telles que les cailloux , agathes &c. & les
métaux qui n'ayent point encore réuffi à
M. Dufay ; mais il ne defefpere pas d'y
parvenir. Il ajouta enfuite les effets finguliers
que font quelques- uns de ces
Phofphores dans l'eau , l'efprit de vin
l'huile , l'eau-forte , les liqueurs alkalines
&c. mais nous ne le fuivrons point
dans ce détail . Enfin , il indiqua quelques
unes des experiences qu'il y auroit encore
à faire , & exhorta les Phyficiens à y
travailler auffi de leur côté , perfuadé
qu'elles peuvent mener à des découvertes.
importantes fur la nature de la lumiere.
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Résumé : Ouvertures des Academies, &c. / Extrait du Mémoire sur les Phospheres nouveaux, [titre d'après la table]
Le 14 novembre 1730, l'Académie Royale des Belles Lettres reprit ses activités après deux mois de pause avec une assemblée publique présidée par le Cardinal de Fleury. L'Abbé Sevin débuta la séance en relatant son voyage littéraire dans le Levant. Ensuite, l'Abbé Gedoin présenta la préface de sa traduction de Pausanias. Après le départ du Cardinal de Fleury, l'Abbé Bignon prit la présidence. L'Abbé Salier lut une dissertation mythologique sur les Déesses Mères pour l'Abbé Bannier, et l'Abbé Souchay conclut la séance avec une dissertation sur les Phylles. Le 15 novembre, l'Académie Royale des Sciences tint également sa rentrée publique, sous la présidence de M. de Maison. M. de Fontenelle, en tant que Secrétaire, lut les éloges de MM. Maraldi et Bianchini et présenta un catalogue de leurs ouvrages. M. de Réaumur lut un mémoire sur les thermomètres, présentant une nouvelle invention plus perfectionnée. M. Du Fay lut un mémoire sur la découverte de nombreux nouveaux phosphores, dont les effets sont similaires à ceux de la pierre de Boulogne. Ces nouveaux phosphores incluent diverses matières telles que le gypse, les albâtres, les sélénites, les pierres à chaux, les marbres, les écailles d'huître, les coquilles d'œuf, les os d'animaux et toutes les matières combustibles. M. Du Fay mentionna que certaines pierres dures et métaux n'ont pas encore été transformés en phosphores, mais il espère y parvenir. Il parla également des effets singuliers de certains phosphores dans divers liquides et encouragea les physiciens à poursuivre ces recherches pour découvrir des propriétés importantes de la lumière.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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340
p. 2804-2833
LETTRE de M. Treüillot de Ptoncour, Curé d'Ansacq, à Madame la Princesse de Conty, troisiéme Doüairiere, & Relation d'un Phénomene très extraordinaire, &c.
Début :
MADAME, J'ay crû avoir remarqué dans mes deux Voyages de l'Isle-Adam, que VOTRE ALTESSE [...]
Mots clefs :
Ansacq, Sabbat, Relation, Prince de Conti, Princesse de Conti, Village, Esprit, Campagne, Vallons, Phénomène extraordinaire, Maison, Voix, Bruits, Merveilleux, Voix humaine, Bruit extraordinaire, Phénomènes, Laboureur, Témoins
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Treüillot de Ptoncour, Curé d'Ansacq, à Madame la Princesse de Conty, troisiéme Doüairiere, & Relation d'un Phénomene très extraordinaire, &c.
LETTRE de M.Treüillot de Ptoncour,
Curé d'Anfacq , à Madame la Princeffe
de Conty , troifiéme Douairiere , &
Relation d'un Phénomene très extraordinaire
, &c.
MADAM ADAME ,
Fay cru avoir remarqué dans mes deux
Voyages de l'Ile-Adam , queVOTRE Altesse
SERENISSIME n'y venoit de tems en tems que
poury gouter les amusemens de la Campagne
; une Ménagerie , la Chaffe , la Pêche ,
les Promenades , les ouvrages de l'aiguille
ou de la Tapiffèrie , & fur tout d'agréables
lectures , font , ce me femble , tout ce qui peut
former l'aimable varieté de vos innocens plaifirs.
Que je ferois heureux , MADAME ,
fi je pouvois y contribuer en quelque³ maniere,
& augmenter cette varieté par la petite
Relation que je prens la liberté de vous
prefenter!
Tout y refpire l'air de la Campagne ; tout
ce qui y eft contenu s'eft paffé à la Campagnes
c'eft fur le témoignage de gens de la Campagne
que le fait dont il s'agit eft appuyé ;
II. Fol. c'eft
DECEMBRE . 1730. 2803
c'est enfin un Curé , mais le Curé de toutes
vos Campagnes , le plus fidele , le plus zelé ,
& le plus refpectueux , qui a l'honneur de
vous la communiquer.
Le fujet de cette Relation , toute effrayant
qu'il ait parn aux gens de la Campagne qui
difent, en avoir été témoins , devient naturellement
pour les efprits folides , & fur tout
pour celui de V. A. S. un vrai divertiffement
& une matiere agréable de recherches ,
de reflexions, fuppofe fa réalité.
Il s'agit d'un bruit extraordinaire dans
Fair, qui a toutes les apparences d'un Prodige
; prefque tous les habitans du lieu où
il s'eft fait, affurent , jurent & protestent l'avoir
bien entendu.
Ces Témoins , comme gens de la Campagne
, appellent cet évenement un Sabbat ; les
efpritsforts l'appelleront comme ils voudront,
pourront raifonner , ou plutôt badiner à
Leur aife.
> Aux
Pour moi , dans la Differtation que j'ay
mife à la fin , je lui donne le nom grec d'Akoulmate
, pour fignifier une chofe extraor
dinaire qui s'entend dans l'air , comme on
donne le nom grec de Phénomene
chofes qui paroiffent extraordinairement
dans
te même Element ; mais je me garde bien de
rien décider fur le fond ni fur les cauſes .
Quoiqu'il en soit , Efprits , Lutins , Sorciers
, Magiciens , Météores , Conflictions
II. Vol .
de
2806 MERCURE DE FRANCË
de vapeurs , Combats d'Elemens ; je laiffe
aux Curieux à choisir ou à trouver d'autres
caufes : ilme fuffit d'affurer V.A.S. que les
Témoins de ce prétendu Prodige , m'ont paru
de bonne foi , & que les ayant interroge
plufieurs fois , & leur ayant donné tout le
tems de fe contredire & d'oublier dans leurs
deux , trois & quatrième dépofitions , ce qu'ils
m'avoient dit dans la premiere , ils se font
néanmoins foutenus à merveilles , & n'ont
point varié dans la moindre circonftance.
C'en eft affez pour mon deffein , qui fe
termine uniquement au divertiffement de
V. A. S. elle a dans fa Cour & à la suite
de Monfeigneur le PRINCE DE CONTY,
des R R. Peres Jefuites , qui font ordinairement
des perfonnes trés-lettrées & trés- verfées
dans les fecrets de la Nature : fi vous voulez
, MADAME , leur communiquer cette
Relation , & qu'ils veuillent bien en dire
leur fentiment, je ferai charmé de profiter de
leurs lumieres, & je m'engagerai même à rendre
publique leur opinion , avec leur permiffion,
s'entend, je ne voudrois pour toute chofe
au monde , jamais rien faire qui pût leur
déplaire.
Au refte , V. A. S. doit prendre d'autant
plus de part à cet évenement , qu'il eft arrivé
dans une de fes Terres.
Si ce font des Efprits de l'Air, comme les
Perdrix & les autres Oifeaux qui habitent
II. Vol. Le
DECEMBRE. 1730. 2807
le même Element dans l'étenduë du Territoire
d'Amfacq , appartiennent de droit à
V. A. S. fans doute que ces Efprits , pourvn
qu'ils foient familiers & bienfaifants , doivent
vous appartenir par la même raifon ;
en tout cas mon unique but n'eft , encore un
coup , MADAME , que de vous diver
tir, auffi-bien que Monfeigneur LE PRINCE
DE CONTY ; faffe le Ciel quej'y aye réuſſi
aujourd'huy , en attendant que je puiffe donner
des marques plus ferieufes de l'attachement
infini & du refpect profond avec lequel
je fuis de V. A. S. MADAME , & c.
RELATION d'un bruit extraordinaire
comme de voix humaines , entendu dans
l'Airpar plufieurs Particuliers de la Paroiffe
d'Anfacq , Diocéfe de Beauvais
la nuit du 27. au 28. Janvier 1730 .
E Samedi 28. Janvier de la prefente
Lannée , le bruit le répandit dans la
Paroiffe d'Anfacq , près Clermont en
Beauvoifis , que la nuit précédente plufieurs
Particuliers des deux fexes , avoient
entendu dans l'Air une multitude prodigieufe
comme de voix humaines de
differens tons , groffeurs & éclats , de tout
âge , de tout fexe , parlant & criant toutes
enfemble , fans néanmoins que ces Par-
IIV ol.
ticu1808
MERCURE DE FRANCE
ticuliers ayent pu rien diftinguer de ce
que les voix articuloient ; que parmi cette
confufion de voix , on en avoit reconnu
& diftingué un nombre infini qui pouffoit
des cris lugubres & lamentables , comme
de perfonnes affligées , d'autres des cris de
joye & des ris éclatans , comme de perfonnes
qui fe divertiffent ; quelques- uns
ajoûtent qu'ils ont clairement diftingué
parmi ces voix humaines , ſoit- diſant , les
fons de differens inftrumens.
Cette nouvelle vint bientôt jufqu'à
moi , & comme je n'ajoûte pas foi
aifément à ces fortes de bruits populai
res , & que je fuis affez pyrrhonien à l'égard
de tous les contes nocturnes qui fe
débitent fi fouvent dans l'apparition des
Efprits , des Sabbats & de tant d'autres
bagatelles de cette efpece , je me contentai
d'abord de rire de celle-cy & de la regarder
comme un effet ordinaire d'une
Imagination frappée & bleffée de la frayeur
qu'inſpirent ordinairement les tenebres
de la nuit , fur tout à des efprits groffiers
& ignorans , comme ceux de la plupart
gens de la Campagne , qui font nour
ris & élevés par leurs parens dans cette
perfuafion qu'il y a des Sorciers & des
Sabbats , & qui ajoûtent plus de foi aux
contes ridicules qui s'en débitent parmi
eux , qu'aux veritez effentielles de l'Evangile
& de la Religion.
des
DECEMBRE 1730. 2800
Je badinai ainfi jufqu'au lendemain Dimanche
29. dudit mois , me divertiffant
toujours à entendre raconter la chofe par
tous ceux & celles qui difoient l'avoir entenduë.
Entre ceux- là , deux de mes Paroiffiens,
des premiers du lieu , bons Laboureurs ,
gens d'honneur & de probité , beaucoup
plus éclairez & moins crédules que ne
le font ordinairement les gens de la Campagne
, me vinrent faire l'un après l'autre
leur Relation , comme ayant entendu
de près tout ce qui s'étoit paffé .
Ils m'affurerent qu'alors ils étoient dans
un bons fens parfait, qu'ils revenoient de
Senlis , environ à deux heures après minuit
, & qu'ils étoient fùrs d'avoir bien
entendu & fans être trop effrayez , tour
ce qui eft rapporté au commencement de
cette Relation .
Après les avoir bien interrogez & tour.
nez de toutes fortes de manieres , je tâchai
de leur perfuader qu'ils s'étoient trompez,
& que la crainte & la préoccupation leur
avoient fait prendre quelques cris d'Oifeaux
nocturnes pour des voix humaines;
mais leurs réponſes ont toujours été les
mêmes , fans fe les être communiquées
& je n'ai pû y découvrir ni malice , ni
tromperies , ni contradictions .
J'ai eu beau leur faire à chacun en
-II. Vol.
par2810
MERCURE DE FRANCE
particulier toutes les objections qui me
vinrent alors dans l'imagination , ils ont
toujours perfifté& perfiftent encore à affu
rer que lorfqu'en revenant de Senlis ils
s'entretenoient tranquilement d'une affai
re pour laquelle ils avoient été obligez d'aller
en cette Ville ; ils avoient tout à coup
entendu près d'eux un cri horrible d'une
voix lamentable , à laquelle répondit à
fix cens pas delà une voix femblable &
par un même cri , que ces deux cris furent
comme le prélude d'une confuſion
d'autres voix d'hommes , de femmes , de
vieillards , de jeunes gens , d'enfans, qu'ils
entendirent clairement dans l'efpace renfermé
entre les deux premieres voix ,
& que parmi cette confufion ils avoient
diftinctement reconnu les fons de dif
ferens inftrumens comme Violons
Baffes , Trompettes , Flutes , Tambours ,
&c.
Quoique tout cela n'ait pû me tirer
encore de mon pyrrhonifme , je n'ofe
néanmoins traiter de vifionnaires un fi
grand nombre de perfonnes raifonnables ,
entre lefquelles il s'en trouve fur tout
fept ou huit qu'on peut appeller gens
de mérite & de probité pour laCampagne
qui dépofent toutes unanimement la même
chofe , fans fe démentir ni fe contredire
en la moindre circonftance , quoi-,
II. Vol.
qu'elle
DECEMBRE. 1730. 2811
qu'elles ne fe foient ni parlé ni commu❤
niqué , étant logées dans differens quartiers
du Village éloignez l'un de l'autre
& la plupart defunies par des difcusions
d'interêt qui rompent en quelque maniere
entre elles le commerce ordinaire de la
focieté ; enforte que je ne vois nulle apparence
qu'il puiffe s'être formé entre
elles un complot pour me tromper ou
pour fe tromper elles- mêmes.
C'est ce qui m'a déterminé , à tout hazard
, à prendre la dépofition de chaque
Particulier qui dit avoir entendu les bruits
en queſtion , & d'en faire une efpece de
procès verbal , pour le communiquer à
des perfonnes plus éclairées que moi ,
moi , afin
que fuppofé le fait veritable , elles puiffent
exercer leurs efprits & leurs penetrations
à chercher les caufes naturelles
ou furnaturelles d'un évenement fi extraordinaire.
Quoique j'euffe pris d'abord cette réfo
lution , j'avois pourtant négligé de l'executer
, & le procès verbal que j'avois commencé
dès les premiers jours de Fevrier ,
étoit demeuré imparfait. Mais cette efpece
de prodige étant encore arrivé la nuit du
9. au 10. du mois de May , & plufieurs
perfonnes raisonnables en ayant été témoins
, je me fuis enfin déterminé tout à
fait à continuer avec foin cette efpece
d'enquête,
DE2812
MERCURE DE FRANCE
DEPOSITIONS.
Cejourd'hui 17. May 1730. a comparu
pardevant nous, Prêtre, Docteur en Théologie
, Curé d'Anfacq , le nommé Charles
Defcoulleurs , Laboureur , âgé d'environ
48. ans , lequel interrogé par nous ,
s'il étoit vrai qu'il eût entendu le bruit
extraordinaire qu'on difoit s'être fait dans
l'Air la nuit du 27. au 28. Janvier dernier
, & fommé de nous dire la verité
fans détours & fans déguiſemens.
>
A répondu , que cette nuit là , revenant
avec fon frere François Defcoulleurs , de la
Ville de Senlis , & ayant paffé par Mello ,
où ils auroient eu quelques affaires ; ils auroient
été obligez d'y refterjufques bien avant
dans la nuit, mais que voulant neanmoins
revenir coucher chez eux , ils feroient arrivez
environ à deux heures après minuit audeffus
des murs du Parc d'Anfacq , du côté
du Septentrion , & que prêts à defcendre la
Côte par un fentier qui cottoye ces murs , &
conduit au Village , s'entretenant de leurs
affaires , ils auroient été tout à coup interrompus
par une voix terrible , qui leur parut
éloignée d'eux environ de vingt pas ;
qu'une autre voix femblable à la premiere
auroit répondu fur le champ du fond d'une
gorge entre deux Montagnes , à l'autre exremité
du Village , & qu'immédiatement
II. Vol.
aprés
DECEMBRE. 1730. 281 }
leaprés
, une confufion d'autres voix comme
humaines , fe feroient fait entendre dans
Pefpace contenu entre les deux premieres
articulant certain jargon clapiſſant , que
dit Charles Defconlleurs dit n'avoir pû com
prendre , mais qu'il avoit clairement diftinqué
des voix de vieillards , de jeunes hommes
, defemmes ou de filles & d'enfans, &
parmi tout cela les fons de differens Inftru
mens.
Interrogé. Si ce bruit lui avoit paru éloigné
de lui & de fon frere ? A répondu
de quinze on vingt pas. Interrogé , fi ces
voix paroiffoient bien élevées dans l'Air ?
A répondu. A peu près à la hauteur de
vingt ou trente pieds , les unes plus , les autres
moins, & qu'il leur avoit femblé même
que quelques-unes n'étoient qu'à la hauteur
d'un homme ordinaire , & d'autres comme
fi elles fuffent forties de terre.
Interrogé. S'il n'auroit pas pris les cris
de quelques bandes d'Oyes fauvages , de
Canards , de Hyboux , de Renards , ou
les hurlemens de Loups , pour des voix
humaines ? A répondu. Qu'il étoit aufait
de tous ces fortes de cris , & qu'il n'étoit pas
homme ſi aisé à fe frapper , ni fi fufceptible
de crainte, pour prendre ainfi le change .
Interrogé. S'il n'y auroit pas eu un peu
de vin qui lui eut troublé la raiſon , auffibien
qu'à fon frere ? A répondu . Qu'ils
II. Vol étoient
1814 MERCURE DE FRANCE
étoient l'un & l'autre dans leur bon fens
& que bien loin d'avoir trop bû , ils étoient
au contraire dans un besoin preſſant de boire
& de manger, & qu'après le bruit ceffé , il
s'étoit rendu dans la maifon de fon frere , &
là buvant un coup , ils s'étoient entreteaus
de ce qui venoit de fe paffer , fortant de
tems-en-tems dans la cour pour écouter s'ils
'entendroient plus rien.
que
Interrogé. Si le bruit étoit fi grand qu'il
pût s'entendre de bien loin ? A répondu.
Qu'il étoit tel , que fon frere & lui avoient
eu peine à s'entendre l'un & l'autre en parlant
trés-haut.
Interrogé. Combien cela avoit duré ?
A répondu. Environ une demie heure.
Interrogé. Si lui & fon frere s'étoient
arrêtez & n'avoient pas voulu approcher
pour s'éclaircir davantage ? A répondu.
Que fon frere François avoit bien en le def
fein d'avancer & d'examiner dans l'endroit
ce que ce pouvoit être , mais que lui¸ Charles
, l'en avoit empêché.
Interrogé.Comment cela s'étoit terminé ?
Répondu. Que tout avoit fini par des éclats
de rire fenfibles , comme s'il y eût en trois
ou quatre cens perfonnes qui ſe miſſent à rire
de toute leur force.
Ces Articles lûs & relûs audit Charles
Defcoulleurs , a dit iceux contenir tous
verité , que ce n'étoit même qu'une par-
II. Vol. tic
DECEMBRE . 1730. 2815
tie de ce qu'il auroit entendu , qu'il ne
trouvoit point de termes affez forts pour
s'exprimer , qu'il juroit n'avoir rien mis
de fon invention , & que fi fa dépofition
étoit défectueufe , c'étoit plutôt pour n'avoir
pas tout dit , que pour avoir amplifié,
Et a figné à l'Original.
Ce 18. May 1730. a comparu , &c.
François Defcoulleurs , Laboureur d'Anfacq
, âgé de 38. ans, lequel interrogé s'il
auroit entendu le bruit furprenant de la
nuit du 27. au 28. Janvier dernier , a
répondu à chaque demande que nous lui
avons faites , les mêmes chofes , mot pour
mot , que Charles Defcoulleurs fon frere ;
enforte que lui ayant fait la lecture de
tous les articles contenus dans la dépofition
dudit Charles , a dit les reconnoître
pour veritables , n'ayant rien à y ajouter,
finon qu'à la fin de ce tumulte il s'étoit
fait deux bandes. féparées , fe répondant
l'une à l'autre par des cris & des éclats de
rire , que ledit François Defcoulleurs a
imitez devant nous , exprimant les ris des
vieillards par a, a , a , a , a ; tels que font
les ris des perfonnes décrépites à qui les
dents manquent ; les autres ris des jeunes
kommes , femmes & enfans , par ho ,
bo , bo
ho , bo ; hi , hi , hi , hi ; & cela d'une maniere
fi éclatante & avec une fi grande
confufion , que deux hommes auroient eu
...II Vol
•
1
1-
C peine
2816 MERCURE DE FRANCE
peine à le faire entendre dans une converfation
ordinaire ; lecture lui a été faite
de cette dépofition , a dit contenir verité ,
y a perfifté , & l'a fignée , auffi- bien que
celle de fon frere Charles , qu'il a voulu
figner avec la fienne.
Ce 23. May 1730. ont comparu Louis
Duchemin , Marchand Gantier , âgé de
30, ans , & Patrice Toüilly , Maître Maçon
, âgé de 58. ans , demeurant l'un &
L'autre à Anfacq , lefquels interrogez , ont
répondu : Que la nuit du 27. au 28. Fanvier
dernier , ils feraient partis enſemble environ
à deux heures aprés minuit , afin de
Se rendre au point du jour à Beauvais
diftant d'Anfacq de fix lieues ; qu'étant audeffus
de la Côte oppofée à celle où Charles
François Defconlleurs étoient à la même
heure revenant de Senlis , la Vallée d'Anfacq
entre les uns les autres , ils auroient
entendu le même bruit, & en même temps que
lefdits Defcoulleurs qu'eux Louis Duchemin
& Patrice Touilly , fe feroient arrêtez
d'abord pour écouter avec plus d'attention ,
que faifis de crainte , ils auroient déliberé
entre eux de retourner fur leurs pas ;
que comme il auroit fallu paffer dans l'endroit
où ces voixfe faifoient entendre , ils fe
feroient déterminez à s'en éloigner en continuant
leur voyage , toujours en tremblant :
qu'ils auroient entendu le même bruit pendant
mais
II, Vel
-une
DECEMBRE . 1730. 2817
une demie lieuë de chemin , mais foiblement
à mesure qu'ils s'éloignoient. Et ont figné
à
l'Original.
Le même jour a comparu pardevant
nous le fieur Claude Defcoulleurs , ancien
Garde de la Porte , & Penfionnaire de feu
M. le Duc d'Orleans , âgé de 56. ans , lequel
interrogé , a répondu : Que non -feulement
il avoit bien entendu ce bruit du mois de
Janvier , mais encore celui de la nuit du 9.
au 10. du prefent mois de May ; que lors
du premier il étoit bien éveillé & avoit oui
diftinctement tout ce qui s'étoit paffé : que
comme alors il faifoit froid, il ne s'étoit pas
levé pour cette raisons mais que comme la
porte de fa chambre eft vis-à-vis fon lit &
tournée à peu près du côté du Parc d'Anfacq
, il avoit auffi bien entendu que s'il eût
été dans fa cour & dans le lieu même ; que
le bruit étoit fi grand & fi extraordinaire,
que quoiqu'il fut bien enfermé , il n'avoit
pas laiffé d'être effrayé , & de reffentir dans
toutes les parties de fon corps un certain frémiffements
enforte que fes cheveux s'étoient
hériffez. Qu'à la feconde fois étant endormi,
le même bruit l'ayant éveillé en furſaut , il
feroit levé fur le champ ; mais que tandis
qu'il s'habilloit,la Troupe Aërienne avoit en
Le
temps
de s'éloigner; enforte que quand il
fut dans fa cour , il ne l'avoit plus entendrë
que de loin & foiblement , que cependant
11. Vol.
il
Cij
2818 MERCURE DE FRANCE
il en avoit oui affez defon lit & de fa chambre,
pourjuger & reconnoîtrefenfiblement que
ce fecond évenement étoit femblable en toutes
manieres au premier & de même nature.
Interrogé , s'il ne pourroit pas nous
donner une idée plus claire de cet évenement
par la comparaifon de quelque chofe
à peu près femblable , & tirée de
l'ordre ordinaire de la Nature & du Commerce
du Monde ? A répondu de cette.
maniere.
