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701
p. 2496-2506
LETTRE écrite de Constantinople le 15. Septembre 1730. sur l'état present des affaires de Perse.
Début :
Schah Thamas, Roi de Perse, fils & successeur de Schah Hussein, ayant rassemblé une armée [...]
Mots clefs :
Roi de Perse, Ambassadeur, Constantinople, Armée, Troupes, Prince, Ministre, Schah
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Constantinople le 15. Septembre 1730. sur l'état present des affaires de Perse.
LETTRE écrite de Conftantinople le 15 .
Septembre 1730. fur l'état prefent
des affaires de Perfe
Chah Thamas , Roi de Perfe , fils & fucceffeur
de Schah Huffein , ayant raffemblé une armée
de 40. mille hommes & livré plufieurs combats
à l'Ufurpateur Acheraf , toujours avec quelque
avantage , s'avança enfin vers Iſpaham , ou
Acheraf fe trouvant extrêmement refferré & hors
d'état de fe deffendre , manquant de vivres & de
troupes,fans efpoir d'aucun fecours, fe fauva enfin
dans une Fortereffe auprès de la Ville de Schiras.
Schab
NOVEMBRE . 1730. 2497
Schah Thamas entra en triomphe dans Iſpaham
avec une partie de fon armée , & l'autre
partie pourfuivit Acheraf , qui fut affiegé dans
la Fortereffe où il s'étoit réfugié, & obligé de fe
rendre & ſe livrer entre les mains du Vainqueur :
de- là les Troupes Perfanes allerent affieger Schi
ras, & expoferent Acheraf chargé de chaînes à la
vue des habitans. Quoique les Affiegez fuflent
épouventez de cet objet , ils ne voulurent cependant
écouter aucunes propofitions , & ils aimerent
mieux s'expoſer à la mort que de capituler , enforte
que les Affiegeans furent obligez d'emporter
cette Place de force ; ils s'en rendirent les maîtres
en peu de jours , & ce fut dans cette Ville
que le Rebelle Acheraf reçut le châtiment de fa
révolte & de fon ufurpation. Il fut conduit dans
la Place publique , nud , chargé de chaînes , & fut
expofé à la vue du Peuple fur un échaffaut. Là on
fit la lecture du Procés qui lui avoit été fait ,
du jugement que le Roi avoit prononcé contre
lui , par lequel il étoit condamné à être écorché
vif avec des Etrilles de cheval . L'éxecution de cer
Arrêt fut terrible , les Bourreaux lui déchirerent
la peau & la chair jufqu'à ce qu'il eut rendu le dernier
foupir. Après la mort on lui coupa la tête
qui fut portée à Ifpaham à Schah Thamas. Son
corps fut dépecé, jetté dans la campagne & aban ,
donné aux bêtes féroces.
fie
&
Après cette expedition l'Armée de Perfe, grofpar
de nouvelles troupes , pourfuivit le cours
de fes victoires , & reprit fans obſtacle toute la
Province de Chirvan , & les Villes de Couchon ,
Caffan , Sava , Cafbin , Ternan & Bender , avec
tous les Pays & toutes les Places ufurpées par
Acheraf , & plufieurs autres qui appartenoient à
ce Rebelle , comme Schiras , le Fort de Cafchan,
Kalafy , & plufieurs autres Places . Les autres
H Pays
2498 MERCURE DE FRANCE
Pays & Villes de la Perfe , comme la Georgie
qui en étoit tributaire , occupez par le Grand Seigneur
, font demeurez jufques à preſent ſous l'obéiffance
de Sa Hauteffe.
Chah Sefy , frere du Roi de Perſe , fut fait
prifonnier dans le temps que le Roi fon pere vivoit
encore ; ce fut Schah Thamas, fon frère , qui
regne aujourd'hui , qui le fit empriſonner par jaloufie
, Chah Sefy trouva moyen de fe fauver &
de fe réfugier dans la maifon d'un Armenien en
qui il avoit une entiere confiance ; il y demeura
caché pendant quelque tems ; mais dans la fuite
cet Armenien craignant qu'on ne le découvrît ,
& voulant mettre Chah Sefy en fureté , s'adrefla
à un autre Arménien fon ami , qui demeuroit
dans la Province de l'Arabiſtan ; il lui confia fon
fecret , lui fit connoître le Prince qu'il tenoit caché
chez lui , le defir qu'il avoit de le fouftraire
aux recherches qu'on en faifoit & pria en même
temps cet ami de le recevoir chez lui. L'Armé--
nien d'Arabistan confentit à la propofition & celui
d'Ifpaham ayant fait traveftir Chah Sefy en
Muletier , il le fit fortir fecretement de la Ville
accompagné d'un Valet affidé qui fe mit à la fuite
des Mulets qu'il avoit coûtume d'envoyer dans
les Villages circonvoifins pour fes proviſions de
bois & de paille. Ce Prince étant paffé par ce
moyen dans l'Arabiſtan, y fut reçu, comme on le
lui avoit fait efperer , par celui à qui il avoit été
recommandé , & fon arrivée ayant été fçûë des
principaux habitans de cette Province , ' ils lui
rendirent les honneurs dûs à fon le
rang > reçurent
comme fils de Roi , & le mirent à la tête de
12 mille hommes pour deffendre leur Province
de l'invafion dont elle étoit menacée de la part
d'Acheraf. La confiance que ces Peuples témoi
gnerent d'abord à Chah Sefy ne fut pas de lon-
*
gue
>
NOVEMBRE. 1730. 2499
gue durée , ils le foupçonnerent bien - tôt de vouloir
fe rendre maître de leur Pays , à la faveur
des troupes qu'ils lui avoient données , au lieu
de fonger à le deffendre contre Acheraf , & dans
cette penfée ils réfolurent de l'affaffiner; ce Prince
fut averti de leur deffein ; & pour garantir la vie
du danger dont elle étoit menacée , il réfolut de
prendre la fuite , déguifé fous les habits d'un de
fes domeftiques , à qui il dit qu'il avoit des affaires
très importantes à ménager à la faveur de ce
déguiſement , lui ordonnant de refter dans fon
Appartement fans fe montrer , & lui promettant
qu'il feroit de retour le foir même. Le Prince fe
fauva ainfi fans être reconnu , & peu de temps
après ceux qui vinrent dans fon Appartement
pour le tuer,affaffinerent cruellement fon Domef
tique, craignant qu'il ne les découvrît.
Chah Sefy étant ainfi forti de la Province de
l'Arabiſtan , & n'ofant pas fe confier à ſon frere
qui étoit déja monté fur le Trône , forma le deffein
de recourir à la protection du G. S. il alla
à Bagdat ou Babilone , & s'étant fait connoître
au l'acha, il en fut reçû très-honorablement, avec
promeffe qu'il lui donneroit une entiere affiftance,
& qu'il ménageroit fes interêts auprès de Sa Hau
teffe. Cependant il lui fournit de l'argent & tout
• ce qui lui étoit néceffaire fuivant fon rang;en même
tems ce Pacha en'donna' avis à la Porte , &
demanda des ordres pour faire transferer ce Prince
à Conftantinople.
Le G. S. fit une réponſe favorable, & en confequence
Chah Sefy fut conduit à Conftantinople.
où il eft actuellement très - honoré , & où il reçoit
des fecours confiderables pour fon entretien
& pour celui de 60. perfonnes qui font à ſa ſuite.
Il à un Tain , * pour 100. perfonnes par jour ,
* Tain, certaine ſomme aſſignée par jour.
Hi
ds
2500 MERCURE DE FRANCE
outre tous les vivres neceffaires pour l'entretien
de fa Table & de fa Maifon , pour fon Ecurie &
pour fix Caiques ou Felouques , fon logement
lui fut affigné à Calcedoine , où il est toujours
avec une Garde de 20. Janniffaires , commandez
par un Officier. Il eut dernierement une Audiance
du G.V.qui lui donna des Veſtes & des Peliffes magnifiques
, & plufieurs autres prefens , entre auties
un très- beau Cheval de l'Ecurie du G. S. avec de
riches harnois de la valeur d'environ 30. Bourfes.
L'Ambaffadeur de Schah Thamas, Roi de Perfe,
étant arrivé à Scutari , la Porte lui envoya le 18.
Juin 2. Galeres fur lesquelles s'étant embarqué
avec toute fa fuite , elles entrerent dans le Port
au bruit d'une quantité prodigieufe de Canon, &
allerent débarquer l'Ambaffadeur à l'Echelle de
la Doüanne , où s'étant repofé pendant quelque
tenips , le Chaoux Bachy y arriva pour le conduire
au logement qui lui étoit préparé , & pour
regler la Marche de fon Entrée qui fut faite dans
l'ordre fuivant :
On voyoit d'abord un grand nombre de Janniflaires
marchant fur deux lignes avec leurs Bonnets
de ceremonie ; ils étoient fuivis d'un grand
nombre de perfonnes de la Maiſon du G. V.
toutes vétues fort proprement : 120. Chaoux
à cheval venoient enfuite avec plufieurs Agas ; 12.
Perfans à pied avec des Cottes d'émail , portant
de longues Lances qu'ils manioient avec beaucoup
d'agilité , fervoient comme d'avant-garde à
l'Ambaffadeur qui marchoit d'abord aprés eux à
la gauche du Chaoux Bachy. Il avoit une Robbe
de drap d'or doublée de Marthe zibeline, unTurban
à la mode de Perfe , d'une Etoffe d'or à fleurs
de diverfes couleurs , parmi lesquelles le blanc
dominoit. C'eſt un homme d'environ 40. ans ,
ayant une barbe noire & un afpect affez gravé ,
30.
NOVEMBRE. 1730. 2501.
30. Perfans à cheval , tous jeunes & bien vêtus ,
marchoient après lui , & la Marche étoit fermé
par plus de 300. perfonnes de fa fuite ; les uns
armez d'armes à feu & les autres de Sabres &
d'Arcs , de Fleches & de Lances , & au milieu de
cette foule marchoient 10. Chevaux chargez de
Caiffes fort belles en dehors , dans lesquelles on
prétend qu'étoient contenus les Prefens deſtinez
pour le G. S. le G. V. & les autres Miniftres de
la Porte.
Le 3. Juillet il alla rendre au G. V. une vifite
privée , c'eſt-à - dire , avec très -peu de fuite , mais
la Chambre d'Audiance dans laquelle il fut reçû ,
étoit beaucoup plus parée qu'à l'ordinaire ; on y
voyoit fur les Couffins & fur les Sophas beaucoup
de Montres d'or , des Sabres & des Poignards de
grande valeur , prefque tous couverts de Pierreries
, outre 14. Pendules magnifiques par la beauté
de l'Ouvrage & la richeffe des ornemens,
Après le Compliment ordinaire , il rendit au
Vifir une Lettre de fon Maître , & lui expofa le
fujet de fa Miffion ; il lui dit que le Roi de Perfe
fouhaitoit d'avoir avec la Porte une Paix ferme
& durable , mais qu'il falloit que l'on commençât
par lui rendre toutes les Places dont le G. S.
s'étoit emparé en Perfe , & tous les Perfans qui
avoient été faits Efclaves dans la derniere guerre ;
cette vifite fe termina par des réponſes vagues &
generales.
Quelques jours après la Porte ayant reçû avis
que les Perfans avoient commencé des Actes
d'hoftilité & qu'ils s'étoient rendus maîtres d'Amadan,
Le G.V.qui avoit déja tenu deux Confeils
avec les principaux Miniftres dans le Serrail du
Capitan Pacha, en fit convoquer un autre à Fondukly
( lieu fitué en Europe , à l'entrée du Canal
de la Mer noire) il y fit appeller l'Ambaffadeur de
Hij Perfe
2502 MERCURE DE FRANCE
Perfe , auquel il dit , que puifque Schah Thamás
avoit commencé les hoftilitez dans le tems même
qu'il avoit envoyé un Ambaffadeur pour négocier
la Faix , il ne pouvoit plus écouter aucune
propofition , & qu'il falloit au contraire fe préparer
à la guerre , puifqu'il n'avoit point les pouvoirs
néceffaires pour traiter & conclure un accommodement
fur les propofitions qu'il avoit faites
à fon arrivée.L'Ambaffadeur répondit qu'il ne
pouvoit pas fe perfuader que ces nouvelles fuffent
veritables; mais qu'en fuppofant même qu'elles le
fuffent , il étoit certain que les hoftilitez n'avoient
point été commencées par l'ordre de fon Maître;
mais que c'étoit peut- être un foulevement imprévu
du Peuple irrité par le fouvenir des tyrannies
& des cruautez qui avoient été exercées dans
la derniere guerre ; que pour lui il n'avoit d'autre
pouvoir & d'autre commiffion que ce qu'il avoit
expofé dans fa premiere vifite , & dont il ne pouvoit
pas s'éloigner ; que tout ce qu'il pouvoit
fuggerer à la Porte , c'étoit d'expedier fur le
champ quelque perfonne de confiance avec des
pouvoirs de traiter avec le Roi de Perfe ; qu'il
s'offroit lui-même d'envoyer une perfonne de fa
part avec des Lettres pour tâcher de parvenir à la
Paix , efperant que dans 60. jours on pourroit
recevoir les Réponſes , ce qui fut ainfi réſolu.
L'Ambaffadeur étant retourné chez lui , il fut
mis d'abord fous la garde de 4. Compagnies de
Janniffaires , fans avoir la liberté de fortir , nonplus
que les perfonnes de fa fuite , excepté quelques-
uns de fes plus bas Officiers. Quelques jours
après la guerre fut publiée , & on déclara publiquement
les prétentions du Roi de Perfe ; on ajouta
que le G. V. iroit hyverner à Alep , le Janniffaire
Aga , à Erzeron , & le Topigi Bachy , ou
Grand - Maître d'Artillerie à Ardebil ; on expeNOVEMBRE
. 1730. 2503
pedia en même-temps un grand nombre d'Ouvriers
à Coigny pour réparer le Serrail de cette
Ville , éloigné de feize journées de Conftan
tinople , où le G. S. iroit paffer l'hyver : le
Capitan Pacha fut nommé Caimacan de Conftantinople
, & les Pavillons des principaux Commandans
furent expofez à la Place de l'Hyppodrome
& aux autres endroits accoûtumez . Le Reys
Effendi fit fçavoir aux Ambaffadeurs de France ,
d'Angleterre & de Hollande , que fuivant l'ufage
ordinaire ils pourroient faire préparer chacun un
de leurs Drogmans pour fuivre le G. V. on fit
faire la même déclaration aux Réfidens de Mofcovie
, aufquels le Reys Effendy déclara de plus
qu'ils devoient fuivre perfonnellement le G. S.
On tira des Magazins de Top- hana 150. Canons
de campagne & 80. Canons de batterie , &
on en fit l'épreuve les 20. 21. & 22. Juin . On
voyoit dans toutes les rues de Conftantinople
vendre en grande quantité des Armes à feu &
de toutes autres fortes d'Armes , on y travailla à
des Pavillons neufs , & on y prépara, en un mot ,
tout ce qui eft neceffaire pour une armée . On a
depuis publié des ordres pour faire lever fur les
Arts & Métiers la taxe qu'ils ont accoûtumé de
payer en tems de guerre.
On prépare en toute diligence deux Vaiffeaux
de guerre pour les envoyer à Alexandrette,
chargez de Poudre , de Balles , de Canons , de
Boulets & de toutes fortes de munitions de guerre,
pour être tranſportez dans tous les endroits où
on en aura befoin , & on prépare auffi pour le
même fujet plufieurs Saiques pour aller faire le
même tranſport dans la Mer Noire à Trébiſonde.
On dit ici publiquement, que la vafte Province
de Candahar , Pays des Aghuans , d'où Acheraf
tiroit fon origine , s'eft volontairement foumis
H iiij કે
2504 MERCURE DE FRANCE
à Schah Thamas après la défaite d'Aſcheraf.
>
L'Ambaffadeur de Perfe eut le 25. une Audiance
du G. S. qui outre le Caftan ordinaire ,
lui fit prefent d'une Vefte fourrée de Marthe
Zibeline . On diftribua 16 Caftans aux principales
perfonnes de fa fuite ; & l'Ambaſſadeur préfenta
de la part de Schah Thamas , au G. S. un
Bouclier , & un Candgiar ou Poignard de grande
valeur , une Bourfe de drap d'or cachetée , dont
on ne fçait pas le contenu & plufieurs piéces
d'Etoffe d'or , d'argent & de foye , d'un travail
recherché & curieux.
x
Le matin du 27. les Queues de Cheval furent
expofées dans les lieux ordinaires , comme au dehors
de la porte du Serrail du G.S. & de celui du
G. V. & des autres Pachas , deftinez pour aller à
cette guerre ; ces Queues qui font les Etendarts
des Turcs , confiftent en une longue Perche
plantée en terre , au haut de laquelle eft un
Pommeau doré,duquel pend une queue de Cheval.
Le 31 Juillet , les Queues de Cheval furent
portées publiquement & avec ceremonie , du Serrail
à l'Echelle de Baktche Kapouci, fur une Galere
que remorquoient plufieurs Mahones. La
marche fut réglée dans l'ordre fuivant. 40. Spahis
ou Cavaliers marchoient à la tête avec des Plumets,
portant des Armes à feu & des Sabres . 50. Tartares
venoient enfuite à Cheval , armez d'Arcs & de
Fléches ; 200 jeunes gens à Cheval marchoient
enfuite , portant des Piques , au haut defquelles
étoient des Banderolles un Officier des Janiffaires
, à pied , venoit après , portant une Queuë
de Cheval. Il étoit fuivi de 19 autres à Cheval
portant chacun une Queue , mais plus petites
que celle qui étoit portée par l'Officier à pied .
80. hommes marchoient enfuite , armez differemment
; ils compofoient la garde du G.V. qui
;
>
eft
NOVEMBRE . 1730. 2509.
eft Pacha à 3.Queues. On voyoit après 10.Chevaux
de main , tres -richement harnachez.
Le Kiaya ou Lieutenant duVifir , faivoit à Cheval
, entouré de plus de 40 Tchohadas ; il étoit
fuivi de 100 Itch Alagars , richement habillez ,
venoient enfuite 36 perfonnes à Cheval, fonnant
de la Trompette , & joüant du Timpanon , du
Tambour & d'autres Inftrumens Turcs . La Marche
étoit terminée par 40 Chameaux , chargez
des Pavillons des principaux Commandans . ,
Quand ils furent arrivez à l'Echelle de Baktche
Kapouci , le Kiaya s'étant embarqué fur la Galere
avec la garde du Vifir , les Queues de Cheval
, les Joueurs d'Inftrumens qui ne difcontinuoient
pas leur fanfarre , & les Tchohadais , il
paffa à Scurary , & fut falué à fon pailage de
plufieurs coups de Canons ; tout le refte de fa
fuite s'embarqua fur les Mahones.
Dans les journées précédentes on avoit ap
plani quelques Campagnes & brûlé quelques Vi
gnes entre Scutary & Calcedoine , pour y faire
camper l'armée. Le 2 du mois d'Aouft , on vit
pendant toute la journée un grand nombre de
Mahones,de Barqués & d'autres Bâtimens ,tranf
porter de Conftantinople au Camp de Scutari utk
grand nombre de Troupes , & le Camp fe forma
au delà du Serrail du G. S. à Calcedoine ,
heure de chemin de Scutary .
à une
Le G. S. étant arrivé au Camp le 3. du mois
d'Aouft , defcendit de Cheval à fon Pavillon Impérial
& pafla fur le foir dans fon Serrail , o
il avait été précédé de fon Harem ou Maifons
des Daines , qui y avoit été porté par 11.
Caïques , couverts de drap touge. On permit à
Ambaffadeur de Perfe d'aller voir cette marche
Scutary , d'où il retourna fur le champ dans
l'endroit où il eſt logé , toujours avec la même
Hy garde
2 506 MERCURE DE FRANCE
garde de Janiffaires ; quelques- uns des Miniftres
Etrangers allerent à Scutary , dans des maifons
particulieres pour voir paffer le G.S. & fon Cortege.
La Cour du G. S. fe tient dans le Camp
où font tous les Miniftres.
Le Caïmacam a déja commencé d'exercer fon
autorité à Conftantinople , & le Capitan Pacha
a fubftitué le Terfana Eminy pour exercer fon
autorité dans l'Arfenal. Les Miniftres des Princes
Etrangers ont fait faire compliment au G.V.
au Kiaya, au Reys Effendi, & ont fait auffi complimenter
le Capitan Pacha fur fa Charge de
Caimacan .
Le 8 d'Aouft , les Ambaffadeurs de Ragufe
avec une fuite de 8 perfonnes , allerent au Camp
baifer la Vefte au G. V. comme Rayas ou Tributaires
de la Porte , & en rapporterent trois
Caftans.
Le 12 , un des deux Vaiffeaux dont on a parlé,
destiné pour Alexandrette , partit de ce Port ,
chargé de munitions de guerre. L'Armée groffit
tous les jours , & il y arrive journellement une
grande quantité de Chameaux , de Chevaux & de
Mulets.
Nous fommes aujourd'hui au 15 du mois de
Sept. fans que l'on fçache encore fi l'Armée partira.
Le G.S. continue fon féjour dans le Serrail
du Scutary , & toute la Cour demeure au Camp.
Septembre 1730. fur l'état prefent
des affaires de Perfe
Chah Thamas , Roi de Perfe , fils & fucceffeur
de Schah Huffein , ayant raffemblé une armée
de 40. mille hommes & livré plufieurs combats
à l'Ufurpateur Acheraf , toujours avec quelque
avantage , s'avança enfin vers Iſpaham , ou
Acheraf fe trouvant extrêmement refferré & hors
d'état de fe deffendre , manquant de vivres & de
troupes,fans efpoir d'aucun fecours, fe fauva enfin
dans une Fortereffe auprès de la Ville de Schiras.
Schab
NOVEMBRE . 1730. 2497
Schah Thamas entra en triomphe dans Iſpaham
avec une partie de fon armée , & l'autre
partie pourfuivit Acheraf , qui fut affiegé dans
la Fortereffe où il s'étoit réfugié, & obligé de fe
rendre & ſe livrer entre les mains du Vainqueur :
de- là les Troupes Perfanes allerent affieger Schi
ras, & expoferent Acheraf chargé de chaînes à la
vue des habitans. Quoique les Affiegez fuflent
épouventez de cet objet , ils ne voulurent cependant
écouter aucunes propofitions , & ils aimerent
mieux s'expoſer à la mort que de capituler , enforte
que les Affiegeans furent obligez d'emporter
cette Place de force ; ils s'en rendirent les maîtres
en peu de jours , & ce fut dans cette Ville
que le Rebelle Acheraf reçut le châtiment de fa
révolte & de fon ufurpation. Il fut conduit dans
la Place publique , nud , chargé de chaînes , & fut
expofé à la vue du Peuple fur un échaffaut. Là on
fit la lecture du Procés qui lui avoit été fait ,
du jugement que le Roi avoit prononcé contre
lui , par lequel il étoit condamné à être écorché
vif avec des Etrilles de cheval . L'éxecution de cer
Arrêt fut terrible , les Bourreaux lui déchirerent
la peau & la chair jufqu'à ce qu'il eut rendu le dernier
foupir. Après la mort on lui coupa la tête
qui fut portée à Ifpaham à Schah Thamas. Son
corps fut dépecé, jetté dans la campagne & aban ,
donné aux bêtes féroces.
fie
&
Après cette expedition l'Armée de Perfe, grofpar
de nouvelles troupes , pourfuivit le cours
de fes victoires , & reprit fans obſtacle toute la
Province de Chirvan , & les Villes de Couchon ,
Caffan , Sava , Cafbin , Ternan & Bender , avec
tous les Pays & toutes les Places ufurpées par
Acheraf , & plufieurs autres qui appartenoient à
ce Rebelle , comme Schiras , le Fort de Cafchan,
Kalafy , & plufieurs autres Places . Les autres
H Pays
2498 MERCURE DE FRANCE
Pays & Villes de la Perfe , comme la Georgie
qui en étoit tributaire , occupez par le Grand Seigneur
, font demeurez jufques à preſent ſous l'obéiffance
de Sa Hauteffe.
Chah Sefy , frere du Roi de Perſe , fut fait
prifonnier dans le temps que le Roi fon pere vivoit
encore ; ce fut Schah Thamas, fon frère , qui
regne aujourd'hui , qui le fit empriſonner par jaloufie
, Chah Sefy trouva moyen de fe fauver &
de fe réfugier dans la maifon d'un Armenien en
qui il avoit une entiere confiance ; il y demeura
caché pendant quelque tems ; mais dans la fuite
cet Armenien craignant qu'on ne le découvrît ,
& voulant mettre Chah Sefy en fureté , s'adrefla
à un autre Arménien fon ami , qui demeuroit
dans la Province de l'Arabiſtan ; il lui confia fon
fecret , lui fit connoître le Prince qu'il tenoit caché
chez lui , le defir qu'il avoit de le fouftraire
aux recherches qu'on en faifoit & pria en même
temps cet ami de le recevoir chez lui. L'Armé--
nien d'Arabistan confentit à la propofition & celui
d'Ifpaham ayant fait traveftir Chah Sefy en
Muletier , il le fit fortir fecretement de la Ville
accompagné d'un Valet affidé qui fe mit à la fuite
des Mulets qu'il avoit coûtume d'envoyer dans
les Villages circonvoifins pour fes proviſions de
bois & de paille. Ce Prince étant paffé par ce
moyen dans l'Arabiſtan, y fut reçu, comme on le
lui avoit fait efperer , par celui à qui il avoit été
recommandé , & fon arrivée ayant été fçûë des
principaux habitans de cette Province , ' ils lui
rendirent les honneurs dûs à fon le
rang > reçurent
comme fils de Roi , & le mirent à la tête de
12 mille hommes pour deffendre leur Province
de l'invafion dont elle étoit menacée de la part
d'Acheraf. La confiance que ces Peuples témoi
gnerent d'abord à Chah Sefy ne fut pas de lon-
*
gue
>
NOVEMBRE. 1730. 2499
gue durée , ils le foupçonnerent bien - tôt de vouloir
fe rendre maître de leur Pays , à la faveur
des troupes qu'ils lui avoient données , au lieu
de fonger à le deffendre contre Acheraf , & dans
cette penfée ils réfolurent de l'affaffiner; ce Prince
fut averti de leur deffein ; & pour garantir la vie
du danger dont elle étoit menacée , il réfolut de
prendre la fuite , déguifé fous les habits d'un de
fes domeftiques , à qui il dit qu'il avoit des affaires
très importantes à ménager à la faveur de ce
déguiſement , lui ordonnant de refter dans fon
Appartement fans fe montrer , & lui promettant
qu'il feroit de retour le foir même. Le Prince fe
fauva ainfi fans être reconnu , & peu de temps
après ceux qui vinrent dans fon Appartement
pour le tuer,affaffinerent cruellement fon Domef
tique, craignant qu'il ne les découvrît.
Chah Sefy étant ainfi forti de la Province de
l'Arabiſtan , & n'ofant pas fe confier à ſon frere
qui étoit déja monté fur le Trône , forma le deffein
de recourir à la protection du G. S. il alla
à Bagdat ou Babilone , & s'étant fait connoître
au l'acha, il en fut reçû très-honorablement, avec
promeffe qu'il lui donneroit une entiere affiftance,
& qu'il ménageroit fes interêts auprès de Sa Hau
teffe. Cependant il lui fournit de l'argent & tout
• ce qui lui étoit néceffaire fuivant fon rang;en même
tems ce Pacha en'donna' avis à la Porte , &
demanda des ordres pour faire transferer ce Prince
à Conftantinople.
Le G. S. fit une réponſe favorable, & en confequence
Chah Sefy fut conduit à Conftantinople.
où il eft actuellement très - honoré , & où il reçoit
des fecours confiderables pour fon entretien
& pour celui de 60. perfonnes qui font à ſa ſuite.
Il à un Tain , * pour 100. perfonnes par jour ,
* Tain, certaine ſomme aſſignée par jour.
Hi
ds
2500 MERCURE DE FRANCE
outre tous les vivres neceffaires pour l'entretien
de fa Table & de fa Maifon , pour fon Ecurie &
pour fix Caiques ou Felouques , fon logement
lui fut affigné à Calcedoine , où il est toujours
avec une Garde de 20. Janniffaires , commandez
par un Officier. Il eut dernierement une Audiance
du G.V.qui lui donna des Veſtes & des Peliffes magnifiques
, & plufieurs autres prefens , entre auties
un très- beau Cheval de l'Ecurie du G. S. avec de
riches harnois de la valeur d'environ 30. Bourfes.
L'Ambaffadeur de Schah Thamas, Roi de Perfe,
étant arrivé à Scutari , la Porte lui envoya le 18.
Juin 2. Galeres fur lesquelles s'étant embarqué
avec toute fa fuite , elles entrerent dans le Port
au bruit d'une quantité prodigieufe de Canon, &
allerent débarquer l'Ambaffadeur à l'Echelle de
la Doüanne , où s'étant repofé pendant quelque
tenips , le Chaoux Bachy y arriva pour le conduire
au logement qui lui étoit préparé , & pour
regler la Marche de fon Entrée qui fut faite dans
l'ordre fuivant :
On voyoit d'abord un grand nombre de Janniflaires
marchant fur deux lignes avec leurs Bonnets
de ceremonie ; ils étoient fuivis d'un grand
nombre de perfonnes de la Maiſon du G. V.
toutes vétues fort proprement : 120. Chaoux
à cheval venoient enfuite avec plufieurs Agas ; 12.
Perfans à pied avec des Cottes d'émail , portant
de longues Lances qu'ils manioient avec beaucoup
d'agilité , fervoient comme d'avant-garde à
l'Ambaffadeur qui marchoit d'abord aprés eux à
la gauche du Chaoux Bachy. Il avoit une Robbe
de drap d'or doublée de Marthe zibeline, unTurban
à la mode de Perfe , d'une Etoffe d'or à fleurs
de diverfes couleurs , parmi lesquelles le blanc
dominoit. C'eſt un homme d'environ 40. ans ,
ayant une barbe noire & un afpect affez gravé ,
30.
NOVEMBRE. 1730. 2501.
30. Perfans à cheval , tous jeunes & bien vêtus ,
marchoient après lui , & la Marche étoit fermé
par plus de 300. perfonnes de fa fuite ; les uns
armez d'armes à feu & les autres de Sabres &
d'Arcs , de Fleches & de Lances , & au milieu de
cette foule marchoient 10. Chevaux chargez de
Caiffes fort belles en dehors , dans lesquelles on
prétend qu'étoient contenus les Prefens deſtinez
pour le G. S. le G. V. & les autres Miniftres de
la Porte.
Le 3. Juillet il alla rendre au G. V. une vifite
privée , c'eſt-à - dire , avec très -peu de fuite , mais
la Chambre d'Audiance dans laquelle il fut reçû ,
étoit beaucoup plus parée qu'à l'ordinaire ; on y
voyoit fur les Couffins & fur les Sophas beaucoup
de Montres d'or , des Sabres & des Poignards de
grande valeur , prefque tous couverts de Pierreries
, outre 14. Pendules magnifiques par la beauté
de l'Ouvrage & la richeffe des ornemens,
Après le Compliment ordinaire , il rendit au
Vifir une Lettre de fon Maître , & lui expofa le
fujet de fa Miffion ; il lui dit que le Roi de Perfe
fouhaitoit d'avoir avec la Porte une Paix ferme
& durable , mais qu'il falloit que l'on commençât
par lui rendre toutes les Places dont le G. S.
s'étoit emparé en Perfe , & tous les Perfans qui
avoient été faits Efclaves dans la derniere guerre ;
cette vifite fe termina par des réponſes vagues &
generales.
Quelques jours après la Porte ayant reçû avis
que les Perfans avoient commencé des Actes
d'hoftilité & qu'ils s'étoient rendus maîtres d'Amadan,
Le G.V.qui avoit déja tenu deux Confeils
avec les principaux Miniftres dans le Serrail du
Capitan Pacha, en fit convoquer un autre à Fondukly
( lieu fitué en Europe , à l'entrée du Canal
de la Mer noire) il y fit appeller l'Ambaffadeur de
Hij Perfe
2502 MERCURE DE FRANCE
Perfe , auquel il dit , que puifque Schah Thamás
avoit commencé les hoftilitez dans le tems même
qu'il avoit envoyé un Ambaffadeur pour négocier
la Faix , il ne pouvoit plus écouter aucune
propofition , & qu'il falloit au contraire fe préparer
à la guerre , puifqu'il n'avoit point les pouvoirs
néceffaires pour traiter & conclure un accommodement
fur les propofitions qu'il avoit faites
à fon arrivée.L'Ambaffadeur répondit qu'il ne
pouvoit pas fe perfuader que ces nouvelles fuffent
veritables; mais qu'en fuppofant même qu'elles le
fuffent , il étoit certain que les hoftilitez n'avoient
point été commencées par l'ordre de fon Maître;
mais que c'étoit peut- être un foulevement imprévu
du Peuple irrité par le fouvenir des tyrannies
& des cruautez qui avoient été exercées dans
la derniere guerre ; que pour lui il n'avoit d'autre
pouvoir & d'autre commiffion que ce qu'il avoit
expofé dans fa premiere vifite , & dont il ne pouvoit
pas s'éloigner ; que tout ce qu'il pouvoit
fuggerer à la Porte , c'étoit d'expedier fur le
champ quelque perfonne de confiance avec des
pouvoirs de traiter avec le Roi de Perfe ; qu'il
s'offroit lui-même d'envoyer une perfonne de fa
part avec des Lettres pour tâcher de parvenir à la
Paix , efperant que dans 60. jours on pourroit
recevoir les Réponſes , ce qui fut ainfi réſolu.
L'Ambaffadeur étant retourné chez lui , il fut
mis d'abord fous la garde de 4. Compagnies de
Janniffaires , fans avoir la liberté de fortir , nonplus
que les perfonnes de fa fuite , excepté quelques-
uns de fes plus bas Officiers. Quelques jours
après la guerre fut publiée , & on déclara publiquement
les prétentions du Roi de Perfe ; on ajouta
que le G. V. iroit hyverner à Alep , le Janniffaire
Aga , à Erzeron , & le Topigi Bachy , ou
Grand - Maître d'Artillerie à Ardebil ; on expeNOVEMBRE
. 1730. 2503
pedia en même-temps un grand nombre d'Ouvriers
à Coigny pour réparer le Serrail de cette
Ville , éloigné de feize journées de Conftan
tinople , où le G. S. iroit paffer l'hyver : le
Capitan Pacha fut nommé Caimacan de Conftantinople
, & les Pavillons des principaux Commandans
furent expofez à la Place de l'Hyppodrome
& aux autres endroits accoûtumez . Le Reys
Effendi fit fçavoir aux Ambaffadeurs de France ,
d'Angleterre & de Hollande , que fuivant l'ufage
ordinaire ils pourroient faire préparer chacun un
de leurs Drogmans pour fuivre le G. V. on fit
faire la même déclaration aux Réfidens de Mofcovie
, aufquels le Reys Effendy déclara de plus
qu'ils devoient fuivre perfonnellement le G. S.
On tira des Magazins de Top- hana 150. Canons
de campagne & 80. Canons de batterie , &
on en fit l'épreuve les 20. 21. & 22. Juin . On
voyoit dans toutes les rues de Conftantinople
vendre en grande quantité des Armes à feu &
de toutes autres fortes d'Armes , on y travailla à
des Pavillons neufs , & on y prépara, en un mot ,
tout ce qui eft neceffaire pour une armée . On a
depuis publié des ordres pour faire lever fur les
Arts & Métiers la taxe qu'ils ont accoûtumé de
payer en tems de guerre.
On prépare en toute diligence deux Vaiffeaux
de guerre pour les envoyer à Alexandrette,
chargez de Poudre , de Balles , de Canons , de
Boulets & de toutes fortes de munitions de guerre,
pour être tranſportez dans tous les endroits où
on en aura befoin , & on prépare auffi pour le
même fujet plufieurs Saiques pour aller faire le
même tranſport dans la Mer Noire à Trébiſonde.
On dit ici publiquement, que la vafte Province
de Candahar , Pays des Aghuans , d'où Acheraf
tiroit fon origine , s'eft volontairement foumis
H iiij કે
2504 MERCURE DE FRANCE
à Schah Thamas après la défaite d'Aſcheraf.
>
L'Ambaffadeur de Perfe eut le 25. une Audiance
du G. S. qui outre le Caftan ordinaire ,
lui fit prefent d'une Vefte fourrée de Marthe
Zibeline . On diftribua 16 Caftans aux principales
perfonnes de fa fuite ; & l'Ambaſſadeur préfenta
de la part de Schah Thamas , au G. S. un
Bouclier , & un Candgiar ou Poignard de grande
valeur , une Bourfe de drap d'or cachetée , dont
on ne fçait pas le contenu & plufieurs piéces
d'Etoffe d'or , d'argent & de foye , d'un travail
recherché & curieux.
x
Le matin du 27. les Queues de Cheval furent
expofées dans les lieux ordinaires , comme au dehors
de la porte du Serrail du G.S. & de celui du
G. V. & des autres Pachas , deftinez pour aller à
cette guerre ; ces Queues qui font les Etendarts
des Turcs , confiftent en une longue Perche
plantée en terre , au haut de laquelle eft un
Pommeau doré,duquel pend une queue de Cheval.
Le 31 Juillet , les Queues de Cheval furent
portées publiquement & avec ceremonie , du Serrail
à l'Echelle de Baktche Kapouci, fur une Galere
que remorquoient plufieurs Mahones. La
marche fut réglée dans l'ordre fuivant. 40. Spahis
ou Cavaliers marchoient à la tête avec des Plumets,
portant des Armes à feu & des Sabres . 50. Tartares
venoient enfuite à Cheval , armez d'Arcs & de
Fléches ; 200 jeunes gens à Cheval marchoient
enfuite , portant des Piques , au haut defquelles
étoient des Banderolles un Officier des Janiffaires
, à pied , venoit après , portant une Queuë
de Cheval. Il étoit fuivi de 19 autres à Cheval
portant chacun une Queue , mais plus petites
que celle qui étoit portée par l'Officier à pied .
80. hommes marchoient enfuite , armez differemment
; ils compofoient la garde du G.V. qui
;
>
eft
NOVEMBRE . 1730. 2509.
eft Pacha à 3.Queues. On voyoit après 10.Chevaux
de main , tres -richement harnachez.
Le Kiaya ou Lieutenant duVifir , faivoit à Cheval
, entouré de plus de 40 Tchohadas ; il étoit
fuivi de 100 Itch Alagars , richement habillez ,
venoient enfuite 36 perfonnes à Cheval, fonnant
de la Trompette , & joüant du Timpanon , du
Tambour & d'autres Inftrumens Turcs . La Marche
étoit terminée par 40 Chameaux , chargez
des Pavillons des principaux Commandans . ,
Quand ils furent arrivez à l'Echelle de Baktche
Kapouci , le Kiaya s'étant embarqué fur la Galere
avec la garde du Vifir , les Queues de Cheval
, les Joueurs d'Inftrumens qui ne difcontinuoient
pas leur fanfarre , & les Tchohadais , il
paffa à Scurary , & fut falué à fon pailage de
plufieurs coups de Canons ; tout le refte de fa
fuite s'embarqua fur les Mahones.
Dans les journées précédentes on avoit ap
plani quelques Campagnes & brûlé quelques Vi
gnes entre Scutary & Calcedoine , pour y faire
camper l'armée. Le 2 du mois d'Aouft , on vit
pendant toute la journée un grand nombre de
Mahones,de Barqués & d'autres Bâtimens ,tranf
porter de Conftantinople au Camp de Scutari utk
grand nombre de Troupes , & le Camp fe forma
au delà du Serrail du G. S. à Calcedoine ,
heure de chemin de Scutary .
à une
Le G. S. étant arrivé au Camp le 3. du mois
d'Aouft , defcendit de Cheval à fon Pavillon Impérial
& pafla fur le foir dans fon Serrail , o
il avait été précédé de fon Harem ou Maifons
des Daines , qui y avoit été porté par 11.
Caïques , couverts de drap touge. On permit à
Ambaffadeur de Perfe d'aller voir cette marche
Scutary , d'où il retourna fur le champ dans
l'endroit où il eſt logé , toujours avec la même
Hy garde
2 506 MERCURE DE FRANCE
garde de Janiffaires ; quelques- uns des Miniftres
Etrangers allerent à Scutary , dans des maifons
particulieres pour voir paffer le G.S. & fon Cortege.
La Cour du G. S. fe tient dans le Camp
où font tous les Miniftres.
Le Caïmacam a déja commencé d'exercer fon
autorité à Conftantinople , & le Capitan Pacha
a fubftitué le Terfana Eminy pour exercer fon
autorité dans l'Arfenal. Les Miniftres des Princes
Etrangers ont fait faire compliment au G.V.
au Kiaya, au Reys Effendi, & ont fait auffi complimenter
le Capitan Pacha fur fa Charge de
Caimacan .
Le 8 d'Aouft , les Ambaffadeurs de Ragufe
avec une fuite de 8 perfonnes , allerent au Camp
baifer la Vefte au G. V. comme Rayas ou Tributaires
de la Porte , & en rapporterent trois
Caftans.
Le 12 , un des deux Vaiffeaux dont on a parlé,
destiné pour Alexandrette , partit de ce Port ,
chargé de munitions de guerre. L'Armée groffit
tous les jours , & il y arrive journellement une
grande quantité de Chameaux , de Chevaux & de
Mulets.
Nous fommes aujourd'hui au 15 du mois de
Sept. fans que l'on fçache encore fi l'Armée partira.
Le G.S. continue fon féjour dans le Serrail
du Scutary , & toute la Cour demeure au Camp.
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Résumé : LETTRE écrite de Constantinople le 15. Septembre 1730. sur l'état present des affaires de Perse.
En septembre 1730, Chah Thamas, roi de Perse et fils de Schah Huffein, rassembla une armée de 40 000 hommes pour affronter l'usurpateur Acheraf. Après plusieurs victoires, Acheraf, manquant de vivres et de troupes, se réfugia dans une forteresse près de Schiras. Chah Thamas entra triomphalement à Ispahan et captura Acheraf, qui fut exécuté à Schiras. L'armée perse reprit ensuite plusieurs provinces et villes, dont Chirvan, Couchon, Cassan, Sava, Cafbin, Ternan et Bender. Chah Sefy, frère de Chah Thamas, s'était évadé de prison et avait trouvé refuge chez un Arménien. Déguisé en muletier, il se rendit en Arabistan où il reçut le soutien des habitants pour défendre la province contre Acheraf. Soupçonné de vouloir s'emparer du pouvoir, Chah Sefy dut fuir et se réfugia à Bagdad, puis à Constantinople, où il reçut une pension et une garde. L'ambassadeur de Chah Thamas arriva à Scutari et fut conduit à Constantinople avec une escorte solennelle. Il rencontra le Grand Vizir et demanda la restitution des places et des esclaves perses. La Porte ottomane, informée des hostilités perses, se prépara à la guerre. L'ambassadeur fut placé sous garde et des préparatifs militaires furent entrepris à Constantinople, incluant la préparation de canons, de munitions et de navires de guerre. Le 25, l'ambassadeur de Perse fut reçu en audience par le Grand Seigneur (G.S.), qui lui offrit une veste fourrée de martre zibeline et distribua 16 caftans à des personnalités importantes. L'ambassadeur présenta au G.S. divers objets précieux. Le 27 et le 31 juillet, des cérémonies militaires eurent lieu à Constantinople, incluant des processions et des expositions d'étendards turcs. Des campagnes furent planifiées et des troupes furent transportées à Scutari. Le G.S. arriva au camp de Scutari le 3 août, précédé par son harem. L'ambassadeur de Perse observa la marche et retourna à son logement sous escorte. Des visites diplomatiques et des préparatifs militaires continuèrent, avec l'arrivée de nouveaux soldats et de munitions.
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702
p. 2506-2508
AUTRE Lettre, du 17. Septembre.
Début :
Le Grand Seigneur a pris la résolution de quitter cette Capitale, & de former un [...]
Mots clefs :
Perse, Camp, Schah
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE Lettre, du 17. Septembre.
AUTRE Lettre , du 17. Septembre.
E Grand Seigneur a pris la réfolution
I de Guiner Capitale, is de
que
Camp à Scutary , ne doutant point que dès
Schah Tamas , Roy de Perfe, auroit avis que Sa
Hauteffle avoit réfolu de fe tranfporter en Perfonne
fur les Frontieres , cela ne l'intimidat.
La
NOVEMBRE. 1730. 2507
La Cour fe rendit pour cela à Scutary le 4 du
mois paffé , avec toute la pompe, la magnificence
& le faſte Ottoman que vous connoiffez. Ce qu'il
y eut de curieux dans cette Cavalcade, & qui n'avoit
encore jamais été pratiqué en femblable occafion
, fut que tous les Gens de Loy eurent ordre
d'y paroître armez : de forte qu'il n'y avoit
rien de plus extraordinaire que de voir un Mufti
& des Kadileskers , avec des Sabres , des Piftolets
, des Arcs & des Fléches , entourez chacund'eux
de plus de cent perfonnes , avec des Moufquets.
Toutes les Maifons des Pachas , des principaux
Miniftres & des Grands de cet Empire y
étoient dans une magnificence furprenante. Le
G. S. y parut en perfonne , accompagné de fept
Princes , fes enfans , armez d'Arcs & de Fléches.
Il étoit précedé de plus de tent Chevaux de
`main, tout couverts d'or & de pierreries. Sa
Maiſon confiftoit en plus de erois mille perfonnes
, la plufpart en Cotte de Maille , armez
d'Arcs , de Fléches , de Lances , de Sabres , & de
Moufquets ; leurs Boucliers étoient garnis de
Pierres précieufes . Enfin les richeffes qui furent .
étalées ce jour- là , font ineftimables.
Le G. S. fe rendit , en traverfant les rues de
Scutary, en fort bon ordre , au Camp , entre cette
Ville & le Fanal de Calcedoine , où après avoir
refté environ deux heures à l'examiner, il remon- .
ta à Cheval & vint dans fon Serrail , fcitué à la
pointe de Scutary , qu'on lui avoit fait préparer ,
& où il eft encore actuellement avec toutes fes,
femmes.
Le G. V. employa les premiers jours à faire les
prefens accoutumez en femblables occafions , à la
Milice,& la congédia quelques jours après; parce
que ne devant pas encore partir, elle feroit beaucoup
mieux & plus commodement à Conftanti-
H vj nople
2508 MERCURE DE FRANCE
nople & aux environs , dans leurs maiſons , que
dans le Camp. Et après leur départ les Tentes ne
furent plus gardées que par des Valets ; les Miniftres
& la plupart des Grands , ayant coutume
de fe retirer tous les foirs dans les Maifons qu'ils
ont du côté de l'Afie.
Cependant on apprend de Perfe que Schah
Tamas eft entierement tranquille du côté du Candabar
, où tout lui eft foumis , de même que le
refte de la Perfe ; il a le bonheur d'avoir pour
premier Miniftre & fon General en même - tems ,
l'homme du monde le plus intrépide & le plus
fage ; c'eft un homme de fortune , originaire du
Daguiftan ; il eft connu fous le nom de Tamas
Kouli Kan , qu'il a pris depuis qu'il s'eft attaché
au fervice de Schah Tamas. Ce nom fignifie , le
Kan , Efclave du Prince Tamas. C'eſt lui qui a
défait entierement le parti d'Achéraf , & qui l'a
fait mourir. Les Perfâns l'appellent avec raiſon
le Reftaurateur de la Perfe.
&
Les Réfidens de Mofcovie fe rendent fouvent
au Camp , expedient & reçoivent fréquemment.
des nouvelles de leur Cour. Les Turcs ne font
pas contens de cette Nation , car ils prétendent
qu'ils donnent du fecours à Schah Tamas contr'eux
, ceux- ci le nient ; mais ce qu'il y a de
bieu feur , c'eft qu'il y a quantité d'Etrangers
dans les Troupes de Schah Tamas , parmi lefquelles
l'on obferve- aujourd'hui une espece de
difcipline comme en Chrétienté , qui étoit in-
Contue jufques icy aux Turcs & aux Perfans..
E Grand Seigneur a pris la réfolution
I de Guiner Capitale, is de
que
Camp à Scutary , ne doutant point que dès
Schah Tamas , Roy de Perfe, auroit avis que Sa
Hauteffle avoit réfolu de fe tranfporter en Perfonne
fur les Frontieres , cela ne l'intimidat.
La
NOVEMBRE. 1730. 2507
La Cour fe rendit pour cela à Scutary le 4 du
mois paffé , avec toute la pompe, la magnificence
& le faſte Ottoman que vous connoiffez. Ce qu'il
y eut de curieux dans cette Cavalcade, & qui n'avoit
encore jamais été pratiqué en femblable occafion
, fut que tous les Gens de Loy eurent ordre
d'y paroître armez : de forte qu'il n'y avoit
rien de plus extraordinaire que de voir un Mufti
& des Kadileskers , avec des Sabres , des Piftolets
, des Arcs & des Fléches , entourez chacund'eux
de plus de cent perfonnes , avec des Moufquets.
Toutes les Maifons des Pachas , des principaux
Miniftres & des Grands de cet Empire y
étoient dans une magnificence furprenante. Le
G. S. y parut en perfonne , accompagné de fept
Princes , fes enfans , armez d'Arcs & de Fléches.
Il étoit précedé de plus de tent Chevaux de
`main, tout couverts d'or & de pierreries. Sa
Maiſon confiftoit en plus de erois mille perfonnes
, la plufpart en Cotte de Maille , armez
d'Arcs , de Fléches , de Lances , de Sabres , & de
Moufquets ; leurs Boucliers étoient garnis de
Pierres précieufes . Enfin les richeffes qui furent .
étalées ce jour- là , font ineftimables.
Le G. S. fe rendit , en traverfant les rues de
Scutary, en fort bon ordre , au Camp , entre cette
Ville & le Fanal de Calcedoine , où après avoir
refté environ deux heures à l'examiner, il remon- .
ta à Cheval & vint dans fon Serrail , fcitué à la
pointe de Scutary , qu'on lui avoit fait préparer ,
& où il eft encore actuellement avec toutes fes,
femmes.
Le G. V. employa les premiers jours à faire les
prefens accoutumez en femblables occafions , à la
Milice,& la congédia quelques jours après; parce
que ne devant pas encore partir, elle feroit beaucoup
mieux & plus commodement à Conftanti-
H vj nople
2508 MERCURE DE FRANCE
nople & aux environs , dans leurs maiſons , que
dans le Camp. Et après leur départ les Tentes ne
furent plus gardées que par des Valets ; les Miniftres
& la plupart des Grands , ayant coutume
de fe retirer tous les foirs dans les Maifons qu'ils
ont du côté de l'Afie.
Cependant on apprend de Perfe que Schah
Tamas eft entierement tranquille du côté du Candabar
, où tout lui eft foumis , de même que le
refte de la Perfe ; il a le bonheur d'avoir pour
premier Miniftre & fon General en même - tems ,
l'homme du monde le plus intrépide & le plus
fage ; c'eft un homme de fortune , originaire du
Daguiftan ; il eft connu fous le nom de Tamas
Kouli Kan , qu'il a pris depuis qu'il s'eft attaché
au fervice de Schah Tamas. Ce nom fignifie , le
Kan , Efclave du Prince Tamas. C'eſt lui qui a
défait entierement le parti d'Achéraf , & qui l'a
fait mourir. Les Perfâns l'appellent avec raiſon
le Reftaurateur de la Perfe.
&
Les Réfidens de Mofcovie fe rendent fouvent
au Camp , expedient & reçoivent fréquemment.
des nouvelles de leur Cour. Les Turcs ne font
pas contens de cette Nation , car ils prétendent
qu'ils donnent du fecours à Schah Tamas contr'eux
, ceux- ci le nient ; mais ce qu'il y a de
bieu feur , c'eft qu'il y a quantité d'Etrangers
dans les Troupes de Schah Tamas , parmi lefquelles
l'on obferve- aujourd'hui une espece de
difcipline comme en Chrétienté , qui étoit in-
Contue jufques icy aux Turcs & aux Perfans..
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Résumé : AUTRE Lettre, du 17. Septembre.
Le 17 septembre, le Grand Seigneur ottoman décide de se rendre à Scutary, sans crainte de l'intimidation du roi de Perse, Schah Tamas. Le 4 novembre 1730, la cour ottomane se déplace à Scutary avec grande pompe. Lors de cette cavalcade, les gens de loi apparaissent armés, et les résidences des dignitaires sont magnifiquement décorées. Le Grand Seigneur, accompagné de sept princes armés, est précédé de plus de cent chevaux richement ornés et suivi de trois mille personnes, principalement armées. Le Grand Seigneur traverse Scutary en bon ordre pour rejoindre son camp entre la ville et le phare de Calcédoine. Après avoir examiné le camp, il retourne à son sérail. Il passe les premiers jours à accomplir les présences habituelles auprès de la milice, qu'il congédie ensuite. Les tentes sont gardées par des valets, tandis que les ministres se retirent en Asie. En Perse, Schah Tamas est tranquille après avoir soumis le Candahar et le reste du pays. Son premier ministre, Tamas Kouli Kan, est un homme intrépide et sage, originaire du Daguistan. Les résidents de Moscovie fréquentent régulièrement le camp pour expédier et recevoir des nouvelles de leur cour. Les Turcs accusent les Moscovites de soutenir Schah Tamas, ce que ces derniers nient. Les troupes de Schah Tamas comptent de nombreux étrangers et une discipline similaire à celle de la chrétienté.
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703
p. 2509-2510
EXTRAIT d'une autre Lettre de Constantinople, du 20 Septembre 1730. sur les affaires de Perse.
Début :
Les Ordres ayant été envoyez de toutes parts pour rassembler & fortifier les Troupes, on [...]
Mots clefs :
Constantinople, Perse, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une autre Lettre de Constantinople, du 20 Septembre 1730. sur les affaires de Perse.
EXTRAIT d'une autre Lettre de
Conftantinople , du 20 Septembre 1730 .
fur les affaires de Perfe.
Es Ordres ayant été envoyez de toutes parts
Lpour affembler & fortifier les Troupes , on
forma un Camp à Scutary. Le G. S. s'y rendit.
avec une pompe & une magnificence extraordinaire
; l'armée qui fe formoit dans ce Camp
devoit prendre la route d'Alep , fe fortifier en
chemin , & fe pofter fur la Frontiere de Perfe ,
du côté de Babilonne ; mais après avoir murement
confideré, qu'en prenant cette route on au.
roit à traverser depuis Urfa jufques à Ninive
ou Moffoul , un défert de vingt journées de
marche ; on varia fur cette premiere réſolution .
& on y renonça ; enfuite fur les nouvelles qu'on
eut que les Perfans s'étoient tournez du côté
de Tauris , qu'ils avoient enlevé cette place , de
même que celle de Kermanchah & ¿Ardebil ;
cela fit déterminer à préferer le chemin d'Erzerom
. On réfolut donc que le G. V. s'avanceroit
jufques à Tokat , prefque à moitié chemin de
Conftantinople à Erzeron ; qu'on feroit trans--
porter par la Mer Noire les Provifions de Guerre
& de Bouche à Samfon , Port de la Mer Noire
entre Frebizonde & Sinope..
20
Les chofes étant dans cette fituation , il arriva.
un Exprès de Perfe , qui rapportoit , comme on
l'affuroit,la ratification faite par Schah Tamas
du Traité conclu avec fon Ambaffadeur. Cette
nouvelle calma un peu les efprits , fans établir
pourtant une entiere confiance ; ce qui fit qu'on
réfolut d'envoyer dix mille Janiffaires du côté
d'Erzeron , fous le commandement du Zagardgi
Bachi , avec. ordre de prendre d'autres Trou-
2
pes
2510 MERCURE DE FRANCE
pes en chemin , pour fortifier les Garniſons de
Guendgé , d'Erivan , & de Tiflis , qui eft la
place la plus avancée , & la plus importante
pour les Turcs. Pendant qu'on prenoit ces réfolutions
à Conftantinople , les Troupes échapées
à la fureur du Perfan , après la Bataille de
Tauris , s'étoient raffemblées & avoient fait un
Chef , appellé Kutchuk Aly , lequel méditoit , à
ce qu'on crut, de fomenter une révolte générale ;
mais le Pacha d'Erzeron en ayant eu avis
marcha contre ces Troupes , les batit & les diffipa
. Le refte s'eft répandu en diverfes parties de
PAfie , où ils achevent de ruiner le peuple & de
détruire le pays par leurs brigandages. Quoique
ces gens là foient en quelque maniere diffipez , &
leur Chef tué , on ne laiffe pas de craindre dans
Conftantinople un fi dangereux exemple , & on a
exilé plufieurs Effendis , ou Gens de Loy , pour
avoir parlé avec trop de liberté fur l'état des affaires
préfentes.
Conftantinople , du 20 Septembre 1730 .
fur les affaires de Perfe.
Es Ordres ayant été envoyez de toutes parts
Lpour affembler & fortifier les Troupes , on
forma un Camp à Scutary. Le G. S. s'y rendit.
avec une pompe & une magnificence extraordinaire
; l'armée qui fe formoit dans ce Camp
devoit prendre la route d'Alep , fe fortifier en
chemin , & fe pofter fur la Frontiere de Perfe ,
du côté de Babilonne ; mais après avoir murement
confideré, qu'en prenant cette route on au.
roit à traverser depuis Urfa jufques à Ninive
ou Moffoul , un défert de vingt journées de
marche ; on varia fur cette premiere réſolution .
& on y renonça ; enfuite fur les nouvelles qu'on
eut que les Perfans s'étoient tournez du côté
de Tauris , qu'ils avoient enlevé cette place , de
même que celle de Kermanchah & ¿Ardebil ;
cela fit déterminer à préferer le chemin d'Erzerom
. On réfolut donc que le G. V. s'avanceroit
jufques à Tokat , prefque à moitié chemin de
Conftantinople à Erzeron ; qu'on feroit trans--
porter par la Mer Noire les Provifions de Guerre
& de Bouche à Samfon , Port de la Mer Noire
entre Frebizonde & Sinope..
20
Les chofes étant dans cette fituation , il arriva.
un Exprès de Perfe , qui rapportoit , comme on
l'affuroit,la ratification faite par Schah Tamas
du Traité conclu avec fon Ambaffadeur. Cette
nouvelle calma un peu les efprits , fans établir
pourtant une entiere confiance ; ce qui fit qu'on
réfolut d'envoyer dix mille Janiffaires du côté
d'Erzeron , fous le commandement du Zagardgi
Bachi , avec. ordre de prendre d'autres Trou-
2
pes
2510 MERCURE DE FRANCE
pes en chemin , pour fortifier les Garniſons de
Guendgé , d'Erivan , & de Tiflis , qui eft la
place la plus avancée , & la plus importante
pour les Turcs. Pendant qu'on prenoit ces réfolutions
à Conftantinople , les Troupes échapées
à la fureur du Perfan , après la Bataille de
Tauris , s'étoient raffemblées & avoient fait un
Chef , appellé Kutchuk Aly , lequel méditoit , à
ce qu'on crut, de fomenter une révolte générale ;
mais le Pacha d'Erzeron en ayant eu avis
marcha contre ces Troupes , les batit & les diffipa
. Le refte s'eft répandu en diverfes parties de
PAfie , où ils achevent de ruiner le peuple & de
détruire le pays par leurs brigandages. Quoique
ces gens là foient en quelque maniere diffipez , &
leur Chef tué , on ne laiffe pas de craindre dans
Conftantinople un fi dangereux exemple , & on a
exilé plufieurs Effendis , ou Gens de Loy , pour
avoir parlé avec trop de liberté fur l'état des affaires
préfentes.
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Résumé : EXTRAIT d'une autre Lettre de Constantinople, du 20 Septembre 1730. sur les affaires de Perse.
En septembre 1730, des ordres furent envoyés pour rassembler et renforcer les troupes à Scutary, où le Grand Sultan se rendit avec une grande pompe. L'armée devait initialement se diriger vers Alep, puis vers la frontière perse du côté de Babylone. Cependant, en raison d'un désert de vingt journées de marche entre Urfa et Mossoul, cette décision fut révisée. Les nouvelles de la prise des places de Tauris, Kermanchah et Ardabil par les Perses conduisirent à préférer la route d'Erzerum. Le Grand Vizir devait avancer jusqu'à Tokat, tandis que les provisions seraient transportées par la mer Noire à Samsun. La ratification par le Shah Tamas du traité conclu avec son ambassadeur calma légèrement les esprits à Constantinople, mais sans établir une confiance totale. Dix mille janissaires furent envoyés vers Erzerum sous le commandement du Zagardgi Bachi pour renforcer les garnisons de Guendgé, Erivan et Tiflis. Les troupes échappées après la bataille de Tauris se rassemblèrent sous la direction de Kutchuk Aly, qui envisageait une révolte. Le pacha d'Erzerum les battit et les dispersa. Les survivants se répandirent en diverses parties de l'Asie, continuant à ruiner le peuple et à détruire le pays. Malgré la dispersion de ces troupes, la crainte d'un exemple dangereux persista à Constantinople, entraînant l'exil de plusieurs effendis pour avoir parlé librement de l'état des affaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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704
p. 2510-2513
SUITE des nouvelles de Perse, Turquie & Afrique.
Début :
Quelques avis des Frontieres de Perse portent que les Géorgiens & quelques Kams de [...]
Mots clefs :
Roi de Perse, Perse, Constantinople, Hommes, Troupes
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des nouvelles de Perse, Turquie & Afrique.
SUITE des nouvelles de Perfe, Turquie
& Afrique.
Quelques avis
Uelques avis des Frontieres de Perfe portent
que les Géorgiens & quelques Kams de
Tartares , avoient formé en fe réuniffant , un
Corps de dix à 12000 hommes , qui étoit venu
joindre l'armée du Roy de Perfe , auquel on
prétend que le Grand Mogol a fait offrir encore
depuis peu des fecours confidérables de Troupes
& d'argent.
On a reçû la confirmation des premiers avis
qu'on avoit eus de la défaite d'un Corps de
Troupes Ottomanes , près de Tauris ; de l'arrivée
du Roy de Perfe devant cette Place , & de la
retraite du Seraskier , qui commande l'armée du
G. S. dans un pofte avantageux , d'où il pouv i
G.
NOVEMBRE. 1730. 2511
inquiéter l'armée du Roy de Perfe , en attendant
qu'il eut reçû de Conftantinople les fecours confiderables
qu'il en attendoit.
Les dernieres Lettres portent que Schah Thamas
, après avoir pris la Ville de Tauris & prefque
toutes les autres Places conquifes par les
Turcs , pendant la derniere révolution de Perfe
avoit marché vers Bagdad , à la tête de fon armée
, pour y livrer Bataille à celle du G. S. qui
s'étoit retranchée fous les Fortifications de cette
Place; mais que n'ayant pû l'engager au combat,
il s'étoit retiré , en ravageant & brûlant tout le
païs des environs , afin qu'elle ne pût pas trouver
de quoi fubfifter.
Les premieres Lettres qu'on a reçûës de Conftantinople
, par Vienne , fur la dépofition du
G.S.fouverain Chef de l'Empire & de la Religion
Mufulmane , portent que le 28 du mois de Septembre
dernier , un homme de la lie du peuple
déploya dans la Place , dite des Graces , un Enfeigne
déchiré , en invitant tout Muſulman à le
fuivre. En un inftant le peuple fut en confuſion ,
les Boutiques furent fermées ; & cet homme s'étant
rendu dans la Place ", dite l'Atmeidan , ordinairement
la Scene des Révoltes . Il s'y trouva
vers le foir près de 600 hommes.
On porta la nouvelle de cet évenement au Gr.
Seig. & au G. V. qui étoient au Camp de Scutari.
Ils pafferent fur le champ le Canal & revinrent
au Serrail . Ils y furent long - temps à déliberer
fur le parti qu'ils avoient à prendre, & ils
perdirent le moment d'appaifer le premier feu
de cette Rebellion , en faisant marcher des Troupes
contre les Soulevez , qui le 29 au foir ne
montoient pas à plus de 2000 hommes. Les Janiflaires
voyant que leur Souverain demeuroit
dans l'inaction , fe rangerent du côté des Rebellc
2312 MERCURE DE FRANCE
les ; & toute la Ville ayant fuivi leur exemple ,
les Soulevez demanderent au Gr. Seigneur la
tête de plufieurs Miniftres. Sa Hauteffe croyant
devoir les contenter , fit étrangler le 1 Octobre ,
le G. V. le Kiaya , & le Capitan Pacha , dont les
corps furent portez dans un Chariot , au Camp
des Révoltez , qui bien loin de quitter les armes,
déclarerent qu'ils vouloient mettre fur le Trône le
Sultan Mamouth , neveu du G. S. Cela fut executé
le 2. Les Révoltez ayant tiré ce Prince de
la Priſon où il étoit , & y ayant conduit à fa
place Achmet III.. Le nouveau Sultan a nommé
pour G. V. Achmet Pacha , jeune homme élevé
dans le Serrail, & Gendre du Sultan dépofé ; pour
Reys Effendi , ou Grand Tréforier , un ancien
Kadileskier, qui a la réputation d'avoir des connoiffances
& de la prudence ; pour Capitan Pacha,
ou Grand Amiral, Abdikap , jeune homme ,
âgé de 26 ans, & aufli Gendre du Sultan dépofé.
D'autres Lettres reçûës , ajoutent que le nombre
des Révoltez étoit augmenté jufqu'à près de
cent mille hommes , qui obfervoient une exacte
difcipline ; qu'ils ne faifoient aucun tort à qui
que ce foit ; qu'ils avoient fait déchirer en piéces
& jetter aux chiens les Corps du Kiaya & du
Capitan Pacha ; que celui du G. V. avoit été racheté
par fa Famille ; que les Révoltez s'étoient
faifis du Mufti , & l'avoient jetté à la Mer ; que
le nouveau Sultan avoit fait partir des gens affidez
pour arrêter le fils du Sultan dépofé qui eft à
la tête de l'armée , affemblée depuis peu à l'entrée
de l'Afie ; & que Sa Hauteffe avoit été obligée
de promettre aux Janiffaires de les rêtablir
fur le pied de 80000 hommes , comme ils l'étoient
aurrefois.
Les mêmes Lettres portent que le 11 Octobre;
le feu avoit confumé près de 2000 maiſons , ац-
près
NOVEMBRE . 1730. 251 3
près de Topana , & que M.Ange Emo , nouveau
Bayle de la République de Venife , qui étoit arrivé
à Conftantinople la veille de la dépofition
d'Achmet III . avoit eu la liberté de fe rendre à
fon Palais du Faubourg de Péra , fans être infulté
par qui que ce foit.
Les nouvelles d'Afrique portent que le Roy de
Maroc , Mulley Abdalah , avoit détruit depuis
peu le parti des Rebelles qui s'étoient retirez
dans les Montagnes ; que la Ville de Fez dont il
s'étoit rendu Maître , avoit été condamnée pour
fa rebellion , à lui payer 200000 ducats , & celle
de Salé , à lui fournir 200 quintaux de poudre.
On a auffi appris par les Lettres de Ceuta ,
que vers la fin du mois de Septembre dernier , le
Roy de Maroc avoit attaqué dans une Plaine ,
l'armée des Rebelles , dont plus de 7000. étoient
demeurez fur la place , & le reste avoit pris la
fuite ; que les Noirs les pourfuivoient dans les
Montagnes ; que toute leur Artillerie, leur argent
& leurs Beftiaux avoient été pris , & que Je Roy
avoit eu pour fa part du butin 4000 Vaches &
200 Chameaux .
& Afrique.
Quelques avis
Uelques avis des Frontieres de Perfe portent
que les Géorgiens & quelques Kams de
Tartares , avoient formé en fe réuniffant , un
Corps de dix à 12000 hommes , qui étoit venu
joindre l'armée du Roy de Perfe , auquel on
prétend que le Grand Mogol a fait offrir encore
depuis peu des fecours confidérables de Troupes
& d'argent.
On a reçû la confirmation des premiers avis
qu'on avoit eus de la défaite d'un Corps de
Troupes Ottomanes , près de Tauris ; de l'arrivée
du Roy de Perfe devant cette Place , & de la
retraite du Seraskier , qui commande l'armée du
G. S. dans un pofte avantageux , d'où il pouv i
G.
NOVEMBRE. 1730. 2511
inquiéter l'armée du Roy de Perfe , en attendant
qu'il eut reçû de Conftantinople les fecours confiderables
qu'il en attendoit.
Les dernieres Lettres portent que Schah Thamas
, après avoir pris la Ville de Tauris & prefque
toutes les autres Places conquifes par les
Turcs , pendant la derniere révolution de Perfe
avoit marché vers Bagdad , à la tête de fon armée
, pour y livrer Bataille à celle du G. S. qui
s'étoit retranchée fous les Fortifications de cette
Place; mais que n'ayant pû l'engager au combat,
il s'étoit retiré , en ravageant & brûlant tout le
païs des environs , afin qu'elle ne pût pas trouver
de quoi fubfifter.
Les premieres Lettres qu'on a reçûës de Conftantinople
, par Vienne , fur la dépofition du
G.S.fouverain Chef de l'Empire & de la Religion
Mufulmane , portent que le 28 du mois de Septembre
dernier , un homme de la lie du peuple
déploya dans la Place , dite des Graces , un Enfeigne
déchiré , en invitant tout Muſulman à le
fuivre. En un inftant le peuple fut en confuſion ,
les Boutiques furent fermées ; & cet homme s'étant
rendu dans la Place ", dite l'Atmeidan , ordinairement
la Scene des Révoltes . Il s'y trouva
vers le foir près de 600 hommes.
On porta la nouvelle de cet évenement au Gr.
Seig. & au G. V. qui étoient au Camp de Scutari.
Ils pafferent fur le champ le Canal & revinrent
au Serrail . Ils y furent long - temps à déliberer
fur le parti qu'ils avoient à prendre, & ils
perdirent le moment d'appaifer le premier feu
de cette Rebellion , en faisant marcher des Troupes
contre les Soulevez , qui le 29 au foir ne
montoient pas à plus de 2000 hommes. Les Janiflaires
voyant que leur Souverain demeuroit
dans l'inaction , fe rangerent du côté des Rebellc
2312 MERCURE DE FRANCE
les ; & toute la Ville ayant fuivi leur exemple ,
les Soulevez demanderent au Gr. Seigneur la
tête de plufieurs Miniftres. Sa Hauteffe croyant
devoir les contenter , fit étrangler le 1 Octobre ,
le G. V. le Kiaya , & le Capitan Pacha , dont les
corps furent portez dans un Chariot , au Camp
des Révoltez , qui bien loin de quitter les armes,
déclarerent qu'ils vouloient mettre fur le Trône le
Sultan Mamouth , neveu du G. S. Cela fut executé
le 2. Les Révoltez ayant tiré ce Prince de
la Priſon où il étoit , & y ayant conduit à fa
place Achmet III.. Le nouveau Sultan a nommé
pour G. V. Achmet Pacha , jeune homme élevé
dans le Serrail, & Gendre du Sultan dépofé ; pour
Reys Effendi , ou Grand Tréforier , un ancien
Kadileskier, qui a la réputation d'avoir des connoiffances
& de la prudence ; pour Capitan Pacha,
ou Grand Amiral, Abdikap , jeune homme ,
âgé de 26 ans, & aufli Gendre du Sultan dépofé.
D'autres Lettres reçûës , ajoutent que le nombre
des Révoltez étoit augmenté jufqu'à près de
cent mille hommes , qui obfervoient une exacte
difcipline ; qu'ils ne faifoient aucun tort à qui
que ce foit ; qu'ils avoient fait déchirer en piéces
& jetter aux chiens les Corps du Kiaya & du
Capitan Pacha ; que celui du G. V. avoit été racheté
par fa Famille ; que les Révoltez s'étoient
faifis du Mufti , & l'avoient jetté à la Mer ; que
le nouveau Sultan avoit fait partir des gens affidez
pour arrêter le fils du Sultan dépofé qui eft à
la tête de l'armée , affemblée depuis peu à l'entrée
de l'Afie ; & que Sa Hauteffe avoit été obligée
de promettre aux Janiffaires de les rêtablir
fur le pied de 80000 hommes , comme ils l'étoient
aurrefois.
Les mêmes Lettres portent que le 11 Octobre;
le feu avoit confumé près de 2000 maiſons , ац-
près
NOVEMBRE . 1730. 251 3
près de Topana , & que M.Ange Emo , nouveau
Bayle de la République de Venife , qui étoit arrivé
à Conftantinople la veille de la dépofition
d'Achmet III . avoit eu la liberté de fe rendre à
fon Palais du Faubourg de Péra , fans être infulté
par qui que ce foit.
Les nouvelles d'Afrique portent que le Roy de
Maroc , Mulley Abdalah , avoit détruit depuis
peu le parti des Rebelles qui s'étoient retirez
dans les Montagnes ; que la Ville de Fez dont il
s'étoit rendu Maître , avoit été condamnée pour
fa rebellion , à lui payer 200000 ducats , & celle
de Salé , à lui fournir 200 quintaux de poudre.
On a auffi appris par les Lettres de Ceuta ,
que vers la fin du mois de Septembre dernier , le
Roy de Maroc avoit attaqué dans une Plaine ,
l'armée des Rebelles , dont plus de 7000. étoient
demeurez fur la place , & le reste avoit pris la
fuite ; que les Noirs les pourfuivoient dans les
Montagnes ; que toute leur Artillerie, leur argent
& leurs Beftiaux avoient été pris , & que Je Roy
avoit eu pour fa part du butin 4000 Vaches &
200 Chameaux .
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Résumé : SUITE des nouvelles de Perse, Turquie & Afrique.
En novembre 1730, des informations provenant des frontières de Perse signalent la formation d'une armée de 10 à 12 000 hommes, composée de Géorgiens et de certains clans tartares, qui se sont alliés aux forces du roi de Perse. Le Grand Mogol a également proposé des renforts en troupes et en argent. Les Ottomans ont subi une défaite près de Tauris, où le roi de Perse a pris la ville et d'autres places conquises par les Turcs. Le Seraskier, commandant de l'armée ottomane, a dû se retirer en attendant des renforts de Constantinople. Le chah Thamas a ensuite marché vers Bagdad pour affronter l'armée ottomane, mais n'a pas pu l'engager au combat. Il s'est retiré en ravageant les environs pour empêcher l'ennemi de se ravitailler. À Constantinople, le 28 septembre, une rébellion a été déclenchée par un homme du peuple brandissant un étendard déchiré. Le soulèvement a rapidement gagné en ampleur avec le soutien des janissaires. Le sultan a dû exécuter plusieurs ministres pour apaiser les rebelles, qui ont proclamé le sultan Mamouth comme nouveau souverain. Achmet III a été remplacé, et de nouveaux dignitaires ont été nommés. Les rebelles, disciplinés et nombreux, ont continué à exercer leur pression sur le nouveau sultan. En Afrique, le roi du Maroc, Mulley Abdalah, a réprimé une rébellion dans les montagnes et imposé des amendes aux villes de Fez et de Salé. Il a également vaincu une armée rebelle, capturant une grande quantité de butin.
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705
p. 2516
ALLEMAGNE.
Début :
On a reçû avis du Duché de Meckelbourg, qu'une Compagnie d'Infanterie des Troupes [...]
Mots clefs :
Troupes, Infanterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLE MAGNE.
Na reçû avis du Duché de Meckelbourg ,
qu'une Compagnie d'Infanterie des Troupes
de la Commiffion Impériale étoit entrée dans la
Ville de Buzow , dont elle avoit enlevé plufieurs
des principaux Habitans pour les conduire prifonniers
à Rostock , parce que les principaux
d'entr'eux avoient déclaré hautement qu'ils répandroient
leur fang pour la défenſe de leur Souverain.
Outre cette exécution , on a arrêté dans
les Villes de Gadebuſch , de Crivitz , de Stemberg
& de Grabau la plupart de ceux qui paroiffoient
affectionnés à ce Prince.
Na reçû avis du Duché de Meckelbourg ,
qu'une Compagnie d'Infanterie des Troupes
de la Commiffion Impériale étoit entrée dans la
Ville de Buzow , dont elle avoit enlevé plufieurs
des principaux Habitans pour les conduire prifonniers
à Rostock , parce que les principaux
d'entr'eux avoient déclaré hautement qu'ils répandroient
leur fang pour la défenſe de leur Souverain.
Outre cette exécution , on a arrêté dans
les Villes de Gadebuſch , de Crivitz , de Stemberg
& de Grabau la plupart de ceux qui paroiffoient
affectionnés à ce Prince.
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Résumé : ALLEMAGNE.
Dans le Duché de Meckelbourg, des troupes de la Commission Impériale ont arrêté des habitants influents à Buzow, Gadebusch, Crivitz, Stemberg et Grabau. Ces arrestations visaient des personnes loyales à leur souverain, suite à leurs déclarations publiques en sa faveur. Les prisonniers ont été conduits à Rostock.
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706
p. 2720-2733
ORDRE de la Marche du Grand Seigneur, de Constantinople à Scutary, le 3. Août 1730.
Début :
Le résultat de plusieurs Conseils tenus à la Porte, depuis l'arrivée de l'Ambassadeur de [...]
Mots clefs :
Constantinople, Cheval, Chevaux, Argent, Armes, Chef, Officiers, Sultan, Lieutenant, Compagnie, Trésorier, Cavalier, Cavalerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ORDRE de la Marche du Grand Seigneur, de Constantinople à Scutary, le 3. Août 1730.
ORDRE de la Marche du Grand Seigneur,
de Conftantinople à Scutary ,
·le 3. Août 1730.
E réſultat de plufieurs Confeils tenus à la
9
Pambaffadeur
Chah - Thamas , ayant été de continuer la guerre
contre les Perfans , le Grand Seigneur fe détermina
à paffer en Afie , & à faire marcher le G. Vizir
à la tête de fes Troupes. Pour cet effet on
marqua le lieu d'affemblée dans la Campagne
entre Calcedoine & Scutary , derriere un Serrail
du Sultan : fes Tentes y furent dreffées & les Etendarts
à queue de Cheval, au nombre de 20. portez
& arborez avec beaucoup de pompe & de ceremonie
, fuivant l'ufage en pareille occafion.
*
Le 3. Août , le G. S. accompagné du G. V. du
Mufty , des Pachas & de fes autres principaux
Miniftres & Officiers , alla à 8. heures du matin
faire fa priere à la Mofquée d'Ajoub, dans le fond
du Port où le Mufty lui çeignit l'épée de la mê-
* L'Etendart à queue de Cheval ou le Toug,
comme les Turcs l'appellent , efl formé par une
groffe longue Pique , pour ceux qui le portent
à pied , par une plus petite pour ceux
qui le portent à cheval , au haut de laquelle eft
une boule de vermeil , & au- dessous un peu
plus bas , tout autour d'un bourrelet de bois doré
font attachez les crins d'une queuë de Cheval,
ordinairement teints de differentes couleurs,
I. Vol. me
DECEMBRE. 1730. 2721
me maniere qu'il fe pratique à l'avenement d'un
Sultan à l'Empire , ce qui tient lieu de Couronnement.
Cette cerémonie achevée , le G. S. revint
au Serrail , d'où peu après il s'embarqua avec les
Princes fes fils , le G. V. les Pachas & autres Miniftres
, fur la Galere du Capitan Pacha , dite la
Patrone Imperiale , magnifique ment pavoifée ;
il arriva à Scutary , vers le midi , au bruit du
Canon de la Galere qu'il montoit , & d'une autre
fur laquelle étoient les Pages & quelques -uns de
fes Officiers. Dès qu'il eut mis pied à terre , il
alla à une des principales Mofquées de la Ville où
il demeura plus d'une demie heure à prier Dieu
fur le Tombeau de fa mere qui y eft inhumée ;
enfuite montant à cheval il pourfuivit fa route
jufqu'à fon Serrail de Calcedoine , où il a toûjours
demeuré depuis avec fes Sultanes favorites
qui l'y vinrent joindre le même jour , n'étant
allé fous fes Tentes que quand il y a eu Grand-
Divan ou Confeil extraordinaire .
Quoique tous ceux qui devoient accompagner
le Sultan , fe fuffent mis en marche de grand
matin , les derniers cependant n'arriverent au
Camp qu'à plus de quatre heures après midi ; ce
n'eft pas que le Cortege de Sa Hauteffe , tout
nombreux qu'il étoit , n'eût du employer beaumoins
de temps à faire ce chemin qui n'eft
que d'environ une lieuë & demie , mais c'eſt que
faute d'âffez de terrain à la Marine , & de bon or -
dre pour mettre à propos chacun en mouvement,
à quoi les Turcs ne paroiffent gueres s'entendre ,
la Marche étoit fouvent interrompuë ; de forte
coup
* On remarque que c'est la premiere fois de
fa vie qu'il est venu à ce Serrail , quoique le
lieu foit fort agréable , & qu'il n'y ait pas une
demie heure de trajet de Mer à paffer.
Hiij qu'il 1. Vol.
2722 MERCURE DE FRANCE
qu'il s'écouloit quelquefois une demie heure fans
que perfonne bougeât , à cela près il n'y eut ni
foule ni confufion furtout de la part des Spectateurs
, quoiqu'en très- grand nombre , & il n'arriva
pas le moindre defordre , & depuis l'Echelle
où l'on débarque à Scutary jufqu'aux Pavillons
du G. S. les rues & la Campagne étoient bordées
de part & d'autre d'une haye de gens fous les armes,
fçavoir , de Janniffaires à droit & de Topdgis
& Gebedgis ou Canoniers &Armuriers à
che.
gau
Un peu avant que la Marche s'ouvrit , so . Chiaoux
des Janniffaires , pafferent , & après eux en differens
temps , la plus grande partie des principaux
Officiers de cette Milice , comme des Tchorbadgis
ou Capitaines , le Bach- Chiaoux ou le
Sergent Major, Le Sanffoudgi - Bachi. Chef
de ceux qui ont le foin des Levriers ou grands
Chiens du Sultan . Le Zagardgi - Bachi , à qui font
confiez les Dogues , les Epagneuls & autres
Chiens pour la Chaffe du fufil. Le Bach - Yazidgi
ou premier Secretaire des Janiffaires. L'Affas- Bachi
, qui a le foin de la Police , & le Sou- Bachi ,
qui eft le Prévôt de Conftantinople . Le Kiaya-
Bey , autrement nommé le Koul- Kiayaffy , ou le
Lieutenant General de ce Corps. Le Janiffaire,
Aga , ou le General des Janniffaires , & plufieurs
lefquels prirent tous les devants
cevoir Sa Hauteffe au Camp , ou parce que quelques
fonctions particulieres les empêchoient de
fe trouver à la Marche.
autres , pour
re-
Maiſon & Suite du G. V. fçavoir , 70. Tartares
à cheval , marchant deux à deux , ayant leur
Tartar- Agaffy ou Commandant à leur tête , leur
Drapeau blanc déployé , & armez chacun d'un
Sabie, de Piftolets d'Arçon , d'Arcs & de Fleches
Les Tartares font les Couriers du G. V.
I. Vol. Les
DECEMBRE. 1730. 2723
Les 4 Chefs des Gnululis & des Delis , qui
font des efpeces de Cavaliers ou Dragons volontaires
, tirez la plupart de l'Albanie & de la Bofnie
, & qui font une partie de la Garde à Cheval
du G. V.
Une Compagnie de Gnunulis , marchant fur
une ligne à la droite & une de Delis , marchant
´de même à la gauche ; il y avoit encore quelques
Dragons d'une autre forte , mêlez parmi ces deux
Compagnies.
Beaucoup de Divans Tchaoux ou Huiffiers du
Confeil à cheval fur deux lignes , & en Muderedgé,
c'eft- à-dire en grand Bonnet de ceremonie
, étroit par en bas , fort large au fommet
, haut d'un pied & demi , & tout couvert
d'une Mouffeline pliée autour.
Deux Tougilars ou Officiers portant chacun un
Etendart 2à queue de Cheval , fuivi de 4. Sangiactars
ou Porte- Enfeignes , portant les Sangiaks
ou Drapeaux des Pachas ; celui du G. V.
étoit verd , les autres de diverfes couleurs , & ils
étoient pliez tous quatre.
100. tant Vizirs- Agaffy , que Tcheknegirs ou
Mutaferikas , fort bien vétus & montez ; ils
avoient pour armes l'Arc & des Fleches dorées
dans des Carquois de cuivre ou couverts de ve→
lours , le tout relevé d'une riche broderie .
Les Ghedikluzaims , forte d'Officiers de Cavaferie
, qui poffedent les plus confiderables Ziamets
ou Fiefs de l'Empire.
Les Muderris ou Profeffeurs qui enfeignent
P'Alcoran , la Medecine , les Langues Arabe &
Perfane , & qui afpirent aux Charges de Judicature.
Les Moullahs , Grands -Juges ou Juges Souverains
dans les Provinces , en Turban rond , d'une
grofleur démefurée.
I. Vole
Hiiij 300.
2724 MERCURE DE FRANCE
300. Yazidgis du Kalem , Effendis ou Codgeas;
ee font differentes efpeces de Commis & d'Ecrivains
du Divan de la Chancellerie & des Tréſors.
Une Compagnie de Janniffaires en habit de
guerre , le fufil fur l'épaule.
L'Imbrohor , ou Grand- Ecuyer.
36. Chevaux de main , dont 7. entre autres
plus beaux & plus fuperbement harnachez que le
refte , portoient des Boucliers d'airain argenté
chargez d'ornemens d'or,& attachez à la Selle du
côté hors du montoir.
Le Capidgilar- Buluk- Bachi , ou Chef de Brigade
des Capidgis ou Portiers , entouré de beaucoup
de Choadars , ou -Porte - Manteau , le Moufquet
fur l'épaule.
Le Telkitchi , efpece de Meffager qui porte les
Billets & dans de certaines occafions les Avis de
bouche du G. V. au G. S.
Le Mectupchi ou Secretaire du Cabinet du G.V.
Le Buyuk & le Cutchuk- Teskeredgi , ou le
Grand & le Petit Greffier , qui expedient les ordres
du G. V. au Divan , & écoutent , accompagnez
du Chiaoux - Bachi , les plaintes & les Procès
des Particuliers.
La Compagnie du Muzur- Aga , ou d'Halebardiers
du G. V. marchant deux à deux, & fuivis
de leur Capitaine. Ils ont pour arme une demi
pique de bois noir ornée d'une bande
d'argent d'un pouce de large, qui tourne tout autour
en Spirale du bas en haut.
>
Le Kiaya du G. V. autrement dit le Vizir
Kiayaffi , il avoit un Arc & un Carquois fuperbes
, une petite Garde de Janniffaires & environ
100. Choadars à pied , le Moufquet fur l'épaule
& le Sabre au coté.
Le Hafnadar ou Tréforier , & l'Imam ou Aumônier
, avec l'Arc & le Carquois , & beaucoup
de Valets armez.
DECEMBRE . 1730. 2725
100. Itch Agalars ou Pages , marchant deux à
deux en fort bon ordre , & montez fur des Chevaux
d'une grande beauté , magnifiquement harnachez
& caparaçonnez à la Romaine; ils avoient
pour armes offenfives, le Sabre , les Piſtolets d'Arçon
, l'Arc & la Mildrac ou Lance Hongroife ,
qui n'eft qu'une demi Pique , & pour armes deffenfives
, une Cotte de Mailles à demi manches ,
qui leur defcendoit jufqu'aux genoux ; des Braſfarts
d'acier poli & damafquiné , dont leur avant
bras étoit couvert en dehors jufqu'au conde , &
de Mail.es en dedans ; une Calotte du même acier
leur tenoit lieu de Turban ; il en pendoit un petit
Raiſeau de Mailles pour leur garantir le cou &
& les joues & autour de cette Calotte une longue
Seffe ou écharpe de Soye de differentes couleurs ,
étoit entortillée & ajustée avec beaucoup de grace
; ils portoient outre cela un Kerekié au Manteau
long d'étoffe de Soye leger , à fleurs d'or &
d'argent, qui leur paffoit en écharpe de deffus l'épaule
gauche fous le bras droit , & dont les bouts
toient nouez par derriere à un Carquois de velours
en broderie , rempli de Fleches dorées .
Il y avoit un grand nombre de gens très - bien
faits , tant parmi ces Cavaliers , que parmi ceux
dont on va parler , & le tout enfemble for moit
une Troupe d'un air auffi lefte que martial.
100. autres Itch- Agalars en pareil équipage
que les précedens , excepté qu'au lieu de la Lance,
ils portoient la Carabine haute, dont la monture,
quoique d'un travail fort imparfait, ne laiffoit pas
de produire un effet très - brillant par la riche
marqueterie d'or , d'argent , de Nacre de Perle ,
de Corail & d'autres Joyaux dont elle étoit toute
couverte .
de
La Mufique guerriere du G. V. compofée de
40. Muficiens à cheval , tant Trompettes,
I. Vel.
plus
Hv Haut
2726 MERCURE DE FRANCE
Hautbois , Cimbales, que Tabours , petites Timbales
& autres Inftrumens du Pays. Marchoit
après la Maiſon & Sunte du Vizir Kiayaffy , fça.
voir , 22. Agas , Gentils - hommes Courtifans ou
Servans, bien montez, fort leftes & en bon ordre..
L'Imbrohor ou Ecuyer.
7. Chevaux de main , auffi beaux & auffi fu
perbement harnachez que ceux du G. V. à l'exception
qu'ils n'avoient ni peaux de Tigre , ni
Boucliers à la Selle . Il n'a pas droit de faire mener
un plus grand nombre de Chevaux, non- plus
que les Pachas. Le G. V. en fait mener tant qu'il
yeut.
avec la Carabine.
30. Itch-Agalars , avec l'Arc & le Carquois..
30. autres avec la Lance Hongroife. Et 30. autres
Le Kiaya ou l'Intendant du Vizir Kiayaffy &
le Kiatib ou Secretaire du Kiaya.
Le Hafnadar ou Tréforier & beaucoup d'au
tres Officiers & Domestiques..
Maifon & Suite particuliere du G. S.
200. Zaims ou Cavaliers rentez , c'eft- à- dire
qui poffedent des Ziamets ou Fiefs , entourez de
leurs Domestiques à pied armez.
60. Tant Effendis que Kiatibleri , Secretaires ,
Ecrivains ou Commis de la Chancellerie & du
Tréfor , en même équipage que les Zaims.
130. Eulemas ou Docteurs , coeffez de prodigieux
Turbans , & portant la Peliffe à longues.
manches fendues & pendantes
4. heiks ou Chefs d'Ordres Religieux..
4. Toygilars ou Porte- Ltendarts à queue de
Cheval, fuivis de 7. Bairactars ou Porte - Enfeignes,
portant chacun un Drapeau plié de diverfes couleurs.
Le G. S. a fix de ces Queues , mais on n'en
portoit que 4. les autres étoient au Camp pour
I. Vol.
marDECEMBRE
. 1730. 2727
marquer les Tentes de Sa Hauteffe.
6. Longs Sacqs de cuir rouge , pliffez & liez en
bourfe par en bas & par en haut à une grande
Pique qui les traverſe , renfermant des Bâtons pour
donner la baftonade , fupplice fort ordinaire &
qu'on inflge pour peu de chofe chez les Turcs .
Ces Sacqs portez font des marques d'autorité &
de fouveraineté .
&
Le fecond Hafnadar ou fecond Tréforier ,
le Tefter Eminy ou Controlleur . Le Hafnadar
Aga ou premier Tréforier du Serrail , qui eft un
Eunuque noir , étoit abſent.
Le Hekim- Bachi ou Premier Medecin , & le
Dgeack- Bachi ou Premier Chirurgien.
L'Ordi - Cadiffy , ou l'Intendant & le Juge des
Corps de Métiers & des Marchands . Il fait les
fonctions de Grand Prévôt à l'armée .
2. Anciens Iftambol- Effendy ou Lieutenans Ge
neraux de l'olice de Conftantinople.
Le Defterdar ou le Grand - Tréforier , qui après
le G. V. eft . auffi Sur - Intendant des Finances
marchant à la droite , & le Reys Effendi , Secretaire
d'Etat , marchant à la gauche. La Charge de
Reys- Effendi répond à peu près à celle de Chanceliér
en France.
Le Bach- Baki Koulon ou Chef des Receveurs
qui pourfuivent le payement des fommes dues au
Tréfor.
L'Iftambol- Effendy ou le Lieutenant General
de Police actuel , & le Nakib- Echeref, ou le Chef
des Emirs , defcendans de Mahomet.
20. Anciens Kadileskers ou Juges fuprêmes
d'Anatolie & de Komelie , en gros Turban , à la
tête defquels marchoient les deux Unkiar- Imams,"
ou le premier & le fecond Aumônier du G. Ş .
Les deux Kadileskiers qui font actuellement en
charge ; celui d'Anatolie marchant à la droite &
I. Vol.
H vj celui
2728 MERCURE DE FRANCE
celui de Romelie à la gauche ; ils étoient armez
d'Arcs & de Fleches & environnez de beaucoup
de Choadars.
4.Pachas ouVizirs à trois queues,marchant deux
deux précedez de leurs Eftafiers , ils portoient le
Turban nommé Calevi , fait à 4. coins ronds .
comme le font communément nos Mortiers à
piler ; ils étoient fuperbes en tout , & avoient
chacun plus de 4. Choadars , fort proprement
vétus & bien armez .
Le Mufti ou le premier Miniſtre de la Loy &
l'Oracle de la Religion parmi les Turcs en habit
blanc de Camelot , armé d'un Sabre , d'un
Arc & d'un Carquois , comme accompagnant le
G. S. à la guerre contre des Heretiques. Il marchoit
feul , entouré d'une vingtaine de Valets de
Pied , le Moufquet fur l'épaule.
*
Le G. V. appellé par les Turcs Vizir- Azem ,
qui fignifie le Chef du Confeil , & Muhur- Sahibi,
qui veut dire le Maître du Sceau , fon Cheval
étoit couvert de harnois d'argent , enrichis de
Pierres précieuſes. Ses Tufekchis ou Moufquetaires
& fes 8 Eftafiers le précedoient à pied, il étoit
entouré d'un grand nombre d'autres Domestiques
à pied, & fuivi de 4.Tchorbadgis de Janiffaires avec
le Bonnet de Ceremonie en grand plumage , il regardoit
de côté & d'autre affablement & jettoit de
temps en temps des Sequins au Peuple , fur tout
où il appercevoit des Etrangers.
24. Capidgis- Bachis , ou Chefs des Portiers du
Serrail ; ce font des Gentilshommes de la Chambre
, il y en a toûjours un de garde à la porte
des Appartemens de S. H. Ils introduifent à fon
* Cachet d'or où le nom du G. S. éft gravé.
S.H. le donne à celui qu'elle fait G. V. & le lui
ête quand il est tombé dans fa disgrace.
I, Vol. AuDECEMBRE.
1730. 2729
D
Audience les Ambaffadeurs & tous ceux qu'on y
admet en les prenant fous les bras ; ils ne paffent
jamais à de plus grandes Charges, & n'ont que
3.1. 15. .. par jour , mais on les envoye porter les.
ordres du Sultan au Vizir & Pachas dont ils font
quelquefois chargez d'apporter la tête , & ces fortes
de commiflions les dédommagent de la modicité
de leurs appointemens.
Le Buyuk Imbrohor , ou Grand-Ecuyer , & le
Kutchub Imbrohor , ou petit Ecuyer ; le premier
a l'inſpection fur tous les Chevaux , Chameaux,
Mulets &c. & le fecond qui eft le Lieutenant du
premier , fur les Coches , Caroffes , Litieres &c.
& marche devant la Sultane Valité , ou mere du
G. S. quand elle monte en Carroffe.
48. Chevaux de main ; fçavoir , 14. couverts
de houffes trainantes , les unes de drap , les autres
d'etoffes de foye relevées en broderie d'or &
d'argent.
10. autres auffi en houffes de drap trainantes
mais chargées d'ornemens faits de petites plaques.
en boffe d'argent ou d'or maffif , appliquées fur
le drap.
15. autres à houffes courtes de velours cramoifi
, brodées d'or & d'argent , avec un riche
bouclier attaché à la felle.
9. autres dont les houffes , les harnois & les
boucliers étoient couverts de perles & de pierres
précieuſes.
30. de ces Chevaux portoient des bouquets de
plumes fur la tête accompagnés d'enfeignes de
pierres précieufes , & de deffous la gorge , ik
pendoit un toupet de crin blanc , ou teint de diverfes
couleurs , avec une boule de vermeil au
bout. Une écharpe de gaze , de moire ou d'autre
étoffe de foye , mêlée d'or & d'argent s'entortiloít
legerement autour de ce toupet , & for-
1. Vel mang
2730 MERCURE DE FRANCE
mant une espece de fefton , fe retrouffoit à la
*felle qui avoit l'accompagnement ordinaire d'une
Maffe , d'une hache d'Armes , & d'un grand fabre
, le tout bien garni de pierreries. Il eft certain
qu'on ne peut gueres rien voir de plus fuperbe
en ce genre que ces 48. Chevaux de main
& leurs harnois .
Quelques Salabors , ou Ecuyers Cavalcadours,
fuivis par des redekchis , des Saratches & des
Seis , trois claffes differentes de Palfreniers.
6. Dogues & 6. autres Chiens pour la Chaffe
au fufil , peints en differens endroits de leur corps
& menés chacun en leffe par deux Boftandgis.
·Le Selam Agaffy , ou le Chef des Selam-
Chiaoux , ou Chiaoux du falut , & le Capidgilar
Kiayaffy , ou le Lieutenant des Portiers , qui fait
les fonctions de Maître des Cerémonies , & d'Introducteur
de tous ceux qui vont à l'audience du
Sultan.
Le Sandgiak Cherif , ou l'Etendart verd que
Mahomet donna lui-même aux Muſulmans ; il
étoit plié & enveloppé dans une longue bourfe
de taffetas verd ; un Emir , qui eft l'Alemdar , out
le Lieutenant du Nakib Echref , ou Chef des
Emirs , le portoit , entouré de beaucoup d'au
tres Emirs , tous , foi - difant , de la famille du
Prophete , & fuivis de plufieurs Dervichs ou Religieux
, ainfi que d'autres perfonnes qui deffervent
les Mofquées , chantant tous des Hymnes
pour la profperité des Armes du Sultan , la propagation
de la Foi Mufulmane Orthodoxe , &
la deftruction des Perfans Herétiques Sectateurs
d'Aly.
Un grand Caroffe fort bien doré par tout >
tant en dedans qu'en dehors , tiré par fix Chevaux
blancs dont les houffes & les harnois
étoient de velours cramoifi , brodé d'or ; il por-
2.
J. Vol.
toir
DECEMBRE. 1730. 2731
toit une petite caffette d'argent doré qui renfermoit
un Manufcrit de l'Alcoran & une boëte
d'argent ovale , dans laquelle étoit le Manteau
de Mahomet. C'est pour la premiere fois qu'on
a vû un Caroffe dans une Marche du G. S.
Le Solak- Bachi & le Peik Bachi ,
i, oules Commandans
des Solaks & des Peiks , ou petits Valets
de S. H. en habits magnifiques & en bonnets
de vermeils d'un pied de haut.
+6
& une 200. Selaks marchant deux à deux
Compagnie de Peiks , marchant de même dans.
l'interieur des deux lignes que formoient les Solaks
.
Le G. S entouré de s . Solaks à pied , portant
le Bonnet à haut & grand pannache , pour empêcher
, dit- on , qu'il ne foit va fi facilement du
peuple , & fuivi de 200. Chateirs , Boftandgis
Baltadgis & autres fortes de Domestiques à pied.
& bien armés . Le G. S. n'avoit pour tout orne→
ment guerrier qu'un Arc & un Carquois .
Les 6. Chah Jade , ou fils du G. S. armés
d'Arcs & de Carquois , marchant deux à deux
& environnés de leurs Gouverneurs , Officiers &
Domeftiques.
و
Le Selictar Aga , ou Porte- Epée de S. H. le.
Sabre du Sultan qu'il portoit éclatoit de pierreries
, & lui pendoit d'un Ceinturon paffé un baudrier.
Le Tehohadar Aga , ou Maître de la Garde
Robe , & Porte -Manteau du Sultan ; il portoir
fa Maffe d'Armes , & jettoit de fa part des poignées
de Paras au Peuple. Ce font de petites .
Piéces qui ne valent que 18. deniers.
2. Dulbent Agalar , ou Porte-Turban ; cha
cun d'eux en tenoit un dans fes mains , enveloppé
d'un taffetas verd fort clair , au travers du
quel brilloient de belles Enfeignes de diamans...
I. Vol.
2732 MERCURE DE FRANCE
4. Pages de l'Hafoda portant le Tabouret , l'Aiguiere
, le Sorbet & la Caffoletre de S. H.
Le Kiaya , ou Lieutenant du Kiflar- Aga , où
Second Chef des Eunuques Noirs , & le Capon-
Aga , ou Chef des Eunuques Blancs.
"
Une partie des Eunuques Noirs & des Eunuques
Blancs en cotte de mailles , le Pot en tête
avec le Sabre , l'Arc & le Carquois . Cette Troupe
n'étoit pas la moins curieufe de la Marche.
La Mufique Guerriere du G. S. composée de
plus de 60. perfonnes à cheval , excepté les Timbaliers
, montés fur des Chameaux.
2. Eunuques Blancs , à la tête de 30. Itch-
Agalars , ou Pages de l'Haf- oda , montés fur
des Chevaux Arabes ; ils étoient équipés comme
ceux dont on a ci- devant parlé , mais avec encore
plus de magnificence. Ils avoient un Kerckie
d'étoffe de foye jaune , une Echarpe ou Seſſe
rouge autour de leur calotte de fer , & pour armes
l'Arc & le Carquois.
2. Eunuques Blancs , fuivis de 30. Pages d'une
autre Chambre en Kerckie rouge , coeffure
blanche , & la lance ou demi- pique à la main .
Idem , fi ce n'eft que le Kerckté étoit verd &
la coëffure aurore.
Idem , en Kerckie couleur de rofe & coëffure
bleuë .
Idem , en Kerckie bleu , coëffure verd de mer ,
& portant la Carabine haute.
idem , en Kerckie verd celadon & coëffure
cramoifi .
>
2. Eunuques Blancs , & 20. Pages feulement ,
en Kerckie couleur de cerife , coëffure couleur
de citron , & avec la Carabine comme les deux
Brigades précedentes.
Et enfin quelques bas Officiers & Valets du
Sérail en foule qui fermoient la Marche.
I Vol Les
DECEMBRE. 1730. 2733
3
Les 6. Brigades d'Itch - Agalar dont on vient
de parler , formoient une Troupe veritablement
digne d'un grand Souverain , par la bonne mine
de la plupart des Cavaliers , la beauté des Chevaux
, la riche varieté , & le bon gout des habits
& des Equipages.
de Conftantinople à Scutary ,
·le 3. Août 1730.
E réſultat de plufieurs Confeils tenus à la
9
Pambaffadeur
Chah - Thamas , ayant été de continuer la guerre
contre les Perfans , le Grand Seigneur fe détermina
à paffer en Afie , & à faire marcher le G. Vizir
à la tête de fes Troupes. Pour cet effet on
marqua le lieu d'affemblée dans la Campagne
entre Calcedoine & Scutary , derriere un Serrail
du Sultan : fes Tentes y furent dreffées & les Etendarts
à queue de Cheval, au nombre de 20. portez
& arborez avec beaucoup de pompe & de ceremonie
, fuivant l'ufage en pareille occafion.
*
Le 3. Août , le G. S. accompagné du G. V. du
Mufty , des Pachas & de fes autres principaux
Miniftres & Officiers , alla à 8. heures du matin
faire fa priere à la Mofquée d'Ajoub, dans le fond
du Port où le Mufty lui çeignit l'épée de la mê-
* L'Etendart à queue de Cheval ou le Toug,
comme les Turcs l'appellent , efl formé par une
groffe longue Pique , pour ceux qui le portent
à pied , par une plus petite pour ceux
qui le portent à cheval , au haut de laquelle eft
une boule de vermeil , & au- dessous un peu
plus bas , tout autour d'un bourrelet de bois doré
font attachez les crins d'une queuë de Cheval,
ordinairement teints de differentes couleurs,
I. Vol. me
DECEMBRE. 1730. 2721
me maniere qu'il fe pratique à l'avenement d'un
Sultan à l'Empire , ce qui tient lieu de Couronnement.
Cette cerémonie achevée , le G. S. revint
au Serrail , d'où peu après il s'embarqua avec les
Princes fes fils , le G. V. les Pachas & autres Miniftres
, fur la Galere du Capitan Pacha , dite la
Patrone Imperiale , magnifique ment pavoifée ;
il arriva à Scutary , vers le midi , au bruit du
Canon de la Galere qu'il montoit , & d'une autre
fur laquelle étoient les Pages & quelques -uns de
fes Officiers. Dès qu'il eut mis pied à terre , il
alla à une des principales Mofquées de la Ville où
il demeura plus d'une demie heure à prier Dieu
fur le Tombeau de fa mere qui y eft inhumée ;
enfuite montant à cheval il pourfuivit fa route
jufqu'à fon Serrail de Calcedoine , où il a toûjours
demeuré depuis avec fes Sultanes favorites
qui l'y vinrent joindre le même jour , n'étant
allé fous fes Tentes que quand il y a eu Grand-
Divan ou Confeil extraordinaire .
Quoique tous ceux qui devoient accompagner
le Sultan , fe fuffent mis en marche de grand
matin , les derniers cependant n'arriverent au
Camp qu'à plus de quatre heures après midi ; ce
n'eft pas que le Cortege de Sa Hauteffe , tout
nombreux qu'il étoit , n'eût du employer beaumoins
de temps à faire ce chemin qui n'eft
que d'environ une lieuë & demie , mais c'eſt que
faute d'âffez de terrain à la Marine , & de bon or -
dre pour mettre à propos chacun en mouvement,
à quoi les Turcs ne paroiffent gueres s'entendre ,
la Marche étoit fouvent interrompuë ; de forte
coup
* On remarque que c'est la premiere fois de
fa vie qu'il est venu à ce Serrail , quoique le
lieu foit fort agréable , & qu'il n'y ait pas une
demie heure de trajet de Mer à paffer.
Hiij qu'il 1. Vol.
2722 MERCURE DE FRANCE
qu'il s'écouloit quelquefois une demie heure fans
que perfonne bougeât , à cela près il n'y eut ni
foule ni confufion furtout de la part des Spectateurs
, quoiqu'en très- grand nombre , & il n'arriva
pas le moindre defordre , & depuis l'Echelle
où l'on débarque à Scutary jufqu'aux Pavillons
du G. S. les rues & la Campagne étoient bordées
de part & d'autre d'une haye de gens fous les armes,
fçavoir , de Janniffaires à droit & de Topdgis
& Gebedgis ou Canoniers &Armuriers à
che.
gau
Un peu avant que la Marche s'ouvrit , so . Chiaoux
des Janniffaires , pafferent , & après eux en differens
temps , la plus grande partie des principaux
Officiers de cette Milice , comme des Tchorbadgis
ou Capitaines , le Bach- Chiaoux ou le
Sergent Major, Le Sanffoudgi - Bachi. Chef
de ceux qui ont le foin des Levriers ou grands
Chiens du Sultan . Le Zagardgi - Bachi , à qui font
confiez les Dogues , les Epagneuls & autres
Chiens pour la Chaffe du fufil. Le Bach - Yazidgi
ou premier Secretaire des Janiffaires. L'Affas- Bachi
, qui a le foin de la Police , & le Sou- Bachi ,
qui eft le Prévôt de Conftantinople . Le Kiaya-
Bey , autrement nommé le Koul- Kiayaffy , ou le
Lieutenant General de ce Corps. Le Janiffaire,
Aga , ou le General des Janniffaires , & plufieurs
lefquels prirent tous les devants
cevoir Sa Hauteffe au Camp , ou parce que quelques
fonctions particulieres les empêchoient de
fe trouver à la Marche.
autres , pour
re-
Maiſon & Suite du G. V. fçavoir , 70. Tartares
à cheval , marchant deux à deux , ayant leur
Tartar- Agaffy ou Commandant à leur tête , leur
Drapeau blanc déployé , & armez chacun d'un
Sabie, de Piftolets d'Arçon , d'Arcs & de Fleches
Les Tartares font les Couriers du G. V.
I. Vol. Les
DECEMBRE. 1730. 2723
Les 4 Chefs des Gnululis & des Delis , qui
font des efpeces de Cavaliers ou Dragons volontaires
, tirez la plupart de l'Albanie & de la Bofnie
, & qui font une partie de la Garde à Cheval
du G. V.
Une Compagnie de Gnunulis , marchant fur
une ligne à la droite & une de Delis , marchant
´de même à la gauche ; il y avoit encore quelques
Dragons d'une autre forte , mêlez parmi ces deux
Compagnies.
Beaucoup de Divans Tchaoux ou Huiffiers du
Confeil à cheval fur deux lignes , & en Muderedgé,
c'eft- à-dire en grand Bonnet de ceremonie
, étroit par en bas , fort large au fommet
, haut d'un pied & demi , & tout couvert
d'une Mouffeline pliée autour.
Deux Tougilars ou Officiers portant chacun un
Etendart 2à queue de Cheval , fuivi de 4. Sangiactars
ou Porte- Enfeignes , portant les Sangiaks
ou Drapeaux des Pachas ; celui du G. V.
étoit verd , les autres de diverfes couleurs , & ils
étoient pliez tous quatre.
100. tant Vizirs- Agaffy , que Tcheknegirs ou
Mutaferikas , fort bien vétus & montez ; ils
avoient pour armes l'Arc & des Fleches dorées
dans des Carquois de cuivre ou couverts de ve→
lours , le tout relevé d'une riche broderie .
Les Ghedikluzaims , forte d'Officiers de Cavaferie
, qui poffedent les plus confiderables Ziamets
ou Fiefs de l'Empire.
Les Muderris ou Profeffeurs qui enfeignent
P'Alcoran , la Medecine , les Langues Arabe &
Perfane , & qui afpirent aux Charges de Judicature.
Les Moullahs , Grands -Juges ou Juges Souverains
dans les Provinces , en Turban rond , d'une
grofleur démefurée.
I. Vole
Hiiij 300.
2724 MERCURE DE FRANCE
300. Yazidgis du Kalem , Effendis ou Codgeas;
ee font differentes efpeces de Commis & d'Ecrivains
du Divan de la Chancellerie & des Tréſors.
Une Compagnie de Janniffaires en habit de
guerre , le fufil fur l'épaule.
L'Imbrohor , ou Grand- Ecuyer.
36. Chevaux de main , dont 7. entre autres
plus beaux & plus fuperbement harnachez que le
refte , portoient des Boucliers d'airain argenté
chargez d'ornemens d'or,& attachez à la Selle du
côté hors du montoir.
Le Capidgilar- Buluk- Bachi , ou Chef de Brigade
des Capidgis ou Portiers , entouré de beaucoup
de Choadars , ou -Porte - Manteau , le Moufquet
fur l'épaule.
Le Telkitchi , efpece de Meffager qui porte les
Billets & dans de certaines occafions les Avis de
bouche du G. V. au G. S.
Le Mectupchi ou Secretaire du Cabinet du G.V.
Le Buyuk & le Cutchuk- Teskeredgi , ou le
Grand & le Petit Greffier , qui expedient les ordres
du G. V. au Divan , & écoutent , accompagnez
du Chiaoux - Bachi , les plaintes & les Procès
des Particuliers.
La Compagnie du Muzur- Aga , ou d'Halebardiers
du G. V. marchant deux à deux, & fuivis
de leur Capitaine. Ils ont pour arme une demi
pique de bois noir ornée d'une bande
d'argent d'un pouce de large, qui tourne tout autour
en Spirale du bas en haut.
>
Le Kiaya du G. V. autrement dit le Vizir
Kiayaffi , il avoit un Arc & un Carquois fuperbes
, une petite Garde de Janniffaires & environ
100. Choadars à pied , le Moufquet fur l'épaule
& le Sabre au coté.
Le Hafnadar ou Tréforier , & l'Imam ou Aumônier
, avec l'Arc & le Carquois , & beaucoup
de Valets armez.
DECEMBRE . 1730. 2725
100. Itch Agalars ou Pages , marchant deux à
deux en fort bon ordre , & montez fur des Chevaux
d'une grande beauté , magnifiquement harnachez
& caparaçonnez à la Romaine; ils avoient
pour armes offenfives, le Sabre , les Piſtolets d'Arçon
, l'Arc & la Mildrac ou Lance Hongroife ,
qui n'eft qu'une demi Pique , & pour armes deffenfives
, une Cotte de Mailles à demi manches ,
qui leur defcendoit jufqu'aux genoux ; des Braſfarts
d'acier poli & damafquiné , dont leur avant
bras étoit couvert en dehors jufqu'au conde , &
de Mail.es en dedans ; une Calotte du même acier
leur tenoit lieu de Turban ; il en pendoit un petit
Raiſeau de Mailles pour leur garantir le cou &
& les joues & autour de cette Calotte une longue
Seffe ou écharpe de Soye de differentes couleurs ,
étoit entortillée & ajustée avec beaucoup de grace
; ils portoient outre cela un Kerekié au Manteau
long d'étoffe de Soye leger , à fleurs d'or &
d'argent, qui leur paffoit en écharpe de deffus l'épaule
gauche fous le bras droit , & dont les bouts
toient nouez par derriere à un Carquois de velours
en broderie , rempli de Fleches dorées .
Il y avoit un grand nombre de gens très - bien
faits , tant parmi ces Cavaliers , que parmi ceux
dont on va parler , & le tout enfemble for moit
une Troupe d'un air auffi lefte que martial.
100. autres Itch- Agalars en pareil équipage
que les précedens , excepté qu'au lieu de la Lance,
ils portoient la Carabine haute, dont la monture,
quoique d'un travail fort imparfait, ne laiffoit pas
de produire un effet très - brillant par la riche
marqueterie d'or , d'argent , de Nacre de Perle ,
de Corail & d'autres Joyaux dont elle étoit toute
couverte .
de
La Mufique guerriere du G. V. compofée de
40. Muficiens à cheval , tant Trompettes,
I. Vel.
plus
Hv Haut
2726 MERCURE DE FRANCE
Hautbois , Cimbales, que Tabours , petites Timbales
& autres Inftrumens du Pays. Marchoit
après la Maiſon & Sunte du Vizir Kiayaffy , fça.
voir , 22. Agas , Gentils - hommes Courtifans ou
Servans, bien montez, fort leftes & en bon ordre..
L'Imbrohor ou Ecuyer.
7. Chevaux de main , auffi beaux & auffi fu
perbement harnachez que ceux du G. V. à l'exception
qu'ils n'avoient ni peaux de Tigre , ni
Boucliers à la Selle . Il n'a pas droit de faire mener
un plus grand nombre de Chevaux, non- plus
que les Pachas. Le G. V. en fait mener tant qu'il
yeut.
avec la Carabine.
30. Itch-Agalars , avec l'Arc & le Carquois..
30. autres avec la Lance Hongroife. Et 30. autres
Le Kiaya ou l'Intendant du Vizir Kiayaffy &
le Kiatib ou Secretaire du Kiaya.
Le Hafnadar ou Tréforier & beaucoup d'au
tres Officiers & Domestiques..
Maifon & Suite particuliere du G. S.
200. Zaims ou Cavaliers rentez , c'eft- à- dire
qui poffedent des Ziamets ou Fiefs , entourez de
leurs Domestiques à pied armez.
60. Tant Effendis que Kiatibleri , Secretaires ,
Ecrivains ou Commis de la Chancellerie & du
Tréfor , en même équipage que les Zaims.
130. Eulemas ou Docteurs , coeffez de prodigieux
Turbans , & portant la Peliffe à longues.
manches fendues & pendantes
4. heiks ou Chefs d'Ordres Religieux..
4. Toygilars ou Porte- Ltendarts à queue de
Cheval, fuivis de 7. Bairactars ou Porte - Enfeignes,
portant chacun un Drapeau plié de diverfes couleurs.
Le G. S. a fix de ces Queues , mais on n'en
portoit que 4. les autres étoient au Camp pour
I. Vol.
marDECEMBRE
. 1730. 2727
marquer les Tentes de Sa Hauteffe.
6. Longs Sacqs de cuir rouge , pliffez & liez en
bourfe par en bas & par en haut à une grande
Pique qui les traverſe , renfermant des Bâtons pour
donner la baftonade , fupplice fort ordinaire &
qu'on inflge pour peu de chofe chez les Turcs .
Ces Sacqs portez font des marques d'autorité &
de fouveraineté .
&
Le fecond Hafnadar ou fecond Tréforier ,
le Tefter Eminy ou Controlleur . Le Hafnadar
Aga ou premier Tréforier du Serrail , qui eft un
Eunuque noir , étoit abſent.
Le Hekim- Bachi ou Premier Medecin , & le
Dgeack- Bachi ou Premier Chirurgien.
L'Ordi - Cadiffy , ou l'Intendant & le Juge des
Corps de Métiers & des Marchands . Il fait les
fonctions de Grand Prévôt à l'armée .
2. Anciens Iftambol- Effendy ou Lieutenans Ge
neraux de l'olice de Conftantinople.
Le Defterdar ou le Grand - Tréforier , qui après
le G. V. eft . auffi Sur - Intendant des Finances
marchant à la droite , & le Reys Effendi , Secretaire
d'Etat , marchant à la gauche. La Charge de
Reys- Effendi répond à peu près à celle de Chanceliér
en France.
Le Bach- Baki Koulon ou Chef des Receveurs
qui pourfuivent le payement des fommes dues au
Tréfor.
L'Iftambol- Effendy ou le Lieutenant General
de Police actuel , & le Nakib- Echeref, ou le Chef
des Emirs , defcendans de Mahomet.
20. Anciens Kadileskers ou Juges fuprêmes
d'Anatolie & de Komelie , en gros Turban , à la
tête defquels marchoient les deux Unkiar- Imams,"
ou le premier & le fecond Aumônier du G. Ş .
Les deux Kadileskiers qui font actuellement en
charge ; celui d'Anatolie marchant à la droite &
I. Vol.
H vj celui
2728 MERCURE DE FRANCE
celui de Romelie à la gauche ; ils étoient armez
d'Arcs & de Fleches & environnez de beaucoup
de Choadars.
4.Pachas ouVizirs à trois queues,marchant deux
deux précedez de leurs Eftafiers , ils portoient le
Turban nommé Calevi , fait à 4. coins ronds .
comme le font communément nos Mortiers à
piler ; ils étoient fuperbes en tout , & avoient
chacun plus de 4. Choadars , fort proprement
vétus & bien armez .
Le Mufti ou le premier Miniſtre de la Loy &
l'Oracle de la Religion parmi les Turcs en habit
blanc de Camelot , armé d'un Sabre , d'un
Arc & d'un Carquois , comme accompagnant le
G. S. à la guerre contre des Heretiques. Il marchoit
feul , entouré d'une vingtaine de Valets de
Pied , le Moufquet fur l'épaule.
*
Le G. V. appellé par les Turcs Vizir- Azem ,
qui fignifie le Chef du Confeil , & Muhur- Sahibi,
qui veut dire le Maître du Sceau , fon Cheval
étoit couvert de harnois d'argent , enrichis de
Pierres précieuſes. Ses Tufekchis ou Moufquetaires
& fes 8 Eftafiers le précedoient à pied, il étoit
entouré d'un grand nombre d'autres Domestiques
à pied, & fuivi de 4.Tchorbadgis de Janiffaires avec
le Bonnet de Ceremonie en grand plumage , il regardoit
de côté & d'autre affablement & jettoit de
temps en temps des Sequins au Peuple , fur tout
où il appercevoit des Etrangers.
24. Capidgis- Bachis , ou Chefs des Portiers du
Serrail ; ce font des Gentilshommes de la Chambre
, il y en a toûjours un de garde à la porte
des Appartemens de S. H. Ils introduifent à fon
* Cachet d'or où le nom du G. S. éft gravé.
S.H. le donne à celui qu'elle fait G. V. & le lui
ête quand il est tombé dans fa disgrace.
I, Vol. AuDECEMBRE.