Il n'eft pas , Monfieur , dit-il , que vous
nayez vu plufieurs fois des Foires oufrancs
Marchez vous avez , fans doute, remarqué
que dans ces fortes de lieux deux ou trois
mille perfonnes forment une espece de cabos
ou de confufion de voix d'hommes , de femmes
, de vieillards , de jeunes gens & d'enfans
, où celui qui l'entend d'un peu loin ne
peut abfolument rien comprendre , quoique
chaque Particulier qui fait partie de la confufion
, articule clairement & fe faffe entendre
à ceux avec lesquels il traite de fes affaires
& de fon Commerce . Imaginez- vous donc
être à la porte des Hales à Paris unjour de
grand Marché , ou dans les Sales du Palais
avant l'Audience ; ou enfin à la Foire faint
Germain fur le foir , lorsqu'elle eft remplie
d'un monde infini , n'entend-on pas dans
tous ces lieux, & principalement dans le dernier
un charivari épouvantable , ( ce font fes
II Vol. mêmes
DECEMBRE. 1730. 28 19
›
mêmes termes ) dans lequel on ne comprend
rien en general, quoique chacun en particulier
parle clairement & ſe faſſe diſtinctement entendre?
ajoûtez à tout cela lesfons des Violons ,
des Baffes , Hautbois , Trompettes , Flutes
Tambours & de tous les autres Inftrumens
dont on joue dans les Loges des Spectacles
& qui fe mêlent à cette confufion de voix ,
vous aurez une idée jufte & naturelle des
bruits que j'ai entendus & dans lesquels j'ai
remarqué diftinctement des voix humaines en
nombre prodigieux , auffi - bien que les fons
de differens Inftrumens . Après la lecture
de fa dépofition , a dit , juré & protesté
contenir verité & a figné à l'Original .
ans ,
Le même jour a comparu Alexis Allou ,
. Clerc de la Paroiffe d'Anfacq , âgé de 34.
lequel interrogé &c . a répondu :
...que la même nuit étant couché & endormi,
Sa femme qui ne dormoit pas auroit été frappée
d'un grand bruit , comme d'un nombre
-prodigieux de perfonnes de tout fexe , de tout
age ; que faifie de frayeur , elle auroit éveillé
ledit Allou , fon mari , & qu'alors le même
bruit continuant & augmentant toujours ,
ils auroient crû l'un & l'autre que le feu étoit
à quelque maifon de la Paroiffe , & que les
cris provenoient des habitans accourus an
Secours que lui Allou dans cette perſuaſion
fe feroit levé avec précipitation ; mais qu'étant
prêt à fortir , & avant d'ouvrir fa
II. Vol. Cij porte
2820 MERCURE DE FRANCÉ
porte il auroit entendu paſſer devant fa
maifon une multitude innombrable de perfonnes
, les unes pouffant des cris amers
( ce font fes termes ) les autres des cris de
joye , & parmi tout cela les fons de differens
inftrumens que cette multitude lui avoit femblé
fuivre le long de la rue jufqu'à l'Eglife ,
mais qu'alors unfriſſon l'ayant faifi , il n'auroit
pas ofé écouter plus long- tems , & auroit
étéfe recoucher auffi tôt pour fe raffurer auffi
bien que fa femme qui trembloit de frayeur
dans fon lit. Et a figné à l'original.
Ce 24. May 1730. a comparu Nicolas
de la Place , Laboureur , âgé d'environ
45. ans , demeurant audit Anfacq , lequel
a déclaré : que la nuit du 27 au 28. Janvier
n'étant point encore endormi , il auroit tout
à
coup entendu un bruit extraordinaire , é
que croyant qu'il feroit arrivé quelque accident
dans la Paroiffe , il fe ferait levé nud
en chemife , & qu'après avoir ouvert la porte
de fa chambre , il auroit oùi comme un nombre
prodigieux de perfonnes , de tout âge &
de toutfexe , qui paffoient devant fa maison,
fife proche l'Eglife , & au milieu du Village
, formant un bruit confus , mais éclatant,
de voix comme humaines , mêlées de differens
inftrumens ; qu'alors la crainte & le
froid l'auroient obligé de refermer promtement
fa porte & de fe remettre au lit , d'où
il auroit encore entendu le même bruit & les
II. Vol.
mêmes.
DECEMBRE. 1730. 2821
mêmes voix , comme fi elles euffent monté
la ruë , & paffé devant la Maifon Pres
biterale. Et a figné à l'original.
Le même jour ont comparu Nicolas
Portier , Laboureur , âgé de 25. ans , &
Antoine Le Roi , garçon Marchand Gantier
, âgé d'environ 34. ans , lefquels ont
déposé que ladite nuit & à la même heure
ils auroient entendu paffer le long de la ruë,
dite d'Enbaut , qui conduit à Clermont , &
entre notre Maiſon Presbiterale & la leur,
comme une foule de monde , de tout âge , de
tout fexe , dont une partie pouffoit des cris
affreux , les autres parlant tous ensemble ,
& articulant certain jargon inintelligible s
que le bruit étoit fi grand & fi affreux que
leurs chiens qui étoient couchés dans la
Cour pour lagarde de la maiſon, en avoient
été tellement effrayés , que fans pouffer un
feul aboyement ils s'étoient jettes à la porte
de la chambre de ladite maifon , la mordant
& la rongeant comme pour la forcer , l'ouvrir
& fe mettre à couvert , fuivant l'instinct
naturel de ces animaux. Et ont figné à l'original.
Ce z. Juin 1730. ont comparu Jean
Defcoulleurs , âgé de 40. ans , Jacques
Daim , Etienne Baudart , Chriſtophe Denis
Deftrés , Jean Beugnet , Paul le Roi ,
Jean Caron & un grand nombre d'autres
perfonnes des deux fexes , lefquels ont
II. Vol. Cilj tous
2822 MERCURE DE FRANCÉ
་
tous déclaré d'avoir bien entendu nonfeulement
le bruit aërien du 27 au 28.
Janvier , mais encore celui du 9 au 10.
dé May dernier , fe rapportant tous dans
les mêmes circonftances ; enforte qué
leur ayant fait lecture de toutes les dépofitions
ci-deffus , ont dit icelles contenir
verité , & ont figné l'Original , ceux
qui fçavent écrire , n'ayant pas jugé à
propos de prendre les marques de plus
de vingt perfonnes qui dépofent toutes
les mêmes chofes , mais qui ont declaré
ne fçavoir figner.
Nous fouffigné , Prêtre , Docteur en
Theologie , Curé de S. Lucien d'Anfacq',
Diocèfe de Beauvais , certifions que toutes
les dépofitions ci-deſſus fontfidelles , & telles
qu'on nous les a fournies ; qu'elles font fignées
enforme dans l'Original , & que cette
copie lui eft conforme en toutes fes parties ,
que nous n'avons ajouté ni rien changé dans
Fun & dans l'autre que l'arrangement &
la diction , ayant fcrupuleufement Suivi toutes
les circonftances qui nous ont été données.
Fait à Anfacq , ce 26. Octobre 1730. figné
TREUILLOT DE PTONCOURT , Curé
d'Anfacq.
›
REFLEXIONS.
Avant que de rendre publique cette Relation
, j'ai crû devoir la communiquer à
11. Vol. quelques
DECEMBRE. 1730. 2823
quelques perfonnes éclairées & d'érudition
de mes amis particuliers , leurs ſuffrages
m'ont paru néceffaires pour la rendre
plus autentique , s'agiffant fur tout
d'un évenement qui tient trop du merveilleux
, pour ne pas devenir le fujet
des railleries & du mépris des efprits
forts.
Je fuis bien aife d'avertir ces Meffieurs
que j'ai été jufqu'ici de leur nombre &
leur confrere fidele en ce genre feulement;
mais quoique je ne fois pas encore bien
réfolu de faire faux- bon à leur confrairie
, je les fupplie néanmoins de me permettre
de demeurer neutre entre leur
parti & celui des crédules , jufqu'à ce
que des gens de poids pour la fcience &
pour la pénetration ayent décidé du fait.
dont il s'agit , & m'ayent tiré de la perplexité
où je refterai jufqu'à leur jugement,
Les efprits forts ne peuvent me refuſer
qu'injuftement cette fufpenfion ; je ne
fçai pas bien s'il ne feroit pas auffi injufte
& auffi ridicule de traiter de vifionaires
tant de gens de probité , quoique de
la Campagne , qui conviennent tous du
même fait , que de croire legérement tout
ce que le vulgaire ignorant débite fi fouvent
des fabbats & des autres fottifes de
ce genre.
II. Vol. Cy Quoi
2824 MERCURE DE FRANCE
Quoiqu'il en foit , mes amis , bien loin
de me diffuader de donner au Public cette
relation , avec le procès verbal fait en
conféquence , m'ont prié , au contraire ,
non feulement de ne point héfiter à
le faire , mais d'y joindre encore une
deſcription Topographique du Village
d'Anfacq , afin de donner lieu à ceux
qui croirone pouvoir expliquer cet évenement
par des caufes naturelles d'exercer
toute leur Phyfique & leur Philofophie.
En effet , fi les Phénoménes extraor
dinaires qui ont paru dans l'air depuis
cinq ans ont tant exercé les beaux efprits
& ont fait la matiere de plufieurs affemblées
de Meffieurs de l'Académie des
Sciences , pourquoi un événement qui
tombe fous un autre fens , qui n'eft pas
moins réél , ni moins effentiel à l'homme
le fens de la vûë , ne meritera- t'if
que
pas autant l'attention & la curiofité des
mêmes Sçavans !
>
Tout le monde fçait que Phénoméne
eft un mot Grec, que l'on a francifé comme
beaucoup d'autres , parce qu'il ne fe
trouve point dans notre Langue de termes
d'une fignification affez énergique ,
pour exprimer feul & par lui -même les
objets qui paroiffent extraordinairement
dans l'air. Notre Langue ne nous fournit
II. Vol. pas
DECEMBRE. 1730. 2825
pas non plus d'expreffions pour défigner
fes bruits extraordinaires qui fe font , où
qui pourroient fe faire entendre. Mais.
comme ces derniers font bien moins communs
que les premiers , on ne s'eft point
encore avifé jufqu'ici de francifer un mot
Grec pour les exprimer.
; .
L'évenement dont il s'agit , ne pourroit
il donc pas m'autorifer à le faire moimême
? & de même qu'il a plû à nos
Anciens d'appeller , Phénoménes , les
objets extraordinaires qui paroiffent dans
l'air ne pourroit-on pas , par la même
raifon , défigner le bruit étonnant & prodigieux
qui vient de fe faire entendre par
ce mot , Akoufméne , ou pour parler plus
regulierement Grec en François , Akousmate
? Le premier fignifie une chofe qui
paroît extraordinairement ; le fecond fi
gnifiera une chofe qui fe fait entendre
extraordinairement
.
Ce principe établi , je prétens que fi les
Phénoménes font du reffort de la curio
fité des Sçavans , les Akoufmates , ne le
font pas moins , fuppofé leur réalité . Or,
on ne peut guere douter de celui - ci : trop
de gens
raifonnables en font le rapport ,
& s'accordent trop dans les mêmes circonftances
, pour n'y pas ajouter foi .
On me dira peut être ,qu'il y a une grande
difference pour l'autenticité entre les Phe-
II. Vol. Cavi no
2826 MERCURE DE FRANCE
noménes & mes prétendus Akoufmates :
que lorfque les premiers paroiffent , tous
les hommes qui ont le même horiſon naturel
& même rationel , peuvent les appercevoir;
au lieu que les feconds , fuppofé
leur réalité , ne peuvent être entendus
que de peu de perfonnes , & de celles feulement
qui en font à portée & qui demeurent
dans le même lieu où ces Akoufmates arrivent.
Que par confequent un Phénoméne
qui eft apperçu par tous les Sunorifontaux ,
emporte avec foi une autenticité bien
plus grande , qu'un Akoufmate qui ne peut
être entendu que par un petit nombre de
particuliers habitans d'un même lieu.
A cela je répons : que la Sphère d'activité
de la vûë étant bien plus étenduë
que celle de l'oüie , les Phénoménes & les
Akoufmates , ne requiérent pas le même
nombre de témoins pour les rendre autentiques
: que les premiers pouvant être apperçus
de tous les Sunorifontaux , il eſt
neceffaire que le plus grand nombre des
hommes qui habitent l'horifon fur lequel
un Phénoméne paroît , en rende témoignage
; au lieu que pour les feconds , il .
fuffit , ce me femble , qu'il ayent été entendus
par la plus grande & la plus faine
partie des habitans d'un même lieu , &
renfermés dans la Sphère d'activité de
l'oüie.
II. Vol.
Mais
DECEMBRE. 1730. 2827
le
Mais pour rendre le fait dont il s'agit
plus autentique encore , il fuffit de remarquer
que le fens de la vûë eft ordinairement
plus fujet à l'erreur & à l'illuſion ,
le fens de l'oüie . Il n'y a pour
que
prouver qu'à fe reffouvenir de toutes les
extravagances qui ſe débiterent à l'occafion
des derniers Phénoménes & fur tout
de celui du mois d'Octobre 1726.Combien
de gens cturent voir au milieu de l'efpece
de Dôme de feu qui parut alors , les uns
une Colombe ou S. Efprit , les autres un
Ange , un Autel , un Dragon , &c . toutes
chofes qui n'avoient de réalité que
dans leur imagination frappée , ou dans
leurs yeux fatigués & éblouis ?
Mais ici où il ne s'agit que du fens de
l'oiie , tant de gens raifonnables ont ils
pû fe tromper fi groffiérement , que de
s'imaginer entendre quelque chofe lorfqu'il
n'entendoient rien ? Un prétendu
bruit épouventable dans l'air qui n'auroit
confifté qu'en quelques hurlemens de
Loups fur la terre ? Une multitude infinie
de voix comme humaines mêlées de
differens fons d'inftrumens, qui n'auroient
été que des cris d'Oyes ou de Canards
Sauvages . Des perfonnes à dix pas du
lieu où fe paffoit ce charivari , des perfonnes
en voyages qui font arrêtées par
cet accident , & qui difent les avoir en-
II. Vol.
tendu
2828 MERCURE DE FRANCE
tendu finir par des éclats de rire de toute
efpece , tandis que d'autres pouffoient
des cris horribles ? Seroit-il poffible que
tant d'oreilles euffent été enchantées
pour ainfi dire , pour croire entendre ce
qu'elles n'entendoient pas ? C'eft ce que
je ne fçaurois jamais m'imaginer . Je ne
veux néanmoins m'attacher à aucun fentiment
, qu'autant qu'il fera celui de perfonnes
plus habiles que moi.
Defcription du Village.
ANacq cft fitué dans un Vallonformé par
deux Coteaux ou Montagnes , entre Clermont
en Bauvoifis au Nord - Eft , & le Bourg de
Mouy au Sud - Oueft. A peu près à la même diftance
de l'un & de l'autre; trois Gorges fort étroites
, l'une au Nord- Eft , celle du milieu au Nord,
& la troifiéme au Nord - Oueft , font comme les
racines du principal Vallon , forment une espéce
de patte d'Oye, & fe rapprochant, viennent le réünir
à un quart de lieuë d'Anfacq...
Sur la hauteur environ à fix cens pas communs
de la naiffance de ces Gorges ,, eft le commencement
de la Forêt de Haye , dite communément
la Forêt de la Neuville. La Seigneurie du
Pleffier Bilbault , de la Paroiffe d'Anfacq , eft fi
tuée proche la liziere de ladite Forêt , à 400. pas
ou environ de la naiffance de la Gorge du milieu
ou de celle du Nord..
Le Village commence du côté de Clermont
au Nord - Eft , par une rue affés longue , bâtie le
long de la côte Orientale , fur une douce pente,
& vient fe terminer à l'Eglife , dont le principal
II. Vol.
Portail
DECEMBRE . 1730. 2829'
Portail fait face du côté du Couchant , à une Pla
ce bordée de maiſons de part & d'autre , & terminée
par un petit ruiffeau , au delà duquel d'autres
maifons font face au Portail.
De l'Eglife , une autre rue conduit jufqu'aux
murs du Parc vers le Sud- Qüeft : & c'eft au bout
de cette rue , & en dedans du Parc , que les bruits
furprenans dont-il eft ici question , commencent
& le font entendre ordinairement. C'eft auffi audeffus
de l'extrémité de cette ruë , & vers les mêmes
murs , que Charles & François Defcoulleurs,
étoient placés , lorfqu'en revenant de Senlis , ils
furent obligés de s'arrêter , à caufe de ce bruit
étonnant.
>
On fe fouviendra encore de ce qui eft dit dans
la dépofition defdits Defcoulleurs , que deux cris
affreux furent comme le prélude de la confufion
qu'ils entendirent immédiatement après. Le premier
fe fit entendre du fond d'une des Gorges
qui fervent de racines au principal Vallon ,,
c'eft à dire , de la troifiéme qui eft vers le Nord-
Oueft , le fecond cris répondit au premier dans
le Parc , au bout de la rue même dont je viens
de parler , & à quinze ou viage pas de l'endroit
ou lefdits Defcoulleurs étoient. Le Vallon d'Anfacq
ainfi formé , comme je l'ai dit , par la jonc
tion des trois Gorges , continue à peu près de la
même largeur jufqu'au Parc & au Château , éloi
gné du Village environ de huit cent pas.
Le Parc qui peut contenir quatre cens arpens,.
eft un grand quarré long , dont la partie Orien
tale forme dans toute fa longueur du Nord au
Sad un Amphithéatre , ou deux grandes Terraffes
l'une far l'autre qui emportent environ la
moitié de fa largeur , & font ombragées par tout:
d'une petite fotaye de chênes , & en quelques ens
droits de buiffons épais & forts.
11. Vol.
Ꮮ e
2830 MERCURE DE FRANCE
Le Château d'un gout antique avec Tours &
Tourelles eft fitué à cent pas du pied de l'Amphithéatre
, entre deux Cours , dont celle d'entrée
& la principale , regarde le Couchant , l'autre
F'Orient , l'une & l'autre environnées de bâtimens
pour la commodité d'un Laboureur.
Prés du Château on trouve trois Jardins
entourés de Murs , lefquels coupant aflez bifarrement
l'endroit du Parc où ils font placés , forment
trois quarrés & differentes efpeces de chemins
couverts qui les féparent l'un de l'autre , &
conduifent à differentes portes , tant pour entrer
dans la principale Cour que pour ſortir du Parc ;
tout le refte confifte en pâturages , Aulnois ,
plans de faules & Arbres fruitiers.
>
De l'extrémité du Parc , du côté du Sud - Oueſt;
le Vallon continuë pendant une demie lieuë , &
va enfin fe rendre dans la grande Vallée de
Mouy. Il eft partagé dans toute fa longueur par
un petit Ruiffeau , formé par plufieurs fources
qui fortent du pied de la Montagne d'où naiffent
les trois Gorges. Ce Ruiffeau ombragé par
tout de bois aquatiques comme Saules , Peupliers
, Aulnes &c. vient paffer au- deffous des
Jardins de la rue de Clermont , bâtie , comme
je l'ai déja dit , fur la pente de la côte Orientale,
entre enfuite dans le Village par l'extrémité de
la Place qui fait face à l'Eglife , & continuant
fon cours vers le Sud - Oueft , il va fe rendre dans
le Parc ; delà toujours en ferpentant il va arrofer
le principal Jardin , d'où il tombe par une
efpece de petite Caſcade dans les foffez du Châ
teau qu'il parcourt fans les remplir , parceque
les digues en font rompues. Il fort enfuite des
foffez & de la grande Cour pour rentrer dans
l'autre partie du Parc , & cotoyant le pied de
PAmphithéatre il en reffort par le Sud- Ouest, &
II. Vol. va
DECEMBRE. 1730. 2831
a former à fix cens pas delà un petit étang
pour faire moudre un Moulin . En fortant du
Moulin , il fe recourbe un peu vers le Sud ou
Midi , & après une demie lieuë du refte de fon
cours il va fe rendre dans la grande Vallée , &
fe décharger dans la petite Riviere du Terrin ,
entre Mouy & Bury. Le Vallon d'Anfacq depuis
fes racines jufqu'à l'endroit où il fe rend
dans la grande Vallée peut avoir dans toute fa
longueur 3000. pas géometriques, ou une grande
lieuë de France.
༥༤ ་
Outre les trois Gorges dont j'ai parlé, il fe trouve
encore dans toute cette étendue pluſieurs cavées
ou chemins creux de part & d'autre qui
conduisent en differens endroits fur les deux coteaux
oppofés dont le Vallon eft formé.
Il faut obferver que dans toute la longueur da
Vallon il ne fe trouve point d'échos confiderables
qui fe renvoyant les fons les uns aux autres
puiffent fervir de fondement au fentiment de
ceux qui voudroient attribuer les bruits en queftion
à ces cauſes ordinaires & naturelles . C'eft
ce dont j'ai voulu moi - même faire l'experience
pendant une belle nuit & un tems calme , en fai
Tant marcher en même tems que moi plufieurs
perfonnes tant fur les côteaux que dans la Vallée,
& en les faifant crier de tems en tems. J'entêndis
bien les voix de plus de quinze perfonnes ,
hommes & petits garçons qui s'acquiterent parfaitement
de la commiffion que je leur avois donnée
, en criant quelquefois de toutes leurs forces ,
& en parlant de tems en tems , & tous enſemble
à voix haute ; mais cette experience ne produifit
rien qui pût m'éclaircir ; les principaux témoins
de notre prodige que j'avois avec moi , ne
convinrent jamais que ces voix en approchaffent,
& lui reffemblaffent en la moindre circonftance.
II Fol. Il
2832 MERCURE DE FRANCE
Il est vrai , me dirent -ils , que dans le Sabbat
que nous avons entendu , ( ce font leurs mêmes
termes ) il y avoit à peu près des voix ſemblables
mais en bien plus grand nombre , & qui formoient
une confufion horrible de cris lugubres ,
de cris de joye & de fons d'Inftrumens.Celles - cy,
continuoient- ils , font difperfées & à terre, aulieu
que les autres étoient toutes raffemblées , & la
plus grande partie dans l'Air ; nous entendons le
langage de ceux- cy , mais nous ne comprîmes
jamais rien dans le jargon des autres . Et d'ailleurs
quand ce que nous entendons actuellement approcheroit
en quelque forte de ce que nous avons
entendu;quelle apparence qu'un nombre fi prodigieux
de monde fe fût affemblé dans le Pare
d'Anfacq? Il auroit donc fallu pour cela que tous
les habitans , hommes , femmes , enfans & Menetriers
de tous les Villages à deux lieues à la
ronde , euffent formé ce complot ; & à quel ufa
ge : Les uns pour crier , chanter & rire ? Les autres
pour pleurer , fe plaindre & gémir ? Tel fue
le fruit de mon experience : une plus grande in→
certitude.
ADDITION
Le 31. Octobre dernier , veille de la Touffaint,
le même bruit fe fit entendre au- deffus du Parc
d'Anfacq , entre 9. & 10. heures du ſoir ; il fut fi
épouventable , que non- feulement une partie du
Village l'entendit , mais que des moutons parquez
auprés delà en furent fi effrayez , qu'ils forcerent
le Parc & fe répandirent par la Campagne , enforte
que le Berger fut obligé d'aller chercher
quelques Payfans des environs pour l'aider à raſfembler
fon Troupeau. La femme de ce même
Berger couchée avec lui dans fa Cabane , en fut
fépouventée qu'elle en eft tombée malade.
II. Vol. Comme
DECEMBRE. 1730. 283 3°
Comme j'avois ordonné qu'on m'avertit en
cas que ce même bruit fe fit entendre de nouveau,
on ne manqua pas de courir chez moi dans le
moment , mais ma maiſon étant un peu éloignée
du Parc d'Anfacq , quelque diligence que je puffe
faire pour me rendre fur le lieu , j'y arrivai trop
tard & ne puis rien entendre. J'ay chargé une
perfonne de veiller pendant tout l'hyver jufqu'à
minuit , afin de pouvoir être averti s'il arrivoit
que ce bruit fe fit encore entendre.
y
Ayant communiqué à plufieurs de mes amis ce
ce qui s'eft paffé dans ma Paroiffe ; un d'entre'
eux, homme de Lettres, & ayant une Charge dans
la Justice de Clermont en Beauvoifis , me dit qu'il
avoit quinze ans que paffant la nuit par le Village
d'Anfacq pour s'en retourner à Clermont
étant feul à cheval à quelque diftance dudit Vilge
, il entendit un bruit fi épouventable en l'Air
& fi prés de lui , qu'il en fut tranfi de frayeur . Il
fe jetta à bas de fon cheval & fe mit à genoux
en prieres jufques à ce que ce bruit fut paffé ,
aprés quoi il continua fon chemin. Arrivé chez
lui il eut honte de fa peur & n'oſa jamais ſe
vanter de ce qui lui étoit arrivé , de peur qu'on
ne le prêt pour un vifionaire , mais que puifque
cette avanture devenoit fi fréquente , il avoüoit
fans peine ce qu'il lui étoit arrivé.
Curé d'Anfacq , à Madame la Princeffe
de Conty , troifiéme Douairiere , &
Relation d'un Phénomene très extraordinaire
, &c.
MADAM ADAME ,
Fay cru avoir remarqué dans mes deux
Voyages de l'Ile-Adam , queVOTRE Altesse
SERENISSIME n'y venoit de tems en tems que
poury gouter les amusemens de la Campagne
; une Ménagerie , la Chaffe , la Pêche ,
les Promenades , les ouvrages de l'aiguille
ou de la Tapiffèrie , & fur tout d'agréables
lectures , font , ce me femble , tout ce qui peut
former l'aimable varieté de vos innocens plaifirs.
Que je ferois heureux , MADAME ,
fi je pouvois y contribuer en quelque³ maniere,
& augmenter cette varieté par la petite
Relation que je prens la liberté de vous
prefenter!
Tout y refpire l'air de la Campagne ; tout
ce qui y eft contenu s'eft paffé à la Campagnes
c'eft fur le témoignage de gens de la Campagne
que le fait dont il s'agit eft appuyé ;
II. Fol. c'eft
DECEMBRE . 1730. 2803
c'est enfin un Curé , mais le Curé de toutes
vos Campagnes , le plus fidele , le plus zelé ,
& le plus refpectueux , qui a l'honneur de
vous la communiquer.
Le fujet de cette Relation , toute effrayant
qu'il ait parn aux gens de la Campagne qui
difent, en avoir été témoins , devient naturellement
pour les efprits folides , & fur tout
pour celui de V. A. S. un vrai divertiffement
& une matiere agréable de recherches ,
de reflexions, fuppofe fa réalité.
Il s'agit d'un bruit extraordinaire dans
Fair, qui a toutes les apparences d'un Prodige
; prefque tous les habitans du lieu où
il s'eft fait, affurent , jurent & protestent l'avoir
bien entendu.
Ces Témoins , comme gens de la Campagne
, appellent cet évenement un Sabbat ; les
efpritsforts l'appelleront comme ils voudront,
pourront raifonner , ou plutôt badiner à
Leur aife.
> Aux
Pour moi , dans la Differtation que j'ay
mife à la fin , je lui donne le nom grec d'Akoulmate
, pour fignifier une chofe extraor
dinaire qui s'entend dans l'air , comme on
donne le nom grec de Phénomene
chofes qui paroiffent extraordinairement
dans
te même Element ; mais je me garde bien de
rien décider fur le fond ni fur les cauſes .
Quoiqu'il en soit , Efprits , Lutins , Sorciers
, Magiciens , Météores , Conflictions
II. Vol .
de
2806 MERCURE DE FRANCË
de vapeurs , Combats d'Elemens ; je laiffe
aux Curieux à choisir ou à trouver d'autres
caufes : ilme fuffit d'affurer V.A.S. que les
Témoins de ce prétendu Prodige , m'ont paru
de bonne foi , & que les ayant interroge
plufieurs fois , & leur ayant donné tout le
tems de fe contredire & d'oublier dans leurs
deux , trois & quatrième dépofitions , ce qu'ils
m'avoient dit dans la premiere , ils se font
néanmoins foutenus à merveilles , & n'ont
point varié dans la moindre circonftance.
C'en eft affez pour mon deffein , qui fe
termine uniquement au divertiffement de
V. A. S. elle a dans fa Cour & à la suite
de Monfeigneur le PRINCE DE CONTY,
des R R. Peres Jefuites , qui font ordinairement
des perfonnes trés-lettrées & trés- verfées
dans les fecrets de la Nature : fi vous voulez
, MADAME , leur communiquer cette
Relation , & qu'ils veuillent bien en dire
leur fentiment, je ferai charmé de profiter de
leurs lumieres, & je m'engagerai même à rendre
publique leur opinion , avec leur permiffion,
s'entend, je ne voudrois pour toute chofe
au monde , jamais rien faire qui pût leur
déplaire.
Au refte , V. A. S. doit prendre d'autant
plus de part à cet évenement , qu'il eft arrivé
dans une de fes Terres.
Si ce font des Efprits de l'Air, comme les
Perdrix & les autres Oifeaux qui habitent
II. Vol. Le
DECEMBRE. 1730. 2807
le même Element dans l'étenduë du Territoire
d'Amfacq , appartiennent de droit à
V. A. S. fans doute que ces Efprits , pourvn
qu'ils foient familiers & bienfaifants , doivent
vous appartenir par la même raifon ;
en tout cas mon unique but n'eft , encore un
coup , MADAME , que de vous diver
tir, auffi-bien que Monfeigneur LE PRINCE
DE CONTY ; faffe le Ciel quej'y aye réuſſi
aujourd'huy , en attendant que je puiffe donner
des marques plus ferieufes de l'attachement
infini & du refpect profond avec lequel
je fuis de V. A. S. MADAME , & c.
RELATION d'un bruit extraordinaire
comme de voix humaines , entendu dans
l'Airpar plufieurs Particuliers de la Paroiffe
d'Anfacq , Diocéfe de Beauvais
la nuit du 27. au 28. Janvier 1730 .
E Samedi 28. Janvier de la prefente
Lannée , le bruit le répandit dans la
Paroiffe d'Anfacq , près Clermont en
Beauvoifis , que la nuit précédente plufieurs
Particuliers des deux fexes , avoient
entendu dans l'Air une multitude prodigieufe
comme de voix humaines de
differens tons , groffeurs & éclats , de tout
âge , de tout fexe , parlant & criant toutes
enfemble , fans néanmoins que ces Par-
IIV ol.
ticu1808
MERCURE DE FRANCE
ticuliers ayent pu rien diftinguer de ce
que les voix articuloient ; que parmi cette
confufion de voix , on en avoit reconnu
& diftingué un nombre infini qui pouffoit
des cris lugubres & lamentables , comme
de perfonnes affligées , d'autres des cris de
joye & des ris éclatans , comme de perfonnes
qui fe divertiffent ; quelques- uns
ajoûtent qu'ils ont clairement diftingué
parmi ces voix humaines , ſoit- diſant , les
fons de differens inftrumens.
Cette nouvelle vint bientôt jufqu'à
moi , & comme je n'ajoûte pas foi
aifément à ces fortes de bruits populai
res , & que je fuis affez pyrrhonien à l'égard
de tous les contes nocturnes qui fe
débitent fi fouvent dans l'apparition des
Efprits , des Sabbats & de tant d'autres
bagatelles de cette efpece , je me contentai
d'abord de rire de celle-cy & de la regarder
comme un effet ordinaire d'une
Imagination frappée & bleffée de la frayeur
qu'inſpirent ordinairement les tenebres
de la nuit , fur tout à des efprits groffiers
& ignorans , comme ceux de la plupart
gens de la Campagne , qui font nour
ris & élevés par leurs parens dans cette
perfuafion qu'il y a des Sorciers & des
Sabbats , & qui ajoûtent plus de foi aux
contes ridicules qui s'en débitent parmi
eux , qu'aux veritez effentielles de l'Evangile
& de la Religion.
des
DECEMBRE 1730. 2800
Je badinai ainfi jufqu'au lendemain Dimanche
29. dudit mois , me divertiffant
toujours à entendre raconter la chofe par
tous ceux & celles qui difoient l'avoir entenduë.
Entre ceux- là , deux de mes Paroiffiens,
des premiers du lieu , bons Laboureurs ,
gens d'honneur & de probité , beaucoup
plus éclairez & moins crédules que ne
le font ordinairement les gens de la Campagne
, me vinrent faire l'un après l'autre
leur Relation , comme ayant entendu
de près tout ce qui s'étoit paffé .
Ils m'affurerent qu'alors ils étoient dans
un bons fens parfait, qu'ils revenoient de
Senlis , environ à deux heures après minuit
, & qu'ils étoient fùrs d'avoir bien
entendu & fans être trop effrayez , tour
ce qui eft rapporté au commencement de
cette Relation .
Après les avoir bien interrogez & tour.
nez de toutes fortes de manieres , je tâchai
de leur perfuader qu'ils s'étoient trompez,
& que la crainte & la préoccupation leur
avoient fait prendre quelques cris d'Oifeaux
nocturnes pour des voix humaines;
mais leurs réponſes ont toujours été les
mêmes , fans fe les être communiquées
& je n'ai pû y découvrir ni malice , ni
tromperies , ni contradictions .
J'ai eu beau leur faire à chacun en
-II. Vol.
par2810
MERCURE DE FRANCE
particulier toutes les objections qui me
vinrent alors dans l'imagination , ils ont
toujours perfifté& perfiftent encore à affu
rer que lorfqu'en revenant de Senlis ils
s'entretenoient tranquilement d'une affai
re pour laquelle ils avoient été obligez d'aller
en cette Ville ; ils avoient tout à coup
entendu près d'eux un cri horrible d'une
voix lamentable , à laquelle répondit à
fix cens pas delà une voix femblable &
par un même cri , que ces deux cris furent
comme le prélude d'une confuſion
d'autres voix d'hommes , de femmes , de
vieillards , de jeunes gens , d'enfans, qu'ils
entendirent clairement dans l'efpace renfermé
entre les deux premieres voix ,
& que parmi cette confufion ils avoient
diftinctement reconnu les fons de dif
ferens inftrumens comme Violons
Baffes , Trompettes , Flutes , Tambours ,
&c.
Quoique tout cela n'ait pû me tirer
encore de mon pyrrhonifme , je n'ofe
néanmoins traiter de vifionnaires un fi
grand nombre de perfonnes raifonnables ,
entre lefquelles il s'en trouve fur tout
fept ou huit qu'on peut appeller gens
de mérite & de probité pour laCampagne
qui dépofent toutes unanimement la même
chofe , fans fe démentir ni fe contredire
en la moindre circonftance , quoi-,
II. Vol.
qu'elle
DECEMBRE. 1730. 2811
qu'elles ne fe foient ni parlé ni commu❤
niqué , étant logées dans differens quartiers
du Village éloignez l'un de l'autre
& la plupart defunies par des difcusions
d'interêt qui rompent en quelque maniere
entre elles le commerce ordinaire de la
focieté ; enforte que je ne vois nulle apparence
qu'il puiffe s'être formé entre
elles un complot pour me tromper ou
pour fe tromper elles- mêmes.
C'est ce qui m'a déterminé , à tout hazard
, à prendre la dépofition de chaque
Particulier qui dit avoir entendu les bruits
en queſtion , & d'en faire une efpece de
procès verbal , pour le communiquer à
des perfonnes plus éclairées que moi ,
moi , afin
que fuppofé le fait veritable , elles puiffent
exercer leurs efprits & leurs penetrations
à chercher les caufes naturelles
ou furnaturelles d'un évenement fi extraordinaire.
Quoique j'euffe pris d'abord cette réfo
lution , j'avois pourtant négligé de l'executer
, & le procès verbal que j'avois commencé
dès les premiers jours de Fevrier ,
étoit demeuré imparfait. Mais cette efpece
de prodige étant encore arrivé la nuit du
9. au 10. du mois de May , & plufieurs
perfonnes raisonnables en ayant été témoins
, je me fuis enfin déterminé tout à
fait à continuer avec foin cette efpece
d'enquête,
DE2812
MERCURE DE FRANCE
DEPOSITIONS.
Cejourd'hui 17. May 1730. a comparu
pardevant nous, Prêtre, Docteur en Théologie
, Curé d'Anfacq , le nommé Charles
Defcoulleurs , Laboureur , âgé d'environ
48. ans , lequel interrogé par nous ,
s'il étoit vrai qu'il eût entendu le bruit
extraordinaire qu'on difoit s'être fait dans
l'Air la nuit du 27. au 28. Janvier dernier
, & fommé de nous dire la verité
fans détours & fans déguiſemens.
>
A répondu , que cette nuit là , revenant
avec fon frere François Defcoulleurs , de la
Ville de Senlis , & ayant paffé par Mello ,
où ils auroient eu quelques affaires ; ils auroient
été obligez d'y refterjufques bien avant
dans la nuit, mais que voulant neanmoins
revenir coucher chez eux , ils feroient arrivez
environ à deux heures après minuit audeffus
des murs du Parc d'Anfacq , du côté
du Septentrion , & que prêts à defcendre la
Côte par un fentier qui cottoye ces murs , &
conduit au Village , s'entretenant de leurs
affaires , ils auroient été tout à coup interrompus
par une voix terrible , qui leur parut
éloignée d'eux environ de vingt pas ;
qu'une autre voix femblable à la premiere
auroit répondu fur le champ du fond d'une
gorge entre deux Montagnes , à l'autre exremité
du Village , & qu'immédiatement
II. Vol.
aprés
DECEMBRE. 1730. 281 }
leaprés
, une confufion d'autres voix comme
humaines , fe feroient fait entendre dans
Pefpace contenu entre les deux premieres
articulant certain jargon clapiſſant , que
dit Charles Defconlleurs dit n'avoir pû com
prendre , mais qu'il avoit clairement diftinqué
des voix de vieillards , de jeunes hommes
, defemmes ou de filles & d'enfans, &
parmi tout cela les fons de differens Inftru
mens.
Interrogé. Si ce bruit lui avoit paru éloigné
de lui & de fon frere ? A répondu
de quinze on vingt pas. Interrogé , fi ces
voix paroiffoient bien élevées dans l'Air ?
A répondu. A peu près à la hauteur de
vingt ou trente pieds , les unes plus , les autres
moins, & qu'il leur avoit femblé même
que quelques-unes n'étoient qu'à la hauteur
d'un homme ordinaire , & d'autres comme
fi elles fuffent forties de terre.
Interrogé. S'il n'auroit pas pris les cris
de quelques bandes d'Oyes fauvages , de
Canards , de Hyboux , de Renards , ou
les hurlemens de Loups , pour des voix
humaines ? A répondu. Qu'il étoit aufait
de tous ces fortes de cris , & qu'il n'étoit pas
homme ſi aisé à fe frapper , ni fi fufceptible
de crainte, pour prendre ainfi le change .
Interrogé. S'il n'y auroit pas eu un peu
de vin qui lui eut troublé la raiſon , auffibien
qu'à fon frere ? A répondu . Qu'ils
II. Vol étoient
1814 MERCURE DE FRANCE
étoient l'un & l'autre dans leur bon fens
& que bien loin d'avoir trop bû , ils étoient
au contraire dans un besoin preſſant de boire
& de manger, & qu'après le bruit ceffé , il
s'étoit rendu dans la maifon de fon frere , &
là buvant un coup , ils s'étoient entreteaus
de ce qui venoit de fe paffer , fortant de
tems-en-tems dans la cour pour écouter s'ils
'entendroient plus rien.
que
Interrogé. Si le bruit étoit fi grand qu'il
pût s'entendre de bien loin ? A répondu.
Qu'il étoit tel , que fon frere & lui avoient
eu peine à s'entendre l'un & l'autre en parlant
trés-haut.
Interrogé. Combien cela avoit duré ?
A répondu. Environ une demie heure.
Interrogé. Si lui & fon frere s'étoient
arrêtez & n'avoient pas voulu approcher
pour s'éclaircir davantage ? A répondu.
Que fon frere François avoit bien en le def
fein d'avancer & d'examiner dans l'endroit
ce que ce pouvoit être , mais que lui¸ Charles
, l'en avoit empêché.
Interrogé.Comment cela s'étoit terminé ?
Répondu. Que tout avoit fini par des éclats
de rire fenfibles , comme s'il y eût en trois
ou quatre cens perfonnes qui ſe miſſent à rire
de toute leur force.
Ces Articles lûs & relûs audit Charles
Defcoulleurs , a dit iceux contenir tous
verité , que ce n'étoit même qu'une par-
II. Vol. tic
DECEMBRE . 1730. 2815
tie de ce qu'il auroit entendu , qu'il ne
trouvoit point de termes affez forts pour
s'exprimer , qu'il juroit n'avoir rien mis
de fon invention , & que fi fa dépofition
étoit défectueufe , c'étoit plutôt pour n'avoir
pas tout dit , que pour avoir amplifié,
Et a figné à l'Original.
Ce 18. May 1730. a comparu , &c.
François Defcoulleurs , Laboureur d'Anfacq
, âgé de 38. ans, lequel interrogé s'il
auroit entendu le bruit furprenant de la
nuit du 27. au 28. Janvier dernier , a
répondu à chaque demande que nous lui
avons faites , les mêmes chofes , mot pour
mot , que Charles Defcoulleurs fon frere ;
enforte que lui ayant fait la lecture de
tous les articles contenus dans la dépofition
dudit Charles , a dit les reconnoître
pour veritables , n'ayant rien à y ajouter,
finon qu'à la fin de ce tumulte il s'étoit
fait deux bandes. féparées , fe répondant
l'une à l'autre par des cris & des éclats de
rire , que ledit François Defcoulleurs a
imitez devant nous , exprimant les ris des
vieillards par a, a , a , a , a ; tels que font
les ris des perfonnes décrépites à qui les
dents manquent ; les autres ris des jeunes
kommes , femmes & enfans , par ho ,
bo , bo
ho , bo ; hi , hi , hi , hi ; & cela d'une maniere
fi éclatante & avec une fi grande
confufion , que deux hommes auroient eu
...II Vol
•
1
1-
C peine
2816 MERCURE DE FRANCE
peine à le faire entendre dans une converfation
ordinaire ; lecture lui a été faite
de cette dépofition , a dit contenir verité ,
y a perfifté , & l'a fignée , auffi- bien que
celle de fon frere Charles , qu'il a voulu
figner avec la fienne.
Ce 23. May 1730. ont comparu Louis
Duchemin , Marchand Gantier , âgé de
30, ans , & Patrice Toüilly , Maître Maçon
, âgé de 58. ans , demeurant l'un &
L'autre à Anfacq , lefquels interrogez , ont
répondu : Que la nuit du 27. au 28. Fanvier
dernier , ils feraient partis enſemble environ
à deux heures aprés minuit , afin de
Se rendre au point du jour à Beauvais
diftant d'Anfacq de fix lieues ; qu'étant audeffus
de la Côte oppofée à celle où Charles
François Defconlleurs étoient à la même
heure revenant de Senlis , la Vallée d'Anfacq
entre les uns les autres , ils auroient
entendu le même bruit, & en même temps que
lefdits Defcoulleurs qu'eux Louis Duchemin
& Patrice Touilly , fe feroient arrêtez
d'abord pour écouter avec plus d'attention ,
que faifis de crainte , ils auroient déliberé
entre eux de retourner fur leurs pas ;
que comme il auroit fallu paffer dans l'endroit
où ces voixfe faifoient entendre , ils fe
feroient déterminez à s'en éloigner en continuant
leur voyage , toujours en tremblant :
qu'ils auroient entendu le même bruit pendant
mais
II, Vel
-une
DECEMBRE . 1730. 2817
une demie lieuë de chemin , mais foiblement
à mesure qu'ils s'éloignoient. Et ont figné
à
l'Original.
Le même jour a comparu pardevant
nous le fieur Claude Defcoulleurs , ancien
Garde de la Porte , & Penfionnaire de feu
M. le Duc d'Orleans , âgé de 56. ans , lequel
interrogé , a répondu : Que non -feulement
il avoit bien entendu ce bruit du mois de
Janvier , mais encore celui de la nuit du 9.
au 10. du prefent mois de May ; que lors
du premier il étoit bien éveillé & avoit oui
diftinctement tout ce qui s'étoit paffé : que
comme alors il faifoit froid, il ne s'étoit pas
levé pour cette raisons mais que comme la
porte de fa chambre eft vis-à-vis fon lit &
tournée à peu près du côté du Parc d'Anfacq
, il avoit auffi bien entendu que s'il eût
été dans fa cour & dans le lieu même ; que
le bruit étoit fi grand & fi extraordinaire,
que quoiqu'il fut bien enfermé , il n'avoit
pas laiffé d'être effrayé , & de reffentir dans
toutes les parties de fon corps un certain frémiffements
enforte que fes cheveux s'étoient
hériffez. Qu'à la feconde fois étant endormi,
le même bruit l'ayant éveillé en furſaut , il
feroit levé fur le champ ; mais que tandis
qu'il s'habilloit,la Troupe Aërienne avoit en
Le
temps
de s'éloigner; enforte que quand il
fut dans fa cour , il ne l'avoit plus entendrë
que de loin & foiblement , que cependant
11. Vol.
il
Cij
2818 MERCURE DE FRANCE
il en avoit oui affez defon lit & de fa chambre,
pourjuger & reconnoîtrefenfiblement que
ce fecond évenement étoit femblable en toutes
manieres au premier & de même nature.
Interrogé , s'il ne pourroit pas nous
donner une idée plus claire de cet évenement
par la comparaifon de quelque chofe
à peu près femblable , & tirée de
l'ordre ordinaire de la Nature & du Commerce
du Monde ? A répondu de cette.
maniere.
Il n'eft pas , Monfieur , dit-il , que vous
nayez vu plufieurs fois des Foires oufrancs
Marchez vous avez , fans doute, remarqué
que dans ces fortes de lieux deux ou trois
mille perfonnes forment une espece de cabos
ou de confufion de voix d'hommes , de femmes
, de vieillards , de jeunes gens & d'enfans
, où celui qui l'entend d'un peu loin ne
peut abfolument rien comprendre , quoique
chaque Particulier qui fait partie de la confufion
, articule clairement & fe faffe entendre
à ceux avec lesquels il traite de fes affaires
& de fon Commerce . Imaginez- vous donc
être à la porte des Hales à Paris unjour de
grand Marché , ou dans les Sales du Palais
avant l'Audience ; ou enfin à la Foire faint
Germain fur le foir , lorsqu'elle eft remplie
d'un monde infini , n'entend-on pas dans
tous ces lieux, & principalement dans le dernier
un charivari épouvantable , ( ce font fes
II Vol. mêmes
DECEMBRE. 1730. 28 19
›
mêmes termes ) dans lequel on ne comprend
rien en general, quoique chacun en particulier
parle clairement & ſe faſſe diſtinctement entendre?
ajoûtez à tout cela lesfons des Violons ,
des Baffes , Hautbois , Trompettes , Flutes
Tambours & de tous les autres Inftrumens
dont on joue dans les Loges des Spectacles
& qui fe mêlent à cette confufion de voix ,
vous aurez une idée jufte & naturelle des
bruits que j'ai entendus & dans lesquels j'ai
remarqué diftinctement des voix humaines en
nombre prodigieux , auffi - bien que les fons
de differens Inftrumens . Après la lecture
de fa dépofition , a dit , juré & protesté
contenir verité & a figné à l'Original .
ans ,
Le même jour a comparu Alexis Allou ,
. Clerc de la Paroiffe d'Anfacq , âgé de 34.
lequel interrogé &c . a répondu :
...que la même nuit étant couché & endormi,
Sa femme qui ne dormoit pas auroit été frappée
d'un grand bruit , comme d'un nombre
-prodigieux de perfonnes de tout fexe , de tout
age ; que faifie de frayeur , elle auroit éveillé
ledit Allou , fon mari , & qu'alors le même
bruit continuant & augmentant toujours ,
ils auroient crû l'un & l'autre que le feu étoit
à quelque maifon de la Paroiffe , & que les
cris provenoient des habitans accourus an
Secours que lui Allou dans cette perſuaſion
fe feroit levé avec précipitation ; mais qu'étant
prêt à fortir , & avant d'ouvrir fa
II. Vol. Cij porte
2820 MERCURE DE FRANCÉ
porte il auroit entendu paſſer devant fa
maifon une multitude innombrable de perfonnes
, les unes pouffant des cris amers
( ce font fes termes ) les autres des cris de
joye , & parmi tout cela les fons de differens
inftrumens que cette multitude lui avoit femblé
fuivre le long de la rue jufqu'à l'Eglife ,
mais qu'alors unfriſſon l'ayant faifi , il n'auroit
pas ofé écouter plus long- tems , & auroit
étéfe recoucher auffi tôt pour fe raffurer auffi
bien que fa femme qui trembloit de frayeur
dans fon lit. Et a figné à l'original.