1730. 2729
D
Audience les Ambaffadeurs & tous ceux qu'on y
admet en les prenant fous les bras ; ils ne paffent
jamais à de plus grandes Charges, & n'ont que
3.1. 15. .. par jour , mais on les envoye porter les.
ordres du Sultan au Vizir & Pachas dont ils font
quelquefois chargez d'apporter la tête , & ces fortes
de commiflions les dédommagent de la modicité
de leurs appointemens.
Le Buyuk Imbrohor , ou Grand-Ecuyer , & le
Kutchub Imbrohor , ou petit Ecuyer ; le premier
a l'inſpection fur tous les Chevaux , Chameaux,
Mulets &c. & le fecond qui eft le Lieutenant du
premier , fur les Coches , Caroffes , Litieres &c.
& marche devant la Sultane Valité , ou mere du
G. S. quand elle monte en Carroffe.
48. Chevaux de main ; fçavoir , 14. couverts
de houffes trainantes , les unes de drap , les autres
d'etoffes de foye relevées en broderie d'or &
d'argent.
10. autres auffi en houffes de drap trainantes
mais chargées d'ornemens faits de petites plaques.
en boffe d'argent ou d'or maffif , appliquées fur
le drap.
15. autres à houffes courtes de velours cramoifi
, brodées d'or & d'argent , avec un riche
bouclier attaché à la felle.
9. autres dont les houffes , les harnois & les
boucliers étoient couverts de perles & de pierres
précieuſes.
30. de ces Chevaux portoient des bouquets de
plumes fur la tête accompagnés d'enfeignes de
pierres précieufes , & de deffous la gorge , ik
pendoit un toupet de crin blanc , ou teint de diverfes
couleurs , avec une boule de vermeil au
bout. Une écharpe de gaze , de moire ou d'autre
étoffe de foye , mêlée d'or & d'argent s'entortiloít
legerement autour de ce toupet , & for-
1. Vel mang
2730 MERCURE DE FRANCE
mant une espece de fefton , fe retrouffoit à la
*felle qui avoit l'accompagnement ordinaire d'une
Maffe , d'une hache d'Armes , & d'un grand fabre
, le tout bien garni de pierreries. Il eft certain
qu'on ne peut gueres rien voir de plus fuperbe
en ce genre que ces 48. Chevaux de main
& leurs harnois .
Quelques Salabors , ou Ecuyers Cavalcadours,
fuivis par des redekchis , des Saratches & des
Seis , trois claffes differentes de Palfreniers.
6. Dogues & 6. autres Chiens pour la Chaffe
au fufil , peints en differens endroits de leur corps
& menés chacun en leffe par deux Boftandgis.
·Le Selam Agaffy , ou le Chef des Selam-
Chiaoux , ou Chiaoux du falut , & le Capidgilar
Kiayaffy , ou le Lieutenant des Portiers , qui fait
les fonctions de Maître des Cerémonies , & d'Introducteur
de tous ceux qui vont à l'audience du
Sultan.
Le Sandgiak Cherif , ou l'Etendart verd que
Mahomet donna lui-même aux Muſulmans ; il
étoit plié & enveloppé dans une longue bourfe
de taffetas verd ; un Emir , qui eft l'Alemdar , out
le Lieutenant du Nakib Echref , ou Chef des
Emirs , le portoit , entouré de beaucoup d'au
tres Emirs , tous , foi - difant , de la famille du
Prophete , & fuivis de plufieurs Dervichs ou Religieux
, ainfi que d'autres perfonnes qui deffervent
les Mofquées , chantant tous des Hymnes
pour la profperité des Armes du Sultan , la propagation
de la Foi Mufulmane Orthodoxe , &
la deftruction des Perfans Herétiques Sectateurs
d'Aly.
Un grand Caroffe fort bien doré par tout >
tant en dedans qu'en dehors , tiré par fix Chevaux
blancs dont les houffes & les harnois
étoient de velours cramoifi , brodé d'or ; il por-
2.
J. Vol.
toir
DECEMBRE. 1730. 2731
toit une petite caffette d'argent doré qui renfermoit
un Manufcrit de l'Alcoran & une boëte
d'argent ovale , dans laquelle étoit le Manteau
de Mahomet. C'est pour la premiere fois qu'on
a vû un Caroffe dans une Marche du G. S.
Le Solak- Bachi & le Peik Bachi ,
i, oules Commandans
des Solaks & des Peiks , ou petits Valets
de S. H. en habits magnifiques & en bonnets
de vermeils d'un pied de haut.
+6
& une 200. Selaks marchant deux à deux
Compagnie de Peiks , marchant de même dans.
l'interieur des deux lignes que formoient les Solaks
.
Le G. S entouré de s . Solaks à pied , portant
le Bonnet à haut & grand pannache , pour empêcher
, dit- on , qu'il ne foit va fi facilement du
peuple , & fuivi de 200. Chateirs , Boftandgis
Baltadgis & autres fortes de Domestiques à pied.
& bien armés . Le G. S. n'avoit pour tout orne→
ment guerrier qu'un Arc & un Carquois .
Les 6. Chah Jade , ou fils du G. S. armés
d'Arcs & de Carquois , marchant deux à deux
& environnés de leurs Gouverneurs , Officiers &
Domeftiques.
و
Le Selictar Aga , ou Porte- Epée de S. H. le.
Sabre du Sultan qu'il portoit éclatoit de pierreries
, & lui pendoit d'un Ceinturon paffé un baudrier.
Le Tehohadar Aga , ou Maître de la Garde
Robe , & Porte -Manteau du Sultan ; il portoir
fa Maffe d'Armes , & jettoit de fa part des poignées
de Paras au Peuple. Ce font de petites .
Piéces qui ne valent que 18. deniers.
2. Dulbent Agalar , ou Porte-Turban ; cha
cun d'eux en tenoit un dans fes mains , enveloppé
d'un taffetas verd fort clair , au travers du
quel brilloient de belles Enfeignes de diamans...
I. Vol.
2732 MERCURE DE FRANCE
4. Pages de l'Hafoda portant le Tabouret , l'Aiguiere
, le Sorbet & la Caffoletre de S. H.
Le Kiaya , ou Lieutenant du Kiflar- Aga , où
Second Chef des Eunuques Noirs , & le Capon-
Aga , ou Chef des Eunuques Blancs.
"
Une partie des Eunuques Noirs & des Eunuques
Blancs en cotte de mailles , le Pot en tête
avec le Sabre , l'Arc & le Carquois . Cette Troupe
n'étoit pas la moins curieufe de la Marche.
La Mufique Guerriere du G. S. composée de
plus de 60. perfonnes à cheval , excepté les Timbaliers
, montés fur des Chameaux.
2. Eunuques Blancs , à la tête de 30. Itch-
Agalars , ou Pages de l'Haf- oda , montés fur
des Chevaux Arabes ; ils étoient équipés comme
ceux dont on a ci- devant parlé , mais avec encore
plus de magnificence. Ils avoient un Kerckie
d'étoffe de foye jaune , une Echarpe ou Seſſe
rouge autour de leur calotte de fer , & pour armes
l'Arc & le Carquois.
2. Eunuques Blancs , fuivis de 30. Pages d'une
autre Chambre en Kerckie rouge , coeffure
blanche , & la lance ou demi- pique à la main .
Idem , fi ce n'eft que le Kerckté étoit verd &
la coëffure aurore.
Idem , en Kerckie couleur de rofe & coëffure
bleuë .
Idem , en Kerckie bleu , coëffure verd de mer ,
& portant la Carabine haute.
idem , en Kerckie verd celadon & coëffure
cramoifi .
>
2. Eunuques Blancs , & 20. Pages feulement ,
en Kerckie couleur de cerife , coëffure couleur
de citron , & avec la Carabine comme les deux
Brigades précedentes.
Et enfin quelques bas Officiers & Valets du
Sérail en foule qui fermoient la Marche.
I Vol Les
DECEMBRE. 1730. 2733
3
Les 6. Brigades d'Itch - Agalar dont on vient
de parler , formoient une Troupe veritablement
digne d'un grand Souverain , par la bonne mine
de la plupart des Cavaliers , la beauté des Chevaux
, la riche varieté , & le bon gout des habits
& des Equipages.
Fermer
Résumé : ORDRE de la Marche du Grand Seigneur, de Constantinople à Scutary, le 3. Août 1730.
Le 3 août 1730, le Grand Seigneur de Constantinople décida de poursuivre la guerre contre les Persans et se prépara à partir en Asie, envoyant le Grand Vizir à la tête des troupes. Le lieu de rassemblement fut fixé entre Calcedoine et Scutary. Vingt étendards à queue de cheval furent dressés avec pompe et cérémonie. Le même jour, le Grand Seigneur, accompagné de dignitaires, se rendit à la mosquée d'Ajoub pour une prière. Le Mufty ceignit l'épée du Grand Seigneur, marquant ainsi son couronnement. Après cette cérémonie, le Grand Seigneur revint au serrail, s'embarqua sur la galère du Capitan Pacha et arriva à Scutary vers midi. Il pria ensuite sur le tombeau de sa mère et se dirigea vers son serrail de Calcedoine, où il resta avec ses sultanes favorites. La procession du Sultan, bien que nombreuse, rencontra des interruptions en raison du manque de terrain et de l'absence d'ordre. Malgré cela, il n'y eut ni foule ni confusion parmi les spectateurs. La marche fut organisée avec divers groupes, incluant des Jannissaires, des Tartares, des Gnululis et des Delis, des huissiers du conseil, des officiers de cavalerie, des professeurs, des juges, des écrivains du Divan, et des pages. Chaque groupe avait des rôles spécifiques et des équipements distincts. La procession comprenait également divers dignitaires, chacun reconnaissable par ses attributs et sa suite. Les Pachas ou Vizirs marchaient précédés de leurs Eftafiers. Le Mufti, premier ministre religieux, portait un habit blanc et des armes. Le Grand Vizir, appelé Vizir-Azem et Muhur-Sahibi, chevauchait un cheval richement harnaché. Le Sandgiak Cherif, étendard vert de Mahomet, était porté par un Emir, suivi de Derviches chantant des hymnes. Un carrosse doré transportait un manuscrit du Coran et le manteau de Mahomet. Le Sultan, entouré de Solaks et de domestiques, portait un arc et un carquois. Ses fils, les Chah Jade, étaient également armés et entourés de leurs gouvernants. La musique guerrière du Sultan, composée de plus de soixante personnes à cheval, fermait la marche, accompagnée de pages et d'eunuques richement vêtus. La procession se terminait par divers officiers et valets du Sérail. Après plusieurs heures de marche, le Grand Seigneur et sa suite arrivèrent au camp, marquant le début de la campagne militaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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707
p. 2733-2736
Suite des Nouvelles de Turquie.
Début :
Les Lettres de Syrie portent que le Pacha de Damas continuant de piller la Province, les [...]
Mots clefs :
Constantinople, Révolution, Sultan, Janissaires, Officiers
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texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles de Turquie.
Suite des Nouvelles de Turquie.
› Lamascondunt depiller la Province ,les
Es Lettres de Syrie portent que le Pacha de
Payfans s'étoient affemblés fous les ordres du
nommé Alayon , Chef d'une Troupe d'Arabes,
qu'ils avoient attaqué les Troupes du Pacha , les
avoient battuës , & les avoient forcées de fe retirer.
On mande de Conftantinople que le nouveau
Sultan Mamouth , fils de Muftapha , frere du
Sultan dépofé , étoit un Prince âgé de 34. ans ;
que les Janiffaires du Camp de Scutari ayant
appris le commencement de la révolution dont
on a parlé , & la nouvelle de la mort du G. V .:
en avoient fait de grandes réjouiflances ; qu'ils
avoient écrit à ceux de Conftantinople pour les
déterminer à la dépofition du Sultan Achmet
III. que ces Lettres ayant été luës dans la Place
d'Atmeidam avoient animé le Peuple qui paroiffoit
d'abord ne pas approuver la révolte , & qui
s'y porta enfuite avec fureur.
Des Lettres particulieres portent que le nouveau
Sultan avoit envoyé ordre aux Pachas de
la Morée , de la Dalmatie & de l'Albanie , de
fournir à Sa Hauteffe 12000. hommes pour le
mois de Mars prochain ; que les Hofpodars de
Valachie & de Moldavie devoient auf fournir
6000. chevaux.
On a appris par la
1.Vol.
voye de Venife que 4i
Octobre
le
2734 MERCURE DE FRANCÈ
Octobre dernier les Soulevés s'étant affemblés de
nouveau devant le Sérail , avoient demandé les
têtes du Mufti & de l'Aga des Janiffaires ; que
le nouveau Sultan ayant promis de les fatisfaire,
avoit envoyé fur le champ des Eunuques pour"
les étrangler dans leurs Maifons ; mais qu'ayant
eu le tems de s'échaper , ils avoient traversé le
Canal dans une Barque Etrangere ; que le Mufti
avoit été pourfuivi jufqu'au rivage par la populace
: que le même jour après midi les Soulevez
s'étoient rendus en grand nombre aux Priſons
communes qu'ils avoient fait ouvrir , & avoient
donné la liberté à tous les prifonniers : qu'ils
s'etoient tranfportés enfuite à l'Arfenal , & qu'ils
avoient mis en liberté les Forçats de cinq Galeres
qui étoient la plupart étrangers que te
foir ils avoient tiré du vieux Sérail la mere du
nouveau Sultan qui y avoit été renfermée lorfque
le Sultan Mustapha avoit été dépofé ; qu'ils
Pavoient conduite en triomphe au nouveau Sérail
, & l'avoient déclarée Sultane mere : que les
Soulevés de Conftantinople quitterent les armes
les . qu'ils cefferent de s'affembler tumultueufement
, & commencerent à travailler aux préparatifs
du Couronnement dù G. S. on rouvrit
ce jour là les Boutiques , & le calme fut entie
rement rétabli dans toute la Ville ; que le même
jour S. H. fit une promotion de fes Grands Officiers
, ayant caffé tous ceux qui étoient en place
fous le Sultan dépofé , & renouvellé entierement
le Divan , dont il n'y a eu que quatre ou cinq
Membres qui ayent été confervés.
au
Le 6. jour deftiné à la Cerémonie du Couronnement
, les Grands Officiers s'étant rendus
nouveau Sérail , les Ruës & les Places de la
Ville furent occupées par les Janiffaires , dont la
plus grande partie fut poftée fur le chemin qui
Is Vol.
conduit
DÉCEMBRE . 1730. 2735
sonduit du Sérail à la grande Mofquée ; ils y
formerent une double haye , & le Peuple étoit
rangé derriere eux . Au fignal donné par un coup
de Canon, le G.S.monta à Cheval, & fon Cortege
fe mit en marche ; S. H. étoit revêtue d'une Robe
&la tête couverte d'un Turban prefque entierement
couverts de pierreries. Ce Prince étant arrivé à la
Mofquée , le Mufti que le Sultan avoit nommé
fa veille , lui ceignit le Cimeterre & falua enfuite
le G. S. avec les cerémonies accoutumées.
S. H. à fon retour au Sérail fit de grandes largeffes
au peuple , & envoya des aumônes confiderables
aux Efclaves Chrétiens qui font fur
les Galeres.
•
Le 7. le G. S. reçut les refpects & le ferment
de fidelité des Grands Officiers de l'Empire , du
nouvel Aga & des autres Officiers des Janiffaires,
du Capitan Pacha & autres Officiers de Marine,
& des principaux Officiers du Camp de Scutari
qui étoient venus pour recevoir les ordres de
S. H. fur le départ de l'Armée. L'après - midi , le
G. S. tint un grand Divan , dans lequel il fut
réfolu , à ce qu'on affure , de faire la paix avec
les Perfans , & d'envoyer des pleins pouvoirs au
Pacha de Babilone pour traiter avec le Roi de
Perfe
Le 8. il y eut comme les deux jours précedens
des réjouiffances publiques dans toute la
Ville.
Le 9. le G. V. reçut les vifites des Miniftres
Etrangers , aufquels il offrit de faire reparer tout
le dommage qu'on pourroit leur avoir fait
pendant le foulevement. L'après- midi il y eut encore
un grand Divan , dans lequel on acheva de
regler les principales affaires de l'interieur de
l'Empire.
Le 10. il y eut un petit Divan pour nommer
I. Vol.
2736 MERCURE DE FRANCE
à divers Emplois qui n'avoient pas été remplis
les jours précedens , & que le G. S. donna par
préference à ceux qui fe font diftingués dans
les Troupes.
Le 11. le Corps des Janiffaires qui fe trouve
à Conftantinople , & qui n'auroit dû être que
de 40000. s'affembla fur la grande Place , & ſe
trouva monter à 70000. hommes , pour demander
une augmentation de paye que le G. S.
leur a fait promettre , ainfi qu'aux Topigis ou
Canoniers qui s'étoient auſſi aſſemblez au nombre
de près de 20000.
Le bruit court qu'on a trouvé dans l'Appartement
du Sultan dépofé 28000000. en efpeces
d'or , & près de 6000000. en efpeces d'argent ,
10000000. chez le G. V. & des fommes trèsconfiderables
chez le Mufti , le Capitan Pacha
le Capigi Aga & l'Aga des Janiffaires. On attend
la confirmation de toutes ces Nouvelles , qui
pourroient n'être pas exactes , par des Lettres de
Conftantinople.
› Lamascondunt depiller la Province ,les
Es Lettres de Syrie portent que le Pacha de
Payfans s'étoient affemblés fous les ordres du
nommé Alayon , Chef d'une Troupe d'Arabes,
qu'ils avoient attaqué les Troupes du Pacha , les
avoient battuës , & les avoient forcées de fe retirer.
On mande de Conftantinople que le nouveau
Sultan Mamouth , fils de Muftapha , frere du
Sultan dépofé , étoit un Prince âgé de 34. ans ;
que les Janiffaires du Camp de Scutari ayant
appris le commencement de la révolution dont
on a parlé , & la nouvelle de la mort du G. V .:
en avoient fait de grandes réjouiflances ; qu'ils
avoient écrit à ceux de Conftantinople pour les
déterminer à la dépofition du Sultan Achmet
III. que ces Lettres ayant été luës dans la Place
d'Atmeidam avoient animé le Peuple qui paroiffoit
d'abord ne pas approuver la révolte , & qui
s'y porta enfuite avec fureur.
Des Lettres particulieres portent que le nouveau
Sultan avoit envoyé ordre aux Pachas de
la Morée , de la Dalmatie & de l'Albanie , de
fournir à Sa Hauteffe 12000. hommes pour le
mois de Mars prochain ; que les Hofpodars de
Valachie & de Moldavie devoient auf fournir
6000. chevaux.
On a appris par la
1.Vol.
voye de Venife que 4i
Octobre
le
2734 MERCURE DE FRANCÈ
Octobre dernier les Soulevés s'étant affemblés de
nouveau devant le Sérail , avoient demandé les
têtes du Mufti & de l'Aga des Janiffaires ; que
le nouveau Sultan ayant promis de les fatisfaire,
avoit envoyé fur le champ des Eunuques pour"
les étrangler dans leurs Maifons ; mais qu'ayant
eu le tems de s'échaper , ils avoient traversé le
Canal dans une Barque Etrangere ; que le Mufti
avoit été pourfuivi jufqu'au rivage par la populace
: que le même jour après midi les Soulevez
s'étoient rendus en grand nombre aux Priſons
communes qu'ils avoient fait ouvrir , & avoient
donné la liberté à tous les prifonniers : qu'ils
s'etoient tranfportés enfuite à l'Arfenal , & qu'ils
avoient mis en liberté les Forçats de cinq Galeres
qui étoient la plupart étrangers que te
foir ils avoient tiré du vieux Sérail la mere du
nouveau Sultan qui y avoit été renfermée lorfque
le Sultan Mustapha avoit été dépofé ; qu'ils
Pavoient conduite en triomphe au nouveau Sérail
, & l'avoient déclarée Sultane mere : que les
Soulevés de Conftantinople quitterent les armes
les . qu'ils cefferent de s'affembler tumultueufement
, & commencerent à travailler aux préparatifs
du Couronnement dù G. S. on rouvrit
ce jour là les Boutiques , & le calme fut entie
rement rétabli dans toute la Ville ; que le même
jour S. H. fit une promotion de fes Grands Officiers
, ayant caffé tous ceux qui étoient en place
fous le Sultan dépofé , & renouvellé entierement
le Divan , dont il n'y a eu que quatre ou cinq
Membres qui ayent été confervés.
au
Le 6. jour deftiné à la Cerémonie du Couronnement
, les Grands Officiers s'étant rendus
nouveau Sérail , les Ruës & les Places de la
Ville furent occupées par les Janiffaires , dont la
plus grande partie fut poftée fur le chemin qui
Is Vol.
conduit
DÉCEMBRE . 1730. 2735
sonduit du Sérail à la grande Mofquée ; ils y
formerent une double haye , & le Peuple étoit
rangé derriere eux . Au fignal donné par un coup
de Canon, le G.S.monta à Cheval, & fon Cortege
fe mit en marche ; S. H. étoit revêtue d'une Robe
&la tête couverte d'un Turban prefque entierement
couverts de pierreries. Ce Prince étant arrivé à la
Mofquée , le Mufti que le Sultan avoit nommé
fa veille , lui ceignit le Cimeterre & falua enfuite
le G. S. avec les cerémonies accoutumées.
S. H. à fon retour au Sérail fit de grandes largeffes
au peuple , & envoya des aumônes confiderables
aux Efclaves Chrétiens qui font fur
les Galeres.
•
Le 7. le G. S. reçut les refpects & le ferment
de fidelité des Grands Officiers de l'Empire , du
nouvel Aga & des autres Officiers des Janiffaires,
du Capitan Pacha & autres Officiers de Marine,
& des principaux Officiers du Camp de Scutari
qui étoient venus pour recevoir les ordres de
S. H. fur le départ de l'Armée. L'après - midi , le
G. S. tint un grand Divan , dans lequel il fut
réfolu , à ce qu'on affure , de faire la paix avec
les Perfans , & d'envoyer des pleins pouvoirs au
Pacha de Babilone pour traiter avec le Roi de
Perfe
Le 8. il y eut comme les deux jours précedens
des réjouiffances publiques dans toute la
Ville.
Le 9. le G. V. reçut les vifites des Miniftres
Etrangers , aufquels il offrit de faire reparer tout
le dommage qu'on pourroit leur avoir fait
pendant le foulevement. L'après- midi il y eut encore
un grand Divan , dans lequel on acheva de
regler les principales affaires de l'interieur de
l'Empire.
Le 10. il y eut un petit Divan pour nommer
I. Vol.
2736 MERCURE DE FRANCE
à divers Emplois qui n'avoient pas été remplis
les jours précedens , & que le G. S. donna par
préference à ceux qui fe font diftingués dans
les Troupes.
Le 11. le Corps des Janiffaires qui fe trouve
à Conftantinople , & qui n'auroit dû être que
de 40000. s'affembla fur la grande Place , & ſe
trouva monter à 70000. hommes , pour demander
une augmentation de paye que le G. S.
leur a fait promettre , ainfi qu'aux Topigis ou
Canoniers qui s'étoient auſſi aſſemblez au nombre
de près de 20000.
Le bruit court qu'on a trouvé dans l'Appartement
du Sultan dépofé 28000000. en efpeces
d'or , & près de 6000000. en efpeces d'argent ,
10000000. chez le G. V. & des fommes trèsconfiderables
chez le Mufti , le Capitan Pacha
le Capigi Aga & l'Aga des Janiffaires. On attend
la confirmation de toutes ces Nouvelles , qui
pourroient n'être pas exactes , par des Lettres de
Conftantinople.
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Résumé : Suite des Nouvelles de Turquie.
Le texte décrit des événements politiques et militaires en Turquie et dans les provinces voisines. En Syrie, les troupes du Pacha ont été défaites par des Arabes dirigés par Alayon. À Constantinople, Mamouth, fils de Muftapha et frère du Sultan déchu, a pris le pouvoir à l'âge de 34 ans. Les Janissaires, après avoir appris la révolution et la mort du Grand Vizir, ont incité le peuple à se révolter contre le Sultan Achmet III. Le nouveau Sultan a ordonné aux Pachas de la Morée, de la Dalmatie et de l'Albanie de fournir 12 000 hommes, et aux Hospodars de Valachie et de Moldavie de fournir 6 000 chevaux. Le 27 octobre, les révoltés ont demandé les têtes du Mufti et de l'Aga des Janissaires, mais ceux-ci ont réussi à s'échapper. Les révoltés ont libéré les prisonniers et les forçats des galères, et ont déclaré la mère du nouveau Sultan comme Sultane mère. Le calme est revenu à Constantinople, et le nouveau Sultan a renouvelé le Divan et promu ses Grands Officiers. Le 6 décembre, la cérémonie du couronnement a eu lieu, suivie de largesses et d'aumônes. Les jours suivants, le Sultan a reçu les serments de fidélité des officiers et a tenu des Divans pour régler les affaires de l'Empire et nommer de nouveaux employés. Les Janissaires et les Topigis ont obtenu une augmentation de paie. Des rumeurs parlent de sommes importantes trouvées dans les appartements du Sultan déchu et de hauts dignitaires.
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708
p. 2736-2737
RUSSIE.
Début :
Les Lettres de Derbent portent que le Roi de Perse avoit fait dire aux Commandans des [...]
Mots clefs :
Tsarine, Commandant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
LEs Roide
Es Lettres de Derbent portent que le Roi de
Troupes Mofcovites en Perfe qu'il obferveroit
exactement les Traités qu'il a conclus avec le
feu Czar Pierre I. & que fi les Marchands, Sujets
de la Czarine , vouloient aller négocier dans
fes Etats , il leur accorderoit tous les Paffeports
qu'ils demanderoient.
>
Les Ouvriers qu'on avoit envoyés dans les
Montagnes de la Georgie pour y travailler aux
Mines d'or & d'argent qu'on y a découvertes
n'en étoient pas encore revenus à Aftracant au
mois de Septembre dernier , & l'on a fçû que
I. Vel. n'étant
DECEMBRE. 1730. 2737
:
n'étant pas en affez grand nombre , ils n'avoient
pú faire fauter les Rochers qui couvrent ces
Mines comme on eft perfuadé qu'elles feront
d'un grand produit , parceque les fources qui
coulent de ces Montagnes entraînent un fable
très -chargé de paillittes d'or , on a réſolu de ne
point abandonner cette entrepriſe & d'y envoyer
encore deux cens homines , avec des provifions
en abondance,
Les Chefs des Cofaques venus à Moscou pour
fervir d'otages de la fidelité de leur Nation , ont
été renvoyés chez eux après avoir promis , avec
ferment, de ne prendre les armes qu'en faveur de
la Czarine , & de lui fournir 100000. hommes
en cas qu'elle fut obligée d'entrer en guerre avec
le Grand- Seigneur.
Le Commandant de Pultowa a écrit depuis que
les Cofaques , tant ceux qui font fous la protection
du G. S. que ceux qui fe font mis fous
celle de S. M. Cz. avoient eu ordre , fous peine
de mort , de prêter ferment de fidelité à S. H.
& d'envoyer à Conftantinople les arrerages échus
de leur tribut ordinaire.
â
On a dépeché un Courier au Commandant
dans l'Ukraine pour lui porter ordre d'empêcher
les Cofaques foumis à la Czarine d'executer les
ordres de la Porte , & de leur promettre toutes
fortes de fecours , en cas qu'on voulut les forcer
à prêter le ferment qu'on leur demande.
LEs Roide
Es Lettres de Derbent portent que le Roi de
Troupes Mofcovites en Perfe qu'il obferveroit
exactement les Traités qu'il a conclus avec le
feu Czar Pierre I. & que fi les Marchands, Sujets
de la Czarine , vouloient aller négocier dans
fes Etats , il leur accorderoit tous les Paffeports
qu'ils demanderoient.
>
Les Ouvriers qu'on avoit envoyés dans les
Montagnes de la Georgie pour y travailler aux
Mines d'or & d'argent qu'on y a découvertes
n'en étoient pas encore revenus à Aftracant au
mois de Septembre dernier , & l'on a fçû que
I. Vel. n'étant
DECEMBRE. 1730. 2737
:
n'étant pas en affez grand nombre , ils n'avoient
pú faire fauter les Rochers qui couvrent ces
Mines comme on eft perfuadé qu'elles feront
d'un grand produit , parceque les fources qui
coulent de ces Montagnes entraînent un fable
très -chargé de paillittes d'or , on a réſolu de ne
point abandonner cette entrepriſe & d'y envoyer
encore deux cens homines , avec des provifions
en abondance,
Les Chefs des Cofaques venus à Moscou pour
fervir d'otages de la fidelité de leur Nation , ont
été renvoyés chez eux après avoir promis , avec
ferment, de ne prendre les armes qu'en faveur de
la Czarine , & de lui fournir 100000. hommes
en cas qu'elle fut obligée d'entrer en guerre avec
le Grand- Seigneur.
Le Commandant de Pultowa a écrit depuis que
les Cofaques , tant ceux qui font fous la protection
du G. S. que ceux qui fe font mis fous
celle de S. M. Cz. avoient eu ordre , fous peine
de mort , de prêter ferment de fidelité à S. H.
& d'envoyer à Conftantinople les arrerages échus
de leur tribut ordinaire.
â
On a dépeché un Courier au Commandant
dans l'Ukraine pour lui porter ordre d'empêcher
les Cofaques foumis à la Czarine d'executer les
ordres de la Porte , & de leur promettre toutes
fortes de fecours , en cas qu'on voulut les forcer
à prêter le ferment qu'on leur demande.
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Résumé : RUSSIE.
En décembre 1730, plusieurs affaires politiques et économiques sont rapportées en Russie. Le roi de Perse s'engage à respecter les traités avec le tsar Pierre Ier et à délivrer des passeports aux marchands russes. En Géorgie, des ouvriers envoyés exploiter des mines d'or et d'argent n'étaient pas revenus à Astracan en septembre. En raison de leur faible nombre, ils n'avaient pas pu dégager les mines, mais 200 hommes supplémentaires avec des provisions abondantes doivent être envoyés. Les chefs cosaques à Moscou ont offert des otages pour prouver leur fidélité à la czarine et ont promis 100 000 hommes en cas de guerre avec le Grand Seigneur. Le commandant de Pultowa a signalé que les Cosaques, qu'ils soient sous la protection du Grand Seigneur ou de la czarine, avaient reçu l'ordre de prêter serment à la Sublime Porte et de payer les arriérés de leur tribut. Un courrier a été envoyé en Ukraine pour empêcher les Cosaques soumis à la czarine d'exécuter les ordres de la Porte et pour leur offrir des secours en cas de pression.
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709
p. 2737-2738
SUEDE.
Début :
Le College du Commerce de Stockolm a présenté une Requête au Roi pour le prier [...]
Mots clefs :
Roi de Suède, Commerce, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUEDE.
SUEDE,
Lfente the Reque au Roi pour le prier
d'envoyer en Efpagne un Miniftre chargé de
pleins pouvoirs pour y négocier un Traité de
Commerce , & obtenir la diminution des droits
1. Vol. qu'on
E College du Commerce de Stokolm a pré
2738 MERCURE DE FRANCE
qu'on leve dans les Ports d'Eſpagne fur les Mar.
chandifes qu'on y porte de ce Pays . Ce College
a même offert de faire les frais de l'Ambaffade.
Le 16. Novembre le Roi donna des ordres
pour que les Officiers qui commandent les Troupes
que S. M. Suedoife doit fournir aux Puiffances
alliées par le Traité de Seville , fe tinffent
prêtes à marcher. On a envoyé depuis dans le
Landgraviat de Heffe- Caffel une Ordonnance dụ
Roi , par laquelle il eft défendu à tous les Sujets
d'entrer au fervice d'aucune Puiffance Etrangere,
& ordonné à ceux qui y font actuellement de
revenir dans l'efpace de trois mois , à peine de
confifcation de leurs biens.
Lfente the Reque au Roi pour le prier
d'envoyer en Efpagne un Miniftre chargé de
pleins pouvoirs pour y négocier un Traité de
Commerce , & obtenir la diminution des droits
1. Vol. qu'on
E College du Commerce de Stokolm a pré
2738 MERCURE DE FRANCE
qu'on leve dans les Ports d'Eſpagne fur les Mar.
chandifes qu'on y porte de ce Pays . Ce College
a même offert de faire les frais de l'Ambaffade.
Le 16. Novembre le Roi donna des ordres
pour que les Officiers qui commandent les Troupes
que S. M. Suedoife doit fournir aux Puiffances
alliées par le Traité de Seville , fe tinffent
prêtes à marcher. On a envoyé depuis dans le
Landgraviat de Heffe- Caffel une Ordonnance dụ
Roi , par laquelle il eft défendu à tous les Sujets
d'entrer au fervice d'aucune Puiffance Etrangere,
& ordonné à ceux qui y font actuellement de
revenir dans l'efpace de trois mois , à peine de
confifcation de leurs biens.
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Résumé : SUEDE.
Le Collège du Commerce de Stockholm a demandé au roi de Suède d'envoyer un ministre en Espagne pour négocier un traité de commerce. Le roi a ordonné aux officiers suédois de préparer les troupes pour les puissances alliées selon le Traité de Séville. Une ordonnance royale interdit aux sujets suédois de s'engager au service de puissances étrangères.
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710
p. 2745-2746
« On a appris par Livourne que les Troupes de la République de Génes s'étoient saisies de plusieurs [...] »
Début :
On a appris par Livourne que les Troupes de la République de Génes s'étoient saisies de plusieurs [...]
Mots clefs :
Gênes, Troupes, Rebelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a appris par Livourne que les Troupes de la République de Génes s'étoient saisies de plusieurs [...] »
On a appris par Livourne que les Troupes de
la République de Génes s'étoient faifies de plufieurs
Chefs des Rebelles de l'Ile de Corfe, & que
plufieurs Villes de cette le avoient quitté les ar
mes & abandonné le parti des Révoltez.
On a auffi appris de la même Ville, qu'il y étoit
arrivé un Vaiffeau de Smirne , dont le Capitaine
a raporté qu'il y avoit embarqué l'Aga Aggi
Ofman & Mufa- Aly,& qu'il les avoit tranfportez
a l'Ile des Cerfs dans l'Archipel , où ces deux
Pachas le font fauvez pour éviter le fort malheureux
des autres principaux Officiers du Sultan
dépofé.
Les Lettres de Génes portent que les Rebelles
de l'Ile de Corfe avoient détruit deux habitations
de Grecs qui étoient établis depuis plufieurs an
Bées dans cette Ifle , & aufquels la République
de Gênes avoit accordé divers Privileges , &
qu'ils en avoient maffacré tous les habitans, fans
épargner les femmes ni les enfans ; que la Répu
I. Vol. I iij
bli
2746 MERCURE DE FRANCE
blique avoit réfolu de prendre des Suiffes à fa
folde pour aller réduire ces Rebelles , & que le
Commandement de ces Troupes étrangeres feroit
donné à M. Anfalde de Grimaldi.
Le bruit vient de fe répandre que l'on a arrêté
dans l'Ile de Corfe le principal Chef des Rebelles
de cette Ifle.
Le Comte de Staremberg eft parti du Camp
de la Lunegiane , avec quatre Bataillons.Le Prince
de Saxe & un autre General Allemand l'ont
fuivi avec deux Regimens d'Infanterie , & le
Comte de Waldeck avec le refte des Troupes Impériales
qui ont pris leurs quartiers dans differens
Villages de la Lombardie.
On écrit de Milan que le Comte Rezzonico
s'étant accommodé avec les parens de Dom Guy
Brevio , qu'il a tué en duel , avoit été remis en
liberté.
la République de Génes s'étoient faifies de plufieurs
Chefs des Rebelles de l'Ile de Corfe, & que
plufieurs Villes de cette le avoient quitté les ar
mes & abandonné le parti des Révoltez.
On a auffi appris de la même Ville, qu'il y étoit
arrivé un Vaiffeau de Smirne , dont le Capitaine
a raporté qu'il y avoit embarqué l'Aga Aggi
Ofman & Mufa- Aly,& qu'il les avoit tranfportez
a l'Ile des Cerfs dans l'Archipel , où ces deux
Pachas le font fauvez pour éviter le fort malheureux
des autres principaux Officiers du Sultan
dépofé.
Les Lettres de Génes portent que les Rebelles
de l'Ile de Corfe avoient détruit deux habitations
de Grecs qui étoient établis depuis plufieurs an
Bées dans cette Ifle , & aufquels la République
de Gênes avoit accordé divers Privileges , &
qu'ils en avoient maffacré tous les habitans, fans
épargner les femmes ni les enfans ; que la Répu
I. Vol. I iij
bli
2746 MERCURE DE FRANCE
blique avoit réfolu de prendre des Suiffes à fa
folde pour aller réduire ces Rebelles , & que le
Commandement de ces Troupes étrangeres feroit
donné à M. Anfalde de Grimaldi.
Le bruit vient de fe répandre que l'on a arrêté
dans l'Ile de Corfe le principal Chef des Rebelles
de cette Ifle.
Le Comte de Staremberg eft parti du Camp
de la Lunegiane , avec quatre Bataillons.Le Prince
de Saxe & un autre General Allemand l'ont
fuivi avec deux Regimens d'Infanterie , & le
Comte de Waldeck avec le refte des Troupes Impériales
qui ont pris leurs quartiers dans differens
Villages de la Lombardie.
On écrit de Milan que le Comte Rezzonico
s'étant accommodé avec les parens de Dom Guy
Brevio , qu'il a tué en duel , avoit été remis en
liberté.
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Résumé : « On a appris par Livourne que les Troupes de la République de Génes s'étoient saisies de plusieurs [...] »
Le texte relate divers événements politiques et militaires en Méditerranée. À Livourne, les troupes génoises ont capturé des chefs rebelles de Corfou, et plusieurs villes de l'île ont capitulé. Les pachas Aga Aggi Ofman et Mufa-Aly se sont réfugiés sur l'île des Cerfs pour échapper au sort des officiers du sultan déposé. Les rebelles de Corfou ont attaqué et massacré les habitants de deux habitations grecques. La République de Gênes a nommé M. Anfalde de Grimaldi pour diriger les troupes étrangères contre les rebelles. Le principal chef des rebelles de Corfou a été arrêté. En Italie, le comte de Staremberg a déplacé ses régiments de la Lunegiane vers la Lombardie. À Milan, le comte Rezzonico a été libéré après un accord avec la famille de Dom Guy Brevio, qu'il avait tué en duel.
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711
p. 2750-2751
Addition aux Nouvelles de Turquie.
Début :
Par les Lettres venuës de Constantinople par Moscou, on apprend que quoique le Grand [...]
Mots clefs :
Constantinople, Conquêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Addition aux Nouvelles de Turquie.
Addition aux Nouvelles de Turquie:
Ar les Lettres venues de Conftantinople par
Mofcou , on apprend que quoique le Grand
Seigneur eut ordonné plufieurs fois aux Janiffaires
de quitter les Armes & de fe retirer chez
eux , on en voyoit tous les jours un affez grand
nombre à la porte du Serrail ,qu'ils demandoient
avec hauteur la tête de plufieurs Miniftres & la
confifcation de leurs biens ; & qu'ayant exigé
auffi qu'on fit de nouveaux Réglemens en faveur
du Commerce avec les Etrangers , S. H. avoit
promis qu'elle en feroit publier un inceffamment,
que le G. S. avoit envoyé ordre au Pacha de
Smirne de faire étrangler Mufa Aly , Ofman
Aga & Agy Aga , favori du Sultan dépofé , mais
7
I. Val.
qu'on
- DECEMBRE. 1730.2751
qu'on avoit appris qu'ils s'étoient fauvez dans
une Ifle de l'Archipel ; que S. H. avoit déposé le
nouvel Hofpodar de Valachie , fils du dernier
Hofpodar , Mauro Cordato, qu'il l'avoit fait enfermer
avec fes enfans , que fes biens avoient été
mis en fequeftre , mais que fon fucceffeur n'étoit
pas encore nommé ; que les fils du Sultan déposé
avoient été enfermez dans les fept Tours , & fes
femmes difperfées dans diverfes Provinces, que les
Troupes du Camp de Scutari avoient eu ordre de
marcher vers Andrinople & d'y attendre de nouveaux
ordres; que le nouveau Roy de Perfe ayant
cu avis de la révolution arrivée à Conftantinople,
s'étoit retiré avec fon Armée du côté de Tauris
où il demeuroit dans l'inaction , ne doutant pas
que le nouveau Sultan ne lui fit bien - tôt propoſer
la Paix ; que le bruit couroit que dans les propo
fitions que le G. S. fait faire à ce Prince , S.H. ne
fouhaitoit de conferver de fes conquêtes que l'ancienne
Babylone , la Province qui en dépend , &
la Géorgie ; qu'elle offroit de rendre les autres.
conquêtes faites par Achmet IIF. & de fournir
des fecours au Roy de Perfe , pour aider à reprendre
les Conquêtes faites en Perfe par le feur
Czar Pierre I. & par la Czarine Catherine fa
veuve.
On mande de Venife qu'on y avoit appris par
des Lettres écrites de Conftantinople , que le G.S.
avoit pris vingt millions dans le Tréfor du Serrail
, pour des preffans befoins , & qu'il faifoit
faire des perquifitions , pour découvrir le lieu de
la retraite du Mufti & de l'Aga des Janiflaires.
Ar les Lettres venues de Conftantinople par
Mofcou , on apprend que quoique le Grand
Seigneur eut ordonné plufieurs fois aux Janiffaires
de quitter les Armes & de fe retirer chez
eux , on en voyoit tous les jours un affez grand
nombre à la porte du Serrail ,qu'ils demandoient
avec hauteur la tête de plufieurs Miniftres & la
confifcation de leurs biens ; & qu'ayant exigé
auffi qu'on fit de nouveaux Réglemens en faveur
du Commerce avec les Etrangers , S. H. avoit
promis qu'elle en feroit publier un inceffamment,
que le G. S. avoit envoyé ordre au Pacha de
Smirne de faire étrangler Mufa Aly , Ofman
Aga & Agy Aga , favori du Sultan dépofé , mais
7
I. Val.
qu'on
- DECEMBRE. 1730.2751
qu'on avoit appris qu'ils s'étoient fauvez dans
une Ifle de l'Archipel ; que S. H. avoit déposé le
nouvel Hofpodar de Valachie , fils du dernier
Hofpodar , Mauro Cordato, qu'il l'avoit fait enfermer
avec fes enfans , que fes biens avoient été
mis en fequeftre , mais que fon fucceffeur n'étoit
pas encore nommé ; que les fils du Sultan déposé
avoient été enfermez dans les fept Tours , & fes
femmes difperfées dans diverfes Provinces, que les
Troupes du Camp de Scutari avoient eu ordre de
marcher vers Andrinople & d'y attendre de nouveaux
ordres; que le nouveau Roy de Perfe ayant
cu avis de la révolution arrivée à Conftantinople,
s'étoit retiré avec fon Armée du côté de Tauris
où il demeuroit dans l'inaction , ne doutant pas
que le nouveau Sultan ne lui fit bien - tôt propoſer
la Paix ; que le bruit couroit que dans les propo
fitions que le G. S. fait faire à ce Prince , S.H. ne
fouhaitoit de conferver de fes conquêtes que l'ancienne
Babylone , la Province qui en dépend , &
la Géorgie ; qu'elle offroit de rendre les autres.
conquêtes faites par Achmet IIF. & de fournir
des fecours au Roy de Perfe , pour aider à reprendre
les Conquêtes faites en Perfe par le feur
Czar Pierre I. & par la Czarine Catherine fa
veuve.
On mande de Venife qu'on y avoit appris par
des Lettres écrites de Conftantinople , que le G.S.
avoit pris vingt millions dans le Tréfor du Serrail
, pour des preffans befoins , & qu'il faifoit
faire des perquifitions , pour découvrir le lieu de
la retraite du Mufti & de l'Aga des Janiflaires.
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Résumé : Addition aux Nouvelles de Turquie.
En décembre 1730, à Constantinople, les janissaires se rassemblaient malgré les ordres du Sultan de déposer les armes. Ils exigeaient la tête de plusieurs ministres, la confiscation de leurs biens et de nouveaux règlements commerciaux avec les étrangers. Le Sultan avait ordonné l'exécution de Musa Aly, Osman Aga et Agy Aga, mais ceux-ci s'étaient réfugiés sur une île de l'Archipel. Le nouveau hospodar de Valachie, Mauro Cordato, avait été déposé et emprisonné avec ses enfants. Les fils du sultan déposé étaient enfermés dans les sept tours, et ses femmes dispersées dans diverses provinces. Les troupes de Scutari devaient marcher vers Andrinople. Le nouveau roi de Perse, informé des événements, s'était retiré avec son armée vers Tauris, attendant une proposition de paix. Des rumeurs indiquaient que le Grand Seigneur souhaitait conserver seulement l'ancienne Babylone, la province dépendante et la Géorgie, offrant de rendre les autres conquêtes et de fournir des secours au roi de Perse. À Venise, on apprenait que le Grand Seigneur avait prélevé vingt millions du trésor du Serrail et menait des enquêtes pour localiser le mufti et l'aga des janissaires.
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712
p. 2903-2915
Description abregée de la Carte generale & historique de la Monarchie & du Militaire de France, &c. [titre d'après la table]
Début :
DESCRIPTION ABREGÉE de la Carte Genérale & Historique, de la Monarchie & du [...]
Mots clefs :
Roi, Officiers, Compagnies, Armes, Infanterie, Régiment, Ordre, Troupes, Royaume, Gardes, Lieutenant, Armures, Maréchaux, Dragons, Carte, Monarchie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description abregée de la Carte generale & historique de la Monarchie & du Militaire de France, &c. [titre d'après la table]
DESCRIPTION ABREGE' de la Carte
Genérale & Hiftorique , de la Monarchie & du
Militaire de France , tant ancien que moderne
avec les explications &c. Dédiée au Roi , préfentée
à Sa Majeſté , à Marli le 17. Fevrier
1730.
>
PREMIERE FEUILLE ou Planche. Un
Soleil , fimbole de la France , au Frontispice ,
accompagné de Cornes d'abondance &c. le Pa-
11. Vol. villon
2904 MERCURE DE FRANCË
villon Royal dans toute fa fplendeur , aux Armes
de France & de Navarre , avec les Supports
tenans les Bannieres de France & de Navarre ,
orné des Colliers des Ordres du Roi , du Cocq.
de la France , avec cette Devife : Implet terrore
Leones , de l'ancien cri de guerre de nos Rois ,
Mont joye S. Denis , le tems de fon origine ,
de l'ancienne devife des Lys , Lilia non laborant,
neque nent. En S. Mathieu , Chapitre 6.
&
;
Au- deffus du Pavillon eft une Minerve * affife
dans fa gloire , appuyée à fa droite fur le Fortrait
du Roi , au milieu de fon bouclier , couronné
par une Renommée , & foutenu par l'Hiftoire
, & à fa gauche eft un Génie heureux qui
apporte à cette Déeffe le Portrait de la Reine
orné de Lys , accompagné des Attributs de la
Sageffe , de la Gloire & de la Science qui l'environnent.
Aux côtés de ce Cartouche font les
Repréfentations en Blazon des Colliers & des
Gordons des Ordres S. Michel & du S. Efprit ,
avec le tems de leurs Inftitutions par les Rois
les Portraits d'Henri le Grand & de Louis le
Grand , Ayeuls de Louis 15. placés au-deffus de
deux Arcs de Triomphes ornés des Armes du
Roi , & cette Devile : Simili candore corufcant,
des Armes de la Reine , & cette devife : Fulget.
inardefcens radiis , des Armes du Dauphin , &
cette Devife : Gratior it dies , des Armes de
Navarre , & cette Devife : Numerat pro dote
triumphos ; & au bas eft le grand Titre en lettres
Aeuronnées qui annonce le fujet de cet Ouvrage,
au deffous duquel eft un nouvel Attribut de la
Paix , repréfenté par trois Lys en fleurs für pied,
un Aigle & un Lion aux côtés , & cette Devife:
Pace data eoeunt Reges , avec une Epigramme
fur l'origine des Lys. Ce grand Cartouche eft
fermé
par de riches ornemens , accompagné de
11. Vel
*deux
DECEMBRE . 1730. 2905
deux grands Palmiers qui foutiennent des Trophées
anciens & modernes , executé en Tailledouce
, fur les deffeins officieux de M. Oppenor.
II. Feuille. Abregé de la Vie des Rois de France
qui ont créé , formé & regimenté les Troupes
du Royaume , avec les évenemens arrivés dans
le cours de leurs Regnes , depuis Pharamond ,
premier Roi , jufqu'à la fin du Regne de Louis
XIV. 65 Roi. Cette Hiftoire renferme l'origine
du nom François , le commencement de la Monarchie
, la naiffance du Chriftianifme dans la
Monarchie , le nombre de Rois de la premiere ,
deuxième & troifiéme Race , & le tems de leurs
durées jufqu'à prefent , avec les Conquêtes & évenemens
mémorables pendant le Regne de Louis
le Grand , détaillés par jours , mois & années ;
enfuite la maladie , les dernieres paroles & la
mort de ce grand Roi , en huit colonnes dans
une Bordure enrichie des Portraits des Rois de
France , & d'Emblêmes de leurs Regnes en Taille
douce.
III . Feuille. Grands & premiers Officiers Militaires
de France qui ont été nommés & gradués
par les Rois depuis le tems de leurs créations &
& inftitutions jufqu'à préfent , fous quels Rois ,
& en quelles années ils ont fervi , diftribués en
dix grandes colonnes.
L
avec-
IV. Feuille . Vue & Perfpective de la Ville de
Paris , Capitale du Royaume , du côté du Pont
Royal les Armes de la Ville au-deffus ,
cette Infcription : Prona fides Principis Urbium.
La defcription abregée de Paris , avec les noms
des Officiers du Gouvernement ; d'un côté eft
la Chronologie des Rois de France & les années
de leurs Regnes , depuis Pharamond , premier
Roi , jufqu'à Louis XV. 66e Roi , & de l'autre
la tige & la Génealogie de la Maifon Royale de
II. Vol. Bourbon ,
2906 MERCURE DE FRANCE
1
Bourbon , depuis Louis de Bourbon , Comte de
Clermont , Petit- Fils de S. Louis IX . 44 Roi ,
jufqu'à Henri IV . Roi de France & de Navarre,
avec les alliances. Enfuite la Maifon du Roi &
fon origine , compofée de huit Compagnies de
la Garde à Cheval & d'une Compagnie de Grenadiers
à Cheval , avec l'Etat Major de la Cour,
ornée aux côtés du Titre de Trophés ancien &
moderne , en Taille -douce , ainfi que les Unifor
mes , Etendarts & Armures d'ordonnance ; ces
premieres Troupes font détaillées fuivant leurs
rangs , & partagées en 15. colonnes fur neuf
lignes , depuis leurs créations jufqu'au 15. Fevrier
1730. avec le nombre des Officiers , des
Ecuyers & Maîtres qui les compofent.
V. Feuille. Vue & Perfpective de Verſailles , du
côté de la grande Place d'Armes , on y voit l'entrée
du Roi dans la premiere Cour , les Gardes
Françoifes & les Gardes Suiffes fous les armes
l'Ecu de France aîlé au - deffus , avec cette Infcription
: Regia Solis , & au deffous la Defcription
abregée de la Ville & Château Royal de
Verfailles & les noms des Officiers du Gouvernement
; d'un côté font les Génealogies & Alliances
de la premiere , deuxième & troifiéme
Branche de la Maiſon Royale de Bourbon , & de
l'autre les Génealogies & Alliances de la quatriéme
& cinquième Branche , dont font iffus depuis
Henri IV. les Rois de France , Philippe V.
Roi d'Espagne , & les Maifons d'Orleans , de
Condé & de Conti.
Enfuite la Gendarmerie & fon origine , compofée
de quatre Compagnies de Gendarmes du
Roi , de fix Compagnies de Gendarmes & de fix
Compagnies de Chevaux-Legers des Princes, avec
l'Etat Major , ornée aux côtés du Titre de Trophées
anciens & modernes , ainfi que leurs Uni-
11. Vel.
formes,
DECEMBRE . 1730. 2907
formes , Etendarts & Armures d'ordonnance . Ces
Compagnies qui marchent après la Maifon du
Roi font détaillées fuivant leurs rangs , & partagées
en 15. colonnes fur feize lignes , depuis
leurs créations juſqu'au 15. Fevrier 1730. avec
le nombre des Officiers.
VI. Feuille. Infanterie Françoife & Etrangere ,
fon origine , fous quel Roi , & en quelle année
elle a été regimentée avec les Etats Majors , ornée
aux côtés du Titre de Trophées anciens & modernes
; enfuite font les noms des Colonels Géneraux
de l'Infanterie Françoife & Etrangere ,
des Suiffes & Grifons au 15. Fevrier 1730. - lacréation
de fes Charges & le tems de leur nomination.
Au deffous font les noms , qualités &
grades des Directeurs & Infpecteurs Géneraux
de l'Infanterie , avec leurs créations , nominations
& départemens. Cette Infanterie eft compofée
de cent Régimens François & de vingt Régimens
Etrangers , à commencer par les Gardes
Françoifes & les Gardes Suiffes , qui font partie
de la Maifon du Roi , & marchent à la tête de
toute l'Infanterie de France , par le Reglement
de Louis XIV . & enfuite de Picardie , Piemier
Régiment &c. détaillés fuivant leurs rangs,
avec leurs Drapeaux , Uniformes & armures
d'ordonnance , & partagées en trois grandes colonnes
, qui comprennent 15. colonnes chacune
fur dix-fept lignes
VII. Feuille. Suite de l'Infanterie Françoiſe
& Etrangere , compriſe dans 3. grandes colonnes,
qui forment quinze colonnes chacune , ſur 23.
Tignes , détaillée comme ci - deffus , & au bas le
nombre géneral des Officiers , celui des Régimens
fur pied , des Cadets , Sergens , Soldats ,
Tambours & Fifres qui les compofent , tant
François qu'Etrangers , avec le nombre géneral
11, Vol.
de
2908 MERCURE DE FRANCE
de leurs Drapeaux , Colonels & armures d'or
donnance jufqu'au 15. Fevrier 1730.
VIII. Feuille. Cavalerie Legere Françoife
& Etrangere & fon origine , fous quel Roí , &
quelle année elle a été régimentée avec les
Etats Majors , ornêe aux côtez du titre de Trophées
ancien & moderne , les noms des Cololonels
, Meftre de Camp & Commiffaires Geneneraux
de la Cavalerie ; au 15. Février 1730. là
création de fes Charges & le tems de leur nominations
; au-deffous les noms , qualitez & Grades
des Directeurs & Infpecteurs Generaux de la Cavalerie
, avec leurs créations , nominations &
départemens ; cette Cavalerie eft compofée de 54.
Régimens François , à commencer par celui du
Colonel General , premier Régiment, &c. y compris
le Régiment Royal de Carabiniers , & de 5 .
Régimens étrangers , compris les deux Régimens
d'Huffarts , détaillez fuivant leurs rangs , avec
leurs Etendarts uniformes & Armures d'Ordonnance
, & partagées en 3. grandes Colonnes qui
comprennent 14. Colonnes chacune , fur trente
lignes.
IX. Feuille , fuite de la Cavalerie Legere Françoife
& Etrangere , détaillée comme cy- deffus
& au bas le nombre general des Officiers , celui
des Régimens fur pied , des Maréchaux des Logis
, des Brigadiers , Fouriers , Maîtres , Trompettes
& Timballiers qui les compofent , tant
François qu'Etrangers , avec le nombre general
de leurs Etendarts , juſques & compris l'Ordonnance
du Roi du 30. Mars 1730.
en
Dragons & leur origine , fous quel Roi ,
quelle année ils ont été régimentez , avec les Etats
Majors ; ornée aux côtez du titre de Trophée
ancien & moderne , enfuite font les noms des
Colonels & Meftres de Camp generaux des Dra-
2
II. Vol gons
DECEMBRE. 1730. 2909
gons , au 15. Février 1730. la création de fes
Charges & le tems de leur nomination . Ces
Dragons font compofez de 15. Régimens , à
commencer par celui du Colonel General , premier
Régiment , &c. fuivant leurs rangs , avec
leurs Etendarts uniformes & Armures d'Ordonnance
, partagez en deux grandes Colomnes qui
comprennent 14. Colonnes chacune , fur 15. lidans
la 8 & 9e Feuille ; & au bas le nombre
general des Officiers , celui des Régimens fur
pied , des Maréchaux des Logis , des Brigadiers,
Fouriers , Dragons & Tambours qui les compofent
, avec le nombre general de leurs Etendarts ,
jufqu'au 15. Février 1730 .
gnes ,
Troupes formées en Compagnies , Bataillons ,
Efcadrons & Brigades , au nombre de 822. Compagnies
& un quart de Compagnie , tant François
qu'Etrangers , avec les Etats - Majors , qui
font , la Compagnie des cent Gardes Suiffes ordinaires
du Corps du Roi ; celle des Gardes de la
Porte ; celle des Gardes de la Prévôté de l'Hôtel ;
les deux Compagnies des Cadets Gentilhommes ;
les Compagnies de l'Hôtel Royal des Officiers &
Soldats Invalides ; celles des Soldats de Milices ;
les Compagnies Franches & de Partifans ; celle
de la Connétablie de France ; & les Compagnies
des Maréchauffées duRoyaume, qui font Militaires
depuis l'Ordonnance du Roi de 1720. détaillez
depuis leurs créations jufqu'au 15. Février 1739.
ornée aux côtez du titre de Trophée ancien &
moderne , ainfi que leurs Drapeaux , Etendarts
uniformes & Armures d'Ordonnance ; avec le
nombre general d'Officiers & d'hommes qu'elles
compofent.
Dixiéme Feuille . Maréchaux de France , vivans
au 15 Février 1730. ornée aux côtez du titre des
Bâtons des Maréchaux de France , & des Bâtons
11. Vel.
de
2910 MERCURE DE FRANCE
de Commandans ; leur origine & dates de leurs
Promotions , avec celles de leurs Receptions de
Chevaliers des Ordres du Roy ; les noms , &
qualitez des Gouverneurs & Lieutenans Generaux
des Provinces du Royaume & leur origine ; les
années de leurs nominations & receptions de
Chevaliers des Ordres du Roy , la fuite des Chevaliers
des Ordres du Roy & dattes de leurs receptions
, le nombre general des Gouverneurs
Lieutenans de Roy , Commandans , Majors ,
Aydes- Majors & Capitaines des Portes, des Etats
Majors des Villes principales & Places de Guerre
du Royaume.
A droite , font les Officiers Generaux des Armées
, vivans au 15 Février 1730. qui comprennent
les noms & qualitez des Lieutenans Generaux
& des Maréchaux de Camp; leurs créations,
dattes de leurs nominations & leurs receptions de
Chevaliers des Ordres du Roy. De l'autre côté ,
font les noms & qualitez des Brigadiers des Armées
du Roy , vivans au 15 Février 1730 .
de
l'Infanterie , de la Cavalerie , & des Dragons ,
avec leurs créations , dattes de leurs nominations
& receptions de Chevaliers des Ordres du Roy.
Enfuite font les noms & qualitez des Maréchaux
Generaux des Logis , des Camps & Armées du
Roy , du Major General de l'Infanterie, du Maréchal
general, & des deux Maréchaux des Logis
de la Cavalerie , avec leurs créations & nominations.
Au bas eft le commencement des Batailles
mémorables que les François ont gagnées ,
depuis la Fondation de la Monarchie,depuis Tolbiac
, en 496. jufqu'en 1485. fous quels Rois &
en quelles années , reprefentées en fept Tableaux.
Onziéme feuille. Commencement de l'Hiftoire
abregée de Louis XV. 66 Roy , avec les prin-
>
II. Vol
cipaux
DECEMBRE. 1730. 2911
cipaux évenemens arrivez depuis la naiffance de
Sa Majefté , juſqu'au 15 Février 1730. Vingtiéme
année accomplie de Sa Majefté , ornée de
Portiques Royaux , & cette devife : Dulce & decorum,
reprefentée en taille douce par la Maffuë
d'Hercule , debout ; entrelaffée de branches d'Olivier
& de Laurier. Au deffous font les armes du
Duc d'Orleans , premier Prince du Sang, Grand
Maître de l'Ordre Royal, Militaire & Hofpitalier
de Notre-Dame du Mont Carmel & de S. Lazare
de Jerufalem ; fa nomination par le Roy , Protecteur
& Fondateur de l'Ordre , & la devife :
Dieu, & mon Roy. L'origine & la Defcription
de l'Ordre de S. Lazare , & de celui de Notre-
Dame du Mont- Carmel , réuni par Henri IV.
Au côté droit et l'Artillerie de France , avec
fes Attributs , les Armes du Duc du Maine, Prince
du Sang , Grand Maître & Capitaine general ,
avec fa nomination par Louis XIV . & cette Devife
: Ratio ultima Regum. Les Principaux Officiers
de l'Artillerie nommez , depuis fon origine
jufqu'au 15 Février 1730. Au bas , le Corps
des Off..Ingén.du Roy,& fon origine ordinaire ;
détaillez fous les ordres du Marquis d'Asfeld ,
Directeur general des Fortifications de France ,
&c. De l'autre côté , la dignité de Miniſtre & Sécretaire
d'Etat de la Guerre , la création de cette
Charge , les noms , & années des nominations
dés Intendans , Commiffaires du Roy , départis
dans les Généralitez du Royaume , les Capitaines
, Prevots , Grands - Baillifs & Sénéchaux
d'Epée , qui commandent la Nobleſſe de France ,
& leur origine , avec leurs Lieutenans d'Epée ,
dans les Pays & Généralitez où ils réfident ; les
noms des Commiflaires ordinaires , Provinciaux
des Guerres , dans les départemens du Royaume,
& leur création.Au deffous font tous les Officiers
11. Vol. G Prin2912
MERCURE DE FRANCE
Principaux en charge & par commiffion , tant
d'Epée , que de Finances , attachez au Militaire ,
fuivant leurs créations , départemens & années
d'exercice. Au bas eft la fuite des Batailles mémorables
que les François ont gagnées depuis
1488. jufqu'en 1645 , fous quels Rois & en quelles
années , en fept Tableaux .
Douziéme Feuille. Récapitulation generale des
Officiers & des Troupes , ornée aux côtez de
Trophées & d'attributs militaires ; fçavoir , les
nombres generaux des Officiers de la Maifon du
Roy, de la Gendarmerie , des Colonels , Meftres
de Camp , Lieutenans Colonels , Commandans ,
Majors , Aydes- Majors , Capitaines , Lieutenans
& Officiers fubalternes de toutes les Troupes dų
Roy , en pied , regimentées, & formées en Compagnie
, avec leur montant general,tant François
qu'Etrangers.
Les nombres generaux des Brigadiers d'armée,
Meftres de Camp , Lieutenans Colonels, Majors ,
Capitaines & Lieutenans Réformez , tant à la fuite
de l'Infanterie , de la Cavalerie Françoise &
Etrangere , que des Dragons ; à la fuite des Places
de Guerre , & formez par Brigades fur les
Frontiéres ; ainfi que les Officiers retirez dans
les Provinces , par leurs anciens fervices ; avec
leur montant general, tant François qu'Etrangers,
Au côté droit , font les Récompenfes honorables
; reprefentées. par la Vertu , jointe aux attri
buts militaires , en forme de Trophée; les Ordres
du Roy , avec cette Devile : Honori non prada ,
au deffous font les Defcriptions des premiers
Ordres de S. Michel , & du S. Efprit , depuis
leurs inftitutions jufqu'à préfent.De l'autre côté,
font les Récompenfes Militaires , l'Ordre Royal
des Chevaliers de S. Louis , reprefenté par la vûë
de l'Hôtel Royal des Invalides, avec cette devife !
Beili II. Vol.
DECEMBRE 1730. 2913
Bellica Præmium Virtutis . Son établiſſement par
LOUIS XIV. jufqu'à prefent , &c. Au deffous
font les nombres generaux détaillez par rangs ,
des Ecuyers , Maîtres de la Maiſon du Roy , des
Maîtres de la Gendarmerie , des Soldats de l'In,
fanterie , des Maîtres de la Cavalerie , François
& Etrangers , & des Dragons , diftinguez par
colonnes , avec le nombre general des Bataillons
& d'Eſcadrons de chaque Corps de Troupes, formées
en Compagnies & en Regimens fur pied ,
le 15 Février 1730. Et au bas , le montant general
des Troupes de Terre , tirées complettes ,
fuivant la derniere Ordonnance du Roy, du 10
Decembre 1727.qui regle le payement des Troupes
de Sa Majefté; au côté droit eft l'étimologic
du mot d'Infanterie , fon origine & changement,
fucceffivement jufqu'à prefent ; l'origine de la
Maifon du Roy , & des premiers Gardes de la
Perfonne Sacrée des Rois ; de la premiere Gendarmerie
, de la premiere Cavalerie legere & des
premiers Dragons de France. Au deffous eft la
Notice des Ordonnances Royales & Militaires &
des Ecrivains que l'Auteur de cette compilation
a confultez , avec la datte des Editions de leurs
ouvrages. Et au côté gauche , des Obfervations
abrégées pour la Regle & la Difcipline des Troupes
, extraites de l'Ordonnance du Roy de 1727.
Au bas de cette derniere feuille , eft la fuite des
Batailles mémorables, gagnées par les François,
depuis 1645.jufqu'en 1712.de la derniere Guerre,
qui font terminées par le vrai caractere & qualitez
que doit avoir un parfait homme de Guerre ;
reprefentées en fept Tableaux.
La Bordure de cette Carte a fept pouces de
large ; dans tout fon contour , elle renferme 110
Plants,avec les Deſcriptions aux côtez & le nombre
d'Officiers des Etats Majors complets & non
11. Vol.
Gij coms
2914 MERCURE
DE FRCEAN
complets , de chacune des principales Places de
Guerre & Maritimes du Royaume,diftinguez par
départemens & gouvernemens generaux des Provinces,
avec leurs diftances de Paris , & de l'une à
l'autre ; fçavoir , de Picardie , Artois , Flandres ,
Haynault ,Champagne,des Trois - Evêchez, Alface,
Franche-Comté , Bourgogne , Dauphiné , Provence
, Languedoc , Rouffillon , Béarne & Bifcaye,
Guyenne, Pays d'Aunis, Bretagne & Normandie
, le tout exécutez en Taille douce ; ornées
de Fleurs de Lys, de Palmes , & de Lauriers ;
le milieu de la Bordure de la droite renferme la
Defcription hiftorique du Royaume de France
fondé l'an 420. & le milieu de la gauche , la Deſcription
hiftorique du Royaume du Pologne ,
fondé l'an 550. Le milieu du bas de cette Bordure
eft enrichi des Chifres Royaux ,couronnez des armes
de la Reine & du Dauphin,toujours en taille
douce;& les coins font fermez par la Repréſentation
des quatre Principaux vents , avec Trompettes
& Banderolles de France & de Navarre
en forme de Renommée.
?
Pour la facilité de l'ufage & de la vente de cette
Carte , à un prix raifonnable , on la mettra dans
toute fon étendue,fur Gorges, elle aura fept pieds
en quarré , compris fa Bordure ; laquelle contiendra
dix - neuf demie- feuilles de papier grand
de 22 Aigle , affemblées par ordre militaire ,
pouces fur 16 pouces de haut chaque feuille , elle
pourra fe mettre dans une place proportionnée
à cette étendue.
Pour la facilité & la portée de la vûë, la Carte
fera féparée en deux parties,montées fur Gorges,
par moitié , confervant toujours fa même largeur
, réduite à trois pieds & demi de hauteur ,
que pourra placer de bout en bout
a vis, dans une Salle ou Galerie, &
l'on
pour
3 ou visla
com-
II. Vol
moDECEMBRE.
1730. 2915
modité du Cabinet, des Bibliotheques & du tranf
port ; cette Carte ſera réduite & formée en livre
de dix-neuf feuilles ou Planches entieres , numérotées
, de la même hauteur & largeur que les
feuilles cy-deffus expliquées, attachées à onglets ,
& couvert d'un papier marbré ; grand in folio ,
que
l'on pourra
faire relier, non compris la feuille
d'Avertiffement qui y fera jointe, pour trouver
& joindre enfemble facilement les differens fujets
de cet Ouvrage , aifez à fatisfaire la connoiffance
de l'Hiftoire & du Militaire.
L'Auteur ſe promet , par fon extrême diligence
, de pouvoir faire achever la gravure & l'impreffion
dans le courant de l'année prochaine
1731. Et quant aux differents changemens
& mutations du Militaire arrivez depuis
l'Epoque de cette Carte , du 'IS Fév. 1730
& qui arriveront juſqu'au 15 Fév. 1731. l'Auteur
donnera alors un petit Livret imprimé, fous
le titre de Supplément aux Explications Militai
res , qu'il continuera de donner à peu de frais ,
d'année en année , le même jour 15 Février, pour
fuppléer & foutenir l'état préfent, en tous temps,
de la Carte generale de la Monarchie & du Militaire
de France , tant ancien que moderne , en
vertu de fon Privilége.
Le fieur Lemau Delajaiffe Auteur & Inventeur
, ancien Officier de la Maiſon d'Orleans , &
dans l'Ordre de S. Lazare , loge à Paris , ruë
près la Fontaine de Richelieu , où il fera voir
l'Original de cet Ouvrage.
Genérale & Hiftorique , de la Monarchie & du
Militaire de France , tant ancien que moderne
avec les explications &c. Dédiée au Roi , préfentée
à Sa Majeſté , à Marli le 17. Fevrier
1730.
>
PREMIERE FEUILLE ou Planche. Un
Soleil , fimbole de la France , au Frontispice ,
accompagné de Cornes d'abondance &c. le Pa-
11. Vol. villon
2904 MERCURE DE FRANCË
villon Royal dans toute fa fplendeur , aux Armes
de France & de Navarre , avec les Supports
tenans les Bannieres de France & de Navarre ,
orné des Colliers des Ordres du Roi , du Cocq.
de la France , avec cette Devife : Implet terrore
Leones , de l'ancien cri de guerre de nos Rois ,
Mont joye S. Denis , le tems de fon origine ,
de l'ancienne devife des Lys , Lilia non laborant,
neque nent. En S. Mathieu , Chapitre 6.
&
;
Au- deffus du Pavillon eft une Minerve * affife
dans fa gloire , appuyée à fa droite fur le Fortrait
du Roi , au milieu de fon bouclier , couronné
par une Renommée , & foutenu par l'Hiftoire
, & à fa gauche eft un Génie heureux qui
apporte à cette Déeffe le Portrait de la Reine
orné de Lys , accompagné des Attributs de la
Sageffe , de la Gloire & de la Science qui l'environnent.
Aux côtés de ce Cartouche font les
Repréfentations en Blazon des Colliers & des
Gordons des Ordres S. Michel & du S. Efprit ,
avec le tems de leurs Inftitutions par les Rois
les Portraits d'Henri le Grand & de Louis le
Grand , Ayeuls de Louis 15. placés au-deffus de
deux Arcs de Triomphes ornés des Armes du
Roi , & cette Devile : Simili candore corufcant,
des Armes de la Reine , & cette devife : Fulget.
inardefcens radiis , des Armes du Dauphin , &
cette Devife : Gratior it dies , des Armes de
Navarre , & cette Devife : Numerat pro dote
triumphos ; & au bas eft le grand Titre en lettres
Aeuronnées qui annonce le fujet de cet Ouvrage,
au deffous duquel eft un nouvel Attribut de la
Paix , repréfenté par trois Lys en fleurs für pied,
un Aigle & un Lion aux côtés , & cette Devife:
Pace data eoeunt Reges , avec une Epigramme
fur l'origine des Lys. Ce grand Cartouche eft
fermé
par de riches ornemens , accompagné de
11. Vel
*deux
DECEMBRE . 1730. 2905
deux grands Palmiers qui foutiennent des Trophées
anciens & modernes , executé en Tailledouce
, fur les deffeins officieux de M. Oppenor.
II. Feuille. Abregé de la Vie des Rois de France
qui ont créé , formé & regimenté les Troupes
du Royaume , avec les évenemens arrivés dans
le cours de leurs Regnes , depuis Pharamond ,
premier Roi , jufqu'à la fin du Regne de Louis
XIV. 65 Roi. Cette Hiftoire renferme l'origine
du nom François , le commencement de la Monarchie
, la naiffance du Chriftianifme dans la
Monarchie , le nombre de Rois de la premiere ,
deuxième & troifiéme Race , & le tems de leurs
durées jufqu'à prefent , avec les Conquêtes & évenemens
mémorables pendant le Regne de Louis
le Grand , détaillés par jours , mois & années ;
enfuite la maladie , les dernieres paroles & la
mort de ce grand Roi , en huit colonnes dans
une Bordure enrichie des Portraits des Rois de
France , & d'Emblêmes de leurs Regnes en Taille
douce.
III . Feuille. Grands & premiers Officiers Militaires
de France qui ont été nommés & gradués
par les Rois depuis le tems de leurs créations &
& inftitutions jufqu'à préfent , fous quels Rois ,
& en quelles années ils ont fervi , diftribués en
dix grandes colonnes.
L
avec-
IV. Feuille . Vue & Perfpective de la Ville de
Paris , Capitale du Royaume , du côté du Pont
Royal les Armes de la Ville au-deffus ,
cette Infcription : Prona fides Principis Urbium.
La defcription abregée de Paris , avec les noms
des Officiers du Gouvernement ; d'un côté eft
la Chronologie des Rois de France & les années
de leurs Regnes , depuis Pharamond , premier
Roi , jufqu'à Louis XV. 66e Roi , & de l'autre
la tige & la Génealogie de la Maifon Royale de
II. Vol. Bourbon ,
2906 MERCURE DE FRANCE
1
Bourbon , depuis Louis de Bourbon , Comte de
Clermont , Petit- Fils de S. Louis IX . 44 Roi ,
jufqu'à Henri IV . Roi de France & de Navarre,
avec les alliances. Enfuite la Maifon du Roi &
fon origine , compofée de huit Compagnies de
la Garde à Cheval & d'une Compagnie de Grenadiers
à Cheval , avec l'Etat Major de la Cour,
ornée aux côtés du Titre de Trophés ancien &
moderne , en Taille -douce , ainfi que les Unifor
mes , Etendarts & Armures d'ordonnance ; ces
premieres Troupes font détaillées fuivant leurs
rangs , & partagées en 15. colonnes fur neuf
lignes , depuis leurs créations jufqu'au 15. Fevrier
1730. avec le nombre des Officiers , des
Ecuyers & Maîtres qui les compofent.
V. Feuille. Vue & Perfpective de Verſailles , du
côté de la grande Place d'Armes , on y voit l'entrée
du Roi dans la premiere Cour , les Gardes
Françoifes & les Gardes Suiffes fous les armes
l'Ecu de France aîlé au - deffus , avec cette Infcription
: Regia Solis , & au deffous la Defcription
abregée de la Ville & Château Royal de
Verfailles & les noms des Officiers du Gouvernement
; d'un côté font les Génealogies & Alliances
de la premiere , deuxième & troifiéme
Branche de la Maiſon Royale de Bourbon , & de
l'autre les Génealogies & Alliances de la quatriéme
& cinquième Branche , dont font iffus depuis
Henri IV. les Rois de France , Philippe V.
Roi d'Espagne , & les Maifons d'Orleans , de
Condé & de Conti.
Enfuite la Gendarmerie & fon origine , compofée
de quatre Compagnies de Gendarmes du
Roi , de fix Compagnies de Gendarmes & de fix
Compagnies de Chevaux-Legers des Princes, avec
l'Etat Major , ornée aux côtés du Titre de Trophées
anciens & modernes , ainfi que leurs Uni-
11. Vel.
formes,
DECEMBRE . 1730. 2907
formes , Etendarts & Armures d'ordonnance . Ces
Compagnies qui marchent après la Maifon du
Roi font détaillées fuivant leurs rangs , & partagées
en 15. colonnes fur feize lignes , depuis
leurs créations juſqu'au 15. Fevrier 1730. avec
le nombre des Officiers.
VI. Feuille. Infanterie Françoife & Etrangere ,
fon origine , fous quel Roi , & en quelle année
elle a été regimentée avec les Etats Majors , ornée
aux côtés du Titre de Trophées anciens & modernes
; enfuite font les noms des Colonels Géneraux
de l'Infanterie Françoife & Etrangere ,
des Suiffes & Grifons au 15. Fevrier 1730. - lacréation
de fes Charges & le tems de leur nomination.
Au deffous font les noms , qualités &
grades des Directeurs & Infpecteurs Géneraux
de l'Infanterie , avec leurs créations , nominations
& départemens. Cette Infanterie eft compofée
de cent Régimens François & de vingt Régimens
Etrangers , à commencer par les Gardes
Françoifes & les Gardes Suiffes , qui font partie
de la Maifon du Roi , & marchent à la tête de
toute l'Infanterie de France , par le Reglement
de Louis XIV . & enfuite de Picardie , Piemier
Régiment &c. détaillés fuivant leurs rangs,
avec leurs Drapeaux , Uniformes & armures
d'ordonnance , & partagées en trois grandes colonnes
, qui comprennent 15. colonnes chacune
fur dix-fept lignes
VII. Feuille. Suite de l'Infanterie Françoiſe
& Etrangere , compriſe dans 3. grandes colonnes,
qui forment quinze colonnes chacune , ſur 23.
Tignes , détaillée comme ci - deffus , & au bas le
nombre géneral des Officiers , celui des Régimens
fur pied , des Cadets , Sergens , Soldats ,
Tambours & Fifres qui les compofent , tant
François qu'Etrangers , avec le nombre géneral
11, Vol.
de
2908 MERCURE DE FRANCE
de leurs Drapeaux , Colonels & armures d'or
donnance jufqu'au 15. Fevrier 1730.
VIII. Feuille. Cavalerie Legere Françoife
& Etrangere & fon origine , fous quel Roí , &
quelle année elle a été régimentée avec les
Etats Majors , ornêe aux côtez du titre de Trophées
ancien & moderne , les noms des Cololonels
, Meftre de Camp & Commiffaires Geneneraux
de la Cavalerie ; au 15. Février 1730. là
création de fes Charges & le tems de leur nominations
; au-deffous les noms , qualitez & Grades
des Directeurs & Infpecteurs Generaux de la Cavalerie
, avec leurs créations , nominations &
départemens ; cette Cavalerie eft compofée de 54.
Régimens François , à commencer par celui du
Colonel General , premier Régiment, &c. y compris
le Régiment Royal de Carabiniers , & de 5 .
Régimens étrangers , compris les deux Régimens
d'Huffarts , détaillez fuivant leurs rangs , avec
leurs Etendarts uniformes & Armures d'Ordonnance
, & partagées en 3. grandes Colonnes qui
comprennent 14. Colonnes chacune , fur trente
lignes.
IX. Feuille , fuite de la Cavalerie Legere Françoife
& Etrangere , détaillée comme cy- deffus
& au bas le nombre general des Officiers , celui
des Régimens fur pied , des Maréchaux des Logis
, des Brigadiers , Fouriers , Maîtres , Trompettes
& Timballiers qui les compofent , tant
François qu'Etrangers , avec le nombre general
de leurs Etendarts , juſques & compris l'Ordonnance
du Roi du 30. Mars 1730.
en
Dragons & leur origine , fous quel Roi ,
quelle année ils ont été régimentez , avec les Etats
Majors ; ornée aux côtez du titre de Trophée
ancien & moderne , enfuite font les noms des
Colonels & Meftres de Camp generaux des Dra-
2
II. Vol gons
DECEMBRE. 1730. 2909
gons , au 15. Février 1730. la création de fes
Charges & le tems de leur nomination . Ces
Dragons font compofez de 15. Régimens , à
commencer par celui du Colonel General , premier
Régiment , &c. fuivant leurs rangs , avec
leurs Etendarts uniformes & Armures d'Ordonnance
, partagez en deux grandes Colomnes qui
comprennent 14. Colonnes chacune , fur 15. lidans
la 8 & 9e Feuille ; & au bas le nombre
general des Officiers , celui des Régimens fur
pied , des Maréchaux des Logis , des Brigadiers,
Fouriers , Dragons & Tambours qui les compofent
, avec le nombre general de leurs Etendarts ,
jufqu'au 15. Février 1730 .
gnes ,
Troupes formées en Compagnies , Bataillons ,
Efcadrons & Brigades , au nombre de 822. Compagnies
& un quart de Compagnie , tant François
qu'Etrangers , avec les Etats - Majors , qui
font , la Compagnie des cent Gardes Suiffes ordinaires
du Corps du Roi ; celle des Gardes de la
Porte ; celle des Gardes de la Prévôté de l'Hôtel ;
les deux Compagnies des Cadets Gentilhommes ;
les Compagnies de l'Hôtel Royal des Officiers &
Soldats Invalides ; celles des Soldats de Milices ;
les Compagnies Franches & de Partifans ; celle
de la Connétablie de France ; & les Compagnies
des Maréchauffées duRoyaume, qui font Militaires
depuis l'Ordonnance du Roi de 1720. détaillez
depuis leurs créations jufqu'au 15. Février 1739.
ornée aux côtez du titre de Trophée ancien &
moderne , ainfi que leurs Drapeaux , Etendarts
uniformes & Armures d'Ordonnance ; avec le
nombre general d'Officiers & d'hommes qu'elles
compofent.
Dixiéme Feuille . Maréchaux de France , vivans
au 15 Février 1730. ornée aux côtez du titre des
Bâtons des Maréchaux de France , & des Bâtons
11. Vel.
de
2910 MERCURE DE FRANCE
de Commandans ; leur origine & dates de leurs
Promotions , avec celles de leurs Receptions de
Chevaliers des Ordres du Roy ; les noms , &
qualitez des Gouverneurs & Lieutenans Generaux
des Provinces du Royaume & leur origine ; les
années de leurs nominations & receptions de
Chevaliers des Ordres du Roy , la fuite des Chevaliers
des Ordres du Roy & dattes de leurs receptions
, le nombre general des Gouverneurs
Lieutenans de Roy , Commandans , Majors ,
Aydes- Majors & Capitaines des Portes, des Etats
Majors des Villes principales & Places de Guerre
du Royaume.
A droite , font les Officiers Generaux des Armées
, vivans au 15 Février 1730. qui comprennent
les noms & qualitez des Lieutenans Generaux
& des Maréchaux de Camp; leurs créations,
dattes de leurs nominations & leurs receptions de
Chevaliers des Ordres du Roy. De l'autre côté ,
font les noms & qualitez des Brigadiers des Armées
du Roy , vivans au 15 Février 1730 .
de
l'Infanterie , de la Cavalerie , & des Dragons ,
avec leurs créations , dattes de leurs nominations
& receptions de Chevaliers des Ordres du Roy.
Enfuite font les noms & qualitez des Maréchaux
Generaux des Logis , des Camps & Armées du
Roy , du Major General de l'Infanterie, du Maréchal
general, & des deux Maréchaux des Logis
de la Cavalerie , avec leurs créations & nominations.
Au bas eft le commencement des Batailles
mémorables que les François ont gagnées ,
depuis la Fondation de la Monarchie,depuis Tolbiac
, en 496. jufqu'en 1485. fous quels Rois &
en quelles années , reprefentées en fept Tableaux.
Onziéme feuille. Commencement de l'Hiftoire
abregée de Louis XV. 66 Roy , avec les prin-
>
II. Vol
cipaux
DECEMBRE. 1730. 2911
cipaux évenemens arrivez depuis la naiffance de
Sa Majefté , juſqu'au 15 Février 1730. Vingtiéme
année accomplie de Sa Majefté , ornée de
Portiques Royaux , & cette devife : Dulce & decorum,
reprefentée en taille douce par la Maffuë
d'Hercule , debout ; entrelaffée de branches d'Olivier
& de Laurier. Au deffous font les armes du
Duc d'Orleans , premier Prince du Sang, Grand
Maître de l'Ordre Royal, Militaire & Hofpitalier
de Notre-Dame du Mont Carmel & de S. Lazare
de Jerufalem ; fa nomination par le Roy , Protecteur
& Fondateur de l'Ordre , & la devife :
Dieu, & mon Roy. L'origine & la Defcription
de l'Ordre de S. Lazare , & de celui de Notre-
Dame du Mont- Carmel , réuni par Henri IV.
Au côté droit et l'Artillerie de France , avec
fes Attributs , les Armes du Duc du Maine, Prince
du Sang , Grand Maître & Capitaine general ,
avec fa nomination par Louis XIV . & cette Devife
: Ratio ultima Regum. Les Principaux Officiers
de l'Artillerie nommez , depuis fon origine
jufqu'au 15 Février 1730. Au bas , le Corps
des Off..Ingén.du Roy,& fon origine ordinaire ;
détaillez fous les ordres du Marquis d'Asfeld ,
Directeur general des Fortifications de France ,
&c. De l'autre côté , la dignité de Miniſtre & Sécretaire
d'Etat de la Guerre , la création de cette
Charge , les noms , & années des nominations
dés Intendans , Commiffaires du Roy , départis
dans les Généralitez du Royaume , les Capitaines
, Prevots , Grands - Baillifs & Sénéchaux
d'Epée , qui commandent la Nobleſſe de France ,
& leur origine , avec leurs Lieutenans d'Epée ,
dans les Pays & Généralitez où ils réfident ; les
noms des Commiflaires ordinaires , Provinciaux
des Guerres , dans les départemens du Royaume,
& leur création.Au deffous font tous les Officiers
11. Vol. G Prin2912
MERCURE DE FRANCE
Principaux en charge & par commiffion , tant
d'Epée , que de Finances , attachez au Militaire ,
fuivant leurs créations , départemens & années
d'exercice. Au bas eft la fuite des Batailles mémorables
que les François ont gagnées depuis
1488. jufqu'en 1645 , fous quels Rois & en quelles
années , en fept Tableaux .
Douziéme Feuille. Récapitulation generale des
Officiers & des Troupes , ornée aux côtez de
Trophées & d'attributs militaires ; fçavoir , les
nombres generaux des Officiers de la Maifon du
Roy, de la Gendarmerie , des Colonels , Meftres
de Camp , Lieutenans Colonels , Commandans ,
Majors , Aydes- Majors , Capitaines , Lieutenans
& Officiers fubalternes de toutes les Troupes dų
Roy , en pied , regimentées, & formées en Compagnie
, avec leur montant general,tant François
qu'Etrangers.
Les nombres generaux des Brigadiers d'armée,
Meftres de Camp , Lieutenans Colonels, Majors ,
Capitaines & Lieutenans Réformez , tant à la fuite
de l'Infanterie , de la Cavalerie Françoise &
Etrangere , que des Dragons ; à la fuite des Places
de Guerre , & formez par Brigades fur les
Frontiéres ; ainfi que les Officiers retirez dans
les Provinces , par leurs anciens fervices ; avec
leur montant general, tant François qu'Etrangers,
Au côté droit , font les Récompenfes honorables
; reprefentées. par la Vertu , jointe aux attri
buts militaires , en forme de Trophée; les Ordres
du Roy , avec cette Devile : Honori non prada ,
au deffous font les Defcriptions des premiers
Ordres de S. Michel , & du S. Efprit , depuis
leurs inftitutions jufqu'à préfent.De l'autre côté,
font les Récompenfes Militaires , l'Ordre Royal
des Chevaliers de S. Louis , reprefenté par la vûë
de l'Hôtel Royal des Invalides, avec cette devife !
Beili II. Vol.
DECEMBRE 1730. 2913
Bellica Præmium Virtutis . Son établiſſement par
LOUIS XIV. jufqu'à prefent , &c. Au deffous
font les nombres generaux détaillez par rangs ,
des Ecuyers , Maîtres de la Maiſon du Roy , des
Maîtres de la Gendarmerie , des Soldats de l'In,
fanterie , des Maîtres de la Cavalerie , François
& Etrangers , & des Dragons , diftinguez par
colonnes , avec le nombre general des Bataillons
& d'Eſcadrons de chaque Corps de Troupes, formées
en Compagnies & en Regimens fur pied ,
le 15 Février 1730. Et au bas , le montant general
des Troupes de Terre , tirées complettes ,
fuivant la derniere Ordonnance du Roy, du 10
Decembre 1727.qui regle le payement des Troupes
de Sa Majefté; au côté droit eft l'étimologic
du mot d'Infanterie , fon origine & changement,
fucceffivement jufqu'à prefent ; l'origine de la
Maifon du Roy , & des premiers Gardes de la
Perfonne Sacrée des Rois ; de la premiere Gendarmerie
, de la premiere Cavalerie legere & des
premiers Dragons de France. Au deffous eft la
Notice des Ordonnances Royales & Militaires &
des Ecrivains que l'Auteur de cette compilation
a confultez , avec la datte des Editions de leurs
ouvrages. Et au côté gauche , des Obfervations
abrégées pour la Regle & la Difcipline des Troupes
, extraites de l'Ordonnance du Roy de 1727.
Au bas de cette derniere feuille , eft la fuite des
Batailles mémorables, gagnées par les François,
depuis 1645.jufqu'en 1712.de la derniere Guerre,
qui font terminées par le vrai caractere & qualitez
que doit avoir un parfait homme de Guerre ;
reprefentées en fept Tableaux.
La Bordure de cette Carte a fept pouces de
large ; dans tout fon contour , elle renferme 110
Plants,avec les Deſcriptions aux côtez & le nombre
d'Officiers des Etats Majors complets & non
11. Vol.
Gij coms
2914 MERCURE
DE FRCEAN
complets , de chacune des principales Places de
Guerre & Maritimes du Royaume,diftinguez par
départemens & gouvernemens generaux des Provinces,
avec leurs diftances de Paris , & de l'une à
l'autre ; fçavoir , de Picardie , Artois , Flandres ,
Haynault ,Champagne,des Trois - Evêchez, Alface,
Franche-Comté , Bourgogne , Dauphiné , Provence
, Languedoc , Rouffillon , Béarne & Bifcaye,
Guyenne, Pays d'Aunis, Bretagne & Normandie
, le tout exécutez en Taille douce ; ornées
de Fleurs de Lys, de Palmes , & de Lauriers ;
le milieu de la Bordure de la droite renferme la
Defcription hiftorique du Royaume de France
fondé l'an 420. & le milieu de la gauche , la Deſcription
hiftorique du Royaume du Pologne ,
fondé l'an 550. Le milieu du bas de cette Bordure
eft enrichi des Chifres Royaux ,couronnez des armes
de la Reine & du Dauphin,toujours en taille
douce;& les coins font fermez par la Repréſentation
des quatre Principaux vents , avec Trompettes
& Banderolles de France & de Navarre
en forme de Renommée.
?
Pour la facilité de l'ufage & de la vente de cette
Carte , à un prix raifonnable , on la mettra dans
toute fon étendue,fur Gorges, elle aura fept pieds
en quarré , compris fa Bordure ; laquelle contiendra
dix - neuf demie- feuilles de papier grand
de 22 Aigle , affemblées par ordre militaire ,
pouces fur 16 pouces de haut chaque feuille , elle
pourra fe mettre dans une place proportionnée
à cette étendue.
Pour la facilité & la portée de la vûë, la Carte
fera féparée en deux parties,montées fur Gorges,
par moitié , confervant toujours fa même largeur
, réduite à trois pieds & demi de hauteur ,
que pourra placer de bout en bout
a vis, dans une Salle ou Galerie, &
l'on
pour
3 ou visla
com-
II. Vol
moDECEMBRE.
1730. 2915
modité du Cabinet, des Bibliotheques & du tranf
port ; cette Carte ſera réduite & formée en livre
de dix-neuf feuilles ou Planches entieres , numérotées
, de la même hauteur & largeur que les
feuilles cy-deffus expliquées, attachées à onglets ,
& couvert d'un papier marbré ; grand in folio ,
que
l'on pourra
faire relier, non compris la feuille
d'Avertiffement qui y fera jointe, pour trouver
& joindre enfemble facilement les differens fujets
de cet Ouvrage , aifez à fatisfaire la connoiffance
de l'Hiftoire & du Militaire.
L'Auteur ſe promet , par fon extrême diligence
, de pouvoir faire achever la gravure & l'impreffion
dans le courant de l'année prochaine
1731. Et quant aux differents changemens
& mutations du Militaire arrivez depuis
l'Epoque de cette Carte , du 'IS Fév. 1730
& qui arriveront juſqu'au 15 Fév. 1731. l'Auteur
donnera alors un petit Livret imprimé, fous
le titre de Supplément aux Explications Militai
res , qu'il continuera de donner à peu de frais ,
d'année en année , le même jour 15 Février, pour
fuppléer & foutenir l'état préfent, en tous temps,
de la Carte generale de la Monarchie & du Militaire
de France , tant ancien que moderne , en
vertu de fon Privilége.
Le fieur Lemau Delajaiffe Auteur & Inventeur
, ancien Officier de la Maiſon d'Orleans , &
dans l'Ordre de S. Lazare , loge à Paris , ruë
près la Fontaine de Richelieu , où il fera voir
l'Original de cet Ouvrage.
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Résumé : Description abregée de la Carte generale & historique de la Monarchie & du Militaire de France, &c. [titre d'après la table]
Le document 'Description abrégée de la Carte Générale & Historique, de la Monarchie & du Militaire de France' est dédié au roi et présenté à Sa Majesté à Marli le 17 février 1730. Il se compose de plusieurs feuilles détaillant divers aspects historiques et militaires de la France. La première feuille présente un soleil symbolisant la France, entouré de cornes d'abondance et du pavillon royal. Elle inclut les armoiries de France et de Navarre, ainsi que des devises historiques. Des figures allégoriques comme Minerve, la Renommée et l'Histoire y sont représentées, entourées des portraits des rois Henri IV et Louis XIV. La deuxième feuille offre un abrégé de la vie des rois de France depuis Pharamond jusqu'à Louis XIV, incluant l'origine du nom français et la naissance du christianisme dans la monarchie. La troisième feuille liste les grands officiers militaires de France depuis la création de leurs charges jusqu'en 1730, précisant les rois sous lesquels ils ont servi. La quatrième feuille présente une vue de Paris avec les armoiries de la ville et une chronologie des rois de France, ainsi que la généalogie de la maison royale de Bourbon. La cinquième feuille montre une perspective de Versailles, avec les généalogies des branches de la maison royale de Bourbon et une description de la gendarmerie. Les feuilles suivantes détaillent les différentes branches des forces armées françaises : l'infanterie française et étrangère, la cavalerie légère, les dragons, et les troupes formées en compagnies, bataillons, escadrons et brigades. Chaque feuille précise les origines, les créations des charges et les nominations des officiers. La dixième feuille liste les maréchaux de France en vie au 15 février 1730, ainsi que les officiers généraux des armées, les brigadiers et les maréchaux généraux des logis. Elle mentionne également les batailles mémorables gagnées par les Français depuis la fondation de la monarchie. La onzième feuille commence l'histoire abrégée de Louis XV, avec les principaux événements survenus depuis sa naissance jusqu'en 1730, et inclut des informations sur l'ordre de Saint-Lazare et de Notre-Dame du Mont-Carmel. Le document décrit également une carte détaillée des forces militaires françaises et de l'organisation administrative du royaume en décembre 1730. Elle inclut les attributs et armes du Duc du Maine, nommé par Louis XIV, ainsi que les principaux officiers de l'artillerie de 1730. La carte répertorie les dignitaires militaires, les intendants, commissaires du roi, capitaines, prévôts, grands-baillifs et sénéchaux d'épée, ainsi que leurs lieutenants. Elle détaille les batailles mémorables gagnées par les Français de 1488 à 1645 et de 1645 à 1712. La carte présente les récompenses honorifiques et militaires, telles que les ordres de Saint-Michel, du Saint-Esprit et de Saint-Louis, ainsi que les descriptions des troupes, des officiers et des bataillons. Elle inclut également des observations sur la discipline militaire et des notices historiques sur les ordonnances royales. La bordure de la carte contient des descriptions historiques du royaume de France et de la Pologne, ainsi que des armoiries royales. La carte est conçue pour être vendue en plusieurs formats, facilitant son usage et son transport. L'auteur, le sieur Lemau Delajaiffe, promet de publier des suppléments annuels pour mettre à jour les informations militaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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713
p. 2942-2953
Extrait de plusieurs Lettres de Turquie.
Début :
Le Sultan Achmet IV. après un Regne de 28 ans, vient d'être déposé. Le G. Visir Hibraim [...]
Mots clefs :
Sultan, Ministre, Chefs, Rebelles, Constantinople, Révolte, Vizir, Janissaires, Troupes, Règne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de plusieurs Lettres de Turquie.
E Sultan Achmet IV. après un Regne de 28
Lans ,vient d'être dépofé. Le G.Vifir Hibraim
Pacha , fon gendre & fon favori, avoit gouverné
PEmpire fous lui pendant douze ans, & connoiffant
le defir du Sultan pour les richeſſes , il n'avoit
rien oublié pour en amaffer ; mais le Kiaia
& les perfonnes qu'il avoit employées pour cela ,
s'étant rendues infupportables par leur orgueil ,
leurs monopoles & leurs véxations ; & le G.Viz.
après avoir amufé long- temps les peuples par
des préparatifs de Guerre , ayant enfin affemblé
une Armée près de Scutari , & mécontenté les
Docteurs de la Loy & les Troupes , qui en general
n'approuvoient pas la Guerre contre les
Perfans , fe défiant d'ailleurs des réfolutions
chancelantes & myfterieufes du Vizir , toutes
ces circonstances animerent un certain Janiffaire ,
furnommé Patrona , Albanois de nation , homme
hardi & intriguant , à entreprendre la Révolution
arrivée le 28 Septembre dernier . Il s'affo-
II. Vel. cia
DECEMBRE. 1730. 2943
cia pour cet effet avec un nommé Emir-Ali , &
fix autres hommes .
Ce jour- là , 28 Septembre , à 8 heures du matin
, ces 8 perfonnes parurent fur la grande Place,
avec une ferme réfolution d'exécuter leur deffein
Ils attacherent au bout d'un bâton un morceau
de vieux Taffetas , en guife de Drapeau ; &
parcourant toute la Place; un criant à haute voix:
Que tout vrai Muſulman devoit fuivre leur parti
& s'affembler dans la grande Place d'Atmeidan ,
pour deffendre le bien public & faire exécuter les
Loix. Delà ils fe rendirent au grand Bezenften ,
qui eft un Place ou Halle , couverte d'un Toît, &
où il y a plus de mille Boutiques, de toutes fortes
de riches Marchandiſes . Ils ordonnerent à l'Inf→
pecteur de cette Place d'en fermer les Portes , &
commanderent la même chofe aux Marchands ,
qui là- deffus fermerent leurs Boutiques & fe retirerent
chez eux. Cette entrepriſe fi hardie ne promettoit
pas une heureuſe iffuë ; neanmoins une
concurrence tacite des habitans de Conftantino .
ple paroiffoit la favorifer plutôt qu'aucun ſe- cours réel.
Quelques autres Janiflaires voyant la hardieffe
de ces Mécontens , en furent émus ; ils ſe joignirent
à eux avec quelques Gebelis , qui font
ceux qui fervent l'Artillerie , & coururent tous
au Marché aux Armes , où ils s'armérent. Ils allerent
enfuite à la Maiſon des Janiſſaires , qui eft
un grand Bâtiment , au milieu de Conftantinople
, partagé en plufieurs Chambres , & où l'on
peut loger quelques milliers de cette Milice : Ils
s'arréterent devant la 1ere & st Chambres,qui en
font les principales , & inviterent les Janiffaires
de fe joindre à eux . Les principaux Officiers de ces
Chambres les avoient abandonnées pour aller au
Rendez -vous , où on avoit porté le Drapeau des •
II. Vol.
Hv Janif
2944 MERCURE DE FRANCE
Janiflaires.Les Chefs de cette Milice & le Chaoux
Bachi , s'étoient auffi retirez , tant pour n'être
pas accufez d'être les Auteurs de cette Révolte
que pour n'être pas obligez de s'opposer aux
Mécontens qui s'étoient partagez en Compagnies
, & avoient pofé des Sentinelles pour la
fureté des Marchands & des grandes Places..
Pendant ce temps là , l'Infpecteur du Bezenften
tâcha à diverſes repriſes de r'ouvrir cette Place
, & d'y faire revenir les Marchands ; il fut fecondé
en cela par diverfes perfonnes , que le Capitan
Pacha , ou Grand Amiral , qui commandoit
en l'abfence du G Viz. lui avoit envoyées
mais inutilement , plufieurs de ces derniers fe
joignirent aux Mécontens,& l'Aga des Janiflairés
étant venu en perfonne , & voyant qu'il étoit
trop tard pour arrêter le mal , jugea à propos.
de fe retirer dans fa Maiſon , & ne parut plus
depuis. Le Kiaia ou Lieute ant du Gr Vizir
qui étoit venu ce jour là à Conftantinople pour
Les affaires particulieres , fut fi faifi d'épouvente à.
la premiere nouvelle de cette émotion , qu'il fe
fauva avec deux de fes confidens , à bord d'un:
pest Bitiment.
Le Capitan Pacha qui étoit dans fon Palais ;
fur le Canal de la Mer Noire , ayant appris la
révolte , vint d'abord à Conftantinople , où il fit
de nouveaux efforts pour faire r'ouvrir le Buzenften
& les Boutiques qui y font . Il tâcha auffi
par toutes fortes de moyens d'appaifer le tumulte,
fans néanmoins y employer la force ; &
voyant que tous fes efforts étoient inutiles , il fe
retira pour aller joindre le Sultan , après avoir
laiffé quelques ordres à l'Arſenal.
Tous les autres Pa has en firent de même. Le
G. V. à la reception de la trifte nouvelle , monta
à cheval , & alla trouver le Sultan qui étoit dans
1.Vol le
DECEMBRE . 1730. 2945
Le Palais de la Sultane Chahige fa foeur , fitué
près de Scutari. On y tint un grand Confeil ,
pour déliberer fur les moyens d'arrêter le progrès
de la révolte.
A l'iffue du Conſeil , le Sultan fe retira dans
fon Serrail , & le foir il partit pour Conftantinople.
On dit qu'à cette occafion la Sultane Chahige
confeilla a fon frere de ne pas permettre que
fes principaux Vizirs abandonnaflent fa perfonne
, parce que , comme il étoit à préfumer que
les Mécontens en vouloient à fes Miniftres ,
pourroit , en les facrifiant à leur vengeance, fe
tirer d'affaires , au cas que le mal fut fans remede.
>"
il
La nouvelle de cette révolte mit tout le Camp
dans une grande confufion & dans la derniere
confternation ; ceux qui poffedoient des Charges
en furent les plus allarmée ; ils fe cacherent
tous , & fans fonger au devoir auquel ils étoient
obligez par leurs Charges , ils abandonnerent lâchement
leurs Maîtres ; enforte que le G. Viz.
lorfqu'il arriva au Serrail n'étoit fuivi que
de fon Ecuyer , de fon Valet de Chambre & de
autres domeftiques . Ce Miniftre fongea d'abord
à employer la force , pour mettre les Rebelles à
la raiſon. Il envoya pour cet effet les Ordres
au Camp pour en faire venir du monde ; mais il
ne put affembler cette nuit que cent perfonnes.
On employa neanmoins quelques Matelots pour
tranfporter du Camp au Serrail le tréfor & les
effets les plus précieux du Sultan.
Quoique les Mécontens fe donnaffent de leur
côté tous les mouvemens poffibles pour augmenter
leur parti , ils ne purent affembler ce jour-là
que 300 hommes , qui pafferent la nuit au lieu de
leur rendez -vous; mais le lendemain leur nombre
augmenta fi confiderablement , u'ils furent bientôt
en état de donner la loy à toute la Ville 3 ils
I L. Vol. Hovi déla
2946 MERCURE DE FRANCE
détacherent plufieurs Compagnies pour ouvrir
toutes les priſons , & délivrer tous les Galeriens;
dans cette confufion quantité d'Efclaves Chréziens
eurent le bonheur d'être mis en liberté.
Les Révoltés voyant que leur entrepriſe avoit
tout le fuccès qu'ils en pouvoient attendre , réfolurent
d'élire un Aga des Janiffaires ; ils choifirent
pour cet effet un nommé Chanefey , homme
hardi,bon Soldat,& qui avoit déja exercé la
Charge d'Aga des Janiflaires dans le Bamat deTemefvar,
mais dont il avoit été privé fous le précédent
Gouvernement; ils choiſirent enfuite les plus
courageux d'entre eux pour remplir les places
vacantes par l'abſence des Officiers des Janiflaires
, qui s'étoient cachés ou qui refufoient de
fuivre leur parti. Ils élurent auffi un Topigi Bachi
, ou Genéral de l'Artillerie ; & s'étant emparés
du grand Etendart , ils le porterent au lieu
de leur Rendez- vous , où ils drefferent leurs Tenzes
, & formerent leur Camp ; après quoi ils pri
rent les mesures convenables pour pourvoir à
la fureté publique , & pouffer à bout leur entreprife
, fi heureufement commencée. Pendant ce
rems là le G. S. ne fe trouvant pas en état d'appaifer
ce tumulte par la force , envoya un de fes
principaux Officiers aux Mécontens , pour leur
demander la raifon de leur révolte , & ce qu'ils
fouhaitoient de S.H. Ils répondirent à cet Offcier
que les malverfations des Miniftres du Sultan
en étoient la caufe , & qu'ils demandoient
qu'on les leur livrât. Sur cette nouvelle , le Grand
Vízir tâcha d'infinuer au Sultan que la demande
que les Mécontens venoient de faire n'étoit
qu'un prétexte pour cacher le deffein qu'ils méditoient
de le détrôner , & peut- être de lui ôter
la vie. S. H. en fut émuë , & fe retira dans le
Harem , ou Appartement des femmes.
11. Velo
DECEMBRE. 1730. 2947
Cependant ce premier Miniftre & le Kiaya
après avoir tenu divers Confeils fur la trifte fitua
tion de leurs affaires , ſe voyant fans reffource ,
réfolurent dans cette extrémité d'avoir recours
l'Etendart de Mahomet , dans l'efperance que le
refpect pour la Religion animeroit le Peuple à
fe ranger par devoir & par affection du côté du
Sultan. Ils arborerent effectivement cet Etendart
fur la deuxième porte du Sérail , & firent faire
de grandes promeffes au Peuple pour l'engager à
prendre les armes contre les Mécontens , en ordonnant
en même- tems aux Topigis ou Canoniers
de venir au Sérail pour le défendre contre
les ennemis de S. H. mais tous leurs efforts furent
inutiles ; l'expofition de l'Etendart imprima
bien quelque venération dans le coeur des habitans
de Conftantinople , fans que perfonne néanmoins
prit les armes pour la défenſe du G. S.
& les Topigis refuferent de le rendre au Sérail .
Les Boftandgis , ou Jardiniers , & les Baltagis
qui fervent de Gardes du Corps auroient été
en état de défendre le Sérail , mais la défunion
fe mit entr'eux ; de forte que le G. Vizir réduit
au defefpoir , couroit comme un infenfé dans le
Sérail , animant tout le monde à prendre les
armes & demandant à chaque inftant fi les
Rebelles ne s'étoient pas encore rendu maîtres
du Sérail . Tout ceci fe paffa le 29. Septembre.
Le 30. les Mécontens firent venir dans leur
armée le Morza Sibelfackiafcher , qui eft un
des Grands Juges de l'Empire que le G. V. avoit
exilé , pour avoir parlé trop librement dans le
Confeil contre les deffeins de ce Miniftre ; ils
le reçurent avec beaucoup de refpect , le reconaurent
pour leur Legiflatcur , & envoyerent enfuite
un Détachement à Topana pour inviter les
Topigis de fe joindre à eux , ce qu'ils firent le
même jour.
La
2948 MERCURE DE FRANCE
<
Le Sultan confera la Charge de Capitan Pacha
, ou Grand- Amiral , à l'Alidy , ou Premier
Capitaine des Vaiffeaux de Guerre , afin de fe
conferver par fon moyen , en cas de beſoin , la
poffeffion de l'Arfenal. Cet Officier accepta ce
grand Emploi , & fit même en cette qualité fon
Entrée à PArfenal , où il fut reçû au bruit de 9.
pieces de Canon de chaque Vaiffeaux de Guerre ;
mais jugeant que la neceffité lui avoit procuré
cet honneur , & prévoyant bien que fon autorité
ne feroit pas de longue durée , il fe retira peu
après , & alla joindre les Mécontens , qui le
confirmerent dans la Charge de Grand- Amiral.
Après qu'il eut pris quelques mefures avec eux ,
il retourna à l'Arfenal , où il fit équiper 4. Galeres
qu'il envoya devant le Sérail , afin d'en couper
la communication , & empêcher l'entrée du
fecours on défendit en même tems fous de
groffes peines d'y porter des vivres , & on ferna
tous les Acqueducs..
D'un autre côté le nouvel Aga des Janiffaires
donna les ordres neceffaires pour procurer l'abondance
dans la Ville ; il mit des Gardes par
tout pour la fûreté des Marchands ,
& pour empêcher
le pillage . I fi: punir feverement ceux
qui contrevenoient à fes ordres .
Cependant le Sultan étoit dans des angoiffes
morte les ; il fe voyoit abandonné de tout le
monde ; & fe trouvant fans reffource , il réfolut
de faire un dernier effort fur l'efprit des Mécontens
, il leur envoya pour cet effet l'Iprizade
& le Mirza Effendi'; mais les Mécontens furent
inexorables , & perfifterent dans la demande qu'ils .
avoient faite des principaux Miniftres , fur quoi
Je Sultan réfolut enfin d'envoyer en prifon le
G. V. le Kiaia & le Capitan Pacha , & i envoya
le Mufti en exil dans une des Iles de l'Archipel.
Le
DECEMBRE. 1730. 2949
Le premier Octobre 7000. Janiffaires , qui
quelques jours auparavant avoient été détachés
pour la Perfe , ayant appris la Revolte , revinrent
fur leurs pas , & allerent joindre l'arméedes
Mécontens. Ils étoient commandés par uns
Pacha à neuës , qui en paffant à Scutari avoit
pris avec lui le prétendu Prince de Perfe , &
l'avoit conduit à l'armée des Rebelles , ou par
honneur on lui donna une Garde. Ce Prince fe
difoit fits aîné du dernier Roi de Perfe ; il étoit
venu à Conftantinople pour demander la protection
de la Porte contre le Prince Thamas fon
frere.
Cependant la confufion continuoit au Sérail ;
des amis du Sultan lui repréſenterent la neceſſité
qu'il y avoit de facrifier fes 3. Miniftres à la
vengeance des Mécontens , comme étant l'unique
moyen d'appaifer leur animofité , & même de
conferver la vie. Sur quoi S. H. ordonna qu'ils
fuffent étranglés , & qu'on envoyar leurs corps
aux Mécontens , ce qui fut executé , & chaque
corps fut mis fur un Chariot attelé de boeufs . On
ne (çauroit exprimer les injures que les Mécontans
vomirent contre ces 3. miferables corps
fur lefques ils exercerent tout ce que la rage leur
pouvoient infpirer ; enfin après avoir affouvi
leur vengeance, ils jetterent le corps du Kiaya dans.
un puits rempli d'immondices , mais aux inſtantes
prieres & aux larmes de la mere du Capitan
Pacha , ils lui rendirent celui de fon fils. Quant:
au corps du G. V les Chefs des Mécontens pu
blierent que le Sultan les avoit trompés , que ce
corps n'étoit pas celui d'Ibrahim Pacha , mais
le corps d'une autre perfonne qui lui reffembloit.
Dans cette croyance les Mécontens attacherent
ce corps
à la queue d'un cheval , & le:
traînerent devant le Sérail auprès d'une magnifi
LL. Vol. que
2950 MERCURE DE FRANCE
que fontaine que le G. V. avoit fait élever , &
le jetterent en proye aux chiens.
Les Chefs des Mécontens qui avoient déja
réfolu de détrôner le Sultan , publierent exprès
que le corps du G.V. étoit un corps fuppofé ,
dans la crainte que l'indulgence que S. H. avoit
euë de facrifier fes plus chers favoris , n'appaifàt
la colere des Soldats. C'eſt ainfi que les 3. premiers
Miniftres de l'Empire Ottoman finirent
miferablement leur vie. On dit que le G. V. appréhendant
d'être livré vif aux Mécontens , s'étoit
empoisonné dans la prifon. On dit auffi que
le Mufti , envoyé par le Sultan en exil dans une
des Inles de l'Archipel , y a été jetté dans la Mer,
de même que le Finfulch Molla , que S. H. y
avoit pareillement exilé.
Les Mécontens ayant obtenu tout ce qu'ils
avoient defiré par rapport aux Miniftres , réfolurent
de mettre en execution le deffein qu'ils
avoient conçu de détrôner le Sultan Achmet , &
de mettre à la place le Sultan Mahmoud , fon
neveu , fils du Sultan Muſtapha , déposé en 1703 .
En confequence de cette réfolution , ce Prince
fut proclamé Empereur le même jour premier
Octobre à 11. heures du foir par toute la Milice.
Dès que le Sultan Achmet eut reçû cette triſte
nouvelle , il donna ordre qu'on fit fortir ce nouveauSultan
de l'Appartement
où il l'avoit fait gar.
der avec foin , & après s'être entretenu quelque
tems avec lui , il le fit entrer dans l'Apartement
Imperial , & fe retira enfuite dans celui qui est
deftiné pour les Sultans déposez.
Après les proclamations du nouvel Empereur
le Seliktar , à qui le Sultan Achmet avoit donné
les Sceaux de l'Empire , fut confirmé par les Méso
ntens dans la Charge de G. V. mais feulement
II. Vol. par
DECEMBRE. 1730. 2951
par provifion & en attendant le retour d'Abdalab
Kuperly , Pacha d'Egypte , qu'ils avoient choifi
pour exercer cette haute dignité.
Les Janniffaires & les autres Troupes , afin de
fe rendre plus formidables , réfolurent enfuite
d'augmenter leur Corps par de nouvelles Recrues;
ce qu'ils commencerent à executer dès cette nuit
même le nombre de ceux qui fe preſentoient
pour être enrollez , fut d'autant plus grand
qu'ils étoient animez par l'efperance de recevoir .
les 15. Piaftres qu'on donne à chaque Janniflaire
à l'avenement au Trône d'un nouveau Sultan.Le
2. le Kul-Kiaya , qui eft chargé de faire entrer
dans les Coffres du G. S. la finance provenant
des droits que les Sujets payent au Souverain , fut
mis en piece par les Mécontens , à cauſe qu'il
avoit repréfenté qu'il ne falloit pas augmenter la
dépenfe du Tréfor Imperial par un plus grand
nombre de Troupes.
Ce jour là & les deux jours fuivans , furent em
ployez à vifiter les Palais des Miniftres & les
Maifons de leurs adherans ; on trouva dans celui
du Kiaya ou Lieutenantt du G. V. des
fommes immenfes , quantité de Vaiffeile d'argent
& beaucoup de Diamans. On chercha par tout le
Reis Effendi ou Grand- Chancelier & plufieurs
autres créatures des Miniftres , fans les trouver.
Les Mécontens ordonnerent aux Changeurs
Arméniens & Juifs, & à diverfes autres perfonnes
qui avoient la réputation de s'être enrichi , de
ne ss'habiller que de drap ou d'étoffe d'une certaine
couleur , & de ne porter à l'avenir que des bas
jaunes , cette couleur étant après le noir , celle
que les Turcs ont le plus en horreur. Cet ordre
fut executé avec beaucoup de rigueur envers
ceux qui y contrevenoient , leurs habits ayant été
arrachez de leurs corps & déchirez en pleine rue.
I I. Vol. Pendant
2952 MERCURE DE FRANCE
Pendant ce tems-là le nouveau Sultan ayant fouhaité
de voir les principaux Chefs des Mécontens,
ils les fit venir , & après leur avoir fait diverfes
queftions , il leur offrit de les faire Pachas ; mais
dans la crainte que cet honneur ne leur devint un
jour fatal , ils s'excuferent de l'accepter.
Le 5. Octobre on tint un grand Divan ; le 6.
fe fit le Couronnement du nouveau Sultan , dont
toute la ceremonie confifte à lui mettre le Sabre
d'Othoman au côté , dans la Moſquée d'Ajoub
qui eft à l'extremité du Port. Le Sultan , precedé
des Chefs des Rebelles , s'y rendit avec un magnifique
cortege ; pendant la Marche on jetta de
l'argent au peuple & à la Milice qui étoient rangez
le long des rues. Après cette ceremonie S. H
fe rendit à la Moſquée de Sultan Mahomet , y
fit fa priere du midi , & retourna enfuite au Serrail.
;
Les Chefs des Rebelles,à qui le Sultan avoit fais
prefent de très- beaux chevaux magnifiquement
harnachez , retournerent au Camp , d'où confervant
toujours leur autorité , ils députerent quelques
perfonnes au Sultan , pour le prier de leur
accorder les furetez convenables pour leur vie
ils demanderent aufſi qu'on rafa jufqu'aux fondemens
la belle Maifon de plaifance que le dernier
G. V. avoit fait bâtir fur le Canal de la Mer
Noire , à deux lieues de Conftantinople , dont
ce Miniftre fe fervoit pour fes plaifirs . Le premier
Chef des Rebelles nommé Patrona, alla ce jour là.
voir le G.V. qui le reçut très gracieuſement, fans
l'obliger à aucune des foumiffions que ce Minif
tre exige même des plus Grands de l'Empire , &
le fit mettre à fes côtez.
Le 7. on confera divers emplois : le Teftherdar
ou Chef des Finances , fut confirmé dans
cette Charge : Miri- Alem , qui eft en faveur au-
II. Vol. près
DECEMBRE. 1730. 2953
près de la Sultane Validé , Mere du Sultan regnant
, fut fait Kiaia , & l'on rétablit le Sulelm
qui eft fort aimé des Troupes , dans la Charge de
Secretaire du G. V. qu'il l'avoit exercée fous le
Vizir Ali-Pacha , qui fut défait à la bataille de
Peter-Waradin. Le même jour le Reys - Effendi ,
le Vaivode de Galata & quelques autres qu'on
avoit cherchez pendant plufieurs jours , furent
enfis trouvez ; mais au moyen de préfens confiderables
, ils obtinrent leur pardon des Chefs
des Rebelles.
Le 8. Hazi -Achmet , Pacha , fut inftallé dans
la Charge de Capitan Pacha , ou Grand- Amiral.
Le 9. & le 10. on paya aux Troupes les
Piaftres
par tête , dont on a parlé , après quoi on pu
blia un ordre de r'ouvrir le grand Bezeftan & les
Boutiques des Marchands ; fur quoi les Soldats
commencerent le foir à rentrer dans leurs anciens
quartiers , où l'on porta les Drapeaux & autres
fignes Militaires , ce que l'on continua le 11. &
le 12.
Lans ,vient d'être dépofé. Le G.Vifir Hibraim
Pacha , fon gendre & fon favori, avoit gouverné
PEmpire fous lui pendant douze ans, & connoiffant
le defir du Sultan pour les richeſſes , il n'avoit
rien oublié pour en amaffer ; mais le Kiaia
& les perfonnes qu'il avoit employées pour cela ,
s'étant rendues infupportables par leur orgueil ,
leurs monopoles & leurs véxations ; & le G.Viz.
après avoir amufé long- temps les peuples par
des préparatifs de Guerre , ayant enfin affemblé
une Armée près de Scutari , & mécontenté les
Docteurs de la Loy & les Troupes , qui en general
n'approuvoient pas la Guerre contre les
Perfans , fe défiant d'ailleurs des réfolutions
chancelantes & myfterieufes du Vizir , toutes
ces circonstances animerent un certain Janiffaire ,
furnommé Patrona , Albanois de nation , homme
hardi & intriguant , à entreprendre la Révolution
arrivée le 28 Septembre dernier . Il s'affo-
II. Vel. cia
DECEMBRE. 1730. 2943
cia pour cet effet avec un nommé Emir-Ali , &
fix autres hommes .