Ce 24. May 1730. a comparu Nicolas
de la Place , Laboureur , âgé d'environ
45. ans , demeurant audit Anfacq , lequel
a déclaré : que la nuit du 27 au 28. Janvier
n'étant point encore endormi , il auroit tout
à
coup entendu un bruit extraordinaire , é
que croyant qu'il feroit arrivé quelque accident
dans la Paroiffe , il fe ferait levé nud
en chemife , & qu'après avoir ouvert la porte
de fa chambre , il auroit oùi comme un nombre
prodigieux de perfonnes , de tout âge &
de toutfexe , qui paffoient devant fa maison,
fife proche l'Eglife , & au milieu du Village
, formant un bruit confus , mais éclatant,
de voix comme humaines , mêlées de differens
inftrumens ; qu'alors la crainte & le
froid l'auroient obligé de refermer promtement
fa porte & de fe remettre au lit , d'où
il auroit encore entendu le même bruit & les
II. Vol.
mêmes.
DECEMBRE. 1730. 2821
mêmes voix , comme fi elles euffent monté
la ruë , & paffé devant la Maifon Pres
biterale. Et a figné à l'original.
Le même jour ont comparu Nicolas
Portier , Laboureur , âgé de 25. ans , &
Antoine Le Roi , garçon Marchand Gantier
, âgé d'environ 34. ans , lefquels ont
déposé que ladite nuit & à la même heure
ils auroient entendu paffer le long de la ruë,
dite d'Enbaut , qui conduit à Clermont , &
entre notre Maiſon Presbiterale & la leur,
comme une foule de monde , de tout âge , de
tout fexe , dont une partie pouffoit des cris
affreux , les autres parlant tous ensemble ,
& articulant certain jargon inintelligible s
que le bruit étoit fi grand & fi affreux que
leurs chiens qui étoient couchés dans la
Cour pour lagarde de la maiſon, en avoient
été tellement effrayés , que fans pouffer un
feul aboyement ils s'étoient jettes à la porte
de la chambre de ladite maifon , la mordant
& la rongeant comme pour la forcer , l'ouvrir
& fe mettre à couvert , fuivant l'instinct
naturel de ces animaux. Et ont figné à l'original.
Ce z. Juin 1730. ont comparu Jean
Defcoulleurs , âgé de 40. ans , Jacques
Daim , Etienne Baudart , Chriſtophe Denis
Deftrés , Jean Beugnet , Paul le Roi ,
Jean Caron & un grand nombre d'autres
perfonnes des deux fexes , lefquels ont
II. Vol. Cilj tous
2822 MERCURE DE FRANCÉ
་
tous déclaré d'avoir bien entendu nonfeulement
le bruit aërien du 27 au 28.
Janvier , mais encore celui du 9 au 10.
dé May dernier , fe rapportant tous dans
les mêmes circonftances ; enforte qué
leur ayant fait lecture de toutes les dépofitions
ci-deffus , ont dit icelles contenir
verité , & ont figné l'Original , ceux
qui fçavent écrire , n'ayant pas jugé à
propos de prendre les marques de plus
de vingt perfonnes qui dépofent toutes
les mêmes chofes , mais qui ont declaré
ne fçavoir figner.
Nous fouffigné , Prêtre , Docteur en
Theologie , Curé de S. Lucien d'Anfacq',
Diocèfe de Beauvais , certifions que toutes
les dépofitions ci-deſſus fontfidelles , & telles
qu'on nous les a fournies ; qu'elles font fignées
enforme dans l'Original , & que cette
copie lui eft conforme en toutes fes parties ,
que nous n'avons ajouté ni rien changé dans
Fun & dans l'autre que l'arrangement &
la diction , ayant fcrupuleufement Suivi toutes
les circonftances qui nous ont été données.
Fait à Anfacq , ce 26. Octobre 1730. figné
TREUILLOT DE PTONCOURT , Curé
d'Anfacq.
›
REFLEXIONS.
Avant que de rendre publique cette Relation
, j'ai crû devoir la communiquer à
11. Vol. quelques
DECEMBRE. 1730. 2823
quelques perfonnes éclairées & d'érudition
de mes amis particuliers , leurs ſuffrages
m'ont paru néceffaires pour la rendre
plus autentique , s'agiffant fur tout
d'un évenement qui tient trop du merveilleux
, pour ne pas devenir le fujet
des railleries & du mépris des efprits
forts.
Je fuis bien aife d'avertir ces Meffieurs
que j'ai été jufqu'ici de leur nombre &
leur confrere fidele en ce genre feulement;
mais quoique je ne fois pas encore bien
réfolu de faire faux- bon à leur confrairie
, je les fupplie néanmoins de me permettre
de demeurer neutre entre leur
parti & celui des crédules , jufqu'à ce
que des gens de poids pour la fcience &
pour la pénetration ayent décidé du fait.
dont il s'agit , & m'ayent tiré de la perplexité
où je refterai jufqu'à leur jugement,
Les efprits forts ne peuvent me refuſer
qu'injuftement cette fufpenfion ; je ne
fçai pas bien s'il ne feroit pas auffi injufte
& auffi ridicule de traiter de vifionaires
tant de gens de probité , quoique de
la Campagne , qui conviennent tous du
même fait , que de croire legérement tout
ce que le vulgaire ignorant débite fi fouvent
des fabbats & des autres fottifes de
ce genre.
II. Vol. Cy Quoi
2824 MERCURE DE FRANCE
Quoiqu'il en foit , mes amis , bien loin
de me diffuader de donner au Public cette
relation , avec le procès verbal fait en
conféquence , m'ont prié , au contraire ,
non feulement de ne point héfiter à
le faire , mais d'y joindre encore une
deſcription Topographique du Village
d'Anfacq , afin de donner lieu à ceux
qui croirone pouvoir expliquer cet évenement
par des caufes naturelles d'exercer
toute leur Phyfique & leur Philofophie.
En effet , fi les Phénoménes extraor
dinaires qui ont paru dans l'air depuis
cinq ans ont tant exercé les beaux efprits
& ont fait la matiere de plufieurs affemblées
de Meffieurs de l'Académie des
Sciences , pourquoi un événement qui
tombe fous un autre fens , qui n'eft pas
moins réél , ni moins effentiel à l'homme
le fens de la vûë , ne meritera- t'if
que
pas autant l'attention & la curiofité des
mêmes Sçavans !
>
Tout le monde fçait que Phénoméne
eft un mot Grec, que l'on a francifé comme
beaucoup d'autres , parce qu'il ne fe
trouve point dans notre Langue de termes
d'une fignification affez énergique ,
pour exprimer feul & par lui -même les
objets qui paroiffent extraordinairement
dans l'air. Notre Langue ne nous fournit
II. Vol. pas
DECEMBRE. 1730. 2825
pas non plus d'expreffions pour défigner
fes bruits extraordinaires qui fe font , où
qui pourroient fe faire entendre. Mais.
comme ces derniers font bien moins communs
que les premiers , on ne s'eft point
encore avifé jufqu'ici de francifer un mot
Grec pour les exprimer.
; .
L'évenement dont il s'agit , ne pourroit
il donc pas m'autorifer à le faire moimême
? & de même qu'il a plû à nos
Anciens d'appeller , Phénoménes , les
objets extraordinaires qui paroiffent dans
l'air ne pourroit-on pas , par la même
raifon , défigner le bruit étonnant & prodigieux
qui vient de fe faire entendre par
ce mot , Akoufméne , ou pour parler plus
regulierement Grec en François , Akousmate
? Le premier fignifie une chofe qui
paroît extraordinairement ; le fecond fi
gnifiera une chofe qui fe fait entendre
extraordinairement
.
Ce principe établi , je prétens que fi les
Phénoménes font du reffort de la curio
fité des Sçavans , les Akoufmates , ne le
font pas moins , fuppofé leur réalité . Or,
on ne peut guere douter de celui - ci : trop
de gens
raifonnables en font le rapport ,
& s'accordent trop dans les mêmes circonftances
, pour n'y pas ajouter foi .
On me dira peut être ,qu'il y a une grande
difference pour l'autenticité entre les Phe-
II. Vol. Cavi no
2826 MERCURE DE FRANCE
noménes & mes prétendus Akoufmates :
que lorfque les premiers paroiffent , tous
les hommes qui ont le même horiſon naturel
& même rationel , peuvent les appercevoir;
au lieu que les feconds , fuppofé
leur réalité , ne peuvent être entendus
que de peu de perfonnes , & de celles feulement
qui en font à portée & qui demeurent
dans le même lieu où ces Akoufmates arrivent.
Que par confequent un Phénoméne
qui eft apperçu par tous les Sunorifontaux ,
emporte avec foi une autenticité bien
plus grande , qu'un Akoufmate qui ne peut
être entendu que par un petit nombre de
particuliers habitans d'un même lieu.
A cela je répons : que la Sphère d'activité
de la vûë étant bien plus étenduë
que celle de l'oüie , les Phénoménes & les
Akoufmates , ne requiérent pas le même
nombre de témoins pour les rendre autentiques
: que les premiers pouvant être apperçus
de tous les Sunorifontaux , il eſt
neceffaire que le plus grand nombre des
hommes qui habitent l'horifon fur lequel
un Phénoméne paroît , en rende témoignage
; au lieu que pour les feconds , il .
fuffit , ce me femble , qu'il ayent été entendus
par la plus grande & la plus faine
partie des habitans d'un même lieu , &
renfermés dans la Sphère d'activité de
l'oüie.
II. Vol.
Mais
DECEMBRE. 1730. 2827
le
Mais pour rendre le fait dont il s'agit
plus autentique encore , il fuffit de remarquer
que le fens de la vûë eft ordinairement
plus fujet à l'erreur & à l'illuſion ,
le fens de l'oüie . Il n'y a pour
que
prouver qu'à fe reffouvenir de toutes les
extravagances qui ſe débiterent à l'occafion
des derniers Phénoménes & fur tout
de celui du mois d'Octobre 1726.Combien
de gens cturent voir au milieu de l'efpece
de Dôme de feu qui parut alors , les uns
une Colombe ou S. Efprit , les autres un
Ange , un Autel , un Dragon , &c . toutes
chofes qui n'avoient de réalité que
dans leur imagination frappée , ou dans
leurs yeux fatigués & éblouis ?
Mais ici où il ne s'agit que du fens de
l'oiie , tant de gens raifonnables ont ils
pû fe tromper fi groffiérement , que de
s'imaginer entendre quelque chofe lorfqu'il
n'entendoient rien ? Un prétendu
bruit épouventable dans l'air qui n'auroit
confifté qu'en quelques hurlemens de
Loups fur la terre ? Une multitude infinie
de voix comme humaines mêlées de
differens fons d'inftrumens, qui n'auroient
été que des cris d'Oyes ou de Canards
Sauvages . Des perfonnes à dix pas du
lieu où fe paffoit ce charivari , des perfonnes
en voyages qui font arrêtées par
cet accident , & qui difent les avoir en-
II. Vol.
tendu
2828 MERCURE DE FRANCE
tendu finir par des éclats de rire de toute
efpece , tandis que d'autres pouffoient
des cris horribles ? Seroit-il poffible que
tant d'oreilles euffent été enchantées
pour ainfi dire , pour croire entendre ce
qu'elles n'entendoient pas ? C'eft ce que
je ne fçaurois jamais m'imaginer . Je ne
veux néanmoins m'attacher à aucun fentiment
, qu'autant qu'il fera celui de perfonnes
plus habiles que moi.
Defcription du Village.
ANacq cft fitué dans un Vallonformé par
deux Coteaux ou Montagnes , entre Clermont
en Bauvoifis au Nord - Eft , & le Bourg de
Mouy au Sud - Oueft. A peu près à la même diftance
de l'un & de l'autre; trois Gorges fort étroites
, l'une au Nord- Eft , celle du milieu au Nord,
& la troifiéme au Nord - Oueft , font comme les
racines du principal Vallon , forment une espéce
de patte d'Oye, & fe rapprochant, viennent le réünir
à un quart de lieuë d'Anfacq...
Sur la hauteur environ à fix cens pas communs
de la naiffance de ces Gorges ,, eft le commencement
de la Forêt de Haye , dite communément
la Forêt de la Neuville. La Seigneurie du
Pleffier Bilbault , de la Paroiffe d'Anfacq , eft fi
tuée proche la liziere de ladite Forêt , à 400. pas
ou environ de la naiffance de la Gorge du milieu
ou de celle du Nord..
Le Village commence du côté de Clermont
au Nord - Eft , par une rue affés longue , bâtie le
long de la côte Orientale , fur une douce pente,
& vient fe terminer à l'Eglife , dont le principal
II. Vol.
Portail
DECEMBRE . 1730. 2829'
Portail fait face du côté du Couchant , à une Pla
ce bordée de maiſons de part & d'autre , & terminée
par un petit ruiffeau , au delà duquel d'autres
maifons font face au Portail.
De l'Eglife , une autre rue conduit jufqu'aux
murs du Parc vers le Sud- Qüeft : & c'eft au bout
de cette rue , & en dedans du Parc , que les bruits
furprenans dont-il eft ici question , commencent
& le font entendre ordinairement. C'eft auffi audeffus
de l'extrémité de cette ruë , & vers les mêmes
murs , que Charles & François Defcoulleurs,
étoient placés , lorfqu'en revenant de Senlis , ils
furent obligés de s'arrêter , à caufe de ce bruit
étonnant.
>
On fe fouviendra encore de ce qui eft dit dans
la dépofition defdits Defcoulleurs , que deux cris
affreux furent comme le prélude de la confufion
qu'ils entendirent immédiatement après. Le premier
fe fit entendre du fond d'une des Gorges
qui fervent de racines au principal Vallon ,,
c'eft à dire , de la troifiéme qui eft vers le Nord-
Oueft , le fecond cris répondit au premier dans
le Parc , au bout de la rue même dont je viens
de parler , & à quinze ou viage pas de l'endroit
ou lefdits Defcoulleurs étoient. Le Vallon d'Anfacq
ainfi formé , comme je l'ai dit , par la jonc
tion des trois Gorges , continue à peu près de la
même largeur jufqu'au Parc & au Château , éloi
gné du Village environ de huit cent pas.
Le Parc qui peut contenir quatre cens arpens,.
eft un grand quarré long , dont la partie Orien
tale forme dans toute fa longueur du Nord au
Sad un Amphithéatre , ou deux grandes Terraffes
l'une far l'autre qui emportent environ la
moitié de fa largeur , & font ombragées par tout:
d'une petite fotaye de chênes , & en quelques ens
droits de buiffons épais & forts.
11. Vol.
Ꮮ e
2830 MERCURE DE FRANCE
Le Château d'un gout antique avec Tours &
Tourelles eft fitué à cent pas du pied de l'Amphithéatre
, entre deux Cours , dont celle d'entrée
& la principale , regarde le Couchant , l'autre
F'Orient , l'une & l'autre environnées de bâtimens
pour la commodité d'un Laboureur.
Prés du Château on trouve trois Jardins
entourés de Murs , lefquels coupant aflez bifarrement
l'endroit du Parc où ils font placés , forment
trois quarrés & differentes efpeces de chemins
couverts qui les féparent l'un de l'autre , &
conduifent à differentes portes , tant pour entrer
dans la principale Cour que pour ſortir du Parc ;
tout le refte confifte en pâturages , Aulnois ,
plans de faules & Arbres fruitiers.
>
De l'extrémité du Parc , du côté du Sud - Oueſt;
le Vallon continuë pendant une demie lieuë , &
va enfin fe rendre dans la grande Vallée de
Mouy. Il eft partagé dans toute fa longueur par
un petit Ruiffeau , formé par plufieurs fources
qui fortent du pied de la Montagne d'où naiffent
les trois Gorges. Ce Ruiffeau ombragé par
tout de bois aquatiques comme Saules , Peupliers
, Aulnes &c. vient paffer au- deffous des
Jardins de la rue de Clermont , bâtie , comme
je l'ai déja dit , fur la pente de la côte Orientale,
entre enfuite dans le Village par l'extrémité de
la Place qui fait face à l'Eglife , & continuant
fon cours vers le Sud - Oueft , il va fe rendre dans
le Parc ; delà toujours en ferpentant il va arrofer
le principal Jardin , d'où il tombe par une
efpece de petite Caſcade dans les foffez du Châ
teau qu'il parcourt fans les remplir , parceque
les digues en font rompues. Il fort enfuite des
foffez & de la grande Cour pour rentrer dans
l'autre partie du Parc , & cotoyant le pied de
PAmphithéatre il en reffort par le Sud- Ouest, &
II. Vol. va
DECEMBRE. 1730. 2831
a former à fix cens pas delà un petit étang
pour faire moudre un Moulin . En fortant du
Moulin , il fe recourbe un peu vers le Sud ou
Midi , & après une demie lieuë du refte de fon
cours il va fe rendre dans la grande Vallée , &
fe décharger dans la petite Riviere du Terrin ,
entre Mouy & Bury. Le Vallon d'Anfacq depuis
fes racines jufqu'à l'endroit où il fe rend
dans la grande Vallée peut avoir dans toute fa
longueur 3000. pas géometriques, ou une grande
lieuë de France.
༥༤ ་
Outre les trois Gorges dont j'ai parlé, il fe trouve
encore dans toute cette étendue pluſieurs cavées
ou chemins creux de part & d'autre qui
conduisent en differens endroits fur les deux coteaux
oppofés dont le Vallon eft formé.
Il faut obferver que dans toute la longueur da
Vallon il ne fe trouve point d'échos confiderables
qui fe renvoyant les fons les uns aux autres
puiffent fervir de fondement au fentiment de
ceux qui voudroient attribuer les bruits en queftion
à ces cauſes ordinaires & naturelles . C'eft
ce dont j'ai voulu moi - même faire l'experience
pendant une belle nuit & un tems calme , en fai
Tant marcher en même tems que moi plufieurs
perfonnes tant fur les côteaux que dans la Vallée,
& en les faifant crier de tems en tems. J'entêndis
bien les voix de plus de quinze perfonnes ,
hommes & petits garçons qui s'acquiterent parfaitement
de la commiffion que je leur avois donnée
, en criant quelquefois de toutes leurs forces ,
& en parlant de tems en tems , & tous enſemble
à voix haute ; mais cette experience ne produifit
rien qui pût m'éclaircir ; les principaux témoins
de notre prodige que j'avois avec moi , ne
convinrent jamais que ces voix en approchaffent,
& lui reffemblaffent en la moindre circonftance.
II Fol. Il
2832 MERCURE DE FRANCE
Il est vrai , me dirent -ils , que dans le Sabbat
que nous avons entendu , ( ce font leurs mêmes
termes ) il y avoit à peu près des voix ſemblables
mais en bien plus grand nombre , & qui formoient
une confufion horrible de cris lugubres ,
de cris de joye & de fons d'Inftrumens.Celles - cy,
continuoient- ils , font difperfées & à terre, aulieu
que les autres étoient toutes raffemblées , & la
plus grande partie dans l'Air ; nous entendons le
langage de ceux- cy , mais nous ne comprîmes
jamais rien dans le jargon des autres . Et d'ailleurs
quand ce que nous entendons actuellement approcheroit
en quelque forte de ce que nous avons
entendu;quelle apparence qu'un nombre fi prodigieux
de monde fe fût affemblé dans le Pare
d'Anfacq? Il auroit donc fallu pour cela que tous
les habitans , hommes , femmes , enfans & Menetriers
de tous les Villages à deux lieues à la
ronde , euffent formé ce complot ; & à quel ufa
ge : Les uns pour crier , chanter & rire ? Les autres
pour pleurer , fe plaindre & gémir ? Tel fue
le fruit de mon experience : une plus grande in→
certitude.
ADDITION
Le 31. Octobre dernier , veille de la Touffaint,
le même bruit fe fit entendre au- deffus du Parc
d'Anfacq , entre 9. & 10. heures du ſoir ; il fut fi
épouventable , que non- feulement une partie du
Village l'entendit , mais que des moutons parquez
auprés delà en furent fi effrayez , qu'ils forcerent
le Parc & fe répandirent par la Campagne , enforte
que le Berger fut obligé d'aller chercher
quelques Payfans des environs pour l'aider à raſfembler
fon Troupeau. La femme de ce même
Berger couchée avec lui dans fa Cabane , en fut
fépouventée qu'elle en eft tombée malade.
II. Vol. Comme
DECEMBRE. 1730. 283 3°
Comme j'avois ordonné qu'on m'avertit en
cas que ce même bruit fe fit entendre de nouveau,
on ne manqua pas de courir chez moi dans le
moment , mais ma maiſon étant un peu éloignée
du Parc d'Anfacq , quelque diligence que je puffe
faire pour me rendre fur le lieu , j'y arrivai trop
tard & ne puis rien entendre. J'ay chargé une
perfonne de veiller pendant tout l'hyver jufqu'à
minuit , afin de pouvoir être averti s'il arrivoit
que ce bruit fe fit encore entendre.
y
Ayant communiqué à plufieurs de mes amis ce
ce qui s'eft paffé dans ma Paroiffe ; un d'entre'
eux, homme de Lettres, & ayant une Charge dans
la Justice de Clermont en Beauvoifis , me dit qu'il
avoit quinze ans que paffant la nuit par le Village
d'Anfacq pour s'en retourner à Clermont
étant feul à cheval à quelque diftance dudit Vilge
, il entendit un bruit fi épouventable en l'Air
& fi prés de lui , qu'il en fut tranfi de frayeur . Il
fe jetta à bas de fon cheval & fe mit à genoux
en prieres jufques à ce que ce bruit fut paffé ,
aprés quoi il continua fon chemin. Arrivé chez
lui il eut honte de fa peur & n'oſa jamais ſe
vanter de ce qui lui étoit arrivé , de peur qu'on
ne le prêt pour un vifionaire , mais que puifque
cette avanture devenoit fi fréquente , il avoüoit
fans peine ce qu'il lui étoit arrivé.
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Résumé : LETTRE de M. Treüillot de Ptoncour, Curé d'Ansacq, à Madame la Princesse de Conty, troisiéme Doüairiere, & Relation d'un Phénomene très extraordinaire, &c.
En décembre 1730, le curé Treüillot de Ptoncour adresse une lettre à Madame la Princesse de Conty pour relater un phénomène extraordinaire survenu dans la paroisse d'Anfacq, près de Clermont-en-Beauvaisis. La nuit du 27 au 28 janvier 1730, plusieurs habitants ont entendu des voix humaines dans l'air, exprimant divers sentiments tels que la joie ou la tristesse. Le curé, initialement sceptique, a interrogé plusieurs témoins, dont deux laboureurs respectés, qui ont confirmé avoir entendu ces bruits. Les témoignages étaient cohérents et les témoins n'ont montré aucun signe de tromperie ou de contradiction. Le phénomène s'est répété la nuit du 9 au 10 mai 1730, incitant le curé à documenter les dépositions des témoins. Parmi les témoins, Charles Descouleurs et son frère François ont déclaré avoir entendu des éclats de rire provenant de centaines de personnes, imitant ceux des vieillards et des jeunes. Louis Duchemin et Patrice Touilly ont également entendu ces bruits en se rendant à Beauvais. Claude Descouleurs a mentionné avoir entendu des bruits similaires en janvier et en mai. Alexis Allou, Nicolas de la Place, Nicolas Portier et Antoine Le Roi ont tous décrit des bruits confus de voix humaines et d'instruments de musique. Le curé de Saint-Lucien d'Anfacq a certifié la fidélité des dépositions. Le texte discute également de la curiosité scientifique suscitée par les phénomènes aériens et propose d'étendre cette curiosité aux bruits extraordinaires, suggérant le terme 'Akoufmates' pour les désigner. L'auteur souligne que, bien que les phénomènes visuels soient plus facilement observables, les Akoufmates, bien que moins communs, méritent également l'attention des savants. Les témoignages sur ces bruits sont nombreux et concordants, rendant leur réalité difficile à nier. Le village d'Anfacq est situé dans un vallon formé par deux coteaux, entre Clermont et Mouy. Les bruits se manifestent principalement dans le parc et sont décrits comme une confusion de cris et de sons d'instruments. Une expérience personnelle visant à vérifier la présence d'échos naturels n'a pas abouti, renforçant ainsi le mystère des Akoufmates. Un incident récent rapporte que les bruits ont effrayé des moutons et une bergère, illustrant l'impact réel de ces phénomènes. L'auteur mentionne avoir entendu un bruit mystérieux près du Parc d'Anfacq et avoir chargé une personne de surveiller jusqu'à minuit durant l'hiver. Un ami, fonctionnaire à Clermont en Beauvoisis, révèle avoir entendu un bruit épouvantable quinze ans auparavant près du village d'Anfacq, alors qu'il passait à cheval. Terrifié, il tomba de son cheval et pria jusqu'à ce que le bruit cesse. Face à la fréquence croissante de tels événements, il avoue enfin ce qui lui est arrivé.
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341
p. 2835-2839
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Lausanne, le premier Decembre 1730. par M. le Conseiller Seigneux, à M. de Veze, au sujet d'une forme singuliere de Jugement criminel, & sur un Phénoméne arrivé dans le même Païs au mois d'Octobre dernier.
Début :
Je sortis hier d'une fonction oratoire que je craignois un peu, comme ne [...]
Mots clefs :
Tribunal , Jugement, Meurtre, Verglas, Brouillard, Froid
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Lausanne, le premier Decembre 1730. par M. le Conseiller Seigneux, à M. de Veze, au sujet d'une forme singuliere de Jugement criminel, & sur un Phénoméne arrivé dans le même Païs au mois d'Octobre dernier.
EXTRA IT d'une Lettre écrite de
Laufanne , le premier Decembre 1739 .
par M. le Confeiller Seigneux , à M. de
Veze , au fujet d'une forme finguliere de
Jugement criminel , & fur un Phénoméne
arrivé dans le même Pais au mois d'Oc
tobre dernier,
J
E fortis hier d'une fonction oratoire .
que je craignois un peu , comme ne
m'étant pas trop familieres. Nous avons
dans cette ville une forme de Jugement
criminel , quand il s'agit d'un meurtre ,
qui fe fait avec beaucoup de folemnité au
milieu de la Place publique , on y forme
par des barrieres une Salle ou Parc , en
quarré long , à la tête de laquelle font
trois Tribunaux élevez de quelques pieds
chacun. A droite & à gauche font placez
quatre vingt-dix - neuf Juges ; au devant
eft la Secretairerie ; il y a auffi un Magif-
II. Vol.
trat
2836 MERCURE DE FRANCE
trat debout, nommé Gros Saultier , tenant
un bâton d'argent , le Herault de la Ville
& beaucoup d'Huiffiers. Les trois Magiftrats
qui occupent les Tribunaux ont chacun
un Sceptre à la main. Au milieu du
Parquet font les habits fanglans de l'homme
mort , expofé fur une planche & formant
triftement une figure de corps giffant.
Aux quatre coins de la Salle font des
barrieres qui s'ouvrent & fe ferment pardes
Huiffiers qui en font les Gardes , c'eſt
là cque fe tiennent trois Affifes , deux dans
un même jour , & la troifiéme quinze
jours après . Les proclamations étant faites ,
fr l'accufé paroît , il entre armé dans le
Parc ! fi c'eft un Gentilhomme , il l'eſt de
toutes pieces , fuivi de fes parens & amis
qui restent à la porte du Parc.
L'Accufé étant entré feul , on le défarme;
il plaide ou fait plaider fa cauſe. Un
Avocat nommé par le Confeil plaide
pour le Lieutenant Criminel. fi après les
Plaidoyers & le jugement rendu , l'Accufé
eft abfous, on le revêt de fes armes , & il
fe retire fuivi d'un nombreux cortege ;
s'il eft condamné on le conduit droit au
fupplice , à moins qu'il n'ait recours à la
clémence des Juges qui peuvent lui accorder
fa grace.
On appelle cette Cour , Cour impériale ,
II. Vol, parce
DECEMBRE. 1730. 2837:
parce que la forme & le droit nous en
viennent des Empereurs, Elle s'affemble
affez rarement , parce qu'elle n'exerce
cette jurifdiction folemnelle que dans les
cas d'homicide , commis feulement dans
la ville de Lauzane.
C'est là où j'ai été appellé , & où
j'ai fait deux fonctions , d'abord un Difcours
à l'ouverture du Tribunal , &
quinze jours après un long plaidoyer ,dans
lequel après avoir expofé les raifons préfomptives
de l'Accufe qui étoit abfent , &
la difpofition des loix , j'ai enfin conclu
felon les circonstances du fait , les regles
de la Juftice , & le devoir de mon miniftere
, cette fonction répond affez à celle
d'Avocat General dans les Parlemens de
France.
Cette formalité , au refte , eft très -ancienne
; car quoi qu'on puiffe en rappor
ter l'établiffement au tems de la race Carlovingienne
, je crois qu'on peut en remonter
la premiere origine à ces Campi
Maji , Madii on Martii , dont parle du
Gange , qu'on appella enfuite , Mallum
Placitum generale , Conventus generalis
dans lefquels fe rendoient les jugemens
militaires ufitez chez les anciens Francs .
Voici une autre nouvelle d'une espece
bein differente : Nous avons vû dans les
hauteurs des environs , un Phénoméne
II. Vol
2838 MERCURE DE FRANCE
très- fingulier. La nuit du 14. au 15. Octobre
dernier , il fe fit par un brouillard
épais une gelée fi forte , que tous les arbres
, feuilles & fruits fe couvrirent d'un
verglas épais. Enforte que dans un Chàteau
de ma connoiffance , à quatre lieuës
d'ici , on fervit aufruit des poires , pommes
,prunes & pêches qui étoient abfolument
enchaffées dans une maniere de boëte
de criſtal d'environ un pouce d'épaiffeur.
C'étoit chez Madame ... foeur du
Vicomte de Bardonenches. Un leger cordeau
de fil tendu dans le Jardin y devint
au rapport de cette Dame , prefque de
l'épaiffeur du bras , parce qu'à mesure
que le brouillard diftilloit , une bife
des plus piquantes faifoit congeler ce
cordon.
*
Le 15. tout demeura abfolument glacé,
ce qui eutfait un très beau fpectacle fans
le froid extrême & la perte de la recolte.
Le 15 & le 16. quantité d'arbres furchargés
de ce poids de glace , fe rompirent
en éclats.
Au reste , pendant deux nuits , on entendit
un bruit affreux dans les bois , &
on vit enfuite la terre par tout couverte.
de leurs débris. Il y a telle petite Com,
munauté qui a perdu plus de mille écus .
par cet accident , ce fut un dégar des
plus triftes. On m'écrit que du côté d'Or-
RII. Vol. .be
DECEMBRE . 1730. 2839
be , Ville très - ancienne, le bruit que l'on
entendoit dans la Campagne reffembloit
à celui d'une bataille des plus acharnées .
Je n'ai pas encore eu le tems de m'infor
mer exactement de toutes les autres circonftances
& particularités ; mais je le
ferai , & cela en vaut , je crois , la peine .
L'Hiftoire nous apprend mille chofes
moins curieufes.
Laufanne , le premier Decembre 1739 .
par M. le Confeiller Seigneux , à M. de
Veze , au fujet d'une forme finguliere de
Jugement criminel , & fur un Phénoméne
arrivé dans le même Pais au mois d'Oc
tobre dernier,
J
E fortis hier d'une fonction oratoire .
que je craignois un peu , comme ne
m'étant pas trop familieres. Nous avons
dans cette ville une forme de Jugement
criminel , quand il s'agit d'un meurtre ,
qui fe fait avec beaucoup de folemnité au
milieu de la Place publique , on y forme
par des barrieres une Salle ou Parc , en
quarré long , à la tête de laquelle font
trois Tribunaux élevez de quelques pieds
chacun. A droite & à gauche font placez
quatre vingt-dix - neuf Juges ; au devant
eft la Secretairerie ; il y a auffi un Magif-
II. Vol.
trat
2836 MERCURE DE FRANCE
trat debout, nommé Gros Saultier , tenant
un bâton d'argent , le Herault de la Ville
& beaucoup d'Huiffiers. Les trois Magiftrats
qui occupent les Tribunaux ont chacun
un Sceptre à la main. Au milieu du
Parquet font les habits fanglans de l'homme
mort , expofé fur une planche & formant
triftement une figure de corps giffant.
Aux quatre coins de la Salle font des
barrieres qui s'ouvrent & fe ferment pardes
Huiffiers qui en font les Gardes , c'eſt
là cque fe tiennent trois Affifes , deux dans
un même jour , & la troifiéme quinze
jours après . Les proclamations étant faites ,
fr l'accufé paroît , il entre armé dans le
Parc ! fi c'eft un Gentilhomme , il l'eſt de
toutes pieces , fuivi de fes parens & amis
qui restent à la porte du Parc.
L'Accufé étant entré feul , on le défarme;
il plaide ou fait plaider fa cauſe. Un
Avocat nommé par le Confeil plaide
pour le Lieutenant Criminel. fi après les
Plaidoyers & le jugement rendu , l'Accufé
eft abfous, on le revêt de fes armes , & il
fe retire fuivi d'un nombreux cortege ;
s'il eft condamné on le conduit droit au
fupplice , à moins qu'il n'ait recours à la
clémence des Juges qui peuvent lui accorder
fa grace.
On appelle cette Cour , Cour impériale ,
II. Vol, parce
DECEMBRE. 1730. 2837:
parce que la forme & le droit nous en
viennent des Empereurs, Elle s'affemble
affez rarement , parce qu'elle n'exerce
cette jurifdiction folemnelle que dans les
cas d'homicide , commis feulement dans
la ville de Lauzane.
C'est là où j'ai été appellé , & où
j'ai fait deux fonctions , d'abord un Difcours
à l'ouverture du Tribunal , &
quinze jours après un long plaidoyer ,dans
lequel après avoir expofé les raifons préfomptives
de l'Accufe qui étoit abfent , &
la difpofition des loix , j'ai enfin conclu
felon les circonstances du fait , les regles
de la Juftice , & le devoir de mon miniftere
, cette fonction répond affez à celle
d'Avocat General dans les Parlemens de
France.
Cette formalité , au refte , eft très -ancienne
; car quoi qu'on puiffe en rappor
ter l'établiffement au tems de la race Carlovingienne
, je crois qu'on peut en remonter
la premiere origine à ces Campi
Maji , Madii on Martii , dont parle du
Gange , qu'on appella enfuite , Mallum
Placitum generale , Conventus generalis
dans lefquels fe rendoient les jugemens
militaires ufitez chez les anciens Francs .
Voici une autre nouvelle d'une espece
bein differente : Nous avons vû dans les
hauteurs des environs , un Phénoméne
II. Vol
2838 MERCURE DE FRANCE
très- fingulier. La nuit du 14. au 15. Octobre
dernier , il fe fit par un brouillard
épais une gelée fi forte , que tous les arbres
, feuilles & fruits fe couvrirent d'un
verglas épais. Enforte que dans un Chàteau
de ma connoiffance , à quatre lieuës
d'ici , on fervit aufruit des poires , pommes
,prunes & pêches qui étoient abfolument
enchaffées dans une maniere de boëte
de criſtal d'environ un pouce d'épaiffeur.
C'étoit chez Madame ... foeur du
Vicomte de Bardonenches. Un leger cordeau
de fil tendu dans le Jardin y devint
au rapport de cette Dame , prefque de
l'épaiffeur du bras , parce qu'à mesure
que le brouillard diftilloit , une bife
des plus piquantes faifoit congeler ce
cordon.
*
Le 15. tout demeura abfolument glacé,
ce qui eutfait un très beau fpectacle fans
le froid extrême & la perte de la recolte.
Le 15 & le 16. quantité d'arbres furchargés
de ce poids de glace , fe rompirent
en éclats.
Au reste , pendant deux nuits , on entendit
un bruit affreux dans les bois , &
on vit enfuite la terre par tout couverte.
de leurs débris. Il y a telle petite Com,
munauté qui a perdu plus de mille écus .
par cet accident , ce fut un dégar des
plus triftes. On m'écrit que du côté d'Or-
RII. Vol. .be
DECEMBRE . 1730. 2839
be , Ville très - ancienne, le bruit que l'on
entendoit dans la Campagne reffembloit
à celui d'une bataille des plus acharnées .
Je n'ai pas encore eu le tems de m'infor
mer exactement de toutes les autres circonftances
& particularités ; mais je le
ferai , & cela en vaut , je crois , la peine .
L'Hiftoire nous apprend mille chofes
moins curieufes.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Lausanne, le premier Decembre 1730. par M. le Conseiller Seigneux, à M. de Veze, au sujet d'une forme singuliere de Jugement criminel, & sur un Phénoméne arrivé dans le même Païs au mois d'Octobre dernier.
Dans une lettre datée du 1er décembre 1739, M. le Conseiller Seigneux décrit à M. de Veze une procédure judiciaire singulière à Lauzanne pour les jugements de meurtres. Cette procédure se déroule publiquement avec une grande solennité sur une place aménagée en salle par des barrières. Elle implique trois tribunaux élevés, quatre-vingt-dix-neuf juges et divers officiers. L'accusé, s'il est gentilhomme, entre armé et est accompagné de ses parents et amis. Après les plaidoyers, l'accusé est soit absous et quitte les lieux armé, soit condamné et conduit au supplice, sauf s'il obtient la grâce des juges. Cette cour, appelée Cour impériale, exerce sa juridiction solennelle uniquement en cas d'homicide dans la ville de Lauzanne. La lettre mentionne également un phénomène naturel survenu en octobre 1739 : une gelée intense a recouvert les arbres et les fruits d'un verglas épais, causant des dégâts considérables. Ce phénomène a transformé des fruits en objets semblables à des boîtes de cristal et a endommagé de nombreux arbres. Le bruit produit par les arbres se brisant ressemblait à celui d'une bataille. La lettre se termine par une promesse d'enquêter davantage sur cet événement.
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341
342
p. 2916-2917
EXTRAIT d'une Lettre du R. P. Emmanuel de Viviers, Capucin, écrite de Toulouse le 30. Novembre 1730.
Début :
J'ay lû dans le Journal de Verdun de ce mois, que le P. Papon, Capucin, a [...]
Mots clefs :
Phénomène, Aurore boréale
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre du R. P. Emmanuel de Viviers, Capucin, écrite de Toulouse le 30. Novembre 1730.
EXTRAIT d'une Lettre du R.P.Emmanuel
de Viviers , Capucin , écrite de
Toulouse le 30. Novembre 1730.
J'A
'Ay lû dans le Journal de Verdun de
ce mois , que le P. Papon , Capucin , a
obfervé l'Aurore Boréale qui parut le 7
d'Octobre dernier à Gannat , en Bourbonnois.
J'envoyai mon obfervation à
M. Caffini , deux jours après l'aparition'
de ce Phénoméne , dont voici le détail.
Le 7 Octobre , environ fur les fept
heures & demie du foir , j'apperçus une
petite lumiere fort vive , à l'endroit où
le Soleil s'étoit couché. Cette lumiere
s'augmenta peu à peu & devint fort éclatante.
Elle étoit dirigée au Nord- Oüeft ,
changeoit fouvent de figure, s'élevoit fur
Phorifon par intervalles , & s'abbaiffoit
en même-temps, jettánt de petites flammes
vives & legeres , qui étoient quelquefois
ondoyantes ; de forte, qu'environ
vers les neuf heures " , elle occupa une efpace
de l'horifon , d'environ cinquante
dégrez.
Če Phénomené demeura dans cette fi-.
tuation jufqu'à onze heures & demie ,
qu'il s'éleva inſenſiblement à la hauteur
de plus de 40 dégrez,& fe divifa en trois
bandes , prefque paralleles entr'elles,dont
It. Vol.
les.
DECEMBRE. 1730. 2917
les extrémitez étoient canellées . Ces bandes
jettoient un grand nombre de flammes
, qui s'étendoient par tout le ciel , &
éclairoient toute la campagne. A douze
heures & environ 30 minutes , une de
ces bandes changea de figure , & devint
comme un tapis de quatre toifes de largeur
, formant une queue femblable à
celle d'une Cométe , laquelle étoit variée
de differentes couleurs . Ce Phénomene
dura jufqu'à quatre heures & demie. Les
obfervations que plufieurs Membres de
notre nouvelle Académie ont faites en
leur particulier fe. trouvent conformes à
ce que j'ai l'honneur de vous mander.Ce
jour-là il fit un vent marin tres- violent,
accompagné d'éclairs , & de tonnerres ,
qui furentfuivis de quelque peu de pluie.
de Viviers , Capucin , écrite de
Toulouse le 30. Novembre 1730.
J'A
'Ay lû dans le Journal de Verdun de
ce mois , que le P. Papon , Capucin , a
obfervé l'Aurore Boréale qui parut le 7
d'Octobre dernier à Gannat , en Bourbonnois.
J'envoyai mon obfervation à
M. Caffini , deux jours après l'aparition'
de ce Phénoméne , dont voici le détail.
Le 7 Octobre , environ fur les fept
heures & demie du foir , j'apperçus une
petite lumiere fort vive , à l'endroit où
le Soleil s'étoit couché. Cette lumiere
s'augmenta peu à peu & devint fort éclatante.
Elle étoit dirigée au Nord- Oüeft ,
changeoit fouvent de figure, s'élevoit fur
Phorifon par intervalles , & s'abbaiffoit
en même-temps, jettánt de petites flammes
vives & legeres , qui étoient quelquefois
ondoyantes ; de forte, qu'environ
vers les neuf heures " , elle occupa une efpace
de l'horifon , d'environ cinquante
dégrez.
Če Phénomené demeura dans cette fi-.
tuation jufqu'à onze heures & demie ,
qu'il s'éleva inſenſiblement à la hauteur
de plus de 40 dégrez,& fe divifa en trois
bandes , prefque paralleles entr'elles,dont
It. Vol.
les.
DECEMBRE. 1730. 2917
les extrémitez étoient canellées . Ces bandes
jettoient un grand nombre de flammes
, qui s'étendoient par tout le ciel , &
éclairoient toute la campagne. A douze
heures & environ 30 minutes , une de
ces bandes changea de figure , & devint
comme un tapis de quatre toifes de largeur
, formant une queue femblable à
celle d'une Cométe , laquelle étoit variée
de differentes couleurs . Ce Phénomene
dura jufqu'à quatre heures & demie. Les
obfervations que plufieurs Membres de
notre nouvelle Académie ont faites en
leur particulier fe. trouvent conformes à
ce que j'ai l'honneur de vous mander.Ce
jour-là il fit un vent marin tres- violent,
accompagné d'éclairs , & de tonnerres ,
qui furentfuivis de quelque peu de pluie.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre du R. P. Emmanuel de Viviers, Capucin, écrite de Toulouse le 30. Novembre 1730.
Le 7 octobre 1730, le Père Emmanuel de Viviers, Capucin, observa une aurore boréale à Toulouse. Vers 19h30, il remarqua une petite lumière vive à l'ouest, qui s'intensifia et se dirigea vers le nord-ouest. Cette lumière changea de forme, s'élevant et s'abaissant par intervalles, et émettant des flammes ondoyantes. Vers 21h, elle couvrit environ cinquante degrés de l'horizon. Le phénomène persista jusqu'à 23h30, s'élevant à plus de quarante degrés et se divisant en trois bandes parallèles aux extrémités cannelées, illuminant la campagne. À 00h30, une bande se transforma en un tapis large de quatre toises, ressemblant à la queue d'une comète avec des couleurs variées. L'aurore boréale dura jusqu'à 4h30 du matin. Les observations furent confirmées par plusieurs membres de la nouvelle Académie de Toulouse. Ce jour-là, un vent marin violent, accompagné d'éclairs et de tonnerre, fut suivi de pluies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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343
p. 2919-2920
« On mande de Lisbonne que le 4 du mois de Janvier, vers les 8 heures du soir [...] »
Début :
On mande de Lisbonne que le 4 du mois de Janvier, vers les 8 heures du soir [...]
Mots clefs :
Lisbonne, Aurore boréale
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texteReconnaissance textuelle : « On mande de Lisbonne que le 4 du mois de Janvier, vers les 8 heures du soir [...] »
On mande de Lisbonne que le 4 du
mois de Janvier , vers les 8 heures du foir
il parut à l'horifon une Aurore Boréale ,
d'une feule colonne , qui une heure après
IF. Vol. fe Gv
1 2920
MERCURE
DE FRANCE
fe fépara en quatre. Leur lumiere fut
vive vers les onze heures du foir , mais
elle diminua enfuite infenfiblement & difparut
entierement à minuit . Ce Phénoméne
a été vû à Elvas , à Campo-Mayor ,
à Evora , à Porto , & dans plufieurs autres
Villes de Portugal.
mois de Janvier , vers les 8 heures du foir
il parut à l'horifon une Aurore Boréale ,
d'une feule colonne , qui une heure après
IF. Vol. fe Gv
1 2920
MERCURE
DE FRANCE
fe fépara en quatre. Leur lumiere fut
vive vers les onze heures du foir , mais
elle diminua enfuite infenfiblement & difparut
entierement à minuit . Ce Phénoméne
a été vû à Elvas , à Campo-Mayor ,
à Evora , à Porto , & dans plufieurs autres
Villes de Portugal.
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344
p. 2923
« On apprend de Londres, que la nuit du 27 au 28 du mois dernier il y eut deux [...] »
Début :
On apprend de Londres, que la nuit du 27 au 28 du mois dernier il y eut deux [...]
Mots clefs :
Statues de marbre, Marées
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texteReconnaissance textuelle : « On apprend de Londres, que la nuit du 27 au 28 du mois dernier il y eut deux [...] »
On apprend de Londres , que la nuit
27 au 28 du mois dernier il y eut deux
Marées dans la Tamife : Phénoméne extraordinaire
, dont on a peu d'exemples ;
& qui occupe actuellement tous les Phyficiens
de cette Ville , pour en découvrir
la cauſe ..
On a appris de Florence , que le Gr. Duc
a fait placer dans la grande Galerie de l'ancien
Palais , les deux Statues de marbre ,
reprefentant Adam & Eve , que quelques
Chanoines de l'Eglife Métropolitaine
avoient fait ôter du principal Autel de
cette Eglife , fous prétexte qu'elles font
trop découvertes . Ces deux figures, d'une
finguliere beauté , font de Baccio Bandinelli
, fameux Sculpteur & Peintre, mort
en 1559. âgé de 72 ans . Il étoit difciple
& imitateur de Michel Ange , & tresgrand
Deffinateur. Quoique l'ouvrage
qui donne lieu à cet article , ſoit admiré
de tout le monde , on a toujours fort
blâmé ce ftatuaire d'avoir fait Eve plus
grande qu'Adam .
27 au 28 du mois dernier il y eut deux
Marées dans la Tamife : Phénoméne extraordinaire
, dont on a peu d'exemples ;
& qui occupe actuellement tous les Phyficiens
de cette Ville , pour en découvrir
la cauſe ..
On a appris de Florence , que le Gr. Duc
a fait placer dans la grande Galerie de l'ancien
Palais , les deux Statues de marbre ,
reprefentant Adam & Eve , que quelques
Chanoines de l'Eglife Métropolitaine
avoient fait ôter du principal Autel de
cette Eglife , fous prétexte qu'elles font
trop découvertes . Ces deux figures, d'une
finguliere beauté , font de Baccio Bandinelli
, fameux Sculpteur & Peintre, mort
en 1559. âgé de 72 ans . Il étoit difciple
& imitateur de Michel Ange , & tresgrand
Deffinateur. Quoique l'ouvrage
qui donne lieu à cet article , ſoit admiré
de tout le monde , on a toujours fort
blâmé ce ftatuaire d'avoir fait Eve plus
grande qu'Adam .
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Résumé : « On apprend de Londres, que la nuit du 27 au 28 du mois dernier il y eut deux [...] »
À Londres, deux marées successives dans la Tamise ont intrigué les physiciens. À Florence, le Grand Duc a installé des statues de marbre d'Adam et Ève par Baccio Bandinelli dans la Galerie du Palais. Ces œuvres, retirées de l'église métropolitaine pour indécence, ont suscité des critiques malgré l'admiration générale pour Bandinelli.