Ce jour- là , 28 Septembre , à 8 heures du matin
, ces 8 perfonnes parurent fur la grande Place,
avec une ferme réfolution d'exécuter leur deffein
Ils attacherent au bout d'un bâton un morceau
de vieux Taffetas , en guife de Drapeau ; &
parcourant toute la Place; un criant à haute voix:
Que tout vrai Muſulman devoit fuivre leur parti
& s'affembler dans la grande Place d'Atmeidan ,
pour deffendre le bien public & faire exécuter les
Loix. Delà ils fe rendirent au grand Bezenften ,
qui eft un Place ou Halle , couverte d'un Toît, &
où il y a plus de mille Boutiques, de toutes fortes
de riches Marchandiſes . Ils ordonnerent à l'Inf→
pecteur de cette Place d'en fermer les Portes , &
commanderent la même chofe aux Marchands ,
qui là- deffus fermerent leurs Boutiques & fe retirerent
chez eux. Cette entrepriſe fi hardie ne promettoit
pas une heureuſe iffuë ; neanmoins une
concurrence tacite des habitans de Conftantino .
ple paroiffoit la favorifer plutôt qu'aucun ſe- cours réel.
Quelques autres Janiflaires voyant la hardieffe
de ces Mécontens , en furent émus ; ils ſe joignirent
à eux avec quelques Gebelis , qui font
ceux qui fervent l'Artillerie , & coururent tous
au Marché aux Armes , où ils s'armérent. Ils allerent
enfuite à la Maiſon des Janiſſaires , qui eft
un grand Bâtiment , au milieu de Conftantinople
, partagé en plufieurs Chambres , & où l'on
peut loger quelques milliers de cette Milice : Ils
s'arréterent devant la 1ere & st Chambres,qui en
font les principales , & inviterent les Janiffaires
de fe joindre à eux . Les principaux Officiers de ces
Chambres les avoient abandonnées pour aller au
Rendez -vous , où on avoit porté le Drapeau des •
II. Vol.
Hv Janif
2944 MERCURE DE FRANCE
Janiflaires.Les Chefs de cette Milice & le Chaoux
Bachi , s'étoient auffi retirez , tant pour n'être
pas accufez d'être les Auteurs de cette Révolte
que pour n'être pas obligez de s'opposer aux
Mécontens qui s'étoient partagez en Compagnies
, & avoient pofé des Sentinelles pour la
fureté des Marchands & des grandes Places..
Pendant ce temps là , l'Infpecteur du Bezenften
tâcha à diverſes repriſes de r'ouvrir cette Place
, & d'y faire revenir les Marchands ; il fut fecondé
en cela par diverfes perfonnes , que le Capitan
Pacha , ou Grand Amiral , qui commandoit
en l'abfence du G Viz. lui avoit envoyées
mais inutilement , plufieurs de ces derniers fe
joignirent aux Mécontens,& l'Aga des Janiflairés
étant venu en perfonne , & voyant qu'il étoit
trop tard pour arrêter le mal , jugea à propos.
de fe retirer dans fa Maiſon , & ne parut plus
depuis. Le Kiaia ou Lieute ant du Gr Vizir
qui étoit venu ce jour là à Conftantinople pour
Les affaires particulieres , fut fi faifi d'épouvente à.
la premiere nouvelle de cette émotion , qu'il fe
fauva avec deux de fes confidens , à bord d'un:
pest Bitiment.
Le Capitan Pacha qui étoit dans fon Palais ;
fur le Canal de la Mer Noire , ayant appris la
révolte , vint d'abord à Conftantinople , où il fit
de nouveaux efforts pour faire r'ouvrir le Buzenften
& les Boutiques qui y font . Il tâcha auffi
par toutes fortes de moyens d'appaifer le tumulte,
fans néanmoins y employer la force ; &
voyant que tous fes efforts étoient inutiles , il fe
retira pour aller joindre le Sultan , après avoir
laiffé quelques ordres à l'Arſenal.
Tous les autres Pa has en firent de même. Le
G. V. à la reception de la trifte nouvelle , monta
à cheval , & alla trouver le Sultan qui étoit dans
1.Vol le
DECEMBRE . 1730. 2945
Le Palais de la Sultane Chahige fa foeur , fitué
près de Scutari. On y tint un grand Confeil ,
pour déliberer fur les moyens d'arrêter le progrès
de la révolte.
A l'iffue du Conſeil , le Sultan fe retira dans
fon Serrail , & le foir il partit pour Conftantinople.
On dit qu'à cette occafion la Sultane Chahige
confeilla a fon frere de ne pas permettre que
fes principaux Vizirs abandonnaflent fa perfonne
, parce que , comme il étoit à préfumer que
les Mécontens en vouloient à fes Miniftres ,
pourroit , en les facrifiant à leur vengeance, fe
tirer d'affaires , au cas que le mal fut fans remede.
>"
il
La nouvelle de cette révolte mit tout le Camp
dans une grande confufion & dans la derniere
confternation ; ceux qui poffedoient des Charges
en furent les plus allarmée ; ils fe cacherent
tous , & fans fonger au devoir auquel ils étoient
obligez par leurs Charges , ils abandonnerent lâchement
leurs Maîtres ; enforte que le G. Viz.
lorfqu'il arriva au Serrail n'étoit fuivi que
de fon Ecuyer , de fon Valet de Chambre & de
autres domeftiques . Ce Miniftre fongea d'abord
à employer la force , pour mettre les Rebelles à
la raiſon. Il envoya pour cet effet les Ordres
au Camp pour en faire venir du monde ; mais il
ne put affembler cette nuit que cent perfonnes.
On employa neanmoins quelques Matelots pour
tranfporter du Camp au Serrail le tréfor & les
effets les plus précieux du Sultan.
Quoique les Mécontens fe donnaffent de leur
côté tous les mouvemens poffibles pour augmenter
leur parti , ils ne purent affembler ce jour-là
que 300 hommes , qui pafferent la nuit au lieu de
leur rendez -vous; mais le lendemain leur nombre
augmenta fi confiderablement , u'ils furent bientôt
en état de donner la loy à toute la Ville 3 ils
I L. Vol. Hovi déla
2946 MERCURE DE FRANCE
détacherent plufieurs Compagnies pour ouvrir
toutes les priſons , & délivrer tous les Galeriens;
dans cette confufion quantité d'Efclaves Chréziens
eurent le bonheur d'être mis en liberté.
Les Révoltés voyant que leur entrepriſe avoit
tout le fuccès qu'ils en pouvoient attendre , réfolurent
d'élire un Aga des Janiffaires ; ils choifirent
pour cet effet un nommé Chanefey , homme
hardi,bon Soldat,& qui avoit déja exercé la
Charge d'Aga des Janiflaires dans le Bamat deTemefvar,
mais dont il avoit été privé fous le précédent
Gouvernement; ils choiſirent enfuite les plus
courageux d'entre eux pour remplir les places
vacantes par l'abſence des Officiers des Janiflaires
, qui s'étoient cachés ou qui refufoient de
fuivre leur parti. Ils élurent auffi un Topigi Bachi
, ou Genéral de l'Artillerie ; & s'étant emparés
du grand Etendart , ils le porterent au lieu
de leur Rendez- vous , où ils drefferent leurs Tenzes
, & formerent leur Camp ; après quoi ils pri
rent les mesures convenables pour pourvoir à
la fureté publique , & pouffer à bout leur entreprife
, fi heureufement commencée. Pendant ce
rems là le G. S. ne fe trouvant pas en état d'appaifer
ce tumulte par la force , envoya un de fes
principaux Officiers aux Mécontens , pour leur
demander la raifon de leur révolte , & ce qu'ils
fouhaitoient de S.H. Ils répondirent à cet Offcier
que les malverfations des Miniftres du Sultan
en étoient la caufe , & qu'ils demandoient
qu'on les leur livrât. Sur cette nouvelle , le Grand
Vízir tâcha d'infinuer au Sultan que la demande
que les Mécontens venoient de faire n'étoit
qu'un prétexte pour cacher le deffein qu'ils méditoient
de le détrôner , & peut- être de lui ôter
la vie. S. H. en fut émuë , & fe retira dans le
Harem , ou Appartement des femmes.
11. Velo
DECEMBRE. 1730. 2947
Cependant ce premier Miniftre & le Kiaya
après avoir tenu divers Confeils fur la trifte fitua
tion de leurs affaires , ſe voyant fans reffource ,
réfolurent dans cette extrémité d'avoir recours
l'Etendart de Mahomet , dans l'efperance que le
refpect pour la Religion animeroit le Peuple à
fe ranger par devoir & par affection du côté du
Sultan. Ils arborerent effectivement cet Etendart
fur la deuxième porte du Sérail , & firent faire
de grandes promeffes au Peuple pour l'engager à
prendre les armes contre les Mécontens , en ordonnant
en même- tems aux Topigis ou Canoniers
de venir au Sérail pour le défendre contre
les ennemis de S. H. mais tous leurs efforts furent
inutiles ; l'expofition de l'Etendart imprima
bien quelque venération dans le coeur des habitans
de Conftantinople , fans que perfonne néanmoins
prit les armes pour la défenſe du G. S.
& les Topigis refuferent de le rendre au Sérail .
Les Boftandgis , ou Jardiniers , & les Baltagis
qui fervent de Gardes du Corps auroient été
en état de défendre le Sérail , mais la défunion
fe mit entr'eux ; de forte que le G. Vizir réduit
au defefpoir , couroit comme un infenfé dans le
Sérail , animant tout le monde à prendre les
armes & demandant à chaque inftant fi les
Rebelles ne s'étoient pas encore rendu maîtres
du Sérail . Tout ceci fe paffa le 29. Septembre.
Le 30. les Mécontens firent venir dans leur
armée le Morza Sibelfackiafcher , qui eft un
des Grands Juges de l'Empire que le G. V. avoit
exilé , pour avoir parlé trop librement dans le
Confeil contre les deffeins de ce Miniftre ; ils
le reçurent avec beaucoup de refpect , le reconaurent
pour leur Legiflatcur , & envoyerent enfuite
un Détachement à Topana pour inviter les
Topigis de fe joindre à eux , ce qu'ils firent le
même jour.
La
2948 MERCURE DE FRANCE
<
Le Sultan confera la Charge de Capitan Pacha
, ou Grand- Amiral , à l'Alidy , ou Premier
Capitaine des Vaiffeaux de Guerre , afin de fe
conferver par fon moyen , en cas de beſoin , la
poffeffion de l'Arfenal. Cet Officier accepta ce
grand Emploi , & fit même en cette qualité fon
Entrée à PArfenal , où il fut reçû au bruit de 9.
pieces de Canon de chaque Vaiffeaux de Guerre ;
mais jugeant que la neceffité lui avoit procuré
cet honneur , & prévoyant bien que fon autorité
ne feroit pas de longue durée , il fe retira peu
après , & alla joindre les Mécontens , qui le
confirmerent dans la Charge de Grand- Amiral.
Après qu'il eut pris quelques mefures avec eux ,
il retourna à l'Arfenal , où il fit équiper 4. Galeres
qu'il envoya devant le Sérail , afin d'en couper
la communication , & empêcher l'entrée du
fecours on défendit en même tems fous de
groffes peines d'y porter des vivres , & on ferna
tous les Acqueducs..
D'un autre côté le nouvel Aga des Janiffaires
donna les ordres neceffaires pour procurer l'abondance
dans la Ville ; il mit des Gardes par
tout pour la fûreté des Marchands ,
& pour empêcher
le pillage . I fi: punir feverement ceux
qui contrevenoient à fes ordres .
Cependant le Sultan étoit dans des angoiffes
morte les ; il fe voyoit abandonné de tout le
monde ; & fe trouvant fans reffource , il réfolut
de faire un dernier effort fur l'efprit des Mécontens
, il leur envoya pour cet effet l'Iprizade
& le Mirza Effendi'; mais les Mécontens furent
inexorables , & perfifterent dans la demande qu'ils .
avoient faite des principaux Miniftres , fur quoi
Je Sultan réfolut enfin d'envoyer en prifon le
G. V. le Kiaia & le Capitan Pacha , & i envoya
le Mufti en exil dans une des Iles de l'Archipel.
Le
DECEMBRE. 1730. 2949
Le premier Octobre 7000. Janiffaires , qui
quelques jours auparavant avoient été détachés
pour la Perfe , ayant appris la Revolte , revinrent
fur leurs pas , & allerent joindre l'arméedes
Mécontens. Ils étoient commandés par uns
Pacha à neuës , qui en paffant à Scutari avoit
pris avec lui le prétendu Prince de Perfe , &
l'avoit conduit à l'armée des Rebelles , ou par
honneur on lui donna une Garde. Ce Prince fe
difoit fits aîné du dernier Roi de Perfe ; il étoit
venu à Conftantinople pour demander la protection
de la Porte contre le Prince Thamas fon
frere.
Cependant la confufion continuoit au Sérail ;
des amis du Sultan lui repréſenterent la neceſſité
qu'il y avoit de facrifier fes 3. Miniftres à la
vengeance des Mécontens , comme étant l'unique
moyen d'appaifer leur animofité , & même de
conferver la vie. Sur quoi S. H. ordonna qu'ils
fuffent étranglés , & qu'on envoyar leurs corps
aux Mécontens , ce qui fut executé , & chaque
corps fut mis fur un Chariot attelé de boeufs . On
ne (çauroit exprimer les injures que les Mécontans
vomirent contre ces 3. miferables corps
fur lefques ils exercerent tout ce que la rage leur
pouvoient infpirer ; enfin après avoir affouvi
leur vengeance, ils jetterent le corps du Kiaya dans.
un puits rempli d'immondices , mais aux inſtantes
prieres & aux larmes de la mere du Capitan
Pacha , ils lui rendirent celui de fon fils. Quant:
au corps du G. V les Chefs des Mécontens pu
blierent que le Sultan les avoit trompés , que ce
corps n'étoit pas celui d'Ibrahim Pacha , mais
le corps d'une autre perfonne qui lui reffembloit.
Dans cette croyance les Mécontens attacherent
ce corps
à la queue d'un cheval , & le:
traînerent devant le Sérail auprès d'une magnifi
LL. Vol. que
2950 MERCURE DE FRANCE
que fontaine que le G. V. avoit fait élever , &
le jetterent en proye aux chiens.
Les Chefs des Mécontens qui avoient déja
réfolu de détrôner le Sultan , publierent exprès
que le corps du G.V. étoit un corps fuppofé ,
dans la crainte que l'indulgence que S. H. avoit
euë de facrifier fes plus chers favoris , n'appaifàt
la colere des Soldats. C'eſt ainfi que les 3. premiers
Miniftres de l'Empire Ottoman finirent
miferablement leur vie. On dit que le G. V. appréhendant
d'être livré vif aux Mécontens , s'étoit
empoisonné dans la prifon. On dit auffi que
le Mufti , envoyé par le Sultan en exil dans une
des Inles de l'Archipel , y a été jetté dans la Mer,
de même que le Finfulch Molla , que S. H. y
avoit pareillement exilé.
Les Mécontens ayant obtenu tout ce qu'ils
avoient defiré par rapport aux Miniftres , réfolurent
de mettre en execution le deffein qu'ils
avoient conçu de détrôner le Sultan Achmet , &
de mettre à la place le Sultan Mahmoud , fon
neveu , fils du Sultan Muſtapha , déposé en 1703 .
En confequence de cette réfolution , ce Prince
fut proclamé Empereur le même jour premier
Octobre à 11. heures du foir par toute la Milice.
Dès que le Sultan Achmet eut reçû cette triſte
nouvelle , il donna ordre qu'on fit fortir ce nouveauSultan
de l'Appartement
où il l'avoit fait gar.
der avec foin , & après s'être entretenu quelque
tems avec lui , il le fit entrer dans l'Apartement
Imperial , & fe retira enfuite dans celui qui est
deftiné pour les Sultans déposez.
Après les proclamations du nouvel Empereur
le Seliktar , à qui le Sultan Achmet avoit donné
les Sceaux de l'Empire , fut confirmé par les Méso
ntens dans la Charge de G. V. mais feulement
II. Vol. par
DECEMBRE. 1730. 2951
par provifion & en attendant le retour d'Abdalab
Kuperly , Pacha d'Egypte , qu'ils avoient choifi
pour exercer cette haute dignité.
Les Janniffaires & les autres Troupes , afin de
fe rendre plus formidables , réfolurent enfuite
d'augmenter leur Corps par de nouvelles Recrues;
ce qu'ils commencerent à executer dès cette nuit
même le nombre de ceux qui fe preſentoient
pour être enrollez , fut d'autant plus grand
qu'ils étoient animez par l'efperance de recevoir .
les 15. Piaftres qu'on donne à chaque Janniflaire
à l'avenement au Trône d'un nouveau Sultan.Le
2. le Kul-Kiaya , qui eft chargé de faire entrer
dans les Coffres du G. S. la finance provenant
des droits que les Sujets payent au Souverain , fut
mis en piece par les Mécontens , à cauſe qu'il
avoit repréfenté qu'il ne falloit pas augmenter la
dépenfe du Tréfor Imperial par un plus grand
nombre de Troupes.
Ce jour là & les deux jours fuivans , furent em
ployez à vifiter les Palais des Miniftres & les
Maifons de leurs adherans ; on trouva dans celui
du Kiaya ou Lieutenantt du G. V. des
fommes immenfes , quantité de Vaiffeile d'argent
& beaucoup de Diamans. On chercha par tout le
Reis Effendi ou Grand- Chancelier & plufieurs
autres créatures des Miniftres , fans les trouver.
Les Mécontens ordonnerent aux Changeurs
Arméniens & Juifs, & à diverfes autres perfonnes
qui avoient la réputation de s'être enrichi , de
ne ss'habiller que de drap ou d'étoffe d'une certaine
couleur , & de ne porter à l'avenir que des bas
jaunes , cette couleur étant après le noir , celle
que les Turcs ont le plus en horreur. Cet ordre
fut executé avec beaucoup de rigueur envers
ceux qui y contrevenoient , leurs habits ayant été
arrachez de leurs corps & déchirez en pleine rue.
I I. Vol. Pendant
2952 MERCURE DE FRANCE
Pendant ce tems-là le nouveau Sultan ayant fouhaité
de voir les principaux Chefs des Mécontens,
ils les fit venir , & après leur avoir fait diverfes
queftions , il leur offrit de les faire Pachas ; mais
dans la crainte que cet honneur ne leur devint un
jour fatal , ils s'excuferent de l'accepter.
Le 5. Octobre on tint un grand Divan ; le 6.
fe fit le Couronnement du nouveau Sultan , dont
toute la ceremonie confifte à lui mettre le Sabre
d'Othoman au côté , dans la Moſquée d'Ajoub
qui eft à l'extremité du Port. Le Sultan , precedé
des Chefs des Rebelles , s'y rendit avec un magnifique
cortege ; pendant la Marche on jetta de
l'argent au peuple & à la Milice qui étoient rangez
le long des rues. Après cette ceremonie S. H
fe rendit à la Moſquée de Sultan Mahomet , y
fit fa priere du midi , & retourna enfuite au Serrail.
;
Les Chefs des Rebelles,à qui le Sultan avoit fais
prefent de très- beaux chevaux magnifiquement
harnachez , retournerent au Camp , d'où confervant
toujours leur autorité , ils députerent quelques
perfonnes au Sultan , pour le prier de leur
accorder les furetez convenables pour leur vie
ils demanderent aufſi qu'on rafa jufqu'aux fondemens
la belle Maifon de plaifance que le dernier
G. V. avoit fait bâtir fur le Canal de la Mer
Noire , à deux lieues de Conftantinople , dont
ce Miniftre fe fervoit pour fes plaifirs . Le premier
Chef des Rebelles nommé Patrona, alla ce jour là.
voir le G.V. qui le reçut très gracieuſement, fans
l'obliger à aucune des foumiffions que ce Minif
tre exige même des plus Grands de l'Empire , &
le fit mettre à fes côtez.
Le 7. on confera divers emplois : le Teftherdar
ou Chef des Finances , fut confirmé dans
cette Charge : Miri- Alem , qui eft en faveur au-
II. Vol. près
DECEMBRE. 1730. 2953
près de la Sultane Validé , Mere du Sultan regnant
, fut fait Kiaia , & l'on rétablit le Sulelm
qui eft fort aimé des Troupes , dans la Charge de
Secretaire du G. V. qu'il l'avoit exercée fous le
Vizir Ali-Pacha , qui fut défait à la bataille de
Peter-Waradin. Le même jour le Reys - Effendi ,
le Vaivode de Galata & quelques autres qu'on
avoit cherchez pendant plufieurs jours , furent
enfis trouvez ; mais au moyen de préfens confiderables
, ils obtinrent leur pardon des Chefs
des Rebelles.
Le 8. Hazi -Achmet , Pacha , fut inftallé dans
la Charge de Capitan Pacha , ou Grand- Amiral.
Le 9. & le 10. on paya aux Troupes les
Piaftres
par tête , dont on a parlé , après quoi on pu
blia un ordre de r'ouvrir le grand Bezeftan & les
Boutiques des Marchands ; fur quoi les Soldats
commencerent le foir à rentrer dans leurs anciens
quartiers , où l'on porta les Drapeaux & autres
fignes Militaires , ce que l'on continua le 11. &
le 12.
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Résumé : Extrait de plusieurs Lettres de Turquie.
Le sultan Ahmed III a été déposé après 28 ans de règne. Son gendre et favori, le grand vizir Ibrahim Pacha, avait gouverné l'Empire pendant douze ans et accumulé des richesses, ce qui avait suscité l'orgueil et les vexations de ses subordonnés. Une guerre préparée par le grand vizir et une armée rassemblée près de Scutari ont mécontenté les docteurs de la loi et les troupes. Le 28 septembre 1730, un janissaire nommé Patrona a déclenché une révolution à Constantinople. Patrona et sept autres hommes ont appelé les musulmans à les rejoindre pour défendre le bien public et faire exécuter les lois. Ils ont fermé les boutiques du grand bazar et se sont armés avec l'aide de janissaires et d'artilleurs. Les principaux officiers des janissaires se sont retirés, craignant d'être accusés de rébellion. Le sultan, informé de la révolte, s'est retiré dans le palais de la sultane Chahige près de Scutari. Les rebelles ont libéré les prisonniers et les galériens, et élu un nouveau chef des janissaires. Le grand vizir, voyant l'échec de ses tentatives pour réprimer la révolte, a envoyé des émissaires aux rebelles, qui ont demandé la livraison des ministres du sultan. Le sultan, craignant pour sa vie, s'est retiré dans le harem. Les rebelles ont continué à renforcer leur position, libérant des juges exilés et prenant le contrôle de l'arsenal. Le sultan a finalement ordonné l'exécution des principaux ministres pour apaiser les rebelles. Les chefs des mécontents ont découvert que le corps présenté comme celui d'Ibrahim Pacha était en réalité celui d'une autre personne. Ils ont propagé la rumeur que le corps du grand vizir était supposé, craignant que l'indulgence du sultan envers ses favoris n'apaisât la colère des soldats. Les trois principaux ministres de l'Empire ottoman ont péri. Le grand vizir s'est empoisonné en prison, tandis que le mufti et le Finfulch Molla, exilés par le sultan, furent jetés à la mer. Les mécontents ont décidé de destituer le sultan Ahmed pour placer à sa place le sultan Mahmoud, neveu du sultan Mustapha, déposé en 1703. Mahmoud a été proclamé empereur le 1er octobre. Ahmed, informé de cette nouvelle, a fait sortir Mahmoud de sa garde et s'est retiré dans les appartements destinés aux sultans déposés. Après la proclamation de Mahmoud, le Seliktar a été confirmé dans sa charge en attendant le retour d'Abdulab Kuperly, pacha d'Égypte. Les Jannissaires et autres troupes ont augmenté leurs effectifs, espérant recevoir des paiements à l'avènement du nouveau sultan. Le Kul-Kiaya a été tué pour s'être opposé à cette augmentation des dépenses impériales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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714
p. 2953-2956
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Constantinople le 9. Octobre 1730. au sujet de la derniere Révolution arrivée dans cette Ville.
Début :
Je ne veux pas, Monsieur, vous laisser ignorer un Evenement aussi singulier qu'interessant, [...]
Mots clefs :
Hommes, Rebelles, Janissaires, Révolution
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Constantinople le 9. Octobre 1730. au sujet de la derniere Révolution arrivée dans cette Ville.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Conftantinople le 9. Octobre 1730 , au sujet
de la derniere Révolution arrivée dans
cette Ville.
JE
E ne veux pas , Monfieur , vous laiffer ignorer
un Evenement auffi fingulier qu'intereffant ,
dont nous venons d'être les témoins. Sur la fin
du mois dernier , les Janniffaires fe révolterent.
fous un Chef nommé Patrona , c'eft un homme
qui avoit dépensé tout fon petit argent à ſe ménager
un équipage pour fuivre l'Armée Turque ,
deftinée contre la Perfe ; voyant qu'elle ne partoit
point, il employa la derniere Piaftre qui lui reftoit
11. Vela
2954 MERCURE DE FRANCE
à l'achat d'un Mouton , dont il régala fes Camarades
, au nombre de 12. Janniffaires . Après le
Repas il leur dit : Vous venez de manger tout ce
qui me reftoit au monde , demain je n'aurai
pas de quoi payer une taffe de Caffé ; fi vous êtes
gens
à
vous procurer une meilleure fortune, il n'y
a qu'à m'aider à fecouer le joug. Le complot fut
à peine projetté , qu'il fut exccuté ; ces douze
convives fe répandirent dans la Ville , en criant
Liberté , & ils exciterent une fédition qui a eu
des fuites très-confiderables , comme vous allez
le voir.
Si le G. S. eût eu la prudence d'étouffer d'abord
cette émeute , ce qui étoit facile , il ne feroit pas
réduit à l'état où il eft aujourd'hui ; mais ayant
méprifé tous les avis qui lui furent donnez , il fe
contenta de quitter fon Serrail d'Afie , pour venir
occuper celui d'Europe , il s'y enferma avec quelques
Pieces de Canon & des munitions de bouche
& de guerre pour trois mois. A peine y fut-il
entré qu'il arbora le Pavillon Imperial, & promit
20. Piaftres à tous ceux qui viendroient ſe ranger
deffous.On étoit fi mécontent du Gouvernement,
que perfonne ne bougea.
Le lendemain les Janniffaires qui n'étoient pas
plus de 12. le jour précedent , furent renforcez
par les Rebelles qui quittoient l'Armée, & par la
populace qu'ils contraignirent d'entrer dans leur
parti , par des promeffes ou par de mauvais traitemens.
Quand les Mutins fe virent les maîtres , ils allerent
en tumulte à la porte du Serrail, demander
qu'on leur livrât le G. V. le Capitan Pacha & le
Kiaya; le Sultan eut la foibleffe de les faire étrangler
tous trois , & il envoya leurs corps aux Rebelles
, qui vinrent lui faire audacieuſement des
reproches de ce qu'il ne les leur avoit pas livrez
II. Vol. en
DECEMBRE. 1730. 2955
en vie, ajoutant que c'étoit à eux de les faire mourir.
Ils pendirent ces cadavres par les pieds , leur
firent mille indignitez & les abandonnerent enfin
aux chiens.
Le Mufti fut arrêté quelque temps après , on
lui donna la qualité de Pacha , pour effacer en
quelque maniere le caractere dont il étoit revêtu ,
on le décapita enfuite. Il n'eſt pas permis de faire
mourir un Mufti qu'il n'ait été auparavant dégradé.
Le nombre des Grands que les Rebelles ont
profcrit eft de 90. la plupart ont pris la fuite ;
mais on en arrête tous les jours quelqu'un , auquel
les Rebelles font fouffrir les plus cruels fupplices.
De la maniere dont ils s'y prennent , il n'y
a pas d'apparence qu'aucun puiffe échapper à leur
fureur. Enfin le 30. Septembre ils dépoferent le
G. S. qu'ils mirent en prifon , & ils éleverent fur
le Trône Sultan Mahmout , Prince de grande efperance,
& fous lequel on fe flate que les chofes
prendront une meilleure face .
Il faut avouer que le Sultan dépofé s'eſt attiré
lui-même fa difgrace par le peu de part qu'il prenoit
au Gouvernement , duquel il fe repofoit entierement
fur le G. V. celui- cy en faifoit autant
à l'égard de fon Kiaya , qui étoit l'homme du
monde le plus méchant. Les autres Seigneurs
fuivoient , à l'envi , l'exemple du Maître.
&
On dit que Patrona , Chef de la Revolte , veut
obliger le nouvel Empereur à demeurer à Andrinople
, & de faire la guerre aux Chrétiens ,
qu'en attendant il lui fait dire de demeurer tranquille
& de le laiffer faire. Enfin cet homme qui
n'avoit pas le fol il y a 8. jours , eft aujoud'hui
le Maître à Conftantinople ; il eſt monté fur un
Cheval de mille Piaftres,& jette les Sequins à pleiges
mains. Il fit hier un Capitan Pacha, & il vient
II. Vol.
2956 MERCURE DE FRANCE
aujourd'hui de lui faire couper la tête : il a faiɛ
auffi un G. V. mais il le menace de le faire
mourir , s'il ne lui trouve dans trois jours un
certain homme qu'il lui demande. On dit qu'on.
a trouvé trente-cinq millions dans les Coffres du
Capitan Pacha.
Conftantinople le 9. Octobre 1730 , au sujet
de la derniere Révolution arrivée dans
cette Ville.
JE
E ne veux pas , Monfieur , vous laiffer ignorer
un Evenement auffi fingulier qu'intereffant ,
dont nous venons d'être les témoins. Sur la fin
du mois dernier , les Janniffaires fe révolterent.
fous un Chef nommé Patrona , c'eft un homme
qui avoit dépensé tout fon petit argent à ſe ménager
un équipage pour fuivre l'Armée Turque ,
deftinée contre la Perfe ; voyant qu'elle ne partoit
point, il employa la derniere Piaftre qui lui reftoit
11. Vela
2954 MERCURE DE FRANCE
à l'achat d'un Mouton , dont il régala fes Camarades
, au nombre de 12. Janniffaires . Après le
Repas il leur dit : Vous venez de manger tout ce
qui me reftoit au monde , demain je n'aurai
pas de quoi payer une taffe de Caffé ; fi vous êtes
gens
à
vous procurer une meilleure fortune, il n'y
a qu'à m'aider à fecouer le joug. Le complot fut
à peine projetté , qu'il fut exccuté ; ces douze
convives fe répandirent dans la Ville , en criant
Liberté , & ils exciterent une fédition qui a eu
des fuites très-confiderables , comme vous allez
le voir.
Si le G. S. eût eu la prudence d'étouffer d'abord
cette émeute , ce qui étoit facile , il ne feroit pas
réduit à l'état où il eft aujourd'hui ; mais ayant
méprifé tous les avis qui lui furent donnez , il fe
contenta de quitter fon Serrail d'Afie , pour venir
occuper celui d'Europe , il s'y enferma avec quelques
Pieces de Canon & des munitions de bouche
& de guerre pour trois mois. A peine y fut-il
entré qu'il arbora le Pavillon Imperial, & promit
20. Piaftres à tous ceux qui viendroient ſe ranger
deffous.On étoit fi mécontent du Gouvernement,
que perfonne ne bougea.
Le lendemain les Janniffaires qui n'étoient pas
plus de 12. le jour précedent , furent renforcez
par les Rebelles qui quittoient l'Armée, & par la
populace qu'ils contraignirent d'entrer dans leur
parti , par des promeffes ou par de mauvais traitemens.
Quand les Mutins fe virent les maîtres , ils allerent
en tumulte à la porte du Serrail, demander
qu'on leur livrât le G. V. le Capitan Pacha & le
Kiaya; le Sultan eut la foibleffe de les faire étrangler
tous trois , & il envoya leurs corps aux Rebelles
, qui vinrent lui faire audacieuſement des
reproches de ce qu'il ne les leur avoit pas livrez
II. Vol. en
DECEMBRE. 1730. 2955
en vie, ajoutant que c'étoit à eux de les faire mourir.
Ils pendirent ces cadavres par les pieds , leur
firent mille indignitez & les abandonnerent enfin
aux chiens.
Le Mufti fut arrêté quelque temps après , on
lui donna la qualité de Pacha , pour effacer en
quelque maniere le caractere dont il étoit revêtu ,
on le décapita enfuite. Il n'eſt pas permis de faire
mourir un Mufti qu'il n'ait été auparavant dégradé.
Le nombre des Grands que les Rebelles ont
profcrit eft de 90. la plupart ont pris la fuite ;
mais on en arrête tous les jours quelqu'un , auquel
les Rebelles font fouffrir les plus cruels fupplices.
De la maniere dont ils s'y prennent , il n'y
a pas d'apparence qu'aucun puiffe échapper à leur
fureur. Enfin le 30. Septembre ils dépoferent le
G. S. qu'ils mirent en prifon , & ils éleverent fur
le Trône Sultan Mahmout , Prince de grande efperance,
& fous lequel on fe flate que les chofes
prendront une meilleure face .
Il faut avouer que le Sultan dépofé s'eſt attiré
lui-même fa difgrace par le peu de part qu'il prenoit
au Gouvernement , duquel il fe repofoit entierement
fur le G. V. celui- cy en faifoit autant
à l'égard de fon Kiaya , qui étoit l'homme du
monde le plus méchant. Les autres Seigneurs
fuivoient , à l'envi , l'exemple du Maître.
&
On dit que Patrona , Chef de la Revolte , veut
obliger le nouvel Empereur à demeurer à Andrinople
, & de faire la guerre aux Chrétiens ,
qu'en attendant il lui fait dire de demeurer tranquille
& de le laiffer faire. Enfin cet homme qui
n'avoit pas le fol il y a 8. jours , eft aujoud'hui
le Maître à Conftantinople ; il eſt monté fur un
Cheval de mille Piaftres,& jette les Sequins à pleiges
mains. Il fit hier un Capitan Pacha, & il vient
II. Vol.
2956 MERCURE DE FRANCE
aujourd'hui de lui faire couper la tête : il a faiɛ
auffi un G. V. mais il le menace de le faire
mourir , s'il ne lui trouve dans trois jours un
certain homme qu'il lui demande. On dit qu'on.
a trouvé trente-cinq millions dans les Coffres du
Capitan Pacha.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Constantinople le 9. Octobre 1730. au sujet de la derniere Révolution arrivée dans cette Ville.
Le 9 octobre 1730, une révolte éclata à Constantinople, menée par un homme nommé Patrona. Après avoir partagé un repas avec douze camarades, Patrona les incita à se révolter contre le gouvernement en criant 'Liberté'. Cette sédition se propagea rapidement dans la ville. Le Grand Vizir (G. V.) tenta de réprimer la révolte mais se réfugia dans le Serrail d'Europe avec des munitions, offrant 20 piastres à ses soutiens sans succès. Le lendemain, les rebelles, renforcés par des déserteurs et la populace, demandèrent la livraison du G. V., du Capitan Pacha et du Kiaya. Le Sultan ordonna leur exécution, mais les rebelles pendirent leurs cadavres et les abandonnèrent aux chiens. Le Mufti fut arrêté, dégradé et décapité. Les rebelles poursuivirent et exécutèrent cruellement de nombreux Grands. Le 30 septembre, ils déposèrent le Sultan, jugé indifférent au gouvernement, et le remplacèrent par Sultan Mahmout. Patrona, chef de la révolte, chercha à influencer le nouvel Empereur, accumulant richesse et pouvoir. Il nomma et exécuta des hauts fonctionnaires à sa guise. On découvrit également trente-cinq millions dans les coffres du Capitan Pacha.
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715
p. 2956-2957
« Des Lettres venues par l'Italie, écrites de Constantinople le 13. Novembre, s'il n'y a point d'erreur [...] »
Début :
Des Lettres venues par l'Italie, écrites de Constantinople le 13. Novembre, s'il n'y a point d'erreur [...]
Mots clefs :
Constantinople, Guerre, Sultan
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texteReconnaissance textuelle : « Des Lettres venues par l'Italie, écrites de Constantinople le 13. Novembre, s'il n'y a point d'erreur [...] »
Des Lettres venues par l'Italie , écrites de Conftantinople
le 13. Novembre, s'il n'y a point d'erreur
dans la date , portent que ce jour - là la Milice
étoit encore fous les armes , qu'elle avoit déclaré
qu'elle ne les poferoit pas avant qu'on eût
execute les promeffes qu'on lui avoit faites ; que
les] Troupes demandoient la guerre , que fur la
propofition qui leur avoit été faite de la faire aur
Perfans , les Janiffaires l'avoient rejettée , fous
prétexte qu'ils ne vouloient pas être féparez, qu'ils
le plaignoient fortement des injuftices faites par,
le dernier Gouvernement à Gianon - Coggia , qui
a été banni de la Cour , & dont ils demandent le
retour avec beaucoup d'inftances. Ces Lettres
ajoûtent qu'on a trouvé des Tréfors immenfes
dans les coffres du dernier Sultan , du G. V. du
Kiaya & du Kaimakan .
Les dernieres Lettres de Conftantinople, venues
auffi par l'Italie , portent qu'on avoit reçû avis
que l'Aga des Janniffaires s'étoit fauvé du côté
de la Morée , que le Mufti avoit été arrêté &
étranglé à deux journées de Conftantinople; que
les fils du Sultan dépofé , qui étoient reftez dans
le Camp de Scutari , avoient été arrêtez & renfermez
aux Sept Tours ; qu'on efperoit que la
guerre avec les Perfans feroit inceffamment terminée
par un Traité dont on avoit déja reçû les
Préliminaires ; que le nouveau Sultan gouvernoit
Les Sujets avec beaucoup de douceur , qu'il leur
faifoit rendre la juftice avec la plus grande exac-
II. Vol.
titude
DECEMBRE 1730. 2957
titude , & qu'il avoit menacé de faire punir de
mort les Juges qui prévariqueroient dans les fon-
Etions de leurs Charges.
le 13. Novembre, s'il n'y a point d'erreur
dans la date , portent que ce jour - là la Milice
étoit encore fous les armes , qu'elle avoit déclaré
qu'elle ne les poferoit pas avant qu'on eût
execute les promeffes qu'on lui avoit faites ; que
les] Troupes demandoient la guerre , que fur la
propofition qui leur avoit été faite de la faire aur
Perfans , les Janiffaires l'avoient rejettée , fous
prétexte qu'ils ne vouloient pas être féparez, qu'ils
le plaignoient fortement des injuftices faites par,
le dernier Gouvernement à Gianon - Coggia , qui
a été banni de la Cour , & dont ils demandent le
retour avec beaucoup d'inftances. Ces Lettres
ajoûtent qu'on a trouvé des Tréfors immenfes
dans les coffres du dernier Sultan , du G. V. du
Kiaya & du Kaimakan .
Les dernieres Lettres de Conftantinople, venues
auffi par l'Italie , portent qu'on avoit reçû avis
que l'Aga des Janniffaires s'étoit fauvé du côté
de la Morée , que le Mufti avoit été arrêté &
étranglé à deux journées de Conftantinople; que
les fils du Sultan dépofé , qui étoient reftez dans
le Camp de Scutari , avoient été arrêtez & renfermez
aux Sept Tours ; qu'on efperoit que la
guerre avec les Perfans feroit inceffamment terminée
par un Traité dont on avoit déja reçû les
Préliminaires ; que le nouveau Sultan gouvernoit
Les Sujets avec beaucoup de douceur , qu'il leur
faifoit rendre la juftice avec la plus grande exac-
II. Vol.
titude
DECEMBRE 1730. 2957
titude , & qu'il avoit menacé de faire punir de
mort les Juges qui prévariqueroient dans les fon-
Etions de leurs Charges.
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Résumé : « Des Lettres venues par l'Italie, écrites de Constantinople le 13. Novembre, s'il n'y a point d'erreur [...] »
En novembre 1730, à Constantinople, des tensions politiques et militaires étaient palpables. Le 13 novembre, la milice refusait de déposer les armes tant que les promesses faites ne seraient pas tenues. Les troupes réclamaient la guerre, mais les janissaires avaient rejeté une campagne contre les Persans, préférant rester unis. Ils dénonçaient les injustices commises par le dernier gouvernement envers Gianon-Coggia, banni de la cour, et exigeaient son retour. Des trésors considérables ont été trouvés dans les coffres du dernier sultan, du grand vizir, du kiaya et du kaimakan. Par la suite, l'aga des janissaires s'était enfui en Morée, tandis que le mufti avait été arrêté et exécuté. Les fils du sultan déchu, restés dans le camp de Scutari, furent arrêtés et emprisonnés aux Sept Tours. Un traité de paix avec les Persans était en négociation. Le nouveau sultan gouvernait avec douceur, rendait la justice avec exactitude et menaçait de punir les juges corrompus.
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716
p. 2957-2958
RUSSIE.
Début :
Le bruit court à Moscou qu'il y a un nouveau Traité d'Alliance conclu entre la Czarine, [...]
Mots clefs :
Moscou, Vaisseaux, Guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
E bruit court à Mofcou qu'il y a un nouveau
Traité d'Alliance conclu entre la Czarine ,
l'Empereur & le Roi de Pruffe , par lequel ils
doivent fe donner des fecours mutuels en cas de
guerre.
S. M. Cz. a envoyé des ordres dans diverſes
Provinces pour faire des levées de Soldats , cette
Princeffe ayant réfolu d'augmenter les Troupes
ſes
de 60000. hommes.
Les Négociations qui fe font entre les Princes
du Nord , donnent beaucoup d'inquiétude, & l'on
craint qu'il n'y ait quelque Alliance entre ces
Puiffances , pour réduire cet Etat à fes anciennes
limites.
Le Duc de Liria , Ambaffadeur d'Eſpagne en
Ruffie , partit de Mofcou le 30. Novembre pour
retourner à la Cour du Roi Catholique. La Cza
rine a ordonné qu'on le défrayât jufqu'aux Frontieres
de la Pologne , ayant dirigé la route par
Warfovie. S. M. Cz. a affuré S. Ex. avant fon
départ , dans les termes les plus obligeans , qu'elle
étoit fort fatisfaite de fa conduite, & qu'elle ne
négligeroit rien pour conferver l'amitié du Roi
fon Maître , & qu'elle favoriferoit en toute occafion
le Commerce établi entre l'Eſpagne & la
Ruffie.
On a appris par Mofcou , que le Pacha de Babylone
qui avoit été obligé de ſe retirer vers
Bagdat avec les Troupes du G. S. qu'il commande
, avoit trouvé le moyen de figner un Traité
d'accommodement avec le Roi de Perfe , en pro-
11. Vol. mettant
2958 MERCURE DE FRANCE
mettant au nom de S. H. de fournir à ce Prince
les fecours néceffaires pour l'aider à reprendre
toutes les Places conquifes en Perfe par le feu
Czar Pierre I. & qu'il avoit dépêché un Exprès
à Conftantinople pour faire ratifier ce Traité
le nouveau Sultan.
par
Des Lettres de l'Ukraine , portent que les Turcs
font divers mouvemens de ce côté là , & que les
Tartares voifins ont reçû ordre de ſe joindre à
eux dans un mois ou fix femaines .
On mande auffi de Conftantinople, qu'on y chargeoit
un grand nombre de Barques de Munitions
de guerre , qu'elles devoient traverſer la Mer
Noire , & que le bruit couroit que tous les préparatifs
qu'on faifoit , étoient contre les Mofcovites.
Il a été ftipulé par le Traité de Commerce ,
que le Duc de Liria , Ambaſſadeur Extaordinaire
de S. M. Cath. a conclu à Mofcou , que tous les
Vaiffeaux Mofcovites , foit de guerre , foit Mar
chands , feront reçus dans les Ports d'Eſpagne
comme les Vaiffeaux des autres Nations ; que
ceux qui apporteront des Goudrons , des bois
propres à la conftruction des Vaiffeaux & d'autres
Marchandiſes convenables à la Marine , ne payeront
qu'un droit très-modique , & que les Vaiffeaux
Eſpagnols qui iront dans les Ports de Mofcovie
, jouiront de la même liberté & des mê→
mes franchiſes .
E bruit court à Mofcou qu'il y a un nouveau
Traité d'Alliance conclu entre la Czarine ,
l'Empereur & le Roi de Pruffe , par lequel ils
doivent fe donner des fecours mutuels en cas de
guerre.
S. M. Cz. a envoyé des ordres dans diverſes
Provinces pour faire des levées de Soldats , cette
Princeffe ayant réfolu d'augmenter les Troupes
ſes
de 60000. hommes.
Les Négociations qui fe font entre les Princes
du Nord , donnent beaucoup d'inquiétude, & l'on
craint qu'il n'y ait quelque Alliance entre ces
Puiffances , pour réduire cet Etat à fes anciennes
limites.
Le Duc de Liria , Ambaffadeur d'Eſpagne en
Ruffie , partit de Mofcou le 30. Novembre pour
retourner à la Cour du Roi Catholique. La Cza
rine a ordonné qu'on le défrayât jufqu'aux Frontieres
de la Pologne , ayant dirigé la route par
Warfovie. S. M. Cz. a affuré S. Ex. avant fon
départ , dans les termes les plus obligeans , qu'elle
étoit fort fatisfaite de fa conduite, & qu'elle ne
négligeroit rien pour conferver l'amitié du Roi
fon Maître , & qu'elle favoriferoit en toute occafion
le Commerce établi entre l'Eſpagne & la
Ruffie.
On a appris par Mofcou , que le Pacha de Babylone
qui avoit été obligé de ſe retirer vers
Bagdat avec les Troupes du G. S. qu'il commande
, avoit trouvé le moyen de figner un Traité
d'accommodement avec le Roi de Perfe , en pro-
11. Vol. mettant
2958 MERCURE DE FRANCE
mettant au nom de S. H. de fournir à ce Prince
les fecours néceffaires pour l'aider à reprendre
toutes les Places conquifes en Perfe par le feu
Czar Pierre I. & qu'il avoit dépêché un Exprès
à Conftantinople pour faire ratifier ce Traité
le nouveau Sultan.
par
Des Lettres de l'Ukraine , portent que les Turcs
font divers mouvemens de ce côté là , & que les
Tartares voifins ont reçû ordre de ſe joindre à
eux dans un mois ou fix femaines .
On mande auffi de Conftantinople, qu'on y chargeoit
un grand nombre de Barques de Munitions
de guerre , qu'elles devoient traverſer la Mer
Noire , & que le bruit couroit que tous les préparatifs
qu'on faifoit , étoient contre les Mofcovites.
Il a été ftipulé par le Traité de Commerce ,
que le Duc de Liria , Ambaſſadeur Extaordinaire
de S. M. Cath. a conclu à Mofcou , que tous les
Vaiffeaux Mofcovites , foit de guerre , foit Mar
chands , feront reçus dans les Ports d'Eſpagne
comme les Vaiffeaux des autres Nations ; que
ceux qui apporteront des Goudrons , des bois
propres à la conftruction des Vaiffeaux & d'autres
Marchandiſes convenables à la Marine , ne payeront
qu'un droit très-modique , & que les Vaiffeaux
Eſpagnols qui iront dans les Ports de Mofcovie
, jouiront de la même liberté & des mê→
mes franchiſes .
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Résumé : RUSSIE.
En Russie, des rumeurs évoquent un nouveau traité d'alliance entre la tsarine, l'empereur et le roi de Prusse, prévoyant des secours mutuels en cas de guerre. La tsarine a ordonné des levées de soldats pour augmenter ses troupes de 60 000 hommes. Les négociations entre les princes du Nord suscitent des inquiétudes, avec des craintes d'une alliance visant à réduire la Russie à ses anciennes limites. Le duc de Liria, ambassadeur d'Espagne en Russie, a quitté Moscou le 30 novembre pour retourner en Espagne. La tsarine l'a assuré de sa satisfaction quant à sa conduite et a promis de favoriser le commerce entre l'Espagne et la Russie. Par ailleurs, le pacha de Babylone a signé un traité avec le roi de Perse pour reprendre les places conquises par le tsar Pierre Ier. Des mouvements turcs et tartares sont signalés en Ukraine. À Constantinople, des barques sont chargées de munitions de guerre destinées à traverser la mer Noire, probablement contre les Moscovites. Un traité de commerce conclu par le duc de Liria stipule que les vaisseaux russes, qu'ils soient de guerre ou marchands, seront reçus dans les ports espagnols avec des droits modiques, et réciproquement pour les vaisseaux espagnols en Russie.
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717
p. 2959
SUEDE.
Début :
On assure qu'il a été signé à Stokolm, au commencement de ce mois, un Traité d'Alliance [...]
Mots clefs :
Traité d'alliance, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUEDE.
SUEDE.
N affure qu'il a été figné à Stokolm , an
commencement de ce mois, un Traité d'Alliance
deffenfive entre le Roi , le Roi de la Grande
Bretagne & le Duc de Brunfwik- Wolfembutel,
pour la confervation & défenſe mutuelle de leurs
Etats d'Allemagne. Suivant ce Traité , ces trois
Puiffances doivent raffembler dans la Baff: Saxe
un Corps de Troupes de 35000. hommes , & on
invitera les autres Puiffances voifines d'acceder à
ce Traité pour la fureté de leurs Etats.
Il a été réſolu dans le Conſeil du Roi , de faire
drefler une Lifte de tous les jeunes gens depuis 20
juſqu'à 36. ans , dans toutes les Vilies , Bourgs
& Villages de fes Etats d'Allemagne , on établira
pour cet effet des Magazins d'Armes dans les Arfenaux
de Caffel , de Ziegenheim & de Marpurg.
Le Miniftre du Roi à Warfovie , a écrit que le
Roi de Pologne avoit accordé aux Proteftans de
fon Royaume le libre exercice de leur Religion
& qu'ils efperoient que dans la prochaine Diete
generale on les remettroit en poff ffion des biens
qu'on leur a enlevez depuis 12. ou 15. ans.
N affure qu'il a été figné à Stokolm , an
commencement de ce mois, un Traité d'Alliance
deffenfive entre le Roi , le Roi de la Grande
Bretagne & le Duc de Brunfwik- Wolfembutel,
pour la confervation & défenſe mutuelle de leurs
Etats d'Allemagne. Suivant ce Traité , ces trois
Puiffances doivent raffembler dans la Baff: Saxe
un Corps de Troupes de 35000. hommes , & on
invitera les autres Puiffances voifines d'acceder à
ce Traité pour la fureté de leurs Etats.
Il a été réſolu dans le Conſeil du Roi , de faire
drefler une Lifte de tous les jeunes gens depuis 20
juſqu'à 36. ans , dans toutes les Vilies , Bourgs
& Villages de fes Etats d'Allemagne , on établira
pour cet effet des Magazins d'Armes dans les Arfenaux
de Caffel , de Ziegenheim & de Marpurg.
Le Miniftre du Roi à Warfovie , a écrit que le
Roi de Pologne avoit accordé aux Proteftans de
fon Royaume le libre exercice de leur Religion
& qu'ils efperoient que dans la prochaine Diete
generale on les remettroit en poff ffion des biens
qu'on leur a enlevez depuis 12. ou 15. ans.
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Résumé : SUEDE.
En Suède, un traité d'alliance défensive a été signé à Stockholm entre le roi de Suède, le roi de Grande-Bretagne et le duc de Brunswick-Wolfenbüttel. Ce traité vise à la conservation et à la défense mutuelle de leurs États en Allemagne. Les trois puissances doivent rassembler un corps de troupes de 35 000 hommes en Basse-Saxe et invitent les autres puissances voisines à adhérer à ce traité pour assurer la sûreté de leurs États. Par ailleurs, il a été décidé de dresser une liste de tous les jeunes gens âgés de 20 à 36 ans dans toutes les villes, bourgs et villages des États d'Allemagne. Des magasins d'armes seront établis dans les arsenaux de Cassel, de Ziegenheim et de Marpurg. En Pologne, le roi a accordé aux protestants le libre exercice de leur religion. Ils espèrent que lors de la prochaine diète générale, les biens qui leur ont été enlevés au cours des 12 à 15 dernières années leur seront restitués.
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718
p. 2960-2961
ALLEMAGNE.
Début :
On écrit de Vienne qu'on a envoyé au Roy d'Angleterre, comme Electeur d'Hanover, [...]
Mots clefs :
Duché de Mecklembourg
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
N écrit de Vienne qu'on a envoyé au Roy
O agile de V, cone a au
& au Duc de Brunſwick- Woltembutel , un Refcript
Imperial , concernant les affaires du Duché
de Meckelbourg , par lequel ces Princes font priés
de repréfenter au Duc Charles Leopold les fuites fâcheufes
de fa longue defobéiflance aux Refcripts de
P'Empereur,&de faire leurs efforts pour l'engager à
fe foumettre fans aucune reſtriction , d'empêcher
que les peuples du Duché de Meckelbourg ne
foient ruinez par les véxations des troupes d'execution
, & a'employer toutes fortes de moyens
pour mettre à l'abri de toutes violences le Duc
Chrétien Louis , fa Famille , & la Nobleffe qui
luy eft affectionnée,
II. Vole Оп
DECEMBRE . 1730. 2961
On a reçu avis de Roftock , depuis la publica
tion de ce Decret , que la Nobleffe & les Etats du
Duché de Mekelbourg devoient s'aſſembler au
commencement de l'année prochaine , pour déliberer
fur les affaires du Duché , conformément
aux intentions de S. M. Imp .
On a auffi reçu avis de Conftantinople , que le
G. S. avoit refolu de renforcer de 40000. homines
les garnifons qui font fur les frontieres de
Tranfilvanie , & de faire marcher au Printems
prochain , vers les mêmes Frontieres , une armée
de 150. mille hommes .
On a appris d'Hanover que S. M. Brit. auroit
dans cet Electorat au Printems prochain 34000.
hommes , non compris la Milice & les Compagnies
d'Invalides qui font diftribuées dans divers
endroits.
On écrit de Dantzick que le Roi de Pologne
avoit refufé le paffage par ce Royaume aux
30000. Mofcovites que la Czarine a promis de
fournir à l'Empereur en cas de guerre.
N écrit de Vienne qu'on a envoyé au Roy
O agile de V, cone a au
& au Duc de Brunſwick- Woltembutel , un Refcript
Imperial , concernant les affaires du Duché
de Meckelbourg , par lequel ces Princes font priés
de repréfenter au Duc Charles Leopold les fuites fâcheufes
de fa longue defobéiflance aux Refcripts de
P'Empereur,&de faire leurs efforts pour l'engager à
fe foumettre fans aucune reſtriction , d'empêcher
que les peuples du Duché de Meckelbourg ne
foient ruinez par les véxations des troupes d'execution
, & a'employer toutes fortes de moyens
pour mettre à l'abri de toutes violences le Duc
Chrétien Louis , fa Famille , & la Nobleffe qui
luy eft affectionnée,
II. Vole Оп
DECEMBRE . 1730. 2961
On a reçu avis de Roftock , depuis la publica
tion de ce Decret , que la Nobleffe & les Etats du
Duché de Mekelbourg devoient s'aſſembler au
commencement de l'année prochaine , pour déliberer
fur les affaires du Duché , conformément
aux intentions de S. M. Imp .
On a auffi reçu avis de Conftantinople , que le
G. S. avoit refolu de renforcer de 40000. homines
les garnifons qui font fur les frontieres de
Tranfilvanie , & de faire marcher au Printems
prochain , vers les mêmes Frontieres , une armée
de 150. mille hommes .
On a appris d'Hanover que S. M. Brit. auroit
dans cet Electorat au Printems prochain 34000.
hommes , non compris la Milice & les Compagnies
d'Invalides qui font diftribuées dans divers
endroits.
On écrit de Dantzick que le Roi de Pologne
avoit refufé le paffage par ce Royaume aux
30000. Mofcovites que la Czarine a promis de
fournir à l'Empereur en cas de guerre.
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Résumé : ALLEMAGNE.
En décembre 1730, l'empereur a adressé un réquisitoire aux rois de Vienne, de Prusse et au Duc de Brunswick-Wolfenbüttel concernant le Duché de Meckelbourg. Ce document demande à ces princes de convaincre le Duc Charles Léopold de se soumettre aux ordres impériaux pour éviter la ruine des peuples du duché par les vexations des troupes d'exécution. Il est également demandé de protéger le Duc Chrétien Louis, sa famille et la noblesse fidèle. La noblesse et les États du Duché de Meckelbourg doivent se réunir au début de l'année suivante pour délibérer sur les affaires du duché, conformément aux intentions de l'empereur. À Constantinople, le Grand Sultan a décidé de renforcer les garnisons aux frontières de Transylvanie de 40 000 hommes et de préparer une armée de 150 000 hommes pour le printemps. À Hanover, le roi de Grande-Bretagne disposera de 34 000 hommes au printemps, sans compter la milice et les compagnies d'invalides. Enfin, le roi de Pologne a refusé le passage à travers son royaume aux 30 000 Moscovites promis par la tsarine à l'empereur en cas de guerre.
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719
p. 149-152
TURQUIE ET PERSE.
Début :
On a reçu avis d'une suspension d'armes entre les Persans [...]
Mots clefs :
Turquie, Perse, Armistice, Bagdad, Constantinople, Janissaires, Révolte, Diplomatie
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texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
TURQUIE ET PERSE.
ON
Na reçu avis d'une suspension d'armes
entre les Persans et les Turcs ; et l'on ne
croyoit pas que l'armée du Roy de Perse , qui
est campée auprès de Bagdat , fit aucun mouvement
que vers le Printems prochain. '
D'autres Lettres de Perse portent que le Prince
Thamas étoit toujours devant Babilone , avec
son armée ; que le Pacha de cette Ville lui avoit
fait faire des propositions fort avantageuses pour
l'engager à conclure la paix avec la Porte ; mais
que ce Prince , sans les rejetter ni les accepter ,
avoic
150 MERCURE DE FRANCE
avoit déclaré qu'il ne se détermineroit qu'après le
retour d'un Exprès qu'on avoit envoyé à Constantinople
; et qu'en attendant , il tenoit tou .
jours la Ville et les Turcs qui campent sous les
remparts , étroitement bloquez , sans permettre
qu'on y porte aucuns vivres. Il y a quantité d'Etrangers
parmi les Troupes du Roy de Perse.On
y observe aujourd'hui une espece de Discipline ,
qui approche beaucoup de celle des Chrétiens , et
qui étoit inconnue jusques icy aux Persans.
L'Armée de ce Prince est commandée par un
General , qui est aussi son premier Ministre.
C'est un homme des plus intrépides et fort sage,
il est originaire du Daghestan , d'une basse naissance
, et connu sous le nom de Thamas Koulikan,
qu'il a pris depuis qu'il s'est attaché au service
du Roy de Perse ; ce nom signifie le Kan ,
Esclave du Pr. Thamas : c'est lui qui a défait
entierement le Parti d'Acheraf ; et les Persans
P'appellent le Restaurateur de la Perse.
Les Lettres de Constantinople , de la fin du
mois de Novembre dernier , venues par l'Italie,
portent que le 21 du même mois, les Milices
et les Janissaires ayant repris les Armes ,
se rendirent Maîtres de toutes les Places de
la Ville , et poserent des Sentinelles aux avenues
des principales rues et du Port , pour empêcher
le pillage des Magazins et des Boutiques des Marchands
, et on entendit pendant ce jour- là et le
lendemain des cris de´guerre dans differens quartiers.
Le G. V. envoya le 22 , après midi , un de
ses principaux Officiers , dire à ces mutins , que
puisqu'ils avoient tant envie de combattre , ils
n'avoient qu'à traverser le Canal, et joindre l'Armée
qui avoit été assemblée pour faire la
Guerre au Roy de Perse . Cette proposition fut
rejettée avec hauteur et même avec menaces ; les
plus
JANVIER. 1731 .
plus hardis d'entre les Janissaires et les Spahis.
ayant fait entendre , en agitant l'air de leurs
Sabres , qu'ils ne se sépareroient point , et que si
la paix n'étoit pas faite dans deux mois avec les
Persans , ils la concluroient eux -mêmes , et la
signeroient du sang des Principaux de l'Empire ,
puisqu'ils n'avoient déposé le Sultan Achmet III.
que pour l'honneur de la Religion de Mahomet;
ajoutant qu'en les laissant unis , ils marcheroient
de quelque côté qu'on voudroit les conduire
excepté contre leurs freres Musulmans.
>
Le 23 , les Janissaires allerent jusqu'aux Portes
du Serrail , et firent demander à S. H. de
rappeller Cianum -Coggia qui avoit été relegué
par le Gouvernement précedent , dans une Terre
près de Salonique, et de le rétablir dans sa Charge
de Capitan Pacha , ce que le G.S. fit exécuter sur
le champ , en lui dépêchant un Chiaoux pour lui
porter ses Lettres de rappel. Cet Amiral étant
revenu le 26 avec toute sa famille , fut reçu du
G. S. avec beaucoup d'accueil , et renvoyé à son
poste , où par ordre de S. H. il a fait reprendre
la construction de plusieurs Sultanes et Vaisseaux
de Guerre qu'on avoit abandonnés depuis la révolution.
Le 27. les mêmes Janissaires retournerent au
Serrail , et demanderent une récompense pour
leur Chef, que le G. S. fit le même jour Pacha à
trois Queues & Gouverneur de Nizza. Ayant reçû
de S. H. toutes les graces qu'ils demandoient,
ils quitterent les armes et se retirerent dans leurs
quartiers.
Le bruit court que le G S. est déterminé à envoyer
des Agas à Vienne , à Moscou , à Varsovie
et à Venise , pour y donner part de son avenement
au Trône.
On fouille actuellement dans les Jardins des.
principaux
152 MERCURE DE FRANCE .
principaux Ministres du dernier Gouvernement
pour en tirer les sommes qu'on croit y avoir été
cachées.
Ces Lettres ajoûtent qu'il étoit arrivé à Andrinople
12000. hommes d'Infanterie , envoyez
par les Pachas de Dalmatie et de Bosnie ; que le
bruit couroit que chaque Corps de Janissaires
qui n'étoit que de 4000. hommes , seroit aug.
menté jusqu'à 6000. qu'on faisoit de grands préparatifs
de guerre dans tout l'Empire Othoman,
et qu'on avoit promis aux Ambassadeurs de Fran
ce,d'Angleterre, et de Hollande, de diminuer dans
peu les Droits qu'on levoit sur les Marchandises
de leurs Pays.
D'autres Lettres , à peu près de même datte, et
venuës par la même voye , marquent que le nouveau
Sultan avoit donné à l'Auteur du dernier
tumulte , le Gouvernement de Nissa avec la dignité
de Pacha à trois Queues ; et qu'aprés avoir
été comblé d'honneur & de bienfaits par S. H.
s'étant rendu au Serrail , sur l'invitation du G.V.
il y avoit été massacré avec 200. de ses adhérans.
ON
Na reçu avis d'une suspension d'armes
entre les Persans et les Turcs ; et l'on ne
croyoit pas que l'armée du Roy de Perse , qui
est campée auprès de Bagdat , fit aucun mouvement
que vers le Printems prochain. '
D'autres Lettres de Perse portent que le Prince
Thamas étoit toujours devant Babilone , avec
son armée ; que le Pacha de cette Ville lui avoit
fait faire des propositions fort avantageuses pour
l'engager à conclure la paix avec la Porte ; mais
que ce Prince , sans les rejetter ni les accepter ,
avoic
150 MERCURE DE FRANCE
avoit déclaré qu'il ne se détermineroit qu'après le
retour d'un Exprès qu'on avoit envoyé à Constantinople
; et qu'en attendant , il tenoit tou .
jours la Ville et les Turcs qui campent sous les
remparts , étroitement bloquez , sans permettre
qu'on y porte aucuns vivres. Il y a quantité d'Etrangers
parmi les Troupes du Roy de Perse.On
y observe aujourd'hui une espece de Discipline ,
qui approche beaucoup de celle des Chrétiens , et
qui étoit inconnue jusques icy aux Persans.
L'Armée de ce Prince est commandée par un
General , qui est aussi son premier Ministre.
C'est un homme des plus intrépides et fort sage,
il est originaire du Daghestan , d'une basse naissance
, et connu sous le nom de Thamas Koulikan,
qu'il a pris depuis qu'il s'est attaché au service
du Roy de Perse ; ce nom signifie le Kan ,
Esclave du Pr. Thamas : c'est lui qui a défait
entierement le Parti d'Acheraf ; et les Persans
P'appellent le Restaurateur de la Perse.
Les Lettres de Constantinople , de la fin du
mois de Novembre dernier , venues par l'Italie,
portent que le 21 du même mois, les Milices
et les Janissaires ayant repris les Armes ,
se rendirent Maîtres de toutes les Places de
la Ville , et poserent des Sentinelles aux avenues
des principales rues et du Port , pour empêcher
le pillage des Magazins et des Boutiques des Marchands
, et on entendit pendant ce jour- là et le
lendemain des cris de´guerre dans differens quartiers.
Le G. V. envoya le 22 , après midi , un de
ses principaux Officiers , dire à ces mutins , que
puisqu'ils avoient tant envie de combattre , ils
n'avoient qu'à traverser le Canal, et joindre l'Armée
qui avoit été assemblée pour faire la
Guerre au Roy de Perse . Cette proposition fut
rejettée avec hauteur et même avec menaces ; les
plus
JANVIER. 1731 .
plus hardis d'entre les Janissaires et les Spahis.
ayant fait entendre , en agitant l'air de leurs
Sabres , qu'ils ne se sépareroient point , et que si
la paix n'étoit pas faite dans deux mois avec les
Persans , ils la concluroient eux -mêmes , et la
signeroient du sang des Principaux de l'Empire ,
puisqu'ils n'avoient déposé le Sultan Achmet III.
que pour l'honneur de la Religion de Mahomet;
ajoutant qu'en les laissant unis , ils marcheroient
de quelque côté qu'on voudroit les conduire
excepté contre leurs freres Musulmans.
>
Le 23 , les Janissaires allerent jusqu'aux Portes
du Serrail , et firent demander à S. H. de
rappeller Cianum -Coggia qui avoit été relegué
par le Gouvernement précedent , dans une Terre
près de Salonique, et de le rétablir dans sa Charge
de Capitan Pacha , ce que le G.S. fit exécuter sur
le champ , en lui dépêchant un Chiaoux pour lui
porter ses Lettres de rappel. Cet Amiral étant
revenu le 26 avec toute sa famille , fut reçu du
G. S. avec beaucoup d'accueil , et renvoyé à son
poste , où par ordre de S. H. il a fait reprendre
la construction de plusieurs Sultanes et Vaisseaux
de Guerre qu'on avoit abandonnés depuis la révolution.
Le 27. les mêmes Janissaires retournerent au
Serrail , et demanderent une récompense pour
leur Chef, que le G. S. fit le même jour Pacha à
trois Queues & Gouverneur de Nizza. Ayant reçû
de S. H. toutes les graces qu'ils demandoient,
ils quitterent les armes et se retirerent dans leurs
quartiers.
Le bruit court que le G S. est déterminé à envoyer
des Agas à Vienne , à Moscou , à Varsovie
et à Venise , pour y donner part de son avenement
au Trône.
On fouille actuellement dans les Jardins des.
principaux
152 MERCURE DE FRANCE .
principaux Ministres du dernier Gouvernement
pour en tirer les sommes qu'on croit y avoir été
cachées.
Ces Lettres ajoûtent qu'il étoit arrivé à Andrinople
12000. hommes d'Infanterie , envoyez
par les Pachas de Dalmatie et de Bosnie ; que le
bruit couroit que chaque Corps de Janissaires
qui n'étoit que de 4000. hommes , seroit aug.
menté jusqu'à 6000. qu'on faisoit de grands préparatifs
de guerre dans tout l'Empire Othoman,
et qu'on avoit promis aux Ambassadeurs de Fran
ce,d'Angleterre, et de Hollande, de diminuer dans
peu les Droits qu'on levoit sur les Marchandises
de leurs Pays.
D'autres Lettres , à peu près de même datte, et
venuës par la même voye , marquent que le nouveau
Sultan avoit donné à l'Auteur du dernier
tumulte , le Gouvernement de Nissa avec la dignité
de Pacha à trois Queues ; et qu'aprés avoir
été comblé d'honneur & de bienfaits par S. H.
s'étant rendu au Serrail , sur l'invitation du G.V.
il y avoit été massacré avec 200. de ses adhérans.
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Résumé : TURQUIE ET PERSE.
En 1731, les relations entre la Turquie et la Perse sont marquées par une suspension d'armes, mais aucune action significative n'est attendue avant le printemps. Le prince Thamas, avec son armée, bloque la ville de Babylone et refuse de conclure la paix avant le retour d'un émissaire envoyé à Constantinople. L'armée perse, dirigée par Thamas Koulikan, un général du Daghestan, montre une discipline comparable à celle des armées chrétiennes. À Constantinople, les Janissaires et les milices ont repris les armes, exigeant la paix avec les Persans et la réhabilitation de Cianum-Coggia au poste de Capitan Pacha. Après avoir obtenu satisfaction, ils se sont retirés dans leurs quartiers. Le nouveau sultan prépare des envois diplomatiques vers Vienne, Moscou, Varsovie et Venise. Parallèlement, des préparatifs militaires sont en cours dans l'Empire ottoman, avec l'arrivée de 12 000 hommes d'infanterie et des augmentations prévues dans les corps de Janissaires. Le sultan a également promis de réduire les droits sur les marchandises des pays européens.
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720
p. 152
POLOGNE.
Début :
Le Roi a promis à l'Envoyé du Duc de Curlande [...]
Mots clefs :
Duc de Curlande, Tsarine, Troupes moscovites, Cosaques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE .
E Roi promis à l'Envoyé du Duc de Cur-
Llande ,qu'on n'executera rien de la part
de la République dans les Etats de ce Prince
pendant sa vie , pourvû qu'il veuille de sa part
engager la Czarine à retirer les Troupes Moscovites
qu'elle entretient dans le Duché de Curlande
depuis plusieurs années.
Les Troupes de la Couronne , qu'on avoit fait
partir pour dissiper les Cosaques qui pilloient les
Provinces frontieres , les ont battus en deux rencontres
, et ont même repris les Esclaves et les
Effets qu'ils emmenoient avec eux pour les vendre
aux Turcs , saivant leur coûtume.
E Roi promis à l'Envoyé du Duc de Cur-
Llande ,qu'on n'executera rien de la part
de la République dans les Etats de ce Prince
pendant sa vie , pourvû qu'il veuille de sa part
engager la Czarine à retirer les Troupes Moscovites
qu'elle entretient dans le Duché de Curlande
depuis plusieurs années.
Les Troupes de la Couronne , qu'on avoit fait
partir pour dissiper les Cosaques qui pilloient les
Provinces frontieres , les ont battus en deux rencontres
, et ont même repris les Esclaves et les
Effets qu'ils emmenoient avec eux pour les vendre
aux Turcs , saivant leur coûtume.
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Résumé : POLOGNE.
Le roi polonais a assuré à l'envoyé du duc de Curlande que la République n'interviendra pas dans ses États s'il obtient le retrait des troupes moscovites. Par ailleurs, les troupes polonaises ont vaincu des Cosaques pillards et récupéré des esclaves et des biens destinés aux Turcs.
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721
p. 153
DANNEMARCK.
Début :
Le Roi a résolu de mettre ses Troupes sur le [...]
Mots clefs :
Copenhague
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DANNEMARCK.
DANNEMAR CK.
E Roi a résolu de mettre ses Troupes sur le
Lpied de 40000. hommes , y compris les 4000 .
hommes qui sont en Norwegue.
On a publié à Coppenhague un Edit du Roy,
datté du 30. du mois dernier , par lequel il est
ordonné qu'à commencer du premier Juin prochain
, la Ferme des Doüannes sur le vin , les
Eaux de vies , le Sel & le Tabac , sera supprimée,
et qu'il sera permis , tant aux Danois qu'aux
Norwegiens , d'en faire le commerce.
E Roi a résolu de mettre ses Troupes sur le
Lpied de 40000. hommes , y compris les 4000 .
hommes qui sont en Norwegue.
On a publié à Coppenhague un Edit du Roy,
datté du 30. du mois dernier , par lequel il est
ordonné qu'à commencer du premier Juin prochain
, la Ferme des Doüannes sur le vin , les
Eaux de vies , le Sel & le Tabac , sera supprimée,
et qu'il sera permis , tant aux Danois qu'aux
Norwegiens , d'en faire le commerce.
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722
p. 153-154
ALLEMAGNE.
Début :
Sur les avis certains que les Turcs avoient déjà commis [...]
Mots clefs :
Turcs, Hostilités, Ducats, Ordonnance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE .
>
Ur les avis certains que les Turcs avoient déja
cómmis quelques hostilitez aux environs de
Carlostadt en Croatie , l'Empereur a résolu
d'augmenter de 40000. hommes les Garnisons
de ses Places Frontieres du côté des Terres du
Grand Seigneur.
On a apporté à Vienne dequis peu des nouvelles
Mines de Dameswar en Hongrie , 4c000 .
Ducats d'or et 6000. Marcs d'argent,
On
1
154 MERCURE DE FRANCE
On a apris deBrunswick, que le Duc deWolfembutel
y avoit aboli ,par une nouvelle Ordonnance,
l'ancien droit en vertu duquel ce Souverain pouvoit
se mettre en possession des biens de tous les
hommes qui mouroient sans s'être mariez.
>
Ur les avis certains que les Turcs avoient déja
cómmis quelques hostilitez aux environs de
Carlostadt en Croatie , l'Empereur a résolu
d'augmenter de 40000. hommes les Garnisons
de ses Places Frontieres du côté des Terres du
Grand Seigneur.
On a apporté à Vienne dequis peu des nouvelles
Mines de Dameswar en Hongrie , 4c000 .
Ducats d'or et 6000. Marcs d'argent,
On
1
154 MERCURE DE FRANCE
On a apris deBrunswick, que le Duc deWolfembutel
y avoit aboli ,par une nouvelle Ordonnance,
l'ancien droit en vertu duquel ce Souverain pouvoit
se mettre en possession des biens de tous les
hommes qui mouroient sans s'être mariez.
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Résumé : ALLEMAGNE.
L'Empereur renforce les garnisons frontalières côté ottoman à 40 000 hommes suite à des hostilités turques en Croatie. À Vienne, les mines de Dameswar en Hongrie produisent 4 000 ducats d'or et 6 000 marks d'argent. À Brunswick, le Duc de Wolfenbüttel supprime un droit ancien sur les biens des hommes célibataires décédés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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723
p. 154-155
ITALIE.
Début :
Le Cardinal Coscia a envoyé au Pape par l'Abbé Testa [...]
Mots clefs :
Cardinal Coscia, Église, Assassinat, Jurisdiction, Maladie contagieuse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITA LIE.
E Cardinal Coscia a envoyé au Pape par l'Ab-
LECTesia,con Maitre de Chambre , sa résignation
pure et simple de son Archevêché de Benevent
, pour se soumettre à l'ordre exprès de
Sa Sainteté.
Le 2. Janvier , on afficha au Champ de Mars
et dans les autres Places publiques de Rome unc
Ordonnance du Cardinal Annibal Albani , Evêque
de Sabine , et Camerlingue de la Sainte
Eglise , portant défense , sous peine des Censures
Ecclesiastiques , de faire aucune entreprise directe
ou indirecte sur la Jurisdiction suprême que le
S. Siege prétend avoir dans le Piémont , sur les
Terres et Habitans de Cortanza , Cortanzone >
Montafia , Cisterna et autres Bourgs et Villages
des environs.
Le 3. on reçut avis à Rome que l'Evêque de
Nice avoit été assassiné en retournant de Turin
dans son Diocèse.
On apprend de Venise que le Magistrat de la
Santé a interdit tout commerce avec la Dalmatie
, les grandes Isles de Lago , celles du Quarner
, l'Albanie Venitienne , les Bouches de Cattaro
, l'Etat de Raguse , les côtes de Segni , Buccari
et Fiumé , parce qu'on a eu des avis certains
qu'un des Turcs de la garnison de Nizza a porté
la maladie contagieuse à Seraglio en Bossine
d'où elle a passé à Jayeck , à deux ou trois journées
des Frontieres de la Servie et des Terres
de
JANVIER. 1731. ISS
de la dépendance de l'Empereur. La mortalité y
est très grande , et ceux qui sont attaqués de
cette maladie enflent d'abord et ne passent pas
le troisiéme jour,
E Cardinal Coscia a envoyé au Pape par l'Ab-
LECTesia,con Maitre de Chambre , sa résignation
pure et simple de son Archevêché de Benevent
, pour se soumettre à l'ordre exprès de
Sa Sainteté.
Le 2. Janvier , on afficha au Champ de Mars
et dans les autres Places publiques de Rome unc
Ordonnance du Cardinal Annibal Albani , Evêque
de Sabine , et Camerlingue de la Sainte
Eglise , portant défense , sous peine des Censures
Ecclesiastiques , de faire aucune entreprise directe
ou indirecte sur la Jurisdiction suprême que le
S. Siege prétend avoir dans le Piémont , sur les
Terres et Habitans de Cortanza , Cortanzone >
Montafia , Cisterna et autres Bourgs et Villages
des environs.
Le 3. on reçut avis à Rome que l'Evêque de
Nice avoit été assassiné en retournant de Turin
dans son Diocèse.
On apprend de Venise que le Magistrat de la
Santé a interdit tout commerce avec la Dalmatie
, les grandes Isles de Lago , celles du Quarner
, l'Albanie Venitienne , les Bouches de Cattaro
, l'Etat de Raguse , les côtes de Segni , Buccari
et Fiumé , parce qu'on a eu des avis certains
qu'un des Turcs de la garnison de Nizza a porté
la maladie contagieuse à Seraglio en Bossine
d'où elle a passé à Jayeck , à deux ou trois journées
des Frontieres de la Servie et des Terres
de
JANVIER. 1731. ISS
de la dépendance de l'Empereur. La mortalité y
est très grande , et ceux qui sont attaqués de
cette maladie enflent d'abord et ne passent pas
le troisiéme jour,
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Résumé : ITALIE.
Le cardinal Coscia a démissionné de l'archevêché de Benevent sur ordre du Pape. Le 2 janvier, le cardinal Annibal Albani a publié une ordonnance interdisant toute ingérence sur la juridiction du Saint-Siège dans le Piémont, concernant plusieurs bourgs. Le 3 janvier, Rome a appris l'assassinat de l'évêque de Nice en route vers son diocèse. À Venise, le Magistrat de la Santé a interdit le commerce avec plusieurs régions, dont la Dalmatie et l'Albanie Vénitienne, en raison d'une maladie contagieuse apportée par un Turc de la garnison de Nizza en Bosnie. Cette maladie s'est propagée à Jayeck, près des frontières de la Serbie, et cause une mortalité élevée, les malades enflant et décédant généralement au troisième jour.
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724
p. 366-369
TURQUIE ET PERSE.
Début :
ON a appris par Moscou que le Roy de Perse [...]
Mots clefs :
Turquie, Perse, Moscou, Sultan, Janissaires, Bataille, Artillerie, Prisonniers
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texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
NOUVELLES ETRANGERES.
ON
TURQUIE ET PERSE.
N a appris par Moscou que le Roy de Perse
avoit envoyé à Ispaham 2000. prisonniers
avec plusieurs pieces d'artillerie prises sur
les Turcs dans la derniere bataille qui a été
donnée du côté de Tauris ; et que ce Prince ne
vouloit écouter les propositions d'accommodement
qui lui ont été faites de la part du nouveau
Sultan , qu'à condition que pour Prélimimaires
de la Paix , les Turcs lui restitueront les
ConFEVRIER
. 173.1.1 367
Conquêtes qu'ils ont faites pendant la derniere
revolution , et lui payeront 30 millions de Roupies
en forme de dédommagement des pertes
qu'ont souffertes les differentes Provinces de la
Perse pendant la guerre,
Les Lettres de Derbent portent , qu'un Deta→
chement de l'armée du Roy de Perse avoit attaqué
le secours que le Bacha du Grand Caire envoyoit
à Bagdad , suivant les ordres du Sultan
déposé , et que les Persans avoient fait un butin
de près d'un million de Ducats.
Quelques Lettres de Constantinople du mois
de Decembre portent qu'Ali surnommé Patrona,
Chef et auteur de la revolution , peu content des
recompenses qu'il avoit reçues du Gr. S. et continuant
de demander avec hauteur les principales
Charges pour sa famille , ou pour ses adherans ,
S. H. avoit pris la resolution de se défaire de cet
importun , mais avec les précautions necessaires
pour prévenir une nouvelle revolution ; que lè
30 de Decembre Cianum Coggia , Capitan Pacha
, avoit eu ordre d'assembler les plus mutins
des Genteniers ou Commandans des bandes des
Jannissaires , qui avoient eu part à la derniere
revolte , et de feindre qu'on vouloit prendre leurs
avis pour décider de la Paix ou de la Guerre,
Après que le Capitan Pacha eut tenu avec 36 de
ces mutins une espece de Conseil , il alla avec
eux au Serrail , où il les engagea à demeurer
jusqu'à ce qu'il eut communiqué au G. S. le resultat
de leur Conference ; mais à peine se fut- il
retiré d'auprès d'eux , que 160 Jannissaires , áffectionnez
au Gouvernement , les environnerent
et les tail ! erent en pieces.
Cette punition n'empêcha pas Ali - Patrona de
demander le lendemain que le nommé Gicca ,
frere de l'Interprete de S. H , dont il avoit reçu
cent
368 MERCURE DE FRANCE
cent Bourses , fut nommé Vaivode de Valachie
à la place de Mauro Cordato. Le G. S. lui accorda
cette nouvelle grace ; mais quelques jours
après l'ayant fait arrêter avec le nouvel Aga des
Jannissaires , ces deux Rebelles furent étranglés ,
et on a trouvé chez eux près de cinq millions en
or ,qui ont été portés au Trésor du Serail.
Le G. S. ayant déposé le Kan des Tartares
tributaires de la Porte , qui avoit été mandé à
Constantinople , sous prétexte d'assister à un
Divan , S. H. a donné le Commandement des
Tartares au frere du Kan déposé , lequel étoit
relegué à Barna depuis quelques années , et le 3
du mois de Decembre dernier il reçut des mains
du G. S. un sabre garni de diamans , et un Caftan
doublé de martes Zebelines.
Le Seraskier Rusteck qui est allé en Perse
pour y negocier un Traité de Pacification , a été
fait Pacha à trois Queuës avant. que de partir .
Le Divan a resolu de demander des sommes
considerables aux Grecs et aux Juifs pour l'avenement
de S. H. au Trône.
Les mêmes Lettres marquent que le Sultan
déposé qui a été renfermé aux sept Tours avec
les Princes ses fils , y étoit traité magnifiquement,
et avec les mêmes honneurs que s'il étoit encore
sur le Trône.
On écrit de Venise , que par les Lettres reçuës
de Constantinople à la fin du mois dernier ; on
avoit apris que le Pacha Rustech,qu'on a envoyé
à Ispaliam , avec des pleins pouvoirs pour la signature
d'un Traité de Paix , avoit emporté avec
lui des présens magnifiques pour les Ministres du
Roy de Perse. Ces Lettres ajoutent que le G. S.
loin de se sur les créatures du Sultan dévanger
posé , de l'affront qui fut fait à Mustapha son
pere , lorsqu'on l'enferma aux sept Tours , employoit
FEVRIER. 1731. 359
ployoit tous ceux qui après avoir reconnu leur
faute, promettoient de le servir avec fidelité ; que
cette conduite lui attiroit tous les coeurs de ses
sujets , qui s'attendant à de grandes cruautez sous
son regne , étoient extrèmement surpris de voir
tant de modération et de clémence dans leur Sou
verain ; qu'on attribue cette douceur aux sages
conseils du nouveau Mufti qui l'a déterminé aus
si à visiter le Sultan déposé, et à le consulter sur
les affaires du Gouvernement, dont S H. ne pour
roit avoir une connoissance parfaite sans ce secours
, parce que le dernier G. V. avoit détourné
les Papiers de conséquence de ses Bureaux avant
que d'être étranglé , et que les autres Ministres
subalternes les ont brulés ou cachés depuis, que le
Sultan déposé,et le G.S. vivoient dans une bonne
intelligence,que le premier avoit la liberté de voir
les Princes ses fils , de manger et de converser
avec eux , et qu'on lui avoit rendu six de ses Sultanes
favorites.
On apprend par les mêmes Lettres qu'un hom
me de la lie du peuple , mais aussi sage et éclairé
qu'il est pauvre , avoit été choisi pour être Lieutenant
de l'Aga des Janissaires ; que S. H. ayant
approuvé ce choix , ce nouvel Officier avoit envoyé
chez tous les Ministres étrangers pour leur
donner part de son avenement, et les faire ressouvenir
de sa pauvreté;que ces Ministres lui avoient
fait,à l'envi, des présens magnifiques , que la Sulta
ne mere lui avoit envoyé 3 Turbans ,des habits et
quelques bourses remplies d'or , pour l'aider à se
mettre en équipage , et que depuis qu'il avoit pris
possession de son nouveau poste , les Janissaires
vivoient dans une parfaite discipline.
ON
TURQUIE ET PERSE.
N a appris par Moscou que le Roy de Perse
avoit envoyé à Ispaham 2000. prisonniers
avec plusieurs pieces d'artillerie prises sur
les Turcs dans la derniere bataille qui a été
donnée du côté de Tauris ; et que ce Prince ne
vouloit écouter les propositions d'accommodement
qui lui ont été faites de la part du nouveau
Sultan , qu'à condition que pour Prélimimaires
de la Paix , les Turcs lui restitueront les
ConFEVRIER
. 173.1.1 367
Conquêtes qu'ils ont faites pendant la derniere
revolution , et lui payeront 30 millions de Roupies
en forme de dédommagement des pertes
qu'ont souffertes les differentes Provinces de la
Perse pendant la guerre,
Les Lettres de Derbent portent , qu'un Deta→
chement de l'armée du Roy de Perse avoit attaqué
le secours que le Bacha du Grand Caire envoyoit
à Bagdad , suivant les ordres du Sultan
déposé , et que les Persans avoient fait un butin
de près d'un million de Ducats.
Quelques Lettres de Constantinople du mois
de Decembre portent qu'Ali surnommé Patrona,
Chef et auteur de la revolution , peu content des
recompenses qu'il avoit reçues du Gr. S. et continuant
de demander avec hauteur les principales
Charges pour sa famille , ou pour ses adherans ,
S. H. avoit pris la resolution de se défaire de cet
importun , mais avec les précautions necessaires
pour prévenir une nouvelle revolution ; que lè
30 de Decembre Cianum Coggia , Capitan Pacha
, avoit eu ordre d'assembler les plus mutins
des Genteniers ou Commandans des bandes des
Jannissaires , qui avoient eu part à la derniere
revolte , et de feindre qu'on vouloit prendre leurs
avis pour décider de la Paix ou de la Guerre,
Après que le Capitan Pacha eut tenu avec 36 de
ces mutins une espece de Conseil , il alla avec
eux au Serrail , où il les engagea à demeurer
jusqu'à ce qu'il eut communiqué au G. S. le resultat
de leur Conference ; mais à peine se fut- il
retiré d'auprès d'eux , que 160 Jannissaires , áffectionnez
au Gouvernement , les environnerent
et les tail ! erent en pieces.
Cette punition n'empêcha pas Ali - Patrona de
demander le lendemain que le nommé Gicca ,
frere de l'Interprete de S. H , dont il avoit reçu
cent
368 MERCURE DE FRANCE
cent Bourses , fut nommé Vaivode de Valachie
à la place de Mauro Cordato. Le G. S. lui accorda
cette nouvelle grace ; mais quelques jours
après l'ayant fait arrêter avec le nouvel Aga des
Jannissaires , ces deux Rebelles furent étranglés ,
et on a trouvé chez eux près de cinq millions en
or ,qui ont été portés au Trésor du Serail.
Le G. S. ayant déposé le Kan des Tartares
tributaires de la Porte , qui avoit été mandé à
Constantinople , sous prétexte d'assister à un
Divan , S. H. a donné le Commandement des
Tartares au frere du Kan déposé , lequel étoit
relegué à Barna depuis quelques années , et le 3
du mois de Decembre dernier il reçut des mains
du G. S. un sabre garni de diamans , et un Caftan
doublé de martes Zebelines.
Le Seraskier Rusteck qui est allé en Perse
pour y negocier un Traité de Pacification , a été
fait Pacha à trois Queuës avant. que de partir .
Le Divan a resolu de demander des sommes
considerables aux Grecs et aux Juifs pour l'avenement
de S. H. au Trône.
Les mêmes Lettres marquent que le Sultan
déposé qui a été renfermé aux sept Tours avec
les Princes ses fils , y étoit traité magnifiquement,
et avec les mêmes honneurs que s'il étoit encore
sur le Trône.
On écrit de Venise , que par les Lettres reçuës
de Constantinople à la fin du mois dernier ; on
avoit apris que le Pacha Rustech,qu'on a envoyé
à Ispaliam , avec des pleins pouvoirs pour la signature
d'un Traité de Paix , avoit emporté avec
lui des présens magnifiques pour les Ministres du
Roy de Perse. Ces Lettres ajoutent que le G. S.
loin de se sur les créatures du Sultan dévanger
posé , de l'affront qui fut fait à Mustapha son
pere , lorsqu'on l'enferma aux sept Tours , employoit
FEVRIER. 1731. 359
ployoit tous ceux qui après avoir reconnu leur
faute, promettoient de le servir avec fidelité ; que
cette conduite lui attiroit tous les coeurs de ses
sujets , qui s'attendant à de grandes cruautez sous
son regne , étoient extrèmement surpris de voir
tant de modération et de clémence dans leur Sou
verain ; qu'on attribue cette douceur aux sages
conseils du nouveau Mufti qui l'a déterminé aus
si à visiter le Sultan déposé, et à le consulter sur
les affaires du Gouvernement, dont S H. ne pour
roit avoir une connoissance parfaite sans ce secours
, parce que le dernier G. V. avoit détourné
les Papiers de conséquence de ses Bureaux avant
que d'être étranglé , et que les autres Ministres
subalternes les ont brulés ou cachés depuis, que le
Sultan déposé,et le G.S. vivoient dans une bonne
intelligence,que le premier avoit la liberté de voir
les Princes ses fils , de manger et de converser
avec eux , et qu'on lui avoit rendu six de ses Sultanes
favorites.
On apprend par les mêmes Lettres qu'un hom
me de la lie du peuple , mais aussi sage et éclairé
qu'il est pauvre , avoit été choisi pour être Lieutenant
de l'Aga des Janissaires ; que S. H. ayant
approuvé ce choix , ce nouvel Officier avoit envoyé
chez tous les Ministres étrangers pour leur
donner part de son avenement, et les faire ressouvenir
de sa pauvreté;que ces Ministres lui avoient
fait,à l'envi, des présens magnifiques , que la Sulta
ne mere lui avoit envoyé 3 Turbans ,des habits et
quelques bourses remplies d'or , pour l'aider à se
mettre en équipage , et que depuis qu'il avoit pris
possession de son nouveau poste , les Janissaires
vivoient dans une parfaite discipline.
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Résumé : TURQUIE ET PERSE.
En 1731, des événements politiques et militaires significatifs se déroulent en Turquie et en Perse. Le roi de Perse envoie 2000 prisonniers et des pièces d'artillerie prises aux Turcs à Ispahan. Il refuse les propositions de paix du nouveau sultan turc, exigeant la restitution des conquêtes récentes et le paiement de 30 millions de roupies en dédommagement. Parallèlement, les Persans attaquent un convoi du Bacha du Grand Caire à Bagdad, s'emparant d'un butin d'environ un million de ducats. À Constantinople, Ali, surnommé Patrona, est éliminé par le sultan après avoir demandé des charges importantes pour sa famille. Le sultan exécute également deux rebelles, Gicca et le nouvel Aga des Jannissaires, trouvant près de cinq millions en or chez eux. Il dépose le Kan des Tartares et nomme son frère à sa place. Le Seraskier Rusteck est nommé Pacha à trois queues avant de partir négocier un traité de paix en Perse. Le sultan impose des sommes considérables aux Grecs et aux Juifs pour son avènement au trône. Le sultan déchu est enfermé aux sept Tours avec ses fils, mais y est traité magnifiquement. Le sultan actuel emploie ceux qui promettent fidélité, gagnant ainsi le cœur de ses sujets. Il consulte le sultan déchu pour les affaires du gouvernement et lui a rendu six de ses sultanes favorites. Un homme du peuple, sage et éclairé, est choisi comme lieutenant de l'Aga des Janissaires et reçoit des présents magnifiques des ministres étrangers et de la sultane mère. Les Janissaires vivent désormais dans une parfaite discipline.
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725
p. 370-371
Extrait d'une Lettre de Marseille, du 19 Février 1731. au sujet des Troubles de Constantinople.
Début :
Nos Bâtimens commencent à venir du Levant. Le Capitaine Antoine [...]
Mots clefs :
Marseille, Constantinople, Révolution, Capitaine, Sultan, Commerce
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texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de Marseille, du 19 Février 1731. au sujet des Troubles de Constantinople.
EXTRAIT d'une Lettre de Marseille
du 19 Février 1731. au fujet des Troubles
de Constantinople.
N
1
Os Bâtimens commencent à venir du Levant,
Le Capitaine Antoine Rolland arriva
le 16. en ce Port , chargé de 2700 charges de Ble
qu'il a pris au Volo , &c. Je l'ai questionné en
particulier sur la derniere révolution de Constan
tinople.
Notre Capitaine passa le fameux Janon- Coggia
Smirne,avec environ so personnes de sa suite , Er
en y arrivant , Coggia trouva des dépêches de
Constantinople où il étoit demandé, et où il s'est
rendu. Il a été fait de nouveau Capitan Pacha.
Quand il partit de Smirne , le Vaisseau du Capitaine
Rolland et tous les Bâtimens François le
saluerent de plusieurs coups de Canon , avec la
permission de M. le Consul, ce qui fit grand plai
sir au nouvel Amiral Turc,qui en témoigna sa reconnoissance
à notre Capitaine. Il fit distribuer
200 Piastres à l'Equipage.
Depuis , le même Capitaine ayant rencontré en
Mer , le Capitaine Fougasse de Cassis , commandant
un Pinque , lequel étoit parti de Constantinople
, le 13 Janvier. Il apprit de lui que Janon
Coggia avoit été reçu à Constantinople avec de
grandes acclamations , et que le nouveau Sultan`
avoit d'abord voulu le faire G. V. Il s'en étoit
excusé sur ce que la Marine étoit plus à sa bienseance
; qu'on avoit assemblé un grand Divan ,
dans lequel Ali Patrona , auteur de la Révolte
avoit eu l'audace de demander la femme du dernier
G. V , fille du Sultan détrôné ; surquoi Janon
Coggia lui avoit répondu avec mépris; qu'une telle
Dame n'étoit pas destinée à un homme de néant
tel
FEVRIER. 173 F. 370
tel que lui. Surquoi Patrona ayant tiré un Pistolet
de sa poche ; Coggia le prévint et lui fit sauter
la tête d'un coup de Sabre ; que peu de tems après
le même Coggia avoit fait étrangler 30 des principaux
Satellites du Révolté ; ce qui avoit fait
d'abord cesser le trouble , ajoûtant que le nouveau
Capitan Pacha continuoit de faire faire des exécutions
à l'égard de ceux qui ont été du parti des
Rebelles. Le G. S. ne fait rien que par le Conseil
de ce bon serviteur , en attendant l'arrivée de
Kupruli , Pacha du Caire , pour le faire G. V.
Ce qui fait esperer une entiere pacification et le
prompt rétablissement du commerce. Tout ce détail
a encore été confirmé au Capitaine Rolland
dans d'autres lieux où il a touché.
du 19 Février 1731. au fujet des Troubles
de Constantinople.
N
1
Os Bâtimens commencent à venir du Levant,
Le Capitaine Antoine Rolland arriva
le 16. en ce Port , chargé de 2700 charges de Ble
qu'il a pris au Volo , &c. Je l'ai questionné en
particulier sur la derniere révolution de Constan
tinople.
Notre Capitaine passa le fameux Janon- Coggia
Smirne,avec environ so personnes de sa suite , Er
en y arrivant , Coggia trouva des dépêches de
Constantinople où il étoit demandé, et où il s'est
rendu. Il a été fait de nouveau Capitan Pacha.
Quand il partit de Smirne , le Vaisseau du Capitaine
Rolland et tous les Bâtimens François le
saluerent de plusieurs coups de Canon , avec la
permission de M. le Consul, ce qui fit grand plai
sir au nouvel Amiral Turc,qui en témoigna sa reconnoissance
à notre Capitaine. Il fit distribuer
200 Piastres à l'Equipage.
Depuis , le même Capitaine ayant rencontré en
Mer , le Capitaine Fougasse de Cassis , commandant
un Pinque , lequel étoit parti de Constantinople
, le 13 Janvier. Il apprit de lui que Janon
Coggia avoit été reçu à Constantinople avec de
grandes acclamations , et que le nouveau Sultan`
avoit d'abord voulu le faire G. V. Il s'en étoit
excusé sur ce que la Marine étoit plus à sa bienseance
; qu'on avoit assemblé un grand Divan ,
dans lequel Ali Patrona , auteur de la Révolte
avoit eu l'audace de demander la femme du dernier
G. V , fille du Sultan détrôné ; surquoi Janon
Coggia lui avoit répondu avec mépris; qu'une telle
Dame n'étoit pas destinée à un homme de néant
tel
FEVRIER. 173 F. 370
tel que lui. Surquoi Patrona ayant tiré un Pistolet
de sa poche ; Coggia le prévint et lui fit sauter
la tête d'un coup de Sabre ; que peu de tems après
le même Coggia avoit fait étrangler 30 des principaux
Satellites du Révolté ; ce qui avoit fait
d'abord cesser le trouble , ajoûtant que le nouveau
Capitan Pacha continuoit de faire faire des exécutions
à l'égard de ceux qui ont été du parti des
Rebelles. Le G. S. ne fait rien que par le Conseil
de ce bon serviteur , en attendant l'arrivée de
Kupruli , Pacha du Caire , pour le faire G. V.
Ce qui fait esperer une entiere pacification et le
prompt rétablissement du commerce. Tout ce détail
a encore été confirmé au Capitaine Rolland
dans d'autres lieux où il a touché.
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Résumé : Extrait d'une Lettre de Marseille, du 19 Février 1731. au sujet des Troubles de Constantinople.
Le 16 février 1731, le capitaine Antoine Rolland arriva à Marseille avec 2700 charges de blé du Volo. Il rapporta des troubles récents à Constantinople. Janon Coggia, nommé Capitan Pacha, y fut accueilli favorablement. Le nouveau sultan souhaitait le nommer Grand Vizir, mais Coggia préféra se concentrer sur la marine. Lors d'un Divan, Ali Patrona, instigateur de la révolte, demanda la femme du dernier Grand Vizir, fille du sultan détrôné. Coggia refusa, provoquant une altercation où il tua Patrona. Il fit ensuite exécuter 30 partisans de Patrona, apaisant les troubles. Le sultan gouverne sous l'influence de Coggia, en attendant Kupruli, Pacha du Caire, pour le poste de Grand Vizir. Ces événements laissent espérer une pacification et la reprise du commerce. Ces informations furent confirmées au capitaine Rolland lors de ses escales.
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726
p. 371-376
RELATION de la Révolte arrivée à Tripoly de Syrie, contre Hibraim Pacha, Gouverneur de cette Ville, le 26. Octobre 1730. etc. Ecrite par M. le Maire, Consul de la Nation Françoise.
Début :
Le Pacha ayant été informé par Mustapha Bey son fils, [...]
Mots clefs :
Tripoli, Syrie, Pacha , Janissaires, Sérail, Justice, Gouverneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION de la Révolte arrivée à Tripoly de Syrie, contre Hibraim Pacha, Gouverneur de cette Ville, le 26. Octobre 1730. etc. Ecrite par M. le Maire, Consul de la Nation Françoise.
RELATION de la Ré volté arrivée
à Tripoly de Syrie , contre Hibraim
Pa ha Gouverneur de cette Ville le
26. Octobre 1730. etc. Ecrite par M.
le Maire , Consul de la Nation Françoise.
LBey
E Pacha ayant été informé par Mustapha
Bey son fils , qui commande à la Taquie
que les gens de la Montagne , informés de la Révolution
de Constantinople , s'étoient révoltez
contre lui , et qu'ils avoient fait main - basse sur
ceux qu'il avoit envoyés pour lever les droits dų
G. S. Le Bey voulant mettre les Païsans à la raison,
et n'ayant pas assez de Troupe à la Taquie
expedia icy à son pere un Courrier pour lui demander
du secours . Le Pacha donna aussi-tôt ses
ordres à l'Aga des Janissaires de faire marcher
200 hommes de cette milice à la Taquie , mais
les Janissaires n'ayant pas voulu marcher , le
Hij Corps
372 MERCURE DE FRANCE
Corps se souleva et entraîna avec lui beaucoup de
Soldats et de Populace . Ils al erent attaquer le
Serrail où étoit le Pacha , à grands coups de Fusil
, qui furent suivis d'une grêle de coups de pierres,
ce qui dura jusqu'à la nuit ; il n'y eut cependant
que 7 hommes de tués, de part et d'autre
et 3 de blessés .
Le lendemain 27 , les Rebelles allerent encore
attaquer le Pacha dans son Sérail ; pour les appaiser
, il promit de diminuer le prix de la viande,du
pain , du savon et generalement de toutes les denrées,
ce qui fut exécuté; mais cela ne les ayant pas
satisfais , ils ne discontinuerent point de tirer. Un
parti de quelques Janissaires se détacha de la
Troupe pour aller attaquer la Maison d'un des
principauxOfficiers du Pacha, appellé Cassen Aga,
ils la mirent au pillage , massacrerent cet Officier
'et couperent son corps par petits morceaux , avec
4 de ses domestiques qui s'étoient mis en deffense.
Ils allerent delà à la Maison d'Abdy- Aga, premier
Drogman du Pacha , qu'ils pillerent aussi ,
et étant revenus peu de temps après devant le Serrail
, ils demanderent que le Pacha fut déposé , et
voulurent l'obliger à passer dans le Château , jusques
à ce que les Ordres du G.S. fussent arrivez.
Il leur fit dire qu'il n'iroit point au Château sans
que les Puissances du Païs à leur tête , ne le forcassent
à y entrer.
La Populace lui demanda la tête d'Abdy-Aga
son Drogman pour l'avoir porté à tiranniser le
peuple. Le Pacha ayant fait quelque difficulté d'accorder
à leur demande , tous ses Officiers lui dirent
que s'il ne donnoit pas cette satisfaction aux
Rebelles , sa tête et la leur étoient dans un grand
danger. Le Pacha , à la persuasion de tout son
monde , et par la crainte de perdre la vie , fut le
premier à porter la Ganjarre ou Poignard sur l'es
tomach
FEVRIER. 1-31. 373
tomach de son Drogman. Les Soldats aussi - tôt
le percerent de mille coups et lui firent toute sorte
d'outrages. On le jetta par les Fenêtres du Serrail
et par le moyen d'une Corde passée à son col ,
il fut traîné tout nud par toutes les rues de Tripoly
et son corps jetté ensuite à la voirie.
> Le 28 le Frere du Drogman , ayant entendu
dire qu'on le ménaçoit , défit son Turban ,
n'ayant pas eu le temps de trouver une corde , et
par une Fenêtre du Château , se suspendit à ce
Turban , qui étant d'une Mousseline fine , ne put
résister ; il se rompit bras et jambes en tombant;
quelques Soldats Payant aperçu , coururent à lui
et l'acheverent à coups de Sabre.
Le Capigy qui est venu de Constantinople , de
Concert avec Sidy Ally , Cherif,un des Chefs de la
Justice, et Cader Aga, une autre Puissance, entre→
tiennent secretement la populace mutinée qui fait
une recherche exacte de tous ceux qui ont causé
des avanies par leurs mauvais conseils et qui
ont porté le Pacha à se faire partisan de toutes
sortes de inarchandises , et de denrées.
>
Le Pacha dit hier au Capigy , que si S. H. l'avoit
envoyê pour lui demander sa tête , qu'il
étoit prêt à la donner. Le Capigy lui répondit
qu'il n'avoit point cet ordre , et qu'il pouvoit
rester tranquille de ce côté-là ; mais qu'il ne répondoit
point de la mauvaise intention du peuple
, qui vouloit avoir raison de tous les Avanistes
, sans leur faire aucun quartier , et qu'on
cherchoit actuellement Abraham de Leon , Juif,
son Douanier , un des principaux ; sa maison fut
pillée hier totalement
on le chercha par
;
toute la ville pour le brûler devant la Maison
de la Justice ; mais ce Juif a pris la fuite dès le
comencement des desordres. Les Rebelles le
croyoient refugié dans quelque maison de Francs.
Hiij Les
974 MERCURE DE FRANCE
Les principales ereatures du Pacha qui se sen
toient coupables , ont aussi pris la fuite.
Il me fut rapporté par quelques Jannissaires ,
qu'on vouloit entrer dans les maisons des Fran
çois pour chercher le Juif , et qu'on viendroit .
d'abord à la Maison Consulaire pour me le demander.
t
Je fis dire au Corps des Jannissaires , qu'aucun
François se seroit bien gardé de refugier ce Juif
dans une pareille conjoncture , que c'étoit un
homme proscrit , et d'une Nation qu'on abhor→
roit depuis long- tems ; qu'ainsi il n'y avoit nulle
apparence qu'on lui eût donné azile ; que cependant
pour satisfaire la populace , si elle croyoit
absolument que ce Juif fut dans nos maisons
je me transportérois chez tous les Marchands
avec trois ou quatre personnes de leur troupe ,
pour faire la visite ; mais que si la Milice y ve
noit de force ouverte , je m'opposerois autant
qu'il seroit en mon pouvoir à cette violence , qui
pourroit avoir des suites fâcheuses pour tous les
habitans de la Ville. Cette Réponse leur fit faire
des Reflexions , et on nous laissa tranquilles.
Les Rebelles se transporterent au Makiamé ,
lieu où la Justice se rend ; ils y firent écrire un
Hoget ou Sentence pardevant le nouveau Cady ,
signé de tous les Chefs de la Justice , par lequel
il leur étoit permis de mettre à mort trois per
sonnes de consideration de la Maison du Pacha ,
par tout où ils pourroient les trouver , qui sont
P'Arby Caliby , son premier Secretaire , le Casanadac
, et Adheraman- Aga , Chef de la Justice ,
ce qui leur fut accordé sans difficulté . Ce jour
même , l'après- mid , ils massacrerent quelques
Avani ses, qu'i's traînerent ensuite tout nuds par
les rues : ces corps passerent dans notre quartier,
et nous firent horreur.
Le
FEVRIER.
1731. 375
Le 29 , le party des Rebelles ayant considerament
grossi , se présenta de nouveau devant le
Serrail , sur la nouvelle qu'ils apprirent que le
Pacha avoit demandé secretement main forte
aux deux Capitaines des Sultanes du G. S. qui
ont escorté le Convoy venu de Damiette en cette
Rade , pour se saisir de la personne de Sidy- Ally
Cherif , et de Cadec Aga , comme Chefs de la
Rebellion , pour les conduire à Constantinople ;
mais ces deux Capitaines n'en voulurent rien
faire , et chargerent le Pacha de justes reproches
sur sa mauvaise conduite envers le peuple
qu'il avoit cruellement maltraité , et tirannisé
depuis qu'il étoit dans le Gouvernement , ne
pouvant plus soutenir la misere où il l'avoit réduit
, et dont ils voyoient eux-mêmes la verité
ajoutant qu'ils trouvoient les habitans fondez
demander sa déposition.
Ces Capitaines n'eurent pas plutôt terminé
cette Conference qu'il s'atroupa près de sono,
hommes devant le Serrail , lesquels firent une
décharge de Mousqueterie , et braquerent en
même temps du canon sur l'appartement oa
étoit le Pacha. Ils tirerent cinq coups à boulets,
Ils n'étoient éloignez qu'à demy portée de pistolet
, ce qui fit une si grande breche à la muraille
qui separe le Serrail du Château , que le
Corps des Jannissaires y entra le sabre à la main,
Les Puissances s'y assemblerent à la requisition
de la populace , qui demanda que le Pacha ne se
mêlât plus duGouvernement,jusqu'à nouvel ordre
de la Porte , que Kader- Aga commanderoit pour
ce qui regarde le Commerce et la Police ; que le
Pacha retireroit les droits du G. S. et que Sidy-
Ally seroit Cady pour la Justice.
Le Bacha fut si ému de voir les seditieux si
près de lui , qu'il tomba évanoui . On le fit re-
Hiiij venir,
376 MERCURE DE FRANCE.
venir , et on le fit descendre dans une petite
Mosquée avec une échelle , pour le mettre à l'a
bry des insultes des troupes. Il fut poursuivi jusques
dans cet endroit-là , et Sidy-Mudy , notre
Chef des Messagers , lui sauva la vie. Il se mit à
la porte de la Mosquée , le mousqueton bandé ,
et empêcha les Jannissaires d'entrer , en lenr disant
, que s'ils tuoient le Pacha , ils seroient tous
sevérement punis de la Porte. Son Casanadac ou
Trésorier profita de ce tems- là pour prendre la
fuite. Il sortit lui quinziéme , à cheval , par une
petite porte du Serrail , le pistolet et le sabre à
la main , poussant leurs chevaux à toute bride ;
ils se firent jour à travers ceux qui pouvoient les
arrêter , et passerent du côté de la Marine. Le
Pacha fut conduit le soir dans la maison de ses
femmes, accompagné des Grands du pays, et sous
l'escorte de 60 Jannissaires , et des gens de sa
maison , sans qu'on osât tirer sur lui , ayant
promis au peuple de ne se plus mêler d'aucune
affaire ; ce qui luy fut confirmé aussi par les
Grands du pays. Tout est tranquil e depuis ee
temps-là . Les Jannissaires gardent les portes de
la Ville , pour arrêter ceux qui voudroient fuir. '
On assure que le Pacha a expedié des Couriers
de tous côtez , secretement , pour donner avis à
la Porte , au Pacha de Damas son pere , et à son
oncle , Pacha de Séyde , sur tout ce qui se passe.
L'opinion commune est que ces deux Pachas luy
envoyeront des troupes pour punir tous les Chefs
de cette Révolte ; ce qui me fait croire que les
troubles ne sont point encore finis.
à Tripoly de Syrie , contre Hibraim
Pa ha Gouverneur de cette Ville le
26. Octobre 1730. etc. Ecrite par M.
le Maire , Consul de la Nation Françoise.
LBey
E Pacha ayant été informé par Mustapha
Bey son fils , qui commande à la Taquie
que les gens de la Montagne , informés de la Révolution
de Constantinople , s'étoient révoltez
contre lui , et qu'ils avoient fait main - basse sur
ceux qu'il avoit envoyés pour lever les droits dų
G. S. Le Bey voulant mettre les Païsans à la raison,
et n'ayant pas assez de Troupe à la Taquie
expedia icy à son pere un Courrier pour lui demander
du secours . Le Pacha donna aussi-tôt ses
ordres à l'Aga des Janissaires de faire marcher
200 hommes de cette milice à la Taquie , mais
les Janissaires n'ayant pas voulu marcher , le
Hij Corps
372 MERCURE DE FRANCE
Corps se souleva et entraîna avec lui beaucoup de
Soldats et de Populace . Ils al erent attaquer le
Serrail où étoit le Pacha , à grands coups de Fusil
, qui furent suivis d'une grêle de coups de pierres,
ce qui dura jusqu'à la nuit ; il n'y eut cependant
que 7 hommes de tués, de part et d'autre
et 3 de blessés .
Le lendemain 27 , les Rebelles allerent encore
attaquer le Pacha dans son Sérail ; pour les appaiser
, il promit de diminuer le prix de la viande,du
pain , du savon et generalement de toutes les denrées,
ce qui fut exécuté; mais cela ne les ayant pas
satisfais , ils ne discontinuerent point de tirer. Un
parti de quelques Janissaires se détacha de la
Troupe pour aller attaquer la Maison d'un des
principauxOfficiers du Pacha, appellé Cassen Aga,
ils la mirent au pillage , massacrerent cet Officier
'et couperent son corps par petits morceaux , avec
4 de ses domestiques qui s'étoient mis en deffense.
Ils allerent delà à la Maison d'Abdy- Aga, premier
Drogman du Pacha , qu'ils pillerent aussi ,
et étant revenus peu de temps après devant le Serrail
, ils demanderent que le Pacha fut déposé , et
voulurent l'obliger à passer dans le Château , jusques
à ce que les Ordres du G.S. fussent arrivez.
Il leur fit dire qu'il n'iroit point au Château sans
que les Puissances du Païs à leur tête , ne le forcassent
à y entrer.
La Populace lui demanda la tête d'Abdy-Aga
son Drogman pour l'avoir porté à tiranniser le
peuple. Le Pacha ayant fait quelque difficulté d'accorder
à leur demande , tous ses Officiers lui dirent
que s'il ne donnoit pas cette satisfaction aux
Rebelles , sa tête et la leur étoient dans un grand
danger. Le Pacha , à la persuasion de tout son
monde , et par la crainte de perdre la vie , fut le
premier à porter la Ganjarre ou Poignard sur l'es
tomach
FEVRIER. 1-31. 373
tomach de son Drogman. Les Soldats aussi - tôt
le percerent de mille coups et lui firent toute sorte
d'outrages. On le jetta par les Fenêtres du Serrail
et par le moyen d'une Corde passée à son col ,
il fut traîné tout nud par toutes les rues de Tripoly
et son corps jetté ensuite à la voirie.
> Le 28 le Frere du Drogman , ayant entendu
dire qu'on le ménaçoit , défit son Turban ,
n'ayant pas eu le temps de trouver une corde , et
par une Fenêtre du Château , se suspendit à ce
Turban , qui étant d'une Mousseline fine , ne put
résister ; il se rompit bras et jambes en tombant;
quelques Soldats Payant aperçu , coururent à lui
et l'acheverent à coups de Sabre.
Le Capigy qui est venu de Constantinople , de
Concert avec Sidy Ally , Cherif,un des Chefs de la
Justice, et Cader Aga, une autre Puissance, entre→
tiennent secretement la populace mutinée qui fait
une recherche exacte de tous ceux qui ont causé
des avanies par leurs mauvais conseils et qui
ont porté le Pacha à se faire partisan de toutes
sortes de inarchandises , et de denrées.
>
Le Pacha dit hier au Capigy , que si S. H. l'avoit
envoyê pour lui demander sa tête , qu'il
étoit prêt à la donner. Le Capigy lui répondit
qu'il n'avoit point cet ordre , et qu'il pouvoit
rester tranquille de ce côté-là ; mais qu'il ne répondoit
point de la mauvaise intention du peuple
, qui vouloit avoir raison de tous les Avanistes
, sans leur faire aucun quartier , et qu'on
cherchoit actuellement Abraham de Leon , Juif,
son Douanier , un des principaux ; sa maison fut
pillée hier totalement
on le chercha par
;
toute la ville pour le brûler devant la Maison
de la Justice ; mais ce Juif a pris la fuite dès le
comencement des desordres. Les Rebelles le
croyoient refugié dans quelque maison de Francs.
Hiij Les
974 MERCURE DE FRANCE
Les principales ereatures du Pacha qui se sen
toient coupables , ont aussi pris la fuite.
Il me fut rapporté par quelques Jannissaires ,
qu'on vouloit entrer dans les maisons des Fran
çois pour chercher le Juif , et qu'on viendroit .
d'abord à la Maison Consulaire pour me le demander.
t
Je fis dire au Corps des Jannissaires , qu'aucun
François se seroit bien gardé de refugier ce Juif
dans une pareille conjoncture , que c'étoit un
homme proscrit , et d'une Nation qu'on abhor→
roit depuis long- tems ; qu'ainsi il n'y avoit nulle
apparence qu'on lui eût donné azile ; que cependant
pour satisfaire la populace , si elle croyoit
absolument que ce Juif fut dans nos maisons
je me transportérois chez tous les Marchands
avec trois ou quatre personnes de leur troupe ,
pour faire la visite ; mais que si la Milice y ve
noit de force ouverte , je m'opposerois autant
qu'il seroit en mon pouvoir à cette violence , qui
pourroit avoir des suites fâcheuses pour tous les
habitans de la Ville. Cette Réponse leur fit faire
des Reflexions , et on nous laissa tranquilles.
Les Rebelles se transporterent au Makiamé ,
lieu où la Justice se rend ; ils y firent écrire un
Hoget ou Sentence pardevant le nouveau Cady ,
signé de tous les Chefs de la Justice , par lequel
il leur étoit permis de mettre à mort trois per
sonnes de consideration de la Maison du Pacha ,
par tout où ils pourroient les trouver , qui sont
P'Arby Caliby , son premier Secretaire , le Casanadac
, et Adheraman- Aga , Chef de la Justice ,
ce qui leur fut accordé sans difficulté . Ce jour
même , l'après- mid , ils massacrerent quelques
Avani ses, qu'i's traînerent ensuite tout nuds par
les rues : ces corps passerent dans notre quartier,
et nous firent horreur.
Le
FEVRIER.
1731. 375
Le 29 , le party des Rebelles ayant considerament
grossi , se présenta de nouveau devant le
Serrail , sur la nouvelle qu'ils apprirent que le
Pacha avoit demandé secretement main forte
aux deux Capitaines des Sultanes du G. S. qui
ont escorté le Convoy venu de Damiette en cette
Rade , pour se saisir de la personne de Sidy- Ally
Cherif , et de Cadec Aga , comme Chefs de la
Rebellion , pour les conduire à Constantinople ;
mais ces deux Capitaines n'en voulurent rien
faire , et chargerent le Pacha de justes reproches
sur sa mauvaise conduite envers le peuple
qu'il avoit cruellement maltraité , et tirannisé
depuis qu'il étoit dans le Gouvernement , ne
pouvant plus soutenir la misere où il l'avoit réduit
, et dont ils voyoient eux-mêmes la verité
ajoutant qu'ils trouvoient les habitans fondez
demander sa déposition.
Ces Capitaines n'eurent pas plutôt terminé
cette Conference qu'il s'atroupa près de sono,
hommes devant le Serrail , lesquels firent une
décharge de Mousqueterie , et braquerent en
même temps du canon sur l'appartement oa
étoit le Pacha. Ils tirerent cinq coups à boulets,
Ils n'étoient éloignez qu'à demy portée de pistolet
, ce qui fit une si grande breche à la muraille
qui separe le Serrail du Château , que le
Corps des Jannissaires y entra le sabre à la main,
Les Puissances s'y assemblerent à la requisition
de la populace , qui demanda que le Pacha ne se
mêlât plus duGouvernement,jusqu'à nouvel ordre
de la Porte , que Kader- Aga commanderoit pour
ce qui regarde le Commerce et la Police ; que le
Pacha retireroit les droits du G. S. et que Sidy-
Ally seroit Cady pour la Justice.
Le Bacha fut si ému de voir les seditieux si
près de lui , qu'il tomba évanoui . On le fit re-
Hiiij venir,
376 MERCURE DE FRANCE.
venir , et on le fit descendre dans une petite
Mosquée avec une échelle , pour le mettre à l'a
bry des insultes des troupes. Il fut poursuivi jusques
dans cet endroit-là , et Sidy-Mudy , notre
Chef des Messagers , lui sauva la vie. Il se mit à
la porte de la Mosquée , le mousqueton bandé ,
et empêcha les Jannissaires d'entrer , en lenr disant
, que s'ils tuoient le Pacha , ils seroient tous
sevérement punis de la Porte. Son Casanadac ou
Trésorier profita de ce tems- là pour prendre la
fuite. Il sortit lui quinziéme , à cheval , par une
petite porte du Serrail , le pistolet et le sabre à
la main , poussant leurs chevaux à toute bride ;
ils se firent jour à travers ceux qui pouvoient les
arrêter , et passerent du côté de la Marine. Le
Pacha fut conduit le soir dans la maison de ses
femmes, accompagné des Grands du pays, et sous
l'escorte de 60 Jannissaires , et des gens de sa
maison , sans qu'on osât tirer sur lui , ayant
promis au peuple de ne se plus mêler d'aucune
affaire ; ce qui luy fut confirmé aussi par les
Grands du pays. Tout est tranquil e depuis ee
temps-là . Les Jannissaires gardent les portes de
la Ville , pour arrêter ceux qui voudroient fuir. '
On assure que le Pacha a expedié des Couriers
de tous côtez , secretement , pour donner avis à
la Porte , au Pacha de Damas son pere , et à son
oncle , Pacha de Séyde , sur tout ce qui se passe.
L'opinion commune est que ces deux Pachas luy
envoyeront des troupes pour punir tous les Chefs
de cette Révolte ; ce qui me fait croire que les
troubles ne sont point encore finis.