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345
p. 96
LOGOGRYPHE.
Début :
Je fais la nourriture, [...]
Mots clefs :
Chardon
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
E fais la nourriture ,
Des plus vils animaux.
Un pied de moins , je change de nature ;
Sur la table des Grands , je vais après le rost ,な
Me ranger par figure ;
Partagez ma structure ,
Sur moi jadis , plus d'un Héros
Dans Rome , à ce qu'en dit l'Histoire ,
'Après mille dangers , après mille travaux
Promena son renom , ses exploits et sa gloire.
A qui compte chez soy maint et maint Ducaton,
Je sçais faire rouler Carosse et Phaeton
Deux pieds de plus en font l'affaire ;
Otez-en deux , hélas ! Riches , Grands de la
terre ,
Un jour sera que dans votre saison
Moissonnez par la Parque
Vous quitterez le Phaëton ,
Pour prendre place dans ma Barque.
D.. D..
E fais la nourriture ,
Des plus vils animaux.
Un pied de moins , je change de nature ;
Sur la table des Grands , je vais après le rost ,な
Me ranger par figure ;
Partagez ma structure ,
Sur moi jadis , plus d'un Héros
Dans Rome , à ce qu'en dit l'Histoire ,
'Après mille dangers , après mille travaux
Promena son renom , ses exploits et sa gloire.
A qui compte chez soy maint et maint Ducaton,
Je sçais faire rouler Carosse et Phaeton
Deux pieds de plus en font l'affaire ;
Otez-en deux , hélas ! Riches , Grands de la
terre ,
Un jour sera que dans votre saison
Moissonnez par la Parque
Vous quitterez le Phaëton ,
Pour prendre place dans ma Barque.
D.. D..
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346
p. 123-124
Nouveau Plan de Paris en 9. Feüilles, &c. [titre d'après la table]
Début :
NOUVEAU PLAN DE PARIS, et de ses environs, contenant le [...]
Mots clefs :
Plan de Paris, Ingénieur, Cartes, Feuilles, Papier, Gravé
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texteReconnaissance textuelle : Nouveau Plan de Paris en 9. Feüilles, &c. [titre d'après la table]
NOUVEAU PLAN DE PARTS , et
de ses environs , contenant le détail de
ses Faux- Bourgs , Villages et Maisons de
Campagne. Levé géométriquement parle
sieur Roussel , Ingénieur ordinaire de
Sa Majesté. Dédié et présenté au Roi le
6. de ce mois, Se vend 24. livres en
feuilles. A Paris , chez la Veuve Faillot ,
attenant les grands Augustins.
Ce Plan mérite une attention particuliere
; M. Roussel , Ingénieur ordinaire
du Roy , Chevalier de S. Louis , Chef du
- Bureau des Plans et Cartes de S. M..sous
les ordres du Ministre de la Guerre , qui
en est l'Auteur , n'a rien oublié pour le
rendre utile et agréable au Public . Il a
crû qu'après avoir levé , pour le service
du Roi , les Alpes , les Pyrennées , la Sa
voye, partie des Etats de Piémont , de
Mantouë et de Brabant , il lui convenoit ,
après une pratique de 40. années , de
traiter ce dernier Ouvrage avec tout l'Art
et toute la précision possible , en quoi
on peut dire que l'Auteur a réussi , On
ne trouvera point ailleurs un détail plus
varié et plus agréable ; car outre les Fauxbourgs
de Paris , on y voit avec plaisir
dans.
124 MERCURE DE FRANCE
dans le même Plan , tous les Villages et
les Campagnes qui sont compris entre
Vincennes et S. Cloud. Le Plan est en
neufFeüilles , en beau papier, et fort bien
gravé.
de ses environs , contenant le détail de
ses Faux- Bourgs , Villages et Maisons de
Campagne. Levé géométriquement parle
sieur Roussel , Ingénieur ordinaire de
Sa Majesté. Dédié et présenté au Roi le
6. de ce mois, Se vend 24. livres en
feuilles. A Paris , chez la Veuve Faillot ,
attenant les grands Augustins.
Ce Plan mérite une attention particuliere
; M. Roussel , Ingénieur ordinaire
du Roy , Chevalier de S. Louis , Chef du
- Bureau des Plans et Cartes de S. M..sous
les ordres du Ministre de la Guerre , qui
en est l'Auteur , n'a rien oublié pour le
rendre utile et agréable au Public . Il a
crû qu'après avoir levé , pour le service
du Roi , les Alpes , les Pyrennées , la Sa
voye, partie des Etats de Piémont , de
Mantouë et de Brabant , il lui convenoit ,
après une pratique de 40. années , de
traiter ce dernier Ouvrage avec tout l'Art
et toute la précision possible , en quoi
on peut dire que l'Auteur a réussi , On
ne trouvera point ailleurs un détail plus
varié et plus agréable ; car outre les Fauxbourgs
de Paris , on y voit avec plaisir
dans.
124 MERCURE DE FRANCE
dans le même Plan , tous les Villages et
les Campagnes qui sont compris entre
Vincennes et S. Cloud. Le Plan est en
neufFeüilles , en beau papier, et fort bien
gravé.
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Résumé : Nouveau Plan de Paris en 9. Feüilles, &c. [titre d'après la table]
Le document présente un nouveau plan de Paris et de ses environs, réalisé par le sieur Roussel, ingénieur ordinaire du Roi et Chevalier de Saint-Louis. Ce plan, dédié au Roi et présenté le 6 du mois, est en vente à Paris chez la Veuve Faillot pour 24 livres en feuilles. Roussel, chef du Bureau des Plans et Cartes de Sa Majesté sous les ordres du Ministre de la Guerre, a mis toute son expérience de 40 années au service de cet ouvrage. Le plan inclut les faubourgs de Paris ainsi que les villages et campagnes situés entre Vincennes et Saint-Cloud. Il est composé de neuf feuilles, imprimées sur beau papier et gravé avec soin. Le document souligne la précision et la variété des détails fournis, rendant le plan utile et agréable au public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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347
p. 125-132
EXTRAIT du Mémoire lû par M. de Réaumur, à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, du 15 Novembre 1730. sur des Thermomètres d'une nouvelle Construction, dont les dégrez donnent des idées d'un chaud et d'un froid, qui peuvent être rapportez à des mesures connuës.
Début :
Les Thermomètres ne sont pas seulement des instruments à l'usage [...]
Mots clefs :
Thermomètre, M. de Réaumur, Mesure de température, Construction, Comparaison
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Mémoire lû par M. de Réaumur, à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, du 15 Novembre 1730. sur des Thermomètres d'une nouvelle Construction, dont les dégrez donnent des idées d'un chaud et d'un froid, qui peuvent être rapportez à des mesures connuës.
EXTRAIT du Mémoire la par M. de
Réaumur, à l'Assemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences , du 15 Novembre
1730.sur des Thermomètres d'une
nouvelle Construction , dont les dégrez
donnent des idées d'un chaud et d'un
froid , qui peuvent être rapportez à des
mesures connuës .
Es Thermomètres ne sont pas seule
Live
ment des instrumens à l'usage des
Phisiciens ; generalement on aime à les
consulter , sur tout lorsque le froid de
l'Hyver est rude , ou que la chaleur de
l'Eté est accablante. On aime à comparer
le froid ou le chaud qu'on ressent actuel
lement avec celui des années précédentes.
On aimeroit à sçavoir combien ils sont
éloignez du plus grand froid , ou du plus
grand chaud des autres climats. Mais la
construction des Thermomètres qu'on a
faits jusques icy , ne les rend pas propres
à nous donner sur tout cela des connoissances
bien satisfaisantes.
Il faudroit pouvoir comparer les dégrez
de froid et de chaud , marquez par
differens Thermomètres , en differentes
saisons , en differentes années , et en differens
païs . Or comment faire cette comparaison,
si les Thermomètres , tels que nous
les
126 MERCURE DE FRANCE.
à
les avons aujourd'hui , étant exposez à
un même air , expriment les changemens
de temperature d'air par des nombres de
dégrez differens , er de dégrez dont les
rapports réels nous sont inconnus ! De
deux Thermomètres placez à côté l'un de
Pautre , l'un montera de 7 à 8 dégrez ,
pendant que l'autre ne montera que de
3 à 4 , plus ou moins. Ils parlent tous des
langues differentes ; on n'entend que celle
du Thermomètre qu'on a suivi pendant
plusieurs années; encore ne l'entend-t- on
que très - confusément. On sçait bien le
nombre de dégrez qui se trouve entre le
plus grand froid qu'il a marqué dans une
année , et le plus grand froid qu'il a marqué
dans une autre , mais ces dégrez ne
nous donnent aucune idée distincte d'une
mesure de froid , ou de chaud ; car qu'est
ce qu'un dégré d'un Thermomètre ? On
connoît assez la principale des causes
d'où naist l'irrégularité des marches des
Thermomètres qui sont le plus en usage ,
et qu'on appelle Thermomètres de Florence.
Ils consistent dans une Boule ,
adaptée à un Tube , une certaine quartité
d'esprit de vin coloré y est renfermée
selon que le diamètre de la Boule
est plus ou moins grand , par rapport
celui du Tuyau , la liqueur s'éleve plus
ou moins dans le Tuyau. Pendant te
à
même
JANVIER. 1731. 1 27
même changement de temperature d'air ,
elle marque plus ou moins de dégrez
sur des Thermomètres de même hauteur,
parce que les dégrez sont des parties éga→
dans lesquels la longueur du Tuyau
a été divisée arbitrairement. Comme on
ignore le rapport du Diamètre de la
Boule à celui du Tube , on ignore aussi
les rapports des dégrez des differens
Thermomètres.
Une autre source encore de variétez
considérables , à laquelle on n'a pas pris
assez garde jusques à aujourd'hui , ou du
moins à laquelle on n'a pas cherché à re
medier ; c'est la qualité de l'esprit de vin
qu'on y renferme. M. de Reaumur fait
remarquer que plus les esprits de vins
sont forts , et plus ils sont dilatables , qu'il
y a des Thermomètres remplis d'esprit
de vin très- rectifié , d'autres remplis de
simple Eau- de-vie , et d'autres remplis
d'esprit de vin de biens des qualitez
moyennes entre les deux précédentes . De
sorte que quand on seroit parvenu , ce
qui n'est pas possible, à déterminer exactement
les rapports des diamètres des
Boules à ceux des Tubes , dans differents
Thermomètes , leurs dégrez ne sçauroient
être comparez ensemble , dès qu'ils scroient
remplis d'esprit de vin de differen
tes qualitez , et qu'on ignoreroit , comme
on
128 MERCURE DE FRANCE
on l'a ignoré jusques icy , les differences
qui sont entre les qualitez de ces esprits
de vin. Les Physiciens qui avoient interêt
à perfectionner les Thermomètres en ont
imaginé de bien des formes ; mais celle
des anciens a prévalu ; c'est le Thermomètre
de Florence , qu'on trouve presque
par tout.
M. de Réaumur conserve aussi la même
forme à celui qu'il propose dans ce Mémoire.
L'extérieur en paroît en quelque
sorte le même , quoique sa construction
soit totalement differente. Voici les principes
sur lesquels elle est fondées. Premierement
il détermine le caractere de
l'esprit de vin qu'il fait entrer dans le
Thermomètre , et le détermine de façon
qu'on pourra en tout Païs avoir de pareil
esprit de vin , en reconnoître la qualité.
Secondement , il mesure exactement la
quantité de l'esprit de vin qu'il fait entrer
dans le Thermomètre. Cette quantité
est composée d'un nombre déterminé
de petites mesures connues , de mille
mesures , par exemple .
Troisiémement , les dégrez ne sont
plus des portions arbitraires de la longueur
du Tube , et toutes égales entr'elles
en longueur ; ce sont des portions
du Tube égales entr'elles en capacité , et
égaJANVIER.
1731. 129
égales chacune à une de ces parties ou mesures
, dont le volume total est composé;
chacune est , par exemple , une milliéme
partie de ce volume .
Quatrièmement , il fixe , il détermine
ce volume de mille parties par la congel
lation artificielle de l'eau , c'est à dire ,
par de l'eau qu'il fait geler , autour de
l'esprit de vin . C'est lorsque cet esprit
de vin est condensé par la congellation
artificielle de l'eau que son volume est de
mille parties ou mesures. Or l'esprit de
vin qu'il choisit est tel que son volume
étant mille , lorsqu'il est condensé par la
glace artificielle , il est 1080 lorsqu'il est
dilaté par la plus grande chaleur que l'eau
bouillante puisse lui donner , sans le faire
bouillir.
Ainsi tout est connu , tout est mesuré
dans ces nouveaux Thermomètres. Tous
aussi expriment leurs dégrez de la même
maniere , et toujours d'une maniere intelligible.
On les y compte à commencer
depuis le terme de la congellation de l'eau.
Les dégrez qui sont au dessous sont les
dégrez descendans , ou les dégrez de condensation
; et les dégrez qui sont au dessus
sont les dégrez ascendans ou les dégrez
de dilatation. Tous ces dégrez nous
donnent des idées de mesures de chaleur
telles que nous pouvons les demander.Ils
nous
130 MERCURE DE FRANCE
nous apprennent continuellement combien
s'est dilaté , ou combien s'est condensé
un volume connu d'une liqueur
connuë. Quand la liqueur s'est élevée au
20° dégré au dessus de la congellation de
l'eau ; nous savons qu'un volume de liqueur
qui est mille dans le temps de la
congellation de l'eau , est devenu 1020 ,
c'est-à- dire , que le premier volume s'est
dilaté d'une cinquantième partie , de
même quand la liqueur est descenduë de
20 dégrez au dessous du terme de la
congellation ; nous sçavons que le volume
qui étoit mille , est devenu 980 , ou
qu'il s'est condensé d'une so partie , plus
qu'il ne l'est par la congellation artificielle
de l'eau.
On ne sçauroit entrer icy dans le détail
des pratiques qu'on doit suivre pour
construire exactement ces Thermomètres,
quoiquelles soient simples et faciles ,
on ne pourroit faire entendre tout ce qui
sert à les faciliter , à les abreger , à leur
donner de la précision , sans copier dans
toute leur étendue les explications qui en
ont été rapportées dans le Mémoire même.
Tout se fait , la mesure à la main.
Nous nous contenterons de faire remarquer
que les Tubes et les Boules de ces
Thermomètres ont beaucoup plus de capacité
que les Boules et les Tubes des
TherJANVIER.
1731. 13r
Thermomètres ordinaires . Il seroit im
possible de mesurer exactement les portions
des capacitez égales , qui doivent
marquer les dégrez , dans des Tubes presque
capillaires , tels que sont ceux des
Thermomètres ordinaires. M. de Réaumur
prend pour les siens des Tubes aussi
gros que le sont ceux des bons Baromè
tres simples car les Baromètres simples ,
faits de Tubes capillaires ne valent rien,
et il prend des Boules de trois pouces et
demi , ou quatre pouces de diamètre,
Si on cut commencé faire des monpar
tres,on n'auroit point eu de mesures exactes
du temps , jusques à ce que quelqu'un
cut proposé de faire de plus grandes
Horloges , comme sont les Pendules. C'est
ce qui est arrivé aux Thermomètres . On
a commencé par les construire d'une trespetite
capacité, et on n'a pas pensé assez- tôt
qu'il étoit essentiel de leur donner une
capacité plus grande , si on vouloit en
faire des instrumens exacts pour mesurer
le froid et le chaud.
La solidité des principes sur lesquels
ces nouveaux Thermomètres sont construits
est incontestable, mais on pourroit
douter si la pratique répond icy assez
exactement à la théorie. Les Thermomè
tres qui ont été construits , font voir
qu'elle y répond , même plus exactement
qu'on
132 MERCURE DE FRANCE
qu'on n'eut osé l'attendre. Lorsqu'on en
place 7 à 8 , ou un plus grand nombre ,
les uns à côté des autres ; on a le plaisir
de voir qu'ils marquent tous le même
dégré de froid ou de chaud.A peine trouve-
t-on entre ceux qui s'écartent le plus,
une difference d'un quart de dégré , ou
d'un de dégré.
On vend actuellement de ces Thermomètres
chez les Sieurs Cholets , Marchands Fayanciers
, à la Levrette , rue S. Honoré , vis-àvis
la rue de l'Echelle , et au coin de la ruë
des Fondeurs , qui monte à la Butte saint
Roch.
Comme leur perfection dépend de l'attention
avec laquelle ils ont été construits , et
qu'on auroit pu craindre que les Ouvriers
pour aller plus vite , leur eussent laissé des
deffants. M. Pitot , de l'Academie Royale
des Sciences , s'est chargé de verifier tous
ceux qui se vendent chez les Marchands
ci-dessus , et de les parapher.
Réaumur, à l'Assemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences , du 15 Novembre
1730.sur des Thermomètres d'une
nouvelle Construction , dont les dégrez
donnent des idées d'un chaud et d'un
froid , qui peuvent être rapportez à des
mesures connuës .
Es Thermomètres ne sont pas seule
Live
ment des instrumens à l'usage des
Phisiciens ; generalement on aime à les
consulter , sur tout lorsque le froid de
l'Hyver est rude , ou que la chaleur de
l'Eté est accablante. On aime à comparer
le froid ou le chaud qu'on ressent actuel
lement avec celui des années précédentes.
On aimeroit à sçavoir combien ils sont
éloignez du plus grand froid , ou du plus
grand chaud des autres climats. Mais la
construction des Thermomètres qu'on a
faits jusques icy , ne les rend pas propres
à nous donner sur tout cela des connoissances
bien satisfaisantes.
Il faudroit pouvoir comparer les dégrez
de froid et de chaud , marquez par
differens Thermomètres , en differentes
saisons , en differentes années , et en differens
païs . Or comment faire cette comparaison,
si les Thermomètres , tels que nous
les
126 MERCURE DE FRANCE.
à
les avons aujourd'hui , étant exposez à
un même air , expriment les changemens
de temperature d'air par des nombres de
dégrez differens , er de dégrez dont les
rapports réels nous sont inconnus ! De
deux Thermomètres placez à côté l'un de
Pautre , l'un montera de 7 à 8 dégrez ,
pendant que l'autre ne montera que de
3 à 4 , plus ou moins. Ils parlent tous des
langues differentes ; on n'entend que celle
du Thermomètre qu'on a suivi pendant
plusieurs années; encore ne l'entend-t- on
que très - confusément. On sçait bien le
nombre de dégrez qui se trouve entre le
plus grand froid qu'il a marqué dans une
année , et le plus grand froid qu'il a marqué
dans une autre , mais ces dégrez ne
nous donnent aucune idée distincte d'une
mesure de froid , ou de chaud ; car qu'est
ce qu'un dégré d'un Thermomètre ? On
connoît assez la principale des causes
d'où naist l'irrégularité des marches des
Thermomètres qui sont le plus en usage ,
et qu'on appelle Thermomètres de Florence.
Ils consistent dans une Boule ,
adaptée à un Tube , une certaine quartité
d'esprit de vin coloré y est renfermée
selon que le diamètre de la Boule
est plus ou moins grand , par rapport
celui du Tuyau , la liqueur s'éleve plus
ou moins dans le Tuyau. Pendant te
à
même
JANVIER. 1731. 1 27
même changement de temperature d'air ,
elle marque plus ou moins de dégrez
sur des Thermomètres de même hauteur,
parce que les dégrez sont des parties éga→
dans lesquels la longueur du Tuyau
a été divisée arbitrairement. Comme on
ignore le rapport du Diamètre de la
Boule à celui du Tube , on ignore aussi
les rapports des dégrez des differens
Thermomètres.
Une autre source encore de variétez
considérables , à laquelle on n'a pas pris
assez garde jusques à aujourd'hui , ou du
moins à laquelle on n'a pas cherché à re
medier ; c'est la qualité de l'esprit de vin
qu'on y renferme. M. de Reaumur fait
remarquer que plus les esprits de vins
sont forts , et plus ils sont dilatables , qu'il
y a des Thermomètres remplis d'esprit
de vin très- rectifié , d'autres remplis de
simple Eau- de-vie , et d'autres remplis
d'esprit de vin de biens des qualitez
moyennes entre les deux précédentes . De
sorte que quand on seroit parvenu , ce
qui n'est pas possible, à déterminer exactement
les rapports des diamètres des
Boules à ceux des Tubes , dans differents
Thermomètes , leurs dégrez ne sçauroient
être comparez ensemble , dès qu'ils scroient
remplis d'esprit de vin de differen
tes qualitez , et qu'on ignoreroit , comme
on
128 MERCURE DE FRANCE
on l'a ignoré jusques icy , les differences
qui sont entre les qualitez de ces esprits
de vin. Les Physiciens qui avoient interêt
à perfectionner les Thermomètres en ont
imaginé de bien des formes ; mais celle
des anciens a prévalu ; c'est le Thermomètre
de Florence , qu'on trouve presque
par tout.
M. de Réaumur conserve aussi la même
forme à celui qu'il propose dans ce Mémoire.
L'extérieur en paroît en quelque
sorte le même , quoique sa construction
soit totalement differente. Voici les principes
sur lesquels elle est fondées. Premierement
il détermine le caractere de
l'esprit de vin qu'il fait entrer dans le
Thermomètre , et le détermine de façon
qu'on pourra en tout Païs avoir de pareil
esprit de vin , en reconnoître la qualité.
Secondement , il mesure exactement la
quantité de l'esprit de vin qu'il fait entrer
dans le Thermomètre. Cette quantité
est composée d'un nombre déterminé
de petites mesures connues , de mille
mesures , par exemple .
Troisiémement , les dégrez ne sont
plus des portions arbitraires de la longueur
du Tube , et toutes égales entr'elles
en longueur ; ce sont des portions
du Tube égales entr'elles en capacité , et
égaJANVIER.
1731. 129
égales chacune à une de ces parties ou mesures
, dont le volume total est composé;
chacune est , par exemple , une milliéme
partie de ce volume .
Quatrièmement , il fixe , il détermine
ce volume de mille parties par la congel
lation artificielle de l'eau , c'est à dire ,
par de l'eau qu'il fait geler , autour de
l'esprit de vin . C'est lorsque cet esprit
de vin est condensé par la congellation
artificielle de l'eau que son volume est de
mille parties ou mesures. Or l'esprit de
vin qu'il choisit est tel que son volume
étant mille , lorsqu'il est condensé par la
glace artificielle , il est 1080 lorsqu'il est
dilaté par la plus grande chaleur que l'eau
bouillante puisse lui donner , sans le faire
bouillir.
Ainsi tout est connu , tout est mesuré
dans ces nouveaux Thermomètres. Tous
aussi expriment leurs dégrez de la même
maniere , et toujours d'une maniere intelligible.
On les y compte à commencer
depuis le terme de la congellation de l'eau.
Les dégrez qui sont au dessous sont les
dégrez descendans , ou les dégrez de condensation
; et les dégrez qui sont au dessus
sont les dégrez ascendans ou les dégrez
de dilatation. Tous ces dégrez nous
donnent des idées de mesures de chaleur
telles que nous pouvons les demander.Ils
nous
130 MERCURE DE FRANCE
nous apprennent continuellement combien
s'est dilaté , ou combien s'est condensé
un volume connu d'une liqueur
connuë. Quand la liqueur s'est élevée au
20° dégré au dessus de la congellation de
l'eau ; nous savons qu'un volume de liqueur
qui est mille dans le temps de la
congellation de l'eau , est devenu 1020 ,
c'est-à- dire , que le premier volume s'est
dilaté d'une cinquantième partie , de
même quand la liqueur est descenduë de
20 dégrez au dessous du terme de la
congellation ; nous sçavons que le volume
qui étoit mille , est devenu 980 , ou
qu'il s'est condensé d'une so partie , plus
qu'il ne l'est par la congellation artificielle
de l'eau.
On ne sçauroit entrer icy dans le détail
des pratiques qu'on doit suivre pour
construire exactement ces Thermomètres,
quoiquelles soient simples et faciles ,
on ne pourroit faire entendre tout ce qui
sert à les faciliter , à les abreger , à leur
donner de la précision , sans copier dans
toute leur étendue les explications qui en
ont été rapportées dans le Mémoire même.
Tout se fait , la mesure à la main.