Fermer
Résumé : RELATION de la Révolte arrivée à Tripoly de Syrie, contre Hibraim Pacha, Gouverneur de cette Ville, le 26. Octobre 1730. etc. Ecrite par M. le Maire, Consul de la Nation Françoise.
Le 26 octobre 1730, une révolte éclate à Tripoli de Syrie contre Ibrahim Pacha, gouverneur de la ville. Informé par son fils Mustapha Bey, Ibrahim Pacha apprend que les habitants des montagnes, inspirés par la révolution de Constantinople, se sont soulevés contre lui. Ne disposant pas de suffisamment de troupes, il demande des renforts à son père, qui ordonne à l'Aga des Janissaires d'envoyer 200 hommes. Cependant, les Janissaires refusent et se soulèvent, entraînant avec eux des soldats et la populace. Ils attaquent le Sérail où se trouve le Pacha, mais les pertes sont minimes. Le lendemain, les rebelles attaquent à nouveau le Sérail. Pour apaiser la foule, le Pacha promet de réduire les prix des denrées, mais cela ne suffit pas. Les rebelles pillent les maisons de deux officiers du Pacha, Cassen Aga et Abdy-Aga, et exigent la déposition du Pacha. Sous la pression, le Pacha accepte de sacrifier son Drogman, Abdy-Aga, qui est tué et traîné dans les rues. Le frère d'Abdy-Aga se suicide en apprenant la menace qui pèse sur lui. Les rebelles, soutenus par des figures influentes comme le Capigy et Sidy Ally Cherif, cherchent à éliminer les conseillers du Pacha accusés de tyrannie. Le Pacha affirme qu'il est prêt à se soumettre aux ordres de la Porte. Les rebelles massacrent plusieurs conseillers du Pacha et pillent la maison d'Abraham de Leon, un Juif douanier du Pacha, qui a pris la fuite. Le 29 octobre, les rebelles, renforcés, se présentent devant le Sérail après avoir appris que le Pacha avait demandé des renforts. Les Capitaines des Sultanes refusent d'intervenir et reprochent au Pacha sa mauvaise gestion. Les rebelles tirent sur le Sérail et entrent dans le bâtiment. Le Pacha est sauvé par Sidy-Mudy, un chef des messagers, et conduit dans la maison de ses femmes sous escorte. Depuis, la ville est calme, mais des troubles sont attendus avec l'arrivée de renforts des Pachas de Damas et de Séyde.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
727
p. 377-382
POLOGNE.
Début :
On apprend de Warsovie que l'Envoyé du Kam des Tartares a représenté que le passage [...]
Mots clefs :
Pologne, Danemark, Allemagne, Italie, Duc, Comte, Palais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE .
>
N apprend de Warsovie que l'Envoyé dư
Kam des Tartares a représenté que le passage
par ce Royaume des 30000. Moscovites
destinés au service de l'Empereur , étoit contraire
au Traité conclu entre la Porte et la Russie , et
aux anciennes conventions faites entre la Répu
blique et les Tartares.
A l'audiance que cet Envoyé , nommé Jasuff
Hora Mussu , eut le 15. Janvier , il entra dans
la Salle où étoit le Roi de Pologne , après avoir
remis son bonnet entre les mains du premier Page
de la Cour, ce que firent aussi son Truchement
et les autres personnes de sa suite . En entrant
dans la Salle , il fit une profonde reverence , tenant
la main devant sa bouche , et se baissant jusqu'à
terre , ce qu'il réïtera trois fois avant que
d'arriver au Trône ; s'étant ensuite retiré quelques
pas , il fit une autre réverence au Sénat , qui
étoit assemblé dans la Salle d'audiance. Après le
premier compliment qu'il fit au Roi pour s'informer
de sa santé au nom de Kaikan Kiray ,
Kam des Tartares , son Maitre , il lui remit une
Lettre de ce Prince , et remercia S. M. de sa part
de la protection qu'elle avoit bien voulu accorder
à un Prince Tartare. Le Vice - Chancelier lui
répondit au nom du Roi que l'affection et l'amis
tié que S. M. portoit au Kam des Tartares l'avoit
engagée à accorder sa protection au Prince
Tartare. Ensuite l'Envoyé acheva son discours
dans lequel il fit mention , entr'autres , du passage
des 30000. Russiens , et se retira après avec les
mêmes cerémonies.
DANG
378 MERCURE DE FRANCE
DANNEMARCK.
E 19. Janvier , M. Titley , Résident du Roi
d'Angleterre , eut une audience particulieredu
Roi , dans laquelle il remit à S M. la ratification
d'une convention particulière qui a été
conclue depuis quelques mois entre L. M. Brit.
et Danoise.
Le Roi a laissé à la Reine Doüairiere la liberté
de former sa Maison comme elle jugera à pro.
pos , et de choisir dans le nombre des Domestiques
du feu Roi ceux qui lui conviendront.
Les Commissaires de l'Amirauté ont reçû ordre
de faire les préparatifs necessaires pour équiper
au Printems prochain une Escadre de 18. Vaisseaux
de guerre et de cinq Frégates , sur lesquels
on embarquera les deux Régimens de Marine qui
sont dans le Zeland.
Le Vaisseau qu'on attendoit d'Islande est enfin
arrivé à Copenhague , ayant à bord 102. Faucons,
parmi lesquels il y en a cinq entierement blancs..
L
ALLEMAGNE.
E 26 Janvier , on fit partir de Vienne M..
d'Harerra , Commissaire Impérial , avec M.
Penkler , Interprete des Langues Orientales , pour
aller recevoir sur la Frontiere l'Effendi que le
G. Seigneur envoye pour donner part à l'Empereur
de l'avenement de Sa Hautesse au Trône
Ottoman. On a appris que cet Envoyé étoit arrivé
à Parakin , petite Ville située dans la Servie,
au-delà de Belgrade , sur la Morave , et la premiere
d Territoire Impérial , venant de Turquie.
Ce fut dans cette Ville que les Commissaires
de S. M. Imp. et du Grand Seigneur reglerent en
1719
FEVRIER. 173T 379
J
faisant
1719. les limites des deux Empires , en y
eriger trois grandes colones de pierre.
Ön mande de Vienne que le grand froid qui
s'y fait sentir depuis environ le 15. de Janvier a
été plus vif pendant quatre jours que le plus
grand froid de 1709. Les campagnes sont couvertes
de neige , et les loups qui n'y trouvent plus
de nourriture viennent enlever les moutons dans
les Villages , où ils ont même devoré quelques
enfans..
:
LE
ITALIE.
E 9. Janvier , on publia à Rome un Decret
du Pape , par lequel il est deffendu aux Ecclesiastiques
habitués des cinq Eglises Basilicales
de cette Ville d'y entrer autrement qu'en soutane.
Vers le soir , quelques prisonniers des prisons
secrettes ayant mis le feu aux portes de leurs .
cachots , dans l'esperance de se sauver , ils furent
tous étoufés par la fumée.
M. Firrao , ci - devant Nonce en Portugal , quis
a été nommé à l'Evêché d'Aversa , ne se rendra
pas dans son Diocèse aussi -tôt qu'on le croyoit ,
parceque le Pape qui prend beaucoup de confiance
en lui , veut le retenir auprès de sa personne .
du
Le Cardinal Fini a reçû ordre de la part
Cardinal Secretaire d'Etat de ne plus se trouver à
la Congrégation du S. Office , et le Pape a approuvé
la résolution que le Cardinal Coscia a
prise de ne plus assister à la même Congrégation
et à celles de l'Immunité et d'Avignon .
Sur la fin du mois dernier , on publia à Rome:
une Constitution du Pape , portant confirmation :
de la Bulle que le Pape Paul IV . donna en 1555%
par laquelle le plus ancien Cardinal Evêque qui
se trouve en cette Ville a droit de faire les fons-
H vj tions
380 MERCURE DE FRANCE
. tions de Doyen du Sacré College , lorsque le
Décanat est vacant , ou que le Doyen du Sacré
College est absent . La même Constitution regle
aussi les prérogatives des autres Cardinaux de
l'ordre des Evêques.
La Princesse Clementine Sobieska a fait venir :
de Flandres douze Religieuses de l'Observance
de la Regle de Sainte Ursule , pour reformer le
Monastere des Ursulines de Rome.
Le 19. du mois dernier , le Cardinal de Poli
gnac fit représenter dans son Palais une Comédie
, à laquelle il avoit fait inviter la principale
noblesse de Rome.
•
Le 20. on fit dans l'Eglise de Sainte Agnez ,
hors des murs , la benediction des deux Agneaux,
dont la laine remise entre les mains du Pape par
le Chapitre de S. Jean de Latran , doit servir à
fabriquer l'étoffe dont on fait les Pallium , que
S. S. donne aux Archevêques et à quelques Evêques
..
On écrit de Naples que le Duc de Monteleon,
Pignatelli ayant fait représenter dans son Palais
une Créche magnifique , autour de laquelle il
avoit fait placer des Joueurs d'instrumens habil
lez en Bergers. Il donna le 3 de Janvier un Concert
magnifique , auquel le Viceroy , la Comtesse
d'Arrach , son Epouse , leurs enfans , et la
principale Noblesse furent invitez , Après le Con
cert il y eut un Bal , qui fut ouvert par la fille
du Comte d'Harrach , et continué par la Duchesse
de Monteleon , er par seize autres Dames :
on y servit toutes sortes de rafraîchissemens , er
le Palais fut illuminé pendant toute la nuit.
Le 4 de ce mois , après midy , le Colonel
Comte de Lineville , Lorrain , envoya chez le
Duc de Monteleon le Colonel Comte de Sinzendorf,
qu'il avoit choisi pour son second , avec
un
FEVRIER . 1731. 381
in Cartel , par lequel il demandoit raison à ce
Duc de ce que la Marquise Viteleschi n'avoit pas
été invitée à la Fête dont on a parlé , le Duc
repondit qu'il étoit prêt de combattre dans la
Place de sainte Marie des Anges , au Bourg de
S. Antoine , et qu'il choisissoit le Colone! Papalardo
, Napolitain , pour son second . L'heure du
combat avoit été marquée au lendemain ; mais
le soir le Comte d'Harrach envoya ordre au
Duc de Monteleon , et à toute sa famille , de ne
point sortir de son Palais , et toute la Noblesse
qui prend part à cette querelle , travaille à un
accommodement , lequel a été fait le 15 , à ce
qu'on a appris depuis , par l'entremise des amis
communs qui ont obligé le Duc de Monteleon-
Pignatelli et le Comte de Lineville de donner
leur parole d'honneur d'oublier le passé .
On a appris de Parme que le surlendemain de
la mort du Duc , le Comte Stampe y arriva de
Milan , et depuis le Comte de Thaun a fait entrer
dans cette Ville quelques- uns dès Regimens
d'Infanterie qui étoient en quartier dans les environs
de cet . Etat.
?
Les Lettres de Genes portent que les Rebelles
de l'Isle de Corse , qu'on croyoit être rentrez
dans leur devoir , étoient venus le 26 Decembre
dernier près de Bastia au nombre de 22000
hommes , dans le dessein de s'emparer du Bourg
de Terra - Vecchia , que l'Evêque de Bastia étant
allé les trouver , les avoit déterminez à se retirer
, en leur promettant d'obtenir le pardon de
quelques-uns de ces Rebelles qu'on tenoit prisonniers
, et dont il fit rendre sur le champ un
certain nombre en échange d'un Officier Genois
et de quelques soldats qui avoient été surpris
dans un poste éloigné de la Ville.
On écrit de Florence , que le s. Janvier , à la
suite
382 MERCURE DE FRANCE
1
suite d'une tempête effroyable , on ressentit
Sienne une violente secousse de tremblement de
terre , qui cependant n'a causé aucun dommage
considerable.
On arrêta au commencement du mois dernier
à Livourne , un Particulier qui donnoit retraite à
quatre voleurs , lesquels depuis deux ans voloient
sur les grands chemins de la Toscane et du Milanez
, en habits de Chasseurs , ayant toujours
sept ou huit chiens et des chevaux avec eux.
>
N apprend de Warsovie que l'Envoyé dư
Kam des Tartares a représenté que le passage
par ce Royaume des 30000. Moscovites
destinés au service de l'Empereur , étoit contraire
au Traité conclu entre la Porte et la Russie , et
aux anciennes conventions faites entre la Répu
blique et les Tartares.
A l'audiance que cet Envoyé , nommé Jasuff
Hora Mussu , eut le 15. Janvier , il entra dans
la Salle où étoit le Roi de Pologne , après avoir
remis son bonnet entre les mains du premier Page
de la Cour, ce que firent aussi son Truchement
et les autres personnes de sa suite . En entrant
dans la Salle , il fit une profonde reverence , tenant
la main devant sa bouche , et se baissant jusqu'à
terre , ce qu'il réïtera trois fois avant que
d'arriver au Trône ; s'étant ensuite retiré quelques
pas , il fit une autre réverence au Sénat , qui
étoit assemblé dans la Salle d'audiance. Après le
premier compliment qu'il fit au Roi pour s'informer
de sa santé au nom de Kaikan Kiray ,
Kam des Tartares , son Maitre , il lui remit une
Lettre de ce Prince , et remercia S. M. de sa part
de la protection qu'elle avoit bien voulu accorder
à un Prince Tartare. Le Vice - Chancelier lui
répondit au nom du Roi que l'affection et l'amis
tié que S. M. portoit au Kam des Tartares l'avoit
engagée à accorder sa protection au Prince
Tartare. Ensuite l'Envoyé acheva son discours
dans lequel il fit mention , entr'autres , du passage
des 30000. Russiens , et se retira après avec les
mêmes cerémonies.
DANG
378 MERCURE DE FRANCE
DANNEMARCK.
E 19. Janvier , M. Titley , Résident du Roi
d'Angleterre , eut une audience particulieredu
Roi , dans laquelle il remit à S M. la ratification
d'une convention particulière qui a été
conclue depuis quelques mois entre L. M. Brit.
et Danoise.
Le Roi a laissé à la Reine Doüairiere la liberté
de former sa Maison comme elle jugera à pro.
pos , et de choisir dans le nombre des Domestiques
du feu Roi ceux qui lui conviendront.
Les Commissaires de l'Amirauté ont reçû ordre
de faire les préparatifs necessaires pour équiper
au Printems prochain une Escadre de 18. Vaisseaux
de guerre et de cinq Frégates , sur lesquels
on embarquera les deux Régimens de Marine qui
sont dans le Zeland.
Le Vaisseau qu'on attendoit d'Islande est enfin
arrivé à Copenhague , ayant à bord 102. Faucons,
parmi lesquels il y en a cinq entierement blancs..
L
ALLEMAGNE.
E 26 Janvier , on fit partir de Vienne M..
d'Harerra , Commissaire Impérial , avec M.
Penkler , Interprete des Langues Orientales , pour
aller recevoir sur la Frontiere l'Effendi que le
G. Seigneur envoye pour donner part à l'Empereur
de l'avenement de Sa Hautesse au Trône
Ottoman. On a appris que cet Envoyé étoit arrivé
à Parakin , petite Ville située dans la Servie,
au-delà de Belgrade , sur la Morave , et la premiere
d Territoire Impérial , venant de Turquie.
Ce fut dans cette Ville que les Commissaires
de S. M. Imp. et du Grand Seigneur reglerent en
1719
FEVRIER. 173T 379
J
faisant
1719. les limites des deux Empires , en y
eriger trois grandes colones de pierre.
Ön mande de Vienne que le grand froid qui
s'y fait sentir depuis environ le 15. de Janvier a
été plus vif pendant quatre jours que le plus
grand froid de 1709. Les campagnes sont couvertes
de neige , et les loups qui n'y trouvent plus
de nourriture viennent enlever les moutons dans
les Villages , où ils ont même devoré quelques
enfans..
:
LE
ITALIE.
E 9. Janvier , on publia à Rome un Decret
du Pape , par lequel il est deffendu aux Ecclesiastiques
habitués des cinq Eglises Basilicales
de cette Ville d'y entrer autrement qu'en soutane.
Vers le soir , quelques prisonniers des prisons
secrettes ayant mis le feu aux portes de leurs .
cachots , dans l'esperance de se sauver , ils furent
tous étoufés par la fumée.
M. Firrao , ci - devant Nonce en Portugal , quis
a été nommé à l'Evêché d'Aversa , ne se rendra
pas dans son Diocèse aussi -tôt qu'on le croyoit ,
parceque le Pape qui prend beaucoup de confiance
en lui , veut le retenir auprès de sa personne .
du
Le Cardinal Fini a reçû ordre de la part
Cardinal Secretaire d'Etat de ne plus se trouver à
la Congrégation du S. Office , et le Pape a approuvé
la résolution que le Cardinal Coscia a
prise de ne plus assister à la même Congrégation
et à celles de l'Immunité et d'Avignon .
Sur la fin du mois dernier , on publia à Rome:
une Constitution du Pape , portant confirmation :
de la Bulle que le Pape Paul IV . donna en 1555%
par laquelle le plus ancien Cardinal Evêque qui
se trouve en cette Ville a droit de faire les fons-
H vj tions
380 MERCURE DE FRANCE
. tions de Doyen du Sacré College , lorsque le
Décanat est vacant , ou que le Doyen du Sacré
College est absent . La même Constitution regle
aussi les prérogatives des autres Cardinaux de
l'ordre des Evêques.
La Princesse Clementine Sobieska a fait venir :
de Flandres douze Religieuses de l'Observance
de la Regle de Sainte Ursule , pour reformer le
Monastere des Ursulines de Rome.
Le 19. du mois dernier , le Cardinal de Poli
gnac fit représenter dans son Palais une Comédie
, à laquelle il avoit fait inviter la principale
noblesse de Rome.
•
Le 20. on fit dans l'Eglise de Sainte Agnez ,
hors des murs , la benediction des deux Agneaux,
dont la laine remise entre les mains du Pape par
le Chapitre de S. Jean de Latran , doit servir à
fabriquer l'étoffe dont on fait les Pallium , que
S. S. donne aux Archevêques et à quelques Evêques
..
On écrit de Naples que le Duc de Monteleon,
Pignatelli ayant fait représenter dans son Palais
une Créche magnifique , autour de laquelle il
avoit fait placer des Joueurs d'instrumens habil
lez en Bergers. Il donna le 3 de Janvier un Concert
magnifique , auquel le Viceroy , la Comtesse
d'Arrach , son Epouse , leurs enfans , et la
principale Noblesse furent invitez , Après le Con
cert il y eut un Bal , qui fut ouvert par la fille
du Comte d'Harrach , et continué par la Duchesse
de Monteleon , er par seize autres Dames :
on y servit toutes sortes de rafraîchissemens , er
le Palais fut illuminé pendant toute la nuit.
Le 4 de ce mois , après midy , le Colonel
Comte de Lineville , Lorrain , envoya chez le
Duc de Monteleon le Colonel Comte de Sinzendorf,
qu'il avoit choisi pour son second , avec
un
FEVRIER . 1731. 381
in Cartel , par lequel il demandoit raison à ce
Duc de ce que la Marquise Viteleschi n'avoit pas
été invitée à la Fête dont on a parlé , le Duc
repondit qu'il étoit prêt de combattre dans la
Place de sainte Marie des Anges , au Bourg de
S. Antoine , et qu'il choisissoit le Colone! Papalardo
, Napolitain , pour son second . L'heure du
combat avoit été marquée au lendemain ; mais
le soir le Comte d'Harrach envoya ordre au
Duc de Monteleon , et à toute sa famille , de ne
point sortir de son Palais , et toute la Noblesse
qui prend part à cette querelle , travaille à un
accommodement , lequel a été fait le 15 , à ce
qu'on a appris depuis , par l'entremise des amis
communs qui ont obligé le Duc de Monteleon-
Pignatelli et le Comte de Lineville de donner
leur parole d'honneur d'oublier le passé .
On a appris de Parme que le surlendemain de
la mort du Duc , le Comte Stampe y arriva de
Milan , et depuis le Comte de Thaun a fait entrer
dans cette Ville quelques- uns dès Regimens
d'Infanterie qui étoient en quartier dans les environs
de cet . Etat.
?
Les Lettres de Genes portent que les Rebelles
de l'Isle de Corse , qu'on croyoit être rentrez
dans leur devoir , étoient venus le 26 Decembre
dernier près de Bastia au nombre de 22000
hommes , dans le dessein de s'emparer du Bourg
de Terra - Vecchia , que l'Evêque de Bastia étant
allé les trouver , les avoit déterminez à se retirer
, en leur promettant d'obtenir le pardon de
quelques-uns de ces Rebelles qu'on tenoit prisonniers
, et dont il fit rendre sur le champ un
certain nombre en échange d'un Officier Genois
et de quelques soldats qui avoient été surpris
dans un poste éloigné de la Ville.
On écrit de Florence , que le s. Janvier , à la
suite
382 MERCURE DE FRANCE
1
suite d'une tempête effroyable , on ressentit
Sienne une violente secousse de tremblement de
terre , qui cependant n'a causé aucun dommage
considerable.
On arrêta au commencement du mois dernier
à Livourne , un Particulier qui donnoit retraite à
quatre voleurs , lesquels depuis deux ans voloient
sur les grands chemins de la Toscane et du Milanez
, en habits de Chasseurs , ayant toujours
sept ou huit chiens et des chevaux avec eux.
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Résumé : POLOGNE.
En Pologne, l'envoyé des Tartares, Jasuff Hora Mussu, a protesté contre le passage de 30 000 Moscovites à travers le royaume, estimant que cela violait les traités entre la Porte, la Russie et la République polonaise. Lors de son audience avec le roi de Pologne le 15 janvier, il a observé les cérémonies protocolaires, remettant une lettre de son maître, le Kam des Tartares, et remerciant le roi pour la protection accordée à un prince tartare. Le vice-chancelier a souligné l'amitié et l'affection du roi pour le Kam des Tartares. Au Danemark, le 19 janvier, M. Titley, résident du roi d'Angleterre, a remis au roi danois la ratification d'une convention entre la Grande-Bretagne et le Danemark. Le roi a laissé à la reine douairière la liberté de former sa maison et de choisir parmi les domestiques du feu roi. Les commissaires de l'Amirauté ont reçu l'ordre de préparer une escadre de 18 vaisseaux de guerre et cinq frégates pour le printemps. Un vaisseau attendu d'Islande est arrivé à Copenhague avec 102 faucons, dont cinq entièrement blancs. En Allemagne, le 26 janvier, M. d'Harrerra, commissaire impérial, et M. Penkler, interprète des langues orientales, sont partis de Vienne pour recevoir un effendi turc à la frontière. Cet envoyé est arrivé à Parakin, en Serbie, où les limites des deux empires avaient été réglées en 1719. Un grand froid a été ressenti à Vienne, couvrant les campagnes de neige et poussant les loups à attaquer les villages. En Italie, à Rome, un décret papal a interdit aux ecclésiastiques des cinq églises basilicales d'entrer autrement qu'en soutane. Des prisonniers ont tenté de s'évader en mettant le feu à leurs cachots, mais ont été étouffés par la fumée. Plusieurs nominations et décisions cardinalices ont été annoncées. La princesse Clementine Sobieska a fait venir des religieuses pour réformer le monastère des Ursulines. Le cardinal de Polignac a organisé une comédie dans son palais. À Naples, le duc de Monteleon a organisé une fête avec concert et bal, mais un duel a été évité grâce à un accommodement. À Parme, des régiments d'infanterie sont entrés en ville après la mort du duc. En Corse, des rebelles ont tenté de s'emparer de Terra Vecchia, mais ont été dissuadés par l'évêque de Bastia. À Florence, un tremblement de terre a été ressenti après une tempête. À Livourne, un particulier abritant des voleurs a été arrêté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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728
p. 378
DANEMARCK.
Début :
Le 19. Janvier, M. Titley, Résident du Roi d'Angleterre, eut une audience particuliere [...]
Mots clefs :
Danemark, Commissaires, Amirauté, Vaisseau, Reine
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texteReconnaissance textuelle : DANEMARCK.
DANNEMARCK.
E 19. Janvier , M. Titley , Résident du Roi
d'Angleterre , eut une audience particulieredu
Roi , dans laquelle il remit à S M. la ratification
d'une convention particulière qui a été
conclue depuis quelques mois entre L. M. Brit.
et Danoise.
Le Roi a laissé à la Reine Doüairiere la liberté
de former sa Maison comme elle jugera à pro.
pos , et de choisir dans le nombre des Domestiques
du feu Roi ceux qui lui conviendront.
Les Commissaires de l'Amirauté ont reçû ordre
de faire les préparatifs necessaires pour équiper
au Printems prochain une Escadre de 18. Vaisseaux
de guerre et de cinq Frégates , sur lesquels
on embarquera les deux Régimens de Marine qui
sont dans le Zeland.
Le Vaisseau qu'on attendoit d'Islande est enfin
arrivé à Copenhague , ayant à bord 102. Faucons,
parmi lesquels il y en a cinq entierement blancs..
E 19. Janvier , M. Titley , Résident du Roi
d'Angleterre , eut une audience particulieredu
Roi , dans laquelle il remit à S M. la ratification
d'une convention particulière qui a été
conclue depuis quelques mois entre L. M. Brit.
et Danoise.
Le Roi a laissé à la Reine Doüairiere la liberté
de former sa Maison comme elle jugera à pro.
pos , et de choisir dans le nombre des Domestiques
du feu Roi ceux qui lui conviendront.
Les Commissaires de l'Amirauté ont reçû ordre
de faire les préparatifs necessaires pour équiper
au Printems prochain une Escadre de 18. Vaisseaux
de guerre et de cinq Frégates , sur lesquels
on embarquera les deux Régimens de Marine qui
sont dans le Zeland.
Le Vaisseau qu'on attendoit d'Islande est enfin
arrivé à Copenhague , ayant à bord 102. Faucons,
parmi lesquels il y en a cinq entierement blancs..
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Résumé : DANEMARCK.
Le 19 janvier, M. Titley, Résident du Roi d'Angleterre, a rencontré le Roi pour lui remettre la ratification d'une convention entre les monarques britannique et danois. Le Roi a permis à la Reine Douairière de choisir ses domestiques. L'Amirauté doit préparer une escadre de 18 vaisseaux et cinq frégates pour le printemps. Un vaisseau d'Islande a apporté 102 faucons à Copenhague.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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729
p. 397-382
ITALIE.
Début :
Le 9. Janvier, on publia à Rome un Decret du Pape, par lequel il est defendu aux Ecclesiastiques [...]
Mots clefs :
Rome, Décret, Naples, Parme, Florence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E 9. Janvier , on publia à Rome un Decret
du Pape , par lequel il est deffendu aux Ecclesiastiques
habitués des cinq Eglises Basilicales
de cette Ville d'y entrer autrement qu'en soutane.
Vers le soir , quelques prisonniers des prisons
secrettes ayant mis le feu aux portes de leurs .
cachots , dans l'esperance de se sauver , ils furent
tous étoufés par la fumée.
M. Firrao , ci - devant Nonce en Portugal , quis
a été nommé à l'Evêché d'Aversa , ne se rendra
pas dans son Diocèse aussi -tôt qu'on le croyoit ,
parceque le Pape qui prend beaucoup de confiance
en lui , veut le retenir auprès de sa personne .
du
Le Cardinal Fini a reçû ordre de la part
Cardinal Secretaire d'Etat de ne plus se trouver à
la Congrégation du S. Office , et le Pape a approuvé
la résolution que le Cardinal Coscia a
prise de ne plus assister à la même Congrégation
et à celles de l'Immunité et d'Avignon .
Sur la fin du mois dernier , on publia à Rome:
une Constitution du Pape , portant confirmation :
de la Bulle que le Pape Paul IV . donna en 1555%
par laquelle le plus ancien Cardinal Evêque qui
se trouve en cette Ville a droit de faire les fons-
H vj tions
380 MERCURE DE FRANCE
. tions de Doyen du Sacré College , lorsque le
Décanat est vacant , ou que le Doyen du Sacré
College est absent . La même Constitution regle
aussi les prérogatives des autres Cardinaux de
l'ordre des Evêques.
La Princesse Clementine Sobieska a fait venir :
de Flandres douze Religieuses de l'Observance
de la Regle de Sainte Ursule , pour reformer le
Monastere des Ursulines de Rome.
Le 19. du mois dernier , le Cardinal de Poli
gnac fit représenter dans son Palais une Comédie
, à laquelle il avoit fait inviter la principale
noblesse de Rome.
•
Le 20. on fit dans l'Eglise de Sainte Agnez ,
hors des murs , la benediction des deux Agneaux,
dont la laine remise entre les mains du Pape par
le Chapitre de S. Jean de Latran , doit servir à
fabriquer l'étoffe dont on fait les Pallium , que
S. S. donne aux Archevêques et à quelques Evêques
..
On écrit de Naples que le Duc de Monteleon,
Pignatelli ayant fait représenter dans son Palais
une Créche magnifique , autour de laquelle il
avoit fait placer des Joueurs d'instrumens habil
lez en Bergers. Il donna le 3 de Janvier un Concert
magnifique , auquel le Viceroy , la Comtesse
d'Arrach , son Epouse , leurs enfans , et la
principale Noblesse furent invitez , Après le Con
cert il y eut un Bal , qui fut ouvert par la fille
du Comte d'Harrach , et continué par la Duchesse
de Monteleon , er par seize autres Dames :
on y servit toutes sortes de rafraîchissemens , er
le Palais fut illuminé pendant toute la nuit.
Le 4 de ce mois , après midy , le Colonel
Comte de Lineville , Lorrain , envoya chez le
Duc de Monteleon le Colonel Comte de Sinzendorf,
qu'il avoit choisi pour son second , avec
un
FEVRIER . 1731. 381
in Cartel , par lequel il demandoit raison à ce
Duc de ce que la Marquise Viteleschi n'avoit pas
été invitée à la Fête dont on a parlé , le Duc
repondit qu'il étoit prêt de combattre dans la
Place de sainte Marie des Anges , au Bourg de
S. Antoine , et qu'il choisissoit le Colone! Papalardo
, Napolitain , pour son second . L'heure du
combat avoit été marquée au lendemain ; mais
le soir le Comte d'Harrach envoya ordre au
Duc de Monteleon , et à toute sa famille , de ne
point sortir de son Palais , et toute la Noblesse
qui prend part à cette querelle , travaille à un
accommodement , lequel a été fait le 15 , à ce
qu'on a appris depuis , par l'entremise des amis
communs qui ont obligé le Duc de Monteleon-
Pignatelli et le Comte de Lineville de donner
leur parole d'honneur d'oublier le passé .
On a appris de Parme que le surlendemain de
la mort du Duc , le Comte Stampe y arriva de
Milan , et depuis le Comte de Thaun a fait entrer
dans cette Ville quelques- uns dès Regimens
d'Infanterie qui étoient en quartier dans les environs
de cet . Etat.
?
Les Lettres de Genes portent que les Rebelles
de l'Isle de Corse , qu'on croyoit être rentrez
dans leur devoir , étoient venus le 26 Decembre
dernier près de Bastia au nombre de 22000
hommes , dans le dessein de s'emparer du Bourg
de Terra - Vecchia , que l'Evêque de Bastia étant
allé les trouver , les avoit déterminez à se retirer
, en leur promettant d'obtenir le pardon de
quelques-uns de ces Rebelles qu'on tenoit prisonniers
, et dont il fit rendre sur le champ un
certain nombre en échange d'un Officier Genois
et de quelques soldats qui avoient été surpris
dans un poste éloigné de la Ville.
On écrit de Florence , que le s. Janvier , à la
suite
382 MERCURE DE FRANCE
1
suite d'une tempête effroyable , on ressentit
Sienne une violente secousse de tremblement de
terre , qui cependant n'a causé aucun dommage
considerable.
On arrêta au commencement du mois dernier
à Livourne , un Particulier qui donnoit retraite à
quatre voleurs , lesquels depuis deux ans voloient
sur les grands chemins de la Toscane et du Milanez
, en habits de Chasseurs , ayant toujours
sept ou huit chiens et des chevaux avec eux.
E 9. Janvier , on publia à Rome un Decret
du Pape , par lequel il est deffendu aux Ecclesiastiques
habitués des cinq Eglises Basilicales
de cette Ville d'y entrer autrement qu'en soutane.
Vers le soir , quelques prisonniers des prisons
secrettes ayant mis le feu aux portes de leurs .
cachots , dans l'esperance de se sauver , ils furent
tous étoufés par la fumée.
M. Firrao , ci - devant Nonce en Portugal , quis
a été nommé à l'Evêché d'Aversa , ne se rendra
pas dans son Diocèse aussi -tôt qu'on le croyoit ,
parceque le Pape qui prend beaucoup de confiance
en lui , veut le retenir auprès de sa personne .
du
Le Cardinal Fini a reçû ordre de la part
Cardinal Secretaire d'Etat de ne plus se trouver à
la Congrégation du S. Office , et le Pape a approuvé
la résolution que le Cardinal Coscia a
prise de ne plus assister à la même Congrégation
et à celles de l'Immunité et d'Avignon .
Sur la fin du mois dernier , on publia à Rome:
une Constitution du Pape , portant confirmation :
de la Bulle que le Pape Paul IV . donna en 1555%
par laquelle le plus ancien Cardinal Evêque qui
se trouve en cette Ville a droit de faire les fons-
H vj tions
380 MERCURE DE FRANCE
. tions de Doyen du Sacré College , lorsque le
Décanat est vacant , ou que le Doyen du Sacré
College est absent . La même Constitution regle
aussi les prérogatives des autres Cardinaux de
l'ordre des Evêques.
La Princesse Clementine Sobieska a fait venir :
de Flandres douze Religieuses de l'Observance
de la Regle de Sainte Ursule , pour reformer le
Monastere des Ursulines de Rome.
Le 19. du mois dernier , le Cardinal de Poli
gnac fit représenter dans son Palais une Comédie
, à laquelle il avoit fait inviter la principale
noblesse de Rome.
•
Le 20. on fit dans l'Eglise de Sainte Agnez ,
hors des murs , la benediction des deux Agneaux,
dont la laine remise entre les mains du Pape par
le Chapitre de S. Jean de Latran , doit servir à
fabriquer l'étoffe dont on fait les Pallium , que
S. S. donne aux Archevêques et à quelques Evêques
..
On écrit de Naples que le Duc de Monteleon,
Pignatelli ayant fait représenter dans son Palais
une Créche magnifique , autour de laquelle il
avoit fait placer des Joueurs d'instrumens habil
lez en Bergers. Il donna le 3 de Janvier un Concert
magnifique , auquel le Viceroy , la Comtesse
d'Arrach , son Epouse , leurs enfans , et la
principale Noblesse furent invitez , Après le Con
cert il y eut un Bal , qui fut ouvert par la fille
du Comte d'Harrach , et continué par la Duchesse
de Monteleon , er par seize autres Dames :
on y servit toutes sortes de rafraîchissemens , er
le Palais fut illuminé pendant toute la nuit.
Le 4 de ce mois , après midy , le Colonel
Comte de Lineville , Lorrain , envoya chez le
Duc de Monteleon le Colonel Comte de Sinzendorf,
qu'il avoit choisi pour son second , avec
un
FEVRIER . 1731. 381
in Cartel , par lequel il demandoit raison à ce
Duc de ce que la Marquise Viteleschi n'avoit pas
été invitée à la Fête dont on a parlé , le Duc
repondit qu'il étoit prêt de combattre dans la
Place de sainte Marie des Anges , au Bourg de
S. Antoine , et qu'il choisissoit le Colone! Papalardo
, Napolitain , pour son second . L'heure du
combat avoit été marquée au lendemain ; mais
le soir le Comte d'Harrach envoya ordre au
Duc de Monteleon , et à toute sa famille , de ne
point sortir de son Palais , et toute la Noblesse
qui prend part à cette querelle , travaille à un
accommodement , lequel a été fait le 15 , à ce
qu'on a appris depuis , par l'entremise des amis
communs qui ont obligé le Duc de Monteleon-
Pignatelli et le Comte de Lineville de donner
leur parole d'honneur d'oublier le passé .
On a appris de Parme que le surlendemain de
la mort du Duc , le Comte Stampe y arriva de
Milan , et depuis le Comte de Thaun a fait entrer
dans cette Ville quelques- uns dès Regimens
d'Infanterie qui étoient en quartier dans les environs
de cet . Etat.
?
Les Lettres de Genes portent que les Rebelles
de l'Isle de Corse , qu'on croyoit être rentrez
dans leur devoir , étoient venus le 26 Decembre
dernier près de Bastia au nombre de 22000
hommes , dans le dessein de s'emparer du Bourg
de Terra - Vecchia , que l'Evêque de Bastia étant
allé les trouver , les avoit déterminez à se retirer
, en leur promettant d'obtenir le pardon de
quelques-uns de ces Rebelles qu'on tenoit prisonniers
, et dont il fit rendre sur le champ un
certain nombre en échange d'un Officier Genois
et de quelques soldats qui avoient été surpris
dans un poste éloigné de la Ville.
On écrit de Florence , que le s. Janvier , à la
suite
382 MERCURE DE FRANCE
1
suite d'une tempête effroyable , on ressentit
Sienne une violente secousse de tremblement de
terre , qui cependant n'a causé aucun dommage
considerable.
On arrêta au commencement du mois dernier
à Livourne , un Particulier qui donnoit retraite à
quatre voleurs , lesquels depuis deux ans voloient
sur les grands chemins de la Toscane et du Milanez
, en habits de Chasseurs , ayant toujours
sept ou huit chiens et des chevaux avec eux.
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Résumé : ITALIE.
En janvier 1731 à Rome, un décret papal imposa aux ecclésiastiques des cinq églises basilicales de porter la soutane. Parallèlement, des prisonniers tentèrent de s'évader en incendiant leurs cachots, mais périrent asphyxiés par la fumée. M. Firrao, ancien nonce en Portugal, nommé à l'évêché d'Aversa, fut retenu par le pape. Les cardinaux Fini et Coscia cessèrent de participer aux réunions du Saint-Office et d'autres congrégations. Une constitution papale confirma les droits du plus ancien cardinal évêque et régula les prérogatives des autres cardinaux évêques. La princesse Clémentine Sobieska fit venir des religieuses de Flandre pour réformer le monastère des Ursulines de Rome. Le cardinal de Poli organisa une comédie dans son palais. À Sainte-Agnès, la bénédiction des agneaux pour les palliums eut lieu. À Naples, le duc de Monteleon organisa une fête avec concert et bal, mais un duel fut évité grâce à un accommodement. À Parme, des régiments d'infanterie entrèrent en ville après la mort du duc. En Corse, des rebelles tentèrent de s'emparer de Terra-Vecchia mais se retirèrent après une négociation. À Sienne, un tremblement de terre suivit une tempête sans causer de dommages majeurs. À Livourne, un particulier abritant des voleurs fut arrêté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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730
p. 442-446
AU MARECHAL DUC DE VILLARS. ODE
Début :
Toi, qui des Héros de la Grece [...]
Mots clefs :
Duc de Villars, Gloire, Guerre, Victoire, Cohortes, Bataille, Ravager, Flandre, Soldats
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU MARECHAL DUC DE VILLARS. ODE
AU MARECHAL DUC DE VILLARS,
ODE
Toi , qui des Héros de la Grece
Célebras jadis les exploits ,
Viens seconder ma hardiesse ,
Viens , Homere , affermis ma voix.
Qu'un Guerrier que la France admire
M'entende dignement écrire
Ses plus hauts faits dans mes Chansons
Et que les Filles de mémoire
M'aident à consacrer la gloire
De l'appui de leurs nourissons.
Quelle
MARS.
443 1731.
+
Quelle vengeance
meurtriere
,
Quel Dieu jaloux de nos succès
A réuni l'Europe entiere
Pour faire avorter nos projets ?
Quel Démon ardent à nous nuire
Contre Louis , dans son Empire
Arme des sujets inhumains ? *
Les barbares Soeurs de Megere
A cette secte sanguinaire
Inspirent les plus noirs desseins,
On voit des Bataillons perfides
Sortis tout d'un coup des forêts ,
Ainsi que des torrens rapides
Ravager nos riches guerets ;
Les Temples , objets de leur rage ,
Sont détruits , ou pleins de carnage ,
Tout cede à leur férocité :
Quel vaillant guerrier , quel Alcide
Domptera l'audace intrépide
De ces Monstres d'impieté ?
Quoi ! leurs cohortes menaçantes
Qui couvroient nos sillons de morts ,
A l'aspect de Villars tremblantes ,
Cedent à ses premiers efforts !
* Les Fanatiques.
B iiij
Leurs
444 MERCURE DE FRANCE
Leurs Chefs malgré leur arrogance
Ne trouvent que dans sa clémence
Dequoi dissiper leur terreur :
En vain la discorde sans cesse
Chez tous nos ennemis s'empresse
D'armer pour aider leur fureur.
Vous qui dans Thionville allarmée
Voulez foudroyer nos Guerriers ,
Que ne renversez- vous l'Armée
Qui vous ravit tant de lauriers
Le feu de vos Troupes nombreuses ,
Ni du Rhin les ondes fougueuses.
Ne sçauroient arrêter Villars .
Courez au combat ; sa présence
Doit exciter votre vengeance
A tenter les plus grands hazards.
Que vois-je ? déja vers la Flandre
Ils ont précipité leurs pas ;
Est- ce pour ne rien entreprendre
* Campagne de 1705. au commencement de
laquelle le Prince Eugene et M. Malebouroug
joignirent toutes leurs forces pour pénetrerjusqu'en
France par Thionville ; mais M. de Villars
avec des forces très inférieures se campa
de façon qu'il couvrit Thionville et les autres
Places voisines , en sorte qu'ils n'oserent entreprendre
ce Siege ni l'attaquer.
་
Qu'ils
MARS.
445. 1731.
Qu'ils ont armé tant de Soldats ?
Pour vous , grand Héros , que l'Alsące
Vit imiter la noble audace
Du fier Vainqueur de Darius ,
Vous faites voir qu'à la vaillance
Vous sçavez joindre la prudencè ,
Qui fit triompher Fabius. ( b )
Le Dieu qui lance le tonnerre ,
Pour se vanger de nos forfaits
A- t'il pour toujours de la Terre
Exilé Themis et la Paix ?
Que d'Escadrons ! que de cohortes
Ont deja jusques à nos portes
Fait avancer leurs Etendarts !
Mais quel éclat nous environne ?
Est-ce Mars , suivi de Bellonne ,
Qui vient deffendre nos Remparts ?
Fier Eugene , qui jusqu'en France
Prétends signaler tes exploits ,
Tu cours trop tard à la défense
De Denain réduit aux abois ;
Voy ce Camp rempli de carnage ;
(a ) Bataille de Fridelingue , comparée am
passage de Granique d'Alexandre.
(b ) Dictateur qui par sa prudence renvers
soit tous les projets d'Annibal.
B v La
446 MERCURE DE FRANCE
La mort sous une horrible image
Remplit tous tes Soldats d'effroi
Tu fuis toi-même plein d'allarmes
N'osant disputer à nos armes
Douay , Bouchain et le Quenoy.
En vain Mars jaloux de l'hommage
Et des offrandes des Mortels ,
Des Germains foutient le courage
Pour fe conferver des Autels ;
Fribourg et Landau sont en cendre ,
Quoiqu'il s'arme pour les deffendre ,
Nos fiers ennemis font défaits :
Villars , suivi de la Victoire
Dispose pour comble de gloire
*
Et de la guerre et de la paix.
Campagne d'Allemagne de 1713-
Par M. de Sainte Falaye , de Montfort-
Lamaury.
ODE
Toi , qui des Héros de la Grece
Célebras jadis les exploits ,
Viens seconder ma hardiesse ,
Viens , Homere , affermis ma voix.
Qu'un Guerrier que la France admire
M'entende dignement écrire
Ses plus hauts faits dans mes Chansons
Et que les Filles de mémoire
M'aident à consacrer la gloire
De l'appui de leurs nourissons.
Quelle
MARS.
443 1731.
+
Quelle vengeance
meurtriere
,
Quel Dieu jaloux de nos succès
A réuni l'Europe entiere
Pour faire avorter nos projets ?
Quel Démon ardent à nous nuire
Contre Louis , dans son Empire
Arme des sujets inhumains ? *
Les barbares Soeurs de Megere
A cette secte sanguinaire
Inspirent les plus noirs desseins,
On voit des Bataillons perfides
Sortis tout d'un coup des forêts ,
Ainsi que des torrens rapides
Ravager nos riches guerets ;
Les Temples , objets de leur rage ,
Sont détruits , ou pleins de carnage ,
Tout cede à leur férocité :
Quel vaillant guerrier , quel Alcide
Domptera l'audace intrépide
De ces Monstres d'impieté ?
Quoi ! leurs cohortes menaçantes
Qui couvroient nos sillons de morts ,
A l'aspect de Villars tremblantes ,
Cedent à ses premiers efforts !
* Les Fanatiques.
B iiij
Leurs
444 MERCURE DE FRANCE
Leurs Chefs malgré leur arrogance
Ne trouvent que dans sa clémence
Dequoi dissiper leur terreur :
En vain la discorde sans cesse
Chez tous nos ennemis s'empresse
D'armer pour aider leur fureur.
Vous qui dans Thionville allarmée
Voulez foudroyer nos Guerriers ,
Que ne renversez- vous l'Armée
Qui vous ravit tant de lauriers
Le feu de vos Troupes nombreuses ,
Ni du Rhin les ondes fougueuses.
Ne sçauroient arrêter Villars .
Courez au combat ; sa présence
Doit exciter votre vengeance
A tenter les plus grands hazards.
Que vois-je ? déja vers la Flandre
Ils ont précipité leurs pas ;
Est- ce pour ne rien entreprendre
* Campagne de 1705. au commencement de
laquelle le Prince Eugene et M. Malebouroug
joignirent toutes leurs forces pour pénetrerjusqu'en
France par Thionville ; mais M. de Villars
avec des forces très inférieures se campa
de façon qu'il couvrit Thionville et les autres
Places voisines , en sorte qu'ils n'oserent entreprendre
ce Siege ni l'attaquer.
་
Qu'ils
MARS.
445. 1731.
Qu'ils ont armé tant de Soldats ?
Pour vous , grand Héros , que l'Alsące
Vit imiter la noble audace
Du fier Vainqueur de Darius ,
Vous faites voir qu'à la vaillance
Vous sçavez joindre la prudencè ,
Qui fit triompher Fabius. ( b )
Le Dieu qui lance le tonnerre ,
Pour se vanger de nos forfaits
A- t'il pour toujours de la Terre
Exilé Themis et la Paix ?
Que d'Escadrons ! que de cohortes
Ont deja jusques à nos portes
Fait avancer leurs Etendarts !
Mais quel éclat nous environne ?
Est-ce Mars , suivi de Bellonne ,
Qui vient deffendre nos Remparts ?
Fier Eugene , qui jusqu'en France
Prétends signaler tes exploits ,
Tu cours trop tard à la défense
De Denain réduit aux abois ;
Voy ce Camp rempli de carnage ;
(a ) Bataille de Fridelingue , comparée am
passage de Granique d'Alexandre.
(b ) Dictateur qui par sa prudence renvers
soit tous les projets d'Annibal.
B v La
446 MERCURE DE FRANCE
La mort sous une horrible image
Remplit tous tes Soldats d'effroi
Tu fuis toi-même plein d'allarmes
N'osant disputer à nos armes
Douay , Bouchain et le Quenoy.
En vain Mars jaloux de l'hommage
Et des offrandes des Mortels ,
Des Germains foutient le courage
Pour fe conferver des Autels ;
Fribourg et Landau sont en cendre ,
Quoiqu'il s'arme pour les deffendre ,
Nos fiers ennemis font défaits :
Villars , suivi de la Victoire
Dispose pour comble de gloire
*
Et de la guerre et de la paix.
Campagne d'Allemagne de 1713-
Par M. de Sainte Falaye , de Montfort-
Lamaury.
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Résumé : AU MARECHAL DUC DE VILLARS. ODE
Le texte est une ode dédiée au maréchal duc de Villars, célébrant ses exploits militaires. L'auteur demande à Homère de l'inspirer pour chanter les hauts faits de Villars. Il exprime son indignation face à la coalition européenne qui menace la France et les succès de Louis XIV. Les ennemis, décrits comme des barbares, ravagent les terres françaises et détruisent les temples. Villars, par sa vaillance et sa prudence, parvient à repousser ces attaques. Le texte mentionne plusieurs batailles et sièges, comme celui de Thionville, où Villars, malgré des forces inférieures, protège les places stratégiques. Il compare Villars à des héros antiques comme Alcide, Fabius et Alexandre. L'ode se termine en soulignant la victoire de Villars à Denain et la prise de plusieurs villes, comme Douay, Bouchain et le Quenoy, ainsi que la défaite des ennemis à Fribourg et Landau. Villars est ainsi présenté comme un héros qui apporte la victoire et la paix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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731
p. 728-734
Nouveau Systême pour attaquer les Places des Contremines , &c. [titre d'après la table]
Début :
Il paroît un nouveau Sistême sur la maniere de deffendre [...]
Mots clefs :
Fortifications, Contremines, Ingénieur militaire, Système de défense, Mines, Fortification moderne, Bombes, Bastions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouveau Systême pour attaquer les Places des Contremines , &c. [titre d'après la table]
Il paroît un nouveau Sistême sur la maniere
de deffendre les Places par le moyen des
Contremines. Ouvrage postume de M. D***
imprimé et donné au Public , par M. De
marne ,Graveur ordinaire de la Reine , vol.
in 12. avec figures , dédié au Roi ; il se
vend à Paris chez Jacques Clousier , ruë
S. Jacques , à l'Ecu de France. Le Discours
Préliminaire qui fait la moitié du
Livre , est du R. P. Castel , Jesuite.
M,
AVRIL. 1731. 729
M. D *** a servi le Roi pendant 40.
années dans la fonction d'Ingénieur
ainsi il parle en homme consommé ; et en
effet son Systême est une nouveauté qui
mérite beaucoup d'attention . Jusqu'ici
la plupart des Ingénieurs avoient réduit
presque tout l'Art des Fortifications et de
la deffense des Places , à la construction
du Trait , c'est-à- dire , des Fossez et des
Ramparts, des Bastions et des Demilunes,
des Couronnes des Carnes et Contre
gardes. Mais ce Trait ne met une Place
à couvert que contre le Canon , qui après
tout n'est pas son unique , ni même son
plus grand ennemi. La Mine est la maîtresse
clef de toutes les Places. On a cependant
fort
peu travaillé pour les en
garantir. L'Art des Contremines est ce
pendant un bel Art , tout aussi régulie
que celui du Trait ; et du reste son im
portance est extrême , non-seulement à
cause de la violence des Mines , mais surtout
à cause de la facilité qu'il y a de s'en
garentir. Car heureusement pour l'As
siegé , qu'on croiroit poussé à bout par là,
c'est-là , au contraire , son vrai champ de
bataille , comme M. D*** le fait voir par
le fait même , et comme le P. Castel l'établit
solidement par ce Raisonnement..
Naturellement , dit ce Pere , l'attaque
se fait à force ouverte , au lieu que de
Ev
soi
730 MERCURE DE FRANCE .
soi la deffense est secrette , cachée et
souterraine . Or dans les Combats souterrains
, l'Assiegeant perd son avantage du
nombre , et l'Assiegé peut lui offrir un
front égal et même superieur ; chacun
est maître chez soi. Dans les Contremines
l'Assiegé est chez soi , et l'Assiegeant est
en païs tout à fait ennemi . Celui là connoît
tout son terrain ; celui cy en fait à
chaque pas la découverte à ses risques ,
périls et fortunes. L'Assiegé peut attendre
I'Assiegeant de pied ferme et le prendre
au moment et au lieu qu'il veut , comme
le chat guette la souris. Le Mineur
ne travaille qu'à genoux , il est gêné et
embarrassé de sa personne , quand il n'auroit
qu'à se tenir là les bras croisez sans
rien faire , sans rien craindre . Du côté de
la crainte le pauvre Mineur a mille ennemis
réels , mille ennemis imaginaires à
combattre. Le terrain est tantôt dur et
le roc même,tantôt mol , liquide, boueux,
quelquefois fragile , capricieux , qui s'éboule
et l'étouffe , quand ce ne seroit que
par la poussiere ou par la mauvaise odeur.
Du reste il a toujours à craindre de donner
dans la Contremine. Le bruit qu'il
excite lui- même malgré lui l'épouvante
et lui fait à chaque instant appréhender
la rencontre de l'ennemi , et l'ennemi qu'on
croit voir ou entendre , est toujours plus redoutable
AVRIL. 173. 731
J
doutable que celui qu'on voit en effet. On
combat bien mal des hommes , lorsqu'en même-
tems on a tant de chimeres à combattre.
La maniere dont M. D*** deffend le
chemin couvert , en mettant la Palissade
au niveau du Parapet du Glacis , ce qui
l'empêche d'être vue et abbatue par le
Canon ennemi , est une excellente deffense.
Les Bombes qu'il enterre sous le Glacis
sont préferables aux Fourneaux. Le
succès en est plus assuré et sa construction
plus prompte et plus facile. La contre-
garde qu'il donne à la Demi - lune , aura
l'approbation de tous les Connoisseurs,
La fausse Braye même qu'il détache dứ
corps de sa place , n'a pas l'inconvenient
des fausses Brayes ordinaires , et vaut les
Contregardes des Bastions , surtout avec
les Cavaliers que cet Ingenieur met aux
angles saillans . Les Cavaliers couvrent absolument
les flancs hauts et bas du corps
de la Place.
Du reste tout est contreminé dans ce
Systême , le Chemin couvert , sa Demi-
June , la Contregarde , la fausse Braye ,
le corps de la Place. Le Fossé même a
au milieu une espece de Cunete souterraine
ou voute , de laquelle partent des
Rameaux qui vont sous le Glacis. L'avantage
general de ces Contremines vousées
est 1 °. qu'il faut que leMineur passe
Evi par
732 MERCURE DE FRANCE .
par là , et y essaye le coup de main de la
part de gens frais et bien préparez à le
recevoir. 2 ° . que lorsque l'ennemi s'est
emparé de ce passage , on peut le murer
à droit et à gauche , et se réserver tout
le reste de galerie , où l'on peut même
creuser pour prendre le dessous du passage,
et y faire sauter l'ennemi . 3 °. Que ces
voutes ont desCreneaux qui donnent dans
les fossez voisins , et d'où on peut prendre
des revers et par derriere l'ennemi ,
qui fait son passage du fossé. 4° . Enfin
on peut par ces voutes faire sauter les
Ouvrages et les Logemens des ennemis .
Dans le Discours Préliminaire qui sert
d'introduction et de Supplement à l'Ouvrage
de M. D*** , le P. Castel traite du
Trait de la Fortification , et il rend raison
de la construction de ce Trait et de la
position ancienne et moderne de la Face,
du Flanc et de la Courtine. Il compare
nos Bastions avec les Tours rondes er
quarrées des Anciens.
Il fait voir les avantages des uns et les
inconvéniens des autres. Une chose qui
me paroît nouvelle et fort heureusement
remarquée , c'est que nos Bastions sont la
suite naturelle des Tours des Anciens ;
car aux Tours rondes succederent les
Tours quarrées , posées à plat , et à cette
position platte succeda la position saillante
AVRIL 1731. 733
Fante des mêmes Tours quarrées . Les Bastions
d'Errard , un de nos premiers Ingénieurs
étoient des Tours quarrées , posées
en saillie hors des courtines ; peu
peu on redressa les Flancs et on aggrandit
le corps de ces Tours transformées en
Bastions.
à
H ne tiendra pas au R. P. Castel , qu'il
ne ressuscite les seconds Flancs , autrefois.
si vantez dans la Fortification Hollandoise
, mais tout-à- fait décriez par le.
Comte de Pagan , et abandonnez par le
Maréchal de Vauban . Notre Auteur fait
voir par une Géometrie aussi solide que
facile , que ce n'est qu'un mal entendu
et un manque de raisonnement et de calcul
trigonometrique , qui a fait regarder
ees Flancs comme inutiles et nuisibles . Le
R. P. Castel les trouve au contraire trèsutiles
et tout-à-fait avantageux..
qu'u
De la construction du Trait , il passe
aux Bombes et aux Mines , et il fait voir
qu'une Place a trois ennemis que la Poudre
lui suscite ; le Canon , qui la rase horisontalement
et de niveau , la Bombe , qui'
l'écrase de haut en bas , et la Mine qui
la souleve et la bouleverse de fond en comble,
c'est le Trait qui garantit du Canon .
Le R. P. Castel propose des demi - voutes,
ou des quarts de voutes pour garantir des.
Bombes. Mais c'est sur les Contremines
que
734 MERCURE DE FRANCE
que roule principalement son Discours ,
comme tout l'Ouvrage de M. D *** . Ce
Pere y traite plusieurs questions curieuses
, comme si le corps de la Place est
capable d'une meilleure deffense que tous
les dehors ; s'il vaut mieux après une médiocre
deffense de ses dehors réserver sa
principale force pour le corps de la Place,
ou , &c.
On est redevable à M. de Marne , des
dépenses et de mille soins qu'il s'est donnez
pour procurer un si bon Ouvrage au
Public. On trouve chez lui toutes les Figures
de la Bible , Ancien et Nouveau
Testament , gravé d'après les grands Maî
tres en 530. Planches , avec une explication
Latine et Françoise. Il a fait à cet
Ouvrage depuis peu des changemens et
des augmentations. On a trouvé aussi chez
ledit sieur toute la Bible avec les mêmes
Estampes , 6. vol. in folio et in quarto . Il
demeure rue du Foin , près la rue de la Har
pe , au Heaume , quartier de Sorbonne à
Paris.
de deffendre les Places par le moyen des
Contremines. Ouvrage postume de M. D***
imprimé et donné au Public , par M. De
marne ,Graveur ordinaire de la Reine , vol.
in 12. avec figures , dédié au Roi ; il se
vend à Paris chez Jacques Clousier , ruë
S. Jacques , à l'Ecu de France. Le Discours
Préliminaire qui fait la moitié du
Livre , est du R. P. Castel , Jesuite.
M,
AVRIL. 1731. 729
M. D *** a servi le Roi pendant 40.
années dans la fonction d'Ingénieur
ainsi il parle en homme consommé ; et en
effet son Systême est une nouveauté qui
mérite beaucoup d'attention . Jusqu'ici
la plupart des Ingénieurs avoient réduit
presque tout l'Art des Fortifications et de
la deffense des Places , à la construction
du Trait , c'est-à- dire , des Fossez et des
Ramparts, des Bastions et des Demilunes,
des Couronnes des Carnes et Contre
gardes. Mais ce Trait ne met une Place
à couvert que contre le Canon , qui après
tout n'est pas son unique , ni même son
plus grand ennemi. La Mine est la maîtresse
clef de toutes les Places. On a cependant
fort
peu travaillé pour les en
garantir. L'Art des Contremines est ce
pendant un bel Art , tout aussi régulie
que celui du Trait ; et du reste son im
portance est extrême , non-seulement à
cause de la violence des Mines , mais surtout
à cause de la facilité qu'il y a de s'en
garentir. Car heureusement pour l'As
siegé , qu'on croiroit poussé à bout par là,
c'est-là , au contraire , son vrai champ de
bataille , comme M. D*** le fait voir par
le fait même , et comme le P. Castel l'établit
solidement par ce Raisonnement..
Naturellement , dit ce Pere , l'attaque
se fait à force ouverte , au lieu que de
Ev
soi
730 MERCURE DE FRANCE .
soi la deffense est secrette , cachée et
souterraine . Or dans les Combats souterrains
, l'Assiegeant perd son avantage du
nombre , et l'Assiegé peut lui offrir un
front égal et même superieur ; chacun
est maître chez soi. Dans les Contremines
l'Assiegé est chez soi , et l'Assiegeant est
en païs tout à fait ennemi . Celui là connoît
tout son terrain ; celui cy en fait à
chaque pas la découverte à ses risques ,
périls et fortunes. L'Assiegé peut attendre
I'Assiegeant de pied ferme et le prendre
au moment et au lieu qu'il veut , comme
le chat guette la souris. Le Mineur
ne travaille qu'à genoux , il est gêné et
embarrassé de sa personne , quand il n'auroit
qu'à se tenir là les bras croisez sans
rien faire , sans rien craindre . Du côté de
la crainte le pauvre Mineur a mille ennemis
réels , mille ennemis imaginaires à
combattre. Le terrain est tantôt dur et
le roc même,tantôt mol , liquide, boueux,
quelquefois fragile , capricieux , qui s'éboule
et l'étouffe , quand ce ne seroit que
par la poussiere ou par la mauvaise odeur.
Du reste il a toujours à craindre de donner
dans la Contremine. Le bruit qu'il
excite lui- même malgré lui l'épouvante
et lui fait à chaque instant appréhender
la rencontre de l'ennemi , et l'ennemi qu'on
croit voir ou entendre , est toujours plus redoutable
AVRIL. 173. 731
J
doutable que celui qu'on voit en effet. On
combat bien mal des hommes , lorsqu'en même-
tems on a tant de chimeres à combattre.
La maniere dont M. D*** deffend le
chemin couvert , en mettant la Palissade
au niveau du Parapet du Glacis , ce qui
l'empêche d'être vue et abbatue par le
Canon ennemi , est une excellente deffense.
Les Bombes qu'il enterre sous le Glacis
sont préferables aux Fourneaux. Le
succès en est plus assuré et sa construction
plus prompte et plus facile. La contre-
garde qu'il donne à la Demi - lune , aura
l'approbation de tous les Connoisseurs,
La fausse Braye même qu'il détache dứ
corps de sa place , n'a pas l'inconvenient
des fausses Brayes ordinaires , et vaut les
Contregardes des Bastions , surtout avec
les Cavaliers que cet Ingenieur met aux
angles saillans . Les Cavaliers couvrent absolument
les flancs hauts et bas du corps
de la Place.
Du reste tout est contreminé dans ce
Systême , le Chemin couvert , sa Demi-
June , la Contregarde , la fausse Braye ,
le corps de la Place. Le Fossé même a
au milieu une espece de Cunete souterraine
ou voute , de laquelle partent des
Rameaux qui vont sous le Glacis. L'avantage
general de ces Contremines vousées
est 1 °. qu'il faut que leMineur passe
Evi par
732 MERCURE DE FRANCE .
par là , et y essaye le coup de main de la
part de gens frais et bien préparez à le
recevoir. 2 ° . que lorsque l'ennemi s'est
emparé de ce passage , on peut le murer
à droit et à gauche , et se réserver tout
le reste de galerie , où l'on peut même
creuser pour prendre le dessous du passage,
et y faire sauter l'ennemi . 3 °. Que ces
voutes ont desCreneaux qui donnent dans
les fossez voisins , et d'où on peut prendre
des revers et par derriere l'ennemi ,
qui fait son passage du fossé. 4° . Enfin
on peut par ces voutes faire sauter les
Ouvrages et les Logemens des ennemis .
Dans le Discours Préliminaire qui sert
d'introduction et de Supplement à l'Ouvrage
de M. D*** , le P. Castel traite du
Trait de la Fortification , et il rend raison
de la construction de ce Trait et de la
position ancienne et moderne de la Face,
du Flanc et de la Courtine. Il compare
nos Bastions avec les Tours rondes er
quarrées des Anciens.
Il fait voir les avantages des uns et les
inconvéniens des autres. Une chose qui
me paroît nouvelle et fort heureusement
remarquée , c'est que nos Bastions sont la
suite naturelle des Tours des Anciens ;
car aux Tours rondes succederent les
Tours quarrées , posées à plat , et à cette
position platte succeda la position saillante
AVRIL 1731. 733
Fante des mêmes Tours quarrées . Les Bastions
d'Errard , un de nos premiers Ingénieurs
étoient des Tours quarrées , posées
en saillie hors des courtines ; peu
peu on redressa les Flancs et on aggrandit
le corps de ces Tours transformées en
Bastions.
à
H ne tiendra pas au R. P. Castel , qu'il
ne ressuscite les seconds Flancs , autrefois.
si vantez dans la Fortification Hollandoise
, mais tout-à- fait décriez par le.
Comte de Pagan , et abandonnez par le
Maréchal de Vauban . Notre Auteur fait
voir par une Géometrie aussi solide que
facile , que ce n'est qu'un mal entendu
et un manque de raisonnement et de calcul
trigonometrique , qui a fait regarder
ees Flancs comme inutiles et nuisibles . Le
R. P. Castel les trouve au contraire trèsutiles
et tout-à-fait avantageux..
qu'u
De la construction du Trait , il passe
aux Bombes et aux Mines , et il fait voir
qu'une Place a trois ennemis que la Poudre
lui suscite ; le Canon , qui la rase horisontalement
et de niveau , la Bombe , qui'
l'écrase de haut en bas , et la Mine qui
la souleve et la bouleverse de fond en comble,
c'est le Trait qui garantit du Canon .
Le R. P. Castel propose des demi - voutes,
ou des quarts de voutes pour garantir des.
Bombes. Mais c'est sur les Contremines
que
734 MERCURE DE FRANCE
que roule principalement son Discours ,
comme tout l'Ouvrage de M. D *** . Ce
Pere y traite plusieurs questions curieuses
, comme si le corps de la Place est
capable d'une meilleure deffense que tous
les dehors ; s'il vaut mieux après une médiocre
deffense de ses dehors réserver sa
principale force pour le corps de la Place,
ou , &c.
On est redevable à M. de Marne , des
dépenses et de mille soins qu'il s'est donnez
pour procurer un si bon Ouvrage au
Public. On trouve chez lui toutes les Figures
de la Bible , Ancien et Nouveau
Testament , gravé d'après les grands Maî
tres en 530. Planches , avec une explication
Latine et Françoise. Il a fait à cet
Ouvrage depuis peu des changemens et
des augmentations. On a trouvé aussi chez
ledit sieur toute la Bible avec les mêmes
Estampes , 6. vol. in folio et in quarto . Il
demeure rue du Foin , près la rue de la Har
pe , au Heaume , quartier de Sorbonne à
Paris.
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Résumé : Nouveau Systême pour attaquer les Places des Contremines , &c. [titre d'après la table]
Le texte présente un ouvrage posthume de M. D*** sur la défense des places fortes par les contremines, imprimé et publié par M. De Marne, graveur de la Reine. Cet ouvrage est dédié au Roi et est vendu à Paris chez Jacques Clousier. Le discours préliminaire, rédigé par le Père Castel, jésuite, constitue la moitié du livre. M. D*** a servi le Roi pendant 40 ans en tant qu'ingénieur et propose un nouveau système de défense contre les mines, souvent négligées par les ingénieurs qui se concentrent sur les fortifications extérieures comme les fossés, les remparts, les bastions et les demi-lunes. Le Père Castel souligne que la mine est un ennemi majeur des places fortes et que l'art des contremines est aussi régulier et important que celui des fortifications extérieures. L'ouvrage détaille les avantages des contremines, permettant à l'assiégé de combattre l'assaillant sur son propre terrain. M. D*** propose diverses innovations, telles que la palissade au niveau du parapet du glacis, des bombes enterrées sous le glacis, et des contre-gardes pour les demi-lunes. Le système de contremines inclut des voûtes souterraines dans les fossés et les murs de la place, permettant de surprendre et de neutraliser l'ennemi. Le Père Castel, dans son discours préliminaire, compare les bastions modernes aux tours anciennes et discute des avantages des seconds flancs, autrefois décriés mais réévalués comme utiles. Il traite également des trois ennemis de la poudre : le canon, les bombes et les mines, et propose des demi-voutes pour se protéger des bombes. L'ouvrage est enrichi par les soins et les dépenses de M. De Marne, qui a également publié des gravures de la Bible.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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732
s. p.
RELATION HISTORIQUE, exacte et détaillée de la derniere Révolution arrivée à Contantinople ; écrite d'abord en Turc par un Effendi, avec plusieurs circonstances de cet Evenement, tirées d'autres Memoires.
Début :
La décadence des affaires en Perse, faute par le Grand Vizir Ibrahim-Pacha [...]
Mots clefs :
Perse, Oppression, Turquie, Année de l'Hégire, Émir, Trône, Mahmout, Rebelles, Arménien, Arsenal de la Marine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION HISTORIQUE, exacte et détaillée de la derniere Révolution arrivée à Contantinople ; écrite d'abord en Turc par un Effendi, avec plusieurs circonstances de cet Evenement, tirées d'autres Memoires.
RELATION
HISTORIQUE ;
exacte et détaillée de la derniere Révolution
arrivée à
Contantinople ; écrite d'abord
en Turc par un Effendi , avec plusieurs
circonstances de cet Evenement , tirées
d'autres Memoires.
L
A décadence des affaires enPerse ,
faute par le Grand Vizir Ibrahim-
Pacha , d'y avoir fait passer
des secours tels que les conjonctures le demandoient
, et l'oppression dans laquelle
le peuple gémissoit depuis long-temps par
les vexations des Ministres , ou de ceux
qui les exerçoient sous leur autorité et
par
l'établissement de plusieurs Impôts
jusqu'alors inconnus en Turquie , sont
A lcs
830 MERCURE DE FRANCE .
les deux causes principales de la Révotion
arrivée le 28. Septembre 1730.
Ce jour qui répond à l'année de l'Egire
1143. le 13. de la Lune de Rebiul Euvel,
un Jeudi à 9. heures du matin , Patrona-
Kalil, (a ) de Nation Albanoise, et quelques
autres gens sans aveu et de la lie du peuple
de Constantinople , comme Mouslouh
Emir- Ali , &c. produisirent ce grand
Evenement , qui par ses circonstances
mérite d'être transmis jusqu'aux siecles
les plus reculez ; il peut servir d'exemple
aux personnes revêtues d'éminens Emplois
, pour leur apprendre que quelques
élevez qu'ils soient , ils ne doivent jamais
perdre de vûë le vil état d'où on les a
tirez , (b) et que le dépôt du Gouvernement
de l'Empire leur étant confié , ils
doivent se comporter d'une maniere à s'attirer
l'approbation generale , comme s'ils
étoient toûjours environnez de vengeurs
de leur mauvaise administration , tels que
Patrona et ses Adhérans , qui tout inca-
(a) Il avoit été autrefois Leventy , c'est- à- dire
Soldat de Marine , et avoit servi sur le Vaisseau
la Patrone , d'où lui est venu le sobriquet de
Patrona. Depuis quelque temps il étoit Jannissaire
, ainsi que Mousloub et Emir- Ali.
(b) L'auteur fait cette refléxion , sur ce que n'y
ayant presque point de Noblesse en Turquie , ce
sont communément des gens de rien qui parvien
nent aux plus grands Emplois.
pables
AVRIL. 1731 . 831
pables qu'ils paroissoient d'une haute
entreprise , ont pourtant forcé le Sultan
Achmet III . d'abandonner le Trône de
ses Ancêtres.
Patrona-Kalil avoit merité plusieurs
fois la mort par ses actions de scelerat.
Il étoit âgé de 40. à 45. ans , de moyenne
taille , dégagée et bien prise , la mine
haute et fiere , portant moustache noire.
Mouslouh , et Emir- Ali , ne valoient pas
mieux que lui ; cependant ces hommes
si méprisables en apparence , tramant
depuis long-temps les moyens d'exciter
le peuple à la révolte , enfin parvinrent à
l'execution de leur dessein execrable . (a)
Voici comme ils s'y prirent.
Ils s'attrouperent d'abord en petit nombre
près d'une Fontaine dans la grande
Place qui est devant la Mosquée de Sultan
Bajazer ; là ils convinrent entr'eux de
se diviser en trois troupes , dont l'une iroit
au Bezestin , qu'elle traverseroit ; l'autre
sortiroit par la Porte de Bacché- Capi ; (b)
la troisiéme par la ruë de Divan Joleu, (c)
(a) Il paroît par cette expression et plusieurs
autres qu'on trouvera dans la suite , que l'Auteur
Turc n'approuve pas la Révolte , quelque bien
qu'elle ait apporté à l'Etat.
(b) Porte de Constantinople , appellée Porte
du Jardin .
(‹) C'est la grande ruë qui conduit au Serrail ,
A iij et
32 MERCURE DE FRANCE
et qu'ensuite elles se joindroient toutes
trois à la Place d'Etmeïdan. (a )
Cet arrangement pris , la Troupe de
Patrona - Kalil , partit la premiere ; ils
avoient un petit Drapeau déployé , le
Sabre à la main , et crioient par tout où ils
passoient , que les Marchands et Artisans
fermassent leurs Boutiques , et que tout
bon Musulman suivît leur Enseigne à
Etmeïdan , où l'on avoit à leur communiquer
de justes prétentions contre le Ministere
présent ; les deux autres Troupes
en ayant fait de- même dans la route qui
leur étoit prescrite , l'allarme se répandit
bien- tôt par tout Constantinople , les
Boutiques furent fermées , et la plus grande
partie des Turcs qui les occupoient
au lieu d'aller au rendez - vous , furent
se cacher dans leurs maisons , (b) ainsi
que les Chrétiens et les Juifs.
Le Grand -Seigneur et le Grand- Vizir
étoient au Camp de Scutary pendant ces
troubles naissants : Mustapha , Capitaneu
se tient le Divan du G. S. d'où elle tire son
aom , comme qui diroit la rue du Conseil.
(4) Etmeidan est une grande Place sur laquelle
donnent les Cazernes des Janissaires , et où on leur
distribue la viande.
(6) La plupart des Marchands et Artisans en.
Turquie , ne logent pas au même endroit où sont
Jeurs Boutiques,
Pacha
AVRIL. 1731 833
Pacha et Kaïmakan , qui en cette derniere
qualité devoit être instruit à porter un
prompt remede , se trouvoit près des Châteaux,
dans le Canal de la Mer Noire,à une
de ses Maisons de Campagne , où il s'amusoit
à faire planter des Oignons de
Tulipes ; et le Reys- Effendy , Secretaire
d'Etat , étoit pareillement à une de ses
Maisons du même Canal , où livré à son
indolence naturelle , il traitoit de bagatelles
ou de fable tous les avis qu'on venoit
lui donner de ce qui se passoit à
Constantinople ; de sorte qu'il n'y avoit
alors dans la Ville aucun Grand d'une certaine
autorité , pour y rétablir l'ordre ,
que le Janissaire Aga et le Kiaya du G.V.
Ce dernier ne fut pas plutôt averti de
l'émeute , dont il avoit plus lieu que
personne de redouter la fureur , que perdant
la tramontane , il fut s'embarquer à
P'Echelle la plus prochaine de son Palais,
et s'enfuit à Eyoup dans le fond du Port.
Quant aù Janissaire Aga , homme
venerable par son grand âge , il assembla
d'abord sa Garde ordinaire , se mit
à la tête et courut au-devant des Rebelles
, pour tâcher de les dissiper ou de
les ramener par la douceur ; mais voyant
qu'il ne faisoit que les aigrir davantage ;
que sa propre Garde , bien loin d'être disposée
à le seconder, murmuroit de ce qu'il
A iiij
ne
834
MERCURE
DE
FRANCE
.
ne se rangeoit pas de leur côté comme
ceux - cy l'y invitoient , et quelqu'un l'étant
venu avertir qu'une autre Troupe
de Séditieux marchoit droit à son Palais.
pour le piller , il ne songea plus qu'à sa
sureté personnelle ; il s'esquiva dans la
foule , se travestit , s'embarqua dans un
Bateau à une seule paire de Rames , afin
d'être moins reconnu et passa à Scutary ,
où il fut s'enfermer secretement dans une
maison qui lui appartenoit , sans informer
de rien le G. V.tant il avoit peur que
ce Ministre ne le fit mourir sur le champ,
pour n'avoir pas prévenu et étouffé dans
sa naissance ce soulevement.
Cependant les Rebelles ayant le champ
libre , leur nombre croissoit à vûë d'oeil;
ils entraînoient comme un Torrent tous
les Turcs qu'ils rencontroient , menaçant
de tuer ceux qui refuseroient de les suivre,
comme effectivement ils en massacrerent
plusieurs qui aimerent mieux mourir
fideles que de vivre traitres à leur
Souverain . Ils forcerent les Prisons et se
firent des Compagnons de fortune d'autant
de Turcs criminels qu'ils y trouverent.
D'ailleurs beaucoup de gens , qui
quoiqu'animez de leur même esprit ,
n'avoient pourtant encore osé se déclater
, n'hesiterent plus à se rendre sous
leurs Drapeaux , dès qu'ils virent des.
com
A V RIL. 1731. 833
mencemens si favorables et si prompts.
Or le feu de la sédition avoit déja fait
de grands progrès avant que le G.V. en fut
instruit,ceux qui étoient venus dans la matinée
de Constantinople à Scutary , et qui
n'avoient vû , pour ainsi dire, que les premieres
étincelles de ce grand incendie ,
lui ayant seulement rapporté que quelques
Bandits s'étoient battus devant le
Bezestin , sur quoi les Marchands naturellement
peureux, avoient pris l'épouvente,
et fermé leurs Boutiques ; mais que le Janissaire
Aga y étant accouru avec da
monde , les avoit fait r'ouvrir, avoit écar
té la canaille , et qu'il n'y avoit plus rien
à craindre. Ensorte que le G. V. trompé
et tranquillité par ces faux rapports , ne
sçût au vrai la cho e que vers les 4. heures
après midy , que le Mufty , le Kaïmakan,
le Kiaya et d'autres principaux Ministres
ou Officiers , vinrent à Scutary lui en faire
le funeste détail
Le Kaïmakan sur tout cherchant à se
disculper , lui dit qu'ayant appris le tumulte
entre 10 et 11. heures , il étoit
venu à Constantinople et qu'aussi - têt
il avoit monté à cheval pour rétablir la
tranquillité , mais qu'à mesure qu'il
faisoit r'ouvrir les Boutiques , les Rebelles
qui le suivoient , les faisoient re
fermer , et que n'étant soutenu d'aucu-
A v ne
836 MERCURE DE FRANCE
nes Troupes pour réprimer leur insolence,
il avoit été obligé de se retirer.
On tint Conseil sur le champ ; mais les
avis y furent si divers et si débattus , qu'il
dura jusqu'à l'entrée de la nuit , et qu'on
n'y résolut rien , sinon d'en aller tenir un
autre chez le G.S. Le résultat de celui - cy
fut qu'il falloit que Sa Hautesse et toute
sa Cour passassent à Constantinople où
l'on seroit plus à portée de remedier à
tout.Pour cet effet on envoya chercher une
Galere , sur laquelle s'embarqua le G. S.
et le G. V. le reste de la Cour les suivit
dans des Caïques , et tous furent débarquer
à minuit à l'Echelle de Top- Capy ,
qui est à la pointe du Serrail..
Le Sultan étant monté à la Kasoda ou
Chambre Imperiale , s'assit dans un coin
du Sopha , d'où il pouvoit entendre tout
ce qui se disoit dans un Appartement voisin
, où le G. V. les autres Ministres , les
Gens de Loy et autres Grands de l'Empire
s'assemblerent déliberer de nouveau
sur le parti qu'il y avoit à prendre dans
une si pressante extrémité ; mais les sentimens
y furent encore plus partagez
qu'au premier Conseil , et l'heure fatale
marquée par le sort pour la fin de
leur Regne étant venu , leurs délibepour
Fchelle du Canon , parce qu'il y en a là em
Baterie,
rations
A VRIL. 1735. 837
rations n'aboutirent qu'à précipiter leurs
destinées ; ils convinrent cependant tous
unanimement à la fin , que le nombre des
Rebelles n'étant pas encore assez.considerable
pour que l'on ne pût esperer de
les mettre à la raison , il falloit avant qu'ils.
se multipliaffent davantage , leur opposer
un Corps de Troupes , et les aller attaquer.
Quoique cet avis fût peut- être le meilleur
, s'il avoit été suivi sans differer , le
G. S. avant de s'y rendre , voulut tenter
une autre voye. Dès qu'il fut jour Sa Hautesse
envoya un Bach Asseski ( c'est un
des principaux Officiers du Corps des
Bostandgis ) à Etmeïdan , ordonner aux
Rebelles de se retirer et les menacer qu'on
feroit main-basse sur eux s'ils n'obéïssoient
promptement. Ils répondirent sans.
marquer la moindre crainte , qu'ils s'étoient
assemblez pour le bien et l'honneur
de l'Etat ; qu'ils avoient des représentations
équitables à faire à leur Émpereur
, et qu'ils ne quitteroient point les
armes qu'on ne leur eût rendu justice.
Sultan Achmet , indigné d'une réponse
si audacieuse , s'emporta fort contre le
G. V. ce qu'il avoit déja fait la veille , et
Paccusa de nouveau d'être la cause de
tout ce desordre . Le Ministre s'en disculpa
et en jetta , comme il avoit déja fait , la
A vj faute
838 MERCURE DE FRANCE
faute toute entiere aussi sur le Kaïmakans
il accabla même ce dernier des reproches
les plus durs en presence de Sa Hautesse ,
vers laquelle se tournant tout d'un coup :
Seigneur, lui dit-il avec transport , souffriras-
tu qu'une ame si vile et qu'un miserable
tel que celui- cy jouisse encore de la
lumiere.
Le Sultan frappé de ce qu'il venoit d'entendre
fit aussi- tôt arrêter le Kaïmakan
puis prenant un ton plus radouci , donna
divers ordres au G. V. sur la situation
des affaires ; l'habile Ministre qui les jugea
impraticables ou inutiles à suivre ,
lui répliqua sans s'amuser à combattre
ses sentimens : Seigneur, dans la crise où se
trouve l'Empire , je ne vois que deux choses
à hazarder, ou que Sa Hautesse se mette
elle-même à la tête de sa Maison et aille
fondre sur les Rebelles , étant persuadée que
sa seule presence pourra les désunir et les déconcerter
, ou qu'elle me permette d'y aller à
sa place , me flattant que je suis assez aimé
des Troupes pour me faire un Party considerable
dès que je paroîtrai.
Le craintif G. S. n'ayant goûté ni l'une
ni l'autre de ces propositions , essaya
vainement de s'attirer du secours du dehors
; il fit déployer le Sangiak- Cherif *
J
* C'est-à- dire le saint Etendart , qui selon les ,
Turs , fut apporté du Ciel à Mahomet par l'Ang
ge Gabriel.
AVRIL. 1737. 83
à la porte du Serail , et fit crier du haut
des murailles que tout Soldat qui voudroit
venir sous cette Baniere pour aider
l'Empereur à soumettre les Rebelles , auroit
30. écus de gratification et qu'on
lui augmenteroit sa paye de deux Aspres *
par jour.
Ces belles promesses ne gagnant le coeur
de personne , il fallut en revenir , mais,
trop tard , au dernier projet du Conseil ,
qui étoit , comme on a dit , de former un.
Corps deTroupes . On choisit les Bostangis
par préference à toute autre Milice
non-seulement parce qu'ils sont les gar
diens naturels du Serail , mais aussi parce
que les Ministres avoient toûjours eû.
quelques égards pour eux, au lieu que les.
Janissaires , les Spahis , les Tobgis et
Dgebedgis , ayant été maltraitez ou méprisez
( sur tout par le Kyaya , qui pendant
son orgueilleuse prosperité les avoit
menacés plusieurs fois en public de les
détruire entierement ) on ne devoit pas.
esperer d'en tirer beaucoup de secours.
dans cette occasion ..
2.
On s'adressa donc aux Bosdtangis , mais.
quand il fut question de les assembler
ceux sur qui l'on pouvoit compter pour
une action de vigueur s'étoient cachez ,
ou avoient pris la fuite , de maniere que
L'Aspre vaut deux Liards.
ne
840 MERCURE DE FRANCE .
ne se trouvant plus que des enfans , des
malingres , ou des gens sans courage , incapables
de faire tête aux Rebelles , on
vît bien qu'il falloit se tourner d'un autre
côté. On jetta les yeux sur le Corps de la
Marine , et le G. S. ayant honoré de la
Charge de Capitan Pacha Abdi- Capoudan
, qui avoit la Charge de Maître du
Port de Constantinople , homme de résolution
; il l'envoya à l'Arsenal pour s'y
faire reconnoître en cette qualité : on lui
tira à cet effet cinq coups de Canon de ce
lieu , et tous les Vaisseaux arborant leur
Pavillon , lui en tirerent chacun un. Ce
nouveau General de la Mer, pour donner à
son Souverain des preuves de sa reconnoissance
et de son zele , ordonna aux Galeres
de se rendre à la pointe du Serrail , et fit en
même-tems battre la Caisse au nom du G.S.
›
en'
Cette opération cut d'abord assez
de succés et l'on avoit déja débarqué
au Sérrail environ 300 Leventis , ou
Soldats de Marine , lorsque Patrona Kalil ,
tombant tout à coup sur l'Arsenal
chassa le Capitan Pacha , et fit sçavoir aux
Léventis que s'ils embrassoient la deffense.
de la Cour , il ne leur feroit aucun quar-`
tier , et qu'il brûleroit tout à la fois leurs.
maisons , les Vaisseaux et les Galeres de Sa
Hautesse. Ces menaces firent de si fortes:
impressions sur les Soldats de la Marine ,
que
AVRIL. 1731. 841
que ceux qui alloient encore au Serrail
pour s'enroller , s'en retournerent , et la
plûpart de ceux qui y étoient déja , et qui
avoient reçû chacun 25 écus de présent ,
trouverent le moyen de s'évader de côté
et d'autres , sous divers prétextes .
Patrona- Kalil se ressouvenant qu'il avoit
été autrefois condamné à mort , pour un
assasinat , lors qu'il étoit Léventis sur le
Vaisseau que commandoit alors le même
Abdi - Capoudan , et que cet Officier lui
avoit sauvé la vie , saisit cette occasion
pour lui en marquer sa gratitude : il le fit
revenir à l'Arsenal , le rétablit dans sa di
gnité de Capitan- Pacha , et l'assura de sa
protection ; mais il emmena avec lui le se
cours que ce dernier avoit destiné au Sultan
, et l'augmenta de tous les malfaiteurs.
Turcs qui etoient , tant dans le Bagne
lieu où l'on enferme la Chiourme , que
sur deux Galères , d'où il les retira , et à
la faveur desquels , contre son intention
plusieurs Esclaves Chrétiens se sauverent ;
si bien que Sa Hautesse se voyant totalement
frustrée de ses esperances du côté
des armes fut obligée d'avoir recours à
la négociation.
J
د
On n'entrera point ici dans le détail de
toutes les allées et venues des Agens de
l'Empereur et de Patrona , non plus que·
des menaces verbales et par écrit , qui fu
rent
42 MERCURE DE FRANCE
›
rent faites de part et d'autre durant ces
jours de discussions intestines , mais nous
renfermant à rapporter l'essentiel de tout
cela , nous dirons que le vendredy , vers
le soir , S. H. renvoya le Bach- Assekу
un des principaux Officiers des Bostangis
demander aux Rebelles ce qu'ils voufoient
> et quelles étoient leurs intentions.
Ils répondirent qu'ils prioient le
Sultan de leur faire remettre en vie le
Mufty , le G. V. Ibrahim-Pacha , avec
Mustapha-Pacha , Caïmacan , et le Kyaya
Mehemel , tous deux Gendres du G. V.
et qu'à l'égard de S. H. ils étoient trèssatisfaits
de son Régne , et lui souhaittoient
toutes sortes de prospéritez .
Le G. S. sur cette réponse , fit arrêter le
Kyaya ; que l'on consigna aux Bostangis
, comme on leur avoit déja consigné
Te Kaïmacam ; pour le Mufty et le G. Vizir
, le Bach Assesky eut ordre de retourner
vers les Rebelles , et de leur dire que
le Sultan alloit déposer et exiler ces deux
Ministres ; qu'il les prioit de vouloir bien
se contenter de cette punition , et ne pas
exiger qu'on les privât du jour , en reconnoissance
de ce qu'il leur livreroit les
deux autres pour en faire ce qu'ils jugeroient
à propos .
Le Bach-Asseky rapporta , que les Rebelles
se contentoient bien de la déposition
AVRIL. 1731. 843
tion et de l'éxil du Mufty , mais qu'ils persistoient
à vouloir le G. V. L'Empereur ,
malgré son affection pour ce Ministre
qui d'ailleurs étoit son Gendre , voyant
après avoir tenu plusieurs conseils avec
les Gens de Loy , qu'il ne pouvoit le sauver
sans risquer de se perdre lui- même
lui envoya demander son cachet par le
Kislar Aga, et le fit ensuite conduire dans
l'Appartement qu'on nomme Musafir-
Oda , ( ou Chambre des Etrangers ) sans
lui faire aucun mauvais traitement. Cela
arriva le Samedy à midy , et la Charge
de G. V. demeura vacante depuis ce moment
jusqu'à 9 heures du soir , que S. H.
en honora Mehemet - Pacha , aussi l'un
de ses Gendres. Il avoit été Selictar- Aga ,
ou Porte-Sabre du G. S. et étoit sorti depuis
peu du Sértail avec la qualité de Vizir
à trois queues , qui le faisoit conseiller
cubé ou de voute , c'est - à- dire , qu'il
avoit séance au Conseil qui se tient dans
un lieu vouté.
Pendant que tout étoit en agitation dans
le Sérrail , fes Rebelles n'étoient pas oisifs
dans la Ville ; ils détachercnt plusieurs
partis , dont les uns furent piller quelques
maisons de proscrits , ( c'est- à- dire de
ceux qui avoient eu directement ou indirectement
quelque part au Ministere )
entr'autres à Galata , celle du Vaivode →
on
844
MERCURE
DE
FRANCE
où ils trouverent beaucoup d'argent
qu'ils jetterent par les fenêtres , ainsi que
tous les meubles , disant que des Musulmans
ne devoient pas profiter des rapines
et des extorsions que cet indigne Officier
avoit fait sur les Dgiaours , ou Infideles ,
& comme c'étoit leur bien , qu'il étoit
juste qu'ils le reprissent , effectivement
nombre de Grecs et d'Arméniens et de
Juifs ramasserent ce qu'ils voulurent
sans que les Turcs s'y oposassent ni prissent
rien pour eux .
2
D'autres furent crier de nouveau par les
rues , car ils avoient déja crié , sur les me
naces que le G. S. avoit faites , d'appeller
ses sujets Chrétiens à son secours , ) que
pourvû queles Infideles nes'attroupassent
point , et qu'ils se tinssent tranquillement
chez eux , il ne leur seroit pas fait le
moindre tort , et cela s'observa religieusement
en general. Patrona ayant exigé
par serment de tous ses Camarades , qu'ils
ne commettroient aucun excès , il y cut
pourtant quelques coquins qui le fausserent
, mais ceux que l'on reconnut ou que
l'on prit sur le fait furent punis de mort
par
l'ordre même des Chefs de la rebel-
* Cette Charge réunit les fonctions de Gou
verneur et de Lieutenant de Police , le Vaivode de
Galata étend son distric jusqu'à la Mer Noire , le
long de la côte d'Europe.
lion.
AVRIL. 1731. 845
fion. Ils firent publier aussi que les Boutiques
où se débitent les choses necessaires
à la vie fussent toujours ouvertes , et
si bien garnies , que cette Capitale du
monde et ses vastes Fauxbourgs ne souffrissent
aucune disette .
Quoique toutes les Milices fussent dèslong-
tems révoltées dans le coeur , cependant
les deux premiers jours de la sédition
, il ne paroissoit pas que les Jannissaires
, les Topgis et Dgebedgis y rempassent
, du moins ouvertement , affectant
au contraire une espece de neutralité , qui ,
à la verité , ne les excusoit pas envers leur
Souverain.
,
Mais les Rebelles s'étant emparés du
Dgebe-Kané, ils se partagerent en deux
bandes , les uns furent inviter les Jannissaires
à se joindre à eux pour les aider
leur dirent- ils , à consommer une entreprise
aussi utile et aussi glorieuse à l'Empire
qu'étoit celle qu'ils avoient commencée
, tandis que les autres étant passez
à
Top-Hana, sollicitoient la même union auprès
des Topgis , et Dgebedgis ; ces differens
corps firent mine quelque tems par
un reste de bienséance , de ne vouloir pas
se prêter à leurs instances réïterées , mais.
* Gebé- Cavé , Magazin proche le Serail , on
sont les poudres , le plomb , et autres munitions,
de Guerre.
846 MERCURE DE FRANCE
y cédant à la fin ils y consentirent , a
moins tacitement.
Les Rebelles qui n'en demandoient pas
davantage , entrerent alors dans les Odas,
ou chambres des Cazernes de ces Troupes
,
d'où ils enleverent sans obstacle , les
tentes , les grandes marmites , et autres
ustanciles qu'ils transporterent à la place
d'Etmeïdan , où ils dresserent un Camp
dans les formes . Bientôt après , les Jannissaires
et les autres Milices les suivirent ,
faisant pourtant toujours semblant d'y
être forcez , quoiqu'ils courussent à l'envi
les uns des autres , pour arriver des premiers
au lieu de l'Assemblée , excepté les
Officiers , qui demeurerent constamment
attachées au G. S. et dont la plûpart s'étoient
déja retirez au Sérrail.
Cette jonction de la Soldatesque aux
Rebelles , acheva de déconcerter la Cour :
l'Empereur voulut cependant faire encore
une tentative auprès d'eux pour en obtenir
la grace d'Ibrahim - Pacha , mais ils
répondirent insolemment qu'ils avoient
assez fair , de pardonner au Mufty, à quoi
ils ne s'étoient même déterminez qu'en
consideration de son sçavoir , et de la
qualité de Chef de la Loy , et qu'ils vouloient
absolument qu'on leur remit le
G. V. et ses deux Gendres , pour leur faire
rendre compte de leur administration .
Le
AVRIL: 1731.
847
Le Sultan convaincu par l'opiniâtreté
de ces mutins , qu'il qu'il ne lui étoit
pas possible de soustraire son Ministre à
leur fureur , le fit condamner par le Kadilisker
d'Asie avec le Kaïmacan et le
Kyaya, à être étranglés, et ordonna qu'on
porteroit leurs corps à Etmeïdan .
,
Le Kyaya Mehemel , n'eut pas plutôt
appris , quand on vint le tirer de sa prison
, que c'étoit pour le mener au Kapon-
Orasy , endroit du Serail où l'on execute
les criminels d'Etat , que la frayeur dont
il fut saisi prévint les Bourreaux , et lui fit
rendre l'ame sur le champ ; ils ne laisserent
pas de le traîner au lieu du suplice ;
où par formalité pour l'éxecution de la
Sentence , on lui passa une corde d'arc au
col , ou corde de boyau ; à l'égard du
Vizir et du Kaïmakam , ils conserverent
leur fermeté jusqu'à la fin . Ce dernier fit
tranquillement ses ablutions et ses prieres,
mais le Visir ne fit ni l'un ni l'autre , disant
qu'étant si prés de perdre la vie , il
ne vouloit pas se donner tant de peine.
Ainsi finirent ces fléaux du peuple le
Is
de la Lune
de Rebiul
- Euvel
à 9 heures
du soir , du 30 Septembre
, dans le tems
même
que Sa Hautesse
faisoit
Mehemet
Pacha
G. V.
, Le lendemain matin , les trois cadavres
presque nuds , furent chargez chacun sur
un
$48 MERCURE DE FRANCE
un Chariot , et conduits à Etmeïdan ; le
peuple qui les suivoit , après avoir exercé
sur eux mille infamies , criant le long du
chemin , que tous les ennemis de l'empire
et de la Religion puissent avoir le même
sort. Quand les Rebelles les virent arriver,
ils entrerent dans une colere inexprimable
, se récriant sur ce qu'on ne leur avoit
livré ces traîtres en vie comme le
G. S. le leur avoit promis. On leur répondit
, qu'il n'étoit pas d'usage qu'un Sultan
remit ses Ministres vifs entre les mains
de leurs ennemis , et qu'ils devoient être
contents de ce que S. H. avoit eu la condescendance
de faire pour eux.
pas >
Les Rebelles qui avoient leurs veuës ;
n'eurent garde de se payer de ces raisons ;
ils redoublerent de fureur , et déclarerent
sans ménagement , qu'ils vouloient
qu'Achmet III. fut déposé , et que Mahmoud
, son Neveu fut mis sur le
Thrône.
>
Leur propre sûreté les entraîna dans cet
excès de révolte; faisant réfléxion qu'Ach
met étoit naturellement cruel ; qu'il avoit
fait mourir tous ceux qui avoient détrôné
son frere le Sultan Mustapha II. en 1703 .
pour lui donner sa place ; qu'ainsi ils n'en
devoient pas attendre de meilleur traitement
s'ils le laissoient en état de se venger
des outrages qu'ils venoient de lui
faire
AVRIL. 1731. 849
faire , au lieu qu'en élisant Mahmoud
qui languissoit depuis 27 ans en prison ,
ils auroient sujet d'esperer que ce Prince ,
par reconnoissance de ce qu'il leur devroit
sa liberté et son élevation , n'attenteroit
point à leur vie.
Mais comme il falloit au moins quelque
prétexte spécieux , pour colorer une
infidelité si formelle , non contents des
plaintes ameres qu'ils avoient déja faites'
contre leur Souverain , de ce qu'il leur
avoit manqué de parole en leur envoyant
morts les trois Ministres ; ils feignirent de
croire ( et peut-être le crurent- ils effectivement
) que ce n'étoit pas même le corps
du G. V. qu'on leur avoit apporté , mais
celui d'un forçat de Galere , qui lui ressembloit
, et que l'on avoit substitué à sa
place.
La verité est que ce Ministre étoit si
méconnoissable après sa mort , ( ce qui
avoit même fait répandre dans le public
qu'il s'étoit empoisonné ) que son premier
Batelier qui le voyoit tous les jours depuis
long- tems , affirma que ce n'étoit pas lui.
et qu'on verifia d'ailleurs qu'il n'étoit pas
circoncis . Il est vrai que Ibrahim étoit né
Chrétien , et que dans le fond , n'ayant
aucune Religion , il ne s'étoit pas embarrassé
de se faire circoncire quand il vint
d'Asie à Constantinople , professer l'exte
rieur du Mahometisme.
850 MERCURE DE FRANCE
que
Quoiqu'il en soit , les Rebelles se crurent
suffisamment authorisez à soûtenir
le G. S. les avoit doublement trompez
; ainsi , après avoir assouvi leur rage
sur les cadavres du Kaïmakam et du
Kyaya , qu'ils pendirent ensuite à deux
arbres , pour en donner le spectacle à tout
le peuple , ils attacherent à la queuë d'un
cheval celui du malheureux Ibrahim , et
le traînerent jusqu'à la porte du Serrail ;
là, par des clameurs affreuses , ils demanderent
qu'on leur remit en vie le veritable
Ibrahim , avec le Deys- Effendi , et
toutes les créatutes du premier , ajoûtant
que puisqu'on ne pouvoit compter sur
les promesses d'Achmet , et qu'il s'obstinoit
contre toutes les Loix à proteger un
monstre qui avoit désolé l'Empire , il n'étoit
plus digne de régner , et qu'il falloit
le renverser du Thrône pour y placer
Mahmoud , qu'ils avoient déja proclamé
Empereur.
Le Sultan - Achmet mit en vain tout
en oeuvre pour tâcher de les calmer , leur
faisant offrir des récompenses considérables
, et de leur sacrifier toutes les victimes
qu'ils demanderoient ; ils furent infléxibles
, et s'en retournant à Etmeïdan
ils jetterent en chemin le cadavre d'Ibrahim
auprès d'une belle Fontaine , que
se Ministre , qui étoit magnifique en
tout ,
AVRIL. 1731. 851
tout , avoit fait construire depuis deux
ans pour l'ornement de la Ville et la
commodité du Public.
>
l'é-
Les Rebelles , quoique résolus à ne se
point relâcher sur la déposition d'Achmet
, avoient pourtant besoin , pour
xécution d'un projet de cette importance,
d'être guidez par quelqu'un qui eût des
lumieres et du crédit , et qui entrât en
même-tems dans leurs sentimens . Ils trouverent
ce qu'ils cherchoient lorsqu'ils s'y
attendoient le moins , dans la personne de
Ispiri-Zadé , Prédicateur ordinaire de la
Cour et de Sainte Sophie . Cet hipocrite ,
qui , sous un air simple et mortifié , cachoit
une ambition démésurée , et qui
avoit reçû dans cent occasions des bienfaits
de l'Empereur , s'abandonnant à
l'ingratitude la plus noire , fut lui - même
trouver les conjurez ; il les confirma par
ses pernicieux conseils dans leur abominable
dessein leva toutes les difficultez
qu'ils croyoient le pouvoir faire échouer ,
et se chargeant de conduire l'affaire , il
fut au Serrail vers le soir du 16 de la Lune
( le premier Octobre ) dans le tems que
le G. S. étoit à la Kas- Oda , et que tous
les Ministres , les gens de Loi , et autres
Grands de l'Etat , étoient dans un
Kiosk ( espece de Pavillon ) consternez et
violemment agitez.
,
B Dès
852
MERCURE
DE FRANCE
Dès qu'il parut , chacun s'empressa de
le questionner sur ce qui se passoit dans.
la Ville ; il dit , contrefaisant l'homme
abbatu de tristesse , que les Rebelles ne
vouloient plus en aucune façon , qu'Achmet
restât sur le Trône ; et qu'après tout ce qu'il
avoitfait enfaveur de ce Prince , pour vaincre
leur animosité contre lui , il étoit inutile de
se flatter qu'on put les faire changer de réfolution.
A ces paroles toute l'Assemblée devint
comme immobile , et n'eut pas la force de
proferer un mot ; le perfide Ispiri -Zadé
voyant que personne ne se mettoit en devoir
d'aller annoncer cette nouvelle au
Sultan , il y fut de lui- même.
Hé bien , qu'y-a- t'il , lui dit Achmet ;
les Rebelles font- ils toujours à Etmeidan ?
Pourquoi ne se retirent-ils pas , pour vaquer
chacun à ses affaires ? Je les aifavorisez audelà
de ce que je devois , je leur ai offert des
préfens , et de leurfaire justice de tous ceux
dont ils croyent avoir à se plaindre , que veu
lent- ils , que souhaittent-ils encore ?
Seigneur , lui répondit cet homme pervers
,d'un ton ferme, et pourtant composé
, ton régne est fini , et tous tes sujets révol
tez ne te veulent plus pour Empereur, Alors,
Achmet se levant brusquement , répliqua
, et pourquoi ne me le disiez- vous pas
plutôt ? Vous vene ici tous les jours , d'où
و
vient
AVRIL. 1731. 853
vient tant tarder à me l'apprendre ? Puis sans
hésiter il courut à l'Appartement du Prince
Mahmoud , son Neveu ; le prit par la
main , le conduisit à la Kasoda , où il le
plaça lui-même sur le Trône , le salua Empereur
le premier , et lui dit entr'autres
choses fort touchantes : Souvenez - vous
que votre pere ne perdit la place que je vous
céde aujourd'hui , que par son aveugle complaisance
pour le Mufty Feyz -Oullah Effendi
, et que je ne la perds aujourd'hui moimême
que pour m'être trop confié à Ibrahim-
Pacha , mon Vizir , profitez de ces deux
grands exemples ; ne vous attachez à vos
Ministres , et ne vous reposez sur eux qu'avec
beaucoup de circonspection. Si j'avois
toujours suivi mon ancienne politique de ne
jamais laisser les miens trop long-tems en place
ou de leurfaire rendre souvent un compte
exact des affaires de l'Empire , j'aurois peutêtre
fini mon régne aussi glorieusement que je
Pai commencé. Adien , je souhaite que le
vêtre soit plus heureux ; je vous recommande
mes enfans et ma personne. Ensuite , l'infortuné
Achmet fût s'enfermer de lui-même
dans la prison , d'où il venoit de tirer son
Neveu .
Les fils d'Achmet s'enfermerent avec
lui ce jour- là ; Mahmoud l'ayant ainsi
ordonné pour consoler son Oncle , mais
le lendemain ces Princes furent logez ail-
Bij leurs ,
854 MERCURE DE FRANCE .
leurs , les trois plus jeunes ensemble , et
les trois aînez , chacun dans un Appartement
séparé.
Cette abdication se fit le 2 Octobre à
deux heures du matin : tout ce qui se
trouva dans le Serrail de Ministres et de
Gens de marque , fut admis cette nuit
même à baiser la veste du nouveau Sultan
.
Le jour venu , on lui éleva un Trône de
vant le Babiseadet , ou la Porte heureuse ;
c'est une porte du Serrail qui conduit à
l'Appartement où le G. S. donne Audien-.
ce aux Ministres Etrangers ; et c'est dans
cet Appartement que tous les Grands de
l'Empire , en Corps , vinrent le reconnoître
Empereur, et lui baiser la veste . Aussitôt
les Crieurs publics annoncerent son
Avénement par toute la Ville.
Le même jour , une Galere transporta le
Mufty à Tenedos , lieu de son exil, Les
Rebelles l'avoient redemandé de nouveau
pour le faire mourir , mais les Gens de
Loy agirent si efficacement , qu'ils lui sauverent
la vie ; dans le fond c'est un fort
bon homme , dont la viellesse et la douceur
naturelle ont peut-être été les seules
causes du seul crime qu'on lui a reproché,
de ne s'être pas opposé avec la vigueur
qu'éxigeoit son caractere , aux malversa
tions qu'il voyoit commettre,
Le
AVRIL 1731. 855
Le 3 Octobre , le G. S. curieux de connoître
le premier Chef de ces gens téméraires
, à qui il devoit l'Empire , commanda
qu'on lui fit venir Patrona-Kalil , lequel
se présenta comme il étoit vêtu ordinairement
, c'est - à- dire , en simple Janissaire
, et les jambes nuës. Il s'avança d'un
air assûré jusqu'au Trône du Sultan , et
lui baisa la main : Que puis -je faire pour
toi , lui dit Mahmout , tu es en droit de me
demander toutes les graces que tu voudras.
Cet homme de néant , et chargé de crimes
, mais subtil et plein d'artifice , montrant
alors des sentimens plus nobles et
plus élevez, que sa naissance et sa vie passée
ne sembloient en devoir promettre ,
répondit à l'Empereur , que jusqu'à présent
il avoit tout ce qu'il avoit le plus désiré
, qui étoit de le voir sur le Trône
Ottoman et que pour l'avenir
sçavoit bien qu'il n'avoit rien à attendre
de Sa Hautesse qu'une mort honteuse et
prochaine. Je te jures par les manes de mes
Ancêtres , répondit le G. S. que je ne te ferai
jamais de mal ; demande moi seulement
quelle récompense je te puis donner , je te
l'accorde d'avance. Puisque votre bonté
Imperiale est sans bornes , répondit Patrona
, je vous prie de vouloir bien supprimer
tous les nouveaux impots dont vos fideles sujets
ont été accablez sous le précédent Minis-
,
B iij
*
,
il
tere.
856 MERCURE DE FRANCE
>
tere. Mahmout y souscrivit sans hésiter
et sur le champ cette suppression fut publiée
par tout .
Ce jour- là , le G. S. confirma Mehemet-
Pacha , dans la Charge de G. V. et lui
nomma pour Kyaya le vieux -Nik-Deli-
Hali-Aga , qui avoit été fort attaché à
l'Empereur Mustapha , pere de Sa Hautesse
.
Le 4. les Rebelles furent piller quelques
maisons de proscrits , et rompirent
le Sceau Imperial qu'on y avoit apposé.
Le Sultan fut vivement picqué de ce manque
de respect ; mais n'étant pas en état
d'en marquer son ressentiment , il les envoya
prier de cesser ces sortes d'éxecutions
, et leur fit représenter , que puisqu'ils
l'avoient mis sur le Trône , ils lui
devoient laisser le soin et l'autorité de punir
les coupables de la maniere qu'il conviendroit.
Bien loin de se rendre à ses
remontrances , et si douces et si justes ,
ils répondirent qu'ils ne discontinueroient
point leurs vengeances qu'ils ne l'eussent
satisfaite eux - mêmes et demanderent
pour la seconde fois qu'on leur remit le
Reys Effendi , le Tchiaoux Bachy , et plu
sieurs autres , ce que la Cour ne pût et ne
jugea pas à propos de faire , le Reys - Ef
fendi , entr'autres , étant alors si bien ca
ché qu'on le croyoit en fuite.
,
Le
AVRIL. 1731. 857
,
Le 5. ils pillerent encore deux grands
Palais , en Asie , sur le Canal de la
Mer Noire et cependant le Grand-
Seigneur ne laissa pas de confirmer dans
leurs emplois , tous ceux qu'ils en avoient
revêtus , comme les nouveaux Janissaire-
Aga , Topgi -Bachi , &c .
Il est d'usage , selon les constitutions de
l'Empire Ottoman , que quand ' un Sultan
vient à mourir de mort naturelle , et
que le Prince qui doit lui succeder monte
sur le Trône , celui - ci n'est point obligé
de faire aucune gratification aux Troupes
; mais que lorsque par une révolution
comme celle-ci , un Prince parvient à
l'Empire , il doit leur augmenter leur
paye et leur faire un présent , ce
qui se pratique de la maniere suivante.
2
Chaque Cavalier a 1000. aspres de présent
( 25. liv . ) et deux aspres dé paye , de
plus qu'il n'avoit par jour , ou s'il l'aime
mieux , car cela est à son choix , que le
présent soit converti en paye journaliere ,
alors on la lui augmente de trois aspres au
lieu de deux ; de même les Janissaires ,
les Tobdgis , et les Dgedbedgis , ont cinq
aspres d'augmentation de solde , et point
de présent , ou s'ils préferent de le tou
cher , on leur donne 3000. aspres pour
ce présent , ou 75. liv . et leur solde n'est
B iiij aug858
MERCURE DE FRANCE
augmentée que de deux aspres.
Le nouveau Sultan , étant dans le cás
de ces libéralitez d'obligation , fit venir
le Tefterdar , ou le Grand Trésorier , et
les autres personnes chargées du maniement
des deniers Imperiaux , et ordonna
de tenir prêt l'argent qu'il falloit pour
P'acquitter envers les Milices. Ces Officiers
dans la vûë de faire leur cour , ne voulurent
point toucher aux Trésors de l'Etat
quoique depuis l'établissement de l'Empire
, ils n'eussent jamais été si remplis
étant assurez de trouver dans ceux que
le
Grand Vizir , son Kyaya et le Capitan
Pacha avoient amassez des fonds plus
que suffisans pour le payement en question
.
J
Ils firent chercher avec soin , quelquesuns
des plus affidez Officiers de ces trois
Ministres , pour en tirer des lumieres touchant
le bien de leurs Maîtres . On amena
d'abord au Tefterdar un jeune homme
qui avoit été L'Anactar- Oglan du Grand
Vizir , ( c'est comme qui diroit un gentilhomme
de la Clef, ) et qui en avoit eu
toute l'amitié et toute la confiance ; il dit
que pourvû qu'on ne lui fit point de
mal ,il découvriroit de grandes richesses ;
on l'assura que bien loin de le maltraiter ,
on le recompenseroit . L'Anactar un peu
remis de son trouble , et d'ailleurs ne pouvant
AVRIL. 1731. 859
*
vant mieux faire , puisque s'il eut voulu
garder le secret , on le lui eut arraché
par les tourmens , conduisit le Tefterdar
dans une cour du Serrail du Grand Vizir
, où ce Ministre avoit fait bâtir un
Colombier ; on creusa dessous , à l'endroit
qu'il indiqua , et l'on en tira quatre
cofres de fer , dont trois fort grands ,
renfermoient chacun 18. longues bourses
de cuir , de 60. mille Sequins Fondoukli
chacune. Le Sequin Fondoukli , étant évalué
à 400. afpres fait 10. livres monnoye
de France , ces trois coffres contenoient
la somme de 32. millions 400 .
mille livres.
A l'égard du quatrième , il étoit à la
vérité beaucoup plus petit , mais il étoit en
récompense rempli de pierres précieuses
d'une beauté singuliere , et d'un prix inestimable
, aussi bien que les riches étoffes et
les tapis de Perse et des Indes,les fourures ,
les Bijoux , les curiositez de tous les Pays ; en
un mot, les hardes et les meubles superbes
que l'on trouva en profusion dans ce Palais.
On se saisit ensuite du Kyaya du Harem:
un Eunuque noir , ayant l'Intendance de
l'appartement des femmes de Mehemet ,
Kiaya d'Ibrahim - Pacha , qui avoit aussi une
connoissance parfaite des grands biens de
cette sangsuë de peuple. Dès qu'il fut pré-
Bv senté
860 MERCURE DE FRANCE
senté au Tefterdar , il lui confessa tout , et
le mena dans les differens Souterains que
son Maître avoit fait construire pour enfoüir
ses trésors. Il dit que quand Mehemet
avoit fait remplir un coffre , il le
faisoit porter par des portefaix jusqu'à une
certaine distance du lieu où il vouloit que
son argent fut déposé , et que lui , Kyaya
du Harem se travestissoit
> par son
ordre la nuit ; vuidoit ce coffre à diver
ses reprises et emportoit le contenu
dans la cache , sans que personne s'en fût
jamais apperçu.
,
en
Suivant le compte du Tefterdar on
fait monter à 30. mille Bourses l'argent
comptant de cet infame monopoleur ;
et ses autres biens à présqu'autant ; soic
en pierreries , en Palais , maisons
fonds de terre , en rentes , en habits , ou
soit en denrées ou marchandises , dont il
faisoit commerce. Chaque bourse de soo .
piastres , évaluée 1500. liv. les 30. mille
bourses font 45. millions, de notre monnoye.
3
Quant au Capitan Pacha , il n'a pas
paru qu'il fut à beaucoup près si riche en
especes que
les autres mais outre ses
Palais qui étoient dignes de loger des
Sultans , il avoit une grande quantité
de pierreries plus belles et plus parfaites,
AVRIL. 1731. 861
tes , que celles du Grand Vizir et du
Kyaya , parce qu'il les payoit aussi bien ,
et il s'y connoissoit mieux qu'eux : enfin les
richesses que l'on a trouvées chez ces trois
Miniftres , sont si prodigieuses , que le
Roi Cresus , si fameux dans l'Histoire par
ses Trésors , auroit pû passer pour pauvre
auprès d'eux .
Le Sultan Achmet n'ignoroit pas que
le Kyaya , entre-autres , s'enrichissoit infiniment
au- delà de ce qu'avoit jamais fait
aucun particulier de l'Empire , surtout
d'une aussi basse origine que l'étoit celuilà
, mais au lieu de mettre un frein à ses
concussions , cet avare Empereur , lui facilitoit
les moyens d'en faire tous les jours
de plus criantes , parce qu'il se flattoit que
le vieux Ibrahim son Vizir , mourroit bientôt
; et qu'alors n'étant plus retenu par
aucune considération , il feroit étrangler
le Kyaya , et s'empareroit de tous ses
biens.
Avant que de finir sur le compte de cet
odieux Ministre, il ne sera pas hors de propos
de rapporter une particularité assez singuliere
; sa fille unique étoit promise au
jeune Anactar Oglan , dont on a parlé. It
avoit fait de magnifiques préparatifs pour
la célebration de la nôce , qui avoit été
fixée précisément au soir du jeudi , que la
sédition éclata ,et suivant la coutume tous
B vj les
862 MERCURE DE FRANCE:
les grands de l'Empire lui avoient fait à
ce sujet des présens considerables ; la bienséance
vouloit, ce semble , dans le trouble
et le désordre où la Cour et la Ville
étoient plongées , et dont il avoit paru
lui- même si fort effrayé , quand il se sauva
le matin , que ces nôces fussent remises
à un temps plus tranquille et plus
propre à la joye ; cependant , soit qu'il
se flatât que la rebellion n'auroit point de
suites fâcheuses , ou que son orgueil l'aveuglât
, il passa outre , et insultant au
peuple pour la derniere fois , le mariage
fut consommé à l'heure marquée ; mais
il fut d'un sinistre augure , puisque tandis
que la fille entroit au lit nuptial , le
pere mettoit déja le pied dans celui de la
mort.
}
7
Les richesses du Grand Vizir et de ses
deux Gendres , étant immenses , comme
on l'a pû voir par le petit détail que nous
en avons fait , elles étoient plus que suffis
ntes pour le payement des troupes ; on
déploya donc cinq étendarts à Atmerdam
, sous lesquels vinrent se ranger, et se
fire écrire,tous ceux qui devoient, ou pour
mieux dire , qui voulurent participer à
cette gratification ; car il est bon de remarquer
que d'ordinaire un Sultan , n'est
tenu à faire le présent de son avenement
à l'Empire , qu'aux Militaires en exercice
,
AVRIL 1731. 863
ze , et déja enrolez du temps de son Prédécesseur
, et non à ceux qui ne venant
s'engager , la plupart dans cette occasion ,
que pour profiter du benefice qui l'accompagne
, disparoissent après l'avoir reçû
parce que supposé que parmi ces
derniers , il s'en trouve , qui s'enrollent
avec l'intention de servir , ils doivent
s'estimer assez heureux d'être reçûs au
nombre des Kouls ou Esclaves de sa
Hautesste , avec la paye qu'on leur assigne
; mais le Sultan Mahmout , voulant
commencer son regne par un acte de générosité
, pour se concilier davantage le
coeur des Milices et du peuple
d'ôter tout prétexte aux mal intentionnez
, de continuer la révolte , donna un
Katcherifs pour que les nouveaux Soldats
reçussent également la gratification
comme les anciens , et qu'on délivrât
également aux uns et aux autres deux
quartiers de leur solde.
,
et afin
Malgré cet ordre , cependant le Lieutenant
General des Janissaires , par probité
, ou par reconnoissance de ce que
l'Empereur l'avoit confirmé dans cette
Charge , qu'il tenoit des Rebelles , ne
put voir sans indignation qu'ils abusassent
des bontez de Sa Hautesse , jusqu'au
point d'admettre à cette gratification
comme ils faisoient , un nombre infini de
و
petits
$64 MERCURE DE FRANCE
,
petits enfans , de vieillards et de gens
éclopez ou contrefaits ; il crut donc pouvoir
représenter à Patrona , que si l'on
continuoit de la sorte tous les trésors:
du Grand Seigneur ne suffiroient pas
gratifier tant de gens qui le méritoient
si peu ; mais celui- ci lui dit avec un ton
de Maître , que ce n'étoit pas à lui à vouloir
diriger des finances qui ne lui appartenoient
point et dont il n'étoit pas
chargé de rendre compte , et sans autres
discours , il commanda sur le champ
qu'on mit en pieces ce malheureux Officier
, qui par trop de zéle et de probité
perdit en un instant la vie , et sa nouvelle
dignité.
,
Le Grand Seigneur voyant de plus en
plus par ce qui venoit de se passer , qu'il
ne lui seroit pas possible de rétablir l'ordre
et la tranquillité dans Constantinople
, tant que Patrona y resteroit en armes
, et n'osant entreprendre de s'en défaire
, de crainte de causer une seconde révolution
aussi fatale pour lui , lui , que
que la premiere
l'avoit été pour son oncle , il tenta
de l'éloigner de la Capitale , en lui offrant
un des plus considerables Gouvernement
de l'Empire , et d'y attacher toutes
les marques d'honneur qu'il souhaiteroit.
Mais Fatrona se défiant avec raison
que
AVRIL. 1731. 865
réque
des offres si avantageuses ne cachassent
un piége , répondit qu'il ne se
soucioit pas de dignitez , et qu'il n'étoit
avide que du sang des proscrits , dont
il avoit fait une longue liste. Le Janissaire
Aga qui étoit présent , s'avisa de
vouloir conseiller à l'Empereur,de donner
à Patrona 100. mille Sequins , et de le
laisser le maître de se retirer où bon lui
sembleroit.Je n'ai pas besoin d'argent,
,, pondit ce fier Rebelle , puisque toutes les
bourses de Constantinople sont à mon service
; et lançant un regard terrible sur
le Janissaire Aga , il lui recommanda d'un
ton , et d'un air si impérieux , de ne se
jamais mêler de ce qui le regardoit , s'il
ne vouloit avoir le même sort de son Lieutenant
, que sans rien répliquer , ce General
de l'Infanterie , se prosterna trois
fois devant lui .
ور
"
> et à
Le 6. Patrona nomma de son chef de
nouveaux Officiers , à la plupart des principaux
emplois dans les troupes
mesure qu'ils se présentoient devant lui
il les faisoit revêtir de Pelisses de Samour
de Martre Zibeline , qu'on avoit prises
au pillage des maisons des proscrits . On
publia de nouveau ce jour-là de sa pare
que tous ceux qu'on trouveroit commettant
du désordre , seroient punis de mort
sur le champ. Cette Ordonnance produi
sit
865 MERCURE DE FRANCE
>
sit un si bon effet , que , quoique Gala
ta grand Fauxbourg de Constantinople,
fut plusieurs jours sans Commandant,
le Vaivode , dont la tête avoit été mise à
prix , s'étant sauvé , et que presque tous
les Marchands François qui y demeurent
fussent alors aux Isles des Princes , avec
leurs familles , les Rebelles qui vinrent
piller quelques maisons de Juifs , ne firent
aucunes insultes à celle des François.