Nous nous contenterons de faire remarquer
que les Tubes et les Boules de ces
Thermomètres ont beaucoup plus de capacité
que les Boules et les Tubes des
TherJANVIER.
1731. 13r
Thermomètres ordinaires . Il seroit im
possible de mesurer exactement les portions
des capacitez égales , qui doivent
marquer les dégrez , dans des Tubes presque
capillaires , tels que sont ceux des
Thermomètres ordinaires. M. de Réaumur
prend pour les siens des Tubes aussi
gros que le sont ceux des bons Baromè
tres simples car les Baromètres simples ,
faits de Tubes capillaires ne valent rien,
et il prend des Boules de trois pouces et
demi , ou quatre pouces de diamètre,
Si on cut commencé faire des monpar
tres,on n'auroit point eu de mesures exactes
du temps , jusques à ce que quelqu'un
cut proposé de faire de plus grandes
Horloges , comme sont les Pendules. C'est
ce qui est arrivé aux Thermomètres . On
a commencé par les construire d'une trespetite
capacité, et on n'a pas pensé assez- tôt
qu'il étoit essentiel de leur donner une
capacité plus grande , si on vouloit en
faire des instrumens exacts pour mesurer
le froid et le chaud.
La solidité des principes sur lesquels
ces nouveaux Thermomètres sont construits
est incontestable, mais on pourroit
douter si la pratique répond icy assez
exactement à la théorie. Les Thermomè
tres qui ont été construits , font voir
qu'elle y répond , même plus exactement
qu'on
132 MERCURE DE FRANCE
qu'on n'eut osé l'attendre. Lorsqu'on en
place 7 à 8 , ou un plus grand nombre ,
les uns à côté des autres ; on a le plaisir
de voir qu'ils marquent tous le même
dégré de froid ou de chaud.A peine trouve-
t-on entre ceux qui s'écartent le plus,
une difference d'un quart de dégré , ou
d'un de dégré.
On vend actuellement de ces Thermomètres
chez les Sieurs Cholets , Marchands Fayanciers
, à la Levrette , rue S. Honoré , vis-àvis
la rue de l'Echelle , et au coin de la ruë
des Fondeurs , qui monte à la Butte saint
Roch.
Comme leur perfection dépend de l'attention
avec laquelle ils ont été construits , et
qu'on auroit pu craindre que les Ouvriers
pour aller plus vite , leur eussent laissé des
deffants. M. Pitot , de l'Academie Royale
des Sciences , s'est chargé de verifier tous
ceux qui se vendent chez les Marchands
ci-dessus , et de les parapher.
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Résumé : EXTRAIT du Mémoire lû par M. de Réaumur, à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, du 15 Novembre 1730. sur des Thermomètres d'une nouvelle Construction, dont les dégrez donnent des idées d'un chaud et d'un froid, qui peuvent être rapportez à des mesures connuës.
Le 15 novembre 1730, René-Antoine Ferchault de Réaumur présente à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences un mémoire sur de nouveaux thermomètres. Ces instruments sont utilisés non seulement par les physiciens, mais aussi par le public pour comparer les températures actuelles avec celles des années précédentes ou d'autres climats. Cependant, les thermomètres existants, notamment ceux de Florence, ne fournissent pas des mesures satisfaisantes en raison de leurs constructions variées et des différences dans les liquides utilisés, comme l'esprit de vin de qualités diverses. Réaumur propose une nouvelle construction de thermomètres pour résoudre ces problèmes. Il standardise la qualité et la quantité de l'esprit de vin utilisé, mesure les degrés en portions égales de capacité plutôt que de longueur, et fixe les degrés par rapport à la congélation et à l'ébullition de l'eau. Ainsi, tous les thermomètres expriment les degrés de la même manière, permettant des comparaisons précises et intelligibles. Les nouveaux thermomètres sont construits avec des tubes et des boules de plus grande capacité, similaires à ceux des baromètres simples, pour assurer une mesure exacte. Les tests montrent que ces thermomètres sont très précis, avec des écarts minimes entre eux. Ils sont disponibles à la vente chez les Sieurs Cholets, et leur construction est vérifiée par M. Pitot pour garantir leur exactitude.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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348
p. 134-135
« On apprend de Londres, qu'on avoit apporté de Lisbonne [...] »
Début :
On apprend de Londres, qu'on avoit apporté de Lisbonne [...]
Mots clefs :
Diamants, Brésil, Londres, Édimbourg, Inondation, Tamise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On apprend de Londres, qu'on avoit apporté de Lisbonne [...] »
On apprend de Londres , qu'on y avoit
apporté de Lisbonne une grande quantité
de Diamans de la nouvelle Mine, découverte
au Brésil ; et comme ils sont
d'une aussi belle eau que ceux d'Orient ,
quoique moins durs, on croit que ces derniers
diminueront le prix.
Le 11 Janvier , il y eut à Londres la
plus haute Marée qui ait été veuë depuis
50 ans ; l'eau monta 6 pouces plus que
dans
JANVIER. 1731. 135
dans la Marée extraordinaire , qui causa la
bréche de Dagenham ; ce qui fit un- dommage
incroyable sur le bord de la Tamise,
par l'inondation de plusieurs Chantiers.
On aprend aussi d'Edimbourg que le
25 de ce mois , la femme d'un nommé
Jacques Beabrie , Charpentier de Vaisseau
, qui est âgé de plus de 80 ans , y
étoit accouchée de 3 enfans mâles , qui
avoient été baptisez , et se portoient bien .
apporté de Lisbonne une grande quantité
de Diamans de la nouvelle Mine, découverte
au Brésil ; et comme ils sont
d'une aussi belle eau que ceux d'Orient ,
quoique moins durs, on croit que ces derniers
diminueront le prix.
Le 11 Janvier , il y eut à Londres la
plus haute Marée qui ait été veuë depuis
50 ans ; l'eau monta 6 pouces plus que
dans
JANVIER. 1731. 135
dans la Marée extraordinaire , qui causa la
bréche de Dagenham ; ce qui fit un- dommage
incroyable sur le bord de la Tamise,
par l'inondation de plusieurs Chantiers.
On aprend aussi d'Edimbourg que le
25 de ce mois , la femme d'un nommé
Jacques Beabrie , Charpentier de Vaisseau
, qui est âgé de plus de 80 ans , y
étoit accouchée de 3 enfans mâles , qui
avoient été baptisez , et se portoient bien .
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Résumé : « On apprend de Londres, qu'on avoit apporté de Lisbonne [...] »
À Londres, des diamants brésiliens de qualité comparable à ceux d'Orient ont été apportés, pouvant influencer leurs prix. Le 11 janvier, une marée record a causé des inondations sur la Tamise. À Édimbourg, le 25 janvier, une octogénaire a accouché de triplés en bonne santé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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349
p. 271-282
LETTRE de M. le Beuf, Capitaine de Milice Bourgeoise de la Ville de Joigny, écrite aux Auteurs du mercure sur la bonté des vins de Joigny.
Début :
Ce n'est pas la premiere fois, Messieurs, que le mérite des vins Bourguignons [...]
Mots clefs :
Joigny, Vins, Bourguignons, Libéralité, Vignobles d'Auxerre, Vignerons, Causes physiques, Vignes, Soleil levant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. le Beuf, Capitaine de Milice Bourgeoise de la Ville de Joigny, écrite aux Auteurs du mercure sur la bonté des vins de Joigny.
LETTRE de M. le Beuf, Capitaine
de Milice Bourgeoise de la Ville de Joiécrite
aux Auteurs du Mercure sur
gny ,
la bonté des vins de Joigny.
E n'est pas la premiere fois , Mes-
Csieurs ,que le mérite des vins Bourguignons
a occupé votre Journal. On a
lu avec plaisir ce qui parut sur ce sujet
dans les Mercures de Novembre et Decembre
1723. et dans celui de Septembre
1724. on y vit célebrer les vins d'Auxerre
avec tous les ornemens Historiques et
Poëtiques dont on pût s'aviser. L'Auteur
de ces éloges se laissa peut-être un peu
trop prévenir par l'amour de la Pattie ;
dequoi cet amour n'est-il pas capable ?
Pour nous , Messieurs , en vous priant
de rendre public ce que nous prenons la
liberté de vous écrire sur la bonté de nos
vins , nous n'employerons point tant
d'emphase , nous ne prodiguerons pas
l'érudition.
Ornari res ipsa , negat contenta deceri, Hor,'
Notre principal but est de publier
notre reconnoissance envers le Ciel , qui
nous
272 MERCURE DE FRANCE .
nous a donné cette derniere année une
vendange des plus abondantes ; et quelle
vendange encore ! des vins d'une excellente
qualité , des vins qui , pour parler
le langage du Pays , ont eu le bouquet
sur tous les vins des environs , ensorte
que
ceux d'Auxerre même si vantés , comme
on l'a dit , n'en approchent pas ; aussi
Le débit en est si grand , et il s'en fait un
tel transport , qu'à peine en restera - t'il
pour la boisson de nos Habitans.
C'est cette liberalité du Ciel qui m'a
engagé à mettre sur le papier quelques
Remarques que j'ai faites au sujet de la
qualité de nos vins , qui ordinairement
Re cedent en rien à ceux de nos voisins ,
et peuvent aller de pair avec les meilleurs
d'Auxerre , soit qu'on en regarde la force
ou la vigueur , ce qu'on appelle communément
vin , soit qu'on en considere la délicatesse
, étant bons , délicieux , et mousseux
, sans être sujets à tirer sur la graisse,
toutes qualités inséparables d'un vin parfait
, et qui ne se trouvent pas toujours
rassemblées dans les meilleurs vins. Une
autre vertu particuliere aux nôtres , c'est
de pouvoir se marier avec toute sorte de
vins , en les augmentant en force et en
bonté ; en un mot , notre vin est le veritable
vinum generosim et lene de Pline ; on
ne peut pas mieux ni plus brièvement
en
FEVRIER. 1731. 273
en exprimer le mérite et la qualité . Il est
du goût de tout le monde , et nos Emules
même lui ont rendu justice , et l'ont
exalté plus d'une fois .
Par cette expression j'entens , Messieurs
, particulierement les Citoyens
d'Auxerre ; les vignobles de cette Ville
et ceux de Joigny se ressemblent en
plusieurs manieres ; aussi produisent- ils
les uns et les autres de bons et d'excellens
vins . Cette ressemblance et cette production
ont donné lieu à de fréquens paris
entre des personnes de l'une et de l'autre
Ville, et plus d'une fois des Arbitres
désinteressés et sinceres ont adjugé le prix
aux vins de Joigny.
و
le
nom
C'est dommage que Pline qui a
parlé de tant de choses , en donnant ,
comme on vient de l'observer ,
de generosum &c. à un vin parfait , n'ait
pas ajouté que cette grande qualité est capable
d'influer sur la géneration ; j'aurois
par là une autorité pour alleguer ici
notre Proverbe , qui dit que le bon vin
fait faire des Enfans mâles ; je vous prie
cependant de me le passer ,
cela pourra
réjouir les Lecteurs. Si nous manquons
d'autorité , nous avons pour nous l'experience
, qui confirme par son suffrage la
superiorité de nos vins. Nous avons en
effet à Joigny la moitié plus de garçons
Ꭰ
que
274 MERCURE DE FRANCE.
que de filles , et toutes proportions gasdées
, on y compte plus d'Enfans mâles
que dans toute autre Ville de la Province.
Mais revenons à mes Remarques qui
doivent établir les causes Physiques de la
bonté de nos vins.
Le terroir de nos vignes est extrémement
leger , et le sol si délicat , que les
seps ne peuvent supporter la perche, comme
aux autres endroits où la terre est
plus grasse et plus compacte , aussi nos
seps ne se plaisent pas à être disposés en
treille , comme aux vignobles d'Auxerre,
où l'on voit les seps s'étendre de la longueur
d'une toise ; ici chaque sep est
attaché à son échalas , et s'il s'étend , ce
n'est jamais au delà de deux ou trois piés
de sa souche . Ce terrain leger et délicat
au reste , tel que celui de nos vignes , est
le même que Virgile conseille de choisir
pour cette plante .
>
Nunc quoquamque modo possis cognoscere
dicam .
Rara sit , an supra morem si densa requiras :
( Altera frumentis quoniam favet , altera Baccho
;
Densa magis Cereri , rarissimaquaque Lyao . ')
Georg. II.
Il ne faut pas être Vigneron pour convenir
de l'avantage que le fruit d'une vigne
FEVRIER. 1731 275
1
conségne
taillée comme les nôtres à 3. à 4.
piés de terre, a sur le raisin d'une treille ;
le premier meurit sans doute mieux , et
est incomparablement plus doux que
l'autre ; le premier , si cela se peut dire ,
est plus delié , plus leger , et
et par
quent le meilleur. A la verité , nos Vignes
ne sont pas si abondantes qu'ailleurs
dans des terres basses où le bled croîtroit
beaucoup mieux que sur nos côtes extrê
mement élevées ; mais si nos seps en sont
plus courts , les raisins , comme je l'ai
déja dit , en sont plus délicats et plus
doux , les grains en étant moins gros et
moins serrés.
Enfin l'experience apprend que de deux
arbres , l'un extrémement chargé de fruit,
l'autre n'en portant que médiocrement" ,
le fruit de celui- ci se trouve toujours le
meilleur ; l'application est aisée à faire.
Je ne dois pas oublier ici , à l'avantage
de nos vignes , que ce n'est pas le fumier
qui les rend fécondes ; nous ne suivons
point en cela l'exemple de nos voisins
n'ignorant pas que ce secours utile d'un
côté , est pernicieux de l'autre , en ôtant
au vin sa principale vertu , je veux dire
sa qualité. Nous ne fumons que certaines
vignes en certains cantons , dont le vin
est destiné aux Ouvriers et aux Domestiques
; nous nous souvenons trop bien
Dij du
276 MERCURE DE FRANCE .
du fatal exemple des Vignobles de Sillery
: les Proprietaires charmés de la bonté
, de la réputation et du débit de leurs
vins , voulurent , pour ainsi dire , forcer
la nature à augmenter ses dons ; le fumier
leur parut propre à produire cet effet ,
mais l'issue en fut triste , cet excellent
vin a si fort degeneré depuis , qu'il ne
peut plus être comparé avec les bons de
la même Paroisse .
: nous
L
Un autre avantage , qui ne peut
être contesté c'est l'heureuse
exposition des Vignobles de Joigny qui
regardent tous le Soleil Levant ou le Midi
, ce qu'on ne peut pas dire de tous
ceux d'Auxerre. Cette exposition jointe à
la bonté et à l'Analogie du fonds , ne peut
que produire d'excellens vins . En un mot,
les vignes aiment particulierement le
grand Soleil et les hauteurs , le grand
Maître que j'ai déja cité l'a expressément
dit.
•
Denique apertos
Bacchus amat colles &c.
Et un excellent Poëte moderne , * dont
les Géorgiques approchent fort de l'Ouvrage
de Virgile , le confirme en ces termes
:
* Jacobi Vanierii , è Societate Jesu , Prædium
Rusticum L. VII , et VIII.
Optima
FEVRIER.
1731. 277
Optima jejuni colles , largissima campi ·
Vina dabunt .. ·
·
Tu selige collem
Vitis ubi tepidos spectet generosior Austros.
Et ailleurs.
•
Vinum fert nobile collis ad Austros
Editus , invalidum dant aquora plana liquo¬
rem.
Ce grand Poëte s'étoit auparavant expliqué
sur la nature du terroir qui convient
le mieux à la vigne , et son choix ,
conforme à celui de Virgile , confirme ce
que j'ai dit sur la bonté de notre fonds."
Qua levis est tellus , Austrisque obverſa ,
nec ullo ,
Si liceat , lacerum pectus violata ligone ,
Optimus ille ager est ;
Il confirme aussi ce que j'ai observé
de la maniere d'élever nos vignes , dont
les seps ne s'étendent point trop &c.
Melior de vite jugatâ ,
Quò propriore solo fruitur , vindemia pendet.
Caudice qua brevior , terra vicina reflexi ,
Auxilio folis feliciùs excoquit uvas .
Il faut avouer ici que la Providence
nous a bien favorisés , en nous environ
Diij nant
278. MERCURE DE FRANCE .
nant de collines , dont la hauteur et l'exposition
nous répondent de la bonté et
de la fecondité de nos vignobles. Quel
ques unes de ces collines , ou plutôt de
ces heureuses montagnes , sont si roides
et si escarpées , que lors de la vendange
les charois n'y peuvent arriver qu'en farsant
de longs circuits ; au lieu que la plus
élevée colline d'Auxerre , qui n'a pas à
beaucoup près cette pente , est traversée
par le grand chemin dans toute sa largeur.
C'est cependant là que sont situées
ces côtes de Migraine et de Clerion , st
vantées dans le Mercure. A notre égard,
c'est tout le contraire , le plus haut de
nos collines est occupé par les Vignobles
qui s'en trouvent bien mieux , et
les grands chemins sont au pied des collines
.
On ne peut , au reste , passer par là
sans admirer la situation merveilleuse de
ces Vignobles , qui continuent l'espace
de deux grandes lieuës ; on diroit qu'on
en a affecté l'alignement avec beaucoup
d'art , et on a peine à comprendre comment
le Vigneron peut grimper et tiavailler
sur des lieux ainsi situés .
que Je vous ai déja dit , Messieurs ,
l'érudition ne sera pas prodiguée dans cet
Ecrit , ainsi je me dispense de vous dire
que l'origine des Vignes de Joigny est
aussi
FEVRIER. 1731. 279
aussi ancienne que le retour des Gaulois
du pillage de Clusium , en Italie , nous
avons autant de droit de le prétendre que
Mrs d'Auxerre. Nos Emules n'ont rien pû
dire de l'ancienneté de leurs vignobles
que nous ne puissions nous attribuer
nous sommes , en effet , trop voisins pour
que nos Ancêtres n'ayent pas bû leur
bonne part du vin qu'Arunte fit passer
dans les Gaules pour se venger de sa Patrie
, afin d'en attirer les Colons ; ce Peuple
passa bientôt les Alpes , amorcé par
cette précieuse liqueur.. >
Il est , dis-je , fort croyable que nos
Ancêtres et les Sénonois eurent leur part
de ce vin et des dépouüilles de Clusiums
mais aussi est- il à présumer qu'ils partagerent
quelque tems après l'infortune qui
leur arriva , lorsque les Sénonois furent.
taillés en pieces , selon les Historiens.
Je pourrois encore adopter ici en faveur
de nos vins la prétendue étimologie
de Migraine
, nom d'une côte celebre
près d'Auxerre ; le Panegyriste des vins
Auxerrois l'a tiré de Mithra , nom que
les Perses ont donné au Soleil , lequel ,
dit-il , a passé chez les Latins , et par leur
moyen chez les Gaulois &c. nom enfin
qui après bien des variations et des métamorphoses,
a composé celui deMidrana,
puis Migrana et Migraine.
D iiij
Er
280 MERCURE DE FRANCE
En admettant cette étimologie , c'est
encore un sujet d'éloge pour nos meilleurs
vins ; car nous avons aussi nos Migraines,
c'est-à- dire , des côtes qui portent ce même
nom , dérivé , selon le Panegyriste
d'Auxerre , du nom Oriental de l'Astre ,
dont les vignobles en question reçoivent
tous les jours de si benignes influances.
.
Mais en laissant cette conjecture étimologique
et autres semblables , alleguées
dans le Mercure par nos Emules , en fa-.
veur de leurs vins , pour ce qu'elles peuvent
valoir , je ne puis m'empêcher d'en
proposer ici une qui me paroît d'autant
plus vrai semblable qu'elle est plus simple.
Oui , Messieurs , je suis persuadé avecplusieurs
bons esprits que notre Canton
de Balerne dont les vins sont si exquis ,
tire son nom original de Falerne , Mon- .
tagne , comme tout le monde sçait , de la
Campanie , près de Pouzol , à 2. lieues de
Naples , renommée par ses excellens vins,
dont Pline a parlé , et que les meilleurs
Poëtes Latins ont celébrés . Je suis , dis- .
* Le Canton de Baierne est près la Seigneurie
de Looze , où est un Village de méme nom
et un Château de distinction qui appartientavec
la Seigneurie à Madame de Vaiange , Dame
aussi illustre par sa naissance que par son
esprit et par son inclination pour les Belles-
Lettres.
je ,
FEVRIER. 1731. 281
je , persuadé que d'abord , par raison de
convenance , on a nommé ce Canton ou
cette côte une autre Falerne , nom dont
le changement d'une seule lettre a depuis
fait celui de Balerne , qu'on lui donne
aujourd'hui ; on a cent exemples de pareils
changemens
.
na-
Quoiqu'il en soit , je ne crois pas ,
qu'après les observations toutes
turelles que je viens de faire , M" d'Auxerre
soyent fondés à nous rien contester
sur la qualité et sur l'excellence de
nos vins , qui n'ont jamais été inférieurs
aux leurs , et qui souvent les ont surpassés
; nous pourrons leur ceder en autre
chose , quand la raison et la justice
le demanderont : nous n'avons pas trouvé
mauvais qu'ils ayent fait imprimer dans
un Mercure l'avantage prétendu que
leurs joueurs de longue paume remporterent
, selon eux , sur les nôtres , il y a
quelque tems , quoique le narré soit un
peu hyperbolique . Une seule chose auroit
pû nous déplaire ( mais nous l'avons méprisée
comme elle a choqué quantité
d'honnêtes gens , qui en lisant le Couplet
qui termine le Narré dont je viens de
parler , ont été surpris que le bon vin
d'Auxerre n'ait pû produire parmi tant
de gens qui se mêlent de rimer dans cette
Ville , qu'un miserable rapsodie , un vrai
D v Pont
1
282 MERCURE DE FRANCE
Pont-Neuf, je vous en laisse les Juges.
Je ne sçai si , toute rancune à part , on
ne pourroit pas risposter presque sur les
mêmes rimes et sur le même Air des Folies
d'Espagne ou des Folies d'Auxerre , le
Couplet que voici :
Chers Auxerrois, si vous voulez m'en croire
Contre Joigny ne lancez plus vos traits ;
Occupez-vous du noble soin de boire ,
Ou rimez mieux , ou ne rimez jamais.
Je suis , &c.
A Joigny , le 15. Janvier 173 .
de Milice Bourgeoise de la Ville de Joiécrite
aux Auteurs du Mercure sur
gny ,
la bonté des vins de Joigny.
E n'est pas la premiere fois , Mes-
Csieurs ,que le mérite des vins Bourguignons
a occupé votre Journal. On a
lu avec plaisir ce qui parut sur ce sujet
dans les Mercures de Novembre et Decembre
1723. et dans celui de Septembre
1724. on y vit célebrer les vins d'Auxerre
avec tous les ornemens Historiques et
Poëtiques dont on pût s'aviser. L'Auteur
de ces éloges se laissa peut-être un peu
trop prévenir par l'amour de la Pattie ;
dequoi cet amour n'est-il pas capable ?
Pour nous , Messieurs , en vous priant
de rendre public ce que nous prenons la
liberté de vous écrire sur la bonté de nos
vins , nous n'employerons point tant
d'emphase , nous ne prodiguerons pas
l'érudition.
Ornari res ipsa , negat contenta deceri, Hor,'
Notre principal but est de publier
notre reconnoissance envers le Ciel , qui
nous
272 MERCURE DE FRANCE .
nous a donné cette derniere année une
vendange des plus abondantes ; et quelle
vendange encore ! des vins d'une excellente
qualité , des vins qui , pour parler
le langage du Pays , ont eu le bouquet
sur tous les vins des environs , ensorte
que
ceux d'Auxerre même si vantés , comme
on l'a dit , n'en approchent pas ; aussi
Le débit en est si grand , et il s'en fait un
tel transport , qu'à peine en restera - t'il
pour la boisson de nos Habitans.