Il est vrai , que ce qui contribua beaucoup
à les garantir des brigandages de la canaille,
fut la précaution que leur nation prit d'établir
et de payer une gardepour leur pro
pre sureté , composée des Rebelles mêmes.
Le 7. le Sultan Mahmout' , fut avant
midi à la Mosquée d'Eyoup , qui est dans
le fond du Port de Constantinople , à
environ deux heures de chemin du Serrail,
se faire ceindre le Sabre Imperial ; céré
monie qui tient lieu de couronnement aux
Sultans. Son cortege étoit fort nombreux ,
mais il y avoit beaucoup de confusion ; la
Marche défila entre deux hayes de Janissaires
de Topgis , et de Dgebedgis , en
simple Doloma , qui est l'habit long que
portent ordinairement les Janissaires , en
Calote rouge , sans bonnets de cérémo
nie , et sans armes , comme l'Empereur
l'avoit ordonné ; car il y eut la veille de
grandes contestations à ce sujet ; entre
la
•
t
AVRIL. 1731 867
la Cour et les Rebelles , Sa Hautesse ne
voulant point que personne vint armé à
cette Cavalcade , et ceux- ci au contraire
ne prétendant pas devoir mettre bas les
armes , qu'on ne leur eut donné satisfaction
sur les proscrits , et qu'ils n'eussent
été payez de ce qu'on leur devoit , tant
du présent , que de ce qu'on leur devoit
d'ailleurs ; de sorte que malgré les défenses
du Sultan ils y vinrent bien armez ;
Patrona monté sur un beau Cheval magnifiquement
harnaché , y précedoit le
Grand Vizir , et avoit à sa gauche un
autre Chef de son parti . Ces deux hommes
affectant de mépriser le faste
n'avoient
qu'un petit Turban , l'habit de Janissaire
, et les jambes nuës ; ils jettoient
des Sequins au peuple , et quatre Dervi- .
ches , qui marchoient à pied à leurs côtez,
faisoient les mêmes largesses de leur part.
Le Sultan se distingua aussi par sa generosité
, ayant fait jetter ou distribuer pareillement
50. bourses , au lieu de douze qu'il
en coûte d'ordinaire à un nouveau Grand-
Seigneur dans cette occasion . On revint
par terre comme on étoit allé , le mauvais
temps n'ayant pas permis qu'on prit la
voye de la Mer , comme c'est l'usage.
Le peuple avoit compté qu'après cette
céremonie la tranquilité se rétabliroit , et
qu'on r'ouvriroit les Boutiques; mais l'autorité
868 MERCURE DE FRANCE
, que
torité du Grand Seigneur étoit encore si
mal affermie , qu'on n'osa exposer les
Marchands aux nouveaux désordres
cette ouverture auroit pû attirer; les principaux
Officiers des Rebelles étant même
venus à la Porte le 8. Octobre , et le Grand
Visir leur ayant fait distribuer des Cafetans
et des Chevaux , ils se prirent de paroles
, & et se tiraillerent l'un l'autre , chacun
voulant saisir le meilleur Cheval,
cela jetta d'abord l'effroi par tout
parce
qu'on craignit que ce ne fût une feinte
concertée entre eux , pour exciter une
nouvelle sédition ; heureusement se querellant
de bonne foi , ils se reconcilierent
de même .
د
Patrona , vint aussi peu après voir le
Grand Visir , accompagné seulement de
trois de ses camarades , qui le suivoient à
pied comme des domestiques. Dès que ce
Ministre , tout gendre qu'il est d'un Sultan,
et qui ne se seroit pas levé pour l'Ambassadeur
d'un Souverain , sçut que cet
illustre scelerat arrivoit , il courut vite au
devant de lui jusqu'au bas de l'escalier ,
le mena dans son appartement , où ils resterent
deux heures ensemble , et il le reconduisit
bien civilement au lieu où il étoit
venu le prendre.
Dans le temps que Patrona alloit par
tir , un Bach Asseky , domestique favori
du
AVRIL. 1731. 869
du Grand Seigneur , vint lui parler en secret
de la part de Sa Hautesse : il ne daigna
pas descendre de Cheval pour cela ,
mais se courbant un peu seulement , leur
conversation dura un quart d'heure , après
quoi il s'en retourna d'un air résolu à son
Camp d'Etmeïdan .
Il s'étoit répandu ce jour-là dans la Ville
, que le Grand Seigneur devoit honorer
d'un nouveau Cafetan , Abdi Capoudan
, et le confirmer dans la dignité de
Capitan Pacha ; mais il arriva au contraire
que Sa Hautesse le déposa et mit à sa
place Kafis Mehemet Pacha , jeune homme
de 35. ans , qui n'a aucune experience
dans la Marine : aussi n'étoit-ce qu'en
attendant l'arrivée de Dgianum Codeca ,
un des plus braves et des plus grands
hommes de Mer qui soit dans l'Empire.
Ce même jour , les Ministres Etrangers
eurent permission de la Porte d'expédier
à leurs cours , pour donner avis de
l'avenement de Sultan Mahmout à l'Empire
, et plusieurs Tribunaux de justice reprirent
leurs cours ordinaires , au moyen
des nouveaux Officiers , qu'on y mit pour
remplacer ceux que les Rebelles avoient
proscrits , comme entre-autres , le Vaivode
de Galata , qui fut remplacé par un
ancien Officier du Corps des Baltadgis
lequel avoit déja exercé autrefois le même
870 MERCURE DE FRANCE
me emploi , avec l'approbation generale.
Il est fils de Cherkez - Osman-Pacha
qui dans tous les grands emplois , qui lui
ont été confiez , a donné des marques de
son amitié pour les François , et surtout
dans l'affaire de la restauration du Temple
de Jerusalem.
Le 9. on commanda 20. Janissaires sans
armes , de chaque compagnie , pour aller
prendre à la Porte, l'argent destiné au présent
, et escorter les 150. chariots , chargez
chacun de so . Bourses , qu'on conduisit
en cérémonie chez le Janissaire
Aga , ou la répartition s'en fit pendant
trois jours à 100. mille hommes ; sçavoir
40. mille Janissaires , 18. mille Topgis ,
22. mille Dgebedgis , et 20. mille Spahis
, ce qui fait en tout 11250000. liv .
Le Grand Visir fut importuné de quelques
plaintes au sujet de cette distribution :
plusieurs Officiers deshonorant leur carac
tere , s'aviserent de retenir pour eux une
partie de ce qui revenoit à leurs Soldats :
une conduite si indigne en tout temps , et
si dangereuse dans les circonstances presentes
, méritoit sans doute une punition
exemplaire , cependant ils en furent quittes
pour restituer à qui il appartenoit ,
tout ce qu'ils s'étoient si injustement approprié
; mais il pensa arriver entre les
Rebelles un autre affaire de même espece
,
AVRIL. 1731. 871
ce , qui , pour peu qu'elle eut eu de suites
auroit été capable de ruiner entierement
leur parti .
2
Patrona , qui jusqu'alors s'étoit montré
en public , sous le caractere d'un hommé
désinteressé , faisant apparemment réflexion
, que la gloire toute seule n'étoit
que fumée , voulut lui donner plus de
consistance en y joignant les richesses.
Beaucoup de proscrits cachez , le firent
sonder , pour obtenir leur grace , et lui
offrirent des presens proportionnez à leurs
facultez ; il leur accorda la liberté de se
retirer où ils voudroient , et reçut de l'un
20. bources , de l'autre 30. &c. le tout
sans en faire part à ses Camarades ; ceuxci
n'en eurent pas plutôt connoissance
qu'ils s'en plaignirent avec aigreur. Vous
fçavez bien , lui reprocherent-ils , que nous
n'avons tous pris les armes que pour tirerle
peuple d'oppression, et le délivrer d'une
troupe de Loups raviffants qui le rongeoient
depuis 14. années ; que par l'assistance divine
nous sommes venus à bout de ce
grand et perilleux ouvrage ; cependant
,, vous , Patrona , qui comme notre Chef devriez
nous montrer l'exemple
et être
plus religieux obfervateur du serment que
vous avez exigé de nous , et que vous avez
fait vous même de ne pardonner à aucun
des ennemis de la Patrie , Vous êtes le
د و
و و
ر و
د و
ر و
ور
"
و ر
و
premier
872 MERCURE DE FRANCE
mier qui pour un vil interêt , rompez de fi
saints engagemens. Un peuple infini adresse
ses prieres au Ciel pour nous , en reconnoissance
de notre juste entreprise , et vous êtes
le seul qui s'oppose à son entiere perfection ,
en vendant vosfaveurs aux tyrans de l'Etat
mais ajoûterent - ils , en élevant la
voix : bien loin que vous puissiez rencontrer
en nous des coeurs capables d'applaudir
à cette bassesse , fachez , que fi dans deux
jours vous ne faites retrouver ceux que vous
avez fait évader , nous vous mettrons nous
même en pieces.
,
Patrona , étourdi de la harangue répondit
avec douceur à ses camarades , leur protestant
que malgré le crime dont ils le
chargeoient , sur lequel il ne se mit pourtant
pas fort en peine de se juftifier , son
dessein avoit toûjours été d'exterminér
tous ceux qui étoient sur l'état des proscrits
, et qu'il alloit travailler à leur
donner une pleine satisfaction à cet
égard.
Les pillages , les recherches , les persécutions
continuant donc à Constantinople
et aux environs , le Sultan en fut si
penetré , qu'il convoqua au Serrail `un
grand Conseil , composé de tous les Gens
de loy , à la tête desquels étoit , Mirza-
Zade, nouveau Mufty , et des principaux
Officiers de l'Empire. Il y fut résolu que
le
AVRIL. 1731. 873
le Grand Seigneur donneroit un Katcherif
fulminant , qui seroit adressé et porté
aux Rébelles , par l'Asseky- Aga ou Bacha-
Asseky , et que le Mufty rendroit une
Sentence ou Feiza en conformité , dont
on chargeroit à Ballach Effendi , Lieute
nant General de Police de la Ville.
Il eft bon de remarquer , que cet Officier
qui étoit une espece de fou turbulent
, avoit d'abord pris le parti des Rebelles
, qui l'établirent dans ce poste , et
que la Cour sçachant qu'il étoit en grand
crédit parmi eux , avoit trouvé le secret
de le gagner et de se servir de lluuii ,
pour
porter les Janissaires à plier leurs étendarts
et à rentrer dans leurs cazernes ; effectivement
le Istamboul- Effendi ou
Abdollah Effendi , malgré le dérangement
de son cerveau , avoit si bien negocié
cette affaire , que les plus anciens et
les plus sensez de cette Milice و serendant
à ses avis , s'étoient retirez dans leurs
chambres , avec promesse de se soumettre
aux ordres de la Cour,
Le parti des Révoltez étant considerablement
affoibli par cette désertion ,
l'Istamboul- Effendi , et l'Asseкy- Aga , vinrent
à leur camp ; ce dernier leur demanda
s'ils n'avoient pas reçû leur paye , et
pourquoi n'ayant plus rien à exiger du
Grand Seigneur , ils ne se retiroient pas ;
ensuite
874 MERCURE DE FRANCE .
ensuite il leur présenta le Kacherif , qui
fut lû à haute voix. Il contenoit en substance
, que puisqu'ils avoient fait eux-même
Sultan Mahmout Empereur , et qu'en
consequence ils se reconnoissoient ses
Esclaves , ils devoient lui obéir aveuglement
, et sans délai , qu'ayant d'ailleurs
sujet d'être satisfaits de Sa Hautesse´, qui
leur avoit accordé au- delà de ce qu'ils
avoient souhaité , il étoit juste qu'à leur
tour ils lui donnassent des marques de
leur soumission , afin de rendre le calme
à la Capitale de l'Empire où elle vouloit
absolument faire cesser tous désordres :
que si après avoir eu connoissance de ses
intentions par ce sublime commandement
, ils étoient encore assez ingrats et
assez témeraires , pour ne s'y pas conformer
, elle feroit déployer l'Etendart du
Prophete à la porte du Serrail , et publier
de toutes parts que tout bon Musulman
eut à venir le joindre , pour aller
contre les Séditieux , qui dès ce moment-
là seroient déclarez traîtres , infidelles
et répudiez de leurs femmes , et
qu'on poursuivroit leur destruction jusqu'à
ce qu'il n'en restât pas un seul.
Le Feta du Mufti fut lû ensuite , et
s'exprimant d'une maniere aussi forte , les
Rébelles commencerent à s'ébranler ; mais
ze qui acheva de les réduire du moins
.
en
4
AVRIL. 1731. 875
›
en apparence , fut la déclaration que leur
firent faire les Janissaires . , qui s'étoient
déja rangez à leur devoir ; que s'ils ne
se retiroient pas comme eux ils les
avertissoient que dès que la Baniere
de Mahomet paroîtroit , ils iroient la
défendre et les combattre , jusqu'à la derniere
goute de leur fang.
Les plus mutins intimidez par ces avertissemens
, soit qu'ils rentrassent sincerement
en eux- mêmes , ou que la plûpart
dissimulassent , comme la conduite qu'ils
tinrent depuis donne assez lieu de le penset
, se soumirent enfin , mais à deux conditions
; que la Cour , dans l'esperance
d'avoir la paix , fut encore obligée de
leur accorder la premiere , que le Grand
Seigneur ne feroit jamais mourir aucun
d'eux pour avoir excité la sédition ; la
seconde , qu'ils auroient toûjours cinq
étendarts déployez , pour être en état de
se défendre , si on vouloit entreprendre
quelque chose contre eux.
Ce traité fait , le Mufty se rendit garand
de la parole de Sa Hautesse , et l'Istamboul-
Effendi de celle des Rébelles
qui promirent de ne plus commettre
aucun désordre ; plierent leurs étendarts ,
à l'exception des cinq qu'on leur avoit
accordez , et se retirerent , les uns dans
les cazernes , les autres où ils voulurent .
C Cela
876 MERCURE DE FRANCE
Cela fe passa le douze Octobre.
Conséquemment à cet accord le Grand
Seigneur ayant ordonné le 13. qu'on r'ouvrit
les boutiques , l'affluence du monde y
fut si grande , ainsi que dans les marchez
, sans qu'il y arrivât ni tumulte ni
bruit , qu'il sembloit que la bonne harmonie
fut rétablie ; cependant le même
jour il se commit encore des violences et
des meurtres , dans quelques endroits de
la Ville , qui firent assez juger que le
calme n'étoit pas si général qu'on s'en
étoit flatté , comme on va le voir.
Les Caffez étant à Constantinople ,
comme ailleurs , des lieux où toutes sortes
de gens s'assemblent sans se connoître
, et où il se trouve d'ordinaire beaucoup
de faineants , qui n'ont d'autre occupation
que de parler de nouvelles ; il
y en eut plusieurs de cette espece qui
payerent de leurs vies l'intemperance de
leurs langues. Comme les Révoltez étoient
fort éloignez de se croire criminels , et
qu'ils se consideroient,au contraire, comme
de glorieux liberateurs de la Patrie ,
ils s'étoient eux-mêmes qualifiez du titre
de Serdengueschtis , c'est- à-dire enfans ›
* Serdengueschti , signifie proprement un homme
qui sacrifie sa tête. Quand les Turcs vont à la
guerre , surtout contre les Chrétiens , ils ont toû
jours un corps de ces zelez combattans , dont les
perdus ,
1
AVRIL. 1731.
877
<
C
>
perdus , ou dans un sens plus figuré, Gens
d'honneur , qui se sacrifient pour le bien
public tellement qu'à leurs manieres.
de penser ,, la qualité de Rébelles leur
étoit tout-à- fait odieuse . Il vint donc dans
ces Caffez de ces imprudens Nouvellistes ,
qui tout haut et sans ménagement des affaires
d'Etat , traiterent de Zorbas ou de
Rébelles tous ceux qui avoient pris les
armes contre Achmet ; par malheur pour
eux il s'y trouva de ces enfans perdus
qui les écharperent sur le champ.
, Un de ces derniers , s'étant enivré à
Galata , repaffa le Port , et alla droit à la
Douane de Constantinople , avec deux Domestiques
, il y prit dans la caisse , devant
tout le monde , environ 300. piastres
, dont il donna une partie à ses valets
, et leur fit signe de se saisir de deux
filles esclaves que l'on avoit amenées au
Bureau pour en payer les droits , et trouvant
à la porte un Cheval tout fcellé
monta dessus et s'enfuit ; il fit tout cela
sans que personne s'y opposât , parce que
dans ces temps de trouble on ne sçavoit
à qui s'adresser pour avoir justice , et que
les gens de la Douane ne connoissant point
Officiers s'appellent Serdengueschtis Agalar ,
qui signifie les Messieurs , ou les Chefs des enfans
perdus , et c'est aussi le titre que prenoient
Patrona & les autres Chefs de la Rébellion.
Cij
cet
878 MERCURE DE FRANCE
cet hardi voleur , craignirent qu'ils ne
leur arrivât pis , s'ils lui faisoient la moindre
chose .
Le lendemain 14. un autre inconnu
bien vêtu , et bien monté , vint aussi descendre
à la Doüane , accompagné de six
domestiques ; il entre seul , et va s'asseoir
auprès de la Caisse ; les Commis qui s'attendoient
à une avanture au moins aussi
fâcheuse que celle de la veille , lui font
civilité, et l'invitent à se mettre dans l'angle
du Sopha , qui est la place d'honneur
; notre homme s'y met les saluë
de la tête , et prenant alors la parole :
Qu'est ce donc ,Messieurs , que vous est- il
arrivé hier : le récit lui en ayant été fait ,
tel qu'on l'a rapporté , il appelle un de
ses valets , et lui commande d'aller dans
un endroit de la Ville , qu'il lui désigne ,
et de faire prendre et tuer sur le champ
une personne qu'il lui nomme, Cet ordre
donné , il en donne deux ou trois
autres à peu prés semblables à ses autres
domestiques ; puis s'adressant aux Commis
, qui aussi surpris qu'effrayez , n'osoient
pas ouvrir la bouche. Sçavez vous
bien qui je suis leur demanda-t'il je
m'appelle Mouslouh : à ce nom l'assembléc
frémit sans rien répondre. J'ai , continua-
t'il , un talent tout particulier pour
connoître les honnêtesgens , et les fripons , et
, ,
j'estime
ㄢ
६
AVRIL. 17318 879
Festime autant les premiers , que les derniers
me sont en horreur ; ainsi c'est pour proteger
les uns et pour exterminer les autres que je
viens de donner les ordres que vous avez
entendus. Ensuite il s'informa du nom et
de la demeure de tous ceux qui étoient
présents , et leur promit que si quelqu'un
venoit encore les inquiéter , ils
n'avoient qu'à lui en écrire un mot ;
que dans l'instant même il les vangeroit
des coupables ; après quoi remontant
à Cheval , au grand soulagement de
la compagnie , que ces beaux discours
n'avoient point rassurée , il fut dans un
autre quartier faire la même manoeuvre.
Ce Mouslouh , ci- devant simple Janissaire
, et Marchand de Melons , étoit un
des principaux Chefs des Révoltez , comme
on l'a déja dit au commencement de
cette Relation ; outre qu'il avoit naturellement
de l'esprit et de l'éloquence , il
s'étoit encore rendu recommandable à son
parti , parce qu'il sçavoit passablement
lire et écrire , mérite d'autant plus révéré
dans ce pays -là , qu'il est rare surtout
parmi les gens du peuple.
,
Quand les Rébelles créerent des Officiers
dans les Troupes , pour remplacer
ceux qui n'avoient pas voulu être leurs
Complices , Mouslouh se nomma lui même
Kyaya du nouveau Janissaire Aga , ou
C iij
In88%
MERCURE DE FRANCE
;
Intendant de toutes les affaires de ce
General de l'Infanterie , qui fut élevé à
cette Charge Eminente d'une maniere
assez singuliere. Mehemet Aga , c'est le
nom de ce General , étoit un vieillard
qui de Janissaire étoit parvenu au Grade
d'Hassexi , qui est une espece de Prevôt
qu'il y a dans chaque Compagnie , et qui
est au rang des bas Officiers. Un poste si
modique ne lui fournissant pas dequoi
subsister , il faisoit le métier de Sellier
les Rébelles dans leur Conseil Payant
fait Janissaire Aga , il racommodoit une
vieille Selle lorsque leurs députez vinrent
lui annoncer son élection . Mes amis
leur dit- il , il faut que vous vous soyez
mépris , ou qu'on vous ait mal adressez , car
jefuis le Curé du quartier * ; cette profession
comme vous voyez , ne quadre point du tout
avec la Charge dont vous dites que vos
Messieurs m'ont honoré ; les députez en
convinrent , et en furent rendre compte
à leurs Chefs ; on rassembla le Conseil
une seconde fois , et toutes les voix ayant
encore été pour Mehemet Aga on le
renvoya chercher avec ordre de l'amener
de gré ou de force ; le bon homme fut
obligé d'obéïr , et avoua que ne se sentant
pas assez de force , pour se charger
d'un emploi d'un si grand poids , it
* Ou Iman d'une Mosquée.
>
s'étoit
AVRIL. 1731. 881
s'étoit avisé de feindre qu'il étoit Curé ,
dans l'esperance qu'on le laisseroit tranquille
; mais malgré sa modestie et sa
vieillesse , il donna pourtant dans la
suite des marques qu'il n'étoit pas indigne
de cette place , puisqu'on peut dire que
son activité , sa prudence , et sa fermeté ,
sauverent Constantinople d'une seconde
sédition , qui pensa s'allumer , comme
on le va voir au principal endroit où la
premiere avoit pris feu.
Les 14. 15. et 16. d'Octobre , les Rébelles
firent encore quelques désordres en
divers endroits. Un Emir, entre- autres , ce
dernier jour-là , marchanda quelques pieces
de drap chez un Grec au Bizestin , et
ne pouvant convenir de prix avec lui , le
menaça de le tuer ; le Grec effrayé cria
au secours , ferma sa boutique , les autres
Marchands en firent de même , et tout
alloit rentrer dans la confusion , quand le
Janissaire Aga arrivant à propos , se saisit
de l'Emir , et le fit executer sur le champ ;.
ce qui rassura tout le monde .
Ĉette nouvelle alla bientôt jusqu'au
Mufti, qui voyant avec douleur que le levain
de la révolte fermentoit toûjours, envoya
chercher Patrona - Kalil , Mouslouh
Aga , et quelques autres Chefs ; il leur dit ,
qu'il étoit vrai que la Patrie leur avoit l'obligation
de la liberté qu'elle commençoit
C iiij
182 MERCURE DE FRANCE
respirer , que le Grand - Seigneur reconnoissoit
pareillement qu'il leur étoit redevable
de son élevation au Trône ; mais
que de même , qu'ils ne pouvoient douter
par les graces que leur avoit fait Sa
Hautesse , qu'elle sçavoit récompenser les
bonnes actions , ils devoient craindre d'éprouver
qu'elle ne sçut aussi punir les
mauvaises ; que s'ils avoient bien fait d'abord
de prendre les armes pour détruire
un Ministre tiranique , ils faisoient trèsmal
à present de continuer à s'en servir ,
pour fomenter les troubles et la discorde
dans l'Etat ; puisqu'au lieu de le soulager
réellement , ce n'étoit que substituer aux
calamitez dont ils l'avoient délivrée , d'autres
calamitez encore plus affligeantes ;
qu'enfin s'ils ne se déterminoient à se retirer
paisiblement , où le devoir de chacun
les appelloit , ils alloient perdre nonseulement
tout le mérite du bien qu'ils
avoient procuré , mais que devenant des
objets d'indignation au Sultan , et d'horreur
à tout le peuple , la Cour et la Ville
agiroient de concert , et prendroient des
mesures pour les traitter avec autant de
rigueur , qu'ils avoient traité cux-mêmes
les derniers Ministres et leurs Suppôts
.
Patrona et les autres Chefs firent semblant
d'être touchez de ce que le Mufti
venoit
AVRIL 1731. 883
venoit de leur dire ; ils lui témoignerent
beaucoup de respect , et beaucoup de chagrin
du mal que quelques coquins , contre
leurs intentions, avoient pû faire ; enfin ils
lui promirent tout ce qu'il voulut exiger
d'eux , mais ils n'en continuerent pas
moins à se comporter avec leur audace
et leur insolence ordinaire.
Comme il n'est pas permis , sous quelque
prétexte que ce soit,de boire du vin , ni
de faire aucun désordre dans les Chambres
des Janissaires , ceux des Rébelles qui y
étoient rentrez , ainsi qu'on l'a dit , ne
pouvant s'assujettir long- temps à une discipline
si rigoureuse , prirent bientôt des
Maisons en Ville ; Patrona , entre plusieurs
qu'on lui offrit , donna la préference
à celle du Tefterdar , parce qu'elle est
voisine des cazernes des Janissaires.
>
Plus de 400. de ses camarades vinrent
se loger avec lui , ou aux environs . Là ses
Messieurs bien armez , se plongeant jour
et nuit dans toutes sortes de débauches
étoient ivres la plupart du tems ; il se rendirent
dans cet état à la Porte , s'asseyoient
d'eux-mêmes éfrontement auprès du Grand
Vizir ; lui demandoient des graces , ou
des emplois pour des créatures que leur
Chefhonoroit de sa protection , et ce Ministre
, au mépris de la justice et de sa dignité
, étoit forcé de déferer toûjours à
Cy leurs
884 MERCURE DE FRANCE
•
leurs requêtes , et sans délai . On ne finiroit
pas si on vouloit rapporter tous les traits
d'impudence de cette canaille ' ; mais en
voici un assez singulier. Après qu'on eut
étranglé le dernier Grand Vizir , Ibrahim
Pacha ,Mehemet-Pacha son fils, qui de même
que son Pere , étoit gendre du Sultan
Achmet , ayant été répudié par la Sultane sa
femme,et la Cour le regardant comme un
homme sans consequence , parce qu'il est
jeune , sujet à tomber du haut mal , d'un
esprit borné , et qui n'avoit eu aucune
partau Ministere ; le Grand Seigneur crut
que ce seroit assez punir ce malheureux
Pacha , en le releguant à Nicomédie avec
l'appanage de cette Ville pour sa subsistance.
La chose ne parut pourtant pas de même
aux Rébetles , qui trouvant au contraire
que cette peine étoit trop douce
Patrona vint déclarer au Grand Vizir que
les Agas et lui avoient jugé à propos d'exiler
Mehemet Pacha à Mouchkara , pour
y vivre des revenus que son Pere y avoit
laissez , et qu'il lui demandoit un ordre
pour cela ; le Ministre n'ayant garde de
rien refuser aux Agas , c'est -à-dire aux .
Chefs des Rébelles , l'ordre fut expedié et
executé aussi tôt.
,
Mais pour bien sentir le rafinement de
leurs vengeances contre Ibrahim dans
cette
AVRIL. 1731. 885
,
cette occasion , il faut sçavoir que Mouhs-
Kara étoit autrefois un mauvais Village
d'Asie , où ce grand homme étoit né d'un
pauvre Arménien
et qu'aspirant à immortaliser
son nom , comme il y seroit
parvenu , s'il eut plutôt fini ses jours , et
d'une mort naturelle , il avoit si fort orné
ce lieu , par les Colleges , les Mosquées
, les Bains , les Fontaines , les Kams ,
et autres Edifices publics et particuliers
qu'il y avoit fait bâtir durant son Viziariat
, que depuis quelques années on ne
l'appelloit plus que Neucheher , qui veut
dire nouvelle Ville ; or les Rébelles ne
voulant rien laisser subsister , autant qu'il
dépendroit d'eux , de tout ce qui pourroît
transmettre à la posterité , la memoire
d'Ibrahim , ordonnerent que tous ces
embellissemens fussent détruits , que Neucheher
redevint un miserable Village comme
il étoit auparavant, qu'il reprit son ancien
nom de Mouhs- Kara , et que l'infortuné
Mehemet y fut exilé pour toûjours
, afin qu'après avoir été le spectateur
de cette désolation , il n'eut continuellement
devant les yeux que des objets qui
pussent l'entretenir dans des réflexions
douloureuses , et qu'il ne lui restât
pour tout bien que les materiaux et
les décombres de cette Ville démolie.
C vj
Un
886 MERCURE DE FRANCE
h
Un Poste de Capidgy-Bachi étant venu
à vacquer , le G. V. en disposa en faveur
d'une de ses Créatures ; mais Patrona en
voulant disposer aussi , il fallut que ce
Ministre le donnât au Sujet presenté par
ce Rebelle , et qu'il révoquât la personne
qu'il en avoit déja pourvûë.
Un jour le G. V. tenant son Divan , fut
averti que Mouslouh , qui étoit déja ve
nu l'interrompre la veille à la même heure
, arrivoit chez lui avec un grand nom
bre de ses Agas ; il quitta d'abord le
Conseil , et vint le recevoir ; ils parlerent
pendant quelque temps tout bas ensemble
; ensuite ce Ministre passa chez le
G. S. et dans le temps que le Peuple assemblé
s'informoit avec empressement du
sujet de toutes ces démarches , on vit
sortir du Serrail un nouveau Kyaya nom .
mé Mustapha-Bey , lequel avoit été autrefois
Capigilar Kyayasy , ou Grand-
Maître des Ceremonies , et étoit depuis
peu Bujuk-Imbrahor , ou Grand- Ecuyer
du Sultan déposé. Son prédecesseur immédiat,
Nikdelihali- Aga , fut envoyé sur
le champ dans la Prison Bachbaki-Koulou
, c'est le Chef de ceux qui poursuipayement
des deniers dûs au Trévent
le
sor de l'Empire .
On rapporte plusieurs motifs de la disgrace
de ce dernier ; en premier lieu, que
s'étant
AVRIL. 1731. 887
s'étant livré aux conseils mal digerez d'un
de ses amis , il avoit formé le dessein de
détruire lui-même les Rebelles , et que
ceux - cy en ayant été informez , le prévinrent
et le firent déposer , comme on
vient de le dire , à la premiere requisition
de Mouslouh , Secondement cet hom- .
me étoit si avide , que sans être retenu.
par l'exemple récent et tragique de son
devancier , il prenoit de toutes mains et
avoit déja amassé plus de so . mille écus
en 15. jours seulement qu'il étoit en place.
On ajoûte à cela qu'on l'accusoit d'avoir
détourné des Effets de la succession
du feu G. V. Ibrahim , deux Ceintures
de diamans , un Couteau garni de diamans
et plus d'un million en argent.
Le 19. on fit dans le Serrail la paye de
deux quartiers aux Troupes , comme il
a été dit que le G. S. l'avoit ordonné
lorsqu'il leur accorda le present , et l'usage
étant aussi dans ces occasions qu'on
leur fasse manger le Pilau , Sa Hautesse
qui étoit venuë voir les sacs d'argent pour
la forme , commanda qu'on servît ce
Pilau dans des plats neufs , ne voulant
pas , dit-elle , que ce qui avoit été
employé sous le regne de son oncle le fût
encore sous le sien ; mais sur ce qu'on
lui représenta qu'il seroit impossible qu'on
f trouvât dans une matinée autant de vaisselle
888 MERCURE DE FRANCE
selle neuve qu'on en avoit besoin pour un
si grand nombre de personnes, elle répondit
qu'il falloit toûjours aller chercher
toute celle qu'on pourroit trouver , et
suppléer à ce qui en manqueroit par une
partie de la vieille qu'on feroit étammer
de nouveau , et cela fut executé avec une
promptitude dont il semble que les Turcs
seuls soient capables.
Comme on faisoit la paye , Patrona vint
au Serrail , il passa dans les rangs des
Janissaires , et les salua à droit et à
gauche
, et continua sa route jusqu'à l'Appartement
du G. S. La Validé ou Sultane
Mere , qui l'appelloit son second fils ,
parce qu'il avoit mis Sultan Mamouth sur
le Trône , fut quelque temps en conversation
avec lui , par l'organe d'un de ses
Eunuques, et lui donna 2000 Sequins , dont
il distribua la plus grande partie en sortant
aux Domestiques de cette Princesse.
Après la tenue du Divan , le G. V. revint
chez lui conferer la Principauté de
Valachie à Milka -Voda , qui avoit déja été
plusieurs fois Prince de Moldavie pendant
20. ans , et qui vivoit depuis quelques années
qu'on l'avoit déposé en simple Particulier
dans un Village du Canal de la
Mer Noire; il a succedé à Mauro-Cordato-
Roda , Prince d'un grand mérite , et sur
tout fort estimé pour son sçavoir , qui
mourut
AVRIL 1731. 889
mourut au commencement de Septembre
dernier.
Le Drogman de la Porte , à l'occasion
de cette ceremonie où il fallut qu'il assistât
, reçut un Caffetan , qui le confirmoit
dans son poste. Depuis le commencement
de la révolte il avoit toûjours
prié le G. V. de differer à lui faire cet
honneur , de crainte que les Rebelles le
voyant en fonction sous le nouveau Ministere
, comme sous l'ancien , ne le
fissent périr , ou n'exigeassent de lui des
sommes qu'il n'étoit pas en état de payer:
et de fait , Patrona l'ayant menacé en diverses
rencontres de le poignarder , il
n'osoit presque plus se montrer , et il fut
dans des frayeurs continuelles jusqu'au
jour que ce Barbare persecuteur de tous
ceux qui avoient eu part au dernier Gouvernement
, a subi lui- même la fin tragique
qu'il avoit déja fait souffrir aux uns ,
et qu'il destinoit encore aux autres .
Pour revenir à Milkavoda , sa Principauté
de Valachie lui avoit coûté 1500.
mille liv. sans compter les presens considerables
que suivant l'usage il avoit été
obligé de faire aux Ministres de la Porte ,
dès que lui , son fils et son Capy- Kyaya , *
* C'est un Homme d'Affaire , que les Princes
de Valachie et de Moldavie et même les Pachas
des Provinces entretiennent toûjours à la Porte
pour avoir soin de leurs interêts.
890 MERCURE DE FRANCE
eurent été revêtus du Cafetan d'honneur;
il fut conduit par les Principaux de la
Nation Grecque à leur Eglise Patriarchale ,
pour se faire reconnoître Prince . Le Patriarche
à la tête de son Clergé , vint le
recevoir à la Porte, et celebra la Messe en
habits Pontificaux , après quoi ce petit
Souverain s'embarqua dans un Bateau à
cinq paires de Rames , pour marque de
sa dignité , et retourna en pompe à son
Village.
Ce nouveau Prince fournit l'occasion
de parler ici d'un certain Manolaki, Grec
extrémement riche , et qui étoit Curtchi-
Bachi , ou Chef des Foureurs . Les Rebelles
, à cause des grandes liaisons qu'il
avoit eu avec Mehemet l'ancien Kyaya ,
l'ayant soupçonné d'avoir entre ses mains
beaucoup d'Effets de ce Ministre , furent
piller ses maisons , où ils ne le trouverent
pas. Il avoit d'abord pris la fuite et s'étoit
caché successivement en differens endroits,
d'où il faisoit agir secretement ses Emissaires
auprès de Patrona , pour avoir fa
permission de reparoître en sureté. On
prétend que ce dernier en reçut de grands
presens ; mais ces sortes de graces n'étoient
pas approuvées par ses Camarades ,
comme nous l'avons dit.
Le Curtchi- Bachi , qui vit que l'orage
qu'il croyoit avoir excité , étoit prêt à
tomber
AVRIL. 1731. 89 %
mer ,
tomber de nouveau sur sa tête , crut pouvoir
s'en garentir en se sauvant dans une
maison privilégiée , qu'il regardoit comme
un azile assuré pour lui ; mais malheureusement
peu de jours après on sçut
sa retraite , et la Porte l'ayant fait reclaon
ne put se dispenser de le re- .
mettre aussi-tôt à la Garde du Bostandgi-
Bachi , qui l'alla chercher. On le conduisit
et on le mit aux fers dans la Prison
du Bach-Baks -Coulou. Il fut interrogé
sur les biens du Kyaya , qu'on prétendoit
qu'il avoit en dépôt ; il répondit qu'il
n'en avoit qu'une petite cassette pleine
de papiers , que ce Ministre lui remit luimême
le jour de la révolte , parmi lesquels
on trouveroit un Etat détaillé de
toutes les affaires du Kyaya , qui faisoit
foi de la verité de sa déposition. Il ajoûta
que quant à lui , Curtchi - Bachi , il ne
désavoüoit pas qu'il ne fût fort opulent
, mais que ces richesses lui étoient
venues ou des heritages de sa famille ou
des gains legitimes qu'il faisoit depuis
long - temps dans son commerce de Pelleterie,
et que si quelqu'un pouvoit lui prouver
qu'il eût jamais rien pris injustement , il
étoit prêt à le restituer au triple. Par ces
raisons , appuyées de beaucoup d'argent
I qu'il fit glisser sous main à ceux qui le
pouvoient tirer d'embarras , il avoit enfin
recouvre
892 MERCURE DE FRANCE
recouvré sa liberté , lorsque notre nouveau
Prince venant à la traverse , l'accusa
à la Porte de lui avoir pris des sommes
considerables , dans le temps que lui Mikal
, étoit Prince de Moldavie , et que
Manolaki étoit dans la grande faveur du
Kyaya , et c'en fut assez pour que l'on
le remenât à la même Prison , d'où il sortit
pourtant cinq semaines après.
Le 23. le G. S. déposa Mengheli Chiray ,
Kam des Tartares de Crimée , et lui nomma
pour successeur son frere Kaplan-
Chiray , homme de tête et de coeur , et
qui avoit déja occupé ce Trône autrefois.
S. H. lui envoya son Grand - Ecuyer à
Brousse , où il étoit en exil , pour lui
annoncer cette agréable nouvelle , et une
Galere à Modenia , Port d'Asie , à une
journée de Brousse , pour le transporter à
Constantinople.
Ce Prince y étant arrivé le 31. Octobre
, on fit aussi- tôt publier une deffense
aux femmes et aux enfans de paroître dans
les rues , de peur que la curiosité ne les
y attirant pour voir son Entrée , il n'ar- ·
rivât quelques desordres. La Cour le logea
dans un Serrail du deffunt Kyaya . Le
6. Novembre il fut rendre visite au G. V.
qui le mena après chez le Sultan . S. H.
lui fit un gracieux accueil , et le fit revêtir
d'une Pelice de Martre Zibeline ; elle lui
4
1
fit
AVRIL. 1731 . 893
fit aussi donner un Cheval de son Ecurie
magnifiquement harnaché ; on le reconduisit
ensuite en ceremonie à son Palais ;
et dès le même jour le G. V. et les principaux
Ministres le vinrent voir, et lui firent
de magnifiques presens.
Le 24. on tint plusieurs Conseils sur
ce qu'il y avoit à faire pour parvenir à
dissiper les Rebelles. Il fut arrêté de leur
proposer , et on leur proposa en effet de
se retirer sur telle Frontiere de l'Empire
qu'ils voudroient ; bien loin de gouter
cette proposition , ils demanderent que
le G. V. fut déposé ; mais Mouslouh Aga,
qui n'étoit pas d'abord avec eux , arriva
et les fit changer de sentiment .
Le lendemain ils se présenterent au
Serrail en plus grand nombre que la veille
, ils se plaignirent de ce qu'on continuoit
à conserver et à rétablir des personnes
indignes des places qu'on leur faisoit
occuper , comme Mehemet-Effendi ,
ancien Reys Effendy , que la Porte venoit
de faire Dester - Emini , ou Gardien des
Registres de l'Empire pour ce qui regarde
les Troupes , et par le canal duquel les
Pensions Militaires s'obtiennent . Îls ajoûterent
qu'ils voyoient bien qu'on avoit
envie de faire revivre la derniere administration
, mais qu'ils y mettroient bon
ordre.
On
894 MERCURE DE FRANCE
On ne peut éviter de faire ici une disgression
sur les diverses agitations que
souffrit la fortune de ce Ministre pendant
la Révolte. Après avoir été caché les premiers
jours , il reparoît à la Cour tout
d'un coup , s'étant accommodé avec Patrona
; mais les autres Rebelles ayant
trouvé cela mauvais , il fut contraint de
s'éclipser de nouveau . Ensuite par le
moyen d'un Emir qui lui avoit obligation
et qui étoit intime ami de Mouslouh
il eut la liberté de revenir chez lui ,
pourvû qu'il ne fréquentât qui que ce
fût de dehors.
Le Kyaya-Nikdeli- Ali - Aga , dont nous
avons parlé , fâché de ce que cet ancien
Secretaire d'Etat qu'il n'aimoit pas , et dont
la capacité lui faisoit ombrage , n'eut pas
péri comme les autres , résolut de le perdre.
Pour y parvenir il lui fit faire des
complimens de félicitation , il le fit prier
avec les instances les plus vives de revenir
à la Porte , où l'on ne pouvoit , disoitil
, se passer de son secours , sur tout par
rapport aux affaires de Perse , que personne
ne possedoit comme lui.
Le vieux Mehemet-Effendi , fit rendre
mille graces au Kyaya , de toutes ses politesses
, et de l'opinion avantageuse qu'il
témoignoit avoir de son peu de lumieres ;
mais il le fit prier à même- temps de le
"
1
disAVRIL.
1731. 895
dispenser de se plus mêler de rien , s'en
excusant sur son grand âge et sur ses
infirmitez , qui le rendoient incapable
d'aucune application.
-
Le Kyaya voyant qu'il ne pouvoit attirer
tout seul son Ennemi dans le piege,
fit agir le G. V. qui envoya un ordre à
Mehemet Effendi de se rendre à la
-Porte ; il fallut obéïr ; il y fut donc , on
l'accabla de caresses chez ces deux Ministres
, et au bout de quelques jours le
G. S. le fit Defter Emini.
Le Kyaya sçavoit bien que les Rebelles
ne le souffriroient pas long- temps dans ce
poste ,aussi ne tarderent- ils pas long- temps
à s'en plaindre , comme nous l'avons rapporté
; on tint Conseil sur leurs menaces;
et pour en prévenir les effets , on déposa
plusieurs Officiers , dont Mehemet- Effendi
fut du nombre , et de plus exilé à
Tenedos.
Mais à peine étoit- il parti , que le reconnoissant
Emir qui l'avoit déja si bien
servi , s'employa une seconde fois en sa
faveur auprès de Mouslouh , et obtint
son rappel , desorte qu'il revint encore
dans sa maison , mais toûjours sous la
condition de ne communiquer avec personne
, ce qu'il observa fidelement jusqu'à
l'entiere abolition des Rebelles ,
Revenons à ces derniers ; après qu'ils
eurent
896 MERCURE DE FRANCE
eurent marqué leur mécontentement à la
Porte , de ce qu'on employoit encore des
proscrits , ils demanderent que Ruslan-
Pacha , qu'ils avoient fait venir de Bosnie ,
fut nommé General de l'Armée de Perse.
Le G. S. y consentit , moyennant qu'ils
voulussent y suivre ce Pacha. Ils promirent
de le faire ; mais comme ils ne cherchoient
qu'à amuser S. H. , cela n'empêcha
pas qu'ils ne fissent entre- eux les jours
suivans de nouvelles assemblées , et qu'ils
ne parussent à la Porte le 29. pour y demander
que Patrona-Kalil fût fait Capi- ,
tan Pacha , le Janissaire Aga G. V. et que
Mouslouh eût la Charge de ce dernier.
La Cour surprise au dernier point de ce
nouveau trait de la teméraire audace des
Rebelles , ne pût se persuader qu'ils se
portassent d'eux-mêmes à des prétentions
si déraisonnables , et crut que quelques
Gens de Loi , qui étoient très- suspects au
Gouvernement , étoient les secrets Promoteurs
de toutes leurs démarches outrées.
Elle jetta d'abord tous ses soupçons
sur Zulalizade-Effendi , Kadilesker d'Asie,
en exercice .
On se rappella , 1 ° . qu'Achmet III.
étant encore sur le Trône , avoit reproché
en face à ce Kadilisker , qu'il étoit
un traître et un des principaux Auteurs
de la premiere Révolte ; que celui- cy au
lieu
AVRIL. 1731. 897
lieu de se disculper de cette accusation ,
avoit reproché à son tour au G. S. que
depuis long- temps il étoit déchu de la
Souveraineté , et que du moment même
qu'il signa le Traité de Passorouvits , par
lequel il avoit cedé honteusement Bellegrade
aux Allemans , il ne l'avoit plus
consideré comme Empereur.
2º. Qu'Achmet ayant assemblé les
Gens de Loy pour les consulter sur les
moyens de conserver la vie à son G. V.
il lui avoit dit que les séditieux lui demandoient
trois personnes , le Vizir , le
Kyaya et le Capitan - Pacha . Qu'à l'égard
des deux derniers il consentoit à les leur
abandonner , mais que pour Ibrahim , il
vouloit tâcher de le sauver ; qu'il étoit
même dans le dessein d'écrire aux Rebelles
pour en obtenir la grace , et que
cependant il souhaitoit auparavant qu'ils
lui dissent leur avis là- dessus ; que Zulali
Zadé prenant alors la parole , avoit répondu
au Sultan qu'il entreprenoit là une
chose bien difficile , et que le mal étoit
devenu trop grand pour pouvoir y porter
du remede ; que le G. V. ayant aussi voulu
hazarder son avis , ce Kadilisker l'interrompit
, et s'emportant comme
furieux , lui dit qu'il étoit réprouvé des
hommes et de Dieu , et qu'un méchant
comme lui méritoit la mort la plus
igno398
MERCURE DE FRANCE
> ignominieuse. Sur quoi Ibrahim sans
rien répliquer , se leva , les larmes aux
yeux , et se retira . Que le G. S. outré de
douleur et de dépit , s'étoit pareillement
levé et avoit dit au Kadilesker, que puisque
tout étoit désesperé , qu'il rendît
donc sa Sentence de mort contre le Visir
comme contre les deux autres , ce que
Zulalizadé avoit fait sur le champ.
Ces refléxions et plusieurs autres du
Sultan et de ses Ministres , sur le procedé ,
dace Kadilesker , firent regarder comme
des preuves les indices qu'on avoit de ses
pratiques avec les Rebelles ; mais comme
on n'avoit pas encore pris les arrangemens
necessaires pour leur châtiment et
leur destruction , on se contenta de répondre
qu'on ne pouvoit leur accorder
les changemens qu'ils demandoient qu'on
fit dans le Ministere .
Lc 2. Novembre le G. S. donna un
Katcherif, qui leur enjoignit de prendre
bien garde de faire aucun desordre ; S. H.
étant résoluë de punir de mort tous ceux
qui en seroient coupables ; et comme ils
s'étoient distinguez de ses autres Sujets
en portant des Turbans rouges , ce qui
ne faisoit qu'entretenir la division et l'esprit
de parti dans Constantinople , elles
prétendoient qu'ils en prissent chacun de
conformes à leurs differentes Professions,
#
(
= afin
AVRI L. 1731. 899
afin que rien ne démentît en cux l'obéi'ssance
et la fidelité qu'ils devoient.
Les Rebelles firent honneur au Katcherif
, quant à ce dernier article qui ne
regardoit qu'une soumission exterieure
mais quant à ce premier qui touchoit à
la réforme de leur conduite , ils ne tarderent
pas à marquer qu'elle étoit toûjours
la même.
Patrona Kalil , refléchissant dans sa
haute prosperité , qu'il avoit fait du bien.
à tous ceux à qui il avoit obligation ,
excepté à un Boucher Grec nommé Tanaki
, lequel s'étoit avanturé de lui fournir
abondamment , tant à lui qu'à ses Camarades
, d'excellente viande , lorsqu'ils
étoient campez à Etmeïdan , et que cet
homme d'ailleurs lui avoit autrefois prêté
deux écus dont il avoit eu la discretion
de ne lui jamais parler , il l'envoya chercher
, et lui dit : qu'étant très sensible à
l'assistance qu'il avoit reçûë de lui , il
vouloit lui en témoigner sa reconnoissance
d'une maniere autentique. Il lui fic
d'abord present de 1000. Sequins , valant
près de 1oooo. liv. puis lui dit, en riant :
Ne vous souciez- vous pas de vivre plus
Long-temps que moi ; Yanaki répondit aussitôt
, que , lui mort , il ne se soucioit plus
de la vie. He bien, puisque cela est ainsi,
reprit Patrona , charmé de cette réponse :
D dites
goo MERCURE DE FRANCE .
dites-moi ce que vous souhaitez que je fasse
pour vous , et soyez sûr de l'obtenir. Alors
mille désirs confus s'élevant dans le coeur
du Boucher , et ne sçachant auquel s'arrêter,
il dit à son Bien- faicteur : Que pour
le present il ne sçavoir que lui demander ,
mais qu'il alloit consulter ses amis , et qu'il
lui rendroit bien tôt réponse. Yanaki fut
trouver le Kasab- Bachy , qui est comme
le Fermier ou Inspecteur general des
Boucheries ; et après lui avoir exposé sa
bonne fortune : Que me conseillez vous ,
lui dit-il , j'ai envie de porter Patrona
qu'il fasse revivre en ma faveur la Charge
de Surdgy- Bachi , * qu'on a supprimée,
elle est de mon état et j'en connois tout
l'exercice . Celui- cy qui vie qu'il alloit per
dre la plus grande partie de ses droits ,
si cette Charge dont il avoit réüni les
fonctions à la sienne , étoit rétablie , répondit
au Boucher : Vous n'y pensez past
à quoi vous amusez vous ? votre Protecteur
est tout-puissant , il vous met en état par
ses offres et par son crédit , d'aspirer aux
Postes les plus brillans , et vous allez vous
borner à une petite Charge de rien , sou-
* C'étoit une Ferme et en même temps une Ingpection
sur les Boeufs , Moutons , &c. à peu près
comme la Ferme du Pied- Fourché à Paris , et
qui rapportoit au Fermier par an environ 106.
mille livres.
vent
AVRIL: 1731 .
vent même plus ruineuse que lucrative :
Que lui demanderai- je donc? Demandez
lui , reprit l'autre , qu'ils vous fasse Prin
ce de Moldavie ; et si vous n'avez pas assez
d'argent pour payer cette Principauté
, que cela ne vous embarrasse pas , je
vous fournirai tout ce qu'il vous en faudra.
La vanité qui est comme incarnée chez
les Grecs , tourna en un moment si bien
la cervele à celui-ci , qu'oubliant la dis
tance de sa bassesse , au rang qu'on lui
proposoit , il s'en revint chez Patrona , et
-lui dit que puisque l'affection dont il
l'honoroit étoit sans égale , et qu'il avoit
tout pouvoir dans l'Empire , il le prioit
de le faire Prince de Moldavie . Soit , ré-
-pondit Patrona , et sur le champ , il l'en
voya avec un de ses gens chez le G. V.
Ce Ministre étonné d'une pareille proposition
, resta muet quelque-tems ; ensuite
reprenant ses esprits , il dit que ce que deamandoit
l'Aga Patrona étoit impossible
qu'on ne nommoit à ces sortes de Principautez
que des gens de naissance , ou qui
avoient rendu de grands services à l'Etat ,
qu'outre que le sujet qu'on lui présentoit
, n'étoit dans l'un ni dans l'autre cas ,
'Empereur n'ayant confirmé que depuis
quatre jours Gregorasko - Ghika , dans sa
Principauté , il n'étoit ni de l'honneur ,
Dij
ni
jo MERCURE DE FRANCE
ni de la justice de Sa Hautesse , de déposer
ce Prince , dont elle étoit satisfaite , pour
mettre un vil Artisan à sa place.
pas
Le tout ayant été rapporté à Patrona :
Bon, bon , voilà de belles raisons , dit- il ,
qu'est-ce que cela signifie ? Gregorasko
n'est- il pas Dgiaour ? Yanaki n'est- il
Dgiaour aussi ? Que l'un ou l'autre
soit Prince , n'est - ce pas toujours
la même chose ? En un mot , je veux que
mon ami soit préferé. Là- dessus il renvoya
le Boucher au G. V. et le fit accom-
Mouslouh.
pagner par
it
Ce second Chef parla si haut , que le
Gr. V. ne sçachant plus quel parti prendre
, dit qu'une affaire de cette importance
ne dépendoit pas de lui , qu'il alloit
la communiquer au Sultan , et sçavoir sa
volonté : Allez donc , répondit Mouslouh,
mais songez toujours à complaire à Pafrona.
Le G. S. ne fut pas moins surpris , ni
indigné que l'avoit été son Vizir ; cependant
, jugeant bien que dans peu tout
changeroit de face , et qu'on seroit alors
en état de faire payer cherement au Bou
cher et à son protecteur leur impudence ;
il dit à son Ministre qu'il n'y avoit qu'à
les contenter. Ainsi maître Yanaky fut
revêtu du Caftan de Prince de Moldavie
le 2 Novembre et reçût tous les au-
?
tres
་
{
AVRIL. 1731. 903
tres honneurs usitez en pareille occasion
tant à la Porte , qu'à l'Eglise Patriar
chale .
Ce fut un coup de foudre pour la Nation
Grecque l'orgueil humilié , et le désespoir
étoient peints sur tous les visages
pendant la cérémonie , à laquelle il fallut
que le Drogman de la Porte eut la mortification
d'assister. Comme c'est un fort
honnête homme , tout le monde prit
part au juste chagrin qu'il avoit d'être
obligé par le devoir de sa Charge de concourir
, quoi qu'indirectement,à la déposition
de son propre frere , que le Boy
Yanaky alloit relever.
Mais la grandeur de ce Prince-Boucher
passa comme un songe; il ne pût parvenir à
ramasser que 30 Bourses,qu'il donna , et qui
furent perdues,au lieu de près d'un million
dont il avoit besoin , pour satisfaire la Porte
et ses Ministres , ainsi que Patrona qui lui
demandoit 60 Bourses , et les autres Agas
qui en vouloient avoir presque autant. Le
Kasab- Bachi , qui ne lui avoit offert de luimême
son secours , que pour l'engager
dans ce mauvais pas , et l'y laisser , s'éclipsa
subitement , et Patrona même , son
zelé protecteur , en apparence , l'ayant
fait Prince moins par reconnoissance
que pour son interêt particulier , et pour
braver le G. S. en faisant parade de son
Diij -au-
,
904 MERCURE DE FRANCE
autorité , l'abandonna comme l'autre; ensorte
que ce Prince , en idée , au lieu d'être
conduit pompeusement auTrône,fut traî
né honteusement en prison , où nous le
laisserons déplorer sa folie , jusqu'à ce
qu'une plus grande punition l'en tire.
Le même jour , 2 Novembre , l'Ambassadeur
de France étant allé rendre sa
premiere visite à Kafis - Mehemet , noųveau
Capitan- Pacha , pour le complimen
ter sur són Avenement à cette dignité ;
le Janis aire Aga se figura que les Ministres
Etrangers en devoient faire autant à
son égard. Il envoya chercher un Drogman
au Palais de France , et lui demanda
pourquoi son Ambassadeur ne l'étoit pas.
venu voir , comme c'étoit l'usage . Le
Drogman lui répondit , qu'on l'avoit sans
doute mal informé , puisque cela ne s'étoit
jamais pratiqué envers les Janissaires.
Agas , et que sûrement son Ambassadeur
n'établiroit pas cette nouveauté. On conduisit
ensuite le Drogman chez Mouslouh
, qui s'étoit fait de lui-même , comme
on a dit , Kyaya de ce General de
P'Infanterie il dit à ce Drogman' que
puisque l'Ambassadeur de France ne vou
loit pas venir voir con Maître , il devoit
au moins envoyer à lui Kyaya , les présens
usitez. Je ne sç che pas, répondit l'In
terprete , que les Ambassadenrs de Fran-
:
AVRIL. 1731. 905
"
ce en ayent jamais fait aux Agas des Janissaires
, ni à leurs Kyayas ; cependant ,
ajouta- t-il , j'en parlerai à son Excellence.
Je vous en prie , répliqua Mouslouh ;
car après tout , il me semble que le bon
ordre que j'ai fait observer pendant les
troubles , mérite bien quelque récompense.
Le 5. il y eut une grande altercation
entre les Serdingueschtis , et les plus anciens
Officiers et Soldats des Janissaires.
Un de ces premiers prit querelle avec un
Capitaine de cette Milice , et le tua, Ceçte
action irrita si fort les Janissaires, qu'ils
furent en grand nombre s'artrouper à
Orta-Dgiani , Mosquée où les Janissaires
tiennent leurs Assemblées tumultueuses ,
et ils convinrent entr'eux de chasser de
leurs chambres tous les enfans perdus .
Ils en étoient sur cette déliberation
quand Patrona , qui avoit été averti du
tumulte , arriva avec une vingtaine des
siens , et leur ayant demandé , comme
s'il l'avoit ignoré le sujet de leur assemblée
, un Hoda -Bachi , de la 32 Compa
gnie , ou Chef de chambrée , prenant la
parole , lui répondit qu'ils s'étoient assemblez
dans le dessein de n'avoir plus
aucune societé avec ses camarades qui
deshonoroient journellement leur Corps ,
par leurs crimes , et que s'il ne se rangeoit
>
Dij lui
906 MERCURE DE FRANCE
>
>
3
>
lui même à son devoir , on lui feroit un
mauvais parti. Patrona répliqua qu'il ne
les craignoit guéres , que s'ils étoient assez
hardis pour venir l'attaquer lui et ses
gens , qu'ils trouveroient à qui parler , et
qu'il avoit dans Constantinople 12000.
Albanois prêts à se joindre à lui. Quand
tu ferois venir toute l'Albanie à ton secours
répondit courageusement Lodabach
- nous ne l'èn exterminerions pas moins toi et
les tiens . Mon ami , répondit Patrona
vous avez tort de vous emporter contre moi
puisque je ne fais de mal à personne. Il ne
suffit pas,dit alors cet Officier,que tu nefasse
point de mal, il ne te convient pas non plus,
comme tu fais , de te mêler des affaires de
Etat. Il semble à te voirfourrer le nez par
tout , que le Sultan et son Vizir ayent besoin
de tes lumieres pour se conduire. Si tu es Janissaire
, tu dois te comporter en Janissaire ,
et non pas en Ministre , ni le laisser faire
à ton camarade Mouslouh , qui vient tous
les jours à la Porte avec autant de faste et de
fierté que le défunt Kyaya. Mais , interrompit
Patrona , si je ne m'informe pas de
ce qui se passe , il arrivera infailliblement
qu'on remettra en place des infames qui renouvelleront
la tiranie du dernier
gouvernement
; tous les mouvemens que je me donne
n'ont d'autre objet que de procurer le soulagement
du peuple. Ce n'est pas d'un homme tel
C
que
1
1
1
AVRIL. 1731 .
907
que toi , répondirent plusieurs Janissaires ,
que le peuple doit attendre du soulagement ;
notre Empereur est assez juste et assez éclairé
pour gouverner et pour rendre ses sujets beureux
; c'est à lui feul à disposer des emplois
et des Charges en faveur de ceux qu'il croit
les mériter quant à nous , ce que nous
avons à défirer , c'est qu'il régne , et qu'il
vive long- tems , et qu'on nous paye toujours
avec exactitude ; nous n'avons jusqu'à présent
qu'à nous louerde ce côté-là , aussi -bien
que
des liberalitez de S. H. Ce seroit nous
en rendre tout-àfait indignes , si notre Corps
qui est le plus ancien et le plus illustre de l'Etat,
souffroit qu'un Particulier , quel qu'il pût
être , osat s'ingerer de partager l'authorité
fouveraine.
>
Ainsi , continuerent-ils , s'adressant toujours
à Patrona nous te donnons encore
trois jours , pour réduire , on dissiper tes
gens ; si ce terme expiré nous entendons encore
parler de quelques désordres de leur part ,
nous ferons main basse sur eux par tout où
nous les trouverons . Ces dernieres paroles ,
prononcées d'une voix plus forte , finirent
l'Assemblée , et on se sépara.
Quoique Patrona fut un déterminé , et
qu'il ne craignît pas que les Janissaires ,
parmi lesquels il étoit sûr d'avoir encore
un gros parti , missent à exécution leurs
menaces , il ne laissa pourtant pas de com-
DY prendre
908 MERCURE DE FRANCE
prendre par le discours qu'on lui avoit tenu
, que les esprits étoient fort échaufez
contre lui , et qu'il avoit plus d'ennemis
qu'il ne croyoit. Pour s'en mieux éclaircir
, il fut voir Damud- Zadé , ancien Kadelisker
, qui le reçût froidement , et même
avec mépris . Nonobstant cet accueil
peu favorable , il ne se rebuta point , et
faisant tomber la conversation sur tout ce
qui s'étoit passé , il dit à cet Effendi d'un
ton hypocrite , qu'il n'avoit pris les armes
que pour la cause commune , que
Dieu avoit bien voulu se servir de son foible
bras pour tirer le peuple Musulman
de l'oppression du précédent Ministere
et que lui-même Damudzadé , étant un
personage saint et éclairé , et qui pouvoit
Tire jusques dans les replis les plus secrets
de son coeur , il lui étoit aisé de reconnoître
que ses intentions avoient été bon
nes. Cependant , ajoûta -t- il , en soupirant ,
je trouve tous les jours en mon chemin de manvais
esprits , qui donnent des interprétations
criminelles à tout ce que je fais , et qui ne
travaillent qu'à me noircir auprès de mon
Empereur , pour lequel j'ai tant de fois exposé
ma vie. Souffrez , grand Effendi , queje
vous demande votre protection contre eux s'ils
continuent à me calomnier dans l'esprit de Sa:
Hautesse.
Damudzadé , qui est effectivement un
hom
AVRIL. 1731. ୨୦୨
Homme de beaucoup de merite , et surtout
plein de droiture , lui répondit qu'il
ne rougiroit jamais de dire la verité , et
qu'ayant le mensonge en horreur , il pouvoit
s'assurer que quand on lui demande
roit ce qu'il pense sur son compte , il le
diroit sans le moindre déguisement.
Patrona dont la curiosité n'eut pas
trop lieu d'être satisfaite par cette réponse
ambigue , affecta pourtant d'en être fort
content , comme si le Kadilesker ne pou
voit que parler avantageusement de lui ,
il lui baisa la main , se retira , et répandit
en sortant une poignée de Seguins à ses
Domestiques. Damudzade Payant appris,
ordonna que tous ceux qui en avoient
tamassez les jettassent dans la Mer devant
lui , et regardant Patrona comme un scelerat
, dont la seule présence avoit souillé
sa maison , il fit balayer et froter par tout
sur le champ où il avoir mis les pieds.
Le 10 Novembre , le G. S. déposa Kafis-
Mehemet Pacha , de la Charge de Ca
pitan-Pacha , et l'honora en échange d'une
Pelisse de Martre- Zibeline, et du Gouver
nement de Seyde , que son pere avoit eu
autrefois ; mais soir que les Rebelles entrevissent
une partie de ce qu'ils avoient
à craindre de la réputation et de la capacité
de Codgea Dgianon , qu'on
attendoit et auquel ils soupçonnoient
D vj
*
-
qu'on
910 MERCURE DE FRANCE:
qu'on destinoit cette importante Charge
ou soit que Patrona qui la briguoit pour
lui-même , voulut en éloigner un concurrent
si redoutable , ils firent tant de bruit
de la déposition de Kafis -Mehemet , que
la Cour , pour les leurrer , le rétablit dès
le lendemain.
On prétend que ce dernier avoit d'abord
sollicité les Rebelles , afin d'empê
cher qu'on ne le dépouillât de cette dignité
, mais que dans la suite , voyant d'un
côté que Patrona y aspiroit , et que de
l'autre Sa Hautesse faisoit venir Dgiannum-
Codgea pour la lui donner , il demanda
secretement à la Porte sa démission
lui- même , et le Pachalik de Seyde ,
ce qu'il obtint aisément par l'entremise
du nouveau Kam des Tartares , dont son
pere avoit été esclave ; de sorte que quoi-
Kafis-Mehemet revint à l'Arsenal le
lendemain avec tous ses effets , qu'il en
ayoit déja fait enlever la veille , et qu'il
y reçût les complimens de tous les Officiers
de la Marine sur son rétablissement
il n'exerça pourtant plus le Generalat de
la Mer que par intern , et jusqu'au 21
jour que Dgiannum. Codgea en prit posque
session.
Comme il étoit impossible que les affaires
subsistassent encore long- tems dans
la confusion , où la continuation de la Ré-
7
volte
AVRIL. 1731. gif
volte les avoit mises , et qu'il falloit
ou qu'elles bouleversassent totalement
l'Etat , ou qu'elles reprissent leurs cours
ordinaires , la Cour et les Rebelles , chacun
suivant ses differentes vuës , songerent
à appliquer les remedes convenables au
mal.
,
>
Les Chefs de ceux-ci voyant bien que
pour se maintenir dans l'autorité , qu'ils
avoient commencé d'usurper , il leur étoit
essentiel de ne point abandonner le séjour
de Constantinople , et de s'y fixer au contraire
, en partageant entr'eux les principaux
emplois de l'Empire. Ils tinrent un
Conseil le 16 Novembre , et convinrent
qu'il falloit d'abord faire élire Mouslouh ,
Koul - Kyassi
ou Lieutenant General
des Janissaires ; mais prévoyant qu'ils
y trouveroient de grands obstacles , parl'on
ne parvient d'ordinaire à ce
Grade qu'après avoir passé par tous les
autres qui lui sont inferieurs , tellement
que celui qui y arrive est toujours un homme
respectable par son âge et par son experience
, et que Mouslouh n'étant qu'un
homme de rien , de 25 à 30 ans , et simple
Janissaire , n'avoit aucune des qualitez
requises , ils eurent recours à l'argent ,
qui , en Turquie , applanit presque toutes
les difficultez .
ce que
Ils firent distribuer so mille Piastres
aux
912 MERCURE DE FRANCE
>
aux plus anciens et plus accréditez des
Janissaires , et leur firent entendre que
s'ils vouloient favoriser l'Election deMous
Jouh , il leur feroit payer le présent de la
Reine - Mere. Pour l'intelligence de ce fait,
il est nécessaire de dire que cette Princesse
, dans les premiers transports de sa
joye , de voir son fils Mahmout sur le
Trône avoit promis aux Troupes , qui
lui en avoient frayé la route , une récompence
de cinq écus à chaque Soldat , mais
que quelque tems après , les refléxions
lui ayant fait trouver cette promesse in
considerée , elle ne parla plus de l'executer
, soit qu'elle n'eut pas assez de fond
Pour y satisfaire ou que le Kislar-
Aga , qui a beaucoup d'empire sur soir
esprit , l'en détournất , en lui
tant que l'Empereur avoit assez marqué
sa reconnoissance aux Milices par les grandes
liberalitez qu'il leur avoit faites , sans
qu'elle y en ajoûtât de son chef qui n'étoient
point d'usage.
} ›
represen-
Quoiqu'il en soit de ces conseils , ils
penserent causer la perte du Kislar-Aga
Les Janissaires vouloient qu'il fut déposé
et murmuroient hautement contre la Va
lidé , regardant ce qu'elle leur avoir
promis , non comme une grace , mais
comme une dette , dont elle ne pouvoit
se dispenser de s'acquitter ; ainsi , ceux
*
2
AVRIL 1731. 913
aqui les so mille écus des Rebelles furent
partagez , consentirent volontiers à
l'élection de Mouslouh ; ceux qui n'en eurent
rien ne lui en donnerent pas moins
leurs voix , parce que les uns et les autres
esperoient que dès qu'il les auroit fair
payer de ce présent , ils se déferoient de
lui sans peine , et nommeroient à sa place
le plus digne de leurs Officiers.
Les esprits préparez de la sorte , Mouslouh
fut chez le G. V. le 18. lui demander
le Caftan pour la Charge de Koul-
Kyassy. Le Ministre le lui refusa , disant
qu'il n'étoit ni d'un rang , ni d'une ancienneté
à y prétendre , que le Corps des
Janissaires ne le soufriroit jamais , et que
l'Empereur ne pouvoit sans blesser sa dignité
et sa ju tice , instaler dans un poste
si considérable quelqu'un qui ne fut pas
au gré de ce Corps. Ce Rebelle répondit
sans se rebuter , qu'il avoit pourvû à
tout , qu'il lui donnât seulement le Cafetan
, sans s'embarasser du reste. Le G. V.
s'obstinant à le lui refuser , Mouslouh le
quitta fort irrité.
Dès que ses Camarades sçûrent le peu
de succès de sa négociation , ils jurerent
avec lui de se vanger du G. V. et s'en fu
rent comme des forcenez , au nombre d'une
trentaine , chez le Kam des Tartares ,
ils lui déclarerent absolument qu'ils vou
loient
914 MERCURE DE FRANCE
loient que Mouslouh fut Koul- Kyasty , et
lui firent entendre que si leG.V.continuoit
dans ses refus , ce Ministre ne le porteroit
pas loin. Ce Prince vit bien à leur air
qu'ils seroient gens à tenir parole , et qu qu'il
étoit de la prudence de céder au torrent ,
jusqu'à ce qu'on pût lui opposer une Digue.
Il les appaisa de son mieux , leur dit
qu'il alloit de ce pas à la Porte , que ne
doutant point que le G. V. ne se conformât
aux representations qu'il lui feroit
ils pouvoient compter d'avance , qu'il
leur obtiendroit ce qu'ils souhaittoient.
Il courut effectivement chez le G. V.
et après lui avoir exposé en peu de mots
le sujet de sa visite : A quoi pensez - vous ,
lui dit- il , de vous roidir contre ces coquinslà
, ne voyez- vous pas qu'ils travaillent euxmêmes
à leur perte , et que plus ils se rendent
odieux aux Troupes et au et au Peuple .
plus ils vous préparent de facilité à les détruire
: Croiez-moi , ajoûta -t- il , donnez à
Mousloub , non -seulement la Charge qu'il
vous demande , mais une plus éminente encore
, s'il vous en témoigne la moindre envie ;
il n'en jouira pas assez long-tems pour que
votre complaisance en cette occasion vous soit
jamais un motifde repentir.
Le Vizir entra dans ses raisons ; ils passerent
ensemble chez le G. S. et S. H. s'en
rapportant à leurs avis , on envoya chercher
AVRIL. 1731. 915
cher Mouslouh; cet orgüeilleux et insolent
Rebelle , se rendit à la Porte avec une măgnificence
et un Equipage de Pacha à
trois queues,on le revêtit du Cafetan , qui
le faisoit Koul-Kyassy ; après quoi il s'en
retourna triomphant à son Palais , où ses
Confreres et ceux qui le craignoient , vinrent
le feliciter sur les faveurs qu'il avoit
reçûës , poussant la flaterie jusqu'à lui dire
qu'elles étoient encore fort au- dessous de
son mérite.
Ce premier coup frappé , les Rebelles
s'assemblerent le 19 , et remirent sur le
tapis leur ancien projet , de faire Patrona
Capitan - Pacha , Mouslouh Janissaire-
Aga , et le Janissaire- Aga Grand-Vizir :
moyennant cela , dirent-ils , nous serons
entierement les maîtres, et ils raisonnoient
fort juste , car ils avoient dans leur Cabale
plusieursGens deLoy d'un grand pouvoir :
entr'autres , le Zulali-Kadé Kadilesker
d'Asie , et Abdollah- Effendi , Lieutenant
General de Police , dont on a parlé. Quant
au G. S. ajoûterent- ils , nous en ferons ce
que nous voudrons , parce qu'étant sans
experience, il nous redoutera , et que d'ailleurs
il nous doit tout , puisque sans nous .
il auroit peut-être gémi toute sa vie en
prison.
,
Cependant , soit qu'ils crussent devoir
penser plus d'une fois à l'éxecution de ce
plan ,
915 MERCURE DE FRANCE
plan , ou qu'ils eussent d'autres raisons
pour la retarder de quelques jours , ils tinrent
fort secret le Résultat de cette derniere
Conférence; mais la Cour , qui comme
nous l'avons die , travailloit à secouer e
le joug honteux que sembloit lui vouloir
imposer cette Ligue de traîtres , se détermina
tout- à- fait à s'en vanger promptėment
, et d'une maniere éclatante.
Le Kan des Tartares , sur- tout , fut celui
qui poussa le plus à la roue. Il avoit
été outré en plusieurs rencontres , de ce
que Patrona et ses pareils , qui n'avoient
aucune teinture des affaires , avoient vou-
·lu que leurs avis extravagans prévalussent
aux siens ; Dgiannum Codgea arriva dans
le même-tems à Constantinople , et aussi
zanimé contre eux que le Kam , il excita
de nouveau l'Empereur à les exterminer.
S. H. lui avoüia ingénument qu'elle appréhendoit
qu'ils ne fussent soutenus par
les Troupes , si l'on en venoit à cette extrémité
, et que ce qui l'avoit obligé à
temporiser , c'étoit la crainte de voir
Constantinople replongé dans de plus
grands désordres .
Dgiannum- Codgea , sans trop s'attacher
aux termes , dit alors au Sultan , avec une
liberté genereuse : Seigneur , dès que tu te
seras défait des principaux Chefs , personne
me branlera , outre qu'une action de vigueur
est
(
4.
AVRIL. 1731. 917
est nécessaire pour t'affermir sur le Trône , elle
sera agréable à ton. Peuple , qui ne supporte
qu'avec une peine extrême les violences où il
est journellement exposé. De plus , cela te
mettra en honneur chez toutes les Nations
qui ont les yeux fixez sur toi , dans le commencement
de ton Régne ; au lieu qu'elles
n'auront aucune considération pour ta personne
, si tu ne montres assez de force pour bri
ser les entraves où quelques séditieux osent
retenir ton autorité. Ces paroles du General
de la Mer , prononcées avec feu , pénétrerent
S. H. et lui firent juret de se prêter
et de concourir à ce que luf et le Kam
des Tartares jugeroient nécessaire pour exterminer
ces audacieux ennemis domestiques
, perturbateurs du repos public.
Le 22. Dgiannum- Codgca , que le G. S.
avoit déclaré la veille Capitan Pacha
vint à l'Arsenal , où il reçûr les complimens
des Officiers des Vaisseaux , et des
Beys des Galeres , mais on ne lui tira point
' de Canon , parce qu'il deffendit qu'on lui
rendit ces honneurs.
Le 23. Patrona convoqua un Conseil
extraordinaire à la Porte , auquel le G. S.
" admit le Kam des Tartares , le Mufty , et
generalement tous les Gens de Loy et les
Officiers des Milices. Patrona y vint toujours
en simple Janissaire , les jambes
nuës , et avec environ 40 Serdenguetchis
OLL
918 MERCURE DE FRANCE
ou enfans perdus , et Mouslouh vêtu superbement
, avec le cortege attaché à son
nouveau rang de Koul - Kyassy.
du
›
›
que
Patrona ouvrit le premier l'assemblée ,
et s'adressant au Kam , lui dit : J'ai convoqué
ce conseil , pour un pressant besoin
de l'Empire je sçai que nos affaires en
Perse vont toujours plus mal Parce que
les Moscovites donnent de continuels fecours
aux Persans , ainsi mon avis est › qu'on
leur déclare la guerre , et que pour tirer vens
geance sang Musulman qu'ils sont cause
qu'on a répandu , on envoye incessament
une grande armée contre eux tandis Les
Tartares entrant d'un autre côté dans le pays
de ces Infidelles , le ravageront et en emmeneront
tous les habitans en esclavage 3 je pense
pareillement , qu'il est d'une nécessité absoluë
de réprimer les malversations des Pachas
des Frontieres , qui , bien loin d'avoir
soin des Troupes , et de regarder les Janissaires
comme leurs enfans , et le plus ferme
appuy de cette Monarchie les maltraitent
et retiennent leurpaye pour l'appliquer à leur
propre usage, ou en gratifier leurs Créatures :
il tint encore beaucoup d'autres discours de
la même nature , et sans égard pour les per
fonnes qui assistoient à ce Conseil.
J
Tout le monde gardant un morne
silence , déploroit en secret de voir la
conduite de l'Etat tombée , en de si
<
1
AVRIL. 1731. 919
si mauvaises mains ; et il revenoit toujours
à sa premiere idée de porter le fer
et le feu chez les Moscovites , proposant
même d'en faire arrêter les deux
Résidens *.
و
→
Le Kam des Tartares , fatigué d'entendre
tant d'impertinences , que personne
n'osoit relever : Mais vous , lui dit ce
Prince , qui parlez tant de guerre , sçavez
vous ce que c'est ? pour quelle raison voulez
vous que Sa Hautesse la déclare aux
Moscovites ? Ignorez- vous quelle est en paix
avec eux et que sans de justes motifs elle ne
sçauroit la rompre. Il faut , poursuivit-il
avant que de se résoudre à rien , être bien sûr
des nouvelles que vous nous débitez sans preuves,
après quoi on verrapar de mures déliberations
ce qui sera le plus utile,et le plus honorable
à l'Empire de la guerre ou de la paix et ce
sont là des choses qui ne se décident pas à la
legere , ni sur le champ comme vous venez de
le demanders d'ailleurs dites-moi parquel endroit
penetrerez vous en Moscovie ? Par quel
endroit ! interrompt Patrona plaisante
question ! par les endroits où nous y pénétrions
autrefois , vous d'un côté et nous de l'autre :
Doucement, répondit le Kam : autrefois nous
allions par la Pologne , parce que nous étions
→
* Il y en a deux à Constantinople , depuis environ
un an , M. Neplieuf, et M. Visnacoff , venu
pour relever ce premier.
en
20 MERCURE DE FRANCE
enguerre avec les Polonois , mais aujourd'hui
qu'ils sont de nos amis , est- il juste d'aller
porter la désolation chez des peuples dons
nous n'avons aucun sujet de nous plaindre
Sçavez- vous que conduire 100. mille Tar
tares dans un pays , c'est le perdre entierement
, et que par tout où ilsfoulent l'herbe , il
n'y croit rien de sept années : Tant mieux
dit Patrona , c'est de cette façon que j'aime
àfaire laguerre. Je ne demanderois pas mieux
ni mes sujets , reprit ce Prince, car outre que
la guerre est notre véritable élement , elle est
la source de toutes nos richesses ; et dès
que
cette source taritpar la paix , renfermés dans
la Krimée , steriles et sans commerce , nous
retombons dans l'indigence ; mais nous sçavons
la supporter , et sacrifier à la droiture
nos interêtsparticuliers : ilfaut refléchir avant
que de prendre les armes , afin de n'avoirpas
lieu de s'en repentir en les quittant , et ce ne
sont pas de ces petites affaires qui se termi→
ment en une ou deux assemblées .
Je trouve que celle - ci est bien nombreuse
répliqua Patrona ; je n'atendois pas que tant
de gens y assistassent ; j'avois compté au
Contraire que le Conseil ne seroit composé que
de vous , de Monsloub , du Janissaire Aga ,
du Grand Vizir , de quelques autres personnes
et de moi ; et à l'avenir il faudra , s'il
vous plaît,que cela soit ainsi , autrement plus
de secret , et les Infideles seront bientôt instruits
AVRIL: 1731. 921
et de toutes nos
truits de tous nos discours
démarches.
Quand il s'agit d'entreprendre la guerre ,
ou de continuer la paix , répondit le Roi
des Tartares , c'est une maxime fagement.
établie , que de faire degrandes assemblées .
pour y mieux débattre des matieres si gra
ves , et d'y appeller sur tout les Gens de loi ;
parce qu'étant plus éclairez que les autres , es
les dépositaires de la justice , les résolutions
qu'on prend par leurs avis , sont plus équitables
, et le succès qui les suit plus heureux ;
au lieu que quand on les exclut des Conseils ,
et qu'onfait rouler tous les interêts de l'Empi
re sur trois ou quatre têtes seulement , il arrive
d'ordinaire ce que vous venez de voir
sous le regne d' Ibrahim Pacha , qui pourn'avoir
voulu se conduire que par ses foibles lu
mieres et celles de ces deux gendres, a mis l' Etat
à deux doigts de sa pertes aussi pour les
punir de leur trop grande présomption , Dien
a t'il permis , que ces trois Ministres , après
avoir souffert une mort ignominieuse , n'ayent
trouvé d'autres sépultures que les entrailles des
Chiens , dont leurs cadavres ont été la
proye.
Il est étonnant , continua ce Prince
qu'un exemple si récent et si terrible , ne vous
corrige pas de la manie que vous avez de tout
regler, et de toutfaire par vous-même , mais si
sela continue , je vous déclare dés- à - present
queje supplierai Sa Hautesse de me renvoyer
922 MERCURE DE FRANCE
à Brousse pour y vivre en repos , dans la
folitude , et n'être plus témoin des attentats
qui se commettent ici impunément tous les
jours contre son honneur et le bien de son
service.
D
.
On voit par ce qui vient d'être rappor
té , qu'il n'y eut que le Kam et Patrona ,
qui parlerent dans ce Conseil , et qu'on
n'y conclut rien . Le premier se retira
bien résolu de redoubler ses instances auprès
du Grand Seigneur , pour hâter la
destruction des Rébelles ; tous les autres
assistans se retirerent le coeur ulceré
contre eux. Ceux- ci s'en furent chez le Janissaire
Aga , où ils s'applaudirent de
tout ce qui venoit de se passer , et prirent
de nouvelles mesures pour mettre
la derniere main à leur grand oeuvre ,
qui étoit , comme nous l'avons déja dit ,
de s'emparer des premieres Charges du
Gouvernement.
Patrona fut le lendemain 24 à l'Arsenal
de la Marine , rendre une visite de
politique , à Dgiannum-Codgea , pour lui
faire compliment sur sa nouvelle dignité,
qu'il comptoit de lui ravir bientôt , ne se
doutant pas que la foudre fut si prête d'é
clater sur sa tête . Le Capitan Pacha , aussi
fin et plus prudent que lui , le reçut
avec des honneurs extraordinaires , et lui
fat l'accueil du monde le plus gracieux ;
ik
AVRIL. 1731. 923'
3
Hs s'entretinrent ensemble avec toutes les
démonstrations d'une estime et d'une ami
tié réciproque , et lorsque Patrona l'eut
quitté pour s'embarquer dans un Bateau
à trois paires de Rames seulement accompagné
de deux autres , où se mirent
six personnes qui composoient toute sa
suite ; la foule fut si grande qu'il fut
comme porté jusqu'à l'Echelle , d'où il
jetta encore , ainsi qu'il avoit fait en sortant
, des poignées de Sequins au peuple :
en remarqua qu'il étoit chaussé ce jour -là,
contre son ordinaire , et que sa chaussu
re consistoit en un demi bas qui s'agraffe
sur le gras de la jambe , comme en portent
les Officiers de Mer.
•
Ce même jour qui étoit un vendredi ,
le Grand Seigneur vint faire sa priere du
midi , à la Mosquée de Topana de
l'autre côté du Port ; de- là Sa Hautesse fut
visiter la Fonderie de l'Arsenal où l'on
fabrique les Canons ,, dont on avoit
fait une décharge . générale à son débarquement
; ensuite prenant par les der
rieres de Pera , elle monta avec un grand
cortége au Serrail des Itchoglans , où elle
dîna. On avoit compté que le Sultan traverseroit
le Fauxbourg,à son retour, mais
des flateurs courtisans , et de faux dévots
en détournerent Sa Hautesse
représentant d'un air empressé , quand
elle E
>
>
cn lui
924 MERCURE
DE FRANCE
elle voulut se remettre en marche , que
ces ruës n'étoient habitées que par des
Infideles , et que leurs regards pourroient
lui être d'un sinistre présage. Cet avis
supersticieux lui ayant fait changer de
sentiment , elle reprit la même route par
où elle étoit venue , aprés avoir donné
75. mille livres aux jeunes gens de ce
Serrail qu'on y éleve pour son service , et
dont elle emmena quelques uns avec elle
des mieux faits et des plus capables.
Pendant que l'Empereur se promenoit
ainsi avec la plus grande partie de sa
Cout , et qu'il ne paroissoit pas qu'on
songeat qu'il y cut des Rébelles à Constantinople
, le Kam des Tartares , le G.
V. le Mufty , Dgianum-Codgca , et quelassemblez
secret- ques autres Ministres ,
tement au Serrail prononçoient leur
Sentence de mort. Ils travaillerent jusà
trouver ques bien avant dans la nuit ,
les moyens de l'executer , car ils furent
long- temps embarrassez sur le choix des
Acteurs de cette Tragedie.
›
}
Le Capitan - Pacha avoit d'abord proposé
d'en charger ses Leventis , mais on
fit réflexion que la plupart des Révoltez
étoient Janissaires , et que ce seroit jete
ter une semence de haine implacable entre
ces deux corps , qui ne finiroit peutêtre
que par l'extinction de l'un ou de
l'autre
AVRIL 1731. 985
T'autre ; enfin après s'être tournez de tous
les côtez , ils convinrent qu'il falloit don
ner cette expedition à faire aux Bostangis
, et autres domestiques du Serrail
parce que ,étant particulierement attachez
à la personne du G. S. les Janissaires ne
pourroient pas se formaliser de leur obéissance,
aux ordres deS.H.d'autant plus qu'il
y a plusieurs exemples que les Bostangis
ont été commis à de pareilles executions.
Le 25 au matin , tout étant préparé
le G. V. envoya inviter Patrona , Mouslouh
, et le Janissaire Aga , de venir au
Serrail , pour y rendre compte au Sultan
, de la conference qui avoit été tenue
le 23. et pour prendre des arrangemens
avec eux , tant sur les affaires de Perse
que sur toutes les autres qui regardoient
l'Empire. Ils s'y rendirent sur les onze
heures avec 26. personnes seulement , qui
resterent dans la premiere cour . Pour
eux ils furent introduits dans l'interieur
de ce Palais , à la Chambre nomméc
Sunnet- Odassi , où ils trouverent le Kam
des Tartares , le Mufty , le G. V. Dgianum
- Codgca , les deux Kadileskers en e
xercice , l'Istamboul-Effendi, et grand nombre
de Gens de Loy, tous assis sur le Sopha ,
chacun selon son rang ; ils s'y mirent aus,
C'est la Chambre où l'on fait la cérémonie de
la Circoncision des Princes Ottomans.
E ij si
916 MERCURE DE FRANCE
si selon le leur , et quoiqu'il y eut
dans la même Chambre ↑
beaucoup
d'Officiers, Dasseskis , et de Bostangis , qui
se tenoient de bout , ils ne soupçonerent
rien de la catastrophe qui leur de
voit arriver , parce que n'étant pas permis
à ceux qui entrent dans le Conseil de
faire entrer leurs gens dans cet endroit ,
ce sont toûjours des domestiques du G.
S. qui les servent en ce dont ils peu
vent avoir besoin ; de sorte que par la
grande quantité de Maîtres qu'il y avoit
alors , celle des Officiers et des domestiques
de S. H. ne devoit point paroître
extraordinaire aux Rébelles.
9
Tout le monde étant donc en ordre , le
G. V. prit la parole , et la portant d'abord
à Patrona , S. H. lui dit- il , vous
fait Bieylierbey de Romele , et vous donne
le Commandement de 30. mille hommes ,pour
aller joindre Achmet , Pacha de Babilone ,
avec lequel vous agirez de concert contre les
Persans.
1 Il s'adressa ensuite à Mouslouh et au Janissaire
Aga; il dit au premier,que l'Empereur
lui donnoit la qualité de Bieylierbey
de Natolie , avec un Commandement de
Troupes aussi , et au second qu'on le faisoit
Pacha à trois queues . Quant à vous ,
ajoûta- t'il ,se tournant vers Zulali - Zadé
Kadilisker- d'Asie , et vers Abdollach - Ef
fendį .
AVRIL. 1731. 927
-
fendi, Lieutenant General de Police , le G.
vous fait présent d'une queue à chacun .
A peine ce Ministre eut-il proferé ces
derniers mots , que Mustapha-Aga , dont
nous parlerons dans la suite cria , qu'on
extermine tous ces ennemis de l'Empereur et.
de l'Empire : aussi- tôt plus de trente personnes
se jettant le sabre à la main sur
Patrona , Mouslouh , et le Janissaire
Aga , les tuerent avant qu'ils eussent le
tems de se reconnoître.
On raconte ce massacre de differentes
manieres ; il y en a qui prétendent que
ces trois Rébelles se voyant perdus , vendirent
cher leurs vies , en blessant à mort
plusieurs Bostangis , et que Dgianum ,
Codgea fut le premier qui porta un coup
au Janissaire Aga , lequel se mettoit en
devoir de le tuer; d'autres rapportent qu'il
ne fit seulement que lui saisir les mains ,
et cela est assez vrai - semblable ; on dir
les Leventis furent enployez
dans cette affaire ; il est vrai que le Capitan
- Pacha , en avoit amené beaucoup
avec lui , mais ils resterent dans la premiere
Cour , et ne penetrerent point plus
encore que
avant.
Il y a peut être lieu de s'étonner que Patrona
, rusé et prévoyant comme il étoit,
se fut exposé à entrer dans le Serrail' sans
armes et sans suite , d'autant plus que les
E iij autres
928 MERCURE DE FRANCE
autres fois qu'il y étoit allé , il avoit toû
jours porté son sabre et ses pistolets , er
s'étoit fait accompagner par beaucoup de
ses camarades ; mais on répond à cela que
le G. V. pour le faire mieux tomber
dans le piége , lui avoit fait dire en
particulier , qu'ayant cette fois ci des matieres
à traiter de la derniere importance ,
et que reconnoissant qu'il avoit en raison
de se plaindre dans le dernier Conseil que
F'assemblée étoit trop nombreuse , il le
prioit de ne mener que peu de monde avec
Jui , afin que les secrets de l'Etat ne fussent
pas divulguez aux Infideles ; si bien
que Patrona , flatté de ce que ce Ministre
donnoit dans son sens , se livra avec tant
de confiance, qu'il fit même rester ses gens.
dans la premiere cour , et qu'il n'avoit
d'autre armes qu'un espece de Couperet ,
caché sous sa Pelisse , encore ne lui servitil
de rien , car ayant voulu le prendre ,
quand il vit qu'on venoit sur lui , Mustapha
Aga le prévint et lui abatit un bras
d'un coup
de Sabre.
و
A l'égard de Mouslouh qu'il avoit
aussi engagé à venir comme lui sans atmes
, il s'enveloppa dans ses Pelisses magnifiques
, et se laissa tuer sans faire le
moindre mouvement.
Quoiqu'il en soit de toutes ces cir
constances , dès que ces séditieux furent
J morts
AVRIL. 1731. 929
s
morts , on jetta leurs cadavres dans la
troisiéme cour , où est la chambre de Sunnet
- Odassi et l'on fut chercher les
26. enfans perdus , qui étoient demeurez
dans la premiere . On leur dit avec
politesse , que le G. V. qui venoit de donner
des Pelisses à leurs Chefs , les demandoit
pour leur donner aussi à chacun un
Caftan ; mais on ne les fit entrer que trois
ou quatre à la fois , à diverses reprises
sous prétexte de faire cette cérémonie
avec plus de décence , mais à mesure que
ces miserables étoient passez dans la seconde
cour , on les assomoit. Cependant au
bout d'une demie heure , quelques uns de
ceux qui restoient encore , ne voyant revenir
aucun de leurs camarades eurent
quelque soupçon de ce qui se passoit , et
voulurent se sauver , mais trouvant toutes
les portes fermées , ils furent investis
et tuez comme les autres .
,
Le bruit s'étant répandu par la Ville ,
que les Chefs des Rebelles étoient depuis
long- tems au Serrail, dont on avoit fermé
les Portes ; cela réveilla quelques- uns de
leur partisans qui y vinrent avec précipitation
, mais les Portes ayant été ouvertes ,
ces Agas , qui faisoient tant les braves , ne
virent pas plutôt des Chariots chargez de
corps massacrez , que saisis d'épouvante ,
Eij
›
ils
930 MERCURE DE FRANCE.
ils s'en furent , et abandonnerent même
leurs Chevaux.
Tous ces cadavres furent étalez dans
la rue ; il s'y amassa
>
ruë il s'y amassa un peuple innombrable
, pour les considerer , surtout
celui de Patrona , que chacun voulut voir
préferablement
aux autres ; ils ne furent
pourtant exposez que deux heures , après
quoi on fut les jetter dans la Mer , de
crainte qu'un spectacle si effrayant n'eut
des suites dangereuses , et que les Rébelles
, qu'on sçavoit être en grandnombre ,
se sentant aussi coupables que ceux dont
ils voyoient les tristes restes n'excitassent
un second soulevement populaire
dans l'esperance d'éviter un pareil sort
à la faveur des nouveaux désordres
en effet il y en eut plusieurs qui furent
au Bezestin pour en faire fermer les boutiques
, mais ils n'y purent jamais parvenir
, le G. S. ayant pris le devant par un
Katcherif adressé au Bt zestin Kyassi ,.
( c'est à peu près comme le Prevôt des
Marchands , ) qui menaçoit de mort
quiconque fermeroit ou souffriroit que
Fon fermât les boutiques pour quelque
cause que ce fut.
>
On vient de voir que les dons imaginaires
. que le G. V. avoit faits de la part du
Sultan , à Patrona , à Mouslouk`, et au
Janissaire Aga , avoient été le signal de
leus
AVRIL 17313 931
perte , mais comme tout le monde ne
comprendra pas , que ce ministre en disant
ensuite à Zulali - Kadé , et Abdollah-
Effendi , que Sa Hautesse leur faisoit présent
d'une queue , leur anfonçoit aussi la
mort ; il ne sera pas hors de propos
d'expliquer
cette espece d'Enygme..
Les Effendi , ou Gens de Loy , sont en
si grande vénération dans cet Empire
sur tout par rapport à leur sçavoir, que les
Empereurs les ayans toûjours honorez jus
qu'à la superstition , il y a très - peu d'exemples
qu'ils en ayent fait mourir. Ainsi
quoique ceux dont il s'agit ici , pour
avoir été les Arcsboutans de la Révolte ,
méritassent le dernier supplice ; S. H. qui
ne voulut point violer leur caractere ,
fut obligée de les en dépouiller , afin d'àvoir
la liberté de satisfaire à sa justice ,
et ce fut en leur donnant cette queue que
se fit leur dégradation , parce que ce signe
d'honneur , qui est incompatible avec
l'état d'homme de Loy , les faisants passer
dans celui d'homme de guerre , auquel
il est particulierement affecté , le
Sultan n'étoit plus arrêté par aucun scrupule
, et pouvoit disposer à son gré de
leur vie , dés le moment qu'ils avoient
cessé d'être Effendi ..
Il sembleroit par cette raison , que
S. H. auroit donc dû les faire périr sur le
Ev champ
32 MERCURE DE FRANCE
champ comme les autres , mais un reste
de menagement pour leur dignité , et la
présence de leurs confreres l'engagea à les
faire executer ailleurs .
Dès que le G. V. leur eut donné la funeste
marque de distinction , dont on
vient de parler , on les conduisît à la pri
son du Bostangis- Bachi ; ils y trouverent
beaucoup de personnes de l'ancien ministere
, que Patrona et Mouslouh y avoient
fait mettre , et Abdoullah- Effendi , que
les approches de la mort ne rendoient
pas plus sage , appercevant parmi ces pri
sonniers le Vaivode de Galata , qui après
avoir été long-temps caché avoit enfin
été pris , lui dit , Vous l'avez tous échapez
belle , car nous étions bien résolus de
vous envoyer en l'autre monde ; heureusementpour
vous on nous a prévenus. Le vieux.
Vaivode piqué , lui répondit d'un air gra
ve ,
.
et colere tout ensemble ; je me sousie
si peu de la vie , que je mourrois satisfait
, si je pouvois auparavant avoir le plai..
sir de teindre ma barbe blanche de ton
sang. Leur conversation n'en seroit pas
demeurée là , mais des Officiers vinrent
l'interrompre pour conduire ces deux
Effendi degradés sur une Galere qui
étoit à la pointe du Serrail , et de laquelle
, après les avoir étranglez , on les
jetta dans la Mer.
La
AVRIL. 1731% 933
La nouvelle de toutes ces exécutions
templit d'une joye universelle tout Constantinople
et ses Fauxbourgs ; la plûpart
des Turcs égorgerent des Moutons en sacrifice
, de leur propre mouvement , et
devancerent les ordres du G. S. qui fit
publier que tout le monde rendit grace à
Dieu , de ce que par sa misericorde , l'Etat
étoit enfin délivré des traîtres et perfides
Chefs de la rébellion .
S. H. commanda en même- tems qu'on
eut à dénoncer et à saisir tous ceux qu'on
reconnoîtroit avoir été de leurs compli
ces , pour leur faire souffrir les mêmes
châtimens ; de sorte qu'en trois ou quatre
jours il périt par differens genres de
mort , la plupart dans le silence de la nuit,
près de 6000 de ces malheureux . Ils ne
sçavoient où fuir , ni à qui se confier ; on
les trouvoit on les arrêtoit , on les
déceloit par tout.
›
Il y en eut pourtant sept des plus criminels
, qui se sauverent chez le Kam des
Tartares ; ce Prince les garantit de la main
des bourreaux , moins par un effet de sa
compassion , dont ils étoient indignes.
que pour conserver à son Palais le droit
qu'il a d'azile inviolable ; mais il prit la
précaution de faire poser des Gardes à
toutes ses portes , afin qu'à l'avenir son
équité ne fut plus compromise en réfus
Evj giant
934 MERCURE DE FRANCE
giant chez lui de pareils scelerats .
Sultan Mahmout , encore plus attentif´
à récompenser qu'à punir , donna le même
jour la dignité de Janissaire- Aga , à
Mussin- Oglou - Abdullah , Pacha de Nisse,
qu'on avoit fait venir depuis peu , et dont
on se servit utilement dans ces conjonctures.
S. H. le fit outre celá Vizir à tros
queues. Il est vrai que la Charge de Ja- ·
nissaire Aga donne bien ce rang par ellemême,
mais quand on en est honoré indépendamment
de la Charge , celui qui´là .
pos ede en a plus de relief et d'autorité
et c'est par cette raison , que sous le précédent
Ministere , on n'a jamais fait de
Jani saires Agas , que des Pachas à deux
queues , afin qu'ils n'eussent pas tant dė
crédit. Dgannum Codgea , qui venoit
d'être fait Capitan Pacha , n'avoit aussi
qquuee deux queues ; mais le G. S. satisfait
de ses bons conseils et de son courage , lui :
en donna une troi iéme.
Mustapha Aga , dont nous avons promis
de parler , reçût pareillement des
marques dé la bien -veillance du G. S. On
le connoissoit autrefois sous le nom dè
Pehlivan , qui veut dire le Lutteur , parce
qu'en effet son adresse et sa force à là
lutte , et dans tous les autres exercices du
corps , jetterent les premiers fondements .
de sa fortune. Il avoit été dès son bass
âgé
AVRIL 17317 935
་
age créature du Kan des Tartares , à présent
régnant , qui le fit ensuite Officier
dans les Janissaires , et il se trouvoit Capitaine
de la 17 Compagnie , lorsque la ré
volte éclata. Pelivan s'enfuit: aussi tôt à
Brousse , auprès de son ancien Maître ' ,
pour n'être point impliqué dans tous les
forfaits qui s'alloient commettre ; puis
étant revenu à la Cour avec le Kam , ce
Prince le présenta au G. S. comme un su
jet fidele , et d'une valeur éprouvée : ce
*fut lui , comme nous l'avons dit , qui fut
chargé d'annoncer l'ordre du massacre
des Rebelles , et qui le commença le pre
mier , en coupant un bras à Patrona. S.
H. voulant donc reconnoître ce service ,
ket se souvenant aussi des rapports avantageux
que le Kam lui en avoit fait , le nomma
Lieutenant General des Janissaires , à
la place de Mouslouh. Sa modestie lui fit
d'abord refuser cette faveur; il representa
qu'il n'étoit pas assez ancien dans son
Corps , qu'il n'avoit pas assez de méri
te pour remplir une Charge si distinguée,
et que cela pourroit lui attirer l'envie et :
la haine des autres Officiers , qui en étoient :
plus digne que lui ; mais le G. S: passant
pat- dessus toutes ces considérations , lui
commanda d'obéir , ce qu'il fit en rendant
mille graces à S. H.
8
Le lendemain 26 Novembre , l'Empe →
reur
936 MERCURE DE FRANCE
reur envoya des Katcherifs à tous les
Chefs des differentes Milices , pour leur
faire part de ses heureux succès , et leur
enjoindre de faire observer une exacte discipline
à leurs Soldats ces commandemens
furent accompagnez de sommes considerables
, dont S. H. voulut qu'on fe
distribution dans chaque Corps . Elle envoya
so mille écus aux Janissaires , 60
mille livres aux Tobgdgis , et 75 mille
aux Gbedgis. Les Troupes , charmées des
génerositez de leur Souverain , firent des
prieres pour sa conservation et sa prospérité
, et durant toute cette journée , Constantinople
fut dans l'allegresse , excepté
les Rebelles , dont on prit un grand nombre
, qui ne survêcurent que peu d'heures
à leur emprisonnement .
Le miserable Yanuki eut aussi la tête
coupée , pour le punir de la témerité qu'il
avoit euë , de vouloir devenir Prince de
Moldavie malgré le G. S. Ainsi l'espece
de prédiction de Patrona , quand il demanda
à ce Boucher s'il ne se soucioit pas.
de vivre plus long-tems que lui , s'accomplit
presqu'à la lettre , puisqu'ils moururent
à un jour l'un de l'autre.
Le 27. les principaux Ministres , et les
premiers Officiers des Troupes , donnerent
toute leur application à redoubler
leurs recherches et leurs poursuites contre
le
*
AVRIL 1731.
937
"
Te reste des Rebelles , surtout pour empê
cher les incendies , car Patrona avoit déclaré
plusieurs fois , que si jamais on attentoit
à ses jours , il feroit mettre le feu
aux quatre coins de Constantinople , et
pour y mieux parvenir , il avoit placé
dans tous les Bains , des gens qui lui étoient
dévoüez entierement. Effectivement , la
plupart des gens qui les servent sont Albanois
, comme il l'étoit or il y a
une grande quantité de cette Nation parmi
la populace , et l'on remarquoit en eux
un certain air d'arrogance et de révolté ;
jusques- là , que ceux qui tiroient d'eux.
quelques services , étoient obligés de les.
payer au double , encore les menaçoientils
de Patrona , dont la prosperité rapide
et brillante , les avoit si fort éblouis , qu'ils
croyoient tous faire fortune par son cainal
; mais depuis sa mort , ces rustres glo
ricux sont devenus si humbles , et si craintifs
, qu'on n'en voit presque plus paroî
tre dans les rues . Le G. V. en a beaucoup
fait pendre , et pour des fautes les plus légeres
, on leur donne de cruelles bastonades
, afin qu'ils n'oublient pas si - tôt l'auteur
de leurs biens chimeriques , er de
leurs maux réels .
Le 28 Novembre , jour auquel nous finirons
cette Relation et auquel
ent aussi fini les suites de la Révolté
,
сем
9
938 MERCURE DE FRANCE
commencée à pareil jour du mois de Sep
tembre précédent , toutes les personnes
de l'ancien Ministere qui étoient encore
en prison , furent élargies , moyennant
des taxes modiques , et le G. S. fermant
l'oreille à la séverité , pour n'écouter plus
que la clémence , accorda une amnistie
generale à tous ceux qu'on pouvoit encore
accuser d'avoir eu part et d'avoir contribué
aux troubles de l'Erat; avec cette modifica--
tion pourtant , que ceux qui seroient reconnus
pour avoir été du nombre des premiers
conjurez , et qui auroient persisté?
dans la rébellion jusqu'à la fin , n'auroient
que la vie sauve , et subiroient l'éxil qu'on
leur prescriroit.
HISTORIQUE ;
exacte et détaillée de la derniere Révolution
arrivée à
Contantinople ; écrite d'abord
en Turc par un Effendi , avec plusieurs
circonstances de cet Evenement , tirées
d'autres Memoires.
L
A décadence des affaires enPerse ,
faute par le Grand Vizir Ibrahim-
Pacha , d'y avoir fait passer
des secours tels que les conjonctures le demandoient
, et l'oppression dans laquelle
le peuple gémissoit depuis long-temps par
les vexations des Ministres , ou de ceux
qui les exerçoient sous leur autorité et
par
l'établissement de plusieurs Impôts
jusqu'alors inconnus en Turquie , sont
A lcs
830 MERCURE DE FRANCE .
les deux causes principales de la Révotion
arrivée le 28. Septembre 1730.
Ce jour qui répond à l'année de l'Egire
1143. le 13. de la Lune de Rebiul Euvel,
un Jeudi à 9. heures du matin , Patrona-
Kalil, (a ) de Nation Albanoise, et quelques
autres gens sans aveu et de la lie du peuple
de Constantinople , comme Mouslouh
Emir- Ali , &c. produisirent ce grand
Evenement , qui par ses circonstances
mérite d'être transmis jusqu'aux siecles
les plus reculez ; il peut servir d'exemple
aux personnes revêtues d'éminens Emplois
, pour leur apprendre que quelques
élevez qu'ils soient , ils ne doivent jamais
perdre de vûë le vil état d'où on les a
tirez , (b) et que le dépôt du Gouvernement
de l'Empire leur étant confié , ils
doivent se comporter d'une maniere à s'attirer
l'approbation generale , comme s'ils
étoient toûjours environnez de vengeurs
de leur mauvaise administration , tels que
Patrona et ses Adhérans , qui tout inca-
(a) Il avoit été autrefois Leventy , c'est- à- dire
Soldat de Marine , et avoit servi sur le Vaisseau
la Patrone , d'où lui est venu le sobriquet de
Patrona. Depuis quelque temps il étoit Jannissaire
, ainsi que Mousloub et Emir- Ali.
(b) L'auteur fait cette refléxion , sur ce que n'y
ayant presque point de Noblesse en Turquie , ce
sont communément des gens de rien qui parvien
nent aux plus grands Emplois.
pables
AVRIL. 1731 . 831
pables qu'ils paroissoient d'une haute
entreprise , ont pourtant forcé le Sultan
Achmet III . d'abandonner le Trône de
ses Ancêtres.
Patrona-Kalil avoit merité plusieurs
fois la mort par ses actions de scelerat.
Il étoit âgé de 40. à 45. ans , de moyenne
taille , dégagée et bien prise , la mine
haute et fiere , portant moustache noire.
Mouslouh , et Emir- Ali , ne valoient pas
mieux que lui ; cependant ces hommes
si méprisables en apparence , tramant
depuis long-temps les moyens d'exciter
le peuple à la révolte , enfin parvinrent à
l'execution de leur dessein execrable . (a)
Voici comme ils s'y prirent.
Ils s'attrouperent d'abord en petit nombre
près d'une Fontaine dans la grande
Place qui est devant la Mosquée de Sultan
Bajazer ; là ils convinrent entr'eux de
se diviser en trois troupes , dont l'une iroit
au Bezestin , qu'elle traverseroit ; l'autre
sortiroit par la Porte de Bacché- Capi ; (b)
la troisiéme par la ruë de Divan Joleu, (c)
(a) Il paroît par cette expression et plusieurs
autres qu'on trouvera dans la suite , que l'Auteur
Turc n'approuve pas la Révolte , quelque bien
qu'elle ait apporté à l'Etat.
(b) Porte de Constantinople , appellée Porte
du Jardin .
(‹) C'est la grande ruë qui conduit au Serrail ,
A iij et
32 MERCURE DE FRANCE
et qu'ensuite elles se joindroient toutes
trois à la Place d'Etmeïdan. (a )
Cet arrangement pris , la Troupe de
Patrona - Kalil , partit la premiere ; ils
avoient un petit Drapeau déployé , le
Sabre à la main , et crioient par tout où ils
passoient , que les Marchands et Artisans
fermassent leurs Boutiques , et que tout
bon Musulman suivît leur Enseigne à
Etmeïdan , où l'on avoit à leur communiquer
de justes prétentions contre le Ministere
présent ; les deux autres Troupes
en ayant fait de- même dans la route qui
leur étoit prescrite , l'allarme se répandit
bien- tôt par tout Constantinople , les
Boutiques furent fermées , et la plus grande
partie des Turcs qui les occupoient
au lieu d'aller au rendez - vous , furent
se cacher dans leurs maisons , (b) ainsi
que les Chrétiens et les Juifs.
Le Grand -Seigneur et le Grand- Vizir
étoient au Camp de Scutary pendant ces
troubles naissants : Mustapha , Capitaneu
se tient le Divan du G. S. d'où elle tire son
aom , comme qui diroit la rue du Conseil.
(4) Etmeidan est une grande Place sur laquelle
donnent les Cazernes des Janissaires , et où on leur
distribue la viande.
(6) La plupart des Marchands et Artisans en.
Turquie , ne logent pas au même endroit où sont
Jeurs Boutiques,
Pacha
AVRIL. 1731 833
Pacha et Kaïmakan , qui en cette derniere
qualité devoit être instruit à porter un
prompt remede , se trouvoit près des Châteaux,
dans le Canal de la Mer Noire,à une
de ses Maisons de Campagne , où il s'amusoit
à faire planter des Oignons de
Tulipes ; et le Reys- Effendy , Secretaire
d'Etat , étoit pareillement à une de ses
Maisons du même Canal , où livré à son
indolence naturelle , il traitoit de bagatelles
ou de fable tous les avis qu'on venoit
lui donner de ce qui se passoit à
Constantinople ; de sorte qu'il n'y avoit
alors dans la Ville aucun Grand d'une certaine
autorité , pour y rétablir l'ordre ,
que le Janissaire Aga et le Kiaya du G.V.
Ce dernier ne fut pas plutôt averti de
l'émeute , dont il avoit plus lieu que
personne de redouter la fureur , que perdant
la tramontane , il fut s'embarquer à
P'Echelle la plus prochaine de son Palais,
et s'enfuit à Eyoup dans le fond du Port.
Quant aù Janissaire Aga , homme
venerable par son grand âge , il assembla
d'abord sa Garde ordinaire , se mit
à la tête et courut au-devant des Rebelles
, pour tâcher de les dissiper ou de
les ramener par la douceur ; mais voyant
qu'il ne faisoit que les aigrir davantage ;
que sa propre Garde , bien loin d'être disposée
à le seconder, murmuroit de ce qu'il
A iiij
ne
834
MERCURE
DE
FRANCE
.
ne se rangeoit pas de leur côté comme
ceux - cy l'y invitoient , et quelqu'un l'étant
venu avertir qu'une autre Troupe
de Séditieux marchoit droit à son Palais.
pour le piller , il ne songea plus qu'à sa
sureté personnelle ; il s'esquiva dans la
foule , se travestit , s'embarqua dans un
Bateau à une seule paire de Rames , afin
d'être moins reconnu et passa à Scutary ,
où il fut s'enfermer secretement dans une
maison qui lui appartenoit , sans informer
de rien le G. V.tant il avoit peur que
ce Ministre ne le fit mourir sur le champ,
pour n'avoir pas prévenu et étouffé dans
sa naissance ce soulevement.
Cependant les Rebelles ayant le champ
libre , leur nombre croissoit à vûë d'oeil;
ils entraînoient comme un Torrent tous
les Turcs qu'ils rencontroient , menaçant
de tuer ceux qui refuseroient de les suivre,
comme effectivement ils en massacrerent
plusieurs qui aimerent mieux mourir
fideles que de vivre traitres à leur
Souverain . Ils forcerent les Prisons et se
firent des Compagnons de fortune d'autant
de Turcs criminels qu'ils y trouverent.
D'ailleurs beaucoup de gens , qui
quoiqu'animez de leur même esprit ,
n'avoient pourtant encore osé se déclater
, n'hesiterent plus à se rendre sous
leurs Drapeaux , dès qu'ils virent des.
com
A V RIL. 1731. 833
mencemens si favorables et si prompts.
Or le feu de la sédition avoit déja fait
de grands progrès avant que le G.V. en fut
instruit,ceux qui étoient venus dans la matinée
de Constantinople à Scutary , et qui
n'avoient vû , pour ainsi dire, que les premieres
étincelles de ce grand incendie ,
lui ayant seulement rapporté que quelques
Bandits s'étoient battus devant le
Bezestin , sur quoi les Marchands naturellement
peureux, avoient pris l'épouvente,
et fermé leurs Boutiques ; mais que le Janissaire
Aga y étant accouru avec da
monde , les avoit fait r'ouvrir, avoit écar
té la canaille , et qu'il n'y avoit plus rien
à craindre. Ensorte que le G. V. trompé
et tranquillité par ces faux rapports , ne
sçût au vrai la cho e que vers les 4. heures
après midy , que le Mufty , le Kaïmakan,
le Kiaya et d'autres principaux Ministres
ou Officiers , vinrent à Scutary lui en faire
le funeste détail
Le Kaïmakan sur tout cherchant à se
disculper , lui dit qu'ayant appris le tumulte
entre 10 et 11. heures , il étoit
venu à Constantinople et qu'aussi - têt
il avoit monté à cheval pour rétablir la
tranquillité , mais qu'à mesure qu'il
faisoit r'ouvrir les Boutiques , les Rebelles
qui le suivoient , les faisoient re
fermer , et que n'étant soutenu d'aucu-
A v ne
836 MERCURE DE FRANCE
nes Troupes pour réprimer leur insolence,
il avoit été obligé de se retirer.
On tint Conseil sur le champ ; mais les
avis y furent si divers et si débattus , qu'il
dura jusqu'à l'entrée de la nuit , et qu'on
n'y résolut rien , sinon d'en aller tenir un
autre chez le G.S. Le résultat de celui - cy
fut qu'il falloit que Sa Hautesse et toute
sa Cour passassent à Constantinople où
l'on seroit plus à portée de remedier à
tout.Pour cet effet on envoya chercher une
Galere , sur laquelle s'embarqua le G. S.
et le G. V. le reste de la Cour les suivit
dans des Caïques , et tous furent débarquer
à minuit à l'Echelle de Top- Capy ,
qui est à la pointe du Serrail..
Le Sultan étant monté à la Kasoda ou
Chambre Imperiale , s'assit dans un coin
du Sopha , d'où il pouvoit entendre tout
ce qui se disoit dans un Appartement voisin
, où le G. V. les autres Ministres , les
Gens de Loy et autres Grands de l'Empire
s'assemblerent déliberer de nouveau
sur le parti qu'il y avoit à prendre dans
une si pressante extrémité ; mais les sentimens
y furent encore plus partagez
qu'au premier Conseil , et l'heure fatale
marquée par le sort pour la fin de
leur Regne étant venu , leurs délibepour
Fchelle du Canon , parce qu'il y en a là em
Baterie,
rations
A VRIL. 1735. 837
rations n'aboutirent qu'à précipiter leurs
destinées ; ils convinrent cependant tous
unanimement à la fin , que le nombre des
Rebelles n'étant pas encore assez.considerable
pour que l'on ne pût esperer de
les mettre à la raison , il falloit avant qu'ils.
se multipliaffent davantage , leur opposer
un Corps de Troupes , et les aller attaquer.
Quoique cet avis fût peut- être le meilleur
, s'il avoit été suivi sans differer , le
G. S. avant de s'y rendre , voulut tenter
une autre voye. Dès qu'il fut jour Sa Hautesse
envoya un Bach Asseski ( c'est un
des principaux Officiers du Corps des
Bostandgis ) à Etmeïdan , ordonner aux
Rebelles de se retirer et les menacer qu'on
feroit main-basse sur eux s'ils n'obéïssoient
promptement. Ils répondirent sans.
marquer la moindre crainte , qu'ils s'étoient
assemblez pour le bien et l'honneur
de l'Etat ; qu'ils avoient des représentations
équitables à faire à leur Émpereur
, et qu'ils ne quitteroient point les
armes qu'on ne leur eût rendu justice.
Sultan Achmet , indigné d'une réponse
si audacieuse , s'emporta fort contre le
G. V. ce qu'il avoit déja fait la veille , et
Paccusa de nouveau d'être la cause de
tout ce desordre . Le Ministre s'en disculpa
et en jetta , comme il avoit déja fait , la
A vj faute
838 MERCURE DE FRANCE
faute toute entiere aussi sur le Kaïmakans
il accabla même ce dernier des reproches
les plus durs en presence de Sa Hautesse ,
vers laquelle se tournant tout d'un coup :
Seigneur, lui dit-il avec transport , souffriras-
tu qu'une ame si vile et qu'un miserable
tel que celui- cy jouisse encore de la
lumiere.
Le Sultan frappé de ce qu'il venoit d'entendre
fit aussi- tôt arrêter le Kaïmakan
puis prenant un ton plus radouci , donna
divers ordres au G. V. sur la situation
des affaires ; l'habile Ministre qui les jugea
impraticables ou inutiles à suivre ,
lui répliqua sans s'amuser à combattre
ses sentimens : Seigneur, dans la crise où se
trouve l'Empire , je ne vois que deux choses
à hazarder, ou que Sa Hautesse se mette
elle-même à la tête de sa Maison et aille
fondre sur les Rebelles , étant persuadée que
sa seule presence pourra les désunir et les déconcerter
, ou qu'elle me permette d'y aller à
sa place , me flattant que je suis assez aimé
des Troupes pour me faire un Party considerable
dès que je paroîtrai.
Le craintif G. S. n'ayant goûté ni l'une
ni l'autre de ces propositions , essaya
vainement de s'attirer du secours du dehors
; il fit déployer le Sangiak- Cherif *
J
* C'est-à- dire le saint Etendart , qui selon les ,
Turs , fut apporté du Ciel à Mahomet par l'Ang
ge Gabriel.
AVRIL. 1737. 83
à la porte du Serail , et fit crier du haut
des murailles que tout Soldat qui voudroit
venir sous cette Baniere pour aider
l'Empereur à soumettre les Rebelles , auroit
30. écus de gratification et qu'on
lui augmenteroit sa paye de deux Aspres *
par jour.
Ces belles promesses ne gagnant le coeur
de personne , il fallut en revenir , mais,
trop tard , au dernier projet du Conseil ,
qui étoit , comme on a dit , de former un.
Corps deTroupes . On choisit les Bostangis
par préference à toute autre Milice
non-seulement parce qu'ils sont les gar
diens naturels du Serail , mais aussi parce
que les Ministres avoient toûjours eû.
quelques égards pour eux, au lieu que les.
Janissaires , les Spahis , les Tobgis et
Dgebedgis , ayant été maltraitez ou méprisez
( sur tout par le Kyaya , qui pendant
son orgueilleuse prosperité les avoit
menacés plusieurs fois en public de les
détruire entierement ) on ne devoit pas.
esperer d'en tirer beaucoup de secours.
dans cette occasion ..
2.
On s'adressa donc aux Bosdtangis , mais.
quand il fut question de les assembler
ceux sur qui l'on pouvoit compter pour
une action de vigueur s'étoient cachez ,
ou avoient pris la fuite , de maniere que
L'Aspre vaut deux Liards.
ne
840 MERCURE DE FRANCE .
ne se trouvant plus que des enfans , des
malingres , ou des gens sans courage , incapables
de faire tête aux Rebelles , on
vît bien qu'il falloit se tourner d'un autre
côté. On jetta les yeux sur le Corps de la
Marine , et le G. S. ayant honoré de la
Charge de Capitan Pacha Abdi- Capoudan
, qui avoit la Charge de Maître du
Port de Constantinople , homme de résolution
; il l'envoya à l'Arsenal pour s'y
faire reconnoître en cette qualité : on lui
tira à cet effet cinq coups de Canon de ce
lieu , et tous les Vaisseaux arborant leur
Pavillon , lui en tirerent chacun un. Ce
nouveau General de la Mer, pour donner à
son Souverain des preuves de sa reconnoissance
et de son zele , ordonna aux Galeres
de se rendre à la pointe du Serrail , et fit en
même-tems battre la Caisse au nom du G.S.
›
en'
Cette opération cut d'abord assez
de succés et l'on avoit déja débarqué
au Sérrail environ 300 Leventis , ou
Soldats de Marine , lorsque Patrona Kalil ,
tombant tout à coup sur l'Arsenal
chassa le Capitan Pacha , et fit sçavoir aux
Léventis que s'ils embrassoient la deffense.
de la Cour , il ne leur feroit aucun quar-`
tier , et qu'il brûleroit tout à la fois leurs.
maisons , les Vaisseaux et les Galeres de Sa
Hautesse. Ces menaces firent de si fortes:
impressions sur les Soldats de la Marine ,
que
AVRIL. 1731. 841
que ceux qui alloient encore au Serrail
pour s'enroller , s'en retournerent , et la
plûpart de ceux qui y étoient déja , et qui
avoient reçû chacun 25 écus de présent ,
trouverent le moyen de s'évader de côté
et d'autres , sous divers prétextes .
Patrona- Kalil se ressouvenant qu'il avoit
été autrefois condamné à mort , pour un
assasinat , lors qu'il étoit Léventis sur le
Vaisseau que commandoit alors le même
Abdi - Capoudan , et que cet Officier lui
avoit sauvé la vie , saisit cette occasion
pour lui en marquer sa gratitude : il le fit
revenir à l'Arsenal , le rétablit dans sa di
gnité de Capitan- Pacha , et l'assura de sa
protection ; mais il emmena avec lui le se
cours que ce dernier avoit destiné au Sultan
, et l'augmenta de tous les malfaiteurs.
Turcs qui etoient , tant dans le Bagne
lieu où l'on enferme la Chiourme , que
sur deux Galères , d'où il les retira , et à
la faveur desquels , contre son intention
plusieurs Esclaves Chrétiens se sauverent ;
si bien que Sa Hautesse se voyant totalement
frustrée de ses esperances du côté
des armes fut obligée d'avoir recours à
la négociation.
J
د
On n'entrera point ici dans le détail de
toutes les allées et venues des Agens de
l'Empereur et de Patrona , non plus que·
des menaces verbales et par écrit , qui fu
rent
42 MERCURE DE FRANCE
›
rent faites de part et d'autre durant ces
jours de discussions intestines , mais nous
renfermant à rapporter l'essentiel de tout
cela , nous dirons que le vendredy , vers
le soir , S. H. renvoya le Bach- Assekу
un des principaux Officiers des Bostangis
demander aux Rebelles ce qu'ils voufoient
> et quelles étoient leurs intentions.
Ils répondirent qu'ils prioient le
Sultan de leur faire remettre en vie le
Mufty , le G. V. Ibrahim-Pacha , avec
Mustapha-Pacha , Caïmacan , et le Kyaya
Mehemel , tous deux Gendres du G. V.
et qu'à l'égard de S. H. ils étoient trèssatisfaits
de son Régne , et lui souhaittoient
toutes sortes de prospéritez .
Le G. S. sur cette réponse , fit arrêter le
Kyaya ; que l'on consigna aux Bostangis
, comme on leur avoit déja consigné
Te Kaïmacam ; pour le Mufty et le G. Vizir
, le Bach Assesky eut ordre de retourner
vers les Rebelles , et de leur dire que
le Sultan alloit déposer et exiler ces deux
Ministres ; qu'il les prioit de vouloir bien
se contenter de cette punition , et ne pas
exiger qu'on les privât du jour , en reconnoissance
de ce qu'il leur livreroit les
deux autres pour en faire ce qu'ils jugeroient
à propos .
Le Bach-Asseky rapporta , que les Rebelles
se contentoient bien de la déposition
AVRIL. 1731. 843
tion et de l'éxil du Mufty , mais qu'ils persistoient
à vouloir le G. V. L'Empereur ,
malgré son affection pour ce Ministre
qui d'ailleurs étoit son Gendre , voyant
après avoir tenu plusieurs conseils avec
les Gens de Loy , qu'il ne pouvoit le sauver
sans risquer de se perdre lui- même
lui envoya demander son cachet par le
Kislar Aga, et le fit ensuite conduire dans
l'Appartement qu'on nomme Musafir-
Oda , ( ou Chambre des Etrangers ) sans
lui faire aucun mauvais traitement. Cela
arriva le Samedy à midy , et la Charge
de G. V. demeura vacante depuis ce moment
jusqu'à 9 heures du soir , que S. H.
en honora Mehemet - Pacha , aussi l'un
de ses Gendres. Il avoit été Selictar- Aga ,
ou Porte-Sabre du G. S. et étoit sorti depuis
peu du Sértail avec la qualité de Vizir
à trois queues , qui le faisoit conseiller
cubé ou de voute , c'est - à- dire , qu'il
avoit séance au Conseil qui se tient dans
un lieu vouté.
Pendant que tout étoit en agitation dans
le Sérrail , fes Rebelles n'étoient pas oisifs
dans la Ville ; ils détachercnt plusieurs
partis , dont les uns furent piller quelques
maisons de proscrits , ( c'est- à- dire de
ceux qui avoient eu directement ou indirectement
quelque part au Ministere )
entr'autres à Galata , celle du Vaivode →
on
844
MERCURE
DE
FRANCE
où ils trouverent beaucoup d'argent
qu'ils jetterent par les fenêtres , ainsi que
tous les meubles , disant que des Musulmans
ne devoient pas profiter des rapines
et des extorsions que cet indigne Officier
avoit fait sur les Dgiaours , ou Infideles ,
& comme c'étoit leur bien , qu'il étoit
juste qu'ils le reprissent , effectivement
nombre de Grecs et d'Arméniens et de
Juifs ramasserent ce qu'ils voulurent
sans que les Turcs s'y oposassent ni prissent
rien pour eux .
2
D'autres furent crier de nouveau par les
rues , car ils avoient déja crié , sur les me
naces que le G. S. avoit faites , d'appeller
ses sujets Chrétiens à son secours , ) que
pourvû queles Infideles nes'attroupassent
point , et qu'ils se tinssent tranquillement
chez eux , il ne leur seroit pas fait le
moindre tort , et cela s'observa religieusement
en general. Patrona ayant exigé
par serment de tous ses Camarades , qu'ils
ne commettroient aucun excès , il y cut
pourtant quelques coquins qui le fausserent
, mais ceux que l'on reconnut ou que
l'on prit sur le fait furent punis de mort
par
l'ordre même des Chefs de la rebel-
* Cette Charge réunit les fonctions de Gou
verneur et de Lieutenant de Police , le Vaivode de
Galata étend son distric jusqu'à la Mer Noire , le
long de la côte d'Europe.
lion.
AVRIL. 1731. 845
fion. Ils firent publier aussi que les Boutiques
où se débitent les choses necessaires
à la vie fussent toujours ouvertes , et
si bien garnies , que cette Capitale du
monde et ses vastes Fauxbourgs ne souffrissent
aucune disette .
Quoique toutes les Milices fussent dèslong-
tems révoltées dans le coeur , cependant
les deux premiers jours de la sédition
, il ne paroissoit pas que les Jannissaires
, les Topgis et Dgebedgis y rempassent
, du moins ouvertement , affectant
au contraire une espece de neutralité , qui ,
à la verité , ne les excusoit pas envers leur
Souverain.
,
Mais les Rebelles s'étant emparés du
Dgebe-Kané, ils se partagerent en deux
bandes , les uns furent inviter les Jannissaires
à se joindre à eux pour les aider
leur dirent- ils , à consommer une entreprise
aussi utile et aussi glorieuse à l'Empire
qu'étoit celle qu'ils avoient commencée
, tandis que les autres étant passez
à
Top-Hana, sollicitoient la même union auprès
des Topgis , et Dgebedgis ; ces differens
corps firent mine quelque tems par
un reste de bienséance , de ne vouloir pas
se prêter à leurs instances réïterées , mais.
* Gebé- Cavé , Magazin proche le Serail , on
sont les poudres , le plomb , et autres munitions,
de Guerre.
846 MERCURE DE FRANCE
y cédant à la fin ils y consentirent , a
moins tacitement.
Les Rebelles qui n'en demandoient pas
davantage , entrerent alors dans les Odas,
ou chambres des Cazernes de ces Troupes
,
d'où ils enleverent sans obstacle , les
tentes , les grandes marmites , et autres
ustanciles qu'ils transporterent à la place
d'Etmeïdan , où ils dresserent un Camp
dans les formes . Bientôt après , les Jannissaires
et les autres Milices les suivirent ,
faisant pourtant toujours semblant d'y
être forcez , quoiqu'ils courussent à l'envi
les uns des autres , pour arriver des premiers
au lieu de l'Assemblée , excepté les
Officiers , qui demeurerent constamment
attachées au G. S. et dont la plûpart s'étoient
déja retirez au Sérrail.
Cette jonction de la Soldatesque aux
Rebelles , acheva de déconcerter la Cour :
l'Empereur voulut cependant faire encore
une tentative auprès d'eux pour en obtenir
la grace d'Ibrahim - Pacha , mais ils
répondirent insolemment qu'ils avoient
assez fair , de pardonner au Mufty, à quoi
ils ne s'étoient même déterminez qu'en
consideration de son sçavoir , et de la
qualité de Chef de la Loy , et qu'ils vouloient
absolument qu'on leur remit le
G. V. et ses deux Gendres , pour leur faire
rendre compte de leur administration .
Le
AVRIL: 1731.
847
Le Sultan convaincu par l'opiniâtreté
de ces mutins , qu'il qu'il ne lui étoit
pas possible de soustraire son Ministre à
leur fureur , le fit condamner par le Kadilisker
d'Asie avec le Kaïmacan et le
Kyaya, à être étranglés, et ordonna qu'on
porteroit leurs corps à Etmeïdan .
,
Le Kyaya Mehemel , n'eut pas plutôt
appris , quand on vint le tirer de sa prison
, que c'étoit pour le mener au Kapon-
Orasy , endroit du Serail où l'on execute
les criminels d'Etat , que la frayeur dont
il fut saisi prévint les Bourreaux , et lui fit
rendre l'ame sur le champ ; ils ne laisserent
pas de le traîner au lieu du suplice ;
où par formalité pour l'éxecution de la
Sentence , on lui passa une corde d'arc au
col , ou corde de boyau ; à l'égard du
Vizir et du Kaïmakam , ils conserverent
leur fermeté jusqu'à la fin . Ce dernier fit
tranquillement ses ablutions et ses prieres,
mais le Visir ne fit ni l'un ni l'autre , disant
qu'étant si prés de perdre la vie , il
ne vouloit pas se donner tant de peine.
Ainsi finirent ces fléaux du peuple le
Is
de la Lune
de Rebiul
- Euvel
à 9 heures
du soir , du 30 Septembre
, dans le tems
même
que Sa Hautesse
faisoit
Mehemet
Pacha
G. V.
, Le lendemain matin , les trois cadavres
presque nuds , furent chargez chacun sur
un
$48 MERCURE DE FRANCE
un Chariot , et conduits à Etmeïdan ; le
peuple qui les suivoit , après avoir exercé
sur eux mille infamies , criant le long du
chemin , que tous les ennemis de l'empire
et de la Religion puissent avoir le même
sort. Quand les Rebelles les virent arriver,
ils entrerent dans une colere inexprimable
, se récriant sur ce qu'on ne leur avoit
livré ces traîtres en vie comme le
G. S. le leur avoit promis. On leur répondit
, qu'il n'étoit pas d'usage qu'un Sultan
remit ses Ministres vifs entre les mains
de leurs ennemis , et qu'ils devoient être
contents de ce que S. H. avoit eu la condescendance
de faire pour eux.
pas >
Les Rebelles qui avoient leurs veuës ;
n'eurent garde de se payer de ces raisons ;
ils redoublerent de fureur , et déclarerent
sans ménagement , qu'ils vouloient
qu'Achmet III. fut déposé , et que Mahmoud
, son Neveu fut mis sur le
Thrône.
>
Leur propre sûreté les entraîna dans cet
excès de révolte; faisant réfléxion qu'Ach
met étoit naturellement cruel ; qu'il avoit
fait mourir tous ceux qui avoient détrôné
son frere le Sultan Mustapha II. en 1703 .
pour lui donner sa place ; qu'ainsi ils n'en
devoient pas attendre de meilleur traitement
s'ils le laissoient en état de se venger
des outrages qu'ils venoient de lui
faire
AVRIL. 1731. 849
faire , au lieu qu'en élisant Mahmoud
qui languissoit depuis 27 ans en prison ,
ils auroient sujet d'esperer que ce Prince ,
par reconnoissance de ce qu'il leur devroit
sa liberté et son élevation , n'attenteroit
point à leur vie.
Mais comme il falloit au moins quelque
prétexte spécieux , pour colorer une
infidelité si formelle , non contents des
plaintes ameres qu'ils avoient déja faites'
contre leur Souverain , de ce qu'il leur
avoit manqué de parole en leur envoyant
morts les trois Ministres ; ils feignirent de
croire ( et peut-être le crurent- ils effectivement
) que ce n'étoit pas même le corps
du G. V. qu'on leur avoit apporté , mais
celui d'un forçat de Galere , qui lui ressembloit
, et que l'on avoit substitué à sa
place.
La verité est que ce Ministre étoit si
méconnoissable après sa mort , ( ce qui
avoit même fait répandre dans le public
qu'il s'étoit empoisonné ) que son premier
Batelier qui le voyoit tous les jours depuis
long- tems , affirma que ce n'étoit pas lui.
et qu'on verifia d'ailleurs qu'il n'étoit pas
circoncis . Il est vrai que Ibrahim étoit né
Chrétien , et que dans le fond , n'ayant
aucune Religion , il ne s'étoit pas embarrassé
de se faire circoncire quand il vint
d'Asie à Constantinople , professer l'exte
rieur du Mahometisme.
850 MERCURE DE FRANCE
que
Quoiqu'il en soit , les Rebelles se crurent
suffisamment authorisez à soûtenir
le G. S. les avoit doublement trompez
; ainsi , après avoir assouvi leur rage
sur les cadavres du Kaïmakam et du
Kyaya , qu'ils pendirent ensuite à deux
arbres , pour en donner le spectacle à tout
le peuple , ils attacherent à la queuë d'un
cheval celui du malheureux Ibrahim , et
le traînerent jusqu'à la porte du Serrail ;
là, par des clameurs affreuses , ils demanderent
qu'on leur remit en vie le veritable
Ibrahim , avec le Deys- Effendi , et
toutes les créatutes du premier , ajoûtant
que puisqu'on ne pouvoit compter sur
les promesses d'Achmet , et qu'il s'obstinoit
contre toutes les Loix à proteger un
monstre qui avoit désolé l'Empire , il n'étoit
plus digne de régner , et qu'il falloit
le renverser du Thrône pour y placer
Mahmoud , qu'ils avoient déja proclamé
Empereur.
Le Sultan - Achmet mit en vain tout
en oeuvre pour tâcher de les calmer , leur
faisant offrir des récompenses considérables
, et de leur sacrifier toutes les victimes
qu'ils demanderoient ; ils furent infléxibles
, et s'en retournant à Etmeïdan
ils jetterent en chemin le cadavre d'Ibrahim
auprès d'une belle Fontaine , que
se Ministre , qui étoit magnifique en
tout ,
AVRIL. 1731. 851
tout , avoit fait construire depuis deux
ans pour l'ornement de la Ville et la
commodité du Public.
>
l'é-
Les Rebelles , quoique résolus à ne se
point relâcher sur la déposition d'Achmet
, avoient pourtant besoin , pour
xécution d'un projet de cette importance,
d'être guidez par quelqu'un qui eût des
lumieres et du crédit , et qui entrât en
même-tems dans leurs sentimens . Ils trouverent
ce qu'ils cherchoient lorsqu'ils s'y
attendoient le moins , dans la personne de
Ispiri-Zadé , Prédicateur ordinaire de la
Cour et de Sainte Sophie . Cet hipocrite ,
qui , sous un air simple et mortifié , cachoit
une ambition démésurée , et qui
avoit reçû dans cent occasions des bienfaits
de l'Empereur , s'abandonnant à
l'ingratitude la plus noire , fut lui - même
trouver les conjurez ; il les confirma par
ses pernicieux conseils dans leur abominable
dessein leva toutes les difficultez
qu'ils croyoient le pouvoir faire échouer ,
et se chargeant de conduire l'affaire , il
fut au Serrail vers le soir du 16 de la Lune
( le premier Octobre ) dans le tems que
le G. S. étoit à la Kas- Oda , et que tous
les Ministres , les gens de Loi , et autres
Grands de l'Etat , étoient dans un
Kiosk ( espece de Pavillon ) consternez et
violemment agitez.
,
B Dès
852
MERCURE
DE FRANCE
Dès qu'il parut , chacun s'empressa de
le questionner sur ce qui se passoit dans.
la Ville ; il dit , contrefaisant l'homme
abbatu de tristesse , que les Rebelles ne
vouloient plus en aucune façon , qu'Achmet
restât sur le Trône ; et qu'après tout ce qu'il
avoitfait enfaveur de ce Prince , pour vaincre
leur animosité contre lui , il étoit inutile de
se flatter qu'on put les faire changer de réfolution.
A ces paroles toute l'Assemblée devint
comme immobile , et n'eut pas la force de
proferer un mot ; le perfide Ispiri -Zadé
voyant que personne ne se mettoit en devoir
d'aller annoncer cette nouvelle au
Sultan , il y fut de lui- même.
Hé bien , qu'y-a- t'il , lui dit Achmet ;
les Rebelles font- ils toujours à Etmeidan ?
Pourquoi ne se retirent-ils pas , pour vaquer
chacun à ses affaires ? Je les aifavorisez audelà
de ce que je devois , je leur ai offert des
préfens , et de leurfaire justice de tous ceux
dont ils croyent avoir à se plaindre , que veu
lent- ils , que souhaittent-ils encore ?
Seigneur , lui répondit cet homme pervers
,d'un ton ferme, et pourtant composé
, ton régne est fini , et tous tes sujets révol
tez ne te veulent plus pour Empereur, Alors,
Achmet se levant brusquement , répliqua
, et pourquoi ne me le disiez- vous pas
plutôt ? Vous vene ici tous les jours , d'où
و
vient
AVRIL. 1731. 853
vient tant tarder à me l'apprendre ? Puis sans
hésiter il courut à l'Appartement du Prince
Mahmoud , son Neveu ; le prit par la
main , le conduisit à la Kasoda , où il le
plaça lui-même sur le Trône , le salua Empereur
le premier , et lui dit entr'autres
choses fort touchantes : Souvenez - vous
que votre pere ne perdit la place que je vous
céde aujourd'hui , que par son aveugle complaisance
pour le Mufty Feyz -Oullah Effendi
, et que je ne la perds aujourd'hui moimême
que pour m'être trop confié à Ibrahim-
Pacha , mon Vizir , profitez de ces deux
grands exemples ; ne vous attachez à vos
Ministres , et ne vous reposez sur eux qu'avec
beaucoup de circonspection. Si j'avois
toujours suivi mon ancienne politique de ne
jamais laisser les miens trop long-tems en place
ou de leurfaire rendre souvent un compte
exact des affaires de l'Empire , j'aurois peutêtre
fini mon régne aussi glorieusement que je
Pai commencé. Adien , je souhaite que le
vêtre soit plus heureux ; je vous recommande
mes enfans et ma personne. Ensuite , l'infortuné
Achmet fût s'enfermer de lui-même
dans la prison , d'où il venoit de tirer son
Neveu .
Les fils d'Achmet s'enfermerent avec
lui ce jour- là ; Mahmoud l'ayant ainsi
ordonné pour consoler son Oncle , mais
le lendemain ces Princes furent logez ail-
Bij leurs ,
854 MERCURE DE FRANCE .
leurs , les trois plus jeunes ensemble , et
les trois aînez , chacun dans un Appartement
séparé.
Cette abdication se fit le 2 Octobre à
deux heures du matin : tout ce qui se
trouva dans le Serrail de Ministres et de
Gens de marque , fut admis cette nuit
même à baiser la veste du nouveau Sultan
.
Le jour venu , on lui éleva un Trône de
vant le Babiseadet , ou la Porte heureuse ;
c'est une porte du Serrail qui conduit à
l'Appartement où le G. S. donne Audien-.
ce aux Ministres Etrangers ; et c'est dans
cet Appartement que tous les Grands de
l'Empire , en Corps , vinrent le reconnoître
Empereur, et lui baiser la veste . Aussitôt
les Crieurs publics annoncerent son
Avénement par toute la Ville.
Le même jour , une Galere transporta le
Mufty à Tenedos , lieu de son exil, Les
Rebelles l'avoient redemandé de nouveau
pour le faire mourir , mais les Gens de
Loy agirent si efficacement , qu'ils lui sauverent
la vie ; dans le fond c'est un fort
bon homme , dont la viellesse et la douceur
naturelle ont peut-être été les seules
causes du seul crime qu'on lui a reproché,
de ne s'être pas opposé avec la vigueur
qu'éxigeoit son caractere , aux malversa
tions qu'il voyoit commettre,
Le
AVRIL 1731. 855
Le 3 Octobre , le G. S. curieux de connoître
le premier Chef de ces gens téméraires
, à qui il devoit l'Empire , commanda
qu'on lui fit venir Patrona-Kalil , lequel
se présenta comme il étoit vêtu ordinairement
, c'est - à- dire , en simple Janissaire
, et les jambes nuës. Il s'avança d'un
air assûré jusqu'au Trône du Sultan , et
lui baisa la main : Que puis -je faire pour
toi , lui dit Mahmout , tu es en droit de me
demander toutes les graces que tu voudras.
Cet homme de néant , et chargé de crimes
, mais subtil et plein d'artifice , montrant
alors des sentimens plus nobles et
plus élevez, que sa naissance et sa vie passée
ne sembloient en devoir promettre ,
répondit à l'Empereur , que jusqu'à présent
il avoit tout ce qu'il avoit le plus désiré
, qui étoit de le voir sur le Trône
Ottoman et que pour l'avenir
sçavoit bien qu'il n'avoit rien à attendre
de Sa Hautesse qu'une mort honteuse et
prochaine. Je te jures par les manes de mes
Ancêtres , répondit le G. S. que je ne te ferai
jamais de mal ; demande moi seulement
quelle récompense je te puis donner , je te
l'accorde d'avance. Puisque votre bonté
Imperiale est sans bornes , répondit Patrona
, je vous prie de vouloir bien supprimer
tous les nouveaux impots dont vos fideles sujets
ont été accablez sous le précédent Minis-
,
B iij
*
,
il
tere.
856 MERCURE DE FRANCE
>
tere. Mahmout y souscrivit sans hésiter
et sur le champ cette suppression fut publiée
par tout .
Ce jour- là , le G. S. confirma Mehemet-
Pacha , dans la Charge de G. V. et lui
nomma pour Kyaya le vieux -Nik-Deli-
Hali-Aga , qui avoit été fort attaché à
l'Empereur Mustapha , pere de Sa Hautesse
.
Le 4. les Rebelles furent piller quelques
maisons de proscrits , et rompirent
le Sceau Imperial qu'on y avoit apposé.
Le Sultan fut vivement picqué de ce manque
de respect ; mais n'étant pas en état
d'en marquer son ressentiment , il les envoya
prier de cesser ces sortes d'éxecutions
, et leur fit représenter , que puisqu'ils
l'avoient mis sur le Trône , ils lui
devoient laisser le soin et l'autorité de punir
les coupables de la maniere qu'il conviendroit.
Bien loin de se rendre à ses
remontrances , et si douces et si justes ,
ils répondirent qu'ils ne discontinueroient
point leurs vengeances qu'ils ne l'eussent
satisfaite eux - mêmes et demanderent
pour la seconde fois qu'on leur remit le
Reys Effendi , le Tchiaoux Bachy , et plu
sieurs autres , ce que la Cour ne pût et ne
jugea pas à propos de faire , le Reys - Ef
fendi , entr'autres , étant alors si bien ca
ché qu'on le croyoit en fuite.
,
Le
AVRIL. 1731. 857
,
Le 5. ils pillerent encore deux grands
Palais , en Asie , sur le Canal de la
Mer Noire et cependant le Grand-
Seigneur ne laissa pas de confirmer dans
leurs emplois , tous ceux qu'ils en avoient
revêtus , comme les nouveaux Janissaire-
Aga , Topgi -Bachi , &c .
Il est d'usage , selon les constitutions de
l'Empire Ottoman , que quand ' un Sultan
vient à mourir de mort naturelle , et
que le Prince qui doit lui succeder monte
sur le Trône , celui - ci n'est point obligé
de faire aucune gratification aux Troupes
; mais que lorsque par une révolution
comme celle-ci , un Prince parvient à
l'Empire , il doit leur augmenter leur
paye et leur faire un présent , ce
qui se pratique de la maniere suivante.
2
Chaque Cavalier a 1000. aspres de présent
( 25. liv . ) et deux aspres dé paye , de
plus qu'il n'avoit par jour , ou s'il l'aime
mieux , car cela est à son choix , que le
présent soit converti en paye journaliere ,
alors on la lui augmente de trois aspres au
lieu de deux ; de même les Janissaires ,
les Tobdgis , et les Dgedbedgis , ont cinq
aspres d'augmentation de solde , et point
de présent , ou s'ils préferent de le tou
cher , on leur donne 3000. aspres pour
ce présent , ou 75. liv . et leur solde n'est
B iiij aug858
MERCURE DE FRANCE
augmentée que de deux aspres.
Le nouveau Sultan , étant dans le cás
de ces libéralitez d'obligation , fit venir
le Tefterdar , ou le Grand Trésorier , et
les autres personnes chargées du maniement
des deniers Imperiaux , et ordonna
de tenir prêt l'argent qu'il falloit pour
P'acquitter envers les Milices. Ces Officiers
dans la vûë de faire leur cour , ne voulurent
point toucher aux Trésors de l'Etat
quoique depuis l'établissement de l'Empire
, ils n'eussent jamais été si remplis
étant assurez de trouver dans ceux que
le
Grand Vizir , son Kyaya et le Capitan
Pacha avoient amassez des fonds plus
que suffisans pour le payement en question
.
J
Ils firent chercher avec soin , quelquesuns
des plus affidez Officiers de ces trois
Ministres , pour en tirer des lumieres touchant
le bien de leurs Maîtres . On amena
d'abord au Tefterdar un jeune homme
qui avoit été L'Anactar- Oglan du Grand
Vizir , ( c'est comme qui diroit un gentilhomme
de la Clef, ) et qui en avoit eu
toute l'amitié et toute la confiance ; il dit
que pourvû qu'on ne lui fit point de
mal ,il découvriroit de grandes richesses ;
on l'assura que bien loin de le maltraiter ,
on le recompenseroit . L'Anactar un peu
remis de son trouble , et d'ailleurs ne pouvant
AVRIL. 1731. 859
*
vant mieux faire , puisque s'il eut voulu
garder le secret , on le lui eut arraché
par les tourmens , conduisit le Tefterdar
dans une cour du Serrail du Grand Vizir
, où ce Ministre avoit fait bâtir un
Colombier ; on creusa dessous , à l'endroit
qu'il indiqua , et l'on en tira quatre
cofres de fer , dont trois fort grands ,
renfermoient chacun 18. longues bourses
de cuir , de 60. mille Sequins Fondoukli
chacune. Le Sequin Fondoukli , étant évalué
à 400. afpres fait 10. livres monnoye
de France , ces trois coffres contenoient
la somme de 32. millions 400 .
mille livres.
A l'égard du quatrième , il étoit à la
vérité beaucoup plus petit , mais il étoit en
récompense rempli de pierres précieuses
d'une beauté singuliere , et d'un prix inestimable
, aussi bien que les riches étoffes et
les tapis de Perse et des Indes,les fourures ,
les Bijoux , les curiositez de tous les Pays ; en
un mot, les hardes et les meubles superbes
que l'on trouva en profusion dans ce Palais.
On se saisit ensuite du Kyaya du Harem:
un Eunuque noir , ayant l'Intendance de
l'appartement des femmes de Mehemet ,
Kiaya d'Ibrahim - Pacha , qui avoit aussi une
connoissance parfaite des grands biens de
cette sangsuë de peuple. Dès qu'il fut pré-
Bv senté
860 MERCURE DE FRANCE
senté au Tefterdar , il lui confessa tout , et
le mena dans les differens Souterains que
son Maître avoit fait construire pour enfoüir
ses trésors. Il dit que quand Mehemet
avoit fait remplir un coffre , il le
faisoit porter par des portefaix jusqu'à une
certaine distance du lieu où il vouloit que
son argent fut déposé , et que lui , Kyaya
du Harem se travestissoit
> par son
ordre la nuit ; vuidoit ce coffre à diver
ses reprises et emportoit le contenu
dans la cache , sans que personne s'en fût
jamais apperçu.
,
en
Suivant le compte du Tefterdar on
fait monter à 30. mille Bourses l'argent
comptant de cet infame monopoleur ;
et ses autres biens à présqu'autant ; soic
en pierreries , en Palais , maisons
fonds de terre , en rentes , en habits , ou
soit en denrées ou marchandises , dont il
faisoit commerce. Chaque bourse de soo .
piastres , évaluée 1500. liv. les 30. mille
bourses font 45. millions, de notre monnoye.
3
Quant au Capitan Pacha , il n'a pas
paru qu'il fut à beaucoup près si riche en
especes que
les autres mais outre ses
Palais qui étoient dignes de loger des
Sultans , il avoit une grande quantité
de pierreries plus belles et plus parfaites,
AVRIL. 1731. 861
tes , que celles du Grand Vizir et du
Kyaya , parce qu'il les payoit aussi bien ,
et il s'y connoissoit mieux qu'eux : enfin les
richesses que l'on a trouvées chez ces trois
Miniftres , sont si prodigieuses , que le
Roi Cresus , si fameux dans l'Histoire par
ses Trésors , auroit pû passer pour pauvre
auprès d'eux .
Le Sultan Achmet n'ignoroit pas que
le Kyaya , entre-autres , s'enrichissoit infiniment
au- delà de ce qu'avoit jamais fait
aucun particulier de l'Empire , surtout
d'une aussi basse origine que l'étoit celuilà
, mais au lieu de mettre un frein à ses
concussions , cet avare Empereur , lui facilitoit
les moyens d'en faire tous les jours
de plus criantes , parce qu'il se flattoit que
le vieux Ibrahim son Vizir , mourroit bientôt
; et qu'alors n'étant plus retenu par
aucune considération , il feroit étrangler
le Kyaya , et s'empareroit de tous ses
biens.
Avant que de finir sur le compte de cet
odieux Ministre, il ne sera pas hors de propos
de rapporter une particularité assez singuliere
; sa fille unique étoit promise au
jeune Anactar Oglan , dont on a parlé. It
avoit fait de magnifiques préparatifs pour
la célebration de la nôce , qui avoit été
fixée précisément au soir du jeudi , que la
sédition éclata ,et suivant la coutume tous
B vj les
862 MERCURE DE FRANCE:
les grands de l'Empire lui avoient fait à
ce sujet des présens considerables ; la bienséance
vouloit, ce semble , dans le trouble
et le désordre où la Cour et la Ville
étoient plongées , et dont il avoit paru
lui- même si fort effrayé , quand il se sauva
le matin , que ces nôces fussent remises
à un temps plus tranquille et plus
propre à la joye ; cependant , soit qu'il
se flatât que la rebellion n'auroit point de
suites fâcheuses , ou que son orgueil l'aveuglât
, il passa outre , et insultant au
peuple pour la derniere fois , le mariage
fut consommé à l'heure marquée ; mais
il fut d'un sinistre augure , puisque tandis
que la fille entroit au lit nuptial , le
pere mettoit déja le pied dans celui de la
mort.
}
7
Les richesses du Grand Vizir et de ses
deux Gendres , étant immenses , comme
on l'a pû voir par le petit détail que nous
en avons fait , elles étoient plus que suffis
ntes pour le payement des troupes ; on
déploya donc cinq étendarts à Atmerdam
, sous lesquels vinrent se ranger, et se
fire écrire,tous ceux qui devoient, ou pour
mieux dire , qui voulurent participer à
cette gratification ; car il est bon de remarquer
que d'ordinaire un Sultan , n'est
tenu à faire le présent de son avenement
à l'Empire , qu'aux Militaires en exercice
,
AVRIL 1731. 863
ze , et déja enrolez du temps de son Prédécesseur
, et non à ceux qui ne venant
s'engager , la plupart dans cette occasion ,
que pour profiter du benefice qui l'accompagne
, disparoissent après l'avoir reçû
parce que supposé que parmi ces
derniers , il s'en trouve , qui s'enrollent
avec l'intention de servir , ils doivent
s'estimer assez heureux d'être reçûs au
nombre des Kouls ou Esclaves de sa
Hautesste , avec la paye qu'on leur assigne
; mais le Sultan Mahmout , voulant
commencer son regne par un acte de générosité
, pour se concilier davantage le
coeur des Milices et du peuple
d'ôter tout prétexte aux mal intentionnez
, de continuer la révolte , donna un
Katcherifs pour que les nouveaux Soldats
reçussent également la gratification
comme les anciens , et qu'on délivrât
également aux uns et aux autres deux
quartiers de leur solde.
,
et afin
Malgré cet ordre , cependant le Lieutenant
General des Janissaires , par probité
, ou par reconnoissance de ce que
l'Empereur l'avoit confirmé dans cette
Charge , qu'il tenoit des Rebelles , ne
put voir sans indignation qu'ils abusassent
des bontez de Sa Hautesse , jusqu'au
point d'admettre à cette gratification
comme ils faisoient , un nombre infini de
و
petits
$64 MERCURE DE FRANCE
,
petits enfans , de vieillards et de gens
éclopez ou contrefaits ; il crut donc pouvoir
représenter à Patrona , que si l'on
continuoit de la sorte tous les trésors:
du Grand Seigneur ne suffiroient pas
gratifier tant de gens qui le méritoient
si peu ; mais celui- ci lui dit avec un ton
de Maître , que ce n'étoit pas à lui à vouloir
diriger des finances qui ne lui appartenoient
point et dont il n'étoit pas
chargé de rendre compte , et sans autres
discours , il commanda sur le champ
qu'on mit en pieces ce malheureux Officier
, qui par trop de zéle et de probité
perdit en un instant la vie , et sa nouvelle
dignité.
,
Le Grand Seigneur voyant de plus en
plus par ce qui venoit de se passer , qu'il
ne lui seroit pas possible de rétablir l'ordre
et la tranquillité dans Constantinople
, tant que Patrona y resteroit en armes
, et n'osant entreprendre de s'en défaire
, de crainte de causer une seconde révolution
aussi fatale pour lui , lui , que
que la premiere
l'avoit été pour son oncle , il tenta
de l'éloigner de la Capitale , en lui offrant
un des plus considerables Gouvernement
de l'Empire , et d'y attacher toutes
les marques d'honneur qu'il souhaiteroit.
Mais Fatrona se défiant avec raison
que
AVRIL. 1731. 865
réque
des offres si avantageuses ne cachassent
un piége , répondit qu'il ne se
soucioit pas de dignitez , et qu'il n'étoit
avide que du sang des proscrits , dont
il avoit fait une longue liste. Le Janissaire
Aga qui étoit présent , s'avisa de
vouloir conseiller à l'Empereur,de donner
à Patrona 100. mille Sequins , et de le
laisser le maître de se retirer où bon lui
sembleroit.Je n'ai pas besoin d'argent,
,, pondit ce fier Rebelle , puisque toutes les
bourses de Constantinople sont à mon service
; et lançant un regard terrible sur
le Janissaire Aga , il lui recommanda d'un
ton , et d'un air si impérieux , de ne se
jamais mêler de ce qui le regardoit , s'il
ne vouloit avoir le même sort de son Lieutenant
, que sans rien répliquer , ce General
de l'Infanterie , se prosterna trois
fois devant lui .
ور
"
> et à
Le 6. Patrona nomma de son chef de
nouveaux Officiers , à la plupart des principaux
emplois dans les troupes
mesure qu'ils se présentoient devant lui
il les faisoit revêtir de Pelisses de Samour
de Martre Zibeline , qu'on avoit prises
au pillage des maisons des proscrits . On
publia de nouveau ce jour-là de sa pare
que tous ceux qu'on trouveroit commettant
du désordre , seroient punis de mort
sur le champ. Cette Ordonnance produi
sit
865 MERCURE DE FRANCE
>
sit un si bon effet , que , quoique Gala
ta grand Fauxbourg de Constantinople,
fut plusieurs jours sans Commandant,
le Vaivode , dont la tête avoit été mise à
prix , s'étant sauvé , et que presque tous
les Marchands François qui y demeurent
fussent alors aux Isles des Princes , avec
leurs familles , les Rebelles qui vinrent
piller quelques maisons de Juifs , ne firent
aucunes insultes à celle des François.
Il est vrai , que ce qui contribua beaucoup
à les garantir des brigandages de la canaille,
fut la précaution que leur nation prit d'établir
et de payer une gardepour leur pro
pre sureté , composée des Rebelles mêmes.
Le 7. le Sultan Mahmout' , fut avant
midi à la Mosquée d'Eyoup , qui est dans
le fond du Port de Constantinople , à
environ deux heures de chemin du Serrail,
se faire ceindre le Sabre Imperial ; céré
monie qui tient lieu de couronnement aux
Sultans. Son cortege étoit fort nombreux ,
mais il y avoit beaucoup de confusion ; la
Marche défila entre deux hayes de Janissaires
de Topgis , et de Dgebedgis , en
simple Doloma , qui est l'habit long que
portent ordinairement les Janissaires , en
Calote rouge , sans bonnets de cérémo
nie , et sans armes , comme l'Empereur
l'avoit ordonné ; car il y eut la veille de
grandes contestations à ce sujet ; entre
la
•
t
AVRIL. 1731 867
la Cour et les Rebelles , Sa Hautesse ne
voulant point que personne vint armé à
cette Cavalcade , et ceux- ci au contraire
ne prétendant pas devoir mettre bas les
armes , qu'on ne leur eut donné satisfaction
sur les proscrits , et qu'ils n'eussent
été payez de ce qu'on leur devoit , tant
du présent , que de ce qu'on leur devoit
d'ailleurs ; de sorte que malgré les défenses
du Sultan ils y vinrent bien armez ;
Patrona monté sur un beau Cheval magnifiquement
harnaché , y précedoit le
Grand Vizir , et avoit à sa gauche un
autre Chef de son parti . Ces deux hommes
affectant de mépriser le faste
n'avoient
qu'un petit Turban , l'habit de Janissaire
, et les jambes nuës ; ils jettoient
des Sequins au peuple , et quatre Dervi- .
ches , qui marchoient à pied à leurs côtez,
faisoient les mêmes largesses de leur part.
Le Sultan se distingua aussi par sa generosité
, ayant fait jetter ou distribuer pareillement
50. bourses , au lieu de douze qu'il
en coûte d'ordinaire à un nouveau Grand-
Seigneur dans cette occasion . On revint
par terre comme on étoit allé , le mauvais
temps n'ayant pas permis qu'on prit la
voye de la Mer , comme c'est l'usage.
Le peuple avoit compté qu'après cette
céremonie la tranquilité se rétabliroit , et
qu'on r'ouvriroit les Boutiques; mais l'autorité
868 MERCURE DE FRANCE
, que
torité du Grand Seigneur étoit encore si
mal affermie , qu'on n'osa exposer les
Marchands aux nouveaux désordres
cette ouverture auroit pû attirer; les principaux
Officiers des Rebelles étant même
venus à la Porte le 8. Octobre , et le Grand
Visir leur ayant fait distribuer des Cafetans
et des Chevaux , ils se prirent de paroles
, & et se tiraillerent l'un l'autre , chacun
voulant saisir le meilleur Cheval,
cela jetta d'abord l'effroi par tout
parce
qu'on craignit que ce ne fût une feinte
concertée entre eux , pour exciter une
nouvelle sédition ; heureusement se querellant
de bonne foi , ils se reconcilierent
de même .
د
Patrona , vint aussi peu après voir le
Grand Visir , accompagné seulement de
trois de ses camarades , qui le suivoient à
pied comme des domestiques. Dès que ce
Ministre , tout gendre qu'il est d'un Sultan,
et qui ne se seroit pas levé pour l'Ambassadeur
d'un Souverain , sçut que cet
illustre scelerat arrivoit , il courut vite au
devant de lui jusqu'au bas de l'escalier ,
le mena dans son appartement , où ils resterent
deux heures ensemble , et il le reconduisit
bien civilement au lieu où il étoit
venu le prendre.
Dans le temps que Patrona alloit par
tir , un Bach Asseky , domestique favori
du
AVRIL. 1731. 869
du Grand Seigneur , vint lui parler en secret
de la part de Sa Hautesse : il ne daigna
pas descendre de Cheval pour cela ,
mais se courbant un peu seulement , leur
conversation dura un quart d'heure , après
quoi il s'en retourna d'un air résolu à son
Camp d'Etmeïdan .
Il s'étoit répandu ce jour-là dans la Ville
, que le Grand Seigneur devoit honorer
d'un nouveau Cafetan , Abdi Capoudan
, et le confirmer dans la dignité de
Capitan Pacha ; mais il arriva au contraire
que Sa Hautesse le déposa et mit à sa
place Kafis Mehemet Pacha , jeune homme
de 35. ans , qui n'a aucune experience
dans la Marine : aussi n'étoit-ce qu'en
attendant l'arrivée de Dgianum Codeca ,
un des plus braves et des plus grands
hommes de Mer qui soit dans l'Empire.
Ce même jour , les Ministres Etrangers
eurent permission de la Porte d'expédier
à leurs cours , pour donner avis de
l'avenement de Sultan Mahmout à l'Empire
, et plusieurs Tribunaux de justice reprirent
leurs cours ordinaires , au moyen
des nouveaux Officiers , qu'on y mit pour
remplacer ceux que les Rebelles avoient
proscrits , comme entre-autres , le Vaivode
de Galata , qui fut remplacé par un
ancien Officier du Corps des Baltadgis
lequel avoit déja exercé autrefois le même
870 MERCURE DE FRANCE
me emploi , avec l'approbation generale.
Il est fils de Cherkez - Osman-Pacha
qui dans tous les grands emplois , qui lui
ont été confiez , a donné des marques de
son amitié pour les François , et surtout
dans l'affaire de la restauration du Temple
de Jerusalem.
Le 9. on commanda 20. Janissaires sans
armes , de chaque compagnie , pour aller
prendre à la Porte, l'argent destiné au présent
, et escorter les 150. chariots , chargez
chacun de so . Bourses , qu'on conduisit
en cérémonie chez le Janissaire
Aga , ou la répartition s'en fit pendant
trois jours à 100. mille hommes ; sçavoir
40. mille Janissaires , 18. mille Topgis ,
22. mille Dgebedgis , et 20. mille Spahis
, ce qui fait en tout 11250000. liv .
Le Grand Visir fut importuné de quelques
plaintes au sujet de cette distribution :
plusieurs Officiers deshonorant leur carac
tere , s'aviserent de retenir pour eux une
partie de ce qui revenoit à leurs Soldats :
une conduite si indigne en tout temps , et
si dangereuse dans les circonstances presentes
, méritoit sans doute une punition
exemplaire , cependant ils en furent quittes
pour restituer à qui il appartenoit ,
tout ce qu'ils s'étoient si injustement approprié
; mais il pensa arriver entre les
Rebelles un autre affaire de même espece
,
AVRIL. 1731. 871
ce , qui , pour peu qu'elle eut eu de suites
auroit été capable de ruiner entierement
leur parti .
2
Patrona , qui jusqu'alors s'étoit montré
en public , sous le caractere d'un hommé
désinteressé , faisant apparemment réflexion
, que la gloire toute seule n'étoit
que fumée , voulut lui donner plus de
consistance en y joignant les richesses.
Beaucoup de proscrits cachez , le firent
sonder , pour obtenir leur grace , et lui
offrirent des presens proportionnez à leurs
facultez ; il leur accorda la liberté de se
retirer où ils voudroient , et reçut de l'un
20. bources , de l'autre 30. &c. le tout
sans en faire part à ses Camarades ; ceuxci
n'en eurent pas plutôt connoissance
qu'ils s'en plaignirent avec aigreur. Vous
fçavez bien , lui reprocherent-ils , que nous
n'avons tous pris les armes que pour tirerle
peuple d'oppression, et le délivrer d'une
troupe de Loups raviffants qui le rongeoient
depuis 14. années ; que par l'assistance divine
nous sommes venus à bout de ce
grand et perilleux ouvrage ; cependant
,, vous , Patrona , qui comme notre Chef devriez
nous montrer l'exemple
et être
plus religieux obfervateur du serment que
vous avez exigé de nous , et que vous avez
fait vous même de ne pardonner à aucun
des ennemis de la Patrie , Vous êtes le
د و
و و
ر و
د و
ر و
ور
"
و ر
و
premier
872 MERCURE DE FRANCE
mier qui pour un vil interêt , rompez de fi
saints engagemens. Un peuple infini adresse
ses prieres au Ciel pour nous , en reconnoissance
de notre juste entreprise , et vous êtes
le seul qui s'oppose à son entiere perfection ,
en vendant vosfaveurs aux tyrans de l'Etat
mais ajoûterent - ils , en élevant la
voix : bien loin que vous puissiez rencontrer
en nous des coeurs capables d'applaudir
à cette bassesse , fachez , que fi dans deux
jours vous ne faites retrouver ceux que vous
avez fait évader , nous vous mettrons nous
même en pieces.
,
Patrona , étourdi de la harangue répondit
avec douceur à ses camarades , leur protestant
que malgré le crime dont ils le
chargeoient , sur lequel il ne se mit pourtant
pas fort en peine de se juftifier , son
dessein avoit toûjours été d'exterminér
tous ceux qui étoient sur l'état des proscrits
, et qu'il alloit travailler à leur
donner une pleine satisfaction à cet
égard.
Les pillages , les recherches , les persécutions
continuant donc à Constantinople
et aux environs , le Sultan en fut si
penetré , qu'il convoqua au Serrail `un
grand Conseil , composé de tous les Gens
de loy , à la tête desquels étoit , Mirza-
Zade, nouveau Mufty , et des principaux
Officiers de l'Empire. Il y fut résolu que
le
AVRIL. 1731. 873
le Grand Seigneur donneroit un Katcherif
fulminant , qui seroit adressé et porté
aux Rébelles , par l'Asseky- Aga ou Bacha-
Asseky , et que le Mufty rendroit une
Sentence ou Feiza en conformité , dont
on chargeroit à Ballach Effendi , Lieute
nant General de Police de la Ville.
Il eft bon de remarquer , que cet Officier
qui étoit une espece de fou turbulent
, avoit d'abord pris le parti des Rebelles
, qui l'établirent dans ce poste , et
que la Cour sçachant qu'il étoit en grand
crédit parmi eux , avoit trouvé le secret
de le gagner et de se servir de lluuii ,
pour
porter les Janissaires à plier leurs étendarts
et à rentrer dans leurs cazernes ; effectivement
le Istamboul- Effendi ou
Abdollah Effendi , malgré le dérangement
de son cerveau , avoit si bien negocié
cette affaire , que les plus anciens et
les plus sensez de cette Milice و serendant
à ses avis , s'étoient retirez dans leurs
chambres , avec promesse de se soumettre
aux ordres de la Cour,
Le parti des Révoltez étant considerablement
affoibli par cette désertion ,
l'Istamboul- Effendi , et l'Asseкy- Aga , vinrent
à leur camp ; ce dernier leur demanda
s'ils n'avoient pas reçû leur paye , et
pourquoi n'ayant plus rien à exiger du
Grand Seigneur , ils ne se retiroient pas ;
ensuite
874 MERCURE DE FRANCE .
ensuite il leur présenta le Kacherif , qui
fut lû à haute voix. Il contenoit en substance
, que puisqu'ils avoient fait eux-même
Sultan Mahmout Empereur , et qu'en
consequence ils se reconnoissoient ses
Esclaves , ils devoient lui obéir aveuglement
, et sans délai , qu'ayant d'ailleurs
sujet d'être satisfaits de Sa Hautesse´, qui
leur avoit accordé au- delà de ce qu'ils
avoient souhaité , il étoit juste qu'à leur
tour ils lui donnassent des marques de
leur soumission , afin de rendre le calme
à la Capitale de l'Empire où elle vouloit
absolument faire cesser tous désordres :
que si après avoir eu connoissance de ses
intentions par ce sublime commandement
, ils étoient encore assez ingrats et
assez témeraires , pour ne s'y pas conformer
, elle feroit déployer l'Etendart du
Prophete à la porte du Serrail , et publier
de toutes parts que tout bon Musulman
eut à venir le joindre , pour aller
contre les Séditieux , qui dès ce moment-
là seroient déclarez traîtres , infidelles
et répudiez de leurs femmes , et
qu'on poursuivroit leur destruction jusqu'à
ce qu'il n'en restât pas un seul.
Le Feta du Mufti fut lû ensuite , et
s'exprimant d'une maniere aussi forte , les
Rébelles commencerent à s'ébranler ; mais
ze qui acheva de les réduire du moins
.
en
4
AVRIL. 1731. 875
›
en apparence , fut la déclaration que leur
firent faire les Janissaires . , qui s'étoient
déja rangez à leur devoir ; que s'ils ne
se retiroient pas comme eux ils les
avertissoient que dès que la Baniere
de Mahomet paroîtroit , ils iroient la
défendre et les combattre , jusqu'à la derniere
goute de leur fang.
Les plus mutins intimidez par ces avertissemens
, soit qu'ils rentrassent sincerement
en eux- mêmes , ou que la plûpart
dissimulassent , comme la conduite qu'ils
tinrent depuis donne assez lieu de le penset
, se soumirent enfin , mais à deux conditions
; que la Cour , dans l'esperance
d'avoir la paix , fut encore obligée de
leur accorder la premiere , que le Grand
Seigneur ne feroit jamais mourir aucun
d'eux pour avoir excité la sédition ; la
seconde , qu'ils auroient toûjours cinq
étendarts déployez , pour être en état de
se défendre , si on vouloit entreprendre
quelque chose contre eux.
Ce traité fait , le Mufty se rendit garand
de la parole de Sa Hautesse , et l'Istamboul-
Effendi de celle des Rébelles
qui promirent de ne plus commettre
aucun désordre ; plierent leurs étendarts ,
à l'exception des cinq qu'on leur avoit
accordez , et se retirerent , les uns dans
les cazernes , les autres où ils voulurent .
C Cela
876 MERCURE DE FRANCE
Cela fe passa le douze Octobre.
Conséquemment à cet accord le Grand
Seigneur ayant ordonné le 13. qu'on r'ouvrit
les boutiques , l'affluence du monde y
fut si grande , ainsi que dans les marchez
, sans qu'il y arrivât ni tumulte ni
bruit , qu'il sembloit que la bonne harmonie
fut rétablie ; cependant le même
jour il se commit encore des violences et
des meurtres , dans quelques endroits de
la Ville , qui firent assez juger que le
calme n'étoit pas si général qu'on s'en
étoit flatté , comme on va le voir.
Les Caffez étant à Constantinople ,
comme ailleurs , des lieux où toutes sortes
de gens s'assemblent sans se connoître
, et où il se trouve d'ordinaire beaucoup
de faineants , qui n'ont d'autre occupation
que de parler de nouvelles ; il
y en eut plusieurs de cette espece qui
payerent de leurs vies l'intemperance de
leurs langues. Comme les Révoltez étoient
fort éloignez de se croire criminels , et
qu'ils se consideroient,au contraire, comme
de glorieux liberateurs de la Patrie ,
ils s'étoient eux-mêmes qualifiez du titre
de Serdengueschtis , c'est- à-dire enfans ›
* Serdengueschti , signifie proprement un homme
qui sacrifie sa tête. Quand les Turcs vont à la
guerre , surtout contre les Chrétiens , ils ont toû
jours un corps de ces zelez combattans , dont les
perdus ,
1
AVRIL. 1731.
877
<
C
>
perdus , ou dans un sens plus figuré, Gens
d'honneur , qui se sacrifient pour le bien
public tellement qu'à leurs manieres.
de penser ,, la qualité de Rébelles leur
étoit tout-à- fait odieuse . Il vint donc dans
ces Caffez de ces imprudens Nouvellistes ,
qui tout haut et sans ménagement des affaires
d'Etat , traiterent de Zorbas ou de
Rébelles tous ceux qui avoient pris les
armes contre Achmet ; par malheur pour
eux il s'y trouva de ces enfans perdus
qui les écharperent sur le champ.
, Un de ces derniers , s'étant enivré à
Galata , repaffa le Port , et alla droit à la
Douane de Constantinople , avec deux Domestiques
, il y prit dans la caisse , devant
tout le monde , environ 300. piastres
, dont il donna une partie à ses valets
, et leur fit signe de se saisir de deux
filles esclaves que l'on avoit amenées au
Bureau pour en payer les droits , et trouvant
à la porte un Cheval tout fcellé
monta dessus et s'enfuit ; il fit tout cela
sans que personne s'y opposât , parce que
dans ces temps de trouble on ne sçavoit
à qui s'adresser pour avoir justice , et que
les gens de la Douane ne connoissant point
Officiers s'appellent Serdengueschtis Agalar ,
qui signifie les Messieurs , ou les Chefs des enfans
perdus , et c'est aussi le titre que prenoient
Patrona & les autres Chefs de la Rébellion.
Cij
cet
878 MERCURE DE FRANCE
cet hardi voleur , craignirent qu'ils ne
leur arrivât pis , s'ils lui faisoient la moindre
chose .
Le lendemain 14. un autre inconnu
bien vêtu , et bien monté , vint aussi descendre
à la Doüane , accompagné de six
domestiques ; il entre seul , et va s'asseoir
auprès de la Caisse ; les Commis qui s'attendoient
à une avanture au moins aussi
fâcheuse que celle de la veille , lui font
civilité, et l'invitent à se mettre dans l'angle
du Sopha , qui est la place d'honneur
; notre homme s'y met les saluë
de la tête , et prenant alors la parole :
Qu'est ce donc ,Messieurs , que vous est- il
arrivé hier : le récit lui en ayant été fait ,
tel qu'on l'a rapporté , il appelle un de
ses valets , et lui commande d'aller dans
un endroit de la Ville , qu'il lui désigne ,
et de faire prendre et tuer sur le champ
une personne qu'il lui nomme, Cet ordre
donné , il en donne deux ou trois
autres à peu prés semblables à ses autres
domestiques ; puis s'adressant aux Commis
, qui aussi surpris qu'effrayez , n'osoient
pas ouvrir la bouche. Sçavez vous
bien qui je suis leur demanda-t'il je
m'appelle Mouslouh : à ce nom l'assembléc
frémit sans rien répondre. J'ai , continua-
t'il , un talent tout particulier pour
connoître les honnêtesgens , et les fripons , et
, ,
j'estime
ㄢ
६
AVRIL. 17318 879
Festime autant les premiers , que les derniers
me sont en horreur ; ainsi c'est pour proteger
les uns et pour exterminer les autres que je
viens de donner les ordres que vous avez
entendus. Ensuite il s'informa du nom et
de la demeure de tous ceux qui étoient
présents , et leur promit que si quelqu'un
venoit encore les inquiéter , ils
n'avoient qu'à lui en écrire un mot ;
que dans l'instant même il les vangeroit
des coupables ; après quoi remontant
à Cheval , au grand soulagement de
la compagnie , que ces beaux discours
n'avoient point rassurée , il fut dans un
autre quartier faire la même manoeuvre.
Ce Mouslouh , ci- devant simple Janissaire
, et Marchand de Melons , étoit un
des principaux Chefs des Révoltez , comme
on l'a déja dit au commencement de
cette Relation ; outre qu'il avoit naturellement
de l'esprit et de l'éloquence , il
s'étoit encore rendu recommandable à son
parti , parce qu'il sçavoit passablement
lire et écrire , mérite d'autant plus révéré
dans ce pays -là , qu'il est rare surtout
parmi les gens du peuple.
,
Quand les Rébelles créerent des Officiers
dans les Troupes , pour remplacer
ceux qui n'avoient pas voulu être leurs
Complices , Mouslouh se nomma lui même
Kyaya du nouveau Janissaire Aga , ou
C iij
In88%
MERCURE DE FRANCE
;
Intendant de toutes les affaires de ce
General de l'Infanterie , qui fut élevé à
cette Charge Eminente d'une maniere
assez singuliere. Mehemet Aga , c'est le
nom de ce General , étoit un vieillard
qui de Janissaire étoit parvenu au Grade
d'Hassexi , qui est une espece de Prevôt
qu'il y a dans chaque Compagnie , et qui
est au rang des bas Officiers. Un poste si
modique ne lui fournissant pas dequoi
subsister , il faisoit le métier de Sellier
les Rébelles dans leur Conseil Payant
fait Janissaire Aga , il racommodoit une
vieille Selle lorsque leurs députez vinrent
lui annoncer son élection . Mes amis
leur dit- il , il faut que vous vous soyez
mépris , ou qu'on vous ait mal adressez , car
jefuis le Curé du quartier * ; cette profession
comme vous voyez , ne quadre point du tout
avec la Charge dont vous dites que vos
Messieurs m'ont honoré ; les députez en
convinrent , et en furent rendre compte
à leurs Chefs ; on rassembla le Conseil
une seconde fois , et toutes les voix ayant
encore été pour Mehemet Aga on le
renvoya chercher avec ordre de l'amener
de gré ou de force ; le bon homme fut
obligé d'obéïr , et avoua que ne se sentant
pas assez de force , pour se charger
d'un emploi d'un si grand poids , it
* Ou Iman d'une Mosquée.
>
s'étoit
AVRIL. 1731. 881
s'étoit avisé de feindre qu'il étoit Curé ,
dans l'esperance qu'on le laisseroit tranquille
; mais malgré sa modestie et sa
vieillesse , il donna pourtant dans la
suite des marques qu'il n'étoit pas indigne
de cette place , puisqu'on peut dire que
son activité , sa prudence , et sa fermeté ,
sauverent Constantinople d'une seconde
sédition , qui pensa s'allumer , comme
on le va voir au principal endroit où la
premiere avoit pris feu.
Les 14. 15. et 16. d'Octobre , les Rébelles
firent encore quelques désordres en
divers endroits. Un Emir, entre- autres , ce
dernier jour-là , marchanda quelques pieces
de drap chez un Grec au Bizestin , et
ne pouvant convenir de prix avec lui , le
menaça de le tuer ; le Grec effrayé cria
au secours , ferma sa boutique , les autres
Marchands en firent de même , et tout
alloit rentrer dans la confusion , quand le
Janissaire Aga arrivant à propos , se saisit
de l'Emir , et le fit executer sur le champ ;.
ce qui rassura tout le monde .
Ĉette nouvelle alla bientôt jusqu'au
Mufti, qui voyant avec douleur que le levain
de la révolte fermentoit toûjours, envoya
chercher Patrona - Kalil , Mouslouh
Aga , et quelques autres Chefs ; il leur dit ,
qu'il étoit vrai que la Patrie leur avoit l'obligation
de la liberté qu'elle commençoit
C iiij
182 MERCURE DE FRANCE
respirer , que le Grand - Seigneur reconnoissoit
pareillement qu'il leur étoit redevable
de son élevation au Trône ; mais
que de même , qu'ils ne pouvoient douter
par les graces que leur avoit fait Sa
Hautesse , qu'elle sçavoit récompenser les
bonnes actions , ils devoient craindre d'éprouver
qu'elle ne sçut aussi punir les
mauvaises ; que s'ils avoient bien fait d'abord
de prendre les armes pour détruire
un Ministre tiranique , ils faisoient trèsmal
à present de continuer à s'en servir ,
pour fomenter les troubles et la discorde
dans l'Etat ; puisqu'au lieu de le soulager
réellement , ce n'étoit que substituer aux
calamitez dont ils l'avoient délivrée , d'autres
calamitez encore plus affligeantes ;
qu'enfin s'ils ne se déterminoient à se retirer
paisiblement , où le devoir de chacun
les appelloit , ils alloient perdre nonseulement
tout le mérite du bien qu'ils
avoient procuré , mais que devenant des
objets d'indignation au Sultan , et d'horreur
à tout le peuple , la Cour et la Ville
agiroient de concert , et prendroient des
mesures pour les traitter avec autant de
rigueur , qu'ils avoient traité cux-mêmes
les derniers Ministres et leurs Suppôts
.
Patrona et les autres Chefs firent semblant
d'être touchez de ce que le Mufti
venoit
AVRIL 1731. 883
venoit de leur dire ; ils lui témoignerent
beaucoup de respect , et beaucoup de chagrin
du mal que quelques coquins , contre
leurs intentions, avoient pû faire ; enfin ils
lui promirent tout ce qu'il voulut exiger
d'eux , mais ils n'en continuerent pas
moins à se comporter avec leur audace
et leur insolence ordinaire.
Comme il n'est pas permis , sous quelque
prétexte que ce soit,de boire du vin , ni
de faire aucun désordre dans les Chambres
des Janissaires , ceux des Rébelles qui y
étoient rentrez , ainsi qu'on l'a dit , ne
pouvant s'assujettir long- temps à une discipline
si rigoureuse , prirent bientôt des
Maisons en Ville ; Patrona , entre plusieurs
qu'on lui offrit , donna la préference
à celle du Tefterdar , parce qu'elle est
voisine des cazernes des Janissaires.
>
Plus de 400. de ses camarades vinrent
se loger avec lui , ou aux environs . Là ses
Messieurs bien armez , se plongeant jour
et nuit dans toutes sortes de débauches
étoient ivres la plupart du tems ; il se rendirent
dans cet état à la Porte , s'asseyoient
d'eux-mêmes éfrontement auprès du Grand
Vizir ; lui demandoient des graces , ou
des emplois pour des créatures que leur
Chefhonoroit de sa protection , et ce Ministre
, au mépris de la justice et de sa dignité
, étoit forcé de déferer toûjours à
Cy leurs
884 MERCURE DE FRANCE
•
leurs requêtes , et sans délai . On ne finiroit
pas si on vouloit rapporter tous les traits
d'impudence de cette canaille ' ; mais en
voici un assez singulier. Après qu'on eut
étranglé le dernier Grand Vizir , Ibrahim
Pacha ,Mehemet-Pacha son fils, qui de même
que son Pere , étoit gendre du Sultan
Achmet , ayant été répudié par la Sultane sa
femme,et la Cour le regardant comme un
homme sans consequence , parce qu'il est
jeune , sujet à tomber du haut mal , d'un
esprit borné , et qui n'avoit eu aucune
partau Ministere ; le Grand Seigneur crut
que ce seroit assez punir ce malheureux
Pacha , en le releguant à Nicomédie avec
l'appanage de cette Ville pour sa subsistance.
La chose ne parut pourtant pas de même
aux Rébetles , qui trouvant au contraire
que cette peine étoit trop douce
Patrona vint déclarer au Grand Vizir que
les Agas et lui avoient jugé à propos d'exiler
Mehemet Pacha à Mouchkara , pour
y vivre des revenus que son Pere y avoit
laissez , et qu'il lui demandoit un ordre
pour cela ; le Ministre n'ayant garde de
rien refuser aux Agas , c'est -à-dire aux .
Chefs des Rébelles , l'ordre fut expedié et
executé aussi tôt.
,
Mais pour bien sentir le rafinement de
leurs vengeances contre Ibrahim dans
cette
AVRIL. 1731. 885
,
cette occasion , il faut sçavoir que Mouhs-
Kara étoit autrefois un mauvais Village
d'Asie , où ce grand homme étoit né d'un
pauvre Arménien
et qu'aspirant à immortaliser
son nom , comme il y seroit
parvenu , s'il eut plutôt fini ses jours , et
d'une mort naturelle , il avoit si fort orné
ce lieu , par les Colleges , les Mosquées
, les Bains , les Fontaines , les Kams ,
et autres Edifices publics et particuliers
qu'il y avoit fait bâtir durant son Viziariat
, que depuis quelques années on ne
l'appelloit plus que Neucheher , qui veut
dire nouvelle Ville ; or les Rébelles ne
voulant rien laisser subsister , autant qu'il
dépendroit d'eux , de tout ce qui pourroît
transmettre à la posterité , la memoire
d'Ibrahim , ordonnerent que tous ces
embellissemens fussent détruits , que Neucheher
redevint un miserable Village comme
il étoit auparavant, qu'il reprit son ancien
nom de Mouhs- Kara , et que l'infortuné
Mehemet y fut exilé pour toûjours
, afin qu'après avoir été le spectateur
de cette désolation , il n'eut continuellement
devant les yeux que des objets qui
pussent l'entretenir dans des réflexions
douloureuses , et qu'il ne lui restât
pour tout bien que les materiaux et
les décombres de cette Ville démolie.
C vj
Un
886 MERCURE DE FRANCE
h
Un Poste de Capidgy-Bachi étant venu
à vacquer , le G. V. en disposa en faveur
d'une de ses Créatures ; mais Patrona en
voulant disposer aussi , il fallut que ce
Ministre le donnât au Sujet presenté par
ce Rebelle , et qu'il révoquât la personne
qu'il en avoit déja pourvûë.
Un jour le G. V. tenant son Divan , fut
averti que Mouslouh , qui étoit déja ve
nu l'interrompre la veille à la même heure
, arrivoit chez lui avec un grand nom
bre de ses Agas ; il quitta d'abord le
Conseil , et vint le recevoir ; ils parlerent
pendant quelque temps tout bas ensemble
; ensuite ce Ministre passa chez le
G. S. et dans le temps que le Peuple assemblé
s'informoit avec empressement du
sujet de toutes ces démarches , on vit
sortir du Serrail un nouveau Kyaya nom .
mé Mustapha-Bey , lequel avoit été autrefois
Capigilar Kyayasy , ou Grand-
Maître des Ceremonies , et étoit depuis
peu Bujuk-Imbrahor , ou Grand- Ecuyer
du Sultan déposé. Son prédecesseur immédiat,
Nikdelihali- Aga , fut envoyé sur
le champ dans la Prison Bachbaki-Koulou
, c'est le Chef de ceux qui poursuipayement
des deniers dûs au Trévent
le
sor de l'Empire .
On rapporte plusieurs motifs de la disgrace
de ce dernier ; en premier lieu, que
s'étant
AVRIL. 1731. 887
s'étant livré aux conseils mal digerez d'un
de ses amis , il avoit formé le dessein de
détruire lui-même les Rebelles , et que
ceux - cy en ayant été informez , le prévinrent
et le firent déposer , comme on
vient de le dire , à la premiere requisition
de Mouslouh , Secondement cet hom- .
me étoit si avide , que sans être retenu.
par l'exemple récent et tragique de son
devancier , il prenoit de toutes mains et
avoit déja amassé plus de so . mille écus
en 15. jours seulement qu'il étoit en place.
On ajoûte à cela qu'on l'accusoit d'avoir
détourné des Effets de la succession
du feu G. V. Ibrahim , deux Ceintures
de diamans , un Couteau garni de diamans
et plus d'un million en argent.
Le 19. on fit dans le Serrail la paye de
deux quartiers aux Troupes , comme il
a été dit que le G. S. l'avoit ordonné
lorsqu'il leur accorda le present , et l'usage
étant aussi dans ces occasions qu'on
leur fasse manger le Pilau , Sa Hautesse
qui étoit venuë voir les sacs d'argent pour
la forme , commanda qu'on servît ce
Pilau dans des plats neufs , ne voulant
pas , dit-elle , que ce qui avoit été
employé sous le regne de son oncle le fût
encore sous le sien ; mais sur ce qu'on
lui représenta qu'il seroit impossible qu'on
f trouvât dans une matinée autant de vaisselle
888 MERCURE DE FRANCE
selle neuve qu'on en avoit besoin pour un
si grand nombre de personnes, elle répondit
qu'il falloit toûjours aller chercher
toute celle qu'on pourroit trouver , et
suppléer à ce qui en manqueroit par une
partie de la vieille qu'on feroit étammer
de nouveau , et cela fut executé avec une
promptitude dont il semble que les Turcs
seuls soient capables.
Comme on faisoit la paye , Patrona vint
au Serrail , il passa dans les rangs des
Janissaires , et les salua à droit et à
gauche
, et continua sa route jusqu'à l'Appartement
du G. S. La Validé ou Sultane
Mere , qui l'appelloit son second fils ,
parce qu'il avoit mis Sultan Mamouth sur
le Trône , fut quelque temps en conversation
avec lui , par l'organe d'un de ses
Eunuques, et lui donna 2000 Sequins , dont
il distribua la plus grande partie en sortant
aux Domestiques de cette Princesse.
Après la tenue du Divan , le G. V. revint
chez lui conferer la Principauté de
Valachie à Milka -Voda , qui avoit déja été
plusieurs fois Prince de Moldavie pendant
20. ans , et qui vivoit depuis quelques années
qu'on l'avoit déposé en simple Particulier
dans un Village du Canal de la
Mer Noire; il a succedé à Mauro-Cordato-
Roda , Prince d'un grand mérite , et sur
tout fort estimé pour son sçavoir , qui
mourut
AVRIL 1731. 889
mourut au commencement de Septembre
dernier.
Le Drogman de la Porte , à l'occasion
de cette ceremonie où il fallut qu'il assistât
, reçut un Caffetan , qui le confirmoit
dans son poste. Depuis le commencement
de la révolte il avoit toûjours
prié le G. V. de differer à lui faire cet
honneur , de crainte que les Rebelles le
voyant en fonction sous le nouveau Ministere
, comme sous l'ancien , ne le
fissent périr , ou n'exigeassent de lui des
sommes qu'il n'étoit pas en état de payer:
et de fait , Patrona l'ayant menacé en diverses
rencontres de le poignarder , il
n'osoit presque plus se montrer , et il fut
dans des frayeurs continuelles jusqu'au
jour que ce Barbare persecuteur de tous
ceux qui avoient eu part au dernier Gouvernement
, a subi lui- même la fin tragique
qu'il avoit déja fait souffrir aux uns ,
et qu'il destinoit encore aux autres .
Pour revenir à Milkavoda , sa Principauté
de Valachie lui avoit coûté 1500.
mille liv. sans compter les presens considerables
que suivant l'usage il avoit été
obligé de faire aux Ministres de la Porte ,
dès que lui , son fils et son Capy- Kyaya , *
* C'est un Homme d'Affaire , que les Princes
de Valachie et de Moldavie et même les Pachas
des Provinces entretiennent toûjours à la Porte
pour avoir soin de leurs interêts.
890 MERCURE DE FRANCE
eurent été revêtus du Cafetan d'honneur;
il fut conduit par les Principaux de la
Nation Grecque à leur Eglise Patriarchale ,
pour se faire reconnoître Prince . Le Patriarche
à la tête de son Clergé , vint le
recevoir à la Porte, et celebra la Messe en
habits Pontificaux , après quoi ce petit
Souverain s'embarqua dans un Bateau à
cinq paires de Rames , pour marque de
sa dignité , et retourna en pompe à son
Village.
Ce nouveau Prince fournit l'occasion
de parler ici d'un certain Manolaki, Grec
extrémement riche , et qui étoit Curtchi-
Bachi , ou Chef des Foureurs . Les Rebelles
, à cause des grandes liaisons qu'il
avoit eu avec Mehemet l'ancien Kyaya ,
l'ayant soupçonné d'avoir entre ses mains
beaucoup d'Effets de ce Ministre , furent
piller ses maisons , où ils ne le trouverent
pas. Il avoit d'abord pris la fuite et s'étoit
caché successivement en differens endroits,
d'où il faisoit agir secretement ses Emissaires
auprès de Patrona , pour avoir fa
permission de reparoître en sureté. On
prétend que ce dernier en reçut de grands
presens ; mais ces sortes de graces n'étoient
pas approuvées par ses Camarades ,
comme nous l'avons dit.
Le Curtchi- Bachi , qui vit que l'orage
qu'il croyoit avoir excité , étoit prêt à
tomber
AVRIL. 1731. 89 %
mer ,
tomber de nouveau sur sa tête , crut pouvoir
s'en garentir en se sauvant dans une
maison privilégiée , qu'il regardoit comme
un azile assuré pour lui ; mais malheureusement
peu de jours après on sçut
sa retraite , et la Porte l'ayant fait reclaon
ne put se dispenser de le re- .
mettre aussi-tôt à la Garde du Bostandgi-
Bachi , qui l'alla chercher. On le conduisit
et on le mit aux fers dans la Prison
du Bach-Baks -Coulou. Il fut interrogé
sur les biens du Kyaya , qu'on prétendoit
qu'il avoit en dépôt ; il répondit qu'il
n'en avoit qu'une petite cassette pleine
de papiers , que ce Ministre lui remit luimême
le jour de la révolte , parmi lesquels
on trouveroit un Etat détaillé de
toutes les affaires du Kyaya , qui faisoit
foi de la verité de sa déposition. Il ajoûta
que quant à lui , Curtchi - Bachi , il ne
désavoüoit pas qu'il ne fût fort opulent
, mais que ces richesses lui étoient
venues ou des heritages de sa famille ou
des gains legitimes qu'il faisoit depuis
long - temps dans son commerce de Pelleterie,
et que si quelqu'un pouvoit lui prouver
qu'il eût jamais rien pris injustement , il
étoit prêt à le restituer au triple. Par ces
raisons , appuyées de beaucoup d'argent
I qu'il fit glisser sous main à ceux qui le
pouvoient tirer d'embarras , il avoit enfin
recouvre
892 MERCURE DE FRANCE
recouvré sa liberté , lorsque notre nouveau
Prince venant à la traverse , l'accusa
à la Porte de lui avoir pris des sommes
considerables , dans le temps que lui Mikal
, étoit Prince de Moldavie , et que
Manolaki étoit dans la grande faveur du
Kyaya , et c'en fut assez pour que l'on
le remenât à la même Prison , d'où il sortit
pourtant cinq semaines après.
Le 23. le G. S. déposa Mengheli Chiray ,
Kam des Tartares de Crimée , et lui nomma
pour successeur son frere Kaplan-
Chiray , homme de tête et de coeur , et
qui avoit déja occupé ce Trône autrefois.
S. H. lui envoya son Grand - Ecuyer à
Brousse , où il étoit en exil , pour lui
annoncer cette agréable nouvelle , et une
Galere à Modenia , Port d'Asie , à une
journée de Brousse , pour le transporter à
Constantinople.
Ce Prince y étant arrivé le 31. Octobre
, on fit aussi- tôt publier une deffense
aux femmes et aux enfans de paroître dans
les rues , de peur que la curiosité ne les
y attirant pour voir son Entrée , il n'ar- ·
rivât quelques desordres. La Cour le logea
dans un Serrail du deffunt Kyaya . Le
6. Novembre il fut rendre visite au G. V.
qui le mena après chez le Sultan . S. H.
lui fit un gracieux accueil , et le fit revêtir
d'une Pelice de Martre Zibeline ; elle lui
4
1
fit
AVRIL. 1731 . 893
fit aussi donner un Cheval de son Ecurie
magnifiquement harnaché ; on le reconduisit
ensuite en ceremonie à son Palais ;
et dès le même jour le G. V. et les principaux
Ministres le vinrent voir, et lui firent
de magnifiques presens.
Le 24. on tint plusieurs Conseils sur
ce qu'il y avoit à faire pour parvenir à
dissiper les Rebelles. Il fut arrêté de leur
proposer , et on leur proposa en effet de
se retirer sur telle Frontiere de l'Empire
qu'ils voudroient ; bien loin de gouter
cette proposition , ils demanderent que
le G. V. fut déposé ; mais Mouslouh Aga,
qui n'étoit pas d'abord avec eux , arriva
et les fit changer de sentiment .
Le lendemain ils se présenterent au
Serrail en plus grand nombre que la veille
, ils se plaignirent de ce qu'on continuoit
à conserver et à rétablir des personnes
indignes des places qu'on leur faisoit
occuper , comme Mehemet-Effendi ,
ancien Reys Effendy , que la Porte venoit
de faire Dester - Emini , ou Gardien des
Registres de l'Empire pour ce qui regarde
les Troupes , et par le canal duquel les
Pensions Militaires s'obtiennent . Îls ajoûterent
qu'ils voyoient bien qu'on avoit
envie de faire revivre la derniere administration
, mais qu'ils y mettroient bon
ordre.
On
894 MERCURE DE FRANCE
On ne peut éviter de faire ici une disgression
sur les diverses agitations que
souffrit la fortune de ce Ministre pendant
la Révolte. Après avoir été caché les premiers
jours , il reparoît à la Cour tout
d'un coup , s'étant accommodé avec Patrona
; mais les autres Rebelles ayant
trouvé cela mauvais , il fut contraint de
s'éclipser de nouveau . Ensuite par le
moyen d'un Emir qui lui avoit obligation
et qui étoit intime ami de Mouslouh
il eut la liberté de revenir chez lui ,
pourvû qu'il ne fréquentât qui que ce
fût de dehors.
Le Kyaya-Nikdeli- Ali - Aga , dont nous
avons parlé , fâché de ce que cet ancien
Secretaire d'Etat qu'il n'aimoit pas , et dont
la capacité lui faisoit ombrage , n'eut pas
péri comme les autres , résolut de le perdre.
Pour y parvenir il lui fit faire des
complimens de félicitation , il le fit prier
avec les instances les plus vives de revenir
à la Porte , où l'on ne pouvoit , disoitil
, se passer de son secours , sur tout par
rapport aux affaires de Perse , que personne
ne possedoit comme lui.
Le vieux Mehemet-Effendi , fit rendre
mille graces au Kyaya , de toutes ses politesses
, et de l'opinion avantageuse qu'il
témoignoit avoir de son peu de lumieres ;
mais il le fit prier à même- temps de le
"
1
disAVRIL.
1731. 895
dispenser de se plus mêler de rien , s'en
excusant sur son grand âge et sur ses
infirmitez , qui le rendoient incapable
d'aucune application.
-
Le Kyaya voyant qu'il ne pouvoit attirer
tout seul son Ennemi dans le piege,
fit agir le G. V. qui envoya un ordre à
Mehemet Effendi de se rendre à la
-Porte ; il fallut obéïr ; il y fut donc , on
l'accabla de caresses chez ces deux Ministres
, et au bout de quelques jours le
G. S. le fit Defter Emini.
Le Kyaya sçavoit bien que les Rebelles
ne le souffriroient pas long- temps dans ce
poste ,aussi ne tarderent- ils pas long- temps
à s'en plaindre , comme nous l'avons rapporté
; on tint Conseil sur leurs menaces;
et pour en prévenir les effets , on déposa
plusieurs Officiers , dont Mehemet- Effendi
fut du nombre , et de plus exilé à
Tenedos.
Mais à peine étoit- il parti , que le reconnoissant
Emir qui l'avoit déja si bien
servi , s'employa une seconde fois en sa
faveur auprès de Mouslouh , et obtint
son rappel , desorte qu'il revint encore
dans sa maison , mais toûjours sous la
condition de ne communiquer avec personne
, ce qu'il observa fidelement jusqu'à
l'entiere abolition des Rebelles ,
Revenons à ces derniers ; après qu'ils
eurent
896 MERCURE DE FRANCE
eurent marqué leur mécontentement à la
Porte , de ce qu'on employoit encore des
proscrits , ils demanderent que Ruslan-
Pacha , qu'ils avoient fait venir de Bosnie ,
fut nommé General de l'Armée de Perse.
Le G. S. y consentit , moyennant qu'ils
voulussent y suivre ce Pacha. Ils promirent
de le faire ; mais comme ils ne cherchoient
qu'à amuser S. H. , cela n'empêcha
pas qu'ils ne fissent entre- eux les jours
suivans de nouvelles assemblées , et qu'ils
ne parussent à la Porte le 29. pour y demander
que Patrona-Kalil fût fait Capi- ,
tan Pacha , le Janissaire Aga G. V. et que
Mouslouh eût la Charge de ce dernier.
La Cour surprise au dernier point de ce
nouveau trait de la teméraire audace des
Rebelles , ne pût se persuader qu'ils se
portassent d'eux-mêmes à des prétentions
si déraisonnables , et crut que quelques
Gens de Loi , qui étoient très- suspects au
Gouvernement , étoient les secrets Promoteurs
de toutes leurs démarches outrées.
Elle jetta d'abord tous ses soupçons
sur Zulalizade-Effendi , Kadilesker d'Asie,
en exercice .
On se rappella , 1 ° . qu'Achmet III.
étant encore sur le Trône , avoit reproché
en face à ce Kadilisker , qu'il étoit
un traître et un des principaux Auteurs
de la premiere Révolte ; que celui- cy au
lieu
AVRIL. 1731. 897
lieu de se disculper de cette accusation ,
avoit reproché à son tour au G. S. que
depuis long- temps il étoit déchu de la
Souveraineté , et que du moment même
qu'il signa le Traité de Passorouvits , par
lequel il avoit cedé honteusement Bellegrade
aux Allemans , il ne l'avoit plus
consideré comme Empereur.
2º. Qu'Achmet ayant assemblé les
Gens de Loy pour les consulter sur les
moyens de conserver la vie à son G. V.
il lui avoit dit que les séditieux lui demandoient
trois personnes , le Vizir , le
Kyaya et le Capitan - Pacha . Qu'à l'égard
des deux derniers il consentoit à les leur
abandonner , mais que pour Ibrahim , il
vouloit tâcher de le sauver ; qu'il étoit
même dans le dessein d'écrire aux Rebelles
pour en obtenir la grace , et que
cependant il souhaitoit auparavant qu'ils
lui dissent leur avis là- dessus ; que Zulali
Zadé prenant alors la parole , avoit répondu
au Sultan qu'il entreprenoit là une
chose bien difficile , et que le mal étoit
devenu trop grand pour pouvoir y porter
du remede ; que le G. V. ayant aussi voulu
hazarder son avis , ce Kadilisker l'interrompit
, et s'emportant comme
furieux , lui dit qu'il étoit réprouvé des
hommes et de Dieu , et qu'un méchant
comme lui méritoit la mort la plus
igno398
MERCURE DE FRANCE
> ignominieuse. Sur quoi Ibrahim sans
rien répliquer , se leva , les larmes aux
yeux , et se retira . Que le G. S. outré de
douleur et de dépit , s'étoit pareillement
levé et avoit dit au Kadilesker, que puisque
tout étoit désesperé , qu'il rendît
donc sa Sentence de mort contre le Visir
comme contre les deux autres , ce que
Zulalizadé avoit fait sur le champ.
Ces refléxions et plusieurs autres du
Sultan et de ses Ministres , sur le procedé ,
dace Kadilesker , firent regarder comme
des preuves les indices qu'on avoit de ses
pratiques avec les Rebelles ; mais comme
on n'avoit pas encore pris les arrangemens
necessaires pour leur châtiment et
leur destruction , on se contenta de répondre
qu'on ne pouvoit leur accorder
les changemens qu'ils demandoient qu'on
fit dans le Ministere .
Lc 2. Novembre le G. S. donna un
Katcherif, qui leur enjoignit de prendre
bien garde de faire aucun desordre ; S. H.
étant résoluë de punir de mort tous ceux
qui en seroient coupables ; et comme ils
s'étoient distinguez de ses autres Sujets
en portant des Turbans rouges , ce qui
ne faisoit qu'entretenir la division et l'esprit
de parti dans Constantinople , elles
prétendoient qu'ils en prissent chacun de
conformes à leurs differentes Professions,
#
(
= afin
AVRI L. 1731. 899
afin que rien ne démentît en cux l'obéi'ssance
et la fidelité qu'ils devoient.
Les Rebelles firent honneur au Katcherif
, quant à ce dernier article qui ne
regardoit qu'une soumission exterieure
mais quant à ce premier qui touchoit à
la réforme de leur conduite , ils ne tarderent
pas à marquer qu'elle étoit toûjours
la même.
Patrona Kalil , refléchissant dans sa
haute prosperité , qu'il avoit fait du bien.
à tous ceux à qui il avoit obligation ,
excepté à un Boucher Grec nommé Tanaki
, lequel s'étoit avanturé de lui fournir
abondamment , tant à lui qu'à ses Camarades
, d'excellente viande , lorsqu'ils
étoient campez à Etmeïdan , et que cet
homme d'ailleurs lui avoit autrefois prêté
deux écus dont il avoit eu la discretion
de ne lui jamais parler , il l'envoya chercher
, et lui dit : qu'étant très sensible à
l'assistance qu'il avoit reçûë de lui , il
vouloit lui en témoigner sa reconnoissance
d'une maniere autentique. Il lui fic
d'abord present de 1000. Sequins , valant
près de 1oooo. liv. puis lui dit, en riant :
Ne vous souciez- vous pas de vivre plus
Long-temps que moi ; Yanaki répondit aussitôt
, que , lui mort , il ne se soucioit plus
de la vie. He bien, puisque cela est ainsi,
reprit Patrona , charmé de cette réponse :
D dites
goo MERCURE DE FRANCE .
dites-moi ce que vous souhaitez que je fasse
pour vous , et soyez sûr de l'obtenir. Alors
mille désirs confus s'élevant dans le coeur
du Boucher , et ne sçachant auquel s'arrêter,
il dit à son Bien- faicteur : Que pour
le present il ne sçavoir que lui demander ,
mais qu'il alloit consulter ses amis , et qu'il
lui rendroit bien tôt réponse. Yanaki fut
trouver le Kasab- Bachy , qui est comme
le Fermier ou Inspecteur general des
Boucheries ; et après lui avoir exposé sa
bonne fortune : Que me conseillez vous ,
lui dit-il , j'ai envie de porter Patrona
qu'il fasse revivre en ma faveur la Charge
de Surdgy- Bachi , * qu'on a supprimée,
elle est de mon état et j'en connois tout
l'exercice . Celui- cy qui vie qu'il alloit per
dre la plus grande partie de ses droits ,
si cette Charge dont il avoit réüni les
fonctions à la sienne , étoit rétablie , répondit
au Boucher : Vous n'y pensez past
à quoi vous amusez vous ? votre Protecteur
est tout-puissant , il vous met en état par
ses offres et par son crédit , d'aspirer aux
Postes les plus brillans , et vous allez vous
borner à une petite Charge de rien , sou-
* C'étoit une Ferme et en même temps une Ingpection
sur les Boeufs , Moutons , &c. à peu près
comme la Ferme du Pied- Fourché à Paris , et
qui rapportoit au Fermier par an environ 106.
mille livres.
vent
AVRIL: 1731 .
vent même plus ruineuse que lucrative :
Que lui demanderai- je donc? Demandez
lui , reprit l'autre , qu'ils vous fasse Prin
ce de Moldavie ; et si vous n'avez pas assez
d'argent pour payer cette Principauté
, que cela ne vous embarrasse pas , je
vous fournirai tout ce qu'il vous en faudra.
La vanité qui est comme incarnée chez
les Grecs , tourna en un moment si bien
la cervele à celui-ci , qu'oubliant la dis
tance de sa bassesse , au rang qu'on lui
proposoit , il s'en revint chez Patrona , et
-lui dit que puisque l'affection dont il
l'honoroit étoit sans égale , et qu'il avoit
tout pouvoir dans l'Empire , il le prioit
de le faire Prince de Moldavie . Soit , ré-
-pondit Patrona , et sur le champ , il l'en
voya avec un de ses gens chez le G. V.
Ce Ministre étonné d'une pareille proposition
, resta muet quelque-tems ; ensuite
reprenant ses esprits , il dit que ce que deamandoit
l'Aga Patrona étoit impossible
qu'on ne nommoit à ces sortes de Principautez
que des gens de naissance , ou qui
avoient rendu de grands services à l'Etat ,
qu'outre que le sujet qu'on lui présentoit
, n'étoit dans l'un ni dans l'autre cas ,
'Empereur n'ayant confirmé que depuis
quatre jours Gregorasko - Ghika , dans sa
Principauté , il n'étoit ni de l'honneur ,
Dij
ni
jo MERCURE DE FRANCE
ni de la justice de Sa Hautesse , de déposer
ce Prince , dont elle étoit satisfaite , pour
mettre un vil Artisan à sa place.
pas
Le tout ayant été rapporté à Patrona :
Bon, bon , voilà de belles raisons , dit- il ,
qu'est-ce que cela signifie ? Gregorasko
n'est- il pas Dgiaour ? Yanaki n'est- il
Dgiaour aussi ? Que l'un ou l'autre
soit Prince , n'est - ce pas toujours
la même chose ? En un mot , je veux que
mon ami soit préferé. Là- dessus il renvoya
le Boucher au G. V. et le fit accom-
Mouslouh.
pagner par
it
Ce second Chef parla si haut , que le
Gr. V. ne sçachant plus quel parti prendre
, dit qu'une affaire de cette importance
ne dépendoit pas de lui , qu'il alloit
la communiquer au Sultan , et sçavoir sa
volonté : Allez donc , répondit Mouslouh,
mais songez toujours à complaire à Pafrona.
Le G. S. ne fut pas moins surpris , ni
indigné que l'avoit été son Vizir ; cependant
, jugeant bien que dans peu tout
changeroit de face , et qu'on seroit alors
en état de faire payer cherement au Bou
cher et à son protecteur leur impudence ;
il dit à son Ministre qu'il n'y avoit qu'à
les contenter. Ainsi maître Yanaky fut
revêtu du Caftan de Prince de Moldavie
le 2 Novembre et reçût tous les au-
?
tres
་
{
AVRIL. 1731. 903
tres honneurs usitez en pareille occasion
tant à la Porte , qu'à l'Eglise Patriar
chale .
Ce fut un coup de foudre pour la Nation
Grecque l'orgueil humilié , et le désespoir
étoient peints sur tous les visages
pendant la cérémonie , à laquelle il fallut
que le Drogman de la Porte eut la mortification
d'assister. Comme c'est un fort
honnête homme , tout le monde prit
part au juste chagrin qu'il avoit d'être
obligé par le devoir de sa Charge de concourir
, quoi qu'indirectement,à la déposition
de son propre frere , que le Boy
Yanaky alloit relever.
Mais la grandeur de ce Prince-Boucher
passa comme un songe; il ne pût parvenir à
ramasser que 30 Bourses,qu'il donna , et qui
furent perdues,au lieu de près d'un million
dont il avoit besoin , pour satisfaire la Porte
et ses Ministres , ainsi que Patrona qui lui
demandoit 60 Bourses , et les autres Agas
qui en vouloient avoir presque autant. Le
Kasab- Bachi , qui ne lui avoit offert de luimême
son secours , que pour l'engager
dans ce mauvais pas , et l'y laisser , s'éclipsa
subitement , et Patrona même , son
zelé protecteur , en apparence , l'ayant
fait Prince moins par reconnoissance
que pour son interêt particulier , et pour
braver le G. S. en faisant parade de son
Diij -au-
,
904 MERCURE DE FRANCE
autorité , l'abandonna comme l'autre; ensorte
que ce Prince , en idée , au lieu d'être
conduit pompeusement auTrône,fut traî
né honteusement en prison , où nous le
laisserons déplorer sa folie , jusqu'à ce
qu'une plus grande punition l'en tire.
Le même jour , 2 Novembre , l'Ambassadeur
de France étant allé rendre sa
premiere visite à Kafis - Mehemet , noųveau
Capitan- Pacha , pour le complimen
ter sur són Avenement à cette dignité ;
le Janis aire Aga se figura que les Ministres
Etrangers en devoient faire autant à
son égard. Il envoya chercher un Drogman
au Palais de France , et lui demanda
pourquoi son Ambassadeur ne l'étoit pas.
venu voir , comme c'étoit l'usage . Le
Drogman lui répondit , qu'on l'avoit sans
doute mal informé , puisque cela ne s'étoit
jamais pratiqué envers les Janissaires.
Agas , et que sûrement son Ambassadeur
n'établiroit pas cette nouveauté. On conduisit
ensuite le Drogman chez Mouslouh
, qui s'étoit fait de lui-même , comme
on a dit , Kyaya de ce General de
P'Infanterie il dit à ce Drogman' que
puisque l'Ambassadeur de France ne vou
loit pas venir voir con Maître , il devoit
au moins envoyer à lui Kyaya , les présens
usitez. Je ne sç che pas, répondit l'In
terprete , que les Ambassadenrs de Fran-
:
AVRIL. 1731. 905
"
ce en ayent jamais fait aux Agas des Janissaires
, ni à leurs Kyayas ; cependant ,
ajouta- t-il , j'en parlerai à son Excellence.
Je vous en prie , répliqua Mouslouh ;
car après tout , il me semble que le bon
ordre que j'ai fait observer pendant les
troubles , mérite bien quelque récompense.
Le 5. il y eut une grande altercation
entre les Serdingueschtis , et les plus anciens
Officiers et Soldats des Janissaires.
Un de ces premiers prit querelle avec un
Capitaine de cette Milice , et le tua, Ceçte
action irrita si fort les Janissaires, qu'ils
furent en grand nombre s'artrouper à
Orta-Dgiani , Mosquée où les Janissaires
tiennent leurs Assemblées tumultueuses ,
et ils convinrent entr'eux de chasser de
leurs chambres tous les enfans perdus .
Ils en étoient sur cette déliberation
quand Patrona , qui avoit été averti du
tumulte , arriva avec une vingtaine des
siens , et leur ayant demandé , comme
s'il l'avoit ignoré le sujet de leur assemblée
, un Hoda -Bachi , de la 32 Compa
gnie , ou Chef de chambrée , prenant la
parole , lui répondit qu'ils s'étoient assemblez
dans le dessein de n'avoir plus
aucune societé avec ses camarades qui
deshonoroient journellement leur Corps ,
par leurs crimes , et que s'il ne se rangeoit
>
Dij lui
906 MERCURE DE FRANCE
>
>
3
>
lui même à son devoir , on lui feroit un
mauvais parti. Patrona répliqua qu'il ne
les craignoit guéres , que s'ils étoient assez
hardis pour venir l'attaquer lui et ses
gens , qu'ils trouveroient à qui parler , et
qu'il avoit dans Constantinople 12000.
Albanois prêts à se joindre à lui. Quand
tu ferois venir toute l'Albanie à ton secours
répondit courageusement Lodabach
- nous ne l'èn exterminerions pas moins toi et
les tiens . Mon ami , répondit Patrona
vous avez tort de vous emporter contre moi
puisque je ne fais de mal à personne. Il ne
suffit pas,dit alors cet Officier,que tu nefasse
point de mal, il ne te convient pas non plus,
comme tu fais , de te mêler des affaires de
Etat. Il semble à te voirfourrer le nez par
tout , que le Sultan et son Vizir ayent besoin
de tes lumieres pour se conduire. Si tu es Janissaire
, tu dois te comporter en Janissaire ,
et non pas en Ministre , ni le laisser faire
à ton camarade Mouslouh , qui vient tous
les jours à la Porte avec autant de faste et de
fierté que le défunt Kyaya. Mais , interrompit
Patrona , si je ne m'informe pas de
ce qui se passe , il arrivera infailliblement
qu'on remettra en place des infames qui renouvelleront
la tiranie du dernier
gouvernement
; tous les mouvemens que je me donne
n'ont d'autre objet que de procurer le soulagement
du peuple. Ce n'est pas d'un homme tel
C
que
1
1
1
AVRIL. 1731 .
907
que toi , répondirent plusieurs Janissaires ,
que le peuple doit attendre du soulagement ;
notre Empereur est assez juste et assez éclairé
pour gouverner et pour rendre ses sujets beureux
; c'est à lui feul à disposer des emplois
et des Charges en faveur de ceux qu'il croit
les mériter quant à nous , ce que nous
avons à défirer , c'est qu'il régne , et qu'il
vive long- tems , et qu'on nous paye toujours
avec exactitude ; nous n'avons jusqu'à présent
qu'à nous louerde ce côté-là , aussi -bien
que
des liberalitez de S. H. Ce seroit nous
en rendre tout-àfait indignes , si notre Corps
qui est le plus ancien et le plus illustre de l'Etat,
souffroit qu'un Particulier , quel qu'il pût
être , osat s'ingerer de partager l'authorité
fouveraine.
>
Ainsi , continuerent-ils , s'adressant toujours
à Patrona nous te donnons encore
trois jours , pour réduire , on dissiper tes
gens ; si ce terme expiré nous entendons encore
parler de quelques désordres de leur part ,
nous ferons main basse sur eux par tout où
nous les trouverons . Ces dernieres paroles ,
prononcées d'une voix plus forte , finirent
l'Assemblée , et on se sépara.
Quoique Patrona fut un déterminé , et
qu'il ne craignît pas que les Janissaires ,
parmi lesquels il étoit sûr d'avoir encore
un gros parti , missent à exécution leurs
menaces , il ne laissa pourtant pas de com-
DY prendre
908 MERCURE DE FRANCE
prendre par le discours qu'on lui avoit tenu
, que les esprits étoient fort échaufez
contre lui , et qu'il avoit plus d'ennemis
qu'il ne croyoit. Pour s'en mieux éclaircir
, il fut voir Damud- Zadé , ancien Kadelisker
, qui le reçût froidement , et même
avec mépris . Nonobstant cet accueil
peu favorable , il ne se rebuta point , et
faisant tomber la conversation sur tout ce
qui s'étoit passé , il dit à cet Effendi d'un
ton hypocrite , qu'il n'avoit pris les armes
que pour la cause commune , que
Dieu avoit bien voulu se servir de son foible
bras pour tirer le peuple Musulman
de l'oppression du précédent Ministere
et que lui-même Damudzadé , étant un
personage saint et éclairé , et qui pouvoit
Tire jusques dans les replis les plus secrets
de son coeur , il lui étoit aisé de reconnoître
que ses intentions avoient été bon
nes. Cependant , ajoûta -t- il , en soupirant ,
je trouve tous les jours en mon chemin de manvais
esprits , qui donnent des interprétations
criminelles à tout ce que je fais , et qui ne
travaillent qu'à me noircir auprès de mon
Empereur , pour lequel j'ai tant de fois exposé
ma vie. Souffrez , grand Effendi , queje
vous demande votre protection contre eux s'ils
continuent à me calomnier dans l'esprit de Sa:
Hautesse.
Damudzadé , qui est effectivement un
hom
AVRIL. 1731. ୨୦୨
Homme de beaucoup de merite , et surtout
plein de droiture , lui répondit qu'il
ne rougiroit jamais de dire la verité , et
qu'ayant le mensonge en horreur , il pouvoit
s'assurer que quand on lui demande
roit ce qu'il pense sur son compte , il le
diroit sans le moindre déguisement.
Patrona dont la curiosité n'eut pas
trop lieu d'être satisfaite par cette réponse
ambigue , affecta pourtant d'en être fort
content , comme si le Kadilesker ne pou
voit que parler avantageusement de lui ,
il lui baisa la main , se retira , et répandit
en sortant une poignée de Seguins à ses
Domestiques. Damudzade Payant appris,
ordonna que tous ceux qui en avoient
tamassez les jettassent dans la Mer devant
lui , et regardant Patrona comme un scelerat
, dont la seule présence avoit souillé
sa maison , il fit balayer et froter par tout
sur le champ où il avoir mis les pieds.
Le 10 Novembre , le G. S. déposa Kafis-
Mehemet Pacha , de la Charge de Ca
pitan-Pacha , et l'honora en échange d'une
Pelisse de Martre- Zibeline, et du Gouver
nement de Seyde , que son pere avoit eu
autrefois ; mais soir que les Rebelles entrevissent
une partie de ce qu'ils avoient
à craindre de la réputation et de la capacité
de Codgea Dgianon , qu'on
attendoit et auquel ils soupçonnoient
D vj
*
-
qu'on
910 MERCURE DE FRANCE:
qu'on destinoit cette importante Charge
ou soit que Patrona qui la briguoit pour
lui-même , voulut en éloigner un concurrent
si redoutable , ils firent tant de bruit
de la déposition de Kafis -Mehemet , que
la Cour , pour les leurrer , le rétablit dès
le lendemain.
On prétend que ce dernier avoit d'abord
sollicité les Rebelles , afin d'empê
cher qu'on ne le dépouillât de cette dignité
, mais que dans la suite , voyant d'un
côté que Patrona y aspiroit , et que de
l'autre Sa Hautesse faisoit venir Dgiannum-
Codgea pour la lui donner , il demanda
secretement à la Porte sa démission
lui- même , et le Pachalik de Seyde ,
ce qu'il obtint aisément par l'entremise
du nouveau Kam des Tartares , dont son
pere avoit été esclave ; de sorte que quoi-
Kafis-Mehemet revint à l'Arsenal le
lendemain avec tous ses effets , qu'il en
ayoit déja fait enlever la veille , et qu'il
y reçût les complimens de tous les Officiers
de la Marine sur son rétablissement
il n'exerça pourtant plus le Generalat de
la Mer que par intern , et jusqu'au 21
jour que Dgiannum. Codgea en prit posque
session.
Comme il étoit impossible que les affaires
subsistassent encore long- tems dans
la confusion , où la continuation de la Ré-
7
volte
AVRIL. 1731. gif
volte les avoit mises , et qu'il falloit
ou qu'elles bouleversassent totalement
l'Etat , ou qu'elles reprissent leurs cours
ordinaires , la Cour et les Rebelles , chacun
suivant ses differentes vuës , songerent
à appliquer les remedes convenables au
mal.
,
>
Les Chefs de ceux-ci voyant bien que
pour se maintenir dans l'autorité , qu'ils
avoient commencé d'usurper , il leur étoit
essentiel de ne point abandonner le séjour
de Constantinople , et de s'y fixer au contraire
, en partageant entr'eux les principaux
emplois de l'Empire. Ils tinrent un
Conseil le 16 Novembre , et convinrent
qu'il falloit d'abord faire élire Mouslouh ,
Koul - Kyassi
ou Lieutenant General
des Janissaires ; mais prévoyant qu'ils
y trouveroient de grands obstacles , parl'on
ne parvient d'ordinaire à ce
Grade qu'après avoir passé par tous les
autres qui lui sont inferieurs , tellement
que celui qui y arrive est toujours un homme
respectable par son âge et par son experience
, et que Mouslouh n'étant qu'un
homme de rien , de 25 à 30 ans , et simple
Janissaire , n'avoit aucune des qualitez
requises , ils eurent recours à l'argent ,
qui , en Turquie , applanit presque toutes
les difficultez .
ce que
Ils firent distribuer so mille Piastres
aux
912 MERCURE DE FRANCE
>
aux plus anciens et plus accréditez des
Janissaires , et leur firent entendre que
s'ils vouloient favoriser l'Election deMous
Jouh , il leur feroit payer le présent de la
Reine - Mere. Pour l'intelligence de ce fait,
il est nécessaire de dire que cette Princesse
, dans les premiers transports de sa
joye , de voir son fils Mahmout sur le
Trône avoit promis aux Troupes , qui
lui en avoient frayé la route , une récompence
de cinq écus à chaque Soldat , mais
que quelque tems après , les refléxions
lui ayant fait trouver cette promesse in
considerée , elle ne parla plus de l'executer
, soit qu'elle n'eut pas assez de fond
Pour y satisfaire ou que le Kislar-
Aga , qui a beaucoup d'empire sur soir
esprit , l'en détournất , en lui
tant que l'Empereur avoit assez marqué
sa reconnoissance aux Milices par les grandes
liberalitez qu'il leur avoit faites , sans
qu'elle y en ajoûtât de son chef qui n'étoient
point d'usage.
} ›
represen-
Quoiqu'il en soit de ces conseils , ils
penserent causer la perte du Kislar-Aga
Les Janissaires vouloient qu'il fut déposé
et murmuroient hautement contre la Va
lidé , regardant ce qu'elle leur avoir
promis , non comme une grace , mais
comme une dette , dont elle ne pouvoit
se dispenser de s'acquitter ; ainsi , ceux
*
2
AVRIL 1731. 913
aqui les so mille écus des Rebelles furent
partagez , consentirent volontiers à
l'élection de Mouslouh ; ceux qui n'en eurent
rien ne lui en donnerent pas moins
leurs voix , parce que les uns et les autres
esperoient que dès qu'il les auroit fair
payer de ce présent , ils se déferoient de
lui sans peine , et nommeroient à sa place
le plus digne de leurs Officiers.
Les esprits préparez de la sorte , Mouslouh
fut chez le G. V. le 18. lui demander
le Caftan pour la Charge de Koul-
Kyassy. Le Ministre le lui refusa , disant
qu'il n'étoit ni d'un rang , ni d'une ancienneté
à y prétendre , que le Corps des
Janissaires ne le soufriroit jamais , et que
l'Empereur ne pouvoit sans blesser sa dignité
et sa ju tice , instaler dans un poste
si considérable quelqu'un qui ne fut pas
au gré de ce Corps. Ce Rebelle répondit
sans se rebuter , qu'il avoit pourvû à
tout , qu'il lui donnât seulement le Cafetan
, sans s'embarasser du reste. Le G. V.
s'obstinant à le lui refuser , Mouslouh le
quitta fort irrité.
Dès que ses Camarades sçûrent le peu
de succès de sa négociation , ils jurerent
avec lui de se vanger du G. V. et s'en fu
rent comme des forcenez , au nombre d'une
trentaine , chez le Kam des Tartares ,
ils lui déclarerent absolument qu'ils vou
loient
914 MERCURE DE FRANCE
loient que Mouslouh fut Koul- Kyasty , et
lui firent entendre que si leG.V.continuoit
dans ses refus , ce Ministre ne le porteroit
pas loin. Ce Prince vit bien à leur air
qu'ils seroient gens à tenir parole , et qu qu'il
étoit de la prudence de céder au torrent ,
jusqu'à ce qu'on pût lui opposer une Digue.
Il les appaisa de son mieux , leur dit
qu'il alloit de ce pas à la Porte , que ne
doutant point que le G. V. ne se conformât
aux representations qu'il lui feroit
ils pouvoient compter d'avance , qu'il
leur obtiendroit ce qu'ils souhaittoient.
Il courut effectivement chez le G. V.
et après lui avoir exposé en peu de mots
le sujet de sa visite : A quoi pensez - vous ,
lui dit- il , de vous roidir contre ces coquinslà
, ne voyez- vous pas qu'ils travaillent euxmêmes
à leur perte , et que plus ils se rendent
odieux aux Troupes et au et au Peuple .
plus ils vous préparent de facilité à les détruire
: Croiez-moi , ajoûta -t- il , donnez à
Mousloub , non -seulement la Charge qu'il
vous demande , mais une plus éminente encore
, s'il vous en témoigne la moindre envie ;
il n'en jouira pas assez long-tems pour que
votre complaisance en cette occasion vous soit
jamais un motifde repentir.
Le Vizir entra dans ses raisons ; ils passerent
ensemble chez le G. S. et S. H. s'en
rapportant à leurs avis , on envoya chercher
AVRIL. 1731. 915
cher Mouslouh; cet orgüeilleux et insolent
Rebelle , se rendit à la Porte avec une măgnificence
et un Equipage de Pacha à
trois queues,on le revêtit du Cafetan , qui
le faisoit Koul-Kyassy ; après quoi il s'en
retourna triomphant à son Palais , où ses
Confreres et ceux qui le craignoient , vinrent
le feliciter sur les faveurs qu'il avoit
reçûës , poussant la flaterie jusqu'à lui dire
qu'elles étoient encore fort au- dessous de
son mérite.
Ce premier coup frappé , les Rebelles
s'assemblerent le 19 , et remirent sur le
tapis leur ancien projet , de faire Patrona
Capitan - Pacha , Mouslouh Janissaire-
Aga , et le Janissaire- Aga Grand-Vizir :
moyennant cela , dirent-ils , nous serons
entierement les maîtres, et ils raisonnoient
fort juste , car ils avoient dans leur Cabale
plusieursGens deLoy d'un grand pouvoir :
entr'autres , le Zulali-Kadé Kadilesker
d'Asie , et Abdollah- Effendi , Lieutenant
General de Police , dont on a parlé. Quant
au G. S. ajoûterent- ils , nous en ferons ce
que nous voudrons , parce qu'étant sans
experience, il nous redoutera , et que d'ailleurs
il nous doit tout , puisque sans nous .
il auroit peut-être gémi toute sa vie en
prison.
,
Cependant , soit qu'ils crussent devoir
penser plus d'une fois à l'éxecution de ce
plan ,
915 MERCURE DE FRANCE
plan , ou qu'ils eussent d'autres raisons
pour la retarder de quelques jours , ils tinrent
fort secret le Résultat de cette derniere
Conférence; mais la Cour , qui comme
nous l'avons die , travailloit à secouer e
le joug honteux que sembloit lui vouloir
imposer cette Ligue de traîtres , se détermina
tout- à- fait à s'en vanger promptėment
, et d'une maniere éclatante.
Le Kan des Tartares , sur- tout , fut celui
qui poussa le plus à la roue. Il avoit
été outré en plusieurs rencontres , de ce
que Patrona et ses pareils , qui n'avoient
aucune teinture des affaires , avoient vou-
·lu que leurs avis extravagans prévalussent
aux siens ; Dgiannum Codgea arriva dans
le même-tems à Constantinople , et aussi
zanimé contre eux que le Kam , il excita
de nouveau l'Empereur à les exterminer.
S. H. lui avoüia ingénument qu'elle appréhendoit
qu'ils ne fussent soutenus par
les Troupes , si l'on en venoit à cette extrémité
, et que ce qui l'avoit obligé à
temporiser , c'étoit la crainte de voir
Constantinople replongé dans de plus
grands désordres .
Dgiannum- Codgea , sans trop s'attacher
aux termes , dit alors au Sultan , avec une
liberté genereuse : Seigneur , dès que tu te
seras défait des principaux Chefs , personne
me branlera , outre qu'une action de vigueur
est
(
4.
AVRIL. 1731. 917
est nécessaire pour t'affermir sur le Trône , elle
sera agréable à ton. Peuple , qui ne supporte
qu'avec une peine extrême les violences où il
est journellement exposé. De plus , cela te
mettra en honneur chez toutes les Nations
qui ont les yeux fixez sur toi , dans le commencement
de ton Régne ; au lieu qu'elles
n'auront aucune considération pour ta personne
, si tu ne montres assez de force pour bri
ser les entraves où quelques séditieux osent
retenir ton autorité. Ces paroles du General
de la Mer , prononcées avec feu , pénétrerent
S. H. et lui firent juret de se prêter
et de concourir à ce que luf et le Kam
des Tartares jugeroient nécessaire pour exterminer
ces audacieux ennemis domestiques
, perturbateurs du repos public.
Le 22. Dgiannum- Codgca , que le G. S.
avoit déclaré la veille Capitan Pacha
vint à l'Arsenal , où il reçûr les complimens
des Officiers des Vaisseaux , et des
Beys des Galeres , mais on ne lui tira point
' de Canon , parce qu'il deffendit qu'on lui
rendit ces honneurs.
Le 23. Patrona convoqua un Conseil
extraordinaire à la Porte , auquel le G. S.
" admit le Kam des Tartares , le Mufty , et
generalement tous les Gens de Loy et les
Officiers des Milices. Patrona y vint toujours
en simple Janissaire , les jambes
nuës , et avec environ 40 Serdenguetchis
OLL
918 MERCURE DE FRANCE
ou enfans perdus , et Mouslouh vêtu superbement
, avec le cortege attaché à son
nouveau rang de Koul - Kyassy.
du
›
›
que
Patrona ouvrit le premier l'assemblée ,
et s'adressant au Kam , lui dit : J'ai convoqué
ce conseil , pour un pressant besoin
de l'Empire je sçai que nos affaires en
Perse vont toujours plus mal Parce que
les Moscovites donnent de continuels fecours
aux Persans , ainsi mon avis est › qu'on
leur déclare la guerre , et que pour tirer vens
geance sang Musulman qu'ils sont cause
qu'on a répandu , on envoye incessament
une grande armée contre eux tandis Les
Tartares entrant d'un autre côté dans le pays
de ces Infidelles , le ravageront et en emmeneront
tous les habitans en esclavage 3 je pense
pareillement , qu'il est d'une nécessité absoluë
de réprimer les malversations des Pachas
des Frontieres , qui , bien loin d'avoir
soin des Troupes , et de regarder les Janissaires
comme leurs enfans , et le plus ferme
appuy de cette Monarchie les maltraitent
et retiennent leurpaye pour l'appliquer à leur
propre usage, ou en gratifier leurs Créatures :
il tint encore beaucoup d'autres discours de
la même nature , et sans égard pour les per
fonnes qui assistoient à ce Conseil.
J
Tout le monde gardant un morne
silence , déploroit en secret de voir la
conduite de l'Etat tombée , en de si
<
1
AVRIL. 1731. 919
si mauvaises mains ; et il revenoit toujours
à sa premiere idée de porter le fer
et le feu chez les Moscovites , proposant
même d'en faire arrêter les deux
Résidens *.
و
→
Le Kam des Tartares , fatigué d'entendre
tant d'impertinences , que personne
n'osoit relever : Mais vous , lui dit ce
Prince , qui parlez tant de guerre , sçavez
vous ce que c'est ? pour quelle raison voulez
vous que Sa Hautesse la déclare aux
Moscovites ? Ignorez- vous quelle est en paix
avec eux et que sans de justes motifs elle ne
sçauroit la rompre. Il faut , poursuivit-il
avant que de se résoudre à rien , être bien sûr
des nouvelles que vous nous débitez sans preuves,
après quoi on verrapar de mures déliberations
ce qui sera le plus utile,et le plus honorable
à l'Empire de la guerre ou de la paix et ce
sont là des choses qui ne se décident pas à la
legere , ni sur le champ comme vous venez de
le demanders d'ailleurs dites-moi parquel endroit
penetrerez vous en Moscovie ? Par quel
endroit ! interrompt Patrona plaisante
question ! par les endroits où nous y pénétrions
autrefois , vous d'un côté et nous de l'autre :
Doucement, répondit le Kam : autrefois nous
allions par la Pologne , parce que nous étions
→
* Il y en a deux à Constantinople , depuis environ
un an , M. Neplieuf, et M. Visnacoff , venu
pour relever ce premier.
en
20 MERCURE DE FRANCE
enguerre avec les Polonois , mais aujourd'hui
qu'ils sont de nos amis , est- il juste d'aller
porter la désolation chez des peuples dons
nous n'avons aucun sujet de nous plaindre
Sçavez- vous que conduire 100. mille Tar
tares dans un pays , c'est le perdre entierement
, et que par tout où ilsfoulent l'herbe , il
n'y croit rien de sept années : Tant mieux
dit Patrona , c'est de cette façon que j'aime
àfaire laguerre. Je ne demanderois pas mieux
ni mes sujets , reprit ce Prince, car outre que
la guerre est notre véritable élement , elle est
la source de toutes nos richesses ; et dès
que
cette source taritpar la paix , renfermés dans
la Krimée , steriles et sans commerce , nous
retombons dans l'indigence ; mais nous sçavons
la supporter , et sacrifier à la droiture
nos interêtsparticuliers : ilfaut refléchir avant
que de prendre les armes , afin de n'avoirpas
lieu de s'en repentir en les quittant , et ce ne
sont pas de ces petites affaires qui se termi→
ment en une ou deux assemblées .
Je trouve que celle - ci est bien nombreuse
répliqua Patrona ; je n'atendois pas que tant
de gens y assistassent ; j'avois compté au
Contraire que le Conseil ne seroit composé que
de vous , de Monsloub , du Janissaire Aga ,
du Grand Vizir , de quelques autres personnes
et de moi ; et à l'avenir il faudra , s'il
vous plaît,que cela soit ainsi , autrement plus
de secret , et les Infideles seront bientôt instruits
AVRIL: 1731. 921
et de toutes nos
truits de tous nos discours
démarches.
Quand il s'agit d'entreprendre la guerre ,
ou de continuer la paix , répondit le Roi
des Tartares , c'est une maxime fagement.
établie , que de faire degrandes assemblées .
pour y mieux débattre des matieres si gra
ves , et d'y appeller sur tout les Gens de loi ;
parce qu'étant plus éclairez que les autres , es
les dépositaires de la justice , les résolutions
qu'on prend par leurs avis , sont plus équitables
, et le succès qui les suit plus heureux ;
au lieu que quand on les exclut des Conseils ,
et qu'onfait rouler tous les interêts de l'Empi
re sur trois ou quatre têtes seulement , il arrive
d'ordinaire ce que vous venez de voir
sous le regne d' Ibrahim Pacha , qui pourn'avoir
voulu se conduire que par ses foibles lu
mieres et celles de ces deux gendres, a mis l' Etat
à deux doigts de sa pertes aussi pour les
punir de leur trop grande présomption , Dien
a t'il permis , que ces trois Ministres , après
avoir souffert une mort ignominieuse , n'ayent
trouvé d'autres sépultures que les entrailles des
Chiens , dont leurs cadavres ont été la
proye.
Il est étonnant , continua ce Prince
qu'un exemple si récent et si terrible , ne vous
corrige pas de la manie que vous avez de tout
regler, et de toutfaire par vous-même , mais si
sela continue , je vous déclare dés- à - present
queje supplierai Sa Hautesse de me renvoyer
922 MERCURE DE FRANCE
à Brousse pour y vivre en repos , dans la
folitude , et n'être plus témoin des attentats
qui se commettent ici impunément tous les
jours contre son honneur et le bien de son
service.
D
.
On voit par ce qui vient d'être rappor
té , qu'il n'y eut que le Kam et Patrona ,
qui parlerent dans ce Conseil , et qu'on
n'y conclut rien . Le premier se retira
bien résolu de redoubler ses instances auprès
du Grand Seigneur , pour hâter la
destruction des Rébelles ; tous les autres
assistans se retirerent le coeur ulceré
contre eux. Ceux- ci s'en furent chez le Janissaire
Aga , où ils s'applaudirent de
tout ce qui venoit de se passer , et prirent
de nouvelles mesures pour mettre
la derniere main à leur grand oeuvre ,
qui étoit , comme nous l'avons déja dit ,
de s'emparer des premieres Charges du
Gouvernement.
Patrona fut le lendemain 24 à l'Arsenal
de la Marine , rendre une visite de
politique , à Dgiannum-Codgea , pour lui
faire compliment sur sa nouvelle dignité,
qu'il comptoit de lui ravir bientôt , ne se
doutant pas que la foudre fut si prête d'é
clater sur sa tête . Le Capitan Pacha , aussi
fin et plus prudent que lui , le reçut
avec des honneurs extraordinaires , et lui
fat l'accueil du monde le plus gracieux ;
ik
AVRIL. 1731. 923'
3
Hs s'entretinrent ensemble avec toutes les
démonstrations d'une estime et d'une ami
tié réciproque , et lorsque Patrona l'eut
quitté pour s'embarquer dans un Bateau
à trois paires de Rames seulement accompagné
de deux autres , où se mirent
six personnes qui composoient toute sa
suite ; la foule fut si grande qu'il fut
comme porté jusqu'à l'Echelle , d'où il
jetta encore , ainsi qu'il avoit fait en sortant
, des poignées de Sequins au peuple :
en remarqua qu'il étoit chaussé ce jour -là,
contre son ordinaire , et que sa chaussu
re consistoit en un demi bas qui s'agraffe
sur le gras de la jambe , comme en portent
les Officiers de Mer.
•
Ce même jour qui étoit un vendredi ,
le Grand Seigneur vint faire sa priere du
midi , à la Mosquée de Topana de
l'autre côté du Port ; de- là Sa Hautesse fut
visiter la Fonderie de l'Arsenal où l'on
fabrique les Canons ,, dont on avoit
fait une décharge . générale à son débarquement
; ensuite prenant par les der
rieres de Pera , elle monta avec un grand
cortége au Serrail des Itchoglans , où elle
dîna. On avoit compté que le Sultan traverseroit
le Fauxbourg,à son retour, mais
des flateurs courtisans , et de faux dévots
en détournerent Sa Hautesse
représentant d'un air empressé , quand
elle E
>
>
cn lui
924 MERCURE
DE FRANCE
elle voulut se remettre en marche , que
ces ruës n'étoient habitées que par des
Infideles , et que leurs regards pourroient
lui être d'un sinistre présage. Cet avis
supersticieux lui ayant fait changer de
sentiment , elle reprit la même route par
où elle étoit venue , aprés avoir donné
75. mille livres aux jeunes gens de ce
Serrail qu'on y éleve pour son service , et
dont elle emmena quelques uns avec elle
des mieux faits et des plus capables.
Pendant que l'Empereur se promenoit
ainsi avec la plus grande partie de sa
Cout , et qu'il ne paroissoit pas qu'on
songeat qu'il y cut des Rébelles à Constantinople
, le Kam des Tartares , le G.
V. le Mufty , Dgianum-Codgca , et quelassemblez
secret- ques autres Ministres ,
tement au Serrail prononçoient leur
Sentence de mort. Ils travaillerent jusà
trouver ques bien avant dans la nuit ,
les moyens de l'executer , car ils furent
long- temps embarrassez sur le choix des
Acteurs de cette Tragedie.