C'est cette liberalité du Ciel qui m'a
engagé à mettre sur le papier quelques
Remarques que j'ai faites au sujet de la
qualité de nos vins , qui ordinairement
Re cedent en rien à ceux de nos voisins ,
et peuvent aller de pair avec les meilleurs
d'Auxerre , soit qu'on en regarde la force
ou la vigueur , ce qu'on appelle communément
vin , soit qu'on en considere la délicatesse
, étant bons , délicieux , et mousseux
, sans être sujets à tirer sur la graisse,
toutes qualités inséparables d'un vin parfait
, et qui ne se trouvent pas toujours
rassemblées dans les meilleurs vins. Une
autre vertu particuliere aux nôtres , c'est
de pouvoir se marier avec toute sorte de
vins , en les augmentant en force et en
bonté ; en un mot , notre vin est le veritable
vinum generosim et lene de Pline ; on
ne peut pas mieux ni plus brièvement
en
FEVRIER. 1731. 273
en exprimer le mérite et la qualité . Il est
du goût de tout le monde , et nos Emules
même lui ont rendu justice , et l'ont
exalté plus d'une fois .
Par cette expression j'entens , Messieurs
, particulierement les Citoyens
d'Auxerre ; les vignobles de cette Ville
et ceux de Joigny se ressemblent en
plusieurs manieres ; aussi produisent- ils
les uns et les autres de bons et d'excellens
vins . Cette ressemblance et cette production
ont donné lieu à de fréquens paris
entre des personnes de l'une et de l'autre
Ville, et plus d'une fois des Arbitres
désinteressés et sinceres ont adjugé le prix
aux vins de Joigny.
و
le
nom
C'est dommage que Pline qui a
parlé de tant de choses , en donnant ,
comme on vient de l'observer ,
de generosum &c. à un vin parfait , n'ait
pas ajouté que cette grande qualité est capable
d'influer sur la géneration ; j'aurois
par là une autorité pour alleguer ici
notre Proverbe , qui dit que le bon vin
fait faire des Enfans mâles ; je vous prie
cependant de me le passer ,
cela pourra
réjouir les Lecteurs. Si nous manquons
d'autorité , nous avons pour nous l'experience
, qui confirme par son suffrage la
superiorité de nos vins. Nous avons en
effet à Joigny la moitié plus de garçons
Ꭰ
que
274 MERCURE DE FRANCE.
que de filles , et toutes proportions gasdées
, on y compte plus d'Enfans mâles
que dans toute autre Ville de la Province.
Mais revenons à mes Remarques qui
doivent établir les causes Physiques de la
bonté de nos vins.
Le terroir de nos vignes est extrémement
leger , et le sol si délicat , que les
seps ne peuvent supporter la perche, comme
aux autres endroits où la terre est
plus grasse et plus compacte , aussi nos
seps ne se plaisent pas à être disposés en
treille , comme aux vignobles d'Auxerre,
où l'on voit les seps s'étendre de la longueur
d'une toise ; ici chaque sep est
attaché à son échalas , et s'il s'étend , ce
n'est jamais au delà de deux ou trois piés
de sa souche . Ce terrain leger et délicat
au reste , tel que celui de nos vignes , est
le même que Virgile conseille de choisir
pour cette plante .
>
Nunc quoquamque modo possis cognoscere
dicam .
Rara sit , an supra morem si densa requiras :
( Altera frumentis quoniam favet , altera Baccho
;
Densa magis Cereri , rarissimaquaque Lyao . ')
Georg. II.
Il ne faut pas être Vigneron pour convenir
de l'avantage que le fruit d'une vigne
FEVRIER. 1731 275
1
conségne
taillée comme les nôtres à 3. à 4.
piés de terre, a sur le raisin d'une treille ;
le premier meurit sans doute mieux , et
est incomparablement plus doux que
l'autre ; le premier , si cela se peut dire ,
est plus delié , plus leger , et
et par
quent le meilleur. A la verité , nos Vignes
ne sont pas si abondantes qu'ailleurs
dans des terres basses où le bled croîtroit
beaucoup mieux que sur nos côtes extrê
mement élevées ; mais si nos seps en sont
plus courts , les raisins , comme je l'ai
déja dit , en sont plus délicats et plus
doux , les grains en étant moins gros et
moins serrés.
Enfin l'experience apprend que de deux
arbres , l'un extrémement chargé de fruit,
l'autre n'en portant que médiocrement" ,
le fruit de celui- ci se trouve toujours le
meilleur ; l'application est aisée à faire.
Je ne dois pas oublier ici , à l'avantage
de nos vignes , que ce n'est pas le fumier
qui les rend fécondes ; nous ne suivons
point en cela l'exemple de nos voisins
n'ignorant pas que ce secours utile d'un
côté , est pernicieux de l'autre , en ôtant
au vin sa principale vertu , je veux dire
sa qualité. Nous ne fumons que certaines
vignes en certains cantons , dont le vin
est destiné aux Ouvriers et aux Domestiques
; nous nous souvenons trop bien
Dij du
276 MERCURE DE FRANCE .
du fatal exemple des Vignobles de Sillery
: les Proprietaires charmés de la bonté
, de la réputation et du débit de leurs
vins , voulurent , pour ainsi dire , forcer
la nature à augmenter ses dons ; le fumier
leur parut propre à produire cet effet ,
mais l'issue en fut triste , cet excellent
vin a si fort degeneré depuis , qu'il ne
peut plus être comparé avec les bons de
la même Paroisse .
: nous
L
Un autre avantage , qui ne peut
être contesté c'est l'heureuse
exposition des Vignobles de Joigny qui
regardent tous le Soleil Levant ou le Midi
, ce qu'on ne peut pas dire de tous
ceux d'Auxerre. Cette exposition jointe à
la bonté et à l'Analogie du fonds , ne peut
que produire d'excellens vins . En un mot,
les vignes aiment particulierement le
grand Soleil et les hauteurs , le grand
Maître que j'ai déja cité l'a expressément
dit.
•
Denique apertos
Bacchus amat colles &c.
Et un excellent Poëte moderne , * dont
les Géorgiques approchent fort de l'Ouvrage
de Virgile , le confirme en ces termes
:
* Jacobi Vanierii , è Societate Jesu , Prædium
Rusticum L. VII , et VIII.
Optima
FEVRIER.
1731. 277
Optima jejuni colles , largissima campi ·
Vina dabunt .. ·
·
Tu selige collem
Vitis ubi tepidos spectet generosior Austros.
Et ailleurs.
•
Vinum fert nobile collis ad Austros
Editus , invalidum dant aquora plana liquo¬
rem.
Ce grand Poëte s'étoit auparavant expliqué
sur la nature du terroir qui convient
le mieux à la vigne , et son choix ,
conforme à celui de Virgile , confirme ce
que j'ai dit sur la bonté de notre fonds."
Qua levis est tellus , Austrisque obverſa ,
nec ullo ,
Si liceat , lacerum pectus violata ligone ,
Optimus ille ager est ;
Il confirme aussi ce que j'ai observé
de la maniere d'élever nos vignes , dont
les seps ne s'étendent point trop &c.
Melior de vite jugatâ ,
Quò propriore solo fruitur , vindemia pendet.
Caudice qua brevior , terra vicina reflexi ,
Auxilio folis feliciùs excoquit uvas .
Il faut avouer ici que la Providence
nous a bien favorisés , en nous environ
Diij nant
278. MERCURE DE FRANCE .
nant de collines , dont la hauteur et l'exposition
nous répondent de la bonté et
de la fecondité de nos vignobles. Quel
ques unes de ces collines , ou plutôt de
ces heureuses montagnes , sont si roides
et si escarpées , que lors de la vendange
les charois n'y peuvent arriver qu'en farsant
de longs circuits ; au lieu que la plus
élevée colline d'Auxerre , qui n'a pas à
beaucoup près cette pente , est traversée
par le grand chemin dans toute sa largeur.
C'est cependant là que sont situées
ces côtes de Migraine et de Clerion , st
vantées dans le Mercure. A notre égard,
c'est tout le contraire , le plus haut de
nos collines est occupé par les Vignobles
qui s'en trouvent bien mieux , et
les grands chemins sont au pied des collines
.
On ne peut , au reste , passer par là
sans admirer la situation merveilleuse de
ces Vignobles , qui continuent l'espace
de deux grandes lieuës ; on diroit qu'on
en a affecté l'alignement avec beaucoup
d'art , et on a peine à comprendre comment
le Vigneron peut grimper et tiavailler
sur des lieux ainsi situés .
que Je vous ai déja dit , Messieurs ,
l'érudition ne sera pas prodiguée dans cet
Ecrit , ainsi je me dispense de vous dire
que l'origine des Vignes de Joigny est
aussi
FEVRIER. 1731. 279
aussi ancienne que le retour des Gaulois
du pillage de Clusium , en Italie , nous
avons autant de droit de le prétendre que
Mrs d'Auxerre. Nos Emules n'ont rien pû
dire de l'ancienneté de leurs vignobles
que nous ne puissions nous attribuer
nous sommes , en effet , trop voisins pour
que nos Ancêtres n'ayent pas bû leur
bonne part du vin qu'Arunte fit passer
dans les Gaules pour se venger de sa Patrie
, afin d'en attirer les Colons ; ce Peuple
passa bientôt les Alpes , amorcé par
cette précieuse liqueur.. >
Il est , dis-je , fort croyable que nos
Ancêtres et les Sénonois eurent leur part
de ce vin et des dépouüilles de Clusiums
mais aussi est- il à présumer qu'ils partagerent
quelque tems après l'infortune qui
leur arriva , lorsque les Sénonois furent.
taillés en pieces , selon les Historiens.
Je pourrois encore adopter ici en faveur
de nos vins la prétendue étimologie
de Migraine
, nom d'une côte celebre
près d'Auxerre ; le Panegyriste des vins
Auxerrois l'a tiré de Mithra , nom que
les Perses ont donné au Soleil , lequel ,
dit-il , a passé chez les Latins , et par leur
moyen chez les Gaulois &c. nom enfin
qui après bien des variations et des métamorphoses,
a composé celui deMidrana,
puis Migrana et Migraine.
D iiij
Er
280 MERCURE DE FRANCE
En admettant cette étimologie , c'est
encore un sujet d'éloge pour nos meilleurs
vins ; car nous avons aussi nos Migraines,
c'est-à- dire , des côtes qui portent ce même
nom , dérivé , selon le Panegyriste
d'Auxerre , du nom Oriental de l'Astre ,
dont les vignobles en question reçoivent
tous les jours de si benignes influances.
.
Mais en laissant cette conjecture étimologique
et autres semblables , alleguées
dans le Mercure par nos Emules , en fa-.
veur de leurs vins , pour ce qu'elles peuvent
valoir , je ne puis m'empêcher d'en
proposer ici une qui me paroît d'autant
plus vrai semblable qu'elle est plus simple.
Oui , Messieurs , je suis persuadé avecplusieurs
bons esprits que notre Canton
de Balerne dont les vins sont si exquis ,
tire son nom original de Falerne , Mon- .
tagne , comme tout le monde sçait , de la
Campanie , près de Pouzol , à 2. lieues de
Naples , renommée par ses excellens vins,
dont Pline a parlé , et que les meilleurs
Poëtes Latins ont celébrés . Je suis , dis- .
* Le Canton de Baierne est près la Seigneurie
de Looze , où est un Village de méme nom
et un Château de distinction qui appartientavec
la Seigneurie à Madame de Vaiange , Dame
aussi illustre par sa naissance que par son
esprit et par son inclination pour les Belles-
Lettres.
je ,
FEVRIER. 1731. 281
je , persuadé que d'abord , par raison de
convenance , on a nommé ce Canton ou
cette côte une autre Falerne , nom dont
le changement d'une seule lettre a depuis
fait celui de Balerne , qu'on lui donne
aujourd'hui ; on a cent exemples de pareils
changemens
.
na-
Quoiqu'il en soit , je ne crois pas ,
qu'après les observations toutes
turelles que je viens de faire , M" d'Auxerre
soyent fondés à nous rien contester
sur la qualité et sur l'excellence de
nos vins , qui n'ont jamais été inférieurs
aux leurs , et qui souvent les ont surpassés
; nous pourrons leur ceder en autre
chose , quand la raison et la justice
le demanderont : nous n'avons pas trouvé
mauvais qu'ils ayent fait imprimer dans
un Mercure l'avantage prétendu que
leurs joueurs de longue paume remporterent
, selon eux , sur les nôtres , il y a
quelque tems , quoique le narré soit un
peu hyperbolique . Une seule chose auroit
pû nous déplaire ( mais nous l'avons méprisée
comme elle a choqué quantité
d'honnêtes gens , qui en lisant le Couplet
qui termine le Narré dont je viens de
parler , ont été surpris que le bon vin
d'Auxerre n'ait pû produire parmi tant
de gens qui se mêlent de rimer dans cette
Ville , qu'un miserable rapsodie , un vrai
D v Pont
1
282 MERCURE DE FRANCE
Pont-Neuf, je vous en laisse les Juges.
Je ne sçai si , toute rancune à part , on
ne pourroit pas risposter presque sur les
mêmes rimes et sur le même Air des Folies
d'Espagne ou des Folies d'Auxerre , le
Couplet que voici :
Chers Auxerrois, si vous voulez m'en croire
Contre Joigny ne lancez plus vos traits ;
Occupez-vous du noble soin de boire ,
Ou rimez mieux , ou ne rimez jamais.
Je suis , &c.
A Joigny , le 15. Janvier 173 .
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Résumé : LETTRE de M. le Beuf, Capitaine de Milice Bourgeoise de la Ville de Joigny, écrite aux Auteurs du mercure sur la bonté des vins de Joigny.
La lettre de M. le Beuf, capitaine de la milice bourgeoise de Joigny, adressée aux auteurs du Mercure de France, vise à célébrer la qualité des vins de Joigny. L'auteur reconnaît les éloges précédents sur les vins bourguignons et d'Auxerre, mais souhaite mettre en avant les mérites des vins de Joigny. Il souligne une vendange abondante et de grande qualité en 1730, avec des vins ayant un bouquet supérieur à ceux des environs, y compris ceux d'Auxerre. M. le Beuf décrit les caractéristiques des vins de Joigny, qui sont forts, délicieux et mousseux, sans être gras. Ils se marient bien avec d'autres vins, augmentant leur force et leur bonté. Il compare ces vins au 'vinum generosum et lene' de Pline. Les vins de Joigny sont appréciés par tous, y compris les habitants d'Auxerre, qui les ont souvent préférés lors de concours. L'auteur attribue la qualité des vins de Joigny à plusieurs facteurs naturels : un terroir léger et délicat, une exposition favorable au soleil levant ou au midi, et une méthode de culture spécifique. Les vignes sont taillées court et ne sont pas fumées, contrairement à certaines pratiques voisines. Il mentionne également l'ancienneté des vignobles de Joigny, remontant au retour des Gaulois du pillage de Clusium. Enfin, M. le Beuf affirme que les vins de Joigny n'ont jamais été inférieurs à ceux d'Auxerre et les ont souvent surpassés. Il conclut en soulignant que, bien que les habitants d'Auxerre aient pu exagérer leurs succès dans d'autres domaines, les vins de Joigny restent supérieurs. Le texte est une correspondance datée du 15 janvier 1733, provenant de Joigny. L'auteur y mentionne une dispute impliquant des habitants d'Auxerre et de Joigny, probablement liée à des joutes poétiques ou satiriques. Il conseille aux Auxerrois de ne plus attaquer Joigny et de se concentrer sur des activités plus nobles, comme boire ou rimer mieux. L'auteur exprime également son souhait que les Auxerrois cessent de rimer s'ils ne peuvent pas le faire correctement. Le texte fait référence à des juges et à des airs musicaux connus, tels que les Folies d'Espagne ou les Folies d'Auxerre, pour illustrer son propos.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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350
p. 296-299
« REGLES CHRÉTIENNES pour faire saintement toutes ses actions, dressées en [...] »
Début :
REGLES CHRÉTIENNES pour faire saintement toutes ses actions, dressées en [...]
Mots clefs :
Règles, Cantiques, Instruction, Prière, Observations, Nature
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texteReconnaissance textuelle : « REGLES CHRÉTIENNES pour faire saintement toutes ses actions, dressées en [...] »
REGLES CHRETIENNES pour faire
saintement toutes ses actions , dressées
en faveur des Enfans qui se font instruire
dans les Ecoles Chrétiennes . Outrès
- utile à toutes sortes de pervrage
sonnes qui veulent vivre dans la vraye
pieté
FEVRIER. 1731 297
pieté en Jesus-Christ , divisé en deux
Parties. Derniere Edition. Qua in juventute
tuâ non congregasti , quomodo in senectute
tuâ invenies ? Eccl. 25. 27. Com- 25.27.
ment trouverez- vous dans votre vieillesse
les vertus que vous n'aurez point acquises
dans votre jeunesse ? A Paris , chez
Gabr. Charles Berton , proche S. Nicolas
du Chardonnet , 1731.
CANTIQUES SPIRITUELS , sut
plusieurs points importans de la Religion
et de la Morale Chrétienne , pour les
Catéchismes et les Missions. Sur les plus
beaux Airs anciens et nouveaux.Vol.in 8.
A Paris , chez le même , 1731 .
INSTRUCTION Chrétienne pour les
personnes qui aspirent au Mariage , ou
qui y sont déja engagées. Avec un Traité
de l'Education Chrétienne des enfans
tirée de S. Jean Chrysostôme. In 12.
Nouvelle Edition , revûë et augmentée.
Idem.
PRIERE qui se chante aux Eglises
de S. Paul et de l'Oratoire , et à plusieurs
Paroisses , depuis le Samedi de devant
le premier Dimanche de l'Avent , jusqu'à
la veille de Noël inclusivement , avec
les Antiennes appellées O de Noël. Chez
le même Libraire.
E Nou298
MERCURE DE FRANCE
NOUVELLE METHODE pour réfùter
l'établissement des Eglises Prétendues
Réformées et de leur Religion , et pour
deffendre la stabilité de l'Eglise et de la
"Religion Catholique , Apostolique , et
Romaine dans sa possession perpetuelle .
Par M. Chardon de Lugny , Prêtre , Député
du Roi et du Clergé de France pour
les Controverses . Quay des Augustins ,
chez les freres Osmont , 1730. in 12 .
MEMOIRE Sur l'Article 497. de la
Coûtume de Bretagne , au sujet de la'
Subornation des filles mineures. A Paris ,
ruë de la Huchette , chez la Veuve Knapen,
1730. Brochure in folio .
OBSERVATIONS CURIEUSES Sur
toutes les parties de la Physique , extraites
et recueillies des meilleurs Auteurs .
Rue S. Jacques , chez Cl. Fombert , 1730 .
in 12. de cinq cens quatre-vingt six pages.
Tome troisiéme.
GRAMMAIRE HEBRAIQUE sans
points. Par M. Masclef, Chanoine d'Amiens.
Seconde Edition , dans laquelle
l'Auteur a ajoûté trois autres Grammaires,
suivant le même Méthode , sçavoir , · la
Chaldaïque , la Syriaque et la Samaritaine .
Chez
FEVRIER. 1731. 299
Chez la veuve Paulus Dumesnil , rue Fromentel
, prés la Puits Certain , 1731. in
12. 2. vol . en Latin.
LES PRINCIPES DE LA NATURE
ou de la Generation des choses , par
M. Colonne . Chez André Cailleau , Pont
S. Michel , 1730. in 12.
INSTRUCTION D'UN PERE A SON FILS ,
sur la maniere de se conduire dans le
monde , dédiée à la Reine . Par M. Dupuy,
cy-devant Secretaire au Traité de la Paix
de Riswick. Chez J. Etienne , ruë S. Jacques
, 1730. in 12 .
HISTOIRE de Mademoiselle de
la Charce , de la Maison de la Tour du
Pin , en Dauphiné , ou Memoires de ce
qui s'est passé sous le Regne de Louis XIV.
Quay des Augustins , chez P. Gandouin,
1731. in 12.
saintement toutes ses actions , dressées
en faveur des Enfans qui se font instruire
dans les Ecoles Chrétiennes . Outrès
- utile à toutes sortes de pervrage
sonnes qui veulent vivre dans la vraye
pieté
FEVRIER. 1731 297
pieté en Jesus-Christ , divisé en deux
Parties. Derniere Edition. Qua in juventute
tuâ non congregasti , quomodo in senectute
tuâ invenies ? Eccl. 25. 27. Com- 25.27.
ment trouverez- vous dans votre vieillesse
les vertus que vous n'aurez point acquises
dans votre jeunesse ? A Paris , chez
Gabr. Charles Berton , proche S. Nicolas
du Chardonnet , 1731.
CANTIQUES SPIRITUELS , sut
plusieurs points importans de la Religion
et de la Morale Chrétienne , pour les
Catéchismes et les Missions. Sur les plus
beaux Airs anciens et nouveaux.Vol.in 8.
A Paris , chez le même , 1731 .
INSTRUCTION Chrétienne pour les
personnes qui aspirent au Mariage , ou
qui y sont déja engagées. Avec un Traité
de l'Education Chrétienne des enfans
tirée de S. Jean Chrysostôme. In 12.
Nouvelle Edition , revûë et augmentée.
Idem.
PRIERE qui se chante aux Eglises
de S. Paul et de l'Oratoire , et à plusieurs
Paroisses , depuis le Samedi de devant
le premier Dimanche de l'Avent , jusqu'à
la veille de Noël inclusivement , avec
les Antiennes appellées O de Noël. Chez
le même Libraire.
E Nou298
MERCURE DE FRANCE
NOUVELLE METHODE pour réfùter
l'établissement des Eglises Prétendues
Réformées et de leur Religion , et pour
deffendre la stabilité de l'Eglise et de la
"Religion Catholique , Apostolique , et
Romaine dans sa possession perpetuelle .
Par M. Chardon de Lugny , Prêtre , Député
du Roi et du Clergé de France pour
les Controverses . Quay des Augustins ,
chez les freres Osmont , 1730. in 12 .
MEMOIRE Sur l'Article 497. de la
Coûtume de Bretagne , au sujet de la'
Subornation des filles mineures. A Paris ,
ruë de la Huchette , chez la Veuve Knapen,
1730. Brochure in folio .
OBSERVATIONS CURIEUSES Sur
toutes les parties de la Physique , extraites
et recueillies des meilleurs Auteurs .
Rue S. Jacques , chez Cl. Fombert , 1730 .
in 12. de cinq cens quatre-vingt six pages.
Tome troisiéme.
GRAMMAIRE HEBRAIQUE sans
points. Par M. Masclef, Chanoine d'Amiens.
Seconde Edition , dans laquelle
l'Auteur a ajoûté trois autres Grammaires,
suivant le même Méthode , sçavoir , · la
Chaldaïque , la Syriaque et la Samaritaine .
Chez
FEVRIER. 1731. 299
Chez la veuve Paulus Dumesnil , rue Fromentel
, prés la Puits Certain , 1731. in
12. 2. vol . en Latin.
LES PRINCIPES DE LA NATURE
ou de la Generation des choses , par
M. Colonne . Chez André Cailleau , Pont
S. Michel , 1730. in 12.
INSTRUCTION D'UN PERE A SON FILS ,
sur la maniere de se conduire dans le
monde , dédiée à la Reine . Par M. Dupuy,
cy-devant Secretaire au Traité de la Paix
de Riswick. Chez J. Etienne , ruë S. Jacques
, 1730. in 12 .
HISTOIRE de Mademoiselle de
la Charce , de la Maison de la Tour du
Pin , en Dauphiné , ou Memoires de ce
qui s'est passé sous le Regne de Louis XIV.
Quay des Augustins , chez P. Gandouin,
1731. in 12.
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Résumé : « REGLES CHRÉTIENNES pour faire saintement toutes ses actions, dressées en [...] »
Le document énumère des publications et textes imprimés en 1730 et 1731. Parmi les ouvrages religieux figurent les 'Règles chrétiennes' pour enfants et adultes, les 'Cantiques spirituels' pour les catéchismes et missions, et une 'Instruction chrétienne' pour les couples mariés ou futurs mariés. Il mentionne aussi des prières chantées pendant l'Avent. En dehors des publications religieuses, le texte inclut des ouvrages variés tels qu'une 'Nouvelle méthode' pour réfuter les Églises réformées, un 'Mémoire' sur un article de la coutume de Bretagne, des 'Observations curieuses' sur la physique, une 'Grammaire hébraïque' avec des grammaires supplémentaires, les 'Principes de la nature' sur la génération des choses, une 'Instruction d'un père à son fils' sur la conduite dans le monde, et l''Histoire de Mademoiselle de la Charce' relatant des événements sous le règne de Louis XIV. Ces publications proviennent de divers libraires et éditeurs à Paris et dans d'autres régions.
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