›
}
Le Capitan - Pacha avoit d'abord proposé
d'en charger ses Leventis , mais on
fit réflexion que la plupart des Révoltez
étoient Janissaires , et que ce seroit jete
ter une semence de haine implacable entre
ces deux corps , qui ne finiroit peutêtre
que par l'extinction de l'un ou de
l'autre
AVRIL 1731. 985
T'autre ; enfin après s'être tournez de tous
les côtez , ils convinrent qu'il falloit don
ner cette expedition à faire aux Bostangis
, et autres domestiques du Serrail
parce que ,étant particulierement attachez
à la personne du G. S. les Janissaires ne
pourroient pas se formaliser de leur obéissance,
aux ordres deS.H.d'autant plus qu'il
y a plusieurs exemples que les Bostangis
ont été commis à de pareilles executions.
Le 25 au matin , tout étant préparé
le G. V. envoya inviter Patrona , Mouslouh
, et le Janissaire Aga , de venir au
Serrail , pour y rendre compte au Sultan
, de la conference qui avoit été tenue
le 23. et pour prendre des arrangemens
avec eux , tant sur les affaires de Perse
que sur toutes les autres qui regardoient
l'Empire. Ils s'y rendirent sur les onze
heures avec 26. personnes seulement , qui
resterent dans la premiere cour . Pour
eux ils furent introduits dans l'interieur
de ce Palais , à la Chambre nomméc
Sunnet- Odassi , où ils trouverent le Kam
des Tartares , le Mufty , le G. V. Dgianum
- Codgca , les deux Kadileskers en e
xercice , l'Istamboul-Effendi, et grand nombre
de Gens de Loy, tous assis sur le Sopha ,
chacun selon son rang ; ils s'y mirent aus,
C'est la Chambre où l'on fait la cérémonie de
la Circoncision des Princes Ottomans.
E ij si
916 MERCURE DE FRANCE
si selon le leur , et quoiqu'il y eut
dans la même Chambre ↑
beaucoup
d'Officiers, Dasseskis , et de Bostangis , qui
se tenoient de bout , ils ne soupçonerent
rien de la catastrophe qui leur de
voit arriver , parce que n'étant pas permis
à ceux qui entrent dans le Conseil de
faire entrer leurs gens dans cet endroit ,
ce sont toûjours des domestiques du G.
S. qui les servent en ce dont ils peu
vent avoir besoin ; de sorte que par la
grande quantité de Maîtres qu'il y avoit
alors , celle des Officiers et des domestiques
de S. H. ne devoit point paroître
extraordinaire aux Rébelles.
9
Tout le monde étant donc en ordre , le
G. V. prit la parole , et la portant d'abord
à Patrona , S. H. lui dit- il , vous
fait Bieylierbey de Romele , et vous donne
le Commandement de 30. mille hommes ,pour
aller joindre Achmet , Pacha de Babilone ,
avec lequel vous agirez de concert contre les
Persans.
1 Il s'adressa ensuite à Mouslouh et au Janissaire
Aga; il dit au premier,que l'Empereur
lui donnoit la qualité de Bieylierbey
de Natolie , avec un Commandement de
Troupes aussi , et au second qu'on le faisoit
Pacha à trois queues . Quant à vous ,
ajoûta- t'il ,se tournant vers Zulali - Zadé
Kadilisker- d'Asie , et vers Abdollach - Ef
fendį .
AVRIL. 1731. 927
-
fendi, Lieutenant General de Police , le G.
vous fait présent d'une queue à chacun .
A peine ce Ministre eut-il proferé ces
derniers mots , que Mustapha-Aga , dont
nous parlerons dans la suite cria , qu'on
extermine tous ces ennemis de l'Empereur et.
de l'Empire : aussi- tôt plus de trente personnes
se jettant le sabre à la main sur
Patrona , Mouslouh , et le Janissaire
Aga , les tuerent avant qu'ils eussent le
tems de se reconnoître.
On raconte ce massacre de differentes
manieres ; il y en a qui prétendent que
ces trois Rébelles se voyant perdus , vendirent
cher leurs vies , en blessant à mort
plusieurs Bostangis , et que Dgianum ,
Codgea fut le premier qui porta un coup
au Janissaire Aga , lequel se mettoit en
devoir de le tuer; d'autres rapportent qu'il
ne fit seulement que lui saisir les mains ,
et cela est assez vrai - semblable ; on dir
les Leventis furent enployez
dans cette affaire ; il est vrai que le Capitan
- Pacha , en avoit amené beaucoup
avec lui , mais ils resterent dans la premiere
Cour , et ne penetrerent point plus
encore que
avant.
Il y a peut être lieu de s'étonner que Patrona
, rusé et prévoyant comme il étoit,
se fut exposé à entrer dans le Serrail' sans
armes et sans suite , d'autant plus que les
E iij autres
928 MERCURE DE FRANCE
autres fois qu'il y étoit allé , il avoit toû
jours porté son sabre et ses pistolets , er
s'étoit fait accompagner par beaucoup de
ses camarades ; mais on répond à cela que
le G. V. pour le faire mieux tomber
dans le piége , lui avoit fait dire en
particulier , qu'ayant cette fois ci des matieres
à traiter de la derniere importance ,
et que reconnoissant qu'il avoit en raison
de se plaindre dans le dernier Conseil que
F'assemblée étoit trop nombreuse , il le
prioit de ne mener que peu de monde avec
Jui , afin que les secrets de l'Etat ne fussent
pas divulguez aux Infideles ; si bien
que Patrona , flatté de ce que ce Ministre
donnoit dans son sens , se livra avec tant
de confiance, qu'il fit même rester ses gens.
dans la premiere cour , et qu'il n'avoit
d'autre armes qu'un espece de Couperet ,
caché sous sa Pelisse , encore ne lui servitil
de rien , car ayant voulu le prendre ,
quand il vit qu'on venoit sur lui , Mustapha
Aga le prévint et lui abatit un bras
d'un coup
de Sabre.
و
A l'égard de Mouslouh qu'il avoit
aussi engagé à venir comme lui sans atmes
, il s'enveloppa dans ses Pelisses magnifiques
, et se laissa tuer sans faire le
moindre mouvement.
Quoiqu'il en soit de toutes ces cir
constances , dès que ces séditieux furent
J morts
AVRIL. 1731. 929
s
morts , on jetta leurs cadavres dans la
troisiéme cour , où est la chambre de Sunnet
- Odassi et l'on fut chercher les
26. enfans perdus , qui étoient demeurez
dans la premiere . On leur dit avec
politesse , que le G. V. qui venoit de donner
des Pelisses à leurs Chefs , les demandoit
pour leur donner aussi à chacun un
Caftan ; mais on ne les fit entrer que trois
ou quatre à la fois , à diverses reprises
sous prétexte de faire cette cérémonie
avec plus de décence , mais à mesure que
ces miserables étoient passez dans la seconde
cour , on les assomoit. Cependant au
bout d'une demie heure , quelques uns de
ceux qui restoient encore , ne voyant revenir
aucun de leurs camarades eurent
quelque soupçon de ce qui se passoit , et
voulurent se sauver , mais trouvant toutes
les portes fermées , ils furent investis
et tuez comme les autres .
,
Le bruit s'étant répandu par la Ville ,
que les Chefs des Rebelles étoient depuis
long- tems au Serrail, dont on avoit fermé
les Portes ; cela réveilla quelques- uns de
leur partisans qui y vinrent avec précipitation
, mais les Portes ayant été ouvertes ,
ces Agas , qui faisoient tant les braves , ne
virent pas plutôt des Chariots chargez de
corps massacrez , que saisis d'épouvante ,
Eij
›
ils
930 MERCURE DE FRANCE.
ils s'en furent , et abandonnerent même
leurs Chevaux.
Tous ces cadavres furent étalez dans
la rue ; il s'y amassa
>
ruë il s'y amassa un peuple innombrable
, pour les considerer , surtout
celui de Patrona , que chacun voulut voir
préferablement
aux autres ; ils ne furent
pourtant exposez que deux heures , après
quoi on fut les jetter dans la Mer , de
crainte qu'un spectacle si effrayant n'eut
des suites dangereuses , et que les Rébelles
, qu'on sçavoit être en grandnombre ,
se sentant aussi coupables que ceux dont
ils voyoient les tristes restes n'excitassent
un second soulevement populaire
dans l'esperance d'éviter un pareil sort
à la faveur des nouveaux désordres
en effet il y en eut plusieurs qui furent
au Bezestin pour en faire fermer les boutiques
, mais ils n'y purent jamais parvenir
, le G. S. ayant pris le devant par un
Katcherif adressé au Bt zestin Kyassi ,.
( c'est à peu près comme le Prevôt des
Marchands , ) qui menaçoit de mort
quiconque fermeroit ou souffriroit que
Fon fermât les boutiques pour quelque
cause que ce fut.
>
On vient de voir que les dons imaginaires
. que le G. V. avoit faits de la part du
Sultan , à Patrona , à Mouslouk`, et au
Janissaire Aga , avoient été le signal de
leus
AVRIL 17313 931
perte , mais comme tout le monde ne
comprendra pas , que ce ministre en disant
ensuite à Zulali - Kadé , et Abdollah-
Effendi , que Sa Hautesse leur faisoit présent
d'une queue , leur anfonçoit aussi la
mort ; il ne sera pas hors de propos
d'expliquer
cette espece d'Enygme..
Les Effendi , ou Gens de Loy , sont en
si grande vénération dans cet Empire
sur tout par rapport à leur sçavoir, que les
Empereurs les ayans toûjours honorez jus
qu'à la superstition , il y a très - peu d'exemples
qu'ils en ayent fait mourir. Ainsi
quoique ceux dont il s'agit ici , pour
avoir été les Arcsboutans de la Révolte ,
méritassent le dernier supplice ; S. H. qui
ne voulut point violer leur caractere ,
fut obligée de les en dépouiller , afin d'àvoir
la liberté de satisfaire à sa justice ,
et ce fut en leur donnant cette queue que
se fit leur dégradation , parce que ce signe
d'honneur , qui est incompatible avec
l'état d'homme de Loy , les faisants passer
dans celui d'homme de guerre , auquel
il est particulierement affecté , le
Sultan n'étoit plus arrêté par aucun scrupule
, et pouvoit disposer à son gré de
leur vie , dés le moment qu'ils avoient
cessé d'être Effendi ..
Il sembleroit par cette raison , que
S. H. auroit donc dû les faire périr sur le
Ev champ
32 MERCURE DE FRANCE
champ comme les autres , mais un reste
de menagement pour leur dignité , et la
présence de leurs confreres l'engagea à les
faire executer ailleurs .
Dès que le G. V. leur eut donné la funeste
marque de distinction , dont on
vient de parler , on les conduisît à la pri
son du Bostangis- Bachi ; ils y trouverent
beaucoup de personnes de l'ancien ministere
, que Patrona et Mouslouh y avoient
fait mettre , et Abdoullah- Effendi , que
les approches de la mort ne rendoient
pas plus sage , appercevant parmi ces pri
sonniers le Vaivode de Galata , qui après
avoir été long-temps caché avoit enfin
été pris , lui dit , Vous l'avez tous échapez
belle , car nous étions bien résolus de
vous envoyer en l'autre monde ; heureusementpour
vous on nous a prévenus. Le vieux.
Vaivode piqué , lui répondit d'un air gra
ve ,
.
et colere tout ensemble ; je me sousie
si peu de la vie , que je mourrois satisfait
, si je pouvois auparavant avoir le plai..
sir de teindre ma barbe blanche de ton
sang. Leur conversation n'en seroit pas
demeurée là , mais des Officiers vinrent
l'interrompre pour conduire ces deux
Effendi degradés sur une Galere qui
étoit à la pointe du Serrail , et de laquelle
, après les avoir étranglez , on les
jetta dans la Mer.
La
AVRIL. 1731% 933
La nouvelle de toutes ces exécutions
templit d'une joye universelle tout Constantinople
et ses Fauxbourgs ; la plûpart
des Turcs égorgerent des Moutons en sacrifice
, de leur propre mouvement , et
devancerent les ordres du G. S. qui fit
publier que tout le monde rendit grace à
Dieu , de ce que par sa misericorde , l'Etat
étoit enfin délivré des traîtres et perfides
Chefs de la rébellion .
S. H. commanda en même- tems qu'on
eut à dénoncer et à saisir tous ceux qu'on
reconnoîtroit avoir été de leurs compli
ces , pour leur faire souffrir les mêmes
châtimens ; de sorte qu'en trois ou quatre
jours il périt par differens genres de
mort , la plupart dans le silence de la nuit,
près de 6000 de ces malheureux . Ils ne
sçavoient où fuir , ni à qui se confier ; on
les trouvoit on les arrêtoit , on les
déceloit par tout.
›
Il y en eut pourtant sept des plus criminels
, qui se sauverent chez le Kam des
Tartares ; ce Prince les garantit de la main
des bourreaux , moins par un effet de sa
compassion , dont ils étoient indignes.
que pour conserver à son Palais le droit
qu'il a d'azile inviolable ; mais il prit la
précaution de faire poser des Gardes à
toutes ses portes , afin qu'à l'avenir son
équité ne fut plus compromise en réfus
Evj giant
934 MERCURE DE FRANCE
giant chez lui de pareils scelerats .
Sultan Mahmout , encore plus attentif´
à récompenser qu'à punir , donna le même
jour la dignité de Janissaire- Aga , à
Mussin- Oglou - Abdullah , Pacha de Nisse,
qu'on avoit fait venir depuis peu , et dont
on se servit utilement dans ces conjonctures.
S. H. le fit outre celá Vizir à tros
queues. Il est vrai que la Charge de Ja- ·
nissaire Aga donne bien ce rang par ellemême,
mais quand on en est honoré indépendamment
de la Charge , celui qui´là .
pos ede en a plus de relief et d'autorité
et c'est par cette raison , que sous le précédent
Ministere , on n'a jamais fait de
Jani saires Agas , que des Pachas à deux
queues , afin qu'ils n'eussent pas tant dė
crédit. Dgannum Codgea , qui venoit
d'être fait Capitan Pacha , n'avoit aussi
qquuee deux queues ; mais le G. S. satisfait
de ses bons conseils et de son courage , lui :
en donna une troi iéme.
Mustapha Aga , dont nous avons promis
de parler , reçût pareillement des
marques dé la bien -veillance du G. S. On
le connoissoit autrefois sous le nom dè
Pehlivan , qui veut dire le Lutteur , parce
qu'en effet son adresse et sa force à là
lutte , et dans tous les autres exercices du
corps , jetterent les premiers fondements .
de sa fortune. Il avoit été dès son bass
âgé
AVRIL 17317 935
་
age créature du Kan des Tartares , à présent
régnant , qui le fit ensuite Officier
dans les Janissaires , et il se trouvoit Capitaine
de la 17 Compagnie , lorsque la ré
volte éclata. Pelivan s'enfuit: aussi tôt à
Brousse , auprès de son ancien Maître ' ,
pour n'être point impliqué dans tous les
forfaits qui s'alloient commettre ; puis
étant revenu à la Cour avec le Kam , ce
Prince le présenta au G. S. comme un su
jet fidele , et d'une valeur éprouvée : ce
*fut lui , comme nous l'avons dit , qui fut
chargé d'annoncer l'ordre du massacre
des Rebelles , et qui le commença le pre
mier , en coupant un bras à Patrona. S.
H. voulant donc reconnoître ce service ,
ket se souvenant aussi des rapports avantageux
que le Kam lui en avoit fait , le nomma
Lieutenant General des Janissaires , à
la place de Mouslouh. Sa modestie lui fit
d'abord refuser cette faveur; il representa
qu'il n'étoit pas assez ancien dans son
Corps , qu'il n'avoit pas assez de méri
te pour remplir une Charge si distinguée,
et que cela pourroit lui attirer l'envie et :
la haine des autres Officiers , qui en étoient :
plus digne que lui ; mais le G. S: passant
pat- dessus toutes ces considérations , lui
commanda d'obéir , ce qu'il fit en rendant
mille graces à S. H.
8
Le lendemain 26 Novembre , l'Empe →
reur
936 MERCURE DE FRANCE
reur envoya des Katcherifs à tous les
Chefs des differentes Milices , pour leur
faire part de ses heureux succès , et leur
enjoindre de faire observer une exacte discipline
à leurs Soldats ces commandemens
furent accompagnez de sommes considerables
, dont S. H. voulut qu'on fe
distribution dans chaque Corps . Elle envoya
so mille écus aux Janissaires , 60
mille livres aux Tobgdgis , et 75 mille
aux Gbedgis. Les Troupes , charmées des
génerositez de leur Souverain , firent des
prieres pour sa conservation et sa prospérité
, et durant toute cette journée , Constantinople
fut dans l'allegresse , excepté
les Rebelles , dont on prit un grand nombre
, qui ne survêcurent que peu d'heures
à leur emprisonnement .
Le miserable Yanuki eut aussi la tête
coupée , pour le punir de la témerité qu'il
avoit euë , de vouloir devenir Prince de
Moldavie malgré le G. S. Ainsi l'espece
de prédiction de Patrona , quand il demanda
à ce Boucher s'il ne se soucioit pas.
de vivre plus long-tems que lui , s'accomplit
presqu'à la lettre , puisqu'ils moururent
à un jour l'un de l'autre.
Le 27. les principaux Ministres , et les
premiers Officiers des Troupes , donnerent
toute leur application à redoubler
leurs recherches et leurs poursuites contre
le
*
AVRIL 1731.
937
"
Te reste des Rebelles , surtout pour empê
cher les incendies , car Patrona avoit déclaré
plusieurs fois , que si jamais on attentoit
à ses jours , il feroit mettre le feu
aux quatre coins de Constantinople , et
pour y mieux parvenir , il avoit placé
dans tous les Bains , des gens qui lui étoient
dévoüez entierement. Effectivement , la
plupart des gens qui les servent sont Albanois
, comme il l'étoit or il y a
une grande quantité de cette Nation parmi
la populace , et l'on remarquoit en eux
un certain air d'arrogance et de révolté ;
jusques- là , que ceux qui tiroient d'eux.
quelques services , étoient obligés de les.
payer au double , encore les menaçoientils
de Patrona , dont la prosperité rapide
et brillante , les avoit si fort éblouis , qu'ils
croyoient tous faire fortune par son cainal
; mais depuis sa mort , ces rustres glo
ricux sont devenus si humbles , et si craintifs
, qu'on n'en voit presque plus paroî
tre dans les rues . Le G. V. en a beaucoup
fait pendre , et pour des fautes les plus légeres
, on leur donne de cruelles bastonades
, afin qu'ils n'oublient pas si - tôt l'auteur
de leurs biens chimeriques , er de
leurs maux réels .
Le 28 Novembre , jour auquel nous finirons
cette Relation et auquel
ent aussi fini les suites de la Révolté
,
сем
9
938 MERCURE DE FRANCE
commencée à pareil jour du mois de Sep
tembre précédent , toutes les personnes
de l'ancien Ministere qui étoient encore
en prison , furent élargies , moyennant
des taxes modiques , et le G. S. fermant
l'oreille à la séverité , pour n'écouter plus
que la clémence , accorda une amnistie
generale à tous ceux qu'on pouvoit encore
accuser d'avoir eu part et d'avoir contribué
aux troubles de l'Erat; avec cette modifica--
tion pourtant , que ceux qui seroient reconnus
pour avoir été du nombre des premiers
conjurez , et qui auroient persisté?
dans la rébellion jusqu'à la fin , n'auroient
que la vie sauve , et subiroient l'éxil qu'on
leur prescriroit.
Fermer
Résumé : RELATION HISTORIQUE, exacte et détaillée de la derniere Révolution arrivée à Contantinople ; écrite d'abord en Turc par un Effendi, avec plusieurs circonstances de cet Evenement, tirées d'autres Memoires.
En 1730, une révolte éclate à Constantinople en raison de la décadence des affaires en Perse et de l'oppression du peuple turc par les ministres et de nouveaux impôts. Le 28 septembre 1730, Patrona-Kalil et d'autres individus déclenchent une révolte près de la mosquée de Sultan Bajazer, forçant le sultan Achmet III à abdiquer. Les rebelles, principalement des janissaires, libèrent les prisons et recrutent des criminels. Le sultan se réfugie à Scutary, mais les rebelles gagnent en puissance. Le Grand Vizir, initialement mal informé, revient à Constantinople avec le sultan, mais les rebelles refusent de se disperser sans justice, conduisant à l'arrestation du Kaïmakan. Le souverain, identifié comme G. S., échoue à recruter des soldats et à stabiliser la situation. Patrona Kalil attaque l'Arsenal et rétablit Abdi-Capoudan dans ses fonctions pour renforcer sa position. En avril 1731, une nouvelle révolte éclate. Les rebelles acceptent la déposition du Mufti mais insistent sur la destitution du Grand Vizir, qui est également le gendre du sultan. Mehmet-Pacha est nommé à ce poste. Les rebelles pillent des maisons et distribuent les biens aux minorités. Le sultan ordonne finalement l'exécution du Grand Vizir et de ses associés. En octobre 1731, Achmet III abdique en faveur de son neveu Mahmoud. Trois ministres ottomans sont exécutés. Mahmoud accepte de supprimer les nouveaux impôts demandés par les rebelles. En avril 1731, des janissaires exigent une augmentation de leur solde, et les richesses des ministres sont utilisées pour les satisfaire. Patrona, le chef rebelle, insiste sur la punition des proscrits. Des événements politiques et militaires marquants se succèdent à Constantinople, avec des nominations et des exécutions de dirigeants. La rébellion est réprimée après des menaces du sultan et des janissaires, mais des violences persistent. En novembre 1731, les autorités libèrent les membres de l'ancien ministère emprisonnés après qu'ils eurent payé des amendes modestes. Une amnistie générale est proclamée pour ceux impliqués dans les troubles, à l'exception des principaux conjurés qui sont exilés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
733
p. 938-945
LETTRE écrite de Paris le 30 Avril 1731. au sujet de la Révolution de Constantinople, contenant quelques faits Anecdotes, et qui peut servir de récapitulation à laRelation de cet événement.
Début :
C'est avec quelque sorte de peine, Monsieur, que je me suis déterminé [...]
Mots clefs :
Révolution, Sédition, Sultan, Porte, Roi de Perse, Peuple, Sérail, Divans, Janissaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Paris le 30 Avril 1731. au sujet de la Révolution de Constantinople, contenant quelques faits Anecdotes, et qui peut servir de récapitulation à laRelation de cet événement.
LETTRE écrite de Paris le 30 Avril 1731..
au sujet de la Révolution de Constantinople
, contenant quelquesfaits Anecdotes
et qui peut servir de récapitulation à la
Relation de cet événement
C
و
" Est avec quelque sorte de peine ,
Monsieur , que je me suis déterminé
à rendre publique une Lettre que je reçois
de Constantinople. Les récits qu'on lit.
dans vos Mercures de la Révolution arrivée
en Turquie , semblent ne laisser rien
AVRIL. 17312 939
désirer pour constater un évenement
aussi extraordinaire ; cependant en les
comparant avec le détail que l'on m'en fait
dans cette Lettre ; j'y ai appris deux cir
constances essentielles , dont on n'a point
encore parlé. On y verra le motif de la sédition
, et les progrès insensibles d'un dessein
d'abord témeraire , mais apuyé sous
main par le Capitan- Bacha , et porté à un
succès inesperé , par l'inaction du Grand
Vizir et du Sultan. Ces nouvelles au
reste , ne sçauroient être révoquées en
doute ; celui dont je les tiens fait depuis
plusieurs années un séjour actuel à Constantinople
, y est connu et consideré des
plus grands Pachas de la Porte , et a lié
une amitié étroite avec un des premiers
Officiers du nouveau Sultan..
31
Le Prince Thamas s'étoit à peine affermi
sur le Thrône de ses Ancêtres , qu'il
s'êtoit pressé d'envoyer une Ambassade
célebre à la Porte , pour redemander la
restitution des Provinces et Places dont
les Turcs s'étoient emparez pendant la
Révolution.
Il avoit soutenu cette Ambassade d'une
grosse Armée , dont les progrès continuels
rendirent les Turcs plus traitables , et les
forcerent à écouter une proposition ,
qu'ils auroient rejettée avec hauteur dans
un autre tems. Il fut résolu dans un grand
Divan
740 MERCURE DE FRANCE.
Divan que l'on remettroit ces Provinces
au Roi de Perse.
Le Roi de Perse n'avoit pas oublié les
cruautez exercées par les Turcs durant la
Conquête de ces Provinces . Cette plaïe recente
saignoit encore , et les dégats que
son Armée avoit causés sur les Terres des
Turcs , ne l'en avoient pas assez pleinement
dédomagé ; aussi saisit- il l'occasion
d'assouvir la vengeance qu'il méditoit
et quelques Soldats restez à la garde des
Places , furent les malheureuses victimes
de sa colere.
+
Ils furent arrêtez , on leur coupa le nez
et les oreilles , et on les embarqua sur un
Bâtiment du païs au nombre de 300-
Le Grand Vizir en fut informé à propos
; il avoit été l'Auteur de la guerre
pendant la Révolution de Perse , il venoit
de conclure la paix malgré les oppositions
de tout le Divan : il craignit avec raison
qu'une execution de cette nature
n'eut des suites fâcheuses ; il dépêcha
des Courriers et des ordres précis aux
Gouverneurs des Places situées à l'embouchure
de la Mer Noire , de couler à
fond le premier Vaisseau qu'ils appercevroient.
le
Le succès répondit à son attente ,
Vaisseau fut englouti , et cette affaire n'auroit
point éclaté , si un nommé Patrona ,
1
qui
AVRIL. 1731. 941
qui avoit été témoin de l'éxecution en
Perse et qui (à ce que prétendent quelquesuns
you comme d'autres le veulent ) avoit
échappé au naufrage , n'eut découvert ce
qu'il importoit au Grand Vizir de tenir
caché.
Ce Patrona arrive à Constantinople ;
marche vers la grande Place , attache un
Drapeau au bout d'un bâton , dont il
étoit armé , ordonne à tous les vrais fideles
de se ranger autour de lui .
Le Peuple ne parut pas d'abord bien
disposé à la révolte ; on ne répondit à
Patrona que par un grand silence , et depuis
le matin jusqu'à midi , il n'avoit rassemblé
que 10 à 12 personnes. Il eut été
facile de dissiper ce petit nombre de factieuxs
mais la lenteur du Capitan Bacha
que l'on soupçonna depuis d'être d'intelligence
avec Patrona d'ailleurs ennemi-
déclaré du G. V. et les peintures vives
et affreuses que Patrona présentoit au peuple
des indignitez commises sur le petit
nombre des Soldats Turcs , entraîna enfin
le peuple. On ferme les Boutiques , on
s'atroupe , on court au quartier des Jánissaires
, et on tourne droit au Serrail
en criant justice et vengeance .
3
>
Le Sultan Achmet étoit enfermé avec le
Grand Vizir et le Capitan-Bacha , et ne
décidoit rien lorsque les cris de la popu-
Lace
942 MERCURE DE FRANCE
lace épouvanterent le Grand Vizir ; qui ,
désesperant de remedier à un mal si pressant
, accusa le Capitan - Bacha. C'est ce
chien , dit- il , au Grand Seigneur , qui est
cause de tout ce désordre . Le Grand Amiral
picqué , rendit compte à l'Empereur
des motifs secrets , qui avoient occasionné
la paix et la guerre avec la Perse.
Le Sultan pressé par le peuple qui lui
demandoit justice , et indigné de se voir
trompé par ses deux Ministres , les fit
étrangler sur le champ et livra leurs corps
à la Populace qui les mit en pieces. Cer
Acte de Justice auroit dû naturellement
appaiser les Mécontens . Mais l'avarice ,
Foisiveté et la molesse du G. S. avoient
fort indisposé les Peuples contre lui ; aussi
Pattaquerent-ils ensuite , le détrônerent
et éleverent sur le Trêne Sultan Mah .
moud , son neveu , confié depuis longtemps
à la Garde des Janissairés .
Patrona devint bien- tôt le maître ; rien
me se décidoit que par ses ordres ; ik assistoit
à tous les Divans ; son avis y étoit
le seul suivi , il alla même jusqu'à nommer
un Janissaire-Aga . Le Sultan nouvellement
élû supportoit impatiamment une
autorité égale à la sienne ; il chercha à
abbatre un Sujet si craint et si redouté.
Il y réussit par une voye qui sembloit
assurer à Patrona le pouvoir qu'il venoit
d'usurper.
AVRIL. 1731. 943
Le Selicktar , ou Porte- Enseigne du Sultan
déposé , avoit obtenu du Sultan Mahmoud
, la place de G. Visir , loind'être lié
d'interêt avec Patrona , il servoit d'obstacle
à ses desseins. Sa perte fut résoluë ;
il n'osa s'y prendre ouvertement et crut
qu'il en viendroit mieux à bout en cachant
son projet.
Il insinua donc au Sultan de rappeller
auprès de sa Personne un certain Dgianum
-Codgia , honoré déja de la place de
Capitan - Bacha , et exilé depuis long-temps
comme ennemi déclaré du G. V. massacré ;
homme de tête et propre pour un coup
d'état. Le G. S. y consentit ; il le décora
une seconde fois de la place de Grand-
Amiral. Il indiqua un Divan où les Bachas
de la Porte et les principaux Chefs
des Rebelles devoient assister , sous prétexte
qu'il étoit à propos de prendre des
mesures promptes et sures dans la guerre
que l'on alloit déclarer aux Moscovites .
C'est une ceremonie pratiquée journellement
chez les Turcs , de revétir avant
la tenne du Divan , le nouveau Grand-
* Amiral d'un Caftan , en presence du G. S.
le Ceremonial prescrit aussi qu'il en soit
revétu par le Janissaire - Aga.
I On avoit déterminé à ce moment la
punition des factieux , et le Janissaire-Aga'
devoit être la première victime. Tout
étant
944 MERCURE DE FRANCE
étant préparé, le Janissaire Aga s'approche
du Grand- Amiral , lui présenta la Veste.
Celui-cy lui porte un coup de Sabre qu'il
avoit caché sous sa Robbe , l'étend sur le
carreau ; on prétend qu'il tomba mort ,
d'autres veulent que blessé mortellement,
il se releva , tira son poignard , dont il atteignit
Dgianum- Codgia , qui muni d'u
ne armure , ne fut point blessé.
Au signal on se jette sur les factieux;
surpris et desesperez , ils se deffendent
vaillamment , mais ils succombent enfin
au nombre de 30. tandis que l'on massacre
ceux qui étoient restez au- dedans
du Serrail et dans les cours.
Le Peuple ne marqua par aucun
mouvement qu'il y prît part. On ne
s'en est point tenu à cette simple execution
; on poursuit vivement les séditieux,
leurs têtes sont mises à prix et on renouvelle
ces fameux tems des anciennes Proscriptions.
On prétend , au reste , que bien en å
pris au nouveau Sultan , d'avoir fait cet
exemple, et que le dessein de Patrona étoit
de remettre deux jours plus tard l'ancien
Sultan sur le Trône. On ignore quel en
pouvoit être le motif.
Les Révoltes sont assez ordinaires en
Turquie. La Canée n'en a pas été exempte;
un Impôt mis sur l'huile en a été
le
AVRIL. 1731 945
+
le prétexte. 300. hommes étoient déja
assemblez dans une Mosquée , et méditoient
de massacrer le Receveur ; mais
les soins du Bacha et du Janissaire Aga ,
ont arrêté ces premiers mouvemens , et
sous prétexte de presenter une Requête à
la Porte, ils les ont congédiez et renvoyez
chez eux .
Il seroit peu necessaire , Monsieur , de
faire remarquer ce qui differencie cette
Relation des autres données au Public ;
lui seul en doit juger. Je me flatte que
vous voudrez bien lui donner promptement
une place dans votre Mercure; dans
cette attente je suis , &c.
au sujet de la Révolution de Constantinople
, contenant quelquesfaits Anecdotes
et qui peut servir de récapitulation à la
Relation de cet événement
C
و
" Est avec quelque sorte de peine ,
Monsieur , que je me suis déterminé
à rendre publique une Lettre que je reçois
de Constantinople. Les récits qu'on lit.
dans vos Mercures de la Révolution arrivée
en Turquie , semblent ne laisser rien
AVRIL. 17312 939
désirer pour constater un évenement
aussi extraordinaire ; cependant en les
comparant avec le détail que l'on m'en fait
dans cette Lettre ; j'y ai appris deux cir
constances essentielles , dont on n'a point
encore parlé. On y verra le motif de la sédition
, et les progrès insensibles d'un dessein
d'abord témeraire , mais apuyé sous
main par le Capitan- Bacha , et porté à un
succès inesperé , par l'inaction du Grand
Vizir et du Sultan. Ces nouvelles au
reste , ne sçauroient être révoquées en
doute ; celui dont je les tiens fait depuis
plusieurs années un séjour actuel à Constantinople
, y est connu et consideré des
plus grands Pachas de la Porte , et a lié
une amitié étroite avec un des premiers
Officiers du nouveau Sultan..
31
Le Prince Thamas s'étoit à peine affermi
sur le Thrône de ses Ancêtres , qu'il
s'êtoit pressé d'envoyer une Ambassade
célebre à la Porte , pour redemander la
restitution des Provinces et Places dont
les Turcs s'étoient emparez pendant la
Révolution.
Il avoit soutenu cette Ambassade d'une
grosse Armée , dont les progrès continuels
rendirent les Turcs plus traitables , et les
forcerent à écouter une proposition ,
qu'ils auroient rejettée avec hauteur dans
un autre tems. Il fut résolu dans un grand
Divan
740 MERCURE DE FRANCE.
Divan que l'on remettroit ces Provinces
au Roi de Perse.
Le Roi de Perse n'avoit pas oublié les
cruautez exercées par les Turcs durant la
Conquête de ces Provinces . Cette plaïe recente
saignoit encore , et les dégats que
son Armée avoit causés sur les Terres des
Turcs , ne l'en avoient pas assez pleinement
dédomagé ; aussi saisit- il l'occasion
d'assouvir la vengeance qu'il méditoit
et quelques Soldats restez à la garde des
Places , furent les malheureuses victimes
de sa colere.
+
Ils furent arrêtez , on leur coupa le nez
et les oreilles , et on les embarqua sur un
Bâtiment du païs au nombre de 300-
Le Grand Vizir en fut informé à propos
; il avoit été l'Auteur de la guerre
pendant la Révolution de Perse , il venoit
de conclure la paix malgré les oppositions
de tout le Divan : il craignit avec raison
qu'une execution de cette nature
n'eut des suites fâcheuses ; il dépêcha
des Courriers et des ordres précis aux
Gouverneurs des Places situées à l'embouchure
de la Mer Noire , de couler à
fond le premier Vaisseau qu'ils appercevroient.
le
Le succès répondit à son attente ,
Vaisseau fut englouti , et cette affaire n'auroit
point éclaté , si un nommé Patrona ,
1
qui
AVRIL. 1731. 941
qui avoit été témoin de l'éxecution en
Perse et qui (à ce que prétendent quelquesuns
you comme d'autres le veulent ) avoit
échappé au naufrage , n'eut découvert ce
qu'il importoit au Grand Vizir de tenir
caché.
Ce Patrona arrive à Constantinople ;
marche vers la grande Place , attache un
Drapeau au bout d'un bâton , dont il
étoit armé , ordonne à tous les vrais fideles
de se ranger autour de lui .
Le Peuple ne parut pas d'abord bien
disposé à la révolte ; on ne répondit à
Patrona que par un grand silence , et depuis
le matin jusqu'à midi , il n'avoit rassemblé
que 10 à 12 personnes. Il eut été
facile de dissiper ce petit nombre de factieuxs
mais la lenteur du Capitan Bacha
que l'on soupçonna depuis d'être d'intelligence
avec Patrona d'ailleurs ennemi-
déclaré du G. V. et les peintures vives
et affreuses que Patrona présentoit au peuple
des indignitez commises sur le petit
nombre des Soldats Turcs , entraîna enfin
le peuple. On ferme les Boutiques , on
s'atroupe , on court au quartier des Jánissaires
, et on tourne droit au Serrail
en criant justice et vengeance .
3
>
Le Sultan Achmet étoit enfermé avec le
Grand Vizir et le Capitan-Bacha , et ne
décidoit rien lorsque les cris de la popu-
Lace
942 MERCURE DE FRANCE
lace épouvanterent le Grand Vizir ; qui ,
désesperant de remedier à un mal si pressant
, accusa le Capitan - Bacha. C'est ce
chien , dit- il , au Grand Seigneur , qui est
cause de tout ce désordre . Le Grand Amiral
picqué , rendit compte à l'Empereur
des motifs secrets , qui avoient occasionné
la paix et la guerre avec la Perse.
Le Sultan pressé par le peuple qui lui
demandoit justice , et indigné de se voir
trompé par ses deux Ministres , les fit
étrangler sur le champ et livra leurs corps
à la Populace qui les mit en pieces. Cer
Acte de Justice auroit dû naturellement
appaiser les Mécontens . Mais l'avarice ,
Foisiveté et la molesse du G. S. avoient
fort indisposé les Peuples contre lui ; aussi
Pattaquerent-ils ensuite , le détrônerent
et éleverent sur le Trêne Sultan Mah .
moud , son neveu , confié depuis longtemps
à la Garde des Janissairés .
Patrona devint bien- tôt le maître ; rien
me se décidoit que par ses ordres ; ik assistoit
à tous les Divans ; son avis y étoit
le seul suivi , il alla même jusqu'à nommer
un Janissaire-Aga . Le Sultan nouvellement
élû supportoit impatiamment une
autorité égale à la sienne ; il chercha à
abbatre un Sujet si craint et si redouté.
Il y réussit par une voye qui sembloit
assurer à Patrona le pouvoir qu'il venoit
d'usurper.
AVRIL. 1731. 943
Le Selicktar , ou Porte- Enseigne du Sultan
déposé , avoit obtenu du Sultan Mahmoud
, la place de G. Visir , loind'être lié
d'interêt avec Patrona , il servoit d'obstacle
à ses desseins. Sa perte fut résoluë ;
il n'osa s'y prendre ouvertement et crut
qu'il en viendroit mieux à bout en cachant
son projet.
Il insinua donc au Sultan de rappeller
auprès de sa Personne un certain Dgianum
-Codgia , honoré déja de la place de
Capitan - Bacha , et exilé depuis long-temps
comme ennemi déclaré du G. V. massacré ;
homme de tête et propre pour un coup
d'état. Le G. S. y consentit ; il le décora
une seconde fois de la place de Grand-
Amiral. Il indiqua un Divan où les Bachas
de la Porte et les principaux Chefs
des Rebelles devoient assister , sous prétexte
qu'il étoit à propos de prendre des
mesures promptes et sures dans la guerre
que l'on alloit déclarer aux Moscovites .
C'est une ceremonie pratiquée journellement
chez les Turcs , de revétir avant
la tenne du Divan , le nouveau Grand-
* Amiral d'un Caftan , en presence du G. S.
le Ceremonial prescrit aussi qu'il en soit
revétu par le Janissaire - Aga.
I On avoit déterminé à ce moment la
punition des factieux , et le Janissaire-Aga'
devoit être la première victime. Tout
étant
944 MERCURE DE FRANCE
étant préparé, le Janissaire Aga s'approche
du Grand- Amiral , lui présenta la Veste.
Celui-cy lui porte un coup de Sabre qu'il
avoit caché sous sa Robbe , l'étend sur le
carreau ; on prétend qu'il tomba mort ,
d'autres veulent que blessé mortellement,
il se releva , tira son poignard , dont il atteignit
Dgianum- Codgia , qui muni d'u
ne armure , ne fut point blessé.
Au signal on se jette sur les factieux;
surpris et desesperez , ils se deffendent
vaillamment , mais ils succombent enfin
au nombre de 30. tandis que l'on massacre
ceux qui étoient restez au- dedans
du Serrail et dans les cours.
Le Peuple ne marqua par aucun
mouvement qu'il y prît part. On ne
s'en est point tenu à cette simple execution
; on poursuit vivement les séditieux,
leurs têtes sont mises à prix et on renouvelle
ces fameux tems des anciennes Proscriptions.
On prétend , au reste , que bien en å
pris au nouveau Sultan , d'avoir fait cet
exemple, et que le dessein de Patrona étoit
de remettre deux jours plus tard l'ancien
Sultan sur le Trône. On ignore quel en
pouvoit être le motif.
Les Révoltes sont assez ordinaires en
Turquie. La Canée n'en a pas été exempte;
un Impôt mis sur l'huile en a été
le
AVRIL. 1731 945
+
le prétexte. 300. hommes étoient déja
assemblez dans une Mosquée , et méditoient
de massacrer le Receveur ; mais
les soins du Bacha et du Janissaire Aga ,
ont arrêté ces premiers mouvemens , et
sous prétexte de presenter une Requête à
la Porte, ils les ont congédiez et renvoyez
chez eux .
Il seroit peu necessaire , Monsieur , de
faire remarquer ce qui differencie cette
Relation des autres données au Public ;
lui seul en doit juger. Je me flatte que
vous voudrez bien lui donner promptement
une place dans votre Mercure; dans
cette attente je suis , &c.
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Résumé : LETTRE écrite de Paris le 30 Avril 1731. au sujet de la Révolution de Constantinople, contenant quelques faits Anecdotes, et qui peut servir de récapitulation à laRelation de cet événement.
La lettre du 30 avril 1731 relate la révolution à Constantinople, révélant des détails absents des journaux. Elle met en lumière deux éléments cruciaux : le motif de la sédition et l'évolution d'un plan audacieux soutenu par le Capitan-Bacha, favorisé par l'inaction du Grand Vizir et du Sultan. Le Prince Thamas, nouvellement installé sur le trône de Perse, avait envoyé une ambassade pour réclamer la restitution des provinces conquises par les Turcs. Soutenu par une armée puissante, il força les Turcs à accepter cette demande. En réponse aux cruautés turques, le roi de Perse ordonna des exécutions barbares sur les soldats turcs restés en Perse. Informé, le Grand Vizir ordonna de couler le vaisseau transportant ces soldats, mais un nommé Patrona, témoin des exécutions, révéla l'affaire à Constantinople. Patrona rallia le peuple en dénonçant les indignités commises, déclenchant une révolte. Acculé, le Grand Vizir accusa le Capitan-Bacha. Le Sultan, pressé par le peuple, fit étrangler les deux ministres et livra leurs corps à la populace. Cependant, l'avarice et la mollesse du Sultan indisposèrent les peuples, qui le détrônèrent et élevèrent son neveu, Sultan Mahmoud, au trône. Patrona devint le maître, mais le Sultan, avec l'aide du Selicktar, organisa un coup d'État. Lors d'un Divan, le nouveau Grand-Amiral tua le Janissaire-Aga, déclenchant une répression sanglante contre les séditieux. Le peuple resta passif, et les proscriptions se poursuivirent. Les motifs exacts de Patrona pour vouloir rétablir l'ancien Sultan restent inconnus. Des révoltes similaires survinrent ailleurs, comme à La Canée, où un impôt sur l'huile déclencha des mouvements séditieux rapidement réprimés. L'auteur espère que cette relation sera publiée promptement dans le Mercure de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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734
p. 1092-1093
Relation de la Révolution de Constantinople, &c. [titre d'après la table]
Début :
RELATION HISTORIQUE, exacte et détaillée de la derniere Révolution arrivée [...]
Mots clefs :
Relation historique, Constantinople, Révolution, Effendi, Égypte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation de la Révolution de Constantinople, &c. [titre d'après la table]
RELATION HISTORIQUE , exacte et détaillée
de la derniere Révolution arrivée
à CONSTANTINOPLE , écrite d'abord en
Turc par un Effendi , avec plusieurs circonstances
de ce grand évenement , tirées
d'autres Mémoires , avec une Lettre du
P. S. sur les differentes Pêches qui se font
en Egypte , un Mémoire sur les Villes de
la Mecque et de Medine , &c. A Paris ,
ruë
M A - Y. 1731 . 1093
ruë S. Jacques , Quai de Conti , et au P.-
lais , chez Cavelier , veuve Pissat et Neuilly
, 1731. in- 12. prix , 24 sols .
de la derniere Révolution arrivée
à CONSTANTINOPLE , écrite d'abord en
Turc par un Effendi , avec plusieurs circonstances
de ce grand évenement , tirées
d'autres Mémoires , avec une Lettre du
P. S. sur les differentes Pêches qui se font
en Egypte , un Mémoire sur les Villes de
la Mecque et de Medine , &c. A Paris ,
ruë
M A - Y. 1731 . 1093
ruë S. Jacques , Quai de Conti , et au P.-
lais , chez Cavelier , veuve Pissat et Neuilly
, 1731. in- 12. prix , 24 sols .
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Résumé : Relation de la Révolution de Constantinople, &c. [titre d'après la table]
Le document 'Relation historique, exacte et détaillée de la dernière Révolution arrivée à Constantinople' a été rédigé en turc par un Effendi. Il décrit les événements récents de Constantinople et inclut des mémoires sur divers aspects. Il contient aussi une lettre sur les pêches en Égypte et un mémoire sur La Mecque et Médine. Publié à Paris en 1731, il est disponible chez plusieurs libraires au format in-12 pour 24 sols.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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735
p. 1157-1159
TURQUIE.
Début :
On mande de Constantinople que la punition rigoureuse des Auteurs de la derniere révolution [...]
Mots clefs :
Constantinople, Punition, Révolution, Trésor, Faction, Rebelles, Étendard du prophète, Expédition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE.
TURQUIE.
N mande de Constantinople que la punition
Origoureuse des Auteurs de la derniere
te , n'avoit pas empeché qu'il n'y eût encore des
troubles dans divers endroits de l'Asie , où les
Janissaires aprés avoir massacré la plupart de
leurs Chefs , se portoient aux dernieres extrémi
tés , sous pretexte qu'on leur retenoit leur solde ;
et que Sa Hautesse , pour prévenir les suites fàcheuses
de cette disposition à la révolte , avoit
fait tirer du Trésor vingt millions qu'on devoit
leur distribuer.
Mais voici ce que nous venons d'apprendre d'une
nouvelle revolte , par des Lettres de Constantinople
, dattées du 14. Avril , venues par la voye
de Vienne.
Le 25. Mars dernier , un Turc Albanois , de
la faction de Patrona Kalil , avoit assemblé 2000.
hommes de la même Nation dans la Place de la
Mosquée de Sultan Bajazet , et à l'heure de
minuit, cette Troupe avoit marché en corps chez
le Janissaire Aga , pour l'engager de se joindre
à eux , dans le dessein de détrôner le nouveau
Sultan , et de remettre à sa place le Sultan Achmet;
le Janissaire Aga s'étoit fort opposé à ce projet
séditieux , et il étoit allé la même nuit en
informer le Grand Seigneur. Ce Prince ordonna
sur le champ au Grand-Visir , au Mufty , et au
Capitan
1158 MERCURE DE FRANCE
Capitan Pacha d'assembler un Corps de Troupes,
et de les faire marcher dès la pointe du jour ,
pour dissiper ces Rébelles . Ces Troupes marche--
rent en bon ordre vers la place d'Atmeydan où
les Rébelles étoient campés , cette place étant
beaucoup plus spacieuse que celle du Sultan Ba
jazet où ils s'étoient d'abord affemblés . Le Grand-
Visir , le Mufty et le Capitan Pacha étoient à la
tête des Troupes du Grand- Seigneur , parmi lesquelles
il y avoit 600. Leventis ou Soldats de
Marine trés bien armés , le Mufty avoit à côté
de lui le fameux Etendart de Mahomet.
Les Rébelles sans s'étonner de voir arriver les
Troupes du G. S. en bon ordre , et bien disposés
à les charger , tirerent eux mêmes les premiers ,
avec cette circonstance qu'une bâle de Mousquet ,
ayant persé l'Etendart du Prophête , le Mufty en
fút si indigné , qu'il prononça sur le champ une
Sentence de mort contre tous les Rébelles ; ce
qui anima tellement les Troupes du G. S. qu'il
y cût un sanglant Combat , dans lequel plus de
300. Rébelles resterent sur la place , et les autres
furent dissipés.
Aprés cette expédition , le Grand Visir partagea
ses Troupes en deux corps, dont l'un resta
sur la même Place , et l'autre fût comandé pour
faire la Patrouille dans la Ville , et veiller à la
seureté publique,
Ces Letres ajoûtent que tous ceux qui furent
trouvés armés dans Constantinople fûrent étran
glés sur le champ . On croit que cette nouvelle
révolte a été suscitée par la Veuve du dernier G.
V.fille du Sultan déposé : elle a été , dit - on , étran
glée , mise dans un sac et jettée dans la Mer avec
une de ses confidentes .
Le G. S, a donné une Déclaration portant que
tous
MAY. 1731.
1159
tous ceux qui viendroient dénoncer des Rébelles
ou d'autres personnes qui pourroient avoir eu
quelque part à cette derniere révolte , auroient
quinze Aspres par jours de rente viagere. Cette
récompense a operé et opére tous les jours de
nouveaux châtimens exemplaires. Nous attendons
de plus amples circonstances de cet évenement ,
par des Vaisseaux partis de Constantinople le
30. Mars dernier.
N mande de Constantinople que la punition
Origoureuse des Auteurs de la derniere
te , n'avoit pas empeché qu'il n'y eût encore des
troubles dans divers endroits de l'Asie , où les
Janissaires aprés avoir massacré la plupart de
leurs Chefs , se portoient aux dernieres extrémi
tés , sous pretexte qu'on leur retenoit leur solde ;
et que Sa Hautesse , pour prévenir les suites fàcheuses
de cette disposition à la révolte , avoit
fait tirer du Trésor vingt millions qu'on devoit
leur distribuer.
Mais voici ce que nous venons d'apprendre d'une
nouvelle revolte , par des Lettres de Constantinople
, dattées du 14. Avril , venues par la voye
de Vienne.
Le 25. Mars dernier , un Turc Albanois , de
la faction de Patrona Kalil , avoit assemblé 2000.
hommes de la même Nation dans la Place de la
Mosquée de Sultan Bajazet , et à l'heure de
minuit, cette Troupe avoit marché en corps chez
le Janissaire Aga , pour l'engager de se joindre
à eux , dans le dessein de détrôner le nouveau
Sultan , et de remettre à sa place le Sultan Achmet;
le Janissaire Aga s'étoit fort opposé à ce projet
séditieux , et il étoit allé la même nuit en
informer le Grand Seigneur. Ce Prince ordonna
sur le champ au Grand-Visir , au Mufty , et au
Capitan
1158 MERCURE DE FRANCE
Capitan Pacha d'assembler un Corps de Troupes,
et de les faire marcher dès la pointe du jour ,
pour dissiper ces Rébelles . Ces Troupes marche--
rent en bon ordre vers la place d'Atmeydan où
les Rébelles étoient campés , cette place étant
beaucoup plus spacieuse que celle du Sultan Ba
jazet où ils s'étoient d'abord affemblés . Le Grand-
Visir , le Mufty et le Capitan Pacha étoient à la
tête des Troupes du Grand- Seigneur , parmi lesquelles
il y avoit 600. Leventis ou Soldats de
Marine trés bien armés , le Mufty avoit à côté
de lui le fameux Etendart de Mahomet.
Les Rébelles sans s'étonner de voir arriver les
Troupes du G. S. en bon ordre , et bien disposés
à les charger , tirerent eux mêmes les premiers ,
avec cette circonstance qu'une bâle de Mousquet ,
ayant persé l'Etendart du Prophête , le Mufty en
fút si indigné , qu'il prononça sur le champ une
Sentence de mort contre tous les Rébelles ; ce
qui anima tellement les Troupes du G. S. qu'il
y cût un sanglant Combat , dans lequel plus de
300. Rébelles resterent sur la place , et les autres
furent dissipés.
Aprés cette expédition , le Grand Visir partagea
ses Troupes en deux corps, dont l'un resta
sur la même Place , et l'autre fût comandé pour
faire la Patrouille dans la Ville , et veiller à la
seureté publique,
Ces Letres ajoûtent que tous ceux qui furent
trouvés armés dans Constantinople fûrent étran
glés sur le champ . On croit que cette nouvelle
révolte a été suscitée par la Veuve du dernier G.
V.fille du Sultan déposé : elle a été , dit - on , étran
glée , mise dans un sac et jettée dans la Mer avec
une de ses confidentes .
Le G. S, a donné une Déclaration portant que
tous
MAY. 1731.
1159
tous ceux qui viendroient dénoncer des Rébelles
ou d'autres personnes qui pourroient avoir eu
quelque part à cette derniere révolte , auroient
quinze Aspres par jours de rente viagere. Cette
récompense a operé et opére tous les jours de
nouveaux châtimens exemplaires. Nous attendons
de plus amples circonstances de cet évenement ,
par des Vaisseaux partis de Constantinople le
30. Mars dernier.
Fermer
Résumé : TURQUIE.
En Turquie, malgré la répression des auteurs de la dernière révolte, des troubles persistent en Asie, notamment parmi les Janissaires réclamant leur solde. Pour éviter une escalade, le sultan a distribué vingt millions de son trésor. Le 25 mars, un Albanais de la faction de Patrona Kalil a rassemblé 2000 hommes dans la mosquée de Sultan Bajazet pour destituer le nouveau sultan et rétablir le sultan Achmet. Informé, le sultan a ordonné au Grand-Visir, au Mufty et au Capitan Pacha de rassembler des troupes pour disperser les rebelles. Les troupes, incluant 600 Soldats de Marine, ont affronté les rebelles à la place d'Atmeydan. Après qu'une balle ait percé l'étendard de Mahomet, le Mufty a prononcé une sentence de mort contre les rebelles, intensifiant le combat. Plus de 300 rebelles ont été tués et les autres dispersés. Après la bataille, les troupes ont assuré la sécurité publique, exécutant ceux trouvés armés à Constantinople. La veuve du dernier sultan, fille du sultan déposé, a été exécutée pour avoir fomenté la révolte. Le sultan a offert une récompense de quinze aspres par jour de rente viagère pour la dénonciation de rebelles, entraînant de nouveaux châtiments exemplaires. Des informations supplémentaires sont attendues via des vaisseaux partis de Constantinople le 30 mars.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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736
p. 1364-1373
EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople du 7. Avril 1731.
Début :
La nuit du 24. au 25. Mars 200. Janissaires allerent enfoncer la maison du Janissaire [...]
Mots clefs :
Constantinople, Janissaires, Rebelles, Aga, Révolte
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople du 7. Avril 1731.
EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople '
du 7. Avril 1731.
LA
A nuit du 24. au 25. Mars 200. Janissaires
allerent enfoncer la maison du Janissaire
Aga , et voulurent en enlever les Marmites pour
lés porter dans la Place d'Atmeiaan , où les Ja
nissaires s'assemblent ordinairement lorsqu'ils
veulent exciter quelque révolte. Le Janissaire
Aga s'y étant opposé reçut un coup de Fusil au
bras , et sa maison fut entierement pillée , il eut
cependant le bonheur de se sauver par la porte
de son Jardin et de se rendre au Serrail : il rendit.
compte au G. S. de ce qui venoit de lui arriver.
On fit appeller sur le champ le Grand Vizir ,
le Mufti , le Capitan Pacha , et quelques uns des
principaux Effendis , pour déliberer sur le parti
qu'on avoit à prendre. Il fut resolu de rassembler
le plus de Monde qu'on pourroit , et d'aller atta
quer les Rébelles à l'Atmeydan dès qu'il seroit
jour , pour n'en pas laisser grossir le nombre ,.
et d'y faire porter l'Etendart de Mahomet ; la
chose fut éxécutée, on forma deux Corps , dont
l'un étoit commandé par le G. Vizir , suivi du
Janissaire Aga , quoique blessé , et l'autre étoit
sous les ordres du Capitan Pacha ; ils rencontre
rent dans les rues quantité de Gens armés qui
alloient se joindre aux Rebelles , dont la plûpart:
furent tués , ils trouverent dans la Place de l'At
meydan , où ils se rendirent par deux differens.
I. Vol. endroits,
JUIN. 1731. 1365
endroirs , soo. hommes armés , avec quelques.
Etendarts déployés , qui firent d'abord assés de
résistance , mais qui furent contraints de ceder.
La plupart furent massacrés ; on en saisit une
soixantaine que l'on conduisit au Serrail pour dé
couvrir les motifs , et les Chefs de la Rebellion ,
et quelques- uns furent assés heureux pour se sau
ver. Depuis les Caffés , les Bains , et les autres
Lieux publics ont été fermés .
Le G.V. n'a point tenu de Divan hier ni aujour
d'hui ; il n'estoccupé qu'à faire des rondes dans la
Ville,et à en faire faire par le Janissaire Aga, et par
les autres principaux Officiers des differens Corps de
Milice qui arrêtent et font étrangler sur le champ
tous ceux qu'on soupçonne avoir eu part à la ré
volte. On assure que quoyqu'il ne se soit trouvé
que quatre ou cinq cens révoltés dans la Place
d'Atmeydan , il y en avoit plus de 3000 autres.
dispersés dans plusieurs endroits de Constanti
nople , avec des Drapeaux pour assembler du
monde et grossir leur Troupe.
Ils avoient aussi mis le feu en trois diff. rens quar
tiers de la Vilie,dans la vue que le G.V.er les autres
Ministres étant occupés à le faire éteindre , ils trou
veroient moins d'obstacles à l'execution de leur
projet. Il est certain que si l'on eût tardé trois heu
res de plus à dissiper les Rébelles , ils auroient été
les Maîtres de Constantinople , et qu'ils auroient
fait les mêmes changemens , et beaucoup plus de
désordre que lors de la premiere révolte ; il étoit
même à craindre qu'on n'eût pas eu les mêmes.
égards pour nous , par la raison que quoique la
sédition n'ait duré que dépuis la pointe du jour
jusqu'à neufheures du matin , il y a eu beancoup
de Grecs , d'Arméniens et de Juifs qui ont été
insultés et volés , et que depuis l'autre révolution,,
I. Vol.
il
2366 MERCURE DE FRANCE
il s'est rassemblé dans cette Capitale une infini
té d'Asiatiques , tous voleurs et assassins ; et
qu'ils ne s'y sont établis que dans l'Esperance
d'y trouver quelque conjoncture à pouvoir met
tre leurs talens à profit ; s'il en faut croire les
bruits publics , ce sont les Partisans d'Achmet
III. qui avoient tramé cette révolte.
Les particularitez suivantes sont tirées de plu
sieurs Lettres.
Le 24. Mars , quelques Dgebedgis , ou Soldats
d'Artillerie , s'étant trouvez dans un Caffé , s'en
tretenoient en fumant, de l'état présent du Gou
vernement. Plusieurs d'entr'eux se plaignoient de
ce qu'on n'avoit pas encore distribué les 25. Pias
tres qu'on a coûtume de donner à chaque Sol
dat à l'avenement au Trône d'un nouveau Sul
tan ; d'autres témoignoient leur mécontentement
de ce que nonobstant le changement de Minis
tere, on n'avoit pas encore remedié à la disette et à
la cherté des vivres , ce qui avoit été le but de la
précedente Révolte . Après plusieurs discours de
cette nature , ils sortirent sur les 9. heures du
soir du Caffé , fort animez ; et ayant été joints
par un grand nombre de leurs Compagnons , ils
s'amuserent ensemble et allerent vers les dix heu
res piller la maison de l'Aga des Janissaires , où
ils firent un butin considerable , tant en argent
comptant , qu'en bijoux.
; L'Aga eut le bonheur de se sauver le Grand
Visir ayant appris par le Lieutenant de l'Aga ,
la nouvelle de cette révolte , se rendit d'abord au
Serrail, et envoya ordre auCapitan PachaDgianum
Codgia , de se rendre en toute diligence auprès
de lui , et d'amener autant de monde qu'il pour
roit ; ce que celui cy executa : pendant ce tems
Lâ les soulevez , dont le nombre s'étoit accrû jus
Is Vola
qu'à
JUIN. 1731 1367
qu'à 3000. hommes , se rendirent dans la Place ,
nommée Atmeïdan , où ils arborerent le Pavillon
et y passerent la nuit . Le lendemain de grand
matin le G. V. et l'Aga des Janissaires sortirent
du Serrail, à la tête des Ichoglans , et autres Do
mestiques du Serrail , suivis du Capitan Pacha ,
à la tête de ses Gens de Mer , précedez par le
Sangiac-Scherif, portant l'Etendart de Mahomet,
et ils allerent attaquer les Rebelles , qui , quoique
surpris , firent d'abord feu sur eux sans respecter
l'Etendart du Prophete , et obligerent d'abord les
Ichoglans à reculer , mais ceux- cy ranimezpar
ceux qui les suivoient , attaquerent de nouveau
les Rebelles avec tant d'ardeur , qu'après une le
gere résistance , ils furent mis en fuite ; plusieurs
furent tuez sur la place et les autres dispersez , en
sorte qu'à dix heures du matin tout étoit aussi
tranquille qu'avant la Révolte ..
Le Grand Seigneur avoit d'abord voulu mar
cher en personne contre les Rebelles , mais il en
fut détourné par Dgianum Codgia. S. H. a fair
present à ce dernier et au G. V. d'une Fourure de
Martre Zibeline très- riche , en consideration du
service qu'ils venoient de lui rendre , d'autant
plus important , que les Rebelles avoient déja
proclamé le vieux Sultan .
L'Aga des Janissaires , voyant qu'il n'étoit pas
aimé de ce Corps , a demandé la permission au
G.S. de se retirer , qui la lui a accordée . Dgianum
Codgia a aussi jugé à propos par le même motif
de se retirer sur les Vaisseaux de guerre.
Sur le bruit qui s'étoit répandu que la veuve
du dernier G. V. fille du Sultan déposé , avoir
fomenté cette Révolte , elle fut d'abord enfermée
dans le Serrail , mais son innocence
été re
ayant
connuë , elle a été remise en liberté ; mais on as--,
1
1. Vol
Surc
1358 MERCURE DE FRANCE
sure qu'elle a été arrêtée une seconde fois , sur
ce qu'on a découvert qu'elle avoit promis 20000.
Bourses de cent Reaux chacune aux Janissaires
mécontens qui remettroient le Sultan son pere
sur le Trône.
Le G. S. a , dit-on , obligé depuis le Mufti à
prononcer une Sentence de mort contre son Pré
decesseur , qui a été arrêté dans un Village â
quelques lieues de Constantinople , où il se tenoit
Caché.
Le Capitan Pacha Dgianum- Codgia , n'étant
pas en sureté depuis qu'il a opiné dans le Divan
en faveur de la Paix avec les Princes Chrétiens
a obtenu de S. H. une Garde de Janissaires qui
doivent l'accompagner , même dans le voyage
qu'il fera dans les principales Iles de l'Archipel.
Le G. V. a été d'avis contraire ; et ayant propo
sé de faire la Paix avec les Persans , et d'occuper
les Janissaires et les autres Milices à une guerre
avec les Princes Chrétiens , il demande à S. H. de
l'exiler en Egypte , si son avis ne lui étoit pas
agréable. Depuis ce Divan on a dépêché trois
Couriers en Perse , pour porter , à ce qu'on croit,
des pleins pouvoirs aux Generaux Turcs , afin de
terminer un accommodement avec le Roi de
Perse.
Une autre Lettre de Constantinople porte que
la même nuit du 2 5. Mars , une troupe de Revol
tez qu'on fait monter environ à 4000. hommes ,
après avoir couru tumultuairement les ruës , en
foncerent les portes de la maison du Janissaire
Aga , et la pillerent ; après quoi ils allerent dans
les chambres des Janissaires , enleverent leurs
Marmites , ustanciles et leurs Etendarts , qu'ils
porterent à l'Atmeïdan , principale Place de Cons
tantinople.
1. Vol. Ce
JUIN. 1731 .
1369
Ce desordre saisit de crainte tous les habitans,
et la terreur atigmentoit par les cris des Révoltez
qui couroient dans tous les Quartiers , disant qu'on
eut à se rendre à l'Atmeïdan , où ils devoient ,
disoient - ils , prendre des mesures pour réformer
de nouveau le Gouvernement , et détrôner le Sul
tan Mahmoud, qui étoit déchû de la Souveraine
té du moment qu'il avoit fait massacrer et jetter
à la voirie l'Aga Patrona -Kalil et ses Camarades ;
qu'un pareil exemple étoit inoui et entierement
contraire au Kanoun ou Ordonnance de Sultan
Soliman II. Beaucoup de monde se joignit à ces
sédicieux , ce qui grossit considerablement la
troupe qui se formoit à l'Atmeidan , où lon com
mençoit à dresser des Tentes.
Cependant le G. V. le Mufti , Dgianum Cod
gia , Capitan - Pacha , et tous les Grands Officiers
de l'Empire , de même que les Gens de Loi- , se
rendirent au Serrail , auprès du G. S. où il fut
résolu qu'on exposeroit l'Etendart du Prophete ,
et que tout le Peuple seroit invité de courir à sa
defense . Le Mufti donna aussi -tôt une Sentence
par laquelle les Rebelles étoient déclarez infideles
et traîtres , et que tout bon Musulman ou vrai
Croyant devoit sacrifier sa vie pour la conserva
tion du Sultan Mahmoud , leur legitime Souve
rain. On promit aussi à chacun de ceux qui
apporteroient quelque tête des Rebelles , des ré
compenses proportionnées au service qu'il auroit
rendu dans cette occasion . En même -tems le
Defterdar our Grand - Trésorier , fit porter du
Trésor Imperial , quantité de sacs d'or et d'ar
gent à la Porte du Serrail et se mit en devoir de
disrribuer cent Piastres à chacun de ceux qui ap
porteroient quelque tête .
Cette disposition ainsi faite , le G. S. remit la
1. Vol.
fameuse
1370 MERCURE, DE FRANCE
fameuse Banniere entre les mains du G. V. et ce
Fui- ci la remit à un Kapigi- Bachi . Ensuite ce pre
mier Ministre s'étant mis à la tête de la Maison
de S. H. et de la sienne , et le Capitan- Pacha , à
la tête de 400. Leventis , on fit ouvrir les Portes
du Serrail , et en marcha en bon ordre à la Place
d'Atmeïdan.
•
Le Peuple n'eut pas plutôt appris qu'on devoit
faire sortir l'Etendart de Mahometh , qu'on s'em
pressa , à l'envi, pour le venir deffendre, et l'affluence
fut si grande en très - peu de tems , qu'on ne pou
voit qu'à peine se remuer dans les rues . Les To
pigis , Dgebedgis et même les Janissaires , qui
un moment auparavant étoient eux- mêmes du
nombre des Rebelles , vinrent aussi se rendre sous
PEtendart du Prophete.
Le G. V. marchant fierement , s'avança avec
tout son Cortege jusques à l'Atmeïdan ; près d'y
arriver il fit une petite alte et continua sa marche
par la même rue qui aboutit à une des Portes de
cette Place,mais Dgianum Codgia avec ses Léven
tis , se détacha et prit par une autre ruë qui abou
tit à une autre Porte de la même Place.
Non-seulement les Rebelles firent bonne con
tenance , mais ils attaquerent courageusement
les Troupes du Visir et du Capitan - Pacha , et ils
firent tous leurs efforts pour se saisir de l'Eten
dart ; mais obligez de plier , ils furent mis en dé
route en même tems le G. V. étant entré
dans la Place par un côté et le Capitan - Pacha
un autre , ils firent main basse sur tous ceux qui
s'y trouverent ; qui n'étoient pas , à la verité ,
si grand nombre , parce que la plupart des Ré
voltez eurent le tems de se sauver dans les Cazer
nes des Janissaires , qui sont joignant cette Place.
Les autres ayant pris la fuite par diverses ruës
par
en
;
I. Vol. · le
JUI N. 1731. 1371
le G. V. les fit poursuivre sans perte de tems , & c,
Peu de tems après on vit un spectacle bien ter
rible dans la Place qui est devant la porte du Ser
rail , où le Tefterdar s'étoit placé , prêt à don
ner cent écus pour chaque tête de Ribelle qu'on
lui apporteroit ; en moins de deux heures de tems
on lui en apporta de tous côtez une quantité si
prodigieuse , que cela fit croire avec raison , que
quantité d'innocens étoient péris dans cette mal
heureuse journée ; car les Bostangis et les Leven
tis , plus empressez à gagner cent Piastres , qu'on
donnoit pour chaque tête , qu'à punir les Re
belles , assommoient les premiers venus et ceux
qui étoient les plus sans deffense . On assure qu'un
Eunuque , favori du Sultan , apporta lui seul neuf
têtes , et qu'il fut largement récompensé.
On prétend que cette derniere Révolte a été
suscitée par les Créatures du Sultan Achmet , et
ce bruit se fortifie d'autant plus , qu'on a appris
que les Sultanes , filles de ce Prince , mariées
a Ibrahim Pacha , dernier G V. et à son fils , qui
étoient libres dans leurs Palais depuis le malheur
arrivé à leurs Maris , viennent d'être étroitement
enfermées dans le Serrail .
Pour les principaux Chefs de cette Rebellion ,
ce sont des gens de la lie du peuple , dons les noms
auroient pû devenir aussi fameux que ceux de Pa
trona et de Mousloub , si leur audacieuse témeri
té avoit éte suivie d'un plus heureux succès. Par
mi ceux qui ont le plus contribué à l'arrêter et à
faire punir les coupables , on parle du fameux
Dgianum Codgia qui a agi de la tête et de la main
avec toute la prudence et la valeur imaginable ,
ainsi qu'il avoit fait dans la premiere Révolte.
Depuis le Dimanche 25. Mars , chaque jour
est marqué par quelque exécution publique , ou
Le Vol.
H particu
1372 MERCURE DE FRANCE
particuliere. La quantité de gens qu'on fait périr
est incroyable. Il suffit de n'avoir pas une phi
fionomie heureuse , pour être proscrit et perdre
la vie ; séverité , sans doute , bien nécessaire dans
une conjoncture aussi délicate ; mais aussi il y a
de l'excès.
On a chassé et banni de Constantinople tous
les Arnaouds et Albanois , qui étoient devenus
trés - insolens , dépuis que leur Compatriotte Pa
zrona , les favorisant en toutes choses pendant
la premiere révolte , les avoit mis sur un pied
d'aisance pour lequel ils n'étoient pas nés..
On assure qu'on va aussi chasser les Las ,
Peuples originaires des Côtes de la Mer Noire
prés de Trébisonde , établis à Constantinople.
On prétend que ce sont eux qui ont pillé tout le
Besestin des Ispahis, et qui ont fait la plupart des
autres vols , qui sont très considerables.
Pour nous , nous en avons été quitte pour quel
ques allarmes ; mais je doute que c'eût été à si
bon marché , si la sédition n'avoit pas été assou
pie dans son commencement. Il seroit difficile
de pouvoir dire le nombre des morts , du jour
de la grande expédition . Le G. Vizir perdit quel
ques Agas , et plusieurs des siens furent blessez .
Il courut grand risque lui - même ; car un des
Rebelles qui avoit trouvé le moyen de s'appro
cher de sa Personne , alloit luy tirer un coup
de Pistolet presque à bout portant , lorsque son
favori Mustapha Aga , le prévint et lui abatit le
bras d'un coup de Sabre,ce qui garantit le G. V.
Mais le Rebelle , doublement outré de désespoir
d'avoir manqué son coup , et de voir son bras
droit par terre , tira de sa main gauche un Poi
gnard qu'il avoit à sa ceinture , et s'élançant sur
Mustapha , le lui plongea dans le coeur , et le fit
IVsi
somber
JUI N. 1731.
1373
tomber mort à ses pieds : ce malheureux fut
massacré et mis en pieces sur le moment.
du 7. Avril 1731.
LA
A nuit du 24. au 25. Mars 200. Janissaires
allerent enfoncer la maison du Janissaire
Aga , et voulurent en enlever les Marmites pour
lés porter dans la Place d'Atmeiaan , où les Ja
nissaires s'assemblent ordinairement lorsqu'ils
veulent exciter quelque révolte. Le Janissaire
Aga s'y étant opposé reçut un coup de Fusil au
bras , et sa maison fut entierement pillée , il eut
cependant le bonheur de se sauver par la porte
de son Jardin et de se rendre au Serrail : il rendit.
compte au G. S. de ce qui venoit de lui arriver.
On fit appeller sur le champ le Grand Vizir ,
le Mufti , le Capitan Pacha , et quelques uns des
principaux Effendis , pour déliberer sur le parti
qu'on avoit à prendre. Il fut resolu de rassembler
le plus de Monde qu'on pourroit , et d'aller atta
quer les Rébelles à l'Atmeydan dès qu'il seroit
jour , pour n'en pas laisser grossir le nombre ,.
et d'y faire porter l'Etendart de Mahomet ; la
chose fut éxécutée, on forma deux Corps , dont
l'un étoit commandé par le G. Vizir , suivi du
Janissaire Aga , quoique blessé , et l'autre étoit
sous les ordres du Capitan Pacha ; ils rencontre
rent dans les rues quantité de Gens armés qui
alloient se joindre aux Rebelles , dont la plûpart:
furent tués , ils trouverent dans la Place de l'At
meydan , où ils se rendirent par deux differens.
I. Vol. endroits,
JUIN. 1731. 1365
endroirs , soo. hommes armés , avec quelques.
Etendarts déployés , qui firent d'abord assés de
résistance , mais qui furent contraints de ceder.
La plupart furent massacrés ; on en saisit une
soixantaine que l'on conduisit au Serrail pour dé
couvrir les motifs , et les Chefs de la Rebellion ,
et quelques- uns furent assés heureux pour se sau
ver. Depuis les Caffés , les Bains , et les autres
Lieux publics ont été fermés .
Le G.V. n'a point tenu de Divan hier ni aujour
d'hui ; il n'estoccupé qu'à faire des rondes dans la
Ville,et à en faire faire par le Janissaire Aga, et par
les autres principaux Officiers des differens Corps de
Milice qui arrêtent et font étrangler sur le champ
tous ceux qu'on soupçonne avoir eu part à la ré
volte. On assure que quoyqu'il ne se soit trouvé
que quatre ou cinq cens révoltés dans la Place
d'Atmeydan , il y en avoit plus de 3000 autres.
dispersés dans plusieurs endroits de Constanti
nople , avec des Drapeaux pour assembler du
monde et grossir leur Troupe.
Ils avoient aussi mis le feu en trois diff. rens quar
tiers de la Vilie,dans la vue que le G.V.er les autres
Ministres étant occupés à le faire éteindre , ils trou
veroient moins d'obstacles à l'execution de leur
projet. Il est certain que si l'on eût tardé trois heu
res de plus à dissiper les Rébelles , ils auroient été
les Maîtres de Constantinople , et qu'ils auroient
fait les mêmes changemens , et beaucoup plus de
désordre que lors de la premiere révolte ; il étoit
même à craindre qu'on n'eût pas eu les mêmes.
égards pour nous , par la raison que quoique la
sédition n'ait duré que dépuis la pointe du jour
jusqu'à neufheures du matin , il y a eu beancoup
de Grecs , d'Arméniens et de Juifs qui ont été
insultés et volés , et que depuis l'autre révolution,,
I. Vol.
il
2366 MERCURE DE FRANCE
il s'est rassemblé dans cette Capitale une infini
té d'Asiatiques , tous voleurs et assassins ; et
qu'ils ne s'y sont établis que dans l'Esperance
d'y trouver quelque conjoncture à pouvoir met
tre leurs talens à profit ; s'il en faut croire les
bruits publics , ce sont les Partisans d'Achmet
III. qui avoient tramé cette révolte.
Les particularitez suivantes sont tirées de plu
sieurs Lettres.
Le 24. Mars , quelques Dgebedgis , ou Soldats
d'Artillerie , s'étant trouvez dans un Caffé , s'en
tretenoient en fumant, de l'état présent du Gou
vernement. Plusieurs d'entr'eux se plaignoient de
ce qu'on n'avoit pas encore distribué les 25. Pias
tres qu'on a coûtume de donner à chaque Sol
dat à l'avenement au Trône d'un nouveau Sul
tan ; d'autres témoignoient leur mécontentement
de ce que nonobstant le changement de Minis
tere, on n'avoit pas encore remedié à la disette et à
la cherté des vivres , ce qui avoit été le but de la
précedente Révolte . Après plusieurs discours de
cette nature , ils sortirent sur les 9. heures du
soir du Caffé , fort animez ; et ayant été joints
par un grand nombre de leurs Compagnons , ils
s'amuserent ensemble et allerent vers les dix heu
res piller la maison de l'Aga des Janissaires , où
ils firent un butin considerable , tant en argent
comptant , qu'en bijoux.
; L'Aga eut le bonheur de se sauver le Grand
Visir ayant appris par le Lieutenant de l'Aga ,
la nouvelle de cette révolte , se rendit d'abord au
Serrail, et envoya ordre auCapitan PachaDgianum
Codgia , de se rendre en toute diligence auprès
de lui , et d'amener autant de monde qu'il pour
roit ; ce que celui cy executa : pendant ce tems
Lâ les soulevez , dont le nombre s'étoit accrû jus
Is Vola
qu'à
JUIN. 1731 1367
qu'à 3000. hommes , se rendirent dans la Place ,
nommée Atmeïdan , où ils arborerent le Pavillon
et y passerent la nuit . Le lendemain de grand
matin le G. V. et l'Aga des Janissaires sortirent
du Serrail, à la tête des Ichoglans , et autres Do
mestiques du Serrail , suivis du Capitan Pacha ,
à la tête de ses Gens de Mer , précedez par le
Sangiac-Scherif, portant l'Etendart de Mahomet,
et ils allerent attaquer les Rebelles , qui , quoique
surpris , firent d'abord feu sur eux sans respecter
l'Etendart du Prophete , et obligerent d'abord les
Ichoglans à reculer , mais ceux- cy ranimezpar
ceux qui les suivoient , attaquerent de nouveau
les Rebelles avec tant d'ardeur , qu'après une le
gere résistance , ils furent mis en fuite ; plusieurs
furent tuez sur la place et les autres dispersez , en
sorte qu'à dix heures du matin tout étoit aussi
tranquille qu'avant la Révolte ..
Le Grand Seigneur avoit d'abord voulu mar
cher en personne contre les Rebelles , mais il en
fut détourné par Dgianum Codgia. S. H. a fair
present à ce dernier et au G. V. d'une Fourure de
Martre Zibeline très- riche , en consideration du
service qu'ils venoient de lui rendre , d'autant
plus important , que les Rebelles avoient déja
proclamé le vieux Sultan .
L'Aga des Janissaires , voyant qu'il n'étoit pas
aimé de ce Corps , a demandé la permission au
G.S. de se retirer , qui la lui a accordée . Dgianum
Codgia a aussi jugé à propos par le même motif
de se retirer sur les Vaisseaux de guerre.
Sur le bruit qui s'étoit répandu que la veuve
du dernier G. V. fille du Sultan déposé , avoir
fomenté cette Révolte , elle fut d'abord enfermée
dans le Serrail , mais son innocence
été re
ayant
connuë , elle a été remise en liberté ; mais on as--,
1
1. Vol
Surc
1358 MERCURE DE FRANCE
sure qu'elle a été arrêtée une seconde fois , sur
ce qu'on a découvert qu'elle avoit promis 20000.
Bourses de cent Reaux chacune aux Janissaires
mécontens qui remettroient le Sultan son pere
sur le Trône.
Le G. S. a , dit-on , obligé depuis le Mufti à
prononcer une Sentence de mort contre son Pré
decesseur , qui a été arrêté dans un Village â
quelques lieues de Constantinople , où il se tenoit
Caché.
Le Capitan Pacha Dgianum- Codgia , n'étant
pas en sureté depuis qu'il a opiné dans le Divan
en faveur de la Paix avec les Princes Chrétiens
a obtenu de S. H. une Garde de Janissaires qui
doivent l'accompagner , même dans le voyage
qu'il fera dans les principales Iles de l'Archipel.
Le G. V. a été d'avis contraire ; et ayant propo
sé de faire la Paix avec les Persans , et d'occuper
les Janissaires et les autres Milices à une guerre
avec les Princes Chrétiens , il demande à S. H. de
l'exiler en Egypte , si son avis ne lui étoit pas
agréable. Depuis ce Divan on a dépêché trois
Couriers en Perse , pour porter , à ce qu'on croit,
des pleins pouvoirs aux Generaux Turcs , afin de
terminer un accommodement avec le Roi de
Perse.
Une autre Lettre de Constantinople porte que
la même nuit du 2 5. Mars , une troupe de Revol
tez qu'on fait monter environ à 4000. hommes ,
après avoir couru tumultuairement les ruës , en
foncerent les portes de la maison du Janissaire
Aga , et la pillerent ; après quoi ils allerent dans
les chambres des Janissaires , enleverent leurs
Marmites , ustanciles et leurs Etendarts , qu'ils
porterent à l'Atmeïdan , principale Place de Cons
tantinople.
1. Vol. Ce
JUIN. 1731 .
1369
Ce desordre saisit de crainte tous les habitans,
et la terreur atigmentoit par les cris des Révoltez
qui couroient dans tous les Quartiers , disant qu'on
eut à se rendre à l'Atmeïdan , où ils devoient ,
disoient - ils , prendre des mesures pour réformer
de nouveau le Gouvernement , et détrôner le Sul
tan Mahmoud, qui étoit déchû de la Souveraine
té du moment qu'il avoit fait massacrer et jetter
à la voirie l'Aga Patrona -Kalil et ses Camarades ;
qu'un pareil exemple étoit inoui et entierement
contraire au Kanoun ou Ordonnance de Sultan
Soliman II. Beaucoup de monde se joignit à ces
sédicieux , ce qui grossit considerablement la
troupe qui se formoit à l'Atmeidan , où lon com
mençoit à dresser des Tentes.
Cependant le G. V. le Mufti , Dgianum Cod
gia , Capitan - Pacha , et tous les Grands Officiers
de l'Empire , de même que les Gens de Loi- , se
rendirent au Serrail , auprès du G. S. où il fut
résolu qu'on exposeroit l'Etendart du Prophete ,
et que tout le Peuple seroit invité de courir à sa
defense . Le Mufti donna aussi -tôt une Sentence
par laquelle les Rebelles étoient déclarez infideles
et traîtres , et que tout bon Musulman ou vrai
Croyant devoit sacrifier sa vie pour la conserva
tion du Sultan Mahmoud , leur legitime Souve
rain. On promit aussi à chacun de ceux qui
apporteroient quelque tête des Rebelles , des ré
compenses proportionnées au service qu'il auroit
rendu dans cette occasion . En même -tems le
Defterdar our Grand - Trésorier , fit porter du
Trésor Imperial , quantité de sacs d'or et d'ar
gent à la Porte du Serrail et se mit en devoir de
disrribuer cent Piastres à chacun de ceux qui ap
porteroient quelque tête .
Cette disposition ainsi faite , le G. S. remit la
1. Vol.
fameuse
1370 MERCURE, DE FRANCE
fameuse Banniere entre les mains du G. V. et ce
Fui- ci la remit à un Kapigi- Bachi . Ensuite ce pre
mier Ministre s'étant mis à la tête de la Maison
de S. H. et de la sienne , et le Capitan- Pacha , à
la tête de 400. Leventis , on fit ouvrir les Portes
du Serrail , et en marcha en bon ordre à la Place
d'Atmeïdan.
•
Le Peuple n'eut pas plutôt appris qu'on devoit
faire sortir l'Etendart de Mahometh , qu'on s'em
pressa , à l'envi, pour le venir deffendre, et l'affluence
fut si grande en très - peu de tems , qu'on ne pou
voit qu'à peine se remuer dans les rues . Les To
pigis , Dgebedgis et même les Janissaires , qui
un moment auparavant étoient eux- mêmes du
nombre des Rebelles , vinrent aussi se rendre sous
PEtendart du Prophete.
Le G. V. marchant fierement , s'avança avec
tout son Cortege jusques à l'Atmeïdan ; près d'y
arriver il fit une petite alte et continua sa marche
par la même rue qui aboutit à une des Portes de
cette Place,mais Dgianum Codgia avec ses Léven
tis , se détacha et prit par une autre ruë qui abou
tit à une autre Porte de la même Place.
Non-seulement les Rebelles firent bonne con
tenance , mais ils attaquerent courageusement
les Troupes du Visir et du Capitan - Pacha , et ils
firent tous leurs efforts pour se saisir de l'Eten
dart ; mais obligez de plier , ils furent mis en dé
route en même tems le G. V. étant entré
dans la Place par un côté et le Capitan - Pacha
un autre , ils firent main basse sur tous ceux qui
s'y trouverent ; qui n'étoient pas , à la verité ,
si grand nombre , parce que la plupart des Ré
voltez eurent le tems de se sauver dans les Cazer
nes des Janissaires , qui sont joignant cette Place.
Les autres ayant pris la fuite par diverses ruës
par
en
;
I. Vol. · le
JUI N. 1731. 1371
le G. V. les fit poursuivre sans perte de tems , & c,
Peu de tems après on vit un spectacle bien ter
rible dans la Place qui est devant la porte du Ser
rail , où le Tefterdar s'étoit placé , prêt à don
ner cent écus pour chaque tête de Ribelle qu'on
lui apporteroit ; en moins de deux heures de tems
on lui en apporta de tous côtez une quantité si
prodigieuse , que cela fit croire avec raison , que
quantité d'innocens étoient péris dans cette mal
heureuse journée ; car les Bostangis et les Leven
tis , plus empressez à gagner cent Piastres , qu'on
donnoit pour chaque tête , qu'à punir les Re
belles , assommoient les premiers venus et ceux
qui étoient les plus sans deffense . On assure qu'un
Eunuque , favori du Sultan , apporta lui seul neuf
têtes , et qu'il fut largement récompensé.
On prétend que cette derniere Révolte a été
suscitée par les Créatures du Sultan Achmet , et
ce bruit se fortifie d'autant plus , qu'on a appris
que les Sultanes , filles de ce Prince , mariées
a Ibrahim Pacha , dernier G V. et à son fils , qui
étoient libres dans leurs Palais depuis le malheur
arrivé à leurs Maris , viennent d'être étroitement
enfermées dans le Serrail .
Pour les principaux Chefs de cette Rebellion ,
ce sont des gens de la lie du peuple , dons les noms
auroient pû devenir aussi fameux que ceux de Pa
trona et de Mousloub , si leur audacieuse témeri
té avoit éte suivie d'un plus heureux succès. Par
mi ceux qui ont le plus contribué à l'arrêter et à
faire punir les coupables , on parle du fameux
Dgianum Codgia qui a agi de la tête et de la main
avec toute la prudence et la valeur imaginable ,
ainsi qu'il avoit fait dans la premiere Révolte.
Depuis le Dimanche 25. Mars , chaque jour
est marqué par quelque exécution publique , ou
Le Vol.
H particu
1372 MERCURE DE FRANCE
particuliere. La quantité de gens qu'on fait périr
est incroyable. Il suffit de n'avoir pas une phi
fionomie heureuse , pour être proscrit et perdre
la vie ; séverité , sans doute , bien nécessaire dans
une conjoncture aussi délicate ; mais aussi il y a
de l'excès.
On a chassé et banni de Constantinople tous
les Arnaouds et Albanois , qui étoient devenus
trés - insolens , dépuis que leur Compatriotte Pa
zrona , les favorisant en toutes choses pendant
la premiere révolte , les avoit mis sur un pied
d'aisance pour lequel ils n'étoient pas nés..
On assure qu'on va aussi chasser les Las ,
Peuples originaires des Côtes de la Mer Noire
prés de Trébisonde , établis à Constantinople.
On prétend que ce sont eux qui ont pillé tout le
Besestin des Ispahis, et qui ont fait la plupart des
autres vols , qui sont très considerables.
Pour nous , nous en avons été quitte pour quel
ques allarmes ; mais je doute que c'eût été à si
bon marché , si la sédition n'avoit pas été assou
pie dans son commencement. Il seroit difficile
de pouvoir dire le nombre des morts , du jour
de la grande expédition . Le G. Vizir perdit quel
ques Agas , et plusieurs des siens furent blessez .
Il courut grand risque lui - même ; car un des
Rebelles qui avoit trouvé le moyen de s'appro
cher de sa Personne , alloit luy tirer un coup
de Pistolet presque à bout portant , lorsque son
favori Mustapha Aga , le prévint et lui abatit le
bras d'un coup de Sabre,ce qui garantit le G. V.
Mais le Rebelle , doublement outré de désespoir
d'avoir manqué son coup , et de voir son bras
droit par terre , tira de sa main gauche un Poi
gnard qu'il avoit à sa ceinture , et s'élançant sur
Mustapha , le lui plongea dans le coeur , et le fit
IVsi
somber
JUI N. 1731.
1373
tomber mort à ses pieds : ce malheureux fut
massacré et mis en pieces sur le moment.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople du 7. Avril 1731.
Le 24 mars 1731, des Janissaires ont attaqué la maison du Janissaire Aga pour s'emparer de marmites, déclenchant une révolte à Constantinople. Le Janissaire Aga, blessé, s'est réfugié au Serrail. Les autorités, incluant le Grand Vizir, le Mufti et le Capitan Pacha, ont été convoquées pour délibérer et ont décidé de rassembler des forces pour attaquer les rebelles à l'aube. Deux corps d'armée ont été formés, l'un dirigé par le Grand Vizir et l'autre par le Capitan Pacha. Ils ont dispersé les rebelles, massacrant la plupart et capturant une soixantaine d'entre eux pour les interroger. Les lieux publics ont été fermés et des rondes organisées pour arrêter et exécuter les suspects. La révolte a été déclenchée par des soldats d'artillerie mécontents de la non-distribution de primes et de la cherté des vivres. Environ 3000 rebelles ont mis le feu à plusieurs quartiers pour distraire les autorités. La répression rapide a empêché les rebelles de prendre le contrôle de Constantinople. Des rumeurs accusaient les partisans d'Achmet III et la veuve du dernier Grand Vizir d'avoir fomenté la révolte. Le Grand Vizir a proposé une guerre contre les Princes Chrétiens, mais le Sultan a préféré négocier avec les Persans. Le Capitan Pacha a obtenu une garde pour sa protection après avoir soutenu la paix avec les Chrétiens. Depuis le 25 mars, des exécutions publiques et particulières se succèdent, touchant un grand nombre de personnes, souvent pour des raisons de physique ingrat. La sévérité des mesures est jugée nécessaire mais excessive. Les Arnaouds et Albanois, favorisés lors de la première révolte, ont été chassés et bannis en raison de leur insolence. Les Las, originaires des côtes de la Mer Noire, sont également visés pour des pillages et vols. Le narrateur mentionne avoir été peu affecté par la sédition, mais reconnaît que la situation aurait pu être plus grave si la révolte n'avait pas été rapidement maîtrisée. Lors de la grande expédition, le Grand Vizir a perdu plusieurs de ses hommes et a lui-même échappé de peu à un attentat. Un rebelle, après avoir échoué à tirer sur le Vizir, a tué Mustapha Aga, le favori du Vizir, avant d'être massacré. Le nombre exact des morts lors de cette journée reste incertain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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737
p. 1598-1599
TURQUIE ET PERSE.
Début :
On a appris à Malthe par le Capitaine d'un Vaisseau François, qui y avoit touché [...]
Mots clefs :
Vaisseaux de guerre, Capitaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
TURQUIE ET PERSE .
à Malthe le Capitaine d'ur
Vaisseau François , qui y avoit touché
venant du Levant , et qui avoit rencontré douze
Vaisseaux de Guerre Turcs , partis de Constan
tinople vers le zo. d'Avril , que six de ces Vais
seaux alloient à Chio , trois à Rhodes , et les
autres à Napoli de Romanie , pour y rester et
y attendre les Ordres du Grand Seigneur. Ce
Capitaine ajoûte que S. H. avoit chargé Dgia
num Codgia , Capitan Pacha , de faire venir à
Constantinople toutes les Galeres des Provin
ces Maritimes de l'Empire Otthoman , pour les
joindre à la Flotte qu'on y équipe actuellement
avec un grand nombre de Bâtimens de trans
port.
Des Lettres de Constantinople portent , que
les Persans ont été battus par les Turcs devant
Tauris. Le bruit court que cet echec a porté
Schah Thomas à faire au Seraskier de l'Armée
Ottomane, des propositions d'accomodement ; ce
qui pourra operer la Paix entre les deux Empires ,
les Turcs et les Persans la désirant également ; er
on apprend par des Lettres reçues en Allemagne au
commencement de ce mois , que le Grand Sei
gneur avoit envoyé ordre au Pacha de Babylone
qui commande ses Troupes en Perse , de con
clure la Paix avec le Roy de Perse , et de lui
II. Vol. remettre
JUIN. 1731. 1599
.د
remettre même les Places conquises pendant la
derniere Révolution , s'il ne pouvoit convenir
d'un Traité plus avantageux.
On a appris par les dernieres Lettres de Mos
cou que le bruit commun étoit que les Trou
pes du Grand Seigneur avoient attaqué l'armée
du Roy de Perse deux jours aprés l'expiration
du terme de la suspension d'Armes ; que le
Combat s'étoit donné prés d'une Riviere ou
les Persans avoient été entiérement défaits •
que la plupart de leurs Generaux ayant voulu
passer cette Riviere dans leur retraite , s'y étoient
noyez , et qu'on croyoit que le Roy de Perse
avoit eu un pareil sort.
Quelques Lettres du Levant portent , que
l'Armée de S. H qui étoit en Egypte , et qui
devoit se rendre à A.exandrie , commençoit à
s'embarquer pour Constantinople , et qu'on
croyoit qu'elle seroit employée contre les Chré
tiens.
à Malthe le Capitaine d'ur
Vaisseau François , qui y avoit touché
venant du Levant , et qui avoit rencontré douze
Vaisseaux de Guerre Turcs , partis de Constan
tinople vers le zo. d'Avril , que six de ces Vais
seaux alloient à Chio , trois à Rhodes , et les
autres à Napoli de Romanie , pour y rester et
y attendre les Ordres du Grand Seigneur. Ce
Capitaine ajoûte que S. H. avoit chargé Dgia
num Codgia , Capitan Pacha , de faire venir à
Constantinople toutes les Galeres des Provin
ces Maritimes de l'Empire Otthoman , pour les
joindre à la Flotte qu'on y équipe actuellement
avec un grand nombre de Bâtimens de trans
port.
Des Lettres de Constantinople portent , que
les Persans ont été battus par les Turcs devant
Tauris. Le bruit court que cet echec a porté
Schah Thomas à faire au Seraskier de l'Armée
Ottomane, des propositions d'accomodement ; ce
qui pourra operer la Paix entre les deux Empires ,
les Turcs et les Persans la désirant également ; er
on apprend par des Lettres reçues en Allemagne au
commencement de ce mois , que le Grand Sei
gneur avoit envoyé ordre au Pacha de Babylone
qui commande ses Troupes en Perse , de con
clure la Paix avec le Roy de Perse , et de lui
II. Vol. remettre
JUIN. 1731. 1599
.د
remettre même les Places conquises pendant la
derniere Révolution , s'il ne pouvoit convenir
d'un Traité plus avantageux.
On a appris par les dernieres Lettres de Mos
cou que le bruit commun étoit que les Trou
pes du Grand Seigneur avoient attaqué l'armée
du Roy de Perse deux jours aprés l'expiration
du terme de la suspension d'Armes ; que le
Combat s'étoit donné prés d'une Riviere ou
les Persans avoient été entiérement défaits •
que la plupart de leurs Generaux ayant voulu
passer cette Riviere dans leur retraite , s'y étoient
noyez , et qu'on croyoit que le Roy de Perse
avoit eu un pareil sort.
Quelques Lettres du Levant portent , que
l'Armée de S. H qui étoit en Egypte , et qui
devoit se rendre à A.exandrie , commençoit à
s'embarquer pour Constantinople , et qu'on
croyoit qu'elle seroit employée contre les Chré
tiens.
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Résumé : TURQUIE ET PERSE.
En 1731, des événements militaires et diplomatiques impliquent la Turquie et la Perse. Un capitaine français a croisé douze vaisseaux turcs en route vers Chio, Rhodes et Napoli de Romanie, sur ordre du Grand Seigneur. Les galères des provinces maritimes ottomanes ont été mobilisées pour renforcer la flotte à Constantinople. Des lettres de Constantinople rapportent que les Turcs ont vaincu les Persans devant Tauris, poussant le Shah Thomas à proposer un accommodement au Seraskier ottoman. Les deux empires aspirent à la paix, et des ordres ont été envoyés au Pacha de Babylone pour conclure un traité avec le roi de Perse, incluant la restitution des territoires conquis. Cependant, des lettres de Moscou indiquent que les troupes ottomanes ont attaqué l'armée perse après une suspension d'armes, entraînant une défaite perse. Par ailleurs, des lettres du Levant mentionnent que l'armée ottomane en Égypte, initialement destinée à Alexandrie, se dirige vers Constantinople et pourrait être utilisée contre les chrétiens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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738
p. 1606-1612
ITALIE.
Début :
MR Lazare Palavincini, Genois, qui étoit Nonce à Florence, a été fait Maître de [...]
Mots clefs :
Corse, Grecs, Rebelles, Provisions de guerre, Artillerie, Naples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
R Lazare Palavicini , Genois , qui étoie
à Florence , a été fait de
Chambre du Pape , à la place de M. Sinibal de
Doria , qui a été nommé à l'Archevêché de Be
nevent.
Dans le Consistoire secret du 21. May , ·le
"
Jp Vola
Pape¿
JUIN. 1731.
1607
Tape proposa l'Evêché d'Ancone pour le Cardinal
Barthelemi Massei , ci -devant Nonce en France ,
&c. Le Cardinal Otthoboni , proposa l'Abbaye
de Saint Jacques de Provins , Diocèse de Sens ,
pour l'Evêque de Nîmes ; celle de N. D. de Bol
bone , Diocése de Mirepoix , pour l'Abbé de
Choiseuil- Beaupré. Il préconisa l'Abbé de Vi
gnaux , pour celle de Notre- Dame de Dalon ,
Diocèse de Limoges , et l'Abbé Caudrone de
Quentin , pour celle de Poultiers , Diocèse de
Langres , &c.
Dans le même Consistoire on dressa une pro
testation solemnelle par rapport au Duché de
Parme , pour s'en servir au cas que la Duchesse ,
seconde Douairiere de ce nom , vint à mettre au
monde une Princesse , et qu'on voulut entre
prendre quelque chose au préjudice du S. Siege
dont , a ce qu'on prétend , ce Duché releve .
Le Cardinal Grimaldi , que le Pape avoit nom
mé à l'Archevêché de Luques , a refusé d'accep
ter cet Archevêché.
Le Cardinal Secretaire d'Etat , ayant appris par
les Lettres M. de Paulucci , Nonce en Pologne
que le Roi et la Republique persistoient à vouloir
disposer des Benefices consistoriaux de ce Royau
me, le Pape a nommé une Congregation parti
culiere , pour chercher les moyens de s'opposer
efficacement à cette resolution , qu'on regarde à
Rome comme un attentat contre l'autorité du
S. Siege.
Le premier Juin , on publia une Ordonnance
du Cardinal Marefoschi , Vicaire de Rome , par
laquelle il est deffendu aux jeunes filles qui reçoi
vent des Dots des principales Archiconfrairies de
la Ville de Rome, de porter des dorures sur leurs
habits , ni aucunes étoffes de Soye.
II. Vel NE I ij
108 MERCURE DE FRANCE
On écrit de Turin que le Roi de Sardaigne a
fait arrêter les Receveurs des Fiefs , dépendans
du Saint Siege , qui sont situez dans le Piémont.
Le Cardinal Secretaire d'Etat a fait à ce sujet un
Manifeste. On a appris depuis , que le Roy de
Sardaigne avoit pris possession de la Principauté
de Masserano ; qu'on y avoit mis une forte gar
nison , et que S. M. avoit défendu à tous les Ha
bitans de cette Principauté , de reconnoître en au
cune maniere la Jurisdiction du S. Siege , et d'o
béir aux Ordres du Pape.
Le Chevalier de Saint George est de retour
à Rome de son Voyage de Naples , où il a vû unè
partie des curiositez de ce Royaume , entr'autres,
dans l'Eglise des Religieuses Hermites , le Sang
que l'on conserve de S. Jean - Baptiste , dont il vit
la liquefaction pendant la Messe.
On écrit de Naples qu'à la fin du mois dernier,
on avoit encore ressenti à Foggia et dans d'autres
endroits de la Pouille , une violente secousse de
Tremblement deTerre qui a abbatu plusieurs Mai
sons qui avoient résisté au dernier Tremblement
de Terre.
Les opinions condamnées de Molinos,faisant de
puis deux ans beaucoup de progrès dans le Royau
me de Naples , on a tenu à ce sujet plusieurs Con
grégations du S. Office à Rome , dans lesquelles
il a été résolu d'écrire à l'Empereur , et de le prier
de concourir avec le Saint Siege à la destruction
de cette Secte , qui est soutenue par plusieurs
Grands du Royaume.
Le Cardinal Coscia a fait présenter une Requête
au Conseil collateral pour demander qu'on lui
rendit justice au sujet de l'injure que lui ont faite
les Habitans de son Abbaye de Fragnitello , qui
le jour de la Fête du lieu ont arraché et brisé
II. Vol.
ses
JUIN. 1609 1731.
ses Armes qu'il avoit fait mettre au- dessus de la
Porte de son Palais Abbatial. Le même Cardinal
qui a été très mal d'une goûte remontée , est
présentement hors de danger , mais il garde en
core la Chambre dans le Palais du General de
l'Artillerie , chez lequel il a pris son logement . Le
Procureur de ce Cardinal a fait executer, en vertu
d'un ordre du Regent Ventura, tous ces Fermiers
de ses Abbayes et de ses autres Benefices , parce
que la Cour de Rome ne s'est pás addressée au
Conseil collateral , avant que de faire saisir les
revenus de ces Benefices .La Biblioteque de ce Car
dinal a été transportée du Château S. Ange à
son Palais à Rome , pour y être vendue , comme
ses meubles , au profit de la Chambre Apos
tolique.
Le s. de ce mois on finit à Rome la vente
publique des Meubles , des Tableaux et des Livres
du CardinalCoscia, contre lequel on a envoyé dans
tout l'Etat Ecclesiastique des Lettres exécutoires
des Cardinaux, Commissaires de la Congrégation
de non nullis , qui déclarent que ce Cardinal
• étant sorti de Rome , malgré les défenses expres
ses du Pape , a encouru les Censures Ecclesiasti
ques , contenues dans la Constitution d'Innocent
X. du 19. Fevrier 1646. Par ces Lettres il est or
donné à tous les Commissaires députez du Saint
Siege , de faire défenses à tous les Chapitres , Cu
rez et autres Superieurs des Eglises , de l'y rece
voir à peine de suspension à divinis : Sa Sainteté
revoquant à ce sujet tous Privileges , Concessions
et immunitez qui pourroient avoir été accordées
cy- devant , soit par des Bulles Pontificales , ou
par des Conciles Generaux.
On mande de Venise que la Republique a dé
pêché un Courier à son Ambassadeur à Vienne ;
·
II. Vol. I iij
avec
16 to MERCURE DE FRANCE
avec de nouvelles Instructions , pour prier l'Em
pereur de faire une diversion en Transylvanie , en
cas que les Turcs attaquent les places de la Répu
blique dans le Levant .
Le 3. Juin , le Doge , accompagné de la Sei
gneurie , du Nonce du Pape et des Ambassadeurs,
assista dans l'Eglise Ducale de S.Marc,auTeDeum
qui y fut chanté à l'occasion de la Fête de Saint
Pierre Orscolo, qui fut élû par le Peuple , pre
mier Doge de la Republique , en 697. et qui
après avoir gouverné l'Etat pendant deux ans
avec la plus exacte integrité , se retira secrete
ment en Gascogne avec Jean Gradeningo et Jean
Morosini , ses Gendres , et y fit profession dans
un Convent de Camaldules.
On a appris de l'Ifle de Corse que 127 Grecs
bien armés et bien munis de provisions de Guerre
et de bouche, avoient envoyé leurs Familles et leurs
meubles dans une place de sureté , et qu'ils s'é
toient retirés eux mêmes dans la Tour d'Uncivia,
où ils avoient été attaquez quelques jours après .
par 2500. Rebelles de cette Isle , dont ils avoient
soûtenu les assauts pendant cinq jours avec beau
coup de valcur ; que les Assiegeans , voyant .
qu'ils auroient peine à s'emparer de cette Forte
resse avoient fait faire diverses propositions
d'accommodement ; mais que le Chef de cette
petite garnison avoit repondu , qu'ayant entrepris
de combattre pour ses légitimes Souverains , il
ne quittetoit les armes que lorsque la Republique
de Ĝénes lui en auroit envoyé l'Ordre que cet
te réponse ayant irriré les Rebelles , ils s'étoient
portés aux dernieres extrémitez , pour obliger la
Garnison à capituler , qu'ils lui avoient coupé:
les eaux de toutes parts , et lui avoient donné:
un assaut général , dans lequel ils avoient été re
r
?
11. Vol.
poussés
JUIN.
\
1731.
161T
poussés avec perte ; que deux jours aprés , la
garnison avoit fait une sortie , dans laquelle elle
avoit tué un grand nombre des Assiégeans , eg
entr'autres un de leurs Chefs , auquel ils avoient
donné le titre de Maréchal de Camp ; que le de
sordre avoit été si grand parmi ces Mutins , que
la plupart avoient pris la fuite , abandonnant les
armes , leurs munitions de Guerre et leurs Che
vaux , que la Garnison avoit fait plusieurs pri
sonniers ; et que bien loin de les maltraiter ,
me font les Rebelles de l'Isle en pareil cas, le Com
mandant de la Garnison les avoit reçûs avec beau
de douceur et les avoit fait
coup
de leurs
panser
blessures , en les exhortant d'écrire à leurs Ca
marades pour les engager à rentrer dans leur de
com .
>
voir.
❤
D'autres Lettres arrivées depuis , portent que
les Rebelles avoient consenti à une Suspension
d'Armes,et que le premier de ce mois on avoit fait
partir de Génes trois Pinques , avec des armes et
des munitions de Guerre , pour les Villes dont
les Rebelles de cette Isle ne s'étoient pas encore
emparez.
1
On a appris de Génes par les Lettres de Barce
lone qui sont arrivées au commencement de ce
mois , que le Pinque du Patron Bozzo , qui por
toit Pavillon Anglois , avoit été attaqué près des
Côtes de la Catalogne par un Corsaire , qui voyant
lui
que le Patron refusait de venir à son bord ,
avoit tiré un coup de canon ; que ce coup ayant
donné dans le Magazin de la poudre , le Navire
avoit sauté avec cinq personnes en l'air, sçavoir, le
Consul François qui alloit à Malaga,son Laquais,
le Sur- Intendant Anglois du Commerce de Mala
ga ,un autre Passager et un Matelot; que le reste de
Equipage qui se sauvoit à la nage , avoit été
I iiij 11. Vol
fait
1612 MERCURE DE FRANCE
P
fait Esclave par le Corsaire , qui avoit été averti
par un Valet
R Lazare Palavicini , Genois , qui étoie
à Florence , a été fait de
Chambre du Pape , à la place de M. Sinibal de
Doria , qui a été nommé à l'Archevêché de Be
nevent.
Dans le Consistoire secret du 21. May , ·le
"
Jp Vola
Pape¿
JUIN. 1731.
1607
Tape proposa l'Evêché d'Ancone pour le Cardinal
Barthelemi Massei , ci -devant Nonce en France ,
&c. Le Cardinal Otthoboni , proposa l'Abbaye
de Saint Jacques de Provins , Diocèse de Sens ,
pour l'Evêque de Nîmes ; celle de N. D. de Bol
bone , Diocése de Mirepoix , pour l'Abbé de
Choiseuil- Beaupré. Il préconisa l'Abbé de Vi
gnaux , pour celle de Notre- Dame de Dalon ,
Diocèse de Limoges , et l'Abbé Caudrone de
Quentin , pour celle de Poultiers , Diocèse de
Langres , &c.
Dans le même Consistoire on dressa une pro
testation solemnelle par rapport au Duché de
Parme , pour s'en servir au cas que la Duchesse ,
seconde Douairiere de ce nom , vint à mettre au
monde une Princesse , et qu'on voulut entre
prendre quelque chose au préjudice du S. Siege
dont , a ce qu'on prétend , ce Duché releve .
Le Cardinal Grimaldi , que le Pape avoit nom
mé à l'Archevêché de Luques , a refusé d'accep
ter cet Archevêché.
Le Cardinal Secretaire d'Etat , ayant appris par
les Lettres M. de Paulucci , Nonce en Pologne
que le Roi et la Republique persistoient à vouloir
disposer des Benefices consistoriaux de ce Royau
me, le Pape a nommé une Congregation parti
culiere , pour chercher les moyens de s'opposer
efficacement à cette resolution , qu'on regarde à
Rome comme un attentat contre l'autorité du
S. Siege.
Le premier Juin , on publia une Ordonnance
du Cardinal Marefoschi , Vicaire de Rome , par
laquelle il est deffendu aux jeunes filles qui reçoi
vent des Dots des principales Archiconfrairies de
la Ville de Rome, de porter des dorures sur leurs
habits , ni aucunes étoffes de Soye.
II. Vel NE I ij
108 MERCURE DE FRANCE
On écrit de Turin que le Roi de Sardaigne a
fait arrêter les Receveurs des Fiefs , dépendans
du Saint Siege , qui sont situez dans le Piémont.
Le Cardinal Secretaire d'Etat a fait à ce sujet un
Manifeste. On a appris depuis , que le Roy de
Sardaigne avoit pris possession de la Principauté
de Masserano ; qu'on y avoit mis une forte gar
nison , et que S. M. avoit défendu à tous les Ha
bitans de cette Principauté , de reconnoître en au
cune maniere la Jurisdiction du S. Siege , et d'o
béir aux Ordres du Pape.
Le Chevalier de Saint George est de retour
à Rome de son Voyage de Naples , où il a vû unè
partie des curiositez de ce Royaume , entr'autres,
dans l'Eglise des Religieuses Hermites , le Sang
que l'on conserve de S. Jean - Baptiste , dont il vit
la liquefaction pendant la Messe.
On écrit de Naples qu'à la fin du mois dernier,
on avoit encore ressenti à Foggia et dans d'autres
endroits de la Pouille , une violente secousse de
Tremblement deTerre qui a abbatu plusieurs Mai
sons qui avoient résisté au dernier Tremblement
de Terre.
Les opinions condamnées de Molinos,faisant de
puis deux ans beaucoup de progrès dans le Royau
me de Naples , on a tenu à ce sujet plusieurs Con
grégations du S. Office à Rome , dans lesquelles
il a été résolu d'écrire à l'Empereur , et de le prier
de concourir avec le Saint Siege à la destruction
de cette Secte , qui est soutenue par plusieurs
Grands du Royaume.
Le Cardinal Coscia a fait présenter une Requête
au Conseil collateral pour demander qu'on lui
rendit justice au sujet de l'injure que lui ont faite
les Habitans de son Abbaye de Fragnitello , qui
le jour de la Fête du lieu ont arraché et brisé
II. Vol.
ses
JUIN. 1609 1731.
ses Armes qu'il avoit fait mettre au- dessus de la
Porte de son Palais Abbatial. Le même Cardinal
qui a été très mal d'une goûte remontée , est
présentement hors de danger , mais il garde en
core la Chambre dans le Palais du General de
l'Artillerie , chez lequel il a pris son logement . Le
Procureur de ce Cardinal a fait executer, en vertu
d'un ordre du Regent Ventura, tous ces Fermiers
de ses Abbayes et de ses autres Benefices , parce
que la Cour de Rome ne s'est pás addressée au
Conseil collateral , avant que de faire saisir les
revenus de ces Benefices .La Biblioteque de ce Car
dinal a été transportée du Château S. Ange à
son Palais à Rome , pour y être vendue , comme
ses meubles , au profit de la Chambre Apos
tolique.
Le s. de ce mois on finit à Rome la vente
publique des Meubles , des Tableaux et des Livres
du CardinalCoscia, contre lequel on a envoyé dans
tout l'Etat Ecclesiastique des Lettres exécutoires
des Cardinaux, Commissaires de la Congrégation
de non nullis , qui déclarent que ce Cardinal
• étant sorti de Rome , malgré les défenses expres
ses du Pape , a encouru les Censures Ecclesiasti
ques , contenues dans la Constitution d'Innocent
X. du 19. Fevrier 1646. Par ces Lettres il est or
donné à tous les Commissaires députez du Saint
Siege , de faire défenses à tous les Chapitres , Cu
rez et autres Superieurs des Eglises , de l'y rece
voir à peine de suspension à divinis : Sa Sainteté
revoquant à ce sujet tous Privileges , Concessions
et immunitez qui pourroient avoir été accordées
cy- devant , soit par des Bulles Pontificales , ou
par des Conciles Generaux.
On mande de Venise que la Republique a dé
pêché un Courier à son Ambassadeur à Vienne ;
·
II. Vol. I iij
avec
16 to MERCURE DE FRANCE
avec de nouvelles Instructions , pour prier l'Em
pereur de faire une diversion en Transylvanie , en
cas que les Turcs attaquent les places de la Répu
blique dans le Levant .
Le 3. Juin , le Doge , accompagné de la Sei
gneurie , du Nonce du Pape et des Ambassadeurs,
assista dans l'Eglise Ducale de S.Marc,auTeDeum
qui y fut chanté à l'occasion de la Fête de Saint
Pierre Orscolo, qui fut élû par le Peuple , pre
mier Doge de la Republique , en 697. et qui
après avoir gouverné l'Etat pendant deux ans
avec la plus exacte integrité , se retira secrete
ment en Gascogne avec Jean Gradeningo et Jean
Morosini , ses Gendres , et y fit profession dans
un Convent de Camaldules.
On a appris de l'Ifle de Corse que 127 Grecs
bien armés et bien munis de provisions de Guerre
et de bouche, avoient envoyé leurs Familles et leurs
meubles dans une place de sureté , et qu'ils s'é
toient retirés eux mêmes dans la Tour d'Uncivia,
où ils avoient été attaquez quelques jours après .
par 2500. Rebelles de cette Isle , dont ils avoient
soûtenu les assauts pendant cinq jours avec beau
coup de valcur ; que les Assiegeans , voyant .
qu'ils auroient peine à s'emparer de cette Forte
resse avoient fait faire diverses propositions
d'accommodement ; mais que le Chef de cette
petite garnison avoit repondu , qu'ayant entrepris
de combattre pour ses légitimes Souverains , il
ne quittetoit les armes que lorsque la Republique
de Ĝénes lui en auroit envoyé l'Ordre que cet
te réponse ayant irriré les Rebelles , ils s'étoient
portés aux dernieres extrémitez , pour obliger la
Garnison à capituler , qu'ils lui avoient coupé:
les eaux de toutes parts , et lui avoient donné:
un assaut général , dans lequel ils avoient été re
r
?
11. Vol.
poussés
JUIN.
\
1731.
161T
poussés avec perte ; que deux jours aprés , la
garnison avoit fait une sortie , dans laquelle elle
avoit tué un grand nombre des Assiégeans , eg
entr'autres un de leurs Chefs , auquel ils avoient
donné le titre de Maréchal de Camp ; que le de
sordre avoit été si grand parmi ces Mutins , que
la plupart avoient pris la fuite , abandonnant les
armes , leurs munitions de Guerre et leurs Che
vaux , que la Garnison avoit fait plusieurs pri
sonniers ; et que bien loin de les maltraiter ,
me font les Rebelles de l'Isle en pareil cas, le Com
mandant de la Garnison les avoit reçûs avec beau
de douceur et les avoit fait
coup
de leurs
panser
blessures , en les exhortant d'écrire à leurs Ca
marades pour les engager à rentrer dans leur de
com .
>
voir.
❤
D'autres Lettres arrivées depuis , portent que
les Rebelles avoient consenti à une Suspension
d'Armes,et que le premier de ce mois on avoit fait
partir de Génes trois Pinques , avec des armes et
des munitions de Guerre , pour les Villes dont
les Rebelles de cette Isle ne s'étoient pas encore
emparez.
1
On a appris de Génes par les Lettres de Barce
lone qui sont arrivées au commencement de ce
mois , que le Pinque du Patron Bozzo , qui por
toit Pavillon Anglois , avoit été attaqué près des
Côtes de la Catalogne par un Corsaire , qui voyant
lui
que le Patron refusait de venir à son bord ,
avoit tiré un coup de canon ; que ce coup ayant
donné dans le Magazin de la poudre , le Navire
avoit sauté avec cinq personnes en l'air, sçavoir, le
Consul François qui alloit à Malaga,son Laquais,
le Sur- Intendant Anglois du Commerce de Mala
ga ,un autre Passager et un Matelot; que le reste de
Equipage qui se sauvoit à la nage , avoit été
I iiij 11. Vol
fait
1612 MERCURE DE FRANCE
P
fait Esclave par le Corsaire , qui avoit été averti
par un Valet
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Résumé : ITALIE.
En juin 1731, plusieurs nominations et décisions importantes ont été prises au sein de l'Église catholique. R Lazare Palavicini, un Génois résidant à Florence, a été nommé à la Chambre du Pape, remplaçant M. Sinibal de Doria, promu à l'Archevêché de Bénévent. Lors du Consistoire secret du 21 mai, diverses propositions ont été faites pour des postes ecclésiastiques, notamment l'Évêché d'Ancone pour le Cardinal Barthelemi Massei et plusieurs abbayes pour divers abbés. Une protestation solennelle a été dressée concernant le Duché de Parme afin de protéger les intérêts du Saint-Siège en cas de naissance d'une princesse. Le Cardinal Grimaldi a refusé l'Archevêché de Lucques. Le Pape a formé une congrégation pour s'opposer à la disposition des bénéfices consistoriaux par le Roi et la République de Pologne. Une ordonnance du Cardinal Marefoschi a interdit aux jeunes filles romaines de porter des dorures ou des étoffes de soie lors de la réception de leurs dots. À Turin, le Roi de Sardaigne a arrêté les receveurs des fiefs dépendant du Saint-Siège et a pris possession de la Principauté de Masserano, défendant aux habitants de reconnaître la juridiction papale. Le Chevalier de Saint George est revenu de Naples, où il a observé des curiosités, dont la liquefaction du sang de Saint Jean-Baptiste. À Naples, des tremblements de terre ont causé des destructions. Les opinions de Molinos, condamnées depuis deux ans, ont conduit à des congrégations du Saint-Office à Rome pour demander à l'Empereur de contribuer à leur destruction. Le Cardinal Coscia a demandé justice pour une injure subie et a été malade, mais est hors de danger. Sa bibliothèque et ses meubles ont été vendus au profit de la Chambre Apostolique. Des lettres exécutoires ont été envoyées dans tout l'État ecclésiastique contre lui, car il a quitté Rome malgré les défenses papales. À Venise, la République a dépêché un courrier à son ambassadeur à Vienne pour demander une diversion en Transylvanie en cas d'attaque turque. Le Doge a assisté à un Te Deum pour la fête de Saint Pierre Orscolo. En Corse, une garnison grecque a résisté à des rebelles et a finalement obtenu une suspension d'armes. Des navires ont été envoyés de Gênes pour armer les villes non encore prises par les rebelles. Un navire anglais a été attaqué par un corsaire près des côtes catalanes, causant plusieurs morts et des captifs.
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739
p. 1612
ESPAGNE.
Début :
On a reçû avis que Don Placido de Sangro étoit arrivé avec trois Escadrons au Camp [...]
Mots clefs :
Escadrons, Troupes espagnoles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
O
Na reçû avis que Don Placido de Sangro
étoit arrivé avec trois Escadrons au Camp
de Saint Roch , près de Gibraltar , où on con
tinue à travailler avec beaucoup de diligence aux
Forts qu'on y construit.
Vers le milieu de ce mois il y a eu un Orage
terrible à Seville , où le Tonnerre tomba en di
vers endroits ; il tua dans l'Eglise de Saint Jaques
un Religieux , et en blessa un autre.
On apprend de cette même Ville , que ce qui
a été signé le 6. de ce mois , par les Ministres
du Roi et par M. Kéene , Ministre du Roi d'An
gleterre , est une Déclaration , portant que S. M.
Britanique fera effectivement introduire six milles
hommes de Troupes Espagnoles dans les Etats de
Parme et de Toscane , et mettra l'Infant Don
Carlos en possession des mêmes Etats en con
formité de l'Article V. du Traité de la Qua
druple Alliance , et cela dans le terme de cinq
mois >
à compter du jour de la datte de
cette Déclaration. Le Roi de sa part promet que
pourvu que ces introduction et possession soient
ainsi effectuées , la jouissance de ce qui a été sti
pulé en faveur des Anglois par les Traitez , sub
>
sistera.
O
Na reçû avis que Don Placido de Sangro
étoit arrivé avec trois Escadrons au Camp
de Saint Roch , près de Gibraltar , où on con
tinue à travailler avec beaucoup de diligence aux
Forts qu'on y construit.
Vers le milieu de ce mois il y a eu un Orage
terrible à Seville , où le Tonnerre tomba en di
vers endroits ; il tua dans l'Eglise de Saint Jaques
un Religieux , et en blessa un autre.
On apprend de cette même Ville , que ce qui
a été signé le 6. de ce mois , par les Ministres
du Roi et par M. Kéene , Ministre du Roi d'An
gleterre , est une Déclaration , portant que S. M.
Britanique fera effectivement introduire six milles
hommes de Troupes Espagnoles dans les Etats de
Parme et de Toscane , et mettra l'Infant Don
Carlos en possession des mêmes Etats en con
formité de l'Article V. du Traité de la Qua
druple Alliance , et cela dans le terme de cinq
mois >
à compter du jour de la datte de
cette Déclaration. Le Roi de sa part promet que
pourvu que ces introduction et possession soient
ainsi effectuées , la jouissance de ce qui a été sti
pulé en faveur des Anglois par les Traitez , sub
>
sistera.
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Résumé : ESPAGNE.
Le texte relate divers événements en Espagne. Don Placido de Sangro a rejoint le camp de Saint-Roch près de Gibraltar avec trois escadrons, où les travaux de construction des forts avancent rapidement. À Séville, un violent orage au milieu du mois a causé la mort d'un religieux et blessé un autre dans l'église de Saint-Jacques. Par ailleurs, une déclaration signée le 6 du mois par les ministres du Roi d'Espagne et M. Kéene, ministre du Roi d'Angleterre, prévoit l'introduction de six mille soldats espagnols dans les États de Parme et de Toscane. Cette opération doit permettre à l'Infant Don Carlos de prendre possession de ces États conformément à l'article V du traité de la Quadruple Alliance, dans un délai de cinq mois à compter de la date de la déclaration. En contrepartie, le Roi d'Espagne garantit la continuité des stipulations favorables aux Anglais dans les traités existants.
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740
p. 1612-1613
GRANDE BRETAGNE.
Début :
Le Chevalier Charles Wager a été nommé par le Roi, commandant en Chef de la [...]
Mots clefs :
Chevalier, Flotte, Distillateur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE .
L
E Chevalier Charles Wager a été nommé
par le Roi , Commandant en Chef de la *
IL. Vol. Flotte
JUIN. 1731. 1613
3
3
4
1
Flotte qui doit mettre en mer au commencement
du mois prochain.
On apprend de Blandfort , dans le Comté de
Dorset, que le feu y ayant pris toute la Ville avoit
été reduite en cendres , à la reserve de 26. Mai
sons et de l'Eglise.
Il y a eu aussi un Incendie à Thwerton, dans le
Comté de Devonshire , où prés d'un tiers des
Maisons a été réduit en cendres .
Le 20, le feu prit dans la maison d'un Distilateur
de la Ville de Londres , dans le quartier de Hol
born , et s'étant communiqué aux maisons voi
sines , il y en eût trente consommées par les flam
mes , et plusieurs autres endommagées.
L'Ecuyer du Comte Kinnoul , Ambassadeur du
Roi à Constantinople , est arrivé à Londres , avec
des Lettres du Grand Seigneur , pour donner part
de son avenement au Trone.
L
E Chevalier Charles Wager a été nommé
par le Roi , Commandant en Chef de la *
IL. Vol. Flotte
JUIN. 1731. 1613
3
3
4
1
Flotte qui doit mettre en mer au commencement
du mois prochain.
On apprend de Blandfort , dans le Comté de
Dorset, que le feu y ayant pris toute la Ville avoit
été reduite en cendres , à la reserve de 26. Mai
sons et de l'Eglise.
Il y a eu aussi un Incendie à Thwerton, dans le
Comté de Devonshire , où prés d'un tiers des
Maisons a été réduit en cendres .
Le 20, le feu prit dans la maison d'un Distilateur
de la Ville de Londres , dans le quartier de Hol
born , et s'étant communiqué aux maisons voi
sines , il y en eût trente consommées par les flam
mes , et plusieurs autres endommagées.
L'Ecuyer du Comte Kinnoul , Ambassadeur du
Roi à Constantinople , est arrivé à Londres , avec
des Lettres du Grand Seigneur , pour donner part
de son avenement au Trone.
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
En juin 1731, le Chevalier Charles Wager a été nommé Commandant en Chef de la flotte britannique. Des incendies ont détruit Blandfort dans le Dorset, Thwerton dans le Devonshire et une partie du quartier de Holborn à Londres. L'écuyer du Comte Kinnoul est arrivé à Londres avec des lettres du Grand Seigneur de Constantinople.
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741
p. 1613-1614
HOLLANDE.
Début :
On mande de la Haye, que le Conseil d'État avoit eû une conference avec les Députez [...]
Mots clefs :
États généraux, République de Hollande, Pactes, Conventions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HOLLANDE.
HOLLANDE.
N mande de la Haye , que le Conseil d'Etat
eu une avec les Députez
l'Assemblée des Etats Generaux , au sujet des
affaires d'Oest - Frise , et qu'il y avoit été resolu
de faire à l'Empereur les propositions suivantes :
que S. M. Imperiale declarera que la Republique
de Hollande doit demeurer en possession , com
me elle l'est à present , de tenir garnison dans
Einben et Lierret , qu'elle reconnoîtra de plus que
tous les Pactes ou Conventions , faits entre le
Prince d'Oest - Frise et ses Sujets sous la garantie
de la Couronne d'Angleterre et de la Hollande
seront exécutez , que ses Renitens , ou sujets qui
sont demeurez attachez à ce Prince , jouiront de
Amnistie qui leur a été précedemment accordée,
I L. Vol.
IV. et
1614 MERCURE DE FRANCE
et qu'on leur restituera leurs Biens et leurs Effets
que l'Indemnité demandée par le Prince d'Oest
Frise, sera repartie non-seulement sur les Renitens ..
mais aussi sur tous les Sujets du Païs , et qu'enfin .
la forme du Gouvernement restera sur le même
pied qu'elle étoit avant ces derniers Traitez.
Les mêmes Lettres portent que L. H. P, refɑ
sent de s'obliger à entrer dans une Guerre ouverte
, en cas que les Puissances alliées par le der
nier Traité de Vienne , où les Etats soient atta
qués , et qu'elles ne consentent d'acceder à
ce Traité , qu'à condition de fournir seulement :
un contingent en cas de guerre.
On a apris de la Louisiane , que M. du Perier ,,
Commandant dans ce païs - là , ayant reçû de
France un renfort de Troupes , de munitions de
guerre et quelques pieces de Campagne et petits
Mortiers , se mit à la poursuite de ces Sauvages,
qui après avoir massacré il y a quelque tems , les
François dans la Nouvelle Orleans , s'étoient reti
rez dans un Fort qu'ils avoient construit , bien
terrassé , et où ils se croyoient en toute sureté ::
M. du Perier attaqua ce Fort à coups de Canon ,
sans pouvoir y faire brêche ; mais les Mortiers
dont il se servit , firent tant de ravage dans le
Fort , que les Sauvages qui y étoient fort à l'é
troit , furent enfin obligez de.se rendre à discre
tion , ne demandant la vie que pour leurs femmes
et leurs enfans , disant que pour eux ils avoient :
par leur cruauté, merité la mort : cependant :
M. du Perier leur a accordé la vie , et ils ont été:
depuis transportez à Saint Domingue , pour y
travailler avec les Negres………
N mande de la Haye , que le Conseil d'Etat
eu une avec les Députez
l'Assemblée des Etats Generaux , au sujet des
affaires d'Oest - Frise , et qu'il y avoit été resolu
de faire à l'Empereur les propositions suivantes :
que S. M. Imperiale declarera que la Republique
de Hollande doit demeurer en possession , com
me elle l'est à present , de tenir garnison dans
Einben et Lierret , qu'elle reconnoîtra de plus que
tous les Pactes ou Conventions , faits entre le
Prince d'Oest - Frise et ses Sujets sous la garantie
de la Couronne d'Angleterre et de la Hollande
seront exécutez , que ses Renitens , ou sujets qui
sont demeurez attachez à ce Prince , jouiront de
Amnistie qui leur a été précedemment accordée,
I L. Vol.
IV. et
1614 MERCURE DE FRANCE
et qu'on leur restituera leurs Biens et leurs Effets
que l'Indemnité demandée par le Prince d'Oest
Frise, sera repartie non-seulement sur les Renitens ..
mais aussi sur tous les Sujets du Païs , et qu'enfin .
la forme du Gouvernement restera sur le même
pied qu'elle étoit avant ces derniers Traitez.
Les mêmes Lettres portent que L. H. P, refɑ
sent de s'obliger à entrer dans une Guerre ouverte
, en cas que les Puissances alliées par le der
nier Traité de Vienne , où les Etats soient atta
qués , et qu'elles ne consentent d'acceder à
ce Traité , qu'à condition de fournir seulement :
un contingent en cas de guerre.
On a apris de la Louisiane , que M. du Perier ,,
Commandant dans ce païs - là , ayant reçû de
France un renfort de Troupes , de munitions de
guerre et quelques pieces de Campagne et petits
Mortiers , se mit à la poursuite de ces Sauvages,
qui après avoir massacré il y a quelque tems , les
François dans la Nouvelle Orleans , s'étoient reti
rez dans un Fort qu'ils avoient construit , bien
terrassé , et où ils se croyoient en toute sureté ::
M. du Perier attaqua ce Fort à coups de Canon ,
sans pouvoir y faire brêche ; mais les Mortiers
dont il se servit , firent tant de ravage dans le
Fort , que les Sauvages qui y étoient fort à l'é
troit , furent enfin obligez de.se rendre à discre
tion , ne demandant la vie que pour leurs femmes
et leurs enfans , disant que pour eux ils avoient :
par leur cruauté, merité la mort : cependant :
M. du Perier leur a accordé la vie , et ils ont été:
depuis transportez à Saint Domingue , pour y
travailler avec les Negres………
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Résumé : HOLLANDE.
Le texte aborde deux sujets principaux concernant les affaires de la Hollande et de la Louisiane. En Hollande, le Conseil d'État a discuté avec les députés de l'Assemblée des États Généraux des affaires d'Ost-Frise. Il a été décidé de proposer à l'Empereur que la République de Hollande conserve la possession de ses garnisons à Einben et Lierre, que tous les pactes ou conventions entre le Prince d'Ost-Frise et ses sujets, garantis par l'Angleterre et la Hollande, soient exécutés, et que les sujets rebelles bénéficient d'une amnistie avec restitution de leurs biens. L'indemnité demandée par le Prince d'Ost-Frise serait répartie sur tous les sujets du pays. Le gouvernement resterait inchangé. La Hollande refuse de s'engager dans une guerre ouverte si les puissances alliées ne fournissent qu'un contingent en cas de conflit. En Louisiane, M. du Perier, commandant des troupes françaises, a reçu des renforts et des munitions pour poursuivre des indigènes ayant massacré des Français à La Nouvelle-Orléans. Ces indigènes s'étaient réfugiés dans un fort bien défendu. Du Perier a attaqué le fort avec des canons et des mortiers, causant suffisamment de dégâts pour forcer les indigènes à se rendre. Ils ont demandé la vie pour leurs femmes et enfants, reconnaissant leur cruauté. Du Perier leur a accordé la vie, et ils ont été ensuite transportés à Saint-Domingue pour travailler avec les esclaves.
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742
p. 1693-1704
CEREMONIE faite à Metz, au sujet des nouvelles Cazernes, et de la Place de Coislin. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville, le 25. Juin 1731.
Début :
Le 6. Juin les Magistrats à cette Ville invitez par M. l'Evêque, à se rendre [...]
Mots clefs :
Metz, Cérémonie, Casernes, Architecture symétrisée, Bataillons, Officiers, Symphonie, Capitaines, Procureur-Syndic de la Ville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CEREMONIE faite à Metz, au sujet des nouvelles Cazernes, et de la Place de Coislin. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville, le 25. Juin 1731.
CEREMONIE faite à Metz , an
sujet des nouvelles Cazernes , et de la
Place de Coiflin . Extrait d'une Lettre
écrite de cette Ville , le 25. Juin 1731 .
L
E 6. Juin les Magistrats à cette Ville
invitez par M. l'Evêque , à se rendre
aux nouvelles Cazernes , que ce Prélat
a fait construire,et dont il vouloit faire
don à la Ville , s'y transporterent pour
en reconnoître l'état , et accepter cette
donation au nom de la Ville. Ce somptueux
Edifice élevé dans la Place du
Champ-à- Seille , consiste en deux grands
Corps de Cazernes et en un pareil nombre
de Pavillons couverts d'Ardoises , ornez
d'Architecture simétrisée , et propres à y
loger commodément trois Bataillons complets
avec tous leurs Officiers.
Là,en presence de M.de Creil, Intendant
de la Province et d'un grand nombre
d'Officiers et de personnes de consideration
, ce Prélat fit entre les mains des Magistrats
la donation de cet Edifice , et
augmenta le mérite de Présent par les
termes gracieux dont il les accompagna.
On dressa du tout un Procès verbal autentique
,
24 MERCURE DE FRANCE
16
tentique , signé des Parties interressées et
déposé dans les Archives de la Ville pour
éterniser la memoire de la liberalité de ce
Prélat. Les Officiers de Ville . persuadez
qu'il étoit de leur devoir et de leur reconnoissance
d'en informer la Cour , envoyerent
aux Ministres des copies du Procès
verbal , et eurent la satisfaction de
trouver dans la Réponse dont Son Eminence
les à honorez , des Eloges conformes
à leurs idées , et qui donnent un`nouveau
lustre et à la dignité du bienfait ,
et à la magnificence du Bienfaicteur ,
Le Projet de la Dédicace de la Place que
forment les quatre Corps de l'Edifice
ayant été proposé à M. l'Evêque , et les
Magistrats ayant obtenu de lui la permission
de le suivre et de l'executer , ils en
désignerent la Ceremonie au 20. du même
mois de Juin ; ce jour- là elle fut annoncée
au Peuple dès six heures du ma
tin par le son de la grosse Cloche , qui
fut réïteré à midy. A trois heures et demie
du soir M. le Comte de Bellille .
Commandant pour le Roi dans la Province
, ayant ordonné à la Compagnie
des Archers des Bandes et à celles des Gardes
et des Suisses du Gouvernement , de
se rendre à l'Hôtel de Ville , pour grossir
et honorer le Cortege ; l'on se mit en
marche dans l'ordre suivant :
JUILLE T. 1731 . 1695
Tous les Tambours de la Ville , au nombre
de 24. précedez du Tambour Major,
commencerent la marche; ils étoient suivis
de la Compagnie des Archers des Bandes
avec leurs Armes et leurs Hoquetons ,
ayant leurs Officiers à leur tête. Les Suisses
du Gouvernement , la Hallebarde sur
l'épaule , marchoient ensuite : les Trompettes
et les Timbales de la Garnison ,
précedoient la Compagnie des Gardes du
Gouvernement.
Les Messagers , deux à deux , avec leurs'
Casaques aux Livrées de la Ville , les suivoient
immédiatement. Après eux les 16.
Bannerots en Habits et Manteaux noirs et
l'épée au côté. Ensuite les Sergens de Ville
avec leurs Casaques de Livrée et l'épéc
au côté.
La Symphonie marchoit après , composée
de plusieurs Violons , Hautbois et
autres Instrumens,
A quelque distance marchoit le Héraut
d'Armes , superbement vétu à la Romaine
, tenant en main la Verge Magistrale,
monté sur un cheval richement harnaché,
et précedé par deux Estafiers. Le Secretaire
de la Ville seul en Toque de Velours
et en Robbe de ceremonie , précedoit
Mrsles Maîtres Echevins, aussi en Toques
de Velours avec les Cordons d'or
couverts
1696 MERCURE DE FRANCE
couverts de leurs Manteaux de Parade
accompagnez du Major et Ayde -Major
de la Milice Bourgeoise , ayant de part et
d'autre les six Hallebardiers de la Ville ,
en Casaque , la Pertuisanne sur l'épaule .
Après eux marchoient les Echevins, deux
à deux , aussi en habit de ceremonie ; ils
étoient suivis immédiatement
par M. le
Procureur -Syndic de la Ville , seul en
Robbe my-partie , le Chaperon bordé
d'Hermine sur l'épaule et leBonnet quarré.
Tous les Capitaines marchoient ensuite
et derriere eux deux Sergens et deux
Messagers de Ville fermoient la Marche.
Les Sergens Bourgeois avec leurs Hallebarde
formoient des hayes pour empêcher
le desordre et la confusion .
On se rendit dans cet ordre au Palais
Episcopal , et M " d'Augny et d'Aubustin
de Bionville , Maîtres Echevins à la tête
des Magistrats , ayant trouvé M. de Metz
dans sa grand'Salle , où il étoit accompagné
d'une Cour très - nombreuse , M. de
Bionville lui adressa la parole en ces
termes :
MONSEIGNEUR ,
Après vous avoir rendu nos très - humbles
actions de graces du Présent magnifique dont
la
JUILLET. 1731. 1.697
la Ville vient encore d'être redevable à
votre zèle et à votre liberalité, nous allons au
pied des Autels joindre nos voeux à ceux
de tous nos Habitans , et les coeurs les plus
penetrez de la plus vive reconnoissance
prier le Seigneur de verser sur les jours de
son premier Ministre , les benedictions les
plus précieuses sfasse le Ciel, MONSEIGNEUR,
et pour notre avantage et pour sa gloire , que
ces mêmes jours soient une suite de prospe
ritez et durent autant que nos desirs. C'est
le bienfait le plus flateur et le plus signalé
que nos prieres puissent obtenir de sa bonté
et de sa misericorde.
M. l'Evêque ayant répondu à ce Discours
dans les termes les plus obligeans ,
les Magistrats , precedez de leur Cortége
se rendirent à la Cathédrale , dont les
Chanoines qui y occupoient leurs Places
ordinaires , avoient agréé que le Service
se fit dans le Choeur et au grand Autel ,
M. de Pagny , Grand - Chantre , entonna
le Te Deum , qui fut chanté par une excellente
Musique , et suivi d'un Motet
dont voici les paroles tirées de l'Ecriture
Sainte . Elles expriment parfaitement le
bien et l'avantage que ce nouvel Etablis
sement procure au Peuple de Metz.
Cantemus Domino, quoniam magnificè fecit.
D Dedit.
1698 MERCURE DE FRANCE
Dedit requiem populo suo .
Pauper et inops laudabunt nomen ejus :
Quoniam magnificè fecit.
Pupillus et vidua exultabunt in domibus
suis Quoniam, &c.
Juvenes et Virgines senes cum junioribus lau»
dabunt nomen Domini. Quoniam , &c.
Cantemus Domino, quoniam magnificè fecit.
• La Musique de ce Motet , composée i
par M. Maillard , Maître de Musique de
la Cathédrale , fut très bien exécutée.
+
Après le Te Deum , les Officiers de Ville
se mirent en marche ; ils traverserent la
Place d'Armes, au son de la grosse Cloche
et de toutes celles des Paroisses de la
Ville et au bruit des Fanfares ; ils passerent
ensuite par la Place S. Louis , où ils
trouverent un Détachement de Cavalerie
de la Garnison à cheval , l'épée haute
d'où ils se rendirent enfin à la principale
Entrée des Cazernes , dont les Pilastres à
la face exterieure , servoient de soutien à
un Portique élevé en Arc de Triomphe ,
orné au Frontispice des Armes du Roi ,
de celles du Maréchal d'Alégre , Gouver
de celles de la Ville , placées de
l'un et de l'autre côté , et de celles de
M l'Evêque de Metz , peintes en grand ,
au dessous d'un Cartouche pratiqué dans
neur ,
le
JUILLET. 1731. 1699
le centre de la Décoration , et dans lequel
on lisoit cette Inscription .
ILLUSTRISSIMO
ECCLESIE PRINCIPI
HEN,CAR . DUCAMBOUT, DUCI DE COISLIN,
PRESULI MUNIFICENTISSIMO ,
IMMORTALES AGIT GRATIAS
SENATUS POPULUSQUE
METENSI S.
Les Pilastres étoient ornez de Guirlan
des de fleurs et de verdure , soutenant
quatre Cartouches , dans lesquels étoient
des Emblêmes avec leurs Devises , qui exprimoient
d'une maniere sensible que
M. l'Evêque n'accumule ses revenus que
pour les distribuer en faveur des Pauvres
et des Aurels , que la vûë du Ciel est le
premier mobile de toutes ses actions , et
que ses charitez sont d'autant plus méritoires
,qu'il tâche de les rendre secretes.
La premiere Emblême répré entoit un
Soleil attirant des vapeurs , avec cette
Devise :
Colligit ut spargat.
La seconde , une Mouche à miel sur des
feurs , avec ces mots:
Quod sugit , serviet aris.
880168
Dij La
1700 MERCURE DE FRANCE
La troisiéme , un Tournesol qui suit
toûjours le mouvement du Soleil , avec
cette Devise :
Colestes sequitur motus.
La quatrième , réprésentoit un Ver à
Soye , avec cette Inscription :
Operitur dum operatur.
La face interieure de cette Entrée et
de cet Arc de Triomphe , étoit pareillement
ornée , quoique dans un ordre
different , des mêmes Armes et des mêmes
Décorations. Dans le Cartouche du Frontispice
étoient écrits ces deux Vers d'Ovide
, qui s'appliquoient naturellement à
la reconnoissance de la Ville , et à la Place
dont elle celebroit la Dédicace.
Semper inoblità repetam tua munera mente ,
Et mea me tellus audiet esse tuum.
Les Pilastres de cette Face interieure
étoient aussi décorez de Guirlandes et de
Festons de feuillages et de fleurs , soutenant
quatre Cartouches , dans lesquels
étoient copiez ces Passages tirez de l'Ecriture
Sainte.
Desiderium Pauperum exaudivit Dominus.
Ps. 9.
Dispersit dedit Pauperibus . Ps. 111 .
Jucundus
JUILLET. 1731 . 1701
す
Jucundus homo qui miseretur. Ibid .
Non est inventus similis illi. Ecclesiast.
Les Balustres des deux côtez de l'Arc
de Triomphe , étoient encore chargez de
Caisses d'Orangers , garnies de Festons
et de Guirlandes , de même que les autres
Pieces de la Décoration .
La Comtesse de Bellifle voulut bien
être présente à cette Ceremonie. Elle
fut placée avec les Dames qui l'accompagnoient
, dans l'une des Chambres les
plus apparentes des Cazernes , dont les
fenêtres étoient ornées de Tapis.Toutes les
autres Chambres des quatre Faces qui regardent
la Place, et qui sont en très- grand
nombre , furent entierement occupées par
les Dames de la Ville , ce qui faisoit un beau
coup d'oeil , et formoit le Spectacle le plus
brillant et le plus magnifique qui ait encore
paru dans la Province.
Les Troupes étant sous les Armes et
en haye , aux quatre Faces de la Place ,
le Comte de Bellifle , Commandant
dans la Province , et le Comte de Baviere
, Commandant des Camps , s'y étant
rendus , de même que M. de Creil , Intendant
, et tous les Officiers de la Garnison
, et des deux Camps , et une infinité
de personnes de consideration , Ms de
Diij Ville ,
1702 MERCURE DE FRANCE
Ville , précedez de leur Cortege , en fi
rent le tour ; et étant parvenus au centre
de la Place , le bruit des Tambours , des
Timbales et des Trompettes cessant , ils:
ordonnerent au Herault d'Armes de publier
à haute voix l'Ordonnance de la
Ville , dont voici la teneur :
DE PAR LE ROY
Et Messieurs les Maître-Echevin , Conseillers-
Echevins et Magistrats de la
Ville et Cité de Metz.
La construction des Cazernes et des Pavillons
, que le zele , la pieté et la munifi-
Bence de Monseigneur Du CAMBOUT, DUC
DE COISLIN , EVESQUE DE METZ ,
ont fait éleverpar augmentation dans la Place
du Camp- à- Seille , pour le soulagement des
Peuples , la tranquillité desFamilles etla gloire
de la Religion , en devant être un Monument
éternel; et la Ville qui dans ce somptueux
Edifice, outre l'avantage et l'utilité publique,
trouve encore son plus bel ornement , ne pouvantdonner
des marques plus éclatantes de sa
reconnoissance, qu'en faisant passer à la posterité
la plus reculée , le souvenir de cegrand
Evenement ; il a été arrêté que la Place
formée actuellement par la construction des
Cazernes dans celle du Camp - à- Seille
portera
JUILLET. 1731. 1703
1
portera dorénavant le nom de Place DB
COISLIN ; que dans les Actes , tant publics
que particuliers , elle sera désignée sous
cette denomination; que les quatre Faces desdites
Cazernes formant un pareil nombre de
ruës differentes, celle qui conduit du Cartean
aux Celestins , sera pareillement nommée
rue de SAINT HENRY; celle qui conduit
de l'Hôpital S. Nicolas à la Haute- Seille ,
rue DU CAMBOUT ; celle qui conduit
de la Haute- Seille au Cheval Rouge , ruë
de S. CHARLES ; et celle qui conduit du
Cheval Rouge au Carteau , rue DE COISLINS
lesquels noms seront gravez en Lettres d'or
sur des Marbres incrustez dans chacune des
Faces desdites Ruës; et afin que personne n'en
prétende cause d'ignorance , sera la présente
Ordonnance solemnellement publiée dans ladite
Place , et affichée aux Carrefours et autres
lieux ordinaires et accoutumez . Fait à
PHôtel de Ville de Metz le 8. Juin 1731.
Aussi-tôt après la Publication , on entendit
un grand bruit de Tambours
Trompettes , Timbales , de Canons et de
cris de VIVE LE ROY , VIVE MONSEIGNEUR
LE DUC DE COISLIN.
I Les Comtes de Bellifle et de Baviere
assisterent à la Céremonie , accompagnez
de 7 à 800. Officiers , tant de la Garnison
que des deux Camps. Diiij Tous
1704 MERCURE DE FRANCE
Tous les Marchands et Corps de Mé
tiers tinrent leurs Boutiques fermées , de
leur plein gré toute la journée ; et le soir
il y eut de grandes Illuminations et des
Feux sur les Places et dans les ruës , où l'on
entendit de tous côtez les mêmes cris de
VIVE LE ROY , VIVE MONSEIGNEUR
LE DUC DE COISLIN.
sujet des nouvelles Cazernes , et de la
Place de Coiflin . Extrait d'une Lettre
écrite de cette Ville , le 25. Juin 1731 .
L
E 6. Juin les Magistrats à cette Ville
invitez par M. l'Evêque , à se rendre
aux nouvelles Cazernes , que ce Prélat
a fait construire,et dont il vouloit faire
don à la Ville , s'y transporterent pour
en reconnoître l'état , et accepter cette
donation au nom de la Ville. Ce somptueux
Edifice élevé dans la Place du
Champ-à- Seille , consiste en deux grands
Corps de Cazernes et en un pareil nombre
de Pavillons couverts d'Ardoises , ornez
d'Architecture simétrisée , et propres à y
loger commodément trois Bataillons complets
avec tous leurs Officiers.
Là,en presence de M.de Creil, Intendant
de la Province et d'un grand nombre
d'Officiers et de personnes de consideration
, ce Prélat fit entre les mains des Magistrats
la donation de cet Edifice , et
augmenta le mérite de Présent par les
termes gracieux dont il les accompagna.
On dressa du tout un Procès verbal autentique
,
24 MERCURE DE FRANCE
16
tentique , signé des Parties interressées et
déposé dans les Archives de la Ville pour
éterniser la memoire de la liberalité de ce
Prélat. Les Officiers de Ville . persuadez
qu'il étoit de leur devoir et de leur reconnoissance
d'en informer la Cour , envoyerent
aux Ministres des copies du Procès
verbal , et eurent la satisfaction de
trouver dans la Réponse dont Son Eminence
les à honorez , des Eloges conformes
à leurs idées , et qui donnent un`nouveau
lustre et à la dignité du bienfait ,
et à la magnificence du Bienfaicteur ,
Le Projet de la Dédicace de la Place que
forment les quatre Corps de l'Edifice
ayant été proposé à M. l'Evêque , et les
Magistrats ayant obtenu de lui la permission
de le suivre et de l'executer , ils en
désignerent la Ceremonie au 20. du même
mois de Juin ; ce jour- là elle fut annoncée
au Peuple dès six heures du ma
tin par le son de la grosse Cloche , qui
fut réïteré à midy. A trois heures et demie
du soir M. le Comte de Bellille .
Commandant pour le Roi dans la Province
, ayant ordonné à la Compagnie
des Archers des Bandes et à celles des Gardes
et des Suisses du Gouvernement , de
se rendre à l'Hôtel de Ville , pour grossir
et honorer le Cortege ; l'on se mit en
marche dans l'ordre suivant :
JUILLE T. 1731 . 1695
Tous les Tambours de la Ville , au nombre
de 24. précedez du Tambour Major,
commencerent la marche; ils étoient suivis
de la Compagnie des Archers des Bandes
avec leurs Armes et leurs Hoquetons ,
ayant leurs Officiers à leur tête. Les Suisses
du Gouvernement , la Hallebarde sur
l'épaule , marchoient ensuite : les Trompettes
et les Timbales de la Garnison ,
précedoient la Compagnie des Gardes du
Gouvernement.
Les Messagers , deux à deux , avec leurs'
Casaques aux Livrées de la Ville , les suivoient
immédiatement. Après eux les 16.
Bannerots en Habits et Manteaux noirs et
l'épée au côté. Ensuite les Sergens de Ville
avec leurs Casaques de Livrée et l'épéc
au côté.
La Symphonie marchoit après , composée
de plusieurs Violons , Hautbois et
autres Instrumens,
A quelque distance marchoit le Héraut
d'Armes , superbement vétu à la Romaine
, tenant en main la Verge Magistrale,
monté sur un cheval richement harnaché,
et précedé par deux Estafiers. Le Secretaire
de la Ville seul en Toque de Velours
et en Robbe de ceremonie , précedoit
Mrsles Maîtres Echevins, aussi en Toques
de Velours avec les Cordons d'or
couverts
1696 MERCURE DE FRANCE
couverts de leurs Manteaux de Parade
accompagnez du Major et Ayde -Major
de la Milice Bourgeoise , ayant de part et
d'autre les six Hallebardiers de la Ville ,
en Casaque , la Pertuisanne sur l'épaule .
Après eux marchoient les Echevins, deux
à deux , aussi en habit de ceremonie ; ils
étoient suivis immédiatement
par M. le
Procureur -Syndic de la Ville , seul en
Robbe my-partie , le Chaperon bordé
d'Hermine sur l'épaule et leBonnet quarré.
Tous les Capitaines marchoient ensuite
et derriere eux deux Sergens et deux
Messagers de Ville fermoient la Marche.
Les Sergens Bourgeois avec leurs Hallebarde
formoient des hayes pour empêcher
le desordre et la confusion .
On se rendit dans cet ordre au Palais
Episcopal , et M " d'Augny et d'Aubustin
de Bionville , Maîtres Echevins à la tête
des Magistrats , ayant trouvé M. de Metz
dans sa grand'Salle , où il étoit accompagné
d'une Cour très - nombreuse , M. de
Bionville lui adressa la parole en ces
termes :
MONSEIGNEUR ,
Après vous avoir rendu nos très - humbles
actions de graces du Présent magnifique dont
la
JUILLET. 1731. 1.697
la Ville vient encore d'être redevable à
votre zèle et à votre liberalité, nous allons au
pied des Autels joindre nos voeux à ceux
de tous nos Habitans , et les coeurs les plus
penetrez de la plus vive reconnoissance
prier le Seigneur de verser sur les jours de
son premier Ministre , les benedictions les
plus précieuses sfasse le Ciel, MONSEIGNEUR,
et pour notre avantage et pour sa gloire , que
ces mêmes jours soient une suite de prospe
ritez et durent autant que nos desirs. C'est
le bienfait le plus flateur et le plus signalé
que nos prieres puissent obtenir de sa bonté
et de sa misericorde.
M. l'Evêque ayant répondu à ce Discours
dans les termes les plus obligeans ,
les Magistrats , precedez de leur Cortége
se rendirent à la Cathédrale , dont les
Chanoines qui y occupoient leurs Places
ordinaires , avoient agréé que le Service
se fit dans le Choeur et au grand Autel ,
M. de Pagny , Grand - Chantre , entonna
le Te Deum , qui fut chanté par une excellente
Musique , et suivi d'un Motet
dont voici les paroles tirées de l'Ecriture
Sainte . Elles expriment parfaitement le
bien et l'avantage que ce nouvel Etablis
sement procure au Peuple de Metz.
Cantemus Domino, quoniam magnificè fecit.
D Dedit.
1698 MERCURE DE FRANCE
Dedit requiem populo suo .
Pauper et inops laudabunt nomen ejus :
Quoniam magnificè fecit.
Pupillus et vidua exultabunt in domibus
suis Quoniam, &c.
Juvenes et Virgines senes cum junioribus lau»
dabunt nomen Domini. Quoniam , &c.
Cantemus Domino, quoniam magnificè fecit.
• La Musique de ce Motet , composée i
par M. Maillard , Maître de Musique de
la Cathédrale , fut très bien exécutée.
+
Après le Te Deum , les Officiers de Ville
se mirent en marche ; ils traverserent la
Place d'Armes, au son de la grosse Cloche
et de toutes celles des Paroisses de la
Ville et au bruit des Fanfares ; ils passerent
ensuite par la Place S. Louis , où ils
trouverent un Détachement de Cavalerie
de la Garnison à cheval , l'épée haute
d'où ils se rendirent enfin à la principale
Entrée des Cazernes , dont les Pilastres à
la face exterieure , servoient de soutien à
un Portique élevé en Arc de Triomphe ,
orné au Frontispice des Armes du Roi ,
de celles du Maréchal d'Alégre , Gouver
de celles de la Ville , placées de
l'un et de l'autre côté , et de celles de
M l'Evêque de Metz , peintes en grand ,
au dessous d'un Cartouche pratiqué dans
neur ,
le
JUILLET. 1731. 1699
le centre de la Décoration , et dans lequel
on lisoit cette Inscription .
ILLUSTRISSIMO
ECCLESIE PRINCIPI
HEN,CAR . DUCAMBOUT, DUCI DE COISLIN,
PRESULI MUNIFICENTISSIMO ,
IMMORTALES AGIT GRATIAS
SENATUS POPULUSQUE
METENSI S.
Les Pilastres étoient ornez de Guirlan
des de fleurs et de verdure , soutenant
quatre Cartouches , dans lesquels étoient
des Emblêmes avec leurs Devises , qui exprimoient
d'une maniere sensible que
M. l'Evêque n'accumule ses revenus que
pour les distribuer en faveur des Pauvres
et des Aurels , que la vûë du Ciel est le
premier mobile de toutes ses actions , et
que ses charitez sont d'autant plus méritoires
,qu'il tâche de les rendre secretes.
La premiere Emblême répré entoit un
Soleil attirant des vapeurs , avec cette
Devise :
Colligit ut spargat.
La seconde , une Mouche à miel sur des
feurs , avec ces mots:
Quod sugit , serviet aris.
880168
Dij La
1700 MERCURE DE FRANCE
La troisiéme , un Tournesol qui suit
toûjours le mouvement du Soleil , avec
cette Devise :
Colestes sequitur motus.
La quatrième , réprésentoit un Ver à
Soye , avec cette Inscription :
Operitur dum operatur.
La face interieure de cette Entrée et
de cet Arc de Triomphe , étoit pareillement
ornée , quoique dans un ordre
different , des mêmes Armes et des mêmes
Décorations. Dans le Cartouche du Frontispice
étoient écrits ces deux Vers d'Ovide
, qui s'appliquoient naturellement à
la reconnoissance de la Ville , et à la Place
dont elle celebroit la Dédicace.
Semper inoblità repetam tua munera mente ,
Et mea me tellus audiet esse tuum.
Les Pilastres de cette Face interieure
étoient aussi décorez de Guirlandes et de
Festons de feuillages et de fleurs , soutenant
quatre Cartouches , dans lesquels
étoient copiez ces Passages tirez de l'Ecriture
Sainte.
Desiderium Pauperum exaudivit Dominus.
Ps. 9.
Dispersit dedit Pauperibus . Ps. 111 .
Jucundus
JUILLET. 1731 . 1701
す
Jucundus homo qui miseretur. Ibid .
Non est inventus similis illi. Ecclesiast.
Les Balustres des deux côtez de l'Arc
de Triomphe , étoient encore chargez de
Caisses d'Orangers , garnies de Festons
et de Guirlandes , de même que les autres
Pieces de la Décoration .
La Comtesse de Bellifle voulut bien
être présente à cette Ceremonie. Elle
fut placée avec les Dames qui l'accompagnoient
, dans l'une des Chambres les
plus apparentes des Cazernes , dont les
fenêtres étoient ornées de Tapis.Toutes les
autres Chambres des quatre Faces qui regardent
la Place, et qui sont en très- grand
nombre , furent entierement occupées par
les Dames de la Ville , ce qui faisoit un beau
coup d'oeil , et formoit le Spectacle le plus
brillant et le plus magnifique qui ait encore
paru dans la Province.
Les Troupes étant sous les Armes et
en haye , aux quatre Faces de la Place ,
le Comte de Bellifle , Commandant
dans la Province , et le Comte de Baviere
, Commandant des Camps , s'y étant
rendus , de même que M. de Creil , Intendant
, et tous les Officiers de la Garnison
, et des deux Camps , et une infinité
de personnes de consideration , Ms de
Diij Ville ,
1702 MERCURE DE FRANCE
Ville , précedez de leur Cortege , en fi
rent le tour ; et étant parvenus au centre
de la Place , le bruit des Tambours , des
Timbales et des Trompettes cessant , ils:
ordonnerent au Herault d'Armes de publier
à haute voix l'Ordonnance de la
Ville , dont voici la teneur :
DE PAR LE ROY
Et Messieurs les Maître-Echevin , Conseillers-
Echevins et Magistrats de la
Ville et Cité de Metz.
La construction des Cazernes et des Pavillons
, que le zele , la pieté et la munifi-
Bence de Monseigneur Du CAMBOUT, DUC
DE COISLIN , EVESQUE DE METZ ,
ont fait éleverpar augmentation dans la Place
du Camp- à- Seille , pour le soulagement des
Peuples , la tranquillité desFamilles etla gloire
de la Religion , en devant être un Monument
éternel; et la Ville qui dans ce somptueux
Edifice, outre l'avantage et l'utilité publique,
trouve encore son plus bel ornement , ne pouvantdonner
des marques plus éclatantes de sa
reconnoissance, qu'en faisant passer à la posterité
la plus reculée , le souvenir de cegrand
Evenement ; il a été arrêté que la Place
formée actuellement par la construction des
Cazernes dans celle du Camp - à- Seille
portera
JUILLET. 1731. 1703
1
portera dorénavant le nom de Place DB
COISLIN ; que dans les Actes , tant publics
que particuliers , elle sera désignée sous
cette denomination; que les quatre Faces desdites
Cazernes formant un pareil nombre de
ruës differentes, celle qui conduit du Cartean
aux Celestins , sera pareillement nommée
rue de SAINT HENRY; celle qui conduit
de l'Hôpital S. Nicolas à la Haute- Seille ,
rue DU CAMBOUT ; celle qui conduit
de la Haute- Seille au Cheval Rouge , ruë
de S. CHARLES ; et celle qui conduit du
Cheval Rouge au Carteau , rue DE COISLINS
lesquels noms seront gravez en Lettres d'or
sur des Marbres incrustez dans chacune des
Faces desdites Ruës; et afin que personne n'en
prétende cause d'ignorance , sera la présente
Ordonnance solemnellement publiée dans ladite
Place , et affichée aux Carrefours et autres
lieux ordinaires et accoutumez . Fait à
PHôtel de Ville de Metz le 8. Juin 1731.
Aussi-tôt après la Publication , on entendit
un grand bruit de Tambours
Trompettes , Timbales , de Canons et de
cris de VIVE LE ROY , VIVE MONSEIGNEUR
LE DUC DE COISLIN.
I Les Comtes de Bellifle et de Baviere
assisterent à la Céremonie , accompagnez
de 7 à 800. Officiers , tant de la Garnison
que des deux Camps. Diiij Tous
1704 MERCURE DE FRANCE
Tous les Marchands et Corps de Mé
tiers tinrent leurs Boutiques fermées , de
leur plein gré toute la journée ; et le soir
il y eut de grandes Illuminations et des
Feux sur les Places et dans les ruës , où l'on
entendit de tous côtez les mêmes cris de
VIVE LE ROY , VIVE MONSEIGNEUR
LE DUC DE COISLIN.
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Résumé : CEREMONIE faite à Metz, au sujet des nouvelles Cazernes, et de la Place de Coislin. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville, le 25. Juin 1731.
En 1731, les magistrats de Metz prirent possession de nouvelles casernes construites par l'évêque sur la place du Champ-à-Seille, capables d'accueillir trois bataillons avec leurs officiers. Le 6 juin, en présence de l'intendant de la province et de diverses personnalités, l'évêque fit don des casernes à la ville. Un procès-verbal fut dressé et archivé. Le 20 juin, une cérémonie de dédicace eut lieu. Une procession, incluant divers officiels et militaires, se rendit au palais épiscopal où les magistrats exprimèrent leur gratitude à l'évêque. La procession se dirigea ensuite vers la cathédrale pour chanter le Te Deum et un motet. Les officiers traversèrent plusieurs places accompagnés de fanfares et de cavalerie jusqu'aux casernes, ornées d'un arc de triomphe décoré des armoiries du roi, du maréchal d'Alègre, de la ville et de l'évêque Henri-Charles de Coislin. Des dames, dont la comtesse de Bellifle, assistèrent à la cérémonie depuis les fenêtres des casernes. Le 8 juin 1731, une ordonnance royale renomma plusieurs rues de Metz : la rue de Saint Henry, la rue du Cambout, la rue de Saint Charles et la rue de Coislins. Ces noms devaient être gravés en lettres d'or sur des marbres. L'ordonnance fut publiée solennellement et affichée aux carrefours. Une cérémonie suivit, marquée par des salves d'artillerie et des cris de 'Vive le Roy, Vive Monseigneur le Duc de Coislins'. Les commerçants fermèrent leurs boutiques, et des illuminations eurent lieu le soir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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743
p. 1800-1804
TURQUIE ET PERSE.
Début :
Des Lettres de Constantinople confirment la Bataille donnée dans la Grande Armenie, [...]
Mots clefs :
Constantinople, Bataille, Arménie, Janissaires, Pacha , Persans
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
TURQUIE ET PERSE.
Es Lettres de Constantinople confirment
la Bataille donnée dans la Grande Armenie ,
entre les Persans et les Turcs , les premiers
avoient une armée plus nombreuse que les derniers
, mais ceux - cy ayant appris que leurs ennemis
venoient de recevoir plusieurs pieces d'Artillerie
, et qu'ils se preparoient à les venir atta
quer jugerent à propos de les prévenir : ce qu'ils
rent , si à l'improviste et avec tant de succès
qu'ils n'eurent pas beaucoup de peine à les renverser
JUILLET. 173г. 18ot
Werser , et à les obliger de passer la Riviere
d'Erach , où un nombre de Persans ont été noyés, -
cependant on ajoûte que ces derniers se rassembloient
de l'autre côté de cette Riviere pour tenter
une seconde Bataille : ce qui fait juger que
leur perte n'est pas aussi grande que les Turcs
l'ont publiée.
Ces Lettres ajoûtent qu'il y avoit souvent des
querelles entre les Janissaires et les Soldats de la
Marine que la charge de Capitan Pacha done
Cianum - Coggia avoit été revêtu par le nouveau
Sultan , avoit aussi été donnée depuis peur
au Pacha de Rettimo , et que le Mufti avoit été
deposé ; que le Pacha qui a gagné la derniere
Bataille en Perse , avoit renvoyé plusieurs Persans
prisonniers de guerre aprés leur avoir fait
couper le nez et les oreilles en représailles d'un
pareil traitement que le Roy de Perse fit l'année
derniere à quelques Tures qui étoient tombés.
entre ses mains Ces Lettres ne confirment point
que le Roy de Perse ait été noyé ; on assure
au contraire que ce Prince avoit rassemblé leg
restes de son Armée , et qu'il attendoit un renfort
considerable de troupes que le Grand Mogol
devoit lui envoyer.
On a appris par d'autres Lettres , que le Patriarche
des Grecs avoit été déposé pour avoir
voulu introduire des nouveautés dans les Eglises
de sa Communion.
Des Lettres d'Italie portent qu'on avoit veu ,
au commencement du mois dernier , la Flotte
du Grand Seigneur , à l'entrée du Golfe Adriatique.
Les dernieres Nouvelles venues par l'Italie ,
portent que depuis la révolution qui a mis le
nouveau Sultan sur le Tròne , on avoit fait perir
Hv tant
1802 MERCURE DE FRANCE
tant dans Constantinople qu'à Andrinople er
dans d'autres Villes , plus de 20000. personnes
coupçonnées de pouvoir exciter une nouvelle revolte
; qu'on avoit publié dans la Ville une Relation
de la victoire remportée contre les Persans
, mais qu'on commençoit à douter qu'elle
fut aussi complette qu'on la croyoit d'abord ,
parcequ'on continuoit de prendre des mesures
pour faire la paix avec le Roy de Perse.
t
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Smirne
le 30. May 1731..
aprenons par
des Lettres de Constan
Ntinople que nous avons reçues depuis deux
jours , comme le G. S. s'est porté à déposer CianumGoggia
de la Commission de Capitan Pacha,.
et à l'exiler à Retrin dans l'Isle de Candie ,.
malgré tous les services qu'il avoit rendus à Sa.
Hautesse depuis qu'il étoit en place ; on dit que
la disgrace de cet Amiral procede d'une part de:
la jalousie du Grand Visir, et de l'autre du Corps :
des Jannissaires , qui ne voyoient qu'avec peine
les services importans que les Leventis avoit rendus
au nouveau G.Ş. sous les ordres de Cianum .
Coggia.
;
Les Turcs ont publié en dernier lieu qu'ils .
avoient remporté une grande victoire en Perse
cependant bien des Lettres qui sont entre les
mains des Arméniens assurent le contraire , et.
marquent que les Persans continuent à repren
dre toutes les Places que les Turcs leur avoient
enlevées. Quoy-qu'll en soit , le G. S. fait lever
des Troupes par tout , pour les faire passer , à.
ce qu'on dit , en Perse ; mais les politiques pen
2 :
sent
JUILLET.
1731 1803
sent que la Cour Ottomane est d'accord avec
les Persans , et que l'Armée du G. S. pourroit
bien marcher ou contre les Moscovites , ou
contre les Imperiaux.
NOUVELLES DE PERSE , venuër
à Constantinople le 7. May 1731. Lettre
écrite de cette Ville le 15. du même
mois.
E Grand Vizir a reçu des Lettres de Perse
Lpar lesquelles onlui marque que Schah Tha
93
mas , qui avoit entrepris le Siege de Tauris
avoit été défait devant cette Place par les Trou
pes du G. S. Les particularitez que l'on rappor
te de cet événement sont , qu'Ali Pacha , Gou
verneur de Tauris , se voyant pressé par les
Assiegeants , avoit si bien ranimé le courage
des Assiegez par ses exhortations , à se retirer .
de l'espece de Prison où les ennemis les retenoient
dans l'enceinte de cette Ville , qu'étant
sorti à la tête de toute sa garnison , il étoit tombé
avec tant de furie sur les Persans , tandis que
d'un autre côté Rustan-Pacha , qui tenoit la
Campagne avec 4. ou sooo . hommes , étoit
aussi venu fondre sur eux , que l'armée Persa --~
ne avoit été mise en déroute ; que les Turcs
avoient fait un grand carnage ; et beaucoup de Prisonniers,
parmi lesquels il s'étoit trouvé quinze
Kans , ou Seigneurs , qu'on amenoit enchaînez al
Constantinople , et que cet echec avoit si fort dé !
rangé les affaires du Roy de Perse , qu'il s'étoit
déterminé à envoyer un Ambassadeur au Sul--
tan pour traiter d'une paix solide avec sa Hay--
H vj On
tesse.
1804
MERCURE
DE FRANCE
On ajoûte une circonstance au sujet de Rustan-
Pacha qui merite d'autant plus d'être ra
portée , qu'elle paroît n'avoir pas peu contribué
à la victoire que les Turcs viennent de
remporter.
Lorsque Patrona Mousloub , et les autres
Chefs de la grande Révolution , étoient tout
Puissans à Constantinople , ils y firent venir de
Bosnie ce même Rustan-Pacha, ils obtinrent qu'il
fut fait Visir à trois queues , et envoyé Seraskier
de l'Armée en Perse ; mais quelque tems
´aprés le massacre de ces Rebelles , la Porte envoya
un Capigi - Bachi à Rustan , pour lui demander
sa tête : ce Pacha au lieu d'obeir fit
arrêter le Capigi Bachi , et lui dit qu'à la vérité
le G. S. étoit le Maître de disposer de sa tête
mais que jugeant qu'il seroit plus utile et plus
honorable sa Hautesse , qu'il la perdit à son
service , il alloit chercher les occasions de la lui
sacrifier glorieusement , en combattant contre
les ennemis de l'Empire , ce qui a heureusement
reussi.
Es Lettres de Constantinople confirment
la Bataille donnée dans la Grande Armenie ,
entre les Persans et les Turcs , les premiers
avoient une armée plus nombreuse que les derniers
, mais ceux - cy ayant appris que leurs ennemis
venoient de recevoir plusieurs pieces d'Artillerie
, et qu'ils se preparoient à les venir atta
quer jugerent à propos de les prévenir : ce qu'ils
rent , si à l'improviste et avec tant de succès
qu'ils n'eurent pas beaucoup de peine à les renverser
JUILLET. 173г. 18ot
Werser , et à les obliger de passer la Riviere
d'Erach , où un nombre de Persans ont été noyés, -
cependant on ajoûte que ces derniers se rassembloient
de l'autre côté de cette Riviere pour tenter
une seconde Bataille : ce qui fait juger que
leur perte n'est pas aussi grande que les Turcs
l'ont publiée.
Ces Lettres ajoûtent qu'il y avoit souvent des
querelles entre les Janissaires et les Soldats de la
Marine que la charge de Capitan Pacha done
Cianum - Coggia avoit été revêtu par le nouveau
Sultan , avoit aussi été donnée depuis peur
au Pacha de Rettimo , et que le Mufti avoit été
deposé ; que le Pacha qui a gagné la derniere
Bataille en Perse , avoit renvoyé plusieurs Persans
prisonniers de guerre aprés leur avoir fait
couper le nez et les oreilles en représailles d'un
pareil traitement que le Roy de Perse fit l'année
derniere à quelques Tures qui étoient tombés.
entre ses mains Ces Lettres ne confirment point
que le Roy de Perse ait été noyé ; on assure
au contraire que ce Prince avoit rassemblé leg
restes de son Armée , et qu'il attendoit un renfort
considerable de troupes que le Grand Mogol
devoit lui envoyer.
On a appris par d'autres Lettres , que le Patriarche
des Grecs avoit été déposé pour avoir
voulu introduire des nouveautés dans les Eglises
de sa Communion.
Des Lettres d'Italie portent qu'on avoit veu ,
au commencement du mois dernier , la Flotte
du Grand Seigneur , à l'entrée du Golfe Adriatique.
Les dernieres Nouvelles venues par l'Italie ,
portent que depuis la révolution qui a mis le
nouveau Sultan sur le Tròne , on avoit fait perir
Hv tant
1802 MERCURE DE FRANCE
tant dans Constantinople qu'à Andrinople er
dans d'autres Villes , plus de 20000. personnes
coupçonnées de pouvoir exciter une nouvelle revolte
; qu'on avoit publié dans la Ville une Relation
de la victoire remportée contre les Persans
, mais qu'on commençoit à douter qu'elle
fut aussi complette qu'on la croyoit d'abord ,
parcequ'on continuoit de prendre des mesures
pour faire la paix avec le Roy de Perse.
t
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Smirne
le 30. May 1731..
aprenons par
des Lettres de Constan
Ntinople que nous avons reçues depuis deux
jours , comme le G. S. s'est porté à déposer CianumGoggia
de la Commission de Capitan Pacha,.
et à l'exiler à Retrin dans l'Isle de Candie ,.
malgré tous les services qu'il avoit rendus à Sa.
Hautesse depuis qu'il étoit en place ; on dit que
la disgrace de cet Amiral procede d'une part de:
la jalousie du Grand Visir, et de l'autre du Corps :
des Jannissaires , qui ne voyoient qu'avec peine
les services importans que les Leventis avoit rendus
au nouveau G.Ş. sous les ordres de Cianum .
Coggia.
;
Les Turcs ont publié en dernier lieu qu'ils .
avoient remporté une grande victoire en Perse
cependant bien des Lettres qui sont entre les
mains des Arméniens assurent le contraire , et.
marquent que les Persans continuent à repren
dre toutes les Places que les Turcs leur avoient
enlevées. Quoy-qu'll en soit , le G. S. fait lever
des Troupes par tout , pour les faire passer , à.
ce qu'on dit , en Perse ; mais les politiques pen
2 :
sent
JUILLET.
1731 1803
sent que la Cour Ottomane est d'accord avec
les Persans , et que l'Armée du G. S. pourroit
bien marcher ou contre les Moscovites , ou
contre les Imperiaux.
NOUVELLES DE PERSE , venuër
à Constantinople le 7. May 1731. Lettre
écrite de cette Ville le 15. du même
mois.
E Grand Vizir a reçu des Lettres de Perse
Lpar lesquelles onlui marque que Schah Tha
93
mas , qui avoit entrepris le Siege de Tauris
avoit été défait devant cette Place par les Trou
pes du G. S. Les particularitez que l'on rappor
te de cet événement sont , qu'Ali Pacha , Gou
verneur de Tauris , se voyant pressé par les
Assiegeants , avoit si bien ranimé le courage
des Assiegez par ses exhortations , à se retirer .
de l'espece de Prison où les ennemis les retenoient
dans l'enceinte de cette Ville , qu'étant
sorti à la tête de toute sa garnison , il étoit tombé
avec tant de furie sur les Persans , tandis que
d'un autre côté Rustan-Pacha , qui tenoit la
Campagne avec 4. ou sooo . hommes , étoit
aussi venu fondre sur eux , que l'armée Persa --~
ne avoit été mise en déroute ; que les Turcs
avoient fait un grand carnage ; et beaucoup de Prisonniers,
parmi lesquels il s'étoit trouvé quinze
Kans , ou Seigneurs , qu'on amenoit enchaînez al
Constantinople , et que cet echec avoit si fort dé !
rangé les affaires du Roy de Perse , qu'il s'étoit
déterminé à envoyer un Ambassadeur au Sul--
tan pour traiter d'une paix solide avec sa Hay--
H vj On
tesse.
1804
MERCURE
DE FRANCE
On ajoûte une circonstance au sujet de Rustan-
Pacha qui merite d'autant plus d'être ra
portée , qu'elle paroît n'avoir pas peu contribué
à la victoire que les Turcs viennent de
remporter.
Lorsque Patrona Mousloub , et les autres
Chefs de la grande Révolution , étoient tout
Puissans à Constantinople , ils y firent venir de
Bosnie ce même Rustan-Pacha, ils obtinrent qu'il
fut fait Visir à trois queues , et envoyé Seraskier
de l'Armée en Perse ; mais quelque tems
´aprés le massacre de ces Rebelles , la Porte envoya
un Capigi - Bachi à Rustan , pour lui demander
sa tête : ce Pacha au lieu d'obeir fit
arrêter le Capigi Bachi , et lui dit qu'à la vérité
le G. S. étoit le Maître de disposer de sa tête
mais que jugeant qu'il seroit plus utile et plus
honorable sa Hautesse , qu'il la perdit à son
service , il alloit chercher les occasions de la lui
sacrifier glorieusement , en combattant contre
les ennemis de l'Empire , ce qui a heureusement
reussi.
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Résumé : TURQUIE ET PERSE.
Au début du XVIIIe siècle, des conflits militaires et politiques ont opposé la Turquie et la Perse. En juillet 1730, une bataille en Grande Arménie a vu les Turcs, bien que moins nombreux, surprendre les Persans et les repousser au-delà de la rivière d'Erach, causant de lourdes pertes parmi les Persans. Cependant, ces derniers se préparaient à une contre-attaque, indiquant que leurs pertes n'étaient pas aussi sévères que les Turcs l'avaient annoncé. Des tensions internes au sein de l'armée turque ont été rapportées, notamment entre les Janissaires et les soldats de la marine. Le Capitain Pacha Cianum-Coggia a été démis de ses fonctions et exilé, et le Mufti a également été déposé. Les Turcs ont libéré des prisonniers persans après les avoir mutilés en représailles de traitements similaires subis par des Turcs l'année précédente. Le texte dément la rumeur selon laquelle le roi de Perse aurait été noyé et rapporte qu'il rassemble ses forces pour une nouvelle offensive, attendant des renforts du Grand Mogol. En Turquie, le patriarche des Grecs a été déposé pour avoir introduit des innovations dans les églises de sa communion. En Italie, la flotte ottomane a été signalée dans le golfe Adriatique. À Constantinople et Andrinople, des purges massives ont suivi l'accession au trône du nouveau sultan, avec plus de 20 000 personnes exécutées pour prévenir une rébellion. En Perse, le Grand Vizir a appris la défaite du Shah Tahmasp devant Tauris, grâce à l'intervention d'Ali Pacha et de Rustan-Pacha. Cette victoire a conduit à l'envoi d'un ambassadeur persan pour négocier la paix avec le sultan ottoman. Rustan-Pacha, qui avait refusé de se soumettre à un ordre d'exécution, a joué un rôle crucial dans cette victoire.
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744
p. 1804-1805
RUSSIE.
Début :
Les corps de Czar Pierre I. et de la Czarine son Epouse, qui étoient restés en dépôt dans [...]
Mots clefs :
Tsar, Tsarine
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texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
>
de Czar Pierre I. et de la Czarine
corps
son Epouse , qui étoient restés en dépôt dans
PEglise de S. Pierre et de S. Paul , furent inhumés
dans le Tombeau qu'on a construit pour
eux dans la même Eglise. Cette Ceremonie se
fit avec beaucoup de Pompe , et au bruit d'une
Salve de 51. pieces de Canon.
On mande de Moscou qu'il avoit été resolu
dans le dernier Conseil de Guerre d'entretenir
toujours 180000. hommes de Trouppes reglées ,
sans compter les Tartares et les Cosaques ,, et
que
JUILLET. 1731. 180
que le Comte Potozki ' y étoit arrivé de la part
du Roy de Pologne , avec le Cordon de l'Ordre
de l'Aigle blanc pour la Czarine.
>
de Czar Pierre I. et de la Czarine
corps
son Epouse , qui étoient restés en dépôt dans
PEglise de S. Pierre et de S. Paul , furent inhumés
dans le Tombeau qu'on a construit pour
eux dans la même Eglise. Cette Ceremonie se
fit avec beaucoup de Pompe , et au bruit d'une
Salve de 51. pieces de Canon.
On mande de Moscou qu'il avoit été resolu
dans le dernier Conseil de Guerre d'entretenir
toujours 180000. hommes de Trouppes reglées ,
sans compter les Tartares et les Cosaques ,, et
que
JUILLET. 1731. 180
que le Comte Potozki ' y étoit arrivé de la part
du Roy de Pologne , avec le Cordon de l'Ordre
de l'Aigle blanc pour la Czarine.
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Résumé : RUSSIE.
En juillet 1731, les corps du Czar Pierre I et de la Czarine ont été inhumés dans un tombeau à l'église de Saint-Pierre-et-Saint-Paul. La cérémonie a été marquée par une salve de 51 coups de canon. Moscou a décidé de maintenir une armée régulière de 180 000 hommes. Le Comte Potozki a apporté l'Ordre de l'Aigle blanc pour la Czarine.
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745
p. 1805-1806
ALLEMAGNE.
Début :
L'Ambassadeur Turc eut le 11. Juin Audience du Prince Eugene à Vienne; il fut complimenté [...]
Mots clefs :
Ambassadeur turc, Audience, Maréchal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
A-L LE MAGNE.
'Ambassadeur Turc eut le 11. Juin Audience
du Prince Eugene à Vienne; il fut complimen
ré et reçu par quatre Officiers de la Chancellerie
de Guerre , et introduit ensuite dans la Salle
d'Audience par M. Penckler , Secretaire des
Langues Orientales ; le P. Eugene de Savoye
étoit assis dans un Fauteuil , la tête couverte , et
ayant à sa droite le Maréchal Comte de Konigseg,
Vice-President du Conseil de Guerre , tous
les Membres du même Conseil , plusieurs Ministres
, tant Etrangers que de la Cour , et toute
la Géneralité. Dès que l'Ambassadeur eut apperçû
le Prince , il lui fit trois reverences - consecutives
à la maniere Turque , tenant la main au
Turban , et baissant la tête S. A. S. se leva ,
et mettant la main au Chapeau , elle lui fit figne
de se mettre dans un Fauteuil qu'on lui avoit
préparé , ce qu'il fit ; et aprés avoir exposé au
Prince le sujet de son Ambassade , il lui remit
debout une Lettre du G. V. que S. A. S. reçut
et la tête découverte. Le Prince s'entretint ensuite
Ïe quelque temps avec l'Ambassadeur par moyen
de M. Penkler , qui servit d'interprete : aprés
quoy ce Ministre fut congedié avec les Ceremo
nies accoutumées . Dez qu'il fut hors de la Salle
d'audience , quelques Officiers de sa suite le prirent
sous les bras , et le porterent jusqu'au Ca→
rossc.
Le 28. du mois dernier , le fils aîné de l'Envoyé
du Duc de Lorraine reçut au nom de ce
Prince
856 MERCURE DE FRANCE
Prince l'investiture de la Principauté de Teschen
en Silesie , dont l'Empereur lui a fait don il y a
quelques années.
Sur la fin du mois dernier , Mustapha Effendi ,
Ambassadeur de la Porte Othomane , eut à Vienne
Audience de l'Empereur , et lui présenta la
Lettre du Grand Seigneur , S M. I. le reçut de-
Bout , et lui présenta sa main à baiser ; mais il se
contenta de baiser le bord de la manche de S.
M. I. ainsi que cela se pratique en Turquie auprés
du G. S.
On écrit de Wolfembutel que le Duc regnant
avoit approuvé dans toutes ses parties le Traité
conclu entre le feu Duc son frere et la Couronne
d'Angleterre , et que S. A. S. avoit aussi renouvellé
le Traité de Confédération héréditaire entre
les Maisons de Brunswick- Hanover et de Brunswick-
Wolfembutel .
né
Le Roy de Pologne , Electeur de Saxe, a ordonque
les nouvelles- Maisons qu'on a bâties à
Dresde, soit dans la Ville ou dans les Fauxbourgs,
seront pour le moins de trois Etages , et qu'elles
ne pourront être construites que sur un Plan ,
dressé par un Ingenieur , et approuvé par le Roy..
On ne peut trop louer l'attention que les Souverains
, les Ministres et les Magistrats , ont pour la
décoration des grandes Villes . Leurs contemporains
et leur posterité chantent également leurs
louanges sur tout quand quelque utilité se joint.
à l'agrément.
'Ambassadeur Turc eut le 11. Juin Audience
du Prince Eugene à Vienne; il fut complimen
ré et reçu par quatre Officiers de la Chancellerie
de Guerre , et introduit ensuite dans la Salle
d'Audience par M. Penckler , Secretaire des
Langues Orientales ; le P. Eugene de Savoye
étoit assis dans un Fauteuil , la tête couverte , et
ayant à sa droite le Maréchal Comte de Konigseg,
Vice-President du Conseil de Guerre , tous
les Membres du même Conseil , plusieurs Ministres
, tant Etrangers que de la Cour , et toute
la Géneralité. Dès que l'Ambassadeur eut apperçû
le Prince , il lui fit trois reverences - consecutives
à la maniere Turque , tenant la main au
Turban , et baissant la tête S. A. S. se leva ,
et mettant la main au Chapeau , elle lui fit figne
de se mettre dans un Fauteuil qu'on lui avoit
préparé , ce qu'il fit ; et aprés avoir exposé au
Prince le sujet de son Ambassade , il lui remit
debout une Lettre du G. V. que S. A. S. reçut
et la tête découverte. Le Prince s'entretint ensuite
Ïe quelque temps avec l'Ambassadeur par moyen
de M. Penkler , qui servit d'interprete : aprés
quoy ce Ministre fut congedié avec les Ceremo
nies accoutumées . Dez qu'il fut hors de la Salle
d'audience , quelques Officiers de sa suite le prirent
sous les bras , et le porterent jusqu'au Ca→
rossc.
Le 28. du mois dernier , le fils aîné de l'Envoyé
du Duc de Lorraine reçut au nom de ce
Prince
856 MERCURE DE FRANCE
Prince l'investiture de la Principauté de Teschen
en Silesie , dont l'Empereur lui a fait don il y a
quelques années.
Sur la fin du mois dernier , Mustapha Effendi ,
Ambassadeur de la Porte Othomane , eut à Vienne
Audience de l'Empereur , et lui présenta la
Lettre du Grand Seigneur , S M. I. le reçut de-
Bout , et lui présenta sa main à baiser ; mais il se
contenta de baiser le bord de la manche de S.
M. I. ainsi que cela se pratique en Turquie auprés
du G. S.
On écrit de Wolfembutel que le Duc regnant
avoit approuvé dans toutes ses parties le Traité
conclu entre le feu Duc son frere et la Couronne
d'Angleterre , et que S. A. S. avoit aussi renouvellé
le Traité de Confédération héréditaire entre
les Maisons de Brunswick- Hanover et de Brunswick-
Wolfembutel .
né
Le Roy de Pologne , Electeur de Saxe, a ordonque
les nouvelles- Maisons qu'on a bâties à
Dresde, soit dans la Ville ou dans les Fauxbourgs,
seront pour le moins de trois Etages , et qu'elles
ne pourront être construites que sur un Plan ,
dressé par un Ingenieur , et approuvé par le Roy..
On ne peut trop louer l'attention que les Souverains
, les Ministres et les Magistrats , ont pour la
décoration des grandes Villes . Leurs contemporains
et leur posterité chantent également leurs
louanges sur tout quand quelque utilité se joint.
à l'agrément.
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Résumé : ALLEMAGNE.
Le 11 juin, l'ambassadeur turc fut reçu par le prince Eugène à Vienne. Accompagné par quatre officiers et introduit par M. Penckler, il remit une lettre du Grand Seigneur. L'entretien se déroula via l'interprète M. Penckler. Le 28 mai, le fils aîné de l'envoyé du duc de Lorraine reçut l'investiture de la principauté de Teschen en Silésie. À la fin du mois précédent, Mustapha Effendi, ambassadeur ottoman, eut audience avec l'empereur à Vienne et présenta une lettre du Grand Seigneur. Le duc de Wolfenbüttel approuva un traité avec la couronne d'Angleterre et renouvela un traité de confédération héréditaire. Le roi de Pologne, électeur de Saxe, ordonna que les nouvelles maisons à Dresde aient au moins trois étages et soient construites selon un plan approuvé par un ingénieur. Les souverains, ministres et magistrats sont loués pour leur attention à la décoration des grandes villes, combinant utilité et agrément.
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746
p. 1809
ESPAGNE.
Début :
Sept Vaisseaux de Guerre, construits dans la Biscaye, dont l'un est percé pour 112 Canons, [...]
Mots clefs :
Vaisseaux de guerre, Gênes, Marchandises
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
Ept Vaisseaux de Guerre , construits dans la
Biscaye, dont l'un est percé pour 112 Canons,
deux autres de 78 pieces , deux de 64. et deux de
60. sont attendus à Cadix .
Les Vaisseaux de la Compagnie des Caraques
ont pris plusieurs Vaisseaux étrangers qui faisoient
la contre- bande le long de la côte de la
nouvelle Espagne , et qui avoient pour plus de 14
cens milles Piastres de Marchandises .
La Mine d'or découverte il y a quelque temps ,
près de Talavera , dans la nouvelle Castille, est si
abondante , qu'on y trouve des pieces d'or pur
sans mélange d'aucune autre matiere. Comme on
se flate de titer de grands profits de cette Mine, on
a ordonné d'y faire construire divers bâtimens
pour la commodité des ouvriers.
On a apris par la voye de Génes qu'on avoit
achevé la Ligne qui ôte toute communication de
Gibraltar avec l'Andalousie , que des trois Forts
qu'on a construits pour la défense de cette ligne
l'un dominoit la Baye des Alghesirs du côté
du Ponant , où est la Ville de Gibraltar; que l'au
tre étoit au centre et pouvoit battre la Ville et le
Port , et que le troisiéme qui est du côté du Levant
, n'étoit pas encore achevé , mais qu'il y
avoit déja de parfait un épaulement de plus de
3c0c toises ; qu'on devoit mettre 238 pieces de
Canon sur ces trois Forts, sans compter ceux qui
sont.près des Redoutes le long de la ligne ..
Ept Vaisseaux de Guerre , construits dans la
Biscaye, dont l'un est percé pour 112 Canons,
deux autres de 78 pieces , deux de 64. et deux de
60. sont attendus à Cadix .
Les Vaisseaux de la Compagnie des Caraques
ont pris plusieurs Vaisseaux étrangers qui faisoient
la contre- bande le long de la côte de la
nouvelle Espagne , et qui avoient pour plus de 14
cens milles Piastres de Marchandises .
La Mine d'or découverte il y a quelque temps ,
près de Talavera , dans la nouvelle Castille, est si
abondante , qu'on y trouve des pieces d'or pur
sans mélange d'aucune autre matiere. Comme on
se flate de titer de grands profits de cette Mine, on
a ordonné d'y faire construire divers bâtimens
pour la commodité des ouvriers.
On a apris par la voye de Génes qu'on avoit
achevé la Ligne qui ôte toute communication de
Gibraltar avec l'Andalousie , que des trois Forts
qu'on a construits pour la défense de cette ligne
l'un dominoit la Baye des Alghesirs du côté
du Ponant , où est la Ville de Gibraltar; que l'au
tre étoit au centre et pouvoit battre la Ville et le
Port , et que le troisiéme qui est du côté du Levant
, n'étoit pas encore achevé , mais qu'il y
avoit déja de parfait un épaulement de plus de
3c0c toises ; qu'on devoit mettre 238 pieces de
Canon sur ces trois Forts, sans compter ceux qui
sont.près des Redoutes le long de la ligne ..
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Résumé : ESPAGNE.
Le texte évoque plusieurs développements en Espagne. Cinq vaisseaux de guerre, construits en Biscaye et armés de 112, 78, 64 et 60 canons, sont attendus à Cadix. La Compagnie des Caraques a capturé des vaisseaux étrangers pratiquant la contrebande le long de la côte de la Nouvelle-Espagne, transportant des marchandises d'une valeur supérieure à 140 000 piastres. Une mine d'or découverte près de Talavera, en Nouvelle-Castille, s'est révélée extrêmement riche, produisant des pièces d'or pur. Des bâtiments sont en construction pour faciliter le travail des mineurs et maximiser les profits. Par ailleurs, une ligne de défense a été achevée à Gibraltar pour couper toute communication avec l'Andalousie. Trois forts ont été construits le long de cette ligne, équipés de 238 pièces de canon supplémentaires.
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747
p. 1812-1813
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Sur la fin du mois dernier, le feu prit à un Arbre du Parc de S. Jame, qui brûla en presence [...]
Mots clefs :
Vice-amiral, Compagnie des Indes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE - BRETAGNE.
Ur la fin du mois dernier , le feu prit à un
SAA
rbre du Parc de S. Jame, qui brûla en presence
d'un grand nombre de personnes , sans qu'on
put sçavoir d'où cet accident provenoit.
On publia le 26. du même mois à Londres
une proclamation qui deffend auxSujets du Roy,
de donner ou fournir aucune assistance aux Ha
bitans de l'Isle de Corse révoltés contre la Republique
de Genes , sous peine d'encourir la haute
disgrace de S. M. et d'être punis comme
des personnes qui violent volontairement les
Traités , et la Paix qui subsiste entre le Roy et
les Etats ou Princes Etrangers.
Les Directeurs de la Compagnie des Indes
Orientales , ont appris qu'il y avoit dans le détroit
de la Sonde 4. Fregates Hollandoises de
40. Canons chacune , qui croisoient pour intercepter
le Vaisseau de la Compagnie d'Ostende
qui est encore aux Indes Orientales , où il a
pris Pavillon du Roy de Prusse.
Les Lettres qu'on a reçues de divers endroits
des Indes Occidentales , confirment qu'il y a
dans ce Pays- là une secheresse extraordinaire ,
particulierement à Antegoa , où un sceau d'eau
s'est
JUILLET. 1731 1813
s'est vendu quatre Chelins et huit sols Stelins,
Le Vice -Amiral Charles Wager arriva le 13 .
de ce mois aux Dunes pour prendre le commandement
de l'Escadre qui est actuellement
composée de 18. Vaisseaux de Guerre , dont
il y en a un de 90. Pieces de Canon , trois de
80 , six de 70 , quatre de 60. trois de so . et un
dé 40. Le bruit court qu'outre , cette Escadre ,
on en équipera encore une de 13. à 14. Vaisseaux
de Guerre , et qu'elle sera commandée
par le Chevalier George Walton .
T
Le Comte de Dagenfeldt , Ministre Plenipo
tentiaire du Roy de Prusse , eut le 2. de ce
mois Audience particuliere du Roy et de la Reine
, ausquels il donna. part de la mort du Margrave
Albert de Brandebourg. Le 13. il eut Audience
du Prince de Galles et du Duc de Cumberland.
Le Duc de Wharton , qui est mort dans un
Convent prés de Barcelone , où il s'étoit retiré
depuis quelques mois , avoit laissé à Londres
un Testament dont on a fait l'ouverture. Il y
nomme pour ses exécuteurs le Comte d'Orrery ,
le Chevalier Charles Musgrave , et M. Charles
Coesar , ausquels il laisse aussi ses biens à partager,
à la charge de payer à la Duchesse sa veuve
1200. liv. Sterl . de pension , sa vie durant, ou
10000. liv . St, une fois payée à son choix
mais comme les biens de ce Duc avoient été
confisqués , et qu'il étoit proscrit par Acte du
Parlement , S. M. a disposé des biens qu'il laisse
par sa mort , en faveur de My Lady Lucie et
de My Lady Jeanne Wharton , ses deux soeurs.
Ur la fin du mois dernier , le feu prit à un
SAA
rbre du Parc de S. Jame, qui brûla en presence
d'un grand nombre de personnes , sans qu'on
put sçavoir d'où cet accident provenoit.
On publia le 26. du même mois à Londres
une proclamation qui deffend auxSujets du Roy,
de donner ou fournir aucune assistance aux Ha
bitans de l'Isle de Corse révoltés contre la Republique
de Genes , sous peine d'encourir la haute
disgrace de S. M. et d'être punis comme
des personnes qui violent volontairement les
Traités , et la Paix qui subsiste entre le Roy et
les Etats ou Princes Etrangers.
Les Directeurs de la Compagnie des Indes
Orientales , ont appris qu'il y avoit dans le détroit
de la Sonde 4. Fregates Hollandoises de
40. Canons chacune , qui croisoient pour intercepter
le Vaisseau de la Compagnie d'Ostende
qui est encore aux Indes Orientales , où il a
pris Pavillon du Roy de Prusse.
Les Lettres qu'on a reçues de divers endroits
des Indes Occidentales , confirment qu'il y a
dans ce Pays- là une secheresse extraordinaire ,
particulierement à Antegoa , où un sceau d'eau
s'est
JUILLET. 1731 1813
s'est vendu quatre Chelins et huit sols Stelins,
Le Vice -Amiral Charles Wager arriva le 13 .
de ce mois aux Dunes pour prendre le commandement
de l'Escadre qui est actuellement
composée de 18. Vaisseaux de Guerre , dont
il y en a un de 90. Pieces de Canon , trois de
80 , six de 70 , quatre de 60. trois de so . et un
dé 40. Le bruit court qu'outre , cette Escadre ,
on en équipera encore une de 13. à 14. Vaisseaux
de Guerre , et qu'elle sera commandée
par le Chevalier George Walton .
T
Le Comte de Dagenfeldt , Ministre Plenipo
tentiaire du Roy de Prusse , eut le 2. de ce
mois Audience particuliere du Roy et de la Reine
, ausquels il donna. part de la mort du Margrave
Albert de Brandebourg. Le 13. il eut Audience
du Prince de Galles et du Duc de Cumberland.
Le Duc de Wharton , qui est mort dans un
Convent prés de Barcelone , où il s'étoit retiré
depuis quelques mois , avoit laissé à Londres
un Testament dont on a fait l'ouverture. Il y
nomme pour ses exécuteurs le Comte d'Orrery ,
le Chevalier Charles Musgrave , et M. Charles
Coesar , ausquels il laisse aussi ses biens à partager,
à la charge de payer à la Duchesse sa veuve
1200. liv. Sterl . de pension , sa vie durant, ou
10000. liv . St, une fois payée à son choix
mais comme les biens de ce Duc avoient été
confisqués , et qu'il étoit proscrit par Acte du
Parlement , S. M. a disposé des biens qu'il laisse
par sa mort , en faveur de My Lady Lucie et
de My Lady Jeanne Wharton , ses deux soeurs.
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
En Grande-Bretagne, un incendie a détruit un arbre dans le Parc de Saint James à la fin du mois dernier, sans que l'origine soit identifiée. Le 26 du même mois, une proclamation à Londres a interdit aux sujets du roi de soutenir les habitants de l'île de Corse révoltés contre la République de Gênes, sous peine de sanctions sévères. Les Directeurs de la Compagnie des Indes Orientales ont signalé la présence de quatre frégates hollandaises dans le détroit de la Sonde, visant à intercepter un vaisseau de la Compagnie d'Ostende. Des lettres des Indes Occidentales ont rapporté une sécheresse exceptionnelle, notamment à Antigua, où un sceau d'eau s'est vendu à un prix élevé. Le Vice-Amiral Charles Wager a pris le commandement d'une escadre de 18 vaisseaux de guerre le 13 juillet. Le Comte de Dagenfeldt, Ministre Plénipotentiaire du Roi de Prusse, a annoncé la mort du Margrave Albert de Brandebourg lors d'audiences avec le Roi, la Reine, le Prince de Galles et le Duc de Cumberland. Le Duc de Wharton, décédé dans un couvent près de Barcelone, a laissé un testament nommant ses exécuteurs testamentaires et distribuant ses biens, bien que ceux-ci aient été confisqués et qu'il ait été proscrit par un acte du Parlement. La reine a disposé des biens du Duc en faveur de ses deux sœurs, My Lady Lucie et My Lady Jeanne Wharton.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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748
p. 1884-1892
EXTRAIT d'une Lettre contenant une Relation de la défaite des Renards, Nation Sauvage, située au haut du Fleuve Mississipy, par les François de la Loüisiane et du Canada, au mois de Septembre 1730.
Début :
Les Renards, unis avec les Maskoutins et les Quikapons, faisoient depuis [...]
Mots clefs :
Renards, Défaite, Guerre, Sauvages Illinois, Détachements, Armes, Officiers français, Prisonniers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre contenant une Relation de la défaite des Renards, Nation Sauvage, située au haut du Fleuve Mississipy, par les François de la Loüisiane et du Canada, au mois de Septembre 1730.
EXTRAIT d'une Lettre contenant une
Relation de la défaite des Renards , Nation
Sauvage , située au baut du Fleuve
Mississipy , parles François de la Loüisiane
et du Canada , au mois de Septembre
1730 .
L
Es Renards , unis avec les Maskoutins
et les Quikapons, faisoient depuis
environ dix ans une Guerre ouverte aux
François et aux Sauvages Illinois . Ils
surprenoient et attaquoient nos détachements
A O UST. 1731.
1885
ments , ils enlevoient nos Voyageurs qui
se trouvoient en petit nombre , et ils
venoient même nous inquiéter jusques
dans nos habitations où nous ne pouvions
cultiver nos Terres que les Armes à la
main. On avoit tenté plusieurs fois de
les détruire ; mais le défaut de concert
entre les Officiers François qui commandoient
dans les postes avancés , se trouvant
joint à l'interest , et à la mauvaise
volonté de quelques-uns , avoient toujours
fait échouer les entreprises qui
avoient été formées en éxecution des Ordres
de la Cour. Un Evenement a enfin
causé la désunion de ces Sauvages et la
perte des Renards.
Au mois d'Octobre de l'année 1728.
un parti de Quikapons et de Maskoutins
arrêta sur le Mississipy dix - sept François
qui descendoient des Sioux aux Illinois.
Ces Sauvages délibererent. d'abord s'ils
brûleroient leurs Prisonniers ou s'ils
les remettroient entre les mains des Renards
; mais le Pere Guignas , Missionnaire
Jesuite , qui étoit du nombre de
çes François , leur fit comprendre qu'ils
avoient interêt de bien conserver leurs
Prisonniers , et il gagna tellement leur
confiance qu'il parvint ensuite à les déta
C cher
18 MERCURE DE FRANCE
cher des Renards, et à les porter à nous
demander la Paix.
Au bout de cinq mois de captivité ;
il vint lui même avec leurs députés auFort
de Chartres , Poste François , au Pays
des Illinois , où cette Paix fut concluë à
la satisfaction de ces Nations.
Les Renards déconcertés et fort affoi
blis par cette division , resolurent de se
refugier chez les Iroquois , alliez des Anglois
; en passant par le Pays des Onya
tanous , les Quikapons et Maskoutins qui
penétrerent leur dessein , en donnerent
avis dans tous les Postes François de la
Louisianne et du Canada ; mais on douta
de leur bonne foy , et M. de S. Ange
Officier commandant au Fort de Chartres
, ne put jamais déterminer les habitans
François à se mettre en Campagne!
Cependant les Illinois du Village des
Cahokias , vinrent au mois de Juillet
130. nous apprendre que les Renards
avoient fait des Prisonniers sur eux , ea
brûlé le fils de leur grand Chef auprès
du Rocher , sur la Riviere des Illinois
Ces nouvelles jointes à des avis que nous
avions reçus d'ailleurs , engagerent à
aller chercher l'ennemi, Nos Sauvages
animez à vanger leur sang, furent bientôt
en Campagne; M. de S. Ange se mit en
marche à la tête de tout ce qu'il put
rassembler de François , er le 10. d'Aoust
ceux-ci ayant joint 3 : à 400. Sauvages qui
les avoient devancés de quelques jours ,
notre petite Armée se trouva forte de 500.
hommes. Les Quikapons , Maskoutins et
Illinois du Rocher , s'étoient rendus maitres
des passages du côté du Nord Est
ce qui détermina ces Renards à construire
un Fort à une lieüe au dessous d'eux ,
pour se mettre à couvert de leurs insultes.
>
Le 12. nous eûmes des nouvelles des
Ennemis par un de nos Coureurs . Il
nous apprit où étoit leur Fort , et nous
dit qu'il y avoit compté cent onze Cabanes.
Nous n'en étions éloignés que
de deux ou trois journées ; nous conti
nuâmes notre marche par des Pays
couverts , et le 17. à la pointe du jour
nous vîmes la Retraite de l'Ennemi :
nous tombâmes sur un party de 40. hommes
qui sortoit pour la chasse et nous le
contraignîmes de regagner le Fort , qui
étoit un petit bouquet de bois , renfermé
de pieux , situé sur une ponte douce
qui s'elevoit du côté de l'Ouest et du
Nord- Ouest , le long d'une petite Riviere:
ensorte que du côté du Sud et du
Cij Sud
Sud- Est , on les voyoit à découvert .
Leurs Cabannes étoient fort petites et
pratiquées dans la Terre comme les Tanieres
des Renards dont ils portent le
nom .
Au bruit des premiers coups de Fusil
les Quikapons Maskoutins et Illinois
qui étoient souvent aux mains avec les
partis ennemis , et qui depuis un mois
attendoient du secours , vinrent nous
joindre au nombre de 200. hommes. On
se partagea suivant les ordres de M. de
S. Ange pour bloquer les Renards qui
ce jour- là firent deux sorties inutiles. Ôn
ouvrit la tranchée la nuit suivante , et
chacun travailla à se fortifier dans le
poste qui lui avoit été assigné.
Le 19. les Ennemis demanderent à
parler ils offrirent de rendre les Esclaves
qu'ils avoient fait autrefois sur les
Illinois , et en effet ils en renvoyerent
quelques uns '; mais comme on s'apperçut
qu'ils ne cherchoient qu'à nous amuser
dès le lendemain on recommença à tirer
sur eux .
Nous fumes joints les jours suivants
par so . à 60. François et soo . Sauvages
Poutouatamis et Sakis qui étoient sous la
conduite de M. Devilliers , Commandant
de la Riviere S, Joseph , du Gouver
nement
A O UST. 1731. 1889
nement de Canada . Il fut suivi de quel
ques Sauvages Ouyatanous et Peanguichias.
A son arrivée il y eut de nouvelles Confe
rences avec les Renards qui demanderent
la vie , les presens à la main . M. de Villiers
paroissoit tenté de la leur accorder ;
mais ses gens n'étoient pas les plus forts ,
et il ne pouvoit rien conclure sans le
consentement des François , et des Sauvages
Illinois , qui ne vouloient se prêter
à aucun accommodement.
Cependant on decouvrit que les Sakis ,
parents et alliez des Renards , traitoient
sous mains avec eux , leur fournissant
des munitions , et prenant des mesures
pour favoriser leur évasion : nos Sauva
ges qui s'en apperçurent s'ameuterent
le premier Septembre , et ils étoient sur
le point de donner sur les Sakis , lorsque
M. de S. Ange , à la tête de 100. François
, s'avança pour fermer toutes les
avenues du Fort du côté des Sakis , ce
qui y retablit le bon ordre.
Notre dessein étoit de dissimuler cette
perfidie jusqu'à l'arrivée de M. de Noyelle
, Commandant des Miamis , que nous
attendions ; mais il arriva le même jour
au Camp avec 1. François et 200. Sauvages.
Il apportoit des défenses de M. le
Ciij Gouverneur
1890 MERCURE DE FRANCE
Gouverneur du Canada de faire aucun
Traité avec les Renards.
Sur cela on tint un Conseil general ,
où les Sakis furent humiliés ; car toutes
les voix se réunirent pour la perte de
l'ennemi .
Cependant il y avoit déja plusieurs
jours que nous souffrions de la faim aussi
bien que les Renards ; nos Sauvages se
rebutoient et marquoient leur impatience.
Le 7. Septembre 200. Illinois deserterent
, et il y avoit tout à craindre de
ce mauvais exemple , qui n'eut pourtant
pas de suites ; car les Troupes de M. de
S. Ange construisoient à deux portées de
Pistolet des Renards un petit Fort qui
alloit leur couper la communication de
la Riviere , et qui paroissoit nous annoncer
une victoire complette et prochainc.
Le &. Septembre , des Tonneres terribles
et une pluye effroyable interrompirent
ros travaux , la nuit suivante fut
également pluvieuse , et outre cela trèsnoire
et très-froide ; les Renards profitant
de l'occasion sortirent de leur Fort ,
on s'en apperçut aussitôt par les cris des
enfants ; mais que faire par le tems qu'il
faisoit , il étoit impossible de se reconnoître
dans une si grande obscurité où l'on
SC
A O UST. 1731. 1898
se seroit exposé à tirer sur nos gens comme
sur l'ennemi : on ne sçavoit donc
quel party prendre ; cependant tout le
monde étoit sous les armes et les Sauvages
s'avançoient sur les deux aîles des
fuyards pour donner dessus dès que le
jour paroîtroit. Il parut enfin et chacun
se mit à les suivre ; nos Sauvages plus
frais et plus vigoureux qu'eux , les joi
gnirent bientôt.
Les Femmes , les Enfans et les Vicillards
marchoient à la tête , et les Guerriers
fermoient la marche pour les couvrir
; ils furent d'abord rempus et défaits ;
le nombre des morts et des prisonniers ,
s'est trouvé d'environ 300. Guerriers ;
Il n'est point question du nombre des.
Vieillards , des Femmes et des Enfans
qui tous ont été pris. Il ne s'est échapé
au plus que so. ou 6o, hommes qui se
sont sauvés sans Fusils er sans aucuns ustanciles
pour se procurer de quoy vivre.
Les Illinois du Rocher , les Maskoutins
et Quikapons , sont actuellement après
ce petit reste de Fuyards , et les premieres
nouvelles nous apprendront la destruction
totale de cette malheureuse Nation .
M. Perrier , Commandant General de
la Louisianne a beaucoup contribué à
sette Expédition par les bons ordres qu'il
C iiij avoit
1892 MERCURE DE FRANCE
avoit donnés à M. de S. Ange , et par le
soin qu'il avoit eu de lui envoyer environ
100. hommes , quoyqu'il eut alors un extrême
besoin de Troupes dans le bas de
la Colonie pour l'entreprise qu'il projettoit
contre les Matchez.
On donnera la Relation de la défaite de
cette derniere Nation dans le prochain Mer
cure.
Relation de la défaite des Renards , Nation
Sauvage , située au baut du Fleuve
Mississipy , parles François de la Loüisiane
et du Canada , au mois de Septembre
1730 .
L
Es Renards , unis avec les Maskoutins
et les Quikapons, faisoient depuis
environ dix ans une Guerre ouverte aux
François et aux Sauvages Illinois . Ils
surprenoient et attaquoient nos détachements
A O UST. 1731.
1885
ments , ils enlevoient nos Voyageurs qui
se trouvoient en petit nombre , et ils
venoient même nous inquiéter jusques
dans nos habitations où nous ne pouvions
cultiver nos Terres que les Armes à la
main. On avoit tenté plusieurs fois de
les détruire ; mais le défaut de concert
entre les Officiers François qui commandoient
dans les postes avancés , se trouvant
joint à l'interest , et à la mauvaise
volonté de quelques-uns , avoient toujours
fait échouer les entreprises qui
avoient été formées en éxecution des Ordres
de la Cour. Un Evenement a enfin
causé la désunion de ces Sauvages et la
perte des Renards.
Au mois d'Octobre de l'année 1728.
un parti de Quikapons et de Maskoutins
arrêta sur le Mississipy dix - sept François
qui descendoient des Sioux aux Illinois.
Ces Sauvages délibererent. d'abord s'ils
brûleroient leurs Prisonniers ou s'ils
les remettroient entre les mains des Renards
; mais le Pere Guignas , Missionnaire
Jesuite , qui étoit du nombre de
çes François , leur fit comprendre qu'ils
avoient interêt de bien conserver leurs
Prisonniers , et il gagna tellement leur
confiance qu'il parvint ensuite à les déta
C cher
18 MERCURE DE FRANCE
cher des Renards, et à les porter à nous
demander la Paix.
Au bout de cinq mois de captivité ;
il vint lui même avec leurs députés auFort
de Chartres , Poste François , au Pays
des Illinois , où cette Paix fut concluë à
la satisfaction de ces Nations.
Les Renards déconcertés et fort affoi
blis par cette division , resolurent de se
refugier chez les Iroquois , alliez des Anglois
; en passant par le Pays des Onya
tanous , les Quikapons et Maskoutins qui
penétrerent leur dessein , en donnerent
avis dans tous les Postes François de la
Louisianne et du Canada ; mais on douta
de leur bonne foy , et M. de S. Ange
Officier commandant au Fort de Chartres
, ne put jamais déterminer les habitans
François à se mettre en Campagne!
Cependant les Illinois du Village des
Cahokias , vinrent au mois de Juillet
130. nous apprendre que les Renards
avoient fait des Prisonniers sur eux , ea
brûlé le fils de leur grand Chef auprès
du Rocher , sur la Riviere des Illinois
Ces nouvelles jointes à des avis que nous
avions reçus d'ailleurs , engagerent à
aller chercher l'ennemi, Nos Sauvages
animez à vanger leur sang, furent bientôt
en Campagne; M. de S. Ange se mit en
marche à la tête de tout ce qu'il put
rassembler de François , er le 10. d'Aoust
ceux-ci ayant joint 3 : à 400. Sauvages qui
les avoient devancés de quelques jours ,
notre petite Armée se trouva forte de 500.
hommes. Les Quikapons , Maskoutins et
Illinois du Rocher , s'étoient rendus maitres
des passages du côté du Nord Est
ce qui détermina ces Renards à construire
un Fort à une lieüe au dessous d'eux ,
pour se mettre à couvert de leurs insultes.
>
Le 12. nous eûmes des nouvelles des
Ennemis par un de nos Coureurs . Il
nous apprit où étoit leur Fort , et nous
dit qu'il y avoit compté cent onze Cabanes.
Nous n'en étions éloignés que
de deux ou trois journées ; nous conti
nuâmes notre marche par des Pays
couverts , et le 17. à la pointe du jour
nous vîmes la Retraite de l'Ennemi :
nous tombâmes sur un party de 40. hommes
qui sortoit pour la chasse et nous le
contraignîmes de regagner le Fort , qui
étoit un petit bouquet de bois , renfermé
de pieux , situé sur une ponte douce
qui s'elevoit du côté de l'Ouest et du
Nord- Ouest , le long d'une petite Riviere:
ensorte que du côté du Sud et du
Cij Sud
Sud- Est , on les voyoit à découvert .
Leurs Cabannes étoient fort petites et
pratiquées dans la Terre comme les Tanieres
des Renards dont ils portent le
nom .
Au bruit des premiers coups de Fusil
les Quikapons Maskoutins et Illinois
qui étoient souvent aux mains avec les
partis ennemis , et qui depuis un mois
attendoient du secours , vinrent nous
joindre au nombre de 200. hommes. On
se partagea suivant les ordres de M. de
S. Ange pour bloquer les Renards qui
ce jour- là firent deux sorties inutiles. Ôn
ouvrit la tranchée la nuit suivante , et
chacun travailla à se fortifier dans le
poste qui lui avoit été assigné.
Le 19. les Ennemis demanderent à
parler ils offrirent de rendre les Esclaves
qu'ils avoient fait autrefois sur les
Illinois , et en effet ils en renvoyerent
quelques uns '; mais comme on s'apperçut
qu'ils ne cherchoient qu'à nous amuser
dès le lendemain on recommença à tirer
sur eux .
Nous fumes joints les jours suivants
par so . à 60. François et soo . Sauvages
Poutouatamis et Sakis qui étoient sous la
conduite de M. Devilliers , Commandant
de la Riviere S, Joseph , du Gouver
nement
A O UST. 1731. 1889
nement de Canada . Il fut suivi de quel
ques Sauvages Ouyatanous et Peanguichias.
A son arrivée il y eut de nouvelles Confe
rences avec les Renards qui demanderent
la vie , les presens à la main . M. de Villiers
paroissoit tenté de la leur accorder ;
mais ses gens n'étoient pas les plus forts ,
et il ne pouvoit rien conclure sans le
consentement des François , et des Sauvages
Illinois , qui ne vouloient se prêter
à aucun accommodement.
Cependant on decouvrit que les Sakis ,
parents et alliez des Renards , traitoient
sous mains avec eux , leur fournissant
des munitions , et prenant des mesures
pour favoriser leur évasion : nos Sauva
ges qui s'en apperçurent s'ameuterent
le premier Septembre , et ils étoient sur
le point de donner sur les Sakis , lorsque
M. de S. Ange , à la tête de 100. François
, s'avança pour fermer toutes les
avenues du Fort du côté des Sakis , ce
qui y retablit le bon ordre.
Notre dessein étoit de dissimuler cette
perfidie jusqu'à l'arrivée de M. de Noyelle
, Commandant des Miamis , que nous
attendions ; mais il arriva le même jour
au Camp avec 1. François et 200. Sauvages.
Il apportoit des défenses de M. le
Ciij Gouverneur
1890 MERCURE DE FRANCE
Gouverneur du Canada de faire aucun
Traité avec les Renards.
Sur cela on tint un Conseil general ,
où les Sakis furent humiliés ; car toutes
les voix se réunirent pour la perte de
l'ennemi .
Cependant il y avoit déja plusieurs
jours que nous souffrions de la faim aussi
bien que les Renards ; nos Sauvages se
rebutoient et marquoient leur impatience.
Le 7. Septembre 200. Illinois deserterent
, et il y avoit tout à craindre de
ce mauvais exemple , qui n'eut pourtant
pas de suites ; car les Troupes de M. de
S. Ange construisoient à deux portées de
Pistolet des Renards un petit Fort qui
alloit leur couper la communication de
la Riviere , et qui paroissoit nous annoncer
une victoire complette et prochainc.
Le &. Septembre , des Tonneres terribles
et une pluye effroyable interrompirent
ros travaux , la nuit suivante fut
également pluvieuse , et outre cela trèsnoire
et très-froide ; les Renards profitant
de l'occasion sortirent de leur Fort ,
on s'en apperçut aussitôt par les cris des
enfants ; mais que faire par le tems qu'il
faisoit , il étoit impossible de se reconnoître
dans une si grande obscurité où l'on
SC
A O UST. 1731. 1898
se seroit exposé à tirer sur nos gens comme
sur l'ennemi : on ne sçavoit donc
quel party prendre ; cependant tout le
monde étoit sous les armes et les Sauvages
s'avançoient sur les deux aîles des
fuyards pour donner dessus dès que le
jour paroîtroit. Il parut enfin et chacun
se mit à les suivre ; nos Sauvages plus
frais et plus vigoureux qu'eux , les joi
gnirent bientôt.
Les Femmes , les Enfans et les Vicillards
marchoient à la tête , et les Guerriers
fermoient la marche pour les couvrir
; ils furent d'abord rempus et défaits ;
le nombre des morts et des prisonniers ,
s'est trouvé d'environ 300. Guerriers ;
Il n'est point question du nombre des.
Vieillards , des Femmes et des Enfans
qui tous ont été pris. Il ne s'est échapé
au plus que so. ou 6o, hommes qui se
sont sauvés sans Fusils er sans aucuns ustanciles
pour se procurer de quoy vivre.
Les Illinois du Rocher , les Maskoutins
et Quikapons , sont actuellement après
ce petit reste de Fuyards , et les premieres
nouvelles nous apprendront la destruction
totale de cette malheureuse Nation .
M. Perrier , Commandant General de
la Louisianne a beaucoup contribué à
sette Expédition par les bons ordres qu'il
C iiij avoit
1892 MERCURE DE FRANCE
avoit donnés à M. de S. Ange , et par le
soin qu'il avoit eu de lui envoyer environ
100. hommes , quoyqu'il eut alors un extrême
besoin de Troupes dans le bas de
la Colonie pour l'entreprise qu'il projettoit
contre les Matchez.
On donnera la Relation de la défaite de
cette derniere Nation dans le prochain Mer
cure.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre contenant une Relation de la défaite des Renards, Nation Sauvage, située au haut du Fleuve Mississipy, par les François de la Loüisiane et du Canada, au mois de Septembre 1730.
En septembre 1730, les Renards, alliés aux Maskoutins et aux Quikapons, combattaient les Français de la Louisiane et du Canada depuis environ dix ans. Ils attaquaient les détachements français et enlevaient des voyageurs. Plusieurs tentatives de destruction des Renards avaient échoué en raison du manque de coordination entre les officiers français et des intérêts divergents. En octobre 1728, des Quikapons et des Maskoutins capturèrent dix-sept Français sur le Mississippi. Le Père Guignas, missionnaire jésuite, convainquit ces tribus de libérer les prisonniers et de demander la paix, conclue au Fort de Chartres en mars 1729. Les Renards, déconcertés, se réfugièrent chez les Iroquois, alliés des Anglais. En juillet 1730, les Illinois signalèrent des attaques des Renards, incitant les Français et leurs alliés à se mobiliser. Le 10 août 1730, une armée française de 500 hommes, incluant des Quikapons, des Maskoutins et des Illinois, se mit en marche. Ils découvrirent le fort des Renards le 17 août et commencèrent à le bloquer. Les Renards tentèrent des sorties infructueuses et demandèrent des négociations, mais les Français refusèrent. Des renforts français et des tribus alliées arrivèrent, révélant que les Sakis soutenaient secrètement les Renards. Une révolte des alliés français fut évitée grâce à M. de Saint-Ange. M. de Noyelle, commandant des Miamis, arriva avec des instructions interdisant tout traité avec les Renards. Un conseil général décida de la perte des Renards, mais les troupes françaises et alliées souffraient de la faim, et 200 Illinois désertèrent. Les troupes françaises construisirent un fort pour couper la communication des Renards avec la rivière. Une tempête permit aux Renards de fuir. Le lendemain, les alliés français les poursuivirent et les battirent, capturant femmes, enfants et vieillards, et faisant environ 300 morts ou prisonniers parmi les guerriers. Les Illinois du Rocher, les Maskoutins et les Quikapons poursuivirent les fuyards restants. M. Perrier, commandant général de la Louisiane, soutint l'expédition en envoyant des renforts à M. de Saint-Ange malgré les besoins de troupes ailleurs.
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749
p. [2002]-2006
TURQUIE ET PERSE.
Début :
Le 10. du mois de Fevrier dernier, le Roi de Perse qui avoit formé la resolution de reprendre [...]
Mots clefs :
Roi de Perse, Armée, Montagnes de la Province d'Iran, Janissaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
TURQUIE ET PERSE.
L
›
>
E 10. du mois de Fevrier dernier , le Roi de
Perse qui avoit formé la resolution de reprendre
la Ville de Tauris , se mit en marche
pour aller l'assieger à la tête d'une armée de 100.
mille hommes. Son dessein étoit de la reprendre
d'assaut ; mais ayant été repoussé plusieurs fois
avec perte de ses meilleurs Officiers il s'étoit
determiné à en former le Siege et à ouvrir la
tranchée , lors qu'il fut informé qu'il y avoit une
division à Erivan entre la Garnison et le Seraskier
Ali Pacha , auquel les Jannissaires refusoient
d'obeïr , parce qu'il leur étoit dû plusieurs
mois de leur Solde et qu'on ne leur avoit
pas encore distribué le present que les Sultans
sont dans l'usage de leur faire à leur avenement
au Trône. Sur cet avis le Roy de Perse
partagea son Armée , dont il laissa la moitié devant
Tauris et marcha avec le reste du côté
d'Erivan. La saison qui étoit rigoureuse , rendit
sa marche plus longue qu'il ne croyoit ; il eut
d'ailleurs beaucoup de peine à traverser les Montagnes
de la Province d'Iran . Aly - Pacha qui
avoit été informé du projet , calma les Janissaires
mécontens , en leur payant de ses propres
deniers une partie de ce qui leur étoit dû , et
s'enferma dans Erivan avec un renfort de 12000.
hommes.
>
›
Le Roi de Perse étant arrivé prés de cette Ville
, fit tout ce qu'il pût pour attirer le Seraskier
38
A OUS T. 1731. , 2003
>
au combat . Plusieurs jours se passerent à escarmoucher
avec un pareil avantage ,parce que le commandant
Turc ne vouloit pas risquer un combar
general avant que d'avoir reçu un secours considerable
de Troupes qu'il attendoit ; mais ce
secours étant trop long - temps à arriver , il fit
faire une sortie de 6coo . hommes qui eurent
ordre de fuir à la premiere décharge , et d'attirer
le Roi de Perse sous une batterie de 40. pieces
de canon Cet ordre fut exécuté si à propos .
que les Persans poursuivant les Fuyards , donnerent
dans le piege ; ils essuyerent tout le feu
de la batterie , qui leur tua beaucoup de monde
et le Gouverneur de la place sortit contre eux
la tête de 9000. hommes , ausquels se joignirent
encore 14000. hommes , qui étoient campés derriere
une colline , et qui parurent à un certain
signal. Le combat devint general ; les Persans y
firent paroître beaucoup de valeur ; mais étant
trés - mal armés , ils furent obligés de se retirer
vers la riviere d'Aras où ils se retrancherent :9
Si le Seraskier les eût poursuivis dans leur retraite
, on croit qu'il les auroit taillés en pieces ,
mais il se contenta de ce premier avantage.
Vers le 15 de Mars suivant , les Janissaires
demandant avec instance d'aller une seconde fois
au combat , il se détermina à aller attaquer les
Persans dans leurs retranchemens . Il fut d'abord
repoussé avec perte , ce qui l'obligea à se retirer
dans son camp ; mais le nouveau secours qu'il
attendoit , étant arrivé , il commença le 16. à la
pointe du jour à canonner lcs Persans d'une hauteur
, dont il s'étoit emparé. Ces derniers qui
n'avoient que trés - peu d'artillerie sortirent en
désordre de leurs retranchemens , les Turcs les
poursuivirent ; et comme Ils ne s'étoient point
mé
2/2004 MERCURE DE FRANCE
menagé de retraite , le Seraskier les poussa du
côté de l'Aras , ou la plupart se précipiterent. La
perte du côté des Persans peut monter à 18. ou
20000. hommes , tant tués que noyés. Le Roi
de Perse s'est retiré vers Tauris pour y rejoindre
le reste de son armée , et on croit que malgré la
perte de cette bataille il continuera le Siege de
Cette place.
>
Les mêmes lettres ajoûtent qu'on avoit fait des
rejouissances publiques pendant trois jours à
Constantinople , à l'occasion de cette victoire ,
que le G. S. avoit fait distribuer de l'argent aux
Janissaires et au Peuple , et qu'il avoit été resolu
dans le dernier Divan , d'envoyer un secours de
20000. Janissaires au Seraskier Aly- Pacha.
Parmi les prisonniers de consideration qui ont
été faits à la bataille d'Erivan , il y avoit un
Prince , qui commandoit en chef l'armée du Roi
de Perse ; cet officier general ayant été amené à
Constantinople , fut presenté au G. S. qui lui fit
beaucoup d'accueil. S. H. lui ayant demandé
' il ne pouvoit pas esperer de conclure la paix
avec le Roi de Perse, en lui abandonnant les conquêtes
qu'il avoit faites jusqu'à present ; le General
Persan lui répondit qu'il ne le croyoit pas ,
et ajoûta qu'il esperoit voir dans peu le Roi
son Maître à la tête d'une armée devant Constantinople.
Cette réponse fiere et imprudente
irrita si fort le G. S. qu'il lui fit sur le champ
couper la tête devant les fenêtres de son appartement.
S. H. a envoyé depuis des Ordres pour faire
arrêter sur la frontiere l'Ambassadeur du Roi de
Perse , qui vient pour la complimenter sur son
avenement au Trône sous prétexte qu'il n'a
pas les Passeports necessaires pour entrer sur les
>
terres
A O UST. 1731. 2005
Terres de l'Empire Ottoman
et on doit le >
conduire dans l'Île de Tenedos , aprés lui avoir
pris ses Lettres de Créance
les presens qu'il apporte.
ses instructions et
D'autres avis de Constantinople , portent que.
le 14. du mois de May dernier , le Mufti avoit
été deposé et relegué à Busta ; que Pasmuada
avoit été nommé en sa place ; que le 18. Gianum
Coggia étant revenu du Port , avoit trouvé
chés lui un Officier du G. S. qui l'avoit conduit
au Serrail , où Sa Hautesse lui avoit declaré
qu'il n'étoit plus Capitan Pacha ; qu'une heure
aprés on l'avoit obligé de s'embarquer sur une
>
Galere accompagné d'un Chiaoux , de quelques
autres Officiers , et de quatre ou cinq de ses
Domestiques ; que cette Galere ayant pris la
route de Candie on avoit cru d'abord qu'il
avoit été relegué à Retimo ; mais que l'opinion
la plus commune , étoit qu'il avoit été étranglé
parce que dans la route la Galere avoit debarqué
les domestiques du Capitan Pacha disgracié , et
qu'il étoit resté seul avec le Chiaoux et les autres
Officiers chargés des ordres secrets de S H.
Ces lettres ajoûtent qu'il a été la victime des
premiers Ministres et des Jannissaires , qui ne
pouvoient souffrir qu'il fut en si grand credit
auprès du G. S. qu'il avoit détourné de faire la
Guerre aux Princes Chrétiens .
Il est remplacé dans la charge de Capitan Pacha
par Abdi , qui fut disgracié il y a quelques
'années , et qu'on attendincessamment de son exil.
Marabata , Amiral ordinaire , ou Commandant
du Port , qui exerce la charge de Capitan Pacha
par Interim , fait actuellement équiper 16. Sultanes
, et achever les 23. autres qui étoient sur
les chantiers depuis plusieurs mois.
H
2003 MERCURE DE FRANCE
On continuë de faire des recherches contre les
mécontens , qui ont eu part à la premiere et à
la seconde revolte ; et aussi - tôt qu'on en décou
vre quelques-uns , le G. S. les fait étrangler-en
secret.
L
›
>
E 10. du mois de Fevrier dernier , le Roi de
Perse qui avoit formé la resolution de reprendre
la Ville de Tauris , se mit en marche
pour aller l'assieger à la tête d'une armée de 100.
mille hommes. Son dessein étoit de la reprendre
d'assaut ; mais ayant été repoussé plusieurs fois
avec perte de ses meilleurs Officiers il s'étoit
determiné à en former le Siege et à ouvrir la
tranchée , lors qu'il fut informé qu'il y avoit une
division à Erivan entre la Garnison et le Seraskier
Ali Pacha , auquel les Jannissaires refusoient
d'obeïr , parce qu'il leur étoit dû plusieurs
mois de leur Solde et qu'on ne leur avoit
pas encore distribué le present que les Sultans
sont dans l'usage de leur faire à leur avenement
au Trône. Sur cet avis le Roy de Perse
partagea son Armée , dont il laissa la moitié devant
Tauris et marcha avec le reste du côté
d'Erivan. La saison qui étoit rigoureuse , rendit
sa marche plus longue qu'il ne croyoit ; il eut
d'ailleurs beaucoup de peine à traverser les Montagnes
de la Province d'Iran . Aly - Pacha qui
avoit été informé du projet , calma les Janissaires
mécontens , en leur payant de ses propres
deniers une partie de ce qui leur étoit dû , et
s'enferma dans Erivan avec un renfort de 12000.
hommes.
>
›
Le Roi de Perse étant arrivé prés de cette Ville
, fit tout ce qu'il pût pour attirer le Seraskier
38
A OUS T. 1731. , 2003
>
au combat . Plusieurs jours se passerent à escarmoucher
avec un pareil avantage ,parce que le commandant
Turc ne vouloit pas risquer un combar
general avant que d'avoir reçu un secours considerable
de Troupes qu'il attendoit ; mais ce
secours étant trop long - temps à arriver , il fit
faire une sortie de 6coo . hommes qui eurent
ordre de fuir à la premiere décharge , et d'attirer
le Roi de Perse sous une batterie de 40. pieces
de canon Cet ordre fut exécuté si à propos .
que les Persans poursuivant les Fuyards , donnerent
dans le piege ; ils essuyerent tout le feu
de la batterie , qui leur tua beaucoup de monde
et le Gouverneur de la place sortit contre eux
la tête de 9000. hommes , ausquels se joignirent
encore 14000. hommes , qui étoient campés derriere
une colline , et qui parurent à un certain
signal. Le combat devint general ; les Persans y
firent paroître beaucoup de valeur ; mais étant
trés - mal armés , ils furent obligés de se retirer
vers la riviere d'Aras où ils se retrancherent :9
Si le Seraskier les eût poursuivis dans leur retraite
, on croit qu'il les auroit taillés en pieces ,
mais il se contenta de ce premier avantage.
Vers le 15 de Mars suivant , les Janissaires
demandant avec instance d'aller une seconde fois
au combat , il se détermina à aller attaquer les
Persans dans leurs retranchemens . Il fut d'abord
repoussé avec perte , ce qui l'obligea à se retirer
dans son camp ; mais le nouveau secours qu'il
attendoit , étant arrivé , il commença le 16. à la
pointe du jour à canonner lcs Persans d'une hauteur
, dont il s'étoit emparé. Ces derniers qui
n'avoient que trés - peu d'artillerie sortirent en
désordre de leurs retranchemens , les Turcs les
poursuivirent ; et comme Ils ne s'étoient point
mé
2/2004 MERCURE DE FRANCE
menagé de retraite , le Seraskier les poussa du
côté de l'Aras , ou la plupart se précipiterent. La
perte du côté des Persans peut monter à 18. ou
20000. hommes , tant tués que noyés. Le Roi
de Perse s'est retiré vers Tauris pour y rejoindre
le reste de son armée , et on croit que malgré la
perte de cette bataille il continuera le Siege de
Cette place.
>
Les mêmes lettres ajoûtent qu'on avoit fait des
rejouissances publiques pendant trois jours à
Constantinople , à l'occasion de cette victoire ,
que le G. S. avoit fait distribuer de l'argent aux
Janissaires et au Peuple , et qu'il avoit été resolu
dans le dernier Divan , d'envoyer un secours de
20000. Janissaires au Seraskier Aly- Pacha.
Parmi les prisonniers de consideration qui ont
été faits à la bataille d'Erivan , il y avoit un
Prince , qui commandoit en chef l'armée du Roi
de Perse ; cet officier general ayant été amené à
Constantinople , fut presenté au G. S. qui lui fit
beaucoup d'accueil. S. H. lui ayant demandé
' il ne pouvoit pas esperer de conclure la paix
avec le Roi de Perse, en lui abandonnant les conquêtes
qu'il avoit faites jusqu'à present ; le General
Persan lui répondit qu'il ne le croyoit pas ,
et ajoûta qu'il esperoit voir dans peu le Roi
son Maître à la tête d'une armée devant Constantinople.
Cette réponse fiere et imprudente
irrita si fort le G. S. qu'il lui fit sur le champ
couper la tête devant les fenêtres de son appartement.
S. H. a envoyé depuis des Ordres pour faire
arrêter sur la frontiere l'Ambassadeur du Roi de
Perse , qui vient pour la complimenter sur son
avenement au Trône sous prétexte qu'il n'a
pas les Passeports necessaires pour entrer sur les
>
terres
A O UST. 1731. 2005
Terres de l'Empire Ottoman
et on doit le >
conduire dans l'Île de Tenedos , aprés lui avoir
pris ses Lettres de Créance
les presens qu'il apporte.
ses instructions et
D'autres avis de Constantinople , portent que.
le 14. du mois de May dernier , le Mufti avoit
été deposé et relegué à Busta ; que Pasmuada
avoit été nommé en sa place ; que le 18. Gianum
Coggia étant revenu du Port , avoit trouvé
chés lui un Officier du G. S. qui l'avoit conduit
au Serrail , où Sa Hautesse lui avoit declaré
qu'il n'étoit plus Capitan Pacha ; qu'une heure
aprés on l'avoit obligé de s'embarquer sur une
>
Galere accompagné d'un Chiaoux , de quelques
autres Officiers , et de quatre ou cinq de ses
Domestiques ; que cette Galere ayant pris la
route de Candie on avoit cru d'abord qu'il
avoit été relegué à Retimo ; mais que l'opinion
la plus commune , étoit qu'il avoit été étranglé
parce que dans la route la Galere avoit debarqué
les domestiques du Capitan Pacha disgracié , et
qu'il étoit resté seul avec le Chiaoux et les autres
Officiers chargés des ordres secrets de S H.
Ces lettres ajoûtent qu'il a été la victime des
premiers Ministres et des Jannissaires , qui ne
pouvoient souffrir qu'il fut en si grand credit
auprès du G. S. qu'il avoit détourné de faire la
Guerre aux Princes Chrétiens .
Il est remplacé dans la charge de Capitan Pacha
par Abdi , qui fut disgracié il y a quelques
'années , et qu'on attendincessamment de son exil.
Marabata , Amiral ordinaire , ou Commandant
du Port , qui exerce la charge de Capitan Pacha
par Interim , fait actuellement équiper 16. Sultanes
, et achever les 23. autres qui étoient sur
les chantiers depuis plusieurs mois.
H
2003 MERCURE DE FRANCE
On continuë de faire des recherches contre les
mécontens , qui ont eu part à la premiere et à
la seconde revolte ; et aussi - tôt qu'on en décou
vre quelques-uns , le G. S. les fait étrangler-en
secret.
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Résumé : TURQUIE ET PERSE.
En février 1731, le roi de Perse entreprit de reprendre la ville de Tauris avec une armée de 100 000 hommes. Après plusieurs assauts infructueux, il décida de mettre la ville en siège. Informé d'une division entre la garnison et le seraskier Ali Pacha à Erivan, il divisa ses forces et marcha vers Erivan. La rigueur de la saison et les montagnes de la province d'Iran ralentirent sa progression. Ali Pacha, ayant apaisé les Janissaires mécontents, se retrancha à Erivan avec 12 000 hommes. Le roi de Perse tenta d'attirer Ali Pacha au combat, mais ce dernier attendit des renforts. Une sortie turque piégea les Persans sous une batterie de canons, déclenchant un combat général. Malgré leur valeur, les Persans, mal armés, se retirèrent vers la rivière d'Aras. Ali Pacha, n'ayant pas poursuivi les Persans, ces derniers se retranchèrent. Le 15 mars, les Janissaires demandèrent à combattre à nouveau. Ali Pacha attaqua les Persans dans leurs retranchements mais fut repoussé. Avec l'arrivée de renforts, il canonna les Persans le 16 mars, les forçant à se retirer vers l'Aras où beaucoup se noyèrent. Les pertes persanes furent estimées à 18 000 ou 20 000 hommes. Le roi de Perse se retira vers Tauris. À Constantinople, des réjouissances publiques furent organisées pour célébrer cette victoire. Le sultan fit distribuer de l'argent et décida d'envoyer 20 000 Janissaires en renfort à Ali Pacha. Un prince persan, commandant en chef de l'armée perse, fut capturé et exécuté après une réponse imprudente au sultan. L'ambassadeur perse fut arrêté à la frontière. Des changements politiques eurent lieu à Constantinople : le mufti fut déposé, et Gianum Coggia fut démis de ses fonctions de Capitan Pacha, probablement exécuté. Il fut remplacé par Abdi. Marabata, commandant du port, équipait 16 sultanes et achevait 23 autres navires. Des recherches contre les mécontents des révoltes précédentes continuaient, avec des exécutions secrètes ordonnées par le sultan.
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750
p. 2006
RUSSIE.
Début :
La Czarine a donné ordre à son Ministre auprés de l'Empereur, de reïterer ses instances [...]
Mots clefs :
Tsarine, Troupe d'exécution, Canal de Ladoga
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
secret.
LACzarne a donné ordre à son Ministre au-
,
ces pour obtenir un accommodement pour le
Duc Charles - Leopold de Meckelbourg , beaufrere
de cette Princesse. Ce Prince a fait encore
publier un nouvel écrit , dans lequel il porte ses
plaintes à la Diette des Princes de l'Empire , contre
les troupes d'exécution qui sont dans son
Duché , contre la Noblesse , et contre les procedures
du Conseil Aulique.
,
>
Le Canal de Ladoga , malgré la secheresse
generale dans le Pays a été navigable pendant
P'Eté ; et l'on compte qu'il y a passé cette année
plus de mille Bâtimens chargés de diverses sortes
de Denrées et Marchandises.
secret.
LACzarne a donné ordre à son Ministre au-
,
ces pour obtenir un accommodement pour le
Duc Charles - Leopold de Meckelbourg , beaufrere
de cette Princesse. Ce Prince a fait encore
publier un nouvel écrit , dans lequel il porte ses
plaintes à la Diette des Princes de l'Empire , contre
les troupes d'exécution qui sont dans son
Duché , contre la Noblesse , et contre les procedures
du Conseil Aulique.
,
>
Le Canal de Ladoga , malgré la secheresse
generale dans le Pays a été navigable pendant
P'Eté ; et l'on compte qu'il y a passé cette année
plus de mille Bâtimens chargés de diverses sortes
de Denrées et Marchandises.
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Résumé : RUSSIE.
Le tsar a ordonné à son ministre de négocier pour le Duc Charles-Léopold de Mecklembourg, qui s'est plaint auprès de la Diète des Princes contre les troupes et la noblesse. Le Canal de Ladoga a été navigable malgré la sécheresse, permettant à plus de mille bâtiments de transporter des marchandises.
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